,,remy ,,de ,,gourmont ,le ,chemin de ,velours ,,nouvelles ,,dissociations ,d',,id,,es ,ni la contradiction n'est marque de fausset1 ni l'incontradiction n'est marque de vrit4 ,pascal4 ,,le ,,chemin ,,de ,,velours 7,,pascal ,,et ,,les ,j,,suites7 ,,la ,,gloire ,,et ,l',,id,e ,d',,immortalit ,,le ,,succ,s ,,et ,l',,id,e ,,de ,,beaut ,,valeur ,,de ,l',,instruction ,,la ,,femme ,,et ,,le ,,langage--,l',,id,,alisme ,,analyses ,,et ,,fragments ,onzime dition ,,paris ,,mercvre ,,de ,,france ,,xxvi1 ,,rve ,,de ,,cond1 ,,xxvi ,,mcmxi ,,du ,m,,me ,,auteur ,roman1 ,thtre1 ,pomes ,,sixtine4 ,,le ,p,,lerin ,,du ,,silence4 ,le ,fantme4 ,le ,chteau singulier4 ,thtre muet4 ,le ,livre des ,litanies4 ,pages retrouves4 ,,les ,,chevaux ,,de ,,diom,,de4 ,d',,un ,,pays ,,lointain4 ,,le ,,songe ,d',,une ,,femme4 ,,lilith1 suivi de ,,th,,odat4 ,,une ,,nuit ,,au ,,luxembourg4 ,,un ,c,,ur ,,virginal4 ,couverture de ,g4 d',espagnat4 ,,couleurs1 suivi de ,,choses ,,anciennes4 ,,histoires ,,magiques4 ,,divertissements1 posies compltes1 #aiab4 ,critique1 ,littrature ,,le ,,latin ,,mystique 7tude sur la posie latine du moyen-ge7 7,crs1 diteur74 ,,le ,,livre ,,des ,,masques 7,ier et ,i,ie71 gloses et documents sur les crivains d'hier et d'aujourd'hui1 avec #ec portraits par ,f4 ,vallotton4 ,,la ,,culture ,,des ,,id,,es4 ,,le ,,chemin ,,de ,,velours4 ,nouvelles dissociations d'ides4 ,,le ,,probl,,me ,,du ,,style4 ,questions d',art1 de ,littrature et de ,grammaire4 ,,physique ,,de ,l',,amour4 ,essai sur l'instinct sexuel4 ,,pilogues4 ,rflexions sur la vie1 #ahie-aiih2 #ahii-aija 7#b;e srie72 #aijb-aijd 7#c;e srie72 #aije-aiab 7volume complmentaire72 #d vol4 ,,esth,,tique ,,de ,,la ,,langue ,,fran,,aise1 dition revue1 corrige et augmente4 ,,promenades ,,litt,,raires 7#are1 #b;e1 #c;e1 #d;e et #e;e sries72 #e vol4 ,,promenades ,,philosophiques 7#are1 #b;e et #c;e sries72 #c vol4 ,,dialogues ,,des ,,amateurs ,,sur ,,les ,,choses ,,du ,,temps 7pilogues1 #d;e srie1 #aije-aijg74 ,,nouveaux ,,dialogues ,,des ,,amateurs ,,sur ,,les ,,choses ,,du ,,temps 7pilogues1 #e;e srie1 #aijg-aiaj74 ,,dante1 ,b,,atrice ,,et ,,la ,,po,,sie ,,amoureuse4 ,,pendant ,l',,orage4 ,,lettres ,a ,l',,amazone4 ,,pendant ,,la ,,guerre4 ,,lettres ,d',,un ,,satyre4 ,,lettres ,a ,,sixtine4 ,,il ,a ,t ,,tir ,,de ,,cet ,,ouvrage3 ,droits de traduction et de reproduction rservs pour tous pays4 ,,premi,,re ,,partie ,,le ,,chemin ,,de ,,velours ,il faut bien aviser ne pas se noier1 en voulant secourir ceux qui se noient4 ,,baltasar ,,gracian1 ,l'homme de ,cour1 ,,cclxxxv4 ,,le ,,chemin ,,de ,,velours ,i ,,les ,j,,suites ,,et ,,le ,,go,t ,,fran,,ais4--,les ,jsuites ne sont pas au got franais4 ,l'homme de ,france1 et la femme surtout1 veut que ses murs soient rgies par une morale svre1 peut-tre pour le plaisir d'avoir l'air de lui dsobir4 ,sa joie1 qui sait se contenter d'apparences1 est surtout de frauder et de braver4 ,il a l'esprit de contradiction4 ,en presque tout il se conforme aux prceptes jsuitiques--si ce sont des prceptes1 et particuliers aux ,jsuites--mais il se veut idalement plus haut que ses murs4 ,les ,jansnistes non plus ne sont pas au got franais1 mais pour des motifs opposs4 ,c'est que la svrit de leurs principes trop chrtiens a une tendance passer d'emble1 ds qu'on les accepte1 l'application4 ,notre amusement n'est pas d'agir1 mais d'en avoir la libert4 ,la licence dont on se plaint1 on crie si l'autorit nave la veut rprimer4 ,ceux qui dfendent la religion avec le plus de force ne mettent jamais les pieds dans une glise4 ,la foi corrompt les meilleures causes4 ,il n'y a rien de plus odieux que la morale chrtienne dfendue par un croyant4 ,il faut tout savoir comme si on ne savait rien1 et douter de tout comme si on croyait tout4 ,au fond de ce caractre1 on discerne un sens inn de l'lgance1 de ce que d',aurevilly et ,baudelaire appelaient le dandysme4 ,il lui plairait plutt de paratre vicieux sans vices que vertueux sans vertu4 ,tartufe1 selon les saisons1 vient de ,genve ou du ,ges4 ,c'est le type qui nous choque le plus4 ,il faut que les passions politiques soient trs ardentes pour que nous consentions l'lire parmi nous-mmes4 ,l'indignation contre les ,jsuites1 quand les ,provinciales popularisrent leur thologie morale1 ne fut pas celle de la vertu contre le vice4 ,jamais en ,france on ne se donna longtemps un tel ridicule4 ,ce fut celle d'un mancip contre un tuteur trop indulgent4 ,les casuistes prenaient beaucoup de mal pour innocenter des mfaits qui n'taient dlicieux que par la grce de l'esprit de contradiction4 ,les plaisirs permis sont les plus fades4 ,don ,juan1 en passe de recevoir des compliments sur ses bonnes murs1 se trouva furieux1 tel un mmier qu'insulte l'allusion ses fredaines4 ,de ce que l'accueil fait aux ,provinciales fut presque pareil chez les ,jansnistes et chez les libertins1 il n'en faudrait point conclure une identit de sentiments intimes dans les deux groupes4 ,ce qui1 pour un catholique indiffrent1 n'tait que tartuferie inutile et lourde1 blessait ,jansnistes et ,protestants ainsi qu'un outrage la morale ternelle4 ,pascal1 et quoique jansniste1 a mis les cas de conscience en comdie2 de ,genve on voyait cela tel qu'un drame de douleur et de scandale4 ,voil les deux points de vue4 ,la persvrance des ,protestants1 qui gale celle de la taupe1 a fini par faire prvaloir l'interprtation calviniste4 ,les derniers des ,jansnistes franais1 rfugis dans les bureaux de la ,chambre1 rptent encore la plainte indigne de l'auteur des ,jsuites mis sur l',eschafaut4 ,tous les gens simples et des hommes sages ont pris au srieux les crimes de ,suarez et de ,tamburini1 cependant qu',escobar acqurait un renom immortel4 ,mais que vaut cette rputation8 ,,ii ,,origine ,,de ,,ces ,r,,flexions4--,la plupart des rflexions qu'on va lire sont antrieures aux polmiques d'aujourd'hui4 ,elles sont nes au hasard des lectures et des heures4 ,il a paru que l'occasion s'offrait assez bonne de les rdiger1 de leur donner une forme4 ,ce qui n'occupait qu'un esprit dsintress de tout1 et intress tout1 pourra1 dans les conjonctures prsentes1 amuser les incrdules et rvolter les croyants4 ,il semble parfois que l'histoire ait t rdige1 en style grand penser1 dans l'le du docteur ,moreau4 ,,iii ,g,n,,alogie ,,du ,,jans,,nisme4--,comme toutes les hrsies1 ces actes de foi paradoxaux et dmesurs1 le ,jansnisme naquit inattendu2 c'est--dire qu'aux hrsies comme aux rvolutions de la politique ou de l'art il faut un prtexte4 ,entre deux partis extrmes1 il y a toujours une opinion moyenne4 ,on y rencontre1 parmi une foule indcise et peureuse1 quelques esprits trop critiques et qu'une passion unique n'incline pas2 mais que la sensibilit de cette foule se trouve soudain blesse et la raison de cette lite soudain froisse1 voil des quilibres rompus4 ,on a vu1 lors d'une rcente affaire1 ces tombes brusques de la flche1 qui font songer aux balances du ,dr ,crookes impressionnes par l'inconscient4 ,le ,jansnisme fut une affaire tellement semblable la ntre que c'en est humiliant4 ,les ,jsuites1 galement innocents de l'une et de l'autre1 ptirent jadis et nagure4 ,cependant1 la premire histoire1 bien plus dsintresse1 fut bien plus bte4 ,il serait impossible de s'y distraire cette heure1 si elle n'avait fait deux victimes1 ,pascal et ,racine1 et si elle n'tait devenue ainsi1 au cours des annes1 l'une des phases les plus dtestables de la longue folie humaine4 ,calviniste1 l'aeul des ,arnauld1 ,antoine1 fut touch de la grce lors de la ,saint-,barthlemy4 ,il abjura prudemment et mourut1 lguant ses enfants une foi quivoque o l'amour de ,genve le disputait la crainte de ,rome4 ,les ,arnauld avaient pour ami ,duverger de ,hauranne1 abb de ,saint-,cyran1 et ce ,duverger maniait sa guise l'esprit d'un certain ,hollandais nomm ,corneille ,jansnius1 vque d',ypres4 ,ce pauvre homme1 s'imaginant avoir dcouvert la vritable doctrine de saint ,augustin1 rdigea sa trouvaille en un considrable in-folio nomm ,augustinus4 ,en ce temps-l on lisait les livres de thologie2 c'tait la nourriture de ces esprits qui aujourd'hui se repaissent avec ardeur de mtaphysique sociale4 ,rome condamna4 ,antoine ,arnauld approuva4 ,un brave homme1 ,nicolas ,cornet1 eut piti des fidles et voulut leur pargner l'norme tome4 ,par son gnie1 l',augustinus fut rsum en cinq propositions1 lesquelles1 dpouilles du jargon thologique1 se rduisent cette incontestable vrit3 l'homme n'est pas libre1 tous ses actes sont dtermins4 ,mais il aurait paru un peu hardi de supprimer ainsi toute religion1 toute morale1 et telle n'tait l'intention1 ni de ,jansnius1 ni d',arnauld1 ni de leurs matres ,augustin et ,calvin4 ,le dterminisme est tempr par la grce4 ,il y a le bien et le mal4 ,livr lui-mme1 l'homme suit son penchant1 qui l'incline au mal2 secouru par la grce1 il va au bien1 avec une gale sret4 ,cette grce1 dont dpend la vertu et le salut ternel1 il n'est pas au pouvoir de l'homme de lui rsister2 la grce est toujours ncessitante4 ,cette notion de la grce n'est pas absurde1 si on la rduit des proportions humaines1 ,dieu limin4 ,la grce alors c'est la force1 c'est le talent1 c'est le gnie1 c'est la beaut1 l'esprit ou la belle humeur4 ,la grce est un fait1 ,renan employa plusieurs fois ce mot fort propos4 ,mais1 retirant la libert l'homme1 saint ,augustin et ses interprtes l'avaient laisse ,dieu4 ,on arrivait ainsi la notion d'un tre1 infini et tout puissant1 crant expressment des tres vous la douleur ternelle4 ,nulle illusion n'tait laisse aux hommes ni sur eux-mmes ni sur le matre de leurs mes4 ,tout effort vers le bien tait inutile2 une longue vie de dvouement et de foi tait nulle devant le nouveau ,baal4 ,ceux qui devaient tre dvors1 ,dieu les avait choisis et marqus de toute ternit4 ,rien ne blesse un homme civilis comme la ngation de son libre arbitre4 ,la science elle-mme chouera dtruire cette notion que l'humanit juge essentielle4 ,quand les hommes se croyaient destins la vie ternelle1 la question tait bien plus importante4 ,les ,jsuites1 prenant le parti de la libert1 ne faisaient que se ranger l'opinion commune4 ,si ,pascal n'et pas fait dvier la polmique vers les cas de conscience et le casuisme1 il tait vaincu1 malgr qu'il et beaucoup plus d'esprit que le ,p4 ,nouet4 ,tout le monde tait peu prs d'accord en ,france pour admettre que la grce suffisante n'est refuse personne1 que le ,christ est mort pour tous les hommes et que le ciel est ouvert toutes les bonnes volonts4 ,cette religion modre est compatible avec la civilisation2 elle peut devenir aimable1 si le clerg est fin et doux4 ,a la porte ferme du calvinisme1 les ,jsuites avaient depuis longtemps oppos la porte ouverte et1 de la naissance cette porte bienheureuse1 tendu pour les mes dlicates un beau tapis4 ,la voie douloureuse tait devenue le chemin de velours4 ,,iv ,,la ,,philosophie ,,des ,j,,suites4--,elle se rsume bien dans le titre de l'ouvrage du ,p4 de ,sarrasa1 l',art de se tranquilliser dans tous les vnements de la vie#a4 ,l'intrieur du tome n'est pas moins difiant3 ,pour parvenir une joye constante et durable1 il faut faire choix d'un chemin que l'on puisse faire avec plaisir4 ,il faut bien se garder de donner dans des dtours et dans des voyes pineuses1 qui rpandent du dsagrment sur le voyage que l'on doit faire pour arriver au pays de la joye444 ,et il nous sert l'exemple du marin qui1 s'il n'a chapp qu'avec peine la tempte1 se rjouit sans doute d'tre arriv au port1 mais garde en son bonheur prsent l'amertume d'un fcheux souvenir4 ,de l je conclus que1 pour rendre notre joye durable1 nous devons choisir des moyens auxquels un certain contentement soit attach#b4 ,voil bien la philosophie des ,jsuites3 le chemin de velours4 #a ,on suit l'dition franaise de ,strasbourg1 #ageb4 ,sarrasa tait un ,espagnol des ,flandres1 n ,nieuport en #afah4 ,son livre parut en #affd1 ,anvers1 chez ,jean ,meursius1 sous ce vrai titre qui a t mdiocrement traduit3 ,ars semper gaudendi4 #b ,page #g4 ,sarrasa n'est point sot d'ailleurs4 ,il sait que tels qui feignent de fuir les plaisirs ont avec eux des rendez-vous secrets4 ,ceux qui de jour paraissent les plus chastes et les plus remplis de pudeur sont de nuit1 quand personne ne les voit1 les plus impudiques et courent aprs toutes les volupts auxquelles le jour n'est pas favorable#c4 ,il n'est dupe de rien1 pas mme des scrupules de conscience1 leur attribuant une origine purement physique3 ,si la mauvaise constitution du sang cause des scrupules1 il faut la rendre plus fluide4 ,c'est par l qu'on te la nourriture aux scrupules4 ,nous n'avons pas besoin de donner ici les remdes qui sont bons cela4 ,ce serait empiter sur les droits de mes sieurs les mdecins4 ,il dconseille le jene1 les mortifications1 les longues veilles de prires4 ,l'estomac vide1 dit-il prestement1 cause dans les scrupuleux le mme effet que la bourse vide cause dans les autres4 ,l'un et l'autre affaiblit l'me et drange l'imagination#d4 ,sarrasa sait qu'une bonne conscience accompagne ncessairement une bonne sant4 ,ce ,jsuite s'intresserait aujourd'hui la psychophysiologie4 ,il aurait suivi le cours de ,m4 ,ribot au collge de ,france4 #c ,page #bbh4 #d ,page #cfi4 ,c'est d'ailleurs un mdiocre4 ,il n'en est peut-tre que plus reprsentatif4 ,on ne verrait pas bien au contraire par quel moyen rattacher ,baltasar ,gracian l'esprit jsuite1 s'il n'avait1 lui aussi1 tendu sous nos pieds un tapis fleuri et doux4 ,voyez cet art de jouir de la vie ramass en quelques lignes3 ,ne point vivre la haste4--,savoir partager son temps1 c'est savoir jouir de la vie4 ,il reste beaucoup de vie plusieurs1 mais la flicit de la vie leur manque4 ,ils gaspillent les plaisirs 7car ils n'en jouissent pas71 et quand ils ont t bien avant1 ils voudraient pouvoir retourner en arrire4 ,ce sont des postillons de la vie1 qui ajoutent la course prcipite du temps l'imptuosit de leur esprit4 ,ils voudraient dvorer en un jour ce qu'ils pourraient peine digrer en toute leur vie4 ,ils vivent dans les plaisirs comme gens qui les veulent tous goter par avance4 ,ils mangent les annes venir1 et comme ils font tout la haste1 ils ont bientt tout fait4 ,le dsir mme de savoir doit tre modr pour ne pas savoir imparfaitement les choses4 ,il y a plus de jours que de prosprit4 ,haste-toi de faire et jouis loisir4 ,les affaires valent mieux faites qu' faire et le contentement qui dure est meilleur que celui qui finit#e4 #e ,l',homme de ,cour1 traduction ,amelot de la ,houssaye1 maxime ,,clxxiv4--,il n'y a pas d'ouvrage de ,baltasar ,gracian ainsi appel4 ,amelot a runi sous ce titre les maximes de l',oraculo ,manual y ,arte de ,prudencia quelques fragments du ,heroe et du ,discreto4 ,ce fragment appartient bien la philosophie des ,jsuites4 ,baltasar ,gracian est un grand crivain1 quelque chose peut-tre comme le ,machiavel de la vie pratique4 ,il abonde en maximes serres1 nettes1 tranchantes3 ,ce n'est pas le doreur qui fait un ,dieu1 c'est l'adorateur4 ,il n'y a pas de plus grande seigneurie que celle de soi-mme4 ,il est dur1 hautain1 ironique4 ,voici quelque chose de si fort qu'on ose peine le transcrire1 en un temps sentimental3 ,connatre les gens heureux1 pour s'en servir1 et les malheureux pour s'en carter4--,d'ordinaire le malheur est un effet de la folie3 et il n'y a point de contagion plus dangereuse que celle des malheureux4 ,il ne faut jamais ouvrir la porte au moindre mal1 car il en vient toujours d'autres aprs1 et mme de plus grands1 qui sont en embuscade4 ,la vraie science au jeu est de savoir carter4 ,la plus basse de la couleur qui tourne vaut mieux que la plus haute de la partie prcdente4 ,voil1 semble-t-il1 un excellent commentaire du gloria victis1 cette imprudente devise des chrtiens1 des lches et des maladroits4 ,l'cole de ce jsuite est celle de la dignit et de la force4 ,il est donc prudent de ne pas insister1--ne ft-ce que pour suivre mieux son prcepte4 ,l'ordre des ,jsuites a compt beaucoup d'hommes remarquables1 et peu de grands hommes4 ,cela se comprend4 ,quand ils ont paru1 le gnie n'tait plus religieux4 ,les trois matres de l'intelligence au ,x,v,ie sicle voluent au-dessus de la religion4 ,ni rasme1 ni ,rabelais1 ni ,montaigne ne prirent parti dans les querelles de la ,rforme4 ,cela se passait sous leurs pieds1 comme dans les galeries d'une fourmilire4 ,hommes de foi et rien de plus1 ,luther et ,calvin avaient les cervelles de leur tat1 cervelle de moine1 cervelle de cur4 ,la plupart des ,jsuites ont des cervelles de cur2 il serait sot de s'en tonner4 ,ce sont des prtres plus aviss que le vulgaire clerc1 mais prtres avant tout et borns par leur croyance4 ,leur panouissement est au ,x,v,i,ie sicle4 ,ils sont partout et fleurissent partout4 ,a ,pascal qui les calomnie s'oppose1 en ,espagne1 ,gracian qui les illustre4 ,aucun ,jansniste de bataille1 ,pascal except1 n'est suprieur aux polmistes de la compagnie4 ,mais les grands esprits manquent ici et l3 ,descartes n'avait pas d'opinion sur la grce4 ,le ,jsuite est un tre optimiste de sa nature4 ,son but est le bonheur4 ,il y croit et le veut1 non pas seulement aprs la mort1 mais aujourd'hui mme4 ,ce bonheur1 qu'il poursuit et qu'il atteint1 est le bonheur passif3 n'avoir plus de volont4 ,de l l'obissance4 ,mais ceci n'est pas nouveau4 ,depuis qu'il y a des sectes1 le sectateur est un tre d'obissance4 ,la constitution de tous les moines et frres d',orient et d',occident est fonde sur l'obissance4 ,ni le sectateur ni le moine cependant ne sont des passifs4 ,le moine est souvent un rvolt2 l'orgueil le travaille2 il souffre de ses liens plus que de ses privations4 ,il y eut des schismes de ,franciscains1 du vivant mme de saint ,franois2 tous les grands ordres religieux se sont coups en groupes rivaux2 seuls les ,jsuites sont rests unis et uniques4 ,c'est qu'ils ont su transformer la vieille obissance monacale et trouv la volupt suprme l o les autres n'avaient senti que les nuds de la corde4 ,le point capital de la psychologie du ,jsuite est l4 ,l'homme se figure tre libre et tire de cette illusion de la joie et de la fiert4 ,cependant tous nos actes1 quelle qu'en soit l'apparence1 sont des actes d'obissance4 ,le motif le plus fort l'emporte toujours4 ,des philosophes se sont imagin que nous pouvions crer des motifs4 ,si c'est ex nihilo1 rien de plus absurde2 si ces motifs sont des combinaisons de motifs prexistants au moment de la dcision1 la rgle gnrale leur est applicable4 ,dans la combinaison o entrent des motifs de diverses natures1 les motifs homognes se grouperont ncessairement pour former des principes dterminants4 ,qu'il soit une somme1 qu'il soit une unit1 que les poids soient d'un bloc ou en poudre1 le plateau qu'il crase cde4 ,il dtermine parce qu'il doit dterminer4 ,il se fait obir parce qu'il est le plus fort4 ,toute la psychologie se rduit au principe d'identit et tous les raisonnements la formule3 a a4 ,nous n'avons donc pas besoin de prononcer de vux pour vivre dans l'obissance4 ,c'est notre tat naturel4 ,mais celui mme qui n'est pas dupe de l'illusion gnrale est dupe de l'illusion personnelle4 ,il est rare que l'acte soit dtermin instantanment1 sans conflit2 qu'il y ait un seul motif1 ou1 parmi d'autres1 un motif assez puissant pour craser aussitt tous les autres1 assez clatant pour les clipser dans la seconde4 ,les conflits sont la rgle2 tant qu'ils durent1 nous jouissons de l'angoisse et du plaisir1 selon les tempraments1 d'avoir prendre une dcision4 ,l'angoisse est sans doute un signe de dgnrescence2 le plaisir1 un signe de sant4 ,il n'y a pas de cas de conscience pour un esprit normal1 ni d'ide de devoir1 ni de remords1 autant de tares ou de flures4 ,plus la dcision se fait attendre1 plus l'tat devient dsagrable et plus l'esprit est malsain3 mais aussi plus est vive l'illusion de la libert4 ,l'ide du libre arbitre est essentiellement une ide de malade4 ,une intelligence bien portante n'a pas le temps de tirer du conflit une telle conclusion2 c'est la besogne des valtudinaires4 ,cela1 nous le sommes tous plus ou moins2 et les moins malades vivent encore malaises1 opprims par une religion trangre leur race4 ,tous les efforts des ,europens pour adapter leur organisme les dogmes chrtiens ont t inutiles4 ,mme sous la forme romaine1 la moins dangereuse1 ils restent un obstacle la force1 c'est--dire la beaut de la vie4 ,le christianisme est une machine donner des remords1 parce que c'est une machine diminuer la souplesse et refrner la spontanit des ractions vitales4 ,on peut parler objectivement du christianisme1 puisque c'est une des religions qui sont pratiques par des races trangres leur naissance4 ,et c'est mme la seule qui1 rejete comme impraticable par ses crateurs1 ait en mme temps trouv du crdit dans le monde4 ,quel triomphe pour les ,juifs d'avoir forg pour la multitude des ,philistins un pareil instrument de dgnrescence6 ,il est vrai qu'ils ne le firent pas exprs2 mais les grandes choses ne sont jamais le fruit de la volont consciente4 ,l'invention1 fort curieuse1 et qui a russi1 doit donc rester leur honneur4 ,partout o les ,protestants ont eu le dessous en ,europe dans leurs tentatives de raction vanglique1 ils se sont rclams de ce qu'ils nomment la tolrance4 ,leur argument est que la religion serait un fait de conscience4 ,son domaine serait l'intimit4 ,on croit comme on aime et l'homme n'est point coupable des mouvements de son cur4 ,cette dclaration peut tre vraie1 relativement notre tat sentimental2 mais si l'on cherchait une preuve de la fausset1 c'est--dire de l'illogisme du christianisme1 elle la fournirait par la mme occasion4 ,loin d'appartenir au domaine de la conscience1 la vraie religion est un fait purement social1 purement extrieur4 ,les processions1 les chants1 les jonches de fleurs1 tout ce qui est fte1 joie et prodigalit1 voil les formes de la religion normale4 ,le reste est plaisir morose et passe-temps de malade4 ,la prire mme doit tre publique et sa manifestation la plus saine est le don et l'ex-voto4 ,quand une religion est professe par la race qui la cra1 elle est sociale au mme degr que toutes les autres coutumes2 elle ne compte pas plus d'hrtiques que n'en comptent les usages nuptiaux ou mortuaires4 ,mais si c'est un apport de conqurants ou de missionnaires1 tt ou tard les hrdits soumises se rvoltent4 ,ce n'est pas la conscience1 c'est la chair qui regimbe1 sur les bords de la ,seine1 contre un dogmatisme venu de ,jrusalem4 ,a la moindre dfaillance du clerg le rire gagne les fidles1 ou la colre2 on se demande les uns aux autres3 ,pourquoi8 ,des esprances particulires1 douteuses ou timores1 donnent naissance toutes sortes de petites hrsies2 la religion intrieure est cre1 et inaugure la priode de dissolution religieuse4 ,en devenant intrieure et individuelle1 la religion suscite dans les esprits une inquitude particulire1 le scrupule4 ,toute maladie appelle des spcialistes4 ,quand il porte sur la croyance1 le scrupule est soign par le thologien2 quand il s'attaque aux actes1 on a recours au casuiste4 ,les ,jsuites surgirent au bon moment pour devenir les mdecins et les chirurgiens de la maladie religieuse4 ,mais ces mdecins se recrutaient parmi les hommes les plus malades1 les plus hsitants et les plus scrupuleux1 les plus religieux4 ,avant de soigner les autres1 ils avaient besoin d'un remde nergique4 ,ignace de ,loyola vint et leur offrit l'obissance passive1 le perinde ac cadaver4 ,ce philtre sauva des milliers d'hommes valeureux auxquels il ne manquait pour agir que l'impulsion d'une volont4 ,tmoins de la lutte que se livraient en eux-mmes des motifs contradictoires1 ils se sentaient impuissants susciter un vainqueur4 ,en abdiquant ce soin1 en acceptant comme principe un mobile extrieur leur conscience1 n'ayant plus qu' obir sans scrupule1 les scrupuleux furent des hommes d'action4 ,quel homme extraordinaire que ce ,loyola1 quel crateur d'nergie1 et quel gnie psychologique6 ,nul avant lui n'a compris1 et nul peut-tre depuis1 que ce qui fait la faiblesse de l'homme1 c'est sa volont propre4 ,un homme sans volont1 s'il est bien portant et de moyenne intelligence1 est apte presque toutes les besognes1 presque tous les emplois4 ,dans une race1 tous les individus sont gaux comme instruments1 et les plus mauvais sont encore capables d'un bon service4 ,la tare est la conscience qui cre l'indcision1 la paresse1 la gaucherie1 et qui altre la volont4 ,or1 une volont malade rend l'homme impropre l'action et en fait un tre dangereux pour soi et pour autrui4 ,la conscience te1 tous les hommes seraient utilisables1 comme les chevaux1 comme les chiens ou les rennes4 ,mais l'tat d'homme est li l'existence de la conscience4 ,l'homme est un animal qui a le privilge de se regarder agir2 et plus il est ancien dans la civilisation1 plus il est cultiv1 plus il se regarde avec complaisance4 ,il semble aussi que l'intelligence1 qui est fort variable1 se maintienne dans un certain rapport avec la conscience psychologique1 qui est galement variable4 ,il ne s'agit donc pas d'abolir la conscience1 ce qui d'ailleurs est impossible1 mais d'luder sa mauvaise influence4 ,la conscience contamine la volont1 principe ou avant-coureur de l'acte2 on amputera la volont propre pour greffer sa place1 dans la srie1 une volont extrieure4 ,un homme nouveau est cr4 ,quel est son tat8 ,nous pouvons l'apprcier sans avoir vcu sous la domination du vu d'obissance4 ,il n'est aucun homme1 si puissant qu'il soit1 ou si volontaire1 qui ne l'ait prouv parfois4 ,que l'on songe la sensation des premires heures de chemin de fer lors d'un voyage entrepris sans soucis1 par caprice4 ,la volont est abolie par le fait mme de son inutilit provisoire1 aucun acte n'tant permis2 n'ayant aucun conflit surveiller1 la conscience sommeille3 le plaisir que nous gotons alors est videmment celui que nous donne l'absence de responsabilit dans le mouvement4 ,ce plaisir est pour beaucoup dans le got des voyages2 il pousse mme aux voyages factices1 dont les chevaux de bois sont le type4 ,agir et vivre dans le dsintressement de celui qui n'agit pas1 c'est peut-tre le bonheur parfait4 ,on s'tonne qu'il y ait en ,france cinquante ou soixante mille religieux4 ,si peu1 cela prouve la force de rsistance de la race et sa jeunesse4 ,au ,thibet et en ,mongolie1 la moiti des hommes sont religieux2 il y a des monastres de six et huit mille moines4 ,nul opium n'est comparable au vu d'obissance2 nul esclavage d'amour heureux ne donne une pareille batitude4 ,mais le ,jsuite n'est ni un moine bouddhiste1 ni mme un ,chartreux2 le ,jsuite est un homme d'action4 ,sa volupt n'est pas celle du fumeur d'opium2 elle n'est pas non plus celle du passager1 ni celle du voyageur souriant au paysage2 c'est plutt celle du soldat de carrire et de got1 d'un soldat qui serait doux1 fin1 souriant1 ferme son devoir1 d'obissance passive1 joyeuse et discrte4 ,pour marcher sans glisser sur le chemin de velours1 il faut s'tre libr les paules du fardeau de la volont4 ,v ,,le ,p,,ch ,,philosophique4--,il ne faut jamais s'attendre trouver un gnie complet1 un dieu4 ,l'homme est un homme1 c'est--dire un animal dont la seule supriorit sur les autres animaux est la diversit des aptitudes4 ,cette supriorit fait supposer qu'il y aura des contradictions4 ,le gnie augmente une aptitude1 dessche les autres4 ,pascal1 gnie de science1 de rigidit1 de raisonnement1 de clairvoyance logique1 devient1 s'il aborde la thologie1 construction de subtilit1 le plus morose des fanatiques4 ,sa thologie s'enchane comme la gomtrie4 ,le malheureux1 dans la droiture de sa logique1 traite selon les principes d',euclide une matire variable1 obscure1 modele sur la psychologie instable des hommes4 ,a ses coups de boutoir1 le ,jsuite biaise4 ,comment ferait-il8 ,il est en l'air1 mal appuy1 mal en dfense1 arm d'une pe de hasard1--contre un adversaire emmur dans la cotte de mailles du syllogisme1 ferme sur ses triers1 mobile1 port et l soudain par la fougue de son cheval1 ,mauvaise-,foi1 et pointant ,donc1 sa lance de douze coudes4 ,mettons que ,pascal s'amuse4 ,il joue au chat et la souris4 ,a chaque partie de jeu1 il croque un ,jsuite1 pour finir4 ,il le croque1 si nous le permettons4 ,je crois bien qu'il en est des ,provinciales comme de la plupart des anciens livres clbres2 on les admire de confiance et on s'y amuse par prtrition4 ,nous soutenons donc1 dit le ,jsuite 7,i,ve ,lettre71 comme un principe indubitable qu'une action ne peut tre impute pch1 si ,dieu ne nous donne1 avant que de la commettre1 la connaissance du mal1 qui y est1 et une inspiration qui nous excite l'viter4 ,m'entendez-vous maintenant8 tonn d'un tel discours444 ,c'est ,pascal qui reprend1 mais c'est nous qui sommes tonns1 car la sentence du ,jsuite est des plus nobles et des plus humaines4 ,elle quivaut dire que1 pour tre coupable1 il faut avoir agi avec discernement1 avec la conscience de violer une loi morale1 une loi divine1 une loi civile4 ,mais ,pascal pense en gomtre2 il spare l'acte de l'acteur1 juge que1 trac de travers par un aveugle ou par un voyant1 le cercle n'en est pas moins dform4 ,il faut refaire la figure1 mais d'abord couper la main malhabile1 afin de parer de futures erreurs4 ,cette quatrime ,provinciale1 si elle n'tait lugubre1 serait bte comme une parade de ,tabarin4 ,quelle humiliation pour l'esprit humain de voir un ,pascal tomb si bas que d'tre oblig1 pour triompher1 d'imaginer un adversaire stupide6 ,mais le ,jsuite obtus1 qui tremble sous la grande lance1 ds qu'il parle1 on est de son avis4 ,il ne croit pas1 cet homme simple1 que le ,dieu qu'il sert veuille condamner les coupables sans les entendre1 ni qu'il y ait des coupables l o il y a des ignorants et des pauvres d'esprit4 ,qu'elle est dmode1 cette ironie chrtienne des ,provinciales6 ,par exemple 7,lettre ,i,ve73 ,bni soyez-vous1 mon pre1 qui justifiez ainsi les gens6 ,les autres apprennent gurir les mes par des austrits pnibles2 mais vous montrez que celles qu'on aurait crues le plus dsesprment malades se portent bien4 ,o la bonne voie pour tre heureux en ce monde et en l'autre6 ,j'avais toujours pens qu'on pchait d'autant plus qu'on pensait moins ,dieu2 mais1 ce que je vois1 quand on a pu gagner une fois sur soi de n'y plus penser du tout1 toutes choses deviennent pures pour l'avenir4 ,otez l'ironie1 et ce morceau est parfait4 ,mais ter l'ironie1 c'est prendre l'envers de la pense de ,pascal4 ,on obtient du ,nietzsche3 ,quand on a pu gagner une fois sur soi de ne plus penser du tout ,dieu1 toutes choses deviennent pures pour l'avenir4 ,ainsi parlait ,zarathoustra4 ,le pch par ignorance1 attnu ou effac1 c'est ce que l'on a raill longtemps sous le nom de pch philosophique4 ,les ennemis des ,jsuites y trouvent encore un bon prtexte d'hypocrites indignations2 cependant que1 reprenant les principes mpriss de ,suarez et d',escobar1 ils donnent l'ignorance invincible le nom plus nouveau et moins pur d'irresponsabilit4 ,transport dans le domaine des codes1 le pch philosophique n'est autre chose que le crime ou le dlit perptr avec inconscience ou demi-conscience4 ,les ,jsuites ne croyaient gure la responsabilit du pcheur2 pas plus que le philosophe d'aujourd'hui ne croit la responsabilit du criminel4 ,mais le thologien pouvait excuser le pcheur et l'absoudre1 ce que le philosophe ne peut conseiller la loi envers le criminel4 ,les conclusions diffrent2 les principes sont les mmes4 ,il serait bien tonnant que1 pendant deux ou trois sicles1 des centaines d'hommes d'tude eussent remu toute la psychologie du pcheur sans en tirer quelques ides neuves et justes4 ,les ,jsuites ont fait en ce domaine beaucoup de petites dcouvertes4 ,une des meilleures fut prcisment celle de l'ignorance invincible4 tablir l'irresponsabilit morale de l'homme1 l'heure mme o l'on donnait une volont aux btes1 o les fables propageaient la vieille lgende de leur supriorit1 l'heure o l'on faisait encore des procs criminels aux animaux nuisibles1 excommunis par les vques1 proclamer qu'en beaucoup de cas il peut y avoir pch ou dlit sans coupable1 ce fut un acte d'audace intellectuelle et de probit scientifique4 ,l'axiome thologique du ,p4 de ,rhodez que le pch ne saurait tre plus grand que la conscience ne le dicte1 ce serait peut-tre un bon point de dpart pour une discussion philosophique sur la ,loi4 ,on arriverait1 il semble1 cette conclusion1 que1 loin de proclamer tous les hommes gaux devant elle1 il faudrait dire3 ,les hommes sont ingalement responsables devant la loi4 ,c'est d'ailleurs le principe des circonstances attnuantes1 de l'excuse1 de la loi de sursis4 ,mais les ,jsuites allaient bien plus loin1 jusqu' dire que la loi morale doit se dsintresser des cas ingurissables1 des consciences invinciblement obscures4 ,comme ils partent de l'observation1 de l'examen critique de la vie1 ils ne se trompent presque jamais4 ,ceux qui parlent de la loi1 de l'impratif1 de l'absolu1 les aprioristes en un mot1 se trompent presque toujours et si leur dogme concide avec la ralit1 c'est par hasard1 et parce que tout arrive4 ,la multiplicit des cas de conscience discuts par les casuistes montre clairement qu' leur ide il y a autant de morales que d'individus ou du moins que de groupes de caractres ou de tempraments4 ,la morale vulgaire1 chrtienne 7puisqu'il n'en est pas d'autre71 est un frein que l'on serre indiffremment aux montes et aux descentes4 ,quelques-uns s'en trouvent assurs2 d'autres paralyss4 ,les victimes du vice ne sont peut-tre pas plus nombreuses que les victimes de la vertu4 ,mais cette ide de vertu1 quelle bulle6 ,n'est-il pas clair qu'un accs de colre serait pour un flegmatique un acte de vertu1 c'est--dire de raction1 et pareillement un acte de dbauche1 pour un frigide8 ,et tout au contraire la temprance sera l'effort et la vertu des fougueux1 mais des fougueux seuls4 ,voil le double point de vue1 avec ses nuances et combinaisons comme une rose des vents1 pour regarder les actes humains et en juger4 ,la morale abstraite est rtrograde2 elle rejette les hommes d'aujourd'hui vers l'imitation d'un caractre ancien4 ,parce qu'un charpentier de ,jude1 tout de rves et de paroles1 fuyait les femmes ou ne les voulait que servantes1 on a imagin que l'amour est un crime2 et parce qu'il vivait en parasite1 que l'argent est mauvais2 et parce qu'il tait humble d'origine1 que l'orgueil de race et de famille est ridicule2 et ainsi1 il y a les sept pchs capitaux que d'autres appellent maintenant les sept vertus thologales1 et rciproquement4 ,mais il ne faut pas crer par esprit de contradiction un absolu antinomique l'absolu chrtien4 ,il n'y a que des accidents4 ,il y a des cas de conscience2 il n'y a pas de morale2 il a des maladies1 et quelques remdes4 ,,vi ,,pascal ,,et ,,la ,,science4--,pascal n'tait pas destin la dvotion4 ,mais ds qu'il y fut entr1 sa logique le poussa aux extrmes4 ,sa sur1 dit ,tallemant1 religieuse ,port-,royal de ,paris1 lui donna de la familiarit avec les ,jansnistes3 il le devint lui-mme4 ,comme ,pascal1 ,jacqueline tait une prcoce4 ,ds douze ans elle faisait des vers2 elle jouait la comdie1 et trs fte4 ,le ,prince dguis1 de ,scudry1 o elle brilla devant ,richelieu1 lui valut la grce de son pre4 ,le cardinal la prit sur ses genoux1 lui disant3 ,tu es trop aimable1 on ne peut rien te refuser4 ,pascal avait alors onze ans4 ,euclide allait lui tomber sous la main4 ,il lut et il comprit4 ,c'est l le miracle2 mais il ne dcouvrit pas la gomtrie1 comme l'enseigne la lgende4 ,le ,pailleur1 qui reut la confidence de la stupeur d'tienne ,pascal1 tait mathmaticien et dbauch1 homme intgre d'ailleurs4 ,on voit le milieu4 ,il est honnte sans rigidit4 ,les ,arnauld taient plus singuliers4 ,robert1 ,m4 d',andilly1 tait mdiocre en tout1 sauf en amour4 ,sa femme a cont leurs nuits1 d'o ,tallemant suppose qu'elle n'a pu les conter qu' un galant3 ,cet homme 7,m4 d',andilly7 tait un des plus grands abatteurs de bois qu'on pt trouver1 mais il faisait cela de la faon la plus incommode du monde4 ,il la poussait la nuit1 ,cataut6 ,cataut61 la rveillait en lui disant3 ,c'est pour l'acquit de ma conscience4 ,puis1 avant que d'en venir plus avant1 il faisait une prire ,dieu1 pour sanctifier l'uvre de la chair1 et cela le prenait quelquefois six ou sept fois en une nuit#f4 ,la pauvre femme en mourut4 ,m4 d',andilly1 empch de courir par ses principes religieux1 devint frleur2 il allait voir les femmes et les embrassait charitablement un gros quart d'heure4 ,il tait brusque et mme brutal1 donnait des coups de poing en parlant4 ,voil un des fondateurs du ,jansnisme4 ,il se jeta la macration par terreur de l'enfer4 #f ,,tallemant1 #b;e dit4 de ,monmerqu1 ,,iv1 #fh4 ,antoine1 dont le surnom qui en fait le ,grand ,arnauld semble une drision1 avait une tte scolastique4 ,c'tait un fort disputeur2 tout lui tait bon3 la logique1 la grammaire1 la thologie1 la philosophie1 la science1 la galanterie4 ,il attaqua en mme temps les ,jsuites et les ,protestants2 mais sa grande haine tait pour les novateurs4 ,la science l'importunait4 ,aprs avoir vilipend ,descartes1 ,huygens et ,malebranche1 il s'attaqua ,pascal1 mais par la douceur4 ,il tendit des filets onctueux4 ,pascal englu1 il le travailla1 l'amollit1 lui enleva sa foi en l'intelligence et sa confiance dans la volont4 ,tout aux mains d',arnauld et de ,dieu1 ,pascal en arriva se reprocher comme du temps perdu les rares instants que1 dans une pousse de son gnie1 il donnait encore la science6 ,le ,jansnisme ne serait qu'un accident dans l'histoire des aberrations humaines s'il n'avait dvor une si belle proie4 ,mais cela compte d'avoir rduit l'tat de diseur de chapelets le plus bel esprit scientifique du ,x,v,i,ie sicle4 ,cette victoire ne permet pas qu'on oublie ,port-,royal4 ,comme il faut du ridicule au dbut de toutes les hrsies2 comme1 pour dcider ,luther1 il faut qu'il entende un prtre romain travestir l'autel les paroles de la conscration et dire3 ,panis es et panis manebis1 il faut1 pour dterminer le jansnisme1 la vue de la trop belle gorge de ,mme de ,gumn4 ,tallemant en fait le conte3 ,voici l'origine de cette secte1 qu'on appelle les ,jansnistes1 et qui fait aujourd'hui tant de bruit4 ,la marquise de ,sabl dit un jour la princesse de ,gumn3 qu'aller au bal1 avoir la gorge dcouverte et communier souvent ne s'accordent gure bien ensemble2 et la princesse lui avant rpondu que son directeur1 le ,p4 ,nouet1 jsuite1 le trouvait bon1 la marquise la pria de lui faire mettre cela par crit1 aprs lui avoir promis de ne le montrer personne4 ,l'autre lui apporta cet crit2 mais la marquise le montra ,arnauld1 qui fit sur cela le livre de la ,frquente ,communion4 ,voil l'homme qui mania ,pascal2 il avait de l'adresse et ce gnie du polmiste de profiter de toute occasion4 ,pour lire les ,penses avec toute la douleur qu'elles exigent1 il faut regarder ,pascal au fond d'une basse-fosse4 ,la foi le mure mieux que des pierres et le dtient mieux que des chanes2 la foi lui cache le jour1 lui refuse l'air4 ,il devient moiti fou2 la terre s'ouvre devant lui et il voit sortir de la fente des flammes et des diables4 ,les amulettes vulgaires de l'glise ne lui suffisent pas2 il lui en faut de particulires pour rassurer son tremblement4 ,arnauld1 avec la btise du fanatique1 juge que son uvre est bonne1 et sourit4 ,pascal subit ce sourire2 il l'aime2 c'est sa seule lumire4 ,sous cet encouragement1 il tente une apologie du christianisme4 ,on croit trouver dans les ,penses1 ct des raisons du chrtien1 les traces d'une raison trs libre4 ,c'est une illusion4 ,tout ce qui supporte cette interprtation n'est qu'objection provisoire ou ironie4 ,pas une ligne1 si l'on veut respecter le ,pascal chrtien1 ne doit se retourner contre la citadelle qu'il dfend4 ,tout ce qui est demeur de l'apologie interrompue attaque le libre examen1 la libert1 la nature1 la science4 ,en lisant1 souvenez-vous que celui qui a crit votre lecture croyait sans dfaillance ,dieu1 l'me1 l'enfer1 au ciel1 la prdestination1 l'inutilit des uvres1 la grce ncessitante4 ,s'il vous dit3 ,vrit en de des ,pyrnes1 erreur au del1 il n'allgue que les vrits humaines qu'il mprise et qui ne sont pour lui que des erreurs2 car il croit la ,vrit1 l'absolu1 la prdestination1 au ciel et l'enfer4 ,ce n'est pas un homme qui se construit des preuves en rempart contre les assauts du doute4 ,il est assur1 il a la foi4 ,sa seule inquitude1 c'est de savoir s'il a la grce2 s'il avait la grce1 tout lui serait gal1 parce que la grce1 ds qu'elle est1 elle est toujours ncessitante4 ,mais s'il tait permis de repousser le registre de l'ironie1 de transposer1 selon le mode naturel1 ces profondes mlodies philosophiques6 ,s'il tait permis de considrer les objections comme des aveux de l'inconscient6 ,et enfin1 si l'on osait rejeter de ces pages tout le dogme et tout l'amour1 toutes ces effusions qui montent vers rien1 toute cette thologie qui tourne en procession autour du nant6 ,une telle uvre ne serait plus l'uvre du ,pascal chrtien1 du prisonnier d',arnauld4 ,peut-tre serait-elle l'uvre du ,pascal vrai1 du fils svre de ,montaigne1 du frre intellectuel de ,descartes8 ,on a imagin un recueil arbitraire qui s'appelle ,montaigne chrtien4 ,cela nous parat bouffon1 parce que ,montaigne n'tait pas chrtien1 et aussi parce que le christianisme ne manque vraiment pas d'apologistes4 ,un ,pascal philosophe serait moins absurde1 parce que les ,penses sont l'uvre d'un converti1 d'un dchu1 et que l'on peut supposer sous la couche chrtienne un granit originel4 ,dcrpir les ,penses1 ce serait peut-tre ter le badigeon qui recouvre des pierres sculptes4 ,on verrait ce que ,pascal aurait pens si1 au lieu de se retirer ,port-,royal1 il avait t rejoindre ,descartes en ,hollande4 ,la conversion de ,pascal ne fut pas un calcul4 ,il montra toujours une grande droiture1 mme dans les ,provinciales1 dont les mensonges sont imputables aux seuls ,jansnistes4 ,le ,p4 ,daniel l'a reconnu volontiers#g et les manuscrits de ,tallemant sont venus confirmer le fait#h3 ,ces ,messieurs de ,port-,royal lui donnaient la matire et il la disposait sa fantaisie4 ,si cela avait t un calcul1 il n'aurait pas t mauvais1 au point de vue du monde4 ,la conversion de ,pascal tourmenta son gnie et augmenta sa rputation4 ,les ,jansnistes1 srs qu'il leur appartenait et qu'il ne recommencerait pas1 vantrent sa prcocit jusqu'au ridicule4 ,l'histoire de l'invention de la gomtrie faisait rire ceux qui savent ce que c'est que la gomtrie4 ,descartes lui contestait la dcouverte de la pesanteur de l'air1 assurant que l'exprience du ,puy-de-,dme n'avait t faite que sur ses propres indications et sa prire4 ,port-,royal soigna la gloire de son protg et c'est peut-tre cause de ,pascal qu',arnauld imagina de quereller ,descartes4 ,c'tait l'enfant d'adoption d'une secte assez puissante pour rsister au pape et soutenue par tout le protestantisme tranger4 ,il y a l-dessus une bien jolie anecdote dans le ,p4 ,daniel#i4 ,comme on s'tonnait1 dans une socit1 de la fable de la gomtrie1 quelqu'un dit que c'tait encore trs peu de chose que cette hyperbole1 quelque outre qu'elle part1 pour reconnotre les obligations qu'ils lui avoient pour les ,lettres au ,provincial4 ,tout le monde en demeura d'accord2 et on avoua qu'on ne pouvoit pas paer en meilleure monnoie les services que ,m4 ,p444 avoit rendus ces ,messieurs4 ,je sais bien que le ,p4 ,daniel est suspect#aj2 mais il ne l'est pas plus que ces ,messieurs4 ,pascal d'ailleurs mprisait la gloire4 ,toutes ces querelles passaient au-dessus de sa tte4 ,pendant ce temps-l1 prostern aux pieds du crucifix1 il s'abtissait4 #g ,voyage dans le monde de ,descartes4 d4 de la ,haye1 #agci1 p4 #ahc4 #h ,loc4 cit4 #i ,loc4 cit4 #aj ,son livre est toutefois bien curieux et l'un des meilleurs exposs du cartsianisme total4 ,,vii ,,les ,,casuistes ,,et ,,la ,,morale ,,exp,,rimentale4--,le protestantisme est une raction chrtienne contre la libert de vivre1 condition essentielle de la libert de penser4 ,pascal a donc sduit les protestants4 ,ils ont cru qu'il apportait plus de christianisme4 ,si cela est vrai1 et si les ,jsuites1 au contraire1 reprsentaient moins de christianisme1 ce sont les ,jsuites dont un esprit sain devrait se faire le champion4 ,mais cela n'est pas sr4 ,les ,jsuites sont tout aussi chrtiens que les ,jansnistes1 mais moins durement et avec plus de lumires4 ,la partialit des protestants a une autre cause1 et fort juste3 c'est que les ,jsuites ont prserv le monde latin du flau de la ,rforme4 ,maintenant qu'ils ne sont plus bons rien et qu'ils se sont protestantiss comme le reste du clerg catholique1 on peut leur rendre cette justice sans avoir l'air de les flatter4 ,tout en frondant ,rome1 ,port-,royal restait fort attach au pape4 ,la sympathie des protestants fut indirecte2 elle s'attacha aux ,jansnistes1 en haine des ,jsuites4 ,et cela continue1 un moment o1 devant l'ironie suprieure de la science1 toutes les croyances religieuses sont gales1 et tous les dogmes4 ,un protestant libral ne peut pas s'imaginer quel point1 vu la lumire du laboratoire1 il est identique au ,jsuite ou au ,capucin4 ,l'analyse rvle une surprenante parit de matires grises et la mme population crbrale3 dcalogue commun1 mtaphysique commune1 entits mles et femelles procrant les mmes superstitions morales4 ,une critique gnrale du christianisme distinguerait peine de passagres varits entre les frres de la grande famille1 si on n'tait oblig de remarquer les antipathies qui les divisent et qui les classent4 ,ceci est un point de dpart pour une tude plus profonde4 ,il faut renforcer les microscopes1 et les ractifs4 ,alors on dcouvre que les superstitions morales des deux clans voluent selon des principes contradictoires1 l'abstrait et le concret4 ,la morale du christianisme pur1 protestantisme ou jansnisme1 repose tout entire sur l'abstraction2 la morale du christianisme mitig1 la morale du catholicisme1 partie des mmes principes1 s'est modifie libralement selon les ressources de la mthode exprimentale4 ,sans doute son origine1 qui est un commandement divin1 a restreint le champ d'volution2 elle n'a pu se mouvoir que selon une piste ferme4 ,partie de ,dieu1 elle revient ,dieu4 ,mais entre les deux bornes1 elle a divagu avec une certaine lgance4 ,il y avait au ,x,ve sicle un astronome nomm ,regiomontanus1 qui savait tout ce que l'on pouvait savoir de son temps2 et cela diffrait peu de ce que l'on sait aujourd'hui4 ,mais il ignorait ou voulait ignorer le point capital de l',astronomie4 ,il plantait la terre au milieu du monde1 ce qui rendait ses admirables calculs d'une effroyable complexit4 ,si1 la place de la terre1 il et fix le soleil1 ses courbes se redressaient1 ses nuds se dnouaient1 ses orbites se dsenchevtraient4 ,il ne put ou il n'osa4 ,les casuistes de la compagnie de ,jsus me font toujours penser ,regiomontanus4 ,ils se sont bien douts que la morale est une science fort alatoire et toute relative2 mais ils n'ont jamais os laisser leurs doutes affaiblir leurs principes4 ,ils posent d'abord le prcepte3 la terre est le centre du monde4 ,puis ils raisonnent comme s'il n'y avait pas de centre1 ou comme si le centre du monde et de la morale se dplaait sans cesse au gr des passions ou des milieux humains4 ,le ,jsuite espagnol absout le duel et le ,jsuite franais le condamne4 ,vrit en de1 erreur au del4 ,la maxime de ,pascal montre la corde de son ironie pour en fouetter les ,jsuites4 ,mais ,pascal n'a pas eu le dernier mot1 et son chtiment est qu'on lui fasse gloire de l'aphorisme pyrrhonien dont il cinglait ses adversaires4 ,deux sicles de main-mise protestante sur notre histoire1 notre littrature1 notre morale traditionnelle ne nous empcheront pas de dire trs nettement notre pense la face des imbciles et des fanatiques2 et si c'est ,escobar lui-mme qui dfend la libert de la vie1 nous ne rirons plus d',escobar4 ,un publiciste qui batailla contre les ,jsuites#aa1 ,charles ,sauvestre1 a trs bien vu que1 dans leur morale1 il n'y a presque plus rien d'vanglique4 ,cette morale1 qui nie la morale absolue1 n'est autre chose qu'une suite de conseils critiques pour toutes les circonstances de la vie4 ,plus de principes1 dirait-on1 mais une perptuelle accommodation aux vnements4 ,ceci est exagr4 ,comme on l'a dj observ1 jamais aucun casuiste n'a oubli le texte des commandements de ,dieu2 ils les crivent en tte de chacune de leurs pages4 ,les principes demeurent1 mais les situations changent4 ,pour les appliquer un cas particulier1 il faut les traiter comme ces vtements de famille qu'on allongeait ou qu'on repliait selon la taille du nouveau venu4 ,pour tre bon quelque chose1 il faut qu'un principe soit maniable4 ,tu ne voleras point4 ,quoi1 jamais8--,jamais6 ,et vous voil dans l'absurdit1 car je vais vous citer cinquante anecdotes o vous reconnatrez que le vol fut lgitime et mme ncessaire4 ,la morale qu'il faut violer pour vivre1 ce n'est plus qu'un instrument de tyrannie entre les mains du plus fort4 ,il faut imaginer une accommodation qui la rende pratique4 ,c'est ce que les ,jsuites essayrent assez gauchement1 mais avec une bonne foi que prouve leur navet4 ,en rgle avec des principes chrtiens1 ils laborrent des jugements qui ne sont que la constatation des coutumes morales1 et plutt qu'un code1 un guide4 ,un clbre manuel1 encore rimprim1 porte ce titre archaque3 ,le ,guide du pcheur4 ,voil la morale ramene des proportions honntes1 sa place parmi les usages mondains4 #aa ,tous les ordres religieux et le clerg sculier ont fourni des casuistes4 ,le plus clbre1 ,alphonse de ,liguori1 n'tait pas ,jsuite2 si peu qu'il fonda un ordre rival1 les ,rdemptoristes4 ,lorsqu'on dit cela la ,chambre des dputs1 lors du grand dbat de #ahgi1 il y eut des exclamations gauche4 ,,viii ,,les ,p,,ch,s ,,de ,,la ,,chair4--,il n'y a gure une page des ,provinciales qui n'incline un bon esprit avoir de l'amiti pour les ,jsuites4 ,puisqu'il s'agit de la libert charnelle1 prenons la lettre neuvime#ab3 #ab dit4 ,louandre4 ,mais 7dit le ,jsuite7 ce qui nous a donn le plus de peine a t de rgler les conversations entre les hommes et les femmes3 car nos pres sont plus rservs sur ce qui regarde la chastet4 ,ce n'est pas qu'ils ne traitent des questions assez curieuses et assez indulgentes1 et principalement pour les personnes maries ou fiances4 ,j'appris sur cela les questions les plus extraordinaires qu'on puisse s'imaginer4 ,il m'en donna de quoi remplir plusieurs lettres3 mais je ne veux pas seulement en marquer les citations1 parce que vous faites voir mes lettres toutes sortes de personnes2 et je ne voudrais pas donner l'occasion de cette lecture ceux qui n'y chercheraient que leur divertissement4 ,la seule chose que je puisse vous marquer de ce qu'il me montra dans leurs livres1 mme franois1 est ce que vous pouvez voir dans la ,somme des pchs du pre ,bauny1 p4 #afe1 de certaines privauts qu'il y explique1 pourvu qu'on dirige bien son intention1 comme passer pour galant3 et vous serez surpris d'y trouver1 p4 #adh1 un principe de morale touchant le pouvoir qu'il dit que les filles ont de disposer de leur virginit sans leurs parents4 ,voici ses termes3 ,quand cela se fait du consentement de la fille1 quoique le pre ait sujet de s'en plaindre1 ce n'est pas nanmoins que la dite fille ou celui qui elle s'est prostitue lui aient fait aucun tort1 ou viol pour son gard la justice3 car la fille est en possession de sa virginit1 aussi bien que de son corps2 elle en peut faire ce que bon lui semble1 l'exclusion de la mort ou du retranchement de ses membres4 ,jugez par l du reste444 ,voil tout ce que je puis dire de tout ce que j'entendis1 et qui dura si longtemps que je fus oblig de prier enfin le pre de changer de matire444 ,voici donc les ,jsuites accuss de dfendre la libert4 ,ce n'est pas la ,fronde1 ou un fministe hardi1 ou un philosophe impie qui proclame les droits de la femme disposer de son corps1 c'est un obscur ,jsuite du ,x,v,i,ie sicle1 c'est le ,p4 ,bauny2 mais1 avec lui1 c'est toute l'glise4 ,car ce fut une des gloires du christianisme1 et l'une des plus sres1 de briser la terrible puissance paternelle qui faisait de chaque ,romain un tyran et un bourreau4 ,la domination des parents cesse l'heure o fonctionne la conscience individuelle4 ,une fille a le droit de se marier1 ds qu'elle est nubile4 ,ce qui constitue le sacrement de mariage1 ce sera le consentement mutuel des fiancs1 et cela seul4 ,le reste n'est que crmonial4 ,comme ,pascal se rapetisse et qu'il devient mdiocre sous cette grandeur d'une loi de la nature rige en sacrement par des sages qui trouvrent ce moyen de faire respecter les ordres mconnus de la vie6 ,hommes d'action1 les ,jsuites estiment peu les vertus inactives1 comme la chastet2 optimistes1 ils mettent au-dessus de tous les biens la conservation de l'existence4 ,dans son ,commentaire sur le prophte ,daniel1 ,cornelius a ,lapide dit avec tact3 ,la chaste ,suzanne a agi en femme hroque2 mais1 dans un tel pril d'infamie et de mort1 elle pouvait se borner tout endurer des deux vieillards sans consentir ni cooprer rien intrieurement1 parce que l'existence et la rputation valent mieux que la chastet444 ,de jeunes et chastes vierges se croient coupables si elles ne luttent et ne rsistent de toutes leurs forces et par leurs cris1 tandis qu'il suffit de dtester et d'excrer l'acte auquel on est forc4 ,les filles et femmes ont toujours t de cet avis4 ,elles savent que le monde1 qui les actes sont indiffrents1 n'est sensible qu'au scandale4 ,une fille demi viole et dlivre temps de son agresseur est perdue de rputation2 celle qui a tout subi portes closes demeure comme intacte4 ,cela revient dire qu'entre deux maux1 fidle au chemin de velours1 le ,jsuite conseille de choisir le moindre4 ,ce n'est pas hroque4 ,sans doute1 mais l'humanit n'est pas faite de hros1 et les hros1 d'ailleurs1 se crent leur propre morale4 ,il s'agit de vie pratique1 et de mettre en garde les hommes contre les grands principes abstraits qui ne sont que des piges o se gardent de choir ceux qui les formulent4 ,il n'est de louche aventurier qui ne se vante du potius mori quam fdari4 ,j'aime mieux cette comdienne qui1 ce propos1 disait en souriant--tout le contraire4 ,mais quand le dshonneur est secret et qu'il s'accompagne d'un plaisir1 il serait bien sot d'aller prfrer la mort ou l'infamie publique4 ,c'est ce qu'affirme le ,p4 ,taberna3 ,une jeune fille ne pche point si1 dans un pril de mort ou d'infamie1 elle reste purement passive et n'emploie point tous les moyens dont elle peut disposer pour chasser le sducteur1 comme de le tuer et d'appeler le voisinage4 ,la malheureuse sera bien avance de lire dans tous les journaux le rcit de sa victoire ou d'avoir paratre en ,cour d'assises avec l'air qui convient une victime modeste de l'rotisme6 ,il est difficile de trouver les casuistes en dfaut1 surtout les derniers venus1 qui ont profit des observations antrieures et d'une plus large observation des murs4 ,ils connaissent la nature humaine1 savent la puissance des prjugs4 ,ni dupes1 ni hypocrites1 ils ne consentent pas prcher une morale inapplicable1 ils aiment mieux tre utiles que d'acqurir par le facile moyen de l'criture une rputation de stocisme et d'intgrit4 ,fort en avant sur leur temps1 mais surtout sur le ntre1 ils dfendent avec persvrance le droit de chacun user et abuser de soi-mme4 ,ainsi ,sanchez1 quand il accepte1 en son clbre trait ,de ,matrimonio1 la lgitimit de certains baisers hardis et prcis4 ,on sait qu'il y met une restriction3 c'est qu'ils ne seront qu'un prlude et que l'acte naturel dsaltrera les incendies de la chair4 ,les physiologistes1 successeurs des casuistes1 sont en gnral du mme avis sur cette question secrte2 ceux qui se rservent le font pour des motifs o du moins la morale n'a rien voir4 ,souvenons-nous des vers de ,baudelaire4 ,la morale carte1 il reste la matire d'une discussion peut-tre gastronomique4 ,henri ,,iv avait des gots sauvages4 ,le tort des casuistes1 ce n'est pas leur complaisance2 elle est fort sommaire1 quoi qu'on ait dit#ac2 c'est leur subtilit4 ,le pch devient topographique4 ,on se croit au jeu de l'oie 7de la petite oie73 voici la prison1 et le puits4 ,assis dans sa chaise de marbre1 froid comme la pierre qui le glace1 ,sanchez discute le plan de la bataille4 ,il connat les chemins ouverts et les chemins creux4 ,ici1 il y a une belle prairie1 et l un bourbier4 ,il est magnifique et serein4 ,il sait tout et mprise tout4 ,quand la farce rotique a puis ses jeux1 il referme les rideaux sur les deux petites marionnettes obscnes1 et sa face ple n'est mue ni de dgot1 ni de piti4 #ac ,sanchez fut censur1 pour sa svrit1 par l',inquisition1 organe modrateur et non de perscution systmatique1 comme on a russi le faire croire au public4 ,au ,x,v,i,i,ie sicle1 les ,jsuites1 propos d'un des leurs1 livr au bras sculier par l'autorit inquisitoriale1 firent publier un petit trait contre l',inquisition1 dont la version franaise a pour titre3 ,le ,manuel des ,inquisiteurs ou ,abrg de l'ouvrage intitul3 ,directorium ,inquisitorum compos vers #aceh par ,nicolas ,eymeric1 etc41 ,lisbonne1 #agfa4 ,alexandre ,dumas1 dans sa ,question du divorce1 s'lve1 avec son hypocrisie de vieux viveur fourbu1 contre cette tolrance dlicate des thologiens qui veulent bien que la femme1 tourdie et non satisfaite de la rue brutale de l'homme1 achve sa guise ce qu'un contact goste et trop rude n'a fait qu'baucher4 ,que voil donc encore de la morale mal place6 ,pourquoi ne pas laisser les hommes et les femmes juges de leurs plaisirs et nochers de leur barque6 ,mais le casuiste ici n'est que l'cho de la plainte des femmes4 ,les hommes croient connatre les femmes1 et cela arrive4 ,mais qui connat les hommes8 ,qui1 hormis le confesseur ou le mdecin1 a entendu le gmissement de la femme toujours trompe8 ,sa lenteur s'mouvoir la laisse d'un pas en arrire1 et l'homme ne tourne jamais la tte4 ,tantale1 toutes les nuits1 sent la caresse vaine d'un plaisir ironique4 ,il reste la victime1--quoi8 a1 l'adultre1 ou le dsespoir4 ,car on ne laisse pas sa froideur tranquille1 la tentation revient avec la certitude d'un accs de fivre2 tout l'organisme va tre encore secou1 tordu1 tendu3 et la flche ternellement se brise et tombe4 ,cette aventure est si commune qu'un mdecin1 il y a une vingtaine d'annes1 a repris la thse du casuiste4 ,mais il place l'adjutoire avant l'acte1 et c'est l'homme qu'il en confie le soin#ad4 ,mais dire qu'il y a des hommes qui il faut rdiger de telles ordonnances6 ,il y en a1 et beaucoup4 ,et ce sont les meilleurs1 les plus sains3 la volupt est une cration humaine1 un art dlicat o quelques-uns seulement sont aptes1 comme la musique ou la peinture4 ,la nature ne s'inquite pas du plaisir2 l'acte lui suffit4 ,mais les thologiens croyaient le contraire et que la participation effective de la femme tait indispensable la fcondation#ae4 ,de l leur condescendance4 ,cependant1 si la volupt n'est pas ncessaire la fcondation1 et mme fort inutile le plus souvent1 elle l'est l'intgrit du systme nerveux4 ,parti d'un principe faux1 le casuiste a trouv une consquence tolrable4 ,d'ailleurs1 les femmes demandaient l'absolution et non la permission3 le casuiste souvent crit sous la dicte de la femme4 #ad ,petit ,brviaire de l'amour exprimental1 par le ,dr ,jules ,guyot4 #ae ,c'est encore aujourd'hui un prjug populaire4 ,il ne faut pas croire ce que disent les pamphltaires4 ,les questions de cet ordre1 et le catalogue en est long et fastidieux1 n'ont pas t traites par les casuistes avec une complaisance particulire4 ,elles viennent leur rang dans les manuels de thologie morale1 et plus d'un lecteur sournois aura trouv que la place leur est mesure avec parcimonie4 ,dans l'ouvrage de ,sanchez sur le mariage1 la discussion des cas rotiques tient en quelques pages noyes en deux normes tomes4 ,et cependant1 comme le dit ,liguori1 c'est la matire la plus frquente et la plus abondante de la confession4 ,c'est souvent la seule1 comme c'est l'unique conversation des mles vulgaires et l'unique rve de presque toutes les femmes4 ,le thologien aborde ce chapitre avec le sang-froid du physiologiste qui entre dans la rgion du sixime sens4 ,sans doute1 ils auraient pu1 non le passer sous silence1 mais l'abrger encore ou le restreindre des gnralits4 ,cette mthode et t svre1 car elle aurait quivalu prohiber tout ce qui est inutile la fin directe du mariage1 la procration4 ,si la confession a parfois t pour les femmes une cole de volupt1 qui s'en plaindra1 n en dehors du protestantisme ou du jansnisme8 ,pourquoi les casuistes ont-ils tudi les cas de conscience de l'amour8 ,mais pourquoi y a-t-il en vente1 cette heure1 trente ou quarante ouvrages de mdecine vulgarisatrice o les rapports sexuels sont examins avec beaucoup moins de dcence que dans ,sanchez ou dans ,liguori8 ,c'est qu'autrefois les hommes songeaient leur salut et qu'aujourd'hui ils songent leur sant4 ,et ils voulaient conqurir leur salut comme aujourd'hui conserver leur sant1 sans se priver d'aucun de leurs plaisirs4 ,les casuistes les rassuraient2 les mdecins les rconfortent4 ,c'est en ces matires surtout que l'humanit entend rester immuable2 car elle sent bien que1 gurie de ses vices1 elle se trouverait du coup gurie de la vie1 c'est--dire du plaisir de vivre4 ,il faut donc rire des sots qui prtendent trouver en des in-folios latins l'origine de la corruption de nos murs4 ,l'indignation contre la casuistique de l'amour signale un hypocrite ou un coquebin4 ,elle ne peut tre prise au srieux dans un pays qui possde1 avec l',italie1 la littrature la plus libre de l',europe et la plus dlicieusement rotique4 ,il y a tant d'autres questions sur lesquelles on pourrait se mettre d'accord pour dtester les ,jsuites6 ,mais il semble qu'on ait choisi pour les accabler celles de leurs ides ou de leurs mthodes qui obtiennent ncessairement l'assentiment d'un esprit dnu de tout fanatisme4 ,c'est peut-tre que les motifs srieux d'exclusion que l'on pourrait profrer contre la compagnie de ,jsus seraient galement valables contre les autres sectes chrtiennes4 ,je comprends qu'on dise nettement comme ,nietzsche3 ,le christianisme1 voil l'ennemi4 ,toute autre formule est un acte de foi religieuse4 ,,ix ,,la ,,casuistique ,,du ,,vol4--,c'est un des caractres de la ,casuistique des ,jsuites1 dit ,paul ,bert avec amertume1 de toujours prendre parti pour le pcheur4 ,il faudrait gnraliser4 ,il n'est pas juste de faire honneur aux ,jsuites d'une initiative qui appartient au christianisme lui-mme4 ,la thologie morale rgle les rapports de l'homme avec ,dieu2 elle est un commentaire du ,dcalogue et des articles qu'au ,dcalogue ajouta l'vangile4 ,il n'y a pas devant l'glise des crimes1 des dlits1 des infractions2 il n'y a que des pchs4 ,quel que soit le pch1 le repentir l'efface2 et le rle du prtre est de provoquer le repentir dont l'absolution n'est que le sceau ou la signature4 ,tous les sacrements1 le chrtien se les confre lui-mme par sa volont d'y participer2 le prtre est moins un dispensateur qu'un tmoin4 ,s'il prenait1 en ces conjonctures si graves pour un croyant1 parti contre le pcheur qui se veut absous1 il serait un juge d'instruction1 un procureur1 un sergent d'armes ou un bourreau1 non pas un prtre4 ,il faut comprendre les matires dont on traite1 tre thologien1 s'il s'agit de thologie4 ,paul ,bert tait un cuistre4 ,le cuistre1 qui est un imbcile1 est aussi un ignorant4 ,savoir sans comprendre1 c'est ignorer4 ,il tait si facile1 ce moment du discours1 de se souvenir du mot de l'vangile sur la joie que cause au ciel la venue au bien d'un pcheur4 ,le christianisme est essentiellement la religion des faibles1 des humbles1 des malades4 ,or1 qu'est-ce qu'un pcheur8 ,demandez-le la science1 celle d'aujourd'hui mme3 un malade4 ,il n'y a pas des honntes et des malhonntes gens2 il y a des gens malades et des gens sains1 avec toutes nuances qui se peuvent imaginer dans l'intervalle4 ,prendre parti pour le pcheur1 c'est prendre parti pour le malade2 c'est se faire mdecin4 ,aux temps de la foi1 on appelait les prtres les mdecins des mes4 ,tout cela est logique4 ,mais ,paul ,bert1 cho bgayant des ,jansnistes1 veut dire encore autre chose3 que les casuistes1 par l'analyse quasi-scientifique des actes1 en taient arrivs excuser presque tous les actes mauvais4 ,avec un tel systme1 s'crient les procureurs1 on ne pourrait plus guillotiner personne6 ,on le peut toujours et on le fait toujours1 et le christianisme autoritaire1 toujours matre des consciences1 suggrera encore longtemps de bons arguments pour dfendre les ides d'expiation et de chtiment4 ,mais ces ides que les casuistes ont1 sans le vouloir1 sincrement contribu affaiblir1 ne sont dsormais regardes que comme des conceptions de l'esprit sans aucune racine dans la ralit sociale4 ,le droit de punir n'est plus un droit3 c'est une sottise4 ,non pas que l'on conseille un surcrot d'indulgence pour les malades dangereux1 tout au contraire2 mais il faudrait que la besogne ft faite sans apparat1 et que l'laboration du bulletin de prison ne demandt pas plus de crmonies que celle du bulletin d'hpital4 ,prendre parti pour le pcheur8 ,furent-ils donc les prcurseurs de la science1 ces sombres ractionnaires8 ,oui4 ,le casuisme a t un lment de dissolution morale4 ,au commandement3 ,le bien d'autrui ne prendras--ni retiendras sciemment1 ils ont rpliqu par le fameux distinguo qui sonna pendant des sicles comme un ricanement4 ,toute la libert de l'esprit moderne est contenue en germe dans ce distinguo qui fait tant rire les imbciles4 ,le distinguo1 c'est le nom enfantin de la dissociation4 ,il n'y a pas d'absolu1 il faut chaque pas1 le long du chemin des ides1 profrer ce distinguo fatidique4 ,avec ce vocable ridicule1 voil la naissance de l'analyse4 ,le ,pour et le ,contre naissent tout arms de cette dent de ,dragon et se jettent l'un sur l'autre pour une lutte ternelle1 cependant que de chaque goutte de leur sang vers naissent les nuances1 les arguments1 les contradictions et toutes les vrits aux yeux fous4 ,il y en a beaucoup1 de ces vrits1 mais il n'y a pas de ,vrit2 alors il faut distinguer4 ,la psychologie est faite de distinctions1 et la politique1 et l'art mme de vivre4 ,un acte change de valeur selon qu'il est commis par un homme1 une femme1 un enfant1 dans une chambre close1 dans la rue1 sur le radeau de la ,mduse1 la guerre1 dans une fte1 et ainsi de mme pendant plusieurs centaines de mots4 ,mais chacun de ces mots peut tre modifi par l'poque1 par le pays o on le prononce1 par le milieu et le moment2 et l'on obtient une srie de relativits qui s'avance vers l'infini4 ,on a classifi les actes sous quelques clefs2 c'est une mthode4 ,en ralit1 un acte humain est unique de son espce2 il ne peut tre jug que par un jugement qui le qualifie spcialement4 ,les lois ne sont que de grossiers moyens de police2 elles assurent la justice en cultivant l'iniquit4 ,mais il ne faut pas tre trop srieux1 mme sur de telles questions4 ,l'humanit prte beaucoup rire et surtout ses conducteurs1 qui sont de vritables personnages de comdie4 ,sans doute1 pour guider les hommes vers leur obscure destine1 il ne faut pas tre trop intelligent4 ,l'intelligence est un don qui ressemble un fardeau2 son poids paralyse l'activit4 ,cependant il y a une certaine btise1 dpassant la commune mesure1 dont il est permis de s'tonner mme si l'on fait profession de ne s'tonner de rien4 ,guids par certains jugements de ,m4 ,magnaud1 des hommes politiques ont song excuser absolument le vol par ncessit2 je crois mme qu'ils appellent cela le dlit ncessaire4 ,c'est du jargon1 mais leur ide se comprend4 ,ces mmes hommes1 les mmes exactement1 la mme heure exactement1 condamnent comme immorales les propositions indulgentes des ,jsuites sur le vol4 ,voici ce que disait1 il y a plus de deux cent cinquante ans1 l'poque o l'on commenait discuter le ,discours de la ,mthode1 un obscur jsuite1 le ,p4 ,pierre ,alagon1 dans son ,abrg de la ,somme de saint ,thomas3 ,d4--,est-il permis quelqu'un de voler1 cause de la ncessit o il se trouve8 ,r4--,cela lui est permis1 en secret1 soit ouvertement1 s'il n'a pas d'autre moyen de subvenir son besoin4 ,ce n'est ni vol1 ni rapine1 parce qu'alors1 selon le droit naturel1 toutes choses sont communes4 ,ce passage est fort remarquable4 ,c'est une doctrine1 et celle mme de l'ancienne glise1 de celle qui n'obissait pas encore aux ordres des rationalistes et des protestants4 ,elle passa dans l'enseignement des sminaires et on la trouve en des catchismes1 en celui du diocse de ,verdun 7#ahfj7 que des dbats politiques ont rendu clbre1 vers #ahgf1 et plus tard au temps de ,jules ,ferry1 sous le titre de ,catchisme de ,marotte1 le rdacteur4 ,marotte disait3 ,d4--,est-on toujours coupable de vol quand on prend le bien d'autrui8 ,r4--,non2 il peut arriver que celui dont on prend le bien n'ait pas le droit de s'y opposer2 ce qui a lieu1 par exemple1 lorsque celui qui prend le bien d'autrui est dans une ncessit extrme1 et qu'il se borne prendre ce dont il a besoin pour en sortir4 ,a la rimpression du volume1 l'vque de ,verdun eut la lchet de faire sauter ce paragraphe2 pour bnficier son tour des faveurs de l'tat1 son successeur va le rtablir4 ,se souvient-on de ces femmes1 l'une condamne1 l'autre prventivement soumise des semaines de prison1 pour un vol de pois cosss1 pour un vol de pain8 ,elles eussent reu des compliments peut-tre1 si la doctrine des ,jsuites avait t formule quelques mois plus tt en projet de loi4 ,les thologiens1 et d'abord ceux de la ,compagnie de ,jsus1 ont devanc de deux ou trois sicles les plus audacieux dfenseurs de la plbe4 ,c'est pourquoi les anciennes monarchies1 en leurs crises de despotisme1 les taxaient d'anarchie et les proscrivaient4 ,peut-tre les monarchies avaient-elles raison4 ,il faut vivre1 et la vie ne peut se maintenir que par l'injustice4 ,quand les matres sont au pouvoir1 les coups retombent sur les esclaves2 si l'tat est gouvern par la coalition des esclaves1 c'est contre les matres que l'injustice est dchane4 ,la lutte est de droit3 et toute lutte suppose des alternatives de vainqueurs et de vaincus4 ,toute doctrine1 soit d'autorit1 soit d'anarchie1 se trouve quelque jour la doctrine du rgne4 ,l'heure est aux ,jsuites1 leur morale facile1 et on les chasse6 ,personne ne veut plus marcher que sur le chemin de velours1 et on tourmente ceux qui l'ont tabli6 ,rien n'est blessant comme une faute de logique4 ,ce qui est norme1 par-dessus tout1 c'est qu'on ait russi faire accepter comme un bienfait au peuple des misrables la substitution de la duret aveugle du ,code l'indulgente doctrine de l'excuse4 ,le ,code ne demande pas3 avez-vous faim8 avez-vous des enfants nourrir8 avez-vous vol un pauvre ou un riche1 un artisan ou un avare8 ,le ,code ne demande rien4 ,il condamne4 ,du fagot que la vieille a rcolt pour faire bouillir sa dernire soupe1 il lui rompt les reins avec srnit4 ,le ,code a raison4 ,il est fait prcisment pour protger la civilisation contre la barbarie1 ceux qui possdent contre ceux qui ne possdent pas4 ,il est le pige loups o l'on trouve parfois une bte innocente2 mais qu'importe1 si la veille il a pris un loup et si le lendemain il prend encore un loup4 ,scientifiquement1 il faudrait un ,code pour chaque individu2 mais cela compliquerait un peu les socits4 ,paul ,bert voulait que l'on appelt les lois3 commandements de l'tat en pendant aux commandements de l'glise4 ,les faux savants sont toujours tars de mysticisme4 ,celui-l croyait que le code1 uvre de la raison1 peut s'opposer au catchisme1 uvre de la foi4 ,ses successeurs se voient forcs d'emprunter l'uvre de foi un article qu'ils repoussaient il y a vingt ans au nom de la raison4 ,ces deux domaines ne sont pas bien dtermins4 ,l'incroyant n'est pas toujours celui qui fait profession de ne pas croire4 ,quand donc saura-t-on que l'irrligion est une religion8 ,x ,,pretium ,,stupri4--,le soin des casuistes s'tend toutes les circonstances de la vie sociale4 ,ils traitent des plus minimes questions1 de celles que ddaignent les moralistes abstraits1 de celles qui suggrent aujourd'hui tant de chroniques et de petites pices de thtre4 ,la pice thse n'est qu'un cas de conscience dialogu2 ce genre1 qui est une ngation impuissante de l'art1 a son origine directe dans ces thses de morale et de thologie dont on allait jadis couter en apparat la discussion solennelle4 ,j'en ai une petite collection1 franaises du ,x,v,i,ie sicle1 allemandes du ,x,v,i,i,ie o les matires les plus imprvues sont brasses par des rudits nafs arms de grec et d'hbreu4 ,comme il est naturel1 beaucoup de ces petits in-quartos disputent des rapports sexuels1 de la pudeur1 de la fornication1 de la nudit4 ,les unes sont catholiques2 les autres1 luthriennes2 mais d'un esprit au fond peu diffrent4 ,le protestantisme a eu ses casuistes1 que nous ignorons2 ils ne sont pas moins singuliers que les ntres et presque aussi impudents4 ,voici une ,commentatio de nuditate capitis1 pectoris1 ventris1 pudendorum et pedum1 une ,disquisitio theologica de tactibus impudicis4 ,ces livrets en mauvais latin d'cole se dbitaient aux curieux plutt qu'aux savants3 ,beverland s'tait fait en ce genre une rputation quivoque et l'on ne savait plus s'il rdigeait en thologien ou en libertin ses extraordinaires ,lucubrationes4 ,il y a donc toute une littrature qui gravite autour du casuisme2 elle est presque toujours infrieure celle mme des casuistes1 parce qu'elle substitue au sens pratique de la vie une vaine science littrale4 ,le casuiste1 surtout s'il est de la ,compagnie1 ne s'occupe que du prsent2 sa tche est de concilier la loi et les murs1 d'adoucir ce qu'il y a de trop pnible en certains devoirs de nature ou de profession4 ,il a trouv des excuses aux voleurs1 il n'en manquera pas pour les prostitues4 ,elles exercent un mtier dshonnte2 sans doute1 et qui le nie8 ,mais c'est leur mtier1 et le propre d'un mtier1 est qu'il doit nourrir4 ,tamburini 7le nom convient cette exgse bouffonne7 reconnat donc la lgitimit du prix du stupre4 ,on accorde ici ce mot un sens tendu1 stuprum ayant en latin de casuiste le sens de fornication1 de gr ou de force1 avec une vierge4 ,il s'agit des complaisances d'une femme qui vit d'tre aimable4 ,elle a le droit d'en exiger le prix1 si tel est le contrat verbal ou tacite pass entre les parties4 ,juge de paix1 ,tamburini taxerait les nuits et les moments2 ,jsuite bnin1 qu'il serait aim des tristes voyageuses qui de ,cythre reviennent les mains vides6 ,on devrait imprimer son portrait avec sa consultation autour1 colori dans le got d'pinal4 ,des pits canoniseraient cet honnte homme4 ,car ,tamburini ne fait rire que par excs d'honntet et de logique4 ,a toute peine son salaire1 dit-il avec simplicit2 et il ajoute3 au pch de cette fille qui se prostitue et au tien1 mle misrable qui profites de sa pauvret1 pourquoi veux-tu encore ajouter la filouterie8 ,paie1 puisque tu as promis de payer2 et1 restant pcheur1 sois du moins pcheur honorable4 ,,xi ,,avortement ,,et ,,st,,rilit4--,on lit dans les ,propositions dictes au collge de ,clermont par le ,p4 ,airault 7#afdd73 ,pr4--,si une femme peut se procurer un avortement8 ,r4--,si une honnte fille avait t corrompue malgr elle par un jeune libertin1 elle pourrait1 avant que le fruit soit anim1 s'en dlivrer1 suivant le sentiment de plusieurs1 de peur de perdre son honneur qui lui est beaucoup plus prcieux que la vie mme4 ,pr4--,s'il est permis une femme marie1 qui1 en accouchant1 est toujours en grand danger de mourir1 de prendre un remde pour tre strile1 afin d'viter ce pril8 ,r4--,je rponds que cela est permis parce que1 pousse par une juste cause1 elle conserve sa vie par ce moyen2 et1 en effet1 il est plus propos qu'elle en use ainsi que de refuser son mari le devoir conjugal et mettre son salut en danger4 ,les dispositifs des jugements sont mdiocres1 mais les jugements sont sages et inattaquables4 ,la pratique allgue dans la seconde proposition a pass dans nos murs par des moyens plus honteux et pour des motifs plus lgers que ceux que le ,jsuite a supposs4 ,quant l'avortement prcoce1 on n'oserait plus gure le considrer comme un crime1 hors le cas de meurtre ou de scandale4 ,mais que d'annes il nous a fallu pour regagner1 aprs l'avnement au pouvoir de la morale vulgaire1 l'tat de civilisation dont tmoigne un humble cours de philosophie que faisait1 l'an de ,rodogune1 princesse des ,parthes1 un tout petit ,jsuite4 ,voil de quoi mditer et disserter1 car les deux thses dans les deux cas sont discutables4 ,on peut incliner vers l'une ou l'autre selon qu'on se trouve dispos respecter davantage la libert individuelle ou les droits anonymes et mystiques de la vie4 ,elle proteste1 la vie1 contre la strilit aussi bien que contre l'avortement4 ,on dit que les ,arabes connaissent un breuvage qui rend les femmes striles4 ,c'est un tel remde que songeait ,airault4 ,la recette s'en est perdue2 plus barbare que la barbarie1 la science fend les ventres qu'elle veut neutres4 ,mais la vie1 vaincue1 se venge1 car voici les consquences de l'ablation des ovaires3 ,le vagin se rtrcit1 la vulve prend un aspect infantile1 les poils du pubis se rarfient444#af ,les romanciers qui exploitent l'heureuse strilit des ovariotomises n'ont point su ces dtails honteux1 cet infantilisme1 qui n'est qu'une vieillesse anticipe4 ,la vie est terrible4 ,elle a un but qui n'est pas celui que nous insinuent notre vanit et notre lchet3 elle pitine et dchire le chemin de velours4 #af ,d4 ,blondel1 ,ovaire1 dans la ,grande ,encyclopdie4--,l'glise a dcid rcemment d'appliquer ces femmes la prescription qui interdit le mariage aux castrats4 ,,xii ,,le ,,probabilisme4--,rdig en termes d'cole1 stricts et obscurs1 le probabilisme parat d'abord une doctrine singulire4 ,la voici en langage clair4 ,les probabilistes dclarent tout d'abord que la vrit est fort difficile connatre3 ct de ce qui passe pour vrai1 il y a ce qui approche de la vrit1 et des degrs variables4 ,il y a des opinions trs probables1 il y en a de probables1 il y en a de moins probables2 elles sont trs sres1 sres1 plus ou moins sres4 ,sommes-nous tenus de suivre toujours la plus sre et la plus probable8 ,voil toute la question4 ,si l'on rpond par l'affirmative1 c'est que l'on dtient la vrit4 ,qu'est-ce que la vrit8 ,en dehors1 disent les thologiens1 des matires de la foi1 il n'y a que des opinions4 ,la plus sre1 aujourd'hui1 tait mprise hier et le sera demain4 ,le probabilisme favorise la libert1 le jeu de la vie4 ,en ralit1 nous n'agissons jamais avec1 comme moteur1 la certitude2 c'est la croyance1 la confiance qui nous permet l'acte4 ,s'il fallait1 avant le geste1 acqurir la notion prcise de ses consquences1 toute vie de relation nous serait rendue impossible4 ,pour s'en tenir au point de vue thologique1 si l'opinion la plus sre doit toujours tre suivie1 cela restreint jusqu' l'touffement la prison morale4 ,nous n'avons plus le choix qu'entre la non-activit et une seule activit bien dtermine4 ,c'est ce que voulait ,port-,royal en prconisant ce qu'ils appelaient le tutiorisme2 cela concordait logiquement avec leurs ides sur la prdestination et la grce4 ,aprs avoir t l'homme la libert thorique1 ils devaient vouloir lui enlever la libert pratique4 ,un ,jansniste1 par des voies opposes1 en arrivait au mme tat d'esprit qui suscitait le ,jsuite2 par impossibilit d'agir1 il se jetait au clotre1 comme le ,jsuite dans les rets de la compagnie par impossibilit de vouloir3 l'un avait une maladie des centres nerveux1 l'autre une maladie de l'appareil moteur4 ,la raison par laquelle ,antoine ,escobar1 tant moqu1 dfend le probabilisme est admirable3 ,c'est1 dit-il1 que l'homme ne peut acqurir des choses une certitude pleine et entire4 ,comment mme essayer de rfuter cela8 ,et comment a-t-on os jeter le ridicule sur une opinion aussi saine formule en un langage si simple et si sr8 ,ce qui nous semble la vrit n'est qu'une manire de voir les choses2 relativement aux choses1 une manire d'tre vues4 ,et peut-tre la vie n'est-elle qu'un pur phnomnalisme et nos sensations une suite d'illusions cratrices de leurs causes apparentes4 ,sans aller jusque-l 7quoique cela soit permis et logique71 on doit s'en tenir au doute4 ,affirmer la vrit mtaphysique1 morale ou pratique1 c'est faire acte d'imposteur ou de prophte1 mais les termes sont quivalents4 ,l'affirmation de la vrit morale1 en particulier1 ne peut tre qu'un geste thologique4 ,le kantisme est une hrsie chrtienne1 et qui a bien gard1 en les renforant1 les caractres essentiels du christianisme4 ,sans un dieu moral1 c'est--dire libre et conscient1 il n'y a de morale humaine que celle de l'empirisme4 ,la morale est l'expression de la volont de l'absolu1 ou rien1 ou un code d'usages4 ,dieu cart1 la morale tombe1 comme un crmonial de cour la chute de la royaut4 ,le probabilisme mne jusque-l4 ,la haine des protestants chrtiens et kantiens 7des nuances7 est donc toute naturelle contre une telle mthode#ag4 ,pousse fond1 elle et abouti la libert1 c'est--dire la suprmatie de la force4 ,c'est contraire absolument aux principes chrtiens qui commandent de dtruire les aristocraties en leur imposant la morale qui fait les bons esclaves1 les bons citoyens4 ,aussi1 comme l'on comprend bien l'motion de ,paul ,bert#ah interprte de la mdiocrit universitaire et parlementaire1 clbrer ces mots sublimes1 conscience1 vrit1 justice1 ces mots saints6 ,la conscience morale1 pour cet esprit simple1 est absolue4 ,elle ne comporte aucun degr4 ,tous les hommes ont une notion gale et lucide du ,devoir4 ,il y a le bien et le mal2 et ces deux couleurs ne comptent aucun aveugle4 ,il s'exalte1 il s'enivre de ses paroles comme d'une bave3 il en arrive proclamer le libre arbitre1 dclarer que ceux qui mettent en doute la certitude morale sont des malfaiteurs4 ,pour lui1 il n'a jamais prouv aucune hsitation3 le bien est gauche et le mal est droite4 ,il n'y a pas de cas de conscience4 ,une voix intrieure1 une voie impeccable1 une voix imprative1 nous dicte toujours notre devoir4 ,douter de cela1 c'est douter de la dignit humaine4 ,ah6 le bon type d'imbcile6 ,qu'on me donne un tome d',escobar1 qu'on me permette de relire la page o cet homme vridique avoue qu'il n'est pas donn l'homme d'acqurir des choses une certitude pleine et entire4 #ag ,il y a une dition du ,syllabus imprime ,genve par les soins de quelque ministre1 qui est bien intressante4 ,les quatre premiers articles sont approuvs pleinement4 ,ce sont ceux qui condamnent toute la philosophie moderne2 et il s'crie l'article ,,lvi3 ,anathme qui dira3 ,les ,lois de la morale n'ont pas besoin de la sanction divine1 et il n'est pas du tout ncessaire que les lois humaines soient conformes au droit naturel1 ou qu'elles reoivent de ,dieu la force obligatoire4 ,il s'crie3 ,bon article6 ,je crois bien3 c'est le garrot4 ,le ,syllabus est d'ailleurs un des plus beaux morceaux d'loquence qui soient en aucune littrature4 ,comme la formule ,anathme1 etc41 n'est pas rpte chaque article1 on en peut lire des pages entires1 avec une vritable volupt intellectuelle3 ,,lix4 ,le droit rside dans le fait matriel2 tous les devoirs des hommes sont un mot vide de sens1 et tous les faits humains constituent un droit4 ,,lx4 ,l'autorit n'est pas autre chose que le rsultat du nombre et des forces naturelles4 ,cela est plus clair et plus beau en latin3 ,,lx4 ,auctoritas nihil aliud est nisi numeri et materialium virium summa4 ,,lxi4 ,fortunata facti injustitia nullum juris sanctitati detrimentum offert4 ,l'article ,,ii si tranchant1 du bon ,spinoza3 ,neganda est omnis ,dei actio in homines et mundum4 #ah ,en son livre1 dont je n'ai pas encore cit le titre3 la ,morale des ,jsuites4 ,paris1 #ahhj4--;,ce livre ne se compose gure que d'une prface et de trois discours prononcs la ,chambre en juin et juillet #ahgi4 ,le reste1 prs de #fjj pages sur #gjj1 est une traduction de passages choisis 7avec un certain sens polmique7 dans les uvres des casuistes4 ,,xiii ,l',,quivoque ,,et ,,la ,,restriction ,,mentale4--,ce sont des surnoms honntes ou purils du mensonge4 ,les casuistes ont bien connu que les hommes ne pouvaient tenir socit sans recourir au mensonge2 mais1 n'osant contrevenir directement un prcepte du ,dcalogue1 ils imaginrent des subterfuges4 ,la mthode des ,jsuites comporte quantit de caches1 de portes dissimules1 de trappes1 toute une machinerie vraiment dplaisante4 ,un terrain uni et solide convient mieux1 avec des murailles sans surprises1 aux jeux de la discussion4 ,mais ils taient pris entre leur foi thologique et leur scepticisme moral2 de l ces pans de tapisserie qui s'ouvrent pour permettre au conspirateur de dpister les alguazils aussi bien que les familiers2 car ils furent toujours un peu traits comme les ennemis du genre humain3 l',inquisition d',espagne inquitait ,escobar pour la svrit de sa doctrine cependant que ,pascal le bafouait pour son relchement4 ,pascal le savait3 et cela prouve bien que son fameux mot1 vrit en de--erreur au del1 reprsente1 non pas la constatation d'un philosophe1 mais la plainte d'un chrtien4 ,pascal est d'avis qu'on ne doit jamais mentir2 ,arnauld1 qui le fournissait de citations tronques1 tait tutioriste1 sinon l'inventeur du mot et de la doctrine4 ,les casuistes de la ,compagnie1 plus dlis1 d'esprit souriant1 ne pouvaient consentir rpter ternellement aux hommes3 le mensonge est toujours un pch4 ,dfendre toujours le mensonge1 cela quivalait1 selon leur justice ingnieuse1 damner toute l'humanit1 puisque les socits humaines ne sont possibles que par le mensonge1 puisque1 pour tout dire1 le mensonge est le grand lien social#ai4 #ai ,voir sur le rle du mensonge le chapitre intitul les ,femmes et le langage1 dans la deuxime partie du prsent ouvrage4 ,je crois qu'il ne faut pas reculer devant le mot4 ,pourquoi quivoquer comme saint ,augustin et distinguer entre mentir et cacher la vrit8 ,il est vrai que cette distinction1 si elle est mauvaise verbalement1 est juste moralement4 ,il y a bien des sortes de mensonges4 ,il y a surtout ceux qui sont innocents et ceux qui poignardent4 ,mose n'en dfend qu'un1 le faux tmoignage4 ,le ,p4 de ,condren1 un oratorien qui ne passait pas pour un ami de la morale facile1 a tabli trs dignement ce qu'on pourrait appeler le droit au mensonge4 ,il use1 comme saint ,augustin1 de deux termes1 mais choisis avec finesse3 ,toute la difficult vient de ce qu'on confond le mensonge avec la fiction1 de ce qu'on comprend sous le nom de ce pch odieux toutes les apparences qui se peuvent donner lgitimement sans violer ni la justice1 ni la charit1 ni la simplicit1 ni aucune autre vertu4 ,a cette objection que nos paroles sont les signes naturels de nos penses2 et que1 par consquent1 c'est un pch contre nature1 quand elles ne sont pas conformes1 il rpond que les paroles sont signes libres et volontaires de nos intentions plutt que de nos penses444 ,l'homme a droit et mme obligation de dfendre son honneur et ses biens1 et tout ce qui appartient au prochain1 de ses paroles aussi bien que de ses mains#bj4 ,cette distinction entre le mensonge et la fiction1 si ingnieuse 7comme le remarque le ,p4 ,daniel71 les ,jsuites ne semblent pas l'avoir gote4 ,ils admettent que dguiser la vrit est toujours un mensonge1 et leur art n'intervient que pour composer des formules qui permettent la fois de ne pas mentir et de ne pas dire la vrit4 ,en cela1 il faut l'avouer1 leur art est misrable4 ,sans doute1 ,pascal1 sur ce point comme sur tous les autres1 a exagr et mme dnatur la pense des casuistes4 ,sanchez dit quelque part3 ,ce n'est pas mentir que d'user de termes ambigus en les faisant entendre en un autre sens qu'on ne les entend soi-mme4 ,et il ajoute3 ,il n'y a pas l mensonge proprement dit1 mais l'usage de ces termes n'en doit pas moins tre dfendu1 moins qu'il n'y ait une cause lgitime qui nous donne droit d'en user4 ,je veux maintenant1 dit le ,jsuite1 vous parler des facilits que nous avons apportes pour faire viter les pchs dans les conversations et dans les intrigues du monde4 ,une chose des plus embarrassantes qui s'y trouve est d'viter le mensonge1 et surtout quand on voudrait bien faire accroire une chose fausse4 ,c'est quoi sert admirablement notre doctrine des quivoques par laquelle il est permis d'user de termes ambigus1 en les faisant entendre en un autre sens qu'on ne les entend soi-mme1 comme dit ,sanchez#ba4 ,on voit combien il est dangereux d'aller chercher dans les ,provinciales des arguments contre les casuistes4 ,le plan de cette lettre1 particulirement calomnieuse1 fut fourni ,pascal par ,nicole4 ,la polmique anti-clricale vit depuis deux sicles et demi sur quelques citations quivoques par quoi ,pascal raille l'quivoque4 ,c'est un des plus curieux exemples de tromperie qui soient au monde4 ,il semble pourtant que les ,jansnistes auraient pu demeurer dans l'exactitude sans risques pour leur cause1 car c'est un point o les ,jsuites sont extrmement faibles1 et mme ridicules4 ,cependant que l'on examine telle formule d',emmanuel ,sa3 ,toute personne qui n'est pas interroge lgitimement peut rpondre qu'elle ne sait rien de ce qu'on lui demande1 en sous-entendant de faon qu'elle soit oblige de le dire4 ,le moyen est mdiocre comme sauvegarde de la libert2 mais il n'est pas monstrueux4 ,il est vrai que les pamphltaires suppriment dans la proposition le n'est pas interrog lgitimement4 ,et ainsi de mme en toutes les propositions analogues4 ,si ,castro ,palao commence par ces mots une dissertation sur l'quivoque3 ,toutes les fois qu'il se prsente un juste sujet de dguiser la vrit4441 on biffe cette prmotion1 et la suite semble le prambule d'un code de bandits4 #bj ,cit par le ,p4 ,,daniel4 ,rponse aux ,lettres ,provinciales de ,l4 de ,montalte1 ou ,entretiens de ,clandre et d',eudoxe4 ,a ,bruxelles1 #afig1 pages #cga-cgc4 #ba ,,daniel1 op4 cit41 pages #bgg-hj4 ,il reste que les hommes sont imbciles et qu'il ne faut point leur parler nuances et subtilits4 ,l'affirmation grossire1 voil ce qui convient au peuple1--et par peuple1 comme disait ,mme de ,lambert1 j'entends tout ce qui pense bassement et communment4 ,tous ceux qui1 rpugnant admettre la lgitimit pure et simple du mensonge1 se trouveront dans le cas d'expliquer que toute vrit n'est pas bonne dire1 tomberont dans les maladresses o les ,jsuites ont trbuch4 ,a chaque instant1 dans la vie1 et non pas seulement pour le mensonge1 on se trouve pris entre ,tu ne dois pas444 et ,il faut4444 ,que l'on appelle cela cas de conscience ou conflit moral1 peu importe2 mais une solution est ncessaire1 puisque l'action est ncessaire4 ,on se voit donc oblig1 quand on a pos une morale trop svre1 de la ruiner peu peu par des complaisances1 pour permettre le jeu1 de plus en plus complexe1 de la vie4 ,les ,jsuites1 sans s'en douter1 travaillrent contre la morale chrtienne dans le mme sens que les potes1 les conteurs1 les philosophes et les savants4 ,mais leur malheur1 et la cause du mpris qu'ils ont subi1 est qu'ils le firent sans franchise et parfois sans dignit4 ,ils ont rong comme des rats le vaisseau qui les portait2 croyant le rendre plus lger et plus habile vaincre les courants1 ils l'ont cribl de trous par o est mont le bouillonnement de la mer4 ,a force de finesse1 de logique1 de bon vouloir1 ils ont t inintelligents4 ,on peut les ddaigner1 puisqu'ils ne sont plus bons rien1 puisqu'ils sont rentrs dans le rang1 mais non les maudire4 ,quand le vaisseau de la vieille morale chrtienne sombrera tout fait1 qu'une voix s'lve pour dire la litanie des ,sa1 des ,suarez1 des ,escobar1 pour nommer ces dmolisseurs stupides et patients qui ont travaill pendant des sicles prparer le naufrage de la nef de saint ,pierre4 ,calvin voulait les tuer ou1 si cela ne se peut commodment faire1 ajoute-t-il navement1 les craser sous le mensonge et la calomnie3 ,jesuite vero1 qui se maxime nobis opponunt1 aut necandi1 aut1 si hoc commodo fieri non potest1 ejiciendi1 aut certe mendaciis et calumniis opprimendi sunt4 ,voil une haine que je ne comprends gure1 moins qu'on n'y mle ,calvin lui-mme et tous les fanatiques1 et peut-tre tous les croyants2 mais cela serait l'humanit entire1 car combien y a-t-il d'hommes libres8 ,le point de vue est donc dtestable4 ,ce n'est pas sur leurs croyances qu'il faut juger les hommes1 ni sur leur manire d'interprter dogmatiquement la morale4 ,il y a d'autres contacts pour la sensibilit2 l'esprit a d'autres antennes4 ,,xiv ,,br,,ve ,,conclusion4--,c'est bien moins avec l'esprit scientifique qu'avec l'esprit protestant et rationaliste que les ,jsuites furent en dsaccord4 ,ils reprsentrent1 en somme1 la partie la plus saine et la plus acceptable du christianisme1 celle qui tchait d'accommoder des principes destructeurs aux ncessits de la vie4 ,avec eux on put s'entendre superficiellement1 sur presque tout2 avec le chrtien pur1 l'entre en conversation tait peine possible4 ,tant qu'il eut besoin de cet intermdiaire1 ils furent dans le sicle quelque chose comme le mdiateur plastique de la vieille philosophie3 dans ce rle1 devenu inutile1 les ,jsuites rendirent des services que l'on ne doit pas oublier la civilisation1 la libert des murs4 ,,deuxi,,me ,,partie ,,nouvelles ,,dissociations ,d',,id,,es ,,la ,,gloire ,,et ,l',,id,e ,d',,immortalit ,i ,l'ide de gloire n'est pas des plus difficiles rsoudre4 ,on la peut identifier avec l'ide gnrale d'immortalit1 dont elle n'est qu'une des formes secondaires1 et des plus naves2 elle n'en diffre que par la substitution de la vanit l'orgueil4 ,l1 nous avons l'ide de dure fortifie par l'orgueil d'un tre qui se croit une importance immortelle1 mais consent jouir sans fracas d'une prennit absolue2 ici1 la vanit1 remplaant l'orgueil1 carte l'ide d'absolu1 ou1 se dclarant incapable de l'atteindre1 s'accroche un dsir1 d'ternit sans doute1 mais d'ternit objective1 sensible autrui1 d'ternit un peu de parade et qui perd en bruit rpandu par le monde ce que l'immortalit absolue gagne en profondeur et en orgueilleuse humilit4 ,les mots abstraits dfinissent mal une ide abstraite2 il vaut mieux s'en rapporter l'opinion commune4 ,la gloire1 on sait ce que c'est2 la gloire littraire1 tout crivain se l'imagine4 ,rien de plus clair que ces sortes d'illusions2 rien de plus clair que le dsir ou que l'amour4 ,les dfinitions1 o les dictionnaires seuls sont obligs1 contiennent de ralit ce que contient de vie obscure et grouillante un filet relev mal propos de la mer o il attendait sa proie2 des varechs s'y tordent et de grles btes y meuvent leurs pattes translucides1 et voici toutes sortes d'hlices ou de valves qu'une sensibilit mcanique tient forcloses1 mais la ralit1 qui tait un gros poisson1 a1 d'un coup de queue1 pass par-dessus bord4 ,en gnral1 les phrases nettes et claires n'ont aucun sens1 ce sont des gestes affirmatifs qui suggrent l'obissance1 et voil tout4 ,l'esprit humain est si complexe et les choses sont si enchevtres les unes dans les autres que1 pour expliquer un brin de paille1 il faudrait dmonter tout l'univers2 et il n'est dans aucune langue aucun mot de race sur lequel une intelligence lucide ne puisse btir un trait de psychologie1 une histoire du monde1 un roman1 un pome1 un drame1 selon les jours et la qualit de la temprature4 ,la dfinition1 c'est le sac de farine comprime et qui tient dans un d4 ,que pouvons-nous faire de cela1 si nous n'explorons pas les mers antarctiques8 ,il est plus propos de passer au microscope une pince de farine et d'y chercher avec patience parmi le son le vivant amyle4 ,dans les rsidus laisss par l'analyse de l'ide d'immortalit1 on trouvera l'ide de gloire l'tat brillant de paillette4 ,l'homme se croit encore la dernire uvre de la force cratrice4 ,darwin1 corroborant la ,bible1 n'a fait qu'au sixime jour sortir des limbes le couple humain4 ,et les savants les plus qualifis en sont l1 et cela permet ces crits douteux o l'on clbre les quivoques accordailles de la ,science et de la ,foi4 ,mais le darwinisme va s'vanouir devant des notions plus prcises4 ,demain nous ne serons plus tenus de croire que la gnitrice du monde1 ayant organis sans ides morales les espces infrieures1 inventa l'homme pour dposer dans son cerveau un principe dont elle s'tait fort bien passe elle-mme au cours de ses travaux prparatoires4 ,si l'homme n'est plus la dernire venue des cratures1 si l'homme est un animal fort ancien dans l'histoire de la vie1 si la fleur de l'arbre vital est1 non pas ,adam1 mais la ,colombe1 toute la mtaphysique de la morale va crouler4 ,quoi1 aprs ce chef-d'uvre1 l',homme1 ,il 7ou ,elle1 selon le mot nul que l'on suppose7 s'est abaiss faire l'oiseau6 ,quoi1 la grue aprs l'anctre d',abraham6 ,cela est ainsi4 ,les travaux de ,m4 ,quinton#bb ne vont plus permettre d'en douter4 ,il devient certain que l'intelligence humaine1 loin d'tre le but de la cration1 n'en est qu'un accident1 et que les ides morales ne sont que des vgtations parasites nes d'un excs de nutrition4 ,les phnomnes intelligence1 conscience morale1 et tous les titres de noblesse numrs dans le parchemin1 auraient pu1 sans doute1 apparatre chez n'importe quelle autre espce2 les oiseaux1 dont l'volution n'est pas finie1 n'en seront peut-tre pas exempts4 ,leur systme artriel est bien suprieur celui de l'homme1 plus simple et plus solide2 ils peuvent manger sans s'interrompre de respirer2 ils volent1 ils parlent1 ils peuvent rciter les ,droits de l'homme ou le ,symbole de ,nice1 exercices suprmes de bien des hommes4 ,l'oiseau1 roi chronologique de la cration1 est demeur jusqu'ici1 et malgr ses perfectionnements1 un animal2 la srie des oiseaux ne semble pas1 pour l'intelligence1 suprieure la srie des mammifres1 o l'homme figure titre d'inexplicable exception4 ,on ne pourrait donc considrer l'intelligence comme une finalit que si chacune des espces animales tait rigoureusement dtermine et fixe4 ,c'est l'opinion1 au moins provisoire1 de ,m4 ,quinton4 ,les espces1 depuis qu'elles sont espces1 depuis que les individus qui la composent se reproduisent en des tres identiques eux-mmes1 les espces1 telles que dfinies1 par ces syllabes1 espce1 peuvent disparatre2 elles ne peuvent plus se modifier4 ,l'homme a trs certainement pass par des tats divers o il n'tait pas un homme2 mais du jour o l'homme a produit un homme1 l'humanit tait immuable4 ,il est donc possible que l'intelligence humaine1 au lieu d'tre un accident1 une drogation1 ait t dtermine1 ds l'origine1 comme la main humaine1 comme les pieds humains1 comme les cheveux humains4 ,elle aurait donc1 dans l'univers1 un rle normal et logique1 et son excs mme1 le gnie1 ne serait plus qu'une exubrance de force4 ,mais il resterait expliquer la stupidit de l'oiseau2 serait-ce le tmoignage de la dgnrescence intellectuelle des forces cratrices8 ,l'opinion la plus probable est que l'intelligence est une excroissance comme la galle du chne2 quel est l'insecte qui nous a fait cette piqre8 ,nous ne le saurons jamais4 #bb ,communication l',acadmie des ,sciences1 #ac avril #ahif1 certifie et prcise par des travaux ultrieurs que ,m4 ,quinton m'a expliqus4 ,sans appareil scientifique1 voici1 d'aprs de prcieuses conversations1 quel serait l'ordre gnral d'apparition des animaux1 partir des poissons1 en ne tenant compte que de celles qui sont encore reprsentes3 ,i4 ,poissons ,,iv4 ,mammifres ,v4 ,oiseaux ,,ii4 ,batraciens ,,iii4 ,reptiles a4 ,monotrmes b4 ,marsupiaux c4 dents d4 ,rongeurs e4 ,insectivores f4 444 g4 444 444 x4 ,primates3 7,lmures1 ,singes1 ,hommes47 y4 ,carnivores3 7derniers venus3 ,renard ,bleu1 ,ours blanc47 z4 ,ruminants3 7dernier venu3 ,renne47 ,les rapports de cette liste avec une question quelconque de philosophie gnrale sont vidents pour qui sait associer les ides4 ,voltaire en et tressailli de joie4 ,d'autre part1 je tiens l'honneur d'avoir t le premier annoncer au grand public ces vues nouvelles de la science1 qui auront logiquement une magnifique fcondit de consquences4 ,antrieurement1 j'y ai fait une allusion moins prcise1 notamment dans la ,wiener ,rundschau du #a;er mai #ahii4 ,que l'intelligence soit1 comme le croyait ,taine1 un produit normal du cerveau1 ou qu'elle soit une maladie1 cela importe peu1 d'autant plus qu'une tare qui se transmet telle quelle de gnration en gnration finit par perdre ses caractres pathologiques2 elle fait partie intgrale et normale de l'organisme#bc4 ,cependant son origine accidentelle se trouve corrobore par ceci3 excellent instrument pour les combinaisons aprioristes1 l'intelligence est1 spcialement dirait-on1 inapte percevoir les ralits4 ,c'est cette infirmit que sont dues les mtaphysiques1 les religions et les morales4 ,comme le monde extrieur ne peut arriver la conscience qu'en pousant avec scrupule tous les replis de la poche et tous ses dtours1 il arrive qu'en croyant avoir une image du monde nous n'avons qu'une image de nous-mmes4 ,certains redressements sont possibles2 l'analyse des phnomnes de la vision nous a fait admettre cela2 par la comparaison de nos sensations et de nos ides avec ce que nous pouvons comprendre des sensations et des ides d'autrui1 on arrive dterminer des moyennes probables3 mais surtout des moyennes ngatives4 ,on dresserait plus facilement une liste des non-vrits qu'une liste des vrits4 ,affirmer que telle religion est fausse ne dnote plus une grande hardiesse d'esprit ni mme beaucoup d'esprit2 la vracit d'aucune religion n'est plus un sujet de controverse que pour les diffrents clergs europens dont c'est le gagne-pain ou pour ces rationalistes attards qui guettent toujours1 comme leur matre ,kant1 l'heure propice et lucrative des conversions opportunes4 ,mais la question nave de ces esprits qui ont horreur du vide1 comme la nature du ,x,v,i,ie sicle3 ,par quoi remplacez-vous cela8 ,nul ne peut rpondre4 ,il suffit1 et c'est assez beau1 d'avoir transmu en non-vrit1 une vrit4 ,le mtier suprieur de la critique1 ce n'est pas mme1 comme le proclamait ,pierre ,bayle1 de semer des doutes2 il faut aller plus loin1 il faut dtruire1 il faut incendier4 ,l'intelligence est un instrument excellent de ngation2 il est temps de l'utiliser1 et de cesser de vouloir lever des palais avec des pioches et des torches4 #bc ,on peut ainsi concevoir l'intelligence comme une forme initiale de l'instinct4 ,l'intelligence humaine serait destine se cristalliser en instinct1 comme cela est advenu pour l'intelligence des autres espces animales4 ,la conscience disparatrait1 laissant toute libert l'acte inconscient ncessairement parfait dans les limites de sa fin4 ,l'homme conscient est un colier qui se rvlera matre le jour o il sera devenu une machine dlicate1 mais sre1 comme le castor1 comme l'abeille4 ,l'histoire de l'ide d'immortalit est un bon exemple de notre impuissance congnitale percevoir les ralits autrement que rformes et retravailles par l'entendement4 ,l'ide d'immortalit est ne de la croyance au double4 ,pendant le sommeil1 et alors que le corps est inerte1 il y a une partie de l'homme qui se meut1 qui voyage1 qui combat1 qui mange1 jouit ou souffre1 exerce tous les phnomnes de la vie2 cette partie de l'homme1 ce double de l'homme1 ce corps astral1 survit la dcomposition du corps matriel dont il conserve les usages et les besoins4 ,telle est sans doute l'origine de la croyance ce que nous appelons1 depuis l'hellnisme1 l'immortalit de l'me2 un stade plus ancien1 la religion gyptienne est base sur la thorie du double3 c'est pour les doubles et non pour les mes qu'on dispose des nourritures relles1 et plus tard symboliques1 dans les tombeaux4 ,mais la religion gyptienne est dj surcharge de l'ide de justice1 d'quilibre2 on pse les doubles dans les balances du bien et du mal2 la mtaphysique de la morale a obscurci l'ide primitive d'immortalit1 qui n'est autre chose que l'ide pure de dure indfinie4 ,pour les thologiens1 pour les philosophes1 s'il y en a encore professer ces honntes doctrines1 pour le commun des hommes1 l'ide d'immortalit ou de vie future est intimement lie l'ide de justice4 ,le bonheur ternel est une compensation accorde aux douleurs humaines2 il y a aussi1 mais alors pour les seuls thologiens1 de personnels supplices1 par quoi sont punis les manquements aux ordres des prtres2 et ces tourments sont encore pour les bons un surcrot de rcompense et une garantie contre la promiscuit4 ,il y a l une slection aristocratique1 mais base sur l'ide de bon et de mauvais1 au lieu de l'tre sur l'ide de force et de faiblesse4 ,ces tranges renversements des valeurs mettaient ,nietzsche fort en colre2 il faut les accepter au moins comme des consquences transitoires de la sensibilit de l'homme civilis4 ,l'homme primitif1 dont les nerfs vibrent peu et dont l'intelligence est passive1 ressent la souffrance1 quoique amortie1 mais ne ressent pas l'injustice1 qui est souffrance morale4 ,pour retrouver un pareil tat1 il faut franchir les rgions moyennes et interroger un ,gthe1 un ,taine ou un ,nietzsche1 les hommes chez qui l'intelligence a enfin vaincu1 par son excs mme1 et repouss les supplications de la piti et les tentations sentimentales de la justice4 ,si l'ide d'immortalit tait ne dans une intelligence suprieure1 elle n'aurait diffr que par plus de logique1 des conceptions brutales de l'humanit primitive4 ,m4 ,marillier a recueilli et coordonn tout ce qui1 dans les croyances des non-civiliss1 touche la survivance de l'me#bd2 il rsulte de l'ensemble des faits que l'ide de justice n'a aucunement coopr la conception de l'ide d'immortalit4 ,il y eut peu de dcouvertes plus importantes pour l'histoire des croyances humaines4 ,l'ide d'immortalit fut d'abord1 comme ose le dire ,m4 ,marillier1 une ide purement scientifique2 elle est le grossissement et le prolongement d'un fait1 mal observ1 mais d'un fait4 ,la vie future est la suite de la vie prsente1 et elle comporte les mmes usages1 les mmes plaisirs1 les mmes dboires4 ,ce monde a1 lui aussi1 un double3 l'autre monde4 ,les mchants et les bons1 les forts et les faibles y continuent leur tat4 ,parfois la vie1 sans que ses lments changent de relation1 y est plus clmente2 parfois dans les mmes conditions1 pire4 ,si la vie future est considre comme meilleure ou comme pire1 elle est la mme pour tous4 ,meilleure1 c'est l'galit parfaite dans les jouissances mdiocres qui sont l'idal moyen aussi bien du civilis que du sauvage4 ,les tribus de la ,nouvelle-,guine1 anmies par la faim1 rvent de manger du sagou discrtion pendant toute l'ternit4 ,comme on pourrait dcouvrir1 mme dans ce paradis galitaire1 une assez vague ide de compensation1 donc de justice1 il faut aller plus loin1 ,java1 o le paradis1 sans doute cause d'un excessif page1 n'tait accessible qu'aux riches2 chez ces rsigns1 o seuls les rois1 les prtres et les nobles taient sauvs2 ,borno1 o l'au-del1 divis en sept cercles1 correspondait aux sept divisions de la hirarchie sociale4 ,en un autre coin de la grande le1 toute personne qu'un homme tue en ce monde devient son esclave dans l'autre4 ,voil un paradis nettement bas sur l'ide de force et une croyance qui se rit un peu de l'impratif catgorique4 ,non seulement le faible n'est pas compens1 mais sa faiblesse et sa souffrance peuvent1 par le caprice du fort1 tre portes l'infini2 le tueur s'est acquis un profil immortel4 ,des socits o il y a de la posie1 de l'art1 des rires1 de l'amour1 vivent encore avec une telle morale2 on peut en tre contrist1 on n'en est pas surpris1 car il est vident que voici contre les trangers un terrible lment de rsistance4 ,cela a ses inconvnients3 de temps en temps1 ,borno1 une troupe de jeunes ,dayaks1 qui n'ont pas encore tu1 se prcipite dans une ville et tue2 ayant ainsi gagn la vie ternelle et un esclave1 ils se tiennent plus tranquilles4 ,chez les ,shans1 extermin par un lphant1 on est priv de paradis2 mang par un tigre1 on devient tigre2 les femmes mortes en couche deviennent des lamies et hantent les tombes1 pieds retourns1 talons en avant4 ,aux ,mariannes1 il y a un paradis et un enfer2 la mort violente conduit en enfer1 la mort naturelle conduit en paradis3 ces peuples taient de toute ternit vous l'esclavage4 ,en une autre rgion de l',ocanie1 le sort de l'me est jou par la famille du dfunt pair ou impair3 impair1 c'est l'anantissement2 pair1 le bonheur ternel4 ,a ,tahiti1 les mes aveugles s'en vont au hasard1 sortant des corps1 vers une plaine o il y a deux pierres3 l'une1 si on la touche d'abord1 donne la vie immortelle1 l'autre l'ternelle mort4 ,ceci est une absurdit presque sublime2 c'est grandiose et terrible ainsi que la prdestination4 ,saint ,augustin la plaait dans la nuit d'avant la naissance2 les ,tahitiens la situaient dans les tnbres d'aprs la mort4 ,le protestantisme1 auquel ces pauvres gens se sont adonns depuis1 ne les a pas beaucoup changs de croyances2 en gnral1 le plus grand effort d'un novateur religieux ou philosophe est de mettre1 et rciproquement1 la fin ce qui se trouvait au commencement4 #bd ,la ,survivance de l'me et l'ide de justice chez les peuples non civiliss1 ,paris1 ,leroux1 #ahid4 ,en s'agrgeant l'ide d'immortalit1 l'ide de justice en a donc singulirement troubl le caractre originel2 elle a mme contamin l'ide d'immortalit terrestre1 l'ide de gloire4 ,,ii ,comment la gloire1 d'abord rserve aux rois et aux guerriers chants par les potes1 a-t-elle fini par tre attribue aux potes plus encore qu'aux hros de leurs pomes1 c'est un fait de civilisation dont l'origine exacte n'aurait pas beaucoup d'intrt4 ,il serait plus curieux d'apprendre par suite de quelle modification dans les murs ou de quel agrandissement de l'gosme et de la vanit1 l'ide de prennit du nom et de l'uvre vint s'adjoindre l'ide complique de justice4 ,un dramaturge athnien1 si son uvre tait bafoue par le peuple1 quelle poque de la civilisation grecque eut-il l'audace d'en appeler la postrit8 ,connat-on de trs anciens textes o se lisent de pareilles rcriminations8 ,la sensibilit s'est tellement accrue qu'il n'est plus cette heure de potereau ddaign qui ne songe la justice des gnrations futures2 l'exegi monumentum d',horace et de ,malherbe s'est dmocratis1 mais comment croire que la vanit des auteurs ait eu un commencement8 ,il faut l'admettre cependant1 pour se tenir dans la logique des dveloppements successifs du caractre humain4 ,la gloire littraire ne fut d'abord que le sentiment de la dure future de la rputation prsente2 sentiment lgitime et qui concorde assez bien avec les faits1 car les dchances absolues sont presque aussi rares que les rhabilitations solides4 ,a ce moment1 c'est une probabilit scientifique4 ,eschyle croit que la relation qui existe de son vivant entre les ,suppliantes et l'opinion publique se maintiendra quivalente au cours des ges4 ,eschyle a raison2 mais non1 s'il fait le mme rve pour les ,danades et les gyptiens4 ,cependant ,pratinas se voit dans l'avenir l'un des rivaux d',eschyle1 et ,pratinas n'est plus qu'un mot1 peine un nom4 ,l'ide de gloire1 mme en sa forme la plus ancienne et la plus lgitime1 contiendrait donc l'ide de justice au moins par prtrition1 puisque sa non-ralisation nous suggre l'ide d'injustice4 ,mais il ne faut pas faire raisonner d'aprs notre sensibilit des hommes d'une civilisation aussi ancienne4 ,pratinas se ft peut-tre soumis au destin3 il et peut-tre qualifi de fait pur et simple ce que nous nous plaisons nommer injustice4 ,l'ide de justice tant soumise aux variations de la sensibilit1 est des plus instables4 ,la plupart des faits que nous rangeons aujourd'hui dans la catgorie de l'injustice1 les ,grecs la laissaient dans la catgorie du destin2 d'autres1 que nous jetons dans la fosse sous le nom de malheurs ou de fatalit1 ils s'ingniaient y trouver des remdes4 ,en principe1 quand un peuple rtrcit la catgorie destine au profit de la catgorie injustice1 c'est qu'il commence s'avouer sa propre dcadence3 l'extrme tat de sensibilit l'injustice se traduit par le billon du ,zaina1 qui ne respire qu' travers un voile pour ne dtruire aucune vie#be4 tat de dgradation intellectuelle vers lequel marche aussi l'humanit europenne1 o les vgtariens mystiques furent les prcurseurs des socialistes sentimentaux4 ,n'avons-nous pas dj les frres infrieurs et n'entendons-nous pas louer les machines qui pargnent aux animaux d'exercer leurs muscles8 ,pleurer sur l'esclave1 qui tourne la roue1 ou sur le pote qui chante dans le dsert1 signe de dpravation3 car l'esclave qui tourne la roue1 c'est qu'il aime la vie plus qu'il ne souffre de son labeur1 et le pote qui roucoule dans un trou comme le crapaud1 c'est que sa chanson est un agrable exercice physiologique4 #be ,,barth1 ,religions de l',inde1 dans l',encyclopdie des ,sciences religieuses4 ,les lois physiques1 que des savants promulgurent ou constatrent1 sont des aveux d'ignorance4 ,quand on ne peut expliquer un mcanisme1 on affirme que ses mouvements s'oprent en vertu d'une loi4 ,les corps tombent en vertu de la loi de la pesanteur2 cela quivaut1 dans le srieux1 la bouffonne virtus dormitiva4 ,les catgories sont des aveux d'impuissance4 ,jeter un fait dans l'abme destin ou dans le tiroir injustice1 c'est renoncer l'exercice des plus naturelles facults analytiques4 ,les ,lusiades furent sauves parce que ,camons savait trs bien nager1 et le premier trait de ,newton sur la lumire et les couleurs fut perdu parce que son petit chien1 ,diamant1 renversa un flambeau4 ,prsents ainsi1 ces deux vnements ne rentrent plus ni dans la catgorie ,providence ni dans la catgorie ,fatalit2 ce sont des faits inqualifiables1 des faits comme il s'en est produit des milliers1 sans que les hommes y aient trouv prtexte l'enthousiasme ou la colre4 ,qu',eschyle ait survcu et que ,pratinas soit mort1 ce sont des aventures comme il en arrive la guerre2 il y en a de plus scandaleuses1 mais ni les unes ni les autres ne se doivent juger d'aprs la notion purile d'une justice distributive4 ,si la justice est blesse parce que ,florus surnage dans le naufrage o prirent ,varius et ,calvus1 c'est la justice qui a tort2 ce n'tait point l sa place4 ,cependant1 comme elle s'est agrge l'ide de paradis1 l'ide de justice est devenue la parasite de l'ide de gloire4 ,a l'immortalit que ,tahiti jouait pile ou face1 on substitua jadis1 croyant bien faire1 l'immortalit providentielle2 mais pour ce qui est de la gloire1 du moins1 nous savons que la ,providence1 si elle ne tire pas au sort le nom des lus1 se dtermine par des motifs peut-tre inavouables4 ,pour injuste que soit l'homme1 par nature et par got1 il est moins injuste que le ,dieu qu'il a cr3 ainsi des hommes chastes procrent d'obscnes littratures1 comme le faisait remarquer ,ausone1 avec propos2 ainsi l'uvre du vritable gnie est toujours infrieure au cerveau qui l'enfanta4 ,la civilisation a mis dans la gloire un peu de mthode1 provisoirement4 ,mme dans l'ordre spirituel1 les hommes ont presque toujours t en dsaccord avec les dcisions de leurs dieux4 ,la plupart des saints d'autrefois furent crs par le peuple malgr les prtres2 au cours des sicles1 le catalogue des saints et le catalogue des grands hommes se sont diffrencis1 au point de ne plus bientt porter un seul nom commun4 ,presque tous les hommes vnrables de ce sicle1 presque tous ceux dont l'argile contenait des veines ou des traces d'or sont des rprouvs4 ,nous vivons aux temps de ,promthe4 ,quand la ,providence gouverna seule la terre1 pendant l'interrgne de l'humanit1 elle fit de telles hcatombes que l'intelligence manqua de prir4 ,en l'an #iej1 le fils d'un serf d',aurillac1 le jeune ,gerbert1 concentre en lui presque toute la tradition europenne2 il est lui seul la civilisation4 ,quel moment dans l'histoire6 ,les hommes1 par un instinct admirable1 en firent leur matre3 il fut le pape ,silvestre ,,ii4 ,mort1 on commena de btir1 sur cette colonne qui avait soutenu le monde1 la lgende qui devait aboutir au ,faust de ,gthe4 ,telle est la gloire1 que ,gerbert est inconnu4 ,mais il n'est pas inconnu comme ,pythagore2 on a pu crire sa vie1 on a conserv ses crits4 ,si ,gerbert n'est pas un de nos grands hommes aujourd'hui1 il le sera peut-tre demain2 il a gard intactes toutes ses possibilits de rsurrection4 ,c'est que1 pour laisser de ct l'ide paradoxale de ,providence1 depuis ,gerbert1 nous n'avons presque pas chang de civilisation4 ,lorsque les ,chrtiens arrivrent au pouvoir1 ils ne conservrent1 outre ce que le hasard pargna1 que les livres ncessaires l'enseignement scolaire4 ,il est rest de l',antiquit ce qui serait rest du ,x,v,i,ie sicle1 si les professeurs de la vieille ,universit1 joints aux ,jsuites et aux ,minimes1 avaient eu un droit de vie et de mort sur le livre4 ,ajoutant ,la ,fontaine au catalogue de ,boileau1 ils brlaient le reste4 ,les ,chrtiens brlrent beaucoup1 malgr leurs protestations d'amour3 et ce qu'ils ne brlrent pas1 ils l'amendrent4 ,c'est eux que l'on doit l'image1 presque burlesque1 d'un ,virgile chaste4 ,l'inachvement authentique de l'nide fut un bon prtexte aux coupures et aux grattages2 les libraires1 chargs de la besogne1 y furent d'ailleurs inintelligents et paresseux4 ,mais la grande cause de la disparition de presque toute la littrature paenne fut plus gnrale4 ,un jour vint o on la jugea sans intrt3 ds les premiers sicles1 son cercle avait commenc de se rtrcir4 ,une sainte ,ccile pouvait-elle se plaire ,gallus8 ,cette dlicieuse et hroque romaine 7qu'on retrouva au sicle dernier couche en poussire dans sa robe sanglante7 ayant chang de religion changea de cur4 ,les femmes cessrent de lire ,gallus1 et ,gallus a pri presque tout4 ,dans le livre intressant qu'il rdigea sur ce sujet#bf1 ,m4 ,stapfer n'a pas tenu compte des changements de civilisation4 ,pour expliquer la perte de tant de livres anciens1 il n'a song qu'au hasard4 ,le hasard est un masque2 et c'est prcisment le devoir de l'historien de le soulever ou de le dchirer4 ,du ,v,ie sicle nos jours1 il y eut encore une modification partielle dans la civilisation1 au ,x,ve sicle4 ,vers ce temps1 l'ancienne littrature commena de ne plus mouvoir beaucoup le public3 les romans1 les miracles1 les contes parurent tout coup vieillis2 on cessa de les copier1 de les rciter2 on les imprima peu1 un seul manuscrit a conserv ,aucassin et ,nicolette1 qui est quelque chose comme le ,daphnis et ,chlo du ,moyen ,age4 ,des accidents pouvantent le pote et mme le critique1 plus froid1 dont la rigueur est logique1 du moment que l'on veut bien sparer de l'ide sentimentale de justice l'ide1 purement historique1 de survivance littraire4 ,jusqu'ici1 et je reprends l'allusion au rle conservateur de la civilisation moderne1 l'imprimerie a protg les crivains contre la destruction1 mais le rle srieux de l'imprimerie ne porte encore que sur quatre sicles4 ,cette invention lointaine apparatra un jour telle que contemporaine la fois de ,rabelais et de ,victor ,hugo4 ,quand il se sera coul entre nous et un moment donn du futur un temps gal celui qui nous spare de la naissance d',eschyle1 dans deux mille trois cent soixante-quinze ans1 quelle influence l'imprimerie aura-t-elle eue sur la conservation des livres8 ,peut-tre aucune4 ,tout ce qui n'aura pas valu la peine d'tre rimprim1 c'est--dire tout1 moins quelques paves heureuses1 aura disparu1 et d'autant plus vite que la substance matrielle des uvres est devenue plus prcaire4 ,la dcouverte mme d'un papier inaltrable ne serait pas une cause absolue de survie1 cause de la tentation d'employer mille autres usages ce papier trop solide4 ,ainsi la valeur du parchemin a souvent dtermin le sacrifice d'un manuscrit2 ainsi les objets d'art en or vont ncessairement la fonte quand la mode a chang4 ,la matire qui conserverait le mieux les livres devrait tre inaltrable1 mais fragile1 un peu cassante1 pour n'tre bonne rien sortie de sa reliure3 une telle dcouverte ne serait-elle pas un flau8 #bf ,des ,rputations littraires4 ,essai de morale et d'histoire4 ,premire srie4 ,paris1 ,hachette1 #ahic4 ,pour l'uvre des quatre derniers sicles et pour ce qui1 vers #adej1 restait indemne de l'uvre antrieure1 et pour ce qui s'est retrouv depuis en des poussires1 l'imprimerie a t1 jusqu'ici1 un mmorable bienfait4 ,nous ne sommes pas obligs d'accepter les opinions de jadis2 les livres sont l et1 rares ou communs1 nous les pouvons dcouvrir et lire4 ,de la gloire et de l'opprobre que ,boileau distribua ses contemporains nous sommes les juges surpris et clments4 ,martial a dshonor des potes qui furent peut-tre un ,saint-,amant ou un ,scudry2 mais nous avons sous les yeux les pices du dossier des ,satires1 et nul professeur ami des bonnes murs et des ternels principes ne peut plus nous imposer ses mdiocres haines4 ,un homme d'esprit a remarqu que ,boileau traite les crivains qui lui dplaisent peu prs comme nous les assassins avrs ou les suborneurs de petites filles2 mais grce la dure imprvue des livres1 ces vieilles injures ne sont rien de plus pour les juges que la vitupration d'un avocat4 ,j'ai ,sanlecque porte de la main1 et mme ,cottin et mme ,coras2 s'ils sont mdiocres1 je ne le dirai que d'aprs ma libre impression personnelle4 ,on a rdig un essai de catalogue des livres perdus#bg2 le nombre en monte cinq ou six cents1 et encore1 pour atteindre ce chiffre1 faut-il compter certains ouvrages qui ne sont qu'gars et quelques ditions d'uvres rimprimes plusieurs fois4 ,y avait-il parmi ces livres perdus des pages vraiment dignes de larmes8 ,cela est peu probable1 d'aprs les pitaphes de ces tombes4 ,ce n'taient sans doute ni d'autres ,maximes ni d'autres ,phdres1 ni mme d'autres ,alaric que3 ,hermngilde1 tragdie1 par ,gaspard ,olivier 7#afja72 les ,potiques ,trophes1 par ,jean ,figon de ,montlimard 7#aeef7 ou le ,courtisan amoureux 7#aehb71 ou le ,friant ,dessert des femmes mondaines 7#afdc74 ,mais qui sait8 ,cependant le ,coupe-,cul des ,moines1 ou la ,seringue spirituelle inspirent de mdiocres regrets1 et pareillement les ,estranges et espouvantables ,amours d'un diable dguis en gentilhomme et d'une damoiselle de ,bretagne4 ,une perte plus vidente1 c'est celle de plusieurs ,almanachs rdigs par ,rabelais1 mais cela ne va pas encore trs loin4 ,que des doigts trop fivreux aient us prmaturment les premires ditions de l',astre1 des ,aventures du baron de ,fneste1 des ,odes de ,ronsard#bh1 cela prouve seulement le succs immdiat de ces uvres qui ne cessrent durant plus d'un demi-sicle d'tre en les mains de tous les curieux2 et on en dirait autant des ditions originales des premiers romans d',alexandre ,dumas1 qui ne peuvent tre ranges1 en grande partie1 parmi les livres perdus#bi4 ,mais que l'on puisse relever les inscriptions d'un cimetire1 cela prouve du moins que les morts qu'elles signalent eurent un nom et une gloire1 mme passagre4 ,les vrais livres perdus sont ceux dont nul ne pourrait1 aujourd'hui1 mme souponner le titre4 ,cette poussire anonyme ne remplirait pas sans doute un bien grand ossuaire2 mais avec les manuscrits perdus on construirait une ncropole4 #bg ,livres perdus4 ,essai bibliographique sur les livres devenus introuvables1 par ,philomneste ,junior2 ,bruxelles1 #ahhb4 #bh ,l'dition de #aeej contenant les ,odes et le ,bocage s'est retrouve en #ahhb1 la vente ,p4 ,g4 ,p41 o1 malgr sa raret1 elle ne fut vendue que cent francs4 #bi ,ces ditions de cabinet de lecture1 tires trois cents exemplaires1 et moins1 se sont ncessairement uses en proportion de leur succs4 ,il n'est pas probable que de la littrature franaise du ,moyen ,age beaucoup plus de la centime partie ait survcu aux changements de la mode4 ,presque tout le thtre a disparu4 ,le nombre des auteurs devait tre immense en un temps o l'crivain tait son propre diteur1 le pote son propre rcitateur1 le dramaturge son propre acteur4 ,en un certain sens1 l'imprimerie fut un obstacle aux lettres2 elle oprait une slection et jetait le mpris sur les crits qui n'avaient pu parvenir passer sous la presse4 ,cette situation dure encore1 mais attnue par le bas prix de la typographie mcanique4 ,l'invention dont on nous menace1 d'un appareil imprimer chez soi1 multiplierait par trois ou quatre le nombre des livres nouveaux2 et nous retrouverions les conditions du ,moyen ,age3 tous ceux qui ont quelques lettres--et d'autres1 comme maintenant--oseraient la petite lucubration qu'on glisse ses amis avant de l'offrir au public4 ,tout progrs finit par se nier lui-mme2 arriv son maximum d'expansion1 il tend rtablir l'tat primitif auquel il s'tait substitu4 ,le changement de civilisation1 de l'antiquit au ,moyen ,age1 fut intellectuel et de sentiment plutt que matriel4 ,les mmes mtiers se prolongent dans les mmes conditions primitives2 la libraire au temps de ,rutebeuf est celle qui vendait1 toutes fraches et vives1 les odes d',horace4 ,aux deux poques1 qui sont pareillement des poques de plnitude1 la littrature fut pareillement abondante4 ,il n'en reste peu prs rien4 ,toute la posie latine1 d',ennius ,sidoine ,apollinaire1 tient en deux volumes in-folio#cj1 mais presque tout le second tome est donn aux potes chrtiens4 ,les ,grecs n'ont pas t moins maltraits4 ,antoine avait fait cadeau ,cloptre de la bibliothque de ,pergame1 qui se composait de deux cent mille ouvrages grecs un seul exemplaire3 la littrature grecque1 dans l'dition ,didot1 tient en soixante et un volumes2 on y ajoutera1 sans beaucoup grossir le nombre des feuillets1 tel trait d',aristote1 ,hrondas1 ,bacchylide4 ,il en fut de la littrature comme d'une arme dcime2 on enterra les morts et les survivants sont des hros4 ,on peut juger de la valeur absolue1 mais non de la valeur relative de ce qui reste3 ici1 nous retrouvons ,pratinas2 il nous enseigne que la gloire est un fait4 #cj ,opera et fragmenta veterorum poetarum latinorum4 ,londres1 #agac4 ,,iii ,la gloire est un fait pur et simple1 et non un fait de justice4 ,il n'y a aucun rapport exact entre le mrite d'un crivain 7on se limite l'examen de la gloire littraire7 et sa rputation parmi les hommes4 ,pour compenser1 dans le sens du hasard et1 si l'on veut1 de l'injustice1 la survie du livre depuis quatre cents ans1 la critique a imagin un systme hirarchique1 qui divise les crivains en castes1 depuis l'idiot jusqu'au gnie4 ,cela a l'air solide et srieux2 c'est arbitraire1 puisque les jugements esthtiques ou moraux ne sont que des sensations gnralises4 ,le jugement littraire rejoint ainsi1 jusqu' s'y confondre1 le jugement religieux4 ,l'immortalit terrestre et l'autre1 celle qui volue idalement au del de la vie relle1 sont des conceptions de mme ordre1 nes d'une cause unique3 l'impossibilit pour la pense de se penser inexistante4 ,descartes n'a fait que poser un axiome physiologique et d'une vrit humaine si absolue qu'elle et t comprise par les plus anciens et les plus humbles peuples4 ,je pense1 donc je suis1 c'est la traduction en paroles d'un tat cellulaire4 ,tout cerveau qui vit pense cela1 mme inconscient4 ,la minute vcue est une ternit2 elle n'a ni commencement1 ni fin2 elle est ce qu'elle est1 elle est absolue4 ,cependant le dsaccord est complet entre la vrit crbrale et la vrit matrielle2 l'organe meurt1 par lequel l'homme se pense immortel et l'absolu est vaincu par la ralit4 ,le dsaccord est complet1 vident1 indniable2 cependant1 il est inexplicable4 ,devant une telle contradiction1 l'hypothse prend quelque force d'une dualit1 et d'ailleurs le laboratoire affirme la diffrence essentielle du travail musculaire et du travail crbral4 ,le ploiement de l'avant-bras et mme d'une phalange dtermine un dgagement d'acide carbonique2 l'activit crbrale1 tous les muscles tant au repos1 n'inscrit aucune trace de combustion4 ,cela ne dit pas que les organes de la pense soient immatriels2 on les touche1 on les pse et on les mesure2 mais ils sont d'une matrialit particulire et dont on ne connat pas encore les ractions vitales4 ,inexplicable en thorie1 le dsaccord entre la pense et la chair s'explique donc en fait par une diffrence au moins de construction molculaire2 ce sont deux tats1 dont l'un n'a de l'autre qu'une connaissance superficielle1 et la chair va se dissoudre que la pense se pense toujours ternelle4 ,il y a donc deux immortalits3 l'immortalit subjective1 que tout homme se dcerne volontiers et mme ncessairement2 l'immortalit objective1 celle dont ,pratinas a t frustr1 celle qui est un fait4 ,la premire1 religieuse ou littraire1 ne comporte plus1 aprs ce que nous en avons dit1 et dfaut de prcises analyses1 que des rflexions philosophiques1 c'est--dire vagues2 l'immortalit objective est un sujet de dissertation moins abstrait4 ,on y ferait mme entrer toute l'histoire1 avec un peu de bonne volont2 mais la littrature franaise forme une longue et une assez brillante cavalcade4 ,les mots1 ds qu'ils embrassent1 sous leurs ailes1 une certaine tendue de ralit perceptible1 cdent volontiers leur formule4 ,la gloire1 c'est la vie dans la mmoire des hommes4 ,mais de quels hommes1 mais quelle vie8 ,m4 ,stapfer#ca a essay le dnombrement des uvres qui1 du ,x,v,ie au ,x,v,i,i,ie sicle1 sont restes ce que l'on appelle rester en langage de critique professionnel4 ,ce chapitre intitul avec esprit 7avec un esprit un peu jansniste7 le petit nombre des lus serait bref1 s'il n'tait qu'un catalogue4 ,en somme1 et on peut admettre cela provisoirement1 de tous les crivains franais des trois derniers sicles1 vingt-cinq ou trente auraient atteint ce qu'on appelle la gloire2 mais de ces trente1 peine si la plupart sont autre chose qu'un nom4 ,quelle vie et de quels hommes8 ,m4 ,stapfer songe des uvres qu'un ,franais d'aujourd'hui1 de culture moyenne1 peut avoir1 tel jour de pluie1 la fantaisie d'entr'ouvrir4 ,il est impossible d'accomplir une srieuse analyse si l'on admet dans son raisonnement des expressions comme culture moyenne4 ,un homme de culture moyenne peut fort bien se plaire ,saint-,simon et ne possder chez soi ni un ,pascal1 ni un ,bossuet1 ni un ,corneille1 ni un ,malherbe4 ,on peut lire et relire ,pascal et goter peu ,rabelais4 ,mais ces amateurs de lecture difficile sont des professeurs1 des ecclsiastiques1 des avocats1 des hommes qui1 s'ils n'crivent eux-mmes1 tiennent aux lettres par leur mtier et la ncessit de se maintenir en contact avec la priode classique de la littrature franaise4 ,et o ont-ils appris que ,boileau est un meilleur pote que ,thophile ou ,tristan8 ,au collge1 car c'est par le collge que la gloire littraire se maintient dans le souvenir ennuy des gnrations distraites4 ,il n'y a pas de culture moyenne apprciable et figurable par une courbe flexible2 mais il y a des programmes4 ,villiers de l',isle-,adam avait invent la ,machine gloire2 il y a au ,ministre de l',instruction publique une salle o1 sur la porte1 on devrait lire3 ,bureau de la ,gloire4 ,c'est l que se runit le ,conseil ,suprieur qui labore le programme des tudes4 ,ce programme est la gaveuse qui produit les cultures moyennes2 les noms absents de ce programme seront ternellement inconnus des gnrations dont il sera le guide paternel4 ,mais la conscience d'un ducateur ne peut imposer des enfants la connaissance d'crivains dont la moralit n'est pas universellement admise4 ,molire tait fort immoral en son temps et c'est ce qui fit son succs prs d'un public qui n'avait que le choix1 ses jours de repentance1 entre les plus loquents ou les plus habiles sermonaires4 ,c'est mesure qu'il a t moins compris que ,molire1 peu peu1 est devenu un moraliste4 ,a mesure que les sensibilits successives se sont diffrencies davantage de la sensibilit du ,x,v,i,ie sicle1 la grossiret a perdu de sa puanteur et on a fini par trouver de la dlicatesse des saillies qui1 mises au ton d'aujourd'hui1 nous donneraient de la gne4 ,molire1 bien plus brutal encore dans le fond qu' la surface1 jouit de ce qu'on pourrait appeler la moralit acquise4 ,c'est un phnomne invitable d'accommodation4 ,il fallait ou sacrifier ,molire ou dmontrer la beaut de son gnie philosophique4 #ca ,ouvrage cit1 p4 #ajc4 ,son mot1 qui n'est qu'un mot1 ,pour l'amour de l'humanit1 a t creus et labour par les commentateurs ainsi qu'une boule d'ivoire qui1 au tour1 finit par se rsoudre en un rseau de cercles enchevtrs2 ce n'est qu'un hochet pour les bbs4 ,comment va-t-on concilier les ,femmes savantes et le ,fminisme8 ,il y aura l un travail de cirque fort curieux suivre4 ,dans ses ,rflexions sur les ,femmes1 si pntrantes et d'une si belle langue1 ,mme de ,lambert dit que cette comdie1 d'ailleurs odieuse1 fut cause que l'instruction chez les filles parut comme une inconvenance1 une impudeur1 une sorte d'obscnit3 d'o la folie de plaisirs purement sensuels o les femmes inclinrent1 n'ayant plus d'autres ressources que la chre et l'amour4 ,on s'en tirera en considrant sparment l'ide fminisme et l'ide ,femmes savantes1 en piloguant sur le mot savant1 qui a pris rcemment une signification trs prcise4 ,le savant1 au ,x,v,i,ie sicle1 c'est le curieux non seulement des sciences1 mais des lettres1 c'est l'esprit inquiet des nouveauts et qui discute des tourbillons sans ngliger ,vaugelas4 ,mme de ,svign tait une femme savante et aussi ,ninon4 ,sans doute1 il fallait sauver l'uvre de ,molire2 elle en valait la peine4 ,mais n'aurait-on pu le faire avec plus d'honntet et plus de lucidit8 ,tent sur ,rabelais et sur ,montaigne1 le mme travail de mise au point a moins bien russi4 ,rabelais surtout a dcourag les navets les plus ttues et1 faute de pouvoir moissonner de vertueuses gerbes en son abbaye de bon plaisir1 on rangea ,pantagruel parmi les vagues prcurseurs des ides modernes1 ce qui n'a aucun sens apprciable1 les ides modernes tant fort contradictoires4 ,la ,fontaine s'est prt aux caprices des moralistes avec cette indiffrence au bien et au mal qui fut le propre de son temprament uniquement sensuel2 et quant ,racine1 dont l'uvre serait pouvantable1 si elle n'tait rdige en une langue froide et abstraite comme l'algbre1 la dvotion jansniste de ses derniers jours a permis de trouver des intonations pieuses mme ses plus dlirantes chansons de luxure et de cruaut#cb4 ,pourquoi ce soin n'a-t-il pas t port jusque sur un ,saint-,amand ou sur un ,thophile8 ,on trouve l l'influence de ,boileau1 qu'il est encore dangereux de contredire quand on recherche une certaine qualit de rputation4 ,heureux de trouver leur tche limite et dtermine par une autorit clbre1 les ducateurs arrtrent1 ds que sa longueur fut dcente1 le catalogue des gloires4 ,leur entreprise tait de critique morale bien plus que de critique littraire2 un seul livre1 les ,fables1 par exemple1 leur et suffi1 album o dposer les aphorismes sournois du vieux catchisme4 ,l'idal de l'ducateur est le ,coran1 les mmes pages contenant un exemple d'criture1 un modle de style1 un code religieux et un manuel de morale4 #cb ,ceci tait crit quand a paru l'ouvrage de ,m4 ,louis ,proal1 le ,crime et le suicide passionnels 7,f4 ,alcan1 #aijj71 o1 propos des drames sexuels de cour d'assises1 ,racine est1 comme rfrence et point de comparaison1 cit toutes les dix pages4 ,on ne veut pas dire quel moment de passion et de folie luxurieuse fut le grand sicle4 ,on peut donc conclure qu'en ralit il n'y a pas de gloire littraire4 ,les grands crivains sont proposs notre admiration non comme crivains1 mais comme moralistes4 ,la gloire littraire est une illusion4 ,cependant1 tout en rservant pour des usages scolaires quelques-uns des meilleurs gnies franais1 les historiens de la littrature ont d motiver leurs choix1 feindre des proccupations d'art4 ,un ,nisard rdigea une histoire de la littrature franaise o il n'est peu prs question que de morale2 on trouva une telle proccupation noble1 mais trop exclusive4 ,les manuels ordinaires entremlent adroitement les deux ordres2 il faut qu'un enfant ne sache pas bien si ,la ,fontaine leur est prescrit comme un grand pote ou comme un bonhomme qui enseigna la prvoyance1 comme l'auteur de ,philmon et ,baucis ou comme le prcurseur de ,franklin4 ,munis des quatre rgles de la littrature1 les professeurs ont examin les talents1 et ils les ont classs2 ils ont dcern des prix et des mentions honorables4 ,il y a le premier ordre et il y a des ordres chelonns jusqu'au quatrime et au cinquime2 la littrature franaise est devenue hirarchique comme une maison de rapport4 ,villon1 me dit un jour l'un de ces arpenteurs1 n'est pas de premier ordre4 ,il faut nuancer l'admiration selon les sept notes de la gamme universitaire3 de srieux fltistes excellent ce jeu4 ,il ne s'agit pas de contester le palmars de la gloire ni d'en proposer une rdaction nouvelle4 ,tel qu'il est1 il rpond son usage2 il peut avoir l'utilit des classifications arbitraires de la botanique4 ,il ne s'agit pas de l'amender2 il s'agit de le dchirer4 ,que ,racine soit un meilleur pote que ,tristan l',hermite et qu',iphignie l'emporte sur ,marianne1 voil deux propositions ingalement vraies2 car on pourrait tout aussi bien nous donner comparer ceci1 qui est de ,racine3 ,que c'est une chose charmante ,de voir cet tang gracieux ,o1 comme en un lit prcieux1 ,l'onde est toujours calme et dormante6 ,quelles richesses admirables ,n'ont point ces nageurs marquets1 ,ces poissons aux dos argents1 ,sur leurs cailles agrables#cc6 cela1 qui est de ,tristan3 ,auprs de cette grotte sombre ,o l'on respire un air si doux1 ,l'onde lutte avec les cailloux1 ,et la lumire avecque l'ombre4 ,ces flots1 lasss de l'exercice ,qu'ils ont fait dessus ce gravier1 ,se reposent dans ce vivier1 ,o mourut autrefois ,narcisse444 ,l'ombre de cette fleur vermeille ,et celle de ces joncs pendans ,paraissent estre l-dedans ,les songes de l'eau qui sommeille444#cd #cc ,l'tang4 ,cette pice fait partie de la suite des cinq odes o ,racine clbra ,port-,royal-des-,champs3 l'tang1 les ,prairies1 les ,bois1 les ,troupeaux1 les ,jardins4 #cd ,le ,promenoir des deux ,amans4 ,je sais bien que je compare le meilleur de ,tristan avec le pire de ,racine2 mais ,tristan tout de mme avait son jardin1 si ,racine avait son domaine1 et parfois il y fait bon4 ,dchirons donc le palmars afin d'ignorer que ,tristan ,l',hermite est un pote la versification ridicule#ce1 et que le plaisir que nous pouvons tirer de sa rencontre ne soit pas gt par avance1 et que nous osions1 comme lui1 dire sa muse3 ,fay moy boire aux creux de tes mains1 ,si l'eau n'en dissout point la neige4 #ce ,,vapereau1 ,dictionnaire des ,littratures4 ,c'est l'inconvnient des mthodes comparatives4 ,les critiques1 ayant lu comme idal le grand pote d'un sicle1 n'estiment plus les autres que comme des prcurseurs ou des disciples#cf4 ,on juge les crivains d'aprs ce qu'ils ne sont pas1 et souvent faute d'avoir su comprendre leur gnie particulier et souvent faute de les avoir interrogs eux-mmes4 ,pratinas en vrit est mieux trait3 il jouit du silence4 #cf ,une excellente thse de doctorat sur ,tristan ,l',hermite1 par ,m4 ,n4-,m4 ,bernadin1 porte prcisment ce titre3 ,un ,prcurseur de ,racine4 ,mais il est mort1 et il s'agit de vivre4 ,vivre1 de quelle vie et en la mmoire de quels hommes8 ,la vie est un fait physique4 ,un livre n'est pas mort qui existe l'tat de tome dans une bibliothque2 et peut-tre que c'est une gloire plus enviable d'tre inconnu la manire de ,thophile que d'tre clbre la manire de ,jean-,baptiste ,rousseau8 ,la gloire1 quand elle n'est que classique1 est peut-tre l'une des formes les plus dures de l'humiliation4 ,avoir rv de passionner les hommes et les femmes et n'tre plus que le pensum triste qui retient en prison un colier distrait6 ,est-il cependant d'universelles rputations qui ne soient point classiques8 ,trs peu1 et alors elles ont une autre tare4 ,c'est pour ce qu'ils contiennent de malpropre qu'on lit les romans saugrenus de ,rtif#cg1 les contes syphilitiques de ,voltaire1 et cette ennuyeuse ,manon ,lescaut1 si gauchement adapte de l'anglais4 ,les livres de jadis n'ont plus de public1 si par public il faut entendre les hommes dsintresss qui lisent uniquement pour leur plaisir1 et gotent ce qu'un livre contient d'art et de pense1 mais ils ont des lecteurs encore1 et ils en ont tous4 #cg ,de ,rtif1 il faut cependant retenir le tome ,ier1 celui-l seul1 de ,monsieur ,nicolas4 ,il n'y a de livre mort que le livre perdu2 tous les autres vivent1 et presque de la mme vie1 et plus ils sont anciens1 plus cette vie devient intense1 devenant plus prcieuse4 ,la gloire littraire est nominale2 la vie littraire est personnelle4 ,il n'est pas un pote du prodigieux ,x,v,i,ie sicle qui ne ressuscite chaque jour entre les mains pieuses d'un curieux4 ,bossuet n'est pas plus feuillet que ce ,recueil de ,pierre du ,marteau#ch2 et1 tout prendre1 la ,plainte du cheval ,pgase aux chevaux de la petite curie1 par ,monsieur de ,benserade1 est d'une lecture plus agrable et moins dangereuse que le ,discours sur l'histoire universelle3 le moralisme pompeux est-il tant suprieur au burlesque badin8 ,toute plante de la montagne offre un gal intrt au botaniste ingnu4 ,pour lui l'euphorbe n'est pas clbre ni la bourrache ridicule 7elle a d'ailleurs les plus beaux yeux du monde7 et il emplit sa gibecire jusqu' ce qu'elle refuse un dernier brin d'herbe4 ,la gloire littraire est une invention l'usage des enfants qui prparent leurs examens2 il importe peu l'explorateur de l'esprit de jadis que ce vers plaisant soit d'un inconnu ou cette forte pense d'un mpris4 ,un homme et son uvre1 cela est d'intrt si diffrent6 ,l'homme est une physiologie qui n'a de valeur que dans le milieu o elle a volu2 l'uvre1 quelle qu'elle soit1 peut conserver1 au cours des sicles1 un pouvoir abstrait4 ,il ne faut pas s'exagrer ce pouvoir ni s'en faire une tyrannie4 ,une pense n'est gure autre chose qu'une fleur dessche2 mais l'homme a pri et la fleur reste couche dans son herbier2 elle est le tmoin d'une vie disparue1 le signe d'une sensibilit abolie4 #ch ,recueil de quelques pices nouvelles et galantes1 tant en prose qu'en vers4 ,a ,cologne1 #affg4 ,lorsqu'on regarde dans la galerie d',apollon ces onyx et ces corindons faonns en conques et en coupes et ces ors o le burin a crit des fleurs et ces maux violents1 va-t-on1 avant d'oser se rjouir1 demander quel est le nom de l'artisan de tels joyaux8 ,la question cependant serait vaine4 ,l'uvre vit et le nom est mort4 ,qu'importe le nom6 ,moi1 qui ne dsire pas la gloire1 crivait ,flaubert4 ,il parlait de la postrit1 de ces temps futurs1 et par consquent inexistants1 auxquels tant de mdiocres nergies sacrifient l'heure prsente1 cette ralit unique4 ,aucun des livres de ,flaubert ne pouvant servir de prtexte un enseignement moral1 ,flaubert fut sage4 ,il ne dsirait et il n'aura pas la gloire1 moins que ,madame ,bovary ne conserve pendant le prochain sicle sa rputation quivoque et ne s'inscrive1 dans la tradition des adolescents1 parmi les clbres mauvais livres4 ,cela est peu probable1 puisque ,mademoiselle de ,maupin est dj d'une lecture pnible4 ,mais ce qu'on ne peut dire au futur ni de lui ni d'aucun crivain de la dernire moiti du sicle1 on peut le dire au pass4 ,gautier et ,flaubert ont connu la gloire1 celle qu'ils se dcernrent eux-mmes dans l'invincible conscience de leur gnie4 ,la gloire1 c'est une sensation de vie et de force2 un sylvain la goterait dans un tronc d'arbre4 ,qu'il est plaisant d'couter le professeur loquent dont la parole dclare3 ,ce livre ne restera pas4 ,mais aucun livre ne reste1 et cependant tous les livres restent4 ,connat-on ,palemon1 fable bocagre et pastorale1 par le sieur ,frenicle#ci8 ,eh bien1 ce livre est rest puisque je viens de le lire1 et que j'en ressuscite un vers1 qui n'est pas laid3 ,o que j'eus de plaisir la voir toute nue6 #ci ,a ,paris1 chez ,jacques ,dugast1 aux ,gants couronnez1 #afcb4 ,il est temps que l'homme apprenne enfin se rsigner au nant1 et mme jouir de cette ide dont la douceur est incomparable4 ,les crivains pourraient donner l'exemple au peuple en abandonnant rsolument leurs vaniteux espoirs4 ,ils laisseront un nom qui ornera pendant quelques sicles les catalogues et des uvres qui dureront ce que vivra la matire qui les supporte4 ,c'est un beau privilge au prix duquel ils devraient consentir taire leurs dolances4 ,et quand mme cette illusoire ternit leur serait refuse1 aussi bien que toute gloire prsente1 pourquoi cela diminuerait-il leur activit8 ,c'est au passant et non l'humanit future que le cerisier sauvage offre ses fruits2 et si personne ne passe1 comme il s'est couvert de neige au printemps il s'empourpre quand vient l't4 ,la vie est un fait personnel1 immdiat et qui s'coule dans la minute mme o elle est sentie4 ,adjoindre cette minute les sicles venir1 c'est raisonner mal1 car le prsent seul existe1 et il faut rester dans la logique pour tre encore un homme4 ,soyons un peu moins primitifs et ne nous figurons pas que le prochain sicle sera le double du prsent et que nos uvres y garderont la position qu'elles occupent aujourd'hui1 ou une position pire4 ,la manire dont nous comprenons ,brnice affligerait ,racine1 et ,molire soufflerait volontiers les chandelles les soirs qu'on s'ennuie tant au ,misanthrope4 ,les livres n'ont qu'un temps2 arbre1 arbustes ou pauvres herbes1 ils meurent ayant parfois sem leurs pareils1 et la vraie gloire ce serait de provoquer une uvre sous l'ombre de laquelle on serait touff2 ce serait la vraie gloire parce que cela rentrerait dans les plus nobles conditions de la vie4 ,les tmoins du pass ne sont jamais que des paradoxes2 ils ont commenc languir quelques annes1 ou moins1 aprs leur naissance1 et leur vieillesse se trane triste et ride parmi les hommes qui ne les comprennent plus1 ni ne les aiment4 ,souhaiter l'immortalit1 c'est dsirer de vivre ternellement dans l'tat des ,struldbruggs de ,swift4 ,tel est le dtail qu'on me fit au sujet des ,immortels de ce pays444--et le sentiment de l'homme continue de se rvolter contre l'ide de destruction1 et l'crivain tremble l'ide de prennelle obscurit4 ,il faut notre sensibilit une toute petite lumire dans le lointain1 parmi les arbres qui bordent notre vue4 ,cela rassure les muscles1 cela calme le pouls4 #aijj ,,le ,,succ,s ,,et ,l',,id,e ,,de ,,beaut ,i ,en un de ses ,paradoxes1 o il a parfois un peu de l'ironie de ,heine ou de l'esprit de ,schopenhauer1 ,m4 ,max ,nordau a dessin le plan machiavlique d'une cole du succs4 ,on y enseignerait l' rebours de la morale usuelle1 et non pas la vertu1 mais l'art de parvenir4 ,cette cole existe3 c'est la vie4 ,des yeux et des oreilles prcoces en recueillent l'enseignement ds l'adolescence2 de jeunes hommes se vouent au succs comme d'autres l'apostolat ou la gloire4 ,sont-ils draisonnables8 ,non4 ,et mprisables8 ,pourquoi donc8 crire1 chanter1 sculpter1 ce sont des actes2 penser1 mme dans le silence de la nuit et au fond d'un cachot1 c'est un acte4 ,or1 quel est l'acte qui n'a pas pour but son propre achvement8 ,le raisonneur qui s'est convaincu lui-mme voudra persuader les autres1 ncessairement2 et le pote qui s'admire1 contraindre autrui l'enthousiasme4 ,ceux qui se contentent d'une approbation intime ou restreinte sont peut-tre des sages2 ils ne seront point compts parmi les forts4 ,mme timide1 mme ddaigneux1 le rveur veut la gloire de rver2 et il rverait avec dlices devant les foules dlirantes de contempler ses yeux perdus dans un ocan de songes et de niaiseries4 ,ce serait le succs4 ,le succs a quelque chose de prcis qui calme et qui nourrit4 ,c'est un repas4 ,c'est un fait4 ,c'est le poteau d'arrive4 ,le succs est un fait en lui-mme et en dehors de l'uvre ou de l'acte qu'il accompagne4 ,l'assassin qui a russi son crime de point en point prouve d'autres joies que celle de l'avidit dsaltre4 ,il se trouve en somme que le succs lui a donn raison1 et toutes recherches dpistes1 on comprend fort bien l'tat qu'a os dcrire ,barbey d',aurevilly4 ,cependant le crime1 moins d'tre politique1 ne reoit que rarement dans nos civilisations un applaudissement public1 comme chez les ,dayaks de ,borno ou les sujets du ,vieux de la ,montagne4 ,c'est pourquoi1 malgr une ironie clbre1 nous ne considrerons pas l'assassinat comme un des beaux-arts4 ,tout au moins faudrait-il le ranger dans cette catgorie d'art dont le succs est le seul et unique but et qui tient beaucoup1 moins son nom de dpart qu' son nom d'arrive2 or1 cela n'est point le sujet de cet essai1 qui est fort srieux et dont tous les mots seront pess avec soin4 ,il s'agira uniquement des uvres d'art et en particulier de celles qui appartiennent la littrature4 ,le succs donc est un fait1 mais1 pour la catgorie d'actes qui nous occupe1 un fait ventuel et qui ne change pas l'essence mme de l'acte4 ,en cela je comparerais volontiers le succs la conscience1 flambeau qui s'allume en nous1 claire nos actions et nos penses1 mais n'a pas plus d'influence sur leur nature que son ombre1 par une nuit de lune1 sur la marche du train qui passe4 ,la conscience ne dtermine aucun acte4 ,le succs ne cre pas une uvre1 mais il la met en lumire1 et tellement qu'il en reste presque toujours quelque chose dans la mmoire des hommes4 ,on ne devient pas ,racine pour avoir t applaudi sous les chandelles1 et on reste ,racine1 mme si ,phdre est joue six jours de suite devant des loges noires#dj4 ,mais on devient ,pradon1 et c'est beaucoup4 tre ,pradon dans les sicles1 c'est vivre d'une gloire obscure et fcheuse1 triste et vaine2 sans doute1 mais peine moins prcaire que la vie que nous nommons vritable4 ,pradon est ridicule la fois et illustre4 ,on ne peut conter la vie de ,racine sans y mler son nom4 ,on recherche ses uvres pour comprendre cette renomme d'un jour qui s'est prolonge durant tant de lendemains4 ,il n'y a pas en douter1 ,pradon n'avait presque aucun talent1 encore qu'assez adroit en son mtier de constructeur dramatique4 ,c'tait1 comme disent les journalistes1 un homme de thtre2 on est mme all jusqu' prtendre#da que1 pour avoir une ,phdre parfaite1 il l'aurait fallu crite par ,racine sur le plan de ,pradon4 ,c'est absurde2 mais tout succs a une cause4 ,la cabale n'explique rien4 ,la duchesse de ,bouillon n'et pas risqu la bataille sur une carte nulle1 ,pradon tait connu4 ,sa tragdie de ,pyrame et ,thisb avait t applaudie4 ,dix ans aprs ,phdre1 et1 sans nulle cabale1 son ,regulus alla aux nues4 ,il tait donc destin une rputation modre1 celle que son ,solyman1 par exemple1 valut l'abb ,abeille1 vers les mmes annes4 #dj ,a l',htel de ,bourgogne1 pendant qu' ,gungaud on jouait grand fracas celle de ,pradon4 #da ,bayle4 ,et ,racine1 reconnaissant le mtier de son adversaire3 ,toute la diffrence qu'il y a entre moi et ,pradon1 c'est que je sais crire4 ,cela fut-il heureux pour ce mdiocre pote d'avoir rencontr sur son chemin la duchesse de ,bouillon8 ,devanant nos procds1 cette terrible femme avait lou les loges de deux thtres1 emplissant les unes1 laissant les autres vides2 de notre temps1 elle et achet les journaux par surcrot1 mais nul ne sait combien elle paya le caquet des nouvellistes et des pamphltaires4 ,c'est un des plus beaux coups du genre puisqu'il a russi merveille2 mais qu'y gagna ,pradon8 ,aprs beaucoup d'injures1 un ocan d'injures posthumes4 ,il n'est pas de jour o quelque professeur ne le traite comme un ,damiens ou comme un ,ravaillac4 ,cela se compense-t-il par l'immortalit8 ,une immortalit honteuse est-elle prfrable la nuit8 ,d'abord1 il faut carter la honte1 et tenir pour indiffrentes les injures4 ,tout succs attise le feu de la haine et rend plus paisse la fume qui retombe4 ,cela n'a aucune importance4 ,la haine est une opinion1 et les injures1 et les mots qui jettent l'infamie2 le succs est un fait4 ,la duchesse de ,bouillon ne pouvait changer la valeur essentielle de chacune des deux ,phdre1 non plus qu'en or pur transmuer du plomb vil2 mais elle pouvait voiler l'or et dorer le plomb2 elle pouvait forcer la postrit rpter le nom de son favori4 ,ce fut son uvre4 ,elle est belle et resta mmorable4 ,sur le moment1 personne ne savait laquelle il fallait admirer de ces deux peintures aux cadres pareils4 ,les amis de ,pradon valaient ceux de ,racine4 ,l'un avait ,boileau2 l'autre1 ,sanlecque1 son rival parfois heureux4 ,mais l'autorit de ,boileau s'effaait devant celle de ,mme des ,houlires1 reprsentant la socit polie et l'esprit des ruelles4 ,il arriva mme que la querelle des ,sonnets mit l'esprit du ct de ,pradon1 car celui du duc de ,nevers est1 encore aujourd'hui1 de la mchancet la plus plaisante4 ,molire1 qui dtestait ,racine et avait jadis prt son thtre une parodie d',andromaque1 et sans doute favoris ,pradon4 ,sa mort a pargn ce scandale aux amis des bonnes lettres4 ,ce fut donc autour d'une illusion raisonnable que se fit la cristallisation du succs1 et les beaux esprits n'eurent pas rougir de leur parti4 ,c'est un mensonge pieux des historiens de la littrature franaise de prtendre que le vrai public vengea ,racine du dsert organis par ,mme de ,bouillon4 ,les loges de l'htel de ,bourgogne avaient t loues pour six jours et la ,phdre de ,racine ne fut joue que sept fois2 le public avait compris3 il obissait au succs1 comme les chiens au sifflet4 ,c'est que le succs1 mme organis par des moyens frauduleux1 exerce un puissant attrait sur les foules1 et mme lettres4 ,assurment1 le public des thtres tait1 en #afgg1 bien suprieur comme intelligence1 instruction et got1 au public moyen d'aujourd'hui2 et cependant on le voit s'prendre de pices dcidment mdiocres et ddaigner les plus belles4 ,c'est que le succs1 et surtout pour les uvres de thtre1 peut natre spontanment d'un hasard1 de l'agrable visage d'une actrice1 d'un beau geste1 d'un applaudissement bien plac1 du caprice ou de l'motion d'un petit groupe de spectateurs4 ,le troupeau suit1 puisque tous les hommes assembls sont troupeau1 et l'histoire compte un nom et une date de plus4 ,les ,amricains--ceux du ,nord1 car au ,sud ils ont plus de finesse--n'hsitent jamais devant le succs4 ,quel est le pome dramatique dont le succs a dpass les enthousiasmes mmes du ,cid et d',hernani8 ,c'est ,cyrano de ,bergerac4 ,donc cette chose est admirable4 ,et ils la font apprendre par cur ainsi que l',aiglon1 dans les coles o eux-mmes illettrs1 ils se cultivent de savantes pouses4 ,pour redire encore ma vraie pense1 je ne trouve pas cela draisonnable4 ,ne confondons point l'histoire1 qui est un roman complet1 ou du moins suivi1 avec le temps prsent1 qui nous apparat fragmentaire1 tel un numro de journal dchir en mille bouts de papier4 ,comment les classer1 selon quel ordre8 ,nous n'en savons rien4 ,nos jugements d'aujourd'hui1 ceux qui paraissent les plus sages1 les plus sains1 seront ridicules dans vingt ans1 parce que notre patience lasse n'a pu reconstituer la feuille entire1 ou parce que le feu ou le vent ont dvor une partie des petits carrs4 ,en ce brouillard de nos ides1 le succs s'allume comme une lune lectrique4 ,quelque chose d'indniable brille1 que les professeurs de philosophie appellent un critre4 ,mais disons-le seulement un fait1 de mme qu'une fleur est un fait1 ou une averse ou un incendie4 ,et que peut-on opposer ce fait1 pour le contredire8 ,presque rien1 le produit d'un jugement1 l'ide que certains hommes ont de la beaut littraire4 ,encore cette opposition n'est-elle point radicale1 puisque la beaut n'est aucunement1 en principe1 exclue des chances du succs4 ,il ne faudrait point parier pour la beaut1 il serait imprudent de la prendre galit2 mais il y a des exemples dans l'histoire que l'uvre la plus belle ait t aussi celle que les hommes ont le plus fte4 ,alors le succs est adorable1 ainsi que le soleil qui vient propos mrir les moissons1 ainsi que l'orage qui remplit les ruisseaux et les fontaines4 ,qu'est-ce qu'un beau livre dont il ne reste plus un seul exemplaire connu8 ,qu'tait-ce que la ,vnus sans bras avant que ,m4 de ,marcellus l'et fait sourdre des abmes8 ,le succs est pareil la lumire du jour et1 encore un coup1 s'il ne cre pas l'uvre1 il l'achve1 en dchirant le voile de tnbre qui l'enveloppait4 ,il y a une autre considration qui augmente encore la valeur du succs2 c'est que si le but de l'uvre d'art est de plaire1 plus grand sera le grand nombre de ces conqutes et mieux ce but aura t rempli4 ,l'art a certainement une fonction1 puisqu'il est2 il satisfait un besoin de notre nature4 ,dire que ce besoin est prcisment le got artistique1 c'est dire que le caf ou le tabac sont aims parce qu'ils satisfont le got que l'homme a pour le caf ou le tabac4 ,c'est ne rien dire du tout1 pas mme une sottise2 c'est profrer des mots sans signification aucune4 ,les choses ne correspondent pas dans la vie avec cette simplicit1 selon cette relation bnvole de pot couvercle3 laissons cela la philosophie chrtienne des finalits4 ,le but de l'art tant de plaire1 le succs est tout au moins un commencement de preuve en faveur de l'uvre4 ,plaire1 l'ide est trs complexe3 nous verrons plus tard ce qu'elle contient2 mais le mot peut servir provisoirement4 ,donc cette uvre plat4 ,une tour s'est leve soudain aux accents passionns de la foule4 ,voil le fait4 ,il faut la dmolir4 ,cela n'est point facile1 puisque1 par une magie singulire1 presque tous les bliers dont on la bat se transforment en contreforts qui ajoutent leurs poids la solidit du monument4 ,il faut prouver cette forteresse qu'elle n'existe pas2 cette foule que son admiration n'a pas remu toutes ces pierres1 qu'elle est menteuse1 hallucine ou imbcile4 ,cela ne se peut pas4 ,ils trouvent cela beau4 ,que leur rpondre1 sinon3 oui1 cela est beau4 ,le prtre prend une hostie sur le corporal et l'lve la dignit de ,dieu4 ,il l'entoure de rayons et la montre au peuple4 ,pendant cette ostention1 le peuple genoux baisse la tte1 prie et croit4 ,l'uvre que le succs exalte n'est pas choisie moins au hasard que l'hostie par les doigts du prtre2 mais sa divinit n'en est pas moins certaine1 du moment qu'elle a t choisie4 ,il faut respecter les arrts du destin et ne pas contrarier la pit populaire4 ,,ii ,cependant1 il y a1 dit-on1 une esthtique4 ,il y en a mme plusieurs4 ,mais nous n'en supposerons qu'une et que1 toujours en principe1 elle ait de bonnes raisons opposer au succs1 quel qu'il soit4 ,s'il y a une esthtique1 cela nous oblige reconnatre qu'il y a un beau absolu1 et que les uvres sont juges belles en proportion de leur ressemblance avec cet idal vague et complaisant4 ,c'est cette esthtique1 son existence admise l'espace d'un moment1 qu'il s'agit d'ouvrir et de passer au scalpel4 ,la sensibilit qui cde au succs ou qui le provoque est fort intressante2 mais il sera peut-tre permis de ne pas mpriser tout fait et tout d'abord la sensibilit qui s'oppose au succs et qui nie l'uvre heureuse en tant qu'uvre belle4 ,ces deux sensibilits1 galement spontanes1 ne sont pas galement pures4 ,la seconde est fort mle4 ,l'esthtique par quoi elle se rsume1 aussi fragile que la morale1 est un mlange de croyances1 de traditions1 de raisonnements1 d'habitudes1 de conceptions2 il y entre du respect1 de la peur et un apptit obscur de nouveaut4 ,sur des pensers nouveaux1 faisons des vers antiques4 ,le vieux neuf1 voil ce que prconisent toutes les esthtiques1 car il faut flatter une caste selon ses nerfs et selon son rudition4 ,le jugement de l'artiste en matire d'art est un amalgame de sensations et de superstitions4 ,la foule ingnue n'a que des sensations4 ,son jugement n'est pas esthtique4 ,ce n'est mme pas un jugement4 ,c'est l'aveu naf d'un plaisir4 ,il s'en suit ncessairement que seule la caste esthtique a qualit pour juger de la beaut des uvres et leur dfrer cette qualit4 ,la foule cre le succs2 la caste cre la beaut4 ,c'est quivalent1 si l'on veut1 puisqu'il n'y a de hirarchie ni dans les sensations ni dans les actes et que tout n'est que mouvement2 c'est quivalent1 mais diffrent4 ,voil donc un point acquis4 ,en matire d'art1 l'opinion de la sensibilit s'oppose l'opinion de l'intelligence4 ,la sensibilit ne se soucie que du plaisir2 qu' ce plaisir se joigne un lment intellectuel1 et voil l'esthtique4 ,la foule peut dire3 cela me plat1 donc cela est beau2 elle ne peut pas dire3 cela me plat et cependant cela n'est pas beau1 ou3 cela me dplat1 et cependant cela est beau4 ,la foule1 en tant que foule1 ne ment jamais2 le jugement esthtique est une des formes les plus complexes du mensonge#db4 #db ,voir1 plus loin1 dans les ,femmes et le langage1 le mensonge considr comme la caractristique de l'homme en opposition l'animalit4 ,la supriorit d'une race1 d'un groupe d'tres vivants1 est en raison directe de sa puissance de mensonge1 c'est--dire de raction contre la ralit4 ,le mensonge n'est que la forme psychologique de la raction du ,vertbr contre le milieu4 ,nietzsche devanant la science1 dit3 ,le mensonge comme condition de vie4 ,il est bien vident qu'il n'y a pas de beau absolu1 non plus que de vrit1 de justice1 d'amour4 ,la beaut des potes1 la vrit des philosophes1 la justice des sociologues1 l'amour des thologiens1 autant d'abstractions qui ne tombent sous nos sens et maladroitement1 que dlimites par le ciseau du sculpteur4 ,comme ides conues dans le futur ou dans le pass1 elles expriment une certaine concordance entre nos sensations prsentes et l'tat gnral de notre intelligence4 ,cela est surtout sensible pour la vrit1 qui est bien une sensation que notre intelligence ne contredit pas2 mais telle autre intelligence la contredit1 ou se trouve contredite par des sensations d'une intensit ou d'un monde diffrent4 ,l'ide de beaut a une origine motionnelle1 elle se ramne l'ide de procration4 ,il faut que la femelle qui sera la mre soit conforme au type de la race1 c'est--dire il faut qu'elle soit belle#dc4 ,la femme est moins exigeante1 peut-tre parce que l'homme ne transmet que trs peu de lui-mme ses descendants4 ,le premier talon de la beaut a donc t la femme et1 en gnral1 le corps humain4 tre beau1 pour un animal1 pour un objet1 c'est avoir quelque chose d'humain1 dans la forme1 dans le caractre2 on peut dcrire un paysage avec des termes qui presque tous conviendraient la beaut d'une femme1 et le marbre a sa blancheur1 et les saphirs sont ses yeux1 et le corail1 ses lvres4 ,il y a l tout un vocabulaire de clichs4 ,bien entendu qu'il faudrait en corriger quelques-uns et faire remarquer que c'est l'bne qui est noire comme des cheveux noirs et le cygne qui a un cou de femme4 ,la beaut est si bien sexuelle que les seules uvres d'art incontestes sont celles qui montrent tout bonnement le corps humain dans sa nudit4 ,par sa persvrance demeurer purement sexuelle1 la statuaire grecque s'est mise pour l'ternit au-dessus de toutes les discussions4 ,c'est beau1 puisque c'est un beau corps humain1 tel que celui avec qui tout homme ou toute femme voudrait se joindre pour se perptuer selon sa race4 #dc ,il y a un pressentiment de cela dans cette remarque indite1 rcemment publie1 de ,montesquieu2 ce qui fait la beaut1 c'est la conformit3 ,esthtique4--,le pre ,buffier a dfini la beaut3 l'assemblage de ce qu'il y a de plus commun4 ,quand sa dfinition est explique1 elle est excellente444 ,le pre ,buffier dit que les beaux yeux sont ceux dont il y en a un plus grand nombre de la mme faon2 de mme la bouche1 le nez1 etc4 ,ce n'est pas qu'il n'y ait un beaucoup plus grand nombre de vilains nez que de beaux nez2 mais c'est que les vilains sont de bien diffrentes espces2 mais chaque espce de vilains est en beaucoup moindre nombre que l'espce des beaux4 ,c'est comme si1 dans une foule de cent hommes1 il y a dix hommes habills chacun d'une couleur particulire3 c'est le vert qui domine4 ,mais un autre fait plus obscur1 quoique non moins certain1 permet de ramener par un autre chemin l'ide de beaut l'ide mme de sexualit4 ,c'est ceci1 que toutes les motions humaines1 quels que soient leur ordre1 leur nature et leur intensit1 retentissent plus ou moins sur le rseau nerveux gnital4 ,la pathologie sexuelle a mis cela en lumire4 ,les parfums aussi bien que l'odeur ou la vue du sang1 le bruit et la chaleur1 le travail intellectuel et le travail musculaire1 le repos et la fatigue1 l'ivresse et l'abstinence1 les sensations les plus contradictoires favorisent l'essor sexuel4 ,d'autres1 telles que la peur1 le froid1 la contrarit1 ricochent aussi vers un centre voisin et intriqu dans le rseau gnital4 ,voyez le premier chapitre d',en ,mnage1 o ,m4 ,huysmans dcrit l'effet produit sur un tre doux et nerveux par la dcouverte d'un amant chez sa femme4 ,parmi les motions qui retentissent le plus srement sur tout organisme un peu sensible1 il faut placer au premier rang les motions esthtiques4 ,et ainsi elles retournent leur origine4 ,ce qui porte l'amour semble beau2 ce qui semble beau porte l'amour4 ,il y a l un entrelacs indniable4 ,on aime une femme parce qu'elle est belle2 et on la juge belle parce qu'on l'aime4 ,il en est de mme de toutes les choses qui permettent des associations d'ides sexuelles et de toutes les motions qui retentissent sur le systme gnital4 ,mais il n'est pas du tout ncessaire pour qu'une uvre d'art veille des ides d'amour1 qu'elle nous prsente un tableau sensuel3 il suffit qu'elle soit belle1 qu'elle soit captivante4 ,elle passionne3 o chercherons-nous le sige de cette passion8 ,le cerveau n'est qu'un centre de transmission2 ce n'est pas un aboutissement4 ,c'est une erreur heureuse et mritoire d'avoir fait du cerveau de l'homme le centre absolu de l'homme2 mais c'est une erreur4 ,le seul but naturel de l'homme est la reproduction4 ,s'il y avait un autre but son activit1 il ne serait plus un animal2 et nous tombons dans le christianisme4 ,revoici l'me1 le dmrite et tout le jargon des marchands d'orvitan spiritualiste4 ,la conscience de l'motion s'labore au moment o l'motion y passe1 mais elle ne fait que passer en laissant son image1 et elle descend dans les reins4 ,cette manire de parler est peut-tre figure1 et1 d'ailleurs1 il ne s'agit pas d'excitations intenses et fortement localises4 ,on veut seulement dire que l'motion esthtique met l'homme en un tat favorable la rception de l'motion rotique4 ,cet tat est donn aux uns par la musique1 d'autres par la peinture1 le drame4 ,j'ai connu un homme1 il est vrai d'un certain ge1 qui pouvait tromper un dsir sexuel en feuilletant des albums d'estampes4 ,l'exemple inverse serait sans doute moins paradoxal3 l'motion esthtique est celle dont l'homme se laisse le plus facilement distraire par l'amour1 tellement le passage est ais1 presque fatal4 ,cette union intime de l'art et de l'amour est d'ailleurs la seule explication de l'art4 ,sans cela1 sans ce retentissement gnital1 il ne serait pas n1 et sans cela il ne serait pas perptu4 ,il n'y a rien d'inutile dans les profondes habitudes humaines3 tout ce qui a dur est donc ncessaire4 ,l'art est complice de l'amour4 ,l'amour t1 il n'y a plus d'art2 et l'art t1 l'amour n'est plus gure qu'un besoin physiologique4 ,mais il s'agit moins de l'art ici que de sa puissance motionnelle1 et il faut alors ranger sous le nom d'art tout ce qui est spectacle ou jeu1 tout le divertissement qui se prend en public ou propos duquel on se communique ses impressions4 ,un feu d'artifice peut mouvoir tout comme une tragdie2 la seule hirarchie est celle de l'intensit4 ,or1 il n'est pas douteux que le succs d'une uvre d'art n'augmente fortement sa puissance motionnelle sur le commun des hommes4 ,de l1 pour la foule1 cette croyance trs naturelle que toute uvre est belle1 qui a du succs1 et que les chutes sont toujours mrites et les ddains4 ,en somme1 ce que la caste appelle beaut1 le peuple l'appelle succs2 mais il a appris des aristocrates ce mot vraiment dnu de sens pour lui1 et il s'en sert pour rehausser la qualit de ses plaisirs4 ,cela n'est pas tout fait illgitime1 succs et beaut ayant une origine commune dans les motions1 la seule diffrence mme des systmes nerveux o elles ont volu4 ,et d'ailleurs trs peu d'hommes sont capables d'une originale motion esthtique2 la plupart de ceux qui l'prouvent ne font qu'obir tout comme le peuple1 la suggestion d'un matre1 au commandement de leurs souvenirs1 aux influences de leur milieu1 la mode4 ,il y a une beaut de passage aussi prcaire que les succs d'engouement4 ,une uvre d'art vante par la caste d'aujourd'hui sera mprise par la caste de demain2 et il en restera moins peut-tre que de l'uvre dlaisse par la caste et acclame par le peuple4 ,car le succs est un fait dont l'importance crot avec la poussire qu'il soulve1 avec le nombre des fidles qui sont venus et qui l'accompagnent en cortge4 ,les motions de la caste et les motions du peuple sont destines un mme aboutissement4 ,la nature1 qui ne fait pas de sauts1 ne fait pas de choix4 ,il s'agit de faire des enfants4 ,l'odorat du grand-paon 7ou un sens analogue7 est si dvelopp qu'une larve femelle de ce papillon rare attire1 le jour de son closion1 une nue de mles l o la veille on n'en voyait aucun4 ,cette acuit serait absurde si elle ne servait au grand-paon qu' se choisir une nourriture plus dlicate parmi le troupeau des fleurs1 ou1 d'une faon quelconque1 augmenter son plaisir et son avancement spirituel1 la culture de son intelligence4 ,elle sert au grand-paon mieux faire l'amour2 c'est son sens esthtique4 ,cependant1 il est des natures humaines1 moins diffuses ou plus rfractaires1 chez lesquelles les motions ne retentissent pas vers le centre de grande sensibilit1 soit que ce centre soit atrophi1 ou que le courant motionnel ait rencontr sur son parcours un obstacle1 une digue1 un terrain impermable4 ,usons1 sans prjuger de la justesse de l'analogie1 des comparaisons les plus communes et les plus frappantes4 ,un courant lectrique est lanc dans un fil en vue de crer un mouvement2 le fil tombe appuy sur un morceau de bois2 et au lieu de mouvement il se produit de la chaleur3 le train brle1 que l'on voulait faire rouler4 ,l'motion en route vers le sens gnital qu'elle a mission d'veiller rencontre un centre de rsistance2 elle s'y brise1 elle s'y tord sur elle-mme1 mais s'y installe2 et toutes celles du mme ordre qui passeront par le mme centre auront le mme sort4 ,il s'agissait de faire tourner une roue1 voici un feu d'artifice2 il s'agissait de conserver l'espce1 voici que nat l'ide de beaut4 ,l'motion esthtique1 et alors sous sa forme la plus pure1 la plus dsintresse1 n'est donc qu'une dviation de l'motion gnitale4 ,l',aphrodite qui nous entranait son culte ne nous trouble plus2 la femme s'est vanouie1 il reste de nobles formes1 des lignes agrables1 mais un cheval aussi est beau1 et un lion et un buf4 ,heureux arrt de circulation qui nous a permis de rflchir1 de comparer1 de juger6 ,le courant nous jetait vers la sur de la desse2 il nous en loigne1 car elle est moins belle6 ,on pourrait supposer que c'est dans la rgion intelligence que le courant motionnel s'est diffus1 formant ainsi ce mlange d'motion et d'intelligence qui nous donne le sens esthtique4 ,l'intelligence est un accident2 le gnie est une catastrophe4 ,il faut bien se garder mme des rves d'un tat social o rgneraient uniformes la sant1 l'quilibre1 l'quit1 la modration1 l'ordre1 o les catastrophes seraient impossibles et les accidents trs rares4 ,l'intelligence humaine est certainement la consquence de ce que nous appelons navement le mal2 s'il ne se formait pas des coupures ou des nuds dans les fils1 si l'motion atteignait toujours son but1 les hommes seraient plus forts et plus beaux et leurs maisons parfaites comme des termitires2 seulement le monde n'existerait pas4 ,,iii ,avant de retourner vers notre point de dpart1 voici un rsum3 ,deux sortes d'motions concourent la formation du sens esthtique3 les motions de nature gnsique et toutes les autres motions1 quelles soient-elles1 selon une proportion qui varie l'infini avec chaque homme4 ,les premires sont celles que nous ressentons la reprsentation parfaite du type de notre race4 ,apollon est beau1 parce qu'il est le mle humain dans toute sa puret4 ,pour la plupart des hommes1 toute ide adventice carte rigoureusement1 la vue de ce marbre est agrable1 parce qu'elle voque le dsir1 soit directement1 soit selon le sexe1 par contre vocation4 ,on se souvient du mot de ,stendhal3 la beaut1 c'est une promesse de bonheur4 ,la philosophie sensualiste qui permettait cette dfinition n'tait point sotte4 ,il sera ncessaire d'y revenir avec la science pour point d'appui4 ,c'est donc1 en somme1 pour qualifier la promesse de bonheur qu'on a invent le mot beaut4 ,et ce mot a t successivement appliqu tout ce qui promet aux hommes la ralisation d'un de leurs autres dsirs toujours plus nombreux et toujours plus complexes2 et ensuite1 le besoin motionnel s'tant extrmement dvelopp1 toutes les causes d'motions1 mme terribles1 mme sanglantes4 ,mais ces motions de toute nature1 qui font la vie mme de l'homme1 elles ont un but--comme l'odorat du grand-paon--elles pntrent en nous pour nous rappeler que notre unique devoir de cratures vivantes est la conservation de l'espce2 quel que soit le sens qu'elles aient frapp d'abord1 elles rebondissent de l vers le centre de la sensibilit gnrale4 ,je songe ces amants romantiques qu'on vit1 envelopps par l'orage1 se possder avec fureur1 ou l'motion douce de ,tibulle1 quam juvat immites444 ,les horribles1 stupides et sauvages tragdies dont se dlectaient les ,grecs et les ,franais de l'ancien rgime1 c'taient des philtres1 et rien de plus4 ,si de grands potes 7comme les femmes1 les grands potes n'ont ni got ni dgot7 n'avaient pris la peine de repenser les histoires d',oreste1 de ,thyeste1 de ,polynice1 nous les jugerions telles que le dlire d'une socit en enfance ou en abjection4 ,il n'est pas une tragdie de ,racine qui n'ait t joue cent fois en cour d'assises par des comparses hideux4 ,on trouvera si l'on veut dans les traits spciaux de ,ball1 de ,binet et dans les ouvrages de vulgarisation1 des exemples de la transformation en acte sexuel d'une sensation quelconque4 ,ici1 il n'y a pas de catgories2 c'est l'illimit4 ,on a vu des hommes auxquels l'odeur des pommes pourries donne des motions fortes et ncessairement sexuelles4 ,schiller en avait toujours une provision dans le tiroir de sa table de travail2 mais comme il possdait un passage rfractaire o se brisaient1 en grande partie1 les courants motionnels1 il faisait des vers1 au lieu de faire l'amour1 ayant respir des pommes pourries4 ,voici donc toute une classe d'hommes chez lesquels les motions arrtes moiti chemin se transforment en intelligence1 en got esthtique1 en religiosit1 en moralit1 en cruaut1 selon les milieux et les circonstances et d'aprs un mode dynamique des plus obscurs4 ,on peut mme dire que cette transformation des motions se fait1 peu ou beaucoup1 chez tous les hommes2 il arrive aussi que les motions retentissent presque galement dans toutes les directions1 qu'une partie notable aille vers les centres gnitaux et qu'il en reste assez en chemin pour produire un grand philosophe1 un grand artiste ou un grand criminel4 ,l'amour semble particulirement li la cruaut1 soit par son absence1 soit par son excs4 ,la mimique de la cruaut est exactement celle de l'amour sexuel2 ,duchenne de ,boulogne a prouv cela par ses expriences4 ,en des types tels que ,torquemada ou ,robespierre1 les motions n'aboutissent pas au sens gnital2 elles se heurtent un obstacle qui les incline vers un autre centre2 au lieu de se transformer en besoin de reproduction1 elles se transforment en besoin de destruction4 ,mais il y a le type nronien et le type sadique o la sexualit et la cruaut s'exaltent ensemble et s'enchevtrent4 ,ce sont des hommes capables de plus fortes secousses motionnelles que les autres hommes4 ,quoique divis et rparti vers deux buts1 le courant reste assez fort pour produire des actes trs intenses4 ,le mme phnomne apparat1 quoique d'un ordre plus rassurant1 quand la puissance intellectuelle s'exerce en mme temps que la puissance gnitale4 ,tout homme capable d'motion est capable d'amour et en mme temps soit de cruaut1 soit d'intellectualit1 soit de religiosit2 mais il arrive que le courant motionnel est tout entier absorb par l'une des activits humaines1 et l'on a une varit de types extrmes1 l'autre varit tant fournie par les hommes d'une grande rceptivit motionnelle et par consquent d'une grande diversit d'aptitudes4 ,mais restons dans la moyenne de l'humanit et dans la question esthtique4 ,selon l'importance de la drivation du courant motionnel1 on aura1 par exemple1 un spectateur qui retiendra de la tragdie tout ce qu'elle a de beaut pure ou forte1 qui sortira en l'tat d'motion intellectuelle1 moins sensible au meurtre qu' la courbe du geste qui frappe1 aux imprcations1 aux pouvantes1 qu' la forme musicale qui les limite1 les enferme1 les fait vivre2 on aura aussi un spectateur qui1 malgr quelques lueurs d'motion intellectuelle1 sort du thtre peu prs comme d'une sance de boxe ou d'une corrida4 ,voil les extrmes4 ,l'un devant une statue parfaite jouit de la grce des courbes1 songe3 quelle belle uvre6 l'autre s'crie3 quelle belle femme6 ,entre ces deux types1 il y a tout un jeu de nuances4 ,pour le type moyen1 l'ide de beaut n'existe gure2 il jugera de l'uvre d'aprs l'intensit ou la qualit de son motion4 a lui donne du plaisir1 ou le laisse froid1 et voil tout4 ,le type moyen est celui qui dtermine les succs en art2 il faut plaire au type moyen1 il faut l'mouvoir4 ,les reprsentants de la caste esthtique jugent aussi une uvre d'art par l'motion qu'ils ont prouve1 mais cette motion est d'un ordre tout particulier3 c'est l'motion esthtique4 ,seules1 pour eux1 appartiennent l'art1 la catgorie de la beaut1 les uvres1 qui peuvent donner l'motion1 le frisson esthtique4 ,ainsi se sont trouves exclues de l'art les uvres1 utilitaires1 moralisatrices1 sociales1 ayant un but quelconque en dehors de ce but prcis et exclusif1 l'motion esthtique2 et aussi les uvres trop sexuelles1 dont l'appel l'exercice gnital est trop direct1 quoiqu'elles rpondent1 mais alors avec une clart excessive1 l'ide premire que les hommes ont eue de la beaut artistique4 ,ainsi s'est forme cette catgorie esthtique qui1 ternellement instable1 allant du ralisme l'idalisme 7un certain idalisme71 du sentimentalisme la brutalit1 de la religiosit au sensualisme1 n'en est pas moins un jardin clos4 ,l'art est donc ce qui donne une motion pure1 c'est--dire sans vibrations hors d'un groupe limit de cellules1 ce qui n'invite ni la vertu1 ni au patriotisme1 ni la dbauche1 ni la paix1 ni la guerre1 ni au rire1 ni aux larmes1 ni rien qui ne soit l'art lui-mme4 ,l'art est impassible1 et1 comme a dit de l'amour un vieux pote italien1 non piange n ride4 ,ceci n'a rien ni de rationnel1 ni de juste1 ni de conforme aucune vrit4 ,il s'agit des usages d'une caste intellectuelle4 ,ne d'une imperfection du systme nerveux1 l'ide de beaut s'est agrg en chemin toutes sortes de rgles1 de prjugs1 de croyances1 d'habitudes1 et il s'est form un canon dont la forme1 sans tre absolue1 n'oscille un moment donn qu'entre certaines limites4 ,la restriction est ncessaire4 ,tous les hommes raffins d'une poque s'entendent sur l'ide de beaut4 ,aujourd'hui1 par exemple1 il y a des pierres de touche3 ,verlaine1 ,mallarm1 ,rodin1 ,monet1 ,nietzsche4 ,avouer qu'on n'est pas mu par les ,mains1 par ,hrodiade1 par l've1 par les ,cathdrales1 par ,zarathoustra1 c'est avouer qu'on est dpourvu du sens esthtique4 ,mais des uvres d'un tout autre ton furent admires jadis par le mme groupe humain4 ,de ,ronsard ,victor ,hugo1 le principe de la beaut fut cherch dans l'imitation4 ,on imita les ,anciens1 les ,italiens1 les ,espagnols1 les ,anglais4 ,au dernier sicle1 ce fut la qute de l'originalit2 et cela donna mme1 il y a quelques annes1 un excs de fausses notes1 mais une musique moins plate1 en somme1 que celle dont on avait si longtemps fatigu les muses4 ,non pas qu'on ait moins imit1 mais on le fit avec l'illusion de crer du nouveau1 et l'illusion est presque toujours fconde4 ,la ,france est d'ailleurs le pays o l'ide de beaut a subi le plus de variations1 tant peuple d'hommes vifs et curieux1 toujours aux aguets de ce qui se passe et prts faire connaissance avec tout ce qui est tranger et nouveau1 quitte en rire si ce nouveau ne convient pas leur temprament4 ,notre sens esthtique a donc des caprices4 ,mais1 variable historiquement1 il est assez solide un moment donn4 ,il y a une caste esthtique aujourd'hui2 il y en eut toujours une1 et l'histoire de la littrature franaise n'est gure autre chose que le catalogue raisonn des uvres qui furent successivement lues par cette caste4 ,les succs s'laborent dans la rue2 la gloire sort des cnacles4 ,comme il n'y a pas d'exemples du contraire1 il faut bien admettre cela comme un fait2 et aussi que les cnacles se dgotent des gloires qui leur chappent et se mettent courir les rues4 ,un fait est toujours lgitime1 tant toujours logique1 mais on peut lui opposer les rpugnances de sa propre sensibilit ou d'un groupe de sensibilits4 ,c'est ce que fait la foule sous la conduite de quelques esprits moyens1 instruits1 bons avocats1 puisqu'ils hassent la maison qu'ils combattent et qui ne les connat pas4 ,aux rputations souvent fort obscures du groupe esthtique on voit donc sans cesse opposes les clbrits du succs4 ,il est facile de duper le peuple en lui montrant ici la pauvre lampe solitaire1 et l l'clat des globes crus et le rutilement des tulipes2 mais le peuple n'a gure besoin d'encouragements2 il marche naturellement vers ce qui l'blouit4 ,cela aussi est un fait1 et cela aussi est lgitime4 ,le public1 men par des bergers sournois1 a tort de mpriser la lueur confuse des toiles2 mais la caste esthtique a tort de rire des plaisirs du peuple4 ,elle a tort aussi d'accaparer certains mots et de refuser le nom d'uvre d'art des compositions qui ont exactement comme celles qu'elle admire1 pour but de susciter des motions4 ,c'est une question de qualit1 non d'essence4 ,elle souffre moins de voir applaudie une pauvret que ddaigne une uvre vritable4 ,son jugement1 si adroit dpister le faux art1 faiblit soudain1 et elle se fche qu'un sectateur du got populaire ne s'incline pas devant ses admirations4 ,c'est toujours une erreur d'en appeler la justice2 mais c'est de la dmence d'en appeler la justice d'un groupe social4 ,il faut laisser cela et s'enfermer dans une opinion comme dans une tour4 ,on pourrait gorger cent fanatiques de ,quo vadis plutt que de les convaincre1 et avec moins de fatigue4 ,la justice littraire est une absurdit4 ,elle suppose la parit des motions en des hommes d'une catgorie physiologique diffrente4 ,une uvre est belle pour ceux qui elle donne des motions4 ,la sensibilit est incorruptible1 aussi bien celle du populaire que celle des cnacles2 elle est incorruptible comme le got et comme l'odorat4 ,jadis on avait imagin un got en soi1 un got absolu qu'on adorait dans un temple4 ,rien de plus ridicule2 et rien de plus tyrannique4 ,laissons les hommes chercher librement leurs plaisirs4 ,les uns veulent qu'on leur torde les entrailles2 d'autres1 qu'on leur dbouche la rate2 d'autres1 qu'on leur perce le cur4 ,il faut des instruments divers pour chacune de ces oprations2 l'art est une chirurgie dont la trousse est riche et une pharmacope aux fioles de toutes formes et de toutes odeurs4 ,on parle trs srieusement--c'est--dire sans rire--d'initier le peuple l'art4 ,en termes moins vagues1 correspondant une certaine ralit scientifique1 il s'agirait de faonner ainsi la physiologie du commun des hommes que l'motion au lieu d'aboutir au centre gnital se diffust vers le centre esthtique4 ,l'entreprise n'est pas des moindres4 ,pauvre peuple6 ,comme on se joue de lui et qu'ils sont stupides1 en leur bont1 ses matres intellectuels6 ,ils croient vraiment que le got de la peinture1 de la musique1 de la posie1 cela s'apprend comme l'orthographe ou la gographie6 ,et quand cela serait1 et quand on aurait donn quelques admirations quelques ouvriers8 ,quelle importance cela a-t-il que le peuple n'admire pas ce que nous admirons8 ,il aurait tout aussi bien le droit d'exiger de nous le partage de ses enthousiasmes4 ,il n'y a pas d'absolu esthtique4 ,ce qui est beau1 c'est ce qui nous meut2 mais nous ne pouvons tre mus que dans la mesure de notre rceptivit motionnelle et selon l'tat de notre systme nerveux4 ,l'insensibilit ce que nous nommons la beaut1 ide trs complexe ds qu'on s'loigne de la plastique humaine1 ne serait en somme que le tmoignage d'un organisme sain1 d'un cerveau normal1 o les courants nerveux vont droit leur but1 sans dviations4 ,mais cet tat semble rare4 ,tous les hommes sont aptes recevoir certaines motions esthtiques1 et tous en sont avides2 mais presque aucun ne se soucie de la qualit de cette motion4 tre mu1 voil l'important4 ,nul monument depuis les cathdrales1 et peut-tre depuis les pyramides1 n'a remu comme la tour ,eiffel la sensibilit esthtique de l'humanit4 ,devant tant de ferraille en hauteur1 la btise elle-mme est devenue lyrique1 la sottise a mdit1 l'tourderie a rv2 il tombait de l comme un orage d'motions4 ,on chercha le dtourner2 il tait trop tard1 le succs tait venu4 ,plus une uvre reoit d'admirations1 plus elle se fait belle pour la foule4 ,elle se fait belle et presque vivante2 des ondes motionnelles s'en dtachent et viennent1 ainsi que des vagues1 dferler sur le peuple enivr et haletant2 l'organisme tout entier est en fte2 stupide et beau1 le gnie de l'espce sourit dans l'ombre4 ,tel est le rle social de l'art4 ,il est immense4 ,il y a un oiseau d',australie qui se btit pour nid une large cabane o il sme tout ce qu'il trouve de cailloux brillants2 le mle1 parmi cette mosaque1 danse un grave menuet devant sa compagne trouble2 et c'est l'art surpris son obscure naissance1 au moment o il est li troitement l'expansion de l'instinct gnital4 ,un caillou rouge donne une motion un oiseau1 et cette motion surexcite son dsir4 ,tel est le rle social de l'art4 ,il faut que le peuple admire--et par peuple1 ici j'entends l'ensemble des hommes1--il faut qu'il prouve des motions esthtiques1 il faut que ses nerfs tremblent sous de longues vibrations1 il faut que ses amours soient riches et compliques3 mais qu'importe d'o vient le nuage1 pourvu qu'il pleuve6 ,je n'ai voulu que montrer la lgitimit de toute motion esthtique1 quelle que soit sa source1 et de tout succs1 quelle que soit sa qualit2 mais on me croira volontiers si j'avoue que je garde mes prfrences pour telle forme de l'art1 pour telle expression de beaut4 ,je m'carte en ceci du sentiment commun1 que je ne crois pas utile de gnraliser des opinions1 d'enseigner des admirations4 ,forcer d'admirer est aussi mchant que de forcer d'entrer4 ,c'est chaque homme de se donner l'motion qui lui est ncessaire et la morale qui lui convient4 ,l'ne d',apule voudrait bien brouter des roses parce qu'il reprendrait aussitt la forme humaine4 ,c'est une trs bonne ide de brouter des roses1 c'est une mthode de dlivrance4 #aija4 ,,valeur ,,de ,l',,instruction ,sans tre aussi rpandue qu'elle pourrait l'tre et qu'elle le sera1 l'instruction est fort en faveur4 ,on vit de moins en moins et on apprend de plus en plus4 ,la sensibilit capitule devant l'intelligence4 ,j'ai vu rire de qui regardait avec attention et avec plaisir une feuille morte2 on n'aurait pas ri d'entendre murmurer ce propos quelque nomenclature2 mais d'autres hommes1 sans ignorer les manuels1 estiment que la vritable science doit tre sentie d'abord comme un plaisir4 ,ce n'est pas la mode2 la mode est de s'instruire dans les seuls livres et aux lvres de ceux qui rcitent des livres4 ,corneille ,agrippa1 qui possdait tout le savoir de son temps1 et davantage1 s'est amus rdiger un ,paradoxe sur l'incertitude1 vanit et abus des sciences#dd2 on pourrait le reprendre1 mais sur un autre ton1 car il n'est pas ncessaire qu'une science soit incertaine1 vaine et abusive1 pour tre inutile celui qui la cultive2 et par contre la certitude d'une science1 son intrt et sa lgitimit ne lui confrent pas un droit absolu la rgence des esprits4 ,on conviendrait mme volontiers de l'absurdit d'un dbat sur la certitude ou l'incertitude des sciences2 il y en a d'alatoires1 mais que les gens lgers ou intresss seuls qualifient ainsi2 le mot science contient par dfinition l'ide de vrit objective1 et il faut s'en tenir l sans autres contestations et concder mme cette vrit objective1 quelque rpugnance que l'on prouve devant le mariage indissoluble de deux mots alors ironiques4 #dd uvre1 continue le traducteur1 qui peut profiter1 et qui apporte merveilleux contentement ceux qui frquentent les cours des grands seigneurs1 et qui veulent apprendre discourir d'une infinit de choses contre la commune opinion4--,s4 ,l4 #afjc4 ,aussi bien il ne s'agit pas de la science1 mais de l'instruction dont la science est la matire ou le prtexte4 ,quelle est la valeur de l'instruction8 ,quelle sorte de supriorit cela peut-il confrer une intelligence moyenne6 ,l'instruction1 si elle est parfois un lest1 n'est-elle pas le plus souvent un fardeau8 n'est-elle pas aussi1 et plus souvent encore1 un sac de sel qui fond sur les paules de l'ne aux premiers orages de la vie8 ,et ainsi de suite4 ,l'instruction est de deux sortes1 selon qu'elle est utile ou de parure4 ,l'astrologie mme peut devenir une science pratique1 si l'astrologue y trouve le pain quotidien2 mais quoi cela peut-il bien tre bon1 sinon peut-tre lui fausser l'esprit1 qu'un magistrat connaisse la gomtrie8 ,tout ce qui concerne son mtier1 le dessin et l'archologie mme et toutes les notions de cet ordre seront profitables un menuisier intelligent2 mais quoi lui servirait1 sinon peut-tre entraver son activit1 une thorie esthtique8 ,quand elle ne trouve pas s'appliquer et se monnayer1 l'instruction est un lingot qui dort sous une vitrine2 cela est inutile1 pas trs curieux et sans beaut4 ,il est beaucoup question en certains milieux politiques de l'instruction intgrale4 ,cela signifie sans doute que tout doit tre enseign tous1 et aussi1 qu'une notion universelle et vague serait un grand bienfait1 un grand rconfort pour n'importe quelle intelligence2 mais l'on confond dans ce raisonnement la matire et la forme4 ,l'intelligence1 qui a une forme gnrale et commune1 en a une particulire en chaque homme4 ,comme il y a plusieurs mmoires1 il y a plusieurs intelligences2 et chacune de ces intelligences1 modifie par les physiologies propres1 dtermine les individus intellectuels4 ,loin que tout puisse tre avec fruit enseign tous1 il semble bien qu'une intelligence donne ne peut recevoir1 sans danger pour sa contexture mme1 que les genres de notions qui y pntrent sans effort4 ,si l'on s'tait habitu donner aux mots les seules significations relatives qu'ils comportent1 instruction intgrale voudrait dire toute la sorte d'instruction qui est compatible avec la morphologie inconnue d'un cerveau2 dans la plupart des cas1 la quantit de cette instruction se rduirait rien1 car la plupart des intelligences sont incultivables4 ,du moins par les procds actuels qu'un seul terme rsume3 l'abstraction4 ,on a fini par admettre dans les milieux enseignants que la vie ne peut tre connue que sous la forme du discours4 ,qu'il s'agisse de posie ou de gographie1 la mthode est la mme3 une dissertation qui rsume le sujet et qui a la prtention de le reprsenter4 ,finalement l'instruction est devenue un catalogue mthodique de mots1 et la classification remplace la connaissance4 ,un homme1 le plus intelligent et le plus actif1 ne peut acqurir qu'un fort petit nombre de notions directes et prcises2 ce sont cependant les seules qui soient vraiment profondes4 ,l'enseignement ne donne que l'instruction2 la vie donne la connaissance4 ,l'instruction a du moins cet avantage d'tre de la connaissance gnralise1 sublime1 et pouvant contenir1 sous un petit volume1 une grande quantit de notions2 mais1 dans la plupart des esprits1 cette nourriture trop condense reste neutre et ne fermente pas4 ,ce que l'on appelle la culture gnrale n'est le plus souvent qu'un ensemble d'acquisitions mnmoniques1 purement abstraites et dont l'intelligence est incapable de faire la projection sur le plan de la ralit4 ,sans une imagination trs vivante et active dans tous les sens1 les notions confies la mmoire se desschent dans un sol inerte2 l'eau qui les amollit et le soleil qui les mrit sont ncessaires la germination des graines4 ,il vaut mieux ignorer que de savoir mal1 ou peu1 ce qui est la mme chose4 ,mais sait-on ce que c'est que l'ignorance8 ,il faut avoir appris tant de choses pour la goter et la comprendre6 ,ceux qui en pourraient jouir par tat ont trop d'illusion sur eux-mmes pour s'y rcrer franchement2 et ceux qui le voudraient sont trop loin de l'innocence premire4 ,il y a eu des moments dans la civilisation o des hommes savaient tout2 ce n'tait pas beaucoup4 tait-ce beaucoup moins que toute la science d'aujourd'hui8 ,cette relativit peut nous faire rflchir sur la valeur de l'instruction2 elle nous servira aussi la qualifier4 ,l'instruction n'est jamais que relative2 elle doit donc tre pratique4 ,m4 ,barrs1 dans son dernier roman#de1 fait profrer par un dput du type ,burdeau cette maxime politique3 ,la vertu est1 comme le patriotisme1 un lment dangereux exciter dans les masses4 ,a ces deux abstractions1 il faudrait peut-tre joindre toutes les autres afin de prononcer un ostracisme gnral contre toutes les ides qui n'ont pas t d'abord dfinies4 ,et cela ne voudrait pas dire qu'il faut proscrire les vertus ou les sentiments patriotiques2 mais seulement ceci3 que rien n'est plus mauvais pour la sant d'une intelligence moyenne que le jeu des mots abstraits1 que cette fausse science verbale qui se trouve sans application ds qu'on va participer la vie relle4 ,il ne s'agit pas d'tre vertueux2 comment raliser un mot qui est la synthse de plusieurs idaux contradictoires8 ,il s'agit d'accommoder sa nature aux conditions vitales du milieu et aux traditions morales4 ,il ne s'agit pas d'tre patriote2 il s'agit de dfendre contre les animaux trangers la puret de la fontaine o l'on boit4 ,il ne s'agit pas de savoir quel est le principe abstrait o pourrait bien prendre sa source le large fleuve des ides gnrales2 il s'agit de faire de sa vie un acte de confiance1 la fois et un acte de prudence4 ,il s'agit surtout de garder assez de navet pour respirer avec joie l'air social tel qu'il est et assez de souplesse pour obir sans lchet aux lois lmentaires de la vie4 #de ,l',appel au soldat4 ,la vie est une suite de sensations relies par des tats de conscience4 ,quand on n'a pas un organisme tel que la notion abstraite redescende vers les sens ds qu'elle a t comprise2 si le mot ,beaut ne vous donne pas une sensation visuelle2 si vous ne sentez pas manier les ides un plaisir physique1 peu prs comme caresser une paule ou une toffe1 laissez les ides4 ,quand le meunier n'a pas de bl moudre1 il ferme ses vannes et dort1 ou va se promener2 mais il ne songe pas moudre vide et user ses meules pour recueillir du vent4 ,l'instruction n'est souvent autre chose que ce vent souffl par la rotation des tamis et perceptible en paroles4 ,l'enseignement1 du haut en bas1 des universits officielles aux populaires1 de l'cole de village l'cole ,normale1 n'est gure autre chose qu'une fabrique de phrases4 ,de toutes1 la plus srieuse est l'cole primaire1 o on apprend lire et crire1 acquisitions non d'une science1 mais d'un sens nouveau4 ,si l'on retranchait du programme des autres tout l'inutile1 tout l'inapplicable la vie et telle profession ou mtier1 il en resterait la matire peine de dix-huit mois d'colage4 ,la plus grande partie du peuple chappe encore aux tortures d'couter les messieurs qui rcitent des livres4 ,les enfants pauvres1 librs de la prison scolaire1 apprennent un mtier1 ce qui est un agrandissement de soi1 et commencent de vivre l'ge o leurs frres riches s'exercent au maniement de mots qui ne correspondent rien de rel1 outils qui sculptent l'ternel vide#df4 ,on va remdier cela1 et voici une soire d'universit populaire3 ,le ,dveloppement de l'ide de justice dans l',antiquit4 ,en supposant1 ce qui est improbable1 que le professeur n'ait mis ce sujet que des apprciations acceptables par une intelligence saine1 de quelle utilit put bien tre une telle dissertation pour un auditoire populaire1 et qu'en retirera-t-il d'applicable son humble vie8 ,moins assurment que des vieux sermons qui ne craignaient pas de bafouer ses vices1 d'pouvanter sa lchet devant les plaisirs bas4 ,mais le clerg de la religion laque est grave et ddaigne les faits4 ,des mes parlent des mes2 l'idal descend sur le peuple4 ,les premiers chrtiens du moins se runissaient la fois pour prier et pour manger fraternellement2 aprs le repas1 d'aucuns se levaient pour prophtiser4 ,les prophtes modernes ne vivent que d'abstraction1 et cette nourriture conomique et ridicule1 ils la partagent volontiers avec leurs frres4 #df ,on disait dans une conversation3 ,le paysan est srieux2 c'est un savant1 un physicien4 ,tout l'effort politique moderne tend faire de ce physicien un mtaphysicien4 ,le travail est en bon train pour l'ouvrier1 qui commence mpriser le travail et estimer les phrases4 ,sa surprise est immense que le mot n'ait aucune action sur la ralit4 ,l'homme qui a lentement acquis une science1 outre les avantages sociaux qu'il en peut retirer1 a confr par cela mme aux organes de son attention une force et une agilit particulires4 ,il ne possde pas seulement la science qu'il convoitait1 mais tout un ensemble d'engins de chasse en bon tat et tout prt de nouvelles captures4 ,lorsqu'on a appris avec soin et patience une langue trangre1 on peut ensuite s'approprier par un travail beaucoup moindre les langues de la mme famille4 ,mais si l'on a eu recours quelque mthode expditive1 l'acquisition n'a plus que sa valeur propre et elle peut mme se dtriorer assez rapidement4 ,l'eau qui a bouilli trs vite refroidit de mme3 c'est ce que ne savait pas l'industriel qui avait tabli des bouilloirs publics2 le temps de traverser la rue et c'tait comme si on revenait de la frache fontaine4 ,c'est pour ce mme motif que l'enseignement rapide des confrences est si particulirement inutile4 ,on y apprend croire et non pas raisonner1 ce qui serait encore une manire d'agir et de vivre4 ,le bagage qui constitue l'instruction est presque uniquement fait de croyances4 ,on enseigne les lettres et les sciences comme un catchisme4 ,la vie est l'cole du doute prudent2 l'cole est une glise prtentieuse4 ,tout professeur est muni d'un arsenal d'aphorismes2 l'adolescent qui ne se laisse pas frapper au cur est mpris4 ,le renversement des valeurs logiques est port ce point que tels actes intellectuels1 la rsistance la foi scientifique1 la rserve cartsienne1 sont considrs comme des marques d'inintelligence4 ,m4 ,jules de ,gaultier a imagin un nouveau manichisme dont l'emploi prudent sera fort utile pour dblayer certaines questions#dg4 ,a l'instinct vital il oppose l'instinct de connaissance2 mais l'un n'est pas le bon principe plutt que l'autre1 le mauvais principe4 ,ils ont tous les deux leur rle dans le travail de la civilisation2 car si l'un dveloppe chez l'homme le besoin de connatre aux dpens des forces qui conservent la force vitale1 il permet en mme temps l'intelligence de mieux jouir et de soi-mme et de la vie sensitive4 ,le gnie spontan et inconscient des races en croissance ne refuse d'obir ni l'un ni l'autre de ces grands instincts2 la vie use non son nergie1 qui est immuable1 mais les modes nergtiques qu'elle a revtus2 on se lasse de sentir avant de s'tre lass de connatre4 ,c'est ce qu'a exprim navement ,leibnitz et ce que rptent avec lui tous les esprits dont l'intelligence est le vautour3 ,il n'est pas ncessaire de vivre1 mais il est ncessaire de penser4 ,quand cet aphorisme descend dans le peuple1 c'est que l'instinct vital en dcadence commence renoncer la lutte2 c'est l're glorieuse de la floraison1 mais la plante va mourir aprs que le vol des insectes l'aura fconde et que le vent aura port ses graines vers un sol vierge4 #dg ,dans un livre de ,kant ,nietzsche4 ,une masse ignorante forme chez un peuple une magnifique rserve de vie4 ,notre civilisation a mconnu cela3 c'est un champ immense de petites fleurettes qui puise pour un clat inutile la sve de la terre4 ,de telles ides1 mme attnues en images1 peuvent sembler barbares ceux qui croient aux bienfaits de l'instruction2 mais il commence tre plus facile de trouver des adjectifs que des raisons pour rgnrer ce thme ancien et qui va s'puiser4 ,a entendre tant de journalistes et de dputs parler de l'instruction comme d'un souverain lixir1 on sent bien qu'ils y ont got1 et la vraie1 la bonne1 celle que synthtisent les manuels et les encyclopdies1 mais non aux dtestables jarres o dort l'esprit mauvais de l'analyse4 ,le vrai savoir1 le gay savoir est singulirement vnneux2 il est vnneux autant que bienfaisant2 il contient autant de doutes que de paillettes d'or l'eau-de-vie de ,dantzig4 ,on ne sait jamais o l'ivresse de cette liqueur violente peut mener une intelligence qui n'est pas trs forte ou trs sceptique4 ,mise en regard de la science1 l'instruction est si peu de chose qu'elle mrite peine un nom4 ,qu'est-ce que valent d'lmentaires notions de chimie lorsque l'on songe au chimiste qui manie1 compose et dcompose les corps1 qui compte les molcules et pse les atomes8 ,et qu'importe que cent mille bacheliers sachent quels sont les lments de l'air8 ,mais dj ils ne le savent plus4 ,si on leur avait appris respirer1 ils auraient peut-tre vit deux ou trois maladies dont ils transmettent joyeusement leurs enfants les prdispositions ou les germes4 ,il est ncessaire 7malgr une ironie clbre7 qu'il y ait une chimie et des industries chimiques1 mais non que l'on enseigne au premier venu les obscurs principes d'une science vaine4 ,ceci n'est qu'un exemple1 mais qui s'tendrait presque tous les lments de la culture gnrale4 ,un cerveau moyen d'aujourd'hui ressemble ces jardins d'essai o verdissent des spcimens de toutes les flores2 encore ce jardin a-t-il son utilit particulire2 les cerveaux riches d'un peu de tout ne sont bons rien3 le terrain a t transform non pas mme en un parterre1 mais en un herbier1 et les plantes sches y sont si mdiocres et si dfectueuses qu'on ne peut les faire servir aucun usage dcent4 ,il faudrait au moins que la plus grande partie des plates-bandes et t rserve une culture profonde et passionne2 dans ce cas1 les coins morts du jardin reprennent quelque intrt3 ils servent de fumier et de terreau pour rchauffer le cur du jardin vivant4 ,on ne prtend donc pas dire que la culture gnrale soit inutile2 elle est indispensable titre d'auxiliaire et de rserve1 mais ce titre seul1 et si cette culture gnrale et superficielle concide avec une ou plusieurs sections de culture intensive4 ,seule1 elle n'a aucune valeur4 ,si de la moyenne on descend vers les jardinets populaires1 on ne voit plus1 la place de la mauvaise herbe1 mais luxuriante1 que de chtives germinations dj geles par la vie4 ,on a sarcl toute la flore naturelle1 et ce qu'on a sem la place dans un terrain mal prpar et mal nettoy n'a pu pousser1 faute d'eau et de soleil4 ,tout l'intrt de ces petits potagers ridicules est dans un arbre souvent grand et beau1 quelque marronnier ou quelque tilleul3 c'est le mtier o l'homme s'est perfectionn avec courage4 ,un de ces arbres vaut lui seul toutes les cultures gnrales qui l'ont relgu dans un coin pierreux2 il les domine par son utilit et par sa beaut4 ,la raison de l'homme1 dans la vie1 est d'tre une fonction2 il faut que ses journes soient cratrices d'un rsultat4 ,c'est pourquoi l'on regrettera ternellement que les mtiers se soient abolis dans l'miettement par la division du travail pousse l'extrme4 ,la civilisation industrielle a retir un trs grand nombre d'hommes le plaisir qu'ils trouvaient au travail4 ,un salaire lev peut faire que l'on soit content d'avoir travaill1 mais cela ne donne pas le contentement actuel1 la joie d'user l'heure prsente la ralisation d'un objet4 ,l'industrie a opr contre l'artisan en faveur de l'oisif1 et aussi en faveur du capital contre le travail4 ,telle dcouverte mcanique a t plus nuisible l'humanit qu'une guerre sculaire4 ,on a tellement diminu la valeur hdmonique de l'activit musculaire que les seuls moments o les manuvres sentent leur vie sont ceux o l'homme normal s'affaisse1 le repos2 et ncessairement1 ces heures de sensation ngative1 on a tent de les gonfler jusqu' en faire le plaisir tout entier de vivre3 l'alcool a t ce moyen4 ,pour tarir cette source d'excitation1 des esprits de bonne volont1 mais d'intelligence malsaine1 c'est--dire sans contact avec la ralit1 ont song opposer au plaisir de boire le plaisir d'apprendre4 ,si l'uvre tait possible1 on aurait remplac l'ivresse physiologique par l'ivresse crbrale3 et cela ne serait pas un trs bon rsultat4 ,qu' une journe de travail musculaire succde une soire de travail intellectuel1 et la fatigue totale est double sans profit rel pour l'homme soumis ce rgime4 ,songez au malheureux qui1 aprs avoir pouss pendant dix heures un morceau de bois sous les dents cruelles d'une scie circulaire1 s'en vient1 ayant soup vaguement1 couter un monsieur qui l'entretient de la saintet de la justice6 ,mais la justice demanderait que le prdicant alternt1 avec l'artisan1 le poussage des billes de bois et la confortable tude des principes fructueux du charlatanisme social4 ,pauvres gens qui1 ayant toujours instinctivement besoin de prtres1 se croient vainqueurs1 ayant ni un dogme1 d'applaudir la morale de ce dogme1 mais dforme par l'hypocrisie et par la haine6 ,c'est avec l'instruction1 invention trs vieille1 que le clerg a domin le peuple et le monde2 et c'est avec l'instruction encore que les sermonnaires laques prtendent bien rogner les dernires griffes de l'instinct vital4 ,car tous ces enseigneurs enseignent perdument ne pas vivre4 ,ils transportent dans la partie saine du peuple1 et cela avec une certaine bonne foi1 leurs habitudes maladives de ne recevoir les sensations que par reflet1 de regarder dans une glace la vie qu'ils n'osent affronter4 ,le vrai but de cette instruction est l'imposition d'une morale1 mais singulire et dont presque tous les prceptes sont ngatifs4 ,par l'affaissement de la volont de vivre1 au profit d'une crbralit instable1 ils faonnent ces gnrations nerves1 obissantes et sages qui sont le rve des tyrans mdiocres4 ,au moment o une race aurait besoin1 rien que pour durer1 de toutes les forces dont son instinct est peut-tre encore dpositaire1 ils lui versent1 mais avarie et empoisonne1 cette mme liqueur avec laquelle les aptres romains domptrent la surnergie des barbares4 ,nous aurions le sort de ces vaincus si un protestantisme1 rationaliste ou religieux1 se substituait souverainement notre catholicisme traditionnel et paen4 ,mais comment n'tre pas tent de donner des prceptes de conduite en mme temps que des prceptes de grammaire8 ,il suffirait que ces prceptes ne fussent pas dpressifs et que les adolescents y trouvassent au contraire une excitation l'activit1 toutes les activits4 ,l'instruction1 en soi1 n'est rien2 on ne peut la juger qu'en examinant ses entours la lueur de cette torche4 ,un flambeau a l'utilit1 non de sa lumire1 mais des objets sur lesquels porte sa lumire4 ,on verra aussi un four chauff avec mthode de bourres ou de falourdes2 mais cette chaleur n'est qu'un embrasement strile si on ne lui donne travailler et mrir1 quand elle s'amortit1 la pte du pain ternel4 ,l'instruction est un moyen et non un but4 ,il est douloureusement absurde d'apprendre pour apprendre1 de brler pour brler4 ,le chant mme des oiseaux n'est pas vain2 aux priodes de calme sexuel1 il est la rptition des grands concerts d'amour4 ,considre comme l'instrument prcis d'une uvre future1 l'instruction peut avoir une importance trs grande et mme absolue2 elle peut tre la condition ncessaire de certains gestes intellectuels4 ,elle sera le bton de voyage de l'intelligence2 mais offerte un cerveau mdiocre1 dirige vers le seul accroissement de la mmoire1 elle est inefficace rgnrer des cellules malades4 ,elle leur sera plutt un crasement2 elle les rendra stupides2 elle dtournera des facilits de la vie les activits qui n'taient faites que pour la pratique quotidienne4 ,l'instruction pondre les gnies oscillants1 elle leur fournit des sujets de comparaison et des motifs de rflexions2 aux gnies dj quilibrs1 elle fournit un peu de ce trouble d'o nat l'ironie4 ,elle est tantt un appoint la certitude1 tantt la cause d'un dclanchement vers le doute4 ,mais elle n'exerce d'influence que sur des intelligences en mouvement ou en puissance de mouvement2 elle ne dtermine pas1 elle incline4 ,surtout elle ne cre pas l'intelligence4 ,nous avons constamment sous les yeux des exemples d'hommes instruits de tout ce que l'on enseigne et qui sont rests des mdiocres et qui1 crivant depuis vingt ans1 n'ont mme pu apprendre crire4 ,et en voici d'autres qui ne savent qu'un mtier et qui n'ont lu que dans la vie3 leur lucidit humilie parfois mme le gnie4 #aijj4 ,,les ,,femmes ,,et ,,le ,,langage ,la part des femmes est si grande dans l'uvre de la civilisation qu'il serait peine exagr de dire que l'difice est bti sur les paules de ces frles cariatides4 ,les femmes savent des choses qui n'ont jamais t crites1 ni enseignes1 et sans lesquelles presque tout le matriel de notre vie quotidienne serait inutilisable4 ,des ,cosaques1 en #ahad1 ayant dcouvert une provision de bas1 les enfilrent immdiatement par-dessus leurs bottes2 exemple gnral de nos gestes les plus communs1 si les femmes n'avaient pas t1 dans les sicles des sicles1 les patientes ducatrices de l'enfance4 ,ce rle est si naturel qu'il en parat humble2 nous ne sommes frapps que par l'extraordinaire4 ,le puissant outillage d'un tissage nous subjugue2 qui a jamais regard avec motion le simple jeu de deux aiguilles tricoter8 ,cependant1 compar ces petits morceaux de bois1 le plus formidable mtier mcanique n'est plus rien2 il reprsente une civilisation particulire3 les aiguilles de bois ou de fer reprsentent la civilisation absolue4 ,il faut en tout distinguer l'essentiel et ce qui est de surcrot4 ,dans la civilisation1 la part des femmes reprsente l'essentiel4 ,cela est plus facile sentir qu' prouver1 car il s'agit prcisment des actes qui passent inaperus le long de la vie1 de toutes sortes de choses dont on ne parle pas1 parce qu'on ne les voit pas ou parce qu'on n'en comprend pas l'importance4 ,ainsi la physiologie a t longtemps ignore1 tandis que la curiosit se portait aux monstres2 le phnomne continu disparat pour nos sens4 ,ce fut un citadin ou un prisonnier ou un aveugle soudain guri1 qui s'avisa le premier de la beaut de la nature4 ,il y a une physiologie extrieure qui disparat dans l'habitude2 analyse1 elle rvle les actes volontaires les plus importants de la vie4 ,volontaires1 c'est--dire contingents relativement aux mouvements primordiaux de la vie d'une espce2 volontaires1 en ce qu'ils ont de particulier pour signaler une race2 volontaires1 si l'on regarde la volont comme la conscience d'un effort inconscient4 99 99 99 ,sens1 ou facult1 la parole ne peut logiquement tre spare de l'oue1 mais l'ducation de l'oue est beaucoup moins sensible que celle de l'appareil vocal2 on peut donc les considrer sparment1 ou du moins sans observer un ordre prcis en des acquisitions qui sont enchevtres comme tous les jeux de la vie4 ,remuer1 entendre1 voir1 parler1 tout cela se tient2 l'imitation se jette la fois sur toutes les fonctions1 quoiqu'on puisse tablir un ordre de naissance apprciable pour chacune d'elles4 ,cet ordre importe peu en une tude o il s'agit non de l'intelligence qui reoit1 mais de l'intelligence qui donne1 de l'extrieur et non de la vie psychologique interne4 ,la parole est fminine4 ,les potes et les orateurs sont des fminins4 ,parler1 c'est faire uvre de femme4 ,la femme1 parce qu'elle parle comme chante un oiseau1 est seule capable d'enseigner le langage4 ,quand l'enfant tente d'imiter les sons qu'il a entendus1 la femme est l qui le regarde1 lui sourit et l'encourage2 il s'tablit un contrat muet de travail entre ces deux tres1 et que de patience chez celui qui sait pour guider celui qui essaie6 ,les premiers mots que prononce un enfant ne correspondent en son esprit aucun objet1 aucune sensation2 l'enfant1 ce moment de sa vie1 est un perroquet1 et rien de plus4 ,il imite2 il parle parce qu'il entend parler4 ,si on se taisait autour de lui1 la parole resterait fige dans son cerveau4 ,de l l'importance du babillage de la femme1 importance bien suprieure celle des plus beaux pomes et des philosophies les plus profondes4 ,la fonction qui fait de l'homme un homme est l'uvre particulire de la femme2 un enfant lev par une femme trs femme et trs bavarde est plutt form la parole et par consquent la conscience psychologique2 aux soins d'un homme taciturne1 le mme enfant se dvelopperait trs lentement1 et si lentement peut-tre qu'il n'atteindrait jamais la limite de son intelligence pratique4 ,s'il tait possible d'assigner au langage une origine1 on dirait qu'il fut la cration de la femme4 ,mais le secret de toutes les origines nous chappera ternellement4 ,les oiseaux chantent1 le chien aboie1 l'homme parle4 ,on ne se figure pas mieux un homme muet qu'un chien muet1 qu'un pinson muet4 ,et si ces espces jadis ont vcu sans voix1 on ne comprend pas bien pourquoi elles auraient acquis un organe dont se passent fort bien d'autres animaux et mme les oiseaux des terres australes4 ,si le langage s'apprenait ou se gagnait1 si1 pour en retrouver les premiers rudiments1 les clbres racines1 il suffisait d'atteindre la mre commune du latin et du sanscrit1 du grec et du saxon1 on ne voit pas bien pourquoi le chien ne converse pas avec son matre autrement que par la queue1 les yeux1 les jappements4 ,mais le chien ne parlera jamais1 parce que le gnie d'une espce animale est dtermin aussi rigoureusement que la forme des espces cristalliques4 ,que la plus ancienne langue ft compose de cinq ou six cents monosyllabes correspondant autant d'ides gnrales1 c'est une opinion maintenant sans valeur1 mais qui eut de la force2 elle supporta plusieurs constructions dont l'extravagance ne fut pas d'abord vidente4 ,cependant on n'avait jamais observ en aucune langue relle quelque chose comme un rservoir mme inconscient de racines4 ,les mots naissent les uns des autres par drivation1 venant au monde tantt plus longs1 tantt plus courts que le mot premier4 ,cette drivation est toujours domine par un sens concret1 rel et vivant2 aucun homme1 s'il n'a fait des tudes spciales qui lui aient gt l'esprit1 n'a le sens des racines4 ,les ba1 be1 bi1 bo1 bu1 des alphabets1 voil autant de racines1 d'aprs la thorie2 mais1 chacun de ces sons1 une srie de significations parentes n'est pas dvolue2 ils peuvent1 et dans la mme langue1 les assurer toutes1 au hasard1 ou selon une logique dont les lois sont indterminables#dh4 #dh ,un seul exemple pour montrer ce que l'ide de racine a d'illusoire4 ,la trmie1 dans un moulin1 est un organe trembleur4 ,or1 le mot trembler c'est le latin tremulare4 ,il est tentant de rapprocher trmie de tremere4 ,mais non2 trmie veut dire3 trois muids 7trimodia1 tremuie1 tremie74 ,ce qu'il y a de primitif dans le discours1 ce n'est pas le mot1 mais la phrase4 ,la phrase parle de l'homme est instinctive1 comme la phrase chante de l'oiseau1 comme la phrase jappe du chien4 ,le mot est un produit analytique4 ,pour donner la priorit au mot sur la phrase1 on tait parti de cette ide que le mot est cr aprs que la chose a t perue1 l'homme agissant comme un nomenclateur1 comme un professeur de botanique qui donne des noms des brins de mousse4 ,la ralit est diffrente4 ,l'enfant balbutie des mots avant de connatre les objets dont ces mots sont le signe4 ,il est possible que l'homme ait parl--jacass--trs longtemps avant que s'tablt dans son esprit une relation fixe entre les choses et les sons familiers sortis de sa bouche4 ,des milliers de langues ont pu tre ainsi successivement jacasses sur des milliers de territoires1 langues imprcises1 avant tout musicales1 suite de phrases o certains sons seulement correspondaient des ralits4 ,mais ces sons1 malgr leur importance1 malgr leur valeur d'utilit et de reprsentation1 on peut les supposer d'abord presque aussi fugitifs que le reste du discours4 ,une langue non crite ne survit jamais la gnration qui l'a cre2 chez les sauvages1 chaque gnration refait sa langue1 si bien que le grand-pre est un tranger parmi ses petits-enfants4 ,si l'on admet ce jacassement primitif1 on admettra volontiers que la femme a d y prendre une grande part1 en mme temps qu'elle excitait par ses rires et par son attention la verve des mles4 ,la femme est peu capable d'innovation verbale2 nulle jamais1 parmi celles qui furent tout de mme de bons crivains1 ne se cra une langue dans le sens o l'on dit cela de ,ronsard1 de ,montaigne1 de ,chateaubriand1 ou de ,victor ,hugo2 mais elle redit bien1 et souvent mieux qu'un homme1 ce qui fut dit avant elle4 ,ne pour conserver1 elle s'acquitte de son rle en perfection4 ,elle rallume ternellement et sans se lasser1 la torche qui va mourir1 une torche nouvelle et toute pareille4 ,c'est entre les mains des femmes que brillent les lampada vita1 danseuses du ballet de la vie ou vestales mlancoliques au fond des caves4 ,ce que la femme fut historiquement1 elle le sera toujours1 et elle le fut toujours1 ds avant l'histoire4 ,des mots se fixent dans le jacassement primitif2 c'est l'uvre de la femme4 ,ne l'attention par la monotonie de son labeur de mnagre#di1 elle se rvolte contre le renouvellement inutile des termes4 ,sa vie s'est complique en ce territoire o la chasse est abondante1 o la nature est fconde2 les besoins des hommes croissent avec leur richesse1 et en mme temps les travaux de la femme4 ,travaillant davantage1 elle a moins de temps pour couter les discours et les chansons2 des nouveauts trop rapproches la droutent2 elle corrige le langage des hommes qui1 leur tour1 se dconcertent4 ,ainsi naissent les mots usuels2 ainsi se multiplie dans le chant parl de l'homme le nombre des sons fixes correspondant des ralits4 #di ,l'ide de faire entrer ainsi l'attention dans le monde par la femme est de ,m4 ,ribot4 ,psychologie de l'attention4 ,il arriva aussi1 et cela sans doute1 ds les temps les plus anciens1 que la femme1 dont la mmoire est excellente1 et retenu des parties de discours plus musicales1 mieux rythmes1 quelque couplet semblable ces mlopes que les ngres rptent insatiablement4 ,l'homme crait2 la femme apprenait par cur4 ,si un pays civilis parvenait un jour cet tat d'esprit o toute nouveaut est aussitt accueillie et intronise la place des ides et des rouages traditionnels1 si le pass cdait constamment devant l'avenir1 aprs quelque temps de curieuse frnsie1 on verrait les hommes tomber dans cette hbtude du touriste qui ne regarde jamais deux fois les mmes figures2 pour se ressaisir1 ils devraient se retirer dans une vie tout animale1 et la civilisation prirait4 ,une pareille fin semble avoir atteint d'anciens peuples1 si presss de renouveler leurs plaisirs que leur passage n'a laiss que des traces hypothtiques4 ,c'est l'excs d'activit1 bien plus que la torpeur1 qui a conduit au dprissement beaucoup de civilisations asiatiques4 ,partout o la femme n'a pu intervenir et opposer l'influence de sa passivit l'arrogance des jeunes mles1 la race s'est puise en essais fugitifs4 ,on peut donc tre sr que l o s'est organise une civilisation durable1 la femme en fut la pierre angulaire4 ,se levant1 comme rcitatrice1 devant le crateur1 la femme fonde un rpertoire1 une bibliothque1 des archives4 ,le premier cahier de chansons1 ce fut la mmoire d'une femme2 et ainsi du premier recueil de contes1 de la premire liasse de documents4 ,cependant l'invention de l'criture vint1 comme successivement tous les progrs1 diminuer l'importance archiviste de la femme4 ,tout ce qui parut digne de mmoire tant fix par des signes sur des matires durables1 la femme se donna le souci et le plaisir de faire vivre ce que les hommes condamnaient l'oubli4 ,elle s'est acquitte de sa tche avec une fidlit que la matire a presque toujours trahie2 et c'est ainsi que des contes qui ne furent jamais crits1 et qui remontent assurment aux temps les plus lointains1 sont venus jusqu' nous4 ,les femmes qui s'en taient amuses1 petites1 en amusrent leurs enfants4 ,malgr les efforts de la pdagogie rationnelle qui voudrait bien substituer au ,petit ,poucet l'histoire de la ,rvolution ou celle de la fondation de l',empire allemand1 c'est avec le conte bleu ou rouge1 d'amour ou de sang1 que les mres continuent d'endormir les enfants sages4 ,or il s'est trouv que cette littrature orale1 dont les thmes dpassent en nombre ceux de la littrature crite1 tait de la plus grande beaut et par consquent d'une importance suprme4 ,on doit la sauvet presque intgrale de ce trsor au gnie conservateur de la femme4 ,elle garda aussi les chansons1 les musiques 7et les danses qui s'y joignent7 dont l'homme se dtache l'ge mme o il quitte la jeunesse4 ,pour lui1 ce sont des futilits et il n'y songe plus2 pour la femme1 ce sont les moyens de plaire et elle y songe toujours1 et1 sans esprance1 elle s'y rejette pour revivre les flicits passes4 ,les vieilles femmes maintiennent ainsi la jeunesse de leur cur4 ,il ne semble pas que les femmes aient eu une grande part dans l'invention des contes et des chansons2 elles ont conserv1 ce qui est une manire de crer2 mais on trouve cependant la marque de leur esprit en certaines variantes4 ,leur tendance fut d'adoucir le dnouement d'un conte1 de calmer l'effervescence d'une chanson trop folle4 ,cette intervention sauva la vie beaucoup de ces petites choses1 en les mettant la porte des enfants1 dont la mmoire est un coffret trs sr4 ,avec la littrature1 les femmes sauvaient tout un ensemble de notions qu'il est difficile de dterminer4 ,il ne s'agit pas du long chapelet des superstitions1 mais de ce que les superstitions1 les croyances1 les traditions contiennent de science pratique4 ,pour valuer l'importance de ce chapitre de la connaissance humaine1 il faut se recueillir en une sorte d'examen de conscience2 alors ayant longtemps rflchi1 on saura trier les choses qui s'apprennent dans les livres et celles qui ne furent jamais crites et que pourtant tout le monde sait4 ,ce qu'il y a de vraiment indispensable pour la conduite dans la vie nous a t appris par les femmes3 les menues rgles de la politesse1 ces gestes qui nous ouvrent la cordialit ou la dfrence d'autrui1 ces mots qui font bienvenir1 ces attitudes qu'il faut varier selon le caractre et les situations2 toute la stratgie sociale4 ,c'est en coutant les femmes qu'on apprend parler aux hommes1 s'insinuer dans leur volont1 car seules celles qui savent plaire peuvent enseigner plaire4 ,avant mme de parler1 un enfant connat la valeur d'un sourire2 c'est son premier langage1 et rien ne prouve qu'il soit absolument instinctif4 ,l'animal n'a d'attitudes que celles qui sont le signe d'un besoin2 il y en a de belles1 il y en a de jolies1 il n'y en a pas de volontaires4 ,le sourire du plus petit enfant voile souvent une intention4 ,la femme lui a appris le mystre des changes et que1 pour un geste aimable1 on peut acqurir des nourritures et les autres choses ncessaires la vie4 ,la petite fille1 mieux dispose goter cet enseignement1 connat la valeur du pli de ses lvres et du geste qui agite sa main rose1 et cela bien avant que la connaissance des signes vocaux ait permis son cerveau tendre le raisonnement lmentaire4 ,c'est donc chez elle imitation pure2 mais l'acte est favoris par le souvenir du but dj atteint aux premiers essais1 et il y a l un exemple trs curieux et trs obscur d'un effet dterminant sa cause dans l'inconscience physiologique4 ,les femmes n'ayant gure dans la vie que des relations passionnelles1 ces jeux trs primitifs restent le fond de leur tactique sociale2 les hommes1 mesure qu'ils vivent1 sentent le besoin de compliquer cette science lmentaire1 mais elle leur demeure toujours une ressource suprme3 attendrir son vainqueur1 lui plaire1 tel est le dernier argument du vaincu4 ,toute la mimique est l'uvre des femmes4 ,mme silencieuse1 une femme parle encore1 et souvent avec une sincrit que n'ont pas ses paroles2 mme immobile1 elle parle encore et souvent avec plus d'loquence que par des mots ou des gestes4 ,la conformation de son corps fait que sa respiration est un langage2 le rythme de sa poitrine dit l'tat de son me et les degrs de son motion4 ,aucun discours ne trouve un homme plus sensible4 ,mais leurs yeux disposent d'un clavier plus tendu1 quoique moins mouvant4 ,avec les yeux1 avec l'arc de la bouche muette diversement inflchi1 la femme peut aller jusqu'au bout de sa pense4 ,l'il plit ou s'avive1 lve ou abaisse son regard1 et c'est le dsir ou le ddain1 le dpit ou la promesse1 autant de pages qu'un homme comprend ds qu'il a intrt les lire4 ,a ces lueurs et ces mouvements1 le jeu des paupires ajoute sa valeur2 ce jeu est affirmatif1 ngatif1 interrogateur4 ,il profre un oui bref et net et un oui de langueur et d'abandon2 il questionne sur le ton de la colre ou celui de la plainte2 il refuse par un arrt brusque moiti de la prunelle qui voile les yeux sans les fermer4 ,mais que d'autres nuances et que le sourire aussi est riche en paroles6 ,toute la femme parle2 elle est le langage mme4 ,ses enfants seront d'abord des mimes4 ,comme leur mre1 ils sauront parler d'abord avec tout ce qui ne parle pas1 acquisition prcieuse4 ,darwin a trouv chez les animaux l'esquisse de l'expression des motions4 ,il y a dans la mimique humaine une importante part d'instinct2 la femme a cultiv ces mouvements primitifs1 elle les a chargs de nuances1 elle les a multiplis2 aux signes des motions vraies sont venus se joindre les signes des motions fausses1 et alors seulement il y a eu langage4 ,l'expression animale des motions n'est pas un langage1 car elle ne saurait feindre2 le langage vrai commence avec le mensonge4 ,il y a un sens du rel dans le mot fameux3 le langage a t donn l'homme pour dguiser sa pense4 ,le mensonge qui est la seule preuve extrieure de la conscience psychologique est aussi la seule preuve que des gestes sont un langage et non une mimique inconsciente2 le mensonge est la base mme du langage et sa condition absolue4 ,l'analyse des faits linguistiques dmontre cela assez bien1 puisque tout mot contient une mtaphore et que toute mtaphore est un dplacement de la ralit1 quand elle n'est pas un mensonge voulu et prmdit4 ,mais prendre le langage tel qu'il nous apparat1 et en supposant que chaque mot corresponde un objet1 on peut dire que s'il existait un homme qui n'et jamais menti1 cet homme n'aurait jamais parl4 ,ce n'est pas parler1 en effet1 que dire j'ai peur ou j'ai froid1 quand on a peur ou qu'on a froid2 c'est exprimer une motion ou une sensation au moyen de signes verbaux1 et analogues au tremblement de l'animal transi ou affam4 ,mais si1 au contraire1 niant son motion ou sa sensation1 l'homme qui a froid dit j'ai chaud et l'homme qui a faim je n'ai pas faim1 il parle4 ,qu'il use des paroles1 des gestes1 ou des signes de l'criture1 cela1 au mensonge1 c'est--dire la conscience1 on reconnat l'homme4 ,mensonge1 que l'on ne s'y trompe pas1 prend ici le sens de3 expression d'une sensation imaginaire2 il s'agit de psychologie et non de morale1 domaines spars4 ,si la femme est le langage1 elle doit tre le mensonge1 et aussi la conscience4 ,tout cela se tient et ne fait qu'un4 ,le premier de ces points n'a pas t tudi1 mais l'opinion populaire lui est favorable4 ,outre qu'elles parlent plus volontiers que les hommes1 elles usent d'une syntaxe meilleure1 d'un vocabulaire moins hasard1 elles prononcent bien3 on sent que le langage est leur lment4 ,le second point1 le mensonge1 est incontest2 mais on en fait un crime aux femmes alors qu'il est la consquence d'un autre don et d'ailleurs une affirmation de leur spiritualit4 ,les femmes mentent plus que les hommes2 c'est donc qu'elles ont un plus grand sentiment de l'indpendance1 une conscience plus vive3 et voil le troisime point atteint1 sans qu'il soit besoin1 semble-t-il1 d'une dmonstration minutieuse4 ,on a parl du mensonge hystrique3 il est probable qu'il y a l un abus1 non dans les termes1 mais dans l'intention qui les a unis4 ,si l'on veut dire mensonge inconscient1 c'est une absurdit4 ,le mensonge est au contraire le signe mme de la conscience1 et il ne peut y avoir mensonge que l o il y a conscience pleine et active4 ,il ne faut pas confondre une sensation dlirante exprime telle qu'elle a t sentie avec le travestissement volontaire donn l'exposition d'une sensation vraie2 confondre avec le dernier1 le premier terme de la srie4 ,l'animal ne ment jamais2 comment le pourrait-il8 ,il est forc d'exprimer1 telle qu'il l'prouve1 sa sensation4 ,s'il a envie de mordre1 le chien retrousse ses babines1 montre ses dents4 ,le voit-on se contenir1 faire l'hypocrite1 mentir2 c'est qu'au contact de l'homme1 il a peut-tre acquis un rudiment de conscience2 c'est que l'ducation qu'il a reue se trouve ce moment en conflit avec son instinct4 ,d'ailleurs la ruse1 et surtout applique la dfense ou la qute de la vie1 est tout autre chose que le mensonge2 c'est une forme aigu de la prudence4 ,le vrai mensonge est sans but1 sans utilit que d'affirmer un dtachement suprieur2 il apparat tel qu'une ngation des liens qui attachent l'homme la ralit2 par quoi il se rapproche de la posie et de l'art dont il est un des lments4 ,l'art est n1 comme le mensonge1 d'une vive conscience des sensations et des motions2 il affirme un tat de sensibilit extrme1 en mme temps qu'une tendance repousser ce rel dont les sens d'un homme furent blesss4 ,l'art1 quelle que soit sa forme1 implique une connaissance approfondie des signes1 et la volont de les transposer1 sans tenir compte de leurs concordances usuelles4 ,l'artiste est celui qui ment suprieurement1 au-dessus des autres hommes4 ,s'il ment avec la parole1 c'est le pote2 avec le son inarticul1 c'est le musicien2 avec les formes dont il fixe les attitudes1 c'est le sculpteur1 et son art n'est que le dveloppement extrme du langage des gestes 7dont le danseur figure un tat trs fugitif72 avec les lignes et les couleurs1 c'est le peintre1 et que fait-il sinon de rendre aux hiroglyphes des critures primitives leur vritable aspect et toute leur ampleur naturelle8 ,l'art est un langage1 et il n'est que cela4 ,mais si la femme est le langage1 d'o vient qu'elle se soit si mdiocrement manifeste dans les jeux suprmes du langage8 ,des critiques1 pour la flatter1 ont allgu on ne sait quelle hrdit latrale1 par quoi on dmontre que1 filles de mres de moins en moins cultives1 mesure que l'on remonte le cours des sicles1 il n'est pas surprenant que leurs aptitudes soient moindres que celles des mles4 ,cela n'est pas srieux1 car s'il est vrai que le gnie et le talent sont souvent en rapport direct avec les cultures antrieures1 il y a aussi de soudaines aptitudes que le milieu dveloppe4 ,pourquoi une fille ne trouverait-elle pas cette aptitude dans sa chair1 comme son frre8 ,d'ailleurs voil des milliers d'annes qu'on apprend la musique aux femmes1 et c'est peut-tre l qu'elles ont encore le moins cr4 ,la cause est plus profonde4 ,la femme est le langage1 mais le langage utile2 son rle n'est pas de crer1 mais de conserver4 ,elle s'en acquitte merveille4 ,elle ne cre ni les pomes1 ni les statues2 mais elle cre les crateurs des pomes et des statues2 elle leur enseigne le langage1 qui est la condition de leur science1 le mensonge qui est la condition de leur art1 la conscience qui leur donne le gnie4 ,quand l'enfant1 vers six ou sept ans1 sort des mains de la femme1 l'homme est fait4 ,il parle1 et c'est tout l'homme4 ,la grande uvre intellectuelle de la femme est l'enseignement du langage4 ,les grammairiens et leurs succdans1 instituteurs et professeurs1 s'imaginent tre les matres du langage et que1 sans leur intervention1 la langue des hommes prirait dans la confusion et l'incohrence2 on les entretient depuis des sicles dans cette illusion1 et pourtant il n'en est pas de plus ridicule4 ,les femmes sont les ouvriers lmentaires et les potes1 les ouvriers suprieurs du langage1 les uns et les autres inconscients de leur rle2 l'intervention du grammairien est presque toujours mauvaise2 moins qu'elle ne se borne constater des faits1 moins qu'elle n'ose ramener vers les mains des femmes et des potes une influence que la science ne saurait exercer qu'avec injustice4 ,voici des enfants qui parlent1 ils s'en vont l'cole recevoir une leon de grammaire4 ,ils parlent et usent de toutes les formes du verbe et de toutes les nuances de la syntaxe avec aisance et justesse4 ,ils parlent1 mais voil l'cole1 et le matre triomphe de leur apprendre ce que c'est que l'imparfait du subjonctif4 ,a une fonction1 l'coltre a substitu une notion2 il a remplac le geste par la conscience du geste1 le mot par sa dfinition2 il enseigne la grammaire2 il n'enseigne pas le langage4 ,le langage est une fonction2 la grammaire est l'analyse de cette fonction4 ,il est aussi inutile de savoir la grammaire pour parler sa langue naturelle que de savoir la physiologie pour respirer avec ses poumons ou marcher avec ses jambes4 ,compar au rle de la mre ignorante qui cueille comme une fleur le premier mot panoui sur les lvres de l'enfant1 le rle du matre est presque nul4 ,ce mot qui vient de fleurir1 c'est la mre elle-mme qui l'a sem1 car si le langage est une fonction1 il faut lui donner les matriaux sur lesquels elle puisse s'exercer4 ,le bavardage futile d'une femme1 si peu diffrent de celui de la petite fille qui parle sa poupe1 voil la premire leon de l'enfant et celle qui en importance dpasse toutes les autres2 autant de mots1 autant de graines qui vont germer1 pousser1 fructifier dans le jeune cerveau4 ,sans cette semence jete sans cesse la vole1 la fonction linguistique de l'enfant resterait inerte et il ne sortirait de ses lvres que des sons vagues et peut-tre inarticuls4 ,on s'est demand parfois quelle langue parleraient des enfants levs ensemble hors de porte de la voix humaine4 ,ils n'en parleraient peut-tre aucune4 ,c'est une question que nul ne peut rsoudre4 ,en tous cas1 ils ne parleraient qu'une langue rudimentaire1 c'est--dire trop riche1 variable et entirement inconnue1 car il n'y a pas plus de racines innes que d'ides innes4 ,l'enfant ne cre pas sa langue1 encore moins il ne secrte pas sa langue2 il l'apprend4 ,il parle selon qu'on parle autour de son berceau2 il est phonographe et d'abord aussi mcaniquement que l'instrument mme4 ,avant de pouvoir situer les signes vocaux au-dessus des objets1 il les possde en grand nombre1 mais en confusion1 en vrac4 ,ensuite il apprendra utiliser cette richesse2 comme il connat d'une part les mots et d'autre part les objets1 l'opration qui va les runir dans sa mmoire lui sera des plus faciles et des plus naturelles4 ,la femme dirige cette rpartition avec joie1 et elle s'admire en admirant les progrs de l'enfant2 elle croit que la double acquisition du mot et de l'objet se fait intgralement son ordre1 et cela lui donne de l'orgueil4 ,ainsi1 l'ignorance du mcanisme psychologique de l'enfant assure le succs de l'ducatrice4 ,ce langage que l'enfant tient tout entier de la femme1 c'est en son honneur que1 plus tard1 il l'exercera volontiers comme pote1 conteur1 philosophe1 thologien ou moraliste1 comme crateur de valeurs1 selon l'expression trs forte de ,nietzsche4 ,la plus grande partie de la littrature est l'uvre indirecte de la femme1 faite pour elle1 pour lui plaire ou la piquer1 pour l'exalter ou la dnigrer1 toucher son cur1 idaliser ou maudire sa beaut et son amour4 ,il a fallu que les deux sexes fussent aussi profondment dissemblables1 aussi trangers1 aussi opposs1 pour que l'un se soit fait l'adorateur de l'autre4 ,avec la parit des gots1 des besoins1 des dsirs1 les diffrences corporelles n'eussent pas suffi ni le commandement de l'espce4 ,l'humanit pouvait se perptuer sans l'amour#ej2 l'amour et t impossible sans les divergences radicales qui font que l'homme et la femme sont deux mondes l'un l'autre impntrables4 ,on ne peut adorer que l'inconnu2 il n'y a plus de religion l o il n'y a plus de mystre4 ,dans toutes les socits1 tant qu'elle est jeune et belle1 la femme1 et mme esclave1 est la matresse de la civilisation2 les potes1 que sa grce a inspirs1 augmentent cette suprmatie en faisant d'elle l'objet de leurs chants1 et la posie1 qui ne voulait d'abord que dire les joies de la possession ou les affres du dsir1 achve son volution1 en crant l'amour4 ,car l'amour1 avec tout ce que contient ce mot1 de sentiment1 de passion1 de rve1 de bonheur1 de larmes1 est bien une cration verbale et l'uvre mme de l'imagination des artistes du langage4 #ej ,a cela et suffi l'accouplement4 ,la vie commune survivant la fcondation est extrmement rare1 hormis chez les primates et les oiseaux4 ,chez les insectes carnivores1 la pariade est souvent mortelle pour le mle que1 plus forte1 la femelle dvore4 ,c'est dans les pomes1 les contes1 les rcits traditionnels1 que l'homme vulgaire1 enclin la seule jouissance1 a appris aimer1 augmenter jusqu' l'infini des joies mdiocres et des chagrins futiles4 ,rptons ici le mot de ,nietzsche3 le pote a t le crateur des valeurs sentimentales4 ,mais presque aussitt cres1 elles lui ont chapp4 ,s'emparant de ces valeurs nouvelles1 la femme les a transformes en instruments de rgne2 elle a cueilli avec simplicit les fruits du langage1 son uvre4 ,comment l'amour volua sous cette domination et tous les bienfaits qui en ont t la consquence1 ce serait un long chapitre de l'histoire de la civilisation4 #aija4 ,,note4--,les dductions philosophiques n'ont de valeur que si elles s'accordent exactement avec la science2 mais alors elles ont une valeur4 ,j'ai donc saisi l'occasion de complter la note de la page #ei sur le mensonge considr comme raction vitale4 ,voici la position scientifique de la question3 ,m4 ,r4 ,quinton a t amen1 au cours de ses travaux1 reconnatre que l'ensemble de tous les tres vivants se divise en deux grandes sries physiologiques1 qui correspondent exactement aux deux sries anatomiques3 ,invertbrs et ,vertbrs4--,la premire et infrieure 7,invertbrs7 toujours en quilibre au milieu1 subissant toutes les conditions extrieures si dfavorables qu'elles soient2 la seconde et la plus leve 7,vertbrs7 n'acceptant pas ces conditions1 ragissant contre elles1 toujours en dsquilibre avec le milieu1 maintenant intrieurement la concentration saline des origines en face des mers qui se concentrent davantage ou des eaux douces qui se dessalent1 maintenant encore la temprature des origines en face du milieu terrestre qui se refroidit1 mentant au milieu1 en dfinitive1 pour maintenir ses conditions de vie optimes4 ,le mensonge dont nous parlons n'est que la forme psychologique de cette raction du ,vertbr contre l'hostilit du milieu4 ,les termes obscurs de cette note 7concentration saline1 temprature des origines7 sont expliqus dans le livre publi par ,m4 ,quinton1 l',eau de mer milieu organique4 ,,troisi,,me ,,partie ,l',,id,,alisme ,,pr,,face ,,pour ,,la ,i,i,ie ,,et ,,la ,i,ve ,,parties ,on rimprime ici1 parce que l'dition vient de s'puiser1 le petit volume intitul avec une navet1 qui n'tait pas aussi ambitieuse qu'on pourrait le croire1 l',idalisme4 ,depuis dix ans les ides de l'auteur se sont modifies sur plus d'un point4 ,vivre1 c'est changer4 ,il espre que1 pour lui1 avoir vcu signifie1 cette heure1 avoir grandi en sagesse et en scepticisme1--et il ne redoute pas les curieux qui voudraient opposer sa pense d'hier sa pense d'aujourd'hui4 ,plusieurs morceaux de la ,i,ve partie sont galement anciens2 cet avertissement leur est applicable4 ,dcembre #aija4 ,,notice ,ces articles furent imprims1 le dernier printemps1 en diverses revues qui voulurent bien me laisser dire3 les ,entretiens1 la ,revue ,blanche1 les ,essais d',art libre1 l',ermitage1 le ,livre d',art4 ,les voici ensemble1 lis par un seul fil1 mme les trois derniers dont le ton sera un peu discordant4 ,a cette heure1 la thorie idaliste n'est plus gure conteste que par quelques canards enclins se plaire dans les vieux marcages4 ,les naturalistes les plus entts et les plus obtus ont cd eux-mmes l'nergique pression intellectuelle qui1 depuis quatre ans1 depuis la mort de ,villiers de l',isle-,adam1 pesa sur le monde o la pense s'labore en uvres d'art4 ,la grande guerre est donc finie1 mais selon le conseil de ,machiavel1--le matre bien-aim de ,tribulat ,bonhomet--il faut achever les blesss1 afin qu'ils ne surgissent pas guris et aptes de nouvelles batailles4 ,si mdiocre que soit un vaincu1 sa colre est toujours craindre3 c'est pourquoi l'extermination est ncessaire4 ,j'espre que tant de frocit ne sera pas juge contradictoire avec les principes de la libert de l'art1 que je prconise avant tout4 ,r4 ,g4 #be mars #ahic4 ,l',,id,,alisme ,ce mot trane dans les journaux3 des gens aussi vains que ,m4 ,filon se permettent de l'crire1 croyant le comprendre2 les no-chrtiens en font usage avec l'aplomb de l'apprenti sorcier de ,gthe2 ,m4 de ,vogu chevauche ce manche balai1--et de ce balai ,m4 ,desjardins balaie la sacristie2 c'est le mot tout faire4 ,pour ces simplistes1 un peu borns1 l'idalisme est le contraire du naturalisme1--et voil2 cela signifie la romance1 les toiles1 le progrs1 les pauvres btes1 les phares1 l'amour1 les montagnes1 le peuple1 les pauvres gens1 tout le sentimentalisme humanitaire1 sexuel et social4 ,autrement1 ces sots s'imaginent qu'idalisme est synonyme de spiritualisme et qu'un tel vocable relve de la judicature de ,m4 ,simon et de ,m4 ,droulde2 qu'il clame une doctrine morale et consolatoire2 que les familles y puisent quelque vigueur procrer2 les conscrits1 de l'enthousiasme2 les misrables1 de la rsignation4 ,mais non1--et il importe de cartonner cette page le dictionnaire des lieux communs3 l'idalisme est une doctrine immorale et dsesprante2 anti-sociale et anti-humaine1--et pour cela l'idalisme est une doctrine trs recommandable1 en un temps o il s'agit non de conserver1 mais de dtruire4 ,en voici le sommaire4 ,schopenhauer rsume ainsi les principes de l'idalisme pos par ,kant3 ,le plus grand service que ,kant ait rendu1 c'est sa distinction entre le phnomne et la chose en soi1 entre ce qui parat et ce qui est2 il a montr qu'entre la chose et nous il y a toujours l'intelligence1 et que par consquent elle ne peut jamais tre connue de nous telle qu'elle est4 ,thoricien de l'idalisme1 ,kant n'en est pas le trouveur2 ,platon fut rigoureusement idaliste2 saint ,denys l',aropagite profra3 ,nous ne connaissons pas ,dieu tel qu'il est et ,dieu ne nous connat pas tels que nous sommes2 enfin les ralistes du ,moyen ,age professaient1 eux aussi1 la douloureuse relativit de toute connaissance1 que toute notion n'est que d'apparence1 que la vraie ralit est insaisissable pour les sens comme pour l'entendement#ea4 #ea ,le vritable premier thoricien du phnomnisme serait encore plutt ,berkeley1 mais excs de logique1 ,berkeley va un peu loin et ,kant1 lui-mme l'a rfut eu rfutant ,descartes 7,critique de la ,raison pure74 ,les consquences logiques de ces aphorismes sont nettes3 on ne connat que sa propre intelligence1 que soi1 seule ralit1 le monde spcial et unique que le moi dtient1 vhicule1 dforme1 extnue1 recre selon sa personnelle activit2 rien ne se meut en dehors du sujet connaissant2 tout ce que je pense est rel3 la seule ralit1 c'est la pense4 ,la relativit de l'extrieur tant bien tablie1 nul besoin1 thoriquement1 pour le moi1 de se mler de problmatiques contingences2 il se suffit lui-mme1 et il le faut1 puisqu'il est isol de ses semblables autant que deux plantes du systme solaire4 ,convaincu que tout est transitoire1 hormis sa pense1 qui est ternelle 7en ce sens qu'elle capte la lumire72 convaincu qu'il est seul et impntrablement seul1 comme une molcule doue seulement d'un pouvoir de cohsion2 convaincu enfin que tout est parfaitement illusoire1 puisque1 dans sa course la connaissance1 ce collin-maillard1 il n'emprisonne jamais que son prennel et fastidieux moi2 bien assur qu'il ne peut sortir de l'tat goste que pour retomber dans l'tat per-goste1--l'idaliste se dsintresse de toutes les relativits telles que la morale1 la patrie1 la sociabilit1 les traditions1 la famille1 la procration1 ces notions relgues dans le domaine pratique4 ,un individu est un monde2 cent individus font cent mondes1 et les uns aussi lgitimes que les autres3 l'idaliste ne saurait donc admettre qu'un seul type de gouvernement1 l'anarchie2 mais s'il pousse un peu plus avant l'analyse de sa thorie il admettra encore1 avec la mme logique 7et avec plus de complaisance7 la domination de tous par quelques-uns1 ce qui1 d'aprs l'identit des contraires1 est spculativement homologue et pratiquement quivalent4 ,l'idalisme pessimiste de ,schopenhauer aboutissait au despotisme2 l'idalisme optimiste de ,hgel se rsout dans l'anarchie3 il suffit d'voquer la mthode des diffrenciations pour donner raison ,schopenhauer4 ,tous les hommes1 par cela seul que leur cerveau fonctionne1 se reprsentent un monde2 mais peu d'hommes se reprsentent un monde original4 ,considr comme une entit1 l'ensemble des cerveaux humains est pareil un four porcelaine d'o sortent successivement des millions de pices identiques et banales2 une sur un million apparat bizarrement craquele1 roussie1 fume1 raye d'tranges dessins imprvus et fous1 gondole1 creuse1 souffle1 dforme1 rate#eb1 cette pice de porcelaine1 c'est la reprsentation du monde conue par les esprits suprieurs1 par les gnies4 ,c'est1 en somme1 pour cette pice unique que le four chauffe et il importe peu que toutes les autres soient ananties1 si celle-l demeure4 #eb ,pices rates4--,villiers de l',isle-,adam1 le lendemain de sa mort1 fut qualifi de rat par ,m4 ,fouquier et quelques autres reporters4 ,ml la vie active 7qu'il ddaigne1 peut-tre par inaptitude71 l'idaliste jugerait des hommes comme de ces pices de porcelaine2 il les mettrait leurs vraies places3 les suprieurs en haut1 les infrieurs en bas1--le peuple tant fait pour obir aux lois et non pour dicter des lois#ec4 #ec ,schopenhauer4 7,la thorie anarchiste emporte peu prs les mmes consquences3 en l'absence de toutes lois1 l'ascendant des hommes suprieurs serait la seule loi et leur juste despotisme incontest47 ,en conclusion1 ou bien l'idalisme engage au dsintressement absolu de la vie sociale2 ou bien1 s'il condescend la pratique1 il conclut des formes de gouvernement que tous les esprits sains et nourris de doctrines prudentes n'hsiteront pas qualifier d'immorales1 de subversives1 d'incompatibles avec nos murs dmocratiques1--et ces formes sont3 l'anarchie1 pour que l'influence intellectuelle soit exerce par ceux qui sont ns pour cette fonction2 le despotisme1 pour qu'il pourvoie les imbciles de bonnes muselires1 car1 sans intelligence1 l'homme mord4 ,la vie sociale tant carte1 il reste un domaine o il semble que l'idalisme pourrait rgner sans nuire au dveloppement de la muflerie dmagogique1 l'art4 ,mais1 parler de l'art1 cette heure1 serait une ironie par trop cruelle3 jadis1 il fut libre2 ensuite1 il fut protg2 aujourd'hui1 il est tolr2 demain1 il sera interdit4 ,pratiquons-le encore1 mais en secret1 en des catacombes1 comme les premiers chrtiens1 comme les derniers paens4 ,,le ,,symbolisme ,on croit le moment bon pour le dire avec sincrit et navet3 cette heure il y a deux classes d'crivains1 ceux qui ont du talent1--les ,symbolistes2 ceux qui n'en ont pas1--les ,autres4 ,oui1 selon les prcdentes formules1 et selon une libert diffremment comprise1 d'aucuns firent des uvres2 mais ces ,aucuns-l ne sont-ils pas enfin prims8 ,et les coraux qu'ils scrtrent1 les lots qu'ils rigrent1 un flot nouveau ne vient-il pas1 tel qu'un orageux raz de mare1 les secouer1 les dsagrger et ne permettre qu'aux indestructibles de maintenir au-dessus de l'asphyxie leur tte fleurie8 ,ils meurent1 ils s'miettent1 ils se ptrifient1 l'orage pass1 sous une couche de silence1 ils s'enfoncent lentement1 ils descendent vers la gologie qu'ils vont devenir4 ,ces dbris d'inconscients et microscopiques travaux1 peine s'ils inspirent encore quelque respect 7si ,on nous le permet7 ou quelque curiosit des passagers en promenade autour du monde1 et les chefs de ces dfuntes colonies 7un peu animales1 peut-tre87 ne sont pas du tout des ,chefs2 ils n'ont plus ni manuvres1 ni clients4 ,patrons dmods1 ,praticiens vieillis et sans influence1 entrepreneurs de btisses entre les mains desquels et sous les yeux 7les mauvais ils7 desquels les moellons fondent comme les morceaux de sucre dans les romans de ,m4 ,daudet4 ,les coraux rouges1 nous les vmes assez3 qu'ils soient bleus6 ,l'un des lments de l',art est le ,nouveau1--lment si essentiel qu'il institue presque lui seul l',art tout entier1 et si essentiel que1 sans lui1 comme un vertbr sans vertbres1 l',art s'croule et se liqufie dans une glatine de mduse que le jusant dlaissa sur le sable4 ,or1 de toutes les thories d',art qui furent1 en ces pnultimes jours1 vagies1 une seule apparat nouvelle1 et nouvelle d'une nouveaut invue et inoue1 le ,symbolisme1 qui1 lav des outrageantes signifiances que lui donnrent d'infirmes court-voyants1 se traduit littralement par le mot ,libert et1 pour les violents1 par le mot ,anarchie4 ,la ,libert en ,art1 nouveaut si stupfiante qu'elle est encore et demeurera longtemps incomprise4 ,toutes les rvolutions advenues jusqu'ici en ce domaine s'taient contentes de changer ses chanes au captif et1 gnralement1 c'tait en de plus lourdes que les muait la douloureuse ingniosit des novateurs4 ,mais1 les chanes1 c'est--dire des rgles1 des grammaires1 des formules1 cela convient au peuple de l',art1 compos d'une majorit d'enfants et de vieillards1 satisfaits--lit ou berceau--qu'un guide sr les promne en petite voiture4 ,le haquet de ,thespis brouetta ces rsigns deux sicles durant2 puis ce fut le cabriolet romantique1 puis la tapissire parnassienne1 puis le tombereau naturaliste1 puis le cab psychologique1 puis le vlocipde no-chrtien1--et ils taient toujours soigneusement ligots4 ,si l'on veut savoir en quoi le ,symbolisme est une thorie de libert1 comment ce mot1 qui semble strict et prcis1 implique1 au contraire1 une absolue licence d'ides et de formes1 j'invoquerai de prcdentes dfinitions de l',idalisme1 dont le ,symbolisme n'est aprs tout qu'un succdan4 ,l',idalisme signifie libre et personnel dveloppement de l'individu intellectuel dans la srie intellectuelle2 le ,symbolisme pourra 7et mme devra7 tre considr par nous comme le libre et personnel dveloppement de l'individu esthtique dans la srie esthtique1 et les symboles qu'il imaginera ou qu'il expliquera seront imagins ou expliqus selon la conception spciale du monde morphologiquement possible chaque cerveau symbolisateur4 ,d'o un dlicieux chaos1 un charmant labyrinthe parmi lequel on voit les professeurs dsorients se mendier l'un l'autre le bout1 qu'ils n'auront jamais1 du fil d',ariane4 ,ils voudraient comprendre1 ils cherchent1 quand parlent les harpes1 agripper au passage quelques clairs et nets lieux communs2 ils croient qu'on va leur redire les vieilles gnralits qu'ils biberonnrent l'cole1 tout ce qui1 dfinissant la ,femme1 dfinit la marcheuse et la gardeuse d'oies4 ,si le ,symbolisme devait1 comme d'aucuns l'ont annonc1 revenir des concepts aussi simples1 des imaginations aussi naves1 il ne serait ni ce qu'il est1 ni ce qu'il sera3--il continuerait tout simplement le classicisme1 et alors quoi bon8 ,sans doute1 il apparat1 en un certain sens1 comme un retour la simplicit et la clart1--mais ces effets1 il les demande au complexe et l'obscur1 au ,moi o toutes les ides s'enchevtrent1 o toutes les lumires concourent ne donner que de la nuit4 ,on est toujours compliqu pour soi-mme1 on est toujours obscur pour soi-mme1 et les simplifications et les clarifications de la conscience sont uvre de gnie2 l',art personnel--et c'est le seul ,art--est toujours peu prs incomprhensible4 ,compris1 il cesse d'tre de l'art pur pour devenir un motif de nouvelles expressions d'art4 ,mais1 si personnel que soit l',art symboliste1 il doit1 par un coin1 toucher au non-personnel1--ne ft-ce que pour justifier son nom2 et il faut toujours tre logique4 ,il doit s'enqurir de la signification permanente des faits passagers1 et tcher de la fixer1--sans froisser les exigences de sa vision propre1--tel qu'un arbre solide mergeant du fouillis des mouvantes broussailles2 il doit chercher l'ternel dans la diversit momentane des formes1 la ,vrit qui demeure dans le ,faux qui passe1 la ,logique prennelle dans l',illogisme instantan1--et nanmoins1 planter un arbre qui soit si spcial1 si unique de ramure1 d'corce1 de fleurs et de racines1 qu'on le reconnaisse entre tous les arbres comme un arbre dont l'essence n'a ni surs ni frres4 ,je sais bien que#ed par la dfinition mme de l',idalisme1 le ,permanent lui-mme ne peut tre conu que comme personnel1 c'est--dire comme transitoire1 et que ce qu'il y a d',absolu vraiment est incogniscible et hors d'tre formul en symboles2 ce n'est donc qu'au relatif absolu que vise le ,symbolisme1 dire ce qu'il peut y avoir d'ternel dans le personnel4 #ed ,quant au sujet absolu1 la substance1 elle ne peut pas tre dans les phnomnes extrieurs1 autrement1 elle serait conditionnelle et non pas absolue4 ,pour que cette substance devienne une pense1 il faut qu'elle soit en relation avec le moi2 elle dpendra alors du sujet pensant4 ,pour que la substance soit absolue1 il faut qu'elle soit la substance des phnomnes intrieurs du moi1 c'est--dire le sujet pensant qui ne dpend que de lui-mme4 ,,kant1 ,critique de la ,raison pure4 ,cette manire de comprendre l',art exclut l'artiste mdiocre qui ne dtient1 cela va sans dire1 rien d'ternel dans son personnel et qui ne saurait exprimer une ide un peu humaine 7ou divine7 que par dmarquage2 mais cette sorte d'tre a rgn assez longtemps grce aux tuteurs qu'on lui tolrait3 que son rgne finisse 7si c'est possible87 et soyons intolrants4 ,pratiquement il importe que le ,symbolisme1 art libre1 acquire dans l'estime gnrale une valeur qu'on lui a1 jusqu' ce jour1 dnie2 il importe qu' ct des formes connues on tolre des formes inconnues et que de la serre chaude de la ,littrature on n'expulse pas les plantes1 nes de graines de hasard1 ignores des catalogueurs et des jardiniers4 ,pour cela nulle concession ne doit tre faite2 c'est aux intellects rudimentaires se dvelopper et non aux larges intelligences se rtrcir pour permettre l'il distrait de parcourir plus facilement une moindre surface4 ,et les tuteurs1 les rgles1 les lois1 il faut les couper et les hacher et qu' la place de ces chnes pourris1 piqus de trous de vermine1 le lierre qui s'accrochait aux troncs s'accroupisse en une ridicule dsolation4 ,l',,art ,,libre ,,et ,l',,esth,,tique ,,individuelle ,les modles ont1 de tout temps1 devanc les prceptes4 ,cette pense de ,m4 de ,laharpe simule un lieu commun1 mais seulement peut-tre par sa forme dmode et l'troitesse des termes o elle se base4 ,en un langage plus philosophique1 plus gnral et plus solide1 on obtiendrait un aphorisme tel que3 ,l',art est antrieur l',esthtique1 ce qui apparat non plus un lieu commun1 mais une vrit ternelle4 ,les ,vrits ternelles1--il n'y a de vraie plaisante dialectique qu' se battre sur leur dos4 ,elles sont patientes1 souffrent les coups maladroits1 les insultes1 les caresses1 et1 l'ironie de leurs yeux immuables tant tourne vers le ciel1 les protagonistes n'ont pas rougir ou trembler sous un regard qui pourrait tre mdusien4 ,les ,vrits ternelles1--elles sont de toute morphologie4 ,il y en a de blondes avec des chairs laiteuses qui nous leurrent de la nubilit d'une prenable vierge2 il y en a qui ont les quatre pieds d'une bte et dont le front angulaire contient1 en sa gomtrie1 toute l'inquitude humaine2 il y en a dont les ailes1 plus larges que les ailes des condors1 abritent sous leurs plumes un peuple de penses444 ,celle dont je parle est un des plus modestes ons2 elle frquente la ,terre et fait plus volontiers son nid syllogistique en tel cabinet d'tude que dans la barbe de ,jupiter4 ,donc3 l',art est antrieur l',esthtique4 ,lemme3 l',esthtique doit tre une explication et non une thorie de l',art4 ,plusieurs ayant contest1 non l'aphorisme1 qui est indiscutable1 mais son lemme1 qui l'est moins1 quelques arguments nouveaux seront peut-tre bien accueillis par quelques lecteurs de bonne volont4 ,l'essence de l',art est la libert4 ,l',art ne peut admettre aucun code ni mme se soumettre l'obligatoire expression du ,beau#ee4 ,non seulement il se refuse au joug d'une formule passagre1 mais il dnie la domination de l'absolu humain1--lequel n'est d'ailleurs que la moyenne des gots1 des jugements1 des plaisances de la moyenne humanit4 ,il peut violenter cet absolu1 il peut balafrer la ,beaut1--et rpondre3 ,votre ,absolu n'est pas le ,mien1 et3 ,il me plat de balafrer la ,beaut4 #ee ,la beaut1 uvre de l'art1 est plus leve que celle de la nature1 et3 ,la beaut dans la nature n'apparat que comme un reflet de la beaut de l'esprit4 ,hgel1 ,esthtique4 ,introduction4 ,l',art est libre de toute la libert de la conscience2 il est son propre juge et son propre esthte2 il est personnel et individuel1 comme l'me1 comme l'esprit3 et1 l'me libre de toute obligation qui n'est pas morale1 l'esprit libr de toute obligation qui n'est pas intellectuelle1 l',art est libr de toute obligation qui n'est pas esthtique4 ,c'est en vain qu'il chercherait le ,vrai que l'intelligence seule peut connatre1 ou le ,moral que la conscience seule distingue2 il est inapte ces oprations1 il ne comprend et ne s'assimile que ce qui est adquat son sens unique3 le ,sens esthtique4 ,c'est mme pour cela qu'il est libre4 ,il se dveloppe du dehors au dedans1 sans proccupations d'avoir partager son espace avec d'autoritaires entits2 il se dveloppe et s'enroule sur lui-mme1 se complique loisir1 multiplie ses fibres1 ses feuilles1 ses fleurs intrieures2 il se dveloppe et crot dans l'obscurit du ,moi1 et s'il vient1 au jour de l'explosion vitale1 projeter imprieusement ses vgtations1 elles tonnent comme des consquences anormales1 illogiques1 incomprhensibles4 ,l'individu est anormal3 on ne le classe que par les limitations imposes ses manifestations extrieures2 intrieurement1 il est anormal1 il est un tre dissemblable des tres qui lui ressemblent le plus4 ,l',art 7que je considre ici comme une des ,facults de l'me individuelle7 est donc1 de mme que l'individu lui-mme1 anormal1 illogique et incomprhensible4 ,or si la diffrenciation est vidente 7ou tout au moins microscopiquement possible tablir7 entre tous les individus humains dous de l'me1--cette diffrenciation devient bien plus vidente 7et incontestablement notoire7 entre le petit nombre des individus humains dous d'une me suprieure4 ,selon l'chelle de la vie1 les membres de tel groupe d'tres sont dissemblables de plus en plus1 mesure qu'ils se sont davantage perfectionns3 les atmes plasmiques et quasi-mcaniquement oscillants qui composent les primitives colonies animales#ef ne diffrent pas entre eux2 leur forme est souvent cristallique1 rhombes cilis1 polydres poilus4 ,en montant1 on distingue1 un point donn1 le frre du frre1--et enfin1 dans l'humanit1 les individus identiques sont extrmement rares et de ngligeables exceptions4 ,dous d'une me suprieure1 les individus sortent du groupe formel2 ils vivent l'tat de mondes uniques2 ils n'obissent plus qu'aux lois trs gnrales de la gravitation vitale dont ,dieu est le centre et le moteur4 ,a ce degr animique1 la prdominance de l',amour fait les grands saints1 la prdominance de l',esprit1 les grands philosophes1 la prdominance de l',art1 les grands artistes1--et diffrentes varits de gnies selon que ces prdominances sont absolues ou mlanges4 #ef ,cf4 ,perrier1 ,colonies animales4 ,donc1 si les tres suprieurs diffrent radicalement1 essentiellement1 les uns des autres1 la production esthtique des uns diffrera non moins radicalement1 non moins essentiellement de la production esthtique des autres4 ,en consquence1 nulle commune mesure entre deux uvres d'art1 nul jugement de comparaison possible1 nulle thorie critique qui puisse les capter dans ses filets1 nulle esthtique1 qui1 applicable la premire de ces uvres soit encore applicable la seconde1--nulle rgle fabrique d'avance1 sous laquelle puisse se courber ni la premire ni la seconde de ces uvres d'art1 ni aucune uvre d'art#eg4 #eg ,le principe du jugement du got que nous nommons esthtique ne peut tre que subjectif4 ,kant1 ,critique du jugement1 cit par ,l4 ,f4 ,schn1 ,systme de ,kant2 ,paris1 #ahca4 ,mais1 l',art tant anormal1 illogique et incomprhensible1 on peut tolrer que des gens trs intelligents et capables de l'effort d'objectivit1 en clairent un peu--oh6 trs peu1--les obscurits et dvoilent au public distrait les secrets de la magique ,lanterne4 ,c'est l'esthtique d'aprs coup1 la critique explicative1 le commentaire1--et il en faut refondre les principes chaque artiste nouveau exhib devant la foule stupide qui n'admet pas que l'on puisse diffrer de la mdiocrit moyenne enseigne par l'tat4 ,c'est aussi1 l',art tant libre dans la limite des organes dont il dispose1 la libert de l'esthtique1 l'individuelle1 la personnelle esthtique1 le droit de juger d'aprs des rgles individuelles et personnelles1 au mpris des talons1 des patrons et des parangons4 444 ,les ,vrits ternelles3 l'ironie de leurs yeux immuables se tourne vers le ciel444 ,,celui ,,qui ,,ne ,,comprend ,,pas 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,elle dira1 lisant ces vers tout remplis d'elle3 ,quelle est donc cette femme8--,et ne comprendra pas4 ,du ,sonnet d',,arvers4 ,de tous les plaisirs que peut procurer la ,littrature1 le plus dlicat est certainement3 ,ne pas tre compris6 ,cela vous remet votre place1 dans le bel isolement d'o l'inutile activit vous avait fait sortir3 rintgrer la ,tour et jouer du violon pour les araignes qui--elles--sont sensibles la musique4 ,celui qui ne comprend pas n'est sensible ni la musique ni la logique2 il est sourd1 mais non muet1 car il va clamant partout3 ,je ne comprends pas6 ,comme d'autres de leur talent ou de leurs ides1 il est fier de son inintelligence et des loques verbales dont il vt sa nudit spirituelle1--et il s'exhibe1 il fait le beau et ds qu'on flatte sa vanit1 qui est ,ne pas comprendre1 un ventail de plumes de paon lui sort du derrire et sur chaque plume1 en guise d'il1 il y a un rond o est crit3 ,moi1 je ne comprends pas6 ,cette facult fait qu'on l'estime4 ,il est recherch de ceux qui1 ne comprenant pas1 ont un peu honte2 son aplomb leur donne du courage et ils se disent les uns aux autres1 ds que la roue rvlatrice esquisse son orbe3 ,voyez1 celui-ci1 non plus1 ne comprend pas1--et pourtant il n'en rougit pas1 au contraire6 ,au contraire3 il connat sa valeur et n'hsite jamais se mettre en avant4 ,d'ailleurs1 sa queue de paon aux prcieux ronds est un drapeau commode et de loin visible4 ,il ne l'a ramass sur aucun champ de bataille1 il ne l'a ni chip ni conquis3 il l'a sorti de son derrire1 et quand il le dploie1 ce n'est pas pour conduire des ombres l'assaut de vaines entits4 ,celui qui ne comprend pas est1 en effet1 un homme pratique4 ,dou d'une si belle vertu1 il l'exploite rationnellement et s'en fait des rentes4 ,tous les journaux lui sont ouverts2 sa queue magique force toutes les portes3 il gagne ce qu'il veut1 rien qu' crire--avec de fins sous-entendus3 ,je ne comprends pas4 ,c'est un accapareur3 la grande ,presse ne lui suffit pas2 il dlgue la petite ses lieutenants2 mais ceux-ci1 beaucoup plus borns que le ,matre1 dpassent souvent la mesure1 talent une stupidit qui jette le dcri sur des fonctions pourtant bien honorables et bien lucratives4 ,moi1 je ne me plains pas2 je rencontre journellement ,ceux qui ne comprennent pas1 et ils font ma joie4 ,je les aime3 ils m'incitent me retirer dans ma vraie vocation3 le ,silence4 99 99 99 ,il est supposer1 car je ne suis ni inspir ni visionnaire1 que cette figuration de ,celui qui ne comprend pas m'a t suggre par telle bvue dont je fus victime3 ,oh6 bien peu1--et bien volontiers1 si cela doit distraire quelques amateurs2 je m'offre en spectacle3 amusez-vous6 ,mais vous amuserez-vous jamais autant que moi devant la parade de ,celui qui ne comprend pas8 ,or1 en de prcdents articles1 j'exposai quelques ides1 ou--si l'on veut--quelques fantmes d'ides 7mais lumineux1 comme il sied des fantmes1 et d'une vidence phosphorescente7 touchant l',art que je dsire libre1 la rnovation du mot ,symbolisme qui pourrait1 je le redis1 servir de dnomination commune 7 l'usage du public lisant7 une dizaine d'crivains gs de moins de trente-cinq ans et clairement stimuls vers un but commun1 touchant enfin 7ou d'abord mais c'est mon et mon 7 l',idalisme dont je tentai1 non sans prsomption1 d'tablir la signifiance vraie4 ,cette trs modeste clameur en trois notes1 cette primitive mlodie1 si simple qu'un colier se la serait assimile instantanment1 tomba dans l'oreille de ,celui qui ne comprend pas1 celui qui est sourd mais non muet4 ,il perut un vague son pareil aux bruissements des peupliers et1 glorieux1 cria3 ,je ne comprends pas6 ,oserais-je dire que ces syllabes complaisamment et vaniteusement rptes me semblent surrogatoires--et que l'attitude1 la dmarche1 le front et l'il de ,celui qui ne comprend pas suffisent indiquer son essentielle non-intelligence8 ,il n'a mme pas besoin de sortir et de hochner sa queue hiroglyphique2--d'crire1 encore moins4 ,mais il y faut mettre de l'indulgence et surtout il faut savoir que ,celui qui ne comprend pas a pour clients d'inepticules snobs1 incapables1 tout seuls1 de se hausser un degr si minent d'imbcillit crbrale2 c'est pour eux qu'il crit1 et1 comme je l'ai dj not1 son criture est fructueuse4 ,celui qui ne comprend pas est-il mchant ou envieux8 ,comme tous les sots1 il est mchant et envieux1 mais accessoirement1 et d'une mchancet si petite1 d'une envie si mesquine1 que c'est piqre de puce4 ,cela ne fait pas souffrir1 cela n'incite ni la colre1 ni la vengeance1 c'est agaant et voil tout4 ,agaant1 et invitable1 l'omnibus de la littrature tant1 comme les autres1 infest de parasites4 ,celui qui ne comprend pas est donc inoffensif4 ,mme ses morsurettes parfois sont des chatouilles2 on rit1 cela dcongestionne le cerveau1 c'est salutaire1--et si ensuite on crase la bestiole1 avec quelle piti6 ,celui qui ne comprend pas est donc surtout passif1 et ngatif2 il est celui qui ne444 pas2 la borne qui ne remue pas1 le pav qui ne se rvolte pas1 etc444 ,passive1 sa facult d'incomprhension est illimite et toujours gale elle-mme2 ngative1 elle se faonne1 elle se modle comme cire1 sur le sujet qu'il faut ne pas comprendre1 et spcialement elle excelle en les questions abstraites comme peu prs les gardes de la chanson3 ,ils nous parlent de la gloire1 ,nous qui n'y comprenons rien2 ,mais s'ils nous parlaient de boire1 ,tous les gardes1 ils le savent bien4 ,ne pas comprendre l'ide pure1 et ne pas comprendre l'ide dsintresse1 invendable et immonayable1 c'est le triomphe de l'homme la queue magique4 ,pour lui1 et pour les intellects rudimentaires1 l'ide ne se peroit que concrte et figure4 ,donnez-lui des explications2 dites-lui que la littrature est un mode d'activit2 que le gnie est une ralisation2 que la posie est une floraison d'me2 que le symbolisme est l'expression esthtique de l'idalisme2 que la musique est la langue de l'inconscient1 etc42 dites-lui tout cela et commentez vos dires1--il rpondra 7n'ayant peru que de vagues sons1 pareils aux plaintes des mlzes7 en ouvrant vos paroles une bouche souriante et satisfaite4 ,voil pourquoi celui qui ne comprend pas engendre autour de lui--et jusqu'aux confins du monde connu--tant de jovialit2 c'est le jeu des propos interrompus1 du coq--l'ne1--innocentes distractions1 plaisirs quasi champtres1 plaisirs les plus dlicats4 ,n'tre pas compris1 cela vous remet votre place3 rintgrer la ,tour et jouer du violon pour les araignes6 --,et quant moi1 me retirer dans ma vraie vocation3 le ,silence4 ,l',,ivresse ,,verbale ,les mots m'ont donn peut-tre de plus nombreuses joies que les ides1 et de plus dcisives2--joies prosternantes parfois1 comme d'un ,bor qui1 paissant ses moutons1 trouverait une meraude pointant son sourire vert dans les rocailles du sol2--joies aussi d'motion enfantine1 de fillette qui fait joujou avec les diamants de sa mre1 d'un fol qui se grise au son des ferlins clos en son hochet3--car le mot n'est qu'un mot2 je le sais1 et que l'ide n'est qu'une image4 ,ce rien1 le mot1 est pourtant le substratum de toute pense2 il en est la ncessit2 il en est aussi la forme1 et la couleur1 et l'odeur2 il en est le vhicule3 et bai ou rubican1 isabelle ou aubre1 pie ou rouan1 ardoise ou jayet1 dor ou vineux1 cerise ou mille-fleurs1 zbre ou zain1 le front toil ou list1 peint de tigrures ou de balzanes1 de marbrures ou de neigeures1--le mot est le dada qu'enfourche la pense4 ,mais ce n'est pas pour cela que j'aime les mots3 je les aime en eux-mmes1 pour leur esthtique personnelle1 dont la raret est un des lments2 la sonorit en est un autre4 ,le mot a encore une forme dtermine par les consonnes2 un parfum1 mais difficilement peru1 vu l'infirmit de nos sens imaginatifs4 ,si complexe que soit l'impression que donne un mot1 elle est subie nanmoins en bloc1 et il en est des vains vocables comme des vaines femmes1 ils plaisent ou dplaisent3 le pourquoi ne se trouve qu'au retour l'tat d'indiffrence4 ,des mots exquis peuvent signifier des choses laides et sales1 ce qui prouve bien que leur charme est indpendant du sens que le hasard et l'articulation leur ont dpartis4 ,amaurose3 cela ne semble-t-il pas1 tout d'abord1 un mot d'amour8 ,et quel pote1 en mme temps que les lauroses et les lorioses1 ne voudrait cueillir pour ses vers les couperoses et les madaroses8 ,savoir la signification des mots est souvent attristant3 la pompe des sedors s'teint sous l'eau o on les trane1 et les erminettes fraches comme des joues de petite fille s'brchent en les entailles1 et se rouillent de la sueur du charpentier4 ,aussi les mots que j'adore et que je collectionne comme des joyaux sont ceux dont le sens m'est ferm1 ou presque1 les mots imprcis1 les syllabes de rve1 les marjolaines et les milloraines1 fleurs jamais vues1 fuyantes fes qui ne hantent que les chansons de nourrice4 ,o princesse d'antan glorifie de menu-vair1 est-ce d'maux ou de fourrures1 et voulut-on allguer votre robe ou votre blason8 ,si la jaune chlidoine a fleuri1 en est-elle moins la pierre des philtres et des surprises8 ,quelles ralits me donneront les saveurs que je rve ce fruit de l',inde et des songes1 le myrobolan1--ou les couleurs royales dont je pare l'omphax1 en ses lointaines gloires8 ,quelle musique est comparable la sonorit pure des mots obscurs1 cyclamor8 ,et quelle odeur tes manations vierges1 sanguisorbe8 ,,le ,,paraclet ,,des ,,po,,tes ,il y a encore des hrsies et1 sur le trouble ocan des indiffrences spirituelles1 quelques nacelles o des sectaires1 plutt doux1 fbriles tout au plus1 se laissent bercer par le flot en rvant de rnovations religieuses4 ,l'une de ces sectes attend le ,paraclet1 c'est--dire le ,messie des derniers jours1 l'homme divin en qui s'incarnera l',esprit ,saint1 comme en ,jsus de ,nazareth s'incarna le ,fils3 ces temps advenus1 une joie s'pandra au-dessus du monde et descendra dans tous les curs2 ce sera le rgne tant espr de la ,justice et de la ,bont1 de l',amour et de l',intelligence1--de l',esprit1 en un mot1 lequel est tout cela et bien plus encore puisqu'il est la ,spiritualit la plus parfaite4 ,une telle hrsie n'est pas neuve3 elle commena de se manifester peu de temps aprs l',ascension du ,christ et fut propage par des hommes simples1 tonns de ce qu'aprs la purification du monde par le ,fils le monde1 cependant1 ne ft gure devenu plus habitable4 ,les sicles s'en allrent1 et il y avait toujours des ,paracltistes occups regarder si un signe n'allait pas paratre au ciel1 annonant la naissance du ,roi juste2 ils en virent parfois1 des signes1 mais faux1 ce qui ne les dcourageait pas4 ,ils ne cessrent de crier1 ces crdules charmants1 et ils crient encore3 ,il va venir6 il vient6 le rgne va s'inaugurer6 ,les temps sont proches6 ,les vnements qui n'arrivent jamais ont toujours t prdits avec les mmes formules4 ,les clameurs des ,paracltistes1 je les ai entendues1--mais il ne s'agissait ni de religion1 ni de rnovation spirituelle3 il s'agissait de littrature4 ,il y a1 parmi les crivains1 un groupe de nafs entts1 lesquels1 fermant obstinment leurs yeux au prsent1 regardent1 eux aussi1 dans l'avenir1 guettant la survenance du ,gnie4 ,le ,gnie1 pour eux1 est l'homme qui viendra srement1 prochainement1 afin d'exprimer trs haut les ides--bien que contradictoires--du groupe1 et de revtir d'une forme imposante les imprcises imaginations de ces orphelins4 ,ce ,gnie1 en effet1 sera comme leur pre1 leur tuteur1 leur guide1 leur accoucheur1 leur ,socrate1 et il les soutiendra de sa force et de son amour dans les labeurs de l'enfantement1 qu'ils redoutent--mais qu'ils ne connatront jamais4 ,quant au ,paraclet1 quant au ,gnie1 il viendra peut-tre--et ceux qui l'auront appel le plus souvent seront les premiers le nier et railler sa providentielle mission4 ,il viendra1 ce ,gnie1 car il est dj venu1 et beaucoup de ceux qui l'attendent encore l'ont connu et l'ont mconnu2 sa mort quelques-uns se convertirent2 d'autres s'endurcirent dans leur crime d'esprer en vain4 ,o ,paracltistes1 regardez donc autour de vous1 parmi vous3 il est peut-tre l2 il est toujours l4 ,il y en a toujours un1 il y en a souvent plusieurs1 l',esprit est multiforme4 ,prenez garde de l'avoir laiss passer inconnu1 pauvre et bless2 prenez garde de l'avoir flagell2 prenez garde de le crucifier2 prenez garde de n'tre que des ,gentils et des ,philistins4 ,,quatri,,me ,,partie ,,analyses ,,et ,,fragments ,,le ,,dernier ,,des ,,saints ,,psychologie ,d',,un ,,homme ,,de ,,dieu ,au sor1 quant il s'aloit couchier1 ,en sa cote1 sanz despoillier1 ,et sanz plus de dras1 se gisoit4 ,une pierre a son chief metoit ,ou 4j4 fut1 en leu d'orelier4 ,il n'avoit pas son couchier ,iiij4 serjanz qu'el dechauassent1 ,et qui son lit li atornassent ,de linciaux ne de covertor4 ,avec li portoit son ator4 7,ancienne ,chronique1 ,x,i,i,ie sicle47 ,quand un homme de gnie se trompe1 disait ,barbey d',aurevilly1 il se trompe plus compltement qu'un autre1 il se trompe absolument1 il va jusqu'au bout de l'erreur1 et ses absurdits sont des absurdits de gnie4 ,il y eut un saint qui tait la symbolisation de la niaiserie1 l'idalisation de tout ce qu'il y a d'abject dans les superstitieux lobes des cervelles dliquescentes et dvotes4 ,en le canonisant1 l'glise semblait avoir consacr la haine de l',esprit et tent1 par l'apothose de la bassesse1 de justifier sa propre humilit intellectuelle4 ,la glorification de ce cur paterne et bnin affirmait un tel mpris de la grandeur1 une telle tendresse pour l'infime1 pour le laid et pour le sale qu'elle en devenait1 du coup1 l'uvre dfinitive et suprme de la dgnrescence religieuse1--et1 aprs cela1 de tristes fidles s'taient dit que la religion n'est plus qu'un souvenir historique1 qu'elle gt dans les vieux lgendaires1 dans les ,heures images1 dans la ,patrologie1 dans quelques architectures1 dans quelques pierres tailles1 dans quelques ttes de jadis1 peintes sur fond d'or4 ,hros lu par l',intelligence1 insulte permanente la ,sagesse1 il s'appelait ,lepou1 et ses prnoms1 ,jsus-,marie-,joseph1 inauguraient en sa personne la ,trinit nouvelle qui a remplac celle du ,credo2 ,papa1 ,maman et le ,petit1--abstraction la plus haute laquelle puisse dsormais s'lever le matrialisme animal des catholiques4 ,il fut cur1 et1 ds qu'il le fut1 imagina de se soumettre des pnitences dont la mdiocrit fait piti1 lorsqu'on se remmore l'hrosme de la mre ,passide de ,sienne1 de ,henri ,suso ou de ,dominique l',encuirass4 ,se nourrir de lait et de pommes de terre froides1 ne jamais se laver1 ne jamais changer de linge1 telle fut sa rgle3 il donnait des puces comme un chien4 ,cependant1 la stupidit populaire se fit admirative4 ,la plbe1 pour qui la joie suprme est la mangeaille1 s'tonna d'une abstinence volontaire et1 point rpugne par la sordidit1 elle vint1 regarda1 flaira1 fut charme4 ,peu peu1 sa clientle s'largit1 accapara toute la dvotion lgante des environs4 ,des gens arrivaient1 incrdules1 tout coup apercevaient autour de sa tte le halo d'une aurole4 ,les femmes se jetaient sur lui1 le consultant sur leurs affaires1 leurs migraines1 l'avenir de leur dernier-n4 ,jamais court1 il rpondait1 prophtisait comme les almanachs1 au petit bonheur1 mettant des prdictions de cette force3 ,vous russirez1 mais il y aura bien des obstacles vaincre1 bien des tourments subir2 ou bien3 ,ne craignez rien1 tout finira selon vos dsirs4 ,un paysan vint de soixante lieues1 cheval1 lui demander s'il n'y avait pas une somme d'argent de cache dans la maison de son pre1 qui venait de mourir4 ,une dame lui crivait3 ,mon mari est toute extrmit4 ,sauvez-le1 et il y a dix mille francs pour votre glise4 ,il ne dcourageait personne et1 faisant profession de tout savoir1 dvoilait sans hsitation la dernire pense de gens morts qu'il n'avait jamais connus1 disait une veuve inquite3 ,non1 madame1 ,monsieur votre mari n'est pas en enfer4 ,il en arriva ne pouvoir parler1 sans pleurer1 de ,dieu qu'il appelait3 ,mon bon ,pre6 ,sa niaiserie dprciait jusqu' l',eucharistie3 ,quand on a communi1 l'me se roule dans le baume de l'amour comme l'abeille dans les fleurs2 et encore3 ,communier1 c'est prendre un bain d'amour4 ,de vieilles femmes s'extasiant sur la richesse des chapes d'or qu'on lui avait offertes1 il rpondit3 ,oh6 c'est bien plus beau au ciel6 ,il n'eut1 en toute sa vie1 qu'un mot d'une noble humilit1 rpliquant un sot qui l'appelait saint3 ,moi1 je ne suis qu'une charogne4 ,c'tait la curiosit locale1 la richesse et la fiert du pays3 on le vnrait l'gal d'une source gurisseuse1 car il faisait des miracles1 pargnait aux gens des frais de mdecin4 ,il suffisait1 pour tre libr de plusieurs maux1 tels que la paralysie et l'pilepsie1 de toucher sa soutane ou son surplis4 ,une dame lui vola son chapeau1 le remplaant par un neuf1 mais sans se proccuper s'il convenait au genre de cne qui formait sa tte4 ,un marchand d'objets pieux droba un de ses mouchoirs1 le dbita par petits carrs1 tels que des reliques1 mais garda la marque afin de pouvoir authentiquer indfiniment d'autres mouchoirs sales1 d'autres minuscules fragments de linge puce4 ,son portrait se voyait partout1 aux devantures des piceries comme des cabarets3 sur l'un1 il avait l'air d'un vieillard colreux et dyspepsique2 sur d'autres1 une bouche norme et lippue talait le sourire d'une brute contente2 ou bien1 c'tait la face inquitante d'un fou radieux2 ou bien encore1 une tte de cadavre longs cheveux pleureurs1 avec des yeux caves orients vers le znith4 ,on vendait foison sa biographie3 par ,m4 ,x41 avocat la cour impriale de ,n42 par ,m4 ,z41 auteur de plusieurs ouvrages d'ducation2 par ,m4 ,b41 licenci s-lettres2 par ,m4 ,d41 membre de l',universit3 et tous ces opuscules taient semi-anonymes1 les auteurs dsirant concilier les exigences de leur foi avec la scurit de leur position sociale4 ,la notice de ,m4 ,d4 se dbita quatre cent mille exemplaires2 lorsqu'on en acqurait dix d'un coup1 on avait droit une prime d'honneur1 une belle image dentele1 la tte de cadavre longs cheveux pleureurs4 ,l'ouvrage tait prcd d'une ptre ddicatoire ,n4-,s4 ,jsus-,christ1 finissant ainsi3 ,de votre suprme ,majest1--par l'entremise de votre si digne mre--le dernier des serviteurs4 ,mme de ,c9999991 auteur de diverses posies1 fit imprimer un pome o elle clbrait son esprit dgag des volupts mondaines1 comparait le vieil hallucin un mtore gar sur la terre1--descendu pour planter sa tente dans ces lieux4 ,comme conclusion l'auteur se plaignait que la sainte posie1 cette fleur du premier den1 prit sous l'tau de la faim4 ,pour que toutes les tristesses fussent accumules en cette dgradante histoire1 le gouvernement imprial le dcora pour honorer la saintet de sa vie1 ce qui fut l'occasion un ecclsiastique de rdiger une nouvelle biographie intitule3 ,vie du cur d',ars1 surnomm le ,saint1 membre de la lgion d'honneur4 ,le pauvre homme1 pour stupide qu'il ft1 ne mritait pas cette insulte2 il la reut avec l'tonnement un peu chagrin de ces bonnes surs d'hpitaux auxquelles les hommes d'tat modernes attribuent des mes puriles et vnales1 des mes de sous-officiers vaniteux4 ,de vastes plerinages s'organisaient4 ,l'administration fit tracer une route nouvelle et spciale3 en une seule anne les omnibus du chemin de fer transportrent ,ars plus de quatre-vingt mille voyageurs1 sans compter les gens du pays qui venaient pied ou dans leur voiture4 ,des familles se mettaient en marche1 mues par un ressort intrieur1 sans trop savoir pourquoi1 abandonnant pour des semaines leur maison1 leurs travaux1 leurs cultures1 retrouvant1 au retour1 toutes conomies manges1 la gne et quelquefois la ruine1 si vite tombe sur les malaiss1 n'ayant acquis rien qu'une absolution htive et presque douteuse1--mais ils avaient vu le ,saint1 ils avaient bais les marches de l'autel o il disait la messe1 les pavs o il tranait la boue de ses souliers et c'tait un grand rconfort pour ces mes simples et crdules4 ,la foi de ces gens aurolait leur sottise4 ,ils venaient vers la ,dlivrance1 comme un troupeau d'esclaves1 certains de trouver l la libration de leurs chairs ronges par le mal1 de leurs mes avilies par l',ennemi1 de leurs curs saignants des illusions que l'exprience en avait arraches4 ,les plerins pauvres campaient dans le cimetire1 couchaient sur les tombes2 et1 dans les promiscuits nocturnes1 ivres d'encens1 de sueur et de bruit1 ces pnitents nafs commettaient la moiti des pchs dont ils se confessaient le lendemain4 ,les riches s'ingniaient acheter leur grce par des excs de bassesses4 ,on vit un officier1 admis dans la chambre de l'homme de ,dieu1 s'agenouiller devant lui1 baiser la putrfaction de ses pieds1 se vautrer dans l'ordure amasse vers les coins1 se frotter la figure avec le drap du lit1 gratter sur le pav la sainte crasse1 la respirer avec dlices1 l'enfermer en un sachet4 ,a l'glise1 la cohue tait violente1 on se disputait1 souvent avec des cris et des coups1 les places autour du confessionnal3 alors des marchands de billets s'tablirent1 recrutrent un personnel de sans-le-sou qui se tenait l en permanence1 ne cdant son tour aux robes de soie et aux redingotes que moyennant le petit carton achet d'avance au cabaret4 ,certaines nuits1 car les confessions commenaient une heure du matin1 ces parts de joies atteignirent un louis1 et les familles opulentes1 tout en criant au vol1 versaient entre les mains des camelots les sommes requises par ces gardiens des portes du ,paradis4 ,et rien n'tait plus affligeant que le spectacle de ces lches chrtiens venant mendier la protection d'un pauvre volontaire1 croyant expier1 tout d'un coup1 au contact de ce misrable1 leurs injustes jouissances1 et1 incapables de travailler eux-mmes pour le ciel1 exigeant du favori de la grce l'immdiat partage de ses mrites et de ses bndictions4 ,cependant1 le sanctuaire d',ars et t d'une incomplte abjection si l'on n'y et vnr non pas seulement un saint pitoyable1 mais encore d'inauthentiques reliques4 ,cette martyre qu'un faussaire inventa par esprit de lucre1 afin de vendre de quelconques ossements puiss dans ces catacombes de ,rome1 o1 sous la domination chrtienne1 se firent leur tour ensevelir les derniers paens1 sainte ,philomne rgnait1 presque l'gale du cur1 dans la petite glise voue tous les purils sacrilges4 ,elle reposait en une chsse gothique1 une petite cathdrale en cuivre3 on la voyait sous le vitrage1 pareille aux poupes de cire des exhibitions physiologiques1 couche sur un coussin de velours rouge1 vtue de l'innocence d'une robe d'argent1--et plus d'un plerin s'tonnait de la bonne conservation de ce corps1 adorant le ,tout-,puissant qui prserve ainsi de la corruption la chair de ses martyrs4 ,des broderies symbolisaient les vertus de ,philomne et la chlamyde d'or qui vtait ses paules tait le signe de sa gloire ternelle2 une agrafe en diamant faux maintenait la ceinture au-dessus des reins purs1 disant l'infrangible chastet de la vierge4 ,le cur d',ars manifestait pour ,philomne une tendresse un peu gteuse4 ,il l'appelait sa chre petite sainte1 ou bien la sainte entte1 celle qui1 la cour du ,paradis1 l-haut1 dans les coulisses du concert cleste1 perscutait ,dieu le ,pre jusqu' l'obtention des faveurs les plus folles et les plus immrites4 ,priez1 disait-il1 priez et si vous n'tes pas exaucs1 menacez-la de dire partout que vous l'avez prie en vain2 elle est trs sensible de tels reproches1 la sainte entte1 et elle tient conserver sa rputation4 ,c'tait aussi la sainte irascible1 car elle avait frapp de ccit un ecclsiastique qui la contrariait2 et aussi la sainte morte-vivante1 car elle changeait de position dans sa chsse1 s'asseyait1 se mettait sur le ct1 souriait1 s'ventait avec ses palmes de martyre3 il fut constat que d'une anne l'autre ses cheveux avaient pouss notablement4 ,une confrrie se forma pour exploiter le crdit de la sainte entte4 ,pour des sommes variant de cinq cents deux mille francs1 on acqurait les titres de fondateur1 fondateur principal1 fondateur insigne2 en dessous de ce tarif1 on avait droit aux appellations minimes de donateur ou de zlateur2 au-dessus1 le brevet de bienfaiteur tait dcern2 on vous offrait par-dessus le march l'inscription de votre nom sur une plaque de marbre et au ,livre des lus2 enfin le portrait l'huile de tout bienfaiteur tait suspendu dans la salle de runion du ,conseil4 ,une image portait au verso cet allchant prospectus4 ,paysage3 gauche1 un arbre feuilles de marronnier2 droite1 un olivier2 au fond1 une colline lpreuse2 sur le devant1 de l'herbe o taient sems un croc1 une araigne de fer1 un fouet1 un sabre japonais1 un ciboire en forme de sucrier empire4 ,la sainte tait debout1 couronne de fleurs1 trs dcollete1 habille d'une chemise bleue1 fronce au col et la ceinture1 termine par une frange d'or1 borde et galonne de croix pattes4 ,d'une main1 elle tenait une flche1 de l'autre une poigne de lys2 sur un manteau de cour ploy1 ses cheveux tombaient dnous1--et elle assumait1 sous ce costume de ferie1 un air panoui et naf4 ,les deux grandes spcialits de la thaumaturge taient3 pour l'me1 la possession dmoniaque2 pour le corps1 les maladies secrtes4 ,tout miracle lui tait possible1 mais dans ces deux ordres de misres1 la gurison tait certaine1 moins de mauvaises dispositions de la part de l'implorant4 ,on l'invoquait encore avec une presque absolue scurit contre la strilit1 condition toutefois de la promesse formelle que le produit du cot bnit portt1 mle ou fille1 le nom de ,philomne4 ,o jeune vierge devenue un adjuvant d'alcve6 ,philomne tait la consolation du cur d',ars et ,grappin son tourment4 ,dlgu par l'enfer pour tenter et affliger le saint1 ce dmon1 pendant vingt ans1 obsda ses courtes nuits4 ,il prenait la forme d'un coussin trs doux1 tel que de ouate1 et quand la tte s'y enfonait1 il en sortait un plaintif gmissement3 c'tait comme un crasement de ventre de femme4 ,des souffleries se faisaient entendre pareilles aux renclements d'un taureau exaspr2 un galop de cheval secouait les planchers2 un troupeau de moutons pitinait dans le grenier2 des voix criaient en des langues inconnues2 de petites btes incessamment couraient le long de sa figure2 sa discipline se tordait sur la table comme un serpent4 ,nourrissez-vous mieux1 lui disaient des confrres1 dormez cinq ou six heures3 c'est le moyen d'en finir avec toutes ces diableries4 ,mais lui rpondait par la parole de ,bossuet1 en son sermon sur les dmons3 ,le jene fortifie et engraisse l'me4 ,parfois ,grappin venait en chef de bande et quinze diables se mettaient imiter dans sa chambre le bruit de la mailloche d'un cercleur de tonneaux sur le ft vide et retentissant4 ,ensuite ils reniflaient avec fureur1 projetaient sur le lit par leurs naseaux du sable et du gravier1 sortaient en contrefaisant les grognements du porc1 les hurlements du loup1 les jappements du chien4 ,ingnieux1 ,grappin variait son supplice des insupportables bruits3 il fendait du bois1 rabotait des planches1 battait du tambour1 puis criait3 ,viens donc1 cur1 j'ai une place pour toi6 ,une nuit1 il y eut entre les deux ennemis une terrible lutte1 et au matin on trouva le saint victorieux1 mais vanoui1 cruellement brl et mordu1 moiti enfonc sous sa paillasse retourne4 ,ces perscutions le crucifiaient et le tuaient4 ,le moment arriva1 vers la soixantaine1 o il dut restreindre l'activit de sa vie1 et enfin tout travail lui devint impossible4 ,quand il garda la chambre1 ce fut bref4 ,il mourut sans agonie1 en disant une dame qui voulait chasser avec un ventail les mouches qui lui couvraient la figure3 ,non1 laissez-moi avec les mouches4 ,quelques jours auparavant1 il avait profr3 ,quand tout serait fini la mort1 une vie d'amour1 ce serait encore un bonheur au-dessus des forces humaines4 ,et ce mot ingnu suffit pour consumer1 comme une flamme invincible1 toute la ,niaiserie1 toute la ,bassesse1 toute l',abjection1 toute la ,honte1 toute la ,turpitude1 toute la btise2--et l'on se prend trembler devant ce vieux somnambule qui1 au fond de sa relle stupidit1 aima l',infini1 qui adora le ,mystre1 qui s'identifia avec la ,cause1--et l'on se demande avec terreur si les plus humbles intelligences ne sont pas les privilgies de l',esprit1--et si le dernier des ,saints n'est pas le premier des ,hommes6 #ahid4 ,,la ,,jeune ,,fille ,d',,aujourd',,hui 1 puella1 virgo1 pulcella1 pucelle1 demoiselle1 fille1 jeune fille1 et tous les noms de cet tat en toutes les langues vieilles ou neuves3 une ide commune et exclusive permet de les traduire l'un par l'autre2 mais la traduction1 vraie pour le fond de l'ide1 serait fausse pour l'aspect que prend cette ide selon les civilisations et leurs moments4 ,prsentement1 une femme de condition moyenne passe l'tat de jeune fille le tiers de sa vie sexuelle et quelques-unes des annes le mieux faites pour l'amour1 souvent presque toutes4 ,une fille qui se marie vingt-huit ans a pass quatorze ans ne pas vivre1 car1 hors de l'amour1 il n'y a point de vie pour la femme4 ,ce dlai entre la fin de l'ducation et le mariage tait fort court sous l'ancien rgime2 parfois nul4 ,la fillette devenait femme sans avoir t jeune fille4 ,une pnible transition lui tait pargne2 car1 cela est certain1 pour la plupart des jeunes filles1 leur tat est un supplice ds qu'il se prolonge4 ,il y eut cependant des jeunes filles jadis1 et mme au ,x,v,i,i,ie sicle4 ,toutes ne se mariaient pas au lendemain de leur nubilit1 arraches du couvent pour cette nouvelle communion o se confirme la premire4 ,on en voit passer quelques-unes dans les comdies1 les romans1 les mmoires2 mais leur caractre se distingue mal de celui des jeunes femmes4 ,elles n'ont jamais de pruderie1 et parfois trs peu de retenue4 ,ds qu'elles sont admises dans le monde1 elles en vivent la vie2 on n'a souci de leur cacher ni les intrigues1 ni les fugues1 ni les plaisirs2 elles sont des convives qui attendent qu'on les serve1 sans impatience1 tant sres d'tre servies4 ,celles que l'on oublierait se serviraient elles-mmes1 et presque personne n'en serait surpris4 ,a la veille de la ,rvolution1 en ces annes de paradis dont la douceur fit paratre plus cruels les premiers jours sombres1 la virginit n'est pas d'un grand prix2 il y a un dsir universel de cder la nature4 ,aujourd'hui1 un ,casanova ne vaincrait que des femmes ou des filles2 la jeune fille lui chapperait4 ,il en mit mal un grand nombre1 et cela seul1 prcise concidence avec les murs du temps1 affirmerait la vracit de ses admirables et dlicieux mmoires4 ,un tmoin de l'tage infrieur1 ,restif de la ,bretonne1 confirme cette facilit de la jeune fille du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,elle se donne par sentiment et acquiert trs vite le got prcieux de la sensualit1 car tout ce qui l'entoure1 murs1 art1 littrature1 la pousse une vie paenne1 mais releve d'un peu de rverie4 ,la jeune fille de ,laclos est d'un monde qui touche la cour2 elle diffre peine de celle de ,casanova et de celle de ,restif4 ,a ce moment-l1 il est bien vident que l'ducation ne dispose d'aucun moyen srieux pour tenir la jeune fille4 ,de l les mariages prcoces4 ,les parents sont heureux d'tre dlivrs de leur responsabilit et les maris1 sans illusions sur l'avenir1 pousent une fillette pour s'assurer du moins un ou deux enfants lgitimes4 ,cette pratique1 en sauvegardant la partie essentielle des droits de l'homme1 respectait autant qu'il se peut la libert de la femme4 ,on ne la laissait pas libre1 ou bien rarement1 de choisir son mari2 mais elle choisissait son amant1 et un ge o c'est un pur plaisir d'amour bien plus encore qu'une ncessit sexuelle4 ,a vingt-deux ou vingt-trois ans1 la femme du ,x,v,i,i,ie sicle avait puis ses devoirs naturels4 ,elle avait des enfants1 souvent quatre ou cinq2 que lui demander de plus8 ,son mari1 fatigu d'elle1 la laissait1 lasse de lui1 avec l'espoir de quinze ou vingt ans de vie amoureuse4 ,a l'ge o une jeune fille d'aujourd'hui s'puise des tudes striles1 et pires1 abtissantes1 la femme de jadis tait en pleine floraison de maternit4 ,en province et en des milieux svres1 cette floraison se continuait fort longtemps1 ne laissant place des plaisirs extrieurs ni pour la femme1 ni peut-tre pour le mari4 ,on obtenait ainsi ces familles patriarcales dont l'ide nous effraie1 et trs justement1 car l'tat social n'en permet plus l'panouissement4 ,des provinces1 jusqu'aux premires annes de ce sicle1 gardrent la tradition des unions prcoces4 ,j'ai connu dans mon enfance ,mme de ,l444 marie quatorze ans et ,mme de ,m444 marie quinze4 ,l'une avait eu beaucoup d'enfants2 l'autre deux seulement4 ,ni l'une ni l'autre ne se souvenaient d'avoir t jeunes filles et elles considraient avec une piti tendre leurs petites filles qui1 vingt ans passs1 rougissaient aux histoires galantes qu'elles contaient sans scrupule4 ,il n'y avait pas eu pour elles d'interrgne entre la vie des saints et les romans la mode2 elles avaient pass1 d'un saut1 de la poupe au mari1 de la purilit la maternit4 ,elles avaient eu la pudeur des jeunes femmes2 la pudeur des jeunes filles tait pour elles tout fait nigmatique4 ,en rsum1 il y eut des jeunes filles au ,x,v,i,i,ie sicle1 et avant1 et toujours4 ,il n'y eut pas la jeune fille4 ,la jeune fille est une cration du sicle dernier4 ,elle est ne tout naturellement des mariages tardifs1 comme les mariages tardifs sont ns de la suppression des situations hrditaires4 ,la naissance de cette nouvelle unit sociale se marquerait1 si on voulait bien la rechercher1 quelques annes prs4 ,les ,lettres milie sur la mythologie1 de ,demoustier1 sont de #agih2 les ,contes ma fille1 de ,bouilly1 sont de #ahji4 ,le premier de ces livres est destin aux jeunes filles1 celles du ,x,v,i,i,ie sicle1 celles qui sont sensibles1 qui parlent de l'amour et peut-tre sans ignorance2 il ne convient pas la jeune fille4 ,demoustiers prpare la volupt2 ,bouilly prpare au devoir2 il s'adresse un tre nouveau3 la jeune fille4 ,vers cette date1 les livres abondent dans le got de ceux de ,bouilly1 qui est un mlange affreux de raison et de sentimentalisme4 ,des femmes1 dont la ,genlis est le type1 travaillent pour la crature nouvelle1 pour la vierge qui doit passer cinq ou six ans dans le monde un ge o naturellement elle ne pense qu' l'amour4 ,il faut tromper cette tendance1 la dvier vers l'tude1 vers la sentimentalit pieuse1 vers le rve thr4 ,tout sera bon qui dtournera la jeune fille de l'amour1 qui lui enseignera la rsignation1 la modestie1 l'obissance1 le sentiment du devoir et une quantit innombrable de vertus dont la plupart ne sont que des paralogismes ou un assemblage de syllabes sans aucun sens apprciable4 ,comment cette littrature a fructifi1 on le sait4 ,le livre pour la jeune fille est l'objet d'un commerce important1 encourag annuellement par l',acadmie et plusieurs autres socits de bienfaisance4 ,c'est pour la jeune fille que l'on a traduit le triste roman des ,comming et des ,wood2 pour elle que l'on a transform en manuel de morale les anciennes anthologies2 pour elle que les journaux et les revues qui veulent tre oublis sur la table du salon travestissent la vie en une rpugnante berquinade2 pour elle que l'on a poursuivi ,madame ,bovary1 et pour elle que l'on fait le silence sur des crivains franais qui n'ont pas montr une convenable rserve sur l'article des murs2 pour elle que l'on a t leurs poches aux robes des femmes 7ceci est regard comme une grande conqute par les dames pieuses qui ont lu en cachette les ,mmoires du comte ,grammont72 pour elles que les thtres subventionns chtrent ,shakespeare2 pour elle que l'on a fait du sicle de ,louis ,,xiv une poque de vertu et de dignit morale2 pour elle que se sont affadis l'art et la littrature et que l'homme a t bless dans la premire des liberts1 la libert des murs4 ,si la jeune fille ne nous a pas fait plus de mal1 tout le mal qu'elle a fait dans les pays protestants1 c'est que la ,france comme l',italie1 tant de tradition paenne1 une scission s'est produite dans notre littrature4 ,avec ,gautier1 ,flaubert1 dans le roman1 avec ,baudelaire dans la posie1 une littrature nouvelle s'est cre--qui ne tient plus compte de la jeune fille1 ni de la famille dont elle est devenue l'me et le centre4 ,la littrature pouvait voluer avec une aise suffisante si on ne lui avait demand que de mnager les pudeurs de la femme2 mais on la pria de respecter la pudeur des vierges4 ,voil l'origine de la rvolte1 et le prtexte de la prface de ,mademoiselle de ,maupin1 qui est un des plus beaux morceaux de la libre littrature franaise4 ,parfois1 depuis trente ans1 la littrature littraire a ctoy la littrature licencieuse4 ,c'est que l'crivain se croit le droit de tout dire qui n'a plus qu'un public d'hommes4 ,ceux que la jeune fille a exclus de la table du salon 7o je ne vis jamais1 moi1 que des fleurs1 des cartes ou des bibelots7 n'ont plus song aux mains des jeunes femmes4 ,d'aucunes se brlrent cet enfer2 d'autres y trouvrent un rafrachissement4 ,il y a des jeunes femmes fort honntes dans le public de la littrature sensuelle2 il y a mme des jeunes filles4 ,les unes et les autres ont prfr de la bonne littrature qui choque un peu leur cur de la mauvaise qui1 satisfaisant leur sensibilit1 souillerait leur intelligence4 ,l'esprit aussi a sa pudeur4 ,ces femmes courageuses sont rares4 ,la plupart1 engages choisir entre une uvre moralisante1 donc mdiocre1 et une uvre belle1 mais trop libre1 n'ont pas voulu choisir4 ,le sjour de la jeune fille dans la famille en a chass tous les livres4 ,on ne lit plus en ,france4 ,non qu'il se publie moins de livres ou qu'il y ait un public moins dispos lire2 mais il y a un dsaccord profond entre les livres et ceux qui pourraient se plaire aux longues lectures4 ,on s'est accoutum1 assez facilement1 d'autres activits1 et mme l'ennui4 ,la province s'ennuie1 parce que ,m4 ,ohnet est stupide et ,m4 ,paul ,adam immoral4 ,la province voudrait un genre moyen et honorable o le gnie de ,balzac s'allierait la candeur de ,fnelon4 ,nourries de cette ide que le talent est une faveur de la divine providence1 les familles chrtiennes attendent la venue de l'homme qui n'abusera pas1 pour de vaines prouesses littraires1 des dons que ,dieu lui aura dpartis1 dans sa bont4 ,toutes les familles sont chrtiennes1 mme celles qui le nient haute voix4 ,voyez ,m4 ,jaurs1 dont on ne peut arriver savoir si la fille est leve au ,sacr-,cur ou au lyce ,molire4 ,que de prudence en ces asiles de la ,virginit6 ,ni l'un n'a os dire3 je l'ai6 ,ni l'autre3 je ne l'ai pas4 ,les asiles attendent leur proie et la pension1 qui se paie par trimestre1 et d'avance4 ,mais qu'importe6 ,pour une forte ducation chrtienne1 pascalienne1 vanglique1 j'aurais plus de confiance peut-tre au lyce ,molire qu'au ,sacr-,cur4 ,il y a bien du paganisme et de la volupt mystique chez les religieuses voues l'amour de ,jsus4 ,ce sont leurs mains pieuses et pures qui ont ptri le cur des grandes amoureuses4 ,la premire communion est un mariage blanc1 une prparation lointaine au sacrifice nuptial4 ,dans toutes les familles1 quel que soit le degr de la foi1 la morale est la mme1 parce que la jeune fille est l1 toujours la mme1 morale vivante et gardienne aux grands yeux clairs4 ,ds qu'elle entre1 un pacte muet s'tablit entre la vierge et le milieu o elle respire4 ,a dfaut d'air pur1 on lui fait respirer une douce atmosphre d'hypocrisie4 ,il est convenu qu'elle ne sait rien4 ,ce qu'on appelait le plaisir1 quand elle n'tait pas l1 devient le mal4 ,la jeune fille ignore le mal4 ,elle est un ange4 ,mais un ange terrestre et fragile qui peut se casser les ailes4 ,on en a vu des exemples4 ,a cette ide1 il y a des frissons1 et les voiles s'paississent1 car un ange qui s'est cass les ailes n'a plus aucune valeur4 ,tout ce que l'on dnomme chez la jeune fille3 vertu1 candeur1 innocence1 ignorance1 modestie1 pudeur1 obissance1 timidit1 pit1 tous ces mots1 dont presque aucun ne conviendrait une jeune femme1 ne sont que des euphmismes4 ,ils permettent de ne pas prononcer celui qui affirme trop brutalement l'ide nette d'intgrit corporelle4 ,la jeune fille1 qui cre la famille1 est une cration de l'homme1 du mle4 ,tant que les hommes dsireront tre les pres de leurs enfants1 ils approuveront tous les moyens que l'exprience a suggrs pour prserver la virginit des filles4 ,c'est pourquoi le politicien anti-clrical fait lever son lodie chez les bonnes surs4 ,ainsi il donne son produit une marque suprieure et qui en augmente le prix4 ,le lyce que patronne ,sganarelle ou le ,cocu imaginaire n'a pas encore fait ses preuves2 sa marque est inconnue ou suspecte4 ,les hommes demeurent fidles aux consquences d'une croyance atavique1 longtemps aprs qu'ils ont bris le principe mme de la vieille croyance4 ,il est vrai que le procd de culture1 comme le sol1 influe sur la qualit du produit4 ,le jus de la vigne est du vin1 d'o qu'il vienne2 mais que de nuances6 ,en ,france nous sommes habitus un type de jeune fille qui sera longtemps encore le type dominant4 ,ses caractristiques1 un livre rcent nous les donne1 formules par la jeune fille elle-mme#eh4 #eh ,olivier de ,trville1 les ,jeunes filles peintes par elles-mmes1 #aija4 ,curieux d'apprendre de leur bouche si les jeunes filles d'aujourd'hui taient devenues trs diffrentes de celles d'hier1 ,m4 de ,trville 7que ses occupations disposaient bien cette tche7 en a interrog1 dit-il1 plusieurs milliers4 ,ses questions1 au nombre de soixante1 portent sur des sujet fort varis1 les parfums aussi bien que la religion1 le bal aussi bien que la littrature4 ,les rponses1 au nombre de deux mille1 peut-tre1 ont un air parfait d'authenticit4 ,aucun gnie n'aurait pu imiter avec cette perfection la dlicieuse et frache sottise de ces charmantes petites mes4 ,c'est la candeur dans toute sa rouerie1 le mensonge dans toute son innocence1 l'ignorance dans tout son orgueil1 le psittacisme avec tout son gonflement de plumes4 ,aucun livre documentaire ne m'avait tant rjoui depuis bien des annes4 ,et quelle mine pour la psychologie des femmes6 ,c'est l-dessus qu'il faudra s'appuyer dsormais pour tablir la distinction entre la personnalit et le caractre4 ,il y a des mots pour nommer les diffrents caractres2 il n'y en a pas pour distinguer entre elles les personnalits4 ,cela serait inutile1 puisqu'une personnalit ne ressemble aucune autre1 est unique4 ,le nom d'une personnalit1 c'est le nom mme de la personne4 ,rare chez les hommes1 la personnalit n'existe presque pas chez les femmes1 et jamais chez la jeune fille4 ,on distingue des caractres1 des tempraments3 voici des genres1 des espces et des varits3 d'individus1 point4 ,c'est trs curieux4 ,non1 comme le dit l'enquteur1 elles n'ont point d'ides subversives4 ,ah6 qu'elles sont sages1 qu'elles sont obissantes1 qu'elles sont jeunes filles6 ,je les aime ainsi1 je l'avoue1 n'ayant jamais demand aux femmes que d'tre de belles fleurs4 ,il y a des fleurs qui ont des yeux si doux6 ,la personnalit n'est aucunement ncessaire la perfection de la vie sociale2 au contraire1 elle serait plutt anti-sociale1 car deux personnalits ne peuvent vivre en contact permanent sans se dclarer la guerre4 ,la personnalit qui n'implique pas l'gosme le cre trs souvent4 ,il est donc tout naturel que la femme1 l'tre social par excellence1 soit1 et trs peu goste et trs mal doue de personnalit4 ,mais le caractre s'affirme en elle avec d'autant plus de force1 comme l'tat d'exemple1 de synthse4 ,l'homme demi chaste est commun4 ,la femme va vite l'extrme4 ,les demi-vertus fminines ne sont peut-tre que des hypocrisies audacieuses4 ,la premire question pose a prcisment permis plusieurs jeunes filles d'affirmer leur caractre4 ,elles l'ont fait avec une simplicit passionne4 ,c'est que la question tait bien ingnieuse3 ,type idal de la jeune fille4 ,comment la voudriez-vous1 la jeune fille moderne8 ,chacune a fait son propre portrait4 ,nous avons l une trentaine d'images de miroirs des plus amusantes1--parce qu'elles sont presque toutes semblables4 ,ou bien si on voulait les classer1 il faudrait le faire selon des types2 on aurait3 la jeune fille douce et affectueuse2 la jeune fille nergique2 la srieuse et la rieuse2 la mnagre et la coquette2 celle qui met avant tout la pit ou l'instruction1 etc4 ,il vaut mieux essayer d'une autre mthode4 ,par exemple1 quelles sont les qualits les plus estimes des jeunes filles et dans quel ordre8 ,la statistique des mots sera ici conforme avec les plus vieilles associations d'ides4 ,la classe des mots les plus frquents 7#ca7 sont3 bont1 dvouement1 charit1 affection1 sensibilit4 ,voil pour le sentiment4 ,la jeune fille se reconnat donc ou se souhaite un cur tel que tout homme le voudrait rencontrer en elle4 ,vient ensuite 7#cj71 et c'est logique1 la classe3 bien leve1 respectueuse1 modeste1 douce1 simple4 ,l'accord continue avec la troisime classe 7#ai73 aimable1 gracieuse1 un peu coquette4 ,ici1 il faudrait peut-tre dcomposer3 aimable 7#h71 gracieuse 7#g71 un peu coquette 7#d74 ,la religion n'est pas oublie4 ,aucune n'y est hostile1 mais ce qu'il leur faut maintenant c'est une religion claire1 une pit solide4 ,si l'on avait donn un chiffre particulier chacun des mots1 au lieu de les grouper par classes1 la religion l'emporterait sur tous les autres 7#ad74 ,l'instruction a presque autant de partisans 7#ac72 mais sept d'entre elles ajoutent3 sans pdantisme 7#g74 ,voil une crainte salutaire4 ,le clan des femmes fortes est important 7#ac73 nergie1 volont1 courage1 force1 dignit1 fiert1 tel est son langage4 ,srieuse1 aspirations leves 7#ac72 franchise et gaiet 7#aa72 femme d'intrieur1 bonne mnagre 7#h72 intelligence1 jugement1 curiosit d'esprit 7#g74 ,on voit qu'elles ont plus de souci de leur cur que de leur cerveau et aussi que la charit les exalte davantage que la cuisine4 ,elles sont tout en amour1 ces jeunes cratures2 elles sont comme on voudrait qu'elles fussent1 dcidment4 ,la musique a beaucoup baiss dans l'estime de la jeune fille 7#b72 quelques-unes prfrent la peinture 7#d7 ou mme la posie 7#f74 ,deux d'entre elles disent3 un peu de sport2 et deux autres3 pas de sport4 ,et tout cela est si peu rvolutionnaire que cela pourrait se passer sous la reine ,amlie ou du temps que la reine ,berthe filait4 ,il resterait savoir de quel milieu viennent ces rponses4 ,elles sont si ternes1 si convenables1 si jeune fille que je n'ai pu m'en faire une ide prcise4 ,il est franais1 traditionnel et provincial4 ,il est celui1 trs probablement1 que l'on atteindrait avec les adresses d'un bon journal de modes rpandu en province4 ,les deux mille et six jeunes filles de ,m4 de ,trville1 ce don ,juan de l',enqute1 ont toutes reu une excellente ducation et une instruction srieuse4 ,elles sont lettres1 hlas6 ,elles l'ont prouv en rpondant avec abondance plusieurs questions touchant le style1 la posie nouvelle1 les littratures du nord4 ,je ne voudrais avoir l'air de m'gayer de l'innocence littraire de tant d'tres charmants1 et dont la destine heureuse est de vivre loin de toute littrature4 ,mais elles affectent sur ces sujets un pdantisme vraiment bien ridicule4 ,qu'on enseigne donc de singulires choses la jeunesse6 ,sans doute1 cela est sans importance1 puisqu'il s'agit seulement de passer le temps1 d'occuper l'activit bizarre de l'ge ingrat4 ,puisque cela est sans importance1 ne pourrait-on varier un peu cet enseignement surann8 ,est-il ncessaire de cultiver avec tant de soin dans les jeunes esprits la haine du nouveau8 ,cette haine du professeur contre ce qui est venu au monde depuis qu'il a conquis ses diplmes est trs naturelle4 ,peu d'hommes maintiennent leur instruction au courant de la science4 ,un professeur g de cinquante ans enseigne ce qu'on lui enseigna il y a trente ans2 mais cette science1 qui lui fut donne par un vieillard1 tait dj ancienne quand il la reut4 ,l'orientation des esprits change peine deux fois par sicle4 ,la philosophie universitaire1 par exemple1 ayant secou la tradition de l'clectisme1 explique depuis cela le catchisme de ,knigsberg et rcuse toute ide nouvelle4 ,on n'apprend un peu de science frache que dans les livres1 dans les revues1 dans les laboratoires4 ,il y a aussi des laboratoires de littrature et de philosophie4 ,les jeunes gens dans les collges ne reoivent que de vieilles notions1 que les leons des littratures mortes2 quant aux jeunes filles1 on ne leur fait pas mme voir les momies sous leurs bandelettes2 il ne leur est permis que d'en contempler l'image ou d'en apprendre par cur la description4 ,leurs ides littraires ne sont pas nulles1 elles sont vagues2 ce sont des reflets4 ,et ces reflets1 avec quel soin elles en ont fait un calque1 un dcalque et une mise au net6 ,on devine des cahiers de littrature propres et sages avec un titre en gothique mouchete4 ,il y a l dedans tout ce qu'il faut pour n'avoir pas l'air effar quand le receveur de l'enregistrement raconte qu'il a vu ,mounet-,sully dans le ,cid1 sa dernire fugue ,paris4 ,cet homme grave1 qui est un lettr1 s'il se tait au whist1 dit volontiers1 l'cart3 ,rodrigue1 as-tu du cur8 ,c'est tout ce qu'il resterait de ,corneille1 avec deux ou trois autres centons1 s'il n'y avait pas le cahier de littrature de la jeune fille4 ,ayant entendu cela1 elle repasse l'analyse du ,cid1 dicte par son professeur pour le brevet1 et elle fait une rponse qui attire l'attention et peut-tre dcide de son mariage4 ,la vie de province est assez unie pour que de telles futilits fassent anecdote4 ,elle est donc lettre1 elle aussi1 la jeune fille de ,m4 de ,trville1 et elle dteste ce que l'enquteur appelle1 d'un mot bien vieilli1 l'criture artiste4 ,il y a l une suite de rponses dont il faut tirer quelques phrases4 ,cela servira moins pour la psychologie de la jeune fille que pour celle du professeur de la jeune fille4 ,la question est celle-ci3 ,l'criture artiste4--,sous prtexte de rajeunir les vieux moules de notre musicale langue1 certains crivains1 rompant avec le pass et pensant sans doute qu'il en est du style comme de la mode capricieuse1 se sont mis bouleverser la syntaxe et tourmenter un tel point la priode qu'en les lisant on marche le plus souvent dans l'obscur1 l'incomprhensible4 ,on appelle cela l'criture artiste4 ,votre avis1 s'il vous plat8 ,cette question est dj une rponse et1 adresse des colires peine libres1 une rponse comminatoire4 ,cependant la femme1 c'est la forme de sa libert intellectuelle1 a l'esprit de contradiction4 ,voici les gazouillements3 --,laissons au style son gracieux naturel4 --,si les auteurs modernes veulent rajeunir les vieux moules1 c'est que tout tend vers le progrs444 reculons4 --,n'imitons pas ces soi-disant crivains1 phraseurs loquents1 griffonneurs de papier1 qui se croient autoriss bouleverser1 corrompre notre belle langue franaise4 --,je n'admets pas ce renouveau dans l'art littraire2 les crivains qui marchent sur les traces de leurs anctres et puisent dans notre dictionnaire seront encore les plus sentis et les mieux gots4 --,hlas6 qu'est devenu le style des grands matres8 --,aristote1 ,quintilien1 ,cicron ne sont rien pour ces libres gnies2 les vieilles rgles tant prconises sont des hochets passs de mode3 en un mot1 tout est sacrifi l'effet4 --,que vois-je dans les uvres de la nouvelle cole8 ,de menues fantaisies qui s'grnent ou s'effeuillent suivant le caprice de l'imagination et des sens4 --,a la porte6 la porte6 ,gter ainsi notre belle langue franaise1 amie jure du naturel6 --,oh6 ces pauvres auteurs modernes1 qui vous font parcourir le labyrinthe inextricable de leurs nouvelles locutions6 --,le style de nos crivains modernes est un cliquetis brillant4 --,clart et simplicit1 telles sont les qualits qui constituent le gnie de notre belle langue4 --,il me semble que le style simple1 facile1 naturel444 --,le naturel et la simplicit444 --,en souvenir des heures ou plutt des minutes de franche gaiet que m'ont fait passer ce pauvre ,stphane ,mallarm et ses disciples444 --,le beau n'est jamais vieux1 pourquoi vouloir le rajeunir8 --,et du style6444 je pense qu'il est frre de celui des ,vadius1 ,trissotin1 and ,co4 --,ce que je pense de l'criture artiste8 que le mot est aussi horrible que la chose4 --,ce que je pense de la langue moderne8 ,oh6 pas beaucoup de bien4 --,le naturel1 la simplicit444 --,sarcey avait raison d'tre l'ennemi444 --444 ,marchandise bonne tout au plus pour l'exportation4 --,puisse donc cette priode de dcadence444 --,le style grand et simple444 --,un jargon de convention4 --,si ,corneille et ,racine n'avaient jamais exist444 --,que nous sommes loin de ,corneille6 --,vous voulez rectifier nos vieux moules8 ,inutile6 --,la prcision1 le naturel et la clart4 --,le plus grand mrite d'un crivain est de pouvoir tre compris de tout le monde4 --,la simplicit444 ,voyez ,bossuet et ,chateaubriand4 --,ce style bizarre1 aujourd'hui en vogue444 --,il n'y a pas dire1 notre belle langue s'en va4 --,rien de plus agrable qu'une lecture facile et intressante4 --,ce charme discret de simplicit et de navet444 --,siffler la nouvelle cole des potes rats4 ,j'ai rsum vingt pages extrmement compactes4 ,la haine du nouveau y chante sans rpit et sans esprit4 ,un seul joli mot3 ,le beau n'est jamais vieux1 pourquoi vouloir le rajeunir8 ,seulement1 cela conduit au nirvna1--et au surmoulage4 ,une de ces jeunes filles a chapp au flau4 ,sa rponse est d'une ingnuit presque divine3 ,j'ai voulu analyser ce qu'on nomme l'criture artiste4 ,j'ai lu plusieurs pages des ,goncourt1 qui sont1 m'a-t-on dit1 les matres de cette cole4 ,je ne vois ni priode tourmente1 ni phrase travaille1 ni absence de naturel1 le style est joli1 fin1 brillant1 nouveau sans doute2 les termes sont clairs1 la phrase nette4 ,on me l'avait dpeint obscur1 je l'ai trouv lumineux4 ,aucun mot n'est rest dans l'ombre3 tous parlent4 ,voil peut-tre ce qu'on a dit de mieux sur le style des auteurs de ,rene ,mauperin4 ,il est d'une jeune fille inconnue qui pourrait ouvrir pour ses matres d'hier une classe de jugement et de bonne foi4 ,mais si elles dtestent la littrature nouvelle1 quelles sont leurs amours8 ,les jeunes filles d'aujourd'hui aiment en littrature ce qu'on leur a dit d'aimer2 et1 obissantes1 elles adorent1 comme elles dtestent1 de confiance et les yeux clos4 ,j'ai recueilli et class leurs aveux4 ,ce catalogue de noms1 suivi du nombre exact des adoratrices1 n'est pas sans intrt4 ,racine #ai ,corneille #ag ,bossuet #aa ,svign #aj ,molire #i ,lamartine #h ,chateaubriand #g ,boileau #f ,la ,fontaine #e ,hugo #d ,fnelon #c ,maintenon #c ,malherbe #c ,ronsard #b ,stal #b ,jules ,verne #b ,musset #b ,rostand #b ,nomms une fois seulement3 ,walter ,scott1 ,eugnie de ,gurin1 ,madame de ,sgur1 ,perrault1 ,andersen1 ,michelet1 ,montaigne1 ,znade ,fleuriot1 ,tolsto1 ,buffon1 ,daudet1 ,sarcey1 ,b4 de ,saint-,pierre1 les ,goncourt1 ,joinville1 ,coppe1 ,pascal1 ,charles d',orlans1--et un pote nouveau mort rcemment4 ,ce tableau nous renseigne sur les limites de l'instruction donne aux jeunes filles4 ,elle porte uniquement sur le ,x,v,i,ie sicle franais4 ,quelques professeurs doivent y joindre deux ou trois noms romantiques4 ,sur le reste1 le silence semble complet4 ,l'ignorance1 du moins1 est totale1 ou peu prs3 sur l'antiquit 7quoique une espigle ait cit d'affile cinq ou six potes et orateurs grecs72 sur la littrature du ,moyen ,age et du ,x,v,ie sicle2 sur celle du ,x,v,i,i,ie sicle2 sur celle du ,x,i,xe1 principalement partir de #ahej4 ,du grand sicle lui-mme1 la plupart de ces jeunes curs n'ont gard le souvenir que des potes qui parlent de l'amour4 ,corneille1 pour elles1 c'est ,chimne2 et ,racine1 c'est ,iphignie et ,brnice4 ,celle qui a eu le courage d'entr'ouvrir ,goncourt n'en a lu que des pages4 ,celle qui a dcouvert un pote mort rcemment n'en a lu que cinq ou six posies4 ,la mieux partage n'a donc pas reu une vritable culture littraire1 ni mme une mthode de culture littraire4 ,il semble que tous les efforts de leurs matres aient tendu leur imposer une rigoureuse discipline de prservation4 ,on les a impermabilises avant de les lancer sur les flots du sicle4 ,ni la pluie du ciel1 ni l'cume des vagues ne toucheront leur peau4 ,elles s'en iront vers la mort1 douces1 souriantes ou en larmes1 sans avoir prouv1 de l'cole la tombe1 une seule impression esthtique4 ,il n'y a de vraie beaut que la beaut nouvelle2 c'est dans l'uvre d'aujourd'hui et dans celle de la veille qu'il faut chercher l'motion pure1 celle qui n'est dtermine par aucun prjug d'ducation4 ,qui oserait s'avouer soi-mme1 sans prcautions1 qu'il s'est ennuy ,shakespeare1 ,racine1 ,chateaubriand8 ,n'est-ce point un signe d'intelligence et de haute spiritualit que de se plaire en ces uvres o n'ose entrer la multitude8 ,la pronnelle qui veut me faire accroire qu'elle prend plus de plaisir ,corneille qu' ,verlaine ne fait que m'avouer son ignorance ou son obissance excessive4 ,elle ne sait pas1 ou bien elle rpte pieusement une leon trop bien comprise4 ,quand aurons-nous des matres qui1 ayant enseign une mthode et des principes1 ajouteraient3 ,lisez vous-mme et jugez4 ,l'art n'a de valeur que comme source d'motions intellectuelles4 ,ne confondez pas cela avec l'motion sentimentale4 ,ce qui touche d'abord la sensibilit n'est pas toujours de l'art2 ce qui ne touche que la sensibilit n'est jamais de l'art4 ,ce qui ne touche que l'intelligence n'est pas de l'art non plus4 ,tenez-vous-en l'expression d'motion intellectuelle4 ,ce qu'elle a d'incorrect vous aidera la retenir et ainsi vous pourrez mesurer la qualit de vos tressaillements4 ,la jeune fille d'aujourd'hui1 juge d'aprs l'enqute de ,m4 de ,trville1 n'a aucune culture littraire1 ni aucune curiosit d'esprit2 elle ne souffre donc pas de l'infriorit o la laissent ses annes de pension4 ,persuade d'avoir atteint le plus haut degr d'instruction qui soit permis aux femmes1 elle n'est pas sans vanit intellectuelle4 ,la femme aime juger2 son esprit est vif2 elle est prompte aux dcisions4 ,des tudes incompltes1 mais prolonges1 trs appuyes en de certaines directions1 ne peuvent avoir qu'une influence trs mauvaise sur les jeunes filles elles-mmes et sur leur entourage4 ,sans doute il faut que la femme soit conservatrice1 mais non rtrograde4 ,la jeune fille1 c'est la maison2 or1 le moyen de faire entrer une ide nouvelle dans une maison o l'on croit que toute pense franaise depuis un demi-sicle n'a t que dmence ou acrobatie8 ,au moindre contact1 la sensitive va se replier2 la lumire mme1 si elle est trop vive1 resserre ses fibres4 ,la jeune fille pourvue d'une bonne et solide ducation est aussi peureuse et aussi prompte rentrer ses antennes4 ,on n'a obtenu la scurit matrielle qu'en dressant les organes du contact se drober la moindre alerte4 ,de tous les contacts superficiels1 de tous les frlements1 le plus difficile obtenir d'une jeune fille1 c'est le contact intellectuel4 ,elle donne beaucoup au bal et rien la causerie4 ,la main1 les cheveux1 ceci ou cela1 il y a toute une hirarchie de jeux sans perversit2 mais le jeu intellectuel est impossible4 ,il semble bien que cela soit par l'intelligence qu'on les dompte bien plus que par le sentiment4 ,la religion amollit les jeunes filles1 tout en leur fournissant certaines armes dlicates et assez solides2 le cur a trop de part en des croyances qui font appel l'amour4 ,longtemps1 on s'tait content de cette prison douce2 elle n'est tout fait bonne qu'entoure d'un foss profond4 ,la culture de l'intelligence consiste faire creuser ce foss par l'intelligence elle-mme4 ,ce sera un foss ou ce sera une muraille2 ce qui importe c'est le travail bien plus encore que la forme de la dfense4 ,on remuera de la terre ou des pierres2 on bourdonnera autour d'une littrature ou d'une histoire4 ,le chantier se croit occup d'un travail utile4 ,telles1 les abeilles qui1 depuis des milliers d'annes1 ne savent pas encore qu'on leur vole leur miel1--et qui ne le sauront jamais4 ,il s'agit de creuser une douve ou d'lever un mur qui ait exig des ouvrires un tel labeur qu'elles ne puissent douter de l'importance de leur uvre4 ,ce sera l'uvre1 celle qui seule existe1 celle qui annihile toutes les autres1 celle qui s'tend comme une conqute sur la nature4 ,ainsi l'on creuse dans les pensionnats la littrature du ,x,v,i,ie sicle franais4 ,le choix est bon4 ,a cette priode1 la langue est assez obscure pour que l'on puisse donner1 sans tre suspect1 le sens le plus convenable toute expression quivoque2 elle est assez claire pour n'tre pas rebutante2 et la pense est assez morale et assez religieuse pour que l'on puisse soutenir sans dmence que son seul but est d'exalter la religion et la morale4 ,ainsi on incorpore l'intelligence les notions qui lui sont le plus trangres4 ,la morale devient la floraison naturelle d'un grand esprit et la religion la forme suprieure de la raison4 ,cinq ou six ans de ces inhalations mthodiques suffisent dompter les natures les plus sauvages4 ,elles se plient au joug de l'uniformit parce qu'il leur est offert comme le signe de l'lection et de la noblesse4 ,de jeunes mes1 qui consentiraient n'tre pas tout fait semblables des mes voisines dont elles connaissent les faiblesses1 rougissent qu'on les suppose incapables d'galer1 au moins d'intention1 les belles mes de jadis4 ,la vie des saints leur a donn des modles d'amour2 la vie des potes leur donnera des modles d'intelligence4 ,corneille n'enseigne-t-il pas le sacrifice8 ,ne voit-on pas en ,bossuet unies la raison la pit8 ,c'est ainsi que la littrature devient un mur ou une cave4 ,la tour d'o sur ,anne regarde au loin les actions des hommes est rentre sous terre et devant les fentres ouvertes notre prison une prodigieuse muraille s'est paissie1 qui nous cache le ciel et la vie4 ,ces rflexions ne veulent pas dire que l'on ait tort d'utiliser comme un caveon la littrature dans l'ducation des jeunes filles4 ,on ne blme pas la mthode1 mais son hypocrisie2 et encore tout bas1 car il est clair qu'elle n'est efficace qu'en demeurant secrte4 ,la vrit est qu'il est impossible d'instruire une jeune fille sans la dflorer4 ,ce mot est mis dessein4 ,les natures dlicates se corrompent par la tte1 comme les roses qui commencent se faner par la pointe des feuilles4 ,une intelligence cuirasse assure la dfense de l'organisme tout entier4 ,ouverte et libre1 elle semble inviter l'ennemi4 ,la curiosit sensuelle est trs rare chez les vierges1 et les mois de leurs curs superficiels et fugitifs4 ,quand elles succombent1 c'est par ignorance ou par sottise4 ,c'est pourquoi on leur donne des principes4 ,ils ne seront jamais trop svres et1 en vrit1 tous les moyens sont bons qui cultivent leur dfiance et fortifient leur esprit4 ,tant que la civilisation europenne n'aura pas t profondment modifie1 la jeune fille devra rester ce qu'elle est et maintenir son tat dans un rapport sans quivoque avec l'ide qu'veille le nom mme qu'elle porte4 ,c'est l l'obstacle aux progrs du fminisme4 ,mme sur les bancs de la ,sorbonne1 et mle six mille jeunes gens sans murs1 il faut que l'tudiante ait des murs4 ,il faut qu'elle reste une jeune fille4 ,elle doit craindre un contact1 un regard trop prolong1 une parole douteuse4 ,elle est libre1 comme une perdrix dans le chaume2 elle est une proie4 ,l'homme aussi est une proie2 mais sa capture ne lui enlve qu'un peu de force absolue4 ,sa force relative n'est pas atteinte1 puisque tous ses frres tombent aux mmes rets4 ,mais la jeune fille1 si elle est prise1 se perd toute4 ,elle n'a plus de valeur2 ou sa valeur1 de sociale1 devient anti-sociale4 ,ce jeune homme1 mme le plus srieux et le moins sensuel1 n'aura-t-il pas eu quelque liaison1 n'aura-t-il pas fait quelques visites aux amours faciles8 ,mais le contraire mme lui serait une tare et le rendrait ridicule1 ce qui1 en ,france1 est pire que d'tre odieux4 ,cette jeune fille1 son camarade d'tudes3 oh6 la sagesse mme6 ,en quatre ans1 elle n'a eu qu'un amant et cinq ou six passades4 ,voil la limite du fminisme1 et pose par la socit elle-mme4 ,bref une jeune fille est une jeune fille--ou une fille4 ,si la civilisation pourrait s'arranger d'un dilemme moins strict1 il est tout fait inutile de le rechercher4 ,sans doute1 une classe de courtisanes instruites1 savantes mme1 et habiles en tous les arts et dans la posie1 on peut rver cela4 ,une civilisation dgage du christianisme verrait sans peur l'amour lgant devenir pour quelques jeunes filles une profession charmante4 ,le spectacle d'ailleurs ne serait pas nouveau2 des socits qui valaient bien les ntres ne mprisrent pas plus les courtisanes que nous ne mprisons aujourd'hui les actrices et les danseuses4 ,mais ceci mme ne supprimerait pas la jeune fille4 ,au contraire1 la distinction n'en serait que plus marque entre la fille vivant sa guise dans le monde et la fille confine dans sa famille4 ,bien entendu que je ne fais aucune allusion ce libertinage universel que des sociologues dments appellent l'amour libre4 ,tout en restant trs fidle aux vieux principes qui caractrisent et garantissent son tat1 la jeune fille d'aujourd'hui se rjouit qu'on lui ait enfin accord une plus grande libert d'allures4 ,elle ne rve ni de fminisme ni d'mancipation totale4 ,la femme n'a aucun got pour l'mancipation4 ,elle se veut esclave1 au contraire1 esclave nominale1 pour acqurir ainsi le droit de tyranniser l'homme qui lui est chu par le sort4 ,il ne semble pas que l'on ait bien compris ce dessous du caractre fminin4 ,la jeune fille rve ce qui sera le bonheur de la femme4 ,elle veut tre la matresse d'une maison4 ,prte subir les charges du commandement1 elle en exige les charmes2 il faut qu'on lui obisse4 ,la femme franaise mnerait la politique mme1 si la politique ne se faisait en dehors de la maison4 ,elle n'y a la main qu' demi4 ,toute dcision prise la maison est l'uvre de la femme3 c'est pourquoi les lyces de garons se dpeuplent2 les lyces de filles seraient vides s'ils n'taient des externats4 ,les jeunes filles ne demandent donc pas tre libres2 ,une libert relative1 dit l'une2 la fentre entr'ouverte1 dit l'autre4 ,aucune n'est fministe4 ,comme tout le monde en ,france1 elles croient que les jeunes ,anglaises et surtout les ,amricaines sont leves dans une libert extrme2 elles ignorent que1 dans les pays anglo-saxons1 il y a un tyran plus dur que toutes les lois1 tous les rglements1 un tyran de toutes les minutes1 l'opinion4 ,et ce tyran1 qui prend plus de formes que n'en connaissait ,prote1 fait de la libert anglo-saxonne une chose mystrieuse et fugitive qu'aucun homme de civilisation latine n'a jamais pu ni voir ni comprendre4 ,en ralit1 les jeunes filles sont leves en ,france d'une faon fort librale1 la confiance que l'on a dans les principes de plus en plus solides1 dont elles sont pourvues1 a remplac partout les barrires matrielles4 ,les seules liberts qu'elles n'aient pas sont celles-l mmes que leurs principes leur dfendent de prendre4 ,quelques-unes semblent regretter qu'on surveille leurs lectures4 ,mais cela1 c'est le caveon2 c'est la clef du systme4 ,on pourrait1 en suivant l'norme tome de ,m4 de ,trville1 faire encore bien des remarques curieuses sur la psychologie de la jeune fille moderne4 ,mais ce qu'on en a dit doit suffire donner une impression gnrale et exacte de ses aspirations4 ,elle aspire l'amour1 tout simplement4 ,on lui demande3 ,la fortune fait-elle le bonheur8 ,et c'est comme un jaillissement3 ,non6 non6 non6 ,elles ont eu peur1 tout d'un coup1 qu'on ne leur arrache les ailes4 ,le chapitre est bien intressant4 ,il suffirait seul montrer combien la jeune fille de ,france est reste nave et saine4 ,a lire leur littrature et surtout leurs opinions littraires1 on prouve un vritable agacement4 ,ce sont des cruches1--de dlicieuses cruches1 des amphores6 ,mais ds qu'il est question de tout ce qui est l'essence de la fminit1 l'amphore redevient une belle jeune fille la gorge mue et aux yeux inquiets4 ,on dirait que l'intelligence n'a t donne la femme que comme le don du miel a t donn l'abeille3 don funeste leur libert4 ,mais l'amour leur appartient1 et rien ne peut l'arracher de leur cur1--de ce cur qui a tant aim les hommes4 #aija4 ,,fragments ,i ,,sur ,,la ,,hi,,rarchie ,,intellectuelle ,il ne s'agit pas d'affirmer une srie de grades ou de fonctions caractriss par des diffrences sensibles4 ,dans le monde de l'intelligence on se meut librement1 sans mot d'ordre que celui chuchot par l'infini1 et on ne reconnat de supriorits qu'lues par un jugement personnel4 ,l'expression hirarchie intellectuelle signifie seulement ceci3 les hommes sont diviss en deux castes1 les nergtiques et les nergumnes1 ceux qui agissent et ceux qui sont agis 7ou devraient tre agis71 ceux qui dtiennent l',esprit1 c'est--dire la ,force1 et ceux qui subissent 7ou devraient subir7 l'action de l',esprit1 ou de la force1-- 1 4 ,hirarchie donc deux degrs1 ou plutt deux cercles dont l'un1 inscrit dans l'autre1 a l'troitesse1 mais la solidit1 d'une le de pierre surgie au milieu d'une solitude ocane4 ,c'est sur ce rcif que se groupent--et parfois se rfugient--les tres dous de la pense4 ,ils sont peu1--si la pense n'a droit ce nom que lorsqu'elle est accompagne de la conscience4 ,l'homme1 en effet1 le premier venu1 est inconscient2 sa vie est purement automatique2 les gestes par lesquels il a l'air d'affirmer sa diffrenciation lui sont dicts parle roulement de son organisme1 et ce mme jeu l'oblige profrer certaines paroles1 celles-l seules et non d'autres4 ,il n'y a pas d'imparit bien sensible entre les socits humaines et les socits animales2 la comparaison s'est toujours impose de l'homme avec la fourmi1 l'abeille1 le castor1 le pcari ou le chien des prairies4 ,aprs avoir rflchi assidment1 et lu diffrents traits d'histoire naturelle et de psychophysiologie1 je suis arriv cette conclusion3 l'homme est une sorte de castor4 ,ces deux animaux btissent des maisons et des ponts1 vivent en socit1 font la guerre1 font l'amour1 sont la fois constructeurs et destructeurs2 toutes ces uvres ils procdent navement1 avec un courage infini4 ,pour le castor1 comme pour l'homme1 la chose en soi est un pont3 scier un arbre1 le faire tomber en travers d'une rivire1--et sur cette poutre passer firement4 ,vers quel but8 ,le castor n'a pas d'autre but que de passer la rivire2 pourtant1 quand il est de l'autre ct1 il voudrait bien revenir1 pour repasser1 mais il est trop tard3 la foule des castors le presse et le pousse2 on ne passe qu'une fois sur le pont des castors4 ,m4 ,ribot1 avec quelques autres philosophes1 en concluant un automatisme relatif1 dnie la conscience un rle important4 ,conscient ou inconscient1 l'homme agirait de mme2 il n'y aurait rien de chang dans ses rapports avec ses semblables2 la civilisation en serait au mme point4 ,si le monde varie si peu1 si ,hrodote comme le dit ,schopenhauer1 a pu raconter toute l'histoire future en crivant l'histoire d'un petit moment et d'un petit coin de terre1--c'est que les inutiles volutions humaines ont t l'uvre d'tres inconscients1 acharns suivre leur nature1 toujours recommencer la mme chose1 toujours scier des arbres pour passer de l'autre ct de la rivire4 ,pourtant l'esprit parle1 l'esprit souffle--jusqu' rebrousser le poil des castors6 ,oui1 mais l'action de l'esprit sur le castor n'est pas perue par l'intelligence du castor1 et sitt que son poil retombe1 sitt que l'esprit se tait1 l'animal reprend sa strile besogne3 il lui reste seulement la sensation d'avoir eu le poil rebrouss et1 contre le ,souffle1 une animosit qui1 trs souvent1 devient de la haine4 ,que ceux donc qui de mystrieux mots ont t dits dans l'oreille gardent ces mots pour eux1 ou s'ils les redisent1 que ces mots ne sortent de leurs lvres qu'envelopps de l'impntrable bue du symbole2 qu'ils restent sur leur le de pierre1 d'o1 grce leur vue pntrante1 ils suivront1 pour se distraire1 les inconscients gestes des lamentables pontifes2 et que leur goste prire soit celle qui est crite dans l',upanishad du grand ,aranyaka3 ,fais-moi aller du non-tre l'tre1 fais-moi aller de l'obscurit la lumire1 fais-moi aller de la mort ce qui ne meurt pas4 444 en attendant les jours o la parole pourra s'affirmer selon sa signification essentielle et o l'nergie spirituelle se rsoudra en lumire4 ,mais1 que nous importe l'avenir1 et si l'intelligence est vraiment sans action1 si ceux qui devaient tre imprgns jusqu' l'me ne le sont que jusqu'au derme1 si l'animal secoue la tte et se reprend ptrir son mortier1 si l'nergumne enfonce au del des oreilles son museau dans la boue1 s'il refuse les caresses intellectuelles1 si1 aprs des milliers d'annes et de remontrances1 il en est encore1 pitoyable ftichiste1 vnrer une srie de dieux infrieurs1 pensons au phnomne de l'impntrabilit3 cela nous vitera l'tonnement4 #ahid4 ,,ii ,l',,hopital ,on se souvient du mot doux profr1 il y aura un an tantt1 par un riche et vieux journaliste 7on ne sait plus lequel71 propos de ,verlaine3 ,quel dommage qu'il ne soit pas mort l'hpital6 ,l'hpital est1 en effet1 dans l'esprit de la solide bourgeoisie1 le couronnement naturel et d'une vie dsintresse de pote et d'une vie laborieuse de pauvre homme4 ,ceux qu'on n'a pu jeter dans les bagnes ou faire crever de faim sur la paillasse1 on les envoie l finir leurs tristes jours4 ,la civire1 les rles et les crachats de la salle commune1 les expriences de fer et de poison1 l'amphithtre1 le lit de chaux3 voil ce que rservent ceux qui restent debout ceux qui tombent4 ,l'hpital1 tel qu'organis par les socits modernes1 est une prison pour malades et un laboratoire pour mdecins4 ,parmi les gardiens et les oprateurs1 il en est de pitoyables2 il en est de froces2 mais les uns comme les autres doivent songer qu'ils sont d'abord les rgents et les professeurs d'une cole3 le malade est le livre qu'on ouvre la curiosit des petits carabins4 ,a ,paris1 l'hpital est la terreur du pauvre4 ,entre malheureux on se conte des lgendes4 ,presque toutes les filles publiques jetes l'hpital en sortent le ventre barr d'une large couture3 on les fend pour essayer sur de la chair1 prostitue mme au bistouri1 de lucratives oprations4 ,mais que les belles dames y songent1 qui sont gnes par leurs ovaires3 cela dforme et cela marque2 on n'est plus propre qu'aux adultres de coup ou de canap1 en toilette de ville4 ,qu'elles se fassent tailler2 elles sont matresses de leurs corps4 ,il ne faut demander aux mdecins que le respect de la chair pauvre et sans dfense4 ,je songe l'hpital parce qu'une vieille dame vient de mourir1 ayant donn beaucoup d'argent pour de telles fondations qui pourraient tre pieuses1 c'est--dire humaines4 ,elle a fond ou aliment des hpitaux pareils aux autres1 des coles de clinique et non de vrais asiles o la misre et la maladie trouveraient un abri sacr1 entreraient comme dans un hvre de grce4 ,l'hpital devrait tre le prolongement du logis1 une chambre seulement plus calme1 plus claire1 plus saine1 et le malade trait non comme un prisonnier1 mais comme un voyageur4 ,oui1 une grande htellerie de la souffrance et le malade un hte et l'objet de toutes les attentions1 un tre humain matre de sa demeure passagre et non pas le numro sinistre sous lequel les gens pendules et bronze d'art sourient que meurent les vieilles gens dont ils ont dvor la vie4 ,mais je n'attends rien de tel1 ni d'aujourd'hui ni de demain4 ,peut-tre un jour l'individu se respectera-t-il assez pour tre en droit d'exiger qu'on le respecte lui-mme1 jusqu'en ses caprices1 jusqu'en des fantaisies d'enfant malade4 ,si1 au lieu d'tre des tats1 les socits taient ce que dit le mot1 des associations1 on pourrait esprer beaucoup et tenter beaucoup2 l'tat est la faux qui fauche1 sitt sortie de terre1 l'herbe des bonnes volonts4 ,demain1 c'est peut-tre le socialisme1 la torpeur1 la fin de toute nergie1 de toute initiative1 de toute libert444 ,mais se vouloir libre1 c'est se faire libre4 ,la pense est plus forte que tout4 ,il faut toujours dire2 il faut mme crier3 peut-tre qu'au loin un cerveau1 comme une cloche1 va sonner l'unisson4 #ahif4 ,,iii ,,en ,r,,ponse ,a ,,cette ,,question3 ,quel sera l'idal de demain8 ,puis-je vous avouer1 ,monsieur1 que je ne m'inquite pas plus de l'idal de demain que du temps de demain8 ,beau1 mauvais1 variable1 avec toutes les nuances et toutes les modifications que ces mots subissent selon les intrts1 les dsirs1 les illusions de chacun4 ,cela regarde le baromtre4 ,quel que soit l'tat social1 l'individu s'accommode cet tat1 puisqu'il y vit et s'y reproduit4 ,je trouve seulement que l'homme a une tendance fcheuse tyranniser la nature3 gris par la passivit des choses1 il est probable qu'il voudra de plus en plus substituer ses propres lois aux lois naturelles et tenter de faire rgner l'ide de justice qui n'est que l'ide de logique mal comprise4 ,vous savez qu'il y a une notion commune beaucoup de religions1 celle d'un ,paradis terrestre situ au commencement du monde4 ,or1 au sicle dernier1 des penseurs hardis imaginrent de transporter ce paradis l'autre bout1 la fin4 ,une hardiesse plus grande serait de le situer au milieu1 en un milieu oscillant1 au milieu mme o nous sommes aujourd'hui3 on l'essaya2 c'tait l'optimisme1 mais la chose parut un peu forte1 mme aux plus nafs4 ,paradis-pass1 paradis-futur1 je classe les deux notions cte cte dans le chapitre des superstitions hdonistes3 c'est de la matire littrature4 ,pourtant je voudrais vous dire quelque chose qui paraisse important1 et voici3 la vie serait1 je crois1 rendue beaucoup meilleure pour tous et pour chacun1 si l'on admettait cette ide que la socit est faite pour l'individu et non l'individu pour la socit4 ,c'est l'individu qui souffre et non la collectivit2 c'est lui1 et non la totalit1 qui est la pice importante4 ,sacrifier les individus au bien public me semble aussi absurde que si1 lors d'un incendie1 on sacrifiait les locataires d'une maison pour sauver la maison4 ,mais cet idal apparat trs oppos celui qui peut-tre s'labore et qui serait1 dit-on1 l'unification1 selon la moyenne1 de toutes les intelligences et de toutes les forces4 ,idal 7si l'on ose dire7 bien difficile raliser4 ,on compte sans le gnie ou bien l'on espre que le gnie consentira tre mdiocre3 c'est peut-tre aller un peu loin4 ,voil4 ,j'ai trs mal rpondu vos questions1 mais c'est que je vois trs mal dans l'avenir4 ,si pourtant je vous envoie cette note1 c'est par sympathie pour votre uvre et parce que vous dfendez1 comme j'ai quelquefois essay de le faire1 l'individualisme et la libert contre la tyrannie et les vilaines entreprises de l'tat et des ,lois4 #ahih4 ,,iv ,,en ,r,,ponse ,a ,,une ,,question ,sur le rle de l'art4 ,il y a dans le livre de ,tolsto une dfinition--ou une explication--de l'art qui n'est pas mauvaise2 on peut dire en la prenant pour point de dpart3 ,l'art est l'expression de la ,beaut4--,l',art est de la beaut exprime par une uvre humaine4--,une uvre d'art est une uvre o l'homme a traduit1 au moyen de formes sensibles ou intellectuelles1 l'ide ou la sensation du beau4 ,on peut dire encore plusieurs choses1 toutes parfaitement inutiles1 quoique justes et vraies2 mais on ne peut pas dire3 ,l'art constitue un moyen de communion entre les hommes s'unissant par les mmes sentiments1 car1 cette dfinition s'appliquerait indiffremment la religion1 la morale1 au patriotisme1 la science1 toutes les activits qui ont une valeur sociale4 ,l'art a un but particulier et tout fait goste3 il est son but lui-mme4 ,il ne se charge volontiers d'aucune mission1 ni religieuse1 ni sociale1 ni morale4 ,il est le jeu suprme de l'humanit2 il est le signe de l'homme2 il est la marque du dsintressement intellectuel4 ,il affirme le divin2 il tend sortir des contingences2 il se veut libre1 il se veut inutile1 il se veut absurde1 c'est--dire en dsaccord avec les forces mmes de la nature qui tiennent l'homme dans une troite servitude4 ,si l'on donne l'art un but de moralit1 il cesse d'tre1 puisqu'il cesse d'tre inutile4 ,il est impossible qu'une uvre soit voulue en mme temps d'art et de moralit2 l'antinomie est absolue4 ,cependant la tendance des hommes est de faire servir leurs besoins mme l'inutile4 ,c'est ainsi que l'on attribue telles uvres d'art pur une signification seconde1 surajoute arbitrairement et tellement factice qu'on peut l'ter1 la remettre1 la changer--comme ces robes des idoles espagnoles--sans que l'uvre ait rien perdu de son caractre dsintress3 elle y gagne parfois un nouveau sourire d'ironie et de piti4 ,il arrive aussi que tel grand crivain1 comme ,tolsto1 croyant faire la fois de l'art et de la morale1 a fait de l'art pur1 malgr son dsir et malgr sa volont4 ,cela est rare et les hommes de gnie eux-mmes sont punis1 le plus souvent1 et rduits la mdiocrit1 quand ils ont voulu se servir de l'art1 au lieu de le servir4 ,je ne demande pas que1 dans le dsarroi futur1 on respecte ce refuge suprme4 ,si tous les sanctuaires doivent tre dtruits1 celui-l ne sera pas pargn et il est trs probable que les prochaines civilisations1 entirement utilitaires1 matrialistes1 scientifiques et morales1 se soucieront peu de jouer faire des tableaux1 des pomes ou des dmes4 ,si elles admettent encore une sorte d'art1 cela sera de l'art social1--pour que l'art soit ni sous son propre nom4 ,ainsi ,tolsto1 dont les paroles m'pouvantent1 aura raison dans l'avenir1-- moins que l'avenir chappe aux constructeurs de socits1 moins qu'il ne ressemble1 tout bonnement1 et au prsent et au pass4 #ahii4 ,v ,,le ,,marbre ,,et ,,la ,,chair ,au matre ,rodin4 ,un atelier de sculpture affirme la supriorit de l'art sur la vie1 combien la chair est triste prs de la joie lumineuse des marbres1 modeste prs de la gloire des bronzes4 ,a premire vue1 l'impression du nu fminin parmi le nu marmoren est plutt pnible2 on est contrari par le ton de la peau1 ce mlange de rose et de jaune1 par la mobilit de la face et des muscles de tout le corps1 bris souvent en une attitude sans grce1 par les cheveux1 par d'autres ombres1 par l'absence de calme et de lignes fixes et1 aussi1 par ce que l'on sent de fugitif1 de personnel1 en l'acadmie correcte de cet tre qui s'rige btement1 nu et ennuy1 sur une table4 ,c'est bien vraiment l que l'on comprend quel point existe peu1 en soi1 la beaut individuelle et extrieure1 quel point une crature quelconque1 pierre ou arbre1 bte ou homme1 est incapable de se raliser par ses seuls moyens naturels1 ses seuls moyens de vie3 en somme1 elle n'arrive la ralit qu'aprs avoir t manipule1 recre1 voque par l',art ou par le ,dsir 7qu'on peut ainsi appeler l',amour74 ,ces petits modles que l'on voit partout1 multicolores dans les rues1 unicolores dans les ateliers1 ces petites ,italiennes sont fort insignifiantes1 d'un charme mdiocre1 gure jolies et souvent lourdes en leur srieux de madones3 mais qu'elles soient dsires par l',artiste ou dsires par l',amant1 et les voil gales peut-tre aux plus hautes divinits4 ,la matire1 telle que cre ou telle que ne1 est essentiellement amorphe sous une apparence formelle1 sous l'illusion d'un contour prcis1 et c'est l'intelligence de lui donner sa forme vraie1 c'est--dire sa destination et sa place dans la hirarchie des uvres d'art ou d'amour4 ,de toutes les cratures amorphes1 la femme 7 quelques exceptions prs o l'me mle s'est loge en enveloppe femelle7 est idalement la plus mallable et la plus inconsistante1 celle qui subit le mieux les empreintes1 mais aussi celle qui les garde le moins profondment3 elle ne s'panouit en sa relle et dfinitive nature que sous la mainmise incessante et imprieuse de la ,force4 ,la statuaire1 o il faut du gnie et des muscles1 de l'intrpidit et de l'endurance1 est videmment l'art qui la domine le mieux et la ralise le plus srement3 en pierre1 en marbre1 en bronze1 elle est vraiment ternelle1 elle est vraiment l'indestructible ,ide4 #ahic4 ,,vi ,,sur ,,le ,,christianisme 444 ,c'est pourquoi il n'y eut jamais de peuples chrtiens4 ,l',europe1 depuis qu'elle a t nominalement christianise1 ne vit que des quelques gouttes d'lixir paen qu'elle a sauves de la jalousie de ses convertisseurs4 ,on parle d'obscurantisme2 il est dans la morale chrtienne et non dans un crmonial et des usages hrits de la religion grco-romaine4 ,ce cycle no-chrtien1 dont on ne peut prvoir la fermeture1 est navrant4 ,on voit l'humanit s'abrutir toujours de plus en plus1 mesure qu'elle s'loigne du romanisme pour essayer de raliser les chimres d'un rve asiatique4 ,l'heure est chrtienne1 et elle est sonne toute vole par des hommes qui se croient anti-chrtiens4 ,ne soyons pas dupes des mots4 ,la thologie s'est scularise2 elle est parlementaire et lectorale4 ,elle tend l'action politique4 ,jsus a rflchi--ceci pourrait tenter quelque socialiste--et il s'est dit qu'aprs tout1 ce monde vaut bien l'autre et qu'il s'y pourrait tailler un royaume4 ,je ne crois pas qu'il russisse1 parce que l'on conoit difficilement une socit anti-sociale4 ,mais plus l'entreprise est vaine1 plus la bataille sera longue et pnible4 ,il est possible que1 s'tant mis1 une fois pour toutes1 l'ide du paradis vanglique dans la tte1 l'humanit ne veuille plus jamais en dmordre4 ,du moins cela durera jusqu' ce qu'un autre grand courant1 peut-tre tout contraire1 emporte les hommes vers une autre chimre1 une autre toile aussi inaccessible que toutes les toiles4 ,en ce moment1 nous en sommes au point que tout ce qui n'est pas chrtien semble obscne4 ,on ne peut plus dire que gnralement les loups mangent les agneaux et que c'est leur devoir de loups1 sans faire passer dans la foule un frisson d'horreur4 ,il faut mettre ordre cela et ranger le monde sous la houlette de ,berquin4 ,on confond l'quit1 qui est l'ordre1 avec la justice1 ide chrtienne4 ,justitia pour ,cicron et pour les juristes1 c'est la loi1 l'attribution chacun de ce qui lui est d2 pour ,tertullien1 le mot signifie douceur1 bont4 ,nous en sommes ,tertullien4 ,c'est une manire de sentir4 ,elle a sa valeur4 ,seulement ceux qui rptent le beati mites1 et qui pratiquent l'vangile de la piti sont destins devenir les esclaves de ceux qui osent dire3 ma justice1 c'est ma force1 et qui le prouvent4 ,ils le sont dj4 ,je comprends bien que ceux qui sont les faibles veuillent devenir les forts2 mais l'inverse me rvolte comme une lchet4 ,je n'aime pas ces patriciens romains qui se rangrent la religion des esclaves2 ils furent les apostats de leur caste et de leur race4 ,en ,france1 ds que les aristocrates militaires eurent reu quelque culture1 ds qu'ils comprirent le sens des prires chrtiennes1 ils refusrent de les prononcer et laissrent au peuple une religion d'humilit4 ,les orateurs chrtiens du ,x,v,i,ie sicle viennent du peuple2 leur occupation est de convertir les grands2 chacun est le saint ,remi de quelque ,clovis4 ,le grand ,cond rsista longtemps2 un jour1 comme ,bourdaloue montait en chaire1 ,saint-,sulpice1 il cria3 ,silence1 voici l'ennemi6 ,on n'a jamais cit ce mot qu'en l'honneur de ,bourdaloue4 ,soit2 mais il tablit trs bien aussi la position d'un ,cond devant un ,jsuite4 ,aujourd'hui l'aristocratie intellectuelle se peut juger d'aprs la mme pierre de touche4 ,elle est incompatible1 je ne dis pas seulement avec la foi1 avec la sentimentalit chrtienne4 ,il faut vivre plus haut que cela et ne point s'occuper du bonheur des autres1 alors que l'on ddaigne le sien propre4 ,le christianisme a promulgu une morale unique1 obligatoire pour tous4 ,ceux qui semblent le plus violents contre le christianisme ont le plus grand soin de respecter cette morale2 plutt que de l'allger1 ils la rendraient volontiers plus lourde4 ,il faut tre heureux1 et c'est l'obissance qui conduit par la main les hommes vers le bonheur4 ,ainsi l'humanit sacrifie tout ce qui n'est pas essentiel l'idal moyen qu'elle veut atteindre4 ,le premier sacrifice est celui de la libert4 ,penser selon les ordres d'un directoire religieux ou politique1 qu'importe au peuple1 qui ne pense pas8 ,se soumettre3 qu'importe une masse qui vit dj dans l'esclavage8 ,le choix des plaisirs3 elle est habitue les subir4 ,la joie de se grandir par un acte difficile3 qui comprend cela8 ,enfin le bonheur moyen carte tout ce qui peut faire moins laide la vie humaine2 et il englobe tout ce qui la rabaisse4 ,l'idal terrestre de l'humanit sent la porcherie1 comme son idal cleste sentait l'table4 ,ni le paradis chrtien ne peut convenir la partie suprieure de l'humanit1 ni le paradis socialiste4 ,les hommes dignes de ce nom ne connaissent qu'une manire d'exercer la vie3 par la lutte pour la libert4 ,cependant le monde est chrtien et il se christianise tous les jours4 ,ceux qui se retranchent de la communion en avouant leur incroyance devront se rsigner une vie inharmonieuse et pnible4 ,les non-conformistes seront de plus en plus bafous et has4 ,leur position va devenir plus difficile que ne le fut1 sous le rgne de la foi1 la position des incrdules4 ,il faut dj ruser pour dire sa pense1 quand elle blesse la morale chrtienne4 ,cependant1 condition de ne prtendre qu' l'approbation du trs petit nombre des esprits libres1 il est encore temps de parler4 ,si le cercle des auditeurs est troit1 la voix est mieux entendue4 ,je relis des pages o ,m4 ,victor ,brochard a eu le courage de montrer#ei que l'ide de ,dieu1 telle que la philosophie orthodoxe croit la trouver chez les ,grecs1 est une ide purement chrtienne4 ,jamais1 dans la philosophie grecque--la chose est hors de doute1--et pas plus chez les ,stociens que chez ,platon1 l'infini n'a t considr autrement que comme une imperfection1 un non-tre4 ,notre ,dieu moderne n'est pas le produit d'une volution normale de la pense humaine2 il reprsente la substitution brutale d'une croyance religieuse une conception philosophique4 ,a l'ide religieuse d'un ,dieu-volont se joint ncessairement l'ide d'obligation morale4 ,le bien c'est la volont de ,dieu1 soit qu'il l'ait formule directement 7rvlation71 soit qu'il l'ait inscrite jamais dans la conscience de chaque homme 7,kant74 ,nombre de moralistes1 dit ,m4 ,brochard1 acceptent sans hsiter de dfinir la morale1 la science du devoir1 et notre esprit moderne ne conoit pas mme une morale qui ne tracerait pas chacun sa ligne de conduite1 ne lui formulerait pas certains prceptes auxquels il est tenu d'obir4 ,cependant1 si l'on veut bien y prendre garde1 cette ide est totalement absente de la morale ancienne4 ,elle est si trangre l'esprit grec que pas plus en grec qu'en latin1 il n'y a de mot pour l'exprimer4 ,jamais les anciens n'ont conu l'idal moral sous la forme d'une loi ou d'un commandement4 ,la morale pour les anciens c'est la coutume1 l'usage4 ,leurs moralistes donnent des conseils1 jamais des ordres4 ,sans doute ils voulaient1 eux aussi1 aider les hommes trouver le bonheur2 mais cette attitude tait toute fraternelle4 ,ils ne mlaient pas l'ide de devoir la recherche du souverain bien4 ,et comme ils ne concevaient pas de devoir1 ils ignoraient la conscience morale4 ,la vertu tait donc pour les anciens toute diffrente de ce qu'elle est pour nous4 ,au point de vue moderne1 dit ,m4 ,brochard1 la vertu est l'habitude d'obir une loi nettement dfinie et d'origine suprasensible4 ,au point de vue ancien1 elle est la possession d'une qualit naturelle4 ,les ides de libre-arbitre1 de responsabilit morale sont galement ignores de la philosophie grecque2 quant l'immortalit de l'me1 ce fut une des rveries de ,platon1 mais elle ne tient pas troitement sa philosophie4 #ei ,la ,morale ancienne et la morale moderne1 dans la ,revue ,philosophique du #a;er janvier #aija4 ,en descendant au dtail de la morale1 on trouverait presque toutes nos coutumes en opposition avec les coutumes des anciens1 tellement le christianisme nous a faonns sans piti pour notre libert et pour la puret de notre race4 ,je ne dis pas qu'il faille rejeter dfinitivement et toute la morale chrtienne1 et toute la philosophie chrtienne2 cela pourrait produire un prcipice fcheux et qu'il serait difficile de combler4 ,on pourrait cependant carter1 titre provisoire1 ces diverses notions1 vritables intruses dans l'intelligence occidentale4 ,suivons l'exemple du catchisme qui dbute par3 tes-vous chrtien8 ,ainsi on interrogerait toutes les prescriptions morales1 tous les dogmes mtaphysiques1 et on les carterait doucement1 aprs s'tre bien assur de leur origine4 ,c'est de l'empirisme2 sans doute1 mais pour qui ne croit pas la vrit1 l'empirisme est la seule mthode4 ,que1 pendant ce travail des philosophes1 les hommes continuent faire semblant de pratiquer l'une des formes du christianisme1 cela n'a aucune importance1 pourvu que les murs soient libres1 pourvu que l'intelligence demeure intacte4 ,on verrait ensuite ce que l'on pourrait reprendre parmi l'cart4 ,non pas l'ide de ,dieu1 sans doute1 ni l'impratif catgorique2 peut-tre entre les plus basses cartes1 un peu de cette sentimentalit perverse sans laquelle nous ne comprendrions plus rien notre art et notre littrature4 ,le christianisme n'a pas apport au monde que des mensonges et des poisons4 ,nietzsche l'a trop mpris4 ,une religion qui a conquis l'humanit1 c'est qu'elle s'adaptait au moins certains de ses besoins4 ,aujourd'hui mme1 on ne voit lui opposer que des principes qui rvoltent presque tous les hommes4 ,aussi l'enqute que je propose serait-elle un jeu purement philosophique2 elle fournirait quelques flches la critique1 mais peut-tre pas une seule arme vraie4 ,n'ayant plus de position intellectuelle1 le christianisme est inaccessible aux arguments intellectuels4 ,la raison n'y peut rien2 peut-tre mourra-t-il un jour empoisonn par la cigu de son triomphe8444 #aija4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,premi,,re ,,partie ,le ,chemin de ,velours ,,le ,,chemin ,,de ,,velours ,i4--,les ,jsuites et le got franais #g ,,ii4--,origine de ces rflexions #aj ,,iii4--,gnalogie du ,jansnisme #aj ,,iv4--,la ,philosophie des ,jsuites #ad ,v4--,le ,pch philosophique #bg ,,vi4--,pascal et la ,science #cd ,,vii4--,les ,casuistes et la morale exprimentale #da ,,viii4--,les pchs de la chair #df ,,ix4--,la casuistique du vol #ef ,x4--,pretium stupri #fd ,,xi4--,avortement et strilit #fg ,,xii4--,le probabilisme #fi ,,xiii4--,l'quivoque et la ,restriction mentale #gd ,,xiv4--,brve conclusion #ha ,,deuxi,,me ,,partie ,nouvelles dissociations d'ides ,,la ,,gloire ,,et ,l',,id,e ,d',,immortalit #he ,,le ,,succ,s ,,et ,l',,id,e ,,de ,,beaut #abi ,,valeur ,,de ,l',,instruction #afc ,,la ,,femme ,,et ,,le ,,langage #ahb ,,troisi,,me ,,partie ,l',idalisme ,,pr,,face ,,pour ,,les ,i,i,ie ,,et ,i,ve ,,parties #bji ,,notice #baj ,l',,id,,alisme #bac ,,le ,,symbolisme #bai ,l',,art ,,libre ,,et ,l',,esth,,tique ,,individuelle #bbf ,,celui ,,qui ,,ne ,,comprend ,,pas #bcb ,l',,ivresse ,,verbale #bci ,,le ,,paraclet ,,des ,,po,,tes #bdb ,,quatri,,me ,,partie ,analyses et fragments ,,le ,,dernier ,,des ,,saints1 ,,psychologie ,d',,un ,,homme ,,de ,,dieu #bdg ,,la ,,jeune ,,fille ,d',,aujourd',,hui #bfa ,,fragments ,i4--,sur la ,hirarchie intellectuelle #bie ,,ii4--,l',hpital #bii ,,iii4--,en rponse cette question3 ,quel sera l'idal de demain8 #cjb ,,iv4--,en rponse une question4 ,sur le rle de l'art #cjd ,v4--,le marbre et la chair #cjg ,,vi4--,sur le ,christianisme #cji ,impr4 d',ouvriers ,sourds-,muets1 ,paris4