,,dora ,,melegari ,,faiseurs ,,de ,,peines ,,et ,,faiseurs ,,de ,,joies ,deo favente ,,treizi,,me ,,dition ,,paris ,,librairie ,,fischbacher ,,soci,t ,,anonyme #cc1 ,,rue ,,de ,,seine1 #cc ,tous droits rservs ,,ouvrages ,,de ,,dora ,,melegari ,,ames ,,dormantes #g;e dition1 #a volume in-#ab #e fr4 ,ouvrage couronn par l',acadmie franaise4 ,,faiseurs ,,de ,,peines ,,et ,,faiseurs ,,de ,,joies #aa;e dition1 #a volume in-#ab #f fr4 ,,chercheurs ,,de ,,sources #f;e dition1 #a volume in-#ab #e fr4 ,,amis ,,et ,,ennemis #a volume in-#ab #e fr4 ,,romans ,expiation 7sans nom d'auteur74 ,marthe de ,thiennes 7sous le pseudonyme de ,forsan74 ,les ,incertitudes de ,livia ,id4 ,dans la vieille rue ,id4 ,la ,duchesse ,ghislaine ,id4 ,kyrie ,eleison ,id4 ,la petite ,mlle ,christine 7sous le nom de l'auteur74 ,les ,mres3 ,caterina ,spadaro ,id4 ,les ,mres3 ,mes ,filles ,id4 ,,autres ,,ouvrages ,journal intime de ,benjamin ,constant1 et lettres sa famille et ses amis1 avec une ,introduction par ,dora ,melegari4 ,lettres intimes de ,joseph ,mazzini1 avec une ,introduction par ,dora ,melegari4 ,la ,jeune ,italie et la ,jeune ,europe4 ,lettres indites de ,joseph ,mazzini ,louis-,amde ,melegari1 publies par ,dora ,melegari1 #a volume in-#ab #e fr4 ,,en ,,italien ,le tre capitali4--#a;er volume3 ,la citt forte4 ,il sonno delle anime1 #b;e dition4 ,la ,giovine ,italia e la ,giovine ,europa1 dal carteggio inedito di ,giuseppe ,mazzini a ,luigi ,amedeo ,melegari4 ,artefici di pene ed ,artefici di gioie1 #b;e dition4 ,aux ,,lecteurs ,d',,ames ,,dormantes ,,pr,,face ,ce livre1 que je ddie aux lecteurs d',ames dormantes1 s'adresse1 comme le prcdent1 tous ceux qui cherchent la justice et voudraient trouver le bonheur dans l'harmonie de leur tre avec les ralits de la vie et les vrits suprieures4 ,les rflexions qu'il contient n'ont point le but orgueilleux d'expliquer le mystre de notre individualit1 ses origines et son avenir1 mais d'tablir une communication mentale entre ceux qui partagent les mmes esprances4 ,nous assistons1 en ce moment1 une dcomposition1 ou plutt une dsagrgation de l'ancien monde1 de ses murs et de ses principes4 ,elle s'est d'abord prpare lentement1 puis a progress avec une vertigineuse rapidit4 ,cependant1 les molcules qui composaient l'difice social sont restes les mmes1 et si tout tend se transformer1 rien ne sera dtruit4 ,dans cette recomposition invitable1 certains angles faux1 sous lesquels tant de choses taient considres1 disparatront1 et les prjugs tomberont comme les feuilles mortes des arbres1 pour se reconstituer peut-tre sous une autre forme4 ,mais1 pendant quelque temps du moins1 on sera forc de voir plus vrai et plus juste1 parce que l'horizon de tous se sera largi4 ,un ardent admirateur de l',asie a crit que les ,europens1 ne connaissant qu'un demi-hmisphre1 n'avaient eu jusqu'ici que des demi-penses6 ,avons-nous mme toujours des demi-penses8 ,l'vidence de ce qu'il y a d'incomplet dans nos perceptions crbrales nous saisit parfois si fortement1 que nous sentons notre ignorance avec une douloureuse intensit4 ,mme sur les questions les plus simples1 formules en axiomes par les gnrations antcdentes1 le doute a pntr les esprits sincres et les consciences droites4 ,l'ancien langage ne nous contente plus2 nous voudrions des formes nouvelles pour exprimer les penses nouvelles en gestation dans notre cerveau4 ,et1 n'ayant notre disposition que les vieux mots1 nous les torturons pour leur attribuer un sens qu'ils n'avaient pas autrefois4 ,le besoin d'tre dbarrass d'une foule de raisonnements suranns1 de conceptions troites1 d'ides toutes faites que les gnrations successives se sont transmises1 sans les analyser jamais1 tourmente l'homme4 ,mais il continue encore redire machinalement1 d'une voix dcourage1 o la conviction ne vibre plus1 les phrases que rptaient ses pres1 et il n'ose pas porter une main suffisamment hardie sur les formules de l'ancienne psychologie pour les claircir1 les enrichir et les simplifier4 ,celle-ci avait une faon dogmatique de diviser les hommes en bons et mauvais1 sages et fous1 forts et faibles1 purs et impurs1 athes et croyants2 elle avait trop de nuances ou trop peu6 ,ne serait-il pas plus pratique et plus vrai de les partager dsormais en deux nouvelles catgories1 correspondant aux tendances vers lesquelles s'oriente l'avenir3 ,faiseurs de joies et ,faiseurs de peines1 puisque1 chaque jour davantage1 tout sera calcul cette mesure8 ,le christianisme semble dispos1 tout le premier1 revenir aux formules simples et se concentrer en deux notions principales3 celle d'un pre divin d'o nous procdons et vers lequel nous devons retourner1 et celle de la fraternit entre les hommes4 ,la pratique de cette fraternit tend devenir--mille symptmes l'indiquent1--la vritable pierre de touche des vies religieuses4 ,du reste1 la logique l'impose3 refuser de reconnatre ses frres visibles1 quivaut renier le pre invisible et commun4 ,sortir de l'impasse est impossible4 ,l'poque approche o l'homme 7en dehors de tout parti politique ou confessionnel7 apprendra dire nous et aura honte d'abuser du monosyllabe moi4 ,dj aujourd'hui1 lorsque1 dans l'existence relle ou dans les crations littraires1 une personnalit vivante ou fictive tale pompeusement ses motions1 ses dboires1 ses difficults1 comme si son tat particulier avait pour l'univers une importance capitale1 elle provoque chez les autres une certaine impatience4 ,donner tant de poids ses sensations personnelles1 parat aux esprits modernes une faiblesse purile et ils ne s'meuvent plus1 comme jadis1 aux tristesses et aux lamentations des potes4 ,chaque me1 chaque intelligence1 chaque conscience a en soi1 pour les spiritualistes du moins1 une valeur relle2 diminuer cette valeur enrayerait1 leurs yeux1 tout progrs moral4 ,mais les mes1 les intelligences1 les consciences d'autrui devraient avoir pour chacun le mme prix que la sienne propre4 ,si l'homme sentait rellement battre dans son cur le cur de l'humanit1 la route d'un bonheur relatif s'ouvrirait probablement devant lui4 ,jusqu'ici1 il a ttonn dans ses efforts vers le bien1 et il suit encore des sentiers obscurs o des clarts fugitives paraissent et disparaissent4 ,sa destine est probablement de ne jamais connatre1 sur cette terre1 la lumire clatante du vrai complet1 mais il est certain qu'il sent en lui la possibilit d'intensifier et d'largir sa vie d'une faon illimite1 et d'arriver1 plus tard1 au seuil des portes lumineuses1 derrire lesquelles la vrit rayonne4 ,cette recherche ardente de la signification de notre destine ennoblit l'homme1 et si la thorie de l'immortalit conditionnelle tait juste1 ce serait sans doute l un des moyens de la conqurir4 ,mais il en est un autre1 plus simple1 plus la porte de tous3 celui de ne pas faire souffrir et de rpandre la joie autour de soi4 ,si cette proccupation dominait les mes et les vies1 que de larmes seraient essuyes1 et que de floraisons nouvelles gayeraient nos jardins6 ,,dora ,,melegari4 ,rome1 mars #aije4 99 99 99 99 99 ,je demande d'avance pardon aux lecteurs des quelques rptitions qu'ils trouveront dans ce livre4 ,elles sont invitables dans un ouvrage de ce genre1 les mmes remdes s'appliquant dans l'ordre moral des maux diffrents1 et les mmes causes produisant souvent des effets dissemblables4 ,,faiseurs ,,de ,,peines ,,et ,,faiseurs ,,de ,,joies ,,chapitre ,,premier ,,faiseurs ,,de ,,peines ,temer si dee di sole quelle cose1 ,c'hanno potenza di far altrui male4 ,,dante4 ,la souffrance est la grande ducatrice4 ,sans elle1 l'me humaine resterait un champ brl1 sec et strile4 ,le malheur est semblable la pluie qui1 pntrant dans les profondeurs de la terre1 fait germer les semences4 ,le bonheur est comme le soleil1 il claire1 rchauffe1 et1 sous son influence1 les arbres et les plantes fleurissent4 ,l'homme a donc besoin de l'un et de l'autre4 ,si la flicit constante retarde son volution1 la continuit de la douleur a pour effet certain de le dprimer jusqu' le rendre incomplet1 incapable de produire des fleurs odorantes et des fruits savoureux3 lui aussi1 il faut des saisons de joie pour s'panouir et rayonner4 ,mais comment arriver ce juste quilibre1 comment dispenser en parts gales les sourires et les larmes1 distribuer chacun la dose qui lui convient des deux lments8 ,cette rpartition1 quels que puissent tre dans l'avenir les progrs de la science et les perfectionnements sociaux1 est et restera impossible4 ,le grand distributeur des biens et des maux en fera toujours sa guise4 ,l'homme1 cependant1 pourrait viter partiellement la souffrance1 d'abord en apprenant se bien aimer#a1 ce qui carterait de sa vie les chagrins inutiles1 et1 ensuite1 en s'imposant le devoir d'tre aussi peu que possible1 pour autrui1 un faiseur de peines4 #a ,voir le chapitre3 ,le faux amour de soi1 dans ,ames dormantes4 ,aujourd'hui1 lorsque nous souffrons de l'injustice1 de la mauvaise foi1 de l'intolrance1 de la jalousie1 de la mchancet de notre prochain1 nous ne pouvons plus accepter ses coups d'estoc et de taille comme des preuves venant directement de ,dieu1 pour nous punir de nos manquements et de nos erreurs4 ,cette conception moyenageuse a cess de correspondre la mentalit moderne2 nous savons que les blessures par lesquelles notre sang coule sont simplement le rsultat des intentions venimeuses du cur d'autrui4 ,or1 est-il ncessaire que ce cur soit rempli de sentiments hostiles1 d'envies de nuire et de dsirs injustes8 ,si l'homme se rendait compte du mal qu'il cause1 peut-tre apprendrait-il se contrler davantage et rflchir aux responsabilits qu'il assume en cdant ses impulsions malfaisantes4 ,mais devenir conscient du rsultat de ses actes indique dj la possession d'une conscience relativement active4 ,or1 il y a une foule de personnes qui ont touff la leur--si elle a jamais fonctionn--et pour lesquelles savoir qu'elles donnent du chagrin quivaut les pousser en donner davantage4 ,elles sont1 en tous cas1 absolument indiffrentes aux peines qu'elles causent4 ,faire souffrir leur semble une preuve de puissance4 ,dans leurs yeux--ce sont mme souvent de beaux yeux--passent des lueurs malignes1 et l'on voit la pointe de leurs doigts s'enfoncer dans la paume de leur main comme dans le cou d'une victime qu'on trangle4 ,le raisonnement ni la piti ne peuvent rien sur ces curs4 ,pour les attendrir1 il faudrait de bien autres bouleversements1 et la rflexion ne les amnera jamais une vue nette de leurs responsabilits4 ,ce n'est pas pour eux que j'cris ces pages1 mais pour ceux qui1 tout en faisant souffrir1 parfois jusqu' la cruaut1 ont cependant dans leurs mes de vagues aspirations de bont1 de justice1 de droiture444 99 99 99 99 99 ,tous nos chagrins nous viennent des autres4 ,cette affirmation pessimiste d'un homme auquel la vie n'avait plus rien apprendre1 renferme une part de vrit1 mais1 pour la rendre complte1 il faudrait ajouter3 et toutes nos joies en drivent4 ,en effet1 les esprits capables de sentir la beaut et le charme de la solitude sont rares4 ,les mots3 ,beata solitudo1 sola beatitudo sont compris de peu d'mes1 et mme celles qui ont le plus besoin de silence1 qui ne sauraient vivre sans des heures de mditation1 ne peuvent supporter un trop long isolement4 ,rien de grand ne se fait sans la solitude1 disait ,lacordaire2 mais les heures o l'on essaye de faire grand sont rares et courtes1 et il y a des curs qui n'y aspirent jamais4 ,du reste1 quelles que soient les tendances intrieures de l'esprit1 la plus grande partie de l'existence des individus normaux s'coule en contact avec les autres hommes4 ,nous avons besoin les uns des autres1 et sommes1 par consquent1 les uns pour les autres1 des sources constantes de peines ou de joies4 ,les tres absolument indpendants1 qui n'appartiennent aucune communaut1 qui ont secou le joug de la famille1 se trouvent1 eux aussi1 sauf quelques cas de misanthropie accentue1 dans les mmes conditions4 ,il faut tre arriv un haut degr d'volution et se trouver en communion intime et permanente avec ,dieu et les amis invisibles1 pour ne plus souffrir des variations d'humeur des autres hommes1 pour supporter avec srnit et indulgence leurs torts et leurs dfauts4 ,mais ce sont l des situations mentales fort rares et la plupart des tres se replient douloureusement aux contacts dsagrables et s'panouissent aux contacts affectueux1 encourageants et doux444 ,aussi1 en rflchissant ce que l'on peut pour ou contre le bonheur d'autrui1 on se sent cras et l'me se met trembler4 ,si nous pouvions procder un minutieux examen rtrospectif de toutes les phases de notre existence passe1 de nos douleurs et de nos joies1 des pas en avant et des pas en arrire qui ont avanc ou retard notre marche1 et des tendances imprvues qui1 pendant une courte dure1 ont sembl s'veiller en nous2 si nous nous rappelions les arrts et les progrs subits de notre dveloppement intellectuel et moral1 les jours de courage et les jours de dcouragement qui se sont succd sans cause apparente et ont1 tour tour1 lev ou abaiss la temprature de notre vie intrieure1 nous nous rendrions compte de l'influence que les penses et les paroles de notre prochain ont eue sur les oscillations de notre tre4 ,les hommes subissent l'impulsion de forces diverses d'action et de raction3 celles des puissances invisibles1 celles de leur propre ego1 celles des existences antcdentes qu'ils ont peut-tre vcues1 celles de l'atavisme et celles enfin de leur prochain4 ,ces dernires sont les plus facilement ralisables et analysables4 ,parents1 instituteurs1 amis1 indiffrents1 tous ont une part dans nos plaisirs et nos tristesses4 ,les premiers dirigent nos vies2 les seconds1 nos penses1 par les livres qu'ils nous font lire2 les troisimes notre sentimentalit2 les derniers reprsentent l'opinion publique qui exerce galement une action considrable sur notre orientation morale4 ,du jour de sa naissance au jour de sa mort1 l'homme est donc la proie des autres4 ,si le cercle des influences qu'il subit est restreint1 elles n'en sont que plus profondes et actives4 ,s'il est plus tendu1 elles sont indirectes1 complexes et moins reconnaissables1 mais tout aussi relles4 ,dans la formation de notre esprit et les vicissitudes de notre vie1 la part des autres est immense1 sans que nous nous en rendions nettement compte4 ,ceux qui chappent la domination de leur entourage subissent l'influence du prochain par les courants de la pense gnrale1 auxquels nul ne peut se soustraire compltement4 ,les plus farouches dfenseurs de leur indpendance dpendent1 eux aussi1 d'autrui1 pour certains de leurs plaisirs et de leurs chagrins1 moins qu'ils n'aient russi supprimer dans leur tre toute sentimentalit et toute sensualit4 ,l'affirmation de ce que les autres peuvent pour ou contre nous est indniable1 et pourtant la proposition contraire est vraie galement3 le bonheur et le malheur de l'homme rsident surtout en lui-mme4 ,et cela1 non seulement en raison des satisfactions que lui donnent la richesse ou la pauvret de sa vie intrieure et ses communications avec le divin1 mais parce qu'il peut apprendre1 par la culture d'une certaine philosophie1 jouir des rayons de chaleur qu'irradie la sympathie humaine et opposer aux vents glacs de l'hostilit une cuirasse d'indulgence1 de patience et de froideur4 ,au contraire1 s'il se laisse aller au pessimisme et la violence de ses impressions1 il contribue augmenter1 jusqu' l'invraisemblable1 la somme de souffrances que lui cause autrui4 ,en rsum1 l'homme est en grande partie l'artisan de sa propre destine1 mais cependant l'influence du prochain sur son bonheur1 son malheur et l'orientation morale de sa vie est immense et dcisive4 ,il croit y chapper en s'enfermant avec ses livres et ses souvenirs4 ,mais que sont les livres8 ,les penses des autres4 ,que sont les souvenirs8 ,le rappel des jours passs avec les autres1 des peines et des satisfactions qu'ils nous ont donnes4 ,l'homme ne pourra donc assurer ses joies possibles et chapper aux douleurs inutiles qu'en modifiant ses rapports avec ses semblables4 99 99 99 99 99 ,quelles que soient les amliorations qu'il est possible d'esprer dans les relations des hommes entre eux1 il y a videmment des sries de douleurs auxquelles l'tre humain ne pourra jamais chapper3 la pauvret1 la maladie1 la mort6 ,souvent les uns et les autres sont provoqus ou prcipits par les efforts d'autrui4 ,il est certain1 cependant1 qu'indpendamment des mauvaises volonts humaines1 l'homme est destin souffrir et voir souffrir1 mourir et voir mourir1 ce qui suffit rendre sa destine tragique4 ,le stocisme ou la rsignation peuvent lui apprendre souffrir avec fermet1 sans se plaindre2 mais voir souffrir ceux qu'il aime1 rien ne pourra lui enseigner le supporter sans un intolrable dchirement d'me4 ,il est presque plus facile de voir mourir4 ,sans arriver accueillir la mort des siens avec des manifestations de joie1 comme le faisaient1 parat-il1 les anciens gyptiens1 les curs trs pieux trouvent dans la conviction profonde du revoir certain et de l'entre des disparus dans la vie bienheureuse1 une consolation la sparation momentane4 ,pour eux les morts ne sont pas des absents1 ils sont des invisibles4 ,aucune esprance ne vient par contre adoucir l'angoisse cause par la souffrance des vivants que nous aimons2 elle broie le cur1 et le plus ferme esprit ne parvient pas l'touffer4 ,tant qu'il s'agit de lutter1 de disputer la pauvret1 l'insuccs1 la maladie1 des tres chers1 avec l'espoir de russir1 une force soutient2 mais devant l'irrmdiable1 la liqueur amre se boit jusqu' la lie et une intolrable sensation d'impuissance torture l'me4 ,les curs vaillants parviennent opposer le stocisme leurs souffrances personnelles1 mais ils ne les sentent que davantage peut-tre1 car la douleur qui ne s'extriorise pas1 creuse en profondeur4 ,tous d'ailleurs ne sont pas des curs vaillants2 ceux-ci mme sont trs rares4 ,la seule ide de la maladie terrorise certaines mes1 et elles ne voient dans la mort que la reine des pouvantements4 ,ces mes tremblantes n'hsitent pourtant pas causer des tres destins1 eux aussi1 la souffrance1 la maladie1 la disparition1 un surcrot de chagrins dprimants1 rongeants1 inutiles444 ,il y a quelque chose la fois de tragique et de puril dans les peines que nous nous infligeons les uns aux autres1 sachant que nous sommes tous des condamns mort qui ne peuvent tre srs du lendemain4 ,vivre pour soi1 ne pas compter sur les autres1 se renfermer dans les satisfactions gostes1 reprsente pour beaucoup d'esprits la suprme sagesse4 ,ils se croient indpendants1 et ils sont d'autant plus esclaves2 car1 mme pour les plus personnels et matriels plaisirs1 le concours d'autrui est indispensable1 sous quelque forme que ce soit4 ,les joies de l'ambition satisfaite dpendent de l'admiration des autres2 celles de l'amour1 de la tendresse ou de la complaisance des autres2 celles du confort1 de l'intelligente organisation du travail des autres1 et ainsi de suite1 indfiniment4 ,nous ne pouvons chapper ces contacts et cette dpendance4 ,ceci tabli et constat1 les ducateurs intelligents devraient se proccuper de diminuer les souffrances humaines1 en veillant les consciences sur ce point spcial1 en forant l'homme reconnatre l'norme responsabilit qui lui incombe dans les peines qui attristent le monde4 ,le jour doit arriver o tout tre sincre et non mchant apportera le mme soin ne pas tre un faiseur de peines qu' ne pas commettre une action reconnue malhonnte ou violemment cruelle4 ,la proccupation de ne pas aggraver les malheurs d'autrui se borne forcment l'entourage direct2 l'homme ne peut envisager beaucoup au del la rpercussion de ses actions4 ,cependant1 le moindre mouvement accompli ayant une influence indirecte et indtermine sur le mouvement gnral1 le bien qu'on fait quelqu'un peut avoir pour rsultat le malheur d'un inconnu4 ,c'est pourquoi ,renan raconte1 dans ses ,souvenirs1 qu'il tait arriv la dtermination de ne jamais recommander personne1 de crainte de commettre une injustice4 ,mais en poussant cette thorie l'extrme1 on arrive au plus effroyable gosme1 sans rtablir le rgne de l'quit4 ,l'homme est1 aujourd'hui encore1 un tre extrmement limit1 et peut-tre le restera-t-il toujours2 la sphre o il agit directement est fort restreinte4 ,sa pense seule peut dpasser les bornes de l'horizon que ses yeux peroivent1 et se rpandre au loin4 ,mais1 pratiquement1 il n'a gure pour prochains que ceux dont la vie se mlange la sienne par la famille1 par l'amiti1 par les intrts communs4 ,s'il se donnait comme devoir1--sans se dsintresser des grandes proccupations humaines1--de ne pas rendre malheureuses1 par sa faute1 les existences qui dpendent de lui1 un pas immense serait fait1 et une bonne partie des peines sous lesquelles succombent les habitants de la terre1 s'allgerait merveilleusement4 ,mais comment amener les hommes cette rsolution1 ceux surtout dont l'ducation n'est plus refaire et qui ont vcu jusqu'ici parfaitement insouciants des consquences de leur caractre et de leurs faons d'agir8 ,la plupart mme n'ont jamais pens aux dommages qu'ils ont causs4 ,quelques rares mes dlicates et sensibles sentent seules le scrupule d'avoir afflig1 dcourag1 froiss444 ,les autres foulent d'un pied paisible les petites fleurs qui croissent sur le sentier o elles marchent2 leurs mains brutales cornent et brisent ce qui passe leur porte1 et elles cartent avec une ddaigneuse indiffrence les obstacles qui les gnent4 ,les violents1 les maussades1 les injustes1 les jaloux torturent la vie des autres1 sans presque en avoir conscience1 tellement il est admis que l'on peut avoir un dtestable caractre sans risquer la msestime4 ,or1 c'est l le point sur lequel la mentalit humaine doit se transformer4 ,les dfauts de caractre mritent d'tre considrs comme des tares morales1 et jugs comme tels4 ,l'opinion publique est seule capable de produire ce mouvement de pense2 l'essentiel est d'tablir un courant1 pour faible qu'il soit2 il s'largira ensuite et dominera les esprits4 ,lorsqu'il sera admis que tourmenter son prochain quivaut le dpouiller de sa bourse1 les gens ne lcheront plus aussi facilement la bride leurs tendances irritables1 imprieuses1 intolrantes et injustes4 ,certains tres s'arrogent le monopole de cette licence et en tirent mme une sorte d'orgueil trange qu'ils dcorent du nom de courage ou de franchise1 et peut-tre sont-ils de bonne foi6 ,mais cette bonne foi est base sur une telle erreur de jugement1 qu'on ne peut en tenir compte4 ,la formation d'une opinion publique sur cette matire est donc le seul remde aux maux varis que les hommes se causent entre eux4 ,il est ncessaire d'tablir des courants de pense en ce sens1 et tous doivent s'y essayer4 ,l'analyse des sentiments et des mobiles qui poussent les gens se tourmenter les uns les autres est le premier pas faire dans cette voie2 le second est de leur ouvrir les yeux sur les consquences1 souvent dsastreuses1 de leurs actes et de leurs paroles4 ,il faut1 en somme1 que l'tre humain devienne conscient1 l'inconscience tant le grand obstacle son volution4 99 99 99 99 99 ,mais1 dira-t-on1 il est parfois utile de faire souffrir pour former les caractres4 ,en vitant toujours de causer de la peine autrui1 on risque de perdre toute influence moralisatrice1 de provoquer un amollissement gnral des facults1 et surtout des facults de raction si ncessaires la sant physique1 intellectuelle et morale des individus4 ,la souffrance est bonne444 ,pour ce qui est du dernier argument on peut se tranquilliser1 la souffrance ne manquera jamais1 la ,providence ou la destine se chargeant toujours de nous la faire connatre4 ,mais la premire partie de l'objection est juste3 il faut savoir1 dans l'ducation1 toucher et blesser certains sentiments1 les faire saigner mme1 et viriliser les caractres en leur imposant l'effort1 le renoncement1 le travail1 toutes choses qui1 au moment mme1 ressemblent trangement des peines4 ,les enfants ont ce sujet des perceptions tonnamment justes4 ,ils prfrent presque toujours les parents svres ceux qui ne le sont pas1 pourvu qu'ils dcouvrent1 sous leur rigueur apparente1 un esprit de justice et de bont4 videmment un pre1 une mre qui1 pour viter une contrarit leurs enfants1 leur permettent de se lever tard1 de ngliger leurs tudes et de consacrer leurs forces au plaisir1 sont leurs pires ennemis4 ,par une indulgence purile et une faiblesse inintelligente1 ils risquent d'endommager l'avenir de leurs fils et de leurs filles de faon irrmdiable2 ils mritent donc d'tre placs parmi les pires faiseurs de peines4 ,mais tout raisonnement suppose une intelligence capable de le comprendre4 ,la vrit la plus vidente1 sottement applique1 peut avoir des rsultats pires que le mensonge4 ,ainsi la nourriture est indispensable la vie1 l'air1 au fonctionnement des poumons2 mais gaver un enfant d'aliments1 ou l'exposer un vent du nord glac1 pendant des heures entires1 est atteindre un but contraire celui que l'on se propose4 ,il en est ainsi de la trop grande complaisance4 ,vouloir carter de ceux qu'on aime les difficults vaincre et les occasions d'effort1 est le plus mauvais service leur rendre1 surtout s'il s'agit d'enfants et de jeunes gens4 ,il faut1 au contraire1 inventer les obstacles1 si les conditions de la vie n'en fournissent pas4 ,telle parole incisive1 tel blme svre sont comme le sel qu'on mle aux aliments2 ils servent de stimulant4 ,ne pas savoir1 l'occasion1 causer volontairement un moment de peine1 serait mal aimer ou montrer une dplorable absence de comprhension4 ,mais entre une critique mrite1 destine produire un effet salutaire1 et des paroles malignes1 reflet de sentiments injustes1 jaloux1 ou pis encore1 aucune comparaison ne peut s'tablir4 ,la premire est semblable au remde qui gurit1 mme si le got en est cre2 les secondes sont des liqueurs qui empoisonnent4 ,on objectera encore que telles personnes1 capables de formuler les plus dures vrits1 ont t des sonneurs de cloches efficaces4 ,que d'mes rveilles par ces langues acerbes6 ,jamais un doux berger n'aurait eu cette influence4 ,c'est qu'il y avait en ces hommes1 aux paroles brusques et svres1 l'toffe d'un aptre1 et qu'ils s'exprimaient en mots cinglants1 emports par leurs convictions et non par un esprit de mchancet1 d'intolrance ou d'injustice4 ,il est certain1 du reste1 que leur influence dpendait de la valeur et de la force de leur caractre et non des formes brusques et dures dont ils enveloppaient leurs enseignements et leurs blmes4 ,avec plus de douceur et d'indulgence1 le mme effet aurait t produit1 peut-tre mme un effet meilleur4 ,en quelques cas1 en certaines circonstances1 avec les natures molles et lthargiques1 il est possible que la violence soit ncessaire pour veiller les consciences4 ,elles ont besoin de l'effet physique produit par la voix irrite1 les paroles rudes et les manires brutales4 ,le fait se vrifie surtout avec les enfants4 ,plus tard1 l'esprit critique s'tant dvelopp chez l'individu1 la boursouflure dans les reproches en dtruit l'efficacit4 ,de toutes faons1 une dmarcation nette doit tre tablie1 ds le dbut1 entre les faiseurs de peine par altruisme et conscience et les faiseurs de peine par gosme et inconscience4 ,les premiers savent ce qu'ils font1 mme s'ils se trompent dans la forme qu'ils emploient2 les seconds sont semblables des aveugles1 qui mettent le feu partout o ils passent1 sans discerner les dsastres dont ils sont cause4 ,ces criminels sans le savoir sont les plus plaindre des hommes1 car ils risquent de se trouver devant l'irrparable1 le jour o ils ouvriront les yeux la vue nette des responsabilits qu'ils ont encourues4 ,,chapitre ,,ii ,,criminels ,,inconscients ,srement si les cratures vivantes pouvaient voir les consquences de toutes leurs mauvaises actions444 elles s'en dtourneraient avec horreur4 ,,imitation ,,de ,,boudha4 ,ernest ,renan s'exprimait peu prs en ces termes1 en parlant de l'ducation religieuse3 ,nos enfants ont t levs sous l'influence de l'ombre du christianisme1 mais qu'en sera-t-il de nos petits-enfants8 ,ils n'auront plus que l'ombre d'une ombre3 or1 c'est bien mince6 ,nous en sommes maintenant cette ombre d'une ombre1 et c'est bien mince1 en effet6 ,cependant1 dans certaines classes sociales1 l'instruction religieuse se donne encore par conviction ou par convenance1 et l'on enseigne le dcalogue aux jeunes gens et aux enfants4 ,mais la plupart sont disposs penser1 comme d'ailleurs le faisaient leurs pres1 qu'une partie des dix commandements ne les regarde point1 ceux surtout qui dfendent le vol et le meurtre4 ,les personnes qui les instruisent les forcent s'y arrter1 leur dmontrant qu'on peut voler son prochain sans lui drober apparemment aucun objet matriel1 en diminuant injustement sa rputation1 en dnigrant ses capacits1 en lui faisant perdre du temps lorsqu'il vit de son travail1 en retardant les payements qui lui sont dus1 en essayant d'obtenir des rabais exagrs sur le prix des objets qu'on lui achte4 ,les exemples peuvent se multiplier l'infini1 et tous reprsentent des vols1 inconscients peut-tre1 mais non moins rels et pernicieux dans leurs effets4 ,quand il s'agit du3 ,tu ne tueras point1 les instructeurs sont plus embarrasss et moins clairs4 ,toute pense de haine1 disent-ils1 impliquant le dsir de la disparition de l'ennemi ou du gneur qui encombre notre route1 peut tre assimile l'homicide4 ,mais si l'on tue plus souvent par la pense que par le poignard ou l'arme feu1 ces lans meurtriers sont toutefois assez rares1 et s'ils rvlent des curs violents1 rancuniers1 intresss1 ils sont du moins nuls dans leurs effets1 car ceux que l'on occit en esprance sont d'ordinaire les plus rebelles quitter le monde d'o l'on voudrait les exclure4 ,des faons de tuer bien autrement relles et sres peuvent tre cites3 un fils qui triche au jeu1 une fille qui se dshonore1 amnent ou prcipitent la mort de leurs parents4 ,certaines cruelles trahisons d'amour ont parfois aussi le mme rsultat4 ,l'associ infidle qui ruine l'ami confiant est souvent la cause directe de la maladie qui emporte celui-ci4 numrer les occasions tragiques o l'homme est responsable d'avoir abrg les jours de son semblable serait trop long4 ,les cas extrmes que je viens de citer sont rares cependant4 ,la plupart des gens honntes ou appels tels n'ont ni dshonneur1 ni trahison1 ni ruines se reprocher4 ,ils vont de l'avant dans la vie1 la conscience sereine1 certains de n'avoir pas manqu au sixime commandement et1 si on le prononce devant eux1 ils relvent vertueusement le front4 ,cet ordre1 qu'ils n'ont jamais enfreint1 ne les regarde pas2 il s'adresse ceux que la police traque ou que les prisons abritent4 ,cette parfaite tranquillit d'esprit est-elle justifie8 ,sommes-nous rellement certains que ces paroles ne nous regardent pas et que1 s'adressant un peuple entier1 ,mose1 sous l'inspiration divine1 ait prononc des paroles inapplicables la plupart des hommes8 ,il est probable1 au contraire1 que les ordres donns l'taient pour tous1 s'adossaient tous1 correspondaient des tentations et des possibilits communes tous4 ,il y a dans la vie humaine1 comme je l'ai dit dj#b1 un ct grave dont on a rarement conscience4 ,si l'on s'en rendait nettement compte1 l'orientation de l'existence serait diffrente4 ,j'entends parler de la porte qu'ont les actes1 les paroles et1 qui sait8 mme les penses personnelles4 ,n'est-il pas effrayant que tout ce que nous disons ou faisons ait une rpercussion immdiate qui influe sur notre propre destine et sur celle d'autrui8 ,c'est dans le fait de cette rpercussion qu'il faut chercher en quoi le sixime commandement regarde tous les hommes1 et pourquoi ils sont dans l'erreur en voulant l'appliquer une seule catgorie d'individus4 #b ,voir le chapitre3 ,faiseurs de peines4 99 99 99 99 99 ,quelle que soit la forme des doctrines religieuses1 philosophiques ou positivistes qui gouvernent les vies1 certaines notions sont communes tous les hommes4 ,la nature1 l'hrdit et l'influence des milieux sont la cause de ces analogies4 ,en tout cas l'on peut affirmer que tous les tres crs souffrent des mmes peines4 ,quelquefois leurs joies sont diverses1 mais la douleur les assimile les uns aux autres4 ,comme la mort1 elle est le grand niveleur1 et la garde qui veille aux barrires du ,louvre n'en dfend pas nos rois4 ,la mme qualit de larmes rougit les yeux des misrables et des puissants1 et leurs curs se serrent de la mme faon1 sous l'treinte de la souffrance4 ,nous pouvons donc tous mesurer ce qu'elle reprsente pour autrui1 et nous rendre compte des ravages qu'elle produit dans l'organisme physique4 ,si rellement l'on doit trouver dans l'au-del un rgne de justice o toutes les actions secrtes des hommes et tous les effets de ces actions seront pess une juste balance1 il y aura de singulires surprises4 ,parmi les meurtriers que ,dante a placs dans le septime cercle de l'enfer1 au milieu d'une rivire de sang bouillant3 ,lungo la proda del bollo vermiglio ove i bolliti faceano alte strida1 nous verrons peut-tre surgir des figures que nous n'aurions jamais suppos devoir faire partie de la sinistre cohorte4 ,et si le grand pote demandait entendre le rcit de leurs fautes1 ces damns ne pourraient plaider ni la passion folle1 ni la jalousie aveuglante1 ni l'ambition effrne1 car c'est inconsciemment qu'ils ont t assassins4 ,mais jusqu' quel point l'homme de notre poque a-t-il le droit de se dclarer inconscient1 de plaider l'ignorance et de dcliner les responsabilits qui lui incombent8 ,son premier devoir d'tre civilis n'est-il pas justement de savoir ce qu'il fait1 d'tre conscient de ses actes et de leurs consquences8 ,il y a videmment des peines involontaires dont nul n'est responsable et des peines salutaires#c qui sont un devoir4 ,cependant qui de nous est certain de n'avoir jamais fait souffrir sciemment et inutilement les tres dont l'existence se trouve mlange la ntre1 et d'avoir ainsi abrg des vies8 ,en certains cas1 ces peines furent passagres1 et le repentir de ceux qui les provoqurent en a effac la trace et le souvenir4 ,mais il y a des individualits qui s'arrogent le droit1 avec suite et persvrance1 de causer les pires souffrances ceux qui ne leur ont point fait de mal4 ,sans parler du dshonneur1 de la ruine et des catastrophes innombrables que certaines cratures malfaisantes provoquent autour d'elles1 il y a des formes infinies de chagrins usants que les hommes se donnent les uns aux autres1 sans mme avoir pour excuse la loi de la conservation1 cette loi infrieure et cruelle1 derrire laquelle s'abritent les gosmes effrns4 ,on peut ramener1 il me semble1 la plus grande partie de ces peines inutiles la formation incomplte des caractres et l'habitude de ne pas tenir compte des impressions que nos actes et nos paroles produisent sur les sentiments d'autrui4 #c ,voir le chapitre3 ,faiseurs de peines4 99 99 99 99 99 ,l'augmentation croissante des suicides est un fait indniable et gnral4 ,les causes qui les provoquent1--sauf dans les cas passionnels1--ne sont plus tout fait les mmes qu'autrefois4 ,ainsi les suicides pour chapper au dshonneur ont diminu1 et ceux pour chapper la maladie et la misre ont quintupl au moins4 ,le phnomne s'explique aisment4 ,le mot honneur est compos des mmes lettres1 mais sa signification a vari1 et ses limites se sont tonnamment largies2 ce n'est plus l'le escarpe et sans bord o nul ne pouvait rentrer quand il l'avait quitte1 c'est une plaine qui s'tend l'infini et dont on ne discerne plus nettement les bornes4 ,par consquent1 la crainte d'en tre expuls a cess peu prs d'inquiter les consciences4 ,d'autre part1 la rsignation tant dsormais considre par les coles modernes comme la vertu des faibles et des incapables1 la plupart des gens ont honte de la pratiquer4 ,et lorsque les nuages s'amoncellent1 ils s'enfuient de la pauvret et de la souffrance1 en se jetant dans la mort4 ,ceux qui ont dsappris aux mes la beaut et la grandeur de la patience auraient d prvoir ce que cette doctrine provoquerait de dsesprance chez les malheureux1 dsesprance que les meilleures lois sociales ne guriront pas1 car les souffrances physiques et morales chapperont toujours leur contrle4 ,peut-tre ces contempteurs de la rsignation ont-ils1 au contraire1 prvu le rsultat de leurs leons et estiment-ils que les tres inutiles la socit font bien de se supprimer8 ,en ce cas ils ne mriteront pas une accusation de lgret4 ,il faut mme reconnatre qu'ils n'ont pas travaill en vain et que leur influence sur les mes a t relle4 ,la responsabilit d'une autre catgorie de suicides1 assez frquente de nos jours1 et qui a pour cause les chagrins domestiques1 peut en partie leur tre attribue galement4 ,les trahisons conjugales ne se cachent pas sous cette dnomination 7ayant leur rubrique spciale72 il s'agit simplement des tortures que les membres d'une mme famille s'imposent les uns aux autres et qui1 parfois1 produisent des exasprations telles1 que les victimes de ces misres prfrent en finir avec la vie plutt que de continuer les supporter4 ,le ddain ouvertement exprim pour la patience et la rsignation contribue1 certes1 ces accidents1 mais d'autres facteurs entrent galement en jeu1 et ce sont le manque de contrle sur soi-mme et l'irascibilit qu'on ose aujourd'hui taler impudemment en les dcorant du nom de nervosit3 ,dans ma jeunesse1 la neurasthnie s'appelait mauvais caractre1 disait une femme au franc parler4 videmment elle avait le tort de trop gnraliser1 mais un fond de vrit ornait ses paroles4 ,que de choses appeles honteuses autrefois et que1 sous le nom de nerfs1 on se pardonne aujourd'hui avec une aisance tonnante4 ,accuser quelqu'un d'impatience1 d'irritabilit1 d'injustice et mme de mauvaise foi n'est plus une injure3 ,ce sont les nerfs1 rpond-on1 et ce mot magique explique et excuse tout4 ,chacun se sent devenir irresponsable1 car ces nerfs-l1 chacun les a1 chacun serait tent par moment de leur lcher la bride4 ,une certaine raction contre l'importance excessive donne aux dsordres nerveux commence se manifester dans le monde mdical1 et d'autres moyens de cure que la complaisance1 dont les spcialistes ont us jusqu'ici1 sont prconiss4 ,on essaye1 par l'ducation de la raison1 de dmontrer aux malades que l'tat de leurs nerfs dpend en grande partie de l'tat de leur esprit1 et que c'est celui-ci qu'il faut gurir4 ,mais aprs avoir persuad aux gens qu'ils ont un systme nerveux dtraqu1 il est excessivement difficile de les convaincre que la gurison dpend d'eux-mmes4 ,leur amour-propre se met de la partie1 car ils sont devenus intressants leurs propres yeux1 regrettent leur situation de sujets pathologiques et n'prouvent aucun dsir de redevenir responsables de leurs propres actes4 ,le phnomne est singulier1 mais trs rel4 videmment on se sent humili des maladies enlaidissantes1 rpugnantes et qui mettent des entraves aux jouissances2 mais si la vanit et le plaisir n'en souffrent pas1 certaines gens trouvent une sorte de satisfaction orgueilleuse parler de leurs maux4 ,le personnage de ,dickens1 qui tait si dmesurment fier de la frle sant de sa femme1 n'est1 comme toutes les caricatures1 qu'une exagration de la vrit4 ,le nervosisme n'a pas cr les dfauts par lesquels les hommes de tout temps se sont fait souffrir les uns les autres1 mais il les a aggravs1 leur a fourni le prtexte de s'taler avec impudeur2 en mme temps1 il diminuait les qualits d'endurance4 ,de l un malaise gnral2 les nerfs des uns ne veulent plus supporter les nerfs des autres2 ,x se laisse aller son irascibilit1 et ,z se rvolte contre les faons dsagrables qu'il avait jusqu'ici supportes avec patience4 ,un examen de conscience s'imposerait tous1 car tous1 plus ou moins--sauf quelques lumineuses exceptions--font souffrir et souffrent4 ,or1 ces souffrances sont inutiles et pourraient tre1 en partie du moins1 limines1 si la proccupation de ne pas tre des faiseurs de peines pntrait les esprits1 et si chacun apprenait mesurer ses responsabilits4 ,le mauvais caractre d'un membre d'une famille n'amne pas ncessairement le suicide des autres1 mais il dcolore leur existence et peut acclrer le dveloppement des maladies dont ils portent le germe4 ,dans beaucoup de cas1 il prcipite les morts4 ,les organisations sensibles1 fires et dlicates1 les curs profonds sous une apparence brusque1 les tres de bonne foi et de justice sont ceux qui souffrent davantage des contrarits de la vie domestique4 ,ils ont le besoin intense d'un centre d'harmonie et de paix o se reposer des luttes extrieures1 et ne savent se rsigner ne pas le trouver sous leur toit4 ,le regret les ronge et les rend moroses1 ternes1 dcourags4 ,ils contribuent ainsi alourdir l'atmosphre morale de la famille4 ,d'abord victimes1 ils finissent par devenir bourreaux1 tellement l'humeur chagrine est une maladie contagieuse4 ,le prince de ,bismarck a dit1 je ne sais o1 que les gens de bonne humeur avaient toujours raison4 ,en tout cas1 les grognons ont toujours tort4 ,comme il suffit d'une brebis malade pour empoisonner un troupeau1 il suffit d'un caractre chagrin pour gter tous les autres1 c'est la trane de poudre4 ,la minute d'avant1 on riait2 le fcheux entre1 et au bout d'un instant chacun boude6 ,ces effets dsastreux se manifestent surtout dans les familles1 parce que la gne en est bannie et que1 s'aimant davantage1 on est plus sensible aux procds dsagrables4 ,et puis c'est l'histoire de la goutte d'eau qui1 tombant chaque jour1 finit par creuser le sol4 ,telle attitude1 prise fortuitement dans le monde par un indiffrent1 froisse sans affliger1 mais de la part d'une mre1 d'une femme1 d'un frre1 d'un mari1 elle blesse aux points sensibles du cur4 ,est-ce dire que la vie de famille nous expose des expriences douloureuses auxquelles nous chappons ailleurs8 ,il est impossible de le nier1 et cependant la famille est encore ce que l'on a invent de mieux en ce monde1 et ceux qui voudraient la dtruire n'y parviendront pas4 ,on pourra la dissoudre1 elle se reformera fatalement4 ,la supprimer serait priver l'homme de tout appui et de toute consolation4 ,mais la rendre douloureuse1 comme le fait notre manque d'altruisme1 c'est la forcer dvier de sa mission vritable1 qui est d'tre un abri1 une cole et un but4 ,comment concevoir une humanit sans famille8 ,les hommes ne seraient plus que des voyageurs solitaires1 passant d'un htel l'autre1 n'appartenant personne1 sans devoir1 sans responsabilits1 ne connaissant que la joie de contacts passagers1 d'o natra peut-tre une autre crature solitaire1 dont l'tat s'emparera et qu'il lancera ensuite dans l'existence1 sans le souvenir d'un pass1 sans l'esprance d'un avenir4 99 99 99 99 99 ,les tres brutaux et violents1 mchants mme1 ne sont pas toujours ceux qui enveniment davantage la vie de famille4 ,les caractres injustes et de mauvaise foi--l'un ne va gnralement pas sans l'autre--causent des misres plus profondes1 et le mal qu'ils font est autrement subtil et dangereux4 ,l'affirmation paratra paradoxale et ne l'est pas4 ,d'abord les premiers sont rarement aims ou cessent promptement de l'tre1 et leurs actes ne produisent souvent que des effets extrieurs2 ils donnent des coups de poing qu'on peut rendre ou dont on peut gurir4 ,les seconds versent un poison lent qui tue4 ,certaines natures ne souffrent que faiblement de l'injustice ou de la mauvaise foi de leur entourage2 tout glisse sur elles1 pourvu que leurs intrts ou leurs plaisirs ne soient pas compromis4 ,pour les tres droits et sensibles1 au contraire1 tout contact avec ces deux forces dissolvantes reprsente une torture qui les exaspre et les humilie4 ,on m'a accus de juger svrement les femmes1 et certains passages d',ames dormantes m'ont valu des reproches de la part de celles qui1 reconnaissant leurs propres mrites1 trouvaient mes rflexions dplaces4 ,d'autres1 au contraire1 mes admirables et droites1 se sont montres d'une humilit touchante1 me reprochant de n'en avoir pas dit assez sur les lacunes de l'esprit fminin4 ,je crains1 cette fois-ci encore1 d'veiller des susceptibilits en osant prtendre qu'au point de vue de l'injustice1 les femmes rendent des points l'autre sexe4 ,c'est surtout dans la famille que ce manque d'quit se manifeste4 ,l'homme ayant au dehors de nombreux champs d'action et d'volution1 se complat parfois1 chez lui1 au rle de bon juge4 ,la mre1 l'pouse1 la sur y prtendent rarement4 ,dites un homme qu'il est injuste1 il s'offense4 ,retournez l'accusation contre la femme1 elle ne se rvolte pas1 elle sourit parfois mme avec complaisance4 ,les scrupules ne l'arrtent gure dans ses aveugles prfrences ni dans ses apprciations fausses4 ,elle estime que de ne pas avoir se soucier de ce qui est juste1 reprsente un des privilges de son sexe444 ,les femmes sincrement chrtiennes et les femmes intellectuellement suprieures ne tombent pas dans cette basse erreur4 ,elles se croient dignes d'aspirer la justice1 et l'accusation d'y manquer les blesse autant que l'homme4 ,mais tout ce qui est haut est rare4 ,pour qu'il y ait un changement dans les conditions psychologiques de l'humanit1 il faudrait que certaines habitudes morales s'tablissent sur le terrain commun4 ,il ne sera possible d'y arriver que par l'ducation et l'influence de l'opinion publique1 lorsque celle-ci se reformera sur des bases nouvelles4 ,quand l'injustice nous touche directement et lse nos intrts1 nous nous rvoltons1 nous nous indignons1 mais notre plus fine substance n'est pas seule touche4 ,d'autres lments s'y mlangent1 et les sentiments qui nous agitent sont tellement imprgns de colre et de rancune personnelle1 que le sens de l'quit blesse se fait moins sentir4 ,c'est lorsque les actes1 les paroles et les penses injustes ne sont pas dirigs contre nous1 mais contre autrui1 que nous connaissons1 dans toute son intensit1 cette souffrance spciale1 intolrable aux mes droites4 ,l'injustice vis--vis des enfants est la plus inique2 ils ne peuvent se dfendre et ne se rendent mme pas compte de ce qui les fait souffrir2 on voit passer dans leurs yeux une surprise1 une dtresse qui angoissent le cur4 ,dans la jeunesse1 l'effet des injustices subies est moins mouvant1 mais plus dangereux2 il aigrit1 endurcit et souvent dprave les mes4 ,il loigne de la famille1 prmaturment1 ceux qui auraient encore besoin d'tre guids par elle2 il dpose dans les jeunes esprits des germes de dfiance et de rancune qui ne s'liminent jamais4 ,un fils1 une fille1 qui voient l'un de leurs parents victime de l'injustice de l'autre1 en sont plus frapps que s'il s'agissait de torts plus graves qui se dissimulent mieux et heurtent moins au fond4 ,si encore on parvenait dmontrer leurs torts aux tres injustes1 une sorte de soulagement s'ensuivrait4 ,mais on n'y parvient jamais1 souvent parce qu'ils sont inconscients1 et presque toujours parce qu'ils sont de mauvaise foi vis--vis d'eux-mmes et des autres4 ,il est rare que la mauvaise foi ne soit pas allie l'injustice2 elles marchent presque toujours de conserve1 l'une appuye sur l'autre4 ,de la famille o elles s'exercent journellement1 ces deux surs perverses s'tendent tous les rapports sociaux1 qu'elles gtent et attristent4 ,la mauvaise foi est subtile1 s'insinue partout1 mme dans l'amour et aussi souvent dans l'amiti4 ,les relations mondaines en sont satures1 et elle atteint des proportions gigantesques dans la vie publique4 ,le jeu des partis dans le systme parlementaire est bas en grande partie sur la mauvaise foi4 ,cette ncessit de dsapprouver toute noble initiative du parti contraire1 et d'approuver aveuglment les sottises de son propre parti donne aux mes l'habitude de se mentir elles-mmes4 ,les esprits droits tendent ragir contre ce servage politique1 mais au point de vue du systme reprsentatif1 ces vellits d'mancipation morale sont rprouves4 ,sur certaines questions l'on voit aujourd'hui les groupes se dsagrger1 les caractres indpendants se refuser voter contre une motion qui leur parat bonne1 simplement parce qu'elle est prsente par des adversaires4 ,ces symptmes semblent indiquer un avenir meilleur1 o les hommes1 au lieu de se ranger sous un drapeau1 reprsentant des intrts1 se disciplineront sous le joug de principes librement accepts1 dont le but unique sera le bien gnral4 ,que nous sommes loin encore de cette sincrit d'me6 ,dans quels rapports humains la mauvaise foi ne rgne-t-elle pas en matresse8 ,les gens1 en ce monde1 paraissent surtout proccups de se tromper l'un l'autre4 ,de l'homme d'tat1 qui blouit le pays de promesses qu'il sait ne pouvoir tenir1 jusqu'au ngociant1 qui vend des produits falsifis1 et l'ouvrier1 qui fait par calcul un ouvrage sans dure1 pour s'assurer une clientle1 la mauvaise foi s'tale tous les degrs de l'chelle sociale4 ,on le sait3 quelques-uns s'indignent1 d'autres sourient2 mais tant qu'elle ne lse que des intrts matriels1 qu'elle ne se manifeste que dans la vie publique et les rapports extrieurs1 on la supporte et on n'en meurt pas4 ,mais si elle pntre dans l'intimit de notre existence sentimentale1 elle devient1 elle aussi1 tout comme l'injustice1 une cause de mort1 car elle soulve des rvoltes dans la partie la plus dlicate de notre tre4 ,dcouvrir de la mauvaise foi chez ceux que l'on aime1--mme en dehors de l'amour1--est autrement douloureux qu'une injure ou un acte brutal4 ,il est triste de ne pouvoir tabler sur le dvouement d'un frre1 d'une sur1 d'un ami1 mais ne pouvoir compter sur leur bonne foi est plus triste encore4 ,le cur se gonfle d'indignation jusqu' clater et n'a pas la ressource de se soulager par des reproches comme pour un tort tangible1 le caractre de la mauvaise foi tant justement de nuire et d'exasprer1 sans en assumer la responsabilit4 ,des personnes1 qui seraient fort tonnes si on doutait de leur honorabilit1 se permettent de dire les choses les plus blessantes et les plus injustes leur entourage1 de ces choses qui font saigner l'me4 ,puis1 si leur victime essaye de ragir1 elles jouent la surprise1 dclarent qu'elles ne comprennent pas pourquoi on se fche1 que pas une parole1 dont elles aient se repentir1 n'est sortie de leur bouche4 ,et cependant leurs lvres sont chaudes encore des mots incisifs et cruels qu'elles ont prononcs6 ,est-ce lacune mentale ou mauvaise foi8 ,d'autres individualits ont pour systme1 dans une discussion1 de ne jamais tenir compte des arguments de leur interlocuteur1 et reviennent toujours leur point de dpart pour dfendre leur gosme1 imposer des sacrifices autrui ou reprocher des torts qu'on ne leur a pas faits4 ,aucune dmonstration1 aucune explication ne les persuade1 les bonnes raisons n'arrivent pas leur cerveau4 ,du moins elles n'en tiennent aucun compte et1 aprs des heures de discussion1 remettent sur le tapis leurs premiers arguments1 dont la fausset cependant leur a t victorieusement dmontre4 ,ces mmes personnes ont pour systme de ne jamais reconnatre ce qu'on a fait pour elles et ne se souviennent que de ce que l'on a oubli de faire4 ,si l'on s'abaisse rappeler des actes positifs de dvouement accomplis leur gard1 elles regimbent1 vous accusent de leur reprocher les bienfaits reus et dclarent qu'elles n'en avaient nul besoin6 ,tout esprit manquant de droiture est1 par cela mme1 ingrat4 ,or l'ingratitude1 jointe la mauvaise foi et l'injustice1 font tant de mal aux tres sensibles1 que la plupart des maladies de foie et de cur qui1 tout coup1 emportent nombre de gens1 ont t lentement prpares par la tristesse1 l'amertume1 la rvolte qu'prouvent les mes loyales et tendres ces contacts douloureux4 ,les femmes en gnral1--exception faite naturellement des femmes de cur et d'intelligence suprieure1--ont l'habitude de dire du mal des maris1 en tant que catgorie4 ,ils le mritent sur beaucoup de points sans doute4 ,mais il en est cependant de dvous1 de bons1 s'extnuant de travail pour donner du bien-tre leur famille1 qui sont tus lentement par l'ingratitude1 l'injustice et la mauvaise foi de leur femme4 ,celle-ci est peut-tre une trs vertueuse personne1 qui n'a jamais manqu ses devoirs d'pouse1 mais elle se plaint toujours2 elle ne reconnat jamais ce que l'on a fait pour elle2 elle a des caprices constants et une irritabilit chronique4 ,le pauvre homme rentre dans son intrieur o jamais une bonne parole ne l'attend1 o jamais ses oreilles n'entendent un raisonnement juste4 ,s'il est faible et sans principe1 il cherchera des compensations ailleurs1 mais s'il est honnte et affectionn1 il se contentera d'tre malheureux1 de se ronger intrieurement1 et de ces rongements naissent les maladies qui emportent4 ,dans les vies mondaines et les maisons riches1 o les obligations d'une grande fortune finissent toujours par extrioriser forcment les existences1 ces misres morales se sentent moins1 parce que l'on dpend moins les uns des autres4 ,mais dans les milieux modestes et laborieux1 l'homme aurait besoin de trouver dans sa famille1 qu'il soit mari1 pre1 fils1 ou frre1 un abri pour se reposer des luttes de la journe et se prparer celles du lendemain1 un abri o il soit sr de ne pas rencontrer l'injustice1 la mauvaise foi1 l'ingratitude1 ces ennemis qui le guettent chaque instant dans la vie publique4 ,il y a aussi1 bien entendu1 des maris1 des pres1 des fils brutaux1 injustes1 de mauvaise foi et ingrats1--surtout ingrats1--mais1 en gnral1 les torts des hommes prennent d'autres formes1 ils tuent d'une autre faon1 et leurs torts sont plus apparents1 plus grossiers1 plus tangibles444 ,impossible pour ceux-ci de plaider l'inconscience4 ,ainsi on voit des hommes ruiner leur famille par leurs vices1 leur imprudence ou leur faiblesse1 mais1 du moins1 ils ont la responsabilit de ces catastrophes1 puisque l'administration de la fortune est entre leurs mains4 ,pourtant que de fois c'est la femme qui pousse au luxe1 se refuse l'conomie1 ne veut pas sacrifier ses robes et ses colifichets et rend impossible les rformes que le chef de famille voudrait imposer4 ,des statistiques de la criminalit1 il rsulte que les hommes recourent aux moyens violents pour se dbarrasser des femmes1 dans une proportion trs suprieure celle de l'autre sexe2 mais dans la catgorie des empoisonnements1 celui-ci reprend le dessus4 ,il en est de mme pour les torts qui1 sans avoir recours au crime1 amnent la mort des membres d'une famille3 ceux des femmes sont plus subtils1 ils ne frappent ni le regard1 ni le toucher1 ni l'opinion1 et si la loi se mlait de les rechercher1 ils chapperaient son contrle4 ,les hommes prennent leur revanche sur d'autres questions1 car ils sont faiseurs de peines tout autant et mme davantage que les femmes4 ,ainsi dans les malheurs qu'amne l'amour1 leur responsabilit est plus considrable1 et il en est de mme sur beaucoup d'autres points4 ,mais leurs torts1 leurs fautes1 leurs crimes reprsentent1 la plupart du temps1 des ralits positives1 tangibles1 visibles1 dont ils doivent rendre compte4 ,leur injustice1 leur mauvaise foi revtent des formes agressives et brutales et se montrent plus souvent encore dans la vie publique que dans la vie prive1 tandis que la femme1 n'ayant pas cette ressource1 exerce son action seulement dans la famille et dans l'intimit4 ,si la faon perfide de faire souffrir1 o excellent certaines cratures humaines1 excite l'indignation cause des dcouragements douloureux qu'elle provoque et des malheurs qui en rsultent1 une tristesse profonde se joint l'indignation1 car ces cratures ont souvent le cur affectueux2 elles aiment ceux qu'elles torturent1 elles voudraient tre bonnes1 remplir leur devoir1 elles croient le remplir et sont parfois--pas toujours--absolument ignorantes du mal qu'elles causent4 ,lorsque1 dans cette existence ou dans des existences successives1 elles auront dvelopp leur conscience et que l'ducation de leur raisonnement sera faite1 leur rveil sera terrible1 car le mot trop tard est le plus douloureux que les lvres humaines puissent prononcer4 ,trop tard pour tre heureuses elles-mmes1 trop tard pour rendre heureux ceux qu'elles aimaient1 trop tard pour rparer les ravages qu'elles ont produits1 trop tard pour redonner la vie444 ,,chapitre ,,iii ,,galit ,l'il ne peut pas dire la main3 je n'ai pas besoin de toi1 ni la tte dire aux pieds3 je n'ai pas besoin de vous4 ,,saint ,,paul4 ,parmi les faiseurs de peines1 il faut placer au premier rang les utopistes gnreux et fous qui ont jet dans le monde le mot d'galit4 ,ce mot1 qui rpond au besoin de justice qui tourmente les consciences modernes1 a sduit les mes2 pourtant jamais mot n'a contribu davantage dtruire la paix des curs en veillant en eux d'irralisables aspirations4 ,une partie du malaise qui trouble la socit actuelle en procde directement1 car donner pour but aux hommes l'galit1 c'est les placer en face d'une chimre ternellement fuyante4 ,sur quoi se basent1 en effet1 les esprances galitaires qui aujourd'hui soulvent les foules8 ,o que nous regardions1 l'ingalit rgne partout3 dans les uvres de la nature1 les formations humaines1 les infinies varits psychologiques des individus4 ,depuis le commencement des sicles jusqu' maintenant1 sous aucune forme1 l'galit n'apparat dans le monde2 preuve que d'immuables lois s'y opposent4 ,les religions s'en sont si nettement rendu compte qu'elles ne l'ont jamais proclame1 mme au point de vue spcial de la situation de la crature vis--vis du crateur4 ,le christianisme lui-mme1 tout en proclamant que tous les hommes sont enfants de ,dieu1 contredit absolument1 par la doctrine des appels et des lus1 le principe galitaire4 ,pour nous en tenir la religion de l',occident1 il rsulte de l'ancien et du nouveau ,testament que l'ternel n'a pas vis--vis de chacun des intentions identiques1 qu'il emploie des mesures diverses1 qu'il cre des vases d'lection et des vases de perdition4 ,n'est-il pas le potier qui se sert d'lments diffrents pour des fonctions diffrentes et avec lequel nul n'a le droit de contester8 ,les paroles de l'aptre ,paul sont ce sujet nettes et explicites3 ,dieu appelle qui ,il veut1 rejette qui ,il veut1 et pourtant1 tous sont ses enfants1 tous sont gaux devant son amour et sa justice4 ,c'est l le mystre que le sentiment de la solidarit bien comprise tend claircir2 la tte a besoin des bras et les bras1 de la tte4 ,et ce besoin mutuel cre une sorte d'galit entre les membres d'un mme corps2 mais l'ingalit des conditions et des dons durera aussi longtemps que le monde1 et mme peut-tre au-del du monde4 99 99 99 99 99 ,les fondateurs d'tat et les diffrentes civilisations1 s'inspirant des ingalits de la nature1 tablirent des rgimes1 bass sur tant de tyrannie1 d'abus et de criantes injustices1 qu'enfin le cur de l'homme se rvolta4 ,la dclaration1 relativement rcente1 de l'galit de tous devant la loi1 procde de cet clat d'indignation1 si fort chez quelques-uns1 qu'il a cr d'irrsistibles courants et impos dans la lgislation quelques principes base d'quit4 ,on n'est encore qu'au commencement de la route parcourir4 ,de grandes rformes restent accomplir1 et le devoir de tous est de travailler1 mme au prix de graves sacrifices personnels1 acclrer les conqutes de la justice4 ,celles-ci promettent l'humanit un avenir meilleur1 o les revendications seront moins pres1 tant moins justifies1 o les pousses de l'envie s'attnueront1 o1 lorsque surgiront des conflits1 chacun sentira qu'il existe des juges ,berlin1 et une opinion publique intelligente et droite dont les arrts auront moralement force de loi4 ,ce jour est loign encore1 bien que l'aurore en semble proche quelques-uns2 mais que ce rsultat soit atteint longue ou brve chance1 il reprsente la seule victoire contre l'ingalit laquelle l'homme puisse prtendre4 ,le mirage de l'galit des conditions1 qu'on fait miroiter devant les foules1 est aussi dcevant que les plus fausses chimres dont on ait jamais amus l'humanit4 ,autant promettre l'homme de l'empcher de mourir6 ,un mdecin qui leurrerait ses clients de pareille esprance1 passerait pour un charlatan1 un ignorant ou un fou6 ,les prophtes1 annonciateurs d'une socit future dont tous les membres possderont les mmes avantages1 prparent1 ceux qui leur prtent foi1 de terribles dconvenues4 ,en tous cas1 ils dveloppent dans les mes un ingurissable mcontentement1 une croissante irritation1 qui1 au lieu d'augmenter le sentiment de la fraternit1 en touffe les germes4 ,on rpondra que mes arguments enfoncent des portes ouvertes1 que les plus ignorants se rendent compte des ingalits de la nature1 et savent que pas une feuille d'un mme arbre n'est semblable l'autre4 ,nous ne songeons pas1 s'crient les nouveaux aptres1 modifier les lois de la cration1 dont la cause premire est encore inconnue1 mais transformer la socit que les hommes ont constitue1 abattre les barrires qu'ils ont dresses1 donner chacun la part qui lui revient dans les ftes de la vie1 tablir1 en somme1 un tat idal1 o tous occuperont une place au festin4 ,certes1 chacun n'aura pas le mme visage1 la mme taille1 la mme vigueur physique1 les mmes dons intellectuels1 mais la future organisation sociale pourvoira donner tous la mme situation et le mme tremplin4 ,comme si cette situation et ce tremplin ne dpendaient pas justement du visage1 de la taille1 de la vigueur physique et des dons intellectuels dont le distributeur1 de quelque nom qu'on l'appelle1 n'en fit jamais qu' sa guise6 ,mais aucun raisonnement ne prvaut4 ,le mot d'galit semble avoir gar les meilleurs esprits2 ils se sont laisss enivrer par cette fausse divinit4 ,joseph ,mazzini1 malgr la hauteur de son intelligence1 tenait absolument inscrire la dcevante parole sur le drapeau de la ,jeune ,italie2 il y tenait plus qu' toute autre1 non seulement pour galvaniser les foules1 mais parce que1 de bonne foi1 il n'en voyait pas le vide et l'absurdit4 ,l'univers1 dans toutes ses manifestations1 dit3 ,ingalit1 et l'homme1 le faible roseau pensant de ,pascal1 ose rpondre3 galit6 ,il y a dans cette irralisable aspiration une part de purilit et une plus grande part de tristesse4 ,quand on entend des personnes1 dont l'ignorance garantit la sincrit1 exprimer certaines certitudes1 une compassion saisit l'me4 ,on voudrait prmunir ces curs gonfls d'espoir contre les invitables dceptions et faire luire leurs yeux de ralisables perspectives1 car toute esprance continuellement due est pour l'me un poison corrosif4 ,mme en admettant la possibilit de constituer par dcret lgislatif un tat de choses o les enfants1 leur naissance1 seraient tous propritaires d'un morceau de terrain identique1 et auraient tous droit la mme ducation et instruction1 l'galit ne serait pas tablie pour cela1 non seulement parce que la ,providence restera toujours matresse de son choix et qu'aucune puissance humaine ne pourra la contraindre une distribution galitaire de ses bienfaits1 mais parce qu'aucune loi au monde1 mme soutenue par la violence1 ne pourra empcher qu'il n'y ait des hommes ns pour commander et d'autres pour obir1 dans toutes les classes sociales4 ,la mme hygine1 les mmes exercices1 la mme nourriture1 pourront peut-tre diminuer la dissemblance des formes extrieures 7et encore sera-ce possible874 ,mais l'intelligence1 le caractre1 les sentiments1 rien ne les ramnera jamais un niveau gal4 ,il ne s'agit pas seulement des diffrences d'ducation et d'hrdit2 deux frres levs de faon identique donneront les rsultats les plus opposs3 l'un comprendra tout dans la vie1 l'autre ne comprendra rien6 ,leur situation dans la socit sera donc fatalement diffrente1 leur travail aura une rtribution diffrente1 l'un aura du prestige sur les volonts et les esprits1 l'autre ne pourra que subir le courant gnral4 ,voil donc l'galit dtruite dans les circonstances o elle paraissait le plus facile tablir4 ,que sera-ce dans les cas o les dbuts de l'existence1 l'influence des milieux et l'empreinte atavique sont diamtralement opposs8 ,d'ailleurs1 outre la naissance1 la fortune1 les dons extrieurs1 l'intelligence1 le caractre1 tant de forces secrtes diffrencient les hommes les uns des autres1 que1 mme si on parvenait niveler tout le reste entre eux1 ils resteraient toujours dissemblables4 ,il y a dans chaque tre des puissances spciales dont on n'a pas pntr l'essence et dont il est tout aussi impossible de dterminer que de rgler les effets4 ,pourquoi tel capitaine1 tel chef d'usine1 tel matre d'cole ont-ils du prestige sur leurs soldats1 leurs ouvriers1 leurs lves8 ,pourquoi tel autre1 dou peut-tre de qualits suprieures1 ne parvient-il jamais se faire couter ni obir8 ,la psychologie moderne n'est pas encore arrive dcouvrir par quelles mystrieuses forces certaines organisations dominent les autres1 donnent une impulsion aux autres1 attirent les mes comme la flamme les phalnes4 ,contre ce magntisme qui donne le pouvoir1 provoque l'amour1 influence l'opinion1 aucun froce niveleur ne pourra prvaloir jamais4 ,ce sont l vraiment des portes closes1 au seuil infranchissable4 99 99 99 99 99 ,dans les classes pauvres et dans la longue parabole des dclasss1 si nombreux aujourd'hui1 il est naturel que le mot galit ait fait fortune2 il semble le remde tant de justes besoins et d'injustes souffrances4 ,mais aprs avoir jet son poison dans le cur des ignorants et des malheureux1 pour lesquels il est synonyme de revanche1 il a pntr l'me gnrale du monde1 et les privilgis de la fortune et du bonheur y ont puis le droit de se rebeller contre toute supriorit4 ,ceux dont l'existence est facile et bonne1 y trouvent le prtexte d'un mcontentement continuel et d'une mauvaise humeur chagrine4 ,le cri qu'on entend n'est plus seulement celui des tres perscuts et souffrants2 c'est la plainte des vanits exacerbes1 qui toutes veulent grimper aux premires places et supportent malaisment de ne pas y tre pousses de force par l'opinion publique4 ,les quatre syllabes qui1 lorsqu'elles partent de la bouche des meneurs d'hommes1 poussent le peuple aux meutes1 aux grves1 aux rvolutions1 ont produit dans la vie intime des classes#d bourgeoises des bouleversements galement dangereux4 #d ,voir ,ames dormantes4 ,la diminution du respect des enfants vis--vis des parents en procde de faon directe4 ,on l'attribue au dveloppement de l'individualisme1 rsultat de l'ducation moderne2 mais ne provient-il pas plutt de ce que l'esprit a perdu le sens des mesures et a dsappris les valuer8 ,seuls les tres d'lite savent s'incliner encore devant les supriorits4 ,les mdiocres s'y refusent1 depuis le collgien qui s'imagine tre sur le mme pied intellectuel que son pre ou son professeur1 jusqu'au nopoliticien qui traite d'imbciles les principaux hommes d'tat de son pays1 et au sous-lieutenant qui appelle son gnral3 vieille ganache6 ,cette prtendue indpendance n'empche point ceux qui croiraient se diminuer en subissant le prestige d'hommes suprieurs1 de rechercher avidement les puissants du monde1 pour solliciter les avantages dont ils disposent4 ,aucune admiration1 aucun respect sincres ne se mlent leurs efforts pour obtenir qu'un rayon du soleil tombe jusqu' eux4 ,ils se sentent gaux tous1--mais ce sentiment1 au lieu de dvelopper dans leurs mes une dignit fire1 les pousse l'abaissement moral de feindre1 en vue de leurs intrts1 une humilit dont ils enragent de devoir porter le masque4 ,pourquoi lui et pas moi8 se demandent-ils4 ,ces mots sont crits aujourd'hui dans la plupart des curs4 ,les plus nafs les formulent haute voix1 et il y a quelque chose d'inexprimablement triste dans cette exclamation purile de gens incapables1 qui se croient en mesure de gouverner le monde1 de produire un chef-d'uvre1 de dcouvrir une des forces ignores de la nature4 ,si les jugements que les hommes portent les uns sur les autres taient connus1 la plupart des liens se rompraient1 sauf dans les cas rares des mes qui sentent le respect de leurs affections4 ,ces apprciations malveillantes sont-elles toujours l'effet de l'envie1 de la mchancet1 de la calomnie8 ,oui1 certes1 parfois1 mais en gnral1 elles proviennent des curs que le venin de l'galit a infests4 ,ne pouvoir arriver1 sur certains points1 la comptence des autres1 leur est insupportable2 ils veulent passer le niveau sur les ttes4 ,or1 il n'y a qu'un moyen3 abaisser les fronts qui se dressent trop haut1 et la meilleure manire d'y parvenir est le dnigrement4 ,une actrice clbre disait d'une autre3 ,c'est une comdienne parfaite1 rien ne lui manque1 que l'art4 ,ces mots blessaient savamment le point sensible1 c'est--dire celui qui fait la raison d'tre d'une existence4 ,eh bien1 c'est ce point-l que les galitaires visent toujours4 ,ils ne diront pas d'un savant3 il manque de littrature et de philosophie1 mais3 sa science est incomplte1 superficielle444 ,s'il s'agit d'un homme politique1 d'un psychologue1 d'un historien1 ils l'attaqueront sur sa culture gnrale4 ,la femme ne s'acharnera pas sur les pires dfauts d'une autre femme1 mais elle essayera de dmolir ses qualits ou ses avantages1 ceux surtout qui font son prestige et auxquels elle a le plus sacrifi4 ,c'est le besoin d'galit qui excite ce genre de dmolissement1 dont parfois la mchancet positive est absente4 ,le mcontentement qui attriste tant de vies a galement sa source dans la notion errone qu'il faut possder ce que les autres possdent4 ,les malades1--car c'est l une maladie de l'esprit1--ne se disent pas la chose si nettement eux-mmes1 mais ils la sentent toujours2 il suffit de les observer d'un peu prs pour s'en convaincre4 ,le nombre des gens qui ne sont pas satisfaits de leur sort est immense1 et je ne parle que des classes dirigeantes4 ,tous possdent des apptits suprieurs leur condition1 et quand la condition s'amliore1 l'apptit crot et le mcontentement reste le mme4 ,les gens excessivement riches1 ou ceux qui occupent une haute situation personnelle ou sociale1 sont en gnral indemnes de la maladie galitaire2 les indpendants1 les solitaires1 les philosophes et les sages ne la connaissent pas1 et ils en sourient quand ils la constatent chez autrui4 ,les natures droites1 bonnes et simples l'ignorent compltement1 mais tous les mdiocres d'me en sont atteints2 leur bas niveau offre un terrain admirable la culture du bacille4 ,et cette rage d'galit en fait immdiatement des faiseurs de peines4 ,dans leur famille1 dans leur entourage direct1 la mauvaise humeur1 rsultant de ce besoin non satisfait1 les rend insupportables1 irascibles1 injustes444 ,la doctrine de l'galit a nui normment l'auto-critique2 le sentiment de la mesure se perd1 les gens s'arrogent le droit de trancher les questions qu'ils ignorent4 ,avec le sentiment de la mesure et la perception juste de l'chelle des valeurs1 le tact1 cette chose subtile qui adoucit les angles et rend aiss les rapports sociaux1 diminue ncessairement4 ,les pithtes les moins flatteuses sortent des lvres les plus incomptentes1 non seulement en littrature 7la littrature prtendant tre l'image de la vie1 chacun peut se croire en mesure de la juger71 mais en peinture1 en musique1 en science mme444 ,cette dernire1 surtout sous sa forme mdicale1 intresse vivement les femmes1 ce qui est juste1 du reste1 car1 ayant charge d'enfants1 elles doivent connatre les rgles de l'hygine et savoir1 en cas d'absence du mdecin1 appliquer certains remdes urgents2 mais il est un peu ridicule de les entendre lgifrer sur les mthodes de cure1 et lancer sans mnagement1 l'adresse de praticiens parfois clbres1 l'pithte d'imbcile ou de charlatan4 ,quelle est la source cache de cette singulire audace8 ,le besoin d'galit4 ,parce qu'elles ont appris le nom de quelques-uns des remdes la mode et des nouvelles applications de la thrapeutique1 elles s'imaginent en savoir peu prs autant que ceux dont la vie a t consacre ces tudes4 ,il en est de mme dans toutes les branches du savoir humain3 les hommes1 tout comme les femmes1 se plaisent trancher sur les choses qu'ils ne connaissent pas4 ,la plupart du temps1 ils ne savent pas eux-mmes quel mobile les pousse mettre ainsi dcouvert leur ignorance4 ,ils obissent non pas aux piges de leurs instincts1 comme lorsqu'ils sont guids par le gnie de l'espce1 mais ceux de la fausse doctrine galitaire1 qui a t rpandue dans leurs mes4 ,se taire ou interroger n'quivaudrait-il pas confesser qu'ils reconnaissent celui qui parle une comptence qu'ils ne possdent pas eux-mmes8 ,les gens d'esprit ne tombent pas dans cette erreur1 mais si les gens intelligents sont innombrables1 combien sont rares les gens d'esprit1 capables d'auto-critique6 ,il est impossible de connatre et d'approfondir chaque sujet1 mais il est indispensable d'avoir des clarts de tout1 pour s'intresser aux arguments en discussion et mme pour y toucher4 ,mais entre toucher et trancher1 entre glisser une apprciation ou dogmatiser premptoirement1 il y a la distance qui spare une brise lgre d'un gros vent de pluie4 ,en prsence d'hommes dont l'autorit est reconnue en certaines branches1 on voit des gens fort mdiocres se carrer dans leur fauteuil1 avec l'air de dire3 ,vous passez pour un grand savant1 un grand artiste1 un grand ministre1 mais sachez bien que1 malgr cela1 je me considre comme votre gal6 ,les mots ne sortent pas des lvres1 mais l'attitude et le regard parlent clairement4 ,des sots outrecuidants6 dira-t-on4 ,oui1 des sots outrecuidants1 mais la doctrine galitaire tend les multiplier de faon effrayante4 ,ce genre de sentiments alourdit et aigrit la vie sociale4 ,il pntre dans les familles et les dsagrge4 ,tous les membres ne sont pas dous des mmes facults et des mmes dons2 celui qui s'lve au-dessus des autres par sa beaut ou son esprit1 ne flatte plus que rarement l'amour-propre de ses proches2 au contraire1 cet amour-propre s'insurge contre sa supriorit1 relle ou apparente4 ,volontiers on conspire son dtriment1 et1 dans l'existence familiale1 il est le plus malheureux de tous1 car il a contre lui toutes les vanits en rvolte4 ,ses actes1 ses paroles1 ses faons d'tre sont l'objet de critiques sourdes et continuelles4 ,sans la doctrine galitaire1 la famille aurait t heureuse et fire de constater le charme ou la clbrit d'un de ses membres1 ce qui aurait assur des satisfactions tous4 ,loin de l1 il y a rbellion dans les mes3 la vie de celui qui a merg est empoisonne par les hostilits qui l'entourent1 le cur des autres se consume dans des rancunes mesquines4 ,ces peines en engendrent d'autres1 l'infini1 et elles forment1 runies les unes aux autres1 un fardeau qui courbe les paules de l'humanit sous un poids dprimant4 99 99 99 99 99 ,un autre fcheux effet de la doctrine galitaire est de dtruire toute originalit4 ,dans le dsir d'tre semblable aux autres1 l'homme abolit en lui tout ce qui le diffrencie de son prochain4 ,il a toujours suivi les mmes modes1 les mmes habitudes de vivre1 il s'est toujours cru oblig aux mmes plaisirs1 mais la tendance1 qui dj existait du temps de ,rabelais1--et ,rabelais avait des anctres1--tend s'accentuer davantage4 ,les originaux diminuent de plus en plus2 personne ne ressort en saillie4 ,on n'a qu'une pense3 copier les usages des autres1 et1 naturellement1 de plus haut que soi4 ,les parents s'agitent1 ds qu'ils voient des gots spciaux se manifester chez leurs enfants4 ,une jeune fille1 qui n'aime ni le monde1 ni la toilette1 est considre comme un chantillon de mauvais got4 ,les mres s'alarment3 il faut aimer ces choses-l1 par force1 pour tre au niveau des autres6 ,et celles qui savent par exprience ce que le dveloppement de ces gots entrane pour l'avenir1 n'en sont pas moins dsireuses de les voir natre et fleurir chez leurs enfants4 ,ce sentiment illogique1 d'o procde-t-il1 sinon de l'esprit d'galit qui trouble les cerveaux8 ,on voit des mres intelligentes1 droites1 honntes1 se rsigner d'avance toutes les sottises que commettront leurs fils1 comme un droit de page auquel il est impossible d'chapper1 cause de la parit absolue des tres entre eux4 ,voil la capitale erreur3 les hommes ne sont pas tous semblables2 l'instinct1 en plusieurs cas1 les diffrencie les uns des autres1 et1 plus encore1 les moyens de le gouverner ou de le rprimer4 ,il n'y a rien de plus antipathique et de plus ridicule au monde que la fausse originalit1 que la recherche de se distinguer d'autrui2 mais quand on a rellement des gots et des faons de penser particulires1 pourquoi ne pas s'y abandonner simplement8 ,ce besoin d'appartenir un troupeau est l'un des plus absurdes qui existe4 ,si une initiative part d'assez haut pour qu'il soit lgant de la suivre1 on voit la masse des gens s'empresser de la seconder1 mme si elle ne correspond aucune de leurs tendances4 ,c'est pourquoi l'on s'ennuie si vite de toutes choses6 ,le nombre de ceux qui y participent sans conviction produit ce dsastreux effet4 ,les meilleurs et les plus clairs ne rsistent pas toujours cette tendance l'imitation1 qui a pour complice la lchet et la paresse inhrentes l'homme4 ,leur devoir serait1 au contraire1 de la combattre avec toutes leurs nergies1 puisqu'elle rapetisse l'individu et rend la vie monotone4 ,si la notion galitaire n'avait pas touff tout germe d'originalit dans les mes1 l'largissement des points de vue1 la plus grande indpendance dont chacun jouit et l'entre dans un nouveau sicle auraient d faire clore des varits infinies dans les personnalits4 ,mais cette notion a pntr la majorit des curs et arrive mme touffer chez quelques-uns les dons qui les auraient mis en valeur1 tellement le besoin de se conformer la sottise gnrale est puissant4 ,la mode est l'image frappante de cet tat d'esprit4 ,la femme trs riche1 et la plus petite bourgeoise sont vtues de mme3 identique forme de robe1 de manteau1 de chapeau6 ,seulement1 ce qui est lgant chez l'une est laid chez l'autre1 cause de la coupe et de la qualit des toffes et de la faon dont la toilette est porte4 ,si la petite bourgeoise1 aux ressources modestes1 avait assez d'imagination et d'originalit pour adopter un costume invent par elle1 conforme ses moyens1 elle serait bien plus charmante1 dpenserait moins et ne ressemblerait pas une mauvaise copie4 ,mais elle n'a pas cet esprit1 et sert son tour de modle l'ouvrire1 qui imite ses chapeaux et ses robes4 ,on raconte qu'un clbre peintre franais du ,x,i,xe sicle confectionnait lui-mme les robes de bal de sa femme4 ,il drapait sur elle des morceaux d'toffe1 de la gaze1 des rubans1 des fleurs2 tout cela attach par des pingles et invent au dernier moment4 ,l'effet tait merveilleux1 et les toilettes de ,mme 999999 justement clbres4 ,quelle femme se prterait aujourd'hui pareille fantaisie8 ,l'ide de ne pas ressembler aux autres1 de ne pas tre suffisamment banale la glacerait de terreur4 ,il en est de certains dfauts comme de certaines robes1 il faut les avoir4 ,si quelqu'un s'en passe1 il est pris pour un dtraqu4 ,le monde est beaucoup plus exigeant sur les dfauts que sur les qualits4 ,il ne permet pas qu'on lui escroque ceux qu'il est habitu constater4 ,avec les annes1 lorsqu'ils ont cess d'occuper l'attention du monde1 les individus sont autoriss affirmer leur manire d'tre particulire1 mais en gnral1 cet ge1 on a perdu toute saillie1 comme les pices de monnaie qui ont trop circul4 ,jusqu' quarante-cinq ou cinquante ans1--sauf s'il appartient la catgorie des solitaires et des indpendants1--l'homme est oblig certaines attitudes2 il doit manifester certaines passions et pratiquer certains vices1 mme innocents4 ,s'il s'en abstient1 on croit de l'hypocrisie1 une pauvret de nature2 en tout cas1 cette non identit complte avec les gens du mme ge ou de la mme condition parat un fait anormal qui n'veille aucune sympathie et provoque les dfiances4 ,l'uniformit en toutes choses est le trait caractristique de ce commencement de sicle3 tout le monde1 homme ou femme1 se coiffe de la mme faon1 s'habille de la mme faon1 se meuble de la mme faon1 cultive les mmes sports1 adopte les mmes formes de langage4 ,dmarche1 allures du corps1 gestes des mains1 une mode implacable rgle tous les mouvements4 ,regardez des jeunes filles passer dans la rue1 ne dirait-on pas des poupes mcaniques sorties d'un mme atelier8 ,la maternit et l'exprience mettent quelques nuances dans cette monotonie d'attitude1 mais jusqu'au mariage ou l'amour1 elle est absolue4 ,celles qui savent rester elles-mmes1 marcher et se tenir comme la nature ou leur vision personnelle du beau le leur suggre1 sont les intelligentes et les rares4 ,la gnralit montre une pauvret d'imagination dplorable et pose avec constance1 non en vue de l'esthtique1 mais de l'uniformit correcte4 ,la varit est dj une beaut en elle-mme1 et partout o la volont de l'homme peut atteindre1 il s'acharne la supprimer4 ,la nature1 qui a plus d'esprit que nous1 ne rpte jamais le mme visage1 joli ou laid4 ,pourquoi ne pas l'imiter1 au lieu de gter les choses belles par des copies serviles et fades8 ,il y a des gens qui1 s'ils le pouvaient1 identifieraient les sexes pour tout galiser4 ,on ne peut mconnatre que le fminisme pose une grave question d'conomie sociale et de dignit humaine1 mais1 dans ses excs1 d'o procde-t-il1 lui aussi1 sinon de l'ide galitaire8 ,il a fait de justes conqutes et en fera encore1 s'il se garde de vouloir uniformiser les tres4 ,l'homme doit lutter contre la nature pour l'asservir ses besoins1 non pour en dtruire les lois fondamentales4 ,il y a une sorte de plan divin ou d'ordre naturel des choses qu'on ne peut essayer de renverser4 ,tout effort prolong en ce sens aurait des consquences contraires au but poursuivi4 ,pourvu que les femmes ne s'enivrent pas d'illusions galitaires1 elles arriveront conqurir1 auprs de l'homme1 une place toujours plus considrable3 l'instruction intgrale se gnralisera1 et les moyens honorables de vivre se multiplieront4 ,mais si elles s'attachent la chimre des fonctions identiques1 elles auront de pnibles surprises4 ,il y a des femmes suprieures et des hommes fort mdiocres1 c'est indniable2 mais l'excs d'intelligence d'un ct et sa pauvret de l'autre ne suffisent pas tablir l'galit4 ,oh6 le malheureux mot qui ne peut jamais s'appliquer en aucun sens et fausse les cerveaux et les curs6 ,prenons comme exemple la banale comparaison d'une souveraine et d'une paysanne4 ,naturellement cette dernire ne peut songer tre l'gale de la premire1 et pourtant1 si la fermire est belle et la reine laide1 c'est la reine qui1 sur ce point spcial1 n'est pas l'gale de la fermire4 ,le moindre petit professeur1 s'il a du gnie1 peut refuser de reconnatre comme son gal le plus riche personnage du royaume2 de mme l'homme bien lev vis--vis du voyou2 cependant le voyou1 par la force de ses muscles1 regagne l'avantage dans un pugilat1 et l'ingalit s'tablit son profit4 ,et ainsi de suite1 indfiniment4 ,ce mot1 fatal la paix du monde1 devrait tre ray de toutes les langues et se rfugier uniquement dans le code4 ,mais1 dira-t-on1 sans ce besoin d'galit qui tourmente les mes1 aucun progrs ne se serait accompli dans le monde3 c'est lui qui a pouss les hommes aux conqutes444 ,en est-on bien sr8 ,ne les doit-on pas plutt1 comme le dit ,pasteur1 aux travaux dsintresss de l'esprit8 ,mme au point de vue social1 il ne faut pas confondre le dsir normal1 sain et juste1 de l'amlioration pour tous avec le chimrique dsir d'un tat identique pour tous4 ,quant la question de rforme lgale1 le simple sentiment de la justice aurait suffi faire modifier la lgislation de faon plus quitable2 et pour les rformes encore indispensables sur ce point1 c'est sur lui qu'il faut compter1 car le besoin d'galit ne rpond pas1 si on l'analyse de prs1 l'esprit de justice2 il voit presque toujours les choses sous un seul angle4 ,l'homme demande tre l'gal de son suprieur1 presque jamais de son infrieur1 ce qui rduit l'aspiration galitaire un besoin de monter1 d'atteindre des conditions matrielles et morales suprieures celles qu'on possde1 aspirations lgitimes1 mais qu'il est pernicieux de dguiser sous un faux nom4 ,justice et fraternit1 ces deux termes devraient tre le catchisme social de l'homme moderne4 ,eux seuls sont capables de pacifier l'me et d'tablir entre les cratures humaines des rapports qui ne soient pas rciproquement une source de souffrance4 ,ils renferment les lments capables d'amliorer la vie de chaque individu et celle des socits humaines2 la recherche de l'galit1 au contraire1 ne sera jamais qu'une purile erreur1 grosse d'invitables dceptions2 elle empire la destine de l'homme et rend son cur amer4 ,sans diviser absolument1 comme le faisait le comte de ,gobineau1--ce prdcesseur franais de ,nietzsche1--les valeurs humaines en quatre catgories3 fils de rois1 imbciles1 drles1 brutes1 il est certain que la terre donne parfois naissance des tres d'lite possdant1 selon le mot de ,carlyle3 ,la divine ide du monde1 et qu'il est impossible de les confondre avec la grande masse des mdiocres et des instinctifs4 ,la seule galit possible consiste en ce que1 tous1 nous avons besoin les uns des autres3 chaque tre humain a sa fonction dfinie dans le grand mouvement de l'univers4 ,on ne le comprend pas toujours2 si l'on s'en rendait mieux compte1 les rapports des hommes entre eux s'adouciraient singulirement4 ,les rares tres qui1 persuads de cette vrit1 essayent d'y conformer leurs actes1 vivent dans une atmosphre de justice et de fraternit dont le chaud et clair rayonnement se rpand sur tous ceux qui les approchent4 ,l'important est d'acqurir la conscience des choses2 l'inconscience est la grande ennemie2 elle nous fait marcher en aveugles et nous mne parfois jusqu'au crime4 ,,chapitre ,,iv ,,petites ,,tares ,,de ,l',,ame ,garde ton cur plus qu'aucune chose que l'on garde1 car c'est de lui que procdent les sources de la vie4 ,,proverbes4 ,les petites tares de l'me sont la source d'une bonne partie des misres que les hommes se font les uns aux autres4 ,la plupart d'entre eux n'en souponnent mme pas l'existence1 et s'ils apprenaient remonter de leurs actes aux causes qui les ont produits1 ils seraient stupfaits de dcouvrir dans leurs curs ces excroissances malfaisantes4 ,cette ignorance de leur vie intrieure o presque tous les hommes vivent1 rend difficile la gurison des maladies morales4 ,ce qui1 au dbut1 n'tait qu'une tendance facile rduire1 devient promptement une infection incurable4 ,apprendre connatre les vritables mobiles de ses sentiments et de ses actions#e devrait tre le premier devoir de tous les tres pensants4 ,or1 cette tude subjective est1 au contraire1 absolument nglige4 #e ,voir le chapitre3 galit4 ,sauf aux poques de grande crise1 l'homme vit automatiquement1 sentant1 agissant sans se rendre compte de ce qui le pousse dans un courant plutt que dans un autre4 ,lorsque ses intrts sont en jeu1 il devient plus accort1 mais c'est chez lui un travail intellectuel et non moral4 ,s'il prenait l'habitude de s'examiner davantage1 son cur serait un jardin mieux cultiv1 dont les mauvaises herbes seraient parfois arraches4 ,nous sentons cet organe par ses contractions de joie ou de peine1 mais nous le traitons comme l'une de ces chambres abandonnes o la poussire1 les insectes1 les toiles d'araigne s'talent l'aise1 sans qu'un plumeau diligent vienne les disperser jamais4 ,les examens de conscience ont toujours t rares1 la paresse des mes et des volonts s'y tant sans cesse oppose2 on les pratiquait tout au plus certaines poques de l'anne1 pour cesser d'y penser ensuite4 ,dans la vie moderne1 si agite1 le temps manque pour les retraites2 il faudrait revenir au systme de ,pythagore1 et repasser sa journe chaque soir1 comme on prend son bain1 le matin4 ,mais le soir1 on est d'ordinaire si extnu1 que les descentes dans l'me sont brves et superficielles4 ,le seul moyen pratique de savoir ce qui se passe en nous1 serait de nous le demander chacun de nos actes et de nos paroles4 ,nous avons bien l'habitude de regarder o nous mettons les pieds pour diriger notre marche1 et cela ne nous cote aucune fatigue4 ,pourquoi n'appliquerions-nous pas l'ordre moral ce que la prudence1 dans l'ordre physique1 nous fait accomplir si aisment8 ,mais pour comprendre la ncessit d'interroger sa conscience1 il faut avoir appris lui donner de l'importance4 ,ceux pour qui elle reprsente une formation artificielle1 hritage des gnrations antcdentes et que les gnrations futures ne connatront plus1 hausseront les paules l'ide d'en faire un objet d'usage journalier4 ,ceux qui la nient parce qu'ils ne la sentent plus tressaillir1 n'ont qu' fermer ce livre3 il ne peut offrir d'intrt qu'aux mes pour lesquelles l'existence d'une voix qui les approuve ou les blme reprsente une ralit vcue4 ,cette voix est-elle un souffle de l'esprit ou une substance plus fine que la matire animale1 puisqu'elle en condamne les instincts aveugles8 ,le saurons-nous jamais8 ,en tout cas1 cet organe ou ce souffle produit des phnomnes divers et changeants2 quelques-uns1 il ne s'est jamais rvl2 d'autres l'ont endormi de force1 et1 toutes les fois qu'il a donn signe de vie1 il a t touff comme ,desdemona par ,othello4 ,chez d'autres encore1 il est sujet des sommeils et des rveils subits que rien n'explique4 ,les personnes qui vivent en communion continuelle avec leur conscience sont fort rares2 ce sont les tres suprieurs1 ceux qui savent diriger leur vie et exercer une influence bienfaisante sur celle d'autrui4 ,les faiseurs de peines ne se recrutent pas dans leurs rangs4 ,mais cette lite est peu nombreuse4 ,des tres bons1 gnreux1 aimant le bien1 dtestant le mal1 n'en font point partie1 car on n'arrive pas sans peine cet tat qui demande un effort constant et une attention patiente4 ,sans tomber dans les scrupules excessifs qui obscurcissent l'esprit et angoissent inutilement le cur1 nous devons rflchir aux effets de nos actes et de nos paroles4 ,tout dans ce monde1 ne l'oublions pas1 a une plus longue porte que l'esprit born de l'homme ne le suppose4 ,s'il s'en rendait mieux compte1 sa vie intrieure et sociale s'orienterait sans doute diffremment4 99 99 99 99 99 ,la vanit1 l'envie1 la jalousie et l'impatience de toute supriorit sont1 avec leurs drivs1 les petites tares des mes relativement honntes4 ,il y en a de sciemment injustes1 criminelles1 vicieuses1 mchantes1 de mauvaise foi2 sur celles-ci1 aucun raisonnement humain ne peut avoir de prise4 ,pour les branler1 il faudrait une intervention divine3 le miracle de la route de ,damas1 qui foudroya l'aptre ,paul6 ,les quatre petites tares que je viens d'numrer sont gnralement unies comme des surs qui s'aiment2 mais1 suivant les caractres1 l'une prvaut sur l'autre1 et il est rare qu'elles soient de mme taille et de mme envergure4 ,la vanit rgne seule quelquefois1 si elle est accompagne de sottise suffisante et d'absence d'esprit critique4 ,on voit1 en effet1 des hommes et des femmes1 s'avancer dans la vie le visage satisfait et la bouche souriante1 s'admirant eux-mmes1 et parfaitement certains d'exciter l'approbation d'autrui4 ,ils ne connaissent ni l'envie1 ni la jalousie1 tellement ils sont certains d'avoir toujours la premire place dans le cercle o ils se meuvent4 ,l'impatience de la supriorit d'autrui ne les tourmente jamais1 puisqu'ils ne la discernent pas2 la fureur de l'galit leur est inconnue1 car ils se trouvent toujours prfrables aux autres4 ,lorsqu'une femme possde ce don de la satisfaction permanente1 beaucoup de souffrances lui sont pargnes4 ,elle n'est jamais jalouse en amour3 son mari peut la tromper1 mme avertie1 elle n'y croit pas6 ,des phnomnes identiques se manifestent chez les hommes4 ,les moindres honneurs1 ds qu'on les leur rend1 se gonflent leurs yeux de faon dmesure2 satisfaits au suprme degr1 ils n'envient pas les autres4 ,mais cette catgorie d'tres est si peu intressante en soi1 qu'aprs en avoir not l'existence1 elle ne vaut pas la peine de s'y arrter4 ,beaucoup de fiert vraie sauve de la vanit2 le fatalisme galement2 une grande finesse d'intelligence produit le mme effet2 les mes stoques ne la sentent presque pas2 les mes chrtiennes victorieuses l'ont bannie1 mais1 chez la grande masse des individus1 elle est la base des impulsions1 des paroles1 des actes4 ,les tres intuitifs1 les esprits perception nette1 la devinent et la sentent immdiatement chez les autres4 ,cette vulgaire production du cur ternit les plus nobles qualits4 ,trouver une nature dpourvue de vanit procure une joie rare qui redonne confiance dans la nature humaine4 ,malgr leur parent apparente1 il faut tracer une ligne de dmarcation nette1 entre la vanit et l'ambition4 ,cette dernire peut tre noble2 la premire ne l'est jamais4 ,l'tre vaniteux qui ne lutte plus contre son instinct de paon1 devient1 par cela mme1 capable des plus basses penses1 et des plus mchantes actions2 il est fatalement un faiseur de peines1 car la vanit est implacable4 ,pourtant elle reprsente une faiblesse et non une force1 mais le mal que peut produire la force brutale est moins cruel et moins dangereux4 ,il y a des femmes1--les ravages de la vanit masculine revtent gnralement d'autres formes1--irrprochables en apparence1 sans faiblesse passionnelle se reprocher1 capables mme d'actes de bont1 persuades par consquent de leur droit au respect1 et qui ont fait plus de mal1 par leur vanit et leur jalousie1 que n'en ont jamais caus1 malgr le retentissement de leurs fautes1 d'autres femmes1 ouvertement immorales1 mais qui n'taient1 du moins1 ni vaniteuses1 ni jalouses4 ,la jalousie dont je parle ici n'est pas celle du cur4 ,elle nat de l'avidit des louanges1 ce sentiment qui rend insupportable les succs d'autrui et produit un irrsistible besoin de dnigrement4 ,tout rayonnement1 autour du front du prochain1 irrite ces amours-propres ultra-sensibles2 un dsir aveugle de ternir cette aurole les saisit1 les emporte1 les domine444 ,ils ne se demandent pas quel sera le rsultat de leurs paroles perfides et de leurs manuvres insidieuses2 ils ne pensent qu' la satisfaction immdiate de faire descendre du pidestal ou du moins de quelques chelons1 les tres dont la supriorit en un genre quelconque les offusque4 ,ces chelons descendus peuvent avoir1 pour ces derniers1 des consquences dsastreuses1 qu'importe6 ou1 pour mieux dire1 nul ne s'en occupe4 ,l'habitude de consulter sa conscience est forcment abandonne par les vaniteux2 ils ne pourraient se supporter eux-mmes1 s'ils l'interrogeaient4 ,lorsqu'ils la sondent1 c'est sur d'autres points2 ils n'en ouvrent que quelques portes et cadenassent les autres4 ,c'est l une pitoyable ruse dont presque tous les hommes se rendent inconsciemment coupables4 couter toutes les voix du juge intrieur est gnant certaines heures de la vie4 ,il y a des moments o l'on se bouche l'oreille de droite pour ne laisser arriver les sons qu' l'oreille de gauche4 ,mais ce sont l souvent des lchets momentanes2 chez les vaniteux1 au contraire1 l'habitude est devenue invtre4 ,leur mal est comparable la gangrne qui empoisonne le sang1 amne la mort1 et pourtant ne produit pas ces lancements violents qui indiquent au malade le sige et les progrs du mal4 ,malgr cet engourdissement chronique de leur conscience1 ces faiseurs de peines sont les premires victimes de leurs malfaisantes penses4 ,a moins d'tre des sots1 ils ne sont jamais satisfaits de leurs avantages sociaux4 ,voir des gens possder ce qu'ils n'ont pas1 est une charde dans leur chair4 ,si ,dante vivait aujourd'hui1 il ajouterait un nouveau cercle l'enfer1 celui de la vanit insatiable et jamais rassasie4 ,les vaniteux et les jaloux rpandent du poison autour d'eux2 ils dtruisent ou ternissent ce qui fleurit de meilleur dans le cur humain3 sympathie1 amiti1 estime6 ,qui n'a fait l'exprience des refroidissements inexplicables que rien ne justifie4 ,les poignes de mains deviennent moins cordiales1 le ton moins affectueux1 les paroles moins confiantes4 ,c'est comme une dfiance soudaine1 une ombre qui s'interpose1 un je ne sais quoi de chang qui n'y tait pas la veille4 ,inutile de chercher bien loin la cause du malentendu1 il n'y en a pas1 la plupart du temps4 ,il a suffi de l'influence d'un tre vaniteux et jaloux1 pour rpandre dans les esprits1 par le dnigrement ou la calomnie1 le germe destructeur des sentiments d'affection et de respect4 ,en pareil cas1 impossible de parer le coup2 on ne se dfend pas contre des ombres6 ,l'exprience de la vie1 une bonne dose de philosophie1 un certain stocisme d'me aident supporter ces pnibles surprises1 sans que l'on perde son quilibre4 ,mais les caractres moins bien dresss1 plus enthousiastes1 plus impulsifs1 en souffrent cruellement4 ,ils en souffrent cause des amitis qui se voilent et qu'ils craignent de perdre2 ils en souffrent1 parce qu'ils avaient confiance dans l'ami qui les a desservis1 et que la preuve de sa trahison les anantit4 ,parfois le dommage n'est que passager1 car la vrit est plus puissante que le mensonge2 elle triomphe des mdisances et des soupons3 elle a des rayonnements soudains qui dissipent les nuages4 ,mais il n'en est pas toujours ainsi4 ,certains caractres1 une fois que le doute les a pntrs1 ne parviennent jamais s'en dlivrer1 mme devant l'vidence2 le travail de la mdisance et de l'insinuation calomnieuse a chez eux un retentissement ternel4 ,le charme des rapports qui unissaient les tres est rompu2 c'est une douceur enleve la vie1 un lien bris que rien ne renoue4 ,souvent les consquences de cette rupture sont infinies et imprvues dans l'ordre moral4 ,dans l'ordre matriel1 les effets peuvent tre galement pernicieux3 il y a des carrires perdues ou enrayes par la petite vanit d'un cur jaloux2 il y a des gens qui perdent leur pain quotidien1 parce qu'ils ont eu le malheur d'obtenir une notorit qui a agac les amours-propres de leur entourage4 ,ces exemples pourraient se multiplier l'infini4 ,c'est surtout dans l'art de refroidir les amitis et de glacer l'admiration que les femmes jalouses et vaniteuses excellent4 ,la jalousie et l'envie des hommes s'attaquent des biens plus concrets4 ,c'est en vue d'une place1 d'une situation1 d'un gain quelconque qu'ils s'attaquent et se trahissent les uns les autres4 ,lorsque le poison a pntr leur cur1 ils n'ont pas plus de scrupules que les femmes4 ,et1 bien entendu1 je ne parle que des gens qui prtendent l'honntet4 ,pour les autres1 ces faons de nuire auxquelles l'intrt les pousse1 sont naturelles et logiques4 ,se sentir des faiseurs de peines excite mme leur orgueil1 ils se figurent ainsi acqurir des forces ou affirmer leurs puissances4 ,la plupart des vaniteux jaloux1 hommes ou femmes1 ne se doutent pas du mal qu'ils font4 ,si on formulait contre eux des accusations1 ils rpondraient1 fort tonns3 ,mais comment donc6 ,un tel ou une telle8 ,mais je suis son ami1 je voudrais mme lui tre utile4 ,j'ai dit du mal sur son compte8 ,quelle ide6 videmment chacun a sa faon de penser4 ,faut-il abjurer toute indpendance de jugement8 ,ainsi par exemple444 ,et de nouveau la charge commence1 le dnigrement s'exerce444 ,je suis persuade que1 si la plupart des pauvres tres1 que ces vulgaires passions agitent1 analysaient la bassesse de leurs motifs1 ils en seraient honteux et surpris4 ,au lieu de les har pour les chagrins qu'ils causent1 il faut surtout les plaindre4 ,ils renoncent aux joies les plus parfaites1 et vivent dans un malaise continuel4 ,ces visages rids prmaturment1 ces bouches tordues en un pli amer1 ces teints gristres que le mcontentement1 et non la maladie1 ternit1 tout cela indique un tat de trouble pnible4 ,il y a des jaloux au teint clair1 c'est vident1 mais cependant1 pour l'observateur perspicace1 aucune srnit harmonieuse ne rayonne sur ces visages1 reflets d'une me mdiocre1 qui ne sait pas se rjouir des joies des autres4 ,tous les curs1 dira-t-on1 renferment en germe ces deux passions surs2 tous nous sommes vaniteux et tous nous sommes jaloux4 ,c'est la fois vrai et faux4 ,d'abord1 il serait injuste de confondre la vanit avec l'amour-propre2 ils sont d'essence diverse et ne se ressemblent qu'apparemment4 ,ensuite1 il y a rellement des natures qui ne sentent presque pas les atteintes de ces deux ennemies4 ,en tout cas1 elles en touffent avec nergie les moindres manifestations et les traitent en rivales vaincues4 ,il faut appartenir cette catgorie de vaillants1 pour songer devenir des faiseurs de joies4 ,tant qu'on reste une me vaniteuse1 on ne peut rpandre le bonheur autour de soi4 99 99 99 99 99 ,l'envie est tellement lie la jalousie et la vanit qu'on ne sait comment les sparer1 et pourtant de nombreuses nuances les distinguent4 ,quand on est envieux1 on est gnralement vaniteux et jaloux1 et pourtant on peut tre l'un sans l'autre6 ,l'envie est quelquefois uniquement dirige vers les biens matriels1 sans dsir de prestige4 ,on veut l'argent pour l'argent1 le bien-tre pour le bien-tre1 le plaisir pour le plaisir2 aucune proccupation d'amour-propre ne se mlange cette volont d'accaparement4 ,les natures que les jouissances matrielles absorbent et qui les envient dsesprment lorsqu'elles leur manquent1 sont souvent dpourvues de vanit4 ,elles se moquent des apparences et des approbations2 ce sont choses vaines4 ,le tangible seul a du prix leurs yeux4 ,c'est plutt le cas des hommes2 chez les femmes1 un peu de vanit se mle presque toujours l'envie qui se porte sur les avantages dans lesquels le dsir de plaire1 de surpasser1 de briller1 trouve son compte4 ,les caractres droits1 simples et dignes ne connaissent pas ces tares4 ,ils sont ce qu'ils sont1 tout uniment1 et la somme de peines qu'ils causent est par consquent bien moindre4 ,les envieux1 dans un but d'accaparement souvent illusoire1 essayent de dtruire et de diminuer les avantages d'autrui1 ils laissent tomber les mots perfides qui ternissent les rputations1 endommagent les clbrits et rpandent autour d'eux une atmosphre lourde1 dprimante1 empoisonne de malveillance et de dnigrement4 ,jamais la nouvelle d'un bonheur ne les rjouit1 et1 s'ils sont assez bien levs pour tmoigner une satisfaction factice1 on sent1 sous leur sourire1 une cret envieuse1 et un froid se rpand qui glace les curs4 ,la plupart des gens n'analysent pas1 ils sentent le malaise sans en percevoir la cause4 ,ces trois surs perfides1 unies ou spares1 sont les vraies destructrices du bonheur1 de la paix1 de la bonne direction des vies4 ,certaines personnes1 apparemment respectables1 auront ce sujet de terribles comptes rendre4 ,elles ont empch et gt tant de joies1 tari tant de bonnes volonts1 jet le doute desschant sur tant d'affections1 dnigr tant de talents1 qu'elles auraient fait moins de mal en tordant simplement le cou une ou deux personnes4 ,cela aurait limit les ravages quelques morts violentes4 ,malheureusement1 rformer le code n'est pas chose facile2 il se bornera toujours punir les homicides et les vols visibles et positifs4 ,l'opinion publique1 elle aussi1 quoique plus libre1 ne pourra jamais suffisamment atteindre les coupables4 ,il n'en reste pas moins vrai que les pires ennemis des hommes ne sont pas toujours ceux qui vident les caisses et jouent du couteau4 99 99 99 99 99 ,ce qui est gai et brillant1 ce qui reprsente la fortune et le succs exerce un irrsistible prestige1 et tous se prcipitent d'instinct vers ce qui rpand chaleur et lumire4 ,de la part des envieux1 le mouvement est automatique et non volontaire1 car ils trouvent plus facile de pleurer avec ceux qui pleurent que de se rjouir avec les curs contents4 ,il y a cependant des nuances4 ,certaines personnes jalousent le monde entier1 d'autres se limitent envier leurs proches1 ceux qui occupent une position peu prs analogue la leur1 qui poursuivent les mmes buts et ont les mmes spcialits4 ,l'lvation des objectifs n'empche pas toujours ces venimeuses efflorescences3 les uvres philanthropiques1 sociales et ducatrices servent souvent de champ clos ces luttes perfides4 ,le besoin de se mettre en avant1 de paratre1 de faire prvaloir son opinion1 gte les meilleures initiatives4 ,que de personnes1 ne pouvant y jouer le premier rle1 se dsintressent des plus utiles recherches4 ,et quelle rancune contre celles qui1 faisant le bien pour le bien1 acquirent une juste prpondrance4 ,on s'tonne parfois de voir une uvre s'anmier et prir4 ,sans qu'on s'en doute1 elle meurt des sentiments mdiocres qui s'y sont glisss4 ,toute pense d'envie1 de rancune ou de perfidie cre des forces perverses et destructrices qui s'exercent ensuite1 indpendamment de la volont qui les a mises en mouvement4 ,les penses sont autrement efficaces dans leurs rsultats que les actes et les paroles4 ,une mauvaise pense non formule cause plus de ravages que des mots acerbes4 ,dans l'intimit surtout1 elle suffit tarir les sources de la joie et de la paix4 ,il y a des familles o la dfense des intrts communs est si fortement sentie que les membres se tiennent serrs les uns aux autres1 comme les soldats d'une compagnie prte s'lancer sur l'ennemi4 ,d'autres ressemblent des socits d'admiration mutuelle4 ,dans d'autres encore1 l'amour est si profond qu'il enseigne toutes les choses bonnes et douces1 et salutaires4 ,mais il en est que l'envie et la jalousie dvorent2 c'est une conspiration qui s'ourdit contre l'un des membres de la communaut4 ,tous se mettent d'accord pour le critiquer1 blmer ses actes et sa faon de vivre4 ,on le jalouse en toutes choses2 on ne voit que ses avantages1 on nie ses malheurs1 aucune piti ne va jamais lui6 ,s'il a quelque lvation de caractre ou d'intelligence1 quelque indpendance d'esprit1 c'est pire encore1 les mauvaises volonts s'accentuent444 ,il y a1 au fond de tout tre vaniteux et jaloux1 un tyran impatient de ce qui le dpasse4 ,que de personnes rservent leur indulgence aux tres bas1 dsquilibrs1 en qui ils sentent des infrieurs4 ,ils prouvent en leur prsence une dlicieuse impression de supriorit4 ,ce sentiment assure le succs des gens mdiocres et rend la vie difficile tous ceux qui s'lvent un peu au-dessus de la masse par leurs talents ou leurs aspirations4 ,ne les plaignons pas trop cependant3 puisque le parfait bonheur est dans la communion avec le divin1 s'en approcher1 mme de loin1 doit tre une joie4 ,les souffrances volontaires causes autrui sont le plus sr moyen d'interrompre nos communications avec l'hte mystrieux qui vient nous visiter parfois1 et je me demande si un grand pch1 qui ne cause peine ou dommage personne1 n'est pas moins repoussant que le petit pch dont le but est la peine du prochain8 videmment1 il n'y a pas de pch sans consquence1 mais je crois fermement que1 dans la balance divine1 l'importance du pch en lui-mme psera moins que le mal dont il aura t la cause4 ,,chapitre ,v ,,les ,,griefs ,reprends ton ami1 peut-tre n'a-t-il rien fait1 et1 s'il l'a fait1 ce sera pour qu'il ne continue pas4 ,,ben ,,sirach4 ,parmi les peines inutiles1 dont l'existence est embroussaille et obscurcie1 il faut compter les griefs4 ,le mot semble insignifiant1 mais il reprsente une telle srie de sentiments mesquins et de penses nuisibles1 qu'il devient formidable dans ses consquences4 ,semblables ces petits rongeurs qui finissent par dtruire des maisons entires1 les griefs portent le trouble dans tous les curs o ils naissent1 passent et vivent4 ,ds qu'ils y apparaissent et s'y accumulent1 la paix et la joie en sont bannies4 ,dans tous les rapports sociaux1 ils distillent du poison4 ,leur prsence1 au dbut1 se fait peine sentir1 et l'on ne s'en aperoit que lorsque1 matres de la place1 ils en ont chass tous les sentiments doux3 confiance1 gratitude1 tendresse6 ,leur dent malfaisante tranche les fleurs des prairies1 et le sol o ils ont pass reste aride et sec4 ,il n'y a pas d'affection qu'ils n'assombrissent2 on dirait ces essaims d'insectes qui1 en certaines saisons et en certains climats1 obscurcissent tout coup l'atmosphre4 ,la pluie de sauterelles que l'ternel envoya aux gyptiens reprsente au figur une pluie de griefs4 ,en effet1 ceux-ci s'abattent sur l'me comme les sauterelles sur la terre4 ,il faut une rare lvation d'esprit pour leur fermer toujours l'entre de soi-mme2 lorsqu'on s'y attend le moins1 ils fondent sur les curs4 ,aucune plante au monde n'a une croissance aussi rapide3 nains le matin1 ils sont gants le soir6 ,ils dtruisent les meilleures intentions et les meilleurs sentiments4 ,on se sentait prt une action gnreuse1 les griefs surviennent1 et les bonnes volonts tarissent6 ,le plus souvent1 le grief ne repose sur rien2 c'est ce qui fait sa force et son danger4 ,le cri angoissant de ,macbeth1 qui se plaint de n'avoir combattre que des fantmes1 se rapporte trs bien la calomnie1 mais s'applique tout aussi bien aux griefs4 ,ils sont d'toffe si mince que1 par amour-propre1 nul ne les avoue jamais4 ,capables de produire1 en s'accumulant1 des haines meurtrires1 ils chappent obstinment l'explication sincre qui pourrait les dissiper1 et demeurent incrusts et dissimuls dans le fond intime de l'tre4 ,le mot de ,marie ,tudor1 disant qu' sa mort1 si on lui ouvrait le cur1 on y trouverait grav le nom de ,calais1 peut se rpter pour certains griefs4 ,il y a des mes qui les portent en elles-mmes jusqu'au tombeau4 ,la plupart du temps1 si l'on remontait leur origine1 la honte serait grande d'avoir nourri tant d'amertume pour de si maigres torts4 ,les personnes qui ne sont pas sujettes se faire de griefs sont celles qui en donnent le plus aux autres1 car elles ne se figurent jamais qu'on puisse leur en vouloir de tel ou tel oubli1 de tel ou tel acte insignifiant1 de tel ou tel mot dit sans intention4 ,la prvoyance1 la prudence1 la bont ne les sauvent pas4 ,elles devraient rapetisser leur me pour se figurer certaines mesquines rancunes4 ,il y a1 par contre1 des catgories d'individus qui semblent prendre plaisir dfier les hostilits2 ils n'ouvrent la bouche que pour prononcer des paroles dnigrantes1 lancer des calomnies1 des mdisances1 et n'ont jamais pour personne un mot bienveillant ou une attention4 ,leur but semble tre de provoquer les antipathies et les vengeances444 ,irritables1 nerveux1 colriques1 ils aiment froisser1 blesser1 humilier1 se figurant sans doute affirmer ainsi une supriorit qu'ils sont seuls reconnatre4 ,ces faiseurs de peines ne mritent pas qu'on s'occupe d'eux ni qu'on essaye de les prmunir contre les griefs qu'ils excitent volontairement et justement4 ,mais on voudrait en prserver les doux1 les paisibles et les justes4 ,comment les mettre l'abri des rancunes que leurs qualits elles-mmes suscitent8 ,l'unique moyen est qu'ils gardent leur me libre de toute pense amre4 ,et alors1 peut-tre par ces communications mystrieuses d'esprit esprit1 dont on sent parfois les effets1 sans en connatre la cause1 ils arriveront dblayer le cur de leur prochain des griefs qui le rongent4 ,le traitement entreprendre est donc uniquement subjectif1 car seul un travail intrieur parvient dlivrer l'me des parasites qui en absorbent le suc vital4 ,il ne faudrait accorder aux autres hommes le droit de nous faire souffrir que par la piti ou l'amour qu'ils nous inspirent4 ,n'y a-t-il pas du ridicule tre la victime du regard froid des indiffrents1 d'une parole acerbe1 d'une ngligence1 d'une impolitesse de la part de gens dont notre vie sentimentale ne dpend point8 ,et mme1 quand ces blessures nous sont portes par des amis1 des proches1 des tres qui nous donnent le bonheur ou le malheur1 n'est-il pas maladroit de leur accorder de l'importance8 ,si ces froissements sont lgers1 ne vaut-il pas mieux les touffer8 ,s'ils sont de nature affliger srieusement1 le plus sage n'est-il pas de les pardonner en silence8 ,s'ils sont trop graves pour tre pardonns en silence1 on gagnerait les exprimer par des mots4 ,impossible6 dira-t-on4 ,tous ceux qui1 sentant des ombres s'interposer entre eux et leurs amis1 ont recherch navement une explication1 se sont trouvs en face d'un mur de glace4--,quelque chose contre vous8 ,mais comment donc8--,il n'y a rien1 absolument rien6--,vous avez une imagination tonnante6--,et un sourire de raillerie souligne les paroles fausses4 ,il semble dire1 ce sourire3 ,vous vous figurez m'avoir bless6 ,quel sot amour-propre est donc le vtre6 ,l'amour-propre1 voil le grand obstacle ces expositions sincres de nos blessures morales4 ,il est1 en gnral1 compris de faon singulire4 ,les hommes ne se soucient gure de la ralit des choses#f1 mais bien plutt du rle qu'ils jouent1 en tant que marionnettes sociales 7oh6 pas tous1 bien entendu1 mais le plus grand nombre74 ,le cabotinage a tellement envahi les murs et les esprits que tout se fait pour et sur la scne1 y compris la bienfaisance4 ,jadis1 les auteurs dramatiques et les acteurs se proccupaient peu prs seuls des applaudissements des foules2 aujourd'hui les confrences1 les congrs et les expositions multiples sont autant de thtres o presque toutes les catgories de citoyens ont leur rle jouer4 #f ,voir ,ames dormantes1 le chapitre3 ,le faux amour de soi4 ,a certains points de vue1 le cabotinage est utile2 il sert d'mulation1 il apprend se mieux tenir1 dlivre de la timidit4 ,l'habitude de se prsenter au public donne1 ds l'enfance1 un aplomb tonnant2 on voit des petites filles jouer la comdie avec une dsinvolture amusante2 elles rcitent des compliments aux souverains ou prsentent une adresse au ,saint ,pre avec un aplomb et une absence d'motion que leur envierait une actrice vieillie sur les planches4 ,pas un battement de cils6 ,elles ne rougissent mme pas4 ,la rougeur n'est plus que l'indice de l'amour-propre bless3 les causes qui la provoquaient autrefois1 pudeur et honte1 sont peu prs limines de la vie moderne4 ,ce dveloppement du cabotinage a donn une impulsion insense aux vanits et a1 par consquent1 augment de beaucoup le nombre des griefs secrets4 ,tous aspirant un succs personnel sur une scne quelconque1 il serait maladroit d'admettre le succs d'autrui4 ,en ce monde1 bientt1 il n'y aura plus que des comptiteurs6 ,le plaisir de la mdisance a peut-tre diminu1 parce qu'on a moins de temps y consacrer1 mais l'loge spontan et sincre a disparu des habitudes morales du ,x,xe sicle1 et elles sont rares1 les gloires qu'on n'essaye pas de dmolir6 ,pour chapper au dnigrement1 il faut avoir de singuliers mrites1 ou travailler dans des branches concurrence limite4 ,en tout cas1 il est indispensable que le grand homme vive solitaire1 loin des foules1 de faon ne pas irriter le prochain par le bruit des applaudissements qu'il recueille4 ,les contacts trop frquents sont de srs provocateurs de griefs4 ,la grande loi des causes et des effets est mise en doute1 cause des dmentis que l'exprience lui donne4 ,mais sont-ce des dmentis8 ,si l'on tient compte des causes ignores1 on ne saurait prtendre qu'il y ait jamais un effet sans cause4 ,on ne peut dire non plus qu'il y ait des causes sans effets1 les rsultats directs d'une cause tant parfois dtruits ou paralyss par d'autres causes plus fortes que nous ne percevons pas1 et qui provoquent des effets diffrents de ceux que la cause visible semblait indiquer comme certains4 ,toutes les inconnues qui entourent la vie de l'homme1 et dont on constate l'existence chaque pas1 permettent cette loi1 qui satisfait le besoin de logique et l'instinct de justice que nous portons en nous-mmes1 de conserver sa valeur4 ,valeur d'hypothse si l'on veut1 mais tout n'est-il pas peu prs hypothse1 dans ce monde de l'incertitude o nous naissons1 vivons et mourons8 ,on peut donc affirmer que l'exacerbation de l'amour-propre1 rsultat du cabotinage moderne et de la doctrine galitaire1 a pour consquence immdiate le grief1 car celui-ci trouve dans la vanit une source intarissable o s'abreuver et se renouveler4 ,l'homme vain a dsesprment besoin des autres1 parce qu'il en attend les approbations et les flatteries dont il est assoiff4 ,mais s'il exige des joies1 il n'en donne pas et est presque toujours lui-mme un faiseur de peines1 non par mchancet ou frocit instinctives1 mais simplement parce que l'loge n'atteint jamais la hauteur de ses dsirs1 et que1 si on le lui refuse1 il regimbe et devient la proie de rancunes qui le transforment en tre nuisible4 ,le petit grief prend facilement chez lui des allures de haine4 99 99 99 99 99 ,les effets nuisibles des griefs se retrouvent dans tous les rapports sociaux4 ,entre deux personnes1 des relations cordiales s'tablissent2 elles ressemblent un commencement d'amiti4 ,tout coup les poignes de mains deviennent plus fraches1 les regards plus distraits1 les paroles moins aimables3 un pouvoir dissolvant a dsagrg les lments bons4 ,ce changement est parfois l'uvre de la mdisance ou de la calomnie1 mais souvent il a pour cause un simple grief vaniteux ou sentimental1 caus par un lger oubli de l'amour-propre du prochain1 ou par un succs qui le heurte1 ou une apparence de froideur qui le blesse4 ,a la privation d'une joie possible1 qui aurait t l'amiti entrevue1 se joignent bientt les procds dsagrables1 car tout grief qui ne s'avoue pas ouvertement recourt1 pour se manifester1 des manuvres secrtes et pernicieuses4 ,le caractre des griefs est de crer une atmosphre hostile ceux qui les ont involontairement causs3 demi-mots significatifs1 insinuations perfides1 soupons vagues rpandus avec art4 ,le malheureux qui se dbat dans cet cheveau habilement embrouill rencontre des mauvaises volonts partout et ne sait quoi les attribuer4 ,devant lui1 on se drobe1 les mains se retirent1 les offres de service se renient444 videmment la vrit possde une force en soi1 elle triomphe en gnral de la calomnie1 et toute existence pure et droite finit par s'imposer l'estime4 ,quand on vit dans une maison de cristal1 on ne peut prtendre1 la longue1 que votre vie s'coule dans d'obscures cavernes2 mais le doute propag avec ruse a suffi paralyser vos efforts1 retarder votre carrire1 remplir votre cur d'une amertume dont la saveur cre ne disparat entirement que chez les natures assez fortes pour s'en dlivrer par un acte d'nergie4 ,les griefs entre gens qu'unissent des liens de parent n'ont pas autant de rpercussion extrieure2 ils nuisent moins l'existence sociale1 mais empoisonnent la vie intime4 ,il faut les diviser en deux catgories3 vanits et sentiments blesss4 ,les effets sont les mmes3 yeux froids1 visages maussades1 sourires sarcastiques1 paroles piquantes1 sous-entendus gros de rancunes444 ,en voyant les membres d'une mme famille runis1 on pourrait supposer parfois1 d'aprs leurs attitudes1 qu'ils ont de graves mfaits se reprocher les uns aux autres1 et1 au fond1 ils s'aiment tendrement et sont prts se dvouer les uns pour les autres4 ,l'ombre provient d'embryons de torts1 non de torts rels1 mais ces embryons1 grossis par l'imagination1 dnaturs par l'amour-propre ou un par faux sentimentalisme1 dveloppent et maintiennent les griefs4 ,les natures susceptibles s'en forgent sans cesse de nouveaux1 pour se torturer elles-mmes et torturer les autres2 les caractres boudeurs1 grognons1 pervers1 excitables1 en ont besoin comme d'un aliment indispensable1 pour conserver l'attitude mcontente qui fait le tourment de leur entourage et le leur propre4 ,l'affection1 le dvouement1 les gards dont on les entoure ne parviennent jamais tarir cette source d'amertume continuellement jaillissante dans leur cur4 ,le don de soi-mme ne les touche pas1 mais1 si vous oubliez de leur faire un message ou si vous ne consentez pas bouleverser votre journe pour satisfaire leur caprice1 ils vous considrent comme un ennemi4 ,la crise passe1 mais pour recommencer deux jours plus tard4 ,l'art de se tourmenter rciproquement est frquent entre personnes qui s'aiment4 ,des gens quitables dans la vie publique et sociale cessent de l'tre avec leurs proches et ils ont une audace dans l'injustice qui frise le cynisme4 ,ils psent de tout le poids de leur humeur chagrine sur ceux qui les entourent1 et ne pouvant ragir contre les vritables auteurs des dsagrments dont ils souffrent1 ils inventent des griefs contre leur famille pour se venger sur elle des torts d'autrui4 ,il y a des maisons d'o la gat est bannie1 non par les malheurs1 mais par les griefs4 ,quand ils revtent la forme sentimentale1 ils sont plus exasprants encore4 ,on rentre un peu en retard1 le visage joyeux1 apportant une bonne nouvelle2 on trouve des visages sombres qui semblent vous accuser de tous les mfaits4 ,une seule personne susceptible suffit gter la vie d'une famille entire4 ,on craint toujours de la froisser1 on tremble l'ide de son mcontentement4 ,semblable une divinit malfaisante1 elle demande sans cesse1 pour tre apaise1 de nouveaux sacrifices la bont ou la lchet d'autrui4 ,il est facile de se faire des griefs1 car le cur humain y est enclin et la pente est glissante4 ,s'y laisser aller est la faute la plus grave que l'on puisse commettre contre sa propre me4 ,tout homme libre1 matre de lui-mme1 devrait1 au premier indice1 craser ces plantes venimeuses sous son talon4 ,les grandes douleurs ne nous guettent pas toujours1 et pourtant1 que d'existences tristes et mornes6 ,en liminant les griefs1 on verrait les sourires refleurir sur des lvres qui en avaient perdu l'habitude4 ,se fcher contre ceux qu'on aime est absurde2 les tourmenter est criminel4 ,quand on rflchit ce qu'a de tragique la destine humaine1 les souffrances naissant de nos susceptibilits paraissent misrables et folles4 ,devenir son propre bourreau est de la dmence inintelligente4 ,et c'est ce que tous les hommes font1 peu prs1 du plus au moins4 ,on dirait que les hauteurs sereines les effrayent2 ils prfrent les luttes infcondes o1 sans rien conqurir1 le sang des curs coule inutilement et douloureusement4 ,mais1 dira-t-on1 il est impossible de ne pas tre sensible aux torts1 et que cette sensation ne se change pas en grief4 ,les crets que l'on garde en soi fermentent invitablement4 ,en famille1 il y aurait1 pour viter ces fermentations malsaines1 un moyen pratique employer4 ,puisque l'aveu direct du froissement prouv cote trop l'orgueil1 on devrait dposer dans un meuble1 dont chacun aurait la clef1 un registre sur lequel1 tour tour1 chacun des membres de la communaut numrerait les procds dont il se croit victime4 ,quand il s'agirait de choses graves et dlicates1 un pli cachet1 avec une adresse1 serait gliss entre les feuillets4 ,dnoncer les culpabilits1 sans avoir besoin de recourir aux paroles1 serait pour tant de pauvres curs touffs par l'accumulation de leurs griefs un soulagement intense4 ,ce systme pourrait1 en outre1 provoquer chez les mes scrupuleuses un besoin de rparation1 et ainsi1 plusieurs plaies morales1 involontairement causes1 seraient panses et cicatrises4 ,la mthode que je suggre ne sera videmment pas suivie3 les rancunes continueront tre nourries dans les curs2 sous le toit familial les mmes visages renfrogns s'aligneront4 ,les hommes et les femmes qui1 aprs les combats de l'existence journalire1 rentreront au foyer avec le dsir de s'y reposer et de s'y rchauffer1 y trouveront assis le grief1 ennemi de toute paix et de toute chaleur4 ,ils entendront les voix s'abaisser leur approche1 et ils seront forcs de comprendre que les paroles changes formulaient des plaintes dont ils taient l'objet4 ,dans la vie publique1 les carrires et les professions o les hommes se font concurrence les uns aux autres1 il serait utile aussi de pouvoir ouvrir un livre des griefs4 ,la chute d'un ,cabinet1 qui a parfois pour le pays des consquences redoutables1 est due souvent des sries de petits griefs dont celui qui les a suscits n'a pas le moindre soupon4 ,que d'hommes de valeur loigns du pouvoir1 simplement par les hostilits qu'ils ont inconsciemment provoques6 ,que de votes de mfiance causs par les mmes motifs6 ,que de carrires retardes ou entraves par les rancunes bureaucratiques6 ,le mdecin1 l'avocat1 le banquier sont galement victimes des griefs3 ils voient leur clientle diminuer et n'en comprennent pas la raison4 ,des obstacles sans cesse renaissants s'amoncellent sur leur route2 la conspiration des griefs en est cause3 deux ou trois bonnes rancunes se sont coalises et ont russi provoquer contre les malheureux un mouvement d'opinion dfavorable4 ,et il en est de mme dans toutes les professions et dans tous les mtiers4 ,les ennemis invisibles sont bien plus redoutables que les adversaires connus et tangibles1 pour froces qu'ils soient4 99 99 99 99 99 ,s'il y a des individus dont le trait caractristique est de susciter les hostilits1 par leurs faons brutales et leurs paroles cres1 il en est d'autres dont les mes ressemblent des ruches1 dans lesquelles1 au lieu d'abeilles1 se presse l'essaim bourdonnant des griefs3 griefs personnels1 griefs impersonnels1 recueillis pour fortifier les leurs propres4 ,lorsqu'ils parlent1 on sent qu'il ne parviendront jamais exprimer toutes les rancunes qui bouillonnent dans leur cur1 et c'est peine s'ils paraissent soulags1 quand ils en ont formul amrement quelques-unes4 ,jamais on ne pourra assez plaindre ces tristes individualits1 leur pain quotidien est arros de fiel2 mais en mme temps1 il faut les dnoncer l'opinion comme les pires faiseurs de peines que la socit ait produits4 ,ce ne sont pas de grands malfaiteurs occasionnels2 leurs dlits sont journaliers et1 par consquent1 infiniment plus nuisibles4 ,dans toutes les classes sociales on retrouve ces misrables natures dont les griefs forment la substance psychique2 ils en mangent1 ils en boivent1 ils en meurent4 ,sans arriver ce degr d'irritabilit morbide1 combien de trs honntes gens n'ont aucun scrupule de nourrir en eux-mmes de bons petits griefs1 nuancs de haine1 contre leurs proches ou leurs amis8 ,les privilgis du destin1 ceux dont l'existence s'coule dans une large aisance tranquille1 ne devraient pas connatre les griefs4 ,et pourtant1 ils y sont sujets tout comme les lutteurs outrance ou les vaincus de la vie4 ,le rcit biblique de l'unique brebis1 possde par le pauvre1 et dont le riche s'empare1 se renouvelle constamment1 car les favoriss du sort font volontiers un grief aux malheureux du moindre avantage qu'ils possdent4 ,on est parfois surpris de constater certaines rancunes inexplicables4 ,aucun tort n'a t commis vis--vis de ceux qui les nourrissent4 ,personne n'a march sur leurs brises4 ,pourquoi alors8 ,comment expliquer leurs regards hostiles1 leurs paroles soudain malveillantes8 ,nul ne suppose que la vue d'une unique petite brebis a pu offusquer les possesseurs de grands troupeaux4 ,si le prophte ,nathan leur montrait ce qu'ils ont dans le cur1 comme il fit pour le roi ,david1 peut-tre se mettraient-ils jener1 honteux de la petitesse de leur me4 ,mais si les prophtes se prsentaient la porte de nos contemporains1 ils seraient chasss probablement comme d'importuns solliciteurs dont on n'a nulle envie d'entendre le message4 ,les griefs que l'attitude hostile rvle ne sont pas les pires4 ,les griefs cachs sous une apparence cordiale sont les plus dangereux4 ,c'est souvent le cas en amiti1 et surtout en amour4 ,par fiert1 par grandeur d'me1 par peur de ce qu'on pourrait dcouvrir1 par crainte d'explications pnibles ou pour d'autres causes plus basses1 on cache ses griefs4 ,tant que la passion dure1 ses manifestations ardentes dissimulent les rancunes secrtes4 ,le jour o l'amour diminue ou s'teint1 elles dressent la tte1 et celui qui dcouvre qu'il en est l'objet1 recule pouvant devant les sentiments hostiles dont le soupon ne l'avait mme pas effleur4 ,il y a encore la catgorie des griefs qu'on se cre volontairement contre les autres1 pour expliquer les torts graves qu'on a vis--vis d'eux3 ce phnomne se produit dans tous les genres d'attachements1 mais spcialement dans l'amour4 ,celui qui cesse d'aimer le premier1 cherche des raisons son inconstance2 celui qui rompt le premier1 par lgret1 par opportunisme ou par peur1 essaye de se forger des rancunes qui l'excusent4 ,une femme que son meilleur ami avait quitte subitement1 sans une querelle1 sans une scne1 sans une raison apparente de rupture1 aprs de longues annes d'une union troite1 et laquelle je disais3 ,s'il pense vous1 il doit avoir des remords1 rpondit3 ,des remords8 ,quelle ide6 ,il se figure aujourd'hui que tous les torts sont de mon ct4 ,rtrospectivement il s'est cr des griefs imaginaires4 ,je me rcriai1 indigne1 prte la plaindre davantage4 ,elle sourit et1 posant ses doigts sur ma bouche pour me faire taire3 ,ne me plaignez pas1 dit-elle1 je pourrais avoir des griefs et n'en ai pas2 c'est donc moi1 malgr tout1 qui ai la bonne part6 ,elle avait raison4 ,les griefs sont pareils une pe double pointe dont l'une blesse le cur qu'elle vise et l'autre le cur d'o elle sort2 mais le plus malheureux des deux curs est encore celui qui tient l'pe1 car la pointe qui le transperce s'enfonce plus fortement1 et il est presque impossible de l'arracher de la blessure4 ,tout le monde1 en substance1 est victime des griefs3 ceux qui les nourrissent1 comme ceux qui les inspirent1 parce que tous se refusent aux explications franches4 ,et ce qu'il y a de plus triste1 c'est que1 produisant tant de mal1 ils ont souvent une cause si mince1 semblables en cela aux duels de ce ,napolitain1 qui s'tait battu dix-sept fois propos des mrites respectifs du ,tasse et de l',arioste1 dont il n'avait jamais lu les uvres6 ,,chapitre ,,vi ,,peines ,,sentimentales ,un mot1 un regard peuvent effacer des annes d'affection4 ,,balzac4 ,parmi les peines que les hommes se causent les uns aux autres1 les chagrins intimes occupent une place importante1 quoique la vie sentimentale ait diminu de vivacit sous toutes les latitudes et dans toutes les classes4 ,ce cuirassement contre la sensibilit s'appelle progrs4 ,en effet1 dans les pays les plus avancs comme civilisation1 l'individualisme outr1 les habitudes mouvementes1 l'extriorisation gnrale des existences empchent le cur de vivre avec intensit et d'avoir conscience de ses battements4 ,chez les peuples qui ont couru avec moins de rapidit sur la voie de l'indiffrentisme pratique et de la froideur lgante1 les affections ont gard plus de force1 et les passions plus de violence3 la tendresse familiale attendrit toujours les curs1 et les dsespoirs d'amour sont fconds en catastrophes4 ,dans le midi de l',europe1 le dvouement aux parents1 aux enfants1 au mari produit des miracles d'abngation1 et les femmes sont capables de s'oublier elles-mmes compltement pour l'homme qu'elles aiment4 ,un spirituel crivain franais me disait un jour3 ,vos compatriotes sont les seules femmes qui savent encore aimer4 ,regardez une ,franaise dans la rue3 elle est toujours lgante1 tire quatre pingles2 le mari1 au contraire1 est souvent nglig dans ses vtements1 tandis qu'en ,italie l'homme est plus soign que la femme2 celle-ci s'efface444 ,on comprend que les ressources de la modeste famille sont employes mettre en valeur le chef1 le reprsentant de la communaut444 ,l'observation a du vrai#g1 l',italie est le pays o l'amour sous toutes ses formes--qu'il soit maternel1 filial1 fraternel1 conjugal et mme extra-lgal--est encore le plus sincrement pratiqu4 videmment la civilisation outrance finira par y pntrer et l'on y apprendra raisonner avec plus de froideur4 ,cependant1 quels que soient les effets desschants de cette civilisation sur les mes de toutes les races1 il y a certains sentiments tellement instinctifs par nature et enracins dans le cur1 que rien ne parviendra jamais les dtruire de faon complte1 et que l'homme le plus raffin continuera en souffrir4 #g ,dans les grands centres1 cependant1 la proccupation de la toilette chez les femmes augmente de faon inquitante4 ,dans de prcdents chapitres1 j'ai parl des chagrins que s'infligent les uns aux autres les gens qui croient s'aimer4 ,parmi les membres d'une mme famille1 combien semblent ns pour se tourmenter rciproquement6 ,les griefs#h et les malentendus qui sparent les curs sont infinis4 ,pour les tres aimants une parole dure1 un mouvement hostile1 une fausse interprtation de leurs actes ou de leurs intentions quivaut un coup de couteau moral4 ,c'est pourquoi la jeunesse traverse des moments d'indicible amertume et d'intense dsespoir1 car elle croit la dure des impressions douloureuses2 ceux qui les provoquent ont si peu l'habitude de considrer l'effet de leurs paroles qu'ils n'ont pas le moindre soupon des maux dont ils sont la cause4 #h ,voir le chapitre3 ,les griefs4 ,une des souffrances intimes les plus secrtes et les plus dmoralisantes que les tres jeunes subissent1 est d'assister aux dfaillances de caractre des personnes qu'ils ont aimes et respectes dans leur enfance1 alors qu'ils ne savaient encore ni discerner ni raisonner4 ,a mesure qu'ils acquirent l'exprience de la vie et la facult de juger1 les anciennes idoles tombent de leur pidestal1 et cette chute provoque une amre douleur4 ,la jeunesse est intolrante1 elle n'admet pas les circonstances attnuantes1 elle ne tient compte de rien1 elle ne s'arrte pas considrer1 elle donne des interprtations positives certaines apparences incertaines4 ,souvent elle est dans le vrai1 souvent aussi elle se trompe1 mais1 que ses impressions soient relles ou fausses1 la peine ressentie est la mme4 ,avoir t cause1 mme sans le vouloir1 d'une pareille dception1 remplit de remords les consciences habitues sentir leurs responsabilits4 ,les gens maussades1 grognons1 capricieux1 de mauvaise foi1 sont des faiseurs de peines1 non seulement parce qu'ils empchent les autres de danser en rond et attristent leurs vies1 mais parce qu'ils ternissent l'image que ceux-ci avaient d'eux dans le cur4 ,c'est l une subtile souffrance d'ordre sentimental dont il est impossible de mesurer les effets sur l'avenir des mes4 ,une amie me disait un jour3 ,tant que mes enfants taient petits1 j'ai vcu l'aise avec mes dfauts et mes mauvaises habitudes4 ,peut-tre gnaient-elles les autres1 moi1 elles ne me gnaient nullement6 ,mais depuis qu'ils sont grands1 j'ai honte4 ,je rencontre leurs regards qui m'embarrassent1 je comprends qu'ils me jugent1 qu'ils observent mes attitudes1 ma manire d'agir1 qu'ils mesurent mes paroles4 ,rien ne leur chappe3 ni le petit accroc la vrit1 ni le raisonnement illogique1 ni l'irritation injuste1 ni aucune des mille imperfections dans lesquelles je me complaisais autrefois4 ,je suis oblige aujourd'hui de me surveiller constamment1 et il se trouvera1 la fin des fins1 que mon ducation aura t faite par eux1 beaucoup plus que la leur par moi6 ,andr ,towianski1 le mystique polonais1 qui voulait rtablir toutes choses en ,christ1 prtendait que le seul crime vritable tait de repousser l'affection2 la pire des actions malfaisantes est d'offrir un caillou qui nous offre du pain1 et les peines que les hommes infligent sans ncessit aux tres qui les aiment seront comptes1 sans doute1 comme autant de crimes par la justice suprme4 ,beaucoup de gens prennent plaisir ce jeu1 mme des gens qui se dclarent et se croient honntes et vertueux4 ,il y a1 parat-il1 dans l'me humaine1 des recoins cruels1 comme un besoin secret de faire souffrir ceux sur lesquels on a du pouvoir1 peut-tre parce que1 se reconnaissant indigne de leur affection1 on les mprise instinctivement de la ressentir4 ,ce phnomne1 qui a rendu amer le pain quotidien de tant de curs endoloris1 se manifeste dans tous les genres d'attachement1 mais c'est dans l'amour qu'il trouve son expression la plus complte et se produit avec le plus de frquence4 99 99 99 99 99 ,la question de l'amour est trop complexe pour qu'il soit possible de la traiter dans ces pages2 l'exprience de la vie1 la rflexion1 l'tude objective des sentiments et des sensations qui exaltent et troublent l'tre intime font comprendre tout observateur sincre qu'aucune forme de dterminisme ne lui est applicable4 ,les plus savants docteurs en la matire1 s'ils tiennent honntement compte de la nature complice1 des conditions de l'existence sociale1 des droits et des devoirs des individus1 et1 en mme temps1 des prceptes moraux indispensables aux socits bien organises1 doivent se dclarer incomptents la rsoudre4 ,en premier lieu1 appliquer une loi gnrale l'amour est impossible1 il n'y a que des cas particuliers4 ,ceux qui mconnaissent ce principe risquent d'exagrer la rigueur ou d'en manquer trop4 ,de toutes faons1 mme dans une socit en progrs1 l'amour restera ternellement un lment de trouble4 ,si on atteint l'idal d'lever un temple la vrit dans la cit de la justice2 si on parvient supprimer la misre1 teindre les ambitions et les cupidits vulgaires1 installer le rgne de la probit morale et matrielle1 on n'arrivera jamais dtruire l'attraction qui pousse irrsistiblement1 les uns vers les autres1 les hommes et les femmes4 ,par consquent toujours1 dans l'ordre le mieux tabli1 le dsordre risquera de reparatre par l'amour1 cause perptuelle de flicits et de peines4 ,la douleur tant la raction naturelle de la joie1 ce genre de souffrance ne peut pas tre supprim4 ,il est toutefois certain qu'on y ajoute des amertumes inutiles par les faux points de vue auxquels on se place4 ,si l'on savait mieux s'aimer#i1 l'intensit des affections ne diminuerait pas1 mais les hommes et les femmes cesseraient d'tre leurs propres bourreaux4 #i ,ames dormantes1 chapitre ,le faux amour de soi4 ,la catgorie des amours appels malheureux est celle o un nergique effort de volont1 joint au raisonnement1 pourrait gurir le malade4 ,ce genre de sentiment1 o l'un des curs reste froid1 tandis que l'autre se consume en vains regrets et en inutiles esprances1 est un objet de moqueries1 parfois injustes1 car1 si certains de ces attachements sans rciprocit sont ridicules1 on en recentre aussi souvent de touchants4 ,ces accidents fcheux sont invitables1 car tous plus ou moins1 hommes ou femmes inspirent1 dans leur vie1 des inclinations auxquelles il leur est impossible de rpondre4 ,parfois ces inclinations sont provoques volontairement par les coquetteries des femmes ou les flatteries banales dont certains hommes sont coutumiers vis--vis des descendantes d've1 mais ce sont pour la plupart des phnomnes spontans dont personne n'est responsable4 ,ils deviendront1 probablement1 moins frquents au ,x,xe sicle1 la sentimentalit tendant disparatre de nos murs4 ,du reste1 l'amour malheureux tant un peu draisonnable en soi et ne prsentant pas de perspective de longue dure1--sauf chez les tres dous d'une excessive sensibilit1--on le met au second rang dans la nomenclature des douleurs de l'amour4 ,aux poques romanesques1 quelques jeunes filles en mouraient2 aujourd'hui encore on voit des jeunes hommes se suicider parce que leur passion ne peut tre satisfaite2 mais c'est plutt chez eux rvolte contre la souffrance1 que preuve de sentiment4 ,il est curieux d'observer1 quand la fivre bat son plein1 combien la faon de procder des deux sexes est diffrente4 ,en gnral1 les femmes se moquent des amoureux qu'elles n'aiment point2 aucune piti n'amollit leur cur1 et parfois leur indiffrence moqueuse va jusqu' la cruaut4 ,quelques-unes1 les conscientes1 les bonnes1 les douces1--qu'elles aient eu une part directe ou non dans la naissance du sentiment qu'elles inspirent1--essayent de consoler leurs adorateurs conduits4 ,et certaines excellent si parfaitement en cet art de transformer l'amour en amiti1 que les malheureux qui ont pass par leurs mains conservent de cette cure morale un souvenir attendri1 prfrable peut-tre celui d'une bonne fortune4 ,les hommes sont moins habiles en ce genre de traitement1 ils prfrent une autre mthode3 celle de s'mouvoir et de se laisser aimer4 ,il est certain qu'ils s'apitoient beaucoup plus facilement que les femmes4 ,est-ce vanit8 bont8 ,les deux choses peut-tre la fois4 ,en tout cas1 ils se refusent presque toujours tre des faiseurs de peines pour les curs qui se tendent vers eux1 sans rflchir que cette condescendance amoureuse a parfois des consquences plus cruelles que l'indiffrence nettement affirme4 ,mais ces amours unilatraux ou ceux tablis sur une motion passagre ne marquent pas ordinairement l'me de traces profondes et n'abrgent pas les existences4 ,c'est lorsqu'il y a entre deux tres change complet de toutes les forces1 que les douleurs succdant aux joies produisent ces dchirements qui altrent les sources mme de la vie4 ,les tres dous d'une robuste sant physique n'en meurent pas1 mais en eux quelque chose reste bris4 ,ces dchirements naissent souvent de ce qu'il y a d'incompatible entre les aspirations et les capacits des hommes4 ,de loin en loin1 il est vrai1 quelques curs se convient des noces ternelles2 mais ils sont rares1 ces fidlits prolonges tant1 parat-il1 contraires aux lois de l'imprieuse nature1 sur laquelle1 jusqu'ici1 nous avons un si faible empire4 ,l'amour1 qui nat de rien1 meurt de tout4 ,on voit parfois les tres qui se sont le plus tendrement aims et qui semblaient avoir confondu leurs existences morales1 se sparer tout coup sans une raison valable1 sans une querelle1 sans une infidlit1 comme si la substance dont taient forms leurs curs1 leurs esprits et leurs sens s'tait soudain transforme et ne s'amalgamait plus4 ,quand le triste phnomne se manifeste dans les unions sanctionnes1 il n'y a pas de brisure apparente1 mais la joie disparat des vies4 ,entre ces deux tres qui avaient jusqu'ici vcu cur cur1 il ne reste plus qu'un seul et froid trait d'union3 l'habitude et les intrts communs6 ,lorsqu'au contraire1 le lien n'a pas alin l'indpendance1 la rupture est rapide2 les amis de la veille1 fiancs ou amants1 semblent ne pouvoir jamais mettre entre eux assez de distance1 presss qu'ils sont d'oublier leur pass d'amour1 par honte peut-tre de ce reniement de leurs mes4 ,lorsque le dtachement se manifeste en mme temps dans les curs1 il n'y a pas de souffrance1 rien que la tristesse d'une lumire qui s'teint4 ,mais en gnral1 l'amour dj mort chez l'un1 vit encore chez l'autre et s'exaspre par l'abandon4 ,on accuse les hommes de sonner les premiers le glas4 ,c'est vrai et faux en mme temps4 ,vrai1 dans le sens qu'ils sont plus facilement infidles4 ,faux1 en ce qu'ils savent parfois rester constants en devenant infidles1 tandis que la femme1 la premire tentation qui l'assaille d'un autre amour1 n'a plus qu'un dsir3 liquider l'ancien6 ,est-ce sincrit plus grande de sa part8 ,ou moindre richesse de nature8 ,ou parce que son me plus lgre n'a pas reu d'empreinte assez forte8 ,ou que chez elle tout nouvel amour entre d'emble dans le cur en matre absolu8 ,en tout cas1 il est certain que les femmes possdent1 en gnral1 beaucoup plus que les hommes la facult d'oublier ce qui a t1 et de passer l'ponge sur leurs souvenirs4 ,elles revoient parfois avec une parfaite dsinvolture ceux qu'elles ont aims1 sans qu'une vibration fasse tressaillir leur cur et leur tre6 ,la vue de celui pour lequel1 souvent1 elles ont tout risqu1 ne les meut pas2 il est redevenu leurs yeux une quantit ngligeable quelconque4 ,les hommes1 eux1 se vantent de ne jamais oublier1 mme aprs avoir remplac un nombre respectable de fois la femme jadis aime4 ,dans cet ordre de sentiments et de sensations1 les nuances sont infinies1 et il est impossible d'tablir des points de repaire1 mme relatifs4 ,une seule chose est sre et indniable3 les hommes et les femmes sont des faiseurs de peines l'gard les uns des autres1 aprs avoir t des faiseurs de joies4 ,ce rsultat est-il absolument ncessaire8 ,cette raction est-elle fatale8 ,ne dpend-il de nous d'aucune faon d'en empcher les effets1 d'en diminuer la violence1 d'en attnuer la tristesse8 ,un plus large dveloppement de conscience1 une vue plus nette des responsabilits rciproques1 la compassion s'tendant aux peines de l'me et un grand respect de l'amour pourraient peut-tre empcher quelques-unes des catastrophes morales qui dvoient et dtruisent tant d'existences4 99 99 99 99 99 ,il n'est pas question ici1 bien entendu1 des tragdies violentes dont les passions de l'amour sont causes3 meurtres1 suicides1 innocents sacrifis1 vies jetes au vice1 familles dshonores444 ,tout cela rentre dans le tu ne tueras pas4 ,ceux qui sont responsables de tels malheurs1 mme si leur conscience est en lthargie1 savent intellectuellement qu'ils ont commis des crimes1 manqu aux lois sociales1 t des perturbateurs de l'ordre et dtruit quelque chose dans l'harmonie de l'univers#aj4 ,la loi1 en certains cas1 intervient pour les chtier1 et1 si ces dlits chappent au code pnal1 la socit les punit d'une autre faon4 ,dites plutt qu'elle les rcompense1 s'crieront les esprits pessimistes4 ,c'est vrai aussi1 mais d'une vrit apparente qui rentre dans les monstruosits que la nature produit parfois1 pour montrer qu'elle est suprieure ses propres lois4 #aj ,cet tat de demi-conscience tend disparatre4 ,on en arrive1 de nos jours1 admirer les beaux crimes pervers et traiter d'inintelligents et d'inhumains les esprits droits qui croient encore la ncessit d'un chtiment pour les homicides4 videmment1 si une transformation morale s'accomplissait chez les tres capables de dlits aussi graves1 si l'ide d'une sanction divine pntrait leur cerveau1 ils se puniraient eux-mmes par leurs remords et leurs regrets du mal dont ils sont responsables2 mais la grce seule1 cette opration mystrieuse--qui restera l'ternel secret des dieux--peut produire dans les mes une rvolution semblable4 ,aucune influence humaine1 pour intense et nergique qu'elle soit1 ne saurait y parvenir4 ,il faut qu'une conscience soit dj peu prs veille1 pour qu'on puisse l'interroger1 la toucher1 la faire tressaillir4 ,tout tressaillement moral prsuppose une certaine honntet de pense1 un certain dsir du bien1 une certaine honte du mal444 ,ce degr d'volution ne nous empche pas1 du reste1 de causer autrui d'indicibles et inutiles souffrances4 ,inutiles1 car ce qu'il y a d'invitablement douloureux dans le flux et reflux des passions1 n'est pas toujours le ct le plus amer des chagrins de l'amour4 ,ce qui torture l'me plus que la brivet des heures heureuses1 c'est la trahison1 le mensonge1 la lchet4 ,il y a pis encore3 s'apercevoir tout coup qu'on a aim un fantme1 que l'tre auquel on a donn sa vie pendant des annes tait un inconnu dont on n'avait jamais aperu le vrai visage1 voil la douleur insupportable6 ,si les tres qui s'aiment avaient quelque respect l'un pour l'autre1 ils se montreraient sincres avant1 pendant1 aprs4 ,avant1 cette sincrit empcherait bien des liens de se nouer et des mariages de se faire2 pendant1 elle donnerait un sentiment de scurit qui ferait mieux goter le bonheur2 aprs1 c'est--dire l'heure de la sparation ou de la dsunion1 elle permettrait la douceur du souvenir2 le pass ne serait pas empoisonn1 et1 dans le cur rest fidle1 l'image encore aime ne serait pas ternie4 ,mais le prjug contre la sincrit1 en amour surtout1 est l'un des plus gnralement rpandus4 ,le prtexte des gards que l'on se doit les uns aux autres le fortifie1 comme si la plus haute forme du respect n'tait pas1 toujours et partout1 la franchise4 ,on a le tort de la dclarer impossible en amour4 ,et pourquoi8 ,les tours bties sur l'argile s'effondreront1 mais sera-ce dommage8 ,l'amour vrai rsistera comme les forteresses bties en pierre de taille4 ,le reste s'appellera de son nom rel3 gnie de l'espce1 vanit ou vice1 besoins1 ceux-l1 que l'on trouvera toujours moyen de satisfaire1 sans les assaisonner des fourberies qui les rendent criminels et en font des causes de souffrances et de dceptions#aa4 #aa ,voir dans ,ames dormantes1 le chapitre3 ,le culte de la vrit4 ,remettre toutes choses leur vraie place1 donner toutes choses leur vraie valeur1 c'est la seule vritable science de la vie1 et elle peut tre applique l'amour comme au reste4 ,mais1 dira-t-on1 enlever celui-ci ses guirlandes1 ne sera-ce pas diminuer son attrait8 ,les fleurs en sont l'essence et l'accompagnement indispensable3 ,qual fior cadea sul lembo1 ,qual sulle trecce bionde1 ,qual si posava in terra e qual su l'onde2 ,qual con un vago error ,girando1 parea dir3 ,qui regna amor#ab6 #ab ,une fleur tombait sur ses genoux1--,une autre sur ses tresses blondes1--,une autre se posait sur la terre1--,une autre sur l'onde1--,une autre1 par une erreur gracieuse1--,tournoyant1 semblait dire3 ,ici rgne l'amour4 ,ptrarque a raison de faire pleuvoir des fleurs autour de ,laure1 car il ne faut pas en priver l'amour1 mais seulement substituer les fleurs fraches aux fleurs artificielles et ne couronner avec elles que le front du dieu1 en laissant ses contrefaons sans parure4 ,les empiriques des foires1 qui prconisent leur drogue comme tant apte gurir tous les maux1 sont un objet de rise1 et pourtant la drogue merveilleuse existe au point de vue moral3 c'est cette sincrit dont on ne veut point6 ,o qu'on l'applique1 elle est salutaire3 sincrit vis--vis des autres1 et sincrit vis--vis de soi-mme4 ,si l'tre humain apprenait discerner la nature des motions qui l'treignent1 les tragdies seraient moins frquentes dans la vie sentimentale1 et les liens d'amour1 lorsque l'heure de la sparation aurait sonn1 se dnoueraient plus dignement4 ,souffrir n'est rien1 mais que d'mes sont perdues parce qu'elles ont t mal aimes4 ,dans les existences jetes au vice1 on trouve presque toujours1 comme fait initial1 un dsespoir d'amour ou une complication sentimentale4 ,en gnral1 on ne s'occupe que des consquences directes et immdiates de l'amour1 et les consciences scrupuleuses elles-mmes ne voient pas au del4 ,personne presque ne rflchit aux effets ultrieurs qu'il peut avoir sur le caractre et la future existence morale des deux tres qui s'unissent4 ,les intresss n'y pensent pas plus que les autres1 non seulement dans la jeunesse1 ce qui est excusable1 mais dans la maturit1 ce qui l'est moins6 ,l'adoption d'habitudes sincres aurait pour rsultat d'veiller dans les consciences un sentiment de responsabilit4 ,se faire aimer1 accepter un grand amour1 le rendre et en jouir1 c'est assumer rciproquement charge d'me4 ,les hommes et les femmes auxquels on aurait enseign1 ds l'enfance1 que les faiseurs de peines par lgret1 gosme1 lchet ou tout autre sentiment mauvais ou mdiocre peuvent tre assimils des criminels vritables1 acquerraient forcment1 en amour aussi1 un sens plus profond et plus dlicat de leurs obligations4 99 99 99 99 99 ,il est difficile d'tablir quelles sont1 en ralit1 les plus frquentes victimes de l'amour4 ,au point de vue social1 ce sont les femmes1 l'opinion publique se montrant plus svre leur gard4 ,plusieurs se sauvent par l'habilet et la ruse1 beaucoup succombent1 et1 n'ayant plus la possibilit de guider leur destine1 elles deviennent la proie du hasard4 ,au point de vue moral galement1 la femme est la grande vaincue2 elle ne sait pas garder son quilibre comme l'homme1 elle s'abandonne tte baisse ses impulsions passionnelles1 et le dsordre la marque bien plus rapidement de ses stigmates extrieurs4 ,ds que ses murs deviennent trop faciles1 elle prend un aspect dgrad1 tandis que son compagnon de l'autre sexe1 dans les mmes conditions de vie1 garde souvent un air plus noble4 ,c'est que d'autres passions le dominent1 tiennent ses facults en veil et servent de correctif aux effets du vice4 ,enfin1 au point de vue du sentiment1 on a l'habitude de penser que la femme souffre plus que l'homme4 ,c'tait absolument vrai autrefois2 l'est-ce aujourd'hui au mme degr8 ,le sera-ce encore demain8 ,la fin du ,x,i,xe et le commencement du ,x,xe sicle ont facilit l'closion d'une catgorie de jeunes filles1 dont la faon de considrer l'existence dconcerte ceux qui ont vcu avant elles4 ,le flirt lui-mme1 si son but reste identique1 a chang d'intonation1 il n'est plus sentimental4 ,quelques-uns visent au mariage ou au mauvais motif4 ,d'autres sont de simples jeux1 rsultats du calcul fminin qu'il faut avoir de nombreux flirts bien placs dans le monde1 car ils sont utiles1 posent une femme1 et renforcent sa situation4 ,l'amour1 comme on le voit1 n'a pas grand'chose faire dans ces manuvres1 et la plupart des mondaines chappent aux douleurs qu'il apporte4 ,si elles sont sujettes des faiblesses1 il serait naf d'en chercher la cause dans la sensibilit de leur cur ou l'ardeur de leur imagination3 elles succombent pour des raisons qu'il est inutile d'numrer ici4 ,mais ces flirteuses mondaines ne se recrutent que dans certaines classes et ne reprsentent qu'une petite partie de l'humanit fminine4 ,d'autres femmes sentent encore peu prs comme sentaient leurs mres et1 faisant dpendre le bonheur de l'amour1 se dsesprent quand on cesse de les aimer4 ,j'incline donc croire qu'aujourd'hui encore les femmes souffrent sentimentalement davantage que les hommes4 ,quelle erreur6 me disait dernirement un vieillard de haute intelligence1 trs vers en ces controverses1 quand un homme aime rellement3 il aime bien plus qu'une femme1 il en meurt mme parfois4 ,dans ma longue vie1 j'ai connu plusieurs hommes qui n'ont pu survivre la mort ou la trahison d'une femme aime1 tandis que la femme survit toujours4 ,quand elle meurt ou se tue1 c'est que le chagrin d'amour se complique d'autres raisons4 ,les opinions tant diverses sur l'entit et l'intensit de la souffrance sentimentale chez les deux sexes1 on ne peut tablir de thorie ce sujet4 ,du reste1 en amour1 il n'y a que des cas particuliers1 comme je le disais en commenant2 chacun souffre1 non pas suivant son sexe1 mais selon sa capacit de souffrance2 il y a des tres organiss merveilleusement pour la douleur2 d'autres sont tourns vers la joie1 comme certaines plantes vers le soleil4 ,une seule chose est certaine3 la peine1 et c'est cette peine qu'on voudrait empcher1 allger1 consoler1 transformer4 ,au mal1 trois remdes s'appliquent3 la sincrit en amour1 le respect de l'amour1 l'altruisme en amour4 ,j'ai dj parl de la sincrit qui1 en empchant de prostituer le nom1 facilitera le respect pour la chose4 ,l'homme est trangement inconsquent ce propos4 ,il subira pour l'amour les pires dangers et les plus grandes catastrophes1 il risquera sa fortune1 sa sant1 sa vie1 et en souffrira dans ses fibres morales les plus intimes1 et il en parle avec ddain1 comme d'une chose basse2 plus on descend dans l'chelle sociale1 plus le phnomne s'accentue4 ,or1 il est tout naturel qu'on n'ait aucun scrupule de traiter lgrement ce qu'on mprise dans le fond4 ,en effet1 les souffrances que les tres humains s'infligent les uns aux autres1 dans cet ordre d'ides1 ont presque toujours pour base l'absence de respect pour le sentiment qu'il s'agit de blesser4 ,si on en mesurait mieux le caractre1 l'intensit et la profondeur1 certains gards s'imposeraient et1 avant tout1 la franchise dans les relations et les procds4 ,il est donc possible d'affirmer que la sincrit et le respect en amour dpendent rciproquement l'un de l'autre4 ,quand on ne se trompera pas mutuellement sur la nature de l'attrait qu'on ressent1 le faux amour cessera d'tre confondu avec le vrai4 ,et quand ce sera l'amour vritable1 il aura chance de durer plus longtemps1 chacun le respectant dans l'autre4 ,et s'il doit se transformer ou mourir1 le souvenir des jours heureux ne sera pas terni dans les curs2 l'intolrable et humiliante souffrance d'avoir aim un inconnu dont on n'avait jamais rencontr le vrai regard1 sera pargne l'me4 ,l'altruisme en amour6 ,je me sers de ce mot1 faute d'un autre capable d'exprimer mieux ma pense4 ,il est certain que l'gosme1 le dsir d'obtenir autant ou plus qu'on ne donne1 la proccupation de ne pas tre dupe1 la jalousie contre tout ce qui peut solliciter l'attention ou l'intrt de celui ou de celle qu'on voudrait entirement absorber en soi1 sont autant de causes de souffrance4 ,au point de vue religieux1 d'acerbes et justes critiques sont adresses aux dvots qui prient ,dieu pour la rcompense qu'ils en attendent et l'aiment pour les joies qu'il peut distribuer4 ,les incrdules se servent comme d'une arme de cette mesquine faon d'envisager les rapports de la crature avec son crateur1 et ils ont raison4 ,mais eux-mmes1 comme la plupart des gens1 appliquent ce procd l'amour4 ,si l'on aimait parce qu'on aime1 tout simplement1 si l'on aimait la personne pour ce qu'elle est et non pour ce qu'elle peut donner1 si l'on pensait elle plus souvent et moins soi1 si l'on tait gnreux dans la libert qu'on lui accorde1 que d'amertumes pargnes6 ,mais alors1 dira-t-on1 ce ne serait plus l'amour6 ,et pourquoi8 ,pour aimer1 est-il donc ncessaire d'tre goste et exclusif8 ,je ne puis qu'effleurer le sujet1 mais j'ai connu des personnes1 rares il est vrai1 qui aimaient de cette faon gnreuse1 et ce sont elles qui ont t aimes le plus longtemps4 ,elles le seront peut-tre toujours4 ,n'y a-t-il pas quelque chose de bassement mercantile1 dans notre volont d'exiger l'quivalent de ce que nous donnons8 ,cela n'enlve-t-il pas aux affections toute gnrosit et toute grandeur8 ,si l'on apprenait1 mme en amour1 aimer les autres pour eux et non pour soi1 tout s'largirait et s'ennoblirait dans le cur et dans la pense4 ,quand cela arrive1 quand l'affection est dsintresse entre parents ou amis1 comme l'on se sent l'abri d'un certain genre de douleur6 ,toute une catgorie de souffrances sentimentales disparat1 et c'est la plus cre4 ,pourquoi ne pas essayer d'appliquer cette mme mthode l'amour8 ,l'on demandait un jour au ,romain ,atticus1 comment il avait fait pour conserver ses amis jusqu' la fin de sa vie2 il rpondit simplement3 ,je n'en ai jamais rien attendu4 ,il est difficile peut-tre de conserver1 dans l'emportement de la passion1 cette srnit indulgente que l'amiti permet4 ,mais1 sans arriver au rien attendre d',atticus1 si la proccupation de beaucoup donner dominait les mes1 l'aiguillon de l'amour-propre bless cesserait de s'enfoncer dans la chair1 parce que l'amour-propre changerait d'objet3 il mettrait son orgueil donner et non recevoir#ac4 #ac ,voir dans ,ames dormantes1 le chapitre3 ,l'avarice morale4 ,je n'ai pas voulu1 comme je l'ai dit en commenant1 crire un chapitre sur l'amour2 je n'ai fait qu'effleurer le sujet1 tudiant uniquement cette passion au point de vue des chagrins dont elle est cause et que la sincrit1 le respect1 l'altruisme pourraient liminer en partie1 si l'on voulait cesser une fois de croire que le mensonge est sa base essentielle1 le mpris mutuel sa fin certaine et l'gosme son invitable compagnon4 ,mais1 pour atteindre ce but1 il faudrait que les hommes et les femmes apprissent se mieux connatre4 ,,chapitre ,,vii ,,ce ,,que ,,pensent ,,les ,,hommes ,,des ,,femmes ,matresse d'apprendre et de devenir tout ce qu'elle peut tre et devenir sans sortir de sa nature de femme4 ,,tennyson4 ,les adages et les axiomes1 s'ils contiennent peu prs tous une petite part de vrit1 ont souvent une large part d'erreur4 ,ainsi on a l'habitude de dire que les peuples ont le gouvernement qu'ils mritent1 et que1 si les hommes sont ce qu'ils sont1 ils le doivent aux femmes qui les ont levs et qu'ils ont aimes4 ,l'affirmation est exacte en ce qui concerne l'ducation maternelle1 elle l'est moins1 lorsqu'il s'agit des rapports d'un sexe l'autre1 car tout mle porte en lui un esprit de rbellion qui le rend impatient des influences fminines1 tellement il est jaloux de sa libert et craint d'en aliner la moindre parcelle4 ,la femme1 par contre1 est toute dispose suivre les conseils de l'homme et subir sa direction4 ,quand ,alexandre ,dumas fils dclarait que le chef de famille devait reprsenter1 pour la femme1 non seulement l'poux1 mais l'ami1 le conseiller1 voire mme le prtre1 on trouva qu'il donnait une porte dmesure l'influence de l'homme sur l'esprit de sa compagne4 ,les revendications fministes ont1 depuis lors1 branl fortement la thorie du moraliste dramaturge1 mais le dmenti qu'elles lui opposent est peut-tre plus apparent que rel4 ,l'avenir nous apprendra s'il se borne une question de paroles1 ces paroles qui enivrent l'humanit et qui1 mme vides de sens1 acquirent une porte formidable par les pousses qu'elles provoquent4 ,en parlant des femmes1 on ne peut toujours gnraliser1 les diffrences d'ducation crant entre elles des mentalits diffrentes4 ,cependant certains instincts leur sont communs1 et en s'adressant aux femmes des classes dirigeantes1 on les comprend toutes1 peu prs1 dans la dfinition de leurs tendances ou le pressentiment de leurs destines4 ,il est impossible1 du reste1 de les diviser par catgories et de spcifier chaque page que tel argument concerne la mondaine brillante1 tel autre la bourgeoise srieuse1 tel autre encore la femme crivain1 artiste1 ducatrice1 ou bien la femme du peuple et l'ouvrire4 ,ces dernires ont videmment une psychologie moins complexe que celle de leurs surs plus dveloppes1 et offrent moins de prise l'analyse4 ,les labeurs matriels qui oppriment leur vie1 ne permettent gure d'tudier sur elles les influences intellectuelles et morales des milieux1 des vnements et des hommes4 ,les femmes cultives1 possdant un certain raffinement d'ducation et d'habitudes1 fournissent un meilleur champ d'observation1 car elles commencent prendre conscience d'elles-mmes1 connatre les forces dont elles disposent1 et savent parfois scruter leurs mes4 99 99 99 99 99 ,les femmes du monde sont videmment portes1 par leur genre de vie1 se proccuper plus que les autres femmes de l'opinion des hommes leur gard2 d'abord parce qu'elles les frquentent davantage1 et ensuite parce qu'elles ont plus besoin de leurs suffrages4 ,c'est affaire d'instinct1 de coutumes et de raisonnement3 elles estiment que l'admiration masculine confre leur personne et leur esprit une sanction que celle des femmes est impuissante donner4 ,sur deux points seulement elles recherchent l'appui et l'approbation de leurs surs2 la situation mondaine et ce qu'il est convenu d'appeler les lgances fminines3 la toilette et ses accessoires1 l'ameublement et les mille petits dtails d'une maison bien tenue4 ,pour les quipages1 le sport et mme la table1 l'apprciation de l'autre sexe leur parat infiniment plus flatteuse2 elle leur donne un sentiment de scurit qui les met bien en quilibre vis--vis d'elles-mmes et d'autrui4 ,ces cts spciaux de la question se rapportent exclusivement la vie mondaine et luxueuse1 privilge ou corve du petit nombre1 mais l'tat d'me qu'ils rvlent se retrouve tous les degrs de l'chelle sociale4 ,la pousse du fminisme n'y a apport que de trs lgres modifications4 ,les femmes ont1 en gnral1 la mme faon de sentir3 leur contentement dpend de l'approbation de l'homme1 et chez les plus farouches revendicatrices des droits fminins1 en y regardant de prs1 la mme faiblesse se rvle1--pour dissimule qu'elle soit sous une apparence d'hostilit1--si toutefois l'on peut appeler faiblesse cet irrductible instinct4 ,quelques femmes d'esprit religieux ou simplement d'me haute et fire1 dpourvues de vanit ds leur jeunesse1 recherchent pour leur vie morale une sanction plus haute que celle des hommes de leur entourage2 mais ces femmes mettront cependant1 lorsqu'il s'agit de leur personne1 plus de prix un compliment masculin qu' un loge fminin4 ,l'atavisme leur a donn l'habitude de penser que l'homme seul pouvait dcrter si une femme tait capable de plaire ou non4 ,or1 comme le mot plaire a et aura toujours un norme prestige sur le moi fminin1 toute fille d've continuera rechercher l'admiration de ses compagnons de route1 du moins tant que durera sa jeunesse ou tant qu'elle essayera de la retenir4 ,sur ce point particulier1 aucun changement total n'est possible1 et l'on verra toujours la femme s'panouir sous le regard approbateur des hommes4 ,il y a des nuances videmment2 telle ne tient qu' l'opinion d'un seul2 telle autre limite ses ambitions un cercle restreint de parents et d'amis2 d'autres1 plus banales1 plus vulgaires1 d'une vanit plus insatiable1 ont soif de l'hommage de tous les regards1 d'o qu'ils viennent4 ,pour les choses de l'esprit1 le mme phnomne se manifeste1 et il est galement justifiable4 ,chaque poque a donn quelques personnalits fminines suprieures1 mais1 part ces cas isols1 la femme n'a pntr que rcemment dans la vie intellectuelle2 elle voit donc dans l'homme un frre an qui l'a prcde sur la route2 elle reconnat en lui des connaissances plus amples que les siennes1 des facults de raisonnement qui lui manquent4 ,elle constate aussi dans ce cerveau1 prpar par une suite de gnrations aux recherches abstraites1 des puissances de dduction dont elle est incapable4 ,elle comprend galement que l'homme dispose1 pour les luttes de la vie publique1 de forces qu'elle ne possde point4 ,dans leur admiration1 avoue ou dissimule1 consciente ou inconsciente1 pour cet tre qui les domine par tradition1 par orgueil sexuel et parce qu'il se sent physiquement le plus fort1 beaucoup de femmes sont disposes oublier leurs propres dons de perception rapide1 de finesse souple1 d'intuition souvent merveilleuse4 ,ce servage intellectuel 7qui se mlange souvent au mpris moral7 sera secou par les femmes intelligentes mesure qu'elles apprendront mesurer l'chelle des valeurs4 ,elles n'accorderont plus aveuglment l'homme le droit de dominer leur esprit1 et sauront discerner quand il mrite d'tre reconnu et choisi pour juge4 ,dj les plus conservatrices ont cess d'tre le troupeau rus ou docile d'hier2 quelques-unes ont appris se former des opinions personnelles1 formuler des jugements d'tres libres1 traiter elles-mmes leurs intrts4 ,cependant1 le nombre des femmes qui ont rellement conquis leur indpendance intellectuelle est trs restreint encore4 ,en pays latin on les compte2 le type est plus frquent chez les ,anglo-,saxonnes et les ,scandinaves1 qui prtendent s'tre mentalement libres du joug4 ,en effet1 les femmes du ,nord ne connaissent plus l'amour sous la forme du don complet d'elles-mmes2 elles se prtent sans se donner4 ,mais recherchent-elles moins avidement pour cela les suffrages masculins8 ,si elles considrent dsormais l'homme comme un adversaire1 c'est un adversaire qui les occupe singulirement4 ,on peut1 par consquent1 tablir1 en dpit des protestations de certaines fministes outrancires1 que la femme du ,x,xe sicle est encore fascine par l'homme1 non pas seulement en amour1 ce qui est fatal1 mais presque sur tous les autres points4 ,il faut donc compter avec cette influence1 quand il s'agit des destines futures de la femme1 tudier comment elle s'est exerce jadis1 se rendre compte sous quelle forme elle se manifeste aujourd'hui1 et prvoir de quelle faon elle pourrait se modifier dans l'avenir4 99 99 99 99 99 ,je n'ai ni l'intention ni la prtention de refaire ici l'histoire des conditions sociales et morales de la femme travers les sicles4 ,tout le monde connat les phases diverses de son volution1 les lois sous lesquelles elle a d se courber1 les variations de l'opinion publique son sujet1 et les conqutes qu'elle a faites peu peu en certains pays au point de vue de l'indpendance conomique et de la libert individuelle4 ,de cette vue d'ensemble1 un fait semble ressortir vident4 ,dans toutes les socits fortement organises1 on voit la femme soumise l'homme1 gardienne du foyer et acceptant le joug paternel et conjugal4 ,dans les socits en dcadence1 au contraire1 elle s'mancipe1 acquiert des privilges et s'impose l'attention2 la corruption des murs semble briser ses chanes4 ,le christianisme1 ses dbuts1 la relve1 il est vrai1 mais bientt1 par raction contre les excs vicieux du paganisme mourant1 l'glise fait de la femme la tentatrice suprme4 ,elle devient l'arme la plus efficace de ,satan1 et l'on va jusqu' discuter dans un concile si elle a une me6 ,la chevalerie la tire de cette condition honteuse et lui donne une importance nouvelle4 ,elle n'est pas libre1 mais elle monte sur un pidestal4 ,la raction a lieu1 cette fois1 contre les murs brutales et tyranniques de l'poque3 on divinise la femme1 on en fait un symbole4 ,cette espce de divinisation l'enveloppe d'une cuirasse1 dont les poux partant pour les croisades et les guerres lointaines1 apprciaient l'avantage4 ,ils croyaient mieux assure ainsi la fidlit de leurs femmes4 ,la vertu de la chastet tait alors porte aux nues2 mais lorsque les pouses y manquaient1 leurs seigneurs se rservaient le droit de les punir brutalement et frocement1 comme de viles esclaves et non en gentes et nobles dames dont ils avaient port avec ostentation les couleurs1 en ,terre ,sainte ou dans les tournois4 ,durant la ,renaissance1 par la corruption croissante des murs1 les femmes acquirent une grande importance sociale1 importance qui1 en ,france1 dure jusqu' la rvolution4 ,le ,x,v,i,ie sicle se montre plus svre dans ses jugements sur les passions de l'amour4 ,l'influence de ,port-,royal et des grands vques franais s'exerce mme sur les hrones de la ,fronde1 romanesques et dissolues1 et sur les belles dames galantes de la cour du ,roi ,soleil4 ,malgr leurs fautes1 elles sentent passer ,dieu sur leurs mes1 et l'on voit les ,longueville et les ,la ,vallire courber leur orgueil et mortifier leur chair dans la pratique de l'expiation volontaire4 ,le ,x,v,i,i,ie sicle devait effacer les notions de morale dans l'esprit des femmes appartenant la cour et au monde1 et cela peu prs dans tous les pays d',europe4 ,que leur demandait-on1 en effet1 dans ce temps-l8 ,d'tre charmantes1 fines et tendres1 d'avoir du courage1 s'il fallait mourir1 et de l'esprit dans toutes les occasions4 ,leurs murs ne proccupaient que mdiocrement l'opinion1 et l'on taxait d'aimables faiblesses ce que l'glise1 les rformateurs et les moralistes de toutes les poques ont appel d'assez vilains noms4 ,il fallut l'influence de ,rousseau pour rveiller la conscience de la femme1 lui rvler la nature et la maternit1 ouvrir son esprit des horizons nouveaux de vie1 dvelopper sa sensibilit et la ramener la vertu1 une vertu sensualise1 assez loigne de la puret chrtienne1 mais cependant une vertu1 la vertu de ,julie qui a aim ,saint-,preux et qui1 devenue ,mme de ,volmar1 cultive les volupts innocentes4 ,m4 ,faguet a trac1 il y a quelques annes1 un piquant parallle entre les ides de ,rousseau et celles de ,fnelon1 sur l'ducation des femmes1 o il dmontre que l'archevque de ,cambrai est infiniment plus moderne dans ses vues que ,jean-,jacques4 ,celui-ci demande qu'on lve les femmes pour plaire leurs maris2 l'adversaire de ,bossuet voit dans la femme une crature humaine dont l'me est immortelle et qui doit avant tout apprendre vivre1 en vue de son perfectionnement personnel4 ,le reste vient en seconde ligne4 ,fnelon pressentait la femme1 telle que la premire moiti du ,x,i,xe sicle l'a conue et parfois ralise4 ,une conception de la destine plus srieuse que celle du sicle prcdent avait pntr son esprit3 les vertus bourgeoises d'ordre1 de droiture1 d'austrit1 apportes par le rgne du tiers tat1 taient fort estimes1 non au point de vue de l'agrment mondain1 mais comme bases essentielles de la famille4 ,l'opinion publique soutenait alors ces vertus1 et les hommes croyaient de leur devoir ou de leur intrt de ne pas les froisser directement4 ,il suffit de relire la littrature de l'poque1 pour s'en convaincre4 ,les crivains ou les auteurs dramatiques assez hardis pour les attaquer ou les ridiculiser par des audaces de langage1--qui passeraient aujourd'hui pour des timidits1--soulevaient de graves indignations4 ,ainsi la censure essaya d'imposer mile ,augier de vertueuses modifications1 lorsque les ,lionnes pauvres furent soumises son examen4 ,il fallait que l'hrone ret sur la scne le juste salaire de son crime4 ,si le mari ne voulait pas la tuer1 il tait facile de faire contracter la coupable une bonne maladie1 la petite vrole par exemple1 qui1 la frappant dans sa beaut1 rpondt au besoin de moralit des spectateurs4 ,l'accusation d'hypocrisie est volontiers lance contre cette poque dont les murs1 dit-on1 ne valaient pas mieux que les ntres4 ,discuter cette question m'entranerait loin de mon sujet1 mais il est certain cependant que la corruption des ides tait moins gnrale qu'aujourd'hui et se limitait au cercle born des gens de plaisir4 ,l'volution du roman sert du reste le prouver4 ,dans ma jeunesse1 certains livres taient interdits1 dont les mres les plus svres du ,x,xe sicle permettent couramment la lecture leurs filles4 ,est-ce un mal1 est-ce un bien8 ,il faut tenir compte des forces de raction4 ,souvent des pchs dont on devine seulement l'existence ont plus de prestige qu'ils n'en auraient s'ils taient brutalement dvoils4 ,tout mystre exerce un attrait4 ,cependant l'habitude d'appeler toujours un chat un chat peut offrir des dangers1 et1 ne ft-ce que pour l'esthtique1 l'on regrette quelque peu l'poque o des voiles habilement jets maintenaient l'illusion4 ,mais on ne peut jamais revenir en arrire4 ,la femme d'aujourd'hui1 mme celle qui n'aspire pas sortir de la route o ses aeules ont chemin avant elle1 se trouve1 peine sortie des langes intellectuels et ds qu'elle met les pieds dans le monde1--surtout dans les grands centres1--en contact avec les ralits les plus brutales4 ,comment pourrait-elle encore ignorer quelque chose8 ,les journaux1 les propos qui circulent librement1 les uvres sociales et philanthropiques dont les titres suggestifs s'talent partout1 les romans qu'elle lit ouvertement ou en cachette1 les conversations auxquelles elle participe1 la mettent au courant des dessous de l'existence1 avant que le mariage1 la maternit ou l'exprience vcue1 l'aient instruite directement4 ,la femme de toutes les classes est donc appele1 beaucoup plus tt qu'autrefois1 envisager certaines questions dlicates un point de vue gnral4 ,or1 du gnral elle arrive invitablement au particulier4 ,jadis la femme tait la proie de l'accident1 de l'imprvu1 parce qu'elle n'avait pas rflchi aux ventualits de l'avenir2 sa ligne de conduite dpendait du hasard1 de sa foi religieuse1 de ses sentiments personnels et de la crainte de l'opinion4 ,aujourd'hui1 elle sait que l'opinion peut tre circonvenue facilement2 quant aux sentiments1 elle a appris douter de leur dure1 ce qui l'arme contre eux et la dsarme en mme temps1 suivant les occasions4 ,la religion1 dans les mes o elle rgne encore1 s'est vanglise3 elle est devenue plus humaine et a adouci ses arrts4 ,le hasard seul n'a pas chang1 puisqu'il est inconnaissable de par son essence mme4 ,il y a1 par consquent1 quelque chose de plus raisonn et de plus voulu dans l'impulsion que la femme moderne donne sa vie sentimentale4 ,mais ce progrs ne se ralise que chez les intelligentes et les fortes4 ,les faibles1 les impressionnables1 les variables1 les nerveuses se trouvent dsempares et1 manquant de tout appui moral1 ne savent plus gure pourquoi elles devraient lutter contre les instincts ou les dsirs dont elles-mmes sont complices4 ,chez quelques-unes1 l'instinct est meilleur que la volont1 et1 dcides faillir1 trouvant qu'il n'y a aucun avantage dans la rsistance1 elles ne faillissent pas4 ,mais cette faon involontaire d'chapper aux fautes ne peut se dcorer du nom de courage et ne saurait donner aucune joie4 ,c'est sans doute pour cela que certaines femmes1 dont la rputation est intacte et qu'aucun malheur n'accable1 ont des visages si mcontents et si mornes4 ,elles sont restes sur la rive droite1 sans savoir pourquoi1 par hsitation1 timidit1 manque de hardiesse1 et1 pour se consoler du bonheur qu'elles s'imaginent avoir perdu1 elles n'ont pas le souvenir de l'ivresse que doit donner la victoire aux mes vaillantes4 ,mme si leur participation au mouvement social ne s'largit pas autant qu'elles le demandent1 les femmes sont appeles dsormais mieux prendre conscience d'elles-mmes1 mieux savoir ce qu'elles veulent1 mieux discerner la direction qu'elles comptent donner leur avenir et1 en particulier1 leur vie sentimentale4 ,pour quelques-unes1 la dmoralisation sera peut-tre plus prompte1 plus voulue1 moins excusable2 les chutes seront moins pathtiques1 les repentirs plus difficiles1 mais il y aura1 comme contrepoids1 des vertus plus conscientes1 plus douces1 plus humaines4 ,ayant rflchi1 ds leur jeunesse1 aux consquences de leurs actes1 sond leur cur1 mesur leurs forces1 valu les avantages de leur situation morale et sociale1 les femmes qui auront sciemment prfr le droit chemin1 auront plus de comprhension et de piti1 non seulement pour leurs surs faibles et passionnes1 mais pour celles qui1 par hrdit1 sont incapables de rsistance et d'effort1 vaniteuses1 sottes1 folles mme ou vicieuses4 ,dans cette volution de la consciente fminine sur ce sujet spcial1 quel rle peut et doit jouer l'opinion des hommes1 cette opinion encore si prpondrante sur l'esprit fminin8 99 99 99 99 99 ,a ct des enseignements religieux et des conseils de morale et de sagesse sociale1 bases de l'ducation donne aux jeunes filles1 il tait d'usage1--et cela l'est encore dans certaines familles1--d'insister sur le mpris que les hommes nourrissent dans leur for intrieur pour la coquetterie et la libert de murs chez les femmes4 ,leurs apparents hommages ne sont que le dguisement d'un ddain rel2 ils n'pousent pas les jeunes filles provocantes2 ils n'ont aucune estime pour les femmes qui font parler d'elles444 ,le thme tait dvelopp l'infini1 et je suppose que les mres qui formulaient ces axiomes et les formulent aujourd'hui encore1 taient et sont convaincues de leur exactitude4 ,cependant1 de nos jours1 il est un peu difficile1 pour des observateurs mme mdiocres1 de soutenir cette thse qui1 dans les deux premiers tiers du ,x,i,xe sicle1 contenait une grande part de vrit4 ,l'opinion publique agissait alors comme la censure3 elle exigeait que la morale ft respecte apparemment1 et le mal puni4 ,une jeune fille trop libre d'allures trouvait1 en effet1 difficilement se placer1 et les femmes qui vivaient dans une situation quivoque voyaient certaines portes se fermer devant elles4 ,les hommes eux-mmes n'osaient pas trop les soutenir1 par crainte de se dconsidrer aux yeux du monde4 ,depuis lors1 la socit a march1 comme la littrature qui en est la reproduction plus ou moins fidle4 ,en tout cas1 l'interprtation donne aux mots s'est modifie4 ,sous le nom de flirt1 la coquetterie est accepte partout1 sous toutes les formes2 on ne se dfend plus de la pratiquer4 ,on l'affirme comme un droit1 et l'on se vante mme d'en user4 ,une jeune fille qui ne sait pas flirter est considre dans un salon comme une quantit ngligeable2 elle est moins invite que d'autres4 ,les hommes du monde dclarent ouvertement que c'est son premier devoir social1 et la coquetterie1 mme outre1 n'est plus considre par les jeunes gens ou leurs familles comme un empchement la conclusion d'un mariage4 ,il faut reconnatre1 du reste1 que1 comme toutes les choses pratiques avec franchise1 la coquetterie a perdu de son danger2 elle n'a plus l'attrait du fruit dfendu1 elle est moins sentimentale1 et a pris les allures d'un sport4 ,dans les grands centres et les cercles la mode1 jeunes femmes et jeunes filles parlent sans rticence de leurs flirts4 ,ceux-ci sont des sortes de camarades1 avec une nuance en plus2 on peut en avoir plusieurs3 un flirt pour la littrature et les arts2 un autre pour la danse2 un autre pour le sport et les lgances1 et ainsi de suite1 l'infini4 ,leurs privilges varient3 ils se contentent de presque rien et peuvent aspirer tout6 ,la chose est innocente en soi3 le pril est dans l'habitude2 ce besoin d'excitation crbrale peut1 en se prolongeant dans la vie1 jouer de mauvais tours4 ,il est semblable l'ivresse3 pour la procurer1 les doses de la veille ne suffisent plus le lendemain4 ,on voit des jeunes filles trs flirt renoncer ce jeu quand elles se marient4 ,d'autres le continuent1 en l'intensifiant de toute l'exprience acquise2 elles savent qu'en y mettant un peu d'habilet1 nul ne leur reprochera de provoquer l'attention des hommes4 ,eux-mmes moins que personne6 ,ils disent3 ,mais nous sommes reconnaissants aux femmes d'tre coquettes1 mme si nous n'en n'esprons rien2 c'est un hommage qu'elles nous rendent4 ,celles qui ne se soucient pas de notre admiration nous font l'effet d'tre sans sexe6 ,ce sentiment se retrouve dans toutes les classes1 et mme chez le peuple4 ,les jeunes ouvrires s'en servent comme excuse1 si on leur reproche des allures provocantes ou des frais de toilette exagrs3 c'est le seul moyen1 disent-elles1 de conqurir un mari4 videmment1 toute une catgorie de gens srieux pense diffremment1 mais c'est une minorit4 ,il y a aussi des amants de l'idal auxquels rpugnent les comdies et les feintes1 et qui gardent de la femme1 dans leur cur1 une image pure et fire2 mais ils reprsentent1 eux aussi1 un tout petit groupe1 et1 dans une vue d'ensemble1 c'est la majorit qu'il faut considrer4 ,il est donc faux1 en gnral1 de donner comme soutien aux principes ducatifs1 l'affirmation que la coquetterie nuit aux jeunes filles dans l'esprit de l'autre sexe1 puisque c'est le contraire qui arrive1 surtout si cette coquetterie est accompagne d'une tenue lgante et si un peu de hauteur s'y mle comme piment4 ,il est galement faux1 et ceci est plus grave1 de vouloir leur persuader que les hommes d'aujourd'hui jugent svrement les lgrets de conduite des femmes4 videmment s'il s'agit de leur fille1 de leur sur1 de leur fiance ou de leur femme1 les pres1 les frres1 les fiancs ou les maris ne sont pas indulgents leurs faiblesses1 parfois mme1 en ,italie par exemple1 ils sont prts exterminer les coupables2 mais c'est bien plutt une question de jalousie1 d'amour-propre1 d'honneur personnel que de morale ou de rpugnance pour la faute4 ,et encore1 ce besoin de chtiment tend disparatre chez les classes dirigeantes4 ,cet adoucissement de la pense masculine1 ce renoncement aux reprsailles provient de deux lments3 cynisme et justice4 ,cynisme1 parce que les hommes sentent moins le point d'honneur pour la femme2 justice1 parce qu'ils considrent davantage les cas particuliers et n'englobent plus uniformment1 dans un mpris gnral1 toutes celles qui ont aim4 ,et puis1 pour athe que soit la socit actuelle1 la parole du ,christ3 ,que celui qui est sans pch lui jette la premire pierre1 commence pntrer la conscience moderne4 ,au point de vue ducatif1 il serait plus utile1 plus srieux et plus digne de regarder les choses bien en face et de sortir1 une fois pour toutes1 des lieux communs qui se rptent de gnration en gnration1 sans que personne se donne la peine de vrifier leur exactitude ou leur vraisemblance4 ,rien de plus dangereux que de proclamer des axiomes dont le nant est manifeste la premire exprience1 l'difice qui s'croule risquant alors d'entraner dans son effondrement les pierres angulaires elles-mmes4 ,ici1 il convient de distinguer nettement entre les hommes religieux et ceux qui ne le sont pas2 les premiers sont svres pour les fautes des femmes comme pour les leurs propres1--parce qu'ils estiment que les unes et les autres loignent de ,dieu et voilent son image dans les mes2 mais les athes1 les matrialistes1 les indiffrents1 ne peuvent tre sincrement svres l'gard de faiblesses dont ils profitent1 moins qu'elles ne leur portent un dommage personnel4 ,en rsum1 l'homme moderne n'a pas en grande estime la chastet de la femme1 sauf dans les cas o sa jalousie et son amour-propre entrent en jeu4 ,et1 au fond1 cet tat d'esprit est naturel1 car comment tenir beaucoup pour les autres une chose laquelle on ne tient pas pour soi-mme8 ,pour peu donc que la femme soit intelligente1 observatrice et rflchie1 elle doit arriver se convaincre que ce n'est pas dans l'opinion des hommes qu'elle trouvera une sanction pour la puret de sa vie4 ,si elle est honnte1 elle souffrira de cette constatation1 et il lui sera dur de renoncer une ide qui1 de gnration en gnration1 a t transmise aux cerveaux fminins4 ,mais si elle la conserve contre l'vidence1 ses pieds continueront se poser sur le sol mouvant o s'lvent les fragiles difices qu'un coup de vent renverse4 ,fnelon et ceux qui ont pens comme lui sont dans le vrai3 la femme doit tre ce qu'elle veut tre pour elle-mme et pour ,dieu4 ,ce n'est pas sur l'opinion de l'homme qu'elle peut appuyer aujourd'hui sa conscience1 puisque cette opinion n'est pas forme encore1 qu'elle est instinctive1 flottante1 indcise et par consquent impermanente1 parfois profondment injuste et souvent d'une clmence dmoralisante1 justement parce qu'elle s'appuie sur une connaissance imparfaite de la femme1 sur de vieilles traditions hors d'usage et sur un ddain inconscient et gnral de la personnalit fminine4 ,il ne faut pas se faire d'illusion3 l'indulgence actuelle des hommes pour les faiblesses de la femme a plus souvent pour base le cynisme que la justice4 ,ils prouvent1 en outre1 une sorte de plaisir trouver si dociles1 sur ce terrain1 les cratures assez hardies pour prtendre leur tenir tte sur un autre4 ,jusqu'ici la pousse du fminisme n'a pas servi relever la femme aux yeux de l'homme en tant que personnalit morale4 ,au contraire1 elle a effac la rvrence1 assez platonique du reste1 que lui inspirait la femme dvoue et la mre4 ,nous sommes au seuil d'un sicle nouveau et assistons au dbut1 peut-tre heureux1 d'une modification dans les rapports de l'homme et de la femme4 ,pour la prparer1 il faut dblayer la route des vieilles erreurs qui l'obstruent et tablir quelques points essentiels3 l'un est que la femme met encore un trs grand prix l'opinion de l'homme2 l'autre1 que l'homme ne s'occupe en rien de travailler l'lvation morale de sa compagne4 ,il y a l une force perdue qui pourrait s'exercer efficacement et servir au bonheur des deux parties de l'humanit4 99 99 99 99 99 ,les coles mixtes qui fonctionnent de faon satisfaisante1 non seulement dans certains pays du ,nord1 mais mme en ,italie o1 malgr la chaleur du soleil1 elles n'ont donn lieu aucun inconvnient1 apprendront aux hommes mieux connatre les femmes4 ,ces contacts familiers et srieux1 durant l'enfance et la priode des tudes1 leur enseigneront discerner les nuances du caractre fminin1 sans attendre les rencontres de salon1 o l'artificiel prend toujours le dessus sur le naturel1 ni les premires atteintes de l'amour1 o la nervosit inhrente ce genre d'motions oblitre fatalement le jugement4 ,les coles mixtes sont encore l'objet de prjugs srieux1 dont ,m4 ,marcel ,prvost1 dans ses ,lettres ,franoise1 relve fort bien l'absurdit et l'illogisme4 ,comment1 l'on estime parfaitement convenable que les premires rencontres aient lieu au bal1 alors qu' moiti dshabilles les jeunes filles sont jetes dans les bras des jeunes hommes qui les font tourner1 serres contre leurs poitrines1 au son d'une musique suggestive1 et l'on trouve d'une inconvenance suprme que ces mmes jeunes gens1 lorsqu'ils sont enfants1 crivent leurs thmes dans une salle d'cole commune1 sans autre agent provocateur que la voix du matre de latin1 d'histoire ou de gomtrie4 ,l'application large de l'ducation mixte1 qui doit finir par s'imposer1 aura d'immenses avantages2 elle donnera la personnalit fminine1 intellectuelle et morale1 une importance qu'elle n'a jamais eue aux yeux des hommes4 ,l'habitude1 prise ds l'enfance1 de considrer la femme comme un tre pensant1 avec lequel on a fait l'apprentissage de la vie1 pourra exercer une influence considrable sur l'orientation future des rapports entre les deux sexes4 ,l'homme a rellement besoin d'apprendre connatre sa compagne--en dehors des ides de bonheur et de plaisir qu'elle veille en lui4 ,et son ignorance est grande ce point de vue4 ,tandis qu'il disserte sur ce sujet1 les lvres fminines sourient1 tellement sa psychologie est rudimentaire4 ,quelques hommes--ce type devient de plus en plus rare--se sont fait une spcialit de l'tude de la femme1 mais leur perspicacit ne s'exerce que sur les choses de l'amour et les tendances qui s'y rapportent1 et1 sur ce sujet spcial1 ils possdent une certaine comptence1 bien que presque toujours les causes leur chappent4 ,ils ne savent discerner que les effets4 ,en tout cas1 la psychologie masculine ne dpasse pas les limites personnelles4 ,elle n'analyse que la crature d'amour2 toute la vie intime et personnelle de la femme lui reste inconnue4 ,quant la gnralit des hommes1--exception faite des esprits religieux qui1 voyant dans tout tre humain une me immortelle1 attribuent autant d'importance celle de la femme qu' la leur propre1--ils ne se donnent la peine d'tudier leur compagne d'aucun ct4 ,ils la prennent telle qu'elle se montre1 se dfiant toujours d'elle1 et accordant pourtant une confiance aveugle aux bouches menteuses qui veulent bien les tromper4 ,quelle diffrence avec la perspicacit de l'autre sexe6 ,une femme1 pour peu qu'elle soit intelligente et quitable1 sait parfaitement juger la valeur relle des autres femmes2 elle distingue nettement les clarts et les ombres1 tandis que l'homme les peroit de faon confuse1 en myope qui ne peut discerner les zones de lumire des zones obscures4 ,les choses feintes ont plus d'influence sur lui que les choses vraies4 ,le fait peut s'observer surtout en ce qui concerne la franchise2 une nature rellement droite ne le frappera pas1 mais ils sera persuad de la loyaut de la femme menteuse qui a toujours le mot de sincrit la bouche6 ,un homme d'une grande valeur disait rcemment1 propos d'une femme de sa connaissance3 ,jamais elle ne veut parler d'elle-mme1 c'est un oubli complet de sa personnalit6 ,ses interlocuteurs l'coutaient confondus1 car cette femme1 non seulement se mettait constamment en avant1 mais dvoilait des trangers1 sans ncessit1 les secrets les plus intimes de sa vie4 ,comment expliquer pareille illusion chez un esprit suprieur8 ,simplement par ddain de la ,psych fminine3 la femme avait affirm devant lui son impersonnalit1 et1 sans se donner la peine d'observer1 l'homme s'tait form une conviction4 ,que l'orgueil masculin ne se cabre pas6 ,il y a des hommes perspicaces qui1 analysant tout1 savent percer aussi les secrets de l'me fminine2 mais1 en gnral1 la majorit se laisse tromper avec une facilit singulire sur les tendances et les qualits morales des filles d've1 justement parce qu'elle leur accorde peu d'importance4 ,le jour o on leur en donnera davantage1 on les tudiera mieux4 ,cette ignorance est la cause du peu de bonheur que les deux parties de l'humanit se donnent l'une l'autre1 sauf en de fugitifs moments d'motion4 ,en se connaissant mieux1 les heureux seraient plus heureux encore1 et ceux qui ne le sont pas1 apprendraient peut-tre le devenir2 en tous cas il y aurait moins de dsagrables surprises4 ,comme l'a dit ,spinoza1 il ne peut y avoir de bonheur en dehors de la recherche du perfectionnement4 ,ceux qui en veillent le dsir et y poussent par leur influence sont les vritables faiseurs de joies4 ,certes la femme doit tendre son amlioration propre1 pour elle-mme et pour ,dieu2 mais lorsqu'elle verra que d'tre loyale1 gnreuse1 juste1 augmente son prestige aux yeux de son compagnon de destine1 elle marchera plus joyeuse sur la route qui conduit aux cimes4 ,l'homme a vis--vis de la femme une srieuse mission remplir1 mission dont il n'est pas conscient4 ,le jour o il sentira rellement son bonheur en pril1 il se rendra compte qu'en dmoralisant la femme1 en se servant de son influence pour dvelopper uniquement la vanit et les vices de sa compagne1 il travaille son propre malheur et1 faiseur de peines pour les autres1 risque de le devenir pour lui-mme4 ,,chapitre ,,viii ,,ce ,,que ,,pensent ,,les ,,femmes ,,des ,,hommes ,il existe1 dans l'esprit de la femme1 un manque visible de la plus abstraite des motions1 qui est ce sentiment de justice qui rgle la conduite1 indpendamment des affections1 des sympathies et des antipathies qu'inspirent les individus4 ,h4 ,,spencer4 ,s'il est absolument certain que les hommes se trompent en gnral dans leurs opinions sur les femmes1--eux-mmes d'ailleurs les dclarent incomprhensibles1 l'exception de certains savants qui ramnent toutes les manifestations psychiques de la femme des phnomnes physiologiques1--on peut galement affirmer que les femmes1 elles aussi1 dans leur faon de juger les hommes1 commettent de graves erreurs d'apprciation4 ,elles les considrent subjectivement1 c'est--dire par leur pire ct1 car c'est dans ses rapports avec la femme que l'homme se montre le plus son dsavantage4 ,il s'est fait1 l'usage de sa compagne1 un code de morale spcial3 souvent droit et loyal avec son prochain du mme sexe1 il croit1 vis--vis d'elle1 pouvoir user impunment du mensonge et de la tromperie4 ,manquer de parole un autre homme quivaut au dshonneur1 manquer de parole une femme reprsente un aimable jeu auquel le public masculin applaudit et contre lequel--chose plus singulire--les victimes elles-mmes ne se rvoltent pas4 ,chacune s'indigne pour son compte particulier1 mais1 s'il s'agit des autres1 elle trouve le procd naturel1 sa pense tant hrditairement habitue voir les hommes trahir les femmes1 sans scrupules4 ,celles-ci en usent parfois de mme leur gard1 mais la plus ruse en a toujours quelque remords ou quelque scrupule4 ,grce cette faon subjective de juger1 il y a dans l'esprit de la femme1 malgr le prestige norme que l'homme exerce encore sur elle1 un fond de mpris son endroit4 ,il est moins fort chez les trs honntes femmes1 dont l'ignorance conserve les illusions1 mais celles qui ont une plus large exprience de la vie1 de l'amour et des hommes sont souvent implacables dans leurs jugements4 ,plus une femme est dgrade1 plus l'homme lui apparat mprisable1 et s'il l'crase de son ddain froce1 elle le lui rend au centuple1 en secret4 ,et cela1 parce qu'elle aussi le voit uniquement au point de vue de sa conduite vis--vis d'elle4 ,les femmes qui jugent les hommes dans leur ensemble1 sans sottes illusions et sans parti pris troits et unilatraux1 sont fort rares4 ,celles qui savent discerner leurs faiblesses et en mme temps comprendre les cts nobles de leur vie1 reprsentent une si faible minorit qu'elle est presque introuvable4 ,or1 par respect pour la vrit et la justice1 cette minorit devrait devenir majorit4 ,le bonheur y gagnerait1 car cette vue plus synthtique et plus quitable de la personnalit masculine servirait tablir entre les deux sexes des rapports moins tendus et moins hostiles1 lorsqu'ils ont commenc souvent par tre trop exalts et trop tendres4 99 99 99 99 99 ,pour les fausses interprtations des femmes1 comme pour celles des hommes leur gard1 un seul remde est efficace3 celui de se mieux connatre1 et cette connaissance plus complte ne deviendra possible1 je l'ai dj dit1 qu'avec l'ducation mixte4 ,lorsque l'homme aura cess de ddaigner la femme1 intellectuellement1 qu'il saura que1 si elle le veut1 elle est capable de partager ses tudes1 et par consquent d'apprendre raisonner avec autant de logique que lui1 sa faon de comprendre l'honneur vis--vis d'elle se modifiera forcment4 ,de mme1 quand la femme1 cessant de voir uniquement dans l'homme1 le sducteur1 l'adorateur1 le fianc ou le mari possible1 apprendra connatre ses dfauts et ses qualits dans les diffrentes branches de l'activit humaine ou dans la manifestation de ses sentiments1 elle deviendra plus quitable dans le jugement qu'elle portera sur son compagnon de route4 ,si les hommes et les femmes voulaient bien apprendre se considrer comme des tres condamns par un impntrable mystre la mme destine tragique1 qui est d'ignorer1 sauf par les yeux de la foi1 d'o ils viennent et o ils vont1 ils cesseraient1 par piti les uns pour les autres1 de se mesurer comme des adversaires4 ,si l'image de l'amour possible ne hantait pas sans cesse leur imagination1 si celui-ci arrivait de faon imprvue et n'tait pas cr artificiellement par l'obsession des penses sentimentales ou sensuelles1 il serait plus sincre1 plus vif1 plus frais444 ,rien de ce qu'il y a de bon ou d'agrable dans les rapports des deux sexes ne serait perdu ou diminu2 seuls les dsagrments inutiles disparatraient4 ,l'ide de l'instruction intgrale mise la porte de la femme a pntr presque tous les esprits4 ,nous sommes loin du temps o ,pie ,,ix rprimandait svrement ,mgr ,darboy1 archevque de ,paris1 pour ses ides trop avances sur l'ducation des jeunes filles4 ,aujourd'hui1 celles qui veulent participer aux tudes masculines ont la route ouverte devant elles4 ,leur nombre est encore restreint1 et il le restera peut-tre4 ,beaucoup de cerveaux fminins sont rebelles aux abstractions et aux labeurs acharns de l'intelligence1 mais il suffira qu'une lite s'achemine sur cette voie pour tablir un quilibre qui sera aussi utile un sexe qu' l'autre4 ,quelques personnes sont encore contraires au dveloppement intellectuel de la femme4 ,elles s'imaginent qu'il pourrait avoir pour rsultat la diminution du charme fminin1 l'abandon du foyer1 la dsagrgation de la famille4 ,si une femme est belle1 sduisante1 tendre1 passionne1 savoir lire l'nide dans l'original ne lui enlvera aucun de ses attraits2 ,aspasie prtendait que la gomtrie lui avait appris mieux dominer le cur des hommes4 ,si la femme est laide1 froide1 revche1 l'ignorance ne l'embellira point et ne la rendra pas plus dsirable4 ,quant l'abandon du foyer1 les quelques femmes appartenant aux classes dirigeantes qui le chrissent encore1 sont justement les studieuses1 les mditatives1 celles que l'art ou l'tude retiennent chez elles4 ,les autres1 celles qui ne lisent pas1 qui n'apprennent pas1 qui ne travaillent pas1 sont hors de la maison toute la journe4 ,elles courent de visite en visite1 de magasin en magasin1 on les voit partout1 sauf au logis6 ,pour ce qui concerne la dsagrgation de la famille1 quelqu'un croit-il encore srieusement que l'ignorance de l'pouse et de la mre suffise l'empcher8 ,on peut plaider victorieusement le contraire4 ,si quelque chose est capable de redonner aux rapports familiaux leur force perdue1 c'est le complet dveloppement de la femme et l'influence qu'elle parviendra ainsi acqurir directement sur ses enfants et1 de faon rflexe1 sur son mari et sur les hommes de son entourage4 ,quand1 dans les rues des grandes villes et dans tous les endroits de rendez-vous mondain1 on voit des cohortes de femmes oisives errer de lieu en lieu1 la tte vide certainement de toute proccupation intellectuelle1 on se demande de quel mal leur ignorance et leur frivolit peuvent les garder et quels avantages ces lacunes de leur intelligence assurent la vie domestique8 ,jadis1 les conditions de la vie taient diffrentes3 les soins matriels de la maison absorbaient tellement la mre de famille1 surtout si sa position de fortune tait modeste1 que le temps lui manquait pour les proccupations d'un autre ordre4 ,mais tout cela a chang maintenant3 on ne file plus la maison la toile des chemises et des draps2 la vie matrielle s'est facilite au point que1 si le got du luxe ne crait pas des besoins difficiles satisfaire dans les milieux mdiocres1 on n'en sentirait presque plus le poids4 ,en tous cas1 elle laisse des heures de loisir444 ,bref1 si le foyer est dlaiss1 je ne crois pas qu'il faille en accuser le dveloppement crbral des femmes1 mais bien plutt ce besoin de toilette1 de mouvement et de plaisir qui semble les affoler toutes2 c'est lui qui les dtourne des tudes srieuses1 empche la mditation et les pousse dserter leur chez soi1 o les maris1 les fils et les frres ne sont srs de les trouver qu'aux heures des repas1 o d'ailleurs elles arrivent bien souvent en retard6 99 99 99 99 99 ,presque toujours1 quand un esprit impartial entend1 dans l'intimit1 les femmes parler des hommes1 il prouve une sensation de surprise#ad1 tellement leur jugement semble peu form et tabli sur des bases incertaines4 ,il est subjectif au point d'tre rvlateur1 et il donne aisment la clef de la vie sentimentale de celle qui le prononce4 ,si elle-mme n'entre pas en jeu1 c'est le sort d'une sur ou d'une amie intime qui lui fournit ses arguments1 bien rarement une vue d'ensemble de la question4 #ad ,les jugements des hommes sont tout aussi singuliers parfois4 ,voir le chapitre3 ,ce que pensent les hommes des femmes4 ,cependant1 dans ce cercle restreint o sa pense se meut1 la femme1 tout en manquant de justice1 fait preuve d'une perspicacit tonnante sur certains points et d'une finesse d'intuition singulire4 ,son instinct la trompe rarement4 ,pour dcouvrir certaines culpabilits1 aucun juge d'instruction ne la vaut6 ,mais elle sentencie en bloc1 attribuant volontiers tous les hommes les fautes d'un seul et refusant d'admettre chez le coupable aucune qualit qui le rhabilite4 ,s'il l'a blesse dans ses sentiments ou ses prjugs1 tout s'efface de ce qu'il a pu accomplir de gnreux ou de noble dans d'autres ordres d'ides4 ,rapporter tout elles-mmes est une habitude mentale propre aux femmes4 ,elles ne fondent pas d'ordinaire leurs amitis sur les mrites ou le caractre1 mais sur l'amabilit qu'on dploie leur gard4 ,cette tendance de l'esprit fminin se manifeste dans tous les rapports sociaux1 mais surtout dans les relations avec les hommes4 ,le plus grand pcheur1 s'il leur montre de l'admiration ou de la dfrence1 russit facilement se faire pardonner1 bien entendu s'il n'a pch que vis--vis des autres femmes4 ,aussi entend-on de fort vertueuses personnes rompre des lances en faveur d'individus que leurs principes les forceraient excrer4 ,mais elles ferment obstinment les yeux tout mrite et toute gloire1 lorsque leurs sentiments ou leur vanit ont reu la plus petite blessure4 ,parce qu'on commet une faute1 faut-il les commettre toutes8 ,tel homme lger1 tel mari infidle est parfois un excellent pre et un citoyen dvou4 ,l'envelopper dans un mpris gnral n'est pas quitable1 pas plus qu'il ne serait quitable d'appliquer ce jugement unilatral aux erreurs des femmes4 ,on rencontre cependant quelques exceptions cette rgle3 en ce cas1 il n'y a pas de jugement auquel on doive donner plus de poids qu' celui d'une femme intelligente1 perspicace1 exprimente et quitable4 ,elle sait saisir les moindres dtails d'un caractre1 l'analyser jusque dans ses replis intimes1 en discerner toutes les lumires et toutes les ombres4 ,l'homme ne sait juger qu'avec son intelligence et sa raison2 la femme y ajoute l'intuition1 puis elle fait passer son jugement par le crible de son cur1 ce qui en attnue l'pret4 ,mais1 pour juger ainsi1 il faut tre impersonnelle1 or l'impersonnalit est rarement fminine1 ce qui ne veut pas dire que l'homme la pratique souvent1 quoique l'habitude de s'occuper des intrts gnraux lui en donne plus facilement l'apparence4 ,mme dans l'ge mr1 alors que les passions de l'amour-propre se sont amorties1 la femme reste subjective dans ses vues4 ,il lui faut un grand cur1 ou une forte intelligence1 unie une profonde comprhension de la vie humaine1 pour qu'elle soit juste et objective dans ses apprciations4 ,en gnral1 elle ne parvient pas voir dans l'homme un tre destin avant toutes choses accomplir son volution et vivre sa destine propre1 mais une crature mise au monde pour l'adorer1 la protger et la servir4 ,le plus grand bent de la terre1 qui est l'esclave dvou d'une femme1 leur parat l'homme modle par excellence1 et elles le citent volontiers comme exemple leurs maris et leur fils1 quittes cependant se moquer de lui l'occasion4 ,il est question1 bien entendu1 ici1 des femmes appartenant aux classes suprieures4 ,pour la femme du peuple1 l'homme est un matre brutal1 dont souvent elle est l'esclave1 de gr ou de force4 ,le meilleur d'entre eux ne se prte pas satisfaire les caprices des femmes4 ,l'influence des ,amricaines a beaucoup contribu dvelopper1 dans certains cerveaux fminins d',europe1 l'ide que le but de la vie des maris et des pres devrait tre de mettre en relief la personnalit fminine1 en lui fournissant toutes les armes de victoire possibles4 ,n'est-il pas juste que l'homme travaille pour parer la femme et la mettre en valeur1 en lui permettant de dvelopper ses instincts de coquetterie et d'lgance8 ,en se sacrifiant pour elle1 il joue son rle2 elle le sien1 en acceptant4 ,par consquent1 elle ne lui doit de ce chef ni gratitude ni dfrence4 ,il y a l une dformation1 ce qu'il me semble1 dans l'ide primitive du couple4 ,en ,europe1 et dans les pays latins surtout1 la mentalit fminine ne l'a pas subie ce degr1 bien que la femme se figure tre le rayon de soleil de la vie de l'homme4 ,elle le croit trop1 pour son malheur4 ,un spirituel critique italien crivait rcemment3 ,c'est un rayon de soleil dont nous nous passerions volontiers certains moments4 ,la boutade1 quoique un peu brutale1 renferme un lger fond de vrit4 ,moralement et intellectuellement1 l'homme moderne ne recherche pas la femme autant que celle-ci se l'imagine1 justement parce que1 en gnral1 il ne tient en estime ni son caractre ni son esprit#ae et qu'il se passe trs bien d'elle dans les rapports sociaux4 #ae ,voir3 ,ce que pensent les hommes des femmes4 ,la femme doit reconqurir son ancien prestige ou en acqurir un nouveau1 mais elle n'y parviendra point en se berant de fausses illusions sur l'importance de la place qu'elle occupe dans la psychologie de l'homme du ,x,xe sicle4 ,il vaut mieux pour elle ouvrir les yeux et comprendre qu'il ne lui suffit plus d'tre mre pour influencer ses enfants1 ni d'tre pouse pour inspirer l'amour4 ,la ncessit de mriter la place qu'elle veut occuper1 doit peu peu pntrer son esprit4 ,elle se croyait souveraine par droit divin1 or ces couronnes-l sont si branles que les plus solides se voient forces1 aujourd'hui1 de renoncer aux anciens systmes et de chercher1 contre le flot destructeur envahissant1 de nouveaux points d'appui4 99 99 99 99 99 ,si les femmes ne trouvent gure d'encouragement chez les hommes1 lorsqu'il s'agit du dveloppement de leurs qualits nobles1 l'homme1 lui aussi1 rencontre rarement chez sa compagne une inspiratrice qui le pousse faire grand4 ,la femme appartient d'instinct l'cole empirique3 en toutes choses1 elle voit les rsultats apparents et pratiques3 l'argent1 la situation1 les honneurs444 ,tout cela1 elle l'apprcie1 et elle honore1 par consquent1 celui qui sait se les procurer et en faire jouir sa famille4 ,il est rare qu'elle voie au del4 ,l'intgralit des caractres l'intresse peu1 en gnral4 ,il y a des femmes videmment qui seraient prtes tous les sacrifices1 plutt que de voir leurs maris1 leurs fils1 leurs frres s'abaisser un compromis quelconque1 mais nous savons tous combien ces consciences dlicates sont rares4 ,d'ordinaire les femmes1 mme honntes1 prfrent ne pas regarder de trop prs et jouir des bienfaits que le sort leur concde1 sans se demander quelle en est la provenance4 ,cet aveuglement volontaire et intress est souvent la base des catastrophes o sombrent tant de familles4 ,tout cela revient dire que les femmes et les hommes ne donnent que peu de valeur aux mes les uns des autres4 ,ils commettront des crimes passionnels1--les homicides et les suicides par amour vont croissant de faon effrayante1--mais ils ne s'intressent que fort peu leur existence morale et se mprisent au fond rciproquement4 ,quelques femmes1 il est vrai1 conservent encore d'normes illusions sur les hommes1 et elles vont trop loin dans leur crdulit4 ,non seulement elles subissent leur influence en tout#af2 elles estiment leur faon de voir suprieure1 elles donnent leur opinion un poids extraordinaire1 mais elles refusent de reconnatre leurs faiblesses et leurs vices4 ,le nombre de ces femmes1 crdules jusqu' la sottise1 va dcroissant4 ,cependant1 il en existe encore1 et leur systme les rendrait heureuses1 si le bonheur pouvait se trouver hors du rel et tre le fruit d'un mirage4 #af ,voir le chapitre3 ,ce que pensent les hommes des femmes4 ,je ne le crois pas2 il me semble qu'en toutes choses la vrit est l'unique remde4 ,la plupart des malentendus qui attristent ou aigrissent les rapports des deux sexes ont leur source1 comme je l'ai dit plusieurs reprises1 dans l'incomplte connaissance qu'ils ont l'un de l'autre4 ,s'ils apprenaient se considrer avant tout comme des tres sociaux1 devant vivre leur propre vie et accomplir leur volution en dehors des relations sentimentales qui peuvent les unir d'une faon durable ou passagre1 ils deviendraient l'un pour l'autre des faiseurs de joies et seraient beaucoup moins souvent qu'aujourd'hui des faiseurs de peines4 ,il y a des gens qui vivent comme des brutes1 se contentant uniquement des satisfactions matrielles et n'attribuant leur malheur qu' la privation de ces satisfactions1--non ragioniam di loro1 ma guarda e passa1--mais ceux qui pensent et sentent1 ceux qui ont rv au bonheur1 savent presque tous1 s'ils descendent dans leur cur et leur conscience1 qu'une dsillusion d'amour est la base de ce qu'il y a eu d'incomplet et d'amer dans leur vie4 ,lorsque cette dception a lieu dans le mariage1 les effets en sont plus graves et plus durables1 mais toujours1 dans n'importe quelle condition1 ils sont des artisans de souffrance4 ,pour la joie ou le malheur1 l'influence d'un sexe sur l'autre est immense4 ,pour le bien et le mal galement4 ,si l'on enseignait l'homme1 ds l'enfance1 honorer dans la femme certaines qualits intellectuelles et morales1 il contribuerait efficacement leur dveloppement1 comme je l'ai dit dans le chapitre prcdent1 et resterait tout de mme libre de porter son amour celles qui ne les possdent point4 ,du reste1 pourquoi ces qualits enlaidiraient-elles les jolis visages8 ,et peut-tre1 rflexion faite1 les hommes seraient-ils satisfaits de les rencontrer dans la mre de leurs enfants4 ,puisqu'elles contribuent au bien-tre domestique1 la dignit de la maison et cette honorabilit extrieure qui est encore la meilleure politique pour russir dans le monde4 ,nous avons vu1 dans le prcdent chapitre1 que les hommes en gnral donnent peu de poids l'opinion des femmes4 ,c'est humiliant pour elles1 quoique parfois mrit1 les femmes se proccupant rarement de ne pas dire de sottises4 ,elles croient que l'illogisme est une grce de plus1 que leur draison et leur faon enfantine de parler1 constituent un attrait4 ,en quoi elles se trompent4 ,on rencontre des femmes intelligentes et relativement cultives qui se complaisent formuler des penses absurdes3 faux sentimentalisme1 faux raisonnements1 incohrence en tout et sur tout4 ,si elles ont vingt ans1 cela amuse1 on rit444 ,plus tard cela ne divertit personne et devient ridicule4 ,elles perdent ainsi toute autorit1 et devraient se convaincre que le sens commun1 la modration1 la bont et la sagesse sont les seuls charmes de la maturit4 ,si les hommes ont du ddain pour les jugements fminins1 les femmes s'en vengent en les mprisant eux-mmes3 ils sont adors parfois1 recherchs toujours1 craints souvent1 admirs intellectuellement1 mais la plupart des femmes exprimentes les tiennent en mince estime4 ,entre elles1 quand elles sont sres de ne pas tre entendues1 elles formulent sur eux des apprciations qui frisent le mpris4 ,en s'obstinant ne les observer que sous certains cts et ne les considrer que relativement elles1 les femmes sont injustes4 ,il faut avouer toutefois que ces reprsailles sont mrites4 ,le malheur est que l'homme ne s'en rend pas compte4 ,conscient de son prestige1 il ne s'aperoit nullement que ce prestige est doubl de msestime4 ,le sens de l'autocritique lui manque4 ,la femme1 plus fine1 plus intuitive1 peroit1 sous les adorations de l'homme1 le ddain qu'il a d'elle1 en tant que personnalit indpendante4 ,a peine s'incline-t-il devant la mre1 mais l encore il manque de perspicacit1 car il ne discerne pas l'esprit de la lettre1 et on le voit s'attendrir sur des louves1 pourvu qu'elles portent ce nom sacr4 ,il ne s'aperoit pas qu'elles le dshonorent et ont perdu le droit de le porter4 ,la femme du ,x,v,i,i,ie sicle connaissait bien mieux les hommes que celles du ,x,i,xe4 ,c'tait sa science propre1 disent les frres de ,goncourt1 l'aptitude la plus haute de sa fine et dlicate nature1 l'instinct gnral de son temps1 presque universel dans son sexe1 et qui en rvlait la profondeur et la valeur caches4 ,peut-tre alors les hommes1 subissant davantage l'attrait de ces natures admirablement intuitives1 les tudiaient-ils davantage4 ,le ,x,i,xe sicle1 plus srieux1 plus utilitaire1 ignorant des loisirs1 a mouss la dlicatesse des perceptions chez les deux sexes4 ,un voyage de dcouvertes mutuelles serait donc indispensable1 de part et d'autre1 et je voudrais y convier tous les esprits justes et les curs sincres4 ,pour quelques-uns1 le voyage est inutile4 ,ils ont l'me vivante et1 sous sa direction1 ils classent chaque chose et chaque sentiment sa place relle2 mais ces prcurseurs du monde futur sont rares2 la plupart des hommes et des femmes persvrent dans leurs anciennes erreurs que certaines ides nouvelles sont venues aggraver encore4 ,l'homme continue voir dans la femme un tre frivole que1 dans la lutte froce pour l'existence1 il n'a pas le temps d'tudier4 ,la femme1 de son ct1 s'irrite de ne plus trouver dans l'homme l'adorateur esclave dont parlaient les romans d'autrefois4 ,elle voudrait entrer en lutte avec lui sur d'autres points et le ramener en amour aux apparences chevaleresquement soumises des poques disparues4 ,ce dernier dsir est irralisable2 il n'y a plus d'oisifs aujourd'hui1 et il y en aura de moins en moins2 or1 pour consacrer de longues heures aux femmes1 il faut des loisirs que la vie moderne ne permet pas4 ,les femmes doivent donc viser conqurir l'homme d'une autre faon4 ,c'est le fond de la pense qu'il faudrait modifier chez les uns et les autres4 ,il est ncessaire que l'homme largisse l'ide qu'il a de la femme1 et lui accorde son estime1 comme il l'accorde un autre homme1 si celui-ci y a droit4 ,la femme1 de son ct1 redonnera son estime l'homme1 quand elle verra qu'il apprcie en elle autre chose que le plaisir ou l'utilit4 ,pour quelques-uns il est trop tard1 tellement ils sont enliss dans le marais du faux point de vue et du prjug sexuel4 ,mais il y a les jeunes1 les enfants d'aujourd'hui1 destins tre les hommes et les femmes de demain4 ,c'est eux que l'avenir attend1 c'est eux qu'il faut montrer la voie qui conduira les gnrations futures une vie relativement heureuse1 o1 en bons compagnons de route1 les hommes et les femmes1 dlivrs de leurs sculaires malentendus1 prendront les chemins qui mnent aux valles fertiles et aux cimes leves d'o l'on domine le monde4 ,,chapitre ,,ix ,,faiseurs ,,de ,,joies ,he who1 doing what he ought444 gives pleasure to others1 shall find joy in the other world4 ,,imitation ,,of ,,boudha4 ,le surhomme1 ou plutt l'homme suprieur1 en donnant au mot sa vraie et grande acception et non le sens absurde que certaine cole rcente et plagiaire lui a mrit1 devrait avoir pour trait distinctif d'tre un faiseur de joies4 ,accomplir avec orgueil1 intensit et cruaut des actes gostes1 mauvais ou bas1 dont les tres les plus vulgaires sont capables1 ne constitue pas une supriorit4 ,la proccupation de l'esthtique extrieure et des beaux gestes ne suffit pas non plus l'tablir4 ,tous les vritables surhommes ont t des altruistes1 mme les conqurants1 la conqute tant une sorte d'altruisme sui generis1 un effort1 pour joindre1 aux terres qu'on possde dj1 d'autres terres1 destines enrichir le patrimoine national4 ,non que l'esprit de conqute territoriale soit louable en soi1 mais parce que l'homme qui conquiert s'occupe directement de son prochain1 quoique ce soit peut-tre inconsciemment4 ,il sacrifie des vies1 c'est vrai1 mais s'il remporte la victoire1 il augmente le bien-tre matriel et moral de ses sujets ou de ses concitoyens4 ,il peut mme se faire l'illusion1 si les vaincus sont des peuples barbares ou arrirs1 qu'il leur apporte la civilisation4 ,l'homme de talent1 proccup exclusivement de sa gloire et de son plaisir personnels1 ne doit pas tre considr comme un surhomme1 car la subjectivit abaisse toujours et limite la pense4 ,le gnie vritable a une force d'expansion extraordinaire2 il va au-del de la personnalit4 ,s'il s'y renferme1 il pourra tre brillant1 incisif1 lgant1 il manquera de puissance et aura un fond de purilit que toute la magie d'une imagination cratrice ou d'une plume loquente ne masquera pas longtemps4 ,sans parler des anciens1 ,dante1 ,shakespeare et ,gthe ont toujours eu l'humanit pour objectif4 ,dante voyait ,dieu reflt dans l'humanit1 mais c'est elle qu'il plaignait et chtiait sous ses formes coupables1 admirait et rvrait sous ses formes leves et pures4 ,les plus grands esprits se sont rarement chants eux-mmes4 ,leur personnalit n'est intervenue qu'indirectement et secondairement dans leur philosophie1 leurs drames ou leurs vers4 ,que penserait-on d'un peintre ou d'un sculpteur qui1 avec son pinceau ou son ciseau1 reprsenterait perptuellement sa propre image ou des scnes de son existence personnelle8 ,on le jugerait vite1 quelle que ft sa valeur apparente1 vaniteux et mesquin4 ,les grands peintres de la ,renaissance1 s'ils ont parfois reproduit dans leurs tableaux les traits de leur visage1 se sont toujours1 avec intention1 confondus dans la foule des personnages secondaires4 ,le mme procd s'impose dans chaque manifestation intellectuelle4 ,travailler pour soi et non en vue ou en faveur des autres1 c'est se frapper de strilit4 ,nul n'chappe cette loi inluctable1 quel que puisse tre le scintillement des fausses gloires4 ,la thorie de l'art pour l'art1 telle qu'on la pratique aujourd'hui1 est donc condamnable4 ,l'auteur de la frise du ,parthnon ne faisait certes pas de la sculpture thique1 mais toute uvre sereine de beaut devient moralisatrice par le fait mme de sa perfection4 ,phidias a sa place marque parmi les surhommes1 bienfaiteurs de l'humanit1 car il a t pour les yeux de la ,grce un grand faiseur de joies2 et1 aprs tant de sicles couls1 les dbris de son temple sont encore1 pour les regards1 une occasion de plaisir lev et rare4 ,mais1 si l'on ne peut mriter le nom de surhomme que par cette expansion gniale qui se rpand sur les autres en bien-tre1 en esprance1 en bonheur ou en gloire1 il n'est pas ncessaire d'tre un surhomme pour devenir un faiseur de joies4 ,les plus humbles et les plus modestes peuvent y aspirer4 ,souvent les moyens matriels manquent pour des bienfaits considrables1 mais il y a telles petites attentions du cur qui donnent plus de plaisir aux mes que des dons somptueux4 ,un de mes amis de ,rome accompagnait un jour un mdecin de sa connaissance dans l'un des faubourgs les plus misrables de la ville4 ,il vit tout coup1 dans l'alle qui prcde le quartier populaire1 une femme en haillons sortir de derrire un arbre o elle s'tait dissimule1 s'approcher du docteur1 et lui tendre un petit bouquet de violettes fraches4 ,le mdecin prit le bouquet1 sourit en silence et passa les fleurs dans sa boutonnire avec le geste machinal dont on accomplit les actes quotidiens1 mais sans mettre la main sa poche4 ,dj la malheureuse s'tait loigne4 ,mon ami1 tonn de ce manque de gnrosit1 voulut courir aprs elle pour lui donner quelques sous1 mais son compagnon l'arrta3 --,vous l'offenseriez1 dit-il4 ,et comme l'autre insistait pour avoir une explication de la petite scne1 le docteur raconta que1 durant une pidmie de diphtrie1 il avait eu le bonheur de sauver un des enfants de la pauvre femme4 ,grande joie dans le misrable mnage6 ,mais on n'avait pas d'argent pour payer le mdecin4 ,alors1 voulant absolument lui prouver sa gratitude1 la mre reconnaissante se levait l'aube1 chaque jour1 pour courir la campagne la recherche des premires violettes4 ,puis elle guettait son passage et glissait le bouquet dans les mains qui avaient sauv son fils4 ,la premire fois1 le mdecin avait voulu donner quelque argent en change des fleurs1 mais le regard que lui lana la femme tait si rempli de reproche1 qu'il laissa tomber les pices de monnaie et ne recommena plus4 --,je n'oserais pas1 murmura-t-il avec motion1 en tirant d'un geste caressant les tiges des violettes1 afin de mieux les assujettir sa boutonnire4 ,mon ami demanda3 --,ces fleurs vous font donc rellement plaisir8 --,trs rellement1 rpondit le docteur1 c'est un petit rayon de soleil qui me rchauffe6 ,si l'on pensait davantage au petit rayon de soleil dont on pourrait clairer tant de vies ternes1 la somme des joies crotrait en ce monde1 ce qui rtablirait l'quilibre1 car jusqu'ici elle a t terriblement infrieure celle des douleurs4 99 99 99 99 99 ,mais1 pour donner du plaisir aux autres1 il faut que nous nous fassions un peu de joie dans nos mes4 ,or1 l'ducation de la joie est faire4 ,entours de sources de jouissances1 nous ne savons ni les dcouvrir1 ni nous y abreuver4 ,apprendre discerner et goter la beaut et la posie des choses est une science qui exige des tudes4 ,chacun de nous en a plus ou moins fait l'exprience3 tel aspect qui nous laissait indiffrent nous devient cher tout coup1 parce que1 l'ayant mieux regard1 nous en avons peru le charme4 ,l'amour de la nature1 par exemple1 n'est pas toujours spontan4 ,il nat souvent de la lecture des potes qui l'ont chante1 de l'observation voulue de ses merveilles1 de la culture de certaines tendances de notre tre et de certaines facults de notre intelligence4 ,pour beaucoup de gens la nature est belle1 mais muette et froide4 ,ils ne sont pas entrs avec elle en communion intime1 ils n'entendent pas ses voix3 l'esprit des eaux1 celui des forts et des montagnes ne leur parle jamais4 ,ils voient la ralit de ses formes1 mais le grand secret des nuits toiles leur chappe4 ,les joies que donne la contemplation de l'univers leur sont inconnues1 et1 ne les connaissant pas1 ils ne peuvent ni les enseigner aux autres1 ni les inviter y participer4 ,tout ducateur ou ducatrice qui ne sent pas la nature devrait tre cart1 car son enseignement est fatalement incomplet1 puisqu'il nglige d'enseigner goter une partie des joies sereines et pures que l'homme peut savourer4 ,j'ai vu des personnes baiser passionnment l'herbe verte des prairies qu'elles revoyaient aprs une longue absence et prouver sur la haute montagne des sensations d'ivresse et de puissante motion qui taient peut-tre les plus fortes que la vie leur et fait connatre4 ,combien d'hommes ne connaissent pas ce livre profond1 ou se sont borns le feuilleter distraitement1 absorbs qu'ils taient par les menus incidents de la vie journalire6 ,on les voit traverser presque automatiquement les plus beaux sites1 calculant les kilomtres parcourus1 l'heure du dpart et celle de l'arrive2 mais leur me ne sent pas la fracheur dlicieuse des sources caches dans les forts1 et ils ne prtent pas l'oreille au vent de la montagne qui leur apporte le salut des neiges ternelles4 ,dvelopper en soi et chez les autres le got profond de la nature et la facult de saisir la beaut des choses1 c'est tre un faiseur de joies4 ,il en est de mme pour la posie et l'art4 ,lire les potes n'est rien1 il faut faire pntrer en soi leur pense1 s'en imprgner et l'avoir toujours prsente l'esprit1 pour appliquer leur faon de voir et de sentir aux images qui passent sous nos yeux4 ,mais d'ordinaire nous ne saisissons pas ces analogies2 parmi les lecteurs de ,virgile1 combien se souviennent des ,bucoliques1 devant les champs d'or du bl mr6 ,tous les ,italiens connaissent le ,dante1 tous l'appellent le divino poeta1 tous en sont orgueilleux4 ,mais il n'est une source de joies que pour quelques-uns1 pour les rares intelligences qui ont tch d'identifier leur pense la sienne1 et qui cherchant sous ses paroles1 parfois obscures1 le sens cach qu'elles renferment et1 oubliant leur scepticisme1 essayent de se crer une me forte et pieuse1 capable de comprendre les violences magnifiques du pote1 et de le suivre dans les abstractions subtiles de la mtaphysique moyen-geuse4 ,les mmes considrations s'appliquent la musique et l'art1 ces autres formes de la beaut1 mais1 pour le dveloppement de ces deux passions1 des dons particuliers sont ncessaires1 surtout pour la musique qui demande1 pour tre gote et comprise1 un sens spcial4 ,ceux qui en sont dpourvus1 mais auxquels le sentiment de l'harmonie gnrale des choses donne l'intuition de ce qu'ils perdent1 comprennent qu'il ouvre ses privilgis possesseurs un monde nouveau1 le monde vari et dlicieux du rythme1 source de jouissances subtiles et raffines4 ,mais c'est l aussi une mine qu'il faut creuser1 pour en extraire la paillette d'or4 ,le got du beau en architecture1 en sculpture et en peinture1 quoique demandant aussi certaines dispositions particulires1 est plus la porte de tous4 ,bien mieux que celui de la musique1 on peut le dvelopper artificiellement4 ,il procure aussi d'intenses plaisirs4 ,s'il est accompagn d'une large culture artistique1 permettant d'tablir des rapports et des comparaisons entre les poques1 les coles et les artistes1 les satisfactions qu'il donne dpassent le simple plaisir des yeux et de la sensibilit pour devenir aussi une jouissance de l'esprit4 ,la connaissance profonde des tapes successives parcourues par l'art permet1 en outre1 de saisir dans un monument1 une statue1 un tableau1 des beauts que le regard ignorant ne peroit pas et qui paraissent d'autant plus prcieuses que leur dcouverte est absolument personnelle4 ,les ducateurs intelligents devraient donc se proccuper beaucoup plus qu'ils ne le font d'ordinaire--malgr ,ruskin et tous les aptres de l'esthtique--du dveloppement du got du beau1 en tant que source de joie4 ,il faudrait que les lves1 leur tour1 ds qu'ils ont atteint l'ge de raison1 les aident dans leur tche pour s'assurer des plaisirs toujours renouvelables4 ,malheureusement1 l'esprit moderne est tellement tourn vers la matrialit des choses qu'il nglige les satisfactions durables pour s'assurer celles qui sont fugitives1 mdiocres et vulgaires4 ,c'est donc la recherche des joies vraies et la lutte contre les joies fausses qu'il faudrait convier les vaillants et les sincres4 ,on devrait leur persuader que de crer du bonheur en soi et autour de soi est le premier des devoirs pour l'homme qui comprend le sens profond de la mission que ,dieu lui a confie4 ,plus cet homme appartient l'lite et est dpositaire de forces prcieuses1 plus il doit les rpandre autour de lui en dons gnreux4 ,nietzsche trace une distinction entre la morale des matres et celle des esclaves1 et il a raison en un certain sens4 ,le matre est forc d'avoir une morale bien plus haute que l'esclave1 toute supriorit imposant l'obligation d'tre1 plus que les autres1 bon1 compatissant1 quitable4 ,si le devoir de chaque homme est d'tre un faiseur de joies dans la mesure de ses capacits1 pour les privilgis de la vie ce devoir est imprescriptible4 ,quand on se reconnat fils d'un pre commun1 la fraternit s'impose2 quand ce pre vous a combl de dons1 y faire participer autrui devrait tre un imprieux besoin du cur et de la conscience4 99 99 99 99 99 ,pour devenir un faiseur de joies1 il faudrait d'abord s'interdire absolument d'tre un faiseur de peines1 en vitant avec soin toutes les occasions de faire souffrir les autres inutilement4 ,mais1 dira-t-on1 l'homme n'agirait plus1 s'il avait la mentalit des ,hindous et craignait d'craser un insecte en s'asseyant4 ,je l'ai dit dj#ag1 viter des souffrances son semblable ne signifie point tomber dans la mivrerie et la purilit4 ,il y a des chagrins indispensables1 ncessaires1 il y a des coups de fouet sauveurs1 il y a des svrits faites de justice1 d'intelligence et de bont1 qui assurent les vies heureuses1 comme il y a des indulgences pernicieuses qui dtruisent l'avenir de ceux qui en sont l'objet4 #ag ,voir le chapitre3 ,faiseurs de peines4 ,mais les svrits1 pour qu'elles soient salutaires1 devraient tre toujours contrles par le cur1 approuves par la raison et n'avoir jamais pour cause la mauvaise humeur1 l'irritation1 l'impatience444 ,une femme qui a jou un rle important dans l'histoire du ,risorgimento italien1 disait toujours3 ,quand on veut chtier un enfant1 il faut aller chercher une verge4 ,pendant ce temps1 la colre se calme2 on peut raisonner1 et si l'on punit quand mme1 on est sr que le chtiment est mrit4 ,je ne parle pas des occasions o les rigueurs procdent de la pure mchancet1 bien que cela arrive1 l'homme tant1 comme le dit ,schopenhauer1 le seul animal qui fasse souffrir autrui pour le seul plaisir de faire souffrir2 je me borne indiquer par quelles impulsions certains caractres prouvent le besoin de tourmenter leur prochain1 sans lui vouloir prcisment du mal1 par simple envie d'pancher leur bile ou d'affirmer leur prpondrance4 ,procurer des joies1 disent certaines personnes1 nous le voudrions bien1 mais comment faire8 ,nous ne savons pas6 ,rflchir un instant pour dcouvrir les plaisirs qu'elles pourraient procurer effraye leur paresse4 ,penser1 voil ce que personne ne veut faire1 a dit je ne sais plus qui4 ,ces mots renferment l'explication de l'insuffisance et de la mdiocrit de la vie humaine4 ,en effet1 personne ne veut penser2 que de gens1 mme intelligents1 vivent sans jamais accomplir cette fonction1 car rflchir reprsente une opration bien plus profonde et complexe que celle de grouper dans notre cerveau les faits matriels et intellectuels ncessaires notre conservation et notre rle social4 ,si l'on voulait rellement essayer d'amliorer et d'adoucir la vie des autres1 la premire rsolution prendre serait de ne pas la leur empoisonner par l'usage de la lamentation perptuelle4 ,que de bonnes et rellement honntes personnes attristent l'existence de leur entourage par cette dplorable habitude4 ,elles se plaignent de tout et de tous1 leurs griefs sont innombrables#ah2 on les entend geindre continuellement4 ,souvent elles possdent le bonheur1 mais n'en sont pas plus satisfaites2 le moindre nuage suffit leur voiler le soleil1 et chaque petit incident1 dont d'autres ne s'apercevraient mme pas1 assombrit leur humeur4 ,en famille et dans l'intimit1 elles n'ouvrent la bouche que pour formuler des plaintes2 les entendre1 on dirait qu'elles sont seules dans l'univers sentir le froid et le chaud1 les malaises1 les contrarits444 ,un norme gosme est videmment la base de cette faon d'accepter et de comprendre la vie4 ,je connais des familles entires dont les jours se tranent monotones et sans joies parce que le mari ou la femme1 le pre ou la mre1 le frre ou la sur ont contract l'habitude du gmissement quotidien4 #ah ,voir le chapitre3 ,les griefs4 ,quelquefois cette disposition peu gayante a pour rsultat la rvolte et1 par consquent1 la dsagrgation de la famille4 ,les caractres patients et affectueux ne se rebellent pas1 ils se courbent sous le fardeau pnible qu'on leur impose sans quit1 mais ils s'attristent1 perdent leur nergie et le got de vivre les abandonne4 ,or1 je le demande3 est-il juste qu'un seul tre pse ainsi de tout son poids sur l'existence des autres8 ,s'il a une conscience1 pourquoi reste-t-elle muette8 ,simplement parce qu'il n'a pas l'habitude de l'interroger4 ,pour tre un faiseur de joies1 il faut donc1 en premier lieu1 renoncer la plainte purile1 devenir un vaillant1 mpriser les petites contrarits et porter les vraies croix avec courage et le front serein4 ,les grands matres de l'antique philosophie nous ont enseign cette leon que le christianisme a formule galement4 ,ceux qui ne l'ont ni apprise ni accepte ne pourront jamais gravir les chelons qui conduisent aux hauteurs sereines1 ni tre pour autrui des distributeurs d'nergie et de flicit4 ,si1 pour tirer du bonheur de l'amour1 il faut apprendre respecter l'amour1 il est tout aussi ncessaire de respecter les bonheurs des autres et les ntres propres4 ,une fausse morale et une fausse religiosit ont fait longtemps consister la vertu en une sorte de morosit austre4 ,rien ne lui a fait plus de tort2 elle a ainsi loign d'elle les curs4 ,cette fausse opposition entre la sagesse et la joie a eu une funeste influence sur plusieurs mes4 ,oui1 certes1 nous devons souffrir1 et tout essai de rvolte contre cette loi invitable et probablement salutaire serait aussi puril qu'inutile2 mais primitivement1 avant la mystrieuse tragdie qui a fait peser sur tous les fils d',adam une si redoutable condamnation1 nous avions t crs pour tre heureux1 et notre cur1 rempli d'un si inextinguible besoin de bonheur1 s'en porte garant4 ,or1 ce besoin que la nature a mis dans nos mes1 il faut le respecter comme l'indice de notre origine divine2 c'est la seule chose qui nous rattache une existence meilleure et plus leve4 ,les joies1 mme insignifiantes1 doivent tre sacres1 et il faudrait viter avec soin de les assombrir ou de les diminuer1 moins qu'elles ne soient absurdes1 sottes ou dangereuses4 ,mais la proccupation de ne pas ternir le contentement d'autrui est inconnu la gnralit des tres1 et1 dans les familles1 il y a toujours quelqu'un pour se charger du rle de trouble fte1 soit en n'accordant qu' la dernire heure une permission demande1 soit en menaant de la retirer1 soit en l'accompagnant de tant de reproches et de recommandations que le plaisir attendu est gt d'avance4 ,les gens capricieux pratiquent frquemment une autre faon d'empoisonner les jouissances de leurs semblables4 ,on combine une partie de thtre1 une promenade1 une course1 un voyage2 la dernire minute1 un des membres de la famille ou du groupe dclare qu'il n'ira pas1 sans qu'aucune raison valable justifie ce changement d'intention4 ,il a simplement chang d'ide1 et gte1 sans scrupule1 le plaisir des autres1 oubliant que lui-mme avait impos ses gots dans l'organisation du projet et que tout avait t combin pour le satisfaire4 ,choses sans importance1 dira-t-on4 ,mais non1 une joie enleve aux pauvres cratures humaines1 destines tant souffrir1 est une sorte de vol1 en tous cas une cruaut inutile1 sans compter que ces procds dsobligeants provoquent dans les curs un invitable sentiment d'irritation4 ,mais ne pas causer de peines inutiles1 respecter scrupuleusement les quelques joies que la ,providence accorde aux hommes1 ne suffit pas4 ,pour accomplir le devoir de fraternit que la foi en un pre commun impose aux uns1 et que certaines doctrines humanitaires imposent aux autres1 une action plus directe est ncessaire3 il faut que nous intervenions efficacement dans la vie du prochain et apprenions devenir pour lui un faiseur de joies4 99 99 99 99 99 ,avez-vous connu des faiseurs de joies8 ,pour mon compte j'en ai rencontr quelques-uns1 et je crois fermement que la continuation du genre humain leur est due4 ,sans les sourires qu'ils provoquent1 les chants qu'ils font clore sur les lvres1 les rayonnements qu'ils amnent sur les visages1 le soleil1 depuis longtemps1 aurait cess de luire sur un monde continuellement maussade et triste1 la terre se serait refroidie et le dernier homme aurait expir en grelottant4 ,eux seuls nous ont sauvs et nous sauvent encore4 ,heureusement ils sont plus nombreux que les justes dont l'ternel exigeait l'existence dans ,sodome et ,gomorrhe1 pour pargner ces deux villes iniques la pluie de feu qu'il leur rservait4 ,parmi les faiseurs de joies1 il y en a d'instinctifs et de volontaires4 ,lorsque les deux forces de l'instinct et de la volont se combinent dans une mme personne1 le rsultat est glorieux et bienfaisant4 ,ceux qui appartiennent la premire catgorie sont les gens les plus agrables et les plus sympathiques du monde1 ils exercent une attraction presque universelle1 on se groupe autour d'eux1 on se sent moins malheureux en leur prsence1 ils redonnent l'espoir1 en tous cas ils provoquent une sensation de bien-tre et de plaisir qui rconforte le cur et le dlivre momentanment de ses fardeaux les plus lourds4 ,mais les joies que procurent les simples instinctifs ne sont pas toujours bien choisies2 ils satisfont parfois des dsirs dangereux1 des aspirations dont le rsultat final est souvent le trouble et l'angoisse4 ,pour donner le bonheur1 ils mettent de ct les scrupules gnants4 ,aimer rendre heureux reprsente parfois1 pour ceux que ce dsir treint1 une tentation suprme et redoutable4 ,ce point particulier pourrait tre dvelopp largement1 mais ce serait entrer sur un terrain qui n'est pas celui de ce livre4 ,je ne fais pas uniquement allusion1 ici1 aux faiblesses passionnelles que le dsir de voir nos semblables contents nous pousse peut-tre considrer avec trop d'indulgence1 mais toute la srie des concessions et des compromis qu'on est tent de faire1 pour assurer les joies de ceux qu'on aime4 ,les purs instinctifs sont donc craindre1 mme dans la catgorie bnie des faiseurs de joies4 ,cependant1 on ne peut s'empcher de croire qu'il leur sera beaucoup pardonn1 mme s'ils ont beaucoup err1 car1 sous leurs faiblesses et leurs fautes se cache un chaleureux lan de fraternit1 un ardent dsir d'essuyer les larmes qui mouillent les visages humains et de ramener le sourire sur les lvres qui l'avaient dsappris4 ,aprs les instinctifs1 viennent les faiseurs de joies par bonne volont4 ,ce ne sont pas les plus charmants1 mais ce sont les plus admirables4 ,souvent1 ils ont lutter contre leur propre nature1 qui est violente1 impatiente1 irritable1 et qu'il faut vaincre constamment pour l'amener la douceur1 l'enjouement1 l'indulgence4 ,parfois on sent l'effort sous leurs bonnes paroles1 sous leur sourire encourageant1 sous les services qu'ils rendent4 ,mais ils ont1 plus que les instinctifs1 le sens de la mesure1 l'art de distinguer les fausses joies des vraies1 et ils ne tombent pas dans les complaisances dangereuses4 ,la troisime catgorie1 celle des tres privilgis qui1 tant crs pour donner le bonheur aux autres1 ajoutent l'instinct la bonne volont raisonne1 constitue ce que l'humanit offre de plus parfait et de meilleur4 ,quand on les rencontre1 une lumire et une chaleur pntrent les curs4 ,souvent1 ces faiseurs de joies se bornent frler nos mes2 ils ne peuvent ni changer1 ni dterminer notre destine1 mais ils nous aident la supporter4 ,un regard1 un sourire1 une main presse au moment opportun suffisent parfois relever les courages4 ,la sympathie de la pense est aussi une arme puissante1 elle enveloppe et rchauffe2 silencieuse1 on la sent davantage1 car les mots gtent presque tout4 ,lorsque ces changes subtils ont lieu entre personnes dont les vies sont unies par les liens de la famille1 de l'amiti1 de l'amour1 leur influence est plus considrable encore sur le bonheur1 car alors les conditions mme de l'existence peuvent tre transformes4 ,avoir prs de soi quelqu'un qui se proccupe de vous donner de la joie1 qui vous accueille toujours avec un sourire heureux1 qui est prt sympathiser vos ennuis et vos douleurs1 se rjouir de vos succs1 rveiller vos esprances1 dont les faons sont enjoues et les penses vaillantes1 c'est dj le bonheur4 ,que de fois1 au contraire1 on tremble en pensant la manire dont sera reue1 par les siens1 la nouvelle d'un insuccs personnel1 car on sait qu'au lieu d'en allger le poids1 ils le feront peser plus lourdement sur nos paules4 ,il est difficile de rencontrer chez un seul tre1 l'ensemble de force1 de douceur et d'optimisme dont je viens de parler1 mais combien pourraient1 du moins1 sur quelques points1 rpandre un peu de joie autour d'eux1 redonner du courage ceux qui en manquent1 rendre la foi en eux-mmes ceux qui l'ont perdue1 dire le mot qui relve les curs abattus et fait passer sur eux une lueur1 mme passagre1 de contentement4 ,telle phrase logieuse et douce produit l'effet d'une rose bienfaisante4 ,je n'entends point1 par l1 prconiser le systme de la flatterie habile2 bas sur le mensonge1 il dprave les mes qui le pratiquent et celles sur lesquelles il s'exerce4 ,mais1 pour dire des choses agrables1 il n'est pas toujours ncessaire de mentir1 car presque chaque crature humaine a quelques qualits physiques1 morales ou intellectuelles qu'on peut relever sans fausset2 il s'agit de savoir les dcouvrir1 et de joindre l'esprit d'observation un peu de bienveillance et de piti4 ,c'est l un sujet sur lequel je reviendrai#ai4 #ai ,voir le chapitre3 ,les consolatrices4 ,dans l'ordre matriel galement1 les faiseurs de joie ont un large champ sur lequel ils peuvent s'exercer4 ,si l'on tendait plus frquemment la main au prochain1 lui offrant l'aide fraternelle qui peut remettre un homme flot1 sans qu'on ait faire d'autre sacrifice que ceux d'un effort persvrant et d'une bonne volont inlassable1 il y aurait moins de larmes en ce monde et moins de curs aigris o l'image de ,dieu s'est efface4 ,les petites attentions sont galement des sources de joies auxquelles on ne pense pas assez4 ,la trame de la vie est au fond faite de petites choses1 et le charme d'une pense amicale ou gracieuse1 se rvlant dans les menus faits de l'existence quotidienne1 s'exerce puissant et doux4 ,les femmes modernes1 trop affaires1 ont dsappris cet art4 ,j'en connais cependant une dernire reprsentante4 ,est-ce durant les rves ou les insomnies de la nuit que le dsir d'tre agrable aux autres se transforme dans son cerveau en ides ingnieuses8 ,mais chaque jour elle invente pour l'un ou l'autre de ses amis quelque attention aimable4 ,elle tudie leurs gots et s'efforce de les satisfaire matriellement et moralement4 ,elle connat leurs dboires secrets et s'essaye redonner l'esprance leurs curs4 ,ses penses nobles et tendres1 ses faons fines et caressantes ont mis un coin d'idal dans plus d'une vie qui en manquait4 ,mince et frle jusqu' l'invraisemblance1 avec des cheveux de neige1 nul ne songe demander son ge1 tellement on sent qu'une ternelle jeunesse vit dans son cur4 ,d'autres ont accompli peut-tre des actes hroques1 elle a donn des joies4 ,l'influence d'une parole de bont tombant de certaines lvres ne peut tre mesure4 ,je me souviens d'un homme modeste1 timide1 un peu singulier d'aspect et de manires qui1 chaque dimanche1 avait l'habitude de se rendre dans une maison o le chef de famille1--homme suprieur et de haute situation--lui disait bonsoir avec bienveillance1 en s'informant de sa sant4 ,ces simples paroles1 toujours les mmes1 avaient un tel prix pour cet tre solitaire que1 lorsque celui qui les prononait fut mort1 le malheureux ne put supporter de vivre dans la ville o il l'avait connu1 et1 quittant l'emploi qui le faisait vivre1 alla1 son tour1 mourir de chagrin dans un coin ignor4 ,on pourrait multiplier ces exemples de l'influence involontaire que les hommes possdent les uns sur les autres4 ,j'en parlerai dans un prochain chapitre2 en tous cas1 il suffit de rflchir pour se convaincre que1 soit dans l'ordre matriel1 soit dans l'ordre moral1 on nglige trop souvent les occasions de rendre les gens heureux4 ,lorsque l'criture dit qu'il est plus facile un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu' un riche d'entrer dans le royaume des cieux1 ces paroles semblent injustes1 exagres et dures4 ,la richesse serait-elle donc une maldiction8 ,elle reprsente1 au contraire1 un immense privilge1 puisqu'elle offre l'occasion de donner tant de joies aux autres4 ,ne pas les donner1 voil le crime4 ,elle permet1 non seulement de faire l'aumne1 de vtir le nu et de secourir l'affam1 mais d'embellir et de faciliter la vie de ceux pour lesquels les moindres douceurs de l'existence ne s'obtiennent qu'au prix d'un effort souvent rude et pnible4 ,il n'est pas du reste besoin d'tre riche pour essayer de dvelopper1 en soi et chez les autres1 les lments de la joie4 ,l'une de ses sources les plus profondes est un sentiment que notre poque nglige1 dans sa hte de vivre1 et qui renferme pourtant des puissances bien grandes de plaisir et de consolation4 ,je veux parler de l'amiti4 ,,chapitre ,x ,l',,amiti ,sans vertu1 l'amiti ne peut exister1 et1 sauf la vertu1 rien n'est suprieur l'amiti4 ,,cic,,ron4 ,le plus beau prsent qui ait t fait aux hommes aprs la sagesse1 c'est l'amiti4 ,,la ,,rochefoucauld4 ,jamais on n'a autant abus du mot et jamais1 peut-tre1 on n'a t aussi loin de la chose6 ,entendez parler les hommes et les femmes d'aujourd'hui1 ils se servent du mot amiti avec une facilit extrme4 ,tous ceux qui ont1 avec eux1 des relations mondaines frquentes ou des rapports d'affaires1 sont dsigns sous ce nom4 ,l'habitude est si gnralise que1 tout en reconnaissant son absurdit1 chacun participe l'abus de cette appellation4 ,or1 elle devrait tre rserve au nombre restreint des tres auxquels nous lient ces affinits secrtes qui1 tout en n'tant pas l'amour1 exercent sur la vie intrieure une si dcisive influence4 ,le camarade1 le compagnon1 le confrre1 le collgue sont devenus des amis1 justement peut-tre parce que l'ami vrai commence manquer un peu partout4 ,le snobisme a eu une large part dans cette application exagre du mot amiti1 car il est agrable beaucoup de gens de dsigner sous le nom d'amis1 de simples connaissances dont la situation flatte leur vanit4 ,ils laissent tomber ngligemment dans le cours d'une conversation3 ,m4 ,x41 mon ami6 ,mme ,z41 une bonne amie moi4 ,et si les ,x4 et les ,z4 les entendaient1 ils seraient fort surpris1 sans doute1 d'appartenir l'intimit de gens qu'ils connaissent souvent trs peu4 ,mais1 la plupart du temps1 ils n'en sont pas avertis1 et l'effet est produit4 ,il en a du reste t de mme toutes les poques3 la clbrit et la puissance ont exerc1 travers les sicles1 un attrait singulier sur les mes4 ,on met dans la bouche du pape ,pie ,,ii 7,enea ,piccolomini7 le quatrain suivant3 ,quando mi chiamavo ,enea ,nessun mi conoscea2 ,ora che sono ,pio1 ,tutti mi voglion zio6 ,rien de nouveau sous le soleil1 disait l',ecclsiaste1 fils de ,salomon4 ,c'est vrai1 mais il y a1 suivant les priodes1 des tendances qui s'accentuent ou diminuent1 des faons diffrentes de concevoir la vie et de sentir les choses4 ,la ntre est celle de la vulgarisation gnrale2 tous les penseurs modernes l'ont constat4 ,dans l'industrie1 mme artistique1 les productions belles et rares sont immdiatement imites de faon laide et ordinaire4 ,le dessin d'une toffe quarante francs le mtre sert galement pour les toffes vingt sous4 ,les tableaux eux-mmes ne sont pas respects3 l'olographie a russi rendre odieux ceux qu'elle reproduit4 ,les botes musique et le phonographe rendent le mme service la musique et au chant4 ,heureusement la cration chappe cet abtardissement gnral de toutes choses2 si elle tait livre aux mains de l'homme1 qu'en ferait-il8 ,partout o il peut la dfigurer ou la souiller1 il n'y manque pas1 comme si le disgracieux et le mdiocre taient son idal4 ,au point de vue utilitaire1 il en tire ce qu'il peut1 et nous devons ses efforts en ce sens les commodits de la vie moderne4 ,mais quant au beau1 au noble1 au grand1 il n'en a souci4 ,ce beau1 ce noble1 ce grand1 s'il le rencontre sur sa route1 il s'empresse de le rduire en fractions1 pour que son emploi se gnralise4 ,a la base de cette vulgarisation et de ce morcellement1 on trouve l'utopie galitaire#bj4 #bj ,voir le chapitre3 galit4 ,ce qui se passe dans le monde matriel se reflte dans l'ordre des sentiments4 ,le nombre des connaissances banales que chacun possde s'est largi de faon prodigieuse par l'extriorisation de l'existence et par les voyages4 ,si l'on pouvait tablir un travail de statistique sur le nombre des relations qu'un homme possdait il y a cent et mme cinquante ans et celles qu'il a aujourd'hui1 la diffrence serait norme4 ,et chacun tend encore largir son cercle3 les ambitieux avec discernement1 les imbciles l'aveuglette1 sans que la sympathie ou l'intrt les guide4 ,j'entendais une femme dire avec orgueil3 ,j'ai deux mille visites faire dans l'hiver4 ,et elle en tirait vanit devant ses amies plus modestes qui n'avaient qu'un millier de noms inscrits sur leur carnet4 ,peut-on rien voir de plus sot au monde que cette soif d'augmenter sans cesse les coups de chapeau qu'on donne8 ,que de lest inutile1 dans ces interminables listes qui ne laissent plus place une heure d'intimit intelligente ou affectueuse6 ,a force de passer perptuellement de salon en salon1 certaines personnes ont une conversation aussi plate qu'une pierre qui aurait trop roul4 ,pas de saillie1 pas d'angle1 pas de forme mme6 ,des gens pareils n'ont que faire de l'amiti2 ils se contentent de camarades indiffrents et sans cesse renouvelables4 ,aux mondains outrance--ces forats du plaisir--il faut des compagnons de chane avec lesquels ils puissent danser partout la grande farandole internationale4 ,tout ce qui demande un peu de rflexion1 de patience et de soins leur parat ennuyeux1 agaant444 ,avoir s'occuper d'un ami1 rentre dans la catgorie des corves4 ,dans la plupart des rapports sociaux1 il suffit amplement d'changer quelques bavardages1 ou de se livrer ensemble des sports de genres divers2 toute liaison plus intime1 en dehors des relations passionnelles1 semble beaucoup de gens de l'exagration sentimentale1 peine pardonnable chez des pensionnaires qui1 en attendant le mariage1 dversent le trop plein de leur cur sur quelques compagnes d'tudes1 ou chez des lycens ignorants de la vie qui ont pris ,cicron au srieux4 ,plus tard1 devenus des hommes et des femmes1 ceux-ci apprendront ne donner du poids qu' leurs plaisirs et leurs intrts1 et riront de leur navet d'antan4 ,ce ddain de l'amiti se retrouve chez de trs honntes personnes qui ont l'esprit pratique4 ,elles admettent qu'il est utile d'avoir des relations4 ,quant aux sentiments d'affection pour des personnes auxquelles ne les lie aucun intrt commun1 c'est vraiment du superflu leurs yeux4 ,pour occuper leur cur1 leurs enfants et leurs maris1 sans compter les autres membres de la famille1 suffisent amplement4 ,pour se distraire1 un cercle nombreux de connaissances est plus utile et plus vari4 ,tout le monde ne s'exprime pas avec la mme sincrit un peu brutale1 mais cette faon de penser est commune beaucoup de gens4 ,c'est souvent gosme et mdiocrit2 c'est aussi1 chez certaines natures gnreuses1 besoin de se rpandre1 d'tre tout tous1 comme le recommande saint ,paul1 et peur de se concentrer dans les sentiments exclusifs4 ,il me semble que la conciliation est possible1 qu'il y a place dans la vie pour quelques amitis intimes et profondes1 sans que la sympathie envers les dshrits qui ont besoin de nous en soit diminue4 ,ceux qui ne comprennent pas l'amiti1 ne la ressentent pas1 ne l'inspirent pas1 sont des pauvres dans l'ordre moral4 ,ils pourront obtenir toutes les satisfactions de l'amour-propre1 toutes les joies de l'amour2 quelque chose manquera leur richesse1 puisque le seul sentiment dsintress que l'homme puisse ressentir est tranger leur cur et qu'ils ignorent les joies rares dont il est la source4 99 99 99 99 99 ,l'antiquit a compris et pratiqu l'amiti mieux que ne l'a fait le christianisme2 depuis l'avnement de celui-ci c'est l'amour qui a pris sa place4 ,la femme ayant t releve moralement par l'vangile1 l'homme a pu sentir pour elle une affection leve et en faire la confidente de ses penses4 ,en ,grce1 o elle n'tait considre que comme un instrument de volupt1 toutes les forces du cur des hros et des philosophes taient ncessairement tournes vers l'amiti4 ,la lgende grecque1 en effet1 n'est qu'un hymne ce sentiment1 auquel on dressait des autels ,athnes et ,rome4 ,les ,grecs reprsentaient l'amiti sous la figure d'une jeune fille1 la tte nue1 une main pose sur son cur1 l'autre appuye sur un ormeau frapp par la foudre1 autour duquel s'enlaait une vigne charge de grappes4 ,sa robe tait soigneusement agrafe et son attitude chaste4 ,la conception des ,romains tait plus complique et plus moderne4 ,la gorge moiti nue1 la tte couronne de myrthe et de fleurs de grenadiers1 la jeune fille tenait dans sa main deux curs enchans1 et la frange de sa tunique portait ces mots3 la mort et la vie4 ,sur son front on lisait3 hiver et t1 et1 de la main droite1 elle montrait son ct gauche1 ouvert jusqu'au cur1 sur lequel tait crit3 ,de prs et de loin4 ,tout le monde connat les grands exemples d'amiti fournis par l'antiquit2 il est inutile de les numrer ici1 tellement ils sont passs dans le langage courant4 ,le trait de ,cicron donne la mesure de ce que les anciens entendaient par cette affection sacre1 qui demande des mes fortes1 calmes et surtout indpendantes4 ,les snobs et les neurasthniques d'aujourd'hui sont videmment incapables de la ressentir4 ,ce sentiment1 que ,pythagore a appel l'galit de l'harmonie1 n'a plus d'autels1 tellement nos contemporains ont peur1 en se donnant1 d'tre dupes l'un de l'autre4 ,au ,x,v,ie sicle1 il tait plus en honneur1 et ,montaigne disait1 en parlant de ,la ,botie1 ces paroles touchantes3 ,si l'on me presse d'expliquer pourquoi je l'aimais1 je sens que cela ne peut s'exprimer qu'en rpondant3 parce que c'tait lui1 parce que c'tait moi6 ,voltaire lui-mme appelait l'amiti un mariage de l'me entre deux hommes vertueux4 ,un grand but poursuivi1 des sacrifices accomplis en commun sont un terrain favorable l'closion de ce sentiment3 ainsi les martyrs du ,risorgimento italien1 poursuivis1 perscuts1 n'chappant la prison et la mort que par l'exil1 connurent les fortes amitis4 ,il y eut celle de ,gthe et d',eckermann1 et1 de nos jours1 la publication de la correspondance de ,renan avec ,berthelot1 de ,gambetta avec ,spuller1 prouve que la seconde moiti du ,x,i,xe sicle en a encore produit quelques-unes4 ,ce sentiment quivaut des lettres de noblesse intellectuelle et morale1 car un bon cur ne suffit pas1 il faut y joindre la supriorit de l'esprit4 ,mais1 sans l'aide de la sensibilit1 les rapports restent arides et durs et se brisent au premier choc1 comme du bois trop sec4 ,quand je rencontre deux personnes prouvant rciproquement l'une de ces amitis qui ont su braver le temps et l'absence1 et chez lesquelles le besoin de la confiance et des communications intimes de l'esprit est demeur vivant et imprieux1 je m'incline1 comprenant que je me trouve en prsence d'tres auxquels les dieux ont accord des privilges rares4 99 99 99 99 99 ,sainte-,beuve a dit que les amitis humaines taient bien petites1 si ,dieu ne s'y mlait4 ,en effet1 sans la croyance au divin sous une forme quelconque1 il est difficile qu'elles naissent et subsistent4 ,l'amour ardent de la patrie1 l'attachement une ide gnreuse1 le culte de la vertu tel que le comprenaient les anciens1 peuvent remplacer la foi en ,dieu comme lien entre deux mes2 mais1 ces formes de l'idal1 que sont-elles1 sinon une religion sans dogmes derrire laquelle ,dieu se cache8 ,la premire condition pour connatre les amitis fortes est donc la foi dans le divin et le respect de l'me humaine4 ,les curs bas et mdiocres ne peuvent ressentir ces affections srieuses et dsintresses1 car comment consentiraient-ils aimer chez autrui les vulgarits qui remplissent leur propre me8 ,les natures suprieures savent discerner les lacunes et les ombres des caractres1 sans perdre pour cela leur foi dans la nature humaine1 et1 sous les cendres1 ils cherchent l'tincelle qui brle encore4 ,mais les gens mdiocres ne distinguent pas4 ,ce qu'il peut y avoir de noble et de gnreux dans les autres curs leur chappe1 et si un clair le leur montre1 vite ils se couvrent les yeux1 car cette vue prolonge leur donnerait la perception dsagrable de leur infriorit4 ,pour aspirer1 non au simulacre de l'amiti1 mais sa ralit leve et profonde1 une certaine distinction mentale et morale est donc indispensable4 ,cependant1 beaucoup de personnes intelligentes et honorables sont incapables de la ressentir4 ,les unes par scepticisme ou pauvret de nature2 d'autres par gosme2 plusieurs par cette timidit qui scelle les lvres et rend impossible toute expansion4 ,hamilton a crit3 ,j'ai renonc l'amiti de deux hommes2 l'un parce qu'il ne m'a jamais parl de lui2 l'autre parce qu'il ne m'a jamais parl de moi4 ,deux mauvais symptmes1 en effet6 ,lorsqu'un seul des amis s'panche1 l'amiti est trop unilatrale et porte en elle-mme un germe de destruction4 ,d'o vient ce silence d'une des deux parties8 ,d'un manque de confiance ou de ce qu'elle doute de l'intrt de l'autre pour ce qui la concerne8 ,une rserve absolue est l'indice d'une lacune dans l'amiti qui1 l'inverse de l'amour1 a besoin1 pour subsister1 d'un certain quilibre4 ,l'avarice morale#ba1 qui prside si souvent aux rapports des hommes entre eux1 a contribu1 elle aussi1 touffer dans les curs les lans de l'amiti4 ,le snobisme a fait le reste et1 pour ne pas rayer le mot du dictionnaire1 on s'est dcid donner le nom d'amis tous ceux dont la situation ou les relations pouvaient servir nos intrts4 ,y a-t-il rien de moins vanglique au monde que cette faon d'envisager les rapports des hommes entre eux8 ,les paens nous donnent1 cet gard1 des leons de noblesse qui devraient faire rougir la socit chrtienne4 ,s'employer relever le prestige de l'amiti et apprendre la jeunesse en cultiver le dsir jusqu'au jour o elle pourra les satisfaire par une rencontre semblable celle que ,montaigne fit de ,la ,botie1 c'est tre un faiseur de joies4 #ba ,voir dans ,ames dormantes1 le chapitre3 ,l',avarice morale4 99 99 99 99 99 ,l'amiti se divise en plusieurs catgories4 ,on peut distinguer les amis qui nous aiment parce qu'ils ont aim nos parents1 et auxquels nous vouons un respectueux attachement2 les tres jeunes pour qui nous ressentons une affection protectrice1 et enfin les amis personnels1 avec lesquels les rapports sont tablis sur un pied d'galit4 ,parmi ces amis1 il faut distinguer entre ceux que les circonstances nous ont imposs et ceux que nous avons dlibrment choisis4 ,les premiers sont les compagnons d'tudes et de jeux2 ils ont une place part dans notre cur1 nous accompagnent de l'enfance la mort et jouent dans notre vie un rle important4 ,mais il est assez rare de pouvoir nouer avec eux ces liens troits1 intellectuels et moraux1 qui constituent les amitis clbres4 ,ces rencontres-l ont lieu plus tard1 lorsque dj l'esprit est en voie de formation et que1 de l'enfance1 on passe la jeunesse4 ,a ,rome1 prs de la porte ,saint-,paul1 non loin du monument de ,caus ,sestius1 se trouve le cimetire protestant du ,testaccio1 le plus potique sjour des morts o l'on puisse rver de dormir son dernier sommeil4 ,les lauriers-roses s'enroulent autour des cyprs et mlent leurs fleurs clatantes au feuillage sombre et la silhouette rigide de ces gardiens des spulcres4 ,dans la partie la plus leve de ce funbre jardin1 une longue pierre tombale1 autour de laquelle croissent des iris bleus1 recouvre les cendres de ,shelley4 ,tout ct1 une seconde plaque de marbre s'tend4 ,un autre mort est venu dormir auprs du grand lyrique anglais4 ,son ami1 ,trelawney1 aprs lui avoir survcu plus de soixante ans1 a voulu que son cadavre ft transport ,rome pour reposer prs de celui du pote qu'il accompagnait et ne put sauver dans le tragique naufrage o prit l'une des gloires de l',angleterre4 ,rien1 dans son me fidle1 n'avait russi effacer le souvenir de son ami de jeunesse3 ni la longue vie vcue1 ni les nouvelles affections1 ni l'loignement du pays o il avait brl1 sur le rivage de la ,mditerrane1 en prsence de lord ,byron1 selon les rites funraires antiques1 le corps de l'auteur de ,promthe dlivr4 ,devant ces deux pierres tombales1 on demeure pensif1 en mesurant la diffrence qui spare ces mes profondes1 sur lesquelles le temps n'a pas de prise1 des mes anmies d'aujourd'hui1 pour lesquelles le mot3 hier1 n'a plus de signification4 ,a l'impression d'infriorit se mle un peu d'envie1 car l'homme n'est heureux et ne vaut1 au fond1 que par ce qu'il sent4 ,tout le reste n'a qu'une valeur relative1 sauf quand ce reste sert alimenter et ennoblir la force du sentiment4 ,l'ducation moderne a eu raison de dclarer la guerre la fausse sentimentalit2 mais enlever l'homme un seul des sentiments vrais qui consolent la vie1 est un crime abominable4 ,les diminuer en quoi que ce soit est dj une prilleuse erreur4 ,l'amiti1 outre son rle direct1 doit tre la base de tous les autres sentiments2 elle leur donne une douceur et un charme spcial4 ,lorsqu'elle se joint aux liens de parent1 elle les fortifie et les lve2 une fille qui est l'amie de sa mre ou de son pre1 acquiert une importance plus considrable dans leurs curs4 ,l'amiti entre frres et surs1 chose assez rare1 est un secours puissant dans la vie4 ,on peut beaucoup s'aimer1 en famille1 et ne pas tre l'ami l'un de l'autre1 l'amiti impliquant entre deux tres une communion intime1 naissant de conditions spciales de mentalit1 de sensibilit et de caractre1 qu'il est impossible d'improviser volont4 ,dans l'amour mme1 l'amiti reprsente un lment prcieux2 elle est la pierre angulaire des unions durables1 dans le mariage et hors du mariage4 ,sans elle1 aucun attachement ne peut se prolonger1 car elle est aux affections ce que l'oxygne est l'air que nos poumons respirent4 ,dans la famille et dans l'amour1 son influence est indirecte quand elle existe4 ,au contraire1 dans les liaisons de choix1 c'est directement qu'elle influence l'individu et lui procure des joies4 ,le dsintressement est sa force principale3 ,les amitis qui paraissent les plus fortes ne sont que des intrts concerts4 ,cette boutade de ,saint-vremond est absolument fausse1 ou plutt son auteur dcore du nom d'amiti des habitudes utilitaires qui en sont la ngation4 ,a force de creuser le cur de l'homme1 on peut arriver trouver dans toutes ses affections instinctives la tare de l'gosme3 la mre qui donne sa vie pour ses enfants le fait pour chapper une pire douleur1 celle de les perdre6 ,l'homme1 mari ou amant1 qui se jette l'eau pour sauver la femme qu'il aime1 accomplit cet acte de courage parce qu'il sent que1 priv d'elle1 l'existence lui serait insupportable6 ,tous deux1 en effet1 n'agissent peut-tre pas d'une faon compltement dsintresse1 mais dans l'amiti1 au contraire1 moins qu'on ne soit associs ou complices1 les sacrifices qu'on accomplit les uns pour les autres n'ont presque jamais l'intrt personnel pour base4 ,disposer les curs l'amiti1 c'est donc les lever jusqu' la plus noble des manifestations sentimentales et leur assurer des joies qui dfient les annes et la vieillesse4 ,on rpondra qu'veiller chez les individus le dsir des amitis profondes1 c'est leur prparer de nouvelles occasions d'tre dus1 les inciter donner une partie de leur me des tres pour qui l'amiti ne reprsente qu'une intimit plus ou moins opportune et passagre4 ,or1 ces dceptions leur causeront des chagrins qu'ils pourraient viter en se contentant des banales et fugitives camaraderies la mode aujourd'hui4 ,c'est l1 en effet1 un risque courir4 ,mais il faudrait tre bien malchanceux ou inintelligent pour tomber mal constamment et ne jamais savoir discerner la valeur de ceux qu'on choisit pour amis4 ,dans le nombre1 il y aura bien quelques curs profonds et aimants4 ,sans croire que les amitis puissent se multiplier indfiniment 7pour tre prcieuses1 elles doivent tre rares71 elles n'exigent cependant pas l'exclusivisme absolu de l'amour4 ,il est possible d'en avoir plusieurs sans qu'elles se fassent tort rciproquement4 ,les nuances de l'amiti sont infinies4 ,on aime telle personne pour certaines qualits qu'elle possde ou certaines affinits qui la lient notre moi intime2 on chrit telle autre pour des raisons diffrentes4 ,ceux qui naissent1 vivent et meurent dans le mme milieu ont un nombre plus restreint d'amis1 parce que l'occasion d'en former d'autres leur manque2 qu'tant entours d'anciennes intimits1 ils n'en sentent pas le besoin4 ,par contre1 les gens qui changent frquemment de rsidence contractent forcment des liaisons nouvelles4 ,l'homme ne peut vivre solitaire pendant des annes1 se contentant de communications crites1 et l o il se trouve1 il a besoin de nouer des rapports plus troits que ceux des relations banales4 ,une des premires conditions1 pour que l'amiti donne toutes ses joies1 est le respect1 aussi indispensable que dans l'amour4 ,il faut respecter l'amiti1 d'abord1 et l'ami ensuite4 ,quand nous parlons de lui1 il devrait toujours pouvoir nous entendre4 ,on peut rester amoureux sans confiance1 tandis que l'amiti meurt d'un soupon4 ,son mrite est justement de forcer l'homme la noblesse des sentiments et des procds4 ,dans toutes les affections humaines1 il y a une personne qui embrasse et une autre qui tend la joue4 ,la plus heureuse est toujours celle qui donne davantage1 bien que cela puisse tre contest en amour1 cause de la fiert blesse4 ,pour l'amiti1 il n'y a pas de doute2 la personne qui la ressent le plus fortement connat les meilleures joies2 tre aim est trs doux1 aimer soi-mme est autrement passionnant et savoureux4 ,la vanit n'entrant pas en jeu dans l'amiti et la rciprocit y tant toujours assure de quelque faon1 aucune amertume n'attend le cur royal qui aime le mieux4 ,il n'a que des plaisirs en perspective4 99 99 99 99 99 ,les femmes vont plus loin en amour que les hommes1 mais les hommes l'emportent sur elles en amiti4 ,la ,bruyre n'est plus de mode1 mais certaines de ses rflexions sont toujours vraies et justes4 ,en effet1 les femmes1 quoique abusant1 elles aussi1 de ce mot dans leurs relations courantes1 connaissent et pratiquent rarement la vritable amiti4 ,aucun grand exemple d'amiti entre femmes n'est cit dans l'histoire4 ,il y a eu quelques attachements fminins clbres1 mais toujours de bas en haut3 une esclave pour sa matresse1 une suivante1 une dame d'honneur pour sa souveraine4 ,mais ce n'taient pas des relations d'gale gale1 et aujourd'hui pareils sentiments cloraient difficilement dans les curs4 ,plus on descend vers le ,midi1 moins l'amiti entre femmes est comprise4 ,dans les pays du ,nord1 elle l'est davantage3 on voit les femmes y rechercher la compagnie les unes des autres1 probablement parce que leur degr de culture est plus avanc4 ,les amies clibataires ou veuves unissent parfois leurs solitudes2 elles s'aident l'envi et se consolent rciproquement4 ,en ,france et en ,italie1 le cas ne se produit jamais ou du moins fort rarement4 ,plutt que d'aller vivre avec une amie que l'on aime1 on prfre l'asile d'un couvent ou l'hospitalit d'une parente quelconque1 laquelle aucune affection ne vous lie4 ,est-ce manque d'indpendance morale1 rsultat d'une mentalit encore anmie1 ou indice d'indiffrence pour tout ce qui n'est pas l'amour8 ,les femmes1 en ne recherchant pas l'amiti les unes des autres1 au moins au sens large du mot1 car les amitis banales abondent1 se privent d'un puissant soutien moral4 ,savoir qu'il y a dans le vaste monde quelques mes fidles qui prennent part vos peines1 se rjouissent de vos satisfactions1 s'indignent des torts qui vous sont faits1 donne le courage de vivre4 ,dans une visite1 au milieu d'une fte1 tout est transform1 ennui ou plaisir1 par la prsence d'une amie vritable4 ,on ne sent plus le froid de l'indiffrence ou de l'hostilit2 les manifestations de la jalousie et du dnigrement passent inaperues4 ,un regard1 un sourire changs vous disent qu'on comprend1 qu'on sympathise1 qu'il y a harmonie6 ,et tout cela dans le calme1 dans la scurit1 sans l'agitation et le tremblement intrieur que donne l'amour4 ,les mes qui ont connu ces joies pures et profondes ne peuvent comprendre qu'on n'y aspire pas1 et elles voudraient faire entrer le dsir de les connatre dans l'ducation morale1 non seulement des hommes1 mais des femmes4 ,j'ai t particulirement heureuse en amiti1 mais j'essaye d'tre objective en parlant et de ne pas aller du particulier au gnral4 ,je reconnais que les amitis entre femmes sont rares1 trs rares2 mais elles existent pourtant4 ,si j'ai eu le bonheur de rencontrer quelques amies parfaites1 pourquoi d'autres n'auraient-elles pas la mme chance8 ,je ne possde pas la spcialit d'appeler moi les curs capables de la ressentir4 ,il y en a partout4 ,si j'ai t favorise1 c'est peut-tre parce que j'ai toujours cru l'amiti et lui ai rendu un culte dans ma pense4 ,j'ai connu par elle#bb ces moments d'entente parfaite dans l'indpendance absolue qui donnent l'tre humain l'avant-got1 hlas6 fugitif1 de ce que sera la fraternit dans les existences suprieures auxquelles sont appels ceux qui y croient4 #bb ,je demande pardon aux lecteurs de parler de moi1 mais j'ai voulu saisir cette occasion de dire mes amis ce que je dois leur amiti4 ,lorsqu'il existe rellement1 entre deux femmes1 l'une de ces affections profondes dont l'influence calmante s'exerce mme de loin et enveloppe d'une tendresse protectrice1 il semble qu'on n'a plus besoin de prier pour soi-mme1 qu'une autre s'en charge4 ,parfois l'amiti est une entente de l'esprit1 une faon semblable de comprendre les complexits de la vie sentimentale et de saisir les ridicules et les tristesses de la comdie humaine4 ,elle revt souvent aussi la forme d'un dvouement actif1 intelligent1 fidle et rciproque sur lequel on peut compter dans tous les moments difficiles2 c'est un conseil toujours sr1 un ensemble d'attentions qui clairent les jours tristes4 ,on pourrait multiplier les exemples de ce que les femmes peuvent tre l'une pour l'autre1 quand elles s'aiment rellement4 ,l'amiti des hommes entre eux a plus de force1 celle des femmes plus de tendresse4 ,pourquoi ce sentiment si parfait est-il si peu dvelopp chez le sexe fminin8 ,d'abord1 cause de cette vanit qui pousse les filles d've voir sans cesse des rivales dans leurs surs1 et les incite s'attaquer mutuellement4 ,ensuite1 parce que les femmes ont une trop mince opinion de leurs capacits rciproques1 ce qui empche entre elles tout sentiment de solidarit et de vraie confiance4 ,leurs progrs intellectuels auront pour consquence de les rapprocher1 non dans une commune accusation de frivolit et d'incomptence1 mais dans un respect mutuel pour le rsultat de leurs efforts4 ,les hommes ont l'habitude de ridiculiser les amitis fminines1 parce qu'ils n'y croient pas1 et que les expriences faites leur ont appris quel point une femme tait toujours prte sacrifier sa soi-disant meilleure amie pour une question de vanit ou de flirt4 ,ils estiment aussi que les femmes n'y recourent que pour se consoler des dboires de l'amour1 et qu' la plus petite reprise de l'lment passionnel dans leur existence1 elles lchent l'amiti1 le cur lger4 ,souvent1 hlas6 ce jugement est fond2 mais les exceptions sont nombreuses1 et il dpend des femmes de modifier l'opinion des hommes cet gard4 99 99 99 99 99 ,je voudrais parler encore ici d'un autre genre d'amiti sur lequel les deux sexes se montrent galement sceptiques3 celle qui existe entre les hommes et les femmes4 ,beaucoup de gens la nient ou n'y voient que le masque de l'amour4 ,elle est toujours souponne4 ,les habitudes modernes de camaraderie tendent cependant la faciliter1 et l'ducation mixte#bc la fera entrer dans les habitudes sociales1 ce qui sera un heureux rsultat1 les hommes ne pouvant apprendre connatre rellement les femmes qu'en devenant leurs amis4 #bc ,voir le chapitre3 ,ce que pensent les hommes des femmes4 ,en certains cas1 videmment1 l'amiti se changera en amour2 mais du moins celui-ci natra en connaissance de cause et avec quelques chances de bonheur en plus4 ,si l'amiti entre personnes du mme sexe est l'une des grandes joies de la vie1 celle des personnes de sexes diffrents est meilleure encore4 ,c'est un change mutuel de sentiments et d'ides que l'un des deux ne possdait pas4 ,les confidences ne seront pas aussi intimes1 car1 si l'homme a moins de pudeur physique1 il a plus de pudeur morale que la femme2 mais une amiti d'homme donnera la femme un sentiment de protection plus complte1 et une amiti de femme aura1 pour l'homme1 des consolations douces que l'intimit d'un autre homme ne pourra jamais lui donner4 ,ces amitis-l ressemblent l'amour1 mais sans sa plnitude et sans ses tourments1 et elles ne peuvent se dvelopper que dans une sphre tout faire libre4 ,c'est un tat o l'me conserve sa paix et la possession d'elle-mme4 ,aucune entrave positive ne s'oppose la naissance de ce sentiment2 mais mille entraves secrtes en empchent le dveloppement4 ,il faut mettre en premire ligne les fausses interprtations du monde1 la jalousie des maris1 celle des fiancs1 l'opposition des parents en certains pays1 et mille prjugs1 si bien enracins dans les mes1 qu'en ,europe personne n'est arriv s'en dbarrasser encore4 ,il faut une grande indpendance de caractre ou de situation pour affirmer hardiment des intimits masculines1 si l'on tient ne pas tre l'objet de commentaires malveillants4 ,l'ge mr n'en prserve pas1 et des sourires absurdes pleins de sous-entendus effleurent les lvres1 si un homme et une femme cheveux gris ont l'imprudence de se montrer trop souvent ensemble4 ,il faudrait se moquer des mchants propos2 l'amiti en vaut la peine2 mais toutes les femmes n'ont pas ce courage ou ne peuvent l'avoir4 ,cependant1 l'avantage de ces contacts de l'esprit entre les deux sexes est immense2 on reconnat les femmes qui cultivent les amitis masculines quelque chose de plus large dans la pense1 et les hommes qui ont pour amies des femmes distingues un je ne sais quoi de plus fin1 de plus courtois1 de plus mesur4 ,les ,italiens passaient jadis pour des hommes particulirement aimables3 c'est que1 n'ayant pas de patrie1 pas de devoirs publics1 ils consacraient une grande partie de leur temps aux intimits fminines4 ,c'tait un malheur videmment1 puisqu'un homme dans la force de l'ge1 qui passerait sa vie entire changer des ides avec une femme1 nous semblerait aujourd'hui assez inutile et presque ridicule4 ,mais il est bon et utile pour l'homme d'avoir une amie1 pourvu qu'il la choisisse bien4 ,s'il la choisit mal1 toute son existence morale s'en ressent1 car elle peut tre plus dangereuse qu'une pouse ou une matresse4 ,mesquine1 intrigante ou menteuse1 elle est comme la pierre attache au cou du noy3 il enfonce et ne peut plus remonter la surface4 ,on prtend gnralement que l'homme n'prouve jamais pour la femme d'amiti sincre1 qu'il ne peut l'aimer de faon dsintresses4 ,j'ai connu des exemples de dvouement masculin sans double fin qui dmentent absolument cette assertion4 ,l'homme peut ressentir de l'amiti1 mme en tant amoureux ailleurs4 videmment1 les brutaux et les mdiocres en sont incapables4 ,un homme passionnment pris d'une autre femme disait un jour son amie3 --,je me suis demand qui je sauverais si je vous voyais toutes les deux en pril de mort1 et mon cur m'a rpondu que ce serait vous6 --,pour retourner ensuite mourir avec l'autre6 rpondit la femme en souriant1 mais sans douter de lui4 ,il avait dit vrai1 c'est elle qu'il aurait sauve6 ,propos de jeunesse6 dira-t-on4 ,mais les annes ne comptent pas en ce genre de sentiment2 il est de tous les ges et de toutes les latitudes4 ,ainsi j'ai entendu raconter jadis que1 dans certaine tribu de l',asie1 tous les jeunes gens arrivs l'ge d'hommes choisissaient une amie1 destine leur servir de guide1 de conseil1 d'appui moral4 ,vis--vis d'elle1 la confiance devait tre complte2 s'ils avaient des difficults dans leur existence prive ou politique1 c'est l'amie qu'ils s'adressaient4 ,mais il fallait que cette femme leur ft sacre et1 si l'amour entre eux remplaait l'amiti1 tous deux taient immdiatement condamns mort sans rmission possible4 ,ceci prouve que notre civilisation se vante beaucoup trop2 d'autres ont eu une conception plus leve de ce qui tait bon pour l'me des hommes1 mme lorsqu'un peu de barbarie s'y mlait encore4 ,du reste1 en tant de choses1 malgr nos formes hypocrites et nos prtendus sentiments de fraternit1 ne sommes-nous pas encore des barbares8 ,l'histoire contemporaine en tmoigne hautement4 ,la culture de l'amiti indique1 en tout cas1 un tat moral trs lev1 car1 comme le dit ,cicron par la bouche d'un sage grec3 ,toutes les choses qui existent et se meuvent dans le monde entier sont agrges les unes aux autres par l'amiti et se dsagrgent par la discorde4 ,elle est donc la base essentielle de la vie1 et1 comme telle1 on doit l'honorer1 la rechercher1 l'enseigner4 ,,chapitre ,,xi ,,les ,,consolatrices ,une femme dont la maternit s'tend tous1 il faudrait s'agenouiller devant elle chaque minute1 car elle reflte le divin4 ,ames dormantes4 ,ce chapitre1 comme son titre l'indique1 est spcialement destin aux femmes4 ,je crois fermement que leur condition1 dans la vie et vis--vis de l'homme1 pourra s'amliorer de beaucoup et que1 si elles le veulent1 elles obtiendront de leurs compagnons de route la considration morale et intellectuelle qui leur a t1 sauf exception1 un peu injustement refuse jusqu'ici4 ,elles seront alors en mesure de mieux assurer leur bonheur1 si elles le possdent1 ou d'apprendre s'en passer1 si le sort a t leur gard avare de sourires4 ,en tous cas1 ce qu'il y a souvent d'ambigu dans la position des femmes1 disparatra en grande partie1 et elles auront1 tout comme l'homme1 droit une place au soleil4 ,cependant1 malgr les amliorations que l'avenir leur rserve1 il existera toujours dans la destine des femmes1 des cts difficiles et tristes1 cts irrductibles1 car ils dpendent non seulement de la nature elle-mme1 mais des facults et des lacunes de l'tre fminin dans sa plus intime essence4 ,le dfaut de force physique 7bien que les jeunes filles d'aujourd'hui soient en train d'en acqurir par les exercices sportiques71 les nerfs plus faibles1 les crises de sant1 les vtements qui entravent les mouvements du corps1 mettront toujours la femme1 physiologiquement1 dans une situation d'infriorit vis--vis de l'homme4 ,lgalement et conomiquement1 sa position1 qui est mauvaise1 le restera longtemps encore4 ,mme dans la plus favorable des hypothses1 les rformes en sa faveur ne se feront que lentement2 l'homme restera le chef de la communaut1 les dbouchs ouverts son activit seront toujours plus nombreux1 et le travail fminin continuera tre moins rtribu que le travail masculin4 ,et cela1 parce que les femmes pourront difficilement prtendre1 comme l'homme1 aux carrires honorifiques1 ni se lancer dans les aventures qui rapportent aux audacieux intelligents ces fortunes fabuleuses1 qui assurent la puissance et lectrisent les faibles mes humaines4 ,la loi du plus fort tant la meilleure 7et je crains qu'aucun degr de civilisation ne parvienne jamais changer cet inique point de vue71 la femme1 dans la majorit des cas1 dpendra de l'homme4 ,or1 toute situation de dpendance prsuppose un certain degr d'humiliation qui se reflte dans tous les autres rapports4 ,non seulement l'homme est le plus fort1 mais c'est lui qui choisit la femme4 ,les femmes1 il est vrai1 essayent aujourd'hui d'intervertir les rles1 mais elles n'ont rien gagn cette transformation1 sauf un peu de mpris4 ,en s'offrant1 elles perdent leur prestige et leur ancien pouvoir est renvers4 ,il suffit1 pour s'en convaincre1 d'entrer dans un salon et de pouvoir ensuite retourner de vingt ans en arrire dans son souvenir4 ,les hommes ne s'empressent plus1 l'initiative a pass l'autre sexe4 ,il y a bien quelques exceptions1 mais elles appartiennent pour la plupart certaines catgories de personnes et de sentiments dont il ne peut tre question ici4 ,la majorit des jeunes gens ont1 de nos jours1 une ide extraordinairement avantageuse d'eux-mmes1 surtout vis--vis de la femme4 ,ils sont tous persuads peu prs qu'ils n'ont qu' le vouloir pour plaire1 pour tre agrs comme maris et remporter les plus difficiles victoires4 ,ils sont convaincus1 en outre1 que la femme vit dans l'attente unique du regard que l'un d'eux fera tomber sur elle4 ,et ils ont naturellement1 pour tant de bonne volont1 le ddain des acheteurs pour les marchandises offertes en trop grande abondance4 ,l'attitude empresse de certaines femmes et leur insistance solliciter des hommages qui ne sont pas spontans1 contribuent donner une apparence de raison cette conception de la vanit masculine4 ,quand les jeunes gens auront appris mieux connatre les jeunes filles1 ils sauront faire1 entre elles1 des diffrences1 et se rendront compte que1 s'il y en a d'effrontes1 dpourvues de dignit1 les meilleures ne sont pas de si facile dfaite1 et qu'il vaut la peine de les mriter4 ,les hommes1 assez intelligents et assez fins pour comprendre que les femmes peuvent parfois se passer d'eux1 sont encore fort rares4 ,la majorit nourrit ce sujet les ides les plus arrires et troites4 ,ils sont persuads que toutes les femmes1 pour leur compte ou celui de leurs filles et de leurs surs1 n'ont qu'une aspiration3 le mariage cote que cote et plutt avec n'importe qui qu'avec personne6 ,lorsqu'ils sont obligs de constater le contraire1 ils concluent une pauvret de nature1 l'gosme1 une ambition sans limites444 ,une femme est-elle froide1 ils le lui reprochent comme une tare4 ,est-elle passionne et tendre1 ils la croient toujours prte faillir4 ,si elle est trompe1 ils la ridiculisent4 ,si elle se venge par des reprsailles1 ils lui appliquent des mots brutaux4 ,ces vulgaires apprciations sont1 hlas1 fort communes et forment autour de la femme une atmosphre humiliante4 ,donc physiquement1 conomiquement1 lgalement1 elle est infrieure2 moralement1 elle est considre comme un tre ncessaire la conservation de l'espce et au bonheur de l'homme1 mais toujours dpendant de son bon plaisir et gardant socialement1 vis--vis de lui1 une posture d'infriorit4 ,l'audace chez la femme et la prtention l'galit ne changeront pas sa situation2 elle s'amliorera par d'autres moyens4 ,mme lorsque les hommes auront appris le respect de la femme et le respect de l'amour1 sa condition de fille d've sera toujours pour elle une source de tristesse et de dsillusion1 si elle ne donne pas sa vie une direction nouvelle4 ,la femme ne peut se relever efficacement que par l'largissement du sentiment de maternit tendu toutes les cratures qui l'entourent4 ,lorsqu'elle aura appris considrer l'homme comme un tre dont elle doit avoir soin1 tout sentiment d'abaissement et d'amertume disparatra de son cur4 ,on ne peut tre humili par ceux que l'on protge et console4 ,elle gagnera ainsi une supriorit qu'elle pourra opposer celles que l'homme aura toujours sur elle sur d'autres points4 ,si1 au contraire1 la femme sort de son rle maternel1 proclame son droit l'gosme et au plaisir1 elle marchera1 je le crains1 de tristesse en tristesse1 car sa dignit est dans l'exercice d'une sollicitude s'tendant1 au-del des enfants de sa chair1 sur tout ce qui peut avoir besoin de son aide matrielle et morale4 99 99 99 99 99 ,dieu a-t-il bien fait de crer l'homme et la femme et d'en continuer l'espce8 ,c'est l une question qu'il sera toujours impossible aux plus savants de rsoudre4 ,mais le fait est l1 imprieux3 rver de disjoindre les deux parties de l'humanit1 mme au nom de l'idal le plus lev1 serait aussi absurde qu'irralisable4 ,ce n'est donc pas en se sparant de l'homme ou en rduisant ses rapports avec lui des contacts passagers1 que la femme doit chercher amliorer sa situation4 ,elle devrait1 au contraire1 s'intresser lui objectivement beaucoup plus qu'elle ne le fait aujourd'hui1 s'occuper de sa vie intellectuelle et sentimentale et dsirer qu'il puisse donner toute sa mesure4 ,la femme aurait l un rle admirable4 ,mais il demande videmment un large dveloppement d'esprit4 ,j'en connais quelques-unes de ces femmes que j'appellerai les consolatrices et qui font penser au sonnet de ,dante sur ,batrice4 ,revtues de majest et de douceur1 le calme est sur leur front4 ,elles ne sont ni nerveuses1 ni agites2 elles ne cherchent pas l'admiration2 elles ne forcent pas leur voix pour attirer les regards1 ni leur sourire pour les fixer4 ,elles peuvent aimer et souffrir1 mais la piti domine tout dans leur cur4 ,le mal qu'on leur fait n'excite pas en elles de rancune1 tellement la laideur morale que ce mal reprsente les attriste4 ,elles sont toujours prtes panser les blessures qui saignent et essuyer les yeux qui pleurent4 ,la dignit de ces femmes ne peut jamais tre srieusement compromise1 mme si un amour extrme devait les conduire aux plus tmraires imprudences et l'oubli des lois sociales4 ,leur patience1 leur compassion pour les douleurs1 les faiblesses et les erreurs de ceux qu'elles aiment donnent leur attitude un cachet de maternit et d'abngation qui empche de les confondre avec les autres femmes se trouvant dans la mme situation4 ,mais videmment la mission consolatrice que le plan divin a dvolu leur sexe1 s'accomplit plus efficacement et plus srement quand les vies sont pures et les actes sages4 ,la femme qui a pris cette attitude morale ne peut plus tre humilie par rien et par personne4 ,les points de vue injustes et brutaux des hommes la chagrinent sans l'atteindre4 ,quand elle les voit grossiers1 sensuels1 gostes1 elle s'en carte4 ,si ces tristes chantillons de l'espce font partie de son entourage direct1 c'est pour elle une douleur profonde1 oui1 certes1 mais sa dignit de femme reste intacte4 ,elle les juge1 essaye de les plaindre au lieu de les mpriser1 et guette en silence le moment o ,dieu abaissera le front des orgueilleux et des coupables4 ,alors seulement elle tendra vers eux ses mains bienfaisantes dans un lan de compassion maternelle4 ,mais1 dira-t-on1 il faudrait tre parfaite pour remplir un semblable rle4 ,comme si tous les rles1 en ce monde1 ne demandaient pas la perfection pour tre jous comme ils le devraient6 ,au thtre1 par exemple1 n'est-on pas forc souvent de se contenter de mdiocres acteurs qu'on coute cependant avec plaisir8 ,le fait se renouvelle dans toutes les branches de l'art1 et il en est de mme dans les rapports sociaux4 ,certes1 la douceur jointe la force1 la compassion la perspicacit1 la patience la dignit1 forment un ensemble rare et prcieux1 difficile rencontrer4 ,c'est comme la parfaite beaut1 dont on ne voit gure que de lointaines imitations1 et laquelle pourtant toutes les femmes aspirent2 quelques-unes font mme des efforts dsesprs pour s'en approcher le plus possible4 ,pourquoi n'auraient-elles pas la mme nergie pour se mettre hors d'atteinte1 en acceptant l'attitude maternelle dont la nature leur a donn l'instinct8 ,l'on dira encore3 la femme est lasse de l'effacement et de l'abngation4 ,mais qui lui demande de s'effacer8 ,au contraire1 elle doit travailler de toutes ses forces son dveloppement1 pour donner tout ce qu'elle peut valoir et arriver aux cimes dans tous les ordres d'ides4 ,plus elle sera saine1 forte1 jolie ou agrable voir1 plus elle sera intelligente et enjoue1 plus son esprit sera cultiv et largement ouvert1 et plus son influence s'exercera1 plus son prestige augmentera1 plus elle pourra consoler efficacement4 ,quant l'abngation1 je regrette de le dire1 car mes paroles dplairont beaucoup de mes surs1 la femme ne peut y chapper4 ,c'est injuste1 je veux bien2 mais le grand distributeur des joies et des peines ne doit de comptes personne1 et il a cr les curs fminins pour le dvouement4 ,il est certain qu'une femme ouvertement goste reprsente un tre dplaisant1 dont la place n'est marque nulle part4 ,c'est tellement vrai1 que les plus froces amantes de leur moi essayent de dissimuler cette scheresse de cur1 surtout en ce qui concerne leurs enfants1 sous des mots mensongers4 ,les hommes1 par contre1 talent leur gosme et mme s'en vantent1 inconscients de ce qu'a de vulgaire la proccupation absorbante de son propre bien-tre et de son propre avantage4 ,mais ces attitudes et ces propos d'un individualisme outr sont moins rpugnantes chez eux que chez la femme4 ,la femme goste1 comme je le disais1 n'a pas de raison d'exister1 sauf comme agent reproducteur de la race1 car tout ce qu'elle produit de grand et de bon est inspir par le sentiment4 ,dans l'art1 la posie1 la littrature1 elle ne vaut que par ce qui passe dans son cur et son me et qu'elle rend ensuite aux autres1 suivant ses facults1 par de beaux tableaux1 de beaux vers1 de beaux livres4 ,la femme est avant tout ducatrice2 on le voit dans les coles4 ,pourquoi l'est-elle8 ,justement parce que dans son enseignement elle se donne elle-mme et influence ainsi davantage ses lves4 ,enlevez-lui ce don par la culture de l'gosme1 et elle tombera trs au-dessous de l'homme1 mme dans l'enseignement primaire4 ,quand une femme est dcide jouir de la vie1 en savourer toutes les satisfactions1 avoir sa part de tous les festins1 son infriorit s'accentue immdiatement et douloureusement4 ,elle ne peut lutter avec l'homme sur ce terrain4 ,pour que l'quilibre s'tablisse entre eux1 il faut qu'elle ait plus de vices que lui1 et alors elle se dgrade4 ,ds que sa jeunesse passe 7bien qu'aujourd'hui la femme se dfende mieux71 elle perd sa valeur1 tandis que celle de l'homme augmente en importance par l'autorit qu'il acquiert et les charges qu'il assume4 ,une femme dans la maturit de l'ge ne vaut que par ses qualits de bont1 d'indulgence1 de sagesse1 de modration1 par l'affection qu'elle a rpandue et rpand autour d'elle4 ,or ce ne sont point des qualits que l'on peut prendre tout coup en vieillissant2 il faut les avoir eues ds sa jeunesse4 ,les faiseuses de joies1 celles qui ont eu toujours pour but de crer autour d'elles des bonheurs ou des plaisirs1 ne vieillissent jamais1 ou du moins1 si leurs visages se rident1 on sent qu'une source inpuisable alimente leur cur4 ,il y a en elles un incessant renouvellement1 comme si la jeunesse et mme l'enfance des existences futures auxquelles elles sont destines jetait dj son rayonnement sur leurs vies finissantes4 99 99 99 99 99 ,dans le ,phdon de ,platon1 ,cbes1 le ,thbain1 suppose que nous portons en nous un enfant1 et qu' cet enfant nous devons apprendre ne pas avoir peur de la mort2 ,giovanni ,pascoli1 le pote italien1 reprenant cette pense du philosophe grec1 voit dans cet enfant l'inspirateur de tout ce qui se fait en ce monde de bon1 de pathtique et de beau4 ,c'est lui qui riait et pleurait dans ,homre1 et il est le dernier vestige de notre origine suprieure4 ,ne serait-il pas plutt l'aurore des existences purifies qui nous restent encore parcourir8 ,il n'existe pas en tous1 et sa prsence ne se rvle jamais dans les curs striles1 mais il est toujours prsent chez les faiseurs de joies4 ,je connais une femme dont la premire pense au rveil est de se demander ce qu'elle pourrait faire pour tre agrable aux autres1 et lorsqu'elle y a russi1 ses yeux bleus brlent d'une flamme merveilleuse4 ,trs diffrente de la contemplative dont j'ai parl dans ,faiseurs de joies1 celle-ci est jeune encore1 active1 remuante1 et aucune fatigue ne la rebute pour atteindre son but4 ,elle se multiplie et prouve presque du plaisir ce genre de lassitude4 ,inutile6 disent les gens moroses4 ,elle se sacrifie et ne fait que des ingrats6 ,encore si elle accomplissait quelque chose de rellement utile1 mais donner un moment de plaisir1 cela ne compte pas6 ,comment1 cela ne compte pas8 ,au contraire1 cela compte infiniment4 ,mettre un sourire dans la vie quivaut au morceau de pain donn l'affam1 au vtement dont on couvre les membres grelottants du pauvre et1 dans la balance divine1 savons-nous ce qui psera davantage8 ,cette amie1 faiseuse de joies1 laquelle je reprochais de faire trop de cas de gens qui ne le mritaient pas et de leur dire trop de choses agrables1 me rpondit ces mots si tendrement humains3 ,il faut bien s'encourager un peu les uns les autres1 la vie est si triste6 ,oui1 tous nous avons besoin d'encouragement1 mme les privilgis de ce monde4 ,le secret est de savoir formuler la parole qui relve et qui touche4 ,les intuitifs et ceux qui sont en relations constantes avec le divin la trouvent spontanment4 ,d'ordinaire1 nous ne rflchissons pas assez l'importance que peut avoir telle ou telle phrase1 nous parlons la plupart du temps automatiquement1 comme nous agissons1 et quand1 des annes plus tard1 nous entendons dire3 ,tel jour1 vous m'avez dit telle ou telle chose1 et ces mots ont eu une influence dcisive sur ma vie1 nous restons stupfaits4 ,tous les tres ne possdent pas un degr gal le redoutable pouvoir d'influencer leur semblable1 mais presque tous peuvent quelque chose pour son bonheur4 ,les natures extra-sensibles et timides ont1 par exemple1 un intime besoin de mots tendres et logieux4 ,ces paroles sont pour elles un aliment indispensable1 non parce qu'elles sont vaniteuses1 mais parce que1 doutant sans cesse d'elles-mmes1 elles doivent tre constamment releves leurs propres yeux4 ,une jeune femme maladive et sans enfants1 marie un homme suprieur1 mais occup et distrait1 souffrait infiniment lorsqu'elle mettait une robe nouvelle ou ajoutait quelque ornement son salon1 de constater que son mari ne s'en apercevait mme pas4 ,jamais un loge ne sortait de ses lvres6 ,un jour1 elle lui avoua son chagrin4 ,mais1 que veux-tu1 s'cria-t-il1 dsol1 je ne sais pas voir6 ,comment faire8 ,la femme rflchit un moment1 puis un accord intervint entre eux2 il fut entendu que1 quand il y aurait quelque chose remarquer1 elle lui ferait un petit signe conventionnel4 ,averti1 il comprendrait1 regarderait1 admirerait4 ,et je me contente6 disait-elle1 un peu honteuse de sa purilit4 ,les mots qu'il prononce ne sont pas spontans1 je le sais1 et pourtant j'ai du plaisir les entendre4 ,ils clairent ma vie4 ,ce petit fait absurde et touchant rvle un tat d'esprit que certaines natures ne peuvent comprendre1 mais qui est plus gnral qu'on ne le croit4 ,des gens1 mme fort nergiques1 portent en eux des sensibilits caches qu'ils n'avouent pas1 et qu'une parole tendre ou comprhensive caresse doucement4 ,l'important est surtout de relever les courages4 ,tant que le courage dure1 la vie est supportable2 elle peut mme tre belle dans les pires circonstances1 car le courage est toujours uni l'esprance1 et l'esprance compte plus que le bonheur dans l'existence humaine4 ,il y a des tres dont la mission semble tre de les abattre2 ils accentuent dsagrablement chaque chose pnible et coupent avec volupt toutes les ailes qui passent leur porte4 ,il en est d'autres1 au contraire1 dont la prsence est remontante1 ils veillent les nergies et savent dcouvrir le point bleu1 mme dans un ciel couvert4 ,l'atmosphre qu'ils crent est chaude ou doucement tide1 et aprs les avoir quitts on sent moins les brouillards humides du dehors4 ,on rencontre des hommes1 sonneurs de cloches1 dont l'action s'tend sur toutes les consciences1 mais il est rare qu'ils sachent tre des consolateurs2 ce rle est rserv par la nature aux mains plus souples des femmes4 ,certaines mains fminines possdent un merveilleux pouvoir rparateur2 on le sent leur toucher1 elles communiquent la paix1 donnent la force et se posent si douces sur les blessures que celles-ci se cicatrisent miraculeusement4 ,ces femmes-l redonnent le got de la vie ceux qui l'avaient perdu1 et le terrible ,weltschmerz est quelquefois guri par elles6 99 99 99 99 99 ,pour remplir ce rle de consolatrice1 qui seul met la dignit fminine compltement hors d'atteinte1 certaines qualits sont indispensables1 et en premier lieu la douceur1 car c'est en elle que rside pour les femmes la plnitude de la force4 ,quand elle n'est pas un don naturel1 celles qui en ignorent le pouvoir ou ngligent de l'acqurir1 commettent une erreur considrable4 ,car c'est1 leur arme la plus redoutable4 ,je ne parle pas1 bien entendu1 de cette douceur bte1 fille de la faiblesse1 de la peur ou de la sottise1 dpourvue de perspicacit et de force de rsistance1 mais de la douceur intelligente et qu'accompagnent la fermet de l'me et une certaine finesse de perception4 ,rien ne peut lui rsister longtemps2 pour le bien comme pour le mal1 son pouvoir s'exerce1 irrsistible4 ,la femme douce et persvrante dans ce qu'elle veut est certaine d'obtenir sur son entourage une influence prpondrante4 ,on rpliquera que1 dans les mnages1 les femmes douces sont des victimes4 ,elles le sont1 non cause de leur douceur1 mais cause de leur manque d'intelligence1 de raison1 de force ou de charme4 ,si elles avaient possd ces dons1 la douceur en aurait quintupl la puissance1 car elle est indispensable au prestige des femmes4 ,sans douceur1 elles deviennent facilement impatientantes1 irritantes et ridicules4 ,une femme qui crie fort1 gesticule violemment1 ne peut jamais tre attrayante et perd toute dignit4 ,la plus jolie est gte par la colre1 ds que celle-ci s'extriorise4 ,certes1 il y a des moments dans la vie o il faut savoir s'indigner et mme manifester une indignation1 dont les accs1 toutefois1 pour tre efficaces1 doivent tre rares6 ,un autre lment qui1 joint la douceur1 centuple le pouvoir des femmes1 est l'enjouement4 ,on le nglige trop2 tre gaie1 savoir plaisanter1 trouver le ct plaisant des choses1 rend la vie facile chacun4 ,tous les hommes1 mme les personnalits suprieures1 prouvent un immense besoin d'tre distraits et amuss4 ,une mre de famille qui possde ou a acquis ces dons est une consolatrice1 et1 moins d'avoir1 comme entourage1 des monstres ou des misanthropes invtrs1 elle sera aime et obie4 ,les silencieuses peuvent tre aussi1 dans un autre genre1 des consolatrices efficaces1 car elles pensent davantage1 et les penses ont plus de vertu que les paroles4 ,les femmes qui parlent beaucoup1 formulent parfois des choses irritantes1 s'arrtent sur des arguments inutiles ou mdiocres1 et leur autorit en est diminue4 ,les consolatrices ne sauraient tre des vaniteuses1 la vanit empchant le dveloppement des qualits altruistes4 ,elles doivent faire effort1 cependant1 pour se rendre le plus agrables possible1 car certaines qualits extrieures exercent un immense ascendant4 ,quelques femmes remplies de vertus l'oublient trop et perdent ainsi le pouvoir de consoler4 ,les natures soucieuses1 si excellentes soient-elles1 ne pourront jamais appartenir la catgorie des consolatrices1 car les nuages noirs dont elles s'enveloppent repoussent1 au lieu d'attirer1 et on les fuit plus qu'on ne les recherche4 ,demandant sans cesse tre soutenues et consoles1 elles ne peuvent consoler elles-mmes4 ,les tres1 comme les plantes1 cherchent d'instinct la lumire1 la chaleur1 la force1 et se tournent irrsistiblement vers les tres qui les possdent ou les ont acquis4 ,j'insiste sur ce dernier mot1 car je suis persuade qu'avec de la bonne volont on peut se modifier et acqurir ce qui manque4 ,dans la jeunesse surtout c'est possible1 car il y a dans l'tre jeune une lasticit et une mallabilit qui lui permettent de se transformer4 ,mais il faut le vouloir4 ,plus tard1 quand les habitudes mentales sont prises1 le travail subjectif devient difficile et demande plus d'efforts4 ,on rencontre1 dans le monde1 des jeunes filles maussades1 prtentieuses et gostes1 mais il en est de dlicieuses qui semblent possder tous les dons4 ,quelles consolatrices elles pourraient faire dans l'avenir1 si le contact du monde ne les gtait pas6 ,la mre elle-mme est souvent la premire les dvoyer par son exemple ou ses leons4 ,on les jette dans des recherches de vanit1 puis on les confie un goste qui les convertit ses principes1 et elles vont augmenter la nombreuse cohorte des femmes mdiocres et nuisibles4 ,pour devenir une consolatrice1 une autre qualit est essentielle3 le calme6 ,sans lui1 comme l'a dit si justement ,ernest ,legouv1 rien ne se fait de grand1 et aucune action efficace ne peut s'exercer4 ,cet crivain ne parle pas ici du calme qui indique une somnolence de nature1 mais du calme1 effet de la sagesse1 de l'exprience et d'un parfait contrle sur soi-mme4 ,la femme qui l'a reu en don ou qui l'a acquis par un patient travail sur son me obtiendra toujours des rsultats suprieurs ceux des cratures impulsives et agites4 ,la douceur1 l'enjouement1 le calme forment donc le triangle sur lequel doit se baser l'influence fminine dans le monde4 ,sans ces trois coefficients1 la femme pourra peu de chose pour elle-mme et moins encore pour les autres4 99 99 99 99 99 ,les femmes suivent la mode avec une docilit extrme2 elles se prtent toutes ses excentricits et acceptent les vtements incommodes avec une obissance servile 7en cela1 les hommes se montrent plus intelligents1 car les tailleurs ne leur feraient jamais adopter des vtements sans poches ou qui entraveraient la libert des mouvements du corps74 ,cette soumission des ordres reconnus suprieurs pourrait tre exploite pour le bien4 ,si certaines dlicatesses de l'me devenaient la mode1 si un groupe de femmes en vue arborait ce drapeau1 les autres suivraient4 ,a la parole de ,rousseau1 toutes ses contemporaines se sont bien mises aimer la nature1 qu'elles n'avaient jamais regarde auparavant4 ,la voix loquente de ,jean-,jacques pourrait tre remplace par celle d'une collectivit de femmes d'lite qui dclareraient la guerre toutes les vulgarits2 c'est donc l'lite qu'il faut dcouvrir et caractriser4 ,il y a1 dans un roman contemporain publi par un crivain d'infiniment de talent1 une fort jolie phrase1 bien qu'elle se rapporte une femme que je ne citerais pas en exemple mes lectrices3 ,quand elle se sentait bonne1 elle s'aimait elle-mme1 elle aurait voulu s'embrasser4 ,lorsqu'elle lisait un livre loquent sur une femme pudique1 elle sentait une pudeur extrme avec des dlicatesses et des raffinements infinis4 ,le malheur est que les livres loquents sur les femmes pudiques ne s'crivent plus aujourd'hui4 ,d'aprs une statistique rcente1 la chaste ,angleterre elle-mme s'est adonne une littrature o tout ce que la loi condamne est prsent comme un devoir social et dcrit dans des termes fort libres4 ,les romancires tiennent1 en ce genre1 le record de la hardiesse#bd2 c'est qui s'aventurera le plus loin sur ce terrain glissant1 tout comme1 sous le ,directoire1 il y avait lutte entre ,mme ,tallien et ,mme ,hamelin sur la faon de se prsenter en public1 le moins vtue possible4 #bd ,monthly ,review1 du #ae septembre #aije4 ,le besoin de remettre en honneur les raffinements et les dlicatesses de l'esprit et du cur est donc urgent2 le got des choses propres et pures devrait redevenir de mode4 ,ils font partie du beau4 videmment il y aurait1 en ce genre1 des vocations factices qui ne tiendraient pas4 ,peu importe1 elles sont invitables en toutes choses4 ,pourvu qu'on permette aux vritables de se dvelopper1 le but est atteint4 ,combien de natures1 faites pour les hauteurs1 et qui se tranent misrablement sur les terres basses6 ,elles ont nglig leur volont1 n'ont pas appris qu'on pouvait s'enivrer de son me#be et1 ayant besoin d'ivresses1 les ont cherches ailleurs4 #be ,victor ,hugo4 ,il existe1 dans la vie1 de subtiles et secrtes influences#bf1 qui ne rpondent aucune des catgories auxquelles on peut mettre une tiquette4 ,est-ce magntisme8 ,est-ce l'action du subconscient8 ,est-ce l'hte mystrieux plus grand que nous1 qui habite en nous1 parle certaines heures et dtermine nos actions et nos paroles8 ,le mystre qui enveloppe ces subtilits ne sera jamais perc1 peut-tre1 mais un fait est certain3 ceux qui exercent ce pouvoir sont toujours des tres l'me vibrante et qui se contrlent eux-mmes parfaitement4 ,la vraie libert1 a dit ,montaigne1 est de pouvoir toutes choses sur soi4 ,pouvoir toutes choses sur soi1 c'est pouvoir infiniment sur les autres4 ,aimer le beau1 le poursuivre avec sa volont1 l'atteindre en soi-mme1 c'est en communiquer le got ses semblables1 de la faon la plus certaine4 #bf ,voir le chapitre3 galit4 ,toutes les femmes qui s'appliqueront combattre avec de pareilles armes seront sres de vaincre en persvrant4 ,elles feront d'admirables consolatrices1 non seulement pour l'homme1 pre1 fils1 mari1 frre1 ami1 mais pour les autres femmes1 dans la famille et hors de la famille4 ,nous pourrions tant1 les unes pour les autres1 si nous le voulions bien6 ,je ne parle pas des dons matriels1--pour tre efficaces1 ils doivent se faire largement1 et c'est le rare privilge de quelques-unes1--mais il y a le don moral et intellectuel4 ,lorsque le besoin de s'aider1 de se soutenir et de se consoler entre elles aura pntr leurs curs1 les femmes ne sentiront plus au mme degr l'envie1 la jalousie1 la rancune4 ,les sympathies1 dont elles sentent l'impulsion1 cesseront d'tre entraves par les barrires redoutables de la rivalit4 ,elles verront1 les unes dans les autres1 des surs soumises aux mmes preuves1 supportant les mmes tyrannies1 exposes aux mmes douleurs2 les mains qui1 si souvent1 s'avanaient pour blesser1 se tendront pour treindre4 ,pourquoi se combattre1 se har1 se faire des torts rciproques8 ,la vie est si courte4 ,pour ceux qui esprent1 c'est un moment entre deux ternits4 ,pour ceux qui nient1 c'est une mauvaise comdie o tous les acteurs1 tt ou tard1 sont des victimes4 ,,table ,,des ,,chapitres ,,chapitres4 ,pages4 ,prface ,,vii ,i4--,faiseurs de peines #a ,,ii4--,criminels inconscients #bj ,,iii4--galit #de ,,iv4--,petites tares de l'me #ga ,v4--,les griefs #ij ,,vi4--,peines sentimentales #aaj ,,vii4--,ce que les hommes pensent des femmes #acf ,,viii4--,ce que les femmes pensent des hommes #afe ,,ix4--,faiseurs de joies #ahe ,x4--,l'amiti #baa ,,xi4--,les consolatrices #bdj ,,tours ,,imprimerie ,e4 ,,arrault ,,et ,cie #f ,,et #ab1 ,,rue ,,de ,,la ,,pr,,fecture #aeij ,,librairie ,,fischbacher1 #ic1 rue de ,seine1 ,paris ,,ouvrages ,,de ,,dora ,,melegari ,ames dormantes 7,ouvrage couronn par l',acadmie franaise71 #g;e dition1 in-#ab4 #e ,faiseurs de peines et faiseurs de joies1 #aa;e dit41 in-#ab4 #f ,chercheurs de sources1 #f;e dition1 in-#ab4 #e ,la jeune ,italie et la jeune ,europe4 ,lettres indites de ,joseph ,mazzini ,louis-,amde ,melegari1 in-#ab4 #e ,amis et ennemis1 in-#ab4 7puis7 ,,ouvrages ,,de ,,charles ,,wagner ,l',ami4 ,dialogues intrieurs1 #e;e dition1 in-#ab4 #f ,justice4 ,huit discours1 #h;e dition1 in-#ab4 #e ,jeunesse 7,ouvrage couronn par l',acadmie franaise74 #cj;e dition1 in-#ab4 #e ,vaillance1 #bj;e dition1 in-#ab4 #f ,la ,vie simple1 #ab;e dition1 in-#ab4 #d #ej ,auprs du ,foyer1 #f;e dition1 in-#ab4 #d #ej ,l'vangile et la ,vie4 ,sermons1 #f;e dition1 in-#ab4 #e ,sois un homme6 ,simples causeries sur la conduite de la vie1 #c;e dition1 in-#ab4 ,broch #a fr4 #ge4 ,reli4 #b #ej ,l',ame des choses1 #c;e dition1 in-#ab4 #e ,le long du chemin1 #e;e dition1 in-#ab4 #e ,vers le cur de l',amrique1 #c;e dition1 in-#ab4 #e ,pour les ,petits et les ,grands4 ,causeries sur la vie et la manire de s'en servir1 #b;e dition1 in-#ab4 #d #ej ,par la ,loi vers la ,libert1 in-#ab4 #b #ej ,a travers les choses et les hommes4 ,pour apprendre vivre1 in-#ab4 #d #ej ,par le ,sourire1 in-#ab4 #d #ej ,ce qu'il faudra toujours1 in-#ab4 #d #ej ,pages choisies et fragments indits1 de ,flix ,pcaut4 ,philosophie et ,religion2 ,politique2 ducation1 in-#ab4 #e ,sermons laques1 ou ,propos de morale et de ,philosophie1 par ,paul ,stapfer1 in-#ab4 #e ,fragments d'un journal intime1 par ,henri-,frdric ,amiel1 prcds d'une tude1 par ,edmond ,scherer1 #h;e dition1 #b volumes1 in-#ab4 #aj #hj ,le ,brviaire d'un ,panthiste et le ,pessimisme hroque1 par ,jean ,lahor1 #b;e dition1 in-#ah4 #d ,aux ,croyants et aux ,athes1 par ,wilfred ,monod1 in-#ab4 #e ,esquisse d'une philosophie de la ,religion1 d'aprs la ,psychologie et l',histoire1 par ,auguste ,sabatier1 #h;e dition1 in-#h4 #aj ,les ,religions d'autorit et la ,religion de l'esprit1 par ,auguste ,sabatier1 #c;e dition1 in-#h4 #aj ,ma ,religion1 par le comte ,lon ,tolsto1 in-#h4 #h ,montaigne moraliste et pdagogue1 par ,mme ,jules ,favre1 in-#ab4 #e ,la ,morale de ,cicron1 par ,mme ,jules ,favre1 in-#ab4 #f #ccae4--,tours1 ,imprimerie ,e4 ,,arrault et ,cie4