,,sous ,,les ,,eaux ,,tumultueuses ,,dora ,,melegari ,,sous ,,les ,,eaux ,,tumultueuses ,illustration3 colophon ,,paris ,,librairie ,,fischbacher #cc1 ,,rue ,,de ,,seine1 #cc #aibc ,droits de traduction et de reproduction rservs pour tous les pays ,copyright by ,librairie ,fischbacher #aibc ,je ddie ce livre ceux qui1 comme moi1 ont fermement espr et esprent encore qu'aprs la guerre et avec l'tablissement de la paix1 s'ouvrira pour l'homme une destine meilleure que celle qu'il a connue jusqu'ici4 ,,pr,,face ,je ne fais pas un livre1 il se fait4 ,il mrit et crot dans ma tte1 comme un fruit4 ,,alfred ,,de ,,vigny4 ,ces eaux qui1 jadis1 couvraient le monde sont aujourd'hui trangement bourbeuses et agites4 ,la surface des choses apparat partout inquitante4 ,qu'y a-t-il sous cette surface8 ,l'angoissante question se pose tous les curs qui sentent et tous les cerveaux qui rflchissent6 ,du temps o le respect de soi-mme1 l'intrt bien entendu et la savante hypocrisie imposaient aux hommes intelligents1 ou du moins cultivs1 une attitude correcte1 les mots sous la surface des choses avaient une signification bien diffrente de celle que je leur attribue aujourd'hui4 ,auparavant1 ils auraient indiqu ce que les individus cachaient de mdiocre1 de brutal1 et mme de cruel sous des dehors corrects et conventionnels4 ,aujourd'hui que la plupart des tres n'essayent mme plus de masquer leurs lgrets1 leurs petitesses et leurs convoitises1 il n'y a gure1 sous leurs actes et leurs allures1 de motifs secrets dcouvrir4 ,toutes les laideurs sont devenues apparentes et visibles4 ,nous vivons une poque de terrible sincrit2 on ne le relve pas suffisamment4 ,stendhal a dit quelque part que1 pour les femmes1 dire la vrit quivalait enlever leur fichu2 mais1 aujourd'hui1 elles ne portent plus de fichu1 et les disgracies elles-mmes exposent avec courage les dfectuosits physiques que jadis les filles d've essayaient soigneusement de dissimuler aux regards4 ,quant aux hommes1 combien d'entre eux ne tentent mme plus de se dfendre si l'on attaque leur caractre ou leur probit6 ,ceux qui en manquent n'en prouvent plus de honte2 ceux qui les possdent1 s'ils y mettent encore du prix dans le fond de leur me1 sont devenus indiffrents l'opinion publique4 ,ce mpris de l'opinion publique est un signe caractristique de notre temps4 99 99 99 99 99 ,ce qu'il faut discerner sous la surface des eaux tumultueuses1 ce ne sont donc pas les laideurs secrtes1 puisqu'avec tant de complaisances on les tale1 mais bien plutt les aspirations d'ardente gnrosit et de pure beaut qui se cachent parfois sous les apparences dconcertantes de la psych moderne1 tels des symptmes annonciateurs d'une aube nouvelle6 ,cependant1 malgr ces fugitives lueurs1 le dsarroi des pauvres mes est rest lamentable4 ,aprs l'branlement crbral de la guerre et les dceptions de la paix1 on a pu croire qu'elles taient devenues muettes pour toujours6 ,ce phnomne d'anantissement parat d'autant plus redoutable qu'il est universel et se manifeste aussi bien chez les vainqueurs que chez les vaincus6 ,le monde est devenu semblable une mer en tempte1 sillonne de barques sans pilotes1 et la mare ne cesse de monter444 ,le spectacle1 vraiment effarant1 abat les plus fermes courages4 ,une mystrieuse intuition avertit cependant ceux qui ont l'habitude de regarder et d'observer que des feux s'allument encore sur les montagnes1 et que de ce chaos effrayant1 de ce dchanement de convoitises violentes1 natra un monde meilleur1 prcurseur du rgne de l'esprit4 ,ces ouragans qui soufflent de toutes parts1 c'est l'me d'une humanit renouvele qui s'labore dans un douloureux enfantement4 99 99 99 99 99 ,ce livre tait destin paratre au commencement de l'an dernier3 les espoirs qu'il contient et proclame auraient alors1 peut-tre1 sembl chimriques aux esprits positifs4 ,la plupart de ceux qui se complaisent dans la triste grisaille des instincts et des forces matrielles1 ne voyaient en ce moment aucune lumire l'horizon1 et ne discernaient pas la bordure d'argent des nuages noirs4 ,les vnements extraordinaires qui se sont vrifis rcemment dans l'un des pays de l',europe1 ont prouv ces intelligences trop unilatrales que le rveil de l'esprit n'tait point un simple mirage1 mais bien une ralit puissante4 ,l'importance de la rvolution politique qui vient de sauver un peuple1 s'tend moralement bien au del de la limite de ses frontires1 car elle a proclam une vrit universelle3 ,l'homme doit avoir pour mot d'ordre la dfense de la patrie et de ,dieu6 ,c'est un rgne nouveau qui apparat l'horizon du monde1 celui de l'esprit6 ,on entend l'air trembler au son des cloches invisibles qui en annoncent l'avnement4 ,,dora ,,melegari4 ,paris1 #aibc4 ,,sous ,,les ,,eaux ,,tumultueuses ,,premi,,re ,,partie ,pendant que la nuit dure encore4 ,,chapitre ,,premier ,,esp,,rances ,,pr,,matur,,es ,hence the most vital movement mortal feel1 ,is hope2 the balm and life blood of the soul4 7,,ralph-,,waldo ,,trine47 ,je ddie ce livre ceux qui ont besoin d'esprance1 et ne peuvent se contenter du simple pain quotidien1 qu'ils l'aient gagn par leur travail1 ou leur pch1 ou que1 parasites1 ils le doivent au travail ou au pch d'autrui4 ,c'est dans ces mes assoiffes que l'esprance doit refleurir4 ,quant aux autres1 celles qui se satisfont d'apparences et de fume1 elles appartiennent la catgorie des mes qui1 selon certains pres de l'glise1 seraient autorises refuser l'immortalit4 99 99 99 99 99 ,rien n'est plus dmoralisant que de cesser d'esprer et une partie du dsarroi actuel provient des grandes esprances conues durant la guerre,a et qui ont t dues ensuite4 ,ces esprances sont destines cependant1 j'en ai la conviction1 se raliser plus tard1 mais bien plus tard1 travers d'autres expriences1 d'autres surprises1 d'autres souffrances444 ,l'erreur des esprits de bonne foi a t de croire que1 ds le lendemain du formidable conflit1 tout se remettrait en quilibre et que les grands principes1 qui avaient arm les bras et enthousiasm les curs1 s'imposeraient tous1 vainqueurs et vaincus4 ,on s'tait imagin que la sagesse de ,salomon pntrerait les cerveaux1 et que la cit des mensonges s'croulerait1 ensevelissant dans sa chute les convoitises que l'orgueil des combats avait exacerbes4 ,peut-tre bien y avait-il un manque de rflexion et un peu d'ingnuit dans les esprances qui avaient ainsi gonfl les curs4 ,on se figurait que le palais de la vrit allait s'lever dans la cit de la justice4 ,le rveil fut amer1 et alors1 criant l'utopie1 chacun renia ses dieux4 ,pourtant1 logiquement1 ces esprances avaient t fondes4 ,jamais on n'avait assist une pareille trpidation d'mes1 un semblable lan moral chez les peuples4 99 99 99 99 99 ,comment advint-il que dans le cur des hommes1 au lieu de cette floraison magnifique1 les plus basses passions se soient dresses1 et que le mal se soit incarn8 ,je ne veux pas faire de politique ou de sociologie dans ces pages qui n'envisagent que la reconstitution de la mentalit gnrale2 mais il est certain que l',esprit n'a pas souffl sur les arbitres des destines du monde--comme en certains conclaves qu'enregistre l'histoire--et que1 par son silence1 il a permis l'ignorance humaine de jeter entre les peuples des germes de discorde qui ont aiguis les armes des haines futures4 ,l'obscurcissement de la pense a t la premire inoculation fatale1 et1 sa suite1 la dfiance a empoisonn le cur des frres d'armes1 et provoqu ces malentendus qui1 aigrissant les amour-propres nationaux1 ont empch jusqu'ici les bienfaisantes consquences de la paix de se faire sentir4 99 99 99 99 99 ,l'une des plaies de l'poque d'avant-guerre tait le mensonge et le culte du faux sous toutes ses formes3 fausses valeurs1 fausses consciences1 fausses pitis444 ,on se figurait que le triomphe du bon droit les ferait s'crouler instantanment1 comme les trompettes de ,josu firent tomber les murs de ,jricho4 ,mais rien ne s'est effondr4 ,la victoire a t1 comme toutes les autres victoires de ce monde1 un alambic o se sont labors les grands courages et les merveilleux hrosmes1 mais elle n'a pas transform l'homme dans son essence4 ,il s'est1 comme toujours1 montr1 aprs la paix1 l'esclave de ses passions et de ses tendances particulires4 ,la grande guerre des nations1--c'est un fait prouv aujourd'hui1--n'a donc pas eu le rsultat miraculeux qu'on en attendait4 ,un vent de violence a promptement dispers les sentiments de solidarit et de reconnaissance qui avaient paru relier les peuples entre eux durant la priode des dangers communs4 ,ces sentiments ont t remplacs d'un ct par le prestige de la force et de l'arrogance2 de l'autre1 par des ncessits conomiques4 ,trop cyniquement tales1 elles furent cause de dboires amers1 de dsillusions cruelles qui desschrent et rduisirent en cendres les germes de la fconde rcolte sur laquelle on comptait4 ,tout cela est si connu1 qu'il n'est point utile de s'attarder sur le fait en lui-mme1 ni d'en rechercher les causes secrtes1 ou d'en indiquer les rsultats desschants4 ,les consquences en sont d'une trop pntrante mlancolie pour ceux qui avaient espr4 ,or1 comme la constatation perptuelle du mal est minemment dcourageante1 on doit essayer au plus vite de dpasser cette priode4 99 99 99 99 99 ,il faudrait de l'aveuglement ou de la niaiserie pour nier la crise que l'humanit traverse1 et ne pas la combattre quivaudrait un maladroit aveu d'impuissance2 mais la plus grande faute serait encore d'en avoir peur et de la croire durable4 ,l'unique moyen efficace pour en arrter le dveloppement est de lever les yeux et de regarder au-dessus et au del4 ,tout ce qui est prcieux reste cach aujourd'hui au trfond des curs1 et l'apparence des choses est dconcertante4 ,la vanit pousse partout des racines formidables3 chaque soldat prtend tre ,marchal et1 s'il y a encore des matres1 il n'y a plus de disciples1 ni de serviteurs6 ,or1 comme autour des grands palmiers solitaires il n'y a que des plaines sablonneuses1 c'est vers un immense dsert que la socit semble marcher444 ,puisque toutes les forces vives des nations sont dresses1 l'arme au poing1 les unes contre les autres1 elles ne peuvent se coaliser efficacement contre l'pouvantable danger qui les menace4 ,il en est ainsi dans toute l',europe1 il en est ainsi dans chaque pays sparment4 99 99 99 99 99 ,chacun sait1 chacun a constat ce que je viens de dire4 ,parmi les gens qui ont une vision claire de la ralit1 il y en a de faibles qui dsesprent strilement1 et de forts qui1 pour prcipiter l'volution1 ne croient qu' l'existence des faits4 ,mais les faits semblent partout s'accumuler1 irrconciliables les uns avec les autres4 ,pour crer des faits suprieurs comme valeur et comme puissance1 pour ouvrir la route de nouveaux courants1 pour allumer des flammes capables de dtruire les scories qui encombrent la route1 il faut1 avant tout1 avoir confiance dans le pouvoir crateur de la pense humaine4 ,a tous les hommes d'intelligence et de bonne volont une croisade s'impose pour laquelle la premire arme de combat est l'attente sage1 patiente1 perspicace444 ,,chapitre ,,ii ,l',,attente ,c'est la nuit qu'il est beau de croire la lumire4 7,,ed4 ,,rostand47 ,dans toutes les religions1 l'attitude de l'attente est vivement recommande2 c'est1 du reste1 l'attitude perptuelle de la vie humaine pour ceux surtout qui en admettent le renouvellement infini et qui croient l'existence d'une force suprieure laquelle l'homme peut avoir recours4 ,toute esprance formule n'a-t-elle pas1 d'ailleurs1 pour consquence logique l'attente de la rponse8 ,donc il faut attendre1 qu'on le veuille ou non4 ,l'important c'est de savoir attendre6 ,chez quelques-uns c'est une disposition naturelle3 chez d'autres une vertu acquise ou qu'il faut acqurir4 99 99 99 99 99 ,les mots de ,dieu ,adam3 ,dsormais tu gagneras ton pain la sueur de ton front1 s'appliquent tous les services1 tous les genres de labeur et vont bien au del de l'effort matriel des bras et des muscles4 ,ils comprennent chaque effort dont est capable l'me humaine4 ,mme quand l'homme produit des fruits remplis non de pulpe1 mais de cendres1 ces fruits sont dus au travail de sa personne ou de sa pense4 ,les imaginations perverses se fatiguent laborer sans cesse des forces destructrices1 et c'est aussi la sueur de leur front qu'elles poussent le monde aux actes dmoralisants4 ,dieu a appel l'homme collaborer avec lui en tout ce qui s'accomplit sur notre plante1 mme lorsqu'il s'agit de miracles comme la rsurrection de ,lazare4 ,c'est l un fait fondamental que l'homme ne devrait jamais perdre de vue4 99 99 99 99 99 ,dans la signification qu'il faut donner au mot attendre1 toute ide de paresse doit1 bien entendu1 tre exclue4 ,l'homme qui sait attendre n'est pas un fainant1 car il est constamment en tat de veille4 ,il ne s'agite pas1 il ne se prcipite pas1 il ne s'irrite pas1 mais son esprit est sans cesse tendu vers l'objet de son attente1 et ce n'est pas l un mince labeur4 ,l'attente doit tre patiente1 mais non rsigne4 ,ces deux mots s'excluent3 quand on se rsigne1 on n'attend plus6 ,il faut donc que l'attente soit vigilante et optimiste4 ,le monde appartient aux optimistes1 disait ,m4 ,guizot1 les pessimistes n'ont jamais t que des spectateurs4 ,en ce moment1 l'ordre donn par ,dieu ,adam a cess d'tre obi et compris dans sa signification prcise1 qui est l'obligation absolue du travail4 ,une vague de paresse a pass sur le monde1 et1 aujourd'hui1 l'homme1 symptme effrayant1 se refuse travailler de ses mains3 il refuse mme de semer le bl et le riz dont il doit vivre6 ,quant ceux qui ne labourent pas1 qui ne produisent pas les matriaux ncessaires la production1 ils demeurent assoupis dans une apathie criminelle1 une sorte d'engourdissement de la pense4 ,on dirait qu'ils attendent1 dans une espce de lthargique sommeil1 l'gorgement final de leur classe4 ,pour la dfendre1 ils ne tentent mme pas un effort4 ,a les voir voluer dans la vie avec des allures nonchalantes1 il semble qu'il assistent un jeu sur les rsultats duquel ils n'ont pas engag de pari6 ,les individus de cette catgorie n'attendent rien videmment4 ,leurs yeux ne sont pas tourns comme ceux des ,rois ,mages vers l'toile qui doit se lever l',orient4 ,ils subissent les vnements1 ils n'y concourent pas4 ,or1 subir1 c'est dj un tat infrieur4 99 99 99 99 99 ,l'attente fconde se manifeste extrieurement de deux faons3 par le silence gros de penses qui quivaut des forces infinies d'action2 et par la parole qui peut avoir sur les esprits et les curs une si puissante rpercussion4 ,voyons comment l'homme se comporte vis--vis du silence et de la parole1 comment il en use dans la vie publique et prive4 ,,chapitre ,,iii ,,le ,,silence ,seul le silence est grand1 tout le reste est faiblesse 7,,alfred ,,de ,,vigny47 ,le vers admirable d',alfred de ,vigny est la condamnation de l'abondance inutile des mots4 ,il faut avoir une grande foi dans le silence1 non le silence qui nat d'un caractre morose1 d'un orgueil dmesur1 d'un manque de sincrit1 d'imagination1 d'expansion1 d'une sorte de pauvret d'esprit ou bien simplement d'une humeur sauvage1 mais le silence intuitif ou voulu de ceux qui voient1 sentent et savent4 ,cette force muette a toujours exerc un merveilleux pouvoir mais jamais elle n'a t plus ncessaire que dans ce moment suprme de l'histoire du monde1 o l'on meurt de trop de paroles6 ,avec notre organisation politique et sociale1 qui admet la libre discussion sur les points les plus graves et les plus dlicats1 il est difficile de mettre un frein aux langues qui parlent4 ,aujourd'hui qu'aux voix masculines1 les voix fminines s'unissent1 et que dans son for intrieur1 chaque homme1 mme le plus mdiocre1 se croit un stratge et un chef politique1 le bruit est devenu assourdissant1 et le chaos crot chaque jour davantage4 ,dans ce rseau serr de mensonges1 d'intrts inavous1 d'astuce et de perfidie1 il est naturel que l'esprit perde son quilibre1 ne sache o se poser et soit emport par le flux et le reflux de la pense en dsarroi4 99 99 99 99 99 ,la vrit qui devait1 aprs la guerre1 surgir victorieuse1 tire du spulcre o la fausset et la veulerie des hommes l'avaient relgue1 dans quel puits se cache-t-elle aujourd'hui8 ,nous la cherchons et ne la trouvons pas6 ,faut-il l'inscrire1 comme sur les champs de bataille1 parmi les disparus puisqu' l'appel dsespr de ses fervents adorateurs1 elle ne rpond pas3 ,prsente6 ,pour ceux qui avaient confiance1 pour les optimistes qui avaient espr sa rsurrection prochaine1 le dsappointement est amer4 ,les autres1 ceux qui1 coup de grosse caisse1 avaient inscrit son nom en vedette sur leurs drapeaux1 ne cachent plus aujourd'hui leur sourire ddaigneux pour les ingnus qui avaient cru de bonne foi la mensongre devise4 ,la ,fontaine1 dans une de ses ,fables1 nous montre le plus sincre et le plus modeste des animaux de la cration condamn payer pour tous444 ,l'histoire1 comme la ,fable1 se renouvelle continuellement4 ,mais il est dangereux d'insister sur les points noirs des vnements contemporains3 cela est contraire cette vertu du silence que nous devons apprendre pratiquer4 ,il est vident que les paroles inutilement prononces pendant quatre annes et demie de guerre et plus de trois ans de paix1 ont nui la restauration de la vrit dans le monde4 ,elle ressuscitera cependant4 ,plus on voudra l'touffer1 l'craser1 la railler1 plus puissante elle s'affirmera un jour2 mais pour arriver ce jour il faudra souffrir encore4 ,essayons au moins d'en acclrer la venue et de ne pas retarder1 par d'imprudentes paroles pessimistes1 son avnement dans le monde4 vitons soigneusement ce qui est propre semer la discorde1 aigrir les curs1 dcourager les bonnes volonts4 99 99 99 99 99 ,entendons-nous6 ,limiter nos paroles1 et rflchir leurs consquences ne signifie point s'isoler1 cesser d'couter1 de veiller et d'tre prt intervenir pour protester utilement4 ,on devrait billonner la presse1 dira-t-on2 mais la presse1 qui ferait bien1 certes1 de se museler un peu elle-mme1 a une autre tche remplir que les individus6 ,elle doit informer largement le public des diverses tendances1 des divers bruits1 des diverses nouvelles qui courent4 ,ce devoir d'informateur n'incombe pas au simple citoyen3 il a celui1 au contraire1 d'tre prudent1 vigilant1 de ne pas exasprer les mes1 de ne pas donner un poids exagr aux rancurs1 aux malentendus1 aux doutes444 ,dans les moments angoissants que traversent certains pays1 il faudrait1 je ne dis pas suspendre tout jugement1 mais formuler ceux qu'on porte de faon faire comprendre leurs torts aux coupables sans les accabler de reproches qui1 par leur violence1 ressemblent presque des injures4 ,il est opportun aussi de ne pas exciter les victimes1 afin qu'elles ne perdent pas leur sang-froid1 cette suprme qualit des triomphateurs4 ,l'habilet vraie consiste observer toujours1 tout couter et se recueillir souvent4 ,c'est l un programme auquel on peut joindre un conseil3 levez dans vos curs un temple au silence6 99 99 99 99 99 ,ce n'est pas seulement dans les heures suprmes de la vie publique1 mais encore dans toutes nos relations avec les faits et les individus1 qu'il y a avantage user de peu de paroles4 ,dans la vie domestique et familiale1 le silence est certainement plus efficace que les reproches1 il touche davantage1 meut plus1 il donne aux mots1 quand finalement ils sont prononcs1 un prestige plus grand4 ,les matresses de maison les mieux obies1 les mres de famille les plus respectes1 ont t presque toujours des silencieuses4 ,en amour aussi1 la femme qui parle peu et semble se rfugier dans sa vie intrieure1 est celle qui sait retenir l'amour le plus longtemps4 ,il y a en elle une saveur de mystre qui fascine les mes4 ,a l'arme1 l'cole1 le prestige exerc sur les soldats et les enfants est1 en gnral1 rserv aux laconiques1 des lvres desquels ne sortent que des ordres prcis1 des enseignements nets et clairs4 99 99 99 99 99 ,que de fois galement1 dans des circonstances dlicates1 une situation a t sauve uniquement par le silence6 ,une seule parole aurait tout gt et tout perdu4 ,le silence1 semblable un baume merveilleux1 a cicatris la plaie et a empch la tragdie d'clater4 ,tous les tres humains ne peuvent pas tre des silencieux efficaces2 il faut pour cela du tact1 de l'intelligence1 de la finesse6 ,ces privilgis sont rares2 mais tous peuvent mettre un frein leur langue pour qu'elle ne devienne pas une source d'antagonismes et d'amers mcontentements4 ,cela n'est pas toujours facile1 quand le cur bat d'une indignation justifie1 mais c'est pourtant obligatoire4 ,nous ne devons pas oublier que toute parole acerbe est une joie pour l'ennemi qui1 secrtement et incessamment1 essaye de semer la haine dans les lignes des vainqueurs4 99 99 99 99 99 ,comme le pote d',eloa1 rendons un culte au silence1 mais n'oublions pas cependant qu'il en peut tre une mauvaise espce3 celui-l est le fruit de l'orgueil et de l'obstination2 il ferme ses oreilles la vrit1 s'entte dans les fausses apprciations1 refuse d'couter les conseils de l'exprience4 ,dans la politique1 comme dans la vie familiale1 ce mutisme est souvent cause de malheurs infinis et de prilleuses rancurs4 ,nul homme1 quelle que soit sa valeur intellectuelle1 n'est autoris mpriser compltement l'change des ides avec ses semblables4 ,il faut seulement tre perspicace1 savoir discerner les valeurs et ne pas donner sa confiance aux mdiocres qui ne la mritent pas4 99 99 99 99 99 ,si la parole trop prolixe prsente des inconvnients1 l'change des mots est cependant ncessaire au bon mcanisme de la vie4 ,il n'y a rien de plus triste qu'une famille de silencieux moroses4 ,le mari1 le fils rentrent au foyer1 mais pas une phrase ne sort de leur bouche1 ils ne racontent rien de ce qu'ils savent1 de ce qu'ils ont vu6444 ,si on leur pose une question ils en semblent exasprs et y rpondent peine4 ,combien de familles souffrent de ce systme d'inique silence4 ,que demandent au fond ces mres1 ces pouses1 ces filles8 ,elles n'exigent pas de longs discours1 mais seulement un sourire1 un mot qui les mette un peu au courant des choses2 un simple regard affectueux suffit mme souvent les satisfaire1 dissiper l'oppression de ce mutisme offensant1 compenser la raret des mots prononcs4 99 99 99 99 99 ,la cause de ce mal est unique3 c'est l'gosme orgueilleux1 joint l'habitude de ne jamais rflchir suffisamment aux consquences des attitudes que l'on prend ou la signification que les autres leur attribuent4 ,l'heure est si grave aujourd'hui qu'une svre discipline est devenue indispensable tous2 nous devons apprendre contrler notre langue1 et ceux auxquels leur conscience impose un mea culpa doivent tre les premiers rparer les ennuis1 et parfois les malheurs que leur trop grande impulsivit a pu causer4 levons donc un hymne la noblesse du silence conscient1 qui signifie sagesse1 philosophie1 tact1 dignit1 altruisme1 et dnonons le silence de l'orgueil1 de l'gosme1 de l'obstination1 et ce dsintressement complet de la pense d'autrui qui1 non seulement pse sur la vie familiale1 mais peut aussi devenir dangereux dans la vie politique des peuples4 ,,chapitre ,,iv ,l',,instrument ,,magique ,et que tes lvres gardent la connaissance4 7,prov4 ,v-#b47 ,aprs avoir affirm la beaut1 le prestige1 la dignit du silence1 il faut parler un instant de l'instrument magique dont l'homme dispose et qui s'appelle la parole6 ,trois syllabes6 ,et dans ces trois syllabes1 toutes les manifestations de l'me universelle peuvent se condenser4 ,ces trois syllabes dispensent la guerre et la paix1 la fortune la plus clatante et la plus pouvantable misre1 la flicit la plus complte et la plus atroce douleur4 ,elles difient et dtruisent1 consolent et dsesprent1 allument les incendies1 propagent les haines1 exaltent l'orgueil de l'homme et le rduisent en poussire2 elles pntrent son me d'une infinie douceur et la dchirent d'angoisse4 ,elles sparent les amants les plus tendres1 arment l'un contre l'autre les amis les plus srs1 loignent les fils des mres1 et si1 parfois1 elles rapprochent l'homme de ,dieu1 souvent elles le poussent dans les bras toujours ouverts de ,lucifer qui tend inlassablement sur le monde son ombre gigantesque4 ,et cet instrument magique et merveilleux1 le plus extraordinaire des dons qui ont t faits l'homme1 celui-ci est matre de s'en servir au gr de sa fantaisie4 ,on l'a laiss1 au fond1 trs ignorant des forces terrifiantes qu'il pouvait mettre en jeu par le seul mouvement de ses lvres4 ,comment serait-il conscient de ses responsabilits1 puisqu'on les lui a peine indiques1 et que ni les religions ni les philosophies n'en ont fait1 comme elles l'auraient d1 l'objet d'un enseignement spcial et de capitale importance4 ,elles se sont bornes des conseils d'ordre gnral4 ,quelques proverbes1 appartenant pour la plupart la littrature orientale1 mettent bien l'homme en garde contre le danger des paroles surabondantes et irrflchies1 mais c'est comme en passant1 sans y attacher d'importance1 sans insister sur les terribles responsabilits qu'il peut encourir de ce chef4 99 99 99 99 99 ,apprendre l'homme1 ds sa premire enfance1 se mfier des mots devrait tre1 au contraire1 le principal objet de toute intelligente prparation la vie4 ,il faudrait enseigner l'enfant que la parole doit tre manie avec mesure et prudence1 comme s'il s'agissait d'une arme de prcision4 ,elle tue1 en effet1 mieux que le browning le plus perfectionn4 ,il est vraiment inconcevable que les pdagogues1 les philosophes1 les grands prtres de toutes les religions et les arbitres de la destine humaine n'aient pas mieux compris l'incalculable porte de la parole1 et tent de la matriser pour la faire servir aux fins qu'ils poursuivaient4 ,or1 cela n'a jamais t fait6 ,au ,,xx sicle1 la parole a pris des allures dsordonnes contre lesquelles aucune sanction ne s'exerce plus4 ,auparavant1 les citoyens des diffrentes nations ne pouvaient toucher certains sujets politiques ou religieux sans encourir de graves remontrances1 et mme des pnalits4 ,mais il ne s'agissait que de quelques terrains prohibs1 car1 dans le domaine priv1 l'homme a toujours t libre de dshonorer son prochain et de le tuer moralement autant de fois qu'il le pouvait dans une journe6 ,qui a jamais pens mettre un frein au dbordement de la parole8 ,ce n'est certes pas l'autorit publique4 ,quant l'opinion1 elle est reste muette1 et si quelques voix se sont leves pour protester1 vite on les a fait taire1 au nom de la libert6 ,dans la dernire guerre1 il y eut de grands faits que les paroles ont dnatur et obscurci1 exasprant les amour-propres1 et prparant l',europe un long avenir de rancurs1 empchant les conciliations de s'oprer et les malentendus de s'expliquer4 ,la responsabilit de cette immense tuerie remonte certainement la convoitise des ,huns ressuscits1 mais l'abus insens des paroles a jet sur les feux allums des matires explosives1 il a tu moralement autant de sentiments1 d'illusions et d'esprances que les plus hideuses inventions modernes ont fait de victimes humaines4 ,j'en appelle aux curs droits qui battent encore dans la poitrine de quelques-uns des tres crs par ,dieu son image2 il serait temps que les hommes se rendent compte enfin de quelle arme formidable ils disposent4 ,tant qu'ils ne l'auront pas appris1 tant qu'on ne le leur aura pas enseign ds leurs premiers balbutiements1 ils ne pourront connatre1 en aucune circonstance1 la scurit ou la joie sereine d'autrefois1 alors que1 dans sa vie plus recueillie1 l'humanit discourait moins4 ,si celle-ci n'apprend pas se taire1 une insondable mlancolie continuera rpandre son ombre sur les paysages de la terre1 et la beaut de la lumire ne se refltera plus dans les yeux des hommes4 ,inquiets1 sombres1 despotiques1 agits1 ils erreront de par le monde1 rvant de destruction1 de laideur1 de menace et de violence4 99 99 99 99 99 ,on a si peu rflchi jusqu'ici la porte et l'horrible danger des paroles1 que l'on sera stupfait de leur voir donner une pareille importance et les charger d'une semblable responsabilit4 ,on dira3 ,la parole est un don naturel dont l'homme a le droit d'user comme de la facult de voir et d'entendre4--,certes les tribuns la manient avec trop de violence1 et la presse en abuse2 quelques lois restrictives s'imposent1 nous le reconnaissons4 ,les plus raisonnables arrivent nous faire cette concession4 ,hlas6 le mal est trop grave et trop tendu pour que des articles de loi puissent avoir aujourd'hui une action efficace4 ,c'est l'me particulire des individus qu'il faut mouvoir et convaincre1 rendre consciente de ce que les mots reprsentent comme puissance1 du mal infini qu'ils peuvent faire1 et du bien incommensurable dont ils pourraient tre capables4 99 99 99 99 99 ,comme on enseigne un enfant ne pas se jeter devant une automobile lance toute vitesse1 ne pas gratigner le visage de son prochain1 ne pas lui tirer la langue sans provocation1 il faudrait lui enseigner mesurer et contrler les mots qu'il prononce4 ,ah6 les mots6 ,en amour1 chacun sait le trouble et l'angoisse qu'ils provoquent1 les coups cruels qu'ils portent1 les ingurissables blessures dont ils sont cause et les sparations qui en rsultent4 ,ils rompent le charme qui avait li les mes les unes aux autres et les jettent sans scrupule dans la dsesprante solitude4 ,l'amiti1 le plus srieux et noble sentiment qui puisse lier le cur des hommes1 subit1 elle aussi1 l'atteinte des paroles4 ,et que de tragdies d'mes1 sur lesquelles on ne s'explique jamais1 sont dues au malfique pouvoir de phrases insouciantes prononces et commentes4 99 99 99 99 99 ,la famille1 elle non plus1 n'chappe pas ce flau4 ,pour expliquer certains suicides1 quand la cause passionnelle ou financire manque1 on classe ceux-ci sous la dnomination vague de chagrins domestiques4 ,cette phrase ouvre des perspectives abominablement tristes4 ,c'est comme si on plongeait le regard dans un puits sombre au fond duquel on aperoit une miroitante tache d'eau noire2 et dans la plupart de ces cas1 si quelques lueurs se font plus tard sur l'vnement1 c'est presque toujours l'abus des paroles qu'il faut faire remonter la tragdie4 ,il en est de mme en ce qui concerne les malheurs publics1 et chacun peut en faire l'observation4 ,partout o une catastrophe quelconque se prpare1 elle est provoque1 accompagne1 accrue et envenime par l'abondance des mots1 parls ou crits4 ,semblables de sinistres gardiens et souteneurs1 ils se campent1 se groupent et se multiplient autour des lieux o s'labore l'infortune4 ,quand l'homme sera devenu conscient de la puissance qu'il possde de creuser des tombes1 ou de renouveler des vies1 il hsitera peut-tre parler sans savoir ce qu'il dit1 et beaucoup d'ombres se dissiperont sur la terre4 99 99 99 99 99 ,l'usage plus discret de la parole prsentera encore un autre avantage2 l'intelligence humaine y gagnera1 car toutes les inepties qui courent le monde dans un galop furieux et dsordonn1 cesseront de retentir aux oreilles de ceux qui1 comme ,maeterlinck1 donnent au bon sens1 dans les facults de l'esprit humain1 une place distingue4 ,qu'on ne se mprenne pas sur ma pense6 ,s'il y a quelque chose d'agrable dans l'existence c'est bien la conversation vive1 alerte1 gaie1 mme un peu frivole de gens qui se connaissent et se comprennent1 et ces joyeuses causeries de famille o chacun dit tout haut ce qu'il pense et qui perdraient beaucoup tre prcdes de trop de rflexion4 ,en parlant d'inepties1 je pensais ces lourds et inutiles bavardages dont on a pris l'habitude1 sur des choses qu'on ignore compltement4 ,les sujets les plus simples1 l'levage des volailles mme1 peuvent devenir attrayants quand on en parle avec comptence et humour4 ,mais durant les annes de guerre1 alors que l'angoisse faisait palpiter les curs1 ce fut une rude preuve d'entendre les stratges de salon expliquer gravement comment il fallait disposer les troupes pour gagner les batailles4 99 99 99 99 99 ,aprs avoir dnonc les paroles criminelles qui engendrent la discorde1 la haine et la violence1 les paroles froces ou simplement mchantes qui meurtrissent et dsesprent les curs1 les paroles fausses qui sment la dfiance1 les paroles quivoques qui troublent les consciences1 les paroles lourdes et pesantes qui ouvrent la porte ce vieux rdeur1 l'ennui1 dont ,satan a fait son bras droit1 il reste parler des paroles bienfaisantes1 encourageantes1 semeuses de vie et de force4 ,celles-l sont reconstructrices1 et c'est dans une autre partie de ce livre qu'il faudra traiter de l'aide puissante qu'elles peuvent apporter l'volution de la destine humaine4 ,,deuxi,,me ,,partie ,marchands et marchandes de fume4 ,,chapitre ,,premier ,,chassons ,,les ,,vendeurs ,,du ,,temple ,ils vendent des cendres pour du pain4 ,ils vendent du vin dilu4 79999997 ,l'pisode grandiose du ,christ chassant les vendeurs du ,temple est prsent la mmoire de tous1 car il a frapp l'imagination des foules4 ,le geste de ,jsus--divin par la sainte colre qui le provoque1 et humain parce que c'est le ,fils qui dfend la maison de son ,pre contre les trafiquants qui osent la souiller de leurs ignobles marchs--ce geste fut un coup de thtre inattendu1 magnifique et terrifiant1 qui dut satisfaire le besoin instinctif de justice que toute me droite porte en soi4 ,les paroles mprisantes et svres dont il fut accompagn1 firent sans doute trembler les curs1 mais nul ne protesta et toutes les ttes flchirent4 ,ce besoin de justice qui tourmentait les contemporains du fils du charpentier de ,nazareth a persist travers des sicles d'injustice1 et1 malgr les apparences contraires1 il n'a jamais t plus grand qu'aujourd'hui4 ,nous ne nous rendons pas suffisamment compte quel point il tourmente les mes1 et quelle est sa part de responsabilit dans les temptes qui1 en ce moment1 soufflent de partout autour de nos foyers4 ,en y regardant de prs1 nous le retrouvons sous les violences rvolutionnaires auxquelles il a servi de prtexte1 et il se cache aussi sous l'amer dcouragement qui a rduit la classe bourgeoise cette honteuse apathie qui l'a faite1 en certain pays1 tendre presque le cou ses gorgeurs4 ,c'est parce que son besoin de justice n'avait pas t satisfait1 et qu'elle ne voyait de recours nulle part1 que1 blesse dans sa conscience intime1 cette classe tait tombe dans l'inertie1 au lieu de se hausser une belle rsistance4 ,comme certains actes publics lui avaient fait perdre toute confiance dans la justice tablie par les lois humaines1 elle ne savait plus que gmir4 ,a quoi bon lutter8 soupirait-elle4 99 99 99 99 99 ,pour satisfaire les consciences indignes et meurtries1 il faudrait que le grand geste du ,christ se renouvelt4 ,mais c'est l'homme cette fois1 qu'en incombera la charge4 ,les forces divines armeront son bras1 mais le coup de verge doit tre donn par lui4 ,comment s'y prendra-t-il8 ,dans tous les pays1 la situation morale des vendeurs se relie au grave problme du travail et des changes et fait partie de l'conomie gnrale du monde4 ,pour rsoudre quitablement ce problme1 le concours des sicles sera ncessaire ou du moins il faudra de longues priodes de temps4 ,ce qu'il est urgent de faire tout de suite1 c'est de dbarrasser les portiques du temple de la cohorte des marchands et marchandes de fume qui les encombrent et les obscurcissent4 ,aucune esprance d'un destin meilleur pour l'homme ne pourra se raliser tant qu'ils y resteront installs1 libres d'offrir et de vendre le nant1 l'essence des fruits de la mer ,morte1 enferme dans leurs bocaux1 flacons et cassolettes et dont les lourdes vapeurs dltres empchent l'air pur de circuler librement et rendent impossible tout dveloppement de vie saine1 de commerce honnte et d'initiative vigoureuse4 ,et jamais il n'y a eu autant de marchands de fume qu'aujourd'hui1 alors qu'aux hommes1 se sont jointes les femmes et que dans chaque tre une ambition est ne4 ,chacun veut avoir boutique sur rue4 ,quand les marchandises relles manquent1 on en vend l'apparence4 ,ce commerce1 qui n'est que fume1 est connu2 tout le monde en a vaguement conscience2 mais1 par une basse connivence1 personne ne dnonce le trafic4 ,les cartons vides continuent porter l'tiquette des stocks absents4 ,c'est surtout dans le domaine moral que la tromperie est facile comme nous le verrons plus tard4 ,en attendant1 regardons les enseignes des boutiques4 ,plusieurs ont des titres suggestifs1 commenons par celui-ci3 ,,chapitre ,,ii ,,les ,,escamoteurs ,examinons si ce que tu promets est juste et possible1 car la promesse est une dette4 7,,confucius47 ,c'est1 bien entendu1 au figur que nous examinerons les livres de ce commerce spcial4 ,ce sont les secrets des prestidigitateurs d'ordre moral qu'il est intressant de pntrer4 ,leur bilan s'explique en peu de mots3 tout individu qui ne se croit pas oblig d'apporter dans les actes moraux de sa vie une parfaite bonne foi n'est1 au fond1 qu'un vulgaire escamoteur4 ,celui-ci ne fait pas disparatre dans son gilet ou dans son chapeau1 les objets les plus htroclites1 tels qu'une poule blanche aux ailes dployes1 des bouteilles de vin cachetes1 des douzaines d'ufs frais pondus1 un perroquet ou un singe6 ,ce ne seraient l que des jeux innocents4 ,ceux de l'escamoteur moral sont1 au contraire1 redoutables1 et l'homme le plus avis russit avec peine se dfendre contre ses tours de passe-passe4 ,car ce malfaiteur sait en gnral revtir des apparences d'honntet et de respectabilit1 et cette faon de donner le change est un des traits caractristiques de son trafic4 99 99 99 99 99 ,les faons de procder de nos escamoteurs varient4 ,l'une des plus communes et des plus banales dans sa brutalit1 est de nier sans vergogne1 au mieux de leurs intrts1 les paroles qu'ils viennent de prononcer l'instant mme1 et qui flottent encore sur leurs lvres4 ,dans la discussion1 ce systme jette l'interlocuteur hors des gonds et provoque chez lui les pires sentiments d'indignation et de colre4 ,tu viens de dire ceci et cela6 ,j'ai des tmoins444--,mais non1 je n'ai rien dit de semblable6 ,pareille impudence ne donne-t-elle pas envie d'craser ceux qui en font preuve entre le pouce et l'index8 ,cette mauvaise foi dans les rponses envenime tous les rapports de famille et d'amiti4 ,elle tue l'amour6 ,dans les affaires publiques1 dans les discussions de profession ou de carrire1 les escamoteurs de la parole troublent les eaux et peuvent provoquer les plus graves conflits4 ,ils donnent assurment aux autres le droit d'exercer leur gard de terribles reprsailles1 mais ils les subissent rarement1 tellement1 semblable une couche de cire paisse1 la lchet encrasse les mes4 99 99 99 99 99 ,les escamoteurs ont donc beau nuire et dtruire1 aucune pnalit ne les atteint jamais4 ,il n'y a pas de recours contre eux2 leurs procds sont pour ainsi dire impalpables4 ,on ne peut les saisir sur le fait ni les convaincre1 car ils manipulent le nant4 ,matriellement1 ils vendent des marchandises frelates2 moralement1 ils escamotent les situations1 les obligations1 les promesses faites1 les engagements pris1 les serments changs4 ,avec un admirable sang-froid1 ils opposent tout reproche des fins de non-recevoir qui dconcertent les plus intelligents et les plus habiles4 ,si1 devant leur vidente mauvaise foi dans les grandes comme dans les petites choses1 quelqu'un s'meut et1 emport par l'indignation1 essaye de frapper leur conscience1 ils chappent avec une dextrit surprenante toute responsabilit4 ,par leur escamotage des faits1 des choses et des paroles1 ils ont ruin les uns1 perdu la rputation des autres1 empch la russite d'un troisime1 en s'attribuant1 ou en attribuant d'indignes protgs1 les mrites qui auraient pu le mettre en valeur4 ,mais naturellement ils nient avoir eu une part quelconque ces dsastres4 ,leurs mains sont si habitues brouiller les cartes qu'ils ne s'aperoivent mme plus de la besogne que leurs doigts accomplissent4 ,a force de jouer toujours avec des ds pips1 quelques-uns trichent presque de bonne foi4 99 99 99 99 99 ,ils volent tout ce qui leur tombe sous la main3 les bons mots des uns1 les penses des autres4 ,dans l'ordre des sentiments1 ils ont galement sur la conscience plus d'un crime4 ,et le pire est qu'ils font cole4 ,on dcore poliment du nom d'habilet et d'adresse leur faon d'escamoter les ralits1 et de leur substituer le mensonge et le nant4 ,comme l'on va chez la tireuse de cartes1 combien de gens vont demander conseil ces vendeurs de fume6 ,ils enseignent brouiller les cartes dans la vie prive ou publique1 ils finissent par tenir boutique ouverte de fraudes4 ,ce sont des gens1 en gnral1 de mdiocre intelligence et de plus mdiocre culture1 et comme ils sont dpourvus de passion1 ils mnent souvent une vie respectable4 ,quelques-uns sont des escamoteurs de naissance1 et je ne sais quelle maladie ou quelle tare de leur esprit les rend incapables d'accepter la responsabilit de leurs actes et de leurs paroles4 ,ils sont les moins dangereux de leur classe2 les pires sont au contraire les escamoteurs qui se sont engags dans la triste phalange par opportunisme1 par envie ou par un besoin cre et violent de diminuer les mrites d'autrui1 afin de donner plus de lustre aux leurs propres4 ,des plagiaires naissent des escamoteurs1 et les uns et les autres se nourrissent de fume6 99 99 99 99 99 ,mais il est impossible de dtruire la vrit4 ,pendant qu'on la nie1 qu'on la dplace ou la transporte1 elle est l1 en face de nous1 et nous regarde4 ,on ne peut effacer cette image de la paroi1 o elle se dtache en lumire2 mieux vaudrait tout de suite1 devant elle1 baisser honteusement la tte4 ,tous les hommes1 mme les plus loyaux1 sont coupables d'avoir1 par bienveillance1 piti1 ou politesse1 altr le vrai4 ,quelques-uns ont fait pire2 ils ont peut-tre menti une fois par intrt personnel1 mais le souvenir de ce mensonge les brle comme un fer rouge4 ,l'un d'eux me disait un jour3 ,je plains les escamoteurs2 ne les jugeons pas trop svrement4 ,pensez1 quelle torture ce doit tre de vivre continuellement dans ce qui n'est pas vrai6 ,c'est comme si l'on ne pouvait jamais poser le pied sur la terre ferme1 si on la sentait perptuellement vaciller sous ses pas4 ,j'tais moins indulgente et je refusais de m'apitoyer1 peut-tre parce que les escamoteurs et les brouilleurs de cartes m'avaient fait souffrir4 ,je leur reproche surtout de faire cole1 au lieu de se limiter excuter de la prestidigitation pour leur propre compte et1 quand ils font les loups1 de prendre une apparence d'agneaux4 ,quelques-uns exercent leur mtier avec tant de dextrit et excutent leurs tours avec une si merveilleuse adresse que les gens ingnus ou simplement peu perspicaces ne s'aperoivent pas qu'ils ont affaire des brouilleurs de cartes4 ,or1 il est temps que les yeux s'ouvrent et que l'on dnonce l'opinion publique ces trafiquants1 car1 parmi les marchands de fume qui dshonorent le temple1 les escamoteurs doivent tre mis en premire ligne2 ils sont les plus nombreux et les plus insinuants4 ,c'est sur leurs paules que le premier coup de verge doit tomber4 99 99 99 99 99 ,l'heure a sonn de dblayer le terrain pour que les mains robustes et fermes puissent accomplir leur uvre de reconstruction4 ,le monde a beaucoup souffert1 en ces dernires annes4 ,pour enfanter l'me nouvelle de l'humanit1 que de curs se rongent d'angoisse1 que d'intelligences s'puisent donner tout ce qu'elles possdent d'nergie vitale1 que d'mes de bonne volont s'efforcent de saisir1 dans le plus secret de leur tre1 la voix de leur subconscient pour qu'il les claire en vue du grand travail de la reconstitution humaine4 ,au lieu de les aider dans leur tche1 comment les hommes de conscience1--il y en a encore1--permettent-ils aux escamoteurs de prendre ceux-ci les cartes des mains pour un jeu qui est celui de la destruction8 ,l'atmosphre que ces misrables crent autour d'eux est si nervante1 si lourde et si dprimante1 qu'elle fait succomber les plus fermes courages4 ,dans les familles1 par exemple1 il suffit d'un seul escamoteur pour gter toute possibilit de bonheur4 ,sa prsence est l'invitation constante au dcouragement1 la dfiance1 l'irritation intrieure1 l'amertume quotidienne4 ,soyons indulgents pour ces pcheurs1 mais pas pour ce pch1 qui est bien le plus laid et le plus vulgaire qui soit6 ,forons les escamoteurs fermer boutique et ne plus dshonorer le portique du temple1 en y projetant leur vilaine ombre4 ,,chapitre ,,iii ,,les ,,faux ,,interpr,,tes ,l',eternel hait le faux tmoin qui dit des mensonges1 ,et celui qui excite des querelles entre frres4 7,proverbes ,,vi-#ag47 ,eux aussi sont des marchands de fume et tiennent boutique ct des escamoteurs et des brouilleurs de cartes4 ,sous le prtexte fallacieux de chercher la vrit1 ils lui substituent le mensonge et le nant4 ,leurs magasins sont fort achalands comme ceux de leurs confrres1 mais on n'y trouve aucune marchandise de bon aloi1 solide et intgrale6 ,ils ont un talage de pure apparence2 au lieu de ralits1 ils offrent sans scrupules les crations de leur fantaisie4 ,on les achte tout de mme1 tellement le faux et l'artificiel satisfont cette antipathie de la vrit dont tant de gens souffrent6 ,certains naissent avec l'esprit fait de telle sorte qu'ils prouvent le besoin d'embrouiller les choses les plus claires et de voir des piges derrire tout ce qui frappe leur regard ou leur oue4 ,si un homme se jette la rivire pour sauver un enfant qui se noie1 vite les faux interprtes cherchent son acte gnreux un motif secret et parfois honteux4 ,et quand on applaudit devant eux cette action courageuse1 ils ricanent ou prennent un air profond comme s'ils taient au courant de mystrieuses menes que les autres ignorent1 alors qu'au fond ils ne savent absolument rien de spcial6 ,mais ils sont gens d'imagination1 et ceux qui manquent de cette facult1--et combien de personnes ne possdent mme pas une tincelle de ce don divin6--les recherchent pour se renseigner1 pour apprendre leur cole l'art de tout dnigrer et de trouver aux faits les plus simples une explication tortueuse4 ,cela devient vite un systme que l'on applique ensuite toutes les grandes et les petites choses de l'existence humaine1 causant ainsi d'infinies souffrances4 ,sans l'intervention des faux interprtes1 ces souffrances spciales que nous allons examiner existeraient quand mme1 car nous sommes tous momentanment capables de nous tromper dans nos jugements1 mais elles demeureraient exceptionnelles1 tandis qu'avec les boutiques ouvertes des faux interprtes1 il n'est gure de fait ou de sentiment qui soit accept aujourd'hui avec simplicit et bonne foi4 ,pour les hommes sincres et gnreux1 le fait d'tre mconnu reprsente une douleur intolrable qui obscurcit pour eux la beaut des jours clairs et qui les blesse dans leur intimit profonde4 ,aucun tat social1 pour merveilleusement organis qu'il soit1 ne protgera jamais l'homme contre les jugements de son frre ou de son voisin4 ,ce sont l des dsagrments invitables2 mais en interdisant les pratiques auxquelles se livrent les faux interprtes1 empchant ceux-ci de faire mtier de mdisance1 en frappant leur commerce de taxes morales considrables1 on mettra peut-tre un frein la dtestable propagande qu'ils font par leurs perfides et insinuantes manuvres4 99 99 99 99 99 ,mais il en est de ceci comme de toutes les autres preuves auxquelles l'homme est soumis3 c'est en lui-mme qu'il doit trouver ses meilleures et plus efficaces armes de dfense4 ,il faut qu'il s'efforce de diminuer sa sensibilit l'gard des fausses interprtations4 ,quelques individualits ont dj russi liminer ou1 du moins1 attnuer ce genre de souffrance4 ,quand on attribue leurs actions des motifs sublimes1 elles sourient1 sachant que leurs mobiles ont t mdiocres2 elles sourient galement lorsqu'elles entendent attribuer leurs meilleures intentions des calculs mesquins et perfides4 ,ces personnes ont cess de protester3 elles acceptent1 se rsignent et finissent par devenir presque insensibles au fait d'tre mconnues4 ,et comme elles croient une justice immanente1 elles prouvent presque plus de honte recevoir des loges immrits qu' tre accuses des pires intentions4 ,ce sont l des natures fortes et fires1 bien qu'un peu froides peut-tre4 ,d'autres1 au contraire1 continuent se ronger le cur quand elles ne se sentent pas comprises et que leurs actes et leurs motifs sont faussement interprts4 ,leur sensibilit s'exaspre2 elles protestent1 se plaignent1 se dfendent1 essayent de remettre les choses au point1 sans y russir3 elles oublient que de telles plaies ne gurissent que d'elles-mmes1 et avec l'aide toute puissante du temps4 99 99 99 99 99 ,certains esprits soutiennent qu'il est prfrable de protester immdiatement contre les insinuations mdisantes3 ils ont pour thorie que les lgendes une fois formes1 il est excessivement difficile de les dtruire2 il faut donc1 d'aprs eux1 avoir toujours l'oreille tendue1 et1 au plus petit indice suspect1 arborer son drapeau et mettre flamberge au vent4 ,cette mthode rend la vie trs fatigante1 et1 la plupart du temps1 ne sert rien4 ,il faudrait pouvoir remonter la source secrte d'o proviennent les fausses interprtations4 ,sans parler des professionnels qui les rpandent et que nous avons dnoncs1 elles prennent naissance dans tous les milieux1 et1 si l'on cherche bien1 on voit qu'un sentiment de rancune1 d'envie1 ou d'ambition frustre les inspire presque toujours4 ,elles naissent aussi d'un manque de clairvoyance et sont souvent filles de l'ignorance4 ,rien n'est plus rare1 du reste1 que la perspicacit1 dans notre socit moderne4 ,c'est mme l un point sur lequel je devrai revenir frquemment dans cette tude1 car il mrite d'attirer l'attention1 tant donn le dveloppement que le besoin d'analyse a pris dans tous les esprits modernes4 ,cette singulire lacune est-elle imputable la vie tumultueuse du ,,xx sicle1 o le temps d'observer1 de rflchir et de raisonner manque absolument8 ,quelle qu'en soit l'origine1 le fait existe et doit tre tudi1 car il dsarme l'homme devant les vnements et les pripties de la vie4 ,on peut remplacer la perspicacit par l'intuition1 mais c'est un don rare et personnel et non une vraie science1 mise la porte de tous et qu'on puisse acqurir4 ,lorsqu'on possde ce don1 on peut le dvelopper par une constante communion avec les forces qui dirigent l'univers4 ,et nous voyons toujours le mme mystrieux phnomne se rpter3 c'est celui qui a beaucoup reu1 qu'il est donn davantage4 ,cette promesse sent le privilge1 et beaucoup d'esprits troits se rebellent contre elle4 ,or1 l'troitesse de l'esprit est une forteresse inexpugnable1 une montagne toute en saillie1 une paroi unie et lisse qu'aucun pied1 pour agile qu'il soit1 ne parvient gravir4 99 99 99 99 99 ,l'obstination des sots est irrductible et1 contre les gens borns1 il n'y a pas de recours possible2 c'est pour cela que1 si souvent1 on voit ces derniers occuper de hautes situations1 l'tonnement et l'indignation gnrales4 ,il faut aborder ici un point dlicat1 car il soulve un grave problme3 jusqu' quel point les gens inintelligents1 ou qui manquent de perspicacit peuvent-ils tre tenus pour responsables du mal qu'ils font et des douleurs qu'ils causent8 ,on peut affirmer1 en tout cas1 qu'il n'y a pas de bonnes btes1 comme on le prtend quelquefois1 la bont1 sous toutes ses formes1 tant toujours une preuve d'intelligence4 ,dans le cas spcial de la propagation des fausses interprtations1 les sots tiennent le record1 d'abord parce que1 manquant de bon sens et ayant des capacits limites1 il leur arrive souvent de ne pas comprendre et de ne pas savoir discerner la ralit des sentiments et des intentions2 ils se trompent1 par consquent1 plus souvent que d'autres2 et de plus1 tant dpourvus d'ides personnelles1 ils se laissent facilement garer par les faux interprtes4 ,on peut donc affirmer sans dmenti possible1 que les cerveaux troits sont d'mrites faiseurs de peines4 ,on me rpondra qu'on ne devrait attacher aucune valeur leurs fausses interprtations4 ,c'est vrai1 et1 en effet1 s'ils nous sont indiffrents1 nous parvenons aisment ne pas sentir l'charde qu'ils ont plante dans notre chair4 ,nous haussons les paules1 et nous en remettons au temps et la justice finale des choses4 ,mais lorsque des jugements hasards1 blessants et faux1 sortent de bouches aimes1--car nous aimons les gens pour une foule de raisons complexes o l'intelligence n'entre souvent pour rien1--toute parole prend une valeur1 tout jugement erron blesse nos sentiments intimes1 et est crateur de griefs4 ,nous ne pouvons hausser les paules1 ni rpondre par un fier silence1 ou un frivole je m'en moque leurs paroles malencontreuses1 puisque ces fausses interprtations1 partant de lvres chries1 mettent en pril nos pauvres bonheurs4 99 99 99 99 99 ,la famille1 l'amour1 l'amiti1 au lieu d'tre1 comme on le voudrait1 des forteresses inaccessibles sont1 parfois1 pour les fausses interprtations1 d'admirables champs de culture o celles-ci fauchent tout ce qui1 pour un cur sensible1 reprsente la douceur de vivre4 ,on voit souvent dans les familles un mconnu1 contre lequel les autres se liguent1 et il arrive que ce mconnu est le plus intelligent1 le plus gnreux et le plus large d'esprit de tous4 ,une lgende se forme autour du malheureux et1 sortant du cercle familial1 elle se rpand mme au dehors4 ,de trs hautes personnalits ont connu des msaventures morales de ce genre4 ,un des grands hommes d'tat de notre poque1 le comte de ,cavour1 fait allusion dans son journal intime une situation semblable4 ,dans sa jeunesse1 ses parents le tenaient un peu l'cart1 et lorsqu'on discutait certaines questions de famille1 on baissait la voix son approche parce qu'on n'avait pas confiance dans son jugement6444 ,il en souffrit1 tout en se sentant dj1 sans doute1 suprieur ceux qui le mconnaissaient4 ,oh6 ces voix qui se baissent notre approche1 ou qui soudain se taisent1 quel symptme non quivoque de dnigrement elles sont pour nous6 ,nous en recevons un petit choc au cur1 et le sentiment de solidarit qui fait la chaleur et le parfum des rapports de famille1 en est diminu2 le fruit a dsormais perdu son duvet et sa bonne saveur4 99 99 99 99 99 ,parfois1 c'est l'amiti qui nous rserve cette preuve4 ,les amis qui devraient nous connatre le mieux1 qui nous sont unis par des liens de choix1 interprtent mal nos actions ou acceptent sans hsiter les intentions que nos adversaires nous attribuent4 ,on n'a pas toujours d'ennemis au sens le plus grave du mot1 mais chacun a des adversaires disposs dfigurer les motifs qui guident nos actes4 ,les amis qui se montrent prts accepter les fausses interprtations suggres par nos adversaires1 commettent dj une dloyaut2 mais quand c'est d'eux-mmes et spontanment qu'ils nous mconnaissent1 le mot trahison vient tout naturellement nos lvres4 ,pour nou1 le paysage se dcolore1 la lumire s'teint1 la joie de l'amiti disparat3 nous les aimerons encore1 peut-tre1 les amis infidles1 mais ce ne sera plus que d'une faon grise et banale4 ,une flure s'est produite au plus profond du cur4 99 99 99 99 99 ,en amour1 les blessures sont plus irrmdiables encore2--et1 par amour1 je n'entends pas seulement celui qui lie les hommes aux femmes1 mais aussi ces affections de famille ou d'amiti1 si troites et profondes qu'elles ont toute l'ardeur de l'amour4 ,en de pareils liens1 la fausse interprtation fait l'effet d'un coup de couteau en plein cur4 ,elle cre des griefs qui lvent peu peu1 entre ceux qui s'aimaient1 des barrires1 qui ne semblent d'abord rien et dont les effets sont formidables4 ,le seul fait de voir leurs motifs mconnus par l'un de ces tres chris1 suffit ternir1 chez les natures dlicates1 l'image de celui ou de celle qu'elles avaient1 dans leur me1 plac sur un autel4 ,les poux1 les amants croient avoir droit sous ce rapport un traitement spcial1 et ils sont singulirement stricts sur ce point particulier4 ,trop indulgents aux mensonges1 la duplicit1 la ruse quand elles sont appliques autrui1 ils ne consentent pas les excuser vis--vis d'eux-mmes4 ,que la coupable soit mre1 sur1 pouse1 fille1 amante1 amie1 ils ne lui pardonnent jamais une fausse interprtation de leurs actes4 ,je connais le cas d'un fils qui1 adorant sa mre1 s'aperut un jour qu'elle avait attribu des motifs errons quelques-uns de ses actes4 ,leur intimit se rompit1 et il fallut des annes pour la rtablir4 ,et ce triste phnomne s'est reproduit souvent dans d'autres relations4 ,que de bonheurs ont t dtruits par de fausses interprtations non pardonnes et qui entranaient leur suite beaucoup de douleurs inutiles1 puisqu'elles taient bases sur de la fume1 c'est--dire sur l'inexistant4 ,c'est l une source de souffrance dont l'humanit doit tre dlivre4 ,le remde est dans l'homme lui-mme4 ,quand il aura refait son ducation1 il russira matriser cette sensibilit spciale4 ,c'est une science nouvelle qu'il doit apprendre et qui reprsentera une partie essentielle de sa reconstruction morale4 ,pour lui faciliter sa tche1 il faut que tous les hommes de bonne volont dnoncent les faux interprtes partout o ils les dcouvrent1 afin de ne plus permettre leur ombre de s'tendre sous les portiques du temple1 ni leurs mains de lcher l'essaim pestilentiel des insectes venimeux que leurs bocaux contiennent1 et qui ont nom3 dfiances1 doutes1 soupons1 calomnies1 brouillards1 vapeurs1 fume1 poussire et cendres6 ,,chapitre ,,iv ,,les ,,faux ,,juges ,l'ternel a horreur des yeux hautains et des langues menteuses4 7,proverbes ,,vi-#i47 ,la boutique o sigent les faux juges a une apparence plus convenable et plus noble que celle des autres dbitants de fume4 ,les crieurs chargs d'attirer les chalands ont la voix moins aigu1 les gestes moins canailles que ceux des baraques voisines4 ,une sorte de solennit prside l'arrangement de l'ensemble des choses4 ,les magistrats improviss se font un visage grave1 ils parlent avec une hypocrite mesure1 pincent les lvres1 froncent les sourcils1 comme si1 avant d'mettre une sentence1 ils en pesaient soigneusement la porte4 ,dans leur attitude1 il y a quelque chose qui inspire confiance1 non seulement aux ingnus et aux hommes inexpriments1 mais mme ceux qui connaissent fond la vie et n'ont pas l'habitude de s'en tenir aux apparences4 ,pntrs d'une illusoire confiance1 quelques-uns vont mme1 dans les cas dlicats1 prendre conseil des faux juges1 ce qui augmente le prestige de ceux-ci auprs des faibles1 des sots1 des incertains4 ,le manque de clairvoyance ou de bon sens de gens rputs sages et forts1 peut avoir des consquences d'une incalculable importance4 ,a leur suite1 le public se rend chez les faux juges1 les coute et1 ensuite1 malicieusement ou maladroitement1 rpand leurs sentences dans le monde4 ,en gnral1 celles-ci dfigurent la vrit2 elles condamnent les actes droits et sincres1 pour donner des loges ceux sur qui1 au contraire1 il faudrait passer condamnation pour leur gosme1 leur vanit1 leur bassesse4 ,il suffit d'tre dou d'un peu de bon sens et de perspicacit pour faire ce propos d'tranges rflexions4 ,mais ce n'est pas dans leur boutique que ces marchands de fausse justice accomplissent leur pire besogne4 ,ils ne demeurent pas longtemps leur tribunal1 car cela les ennuie de siger avec apparat2 ils prfrent se rpandre au dehors et rendre leurs sentences pdantes et bornes devant un auditoire plus vari4 ,les paroles prononces la face du monde volent1 se dispersent et ont plus de chances de trouver un terrain o germer4 ,j'ai connu quelques-uns de ces faux juges1 tous ,pharisiens de race1 d'ducation et d'instinct4 ,je les ai vus ourdir des conspirations contre ceux de leurs prochains1 dont la prsence dans la vie les contrariait1 les gnait444 ,d'un air de suprme sagesse1 ils commenaient par s'indigner fond contre ces malheureux pour arriver ensuite1 sans une preuve en main1 porter contre eux une sentence dfinitive4 ,souvent leur manuvre tait grotesque et nulle comme rsultat positif1 mais tout de mme un peu de mal tait fait6 ,si le nombre et la prsomption de ces faux juges devaient s'accrotre1 le sentiment de la scurit disparatrait des curs1 et les courages vacilleraient1 car il ne servirait plus rien d'viter avec soin toutes les causes de conflits avec la justice1 puisque1 hors des tribunaux et de tout l'appareil lgal1 des hommes et des femmes s'improvisent prsidents d'appel ou d'assises et osent formuler des arrts qui peuvent dtruire ou fltrir les rputations4 ,les femmes1 plus encore que les hommes1 se complaisent dans cette besogne extra-lgale4 ,ne pouvant rendre publiquement la justice1 elles en adorent le simulacre1 et il faut les entendre dcider et trancher sur tout4 ,l'ascension de la dmocratie a prouv qu'il y avait un despote en tout homme et en toute femme galement4 ,celles-ci refusent de fatiguer leurs mninges1 n'tudient pas1 ne creusent pas les textes3 cela riderait leur front et jaunirait leur teint444 ,elles ne se soucient pas de recueillir des preuves1 elles ne tiennent compte ni des circonstances1 ni des atavismes4 ,une impression fcheuse1 une rancune1 un dpit1 suffisent les dcider dans un sens ou dans l'autre4 ,le lit de justice o elles talent leurs robes1 n'est1 pour elles1 qu'un terrain de jeux1 et elles n'prouvent aucun besoin d'claircir leurs ides4 ,il ne s'agit que de fume1 dira-t-on2 mais il y a des fumes lourdes de miasmes mortels4 99 99 99 99 99 ,les faux juges des deux sexes1 hors de leur boutique du temple1 travaillent sparment4 ,ils se divisent la besogne3 ce sont1 en gnral1 des gens prtentieux et borns d'esprit1 qui se prennent au srieux et se croient eux-mmes infiniment intelligents4 ,parfois1 ces francs-tireurs prouvent le dsir de se runir4 ,quel aropage6 ,malheur aux ,phryns1 mme trs vtues1 qui oseraient s'y prsenter6 ,les sentences qu'on y rend sont de celles que le tribunal des ,animaux1 qui condamnrent l',ane dans la fable de ,la ,fontaine1 n'aurait pas dsavoues6 ,j'ai toujours estim que la profession de juge tait l'une des plus lourdes pour la conscience1 et il m'a toujours paru inou que1 sans y tre forc par serment1 quelqu'un veuille de son plein gr1 assumer cette tche1 usurper cette place444 ,ces juges improviss ne regardent donc jamais en eux-mmes8 ,c'est un phnomne assez curieux de l'me humaine que cet auto-aveuglement4 ,plus on jette les yeux autour de soi1 plus on se rend compte que le vrai est ce dont l'homme se soucie le moins6 ,ceux mme qui auraient voulu dcrocher les toiles du ciel et arrter sur les lvres la vieille chanson qu'on chantait auprs des berceaux et des tombes1 ne sont pas plus ralistes que les autres6 ,eux aussi sont des acheteurs et des vendeurs de fume4 99 99 99 99 99 ,pour en revenir aux faux juges1 dont les sentences courent le monde1 dtruisent la confiance et empchent le dveloppement des meilleures initiatives1 comment leur donner la chasse et les anantir8 ,les mitrailleuses elles-mmes seraient impuissantes1 contre leurs dcisions1 car elles ne frappent pas dans le vide444 ,seul un geste divin pourrait les faire disparatre dans ces cavernes de sable mouvant et sans fond1 o l'enlisement ternel attend tout ce qui1 en ce monde1 a t mensonge et fume4 ,,chapitre ,v ,,les ,,bluffeurs ,le mensonge est l'avilissement1 en quelque sorte l'anantissement de la dignit humaine4 7,,kant47 ,il est impossible de quitter les marchands de fume1 sans dire un mot des bluffeurs1 malgr la vulgarit rebutante du mot et de la chose4 ,aujourd'hui leur dgradant moyen d'action s'est tellement rpandu que le nom bluff a t adopt dans toutes les langues et qu'il est compris et appliqu dans tous les pays4 ,fils du ,nouveau ,monde1 il a acquis maintenant droit de cit partout4 ,on se sert couramment du mot et de la chose4 ,quel infect bluffeur1 nous crierons-nous1 si celui auquel l'adjectif s'applique a ls nos intrts4 ,et d'autre part1 nous rions en disant un ami3 ,avez-vous fini de bluffer8 ,cette faon clectique d'employer le vocable est symptmatique4 ,le bluff peut mener en cour d'assises1 mais1 quand il ne s'applique qu'aux petits intrts de la vie1 on en plaisante agrablement1 ce qui est un tort1 car le fond de la chose est le mme4 ,le fait de reconnatre1 dans une mesure quelconque1 qu'on a le droit de bluffer est la condamnation de toute socit bien organise4 ,les escamoteurs1 les brouilleurs de cartes1 les faux interprtes et les faux juges empchent la reconstruction morale du monde1 mais le bluff permis1 reconnu1 protg1 jette un tel dsarroi dans les consciences1 que1 l'admettre1 quivaut sonner le glas de la socit humaine4 ,si le ,fils de l'homme et de ,dieu a chass1 il y a presque vingt sicles1 les trafiquants du temple1 qu'aurait-il dit de cette plaie du bluff qui1 semblable une lpre hideuse s'tend aujourd'hui sur le monde8 ,pour la laver il n'y a que les tangs de feu dont le vieillard de ,patmos parle dans l',apocalypse4 ,n des plus basses passions et synonyme d'un esprit de tromperie froide et calcule1 le bluff n'est pas simplement de la fume1 mais une vapeur dltre qui empoisonne toutes les sources de l'activit humaine4 ,que n'a-t-on pas dit des poisons des ,borgia6 ,certes1 leur emploi avait des inconvnients et ceux qui les ingurgitaient passaient un mauvais quart d'heure1 mais ,sinigaglia mme les victimes ne furent que trente ou quarante4 ,les grandes plaies sociales actuelles font un nombre bien plus considrable de victimes4 ,,chapitre ,,vi ,,lanceuses ,,de ,,bulles ,,de ,,savon ,si le mirage de la ,fata ,morgana faisait naufrager les navigateurs1 que d'esprances les bulles de savon ont cres et dtruites dans le cur des hommes6 79999997 ,y a-t-il rien de plus charmant qu'une bulle de savon8 ,ces boules fluides1 lgres1 irises qui s'lancent joyeusement dans l'air ont un charme particulier2 et1 en y rflchissant1 on peut leur trouver une signification profonde4 ,aujourd'hui pourtant les enfants ne s'amusent plus gure ce jeu4 ,mais il y a toujours des bulles d'air dont les gens font commerce6 ,quand les ralits manquent1 il faut bien vendre quelque chose pour attirer l'attention4 ,ces boutiques-l devraient tre impitoyablement fermes4 ,j'en connais qui ont des vendeuses charmantes et mme bien intentionnes4 ,je regrette de les citer dans les chapitres consacrs aux escamoteurs et aux bluffeurs1 mais comment ne pas parler d'elles dans cette nomenclature des commerants de fume8 ,leur trafic est dangereux1 non parce qu'il fait directement du mal1 mais parce qu'il engendre le dsappointement et dtruit la confiance4 ,quand on a vu plusieurs bulles de savon se crever dans l'air1 on est moins dispos couter la voix des propagandistes qui disent3 ,marchez1 suivez telle route--vous arriverez tel but444 ,leurs accents les plus persuasifs et les plus loquents ont cess d'veiller l'esprance1 d'exciter les bonnes volonts3 ,poussire1 sable1 fume6 murmure la voix de l'exprience4 ,il sera un peu triste de voir disparatre ces jolies bulles1 faiseuses d'illusions2 mais si l'on veut srieusement reconstruire le monde1 celles qui les vendent doivent1 elles aussi1 disparatre du portique du temple4 ,disons-leur cependant un adieu un peu attendri1 car si elles ont parfois bluff pour des motifs personnels1 elles l'ont fait1 souvent1 pour essayer d'allger la souffrance humaine et pour stimuler la bonne volont des hommes4 ,,troisi,,me ,,partie ,les ,problmes de l'heure4 ,ces problmes sont nombreux et il en est qui correspondent toutes les cordes puissantes qui font vibrer l'me des hommes2 leur liste pourrait reprsenter la lyre entire de l'existence humaine1 mais aujourd'hui je me bornerai aborder trois d'entre eux3 la ,famille1 l'ducation1 la ,femme1 laissant de ct1 pour l'instant1 le plus important de tous3 celui de la vie intrieure6 ,,chapitre ,,premier ,,une ,,condamn,e ,a ,,mort ,,qui ,d,,fie ,,la ,,mort ,la famille est la patrie du cur4 7,,joseph ,,mazzini47 ,avant la guerre1 pendant la guerre1 et aprs la guerre1 les prophtes ont entonn le ,de ,profundis de l'institution familiale4 ,on avait invent mieux que cela1 et1 dsormais1 chacun se considrant plus ou moins comme fils du hasard1 voudrait vivre sa vie en pleine libert1 sans attaches gnantes1 sans traditions encombrantes1 sans obligations nervantes4 ,la plante humaine devait pouvoir fleurir face au soleil1 libre de toute entrave6 ,quel besoin a-t-on encore d'une famille et d'un home1 puisqu'il y a les htels1 les restaurants1 les cafs1 les cercles1 et mille lieux de divertissements o l'on peut passer la fin des aprs-midi et les soires8 ,les femmes tant heureusement devenues moins dpendantes1 peuvent vivre leur vie1 et n'ont plus besoin de protecteur pour participer aux diffrentes manifestations de l'existence4 ,pourquoi donc les hommes1 tant donn cet tat de choses1 devraient-ils continuer assumer des charges qui ont cess d'tre obligatoires8 ,et les enfants8 demandions-nous4 ,a cette demande timide1 on rpondait3 ,l'tat pourvoira leur ducation4 ,j'ai toujours cout dvelopper ces thories sans m'mouvoir1 parce que je n'ai jamais cru qu'on pt les mettre en pratique1 et ce qui se passe aujourd'hui me donne raison4 ,si la disparition de la famille tait si proche1 on ne verrait pas le nombre des mariages augmenter dans toutes les classes4 ,la facilit et le chiffre croissant des divorces1 ne suffit pas expliquer ce phnomne matrimonial4 ,le besoin de se crer une famille est devenu si prpondrant chez les hommes1 depuis le formidable conflit auquel ils ont pris part1 que plusieurs se permettent des mariages imprudents qu'ils n'auraient pas conclus auparavant4 ,on voit des jeunes gens accepter1 d'un commun accord1 la perspective d'une existence modeste et laborieuse4 ,l'homme a videmment t travaill dans les profondeurs de son tre par la souffrance1 les anxits1 les angoisses de la guerre1 et il a senti la tristesse de la solitude avec une acuit extraordinaire4 ,c'est le besoin obscur de se rattacher quelque chose de fixe1 de stable1 et lui appartenant en propre1 qui est le principal motif de l'accroissement des mariages4 ,les dceptions1 cependant1 ont t grandes au retour de la terrible campagne2 plusieurs s'taient figur que1 rentrs au foyer1 ils y occuperaient la place d'une sorte d'idole domestique1 et que le culte de l'hrosme fleurirait dans toutes les demeures4 ,hlas6 la dsillusion fut rapide4 ,en outre1 un changement trange s'tait accompli dans l'me des pouses1 des fiances ou de celles qui pouvaient le devenir4 ,elles s'taient mancipes1 elles n'attendaient plus uniquement de l'poux le droit de vivre et d'affirmer leur personnalit4 ,ces surprises auraient d logiquement mettre les hommes en garde contre le mariage4 ,or c'est l'illogisme qui a triomph1 et pourquoi a-t-il triomph8 ,parce qu'il y a1 dans la nature et dans l'individu1 des forces plus puissantes que tous les raisonnements1 les doctrines et les thories4 ,il suffira toujours d'un homme et d'une femme qui s'aiment prs d'un berceau1 pour reconstituer la famille1 mme si l'on tait parvenu la dissoudre lgalement4 99 99 99 99 99 ,la famille possde1 du reste1 en elle-mme d'autres sources de vie qui la feront ternellement subsister4 ,celle o s'alimente1 en certains pays1 l'attachement des fils pour leur mre est inpuisable4 ,je dis des fils spcialement1 car1 entre les filles et les mres1 des lments d'aigreur entrent parfois en jeu1 qui dnaturent la douceur des liens naturels4 ,la force de l'attachement des fils pour leur mre s'est rvle extraordinaire pendant la guerre4 ,mes observations se sont1 d'une manire gnrale1 limites l',italie et la ,france1 et je pourrais crire un livre sur ce que j'ai vu et entendu ce sujet4 ,en ,italie1 le fils du peuple1 le paysan en particulier1 est aveuglment attach sa mre2 c'est son image qui lui apparat l'heure du danger et l'heure de la mort6 ,s'il se marie tant aujourd'hui1 c'est surtout pour constituer une famille1 pouss par le besoin inconscient de rendre possible d'autres l'affection qui a fait le fond de sa propre vie4 ,une femme de cur1 dont la mission consistait fournir aux familles les nouvelles des soldats qui se trouvaient au front1 me disait pendant la guerre3 ,rien qu' la faon dont elles ouvrent la bouche1 je reconnais les mres6 ,les pouses1 les fiances ont une autre faon de remuer les lvres4 ,et quelle diffrence dans leur expression de visage1 tandis qu'elles attendent le verdict qu'elles sont venues implorer4 ,chez les races o le lien entre la mre et le fils est si extraordinairement fort1 l'avenir de la famille est assur1 et les thories dont on mne tant de bruit ne l'entameront jamais4 ,toutes les mres1 peut-tre1 ne mritent pas cet attachement profond2 en ce cas il se dverse sur celle ou celui qui la remplace1 sur le pre1 il vecchio1 ou sur quelque autre membre de la famille dans les veines duquel les jeunes gens sentent courir le mme sang4 ,cette question du sang et de la perptuit de la race a une norme importance chez les latins4 ,leur synthse sentimentale embrasse avant tout les ascendants et les descendants4 ,les thories subversives sur la famille taient entres en circulation longtemps avant la guerre et avaient fait en somme si peu de chemin dans le monde1 que le cri des soldats mourants1 aux heures suprmes o l'on ne ment pas1 a t toujours le mme3 ,maman6 ,maman6 99 99 99 99 99 ,aujourd'hui1 aprs la formidable preuve1 o tant de passions primitives se sont dchanes1 o la violence a cess de rpugner1 o la frocit atavique s'est rvle puissante encore1 o les instincts brutaux ont sembl reparatre la surface1 quoi pensent ces soldats que la mort a pargns8 ,a se crer une famille6 ,il serait enfantin et un peu puril de croire que tous ces jeunes maris sont conscients de l'acte qu'ils accomplissent4 ,un ensemble de circonstances complexes est la base de ces nombreuses unions1 mais on ne peut mconnatre qu'une force obscure1 mystrieuse et puissante1 pousse les hommes les conclure3 celle de la perptuit de la race1 c'est--dire de la continuation de la famille6 ,je dis les hommes1 car1 apparemment1 ce sont eux qui choisissent leur compagne et portent la parole pour la conclusion de l'alliance4 ,et d'autre part les femmes1 pour dcides qu'elles soient1 comme la ,nora d',ibsen1 vivre leur vie et secouer toute dpendance1 ont encore1 pour peu qu'elles aient une ombre de bon sens1 un intrt vital ce que l'institution familiale ne soit pas dtruite4 ,celle-ci est un peu pour elles comme une assurance sur la vie4 ,donc1 malgr ce qui se passe la surface et fait lever tant de gens les bras au ciel avec de grands gestes dsesprs1 une ralit s'impose3 sous la surface1 des forces travaillent qui assurent la perptuit des traditions4 ,d'ailleurs1 la famille se rattache si troitement l'ide de patrie1 qu'il serait difficile de maintenir le prestige de l'une sans l'existence de l'autre4 ,et toutes deux ont besoin1 pour subsister1 de l'ide religieuse de la sanction divine1 qui leur confre le droit d'exiger des sacrifices444 ,maintenir l'intgrit de l'une1 c'est assurer le respect de l'autre dans l'me humaine4 ,les pays o tout semble avoir sombr dans le nant1 sont ceux o la famille1 la patrie et la religion ont t dcouronnes et brutalement dpouilles de leurs privilges et de leurs droits4 ,cette vrit s'impose tous les esprits et toutes les consciences qu'une vague de dmence n'a pas encore submergs4 ,pour peu que l'on regarde attentivement sous la surface des mots1 et que l'on ne se contente pas de leur simple assemblage1 on voit que l'institution de la famille reprsente non seulement l'avenir qu'il faut assurer1 mais encore une arme de dfense sociale dont il serait insens de se priver4 ,pourquoi tant de ligues1 de syndicats1 et ce retour aux corporations du moyen ge8 ,simplement parce que l'homme moderne se sent dsesprment seul4 ,c'est l1 je le crois1 la vraie explication de ce mouvement gnral vers le groupement4 ,le sentiment des droits qu'on possde1 artificiellement veill et surchauff1 y a eu bien moins de part que la sensation horrible de l'isolement4 ,chacun a regard avec dsarroi autour de soi4 ,alors les mains se sont jointes et1 bientt1 on n'a plus vu que des assemblages4 ,l'individu a disparu dans le groupement4 ,je n'ai pas l'intention de discuter dans ces pages l'histoire de cette volution1 ni le bien et le mal qu'elle a pu faire ou qu'elle fera2 ce serait sortir de mon cadre4 ,je constate simplement un fait4 ,en ce qui concerne sa profession ou son mtier1 l'homme1 en effet1 a cess d'tre seul1 il n'est plus forc de combattre isolment4 ,si1 d'un ct1 il aline sa libert de pense et d'action1 de l'autre il se sent soutenu par ses camarades dans toutes les questions de salaires1 d'horaires1 de droits444 ,mais en tant qu'tre humain1 il reste1 au fond1 plus seul qu'auparavant1 parce que les luttes de classe ont aviv les haines latentes1 et que l'on vit aujourd'hui dans une atmosphre d'hostilit gnrale qui rend l'existence insupportable4 ,si la famille lui manquait pour se retremper dans un milieu d'affection et de chaleur1 que resterait-il l'homme8 ,des camarades de combat et quelques vulgaires contacts passagers6 ,son sort deviendrait de plus en plus triste1 et il finirait par regretter l'poque o il pouvait se considrer bon droit comme une espce de victime sociale1 soit qu'il ft paysan1 ouvrier1 employ ou qu'il et choisi une profession librale4 99 99 99 99 99 ,la famille doit tre avant tout1 selon la tradition des sicles1 le centre o le travailleur vient reprendre haleine un instant pour affronter ensuite d'autres besognes et d'autres luttes2 en ce sens1 elle reprsente dj un grand bnfice social4 ,mais un autre point de vue elle mrite encore d'tre prise en considration par les moralistes et les sociologues1 car elle peut offrir la solution partielle de certaines questions redoutables qui se posent aujourd'hui tous les esprits raisonnables et rflchis4 ,il serait superflu d'insister ce propos sur les dsastreux effets de la vie chre et sur les difficults des services publics et privs4 ,autrefois1 pourvu qu'on y mt le prix1 on trouvait tout sous la main1 on tait servi au doigt et l'il 7je ne parle pas seulement des gens de maison1 mais du service des magasins1 des tablissements privs et publics1 des moyens de communication1 etc474 ,aujourd'hui1 tout est singulirement chang4 ,l'homme qui se trouve seul devant les difficults de la vie quotidienne passe parfois par des moments critiques et se trouve souvent fort embarrass s'il doit faire face aux obligations quotidiennes de l'existence4 ,il ne suffit mme pas toujours d'tre deux pour rsoudre ces difficults1 d'autant plus que les gens du dehors sont devenus forcment moins obligeants vis--vis de ceux qui les appellent l'aide4 ,il serait injuste de leur en faire un grief3 la journe est devenue si laborieuse pour chacun qu'on ne parvient pas toujours en distraire une minute pour porter secours au prochain6 ,a qui s'adresser dans les moments de dsarroi et de dtresse8 ,a la famille6 ,c'est encore le plus sr secours2 mais si vous en avez dnou les liens1 comme vous en avez soigneusement divis les intrts1 rpondra-t-elle comme autrefois votre appel8 ,mettra-t-elle le mme zle accourir au premier cri de dtresse8 ,admettez que ses membres vivent aux deux extrmits d'une ville1 avec la difficult actuelle des communications et si l'habitude des changes d'ides et de sentiments est perdue entre eux1 comment feront-ils pour se joindre et se prter un mutuel appui8 ,ces difficults1 ces besoins d'aide ne se font pas sentir peut-tre dans les familles des grands privilgis de la fortune1 sauf dans les cas de maladie et de malheur4 ,mais les grands privilgis ne reprsentent qu'une petite partie de la socit humaine4 ,c'est la majorit de la classe bourgeoise qui souffre des inconvnients de la vie moderne1 sans parler de la classe populaire qui1 malgr la croissante augmentation des salaires1 connat des embarras analogues4 99 99 99 99 99 ,il est videmment difficile de revenir la vie patriarcale qui faisait vivre les jeunes mnages sous le toit des chefs de famille4 ,cependant1 tant donne la pnurie actuelle des logements1 cela aurait bien des avantages1 d'autant plus qu'un mnage de douze personnes tant relativement beaucoup moins coteux qu'un mnage de deux1 trois ou mme quatre bouches1 la crise conomique en serait peut-tre adoucie4 ,mais c'est un autre point de vue1 d'un intrt suprieur1 que la question demande tre tudie1 celui de l'entr'aide morale et sociale4 ,la crise du service est1 dans tous les pays1 fort grave4 ,que dire de celle des gouvernantes et des simples bonnes8 ,lorsque la mre de famille1 de condition modeste ou simplement aise1 quitte son logis1 soit pour son travail1 soit pour ses obligations sociales1 soit pour les emplettes indispensables1 dans quelles mains va-t-elle laisser dsormais ses enfants8 ,s'ils sont petits1 le problme se pose trs nettement et de faon simpliste3 il faut ou les abandonner1 ce qui est un danger1 ou les remettre aux soins d'une femme de mnage quelconque1 ce qui est un autre danger2 moins que la mre ne s'en fasse l'esclave et renonce toutes sorties1 celles du soir surtout4 ,si les enfants sont grands1 d'autres inconvnients surgissent qu'il est inutile d'numrer4 ,quand fils et filles1 en sortant de leurs cours1 rentrent la maison1 doivent-ils trouver la maison vide8 ,le pre est occup ses affaires1 la mre ses visites1 et c'est elle qui1 gnralement rentre la dernire4 ,la prsence d'une grand'mre1 d'une tante1 d'une sur1 d'une parente1 prte les accueillir au foyer1 rchaufferait de jeunes curs au moment de la vie o les contacts affectueux et intelligents sont le plus ncessaires4 ,avant la guerre1 c'tait le rle des gouvernantes2 mais aujourd'hui leur prsence dans les familles reprsente un luxe1 sans compter que les yeux se sont trangement ouverts sur les inconvnients des influences trangres et des anges-gardiens inconnus admis dans le cercle familial4 ,ces considrations qu'inspirent le bon sens1 et l'intrt pour les pauvres petites mes solitaires qui trouvent1 en rentrant de l'cole1 le foyer dsert1 finiront-elles par prvaloir sur le farouche besoin d'indpendance qui est devenu pour la jeunesse1 un culte et un principe de conduite auquel elle croit de sa dignit de ne jamais renoncer8 ,les abus d'autorit1 auxquels les parents se sont complus autrefois avec une imprudente exagration et un absurde manque de rflexion1 ont suscit des rancurs qu'ils expient aujourd'hui4 ,il est vident que1 dans la reconstitution sociale de la famille qui finira peut-tre par s'imposer1 il faudra trouver le moyen de sauvegarder suffisamment l'indpendance rciproque des tres destins habiter sous le mme toit4 ,sans cette prcaution1 que de temptes ne verrait-on pas clater dans des verres d'eau6 ,mais cependant1 pour soustraire l'homme l'horrible sentiment de solitude qui l'treint quand il a quitt l'atelier et la compagnie de ses camarades1 il n'y a encore que le retour aux vieilles traditions familiales4 ,l'incertitude du lendemain1 en cas d'accident ou de maladie1 deviendrait moins angoissante pour lui4 ,quand on est plusieurs la maison1 on est mieux arm pour faire face au mauvais sort4 ,si l'on craint par trop le despotisme des ascendants1 ce qui se comprend1 comme je l'ai dit1 parce que les abus de l'autorit paternelle ont eu parfois des effets dsastreux1 pourquoi les surs et les frres ne se grouperaient-ils pas contre l'isolement funeste8 ,a ces considrations1 une autre s'ajoute1 celle du travail des femmes l'atelier ou dans les bureaux4 ,le dilemme se prsentera bientt avec force4 ,il faudra que les femmes renoncent travailler au dehors1 ou qu'elles consentent largir le cercle de la famille4 ,il n'y a pas une troisime faon de rsoudre le problme4 99 99 99 99 99 ,dans cette question de la famille1 il faut videmment tenir compte de la race et des traditions4 ,chez les latins1 la famille s'tait tendue jusqu' devenir la gens1 sans rien perdre de sa signification premire2 cela avait donn une grande force la famille romaine1 dont l'institution a servi plus ou moins de modle celle des autres peuples et des autres pays4 ,ce qu'on a appel la dbcle de la famille marque peut-tre1 au contraire1 l'aurore de sa reconstitution4 ,les horribles consquences de la guerre1 le dsarroi actuel des mes1 le bouleversement des esprits et l'angoisse des pauvres curs solitaires sont en train d'laborer en secret1 et sous la surface des eaux tumultueuses1 un nouveau type de socit humaine3 dans celui-ci1 la famille1 renouvele sur des bases d'o les abus d'autorit seraient rigoureusement bannis et o le respect absolu de la personnalit humaine serait reconnu1 deviendra peut-tre1 plus que jadis encore1 la pierre angulaire de l'difice social4 99 99 99 99 99 ,il faudra que les hommes se rservent dsormais un rle important dans cette famille reconstitue2 au cours des dernires annes1 ils avaient trop abdiqu entre les mains des femmes tout ce qui concerne la direction morale de la famille et l'ducation des enfants4 ,une collaboration troite entre les deux sexes me parat indispensable pour la solution intelligente et pratique de ce problme1 dont dpendent en grande partie les destines du monde1 la dignit de la femme et le bonheur des individus appels vivre dans une socit renouvele4 ,le sujet que je viens d'aborder ne pourrait tre puis dans un volume4 ,je ne lui ai consacr que quelques pages1 non certes pour diminuer la place laquelle il a droit1 puisque je vois dans la famille1 outre son importance traditionnelle1 une grande arme de dfense sociale1 mais parce que le moment actuel n'est pas celui des longues dissertations4 ,le temps presse1 les solutions s'imposent et il faut se borner indiquer les problmes de l'heure ceux qui dtiennent entre leurs mains le pouvoir de faire les lois et de diriger l'opinion publique4 ,c'est eux de considrer la gravit de cette question1 d'en dterminer l'importance et d'en proposer la solution4 ,,chapitre ,,ii ,l',,ducation ,,des ,,peuples ,,civilis,s ,quelle aimable chose pourrait tre l'homme s'il tait vraiment homme4 7,m,,nandre47 ,de tous cts aujourd'hui1 une mme proccupation a envahi les cerveaux et les consciences lucides3 celle de l'ducation6 ,dans l'apprhension des dsordres qui menacent le monde1 une terrible question s'est pose l'esprit de tous4 ,l'cole1 avec son apathie1 son manque d'air1 de soleil1 d'espace et de spiritualit1 ne serait-elle pas la principale responsable de l'effrayante folie collective qui bouleverse en ce moment l'me des peuples8 ,la rponse n'a pas t rassurante1 et pour peu qu'on prte l'oreille1 l'on entend de toutes parts un cri d'angoisse qui traverse l'espace4 ,la crise a clat dans tous les pays1 et la ncessit de rformes scolaires s'impose partout1 ce qui est une preuve vidente qu'aucun des systmes suivis jusqu'ici n'a t jug satisfaisant ni pour l'heure passe1 ni pour l'heure prsente6 ,avant la guerre1 chez les nations o la plaie de l'analphabtisme s'tendait encore dans certaines provinces1 on avait l'habitude de croire1 au point de vue ducatif1 l'incontestable supriorit des mthodes anglo-saxonnes1 et on avait raison en partie4 ,mais aujourd'hui la crise s'est gnralise1 le mal va jusqu' la racine1 et l'on comprend clairement que les anciens systmes1 dj insuffisants dans le pass1 ne rpondent plus nulle part aux besoins de l'heure prsente4 99 99 99 99 99 ,deux immenses armes couvrent l'tendue du monde civilis3 les matres et les coliers6 ,elles ont chacune leurs droits et leurs besoins1 qui1 malheureusement1 ne s'accordent pas toujours4 ,jusqu'ici les ducateurs levaient seuls la voix1 les lves se taisaient et supportaient4 ,ces derniers taient les plus injustement sacrifis1 car ils n'avaient pas demand natre1 ni quitter leurs jeux pour s'instruire1 tandis que les matres embrassaient par un libre choix la carrire de l'enseignement4 ,les enfants avaient1 il est vrai1 des dfenseurs naturels en la personne de leurs parents2 mais ceux-ci ne protestaient pas contre les mthodes en vigueur1 dans la crainte de retarder1 par de trop justes rclamations1 la future carrire de leurs enfants4 ,plus encore que par peur1 c'tait par lgret que tant de pres et de mres restaient silencieux2 ils ne pensaient pas l'avenir moral1 ni la formation de la conscience ou au dveloppement intrieur de la plante homme4 ,ceux mmes qui1 sur d'autres points1 dfendaient avec acharnement les intrts de leurs enfants1 ne se proccupaient que mdiocrement 7symptme singulier d'amoralit et d'aveuglement7 de leur croissance intrieure1 c'est--dire de leur ducation4 ,parmi les matres clairs qui se rendaient compte depuis longtemps du mal1 sans pouvoir y porter remde1 il y en avait de vaillants et d'nergiques4 ,malheureusement1 le formalisme et le pdantisme avaient model si fortement une bonne partie du monde scolaire 7sauf peut-tre l'anglo-saxon71 que les plus hardis novateurs hsitaient abattre les portes de la prison o ils se sentaient enferms2 ils pensaient que la prison s'amliorerait1 qu'on ouvrirait les portes et les fentres2 mais elle tait cachot1 et cachot elle restait4 99 99 99 99 99 ,c'est le principe erron de l'galit--elle n'existe que dans le fait de la naissance et de la mort--qui1 durant les trente dernires annes1 a empch la pleine floraison de la pense humaine et coup les ailes la libert4 ,ce mirage trompeur1 puisque la nature le contredit dans toutes ses manifestations1 a obscurci les cerveaux en leur faisant admettre que1 pour faire brche dans la vie et y construire un nid1 pour entrer dans la grande lice des combattants et y marquer sa place1 il fallait savoir les mmes choses1 les apprendre de la mme manire1 courber la tte sous le mme joug1 comme les ,romains du clbre tableau de ,gleyre4 99 99 99 99 99 ,il suffit d'un peu de bon sens pour se rendre compte des difficults qui auraient surgi si l'on avait brusquement dtruit les anciens moules scolaires1 et pour comprendre quel saut dans le vide et dans l'ignorance1 l'humanit aurait t expose6 ,les hsitations des rformateurs taient donc parfaitement lgitimes4 ,rompre les rangs sans prcaution aurait fait courir des risques immenses la cause mme pour laquelle ils avaient combattu si longtemps en silence4 ,le monde de l'avant-guerre tait encore prisonnier des ides1 des thories et des mthodes que le temps avait sanctionnes4 ,les novateurs et les esprits avancs1 tout en dplorant cet esclavage1 comprenaient que1 pour obtenir quelques rformes utiles1 il ne fallait pas dserter la maison1 ni en dmolir prcipitamment les bases4 ,ils s'efforaient donc de respecter les anciens moules1 et c'est pour cela que ces combattants avaient presque tous le visage triste4 ,a ces nobles et patients lutteurs et aux coliers qui ont perdu l'amour de l'cole1 il faut redonner le courage et l'esprance3 inspirer aux premiers la fiert de leur mission grandiose1 et faire comprendre aux seconds vers quelles hauteurs peut les conduire le dveloppement de leur personnalit morale4 99 99 99 99 99 ,en ce monde de transformations continuelles1 dans lequel nous voyons chaque jour une forme dynamique nouvelle remplacer celle qui l'a prcde1 les gouvernements devraient avoir le courage de renoncer1 tous les premiers1 quelques-unes des vieilles formules qui alourdissent les programmes scolaires4 ,il y en a videmment d'excellentes qu'on doit respecter1 mais c'est de l'ensemble du systme qu'il faut secouer le joug1 pour faire passer un souffle d'air pur et libre dans les rangs serrs de l'cole et dfendre la haute culture contre les entraves de l'ignorance et du matrialisme qui1 de tous cts1 lui dressent des embches et essayent d'arrter son essor4 ,chaque mthode a son heure favorable3 l'exclusivisme de l'cole d'tat a pu tre indispensable certains moments de l'histoire1 et il serait absurde de ne pas reconnatre les services qu'elle a rendus4 ,mme si l'on adoptait le systme d'une plus large libert de l'enseignement1 la surveillance et peut-tre mme l'ingrence de l'tat demeureraient1 en quelques cas1 indispensables4 99 99 99 99 99 ,en ,angleterre et en ,amrique1 la double fonction de l'tat et de l'initiative prive se combinent avec des rsultats favorables la formation du caractre et au respect de la discipline dans la libert4 ,les rsultats n'ont pas t aussi brillants en ce qui concerne la haute culture2 mais ce fait ne dpend en rien du systme en lui-mme1 mais plutt des tendances de l'esprit national chez les uns et du manque d'une tradition de culture chez les autres4 ,ce serait une exprience utile et intressante que d'introduire la mthode de la double fonction dans des pays comme la ,france et l',italie1 o les coles d'tat ont t seules charges jusqu'ici de rsoudre l'angoissant problme de l'ducation4 ,ces deux pays latins ont1 pour des raisons peu prs analogues1 quoique des priodes diffrentes1 dfendu jalousement les prrogatives de l'tat au point de vue scolaire et1 pour les maintenir1 ils ont agit le mme pouvantail3 la crainte de l'influence clricale1 accuse de vouloir compromettre les conqutes de la libert4 ,mais de grandes volutions se sont dernirement accomplies et des prils bien plus graves se dressent1 auxquels il faut faire face en s'levant des visions plus hautes et plus larges4 ,pour sauver l'me de la jeunesse et1 travers celle-ci1 la civilisation du monde1 la pense humaine doit faire un suprme effort2 et maintenant que le canon a achev son uvre1 celle des ducateurs doit commencer4 99 99 99 99 99 ,il convient avant tout de faire une distinction essentielle entre l'ducation et l'instruction4 ,dans le langage courant1 on confond volontiers les deux termes et c'est pourquoi nous avons vu si souvent des matres qui n'taient en rien des ducateurs6 tre un ducateur sous-entend une culture morale qu'aucun examen d'tat ne peut confrer4 ,on rpondra que la pdagogie est enseigne dans toutes les coles3 mais1 en gnral1 ce qu'on entend par ce mot ne reprsente aucune pntration d'me entre l'lve et le professeur4 ,sauf en des cas assez rares1 o l'intelligence vive et claire d'un matre le librait des formules et l'levait au-dessus des systmes1 l'enseignement d'tat tait aride1 froid1 souvent pdantesque1 et ne tenait pas compte des consciences embryonnaires auxquelles il s'adressait4 ,les leons taient dbites avec indiffrence et coutes avec une insouciance analogue4 ,l'ensemble des doctrines pdagogiques1--dont quelques-unes peuvent tre excellentes en elles-mmes--a t1 du reste1 presque toujours mal prsent et plus mal digr encore1 tandis qu'il devrait tre1 au contraire1 le principal et le plus essentiel des enseignements4 ,il mriterait mme une place part dans la hirarchie des tudes1 parce que modeler des caractres est beaucoup plus profitable la flicit humaine que de former des savants4 ,que ces paroles ne donnent lieu aucun malentendu6 ,la ncessit de la haute culture est d'une telle importance que si la libert de l'enseignement1 accompagne d'un indispensable contrle1 parat dsirable aujourd'hui tant d'esprits sagaces1 c'est justement parce que1 dlivrant l'cole des vaines formules1 elle provoquera de fcondes mulations1 contrebalanant ainsi l'inconvnient qu'il peut y avoir confier l'cole des professeurs inamovibles1 qui n'ont rien craindre ni esprer2 cette libert permettrait1 dans tous les pays1 la constitution de fortes quipes d'ducateurs moralement solides et capables d'exercer un prestige sur les esprits qu'ils sont appels modeler4 ,quand on considre l'immense responsabilit qu'ont encourue les matres en ne comprenant pas suffisamment leur mission1 on tremble la fois pour leur conscience et pour les victimes de leurs fausses thories4 99 99 99 99 99 ,l'anarchie gnrale de la pense qui menace de nous ramener la barbarie et le bouleversement mental qui en drive1 dpendent en grande partie de l'enseignement erron et incomplet1 au point de vue ducatif1 qu'ont reu les enfants4 ,les parents ont aussi1 en ce sens1 de graves fautes se reprocher3 les mres surtout1 dans l'esprit desquelles la notion de la ncessit du plaisir pour leurs enfants a pris des proportions singulires2 mais l'cole est encore la plus coupable1 car elle embrasse tout le dveloppement des tres humains4 ,a ct d'instituteurs admirables1 clairs et patients1 combien d'autres1 avec leur mcontentement perptuel1 leurs doctrines subversives1 leurs attitudes violentes et amres1 ont sem dans les jeunes curs les germes d'une brutalit infconde et dominatrice1 devant lesquelles aujourd'hui le monde recule pouvant4 99 99 99 99 99 ,la rforme s'affirme donc indispensable et urgente4 ,pour tudier fond cette question1 pour essayer du moins d'apporter quelque remde au mal1 ou d'en arrter l'essor et d'en empcher le renouvellement1 il faut obtenir le concours unanime de tous les bons esprits assoiffs de fraternit et de spiritualit1 capables d'lucider1 par leurs consciencieux et sages conseils1 le problme ardu qui se pose aujourd'hui1 menaant1 tous les esprits de bonne foi1 toutes les consciences droites et toutes les mes de bonne volont4 ,la ,socit des ,nations ,la question de l'ducation devrait proccuper l'opinion publique et les chefs d'tat beaucoup plus encore que celle de l'enseignement4 ,la ,socit des ,nations aurait l une tche admirable accomplir1 suprieure toutes celles qui remplissent dj son programme4 ,elle devrait nommer une commission mondiale charge d'tudier cette question d'une si vitale importance que l'on peut dire que l'avenir de l'humanit en dpend6 ,un drapeau devrait flotter par son ordre sur la place publique de toutes les communes du monde portant cette brve inscription3 ,l'ducation est obligatoire pour les citoyens des nations civilises4 ,l'instruction est chose fort diverse2 elle reste un problme national parce que1 en la rpandant1 il faut tenir compte de la diffrence des races1 des besoins particuliers des peuples et de leurs traditions4 ,mais en ce qui concerne l'ducation1 comme la mme menace est suspendue1 bien que d'une faon plus ou moins imminente1 au-dessus de toutes les nations1 celles-ci pourraient et devraient chercher ensemble les solutions et les appliquer solidairement4 ,le but de l'ducation devrait tre de former des hommes4 ,les ,saintes critures disent que1 quand une femme a mis un enfant au monde1 elle oublie ses souffrances dans l'orgueil d'avoir enfant un homme444 ,devant la folie destructrice de certaines mentalits actuelles1 combien de mres doivent1 dans le secret de leur cur endolori1 dplorer d'avoir conu des monstres3 monstres de violence brutale1 monstres de honteuse apathie6 99 99 99 99 99 ,assainir les cerveaux dj empoisonns et empcher le renouvellement de prilleuses intoxications1 telle est la synthse de la rforme ducative qui s'impose aujourd'hui4 ,le problme ne pourra tre rsolu que par un norme effort international qui lve un temple idal aux forces civilisatrices et condamne solennellement les principes contraires la libert et une saine discipline morale4 ,la dfense de la civilisation doit devenir le premier devoir des citoyens du monde entier2 celui des tats1 des corps constitus1 des acadmies1 des universits1 des coles et de tout enseignement familial444 ,pour rtablir l'quilibre de l'esprit humain1 la coopration de toutes les nations civilises est indispensable1 et il faut que le sentiment de la dsapprobation gnrale arrive peser sur les consciences troubles comme un insupportable fardeau1 qui dpouillera pour elles la vie de toute saveur4 ,cette dsapprobation solennelle du tribunal suprme de l'opinion publique me parat tre l'unique effort que l'humanit puisse tenter1 pour ramener les troupeaux gars une vue plus juste et plus vraie des choses humaines4 ,quant la ncessit absolue d'imposer l'cole1 ct de l'instruction et bien au-dessus d'elle1 une ducation saine et forte1 la difficult consistera dans la formation des ducateurs eux-mmes4 99 99 99 99 99 ,pour former un corps enseignant digne d'lever les gnrations futures1 une premire chose est ncessaire,b1 qui est de relever1 non seulement conomiquement1 mais encore socialement et moralement la classe des instituteurs4 ,celle-ci doit acqurir une importance majeure aux yeux de l'opinion publique1 car elle est appele sauver le monde4 ,il faut que ceux mmes qui n'ont pas besoin d'y chercher un gagne-pain considrent comme un honneur d'y appartenir4 ,j'ai cit ce propos1 dans ,chercheurs de ,sources1 d'illustres exemples4 ,la ,ligue des ,nations1 ou son dfaut une ,commission permanente pour l'ducation1 pourrait consacrer dfinitivement l'importance de la classe des ducateurs1 et leur assurer une position morale si considrable qu'ils seraient forcs de s'en montrer dignes4 ,pour faire triompher des rformes1 il est ncessaire de trouver1 avant toutes choses1 les personnalits capables de les imposer4 ,c'est ainsi que l'on doit d'abord chercher des ducatrices4 ,mais o les trouver8 ,c'est videmment parmi les mes anxieuses qui1 ayant constat depuis longtemps le mal1 en souffrent et travaillent en silence l'liminer4 ,on rencontre partout de ces mes1 aujourd'hui3 mres angoisses se demandant quelle est leur part de responsabilit dans la tourmente qui menace d'engloutir la ,socit humaine1 ou instituteurs clairs qui voient se raliser les craintes qui1 depuis tant d'annes1 troublaient leur sommeil4 ,les esprits de ceux qui ont1 ou ont eu charge d'me1 traversent1 en ces jours de crises1 des tats de conscience douloureux1 tandis qu'ils sentent leurs entrailles frmir444 ,ces meneurs d'hommes qui rpandent dans le monde l'anarchie et le malheur sont leurs fils et leurs lves6444 ,ces doctrines de violences o les ont-ils puises8 ,qui a tent de les mettre en garde contre les entranements de la haine et de la brutalit8 ,quels sont les hommes courageux qui ont os crier assez fort pour soulever l'opinion publique et l'mouvoir8 ,du reste1 comme nous sommes tous solidaires les uns des autres1 ceux qui n'ont ni vu1 ni compris1 ni devin ce qui se prparait1 ou qui1 le discernant1 n'ont pas mis obstacle la mare montante1 doivent se frapper la poitrine et ne pas se consoler trop vite1 en croyant la victoire prochaine6 ,elle n'est pas assure1 hlas6 ,cette opinion publique1 qui commence comprendre la ncessit d'une rforme1 doit rester en veil1 parler voix haute1 se prononcer nettement en faveur des rformateurs1 les encourager1 renverser les obstacles qui se dressent encore contre eux1 proclamer leurs victoires quand ils les auront obtenues1 et se dclarer favorable la thorie qu'avant d'enseigner tant de choses superflues des gens qui ne pourront en faire usage1 l'important est de former des hommes capables de guider les peuples vers les fcondes initiatives1 les rformes justes et la discipline dans la libert4 99 99 99 99 99 ,la grande question du sicle sera celle de l'ducation4 ,elle primera mme celle du travail1 qui a pourtant une importance considrable1 et les bons esprits de temprament apostolique s'efforceront d'tablir dans tous les pays1 sous des formes diverses pour ce qui concerne l'instruction1 mais identiques sur les points essentiels1 des principes ducatifs tendant la formation morale des individus et des caractres4 ,ces points essentiels sont la responsabilit encourue par l'cole et par la famille dans l'anarchie de la pense actuelle2 la ncessit de la libert pour stimuler l'mulation dans l'enseignement2 l'ducation rendue obligatoire1 et1 enfin1 l'intervention morale et puissante de tous ceux qui comprennent la ncessit du dveloppement de la vie spirituelle et individuelle en chaque tre humain4 ,il faut esprer1 disait ,m4 ,guizot2 le monde appartient aux optimistes2 les pessimistes n'ont jamais t que des spectateurs4 ,or1 le dfaut des ,latins est d'tre des critiques sans piti vis--vis d'eux-mmes1 des autocritiques1 des hypercritiques et d'appartenir trop volontiers la catgorie des spectateurs4 ,les tendances infcondes doivent dsormais tre firement combattues par l'opinion publique1 si l'on veut gagner la suprme bataille morale que tous les peuples s'apprtent livrer4 ,il appartient la ,socit des ,nations,c d'tablir les bases de cette ducation et de l'imposer tous les pays4 ,il faudra l'avoir reue et accepte pour tre admis participer la discussion des graves questions qui intressent l'humanit et qui concernent la dignit morale des peuples et des individus4 ,ceux qui refuseront de la recevoir seront considrs comme tant en dehors de la grande famille des nations civilises4 ,pour la culture de cet immense vignoble1 il faudra beaucoup d'ouvriers3 nous devons tous essayer d'en susciter autour de nous et tenter d'enflammer les curs pour la victoire finale1 qui ne pourra tre obtenue que par la solution du problme ducatif4 ,si la ,socit des ,nations russit dans cette tche1 ce sera pour elle une grande gloire1 et tous ceux qui ont combattu sa constitution devront1 sur ce point du moins1 s'incliner devant l'uvre de suprme autorit morale qu'elle aura accomplie4 ,,chapitre ,,iii ,,teigneuses ,,de ,,phares ,a quoi bon vivre si les raisons de vivre manquent8 7,,juv,,nal47 ,parmi les problmes de l'heure1 en ce moment de dsarroi gnral1 o l'aube de la socit nouvelle n'a pas encore commenc rougir le ciel1 celui de l'influence de la femme prsente une extrme gravit1 non seulement en lui-mme1 mais parce qu'il se rattache troitement ceux de la famille et de l'ducation4 ,a toutes poques on a dit beaucoup de mal des femmes4 ,ceux qui les connaissaient trop1 et ceux qui les connaissaient trop peu ont t galement svres dans leurs jugements sur elles4 ,les ,anciens1 certes1 ne se sont pas montrs indulgents pour le sexe fminin3 ,qu'y a-t-il de plus lger que la plume8 demandent-ils dans leurs satires2 ,la poussire6--,et de plus lger que la poussire8--,le vent6--,et de plus lger que le vent8--,la femme6--,et de plus lger que la femme8--,rien64 ,nous nous rappelons tous en quels termes les thologiens et les docteurs du moyen ge ont1 leur exemple1 stigmatis ce sexe contre lequel ils mettaient violemment l'humanit en garde4 ,au cours des sicles1 l'ide chrtienne finit par dominer les prjugs thologiques1 et la situation morale des filles d've s'amliora4 ,les femmes de la ,renaissance montrent de plusieurs degrs dans l'estime intellectuelle des hommes et gagnrent mme celle des savants et des philosophes4 ,au ,,xvii sicle1 en ,france surtout1 la femme commena exercer une influence directe sur les vnements et les individus4 ,le ,,xviii marque l'apoge de son rgne mondain et intellectuel4 ,pour s'en convaincre1 il suffit de contempler les portraits de l'poque1 ces visages spirituels1 fins1 aiguiss1 ces regards avertis qui semblent prendre un peu ironiquement la mesure des hommes1 indiquent chez les femmes l'habitude de la domination par l'esprit1 la frivolit1 la coquetterie1 et1 parfois1 la perversit4 ,au ,,xix sicle1 un autre type de femme devait surgir1 ingal dans son ensemble1 car il n'y a aucun rapport entre la femme romantique de #ahcj1 fire de cur1 noble d'attitude1 exalte1 sensible1 et la femme sociale des dernires annes du sicle4 ,ce fut l'poque1 peut-tre1 o elle a t le plus respecte par l'opinion publique moyenne et o elle s'est le mieux rapproche1 en certains cas et sous certains aspects1 du type de la bourgeoise sage1 de la mre srieuse1 de la citoyenne bienfaisante et claire1 qui mrite parfois d'tre compare la femme forte des critures1 si respecte de tous qu'elle attire l'honneur sur son mari4 99 99 99 99 99 ,quant la femme du ,,xx sicle1 elle est tellement multiple dans ses manifestations1 qu'il est extrmement difficile de la dfinir4 ,pour essayer de donner un trait peu prs gnral de son caractre1 il faut procder par une ngation3 ,la femme n'a jamais t mystique comme trait essentiel1 elle l'est moins que jamais actuellement4 ,un pote franais1 ,alfred de ,vigny1 peut-tre le plus noble et le plus fier de tous1 l'a stigmatise dans un vers cruel3 ,toujours ce compagnon dont le cur n'est pas sr1 ,la femme1 enfant malade444 ,ce premier vers suffit jeter un doute terrible sur les sources de la vie morale dont la femme dispose1 justement parce que le sens du mysticisme lui manque totalement4 99 99 99 99 99 ,dans un article sensationnel3 ,oxford1 ,woman and ,god1 une ,revue amricaine prtendait rcemment que l'admission des femmes dans la vieille universit en avait chass ,dieu6--,si les anciens btiments ont conserv extrieurement1 dit-elle1 leur aspect traditionnel de recueillement et de gravit1 le souffle qui les animait n'est plus le mme1 et ni ,newmann ni ,pusey ne reconnatraient les vieilles cours et les longues galeries silencieuses o ils avaient promen leurs doutes1 leurs mlancolies et les ardeurs inquites de leur foi4 ,les pierres sont restes les mmes1 mais l'esprit qui les imprgnait s'est transform4 ,c'est qu',oxford tait autrefois une cit de jeunes hommes o dominait la spculation pure1 tandis qu'elle est aujourd'hui envahie par l'esprit positiviste que la femme apporte partout o elle passe1 et qui1 tous gards1 assure l'quilibre1 le bien-tre et l'enjouement de la vie quotidienne4 ,il est donc naturel que la prsence des femmes ait modifi les habitudes morales et mentales d',oxford4 ,jadis1 non seulement tous les lves1 mais presque tous les professeurs taient clibataires2 c'est ainsi que le caractre monastique de l',universit s'tait conserv travers les ges4 ,l'invasion des jupons devait fatalement modifier l'esprit mme d',oxford4 ,non qu'un lment impur ait pntr dans la forteresse de la ,mens umana1 la suite de celles qui en suivent diligemment les cours1 mais c'est que1 d'instinct1 l'esprit des femmes se tourne vers les choses visibles et qu'il est moins recueilli que celui des hommes1 dont il n'a pas le tour spculatif4 ,il faut louer d'autre part les nouvelles venues d'avoir contribu imposer la temprance dans un milieu o les libations taient traditionnelles4 ,dans les habitudes journalires des tudiants1 des modifications se sont videmment introduites3 le salon a peu peu conquis le clotre1 et la causerie a remplac la mditation grave4 99 99 99 99 99 ,ce qui se passe ,oxford ne reprsente1 du reste1 qu'un cas spcial1 un groupement particulier de personnalits4 ,ce phnomne serait sans grande importance en soi1 s'il n'offrait pas un lment de la rponse qu'attendent ceux qui s'intressent l'volution de l'me fminine et dont l'inquitude peut se formuler en ces mots3 ,la femme serait-elle instinctivement rebelle l'action de l'esprit1 et son got vident pour les ralits reprsenterait-il un insurmontable obstacle son ascension vers l'absolu8 ,a cette inquite question1 la rponse n'est pas aise4 ,il est vident que mme les femmes suprieures possdent rarement une intelligence spculative et que les trs remarquables mathmaticiennes et astronomes dont le sexe fminin peut s'enorgueillir ont t des tres d'exception4 ,en gnral1 les filles d'une mre trop curieuse aiment trop les choses en elles-mmes1 pour tre mditatives et abstraites6 ,on peut soutenir que les hommes tiennent plus encore que leurs compagnes aux ralits de l'existence et les poursuivent souvent avec une brutalit1 une vhmence que celles-ci ignorent4 ,mais ceci n'est vrai que dans le domaine des actions physiques2 dans celui de la vie en gnral1 les hommes tiennent moins que les femmes aux dtails des choses3 leur esprit ne s'embarrasse gure des cas particuliers4 ,ainsi en va-t-il du luxe3 la femme en chrit toutes les manifestations4 ,s'il lui manque1 elle s'arrte de striles regrets1 bien plus que ses camarades de misre6 ,on peut affirmer qu'elle est possde par la ralit des faits1 mais il faut se rappeler aussi que ses devoirs journaliers l'y obligent4 ,de temps en temps1 le niveau de la pense fminine s'lve4 ,quelques femmes savent hausser le ton de leurs entretiens quand des hommes cultivs sont prsents2 mais que ces hommes s'loignent1 c'est avec un rel soulagement que la plupart retombent du gnral au particulier et rentrent dans l'ornire des faits et des choses4 ,dans la stricte intimit1 elles abordent parfois entre elles la psychologie amoureuse et sentimentale1 mais leur point de vue est toujours positif1 et l'empirisme sert de base leurs raisonnements6 ,les ides ne leur suffisent pas1 elles prouvent le besoin de les incarner dans des personnes4 99 99 99 99 99 ,pour creuser en leurs intimes replis les tendances instinctives de l'esprit fminin et les causes complexes d'o celles-ci procdent1 il faudrait s'attarder en de longues analyses4 ,je me vois force1 au contraire1 pour justifier le titre de mon chapitre3 teigneuses de ,phares1 de recourir une brve synthse qui de la femme antimystique1 incapable de mditation et de recueillement va jusqu' l'agressive dcrocheuse d'toiles1 sceptique1 sardonique1 qui ricane au mot idal1 et dont la voix ne s'lve jamais1 au croisement des routes pour crier3 sursum corda6 99 99 99 99 99 ,en cette heure si dconcertante de l'histoire du monde o toutes les penses mesquines et basses s'talent avec impudeur1 les femmes semblent mettre leur orgueil dpasser les hommes4 ,elles se figurent grandir en n'esprant rien1 en ne croyant rien1 en niant la possibilit de tout effort vers une vie plus intense1 plus belle1 plus spirituelle444 ,a les entendre ainsi raisonner1 les voir jeter des cendres partout o un jet de flamme surgit encore1 ceux qui avaient cru qu'une fois libres par le travail et la connaissance1 les femmes aideraient au salut du monde autrement que par des soins donns aux blesss1 aux malades1 aux enfants1 sentent leur gorge se serrer douloureusement4 ,quand un appel est fait leur piti et leurs entrailles en faveur des faibles1 des souffrants1 des petits1 un lan gnreux les emporte encore1 et elles accourent sans hsiter2 mais en mme temps elles touffent par des regards1 des gestes et des paroles cruelles1 toutes les initiatives de l'esprit4 ,juvnal a dit quelque part3 ,a quoi bon vivre si les raisons de vivre manquent8 ,sauver les corps et teindre les flammes de l'me voque l' quoi bon du pote latin4 ,,chapitre ,,iv ,,celles ,,qui ,,portent ,,encore ,,le ,,flambeau ,tout ce qui a t cr se meut1 ,l'toile comme l'me6 7,,abraham ,,ben ,,ezra47 ,c'est toujours un flambeau allum en main que je m'tais reprsent la femme dans son devenir2 c'est ainsi qu'en imagination je la voyais remplir la mission laquelle je la croyais appele4 ,mais jamais aucune vision intrieure ne me l'avait montre1 le verbe haut1 jouant des coudes1 le visage premptoire et l'air important1 renonant1 par son attitude mme1 ses meilleures armes de combat4 ,certes1 elle est apparemment l'une des triomphatrices de la guerre2 elle a aujourd'hui ses entres partout et ses droits sont admis sur plusieurs points4 ,pourquoi donc s'attendrir sur elle et la plaindre8 ,il me semble pourtant naturel de faire l'un et l'autre1 car1 bien que ses regards soient devenus trangement glacs1 on devine que les sources de la souffrance ne sont pas taries dans son cur1 et que1 le long de la route sur laquelle ses pieds se sont si lgrement engags1 elle va rencontrer des difficults nouvelles qu'elle n'est pas prpare affronter1 et qui1 en certains cas1 risquent de rendre son enfance aride1 sa jeunesse solitaire et sa vieillesse dsole4 ,malgr ses allures de victorieuse1 elle se rend compte1 j'en suis sre1 qu'elle marche sur le bord d'un prcipice1 o le pied pourrait lui manquer tout coup1 sans qu'elle puisse s'accrocher rien4 ,elle se trouve entre la paroi lisse de la haute montagne dont elle a voulu descendre1 et les tangs fangeux des plaines humides o elle risque de s'embourber1 tandis qu' ses cts1 des forts profondes1 aux dtours ignors1 s'tendent perte de vue4 99 99 99 99 99 ,les nobles pionnires de l'galit des droits des femmes ont eu le tort d'habituer leur sexe considrer l'homme comme un adversaire combattre ou exploiter4 ,il l'a t1 en effet1 dans quelques cas et sur quelques points2 mais au demeurant1 on est forc de reconnatre que1 de tout temps1 il s'est montr en somme1 pour sa compagne de route1 un protecteur efficace1 mme quand il abusait de la faiblesse et de la complaisance de celle-ci6 ,ce sentiment de protection accorde et reue nouait entre les deux sexes une sorte de chane spciale1 qui mettait de la douceur dans leurs relations mutuelles4 ,si1 par suite de l'affirmation un peu tapageuse des droits fminins et de l'agacement que les hommes en ressentent1 cette chane devait se rompre1 je crois que la situation de la femme dans le monde se modifierait assez dsagrablement pour elle1 et qu'entre les deux parties qui jadis formaient un seul tout1 l'heure du combat ne tarderait pas sonner4 ,l'homme1 considrant dsormais la femme comme une gale1 continuerait-il d'pargner sa compagne1 devenue sa concurrente1 ces accs de violence1 dont il a coutume d'user pour rsoudre les problmes trop difficiles8 ,mme dans l'ordre moral1 la partie engage serait ingale1 et il est probable que1 malgr son adresse1 son astuce et les faons imprieuses dont elle a pris l'habitude1 la femme serait vaincue et que l'avantage resterait au plus fort1 celui qui est traditionnellement le mieux arm4 ,et si le contraire arrivait1 vers quelles aventures le monde ne marcherait-il pas8 99 99 99 99 99 ,les femmes disent volontiers1 inspires par la fausse direction mentale qu'on leur a fait prendre3 ,les hommes ne nous aiment que pour nos dfauts6 ,il y a du vrai dans cette boutade4 ,il n'en est pas moins positif que tout homme digne de ce nom1 et quelles que soient les pripties plus ou moins singulires de la vie qu'il mne1 porte dans le trfond de son cur une image de femme3 mre1 pouse1 amie1 sur1 laquelle il ne veut pas qu'on touche et qui ne ressemble en rien la personnalit turbulente1 importante et encombrante que la guerre nous a laisse en hritage4 ,il est impossible de prvoir ds aujourd'hui ce que l'avenir peut rserver de particulirement heureux la femme2 mais en tout cas1 ne vous semble-t-il pas1 lecteurs et lectrices1 qu'elle ferait bien de rflchir avant d'effacer imprudemment1 de sa propre main1 l'image un peu chimrique1 peut-tre1 que l'homme se faisait d'elle dans l'intimit de son cur8 ,cette illusion o l'imagination masculine se complaisait avait pour effet d'embellir et de potiser les rapports des deux sexes4 ,des femmes souriront en me lisant4 ,sur certains points1 beaucoup d'entre elles sont trs sres d'elles-mmes et semblent dire sans modestie1 ni excessive pudeur3 ,notre rgne durera autant que la vie humaine6 ,cela est vident1 mais que de choses dans la nature1 une fois dpouilles des rayons qui les clairaient et qui rendaient brillantes leurs couleurs1 perdent leur beaut1 leur attrait6 ,une subite obscurit les voile1 la vulgarit les imprgne4 ,ainsi en serait-il des rapports entre les deux sexes3 la banalit en altrera la saveur et l'on entrera uniquement dans un ordre d'ides primitives qui matrialisent tout ce qu'elles effleurent4 ,les femmes intelligentes devraient du moins comprendre qu'elles ont tout intrt prserver les illusions que leur attitude un peu rserve provoquait chez leurs compagnons de misre4 ,l'me ayant toujours t attire par le mystre1 les femmes agiraient peut-tre sagement en remettant une partie de leurs voiles4 ,surtout1 elles devraient renoncer aux sourires ironiques1 aux propos sardoniques1 aux insinuations sarcastiques4 teindre le feu que les mes cratrices1 doues d'inspirations soudaines1 s'efforcent d'allumer un peu partout sur les cimes du vaste monde1 est une uvre d'une parfaite inlgance morale4 99 99 99 99 99 ,mais1 dira-t-on1 si la nature d've n'est pas spculative1 il serait injuste de l'en rendre responsable4 ,c'est vrai1 mais il ne s'agit pas ici de dissertations transcendantales1 mais plutt d'un grave problme qu'il faut envisager parce qu'il a une importance considrable l'heure actuelle1 tant au point de vue de la famille et de l'ducation qu' celui de la vie sentimentale et sociale4 ,les femmes se trouvent en effet un curieux tournant de route o leur destine se joue4 ,il est donc charitable de leur crier3 ,casse cou61 avant qu'elles ne signent de faon dfinitive l'acte du grand renoncement4 ,ce que sera leur rle politique et social1 l'exprience nous le dira4 ,mais au-dessus de ce rle1 encore problmatique1 elles ont une mission ternelle pour l'accomplissement de laquelle il serait dsirable de voir leur prestige augmenter au lieu de dcrotre4 99 99 99 99 99 ,les ves modernes ont pris la purile habitude de parler du lendemain1 comme si ce lendemain devait tre un jour de fte4 ,si1 au lieu de regarder toujours en avant1 elles tournaient parfois la tte en arrire1 elles se rendraient compte1 en tudiant les vicissitudes de l'histoire1 que la violence n'a1 au fond1 jamais russi personne1 puisque la vie est faite de concessions1 de complications1 de complexits444 ,jadis l'pouse1 on le sait1 tait entirement et sans proccupations superflues1 sacrifie la famille et la race1 son unique destine tant de procrer des fils lgitimes4 ,en ce temps-l1 on ne lui reconnaissait absolument aucune personnalit1 et si on ne lui manquait pas de respect1 c'est qu'elle symbolisait la saintet de la famille et l'intgrit de la race4 ,pour cette raison1 une surveillance troite tait exerce autour d'elle par des magistrats spciaux chargs de scruter ses toilettes et ses attitudes4 ,quand son mari tait absent1 elle ne pouvait1 bien entendu1 recevoir aucun homme1 et ,aristophane raconte que le seul fait de se montrer la fentre de sa maison constituait de sa part une infidlit aux dieux du foyer1 et reprsentait1 pour son mari1 une cause de rpudiation4 ,la loi1 ou plutt le code de ,manou1 tait premptoire et semblait offrir la synthse du mpris dans lequel la mentalit de la femme a t tenue pendant une longue priode historique4 ,pendant son enfance1 elle dpendait de son pre1 plus tard de son mari1 et1 devenue veuve1 de ses fils2 et si elle n'avait pas de fils1 elle devait alors obir aux parents mles du dfunt1 parce qu' une femme ne doit jamais se gouverner elle mme6444 ,il est naturel qu'aprs cette vocation du pass1 les pauvres esclaves de jadis soient fires du terrain qu'elles ont conquis6 ,mais qui doivent-elles leur libration8 ,au christianisme1 uniquement au christianisme1 dont aujourd'hui beaucoup d'entre elles rpudient les doctrines idalistes qu'elles accusent d'entraver leur dveloppement complet et d'assombrir leurs plaisirs6 ,quelle folie d'ingratitude brouille donc le cerveau de ces femmes pour qu'elles puissent ainsi renier et amoindrir les grandes figures fminines qui furent la gloire de leur sexe1 et dont quelques-unes se rattachent uniquement au christianisme par la solennit de leur repentir6 99 99 99 99 99 ,presque immdiatement aprs la rsurrection du ,fils du charpentier1 on voit les femmes aller ,dieu4 ,ce sont les descendantes des ,gracques et des ,scipions qui suivent saint ,jrme dans le dsert1 abandonnant leurs privilges4 ,ils taient immenses cependant4 ,et qu'on l'honore ici en dame ,romaine ,c'est--dire un peu plus qu'on n'honore la ,reine disait ,jules ,csar1 son dbarquement en gypte1 parlant de ,cornlie1 veuve de ,pompe4 ,puis ce furent les grandes abbesses du moyen ge qui dirigeaient leur communaut comme un empire1 et mme1 au besoin1 levaient des hommes d'armes4 ,et les ,saintes1 qui se rpandirent sur le monde comme une pliade lumineuse6 ,a ct de ,catherine de ,sienne1 la plus grande1 la plus rayonnante et la plus gniale personnalit fminine que la terre ait produite1 combien d'autres femmes charmantes ont illumin le monde par leur aurole de saintet6 ,si celles-ci gravirent avec le christianisme les plus hauts degrs de l'chelle de ,jacob1 d'autres se firent paennes de murs1 croyant ainsi se grandir1 et suivant en cela une tendance que l'on retrouve toutes les poques et sous toutes les latitudes4 ,nous ne suivrons pas la femme dans les diffrents avatars de son volution1 mais une constatation morale incontestable ressort de tant de manifestations diverses3 l'arrogance1 le manque de douceur1 l'absence de tendresse n'ont jamais rehauss le prestige de la femme1 elles en ont au contraire toujours obscurci l'clat4 99 99 99 99 99 ,dans l'organisation actuelle de la socit1 il n'est plus possible1 malgr les maladresses et certaines inaptitudes de la nature fminine1 de traiter la femme en quantit ngligeable2 nous avons tous trop besoin d'elle dans la famille et l'cole4 ,en lui indiquant les portes du temple de l'idal1 il faut en mme temps la ramener au culte du bon sens1 c'est--dire l'habitude mentale de la logique4 ,or1 celle-ci lui a t presque toujours si aridement enseigne qu'il y a peu de temps encore les femmes d'esprit haussaient les paules quand on leur en parlait4 ,en quoi elles avaient tort1 car la logique est la source de cet quilibre souriant1 de cette indulgence sereine qui font l'agrment de la vie1 la sret des rapports et les foyers chauds et consolants444 99 99 99 99 99 ,on se tromperait en voulant classer le bon sens parmi les qualits secondaires4 ,un homme mdiocre peut en possder une parcelle2 une sotte1 jamais6 ,pour saisir quelles en sont l'importance et la porte1 il faut de la part de la femme un effort d'intelligence4 ,toute son ducation est refaire en ce sens1 et la prparation son futur rle social d'ducatrice et de mre demandera un travail laborieux et lent2 mais celui-ci lui semblera facile si elle comprend qu'au-dessus de ses devoirs de mre1 d'ducatrice et de citoyenne1 elle a reu une mission d'un ordre gnral et suprieur3 c'est celle de porter dans ses mains la lampe qui1 semblable l'toile du matin1 indique et claire les chemins qui conduisent aux sommets1 derrire lesquels le soleil se couche et se lve jour aprs jour6 ,,quatri,,me ,,partie ,sur la montagne quelques feux s'allument4 ,si l'on regarde autour de soi1 on ne voit de flammes nulle part6 ,le ciel est couleur de grisaille et tous les flambeaux semblent teints4 ,une atmosphre lourde1 malsaine1 tout imprgne de pourriture1 empche les cierges de brler4 ,la violence des instincts ne s'est pas attnue cependant1 car on se tue un peu partout et il est rare qu'on entende des protestations indignes s'lever des curs1 des consciences1 des entrailles444 ,il ne faut pas s'en faire1 disaient les poilus dans les tranches1 pour garder leur beau courage et chasser les impressions dprimantes4 ,en ce moment1 aprs deux ans de paix1 le mot court le monde plus qu'avant2 mais on a dnatur le sens qu'il avait primitivement4 ,ne pas s'en faire veut dire aujourd'hui se vautrer dans le plus plat gosme et s'interdire rigoureusement tout lan gnreux ou simplement altruiste4 ,avant la guerre1 un saint ,franois d',assise1 un saint ,vincent de ,paul ne se rencontraient pas souvent dans la socit contemporaine2 mais si1 dans une heure de petite ou de grande dtresse1 on levait la voix ou l'on tendait la main1 d'autres voix et d'autres mains rpondaient l'appel4 ,il n'en est plus ainsi aujourd'hui4 ,chacun s'est fait aveugle et sourd1 et a enferm soigneusement son cur dans une forteresse inexpugnable4 ,une sorte de faux orgueil se mle cette attitude3 on a presque honte1 en #aibc1 de tout acte qui ne rapporte pas un profit matriel immdiat2 et cela est vrai dans les ordres d'ides les plus divers4 ,ces offres de services1 qui abondaient aimablement autrefois1 entre gens de mme culture et de mme ducation1 sont devenues rares et ont presque cess4 ,on se rserve1 on se soustrait1 on se cache dans sa coquille ou dans sa carapace4 ,l'obligeance spontane passera bientt l'tat de lgende1 car pour obtenir aujourd'hui le plus lger service1 il faut insister avec obstination4 ,on se heurte sous ce rapport une si formidable candeur d'gosme1 qu'on en reste saisi et dsorient4 ,semblable ces plantes parasitaires1 qui tendant partout leurs racines au-dessus et au-dessous du sol1 finissent par envahir des tendues immenses de terrain1 le personnalisme d'aprs guerre a pris de telles proportions dans les mes1 qu'au rebours du mot de ,trence1 tout ce qui est humain semble leur tre devenu tranger6 99 99 99 99 99 ,je ne parle point ici de cet gosme effront et cynique qui a pris pour devise ces deux mots suprmement antipathiques3 ,donnant1 donnant6 et qui1 l'heure actuelle1 enlaidit et abaisse toutes les relations des hommes entre eux1 pousse ceux-ci la violence1 la duret1 une avidit mesquine et abjecte--qu'ils ne se donnent mme plus la peine de dissimuler4--,non1 je fais allusion quelque chose de plus grave1 parce qu'il pntre mme les curs qu'on croyait gnreux1 les consciences qu'on estimait droites4 ,dans cette priode d'abaissement de la pense humaine1 le dsintressement est presque considr comme une preuve de faiblesse mentale4 ,on peut observer ce propos un singulier phnomne chez les natures originairement honntes3 autrefois1 les plus avides d'argent essayaient de couvrir leur rapacit naturelle du manteau du dsintressement2 aujourd'hui1 on rejette ce manteau comme une loque honteuse1 il est mme devenu distingu de sembler pre au gain4 ,il y a toujours eu des avares1 et1 depuis ,harpagon1 leur race ne s'est pas teinte1 mais ils ne se vantaient pas de leur parcimonie1 tandis qu'ils mettent maintenant de l'ostentation savoir dfendre leur moindre petit sou4 ,il y aurait1 en ce genre1 des exemples assez divertissants citer4 ,jadis on se targuait volontiers d'un beau geste3 on gonflait les services rendus1 les sommes donnes444 ,j'ai fait ceci1 j'ai donn cela1 et puis cela encore6 ,aujourd'hui1 c'est tout le contraire6 ,les gens dclarent avec une satisfaction visible3 ,oh6 moi1 je n'ai lch que cela6 ,et des chiffres drisoires sortent des lvres4 ,s'agit-il de services1 et non d'argent3 ,me dranger1 dit-on1 et pourquoi8 ,chacun a ses propres affaires6 ,ah6 je leur ai parl de faon leur enlever toute envie de revenir6 ,si les femmes montrent souvent sans vergogne des jambes trs contestables1 elles ont la mme impudeur pour les laideurs de leur caractre4 ,ces manifestations d'avidit se produisent1 il faut l'avouer1 peu prs galement chez les deux sexes4 ,mais elles font un effet plus discordant encore chez celui qui avait eu jusqu'ici la prtention de faire du sentiment un monopole fminin4 99 99 99 99 99 ,tout cela serait assez drle1 si ce n'tait pas infiniment triste6 ,en cette heure suprme de la vie sociale des peuples1 alors que tant de souffrances se sont accumules dans les curs1 on ne peut voir les tres humains mesurer si parcimonieusement leur sympathie et leurs services1 sans se sentir le cur serr d'une treinte si douloureuse qu'elle semble presque en arrter les battements4 ,les vers o ,edmond ,rostand raconte l'histoire des deux ,rois ,mages blonds qui avaient perdu l'toile1 et ne la retrouvaient plus1 rendent aux mes l'esprance et la foi4 ,pour retrouver l'astre disparu1 ces savants de ,chalde3 ,tracrent sur le sol des cercles au bton1 ,ils firent des calculs1 grattrent leur menton1 ,mais l'toile avait fui1 comme fuit une ide6 ,et ces hommes1 dont l'me eut soif d'tre guide1 ,pleurrent1 en dressant leurs tentes de coton4 ,mais le pauvre roi noir1 mpris des deux autres1 ,se dit3 ,pensons aux soifs qui ne sont pas les ntres1 ,il faut donner quand mme boire aux animaux4 ,et tandis qu'il tenait un seau d'eau par son anse1 ,dans l'humble rond de ciel o buvaient les chameaux1 ,il vit l'toile d'or qui dansait en silence4 ,les vers du pote librent les curs de la pesanteur qui les oppressait2 ils peuvent de nouveau respirer largement1 puisque l'toile brille toujours au ciel1 visible aux yeux des humbles1 des pitoyables et des simples1 dans le cur desquels la flamme ardente brle encore6 99 99 99 99 99 ,mais1 demandera-t-on1 quels sont les symptmes sur lesquels se base cette affirmation premptoire8 ,ceux-ci sont assez difficiles numrer car ils ne se produisent pas la surface1 mais bien sous la profondeur des eaux1 et les forces qui s'en dgagent sont encore mystrieuses et secrtes4 ,envisageons un instant l'me humaine dans son ensemble1 et voyons si1 par quelque ct1 elle n'a pas fait un pas en avant1 aprs en avoir fait plusieurs en arrire6 ,commenons par examiner la conscience1 qui est moralement la partie la plus noble de l'organisme humain1 puisqu'en elle rside ce principe du libre arbitre qui confre l'homme ses lettres de noblesse4 ,,chapitre ,,premier ,,les ,,consciences ,,qui ,,crient ,conscience does make cowards of us all4 7,,shakespeare47 ,nous assistons aujourd'hui l'invitable mouvement de raction qui devait suivre les excs et les violences1 les arrogantes prtentions et les ridicules doctrines de ceux qui1--pour apprter le problmatique banquet1 o tous pourront assouvir leurs convoitises1 satisfaire leurs apptits1 s'enivrer de liqueurs brlantes et se gorger de nourritures azotes1--n'avaient pas hsit dtruire le travail des sicles1 pas plus qu'ils n'ont recul devant le crime de jeter le monde dans l'horrible dsert de l'anarchie4 ,il est curieux de constater comment1 en cette heure de rvolte certains droits1 rcemment et souvent injustement acquis1 sont reconnus par ceux mme qui sont prts ragir avec force contre la menaante dcomposition matrielle et morale du monde4 ,c'est l un fait assez symptmatique pour qu'on le relve et que l'attention s'y arrte3 l'ide de punir pour punir a cess de dominer les cerveaux1 l'instinct justicier ne s'affirme plus aussi implacable4 ,on a mme dpass la mesure en sens contraire1 comme le prouvent certaines amnisties et certaines sentences tranges des tribunaux militaires eux-mmes1 qui ont perdu de ce fait leur rputation d'inflexibilit et de rigide justice4 ,en ce qui concerne les pouvoirs publics1 ces indulgences peuvent tre taxes de dplorables faiblesses4 ,elles sont l'effet de causes complexes1 dont plusieurs dpendent des intrts politiques et ne se rattachent qu'indirectement mon sujet4 ,mais le phnomne rellement intressant est celui qui a pour thtre les consciences individuelles4 ,aujourd'hui on voit celles-ci reculer presque toutes devant un programme qui enlverait la classe ouvrire1 mme sous forme de justes reprsailles1 les avantages matriels1 qu'elle s'est assurs par la violence de ses procds4 ,la dlicatesse des consciences au point de vue de l'quit conomique est devenue singulire4 ,un de mes amis1 trs libral d'ides quoique conservateur d'instinct1 me disait l'anne dernire1 propos du devoir qui incombait la bourgeoisie de dfendre ses droits1 cette phrase tonnante3 ,oui1 certes1 mais il faut qu'elle trouve un prtexte pour cette leve de boucliers2 celui de sa dfense personnelle ne suffirait pas la justifier4 ,sans discuter la question de savoir si le scrupule tait exagr1 je cite la phrase simplement parce qu'elle reprsente bien l'tat d'esprit incertain et timide qui caractrisait la mentalit gnrale en #aibj-ba4 ,elle rvle1 en tout cas1 un travail particulier de la conscience humaine en ce qui concerne le droit au bien-tre1 cette poule au pot1 que le bon roi ,henri ,,iv souhaitait son peuple6 ,on peut y voir simplement la trace d'un faux humanitarisme tolstoen qui1 au lieu de ramener les brebis au bercail1 les abandonne aux aventures et aux msaventures du hasard1 dieu frivole et cruel qui fourvoie ceux qui suivent sa direction4 ,mais il n'en est pas moins vrai qu'une singulire transformation s'est accomplie dans les consciences4 ,or1 comme la conscience est la source o s'laborent les sentiments1 tous les signes de vie qu'elle donne prouvent l'vidence que le cur des hommes bat toujours et que leurs oreilles ne se satisfont pas uniquement du cliquetis de l'argent qui passe de main en main4 99 99 99 99 99 ,dans un autre ordre d'ides encore1 nous assistons aux mmes manifestations d'indulgence4 ,on est surpris de constater quel point1 en certains pays surtout1 le droit la jouissance pour tous est reconnu par les consciences des anciens prtendus privilgis4 ,la phrase du ,christ aux ,pharisiens1 propos de la pcheresse1 qui1 d'aprs la loi1 mritait d'tre lapide3 ,que celui qui est sans pch lui jette la premire pierre1 semble retentir tardivement dans l'me humaine4 ,c'est malheureusement sous une forme qui peut devenir dangereuse3 on ne se borne point ne pas lancer la premire pierre1 on a pour certaines formes de dgnrescence de bnvoles encouragements4 ,les ignorants essayent de rattacher la doctrine communiste celle du ,christ4 ,et lorsqu'ils entendent noncer cette erreur profonde1 certains esprits lgers opinent du bonnet1 comme s'ils ne percevaient pas l'immense distance qui spare les deux doctrines2 elles se trouvent mme1 on peut l'affirmer1 aux deux ples opposs6 ,la seconde prche le renoncement toutes les catgories d'tres humains1 tandis que la premire affirme le droit de tous aux richesses et aux jouissances1 et a pour mot d'ordre3 ,la convoitise satisfaite6 ,mais ce n'est point le moment d'aborder cette grave question4 ,bornons-nous signaler que l'on voit aujourd'hui des familles entires se soumettre de leur plein gr de pnibles inconvnients1 pour ne pas gner les plaisirs de leurs subalternes1 et leur laisser de longues heures de libert4 ,on est bien forc de subir ce qu'on ne peut empcher1 rpondra-t-on2 et1 ne vous y trompez pas1 c'est la peur et non l'quit qui provoque ces indulgences6 ,voil encore un jugement prcipit1 faux et injuste4 ,car1 en beaucoup de cas1 c'est sincrement que les classes suprieures sont arrives reconnatre le droit du peuple une certaine somme de plaisir4 ,elles le font avec sympathie1 et non plus avec le mprisant3 ,panem et ,circences des anciens ,romains4 ,il vaudrait peut-tre mieux que les privilgis apprennent se priver parfois pour leur propre compte1 de certains plaisirs1 au lieu d'en approuver l'abus pour eux et pour les autres4 ,le fait que les consciences1 muettes jusqu'ici1 se sont enfin veilles sur ce point spcial de l'quit sociale1 indique cependant une vitalit d'me dont il faudrait hautement se rjouir1 si ce respect exagr des avidits et des jouissances matrielles ne prouvait pas l'importance extrme qu'a prise1 dans la mentalit des hommes tout ce qui se rapporte l'argent et aux apptits qu'il permet de satisfaire4 ,c'est l'ombre du tableau1 et elle s'tendra1 dense et obscure1 sur les mes1 tant que les yeux des hommes ne se seront pas ouverts la grande et glorieuse ralit de la vie spirituelle que la plupart d'entre eux s'obstinent ne pas voir1 ne pas chercher1 ne pas reconnatre444 ,mais comme cette forme un peu particulire d'quit qui a surgi dans certaines consciences reprsente1 somme toute1 un pas accompli sur la route qui monte1 il est juste de la signaler l'attention4 ,plus tard1 lorsque les hommes auront appris regarder sous la surface des eaux1 ils pourront mieux enregistrer les vrits profondes que l'esprit des sources leur permettra d'apercevoir4 ,,chapitre ,,ii ,,les ,,physionomies ,r,v,,latrices ,de quels profonds sillons sont marqus ces visages ,o l'ombre du pass lutte avec l'avenir444 79999997 ,je me suis absente assez longtemps de ma rsidence habituelle1 et j'ai1 d'autre part1 revu ailleurs des visages qui1 depuis quelques annes1 m'taient devenus trangers3 peut-tre est-ce pour cela qu'il me semble percevoir une trange transformation dans la physionomie humaine4 ,je n'ai retrouv1 sauf dans le cas de quelques personnalits suprieures1 aucun visage identique ce qu'il tait jadis4 ,ceci prouve galement que1 malgr l'odeur de mort rpandue un peu partout1 de fortes vibrations secouent encore le cur et le cerveau des hommes4 ,si la stagnation intrieure tait complte1 les physionomies ne se seraient point ainsi modifies et accentues4 ,ce phnomne ne s'observe pas seulement chez ceux qui1 comme les combattants1 ont travers d'inoubliables moments de dtresse et des heures tragiques1 ni chez les femmes dont les entrailles ont t dchires par la mort d'un fils4 ,cette transformation des visages est beaucoup plus gnrale3 on dirait qu'une vague puissante ou la main d'un rude sculpteur a pass sur les figures humaines1 tantt dformant leurs traits1 et les harmonisant parfois dans une trange expression d'intensit4 ,les physionomies incertaines1 insipides et veules ont peu prs disparu4 ,on en voit cependant encore de mornes et de bestiales qu'aucun idal n'anime1 qu'aucune passion n'meut ni ne trouble1 qu'aucune volont de despotisme n'accentue3 l'animalit seule rgle leurs mouvements4 ,ces dernires appartiennent presque toujours la catgorie des tres dont un gosme outrancier tay de sottise1 a suc les moelles4 ,ce sont des mes dj trpasses dans des corps en voie de devenir cadavres1 car lorsque les sources vritables de la vie sont taries1 celle-ci s'alimente si pauvrement qu'elle n'est plus au fond qu'une course la mort6 99 99 99 99 99 ,mais ces visages de moribonds1 en marche vers le tombeau ne peuvent intresser personne3 il est inutile de s'arrter les contempler4 ,par contre1 les physionomies presque trop expressives qu'on rencontre aujourd'hui offrent un curieux champ d'tudes et indiquent que la vie intrieure persiste chez quelques-uns1 malgr les apparences d'une indiffrence gnrale et absolue4 ,mais de quelle nature est cette vie intrieure8 ,nous essaierons d'en percer le mystre1 mais je voudrais auparavant noter ici une observation que j'ai faite et que j'invite les autres faire comme moi3 les modifications de la physionomie sont beaucoup plus visibles chez les femmes1 peut-tre parce que leurs traits dlicats se marquent plus facilement sous la secousse de l'motion et l'treinte des sentiments4 ,il y a videmment aujourd'hui1 chez presque toutes1 quelque chose de plus accentu1 de plus marqu en profondeur dans les traits du visage que ce qu'on y voyait autrefois6 ,les yeux sont devenus froids1 trangement froids6 ,quelques-uns semblent taills dans des pierres dures3 onyx1 agathe1 jaspe et lapis444 ,ce sont des yeux qui manquent de rayonnement et de chaleur4 ,chez la paysanne1 l'ouvrire1 la dactylographe1 la femme du monde1 la mme expression implacable se rencontre4 ,je ne rtracte pas le mot implacable1 car dans les prunelles fminines aucune misricorde ne luit plus l'heure actuelle4 ,une nergie d'un genre nouveau les anime1 fille de passions rcemment veilles qui cependant se rattachent aux passions primitives de l'humanit1 et ne semblent pas avant-courrires d'une conception nouvelle et plus noble de l'existence4 ,dans les problmes de l'heure j'ai trait des conditions spciales o se trouve la femme en tant que femme1 et mes conclusions son sujet n'taient pas optimistes ni colores d'esprance prochaine4 ,mais en examinant avec plus d'attention les physionomies humaines je me suis rendu compte qu'il y avait encore1 chez les femmes comme chez les hommes d'aujourd'hui1 de l'toffe pour tailler1 assembler et coudre4 ,il faut que les ouvriers intelligents et habiles se mettent l'uvre1 montrent la voie1 prparent l'ouvrage et jettent dans les mes des penses d'avenir4 99 99 99 99 99 ,certaines passions sont assez neuves chez la femme1 tandis que l'homme les a presque toutes connues1 vcues et taries2 ces passions sont semblables des sources vives1 d'o des nergies inattendues pourraient surgir4 ,l'instinct de despotisme1 par exemple latent jusqu'ici chez les descendantes d've1 a pris dsormais dans l'me fminine un essor effrayant4 ,celles qui se sentent des mes la ,smiramis sont rares1 mais tous les petits despotismes les attirent et les tentent4 ,le got de la domination1 le besoin de se donner de l'importance qui n'avaient pas franchi jusqu'ici les bornes de la vanit et de l'amour1 se sont tendus toutes les branches de l'activit sociale o les femmes prtendent prsent exercer leur empire4 ,cette modification de leur psych dveloppera peut-tre dans ces mentalits un peu mivres1 un peu veules1 un peu incertaines1 des forces qu'on ne souponnait pas4 ,je crains pourtant qu'il ne s'agisse pas au dbut1 de nouveauts sympathiques1 car l'accentuation des physionomies que je viens de signaler ne semble pas avoir une base pure et noble4 ,mais tant donn l'tat d'insipidit o semblaient tombes la plupart des mes1 tout symptme qui rvle des nergies en formation doit tre accueilli avec satisfaction4 ,ce sont l des forces en gestation4 ,dans quel sens se dvelopperont-elles8 ,comment les sauver1 en ce moment psychologique d'une si extrme importance1 de la rencontre et de l'influence des mauvais bergers8 ,tel est le grave problme qui se pose devant les consciences vivantes1 devant les esprits qui veillent4 ,ah6 les mauvais bergers6 ,on peut parler aussi aujourd'hui des mauvaises bergres4 ,a quelque sexe qu'ils appartiennent les uns ou les autres1 on ne redoute pas assez le rle nfaste qu'ils jouent1 on ne met pas suffisamment en garde contre eux les esprits inexpriments4 ,or1 c'est l'une des pires sottises qu'on puisse commettre1 car ces conducteurs de brebis sont mille fois plus dangereux que les loups dvorants1 ces frres infrieurs1 comme les appelle saint ,franois d',assise6 ,il n'est pas agrable1 certes1 d'tre croqu par les dents des loups1 mais il est cent fois pire encore de tomber sous la coupe d'un mauvais berger1 car cette emprise peut avoir sur la destine des autres hommes de pernicieuses rpercussions4 ,quand ces dviateurs de la conscience humaine se dvoilent1 on devrait les marquer moralement au fer rouge et faire pour eux ce qu'on fait en ,italie pour les jettatori que couronne une sinistre aurole de malheur1 refuser mme de prononcer leur nom6 ,mais notre esprit superficiel--cette tendance qu',oscar ,wilde qualifiait de crime1--nous rend incapables de jouer le rle sacr de gardiens des mes4 99 99 99 99 99 ,le dplorable empire que les mauvais bergers ont acquis et conservent dans la socit actuelle est d en grande partie au fait que les hommes ne savent pas se servir contre eux des armes de dfense dont la nature les a gnreusement pourvus4 ,l'une d'elles est assurment le regard1 destin aiguiser la perspicacit de l'esprit et indiquer au voyageur les embches et les prils de la route4 ,l'insouciance1 avec laquelle nous nous en servons1 la plupart du temps1 sans prter une attention suffisante aux embarras qui obstruent le chemin ou aux dtours qui l'interrompent1 est une preuve de sottise4 ,les ducateurs devraient dsormais s'occuper mieux dvelopper chez les enfants cette facult du discernement qui manque tant d'hommes faits4 ,ils devraient1 avant toutes choses1 apprendre leurs lves qu'il faut donner une extrme importance l'expression du regard de ceux qu'ils rencontrent1 et user du leur avec clairvoyance et attention4 ,l'il humain est la clef de vote des personnalits et elle les accompagnera sans doute dans l'au-del1 car1 comme l'a dit le pote des ,deux ,rencontres3 ,les prunelles ont leur couchant1 ,mais il n'est pas vrai qu'elles meurent6 ,,chapitre ,,iii ,,les ,,yeux ,,qui ,,voient ,oh6 qu'ils aient perdu le regard1 ,non1 non1 cela n'est pas possible2 ,ils se sont tourns quelque part ,vers ce qu'on nomme l'invisible4 ,,sully ,,prud',,homme4 ,par le mot voir1 j'entends parler de la vision intrieure1 la seule qui soit intressante dans l'ordre moral et intellectuel4 ,on peut percevoir merveilleusement les objets extrieurs et tre priv compltement de cette vision spciale1 qu'un malheureux aveugle peut possder parfois au suprme degr4 ,c'est donc cette vision qu'il importe de chercher avant tout dans les prunelles dont nous rencontrons le regard4 ,il y a toutes espces d'yeux dans le monde3 de beaux et de doux1 de svres et de durs2 il y en a de dominateurs1 d'blouissants1 de provocants444 ,d'autres nous prennent simplement4 ,ce sont les plus redoutables1 ceux qui1 d'un coup d'il1 changent parfois des destines4 ,nous n'accordons pas assez d'importance aux yeux1 nous ne les observons pas suffisamment1 nous nous perdons inutilement dans d'autres dtails du visage et de la personne4 ,eux seuls mriteraient cependant l'attention des psychologues et des curieux4 ,ils n'ont qu'une rivale3 la bouche6 ,mais celle-ci n'est gure rvlatrice qu'au point de vue des passions et des tendances instinctives3 bont1 mchancet1 faiblesse1 ou obstination4 ,elle ne reprsente pas un temprament dans son ensemble1 et1 au point de vue intellectuel1 elle reste muette4 ,sans la ngliger1 ce qui serait une erreur1 ce sont les yeux que nous devons toujours considrer pour obtenir une vision peu prs exacte des mes individuelles4 ,leurs varits sont infinies et ils sont souvent dconcertants par leur sincrit mme4 ,quelques-uns sont fuyants1 et on les devine faux2 d'autres ont appris l'art de se soustraire aux investigations1 sans se dtourner ouvertement2 mais1 en gnral1 les prunelles de la plupart des hommes s'ouvrent candidement1 et s'offrent sans dfiance aux observations des regards curieux qui croisent les leurs4 ,les tres qui ont clos le plus hermtiquement leur cur1 ne se sont pas aviss de prendre la mme prcaution pour ces fentres travers lesquelles le regard d'autrui peut pntrer jusqu' l'intimit de l'me1 et en fouiller les replis4 ,puisque la candeur de l'homme le permet ou ne peut l'empcher1 cherchons donc1 non pas dans ses paroles1 parfois mensongres1 ni dans ses actes1 souvent transitoires1 mais dans ses yeux qui n'ont encore appris dissimuler qu'une petite partie de ses secrets1 le mystre de son me profonde4 99 99 99 99 99 ,entendons-nous6 ,je n'ai pas l'intention de pousser aux curiosits psychologiques1 ni d'engager mes lecteurs cultiver l'art de couper un cheveu en quatre4 ,nous avons trop souffert pour nous complaire srieusement ces jeux qui affinent le got sans clairer l'intelligence4 ,je propose1 au contraire1 de renoncer aux puriles recherches dans le jardin secret des membres de notre entourage1 et de nous attacher une unique recherche4 ,ces yeux que nous interrogeons avidement1 demandons-leur une seule chose3 refltent-ils une vision intrieure1 une capacit d'inspiration subite1 l'amour de l'ide au lieu de l'amour des choses8 ,hlas6 que de fois n'y dcouvre-t-on que l'amour des choses1 cette irrmdiable tare1 cette constante ennemie de toute vraie libert morale6 ,les femmes y sont plus attaches encore que les hommes4 ,c'est pourquoi elles arrivent rarement au mysticisme et au grand vol des ides4 ,laissez-les donc tranquilles1 diront ceux qui prfrent ne pas rflchir1 elles font ce qu'elles peuvent et il ne faut pas demander au pommier de porter des pches6 ,j'use volontiers de cette mtaphore1 car il est injuste1 je le reconnais1 de ne pas tenir compte des possibilits pour tablir ses jugements2 mais admettre1 pour soi et pour les autres1 une semblable limitation1 c'est renoncer la grandeur de l'effort1 c'est dsobir d'avance ces inspirations subites de l'esprit qui1 mieux qu'un coup de cloche retentissant1 vous font sortir des rangs et gravir les cimes444 ,et cela est vrai pour les hommes comme pour les femmes4 ,si dans l'ordre intellectuel celles-ci n'ont pas le cerveau organis pour la spculation pure1 on ne leur demandera pas de trouver la solution de problmes mathmatiques2 mais dans l'ordre moral1 leur organisation mentale ne les relgue pas fatalement1 comme de pauvres ,cendrillons1 la porte des palais et des temples4 ,lorsqu'elles ne peuvent en franchir le seuil1 c'est la plupart du temps qu'elles ne le veulent pas6 ,la rpugnance l'effort1 l'horreur du recueillement1 et le prestige des choses extrieures1 tout puissant sur leur me1 ferment leurs yeux plus encore que ceux des hommes1 aux visions intrieures4 ,il me semble du reste absurde d'tablir1 en parlant des problmes de l'me1 des diffrences essentielles entre les deux sexes1 puisqu'ils sont1 ds leur naissance1 des condamns mort auxquels l'immortalit est promise4 ,l'important1 l'heure actuelle1 est de savoir discerner dans les yeux des hommes et des femmes1 le reflet de leurs visions intimes1 puisque ces visions peuvent seules laborer en eux les mes de soldats1 de dfenseurs et d'aptres qui seront ncessaires pour rtablir l'quilibre du monde et apaiser la conflagration terrible qui en ce moment dchire son cerveau et ses entrailles4 ,,chapitre ,,iv ,,les ,,cerveaux ,,qui ,,veillent ,l'me n'est pas un vase remplir1 mais un phare allumer4 ,,plutarque4 ,il ne suffit pas de possder le don de la vision intrieure1 il faut que cette vision se rflchisse dans le cerveau qui la reoit1 la creuse1 la travaille et s'en sert ensuite comme d'un levier pour provoquer l'ascension des mes4 ,il en fut sans doute ainsi pour les prophtes4 ,ils ont eu d'abord la vision des choses1 que leur gnie spcial1 aprs l'avoir considre et mdite1 a ensuite prsente au monde4 ,ces personnalits puissantes vivaient dans l'attente1 les yeux bien ouverts1 tandis que leur esprit veillait4 ,s'il nous arrive parfois1 mme aujourd'hui1 de rencontrer des yeux qui semblent reflter une vision intrieure1 le contact avec les cerveaux qui veillent est bien plus rare4 ,pour arriver cet tat de veille1 l'intelligence ne suffit pas1 car l'intelligence se laisse facilement distraire et recherche volontiers les frivolits qui l'amusent et la reposent4 ,il faut qu'elle se rfugie au contraire dans l'intimit du subconscient dont parle ,leibnitz1 qui vit en nous sa vie cache et profonde4 ,il est la source de toute inspiration1 qu'elle vienne du gnie ou du cur6 ,mme si elle procde directement des forces divines1 c'est travers notre subconscient qu'elle se rvle nous4 ,savoir et pouvoir veiller1 signifie donc pour l'homme3 tre en contact intime et constant avec cette part secrte de lui-mme qui chappe1 semble-t-il1 l'action des nerfs et du sang1 et rend parfois l'me capable de ces intuitions mystrieuses qui se changeaient en lueurs irradiantes dans les cerveaux des prophtes1 des prcurseurs1 et dans ceux des potes qui furent1 eux aussi1 des voyants4 99 99 99 99 99 ,mais ces grands initis n'apparaissent que de loin en loin dans l'histoire du monde et restent des isols4 ,or1 pour redresser1 monder et cultiver tous les ceps de vigne1 il faut aujourd'hui beaucoup d'ouvriers1 il faut surtout que ces ouvriers soient aptes recueillir les enseignements qu'une voix inspire prononcera ou qu'un souffle mystrieux rpandra subtilement dans les esprits1 pour les transformer en gardiens vigilants de la conscience humaine4 ,il n'est pas besoin1 pour accomplir cette tche1 d'tre un gnie ou un prdestin1 il suffit d'tre un homme de bonne volont1 aimant d'amour la vrit1 et assez clairvoyant pour savoir discerner les faux dieux et renverser1 sans vaine piti1 leurs autels4 ,mais1 demandera-t-on1 de tels hommes existent-ils l'heure prsente8 ,certes1 ils sont rares1 bien rares1 et ils demeurent muets et timides1 car la profondeur et la dlicatesse de leur pense les rendent suspects4 ,on ne peut cependant nier leur existence4 ,ils surgissent ici ou l et leur prsence claire d'une bordure lumineuse les pais nuages noirs qui ferment l'horizon4 ,d'o viennent ces hommes1 dont la conscience en travail commence se faire entendre8 ,leurs origines sont multiples1 mais la plupart d'entre eux appartiennent pourtant deux catgories3 d'abord celle des clairvoyants1 l'intelligence desquels n'chappe aucun des pouvantables et dangereux symptmes de la crise que l'humanit traverse4 ,aprs avoir sond jusqu'en ses profondeurs la dcomposition de l'me humaine1 ils ont trouv dans l'excs mme de leur dsolante vision d'avenir une raison d'esprer4 ,si la destruction du monde physique1 disent-ils1 a t annonce1 la destruction de l'me n'a pas t prdite4 ,or1 c'est vers cette destruction que nous semblons marcher4 ,ce serait un reniement de promesses et telle ne peut tre la volont divine4 ,donc1 invisiblement encore1 le remde se prpare1 le salut approche1 et il faut que les penses et les yeux de ceux qui esprent se tendent pour le voir venir4 ,les cerveaux qui veillent se recrutent encore dans une seconde catgorie d'hommes3 ceux dans le cur desquels l'amour de l'humanit est en train de renatre et qui1 mus d'une immense piti1 tendent l'oreille au moindre son de cloche et cherchent perdument autour d'eux le moindre reflet d'une lueur d'aube4 ,j'ai dit3 ceux au cur desquels l'amour de l'humanit renat1 car cet amour a subi1 lui aussi1 une terrible crise depuis la conclusion de la paix4 ,quand le sang a cess de couler sur les champs de bataille et que les jeunes corps des soldats n'ont plus t exposs aux balles et aux bombes ennemies1 aux gaz asphyxiants1 aux raids des avions1 aux attaques des sous-marins1 la grande compassion1 qui remplissait les curs et les faisait vibrer d'une vie douloureuse et palpitante1 s'est teinte tout coup comme une bougie sur laquelle on vient de souffler brutalement4 99 99 99 99 99 ,c'est que le rgne des paroles pernicieuses et inutiles1 avait succd celui des actes hroques et que les compromis s'taient substitus aux nobles endurances4 ,la piti ardente qui attendrissait les regards trop scrutateurs et empchait les observations aigus1 avait1 en disparaissant1 rendu la libert aux yeux et aux cerveaux4 ,les hommes recommencrent alors se juger entre eux1 et beaucoup pensrent que leurs concitoyens taient au fond de pauvres hres1 que leurs voisins1 ou plutt leurs compagnons de misre1 ne prsentaient pas des personnalits beaucoup plus intressantes4 ,ce fut ainsi1 que l'amour pour l'humana gens commena de plir dans les curs4 ,cet tat d'endurcissement n'a pas t suffisamment observ2 d'aucuns mme l'ont laiss passer inaperu et ne s'aperoivent pas qu'il dure encore4 ,individuellement cependant1 quelques hommes ont surmont la crise3 ,de l'excs mme de leur dgot1 quelque chose a remu dans leur cur3 avoir tant plaint l'homme1 parce que sa chair tait meurtrie et que son sang coulait1 et rester insensible aux douleurs que lui prpare l'avenir obscur1 glacial1 terne et dcolor1 qui semble logiquement l'attendre1 quelle anomalie1 quelle cruaut6 ,c'est au plus fort de cette anormale indiffrence que soudain1 en quelques-uns1 l'amour pour les hommes a refleuri4 ,ces tres1 ces gnrations qu'attendent de si dconcertantes perspectives1 ce sont leurs frres1 leurs fils1 et une ide a commenc germer dans les cerveaux de ceux qui ont l'habitude de veiller3 ,nous ne pouvons pas laisser prir l'humanit4 ,le secours doit venir444 ,hlas6 on n'est plus au temps des croisades1 alors qu'on pouvait enflammer les curs en prononant le nom magique de ,jrusalem6 ,la ville sainte a t dlivre1 et son nom n'exerce plus sur les mes l'ancien effet prestigieux4 ,une anxieuse question se pose3 ,si jamais le tombeau qu'elle renferme retombait aux mains de ses anciens dtenteurs1 les souverains de la terre accourraient-ils de tous les points du globe dans la valle de ,cdron pour dlivrer le ,saint-,spulcre8 ,il a fallu1 aprs la dernire croisade1 environ sept sicles et une nouvelle invasion de ,barbares pour que l',europe chrtienne1 en repoussant les hordes qui menaaient sa civilisation1 se soit enfin dcide chasser les ,infidles qui montaient la garde au tombeau de l'enfant qui naquit ,bethlem et mourut sur le ,golgotha6 99 99 99 99 99 ,les cerveaux qui s'veillent1 les consciences qui crient1 les physionomies qui rvlent des forces nouvelles et les yeux qui refltent des visions intrieures forment une petite avant-garde1 dont la mission est d'enflammer d'un renouveau de confiance les curs oppresss et dprims4 ,l'origine de ce mouvement est double1 comme nous l'avons indiqu dj4 ,les uns y sont amens par une foi tenace dans la paternit du ,parfait qui ne peut abandonner ses cratures2 les autres1 par un rveil de fraternit devant les abominables perspectives d'avenir que prpare la vague de folie qui a pass sur le monde4 ,mais ces champions doivent crotre en nombre et en force pour triompher du chaos universel et dominer l'tourdissante cacophonie qui a remplac la puissante voix du canon4 ,le chant mme des oiseaux ne rsonne plus joyeux et triomphant comme jadis3 d'aucuns vont jusqu' prtendre que le rossignol1 effray1 dsertant les bois et les jardins1 ne fait plus entendre1 sauf dans les vers des potes1 ses trilles dlicieux4 ,se taire1 esprer1 attendre1 veiller1 couter les voix profondes de la nature1 regarder les toiles derrire lesquelles se cachent les vrits ternelles1 voil ce que les hommes de bonne volont peuvent faire pour provoquer et pour hter la rentre au port4 ,shakespeare a dit3 ,it is the mind that makes the body rich4 ,si cette parole s'applique victorieusement la matire1 combien plus doit-elle tre exacte en ce qui concerne les choses de l'esprit1 car1 comme l'a dit ,plutarque1 l'me n'est pas un vase remplir1 mais un feu allumer4 ,or1 le monde1 en ce moment1 a besoin de grands feux brlant sur les montagnes1 qui soient comme un appel lanc au loin4 ,les cerveaux qui veillent doivent tre les premiers signaler ces feux4 ,en bas1 leurs regards doivent fouiller partout car1 selon la belle expression de ,rostand3 ,il y a de la boue qui veut redevenir de la terre4 ,,cinqui,,me ,,partie ,la rentre au port4 ,des barques la drive1 sans timon et sans pilote1 sur une mer dmonte1 voil l'image du monde actuel aprs trois ans de paix6 ,les embarcations qui sillonnent les eaux semblent devoir chavirer toutes1 les unes aprs les autres1 car l'quipage est incapable de trouver la direction d'un port o jeter l'ancre4 ,le naufrage parat imminent aux passagers consterns et aux spectateurs qui1 du rivage1 observent les manuvres des voiles et le mouvement des rameurs4 ,dans certains pays du globe1 les mers et les fleuves semblent plus normaux d'aspect1 mais il y a partout1 sur les eaux et dans les airs1 des soubresauts inquitants1 et les apparentes oasis sont trompeuses1 semblables ces prairies riantes et vertes qui cachent des marais profonds o le pied s'embourbe1 s'enfonce et qui finissent par engloutir inexorablement hommes et btes4 99 99 99 99 99 ,cependant1 dans l'ordre des faits naturels1 on voit mme aujourd'hui les temptes finir par s'apaiser normalement1 le ciel redevenir serein1 et lorsqu'aprs une violente bourrasque1 on assiste la rentre au port des grandes et des petites embarcations1 une sensation exquise de bien-tre envahit les hommes4 ,le calme subit du ciel1 de l'air et des eaux produit galement un effet magique sur les curs angoisss2 il tranquillise leurs battements trop rapides et apaise leur excessive motion4 ,s'il en est ainsi pour les temptes qui agitent les flots et l'atmosphre1 le mme phnomne devrait logiquement se produire dans l'ordre des faits intellectuels et moraux4 ,les horribles tueries1 que les regards humains ont t forcs de contempler1 ont provoqu ce dtraquement des cerveaux qui rend aujourd'hui les hommes apparemment incapables de bon sens1 de clairvoyance et de tout pouvoir de rsistance et de raction4 ,la phrase dsastreuse de ,tolsto3 ,il ne faut pas lutter contre le mal1 a fait cole hors de ,russie et semble avoir envahi les mes occidentales4 ,nous assistons avec pouvante des phnomnes redoutables dont rien n'indique encore clairement la disparition prochaine4 99 99 99 99 99 ,et pourtant4446 ,croire la perptuit de l'obscurcissement du cerveau humain1 n'est pas seulement absurde et illogique2 c'est encore la plus grande offense qui puisse tre faite au ,crateur des merveilles de la nature4 ,il devrait nous suffire de contempler une nuit toile1 ou bien de regarder l',aurore qui prcde1 matin1 aprs matin1 la naissance de l'astre du jour1 pour comprendre que la lumire qui claire et rchauffe notre plante1 ne dsertera jamais l'univers1 car elle est la condition mme de son existence2 sa source s'alimente l',esprit qui rgle et dirige le destin des hommes4 ,ceux-ci ont1 par consquent1 le droit de croire au prochain retour de la lumire qui clairait et rglait leur conduite morale4 99 99 99 99 99 ,mais avant d'ouvrir trop largement son cur l'esprance1 et dans l'attente du souffle puissant qui balaiera les nuages du ciel spirituel de l'humanit et tablira les bases d'une socit nouvelle1 il est indispensable1 comme nous l'avons dit1 que l'homme ouvre ses yeux et aiguise son esprit pour mieux tudier les mentalits actuelles et pour rechercher s'il n'y a pas1 entre elles et le bonheur dans l'ordre1 d'infranchissables barrires ou quelque clatante divergence de conception4 ,,chapitre ,,premier ,,le ,,mot ,d',,ordre3 ,,servir6 ,servir444 servir444 servir6 7,paroles de ,kundri dans ,parsifal de ,,richard ,,wagner47 ,la vrit est qu'il y a en ce moment un terrible malentendu entre l'homme et sa destine4 ,quel que soit son rang social ou sa condition intellectuelle1 il refuse avec arrogance d'accomplir celle-ci1 et les plus rebelles sont souvent les plus petits4 ,ils mettent dsobir l'ordre divin une pret extraordinaire et se sentiraient horriblement humilis d'accepter le mot d'ordre que les descendants d',adam portent tous sur leur front1 trac par la main suprme qui dirige les destines humaines4 ,ce mot est celui de ,parsifal3 ,servir6 99 99 99 99 99 ,il est inutile de protester1 de s'indigner1 de se rvolter444 ,l'ordre est premptoire2 il faut courber la tte1 y conformer sa vie1 si l'on ne veut pas tomber dans le dsespoir morne1 lourd1 glacial et sombre que l'homme a connu la suite de la grande rvolte morale de l'aprs-guerre1 et qui a rempli sa bouche d'un got de cendre4 ,imitons ,dante1 qui1 aprs avoir entendu les paroles des sages1 interrogeait avec anxit les yeux de l'aigle pour savoir si ,virgile1 non baptis1 pourrait voir un jour les portes du paradis s'ouvrir devant lui et relisons les livres sacrs de toutes les religions et ceux o se droule l'histoire des philosophies et des destines humaines2 nous nous rendrons compte que1 sur ce point1 il est oiseux de discuter et de s'insurger4 ,nous sommes des serviteurs1 pas des esclaves1 entendons-nous6 ,la reconnaissance par ,dieu du libre arbitre de l'homme l'a sauv de l'esclavage1 mais non du service4 ,ce service librement accept a ouvert pour lui les portes de la joie terrestre1 lui a confr en mme temps une grande dignit et a fait de lui une sorte de roi1 puisque1 servant son matre avec l'amour d'un fils1 il s'lve de ce fait un niveau qui lui fait immdiatement gravir plusieurs chelons dans la hirarchie morale des tres4 99 99 99 99 99 ,en cette heure de l'histoire du monde o chacun1 avec une arrogance que double une paisse sottise1 se refuse au travail et l'obissance1 il semblera sans doute la plupart absurde1 maladroit et inopportun d'avoir l'audace d'affirmer qu'en dehors du service1 mme le plus humble1 il n'y a pas pour l'homme de bonheur possible1 et que sa dignit et son amour-propre trouvent tous deux leur avantage ce service librement et joyeusement consenti4 99 99 99 99 99 ,les ,anciens avaient coutume de dire que ,jupiter aveuglait ceux qu'il voulait perdre4 ,ne dirait-on pas aujourd'hui qu'une main malfaisante se plat poser un bandeau sur les yeux des hommes pour les empcher de discerner les vrits les plus videntes et leur cacher les prils les plus menaants8 ,mais ,zeus est mort1 et il est impossible d'attribuer au ,pre du ,fils de l',homme les actes que pouvait se permettre le matre des dieux1 reprsentant de toutes les passions humaines4 ,la responsabilit de son misrable tat d'me repose donc entirement sur les paules de l'homme d'aujourd'hui et sur celles des mauvais bergers qui l'ont nourri de paradoxes et de sophismes envelopps de grands mots creux1 dont le nant a t perc depuis longtemps1 mais qui continuent cependant garer certaines mes4 ,or1 nul n'est plus difficile gurir que le malade et le dment qui veulent l'tre2 l'intelligence et la volont humaines n'y suffisent pas4 ,non que les raisonnements ne puissent avoir leur rle dans le formidable combat engag par les hommes rvolts contre l'ordre tabli et le grand lgislateur de toutes choses4 ,il est mme des cas o la rpression violente est peut-tre indispensable pour vaincre certaines formes de la rbellion4 ,mais puisque la tendance qui nous courbe aujourd'hui vers le limon de la terre1 comme les bufs vers l'abreuvoir1 est plutt un tat d'esprit qu'un phnomne physique1 c'est plutt vers l'intervention des forces spirituelles que les esprances des hommes de bonne volont doivent se tourner4 ,il faut qu'ils se penchent vers leur subconscient pour couter sa voix profonde2 il faut qu'en toutes choses ils invoquent l'appui de l',esprit4 ,,chapitre ,,ii ,,quel ,,sera ,,le ,,pilote8 ,quand ,ene s'aperut de la disparition de son pilote1 il prit sa place4 ,,virgile 7,enide74 ,quel sera le pilote8 ,telle est l'anxieuse interrogation qui se pose devant les mes et les esprits des hommes4 ,pour ramener rapidement les curs rebelles l'obissance1 il faudrait qu'une bouche divine1 celle du grand convive des ,noces de ,cana1 comme l'appelle le pote ,louis ,bouilhet1 rpte l'homme1 d'une voix plus rsonnante que l'airain1 l'ordre suprme du ,crateur3 ,tu es n pour travailler et servir1 et que la rponse de l'homme sorte frmissante de son cur et de ses entrailles3 ,je servirai4 ,ce serait l un double miracle2 mais si nous pouvons1 d'aprs les promesses divines faites aux violents sur le royaume des cieux1 nous attendre au miracle1 et si l'immense clameur des mes angoisses parvient l'imposer ,dieu1 c'est toujours ,lui qui choisit son heure1 et notre attitude ne peut tre que celle de l'attente confiante et patiente4 ,une voie cependant est toujours ouverte aux curs religieux1 mme si leur pense est libre1 c'est celle qui s'adresse directement l',esprit1 cet ,esprit dont ,joseph ,mazzini1 le nouvel zchiel1 comme l'appelait le grand pote ,carducci1 annonait le rgne dans la forme religieuse qu'il prvoyait pour l'avenir2 et qui se dvoilera l'homme travers ce mystrieux subconscient qui rgle les rapports de l'tre humain avec les forces suprmes4 ,l'existence de ce merveilleux intermdiaire entre la conscience humaine et la divinit1 n'a t comprise jusqu'ici que par un nombre restreint de cerveaux4 ,il est vident que l'action de l',esprit est souvent lente1 et il est rare qu'elle se manifeste d'une faon clatante2 elle marque cependant les mes d'une ineffaable empreinte1 et le jour viendra1 sans doute1 o celles qui auront t ainsi dsignes1 se dresseront une une1 prtes1 ds le point du jour1 comme les moissonneurs1 faucher le bl mr1 et1 comme des soldats l'appel du tocsin1 mettre leur fusil sur l'paule et descendre dans la plaine ou gravir la montagne pour dfendre l'idal contre l'humiliante limitation de la pense humaine au monde matriel et visible4 ,que les positivistes ne s'alarment pas de ce programme4 ,le monde des faits ne peut1 lui aussi1 qu'y gagner4 ,lorsque les ouvriers seront prts et que le drapeau de la nouvelle ,croisade sera dploy1 tout ce qui appartient l'ordre des phnomnes naturels et sociaux trouvera sa place1 comme les morceaux pars et confus de ces jeux de patience qui1 avant la guerre1 ont eu leur jour de vogue dans le monde des dsuvrs4 ,mais le rtablissement des formes qui rglaient l'existence de l'avant-guerre1 et la reprise normale de tous les services sociaux et de la vie conomique des nations1 ne pourront plus satisfaire entirement l'homme1 dont la perspicacit aiguise a appris discerner1 sous les cicatrices fermes1 la permanence du virus qui continue ronger les tissus essentiels la vie4 ,il avait fait de bien autres rves6444 ,une immense esprance a travers la terre1 disait ,alfred de ,musset1 en parlant de l'apparition du ,christ dans le monde4 ,ces mots clbres du pote des ,nuits peuvent tre rappels propos du frmissement qui a soulev les mes1 lors de la grande leve de boucliers du droit contre la force1 et qui les avait remplies d'une invincible certitude1 non seulement de victoire1 mais de rnovation4 ,ces champions de l'esprance1 qui ne vivent pas machinalement au jour le jour en se contentant de la cendre des choses1 devraient se rappeler que ,varron1 un paen1 a dit3 ,les dieux protgent ceux qui les invoquent1 et se souvenir aussi de l'abondance des promesses de l'vangile sur l'efficacit de la prire des violents4 ,ils invoqueraient alors les forces suprmes avec cette persistance et cette imptuosit qui irritent les hommes1 mais que1 parat-il1 la patience de ,dieu accepte et supporte3 ,un pilote6 un pilote6 devraient-ils s'crier4 ,par piti1 ,seigneur1 donnez-nous un pilote qui nous conduise6 99 99 99 99 99 ,nous sommes tellement habitus tout matrialiser et tout voir sous forme d'images1 qu'en entendant parler de pilote1 nous regardons instinctivement autour de nous pour essayer d'apercevoir1 dans le monde visible1 la silhouette de l'tre figure d'homme capable de prendre en mains les destines humaines et de les conduire au port4 ,quelques noms nous viennent l'esprit1 mais nos lvres ne les prononcent pas1 et nous nous contentons de pousser un soupir ou de faire un geste dcourag4 ,c'est qu'en effet1 mme parmi les meilleurs et les plus grands1 aucun homme n'est tout fait la hauteur de ce rle4 ,c'est en vain que nous interrogeons l'horizon3 ,rien ne surgit4 ,les chemins poudroient1 les champs verdoient1 le soleil flamboie1 mais le cavalier sauveur ne parat pas encore et la nuit ne se dissipe point6 ,pour apercevoir une lueur1 il faudrait monter plus haut1 regarder au del1 largir nos moyens d'action4 ,autrefois1 l'histoire nous l'apprend1 le travail d'une seule conscience suffisait parfois4 ,faut-il1 peut-tre1 aujourd'hui que les plus dlicates fonctions de l'me s'accomplissent collectivement8 ,allumer des phares dans le cur des hommes de bonne volont pour faire de ceux-ci des conducteurs d'hommes et de barques1 cela est du ressort de l',esprit1 suprme ,pilote de l'humanit6 ,supplions-le de n'abandonner plus jamais1 sur la mer dmonte1 nos embarcations fragiles1 qui ne portent pas seulement cette fois la fortune d',ene et des hros troyens1 mais les destines du monde entier4 ,les ,anciens dressaient jadis1 la proue de leurs navires1 une figure de femme1 destine les protger contre les vents contraires ou les flots en dlire1 et leur assurer le triomphe des armes4 ,la fulgurante image de la ,victoire de ,samothrace se dresse devant nos yeux4 ,le mme usage s'est continu dans le monde chrtien2 les petits voiliers et les barques de pcheur ont longtemps arbor leur proue une figure en bois reprsentant soit un ange aux ailes dployes1 soit une sainte protectrice1 et l'on trouve encore1 dans les anciens chteaux et abbayes de ,france1 quelques-unes de ces naves et touchantes statuettes4 ,les symboles ne sont plus gure la mode aujourd'hui1 mais on peut penser cependant que si les hommes attachaient mentalement leur barque personnelle un symbole moral1 l'uvre du pilote en serait facilite4 ,on vient fter partout en ,europe1 le centenaire de ,dante ,alighieri4 ,quel choix de symboles merveilleux renferme la ,divine ,comdie6 ,l'image de la dame de blancheur dcrite au chapitre ,,xii du ,purgatoire1 dont le visage luit comme l'toile du matin1 serait une efficace protectrice pour les embarcations qui1 ayant miraculeusement chapp la tempte1 rentrent au port avant d'affronter d'autres prilleux voyages4 ,,chapitre ,,iii ,,la ,,triomphatrice ,,de ,,demain ,a noi venia la creatura bella ,bianco vestita e nelle faccia quale ,par tremolante mattutina stella4 ,,dante1 ,purgatorio1 ,canto #ab1 ,sta4 #hh4 ,si les hommes comprenaient et acceptaient1 tous les degrs de l'chelle sociale le mot d'ordre contre lequel a eu lieu la grande rvolte qui s'est accentue ds le dbut du ,,xx sicle1 une autre transformation s'accomplirait logiquement dans les curs1 et une triomphatrice inattendue y remplacerait cette arrogance individualiste qui1 de jour en jour1 les exalte sottement et dessche en eux la source des motions nobles4 ,un orgueil absurde--qui ne s'en rend compte8--a envahi aujourd'hui tous les cerveaux4 ,il suffit d'un peu de bon sens et de clairvoyance pour le constater4 ,chacun a de soi-mme une opinion si exagre que celle-ci va souvent jusqu'au ridicule4 ,on dirait que les prtentions croissent en proportion directe de la mdiocrit des personnes et des conditions4 ,c'est l un phnomne si singulier que cette outrecuidance serait d'un haut comique1 si elle ne remuait pas dans notre me de mlancoliques penses sur notre situation relle au point de vue terrestre4 ,que sommes-nous1 en effet1 sinon de pauvres condamns mort1 isols dans le vaste univers8 ,il n'y a vraiment pas l de quoi s'enorgueillir1 mme si l'on appartient la catgorie restreinte des favoriss de la nature et du sort6 ,pour peu qu'on rflchisse de bonne foi aux conditions de la vie humaine on est amen se convaincre qu'il n'y a de dignit relle et de scurit morale pour l'homme que dans une conception modeste de sa propre individualit4 ,si les ducateurs avaient su lever et diriger la pense de ce dernier1 il le comprendrait ds l'enfance et essayerait de se dbarrasser au plus vite de la lourde carapace de prtentions1 d'exigences1 de vanits1 de griefs et de rancunes qu'il trane aprs lui4 ,ce bagage1 qui l'enfle dmesurment1 le rend semblable une norme cible o tous les coups portent3 piqres d'pingle1 flches envenimes1 coups de canif1 l'atteignent de tous les cts1 tandis qu'ils glissent sur l'homme rellement fier et assez adroit pour se rendre le plus petit possible1 afin d'offrir une moindre prise aux attaques4 ,si la conscience du peu qu'il est en ralit ne suffit pas enseigner l'homme la modestie de l'attitude1 le simple tact devrait lui apprendre quelle maladresse il commet1 au point de vue de son intrt personnel1 en affichant des prtentions injustifies et que l'opinion ne ratifie pas4 ,j'ai connu un homme1 dont je veux1 comme exemple1 rappeler ici le souvenir3 il avait occup de grandes positions1 mais sa vie avait t trs mouvemente1 et l'on devinait que ses yeux avaient vu trop de choses6 ,s'il parvint esquiver la plupart des inconvnients qui auraient pu rsulter pour lui de son pass1 ce fut par la modestie constante et habile de son attitude4 ,il s'agissait videmment1 dans son cas1 d'un triomphe du tact1 de l'intuition1 du sens de la mesure qui n'est possible qu'aux tres trs raffins2 pour que la modestie se gnralise1 elle doit devenir un sentiment du cur1 n dans la conscience1 de faon tre la porte de tous4 99 99 99 99 99 ,a l'heure actuelle parler d'humilit1 c'est comme parler de service4 ,la plupart des tres repoussent cette vertu comme un hte indsirable qu'il faut carter soigneusement de sa vie2 on croit y voir un lment de laideur1 de pauvret1 de mesquinerie1 de platitude1 et chacun1 avec un geste mprisant1 gouailleur1 ou tout au plus1 ddaigneusement compatissant1 lui ferme les portes de sa maison4 ,cette image dcolore et terne que nous nous faisons de l'humilit ne ressemble en rien celle que nous prsente le pote4 ,telle que son gnie l'a conue1 c'est une crature d'une beaut parfaite1 vtue de blanc et sur le visage de laquelle semble trembler l'toile du matin4 ,quel contraste avec la ,cendrillon poussireuse que nous avons relgue derrire le mur de nos maisons1 en refusant de lui en laisser franchir le seuil6 ,aprs avoir ainsi dpeint l'humilit dans l'clat d'un rayonnement incomparable1 ,dante lui donne la parole1 et celle-ci ouvrant les bras et dployant les ailes1 la prend tout coup avec une autorit extraordinaire3 ,venez1 dit-elle1 je suis prs des degrs qui montent1 mais dsormais on les gravit facilement1 ce qui signifie qu'aprs avoir ouvert notre cur l'humilit1 les obstacles de la route disparaissent et que l'ascension devient aise4 99 99 99 99 99 ,sans l'humilit comme sur et compagne de route1 chaque caillou se change en pierre1 chaque pierre en rocher2 les pieds sont pris aux piges du chemin et s'embarrassent de mille entraves4 ,sans elle comme point d'appui1 on n'avance pas1 on recule1 et les plus nobles fierts se changent en prsomptueux orgueil1 car elle seule affermit les curs et assure la dignit relle des tres4 ,certes1 il y a entre les hommes1--il serait injuste de le nier--d'immenses diffrences de valeur intrinsque4 ,les uns1 par la hauteur de leur pense1 atteignent presque aux toiles2 d'autres roulent dans la fange et s'y complaisent4 ,mais ceux mme qui ont gravi le ,mont ,sacr1 se rappelant de l'ordre imparti par ,celui qui naquit dans une table3 ,soyez parfaits comme votre pre qui est aux cieux est parfait1 doivent comprendre qu'aucun orgueil personnel ne peut subsister dans l'me humaine1 tellement elle est loigne de l'incommensurable modle qui lui a t propos4 99 99 99 99 99 ,je n'ai pas l'intention de dpouiller l'homme de ses lgitimes satisfactions d'amour-propre2 tout ouvrier qui a le sentiment d'avoir bien accompli sa tche journalire1--qu'il s'appelle ,aristote ou qu'il rponde au nom d'un simple berger des ,alpes1--a le droit d'tre fier d'avoir fidlement servi son matre4 ,cette fiert-l n'loignera pas de lui la belle crature qui le reconnatra pour frre et couronnera son front d'une aurole de blancheur4 ,la bonne volont dans le travail est la sur de l'humilit1 de cette enchanteresse qui1 par sa radieuse grce1 dtient la clef des curs1 car1 sans nous en douter1 ce que nous chrissons dans les tres1 c'est la parcelle d'humilit qu'ils possdent6 ,,chapitre ,,iv ,,ames ,,cr,,atrices ,elles n'ont jamais cess d'exister tout fait1 ni pendant1 ni aprs la guerre1 et dans le sombre tableau qui s'tend sous nos yeux on voit ici et l surgir quelques taches claires1 d'o sortent parfois de petites flammes lgres4 ,ces mes ne sont pas toutes des cratrices1 mais elles sont les chevilles ouvrires de ce qui est rest debout aprs la tourmente ou de ce qui est en train de se reformer lentement4 ,grce leur concours1 les uvres sociales laques ou religieuses ont1 en partie1 repris leur fonctionnement rgulier4 ,le recrutement des travailleurs est1 il est vrai1 devenu moins abondant1 car on sait que l'altruisme est un vtement dmod1 dont on a presque honte de se vtir4 ,il faut tenir compte aussi du fait que le jugement des hommes s'tant singulirement aiguis1 ils n'attachent plus une aussi grande importance leurs efforts sociaux et philanthropiques1 et n'prouvent plus1 par consquent1 les accomplir cette satisfaction dont certains curs s'enivraient avec un pieux orgueil4 ,c'est l une diminution d'attrait pour les esprits faibles1 mais faut-il regretter de perdre ceux-ci comme frres d'armes8 99 99 99 99 99 ,et ici une question trs grave se pose3 ,quelle sera la situation des faibles dans le monde de l'avenir8 ,mais le moment d'envisager ce problme n'est pas venu encore4 ,ce qu'il est urgent de dcouvrir l'heure actuelle1 ce sont les reprsentants d'une autre catgorie d'tres2 de ceux qui cherchent1 inventent1 ralisent444 ,ils n'ont pas toujours une me visible1 mais disposent certainement d'un cerveau puissant et1 tout en tant pour la plupart d'un positivisme absolu ils voient au del des ralits1 ce qui les rapproche des adorateurs de l',esprit4 ,l'effort qui s'accomplit en ce sens est immense dans la gnration actuelle2 et on la voit asservir ses fins le fer et le feu4 ,de tous ces flambeaux qu'elle allume1 des forces accumules sortiront qui transformeront et gouverneront le monde4 ,il est trop tt pour qu'on puisse prvoir les rsultats de cette fivre de recherches1 dont certaines expositions1 certains congrs scientifiques runis dans les grands centres d',europe et d',amrique1 ne fournissent encore qu'une ple synthse4 ,depuis des sicles1 tous les coliers du monde ont appris l'histoire d',icare et de ,promthe1 et ont palpit d'admiration pour ces audacieux qui tentrent de ravir le feu du ciel et s'exposrent joyeusement1 pour remporter un tel prix1 tre prcipits dans les abmes infernaux4 ,aujourd'hui1 ces audacieux sont devenus lgion1 et ce qui est digne de remarque1 c'est qu'ils n'esprent rien ravir6 ,ils se lancent perdus dans l'espace1 sans presque savoir pourquoi1 pousss par l'irrsistible besoin de dpenser leur nergie1 de faire ce qui n'avait pas t fait encore1 et de se rapprocher du soleil6 ,l'astre suprme1 semblable un formidable aimant1 attire vers lui ces hommes444 ,ils seront anantis par son brlant voisinage1 qu'importe6 ,ils auront dpass les autres conqurants des airs sur la route du ciel et aperu1 comme ,mose1 dans une fulgurante vision1 la face de ,dieu6 ,cette ivresse compense1 leurs yeux1 bien des pertes1 mme celle de leur vie1 de leur corps rduit en fragments informes et sanglants4 ,parmi les symptmes d'esprance que j'ai signals1 il serait injuste et illogique de ne pas tenir compte de ce grand mouvement de recherche et d'invention qui enfivre la jeunesse moderne4 ,ces techniciens n'crivent pas de vers1 mais ils font1 leur faon1 de la posie vivante et hardie4 ,ils ne respectent gure1 sans doute1 les traditions mtaphysiques1 car plusieurs ont adopt le systme de ,descartes1 et fait table rase de ce qu'ils avaient jusqu'alors appris2 ils veulent se rendre compte par eux-mmes et librement1 des points de vue qu'ils doivent accepter ou dfendre1 s'aiguillant souvent ainsi vers des vues nouvelles et inattendues4 ,ces jeunes gens ne sont pas prts encore tre des pilotes1 mais ils reprsentent des lments de vie1 desquels pourront surgir les mes cratrices1 capables d'inspirations subites et doues de cette sensualit d'esprit qui1 par le fluide mystrieux et puissant qu'elle dgage1 attire irrsistiblement les autres mes4 99 99 99 99 99 ,un pont suspendu1 et que l'humanit attend1 doit tre lanc assez haut pour permettre aux habitants des deux rivages entre lesquels se partage notre civilisation1 d'changer des penses et de suivre ensemble du regard la marche des toiles4 ,ce pont sera l'uvre des mes cratrices4 ,qu'elles se htent donc de le construire1 car entre ceux dont la mentalit a t nourrie d',homre et de ,virgile et les techniciens modernes1 disciples passionns de l'quation1 il ne peut y avoir de barrires irrductibles1 puisque certains lments de leur vie cache et profonde sont et resteront ternellement les mmes4 ,les chercheurs et les inventeurs1 par le fait mme de leur vocation1 sont presque toujours des silencieux qui n'ont pas l'habitude de jouer1 en de frivoles entretiens1 avec les mots inutiles1 ni de brutaliser la parole humaine ou de la traner dans des marcages boueux2 ils lui ont ainsi conserv une sorte de virginit qui la rend plus efficace et plus convaincante lorsqu'ils l'emploient4 ,le monde aurait besoin1 en ce moment1 d'entendre quelques paroles fermes et ailes1 et c'est peut-tre de la bouche de l'un de ces jeunes gens qu'elles sortiront4 99 99 99 99 99 ,aprs avoir dchan tant de temptes matrielles et morales1 l'instrument magique1 inspir par les mes cratrices1 rvlera au monde qu'il y a dans la vie des valeurs et des joies jusqu'ici insouponnes4 ,quelques tres privilgis ont les mains pleines de grces4 ,pourquoi leurs lvres--celles1 par exemple1 qui se refusant violer la parole1 l'ont toujours respecte--ne pourraient-elles rpandre ces grces8 99 99 99 99 99 ,ne nous bornons pas effleurer les surfaces4 ,c'est dans les choses qui ne peuvent mourir qu'il faut avoir confiance1 mme si la nuit semble s'obscurcir et si les glas sonnent autour de nous4 ,dans le drame d',ibsen3 ,empereur et ,galilen1 une pouvante traverse tout coup l'me de l',apostat4 ,o est-il maintenant8 se demande-t-il avec une indicible terreur4 ,la mort sur le ,golgotha1 prs de ,jrusalem1 n'aurait-elle t qu'un pisode1 une chose faite en passant1 dans une heure de loisir8 ,qui nous assure qu',il ne continue pas son uvre1 et souffre1 et meurt1 et est vainqueur de nouveau1 et toujours1 de monde en monde8444 ,c'est l une terrible vision de continuit qui hante les nuits1 et tenaille obscurment l'me de celui qui a t vaincu dans sa tentative de rtablir le culte des dieux qu'il croyait li la grandeur de ,rome2 mais ce cauchemar se transforme en une vision consolante pour ceux dans le cur desquels l'image de l'enfant de ,bethlem1 bien qu'oublie et souvent renie et trahie1 a rgn1 ne ft-ce qu'un instant6 ,rome1 #aibj2 ,abbaye de ,villeloin et ,paris1 #aiba4 ,,table ,,des ,,matieres ,pages4 ,,pr,,face ,,vii ,,premi,,re ,,partie ,pendant que la nuit dure encore4 ,,chapitre ,,premier4--,esprances prmatures #a -- ,,ii4--,l',attente #h -- ,,iii4--,le ,silence #ab -- ,,iv4--,l',instrument magique #ba ,,deuxi,,me ,,partie ,marchands et marchandes de fume4 ,,chapitre ,,premier4--,chassons les vendeurs du ,temple #ca -- ,,ii4--,les ,escamoteurs #ce -- ,,iii4--,les ,faux ,interprtes #dc -- ,,iv4--,les ,faux ,juges #ef -- ,v4--,les ,bluffeurs #fb -- ,,vi4--,lanceuses de bulles de savon #fe ,,troisi,,me ,,partie ,les ,problmes de l'heure4 ,,chapitre ,,premier4--,une condamne mort qui dfie la mort #fh -- ,,ii4--,l'ducation des peuples civiliss #he -- ,,iii4--teigneuses de phares #ajd -- ,,iv4--,celles qui portent encore le flambeau #aac ,,quatri,,me ,,partie ,sur la montagne quelques feux s'allument4 ,,chapitre ,,premier4--,les ,consciences qui crient #acb -- ,,ii4--,les ,physionomies rvlatrices #aci -- ,,iii4--,les ,yeux qui voient #adg -- ,,iv4--,les ,cerveaux qui veillent #aec ,,cinqui,,me ,,partie ,la ,rentre au port4 ,,chapitre ,,premier4--,le ,mot d'ordre3 ,servir #afg -- ,,ii4--,quel sera le pilote8 #agb -- ,,iii4--,la ,triomphatrice de demain #agi -- ,,iv4--,ames cratrices #ahf #ecdc4--,tours1 ,imprimerie ,e4 ,,arrault et ,c4 99 99 99 99 99 ,,librairie ,,fischbacher1 #cc1 rue de ,seine1 ,paris4 ,en vente3 ,,ouvrages ,,de ,,dora ,,melegari ,ames dormantes 7,ouvrage couronn par l',acadmie franaise71 #h dition1 in-#ab #f fr4 #ge ,faiseurs de peines et faiseurs de joies41 #ab dition1 in-#ab #f fr4 #ge ,chercheurs de sources1 #e dition1 in-#ab #f fr4 #ge ,amis et ennemis1 #d dition1 in-#ab #f fr4 #ge ,la jeune ,italie et la jeune ,europe4 ,lettres indites de ,joseph ,mazzini ,louis-,amde ,melegari1 in-#ab #e fr4 ,mes ,filles1 ,roman1 in-#ab 7puis74 ,,ouvrages ,,de ,,charles ,,wagner ,jeunesse1 #cc dition1 in-#ab #f fr4 #ge ,vaillance1 #bd dition1 in-#ab #f fr4 #ge ,justice4 ,huit discours1 #h dition1 in-#ab #f fr4 #ge ,sois un homme6 ,simples causeries sur la conduite de la vie1 #d dition1 in-#ab #c fr4 #ej ,l',ame des choses1 #c dition1 in-#ab #f fr4 #ge ,le long du chemin1 #e dition1 in #ab #f fr4 #ge ,la ,vie simple1 #ae dition1 in-#ab #f fr4 #ge ,auprs du ,foyer1 #h dition1 in-#ab #f fr4 #ge ,vers le cur de l',amrique1 #c dition1 in-#ab 7puis7 #f fr4 #ge ,pour les ,petits et les ,grands1 #d dition1 in-#ab #f fr4 #ge ,a travers les choses et les hommes1 #c dition1 in-#ab #f fr4 #ge ,par le sourire1 in-#ab #f fr4 #ge ,ce qu'il faudra toujours1 in-#ab #f fr4 #ge ,,ouvrages ,,de ,,jeanne ,,de ,,vietinghoff ,la libert intrieure1 #c dition1 in-#ab #f fr4 #ge ,impressions d'me1 #c dition1 in-#af #e fr4 ,l',intelligence du ,bien1 #e dition1 in-#af #f fr4 ,au seuil d'un monde nouveau1 in-#af #f fr4 #ge #ecdc4--,tours1 imprimerie ,e4 ,,arrault et ,c4 ,,notes3 ,a ,le ,livre de l',esprance1 par ,,dora ,,melegari1 ,payot-,paris1 #aiaf4 ,b ,voir ,,dora ,,melegari1 ,chercheurs de sources1 ,paris1 ,fischbacher4 ,c ,une proposition en ce sens a t prsente en #aibj-ba1 sous ma signature1 au ,bureau international du travail et la ,socit des ,nations qui en ont pris acte pour une discussion future4