,,le ,,sentiment ,,religieux ,,par ,,henri ,,bois ,,professeur ,a ,,la ,,facult ,,de ,,th,,ologie ,,protestante ,,de ,,montauban ,,paris ,,librairie ,,fischbacher #cc1 ,,rue ,,de ,,seine1 #ii #aijb ,,le ,,sentiment ,,religieux#a #a ,discours prononc la sance de rentre de la ,facult de ,montauban1 le #ad novembre #aija4--;,certaines parties de ce discours ont d tre omises ou rsumes la lecture4 ,monsieur le ,doyen1 ,messieurs les ,professeurs1 ,messieurs les tudiants1 ,messieurs1 ,on a toujours fait de la psychologie1 quand ce ne serait que de la faon dont ,m4 ,jourdain faisait de la prose444 sans le savoir4 ,il n'en reste pas moins que la psychologie n'est gure devenue une science vritable qu'au ,x,i,xe sicle1 o on l'a vue1 de mtamorphose en mtamorphose1 et sous les noms divers de psychologie physiologique1 psychologie exprimentale1 etc41 runir et analyser des volumes de documents1 fixer ses mthodes propres1 se donner des laboratoires et des instruments de prcision1 fonder ses revues bourres de chiffres et de tracs graphiques1 convoquer ses congrs internationaux1 et sinon rsoudre1 du moins claircir un nombre toujours croissant de problmes4 ,ce n'est certes pas dire que la science psychologique ait atteint le but4 ,nombreuses y sont encore les discussions et profondes les divergences4 ,dans un tout rcent ouvrage#b1 ,m4 ,rauh les rendait en quelque sorte tangibles au regard par un ingnieux tableau1 o il groupait et classifiait les tendances diverses et parfois contradictoires des psychologues contemporains4 ,mais travers les essais varis et en apparence irrductibles1 une uvre commune se poursuit1 qui a abouti sur quelques points1 qui aboutira certainement sur bien d'autres3 ainsi va le progrs scientifique4 #b ,de la mthode dans la ,psychologie des sentiments1 p4 #aji4 ,alcan1 #ahii4 ,il devait arriver--et cela tait souhaiter dans l'intrt de la science comme dans celui de la pit--il devait arriver1 quoique l'vnement ait tard plus que de raison1 que les mthodes psychologiques fussent appliques aux tats d'me religieux4 ,en un sens1 on a fait de la psychologie religieuse1 depuis qu'il y a des hommes religieux1 c'est--dire depuis toujours4 ,on en a toujours fait444 quand ce ne serait que sans le savoir4 ,mais autre chose est de faire de la psychologie religieuse sans le savoir1 d'en faire en la confondant soit avec la prdication et la cure d'mes1 soit avec l'histoire1 soit avec la dogmatique et la morale1--et autre chose de faire de la psychologie religieuse non seulement en sachant qu'on en fait1 mais en l'isolant1 en l'tudiant directement pour elle-mme1 et en employant dans cette tude les mthodes1 les procds1 les points de vue1 les rsultats de la psychologie laque contemporaine4 ,a ce point de vue1 on peut bien dire que1 de toutes les tudes relatives la religion1 qui ont t successivement entreprises1 la psychologie religieuse est la plus rcente4 ,par l mme1 elle est la moins avance4 ,la liste des travaux importants dj publis en ce domaine est relativement brve4 ,quand nous aurons mentionn les publications de ,,mm4 ,leuba1 ,starbuck1 et ,coe1 dans le ,journal ,amricain de psychologie1 et les deux livres de ,,mm4 ,starbuck#c et ,coe#d2 quand nous aurons signal en ,angleterre l'ouvrage de ,m4 ,granger#e1 en ,allemagne une production anonyme introduite par une prface de ,m4 ,baumann#f2 en ,france1 un chapitre suggestif de ,m4 ,ribot#g1 quelques tudes de l',anne sociologique de ,m4 ,durkheim1 les articles de ,m4 ,murisier dans la ,revue philosophique1 bientt runis et dvelopps en un petit volume#h1 et enfin les notes de ,m4 ,frommel dans la ,foi et la ,vie2 quand nous aurons relev ces quelques indications bibliographiques1 je crois en vrit qu'il ne s'en faudra pas de beaucoup que nous ayons puis la littrature du sujet#i4 #c ,the psychology of religion1 by ,edwin ,diller ,starbuck1 with a preface by ,william ,james4 ,london1 ,walter ,scott1 #ahii4 #d ,the spiritual life4 ,studies in the science of religion1 by ,georges ,coe4 ,new-,york1 ,eaton and ,mains1 #aijj4 #e ,the ,soul of a christian4 ,a study in the religious experience1 by ,frank ,granger4 ,london1 ,methuen and ,co1 #aijj4 #f #d4 ,religionsphilosophie auf modern-wissenschaftlicher ,grundlage4 ,mit einem ,vorwort von ,julius ,baumann4 ,leipzig1 ,beit et ,comp41 #ahhf4 #g ,la ,psychologie des sentiments1 par ,th4 ,ribot4 ,paris1 ,alcan1 #ahif4 ,deuxime partie3 ,psychologie spciale4 ,chapitre ,,ix3 ,le sentiment religieux4 #h ,les maladies du sentiment religieux1 par ,e4 ,murisier4 ,paris1 ,alcan1 #aija4 #i ,j'entends la littrature directe1 car nous aurons1 dans le cours mme de la prsente tude1 citer quantit d'auteurs qui1 poursuivant un autre but immdiat1 ont mis pourtant des remarques psychologiques dignes tous gards d'tre recueillies1 et1 suivant les cas1 ou bien approuves1 ou bien discutes4 ,il n'est pas besoin d'tre un grand prophte pour prvoir que cette littrature est destine s'accrotre dmesurment dans le sicle qui est devant nous4 ,mais ce qu'il importe de dire bien haut1 pendant qu'il en est temps encore1 c'est qu'il y a un double motif3 scientifique et apologtique1 pour souhaiter que les thologiens chrtiens ne se dsintressent pas de ces nouvelles tudes1 et mme n'attendent pas trop pour s'y intresser4 ,un motif scientifique3 s'il s'agit d'tudier la pit1 ceux-l sont les mieux qualifis pour en parler qui sont eux-mmes pieux4 ,je ne conteste pas qu'il soit possible d'crire la psychologie des hommes de gnie sans en tre un soi-mme4 ,on m'accordera en revanche que pour crire la psychologie des musiciens ou des peintres1 c'est pourtant une bonne condition que d'avoir quelque aptitude soi-mme pour la peinture et la musique3 il en va de mme pour la psychologie des hommes religieux4 ,et au motif scientifique s'ajoute le motif apologtique4 ,il peut tre dangereux pour la religion de laisser les tudes de psychologie religieuse devenir le monopole de savants trangers ou mme hostiles la foi1 comme la chose est dj un peu trop arrive pour d'autres disciplines#aj4 ,on court le risque de laisser se produire des difficults1 des objections et des prjugs sans nombre1 bientt rpandus dans le public1 puis devenus lieux communs1 contre lesquels il est trs difficile ensuite de ragir1 bien plus1 qui embarrassent le savant religieux lui-mme dans des liens dont il ne sait plus comment se dgager2 on court le risque de laisser s'tablir des associations1 non pas indissolubles1 mais trs fortes1 entre les faits devant lesquels tous doivent s'incliner et les interprtations philosophiques des faits1 thories discutables1 que l'on cherche pourtant et russit faire passer avec les faits et faire passer pour les faits4 ,il serait souverainement dsirable que les thologiens chrtiens comprissent que c'est pour eux un devoir de participer effectivement1 et ds le dbut1 aux tudes de psychologie religieuse4 ,l'intrt apologtique que je signale ici est d'ailleurs1 lui aussi1 au fond1 un intrt scientifique2 la science n'a-t-elle pas tout gagner ce que l'on distingue nettement le certain et le douteux1 le fait et l'hypothse1 la constatation et la thorie1 la science positive et la mtaphysique8 #aj ,par exemple1 l'histoire des religions4 ,je pourrais aisment1 ,messieurs1 prolonger ces considrations gnrales de faon en faire tout mon discours4 ,il m'a sembl qu'il serait plus intressant pour vous et plus utile en soi de m'attaquer hardiment une question de psychologie religieuse1 bien que les limites o je dois me tenir ne me permettent gure de faire autre chose que l'effleurer4 ,et je n'ai pas besoin1 je pense1 de m'attarder justifier le choix du sujet auquel je me suis arrt3 le sentiment religieux n'est-il pas gnralement considr comme l'essence mme de la religion personnelle1 comme la substance de la pit8 ,i ,encore faut-il savoir en quoi consiste le sentiment religieux8 ,le sentiment religieux1 nous rpondront immdiatement de nombreux psychologues tels que ,,mm4 ,w4 ,james1 ,lange1 ,dumas1 ,ribot1 le sentiment religieux1 comme son nom l'indique1 est un sentiment4 ,or ce qui est vrai du genre est vrai de l'espce4 ,comme toutes les motions1 le sentiment religieux n'est et ne peut tre qu'un tat organique conscient2 il est produit immdiatement par des troubles fonctionnels du corps1 rsultant de modifications vaso-motrices4 ,on mne un enfant chez le dentiste4 ,au moment d'entrer1 son cur dfaille4 ,il tremble4 ,c'est qu'il a peur1 n'est-il pas vrai8 ,sans doute4 ,mais prcisons4 ,m4 ,w4 ,james ne dira pas3 ,cet enfant tremble parce qu'il a peur4 ,il dira3 ,cet enfant a peur parce qu'il tremble4 ,son tremblement fait natre la peur2 mieux encore1 sa peur n'est que son tremblement physique devenu conscient de lui-mme4 ,autre exemple3 voici une mre qui pleure son fils4 ,m4 ,georges ,dumas nous dfend d'expliquer le fait en ces termes si naturels3 elle a appris la mort de son fils2 cette nouvelle l'a attriste2 elle pleure4 ,il faut renverser les deux derniers termes et raisonner ainsi3 cette femme vient d'apprendre la mort de son fils2 elle pleure2 par consquent1 et seulement ensuite1 elle devient triste4 ,sa tristesse n'est que la conscience plus ou moins sourde de ses pleurs1 ou encore1 si vous prfrez1 des phnomnes vasculaires qui s'accomplissent dans son corps4 ,m4 ,ribot enfin donne la thorie sa formule scientifique3 ce que les mouvements de la face et du corps1 les troubles vaso-moteurs1 respiratoires1 scrtoires1 expriment objectivement1 les tats de conscience corrlatifs 7que le langage vulgaire appelle motions7 l'expriment subjectivement3 c'est un seul et mme vnement traduit en deux langues4 ,conformment cette doctrine gnrale1 l'auteur anonyme de l'ouvrage introduit par ,m4 ,baumann considre la pit comme l'expression d'nergies internes1 de source organique1 qui se manifestent parfois obscurment la conscience tout en restant trangres au moi1 dont l'homme se sent dpendant et qu'il personnifie4 ,m4 ,leuba dclare que c'est dans le domaine physiologique qu'il convient de chercher la raison profonde et l'explication dernire des conversions4 ,et ,m4 ,ribot se plat relever les phnomnes corporels qui constituent l'aspect physiologique de l'motion religieuse4 ,bien loin de contester les cas numrs par ,m4 ,ribot1 nous en complterions plutt la liste4 ,il est incontestable1 par exemple1 dirons-nous1 que partout o le sentiment religieux a surgi tout d'un coup et avec intensit1 cette brusque closion a t accompagne de phnomnes corporels trs marqus4 ,que de rveils ont t signals par des faits nombreux et extraordinaires d'excitation physique3 cris1 prosternations1 agonie1 extase6 ,et cela dans tous les pays4 ,en ,france1 ,charles ,cook prche dans les ,hautes-,alpes1 et il constate que quelques personnes prouvent en priant une agitation physique extraordinaire qu'elles considrent comme une manifestation de l'influence divine4 ,en ,allemagne1 le premier jour de l'an #agig1 le cur ,martin ,boos prche ,wiggensbach avec une telle force1 nous raconte dans sa langue nave son biographe1 ,m4 ,descombez1 que prs de quarante personnes1 saisies de la plus profonde terreur1 prennent mal1 au point qu'on est oblig de les emporter du temple4 ,en ,amrique1 ,finney prche ,antwerp1 et tout d'un coup les assistants tombent de leurs siges les uns aprs les autres en demandant grce4 ,si j'avais eu une pe dans chaque main1 dit ,finney1 je n'aurais pu les renverser de leurs siges plus vite qu'ils n'en tombaient4 ,en ,angleterre1 ,wesley prche de lieu en lieu1 et1 l'oue de ses paroles1 l'un croit ressentir l'impression d'un poids qui accable sa poitrine2 un autre1 celle d'une pe qui traverse son corps2 un troisime1 une secousse qui lui coupe la respiration2 chez la plupart1 des crises physiques vont de pair avec les proccupations spirituelles et cessent au moment o la paix s'tablit dans l'me4 ,rien ne serait plus ais que de multiplier indfiniment ces exemples4 ,mais quel chrtien fera-t-on croire que la crainte de la condamnation n'est absolument pas autre chose que la conscience d'une chute sur le sol1 que le respect de la majest sainte de ,dieu n'est absolument pas autre chose que la sensation d'un poids de quelques kilos pesant sur la poitrine1 et que les auditeurs de ,finney1 de ,martin ,boos1 de ,wesley1 de ,charles ,cook n'ont senti leurs pchs que parce que et autant que leur organisme avait d'abord subi un affaissement accompagn de souffrances corporelles8 ,le chrtien sera toujours tent de demander un peu indiscrtement aux auteurs de thories semblables3 avez-vous donc jamais prouv vous-mmes les sentiments que vous croyez expliquer ainsi8 ,aussi bien1 malgr le crdit dont elle jouit cette heure1 la doctrine de ,lange et de ,w4 ,james est-elle difficilement soutenable1 non seulement pour le sentiment religieux1 mais en vrit pour toute espce de sentiments4 ,elle assimile l'motion la conscience d'un certain nombre et d'un certain genre de mouvements4 ,mais autre chose est un mouvement1 autre chose la conscience d'un mouvement1 savoir la sensation ou la perception externe1 et autre chose encore l'motion4 ,identifier l'motion la perception externe1 c'est enlever l'motion son caractre spcifique1 c'est supprimer en ralit l'motion4 ,m4 ,dumas ne s'en cache pas2 il carte l'motion d'un mot ddaigneux et pense avoir tout dit en l'appelant entit mentale4 ,l'observation psychologique est contre lui2 le sentiment est une ralit interne1 irrductible soit au mouvement soit la conscience du mouvement4 ,en particulier1 j'ai conscience des tats affectifs qu'expriment les mots tristesse1 peur1 repentance1 effroi de la condamnation3 je n'ai nullement conscience des mouvements qui accompagnent ces motions4 ,seule une mtaphysique matrialiste ou moniste peut essayer de dtruire ces diffrences qui sont des donnes immdiates de la conscience2 mais ici la mtaphysique est en opposition flagrante avec la psychologie4 ,si le sentiment religieux peut bien tre accompagn et mme dans certains cas dpendre de phnomnes corporels1 en aucun cas il ne se rduit n'tre dans son essence que la pure et simple traduction mentale1 accessoire et superficielle1 d'un tat physiologique profond4 99 99 99 99 99 ,essayons d'une autre rduction4 ,le sentiment religieux se ramnerait-il peut-tre au sentiment de l'infini8 ,schleiermacher1 qui a1 il est vrai1 chang plus tard de dfinition1 l'a soutenu d'abord4 ,reprenant avec clat cette conception1 ,max ,mller a profess que la religion est une facult de l'esprit qui rend l'homme capable de saisir l'infini sous des noms diffrents et des dguisements variables1 et que la religion de l'infini prcde et comprend toutes les autres4 ,il est permis d'avoir quelques doutes sur le caractre spcifiquement religieux de l'ide d'infini4 ,dans une intressante enqute sur les ides gnrales#aa1 ,m4 ,ribot posait nagure diverses personnes cette question3 qu'est-ce que le mot infini voque dans votre esprit8 ,un peintre a rpondu3 un trou noir4 ,une femme3 rien4 ,un savant3 des livres de mathmatiques4 ,un autre savant3 le mot infini imprim4 ,un autre3 le signe mathmatique1 un #h renvers1 4 ,d'autres ont rpliqu3 ,j'entends le mot1 mais je ne vois rien1 absolument rien4 ,d'autres3 sensations d'obscurit et de profondeur1 cercles lumineux vagues1 une sorte de coupole1 un horizon qui recule sans cesse1 etc4 #aa ,revue philosophique1 #ahia1 t1 ,,ii1 p4 #cgf sq4 ,je ne conteste certes pas qu'il y ait dans l'motion religieuse l'intuition de quelque chose qui nous dpasse et qui dpasse notre terre1 le sentiment qu'il y a quelque chose--et surtout quelqu'un--derrire notre horizon2 l'tre religieux1 c'est assurment celui qui cherche partout l'au del en face de la vie comme en face de la mort1 en face de la nature comme en face de soi-mme4 ,mais cette aspiration vague1 indfinie1 et1 somme toute1 ngative vers ce qui nous dborde1 ce n'est ni le sentiment de l',infini au sens propre1 ni le sentiment religieux vritable et complet3 les objets des religions populaires--c'est--dire des vraies religions--sont parfaitement positifs et dfinis pour la foi4 ,je ne conteste pas non plus que certaines motions du genre noble ne puissent se grouper autour de l'ide d'infini proprement dite4 ,dans une lettre qu'il crivait en #ahea ,taine1 ,prvost-,paradol se proccupait de trouver une satisfaction lgitime cet instinct de l'me humaine qui lui fait dsirer d'tre en rapport direct avec l'infini4 ,il me semble1 crivait-il son ami1 que les prires1 les miracles1 le commerce perptuel que les religions entretiennent entre l'homme et un ,dieu1 puisent toutes leurs forces dans cet instinct qu'elles pervertissent et satisfont du mme coup4 ,et1 s'adressant directement son correspondant1 il continuait3 ,l'infini accomplit en toi-mme ses plus grandes merveilles1 et tu le vois l'uvre1 tu lui applaudis1 tu le secondes1 tu le comprends4 ,tu l'adores par le travail1 par la douleur bien supporte1 par le plaisir sagement cherch2 tu t'unis lui par la science1 tu le salues au dehors dans toutes les manifestations de la vie2 tu l'coutes au dedans parler ta pense4 ,tu l'aimes1 et1 selon la parole du matre1 l'amour que tu as pour ,dieu1 est une partie de l'amour infini que ,dieu a pour lui-mme444 couter dans un bois les jeunes oiseaux qui chantent1 voir les feuilles s'ouvrir au soleil et sentir en mme temps dans notre pense ,dieu se rjouir de sa vie1 et s'enivrer de son ternelle floraison1 n'est-ce pas l l'hosannah dont parle l'vangile1 le vrai psaume digne des bienheureux1 l'adoration convenable et douce au vrai ,dieu1 en ce monde et ailleurs1 partout o il vgte1 respire et pense8 ,mais qui ne voit que le sentiment religieux ainsi conu1 priv de tout caractre distinctif et spcifique1 se dissout et se perd dans les sentiments artistiques1 moraux1 intellectuels8 ,l'un des plus rcents sectateurs de la religion de l',infini1 ,m4 ,buisson1 nous le dclare sans ambages3 morale1 art et science1 voil la substance mme de la religion de l'avenir2 elle ne peut ni ne veut dsormais se nourrir d'autre chose4 ,le sentiment religieux a sign son abdication4 ,et l'on a bien raison1 ,messieurs1 de parler d'avenir1 car le prsent et le pass ne confirment en aucun point ces vues sur l'motion religieuse4 ,il est vraiment impossible de voir dans l'ide d'infini la notion gnratrice du sentiment religieux1 comme l'ont fort bien montr1 placs des points de vue trs divers1 mais runis dans une mme conclusion qui peut dsormais passer pour acquise des penseurs tels que ,,mm4 ,ribot#ab1 ,guyau#ac1 ,renouvier#ad1 ,durkheim#ae4 ,l'ide de l'infini est une notion vague et abstraite de spculation mtaphysique qui n'a pu qu'tre parfaitement trangre la mentalit des premiers hommes comme elle l'est d'ailleurs encore aux couches infrieures de la population chez les nations les plus avances de nos jours4 ,quel que soit le jugement que l'on porte sur cette ide1 elle est postrieure et de beaucoup l'apparition premire du sentiment religieux4 ,sous sa forme prcise et actuelle1 sous la forme qu'elle revt dans l'esprit d'un ,schleiermacher ou d'un ,max ,mller1 cette ide est une ide toute moderne et europenne2 elle date de ,giordano ,bruno et de ,descartes2 les perfectionnements et les dcouvertes du tlescope l'ont engendre2 l'infini n'est que l'espace2 et c'est dans l'blouissement1 bien comprhensible1 d'ailleurs1 des dcouvertes astronomiques que la pense moderne s'est laisse entraner confondre les deux termes infini et parfait1 et envisager comme l'ide la plus positive de toutes une ide contradictoire dans laquelle la philosophie grecque ne voyait avec raison que le symbole et le synonyme de l'imperfection1 du chaos1 du nant4 ,sous une forme moins nette1 il est indniable que l'on rencontre l'ide de l'infini1 en germe tout au moins1 dans toute doctrine panthiste2 et1 par suite1 dans les littratures des religions orientales1 il ne serait nullement difficile de trouver des passages que l'on pourrait ranger sous la rubrique3 infini4 ,mais c'est qu'il s'agit l de religions qui ne sont rien moins que primitives1 de religions o la tendance spculative est en lutte avec la tendance proprement religieuse4 ,ni sous forme prcise et explicite1 ni sous forme implicite1 l'ide d'infini n'apparat dans le polythisme grec1 ni dans les religions ftichistes ou animistes4 ,ni sous forme prcise et explicite1 ni sous forme implicite1 l'ide d'infini n'apparat dans la religion chrtienne et la religion hbraque1 prises aux sources1 dans les crits bibliques1--j'entends non pas les traductions1 ni les concordances tablies sur ces traductions1 mais la ,bible elle-mme1 tudie d'original1 cette ,bible qui ne connat pas d'abstractions1 dont les principes sont des personnalits1 la philosophie une histoire et les dogmes des faits4 ,l'ide d'infini est une ide vers laquelle la religion s'oriente lorsqu'elle tend perdre son caractre religieux et se transformer en mtaphysique4 ,aussi n'y a-t-il rien d'tonnant voir ,m4 ,guyau et ,m4 ,buisson s'accorder pour liminer toute religion positive et dfinir ce que ,m4 ,buisson appelle la religion de l'avenir et ce que ,m4 ,guyau nomme l'irrligion de l'avenir par le sentiment de l'infini4 ,loin d'en marquer l'origine et d'en constituer l'essence1 le sentiment de l'infini est le grand dissolvant du sentiment religieux4 #ab ,la psychologie des sentiments1 p4 #bih sq4 #ac ,l',irrligion de l'avenir1 p4 #d sq4 #ad ,critique philosophique et ,critique religieuse4 #ae ,anne sociologique #ahig-ahih3 ,de la dfinition des phnomnes religieux1 p4 #d sq4 99 99 99 99 99 ,si le sentiment religieux n'est pas le sentiment de l'infini1 faudrait-il l'identifier avec le sentiment moral8 ,bien des thologiens l'ont cru1 et leur opinion a trouv dans l'cole de ,csar ,malan des dfenseurs particulirement distingus et convaincus4 ,on y soutient en effet que la religion et la morale naissent ensemble1 qu'elles ont mme berceau1 mme point de dpart1 que ,dieu ne peut tre et n'est rvl que par l'obligation1 que la conscience morale et la conscience religieuse ont une commune source1 l'obligation2 qu'elles ne sont rien de diffrent1 mais qu'il faut y voir deux fonctions d'une seule et mme conscience4 ,cette doctrine importante et intressante1 et toute pntre d'ailleurs d'un profond et admirable respect pour les ralits morales1 nous parat cependant soulever de graves objections4 ,historiquement1 il parat tabli que si le sentiment moral et le sentiment religieux sont intimement unis dans le christianisme1 ils n'ont nullement t identiques et confondus l'origine4 ,c'est ce que proclament des crivains aussi nombreux et aussi divers que ,,mm4 ,guyau#af1 ,ribot#ag1 ,marillier#ah1 de la ,grasserie#ai1 etc4 ,et avec toute raison1 ce qu'il nous semble4 ,l'histoire en effet nous montre le sentiment religieux trs dvelopp l o le sentiment moral est des plus rduits3 voyez certains mystiques1 voyez les ,corinthiens chez lesquels dbordait une si prodigieuse effervescence de dons spirituels varis1 et auxquels saint ,paul reproche1 tout en les appelant des saints1 de commettre des immoralits telles qu'on n'en rencontre pas mme de semblables chez les paens4 ,et inversement l'histoire nous montre aussi le sentiment moral trs accentu l o le sentiment religieux est fort affaibli3 voyez la morale indpendante de #ahgj1 voyez la plupart des penseurs franais de notre poque1 voyez les socits pour la culture morale4--,on me rpondra3 ces dissociations sont anormales1 morbides4 ,j'y consens4 ,mais1 prenez-y garde1 la maladie ne peut dissocier que des phnomnes troitement unis1 sans doute1 mais en eux-mmes distincts4 ,suivant le mot si judicieux de ,bayle1 de deux choses qui n'en sont rellement qu'une seule et la mme1 l'une ne peut disparatre pendant que l'autre reste4 ,par les dissociations qu'elle opre1 la maladie tablit que l o on supposait l'unit et l'identit1 il y avait la multiplicit et la diffrence4 ,le sentiment moral et le sentiment religieux sont donc deux espces distinctes de sentiments1 quoique dans l'tat normal ces sentiments soient si troitement mls que l'observation superficielle soit porte les confondre#bj4--;,ce ne sont pas l les deux faces d'un mme fait3 laissons aux penseurs matrialistes et monistes ce langage et ce point de vue ultra-mtaphysiques1 qui n'ont pas de sens au point de vue psychologique exprimental3 ce sont deux phnomnes irrductibles4--,ce ne sont pas non plus deux faits dont l'un 7le sentiment moral7 serait la source de l'autre 7le sentiment religieux71 du moins il faut s'entendre3 dans un sens mtaphorique1 l'assertion est soutenable2 le sentiment moral peut tre--il est effectivement dans les religions perfectionnes--une des sources du sentiment religieux1 tout comme le sentiment de la nature2 mais dans les religions primitives1 c'est chronologiquement le sentiment de la nature qui est source du sentiment religieux avant le sentiment moral2 et dans aucun cas le sentiment moral 7pas plus que le sentiment de la nature7 n'est source du sentiment religieux1 si on entend par l que le sentiment religieux soit du sentiment moral dvelopp 7ou du sentiment de la nature volu71 comme ,secrtan assurait que la volont est la source de l'intelligence3 laissons ces spculations aux dialecticiens1 et tenons-nous-en aux observations de psychologie4 #af ,l',irrligion de l'avenir4 #ag ,la psychologie des sentiments4 #ah ,art4 ,religion dans la ,grande ,encyclopdie4 #ai ,de la psychologie des religions4 #bj ,c'est ce que reconnaissent1 au moins en partie1 des thologiens tels que ,jalaguier1 ,gretillat1 ,paul ,chapuis1 ,rade4--,voyez1 par exemple1 ces lignes de ,jalaguier3 ,n'oublions pas que l'ide du bien et du mal1 du juste et de l'injuste est une des donnes primitives de la raison et du cur2 on conoit ds lors qu'elle se maintienne l mme o l'ide du monde invisible s'est obscurcie ou teinte4 ,aussi voyons-nous dans les temps anciens des morales sans religion chez plusieurs philosophes 7picuriens71 comme chez les peuples des religions sans morale 7,paganisme74 ,et dans les temps modernes1 certains disciples de ,kant ont t jusqu' exclure la pense de ,dieu de la pratique du bien1 pour que la vertu reste pure1 selon la notion qu'ils s'en forment4 7,introduction la dogmatique1 p4 #ab-ac474--,voyez ces lignes de ,gretillat3 ,les deux termes morale et religion1 qui s'appellent1 ne se couvrent pas l'un l'autre2 ils se rapportent deux activits de l'me humaine1 distinctes1 mais indispensables l'une l'autre2 indispensables l'une l'autre1 mais distinctes444 ,la distinction de la morale et de la religion doit tre cherche dans leur objet444 qui est idal pour la morale et personnel pour la religion444 ,devant celui qui prtendrait les confondre1 nous invoquerions l'usage des langues les plus cultives de l'humanit qui1 en maintenant depuis des sicles et des milliers d'annes la dualit des deux termes1 suppose la distinction des deux choses signifies4 7,morale chrtienne1 t4 #a1 p4 #bfi1 #bgb-bgc47--,voyez ces lignes de ,paul ,chapuis3 ,nous reconnaissons que dans l'histoire les deux forces 7morale et religion7 sont deux lignes qui tour tour se distinguent1 se touchent ou s'loignent jusqu' ce que dans l'uvre du ,christ elles se pntrent et s'identifient4 7,revue de ,lausanne1 #ahig1 p4 #dbj-dba47--;,enfin1 voyez ces lignes de ,rade1 dans une tude sur le christianisme et la religion morale3 ,la ,religion et la ,morale sont certainement des choses foncirement diffrentes 7gewiss sind ,religion und ,moral grundverschiedene ,dinge71 mais c'est prcisment le trait distinctif du christianisme du ,christ1 qu'en lui elles sont indissolublement unes4 7,christliche ,welt1 n #dj1 #a;er octobre #ahif47 ,au fait1 qu'est-ce donc que le sentiment moral1 sinon un sentiment rattach une loi1 une ide qui fait partie intgrante et profonde de notre nature8 ,et qu'est-ce donc que le sentiment religieux1 sinon un sentiment rattach un tre qui est distinct de nous1 que nous situons comme un moi spcifique hors de notre moi8 ,sans aucun doute1 lorsque la foi en la divinit s'est prcise et approfondie de manire devenir la foi en un ,dieu unique et crateur1 on ne peut pas ne pas aboutir relier d'une faon ou d'une autre la loi morale ,dieu4 ,kant lui-mme ne s'y est pas oppos4 ,si le sentiment religieux est en soi parfaitement distinct du sentiment moral1 il est tout naturel1 et non seulement permis1 mais indispensable de mettre la loi morale ainsi d'ailleurs que toutes les autres lois rationnelles en relation avec la personne divine cratrice4 ,et donc il est lgitime de dire que si l'motion morale peut subsister chez des tres anormaux qui n'ont jamais eu ou qui ont compltement perdu l'motion religieuse1 cependant chez un homme profondment religieux l'motion morale tend se combiner1 s'unir troitement444 s'identifier mme1 si l'on veut1 avec l'motion religieuse2 mais en ce sens seulement qu'elle en devient une partie1 non pas dans ce sens qu'elle en exprime jamais la totalit4 ,la loi morale rgit nos rapports supra-sociaux avec ,dieu1 comme elle rgit nos rapports sociaux avec nos semblables4 ,et l'on a beau rattacher cette loi morale ,dieu3 il reste toujours qu'elle n'puise pas les rapports religieux4 ,dans un sens1 elle en fait partie2 dans un autre sens1 elle les suppose pour les rgler4 ,mais1 nous objectera-t-on1 votre critique suppose une conception de la loi morale qui n'est justement pas celle de ,csar ,malan et de ses adeptes4 ,pour eux1 le sentiment moral est antrieur toute ide morale1 indpendant de tout lment rationnel4--,il est extrmement contestable1 rpliquerai-je1 que1 d'un simple et pur sentiment1 mme en y ajoutant la rflexion et le souvenir1 mme en y introduisant l'abstraction1 on puisse1 suivant l'expression de ,pascal1 faire russir une rgle1 une rgle du sentiment lui-mme comme de l'tre tout entier1 une rgle universelle1 une rgle absolue4 ,n'est-ce pas l manifestement le rle de la raison8 ,et l'empirisme moral qui pense faire sortir du sentiment pur la loi universelle du sentiment n'est-il pas vou un chec aussi certain que l'empirisme de ,hume et de ,stuart ,mill qui a prtendu faire sortir de la sensation les lois universelles de la sensation8 ,au reste1 peu importe ici1 ce n'est pas seulement dans notre conception rationnelle de la loi morale qu'il est impossible d'identifier absolument le sentiment moral et le sentiment religieux4 ,c'est aussi dans la conception elle-mme de ,csar ,malan et de ses disciples4 ,ils conoivent ,dieu comme un tre ,absolu que son absoluit condamne ne pouvoir agir autrement que d'une manire absolue4 ,c'est pour cela1 nous disent-ils1 que ,dieu ne peut pas agir sur la partie consciente de l'homme1 parce que1 s'il agissait sur cette partie consciente1 son action absolue dterminerait absolument la crature relative et lui terait toute indpendance4 ,dieu prend un dtour4 ,il exerce son action absolue sur la partie subconsciente de notre tre4 ,et il parat--par un mystre que je ne me charge pas d'expliquer1 ne l'ayant jamais bien compris--que l'tre absolument dtermin dans sa partie subconsciente1 quand il prend conscience de soi1 prend conscience de soi non pas comme absolument dtermin et ncessit--ce qui serait pourtant naturel--mais comme libre et oblig4 ,n'insistons pas sur la difficult de cette gense#ba4 ,retenons-en la conception qui s'y rvle du caractre inluctable de l'action divine1 de toute action divine4 ,l'action divine est conue comme ne pouvant pas ne pas tre absolue1 gnrale1 constante1 uniforme1 immuable4 ,elle ne connat ni nuances1 ni modifications1 ni souplesse4 ,elle se rduit une action toute semblable celle des forces de la nature3 le rapprochement est si irrsistible qu'il est plus qu'indiqu1 pris1 repris et amplifi dans l'intressant ouvrage de ,m4 ,fulliquet4 ,mais restreindre et limiter ainsi l'action divine1 cela ne revient-il presque pas supprimer l'action divine pour l'homme religieux8 ,il ne suffit pas de dire que l'obligation mane d'un ,dieu personnel4 ,a-t-on satisfait les exigences de la pit quand on lui donne un ,dieu personnel sans doute1 mais un ,dieu qui ne fait rien personnellement8 ,saisie dans la simplicit pure et nue de son essence1 l'obligation ne manifeste pas plus la libert divine que les lois de la nature qui proviennent1 elles aussi1 d'un ,dieu personnel4 ,l'homme religieux a besoin d'un ,dieu auquel il puisse parler et qui lui parle lui-mme1 d'un ,dieu vivant et qui ait le sens de la vie1 d'un ,dieu capable de connatre personnellement sa crature1 d'entrer dans le dtail de son existence1 de recevoir les confidences de son cur1 enfin d'agir spcialement et variablement en elle et pour elle4 ,tout cela dpasse et dborde de tous cts les cadres rigides et froids de la pure et simple obligation4 ,qui dit religion1 dit autre chose et plus qu'obligation1 il dit surnaturel moral4 #ba ,nous ne contestons nullement l'existence du subconscient1 pourvu qu'on s'abstienne d'y voir une sorte d'entit spare par je ne sais quel foss mystrieux de l'entit conscient2 toutes les puissances et fonctions de notre tre sont susceptibles de passer du subconscient au conscient1 et vice versa1 par une chelle indfinie de degrs qui va de la pleine conscience au nant et du nant la pleine conscience travers une srie de dgradations ou d'accroissements4--,nous ne contestons pas davantage l'action de ,dieu sur les phnomnes subconscients de notre tre3 ce qui provoque nos doutes et nos objections1 c'est l'explication qu'on en donne1 les conclusions qu'on en tire1 la thorie dont on l'enveloppe4 ,et notre conclusion demeure la mme1 si1 abandonnant la position particulire de ,csar ,malan et de ses disciples1 et leur thorie de l'action de ,dieu sur le subconscient1 nous nous plaons simplement au point de vue de ceux qui1 sans raffiner ni subtiliser leur thse1 expliquent tout uniment l'obligation par la volont de ,dieu1 ou encore se bornent dire3 ,l'obligation1 c'est ,dieu en nous444 ,nous n'avons pas affaire ici prcisment la dfinition de l'obligation 7qui demeure pour nous une catgorie de la raison71 mais la dfinition du sentiment religieux4 ,eh bien6 de quelque faon qu'on l'entende et l'explique1 elle seule1 l'obligation n'est pas un don de force4 ,elle dit3 fais ce que tu crois tre bien1 elle ne communique pas l'nergie pour l'accomplir4 ,elle fait sentir le besoin de la grce1 elle ne constitue pas la grce4 ,a elle seule1 la religion de l'obligation choue faire droit ce qui est l'me mme de la pit1 la prire et la foi en l'exaucement4 ,la prire apporte ,dieu les demandes multiples et varies de sa crature et rapporte la crature les bienfaits infiniment divers de son ,dieu4 ,vous ne rduirez jamais l'exaucement divin de la prire l'action uniforme1 immuable et absolue de ,dieu dans l'obligation4 ,aussi bien l'exemple de ,jsus lui-mme montre jusqu' l'vidence que le sentiment religieux normal ne se rduit pas au sentiment de l'obligation4 ,relisez les vangiles1 et osez dire qu'il n'y a pas entre ,jsus et ,dieu des relations surnaturelles incessantes1 des prires et des exaucements1 des demandes et des rponses1 un dialogue perptuel enfin dans lequel ,dieu se montre non pas en vrit comme l'tre ,absolu esclave de son absoluit1 mais comme le ,pre cleste dont la tendresse possde le don adorable de suivre en s'y adaptant toutes les sinuosits et toutes les palpitations de la vie chez son ,fils bien-aim1 et qui entretient un commerce de douce et fconde libert avec ,celui en qui il a mis toute son affection4 99 99 99 99 99 ,si le sentiment religieux ne se ramne pas au sentiment moral1 le sentiment social n'en serait-il pas la ralit profonde1 l'lment permanent enfin dgag des superftations et superstitions qui en ont altr la pure essence8 ,tel est bien l'aboutissement dernier d',auguste ,comte avec sa religion de l'humanit2 tel est aussi1 avec des diffrences1 le point de vue des socits pour la culture morale d',amrique1 d',angleterre1 d',allemagne4 ,dans l',anne sociologique de #ahii1 ,m4 ,durkheim a expos une conception voisine4 ,les phnomnes religieux consistent1 d'aprs lui1 en croyances et en pratiques obligatoires4 ,or tout ce qui est obligatoire est d'origine sociale4 ,car une obligation implique un commandement1 par consquent une autorit qui commande4 ,et si l'on s'interdit1 comme on le doit1 de dpasser le domaine de l'exprience1 le seul tre pensant qui soit plus grand que l'homme1 c'est la socit4 ,c'est donc elle qui prescrit au fidle les dogmes qu'il doit croire et les rites qu'il doit observer4 ,si c'est dans la conscience individuelle que les phnomnes religieux se passent1 ils n'en sont pas moins des faits d'origine1 non pas individuelle1 mais sociale4 ,l'organisme et la conscience de l'individu ne donnent ces phnomnes que leur ton sentimental3 les notions et croyances1 les directions gnrales sont fournies par le milieu social4 ,m4 ,durkheim avoue bien que le nom de religieuses peut s'appliquer des croyances et des pratiques qui sont en partie le fruit de spontanits individuelles4 ,mais il ajoute immdiatement que les croyances et les pratiques individuelles ont toujours t peu de chose ct des croyances et des pratiques collectives2 et que s'il y a entre ces deux sortes de religions un rapport de filiation1 comme il est vraisemblable a priori1 c'est videmment la foi individuelle et prive qui est drive de la foi sociale et publique4 ,l'auteur de cette dfinition des phnomnes religieux ne la donne que pour une dfinition purement formelle et se dfend de prtendre expliquer l'essence mme de la chose dfinie4 ,on comprend toutefois que la socit1 en prescrivant des croyances et des pratiques l'individu1 ne saurait se proposer d'autres objets que des objets d'intrt gnral1 suivant l'expression de ,m4 ,durkheim4 ,elle ne saurait avoir d'autre but qu'elle-mme4 ,non seulement la forme1 mais l'essence du phnomne religieux doit tre sociale4 ,et1 au fait1 ,m4 ,durkheim1 dmarquant son insu peut-tre l'une des dfinitions du sentiment religieux proposes par ,schleiermacher1 crit3 ,l'tat de perptuelle dpendance o nous sommes vis--vis de la socit nous inspire pour elle un sentiment de respect religieux4 ,la socit est substitue ,dieu non seulement comme origine1 mais comme objet du sentiment religieux4 ,et nous voil revenus la religion de l'humanit d',auguste ,comte4 ,la thorie de ,m4 ,durkheim a t fort bien critique par ,,mm4 ,pillon#bb et ,marillier#bc4 ,comme ces deux penseurs l'ont suprieurement tabli1 l'histoire nous rvle l'initiative d'une conscience individuelle et l'action de cette conscience sur les autres l'origine de toute nouvelle religion2 elle nous montre que les sentiments et les croyances en matires religieuses sont descendus de certains initiateurs dans les masses1 et non pas entrs dans les esprits de ces initiateurs par la voie de la tradition ou par la force et l'autorit des penses communes4 ,les prophtes1 les aptres1 les ,rformateurs sont des crateurs sociaux bien plus que des produits sociaux4 ,l'humanit doit se reconnatre dpendante de l'individu en religion1 et la religion est individualiste et non point sociale en ses grandes sources4 ,on ne saurait srieusement contester l'originalit de la religion dans les mes individuelles et la transmission des sentiments et des ides de ceux qui les ont de source intrieure propre ceux qui ont l'aptitude les recevoir d'autrui4 ,en d'autres termes1 l'invention et l'imitation1 ces deux lois qui1 d'aprs ,m4 ,tarde1 rgissent la socit1 s'appliquent l'une et l'autre ici1 sous forme d'inspiration et d'imitation4 ,toutes deux supposent une nature religieuse en l'homme4 ,pour ses tendances religieuses instinctives une haute conscience individuelle trouve une certaine satisfaction2 elle dgage de son exprience certains jugements gnraux4 ,ces sentiments et ces penses sont accueillis par les autres consciences4 ,et alors commence la tradition4 #bb ,anne philosophique de #ahii1 p4 #beg4 #bc ,art4 ,religion dans la ,grande ,encyclopdie4 ,c'est cette tradition qui explique et produit le caractre obligatoire de telles croyances et de telles pratiques4 ,il faut en effet en chercher la cause premire non dans la socit et dans la pression qu'elle exerce sur ses membres1 mais dans la constitution mentale de l'individu qui contient en soi la forme rationnelle de l'obligation1 dans l'impulsion primordiale de l'individu appliquer constamment cette forme1 dans sa tendance inne l'approbation et au blme4 ,de ces diverses donnes primitives naissent1 lorsque le sentiment religieux a surgi dans une me avec son cortge de croyances et de pratiques1 des jugements spontans sur la valeur de ces croyances et de ces pratiques1 des maximes impratives que l'individu s'applique soi-mme et applique bientt aux autres4 ,d'individuels1 ces jugements et ces impratifs deviennent communs aux membres du mme groupe1 en vertu de la suggestion qu'ils exercent les uns sur les autres2 ils se transforment en jugements et en impratifs sociaux1 et ainsi l'autorit sociale1 la pression sociale en matire religieuse est non le principe1 mais le produit et le rsultat des consciences religieuses individuelles4 ,elle apparat au cours de l'volution des dogmes et des rites1 elle n'est pas l'origine de cette volution4 ,toute religion est individuelle en son essence l'origine4 ,on voit l'erreur que commettent les sociologues en s'imaginant que1 pour avoir isol l'lment social1 ils ont dgag du coup le sentiment religieux dans son origine et son essence4 ,m4 ,murisier a montr que le sentiment religieux normal et complet contient des sentiments individuels et des sentiments sociaux4 ,et en effet il y a un sentiment religieux proprement individuel qui consiste dans les relations entre l'individu humain et ,dieu et trouve dans le mysticisme son authentique expression4 ,et il y a un sentiment religieux proprement social qui consiste dans les relations de l'individu avec ses semblables par ,dieu et en ,dieu1 suivant un double rythme3 de ,dieu l'humanit1 de l'humanit ,dieu4 ,certains sentiments sociaux font donc bien partie du sentiment religieux intgral2 mais j'ose dire qu'ils n'en constituent pas la partie la plus essentielle et la plus profonde4 ,les relations immdiates de toutes les mes individuelles avec ,dieu ne peuvent pas ne pas devenir1 mais aussi elles doivent demeurer le fondement des relations religieuses sociales entre ces mes individuelles elles-mmes4 ,il y a une certaine analogie entre cette dfinition du sentiment religieux par le sentiment social et la dfinition prcdemment critique du sentiment religieux par le sentiment moral4 ,ceux qui dfinissent le sentiment religieux par le sentiment moral isolent une partie du sentiment religieux parvenu l'apoge de son dveloppement et prennent la partie pour le tout2 sous prtexte que le sentiment religieux actuel attire et absorbe en soi le sentiment moral1 ils voudraient que le sentiment moral attire et absorbe en soi le sentiment religieux1 et ils ne s'aperoivent pas qu' l'origine le sentiment moral et le sentiment religieux taient distincts et que le sentiment religieux actuel contient en soi beaucoup plus que le sentiment moral4 ,de mme ceux qui dfinissent le sentiment religieux par le sentiment social isolent une partie du sentiment religieux actuel parvenu l'apoge de son dveloppement1 et prennent la partie pour le tout2 sous prtexte que le sentiment religieux dvelopp attire et absorbe en soi le sentiment social1 ils voudraient que le sentiment social attire et absorbe en soi le sentiment religieux1 et ils ne s'aperoivent pas qu' l'origine le sentiment religieux a t individuel avant d'tre social1 et que le sentiment religieux complet contient en soi1 ct et au-dessus comme au-dessous des sentiments sociaux1 les sentiments individuels4 99 99 99 99 99 ,quels sont ces sentiments individuels8 ,avant mme d'avoir pos directement la question1 par toutes nos observations prcdentes nous avons dj rpondu4 ,ces sentiments individuels sont eux-mmes en un sens d'espce sociale4 ,ils diffrent des sentiments sociaux par l'objet 7,dieu--la socit71 non par la nature psychologique4 ,et la vritable conception du sentiment religieux n'est autre que celle qui ressort des dfinitions dues ces penseurs pourtant si divers qui ont nom ,goblet d',alviella#bd1 ,guyau#be1 ,secrtan#bf1 ,rville#bg1 ,tarde#bh1 ,marillier#bi1 ,murisier#cj4 ,qu'on relise ces dfinitions diffrentes1 qu'on les claire les unes par les autres1 qu'on en dgage l'lment commun1 on arrivera cette conclusion que pour ces penseurs1 comme pour nous1 l'motion religieuse est un sentiment analogue au sentiment qui se dploie dans les relations rciproques des personnes humaines1 mais un sentiment relatif des personnes surhumaines1 donc un sentiment supra-social qui se dploie dans les rapports des diverses personnes humaines avec la divinit1 conue comme multiple ou unique4 ,deux traits galement indispensables caractrisent le ,dieu objet du sentiment religieux concret1 historique3 #a la puissance en vertu de laquelle il est le principe de notre tre1 ou tout au moins le souverain du monde1 ou tout au moins notre suprieur2 #b l'analogie de cet tre puissant avec l'individu humain1 analogie en vertu de laquelle il est notre semblable4 #bd ,par religion1 j'entends la faon dont l'homme ralise ses rapports avec les puissances surhumaines et mystrieuses dont il croit dpendre4 #be ,l'ide d'un lien de socit entre l'homme et des puissances suprieures1 mais plus ou moins semblables lui1 est prcisment ce qui fait l'unit de toutes les conceptions religieuses444 ,cette sociabilit est le fond durable du sentiment religieux444 ,le lien religieux a t conu ex analogia societatis human444 ,la religion est un sociomorphisme universel4 #bf ,la religion1 tout en impliquant certaines ides1 est essentiellement une affaire pratique1 qui consiste dans un effort1 tantt plus individuel1 tantt plus collectif1 de l'homme pour se rattacher intimement au principe de son tre tel qu'il le conoit1 et mme sans qu'il s'en forme ncessairement une ide bien distincte4 #bg ,la religion est la dtermination de la vie humaine par le sentiment d'un lien unissant l'esprit humain l'esprit mystrieux dont il reconnat la domination sur le monde et sur lui-mme et auquel il aime se sentir uni4 #bh ,c'est ncessairement son image1 ds le principe1 mais son image psychologique et non corporelle1 que le sauvage conoit ses dieux4 ,il leur prte non ses formes1 mais ses passions1 ses colres1 ses ides4 ,ce psychomorphisme initial est l'lment permanent de la conception divine4 #bi ,l'affirmation de la possibilit pour l'homme d'entrer en relation avec des tres surhumains dont la puissance dpasse la sienne et dont l'action se fait ou peut se faire sentir dans la direction de sa propre vie et suscite tous les vnements de la nature se retrouve dans toutes les religions1 sauf en certains types aberrants1 comme le bouddhisme primitif1 et encore faut-il dire que mme ici la conception courante est remplace par des conceptions connexes et trs analogues444 ,la religion1 nos yeux1 est l'ensemble des tats affectifs suscits dans l'esprit de l'homme par l'obscure conscience de la prsence en lui et autour de lui de ,puissances1 la fois suprieures et analogues lui1 avec lesquelles il peut entrer en relation1 des reprsentations engendres par ces sentiments et qui leur fournissent des objets dfinis1 et des actes rituels auxquels il est provoqu par l'action combine de ces motions et de ces croyances4 #cj ,l'attachement de l'tre humain une personne investie d'une autorit souveraine donne naissance des affections qui varient selon le temprament1 le caractre1 le sexe1 l'ge444 ,cette dfinition a sans doute t conteste4 ,m4 ,durkheim soutient que la notion de la divinit1 loin d'tre ce qu'il y a de fondamental dans la vie religieuse1 n'en est1 en ralit1 qu'un pisode secondaire4 ,et pour appuyer cette assertion1 plus que paradoxale1 il allgue qu'il y a des religions d'o toute ide de ,dieu est absente1 et il invoque le bouddhisme4 ,mais les citations mmes qu'il emprunte au livre de ,m4 ,oldenberg#ca tendent tablir que le bouddhisme athe est une spculation mtaphysique provoque par une dissolution progressive des religions antrieures4 ,et n'oublions pas que cette spculation mtaphysique abstraite n'a pu1 telle quelle1 se maintenir2 elle ne s'est popularise que grce la rintroduction fortes doses de l'lment divin1 si bien que1 par une remarquable ironie des choses1 les disciples du ,bouddha athe ont divinis le ,bouddha4 ,ne nous laissons donc pas intimider par le bouddhisme primitif1 simple pisode de mtaphysique panthiste ou athe entre deux priodes de religion4 #ca ,que l'on pse ces expressions de ,m4 ,oldenberg3 ,quand le ,bouddha s'engage dans cette grande entreprise d'imaginer un monde de salut o l'homme se sauve lui-mme et de crer une religion sans ,dieu1 la spculation brahmanique a dj prpar le terrain pour cette tentative4 ,la notion de la divinit a recul pas pas1 les figures des anciens dieux s'effacent plissantes1 le ,brahma trne dans son ternelle quitude1 trs haut au-dessus du monde terrestre1 et1 en dehors de lui1 il ne reste plus qu'une seule personne prendre une part active la grande uvre de la dlivrance3 c'est l'homme4 ,qu'est-ce dire1 sinon que l'athisme du ,bouddha est le fruit amer et dessch de la spculation1 mri au sein d'une dcomposition de la foi religieuse8 ,nulle part1 l'humanit ne dbute en religion par le panthisme ni1 plus forte raison1 par l'athisme4 ,ce que nous trouvons l'origine1 dans l'humanit dj spare de son ,crateur par la chute1 et peu peu oublieuse du ,dieu unique1 c'est la croyance en des dieux personnels multiples1 quelle que soit d'ailleurs la faon dont ces dieux sont conus et imagins4 ,mais de cet tat infrieur1 le sentiment et la pense de l'homme tendent sortir en faisant droit au besoin d'unit si profondment enracin par le ,dieu un dans notre nature4 ,seulement cette unit peut tre atteinte par deux procds contraires4 ,le premier consiste s'lever de la notion des personnes divines multiples la notion d'une seule personne divine1 d'autant plus grande et plus forte1 et d'autant plus personnelle1 qu'elle est mieux conue comme unique4 ,l'objet du sentiment religieux et le sentiment religieux lui-mme se dveloppent et se purifient3 c'est le monothisme4--,l'autre procd consiste1 pour liminer la pluralit des personnes1 liminer peu peu l'ide mme de personnalit1 et retirer ,dieu d'abord les qualits morales1 puis l'intelligence1 jusqu' ce qu'il ne reste plus que la force brute et bientt qu'une substance de plus en plus vague et amorphe1 un je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans aucune langue3 c'est la dgradation1 l'extinction progressive de la religion1 qui traverse le panthisme pour s'vanouir enfin dans l'athisme dclar4 ,il suit de l que le panthisme ne constitue pas ct du monothisme une des deux grandes divisions parallles dans lesquelles se serait engag le sentiment religieux4 ,le panthisme se classe sur la mme ligne que le monothisme1 mais en bas1 tandis que le monothisme se classe en haut4 ,et quand on prend en considration le fait que nulle part1 sauf dans la religion hbraque et chrtienne1 l'homme n'a rellement russi se hausser jusqu'au vritable monothisme1 quand on se rend compte que le christianisme n'est pas autre chose aprs tout que le monothisme lui-mme1 lev la perfection par le messianisme spirituel de ,jsus1 on ne peut pas s'empcher de conclure que la psychologie religieuse nous apprend voir1 dans l'histoire des religions envisage en son ensemble1 une admirable preuve apologtique en faveur de l'vangile du ,christ4 ,nulle part en effet la personnalit spirituelle du ,dieu unique et crateur n'a t plus clairement et plus fortement affirme et sentie que dans la religion des prophtes1 du ,christ et de ses aptres4 ,et je demanderai ici la confirmation de ma thse non pas un thologien ou un philosophe de profession1 qui pourrait tre aisment suspect1 mais un crivain religieux qui sans proccupation d'cole n'a eu pour but que de donner libre essor et franche expression aux sentiments dont vivait son cur3 ,homme1 le ,dieu que tu cherches1 a crit ,christophe ,dieterlen1 c'est le ,dieu de la ,bible3 un ,dieu homme1 un ,dieu pre1 frre1 un ,dieu qui sent comme nous1 qui est prs de ceux qui l'invoquent4 ,ce qui nous touche le touche2 dans toutes nos dtresses1 il est en dtresse#cb444 ,la rvlation capitale1 la clef de toutes les autres1 c'est la premire mention que ,dieu fait de l'homme3 ,faisons l'homme notre image1 selon notre ressemblance4 ,d'aprs cette parole1 il y a lien de parent intime entre ,dieu et l'homme4 ,donc1 pour comprendre ,dieu1 l'homme devra s'tudier lui-mme1 et plus il approchera de ,dieu1 mieux il se connatra2 car si l'homme est la ressemblance de ,dieu1 celui-ci a caractre humain1 et si ,dieu a cr l'homme son image1 c'est que celui-ci a nature divine#cc444 ,dieu et l'homme sont deux semblables qui se sont perdus et qui se recherchent#cd444 ,les ,pres ont entrevu par la foi l'humanit de ,dieu et ont trait avec lui d'homme homme4 ,c'est ainsi qu',abraham plaide pour ,sodome#ce444 ,pour traiter alliance avec ,abraham1 ,dieu se manifeste lui comme son semblable#cf444 ,le pcheur a besoin d'avoir ,dieu tout prs et par intuition1 il le comprend tel qu'il se manifeste ,abraham3 une personnalit humaine4 ,abraham qui attendait le salut1 n'est point tonn par son apparition1 et lui parle comme un homme parle un autre homme#cg444 ,lorsque avec les sentiments humains d',abraham nous ferons appel aux sentiments humains de ,dieu1 nous serons en bndiction comme ,abraham#ch444 ,le besoin d'un ,dieu humain est si inn l'homme que1 l'humanit de ,dieu ayant t voile1 quelques-uns se sont adresss dans leurs prires des mdiateurs humains444 ,marie et les saints6 ,pauvres mes1 si vous saviez que la perfection de ,dieu consiste dans le sentiment parfait de toutes nos peines#ci444 ,l'homme cr l'image de ,dieu1 qui est amour1 a le sentiment que l'amour est son vritable lment1 que comme la religion de ,dieu notre gard est un battement de cur1 une motion d'entrailles1 notre religion doit tre avant tout un battement de cur1 une motion d'entrailles pour ,dieu et pour le prochain#dj444 ,la foi tend mettre le sentiment humain l'unisson avec le sentiment divin#da444 #cb ,de la prire1 p4 #ai4 #cc tude sur la religion de la ,bible1 p4 #g4 #cd ,ibid41 p4 #ac4 #ce ,de la prire1 p4 #ba-bb4 #cf tude sur la religion de la ,bible1 p4 #bc4 #cg ,ibid41 p4 #bc-bd4 #ch ,de la prire1 p4 #bc4 #ci ,de la prire1 p4 #bc-bd4 #dj ,la religion pure et sans tache1 p4 #f4--;,il est peine besoin de dire que ,christophe ,dieterlen n'entendait pas ces dclarations au sens o les entendraient ,w4 ,james1 ,lange1 ,ribot4 #da tude sur la religion de la ,bible1 p4 #ca4 ,voil jusqu' quel point un chrtien dgag de tous les scrupules de vaine mtaphysique1 ose ouvertement1 la divinit de ,dieu1 joindre ce qu'il a si bien appel l'humanit de ,dieu6 ,voil jusqu' quel point1 foulant aux pieds tous les prjugs et toutes les pudeurs scolastiques1 la religion de l'homme pour ,dieu1 il ose joindre hardiment la religion de ,dieu l'gard de l'homme6 ,et o donc1 dans toute l'histoire de notre race1 l'humanit de ,dieu apparat-elle avec plus de force1 faisant vibrer ce qu'il y a de plus intime et de plus profond dans les motions de notre me1 qu'en ,jsus-,christ ,fils de l'homme et ,fils de ,dieu1 en ,jsus-,christ1 l'homme parfait qui a pu dire3 ,celui qui m'a vu1 a vu le ,pre8 ,o donc dans toute l'histoire de notre race1 la religion de ,dieu l'gard de l'homme se marque-t-elle en des traits plus touchants que dans cet vangile o notre cur frmissant contemple et adore un ,dieu qui donne au monde1 un ,dieu qui sacrifie l'homme son ,fils bien-aim1 un ,dieu qui prie1 qui supplie l'homme d'agrer ce sacrifice et de se rconcilier avec lui6 ,voil le ,dieu amour qui provoque l'amour6 ,voil le ,dieu qu'il faut au vrai sentiment religieux6 ,un tel ,dieu--laissez-moi enfin le proclamer--un tel ,dieu est trop humain pour avoir t invent par l'homme6 ,et je conclus3 dire que nulle part la personnalit de ,dieu n'a t plus profondment sentie que dans le christianisme1 c'est dire qu'aucune autre religion n'a t plus religieuse que le christianisme1 c'est dire en vrit que le christianisme est la religion par excellence1 la religion parfaite1 et dire que le christianisme est la religion parfaite1 c'est dire que ,dieu existe1 que l'vangile vient de ,dieu1 et que ,jsus est bien le chemin1 la vrit et la vie#db4 #db ,est-il besoin de dire qu'il s'agit ici d'une induction1 non d'un syllogisme8 ,on trouvera des infrences de ce genre dveloppes dans les ouvrages de l',amricain ,fiske4 ,,ii ,le sentiment religieux est un sentiment qui se dploie dans des relations personnelles entre l'homme et une divinit conue comme personnelle4 ,mais de mme que la vie sociale ne se rduit pas au sentiment social1 de mme aussi la religion ne se rduit pas au sentiment religieux4 ,dans des relations vivantes de personne personne1 c'est la personne tout entire qui se trouve et ne peut pas ne pas se trouver engage4 ,or1 au point de vue psychologique1 dans la constitution de l'tre humain1 le sentiment n'est pas tout3 la volont1 l'intelligence s'y montrent aussi intgrs4 ,est-il besoin de protester que nous n'avons aucune superstition pour le chiffre #c et que nous tenons pour bien et dument enterre la vieille thorie classique des facults spares1 des entits chres la philosophie cossaise et la philosophie clectique8 ,il est plus ncessaire de repousser toutes les tentatives faites pour rduire un de ces termes l'autre1 de nous refuser comme ,m4 ,ribot voir dans les tats affectifs des tats secondaires1 drivs1 superficiels1 de l'intelligence confuse1 de rsister aux efforts dialectiques de ,secrtan pour faire sortir l'intelligence de la volont par un retour2 une rduplication sur soi-mme3 la mthode psychologique ne sanctionne pas ces subtiles transformations mtaphysiques4 ,autre chose est le sentir1 autre chose le vouloir1 autre chose le penser4 ,mais alors se posent deux questions3 #a ,quels sont les rapports du sentiment religieux avec l'intelligence8 #b ,quels sont les rapports du sentiment religieux avec la volont8 ,forc de nous restreindre1 nous bornerons notre tude la religion parfaite1 le christianisme4 ,envisageons d'abord le premier problme3 ,quelles sont dans la vie chrtienne les relations du sentiment avec l'intelligence8 99 99 99 99 99 ,en ralit1 le mot intelligence recouvre d'une mme tiquette deux lments d'une trs ingale valeur3 la raison d'une part1 et de l'autre1 l'intelligence proprement dite4 ,cette distinction1 que les empiristes purs refusent ou ngligent de faire1 s'impose3 sans elle il est impossible de rendre justice la ralit des choses psychologiques4 ,la raison est l'ensemble des lois qui sont la condition mme de l'exprience1 et lui prexistent logiquement1 quoiqu'elles ne passent de la puissance l'acte et ne se ralisent au concret que par1 dans et avec l'exprience4 ,c'est donc l'ensemble des lois et principes qui sont la condition mme de la vie sensible3 sensation et perception1 de la vie affective3 sentiments et motions1 de la vie morale3 volont et pratique du bien1 et enfin de la vie sociale et de la vie religieuse4 ,ces lois et principes rationnels1 au nombre desquels doit tre inscrite la loi morale1 sont inns1 donns dans notre constitution4 ,dans un sens1 c'est la raison qui a la primaut1 puisque c'est elle qui promulgue la loi laquelle la vie affective doit se soumettre2 dans un autre sens1 pourtant1 c'est la vie affective que cette primaut revient1 car la vie affective1 c'est l'tre1 tandis que la loi morale est une rgle abstraite qui n'existe que par et pour l'tre concret2 la rgle suppose quelque chose rgler1 elle se rapporte aux dsirs1 aux inclinations1 aux tendances1 et n'aurait plus d'objet si on supprimait le sentiment4 ,la vie affective1 c'est ce que l'individu est en fait2 la loi morale1 c'est ce que la vie affective doit tre4 99 99 99 99 99 ,tandis que la raison est la facult des lois1 l'intelligence proprement dite est la facult des ides4 ,laissant de ct la question difficile des origines#dc1 on peut dire que1 dans la vie chrtienne actuelle1 l'ide est sans aucun doute troitement mle au sentiment religieux1 comme elle l'est au sentiment social1 et qu'en sus de cette alliance indissoluble de simultanit1 il y a des relations rciproques et inverses de succession1 et plus que de succession1 de causalit4 motion et ide se dveloppent intrieurement l'une l'autre dans une incessante raction mutuelle1 et1 normalement1 chacune des deux s'enrichit de tout ce qui enrichit l'autre4 #dc ,voici le point de vue auquel1 le cas chant1 on se placerait pour rsoudre cette question3 ,la raison1 comme telle1 ne contient pas ,dieu d'une faon explicite et immdiate4 ,dieu n'est pas rductible une loi1 il est un tre4 ,il suffit la raison pour sa gloire de contenir des principes indispensables l'aide desquels l'homme pourra s'lever ,dieu par son intelligence et qui permettront la vie religieuse de natre et de fonctionner4--,d'une manire gnrale1 tout exercice de l'intelligence rclame une exprience pralable2 l'intelligence ne peut travailler que sur des donnes qu'elle labore lorsqu'elles lui ont t fournies par l'exprience4 ,l'intelligence1 dans le domaine religieux1 ne droge pas cette rgle4 ,toutefois1 une seconde distinction ici s'impose4 ,ce que l'intelligence religieuse implique avant elle1 c'est simplement l'exprience sensible1 la premire en date de toutes les expriences2 elle suppose vrai dire non seulement l'exprience sensible1 mais certaines interprtations intellectuelles de ces expriences sensibles4 ,par ses sens1 l'homme primitif subit la pression du milieu extrieur1 il ragit contre ces impressions multiples et confuses1 il leur applique les principes cardinaux de la raison1 il conoit un monde extrieur3 nature et humanit4 ,l'ide religieuse1 sous sa forme lmentaire1 surgit d'une nouvelle application des lois rationnelles de causalit et de finalit ce monde extrieur ainsi conu3 l'individu se rattache1 avec la nature elle-mme et l'humanit1 un tre ou des tres suprieurs1 divins4 ,en effet1 comme l'a proclam saint ,paul1 les perfections invisibles de ,dieu1 sa puissance ternelle et sa divinit1 se voient comme l'il1 depuis la cration du monde1 quand on les considre dans ses ouvrages 7,rom4 ,i1 #bj74 ,l'ide religieuse se complte et s'pure par une nouvelle application de la raison 7lois de moralit7 l'individu1 la socit et ,dieu4--,la premire ide religieuse n'a donc pas suivi chronologiquement le premier sentiment religieux4 ,l'a-t-elle prcd8 ou bien ide et sentiment ont-ils jailli ensemble dans un mme lan de l'tre tout entier8 ,il est difficile de le dcider4 ,une rponse unique n'est peut-tre pas de mise4 ,qui sait si les deux possibilits ne se sont pas ralises toutes deux parmi les divers membres de l'humanit primitive8 ,quoi qu'il en soit1 la premire motion religieuse a ncessairement d envelopper une croyance1 un jugement1 une notion4 ,sans cet lment intellectuel1 la premire motion religieuse n'aurait pas t religieuse4 ,comme dans tous les domaines1 dans le domaine religieux aussi1 le sentiment est la force qui met en branle l'intelligence1 lui donne l'impulsion1 se sert de cet instrument compliqu comme d'un outil1 l'emploie ses fins1 et tend la perfectionner par l'exercice mme qu'il lui impose4 ,comme dans tous les domaines1 dans le domaine religieux aussi1 la science dpend de l'exprience4 ,qui parum sentit1 parum scit1 a dit fort justement tinger1 et la thorie de ,schleiermacher est vraie d'aprs qui la dogmatique travaille sur un objet donn1 la conscience chrtienne1 prise un moment prcis de son dveloppement1 et en traduit les expriences intimes en langage scientifique4 ,la dogmatique n'est qu'un effort pour galer l'intelligence la vie4 ,quelles diffrences doctrinales entre un saint ,augustin et un ,luther1 un ,calvin et un ,spener ou un ,zinzendori1 un ,wesley et un ,whitefield1 un frre morave et un docteur cossais ou genevois6444 ,quelles diffrences mme entre un ,bossuet1 un ,fnelon1 un ,pascal1 un ,vincent de ,paul6 ,bien plus1 quelles diffrences dj entre un saint ,jean1 un saint ,jacques1 un saint ,pierre1 un saint ,paul6 ,ces noms dsignent en vrit presque autant de dogmatiques diverses4 ,il est incontestable que1 pour une bonne part tout au moins1 ces divergences doctrinales sont comme le reflet de divergences plus profondes1 et que la vie affective particulire de chacun de ces grands chrtiens a donn une coloration et une orientation toute spciale leur pense4 ,et qui sont1 dans le domaine de la spculation1 les grands rnovateurs sinon ceux qui ont eu le courage et la puissance de revenir par l'exprience intime la vue directe et au contact immdiat des choses1 aprs s'tre d'abord dgag des attitudes routinires et de l'rudition livresque2 qui1 aprs avoir cherch quand il le fallait dissoudre par la critique l'enveloppe de mots qui recouvrait la vrit1 ont rendu tous les lments de celle-ci leur sens psychologique profond1 ont vivifi leur pense rflchie1 l'ont baigne de ralit1 ont prouv leurs ides au contact de l'tre1 et serrant toujours de plus prs le rel1 ont apport une philosophie et une thologie concrtes1 fruit de la mditation et de la vie8 ,le sentiment prcde ainsi et conditionne la connaissance scientifique4 ,il arrive de mme qu'il prcde et conditionne la connaissance simple et populaire1 sans prtention1 et1 par exemple1 que telle me soit convertie1 sans se douter seulement qu'elle l'est4 ,il y a peut-tre peu de phnomnes psychologiques plus surprenants au premier abord que celui-l1 mais il n'y en a pas de plus authentique4 ,aprs avoir pass toute une matine en prires sur une colline couverte de forts1 tout coup1 sans savoir comment1 ,finney s'aperoit qu'une paix inconnue remplit son me4 ,qu'est-ce que cela8 se dit-il4 ,je n'ai plus le sentiment de mon pch2 j'aurai contrist le ,saint-,esprit par mon importunit4 ,oui1 c'est bien cela4 ,comment un pcheur tel que moi a-t-il eu l'audace de prendre ,dieu au mot8 ,c'tait un acte d'outrecuidance1 un blasphme4 ,j'ai peut-tre commis le pch contre le ,saint-,esprit4 ,incapable de rien comprendre cette absence complte de sentiment du pch1 ,finney cherche le rveiller dans son me4 ,impossible3 ses penses1 malgr qu'il en ait1 se dtournent de lui-mme pour se fixer sur ,dieu avec une douceur inexprimable4 ,un peu plus tard1 ,finney s'explique sa situation3 ,le dogme de la justification par la foi1 dit-il1 m'a t enseign comme une vrit d'exprience444 ,du moment o1 dans le bois1 j'avais cru1 la conscience de condamnation m'avait t te1 et c'tait pour cela que tous mes efforts pour rappeler dans mon me le sentiment du pch avaient t vains#dd4 #dd ,m4 ,frommel a relev un trait analogue dans la conversion de ,nettleton4 ,l aussi il y a un changement effectif des dispositions de son cur1 antcdent la connaissance qu'il en a444 ,la surprise qu'il en prouve1 son effroi d'avoir perdu jusqu' la conviction de son pch1 la manire nave surtout et tout empirique dont il s'assure de la transformation qui1 son insu1 vient de s'oprer en lui1 dmontrent que quelque chose s'est pass au plus intime de son tre1 quoi1 s'il en a fourni les conditions1 sa volont consciente n'a point particip4 7,la ,foi et la ,vie1 #af janvier #aija47 ,si telle est l'influence et la priorit du sentiment sur l'ide1 inversement aussi1 l'intelligence peut agir sur les tendances et les dsirs pour les modifier4 ,chaque ide n'a-t-elle pas comme son timbre motif spcial1 sa rsonnance affective possible8 ,c'est en maintenant certaines ides dans le champ de la conscience1 en voquant certaines images1 qu'on peut modifier la partie affective de son tre4 ,historiquement1 on peut dire que le progrs du sentiment est li celui de l'intelligence2 et que le sentiment1 d'abord en quelque sorte homogne1 vague et confus1 n'acquiert d'individualit1 d'existence diffrencie1 ne se spcialise que grce l'ide et reoit de l'ide ses nuances1 ses teintes dlicates1 ses dveloppements divers4 ,bien plus1 dans l'tat actuel du ,christianisme1 il y a incontestablement des ides qui sont pour l'individu antrieures toute exprience chrtienne de sa part1 et qui1 bien loin de driver de son exprience individuelle1 la conditionnent et la provoquent4 ,jamais1 si on ne lui avait parl d'abord clairement ou obscurment de l'vangile1 un chrtien ne tirerait de son exprience religieuse l'ide de l'existence de ,jsus-,christ1 des prophties ralises en sa personne1 de la mort et de la rsurrection corporelle de l'homme-,dieu4 ,c'est qu'aussi bien1 sans des connaissances de ce genre--nous n'avons nulle intention d'en dresser ici la liste1--sans certaines connaissances dtailles ou fragmentaires1 pures ou mles d'erreur1 peu importe1 l'exprience religieuse elle-mme de cet individu ne se serait jamais produite4 ,cet homme se convertit3 qu'est-ce dire1 sinon que la vrit chrtienne devient pour lui un principe d'unification intime1 pntre et colore peu peu de sa nuance tout le contenu de sa vie8 ,au lieu qu'elle tait jadis en lui strile1 froide et morte1 aujourd'hui il la pratique intrieurement1 et la vrit devient ainsi une habitude de son moi tout entier1 une habitude informatrice qui influe sur chacun de ses actes1 une force qui met en jeu et multiplie toutes ses nergies4 ,dsormais il vit ses ides4 ,et vivre une ide1 c'est la nourrir1 la renouveler sans cesse par l'accession d'autres ides2 c'est la ptrir par la rflexion en vue de lui assurer une efficacit durable1 de la rendre praticable1 de l'adapter la ralit et d'adapter la ralit elle1 c'est mettre en elle toute son me1 c'est voir l'univers entier travers elle1 c'est y verser tous les flots de sa vie intrieure1 c'est y croire sans interruptions ni limites au lieu de lui rserver des moments et des domaines1 c'est la prendre comme levier du progrs spirituel2 vivre une ide1 c'est la convertir en sa propre substance1 l'intgrer son moi1 l'organiser avec l'ensemble de sa vie4 ,qui mesurera la puissance incalculable de l'ide8 ,pour appuyer ma thse1 j'emprunterai mes arguments l'un des psychologues religieux qui paraissent au premier abord lui tre le plus contraires4 ,dans les remarquables articles#de o il raconte et tudie divers cas de conversion1 ,m4 ,frommel nous apprend--je reproduis ses propres expressions--qu'une pense frappa subitement ,nettleton1 une ide le troubla beaucoup et laissa dans son esprit une impression ineffaable444 ,quelque temps aprs1 des paroles de l'criture transpercent son me--je continue de citer--les doctrines vangliques de la souveraine grce et de l'lection divine deviennent pour lui la cause de troubles profonds4 ,ces penses dchiraient son cur4 ,et ,m4 ,frommel conclut sur ,nettleton que les doctrines et les influences intellectuelles du christianisme ne sont pas absentes de sa conversion1 puisqu'il entend des prdications1 lit sa ,bible et des ouvrages de pit4 ,converti1 ,nettleton devient convertisseur4 ,et ,m4 ,frommel dpeint en ces termes la prdication exprimentale de ,nettleton3 ,la doctrine n'tait point absente444 ,arm de la doctrine1 le prdicateur descendait au plus profond des curs#df4 ,enfin1 ,adolphe ,monod1 cit par ,m4 ,frommel1 crit3 ,un jour1 c'tait le #ba juillet #ahbg1 me promenant dans les rues de ,naples1 accabl comme toujours par une mlancolie sans consolations1 je me dis tout d'un coup3 d'autres ont t tristes avant toi1 ils ont trouv la paix dans l'vangile4 ,pourquoi ne l'y trouverais-tu pas8 ,sous l'impression de cette pense1 je rentrai chez moi1 je me jetai genoux1 et je priai comme je n'avais encore pri de ma vie4 ,a partir de ce jour1 une vie intrieure commena pour moi444 et une fois engag dans cette voie1 le ,dieu de ,jsus-,christ auquel je venais d'apprendre me confier1 a fait peu peu le reste4 #de ,la ,foi et la ,vie1 du #a;er janvier au #af avril #aija4 #df ,de mme le gradu d',oxford1 dont ,m4 ,leuba a publi et dont ,m4 ,frommel a traduit l'autobiographie1 ne cache pas le rle important jou dans sa conversion par des textes bibliques1 des paroles444 des ides4 ,il y a donc1 entre l'intelligence et le sentiment1 d'incessantes relations mutuelles4 ,si on nous demande l-dessus3 de ces deux termes1 en est-il un qui doive tre considr comme principal8 ,l'intelligence est-elle le pouvoir rgulateur et souverain auquel il faille tout subordonner8 ,est-elle fonde rclamer qu'on lui reconnaisse une primaut de juridiction parmi les manifestations diverses de la vie consciente8 ,doit-elle gouverner dans l'homme8 ,nous rpondrons sans hsiter3 l'intelligence est une lumire qui nous guide et non une force qui se suffit1 c'est un auxiliaire et non un chef4 ,certes1 c'est un auxiliaire indispensable et une lumire sans laquelle il est invitable de s'garer4 ,il y a erreur et pril dprcier l'intelligence1 prcher un abandon paresseux de la pense claire et matresse de soi pour je ne sais quel rve obscur d'une quivoque mysticit4 ,un gracieux conteur1 ,m4 ,t4 de ,wyzewa1 crivait nagure3 ,si nous devons1 comme nous l'ordonne ,notre ,seigneur ,jsus-,christ1 arracher l'il droit1 couper la main droite1 qui font tomber dans le pch1 nous devons nous efforcer surtout de dtruire en nous l'intelligence1 cette soi-disant facult de savoir et de penser2 car toute science est vaine1 toute pense est vaine1 et c'est d'elle que nat toute la souffrance qui est dans le monde4 ,bien des mystiques1 j'allais dire des sentimentalistes chrtiens1 seraient disposs contresigner ces paroles4 ,nous n'en sommes pas rduit aux suppositions ou aux procs de tendances4 ,pour nous borner trois exemples pris dans des sphres diffrentes1 ,saint-,cyran dclarait ,arnauld3 ,il n'y a rien de si dangereux que de savoir4 ,saint ,vincent de ,paul ne craignait pas de dire aux jeunes gens qui entreprenaient des tudes de thologie que les personnes grossires et ignorantes font pour l'ordinaire mieux l'oraison que les hommes savants1 et que ,dieu prend plaisir se communiquer aux simples1 parce qu'ils sont plus humbles que les doctes qui ont pour l'ordinaire quelque bonne opinion d'eux-mmes2 que l'orgueil perdait les savants1 comme il avait perdu les anges2 que le plus petit dmon des enfers en savait davantage que le plus subtil philosophe et le plus profond thologien de la terre2 que ,dieu n'a point besoin des savants pour faire ses uvres#dg4 ,aprs cela1 on se demande avec curiosit s'il s'est trouv beaucoup de jeunes gens1 amis de saint ,vincent1 pour s'adonner avec enthousiasme aux labeurs scientifiques6 ,en ,allemagne1 il est dplorer que le pitisme dont ,spener tait le chef n'ait pas hsit accrditer ce prjug funeste1 si rpandu depuis et si indracinable en certains milieux1 que la science et la pit sont incompatibles1 que la science est mme nuisible la vraie pit4 ,qu'en rsulta-t-il8 ,c'est qu'un demi-sicle aprs1 le pitisme se trouva tout aussi impuissant que l'ancienne orthodoxie opposer une digue au torrent du rationalisme qui envahit avec une rapidit effrayante les universits et les chaires4 ,et l'on peut accuser le pitisme1 en ngligeant la science1 d'avoir prpar indirectement et sans le vouloir1 le triomphe du rationalisme4 #dg ,biographie de saint ,vincent de ,paul1 par ,abelly1 t4 ,,ii1 p4 #bie4 ,les assertions fantaisistes de ,m4 de ,wyzewa trouvent leur rfutation dans les belles et fortes paroles de ,m4 ,fallot3 ,il n'est pit plus oppose celle de ,jsus que la pit qui renonce penser4 ,dans ses enseignements1 rien de systmatique sans doute1 mais aucun mot qui ne soit marqu de l'empreinte d'une intelligence toujours en veil444 ,la vie parfaite implique au reste une plnitude de conscience qui ne peut exister sans un appel constant l'intelligence4 ,celui qui recommandait d'aimer ,dieu de toute son intelligence 7,marc ,,xii1 #cc71 mettait son intelligence dans chacune de ses paroles1 en sorte qu'il atteignait cette simplicit merveilleuse1 qui est le privilge d'une pense matresse d'elle-mme#dh4 #dh ,qu'est-ce qu'une glise8 p4 #ci4 ,mais si l'intelligence doit tre maintenue1 elle ne doit pas dominer4 ,ce serait tomber dans l'intellectualisme que de lui laisser prendre le premier rang4--,l'intellectualisme6 je n'ignore pas qu'on a us et abus du terme pour fltrir les objets divers de dsapprobations plus ou moins lgitimes4 ,l'intellectualisme est devenu comme une sorte de monstre1 qui1 au fur et mesure des besoins de la polmique1 et pour la commodit du discours1 se grossit de toutes les erreurs1 de tous les prjugs1 de toutes les contradictions qu'il est possible un auteur ingnieux de dcouvrir chez ceux qui ne pensent pas comme lui4 ,puisqu'il est entendu que le mot intellectualisme doit tre pris en un sens pjoratif1 dclarons du moins et proclamons bien haut que ce n'est pas tre intellectualiste que de croire l'influence des ides sur les sentiments1 et de se proccuper de la doctrine1 c'est--dire1 aprs tout1 de la vrit4 ,ce n'est pas tre intellectualiste que de se refuser tout absorber dans l'motion1 tout1 y compris la raison elle-mme4 ,ce n'est pas tre intellectualiste que de se refuser ramener la loi morale au sentiment pur4 ,l'intellectualisme vritable et damnable1 c'est celui qui consiste attacher tant d'importance la doctrine1 uvre de l'intelligence1 qu'on la lui accorde presque toute1 que de moyen on la transforme en but1 et qu'on en vient mesurer au degr de l'orthodoxie la valeur morale et religieuse des autres et de soi-mme4--,il y a deux voies1 semble-t-il1 par o l'intellectualisme peut se glisser dans une me religieuse3 la voie ecclsiastique1 et la voie scientifique#di4 ,d'une part1 un homme d'glise qui croit l'influence des doctrines sur la pit et qui se tient1 de ce chef1 pour oblig de les dfendre contre ceux qui les attaquent1 peut se laisser aisment aller par raction dpasser son propre point de vue1 exagrer le rle et la valeur des dogmes1 et mme il peut s'habituer si bien prner les ides1 que la vie lui glisse entre les doigts sans qu'il s'en doute et qu'il ne retienne que la doctrine4 ,aprs s'tre attach la doctrine pour la vie1 on s'attache la doctrine pour la doctrine1 de mme1 suivant une comparaison emprunte ,stuart ,mill1 que l'avare1 aprs avoir aim l'argent pour les jouissances qu'il procure1 finit par aimer l'argent pour l'argent4 ,d'autre part1 un savant chrtien--,scherer n'en a-t-il pas fourni l'glise et au monde une illustre et triste dmonstration8--peut dbuter par mettre au premier plan le sentiment en pratique et en thorie4 ,mais voici1 force de rflchir1 d'tudier1 d'analyser1 de spculer1 il contracte comme une hypertrophie de l'intelligence1 laquelle court le risque de correspondre bientt une atrophie symtrique du sentiment2 car on dirait parfois que notre tre psychique ne dispose que d'une quantit limite de force mentale1 et que lorsque cette force se porte en abondance sur un point1 il faille qu'elle manque ailleurs4 ,alors le groupe des sentiments religieux se dissout comme par morceaux1 la sphre affective se rtrcit de plus en plus2 on continue quelque temps encore mettre l'motion au premier plan en thorie1 tandis qu'elle a dj baiss dans la vie4 ,et peu peu la thorie s'branle pour suivre et rejoindre la pratique1 la dissolution menaante est l2 finalement on perd tout1 la doctrine comme la vie6 #di ,m4 ,murisier a divis en deux groupes les maladies du sentiment religieux3 #a maladies causes par l'hypertrophie de l'lment individuel de l'motion religieuse2 #b maladies causes par l'hypertrophie de l'lment social de l'motion religieuse4--,d'une manire analogue1 on pourrait dire que l'intellectualisme1 qui consiste dans l'atrophie de l'motion religieuse tout entire par rapport l'intelligence1 peut avoir une double origine3 #a une origine individuelle 7 scientifique72 #b une origine sociale 7 ecclsiastique74 ,l'intellectualisme n'est pas une maladie imaginaire1 comme quelques personnes semblent parfois trop portes se le figurer4 ,il a svi maintes et maintes poques dans la chrtient4 ,inconnu lors de la premire prdication apostolique1 alors que l'vangile tait encore dans toute la fracheur de sa divine originalit1 il s'est introduit dans les glises chrtiennes ds qu'elles ont commenc s'organiser et se propager des pres aux enfants4 ,l'ptre de ,jacques nous met en prsence de communauts chrtiennes dont les membres se contentaient de professer la bonne doctrine1 mais se souciaient trop peu d'agir en consquence4 ,intellectualistes sont souvent les premires confessions de foi4 ,le ,symbole ,quicunque1 dit d',athanase1 prononce la damnation ternelle de ceux qui ne croient pas au dogme de la ,trinit formul dans ce ,symbole4 ,ces anathmes catholiques ont t reus dans plusieurs de nos confessions de foi protestantes1 comme le font observer non pas seulement ,,mm4 ,mngoz#ej et ,wilfred ,monod#ea1 mais aussi ,m4 ,jalaguier1 qui ne craint pas d'crire3 ,cette erreur fatale a domin pendant des sicles en thologie comme en pdagogie1 et c'est ce qui explique l'empire du dogmatisme 7,symbole d',athanase74 ,elle tait gnrale l'poque de la ,rformation1 et elle faussa ou rtrcit sous bien des rapports cette grande restauration religieuse4 ,elle se pose comme un principe jusque dans les confessions de foi 7conf4 helv47#eb4 ,le pitisme de ,spener1 la thologie de ,schleiermacher ne furent pas autre chose que des protestations et des ractions contre un intellectualisme dominant4 ,et ,m4 ,jalaguier1 propos du ,rveil du ,x,i,xe sicle1 dclare que trop souvent1 dans la lutte contre le disme socinien qui avait tout envahi1 le zle de la doctrine a fait ngliger le travail de la sanctification#ec4 ,si l'on veut des exemples particuliers1 un bon type d'intellectualiste peut tre fourni par ,bayle1 dont les conversions religieuses successives ont t de simples changements d'opinions1 fonds sur des argumentations rationnelles et parfaitement trangres sa vie morale4 #affi1 le mardi #ai mars1 chang de religion2 le lendemain1 repris l'tude de la logique4 ,c'est avec cette froideur que ,bayle note sa conversion au catholicisme dans son journal4 ,il n'y avait1 parat-il1 en cet vnement1 rien qui pt l'mouvoir3 ce n'tait que la conclusion d'un raisonnement4--,parlant de son tat avant sa conversion vritable1 ,wesley crit3 ,quant la foi qui sauve1 j'en ignorais la nature1 croyant qu'elle n'tait autre chose qu'une ferme adhsion toutes les vrits contenues dans l',ancien et le ,nouveau ,testament4--,lorsque l'abb ,miel quitta ,rome1 l'me assombrie par tout ce qu'il y avait vu en fait de morale et de pit1 un rvrend pre auquel il faisait part de son dsenchantement ne chercha pas nier ni mme attnuer la vrit des constatations de ,miel4 ,oui1 rpondit-il1 j'en suis surpris et afflig1 et je le dplore comme vous4 ,cependant444 il y a tout cela une ample compensation4 ,laquelle donc8 s'cria ,miel4 ,et le rvrend ,pre de rpondre3 ,ils ont la foi6 ,dans la pense de ce digne homme la foi1 la foi seule1 et quelle foi6 une croyance superstitieuse et formaliste tenait lieu de toutes vertus1 de tout bien1 de toute vraie motion religieuse4--,dans une conversation avec ,ami ,bost1 un missionnaire anglais orthodoxe1 bien salari1 se moquait un jour de la pauvre paie des pasteurs libraux de ,genve3 ,c'est une chose dure que d'tre ministre socinien1 disait-il1 on n'a que deux mille francs par an dans cette vie1 et on est perdu dans l'autre6 #ej ,publications diverses sur le fidisme1 p4 #bfj1 #bff4 #ea ,l',esprance chrtienne1 #b;e vol43 ,le ,royaume1 p4 #cfj1 note #b4 #eb ,introduction la dogmatique1 p4 #fh4 #ec ,ibid41 p4 #ei4 ,eh bien6 messieurs1 le chrtien doit savoir se garder de cet intellectualisme qui se contente de saisir une poussire d'ides mortes1 qui coupe l'ide de ses communications avec le rel pour en faire un petit monde clos isol au sein de la vie4 ,il doit se rendre compte que par elles-mmes les doctrines ne sont que des abstractions2 et que pour les vivifier1 pour leur donner une signification relle et les rendre capables de mordre sur les mes1 il faut des expriences de l'ordre affectif1 des donnes concrtes4 ,il doit se rendre compte que le fond de l'tre humain1 c'est l'apptit au sens de ,spinoza1 c'est le sentir et non le penser4 ,il doit se rendre compte que la doctrine n'a de sens que par la qualit d'me qu'elle rvle ou produit1 il doit se rendre compte enfin qu'il ne faut voir la valeur des vrits thologiques que dans la puissance de vie qu'elles renferment1 dans le mouvement et l'impulsion qu'elles communiquent l'me qui les reoit1 dans le dynamisme psychique dont elles sont le vhicule1 dans l'attitude intime1 et pour ainsi dire1 les gestes intrieurs qu'elles provoquent chez le chrtien qui les pense jusqu'au fond et les rattache aux sources primordiales et intarissables de sa vie cache4 99 99 99 99 99 ,si telles sont1 si telles doivent tre les relations du sentiment religieux avec l'intelligence1 comment rsoudrons-nous le second des deux problmes que nous avons soulevs3 celui des rapports du sentiment religieux avec la volont8 99 99 99 99 99 ,en ralit1 le mot sentiment recouvre d'une mme tiquette deux lments de trs ingale valeur3 l'tat de plaisir ou de douleur1 d'une part1 et de l'autre1 la tendance1 le dsir1 l'inclination4 ,ces deux ordres de phnomnes psychologiques ont des caractres fort diffrents3 la tendance est essentiellement active2 le plaisir ou la douleur sont essentiellement passifs4 ,l'inclination est une donne premire1 antrieure1 profonde2 le plaisir et la douleur sont des tats secondaires1 postrieurs1 relativement superficiels4 ,le plaisir suppose avant lui la vie1 l'activit2 il nat de la satisfaction d'une tendance1 donne elle-mme dans l'organisation physique et mentale primitive4 ,quand on dit que l'lment affectif est le fond de l'tre1 on formule la vrit1 si on entend par l que le fond de l'tre1 c'est le dsir2 mais on exprime une erreur si on veut dire que le fond de l'tre1 c'est le plaisir et la douleur4--,la tendance et la volont se rapprochent et se ressemblent en ceci qu'elles sont toutes deux actives4 ,c'est ce qui explique que tant de penseurs les aient confondues4 ,schopenhauer1 par exemple--et il a t suivi sur ce point par ,secrtan--a crit un de ses plus brillants et solides chapitres sur le primat de la volont2 mais ,,mm4 ,ribot et ,pillon nous prviennent qu'il ne faut pas se laisser abuser par l'quivoque du mot volont2 car1 pour ,schopenhauer1 vouloir1 c'est dsirer1 aspirer1 fuir1 esprer1 craindre1 aimer1 har1 c'est--dire que pour ,schopenhauer1 la volont comprend non seulement la volont1 mais le dsir4 ,il ne reste plus alors1 pour caractriser le sentiment1 que le plaisir et la douleur3 c'est le point de vue de ,,mm4 ,bouiller1 ,lon ,dumont1 etc4 ,c'est aussi celui de ,m4 ,gretillat qui refuse de voir dans la religion une affaire de sentiment1 pour ne pas y voir une pure jouissance4 ,son sige1 assure-t-il1 ne peut tre que l'organe de la volont1 le cur3 langage qui ne laisse pas d'tre un peu surprenant4 ,si nous nous rangions l'opinion et la terminologie de ,schopenhauer et de ,m4 ,gretillat1 nous n'hsiterions pas dclarer1 qu'en effet1 ce n'est pas le sentiment1 mais la volont qui est le fond de l'tre4 ,mais il est plus exact1 psychologiquement1 d'viter la confusion entre le dsir et la volont1 tout autant que la confusion entre le dsir et la jouissance3 ,la tendance est continue1 tandis que la volont proprement dite est discontinue4 ,la tendance est l'origine et le but3 la volont est le moyen4 ,la tche de l'agent moral est de constituer en soi un ensemble harmonieux et cohrent de tendances purifies et conformes la loi morale1 ce qui suppose l'anantissement de certains dsirs1 la purification de certaines tendances1 la cration d'inclinations nouvelles qui soient notre uvre4 ,la volont a donc travailler sur les tendances existantes et en crer de nouvelles4 99 99 99 99 99 ,au point de vue religieux1 il est capital de distinguer nettement ces trois termes3 jouissance1 inclination1 volont4 ,pour avoir manqu la distinction entre l'inclination et la jouissance1 il est arriv que plusieurs hommes religieux1 voulant attribuer au sentiment la premire place1 se sont figur qu'il la fallait donner au plaisir et la douleur4 ,certes1 la tristesse et la joie1 qui sont les formes suprieures de la douleur et du plaisir1 jouent un rle considrable1 un rle lgitime et normal dans la vie religieuse saine et complte4 ,la tristesse religieuse6 voulez-vous savoir ce que c'est8 ,lisez ces rcits si divers de conversions et de rveils dont l'tude est aussi instructive au point de vue scientifique qu'elle est utile et fconde pour les progrs de la foi4 ,voyez ces jeunes gens et ces vieillards1 ces hommes et ces femmes abattus1 dsesprs1 qui sanglottent dans une angoisse cruelle1 qui cherchent du soulagement sans en pouvoir dcouvrir1 qui se tranent d'un lieu l'autre la tte pendante sur la poitrine1 qui s'agitent et s'inquitent sans sommeil sur leur couche et passent leurs nuits pleurer et gmir4 ,demandez-leur la cause de cette agonie4 ,ils vous rpondront qu'ils se sentent comme au bord d'un abme sans fond de douleur et de perdition ternelles2 qu'ils flchissent sous le fardeau accablant de leurs pchs4 ,vous les verrez frissonner1 clater en pleurs1 et tomber dans un tat de prostration physique et morale effrayant voir4 ,ce jeune homme quitte un soir une runion religieuse en proie de vritables tortures4 ,il ne peut se rsoudre rentrer dans sa demeure4 ,il passe sa nuit errer par la ville1 s'arrtant parfois devant la porte de quelque chrtien et se demandant s'il ne fera pas lever toute la famille1 afin qu'on prie pour lui1 et le malheureux1 poursuivi par les terreurs de la colre venir1 se rsigne douloureusement attendre le jour pour implorer le secours de ses frres4 ,aprs la tristesse1 la joie4 ,reprenez les rcits de conversions et de rveils que nous venons de feuilleter1 et relisez les tmoignages enthousiastes et dbordants de ceux qui tout l'heure se lamentaient4 ,quels changements dans leurs traits6 ,un sourire calme et plein d'une douce srnit a remplac l'expression de dcouragement4 ,le fardeau a disparu4 ,l'inquitude s'est vanouie4 ,savez-vous qu'il leur semble voir ,jsus leur droite1 oui1 ,jsus leur souriant d'un sourire plein d'amour8 ,a cette vue1 leur me se remplit d'une joie ineffable et triomphante4 ,celui-ci1 sur son lit de mort1 s'crie3 ,je suis aussi heureux que je puis l'tre sur la terre1 et aussi assur du ciel que si j'y tais4 ,cet autre se met parcourir sa chambre comme ravi en extase3 il a entrevu les splendeurs de l'ternit bienheureuse4 ,jamais spectacle plus magnifique ne s'est offert aux regards d'un mortel4 ,il court la fentre appelant de tous ses vux le jour1 afin d'aller dire tous comment il a trouv son ,sauveur4 ,bientt l'aurore tincelante parat et la lumire du dehors vient faire fte la lumire du dedans4 ,jamais1 non1 jamais1 les oiseaux n'avaient fait retentir les airs de chants si suaves et si mlodieux6 ,jamais la nature entire n'avait paru si radieuse1 si parfume6 ,les prs1 les champs1 les fleurs ont revtu une beaut inconnue4 ,la nature elle-mme est comme ne de nouveau4 ,si j'ai choisi mes exemples dans les rcits de rveils1 c'est que la tristesse et la joie y sont plus accessibles l'observation et s'y montrent nous comme dans un relief grossi4 ,mais quel est le chrtien1 qui n'ait jamais constat autour de lui et senti en lui-mme au moins quelque chose de ces fortes et pntrantes motions#ed8 #ed ,il est d'ailleurs parfaitement certain que ces motions varient soit d'intensit1 soit de nature1 avec les temps et les milieux4 ,en ce qui concerne mme les rveils proprement dits1 elles paraissent n'tre pas tout fait exactement identiques dans ceux de ,finney ou de ,wesley1 par exemple1 et dans ceux de ,moody444 ,je comprends1 certes1 ceux qui recommandent aux chrtiens de les rechercher4 ,ne sont-elles pas les symptmes d'vnements internes profonds8 ,et si on tient la ralit1 n'est-il pas naturel qu'on tienne par l mme ce qui en est normalement le signe et l'effet8 ,sentez votre misre1 dit saint ,jacques2 soyez dans le deuil et dans les larmes2 que votre rire se change en deuil1 et votre joie en tristesse4 ,et saint ,paul1 d'autre part1 s'crie3 ,rjouissez-vous toujours dans le ,seigneur2 je le rpte1 rjouissez-vous4 ,soyez toujours joyeux#ee4 ,d'ailleurs si1 dans le fond1 et l'origine toute premire1 c'est la tendance qui prcde le plaisir et qui le produit1 il arrive aussi1 ensuite1 que le plaisir influe sur la tendance1 la provoque1 la dveloppe et agit par l sur la volont4 ,quand on a prouv les douceurs et les dlices de la foi1 les jouissances ressenties ont leur rpercussion sur la tendance religieuse elle-mme1 et1 travers l'amour pour ,dieu1 sur le vouloir1 l'obissance ,dieu4 ,on a joui4 ,parce qu'on a joui1 on dsire et on aime4 ,parce qu'on dsire et qu'on aime1 on veut4 ,jouissance1 inclination1 volont1 voil l'ordre que la nature et la grce s'accordent suivre souvent4 #ee ,dans le volume intitul le ,rveil ,amricain ou la puissance de la prire1 on rencontre de temps autre sur la bouche des chrtiens qui s'occupent de la conversion de leurs frres des questions telles que celles-ci3 ,ces runions vous ont-elles fait du bien8 ,vous sentez-vous pcheresse8 prouvez-vous une vritable horreur de vos pchs8 tes-vous heureux dans votre foi8 ,et nanmoins l'me humaine est si complexe1 les ressorts dlicats qui font mouvoir cette tonnante machine sont si faciles fausser1 qu'on ne saurait riger en signe certain ou en condition ncessaire du dbut et de la continuation de la vie chrtienne les tats pnibles ou agrables de la sensibilit4 ,les faits nous prouvent que la vie spirituelle peut tre prsente1 parfois1 lors mme que ces symptmes rguliers de sa prsence font dfaut4 ,ils ont manqu en grande partie1 sinon totalement1 dans la conversion de ,wesley3 ,vers neuf heures moins un quart1 en entendant la description que ,luther fait du changement que ,dieu opre dans le cur par la foi en ,christ1 je sentis que mon cur se rchauffait trangement4 ,je sentis que je me confiais en ,christ1 en ,christ seul pour mon salut1 et je reus l'assurance qu'il avait t mes pchs1 et qu'il me sauvait de la loi du pch et de la mort4 ,je me mis alors prier de toutes mes forces pour ceux qui m'avaient le plus outrag et perscut4 ,puis1 je rendis tmoignage ouvertement1 devant les personnes prsentes1 de ce que j'prouvais en mon cur pour la premire fois4 ,l'ennemi me suggra bientt3 ,ceci ne peut tre la foi3 car o est ta joie8 ,mais j'appris bientt que1 si la paix et la victoire sur le pch sont troitement lies la foi au ,chef de notre salut1 il n'en est pas ainsi de ces transports de joie1 qui l'accompagnent ordinairement1 surtout chez ceux qui ont pass par une angoisse profonde1 mais que ,dieu se rserve de dispenser ou de refuser selon son bon plaisir#ef4 ,adolphe ,monod son tour1 dans la priode antrieure sa conversion1 crit1 en parlant des doctrines chrtiennes3 ,ces ides ne parlent point mon cur444 ,cette orthodoxie est un sacrifice trop pnible de tous mes sentiments naturels2 je ne sens pas ce qu'elle enseigne et je sens ce qu'elle n'enseigne pas4 ,c'est le sentiment qui l'empche de devenir chrtien4 ,et quand il se convertit1 c'est la fois contre ses sentiments naturels et sans motions chrtiennes4 ,je ne suis pas encore trs heureux1 ni constamment heureux1 dit-il1 en parlant de son tat immdiatement aprs sa conversion1 parce que le sentiment de la prsence et de l'amour de mon ,dieu ne m'est ni continuel1 ni vif444 ,mais cette tristesse n'a rien de dsespr3 je sais trop bien que ,dieu peut y mettre fin quand il voudra1 et qu'il le voudra quand il le faudra4 ,sur quoi ,m4 ,frommel1 fort justement1 ajoute3 ,quant la crise psychologique elle-mme1 elle n'offre rien de violent4 ,l'motion n'y joue qu'un rle secondaire2 tout se concentre dans la volont4 #ef ,john ,wesley1 par ,matthieu ,lelivre1 #c;e dit41 p4 #gf-gg4 ,et ce n'est pas seulement au moment de la conversion que cette absence ou cette atrophie de la sensibilit religieuse peut se produire4 ,tel chrtien qui jouit peine de sa foi1 en est possd3 il y donne sa vie4 ,ami ,bost1 dans ses mmoires1 avoue1 maintes et maintes reprises1 la privation de joie spirituelle1 l'absence de tout amour sensible pour ,dieu1 le dfaut de jouissance dans sa vie chrtienne4 ,il me manquait1 confesse-t-il1 le fil continu1 je ne dis pas de la foi1 mais de la jouissance religieuse et d'un amour senti4 ,chez ,wesley1 ,adolphe ,monod1 ,ami ,bost1 la ralit existe sans le signe4 ,mais il peut se faire aussi que le signe existe sans la ralit4 ,dans ses discours ceux qui font profession d'tre chrtiens1 ,finney dcrit en ces termes ceux qui vivent sur leurs sentiments3 ,ils ajoutent beaucoup d'importance aux motions qu'ils prouvent de temps autre4 ,s'il leur arrive d'avoir l'occasion des lans de ferveur religieuse1 ils y arrtent complaisamment leur pense et font durer longtemps cette preuve de leur pit444 ,s'ils ont eu la chance d'tre mls des scnes de rveil1 que leur imagination ait t excite au point de faire couler leurs larmes et de les pousser la prire1 ce souvenir va nourrir leurs esprances pendant des annes4 ,quoique1 le rveil pass1 ils ne fassent rien pour l'avancement du rgne du ,christ et que leurs curs soient aussi durs que le roc1 ils sont pleins d'assurance1 et attendent patiemment qu'un nouveau rveil vienne les pousser derechef en avant4 ,ami ,bost que nous venons de citer1 raconte que les ,moraves1 chez lesquels il avait pass quatre ans dans sa jeunesse1 donnent une grande valeur la sensibilit1 surtout quand elle porte sur le souvenir des souffrances de ,jsus4 ,chez eux1 crit-il1 cette motion est particulirement sensible dans la semaine qui prcde ,pques4 ,l1 et nommment dans l'assemble du vendredi soir1 au moment o se lisent les paroles3 ,et ayant baiss la tte il rendit l'esprit1 le lecteur ne manque jamais de s'arrter2 toute l'glise tombe genoux1 il n'y a plus de paroles1 il n'y a plus que des larmes4 ,et la scne est tellement mouvante qu'en crivant ces lignes1 je suis repris par cet attendrissement4 ,mais1 soit ma petite philosophie1 de treize1 de quatorze et de quinze ans444 qui me faisait trouver assez singulier qu'on pt pleurer ainsi jour fixe1 soit1 surtout que je m'aperusse que ma conduite n'tait pas toujours sainte proportion de l'attendrissement que j'avais prouv1--je compris bientt qu'il ne faut pas prendre des motions de ce genre pour mesure de sa pit4 ,oui1 le penchant aux pleurs1 mme appliqu aux motions religieuses1 peut nous faire illusion sur la qualit de notre me4 ,a force de poursuivre les douleurs ou les plaisirs de la pit1 on court le danger de finir par donner tant d'importance au signe1 qu'on lui en accorde plus qu' la chose signifie1 et qu'on en fasse au lieu du rsultat1 le but1 au lieu d'une condition ventuelle et relative1 une condition essentielle et absolue4 ,rien n'est plus funeste la pit que cette proccupation constante de ce que l'on sent1 traduisez du plaisir ou de la douleur qu'on prouve4 ,parce qu'on ne les prouve pas comme on pense qu'on devrait les prouver1 on estime qu'on n'est pas chrtien1 qu'on n'est pas converti1 ou bien que l'on ne fait aucun progrs dans la vie chrtienne1 que l'on va mme en reculant4 ,parce que l'on n'a pas ressenti1 en clbrant la ,sainte-,cne1 ce qu'on pensait qu'il fallait ressentir1 on se demande si l'on ne s'est pas rendu coupable d'une communion indigne4 ,parce que l'on ne se sent pas intrieurement pouss prier1 on s'abstient de flchir les genoux4 ,on se replie constamment sur soi-mme pour faire l'anatomie de son cur1 on observe avec anxit les mouvements qui s'y produisent1 on s'efforce de fixer les impressions fugitives4 ,parfois on russit provoquer superficiellement ces agitations de la sensibilit1 et alors1 elles ne prouvent et ne produisent rien4 ,plus souvent on choue les faire natre1 et alors on attend passivement qu'elles veuillent bien survenir1 que ,dieu les suscite en nous1 et on ne se met pas rsolument et nergiquement l'uvre pour agir et pour vivre#eg4 #eg ,pour mesurer les dangers de celle recherche excessive des sensations religieuses1 on n'a qu' lire dans les ,rcits amricains1 publis par ,louis ,bridel1 le chapitre intitul3 ,attendre des impressions plus vives ou il faut obir ,dieu1 et celui qui est intitul3 ,je ne puis rien sentir ou une ruse trs subtile du cur naturel4 ,aussi les pasteurs et les rvivalistes ne cessent-ils de mettre leurs auditeurs en garde contre cette funeste proccupation4 ,henri ,pyt crivait une dame anxieuse et agite3 ,chre sur1 croire n'est pas sentir4 ,le salut est un fait indpendant de ce que nous sentons1 ou ne sentons pas1 un fait accompli3 oui1 accompli pour et dans tous ceux qui croient1 quoiqu'ils ne le sentent pas4 ,o donc1 chre sur1 avez-vous lu1 dans la parole de votre ,seigneur3 ,l'homme est justifi en sentant ce qu'il croit2 ou bien3 ,celui qui ne sent pas ce qu'il croit1 est condamn8 ,le moi est la racine de toutes ces tristes mprises4 ,la nature rpugne chercher hors d'elle-mme des motifs d'esprance1 de paix et de joie4--,sentiment1 sentiment1 sentiment6 s'crie ,moody4 ,j'ai entendu ce cri au point que j'en ai des nauses4 ,supposez qu'un ami m'invite aujourd'hui dner4--,ah6 je serais bien aise de dner avec vous2 mais je ne sais pas si mes sentiments sont ce qu'ils devraient tre4--tes-vous malade8--,non1 je ne me suis jamais mieux port4--,alors1 que voulez-vous dire8--,je doute que mes sentiments soient convenables2 je crains de n'tre pas dans de bonnes dispositions d'esprit444--,ah a6 dirait-il1 je crains que ,m4 ,moody n'ait le cerveau drang4 ,je l'invitais dner1 et au lieu de me rpondre tout simplement1 il n'a fait que me parler de ses sentiments4 ,mes amis1 ,dieu vous invite-t-il8 ,s'il vous invite1 pourquoi ne pas accepter l'invitation8 ,si vous avez envie de venir1 venez et cessez de parler de vos sentiments4 ,et ailleurs1 une jeune dame qui cherchait ,jsus depuis trois ans sans le trouver3 ,allez de la ,gense l',apocalypse1 vous ne trouverez nulle part le salut attach au sentiment4 ,il faut s'lever au-dessus de la rgion du sentiment4 ,qu'est-ce dire8 ,messieurs1 c'est que la volont et l'action1 voil ce qui doit tre au premier rang dans les proccupations du chrtien4 ,celui qui veut faire1 selon l'expression de ,jsus1 a le double avantage d'accomplir son devoir prsent dans l'instant donn1 et en mme temps de former en soi une habitude4 ,et lorsqu'il aura ainsi dvelopp au plus profond de son individu une seconde nature1 par la satisfaction des tendances profondes de son tre1 par la cration de nouvelles tendances qui obtiendront elles aussi une satisfaction sans cesse renouvele1 alors je vous le dis1 la jouissance qu'il n'aura pas recherche viendra2 le meilleur moyen de la manquer1 c'est d'en faire le but3 le meilleur moyen de l'atteindre1 c'est de ne pas y viser4 ,volont1 inclination1 jouissance1 voil l'ordre auquel il doit se tenir4 99 99 99 99 99 ,mais la volont peut-elle agir sur l'inclination8 ,kant l'a contest4 ,pouvons-nous nous contraindre aimer8 ,c'est impossible1 dclare l'illustre penseur4 ,le devoir peut commander d'tre juste1 non d'aimer son prochain3 l'amour ne se commande pas4 ,on peut se forcer agir comme si l'on aimait1 non se forcer aimer4--,agir comme si l'on aimait1 lui rpondrons-nous1 cela mme conduit aimer4 ,et la thorie de ,kant nous opposerons la pratique de ,pascal4 ,il y a trois moyens de croire1 a dit ,pascal3 la raison1 la coutume1 l'inspiration4 ,c'est l en trois mots toute l'autobiographie spirituelle de ,pascal4 ,intellectuellement convaincu qu'il lui faut tre chrtien1 ,pascal n'est pas chrtien pourtant4 ,sa sur ,jacqueline nous informe qu'il ne sentait aucun attrait de ce ct-l4 ,c'est que l'intelligence ne peut changer de but en blanc l'tat profond d'un cur4 ,qu'il y a loin de la connaissance de ,dieu l'aimer6 ,est-ce par raison que vous aimez8 ,c'est le cur qui sent ,dieu et non la raison4 ,voil ce que c'est que la foi3 ,dieu sensible au cur et non la raison4 ,la foi est dans le cur4 ,or1 en quoi consiste proprement ce cur rebelle1 cette nature qui spare ,pascal de ,dieu8 ,pascal l'a discern d'un coup d'il aussi rapide que profond4 ,si la coutume n'est qu'une seconde nature1 la nature n'est qu'une premire coutume4 ,si la nature n'est qu'une coutume1 la nature est modifiable1 ,la mme cause qui lui a donn naissance peut la changer4 ,la coutume ancienne peut tre combattue par de nouvelles coutumes4 ,et ainsi1 ,pascal fera comme s'il croyait1 il prendra de l'eau bnite1 il entendra des messes1 dira des prires1 afin de ployer la machine4 ,naturellement mme1 ces actions provoqueront dans le cur la foi dont elles sont le signe4 ,et surnaturellement1 l'homme qui a ainsi commenc et qui est all au-devant de la grce1 ,dieu1 pour achever l'uvre du salut1 accordera une vision1 un ravissement dont ,pascal ternisera le souvenir en ces mots3 ,sentiment1 joie1 paix444 ,joie1 joie1 joie1 pleurs de joie4 ,renonciation totale et douce444 ternellement en joie pour un jour d'exercice sur la terre4 ,de la volont l'inclination1 de l'inclination la jouissance1 telle est la formule de l'volution religieuse chez ,pascal#eh4 ,mais la volont ne se borne pas crer ou fortifier la tendance religieuse en face des autres tendances2 elle est appele exercer son influence sur la tendance religieuse elle-mme qui n'est pas simple#ei1 pour assurer son harmonie et son dveloppement normal#fj1 pour maintenir en particulier la proportion entre les tendances religieuses individualistes et les tendances religieuses sociales4 ,m4 ,murisier a fort bien montr#fa que dans la pit normale1 le sentiment religieux comprend un lment individuel et un lment social indivisiblement unis4 ,mais dans les maladies1 les perversions1 les dviations du sentiment religieux1 cette synthse se brise1 d'un ct par l'exagration du sentiment religieux individuel qui conduit au complet dtachement de l'extase1 de l'autre par l'exagration du sentiment religieux social qui conduit au fanatisme1 l'exclusivisme1 au proslytisme4 ,eh bien6 souvenons-nous ici de la distinction que nous avons tablie entre la tendance et le plaisir4 ,qu'est-ce dire8 il y en a chez qui les tendances individuelles plus dveloppes procurent par leur satisfaction plus de plaisir1 d'autres chez qui ce sont les tendances sociales qui l'emportent et qui1 par leur satisfaction1 procurent une jouissance plus grande4 ,supposez que nous prenions le plaisir religieux pour principe recteur1 que toute notre ambition se rduise dissiper les moindres malaises et nous sentir heureux1 nous prolongerons dans le sens o notre inclination nous pousse4 ,et il nous arrivera ce que ,m4 ,murisier a si justement dcrit3 le temprament ultra-individuel tombera dans un mysticisme malsain1 conduisant par l'extase l'anantissement2 le temprament ultra-social tombera dans une extriorisation superficielle o sa vie intrieure finira par disparatre2 et la ruine se trouvera au bout de cette voie1 comme de la prcdente4 ,s'il s'agit de trouver non pas un palliatif1 un anesthsique1 qui attnue pour un temps la souffrance1 ou mme la supprime1 mais pour acclrer la dissolution1 s'il s'agit de trouver un vrai remde qui rende la sant1 cette sant qui est1 comme l'estime avec raison ,m4 ,murisier1 l'union harmonique de l'individuel et du social1 il faudra tenir aux malades le langage suivant3 ,vous1 vous vous sentez troubl1 drout par le contact avec le milieu social2 gardez-vous de vous rfugier dans le recueillement1 de vous enfuir dans la solitude1 vous pourriez y trouver un soulagement passager1 mais vous courriez le risque d'accrotre votre mal et de tomber brve chance dans les dernires phases du mysticisme extatique1 l'anantissement du moi4 ,sans abandonner1 bien entendu1 la culture de votre vie individuelle1 employez votre volont rechercher le contact social au lieu de vous y drober4--,vous1 au contraire1 vous vous sentez troubl1 drout par l'isolement1 par le tte tte avec vous-mme2 gardez-vous de vous absorber et de vous extrioriser dans les relations sociales2 vous pourriez y trouver un soulagement passager1 mais vous courriez le risque d'accrotre votre mal et de tomber brve chance dans les dernires phases du fanatisme4 ,sans abandonner1 bien entendu1 la culture des relations sociales1 employez votre volont rechercher le recueillement au lieu de le fuir4 #eh ,a l'exemple illustre de ,pascal1 joignons-en un plus modeste4 ,un jour ,ami ,bost propose sa petite fille1 tout d'un coup et sans occasion particulire1 d'aller prier ensemble un moment4 ,elle vint4 ,quand nous emes fini3 ,papa6 quand je ne prie pas1 je n'aime pas2 et quand je prie1 j'aime4 ,je vis que cette petite crature1 tout en m'obissant pour venir prier1 avait d'abord t un peu ennuye de mon invitation2 puis1 une fois la prire en train1 elle y avait trouv de la jouissance4 ,quelle observation importante et vraie que celle-l6 ,celui qui ne sait pas se forcer la prire1 s'il le faut1 trouvera toujours plus de rpugnance cet exercice2 celui au contraire qui saura surmonter cette rpugnance finira par y trouver de la douceur4 ,n'attendez donc pas que le zle vous arrive de lui-mme444 ,heureux sommes-nous quand nous prouvons de l'attrait2 mais quand il nous manque1 bien loin de cder cette langueur1 cette langueur mme est une raison de plus pour que nous priions4--,dj l',imitation de ,jsus-,christ blmait ceux qui s'loignent de la sainte communion par un dsir trop vif de la ferveur sensible4--,le progrs de la vie spirituelle1 disait-elle1 ne consiste pas seulement jouir des consolations de la grce1 mais en supporter la privation avec humilit1 avec abngation1 avec patience1 de sorte qu'alors on ne se relche point444 ,c'est ,dieu de consoler1 et de donner quand il veut1 autant qu'il veut et qui il veut1 comme il lui plat1 et non davantage4 #ei ,si le sentiment religieux est un sentiment qui se dploie dans des relations personnelles entre l'homme et une divinit conue comme personnelle1 il en dcoule immdiatement que1 comme le sentiment social1 l'motion religieuse n'est pas une motion simple1 mais un ensemble d'motions4 ,et de mme que l'on dit non pas le sentiment social1 mais les sentiments sociaux1 de mme on devrait dire non pas le sentiment religieux1 mais les sentiments religieux4 ,la seconde dfinition propose par ,schleiermacher pour le sentiment religieux est insuffisante et troite4 ,la pit est bien autre chose encore qu'un instinct de dpendance2 il y a en elle des lments non seulement de crainte1 mais de reconnaissance1 d'esprance1 de joie1 d'amour4 ,et ,m4 ,tarde a raison d'affirmer que le sentiment religieux1 dans toutes les religions1 nat de la fusion des motions les plus contraires1 grce une temprature interne trs leve1 en une motion caractristique1 mtal complexe1 airain de ,corinthe du cur4--,si le sentiment religieux est une motion complexe et multiple1 la proportion de ses lments diffrents est loin de demeurer constante4 ,et y a correspondance troite entre la qualit et la quantit de l'motion et la conception que l'homme se fait de la divinit et des rapports qu'il est possible1 dsirable1 obligatoire d'entretenir avec elle4 ,et l'association troite du sentiment religieux avec des notions et des sentiments moraux infiniment varis1 le contraignent se nuancer de mille teintes nouvelles1 dont chacune est propre un temps1 un pays1 une dogmatique1 une liturgie1 un code et un crmonial particuliers4 #fj ,m4 ,ribot 7,la psychologie des sentiments1 p4 #cjg1 #dba7 estime que le sentiment religieux est un sentiment binaire form par la combinaison d'lments dpressifs 7la peur1 qui va dans le sens du strict gosme7 et d'lments expansifs 7l'amour1 qui va dans le sens de la dpossession de l'individu74 ,le sentiment religieux a dbut chronologiquement par la peur laquelle se mlait un amour embryonnaire4 ,l'volution morale a consist dans le dveloppement de l'amour et sa prdominance sur la crainte4 ,avec la rgression du sentiment religieux1 l'amour diminue et l'lment de la crainte devient exclusif3 le sentiment religieux revient ainsi la peur1 sa forme primitive dans l'volution4--,il y aurait lieu de voir si le dveloppement de l'lment de l'amour ne peut pas produire une hypertrophie 7relative et proportionnelle7 ou une altration de cet lment4 #fa ,les maladies du sentiment religieux4 ,ainsi de toutes parts ressort avec clat cette grande loi psychologique que la volont1 avec sa rgle rationnelle1 le devoir1 est indispensable la fondation et au maintien de la sant religieuse2 que le chrtien doit savoir se garder de prendre le plaisir1 mme religieux1 pour but immdiat et pour critre2 et que c'est seulement par la volont et l'action soumise au devoir qu'il pourra acqurir et conserver une vie religieuse normale et complte1 o toutes les parties de sa nature demeureront harmonieusement combines et fondues1 et o il se donnera tout entier son ,dieu et ses frres pour se retrouver lui-mme agrandi dans ce don4 ,comment ne pas ajouter que l o cette vie religieuse est vraiment ralise dans sa plnitude1 la synthse psychologique idale de toutes les puissances du moi humain se trouve par l-mme tablie8 ,voyez saint ,paul4 ,y a-t-il parmi les athes1 y a-t-il parmi les sectateurs des autres religions1 une combinaison plus riche et plus originale de volont forte et indomptable1 de dialectique invincible1 de sentiment pouss jusqu'au mysticisme et l'extase1 d'action constante et ininterrompue8 ,voyez surtout ,jsus4 ,la louange ne se change-t-elle pas en humble adoration devant cette me sainte et pure o tout n'est qu'harmonie1 paix1 puissance calme et forte1 beaut1 srnit1 incomparable matrise du monde et de soi-mme1 intime et constante possession de son ,dieu6 ,ecce homo6 ,voil l'homme6 voil le chef-d'uvre de ,dieu6 voil l'homme parfait1 dont on peut dire qu'en ralisant la perfection morale1 il a du mme coup ralis la perfection psychologique de la nature humaine par l'intensit souveraine comme par l'quilibre irrprochable et indfectible de tous les lments de son tre6 ,je vous le demande1 n'est-il pas manifeste ici qu'envisage froidement1 impartialement1 la religion se dmontre au psychologue comme la puissance suprme de sant et de vie8 ,et nous avons la joie de pouvoir conclure une fois de plus que si la psychologie religieuse peut soulever telles ou telles difficults1 elle n'en est pas moins destine tre sa faon1 elle aussi1 un pdagogue conduisant ,christ1 4 ,a la bien prendre1 et sans sortir le moins du monde de son cadre1 ni se dpartir de la rigueur de ses mthodes1 la psychologie religieuse se transforme chaque instant d'elle-mme en une apologtique vivante et persuasive de la foi au ,christ6 99 99 99 99 99 ,la psychologie religieuse1 nous avons t insensiblement conduit l'indiquer1 est une science qui non seulement renseigne sur la sant et la maladie religieuses1 mais encore sur l'hygine grce laquelle on peut conserver la sant et sur les remdes par lesquels on peut combattre la maladie4 ,des quelques rflexions si incompltes1 je le sens1 que je viens de prsenter1 dcoulent cet gard d'importantes et de nombreuses leons4 ,permettez-moi1 ,messieurs les tudiants1 en m'adressant spcialement vous1 d'en dgager1 pour finir1 quelques-unes3 ,dans cette ,facult de thologie1 ce sont naturellement les prils de l'intelligence que vous avez d'abord redouter1 si vous tes ce que vous devez tre1 j'entends de bons tudiants4 ,les prils de l'intelligence1 sous la forme des objections qui se dressent devant tout homme religieux qui veut penser sa vie et vivre sa pense1 au milieu de la mle des discussions et des systmes4 ,les prils de l'intelligence ensuite et surtout sous la forme plus subtile de l'intelligence qui s'tend1 dborde et court le risque par son expansion disproportionne d'touffer la vie intrieure#fb4 #fb ,le journal ,the ,evangelist publiait nagure les lignes suivantes3 ,l'accs une belle bibliothque1 le stimulant fourni par les discussions dans les classes ou dans les socits d'tudiants1 par le commerce avec des esprits alertes et solides1 tout cela risque de dvelopper la partie intellectuelle de l'individu aux dpens de la partie morale et spirituelle4 ,pour vous prserver de ces divers prils1 pour russir conserver la fracheur et l'intensit de l'motion religieuse1 nous ne vous conseillerons pas de vous rfugier dans l'ignorance1 de faire aussi peu de thologie que possible1 juste assez pour les examens1 de choisir un sujet de thse qui ne touche aucune question vitale1 et de vous absorber dans l'activit pratique1 moins encore que ce ne soit dans l'inactivit444 ,vous tes ici1 ,messieurs1 pour regarder en face et le monde et les hommes et vous-mmes et ,dieu4 ,ouvrez plutt1 ouvrez tout grand vos esprits et vos curs1 sans crainte de la vrit4 ,la crainte de la vrit1 c'est dj du scepticisme1 c'est au fond de l'incrdulit6 ,voulez-vous que je vous le dise8 la religion chrtienne possde assez de souplesse pour s'arranger fort bien des vrits acquises de la science4 ,elle ne sera jamais en peine pour se dfendre contre la science relle ou se modifier de manire rpondre ses lgitimes exigences4 ,de mme que la science peut bien dtruire certaines conceptions que les hommes se sont faites et se font sur la nature et l'histoire de l'individu humain et des socits humaines1 mais ne saurait supprimer l'individu ni la race1 de mme elle peut bien amener les hommes religieux modifier leurs ides sur les rapports historiques de l'homme et de ,dieu1 elle ne saurait supprimer ni ,dieu1 ni l'homme ni leurs rapports4 ,il est sr que dans un individu tout affaiblissement intellectuel court le risque d'entraner la disparition des tats affectifs correspondants4 ,mais ce qui menace le plus gravement et peut-tre le plus frquemment la religion dans une me1 c'est l'affaiblissement1 je ne dis pas de la jouissance religieuse1 je dis du sentiment affectif profond4 ,cultivez donc dans tous les sens et dveloppez hardiment votre intelligence1 ,messieurs1 et ne vous lassez pas de la fconder et de l'enrichir4 ,souvenez-vous seulement de l'avis que donnait saint ,vincent de ,paul ceux qui entreprenaient des tudes thologiques4 ,il leur rptait qu' chaque fois que leur entendement tait clair d'une nouvelle connaissance1 il fallait chauffer la volont1 et se servir de l'tude comme d'un moyen pour s'lever ,dieu4 ,souvenez-vous de l'exhortation que ,saint-,cyran adressait ,arnauld3 ,il faut vous btir une bibliothque intrieure1 et faire passer dans votre cur toute la science que vous avez dans la tte1 pour la faire remonter ensuite et rpandre lorsqu'il plaira ,dieu4 ,souvenez-vous aussi de la parole de ,bossuet3 ,malheur la connaissance strile qui ne se tourne point aimer6 ,souvenez-vous1 enfin1 de la recommandation de ,gerson3 ,ce que tu dis1 ce que tu entends1 ce que tu penses1 fais-le passer aussitt dans le sentiment1 trahe confestim in affectionem4 ,oui1 ,messieurs1 par une constante tension morale de votre vouloir1 transformez en sentiment1 transformez en tendance immanente et profonde de votre tre1 toutes les connaissances que vous pouvez acqurir4 ,ce travail n'est pas moins indispensable que l'autre1 si vous voulez que vos tudes soient pour vous autre chose qu'une prparation scientifique sans lien avec la vie4 ,prenez soin1 ajouterai-je1 d'viter la dissociation toujours menaante entre l'lment individuel et l'lment social de la pit4 ,ne ngligez pas la mditation et la prire pour vous parpiller sans mesure dans les nombreuses et excellentes socits d'activit morale et sociale et chrtienne qui se sont dveloppes parmi vous6 ,ne ngligez par non plus cette dpense saine1 fconde et ncessaire de vos jeunes nergies pour vous concentrer exclusivement dans le silence et la retraite6 ,en un mot1 examinez soigneusement quelle est votre tendance dominante afin de ne pas lui laisser prendre un empire exclusif qui altrerait et mutilerait votre foi1 renouvelez sans cesse en vous un viril effort pour maintenir la convergence des inclinations diverses et raliser l'unit de votre caractre en les subordonnant au devoir et la volont de ,dieu4 ,saisissez d'une seule prise la religion1 dans sa plnitude de manire la possder simultanment et harmoniquement dans tous ses aspects1 soumettez-lui toutes vos facults et toutes vos puissances1 livrez-lui votre me et votre vie tout entires1 soyez des hommes enfin1 des hommes complets1 des chrtiens complets1 pour devenir des pasteurs complets444 ,qui est suffisant pour ces choses8 demandait saint ,paul444 ,mais sous sa plume1 cette interrogation n'avait rien de pessimiste ni de dcourag4 ,qui est suffisant pour ces choses1 pensait-il1 sinon nous1 les aptres du ,christ1 pntrs de sa grce et dbordants de son ,esprit8 ,vous de mme1 ,messieurs les tudiants1 si le besoin de ce qu',adolphe ,monod rclamait pour sa conversion1 si le besoin d'une influence extrieure1 si le besoin d'un attrait surnaturel pour monter la hauteur de l'idal d'un aptre se fait irrsistiblement sentir votre sincrit1 allez implorer ,celui qui peut et qui veut bnir4 ,et vous percevrez aussitt la rponse qui ne fait jamais dfaut celui qui prie3 ,ma grce te suffit6 ,toutes choses sont possibles ,dieu6