,,les ,,hommes ,,et ,,les ,,id,,es ,la ,naissance et l'vanouissement de la ,matire ,,par ,,le ,dr ,,gustave ,,le ,,bon ,,paris ,,soci,t ,,dv ,,mercvre ,,de ,,france ,,xxvi1 ,,rve ,,de ,,cond1 ,,xxvi ,,mcmviii ,,dans ,,la ,m,,me ,,collection ,,henri ,,de ,r,,gnier ,,et ,,son ,,uvre1 par ,jean de ,gourmont1 avec un portrait et un autographe #a vol4 ,i ,le but de cette confrence#a est de vous raconter une merveilleuse et trange histoire1 qu'il y a dix ans peine la science ne souponnait pas4 ,cette histoire est celle d'un morceau de matire quelconque1 de la pierre que vous heurtez sur votre chemin1 du papier qui est devant moi1 des fragments de mtal que vous maniez chaque jour4 #a ,confrence faite ,ostende en aot #aijg4 ,la science croyait autrefois1 et beaucoup de personnes croient encore1 que la matire se compose d'lments inertes et indestructibles4 ,crs l'origine des choses1 ils devaient conserver travers tous les changements une dure ternelle4 ,rien ne se cre1 rien ne se perd1 disait la chimie1 et elle tait fonde le dire1 puisque1 malgr toutes les transformations qu'on lui faisait subir1 la matire paraissait toujours conserver le mme poids4 ,la science nous apprend tout autre chose aujourd'hui4 ,elle nous montre la matire compose de petits systmes solaires en miniature1 forms d'lments gravitant les uns autour des autres avec une immense vitesse et ne devant leur stabilit qu' cette vitesse mme4 ,elle nous dit que l'atome est le sige de forces colossales auprs desquelles ne sont rien celles que l'industrie manie et que peut-tre cette mme industrie pourra utiliser un jour4 ,elle nous dit encore que cette matire1 sige d'une vie intense1 possde une sensibilit invraisemblable qui la fait se modifier sous les influences les plus lgres4 ,elle nous dit enfin que1 loin d'tre ternelle1 la matire obit cette loi fatale qui condamne les choses et les tres mourir4 ,ne pouvant approfondir en une heure un pareil sujet1 je me bornerai1 dans cette confrence1 vous montrer quelques-unes des consquences des recherches que je poursuis depuis plus de dix ans sur la dissociation de la matire et que j'ai dveloppes dans deux ouvrages rcents#b4 #b ,l'volution de la matire1 in-#ah de #djj pages1 avec #fb figures 7#ae;e dition71 et l'volution des forces1 in-#ah de #djj pages avec #dj figures 7#f;e dition71 ,flammarion1 diteur1 #aijh4 ,ces recherches1 dont le rsultat fondamental1 trs imprvu il y a bien peu d'annes encore1 fut de montrer que la matire n'tait pas indestructible1 se sont rapidement rpandues dans les laboratoires4 ,quelques-unes de nos propositions1 considres comme trs rvolutionnaires quand nous les formulmes pour la premire fois1 commencent devenir presque banales aujourd'hui1 bien que trs loignes cependant d'avoir port toutes leurs consquences4 ,lorsque celles-ci se drouleront1 elles conduiront renouveler un difice scientifique dont la stabilit semblait ternelle4 ,voici d'ailleurs l'nonc des principes fondamentaux que j'ai tch de mettre en vidence en me basant sur mes expriences3 #a ,la matire1 suppose jadis indestructible1 s'vanouit lentement par la dissociation continuelle des atomes qui la composent2 #b ,les produits de la dmatrialisation de la matire constituent des substances intermdiaires par leurs proprits entre les corps pondrables et l'ther impondrable1 c'est--dire entre deux mondes que la science avait profondment spars jusqu'ici2 #c ,la matire1 jadis envisage comme inerte et ne pouvant restituer que l'nergie d'abord fournie1 est1 au contraire1 un colossal rservoir d'nergie--l'nergie intra-atomique--qu'elle peut dpenser sans rien emprunter au dehors2 #d ,c'est de l'nergie intra-atomique libre pendant la dissociation de la matire que rsultent la plupart des forces de l'univers1 l'lectricit et la chaleur solaire notamment2 #e ,la force et la matire sont deux formes diverses d'une mme chose4 ,la matire reprsente une forme stable de l'nergie intra-atomique4 ,la chaleur1 la lumire1 l'lectricit1 etc41 reprsentent des formes instables de la mme nergie2 #f ,en dissociant les atomes1 c'est--dire en dmatrialisant la matire1 on ne fait que transformer la forme stable de l'nergie1 nomme matire1 en ces formes instables connues sous les noms d'lectricit1 de lumire1 de chaleur1 etc4 ,la matire se transforme donc continuellement en nergie2 #g ,la loi d'volution applicable aux tres vivants l'est galement aux corps simples4 ,les espces chimiques1 pas plus que les espces vivantes1 ne sont invariables2 #h ,l'nergie n'est pas plus indestructible que la matire dont elle mane4 ,la science d'hier tait fonde sur l'ternit de la matire1 celle de demain sera base sur la dsintgration de la matire4 ,elle aura pour but principal de trouver des moyens faciles d'augmenter cette dsintgration et mettre ainsi dans les mains de l'homme une source de forces presque infinie4 ,,ii ,avant d'exposer les ides actuelles relatives la constitution de la matire1 rappelons brivement celles dont la science a vcu jusqu'ici4 ,suivant des conceptions1 hier encore classiques1 la matire serait compose d'lments indivisibles1 nomms atomes4 ,comme ils semblent persister travers toutes les transformations des corps1 on admettait pour cette raison qu'ils sont indestructibles4 ,cette notion fondamentale a plus de #b4jjj ans d'existence4 ,le grand pote romain ,lucrce l'a expose dans les termes suivants1 que les livres modernes ne font gure que reproduire4 ,les corps ne sont pas anantis en disparaissant nos yeux3 la nature forme de nouveaux tres avec leurs dbris1 et ce n'est que par la mort des uns qu'elle accorde la vie aux autres4 ,les lments sont inaltrables et indestructibles444 ,les principes de la matire1 les lments du grand tout sont solides et ternels1--nulle action trangre ne peut les altrer4 ,l'atome est le plus petit corps de la nature444 ,il reprsente le dernier terme de la division4 ,il existe donc dans la nature des corpuscules d'essence immuable444 leurs diffrentes combinaisons forment tous les corps4 ,telles taient les ides de ,lucrce et de tous les savants depuis vingt sicles4 ,appuye sur des recherches exprimentales dont nous parlerons bientt1 la science moderne est arrive une conception de la matire bien diffrente4 ,elle admet maintenant que les atomes sont forms de tourbillons d'ther tournant autour d'une ou plusieurs masses centrales avec une vitesse de l'ordre de celle de la lumire4 ,l'atome est compar un soleil entour de son cortge de plantes4 ,mais comment se fait-il que ces tourbillons d'ther immatriel puissent se transformer en matire aussi rigide qu'un rocher ou un bloc d'acier8 ,certaines analogies appuyes sur l'exprience permettent de le comprendre4 ,il est probable que la matire doit uniquement sa rigidit la rapidit de rotation de ses lments et que1 si leurs mouvements s'arrtaient1 elle s'vanouirait instantanment dans l'ther1 sans rien laisser derrire elle4 ,des tourbillons gazeux1 anims d'une vitesse de rotation de l'ordre de celle des rayons cathodiques1 deviendraient vraisemblablement aussi durs que l'acier4 ,cette exprience n'est pas ralisable1 mais nous pouvons pressentir ses rsultats en constatant la rigidit considrable acquise par un fluide anim d'une grande vitesse4 ,des expriences faites dans les usines hydrolectriques ont montr qu'une colonne liquide de #b centimtres seulement de diamtre1 tombant travers un tube d'une hauteur de #ejj mtres1 ne peut tre entame par un coup de sabre lanc avec violence4 ,l'arme est arrte1 la surface du liquide1 comme elle le serait par un mur4 ,si la vitesse de la colonne liquide tait suffisante1 un boulet de canon ne la traverserait pas4 ,une lame d'eau de quelques centimtres d'paisseur1 anime d'une vitesse assez grande1 resterait aussi impntrable aux obus que le mur d'acier d'un cuirass4 ,donnons au jet d'eau prcdent la forme d'un tourbillon1 et nous aurons l'image des particules de la matire et l'explication probable de sa rigidit4 ,nous pouvons ainsi comprendre comment l'ther immatriel1 transform en petits tourbillons anims d'une vitesse suffisante1 devient trs matriel4 ,on conoit aussi que1 si ces mouvements tourbillonnaires taient arrts1 la matire s'vanouirait instantanment en retournant l'ther4 ,la matire qui semble nous donner l'image de la stabilit et du repos n'existe donc que grce la rapidit des mouvements de rotation de ses particules4 ,la matire1 c'est de la vitesse1 et comme une substance anime de vitesse est aussi de l'nergie1 il faut considrer la matire comme une forme particulire de l'nergie4 ,la vitesse tant une des conditions fondamentales de l'existence de la matire1 on peut dire que cette dernire est ne le jour o les tourbillons d'ther ont acquis1 par suite de leur condensation croissante1 une rapidit suffisante pour possder de la rigidit4 ,elle vieillit lorsque la vitesse de ses lments se ralentit4 ,elle cessera d'exister ds que ses particules perdront leurs mouvements4 ,nous sommes amens ainsi cette premire notion essentielle3 ,des particules d'une substance quelconque1 si tnues qu'on les suppose1 prennent1 par le seul fait de leur vitesse de rotation1 une rigidit si grande qu'elles se transforment en matire4 ,c'est dans ces univers atomiques1 dont la nature fut mconnue pendant si longtemps1 qu'il faut chercher maintenant l'explication de la plupart des mystres qui nous entourent4 ,l'atome1 qui n'est pas ternel1 comme l'assuraient d'antiques croyances1 est bien autrement puissant que s'il tait indestructible et1 par consquent1 incapable de changement4 ,ce n'est plus quelque chose d'inerte1 jouet aveugle de toutes les forces de l'univers4 ,ces forces sont au contraire cres par lui4 ,il est l'me mme des choses4 ,il dtient les nergies qui sont le ressort du monde et des tres qui l'animent4 ,chacun d'eux est un petit univers d'une structure extraordinairement complique1 sige de forces jadis ignores et dont la grandeur dpasse immensment toutes celles connues jusqu'ici4 ,,iii ,nous venons de dire que la matire se composait de tourbillons d'ther4 ,qu'est-ce que l'ther8 ,la plus grande partie des phnomnes de la physique3 lumire1 chaleur1 lectricit rayonnante1 etc41 sont considrs comme ayant leur sige dans l'ther4 ,la gravitation1 d'o drive la mcanique du monde et la marche des astres1 semble encore une de ses manifestations4 ,toutes les recherches thoriques formules sur la constitution des atomes conduisent admettre qu'il forme leur trame4 ,il est le substratum des mondes et de tous les tres qui vivent leur surface4 ,bien que la nature intime de l'ther soit peine souponne1 son existence s'est impose depuis longtemps4 ,elle s'est impose lorsqu'il a fallu expliquer la propagation des forces distance4 ,elle parut exprimentalement dmontre quand ,fresnel eut prouv que la lumire se propage par des ondulations analogues celles produites par la chute d'une pierre dans l'eau4 ,en faisant interfrer des rayons lumineux1 il obtint de l'obscurit par la superposition des parties saillantes d'une onde lumineuse aux parties creuses d'une autre onde4 ,la propagation de la lumire se faisant par ondulations1 ces ondulations se produisaient ncessairement dans quelque chose4 ,c'est ce quelque chose qu'on appelle l'ther4 ,sans doute1 l'ther est un agent mystrieux que nous ne savons pas isoler1 mais sa ralit s'impose puisque aucun phnomne ne pourrait s'expliquer sans lui4 ,on ne peut l'isoler1 mais il est impossible de dire qu'on ne puisse ni le voir ni le toucher4 ,c'est1 au contraire1 la substance que nous voyons et touchons le plus souvent4 ,quand un corps rayonne de la chaleur qui nous chauffe et nous brle2 quand nous regardons sur le verre dpoli d'une chambre noire un paysage verdoyant1 par quoi sont constitues cette chaleur et cette image1 sinon par des vibrations de l'ther8 ,le rle de l'ther est devenu capital et n'a cess de grandir avec les progrs de la physique4 ,la plupart des phnomnes seraient inexplicables sans lui4 ,sans ther1 il n'y aurait ni pesanteur1 ni lumire1 ni lectricit1 ni chaleur1 rien1 en un mot1 de tout ce que nous connaissons4 ,l'univers serait silencieux et mort1 ou se rvlerait sous une forme impossible mme pressentir4 ,si l'on pouvait construire une chambre de verre de laquelle on aurait retir entirement l'ther1 la chaleur et la lumire ne pourraient la traverser4 ,elle serait d'un noir absolu et probablement la gravitation n'agirait plus sur les corps placs dans son intrieur4 ,ils auraient donc perdu leur poids4 ,ainsi les plus importants phnomnes de la nature3 chaleur1 lumire1 lectricit1 ont1 comme nous venons de le voir1 leur sige dans l'ther4 ,ils sont engendrs par certaines perturbations de ce fluide immatriel sorti de l'quilibre ou retournant l'quilibre4 ,la lumire1 par exemple1 n'est qu'une altration d'quilibre de l'ther caractrise par ses vibrations2 elle cesse d'exister ds que l'quilibre est rtabli4 ,l'tincelle lectrique de nos laboratoires aussi bien que la foudre sont de simples manifestations des changements du fluide lectrique sorti de l'quilibre pour une cause quelconque et s'efforant d'y retourner4 ,tant que nous n'avons pas su tirer le fluide lectrique de l'tat de repos1 son existence a t ignore4 ,la chaleur dite rayonnante est due1 elle aussi1 des vibrations de l'ther4 ,ce terme de chaleur rayonnante est d'ailleurs un des plus errons de la physique1 malgr sa justesse apparente4 ,en s'approchant d'un foyer1 on est chauff2 il rayonne donc quelque chose4 ,que serait-ce1 sinon de la chaleur8 ,on mit fort longtemps pour dcouvrir qu'un corps chaud ne rayonne rien qui ressemble de la chaleur4 ,on sait aujourd'hui qu'il produit des vibrations de l'ther1 n'ayant par elles-mmes aucune temprature4 ,il nous chauffe distance1 parce que les vibrations de l'ther qu'il engendre1 tant arrtes par les molcules de l'air ou les corps placs devant lui1 engendrent de la chaleur4 ,ces vibrations ne sont pas de la chaleur1 mais simplement une cause de chaleur1 comme le serait un mouvement quelconque4 ,ce qu'on dsigne du nom trs impropre de chaleur rayonnante a pour unique origine des vibrations de l'ther4 ,elles produisent de la chaleur lorsque leur mouvement est dtruit1 comme une pierre par son choc1 mais ne possdent1 je le rpte1 aucune temprature4 ,on le prouve facilement en interposant une lentille de glace sur le passage d'un faisceau de chaleur rayonnante4 ,si intense que soit ce faisceau1 la lentille n'est pas fondue1 alors qu'un morceau de mtal plac son foyer devient incandescent4 ,l'ther n'ayant aucune temprature1 et la glace tant trs transparente pour ses vibrations1 elles ont travers l'eau congele sans provoquer sa fusion4 ,le mtal les arrtant1 au contraire1 est devenu incandescent par l'absorption des vibrations de l'ther4 ,puisque les vibrations de l'ther qualifies de chaleur rayonnante ne produisent de la chaleur qu'aprs leur absorption par un corps1 il est vident que1 dans les espaces clestes1 o n'existe pas1 comme autour de la terre1 une atmosphre absorbante1 un froid considrable doit rgner1 mme dans le voisinage d'astres incandescents1 tels que le soleil4 ,le thermomtre1 plong dans ces espaces1 y marquerait cependant une temprature trs leve1 parce qu'il intercepterait des vibrations de l'ther4 ,la temprature qu'il indiquerait alors ne serait pas du tout celle du milieu ambiant1 mais sa propre temprature4 ,la glace n'y fondrait pas1 laissant passer1 sans les arrter1 les vibrations de l'ther2 mais un mtal deviendrait incandescent1 parce qu'il absorbe les mmes vibrations4 ,la vie elle-mme n'est possible sur notre globe qu' cause de l'absorption des vibrations de l'ther par l'atmosphre et la terre4 ,s'ils taient transparents pour ces vibrations1 un froid intense rgnerait la surface de notre plante4 ,toutes les ractions chimiques qui se passent dans le sein des vgtaux1 la transformation de l'acide carbonique en carbone notamment1 ont galement pour origine cette absorption de l'ther4 ,le vgtal reprsente1 en ralit1 une transformation de l'ther lumineux4 ,c'est l'ther absorb et transform par les vgtaux qui fait mrir les moissons et verdir les forts4 ,la vie reprsente donc une de ses transformations4 ,,iv ,nous venons d'tudier les lments dont est forme la matire4 ,examinons maintenant les proprits de cette matire dont sont constitus notre globe et les tres qui l'habitent4 ,l'tude de l'ancienne chimie laissait dans l'esprit l'ide que la matire tait forme de produits stables1 de composition bien dfinie et constante1 ne pouvant tre modifis que par des moyens violents1 des tempratures leves par exemple4 ,dans ces dernires annes1 on a vu se dessiner1 de plus en plus1 cette notion qu'un corps quelconque reprsente simplement un tat d'quilibre entre les lments intrieurs dont il est form et les lments extrieurs qui agissent sur lui4 ,si cette relation n'apparat pas nettement pour certains corps1 c'est qu'ils sont constitus de faon ce que leurs quilibres se maintiennent1 sans changements apparents1 dans des limites de variation de milieu assez grandes4 ,l'eau peut rester liquide pour des variations de temprature comprises entre #j et #ajj et la plupart des mtaux ne paraissent pas changer d'tat pour des carts plus considrables encore4 ,les difices chimiques forms par les combinaisons atomiques1 et dont l'ensemble constitue la matire1 semblent trs fixes1 mais ils sont tous1 en ralit1 d'une mobilit trs grande4 ,les moindres variations de milieu--temprature1 pression1 etc4--modifient instantanment les mouvements des lments constitutifs de la matire4 ,c'est qu'en effet un corps1 aussi rigide en apparence qu'un bloc d'acier1 reprsente simplement un tat d'quilibre entre son nergie intrieure et les nergies extrieures1 chaleur1 pression1 etc41 qui l'entourent4 ,la matire cde l'influence de ces dernires comme un fil lastique obit aux tractions exerces sur lui1 mais reprend sa forme ds que la traction a cess1 si elle n'a pas t trop considrable4 ,la mobilit des lments de la matire est quelquefois un de ses caractres les plus faciles constater1 puisqu'il suffit d'approcher la main du rservoir d'un thermomtre pour voir la colonne liquide se dplacer aussitt4 ,ses molcules se sont cartes sous l'influence d'une lgre chaleur4 ,quand nous approchons la main d'un bloc de mtal1 les mouvements de ses lments se modifient galement1 mais d'une faon si faible pour nos sens qu'ils ne les peroivent pas1 et c'est pourquoi la matire nous apparat alors comme trs peu mobile4 ,la croyance gnrale la stabilit de la matire est confirme d'ailleurs par l'observation1 puisque1 pour faire subir un corps des modifications considrables1 comme de le fondre ou de le rduire en vapeur1 il faut des moyens trs puissants4 ,des mthodes d'investigation suffisamment prcises montrent1 au contraire1 que non seulement la matire est d'une mobilit extrme1 mais encore possde une sensibilit inconsciente dont la sensibilit consciente d'aucun tre vivant ne saurait approcher4 ,les physiologistes mesurent la sensibilit d'un tre par le degr d'excitation ncessaire pour obtenir de lui une raction4 ,on le considre comme fort sensible lorsqu'il ragit sous des excitants trs faibles4 ,en appliquant la matire brute un procd d'investigation analogue1 on constate que la substance la plus rigide et la moins sensible en apparence est au contraire d'une sensibilit invraisemblable4 ,la matire du bolomtre1 constitu en dernire analyse par un mince fil de platine1 est tellement sensible qu'elle ragit sous l'influence d'un rayon de lumire d'une intensit assez faible pour ne produire qu'une lvation de temprature de un cent millionime de degr4 ,un bloc d'acier est1 en ralit1 infiniment plus sensible que l'tre vivant le plus sensible4 ,cette sensibilit de la matire1 si contraire ce que l'observation vulgaire semblait indiquer1 devient de plus en plus familire aux physiciens et c'est pourquoi une expression comme celle-ci3 la vie de la matire1 dnue de sens il y a seulement vingt-cinq ans1 est devenue d'un usage courant4 ,l'tude de la matire brute rvle de plus en plus1 chez elle1 en effet1 des proprits semblant jadis l'apanage exclusif des tres vivants4 ,en se basant sur ce fait que le signe le plus gnral et le plus dlicat de la vie est la rponse lectrique1 ,m4 ,bse a montr que cette rponse lectrique considre gnralement comme l'effet d'une force vitale inconnue1 existe dans la matire4 ,et il montre par des expriences ingnieuses la fatigue des mtaux et sa disparition aprs le repos1 l'action des excitants1 des dprimants et des poisons sur ces mmes mtaux4 ,la matire1 telle que nous la connaissons1 ne reprsente1 je le rpte1 qu'un tat d'quilibre1 une relation entre les forces intrieures qu'elle recle et les forces externes pouvant agir sur elles4 ,les secondes ne sont pas modifiables sans que les premires changent galement1 de mme qu'on ne peut toucher l'un des plateaux d'une balance quilibre sans faire osciller l'autre4 ,ainsi donc les lments de la matire sont en mouvement incessant3 un bloc de plomb1 un rocher1 une chane de montagnes n'ont qu'une immobilit apparente4 ,ils subissent toutes les variations du milieu et modifient constamment leurs quilibres pour s'y adapter4 ,la nature ne connat pas le repos4 ,s'il se trouve quelque part1 ce n'est ni dans le monde que nous habitons1 ni dans les tres vivant sa surface4 ,il n'est pas davantage dans la mort1 qui ne fait que substituer certains quilibres momentans d'atomes d'autres quilibres dont la dure sera aussi phmre4 ,malgr l'extrme mobilit de la matire1 le monde parat cependant trs stable4 ,il l'est1 en effet1 mais simplement parce que1 dans sa phase actuelle d'volution1 le milieu qui l'enveloppe varie dans des limites assez restreintes4 ,la constance apparente des proprits de la matire rsulte uniquement de la constance actuelle du milieu o elle est plonge4 99 99 99 99 99 ,les proprits de la matire que nous venons de vous exposer ne sont pas les seules qu'elle possde4 ,ne pouvant les numrer toutes1 nous nous bornerons attirer encore votre attention sur l'une de ses plus importantes1 c'est--dire le rayonnement permanent dont elle est le sige4 ,jusqu'au zro absolu1 c'est--dire jusqu' #bgc au-dessous de la temprature de la glace1 la matire envoie sans discontinuer des vibrations dans l'ther4 ,un bloc de glace peut tre considr comme source de chaleur rayonnante au mme titre qu'un fragment de charbon incandescent4 ,la seule diffrence entre eux est dans la quantit de chaleur rayonne4 ,les plaines glaces du ple sont une source de chaleur rayonnante comme les plaines brlantes de l'quateur1 et si la sensibilit de la plaque photographique n'tait pas aussi limite1 elle pourrait1 pendant la plus profonde nuit1 reproduire l'image des corps au moyen de leurs propres radiations rfractes par les lentilles d'une chambre noire4 ,ces auroles rayonnantes qui entourent tous les corps ne sont pas perceptibles parce que notre il est insensible pour la plus grande partie des ondes lumineuses4 ,la forme d'un tre vivant ne nous parat bien dfinie que parce que nos sens peroivent seulement des fragments des choses4 ,l'il n'est pas fait pour tout voir4 ,il trie dans l'ocan des formes ce qui lui est accessible et croit que cette limite artificielle est une limite vritable4 ,ce que nous percevons d'un tre vivant n'est qu'une partie de sa forme relle4 ,il est entour des vapeurs qu'il exhale et des radiations qu'il met constamment par suite de sa temprature4 ,si nos yeux pouvaient tout voir1 un tre vivant nous apparatrait comme un nuage aux changeants contours4 ,ces ondes de lumire invisibles pour notre il qu'mettent tous les corps sont perceptibles probablement par les animaux dits nocturnes capables de se guider dans l'obscurit4 ,pour eux le corps d'un tre vivant1 dont la temprature est d'environ #cg1 doit tre entour d'une aurole lumineuse que seul le dfaut de sensibilit de notre il empche d'apercevoir4 ,il n'existe pas1 en ralit1 de corps obscurs dans la nature1 il existe seulement des yeux imparfaits4 ,un corps quelconque est une source constante de radiations visibles ou invisibles1 mais qui sont toujours de la lumire4 ,v ,nous allons aborder maintenant l'tude de la dmatrialisation de la matire4 ,des expriences fort nombreuses1 et sur la valeur desquelles on ne discute plus1 ont prouv1 comme je fus le premier l'tablir1 que les atomes de la matire1 considrs jadis comme trs stables1 peuvent se dsagrger1 soit spontanment1 soit sous l'influence de causes diverses4 ,les produits de cette dissociation sont identiques pour tous les corps1 qu'ils soient engendrs par la cathode de l'ampoule de ,crookes1 par le rayonnement d'un mtal sous l'action de la lumire1 ou par la dsagrgation de corps spontanment radio-actifs1 tels que l'uranium1 le thorium et le radium4 ,on peut donc1 quand on veut tudier la dissociation de la matire1 choisir les corps pour lesquels le phnomne se manifeste de la faon la plus intense1 soit1 par exemple1 l'ampoule de ,crookes o un mtal formant cathode est excit par le courant lectrique d'une bobine d'induction1 soit1 plus simplement1 des composs trs radio-actifs tels que les sels de thorium ou de radium4 ,des corps quelconques dissocis par la lumire ou autrement donnent d'ailleurs les mmes rsultats1 mais la dissociation tant beaucoup plus faible1 l'observation des phnomnes est plus difficile4 ,on constate que les produits divers de la dissociation de la matire actuellement connus peuvent se ranger dans les six classes suivantes3 ,emanations1 ,ions ngatifs1 ,ions positifs1 lectrons1 ,rayons ,x et ,radiations analogues4 ,il ne faudrait pas croire que ces substances reprsentent toutes les tapes de la dmatrialisation de la matire4 ,celles dont l'existence est connue ne sont que des fragments d'une srie probablement trs longue4 ,la quantit des particules mises par les corps pendant leur dmatrialisation varie suivant les corps4 ,elle serait1 pour un gramme d'uranium et de thorium de #gj4jjj par seconde1 et quant au radium de #ajj4jjj milliards1 d'aprs les calculs de divers observateurs4 ,en frappant les corps phosphorescents1 les particules de matire dissocie les rendent lumineux4 ,sur cette proprit est fond le spinthariscope1 instrument qui rend visible pour les yeux les plus incrdules la dissociation permanente de la matire4 ,il consiste simplement en un cran de sulfure de zinc1 au-dessus duquel se trouve une petite aiguille dont l'extrmit fut trempe dans une solution d'un corps spontanment dissociable4 ,en regardant l'cran la loupe1 on voit jaillir sans interruption une pluie de petites tincelles produite par le choc des particules4 ,je possde un de ces instruments qui depuis #d ans n'a cess d'mettre une pluie d'tincelles provenant de la dissociation de #a_/aj de milligramme de bromure de radium fix la pointe d'une aiguille4 ,nous venons de parler des millions de corpuscules par seconde que peut mettre durant des sicles #a gramme d'un corps radio-actif4 ,de tels chiffres provoquent toujours une certaine dfiance1 parce que nous n'arrivons pas nous reprsenter l'extraordinaire petitesse des lments de la matire4 ,cette dfiance disparat quand on constate la susceptibilit de substances trs ordinaires demeurer pendant des annes1 sans subir aucune dissociation1 le sige d'une mission de particules abondantes faciles constater par l'odorat1 mais inapprciable aux plus sensibles balances4 ,m4 ,berthelot s'est livr sur ce sujet d'intressantes recherches4 ,il essaya de dterminer la perte de poids que subissent des corps trs odorants bien que fort peu volatils4 ,l'odorat est d'une sensibilit infiniment suprieure celle de la balance1 puisque1 pour certaines substances1 telles que l'iodoforme1 la prsence de #a centime de millionime de milligramme peut1 suivant ,m4 ,berthelot1 tre facilement rvle4 ,il est arriv1 aprs des recherches faites avec ce corps1 la conclusion que #a gramme d'iodoforme perd seulement #a centime de milligramme de son poids en une anne1 c'est--dire #a milligramme en cent ans1 bien qu'mettant sans cesse un flot de particules odorantes dans toutes les directions4 ,m4 ,berthelot ajoute que si1 au lieu d'iodoforme1 on s'tait servi de musc1 les poids perdus auraient t beaucoup plus petits1 mille fois plus peut-tre1 ce qui ferait #ajj4jjj ans pour la perte de #a milligramme4 ,les particules mises par la matire en se dissociant ont des vitesses de #cj4jjj #cjj4jjj kilomtres par seconde4 ,il peut sembler fort difficile de mesurer la vitesse de corps se mouvant avec une telle rapidit4 ,cette mesure est cependant trs simple4 ,un troit faisceau de radiations obtenu par un moyen quelconque--avec un corps radio-actif1 par exemple--est dirig sur un cran susceptible de phosphorescence4 ,en le frappant1 il y produit une petite tache lumineuse4 ,ce faisceau de particules tant lectris est dviable par un champ magntique4 ,on peut donc l'inflchir au moyen d'un aimant4 ,le dplacement de la tache lumineuse sur l'cran phosphorescent indique la dviation que fait subir aux particules un champ magntique d'intensit connue4 ,la force ncessaire pour dvier d'une certaine quantit un projectile de masse connue permettant de dterminer la vitesse de ce dernier1 on conoit que de la dviation des particules il soit possible de dduire leur vitesse4 ,quand le pinceau de radiations contient des particules de vitesses diffrentes1 elles tracent une ligne plus ou moins longue sur l'cran phosphorescent au lieu de se manifester par un simple point1 et on peut ainsi calculer la vitesse de chacune d'elles4 ,,vi ,nous venons de vous parler des proprits de la matire1 mais nous vous avons dit encore peu de chose des forces dont elle est le sige4 ,en quoi consistent ces forces8 ,quel est le mcanisme de leur production8 ,toutes les forces de la nature sont engendres par des perturbations d'quilibre de l'ther ou de la matire et disparaissent quand les quilibres troubls sont rtablis4 ,la lumire1 par exemple1 qui prend naissance avec les vibrations de l'ther1 cesse avec elles4 ,deux corps en relation1 chargs de chaleur1 d'lectricit1 de mouvement1 etc41 ne peuvent1 quelle que soit la diffrence de grandeur de ces corps1 agir l'un sur l'autre et produire de l'nergie que quand les lments dont ils sont chargs ne sont pas en quilibre4 ,cette rupture d'quilibre provoque une sorte d'coulement d'nergie4 ,il se fait du point o la tension est la plus haute vers celui o elle est la plus basse1 et continue jusqu' ce que l'quilibre soit rtabli1 c'est--dire jusqu' ce qu'il y ait galit de niveau entre les corps en relation4 ,suivant les milieux o se manifestent les perturbations d'quilibre1 et suivant leur forme1 ils prennent les noms de chaleur1 lectricit1 lumire1 etc4 ,une force est donc toujours le rsultat d'une dnivellation4 ,deux corps chauds la mme temprature reprsentent deux rservoirs au mme niveau1 ou deux poids gaux sur les plateaux d'une balance1 et il n'en rsulte aucune manifestation d'nergie4 ,si1 au contraire1 la temprature de l'un des corps est moins leve que celle de l'autre1 il y aura perturbation d'quilibre et production d'nergie jusqu' ce que les deux corps soient au mme niveau calorifique4 ,ainsi donc1 sans une dnivellation d'ther ou de matire1 il n'y a aucune manifestation possible d'nergie4 ,si le soleil possde dans toute sa masse une temprature uniforme de #f4jjj degrs et qu'il puisse y exister des tres capables de supporter cette chaleur1 elle ne reprsenterait pour eux aucune nergie4 ,n'ayant pas de corps froids leur disposition1 ils ne pourraient obtenir aucune chute de chaleur1 condition indispensable de la production d'nergie thermique4 99 99 99 99 99 ,admettons maintenant qu'au lieu de se trouver une temprature uniforme de #f4jjj degrs1 ces tres imaginaires vivent dans un monde de glace la temprature uniforme de zro1 mais possdent dans des puits profonds une provision illimite d'air liquide4 ,contrairement ceux plongs dans un milieu #f4jjj degrs1 ils trouveraient dans les blocs de glace une source considrable d'nergie4 ,en plongeant1 en effet1 ces derniers dans l'air liquide #ahj1 ils obtiendraient une dnivellation de temprature considrable4 ,au contact de la glace qui est pour l'air liquide un corps trs chaud1 ce dernier entrerait aussitt en bullition1 et sa vapeur pourrait tre employe faire fonctionner des moteurs4 ,les habitants de ce monde remplaceraient donc le charbon de nos machines vapeur par des blocs de glace qu'ils considreraient1 ainsi que nous le faisons pour la houille1 comme des rservoirs d'nergie4 ,avec cette glace et cet air liquide1 il leur serait trs facile de produire les tempratures les plus leves4 ,la tension de la vapeur obtenue pourrait faire fonctionner des dynamos avec lesquelles on obtient des courants lectriques capables de fondre et volatiliser tous les mtaux4 ,on voit1 en dfinitive1 que toutes les formes d'nergie sont des effets transitoires rsultant de rupture d'quilibre entre plusieurs grandeurs3 poids1 chaleur1 lectricit1 vitesse4 ,c'est donc bien tort qu'on parle de l'nergie comme d'une sorte d'entit ayant une existence relle analogue celle de la matire4 ,,vii ,nous avons dit que la matire se composait de petits lments anims d'une vertigineuse vitesse qui1 sous des influences diverses ou mme spontanment1 s'chappent dans l'atmosphre1 comme la pierre que ne retient plus la main du frondeur4 ,il est bien vident que1 pour engendrer de pareilles vitesses1 il faut des forces colossales4 ,je fus ainsi conduit admettre que la matire tait le sige d'une nergie jadis insouponne1 laquelle j'ai donn le nom d'nergie intra-atomique4 ,cette dernire est1 nous le verrons bientt1 l'origine de toutes les autres forces1 la chaleur solaire et l'lectricit notamment4 ,elle diffre de toutes les nergies que nous connaissons par sa concentration trs grande1 par sa prodigieuse puissance et par la stabilit des quilibres qu'elle peut former4 ,si1 au lieu de russir dissocier seulement des millimes de milligramme de matire1 comme on le fait maintenant1 on pouvait en dissocier quelques kilogrammes1 nous possderions une source d'nergie auprs de laquelle toute la provision de houille que nos mines contiennent reprsenterait un insignifiant total4 ,c'est en raison de la grandeur de l'nergie intra-atomique que les phnomnes radio-actifs se manifestent avec l'intensit observe4 ,c'est elle qui produit l'mission de particules doues d'une immense vitesse1 la pntration des corps matriels1 l'apparition des rayons ,x1 etc4 ,l'universalit dans la nature de l'nergie intra-atomique est un de ses caractres le plus faciles constater4 ,on reconnat son existence partout1 maintenant qu'on trouve partout de la radio-activit4 ,les quilibres qu'elle forme sont trs stables1 puisque la matire se dissocie si faiblement que pendant longtemps on put la croire indestructible4 ,ce sont1 d'ailleurs1 les effets produits sur nos sens par ces quilibres stables que nous appelons la matire4 ,les autres formes d'nergie1 lumire1 lectricit1 etc41 sont caractrises par des quilibres trs instables4 ,nous avons t naturellement conduits essayer de mesurer la grandeur de l'nergie intra-atomique4 ,les chiffres obtenus sont immensment suprieurs tous ceux donns par les ractions chimiques antrieurement connues1 la combustion de la houille1 par exemple4 ,prenons une pice de cuivre de #a centime1 pesant1 comme on le sait1 #a gramme1 et supposons qu'en exagrant la rapidit de sa dissociation nous puissions arriver la dmatrialiser entirement4 ,l'nergie cintique possde par un corps en mouvement1 tant gale la moiti du produit de sa masse par le carr de sa vitesse1 un calcul lmentaire donne la puissance que reprsenteraient les particules de ce gramme de matire animes de la vitesse constate pendant la dissociation des corps4 ,elle est gale #eaj milliards de kilogrammtres1 chiffre qui correspond environ #f milliards #hjj millions de chevaux-vapeur4 ,cette quantit d'nergie serait suffisante pour faire parcourir un train de marchandises #d fois la circonfrence du globe4 ,pour faire effectuer avec du charbon ce trajet au mme train il faudrait en dpenser pour #fh4jjj francs4 ,ce chiffre de #fh4jjj francs reprsente donc la valeur marchande de l'nergie intra-atomique contenue dans une pice de #a centime4 ,sous quelles formes l'nergie intra-atomique peut-elle exister dans la matire8 ,comment des forces si colossales peuvent-elles tre concentres dans des particules si petites8 ,l'ide d'une telle concentration semble1 au premier abord1 inexplicable1 parce que notre exprience usuelle montre la grandeur de puissance mcanique toujours associe la dimension des appareils qui la produisent4 ,une machine d'une puissance de mille chevaux par exemple possde un volume considrable4 ,par association d'ides nous sommes conduits croire que la grandeur de l'nergie mcanique implique la grandeur des appareils qui la produisent4 ,c'est l une illusion pure rsultant de l'infriorit de nos systmes mcaniques et facile dtruire par de trs simples calculs4 ,une des plus lmentaires formules de la dynamique montre que l'on peut accrotre volont l'nergie d'un corps de grandeur constante1 en accroissant simplement sa vitesse4 ,on peut donc concevoir une machine thorique forme simplement d'une tte d'pingle tournant dans le chaton d'une bague1 et qui1 malgr sa petitesse1 possderait1 grce sa force giratoire1 une puissance mcanique gale celle de plusieurs milliers de locomotives4 ,nous avons appris aujourd'hui dissocier la matire1 mais seulement en quantit extrmement faible4 ,il est cependant permis d'esprer que la science de l'avenir trouvera moyen de la dsagrger plus compltement4 ,elle aura alors sa disposition une source immense de forces4 ,je suis dj arriv1 par des moyens fort simples1 obliger des corps trs stables devenir1 surface gale1 quarante fois plus radio-actifs que des substances spontanment dissociables1 telles que l'uranium4 ,les rsultats obtenir dans cet ordre de recherches seraient en vrit immenses4 ,dissocier facilement la matire mettrait notre disposition une source infinie d'nergie et rendrait inutile l'extraction de la houille1 dont la provision s'puise rapidement4 ,le savant qui trouvera le moyen de librer conomiquement les forces que contient la matire changera presque instantanment la face du monde4 ,une source illimite d'nergie tant gratuitement la disposition de l'homme1 il n'aurait plus se la procurer par un dur travail4 99 99 99 99 99 ,cette dissociation de l'nergie intra-atomique1 concentre dans la matire ds le commencement des choses1 explique l'origine des forces de l'univers4 ,aux poques lointaines du chaos de notre systme solaire1 dont les nbuleuses montrent une confuse image1 l'ther s'est lentement condens4 ,ses tourbillons localiss1 formant probablement les lments primitifs de la matire1 ont accumul par la vitesse croissante de leur rotation l'nergie intra-atomique dont nous constatons l'existence4 ,a la phase de condensation succda plus tard une phase de dissociation4 ,notre univers est entr dans un nouveau cycle1 l'nergie lentement accumule dans l'atome a commenc de se dgager par suite de sa dissociation4 ,la chaleur solaire1 d'o drivent la plupart des nergies que nous utilisons1 reprsente une des plus importantes manifestations de cette dissociation4 ,ainsi donc le soleil1 gnrateur de la plupart des nergies terrestres1 ne fait que dpenser les forces lentement accumules par la matire l'poque o1 dans les nuages primitifs d'ther1 les atomes emmagasinrent les nergies qu'ils devaient restituer un jour4 ,,viii ,l'tude que nous venons de faire nous a montr que la matire n'tait pas ternelle et se dissociait pour retourner cet ther mystrieux1 premier substratum des choses4 ,ces constatations conduisent se demander comment la matire a pu natre et comment elle peut mourir8 ,l'origine des choses et leur fin font partie des grands mystres de l'univers qui firent dpenser aux religions1 aux philosophies et la science le plus de mditations et d'efforts4 ,l'esprit humain ne s'est jamais rsign ignorer1 il invente des chimres quand on lui refuse des explications1 et ces chimres deviennent bientt ses matres4 ,la science n'a pas encore allum les flambeaux capables d'illuminer les tnbres qui enveloppent notre pass et voilent l'avenir4 ,elle peut cependant projeter quelques lueurs dans cette nuit profonde4 ,d'aprs les ides que nous vous avons exposes sur la structure de la matire1 les corps sont constitus par une runion d'atomes composs chacun d'un agrgat de particules en rotation1 probablement formes de tourbillons d'ther4 ,par suite de leur vitesse1 ces particules possdent une nergie cintique norme4 ,suivant la faon dont leurs quilibres sont troubls1 elles engendrent des forces diverses1 telles que la lumire1 la chaleur et l'lectricit4 ,mais comment ces atomes sont-ils ns et comment se transforment-ils8 ,l'analyse spectrale permet1 on le sait1 de suivre la gense des lments dont se composent les divers univers4 ,la variation des spectres stellaires dans le rouge et l'ultra-violet indique la temprature des toiles1 par consquent leur ge relatif1 et les raies spectrales font connatre leur composition4 ,on a dtermin ainsi les corps apparaissant dans les astres avec les variations de temprature correspondant des phases diverses d'volution4 ,dans les toiles les moins anciennes1 c'est--dire les plus chaudes1 n'existent gure que des gaz peu nombreux1 l'hydrogne principalement2 puis1 mesure que ces astres se refroidissent1 apparaissent successivement les corps simples que nous connaissons en commenant par ceux dont le poids atomique est le moins lev4 ,depuis que l'astronomie sait fixer par la photographie l'image des toiles1 elle en a dcouvert un nombre beaucoup plus grand qu'on le croyait4 ,elle value aujourd'hui plus de #djj millions1 sans parler naturellement de ceux invisibles et par consquent inconnus1 le nombre d'astres3 toiles1 plantes1 nbuleuses1 existant au firmament4 ,l'analyse spectrale les montre des ges trs divers d'volution4 ,leur pass doit tre d'une effrayante longueur1 puisque les gologues valuent plusieurs centaines de millions d'annes l'existence de notre plante4 ,pendant ces entassements de sicles ignors par l'histoire1 les millions d'astres dont l'espace est peupl ont commenc ou termin des cycles d'volution analogues celui parcouru par notre globe d'aujourd'hui4 ,des mondes peupls comme le ntre1 couverts de cits florissantes remplies des merveilles de la science et des arts1 ont d sortir de la nuit ternelle et y rentrer sans rien laisser derrire eux4 ,les ples nbuleuses aux formes incertaines reprsentent peut-tre les derniers vestige de mondes qui vont s'vanouir dans le nant ou devenir les noyaux d'un nouvel univers4 ,les transformations rvles par l'observation des astres indiquent donc la marche gnrale de l'volution des mondes4 ,elle est toujours enferme dans ce cycle fatal des choses3 natre1 grandir1 dcliner et mourir4 99 99 99 99 99 ,les faits rsums dans cette confrence montrent que la matire n'est pas ternelle1 qu'elle constitue un rservoir norme de forces1 et disparat en se transformant en d'autres formes d'nergie avant de retourner ce qui1 pour nous1 est le nant4 ,les lments d'un corps qui brle ou qu'on essaie d'anantir par un moyen quelconque se transforment1 mais ils ne se perdent pas1 puisque la balance permet de constater que leur poids n'a pas chang4 ,les lments des atomes qui se dissocient sont1 au contraire1 irrvocablement dtruits4 ,ils ont perdu toutes les qualits de la matire1 y compris la plus fondamentale de toutes1 la pesanteur4 ,la balance ne les retrouve plus4 ,comment les tourbillons d'ther et les nergies engendres par eux perdent-ils leur individualit pour s'vanouir dans l'ther8 ,la question se ramne celle-ci3 ,comment un tourbillon form au sein d'un fluide peut-il disparatre dans ce fluide en y produisant des vibrations8 ,sous cet aspect1 la solution du problme est assez simple4 ,on voit facilement1 en effet1 comment un tourbillon engendr aux dpens d'un liquide peut1 lorsque son quilibre est troubl1 s'vanouir1 malgr sa rigidit thorique1 en rayonnant son nergie sous forme de vibrations du milieu o il est plong4 ,c'est de cette faon1 par exemple1 qu'une trombe marine1 forme d'un tourbillon liquide1 perd son existence et disparat dans l'ocan4 ,de la mme manire1 sans doute1 les tourbillons d'ther constituant les lments des atomes peuvent se transformer en vibrations d'ther4 ,celles-ci reprsentent le terme ultime de la dmatrialisation de la matire et de sa transformation en nergie avant son anantissement final4 ,ainsi donc1 lorsque les atomes ont rayonn toute leur nergie sous forme de vibrations lumineuses1 calorifiques ou autres1 ils retournent1 par le fait mme du rayonnement conscutif leur dissociation1 l'ther primitif d'o ils drivent4 ,la matire et l'nergie sont alors rentres dans le nant des choses1 comme la vague dans l'ocan4 ,il ne semble pas trs comprhensible1 au premier abord1 que les mondes qui paraissent de plus en plus stables mesure qu'ils se refroidissent puissent devenir instables au point de se dissocier entirement4 ,pour faire comprendre ce phnomne1 nous allons en donner d'abord l'explication thorique1 puis rechercher si des observations astronomiques ne permettent pas d'tre tmoins d'une telle dissociation4 ,on sait que la stabilit d'un corps en mouvement1 comme une toupie ou une bicyclette1 cesse d'tre possible quand sa vitesse de rotation descend au-dessous d'une certaine limite4 ,aussitt cette limite atteinte1 il perd sa stabilit et tombe sur le sol4 ,j4-,j4 ,thomson interprte mme de cette faon la radio-activit et fait remarquer que1 lorsque la vitesse de rotation des lments composant les atomes descend au-dessous d'une certaine limite1 ils deviennent instables et tendent perdre leur quilibre4 ,il en rsulterait un commencement de dissociation1 avec diminution de leur nergie cintique suffisant pour lancer dans l'espace les produits de la dsagrgation intra-atomique4 ,il ne faut pas oublier que l'atome1 rservoir norme d'nergie1 est par ce fait mme comparable aux corps explosifs4 ,ces derniers restent inertes tant que leurs quilibres intrieurs ne sont pas troubls4 ,ds qu'une cause quelconque les modifie1 ils font explosion et brisent tous ce qui les entoure1 aprs s'tre briss eux-mmes4 ,donc1 les atomes qui vieillissent par suite de la diminution d'une partie de leur nergie intra-atomique perdent graduellement leur stabilit4 ,un moment arrive alors o cette stabilit est si faible que la matire disparat par une sorte d'explosion plus ou moins rapide4 ,les corps de la famille du radium offrent une image de ce phnomne1 image d'ailleurs trs affaiblie parce que les atomes de ces corps sont seulement arrivs une priode d'instabilit o la dissociation est assez lente4 ,elle en prcde probablement une autre1 plus rapide1 capable de produire leur explosion finale4 ,des corps tels que l'uranium et le radium reprsentent sans doute un tat de vieillesse auquel tous les corps arriveront un jour et qu'ils commencent dj manifester dans notre univers1 puisque toute matire est lgrement radio-active4 ,il suffirait que la dissociation ft assez gnrale et assez rapide pour produire l'explosion du monde o elle se manifesterait4 ,les considrations thoriques qui prcdent trouvent un solide appui dans les apparitions et disparitions brusques d'toiles4 ,les explosions de mondes qui paraissent les produire nous rvlent peut-tre comment prissent les univers quand ils viennent vieillir4 ,les observations astronomiques prouvant la frquence relative de ces destructions1 on peut se demander si la fin des univers par explosion brusque1 aprs une longue phase de vieillesse1 ne serait pas leur terminaison la plus gnrale4 ,ces brusques anantissements se manifestent par l'apparition subite dans le ciel d'un astre incandescent qui plit et s'vanouit parfois en quelques jours1 ne laissant souvent rien derrire lui1 ou seulement une faible nbuleuse4 ,lorsque se montre le nouvel astre1 son spectre1 d'abord analogue celui du soleil1 prouve qu'il contient des mtaux semblables ceux de notre systme solaire4 ,puis1 en peu de temps1 ce spectre se transforme et devient finalement celui des nbuleuses plantaires1 c'est--dire ne contient que des raies d'lments simples et peu nombreux1 dont quelques-uns inconnus4 ,il est donc vident que les atomes de l'toile temporaire se sont rapidement et profondment transforms4 ,cette volution descendante est l'inverse de celle signale dans l'volution ascendante des toiles4 ,celles-ci contiennent1 lorsqu'elles sont trs chaudes1 des lments simples devenant de plus en plus compliqus et nombreux mesure qu'elles se refroidissent4 ,ces toiles transitoires1 rsultant sans doute de l'explosion brusque d'un monde accompagn de la dsintgration des atomes1 ne sont pas rares4 ,il ne se passe gure d'annes sans qu'on en observe directement ou par l'tude des clichs photographiques4 ,une des plus remarquables fut celle observe rcemment dans la constellation de ,perse4 ,en quelques jours elle atteignit un clat qui la rendit la plus brillante toile du ciel2 mais #bd heures aprs elle commena plir1 son spectre se transforma lentement1 devint1 comme il a t dit plus haut1 celui des nbuleuses plantaires1 preuve vidente1 je le rpte1 d'une dissociation atomique4 ,au moment mme o s'oprait cette transformation1 des photographies longue pose montrrent autour de l'astre des masses nbuleuses1 produits sans doute de la dissociation atomique et qui s'loignaient de l'toile avec une vitesse de l'ordre de celle de la lumire1 c'est--dire analogue celle des particules qu'mettent les corps radio-actifs en se dissociant4 ,les astronomes assistrent donc la destruction rapide d'un monde4 99 99 99 99 99 ,l'expos qui prcde peut se rsumer en quelques lignes4 ,on imagine le monde form d'abord d'atomes diffus d'ther1 qui1 sous l'action de causes diverses1 notamment de leur rotation1 ont emmagasin de l'nergie4 ,cette nergie1 dont une des formes est la matire1 se dissocie et apparat sous des tats divers3 lectricit1 chaleur1 etc41 de faon ramener la matire l'ther4 ,rien ne se cre veut dire que nous ne pouvons pas crer de la matire4 ,tout se perd signifie que la matire disparat compltement comme matire en retournant l'ther4 ,le cycle est donc complet1 il y a deux phases dans l'histoire du monde3 #a condensation de l'nergie sous forme de matire2 #b dpense de cette nergie4 ,cette destruction finale est peut-tre suivie1 dans la suite des ges1 d'un nouveau cycle de naissance et d'volution1 sans qu'il soit possible d'assigner un terme ces destructions et ces recommencements probablement ternels4 ,,appendice ,l',,volution ,,de ,,la ,,mati,,re ,,par ,,georges ,,bohn ,le dogme de l'indestructibilit de la matire est du trs petit nombre de ceux que la science moderne avait reus de la science antique sans y rien changer4 ,depuis le grand pote romain ,lucrce1 qui en faisait l'lment fondamental de son systme philosophique1 jusqu' l'immortel ,lavoisier1 qui l'appuya sur des bases considres comme ternelles1 ce dogme sacr n'avait subi aucune atteinte et nul ne songeait le contester4 ,ce sera le titre de gloire du ,dr ,gustave ,le ,bon de s'tre attaqu le premier ce qu'il appelle ainsi un dogme et d'avoir dtruit celui-ci dans l'espace de quelques annes4 ,en #ahif1 il publiait aux ,comptes-rendus de l',acadmie des ,sciences une courte note rsumant les recherches qu'il poursuivait depuis deux ans et d'o il rsultait que la lumire en tombant sur les corps produit des radiations capables de traverser les substances matrielles2 cette note marquera une des dates importantes de l'histoire de la science1 car elle a t le point de dpart de la dcouverte de la dissociation de la matire4 ,en #ahig1 dans les mmes ,comptes-rendus1 le ,dr ,gustave ,le ,bon nona que tous les corps frapps par la lumire mettent des radiations capables de rendre l'air conducteur de l'lectricit1 et indiqua l'analogie de ces radiations avec celles de la famille des rayons cathodiques1 et avec les radiations uraniques que venait de dcouvrir ,m4 ,becquerel4 ,le ,dr ,gustave ,le ,bon affirma que toutes ces radiations taient quelque chose d'absolument diffrent de la lumire1 et soutint1 contre tous1 qu'elles ne subissent ni la rflexion1 ni la rfraction1 ni la polarisation4 ,il avait raison1 car tous les physiciens sont maintenant d'accord pour classer dans la mme famille les rayons cathodiques1 les missions de l'uranium et du radium1 et celles des corps frapps par la lumire4 ,gustave ,le ,bon fut assez hardi pour noncer cette loi gnrale3 ,sous des influences diverses1 lumire1 ractions chimiques1 actions lectriques1 et souvent mme spontanment1 les atomes des corps simples1 aussi bien que des corps composs1 se dissocient et mettent des effluves de la famille des rayons cathodiques4 ,m4 de ,heen1 le clbre physicien de ,lige1 fut le premier qui accepta entirement cette gnralisation1 pour en tirer d'ailleurs des rsultats remarquables4 ,beaucoup ne l'admirent pas1 et cependant de tous les cts on recherchait inconsciemment en quelque sorte la radio-activit1 c'est--dire les produits de la dissociation de la matire1 et on en trouvait partout6 ,les faits prouvant que l'atome est susceptible d'une dissociation apte le conduire des formes o il a perdu toutes ses qualits matrielles sont aujourd'hui trs nombreux1 et prcisment parmi les plus importants il faut noter cette mission1 non seulement par les corps dits radio-actifs1 mais encore par tous les autres1 de particules animes d'une vitesse de l'ordre de celle de la lumire1 capables de rendre l'air conducteur de l'lectricit1 de traverser les substances matrielles1 d'tre dvies par un champ magntique4 ,le ,dr ,gustave ,le ,bon ne s'est pas content de reconnatre que les atomes peuvent se dissocier2 il s'est demand encore o ces atomes puisent l'immense quantit d'nergie ncessaire pour lancer dans l'espace des particules avec une vitesse presque aussi prodigieuse que celle de la lumire4 ,affranchi de tous les prjugs classiques1 au lieu de rechercher cette nergie en dehors de la matire1 comme le font encore beaucoup de physiciens1 ,gustave ,le ,bon l'a cherche dans la matire elle-mme1 et il est arriv concevoir la matire d'une faon toute nouvelle3 celle-ci1 au lieu d'tre une chose inerte1 capable seulement de restituer l'nergie qui lui a t fournie1 serait un rservoir norme d'nergie4 ,grce ,gustave ,le ,bon1 on est arriv maintenant considrer un atome comme un systme d'lments impondrables1 maintenu en quilibre par les rotations1 attractions et rpulsions des parties qui le composent4 ,la matire ne serait qu'une varit de l'nergie2 aux formes dj connues de l'nergie1 chaleur1 lumire1 etc41 il faudrait en ajouter une autre1 la matire ou nergie intra-atomique4 ,la ralit de cette forme nouvelle d'nergie1 que nous a fait connatre ,gustave ,le ,bon1 ne s'appuie nullement sur la thorie1 mais elle se dduit des faits d'exprience2 bien qu'ignore jusqu'alors1 elle est la plus puissante des forces connues1 et mme elle serait l'origine de la plupart des autres4 ,ainsi1 en dissociant des atomes1 on ne ferait que donner la varit d'nergie nomme matire une forme diffrente telle que l'lectricit ou la lumire1 par exemple4 ,les quilibres des lments dont l'ensemble constitue un atome peuvent tre compars1 dit ,gustave ,le ,bon1 ceux qui maintiennent les astres dans leurs orbites4 ,ds qu'ils sont troubls1 des nergies considrables se manifestent1 comme elles se manifesteraient si la terre ou un astre quelconque tait brusquement arrt dans sa course4 ,de telles perturbations dans les systmes plantaires atomiques peuvent se raliser1 soit sans raison apparente1 comme pour les corps trs radio-actifs lorsque1 par des causes diverses1 ils sont arrivs un certain degr d'instabilit1 soit artificiellement1 comme pour les corps ordinaires1 quand ils sont soumis l'influence d'excitants divers3 chaleur1 lumire1 etc4 ,les excitants agissent alors comme l'tincelle sur une masse de poudre1 c'est--dire en librant des quantits d'nergie fort suprieures la cause trs lgre qui a dtermin leur libration4 ,et comme l'nergie condense dans l'atome est en quantit immense1 il en rsulte qu' une perte extrmement faible de matire correspond la cration d'une quantit norme d'nergie4 ,cette conception du ,dr ,gustave ,le ,bon a une importance philosophique trs considrable4 ,elle n'a nullement pour but de nier l'existence de la matire ainsi que la mtaphysique l'a parfois tent2 mais elle fait simplement disparatre la dualit classique entre la matire et l'nergie4 ,matire et nergie ne sont plus en effet que deux choses identiques sous des aspects diffrents3 la matire n'est qu'une forme stable d'nergie et rien d'autre4 ,plus d'un physicien1 l'illustre ,faraday1 par exemple1 avait dj essay1 il est vrai1 de faire disparatre la dualit tablie entre la matire et l'nergie4 ,quelques philosophes le tentrent galement1 en faisant remarquer que la matire ne nous est accessible que par l'intermdiaire des forces agissant sur nos sens4 ,mais tous les arguments de cet ordre taient considrs avec raison comme d'une porte purement mtaphysique4 ,on leur objectait que jamais on n'avait pu transformer de la matire en nergie1 et qu'il fallait la seconde pour animer la premire4 ,le ,dr ,le ,bon1 en rvlant que cette transformation est un phnomne qui se passe communment dans la nature1 et que les atomes de tous les corps peuvent s'vanouir sans retour en se transformant en nergie1 a contribu faire disparatre l'antique dualit entre la force et la matire4 99 99 99 99 99 ,l'ouvrage de ,gustave ,le ,bon1 l'volution de la matire1 est divis en six livres4 ,le premier expose les ides nouvelles sur la matire1 que je viens de faire connatre4 ,le deuxime est consacr l'nergie intra-atomique et aux forces qui en drivent4 ,l'universalit dans la nature de l'nergie intra-atomique est un de ses caractres le plus facile constater4 ,on reconnat son existence partout1 puisqu'on trouve maintenant de la radio-activit partout4 ,l'origine de l'nergie intra-atomique n'est pas difficile lucider1 si on admet avec les astronomes que la condensation de notre nbuleuse suffirait elle seule pour expliquer la constitution de notre systme solaire4 ,on conoit qu'une condensation analogue de l'ther ait pu engendrer les nergies que l'atome contient4 ,on pourrait comparer grossirement ce dernier une sphre dans laquelle un gaz non liqufiable aurait t comprim des milliards d'atmosphres l'origine du monde4 ,la grandeur de l'nergie intra-atomique est formidable4 ,s'il tait possible par exemple de dissocier une pice de cuivre de #a centime1 pesant par consquent #a gramme1 on mettrait en libert de ce fait une quantit d'nergie qui1 rpartie convenablement1 serait suffisante pour actionner un train de marchandises sur une route horizontale d'une longueur gale un peu plus de quatre fois et un quart la circonfrence de la terre2 or1 pour faire effectuer l'aide du charbon ce trajet au mme train1 il faudrait en employer #b4hcc4jjj kilogrammes qui1 au prix de #bd francs la tonne1 ncessiterait une dpense d'environ #fh4jjj francs4 ,ce chiffre de #fh4jjj francs reprsente donc la valeur marchande de l'nergie intra-atomique contenue dans une pice de #a centime4 ,on ne peut s'expliquer la prodigieuse quantit d'nergie contenue dans une masse aussi infime qu'un atome qu'en supposant celui-ci constitu par des particules plus petites encore1 mais doues de mouvements rotatoires s'effectuant avec une vitesse prodigieuse4 ,en effet1 on sait que l'nergie d'un corps en mouvement est gale la moiti du produit de sa masse par le carr de sa vitesse4 ,une balle de fusil tombant de quelques centimtres de hauteur sur la peau ne produit aucun effet apprciable1 en raison de sa faible vitesse4 ,ds que cette vitesse grandit1 les effets deviennent de plus en plus meurtriers1 et1 avec les vitesses de #a4jjj m4 par seconde donnes par les poudres actuelles1 la balle traverse de trs rsistants obstacles4 ,rduire la masse d'un projectile est sans importance1 si on russit augmenter suffisamment sa vitesse4 ,telle est justement la tendance de l'artillerie moderne qui rduit de plus en plus le calibre des balles de fusil1 mais tche d'augmenter leur vitesse4 ,si la matire est doue d'une nergie colossale1 c'est que les particules qui constituent l'atome se meuvent avec une vitesse prodigieuse2 aprs leur libration1 leur vitesse est encore formidable3 tandis qu'un boulet de canon mettrait #e jours pour aller de la terre la lune1 une de ces particules mettrait #d secondes pour effectuer le mme trajet4 ,c'est dans l'nergie intra-atomique qu'il est logique de chercher l'origine1 jusqu'ici inconnue1 de l'lectricit et de la chaleur solaire4 ,le radium est capable de produire de la chaleur en se dissociant2 on a cherch sa prsence dans le soleil2 cela n'est pas ncessaire1 puisque tous les corps peuvent se dissocier4 ,j4-,j4 ,thomson pense mme maintenant que l'nergie actuellement concentre dans les atomes n'est qu'une insignifiante portion de celle qu'ils contenaient jadis et qu'ils ont perdue par rayonnement4 ,si donc1 dit ,gustave ,le ,bon1 les atomes renfermaient jadis une quantit d'nergie trs suprieure celle1 pourtant formidable1 qu'ils possdent encore1 ils ont pu1 en se dissociant1 dpenser1 pendant de longues accumulations d'ges1 une partie de la gigantesque rserve de force entasse dans leur sein l'origine des choses4 ,ils ont pu et peuvent encore1 par consquent1 maintenir une trs haute temprature les astres tels que le soleil et les toiles4 99 99 99 99 99 ,les ides de ,gustave ,le ,bon relatives l'nergie intra-atomique que je viens d'exposer d'aprs lui et qui sont entirement originales ont rsist toutes les critiques1 toutes les objections4 ,elles conduisent abandonner la dualit classique entre la force et la matire1 mais aussi dtruire la sparation classique entre le pondrable et l'impondrable1 qui semblait bien tablie depuis que ,lavoisier s'tait servi de la balance4 ,larmor1 il est vrai1 avait employ rcemment les multiples ressources de l'analyse mathmatique pour tcher de faire disparatre ce qu'il a appel l'irrconciliable dualit de la matire et de l'ther2 mais on ne pouvait russir qu'en partant de l'exprience2 c'est ce qu'a fait ,gustave ,le ,bon4 ,le livre ,,iii de son ouvrage nous fait pntrer dans le monde de l'impondrable1 dans l'ther cosmique6 ,bien que la nature intime de l'ther soit peine souponne1 son existence s'est impose depuis longtemps1 et parat quelques-uns plus certaine que celle de la matire mme4 ,son rle est devenu capital et n'a cess de grandir avec les progrs de la physique4 ,la plupart des phnomnes seraient inexplicables sans lui4 ,sans ther1 il n'y aurait ni pesanteur1 ni lumire1 ni lectricit1 ni chaleur1 rien en un mot de ce que nous connaissons4 ,l'univers serait silencieux et mort4 ,certains se reprsentent l'ther comme un gaz excessivement dilu2 mais cette comparaison est mauvaise1 car les gaz sont trs compressibles et l'ther ne l'est pas4 ,il serait plus exact de le comparer un solide lastique1 un solide au sein duquel s'effectueraient les mouvements des astres4 ,on admet aujourd'hui que l'ther peut tre le sige1 non seulement de mouvements vibratoires rguliers comme ceux qui produisent la lumire1 mais encore de mouvements varis3 projections1 rotations1 tourbillons1 et les physiciens de nos jours tendent attribuer un rle fondamental aux tourbillons4 ,ne seraient-ce pas certains de ces tourbillons qui constitueraient les atomes1 et la matire ne serait-elle pas un tat particulier de l'ther8 ,le livre ,,iv nous fait assister la dmatrialisation de la matire4 ,celle-ci fournit des lments de dsagrgation que l'on peut faire rentrer dans six catgories diffrentes3 #a manations1 #b ions positifs1 #c ions ngatifs1 #d lectrons1 #e rayons cathodiques1 #f rayons ,x et radiations analogues4 ,le radium en se dtruisant donne1 outre une manation semi-matrielle1 trois sortes de rayons3 les rayons forms d'ions positifs1 les rayons forms d'lectrons ngatifs1 les rayons ou rayons ,x4 ,mais le radium n'est1 d'aprs ,gustave ,le ,bon1 qu'un cas particulier d'une rgle gnrale4 ,toute matire1 sous des influences varies1 parfois spontanment1 peut se dissocier et les particules qui s'en chappent sont soumises aux lois d'attraction et de rpulsion qui rgissent tous les phnomnes lectriques4 ,gustave ,le ,bon a obtenu des figures trs curieuses qu'il a pu photographier1 en obligeant les particules de la matire dissocie se mouvoir et se repousser suivant certaines directions2 il est arriv ainsi matrialiser en quelque sorte les produits de la dmatrialisation de la matire1 et nous faire entrevoir les intermdiaires entre la matire et l'ther4 ,ces intermdiaires1 il les tudie dans le livre ,v4 ,l'manation des corps radio-actifs1 qu'on peut condenser comme un gaz et enfermer dans un tube1 possde encore des qualits matrielles1 mais les diverses particules lectriques n'ont plus qu'une proprit commune avec la matire1 une certaine inertie1 et il est possible de considrer l'lectricit comme une substance semi-matrielle engendre par la dmatrialisation de la matire4 ,on voit par l quelle vaste synthse des phnomnes physiques et chimiques les ides du ,dr ,gustave ,le ,bon peuvent conduire les physiciens4 99 99 99 99 99 ,dans le dernier livre1 ,gustave ,le ,bon revient au monde du pondrable4 ,on y assiste aux mouvements des molcules2 il y est question de la sensibilit de la matire1 de la vie des cristaux444 des divers quilibres chimiques4 ,pour ,gustave ,le ,bon1 il semble extrmement probable qu'un grand nombre de ractions inexplicables1 au lieu d'atteindre seulement les difices molculaires1 atteignent galement les difices atomiques et mettent en jeu les forces considrables qui s'exercent en leur sein4 ,c'est sans doute dans l'nergie intra-atomique qu'il faut chercher l'explication des proprits des mtaux collodaux1 des diastases1 des enzymes1 des toxines444 ,une foule de dtails intressants sur les manifestations de la matire conduisent ,gustave ,le ,bon consacrer un dernier chapitre la naissance1 l'volution1 et la fin de la matire1 ce qui est la conclusion de son ouvrage4 ,pour ma part1 j'aurais prfr que ce chapitre vienne la fin du cinquime livre et qu'il ne soit pas question de ce qu'on appelle si improprement la vie de la matire4 ,le dbut de l'ouvrage du ,dr ,gustave ,le ,bon produit sur le lecteur une impression profonde1 on y sent le souffle d'une pense gniale4 ,on est tout saisi ensuite par la colossale grandeur de l'nergie intra-atomique2 on se met rver3 si la matire venait se dtruire spontanment1 une quantit effroyable d'nergie serait mise gratuitement la disposition de l'homme1 et il n'aurait pas se la procurer par un rude travail3 le pauvre serait alors l'gal du riche4 ,on suit enfin avec un intrt grandissant les diverses phases de la dmatrialisation de la matire et son vanouissement dans l'ther1 o tourbillonnent en s'anantissant les particules lectriques4 ,on se laisse entraner dans ce nirvana final auquel reviennent toutes choses aprs une existence plus ou moins phmre1 et tout coup1 brusquement1 on est ramen au milieu matriel1 des faits plus banaux2 c'est une dsillusion1 temporaire il est vrai1 car infailliblement on recommence lire les premires pages1 on veut repasser par les motions dj prouves et voir l'atome dans sa petitesse infinie dtenir les secrets de l'infinie grandeur6 ,comme on l'a dit1 le ,dr ,gustave ,le ,bon a ralis scientifiquement la plus vaste synthse que l'on puisse concevoir4 ,on l'a compar ,darwin4 ,si l'on tient faire une comparaison1 j'aimerais mieux la faire avec ,lamarck4 ,lamarck1 le premier1 a eu une ide nette de l'volution des tres vivants2 le ,dr ,gustave ,le ,bon1 le premier1 a reconnu la possibilit d'une volution de la matire et la gnralit de la radio-activit par laquelle se manifeste son vanouissement4 ,la thorie de ,lamarck a t accueillie par les attaques de quelques-uns1 par le silence de la plupart2 c'est de lui ces paroles que ,gustave ,le ,bon rapporte dans son ,introduction3 ,quelques difficults qu'il y ait dcouvrir des vrits nouvelles1 il s'en trouve encore de plus grandes les faire reconnatre4 ,gustave ,le ,bon1 comme ,lamarck1 s'est heurt ces dernires difficults4 ,la publication de ses premires notes a provoqu de vritables temptes et des protestations nergiques4 ,le prestige seul1 ne cesse de rpter ,gustave ,le ,bon1 et fort peu l'exprience1 est l'lment habituel de nos convictions1 scientifiques et autres4 ,les expriences en apparence les plus convaincantes n'ont jamais constitu un lment immdiat de dmonstration quand elles heurtent des ides depuis longtemps admises4 ,galile l'apprit ses dpens3 ayant runi tous les professeurs de la clbre universit de ,pise1 il s'imagina leur prouver par l'exprience que1 contrairement aux ides alors reues1 les corps de poids diffrents tombent avec la mme vitesse4 ,la dmonstration de ,galile fut trs concluante1 mais les professeurs se bornrent invoquer l'autorit d',aristote et ne modifirent nullement leur opinion4 ,bien des annes se sont coules depuis cette poque1 mais le degr de rceptivit des esprits pour les choses nouvelles ne s'est pas sensiblement accru4 ,,imprimerie ,,dv ,,mercvre ,,de ,,france ,,blais et ,,roy1 #g1 rue ,victor-,hugo1 ,poitiers4