,,robert ,,de ,,montesquiou ,,diptyque ,,de ,,flandre ,,triptyque ,,de ,,france ,,au ,,pays ,,des ,,ciels ,,sonores ,alfred ,stevens1 ,georges ,rodenbach4 ,,au ,,dela ,,des ,,formes ,adolphe ,monticelli1 ,rodolphe ,bresdin1 ,stphane ,mallarm4 ,,ouvrage ,,orn ,,de ,,cinq ,,portraits ,,paris ,,ditions ,e4 ,,sansot ,r4 ,,chiberre1 ,sr #g1 ,rue de l'peron1 #g ,,ouvrages ,,du ,m,,me ,,auteur ,a ,,la ,m,,me ,,librairie ,l',h,,ro,,sme ,,de ,,la ,m,,lancolie ,pome de la ,guerre ,les ,offrandes ,blesses #a vol4 in-#af4 avec un frontispice d'aprs ,ingres4 ,sabliers et ,lacrymatoires #a vol4 in-#af avec un frontispice d'aprs ,rodin4 ,un ,moment du ,pleur ternel #a vol4 in-#af4 avec un frontispice d'aprs ,beardsley4 ,,tudes ,,et ,,essais ,ttes ,couronnes #a vol4 in-#af ,majeurs et ,mineurs #a vol4 in-#af ,,robert ,,de ,,montesquiou ,,diptyque ,,de ,,flandre ,,triptyque ,,de ,,france ,,le ,,peintre ,,aux ,,billets ,,le ,,pasteur ,,de ,,cygnes ,,le ,,broyeur ,,de ,,fleurs ,l',,inextricable ,,graveur ,,la ,,porte ,,ouverte ,,au ,,jardin ,,ferm ,,du ,,roi ,,ouvrage ,,orn ,,de ,,cinq ,,portraits ,,paris ,,ditions ,e4 ,,sansot ,r4 ,,chiberre1 ,sr #g1 ,rue de l'peron1 #g ,,il ,a ,t ,,tir ,,de ,,cet ,,ouvrage ,,cinq ,,cent ,,cinquante ,,exemplaires dont dix exemplaires sur vieux ,japon1 numrots de #a #aj1 vingt exemplaires sur ,hollande teint de ,van ,gelder ,zonen1 numrots de #aa #cj1 cinq cents exemplaires sur verg d',arches1 numrots de #ca #ecj1 et vingt exemplaires sur alfa1 numrots de #eca #eej 7hors commerce7 ,,justification ,,du ,,tirage ,n ,tous droits de reproduction et de traduction rservs pour tous pays4 ,au ,matre ,,boldini1 son modle1 qui lui devra de vivre au del des jours changeants ,robert de ,montesquiou ,,diptyque ,,et ,,triptyque ,ce qui suit ne reprsente que les lments d'un beau livre4 ,je les ai glans autour des expositions d',alfred ,stevens1 de la lecture de ,rodenbach1 de l'examen du personnage et des uvres de ,monticelli et de ,bresdin 7celui-ci serr de plus prs71 enfin de la frquentation des ouvrages de ,mallarm et de leur auteur4 ,le plus jeune de ces essais date d'environ quinze annes1 je laisse penser des autres4 ,plutt que de les laisser attendre indfiniment une mise au point difficile des productions d'poques diffrentes et1 par suite1 forcment disparates1 j'aime mieux leur donner la vie l'tat d'bauches assez pousses4 ,aujourd'hui le temps passe1 mme presse1 il me faut choisir de laisser ces esquisses abondantes et dveloppes dormir dans la nuit des cartons jusqu' ce que moi-mme je m'endorme1 ou de leur accorder une lumire qui laisse voir leur imperfection1 mais aussi leur application et un sincre souci de servir les causes auxquelles leur prdilection les attache4 ,j'hsite d'autant moins que des dtails exacts1 de savoureux rcits1 des anecdotes vridiques ou vraisemblables me paraissent quelquefois assurer ces pages une instruction de catalogue associe des dissertations apologtiques et une distraction de ,mmoires4 ,telles quelles1 je les publie1 ne ft-ce que pour m'en dlivrer et pouvoir consacrer le temps qui me reste quelques volumes que je veux hter4 ,j'ai encore solliciter l'indulgence pour la prsentation de ces cinq morceaux3 ces tudes sont vieilles1 leur phrasologie1 complique et pauvre1 n'est plus gure de mon got1 encore moins leur ponctuation imprcise et sommaire2 mais j'en aime toujours les sujets1 et surtout l'hommage qu'elles s'efforcent de rendre des artistes lus1 dont les trois derniers sont groups en une fraternit de mconnaissance1 puis de reconnaissance tardive1 bien faite pour sduire1 dans un temps o rien ne sduit plus1 et encourager1 l'heure o l'encouragement n'est plus de saison1 ceux qui croient1 en art1 au festin vanglique1 o les premiers deviennent souvent les derniers1 et o les derniers ne le sont pas pour toujours4 ,,robert ,,de ,,montesquiou4 ,i ,,diptyque ,,de ,,flandre ,,au ,,pays ,,des ,,ciels ,,sonores ,i ,le ,peintre aux ,billets4 ,,alfred ,,stevens ,illustration3 ,alfred ,,stevens #ahbh-aijf ,,premier ,,article ,qui dpense en colre inutile1 en fume1 ,tous ces gants1 ,vsuve1 ,etna1 ,chimborazo1 ,et fait porter un monde l'aile d'un oiseau4 ,ces vers sur les anomalies de la ,cration me revenaient l'esprit1 dans ce fin ,muse du ,mauritshuis1 en prsence du chardonneret enchan de ,karel de ,fabritius4 ,combien plus loquent que tant de banquets de corporations1 l'oiselet aux oreillettes de vermillon1 perch sur sa mangeoire1 minuscule ,promthe emplum1 au carcan d'une chane de montre6--,magicien prestige de l'art6 un passereau1 son auget1 leur ombre1 et voil de quoi crer un rival inquitant pour le ,paradis de ,tintoret1 le plus vaste tableau du monde4 ,les ombres et les reflets constituent deux portions dlicates de cette petite-matrise ,flamande dont l'inimitable intimit difie la triomphante renomme4 ,dlicatesse se pouvant creuser aux proportions de la profondeur4 ,l'infini recule au fond de la cruche de la cuisinire de ,vermeer4 ,un clou sans usage est au mur1 projetant son ombre aussi4 ,une vannerie accroche1 une faence1 des pains de forme bizarre1 assez semblables des sabots d'enfants1 une paysanne occupe verser du lait1 quelques pouces de toile1 et voil l'homme sensible plus mu que devant le ,jugement ,dernier de ,michel-,ange4 ,vermeer est dieu4 ,il cre de rien4 ,on dirait que pour mieux prouver son pouvoir1 il choisit un sujet indigent qui devra tout au matre4 ,une femme d'une grce simple1 sans beaucoup de beaut1 lit debout une lettre qu'elle vient de recevoir4 ,sa bouche s'entr'ouvre d'un paisible attendrissement aux nouvelles du voyageur dont le parcours se trace sur une carte appendue au mur4 ,la robe de la lectrice a le bleu serein d'une mer calme2 et sur la table ouvrage l'extrmit d'un collier roule quatre grosses perles d'un bel orient1 prsent du marin au long cours4 ,le ,gographe de la collection ,alphonse ,rothschild1 nous entrane aussi vers les lointains2 et les dessins du lampas affectent1 sur sa riche robe de chambre bleue1 des sinuosits que rptent les mandres des pays1 sur sa mappemonde4 ,a ,la ,haye1 c'est un paysage1 une vue de ,delft1 sous un ciel bas et voil1 recouvrant la cit comme d'une cloche qui rend les contours plus nets1 les couleurs plus distinctes4 ,le ton des briques de ,vermeer a la veloute et chaude richesse d'un ptale de girofle2 ses arbres sont d'un vert noir de myrte2 le premier plan du tableau est fait d'une partie de sable d'un jaune rose1 marbr d'un peu de noir1 qui rappelle la nuance d'une tranche de pastque4 ,et sur ce terre-plein quelques bonnes gens causent discrtement dans la dorure parse d'une atmosphre du soir1 qui semble une lumire d'aurole4 ,j'ai parl de reflets2 j'en sais un exquis dans un tableau attribu ,weenix1 au ,muse de ,bruxelles3 une dame aux paulettes ornes de curieux agrments en velours caroubier1 est assise sa toilette et se tapote les seins devant son miroir4 ,mais la raret de ce tableau est son clairage2 il filtre finement d'une fentre dont les vitres plombes en dcoupent le reflet projet sur une paroi vis--vis1 comme les mailles d'une aile de libellule4--,quant aux ombres1 je n'en sais pas de plus quites que celles qu'arrondissent quelques assiettes dresses sur la tablette de la haute chemine dans une autre peinture du mme ,muse1 tiquete ,ungekant1 et que j'attribuerais volontiers ,esaas ,boursse3 une vieille femme courbe et vue de dos1 range des vtements dans les tiroirs d'un meuble1 au-devant d'une courette qui distille le poudroiement lumineux dont se trament ce jour discret et ces dlicates ombres4 ,cette visite au ,muse de ,bruxelles1 et mes souvenirs1 en mme temps que la sensationnelle exposition qui1 par une faveur sans prcdent1 bien due au grand artiste qu'elle veut honorer1 s'ouvre1 en ce moment1 dans les salles de l'cole des ,beaux-,arts#a1 m'offre une bienvenue occasion de consacrer un ,vermeer vivant1 ,alfred ,stevens1 un peu de ce qu'un grand pote a nomm3 rverie d'un passant propos d'un roi4 ,certes ,stevens fut et demeure hautement apprci de son temps1 et les plus glorieuses conscrations le lui ont prouv4 ,une ancienne toile de lui vient d'tre acquise1 un prix lev1 par sa ville natale1 et ajoute ceux de ses tableaux qui faisaient dj l'ornement du ,muse de ,bruxelles4 #a ,une indication qui date cet article4 ,certes1 il n'est pas de bonne fte des yeux1 dans un lieu orn1 sans un ,stevens de derrire les annes2 car voil tantt cinquante ans que ce dernier des grands ,flamands peint ses tableaux de chevalet minutieux et vastes4 ,il en rsulte l'injuste reproche que lui adresseraient volontiers les observateurs superficiels3 dater2 comme si ce n'tait pas une condition essentielle1 tout au moins une raison majeure pour durer4 ,l'intrt de la curieuse terre-cuite hispano-phnicienne1 la tte d',elch1 rside moins dans la physionomie du visage fard aux lvres cruelles et peintes1 que dans cette coiffure typique et monumentale4 ,ce qui confre aux personnages du peintre de l',embarquement1 leur caractre saisissant d'authenticit dans le rve1 c'est ce fait1 historique maintenant1 de la ralit de leurs mascarades qui1 dans l'intervalle de rptitions pour des comdies de socit1 se rpandaient1 demi dguises1 sous les ombrages d'un vieux parc o ,watteau fixait pour l'ternit leurs silhouettes transitoires4--,les spciales lgances du ,second ,empire1 trop voisines encore pour qu'on les puisse juger sans passion1 sont fixes ainsi dans les anciennes toiles d',alfred ,stevens4 ,cette mmorable vente douard ,delessert1 qui vient de drouler son encan1 renfermait1 de ces ajustements1 un spcimen drlatique3 une poupe que ce curieux spirituel et un peu bizarre fit1 plusieurs lustres durant1 habiller1 juponner1 coiffer1 chausser1 chaque anne1 au dernier got du jour1 par les faiseurs les plus rputs1 j'imagine1 aprs ,flicie et ,palmyre1 ,worth et ,virot1 pour doter de ce contingent en rduction1 sans doute en souvenir de ses premires amours1 cette priode de l'histoire du costume4 ,c'est dans les tableaux d',alfred ,stevens que l'avenir les admirera1 vridiques et pourtant imperceptiblement styliss par le got d'un tel ,matre1 ces atours1 aujourd'hui suranns1 puis1 demain aussi loquents1 et non moins lointains que les paniers d'une ,adlade par ,nattier1 ou les brocarts d'une ,hrodiade par ,metzys1 sculaires aspects de la femme fraternellement runis dans l'histoire et dans le temps par le voisinage d'une paroi de ,muse4 ,ne pourrait-on pas dire qu'une mode est suranne1 tant qu'elle ne saurait tre porte dans un bal costum1 sans risquer l'quivoque de se rencontrer en mme temps sur les paules d'une personne d'ge1 qui se serait gare l sous sa toilette d'habitude8#b ,toilettes qui furent encore celles de nos mres1--dont quelques-unes s'obstinent n'avoir que quinze ans2 belles robes dont les cloches soyeuses semblaient de gants ptales d'altha retombants1 et desquelles les fleurs brodes1 broches1 chines ou peintes1 couraient sur les rseaux la fois souples et rsistants de la crinoline1 telles que des paritaires sur un treillage4 ,je dirai un jour1 dans quelques pages que je voudrais crire sur la mode1 ce qui1 mon sens1 faisait leur beaut2 je ne veux aujourd'hui que les saluer1 dans les admirables tableaux du vieux grand matre qui les a d'avance immortalises4 ,robes dont les contours crnels donnaient aux flirts du temps quelque chose d'obsidional et1 aux amoureux qui les entouraient1 l'allure des assigeants d'une ville4 ,jupe en soie du jaune d'un bouton d'or un peu teint1 dans ce tableautin du ,luxembourg que le globe laiteux d'une lampe qui a veill1 claire comme d'une transparence d'hostie4 ,cette lampe monte de bronze est faite d'un vase de l',extrme-,orient1 dcor en ,chine d'un polychrome cusson1 comme il fut un temps de mode dans nos vieilles familles4 ,les missionnaires se chargeaient de ces commandes qui s'excutaient parfois de faon assez baroque4 ,je me souviens d'une innombrable porcelaine de la ,chine aux armes des 9999991 qui contenait1 on ne sait comment1 tant de bourdalous1 qu'on s'tait vu contraint444 d'en faire des saucires6--,revenons au plus potique ,retour du ,bal1 de ,stevens1 quintessence de fminisme1 comme la plupart des tableaux de cet artiste4 #b ,un phnomne que j'ai vu se raliser et signal depuis1 dans mes ,dlices4 ,du succs demeur moyen d'un demi-peintre d'lgances fminines qui s'y essouffle sans somptuosit1 on donnait cette raison qu'il ne les aimait pas assez4 ,oh6 que cela ne se pourrait pas dire d',alfred ,stevens6 ,je me souviens d'avoir crit de lui ces vers du moins exacts3 444 de ,stevens1 une tude ,o l'odeur de la femme a toute pntr ,par un bout de satin dans cette toile entr4 ,mirages1 miroitements d'toffes aussi invitants que les eaux sous lesquelles chantaient les sirnes4 ,eaux qui roulent des perles1 toujours4 ,quatre seulement s'irisent dans le ,vermeer du ,ryksmusum2 elles pleurent plus longuement au col des hrones du vivant ,vermeer1 elles pleurent avec ces jeunes femmes1 car elles sont tristes ces ,ophlies4 ,ophlies1 les nomm-je ainsi8 ,peut-tre4 ,le ,matre l'a fait une fois dans un de ses plus charmants tableaux qui me touche de prs2 et c'est la grande sur de toutes les autres4 ,oui1 des ,ophlies qui ont connu et got l'amour1 mais qui1 sous leurs atours bonapartistes1 bouffants1 et un peu bouffons1 le baignent de leurs pleurs et de leurs perles4 ,elles tiennent des lettres dcachetes dans leurs belles mains1 dont les ongles semblent les ptales polis d'une rose en coquillages2 la turquoise qui meurt leur doigt n'est qu'une plus tendre expression de ce chagrin et leurs diamants ne sont que des larmes plus clatantes4 ,et cela s'appelle de noms un peu pareils leurs garnitures3 ,douloureuse ,certitude1 etc4 ,mais1 que cela est beau6 ,cette ,madame de ,beausant ultrieure qui revient du bal1 qui lit et froisse un perfide billet d'amie1 un froid cong d'ami1 crits dans une langue datant encore un peu de ,marceline4 ,la robe est volants en taffetas gant de ,sude1 7,stevens n'aime pas les satins72 un cachemire des ,indes renvers en arrire1 mais tenant encore un peu aux paules par un de ces gestes qui constituaient un sursaut disparu des gymnastiques de la coquetterie1 a servi de sortie de bal4 ,et les joyaux que transforme en pleurs sanguinolents un rougeoyant jour de lampe1 nous enflamment d'une admirative piti pour ces dceptions pares4 ,une autre ,douloureuse ,certitude1 celle-ci en toilette de jour1 s'accoude au bureau-cylindre marquet1 dont ,stevens aime peindre les camaeux blonds2 son visage se contracte en un pathtique clair-obscur1 sa robe est d'un gris-fer cercl d'ornements noirs2 son cachemire est fond blanc1 son chapeau bavolet est rose et noir1 orn d'une rose4 ,mais n'est-ce pas une ,douloureuse ,certitude encore1 cette autre dsole debout prs du mme bureau#c1 ses cheveux d'or fluide et fin sous son chapeau havane1 en cachemire aussi1 en robe de velours vert reflets un peu roux1 comme celle de ,madame de ,bargeton8 ,et dans ces deux tableaux1 sur le coquet meuble ,louis ,,xvi1 une boite cigares ouverte1 aux angles blancs1 au bois lilass1 est l pour attester que la scne se passe chez l'infidle amant1 qui a le tort de laisser traner ses lettres4 #c ,dans la collection ,a4 ,roux4 ,il n'est pas impossible1 en un temps donn1 quand toutes les phases de sa renomme se seront accomplies1 que notre peintre soit dnomm le peintre aux billets1 comme il y a eu le peintre aux illets1 un vieux matre ,suisse4 ,des observateurs superficiels ont reproch ,alfred ,stevens de manquer de sujet1 parce qu'il ne peint ni des batailles1 ni des naufrages1 en somme aucune de ces compositions que ,baudelaire range dans la catgorie des fureurs stationnaires4 ,mais l'ternel ,fminin en proie sa perptuelle inquitude d'amour1 composant le billet doux1 le disposant1 l'crivant1 l'piant1 le recevant1 le froissant1 avec toutes les expressions correspondantes1 dans l'attitude et les atours qui en ont dict1 motiv l'moi1 quels plus dramatiques combats1 quelles submersions plus poignantes8 ,les cachemires des ,indes1 joyaux textiles de la femme1 hlas6 tout jamais fans sur les paules des femmes de ,stevens qui les reurent de ,madame ,firmiani1 avec la manire de s'en servir6 ,magnifiques chles-tapis qui diapraient en effet les charmes fminins comme un tapis de mille fleurs d'mail sur lequel les pieds d',ariel eussent aim courir4 ,stevens fut l'iconographe passionn et patient de ces maux cloisonns de laines4 ,une grande femme debout en revt un4 ,elle est coiffe d'une de ces capotes bavolet qui semblent laides sur les gravures de modes1 mais dont on voit bien l qu'elles purent paratre charmantes et encadrer avantageusement des visages gracieux qu'il y eut toujours4 ,c'est une de ces froisseuses de billets doux 7il les peignait aprs les avoir crits7 qui sont chres ,stevens1 et qui lui servaient de thme1 sinon de mannequin1 pour le dploiement de ses savantes variations sur les fminits histories4 ,la robe est marron1 si je me souviens bien2 mais le portrait est celui du cachemire2 il l'a peint comme son matre ,vermeer aurait fait d'une de ces cartes de gographie qu'il donnait lui-mme pour fond des femmes pensives4 ,ce sont des continents de turquoises1 d'meraudes et de rubis1 de kaldoscopiques gemmes trames2 les ailes mmes de ce papillon hindou que j'admirais rcemment dans une sublime collection de ces insectes1 et qui nous est donn comme le modle initial du cachemire4 ,une autre de ces coquettes d'antan1 appuye une console1 se prsente presque de dos pour mieux faire chatoyer les multiflores dessins de son chle2 mais1 pour ne pas nous priver de son minois souriant1 le peintre l'a ingnieusement reproduit dans un miroir au-dessus du meuble4 ,je me confesse d'avoir plusieurs fois fait ,stevens cette amicale plaisanterie d'un coup jouer sur les cachemires4 ,il s'agissait d'accaparer vil prix tout ce qui a survcu aux mites et au mpris1 de ces tissus chers ,josphine2 puis1 au lendemain de cette strilisation du march ,indien1 de l'achalander nouveau par une sensationnelle exposition du ,matre ,flamand1 travers laquelle d'lgantes complices promneraient le vtement rhabilit sur leurs vocatrices paules4 ,les miroirs1 autre carrire rveuse et profonde pour le pinceau de notre grand ami1 fils encore de ,van ,eyck4 ,j'ai trouv le secret de l'attraction qu'exercent sur lui les surfaces polies2 homme robuste1 sorte de colosse1 son temprament le prdisposait peindre des plafonds1 dcorer des escaliers aux vastes surfaces4 ,on l'a vu lors de l'excution du ,panorama du ,sicle1 dont je parlerai en son lieu4 ,or c'est moins l'occasion ou le manque de commandes de ce genre qui vouait ,stevens ses panneaux restreints1 qu'une plus prodigue1 en mme temps que plus raffine dispensation de sa veine4 ,je ferais volontiers de lui ce bel loge1 de dire qu'il est le sonnettiste de la peinture4 ,de mme que ce dernier1 au lieu de laisser vaguer sa fantaisie en strophes innombrables1 rserve sa production1 lit des rimes rares1 et fait tenir dans le bref pome forme fixe dont il a fait choix1 des intrieurs et des horizons1 des hros et des dieux1 des infinis et des astres1 ainsi le ,matre dont je parle1 concentre en une superficie exigu une infinit de reflets1 qui lui font chrir1 outre les glaces1 les boules de jardins1 les laques miroitants1 les paravents feuilles d'or1 les nacres1 les perles1 les pierreries et1 parmi elles1 des yeux de femmes et d'enfants1 444 miroirs obscurcis et plaintifs1 miroirs encore4 ,car ,stevens n'a1 pour ainsi dire1 pas peint de portraits d'hommes4 ,si l'on peut en citer un1 entour de femmes1 dans son beau tableau du ,convalescent1 c'est qu'il s'agit d'un joli jeune homme blond qui ressemble une jeune fille4 ,je possde1 sur un exemplaire du ,rgne du ,silence1 de la collection de ,goncourt1 un portrait de ,rodenbach par ,stevens4 ,c'est une raret4 ,quant aux bibelots de l',extrme-,orient1 outre leur charme bizarre et bigarr que ,stevens fut un des premiers apprcier dans ses spcimens rares1 sa passion de la mutualit des reflets devait lui faire goter et rendre excellemment une encoignure en laque de ,coromandel1 qui occupe le coin gauche du tableau intitul3 ,la ,poupe ,japonaise1 au ,muse de ,bruxelles1 peut-tre le chef-d'uvre du peintre4 ,une femme en robe d'un blanc transparent1 clair en dessous par la douce chaleur d'une toffe rose1 examine un pantin du ,nippon1 qu'elle tient entre ses mains4 ,un fouillis savant de plis et de volants contourns de dentelles1 rendu avec un fminisme exquis et puissant1 c'est tout ce tableau3 le portrait d'une robe1 mais une de ces robes d'avant la machine coudre1 l'horrible ,silencieuse ,singer1 qui a fait1 depuis1 du bruit et du chemin dans le monde1 et dans l'assemblage desquelles couraient avec esprit ces points devenus odieusement mcaniques1 un de ces chefs-d'uvre de lingerie impriale qu'abandonnaient ,stevens pour en orner ses modles1 les plus huppes cocodettes du temps4 ,car ,stevens fut apprci cette ,cour1 dont c'est faire l'loge1 et des uvres de lui se trouvent encore1 me dit-on1 chez l',impratrice4 ,je ne sache pas qu'il en ait fait le portrait4 ,au reste1 ,stevens est bien moins le portraitiste d'une femme que celui de la femme4 ,de la sienne pourtant il a trac sous ce titre3 ,une ,musicienne1 une superbe image2 mais moins en portraitiste qu'en peintre1 en magistral traducteur du mystre pensif d'une allgorie angoisse4 ,j'ai essay1 dans une trentaine de strophes des ,hortensias ,bleus1 de paraphraser le secret de cette page intense1 joie et orgueil de la collection ,georges ,hugo1 je n'y reviens pas4 ,la mme galerie possde un autre ,stevens3 ,miss ,fauvette3 une jeune femme1 celle-l1 aussi svelte que la ,musicienne est massive1 gazouilleuse en mousseline blanche mille volants1 nous d'une ceinture bleue4 ,et c'est un got raffin1 en mme temps qu'un sort ingnieux qui font ainsi contraster dans le mme salon1 la lourde harpiste lasse1 la vive cantatrice insoucieuse4 ,une troisime musicienne est encore au ,luxembourg1 en robe gris-fer plate1 aux ornements noirs1 sobre1 presque sombre ajustement de cette ,euterpe de salon un peu dchevele et trs pathtique1 la bouche grande ouverte en l'mission de ce ,chant ,passionn qui fait le titre de son pome4 ,une quatrime appartenait ,duez1 celle-l musicienne muette1 assise1 en sa robe d'un vert-meraude1 auprs de sa harpe assoupie4 ,la mme encoignure de laque dont j'ai parl fleurit sur son fond noir son dcor polychrome et baroque1 dans une autre toile1 celle-l chez ,monsieur ,antoni ,roux3 une femme en rose savoureusement reflte par un paravent d'or4 ,nul autre1 parmi les peintres1 n'aura su1 comme ,alfred ,stevens1 habiller une femme de certain rose-gris1 rose d'une rose ayant tard fleurir1 qui a eu froid en closant et mriterait d'avoir inspir ce vers pntrant du vieux d',aubign3 ,une rose d'automne est plus qu'une autre exquise4 ,c'est que ,stevens est aussi un amoureux des fleurs4 ,il sait qu'elles sont les femmes des sous-bois et des parterres1 et il a crit dans le menu et important recueil de maximes sur son art1 qu'il intitule ,impressions sur la ,peinture3 ,faire peindre beaucoup de fleurs un lve est un excellent enseignement4 ,un vieux compagnon de ,stevens1 ce paravent dcor de brouettes de fleurs1 et dont il avait momentanment dtach les feuilles pour composer jadis la riche tenture d'un boudoir de sa belle installation1 ,rue des ,martyrs4 ,j'y fis1 un jour1 il y a bien longtemps1 une visite en compagnie de ,sarah ,bernhardt2 elle peignait alors1 dans l'atelier et sous la direction du ,matre1 un petit tableau un peu inspir de lui3 ,la jeune fille et la mort1 qui figura au ,salon vers #ahhj4 ,sujet renouvel de l'art des ,pays-,bas dont la philosophie1 comme celle des ,matres ,suisses1 aime juxtaposer la fracheur et la destruction2 tel ce ,van der ,schoor qui1 dans le ,ryksmusum1 a runi1 sur le mme panneau1 des crnes et des ossements1 des lumires et des roses4 ,un autre salon de son ancienne demeure a t reproduit par ,stevens dans un de ses plus beaux tableaux1 qui fait partie de la collection ,vanderbilt4 ,une jeune femme nu-tte1 en blanc1 debout1 appuye sur un guridon1 reoit des amies4 ,et c'est1 parmi les enharmoniques tons de l'or dont toute la gamme rutile du fauve au flave1 le radieux et voluptueux chatoiement de ce qu'on a depuis appel un th de cinq heures1 en un home artiste et somptueux1 et dans le miroitement chang de mille bibelots prcieux1 porcelaines et fleurs rares1 o tout rayonne1 mme clate et fulgure1 sans dtonner1 o rien n'a t omis par ce pinceau omniscient dont il semble qu'il ait su reproduire1 de cette lgante assemble d'oiseaux fminins1 jusqu'au parfum et au caquetage6 ,une curieuse rplique de ce tableau--sa gniale esquisse1 je crois--se trouve chez ,monsieur ,a4 ,roux4 ,dtail singulier3 elle est peinte sur glace4 ,une mine de bric--brac tri1 cette ancienne demeure de ,stevens2 lments disparates et associs par une majeure raison d'tat1 une raison d'tre plus haute mme que le got3 le dsir de les peindre1 de les transsubstantier hors de la contingence et du temps1 en des intrieurs fictifs et plus rels1 l'abri du dmnagement et du terme4 ,dans le salon intrimaire o je les revis lors d'un transfert1 les pendules marchaient par paires sur des consoles ,empire1 dont ne nous avait pas encore dgots leur rhabilitation sans discernement et en bloc4 ,et ,stevens1 plongeant ses puissantes et jouisseuses mains dans un de ces hauts et profonds paniers qui servent importer les rgimes de bananes1 en tira triomphalement1 pour nous le faire admirer1 un dextrochre de ,gouttires4 ,une aquarelle par ,delacroix1 tmoignait encore l de ce qu'il me plat toujours de noter3 le tendre et touchant spectacle d'un gant en admiration devant une fleur4 ,autres toiles3 une jeune veuve blonde1 en noir lger et trs seyant1 se reprend essayer des fleurs et des bijoux1 devant un miroir1 toujours6 et j'aime moins le ,cupido blotti sous le tapis de la table pour souligner une allgorie d'elle-mme assez expressive1 et qu'une figure de pleureuse1 dans la tapisserie1 commente dj de faon plus naturelle4--,une promeneuse1 peinte celle-l dans le jardin de la ,rue des ,martyrs1 accoude la barre d'appui de la fentre1 o s'encadre sa fracheur blonde autour de laquelle voltigent deux papillons1 parle1 du dehors1 quelqu'un d'invisible dans l'intrieur4 ,la turquoise d'une plume de martin-pcheur se pique dans la gaze bleue enroule au clair chapeau de paille qu'elle tient la main4 ,elle est en peignoir blanc1 manches-pagodes d'o sortent comme de caressantes fleurs de chair1 ses mains bagues4 ,stevens est le peintre physionomiste des mains1 savoureux chiromancien de la grce4 ,et c'est pour lui un dlice d'en ponctuer la douceur par le point bleu de cette turquoise que je retrouve au doigt de cette promeneuse1 de l'accouche1 de la musicienne4 ,le ,bouquet1 un savoureux morceau1 consacr aux toffes et aux fleurs3 le tapis de table1 la soyeuse toilette du modle1 qui d'ailleurs s'effacent devant le feu d'artifice blouissant de la gerbe multicolore4--,la ,visite1 un prcieux repre pour les philosophes des habits1 selon l'expression de ,carlyle3 deux cocodettes au dernier got de ce jour444 vanoui1 entre des panneaux japonais et des paravents de laque4 ,l'une d'elles1 qui reoit1 assise au bord d'une fumeuse1 un doigt au coin de la bouche1 en un geste expressment fminin1 porte son chignon dans un filet nou d'un gland2 et au-dessus1 cette coiffure en barrettes1 qui n'est pas sans prtention aux bandelettes1 renouveau d'antiquit1 au got de la ,maison ,pompenne4 ,et l'interlocutrice au doux visage1 en son seyant chapeau de fleurs1 brides1 tient la main ce joujou du mme temps1 son ombrelle-marquise4--,la ,bonne ,lettre3 toujours la sentimentale paperasserie4 ,une lettre de famille1 celle-l1 que deux femmes lisent attentivement4 ,l'pouse1 sans doute1 et la mre du correspondant lointain4 ,et sur le visage de la plus jeune1 le reflet du blanc papier met comme un rayonnement1 une rverbration des nouvelles heureuses4--,enfin1 la ,consolation4 ,je l'appellerais volontiers3 ,l',enterrement d',ornans de l'lgance4 ,comme au tableau de ,courbet1 le visage de la veuve en visite1 s'abme et disparat dans son mouchoir1 sur la blancheur duquel tranchent les doigts du gant noir4 ,l'autre main de la pleureuse est retenue et serre gentiment entre les deux fines mains de la consolatrice1 une gracieuse amie vtue de blanc1 assise sur le mme canap et l'expression ensemble compatissante et indiffrente4 ,prs de la veuve1 sa fille1 une dlicieuse figure un peu anglaise1 et pareillement en noir1 participe au malheur lgant1 silencieuse1 les mains croises4 ,stevens a peint1 pour le ,roi des ,belges1 quatre panneaux1 les ,saisons1 quatre jeunes femmes qu'il eut le bon got de ne pas dvtir plus ou moins mythologiquement1 mais de laisser en proie leurs modes4 ,le ,printemps1 douce ,grce mue1 derrire la blanche cume des pommiers1 les doigts nous dans une inquitude rveuse4 ,l't tient des fleurs et s'abrite d'un ventail dont l'ombre porte fait errer sur ses juvniles traits comme un nuage sur une rose4 ,l',automne s'accoude et se souvient1 au chant des oiseaux qui migrent1 au pntrant parfum des chrysanthmes4 ,l',hiver est vtu d'un barge feuille-morte4 ,pensive liseuse au livre referm1 mlancolie non moins amre sous ses rubans1 ,mnmosyne mondaine4 ,le jovial ,flamand reparat dans le tableau de l',alsacienne3 une belle et gaillarde servante1 en costume national1 s'interrompt d'pousseter pour s'bahir considrer une ,vnus accroupie quasi de grandeur nature4 ,bien entendu ce domestique pisode1 un peu trop spirituel pour me plaire1 n'est que pour donner carrire une virtuosit caressante et indfectible1 qui va du dtail de l'ajustement1 broderies1 tablier dentelles1 la fleur empenne du plumeau dans son spale de cuir vermillon1 aux contours froidement lascifs de la statue d'argent1 aux tons de lvres mortes d'un rhododendron violac1 dans un cachepot de cuivre1 aussi peupl d'images mires qu'une boule de jardin1 tout l'inventaire enfin de ce mobilier de mdecin1 du temps qu'ils taient sans got4 ,je dirai encore ,le ,sphinx1 debout et les bras croiss en sa robe fleurie1 mystrieux et souriant1 tout le visage dans l'ombre1 sur son aurole de cheveux blond-cendr2 nigme de fminisme et de demi-teinte4--,la ,baigneuse1 naade intime1 au chignon haut-trouss sur la tte1 souriante au bord de la baignoire en mtal poli qui la reflte1 sur moderne de la ,romaine de ,tadma voile par ses ptales de rose4 ,une rose d'un jaune soufre exalte la froideur de l'argent1 la tideur des ombres ambres1 la pleur des chairs d'ivoire4 ,le mme modle a pos pour un autre tableau de dimensions moindres3 ,souvenirs et ,regrets1 titre qui sent bien son poque1 et son fruit1 car c'est un fruit d'arrire-saison que cette beaut abondante4 ,aux bras du fauteuil qu'elle emplit de ses rondeurs panches1 c'est moins entre les lignes du billet ouvert dans sa main qu'entre les lignes de ses formes mrissantes qu'elle ple elle-mme le titre automnal de son effigie4 ,toile rare1 peut-tre unique dans l'uvre de ,stevens par l'largissement de la manire1 et l'assouplissement de la matire1 qui la font1 l'une s'apparenter ,monsieur ,degas en son rendu gnialement vridique1 l'autre ,manet en ce faire ivoir des chairs dont l',olympia est le type4 ,l'harmonie gnrale des vtements1 du chapeau quitt1 discrtement fleuri de roux1 du parasol ferm1 lgrement lisr de bleu1 sont de ce fin gris de mastic qu'il faudrait appeler le gris ,stevens1 et que le ton des chairs claire doucement comme un reflet de corail sur de l'argent ou1 parmi la brume des premiers froids1 une rose remontante4 ,certaines lueurs dores ne sont peut-tre pas toutes naturelles1 en cette coiffure ensemble savante et un peu dfaite o tient toute et se noue une chevelure vivace4 ,le visage paissi1 pse sur le col4 ,le regard baiss qui glisse vers la lettre1 effleure les seins1 pandus hors d'un corset bleu de bourgeoise semi-vertueuse4 ,le pied trop petit de boulotte est chauss d'un soulier lgant1 mais qui ne vient pas du tout premier faiseur1 et le bas de fil d'cosse ctes est du mme gris ray de bleu qui s'assortit au parasol1 en un essai de raffinement un peu provincial4 ,plus rien l des vraies dames du monde de ,stevens1 de ces femmes de sa famille qu'il reproduisait dans leur chez soi distingu et opulent1 ou qu'il priait de poser pour lui 7afin de les reprsenter en visite chez elles-mmes71 avec leur chapeau de ,madame ,ode1 leur robe de ,soinard1 leur authentique cachemire des ,indes4 ,non1 celle-ci c'est la femme de quarante ans de la comdie fminine d',alfred ,stevens1 une ,madame ,marneffe dgrafe pour le baron ,hulot1 une ,adeline de moins noble aloi1 se demandant si le bout de son pied mergeant de dessous la jupe1 et le bout de son sein hors du corset bleu fascineront encore le gros ,crevel4 ,et c'est une poignante1 une prenante anomalie qu'offre la contemplation de cette toile qui ne sent pas l'eau de ,portugal1 mais le patchouly1 et dans laquelle la bonhomie un peu grivoise qui lui vient du modle est la fois en lutte et en accord avec l'exquise et haute distinction qu'elle tient de l',art du ,matre4 ,disons encore1 parmi ces figures fminines1 peuplant toutes1 une une1 de leur sentimentale anxit le personnel univers o leurs pas ont tourn1 comme l'crivait ,madame ,valmore1 un petit monde fait de lambris que soulignent des rayures d'or1 de portes entr'ouvertes au jappement d'un bichon ou d'un carlin pour donner passage une voluptueuse missive1 citons encore trois toiles1 trois jeunes femmes4 ,l'une1 assez semblable ,louise de ,mortsauf1 en bleu-clair1 debout1 et dans les mains sa tapisserie fleurs vives1 dont toutes les couleurs se retrouvent aux cheveaux de soie dbordant de la table ouvrage2 et1 sous la porte close1 un billet doux s'est gliss1 pareil la langue du serpent1 et qui va transformer ,pnlope en ,phryn1 tentateur irrsistible4 ,une autre1 aux cheveux blond-cendr1 en sa robe brune1 et vue de dos1 du geste de ses deux mains fines rejetes en arrire1 protge contre le visiteur inattendu qu'annonce le vantail qui s'entrebaille1 la lettre qui sche peine sur le bonheur-du-jour de style4 ,la troisime est une des perles de l'insigne collection de ,monsieur ,manzi4 ,perle1 en effet1 cette jeunesse vtue1 oriente1 irise de tous les blancs reflets2 blanc de la robe faite de trois volants d'gale hauteur1 dcoups et bords de feston1 blanc du chle en crpe de ,chine longue frange de soie et brod de fleurs blanches2 blanc de la boiserie aux filets dors sur laquelle s'jouit en tache de lumire1 un reflet ensoleill et bien ,flamand venu d'une fentre invisible2 blanc du papier d'un bouquet de roses que cette rose humaine tient la main1 toute la joie insoucieuse de franchir un seuil dont elle sait le secret1 aurole de la vaste ombelle d'un chapeau brun1 enrubann1 emplum2 relle hrone d'un drame digne de ,kipling1 que ,stevens me conte1 et que je retiens pour le narrer quelque jour4 ,j'ai rserv pour la fin deux uvres qu'une frquente vision me rend plus familires2 l'une1 l',ophlie que j'ai dite1 connue aussi sous ce titre ,le ,bouquet ,effeuill1 sans d'ailleurs autre motif de revtir ce ,shakespearien nom que d'tre une jeune femme tenant des fleurs4 ,le ,matre qui a peint la ,musicienne d'aprs sa femme1 a peint l',ophlie d'aprs sa belle-sur4 ,ce sont la ,saskia et l',hiskia d',alfred ,stevens1 moins les secondes noces4 ,cette dernire vtue d'une robe d'algrienne1 blanche et souple toffe diaphane raies brillantes1 que le peintre m'a dit avoir reue en ce temps l de la ,princesse de ,metternich1 et qui habille encore deux indolentes fumeuses de cigarettes1 en compagnie de leur chat dans un tableau plein de rticences4 ,un chat aussi1 celui-l coquettement cravat de bleu1--l'ternel flin devait sduire le peintre de l'ternel fminin1--caresse au soyeux volant sa fourrure soyeuse4 ,et le seul clat un peu vif de la lumire infuse1 amoureusement parse sur cette belle jeune femme1 glisse sur les fleurs qu'elle tient dans la main1 dont un orang souci qui trahit sa plainte4 ,je retrouve aussi matre ,mitis ronronnant au coin du feu1 tel qu'un lare symbolique du foyer quitt1 dans ce joli tableau3 ,retour au nid4 ,une jeune frileuse1 en cachemire1 en toilette d'hiver se caresse1 elle1 le menton son manchon1 pensivement accoude au fauteuil prfr1 perdue en la contemplation d'une pendule qui lui sonna des minutes heureuses en ce nid d'amour qui est un fouillis de bibelots1 parfum et tendre4 ,et voici encore ,raminagrobis qui1 cette fois1 est un chat d',alep1 faisant le gros dos1 de tout son blanc poil lustr1 au centre de cette touchante composition3 ,les ,rameaux4 ,c'est le retour de la messe de ,pques fleuries4 ,et1 prs du lit1 drap de cretonne aux fleurs vives1 une lgante dvote1 fille pieuse aussi1 suspend au portrait de sa mre1 avec un baiser1 un brin de buis bnit4 ,il existe une rplique de ce tableau1 avec quelques variantes dans l'ameublement et dans le costume4 ,l'autre tableau1 ,la ,psych est comme une apothose de tout l'art de ,stevens et de toutes ses amours3 les femmes1 les objets et les reflets qui les multiplient4 ,on dirait le gracieux cache-cache d'une jeune femme et de son image4 ,jolie brune1 vtue d'un pkin mille raies noir et gris1 garni de dentelures1 et dont la fine tte olivtre1 ponctue l'oreille d'un blanc camlia1 merge de derrire une psych en laquelle elle ne se voit pas1 mais qui la mire4 ,galante ruse du peintre pour portraiturer et nous offrir sous deux aspects ce minois sympathique4 ,c'est donc1 en ralit1 une femme deux ttes et trois mains1--et quelles mains6 que n'en a-t-elle davantage1 cette hydre exquise8--que nous reprsente ce panneau 7peint sur bois par ,stevens1 vers #ahgj74 ,mais l ne se bornent pas les rflexions de l'intelligente glace1 drape elle-mme d'un pan de damas jaune teint4 ,tout l'atelier s'y reflte1 avec sa vieille tapisserie personnages1 ses tudes1 dont un effet de neige1 ses crpons pars sur un fauteuil d'acajou recouvert de velours d',utrecht d'un bleu glauque1 ses nombreux cartons aux galons dnous1 ses toiles empiles dont le bois blanc des chssis et le grain des toiles sur champ et de revers1 sont d'une vrit bien hollandaise4 ,et l'insatiable traducteur des reflets1 ,alfred ,stevens non content de transcrire lui tout seul le duo limpide et chantant de la chambre harmonieuse1 a fait se mirer1 dans le parquet brillant1 la verte perruche qui s'y promne2 quoi encore1 tout et rien1 une cigarette teinte1 une allumette brle1 et leur cendre2 et c'est la suprme ,ophlie au bord de son eau1 avec sa fleur claire4 ,la mme robe de cuivre ple ou d'or vert habille encore une bouquetire1 dans un intrieur1 assise terre sur une peau d'ours blanc constelle de blancs ptales2 jeune rousse portant une hotte de roses-noisettes1 autour desquelles hsite un papillon incertain entre les fleurs et la femme4 ,cursive nomenclature que je ne veux pas interrompre1 sans avoir mentionn encore le ,modle se chauffant1 ravissante frileuse1 les mains tendues1 telles que deux fleurs de serre1 au-devant d'un pole que surmonte un vase blanc et bleu1 d'un rendu ineffable4--,la blonde ,veuve1 dlicate jeunesse dont la premire amour vient d'tre fauche1 et qui1 sous son deuil trop lgant1 rve dj du convol que prsage un bouquet sduisant1 envoy pour de deuximes fianailles4 ,une troisime veuve1 plus mouvante1 se tient debout1 nu-tte1 dans un parc2 de ses mains en train de se dnouer s'chappent les fleurs du souvenir2 et sur sa poitrine vient s'abattre une colombe1 ,saint-,esprit du cur1 messagre de l'amour dfunt ou annonciatrice du nouveau bonheur4 ,enfin l'entre-toutes admirable esquisse de cette jeune femme assise1 vtue de velours meraude et de zibeline1 en un intrieur dont la discrte intimit rendue1 avec la libert la plus puissante1 voque deux noms surpris de se rencontrer3 ,pierre de ,hooghe et ,velasquez4 ,j'insiste sur le savoir-faire tonnant avec lequel ,stevens reproduit aux murs des ateliers ou des salons qu'il reprsente les tableaux qui les dcorent2 tel ou tel vieux ,matre1 ou des contemporains1 un ,diaz1 un ,corot1 s'y tromper1 rjouir1 dcevoir le peintre lui-mme4 ,et notre ,grand ,ami1 quand je lui parle de ce dtail me rpond mlancoliquement3 ,c'est vrai1 j'tais trs habile4 ,un jour1 ,stevens a voulu1 je ne dis pas faire grand1 la grandeur tient toute dans ses apparentes minuties1 mais peindre en grand2 il a fait1 habilement second par ,monsieur ,gervex1 le ,panorama du ,sicle4 ,on l'admira4 ,qu'en reste-t-il8 ,tout au moins la srie des esquisses peintes dont il essaima1 quatre vastes panneaux sans rapport avec ce nom d'esquisses1 et dans lesquels1 en ce premier jet plus expressif1 s'voquent les notables d'avant-hier avec une ressemblance non seulement de visage1 d'attitude et de geste1 mais d'habitus corporis et de pense1 qui nous fait reconnatre ceux-l mmes que nous ne connaissons que par leurs uvres4 ,tenture historique1 bien propre dcorer un fumoir transcendantal1 comme pourrait l'tre celui du ,trianon-,castellane1 en mme temps qu' satisfaire cette tendance qui1 selon ,goncourt1 nous porte parler de l'immortalit de l'me au dessert4 ,telle est1 en quelques lignes1 et pour quelques toiles seulement1 mais lues parmi les plus caractristiques1 l'uvre du ,matre ,flamand-,franais1 de celui que j'appellerai le grand sonnettiste pictural1 peintre des mondaines ,ophlies occupes noyer en tant de miroirs le reflet de leurs mlancoliques beauts et de leurs toilettes bonapartistes4 ,filles de ,polonius et d',alfred ,stevens pour lesquelles1 en dpit des plus hautes conscrations1 trop de contemporains n'ont encore que les regards oublieux d',hamlet et ceux1 plus foltres1 de l'trange amateur de peinture auquel leur auteur dut un jour donner satisfaction d'une bien amusante manire4 ,il s'agissait d'une composition reprsentant deux jeunes filles en train de regarder par la fentre4 ,rien1 et bien au contraire1 n'en dplaisait au client qui n'avait d'autre objection l'acqurir que l'absence totale de sujet1 dans cette charmante toile4--,comment8 mais vous n'avez donc pas compris mon tableau8--s'cria ,stevens faussement indign--ces jeunes filles regardent passer un omnibus et l'une d'elles dsigne son fianc sa compagne4--,mais1--objecta l'acheteur toujours inquiet et inspectant le dtail du tableau1--cette jeune fille n'est-elle pas bien lgante pour avoir un fianc sur un omnibus8--,vous voulez rire1 rpondit srieusement ,stevens1 le fianc est pied1 et momentanment cach par le vhicule4--,et le collectionneur pleinement rassur emporta le tableau1 clbre dsormais sous ce sentimental surnom3 ,le ,fianc qui passe6 ,instructive et ironique victoire remporte sur l'amateur niais1 en regard de laquelle il est rconfortant de placer cette touchante repartie due un artisan de got inn1 venant un jour1 briser sur la table de ,stevens toute une tirelire d'conomies1 afin d'obtenir en glorieux change de tant de salaires d'un grossier labeur1 une parcelle du travail exquis1 mconnu par le connaisseur inclair1 reconnu par le distingu manuvre4 ,la dlicate revanche que ,stevens dut goter ce jour-l2 le toast auquel il aura fait gnreusement raison1 comme ample mesure la commande ingnue6 ,je vous envoie mon meilleur ouvrier6 disait le ,duc de ,bourgogne1 en adressant ,van ,eyck un souverain ami4 ,stevens aime citer ce mot1 et le rappelle avec motion4 ,c'est que la ,flandre aurait pu le redire de lui en l'envoyant la ,france4 ,et c'est encore dans ses ,impressions sur la ,peinture1 qu'il a lui-mme crit3 ,on n'est un grand peintre qu' la condition d'tre un matre ouvrier4 ,,deuxi,,me ,,article ,si les toiles-matresses de trois collections ,parisiennes--la collection ,humbert1 contenant la grande ,femme au bain1 prcdemment dcrite1 les collections ,antoni ,roux et ,georges ,hugo1 dont j'ai dit ailleurs les cinq peintures--n'avaient pas fait dfaut l'cole des ,beaux-,arts1 on peut affirmer que l',exposition ,stevens et atteint le maximum d'clat possible dans notre pays1 en l'absence de chefs-d'uvre de ce matre1 ceux-l plus distants et retenus au loin4 ,telle quelle1 ainsi que l'ont1 grce beaucoup de discernement et de zle1 compose ,messieurs ,georges ,petit et ,edmond ,le ,roy1 de tableaux demeurs en ,france et en ,belgique principalement1 la runion d'uvres de l'illustre ,flamand est encore sans seconde4 ,pour mon got1 je l'eusse prfre plus trie4 ,outre que1 d'une part1 l'effet en et t plus intense pour les connaisseurs1 qui cependant dmlent aisment1 des esquisses ou des panneaux moins russis1 les morceaux hors ligne1 d'autre part1 les visiteurs de bonne volont auraient couru moins de risques de s'garer entre le parfait et le moindre4 ,mais de tels choix sont difficiles1 en un laps de temps restreint1 et parmi d'invitables exigences4 ,remdions ce peu de diffusion par des slections distinctes4 ,et1 tout d'abord1 gotons l'impression de muse qui se dgage de cette collection4 ,bien peu1 parmi les peintres contemporains1 hormis ,whistler et ,boeklin1 pourraient prtendre pareil effet4 ,beaucoup de crateurs vivants sont en tat de constituer une brillante exposition avec un rassemblement choisi de leurs ouvrages2 mais de l au charme solennel1 au serein et srieux enseignement qui1 d'ordinaire1 n'est rayonn que par la mort1 la distance est grande4 ,il faut1 pour la combler1 cette chose mre et grave1 qu'un grand artiste que je viens de nommer le premier1 auprs de son ami ,stevens1 a noblement dfinie4 ,un jour que des juges inclairs et malsants demandaient ,whistler ce qu'il pensait avoir mis dans un tableau1 leur avis inachev1 pour lequel il demandait une somme importante1 il rpondit par ce mot profond3 ,l'exprience de toute une vie6 ,villiers de l',isle-,adam emploie aussi quelque part une trange et belle expression3 il parle d'une atmosphre sature de solennit4 ,il y a de cela1 en ce moment1 dans les salles du ,quai ,malaquais2 une dification d'art qui renforce les convictions1 rchauffe les tideurs1 conquiert les incertitudes4 ,l'unanimit sur une question de haut mrite 7l'accord ne s'tablissant d'ordinaire que sur des succs aussi injustifis que transitoires7 reprsente un des plus rares et des plus honorables aspects de l'opinion humaine4 ,l',exposition de ,stevens nous en offre un loquent exemple4 ,a peine quelques dissidences1 faute d'examen2 tout au plus une ou deux fausses notes1 faute de srieux ou de bonne foi4 ,mais en revanche1 que d'excellents articles6 ,je citerai1 entre autres1 ,monsieur ,olivier ,merson1 qui dcrit bien le multiple enchantement vers par l'observation des valeurs et l'entente du clair-obscur1 par l'harmonie un peu touffe des appartements bien clos1 par une touche exacte et pleine donnant chaque chose son importance relative1 sa forme1 son relief4 ,monsieur ,alexandre lit savamment1 au long des cymaises1 avec d'ingnieuses rflexions1 trente-six tableaux1 selon lui1 hors de pair4 ,monsieur ,stiegler analyse subtilement l'art de ,stevens1 quant son rendu et dans sa philosophie4 ,du premier1 il fait ressortir les ptes tales avec une finesse exquise1 les tons vifs sans tre criards1 les choses sobrement reprsentes sans encombrement ni excs4 ,de la seconde1 il dgage avec esprit une faon indirecte de nous retracer l'amour1 moins de la femme que de cette unique ,parisienne1 qui en rve1 qui attend l'amant ou qui vient de le quitter1 ou bien qui reoit de ses nouvelles1 mais qui n'est jamais auprs de lui4 ,cependant c'est ,monsieur ,gustave ,geffroy que revient l'honneur d'avoir saisi avec son habituelle acuit1 dcrit avec sa matrise accoutume1 ces dehors sduisants1 ces irritants mystres4 ,il faut citer tout le morceau sur ces tableaux d'une forme dense1 d'une coloration harmonieuse1 d'une vive expression intime4 ,ce sont toutes ces toiles1 dsormais significatives1 o reviennent non seulement les murs1 les dcors1 les costumes d'un temps1 mais les nuances infinies1 dlicates1 tendres1 mlancoliques1 pures1 sensuelles1 mensongres1 perverses1 de l'instinct et de l'esprit de la femme4 ,la femme est l1 dans les atours d'une poque1 avec son charme et sa bont1 et aussi avec son terrible pouvoir charnel4 ,elle y est en combattante contre l'homme1 avec ses victoires et avec ses dfaillances4 ,elle confesse le mystre de sa puissance1 le donne entrevoir dans l'eau trouble de ses yeux1 et aux sinuosits de sourires subtils4 ,elle confesse aussi1 aux heures d'automne1 ses larmes intrieures1 ses vaines poursuites1 la fuite et la chute vertigineuse de la vie1 l'effroi qui gagne1 la nuit qui vient4 ,alfred ,stevens a dit tout cela avec loquence et profondeur1 lorsqu'il n'a pas cherch le dire1 lorsqu'il a t fermement et dlicieusement peintre4 ,son talent attentif1 son don de voir1 son observation acre1 semblaient ne s'attacher qu'aux formes1 aux silhouettes1 aux tons1 aux accords2 il exprimait toutes ces choses visibles avec une joie vidente1 et il se trouve maintenant qu'il voyait travers le visible1 et qu'en reproduisant le dehors1 il faisait apparatre le dedans4 ,regardez ces toiles aux dtails savamment disposs1 gardant juste leur importance2 admirez cet art de constructions larges1 aux nuances si doucement et si srement distribues1 gotez la finesse de ces valeurs1 qui donnent la vie particulire aux chairs1 aux toffes1 aux objets1 et qui produisent la vie gnrale de l'ensemble4 ,admirez la forme1 le volume de ces femmes qui se meuvent1 respirent dans les petits cadres comme des statuettes vivantes1 ces jambes dont le mouvement et l'attitude se rvlent parmi les plis des jupes1 ces bras souples comme des lianes1 ces mains molles1 nerveuses1 ples1 tides1 les unes passives d'attente et de rsignation1 les autres frmissantes de volont4 ,c'est ,la ,dame rose1 si solide sous ses dentelles lgres2 c'est la femme effondre au retour du bal2 c'est la lecture au coin du feu2 c'est cette femme en blanc1 d'une dmarche si rythme1 qui respire un bouquet2 c'est ,la ,femme la harpe1 en robe de soie verte2 c'est ce chef-d'uvre de ,la ,jeune ,mre1 qui donne le sein l'enfant goulu1 scne extraordinaire de belle animalit et de rare lgance2 c'est ,la ,dame aux cerises2 c'est cette merveille des ,derniers jours du veuvage1 malheureusement dpare par le petit amour qui rit sous la table2 c'est cette autre merveille complte de la ,lettre de faire-part1 o ,stevens voisine avec ,ingres et atteint au style de l'appartement moderne1 du chle de la femme pare en conqurante et en victime4 ,c'est cette femme date du ,second ,empire par sa robe1 et date de tous les temps de la civilisation1 par sa vie exalte1 secrte2 c'est cette femme en blanc1 en noir1 en bleu1 en jaune1 avec ses fleurs1 ses bijoux1 ses amours1 ses tristesses1 qui donnera1 en touchant change1 ,alfred ,stevens1 la vie immortelle qu'elle a reue de lui4 ,aprs un tel jugement1 il serait puril de relever1 de rvler les frivoles anathmes de visiteurs presss1 non sans la prtention de substituer de mres comprhensions leurs impressions vapores4 ,non1 encore une fois1 ,stevens n'est pas un peintre sans profondeur1 parce qu'il peint des femmes recevant des billets ou revenant des bals4 ,je l'ai crit ailleurs3 quels plus dramatiques combats1 quelles submersions plus poignantes8#d #d ,page #ba4 ,et ce leitmotiv du billet doux1 un ancien petit ,stevens1 le varie en une acception fort exceptionnelle3 c'est un petit chien qui fait le beau pour le prsenter sa matresse1 et la langue du serpent d'den vibre encore sous les espces de ce poulet1 entre les moustaches du roquet debout devant ve4 ,une erreur que je rpugne rencontrer sous la plume de critiques autoriss1 beaucoup plus qu' voir certains visiteurs de l',exposition ,stevens aussi dsorients que la noce de ,l',assommoir dans le ,louvre1 et presque aussi spirituels que ,bibi-la-,grillade devant les cuisses de l',antiope1 c'est la comparaison la littrature d',octave ,feuillet de la peinture d',alfred ,stevens4 ,entendons-nous1 quand nous aurons dit3 un ,feuillet qui revtirait du style d'un ,flaubert la psychologie d'un ,stendhal1 j'admettrai la similitude4 ,mais l'obstacle sur lequel tiquent et butent aussi inconsidrment que d'ailleurs obstinment1 les gens presss1 les clientes de ,paquin1 ce sont les modes4 ,loin d'entendre que les toiles du matre1 de tous autres points si parfaites1 n'offrissent-elles que ce ragot1 il serait inapprciable2 elles oublient les chrusques de ,porbus et les paniers de ,nattier1 et la sagacit de leur critique1 en mme temps que la capacit de leur esprit1 se hausse et se borne reprocher aux robes volants de n'tre pas des jupes bonne femme4 ,le haut appoint d'historique intrt et de somptueuse curiosit qu'ajoutent aux tableaux de ,stevens leurs modes vanouies1 les critiques cites plus haut1 l'ont toutes bien compris et artistement expliqu4 ,l'une d'elles trouve cette pittoresque expression3 la carapace des cachemires1 et ,monsieur de ,fourcaud consacre ces atours suranns1 qui seront des costumes demain1 un article entier1 plein de broderies lgantes4 99 99 99 99 99 ,compltons maintenant de quelques rflexions suscites par les toiles du ,quai ,malaquais1 des notations antrieures4 ,et1 ds le dbut1 se peut-il qu'il ait arrt les yeux sur le tableau prt par le muse d',anvers1 le chroniqueur qui reproche ,stevens de mettre si peu de choses dans la tte et dans les yeux de ses femmes1 qu'il ne saurait les baptiser que femme en bleu1 blanc ou rose8 ,on pourrait tout d'abord rpondre que le ,blue ,boy ne fut pas baptis autrement1 non plus que l',homme au gant du ,titien1 lequel cependant ne manque d'expression ni dans les yeux1 ni dans la tte2 et que tant de ,madones au voile1 la chaise1 au raisin1 au chardonneret1 au poisson1 au singe1 au lapin1 auraient peut-tre fait plus respectueusement d'emprunter leur titre au ,sauveur du ,monde1 qu'elles tiennent entre leurs bras1 qu' ces vtements1 ces meubles1 ces fruits1 ces mnageries4 ,mais ce sont chicanes d' ct1 digressions fantaisistes4 ,plus srieux est de constater1 sans hyperbole ni conteste1 que nul tableau1 ft-il de ,zurbaran ou de ,mathias ,grnwald1 le ,naufrage de la ,mduse ou le ,promthe de ,salvator ,rosa1 ne l'emporte en pathtique sur cet pisode mondain1 plein de frissons et de transes4 ,le tableau s'intitule simplement ,retour du ,bal1 comme plusieurs des compositions de notre grand fministe4 ,femme effondre au retour du bal1 ,monsieur ,geffroy la caractrise plus exactement sous cette dsignation4 ,je l'appellerais3 ,l',atterre4 ,c'est le plus poignant des petits drames que peignit ,stevens2 celui-l rdige en grand sinistre une de ces dceptions pares1 auxquelles il se complut et excella4 ,les deux ,douloureuse ,certitude1 exposes dans les mmes galeries1 en offrent deux exemples1 non sans angoisse4 ,le gazetier1 qui juge ,stevens badin1 les a-t-il vues8 ,celle appartenant ,m4 ,gardener est plus assombrie4 ,dans le dtail de l'ajustement--car ces douleurs sont lgantes1 et c'est la caractristique de leur acuit qui chappe notre esthticien gar1 que cette opposition entre leur parure et leur souffrance demeure humaine--j'ai nglig de noter ce vaste jupon blanc1 dont la cloche se dessine sous la robe grise1 et qui accompagnait la marche d'un fracas1 plutt que d'un froufrou1 de toile empese4 ,l'autre 7expose sous le nom de ,monsieur ,hntschell7 est plus rageuse4 ,dcrivant de mmoire sa toilette 7je tiens ces rectifications71 je l'ai vtue inexactement d'un taffetas gant de ,sude4 ,c'est une gaze du jaune un peu fan1 d'une fleur de bouillon blanc2 ou1 mieux encore1 de la coque diaphane d'une alkkenge4 ,et la lumire rose des bougies1 dont la flamme s'allonge1 et la ple clart de l'ombre surprenant la mondaine en proie son tourment1 se fondent en une rousseur blonde qui baigne tout ce tableau dans un ton de plume de tourterelle4 ,j'ai vu1 dans les galeries ,petit1 une moindre toile1 corrlative de la prcdente2 variations sur le mme sujet2 ce n'est pas un autre modle1 et la toilette est pareille2 mais l'expression de la tte au regard fixe est plus concentre1 plus intense4 ,or1 les indubitables chagrins de ces deux surs sont temprs1 l'un par une dignit1 par une grce maintenues1 l'autre1 par une colre o la douleur se distrait4 ,mais ce thme1 plusieurs fois vari au cours de l'uvre1 atteint toute son intensit dans le tableau d',anvers4 ,plus rien1 l1 des exquises mivreries auxquelles se complat ce pinceau charmeur4 ,l',atterre1 au retour de ce bal maudit1 duquel il lui a fallu subir sans gat l'allgresse torturante1 s'effondre dans l'anantissement o la jette une nouvelle redoute longtemps1 certaine cette heure4 ,et cette heure se prolonge1 s'ternise1 sous les habits de fte non quitts1 et qui semblent participer1 en se fanant1 l'extinction du bonheur1 sous la lueur hybride qui se mlange du jour naissant1 et de la lampe mourante1 entre lesquels le visage en proie au dsastre se noircit de tons plombs et d'angoisses secrtes4 ,ce douloureux vers de l'lgiaque ,marceline s'y inscrit avec plus de cruaut3 ,le sourire dfaille la plaie incurable4 ,et ce serait une dramatique illustration des douloureusement amoureux pomes de la ,muse de ,douai1 que cette victime orne et frissonnante1 les bras ballants sous leurs bracelets1 dont les joyaux alourdissent la retombe parallle de ces deux mains1 impuissantes dsormais ressaisir le bonheur4 ,il est encore tout entier aux mains de l'hrone de cette autre page magistrale1 audacieusement intitule3 ,tous les bonheurs4 ,j'imagine que ,monsieur ,degas1 qu'on a vu1 et c'est un bon signe1 parcourir1 sa loupe la main1 les salles de l'cole1 a d grandement apprcier le marmot glouton1 si fort exempt de la fadeur des scnes dites maternelles4 ,la charmante jeune mre#e1 tant de fois heureuse1 s'est attarde au dehors2 son nourrisson le lui fait sentir au retour4 ,aussi1 est-ce mme avant de retirer son chapeau1 dont les brides sont simplement rejetes en arrire1 qu'elle abandonne entre ses longs doigts fins qui le pressent comme un fruit juteux1 son beau sein au poupon goulu1 fermant le poing de plaisir4 #e ,madame ,alfred ,stevens4 ,c'est nombre de fois que la beaut de ,madame ,alfred ,stevens fut reproduite par ,alfred ,stevens dans ses tableaux1 mais voici une curiosit plus rare4 ,le hasard de mes promenades m'a fait dcouvrir une toile qui pourrait bien tre de ce grand peintre et le reprsenter lui-mme1 en compagnie de sa femme1 aux jours de leur lune de miel4 ,je m'empresse de dire que ce tableau n'est pas sign1 sauf de l'clat in fieri d'une matrise touchant son apoge4 ,la toile mesure #a mtre de largeur sur #j m #hj de hauteur4 ,c'est un sous-bois printanier tout toil de blanches aubpines4 ,la belle jeune femme1 assise sur le gazon fleuri1 est vtue d'une robe fort bouffante 7comme on les portait alors7 gorge-de-pigeon1 dite double jupe1 dont la plus courte est cerne d'une ruche4 ,la ceinture est rose1 le chapeau1 dit chapeau-assiette1 est de paille blanche1 garni de coques pareillement roses1 semes dans une dentelle noire4 ,au col1 une cravate-jabot en mousseline claire rattache par une turquoise d'un bleu sui generis excellemment rendu4 ,la main droite de cette mondaine prsente une branche de lilas1 comme les madones de ,luini font de leur ancolie2 la gauche retient de ces fleurettes volontairement indistinctes qui ne veulent s'appeler que des fleurettes printanires4 ,l'expression du visage est nigmatique1 de beaux yeux bruns au regard de ct1 un regard qui coute2 la bouche1 au sourire retenu1 n'est pas toute confiante et semble savoir qu'il y a des chagrins au fond des joies4 ,ces jeunes gens1 placs l'un derrire l'autre1 ne peuvent se regarder1 mais se voient du cur4 ,un reflet de soleil1 tamis par les feuillages1 effleure l'paule du modle et le costume du jeune homme plus faiblement encore4 ,il semble1 lui1 vraiment en contemplation devant sa chre compagne4 ,sa pose est aussi allonge sur l'herbe1 il est en gutres de chasse1 sa veste est en velours brun1 son chapeau-canotier d'un ton trs fin repose sur son manteau tal4 ,les accessoires sont bien caractristiques de la manire de ,stevens3 un chle de dentelle noire1 un ventail d'ivoire dcoup1 si incommode et si la mode alors1 une ombrelle-marquise ouverte1 galement en dentelle noire1 la doublure d'un blanc-bleut1 au devant de laquelle des brindilles se dtachent4 ,une paire de gants de ,sude rouls2 enfin1 dtail symboliquement voulu1 un volume broch dont la couverture porte ce titre3 ,son ,printemps4 ,ce tableau pourrait-il tre l'uvre d'un camarade1 d'un confrre ,flamand1 heureux de portraiturer son ami dans ces conditions amoureuses8 ,je ne crois pas1 je laisse de plus experts en dcider4 ,un autre tableau qui1 par rapport ,millet1 et vu son importance dans l'uvre d',alfred ,stevens1 sera peut-tre un jour son ,angelus1 c'est ,le ,convalescent4 ,toile vaste pour notre peintre4 ,trois personnages3 un long jeune homme assis1 dont la maigreur s'accuse en de noirs habits1 maintenant trop amples4 ,debout1 devant lui1 une matrone le remonte de propos rconfortants et lui touche le front dont elle rejette les blonds cheveux en arrire4 ,elle est vtue d'une robe de soie gris-fer1 aux puissantes indications de plis1 d'un chapeau ferm la mode du temps1 d'un cachemire aux nuances teintes4 ,auprs d'elle1 sur le canap1 une belle jeune femme considre le convalescent avec une aimable sollicitude4 ,la peinture de ce tableau est si souple et si riche qu'on dirait du laque4 ,commune bien des tableaux de ,stevens1 cette qualit s'accuse encore l4 ,et le rose velours des chaises1 l'or de leur bois1 le noir des toffes1 le marbre de la chemine1 les garnitures qu'elle supporte1 dont une pendule orne de plaques en lapis-lazuli 7qui reparat au ,coin du feu de ,monsieur ,feydeau71 apaisent leurs reflets1 absorbent la lumire1 satinent leur grain1 et tout s'unit1 tout chante1 en un concert harmonieux de tons colors4 ,c'est le propre des belles peintures d',alfred ,stevens1 d'agir sur l'esprit comme une belle musique4 ,et ceci n'est pas seulement une rflexion potique1 mais une observation tire des procds de composition et de facture4 ,le petit tableau de la ,dame aux cerises le dmontre minemment en son thme de rouge et de vert1 pos1 avec ces cerises elles-mmes1 sur les genoux de la jeune femme et dvelopp au cours de toute la toile par les variations de ces deux tons1 confies aux toffes du fond1 du fauteuil1 de la toilette4 ,une autre composition1 en laquelle la dlie physiologie fminine ne le cde point au rendu exquisement fin1 c'est dans le tableau insuffisamment intitul3 ,la ,visite#f4 ,la ,confidence1 ,l',aveu1 plus explicites1 ne le seraient pas assez encore4 ,c'est un aveu d'une spciale dlicatesse4 ,la plus jeune amie1 la plus rcente marie a fait demander sa grande sur1 la compagne qui l'a prcde en la vie1 dans le mariage et la maternit4 ,elle lui avoue son tat enfin certain1 ce glorieux avnement1 bourgeoisement connu sous le nom de position intressante4 ,mais ses premiers troubles1 ses premiers malaises1 une nouvelle forme de la pudeur ont rencogn derrire un paravent luxueux la future jeune mre4 ,son peignoir de mousseline blanche pois1 nuance de rose par un transparent dj lche1 est une merveille d'lgance et de got4 ,pas un noir ne durcit son personnage dlicieux2 pas une lueur ne l'accuse4 ,c'est un miracle de demi-teinte1 entre tous unique1 dans l'uvre de ,stevens2 un doux sourire1 en forme de croissant1 relve les coins de la bouche1 les yeux sont baisss2 une tendresse baigne les chairs1 assouplit la stature2 on dirait une mondaine interprtation du vers d',hugo3 ve sentit que son flanc remuait4 #f ,a ,madame ,cardon4 ,l'amie1 debout1 rassurante1 charme1 le profil dans la pnombre1 la nuque dans la lumire1 regarde1 coute1 encourage2 et son burnous de cachemire resplendit chaudement et mlodieusement de tons de turquoise et de girofle4 ,un paravent de laque fond noir1 aux dessins d'or et d'argent1 autre prodige de fini et de rendu1 sert de cadre ce chatoiement1 chatoiement lui-mme4 ,et ni la soie du canap aux rayures ,pompadour1 ni l'or du bois sculpt1 ni le vase vert-camlia1 ni la tenture vert-saule1 ni la cordelire aux glands soyeux1 je ne dis pas ne se nuisent1 mais ne cessent de collaborer l'ensemble chantant1 fort et fin1 prcieux et gracieux4 ,c'est un prodige de cet art que la juxtaposition de ces surfaces diapres1 non seulement sans mutuelle hostilit1 mais en une association de richesses et un change de distinctions1 qui s'activent et se temprent4 ,au rebours des escamoteurs1 l'encontre des baucheurs de masses1 l'instar des petits matres ,flamands dont ce fut la vertu1 ,stevens n'omet rien1 et rien ne jure1 rien ne crie1 ne tire l'il2 mais tout rayonne et retentit doucement en la musicale varit des formes et des nuances4 ,les objets sont tous leur plan et leur place1 en ces milieux de choix2 et la chose que ,stevens se trouve avoir peinte en les peignant si vraies1 c'est ce qui n'existe pas et qui pourtant est tout1 le fluide qui les baigne1 leur atmosphre4 ,et l'excution est si parfaite1 bien que sans nulle monotonie1 avec maintes varits de touches1 pour chaque matire et chaque textile1 que si1 par malheur1 une de ces toiles se trouvait coupe en vingt parties1 chacune d'elles n'en formerait pas moins un petit tableau excellent et complet4 ,en outre1 d'une toile l'autre1 cette excution qui se transforme1 toujours en qute d'une diversit ou d'un mieux1 offre et parcourt elle seule des modulations infinies4 ,une preuve3 il est difficile d'assortir en pendant deux de ces peintures1 au choix1 par la dimension du sujet et la qualit du faire4 ,on compte celles qui pourraient s'apparier ainsi3 ,le modle se chauffant1 brune tte de ,murillo1 et la petite ,veuve sur son canap rouge2 ,la ,femme au bouquet1 de ,monsieur ,manzi1 et ,la ,femme aux papillons1 de ,madame ,georges ,petit1 raliseraient de telles associations1 avec autant de prix1 autant de raret1 que celles dont un habile joaillier a grand'peine les effectuer de deux solitaires sans rivaux1 de deux perles d'orient fraternel4 ,les deux belles petites toiles de la collection ,georges ,feydeau composent un de ces assortiments2 on dirait deux ,courbets en miniature3 une liseuse1 celle-ci fort honnte femme1 au coin de son feu1 en ses atours discrets de ,pnlope bourgeoise2 l'autre1 debout auprs du clavier1 l'effleure du doigt1 distraite1 l'esprit au lointain4 ,la ,charmeuse de papillons#g1 un chef-d'uvre de tous points1 nous fournit une curieuse remarque4 ,je veux parler de ce quatrime doigt de la main gauche1 lequel se replie sur le manche du parasol japonais1 en une courbe rentrante si expressive1 qu',ingres l'et entre tous admire1 le grand amateur de raccourcis singuliers et vridiques4 #g ,une nice de l'artiste4 ,une autre toile1 dont le dtail aurait encore enchant le grand et svre ,dominique1 c'est ,la ,visite1 appartenant au ,roi des ,belges4 ,j'ai parl ailleurs de ce duo entre tous harmonique4 ,le chapeau de fleurs de la visiteuse1 son chle de dentelle noire rejet en arrire1 la robe-princesse de son amie1 faille cheveux-de-la-reine1 garnie d'une chicore de mme toffe1 dont merge le pied chauss-menu d'un soulier turquoise assorti aux trois velours bleu intense1 finement givr de blanc dans le reflet1 qui se croisent en bandelettes sur la chevelure dore1 autant de jolis dtails4 ,le beau1 c'est le dessin de cette tte de jeune femme en train de mordiller expressivement le petit doigt de sa main gauche4 ,un peu agrandi1 je le rpte1 un tel contour ne dtonnerait pas dans la collection ,montalbanaise4 ,ce qu',ingres et envi dans le tableau ,l',inde ,paris1 au ,chevalier de ,bauer1 c'est le geste des doigts qui s'vasent dans le penchement1 l'appuiement1 au bord de ce meuble1 du corps de la belle mondaine4 ,on dirait l'extrmit des plumes de deux ailes prenant contact avec le sol4 ,ce tableau est l'un des plus beaux de l',exposition1 par l'architecture de la composition3 une table recouverte d'un tapis turc aux riches nuances sert de base un lphant orn de pierreries1 qu'examine une collectionneuse#h debout derrire ce bibelot de rajah4 ,elle est nu-tte et laisse complaisamment descendre son regard sur le pachyderme gemm4 ,un fond vert-myrte reposant et rjouissant se tend derrire la robe de velours noir4 ,vers la droite1 un ficus s'y assortit1 qui dcoupe sur du rose-gris ses feuilles retombantes4 #h ,la femme de l'artiste4 ,un tableau de pareilles dimensions 7 ,m4 ,guasco7 reproduit le mme sujet1 sous le mme titre1 en variant le personnage1 l'attitude1 le costume2 et le proboscidien se surmonte1 cette fois1 d'une minuscule poupe4 ,une troisime variante du sujet figura dans la collection ,khalil ,bey4 ,gautier la dcrit ainsi dans la prface du catalogue3 ,n'oublions pas les sductions d',alfred ,stevens1 une jeune femme qui rve1 indcise entre les deux routes1 devant une sorte de chimre japonaise tout en or1 ayant pour verrues des diamants1 des rubis et des saphirs symbolisant la richesse luxurieuse1 et une lettre ouverte1 emblme de l'amour pur4 ,cette description s'applique en partie l'allgorique scne intitule ,le ,cadeau3 une jeune blonde en robe d'algrienne1 dont les manches lches et transparentes rappellent certaines juives de ,rembrandt1 considre un tigre-joujou1 plac sur une table en face d'elle4 ,d'une main elle tient la lettre du donateur lointain2 de l'autre1 une pense1 indice de souvenir4 ,naf langage de fleurs et d'accessoires1 renouvel par cet art suprieur semblant s'tre inspir l du mme sentiment qui faisait crire ,baudelaire3 beaut du lieu commun1 dans ses notes publies posthumes4 ,stevens m'affirme que ,gautier a parl1 et plus longuement1 de cet autre tableau3 ,la ,lettre de faire-part1 dit encore3 ,la ,femme en rouge4 ,ce devrait tre dans la prface du catalogue pour la vente ,anastasi4 ,la ,femme en rouge y figure1 et deux fois glorieusement pour ,stevens1 qui en fit don son confrre1 devenu subitement aveugle1 comme tel hros de ,kipling4 ,elle se vendit #h1jjj francs4 ,c'est une des plus nobles peintures du matre4 ,il dut l'excuter un jour de bonne sant et de belle humeur1 cette page de joie et de tristesse4 ,la jeune femme1 l'ternelle hrone de ,stevens1 toujours diverse et toujours nouvelle1 trouve1 au retour d'une fte dont elle porte la parure1 le douloureux billet bord de noir qui la rappelle aux sombres penses4 ,l'art est moi6 semble s'tre cri l'artiste1 en peignant ce morceau d'une pte si souple1 de si libre allure1 sans une surcharge1 sans un repentir4 ,et1 comme pour le signer d'un symbole mystrieux1 la pierre qu'il suspend au cou de son modle1 c'est1 mlange sur la palette et porte sur la toile1 en une seule touche exacte et subtile1 par le pinceau1 c'est la gemme du prsage funeste1 une trouble et troublante opale4 ,l'autre ,lettre de faire-part1 plus clbre1 plus ancienne1 plus tudie1 prsente une tte expressivement inquite1 mais surtout offre s'merveiller d'un de ces cachemires triomphaux o ,stevens excelle4 ,chle-burnous infinisant son kalidoscope au-dessus des lourds plis d'une robe marron clair1 en soie paisse1 pleines mains1 disent les chambrires4 ,le bichon jappe dans son sillage2 sa matresse l'oublie1 perdue en l'incertitude du nom qu'elle va lire sur le papier cern de noir4 ,vtilles devenues profondes par le rendu vridique et euphonique de ce que j'appellerais volontiers le sentiment habill1 tel qu'il nous apparat dans le monde4 ,j'ai compt1 dans l',exposition1 jusqu' onze de ces cachemires4 ,josphine en possdait davantage1 mais non de plus beaux4 ,et celui que ,mademoiselle ,moreno vient de rajeunir gracieusement1 sur la scne du ,thtre-,franais1 greffe1 n'en doutez pas1 ce renouveau de notorit sur celles que lui valut d'avoir pos pour notre peintre1 aprs avoir t port par la bonne ,impratrice4 ,c'est une curieuse concidence que ce succs de l',exposition ,stevens et la reprise d'une pice en proie aux mmes modes4 coutez-en le compte rendu2 ce ne sont que berthes1 guimpes1 mantelets1 canezouts1 ganses1 fronces1 biais1 bouillonns1 marabouts--et jusqu' l'effil ,tom-,pouce6 ,le premier cachemire peint par ,stevens drape1 dans le joli tableau ,la ,visite#i1 une jeune mondaine de #eh1 laissant glisser son regard sur la carte qui accompagne un bouquet1 messager d'amour4 ,c'est un chle fond tabac d',espagne1 un peu parent de ce chle jaune qui fascinait la ,cousine ,bette que ,balzac nous peint en proie l'admiration des cachemires4 #i ,si je ne me trompe1 ,m4 ,vimenet4 ,quatre des tableaux exposs portent ce titre4 ,le tableau intitul ,remember nous sollicite maintenant3 une mondaine rousse1 assise en toilette de soire1 qui n'est autre que le dessous de soie jaune port par le modle de ,l',atelier4 ,elle s'abrite de cet ventail dont le peintre aime faire jouer sur un teint l'ombre dlicate4 ,teint bien en accord avec la physionomie1 la physiologie de la dame4 ,jamais ,stevens ne commettrait cette erreur de couronner de cheveux roux une peau de blonde4 ,dans le panneau que je possde1 ,la ,psych1 admirez comme la carnation mate et un peu olivtre du modle s'assortit sa brune chevelure4 ,la jeune femme de ,remember a les sourcils effacs1 les cils blancs1 et sa complexion fait penser ce vers de ,mallarm3 ,un automne jonch de taches de rousseur4 ,un coin de fauteuil dor ,empire1 garni de bleu turquoise1 s'associe heureusement au jaune de la robe1 au ton du gant de ,sude4 ,et le fond sans dtail1 se creuse lointainement derrire la pensive figurine4--,la ,femme en vert1 de la collection ,guasco 7encore une femme au cachemire71 regarde d'un air pntrant un tableau de chevalet1 son portrait peut-tre4 ,c'est1 pour me servir d'une subtile expression d'un pote1 celle que j'aime le moins de celles que je prfre1 avec certaine ,liseuse appartenant au ,prince de ,ligne1 bien que cette dernire rayonne un charme discret assez semblable celui qui mane des pensives figures de ,fantin-,latour4 ,telles sont1 plus ou moins restreintes ou spacieuses1 avec celles mentionnes dans la prcdente tude1 les plus exquises1 les plus magistrales1 les plus parfaites1 selon moi1 d'entre les toiles d',alfred ,stevens exposes l'cole des ,beaux-,arts1 en fvrier #aijj4 ,il est instructif d'y examiner aussi des toiles plus anciennes 7devers #ee7 d'une facture moins libre1 sentant encore un peu l'cole4 ,disons ,l',avare1 ,le ,mercredi des ,cendres1 ,la ,leon de musique1 ,la ,mendicit interdite et ,la ,mendicit tolre1 ces deux dernires d'allure un peu purilement mlodramatique1 mais d'un faire puissant1 rappelant un peu celui de ,joseph ,stevens4 ,il n'et pas t sans intrt de rapprocher sur une mme paroi ces quelques tableaux1 dbuts1 origines de l'artiste4 ,leurs dimensions insolites ou plus restreintes composent encore un groupe part1 de quelques tableautins que je citerai3 ,la ,liseuse couche1 merveille de camaeu ivoirin1 de la poitrine nue1 de la robe d'algrienne o la chair rose transparat1 des mains1 du livre et de la fourrure du blanc fauve1 o s'allonge et se frle amoureusement le corps de cette savante voluptueuse4 ,liseuse1 qui se transforme en lascive ,dormeuse1 dans un panneau d'gale forme et de pareilles dimensions1 proprit de ,monsieur ,madrazo4 ,semblables blancs crmeux de la diaphane robe aux soyeuses rayures et de la poitrine ivoire1 ouverte aux effluves caressants d'un jour d't2 mme collier de corail aux couleurs de baies2 seuls1 les cheveux sont devenus roux1 comme pour s'assortir ce bijou1 au fond d'un ton pompien1 l'cran de forme japonaise4--,la ,dame en bleu1 dite ,le ,bluet1 figurine unique en son genre1 est assise au beau milieu d'un paysage qui baigne de tons lgrement virides une toile de deux tons d'azur1 wedgwood et saphir4--,la ,rose-,th1 une jeune femme aux seins nus et si dlicatement nuancs du ton de la fleur1 qu'on les prendrait pour cette rose elle-mme4--,le ,pianiste ,hongrois1 petit portrait1 ensemble distingu et flamboyant1 d'un blond jeune homme1 aux cheveux longs et drus la ,liszt1 au visage finement ombr2 une transcendante tude laque en pleine pte1 o le luisant palissandre de l'instrument1 la musique entr'ouverte et le lisse clavier1 la culotte gris-perle orne de broderies1 le tabouret d'un rouge de granium1 sont bauchs et entirement rendus en quelques touches toutes puissantes4 ,stevens a peint ce tableau en une heure et demie 7le temps ne fait rien l'affaire71 d'aprs l'accompagnateur de ,rmenyi1 le violon clbre4--,trois petites tudes1 en lesquelles ,stevens rencontre ,whistler3 ,la ,fillette la poupe1 une combinaison en rose et vert ravir le peintre des arrangements2 ,la ,femme au peignoir et ,la jeune ,femme assise1 un minois1 une ,mimi-,pinson d'atelier1 en plus rosse 7un peu la ,bessie de ,la ,lumire qui s'teint71 le modle gentil et commun en sa toilette de rue1 la voilette blanche releve1 et les mains aux doigts trop courts1 cherchant se rejoindre sous leurs bagues en faux et hors des fausses manchettes de toile empese4--,trois petits portraits3 deux garonnets1 le rveur1 le jeune ,montrosier1 mlancolique adolescent2 et le volontaire1 le jeune ,peter1 profil accus et fin1 au-dessus d'une flottante cravate de deux tons de rose2 puis une petite tte de jeune femme blonde1 la coiffure garonnire aussi1 et qui plus loin s'accommode aux sombres atours de ,la ,veuve avec ses enfants1 dans le tableau du ,muse de ,bruxelles4 ,quant aux grandes figures1 si je n'en parle pas1 c'est qu'elles ne sont point typiques du talent de ,stevens4 ,celle en laquelle il a gal ses petites toiles1 c'est ,la ,femme au bain de la collection ,humbert1 non expose aux ,beaux-,arts1 et remplace par une autre baigneuse1 moins belle1 la gracieuse tte de ,sirne1 dont un des mrites est de rappeler ce joli vers de ,musset3 ,la ,naade du bain qui pleure en s'gouttant4 ,j'ai tout numr de ce qui me semble hors ligne4 ,je m'en voudrais 7,stevens lui-mme peut-tre m'en voudrait7 d'omettre ses marines1 qui ne sont pas mon faible dans son uvre1 mais qui y jouent un notable rle dont il est fort jaloux4 ,en tout cas1 peut-tre en aurait-on d faire l'objet d'une runion spciale1 plutt que de les mlanger aux portraits de femmes4 ,et pourtant la mer n'est-elle pas femme comme elles1 mystrieuse1 nigmatique1 pleine d'accalmies et de cruauts sous ses robes changeantes1 pleines elles-mmes1 dans la dentelle de leurs vagues1 le frisson de leur flot ou l'ourlet de leur cume1 de roses d'aurore ou de nocturnes violettes8 ,ce que je prfre1 c'est une srie de vues de la ,riviera1 dont le peintre a bien rendu l'atmosphre sans voiles1 les contours nets et presque durs1 les maisons peintes comme des fleurs dans des paysages de pins qui s'assombrissent au crpuscule1 sous des ciels bleu ple qui se mlangent l'azur mditerranen dcolor par le soir naissant en une clart surnaturelle4 ,on reproche gnralement aux coins de paysage1 aux bouts de jardin que ,stevens encadre dans une fentre ouverte1 un peu de froideur1 un clat un peu creux ou un peu cru4 ,ce sont bien1 il est vrai1 des paysages de peintre d'intrieurs1 nature convenue et pimpante1 factice et superficielle4 ,nanmoins ces dcors1 voire ces portants1 sont leur place et leur valeur1 et parfois1 comme dans ,la ,femme aux papillons1 le peintre prouve qu'il sait traiter les vertes plates-bandes et les ombreux sous-bois avec non moins de consciencieuse passion que les paysages dors des paravents de laque4 ,je conclus par quelques dtails typiques1 rcemment glans4 ,la figure de femme de ,l',atelier du peintre1 et cette autre1 d'ailleurs assez dissemblable1 de la ,douloureuse ,certitude 7en robe de soire7 furent poses par un modle du nom de ,victorine1 dont il appert que le matre se plaisait en interprter l'lgante silhouette1 plus qu' rechercher sa ressemblance exacte4 ,dans le premier de ces deux tableaux1 parmi les objets occupant le fond du dcor1 la photographie d'une tte d'homme est reproduite avec une singulire vrit3 c'est un portrait de ,baudelaire4 ,de mme que la robe d'algrienne1 tant aime1 tant de fois reproduite par le peintre1 lui avait t donne par la ,princesse de ,metternich1 la robe de la ,dame rose lui vient de ,madame ,doche4 ,un jour l'histoire sera faite de ces robes varies ou redites par ,stevens1 dans tel ou tel de ses tableaux1 chiffons immortaliss1 loques transfigures2 candide robe bleue du ,printemps1 que sillonnent de fins velours noirs1 tels que d'obscurs filons de deuils prventifs2 robe rose de ,l't1 dont les boutons de mtal poli sont autant de miroirs menus qui refltent le paysage4 ,le grand amoureux des robes devait aussi se proccuper de ces robes de l'ameublement qui sont les tapis de table4 ,il en a peint beaucoup1 de rutilants et de discrets4 ,la ,visite#aj et les ,derniers jours de veuvage en contiennent deux extraordinaires4 #aj ,a ,madame ,cardon4 ,un mot de la clbre ambassadrice que je nommais tout l'heure3 ,princesse1 ,stevens trouve que vous avez du chien1 lui dit-on un jour4 7,la locution venait d'tre invente47 ,et la spirituelle dame de rpondre3 ,est-ce le peintre d'animaux8--,c'est un plaisir d'entendre le matre remonter le fil de ses souvenirs4 ,je lui exprime mon admiration pour la collection de ses uvres runie aux ,beaux-,arts3 ,et pourtant mon chef-d'uvre n'y est pas6 me rplique-t-il4 ,ce chef-d'uvre1 c'est1 selon lui1 ,la ,tricoteuse1 une femme en blanc 7toujours la robe d'algrienne71 assise1 en train de travailler un ouvrage de soie bleu ple4 ,je ne sais pas comment j'ai pu faire cela1 me dit navement ,stevens2 j'ai revu le tableau il y a quelques annes1 j'en tais pat2 c'est d'une couleur6444 ,un dsaccord avec le collectionneur ,bruxellois a priv l',exposition de cette toile privilgie4 ,or un autre chef-d'uvre est l1 incontestable1 lisible pour tous1 ,le ,cadeau#aa1 l'gard duquel son auteur se montre moins quitable4 ,comme on le lui racontait minutieusement3 ,c'est tonnant1 murmura-t-il1 je ne m'en souviens pas4 ,ainsi de l'arbre prodiguant ses fleurs et ses fruits sans se rappeler les regards rassasis1 les soifs tanches4 ,d'autres tableaux1 qui prtendirent prendre rang au catalogue avaient moins de droit au souvenir de leur peintre4 ,l'un d'eux1 annonc d'avance et non sans ostentation1 lui fut apport avec inquitude par un commissaire zl4 ,cette petite toile1 assez adroitement truque dans la manire du matre1 n'tait pas de lui1 tait fausse4 #aa ,dcrit plut haut4 ,par contre1 j'ai vu chez un marchand de tableaux une petite peinture d'un fini presque excessif1 que ,stevens appelle ,l',angelus4 ,c'est une jeune femme1 en robe de soie noire1 assise prs d'une fentre ouverte4 ,ses bras ballants tombent avec le livre qui l'occupait et1 dans la mlancolie du soleil couchant1 elle coute tinter l',ave du village4 ,maintenant l',exposition s'achve en un murmure universellement difi4 ,d'autres matres1 d'autres habiles artistes1 amis et admirateurs de ,stevens1 fort au courant de son uvre1 la voient se surpasser elle-mme en cet ensemble subjuguant et charmeur4 ,messieurs ,carolus-,duran1 ,braud1 ,gervex se sont multiplis pour assurer cette glorieuse joie leur confrre4 ,monsieur ,benjamin-,constant commente ces tableaux de comprhensive faon1 et ,monsieur ,degas promne sur leur mail une loupe non due4 ,monsieur ,forain s'arrte merveill devant le tableau appartenant au baron ,blanquet lequel va1 ces jours prochains1 prouver les enchres#ab4 ,enfin1 ,helleu1 le jour de l'inauguration de ce petit muse1 exprimait son enthousiasme par un mot qui fut rapport ,stevens et le rjouit3 ,a ct de cet homme-l1 nous ne sommes tous que des maons6 #ab ,elles l'ont adjug pour vingt et un mille francs ,monsieur ,georges ,feydeau4 ,est-ce dire que la brute hyperborenne des anciens jours1 l'ternel ,esquimau porte-lunettes ou plutt porte-cailles que tous les clairs ne sauraient clairer#ac se rende ce charme dcisif8 ,dieu nous en prserve6 ,ce monstre m'est apparu sous forme mle et femelle1 dans l',exposition1 bien notamment le premier jour1 et j'ai vu-- distance1 heureusement6--sa hideuse bouche se crisper en la significative dformation qu'inflige aux contours buccaux une btise profre4 ,cette btise1 ce doit tre l'une de celles qui sont le plus chres au ,philistin2 elle consiste traiter de gots malades les gots autres que ceux des gens qui emploient leur trop de sant dire des niaiseries4 ,voici1 en outre1 le mot d'une des petites filles du ,cousin ,pons3 ,je ne me reprsente pas un ,stevens chez moi4 ,n'et-il pas t plus judicieux de demander au tableau ce qu'il penserait lui-mme de la cohabitation avec une personne si claire8 #ac ,suivant un texte de ,baudelaire4 ,quant aux vraies femmes1 reconnaissantes d'tre si bien devines1 selon une jolie expression inspire par l',exposition ,stevens1--un peu droutes cependant par les toilettes avec lesquelles elles jourent pour la premire fois la dame1 quand elles taient enfants1 elles murmureraient volontiers1 devant beaucoup de ces tableaux1 ce vers de ,mallarm1 si elles ne commenaient pas par l'ignorer3 ,en toi je m'apparus comme une ombre lointaine4 ,et leur palme1 leurs fleurs la main1 elles s'avancent vers le vieux matre qui les devina1 et lui composent de leurs noms associs la stle grave en tte du catalogue1 et qui restera comme un curieux document d'art et de mondanit de la fin du sicle4 ,et celle qui s'est mise leur tte1 la ,comtesse lisabeth1 arrive auprs de son illustre compatriote1 lui rcite ce mien sonnet1 qu'il entend1 qu'il aime3 ,,au ,,maitre ,,alfred ,,stevens ,vous avez rvl les velours et les voiles ,d'une ,vnus qui nat de l'cume des flots2 ,non les flots de la mer aux trop profonds sanglots1 ,mais les flots de sa jupe1 aux bijoux pour toiles2 ,comment nous faites-vous frissonner jusqu'aux moelles ,rien qu' peindre avec art de prcieux tableaux ,o vers une ,cythre aux amoureux lots ,de belles robes vont gonflant satins ou toiles8 ,c'est qu'elles sont l'aime et l'amante1 en essaim1 ,ces femmes1 dont je vois1 sans cris1 battre le sein ,prs des souples maux de l'ample cachemire2 ,et que ce ne sont pas les moins pres douleurs ,que celles dont l'moi dans les ,psychs se mire1 ,et qui1 pour leurs colliers de perles1 ont leurs pleurs6 ,une preuve pour laquelle l'pithte de ,dantesque1 seule1 aurait suffi1 n'a pas t consomme4 ,stevens1 seul d'entre tous les ,parisiens1 n'aura pas t priv d'admirer son ,exposition4 ,il sort d'en faire1 aujourd'hui #bh fvrier1 la visite discrtement triomphale4 ,un mercredi des ,cendres1 titre de son premier tableau expos l4 ,ses amis1 ses proches1 l'entouraient1 heureux1 attendris4 ,dans son fauteuil roulant1 moderne transposition de la litire du ,grand ,cardinal1 il a fait le tour des salles que son art a si finement brodes4 ,cette tapisserie a quelque rapport avec celle que la ,princesse de ,beauvau adorablement mailla de toutes les roses du ,rosaire4 ,le ,rosaire de roses d',alfred ,stevens1 ce sont tant de minois fleuris de sourires1 emperls de larmes4 ,le matre en a pleur leur aspect1 de douces1 de nostalgiques4 ,on l'a ft sur tout le parcours de ces stations de beaut4 ,on l'a acclam devant cette merveille qu'il a intitule3 ,tous les bonheurs4 ,ces tableaux1 il les reconnaissait1 les caressait du regard1 s'inquitait de leur sant matrielle1 de leur tat1 visiblement proccup de leur viabilit1 de leur longvit1 de leur avenir4 ,et quand1 sur le seuil de ces galeries1 il a vu l'accueillir1 le gracieux essaim de ces jeunes femmes qui lui doivent de se survivre1 ne ft-ce pas touchant1 en prsence de tant de chefs-d'uvre et tant de souvenirs1 d'entendre le vieux grand matre chuchoter ce mot de coquetterie1 mot de confidence aussi3 ,voil donc tous mes vieux pchs6 99 99 99 99 99 ,l',exposition est close4 ,la runion est disperse3 ,on croit dranger le ,x,v,i,i,ie sicle qui causait1 crivent les ,goncourt propos des impressionnantes salles du ,muse de ,la ,tour4 ,du muse de ,stevens1 on aurait pu dire3 ,on croit dranger le ,second ,empire qui rvait4 ,peu ou point d'hommes3 un pianiste1 un convalescent1 deux ou trois phbes4 ,mais tout ce que l'antiquit avait intitul un ,snat de femmes1 prises d'art1 endolories d'amour1 exaltes de coquetterie1 se faire entre elles la montre du dernier bibelot1 la confidence du dernier caprice1 les honneurs du dernier cachemire4 ,,ii ,le ,pasteur de ,cygnes4 ,,georges ,,rodenbach ,illustration3 ,georges ,,rodenbach #ahee-ahih ,peint par ,stevens1 sur un volume du pote1 provenant de la ,collection ,goncourt et acquis par l'auteur du prsent ouvrage4 ,le ciel des ,flandres1 l'eau des miroirs1 canaux mlancoliques1 et qui me mnent d'autres visages4 ,celui que j'y voulais peindre1 que cette similaire qualit de ,franco-,flamand1 la passion des mirages1 le rendu des reflets1 l'art des nuances1 apparentaient ,alfred ,stevens1 celui qui s'y allait dcalquer1 selon une expression qui lui plaisait1 le pote exquis1 l'ami sympathique1 au sens exact de ces mots poncs par l'abus1 ,georges ,rodenbach1 s'y esquisse plus ple4 ,sa forme hsite2 le diadme en filigrane d'or de ses cheveux se confond au halo de la lune1 aux spires de l'eau sous le poids silencieux des cygnes4 ,j'voque en vain les traits de mon ami2 l'onde semble jalouse de les conserver en son cur2 puis1 tout coup1 ils se prcisent1 montent la surface en une blancheur d'hostie1 et la tte transfigure1 dsormais pareille la cit1 merge au-dessus des eaux de ,bruges-la-,morte4 ,c'est vritablement dans l'instant mme1 o le cours de ce rcit et de ma prdilection1 m'amenait susciter le pote dans sa ville1 qu'il me faut le ressusciter1 et que sa mort soudaine change en encre noire1 l'encre bleue de ces souvenirs4 ,je n'aime gure les portraits aprs dcs1 tels que les conoivent les familles qui infligent des peintres1 souvent de talent1 la cruelle obligation de se conformer une fantaisie macabre et irrflchie4 ,j'admets l'anthropologique intrt que peut offrir des spcialistes1 le masque mort d'un ,richelieu1 d'un ,voltaire1 d'un ,napolon2 mais1 pour ceux qui ont le bonheur de n'tre point des monstres historiques1 n'est-ce pas un triste legs inflig leur gloire distingue et discrte8 ,funestes images substituant au souvenir vivant qu'il s'agit de faire durer1 le dplorable tableau de leur destruction partielle4 ,portraits exposs d'tranges vicissitudes1 entre le frigide malaise qu'ils imposent aux visiteurs et nous-mmes1 pour le scandale de s'gayer devant eux2 et le non moins scandaleux exil qui1 la gat revenue1 7que les dfunts modles eux-mmes se montraient jaloux de ne pas bannir7 relgue l'oratoire1 sinon en moins honorable lieu1 le rabat-joie funraire4 ,dieu me garde1 et bien que le livre n'ait pas l'inexorabilit du cadre1 d'obscurcir par la transposition littraire d'une si fatale effigie1 la prsence relle du pote4 ,car l'uvre est une transsubstantiation--eucharistique symbole qui lui plairait--les lecteurs y viennent communier2 ainsi1 l'crivain demeure parmi nous4 ,entre nombre de choses mal interprtes que contient la vie1 il y a notamment la mort4 ,nous ne voyons que peu nos amis2 l'admiration qui exalte notre amiti nous vient1 pour eux1 de ces travaux qui nous les drobent2 alors1 pourquoi ne pas nous les figurer dans leur trpas1 ainsi qu'en une solitude fructueuse et un peu distante1 o se trament1 pour mieux mriter encore de notre logieuse affection1 des strophes plus intensives4 ,il serait trop triste de se reprsenter jamais dnues de son visage aimable1 doucement fulgurant d'un toupet d'or cendr et fin1 au-dessus du hausse-col un peu naf1 mais sans prtention et seyant au type1 les runions qu'il clairait de bon accueil1 de bonne grce courtoise et simplement diserte1 de jolies phrases notes qu'il citait1 inventes1 dont il offrait la surprise4 ,c'tait un got chez lui1 de sertir une expression trie au cours d'une conversation1 d'une lecture2 d'en faire 7tel qu'un ,goncourt tirant de sa poche pour s'en rjouir au beau milieu d'un repas1 le bibelot rcemment acquis7 chatoyer la terminologie raffine1 voire quintessencie4 ,le terme convient notre ,pote1 il tait abstracteur de quintessence4 ,on sait ce que signifiait ce mot pour les vieux alchimistes4 ,en possession des quatre essences1 autrement dit des quatre lments1 ils s'vertuaient la recherche d'un cinquime1 l'absolu1 le gnrateur de l'or1 la pierre philosophale4 ,les lments du monde potique de ,rodenbach taient distincts et restreints1 leitmotiv monotones 7dont c'tait le devoir1 le droit et la grce de l'tre7 priodiques jusqu' la redite1 au point qu'on puisse se demander sans injure s'il n'avait pas puis les variations de ces thmes immuables4 ,point dlicat2 je ne l'aborderais pas s'il ne me semblait conciliable avec la plus haute estime pour l'homme et ses ouvrages4 ,c'est une coutume1 surtout devant la tombe des artistes jeunes1 de s'attendrir sur la virtualit des projets qui s'y enfouissent4 ,je ne pense pas ainsi4 ,on sait que1 de leur pouce retourn 7pollice verso7 les vestales ,romaines pouvaient agir sur le destin des gladiateurs dans l'arne4 ,la mort est une vestale dont le pouce excelle donner une fin de vie l'allure qui sied et certaines uvres interrompues un air inachev plus seyant que n'et t l'exegi monumentum4 ,je citerai1 entre autres1 dans le prsent1 celle de ,carris1 qui m'est chre4 ,dans le surminent pass de l'art et du talent1 ,raphal et ,pic de la ,mirandole morts1 trente ans1 l'un sans achever sa ,transfiguration1 l'autre dfiant sur tout savoir possible1 ont tmoign qu'une telle priode suffisait pour une volution gniale4 ,jsus a fix ce terme l'expiration de sa carrire humano-divine4 ,et le penseur qui exige que tout enthousiaste soit crucifi trente ans en donne pour raison qu'il n'y a plus de place au del que pour les excs de l'exprience4 ,un vif esprit que ,rodenbach aimait citer a crit cette phrase mmorable3 ,la vie tant un tout1 c'est--dire ayant un commencement et une fin1 il n'importe pas qu'elle soit longue ou courte2 il importe seulement qu'elle ait ses proportions4 ,on ne peut donc se plaindre que d'une mort prmature1 qui arrive avant la fin de la vie3 une telle mort n'est pas en effet la fin1 mais l'interruption de la vie4 ,l'ge d'un homme n'importe pas4 ,ce qu'il sied de considrer c'est l'ge de son uvre4 ,or1 on peut dire que celle de ,rodenbach1 restreinte ses quatre lments1 a coul en leurs muettes ou tendrement chantantes douceurs1 les quatre ges de sa vie4 ,ces quatre lments contigus1 incessamment renouvels par l'change de leurs complmentaires et de leurs rayons simultans1 c'taient d'abord1 comme ,stevens1 les miroirs1 miroirs des glaces1 miroirs des eaux1 miroirs des yeux1 miroirs des mes4 ,puis1 sur eux et sur elles1 les cygnes1 rves des ondes1 les regards1 cygnes des cristaux tams1 les rves1 cygnes des prunelles4 ,et1 leur suite1 toutes les blancheurs1 jusqu' celle des hosties1 avec1 pour elles1 les communiantes4 ,transformisme insensible qui1 dans l'ombre1 va les changer ces bguines en mantes1 comparses favoris de cette potique1 et leur rplique tnbreuse4 ,terrestres robes en cloches qui1 finalement1 se bronzent1 s'enlvent et se suspendent aux beffrois pour d'ariens carillons lugubres4 ,le quatrime lment1 le feu1 palpite leur voix3 les cierges qui ouvrent des plaies de lumire dans l'ombre des temples2 les lampes qui closent des roses de flamme dans la nuit des chambres4 ,cierges qui viennent en aussi originales images1 bien qu'en rimes moins exactes1 en rythmes moins fidles1 de saigner leur suprme chandeleur1 roses qui viennent de se dfeuiller et1 lampes1 de se dfleurir1 dans ce ,miroir du ,ciel natal1 dernier livre du jeune ,matre4 ,le volume ft-il ce que l',avenir de la ,science fut ,renan2 ce que leur ,journal fut pour les ,goncourt1 l'origine de tout le reste8 ,je ne le pense pas4 ,et les nouveaux modes dont1 mon regret1 l'auteur y a fait usage1 ne sont pas pour le laisser croire4 ,mais1 cela serait1 qu'il n'y aurait pas lieu d'en tre surpris1 puisqu' travers ces rythmes moins personnels1 o d'autres se sont montrs plus experts1 et en lesquels se diluent des tableaux qu'il a mieux fixs1 se droulent comme rcapitulativement1 tout le schma de ses ouvrages prcdents1 tous les thmes de sa musique de chambre4 ,s'il et vcu1 un esprit aussi ingnieux que l'tait celui de ,rodenbach1 cela n'est pas douteux1 se ft renouvel pour produire d'autres travaux4 ,mais la fantaisie de transformer son art en celui de joaillier1 de devenir un ,lalique1 ne lui et pas inflig un renouvellement plus total4 ,car il avait fait dire 7et presque excessivement en ses derniers chants71 aux figures et aux termes dont il avait fait choix et qui l'avaient lu1 tout ce qu'ils taient susceptibles de rendre4 ,donc1 mon sentiment1 ayant eu vivre la seconde moiti de sa vie1 ce pote aurait pu accomplir une autre uvre4 ,mais celle qu'il avait entreprise1 et c'est une consolation de le penser1 il l'a mene bien1 termine souhait et temps2 nulle autant qu'elle n'a mrit le titre de poma1 en le sens de chose faite2 et son rcent ouvrage1 on peut l'affirmer1--en une de ces catholiques similitudes qui lui taient chres--n'a fait qu'en recueillir et rassembler les prcieux lments1 comme le prtre le fait d'un doigt pieux1 sur la pierre de l'autel1 pour les particules de l'hostie4 ,ses littraires quations1 les vocations lui familires1 y changent leurs termes habituels en un vertige tournoyant2 les quatre lments de cette potique1 jusque-l distincts1 communiquent et se rejoignent4 ,il ne suffit plus aux robes blanches ou noires de se transformer en cloches1 ou ad invicem2 mais ce sont les premires communiantes qui deviennent des cygnes4 ,l'hostie se confond la lune1 ,et les cygnes en communient1--,pour que la lune ajoute leurs blancheurs insignes4 ,je pourrais multiplier les exemples4 ,valse mystique1 assez semblable ces danses autour des autels qui se perptuent en ,espagne4 ,car ,rodenbach pense bien tre un mystique1 mais il est aussi danseur4 ,il conclut son livre1 bien diffrent de ,sagesse 7d'un mysticisme dj fantaisiste7 et noue la ronde de ses symboles1 par un finale en offrande qui n'a pas l'accent de celui de ,verlaine4 ,et ses coryphes dvotieux dont la main droite se trempe au bnitier du ,pauvre ,llian1 tendent la gauche ces ,clarisses en rose1 un peu sacrilges1 mais tout de mme innocentes1 qui1 sous l'ecclsiastique direction de ,monsieur ,catulle ,mends1 apprennent un pas1 d'une ,reine de ,rve4 ,pourtant ce va-et-vient d'lments connus se rsout en une inconnue1 un cinquime lment1 une cinquime essence2 le silence qui pse harmonieusement sur cette uvre nous y avait prpars2 il s'approfondit4 ,les cierges ont l'air de mourir en spasmes de lumire2 le rverbre voit l'ombre de sa bote en verre--,former avec ses quatre pans--,comme un petit cercueil terre4 ,les femmes en mantes1 cloches de drap1 comme un glas1 semblent tenir des cercueils de petits enfants4 ,les communiantes1 qui ne sont que des clochettes1 et les cygnes1 qui sont devenus des communiants1 ont reu leur mutuel viatique1 elles de l'hostie1 eux de la lune4 ,c'est ainsi que la cration limite du pote s'est achemine la trouvaille de son cinquime terme4 ,cette quintessence1 ainsi qu'au temps des vieux alchimistes1 est bien encore fille de la terre1 puisque1 fictivement en l'uvre de ce pote1 effectivement dans sa vie1 elle n'est autre que la ,mort4 ,c'est ainsi qu'il rentre en lui-mme et retourne son principe1 car il tait n d'elle1 n d'une ville morte1 et entre toutes1 son dire4 ,nous verrons quel fut l'effet local de cette interprtation4 ,l'on a dit que ,rodenbach tait un homme envot par une ville2 c'est vrai2 ainsi qu'on peut et doit tre1 au dire du sage1 l'homme d'un seul roi1 d'un seul matre1 d'une seule femme1 d'un seul livre1 il a t l'homme d'une seule ville4 ,n d'elle1 s-lettres1 s'entend1 puisqu'il est en ralit1 n ,tournai1 il a vcu d'elle1 il en est mort4 ,on peut dire qu'il s'y tait incorpor1 qu'il tait devenu elle-mme1 charriant sur le sang ple et sur la lymphe des canaux changs en ses veines1 des cygnes blancs ou noirs1 suivant les jours de grce ou de nostalgie2 que les battements de son cur taient les sonneries de ces cloches qui1 selon le degr de son spleen1 s'incarnaient en adolescentes ou en bguines4 ,une malice que je cite parce qu'elle est sans malignit en mme temps qu'oraculaire1 l'avait intitul le ,brugeois ,gentilhomme2 c'tait vrai encore de cet aristocrate artiste qui a pass sa vie transposer les mots de la dclaration qu'il avait renouvele pour elle3 ,belle dame1 vos beaux yeux me font mourir d'amour4 ,ninive du ,nord dont il s'tait fait le ,jonas pour en prdire la ruine4 ,pour l'accomplir1 il la veut ,jricho1 dont sept fois il fait le tour1 sa lampe la main1 et sonnant d'un airain voil4 ,pour la rdifier1 il est ,amphion1 elle1 ,thbes4 ,et les vieilles pierres ciseles s'agitent et s'tagent4 ,oui1 c'est ,georges ,rodenbach1 il sied de le proclamer1 que ,bruges doit la sorte de rsurrection qui est sa survie4 ,il l'a proclame morte1 et de ce mot1 l'a recre en cette sorte de lapidaire nirvn qui est l'immortalit de l'me des pierres4 ,maintenant1 quel fut le salaire de ce rachat8 ,hlas6 bien entendu1 toujours le mme4 ,j'ai eu trop souvent l'occasion de le traiter avec une amre prdilection1 notamment dans mes chapitres sur ,hello1 sur ,boeklin1 sur beaucoup d'autres1 non pour avoir puis l'inpuisable matire de l'incomprhension et de l'ingratitude1 mais pour qu'il ne me soit plus permis que d'en broder les variantes et nuancer les vicissitudes4 ,nul doute que si les pierres avaient t appeles se prononcer sur le gr qu'elles devaient leur embaumeur1 elles n'eussent proclam sa gloire4 ,mais les curs sont moins clairs et moins clments4 ,j'en donnerai pour preuve ce qui m'advint1 lors de mon plerinage ,brugeois en l'automne de #ih4 ,car je suis un de ceux que la lecture de ,rodenbach incitait se diriger vers la plus morne des villes grises2 le jubil de ,rembrandt m'en fournit l'occasion1 je revins par ,bruges4 ,le soir m'accueillit4 ,le ciel pathtique et inclair tait plein des ardentes effiloches de son qui composent l'atmosphre de ces ciels ,flamands et le titre de ce diptyque4 ,je sortis pour m'enivrer de ce polyphonique phnomne1 aprs avoir rendu grce au symbolique hasard appropri1 qui faisait accder ma chambre d'htel par un escalier dont les barreaux taient autant de roseaux forgs et peints1 plants dans le bec d'autant de cygnes4 ,l'heure se dchanait dans la nue en arpges bronzs et gutturaux1 du gosier de pierre du beffroi4 ,ces carillons ne sont souvent que de grossiers harmonicas de fer1 enrous1 dsaccords et dont on voit les marteaux s'lever puis retomber faux comme les sabots noirs d'un ,quasimodo mtallurgique4 ,celui de ,bruges a plus d'allure4 ,il ploie dans l'espace1 comme de sonores drapeaux lacrs1 le ferrum est quod amant de ses harmonies4 ,elles sont rudes et raffines4 ,on dirait du ,brahms orageux1 de la musique de l'avenir temptueuse4 ,elles agissaient vhmentement sur ,rodenbach1 et il en a tir le sujet d'un de ses romans1 qui est un vaste pome en prose4 ,j'entends parfois des compositeurs pourtant ingnieux se plaindre du manque de livrets potiques4 ,j'en connais au moins deux4 ,on sait le sujet du ,carillonneur4 ,la scne ouvre sur la grande place de ,bruges1 l'heure d'un concours pour l'lection de ce fonctionnaire entre terre et cieux4 ,les concurrents se succdent dans le beffroi1 et la foule groupe au pied de la tour attend anxieusement le retour des nobles et familires mlodies auxquelles l'avait forme le dfunt organiste arien4 ,hlas1 de vulgaires flonflons de bronze1 viennent seuls attester l'irrmissible dshonneur de l'ther1 car tous les candidats inscrits pour l'preuve1 s'y sont soumis1 et la population grondante en bas tmoigne houleusement de son mcontentement et de sa crainte4 ,soudain un inconnu s'engouffre dans l'escalier2 un concurrent inattendu que salue sans espoir l'attente anxieuse4 ,mais l'air s'emplit d'accents reconnus et plus divins2 de vieux ,nols1 d'ataviques harmonies caresses par la rminiscence4 ,et l'lve du carillonneur trpass1 l'artiste-enfant que sa fire modestie avait empch d'oser prtendre au poste sublime1 s'y voit acclam d'enthousiasme par la reconnaissance et par la foi4 ,n'est-ce pas un scnario de premier acte digne de mettre en uvre les ressources d'un ,wagner au second acte des ,matres ,chanteurs8--,la voix d'airain dchue du sommet de la ,tour1 l'indignation publique dont la plainte monte mesure de l'esprance due1 l'apparition bafoue des prtendants vincs1 la populaire anxit croissante1 son apaisement puis son extase sous le retour pacifiant des traditionnelles mlodies1 autant de prtextes pittoresques4 ,la suite ne l'est pas moins en son poignant dveloppement4 ,le carillonneur s'prend1 sa passion hsite entre deux fiances1 parmi lesquelles1 il choisit1 bien entendu1 celle qu'il doit le moins aimer4 ,et c'est le droulement mme de ce tragique pome1 un peu monotone1 conformment toute uvre de ,rodenbach1 sa voix mme1 cette voix de violoncelle que1 parfois1 il attribuait d'autres1 mais qui fut bien surtout la sienne1 que le droulement1 au-dessus de la ville suggestionne1 des sonneries jetant aux quatre vents les temptes d'une me4 ,ame en peine1 rendue aux brises1 dans le dernier soupir de suicid qu'exhale ,borluut pendu au battant de sa cloche4 ,dnouement peut-tre emprunt une eau-forte de ,rops4--,rminiscences444 ,le lendemain1 j'grenai le ,quai du ,rosaire1 je gotai la ,rue de l',hydromel1 le ,quai du ,miroir me reflta1 le ,quai ,vert m'offrit des feuilles mortes4 ,d'autres titres sont moins potiques1 mais non moins significatifs1 nous le verrons tout l'heure3 ,rue ,queue-de-,vache1 ,rue ,puits-aux-,oies1 ,place de la ,grue1 ,porte des ,baudets1 ,rue de l',ane-,aveugle4 ,je ngligeai ces troupeaux par prfrence pour le visionnaire panneau dans lequel ,memling1 en son mail fulgurant1 a vraiment pris au pige l',apocalypse2 et pour un phnomne moins triomphal mais plus droutant en un volet du mme matre4 ,celui-ci1 au dire des guides et des inscriptions1 figure ,sainte ,hlne4 ,c'est1 en effet1 une belle jeune femme portant une croix1 telle qu'on reprsente la mre de ,constantin1 sauf pourtant ce dtail qui a bien son poids1 que le peintre en a fait une femme barbe4 ,je demande pardon pour ce dtail singulier dans un article la louange d'un ami dfunt1 mais c'est la place topographique d'lucider ce mystre1 et il en vaut la peine4 ,je ne crois pas qu'il ait t signal1 bien qu'indniable4 ,c'est pourtant dans l'histoire de l'art1 et d'un tel artiste1 un cas de conscience1 et de menton1 qui ne doit pas plus longtemps passer inaperu4 ,je n'en ai pas cru mes yeux2 la loupe n'a fait que l'affirmer4 ,et de loin1 une photographie en tmoigne encore3 un nombreux poil flave et plus que follet se dore au menton de la sainte en le prolongeant1 comme aux ttes de ,jsus ou de jeunes saints1 familires cette cole4 ,tout bien rflchi1 je n'y vois d'autre explication qu'un repentir rapparu1 une tte commence pour celle d'un bienheureux1 que le caprice de l'artiste et les ncessits de la composition1 ont fait achever en celle d'une bienheureuse2 puis la couche de peinture un peu mince dont se voilait cette mutation de sexe1 enleve par le temps ou par un vernis1 la barbiche reparaissant en partie au bas du visage de444 ,sainte ,barbe6 ,en somme1 un quivalent de ce cas not par ,pline1 celui de cette jeune femme devenue homme en sautant1 au dire du naturaliste4 ,quoi qu'il en soit1 j'attire1 et srieusement l'attention de l'art universel sur ce fait singulier4 ,rodenbach1 gay1 s'y serait intress1 et il me faut1 hlas6 m'excuser d'en entretenir son ombre4 ,voici une visite1 une vision plus prs d'elle4 ,j'ai dit sa prdilection des blancheurs2 une entre autres1 la cristallisation du givre aux vitres4 ,il la comparait des rideaux naturels en guipures fondantes et cet incessant rapport des tambours aux carreaux1 et des dentelles aux cristaux lui faisait nouer des similitudes tnues4 ,c'est qu'il y avait en lui un fond d'ancien artisan des ,valenciennes et des binches4 ,les bobines de la dentellire de ,vermeer s'agitaient dans son cerveau et son art s'ajourait en points d'esprit arachnens et traditionnels4 ,chose trange1 une pareille dentelle semblait imprime au fond de sa main4 ,le printemps dernier1 nous tions runis dans un enclos sybillin1 quelques consultants de choix autour d'une contemporaine ,le ,normand1 elle s'extasia1 et nous1 avec elle1 de la paume de ,rodenbach2 on et dit une toile d'araigne1 une de ces feuilles dont les bombyx n'ont plus laiss que la trame4 ,or1 nous dit-il1 telle tait la main de son fils unique1 ds le jour mme de sa naissance4 ,cher prsage pour l'enfant qui survit1 d'une conformit d'art1 d'avance fte4 ,celui de son pre s'tait faonn aux fuseaux1 et le premier conte du ,muse des ,bguines1 est une attendrissante histoire de voile de marie4 ,et c'est comme le leitmotiv de ce livre1 qui est son chef-d'uvre en prose1 et dans lequel bourdonnent ces falotes cloches de drap1 depuis la vtilleuse folle qui se couvre la tte d'un papier pour se prserver de la poussire1 jusqu'aux moniales friandes runies autour d'un cruchon de liqueur abbatiale4 ,mais1 au bout de ces innocents caquetages de vieilles pies1 le blanc motif fenestral se poinonne encore en l'illusion de cette sur rveille au milieu de la nuit d'hiver1 mystique fiance qui croit voir dans les jeux de la lune et des frimas sa lucarne1 l'apprt pour elle1 d'une robe de marie1 et qui s'en vt mystiquement pour ses pousailles spirituelles4 ,candides leons apprises dans les muses locaux qui n'offraient alors rien de tel que la collection de ,gruuthuuse4 ,touchant et bien fminin legs d'une jeune morte1 ,madame ,augusta1 ,baronne ,lieds1 hritage de lacis et de passements1 de points coups et de fils tirs1 dont les termes amusants et jolis1 trous1 picots1 engrelures1 fonds de neige1 varient jusqu' #cd jours dans un seul rideau de tabernacle1 et composent des barbes1 des berthes1 des rabats de magistrats1 voire la nappe de premire communion de ,charles-,quint et le couvre-pied de ,jean-sans-,peur4 ,point ,flamand1 pre et rival du point ,vnitien1 auquel pourtant demeure la gloire d'avoir tram une collerette en cheveux blancs pour le couronnement de ,louis ,,xiv1 et d'avoir procr des traits tiquets comme il suit3 ,le bon exemple du dsir louable qu'ont les dames d'une grande adresse prparer les points ouvrags en feuillages1 par ,pagan ,math2 ,recueil de belles broderies dans lequel une rare adresse1 soit d'homme1 soit de femme pourra s'exercer dignement avec l'aiguille1 par ,loppino2 ,trs belle manire de tenir ses jeunes filles occupes1 par ,jean ,ostaus1 etc444 ,certes1 ,rodenbach tait mon guide invisible1 mais en tout sensible et omniprsent durant ce parcours2 nanmoins1 j'en voulus prciser la conduite de quelques-uns de ces boniments mystiquement tendres qui font de lui comme un quitiste1 dont les ,torrents s'appelleraient les ,canaux4 ,c'est alors que je me trouvai une fois de plus1 mais dans des conditions qui en renouvelaient la niaiserie et le crime1 en face de l'iniquit1 laquelle entre toutes m'exalte3 le pote qui1 moi1 aprs tant d'autres1 nous avait amens l1 le rsurrecteur1 sous couleur mortuaire1 de la ville ingrate1 ,rodenbach y tait volontairement ignor1 rageusement pass sous silence4 ,le ,royaume du ,silence se vengeait ainsi du ,rgne du ,silence4 ,certain guide local m'en offrit srieusement les plus drlatiques preuves1 avec des passages dans ce got3 ,les plus prvenus pourront ici se convaincre que les exigences du commerce moderne s'harmonisent bien facilement avec celles du style de nos vieilles constructions2 d'autres exemples de cette vrit banale1 mais souvent conteste1 nous seront donns dans le cours de nos promenades2 et la subdivision de sa table en quartiers anims et quartiers silencieux6 ,aussi1 est-ce bien dans ces parages1 maugre ce ,brugeois vivant1 qu'a d natre l'obsdante lgende que ,bruges est une ville bien plus morte que toute autre ville dchue3 qu'il n'y a plus trace de commerce et d'industrie2 qu'un tiers de la population tend la main la bienfaisance publique et que le chiffre des habitants diminue annuellement d'une manire inquitante4 ,et pourtant la vrit est que ,bruges montre autant de vie que n'importe quelle localit de mme importance2 qu'elle fait concurrence ,gand pour la culture des fleurs et des plantes d'ornement2 que les transactions commerciales s'y chiffrent par un nombre respectable de millions2 que les traites protestes y sont bien rares1 comparativement ce qui se constate pour de plus grands centres d'activit2 qu'un habitant sur sept seulement a besoin de recourir aux administrateurs de la bienfaisance1 que le chiffre de la population augmente normalement au lieu de diminuer444 on voit que1 pour un peu1 le ,brugeois vivant offrirait de fournir des preuves4 ,j'eus la fortune1 peu de semaines aprs1 de rvler ,rodenbach ce texte pique1 et nous passmes quelques joyeux instants nous baudir de la bourde4 ,je lui parlai de mon dsir1 selon qu'il lui agrerait1 de faire allusion1 en un prochain ,essai1 cette attitude de sa ville4 ,une flamme nostalgique irisa son regard4 ,un instant1 pensif1 il rpliqua3 ,ce que vous ferez sera bien fait4 ,je ne le revis plus4 ,dernire visite6 ,la premire1 j'y veux revenir4 ,c'tait au printemps de #id4 ,je venais de faire imprimer mon premier volume1 et de brves strophes de moi1 marquetes ailleurs1 m'avaient valu sa prdilection artiste4 ,je connaissais moins son uvre que son nom4 ,un matin1 on me l'annona4 ,il venait de la part de mon grand ami ,alfred ,stevens1 pour me parler d'un article qu'il voulait crire3 il passa chez moi une bonne partie de l'aprs-midi1 et me laissa charm1 moins de son logieuse dmarche1 que d'une cordialit raffine4 ,certes1 je lui garde un souvenir reconnaissant pour m'tre venu trouver avec une avenante confraternit1 pour avoir le premier parl de mes travaux avec sympathie1 ragissant avec grce et avec force contre ce texte plein de frisson3 ,n'esprez pas qu'on souffle mot spontanment444 ,on regarde1 on se tait et1 si l'on peut1 on empche de voir4 ,nous devnmes amis et nous revmes souvent ,versailles et ,paris4 ,deux dernires entrevues furent les suivantes3 il n'y a pas deux mois1 je revenais de ,versailles1 je le rencontrai ,place du ,havre2 affectueusement il me querella pour l'envoi retard d'un livre4 ,nous marchmes ensemble plus d'une heure de causerie anime et joyeuse4 ,je lui adressai le volume4 ,quelques jours aprs1 il accourut1 pourquoi ne m'en parerais-je point8 me traduire avec effusion un flatteur plaisir de lecture4 ,et ce me fut une vive douceur de retrouver mu d'une uvre mienne1 leur premier pangyriste4 ,il me quitta sur cette assurance spontane1 entre de touchantes cordialits1 de son dsir d'tendre pour le publier bientt en volume1 l'article de nagure4 ,il y a de cela quelques semaines4 ,il est mort et me voici rythmer les soupirs de sa nnie4 ,une commune passion nous avait lis3 celle de la ,muse qu'il appelait3 notre ,mre ,marceline4 ,il la ressentait d'un cur subtil1 m'en parlait et crivit souvent4 ,j'ai cit dans les ,autels privilgis la ravissante lettre qu'il m'adressa pour excuser son absence nos ftes de ,douai4 ,il y avait entre ces deux esprits1 deux affinits essentielles3 l'amour de l'eau1 que ,victor ,hugo proclame distinctif des potes1 et bien particulirement sensible en ces deux-ci1 avec plus de gazouillement en ,marceline1 plus de stagnation en ,georges4 ,puis le got du silence4 ,j'ai cit dans mon ,florilge de ,desbordes-,valmore les beaux vers qu'il lui inspira4 ,rodenbach l'a proclam ,roi4 ,l expire l'analogie4 ,il semble que les fleurs alimentent ma vie1 s'criait-elle4 ,lui1 les ignorait1 mme dans une proportion qui semble difficilement compatible avec la posie3 les fleurs du givre et celles des dentelles qu'il leur assimilait1 suffisaient sa ,muse4 ,je me souviens d'un djeuner au ,clos-,saint-,blaise#ad o la conversation botaniste roula sur un tapis de fleurs4 ,nos htes y excellaient2 un regrett convive1 ,magnard1 tait rosiriste passionn2 la documentation d'un pome floral m'a donn quelque floriculture4 ,rodenbach resta silencieux1 puis finit par nous avouer qu'il distinguait mal les roses des lis1 et tout juste pour les ncessits du vers4 #ad ,chez ,mirbeau4 ,je revis ,rodenbach ,valvins1 vtu d'un veston de drap grenat1 dans un pique-nique organis autour de ,mallarm qui s'tait lev matin pour balayer la fort4 ,journe aimable4 ,deux soires lui font encore pendant4 ,la premire1 en une maison du bois4 ,anna de ,noailles rcita de ses vers1 dont le pote fut mu4 ,lui-mme dit1 et fort exceptionnellement1 une de ses posies4 ,quelques soirs plus tard1 ce fut un dner chez la ,duchesse de ,rohan qui nous runit4 ,j'ai le souvenir heureux d'avoir fait fte au chanteur regrett en grenant quelques-uns de ses vers mystrieux1 aujourd'hui oraculaires1 sur les miroirs telles des eaux captives1 dans les chambres3 ,et leur mlancolie a pour causes lointaines ,tant de visages doux fans dans ces fontaines 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,et l'on croit se penchant sur leur claire surface ,retrouver leurs fronts morts demeurs sous la glace4 ,j'ai dit ailleurs le doux sonnet que ,verlaine a crit pour ,madame de ,rohan1 l'instigation d'une personne qui m'tait bien chre4 ,voici celui1 pareillement indit et pareillement sollicit1 o ,rodenbach fait se prolonger l'cho de ce qu'il n'entendra plus4 ,soir chez vous1 si charmant inoubliablement6 ,la table tait servie au jardin2 les bougies ,s'ouvraient comme des fleurs aux brises rafrachies ,des toiles naissaient parmi le firmament4 ,un jet d'eau retombait en gerbes largies ,et chuchotait comme l'amante avec l'amant2 ,vous1 ,duchesse1 dans ce nocturne enchantement1 ,vous avez rcit de nobles lgies4 ,ah6 comme ils palpitaient les grands vers de ,musset6 ,et votre voix1 comme un clavier1 les nuanait1 ,et vous tiez la harpe o se prenaient ces aigles4 ,la pendule sonna1 mle votre voix 7,pendule qui sonnait les heures1 sous les rois4447 --,et votre voix1 comme elle1 tait pleine de sicles4 ,mais il ne s'agit l que d'un madrigal intressant citer pour sa nouveaut1 et je ne veux pas achever cette tude sans donner ceux qui pourraient l'ignorer1 de celui qui en est l'objet1 un exemple plus typique et plus accompli d'une manire inimitable4 ,b,,guinage ,,flamand ,cependant1 quand le soir douloureux est dfunt1 ,la cloche lentement les appelle complies ,comme si leur prire tait le seul parfum ,qui peut consoler ,dieu dans ses mlancolies6 ,tout est doux1 tout est calme au milieu de l'enclos2 ,aux offices du soir1 la cloche les exhorte ,et chacune s'y rend1 mains jointes1 les yeux clos1 ,avec des glissements de cygne dans l'eau morte4 ,elles mettent un voile longs plis2 le secret ,de leur me s'panche la lueur des cierges2 ,et quand passe un vieux prtre en tole1 on croirait ,voir le ,seigneur marcher dans un jardin de ,vierges6 ,et l'lan de l'extase est si contagieux1 ,et le cur prier si bien se tranquillise ,que plus d'une pendant les soirs religieux1 ,l't1 rpte encore les ,ave de l'glise2 ,debout sa fentre1 ouverte au vent joyeux ,plus d'une1 sans ter sa cornette et ses voiles1 ,bien avant dans la nuit1 grne avec ses yeux ,le rosaire aux grains d'or des priantes toiles6 ,j'attirerai encore l'attention sur le pntrant dnment dont il sature1 par l'emploi expressif qu'il en fait1 l'indigente sonorit du mot pauvre1 que j'ai retrouv1 dans cette exceptionnelle acception1 chez de ses lves distingus2 un honneur d'en avoir form sans l'avoir voulu1 un lustre aussi de l'avoir t4 ,c'est ainsi que la lampe gurit la chambre de la pauvret d'tre obscure2 que les rverbres grelottants et exposs aux intempries sont des pauvres parmi les luminaires2 que la nuit est seule1 comme un pauvre4 ,l'oppos de ce minable adjectif serait1 dans cette prosodie1 le mot dimanche1 qui1 lui1 la tidit d'une paisible joie4 ,le verbe pleuviner appartient bien en propre ,rodenbach1 et contient toutes les fines et grises aiguilles de pluie dont le ciel du ,nord se coud son reflet dans le canal4 ,je citerai encore1 du pntrant petit roman ,la ,vocation1 le dtail maternellement fminin d'un coussin qu'une dame avait fait remplir de la tonte blonde et boucle de son enfant grandi1 et qui lui chuchotait l'oreille quand elle y reposait la tte1 les souvenirs dors de sa vie4 ,cette mre dut tre celle mme de ,rodenbach4 ,j'ai vu d'elle1 chez feu notre ami1 un portrait1 du reste sans autre intrt que cette histoire qu'il me conta3 un peintre log vis--vis fit1 d'aprs la jeune femme sa fentre1 posant ainsi priodiquement son insu1 ce portrait qui fut retrouv et rachet dans la suite4 ,la dernire posie de ,rodenbach1 publie dans le numro de ,nol de l',illustration1 est conforme au double sens de l'antique mot vates1 qui faisait du pote et du devin une confusion bien inspire4 ,c'est sa propre nnie prventive entonne par lui-mme4 ,son inspiration1 volontiers funraire1 panche en psalmodie dans ses rcents pomes1 s'accentue en ce chant funbre4 ,intitul3 ,la ,veille du dernier jour de l'an1 c'est en ralit la veille mortuaire du pote4 ,et1 comme pour en prciser la signification1 une blanche et noire ornementation fait flamboyer aux deux cts de ces vers1 des torchres de catafalque4 ,quelques strophes de moi s'ornementaient dans le mme temps en un autre numro de ,nol4 ,ce fut notre dernire confraternit1 une collaboration presque4 ,un commentaire sur le carillon de ,bruges grenait sa finale vole autour de cette suprme lgie de ,rodenbach2 mais combien moins loquemment qu'il ne l'a fait lui-mme dans une publication1 ou rimpression plutt1 en ce rcent ,septembre3 ,ah6 ces quais de ,bruges1 calmes comme les avenues d'un cimetire8 ,et1 tout au long1 les canaux d'une eau morte qui sont eux-mmes des chemins de silence6444 ,on dirait que dans chaque maison il y a un mort4 ,et cela fait qu'on parle bas1 qu'on ose parler peine le long de ces quais mortuaires4 ,mais on a cependant la sensation d'une mort douce4 ,une mort sans souffrance et invitable1 une mort calme aprs une vie glorieuse1 le glissement de la vieillesse la mort1 sans secousse1 comme on s'endort4 ,o douce mort de la ville6 ,c'est ,bruges qui est morte4 ,et c'est pour elle que toutes les cloches l-bas tintent6 sonneries pieuses plutt qu'affligeantes4 ,c'est moins des glas qu'un effeuillement de sons1 une pluie de fleurs--des fleurs de fer1 rpandues sur un cercueil6 ,et voici venir1 au long des quais1 comme des pleureuses1 comme les servantes de la ,mort1 des femmes du peuple dans leurs mantes noires1 ces manteaux plis raides1 avec un capuchon qui s'vase en forme de bnitier4 ,elles y marchent ensevelies4 ,silhouettes peine humaines6 ,ce sont des cloches plutt1 cloches de drap1 noires aussi1 et on croit1 au lointain1 entendre agoniser leur marche comme un glas4 ,les cloches des glises s'en mlent4 ,est-ce l'heure des obsques8444 ,la ville est morte dcidment6 ,la ville est morte6 ,et pour accrotre le cortge1 voil les cygnes des canaux qui arrivent processionnellement1 et se rangent4 ,ils ont leur robe blanche de premires communiantes4 ,ils s'acheminent d'un mouvement parallle aux bguines qui s'avancent au long des quais4 ,et les cygnes1 en nageant1 ne dplacent qu' peine un peu d'eau4 ,et les ,bguines1 en marchant1 ne dplacent qu' peine un peu de silence4 ,cortge calme1 enterrement trs triste et trs doux en mme temps444 ,est-ce une morte relle ou des reliques qu'on accompagne8 ,est-ce un cercueil ou la ,chsse peinte par ,memling dans laquelle il n'y a qu'un peu de la poussire d'une sainte8 ,cela va-t-il durer longtemps ainsi1 jusqu'au soir ou jusqu' la fin des sicles peut-tre8 ,on rve1 on ne sait plus ni l'heure1 ni le lieu4 ,on s'parpille dans les cloches1 au fil de l'eau444 ,on oublie tout1 on s'oublie soi-mme444 ,on est dj comme dans l'ternit4 ,or soudain1 l'inexorable bourdon du beffroi s'entend1 et ses sons vastes tombent1 comme pour combler le silence1 la faon des pelletes qui comblent une fosse4 ,j'ai cit ce morceau parce qu'il est typique de ce qu'on pourra dsormais dnommer la manire auto-funraire de ce pote qui a pass sa vie clbrer son propre enterrement1 sous forme de l'obit de sa ville4 ,relisez la pice dans laquelle il lui tte le pouls1 avec son funbre refrain3 ,la ville est-elle plus malade1 ,ce soir8 444 ,le vent a l'air de plaindre1 ,quelqu'un qui ne gurira plus4 444 ,sans doute que la ville empire1 ,ce soir8 444 ,qu'est-ce qui va mourir8 444 ,il se peut que la ville meure1 ,ce soir444 ,et l'assimilation1 l'amalgame des deux cortges s'accomplit dans ces harmonieux et larmoyants distiques3 ,quelque chose de moi dans les villes du ,nord1 ,quelque chose survit de plus fort que la ,mort4 444 ,et tandis que le vent s'extnue en reproches ,quelque chose de moi meurt dj dans les cloches4 444 ,une surtout1 la plus triste des villes grises ,murmure dans l'absence3 ,ah6 mon me se brise6 ,murmure avec sa voix d'agonie3 ,aimez-moi6 ,et je rponds3 ,j'ai peur de l'ombre du beffroi4 ,j'ai peur de l'ombre encor de la tour sur ma vie ,o le cadran est un soleil qu'on crucifie4 ,la voix reprend avec tendresse1 avec moi3 ,revenez-moi6 aimez mes cloches6 aimez-moi6 ,et je rplique3 ,non6 les cloches que j'coute ,sont les gouttes d'un goupillon pour une absoute6 ,la voix s'obstine encor plus tendre3 ,aime mes eaux6 ,remets ta bouche la flte de mes roseaux6 ,mais je rponds3 ,non6 les roseaux dont l'eau s'encombre ,sont des fltes de mort o ne chante que l'ombre6 ,le pote avait beau continuer d'intervertir les mots de son funraire couplet3 ,d'amour mourir me font1 belle dame1 vos beaux yeux444 la ville contemporaine voulait tre clbre pour ses quartiers les plus anims4 ,et piqu au jeu1 puis au vif1 le troubadour des canaux ne leur roucoulait plus1 pour madrigaux que de renaissantes nnies4 ,elles sont devenues les siennes propres4 ,le malentendu allait s'aigrissant4 ,il se scelle dans la mort4 ,il s'effritera1 et le dernier grain de poussire de son incomprhension1 rencontrera quelque jour1 sur le chemin de ,paris ,bruges1 la translation des cendres de ,rodenbach4 ,le glorieux et plus clairvoyant avenir doit ce ddommagement son dfunt chanteur exil1 au nostalgique ,ovide de ,bruges4 ,il a droit une expiation4 ,qu'elle soit la mme que celle de ,lanchals1 l'innocent chevalier ,brugeois iniquement dcapit en #adhh1 par ses concitoyens4 ,trop tard1 toujours1 la ville repentante vota piaculairement une commmoration permanente1 et sut du moins la choisir avec grce et avec got1 l'accomplir avec fidlit4 ,comme les armoiries de ce ,lanchals1 dont le nom signifie long col1 taient figures par un cygne1 on chargea bon nombre de ces oiseaux d'terniser parmi les canaux ,brugeois1 le blanc remords1 l'gard de son fils victim1 de la cit martre4 ,venise aussi1 en mmoire d'un innocent gorg1 allume tous les soirs1 au chevet de ,saint-,marc1 une lumire rparatrice4 ,mais coutez ,hello sur ce propos de l'injustice3 ,la terre ne savait pas ces choses2 et si c'tait recommencer1 elle ne les saurait pas mieux aujourd'hui4 ,elle les ignorerait de la mme ignorance1 elle les mpriserait du mme mpris si on la forait les regarder4 ,oui1 que ,venise dont un prtre1 chaque vespre1 attise sa lampe en ddommagement de ce forfait1 trouve une fois encore un enfant jouant avec un couteau ensanglant auprs d'une femme assassine2 il dcollera encore l'innocent et1 seuls1 les ruisseaux de ses nouveaux pleurs reconnatront les traces uses de ceux que lui arrachent encore aujourd'hui son ancien crime4 ,la ,porte des ,baudets n'est pas prs de se fermer1 ni le ,puits-aux-,oies prs de se combler1 non plus que la ,rue de l',ane-,aveugle1 prs de s'clairer en matire de malentendu civique4 ,bruges pleurant son ancienne grandeur se l'est vue restituer dans le chant d'un pote4 ,elle lui aurait volontiers demand d'employer son gnie paraphraser ce vers fcheux du divin ,vigny3 ,bni soit le commerce au hardi caduce6 ,elle alimente pieusement les cygnes expiatoires du chef tranch de ,lanchals1 mais ne voit pas sa propre brume se concrter au-dessus des eaux en la pleurante image de cette jeune fille qui tient en ses mains la tte souriante d'un autre ,lanchals1 d'un autre ,brugeois1 de ,georges ,rodenbach1 le local ,orphe4 ,quant nous1 jouissons amrement pour lui et pour nous1 de cette nouvelle et saisissante forme de l'incomprhension familiale1 qui n'a eu pour donner aux pierres de ,bruges1 des curs de parents1 qu' leur laisser leurs curs de pierres6 ,,ii ,,triptyque ,,de ,,france ,,au ,,dela ,,des ,,formes ,l finit notre art sur la terre4 ,,balzac4 ,i ,le ,broyeur de ,fleurs4 ,,adolphe ,,monticelli ,illustration3 ,adolphe ,,monticelli #ahcd-ahhf ,on s'tonne parfois du peu de dtails que laissent flotter la surface d'un souvenir1 mme assez peu distant1 certaines existences de nobles artistes4 ,ce n'est pourtant qu'une consquence naturelle de cette injustice envers les vivants1 signale et dfinie magistralement par ,hello4 ,appliqus noter les particularits de l'existence de ceux1 parmi leurs contemporains1 qui leur semblent marquants1 les commentateurs n'ont1 le plus souvent1 rien nous fournir sur les vritables grands hommes4 ,il y a de l'piphanie dans l'apparition du gnie sur la terre4 ,c'est un peu de divin sous une apparence humaine4 ,mais la lumire consume son foyer1 et quand1 ressuscit de ses cendres1 le phnix est remont au ciel1 peine quelques grains d'ombre1 au-dessous de beaucoup de clart1 demeurent pour attester de ce mtorique passage4 ,c'est alors que de pieux et nafs croyants s'obstinent retrouver des vestiges4 ,la pierre du spulcre a t souleve444 des linges tranent terre444 le linceul est repli444 est-ce un dieu1 est-ce un jardinier1 ce revenant en chapeau de paille8 ,alors ,damis1 l'vangliste d',apollonius1 s'offre vous fournir cent preuves de son messie4 ,mais l'vangliste du ,fils de ,dieu se contente de conclure sur le propos de son ,christ3 ,il y a encore beaucoup d'autres choses qu'il a faites2 et si on les rapportait en dtail1 je ne crois pas que le monde mme pt contenir les livres qu'on en crirait4 ,j'ai consacr deux artistes ,flamands1 un peintre et un pote1 le prcdent diptyque4 ,je veux aujourd'hui ddier le prsent triptyque trois artistes ,franais encore assez proches de nous1 et mieux rapprochs dans le temps1 par l'emploi de leurs facults apparentes et par une environnante incomprhension1 cette fois1 partiellement justifie4 ,le premier d'entre eux est ,monticelli1 le peintre ,marseillais1 bien particulirement assujetti1 quoique rcemment dcd1 un tel mystre posthume4 ,c'est que1 un de nos matres l'a crit avec autorit1 propos de l'impersonnalit qu'il exigeait justement dans l'uvre du romancier3 ,monsieur ,gustave ,flaubert n'intresse personne4 ,l'amas d'anecdotes qui foisonnent1 monotones ou diversifies1 autour de l'existence de chacun1 n'est pas toujours en rapport direct et rvlateur avec les qualits cratrices4 ,ceux qu'elles retiennent sont de funraires indiscrets1 l'oreille colle la porte mme des tombeaux pour surprendre un secret encore vital1 le fantme d'un bruit1 le murmure d'une ombre4 ,l'histoire et la lgende confondues1 dans le mmorial de ,monticelli1 y sont si avares et si restreintes que1 satisfaire dans la mesure du possible au got de tels curieux ne sera s'exposer qu' une digression de peu de dure4 ,n ,marseille en #ahcd1 il y mourut en #ahhf4 ,sa famille1 originaire d',italie1 descendait1 dit-on1 des ducs de ,spolte4 ,une ligne plus mystique1 et qu'il me plairait fort d'tre1 comme je crois1 le premier indiquer1 c'est celle qui ne peut manquer de faire cousiner notre peintre avec ce doux frre ,pierre de ,monticelli dont il est question au chapitre ,,xiii des ,fioretti de ,saint ,franois d',assise1 et qui fut lev corporellement au-dessus de terre1 la hauteur de cinq ou six brasses1 jusqu'au pied du crucifix de l'glise dans laquelle il priait4 ,c'est encore ce religieux qui s'entretint avec ,saint ,michel1 lequel lui promit la grce qu'il souhaitait et plusieurs autres encore4 ,nul doute que1 parmi ces grces sous-entendues1 l'archange n'ait accord au saint celle de compter un arrire-neveu qui s'levt spirituellement la hauteur de cinq ou six brasses au-dessus du niveau des peintres4 ,quoi qu'il en soit1 notre ,monticelli fut1 ,marseille1 l'lve d',aubert1 dont on sait que ce fut aussi le matre du distingu portraitiste ,ricard1 titre vnrable4 ,il fit1 en #ahdf et vers #ahef1 deux sjours ,paris--dont le second ne dura pas moins de dix ans--au cours desquels il connut et admira ,diaz1 s'initia aux uvres de ,delacroix et des grands contemporains1 qu'il imita moins qu'ils ne le rvlrent lui-mme4 ,en #ahgj1 il revint de ,paris1 pied1 dans sa ville natale1 et pour toujours4 ,il eut1 de ,gautier1 le got des vtements somptueux et romantiques1 auxquels il joignit1 un temps du moins1 de les porter avec une recherche digne de ,baudelaire4 ,il aima idalement l',impratrice ,eugnie1 dont le type fournit beaucoup de ses tableaux4 ,ce fut un bel et bon vivant1 parent cordial1 ami prouv1 artiste idal et sensuel1 gotant fort la bouillabaisse1 dont il ne fut pas sans appliquer les procds nombre de ses toiles4 ,il en produisit plusieurs milliers1 quelquefois jusqu' trois par jour1 ne leur demandant1 outre la jouissance qu'il prouvait exercer son art et certaines recherches de mtier1 de toilette et de cuisine1 que les sommes ncessaires l'achat de cette couleur1 qu'il proclamait belle mais coteuse1 et dont l'emploi1 en certaines de ses uvres1 les assimile1 plutt qu' des tableaux1 des bas1 voire des hauts-reliefs3 des chanes de montagnes1 le ,mont-,blanc1 l',himalaya1 crivent ses nafs chroniqueurs4 ,vers la fin de la journe1 le travail accompli1 l'bauche de quelques visions1 la saisie de deux ou trois rves1 il sortait pour leur trouver chaland1 et en rjouir le premier venu qui l'accostait1 lequel1 en change de peu de francs1 savait s'approprier cette ferie4 ,un dtail1 que je tiens de tradition orale3 un clou plant dans le chssis1 ou dans le panneau mme1 permettait au peintre de promener ainsi sans dommage1 travers les alles et jusqu' la rencontre d'un client ou la fin de sa course1 ces tableaux frais peints et chargs de couleurs4 ,or1 c'est la trace de cette pointe qui aide aujourd'hui discerner les ,monticelli vritables4 ,assez nave prtention de la part des soi-disant connaisseurs1 depuis qu'on a dcouvert une industrie qui consiste tirer dans des meubles pseudo-anciens des dcharges de petit plomb1 pour imiter les trous des vers6 ,le trou du clou1 rvlateur des uvres authentiques du matre ,marseillais1 ne procrera-t-il pas de nouvelles coles444 de carabine8--,quoi qu'il en soit1 les plus aimables parmi les amateurs de cette peinture peu commune ne demeureront-ils pas sa premire et principale clientle au dire potique de ,paul ,arne1 les pcheurs du quartier ,saint-,jean qui1 avec un vague et touchant instinct d'art1 sans avoir besoin de comprendre le sujet1 un peu aussi par sympathie pour ce brave artiste1 peuple comme eux1 aiment suspendre aux murs sombres de leur logis1 entre une rame et une palangre1 ces petits carrs blouissants1 dont l'harmonieux clat leur rappelle les grandes clarts du large1 les pourpres du ciel au couchant1 les phosphorescences de la mer8 ,ailleurs1 les petits carrs blouissants luttent contre un climat fuligineux1 triomphent des spleentiques brumes3 ,il advint1 crit ,monsieur mile ,bergerat1 que1 dans une petite ville d'cosse1 houillre et charbonnire1 o la vie est morte et le ciel fumeux1 l'aristocratie minire s'prit jusqu' la manie des visions troubles et charmantes du ,turner franais4 ,chacun voulut avoir l'une de ses pices1 afin de l'clairer1 le soir1 au rflecteur mobile1 et de rver devant elle en fumant des cigares1 comme on joue au kalidoscope4 ,ensuite l',amrique s'enchanta1 et des caisses de ,monticellis traversrent les mers4 ,la presse locale1 parcourue en des collections datant de loin1 ne me fournit sur le compte de ,monticelli qu'une maigre contribution monotone et ressasse4 ,les termes en sont peu nombreux1 sinon peu caractristiques4 ,l'amour-propre de clocher s'en gonfle sinon avec exagration1 du moins en un trouble discernement1 qui se targue d'un prix1 se hrisse d'une anecdote1 l'un comme l'autre assez peu renouvels4 ,un tableau du peintre1 achet #e1jjj francs par ,napolon ,,iii1 ,vichy1 disparat dans l'incendie des ,tuileries4 ,une peinture de ,monticelli atteint1 l'bahissement gnral1 le prix de #h1ejj francs la vente ,burty1 en #ahia4 ,le prix de #be1jjj francs est mis en avant par d'autres chroniqueurs1 mais pour deux tableaux qu'ils ne prcisent pas2 et l'assertion peut bien tre errone4 ,en revanche1 le seul que le ,muse de ,marseille daigne accueillir est de ceux que l'artiste vendait quinze francs sa clientle des ,alles4 ,monticelli aimait la musique jusqu'au dlire4 ,sa palette comportait vingt-sept couleurs4 ,tout lui tait bon pour la distribuer sur la toile1 ft-ce le tuyau de sa pipe4 ,mais une science profonde des ractions et de toute la chimie de son art le rendait matre de ses effets1 jusqu' des conclusions presque magiques4 ,c'est un fait presque avr1 bien que dmenti par plusieurs1 que certain paon1 aujourd'hui plus que visible1 admirable1 dans un tableau de la collection ,samat1 faisait totalement dfaut lors de la livraison de la toile par son auteur1 qui cependant s'tait engag y faire figurer cet oiseau4 ,non seulement il y est1 mais il est trs beau1 avait affirm ,monticelli1 et il sortira4 ,et le paon est sorti1 dsormais radieux et immarcescible4 ,le mme trait nous est rapport au sujet d'un vase1 puis des yeux d'un portrait d'enfant1 qui de noirs sont devenus bleus1 se conformant1 aprs coup1 la ressemblance4 ,la mme scurit qui lui faisait d'avance certifier de tels rsultats aux incrdules spectateurs1 qui s'en convainquaient ensuite1 induisait notre homme une philosophie1 sans doute non moins mprisante que rsigne1 l'gard des critiques de ses uvres4 ,en l'accrochant dans un autre sens1 elle fera peut-tre meilleur effet1 disait-il en ses jours de complaisance4 ,mais1 pour de moins incomprhensifs amateurs1 il ajoutait cette phrase que je cite dans son incorrection caractristique3 ,delacroix a peint pour vingt ans aprs lui4 ,moi1 je peins pour dans cinquante ans4 ,il faudra ce temps-l pour qu'on apprenne voir ma peinture4 ,mais il reprenait vite sa bonhomie accommodante et sa bonne humeur4 ,certain jour qu'une servante s'tait assise sur un panneau frachement termin1 il accepta en riant cette trange collaboration1 et se mit reprendre l'ouvrage1 sur ce propos rassurant adress la dlinquante confuse3 a ne fait rien1 dit-il1 au contraire6 ,ces termes banaux et baroques1 agencs par la chronique du terroir1 sans beaucoup plus de diversit que le renversement par lequel ,monsieur ,jourdain modifiait sa prose1 constituent les thmes de la lgende de ,monticelli4 ,j'en dirai maintenant les variations plus ingnieuses1 non pourtant avant d'avoir cit cette phrase recueillie dans un journal de ,marseille1 parce qu'elle nous donne des premires1 propos d'une toile de ,monticelli1 le ton de certaines notations1 que nous verrons mieux orchestres3 ,le motif en est un sous-bois1 dans lequel se jouent des femmes richement vtues4 ,une irradiation de lumire se joue travers la feuille1 troue la pnombre du bois1 se trane sur le sol1 enveloppe les personnages et les fait saillir de la toile dans un relief illumin4 ,trois articles parus dans des journaux ,parisiens les excutent d'un art plus renseign et plus savant1 d'une vibration plus claire4 ,le premier1 dat des premiers jours du mois de mars #ahha1 est sign mile ,blmont1 et traite de la vente ,burty qui venait de s'accomplir4 ,je citerai deux importants fragments de cet article1 parce qu'ils m'ont paru des mieux venus1 parmi les commentaires1 d'ailleurs assez rares1 inspirs par ,monticelli4 ,ceux-ci rsument excellemment deux aspects de notre modle4 ,le premier1 qui a trait sa mystrieuse rputation1 contient aussi de lui un portrait qui semble vridique3 ,une des dernires passions de ,burty fut pour les tableaux de ,monticelli4 ,il en avait1 avec dlices1 dcouvert et acquis de trs beaux1 et leur avait donn une place d'honneur dans son salon4 ,il ne se lassait pas de les signaler ses visiteurs4 ,d'abord1 son intrt pour ces uvres1 si trangement captivantes1 se compliquait du mystre qui planait sur leur auteur4--,quel tait ce ,monticelli8 ,nul ne pouvait donner sur lui les moindres renseignements4 ,les quelques potes qui partageaient son gard les sentiments de ,burty firent une enqute4 ,l'enqute resta infructueuse4 ,on le crut mort4 ,ses admirateurs en devinrent plus fanatiques4 ,les spculateurs ouvrirent l'il4--,la production tait arrte4 ,l'uvre ne devait plus s'augmenter4 ,l'artiste avait disparu4 ,c'tait fini4 ,ce qu'il avait sign atteindrait certainement une trs haute valeur vnale1 au moment de la tardive justice rendue au gnie4--,malgr ces considrations allchantes1 on tentait rarement l'aventure4 ,et1 juste au moment o l'on commenait prendre confiance1 on apprit que ,monticelli existait en personne4 ,monticelli n'tait pas mort6 ,monticelli n'tait pas une chimre8 ,il vivait l-bas1 ,marseille1 dans son coin1 sans prtention1 sans gloire1 parfaitement insoucieux1 travaillant pour vivre1 presque totalement inconnu1 rsign sa clientle obscure et hasardeuse1 vieux1 mais toujours vert1 la peau tanne1 le poil blanchissant1 l'il visionnaire1 l'air pauvre et suprieur1 le geste distrait et familier4 ,il faisait deux1 trois tableaux par jour1 avec une verve endiable2 et quand il n'avait plus le sou1 il courait les cafs1 ses toiles et ses panneaux sous le bras et la main1 pour les offrir aux consommateurs propices4 ,il acceptait bonnement le peu qu'on lui en offrait1 dix francs1 cinq francs1 parfois moins1 et retournait dans son grenier plein de ciel et de soleil1 se griser de lumire et de mirages4--,ziem le connaissait1 djeunait avec lui lorsqu'il passait ,marseille1 et le traitait comme un camarade4 ,paul ,arne1 ,clovis ,hugues le virent1 causrent avec lui1 nous contrent son histoire4 ,raoul ,gineste le visita plusieurs reprises1 et publia sur lui une excellente tude1 avec illustrations l'appui4 ,malgr le grand nombre et le bas prix de ses compositions nouvelles ,marseille1 la valeur de ses tableaux ne baissa pas ,paris4 ,dans sa dernire manire1 en effet1 ses qualits de coloriste taient exaltes en taches clatantes et miroitantes qui1 de sa moindre esquisse1 faisaient un feu d'artifice1 trs rjouissant pour les fanatiques1 mais inquitant pour les sages4 ,et enfin1 il mourut rellement4 ,l'autre fragment a trait l'uvre mme de ,monticelli1 dont il nous donne une transposition assez approchante1 et non sans saveur3 ,il nous promne dans le monde enchant de ,boccace et de ,shakespeare4 ,ici1 c'est le ,dcamron4 ,l1 c'est le ,songe d'une nuit d't4 ,il est le pote de la lumire4--,comme on l'a dit pour ,diaz3 ,il ne montre pas un arbre ou une figure1 mais l'effet du soleil sur cette figure ou sur cet arbre4 ,il a ce style de fte dont parle ,carlyle4 ,il est ptri de clart ,provenale1 comme ,rembrandt de clart ,flamande4 ,et1 comme ,rembrandt dans son moulin1 il s'est form tout seul dans sa bastide ,marseillaise4 ,sans effort1 en se laissant navement aller son imagination1 il voque des feries adorables1 o il runit1 en des dcors et sous des costumes d'ternelle beaut1 les desses et les demi-desses de tous les ges et de toutes les patries1 les ,dalila et les ,calypso1 les ,hlne et les ,judith1 les ,fiammetta et les ,rosalinde1 les ve et les ,batrice1 les courtisanes de ,corinthe et les marquises de la ,rgence4 ,il a reconquis pour nous ce suave et chimrique domaine de ,watteau1 o fleurit l'lgance d'une vie surnaturelle4 ,il en a renouvel la grce4 ,il y a retrouv le sourire de la ligne1 l'me de la forme1 la cadence des gestes1 en des bosquets d'apothose1 en des bois baigns d'un clair de lune bleu1 en de magiques campagnes pleines de vibrations musicales et de pntrants parfums1 en des ftes galantes d'une volupt suprmement mlancolique4--,mais j'en avertis les gens positifs1 il faut tre un peu pote pour sentir la posie un peu folle de ces personnages lyriques et de ces chimriques paysages4 ,il faut avoir en soi de quoi clairer cette lanterne magique4 ,alors seulement un tableau de ,monticelli1 avec toutes ses imperfections1 toutes ses dfaillances1 est aux regards et la pense1 suivant l'expression du pote1 une joie pour toujours4 ,un article de ,paul ,arne1 paru dans le mme mois1 et dont j'ai plus haut dtach une phrase1 ne fait que varier les mmes motifs sur un ton plus badin4 ,quatre ans plus tard1 une chronique de ,caliban retient le thme et le renouvelle4 ,il s'agissait de l'achat1 projet pour le ,louvre1 d'un ,turner contest4 ,bergerat en prit spirituellement texte pour exalter celui qu'il appela judicieusement le ,turner ,franais1 et qui se trouvait tre ,monticelli1 plus original que l'autre1 mais de quelques degrs encore plus fou de la couleur1 plus malade de la lumire et plus puissant visionnaire4 ,rapprochez ce portrait du prcdent3 ,la guerre de #ahgj termine1 on voyait ,marseille1 dans les cafs de la fameuse ,cannebire1 un grand gaillard chauve et barbu1 coiff du chapeau bousingot larges ailes1 vtu du veston classique de velours1 tourner autour des tables des terrasses1 et proposer aux consommateurs l'achat d'une toile qu'il avait sous le bras4 ,sur cette toile1 il y avait des visions extraordinaires1 qu'il fallait1 pour les dmler1 regarder distance4 ,elles se dgageaient lentement1 comme du brouillard1 d'un emptement de matire colore de l'paisseur d'un pouce1 et paraissaient peintes sans l'intervention de la brosse et de la palette1 avec le tube mme1 aid de l'ongle et du coude4 ,mais1 de cette furie de praticien en dlire naissaient des vocations dlicieuses de jardins d'amour1 aux terrasses de marbre1 peuples de dogaresses ,vnitiennes1 qu'escortaient de longs lvriers1 des promenades dans ,cythre1 rves par un ,watteau enrag1 des rencontres de brocarts1 de satins1 de soieries1 de dentelles1 flagells de rayonnements mystrieux1 et des thtreries galantes de la ,comdie ,italienne1 ciseles dans la profondeur des ptes4 ,les gens de ,marseille1 jaloux aujourd'hui de la gloire du ,matre local1 n'entendaient pas grand'chose ces conceptions hyperboliques1 o l'harmonie des tons multipliait ses tours de force frntiques4 ,c'est comme qui dirait1 pensaient-ils1 la palette de ,vronse pendant les ,noces de ,cana1 mais rien de plus que ses raclures4 ,et1 pour quelques louis1 ils soulageaient ,monticelli de son panneau1 qu'ils suspendaient pour rire1 et sans cadre1 leurs murs pouvants4 ,voil d'importants documents1 de dcisives notations1 qui nous permettent de reconstituer1 d'une part1 une figure1 de l'autre1 une manire4 ,poursuivons4 ,l'tude signe ,paul ,guigou1 en tte des reproductions de ,monticelli par ,lauzet1 bien que plus uniquement fantaisiste et dithyrambique1 nous fournit encore certains dtails apprciables3 ,il avait pour tout logement une petite pice1 meuble d'un lit bas en un coin1 d'un chevalet1 de deux chaises4 ,une seule fentre donnait du jour1 voile d'un rideau rouge ramages4 ,toute la chambre baignait dans une teinte de pourpre1 dont le vieux peintre se rjouissait4--,toute musique le rendait fou1 mais surtout celle des tziganes1 qui le bouleversait d'enthousiasme4 ,au dernier coup d'archet1 il partait en hte1 rentrait dans son grenier1 allumait tout ce qu'il pouvait rassembler de chandelles et peignait tant que duraient ses forces4 ,j'arrterai l ces citations1 lues travers de longues et difficiles recherches4 ,elles nous fournissent en plusieurs notables masses1 dont les autres ne sauraient que les rpter1 de solides dessous pour ce double portrait d'une physionomie et d'un talent1 d'un homme et de son art4 ,a nous de l'unifier et complter de touches1 de rehauts1 de glacis et de lumires4 ,un nom qui manque1 entre ceux voqus par les commentateurs1 c'est le nom de ,walter ,scott4 ,il y est de prime importance1 cependant1 ce nom qui cre une atmosphre en laquelle certaines toiles du peintre ,marseillais replongent nos souvenirs4 ,leicester1 ,kenilworth1 et le triomphant quipage de la ,reine ,vierge1 et le somptueux manteau de sir ,walter ,raleigh dploy dans la boue1 sous les pieds de la ,royale ,clibataire1 portant1 selon l'expression de ,carlyle1 du fard rouge sur le nez et du fard blanc sur les joues1 comme ses dames d'atours1 lorsque des chagrins et des rides l'eurent loigne des miroirs1 avaient accoutum de l'accommoder4 ,bien des femmes de ,monticelli sont accommodes de cette faon-l4 ,il n'y regarde pas de si prs4 ,et1 si vous le pressez un peu1 il aura vite fait de vous rpondre que1 par un procd emprunt au paon de la collection ,samat1 ces nez-l vous apparatront blancs dans dix ans et1 ces joues1 roses dans quinze4 ,un intitul prononc propos1 c'est celui de ,ftes galantes2 avec le titre de ,jardins d'amour1 il baptise excellemment une grande part de cette uvre1 toute faite d'un papillonnement1 d'un papillotement de ,triboulets et de ,mphistos1 de pages et d'abbs1 de seigneurs et de dames4 ,le mot irradiation caractrise bien le fluide en lequel ils baignent4 ,ce sont des troues1 des perces1 des infiltrations lumineuses1 quasi incandescentes2 comme des vols d'abeilles de flamme1 des essaims de papillons igns ou de lucioles envahissant les feuillages1 soudain piquets1 tiquets1 tigrs de voltigeantes tincelles4 ,le petit tableau catalogu ,confidences1 dans la collection ,andr1 ,marseille1 est un exemple merveilleusement scintillant de cette pluie d'toiles4 ,ce tableau1 comme presque tous ceux qui composent cet intressant groupe1 me semble appartenir cette seconde manire de ,monticelli1 celle qui se dgage des bitumes lisses1 sans encore s'irruer dans les ,himalayas d'emptements et de raclures4 ,les autres ,monticelli de cette galerie sont ,la ,moisson1 que je cite tout d'abord cause du prix qu'y attache son possesseur1 bien que ce tableau ne me semble pas caractristique de la plus curieuse manire du peintre1 ni de sa plus captivante forme de rverie4 ,au reste1 ,m4 ,andr ne me le cite point parmi ceux qui figurrent l',exposition de #aijj4 ,combien je prfre1 en effet1 outre les ,confidences prcites1 ces autres toiles3 ,dames et ,amours1 des ,cupidons potels devant un groupe de dames en causerie2--les ,femmes aux canaris1 des charmeuses d'oiseaux1 en train de caresser ou d'encager le serin de ,lesbie2--,le ,th1 ou plutt ,le ,goter1 un groupe d'idales jeunes femmes assembles dans leur ternel parc1 sous une lumire blonde1 autour d'un guridon o des boissons frachissent4 ,conciliabule fminin1 tir d'un ,compigne de rve par un ,winterhalter de gnie2--enfin ,le ,parc de ,saint-,cloud1 les mmes jeunes femmes1 isoles1 cette fois1 avec des enfants1 sous des arbres plus profonds1 en un effet d'ombre et de lumire plus marqu1 plein de posie4 ,quant ,franois ,ier et les dames de la ,cour1 c'est un de ces panneaux de la dernire manire du peintre1 plus rugueuse1 plus diapre et qui abondent dans son uvre4 ,la collection de ,m4 ,andr1 l'une des plus importantes pour les amateurs de ,monticelli et que leur propritaire fait admirer avec autant de complaisance que de fiert1 comporte1 de ce peintre1 une trentaine d'ouvrages distants de dates1 par consquent d'intrt gradu4 ,citons encore3 ,cavalier et amazone1 ,l'indiscrtion1 ,cuisiniers1 ,l',aumne1 ,la ,halte1 ,intrieur1 ,paysages d'automne1 ,portraits de ,rembrandt1 etc4 ,je tiens exprimer ici toute ma gratitude ,m4 ,andr1 pour la bonne grce ingnieuse avec laquelle il m'a aid documenter ce travail4 ,j'ai visit1 ,marseille1 plusieurs collections contenant chacune d'intressants spcimens3 ,m4 ,chave1 ,m4 ,negretti1 ,m4 ,guinand1 sont1 entre beaucoup1 de ces heureux possesseurs4 ,chez ,m4 ,chave1 je note un curieux portrait d'enfant1 aux yeux noirs velouts1 aux cheveux en boucles apprtes1 aux menottes croises sur des fleurs1 en jupe grise ballonne1 en escarpins vernis bouffettes jaunes1 une fillette1 attife comme pour la distribution des prix d'un pensionnat prtentieux ou la rcitation d'un compliment de fte4 ,d'autres tableaux appartenant ,m4 ,chave sont3 une ,fte ,herculanum1 une ,nativit1 une ,chasse1 le ,pont de ,saint-,menet1 etc4 ,m4 ,guinand1 qui est neveu de ,monticelli1 a cd1 si je me souviens bien1 les tableaux qu'il tenait de lui4 ,mais il a gard les portraits de famille3 une saisissante tte de sa mre1 de dimension un peu plus grande que nature1 et un portrait de sa sur enfant1 prenant une tasse de chocolat1 qui est1 mon avis1 l'un des chefs-d'uvre de l'artiste4 ,chez ,m4 ,rambaud1 c'est un ,dcamron1 peu prs dans les dimensions de celui de ,winterhalter1 qui fut clbre4 ,si 7et ce n'est pas impossible7 ce dernier inspira ,monticelli1 c'est1 une fois de plus1 la preuve qu'une veine mdiocre peut ne pas tre trangre au concept d'une ralisation suprieure4 ,une perle de la mme collection1 c'est une ronde de jeunes femmes dans un sous-bois1 ma connaissance1 petite toile unique dans l'uvre de ,monticelli1 par le fini la fois libre et heureux1 la composition1 la couleur4 ,chez ,m4 ,negretti1 je note bien1 entre beaucoup de belles marines1 une ,sortie de messe1 une ,suzanne au bain1 une ,escarpolette1 des ,chiffonnires ivres 7une esquisse qui fait penser ,delacroix71 un portrait de ,monticelli par lui-mme2 mais nous rentrons1 avec cette collection1 dans les compositions plus rptes1 plus lches aussi1 souvent1 sinon inspires1 du moins animes1 involontairement ou non1 de l'esprit de tel ou tel matre3 ,rembrandt1 ,watteau1 ,millet1 ,decamps1 ,tassaert4 ,j'ai parl de la peinture au paon1 proprit de ,m4 ,samat1 directeur du ,petit ,marseillais4 ,chez les collectionneurs de ,marseille1 on rencontre encore3 ,les ,pcheurs1 ,m4 ,magnan2 ,les ,chvres1 ,m4 ,molinard2 plusieurs toiles chez le ,docteur ,mireur#ae1 chez ,m4 ,pelleu1 ami et lve du matre1 et chez ,,mm4 ,petit1 ,buy1 ,rey1 ,raybaud1 ,rambaud1 ,lieutier1 etc4 #ae ,disperses depuis4 ,a ,cannes1 ,m4 ,delpiano possde un grand nombre de ,monticelli1 de valeur ingale3 un ,mphistophls1 de beaux bouquets1 des saltimbanques1 des cuisiniers1 et surtout des oiseaux aquatiques1 notables entre tous4 ,un tableau clbre sous le nom de ,la ,cour de ,henri ,,iii appartenait ,madame ,estrangin1 ,aix#af4 ,il est dat de #ahgd4 ,c'est un pisode de la ,dame de ,montsoreau3 des femmes pares jouent sur une terrasse avec des seigneurs et des chiens1 entre des draperies rpandues1 des perroquets1 de ,vronsiens croulements de vaisselles et de fruits4 ,et le ,triboulet qui1 du fond de la toile1 prside cette scne1 occupe la place d'un galant abb de ,cour1 complaisamment supprim par le peintre au nom d'un scrupule religieux4 #af ,acquis depuis par ,m4 ,boussod4 ,le ,muse de ,lille possde deux toiles de ,monticelli1 tu1 on ne sait par quelle erreur1 longtemps avant sa mort1 toujours par les dates inscrites aux cadres4 ,je possde quatre belles tudes de ,monticelli3 ,les ,retres1 sur le fond d'un paysage de dcor1 zbr de hachures1 de balayures d'un vert d'meraude et de turquoise morte1 que ponctue d'une blessure orange un reste de soleil couchant1 droite1 dans le ciel1 un groupe de trois personnages1 une ribaude entre deux retres magnifiques et corpulents1 tout pleins de morgue1 de redondance et de rodomontade4 ,elle1 au chaperon emplum1 dcollete1 toute en brocart et velours1 tient sa droite le plus gracieux de ces deux galants1 steppant de la jambe gauche1 dans son maillot clair1 en sa trousse bouffante1 sous son feutre plume et son manteau d'un rouge vif4 ,l'autre1 plus pais1 en sa veste d'un vert riche1 ressemble fort1 sous sa barbe rousse1 ,monticelli lui-mme4 ,il est escort de son chien1 gauche comme un mouton de crche1 et ses brodequins sont du mme ton orang que la plaie ouverte dans le ciel4 ,viennent ensuite ,les ,colombes4 ,quatre belles jeunes femmes dans un parc4 ,l'une d'elles1 une rousse1 s'accoude un vase de jardin1 d'o ruissellent des roses4 ,deux autres1 aux cheveux chtains1 s'appuient l'une l'autre comme en une confidence4 ,la quatrime1 la blonde1 assise de profil sur la droite du tableau1 est la vraie charmeuse de colombes4 ,ces oiseaux l'entourent1 familiers1 ses pieds1 sur son paule et dans ses bras referms4 ,deux lvriers1 l'un clair1 l'autre fonc1 assistent la scne4 ,et par une anomalie frquente dans les tableaux de ce peintre1 le ciel semble plutt nocturne1 tandis que l'atmosphre est diurne1 et que les personnages sont dvors d'une ardente lumire solaire4 ,la troisime peinture devrait s'intituler ,les ,premiers ,pas1 tant l'intrt de quatre jeunes femmes runies dans un parc se concentre sur deux enfants1 debout devant elles1 et notamment une fillette dans l'attitude la fois rigide1 importante et craintive d'un marmot qui1 pour la premire fois1 se tient tout seul debout sur ses petites jambes4 ,les deux invitables chiens sont ici deux bassets1 toujours diffrents de robes4 ,la scne se passe au pied d'une statue vaste socle1 dans un beau parc aux ombres d'caille brune1 qu'ensanglante un soleil couchant somptueux et tragique4 ,la quatrime bauche1 la plus curieuse1 reprsente la fin d'une soire de gala2 seigneurs et dames1 rassembls sur une terrasse1 coutent chanter un bouffon en habit citron1 qui se dtache sur un fond d'un intense vert-bleu1 lequel oppose aux tons roux dont les groupes sont baigns par la lueur d'invisibles flambeaux1 la froide clart d'un clair de lune4 ,je l'intitule3 ,fantasio4 ,nommons encore1 parmi les collectionneurs de ,monticellis3 ,m4 ,mesdag1 peintre de marine ,hollandais2 ,m4 van ,thorne1 de ,montral1 et nombre d'amateurs trangers4 ,ne parlons que pour mmoire des ,monticellis signs ,diaz par des vendeurs peu scrupuleux2 l'avenir se chargera de rendre chacun ce qui lui appartient2 le savoir1 le got1 chacun reconnatra les siens4 ,une mention spciale pour un tableau religieux excut par ,monticelli dans des conditions particulires4 ,c'est dans l'glise d',allauch1 petite ville des environs de ,marseille1 que l'artiste a consacr cette peinture la mmoire de sa fiance1 ,rose ,aubanel1 morte en sa vingtime anne4 ,le panneau reprsente une gloire1 dans laquelle la jeune fille1 toute vtue de blanc1 s'lve vers le ciel1 sans cesser d'tre tendue1 porte et contemple par les anges4 ,quelques-uns d'entre eux sont la ressemblance de parents et d'amis de la jeune morte4 ,quant au portefeuille dit par ,boussod et ,valadon1 et contenant vingt-deux lithographies1 d'ailleurs belles1 excutes par le pauvre ,lauzet d'aprs les peintures de ,monticelli1 je dirai que le projet en fut aussi tmraire que le serait celui d'un lithographe1 lequel tenterait1 avec son noir et blanc1 de nous donner une ide de la ,corne d'or1 ou d'une ruption du ,vsuve4 ,les anecdotes sont nombreuses touchant notre peintre2 elles sont ressasses par les ana locaux3 j'y renvoie le lecteur4 ,citons-en deux1 plus indites4 ,la premire nous renseigne bien sur son caractre4 ,un riche ngociant de ses amis lui parat soucieux4 ,embarras d'argent8 fait ,monticelli4 ,l'autre ayant acquiesc1 l'artiste lui tend gravement une pice de deux francs1 et1 sur un sourire de son ami3 ,quoi1 s'crie-t-il1 tu n'as pas besoin de quarante sous1 et tu te plains8 ,moi1 quand je les ai1 je suis riche6 ,la seconde m'est conte par un collectionneur qui en tremble encore4 ,monticelli1 sur la fin de sa vie1 et sans doute un peu exalt1 visitait la galerie de cet amateur4 ,aprs des marques d'admiration fort judicieusement tmoignes des peintures d'intrt divers1 on arrive une aquarelle de la facture la plus savoureuse4 ,et le peintre de s'crier3 ,ah6 celle-l est trop belle1 il faut que je la mange6 ,ce disant1 il se mit en devoir de dvorer le tableau dans lequel sa morsure resta marque4 ,ce n'est pas seulement par le sujet d'un grand nombre de ses tableaux que ,monticelli mriterait d'tre assimil l'auteur des ,ftes galantes4 ,le premier de ces traits prouve qu'il lui ressemblait aussi de bonhomie1 et quelques-uns de leurs portraits offrent des parits d'expression1 sinon de figure4 ,ceux de nos potes auxquels je comparerais encore ,monticelli seraient1 pour certaine guise1 ,ponchon1 pour certain air de visage1 ,armand ,silvestre4 ,celui de nos peintres1 en lequel je retrouve magistralement amplifies1 quelques touches de ,monticelli1 c'est ,albert ,besnard1 bien notamment en son beau portrait de ,rjane4 ,mais les meilleurs tableaux rapprocher de ceux de ce coloriste tonnant1 tous1 enfants1 nous les avons faits1 et je les revois dans mon souvenir4 ,au chaud de l't1 nous crasions1 entre une planchette et un fragment de vitre1 loblias1 calcolaires1 graniums1 tous les tons les plus fulgurants du jardin1 et nous nous complaisions des heures contempler1 fascins1 les blouissants ensembles ainsi obtenus1 composs de fleurs broyes4 ,ces tableaux1 les filles de la campagne qui nous apprenaient les faire1 les appelaient des paradis1 et c'est en effet l'un d'eux que ,notre-,dame de la ,salette avait command aux enfants1 ,mlanie et ,maximin1 afin d'y reposer ses pieds et d'y pleurer son aise4 ,les personnages divins peuvent bien quelquefois venir pleurer sur la terre1 leurs yeux daignent s'y promener sur nos maux1 mais leurs pieds doivent tre spars du terrain poudreux ou fangeux par un portatif morceau de paradis qui les isole4 ,les iniquits ne souillent pas les yeux qui les contemplent1 mais les pas qui s'y complaisent et s'y garent444 ,,ii ,l',inextricable ,graveur4 ,,rodolphe ,,bresdin ,pour vgtation1 souffrent des arbres dont l'corce douloureuse enchevtre des nerfs dnuds4 ,,mallarm4 ,illustration3 ,rodolphe ,,bresdin #ahbb-ahhe ,,premi,,re ,,partie ,ce fut1 en quelque sorte1 un ,monticelli de l'encre de ,chine1 que ,rodolphe ,bresdin4 ,aprs le broyeur de fleurs1 le broyeur de noir4 ,il remplace la multiplicit des touches du pinceau1 par l'infinit des traits de la plume1 et nous offre ainsi1 au lieu d'un canevas merveilleusement maill de laines vives1 une toile incroyablement embrouille de fils obscurs4 ,c'est une tche ingrate1 que de se faire le rapporteur d'une gloire bauche1 et de chercher mettre en plus nette lumire1 des figures familires la seule lite4 ,d'aucune part1 on ne nous en sait gr4 ,ceux qui savouraient1 entre rare few1 une uvre assez ignore1 seraient presque tents de s'en dprendre1 la voir divulguer4 ,ils rptaient aprs ,baudelaire3 ,c'est le petit nombre des lus qui fait le ,paradis6 ,les autres1 qui n'admettent pas que rien leur puisse tre rvl1 sitt assimils les documents dont ils ne savaient pas le premier mot1 et que nous leur apportons de loin1 au prix de cent efforts1 font mine d'en avoir eu1 de tout temps1 les oreilles rebattues4 ,heureusement1 ces plaisantes gageures n'ont rien voir avec le juste et judicieux labeur qui consiste rassembler les premiers et restreints lments de critique1 suscits par une renomme in fieri3 un des plus nobles offices de nos ,lettres4 ,une caractristique des talents dont la forme un peu sotrique nous occupe1 c'est prcisment d'avoir toujours eu1 de leur vivant1 un hraut1 d'ailleurs incout4 ,et quand le grand mconnu meurt1 il reste pour longtemps drap dans le linceul d'art1 que lui a tiss et brod la seule clairvoyante piti d'un contemporain magnanime4 ,ce hraut1 ce fut pour ,hello1 d',aurevilly2 ,baudelaire1 pour ,guys4 ,pour ,bresdin1 ce fut ,banville4 ,bien entendu1 la notorit devait aller1 plutt qu'aux pages suprieures que nous dirons1 un factum de moindre importance1 dont l'crivain1 d'ailleurs1 se vante de lui devoir1 non seulement sa rputation1 mais sa carrire3 ,ces contes--crit ,champfleury1 dans sa prface--qui ont dcid de la destine de l'auteur444 ,et plus loin3 ,chien-,caillou1 patronn par ,victor ,hugo1 a fait jadis la fortune du livre2 l'auteur ne l'a pas oubli1 et remercie ses amis connus ou inconnus1 etc444 ,le badin conteur aurait bien pu tout d'abord1 peut-tre1 remercier l'artiste vrai1 l'esprit aux mille souterrains1 creus dans le roc1 comme le tombeau d'un pharaon1 selon l'expression de ,banville2 l'homme l'me profonde1 qui lui fournit l'occasion de se tailler un petit succs dans un lambeau de ses prodiges4 ,mais le lger ,champfleury est bien trop occup se faire valoir plus ou moins navement1 aux dpens du puissant ,bresdin qui n'en a cure1 pour s'apercevoir de la monstrueuse maldonne qu'il prend sur soi d'accrditer1 et qui1 une fois de plus1 a comme surprenant1 comme dplaisant effet1 d'illustrer le moucheron1 au dtriment du lion lumineux2 de nous faire admirer non loin d'un petit ,mont-,blanc1 un ,perrichon dmesur4 ,tels sont les redressements dont il importe de rebouter temps les opinions fausses1 ce qu'on appelle un peu trop complaisamment3 les lgendes2 de remettre leur place respective1 ceux qui se sont assis autour du festin1 au gr de leur gloriole ou de leur modestie4 ,et c'est peu1 pour l'vanglique bonheur de dire cette dernire3 mon amie1 montez plus haut6 que d'assumer de gaiet d'esprit et de cur1 le tri difficultueux et peu rmunrateur des disjecta membra d'une renomme encore hsitante et diffuse4 ,ceci dit1 ayant bien tabli qu'il fut longtemps plus qu'abusif de faire s'lever ,chien-,caillou1 et ,champfleury lui-mme1 au-dessus du niveau de ,bresdin1 ramenons l'opuscule1 trop vant1 de plus exactes proportions1 et laissons-lui profrer ce par quoi il vaut et prvaudra1 c'est--dire le peu qu'il contient de la haute personnalit de son hros vritable et vnrable4 99 99 99 99 99 ,chien-,caillou1 on le sait 7,champfleury ne le dit pas7 n'est autre que la corruption1 travers le langage des ateliers et le charabia des concierges1 du nom de ,chingackgook1 un personnage de ,cooper4 ,ce sobriquet1 ,bresdin semble l'avoir rellement reu de ses camarades1 au cours de son bref apprentissage chez les peintres4 ,une gravure de ,bresdin porte1 inscrit au mur d'un cabaret3 ,chingakgouk1 bon vin1 sert boire et manger4 ,la nouvelle1 je ne fais que la rappeler2 elle est lire et1 pour beaucoup1 elle est lue4 ,son dbut s'accuse du moins vridique3 ,cette histoire si gaie1 si folle1 si amusante1 aura germ toute gonfle de larmes1 de faim1 de misre1 dans l'esprit de celui qui l'crira plus tard4 ,il en rsulte1 titre deux fois glorieux1 que ,bresdin fut une sorte de ,villon1 compliqu de ,verlaine4 ,dgageons-le de ces circonstances un peu trop amusantes1 et dont il ne parat point que le rcit l'ait amus1 personnellement4 ,bresdin-,chien-,caillou devenu graveur1 aprs avoir dbut tanneur1 habite une chambre de quarante francs par an4 ,elle est meuble d'un lit de misreux1 et d'une chelle marches plates servant d'tagre1 sur laquelle repose un rudimentaire attirail d'aquafortiste3 quelques planches1 des aiguilles fixes des baguettes et un pot de cirage1 pour tirer les preuves4 ,un chelon est encore occup par un lapin vivant1 modle et compagnon de ,bresdin1 qui lui valut ce nom de ,matre au ,lapin recueilli par un des historiens de l'artiste1 ,monsieur ,alcide ,dusolier1 lequel en a fait le titre de sa biographie4--,un troisime et dernier lment du mobilier de ,caillou1 consiste en une estampe authentique de ,rembrandt4 ,et le graveur vit de carottes et de pain de munition1 qu'il partage avec son lapin1 dans cet arien taudis4 ,un brocanteur juif y fait son entre1 dcouvre et exploite le gnie du cnobite-gueux1 et lui achte cent sous ses griffonnages1 quelque chose d'allemand primitif1 de gothique1 de naf et de religieux1 qu'il revend deux cents francs en les faisant passer pour d'anciennes gravures4 ,pour comprendre les eaux-fortes de ,chien-,caillou1 il fallait tre savant4 ,la plupart des gens n'y auraient rien vu2 les vritables amis de l'art y dcouvraient un monde4 ,jamais la pointe ne s'tait joue d'autant de difficults4 ,ainsi s'exprime la nouvelle de ,champfleury1 rduite ce qu'elle fournit de contribution pour l'histoire de ,bresdin4 ,si j'ajoute que l'auteur 7ce qui fut presque prophtique7 fait mourir son hros aveugle1 sur cette poignante apostrophe3 ,ah6 dit-il en poussant un grand cri1 je ne vois plus444 c'est que ce ,lamma ,sabachtani de l'art a prcd telle situation qui nous meut dans ,la ,lumire qui s'teint1 le beau roman de ,kipling4 ,rapprochs de moins fantaisistes sources1 ces dtails semblent acceptables4 ,m4 ,alcide ,dusolier qui crit quatorze ans aprs ,champfleury1 nous reprsente ,rodolphe ,bresdin d'une honntet niaise et sublime4 ,a vingt-sept ans1 il quitte ,paris o ces vertus ne trouvent gure plus d'emploi que son talent gnial1 et dirige vers ,toulouse un exode qui nous rappelle celui de ,monticelli1 vers ,marseille1 en #ahgj4 ,soyons reconnaissants aux pages de ,m4 ,dusolier1 de nous initier cette phase caractristique de la vie du ,matre au ,lapin4 ,le compagnon de ,chien-,caillou n'est donc ni un mythe1 ni une chimre2 ,bresdin lui a rellement fait faire1 dans ses bras1 les deux cents lieues qui unissent ,paris ,toulouse2 et ce lapin a conquis sa place au paradis des animaux aims1 sur lesquels s'est rverbr un peu de l'amour refoul des grands curs solitaires4 ,pour le moment1 ,matre et btail sont arrivs au but4 ,nous sommes l'heure o ,bresdin s'assure1 moyennant cinq francs par an1 le loyer d'une de ces cahutes de cantonnier moiti terre et moiti chaume1 qui servent aux paysans1 de vestiaire pour leurs outils de labeur4 ,il y passe cinq ans1 avec son lapin1 se nourrir1 soi et lui exclusivement d'herbes et de lgumes1 de salade1 surtout4 ,quant au pain1 il en mangeait comme les mtayers mangent de la viande1 une fois par semaine1 allant la ville tous les quinze jours1 vendre pour cent sous ou dix francs quelque brocanteur1 un de ses admirables dessins la plume444--et1 sans doute1 contractant ds lors le germe des maux cruels1 dont nous entendrons le gmissement plus tard4 ,au bout de ces cinq annes de stage s'asseoir avant d'entrer1 aux portes de la ville ,bresdin y pntre et aussi dans le luxe4 ,pour la premire fois1 depuis cinq ans1 il couche dans un lit444 le propritaire l'a vu1 par deux fois faire cuire un morceau de buf1 sur quelques branches mortes ramasses dans le verger4 ,et le voil install dans son recoin qui lui semble royal1--d'ailleurs1 selon son got1-- travailler1 inconnu et admirable suivant la juste expression de son historien d'alors1 entre son lapin et une rainette1 qui constituent1 en ce temps-l1 toute sa famille4 ,telle est la phase de l'existence de ,bresdin que nous donne connatre ,m4 ,dusolier4 ,un autre biographe lui succde2 car le sort qui parat se divertir fomenter les tranges formes de pareilles destines1 leur suscite des commentateurs dont le dire se retrouve point nomm1 tel qu'un modeste1 mais effectif vangile4 ,celui dont je parle1 fort prcieux dans l'exgse de ,bresdin1 ce fut une brochure de ,monsieur ,a4 ,fours1 publie ,carcassonne1 en #ahia4 ,un peu diffuse1 et d'ailleurs1 fort heureusement1 sans prtention1 elle se contente de nous fournir des renseignements dont plusieurs sont importants1 et1 quelques-uns1 inapprciables4 ,dbarrasss des rptitions ou d'inutiles commentaires1 et joints aux sres observations desquelles nous avons fait le triage1 ils renforceront les traits de caractre dj observs1 complteront la figure4 ,rodolphe ,bresdin est n le #ab aot #ahbb1 de ,denis ,bresdin et de ,genevive ,franoise ,buisson1 ,monrelais 7,loire-,infrieure74 ,a vingt ans1 dj1 dans le faubourg ,saint-,marceau1 il habitait un grenier1 un galetas plutt1 qu'il partageait avec des chats1 des lapins1 des poules1 faisant lui-mme sa cuisine1 lavant son linge en un recoin1 gravant devant sa fentre1 dans les heures nombreuses o il n'allait pas la tannerie4 ,ceci est un retour au motif amplifi de ,chien-,caillou et de son btail1 dont nous allons suivre l'accroissement et le dveloppement4 coutez plutt3 ,il vivait ,toulouse1 dans une maison basse1 au milieu d'un jardin 7,m4 ,fours en prcise peu prs l'emplacement74 ,cette habitation1 mal recrpie1 sale1 en dsutude1 ressemblait plutt une table qu' la demeure d'un artiste2 elle tait divise en deux pices4 ,celle o il travaillait avait1 pour tous meubles1 une table1 une mauvaise couche et trois chaises4 ,dans un coin1 des fagots1 au-dessus desquels voltigeaient librement des oiseaux de diffrentes espces1 qui taient dresss4 ,sur un signe du matre1 ils se perchaient ou quittaient les branches4 ,dans l'autre pice1 on voyait de nombreux pigeons et lapins dont ,bresdin faisait aussi l'ducation4 ,c'tait1 parat-il1 pour lui1 aprs son travail1 le plus agrable des dlassements4 ,il avait plaisir commander tous ces animaux444 ,et comme on s'tonnait de son dnment1 il s'en dclarait surpris3 ,j'ai1 disait-il1 du pain1 des fruits de mon jardin1 et la meilleure des boissons444 une eau de source dont il exaltait le mrite1 affirmant qu'elle contenait une infusion bienfaisante des diverses feuilles qui y tombaient4 ,nous entendrons pourtant rsonner1 un jour1 dans la correspondance de ,bresdin1 le lamento de ces cruelles annes4 ,je note maintenant une nouvelle similitude entre ,bresdin et ,monticelli4 ,on se souvient de celui-ci1 se rendant vers le soir1 aux ,alles de ,marseille1 dans l'espoir d'y rencontrer1 devant quelque caf1 l'acheteur de sa toile du jour4 ,de mme1 ,caillou sort tous les soirs1 se rend1 ,place ,lafayette1 au ,caf de la ,comdie1 et chaque fois muni d'un dessin qu'il met en vente4 ,je n'ai pas de pain1 donnez-moi ce que vous voudrez1 rpond-il un amateur1 au sujet d'un dessin1 dont il reoit quarante francs4 ,mais l'ouvrage1 cd1 pour le double de cette somme1 le premier acqureur en veut faire bnficier ,bresdin1 qui refuse4 ,il refuse de mme les quatre cents francs que lui offraient deux ,anglaises1 pour un sujet fini1 la condition qu'il en retirt un cochon de premier plan1 dont l'aspect leur dplaisait4--,ce cochon1 rpondit firement ,caillou1 fait tout le mrite de ma composition4 ,je ne dshonorerai pas mon art6--,et deux jours aprs1 il s'estime heureux de vendre cent cinquante francs le mme travail1 un amateur moins exigeant ou plus comprhensif4 ,ici se place une histoire de ,princesse ,mathilde qui n'est gure plaisante4 ,elle prouve1 une fois de plus1 qu'il est difficile de faire le bien avec dlicatesse4 ,un matin de #ahec1 dans son taudis de ,toulouse1 l'artiste1 assis sur une caisse retourne1 l'unique sige du lieu1 voit entrer chez lui un gommeux local4 ,c'est le secrtaire de la ,prfecture1 qui lui apporte quatre cents francs1 au nom de la cousine du tyran4 ,pourquoi justement cette somme8 ,on ne se l'explique pas4 ,l'ide1 qui n'en est pas moins gnreuse1 l'gard d'un artiste trs inconnu1 et si besogneux1 suscite par la lecture de ,chien-,caillou1 a le tort d'tre mal formule4 ,bresdin entre en fureur1 puis en arrangements1 et consent 7je crois le comprendre1 bien que le rcit ne prcise pas7 accepter l'argent1 comme prix d'une commande qu'il livrera par la suite4 ,mais1 quand le scrupuleux oblig se prsente1 quatre ans aprs1 l'htel ,imprial1 avec ce trsor1 qui valait plusieurs fois le bienfait3 la premire preuve1 admirablement tire1 du ,bon ,samaritain444 le pauvre homme tait si misrablement vtu que le concierge ne consentit jamais le laisser entrer dans la cour6 99 99 99 99 99 ,nous voici maintenant en face du document le plus considrable1 qu'il ait1 jusqu' ce jour1 t donn de consulter1 sur le compte de ,bresdin3 les dix lettres par lui adresses son ami ,monsieur ,justin ,capin1 de ,saint ,projet1 publies par ,m4 ,fours1 et qui quivalent aux dix paroles de ce crucifi de l'existence4 ,la premire de ces lettres est date de #ahed4 ,il y parle de l'amertume de sa position1 et1 dans le mme instant1 nous rvle sa propre charit4 ,pauvre 7et quel pauvre67 apitoy sur un plus pauvre4 ,il s'agit d'un ,polonais1 qu'il appelle pauvre ,pologne et qui vient le trouver pour lui faire comprendre l'tat piteux de ses personnelles affaires444 ,il tombe sur mon pain--remarque drlement l'auteur de la lettre--et y fait une telle brche1 que si1 relativement1 les ,anglo-,franais en font une pareille ,sbastopol1 toute l'arme y passera avec armes et bagages2 et s'il y a assez d'eau devant la brche1 les deux flottes pourront bien y passer aussi1 sans que les steamers aient jamais besoin d'abaisser leurs mts1 ni leurs chemines4--,et il ajoute3 ,je vais tcher de lui donner quarante sous pour aller jusqu' ,agen444 le pauvre garon mrite vraiment qu'on s'intresse lui1 car il est trs rang et trs laborieux1 et1 de plus1 il a l'air d'tre trs honnte1 ,pologne1--ce qui est considrer4--,je dois l'emmener avec moi en ,amrique1 l'anne prochaine444 ,j'insiste sur ce point de beaut morale1 qui nous donne constater que si1 comme l'crira plus tard ,banville cet esprit est taill dans le roc1 comme le tombeau d'un ,pharaon1 ce cur est aussi pntr d'amour1 comme le nid d'une colombe4 ,reconnaissons aussi ce got de l'honntet1 constamment manifeste chez ,bresdin1 qui1 selon ,banville encore s'est exil1 pendant de longues annes1 non pas dans une province1 non pas dans une campagne1 mais dans une fort444 pas tout fait comme ,alceste1 pour avoir seulement la libert d'tre honnte homme1 quoique ce sentiment entrt pour beaucoup dans la rsolution prise4 ,ce got d'honntet1 nous le retrouvons1 au cours de toute l'existence de l'artiste1 et qui1 lors du baptme de son premier enfant1 prend cette forme particulire3 la marraine choisie n'ayant pas paru offrir au papa de suffisantes garanties de moralit1 il la remplaa1 sance tenante1 par une fillette de dix ans qu'il alla qurir sur ce propos3 ,puisque vous prenez la chose au srieux1 je ne peux permettre que ma fille reoive le premier sacrement1 soutenue par des mains impures4 ,enfin1 nous voyons s'baucher dans la dernire phrase de la lettre prcite1 cette ,amrique idale qui fut une des illusions de ce gnie enfant1 ensemble born et vaste4 ,l'image de ce pays neuf o la libert et l'indpendance peuvent se conqurir par le travail1 m'a dj retremp un peu444 en me reportant vers cette nature vierge1 sortie d'hier1 pour ainsi dire1 des mains du ,crateur4--,ah6 pouvoir1 la face de la ,nature1 cultiver son corps et son me1 dvelopper les dons prcieux que ,dieu mit en vous1 sans s'abrutir dans un travail abject1 souvent vil et infme1 asservissant son intelligence l'oppression1 la ruse1 la duplicit et la force1 comme on voit tant de cratures dchues le faire pour gagner leur existence4 ,n'est-ce pas enviable1 et bien capable d'mouvoir tout homme dont la souplesse et la flexibilit dorsale1 comme la volont et le pouvoir de dissimuler1 sont des dfauts qui lui sont inconnus autant qu'impossibles#ag8 ,je sais bien que beaucoup de gens me diront qu'il faut hurler avec les loups2 moi je pense qu'il vaut mieux les tuer ou les fuir1 si la fortune ou le hasard de la position ne nous permet pas de pouvoir les museler4 #ag ,on rtablira aisment la construction de cette phrase et de quelques autres cites1 dont l'incorrection n'est pas pour diminuer l'loquence4 ,donc il veut partir1 mais ce dpart est ajourn faute d'argent4 ,sur cinq ,christophe ,colomb que nous tions1 pas un n'avait une piste pour le porter1 ni un maravdis pour payer la barque de ,caron1 afin de passer de ce monde-ci dans l'autre4 ,j'avais cependant obtenu-- prodige de l'loquence et des bons renseignements sur l'exploitation6--j'avais cependant obtenu de passer pour cent trente francs444 moi1 et les quatre autres ma considration4 ,mais je n'ai pu obtenir davantage1 ce qui fait que je suis forc de travailler le mollon lithographique pour amasser mon voyage1 et probablement celui des autres1 qui doivent complter le chiffre de cinq exig par la concession4 ,mais le temps s'coule sans raliser le projet que nous voyons fluctuer au cours des lettres4 ,en #ahff3 ,la guerre d',amrique a eu cela de fcheux qu'elle a tellement fait enchrir le coton1 et il s'est tellement crit pour ou contre les noirs1 que d'un ct1 la matire premire faisant dfaut et1 de l'autre1 le papier allant toujours en augmentant1 il est devenu si cher que les vieux amis ne s'crivent plus1--ce qui prouve la fois la force des vnements1 et la faiblesse des sentiments6 ,et tout de suite aprs cette boutade3 ,ma pauvre femme et moi nous dsirons d'autant plus sincrement avoir de vos nouvelles1 que1 d'un moment l'autre1 nous pouvons partir en ,amrique1 comme colons4 ,une autre lettre de la mme anne1 dbute ainsi3 ,je vous annonce que je vais partir pour la ,nouvelle-,orlans1 dans deux mois1 au plus tard2 je devais partir le #bj septembre1 mais ayant appris que la fivre jaune avait commenc son apparition1 je retarde mon voyage--d'autant plus volontiers que1 voulant emmener toute ma famille1 je suis oblig d'attendre que mes efforts pour me procurer la somme ncessaire1 aient t couronns de succs4 ,quelques personnes m'ont assur que1 mettant en loterie quelques gravures et quelques dessins1 je pouvais esprer une partie de mon passage1 russir et arriver mon but4 ,en consquence je viens vous soumettre la situation1 et vous prier1 comme un de mes plus anciens amis1 de me venir en aide en ce moment1 afin de ne pas tre oblig de partir seul4 ,car je suis dcid partir quand mme1 tous mes renseignements me faisant esprer de pouvoir russir l-bas1 ou aux environs4 ,mais toujours l'auteur de tant de ,fuites en gypte voit se refuser lui1 cette fuite en ,amrique tant dsire4 ,c'est seulement aprs #ahga1 qu'il s'embarque avec les siens1 pour le ,canada4 ,de ce voyage--qui sans doute ne fut pas heureux--nous ne connaissons gure que le retour3 ,il y a dix ans 7vers #ahgf7 dans une brasserie frquente par les peintres--crit ,paul ,arne en son ,paris ,ingnu 7,un ,vieil ,artiste7--prs d'une gare1 quelques amis s'entretenaient de ,bresdin1 depuis longtemps disparu et qu'on croyait mort1 quand prcisment ,bresdin entra charg de paquets1 suivi de sa femme1 de ses six enfants et d'un ngre4 ,bresdin1 comme on revient d',asnires1 s'en revenait du ,canada1 o il tait all chercher fortune4 ,ce que nous avons vu se drouler dans l'intervalle1 ce sont les souffrances2 et ce que nous avons vu surgir c'est la famille1 qui n'est pas sans les aggraver4 ,la famille1 dans la correspondance qui nous occupe1 et nous instruit si fort1 fait son apparition avec l'tonnant baptme dont il a t question4 ,suivons-la3 ,bresdin1 selon un de ses chroniqueurs1 n'prouva jamais pour sa femme d'autre sentiment que celui de la reconnaissance4 ,il la sentait malheureuse cause de son caractre trange1 et en souffrait beaucoup4 ,une lettre de #ahfb1 touchante d'esprance combative1 s'exprime ainsi3 ,j'ai dj pass un trait avec une ,revue 7,la ,revue ,fantaisiste73 deux petites eaux-fortes par mois cinquante francs chaque4--,voil donc une petite base pour l'avenir de ma petite famille4--,je m'ennuie affreusement tout seul et j'ai beaucoup travailler2 il me tarde de pouvoir faire venir la pauvre ,rosalie et la petite1 qui doivent bien s'ennuyer aussi4 ,en #ahfe3 ,je vous annoncerai que j'ai un nouvel et quatrime enfant qui1 cette fois1 grce ,dieu1 est un garon2 qu'il a un mois1 parat trs bien portant1 que les autres ne vont pas trop mal1 ainsi que la mre4441 que1 de plus1 moi et ,rosalie nous sommes maris depuis huit jours1 la mairie de ,bordeaux1 et la chapelle de ,saint-,projet1 nom que j'ai choisi en pensant vous et en souvenir de notre amiti4 ,en effet1 le #i dcembre #ahfe1 eut lieu1 ,bordeaux1 le mariage de ,rodolphe ,bresdin et de ,rose ,ccile ,maleterre1 ne ,albi 7,tarn71 le #bf mars #ahca4 ,quant aux souffrances1 remontons-en le calvaire poignant4 ,la plus cruelle de toutes est cette lumire qui s'teint1 assimilant ,bresdin1 je l'ai dit1 au hros de ,kipling4 ,dieu1 qui n'oublie pas les siens1 a bien voulu me donner un peu plus de chance que par le pass1 au moment o les yeux m'ayant abandonn encore une fois1 et o les soucis1 les infirmits1 les privations et la maladie m'avaient rduit une condition pire que jamais1 ayant quatre enfants en bas-ge1 substanter et entretenir4 tant trs malade et ayant les yeux tout fait ruins depuis longtemps1 je me suis dmanch l'paule1 il y a une vingtaine de jours3 j'en souffre beaucoup4 ,la vue m'abandonne1 j'en souffre et travaille trop pniblement pour esprer jamais rien de bon pour mes enfants1 d'un tel tat de choses4 ,une recrudescence de ma vieille maladie m'a clou1 encore une fois sur un lit qui n'est pas de roses4 ,le mdecin qui me soigne m'a dit que mon tat tait trs grave1 car1 depuis longtemps1 j'avais le cur noy dans le pus1 les poumons et la rate trs malades2 que la saison n'tant pas propice pour me soigner1 il allait provisoirement me faire subir un petit traitement prparatoire 767 qui consiste d'abord en vsicatoires1 qui m'enveloppent tout le corps comme une cuirasse1 depuis les aisselles jusqu'aux hanches4 ,les premiers huit jours1 j'ai souffert horriblement1 surtout de l'inexprience et de la maladresse du pansage4 ,de plus1 j'avale pour la centime reprise1 d'affreuses drogues dont l'ide seule me dresse les cheveux sur la tte et me donne des nauses4 ,au printemps1 alors que la nature se pare de ses plus beaux habits de fte1 et appelle le genre humain la noce1 mon mdecin me recouvrira de vsicatoires et m'abreuvera de nouvelles drogues4 ,c'est un mdecin qui n'est pas ordinaire3 il m'a dit qu'il me tuerait irrmissiblement ou me gurirait4 ,je ne quitte mes malades1 m'a-t-il dit1 que morts ou guris4 ,j'espre donc qu'il me gurira d'une faon ou d'une autre4 ,de temps en temps1 je vomis de la boue c'est ne pas y croire444 ,pour comble de chance1 comme toujours1 aprs avoir ramass un peu d'argent1 et me crevant1 la maladie va me dvorer encore une fois au milieu d'un martyre sans cesse renouvel4 ,qu'est-ce que la vie1 surtout une existence comme celle que je mne depuis deux ans8 ,avant1 je n'tais pas heureux1 certes1 mais au moins1 j'tais bien portant1 tandis que j'ai souffert1 depuis1 des maux inimaginables4 ,si j'en rchappe de ce coup1 je veux aller cinq cent mille lieues444 ,encore une ptre3 ,les yeux ne veulent pas dessiner du tout2 ils sont de plus en plus divergents1 et crire une lettre1 cela suffit pour me les arracher4 ,enfin1 cette lamentation1 profre de l'hpital ,necker1 en avril #ahgj3 ,la bataille a dur #dh ans1 moins d'un miracle1 elle va se terminer1 la paix va se faire4 ,les derniers bataillons de l'ennemi se prparent charger2 sondes1 scalpels1 bistouris1 s'apprtent se ruer sur mon corps dj si las et si fatigu4 ,les derniers combattants se runissent pour un dernier et dcisif effort4 ,comme s'il en fallait tant que cela pour m'abattre6 ,non1 il n'en faut pas tant1 je suis trop bas1 et il y a trop longtemps que cela dure4 ,jamais je ne pourrai supporter toutes ces tortures4 ,les malins se consultent1 jettent dj un coup d'il satisfait sur leur ferraille2 tiens-toi bien1 vieux ,caillou6 ,a dix-huit ans1 je suis dj venu ici1 aveugle1 et ,dieu sait1 et peut seul savoir ce que j'y ai souffert4 ,a quarante-huit ans1 j'y reviens4 ,hlas6 pourrai-je encore y revenir8 ,le miracle a lieu1 et c'est un honneur1 pour ,courbet1 d'avoir organis alors1 au profit du pauvre ressuscit1 une soire bnfice1 en laquelle j'aime encore saluer le nom d',agar4 ,,deuxi,,me ,,partie ,arrivons l'uvre de cet innocent damn4 ,banville s'en montra1 de bonne heure1 le commentateur passionn et inimitable4 ,c'est le #ae juin #ahfa1 dans la ,revue ,fantaisiste--dont ,bresdin devint le collaborateur1 en cette mme anne1 pour une srie de gravures de format un peu exigu et dont la priodicit ne pouvait convenir sa fantaisie1--que le ,matre des ,odes ,funambulesques nous donne une transposition de l'art du graveur1 qu'il dcrit d'une criture aussi fouille que les originaux de ces planches touffues4 ,voici un enthousiasme1 une me1 un pote1 un fou1 un gnie1 une pense1 qui m'tonne1 me trouble et me fait rver de longues heures3 ,rodolphe ,bresdin4 ,ses dessins la plume1 ses lithographies o la pointe et le crayon s'unissent pour produire des effets prestigieux1 sont des mondes tudier1 minutieux1 compliqus1 normes1 imposants par leurs masses hardies1 dtailles jusqu' la dmence1 et rivalisant avec la nature par l'infiniment petit1 recherch jusqu' l'atome4 ,et plus loin3 ,autant vouloir compter les roseaux1 les chardons1 les brins d'herbe1 les oiseaux1 les animaux farouches1 les nues bizarres1 les villes inoues qui fourmillent dans un dessin grand comme la main sign ,rodolphe ,bresdin4--,il a vu1 poursuit l'crivain1 ces ,babels de troncs et de feuillages1 ces demeures de lianes444 ces marais de verdure444 ,il a entendu le bruit imperceptible de la feuille qui pousse444 en un mot1 il a dit la fort1 les minutieux enfantillages de ses jeux1 les formidables excs de ses dlyres444 et il est1 comme ,drer un espion des forces vives de l'incommensurable ,nature dont le mystre s'est rvl pour lui4 ,du champignon vil jusqu' l'oiseau ivre d'ther1 de l'oiseau l'archange ail1 une chane d'tres non interrompue relie les cercles de la cration2 du bout de votre bton vous dchirez ce champignon hideux2 il se divise en une nue d'insectes qui1 en noires peuplades1 s'empare du sol2 ce champignon est vgtal1 il est animal aussi2 la transition entre la vie vgtale et la vie animale nous chappe1 comme entre la vie animale et la vie divine4 ,l'eau croupie1 la pourriture engendrent des mes ailes2 il existe une ressemblance effrayante entre le regard des lacs et celui des prunelles humaines1 les racines sont des monstres qui rampent sous la terre1 les branches ne peuvent que se ressouvenir de ces poses d'animaux froces qu'elles affectent1 et ne peuvent les avoir apprises dans leur vie immobile4 ,voici maintenant une tout jamais inimitable description de l'uvre matresse de ,bresdin connue sous le titre peu motiv de ,bon ,samaritain1 car1 ajoute ,banville3 n'en dplaise au prodigieux artiste dont la lithographie m'emporte1 bris1 dans son fabuleux rve et m'blouit moi-mme1 avec ses toutes petites blanches nues volant en pleine lumire1 sous les autres nues moins lumineuses1 et sur lesquelles se dcoupent des branches capillaires1 trouves dans le prestige flottant et faites de rien1 je ne puis prendre au srieux le sujet qui a servi de prtexte cette composition crasante444 ,jugez plutt3 ,tchons pourtant1 lutte insense6 de donner une ide initiale vague de ce travail immense4 ,sur le premier plan une eau dormante et des vgtations inextricables3 chardons1 roseaux chevels et enchevtrs1 troncs difformes1 monstrueux1 pouvantables1 aux branches recroquevilles1 bossues1 aigus1 affectant des poses de reptiles1 animaux-branches ouvrant des gueules froces2 en les regardant mieux1 un monde d'animaux s'y cache3 oiseaux1 reptiles1 singes ironiques4 ,au bord de l'eau dormante1 de grands oiseaux rvent gravement4 ,en pleine lumire1 une hydre aux cent griffes1 aux cent gueules1 aux crocs hideux1 aux bras tordus2 non1 c'est un tronc d'arbre aussi1 mais quelle abominable douleur a pu lui inspirer de si hideuses tortures8 ,puis le tertre herbu1 feuillu1 cras de frondaisons noires2 les singes y pullulent1 l'il sanglant des hiboux y clate comme un trou de flamme1 des branches en ventail1 en panaches1 des astres aux visages de soleil1 des palmes folles de joie y chantent l'hymne fulgurant de la vgtation triomphante2 puis1 formant deux coulisses gigantesques et dmesures1 qui laissent voir derrire elles la toile de fond lumineuse1 deux masses d'arbres noirs1 o1 plus nombreuses que les toiles clestes et que les grains de sable du fond de la mer1 toutes les feuilles1 millions de milliards de feuilles1 par le sortilge d'une magie inoue1 se voient1 se comptent1 formant comme des figures larges et gracieuses1 et sur les plus hautes branchettes1 dans les hauteurs infinies du ciel1 sur les petites feuilles qui naissent peine1 de petits oiseaux passent et volent1 et on les voit1 et l'il les suit1 ailes gares dans ces vertes dentelles vgtales d'une tnuit vertigineuse1 qui se dcoupent sur l'azur lumineux o se condensent des vapeurs fcondantes4 ,elles-mmes1 ces grandes masses d'arbres se dbattent sous des branches mortes qui1 lances devant elles1 les serrent1 les treignent1 boas tordus dans l'air1 serpents aux bonds furieux1 monstres dentels et griffus2 l'une de ces branches a tout fait l'air d'un serpent ail ouvrant sa gueule sanglante o elle brandit un dard enflamm2 ici le rve prend corps1 la nature viole livre son secret1 et avoue enfin qu'elle n'est qu'un entassement de monstres dchirants1 occups s'entre-dvorer4 ,au-dessus de la composition norme1 un ciel fouill1 tourment1 minutieusement dcoup en nues qui1 comme chez ,albert ,drer1 ont chacune sa physionomie et son allure1 ocan thr o chaque vague est vivante et doit avoir un nom4 ,a ct des larges masses d'arbres1 d'autres masses plus lgres1 dcoupes avec la dlicatesse d'un rseau de veines1 et enfin1 au loin1 dans la pleine et sereine lumire1 une ville dmesure elle-mme1 fort de pierres1 grande comme la fort d'arbres444 ,j'ai cit tout le morceau1 parce que1 je l'ai dit1 il dfie jamais toute vellit de description de la mme uvre sous son ciel pommel4 ,j'ajouterai seulement cet unique dtail omis1 que ,bresdin a plac visiblement1 sur le corps mme du quadrupde1 le monogramme de sa signature4 ,longtemps aprs1 ,huysmans crit son tour les lignes suivantes3 ,le ,bon ,samaritain1 un immense dessin la plume1 tir sur pierre3 un extravagant fouillis de palmiers1 de sorbiers1 de chnes1 pousss tous ensemble1 au mpris des saisons et des climats1 une lance de fort vierge1 crible de singes1 de hiboux1 de chouettes1 bossue de vieilles souches aussi difformes que des racines de mandragore1 une futaie magique1 troue au milieu par une claircie laissant entrevoir1 au loin1 derrire un chameau et le groupe du ,samaritain et du bless1 un fleuve1 puis une ville ferique escaladant l'horizon1 montant dans un ciel trange1 pointill d'oiseaux1 moutonn de lames1 comme gonfl de ballots de nuages4--,on et dit d'un dessin de primitif1 d'un vague ,albert ,drer1 compos par un cerveau enfum d'opium444 ,quant l'ouvrage de ,m4 ,henri ,braldi sur les graveurs du ,x,i,xe sicle1 tel est son jugement propos de la mme uvre3 ,moiti vision trange des anciens matres1 mais aussi moiti travail de patience comme en excutent les prisonniers3 c'est ce que les artistes expriment pittoresquement en disant que c'est noix de coco4 99 99 99 99 99 ,voici1 en outre1 quelques pices que la possession me met frquemment sous les yeux1 et qui vont nous permettre de classifier les motifs d'inspiration de l'artiste4 ,o feuillage1 tu m'attires6 ,ce mystrieux vers de ,hugo pourrait servir d'pigraphe une notable part de l'uvre de ,bresdin4 ,ce ne sont pas les moins loquentes de ses planches1 celles o des arbres de toutes essences1 notamment des bouleaux aux blancs troncs satins1 prennent naissance entre ces rocs et s'entrecroisent au-dessus d'une eau qui les mire4 ,en ce moment mme j'admire trois de ces eaux-fortes1 dont deux sont dates de #ahhj4 ,une fracheur y rgne2 ce sont des sous-bois aims pour eux seuls1 sans rien d'horrifique ni d'autrement mystrieux1 que du mystre des sites ombreux1 recueillis1 solitaires4 ,la troisime de ces eaux-fortes non peuples que du frisson de l'air1 de l'onde et des ramures1 est un tat inachev1 fort propre nous laisser entrevoir le travail du graveur2 les branches s'y treignent comme des tentacules ligneux ou des pattes de crustacs2 de plus troublantes1 qui revtent des aspects quasi-humains1 semblent s'enlacer corporellement1 et composent des groupes amoureusement condamns ne s'aimer qu' travers l'corce4 ,tout autre est celle qui suit1 peut-tre un ressouvenir du voyage d',amrique1 et comme un frontispice de fort vierge2 un inextricable fouillis de branchages circulairement enchevtrs de frondaisons et de lianes l'entour d'une vague troue qui s'claircit au centre1 telle que1 parmi les pineux empchements des difficults et des obstacles1 une lumineuse orientation vers l'inconnu1 une perspective sur l'esprance444 ,mais l'horizon se dchire en ces deux paysages plus rocheux1 nous laissant apercevoir1 dans le premier une ville biblique1 laquelle pourrait bien tre ,sodome1 sur laquelle va s'entr'ouvrir ce ciel follement fuligineux1 qui balaie au-dessus des nues cheveles et sulfureuses4--,le second1 plus calme1 abrite deux plus paisibles cits1 blotties en des rentrants1 au pied des monts1 au bord des eaux4 ,c'est encore dans un paysage rocheux tout embrum d'obscures vapeurs1 que l'humanit fait son entre sous forme de ce chevalier sur sa blanche monture4 ,il sonne du cor dans la direction du manoir dont les tourelles couronnent une minence2 et sa posie est la mme que celle qui nous meut dans le ,retour du ,chevalier1 une des plus pntrantes compositions de ,boeklin4--,un troisime paysage rocailleux de plus grandes dimensions1 sert de dcor un bain de femmes4--,un nouveau bain de femmes1 celui-l plus potique et plus ,ocanien1 groupe comme de jeunes ,otahitiennes1 entre des vols de colibris1 sous la verdure veloute des palmes4 ,rarahu1 et ses compagnes1 au ruisseau d',apir1 vingt ans avant ,loti4 ,pntrons dans les susdites villes1 autre domaine de ,bresdin qui se plat dmesurer fantasmagoriquement 7et sans trop pourtant les sortir du rel7 de normandes ou bretonnes demeures1 riger en mitres les toits des maisons au-dessus desquels les clochers d'glise percent des ciels aux nuages ressemblant des boucles dfrises4--,encore un lieu de prdilection pour la pointe de notre graveur1 ce sont des fermes aux couvertures de chaume dpeignes1 et surmontes de cages pigeons1 fort bizarres2 au devant1 les palis d'un maigre verger1 une mare o s'abreuve le btail1 autour de laquelle des poules picorent et des marmots piaillent4 ,ou sait que l'agriculture fut un des rves de la vie de ,bresdin1 qui s'en distrait dessiner de telles mtairies3 ,faire de l'agriculture1 objet de tous mes vux1 crit-il dans une lettre de #ahff4 ,car ,bresdin1 ajoute ,paul ,arne1 toujours bon gr1 mal gr1 ramen au gte1 toujours intern par la ncessit entre ,montmartre et ,montparnasse1 eut toujours la mme ide fixe3 tre colon1 s'tablir aux champs1 dans un pays o les champs ne coteraient rien1 vivre de la vie paysanne1 dfricher1 piocher au soleil1 boire l'eau des sources1 et partager avec sa famille1 les oiseaux de l'air et les bestioles des bois1 de grosses tranches de bon pain bis qui sent encore la terre et le bl4 ,et l'crivain conclut sur le pittoresque tableau de l'essai de colonisation d'un grenier1 tent ,paris par ,bresdin3 ,champs ensemencs1 arbustes1 gazons1 lgumes1 parmi lesquels s'battaient poules et lapins1 merles et moineaux1 rien n'y manquait1 pas mme la cabane habite dans un coin par notre colon444 quand1 sur la plainte du locataire d'en dessous1 l'expulsion fut signifie4 ,une des plus mystrieuses planches est celle que ,bresdin lui-mme intitulait ,arcachon1 du titre banal d'un lieu qui1 sans doute1 lui fournit le motif de cette illustration singulire4 ,c'est1 en effet1 de prime abord1 un vulgaire chlet de bains de mer1 qu'on a sous les yeux1 un chef-d'uvre de constructeur local1 avec1 par places1 toute la gauche implacabilit d'une pure4 ,mais cette niaiserie architecturale ne fait que mieux valoir les dtails curieux qui1 peu peu1 surgissent1 troublants et pleins de hantise4 ,des tourelles s'rigent1 des vitraux s'entr'ouvrent1 des balcons1 tels que des corbeilles1 s'emplissent de femmes aux costumes orientaux et aux longs voiles4 ,des oiseaux voltigent dans le ciel boucl1 et parmi les denses feuillages4 ,une grille close rgne au-devant de l'immeuble de rve4 ,sur le premier plan1 une pastourelle1 sa quenouille la main1 son marmot ses trousses1 garde tout un troupeau de btes aumailles et de leurs chiens1 d'nes et de brebis1 et tout un poulailler dispers1 jusqu'aux poussins qui viennent d'clore4 ,et tout ce monde velu et emplum1 marbr des taches blanchtres d'une nigmatique clart qui frappe la faade du chlet comme d'une rongeuse pleur de clair de lune1 se tient aux abords de cet habitacle frique et bourgeois1 prisonnier derrire sa grille4 ,je possde une variante du mme motif1 en laquelle le chlet tourne au castel2 les sultanes y sont devenues des dames hennin1 entoures de seigneurs et de pages2 et1 sur le devant1 le troupeau de tout l'heure1 a fait place des cavaliers emplums1 des varlets sonnant du cor parmi leurs chiens4 ,c'est un moyengeux dpart pour la chasse sur l'air de3 ,assez dormir1 ma belle1 ,ta cavale isabelle ,hennit sous les balcons2 mais que sauve de banalit le gnie du ,matre4 ,dtail curieux3 l'preuve1 sur une sorte de faux vlin1 est une de celles mentionnes par ,champfleury1 tires au cirage4 ,elle est date de #ahfi4 ,viennent ensuite de ces intrieurs ,flamands pleins de jambons suspendus1 de chapelets de saucisses et d'oignons1 de claies1 d'clisses et de volumineux pots-beurriers coiffs d'un blanc papier ficel1 qui s'enfument dans la rgion suprieure du dessin4 ,cent accessoires du dernier fini s'entassent1 au-dessous d'une image de ,madone1 sur la tablette encombre et quasi dbordante de cette chemine de campagne3 miche entame1 chandeliers1 quinquet1 pipe1 tricot hriss d'aiguilles4 ,et1 devant l'tre1 une paisible famille de villageois1 auprs du lit abrit et de son pot de chambre4 ,bresdin a vari plusieurs fois cette page domestique4 ,passons du rel au mystique1 avec une grande lithographie1 de #ahhc1 baptise par ,bresdin3 la ,pche ,miraculeuse4 ,au-dessous d'un ciel plein d'oiseaux1 dans lequel toute une perruque ,louis ,,xiv semble s'tre dboucle1 des montagnes hrisses d'architectures ,ninivites4 ,et1 sans que se dlimite la naissance de l'eau ni l'achvement des rcifs1 des bateaux ont cargu leurs voiles1 devant tout un peuple en train d'amener soi des poissons tranges4 ,des pieux sujets1 ,bresdin semble avoir1 entre tous prfr la ,fuite en gypte4 ,il y voyait sans doute divinis son propre rve de familial voyage4 ,je possde1 en diverses grandeurs1 en successifs tats de lithographie et d'eau-forte1 six variations autour de ce thme4 ,les jeux du ciel et de l'eau1 des rocs1 et surtout des branchages1 modulent1 autour du groupe aurol1 de linaires symphonies4 ,les deux plus belles sont d'aspect bien diffrent3 celle-ci1 paisible1 parmi la luxuriance d'une vgtation d',orient1 sous l'entrecroisement noueux des rameaux vtus de feuilles2 celle-l 7l'preuve d'un noir velout que ,bresdin lui-mme dnomma la ,vigoureuse7 triste1 en un paysage d'hiver1 sous le fer forg des branchages nus1 image de la mort1 au-dessus d'un torrent1 image de la vie4 ,il semble que cette gravure soit la reproduction du dessin dcrit par le numro #b1 du catalogue cit par ,m4 ,fours4 ,la ,comdie de la ,mort suit de prs et embote justement le pas2 moins intressante1 elle fut plus clbre et plusieurs fois dcrite4 ,on sait3 des squelettes entours de larves de ,tentations2 masques de rameaux noueux1 grimaces de racines1 grouillantes bestioles aux impossibles anatomies4 ,un sage mdite en sa grotte1 un misreux s'affale1 hbt2 et vainement1 ,jsus1 nimb et invitant1 dsigne un ciel trop plein de nuages4 coutez encore ,huysmans3 ,la ,comdie de la ,mort1 de ,bresdin1 o dans un invraisemblable paysage1 hriss d'arbres1 de taillis1 de touffes1 affectant des formes de dmons ou de fantmes1 couvert d'oiseaux ttes de rat1 queues de lgumes1 sur un terrain sem de vertbres1 de ctes1 de crnes1 des saules se dressent1 noueux et crevasss1 surmonts de squelettes agitant1 les bras en l'air1 un bouquet1 entonnant un chant de victoire1 tandis qu'un ,christ s'enfuit dans un ciel pommel1 qu'un ermite rflchit1 la tte dans ses deux mains1 au fond d'une grotte1 qu'un misrable meurt1 puis de privations1 extnu de faim1 tendu sur le dos1 les pieds devant une mare4 ,et ce sont encore deux actes1 ou deux intermdes de la mme comdie macabre1 ces deux feuillets jadis publis par la ,revue ,fantaisiste3 deux chasseurs dnichant sous un buisson o elle se tapit1 la ,mort1 qu'ils destinaient leur proie2 puis1 cette ,mort assise1 se prchant elle-mme une femme en train d'allaiter1 au bord d'une eau attirante et qui l'invite au suicide4 ,j'ai vu1 dans une autre collection1 une plus convaincante figure de la ,mort1 l'gard de cette femme2 elle la persuade en lui tenant un cheveau allgorique du fil de nos jours4 ,et quand1 dans une suivante gravure1 la ,mre s'est pendue avec son enfant1 la ,mort s'en rjouit en violonant4 ,voici encore un curieux ,combat antique4 ,un ,csar laur1 cheval1 des mercenaires1 des prisonniers1 toute une fort d'hommes1 de lances et de casques1 traits par ,bresdin avec l'enfantine et mticuleuse virtuosit qu'il apporte au rendu de ses forts vritables4 ,une guerrire orientale1 en turban1 cheval1 l'pe la main1 dans un dfil1 suivie de peuplades et de troupes4 ,enfin1 le trs compliqu et naf frontispice de la ,revue ,fantaisiste4 99 99 99 99 99 ,j'ai gard pour la fin1 dans le compte rendu de cette petite collection1 le tirage d'ailleurs rcent et dfectueux1 7d'aprs une pierre retrouve7 d'une lithographie qui me livre la clef d'un pisode1 dont voici le roman comique4 ,des circonstances que je dirai tout l'heure1 m'ont mis entre les mains une bizarre correspondance adresse ,bresdin1 par un ,m4 ,hippolyte de ,thierry-,faletan1 demeurant ,paris1 #fg1 avenue ,josphine1 auteur 767 de fables1 qu'il s'est mis en tte de faire illustrer4 ,m4 ,dusolier sert d'intermdiaire2 le prix convenu est de cent francs pour un frontispice1 et d'un total de deux cents francs pour quatre autres dessins4 ,il est vrai que l'auteur est aussi ignorant de la syntaxe que de l'orthographe1 confond une apostrophe avec un accent aigu1 et rdige des phrases de cette tournure3 ,si le travail que vous me ferez sera aussi consciencieux que vous me le dites dans votre lettre1 ma conscience ne me permettrait gure de vous faire tort d'un centime4 ,une preuve de la ,comdie de la ,mort est envoye par ,m4 ,dusolier1 au fabuliste1 qui rpond l'artiste3 ,c'est une fort belle uvre2 puissiez-vous1 ,monsieur1 vous inspirer de mes quelques fables1 et me faire d'aussi jolies 767 compositions1 et tout aussi bien excutes4 ,et ce disant1 il adresse son illustrateur une espce d'bauche 7car il dessine aussi67 indiquant par peu prs la composition du frontispice4 ,numro #a4 ,un homme tant couch dans un petit bateau1 ,amarr sous un saule au bord d'un clair ruisseau1 ,a diffrents poissons tendait un certain pige ,soutenu par un mince lige444 ,numro #c4--,la fable n'tant pas encore faite je ne vous envois 7sic7 qu'un sommaire du sujet2 ainsi il faudra reprsenter deux ngres en pantalons rays et grand chapeau de paille1 l'un d'eux travaillant la terre1 l'autre1 encore dans le lointain1 arrive avec une bquille1 le bras en charpe1 et les vtements en lambeaux4 ,numro #d4--;,ici1 reprsenter un train de chemin de fer sortant d'un tunnel et glissant sur une voie soutenue par un mur en maonnerie4 ,numro #f4--;,ici il faudrait reprsenter l'entre d'une caverne1 ou vaste grotte1 dans laquelle on verrait des oiseaux de proie1 comme milans1 buses et faucons1 en train d'gorger une compagnie de pigeons4 ,un corbeau doit sortir de la grotte en s'envolant4 ,numro #g4--,le bloc de marbre444 ,vous pouvez reprsenter ce bloc de marbre fendu par le milieu1 ou disjoint2 mais je pense que1 comme il servirait pour le titre du livre 7il serait ncessaire71 de ne pas le trop disjoindre1 afin de pouvoir y lire facilement ce titre3 ,fables par ,h4 ,t4 ,f4#ah #ah ,cette lettre est date du #bb mars #ahfh4 ,or1 dans la descriptive numration des dessins de ,m4 ,capin1 cite par ,m4 ,fours1 nous lisons3 ,frontispice2 il est bord de branches entrelaces o grimpent des cureuils et o se glissent des serpents1 avec deux chiens l'extrmit4 ,au milieu1 assis sur une large pierre1 un pote tient un livre la main1 bouche ouverte1 la dextre en avant et portant une escarcelle sa ceinture2 sur la pierre on lit3 ,fables1 par ,t4 ,f4 #ahfh4 ,rodolphe ,bresdin4 ,au-dessus1 sur un pont passe un express4 ,a gauche et au bas1 un pcheur la ligne tient un poisson la main4 ,a droite1 un homme va devant une paire de bufs2 un cavalier vient derrire lui4 ,hautes montagnes4 ,voil donc notre frontispice4 ,quant au jugement qu'il inspire l'tonnant ,la ,fontaine1 le voici formul dans une lettre de lui1 date de #ahfh3 ,j'arrive de voyage1 et je viens de voir le frontispice1 j'en apprcie tout le consciencieux de l'ouvrage1 etc444 quant au personnage que vous avez introduit1 le jeune homme assis sur le bloc de marbre1 je n'en ai pas saisi la ncessit2 pourquoi lui faites-vous tenir un poisson8444 ,et1 plus loin3 ,j'approuve la disposition que vous donnez aux sujets formant le frontispice1 sauf quelques petits dtails4 ,le paysan se sauvant sur son ne1 et le pcheur vol1 n'tant qu'une seule et mme fable1 il est fcheux que vous ayez plac entre ces deux sujets1 celui des ngres planteurs4 ,ensuite n'oubliez pas1 et cela est un point essentiel1 l'un des deux ngres est1 seulement1 estropi1 et les habits dchirs2 l'autre au contraire travaille1 et tout en lui doit exprimer le bonheur et l'aisance4 ,ces fables1 la correspondance nous en livre trois1 tout au long4 ,je me dispenserai d'en faire autant2 les quelques vers cits plus haut donneront le ton de ces apologues1 comme la mesure de cette prosodie1 et les commentaires seuls sont pour nous d'un instructif attrait4 ,la premire fable adresse l'illustrateur a pour titre bien venu3 ,le ,diplomate et la ,fourmilire4 ,j'ai l'avantage de vous adresser ci-jointe une de mes fables1 pour qu'en en prenant connaissance1 vous vous inspiriez faire un des quatre dessins convenus4 ,selon moi1 il y a de quoi faire un superbe paysage d'automne1 sous bois ou autrement 7en ,europe1 bien entendu7 avec un grand beau chne2 je laisse d'ailleurs votre riche imagination de le peupler d'insectes et d'animaux2 parmi ceux-ci1 des lapins1 castors1 cureuils1 lzards1 hrissons1 etc4442 mais pas de gros gibier4 ,quant l'action reprsenter1 ce serait au moment o le personnage1 en costume de chasse1 s'arrte pour contempler la fourmilire4 ,ayez soin de figurer un corbeau qui1 du haut de l'arbre1 contemple le diplomate et semble n'attendre que son dpart pour fondre sur la fourmilire4 ,comparez le numro #g du catalogue de ,m4 ,fours3 ,dans un bois1 un chasseur tient son fusil par le canon1 etc444 ,voici ensuite3 ,le ,papillon et la ,mare4 ,un papillon attir par une fleur d'eau1 risque de se noyer dans la boue4 ,je pense--reprend notre fabuliste--que vous saurez tirer grand parti de ce petit sujet allgorique1 dont vous aurez facilement saisi la morale1 et vous en ferez1 j'en suis certain1 une potique composition444 ,il faudrait reprsenter un joli paysage dans une valle1 avec la mare sur le premier plan1 et dans le lointain1 des montagnes2 le ciel sans nuages4 ,a l'exception de la mare et de ses abords1 la campagne devrait tre d'un aspect riant1 beaucoup de fleurs1 de papillons1 etc444 ,il faudra reprsenter dans la mare ou sur ses bords1 toute sorte de petits animaux tels que crapeaux 7sic71 grenouilles1 petits serpents1 rats1 lzards2 et1 dans les branches de quelques saules rabougris et grimaants1 comme ceux de votre ,comdie de la ,mort1 il faudrait mettre de grosses araignes dans leurs toiles1 ainsi que quelques chauves-souris1 caches dans quelques crevasses de troncs1 ou des hiboux4 ,il s'agit enfin de faire opposition avec le riant du reste de la campagne1 et reprsenter une nature-morte dsole1 triste et pleine de terreurs et de piges cachs4 ,au milieu de la mare1 il faudra sur un lit de feuilles larges1 et fleur d'eau1 reprsenter une belle fleur panouie4 ,je laisse votre ide le moment saisir et reprsenter1 soit l'instant o le papillon tombe dans la mare1 prs de la fleur1 soit quand1 arriv sain et sauf sur les bords1 il s'envole4 ,dans tous les cas1 il faudrait pouvoir exprimer soit la joie1 soit le dpit qu'prouveraient les animaux malfaisants de la mare1 et mme donner une expression en rapport avec la situation aux arbres auxquels vous savez si bien donner une physionomie caractristique4 ,or la planche excute d'aprs ce dessin est celle que je possde1 et qui nous a mens cet pisode4 ,je l'ai dit1 le tirage rcent en est dfectueux1 mais on y reconnat fort bien le rsultat des volitions de l'infatigable exigeant4 ,la fleur centrale est mal venue1 et le papillon joue un rle si accidentel qu'on le distingue peine2 mais les branches sont vraiment grimaantes1 comme il est crit1 et les aquatiques animaux grouillent dans ce cloaque4 ,c'est1 sans nul doute1 l'original du dessin inspir par la fable suivante1 ,le ,dindon et les ,paons1 que nous retrouvons dat de #ahfh1 dans la collection de ,m4 ,capin1 toujours selon le catalogue cit par ,m4 ,fours3 ,une dizaine de paons1 perchs sur de vieux troncs d'arbres1 regardent1 au-dessous d'eux1 un dindon rouant1 et qui semble vouloir les dpasser en beaut4 ,deux paons sont sur le sol1 en face de l'orgueilleux et paraissent le narguer4 ,suivons bien notre ,la ,fontaine3 ,je laisse vous1 monsieur1 de choisir le moment reprsenter dans le dessin4 ,je pense que le plus caractristique serait le dernier pisode de la fable1 celui o tous les paons1 les uns tranant leur queue1 les autres en la dployant1 regardent ddaigneusement le dindon qui avance firement parmi eux4 ,vous pouvez mettre la scne sur la terrasse d'un chteau ou d'un palais1 ou bien dans un beau jardin1 les paons se promenant1 ou restant perchs sur des balustrades1 sur de grands vases4 ,enfin1 la fable intitule la ,baleine et les ,poissons est accompagne de cette lettre 7le #aa mai #ahfh73 ,monsieur1 je vous ai donn cette fable tout au long1 afin que vous en approfondissiez bien toutes les nuances 7671 toutes les situations 767 et que vous choisissiez ainsi l'instant le plus appropri pour votre composition2 je vous laisse toute libert d'allure1 seulement1 d'aprs moi1 le moment reprsenter serait celui o les poissons arrivent en masse prs de la baleine2 celle-ci devra tre reprsente demi-corps1 hors de la mer1 lanant deux gerbes d'eau de ses naseaux4 ,il va sans dire que les vagues doivent tre fort agites par la tempte2 dans le lointain1 un ou deux vaisseaux en danger de naufrage2 la pluie tombe1 et un clair sillonne le ciel4 ,dans un coin du tableau il faudra placer un rocher sortant de l'eau1 etc444--,vous pourriez vous rendre chez un libraire de la ville et lui demander le livre de ,m4 ,louis ,figuier1 traitant des poissons1 reptiles1 oiseaux1 etc444--,vous y puiseriez une foule de modles de poissons pour le tableau1 ainsi que des reptiles introduire dans ,le ,papillon et la ,mare1 etc41 etc444 ,rapprochez du n #f du catalogue de ,m4 ,fours3 ,au pied d'une falaise trs leve est une norme baleine4 ,des poissons trs nombreux semblent attirs vers elle4 ,l'intgre ,bresdin rpond d'abord fort honntement1 docilement1 douloureusement3 ,paris1 le #ah avril #ahfh4 ,,mon ,,cher ,,monsieur1 ,je m'empresse de rpondre votre lettre1 d'autant plus que je suis en retard sur le travail que je dois faire pour vous4 ,il serait plus avanc1 si malheureusement le malheur ne se jouait de moi4 ,aprs les couches de ma femme1 les yeux vinrent malades2 depuis quelques jours1 j'ai un rhumatisme aigu dans une paule1 avec atteinte dans l'autre4 ,j'prouve de telles douleurs qu'il m'a t impossible1 depuis plus de huit jours1 de faire quoi que ce soit4 ,ce qui fait que1 malheureusement1 vos dessins n'ont pas t plus avancs1 et ne sont mme pas commencs1 sauf le frontispice o il y a encore beaucoup de travail faire4 ,je vais un peu mieux1 et vais me dpcher de le terminer4 ,je n'ai donc pas encore1 comme vous me le demandez1 commenc la fable du ,diplomate et des ,fourmis4--,de plus1 quant au frontispice1 j'y ai fait entrer toutes les choses que vous me demandez4 ,pour cent francs6 ,le ,mcne riposte par la commande d'un sixime dessin1 lequel devra reprsenter une runion d'animaux tels que lion1 tigre1 lopard1 ours1 panthre1 loups1 rhinocros1 renard1 etc444 7toujours tout a pour cinquante francs71 et il annonce des remaniements fort importants dans le ,diplomate et les ,fourmis4 ,bresdin commence pourtant se fatiguer de tout ce verbiage4 ,le #bi juin #ahfh1 il crit de ,bordeaux3 ,monsieur1 vous n'avez pas compris ma lettre dernire444 je vous ai dit dj plusieurs fois que cela m'tait gal de faire tel ou tel sujet4 ,comme vous m'avez interrompu plusieurs fois pour me dire d'en rfrer vous444 ayant toujours des changements1 des corrections faire1 ne soyez pas tonn si je n'avance pas et si j'attends que vous me donniez chaque fois le sujet que vous prfrez vous-mme4 ,en rponse1 l'auteur du ,diplomate se fche son tour1 se gonfle1 fait le dindon1 met en avant ses hautes relations qui eussent pu profiter un ,bresdin plus souple4 ,puis il s'amende3 ,vous avez tort de vous fcher1 je n'ai pas eu l'intention de vous froisser444 ,et les travaux reprennent444 et le bavardage3 ,au moment mme o ma lettre tait la poste1 je m'aperois de mon erreur en vous parlant de canard au lieu de dindon2 mais persuad que vous feriez abstraction de cette confusion1 je ne vous ai pas aussitt crit pour vous rassurer4 ,vous voil maintenant fix4--,puisque vous recommencez le dessin du ,papillon1 je me permets de vous adresser un projet de disposition444 ,souvenez-vous du ciel sans nuages1 et quant au papillon1 il devrait tre lgrement pos sur l'eau1 et comme se dbattant et faisant des efforts pour sortir de la mare sans se souiller au contact impur et suicidial 767 de l'eau corrompue1 dans laquelle s'tale la belle fleur aux reflets d'albtre qui l'a tent4 ,touts 7sic7 les animaux malfaisants ou autres que vous mettrez dans la mare devront converger leur attention sur le papillon4 ,donnez aux saules des figures diaboliques comme dans votre dessin de la ,comdie de la ,mort4 ,la vgtation1 par opposition la fleur qui1 d'un beau blanc1 s'tale1 ou se dresse de la mare1 devra paratre quelque peu fane et dessche4 ,n'oubliez pas que la scne se passe pendant les chaleurs de l't1 et dans un climat mridional444 ,j'ai transcrit ce petit procs par le menu en l'lucidant de mon mieux1 parce que1 sous sa niaise apparence1 il est fort difiant2 on lui pourrait donner comme pigraphe1 cette rflexion d'un penseur contemporain3 ,le monde nous est parfois rvl par ses interprtes les plus lourds4 ,voyez cet amateur plus qu'inhabile1 et plus que tatillon1 dont la vanit s'enfle l'ide de se voir illustr par ce graveur qui donne aux branches une physionomie2 et le voil tel qu'un taon autour de ,bresdin1 le piquer deci1 del1 des plus sottement dans la forme1 des plus salutairement quant au fond1 puisqu'il en rsulte les beaux dessins de la collection ,capin1 entre lesquels1 particulirement celui des paons doit tre admirable4 ,maintenant le fol ,thierry en a-t-il t pour ses avis1 et pour un sic vos non vobis finalement murmur8444 ,en un mot1 le recueil de fables a-t-il paru illustr par ,bresdin8 ,je l'ignore et j'en doute beaucoup2 mais je laisse quelque bibliophile vtilleux cette solution finale4 ,m4 ,aglas ,bouvenne a publi un catalogue de l'uvre grav de ,bresdin2 il comprend #fa numros et fait mention de trois des lithographies du livre de fables4 ,je pourrais dcrire encore quelques gravures admires dans des collections trangres1 mais l'inspiration n'en diffre pas sensiblement de celles que nous avons examines1 et je ne veux pas tendre hors de proportions cette longue tude4 99 99 99 99 99 ,aux crivains dj mentionns pour s'tre occups de ,bresdin1 il sied d'ajouter ,cladel qui1 dans ,urbains et ,ruraux1 a consacr un chapitre ,bresdin1 sous ce titre3 ,sous-cantonnier de l',arc-de-,triomphe4 ,paul ,arne dans ,un ,vieil ,artiste1 le chapitre qu' son tour1 il consacre ,bresdin1 en son ,paris-,ingnu1 certifie le fait qui sert de thme aux variations de ,cladel3 ,en #ahhj1 l'anne du rude hiver444 alors que1 presque aveugle1 il 7,bresdin7 tait rduit1 pour gagner sa vie1 raccommoder1 sous un hangar ouvert tous les vents1 les outils des ouvriers occups balayer la neige des rues4--,un petit article sign ,nives1 dans ,l',art ,franais du #ab janvier #ahgh1 fait discrtement appel la charit1 en faveur de ,bresdin1 et prcise le dtail3 ,bresdin1 l'auteur du ,bon ,samaritain et de la ,fuite en gypte1 ,bresdin est balayeur6 ,vous avez bien lu3 balayeur444--,v ,victis1 dans un autre volume de ,cladel3 ,raca1 traite encore de ,bresdin4 ,le #ac janvier #ahhe1 ,monsieur ,henry ,fouquier consacre1 lui aussi1 dans ,l'vnement1 la mmoire de ,bresdin1 un bienveillant commentaire4 ,les lments de ce travail taient rassembls1 quand il m'a t donn d'apprendre l'existence1 et de faire la connaissance de ,mademoiselle ,rodolphine ,bresdin1 fille ane et prfre du graveur4 ,malgr les irrparables dissensions qui divisaient alors le mnage de ses parents1 elle rendit son pre1 dans ,svres1 une visite indique au cours de l'tude de ,m4 ,fours4 ,j'ai vu moi-mme1 chez ,mademoiselle ,bresdin1 d'tonnants albums dont elle a patiemment et pieusement runi les lments divers4 ,lithographies et eaux-fortes s'y entremlent de magnifiques dessins dont1 mon sens1 voici la provenance4 ,je ne tiens aucun d'eux pour un original proprement dit1 et tel est aussi l'avis de ,mademoiselle ,bresdin4 ,au moment de livrer un de ses dessins la plume1 l'auteur en prenait un calque1 aussi fouill que le modle1 en juger par ces spcimens4 ,c'est une grande partie de ces calques dont la fille du graveur possde la collection4 ,elle est extraordinaire1 et peut1 et doit servir de prtexte runir autour d'elle1 quelque prochain jour1 une exposition de l'uvre de ,bresdin1 sur laquelle le moment est plus que venu d'attirer l'attention du public artiste4 ,les dessins de ,m4 ,capin1 et ceux qu'on pourra et l se procurer1 dans quelques rares cabinets d'amateurs1 formeront1 avec les lithographies et les eaux-fortes prtes par tel ou tel1 un ensemble respectable quant au nombre1 mais bien principalement1 quant au prestige4 ,ce qu'on verra dans ces dessins1 ce seront les variations des thmes que j'ai indiqus1 mais infiniment plus prcieuses2 de vieilles villes aux pignons historis et mystrieux1 et dont les clochers1 pareils des index aigus et levs1 semblent dvider des nuages2 des montagnes1 des dfils de maisons2 et devant1 et parmi1 sous d'tranges parasols1 des foules lilliputiennes1 des forts pleines d'horreur sacre1 des paysages hants de guerriers3 ,schamyl1 qui fut un hros de ,bresdin2 de plus anciens combats3 des chars gaulois1 la bataille d',ascalon4 ,et1 sur l'eau1 ce sont les mts qui s'rigent1 tels que les clochers de la verte et mouvante cit des vagues4--,puis1 au-dessus de toutes ces choses1 la ,mort planant1 l'invitable persuasive1 l'universelle rconciliatrice que1 sans nul doute1 l'artiste envisage1 selon la belle figure de ,madame ,valmore1 comme 444 cette cueilleuse d'mes1 ,ne les moissonnant pas pour en tuer les flammes1 ,mais pour les dlivrer de leur lourd vtement1 ,comme on te le sable o dort le diamant4 ,et le visiteur1 souvent charm1 toujours fascin1 devant la rvlation de ces dessins qui n'ont d'quivalent que dans certains tracs mdiumniques1 de ces dessins que l'on comprend mieux en sachant que l'auteur restait parfois de longues heures contempler les araignes tissant leur toile1 s'bahira une fois de plus au souvenir de celui qui fut l',ixion du ,mollon lithographique4 ,je roule cette pierre depuis cinquante ans a-t-il crit sur un rocher qui occupe le centre d'une de ses compositions4 ,daniel qui habita un temps1 rue ,fosse-aux-,lions1 mais qui1 toute sa vie1 fut livr aux btes4 ,artiste que ,gautier et rang parmi ses grotesques1 ,valls1 parmi ses rfractaires1 ,verlaine1 entre ses maudits1 et que j'intitule1 moi1 le ,job du ,burin4 ,quant son caractre1 d'une pure rusticit bonasse et nave1 il l'assimile1 sur de certains points1 au frre ,junipre des ,fioretti1 ou encore au ,saint-,joseph de ,cupertino des ,physionomies de ,saints4 ,j'ai1 devant moi1 deux portraits de ,bresdin1 en des temps meilleurs2 l'un1 une gravure de ,m4 ,aglas ,bouvenne1 prsente une tte de retre1 la barbe touffue1 au crne socratique1 assez semblable au ,verlaine des dernires annes4 ,l'autre1 bien prfrable1 une photographie du bonhomme1 assis1 jambes croises1 en attitude familire1 sous son paletot de grosse toffe1 son pantalon carreaux1 sa pipette la main1 la tte dbonnaire et volontaire1 paysanne et fine4 ,ixion a cess de rouler sa pierre1 ,svres1 le #aa janvier #ahhe4 ,daniel s'est vad hors de cette fosse aux lions que fut pour lui l'existence humaine4 ,job a rendu le dernier soupir dans un grenier de quarante mtres de long1 o il s'efforait d'acclimater la nature1 et dont il affirmait avec orgueil1 pour exalter les proportions d'un tel logis1 qu'on ne saurait s'y asphyxier1 moins de vingt-cinq francs de charbon4 ,son voisin1 ,m4 ,henri ,boutet1 nous a lgu une triste image de ,bresdin sur son grabat de mort4 ,c'est en un coin de grenier sordide1 un lit1 ou plutt un coffre en planches2 et dedans1 la dpouille3 une sorte de vieux marmot barbu et chauve1 une poupe en guenilles1 aux menottes non rejointes4 ,la paillasse est houleuse1 le lit1 trop court2 des hardes y sont accroches4 ,par terre des sabots1 une canne1 une casserole1 une caisse1 un casque tonkinois frapp de coups d'ombre et de clart par une lumire de chandelle4 ,ce dessin a t rachet le #bh janvier #ahia1 ,rue ,drouot1 dans la vente de ,champfleury1 qui a bien pu supporter la vue d'une telle image de sa victime2 ,champfleury qui1 alors directeur de la ,manufacture de ,svres1 daigna suivre en la compagnie de ,,mm4 ,cladel1 ,bracquemont1 ,boulet1 et de quelques terrassiers1 le convoi de l'homme dont il tait convaincu d'avoir fait la clbrit444 ,il lui devait sa fortune4 ,,iii ,la ,porte ouverte au ,jardin ferm du ,roi ,,st,,phane ,,mallarm ,aidons l'hydre vider son brouillard4 ,,mallarm4 ,illustration3 ,stphane ,,mallarm #ahdb-ahih ,,mon ,,cher ,,ami1 ,mallarm vient aujourd'hui #c h4 #a_/b l'atelier1 ,rue de la ,sorbonne1 voulez-vous y venir8 ,tout vous1 ,,chaulnes4 ,jeudi matin4 ,ce billet conserv par moi1 et trac par ,paul de ,chaulnes1 au-dessous de l',a patronymique des d',albert et de la couronne ducale1 vainement je m'efforce d'en prciser la date manquante1 qui ne peut tre ultrieure #ahgi1 mais qui doit tre antrieure #ahgh1 je pense1 ou #ahgg4 ,en voici la gense4 ,jeune alors1 et trs fru de posie parnassienne1 j'en tais mes premires rencontres sur la route du ,parnasse contemporain1 avec le ,sphinx-,mallarm 7je parle de son uvre7 dont l'nigme me semblait1 entre toutes1 surexcitante4 ,comme je discourais de lui1 un soir1 dans une runion mondaine1 j'eus l'agrable surprise d'apprendre que le mystrieux pote frquentait chez ,charles ,cros1 en train1 lui-mme1 de chercher1 pour le ,duc de ,chaulnes1 la photographie des couleurs4 ,je n'eus garde de manquer au rendez-vous offert1 o je fis la connaissance de l'homme remarquable et singulier1 duquel de fort exactes descriptions ont t traces4 ,de jeunes hommes1 peine1 en ce temps-l1 des adolescents1 depuis devenus des lves de ce mme ,mallarm1 ont fait1 lors du trpas de ce ,matre rare1 rsonner autour de son monument1 des nnies bien inspires4 ,j'en veux tout d'abord extraire quelques accords expressifs de cette manire d'tre extrieure de l'individu1 qui fut1 chez celui-ci1 partiellement reprsentative de son art3 ,une voix douce1 musicale1 inoubliable1 crit ,monsieur ,andr ,gide4 ,son aspect1 ajoute ,monsieur ,albert ,mockel1 tait de simplicit1 de franchise et mme de familiarit1 ennemi de toute pose et de tout geste dramatique4 ,et plus loin3 ,un geste lger qui commentait ou venait souligner un beau regard doux comme celui d'un frre an1 finement sourieur mais profond1 et o il y avait parfois une mystrieuse solennit4 ,monsieur ,mauclair est plus tendu3 sa taille moyenne1 son air simple d'homme grisonnant et d'une mise absolument sobre 7toujours une ,lavallire noire sur un veston noir71 il parlait de cette voix lente1 chantante et sourdement voile444 comme dans une glise1 avec une solennit attnue4 ,on voyait pourtant un homme de bonne humeur et de simple abord1 ni gourm1 ni pompeux1 ni prcieux444--un peu de prtre1 un peu de danseuse1 crit son tour1 du geste de ,mallarm1 un des hommes qui l'ont le mieux connu1 ,georges ,rodenbach1 l'aigu et fluide enchanteur des ,vies ,encloses1 selon une expression de ,mallarm lui-mme4 ,voil pour le personnage1 en quelques traits exacts1 sommaires et corrlatifs1 de visu observs1 puis nots de souvenir par des assidus1 moins empresss1 ce semble1 en de funbres instants1 nous renseigner sur son uvre qu' varier sentimentalement les tristes discours1 que leur met en esprit l'amiti scolastique3 on a tout le temps dsormais pour parler de son uvre2 ceux qui viendront aprs nous pourront mieux en parler encore444 formule le premier2 et le second3 d'autres analyseront son art si noble1 ce qui n'empche pas ,monsieur ,gide de nous parler excellemment de l'effrayante densit que laisse aux mots 7dans ces crits de ,mallarm7 la mditation intrieure1 et ,monsieur ,mockel de dfinir avec exactitude cette pense dont il 7,mallarm7 restreignit l'ampleur1 en apparence au moins1 et dessein comme pour en aiguiser mieux la pntrante vigueur2 aussi1 cet art hermtique et distant qui choisit des paroles plus mystrieuses pour n'tre point tent d'avilir son art en des temps qui n'accueillent avec joie que les formes les moins nobles de la posie4 ,mais peine d'exemples1 au cours d'une tude presqu'uniquement thorique1 pleine d'ailleurs de subtils aperus1 d'ingnieuses interprtations de l'art de ,mallarm1 et que couronne1 avec ce mot sincre sur l'homme3 il forait aimer plus qu'on n'avait admir1 un trs noble vers inconscient1 un de ces alexandrins qui se glissent parfois leur insu dans la prose des potes3 ,le cur qui sait aimer1 le front qui sait comprendre4 ,heureux dj qui a su inspirer et mriter le double ex-voto d'un tel loge6 ,monsieur ,mauclair1 une fois panche1 potiquement et affectivement1 la funraire libation de son personnel regret1 nous livre de caractristiques formules de l'art de son ,matre3 ,le langage parl1 ses yeux1 n'avait aucun rapport avec le langage crit et il demeurait courb sur un manuscrit jusqu' ce qu'il ne restt qu'une condensation de rve et de style4 ,des citations dveloppes et bien choisies viennent corroborer ces justes expressions1 de leur syntaxe elliptique et trs concentre4 ,le dmon de l'ellipse1 ce mot avait dj t prononc assez anciennement1 sur le propos de ,mallarm par un physiologiste qui1 naturellement1 en conclut une forme de l'aphasie4 ,je prfre les conclusions de nos jeunes#ai commentateurs1 plus potiques1 plus respectueuses1 peut-tre plus vraies1 en tout cas plus touchantes1 de ce dsir d'admirer au moins autant qu'on avait aim1 cette uvre dont nous entendons ,monsieur ,gide nous affirmer qu'elle s'illumine tout entire qui veut bien la pntrer intimement1 lentement1 pas pas1 comme on entre dans le systme clos d'un ,spinosa1 d'un ,laplace1 ou dans une gomtrie4 ,je gote fort aussi cette rflexion de ,monsieur ,mockel3 ,qu'on ne soutienne pas que cela n'est point de la langue la plus strictement ,franaise4 ,les grammairiens n'ignoraient aucune de ces tournures qui mirent tant de gens en dsarroi1 car ils leur ont donn des noms3 l'ellipse1 la synchise1 l'apposition1 la syllepse1 l'anacoluthe1 et l'on peut croire qu'ils n'auraient pas invent des mots de cette espce1 si l'on n'en avait eu besoin4 #ai ,ils ne le sont plus4 ,c'est dire l'ge de cette tude4 ,examinons la question notre tour1 et cherchons la circonscrire3 le but de toute lecture tant d'instruire et de faire rflchir1 bien avant que de divertir1 tout lecteur qui se laissera rebuter par l'rudition enseignante et la prcieuse linguistique de la ,tentation de ,saint ,antoine ou d'maux et ,cames1 par exemple1 mritera pour le moins1 le titre d'illettr1 sans conteste4 ,on n'en pourrait dire autant du lecteur rebut par l'essai de lecture d'une uvre de ,mallarm2 ce distinguo est ncessaire4 ,l'ayant tabli1 il serait indigne de la plus lmentaire bonne foi critique de ne vouloir voir 7ainsi qu'on l'a insinu7 que d'arbitraires farceurs ou de congnres dments1 je ne dirai pas dans les fanatiques du genre 7je ne sais s'il en existe1 je n'en ai pas rencontr7#bj2 mais dans ceux qui justement affirment1 au cours de la difficultueuse et souvent inextricable lecture de ,mallarm1 dcouvrir frquemment1 si ce n'est la plupart du temps1 un sens non facultatif1 mais indubitablement absolu1 maintes fois plein de beaut1 de grce1 de profondeur4 ,qu'il ne se dcouvre qu' travers circonvolutions et circonvallations1 qui songe le contester8 ,pas plus qu' en infliger la lecture aux amateurs du style coulant ou1 ces producteurs naturellement compliqus1 si justement dfinis par ,gautier dans la prface des ,fleurs du ,mal1 de nous offrir leur pense tout couramment close dans la langue fluide de ,george ,sand4 ,mais puisqu'il se trouve tant de chalands pour l'criture dilue1 tant de potes et de prosateurs pour les satisfaire1 on reconnatra bien aux crivains alambiqus et aux lecteurs de mme acabit1 le droit de se rencontrer et de se complaire4 ,surtout1 puisqu'en fin de compte1 je l'ai dit1 le sens poursuivi finit presque toujours par se livrer1 lgitimant ainsi jusque dans leur obscurit maintenue1 une foule d'obstructions pleines de promesses4 ,qui sait si l'actuelle incomprhension ne les maintient pas ainsi comme des rserves de langage1 pareilles ces nvs faits de neiges ternelles1 dont ,michelet prtend qu'ils demeurent l comme des sources prtes irriguer le genre humain aprs des saisons de scheresse mortelle4 ,un jour ainsi1 quand le courant de la littrature incolore aura emport et dissip toutes les ides-mres1 on verra fondre et se dissoudre ce langage satur de concepts1 dont la quintessence redonnera du ton aux veules phrasologies4 #bj ,ils ont fait leur apparition4 ,je ne disconviens pas qu'un cataclysme de bibliothque n'y soit peut-tre ncessaire2 quelques suppressions1 par des incendies de librairie1 seconds par des disparitions de texte1 aboutissant une de ces formes1 de ces tailles tardivement infliges1 du fait d'un destin ingnieux1 des uvres nativement touffues4 ,publius ,syrus offre un exemple minent de cette adaptation fatidique et posthume4 ,on sait que ce latin auteur de nombreuses comdies ne se survit qu'en fragments mietts vers par vers1 lesquels composent une collection d'aphorismes d'une pure beaut1 que peut-tre n'aurait pas revtue nos yeux l'uvre totale4 ,je ne pense pas avec certains que ,mallarm1 mort prs de soixante ans1 ait t enlev trop tt pour avoir accompli son uvre4 ,je crois que cet accomplissement1 loin d'tre parfait par adjonctions1 ne pourrait plus1 comme l'uvre de ,publius ,syrus1 qu'tre effectu par des suppressions 7,mallarm n'aurait pas dsavou ce mot71 rsultant de crises4 ,j'ai prononc propos de l'art de ce pote1 deux mots qui le caractrisent bien3 alambic et quintessence4 ,abstracteur de quintessence1 s'il en fut jamais6 c'est pour cela qu'il m'a plu donner cette tude sur cet alchimiste du verbe1 ce titre qui lui convient si minemment1 et que j'emprunte un antique bouquin d'alchimie dnich dans la bibliothque de mon savant ami1 le ,professeur ,robin1--qui fut aussi l'ami de ,mallarm3 ,janua aperta ad hortum regis conclusum3 ,la ,porte ouverte au ,jardin ferm du ,roi4 ,tentons une excursion dans ce labyrinthe4 ,je le comparerais volontiers un jardin la ,franaise2 et cette comparaison me mettrait d'accord avec ceux de ses commentateurs qui revendiquent hautement pour son art ce brevet de nationalit et ce titre d'origine4 ,les ormes et les ifs taills1 les uns en forme d'arceaux1 les autres en guise de pyramides1 n'en sont pas moins des arbres vivaces1 des arbustes feuilles persistantes4 ,savamment mondes par la rhtorique1 les phrases de ,mallarm n'en composent pas moins des pomes pensifs1 des proses pleines de sve1 pleines de rve et l'on peut dire des tableaux qu'il excute1 comme le fait justement un des crivains cits plus haut3 ,les couleurs y sont toutes contenues1 mais de manire qu'on les dcouvre dans la transparence1 et sans qu'un relief les trahisse4 ,j'ajouterais1 pour reprendre ma comparaison de cette littrature1 aux nvs1 que sous leur forme frigide1 les ides y paraissent circuler1 telles que des poissons sous la glace4 ,la mme similitude nous reporte vers les sommets3 la rarfaction des ides est proche de la rarfaction de l'air2 la condensation des formes1 si opaque ici pour la plupart1 chose curieuse1 voque frquemment1 chez les initis1 une vision de blancheur1 en mme temps que de transparence4 ,la raison est que l'obscurit de ,mallarm1 ne rside pas dans le choix des mots1 tous lus parmi les plus simples1 sans recherches de nologismes ni d'archasmes1 mais dans leur agencement4 ,des esprits experts en anglicismes1 et c'tait aussi l'opinion de ,rodenbach1 prtendent retrouver des tournures anglaises dans la syntaxe de notre auteur1 et attribuent l'enseignement quotidien de l'anglais qui fut1 on le sait1 sa trs digne vie durant1 le plus clair gagne-pain de ,mallarm1 la droutante structure de ses phrases4 ,je ne crois pas#ba pourtant qu'il y ait lieu de l'attribuer l',euphuisme proprement dit1 et d'tablir une parent entre l'auteur de l',aprs-midi d'un faune1 et ,euphues1 le hros de ,john ,lillie1 pas plus qu'avec ,piercy ,schafton1 portrait de ce dernier par ,walter ,scott4 ,amado1 sa caricature ,shakespearienne1 n'offre en ses concetti1 d'autre ressemblance avec ,mallarm que de faire dire de lui par les pdants et par les princes1 comme de ce ,seigneur3 ,il est trop prcieux1 trop orn1 trop affect1 trop bizarre pour ainsi dire444 le fil de sa verbosit est plus fin que les termes de son raisonnement4 ,j'abhorre ces raffins fanatiques444 ,quelle est la plume de paon qui a rdig cette lettre1 quelle est la girouette1 quel est le coq de clocher qui en est l'auteur8 ,avez-vous jamais entendu quelque chose de plus drle8444 ,cet homme sert-il ,dieu8444 ,il ne parle pas comme une crature de ,dieu4--,lecteurs malvoles qui ne manqueraient pas aujourd'hui d'appliquer ,mallarm l'apostrophe d',hugo3 ,prends garde ,marchangy6444 ,tu crois tre ,ariel1 et tu n'es que ,vestris6 #ba ,je suis mme persuad du contraire4 99 99 99 99 99 ,abordons notre tour le sphinx4 ,ses premiers mots sont intelligibles3 en voici des plus gracieux3 ,imiter le ,chinois au cur limpide et fin1 ,de qui l'extase pure est de peindre la fin1 ,sur ses tasses de neige la lune ravie1 ,d'une bizarre fleur qui parfume sa vie ,transparente1 la fleur qu'il a sentie enfant1 ,au filigrane bleu de l'me se greffant4 444 je vais choisir un jeune paysage ,que je peindrais encor sur les tasses1 distrait4 ,une ligne d'azur mince et ple serait ,un lac1 parmi le ciel de porcelaine nue1 ,un fin croissant perdu par une blanche nue ,trempe sa corne calme en la glace des eaux ,non loin de trois grands cils d'meraude1 roseaux4 ,ce sont1 mon avis1 les plus russis1 les plus personnels1 parmi les vers de la premire manire du pote4 ,ils terminent le plus clair de son uvre1 parue dans l'anne #ff du ,parnasse ,contemporain1 et couronnent la dernire d'une dizaine de pices d'inspiration et de facture assez ,baudelairiennes4 ,j'en citerai intgralement ce sonnet la sur de ,celle qui est trop gaie3 ,a ,,celle ,,qui ,,est ,,tranquille ,je ne viens pas ce soir vaincre ton corps1 bte ,en qui vont les pchs d'un peuple1 ni creuser ,dans tes cheveux impurs une triste tempte ,sous l'incurable ennui que verse mon baiser4 ,je demande ton lit le lourd sommeil sans songes ,planant sous les rideaux inconnus du remords1 ,et que tu peux goter aprs tes noirs mensonges1 ,toi qui sur le nant en sais plus que les morts4 ,car le ,vice1 rongeant ma native noblesse1 ,m'a comme toi marqu de sa strilit2 ,mais tandis que ton sein de pierre est habit ,par un cur que la dent d'aucun crime ne blesse1 ,je fuis1 ple1 dfait1 hant par mon linceul1 ,ayant peur de mourir lorsque je couche seul4 ,voici1 maintenant1 quelques vers isols1 relevs1 parmi ceux qui me semblent devoir se parfiler1 un jour1 en l'anthologie de notre ,syrus1 dans le sonnet ,vere novo3 ,puis je tombe nerv de parfums d'arbres1 las ,et creusant de ma face une fosse mon ,rve444 ,encore1 ce vers o l',azur s'obstine percer l'enveloppant plafond de tnbres1 tram par les nuages et les fumes3 ,les grands trous bleus que font mchamment les oiseaux4 ,et1 dans la pice ,les ,fleurs3 ,pour le pote las que la vie tiole4 ,n'est-il pas potique1 cet ennui des jours casaniers1 lequel ,croit encore l'adieu suprme des mouchoirs1 non moins que ce doux front tach de son1 dans lequel le rveur peut bien voir ,un automne jonch de taches de rousseur8 ,voici maintenant1 au cours du volume de vers1 en un pome d'pre et nerveuse allure1 les douloureux et risibles martyrs du ,guignon3 ,dsols sans l'orgueil qui sacre l'infortune1 gaux de ,promthe qui manque un vautour4 ,viennent ensuite deux pomes de plus longue haleine4 ,le premier est1 on peut dire le clbre#bb pome d',hrodiade1 vraiment un ,gustave ,moreau en vers1 avec ce mrite de ne pas s'tre inspir du peintre4 ,l'hrone de ,mallarm confre au type biblique ce rajeunissement de l'hybrider du paen ,narcisse4 ,oui1 c'est bien une sorte de ,narcisse fminin que le personnage ainsi prsent de la danseuse des ,livres ,saints1 un peu parent aussi de la ,salammb de ,flaubert4 ,il me semble1 et cette explication me parat tout fait ncessaire pour s'accorder avec la propre version de ,mallarm sur le sens de son mythe1 que cette ,hrodiade nous offre un compos des deux femmes de ,machrons2 non seulement ,hrodiade1 mais ,salom1 la monstrueuse dualit qui exigera la tte de ,saint ,jean4 ,or1 il n'est pas fait allusion ce final pisode1 sauf par l'indication du caractre qui le doit dterminer4 ,et je crois qu'il y a lieu de voir1 en cette loquente suppression1 une de ces muettes indications que l'crivain chargeait de s'exprimer plus haut que le verbe4 ,il s'agit donc de livrer nigmatiquement le secret du pervers fminin qui doit danser pour la dcollation d'un juste4 ,le pote procde ainsi1 il nous montre une jeune ,vierge mystrieusement1 furieusement jalouse de sa propre virginit1 jusqu' repousser avec pouvante les gestes de sa vieille nourrice qui s'offre la coiffer et l'oindre3 ,reculez61 s'crie la farouche ,hrodiade1 ,o femme1 un baiser me trait4 ,si la beaut n'tait la mort444 #bb ,il l'est devenu4 ,et comme la servante se rapproche3 ,arrte dans ton crime1 ,qui refroidit mon sang vers sa source2 et rprime ,ce geste444 ,ce baiser1 ces parfums offerts444 444 cette main encore sacrilge4 ,car tu voulais1 je crois1 me toucher444 ,mais la nourrice insiste3 444 ,j'aimerais tre qui le ,destin rserve vos secrets4 ,h,,rodiade ,oh6 tais-toi6 ,,la ,,nourrice ,viendra-t-il parfois8 ,h,,rodiade toiles pures4 ,n'entendez pas6 ,,la ,,nourrice 444 pour qui1 dvore ,d'angoisse1 gardez-vous la splendeur ignore ,et le mystre vain de votre tre8 ,h,,rodiade ,,pour ,,moi4 ,je souligne cette rponse1 qui est le qu'il mourt de ,mallarm1 et qui nous livre le mot de son hrone4 ,elle s'exalte et proclamant sa nourrice tel motif de sa rtrospective fureur3 ,c'est quand je me souviens de ton lait bu jadis6 ,elle se compare1 en sa virginit1 aux trsors jamais ensevelis dans les profondeurs du sol1 et rythme cette rvlatrice incantation d'une plus sauvage beaut que les languides accents de la fille d',hamilcar3 ,oui1 c'est pour moi1 pour moi1 que je fleuris1 dserte6 ,vous le savez1 jardins d'amthyste1 enfouis ,sans fin dans de savants abmes blouis1 ,ors ignors1 gardant votre antique lumire ,sous le sombre sommeil d'une terre premire1 ,vous1 pierres o mes yeux comme de purs bijoux ,empruntent leur clart mlodieuse1 et vous1 ,mtaux qui donnez ma jeune chevelure ,une splendeur fatale en sa massive allure6 ,quant toi1 femme ne en des sicles malins ,pour la mchancet des antres sibyllins1 ,qui parles d'un mortel devant qui1 des calices ,de mes robes1 arme aux farouches dlices1 ,sortirait le frisson blanc de ma nudit1 ,prophtise que si le tide azur d't1 ,pour lequel par instants la femme se dvoile1 ,me voit dans ma pudeur grelottante d'toile1 ,je meurs6 ,j'aime l'horreur d'tre vierge1 et je veux ,vivre parmi l'effroi que me font mes cheveux ,pour1 le soir1 retire en ma couche1 reptile ,inviol1 sentir en la chair inutile ,le froid scintillement de ta ple clart1 ,toi qui te meurs1 toi qui brles de chastet1 ,nuit blanche de glaons et de neige cruelle6 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,puis1 aprs une accalmie o palpite ce beau vers3 l'azur ,sraphique sourit dans les vitres profondes1 le suprme aveu de la vierge s'exhale1 son suprme sanglot meurtri1 avec le dernier accord du pome3 ,vous mentez1 fleur nue ,de mes lvres6 j'attends une chose inconnue1 ,ou peut-tre1 ignorant le mystre et vos cris1 ,jetez-vous les sanglots suprmes et meurtris ,d'une enfance sentant parmi les rveries ,se sparer enfin ses froides pierreries4 ,c'est bien le suprme aveu1 le suprme sanglot1 le dernier accord2 mais leur rpercussion leur survit2 elle bauche le secret1 lequel1 je le tiens du pote lui-mme1 n'est autre que la future violation du mystre de son tre par un regard de ,jean qui va l'apercevoir1 et payer de la mort ce seul sacrilge2 car la farouche vierge ne se sentira de nouveau intacte et restitue tout entire son intgralit1 qu'au moment o elle tiendra entre ses mains la tte tranche en laquelle osait se perptuer le souvenir de la vierge entrevue4 ,tel est ce pome1 dont1 dfaut de ,moreau1 l'illustrateur aurait pu tre encore1 et plus expressivement1 le singulier ,aubrey ,beardsley4 ,l'autre pome1 amen1 lui1 la clbrit1 par l'interprtation musicale d'un ,debussy1 est cet ,aprs-midi d'un ,faune1 dont je pus encore me procurer1 lorsque je connus ,mallarm1 un exemplaire en premire dition1 sur papier du ,japon1 orn 787 d'un griffonnage de ,manet1 et 7sans doute pour l'amour de ,lola de ,valence7 rattach d'un double cordonnet altern de rose et de noir4 ,je n'essaierai pas de traduire cette glogue2 la pense du pote commence s'y envelopper d'ombres la fois opaques et diaphanes4 ,en ces sortes d'interprtations de ,mallarm1 l'important1 pour qu'elles offrent quelque intrt1 est de se tenir gale distance entre la ccit volontaire des illettrs1 et la comprhension de parti-pris1 des zlateurs4 ,l'illustre ,crookes a fait faire un grand pas la science psychique1 en refusant de mentionner les apports phnomnaux pour n'enregistrer que les dviations infinitsimales4 ,souvenons-nous de cet exemple4 ,avec l',aprs-midi1 le texte de ,mallarm s'obnubile4 ,sur un fond toujours scrupuleusement prosodique1 des courants d'ides circulent1 tels que des veines dans une agate1 ou des taches sur un marbre2 mais que d'interruptions et de disparitions1 qui font penser cette clart qui vient par surprise1 dans certain vers d',hugo4 ,des nymphes1 plus que lascives1 ce semble1 lasses ,de la langueur gote ce mal d'tre deux2 un faune musicien1 aux modulations harmonieuses et abstruses4 ,en voici les plus claires3 ,je t'adore1 courroux des ,vierges1 dlice ,farouche du sacr fardeau nu qui se glisse ,pour fuir ma lvre en feu buvant1 comme un clair ,tressaille6 ,la frayeur secrte de la chair3 ,des pieds de l'inhumaine au cur de la timide444 ,sans omettre ce tableau curieusement pittoresque3 ,ainsi1 quand des raisins j'ai suc la clart1 ,pour bannir un regret par ma feinte cart1 ,rieur1 j'lve au ciel d't la grappe vide ,et1 soufflant dans ses peaux lumineuses1 avide ,d'ivresse1 jusqu'au soir je regarde au travers4 ,et ces vers qui transposent comme un charme virgilien3 ,chaque grenade clate et d'abeilles murmure1 puis3 ,a l'heure o ce bois d'or et de cendres se teinte1 ,une fte s'exalte en la feuille teinte444 ,en somme faune1 moins de ,fontainebleau que de ,rambouillet et qui1 nommant le baiser ce doux rien par leur lvre bruit1 n'est pas bien loin de ,cyrano1 qui le dfinit3 ,baiser1 point rose sur l'i du verbe aimer444 ,couronnons cette srie de citations avec cette charmante ,,sainte ,a la fentre reclant ,le santal vieux qui se ddore ,de sa viole tincelant ,jadis avec flte ou mandore ,est la ,sainte ple1 talant ,le livre vieux qui se dplie ,du ,magnificat ruisselant ,jadis selon vpre et complie3 ,a ce vitrage d'ostensoir ,que frle une harpe par l',ange ,forme avec son vol du soir ,pour la dlicate phalange ,du doigt que1 sans le vieux santal ,ni le vieux livre1 elle balance ,sur le plumage instrumental1 ,musicienne du silence4 ,j'y vois1 dans le cadre d'une fentre lozange de vitraux1 une extatique ,ccile1 les mains dtaches de sa viole en un geste d'lvation vague1 semblant frler un invisible instrument que le pote devine tre l'aile d'un ange1 divine harpe aux cordes de plumes1 rsonnant sans voix en deux derniers vers1 l'un de concise description1 l'autre de pntrant mystre4 99 99 99 99 99 ,une curiosit1 sans doute un caprice de l'euphuisme de ,mallarm1 c'est la possibilit pour lui1 de se concilier avec certain grotesque voulu1 ou des mots grossiers2 ainsi1 ces enfants ,qui1 le poing leur cul1 singeront sa fanfare 444 ,ils sont l'amusement des racleurs de rebec1 ,des marmots1 des putains444 ,les deux ,chansons bas offrent un typique exemple de ce comique singulier1 la fois gourm et plaisantin1 pince-sans-rire et funambulesque 7c'est dire ,banvillesque74 ,le ,savetier3 ,le lys nat blanc1 comme odeur ,simplement je le prfre ,a ce bon raccommodeur4 ,quant la ,marchande d'herbes aromatiques1 elle n'est autre qu'une jeune dbitante de cette lavande destine parfumer des endroits secrets2 mais le pote lui conseille plutt de la piquer dans sa chevelure pour ,que le brin salubre y sente 444 ,ou conduise vers l'poux ,les prmices de tes poux4 ,il est intressant de placer en regard de ce bizarre filon la trs gracieuse veine de madrigal qui fut une grce de notre auteur4 ,le suivant sonnet1 souvent cit1 en est le type accompli4 ,il en existe deux versions2 je citerai la premire2 outre qu'elle est plus mon got1 elle plaira mieux aussi ceux que je dsire renseigner4 ,mallarm polissait et repolissait1 resserrant sans cesse sa pense1 on sait avec quelle insistance1 et sans toujours amliorer ainsi qu'il advint1 notamment1 ,ronsard4 coutez le ,,placet ,,futile ,j'ai souvent rv d'tre1 duchesse1 l',hb ,qui rit sur votre tasse au baiser de tes lvres4 ,mais je suis un pote1 un peu moins qu'un abb ,et n'ai point jusqu'ici figur sur le ,svres4 ,puisque je ne suis pas ton bichon embarb1 ,ni tes bonbons1 ni ton carmin1 ni tes jeux mivres ,et que pourtant sur moi ton regard est tomb1 ,blonde dont les coiffeurs divins sont des orfvres6 ,nommez-nous1 vous de qui les souris framboiss ,sont un lger troupeau d'agneaux apprivoiss ,qui vont broutant les curs et blant aux dlyres4 ,nommez-nous444 et ,boucher1 sur un rose ventail ,me peindra flte en mains1 ramenant ce bercail1 ,duchesse1 nommez-moi berger de vos sourires4 ,voil bien notre ,faune de ,rambouillet2 c'est terriblement prcieux1 mais vraiment joli1 bien notamment le huitime vers1 et le dernier4 ,maintenant1 pour l'intelligence de ce qui va suivre1 qui va nous rvler1 dans son caractre1 comme dans son uvre1 un ,mallarm moins connu1 qu'on veuille bien se reprsenter un personnage mythique 7je ne dis pas mystique7 lequel1 s'il avait exist1 ce qui est peu probable1 aurait jou dans l'existence et dans l'inspiration de notre pote1 le rle d'une ,batrix profane1 un contemporain compos de la ,cynthia d',ovide1 de la ,laure de ,ptrarque et de l',hlne de ,ronsard4 ,la dame1 que nous appellerons1 si vous voulez1 ,chry-,legrand1 outre le placet ci-dessus et telles autres pices parses dans l'uvre1 aurait encore inspir au pote les deux sonnets suivants1 qui ne figurent pas dans l'dition de ,dman1 et qui sont1 sinon tout fait indits1 du moins plus ignors4 ,,sonnet ,a ,,elle ,o si chre de loin et proche et blanche1 si ,dlicieusement toi1 ,chry1 que je songe ,a quelque baume rare1 man par mensonge ,sur aucun bouquetier de cristal obscurci4 ,le sais-tu1 oui6 pour moi voici des ans1 voici ,toujours que ton sourire blouissant prolonge ,la mme rose avec son bel t qui plonge ,dans autrefois1 et puis dans le futur aussi4 ,mon cur qui1 dans les nuits1 parfois cherche s'entendre ,ou de quel dernier mot t'appeler le plus tendre ,s'exalte en celui rien que chuchot de sur4 ,n'tait1 trs grand trsor et tte si petite1 ,que tu m'enseignes bien toute une autre douceur ,tout bas par le baiser seul dans les cheveux dite4 ,,sonnet ,,du #a;er ,,janvier #ahhh ,chry1 sans trop d'aurore la fois enflammant ,la rose qui1 cruelle ou dchire et lasse ,mme du blanc habit de pourpre1 le dlace ,pour our sous sa chair pleurer le diamant4 ,oui1 sans ces crises de rose6 et gentiment ,ni brise si le ciel avec1 orageux1 passe1 ,jalouse d'apporter on ne sait quel espace ,au simple au jour le jour trs vrai du sentiment4 ,ne te semble-t-il pas1 ,chry1 que chaque anne ,d'o sur ton front renat la grce spontane ,suffise selon quelque apparence1 et pour moi1 ,comme un ventail frais dont la chambre s'tonne ,a raviver du peu qu'il faut ici d'moi1 ,toute notre native amiti monotone4 ,le #a;er janvier #ahhi est ft par cette ,,chanson sur un vers compos par ,chry4 ,si tu veux nous nous aimerons ,avec la bouche sans le dire1 ,cette rose tu l'interromps ,et verses du silence pire4 ,aucuns traits mans si prompts ,que de ton tacite sourire1 ,si tu veux nous nous aimerons ,avec la bouche sans le dire4 ,muet1 muet entre ses ronds ,sylphe dans la pourpre d'empire ,un baiser flambant se dchire ,jusqu'aux pointes des ailerons4 ,si tu veux nous nous aimerons4 ,sur ce thme palpite une infinit de lgers quatrains1 de distiques pleins de badinages#bc1 o passe comme un souffle des ,chansons des ,rues et des ,bois et qui se posent1 tels que des papillons1 sur des livres1 des ventails1 des photographies2 #bc ,indits pour la plupart jusqu'aux derniers jours de #aibj4 ,pour un lotus bleu1 don inepte1 ,la blonde ,starnabuza ,le recevait comme on accepte ,un abb qui n'est point ha1 crivait ,victor ,hugo dans le livre que je viens de nommer4 ,c'est ainsi1 pour le don inepte et galant de tous les menus lotus bleus que nous allons effeuiller1 que notre pote un peu moins qu'un abb dut tre reu par la blonde ,starnabuza de son rve4 ,un mot au coin que j'avertisse3 ,la dame qu'ici vous voyez1 ,dans la fresque du ,primatice ,a des cheveux blonds dploys4 99 99 99 99 99 ,blanche ,japonaise narquoise ,je me taille ds mon lever ,pour robe un morceau bleu turquoise ,du ciel qui je fais rver4 99 99 99 99 99 ,sans les mettre dans vos souliers ,comme ,nol aux chtelaines1 ,desse1 il sied que vous fouliez ,de votre pas nu ces fleurs vaines4#bd #bd ,en envoyant des fleurs4 99 99 99 99 99 ,lilith#be confie votre soin ,le rejeton qu'elle a fait natre1 ,pour qu'assis en un petit coin1 ,ainsi vous revoyiez son matre4 #be ,chatte de ,mallarm4 99 99 99 99 99 ,ta lvre contre le cristal ,gorge gorge y compose ,le souvenir pourpre et vital ,de la moins phmre rose4#bf #bf ,avec un verre d'eau4 99 99 99 99 99 ,voici la date1 tends un coin ,de ta frache bouche tonne ,o la nature prend le soin ,de te rajeunir d'une anne4#bg #bg #a;er avril #ahhg--7;,jour de la naissance de la ,dame74 99 99 99 99 99 ,paon#bh1 nous voici1 par la merveille ,de ton beau rire et du printemps1 ,ramens tous deux la veille ,du jour o tu n'as que vingt ans#bi4 #bh ,nom d'amiti donn la ,dame4 #bi #a;er avril #ahhi4 99 99 99 99 99 ,les seuls fruits d'or sont o vous tes1 ,n'allez pas vous enfuir demain1 ,et le ciel reprendra ses ftes ,sur un geste de votre main#cj4 #cj ,probablement l'occasion d'un projet de dpart pour le ,midi4 99 99 99 99 99 ,a l'oubli1 tendre dfi d'ailes1 ,les instants qu'ils nous ont valus ,attards1 inquiets1 fidles1 ,voltigent autour des ,talus#ca4 #ca ,a ,chry4 7,aprs la dmolition de la ,maison des ,talus74 #i novembre #ahij4 ,une photographie de la mme demeure s'orne de ce distique3 ,riante et sans air de dtresse ,la maison attend sa matresse4 99 99 99 99 99 ,que la ,dame soit en joie6#cb ,sous cette pierre elle a mis ,le vu que sa maison voie ,venir les mmes amis4 #cb ,pour la reconstruction sans doute4 99 99 99 99 99 ,un an de moins1 mignonne1 est tratre4 ,au retour de chaque printemps1 ,tu finiras par disparatre444 ,il faut t'arrter vingt ans4#cc #cc ,anniversaire de #ahia4 99 99 99 99 99 ,ma ,chry1 pour faire semblant1 ,dans une piscine ternelle ,trempe son pied au reflet blanc1 ,mais la source jeune est en elle4#cd #cd ,evian #ahia4 99 99 99 99 99 ,tu choisis ton temps pour renatre6 ,tout de la fleur ivre et debout ,jusqu'au rayon de la fentre ,sourit1 et tu fais comme tout4#ce #ce #a;er avril #ahib4 99 99 99 99 99 ,ferm1 je suis le sceptre aux doigts ,et1 contente de cet empire1 ,ne m'ouvrez jamais si je dois ,dissimuler votre sourire4#cf #cf ,un ventail4 99 99 99 99 99 ,l-bas1 de quelque vaste aurore ,pour que son vol revienne vers ,ta petite main qui s'ignore ,j'ai marqu cette aile d'un vers4#cg #cg ,autre ventail4 ,la femme et la fille du pote ont1 elles aussi1 leurs ventails1 qui s'ploient en l'uvre publie4 ,le dernier est le plus charmant et contient1 outre cette expressive dfinition de soi-mme3 l'unanime pli1 ces gracieux vers3 ,une fracheur de crpuscule ,te vient chaque battement ,dont le coup prisonnier recule ,l'horizon dlicatement4 ,vertige6 ,voici que frissonne ,l'espace comme un grand baiser 444 ,le sceptre des rivages roses ,stagnants sur les soirs d'or1 ce l'est ,ce blanc vol ferm que tu poses ,contre le feu d'un bracelet4 99 99 99 99 99 ,musique dedans endormie ,il suffit pour te rendre aux cieux ,que la bouche de cette amie ,ouvre son baiser gracieux4 99 99 99 99 99 ,plus rapide tire-d'aile ,que lui de prendre le train1 ,un joyeux baiser fidle ,devancera mon quatrain4#ch #ch #ae aot #ahih--7sans doute un des derniers quatrains74 99 99 99 99 99 ,ceci1 ,seigneur1 est mon livre de messe ,o je vous nomme et vous prie en latin ,afin qu'au ciel1 dont je fus la promesse1 ,triomphe tard mon sourire enfantin4#ci #ci ,sur un paroissien4 99 99 99 99 99 ,par un paraphe et des vers attestons ,que c'est pour vous1 et non pour d'autres dames1 ,seule ,chry1 qu' l'art nous demandmes ,ce fier portrait du plus beau des vestons4#dj #dj ,sur un portrait de lui-mme4 ,le badinage s'accentue et se prcipite1 comiquement srieux1 toujours tendre1 mais tournant au calembour1 aux vers inspirs par la coca3 ,tout ce noir charbon que tu verses ,parmi tes entrailles perverses1 ,prends garde1 aprs quelque bonheur1 ,qu'il ne te naisse un ramoneur4#da #da ,sur un bocal de charbon de ,belloc4 ,j'aime regarder ,chry ,en qui tout1 jusqu'au nez rit4 ,a tant manger je serais1 ,non ,diane1 mais ,crs4 ,une ,dame qui j'ai donn le nom de ,paon ,possde1 parat-il1 un fort joli tympan4 ,quand sur mon tu-tul quelqu'un fait pan pan1 ,je pousse des cris comme un petit paon4 ,j'ai cueilli pour que tu me crusses ,galant1 ces violettes russes4#db #db ,bouquet4 ,cette fleur comme toi la mme chaque anne ,est mon remercment1 ,chry1 que tu sois ne4#dc #dc ,anniversaire4 ,belle1 ne laissez jamais choir ,de larme sur ce fin mouchoir4#dd #dd ,a ,madame ,chry-,legrand1 qui m'avait prt l'un de ses mouchoirs1 quand je manquais du mien4--,en le lui rendant blanchi4 ,marie et ,chry1 ,magnier et ,legrand ,sont de trs hautes nymphes s'adorant4 ,on pourrait bien fouiller l',europe et l',amri- ,que1 avant de rien trouver qui ressemble ,chry4#de #de ,vu et estampill par ,s4 ,m4 ,puis1 ces menus castigant ridendo3 ,soyez1 mes yeux1 jamais tonns3 ,chry-,legrand met ses doigts dans son nez6 ,peut-elle1 sur quels pipeaux ,les mettre mieux propos8 ,chry-,legrand1 qu'on croirait une sainte1 ,caresse aussi la bouteille d'absinthe4 ,son doux il est agrandi ,aprs le ,cherry-,brandy4 ,en elle rien ne semble atone ,quand elle mange un panatone#df4 #df ,nom d'un gteau milanais4 ,elle a ce mignon travers ,de comprendre un peu mes vers4 ,a son tour1 le mirliton du mme la mme1 dont voici le droulement fantasque3 ,tous1 de l'amiti6 ,sans a l'on ,ne saurait orner mon salon4 ,j'ai1 sur ce mirliton rveur1 ,ma devise3 ,amor for ever#dg4 #dg ,un mot chang4 ,augusta ,holms m'accommode ,comme femme et mme comme ode#dh4 #dh ,sur une photographie du prix de ,rome d',henri ,regnault3 ,thtis apportant des armes ,achille3 ,augusta ,holms indique ces messieurs qu'un casque est inutile ayant sa chevelure4 ,a nos five ,hortense ,schneider ,ote sa pelisse d'eider4 ,coppe1 aussi je le reois1 ,reste l'honneur du vers ,franois4 ,quel chignon topaze ou saur ,subjugue prsent ,champsaur8 ,quelquefois je nomme ,adrien ,marx mon docteur1 quand je n'ai rien4 ,portalier1 un cur1 mais des seins ,pas plus que tous les mdecins4 ,je m'accoude dans le bain ,aimant entendre ,robin4 ,mon got correct s'est gendarm ,contre ces vers de ,mallarm4 ,enfin pars sur des albums1 des cahiers ,japonais aux croquis de flins1 de singes et d'oiseaux3 ,cette chatte humble et tendre qui l'attache ,porte un paraphe illustre pour moustache4 ,j'aimerais que l'on attacht ,a notre sonnette ce chat4 ,ce triste hibou1 s'il neige ou bruine1 ,n'a pas1 aux ,talus1 trouv de ruine4 ,on ne voit pas dans les rues ,tous les jours de telles grues4 ,la descendance d'un singe ,folle et vierge de tout linge ,se berce en grappe jusqu'au ,perchoir o songe ,coco4 ,dans ce monde ail1 rampant1 ,le talent n'omit qu'un paon4 ,gourmand comme une chatte ou comme une abbesse ,je vois sur ce feuillet une bouillabaisse4 ,et1 pour conclure1 ces ddicaces des neuf cahiers de posie3 #a;er cahier1 exemplaire ,i4--,de la trs chre ,chry4 #b;e cahier1 exemplaire ,i4--,de la trs blonde ,chry4 #c;e cahier1 exemplaire ,i4--,de la trs blanche ,chry4 #d;e cahier1 exemplaire ,i4--,de la trs bonne ,chry4 #e;e cahier1 exemplaire ,i4--,de la trs jeune ,chry4 #f;e cahier1 exemplaire ,i4--,de la trs tendre ,chry4 #g;e cahier1 exemplaire ,i4--,de la trs sage ,chry4 #h;e cahier1 exemplaire ,i4--,de la trs belle ,chry4 #i;e cahier1 exemplaire ,i4--,de la trs ,chry-,legrand4 ,il y eut aussi une srie d'adresses d'amis1 en quatrains1 dont je cite cet exemple3 ,je te lance mon pied vers l'ane ,facteur1 si tu ne vas o c'est ,que rve mon ami ,verlaine ,ru',didot1 hpital ,broussais4 ,on trouverait sans doute moyen d'tablir un ordre plus mthodique et plus mticuleux entre ces quatrains et ces distiques indits1 bien qu'ils n'aient gure1 entre eux1 d'autre rapport que celui d'tre adresss une seule personne4 ,je laisse d'autres ce prcieux soin4 ,quatrains et distiques1 je les ai donns peu prs distribus comme ils l'taient1 quand ils m'ont t donns moi-mme1 en leur temps4 99 99 99 99 99 ,approchons du gouffre obscur des proses4 ,les abords en sont accessibles1 tout comme ceux des premiers pomes4 ,c'est encore1 selon ,baudelaire1 selon ,po1 selon ,alosius ,bertrand1 que dbutent ces pomes en prose4 ,dans le phnomne futur1 le montreur de choses passes1 exhibe une femme d'autrefois une malheureuse foule vaincue par la maladie immortelle et le pch des sicles4 ,dans la plainte d'automne1 le pote1 veuf de son amie1 coute l'orgue de ,barbarie l'instrument des tristes et ne lance pas un sou par la fentre1 de peur de se dranger1 ou de s'apercevoir que l'instrument ne chantait pas seul4 ,le dmon de l'analogie1 dj plus arcane1 fait obsder l'esprit d'un rveur1 par les ides et images correspondantes aux lambeaux maudits d'une phrase absurde2 le tout en apparence incohrent finit par rencontrer son explication dans la mise en prsence d'objets1 qui semblent avoir impressionn de loin la pense du bizarre promeneur4 ,le pauvre enfant ple est comme la prventive complainte du guillotin4 ,pour le moment1 ce triste gosse n'est qu'un petit chanteur des rues1 auquel le pote rend cet oracle tragique3 ,et ta complainte est si haute1 si haute1 que ta tte nue qui se lve en l'air mesure que ta voix monte1 semble vouloir partir de tes petites paules4 ,petit homme1 qui sait si elle ne s'en ira pas un jour1 quand1 aprs avoir cri longtemps dans les villes1 tu auras fait un crime8444 ,ta tte se dresse toujours et veut te quitter1 comme si d'avance elle savait444 ,la pipe1 reprise1 refume pour la premire fois depuis un sjour ,londres1 reporte1 remporte1 en une bouffe1 un fumeur vers le rivage brumeux1 et lui rappelle tendrement sa pauvre bien aime errante1 en habits de voyageuse1 coiffe de ce chapeau que les riches dames jettent en arrivant4441 et que les pauvres bien aimes regarnissent pour bien des saisons encore4 ,autour de son cou1 s'enroulait le terrible mouchoir qu'on agite en se disant adieu pour toujours4--,un spectacle interrompu n'est autre que celui patiemment guett par les clients des montreurs d'ours2 savoir la rvolte de ce dernier contre son belluaire4 ,mallarm l'interprta autrement1 spectateur tonn de n'avoir pas senti1 cette fois encore1 le mme genre d'impression que ses semblables1 et conclut de cette treinte un peu trop troite1 inflige par le fauve son an subtil qu'elle ne veut que lui dire3 ,explique-moi la vertu de cette atmosphre de splendeur1 de poussire et de voix1 o tu m'appris me mouvoir4 ,rminiscence nous prsente un petit frre du pauvre enfant ple1 un orphelin errant en noir et l'il vacant de famille4 ,la rencontre d'un fils de pitre le lui fait regretter1 au rcit des grimaces d'un pre farce1 d'une maman qui mange de la filasse aux bravos de la foule4 ,tu ne sais rien1 ajoute le narrateur1 des parents sont des gens drles1 qui font rire4 ,et l'orphelin s'loigne1 du tout--coup1 de n'avoir pas de parents4 ,la dclaration foraine s'illumine de la fantaisie d'une belle promeneuse1 soudainement induite par un charitable lan1 se substituer au phnomne manquant dans une baraque misreuse4 ,le nnuphar blanc est cueilli par le canotier1 au retour et en souvenir d'une aquatique promenade employe ne point voir1 entendre qu' peine effleurer d'un pas le gravier1 une mystrieuse riveraine4 ,l'ecclsiastique1 de fantaisie macabre et bouffonne1 nous fait assister aux solitaires et printaniers bats d'un jeune abb1 sorte de ,narcisse noir et capricant1 traitant les touffes d'herbes comme les bruns adolescents traitent leurs oreillers dans les vers de ,baudelaire4 ,personnage qu'on dirait chapp d'un livre de ,daudet1 pour se rouler dans cette syntaxe4 ,la gloire1 l'crivain vient d'apprendre la connatre1 et plus rien ne l'intressera d'appel par quelqu'un ainsi4 ,c'est la fort de ,fontainebleau qui lui donne cette leon1 un jour qu'ayant pris le train1 en mme temps que nombre de voyageurs1 pour y goter les splendeurs de l'automne1 il s'aperoit que nul autre que lui n'a eu cette piti envers la glorieuse fort1 et que le train l'avait dpos l seul4 ,le conflit s'tablit entre ,mallarm 7toujours impersonnel1 bien entendu7 et des terrassiers qui1 cette anne-l1 sous prtexte de travaux de voie ferre1 lui empoisonnent sa villgiature de ,valvins1 le sjour chri pour la dsutude et de l'exception1 tourn par les progrs en cantine d'ouvriers de chemins de fer4--,je suis le malade des bruits 7continue ,mallarm qui partage cette infirmit avec ,madame ,vige-,lebrun7 et m'tonne que presque tout le monde rpugne aux odeurs mauvaises1 moins au cri4 ,et l'antagonisme s'tablit entre l'crivain et ses voisins bruyants4 ,mais le dimanche1 avec sa solerie1 vient son tour terrasser ces manuvres1 et le pote rendu son silencieux repos1 rve aux toiles4 ,mais ceci1 anecdotes et pomes1 ne reprsente que bagatelles de la porte1 riens auxquels on a fait un sort exagr selon l'expression de ,mallarm dans sa prface4 ,des portraits suivent3 un croquis de ,baudelaire#di1 un ,villiers en pied1 candidat toute majest survivante en mme temps que dsespr seigneur perptuellement chapp au tourment avec toujours dans l'aspect de l'homme devenu chtif1 quelque trait saillant de l'apparition de jeunesse1 quoi il ne voulut jamais tre infrieur4 ,l'oraison funbre de ,verlaine2 des souvenirs sur ,rimbaud avec je ne sais quoi firement pouss1 ou mauvaisement1 de fille du peuple1 j'ajoute1 de son tat blanchisseuse1 cause de vastes mains1 par la transition du chaud au froid rougies d'engelures4 ,lesquelles eussent indiqu des mtiers plus terribles1 appartenant un garon4--,tailhade1 ,beckford#ej1 annonc par cette phrase digne de ,flaubert3 ,sous la tutelle des lords ,chatham et ,littleton1 anxieux d'en faire un homme politique marquant1 tudiait1 choy par sa mre et banni d'auprs d'elle pour l'achvement d'une ducation somptueuse1 le fils de feu le lord-maire ,beckford1 7de qui la fire adresse ,georges ,,iii se lit sur un monument rig au ,guildhall47--,tennyson1 faute de qui une musique qui lui est propre manquerait l',anglais2--,banville1 l'tre de joie et de pierreries1 qui brille1 domine1 effleure4--,po1 semblable un ,whistler1 en leur tragique coquetterie noire1 inquite et discrte2--,whistler un ,monsieur rare444 l'enchanteur d'une uvre de mystre444--,manet chvre-pied au pardessus mastic1 barbe et blond cheveu rare1 grisonnant avec esprit4--,berthe ,morisot avec une pointe de ,x,v,i,i,ie sicle exalte de prsent444 et quelque chose d'lysennement savoureux4--,enfin1 ,wagner1 magnifiquement festoy de cette prire3 ,voil pourquoi1 ,gnie6 moi1 l'humble qu'une logique ternelle asservit1 ,wagner1 je souffre et me reproche1 aux minutes marques par la lassitude1 de ne pas faire nombre avec ceux qui1 ennuys de tout afin de trouver le salut dfinitif1 vont droit l'difice de ton ,art1 pour eux le terme du chemin4 ,il ouvre1 cet incontestable portique1 en des temps de jubil qui ne le sont pour aucun peuple1 une hospitalit contre l'insuffisance de soi et la mdiocrit des patries2 il exalte des fervents jusqu' la certitude3 pour eux ce n'est pas l'tape la plus grande jamais ordonne par un signe humain1 qu'ils parcourent avec toi comme conducteur1 mais le voyage fini de l'humanit vers un idal4 #di ,je dois la munificence de ,mallarm un trs bel autographe de ce pote4 #ej ,cet ordre est incohrent1 mais je dois l'avoir tabli d'aprs celui du volume4 ,les crayonnages sur le thtre1 lequel n'est point fait pour qui se suffit1 avec la tenture de ses songes traitent de ,hamlet dans sa traditionnelle presque nudit sombre444 au charme tout d'lgance dsole auprs d'un ,polonius figure comme dcoupe dans l'usure d'une tapisserie pareille celle o il lui faut rentrer pour mourir444 tas de loquace vacuit gisant que plus tard il 7,hamlet7 risquerait de devenir son tour1 s'il vieillissait4--,les ballets nous font admirer au-dessous de quelques coups d'pingle stellaires en une toile de fond bleue444 les roses qu'enlve et jette en la visibilit de rgions suprieures un jeu de chaussons d'un satin ple vertigineux4--,la ,loe ,fller1 en une fantasmagorie oxyhydrique de crpuscule et de grotte444 se propage1 alentour1 de tissus ramens sa personne1 par l'action d'une danse444 et au bain terrible des toffes1 se pme1 radieuse4 ,le ,vers1 dans l'tude qu'il lui consacre1 le pote le proclame en tat de crise1 non sans nous avoir fort heureusement garanti dans un prcdent essai1 la sauvegarde de notre prosodie1 grce au ,parnasse contemporain dont il dfinit bien l'effort3 ,simplement resserrer une bonne fois1 avant de le lguer au temps1 en condition excellente1 avec l'accord voulu et dfinitif1 un vieil instrument parfois fauss1 le vers franais1 et plusieurs se montrrent dans ce travail1 d'experts luthiers4 ,nonobstant1 ,mallarm dclare vaincu en lui par des infractions volontaires et de savantes dissonances de ce qu'on a appel le vers libre1 le pdant qui se fut1 il y a quinze ans1 peine rvolt1 comme devant quelque sacrilge ignare4 ,dans ses trois chapitres sur le ,livre1 ,mallarm nous bauche une thorie d'art et de style1 nous confie un peu de son secret1 secret d'me aussi1 de mconnaissance1 de mlancolie3 mditer1 sans traces1 devient vanescent444 l'encrier1 cristal comme une conscience1 avec sa goutte1 au fond1 de tnbres444 avec le rien de mystre indispensable1 qui demeure1 exprim1 quelque peu 7 savoir3 qui survive l'expression ne le livrant pas tout entier74--,le ,mystre dans les ,lettres1 qui en est la conclusion personnelle1 trahit quelque mcontentement moins impassible1 plus immdiat1 et dut tre trac sous le coup d'un mchant procd1 d'autant plus sensible au ,monsieur plutt commode1 crit ,mallarm1 que certains observent la coutume d'accueillir par mon nom2 oui1 sous le coup d'un article btement injurieux d'o rsulte une colre hautaine1 mais tout de mme douloureuse4 ,dj il avait formul plus haut3 ,tristesse que ma production reste1 ceux-ci1 par essence1 comme les nuages au crpuscule1 ou des toiles1 vaine4 ,il se sent1 envelopp dans une plaisanterie immense et mdiocre dsign comme suppt d'ombre et l'un de ceux qui dsormais ne pourront placer un mot sans que la foule lui crie3 ,comprends pas6--l'innocent annont-il se moucher4--,il condamne les individus1 qui1 parce qu'ils puisent un encrier sans nuit croient devoir1 l'gard des crivains mystrieux1 dverser en un chahut la vaste incomprhension humaine4 ,leur entreprise eux ne compte pas littrairement4 ,elle consiste exhiber les choses un imperturbable premier plan1 en camelots activs par la pression de l'instant1 au lieu de tendre le nuage prcieux flottant sur l'intime gouffre de chaque pense4 ,au lieu du labyrinthe illumin par des fleurs1 ces ressasseurs n'ont offrir sur une route migraineuse qu'un blanc mur en platras aveuglant o mme la rclame hsite s'inscrire et sans autre verdure que celle des culs de bouteille et des tessons ingrats4--,notre littrature--ajoute ,mallarm--dpasse le genre correspondance ou mmoires4 ,sa phrase1 qui semble balbutier1 par l'emploi des incidentes1 s'enlve en quelque quilibre suprieur1 balancement prvu d'inversions4 ,et rcusant l'injure d'obscurit il retourne ses adversaires celle d'incohrences1 de rabchages1 de plagiat et de platitude4--,je prfre1 conclut-il devant l'agression1 rtorquer que des contemporains ne savent pas lire4 ,et1 quelques pages plus loin1 indiquant une parit secrte1 entre la magie et le sortilge que restera la posie1 par le ,vers1 trait incantatoire et le cercle que perptuellement ouvre et ferme la rime en une similitude avec les ronds parmi l'herbe1 de la fe et du magicien1 avec enfin1 ce seul dosage subtil d'essences1 dltres ou bonnes que sont les sentiments1 il s'incline cet aveu catgorique3 peut-tre personnellement me suis-je complu le marquer1 par des essais1 dans une mesure qui a outrepass l'aptitude en jouir consentie par mes contemporains4 ,ce propos est trop dfinitif pour y rien ajouter4 ,il a le mrite d'anantir pour les contemporains qui savent lire1 cette donne courante d'un ,mallarm mystificateur s'tant fait une ruse spcialit et une marque de fabrique d'amphigouris malignement enchevtrs1 dessein d'ahurir le badaud et d'pater le bourgeois4 ,non1 desservant hautain d'un culte sotrique1 il trane les gazes d'origine et se sent en lutte avec le gchis en faveur4--,huysmans l'a bien intensivement dpeint dans ce passage3 ,ce pote qui1 dans un sicle de suffrage universel et dans un temps de lucre1 vivait l'cart des lettres1 abrit de la sottise environnante par son ddain1 se complaisant1 loin du monde1 aux surprises de l'intellect1 aux visions de sa cervelle1 raffinant sur des penses dj spcieuses1 les greffant de finesses byzantines1 les perptuant en des dductions lgrement indiques1 que reliait peine un imperceptible fil4--,ces ides nattes et prcieuses1 il les nouait avec une langue adhsive1 solitaire et secrte1 pleine de rtractions de phrases1 de tournures elliptiques1 d'audacieux tropes4 ,percevant les analogies les plus lointaines1 il dsignait souvent d'un terme donnant la fois par un effet de similitude1 la forme1 le parfum1 la couleur1 la qualit1 l'clat1 l'objet ou l'tre auquel il et fallu accoler de nombreuses et de diffrentes pithtes pour en dgager toutes les faces1 toutes les nuances s'il avait t simplement indiqu par son nom technique4 ,il parvenait ainsi abolir l'nonc de la comparaison qui s'tablissait toute seule1 dans l'esprit du lecteur1 par l'analogie1 ds qu'il avait pntr le symbole1 et il se dispensait d'parpiller l'attention de chacune des qualits qu'auraient pu prsenter un un les adjectifs placs la queue leu-leu1 la concentrait sur un seul mot1 sur un tout produisant comme pour un tableau1 par exemple1 un aspect unique et complet1 un ensemble4--,cela devenait une littrature condense1 un coulis essentiel1 un sublim d'art444 ,nous sommes1 du reste1 l'issue du livre4 ,qu'il nous suffise donc de noter encore ce passage sur le numraire1 engin de terrible prcision4--,aux fantasmagoriques couchers du soleil1 quand croulent seuls les nuages1 en l'abandon que l'homme leur fait du rve1 une liqufaction de trsor rampe1 rutile l'horizon3 j'y ai la notion de ce que peuvent tre des sommes1 par cent et au del1 gales celles dont l'nonc dans le rquisitoire1 pendant un procs financier1 laisse1 quant leurs existences1 froid4--444 ,si un nombre se majore et recule1 vers l'improbable1 il inscrit plus de zros3 signifiant que son total quivaut spirituellement rien1 presque4--444 en raison du dfaut de la monnaie briller abstraitement1 le don se produit chez l'crivain1 d'amonceler1 la clart radieuse avec des mots qu'il profre comme ceux de ,vrit et de ,beaut4--,encore1 cette description d',oxford3 le mme 7sol de l',angleterre7 o habitent des provinces de fer et de poussier1 populeuses1 supporte la jumelle floraison1 en marbre1 de cits1 construites pour penser444--,notre chafaudage semble agenc provisoirement en vue que rien1 analogue ces recueillements privilgis1 ne verse l'ombre doctorale1 comme une robe1 autour de la marche de quelques messieurs dlicieux4 ,des portraits encore3 celui trs vridique et trs digne de ,monsieur ,octave ,mirbeau qui sauvegarde certainement l'honneur de la presse en faisant que toujours y ait t parl1 ne ft-ce qu'une fois1 par lui1 avec quel feu1 de chaque uvre d'exception4--,cet autre trs comique de ,ponsard qui1 ,hugo regnante joua l'obligation de frntiquement surgir faute de quelqu'un2 et se contraignit aprs tout des efforts qui sont d'un vigoureux carton4 ,enfin et terminons nos citations sur cet envol d'un journal prs des roses1 jaloux de couvrir leur ardent et orgueilleux conciliabule4 99 99 99 99 99 ,il me reste maintenant parler de ,mallarm1 tel que je l'ai connu1 vers #ahgi1 avant sa relative clbrit1 au cours de laquelle un silencieux malentendu prcdant une muette rconciliation1 nous spara environ dix annes4 ,qu'on me permette de citer tout exceptionnellement ces fragments d'une correspondance parce qu'elle tmoigne de sa profonde sensibilit1 de sa parfaite bonne grce4 #hg1 rue de ,rome4 ,mercredi soir1 #i avril #ahgi4 ,,cher ,,monsieur ,,de ,,montesquiou1 ,j'ai voulu tous ces jours-ci1 sans le pouvoir1 vous serrer la main sur un bout de papier4 ,votre carte1 qui accompagnait l'amical envoi fait mon baby1 tait borde de deuil1 et je crains que vous n'ayez eu la douleur de perdre votre sur4 ,si je me trompe1 comme je veux l'esprer1 chassez aisment cette noire apprhension que vous porte ma lettre4 ,autrement1 croyez que je sympathise avec tout chagrin qui peut vous atteindre4--,gardez1 dans l'un et l'autre cas1 de ce mot htif1 mon silencieux pressement de mains4 ,a bientt1 n'est-ce pas8 ,voici que fatigu du travail de l'hiver1 je vais passer une dizaine de jours prs de ,fontainebleau1 avec ma fille1 laissant1 hlas6 ma femme prs d',anatole tout endolori de rhumatismes4 ,mais au retour1 donnons-nous signe de vie4 ,votre ,s4 ,m4 ,paris1 #hg1 rue de ,rome4 ,dimanche1 #aj aot #ahgi4 ,,cher ,,monsieur ,,de ,,montesquiou1 ,je crois que votre dlicieuse petite bte#ea1 feuillage anticip1 a distrait le mal de notre patient1 qui la campagne va tre permise4 ,si de premiers indices de convalescence s'affirment d'aujourd'hui demain1 ou aprs1 il se peut que nous partions tout de suite1 le temps le voulant bien4--,avez-vous entendu d'o vous tes 7je l'ignore et vous parle ,paris7 tous les cris de joie de notre malade1 ne quittant des yeux que pour les fermer sur son bonheur1 la merveilleuse princesse captive dans un palais merveilleux1 qui s'appelle ,smiramis cause des jardins de pierreries dont elle porte le reflet8 ,j'aime croire que cette satisfaction longtemps improbable d'un vieux dsir a t pour quelque chose dans l'effort d'une sant qui veut revenir2 mme sans voquer comme un mage1 la secrte influence de pierre prcieuse darde continuellement de la cage1 par son habitante1 sur l'enfant4 #ea ,un oiseau des les envoy l'enfant malade4 ,que vous avez t charmant et amical1 vous si pris de tous cts1 pendant ces derniers temps2 et ce m'est plus qu'un plaisir de vous annoncer1 avant personne1 que je crois tous nos soucis1 dissips dans le futur4 ,c'est ,valvins1 prs de ,fontainebleau1 que nous allons bientt2 et il faut qu'avant la fin de la saison1 car septembre sera trs beau1 vous veniez avec moi1 vous enfoncer un jour sous la fort4 ,je vous souhaite quelque lame venue des mers du loin1 comme dit ,po1 si vous tes en train de vous baigner4 ,votre main1 ,s4 ,m4 ,valvins1 prs ,fontainebleau4 ,mardi1 #i septembre #ahgi4 ,,mon ,,cher ,,monsieur ,,de ,,montesquiou1 ,ainsi vous nous avez trouvs tous envols6 ,c'tait avec espoir et joie1 vous savez1 nous avons tant de fois parl de cette fuite la campagne4 ,malheureusement1 au bout de quelques jours1 tout1 le mauvais temps aidant la mauvaise sant1 s'assombrit3 nous avons travers les heures les plus cruelles que nous ait causes notre malade mignon1 car des symptmes que nous croyions disparus jamais se sont reprsents2 ils s'installent prsent4 ,les amliorations anciennes n'ont t que factices1 et le combat de la maladie me semble se livrer maintenant4 ,la campagne nous procure l'exprience dj commence d'une dite lacte dont un mdecin espre grand bien4 ,je suis trop tourment et mme trop pris matriellement par notre pauvret1 pour rien faire littrairement1 que tracer quelques notes rapides4 ,vous1 o en tes-vous8 ,je vois par le timbre de votre lettre que vous avez pris pleins poings1 quelques heures au moins1 la crinire des vagues1 c'est un divertissement salutaire et noble4 ,que vous seriez charmant de venir une fois en notre verdure6 vous nous trouveriez fort en dsarroi1 et vous contenteriez d'un coin de table vite mise1 aux moments des repas2 mais notre bonne amiti jetterait l son voile1 ou sa nappe4 ,tole parle bien de vous1 et se plat mme1 le matin1 gentilment imiter votre voix4 ,la perruche dont le ventre aurore semble s'enflammer de tout un orient d'pices1 regarde en cet instant d'un il la fort1 et le lit de l'autre1 comme un dsir empch de promenade qu'aurait son petit matre4 ,au revoir2 bien votre main1 ,stphane ,,mallarm4 ,paris1 #hg1 rue de ,rome4 ,mardi1 #f octobre #ahgi4 ,,mon ,,cher ,,monsieur ,,de ,,montesquiou1 ,votre bonne lettre m'a dit les premires paroles amies que nous devions recevoir ,paris1 quand je la trouvai1 le soir de notre retour tant apprhend4 ,grce des prcautions inoues1 tout s'est bien pass1 ou sans accident sur le moment mme2 mais le minet a pay de plusieurs journes mauvaises la tension de sa petite nergie4 ,il est en proie une inexplicable et affreuse toux nerveuse1 sans laquelle il passerait de douces journes de malade avec un peu de sommeil et de faim2 cela l'branle tout un jour et toute une nuit444 ,je l'ai confi tout de suite au plus grand spcialiste du cur1 qui nous a donn un de ses confrres jeune et notoire avec qui il consultera dans quelques jours4 ,le pauvre petit se trouve dans des mains exceptionnelles1 et s'il peut tre sauv le sera4 ,je m'appesantis sur tout avec vous comme on parle un ami ancien2 mais vous nous montrez tant de charmante sympathie4--,oui1 je suis bien hors de moi1 et pareil quelqu'un sur qui souffle un vent terrible et prolong4 ,veilles1 motions contradictoires de l'espoir et de la crainte soudaine1 ont supplant toute pense de repos l-bas1 mais ne sont rien ct du combat si multiple qu'il va me falloir soutenir ici contre mille soucis4 ,pas de travail de longtemps6 ,je ne savais pas cette flche terrible dirige sur moi de quelque coin d'ombre indiscernable444 ,votre main et bien vous4 ,mon petit malade vous sourit de son lit1 comme une fleur blanche qui se rappelle au soleil parti4 ,stphane ,,mallarm4 ,mercredi1 ,,mon ,,cher ,,monsieur ,,de ,,montesquiou1 ,au moment o je portais un mot pour vous la poste1 notre cher enfant nous a quitts1 doucement1 sans le savoir1 je ne veux pas que vous appreniez notre malheur par la lettre de faire-part4 ,le pauvre petit ador vous aimait bien4 ,stphane ,,mallarm4 ,paris1 #hg1 ,rue de ,rome1 ,,mon ,,cher ,,montesquiou1 ,vous tes celui que je serai toujours heureux de voir3 car si nos esprits s'accordent1 je ne sais pourquoi1 aussi vous avez d'autre part tabli entre nous maints liens d'une sympathie intime4 ,ou plutt si6 ,je me rends compte qu'avec votre pntration vraie vous avez lu beaucoup du charme de l'tre dlicieux qui fut notre trsor et la joie d'ici2 et maintenant vous ne l'oubliez pas4 ,je vous remercierai4 ,votre ,stphane ,,mallarm4 ,poignant ressouvenir que ne pourrait qu'affaiblir tout commentaire4 ,et pourtant j'ai parl d'un malentendu nou silencieusement1 dnou de mme1 mais non sans une gne et une tristesse que la mort seule dnoua4 ,voici encore deux billets1 propos de mes livres3 ,vous tes un ample et ingnieux magicien4 ,merci du livre que vous laisstes si amicalement1 un jour de cet t4 ,mille fois je m'y suis promen et repos1 et j'en ai surveill l'ensemble fastueux2 il s'exhale1 de son infini jardin1 un trs puissant enchantement4 ,la luxuriance1 quand c'est la multiplication de la dlicatesse1 est1 tout fait1 un aspect de la posie4 ,vous me l'avez indiqu1 dans cette rare lecture1 jusqu'ici comme personne4 ,la sensation donne parat celle de quelqu'un de suprieur existant en vers1 suavement1 perdment ou l'orientale1 d'un gnie rsumant la rose possible de tant de fleurs4 ,je suis heureux de possder le ,chef des ,odeurs ,suaves4 ,recevez mon amiti4 ,s4 ,m4 ,valvins par ,avon1 #bb juillet #ahie4 ,,mon ,,cher ,,po,,te1 ,la croyance a ceci que quelques-uns pensent exclusivement en vers1 et ne sauraient ne pas le faire1 vous l'illustrez jusqu'aux dlices dans ce surprenant livre le ,parcours du ,rve au ,souvenir2 dans lequel1 je dirai1 vous respirez en vers4 ,le millier de bulles vitales et chantantes s'assemble dans un diaphane suspens de kiosque o entre les perles au rire isol1 tout coup de grandes harmonies1 belles comme sous un retour invisible de lointain4 ,a mon ravissement1 c'est trs mille et une nuits spirituelles1 illuminations par un gnie blouissant et narquois1 qui sait que l'office du pote est d'abord de donner une fte4 ,votre lecteur ,s4 ,m4 ,exclu de toute participation aux dploiements de beaut officiels selon une expression de lui1 que je retrouve dans ,carlyle#eb1 la participation lui suffisait1 aux dploiements de beaut de sa fort de ,fontainebleau4 ,c'est l que je le vis une dernire fois en un pique-nique d'automne4 ,y prenaient part les ,mirbeau et les ,rodenbach4 ,l'auteur de l',aprs-,midi s'tait lev de bon matin1 pour balayer de tout papier incongru ses chers sous-bois4 ,c'est qu'il avait comme une pudeur pour ces arbres royaux1 l'homme qui s'criait3 ,palmes6 comme un autre se ft cri3 ,peste6 #eb ,partout exclu1 comme sur l'eau flotte l'huile1 de toute participation un emploi quelconque444 ,sartor ,resartus4 ,il me plairait l'avoir humanis1 sans le vulgariser1 l'avoir rendu plus familier ses proches1 mieux accessible de plus distants1 l'auteur que ses disciples dfendent dj contre l'accusation de ne pas se montrer strictement grammatical2 l'auteur dont s'inspire aujourd'hui ,monsieur ,hervieu1 au dire d'un journal du matin#ec1 l'auteur dont1 qui sait8 on crira peut-tre quelque jour3 ,enfin ,mallarm vint1 et le premier en ,france444#ed #ec ,le ,gaulois1 #ae ,janvier #aijj4 #ed ,le vu que j'exprimais1 page #bee1 vient de se raliser amplement du fait d'une hrdit documente et pieuse1 l'effort de laquelle nul ne peut plus prtendre ajouter qu'une glane d'pis oublis ou omis et l'apport d'une contribution particulire4 99 ,griffonnages en diffrents sens ,une conclusion s'impose4 ,voici trois artistes exceptionnellement dous1 passs matres dans leurs moyens de rendre qu'ils excdent jusqu' se perdre dans le brouillard1 l'un des couleurs3 ,monticelli2 l'autre des formes3 ,bresdin2 le troisime des tropes3 ,mallarm4 ,or1 ce cas nous est connu2 il a t magistralement enregistr deux fois par le grand ,honor de ,balzac4 ,le premier est ,gambara1 ce musicien de gnie et de folie1 poussant l'extrme le principe musical1 ce qui lui fait dpasser le but1 selon l'expression de l'crivain4 ,le second1 plus concis et caractristique1 est cet lve de ,mabuse1 l'trange et mystrieux ,frenhofer du ,chef-d'uvre inconnu1 un homme qui voit plus haut et plus loin que les autres peintres et qui ayant profondment mdit sur les couleurs1 sur la vrit absolue de la ligne1 est arriv douter de l'objet mme de ses recherches2 l'artiste qui veut exprimer non l'apparence de la vie1 mais son trop plein qui dborde1 ce je ne sais quoi qui est l'me peut-tre et qui flotte nuageusement sur l'enveloppe4 coutez-le parler ,porbus et ,poussin dbutant3 ,en partant du point extrme o vous arrivez1 on ferait peut-tre d'excellente peinture444 et1 ce disant1 il trempe avec une vivacit fbrile1 la pointe de la brosse dans les diffrents tas de couleurs dont il parcourt la gamme entire plus rapidement qu'un organiste de cathdrale ne parcourt l'tendue de son clavier l',o ,filii de ,pques4--,le bonhomme daigne retoucher un tableau de ,porbus et lance des onomatopes familires aux peintres leur travail1 et qui semblent scander les touches2 nous en retrouverons plus tard de similaires dans une lettre clbre de ,corot#ee3 ,paf6 paf6 paf6 voil comment cela se beurre1 jeune homme6--lance ,frenhofer--venez mes petites touches1 faites moi roussir ce ton glacial4 ,allons donc6 ,pon6 pon6 pon6 disait-il en rchauffant les parties o il avait signal un dfaut de vie444 #ee ,j'en ai not de telles chez ,whistler4 ,un vritable matre doit faire passer dans sa toile3 l'air1 le ciel1 le vent que nous respirons1 voyons et sentons2 les tresses de cheveux doivent remuer2 l'ombre n'est qu'un accident444 les ombres des peintres ordinaires sont d'une autre nature que leurs tons clairs2 c'est du bois1 de l'airain1 c'est tout ce que vous voudrez1 except de la chair dans l'ombre4 ,on sent que si leur figure changeait de position1 les places ombres ne se nettoieraient pas et ne deviendraient pas lumineuses4--,et aprs avoir trait de barbouillages1 de fort belles tudes de lui qui ornent l'atelier1 il parle ses deux compagnons de son chef-d'uvre1 un tableau voil auquel il travaille depuis dix ans2 une figure de femme bauche dans un ton clair avec une pte souple et nourrie4--,comme une foule d'ignorants qui s'imaginent dessiner correctement parce qu'ils font un trait soigneusement barb1 poursuit ,frenhofer1 je n'ai pas marqu schement les bords extrieurs de ma figure et fait ressortir jusqu'au moindre dtail anatomique1 car le corps humain ne finit pas par des lignes444 ,la nature comporte une suite de rondeurs qui s'enveloppent les unes dans les autres444 ,la distribution du jour donne seule l'apparence au corps6 ,aussi n'ai-je pas arrt les linaments1 j'ai rpandu sur les contours un nuage de demi-teintes blondes et chaudes qui fait que l'on ne saurait prcisment poser le doigt sur la place o les contours se rencontrent avec les fonds4--,et le vieillard se dcide montrer ses deux admirateurs l'uvre qu'il leur propose pour modle4 ,ah6 ah6 s'crie-t-il1 vous ne vous attendiez pas tant de perfection6 vous tes devant une femme et vous cherchez un tableau4 ,il y a tant de profondeur sur cette toile1 l'air y est si vrai que vous ne pouvez plus le discerner de l'air qui nous environne4 ,o est l'art8 perdu1 disparu6 ,voici les formes mmes d'une jeune fille4 ,n'ai-je pas bien saisi la couleur1 le vif de la ligne qui parat terminer le corps8 ,n'est-ce pas le mme phnomne que nous prsentent les objets qui sont dans l'atmosphre comme les poissons dans l'eau8 ,admirez comme les couleurs se dtachent du fond444 ,aussi1 pendant sept annes1 ai-je tudi les effets de l'accouplement du jour et des objets4 ,or1 les deux spectateurs se trouvent devant une toile charge de couleurs confusment amasses et contenues par une multitude de lignes bizarres qui forment une muraille de peinture4 ,mais le vieillard continue3 ,il faut de la foi dans l'art1 et vivre pendant longtemps avec son uvre pour produire une semblable cration4 ,quelques-unes de ces ombres m'ont cot bien des travaux4 ,tenez1 il y a l sur la joue1 au-dessous des yeux1 une lgre pnombre qui1 si vous l'observez dans la nature1 vous paratra presque intraduisible4 ,eh bien6 croyez-vous que cet effet ne m'ait pas cot des peines inoues reproduire8 ,mais aussi1 mon cher ,porbus1 regarde attentivement mon travail1 et tu comprendras mieux ce que je te disais sur la manire de traiter le model et les contours4 ,regarde la lumire du sein1 et vois comme1 par une suite de touches et de rehauts fortement empts1 je suis parvenu accrocher la vritable lumire et la combiner avec la blancheur des tons clairs1 et comme1 par un travail contraire1 en effaant les saillies et le grain de la pte1 j'ai pu1 force de caresser le contour de ma figure1 noy dans une demi-teinte1 ter jusqu' l'ide de dessin et de moyens artificiels1 et lui donner l'aspect de la rondeur mme de la nature4 ,approchez1 vous verrez mieux le travail4 ,de loin1 il disparat4 ,tenez1 l1 il est1 je crois1 trs remarquable4--,et du bout de sa brosse1 il dsignait aux deux peintres une pte de couleur claire4--,l1 finit notre art sur la terre6 conclut l'un des deux assistants1 mais tt ou tard1 il verra qu'il n'y a rien sur sa toile4--,et le vieillard1 qui a entendu1 s'indigne1 puis s'affole3 ,aurais-je donc gt mon tableau8--,mais il se rassure1 et rentrant dans son illusion3 ,moi1 je la vois1 s'crie-t-il1 elle est merveilleusement belle6 99 99 99 99 99 ,n'avez-vous pas tout d'abord reconnu ,monticelli dans ce peintre qui voit plus haut et plus loin que les autres peintres et qui a profondment mdit sur les couleurs8 qui ne veut pas de l'apparence de la vie1 mais la vie elle-mme1 et qui parcourt la gamme des tons comme un organiste2 qui fait passer dans sa toile l'air1 le ciel et le vent1 vivre les femmes et flotter leurs chevelures2 qui veut que l'art se perde et disparaisse1 avec les formes1 dans l'atmosphre et qui1 par une suite de touches et de rehauts fortement empts1 dans une pte souple et nourrie1 accroche la vritable lumire8--,et ne mrite-t-il pas d'tre assimil au chef-d'uvre de ,frenhofer1 ce dernier chef-d'uvre de ,mallarm intitul3 ,un coup de d n'abolira jamais le hazard1 ce cahier d'une vingtaine de vastes pages blanches o des mots se projettent en caractres divers et retombent1 tantt un par un1 ou tantt par des cascades de fuses obscures1 entre lesquelles un mot aux lettres gantes clate et se prolonge tnbreusement1 tel que la redescente d'une noire toile en une sombre chandelle romaine8 ,chef-d'uvre inconnu1 que les plus convaincus disciples du pote proclament entre tous dconcertant1 et qui ne porte plus mme trace de ce pied divin que1 dans son tableau1 ,frenhofer1 comme involontaire marque d'un art pass1 d'un art dpass1 avait laiss survivre une lente et progressive destruction4 ,oui1 ,mallarm nous apparat son tour dans cet artiste qui cache sa production pour en jouir seul2 qui traite de barbouillages ses premiers travaux justement admirs1 et s'enferme dix ans avec son uvre1 toute pleine aussi d'emptements de pense1 dans lesquels les lecteurs ne voient 7comme beaucoup de gens encore dans l'uvre de ,bresdin7 que confusion de lignes bizarres1 que griffonnages en diffrents sens1 pour conclure ce recueil par un intitul du gant ,van ,ryn1 lequel exprime en son ddaigneux libell le dernier mot de toute pense humaine444 ,,table ,pages4 ,ddicace ,boldini #a ,diptyque et ,triptyque #c ,i ,,au ,,pays ,,des ,,ciels ,,sonores ,i4--,le ,peintre aux ,billets #i ,alfred ,stevens4 ,,ii4--,le ,pasteur de ,cygnes #hg ,georges ,rodenbach4 ,,ii ,,au ,,dela ,,des ,,formes ,i4--,le ,broyeur de ,fleurs #abg ,adolphe ,monticelli4 ,,ii4--,l',inextricable ,graveur #aei ,rodolphe ,bresdin4 ,,iii4--,la ,porte ouverte au ,jardin ferm du ,roi #bae ,stphane ,mallarm4 994--,griffonnages en diffrents sens #bgi ,,achev ,d',,imprimer le onze janvier mil neuf cent vingt et un ,,par ,l',,imprimerie ,,orl,,anaise ,orlans pour ,e4 ,,sansot