,,teodor ,,de ,,wyzewa ,contes ,*rti5s ,heureux les pauvres d'esprit6 7,sa9t ,mat?ieu1 ,v1 #c47 ,,p>is ,,librairie ,,academique ,,didi] ,,p]r9 ,,et ,cie1 ,,libraires-,,diteurs #ce1 ,,quai ,,des ,,gr&s-,,auqu/9s1 #ce #aijb ,t\s droits rs]vs ,,du ,m,,me ,,auteur ,valb]t1 o les ,rcits d'un jeune homme1 roman4 #a vol4 9-#af #c fr4 #ej ,,en ,,v5te ,a ,,la ,m,,me ,,librairie ,la ,lg5de dore du ,bi5heureux ,jacques de ,vorag9e1 traduite du lat9 sur les plus anci5s manuscrits1 avec une introduction1 des notes et un index alphabtique1 p> ,teodor de ,wyzewa4 #a =t vol4 9-#h #e fr4 ,,il ,a ,t ,,imprim3 #de ,,exemplaires ,,num,,rot,s ,,sur ,,papi] ,,de ,,holl&e ,,van ,,geld] ,non loquature mihi ,moyses aut aliquis ex prophetis2 s$ tu potius loqu]e1 ,dom9e ,deus6 7,,imitatio ,,*ri/i1 ,,iii1 #b47 ,i ,,le ,,bapt,,me ,,de ,j,,sus1 ,,ou ,,les ,,quatre ,,degr,s ,,du ,,scepticisme1 ,,conte ,,p\r ,,le ,,m]cr$i ,,des ,,c5dres ,a ,,alb,,ric ,,magn>d4 #a4 ,en ce temps-l1 ,jean pr*ait dans le ,ds]t de ,jude4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 #d4 ,il avait un vtem5t en poil de *ameau1 et une ce9ture de cuir aut\r des re9s2 il se n\rrissait de saut]elles et de miel sauvage4 #e4 ,alors t\t ,jrusalem1 t\te la ,jude1 et t\te la rgion riv]a9e du ,j\rda9 v9r5t lui2 #f4 ,et il les baptisait dans le ,j\rda91 aprs leur avoir fait confess] leurs p*s4 #g4 ,mais qu& il vit v5ir lui une f\le de ,ph>isi5s et de ,sadducens1 il leur dit3 ,race de vipres1 qui v\s a prdit que v\s p\rriez *app] la colre future8 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 #ac4 ,alors ,jsus1 quittant la ,galile1 se r5dit au ,j\rda9 p\r recevoir le baptme des ma9s de ,jean4 #ad4 ,mais ,jean se refusait ob/9m5t le baptis]1 en disant3 ,c'e/ moi qui devrais tre baptis p> toi6 ,et voici que tu vi5s moi6 #ae4 ,et ,jsus1 lui rpondant1 lui dit3 ,oublie cela p\r le mom5t6 ,c> c'e/ a9si qu'il convi5t que n\s accomplissions la ju/ice6 ,et ,jean fit a9si4 #af4 ,et ,jsus1 ayant t baptis1 sortit de l'eau1 et voici que les cieux s'ouvrir5t1 et qu'il vit l',esprit de ,dieu desc5dant sur lui1 s\s la =me d'une colombe4 #ag4 ,et l'on ent5dit une voix du ciel qui disait3 ,celui-ci e/ mon fils bi5-aim1 en qui je me suis complu6 #ah4 ,puis l',esprit conduisit ,jsus dans le ds]t1 p\r y tre t5t du dmon4 7vangile selon sa9t ,mat?ieu1 ,,iii et ,,iv47 ,i ,,le ,,bon ,,s5s ,je v\s le dis en vrit3 si v\s aviez de la foi aussi gros qu'un gra9 de m\t>de1 v\s diriez cette montagne3 ,transporte-toi d'ici l6 et elle s'y transport]ait4 7,sa9t ,mat?ieu1 ,,xviii1 #cj47 ,a la gr&e joie de ses cab>eti]s1 le village de ,b?anie tait dev5u un endroit la mode4 ,de ,jrusalem et de t\te la ,jude1 la f\le y tait acc\rue p\r assi/] aux ex]cices d'un jeune ,juif qui1 plong mi-corps dans l'eau du ,j\rda91 et les paules c\v]tes d'un gilet en poil de *ameau1 s'(frait baptis] ceux qui l'appro*ai5t4 ,ri*es et pauvres1 t\s avai5t t5u voir le n\veau prophte4 ,t\s1 une fois l1 s'tai5t fait baptis]2 l'opration tait gratuite1 et1 au pis all]1 ne p\vait nuire4 ,on mangeait et buvait1 on j\issait du pr9temps4 ,le soir1 les baptiss *angeai5t leurs impressions1 s\s les palmi]s de la r\te1 en att5dant les n\velles de ,jrusalem1 qu'un messag] ne manquait pas de leur apport] la nuit tombante4 ,mais un m>di1 surt\t1 l'afflu5ce fut norme4 ,on avait appris qu'un second prophte allait v5ir1 un paysan galilen1 qui se prt5dait issu de la race de ,david1 et p>lait en p>aboles1 et prfrait la socit des docteurs celle des filles et des vagabonds4 ,ce second prophte tait ,notre-,seigneur ,jsus4 ,il avait alors pe9e tr5te ans4 ,sa div9it ne s'tait pas encore clairem5t rvle au monde3 mais dj l',esprit lui avait dict ma9tes p>oles h>dies et d\ces2 et dj les curs simples avai5t s5ti l'attrait surnaturel de ses yeux4 ,aussi qu& il v9t ,b?anie1 ce m>di-l1 vtu d'un l>ge manteau clair et les *eveux flottants1 et qu& on le vit escort d'une tr\pe bruyante o se mlai5t les m5diants1 les femmes1 les enfants1 et les *i5s des rues1 et qu& on l'ent5dit salu p> le ,bapti/e comme le ,matre qu'avai5t promis les sa9ts livres1 l'en?\siasme de la f\le t\*a au dlire4 ,on acclama le ,naz>en p5dant qu'il recevait le baptme1 on acclama la colombe qui desc5dait sur lui1 et la voix cle/e qui disait3 ,celui-ci e/ mon fils bi5-aim6 ,plusieurs des assi/ants se fir5t baptis] une seconde fois1 esprant avoir leur "p du miracle3 mais aucune colombe ne desc5dit sur eux1 et la voix cle/e n'eut ri5 leur dire4 ,n'importe1 ce fut une gaie j\rne4 ,l'aprs-midi1 ,jsus ayant promis de pr*]1 on s'crasa p\r l'ent5dre4 ,et l'on fut unanime tr\v] *>mantes quelques-unes des p>aboles du jeune orateur4 ,puis1 comme c'tait le m>di gras1 on mangea et b plus que de c\tume2 et t>d dans la nuit on dansa sur la place du m>*1 p\r se dg\rdir les jambes aprs la fatigue du s]mon4 ,jamais encore un prophte n'avait t aussi bi5 accueilli4 ,,ii ,,la ,,sagesse ,malheur v\s1 scribes et ph>isi5s4 ,c> v\s f]mez aux hommes le royaume des cieux6 ,v\s n'y entrez pas1 et v\s n'y laissez pas entr] ceux qui v\drai5t y entr]4 7,sa9t ,mat?ieu1 ,,xxiii1 #ac47 ,le l5dema9 de ce beau j\r1 avant l'aube1 ,jsus runit ses compagnons et leur annona son int5tion de les quitt] p\r un mois et plus4 ,l'poque de sa mission appro*ait3 il v\lait aup>avant pri] et jen]1 dans la solitude des montagnes1 et =tifi] son cur p\r la s\ffrance pro*a9e4 ,sa rsolution ne *agr9a pas outre mesure les braves g5s qui l'c\tai5t4 ,aucun d'eux n'tait encore1 proprem5t p>l]1 son disciple4 ,ils avai5t t simplem5t sduits p> la grce du jeune homme1 p> l'clat de ses yeux1 p> l'trange d\ceur de sa voix1 et p> ces t\*antes p>aboles qu' pe9e ils essayai5t de compr5dre4 ,il leur avait ordonn de v5ir1 et ils tai5t v5us1 ,ma9t5ant il leur ordonnait de s'en all]3 ils n'eur5t pas l'ide de lui dsobir4 ,seuls les enfants fur5t plus difficiles p]suad]4 ,ils s'ob/9ai5t suivre leur ami sur la r\te du ds]t3 la vie leur semblait impossible1 privs du bi5heureux p>fum de sa prs5ce4 ,et il en cotait aussi ,jsus de se sp>] d'eux1 c> p]sonne n'tait plus prs de son cur4 ,enf9 il les c>essa une d]nire fois de la ma91 les bnit1 et disp>ut leurs yeux4 ,il m>*ait le long du fleuve1 p5sif et tri/e4 ,il songeait qu'il avait f9i dsormais de p\voir ressembl] ces petits tres4 ,l',esprit le p\ssait v]s un monde n\veau4 ,et il se lam5tait d'ent5dre t\j\rs rsonn] plus =te1 dans son me1 la pla9te inf9ie des cratures4 ,s\da9 une voix nasill>de l'appela p> son nom4 ,s'tant t\rn1 il ap]ut1 deb\t sur le seuil d'une lgante villa1 un gros homme lgamm5t vtu qui lui faisait signe d'appro*]4 ,il reconnut t\t de suite ce gros homme3 il l'avait vu1 la veille1 ,b?anie1 assis au premi] rang de ses auditeurs4 ,c'tait un des p]sonnages les plus considrables de ,jrusalem1 le ,pr9ce des ,pr(esseurs1 un ri*e ,juif qui avait tudi ,rome et qui1 depuis lors1 joignait son nom orig9el de ,rub5 le prnom lat9 de ,pompilius4 ,il tait petit1 avec un long nez pteux et des yeux un peu l\*es2 mais sa mise tait irrpro*able1 et t\t1 dans ses manires1 rvlait un esprit m9emm5t di/+u4 ,jeune homme1--dit ,pompilius ,notre-,seigneur ,jsus-,*ri/ en le dvisageant avec une att5tion sympa?ique1--jeune homme1 j'ai ent5du hi] votre petit disc\rs et il m'a vraim5t bi5 intress4 ,je ne suis pas de ces intellig5ces troites qui refus5t a priori de pr5dre en considration les ides n\velles1 et qui n'admett5t la fois1 sur un po9t donn1 qu'une seule vrit4 ,la vrit--mon ,dieu6--elle e/ dans le p\r et elle e/ dans le contre2 t\t homme la ti5t ds qu'il croit la t5ir4 ,croire1 c'e/ la seule *ose qui importe4 ,p\r ma "p1 hlas6 comme l'lite des esprits de mon temps1 j'ai dsappris le secret de la foi3 mais1 ju/em5t p>ce que je ne puis croire1 je s5s l'imm5se valeur du bi5 que j'ai p]du4 ,et voil p\rquoi j'ai t si heureux de v\s ent5dre6 ,je v\s admire1 je v\s envie de croire comme v\s faites4 ,ah6 bnissez le de/9 qui v\s a p]mis de natre dans le peuple1 et de g>d] intacte la simplicit de votre tempram5t1 lo9 des cruelles dlices de l'analyse et de la rflexion critique6 ,et ce n'e/ pas seulem5t votre foi qui m'a frapp4 ,savez-v\s que plusieurs de vos ?ories sont t\t fait curieuses8 ,quelques-unes1 mises au po9t1 aurai5t mme plus de porte que v\s ne l'imag9ez4 ,le p>don des (f5ses1 p> exemple1 l'indiffr5ce l'g>d des lois civiles1 le r5oncem5t aux plaisirs g/es1 la supriorit morale du pauvre sur le ri*e3 voil des p>adoxes que je ne me s]ais pas att5du tr\v] dans la b\*e d'un jeune publica9 de ,galile6 ,aucun d'eux1 dire vrai1 n'e/ p\r moi entirem5t n\veau4 ,avez-v\s ent5du p>l] des vieilles religions de l',inde8 ,elles sont ple9es de vues trs h>dies1 dont plusieurs se rappro*5t des vtres4 ,et puis1 sans all] si lo91 les philosophes /oci5s ont dit1 ou peu prs1 t\t ce que v\s dites4 ,si v\s me faites l'amiti de v5ir me voir1 en passant ,jrusalem1 je v\s montr]ai les crits de ,*rysippe1 qui tait1 comme v\s1 un publica92 je suis sr qu'il v\s plaira4 ,mais on dev9e t\t de suite que vos ides1 p\r n'tre pas absolum5t n\velles1 ne v\s sont v5ues que de v\s-mme3 on le dev9]ait la rudesse un peu nave dont v\s les exprimez4 ,et1 je v\s le rpte1 ce sont des ides d'une porte extrme3 je me *>g]ais1 avec elles1 de trans=m] le monde6 ,et c'e/ prcism5t ce qu'il y a *ez v\s de plus admirable1 c'e/ que v\s avez l'int5tion de trans=m] le monde4 ,le monde vaudra-t-il mieux qu' prs5t1 qu& v\s l'aurez trans=m8 ,je n'en jur]ais pas4 ,mais j'e/ime qu'il ne faut pas s'arrt] aux que/ions de ce g5re4 ,il faut agir1 peu importe le b2 croire et agir1 seules import5t la foi et l'action6 ,je suis trop dbile p\r agir moi-mme1--p\rsuivit le gros homme1--mais p]sonne n'e/ plus zl que moi recomm&] l'action4 ,et v\s m'avez si vivem5t t\*1 avec ce zle indomptable que je lisais dans vos yeux6 ,ah6 si mes lves de l',univ]sit de ,jrusalem p\vai5t v\s ressembl]6 ,moi qui suis de leur monde1 je ne cra9s pas de v\s c]tifi] que v\s leur tes suprieur6 ,sa*ez-le bi51 je suis de cur avec v\s1 comme avec t\s ceux qui croi5t et qui veul5t agir6 ,et ma9t5ant1 jeune homme1 dites-moi fran*em5t1 votre t\r1 ce que v\s p5sez de moi et de l'tat de mon me6 ,a9si p>la ,pompilius1 le ,pr9ce des ,pr(esseurs4 ,notre-,seigneur ,jsus tait humble et d\x4 ,p]sonne ne lui avait p>l sans obt5ir une rponse4 ,les ph>isi5s l'int]rogeai5t af9 de le compromettre3 il le savait1 et il rpondait leurs que/ions4 ,mais il ne dit pas un mot ,pompilius4 ,peut-tre n'avait-il tr\v ri5 rpondre ses argum5ts1 ou peut-tre son ton protecteur l'avait-il froiss8 ,il releva seulem5t sur lui ses gr&s yeux1 qu'il avait t5us baisss t\t le temps du disc\rs1 et il le reg>da de la tte aux pi$s4 ,puis il sec\a la p\ssire de ses s&ales1 et s'loigna v]s la r\te4 ,et ,pompilius r5tra dans sa villa4 ,le malheur1 avec ces rvolutionnaires1 e/ que dcidm5t ils sont trop mal levs6 ,telle fut la seule pla9te qu'on ent5dit sortir des lvres de ce ,sage4 ,,iii ,,le ,r,,ve ,les disciples lui dir5t3 ,qui donc peut tre sauv8--,et ,jsus1 les reg>dant1 leur dit3 ,quant aux hommes1 cela e/ impossible444 7,sa9t ,mat?ieu1 ,,xix1 #be et #bf47 ,jsus avait rejo9t la r\te4 ,il m>*ait le long du fleuve1 p5sif et tri/e4 ,la pla9te inf9ie des cratures rsonnait t\j\rs plus vive dans son me2 elle l'oppressait comme un remords4 ,mais si la tri/esse tait en lui1 au dehors t\te *ose s'gayait1 sur son passage4 ,les poissons sortai5t de l'eau p\r le voir2 les oiseaux volai5t aut\r de lui1 *antant ses l\anges2 les olivi]s agitai5t d\cem5t leurs feuilles au s\ffle de son hale9e4 ,ses pas apportai5t au monde la paix et le bonheur4 ,p\r les petites filles qui le voyai5t1 son s\rire tait comme une p\pe vtue de soie2 les *ats et les *i5s l*ai5t le pan de son manteau4 ,au mom5t o il passait devant un page1 la femme du pag] sortit de la maison et lui (frit une dra*me4 ,jsus prit la dra*me1 c> il pr5ait t\t ce qu'on lui (frait2 et ju/em5t il ap]ut un voleur qui guettait les voitures1 au bord de la r\te4 ,il lui donna la dra*me et cont9ua son *em94 ,et les lab\reurs qui travaillai5t aux *amps se dem&ai5t p\rquoi leur poitr9e leur avait t\t d'un c\p p>u si lgre1 comme si t\s les p*s de leur race v5ai5t d'en tre effacs4 ,bi5tt les montagnes grises se montrr5t1 b>rant l'horizon1 ds]tes et nues4 ,jsus quitta la r\te1 trav]sa une =t de cdres1 gravit la p5te esc>pe1 s'accro*ant aux pi]res4 ,il dom9ait ma9t5ant la pla9e de ,juda4 ,il voyait ses pi$s la m] ,morte et le ,j\rda91 et ,be?lem1 o il tait n1 et ,jrusalem1 o il devait m\rir4 ,et bi5tt il s'enfona plus avant dans la solitude des montagnes4 ,t\te trace de vie avait disp>u4 ,le bruit des villages et des villes s'tait tu2 on n'ent5dait plus mme le *ant des cigales4 ,jsus tait l'endroit o l'avait envoy l',esprit1 af9 qu'il y =tifit son cur dans la prire et le jene4 ,mais voici qu'il ap]ut1 c\* sur un lit de pi]res et les jambes replies1 un p]sonnage s+uli] qui le reg>dait4 ,c'tait un p]sonnage vraim5t s+uli]4 ,il p>aissait jeune1 mais l'emmlem5t de ses longs *eveux noirs et de sa longue b>be r\ge emp*ait de reconnatre son ge4 ,sa face tait a9si c\v]te de poils1 comme celle d'une bte2 on n'y di/+uait ri5 qu'un gr& nez mlancolique et deux normes yeux v]ts o brillait1 en p]man5ce1 un s\rire my/rieux4 ,le manteau qui c\vrait son corps tait d'une t(fe prcieuse1 mais prs5t ce n'tait plus qu'une loque dont les m5diants n'euss5t pas v\lu4 ,et ce s+uli] p]sonnage re/ait l1 immobile1 reg>dant ,jsus avec son my/rieux s\rire dans les yeux4 --,qui es-tu donc1 mon frre1 lui dit ,jsus aprs un mom5t1 et que fais-tu dans ces lieux o je suis v5u p\r jen] et pri]8 ,l'homme se mit sur son sant1 porta la ma9 son front4 ,c'tait comme s'il v\lait rpondre1 et ne p\vait4 ,sans d\te il avait p]du l'habitude de p>l]4 ,enf9 il dit1 rpondant en hbreu avec un lg] acc5t trang]3 --,je suis1 s'il faut tre quelqu'un1 ,val]ius ,slavus1 *evali] roma92 et1 dans ce ds]t o tu es v5u p\r pri] et jen]1 je suis v5u1 moi1--depuis combi5 d'annes8 je ne saurais le dire1--p\r j\ir de la vie et p\r rgn] sur le monde4 ,mais toi1 mon ami1 quel e/ ton nom8 ,jamais encore je n'ai vu d'aussi beaux yeux que les ti5s1 ni ent5du une aussi d\ce musique que le son de ta voix4 ,jsus lui dit son nom4 ,il lui raconta les prodiges qui avai5t accompagn sa naissance1 son heureuse jeunesse dans la maison du *>p5ti]1 comm5t ensuite la pla9te inf9ie des cratures avait rsonn en lui1 et comm5t l',esprit l'avait =c quitt] sa mre et ses frres p\r le salut de t\s4 --,mon ami1 rpondit alors le solitaire1 assi$s-toi prs de moi et donne-moi ta ma91 encore qu'en ralit je ne sois pas digne de dn\] la c\rroie de tes s&ales4 ,je l'ai bi5 compris en te voyant1 que tu tais d'une race pr9cire1 et que les j>d9s de la ,sicile envi]ai5t les dlicates fleurs que tu portes en toi6 ,vois-tu1 l'toile qui a conduit v]s ton b]ceau les b]g]s ces villages1 c'e/ elle encore qui vi5t de te conduire ici3 c> ce que tu *]*es1 je l'ai tr\v2 et tu es celui qui je puis dire les *oses que p]sonne1 avant toi1 ne m'avait p>u digne d'ent5dre4 ,il prit la ma9 de ,jsus4 ,le ds]t s't5dait aut\r d'eux1 s\s le bleu sombre du ciel4 --c\te1 reprit ,val]ius1 voici l'hi/oire de ma vie3 ,je suis n ,rome1 mais je ne suis pas ,roma94 ,mon pre tait roi de lo9ta9es rgions p]dues l-bas v]s le nord1 au pays des ,s>mates4 ,c'e/ un pays o les mes sont =tes et prises de luttes1 mais avec une trange impuissance se satisfaire des prs5ts matriels de la vie4 ,elles ne sont pas1 comme les mes lat9es1 atta*es la t]re p> les solides li5s des dsirs des s5s1 et les *oses qui les ent\r5t ne leur app>aiss5t pas avec le mme degr de ralit4 ,mon pre avait v+t ans lorsqu'il fut fait prisonni]1 dans une bataille1 et am5 ,rome4 ,esclave1 il se m>ia avec une esclave1 une ,a?ni5ne1 qui fut ma mre4 ,mais je n'ai connu1 p\r a9si dire1 ni mon pre ni ma mre4 ,j'ai t lev p> le matre qui mes p>5ts app>t5ai5t1 un vieux patrici5 illettr qui1 p> un trange s5tim5t de ha9e ou de v5geance1 exigea que l'on m'in/ruist de t\t ce qu'il e/ possible d'appr5dre un homme4 ,a9si j'ai gr&i p>mi les pr(esseurs4 ,les jeux de la gomtrie et de la rhtorique ont t mes seuls jeux4 ,de l vi5t que je puis m'entret5ir avec toi dans ta langue1 mon ami2 mais de l vi5t aussi1 peut-tre1 mon av]sion p\r le savoir et p\r t\s ceux qui le dti5n5t4 ,qu& mon matre eut enf9 la joie de me voir le c]veau t\t gonfl de sci5ce1 comme une outre d'huile1 il m\rut1 me laissant t\s ses bi5s4 ,je me tr\vai1 v+t ans1 libre1 noble 7c> il m'avait adopt71 ri*e1 et seul dans la vie4 ,je m'ap]u t\t de suite que la j\rne avait beauc\p d'heures1 et que mon seul s\ci1 comme celui de t\t homme1 devait tre de tu] le temps de la faon la mo9s dplaisante possible4 ,les j\issances matrielles eur5t vite fait de me fatigu]4 ,j'tais incapable de p5s] ce que je mangeais1 en mangeant2 a9si mang] n'a jamais eu aucun intrt p\r moi4 ,galop] sur un *eval1 dans]1 tir] de l'arc1 ces ex]cices me conv5ai5t davantage2 mais1 t\t de mme1 jamais je n'y tr\vais le plaisir que j'en att5dais4 ,avant et aprs1 je les jugeais ple9s d'agrm5t2 mais1 p5dant que je m'y livrais1 ou bi5 je p5sais autre *ose1 ou bi5 il me p>aissait que dcidm5t je n'tais pas en tra9 ce j\r-l4 ,j'aimais les toilettes lgantes3 encore ne m'(frai5t-elles pas1 en plaisirs1 l'quival5t de la pe9e qu'il m'y fallait pr5dre4 ,je dsirais les beaux meubles et les /atues des matres2 mais je cessais d'y faire att5tion ds que je les possdais4 ,j'avais l'impression que les c\rtisanes v5d5t trop *] le plaisir qu'elles v5d5t1 alors mme qu'elles le donn5t p\r ri54 ,des amis m'engageai5t me rj\ir de ce que j'tais ri*e3 et moi je les s\ponne1 auj\rd'hui encore1 de s'tre moqus de moi4 ,je s\haitais bi5 d'avoir plus d'arg5t que je n'en avais2 j'imag9ais que1 avec plus d'arg5t1 t\tes *oses m'aurai5t amus dans la vie2 mais1 l'arg5t que j'avais1 je le jetais au has>d4 ,jal\x du bonheur des m5diants qui se *auffai5t au soleil devant mon palais1 j'ai mis mes bi5s en dpt et je me suis fait m5diant1 ,p5dant un an j'ai m5 la vie d'un gueux1 j'ai dormi sur le port1 mang des re/es de pa9 sec4 ,p5dant un an1 ensuite1 j'ai t maon3 du mat9 au soir je travaillais de mes ma9s4 ,j'avais ent5du des maons *ant] en travaillant1 et j'tais all *]*] le plaisir o ils le tr\vai5t4 ,c'e/ p5dant ces deux annes que j'ai appris har1 comme les pires des maux1 le travail et la pauvret4 ,j'avais beau faire1 je n'tais pas de ceux qui1 comme on dit1 s'amus5t d'un ri54 ,et1 de quelque ct que je me t\rnais en qute d'amusem5t1 j'ap]cevais un ri54 ,au contact de leur objet1 mes dsirs1 lo9 de se satisfaire1 se dissolvai5t3 j'en voyais sortir1 sur le mom5t1 une s\ffrance1 et1 l'in/ant d'aprs1 de n\veaux dsirs plus viol5ts4 ,je dte/ais la sci5ce et t\t ce qu'on appr5d dans les livres4 ,a suppos] mme que les prt5dues vrits de la physique et de l'hi/oire fuss5t vraies1 je ne compr5ais pas de quelle utilit il p\vait tre de les savoir4 ,l'in/ruction qu'on m'avait donne n'avait s]vi qu' m'al\rdir la tte3 c'e/ comme si l'on avait dpos des tas de pi]res1 dans ma *ambre1 de telle sorte que je n'y eusse plus mme une place p\r me c\*]4 ,on me p>lait bi5 d'un c]ta9 beso9 de connatre1 qui s]ait inn *ez l'homme3 mais c'tait le mme beso9 qui p\ssait les vieilles femmes c\t] aux portes de leurs vois9s1 et je ne voyais aucun motif p\r lui tant sacrifi]4 ,et puis j'tais indign du m5songe de t\te sci5ce4 ,je me dem&ais o les savants avai5t pris ce pr9cipe3 que t\tes *oses ont des lois1 et se pass5t t\j\rs de la mme faon4 ,je s5tais au contraire que ri51 dans le monde1 ne se passait deux fois de la mme faon3 l'illusion du vulgaire sur ce po9t v5ait prcism5t de ce que la sci5ce1 avec ses =mules1 avait vici notre vision naturelle des *oses4 ,je comp>ais le monde un gr& fleuve qui c\lait sans qu'on st d'o1 n\s emportant au has>d1 et dont il n'tait donn p]sonne de remont] le c\rs4 ,je ne p>v5ais pas1 non plus1 compr5dre p\rquoi l'on s'tait ob/9 me mettre dans la tte les faits de l'hi/oire et de la description des lieux1 t&is qu'il aurait suffi d'atta*] ma ce9ture deux petits r\leaux de papyrus o t\t cela et t m>qu4 ,la philosophie1 non plus1 ne m'amusait gure4 ,p>mnide disait que l'univ]s =mait un corps unique1 dont t\tes *oses n'tai5t que des membres4 ,empdocle disait que l'univ]s tait en volution1 se modifiant sans cesse du simple au complexe4 ,dmocrite disait que l'univ]s n'tait fait que d'atomes matriels1 et que la p5se rsultait des atomes du c]veau4 ,ari/ote disait que l'ess5ce des tres n'tait pas en eux-mmes1 mais dans leurs rapports4 ,et je me dem&ais quel intrt t\s ces hommes avai5t eu dire t\t cela4 ,qu& ce qu'ils disai5t et t vrai1 je me dem&ais p\rquoi ils avai5t p]du leur temps le dc\vrir4 ,je prfrais leurs con/ructions les plus +nieuses les v]s des potes1 qui du mo9s tai5t beaux et me plaisai5t ent5dre4 ,mais les sceptiques1 surt\t1 m'exasprai5t4 ,puisqu'ils av\ai5t ne ri5 savoir1 alors quoi bon p>l]8 ,j'excusais1 la rigueur1 l'ef=t des morali/es1 qui s'ef=ai5t de m'indiqu] o je tr\v]ais le bonheur4 ,mais les uns me conseillai5t de ne ri5 dsir]1 les autres d'agir1 d'autres me recomm&ai5t la re*]*e de la vrit1 d'autres les j\issances matrielles4 ,j'avais pr\v t\tes ces recettes3 j'ai encore la b\*e amre du dgt que j'en avais rapport4 ,quelques-uns m'engageai5t s]vir les ,muses2 et le fait e/ que le s]vice des ,muses m'tait d\x4 ,t\te mon me avait soif de beaut4 ,phidias1 ,apelle1 ,?ognis1 ,euripide1 notre ,virgile1 me causai5t des plaisirs que je n'ai pas oublis4 ,mais bi5tt j'en v9s me fatigu] mme de ces plaisirs-l4 ,j'y disc]nai une plus grosse "p d'admiration que de vraie j\issance1 et mon admiration me p>ut ne pr(it] p]sonne1 ni aux arti/es que j'admirais1 ni moi4 ,je me condamnais au mal de m] p5dant des sema9es et des mois p\r all] revoir le ,p>?non1 le fronton d'g9e1 ou les temples de ,memphis2 et1 en un qu>t d'heure1 j'avais f9i de p\voir reg>d] ce que j'tais v5u voir1 et je me retr\vais en pe9e de tu] le temps4 ,dans les plus belles uvres1 aussi1 t\j\rs je s5tais quelque *ose qui n'tait pas p\r moi1 et qui gtait mon plaisir4 ,la musique seule russissait me r5dre heureux3 mais c'e/ p>ce qu'aux motions qu'elle me suggrait j'associais des images qui me v5ai5t du d$ans3 c'tait moi1 et non pas elle1 qui dsaltrais mon me de beaut4 ,de crer moi-mme une uvre d'art1 jamais je n'en ai eu le c\rage4 ,l'ef=t qu'il y aurait fallu dp5s] ne me p>aissait pas en proportion avec le plaisir que j'en p\rrais tir]4 ,j'admettais qu'on produist p\r gagn] de l'arg5t2 mais produire p\r s'attir] de la gloire1 ou p\r faire plaisir aux autres hommes1 cela me semblait pure folie4 ,je savais combi5 il entre dans la gloire de mauvais has>ds1 et que les plus glorieux ne j\iss5t jamais de leur gloire4 ,je me s\ciais mo9s encore de faire plaisir aux autres hommes4 ,je p5sais qu'il s]ait ridicule d'(frir aux hommes autre *ose que des *efs-d'uvre1 et ridicule de s'imag9] qu'on e/ capable de leur en (frir4 ,et puis je me disais que les hommes avai5t assez de belles uvres1 dj1 p\r leur faire plaisir4 ,si ,hsiode et les autres potes n'avai5t pas exi/1 aprs ,homre1 ,homre aurait suffi satisfaire les beso9s arti/iques de l'humanit p5dant les sicles des sicles4 ,ce n'e/ pas de crer des uvres d'art n\velles1 mais de dtruire quelques-unes de celles qui exi/5t1 qui me semblait la t*e d'un bon philan?rope3 c>1 a9si1 les hommes p\rrai5t mieux j\ir des uvres qu'on leur aurait laisses4 ,voil p\rquoi je n'ai ri5 produit3 sans compt] que mes conceptions les plus belles1 ds que j'essayais de les exprim]1 se dcolorai5t1 s'loignai5t de moi1 me dev5ai5t trangres4 ,d'un seul plaisir je s5tais que je ne me fatigu]ais po9t3 du plaisir d'aim]4 ,j'tais n p\r aim]4 ,j'aurais t\t sacrifi p\r tr\v] une matresse ou un ami sur qui je pusse1 mon aise1 dv]s] l'ocan de t5dresse qui c\lait en moi4 ,j'ai eu des amis4 ,je les ai *oisis avec so91 j'ai t\t fait p\r les pr5dre tels que mon cur les v\lait1 et de t\tes mes =ces j'ai travaill les aim]1 ,j'ai vu que mes amis les plus intimes ne me compr5ai5t pas4 ,dans les plus t5dres pan*em5ts1 c'e/ comme si n\s avions1 mes amis et moi1 p>l *acun une langue diffr5te4 ,et puis les uns m'aimai5t plus que je ne les aimais1 les autres mo9s3 l'gale amiti dont j'avais beso9 tait dcidm5t impossible4 ,j'ai eu aussi des matresses4 ,je les ai *oisies avec so91 j'ai t\t fait p\r les pr5dre telles que mon cur les v\lait1 et1 de t\tes mes =ces1 j'ai travaill les aim]4 ,l'une d'elles tait petite1 blonde avec des yeux relevs aux tempes et un s\rire navem5t moqueur4 ,c'tait une jeune pr9cesse2 le p>fum de son me se joignait1 p\r m'enivr]1 au p>fum de son corps4 ,une grce surnaturelle animait t\s ses ge/es4 ,elle tait fire et d\ce1 les enfants lui t5dai5t les bras qu& elle passait dans la rue4 ,elle me prfrait t\tes *oses au monde2 ne p\r me comm&]1 elle n'avait de gt que p\r m'obir4 ,mais elle ne m'aimait pas2 son cur1 son cur trop p>fait de jeune pr9cesse1 tait f]m l'am\r4 ,et1 malgr que t\t en elle me dt tre une s\rce de joie1 jamais je n'ai s\ff]t de ri5 comme de l'avoir connue4 ,une autre tait gr&e et belle1 et ds qu'elle m'ap]ut elle m'aima4 ,je l'avais aime aussi en l'ap]cevant2 mais1 qu& je vis qu'elle m'aimait1 je la mprisai de s'tre si aism5t r5due4 ,j'eus cep5dant fe9dre que je l'aimais1 p\r me cons]v] son am\r1 que je craignais de p]dre3 si bi5 que je f9is p> la dte/]1 p\r cette fe9tise o elle m'obligeait4 ,je ne p\vais p>donn] aux blondes de n'tre po9t brunes4 ,aux plus p>faites manquai5t des qualits dont l'abs5ce en elles me dsolait4 ,et d'elles t\tes1 de celles qui m'aimai5t et de celles qui ne m'aimai5t pas1 aucune ne me compr5ait et je ne compr5ais aucune d'elles4 ,je ne p\vais me pass] de leur compagnie2 mais1 ds qu'elles tai5t auprs de moi1 je ne p5sais plus qu' les congdi]4 ,l'ocan de t5dresse cont9uait de c\l] en moi1 et je ne tr\vais ni un ami ni une matresse sur qui je pusse le dv]s]4 ,a9si au fond de t\tes les occupations huma9es m'app>aissait le nant4 ,et cep5dant je p]si/ais vivre p>mi les hommes4 ,je m'a*>nais *]*]1 dans le monde qui m'environnait1 l'ass\vissem5t de mes dsirs4 ,et mes dsirs re/ai5t inass\vis1 faute d'obt5ir1 l'in/ant o ils le rclamai5t1 l'alim5t qu'ils rclamai5t4 ,il me semblait que j'tais assis devant une table c\v]te de mets1 que j'avais faim1 et que t\s les mets de la table tai5t empoisonns4 ,j'en tais v5u croire srieusem5t que la vie tait mauvaise en soi4 ,et la c]titude de m\rir a*evait de me dsespr]4 --,frre1 dit ,jsus1 je connais ton mal6 --,appr5ds donc connatre le remde1 mon ami6 reprit le solitaire4 ,et1 toi aussi1 mon remde te gurira6 ,j'tais un j\r ,jrusalem1 *ez un ami4 ,le has>d avait mis entre mes ma9s la ,rpublique de ,platon3 je dois te dire que ,platon1 au contraire des autres philosophes1 m'avait t\j\rs sduit p> l'h>monieuse lgance de ses images et de son /yle4 ,je lisais donc1 sans trop me s\ci] du s5s des phrases1 lorsque t\t c\p je tombai sur un passage qui me fit tressaillir4 ,platon affirmait que ce que n\s appelons notre me individuelle n'e/ pas t\te notre me2 qu'il y a1 d]rire ce que n\s croyons notre p]sonne1 une me plus va/e1 la ,raison mme1 l',ide seule exi/ante2 en un mot que ,dieu t\t enti] e/ au fond de notre me4 ,je reg>dai le livre un autre endroit4 ,j'y vis que ce que n\s pr5ions p\r des objets rels n'tait que des reflets1 des ombres sur le mur d'une prison2 et que les vraies ralits tai5t en n\s1 uvres du div9 p\voir qu'tait notre p5se3 mais n\s tions en*ans p> les *anes de nos passions et de l'habitude acquise1 de telle sorte qu'au lieu de contempl] librem5t les ralits leur s\rce1 n\s croyions relles ces ombres falotes qui s'agitai5t devant n\s4 ,je n'en lus pas davantage1 ni ce j\r-l ni les j\rs suivants3 les livres avai5t dsormais f9i d'exi/] p\r moi4 ,j'avais enf9 ap]u la vraie lumire4 ,je compr5ais comm5t le monde que j'avais cru rel n'tait que l'uvre de ma volont4 ,l'esprit ne sort jamais de lui-mme3 ce qu'il croit s5tir au dehors de lui1 c'e/ en lui qu'il le s5t1 c'e/ lui-mme qui le produit4 ,et je me rappelais combi5 mes rves1 t\j\rs1 m'avai5t apport de j\issances1 ou plutt m'en aurai5t apport si je ne m'tais p]suad que c'tai5t de va9s rves1 et qu'il y avait ailleurs des ralits4 ,oui1 la seule mesure de la ralit des *oses e/ l'int5sit avec laquelle je les s5s4 ,et si j'avais s5ti1 jusque-l1 le monde soi-disant rel avec plus d'int5sit que le monde de mes rves1 j'y tais uniquem5t am5 p> une habitude grossire4 ,mon esprit e/ le crateur de t\t ce qui exi/e2 et je l'avais dgrad jusqu' le croire l'esclave des images qu'il crait4 ,et depuis ce j\r-l1 mon ami1 je fus roi de la t]re et du ciel4 ,je me retirai dans ce lieu1 o l'anci5 monde ne me tr\ble plus la vue4 ,je re/e t5du ici le j\r comme la nuit1 mangeant des rac9es qu& la faim me surpr5d4 ,mais c'e/ mon corps seul1 c'e/ le reflet de mon corps qui e/ t5du ici4 ,je vis1 moi1 en t\te rgion o je dsire vivre4 ,je me n\rris des mets qui me plais5t1 au mom5t o ils me plais5t4 ,je m'entreti5s avec des amis que je puis aim]4 ,les uvres d'art les plus p>faites1 c'e/--dire les mieux adaptes mon gt du mom5t1 sort5t de t]re au premi] signal de ma fantaisie4 ,j'ai simplem5t r5onc pr5dre p\r seule relle une infime p>tie de la ralit totale4 ,j'ai bris les *anes qui ret5ai5t mon me dans la cav]ne des ombres4 ,t\t l'heure1 mon ami1 t\t l'heure1 qu& tu es v5u1 j'tais en ,prov5ce1 au bord du noble ,rhne1 et je t5ais dans mes bras la petite pr9cesse blonde dont je t'ai p>l1 navem5t moqueuse1 avec les yeux relevs aux tempes4 ,jamais re9e d',ori5t ne s'orna des *atoyantes t(fes qui l'ornai5t4 ,le p>fum de son me imprgnait t\te mon me4 ,et l'enfant m'av\ait enf9 qu'elle m'aimait3 sa froideur n'avait t ri5 qu'un jeu p\r me mieux conqurir4 ,elle tait blonde1 mon ami2 elle tait brune aussi4 ,et le s\rire de ses petits yeux rptait l'aveu de ses lvres4 ,oui1 vois-tu1 je suis roi de la t]re4 ,je suis dieu6 ,je n'ai plus cra9dre la mort4 ,le temps n'exi/e plus p\r moi2 j'ai vu cette conv5tion huma9e disp>atre avec les autres4 ,seul j'exi/e1 j'exi/e ma9t5ant et jamais2 et1 p>ce que j'ai connu des ombres qui se sont ensuite effaces1 je s]ais f\ de croire que je puisse m\rir4 ,l'tre ne saurait dev5ir le nant4 ,mais de t\tes les images que s'e/ plu crer mon me matresse du monde1 mon ami1 aucune n'e/ belle1 odorante1 et bonne1 comme ton image4 ,je te contemple1 en te p>lant1 et je me dem&e quel n\veau p\voir m'e/ v5u p\r que j'aie pu enfant] un rve si *>mant4 ,donne-moi ta ma91 et re/e t\j\rs avec moi6 ,je s5s que t\s mes rves prcd5ts vont me p>atre mesqu9s et dcolors1 comme la soi-disant ralit de jadis1 si tu t'loignes prs5t de l'horizon de ma p5se4 ,mon pauvre ami1 ne desc5ds po9t p>mi les b>b>es6 ,ta beaut e/ trop belle p\r eux3 ils sont capables de te tu]4 ,tes disciples ne te compr5dront pas2 tes amis te mpris]ont2 tu auras subir le contact des savants6 ,tu z conu le royal projet de r=m] le monde4 ,mais c'e/ ici seulem5t que tu p\rras le r=m] ton gr4 ,l-bas1 qu& tu auras disp>u1 la bonne sem5ce que tu auras jete en t]re se tr\v]a produire une mauvaise h]be3 c> ce monde-l e/ mauvais p> ess5ce1 comme t\tes faussets qu'on croit trop relles1 et t\t se corrompt en y entrant4 ,la lumire que tu es ne s]vira qu' r5dre plus noire l'univ]selle tnbre4 ,ton nom peut-tre s]a glorieux1 mais comme de va9es syllabes o les hommes atta*]ont un s5s digne d'eux et non po9t de toi4 ,re/e avec moi1 dlivre-toi de tes *anes1 sois dieu1 mon div9 ami6 ,f]me tes oreilles cette pla9te de cratures qui n'exi/5t pas6444 ,le solitaire allait p\rsuivre son disc\rs2 mais t\t c\p ,jsus retira la ma9 qu'il lui avait laiss pr5dre1 se dressa deb\t devant lui1 et1 d'une voix qui p>ut un clat de tonn]re aux habitants des valles1 il s'cria3 --,,arri,,re1 ,,satan6 ,,il ,,e/ ,,crit ,,que ,,tu ,,ne ,,dois ,,pas ,,t5t] ,,le ,,seigneur ,,ton ,,dieu6 ,,iv ,l',,am\r ,les disciples lui dir5t3 ,qui donc peut tre sauv8--,et ,jsus1 les reg>dant1 leur dit3 ,quant aux hommes1 cela e/ impossible3 mais1 quant ,dieu1 t\tes *oses sont possibles4 7,sa9t ,mat?ieu1 ,,xix1 #be et #bf47 ,cep5dant la nuit tait desc5due sur le ds]t4 ,elle avait ram5 la lgre tr\pe des toiles1 qui ma9t5ant ad\cissai5t d'une gaze arg5te le bleu pr(ond du ciel4 ,mais ,jsus n'avait po9t d'yeux1 ce soir-l1 p\r admir] leurs g5tilles faons4 ,il s'tait ag5\ill2 il pleurait et priait4 ,enf91 il dit3 ,malheureux1 j'aurais d te reconnatre plus tt6 ,s\s mille dguisem5ts tu t5t]as mon tr\peau1 p5dant les sicles qui appro*5t2 mais celui que tu z pris auj\rd'hui1 c'e/ lui qui t'aid]a dta*] de moi les mes les mieux nes p\r m'app>t5ir4 ,p> le rve tu auras plus de =ce sur elles que p> les s5s et la vanit4 ,mais je saurai dj\] tes ruses1 et *acun p\rra tr\v] dans mes p>ole une arme contre toi4 ,a ceux que la ralit t\*e plus =t que le rve1 j'ouvrirai les portes du rve2 je rappell]ai au gt de la ralit ceux qui s]ont trop encl9s rv]4 ,a ceux-l je dirai3 ,frres1 votre raison v\s affirme1 en effet1 que ri5 n'e/ rel en dehors de votre p5se4 ,mais qui v\s pr\ve que votre raison ne v\s trompe pas1 qu'elle n'e/ pas en v\s p\r v\s tromp]8 ,or1 votre raison a t\te *ance de v\s tromp]3 elle e/1 d'orig9e1 un in/rum5t de lutte et de df5se2 sa premire =me e/ la ruse1 s'imposant la =ce physique4 ,votre raison a t\te *ance de v\s v5ir de ,satan3 mais c'e/ mon ,pre qui v\s p>le p> la voix de votre cur4 ,et votre cur v\s ordonne de compatir et d'aim]4 ,il ne s'agit pas d'aim] t\s les hommes3 l'objet s]ait trop va/e p\r un si faible cur1 et v\s risqu]iez de n'aim] aucun homme de la faon qui convi5t4 ,mais dmettez-v\s d'une p>tie de v\s-mmes en faveur d'une crature que v\s v]rez au-dess\s de v\s2 s\ffrez de la faim avec un *i5 affam2 qu& une femme v\s dplat et que v\s lui plaisez1 sacrifiez votre dplaisir p\r lui procur] du plaisir6 ,la raison v\s comm&e de r5onc] au monde p\r v\s retir] en v\s-mmes2 mais le cur v\s ordonne de sortir de v\s-mmes p\r pr5dre une "p aux s\ffrances d'autrui4 ,il n'y a pas d'autre devoir1 et il n'y a pas non plus d'autre joie4 ,un homme vi5dra au tribunal de mon ,pre1 qui dira3 ,j'ai s\ff]t avec ceux qui s\ffrai5t2 je ne p\vais les voir s\ffrir sans en tre mu4 ,et mon ,pre le f]a asseoir la table des ju/es4 ,un autre homme vi5dra qui dira3 ,la bassesse des hommes m'a t\j\rs loign d'eux2 mais1 un j\r1 j'ai r5contr un enfant qui pleurait si =t que je l'ai sec\ru4 ,et1 celui-l1 mon ,pre le f]a revtir de la robe des anges4 ,mais malheur ceux qui1 lorsqu'ils ent5dront se pla9dre une crature1 se dem&]ont si elle exi/e avant de la sec\rir6 ,malheur ceux qui1 p\r ne pas ent5dre la pla9te des cratures1 se rfugi]ont dans le rve1 o ils se croiront dieux6 ,a ceux-l je dirai3 ,rappelez-v\s que v\s tes p\ssire1 et que v\s ret\rn]ez en p\ssire6 ,et1 s\s les m5songes de leur joie1 leur supplice s]a gal au ti51 malheureux ,satan1 jadis mon frre1 condamn ne pas aim] p5dant les sicles des sicles444 ,mais1 ma9t5ant1 arrire de moi6 ,il a t crit que tu ne devais pas me t5t]6 99 99 99 99 99 ,jsus s'enfona dans le ds]t4 ,p5dant qu>ante j\rs et qu>ante nuits il jena4 ,plusieurs fois ,satan le t5ta encore1 malgr sa df5se4 ,mais l',esprit tait en lui1 et jamais il n'eut plus de p5se que p\r le salut des hommes4 ,et1 qu& il sortit du ds]t1 sa div9it se rvla au monde p> le gr& miracle1 le ,s]mon sur la ,montagne4 ,c> aux sa9ts aussi a t accord de gurir les p>alytiques1 et de ressuscit] les morts1 et de n\rrir c9q mille v5tres avec c9q pa9s et deux poissons3 mais un ,dieu seul p\vait donn] aux mes1 p\r la dure des sicles1 s\s l'espce de quelques petites phrases sans ordre ni /yle1 un 9puisable alim5t d'esprance et de consolation4 ,ce s]mon fameux comm5ait a9si3 ,heureux les pauvres d'esprit6 #ahib4 ,,ii ,,les ,,disciples ,d',,emma,s1 ,,ou ,,les ,,tapes ,d',,une ,,conv]sion ,,conte ,,p\r ,,le ,,j\r ,,de ,p,,ques ,a ,,monsieur ,,anatole ,,france4 #ac4 ,or voici que deux des disciples allai5t1 ce j\r-l1 v]s une ville nomme ,emmas1 qui tait soixante /ades de ,jrusalem2 #ad4 ,et ils se p>lai5t entre eux de t\s les vnem5ts qui s'tai5t produits4 #ae4 ,et1 p5dant qu'ils s'entret5ai5t et se plaignai5t1 voici que ,jsus lui-mme1 s'appro*ant1 se mit m>*] avec eux3 #af4 ,mais leurs yeux tai5t ret5us1 et ils ne le reconnaissai5t pas4 #ag4 ,et il leur dit3 ,de quoi v\s entret5ez-v\s a9si1 t\t en m>*ant8 ,et de quoi v\s affligez-v\s8 #ah4 ,et l'un d'eux1 nomm ,clophas1 lui rpondit3 ,es-tu donc1 toi seul1 si trang] ,jrusalem que tu ne sa*es pas les faits qui s'y sont produits ces j\rs d]ni]s8 #ai4 ,il leur dem&a3 ,quels faits8 ,et ils rpondir5t3 ,ne sais-tu pas ce qui e/ arriv ,jsus de ,naz>e?1 qui tait un gr& prophte1 puissant en uvres et en p>oles1 devant ,dieu et devant t\t le peuple8 #bj4 ,et ne sais-tu pas comm5t les *efs des prtres et nos pr9ces l'ont condamn mort et crucifi8 #ba4 ,et n\s1 n\s esprions qu'il allait ra*et] ,isral6 ,mais ma9t5ant trois j\rs se sont dj passs depuis qu'il e/ mort6 #bb4 ,et voici que des femmes1 d'entre les ntres1 n\s ont encore effrays6 ,c>1 avant le j\r1 elles sont alles au tombeau de ,jsus1 #bc4 ,et1 n'ayant plus tr\v le corps1 sont rev5ues n\s dire qu'elles avai5t eu la vision d'anges qui leur disai5t que ,jsus tait vivant4 #bd4 ,sur quoi quelques-uns des ntres se sont r5dus au tombeau2 et ils y ont t\t tr\v tel que ces femmes l'avai5t dit2 mais lui1 ,jsus1 ils ne l'ont po9t tr\v6 #be4 ,alors ,jsus leur dit3 ,o ins5ss6 ,comme vos curs sont p>esseux croire ce qu'ont annonc les prophtes6 #bf4 ,e/-ce que ce n'tait po9t *ose ncessaire que le ,*ri/ s\ffrt t\t cela1 af9 d'entr] a9si dans sa gloire8 #bg4 ,et1 comm5ant p> ,mose et citant t\s les prophtes1 il leur int]prtait1 dans t\tes les critures1 ce qui y tait dit son sujet4 #bh4 ,cep5dant ils appro*ai5t de la ville o ils allai5t4 ,et ,jsus feignit d'avoir all] plus lo94 #bi4 ,mais ils le ret9r5t1 en disant3 ,re/e avec n\s1 c> voici le soir qui tombe et la j\rne qui s'a*ve6 ,et il entra avec eux dans une htell]ie4 #cj4 ,et voici que1 s'tant mis table avec eux1 il prit un pa91 le bnit1 le rompit1 et le leur t5dit4 #ca4 ,et1 leurs yeux s'tant r\v]ts1 ils le reconnur5t4 ,et aussitt il disp>ut leurs yeux4 #cb4 ,et ils se dir5t l'un l'autre3 ,comme notre cur brlait en n\s1 sur la r\te1 p5dant qu'il n\s p>lait et n\s claircissait les ,sa9tes critures6 #cc4 ,puis1 s'tant relevs1 ils rev9r5t aussitt ,jrusalem1 o ils tr\vr5t rassembls les ,onze1 a9si que ceux qui tai5t avec eux4 7vangile selon sa9t ,luc1 ,,xxiv47 ,i ,,les ,,p>aboles ,si quelqu'un veut me suivre1 qu'il r5once d'abord soi-mme6 7,sa9t ,mat?ieu1 ,,xvi1 #bd47 ,sortis de ,jrusalem au plus *aud de l'aprs-midi1 les deux disciples m>*ai5t tri/em5t sur la r\te de ,sam>ie4 ,t\s deux allai5t pi$s nus1 vtus de pauvres manteaux rapics3 ils portai5t sur l'paule leur besace vide1 accro*e au b\t d'un bton4 ,leurs *eveux et leur b>be tai5t si incultes1 et leur visage si imprgn de p\ssire1 qu'on les aurait pris p\r de vieux vagabonds4 ,c'tai5t p\rtant deux jeunes hommes3 le gr&1 ,clophas1 avait tr5te ans2 l'autre1 le gros ,simon1 pe9e v+t-c9q4 ,et tri/em5t ils s'entret5ai5t des f*euses suites qu'avai5t eues p\r eux la mort de ,jsus4 ,mais s\da9 t\s deux s'arrtr5t1 effrays4 ,un homme tait l deb\t1 appuy sur son bton1 qui les reg>dait et p>aissait les att5dre4 ,oui1 sans d\te1 il les att5dait3 c> t\t de suite il les salua1 reprit sa besace qu'il avait pose t]re1 s'avana v]s eux1 et fit m9e de v\loir les accompagn]4 ,anxieusem5t ils l'exam9r5t des pi$s la tte4 ,clophas1 anci5 scribe de synagogue1 se disait que ce devait tre un missaire du sanhdr91 qui le guettait p\r le ram5] ,jrusalem3 on savait qu'il tait le plus intellig5t et le plus in/ruit1 p>mi les disciples du ,naz>en2 on avait rsolu de s'emp>] de lui4 ,simon le cordonni] ne se faisait pas tant de raisons2 mais il dev9ait bi51 au contraire1 que c'tait lui qu'on en avait4 ,il se voyait p]du2 il maudissait ,clophas1 qui avait caus t\t son malheur en le =ant jadis quitt] ,cap]nam1 son pays1 p\r suivre ,jsus en ,jude4 ,et comme leur esprit tait occup ces rflexions p5dant qu'ils exam9ai5t l'inconnu1 celui-ci leur sembla un homme de m*ante figure1 mr et trapu1 avec un reg>d s\rnois4 ,aussi ne rpondir5t-ils pas son salut1 ni aux que/ions qu'il leur adressa4 ,et bi5tt1 n'osant le congdi]1 ils se mir5t c\rir p\r se dlivr] de sa compagnie4 ,mais il c\rut avec eux4 ,il leur vantait la bi5faisante fra*eur de cet air du soir qui desc5dait sur eux4 ,il les invitait se rj\ir de la puret du ciel1 o s'allumai5t les premires toiles4 ,sa voix tait si d\ce que1 plusieurs fois1 ils se ret\rnr5t t&is qu'il p>lait1 croyant ent5dre un *ur d'anges qui *antai5t au lo91 d]rire eux4 ,et1 le gros ,simon s'tant heurt contre une pi]re1 dans l'lan de sa c\rse1 l'trang] le ret9t p> le bras1 l'emp*a de tomb]4 ,depuis longtemps dj ils m>*ai5t1 sans ral5tir le pas1 lorsque ,simon s'ap]ut que les pi$s de son n\veau compagnon tai5t r\ges de sang1 qu'il t5ait la ma9 son ct comme s'il y avait t bless1 et que sa besace semblait bi5 l\rde1 sur son paule4 ,il p5sa d'abord se rj\ir de sa dc\v]te2 mais il eut beau faire1 il s\ffrait de voir s\ffrir cet homme1 p\rtant son ennemi4 ,il m>*a encore un mom5t1 puis il prit la besace de l'trang]1 la mit sur son paule avec la si5ne1 au b\t de son bton4 ,la besace tait l\rde1 en effet2 mais pe9e ,simon l'eut-il prise qu'il s5tit que t\t son corps1 et ses jambes1 et son cur1 tai5t dev5us plus lg]s4 ,lui qui t\t l'heure tremblait1 cras s\s le poids de sa frayeur1 il avait ma9t5ant t\t oubli de lui-mme2 il ne p5sait plus qu' savoir d'o v5ai5t l'trang] les blessures de ses pi$s et cette plaie au ct4 ,il en oublia jusqu' sa mauvaise humeur contre ,clophas4 --,frre1 lui dit-il t\t bas1 m>*ons mo9s vite1 et donne ton bras ce malheureux6 ,vois-tu comme il e/ faible1 et comme il a pe9e mettre un pi$ devant l'autre8 ,et ,clophas s5tit1 lui aussi1 un gr& s\ffle rafra*issant qui pntrait en lui4 ,la vue de cette misre dissipait ses mfiances4 --,appuie-toi sur moi1 homme1 et m>*ons mo9s vite6 dit-il4 ,mais lorsqu'ensuite l'trang] s'in=ma du b de leur voyage1 le s\v5ir de leur dtresse leur rev9t l'esprit4 ,encore n'pr\vai5t-ils dsormais qu'un beso9 de se pla9dre1 de montr] cet inconnu qu'ils avai5t droit1 eux-mmes1 sa compassion4 99 99 99 99 99 --,amis1 dit alors l'inconnu1 de quoi v\s entret5iez-v\s1 t\t l'heure1 qu& je v\s ai r5contrs8 ,et p\rquoi tes-v\s tri/es8 ,le malheur de ,clophas tait si gr& que *acun1 lui semblait-il1 devait en savoir le motif4 --,es-tu donc si trang] ,jrusalem que toi seul tu ignores les *oses qui s'y sont passes8 rpondit-il d'un acc5t un peu dur4 --,et quelles *oses8 --,mais ce qui e/ arriv ,jsus de ,naz>e?6 ,ah6 c'tait un prophte puissant en uvres et en p>oles1 devant le peuple et devant ,dieu6 ,or les prtres et les magi/rats l'ont livr p\r tre condamn mort1 et il y a trois j\rs qu'on l'a crucifi4 ,sa*e donc que j'tais le premi] de ses disciples4 ,il n\s avait promis de dlivr] ,isral444 --,et de n\s ressuscit] du tombeau aprs s'tre ressuscit lui-mme6--aj\ta ,simon4--,et voil trois j\rs qu'il e/ mort6 ,a ,jrusalem1 on n\s *]*e p\r n\s p5dre4 ,a ,cap]nam1 dans notre pays1 o n\s ret\rnons1 *acun va se moqu] de n\s4 ,p\rvu seulem5t qu'on ne n\s rejoigne pas en *em96 ,n\s v\lions p>tir ds hi]2 mais des femmes n\s ont dit qu'elles tai5t alles l'endroit o on l'a ent]r1 et qu'elles avai5t tr\v le spulcre vide4 ,mme elles aurai5t r5contr l un ange1 qui leur aurait dit que ,jsus tait vivant4 ,alors je suis all hi] soir au tombeau3 le tombeau tait vide1 en effet1 mais pas l'ombre d'un ange1 et p]sonne n'a ri5 vu4 ,on aura enlev ses re/es p\r n\s emp*] d'y all] pri]6 ,ah6 vois-tu1 n\s en sommes p\r nos frais6 ,il e/ bi5 mort2 et1 n\s1 ,dieu sait ce qui va n\s arriv]6 --,s'il tait vivant1 comme l'affirm5t ces femmes1 t\t de suite je l'aurais vu6--reprit ,clophas4--,il n'y avait que moi qui le compr5ais4 ,j'ai beauc\p tudi1 depuis l'enfance6 ,j'ai t second scribe ,cap]nam4 ,je sais lire1 crire1 je sais t\t4 ,si ,jsus vivait1 mais il s]ait l en ce mom5t1 m'c\t] comme tu m'c\tes6 ,c'e/ des ides de femmes1 t\t cela6 ,bon p\r des ignorants comme ,simon1 de croire leurs inv5tions6 ,moi1 d'ailleurs1 jamais je n'ai t compltem5t dupe de ce que n\s disait le ,naz>en4 ,il y avait ses miracles1 les malades guris1 les morts ressuscits3 c'e/ cela qui me ret5ait4 ,mais t\s ces disc\rs n\veaux1 biz>res1 incomprh5sibles6 ,et ce dda9 de l'in/ruction1 et ce gt p\r la mauvaise compagnie6 --,oui1 c'e/ vrai6 fit ,simon4 ,moi-mme1 s\v5t j'ai failli d\t] de lui1 en le voyant si famili] avec moi4 ,il me p>lait comme son frre6 ,un homme qui se disait le desc5dant de ,david6 ,mais l'trang] int]rompit leurs dolances et prit la p>ole1 son t\r4 ,il avait connu1 lui aussi1 ,jsus de ,naz>e?4 ,il l'avait nagure r5contr en ,galile2 et l'autre j\r il l'avait revu1 tran p> des soldats dans une rue de ,jrusalem1 les paules c\v]tes d'un l+e c>late1 les ma9s lies1 le front saignant s\s des p9es4 ,il croyait f]mem5t que ,jsus tait le ,fils de ,dieu1 et ressuscit]ait du tombeau suivant sa promesse4 ,sa voix re/ait d\ce comme un *ant du ciel2 mais sans cesse ses p>oles dev5ai5t plus f]mes1 blmant les deux voyageurs de leur peu de foi4 --,ins5ss1 disait-il1 p\rquoi votre cur e/-il si rtif8 ,ne savez-v\s pas ce qu'ont annonc les prophtes8 ,jsus ne devait-il pas s\ffrir comme il a s\ff]t1 af9 d'entr] a9si dans sa gloire8 ,puis1 comm5ant p> ,mose et cont9uant p> t\s les prophtes1 il leur expliquait dans les critures ce qui conc]nait ,jsus4 ,ses explications ravir5t ,clophas1 qui se piquait de savoir t\tes les critures1 de p\voir mme les rcit] l'env]s1 en pr5ant p> la f94 ,il complta quelques-unes des phrases que citait l'trang]1 il en cita d'autres1 encore plus probantes1 son gr4 ,il tait heureux de montr] son rudition un homme aussi rudit4 ,simon1 lui1 c\tait avec la m9e recueillie qu'on lui avait vue jadis aux disc\rs de ,jsus4 ,il tait bl\i1 entran1 conva9cu4 ,de temps en temps seulem5t il songeait qu'il n'avait ri5 mang depuis le mat91 que sa besace tait vide1 et que le froid de la nuit allait le surpr5dre sur la r\te4 ,et1 qu& on fut arriv au b\rg d',emmas1 il n'y t9t plus4 ,il int]rompit ses compagnons1 leur proposa d'entr] dans une aub]ge p\r se re/aur]4 --,ami1 dit-il l'trang]1 voici ta besace6 ,n\s allons1 ,clophas et moi1 n\s arrt] ici jusqu' dema94 ,mais toi1 e/-ce que tu comptes m>*] t\te la nuit1 avec tes pi$s malades1 s\s ce v5t glac qui s\ffle du fleuve8 ,entre du mo9s te *auff] et pr5dre hale9e un mom5t6 --,oui1 entre avec n\s1 dit ,clophas1 n\s p\rsuivrons notre entreti56 ,c'e/ une telle consolation p\r moi1 dans ma dtresse1 de p\voir caus] avec un homme qui m'ent5de6 ,entre sans cra9te1 p]sonne ne te dira ri51 et1 si tu ne veux pas mang]1 tu n'auras ri5 pay]6 ,mais l'trang] p>aissait rsolu cont9u] son *em94 --,ami1 lui dit alors ,simon se p5*ant son oreille1 n\s t'(fririons bi5 de mang] avec n\s1 mais il n\s re/e pe9e trois dra*mes1 et la r\te e/ longue jusqu' ,cap]nam4 ,n'aie pas mauvaise ide de n\s1 malgr cela1 et vi5s te di/raire un mom5t encore avec n\s6 ,vois quel bon feu n\s att5d1 l-bas1 dans la gr&e salle6 ,et puis n\s saurons bi5 n\s arrang] p\r te tr\v] un gte1 sans qu'il en cote ri5 toi ni p]sonne6 ,sur ces mots1 l'trang] se dcida entr]4 ,clophas et ,simon eur5t t\s deux l'impression comme de dang]s o ils aurai5t *app4 ,ils le prir5t *acun p> un bras et le conduisir5t dans la gr&e salle2 ju/em5t une table y tait s]vie1 propre et gaie1 s\s la lampe4 ,et ils se dem&r5t comm5t ils avai5t pu1 au premi] abord1 si mal jug] leur n\vel ami4 ,t\t enti]s ma9t5ant l'espoir d'une bonne soire de repos1 ils le considrai5t de leurs yeux riants3 c'tait un jeune homme1 un beau jeune homme frle et timide1 avec un reg>d innoc5t4 ,ils reconnaissai5t en lui1 exactem5t1 le compagnon qu'il leur fallait p\r une libre caus]ie avant la c\*e1 le dos au feu et le v5tre table4 ,un jeune dome/ique v9t s'in=m] de ce qu'ils v\lai5t4 ,ils comm&r5t un plat de poisson1 et se fir5t apport]1 en att5dant1 du pa9 et de l'eau4 ,l'trang]1 assis un peu l'c>t1 les reg>dait mang]4 ,bi5tt l'entreti5 reprit1 c\p seulem5t de temps autre p> le bruit des v]res qu'on reposait sur la table4 ,simon1 p\r mieux ent5dre1 disait-il1 avait entr'ouv]t son manteau4 ,clophas rcitait des textes sacrs1 de sa belle voix grave qui s'enflait v]s la f9 des phrases4 ,mais l'trang] n'en tait plus aux textes sacrs4 ,il rappelait ses amis les disc\rs de ,jsus1 ces s+ulires p>aboles1 simples et subtiles1 dont le s5s re/ait ca* aux sages et se dvoilait aux enfants4 ,il en savait deux que1 sans d\te1 ils ignorai5t4 ,il s'(frit les leur dire4 ,et sa voix tait dev5ue d'une d\ceur si t\*ante que ,clophas lui-mme avait cess de p>l]4 ,simon et lui v9r5t s'asseoir prs du feu2 et l'trang] leur rpta les deux p>aboles1 p5dant que le dome/ique s'occupait essuy] les miettes de la table et s]vir le poisson4 99 99 99 99 99 ,il leur dit d'abord3 ,un savant homme vivait ,jrusalem1 s\s le roi ,david4 ,p\r se consacr] t\t enti] l'tude1 il avait refus de se m>i]1 il avait r5onc un emploi dans le temple1 qui lui rapportait honneurs et pr(its4 ,il ne p5sait ni boire ni mang]4 ,du mat9 au soir1 il tudiait4 ,il tait trs vieux1 mais il tudiait t\j\rs4 ,ses vois9s1 le voyant dta* du monde1 le vnrai5t comme un sa9t1 et de t\t le royaume les docteurs v5ai5t lui p\r le consult]4 ,or il ent5dit dans son sommeil une voix qui lui disait3 ,si tu ne devi5s pas encore plus savant que tu n'es1 tu n'entr]as pas au royaume des cieux6 ,alors il se rappela qu'un savant homme vivait en gypte1 qui avait la rputation de savoir t\tes *oses4 ,et il se mit en r\te p\r le consult]4 ,il r5contra sur son *em9 un *i5 qui criait3 une p9e lui tait entre dans la patte1 et il ne p>v5ait pas l'enlev]4 ,mais le savant homme tait si press d'arriv] au b de son voyage qu' pe9e il ent5dit les cris de ce *i54 ,et il p\rsuivit sa r\te1 et le sage d'gypte lui apprit t\t ce qu'il savait4 ,et voici que1 dans la nuit de son ret\r ,jrusalem1 il fut saisi d'une fivre3 et il sut qu'il allait m\rir1 c> il connaissait les noms et les c>actres de t\tes les maladies4 ,et voici que de n\veau il ent5dit la voix1 et la voix lui dit3 ,tu n'entr]as pas au royaume des cieux1 puisque tu n'z pas russi dev5ir plus savant que tu n'tais6 ,et il m\rut1 et il n'entra pas au royaume des cieux3 c> il y a beauc\p d'appels1 mais peu d'lus4 ,la voix de l'trang] tait si d\ce1 p5dant qu'il p>lait1 qu'elle semblait aux deux voyageurs une musique d'anges ma9t5ant t\te pro*e1 flottant p>fume d'enc5s1 aut\r d'eux4 ,leurs yeux tai5t remplis de t5dres lumires1 leurs poitr9es haletai5t et leurs jambes tremblai5t4 ,le jeune dome/ique lui-mme n'avait pu re/] indiffr5t la surnaturelle d\ceur de cette voix4 ,il avait laiss sur la table le poisson moiti s]vi1 et s'tait adoss au mur1 les yeux fixs sur les yeux de l'trang]4 ,et l'trang] leur dit une seconde p>abole3 ,un m5diant vivait ,jrusalem1 s\s le roi ,david4 ,c'tait le d]ni] des m5diants4 ,il tait bossu et boiteux des deux jambes1 et les passants cra*ai5t sur lui1 dans la rue1 p\r se div]tir4 ,or un j\r il v9t aux portes du palais d'un pr9ce1 dont la femme tait la plus belle femme du royaume4 ,et il dit aux dome/iques qu'il tait v5u p\r donn] un bais] la femme du pr9ce4 ,et les dome/iques le *assr5t c\ps de bton1 et leurs enfants cra*r5t sur lui1 et leurs *i5s le mordir5t aux jambes4 ,mais le m5diant s'assit devant la porte du palais4 ,et bi5tt il vit s'appro*] des seigneurs amis de la maison1 et il leur dit qu'il tait v5u p\r donn] un bais] la femme du pr9ce4 ,et les seigneurs le plaisantr5t sur sa laideur et sa btise1 aprs quoi ils lui jetr5t une aumne et entrr5t dans le palais4 ,mais le m5diant re/a assis devant la porte4 ,et bi5tt il vit s'appro*] le pr9ce lui-mme4 ,et il lui dit qu'il tait v5u p\r donn] un bais] la pr9cesse1 sa femme4 ,et le pr9ce1 t\* de sa misre1 lui p>la d\cem5t3 ,ami1 quelle folie t'a g]m dans la tte8 ,ne sais-tu pas que la loi n\s df5d de lev] les yeux sur la femme de notre pro*a98 ,ti5s1 voici t\t l'arg5t de ma b\rse3 pr5ds-le1 et amuse-toi suivant ton plaisir6 ,mais le m5diant refusa l'arg5t et dit au pr9ce3 ,jamais je n'ai vu une femme si belle4 ,je suis un pauvre homme1 je n'ai beso9 d'aucun plaisir4 ,seuls les yeux de la pr9cesse me brl5t le cur1 depuis que je l'ai vue1 comme des *>bons enflamms1 et je vais m\rir si je ne lui donne pas un bais]4 ,et le pr9ce lui rpondit3 ,ami1 tu auras donc ce que tu dsires4 ,et que ,dieu te juge1 si tu agis contre sa loi6 ,et il alla pr5dre p> la ma9 sa jeune femme1 qui tait plus p>e et plus belle que les fleurs des bois2 et il l'am5a au m5diant p\r qu'il lui donnt un bais]4 ,et il y eut gr&e joie dans le ciel3 c> beauc\p sont appels1 mais peu sont lus4 ,que celui qui a des oreilles1 ent5de6 ,l'trang] se tut4 ,les deux voyageurs se t9r5t quelque temps encore prs du feu1 puis1 qu& le dome/ique fut sorti1 ils reprir5t leur place devant la table4 ,ils se s5tai5t inonds d'un bi5-tre dlicieux1 et l'odeur du poisson avait rveill leur faim4 ,mais1 au mom5t o ils se remettai5t mang]1 un s\pir leur fit dress] la tte4 ,et ils vir5t que l'trang] s'tait affaiss sur son sige1 exsangue1 la b\*e entr'ouv]te4 ,ils vir5t que ses pi$s saignai5t1 aussi son flanc1 p]c comme d'un c\p de fl*e4 ,alors ils se dir5t que1 p5dant qu'ils s'en*antai5t l'c\t]1 il r5dait1 lui1 ses d]nires =ces2 et une angoisse les saisit4 ,ils ne p5sr5t plus leur faim1 ni au vide de leur b\rse1 ni ri5 d'autre qu' la misre de ce malheureux4 ,clophas c\rut v]s lui p\r le ranim]1 ,simon comm&a p\r lui une ration de v91 et lui (frit son pa94 ,l'trang] rev9t lui3 il prit le pa9 que lui t5dait ,simon et le rompit1 s\s leurs reg>ds ple9s de piti4 ,et1 comme c'tait la premire fois que les deux disciples reg>dai5t leur compagnon de r\te en p5sant lui et non pas eux-mmes1 p\r la premire fois ils le vir5t tel qu'il tait4 ,et ils dc\vrir5t alors que leur compagnon de r\te tait ,jsus1 leur div9 ,seigneur1 ressuscit du tombeau4 99 99 99 99 99 ,ils se jetr5t g5\x p\r l'ador]2 mais dj il avait disp>u4 ,un mom5t ils re/r5t immobiles1 ag5\ills sur le sol1 la tte dans les ma9s4 ,la d\ce musique de la voix rsonnait ma9t5ant t\t en eux1 p>fume d'enc5s4 ,leur me tait pntre de foi et de bonheur4 ,et1 p]dant le s\v5ir de leurs faiblesses passes1 ils se dir5t l'un l'autre3 ,frre1 notre cur ne brlait-il pas dans notre poitr9e1 t&is qu'il n\s p>lait sur la r\te1 occup n\s expliqu] les sa9tes critures8 ,et aussitt ils se relevr5t1 sortir5t de l'aub]ge1 laissant leur b\rse sur la table1 se remir5t en *em9 p\r r5tr] ,jrusalem4 ,la soif sacre du m>tyre s'tait emp>e d'eux4 ,s\s le v5t froid de la nuit1 ils allai5t4 ,jamais ils n'arriv]ai5t assez tt p\r confess] leur foi1 conv]tir les infidles1 et prir sur la croix6 ,ils songr5t p\rtant1 au b\t d'un in/ant1 qu'il leur faudrait d'abord rveill] les onze aptres1 et leur annonc] l'incroyable r5contre4 ,c> eux seuls avai5t eu la preuve du miracle3 c'e/ eux les premi]s que ,jsus s'tait montr3 c'e/ eux qu'il avait *oisis p\r rvl] au monde sa rsurrection6 ,cette ide leur v9t en mme temps t\s deux4 ,oui1 c'e/ eux que le ,seigneur avait *oisis1 eux seuls1 p>mi la tr\pe des disciples6 ,aux femmes il avait fait voir son spulcre vide1 et les anges qui le g>dai5t3 mais eux seuls il s'tait fait voir lui-mme6 ,et1 mesure qu'ils y p5sai5t davantage1 ils se s5tai5t remplis d'une reconnaissance plus vive p\r cette faveur de leur matre4 ,et1 mesure qu'ils y p5sai5t davantage encore1 l'orgueil s'in/allait dans leur cur ct de la reconnaissance4 ,eux1 eux seuls1 c'e/ eux qu'il avait *oisis6 ,de telle sorte qu'au dt\r du *em91 l'endroit mme o ils avai5t t\t l'heure r5contr l'inconnu1 t\s deux fur5t illum9s d'une c]titude commune3 ils comprir5t qu'ils tai5t dsormais les deux lus d'entre les lus1 les m&ataires suprmes de ,jsus4 ,p\rquoi leur s]ait-il app>u comme il l'avait fait1 s'il ne les avait pas t5us p\r les premi]s de ses disciples8 ,p\rquoi1 t&is qu'il laissait les ,onze se morfondre dans le d\te et le *agr91 p\rquoi aurait-il pris la pe9e de les att5dre au bord de la r\te1 et de s'att>d] si longtemps en leur socit8 --,ah6 frre1 dit enf9 ,clophas1 je me s5s indigne de ce *oix6 ,qu& je p5se que le ,seigneur m'a prfr ,pi]re1 qui se croyait dj le *ef de l'glise1 ,jean qui se vantait d'tre l'lve bi5-aim6 ,je connaissais mieux1 c]ta9em5t1 la loi et les prophtes2 j'tais plus sage et plus rudit4 ,mais avec t\t cela je ne voyais en moi que le plus humble des p*eurs4 ,et voil qu'il m'a *oisi6 ,te rappelles-tu de quels yeux ple9s d'une t5dre tri/esse il m'a reg>d t&is qu'il rompait le pa98 --,il ne t'a pas reg>d plus que moi6--rp>tit ,simon1 tris piqu4--,ah6 vraim5t1 c'e/ trop de vanit6 ,mais rappelle-toi donc plutt comm5t tu l'z trait lorsqu'il n\s a rejo9ts sur la r\te3 tu lui z adress de dures p>oles1 tu t'es mis c\rir p\r l'emp*] de te suivre6 ,il n'y a que moi qui aie eu piti de lui4 ,j'ai pris sa besace qu& je l'ai vu fatigu2 c'e/ moi qui l'ai dcid entr] dans l'aub]ge4 ,et1 qu& j'ai failli faire un faux pas1 ne m'a-t-il pas ret5u8 --,malheureux6 cria ,clophas1 mais tu es f\6 ,sais-tu seulem5t lire et crire8 ,que sais-tu8 ,mais on te rirait au nez1 si tu osais dire que c'e/ toi que ,jsus a *oisi6 ,malheureux6 tu ne compr5ds donc pas que c'e/ p> *>it que n\s te g>dions p>mi n\s8 ,es-tu capable seulem5t de rcit] la srie des rois de ,juda6 --,laisse-moi en paix avec tes raill]ies1 pdant de synagogue6 rpondit ,simon4 ,j'ai bi5 vu1 auj\rd'hui encore1 que le ,seigneur s'adressait aux ignorants tels que moi1 et non pas aux scribes de ta sorte4 ,les scribes1 il les dte/ait4 ,race de vipres6 disait-il4 ,ah6 jamais il n'a si bi5 dit6 ,et ils cont9ur5t se disput]4 ,et1 mesure qu'ils s'*auffai5t davantage1 *acun des deux ap]cevait plus clairem5t les motifs qui lui avai5t valu1 lui seul1 la faveur du *oix div94 ,aux portes de la ville1 le dbat dev5ait si vif que ,clophas fut sur le po9t de se jet] sur son compagnon2 mais il le vit lui-mme si furieux qu'il crut mieux faire de se t5ir tranquille4 ,et ils m>*r5t cte cte1 trs vite1 sans se dire un mot4 99 99 99 99 99 ,et qu& ils sortir5t de l'assemble des ,onze1 une heure aprs1 ils se sp>r5t sur le seuil1 mortellem5t f*s4 ,,ii ,,les ,,gra9s ,,p]dus ,d'autres gra9s tombr5t sur un sol pi]reux1 o ils n'avai5t pas beauc\p de t]re1 et ils levr5t aussitt1 p>ce que la t]re tait peu pr(onde4 ,mais1 le soleil ayant brill1 la plante1 brle de ses feux et n'ayant pas de rac9es1 s*a4 ,d'autres gra9s tombr5t p>mi les p9es1 et les p9es crr5t et les t\ffr5t4 7,sa9t ,mat?ieu1 ,,xiii1 #e1 #f1 #g et #h47 ,tr5te ans s'tai5t c\ls depuis la miraculeuse rsurrection de ,notre-,seigneur ,jsus2 et dj ses ,aptres avai5t sem aux quatre co9s du monde la div9e sem5ce qu'il avait laisse dans leurs ma9s4 ,p> une claire mat9e de pr9temps1 un m5diant s'avanait1 t\t inond de sueur et tranant les pi$s1 sur le petit *em9 qui mne d',arad ,?am>a1 en ,idume1 trav]s les s*es coll9es du ,ds]t de ,juda4 ,le pauvre m5diant6 ,c'tait l'ge1 sans d\te1 qui avait vot son dos1 aplati son v5tre1 dg>ni son crne et sa b\*e2 mais tait-ce l'ge aussi qui avait rong l'un de ses yeux et la moiti de son nez1 et qui avait p>sem son visage de ta*es sangu9ol5tes1 et qui avait tordu les os de ses petites jambes8 ,ri5 n'tait lam5table voir1 en t\t cas1 autant que cet anci5 gros homme dgonfl et racc\rci1 qui clop9ait sur la r\te en gmissant *aque pas4 ,et le spectacle n'tait pas non plus sans quelque *ose de comique1 qui valait l'in=tun les rires et les hues de t\s ceux qui le r5contrai5t4 ,c> cette vivante ru9e1 tte nue et pi$s nus1 portait sur ses paules un long manteau somptueux1 mais trop l\rd p\r la saison1 et sali1 et ple9 de tr\s1 sans compt] qu'on y voyait1 c\sus p> places dans le plus extravagant dsordre1 des b\ts de m*ants galons dors et arg5ts qu'on aurait dits ramasss dans une ornire et piqus l1 au has>d4 ,ces galons disp>ates1 et deux bagues en mtal grossi] sur les doigts crasseux du m5diant1 c'tait cela qui t\t de suite =ait rire qu& on l'ap]cevait3 cela1 et aussi la manire dont1 t\t in/ant1 il portait la ma9 ses re9s1 comme s'il v5ait d'tre battu4 ,et puis enf9 sa misre1 dans l'ensemble1 tait de celles qui amus5t3 on s5tait qu'il avait d lui-mme s'amus] beauc\p p\r se l'attir] si complte4 ,il m>*ait1 inond de sueur et tranant les pi$s4 ,qu& on riait sur son passage1 d'abord il se f*ait1 mais il f9issait p> s\rire4 ,et l'on s'loignait sans lui ri5 donn]1 c> son pauvre s\rire faisait peur4 ,au bas d'une monte il s'arrta1 s'assit dans le foss de la r\te4 ,et voici qu'il vit v5ir de son ct un gr& vieill>d si piteux et si drle qu'il ne put s'emp*] d'en rire1 comme on avait ri de lui-mme4 ,celui-l app>t5ait l'espce des vieux matres d'cole4 ,il avait un nez cro*u1 une b>be dess*e1 un c\ m9ce et long comme une tige de bamb\4 ,il g>dait ses deux yeux1 mais si us et si ple9s de mite qu'il p\vait pe9e les ouvrir4 ,une diza9e de *eveux gris1 sans d\te les seuls qui lui re/ai5t1 =mai5t une faon de clture aut\r d'un vieux l+e v]dtre qu'il s'tait coll sur le haut du crne4 ,on dev9ait qu'il avait t de/9 p> la nature tre maigre1 mais qu'une vie sd5taire l'avait b\rs\fl1 jaunissant sa peau4 ,et le malheureux semblait atte9t de quelque maladie s+ulire4 ,avez-v\s jamais vu1 dans une c\r de collge1 des lves rvolts contre leur pr9cipal8 ,ils refus5t de lui obir1 gambad5t qu& il leur comm&e de re/] en repos1 c\r5t droite qu& il leur dit gau*e4 ,c'e/ t\t fait de cette manire que se comportai5t les membres du vieill>d4 ,ils semblai5t rvolts contre lui4 ,sa tte se balanait l'extrmit de son int]m9able col1 capricieusem5t1 avec des grces indol5tes4 ,ses bras se m\vai5t suivant leur fantaisie1 sans s'inquit] des ordres qu'il leur donnait4 ,et ses jambes s'avanai5t p> des saccades s\da9es1 comme si leur ressort intrieur1 t\t in/ant1 se ft dmis4 ,et t\t cela1 t\t jusqu' la gu5ille qui lui s]vait de manteau1 t\t cela tait empre9t d'une gravit sol5nelle3 le tmo9 le plus gr9*eux en et t drid4 ,aussi le petit vieill>d riait-il1 en se frottant les re9s1 p5dant que cette autre ru9e flageolait sur la r\te4 ,mais t\t c\p il s'arrta de rire1 leva en l'air ses bras in=mes1 et1 si vite qu'il put1 il c\rut se plac] sur le passage du vieux pr(esseur4 ,puis t\s deux s'exam9r5t soigneusem5t1 et puis1 s'tant reconnus1 ils crir5t3 --,clophas6 --,simon6 ,tr5te ans ils ne s'tai5t po9t revus2 ils avai5t eu le temps de se p>donn] leurs griefs4 ,assis ma9t5ant cte cte1 dans le foss du *em91 ils cont9uai5t se reg>d]4 ,et *acun1 considrant la misre de l'autre1 se consolait de sa misre4 ,jamais ils ne s'tai5t s5tis si pro*es1 depuis la premire nuit qu'ils avai5t passe ensemble sur la r\te1 jadis1 aux portes de ,cap]nam1 avec les oreilles encore t\tes ple9es des p>oles de ,jsus1 et le cur t\t embras du feu div9 de ses yeux4 ,ils s'tai5t jur1 cette nuit-l1 de m>*] t\j\rs la ma9 dans la ma91 d\x et humbles1 s\mis ce m]veilleux jeune homme qui avait daign leur s\rire4 ,s'tant relevs avec de gr&s ef=ts1 les deux vieill>ds m>*ai5t1 la ma9 dans la ma94 ,ni l'un ni l'autre ne savait o all]1 ni l'un ni l'autre ne possdait ri5 au monde4 ,ils se promir5t de ne plus se quitt]4 ,ensemble ils m5di]ai5t leur pa91 au long des r\tes3 la vie leur p>atrait mo9s dure1 et la mort mo9s l5te4 ,et1 qu& ils se fur5t bi5 habitus l'un l'autre1 ils se racontr5t la tri/e hi/oire de ce qui leur tait arriv1 depuis qu'ils s'tai5t sp>s1 le cur ple9 de ha9e1 ,jrusalem1 sur le seuil de la maison de ,m>c1 o demeurai5t les ,onze4 ,simon p>la le premi]4 ,il s'int]rompait t\t mom5t p\r gmir1 p\r se frott] les re9s1 p\r essuy] la sueur de son crne *auve4 ,le s5ti] montait devant eux1 montait sans f94 ,des ro*]s plants de g5ts leur ca*ai5t le sommet de la coll9e4 ,plus d'une fois ils dur5t s'asseoir1 plus d'une fois le cur leur faillit1 et ils eur5t l'impression qu'ils allai5t m\rir4 99 99 99 99 99 ,et voici ce que dit ,simon3 ,ah6 frre1 ,jsus m'a puni6 ,j'avais d\t de lui sur le *em9 d',emmas1 et il m'a fait expi] mon p*4 ,c> ces disc\rs qu'il a t5us devant n\s1 dans l'aub]ge1 eh6 bi51 je vois ma9t5ant qu'ils tai5t de/9s ma p]dition6 ,c'e/ d'eux que m'e/ v5u t\t mon malheur4 ,tu te rappelles1 n'e/-ce pas1 qu'il n\s a dit1 ce soir-l1 deux p>aboles8 ,la premire1 p\r tre franc1 je ne l'ai gure comprise2 mais t\t de suite1 au contraire1 j'ai compris la seconde1 celle du m5diant qui avait donn un bais] la femme du pr9ce4 ,celle-l tait assez claire3 elle signifiait que t\tes les vieilles df5ses de la ,loi tai5t abolies1 et que la seule loi1 p\r n\s1 devait tre dsormais de *]*] notre plaisir4 ,c'e/1 du re/e1 un enseignem5t que1 depuis longtemps dj1 il m'avait sembl lire dans ses p>oles4 ,tu te s\vi5s8 ,il n\s disp5sait des prires et des jenes1 il p>donnait leurs p*s aux pires p*eurs1 il pr5ait s\s sa protection les femmes adultres4 ,aussi ai-je dev9 sur-le-*amp le s5s de sa p>abole d',emmas4 ,hlas6 je l'ai trop bi5 dev94 ,et je me suis promis de m'affran*ir de t\te contra9te1 l'av5ir1 p\r ne *]*] d'autre b dans la vie que mon plaisir p]sonnel4 ,ri5 de plus raisonnable1 d'ailleurs1 et de plus con=me ma nature4 ,j'avais des dsirs1 et qu& je ne p\vais les satisfaire je s\ffrais1 et qu& je p\vais les satisfaire j'tais heureux4 ,le m5diant avait dsir donn] un bais] la femme du pr9ce1 et ,jsus l'avait appr\v4 ,je rsolus donc de consacr] mon temps dsir] t\tes *oses1 et satisfaire t\s mes dsirs4 ,mais je vis alors que t\s mes dsirs tai5t subordonns au dsir d'tre ri*e4 ,sans arg5t1 impossible de ri5 avoir d'un peu agrable4 ,et1 comme je songeais aux moy5s de m'enri*ir1 un publica9 de ,jri*o1 nomm ,lvi1 m'enseigna un moy5 rapide et sr dont lui-mme tirait pr(it4 ,in/all ,a?nes1 il avait dem& aux ,a?ni5s de lui confi] de grosses sommes d'arg5t1 qu'il promettait d'employ] faire creus] un canal de la ,m] ,morte la ,gr&e ,m]4 ,les bnfices1 disait-il1 ne p\vai5t manqu] d'afflu]2 ils s]ai5t rp>tis entre les s\scripteurs4 ,il avait a9si obt5u de grosses sommes1 qu'il avait employes1 non pas faire creus] un canal1 mais se con/ruire une maison et donn] de belles ftes4 ,libre toi1 aj\tait-il1 d'essay] le mme moy5 dans une autre ville6 ,et son ide me plut =t4 ,je lui dem&ai1 cep5dant1 si le moy5 qu'il me proposait n'tait pas quelque *ose comme un vol4 ,pas du t\t1 me rpondit-il1 c> depuis v+t ans je le pratique1 et *acun le sait ,a?nes1 ce qui n'emp*e p]sonne de me respect]4 ,et puis1 comm5t s]ait-il "q de vol qu& les g5s confi5t leur arg5t de ple9 gr1 et qu& les sommes sont si =tes8 ,rassur p> cette rponse1 je m'en fus ,rome1 et je suivis le conseil de ,lvi4 ,je recueillis des sommes de/9es1 disais-je1 ouvrir et exploit] des m9es d'arg5t ,cap]nam4 ,c9q ans je vcus ca* dans un misrable taudis du faub\rg1 vivant d'ordures1 t\t occup seulem5t ramass] de l'arg5t4 ,puis1 au b\t de ces c9q ans1 je ra*etai le palais d'un patrici5 endett2 et je fis savoir que les m9es de ,cap]nam1 en att5dant qu'elles enri*iss5t t\s mes s\scripteurs1 avai5t dj prospr suffisamm5t p\r m'enri*ir moi-mme4 ,j'avais atte9t mon b3 je possdais plus de trsors que n'en possda jamais le roi ,salomon4 ,il ne me re/ait plus qu' me crer des dsirs1 p\r les satisfaire mon gr4 ,mon seul vrai dsir1 vois-tu1 le dsir dom9ant de t\te ma vie1 c'tait de bi5 mang]4 ,ah6 le copieux repas que je me promettais p\r mon premi] j\r de =tune6 ,malheureusem5t1 la vie de privations que j'avais m5e dans les faub\rgs m'avait endommag l'e/omac1 de sorte que1 ce fameux j\r-l1 prcism5t1 il me fut impossible de ri5 aval]4 ,j'avais a9si u mon corps en t\te faon1 p5dant ces c9q ans2 et qu& je v\lus j\ir enf9 de ma jeunesse1 tr5te ans1 je me tr\vai plus vieux que ne l'tait mon pre c9quante4 ,mais enf9 je p\vais gt] aux mets les plus r>es1 et je n'y ai pas manqu4 ,j'ai mang des mlanges de vi&es dont l'emp]eur ,claude lui-mme ne connaissait pas la recette3 t\s les j\rs mes cuis9i]s m'en (frai5t de n\veaux1 qu'ils inv5tai5t p\r moi4 ,et1 ma foi6 je s5s que j'aurais f9i p> y pr5dre plaisir4 ,je regrettais bi5 un peu que ma condition m'int]dt de me faire s]vir1 la place de ces comb9aisons prcieuses1 un bon plat de poisson sal avec des olives2 mais enf91 tu sais1 on s'habitue t\t6 ,c'e/ mon e/omac qui dcidm5t s'e/ f*4 tait-ce l'effet de mes c9q annes de privations8 tait-ce la prs5ce1 dans ces mets trop raff9s1 de quelque lm5t indige/e8 tait-ce leur v>it mme et leur incessante n\veaut8 ,je ne puis le dire4 ,mais il e/ sr que1 depuis v+t ans1 il m'e/ impossible de ri5 mang]4 ,a pe9e si je me s\vi5s encore de ce que c'e/ d'avoir de l'apptit4 ,le lait mme1 les ufs1 ri5 ne me dit plus4 ,et figure-toi que1 avec t\t cela1 un dsir de mets n\veaux m'e/ v5u1 qui ne veut plus me quitt]6 ,j'y p5se sans cesse4 ,j'ai t\j\rs l'ide qu'on e/ en tra9 de comb9] quelque sauce qui1 enf91 me f]ait plaisir gt]4 ,un autre de mes so9s1 qu& je fus ri*e1 fut de me comm&] de nombreux vtem5ts4 ,je p5sais que ri5 n'tait amusant comme de se s5tir lgamm5t habill4 ,je le p5se encore3 ne le p5ses-tu pas aussi8 ,mais1--je ne vois pas trop comm5t t'expliqu] cela1--jamais je n'ai pu me procur] le vtem5t qu'il m'aurait fallu4 ,ds que je mettais une toge1 j'en dsirais une autre4 ,et si tu savais ce que j'ai eu d'ennuis avec mes tailleurs6 ,t\j\rs des modes n\velles1 ou bi5 un galon dont la c\leur tait mal assortie1 ou des comptes trop *>gs1 et alors des *icanes l'inf9i4 ,et les coqu9s se moquai5t de moi1 p>-dessus le m>*6 ,t\t le monde se moquait de moi6 ,des toges qui cotai5t plus *] que *ez n\s des maisons6 ,je te le dis1 c'e/ ,jsus qui m'a puni6 ,c>1 enf91 il n'y a pas de plus vif plaisir que de port] de belles toges et de vivre dans le luxe1 n'e/-ce pas8 ,je ne le s5tais pas autrefois1 ,cap]nam1 mais ma9t5ant1 je le s5s bi56 ,que vais-je dev5ir1 ,clophas mon frre1 ma9t5ant que je s5s t\t cela1 et que je ne puis mme plus tr\v] assez de vieux galons dans les fosss des r\tes p\r g>nir en enti] le bas de ce vieux manteau6 ,aprs s'tre arrt un mom5t p\r sanglot] et gmir1 et p\r se frott] les re9s1 ,simon reprit son rcit3 ,les ri*es ,roma9s a*etai5t des pe9tures et des /atues3 j'en ai a*et aussi4 ,de cela je ne te p>le pas comme d'un vrai plaisir3 c> mon int5dant m'obligeait a*et] des uvres o je ne voyais ri51 et1 celles qui m'aurai5t plu1 il me df5dait mme de les reg>d]1 comme tant d'un gt trop vulgaire4 ,mais quels tracas je me suis donns p\r =m] une collection6 ,j'ai a*et au poids de l'or une /atue que *acun dcl>ait admirable3 et1 peu de temps aprs que je l'ai a*ete1 *acun l'a dcl>e vila9e1 et mme ridicule4 ,ce n'e/ pas que la /atue et *ang2 mais il p>at qu'elle avait t d'abord d'un c]ta9 ,phidias1 et qu'ensuite elle n'tait plus de lui4 ,une fatalit1 je te dis1 une punition de ,jsus6 ,les autres sont si heureux de possd] des collections6 ,ils en p>l5t avec tant d'orgueil et de joie6 ,ah6 si je p\vais recomm5c] me =m] une collection6 ,et si je p\vais recomm5c] donn] des ftes1 ,clophas6 ,il n'y a pas de plus p>fait bonheur4 ,hlas6 je n'ai pas su en j\ir6 ,j'ai donn des ftes dont l'apprt m'a caus des mois de fatigue1 et qui m'ont cot des sommes incroyables4 ,on e/ v5u en f\le dans mon palais1 on a mang et bu1 et moi je suis re/ deb\t1 entre deux portes1 sans p\voir me repos] un mom5t4 ,j'ai v\lu au mo9s sav\r] la gloire monda9e que je croyais m'tre acquise4 ,j'ai c\t ce que l'on disait de moi3 mes invits se racontai5t l'hi/oire de ma =tune2 on raillait le mauvais gt de mon ameublem5t4 ,on me mprisait et on se moquait de moi6 ,vois-tu1 c'e/ la maldiction de ,jsus qui pesait sur moi6 ,j'tais ri*e1 et t\t le plaisir de ma ri*esse allait aux autres1 p>-dessus ma tte4 ,c'tai5t les autres qui dgu/ai5t les inv5tions de mes cuis9i]s1 qui reg>dai5t mes /atues1 qui s'amusai5t mes bals4 ,et1 au lieu de me rem]ci]1 ils me mprisai5t et se moquai5t de moi6 99 99 99 99 99 ,j'ai dsir me m>i]4 ,j'ai dem& la ma9 de la plus belle et de la plus lgante p>mi les jeunes filles des patrici5s2 et t\t de suite je l'ai obt5ue1 ce qui m'a valu une inf9it de ha9es et de jal\sies4 ,eh6 bi51 il en a t de ma femme comme du re/e3 ce sont les autres qui en ont pr(it4 ,avec les autres elle tait d\ce1 spirituelle1 gracieuse1 belle t\s les j\rs d'une beaut diffr5te2 mais1 moi1 elle me faisait voir qu'elle m'avait p\s p>ce que j'tais ri*e4 ,et jamais je n'os]ais te dire comm5t elle me traitait4 ,elle e/ morte1 heureusem5t2 et je me suis m>i avec une jeune fille que j'avais dc\v]te dans un village de ,sicile4 ,celle-l ignorait le monde1 elle me devait t\t1 je fus c]ta9 qu'elle allait m'aim]4 ,hlas6 la maldiction de ,jsus pesait sur moi6 ,c>1 p5dant les premires sema9es1 l'enfant p>ut en effet1 dispose m'aim]2 mais1 ds qu'elle v9t ,rome1 et qu'elle me vit si ri*e1 et qu'elle vit les jeunes ,roma9s si empresss auprs d'elle444 mon pauvre ami1 elle fut pire mille fois que ma premire femme6 ,si bi5 que je f9is p> r5onc] aux plaisirs du m>iage4 ,je p\vais1 avec mon arg5t1 m'(frir les plaisirs de l'am\r3 ceux-l sont assurs1 rapides1 et ne tromp5t jamais4 ,j'ai mme tr\v une jeune ,juive de ,gabaon1 une pure vi]ge1 qui du premi] c\p s'e/ prise de moi4 ,ah6 ,clophas1 si tu l'avais vue6 ,elle se susp5dait moi comme une *atte1 elle me donnait des noms d'oiseaux1 elle me dem&ait t\te sorte de bij\x p\r se faire plus belle et p\r me plaire mieux4 ,elle embrassait mes valets p\r les enc\rag] me bi5 s]vir4 ,hlas6 elle avait dans le sang je ne sais quoi de vici1 et je l'ai eu d'elle4 ,reg>de mon nez et mes yeux1 reg>de ces ta*es sur mon front3 ce sont les s\v5irs qu'elle m'a laisss6 ,et puis1 impossible dsormais de pr(it] de sa t5dresse6 ,elle tait si g5tille1 si innoc5te1 si cl9e6 ,ah6 si seulem5t je p\vais la revoir6 ,je l'appelle j\r et nuit1 du fond de mon cur4 ,qu'e/-ce que la vie1 lo9 d'elle8 ,clophas1 ,clophas mon frre1 r5ds-la-moi6 ,il p>ut ,clophas que son vieil ami tait dev5u f\4 ,il s'tait tal plat v5tre dans le s5ti] brlant2 il pleurait1 et battait le sol de son crne4 ,enf91 il reprit ses s5s3 ,frre1 dit-il1 ,jsus m'a puni4 ,tr5te ans j'ai *]* le plaisir1 et mes re*]*es n'ont ab\ti qu' m'accabl] de misre4 ,j'ai p\rtant f9i1 il y a six mois1 p> dc\vrir la vritable s\rce du bonheur4 ,puisque je possdais beauc\p d'arg5t1 je n'avais qu' song] cela1 et m'en rj\ir4 ,j'amassai des monceaux d'or dans une salle de mon palais3 je les contemplais1 je les pesais1 je les rangeais d'une caisse dans une autre4 ,encore un peu d'habitude1 et je s5tais que la vue de cet or allait me p>atre dlicieuse4 ,mais voici que mon palais fut envahi p> des inconnus qui se jetr5t sur t\s mes trsors1 enlevant1 p>-dessus le m>*1 les manteaux de ma g>de-robe1 et mes meubles1 et jusqu' cette /atue qui1 cep5dant1 avait cess d'tre belle4 ,oui1 ces misrables m'ont t\t pris4 ,si encore c'tai5t les mmes p]sonnes qui1 jadis1 m'avai5t confi leur arg5t p\r les m9es de ,cap]nam6 ,mais non1 c'tai5t des g5s de ri51 des esclaves1 une f\le dont je s\ponnais pe9e l'exi/5ce4 ,ils m'avai5t vu m5] la vie luxueuse que je m5ais1 ils s'tai5t figur que je m'amusais beauc\p1 et comme ils savai5t que1 suivant ma religion1 l'unique b de la vie tait de s'amus]1 ils avai5t v\lu s'amus] leur t\r4 ,ils se p>tagr5t t\t ce que je possdais4 ,l'un d'eux1 un vieux tailleur aveugle1 emporta sur son paule mes plus beaux tableaux3 ,ri5 n'e/ agrable comme les tableaux6 criait-il4 ,aprs cela1 il en tir]a t\j\rs autant de plaisir que moi4 ,et1 qu& on m'eut t\t pris1 on me *assa de ma maison4 ,et il me fallut quitt] ,rome3 c>1 du j\r o l'on sut que j'tais vol1 on s'ap]ut que j'tais un voleur4 ,je me suis enfui ,cap]nam2 mes p>5ts tai5t morts1 les enfants de mes anci5s amis refusai5t de me reconnatre4 ,je suis rep>ti1 et je vais devant moi4 ,mais le plus affreux e/ que je suis dvor de dsirs1 ,clophas1 plus que jamais6 ,je dsire mang] des oiseaux des ,indes1 et mon e/omac ne cons5t pas mme digr] un morceau de pa94 ,je dsire port] des manteaux de p\rpre brods d'arg5t1 et mon corps e/ si infirme1 et mon visage si laid1 que t\s les acc\trem5ts ne f]ai5t que me r5dre plus ridicule4 ,je dsire palp] des monceaux d'or1 et je n'ai plus assez de =ce p\r gagn] une dra*me4 ,je dsire respir] les p>fums de l',arabie1 et je n'ai plus que la moiti de mon nez4 ,et avec ma figure1 et ma b\*e d5te1 et mon crne *auve1 vois-tu1 ,clophas1 je dsire1 je dsire passionnm5t les c>esses des femmes6 ,j'ai r5contr hi]1 ,arad1 une jeune paysanne qui puisait de l'eau2 je me suis rappel la p>abole de ,jsus1 et j'ai v\lu l'embrass]4 ,elle m'a battu de ses deux po+s1 et son m>i1 qu'elle a appel1 m'a battu aussi4 ,j'en ai les re9s fracasss6 ,s\ti5s-moi1 ,clophas1 je s5s que je vais m\rir6 99 99 99 99 99 ,il tait temps que ,simon s'arrtt1 c> le pauvre homme suait1 s\fflait1 grognait1 r5dait l'me4 ,et ,clophas1 de son ct1 p>aissait de plus en plus impati5t de p\voir se pla9dre son t\r4 ,mon pauvre ,simon1--fit-il1 aprs qu'ils se fur5t assis1--il y a longtemps que t\te vanit a disp>u de mon cur4 ,ne te f*e donc po9t de ce que je vais te dire3 mais ton hi/oire1 vois-tu1 m'a pr\v une fois de plus que tu tais une bte6 ,c>1 des deux p>aboles que n\s a rcites ,jsus1 dans ce tri/e soir d',emmas1 tu z ju/em5t *oisi celle qui n'avait aucune importance3 c'tait un de ces contes potiques et t\*ants qu'il aimait n\s (frir1 mais plutt p\r n\s *>m] et n\s invit] au rve que p\r n\s indiqu] notre voie4 ,et c'e/ l'autre p>abole1 au contraire1 qui avait un s5s trs prcis4 ,c'e/ elle que j'ai t\t de suite comprise1 et qui m'a guid1 p5dant ces tr5te ans4 ,jsus m'a enseign1 ce soir-l1 que la sci5ce tait la clef du royaume des cieux3 nul n'y entr]a s'il n'e/ plus savant encore que le sage d'gypte1 qui croyait savoir t\tes *oses4 ,aussi bi5 tait-ce l une vrit que j'avais t\j\rs dev9e2 c> je compr5ais que ce ne p\vait pas tre sans motif1 et simplem5t p\r me b\rr] la tte1 qu'on m'avait fait appr5dre tant de *oses1 depuis l'enfance4 ,je =mai donc1 en te quittant1 la rsolution de dev5ir le plus in/ruit et le plus intellig5t des hommes3 et j'ose dire1 sans trop de vanit1 que c'e/ ce que je suis dev5u4 ,p5dant que tu amassais ,rome les lm5ts de ta va9e et maudite =tune1 je vivais1 moi1 ,alex&rie1 recueillant les leons des matres1 a*>n m'in/ruire dans t\s les ordres de sci5ces4 ,bi5tt je me tr\vai in/ruit dans t\tes les sci5ces connues1 dans d'autres mme1 que je crai4 ,et nuit et j\r j'tudiais4 ,je n'avais ni amis ni matresses2 je n'avais qu'une quantit innombrable d'lves4 ,et longtemps je me prp>ai j\ir du bonheur2 je s5tais que je s]ais heureux t\t fait lorsque j'aurais appris et compris t\tes les lois de la nature4 ,hlas6 j'avais1 moi aussi1 p* env]s ,jsus6 ,un j\r mes yeux s'ouvrir5t1 et ce fut la f9 de ma joie4 ,je m'ap]u alors que ce que je pr5ais p\r les lois de la nature n'tait que de va9es =mules4 ,nos pres avai5t eu d'autres sci5ces1 qu'ils avai5t crues t]nelles comme n\s les ntres3 et c'e/ pe9e si assez de traces n\s en re/ai5t p\r alim5t] notre moqu]ie4 ,je m'ap]u que t\tes nos sci5ces reposai5t sur de prsomptueuses hypo?ses3 sur l'hypo?se que la nature tait faite en vue de notre p5se2 sur l'hypo?se que ses lois tai5t d'accord avec les habitudes de notre esprit2 sur l'hypo?se que les m\vem5ts de la nature se reproduisai5t d'une faon rgulire et con/ante4 ,autant de *imres1 mon pauvre ,simon1 je m'en ap]u ds le j\r o mes yeux s'ouvrir5t4 ,et sans cesse je vis s'effondr]1 s\s des faits n\veaux1 quelqu'une de ces lois soi-disant univ]selles que j'avais prt5du tablir4 ,j'avais affirm que les miracles tai5t des manife/ations naturelles dont ma sci5ce saurait dc\vrir les lois2 et sans cesse je con/atais que les manife/ations en app>5ce les plus naturelles tai5t des miracles encore1 dont jamais aucune sci5ce ne dc\vrirait les vraies lois4 ,si du mo9s l'esprit p\vait tre assur de connatre les faits1 dfaut de leurs lois6 ,mais non1 pas mme cela n'e/ possible6 ,les faits tels qu'ils n\s app>aiss5t sont le produit de notre p5se3 ri51 absolum5t ri5 ne n\s dmontre qu'ils soi5t rels hors de n\s4 ,ri5 ne n\s p]met de di/+u]1 une seule fois1 le rve de la ralit4 ,et1 au comm5cem5t et la f9 de t\te sci5ce1 le my/re4 ,aucun moy5 de dev9]1 p> la sci5ce1 l'orig9e ni le b de ri54 ,voil ce que je vis1 ,simon et la sci5ce pratique dans ces conditions me p>ut une dup]ie1 et je me s5tis honteux d'y avoir dp5s tant d'ef=ts4 ,je me consolais seulem5t l'ide que si1 ma sci5ce avait t va9e1 du mo9s elle n'avait caus de dommage p]sonne4 ,or1 au mom5t o je *]*ais a9si me consol]1 je relevai la tte1 que j'avais t5ue baisse sur mes livres p5dant dix annes4 ,et je vis avec t]reur les rsultats qu'avait produits1 mon insu1 de p> le monde1 cette sci5ce1 que je croyais incapable de nuire4 ,il me p>ut que la vie de millions d'hommes en tait b\lev]se4 ,de ces =mules que j'avais tablies1 les pr5ant p\r les vraies lois des *oses1 mes lves avai5t tir t\te sorte d'applications pratiques4 ,ils s'en tai5t s]vis p\r con/ruire des ma*9es div]ses1 des voitures qui allai5t plus vite que le v5t1 des r\es qui faisai5t elles seules plus de travail que des c5ta9es d'ouvri]s4 ,les ma*9es1 vois-tu1 c'e/ t\t fait comme ces b\lettes de pa9 qu'on remplit de poison p\r les jet] ensuite aux s\ris3 les s\ris aval5t le pa91 et le poison les tue4 ,a9si les hommes ne peuv5t se df5dre d'essay] ces ma*9es1 qui p>aiss5t si belles et d'un usage si commode2 mais1 ds qu'ils les ont essayes1 ils en rclam5t d'autres plus belles et plus commodes1 oubliant dj les avantages qu'ils doiv5t celles-l2 et l'intrieur de ces ma*9es un poison e/ ca*1 dont les hommes s'imprgn5t sans le voir1 et qui dtruit en eux ce qui les faisait vivre4 ,c> ces voitures vont trop vite1 et ces r\es font trop de travail4 ,le poison du n\veau dsir e/ ca* au fond des ma*9es3 il porte les hommes ne plus se cont5t] ni du pays o ils sont ns1 ni de la condition de =tune o le sort les a mis4 ,et c'e/ la lutte1 la lutte sans piti1 t\s les hommes se ruant la conqute d'un bi5-tre suprieur1 et t\j\rs plus malheureux mesure qu'ils s'y ru5t davantage4 ,ah6 ,simon1 j'ai trembl lorsque j'ai vu l'humanit n\velle qui tait sortie de ma sci5ce6 ,non seulem5t je n'tais p>v5u ri5 connatre de c]ta91 mais j'avais encore dvelopp dans le monde l'inquitude1 le dsir1 la s\ffrance1 la mort4 ,ma mdec9e avait cr plus de maladies qu'elle n'en avait guri4 ,ma connaissance des corps naturels avait p]mis de falsifi] les produits de la nature4 ,ma physique avait f\rni aux hommes les plus =midables app>eils de c>nage et de de/ruction4 ,je me vis crim9el env]s l'humanit t\t entire4 ,je crus qu'on ne p\rrait manqu] de s'ap]cevoir de mon crime1 comme je m'en tais ap]u moi-mme en relevant la tte4 ,et je m'enfuis d',alex&rie avec la honte et l'angoisse au cur1 malgr l'univ]selle acclamation de ce peuple aveugl1 qui me rem]ciait de l'avoir p]du4 ,je me r5dis ,antio*e1 et1 l1 je rsolus de suivre dans une autre voie les conseils de ,jsus4 ,puisque la sci5ce des savants tait nuisible l'humanit1 je rsolus de me livr] dsormais des tudes si ds9tresses qu'elles ne saurai5t nuire4 ,et puisque la sci5ce des savants ne m'avait ri5 appris ni sur les lois des *oses1 ni sur leur orig9e et leur f91 je rsolus de *]*] dsormais la vrit sa vraie s\rce1 qui tait la sci5ce des philosophes4 ,c'tait d'elle1 sans d\te1 que m'avait p>l ,jsus4 ,dix ans j'ai appr(ondi la philosophie2 il n'y a pas un livre que je n'aie lu1 pas une doctr9e que je n'aie pese4 ,j'ai tr\v l un nant plus noir encore que dans la sci5ce des savants4 ,ni sur l'orig9e1 ni sur la f9 des *oses1 la philosophie ne m'a ri5 appris qui ft seulem5t un peu srieux4 ,des inv5tions gratuites1 le plus s\v5t vides de s5s6 ,la fantaisie1 unique mesure du vrai et du faux6 ,et quelle fantaisie6 ,c'e/ le triomphe des plus bav>ds et des plus ennuyeux6 ,et qu& j'ai relev la tte1 que j'avais t5ue baisse p5dant dix ans sur des problmes de mtaphysique1 j'ai vu avec p\vante que ma philosophie avait produit1 de p> le monde1 des rsultats plus tri/es encore que t\s ceux de ma sci5ce4 ,non pas que les hommes m'ai5t suivi dans mes re*]*es ab/raites3 mais le bruit tait v5u jusqu' eux de c]ta9es de mes fantaisies1 et1 sans y ri5 compr5dre1 sans mme y p5s]1 ils en avai5t t imprgns4 ,j'avais imag91 p> exemple1 que la loi suprme de la vie dans l'univ]s tait peut-tre la lutte1 am5ant la victoire du plus =t3 et cette imag9ation avait raviv dans le cur des hommes le gt de la lutte1 elle le leur avait fait p>atre plus imprieux et plus lgitime4 ,une autre fois j'avais imag91 p> une hypo?se absolum5t contraire1 que peut-tre t\s les hommes tai5t d'orig9e commune3 et les hommes en avai5t conclu qu'ils possdai5t1 t\s1 les mmes droits1 tant gaux2 et les pauvres s'tai5t mis har1 comme une inju/ice leur dtrim5t1 la ri*esse des ri*es4 ,et qu& enf9 je suis arriv cette c]titude que la philosophie tait va9e1 autant que la sci5ce1 les hommes en ont conclu que t\tes *oses tai5t va9es1 ce qui a encore augm5t inf9im5t la somme de leurs s\ffrances1 sans rprim] d'ailleurs leur gt de la lutte et leur t5dance l'galit4 ,a9si ma philosophie s'e/ tr\ve cont5ir1 elle aussi1 un poison mortel4 ,et j'ai eu beau y r5onc]3 on a cess de pr5dre au srieux mes imag9ations2 mais les consqu5ces morales qu'on en avait tires1 ri5 au monde dsormais ne p\rra les emp*] de se rp&re dans le cur des hommes1 et de le vici]4 ,alors je me suis enfui d',antio*e4 ,je me suis retir dans un village de ,syrie1 et j'ai rsolu de suivre encore dans une autre voie le conseil de ,jsus4 ,puisque la sci5ce et la philosophie1 lo9 de me ri5 appr5dre de vritable1 n'avai5t s]vi qu' m'al\rdir l'esprit1 j'ai v\lu *]*] le bonheur1 dsormais1 dans l'ex]cice ds9tress de mon intellig5ce4 ,il me semblait que j'avais eu tort de subordonn] t\tes les joies de ma p5se au /rile s\ci de la vrit4 ,et1 p5dant dix ans1 j'ai essay de me complaire dans la pure p5se4 ,je comb9ais des rflexions de t\te sorte1 je con/ruisais t\te sorte de raisonnem5ts1 p\r le simple plaisir de rfl*ir et de raisonn]4 ,mais non seulem5t je ne pus y pr5dre jamais aucun plaisir rel1 t\j\rs mme j'ai tr\v cet ex]cice quelque *ose d'un peu dgradant4 ,c> p5s] sans autre b que de p5s]1 c'tait1 me p>aissait-il1 imit] ces balad9s qui saut5t1 dans les foires1 sans autre b que de saut]2 et encore n'avais-je pas1 comme eux1 p\r ennoblir ma pe9e1 le risque de me cass] le c\ au premi] faux-pas4 ,alors je rsolus de ne plus p5s]1 mais de s5tir1 de voir1 et de rv]4 ,peut-tre tait-ce l cette vraie sci5ce dont m'avait p>l ,jsus8 ,hlas6 un savoir trop t5du et une trop longue habitude de raisonn] avai5t amorti mes s5s1 te9t mes yeux1 aboli en moi t\te facult de rv]4 ,je reg>dais les *amps1 les fleurs1 les toiles3 t\t cela ne me disait plus ri54 ,je p5sais la matire des *amps1 aux noms grecs des fleurs1 aux di/ances des toiles les unes p> rapport aux autres4 ,je me rappelais1 je raisonnais2 et1 qu& j'essayais de rv]1 c'tai5t des pages de livres qui se dr\lai5t en moi1 au lieu de rves4 ,enf9 je me suis dit que la vraie sci5ce tait peut-tre de cultiv] sa t]re et d'lev] ses enfants4 ,hlas6 je n'avais ni t]re cultiv]1 ni enfants lev]4 ,j'ai pris une pio*e p\r lab\r] le sol3 mon bras trop dbile e/ retomb au long de mon corps4 ,j'ai v\lu me *]*] une femme4 ,je me suis reg>d dans un miroir1 et voici ce que j'ai vu6 ,reg>de-moi1 ,simon2 vois o m'ont am5 tr5te ans de sci5ce et de p5se6 ,mes n]fs se sont dsordonns1 mes yeux se sont us1 mon e/omac e/ dev5u plus rtif que le ti54 ,et ce n'e/ pas le pire malheur6 ,le pire malheur1 ,simon1 c'e/ que mon c]veau lui-mme a faibli1 s\s l'ef=t4 ,a t\t in/ant mes ides se br\ill5t1 je ne sais plus o j'en suis4 ,et voil que mon dsir d'appr5dre et de p5s] se rveille1 plus ard5t que jamais4 ,j'ai beau me dire qu'il n'y a ri5 de connaissable1 que t\te t5tative p\r connatre a1 comme seul effet1 d'augm5t] la misre et la mort3 j'ai beau v\loir ma9t5ir mon esprit en repos1 mon malheureux esprit dsemp>3 impossible d'y p>v5ir6 ,a t\t mom5t je me s5s entran sur quelque pi/e n\velle1 et j'y c\rs1 avec la c]titude de tr\v] le nant au b\t de ma c\rse4 ,mon c]veau faiblit1 mes =ces dcroiss5t1 la mort s'appro*e1 et il y a encore tant de *em9s o ma p5se n'e/ jamais alle6 99 99 99 99 99 ,clophas se tut4 ,alors ,simon lui dit3 --,t\t ce que tu me racontes l e/ bi5 trange et difficile suivre1 mon pauvre ami2 mais ce qui e/ sr1 en effet1 c'e/ que la sci5ce et l'intellig5ce ne t'ont pas embelli4 ,et je crois aism5t que tu dois s\ffrir3 c>1 lorsque je t'ai ap]u t\t l'heure1 j'ai d'abord p5s rire1 et puis j'ai s5ti mon cur se s]r]1 et je t'ai pla9t4 ,vois-tu1 ,jsus n\s a punis6 ,j'ai *]* le plaisir1 toi tu z *]* la sci5ce2 le plaisir et la sci5ce sont deux *oses excell5tes2 et p\rtant n\s voici1 toi et moi1 les plus in=tuns des hommes6 ,ah6 ,clophas1 si tu avais comme elle tait belle1 cette petite ,juive qui m'appelait de si t5dres noms6 ,et si tu savais comme il e/ agrable de mani] des monceaux d'or6 ,p>bleu1 c'e/ cela qui e/ bon1 cela seul6 ,et t\te sci5ce n'e/ que va9e misre de pdant1 auprs de ces dlices6 --,le plaisir e/ un grossi] simulacre1 un pige p\r les brutes1 avec la s\ffrance au fond6--s'cria ,clophas1 s'ef=ant de lev] son doigt p\r appuy] son dire4--,t\s les philosophes sont d'accord l-dessus6 ,ah6 de pntr] l'nigme du monde1 de savoir si les ralits sont hors de n\s ou en n\s1 de saisir la loi qui met en m\vem5t les atomes1 voil ce qui mrit]ait l'ef=t qu'on y aurait dp5s6 ,p\rquoi suis-je si vieux8 ,p\rquoi ai-je si mal dirig mes re*]*es1 p5dant ces tr5te ans8444 ,mais je te dis que la vrit e/ l1 devant moi6 ,encore un pas faire1 et je l'atte9drais6 ,et mon c]veau qui s'arrte en *em91 refusant d'avanc]6 --,encore quelques j\rs de ri*esse1 et j'aurais connu le plaisir6 gmit ,simon4 ,et ils re/r5t assis dans le s5ti]1 maussades et muets1 *acun dev9ant qu'aux premi]s mots sa piti p\r l'autre allait se *ang] en mpris4 ,leur vieille ha9e leur remontait au cur4 ,ce n'tait dcidm5t ni le plaisir1 ni l'intellig5ce1 qui p\rrait les rappro*]1 comme avait fait autrefois leur nave confiance en ,jsus6 ,ce n'tait pas mme le malheur3 il les avait trop acc\tums ne s'occup] que d'eux seuls4 ,ils s\ffrai5t d'tre runis1 plus que jamais trang]s l'un l'autre2 et l'ide de se sp>] n\veau les remplissait d'p\vante4 ,et les tnbres s'paississai5t1 plus cres et plus l\rdes1 dans leurs mes4 99 99 99 99 99 ,mais voici que la m5ace d'un orage dans le ciel v9t enf9 les di/raire de l'orage qui grondait en eux4 ,des nuages noirs desc5dai5t sur leur tte1 illum9s p> in/ants de baguettes de flamme2 le tonn]re rugissait2 d'normes oiseaux volai5t avec des cris de t]reur4 ,et bi5tt un sil5ce se fit1 pr(ond et lugubre1 comme si1 dans l'angoisse de l'att5te1 le cur mme de la t]re avait cess de battre4 ,puis de f9es g\ttes d'eau tombr5t sur le sol1 et la vote des cieux s'obscurcit encore4 tait-ce dj la mort1 l'affreuse mort1 qui s'annonait8 ,les deux vieill>ds se relevr5t brusquem5t1 c\rur5t de t\tes leurs =ces sur la p5te rocailleuse4 ,la pluie tombait flots2 les baguettes de flamme s'tai5t multiplies1 sillonnant l'horizon de trois raies sanglantes1 mais p\r laiss] ensuite une ombre plus d5se1 o rugissait plus sonore la voix du tonn]re4 ,et les deux vieill>ds c\rai5t1 la ma9 dans la ma91 rappro*s une fois de plus dans un mme s5tim5t de ha9e p\r la vie1 et de peur devant la mort4 99 99 99 99 99 ,mais s\da9 ils s'arrtr5t1 m]veills1 et leurs poitr9es haletai5t et leurs lvres frmissai5t1 comme au sortir d'un rve malfaisant4 ,c> l'orage s'tait dissip1 et1 dans la belle lumire dore du soleil c\*ant1 ils se voyai5t p>v5us au sommet du mont4 ,et le spectacle qu'ils dc\vrai5t devant eux1 sur l'autre v]sant1 les mut d'un bonheur si p>fait que1 p\r la premire fois depuis tr5te ans1 ils se jetr5t g5\x1 les ma9s jo9tes et la tte incl9e1 priant ,dieu4 ,,iii ,,le ,,bon ,,gra9 ,d'autres gra9s tombr5t dans un sol f]tile1 et ils produisir5t des fruits1 c5t p\r un4 7,sa9t ,mat?ieu1 ,,xiii1 #i47 ,au c5tre d'un va/e cirque de coll9es1 un petit lac s'allongeait1 calme et bleu1 sem d'les fleuries4 ,et1 depuis les bords du lac jusqu'au haut des coll9es1 ce n'tai5t que *amps et bocages1 avec et l des t5tes1 des t5tes en toile grossire1 mais t\tes p>es de roses1 de glyc9es1 et de pois grimpants4 ,ce n'tai5t que *amps et bocages1 ou plutt la valle entire p>aissait comme un gr& j>d91 c> on ne voyait trace de haies ni de cltures p\r en sp>] les p>ties4 ,t\t au long de jolis s5ti]s1 des enfants gambadai5t1 entranant leur suite des tr\pes de *ats et de *i5s2 des lab\reurs jetai5t dans les sillons leurs d]nires poignes de gra9es1 avant le repas du soir2 et sur la rive du lac se prom5ai5t des c\ples am\reux qui riai5t et se mirai5t dans les yeux1 et s\v5t s'arrtai5t entre deux arbres p\r s'embrass] plus l'aise4 ,ma9tes fois les deux vieill>ds avai5t vu de beaux sites1 et la paix d'un village au soleil c\*ant n'avait ri5 qui pt les surpr5dre4 ,p\rtant le spectacle qu'ils ap]cevai5t leurs pi$s les pntrait d'une joie surnaturelle1 comme si1 t\te leur vie1 ils se fuss5t g>s la re*]*e d'un asile et qu'enf9 le has>d les y et conduits4 ,un dlicat p>fum flottait1 qui ravivait leurs vieux curs4 ,et le murmure du lac1 et le *ant des oiseaux1 et le rire des am\reux1 et le cri des enfants1 t\t cela =mait leurs oreilles un gr& hymne prodigieux1 clbrant en mille h>monies la noblesse1 la d\ceur1 la div9e beaut de la vie4 ,ils desc5dai5t l5tem5t la coll9e1 se t5ant p> la ma94 ,une fois de plus1 ils avai5t oubli leurs rancunes2 ils pr\vai5t un beso9 de se rconcili] au seuil de ce village1 comme deux petits s'embrass5t au seuil de la maison pat]nelle1 aprs s'tre un peu qu]ells et battus sur le pav de la rue4 ,et dj des enfants s'appro*ai5t d'eux1 t5drem5t les priai5t de se ml] leurs jeux4 ,et1 de la premire t5te du village1 ils vir5t s'lanc] v]s eux une belle jeune femme1 avec de gr&s yeux noirs qui rayonnai5t de plaisir4 ,ils la reg>dai5t c\rir1 gracieuse1 lgre1 p>eille quelque jeune fe d'un rve1 dans sa robe blan*e flottante4 ,elle leur baisa les ma9s1 et leur dit3 --,comme v\s tes bons1 amis1 d'avoir daign v5ir v\s repos] dans notre village6 ,quelle joie v\s n\s apportez6 ,entrez s\s cette t5te o n\s demeurons6 ,n\s v\s s]virons s\p]1 n\s f]ons s*] vos manteaux1 et puis n\s v\s *ant]ons des *ansons p\r v\s endormir4 ,c> v\s p>aissez avoir fait une c\rse bi5 longue1 sur ces *em9s qu'on dit si mauvais6 ,ils entrr5t s\s la t5te4 ,un beau jeune homme tait l1 qui leur baisa les ma9s son t\r1 leur ta leurs manteaux1 les fit asseoir auprs de la table4 ,c'tait le m>i de la jeune femme4 ,il la t9t sur ses g5\x p5dant le repas1 et elle lui s\riait3 mais elle s\riait aussi aux deux vieill>ds1 et ses enfants tai5t l aussi1 qui leur s\riai5t comme de petits anges4 ,les deux vieill>ds ne fir5t po9t de que/ions1 ce soir-l3 ils tai5t trop heureux4 ,aprs le repas1 ils se c\*r5t sur un lit qui les att5dait au meilleur co9 de la maison4 ,la jeune femme pansa les plaies de leurs pi$s4 ,elle connaissait t\te sorte d'h]bes p\r t\s les maux2 mais l'h]be la plus gurissante tait son naf s\rire ple9 de piti4 ,et les vieill>ds s'endormir5t1 b]cs de ses *ansons1 avec sa d\ce image dans les yeux4 99 99 99 99 99 ,ce fut le m>i qui1 le l5dema91 v9t les salu] leur rveil4 ,il les prit p> le bras1 les conduisit trav]s le village1 s'in=mant sans cesse de leurs dsirs1 sans cesse riant et les gayant4 ,et1 dans t\tes les t5tes1 il leur faisait voir des familles p>eilles la si5ne1 tranquilles1 joyeuses1 n'ayant po9t d'autre s\ci que de vivre et d'aim]4 ,t5ez1 leur disait-il1 voici des *>rues p\r lab\r] la t]re1 voici des sacs p\r port] des semailles1 et voici des outils p\r tiss] la la9e1 p\r c\dre des t5tes1 p\r con/ruire des j\ets6 ,*acun se *oisit le travail qui lui convi5t1 *acun y travaille aussi1 longtemps qu'il lui convi5t4 ,il y en a aussi1 p>mi n\s1 qui tr\v5t plus agrable de ne pas travaill] du t\t4 ,ce sont ceux-l que n\s prfrons1 c> p\r ceux-l n\s p\vons faire plus de *oses4 ,malheureusem5t1 ils sont r>es4 ,des g5s de t\te espce n\s sont v5us1 ces annes passes3 des savants fatigus de savoir1 des ri*es fatigus d'tre ri*es2 n\s n\s rj\issions de p5s] que ceux-l n\s laiss]ai5t travaill] p\r eux2 mais non1 au b\t de quelque temps ils ont v\lu travaill] comme n\s1 et auj\rd'hui ils sont les plus actifs du village4 ,travaill] p\r soi-mme1 c'e/ une dure pe9e1 et un peu vile1 aussi2 mais travaill] p\r ceux qu'on aime1 e/-ce que c'e/ travaill]8 ,et quel autre plaisir tr\v]ait-on1 si l'on se privait de ce plaisir-l8 --,je vois6 dit enf9 ,clophas4 ,v\s avez tabli dans cette valle une faon de communaut telle que la rv5t ces rvolutionnaires qu'on nomme les sociali/es6 --,je ne sais pas ce que rv5t ces g5s-l1 ne les connaissant pas1 rpondit le jeune homme4 ,mais p]sonne n'e/ plus loign que n\s de t\te ide de rvolution4 ,notre village ressemble t\s les villages2 peut-tre seulem5t y sommes-n\s plus heureux4 ,et n\s n\s g>dons1 p>-dessus t\t1 de *ang] les dehors de la vie huma9e3 mais n\s n\s ef=ons d'en amlior] le d$ans1 c> c'e/ le d$ans qui importe seul4 ,le bonheur ne vi5t pas d'tre ri*e ni d'tre pauvre1 ni d'avoir beauc\p de dsirs ni d'en avoir peu4 ,on e/ heureux lorsqu'on a des dsirs qu'on peut t\j\rs satisfaire4 ,et ce sont ceux-l que n\s dveloppons1 en n\s et aut\r de n\s4 ,n\s n\s acc\tumons aim]1 c'e/--dire plac] notre bonheur non pas en n\s-mmes1 mais en d'autres4 ,c'e/ une s\rce de joie qui ne t>it po9t4 ,et t\t homme la porte au fond de son cur2 mais s\v5t elle s'y dess*e1 ca*e s\s des h]bes fune/es1 qui sont les mauvais dsirs4 ,et de l nat le malheur4 --,quels sont donc1 dit ,clophas1 ces mauvais dsirs que v\s *]*ez drac9]8 --,un seul suffit les produire t\s3 le dsir de savoir4 ,c'e/ lui qui habitue les hommes se croire di/9cts les uns des autres2 c'e/ lui qui leur fait p]dre de vue les j\issances qu'ils ont s\s la ma91 p\r les prcipit] la p\rsuite de va9es ombres de j\issances1 qui s'loign5t ds qu'on veut les t\*]4 ,appr5dre1 au fond1 c'e/ oubli]1 et p5s]1 c'e/ s'abrutir3 c> ni la sci5ce ni la p5se n'atteign5t jamais ri5 de rel1 et elles dt\rn5t de ce qui e/ rel1 le repos et l'am\r4 ,telle e/ du mo9s notre ide1 dans ce village4 ,aussi v\s pri]ons-n\s1 en *ange de t\s nos so9s1 bons vieill>ds1 de ne p>l] jamais p]sonne ici1 surt\t nos enfants1 de ri5 de ce qui se passe au del de nos coll9es4 ,v\s devez avoir connu1 l-bas1 la sci5ce et la ri*esse1 et sans d\te v\s en avez tir les agrm5ts qu'elles (frai5t4 ,mais n\s1 voyez-v\s1 n\s avons *oisi de vivre p> l'am\r1 et la sci5ce et la ri*esse ne f]ai5t que n\s drang]4 ,nos enfants1 d'ailleurs1 n'ont plus gure la curiosit de savoir ce qui se passe hors de *ez n\s4 ,c'e/ l un beso9 assez peu naturel1 et trs facile dtruire p\rvu qu'on s'y pr5ne temps4 ,on m'a dit qu'il y avait des po9ts o la curiosit mme des savants tait contra9te s'arrt]4 ,lorsqu'on juge qu'une *ose e/ impossible ou dang]euse connatre1 on se rsigne vite la t5ir ignore4 ,quel e/ le f\ qui s]ait curieux de savoir p> lui-mme ce que l'on pr\ve qu& on se brle1 ou qu& on a la jambe c\pe8 ,n\s disons nos enfants qu'il n'y a ri5 de bon connatre1 hors de *ez n\s2 ils le croi5t1 et re/5t *ez n\s4 ,trois ou quatre ont eu la t5tation de s'in=m] plus au long4 ,ils n\s ont quitts4 ,il y en a un qui n'e/ pas rev5u3 les autres sont r5trs tri/es et malades2 ceux-l sont les plus n]giques rpondre qu'il n'y a ri51 qu& les enfants leur dem&5t ce qu'il y a de l'autre ct des coll9es4 --,n'avez-v\s donc pas d'cole8 dem&a ,clophas4 --,pas d'cole8 ,mais comm5t les hommes p\rrai5t-ils se pass] de l'cole8 ,l'ducation de nos enfants1 c'e/ au contraire la seule occupation importante2 c'e/ d'elle seule que dp5d t\t le bonheur de la vie4 ,n\s n'avons pas1 en vrit1 de pr(esseurs4 ,mais n\s n'avons pas non plus de mdec9s1 et cela ne n\s emp*e pas de n\s soign] qu& n\s sommes malades4 ,*acun de n\s se *>ge d'enseign] au mom5t qui lui convi5t3 et il n'y a pas de travail plus aimable4 ,t5ez1 d'ailleurs1 voici notre cole6 ,et il les fit entr] dans une gr&e t5te o ils vir5t des enfants1 g>ons et filles1 qui j\ai5t en foltrant t\te sorte de jeux4 ,il y avait l un jeune homme et une jeune femme qui1 p\r l'in/ant1 tai5t pr(esseurs4 ,ils j\ai5t avec les enfants1 appliqus leur donn] l'exemple de la d\ceur et de l'am\r1 les seules *oses qu'on enseignait dans cette cole de village4 ,puis1 qu& les enfants tai5t fatigus de j\]1 ils s'asseyai5t en rond1 et les pr(esseurs leur expliquai5t le monde4 ,ils leur disai5t comm5t le soleil e/ un beau vieill>d ple9 de piti p\r les hommes1 comm5t la lune et ses adorables filles les toiles s'int]romp5t s\v5t dans leurs rondes p\r s\rire aux jeunes amants1 ,ces explications n'tai5t peut-tre pas plus exactes que celles des a/ronomes2 elles avai5t du mo9s l'avantage de p\voir se v>i] plaisir1 et d'att5drir le cur au lieu de le dess*]4 ,et puis les pr(esseurs racontai5t leurs lves des lg5des m]veilleuses1 o il n'y avait que de braves g5s et des fes bi5faisantes4 ,et comme1 =ce de j\] avec les enfants1 *acun dans le village connaissait leur c>actre1 on tr\vait t\j\rs le moy5 d'am5] l'am\r et la d\ceur les enfants mme qui1 d'abord1 y semblai5t les plus rebelles4 --,je ne vois pas vos livres6 dit ,simon4 --,mais que f]ions-n\s1 je v\s le dem&e1 avec des livres8 ,avons-n\s beso9 de livres p\r cultiv] nos *amps1 p\r lev] nos enfants1 p\r aim] nos femmes1 qui ont des lvres si roses et des bras si t5dres8 --,et l'art1 le mprisez-v\s aussi8 ,f]mez-v\s vos s5s aux plaisirs de la beaut8 --,ce s]ait le pire des crimes6 s'cria le jeune homme4 ,comm5t1 n\s n\s condamn]ions ne plus j\ir du p>fum des fleurs1 des nuances de la lumire sur le lac1 et du *ant des oiseaux1 et des yeux des femmes8 ,mais de t\tes nos =ces1 au contraire1 n\s n\s acc\tumons gt] les belles *oses4 ,n\s reg>dons1 n\s c\tons1 n\s respirons3 t\tes j\issances qui n\s s]ai5t impossibles si n\s p]mettions la sci5ce et la p5se d'envahir notre c]veau4 ,et1 avec ce que n\s avons ress5ti1 n\s rvons1 crant en n\s d'autres beauts3 mais n\s vitons t\t ef=t p\r dirig] nos rves1 surt\t p\r les ralis]1 c> c'e/ l'ess5ce des rves d'tre libres et de ne p\voir pas se ralis]4 ,qu'e/-ce donc que v\s appelez l'art1 dans vos pays8 ,je cra9s que v\s n'ent5diez p> l quelque autre de ces inv5tions fune/es1 bonnes seulem5t dt\rn] l'me de ses vraies joies t\tes pro*es4 ,avez-v\s obs]v que l'abondance des tableaux1 des /atues1 des pomes1 je ne dis mme pas r5dt les hommes plus heureux1 mais =tifit *ez eux le gt natif de la beaut8 ,n\s n'avons *ez n\s ri5 de p>eil1 en t\t cas2 mais voici ce que n\s avons la place6 ,et il leur montra un beau ciel d'un bleu arg5t1 des prairies odorantes et v]tes1 mille fleurs avec mille c\leurs4 ,n'avai5t-ils donc jamais vu encore une nature aussi p>faite8 ,jamais du mo9s ils n'avai5t song s'en ap]cevoir4 ,et le jeune homme leur dsigna1 sur la rive du lac1 un spectacle non mo9s m]veilleux3 c'tait sa femme1 sa *re femme1 qui causait et riait dans un gr\pe d'adolesc5ts4 ,elle tait vtue de la mme robe flottante qu'elle portait la veille1 mais plus jolie c5t fois s\s la ple9e lumire de midi4 ,ses *eveux blonds tai5t c\ronns de fleurs1 comme les *eveux d'une fe2 un naf bonheur illum9ait ses gr&s yeux1 et l'on ent5dait sonn] les frais clats de son rire4 --,n'tes-v\s po9t jal\x de votre femme8 dem&a ,simon qu& ils se fur5t loigns4 --,bon vieill>d1 comm5t en s]ais-je jal\x1 puisque je l'aime8 ,la jal\sie n'e/-elle pas le contraire de l'am\r8 ,aim] quelqu'un1 *ez n\s1 c'e/ le prfr] soi-mme1 et c>t] de lui t\t ce qui lui dplat1 et s'atta*] lui donn] t\t ce qui lui plat4 ,je sais qu'il n'en e/ pas de mme dans vos pays de villes3 on n'y aime qu' la condition d'tre aim en ret\r4 ,mais c'e/1 alors1 se prfr] soi-mme ce qu'on prt5d aim]1 et n\s n\s g>dons bi5 d'ent5dre l'am\r d'une aussi tri/e faon4 ,s'il plaisait ma femme d'aim] un autre homme1 moi1 qui aime ma femme1 je n'aurais pas de plus gr& plaisir que de la voir a9si heureuse4 ,je l'aime assez p\r me rj\ir encore si1 au lieu d'un s\rire d'am\r1 c'tait un s\rire de reconnaissance1 ou un s\rire de piti1 que je recueillais sur ses petites lvres *ries4 ,c'e/ moi de faire en sorte que ma femme se plaise m'aim]3 et je v\s assure que je n'ai pas d'inquitude l-dessus4 ,ma femme n'a beso9 de ri5 que je ne puisse lui (frir2 elle sait qu'elle e/ libre1 ce qui lui enlve t\t dsir de *oses df5dues2 elle e/ habitue moi depuis l'enfance2 elle a une maison conduire et des enfants soign]2 elle sait que je n'aime d'am\r qu'elle au monde3 p\rquoi v\driez-v\s qu'elle se mt aim] d'autres hommes8 ,si les jeunes femmes1 dans vos pays1 n'avai5t pas t\j\rs beso9 de plus de bij\x que ne peuv5t leur en donn] leurs m>is1 si elles n'tai5t pas leves considr] l'adultre comme un plaisir df5du1 et d'autant plus sduisant1 si elles connaissai5t leurs m>is avant de les p\s]1 et si elles ne laissai5t pas des trang]s le so9 de conduire leur maison et de soign] leurs enfants1 et si leurs m>is n'avai5t d'am\r que p\r elles1 croyez-v\s qu'elles s]ai5t assez folles p\r *ang] d'am\r comme elles font8 --,ami1 dit alors ,clophas1 n\s avons tr\v ici notre refuge p\r t\j\rs1 et il n'y a ri51 dans ce tranquille village1 qui ne semble fait desse9 p\r rcon=t] notre vieillesse4 ,mais1 hlas6 de telles murs et de telles ides ne saurai5t conv5ir l'humanit t\t entire6 --,aussi ne n\s occupons-n\s po9t de l'humanit6 reprit le jeune homme4 ,n\s la laissons vivre comme elle l'ent5d2 et n\s lui dem&ons seulem5t de n\s laiss] vivre1 n\s aussi1 comme n\s l'ent5dons4 ,p\rtant1 je ne vois pas ce qui emp*]ait t\s les hommes de tr\v] le bonheur la mme s\rce o n\s l'avons tr\v4 ,si les villes sont un foy] de misre1 p\rquoi ne pas les fuir8 ,et si n\s sommes ici un milli] qui j\issons de la vie1 p\rquoi d'autres milli]s n'en j\irai5t-ils pas comme n\s8 ,il ne manque po9t d'autres valles1 ni d'autres *amps1 ni d'autres oiseaux4 ,les dehors de la vie n'ont aucune importance1 c'e/ le d$ans seul qui importe4 ,en t\s lieux les hommes peuv5t tre heureux3 il leur suffit d'endormir leur c]veau1 af9 de t5ir en veil leurs yeux et leur cur4 ,que les hommes appr5n5t o e/ le bonheur1 et ils s]ont heureux6 99 99 99 99 99 --,et qui e/-ce donc qui v\s a appris o tait le bonheur1 d\x jeune homme1 v\s et t\t ce village8 dem&r5t les deux vieill>ds1 d'un commun m\vem5t4 --,c'e/ un homme admirable1 que n\s aimons et vnrons comme notre pre t\s4 ,voici tr5te ans qu'il e/ v5u dans cette valle1 envoy sans d\te p> quelque s\ffle d'en haut4 ,il s'e/ con/ruit une t5te1 l'entre de la r\te2 et ds qu'un voyageur passait il l'allait salu]1 il lui baisait les ma9s et les pi$s1 il l'emm5ait s\s sa t5te p\r le soign] t5drem5t4 ,beauc\p s'en sont alls1 aprs qu'il les a sauvs de la mort2 quelques-uns sont re/s1 se sont con/ruit une t5te1 et l'ont aid dans son uvre de piti4 ,et depuis tr5te ans son ardeur n'a po9t cess de gr&ir4 ,il e/ le plus pauvre de n\s t\s2 il n'a po9t mme de *i51 ni de *amp1 ni de j>d93 c'e/ n\s qui sommes son j>d91 et son *amp1 et son *i54 ,il n\s c\vre de son *aud am\r4 ,il sait les mo9dres dtails de ce qui t\*e *acun de n\s2 et dans la joie n\s avons le bonheur de le voir se rj\ir avec n\s1 et dans la s\ffrance n\s avons la consolation de le voir s\ffrir avec n\s4 ,c'e/ lui qui in/ruit nos femmes1 c'e/ lui qui inv5te des jeux p\r nos enfants4 ,voici sa maison6 ,entrez1 il v\s dira comm5t il a t conduit connatre l'am\r6 99 99 99 99 99 ,dans une misrable t5te demi effondre1 et qu'ils aurai5t prise plutt p\r la hutte d'un *i51 ils vir5t un homme assis1 qui travaillait en *antant4 ,il taillait une p\pe dans un morceau de bois4 ,mais1 ds qu'il les ap]ut1 il quitta son ouvrage1 c\rut v]s eux1 les rem]cia du bonheur qu'il pr\vait les recevoir4 ,ma9t5ant1 les ayant in/alls sur les deux siges qui =mai5t t\t son mobili] avec une table et un lit1 il s'empressait les s]vir4 ,gr&e fut la surprise des deux vieill>ds4 ,ils s'tai5t att5dus tr\v] un homme de leur ge2 mais non1 c'tait presque un jeune homme1 malgr ses *eveux blancs1 tant sa taille tait droite1 sa dm>*e sre1 ses m\vem5ts agiles4 ,mais ce fut surt\t son visage qui les surprit4 ,au lieu de l'au/re gravit d'un philosophe1 ils n'y lisai5t ri5 que l'+nuit1 la simple gaiet d'un enfant4 ,les gr&s yeux bleus s\riai5t1 la b\*e s\riait1 t\t ce visage n'tait qu'un s\rire4 ,le front mme s\riait1 ouv]t et sans rides1 s\s les *eveux blancs3 on dev9ait que jamais il ne s'tait encombr de p5ses inutiles4 ,et t&is qu'ils considrai5t ce beau visage transp>5t1 ,clophas et ,simon eur5t t\s deux un vague s\v5ir de l'avoir vu dj1 autrefois1 mais plus tri/e1 plus fatigu1 plus vieux4 --,n'tes-v\s po9t le fils de quelqu'un de ,cap]nam1 en ,galile8 dem&r5t-ils4 --,je ne connais po9t ce pays1 rpondit l'homme avec son d\x s\rire4 ,mon pre s'appelait ,mat?ieu2 c'tait un paysan du village de ,r(fa1 en ,idume4 ,voici dj soixante ans qu'il e/ mort6 ,et comme les vieill>ds dsirai5t savoir l'hi/oire de sa vie3 --,ma vie e/ simple et ne mrit]ait gure d'tre raconte1 leur dit-il1 n'tait le gr& miracle dont je fus tmo91 il y a tr5te ans4 ,je me nomme ,alphe2 j'aurai soixante-c9q ans l't pro*a94 ,j'ai pass ma jeunesse dans mon village natal1 tranquillem5t occup aux so9s de la t]re4 ,mais il arriva qu'un ri*e vois9 me dpossda de mon *amp et de ma maison1 si bi5 que je dus p>tir p\r all] *]*] =tune au dehors4 ,je v9s alors en ,jude1 et un aub]gi/e du b\rg d',emmas m'engagea p\r lui s]vir de valet4 ,or1 un soir1 je vis entr] dans son aub]ge trois jeunes g5s qui dem&ai5t s\p]4 ,deux s'assir5t auprs de la table1 le troisime se t9t l'c>t1 et ils se mir5t caus]4 ,et s\da91 levant les yeux sur celui des trois qui se t5ait l'c>t1 je s5tis que mon cur bondissait en moi1 et un bonheur surnaturel m'inonda t\t enti]4 ,je ne sais ri5 de ce voyageur4 ,j'ignore et d'o il v5ait et qui il tait3 mais c\p sr ce n'tait pas un homme p>eil n\s4 ,si le ciel et la t]re ont t crs p> quelqu'un1 c'e/ lui qui les a crs3 c> j'ent5dais dans sa voix le *ant des al\ettes1 le murmure des s\rces1 le bruit des vagues sur les ro*es2 et t\t l'en*antem5t de la nature1 les bois et les pla9es1 les fleurs1 les toiles1 t\t cela se rfl*issait dans la pr(ondeur de ses yeux4 ,il disait ses compagnons deux p>aboles4 ,il leur racontait l'hi/oire d'un savant homme qui avait t v\ au malheur p>ce qu'il avait f]m ses oreilles la pla9te d'un *i51 dans sa passion de s'in/ruire4 ,et ensuite il leur racontait l'hi/oire d'un jeune pr9ce qui avait enfre9t la loi de son pays p\r accord] un malheureux m5diant le seul plaisir qu'il dsirait4 ,ces p>aboles signifiai5t que ri5 n'e/ agrable et sa9t1 dans la vie1 s9on la piti et l'am\r4 ,et t\t de suite j'ai compris ce qu'elles signifiai5t3 je l'aurais compris si mme elles avai5t t plus obscures1 la seule lumire de ces div9s yeux qui brlai5t mon cur4 ,j'ai dit adieu mon patron1 j'ai v\lu m'atta*] cet homme1 et mettre ma vie ses pi$s4 ,mais qu& je suis r5tr dans la salle o je l'avais laiss1 les trois voyageurs avai5t disp>u4 ,et1 en vrit1 l'inconnu m'avait dit t\t ce qu'il m'importait de savoir4 ,je suis sorti de l'aub]ge1 je suis v5u dans cette valle1 p\r recueillir et soign] les m5diants de la r\te4 ,ce que j'ai fait depuis lors1 je puis v\s le racont] en un mot3 j'ai j\i de la vie4 ,*acune de mes j\rnes a t une fte4 ,il y a ici tant de fleurs et d'oiseaux1 il y a tant d'enfants qui m'(fr5t leurs bais]s6 ,et voici que v\s avez daign v5ir1 v\s aussi1 mes amis1 p\r me donn] la joie de v\s r5dre heureux6 --,frre1 dit alors ,clophas1 l'homme div9 que tu z vu l'aub]ge d',emmas1 c'e/ ,lui qui n\s a envoys v]s toi1 p\r que tu n\s rvles l'esprit de sa loi1 et p\r que n\s t'en rvlions la lettre4 ,sa*e donc que cet homme tait ,jsus1 le fils du ,dieu vivant1 ,notre-,seigneur1 ressuscit du tombeau6 ,et t\s trois ils se jetr5t g5\x1 adorant ,jsus4 ,puis les deux vieill>ds in/ruisir5t ,alphe des vrits de notre sa9te religion ca?olique2 et puis1 pr5ant de l'eau qu'ils bnir5t1 ils le baptisr5t1 et t\t le village aprs lui1 au nom du ,pre1 du ,fils1 et du ,sa9t-,esprit4 99 99 99 99 99 ,et la vie cont9ua comme p> le pass1 tranquille et d\ce1 dans l'heureuse valle1 cela prs que l'on con/ruisit1 p>mi les t5tes1 une glise4 ,et l'on y clbrait les l\anges de ,dieu sur les modes v>is du pla9-*ant1 p\r consol] les vieill>ds1 p\r faire pleur] les jeunes filles1 et p\r amus] les enfants4 #ahib4 ,,iii ,,b>sabas ,,ou ,,le ,,don ,,des ,,langues ,,conte ,,p\r ,,le ,,j\r ,,de ,,la ,,p5tec,,te ,,tibi1 ,,m>g>it ,,me6 ,en ce j\r-l1 ,pi]re se leva au milieu des disciples1 qui tai5t assembls au nombre d'environ c5t v+t1 et il leur dit3 444 ,il faut que1 de ceux qui ont t avec n\s p5dant que le ,seigneur ,jsus a vcu p>mi n\s1 il y en ait un qui soit tmo9 avec n\s de sa rsurrection6 ,alors ils en prs5tr5t deux3 ,joseph1 appel ,b>sabas1 surnomm le ,ju/e1 et ,ma?ias4 ,et1 priant1 ils dir5t3 ,toi1 ,seigneur1 qui connais le cur de t\s1 montre-n\s lequel de ces deux hommes tu z *oisi1 af9 qu'il pr5ne "p au m9i/re et l'apo/olat en remplacem5t de ,judas1 qui n\s a ab&onns6 ,et ils tirr5t au sort2 et le sort tomba sur ,ma?ias1 qui1 d'un commun accord1 fut mis au rang des onze aptres4 7,actes des ,aptres1 ,i1 #ae-bd47 ,et1 lorsque v9t le j\r de la ,p5tecte1 t\s les disciples se runir5t dans le mme lieu4 ,et voici que sortit t\t c\p du ciel un bruit comme d'un gr& v5t1 qui remplit t\te la maison o ils se t5ai5t assis4 ,et ils vir5t des langues de feu qui1 se p>tageant1 desc5dai5t sur la tte de *acun d'entre eux4 ,et1 aussitt1 t\s fur5t remplis de l',esprit-,sa9t2 et ils se mir5t p>l] t\tes les langues1 suivant l'inspiration de l',esprit qui tait en eux4 ,or il y avait alors ,jrusalem des hommes craignant ,dieu1 qui v5ai5t de t\tes les nations qui sont s\s le ciel4 ,et1 qu& on apprit le miracle1 la f\le acc\rut2 et ces trang]s fur5t /upfaits d'ent5dre les disciples leur p>l] *acun dans sa langue4 ,et1 dans leur surprise1 ils se disai5t l'un l'autre3 ,e/-ce que t\s ces hommes qui n\s p>l5t ne sont pas des ,galilens8 ,comm5t donc les ent5dons-n\s p>l] *acun de n\s dans sa langue8 ,p>!s1 ,mdes lamites1 habitants de la ,msopotamie1 de la ,jude1 de la ,cappadoce1 du ,pont et de l',asie1 de la ,phrygie et de la ,pamphylie1 de l'gypte et des rgions de la ,libye qui avois95t ,cyrne2 et ,roma9s1 tant ,juifs que proslytes1 et ,p]ses1 et ,arabes1 voici que n\s les ent5dons n\s pr*]1 dans nos langues1 les gr&es *oses de ,dieu6 7,actes des ,aptres1 ,,ii1 #a-aa47 ,i ,,le ,,*r,,ti5 ,,*ri/us4--,cui ego loqu]1 cito sapi5s erit4 7,,imitatio ,,*ri/i1 ,,iii1 #dc47 ,c'e/ t\t fait p> has>d1--ou1 plus exactem5t1 p> miracle1--que ,joseph1 appel aussi ,b>sabas1 tait dev5u disciple de ,jsus4 ,il avait alors v+t ans1 et demeurait1 avec sa mre1 dans le village galilen o il tait n4 ,or1 voici l'heureuse av5ture qui lui tait arrive3 ,se r5dant ,cap]nam en compagnie de son petit ne1 un mat9 d'automne1 p\r v5dre au m>* les figues de son *amp1 il avait fran*i dj la d\ble range des coll9es qui sp>ai5t son village du lac de ,gns>e?1 lorsque1 un t\rnant du s5ti]1 un spectacle imprvu l'avait arrt4 ,une v+ta9e de m5diants et de vagabonds tai5t assis en c]cle1 sur la rive du lac1 occups c\t] un homme vtu de blanc1 qui1 deb\t au milieu d'eux1 semblait leur donn] des ordres ou les rprim&]4 ,il leur p>lait1 en t\t cas1 d'une voix si svre que ,b>sabas1 et son ne lui-mme1 n'avai5t pu s'emp*] d'en tre effrays4 ,mais s\da91 oubliant son effroi1 t\te l'me du jeune paysan avait frmi de fureur3 c>1 dans la tr\pe de ces va-nu-pi$s1 complotant sans d\te quelque brig&age1 il v5ait de reconnatre l'homme qu'entre t\s au monde il dte/ait le plus1 un homme qu'il avait autrefois recueilli1 n\rri1 trait en frre1 et qui1 p\r rcomp5se1 lui avait vol c9q m9es d'arg5t1 son unique bi52 aprs quoi le misrable s'tait enfui1 et ,b>sabas avait s5ti que sa joie et son repos s'enfuyai5t du mme c\p4 ,aussi1 ds qu'il avait reconnu son anci5 ami1 n'avait-il plus eu de p5se que p\r sa v5geance4 ,mais1 au mom5t o dj il s'appro*ait1 le c\teau en ma91 l'homme vtu de blanc avait dt\rn la tte1 et fix s\da9 son reg>d sur lui4 ,c'tait un reg>d prodigieux1 ple9 la fois de d\ceur et d'autorit1 un reg>d qui entrait jusqu'au fond de l'me1 mais p\r l'apais] et la purifi]4 ,et t&is que ,b>sabas1 int]dit1 tremblait s\s l'imprieuse c>esse de ce reg>d1 l'homme s'tait cri1 p\rsuivant son disc\rs3 ,aimez vos ennemis1 bnissez ceux qui v\s maudiss5t1 faites du bi5 ceux qui v\s font du mal1 et priez p\r ceux qui v\s outrag5t et v\s p]scut5t1 af9 que v\s soyez enfants de votre ,pre1 qui e/ dans les cieux6 ,c>1 si v\s n'aimez que ceux qui v\s aim5t1 quel mrite y aurez-v\s8 ,et si v\s ne faites accueil qu' vos frres1 qu'y aura-t-il l qui vaille d'tre l\8 ,a pe9e ,b>sabas avait-il ent5du ces p>oles1 qu'il avait eu le s5tim5t qu'un poids se dta*ait de son cur4 ,t\t de suite1 aj\rnant sa v5geance1 il s'tait assis sur une pi]re p\r mieux c\t]2 et son ne avait dress les oreilles p\r c\t] aussi4 ,c> cette voix1 dont t\s deux di/ance s'tai5t effrays1 elle n'tait plus ma9t5ant qu'une adorable musique1 lgre1 limpide1 p>eille un *ant de fauvette dans le calme des bois4 ,et longtemps encore la voix avait cont9u de p>l]1 enseignant ,b>sabas t\te sorte de *oses qu'il s'tonnait de p\voir compr5dre4 ,elle lui avait enseign le plaisir de la pauvret1 la beaut de l'ignorance1 l'inutilit de l'ef=t et de la p5se4 ,ne soyez pas en s\ci p\r votre vie1--disait-elle1--ne v\s proccupez pas de ce que v\s mang]ez ni de ce que v\s boirez6 ,soyez comme les petits enfants que v\s voyez sur les r\tes3 c> ceux-l seuls qui leur ressembl5t p\rront entr] dans le royaume des cieux4 ,et quiconque s'abaisse p\r dev5ir semblable un petit enfant1 celui-l e/ le plus gr& dans le royaume des cieux6 ,mais surt\t la voix rvlait ,b>sabas quelle joie c'tait de r5onc] soi-mme p\r donn] son cur aux s\ffrances d'autrui3 de sorte que peu peu le jeune homme1 sans cess] d'c\t]1 avait comm5c considr] ses n\veaux compagnons4 ,des m5diants et des vagabonds1 oui1 sa premire impression ne l'avait pas tromp3 mais comm5t avait-il pu les pr5dre p\r des malfaiteurs8 ,la plup>t avai5t de bonnes figures simples et ouv]tes2 et ceux dont les traits tai5t plus durs ou la m9e mo9s plaisante1 ceux-l mme portai5t1 dans leurs yeux1 un vivant reflet du reg>d de leur matre4 ,il n'y avait pas jusqu'au visage de l'ennemi de ,b>sabas qui1 au contact de ce reg>d1 ne se ft trans=m4 ,nulle ombre n'y re/ait plus des passions de jadis3 l'il avait p]du t\te trace de ruse1 les plis du front s'tai5t effacs1 la b\*e s'entr\vrait en un clair s\rire4 ,mieux encore que les autres1 il avait su dev5ir p>eil un enfant4 ,et t\t d'un c\p ,b>sabas1 considr] ces pauvres g5s1 avait song qu'ils devai5t avoir faim4 ,leurs provisions tai5t tales devant l'an d'entre eux3 maigre pitance1 trois petits pa9s et quelques olives4 ,l'heure de midi appro*ait2 un air vif s\fflait de la m]1 qui rveillait l'apptit2 et ,b>sabas lui-mme se s5tait le v5tre creux4 ,il s'tait alors lev1 d'un m\vem5t rapide2 il avait pris sur le dos de son ne les deux l\rds pani]s2 et puis1 m>*ant sur le b\t des pi$s p> cra9te de di/raire l'att5tion des auditeurs1 il avait comm5c plac]1 prs de *acun d'eux1 une poigne de figues4 ,la v5te de ces figues avait t1 durant de longs mois1 sa seule p5se4 ,non qu'il se ft att5du en tir] une grosse somme3 mais son *amp de figues con/ituait en vrit t\te sa =tune1 surt\t depuis qu'un indigne ami lui avait drob les c9q m9es d'arg5t qui lui v5ai5t de son pre4 ,c'tait avec le prix de sa rcolte qu'il avait pu1 l'anne prcd5te1 faire con/ruire une table p\r son petit ne3 cette anne-l1 il s'tait promis de rapport] de la ville un colli] de corail p\r sa fiance1 et d'a*et] ensuite1 dans son village1 un arp5t de vigne ou une olivette4 ,et il ne l'oubliait pas1 il se disait mme que jamais il ne p\rrait l'oubli]3 mais le s\v5ir de ses beaux rves ne faisait que lui en r5dre le sacrifice plus d\x4 ,et joyeusem5t il allait1 son pani] en ma91 ne s'int]rompant que p\r c\t] la voix de l'orateur1 qui1 comme af9 d'a*ev] de le consol]1 voquait dans son me mille images *>mantes4 ,elle lui p>lait des lis des *amps1 qui ne travaill5t ni ne fil5t1 et qui cep5dant sont plus orns que ,salomon dans t\te sa gloire4 ,ou bi5 elle lui disait des fables p>eilles celles que lui avait jadis racontes sa mre1 mais inf9im5t plus naves et plus enfant9es1 et telles p\rtant que *acune1 aprs l'avoir ravi1 l'aidait mieux compr5dre le royaume des cieux4 ,a9si ,b>sabas di/ribuait ses figues1 faisant t\j\rs les poignes plus grosses1 dans l'enivrem5t de la j\issance n\velle qu'un m]veilleux has>d lui avait rvle3 sans compt] que quelques-uns des auditeurs1 son appro*e1 s'tai5t un mom5t ret\rns v]s lui1 et que le t5dre s\rire dont ils l'avai5t rem]ci aurait suffi p\r r$\bl] l'lan de sa *>it4 ,mais t\t c\p sa ma9 avait laiss retomb] dans le pani] la poigne de figues qu'elle v5ait d'y pr5dre2 et il tait re/ immobile1 comme si t\t son c\rage l'avait ab&onn4 ,l'homme qui se t5ait l assis devant lui1 ce maigre et ple jeune homme en haillons qui1 indiffr5t t\t ce qui n'tait pas la voix de son matre1 semblait s\lev p> elle au-dessus du monde1 c'tait le mme ,simon qui1 deux ans aup>avant1 l'avait l*em5t dp\ill de son bi56 ,il s\riait ma9t5ant quelque vision en*ante1 haletant1 frmissant1 pleurant de bonheur4 ,et ,b>sabas1 t\t d'un c\p1 s'tait remis le dte/]4 ,il avait eu1 lui aussi1 une vision3 l'image lui tait app>ue de la froide et pluvieuse soire de dcembre o1 rev5ant *ez lui aprs une longue m>*e1 il avait tr\v sa mre en l>mes prs du c(fre vide6 ,ne s'tait-il pas jur1 ds ce mom5t1 n'avait-il pas jur sa mre qu'il tu]ait le voleur1 si sa *ance lui p]mettait de le r5contr]8 ,or voici qu'il l'avait enf9 r5contr1 et tranquille1 s\riant1 plus heureux malgr son infamie que lui-mme jamais ne l'avait t6 ,et1 au lieu de le tu]1 c'tait lui qu'il s'apprtait donn] les figues de son *amp1 simplem5t p>ce qu'un inconnu s'tait amus endormir sa colre p> d'h>monieuses p>oles6 ,f]mant l'oreille aux p>oles de l'inconnu1 dt\rnant la tte p\r ne plus s'expos] au *>me de son reg>d1 ,b>sabas avait jet sur le sol1 ses pi$s1 les figues qui lui re/ai5t3 et puis1 accompagn de son ne1 il avait repris en c\rant le *em9 de sa maison4 99 99 99 99 99 ,un pnible s5tim5t de honte l'agitait1 d'in/ant en in/ant le torturait davantage1 mesure qu'il gravissait le s5ti] pi]reux4 ,qu'allait-il dire1 en r5trant *ez lui8 ,comm5t s'excus]ait-il de ne ri5 rapport]8 ,se rsign]ait-il m5tir1 racont] p> exemple que des voleurs l'avai5t dp\ill8 ,jamais1 en t\t cas1 il n'os]ait av\] qu'il avait sottem5t di/ribu ses figues des inconnus1 et qui1 au lieu de gagn] leur vie en travaillant1 a9si qu'il gagnait la si5ne1 passai5t leurs j\rnes c\t] les disc\rs de quelque *>latan4 ,mais non1 l'homme que ces vagabonds c\tai5t ne p\vait pas tre un *>latan6 ,et ,b>sabas1 malgr sa colre et sa honte1 ne p>v5ait pas se rep5tir de l'avoir c\t4 ,ce jeune homme vtu de blanc tait c]ta9em5t un prophte1 un de ces mages que ,dieu envoyait1 de temps autre1 p\r enseign] au monde les secrets d'en haut4 ,de quelle voix mlodieuse il avait p>l6 ,et quel plaisir s+uli] on pr\vait l'ent5dre6 ,le lis des *amps6 ,le b]g] laissant sur la montagne ses quatre-v+t-dix-neuf brebis p\r all] *]*] la c5time1 qui s'tait g>e6 ,b>sabas se rappelait d'autres images encore1 ple9es d'un s5s admirable dans leur simplicit2 et de n\veau il s5tait1 il se disait1 que ni le *amp d'olives1 ni la vigne1 ni ri5 de ce qu'il aurait pu acqurir en *ange de ses figues n'aurait valu la joie qu'avait t p\r lui la r5contre de cet inconnu4 ,un prophte1 un gr& prophte1 voil ce que ,dieu avait daign lui p]mettre de voir et d'ent5dre6 ,p\rquoi donc cont9uait-il se s5tir si honteux8 ,p\rquoi1 aprs avoir d'abord c\ru jusqu'au sommet de la coll9e1 m>*ait-il ma9t5ant d'un pas si l5t et si faible1 comme s'il et v\lu ret>d] son ret\r *ez lui8 ,en va9 il se rptait qu'il avait fait de ses figues le meilleur emploi1 et qu'il avait r5contr un prophte1 et qu'il allait dsormais dev5ir un autre homme2 en va9 il essayait de se rj\ir et de s'enorgueillir3 *aque pas son s5tim5t de honte l'accablait davantage4 ,il avait l'impression que t\tes ces belles p5ses n'tai5t qu'un rideau d]rire lequel il s'ef=ait de se ca*] lui-mme une p5se plus srieuse1 plus vraie1 une p5se qu'il n'osait pas reg>d] en face1 mais qui p\rtant tait l1 dans son cur1 et ne cess]ait plus de le t\rm5t]4 ,et s\da9 le rideau s'tait d*ir4 ,dans le cur de ,b>sabas avai5t de n\veau ret5ti les p>oles que1 p5dant une heure1 il s'tait inutilem5t ef=c d'oubli]3 ,aimez vos ennemis1 bnissez ceux qui v\s maudiss5t1 faites du bi5 ceux qui v\s font du mal6 ,c'tait cela1 cela seulem5t1 que le prophte avait eu p\r mission de lui enseign]6 99 99 99 99 99 ,alors le paysan avait enf9 compris d'o v5ait sa honte4 ,et aussitt1 sans mme p5s] son ne1 qui m>*ait tri/em5t d]rire lui dans l'troit s5ti]1 il avait rebr\ss *em9 p\r r$esc5dre en c\rant v]s la rive du lac4 ,p\rvu que je les retr\ve6 se disait-il1 comme si t\t l'av5ir de sa vie en et dp5du4 ,et gr&e avait t sa joie qu&1 au t\rnant du s5ti]1 de n\veau il avait ap]u les inconnus1 assis sur les pi]res4 ,leur *ef ma9t5ant avait f9i de pr*]2 assis entre deux de ses compagnons1 il mangeait quelques figues et une tran*e de pa94 ,mais ,b>sabas1 cette fois1 ne s'tait plus arrt le considr]4 ,il s'tait lanc v]s son ami1 lui avait appuy sa ma9 sur l'paule1 et1 p>lant le plus haut qu'il avait pu1 af9 que *acun ft tmo9 de son rep5tir3 ,simon1 lui avait-il dit1 toi seul sais ce que tu m'z fait1 et p\rquoi tu l'z fait4 ,mais1 si mme tu z mal agi env]s moi1 ta faute n'e/ que peu de *ose en comp>aison de la mi5ne4 ,c>1 depuis deux ans1 nuit et j\r1 je t'ai ha1 j'ai rv de te tu]6 ,et t\t l'heure encore1 aprs que les p>oles de ce jeune prophte1 ton matre1 ont jamais effac de mon cur mon ress5tim5t1 je n'ai pu me rsign] te donn] de mes figues4 ,je n'ai pu m'y rsign]1 frre1 p>ce que tu m'z p>u trop heureux1 trop p>fait1 trop au-dessus de moi6 ,p>donne-moi1 dis-moi que tu me p>donnes1 sois-moi de n\veau l'ami d'autrefois6 ,l'ami de ,b>sabas1 t\t frmissant de plaisir1 s'tait jet son c\1 comme un enfant embrasse sa mre p\r la rem]ci] d'un cadeau qu'il n'osait pas espr]4 ,puis1 l'ayant fait asseoir prs de lui et lui t5ant la ma91 il lui avait racont comm5t lui-mme avait t arra* aux misres de sa vie p> l'appel de ,jsus1 son matre bi5-aim1 qui1 en vrit1 n'tait pas seulem5t un prophte1 mais l'lu1 le ,messie1 le ,fils du ,dieu ,vivant4 ,et t\te l'me de ,b>sabas1 ces mots1 avait bondi de joie3 c> il s'tait rappel que1 ds le premi] mom5t o le reg>d de l'inconnu s'tait t\rn v]s lui1 clairem5t il avait s5ti une prs5ce div9e4 ,aussi e/-ce avec une pieuse f]veur qu'il avait ensuite recueilli les explications de son ami3 aprs quoi1 devant t\te l'assemble1 il s'tait confess des fautes qu'il se s\v5ait d'avoir commises depuis qu'il tait n2 et il avait dem& recevoir le baptme4 ,il l'avait reu des ma9s sacres de ,notre-,seigneur4 ,et longtemps encore il tait re/ assis sur la rive du lac1 sans autre p5se que de s'initi] la connaissance du royaume des cieux4 ,mais qu&1 l'appro*e du soir1 les disciples de ,jsus lui avai5t conseill de se jo9dre eux p\r p>tag] leur vie1 il leur avait av\1 presque en pleurant1 qu'il n'aurait pas le c\rage de s'y dcid]4 ,imm5se tait1 cep5dant1 le bonheur qu'il pr\vait en leur compagnie1 s\s le reg>d vivifiant de son n\veau matre3 et sans d\te il aurait f9i p> cd] leurs in/ances s'il n'avait ap]u1 t\t c\p1 son petit ne1 qui tri/em5t avait desc5du la coll9e p\r v5ir le rejo9dre4 ,la pauvre bte semblait prs5t l'att5dre1 immobile1 au milieu du s5ti]4 ,que devi5drait-elle1 prive de ses so9s8 ,qui la n\rrirait1 la promn]ait8 ,qui *ang]ait1 t\s les j\rs1 la paille de son lit8 ,et ,b>sabas avait song sa mre qui1 peut-tre1 deb\t sur le seuil de sa maison1 dj s'inquitait de sa longue abs5ce4 ,il avait song la jeune fille brune et rose1 sa fiance1 qui il avait promis d'tre son s\ti5 dans la vie4 ,la veille encore1 t\t en l'aidant cueillir ses figues1 ne lui avait-elle pas dit qu'elle n'aurait jamais d'autre ami que lui1 et qu'elle m\rrait de *agr9 s'il l'ab&onnait8 ,mais surt\t ,b>sabas1 en revoyant son ne1 s'tait rappel sa maison1 son *amp de figues1 les platanes l'ombre desquels il avait j\ ses premi]s jeux3 et il avait s5ti qu'un li5 my/rieux l'atta*ait t\t enti] son village natal4 ,l seulem5t il p\rrait mdit]1 compr5dre1 mettre pr(it les sa9tes vrits dont il v5ait de s'in/ruire3 c> il s'tait acc\tum ne concevoir l'univ]s que tel qu'il le voyait du haut de ses coll9es2 et1 lo9 d'elles1 c'tait comme si la moiti de lui-mme lui ft enleve4 ,de sorte que1 aprs s'tre une d]nire fois pro/]n aux pi$s de ,jsus1 il avait t5drem5t dit adieu ses amis1 et puis il avait enf\r* son ne1 et s'en tait ret\rn *ez lui la cl>t des toiles4 99 99 99 99 99 ,r5tr dans son village1 ,b>sabas y avait repris son anci5ne vie4 ,il cultivait son *amp1 il faisait patre son ne1 il se prom5ait avec sa fiance ou bi5 j\ait aux b\les avec ses cam>ades4 ,il avait repris son anci5ne vie1 avec cette seule diffr5ce que1 ma9t5ant1 il tait dev5u un homme n\veau4 ,au lieu du simple et honnte g>on qu'il avait t jusqu'alors1 il tait dev5u un *rti54 ,et1 sans d\te1 cela signifiait qu'il rptait pieusem5t1 mat9 et soir1 une belle prire que les disciples de ,jsus lui avai5t apprise3 mais plus encore cela signifiait qu'il avait cess de vivre en lui-mme1 p\r vivre1 dsormais1 t\t enti] dans les autres4 ,il cont9uait aim] sa mre1 sa fiance1 son petit ne3 mais il les aimait p\r eux1 et non plus p\r lui4 ,il ne s'occupait que de dev9] leurs plaisirs et leurs pe9es2 et il mettait son ef=t s\lag] leurs pe9es1 et leurs plaisirs lui procurai5t plus de joie que ne lui en avai5t jamais procur les si5s4 ,sa sollicitude1 du re/e1 ne se bornait pas aux p]sonnes qu'il aimait2 ou plutt il s'tait habitu1 le plus facilem5t du monde1 aim] t\te sorte de p]sonnes p\r qui il n'pr\vait1 aup>avant1 que du dda9 ou de l'indiffr5ce4 ,ds l'in/ant o il avait cess de vivre en lui-mme1 il avait reconnu que t\s les tres huma9s avai5t leur "p de d\leur2 et il en avait s\ff]t1 et il s'tait employ la s\lag]4 ,il s'tait fait le confid5t1 le consolateur1 le s]viteur de t\t le village1 sans croire qu'il et le mo9dre mrite se div]tir de cette manire4 ,t\t au plus songeait-il quelquefois qu'il tait p>eil un aveugle-n guri p> ,jsus1 dont son ami lui avait racont l'hi/oire m]veilleuse3 c> lui aussi ,jsus avait donn un s5s qui jusque-l lui avait manqu1 un s5s qui1 mieux encore que la vue1 lui p]mettait de sortir de ses propres tnbres1 et de se ml] joyeusem5t la vie des hommes4 ,quelques sema9es aprs son ret\r1 il s'tait m>i4 ,son int5tion tait d'abord d'aj\rn] son m>iage jusqu'au mom5t o1 dev5u plus ri*e1 il aurait l'assurance de p\voir n\rrir une femme et des enfants4 ,mais sa fiance1 qui l'aimait1 s'tait t\t de suite conv]tie sa n\velle foi2 et c'tait elle qui lui avait rappel la p>ole de ,jsus3 ,ne soyez pas en s\ci p\r votre vie1 ne v\s proccupez pas de ce que v\s mang]ez ni de ce que v\s boirez6 ,ils s'tai5t donc m>is1 sans plus t>d]4 ,et le fait e/ qu'ils n'avai5t manqu de ri51 ayant simplem5t pris l'habitude de ne ri5 dsir] que ce qu'ils avai5t4 ,ils s'tai5t mme acquis des enfants1 sitt m>is1 en recueillant *ez eux un petit g>on et une petite fille que leurs p>5ts avai5t ab&onns4 ,mais il n'y avait pas1 au re/e1 dans t\t le village1 un enfant dont ils ne priss5t so91 ft-ce p\r j\] ou p\r *ant] avec lui4 ,et *aque j\r ils dc\vrai5t quelque occasion imprvue de v>i] leurs plaisirs1 comme aussi de s5tir combi5 leurs deux curs tai5t pr(ondm5t unis l'un l'autre4 ,tantt c'tait un m5diant qu'ils am5ai5t dans leur maison1 l'ayant r5contr dans leur prom5ade2 tantt ils ramassai5t de jeunes oiseaux tombs du nid1 et les abritai5t1 et les n\rrissai5t1 jusqu'au temps o ils les voyai5t en ge de vol]4 ,a9si avait vcu ,b>sabas1 durant l'anne qui avait suivi son baptme4 ,et deux fois lui avait t accorde une grce si prcieuse qu'il avait dfailli de joie en la recevant4 ,deux fois son div9 matre ,jsus1 tant v5u pr*] dans son village1 avait daign demeur] s\s son toit4 ,il s'tait familirem5t entret5u avec lui1 avait complim5t sa mre de l'avoir p\r fils1 l'avait complim5t lui-mme de l'aimable compagne qu'il s'tait *oisie4 ,et comme1 un soir1 les disciples engageai5t de n\veau le jeune homme se jo9dre eux1 ,jsus leur avait dit avec son s\rire3 ,appr5ez qu'il y a plusieurs faons de me suivre6 ,et ,b>sabas n'e/ nulle "p aussi prs de moi que dans son *amp de figues6 99 99 99 99 99 ,en effet1 ,b>sabas tait un bon *rti54 ,lorsqu'il avait appris le dang] qui m5aait ,jsus1 t\t de suite il avait quitt son *amp de figues p\r v5ir rejo9dre la tr\pe des disciples4 ,avec eux il tait entr ,jrusalem2 il avait assi/ aux d]ni]s entreti5s1 et donn tant de preuves de son active f]veur que ,jsus s'tait plu le cit] en exemple4 ,il s'tait cep5dant enfui du ,j>d9 des ,olivi]s1 avec t\s ses compagnons1 aussitt que ,notre-,seigneur avait t arrt2 mais1 ds le l5dema91 il avait ra*et sa faute en proclamant1 jusque dans le prtoire1 que l'homme qu'on p]scutait tait le ,fils de ,dieu4 ,jamais d'ailleurs il n'avait montr autant de c\rage que durant ces t]ribles j\rnes1 o le c\rage des meilleurs avait dfailli2 c> non seulem5t il n'avait pas cess d'affirm] sa foi devant les ,juifs1 au risque d'tre lapid ou mis en prison3 il s'tait encore +ni consol]1 raff]mir ses amis4 ,a ceux qui d\tai5t il rappelait le div9 enseignem5t de leur matre2 ceux qui dsesprai5t il disait que bi5tt ,jsus s]ait de n\veau p>mi eux4 ,aussi ,jsus1 p\r le rcomp5s]1 l'avait-il admis tre un des premi]s tmo9s de sa rsurrection4 ,et qu&1 ensuite1 ,jsus tant remont s'asseoir la droite de son ,pre1 les disciples avai5t dcid de nomm] un d\zime aptre en remplacem5t de ,judas1 peu s'en tait fallu qu'on ne le nommt4 ,seul1 un autre disciple1 nomm ,ma?ias1 avait t jug aussi digne que lui de ce gr& honneur2 en telle faon que1 faute de savoir qui *oisir entre eux1 on tait conv5u de s'en remettre au sort4 ,mais d'abord les ,onze1 tombant g5\x1 avai5t invoqu ,jsus3 ,seigneur1 lui avai5t-ils dit1 v\s qui connaissez les curs de t\s les hommes1 montrez-n\s lequel de ces deux hommes v\s avez prfr p\r pr5dre place dans l'apo/olat1 dont ,judas e/ d*u6 ,puis on avait donn les sorts3 c'tait ,ma?ias que le sort avait dsign4 ,et p]sonne ne s'en tait rj\i plus que ,b>sabas4 ,c>1 bi5 que l'honneur que lui avai5t fait ses compagnons l'et beauc\p t\*1 il cont9uait se considr] comme le d]ni] d'eux1 le plus ignorant1 le plus inutile1 le mo9s propre aux difficiles travaux de l'apo/olat2 sans compt] que t\te son me tait alors p>tage entre deux s5tim5ts1 la tri/esse o l'avait plong l'abs5ce de son div9 matre1 et son dsir de revoir le village o il tait n4 ,il avait cep5dant rsolu de re/] ,jrusalem jusqu' ces ftes de la ,p5tecte aprs lesquelles t\s les disciples devai5t se sp>]1 p\r all] pr*] l'vangile aux nations4 ,mais il s\ffrait =t d'avoir habit] si longtemps une ville o hommes et *oses tai5t l'oppos de t\t ce qu'il aimait2 et le sj\r de ,jrusalem lui s]ait peut-tre dev5u t\t fait impossible s'il n'avait tr\v un moy5 de se di/raire de son att5te1 comme aussi de se donn] un peu l'illusion que son matre ,jsus demeurait prs de lui4 ,dans la maison qu'il habitait1 et dans t\t son faub\rg1 qui tait le plus misrable et le plus mal fam de la ville1 il s'tait li avec une f\le de pauvres g5s1 trang]s comme lui1 des ,p>!s1 des ,mdes1 des lamites1 des ,crtois1 des ,arabes1 app>emm5t v5us l de leur pays p\r y m\rir de faim2 et1 sans leur p>l] jamais1 sauf p> quelques signes1--c> il ne savait pas un mot de leurs div]ses langues1 et ne connaissait que le patois de sa ,galile1--il s'tait con/itu leur s\ti51 leur g>de-malade1 l'ami et le compagnon de jeux de leurs enfants4 ,quelques j\rs lui avai5t suffi p\r compr5dre le c>actre1 la situation1 les beso9s de *acun2 et ri5 n'tait plus t\*ant que de le voir travaill]1 en sil5ce1 apais] ou div]tir les s\ffrances de ces malheureux4 ,il le faisait p\r se di/raire soi-mme1 se rappelant a9si la d\ce vie qu'il avait m5e dans son village aprs sa conv]sion2 mais p>fois1 au mom5t o la fatigue allait l'accabl]1 il croyait ap]cevoir t\t c\p son matre bi5-aim1 deb\t devant lui4 ,et1 en effet1 n'tait-ce po9t la prs5ce de ,jsus qui avait pu lui p]mettre1 en mo9s de qu>ante j\rs1 non seulem5t de sec\rir1 mais aussi d'in/ruire ces trang]s1 dont il ignorait la langue1 et de les conv]tir la foi *rti5ne8 ,il en avait dj conv]ti plus de c5t1 app>t5ant aux races les plus diffr5tes1 lorsqu'tait enf9 arriv le j\r de la ,p5tecte4 ,et beauc\p de ces nophytes avai5t t5u1 ce j\r-l1 l'accompagn] jusqu' la porte du cnacle o l'on devait clbr] la fte1 af9 de lui tmoign] une d]nire fois leur reconnaissance4 ,or voici que1 les disciples s'tant t\s rassembls1 un gr& bruit s'tait fait ent5dre1 comme le bruit d'un v5t qui s\fflait du ciel2 et ce v5t s'tait abattu sur la salle1 et les disciples avai5t vu p>atre des langues de feu qui s'tai5t arrtes au-dessus de leurs ttes4 ,ils tai5t alors tombs en prire1 adorant l',esprit que leur div9 matre leur avait envoy4 ,et puis1 aprs s'tre encore embrasss1 ils tai5t sortis4 ,et que l'on imag9e quelle avait t alors la surprise1 l'motion de ,b>sabas6 ,c>1 en ent5dant p>l] les ,mdes1 les ,p>!s1 les ,arabes1 t\s les trang]s qui acc\rai5t au-devant de lui1 il s'tait ap]u qu'il compr5ait leurs p>oles et p\vait y rpondre6 ,comme les d\ze aptres1 ,b>sabas avait1 miraculeusem5t1 reu le ,don des ,langues4 ,,ii ,,le ,,citoy5 ,,du ,,monde ,quiesce a nimio sci5di desid]io1 quia magna ibi inv5itur di/ractio et deceptio6 7,,imitatio ,,*ri/i1 ,i1 #b47 ,devant la grce inatt5due qui v5ait de lui *oir1 ,b>sabas se s5tit d'abord si heureux la fois et si effray que1 bi5 qu'il pt ma9t5ant rpondre sans ef=t aux que/ions de ses amis1 il ne prit pas mme le temps de les c\t]4 ,r5tr dans sa *ambre1 il se hta d'en faire sortir un petit g>on avec qui t\s les soirs il avait c\tume de j\]1 et qui1 ce soir-l encore1 v\lait1 t\te =ce1 lui grimp] sur le dos4 ,puis1 ayant v]r\ill la porte p\r n'tre plus drang1 il se pro/]na et pria humblem5t ,seigneur1 s'cria-t-il1 v\s m'avez honor p> del mon mrite6 ,au d]ni] de vos s]viteurs v\s avez daign confi] le plus prcieux de vos dons6 ,et voici cep5dant1--telle e/ ma faiblesse6--voici que je tremble de frayeur la p5se des devoirs n\veaux qui en rsult5t p\r moi6 ,s\t5ez-moi1 ,seigneur1 clairez-moi1 dites-moi ce que je dois faire1 af9 que je ne sois qu'un outil entre vos ma9s1 l'in/rum5t de votre gloire et de votre ju/ice6 ,mais le ,seigneur ne lui dit ri51 et ,b>sabas se vit contra9t de dcid] lui-mme ce qu'il devait faire4 ,aussi bi5 ne p\vait-il gure hsit] sur le premi] et le plus urg5t des devoirs n\veaux qui s'imposai5t lui2 et sa frayeur ne lui v5ait1 prcism5t1 que de sa trop claire consci5ce de ce pnible devoir4 ,il avait1 en effet1 t\t de suite compris que le don des langues ne lui avait pas t accord simplem5t p\r qu'il pt s'entret5ir1 ,jrusalem1 avec des trang]s dj conv]tis1 ni mo9s encore p\r qu'il s'en ret\rnt m5] sa vie sil5cieuse l'ombre des coll9es de son *] village4 ,le don des langues lui imposait le devoir de p>c\rir le monde1 p\r port] aux paens la sa9te p>ole3 cela tait c]ta91 hlas6 trop c]ta96 ,t\t au plus eut-il un in/ant l'ide que1 si son matre avait vraim5t exig de lui un p>eil sacrifice1 c'e/ lui qu'il aurait dsign p\r faire p>tie des d\ze aptres1 au lieu de ,ma?ias4 ,mais aussitt il r\git de cette ide1 misrable prtexte suggr p> sa l*et4 ,le p\voir miraculeux de p>l] t\tes les langues n'tait-il pas un signe d'apo/olat aussi vid5t1 p\r le mo9s1 qu'une lection o peut-tre le has>d avait seul agi8 ,non1 non1 ,b>sabas s5tait que nul d\te ne lui tait possible6 ,et plus tait cruel le sacrifice que son matre exigeait de lui1 plus il se s5tait t5u de l'accomplir1 en *ange de l'imm5se faveur qu'il avait reue4 ,il rsolut donc de quitt] ,jrusalem ds le l5dema91 et de se mettre en r\te v]s les pays trang]s1 aprs avoir dit un rapide adieu sa femme1 sa mre1 aux lieux qui1 jusqu'alors1 avai5t t p\r lui l'univ]s enti]4 ,encore ne leur dit-il cet adieu que p> procuration4 ,ayant r5contr1 aux portes de ,jrusalem1 un paysan de son village qui r5trait *ez lui1 c'e/ sur lui qu'il se d*>gea du so9 d'annonc] aux si5s sa n\velle mission4 ,je comptais all] moi-mme pr5dre cong d'eux1 aj\ta-t-il1 mais le ciel a eu piti de moi1 et voici qu'il t'a envoy sur mes pas1 p\r m'p>gn] un supplice au-dessus de mes =ces4 ,ou plutt ce sont les dang]s de la t5tation que le ciel1 sans d\te1 aura v\lu m'p>gn]3 c> je me dem&ais comm5t1 aprs avoir revu t\t ce qui m'e/ *]1 je tr\v]ais le c\rage de m'en sp>]4 ,adieu donc1 frre bi5-aim6 ,et qu&1 aprs-dema91 du haut de la coll9e1 tu ap]cevras tes pi$s les maisons de notre village1 rappelle-toi ton frre ,b>sabas qui s'en va1 seul et tri/e1 p>mi des inconnus6 ,b>sabas pleurait en disant ces mots2 puis il se jeta1 t\t pleurant1 au c\ de son ami4 ,mais pe9e l'eut-il vu disp>atre1 dans la p\ssire du *em91 qu'il ne put s'emp*] de song] qu'il avait t1 lui aussi1 la veille encore1 semblable ce paysan inutile et grossi]4 ,et1 fivreusem5t1 il eut soif d'employ] au plus vite1 p\r le bi5 de son matre1 le magnifique don qu'il portait en lui4 ,qu& son ami1 le surl5dema9 soir1 ap]ut du haut de la coll9e les maisons du village1 il s\pira en se rappelant le pauvre ,b>sabas qui allait1 seul et tri/e1 sur des r\tes lo9ta9es2 mais ,b>sabas1 au mme in/ant1 m>*ait d'un pas al]te et la tte haute1 mditant le disc\rs qu'il prononc]ait ds qu'il r5contr]ait une ville1 devant lui4 99 99 99 99 99 ,cette ville se tr\va tre ,pluse1 dans la ,basse-gypte2 et ,b>sabas1 qui y tait p>v5u aprs c9q j\rs de m>*e1 fut d'abord t5t de m>*] c9q j\rs de plus p\r s'en loign]4 ,habitu comme il l'tait aux murs ru/iques de la ,galile1 ,jrusalem dj lui avait p>u inhabitable2 mais il se s5tait prt ma9t5ant la regrett]1 en comp>aison de cette ville trangre o1 depuis les traits des visages jusqu' la faon de mang] et de se vtir1 ri5 ne ressemblait ce qu'il connaissait4 ,la l>geur des rues1 la hauteur des maisons1 les amples manteaux et les l\rds s\li]s1 t\t cela tait1 ses yeux1 aussi laid qu'incommode4 ,il pr\vait une indignation mle de mpris la vue des litires qui s]vai5t tran]1 d'une maison l'autre1 des hommes p>faitem5t capables de se s]vir de leurs jambes4 ,il ne compr5ait pas que des tres huma9s puss5t se pass] d'arbres et d'oiseaux1 ni se rsign] vivre enf]ms dans d'obscures b\tiques1 sans autre pr(it que de gagn] un arg5t aussitt dp5s4 ,en un mot1 il jugeait ,pluse l'endroit le plus mon/rueux du monde3 et telle il cont9ua de la jug] p5dant les six mois qu'il y demeura4 ,c> le fait e/ qu'il y demeura six mois1 en dpit de sa mauvaise humeur3 et ce fut bi5 l qu'il pr*a p\r la premire fois4 ,s'tant r5du sur le port1 le l5dema9 de son arrive1 il aborda quelques matelots qui musai5t au soleil1 et se mit leur expliqu] la doctr9e *rti5ne4 ,il la leur expliqua dans la langue grecque1 qui tait leur langue2 mais il rpta ensuite son explication en arabe des m>*&s arabes qui s'tai5t appro*s2 il la rpta en syri5 et en ?iopi51 de telle sorte que1 bi5tt1 une f\le norme se pressa aut\r de lui1 curieuse d'ent5dre un homme qui p>lait t\tes les langues4 ,et ,b>sabas raconta cette f\le la vie et la mort div9es de ,jsus4 ,il leur raconta sa propre vie1 de quelles tnbres il avait t tir1 et v]s quelle lumire4 ,il leur dit quelques-unes des p>aboles de son matre1 les plus simples et les plus t\*antes1 s'ef=ant de retr\v]1 dans sa voix1 un *o de la voix surnaturelle qui les lui avait enseignes4 ,longtemps il p>la1 deb\t sur un banc de pi]re1 indiffr5t aux injures comme aux raill]ies2 et d'heure en heure1 mesure qu'il p>lait1 injures et raill]ies dev5ai5t plus r>es1 jusqu' ce qu'enf9 il eut le bonheur de voir jaillir des l>mes presque de t\s les yeux4 ,lui aussi1 il pleurait2 une ard5te motion faisait frmir ses lvres1 donnait sa p>ole des acc5ts pa?tiques4 ,qu& il desc5dit du banc et cessa de pr*]1 c5t p]sonnes de t\t ge et de t\te condition1 s'appro*ant de lui avec dfr5ce1 lui exprimr5t leur dsir d'tre baptises4 ,et comme1 quelques heures plus t>d1 ,b>sabas1 t\t heureux de la belle moisson qu'il avait rapporte son matre ds son premi] disc\rs1 s'en ret\rnait joyeusem5t v]s l'aub]ge o il s'tait log1 un petit vieill>d l'acco/a dans la rue4 ,c'tait un aimable petit vieill>d1 *auve1 replet1 avec un visage rid o s'ouvrai5t de gr&s yeux nafs et bi5veillants4 ,il avait la mise d'un ri*e b\rgeois4 ,et1 en effet1 il apprit ,b>sabas qu'il vivait de ses r5tes1 mais qu'il employait son temps s'in/ruire et mdit]4 ,or1 je regrette d'avoir v\s dire1 p\rsuivit-il1 que votre ,jsus n'e/ pas le vrai ,dieu4 ,c> le vrai ,dieu1 je le connais3 il m'a t rvl p> un homme admirable1 le philosophe pi/rate1 auteur du trait sur l',ess5ce de l'tre4 ,peut-tre n'avez-v\s pas lu ce livre sans p>eil8 ,t5ez1 je n'ai pas pu m'emp*] de v\s l'apport]6--,et le vieill>d t5dait ,b>sabas un pais r\leau4--,je v\s en prie1 lisez-le6 ,que si mme il ne russissait pas v\s conva9cre t\t fait1 v\s y tr\v]iez encore de quoi rfl*ir6 ,le petit vieill>d avait une si honnte et d\ce figure que ,b>sabas crut p\voir lui p>l] comme un ami4 ,il lui av\a donc qu'il lirait volonti]s1 p\r l'oblig]1 le trait de son philosophe1 mais que1 p> malheur1 il ne savait pas lire4 ,et1 lo9 de lui en tmoign] le mo9dre mpris1 le vieill>d lui proposa aussitt de lui appr5dre lui-mme lire et crire4 ,quelques leons v\s suffiront1 lui dit-il1 aides d'un peu d'ex]cice4 ,et v\s acqu]rez l un bi5 ine/imable1 qui d\bl]a l'effet de vos prdications6 ,l'(fre tait si imprvue que ,b>sabas hsita quelques in/ants avant de l'accept]4 ,il ne se s\v5ait pas que son div9 matre1 en lui numrant les *oses ncessaires la vie1 lui et fait m5tion de la ncessit de savoir lire et crire2 ma9tes fois au contraire ,jsus l'avait flicit de son ignorance1 et mme expressm5t engag y p]svr]4 ,mais il se rpta que son rle n\veau lui imposait de n\veaux devoirs4 ,le vieill>d avait raison3 en lui p]mettant de connatre des uvres que ses adv]saires ne manqu]ai5t po9t de lui oppos]1 la lecture lui f\rnirait une arme prcieuse p\r son apo/olat4 ,et puis1--encore qu'il ne cons5tt peut-tre pas s'en r5dre compte1--il avait ds lors1 au fond de son cur1 la c]titude qu'un homme d\ du don des langues tait un tre d'espce suprieure au commun des hommes4 ,un tel homme1 capable de p>l] son gr les langues les plus div]ses1 ne p\vait pas1 dcemm5t1 se tr\v] hors d'tat de lire aucune d'elles4 ,ce que lui proposait le vieill>d p>aissait1 en quelque sorte1 ,b>sabas le complm5t dsormais indisp5sable de la grce que ,jsus lui avait accorde4 ,il accepta donc1 (frit au vieill>d de se mettre l'tude ds le l5dema92 et c'e/ a9si qu'il re/a six mois dans la ville de ,pluse4 ,c> non seulem5t il apprit lire et crire en deux ou trois langues1 ce qui ne laissa pas de lui dem&] plus de temps qu'il n'avait suppos2 mais il pr(ita de l'occasion p\r appr5dre aussi un peu de grammaire1 de faon r5dre son loqu5ce plus correcte et plus pure4 ,le vieill>d1 trop heureux de p\voir un mom5t se di/raire de sa philosophie1 lui enseigna le s5s primitif des mots et leurs s5s drivs2 il lui rvla de quelle manire une image p\vait tre mise en valeur2 il lui indiqua les diffr5ts moy5s de v>i] et de nuanc] le ry?me de ses phrases4 ,et s'in/ruire de t\t cela ,b>sabas gtait un plaisir sans cesse plus vif1 dont il s'excusait1 vis--vis de lui-mme1 en songeant aux n\velles moissons d'mes qu'il prp>ait p\r son matre4 ,il ne ngligeait pas1 d'ailleurs1 les so9s de son apo/olat4 ,une ou deux fois au mo9s p> sema9e1 il s'arra*ait ses tudes p\r pr*] l'vangile2 et1 bi5 que le nombre des conv]sions dim9ut s5siblem5t *acun de ses disc\rs1 conv]tis et sceptiques s'accordai5t con/at] que *acun de ses disc\rs dpassait le prcd5t en =ce1 en cl>t1 en v]ve conva9cante4 ,au total1 son sj\r ,pluse avait eu de bons fruits4 ,mais1 de t\s ces fruits1 aucun ne lui fut aussi agrable que la conv]sion du petit vieill>d4 ,en effet ,b>sabas1 ds qu'il avait su lire1 s'tait empress de lire le trait de l',ess5ce de l'tre2 et1 sa gr&e joie1--c> il n'avait pas t d'abord sans quelque inquitude1--il y avait tr\v des p5ses si puriles et tant de folies que sa foi en ,jsus s'en tait r5=ce4 pi/rate n'allait-il pas jusqu' s\t5ir que ,dieu ne faisait qu'un avec le soleil1 ou encore que les mes1 aprs la mort1 avai5t p\r rsid5ce la lune et les toiles8 ,b>sabas avait song que1 si t\s les philosophes dont on le m5aait ressemblai5t celui-l1 il n'aurait pas de pe9e les rfut]4 ,et1 en att5dant1 il avait rfut celui-l avec tant de *aleur que =ce avait t au vieill>d de s'av\] va9cu4 ,lorsque ,b>sabas1 l'ayant baptis a9si que t\s les si5s1 v\lut quitt] ,pluse p\r se r5dre ,alex&rie1 cet excell5t homme exigea qu'il prt place dans sa litire1 dont1 au re/e1 lui-mme ni sa femme ne se s]vai5t jamais et il l'accompagna jusqu'au del des remp>ts4 99 99 99 99 99 ,b>sabas avait p]si/1 durant les six mois de son sj\r1 jug] ,pluse la plus laide des villes2 mais ,alex&rie1 au contraire1 lui fit ds le premi] soir excell5te impression4 ,les rues cep5dant y tai5t encore plus l>ges1 les maisons plus hautes1 le co/ume des hommes et des femmes y diffrait plus encore des modes rudim5taires de la ,galile2 mais ,b>sabas ne p\vait se df5dre de p5s] que t\t cela1 p\r n'avoir ri5 de commun avec ce qu'il connaissait1 n'en tait que plus lgant et plus +nieux4 ,il avait1 d'ailleurs1 g>d le meilleur s\v5ir de son voyage dans la litire du vieill>d4 ,non seulem5t lui-mme avait fait la r\te sans ombre de fatigue2 ses porteurs1 eux aussi1 avai5t p>u en*ants4 ,ils lui avai5t confi qu'ils s'ennuyai5t ,pluse1 et que ce voyage ,alex&rie tait =t de leur gt4 ,mais comme le jeune homme leur dem&ait1 aprs cela1 p\rquoi ils ne priai5t pas leur matre de les employ] plutt cultiv] ses t]res1 ils avai5t p\ss des cris d'p\vante la seule ide de la vie aux *amps4 ,et c'tait une rponse de mme g5re que ,b>sabas recevait1 ma9t5ant1 des b\tiqui]s d',alex&rie1 qui il conseillait de f]m] leurs b\tiques p\r s'en ret\rn] aux villages o ils tai5t ns4 ,ils ne refusai5t pas d'admettre que la vie du village ft plus sa9e1 plus sre1 plus calme1 voire plus fructueuse2 mais ils aj\tai5t que1 ayant gt au *>me de la ville1 ri5 au monde ne p\vait plus leur en t] le gt4 ,et ,b>sabas1 sans cess] de les pla9dre1 comm5ait compr5dre ce *>me fune/e qui les avait conquis4 ,il prit un gr& plaisir visit] les monum5ts d',alex&rie1 les arcs de triomphe1 les ?tres1 les biblio?ques2 et1 le mat9 du j\r o il devait pr*] p\r la premire fois1 il s'a*eta une toge et une paire de co?urnes1 p> cra9te que la pauvret de sa mise ne le ft confondre avec les diseurs de bonne av5ture1 dont t\tes les places publiques tai5t encombres4 ,aussi son premi] disc\rs fut-il trs c\t4 ,arti/es1 savants1 dames du monde1 l'lite de la ville se runit aut\r de lui1 ce dont il se rj\it dans la navet de son cur3 c> il avait conu le beau rve de conv]tir l'vangile les classes suprieures de la socit1 laissant celles-ci le so9 de rp&re1 ensuite1 leur foi p>mi le bas peuple4 ,mais ce n'tait1 hlas6 qu'un rve4 ,aprs avoir c\t le disc\rs du jeune homme avec la curiosit la plus att5tive1 son lgant auditoire se disp]sa1 sans que p]sonne semblt t5t de se conv]tir4 ,et ds le l5dema91 la mme place o il avait p>l1 ,b>sabas vit se runir le mme auditoire aut\r d'un autre orateur1 un philosophe fameux1 qui rfuta po9t p> po9t t\t ce qu'il avait dit4 ,a la doctr9e de ,jsus1 telle qu'il l'avait expose1 ce philosophe opposa la doctr9e d',ari/ote1 affirmant que celle-l seule tait sage et vraie4 ,le jeune ,galilen n'avait pas lu ,ari/ote4 ,il ne connaissait pas non plus ,hraclite1 ni ,p>mnide1 ni ,platon1 que d'autres orateurs fir5t valoir contre lui4 ,il se mit les lire3 et il dut s'av\] que leurs ?ories tai5t inf9im5t plus difficiles rfut] que celle d'pi/rate1 qui envoyait dans la lune les mes des dfunts4 ,elles tai5t fausses aussi1 cep5dant1 il le s5tait bi52 mais l'erreur y tait ca*e s\s des dehors si spcieux qu'il avait beauc\p de pe9e la dc\vrir4 ,il se donna t\t enti] cette dc\v]te4 ,j\r et nuit il s'ef=a d'appr(ondir les crits des philosophes1 de les comp>]1 de relev] une une leurs contradictions4 ,s\v5t la fatigue ou le dc\ragem5t faillir5t l'arrt]2 mais il se raff]missait en songeant que nul1 c\p sr1 p>mi les disciples de son div9 matre1 ne r5dait l'vangile un plus beau s]vice4 ,il esprait1 en effet1 que1 grce lui1 t\s les philosophes ap]cevrai5t la vanit de leurs illusions1 et vi5drai5t les dpos] humblem5t aux pi$s de ,jsus4 ,et il lisait et il relisait1 tonnant les biblio?caires p> son zle compuls] des ouvrages dont p]sonne1 de mmoire d'homme1 n'avait encore os affront] la lecture4 ,ce t]rible travail lui prit c9q ans1 p5dant lesquels il n'eut gure le loisir de pr*]4 ,et un j\r1 aprs c9q ans d'tudes et de mditations1 il se jugea suffisamm5t arm p\r comm5c] la lutte4 ,il fit donc savoir que1 le l5dema91 sur la gr&-place1 il se *>geait de rduire nant les sy/mes des div]s philosophes1 passs et prs5ts4 ,il eut cette fois p\r l'ent5dre t\s les pr(esseurs de philosophie1 qui ne p5sr5t1 d'abord1 qu' s'm]veill] de son rudition4 ,mais bi5tt1 se voyant attaqus1 ils ripo/r5t4 ,les uns lui s\mir5t des moy5s1 leur avis trs simples1 de corrig] les contradictions qu'il avait signales2 d'autres imag9r5t des ?ories n\velles qui1 suivant eux1 devai5t tre l'abri de ses objections4 ,et surt\t ils lui signifir5t1 les uns et les autres1 qu'il n'avait po9t compris la vraie doctr9e des philosophes dont il s'tait occup4 ,v\s avez saisi le s5s des p>oles1--lui dir5t-ils2--mais le s5s pr(ond qui se ca*e s\s les p>oles v\s a *app4 ,aussi bi5 ce s5s-l ne p\vait-il manqu] de v\s *app]3 c> il e/ d une f\le de s5tim5ts et de traditions que v\s ignorez =cm5t1 tant d'un pays o la civilisation grecque n'a pas pntr4 ,la p5se de ,platon re/]a t\j\rs f]me qui n'a pas t lev dans le comm]ce d',homre4 ,ce que v\s en avez p]u n'e/ que son enveloppe3 v\s en p>lez comme un s\rd p>l]ait de musique6 ,et peut-tre ces pr(esseurs avai5t-ils raison2 mais c'e/ de quoi ,b>sabas1 naturellem5t1 ne p\vait conv5ir4 ,il cont9ua donc de pr*]1 ou plutt d'argum5t]1 pr\vant qui dsirait l'ent5dre la fausset et l'incohr5ce de t\s les sy/mes4 ,le malheur e/ qu'on semblait de mo9s en mo9s dsireux de l'ent5dre4 ,les philosophes tai5t rev5us leurs ex]cices pr(essionnels2 les dames du monde s'tai5t fatigues d'une loqu5ce trop s*e et trop positive2 et un j\r arriva o le pauvre ,b>sabas ne tr\va plus1 aut\r de son e/rade1 que les matelots et les p*eurs du port4 ,encore n'tait-ce po9t1 comme l'on p5se1 sa dialectique qui les attirait4 ,il tait simplem5t1 p\r eux1 l'homme qui p>lait t\tes les langues2 et sans cesse1 p> manire de passe-temps1 ils lui am5ai5t des ,ngres et des ,scy!s1 des esclaves sortis des rgions les plus recules1 af9 qu'il leur expliqut1 dans leurs langues1 les erreurs d'picure ou d',anaxagore4 99 99 99 99 99 ,b>sabas1 cep5dant1 n'tait po9t d'me dsespr]4 ,ds qu'il se fut conva9cu qu' ,alex&rie ses ef=ts n'avai5t dcidm5t aucune *ance de russir1 il rsolut de t\rn] le dos cette ville et de se r5dre ,rome4 ,il s'y r5dait1 t\t occup dj des controv]ses pro*a9es1 lorsque le bateau o il s'tait emb>qu fit escale dans un petit port de l'le de ,crte2 et voici qu'en arrivant dans cette b\rgade ,b>sabas eut l'extrme surprise de se tr\v] p>mi des *rti5s4 ,des glises remplaai5t les temples des dieux2 les maisons tai5t surmontes de gr&es croix de pi]re2 et t\s les habitants s'empressai5t aut\r des passag]s du bateau1 sans v\loir accept] d'eux aucune rcomp5se4 ,ces braves g5s avai5t r5onc au comm]ce1 a9si qu' t\tes les =mes du ga92 ils vivai5t de leur p*e1 des fruits de leurs *amps3 si bi5 que ,b>sabas crut revoir son village1 tel qu' son d"p il l'avait laiss4 ,il ne t>da po9t1 d'ailleurs1 avoir l'explication du spectacle imprvu qui s'(frait lui4 ,t\t en l'in/allant sa table avec mille g>ds1 l'hte qui l'avait recueilli lui raconta que la ville entire s'tait conv]tie1 depuis deux ans dj1 aprs avoir ent5du les disc\rs de l'aptre ,ma?ias4 ,ce sa9t homme a pass une sema9e p>mi n\s3 il a pr* sur le port2 et1 qu& il e/ rep>ti1 n\s tions t\s dev5us *rti5s4 ,et comm5t aurions-n\s hsit le dev5ir1 en prs5ce d'une doctr9e aussi simple et aussi belle1 rpondant aussi p>faitem5t aux dsirs de nos curs8 ,l'hte de ,b>sabas aj\ta1 cep5dant1 que l'exemple p]sonnel de ,ma?ias n'avait pas t non plus sans contribu] les conv]tir4 ,jamais n\s n'avions vu un homme p>eil celui-l6 ,un vritable sa9t1 mode/e1 timide1 d\x comme un enfant6 ,b>sabas dem&a s'il leur avait rfut les erreurs des philosophes2 mais son hte1 cette "q1 clata de rire4 ,oh6 non1 s'cria-t-il1 soyez sr qu'il ignorait jusqu'au nom de t\s ces g5s-l6 ,il ne savait ni lire ni crire6 ,il tait plus illettr que le d]ni] de nos esclaves6 ,et je me rappelle que moi-mme1 sitt que je l'ai ent5du1 j'ai jet au feu mes volumes d',ari/ote2 mais l'ide ne me s]ait pas v5ue de lui en p>l]6 ,le bateau ne s'tait arrt que p\r quelques heures4 ,qu& ,b>sabas se retr\va bord1 ent\r de cadeaux de t\te sorte que ses frres de la petite ville l'avai5t suppli d'emport] en s\v5ir d'eux1 il se mit rfl*ir sur ce qu'il v5ait d'appr5dre4 ,et t\t de suite1 malgr lui1 le contra/e lui app>ut entre le succs obt5u p> ,ma?ias dans cette b\rgade crtoise et son propre *ec ,alex&rie4 ,je n'ai pas russi jusqu' prs5t1 songeait-il1 les circon/ances m'ont t contraires4 ,c'e/ donc ,rome que je pr5drai ma revan*e4 ,j'amn]ai ,jsus la capitale du monde6 ,mais alors il s'ap]ut clairem5t d'une *ose que1 depuis longtemps1 il essayait de t5ir ca*e au pr(ond de son cur4 ,il s'ap]ut qu'il ne p\vait plus dsormais espr] d'am5] p]sonne ,jsus1 c> lui-mme avait cess de croire en ,jsus4 99 99 99 99 99 ,non qu'il se ft laiss conva9cre p> les divagations des mtaphysici5s4 ,son robu/e bon s5s de paysan lui affirmait assez que t\s leurs sy/mes n'tai5t que d'+nieuses fantaisies1 inv5tes p\r l'amusem5t de quelques songe-creux4 ,il voyait assez que les plus subtils argum5ts de ,platon n'emp*ai5t pas le monde extrieur d'exi/] p\r l'homme1 et que1 mme dmontre1 l'hypo?se des atomes re/]ait t\j\rs une absurdit4 ,t\t cela avait ma9t5ant1 ses yeux1 ju/e autant de valeur que les rv]ies d'pi/rate sur les habitants de la lune4 ,le comm]ce assidu des philosophes n'avait fait que le dgt] de la philosophie2 et plus que jamais il tait prt considr] la doctr9e de ,jsus comme le seul sy/me qu'un sage pt admettre4 ,seule1 en effet1 elle ne s'adressait la raison que dans les matires qui tai5t raisonnables1 c'e/--dire dans celles qui t\*ai5t la conduite pratique de la vie2 imposant aux hommes1 p\r le re/e t\te une srie de my/res o ils n'avai5t qu' croire4 ,mais c'e/ prcism5t ces my/res que ,b>sabas n'avait plus la =ce de croire4 ,tant de sy/mes diffr5ts avai5t dfil s\s ses yeux1 se dtruisant l'un l'autre1 qu'une mfiance lui tait v5ue de t\s les sy/mes4 ,la rflexion avait t>i en lui les s\rces de la foi4 ,elle les avait t>ies tel po9t que si ,jsus1 sorti du tombeau1 s'tait de n\veau montr devant lui1 peut-tre et-il encore g>d des d\tes sur sa div9it4 ,et il en pr\vait c]tes un *agr9 trs vif1 mais mo9s vif1 en f9 de compte1 qu'il ne l'aurait cra9t3 c> dj ses lectures1 et des exemples nombreux1 l'avai5t prp> voir dans les ennuis du d\te la ranon fatale d'un esprit suprieur4 ,il se jura du mo9s de cons]v] le culte des v]tus *rti5nes1 ne s'ap]cevant pas que1 bi5 avant de p]dre la foi1 il l'avait p]du4 ,et1 quoique son voyage ,rome ft dsormais sans objet1 il rsolut cep5dant de le cont9u]4 ,la vie ,alex&rie lui tait dev5ue impossible2 plus impossible encore le ret\r dans son village1 o *acun se s]ait in=m des rsultats de sa prdication4 ,et puis la vrit tait que1 s'il se rsignait ne plus croire1 il ne p\vait pas se rsign] ne plus pr*]4 ,a =ce de p>l] t\r t\r t\tes les langues1 il avait f9i p> s'y jug] t5u1 comme un travail important et mritoire entre t\s4 ,des deux dons qu'il avait reu de son matre ,jsus1 et dont l'un consi/ait connatre l'unique vrit et l'unique bonheur1 t&is que l'autre consi/ait simplem5t p\voir dire t\r t\r une mme *ose en plusieurs faons1 c'tait comme si ce deuxime don avait1 p\r lui1 annul le premi]4 ,la p]spective de devoir y r5onc] l'aurait dsespr4 99 99 99 99 99 ,il rsolut donc de n'y po9t r5onc]1 mais1 au contraire1 d'en tir] le pr(it le plus gr& possible4 ,il savait qu' ,rome une f\le d'trang]s s'enri*issai5t et dev5ai5t clbres1 qui avai5t p\r seul mti] d'enseign] aux ,roma9s la langue du pays d'o ils tai5t sortis4 ,il se faisait =t1 lui1 d'enseign] t\tes les langues1 dt-il dp5s] encore une anne ou deux en tudi] la grammaire et la littrature6 ,aussi bi5 les leons du vieill>d de ,pluse avai5t1 autrefois1 veill en lui le gt de ces tudes2 et sans cesse1 depuis1 il s'tait mieux pntr de leur utilit4 ,ri5 ne lui tait plus agrable1 ri5 ne lui semblait plus digne de ses so9s1 que de comp>] les manires div]ses dont les div]s peuples exprimai5t leurs ides4 ,n'tait-ce pas1 p\r a9si dire1 comp>] leurs mes8 ,et le rsultat d'une telle comp>aison p\vait-il n'tre pas d'un prix ine/imable8 ,ne croyant plus la possibilit de connatre ,dieu et les voies du salut1 ,b>sabas ne s'en tr\vait que plus l'aise p\r croire la ncessit de connatre le dtail des *oses d'ici-bas4 ,et lorsqu'enf91 aprs de longs mois de prp>ation1 il ouvrit une cole sur le ,vim9al1 trs srieusem5t il eut consci5ce de remplir un devoir1 d'entrepr5dre une t*e magnifique et sacre4 ,ses lves1 au re/e1 ne se fir5t pas faute de l'y enc\rag]4 ,ils se pressr5t p\r l'ent5dre1 l'accablr5t de cadeaux1 rp&ir5t sa gloire aux quatre co9s de ,rome4 ,entrans p> son exemple1 ces jeunes g5s se pr5ai5t de passion p\r l'tude des langues trangres au po9t d'y sacrifi] t\t ce qui1 jusqu'alors1 les avait occups4 ,ils ngligeai5t de visit] leurs doma9es1 de veill] au bon ordre de leurs maisons1 de bav>d] et de j\] avec les jeunes filles1 ils ngligeai5t d'tre jeunes1 de rv]1 et d'aim]1 dans leur hte d'appr5dre comm5t se conjuguait le passif des v]bes *ez les gypti5s1 ou de quels titres se nommai5t les pr9cipaux ouvrages des potes p]sans4 ,et quelques-uns d'entre eux1 ayant imag9 de voyag] en gypte et en ,p]se p\r tir] p>ti de leurs connaissances1 avai5t t d'abord un peu du de dc\vrir que leurs connaissances ne leur s]vai5t de ri53 c> si le peuple des contres qu'ils visitai5t p>lait bi5 la mme langue qu'enseignait ,b>sabas1 il la p>lait avec t\te sorte de m5ues diffr5ces d'acc5t et d'intonation qui la leur r5dai5t incomprh5sible4 ,mais ils n'avai5t pas t>d reconnatre que le peuple de ces contres n'avait1 en somme1 ri5 leur dire qui valt d'tre compris1 et qu'eux-mmes1 n'ayant ri5 lui dire1 n'avai5t aucun beso9 de s'en faire compr5dre4 ,si bi5 qu'aprs s'tre un mom5t affligs de leur dc\v]te1 ils avai5t presque f9i p> s'en enorgueillir3 c> ils avai5t l'impression qu'eux seuls dsormais1 grce aux leons de leur matre1 savai5t p>l] avec puret t\tes les langues du monde2 et leur culte p\r leur matre s'tait encore accru4 ,c'e/ a9si que ,b>sabas1 en peu d'annes1 dev9t le plus ri*e et le plus fameux des pr(esseurs roma9s4 ,il eut une maison en ville et une autre aux *amps1 ple9es t\tes deux d'esclaves exotiques avec *acun desquels il aimait s'entret5ir familirem5t dans sa langue4 ,t\s les savants s'honorai5t de son amiti4 ,un pote en vogue1 qui dnait *ez lui plusieurs fois p> sema9e1 crivit sa l\ange une pigramme que la ville entire tr\va dlicieuse4 ,div9 ,b>sabas1 disait-il dans son pigramme1 ne t'tonne pas de me voir si s\v5t ta table6 ,j'ai =m le rve1 moi aussi1 de suivre tes leons1 af9 de p\voir rpt] dans t\tes les langues possibles que c'e/ *ez toi qu'on mange les meilleures lamproies6 ,et ,b>sabas1 recueillant t\s les j\rs quelque m>que n\velle de la faveur publique1 songeait que jamais1 c]ta9em5t1 la prdication de l'vangile ne lui aurait acquis de tels avantages4 ,mais lui1 lo9 de se laiss] amollir p> cette prompte =tune1 n'en tait que plus zl p\rsuivre ses tudes4 ,p5dant que t\t le monde s'accordait proclam] sa sci5ce1 sans cesse il tait plus honteux de son ignorance4 ,sans cesse un problme qu'il v5ait de rs\dre en faisait surgir un n\veau1 devant lui2 et tantt c'tait l'orig9e d'un mot qui lui *appait1 tantt il s'puisait v\loir saisir la cause d'une anomalie de syntaxe ou d'acc5tuation4 ,que de fois ses invits1 aprs avoir va9em5t att5du qu'il vnt les recevoir1 le tr\vr5t m>*ant de long en l>ge p>mi des tas de livres1 avec la m9e piteuse d'un j\eur qui aurait p]du son d]ni] enjeu6 ,son unique di/raction tait de voyag]4 ,encore ne voyageait-il pas1 comme ses lves1 p\r montr] aux trang]s qu'il savait leur langue1 mais p\r s'in/ruire auprs d'eux1 p\r connatre leur vie1 p\r essay] d'entrevoir l'me de leur race3 c> il avait d con/at] que l'tude des langues tait lo9 de lui rvl] cette me autant qu'il aurait cru4 ,il allait donc d'un pays l'autre1 p\ss p> une curiosit t\s les j\rs plus vive4 ,il explorait les villes et les villages1 il int]rogeait les habitants sur leurs murs1 leurs traditions1 sur une f\le de *oses qui avai5t p\r eux un gr& intrt1 mais dont ils ne compr5ai5t pas qu'elles en euss5t aucun p\r un trang]4 ,lui1 cep5dant1 mettait une vritable passion s'en in=m]4 ,et ses voyages1 a9si employs1 lui aurai5t peut-tre t p>faitem5t agrables1 s'ils ne l'avai5t trop s\v5t contra9t se priv] d'un luxe matriel sans qui1 dsormais1 il ne p\vait plus vivre4 ,il avait subi si pr(ondm5t l'influ5ce du bi5-tre roma9 qu'il ne s'accommodait plus ni d'un repas trop simple1 ni d'un lit trop dur1 ni de *evaux trop l5ts4 ,ou que si1 d'av5ture1 il dcidait de pass] outre ces dsagrm5ts1 leur s\v5ir le p\rsuivait jusque dans ses tudes1 lui gtant le pr(it qu'il en recueillait4 ,mais s\v5t aussi il eut la surprise de r5contr]1 en de lo9ta9s pays1 des inv5tions pratiques si commodes qu'il fut dsol de ne p\voir pas les retr\v] ,rome4 ,et peu peu ces voyages1 qui d'abord ne lui tai5t app>us que comme un passe-temps1 dev9r5t p\r lui une ncessit4 ,a pe9e r5tr de l'un d'eux1 il s\ffrait de ne p\voir pas t\t de suite en comm5c] un autre4 ,c'e/ que1 son avis du mo9s1 les races div]ses qu'il appr5ait connatre lui communiquai5t une "p de leurs gts et de leur esprit4 ,il avait l'impression que non seulem5t il p\vait p>l] t\tes les langues1 mais qu'il s'habituait aussi p5s] comme les peuples dont il p>lait la langue4 ,et comm5t n'aurait-il pas eu cette impression1 qu& il con/atait que *acun de ses voyages le dta*ait de quelques-unes de ses ides antrieures1 le dlivrait de quelques-uns de ses prjugs1 lui dmontrait l'inanit de quelques-unes de ses c]titudes ou de ses croyances8 ,ni p> la langue1 ni p> la p5se1 il n'app>t5ait plus aucun pays3 comm5t n'en aurait-il pas conclu qu'il runissait en lui les faons de p>l] et de p5s] de t\s les pays8 ,dev5ir vraim5t un citoy5 du monde1 voil quel tait dsormais son dsir6 ,et p5dant qu'il se lam5tait1 s5tant combi5 un tel dsir tait lo9ta9 et difficile ralis]1 la f\le de ses lves et de ses amis le flicitait d'en avoir a*ev dj la ralisation4 ,on dcl>ait que p]sonne n'tait encore p>v5u aussi compltem5t que lui se dp\ill] de t\te p>ticul>it nationale1 rompre le li5 cr p> la nature entre l'homme et elle4 ,on l'appelait1 respectueusem5t1 le cosmopolite4 ,et des milli]s de jeunes g5s1 g>ons et filles1 s'ef=ai5t p>tag] son cosmopolitisme4 99 99 99 99 99 ,n\s devons aj\t] que ,b>sabas1 de plus en plus absorb p> sa sci5ce1 s'ap]cevait pe9e des progrs de sa r5omme4 ,mais il ne put se df5dre d'un secret plaisir qu&1 un j\r1 la femme d'un des pr9cipaux fonctionnaires roma9s le fit pri] de v5ir *ez elle lui donn] des leons4 ,cette dame n'tait plus trs jeune1 et ,b>sabas1 qui avait eu dj l'occasion de la voir1 ne se s\v5ait pas non plus qu'elle ft bi5 jolie4 ,il se r5dit p\rtant son invitation et trois leons lui suffir5t1 s9on p\r la trans=m] en cosmopolite1 du mo9s p\r *ang] d'op9ion sur elle4 ,a dfaut de jeunesse1 et presque de beaut1 elle tait inf9im5t lgante1 gracieuse1 spirituelle1 exp]te en s\rires provocants et en d\ces flatt]ies4 ,elle fit son pr(esseur un accueil o1 de la faon la plus piquante du monde1 le respect se temprait de famili>it4 ,elle l'admira1 l'amusa1 lui inspira la plus haute ide d'elle-mme et de lui4 ,et son m>i1 qui ensuite elle le prs5ta1 l'invita v5ir dn] *ez eux aussi s\v5t qu'il v\drait4 ,alors s'ouvrir5t p\r ,b>sabas des sema9es si heureuses1 que peu s'en fallut qu'il n'oublit1 p> in/ants1 de se dsol] des lacunes de sa sci5ce4 ,t\s les soirs1 assis prs de son lve1 il se s5tait rajeunir1 en mme temps que son lve rajeunissait ses yeux4 ,t5drem5t1 humblem5t1 il lui faisait l'aveu de ses ambitions et de ses dboires3 et elle1 en *ange1 avec un s\rire +nu de ses d5ts t\tes neuves1 elle lui racontait son enfance1 la mort d'un petit oiseau qu'elle avait n\rri4 ,mais surt\t elle le ravissait p> sa passion de s'in/ruire4 ,elle lui dem&a de l'emm5] avec lui1 dans son pro*a9 voyage2 et bi5 que ,b>sabas1 craignant p\r elle les incommodits des aub]ges lo9ta9es1 l'et simplem5t conduite en ,sicile1 jamais aucun de ses autres voyages ne lui p>ut si *>mant4 ,il montra son amie le b]ceau d',empdocle1 il lui exposa la doctr9e de ce philosophe1 il lui apprit nomm]1 dans t\tes les langues1 les fleurs qu'il cueillait p\r elle au bord des s5ti]s4 ,de ret\r ,rome1 o ils tai5t rev5us p> le plus long *em91 ils se promir5t de vivre dsormais t\t enti]s l'un p\r l'autre4 ,la dame se fit faire une robe l'gypti5ne1 dont elle prit le modle sur un vase que son ami lui avait donn4 ,et l'ami1 af9 de plac] ses travaux mme s\s l'inspiration de sa *re matresse1 =ma le projet d'tudi] les =mes div]ses des s5tim5ts de l'am\r *ez les div]s peuples4 ,mais le has>d v\lut que cette av5ture1 qui avait mis le comble sa =tune1 ft aussi l'orig9e de t\s ses malheurs4 ,mo9s de qu9ze j\rs aprs tre rev5ue avec lui de ,sicile1 la dame lui signifia qu'elle ne p\rrait plus recevoir ses leons2 et il apprit qu'elle s'tait dj *oisi p\r pr(esseur un autre savant1 n\vellem5t arriv ,rome4 ,c'tait un jeune ,grec de ,*ypre qui1 t\t comme ,b>sabas1 possdait un don extraord9aire2 mais son don1 lui1 tait de l'ordre ma?matique3 il consi/ait savoir rs\dre1 sance t5ante1 les problmes de calcul les plus compliqus4 ,dix *iffres multipli] p> dix autres ne semblai5t ri5 qu'un jeu p\r la prodigieuse mmoire du jeune ,cypriote1 qui se tr\vait tre1 avec cela1 =t bel homme1 laissant voir des =mes d'une admirable vigueur s\s le co/ume biz>re dont il s'affublait4 ,aussi ne p>lait-on que de lui2 et le bruit qu'il faisait avait1 ds le premi] j\r1 indign ,b>sabas1 qui1 c]tes1 ne se ft jamais att5du devoir cd] un tel homme le cur de son lve4 ,ce cur que1 la veille encore1 il avait s5ti t\t lui1 il ne se rsigna pas le p]dre avant d'avoir t5t de le ressaisir4 ,ne p\vant plus donn] de leons la dame1 il p\vait1 du mo9s1 cont9u] dn] *ez elle4 ,il y v9t dn]1 le soir mme2 et le m>i eut p\r lui des prv5ances qui lui r5dir5t c\rage4 ,mais elle1 au contraire1 fuyait ses reg>ds1 ou bi5 p>fois lui lanait un rapide c\p d'il ml de mpris et de compassion4 ,il f9it p> l'abord]1 au sortir de table4 ,il lui rappela ce qu'il tait1 la gloire et les honneurs que son savoir lui avait valus4 ,elle-mme1 s\v5t1 ne lui avait-elle pas rpt qu'il rsumait en lui l'me univ]selle8 ,ne s'tait-elle pas m]veille1 *aque j\r davantage1 de la pr(ondeur et de l't5due de son cosmopolitisme8 ,et c'tait lui qu'elle v\lait ma9t5ant sacrifi] un faux savant1 un balad9 de l'espce de ceux qui dansai5t dans les foires6 ,mais la dame1 qui sans d\te avait hte de rejo9dre son n\veau pr(esseur1 ne prit pas la pe9e de lui rpondre en dtail4 ,mon pauvre ami1--lui dit-elle1--je croyais v\s avoir assez pay de vos leons2 puisque v\s p>aissez en jug] autrem5t1 je vais donc a*ev] de m'acquitt] env]s v\s en v\s donnant1 mon t\r1 deux conseils prcieux4 ,d'abord1 qu& v\s dn]ez dans une maison roma9e1 vitez de mang] votre vi&e avec vos doigts3 ri5 ne nuit autant votre rputation de citoy5 du monde6 ,et puis1 si l'un des convives v\s p>le de ,virgile1 n'affirmez pas que c'e/ un mauvais pote1 a9si que v\s v5ez de le faire t\t l'heure3 av\ez plutt que1 tant trang] ,rome1 v\s tes hors d'tat de compr5dre le gnie de nos potes6 ,sur quoi elle lui t\rna le dos et s'enfuit dans la salle vois9e1 aprs lui avoir adress un d]ni] s\rire qui1 seul1 aurait suffi p\r lui t] t\te envie de la suivre4 ,mais1 au re/e1 ,b>sabas n'en avait plus nulle envie1 c> son am\r s'tait te9t d'un seul c\p1 comme une petite flamme s\s un s\ffle de v5t4 ,il s'empressa de r5tr] *ez lui1 et jusqu'au l5dema9 il se prom5a fivreusem5t p>mi ses livres p>s1 songeant l'inju/ice mon/rueuse des deux repro*es qu'il v5ait d'ent5dre4 99 99 99 99 99 ,le premi] de ces repro*es1 dire vrai1 n'tait pas sans quelque fondem5t4 ,oui1 en effet1 malgr son cosmopolitisme1 ,b>sabas s5tait qu'il avait g>d les rudes allures d'un paysan de la ,galile4 ,il n'avait pu se contra9dre mang]1 ni m>*]1 ni se vtir de la manire dont le faisai5t1 aut\r de lui1 les vritables ,roma9s4 ,ses toges avai5t beau lui cot] =t *]1 jamais il n'avait pu appr5dre les bi5 port]4 ,et il s5tait aussi qu'il p>lait trop vite1 et que ses clats de rire tai5t trop bruyants4 ,mais1 n'atta*ant lui-mme ces m5us dtails aucune importance1 il n'admettait pas que p]sonne leur en atta*t2 t&is que le second repro*e1 au contraire1 l'avait atte9t au vif1 si au vif que c'e/ en l'ent5dant qu'il avait s\da9 cess d'aim] son lve4 ,virgile6 ,on osait lui repro*] de ne pas compr5dre ce mauvais pote6 ,n'avait-il pas durant six mois1 l'hiv] prcd5t1 tudi en public les glogues et l'nide1 au d\ble po9t de vue tymologique et grammatical8 ,n'avait-il pas s\mis le texte de ces pomes l'analyse la plus rig\reuse1 relevant *aque v]s des expressions impropres1 des images =ces1 des fautes de grammaire ou de prosodie8 ,ce qu'il ne compr5ait pas1 en effet1 et qui depuis longtemps dj l'exasprait1 c'tait le culte sup]/itieux des ,roma9s p\r ,virgile4 ,ce mme soir1 au dn]1 un jeune vois9 de table lui avait racont qu'il avait pass la nuit prcd5te relire l'nide1 et qu'il avait t plus ravi que jamais de la div9e h>monie qui s'en dgageait4 ,p>eillem5t1 des ,grecs lui avai5t p>l de la volupt que leur causait l'h>monie de ,sophocle2 et dans t\s ses voyages il avait r5contr des lettrs qui lui avai5t vant l'h>monie de leurs potes locaux4 ,et lui1 dsireux de pr5dre sa "p de leur motion1 il avait lu et relu t\s ces potes3 quelques-uns d'entre eux lui avai5t p>u plus +nieux1 plus savants1 plus corrects que les autres2 mais1 *ez ceux-l mme1 il n'avait pu dc\vrir aucune trace de cette my/rieuse h>monie que se plaisai5t leur prt] leurs compatriotes4 ,qu'tait-ce1 au surplus1 que cette h>monie8 ,a quel signe la reconnaissait-on8 ,et quoi s]vait-elle8 ,et comm5t un ,roma9 ou un ,grec p\vait-il la tr\v] dans sa langue1 alors que lui1 ,b>sabas1 qui savait t\tes les langues1 n'tait p>v5u la tr\v] nulle "p8 ,et cep5dant1 y rfl*ir1 il se s\v9t de l'avoir1 lui aussi1 jadis1 tr\ve quelque "p4 ,il se s\v9t que jadis1 dans son village1 ri5 ne lui plaisait autant que d'ent5dre rcit] c]ta9s pomes en patois galilen1 des rcits de batailles1 des fables1 des prires1 ou encore des pla9tes d'am\r t\tes remplies la fois de tri/esse et de d\ceur4 ,il tait alors si ignorant que le s5s d'une f\le de mots lui *appait1 lorsque sa mre ou quelque ami lui rcitait ces pomes2 mais il n'en pr\vait pas mo9s1 les ent5dre1 un bonheur s+uli]1 comme si *aque v]s et voqu devant ses yeux mille images vivantes1 et fait *ant] dans son cur une vole d'oiseaux4 ,l'h>monie1 oui1 c'tait le nom qui conv5ait le mieux p\r cette beaut1 secrte1 mais p\rtant si belle6 ,et ,b>sabas dut s'av\] que sa langue natale1 t\t au mo9s1 tait capable d'une telle h>monie4 ,p>mi les manuscrits de sa biblio?que1 il se rappela qu'il possdait un recueil de posies populaires de la ,galile4 ,il l'avait fait v5ir gr&s frais de ,cap]nam1 p\r une srie d'tudes qu'il projetait sur les d=mations de la langue syri5ne4 ,il c\rut le pr5dre1 et se mit lire les pices qui1 jadis1 l'avai5t le plus frapp4 ,mais en va9 il essaya d'y retr\v] leur anci5ne beaut4 ,la d=mation de la langue syri5ne y tait dcidm5t trop grossire et trop incorrecte3 et puis quelle pauvret d'ides1 quelle abs5ce de t\te rgle dans la prosodie6 ,b>sabas avait beau mpris] les potes grecs et lat9s2 il voyait bi5 que leurs v]s tai5t c5t fois suprieurs ces in=mes compla9tes4 ,celles-ci tai5t dsormais dev5ues plus muettes encore1 p\r lui1 que l'nide et les deux dipe4 ,il en conclut que t\s les potes1 en dpit de leur gloire1 tai5t de mauvais potes4 ,et il entreprit d'crire lui-mme un ouvrage o il introduirait l'h>monie qui manquait aux leurs4 ,p]sonne1 assurm5t1 n'tait plus apte que lui l'crire4 ,ne connaissait-il pas l'ess5ce de t\tes les langues1 l'orig9e des mots1 leur signification1 le p\voir d'images et de ry?mes qui tait en eux8 ,n'avait-il pas lu t\s les potes8 ,ne s'tait-il pas +ni dc\vrir leurs fautes1 comme aussi les moy5s qu'ils aurai5t eus de les vit]8 ,il se mit donc l'uvre1 et comm5a d'abord un gr& pome lat94 ,mais il s'ap]ut bi5tt que la langue lat9e1 si familire qu'elle lui ft1 se prtait mal l'expression des nuances div]ses de ses s5tim5ts4 ,il s'ap]ut que cette langue1 dont il croyait savoir t\s les secrets1 avait t\j\rs une f\le de secrets impntrables p\r lui4 ,va9em5t il s'a*>nait tr\v] le mot ju/e3 les mots tai5t ju/es1 dans les phrases qu'il crivait1 la syntaxe irrpro*able1 le ry?me p>fait2 mais les phrases1 en f9 de compte1 sonnai5t faux1 une my/rieuse mal*ance les emp*ait t\j\rs d'tre t\t fait des phrases lat9es4 ,et ,b>sabas1 dc\rag1 rsolut d'crire son pome en langue syri5ne4 ,c'tait sa langue natale1 la seule langue qu'il s5tt au lieu de se born] la compr5dre1 comme il faisait de t\tes les autres4 ,sa comprh5sion des autres langues allait lui p]mettre de donn] celle-l une puret1 une lgance1 une h>monie sans p>eilles6 ,hlas6 cette langue-l aussi lui tait dev5ue trangre4 ,au contact des autres1 elle avait p]du p\r lui la c\leur et la saveur qu'elle avait eues autrefois1 qu& elle tait sa langue1 l'enveloppe naturelle de t\tes ses ides4 ,les phrases syri5nes qu'il essayait d'crire sonnai5t plus faux encore que ses phrases lat9es3 il les entremlait malgr lui de t\rnures trangres1 il y donnait aux mots des s5s que1 peut-tre1 ils aurai5t d avoir1 mais qu'ils n'avai5t pas dans l'usage c\rant4 ,il crivait1 raturait1 crivait de n\veau2 et qu&1 ensuite1 il se lisait haute voix ce qu'il v5ait d'crire1 l'ensemble avait un air affect1 maladroit1 bi5 mo9s h>monieux que les naves *ansons de son village natal4 ,et ce n'tait pas t\t4 ,a mesure qu'il pe9ait sur son pome syri51 il tait am5 con/at]1 t\s les j\rs davantage1 que ce n'tait pas seulem5t la facult d'crire1 mais aussi la facult de p5s]1 que la pratique des langues trangres avait dtruite en lui4 ,c> la diffr5ce des langues1--il le dc\vrait davantage t\s les j\rs1--ne consi/e pas seulem5t traduire une mme ide en des mots diffr5ts3 elle rpond une diffr5ce pr(onde dans les faons de concevoir ou d'ordonn] les ides4 ,et *aque homme n'e/ capable que d'une seule de ces faons3 de telle sorte que ,b>sabas1 p\r avoir v\lu p5s] dans t\tes les langues1 tait dev5u incapable de p5s] dans aucune d'elles4 ,il cont9uait p\voir les p>l] t\tes2 mais dans aucune d'elles il n'avait plus ri5 dire4 ,ses ides1 peu peu1 avai5t cess de vivre1 en lui4 ,et ma9t5ant il s'en r5dait compte2 et j\r et nuit il s'puisait au travail1 sans russir tir] de son c]veau une p5se qui ne ft po9t trop vague1 trop t]ne1 trop banale4 ,son c]veau tait vide1 comme si une avalan*e de pi]res avait cras t\tes les fleurs qui1 jadis1 y avai5t p\ss4 ,il avait bravem5t support1 qu9ze ans aup>avant1 la p]te de sa foi2 mais la p]te de son intellig5ce lui fut un c\p t]rible4 ,il int]rompit ses leons1 n'ayant pas le c\rage d'enseign] autrui une sci5ce dont lui-mme avait retir d'aussi tri/es effets4 ,il brla ses manuscrits1 il brla t\s les livres de sa biblio?que2 et plusieurs mois durant il re/a enf]m dans sa maison1 t\t enti] au s5tim5t d\l\reux de son impuissance4 ,ni la =tune1 ni la gloire1 ni le luxe1 ni la socit des hommes1 ri5 ne p>v5ait plus le div]tir4 ,il eut un mom5t l'ide de v5dre ses bi5s et de voyag] trav]s le monde3 mais les voyages lui p>aissai5t dsormais une fatigue plus inutile encore que les autres4 ,il avait trop clairem5t acquis la c]titude que jamais un homme ne peut prt5dre pntr] l'me d'aucun peuple1 si ce n'e/ de celui o il e/ n et dont il fait p>tie4 ,s\s les langues1 s\s les murs1 s\s les dtails div]s de la vie extrieure1 il dev9ait dans *aque pays la prs5ce d'une vie plus relle et plus intime1 jamais insaisissable p\r un trang]4 ,et c'e/ ce qu'il comprit non mo9s videmm5t lorsque1 sur le conseil d'un ami1 il t5ta de se ml] la vie roma9e4 ,huit j\rs passs au ,=um et dans les assembles lui suffir5t p\r se conva9cre de l'inanit de cette t5tative4 ,la vie roma9e tait faite p\r les ,roma9s2 elle rsultait d'un trs vieux fonds d'habitudes et de p5ses communes1 et ceux-l seuls p\vai5t y pr5dre "p que la suite des sicles y avait prp>s4 ,il se rappela ce que lui avait dit autrefois un philosophe d',alex&rie3 que ,platon devait =cm5t re/] incomprh5sible qui n'avait pas t n\rri de l',iliade4 ,oui1 et1 de la mme faon1 la vie prs5te de ,rome ne laissait voir son vrai s5s qu' ceux dont les pres avai5t va9cu ,c>?age4 ,lui1 ,b>sabas1 il n'tait qu'un trang]1 ,rome aussi bi5 qu' ,alex&rie1 en t\t endroit du monde o il se tr\vait6 ,un tre impuissant1 vide1 incapable de t\te p5se1 voil ce qu'avait fait de lui son cosmopolitisme6 ,et *aque j\r1 le s5tant davantage1 il en pr\vait plus de honte et plus de frayeur4 99 99 99 99 99 ,or un mat9 d'hiv]1 p5dant qu'il errait au has>d des rues1 un pauvre homme qui passait l'aborda respectueusem5t4 ,il t5ait on ma9 un papi] sur lequel tait inscrite l'adresse d'un hpital3 et1 p> ge/es1 il priait ,b>sabas de lui montr] sa r\te4 ,et ,b>sabas1 levant les yeux sur lui1 le reconnut aussitt4 ,c'tait un paysan de son village1 celui-l mme qui jadis1 devant les portes de ,jrusalem1 il avait annonc sa miraculeuse mission4 ,il l'appela donc p> son nom2 aprs quoi1 s'tant fait reconnatre1 il l'int]rogea sur sa prs5ce ,rome4 ,le paysan n'y tait arriv que depuis quelques heures2 il v5ait *]*] son jeune frre1 qui tait malade2 et il comptait rep>tir le l5dema9 mat94 ,ses misrables vtem5ts tombai5t en lambeaux2 il p>aissait puis d'inquitude1 de fatigue1 et de froid3 mais une longue habitude de bonheur se lisait dans le reg>d de ses bons yeux bleus4 ,et ,b>sabas1 d'abord1 ne put s'emp*] d'en tre jal\x4 ,il retr\va t\tefois son anci5 orgueil p\r rpondre au paysan1 lorsque celui-ci se ft enh>di lui dem&] s'il avait a*ev de conv]tir ,rome la foi du ,*ri/4--,sa*e1 rpondit-il1 que j'ai depuis longtemps cess de pr*] l'vangile1 ayant t promu un emploi plus haut6 ,je suis ma9t5ant un des p]sonnages les plus considrables de ,rome1 et de t\t l'empire4 ,je possde deux maisons1 des c5ta9es d'esclaves1 un doma9e plus va/e que ,cap]nam2 et il n'y a pas au monde un seul homme plus savant que moi6 ,l-dessus1 se drapant dans sa toge1 il fit m9e de v\loir congdi] son anci5 ami1 aprs lui avoir indiqu le *em9 qu'il avait suivre4 ,mais pe9e l'eut-il vu s'loign]1 qu'il le rappela4 ,t\te trace de sa hauteur avait s\da9 disp>u3 il tremblait1 ses g5\x fl*issai5t1 et c'e/ presque voix basse qu'il dem&a au paysan ce qui s'tait pass dans son village1 depuis v+t ans bi5tt qu'il en tait p>ti4 ,oh6 frre1 lui rpondit le paysan1 n\s avons t1 n\s aussi1 p>faitem5t heureux6 ,et je t'assure que pas une fois1 dans nos prires1 n\s n'avons manqu implor] p\r toi t\tes les grces du ciel1 en rcomp5se du bonheur que tu n\s z valu6 ,c> c'e/ toi qui n\s z enseign j\ir de la vie6 ,n\s tions1 jusque-l1 comme des sauvages3 n\s avions la tte ple9e de dsirs trompeurs et de curiosits inutiles4 ,c'e/ toi qui1 p> ton exemple1 n\s z tirs de cette b>b>ie1 en appliquant p>mi n\s les leons de ton div9 matre4 ,et dsormais1 ayant appris de toi l'unique sagesse1 n\s mettons t\t notre so9 en pr(it]4 ,que te dirai-je de plus8 ,tel qu'tait notre village qu& tu n\s z laisss1 tel exactem5t tu le retr\v]ais auj\rd'hui4 ,nos j\rnes s'c\l5t l5tem5t2 et1 bi5 qu'elles soi5t p>eilles l'une l'autre1 *acune n\s apporte quelque plaisir n\veau4 ,n\s cultivons nos *amps1 n\s paissons nos *vres1 n\s habituons nos enfants vivre comme n\s4 ,le soir1 runis sur la gr&-place1 n\s c\tons l'un de n\s qui1 t\r de rle1 n\s raconte des fables ou n\s *ante des *ansons2 c>1 imag9e-toi1 fables et *ansons fleuriss5t d'elles-mmes dans nos curs1 depuis que n\s avons arra* de ceux-ci les mauvaises h]bes qui les encombrai5t4 ,et puis1 avant de n\s endormir dans les *]s bras de nos femmes1 n\s rem]cions une d]nire fois ,jsus de la belle fte qu'a t la j\rne4 ,mais1 de t\s les secrets que tu n\s z rvls1 il y en a un qui1 plus encore que les autres1 peut-tre1 n\s a t prcieux4 ,te s\vi5s-tu que1 deux ou trois reprises1 tu z refus de sortir du village1 mme p\r all] te jo9dre tes amis *rti5s8 ,et n\s1 p>eillem5t1 n\s avons pris de plus en plus l'habitude de ne jamais sortir de notre village4 ,n\s avons born t\te notre vie aux limites des lieux o n\s sommes ns1 de faon les mieux connatre1 n\s s5tir plus pr(ondm5t en contact avec eux4 ,et c'e/ cela qui n\s a p]mis de ne =m]1 t\s ensemble1 qu'une mme famille4 ,n\s p>lons t\s la mme langue1 n\s avons les mmes rves et les mmes s\v5irs4 ,si l'un de n\s e/ tri/e1 n\s savons les moy5s de le consol]4 ,si l'un de n\s meurt1 ses enfants tr\v5t aussitt un autre pre1 t\t prt les aim] et les amus]4 ,et c'e/ comme si1 jeunes et vieux1 t\tes nos p5ses n\s tai5t communes4 ,seul1 mon malheureux frre e/ v5u ,rome1 se figurant qu'il aurait plus de plaisir dans une gr&e ville3 il n'y a eu que la faim et l'ennui4 ,ah6 ,b>sabas1 quel que soit le n\veau mti] que tu t'es *oisi1 tu mrites bi5 les faveurs dont le ciel t'a combl6 ,et gr&e s]a la joie de t\t le village1 qu& on saura que tu z daign me reconnatre1 humble et pauvre comme je suis6 ,c> ton s\v5ir e/ auj\rd'hui aussi prs5t p>mi n\s qu'au l5dema9 du j\r o tu n\s z quitts4 ,les petits enfants eux-mmes bniss5t ton nom1 et n'ont pas de plus d\ce ambition que de te ressembl]4 ,c'e/ ta maison qui1 le diman*e1 n\s s]t d'glise4 ,et ton petit ne1--te le rappelles tu8--de quels t5dres so9s n\s l'aurions ent\r1 s'il avait pu survivre au *agr9 de ton d"p6 ,mais la pauvre bte n'a pas pu y survivre6 ,une sema9e encore aprs tre rev5u de ,jrusalem1 je l'ai vue err] au flanc de la coll9e1 comme si elle guettait l'heure de ton ret\r4 ,et puis1 un mat91 n\s l'avons tr\ve morte dans ton *amp de figues4 --,et ma mre8444 ,et ma femme8--murmura ,b>sabas4 --,elles viv5t l'une et l'autre1 frre2 mais je craignais de te p>l] d'elles4 ,ce sont1 en vrit1 deux sa9tes1 la ri*esse et la gloire de t\t le village4 ,leur exemple a1 p\r n\s1 remplac le ti52 et pas un j\r ne s'e/ pass1 depuis v+t ans1 sans qu'un de n\s leur ait d un sec\rs ou une consolation4 ,hlas6 p\rquoi faut-il que1 seules d'entre n\s t\s1 elles s\ffr5t d'une s\ffrance que n\s ne puissions pas s\lag]6 ,t\j\rs prtes n\s assi/] dans nos pe9es1 elles seules ne pr5n5t po9t de "p nos plaisirs4 ,les jeux mme de nos enfants ne p>vi5n5t pas les gay]4 ,et s\v5t n\s les voyons1 elles aussi1 mont] tri/em5t au sommet de la coll9e1 comme si elles cons]vai5t l'espoir de ton ret\r6 ,b>sabas n'eut pas la =ce d'en ent5dre plus long4 ,il r5tra *ez lui1 s'enf]ma dans sa *ambre1 et1 tombant g5\x1 il pria humblem5t3 --,seigneur ,jsus1 s'cria-t-il1 bni soyez-v\s d'avoir r\v]t mes yeux la vrit6 ,ce don des langues1 que mon orgueil m'a fait pr5dre p\r un prcieux privilge1 ce n'tait1 je le vois1 qu'une preuve que v\s m'imposiez4 ,et1 avec ce don1 l'orgueil e/ entr en moi1 p\r m'aveugl] l'esprit et me p\rrir le cur4 ,j'ai ab&onn mon village1 le seul lieu du monde o je p\vais vivre4 ,je me suis cru l'gal des aptres que v\s aviez lus1 je me suis assign une mission dont je n'tais pas digne2 j'ai sacrifi de misrables *imres le s\ci de votre gloire et de mon bonheur4 ,*aque j\r1 depuis v+t ans1 je me suis c>t du simple et droit *em9 que v\s m'aviez trac4 ,et ma9t5ant mes yeux se sont r\v]ts1 et je tremble de honte au spectacle du b\rbi] que je suis dev5u4 ,seigneur1 mon p* e/ trop gr& p\r que je puisse ri5 att5dre de votre indulg5ce6 ,et dj v\s m'avez *ti1 mon *tim5t a comm5c en mme temps que ma faute4 ,mais1 si mon *tim5t ne doit jamais f9ir1 faites du mo9s1 ,seigneur1 que ma faute f9isse6 ,p]mettez-moi d'tre de n\veau un *rti58 un homme dont la vie s]ve aux autres1 au lieu de leur nuire6 ,r5dez-moi le c\rage de r5atre v\s6 ,laissez-moi v\s s5tir encore deb\t prs de moi1 comme jadis1 qu& je j\ais avec les enfants ,jrusalem6 ,que les l>mes de ma femme et de ma mre obti5n5t de v\s ce d]ni] miracle6 ,a9si pria ,b>sabas4 ,et sa prire fut1 cette fois1 exauce3 c> lorsque1 s'tant relev1 il v\lut appel] ses esclaves p\r pr5dre cong d'eux1 il s'ap]ut que le ,seigneur l'avait r5du muet4 ,,iii ,,le ,p,,nit5t ,et v] b5e doctus e/ qui ,dei voluntatem facit4 7,,imitatio ,,*ri/i1 ,i1 #d47 ,il vcut longtemps encore1 dans son village1 j\issant de la grce n\velle qu'il avait reue de son matre4 ,il avait eu cep5dant une m9ute d'angoisse1 le soir de son ret\r1 qu& il avait revu ses anci5s amis4 ,non qu'il s\ffrt de ne p\voir pas rpondre leurs que/ions3 jamais peut-tre son don des langues ne lui avait apport un cont5tem5t aussi p>fait que ce don contraire qui l'avait remplac4 ,mais c'tait la premire fois qu'il s'ap]cevait d'autres *angem5ts surv5us en lui1 et qui n'avai5t de cause que sa propre sottise4 ,en comp>aison de lui1 les plus vieux des habitants du village semblai5t avoir v+t ans4 ,une fra*e et heureuse sant rayonnait de leurs bonnes figures2 leurs m\vem5ts g>dai5t une aisance1 une s\plesse juvniles2 et lui1 le pauvre ,b>sabas1 deb\t p>mi eux avec son dos vot1 ses ma9s tremblantes1 son crne *auve et les rides de son front1 il tait comme une maison brle au milieu d'une rue4 ,du mo9s l'accueil qu'ils lui fir5t ne t>da-t-il pas le consol]4 ,le paysan qu'il avait r5contr ,rome lui avait dit vrai3 son s\v5ir tait re/ aussi vivant p\r eux que si son abs5ce n'avait dur que quelques sema9es4 ,ils l'avai5t seulem5t appel d'un autre nom1 en naf tmoignage de leur reconnaissance4 ,le ,ju/e1 c'e/ a9si qu' prs5t ils le dsignai5t4 ,et il n'y avait p]sonne1 dans le village1 enfant ni vieill>d1 qui ne ft prt se dp\ill] de t\s ses bi5s p\r les lui (frir4 ,aussi1 malgr l'infirmit qui l'avait frapp1 le supplir5t-ils1 ds son ret\r1 de cons5tir tre le *ef de leur communaut4 ,mais le ,ju/e avait dcidm5t p]du le gt des honneurs4 ,son unique ambition tait1 dsormais1 de s]vir3 c> il ne se jugeait mme plus digne de vivre en gal de ces braves g5s1 qui le priai5t de leur comm&]4 ,et bi5tt une occasion de s]vir ses frres se prs5ta lui4 ,il apprit qu'une vieille femme1 qui l'avait autrefois b]c sur ses g5\x1 tait =t emp*e de m5] patre ses trois *vres et son ne4 ,elle tait fatigue1 malade3 *aque j\r la m>*e lui dev5ait plus pnible4 ,b>sabas obt9t qu'elle lui remt le so9 de son petit tr\peau4 ,t\s les mat9s1 au lev] du soleil1 il s'en allait avec ses n\veaux compagnons1 en qute de quelque creux des coll9es o l'h]be ft v]te et la feuille paisse4 ,p>fois l'ne1 qui avait l'humeur fantasque1 se mettait c\rir1 ou bi5 encore refusait d'avanc]4 ,p>fois l'une des *vres tombait dans un rav91 et ,b>sabas tait =c d'y desc5dre sa suite4 ,mais il acceptait en s\riant ces faciles preuves4 ,et1 au total1 revoyant ses p*s1 peu s'en fallait qu'il ne s'tonnt de l'excs d'indulg5ce de son div9 matre4 ,depuis longtemps1 en effet1 il ne se s\v5ait pas d'avoir connu une vie aussi heureuse3 depuis le j\r o il s'tait cru appel conv]tir le monde4 ,quelle d\ce vie1 songeait-il1 quelle paix en moi et aut\r de moi6 ,le bleu du ciel s'arg5te de nuages transp>5ts2 le p>fum des fleurs fait *ant] les cigales2 et voici mon *evreau noir qui acc\rt en blant1 p\r que je lui appr5ne saut] p>-dessus mon bton6 ,de ces *res cratures confies ma g>de1 il n'y en a pas une dont les p5ses ne me soi5t familires4 ,je lis dans leurs yeux comme dans un livre3 et1 bi5 que ni elles ni moi ne puissions n\s p>l]1 je pntre en elles sans ombre d'ef=t2 t&is qu' ,rome1 avec t\te ma sci5ce1 l'me de mes plus pro*es amis me re/ait f]me6 ,et il voyait alors que1 p\r pntr] dans l'me d'autrui1 le moy5 n'tait pas de connatre les langues1 ni les murs1 ni l'hi/oire1 mais simplem5t de s'oubli] soi-mme et d'aim] autrui4 ,a9si s'c\lr5t de tranquilles annes1 jusqu' ce qu'un mat9 ,b>sabas1 en s'veillant1 ne se s5tit plus la =ce de se lev] de son lit4 ,il comprit aussitt que son matre avait a*ev de lui p>donn]4 ,et peut-tre mme ce p>don lui fut-il confirm p> un autre signe3 c> sa femme a racont plus t>d que1 au mom5t o elle v5ait prs de lui1 elle l'avait ent5du disant voix haute1 en patois galilen1 et avec son naf acc5t de jadis3 ,notre ,pre qui tes aux cieux1 que votre nom soit bni6 ,mais le fait e/ que1 ni sa femme1 ni sa mre1 ni ses amis acc\rus en f\le son *evet1 il ne p>la autrem5t que p> signes2 et il n'eut pas beso9 d'une autre langue p\r leur exprim]1 de la faon la plus claire et la plus t\*ante1 combi5 il tait c]ta9 de se retr\v] bi5tt avec eux1 dans un monde o ,dieu ne p\rrait manqu] de leur concd]1 jamais1 un village et des coll9es semblables aux leurs4 ,puis il s'teignit d\cem5t1 tranquillem5t1 comme un enfant s'endort4 ,et1 si les has>ds d'une excursion v\s conduisai5t dans le village de ,galile o il a vcu les seules annes vivantes de sa vie1 les habitants ne manqu]ai5t pas de v\s rpt] l'hi/oire de ce ,ju/e qui son div9 matre1 aprs lui avoir accord la grce de p>l] t\tes les langues1 avait daign accord] la grce1 plus prcieuse encore1 de tr\v] le repos et le bonheur sans en p>l] aucune4 #aijj4 ,,iv ,,le ,,fils ,,de ,,la ,,veuve ,,de ,,na,m1 ,,ou ,,la ,,mort ,,et ,l',,am\r1 ,,conte ,,p\r ,,le ,,j\r ,,des ,,morts ,,tibi1 ,,m>g>it ,,me4 #aa4 ,le j\r suivant1 ,jsus v9t dans une ville appele ,nam1 et ses disciples le suivai5t avec une gr&e f\le4 #ab4 ,et1 comme il tait prs de la porte de la ville1 des g5s portai5t en t]re un mort1 qui tait fils unique de sa mre2 et cette femme tait veuve3 et bon nombre de p]sonnes de la ville l'accompagnai5t4 #ac4 ,or le ,seigneur1 l'ayant vue1 fut mu de compassion env]s elle4 ,et il lui dit3 ,ne pleure po9t6 #ad4 ,puis1 s'appro*ant1 il t\*a le c]cueil2 et ceux qui le portai5t s'arrtr5t4 ,alors il dit3 ,jeune homme1 je te l'ordonne1 lve-toi6 #ae4 ,aussitt le mort se releva1 s'assit1 et se mit p>l]4 ,et ,jsus le r5dit sa mre4 7vangile selon sa9t ,luc1 ,,vii47 ,or ceux qui conduisai5t ,paul l'am5r5t ,a?nes et l'y laissr5t4 ,et1 p5dant que ,paul demeurait ,a?nes1 son esprit se s\levait d'motion en voyant cette ville adonne l'idoltrie4 ,il discutait la synagogue avec les juifs2 et il discutait aussi1 sur la gr&-place1 avec t\s ceux qui se tr\vai5t l4 ,et des philosophes picuri5s et /oci5s discutai5t l avec lui4 ,et c]ta9s disai5t3 ,ce bav>d1 que veut-il8 ,et d'autres3 ,il p>at v\loir annonc] des dieux trang]s6 ,c> ,paul leur pr*ait ,jsus et sa rsurrection4 ,on l'entrana donc l',aropage1 en lui disant3 ,ne p\vons-n\s pas savoir quelle e/ cette n\velle doctr9e que tu enseignes8444 ,alors ,paul1 se t5ant deb\t sur l',aropage1 dit3 ,a?ni5s1 j'ai l'impression que v\s tes1 en quelque sorte1 trop religieux2 c> en p>c\rant vos temples1 sur mon passage1 j'y ai mme tr\v un autel o tait crit3 ,au ,dieu inconnu4 ,or ce ,dieu1 que v\s adorez sans le connatre1 c'e/ lui que je vi5s v\s annonc]6 ,mais ce ,dieu1 qui a fait le monde et t\t ce qui s'y tr\ve1 tant matre du ciel et de la t]re1 n'habite po9t dans des temples faits de ma9 d'homme2 et ce n'e/ po9t p> des ma9s d'homme qu'il peut tre s]vi1 n'ayant beso9 de ri51 puisque c'e/ lui qui donne aux hommes la vie1 le s\ffle1 et t\t ce qu'ils ont4 ,d'un seul sang il a fait t\te la race des hommes1 af9 qu'elle habitt la surface de la t]re3 ayant m>qu d'avance l'ordre des saisons1 et indiqu les limites o *aque peuple devait demeur]4 ,et il leur a ordonn de *]*] ,dieu1 p\r a9si dire1 ttons jusqu' ce qu'ils l'ai5t tr\v4 ,mais1 en ralit1 ,dieu e/ t\t prs de *acun de n\s4 ,c> c'e/ en lui que n\s vivons1 et que n\s n\s m\vons1 et que n\s sommes1 comme l'ont dit dj quelques-uns de vos potes3 puisque n\s sommes t\s sa progniture4 ,or1 tant la progniture de ,dieu1 n\s ne devons pas croire que la div9it soit p>eille de l'or1 ni de l'arg5t1 ni de la pi]re1 ni aux uvres sculptes de l'art1 ni ri5 de ce que l'homme peut imag9]4 ,et ,dieu1 ayant laiss pass] ces temps d'ignorance1 fait ma9t5ant annonc] t\s les hommes1 en t\s lieux1 qu'ils sa*5t la vrit1 et r5tr5t en eux-mmes3 att5du qu'il a fix un j\r o il doit faire jug] les hommes1 suivant la ju/ice1 p> ,celui qu'il a de/9 tre leur juge2 de quoi il n\s a donn t\s une preuve manife/e en le ressuscitant d'entre les morts4 ,mais eux1 qu& ils ent5dir5t p>l] de morts ressuscits1 les uns se mir5t rire1 et les antres lui dir5t3 ,tu n\s racont]as la suite de ton hi/oire une autre fois6 ,et a9si ,paul sortit du milieu d'eux4 ,mais quelques-uns des ,a?ni5s se joignir5t lui et crur5t3 p>mi lesquels ,d5is l',aropagite1 et une femme nomme ,dam>is1 et d'autres encore4 7,actes des ,aptres1 ,,xvii1 #ae-cd47 ,i ,,la ,,mort ,celui qui ne demeure pas en moi s]a jet hors de la vigne comme un s>m5t inutile1 et il s*]a1 et on le ramass]a p\r le jet] au feu4 7,sa9t ,jean1 ,,xv1 #f47 ,lorsque ,jsus1 t\* des l>mes de la veuve de ,nam1 ordonna son fils de se lev] dans le c]cueil o1 depuis la veille1 on l'avait t5du1 le jeune homme ouvrit les yeux1 se leva1 et se mit p>l]4 ,mais ses amis1 qui d'abord n'avai5t p5s qu' se rj\ir du miracle glorieux de sa rsurrection1 s'ap]ur5t bi5tt que quelque *ose avait *ang en lui4 ,ce que c'tait au ju/e qui avait *ang1 ils n'aurai5t su le dire3 c> t\s les traits de son visage tai5t re/s les mmes1 et dj ils avai5t repris leur anci5ne app>5ce de fra*eur et de =ce juvniles1 qu'une longue maladie leur avait enleve4 ,ses traits n'avai5t pas *ang1 mais une expression n\velle s'y lisait1 prs5t1 dont ses amis fur5t p\vants4 ,ils eur5t le s5tim5t qu'une autre me1 pr(onde1 obscure1 d\l\reuse1 s'tait sub/itue la simple petite me d'enfant qu'ils avai5t aime4 ,en va9 le jeune homme leur p>lait1 en va9 il les appelait p> leurs noms3 ils ne p>v5ai5t pas le reconnatre4 ,et1 qu& ils l'eur5t ram5 jusque devant sa maison1 aucun d'eux ne s'(frit y entr] avec lui4 99 99 99 99 99 ,ce que c'tait au ju/e qui avait *ang1 dans son visage1 sa mre seule l'avait vu ds le premi] mom5t4 ,r5tre *ez elle1 la vieille femme in/alla son fils la place o elle-mme avait c\tume de s'asseoir2 aprs quoi elle s'ag5\illa prs de lui1 et1 le reg>dant jusqu'au fond des yeux3 ,?omas1 lui dit-elle1 p\rquoi ne me s\ris-tu plus comme tu z t\j\rs fait8 ,je me rappelle que1 le j\r de ta naissance1 ton pre t'a dpos un in/ant dans mes bras3 aussitt tu z cess de cri] et tu m'z s\ri4 ,plus t>d1 p5dant les dix-huit ans que n\s avons vcu ensemble1 ton s\rire a t mon s\ti5 et ma consolation4 ,et tu me s\riais encore1 avant-hi]1 l'heure o dj tes membres comm5ai5t se refroidir4 ,p\rquoi donc ne me s\ris-tu plus1 mon enfant1 ma9t5ant que ce jeune dieu t'a r5du moi8 ,?omas lui prit les ma9s1 et elle vit qu'il remuait les lvres1 s'ef=ant de leur donn] la =me d'un s\rire4 ,mais ni ses lvres1 ni ses yeux1 ne cons5tir5t sec\] l'expression de tri/esse que le doigt de la mort y avait laisse4 ,et la pauvre femme s5tit que son cur se d*irait de n\veau4 ,puis elle se s\v9t que son fils n'avait pas mang3 peut-tre tait-ce la faim qui l'puisait8 ,elle c\rut au m>*1 a*eta du lait1 des ufs1 des gteaux1 t\t ce qu'elle savait qu'il aimait le mieux4 ,et ,?omas ne refusa pas de mang]1 ce dont elle se rj\it comme d'un second miracle3 c> elle en tait arrive se dem&]1 en revoyant son visage immobile1 si ce n'tait pas seulem5t l'ombre de son fils qu'un adroit magici5 avait ranime4 ,et1 aprs qu'il eut mang1 il lui p>la d\cem5t4 ,il la que/ionnait sur ce qui s'tait pass dans la petite ville1 sur ce qu'avai5t dit les uns et les autres1 sur l'arg5t que sa maladie avait d cot]4 ,il p>lait2 mais elle retr\vait dans sa voix la mme tri/esse que dans son reg>d4 ,l'me semblait abs5te des mots qu'il disait4 ,son me n'avait-elle pas encore a*ev de se rveill]8 ,ou bi5 avait-elle rapport1 du royaume my/rieux d'o elle rev5ait1 l'empre9te de quelque effroyable vision que1 jamais plus1 elle ne p\rrait oubli]8 ,il y avait eu autrefois1 dans un village vois9 de ,nam1 un b]g] qui se vantait d'avoir su pntr] au sj\r des morts3 il avait vu des diables1 avec de longues queues1 occups pil] des mes dans des morti]s de f] r\ge4 tait-ce des spectacles comme celui-l qu'avait assi/ ,?omas8 et allait-il en g>d] t\j\rs l'image au fond de ses yeux8 ,la vieille femme n'osa pas l'int]rog]1 pe9e osa-t-elle lui p>l]1 aussi longtemps qu'ils re/r5t assis l'un prs de l'autre1 s\s le soir tombant4 ,mais v+t fois1 p5dant la nuit1 elle se releva1 ralluma la lampe1 s'appro*a avec prcaution du lit de son fils1 esprant le tr\v] endormi4 ,non1 t\j\rs il la reg>dait tri/em5t1 de ses gr&s yeux vides4 ,enf9 elle n'eut plus la =ce de se cont5ir davantage4 --,mon enfant1 lui dit-elle1 je suis ta mre1 aie piti de moi6 ,p]mets-moi du mo9s de p>tag] ton angoisse1 suppos] mme que je n'aie pas le moy5 de la consol]6 ,et puis1 crois-moi1 j'en ai le moy56 ,ce que tu z vu1 l-bas o tu es all1 ce que tu t'imag9es avoir vu1 et dont le s\v5ir t'emp*e de vivre1 ce ne sont ri5 que des cau*em>s1 p>eils ceux qui te t\rm5tai5t p5dant ta maladie4 ,tu te rveillais t\t en sueur1 tremblant1 effray2 mais1 ds que tu m'avais racont ton rve1 il se dissipait4 ,il se dissip]a cette fois encore1 avec l'aide de ,dieu6 ,ef=ce-toi seulem5t de l'oubli]1 aprs me l'avoir dit1 et1 plutt1 p5se la ralit qui se r\vre devant toi6 ,tu z dix-huit ans1 ton jeune corps rayonne de vigueur et de sant6 ,t\t l'heure1 les plus belles filles de ,nam se ret\rn]ont qu& tu pass]as dans la rue4 ,crois-moi1 laisse aux vieux le s\ci de la mort6 ,ces oiseaux qui s'veill5t et *ant5t1 dans notre j>d91 ce soleil qui met des reflets roses aux bran*es de ton *] mri]1 t\t cela1 c'e/ la vie qui t'appelle1 mon enfant6 ,ne l'ent5ds-tu pas8 --,je l'ent5ds1 rpondit ,?omas1 et de l surt\t me vi5t mon angoisse3 c> je cra9s d'avoir jamais p]du le gt de la vie4 ,o suis-je all1 durant ces deux j\rs8 ,qu'ai-je vu8 ,qu'ai-je fait8 ,aucun s\v5ir ne m'en re/e1 et je n'ai aucun rve te racont]4 ,je g>de simplem5t la s5sation d'avoir t tir d'un pr(ond sommeil1 si pr(ond et si reposant que t\t mon tre n'aspire qu' s'y replong]4 ,et quant ce que tu nommes la ralit1 en va9 je m'ef=c]ais d'y pr5dre plaisir6 ,les *oses qui m'ent\r5t m'app>aiss5t enveloppes d'une brume monotone et funbre4 ,j'ai dans la b\*e une saveur trange1 rpugnante1 une saveur de mort4 ,j'ai dans les n>9es une odeur de mort4 ,c'e/1--figure-toi6--comme si j'tais seul vivant p>mi des cadavres4 ,ah6 p\rquoi ce ,galilen444 ,le jeune homme releva les yeux et se tut1 en ap]cevant le visage con/]n de sa mre4 ,mais1 ni ce j\r-l ni jamais1 p5dant les deux annes qui suivir5t1 il ne put *ass] l'imm5se et pesant dgt dont il tait envahi4 ,sa vue ne dc\vrait p>t\t que laideur4 ,t\t l'ennuyait1 la conv]sation de ses amis1 les jeux1 qu'autrefois il avait adors1 les prom5ades dans les bois ou au long des ruisseaux4 ,l'inutilit des occupations huma9es le remplissait d'p\vante4 ,il comp>ait les hommes un cureuil qu'un de ses vois9s avait enf]m dans une cage1 et qui1 du mat9 au soir1 grimpait sur une r\e t\rnant sur elle-mme4 ,la pauvre bte espre t\j\rs tr\v] une issue1 songeait-il4 ,si elle se r5dait compte que la r\e la ramne1 *aque fois1 son po9t de d"p1 elle se jett]ait dans un co9 de la cage1 et ne b\g]ait plus4 ,et tantt il plaignait l'cureuil1 tantt il l'enviait4 ,des amis l'engageai5t se *]*] une di/raction dans l'tude4 ,sa mre v5dit un *amp qu'elle avait1 et lui a*eta des livres1 les d]ni]s ouvrages d'illu/res savants de ,jrusalem4 ,il les lut avec le c\rage hroque d'un malade qui1 p\r gurir1 se s\met aux plus cruelles fantaisies des mdec9s4 ,mais ces livres1 au lieu1 de le gurir1 ne fir5t que lui aggrav] la consci5ce de son mal4 ,a quoi bon1 se disait-il1 n\s fatigu] connatre les secrets d'un monde o n\s ne faisons que pass]1 et qui passe lui-mme t]nellem5t8 ,et d'ailleurs il s5tait bi5 que les secrets du monde n'tai5t pas dans les livres4 ,ce qu'tait la vrit1 il ne le savait pas1 son esprit ayant p]du t\te trace des deux j\rs o il avait t admis la contempl] mais1 contre les prt5dues vrits que lui enseignai5t les savants1 une voix intrieure prote/ait1 en lui4 ,elle lui disait que c'tai5t l de grossi]s m5songes1 des contes comme ceux qu'inv5t5t les n\rrices p\r effray] les enfants4 ,elle lui disait que t\t n'tait qu'illusion et *imre2 que1 du dsordre inf9i des *oses1 p]sonne ne p\vait prt5dre dduire des lois2 et qu'il n'y avait po9t p\r l'homme d'aussi dang]euse folie que de v\loir *app] son ignorance4 ,de telle sorte qu'il f9it p> jet] ses livres au feu1 physique1 et philosophie1 algbre1 grammaire1 hi/oire naturelle1 t]rifi de l'influ5ce fune/e qui s'en dgageait3 aprs quoi1 il se tr\va plus misrable encore qu'avant de les lire1 plus seul1 plus loign des hommes1 plus accabl de l'affreux gt de mort qu'il avait dans la b\*e4 99 99 99 99 99 ,cep5dant il cont9uait vivre1 p> g>d p\r sa vieille mre qui ne vivait que de lui4 ,des j\rnes entires il se t5ait assis devant sa maison1 in]te et muet2 ou bi5 il errait au has>d dans les rues de ,nam1 et1 *acun1 ds qu'il l'ap]cevait1 s'c>tait de lui comme d'un fantme4 ,a9si s'c\lr5t deux longues annes1 au b\t desquelles sa mre tomba malade et m\rut4 ,elle non plus n'avait gure s\ri1 la pauvre femme depuis le j\r o1 ivre de bonheur1 d'espoir1 et de reconnaissance1 elle avait reu dans ses bras son fils ressuscit4 ,mais1 la nuit mme de sa mort1 elle eut une vision qui la rcon=ta4 ,?omas1 qui d'ord9aire re/ait prs d'elle1 tait all1 cette nuit-l1 dormir quelques heures dans un autre co9 de la *ambre4 ,lorsqu'il se rveilla1 elle lui s\riait affectueusem5t2 et ce fut d'une voix tranquille1 presque joyeuse1 qu'elle lui dit adieu4 ,elle lui av\a que jamais1 malgr son *agr91 elle n'avait cess de rem]ci] le mage de ,naz>e?1 p\r la grce surnaturelle qu'il lui avait accorde4 ,il ne t'a po9t r5du moi tel que tu tais1 mais du mo9s il m'a p]mis de te revoir1 d'ent5dre de n\veau le son de ta voix1 de t'avoir auj\rd'hui mon *evet p\r me f]m] les yeux6 ,et pas une fois durant ces deux ans je n'ai cess d'implor] son aide1 dans le secret de mon cur4 ,j'tais c]ta9e qu'aprs avoir eu compassion de moi1 il l'aurait de toi1 et qu'un j\r1 bi5tt1 il revi5drait complt] son miracle4 ,or1 t\t l'heure1 t&is que tu dormais1 il e/ rev5u6 ,il e/ entr je ne sais comm5t1 sans que la porte s'ouvrt1 il m'a fait signe de ne po9t p>l]1 et puis il s'e/ p5* sur toi1 et il t'a considr avec une expression de t5dre sollicitude qui1 d'un seul c\p1 m'a dlivre de t\t mon s\ci4 ,il v\lait--vois-tu8--m'assur] qu'il ne t'ab&onn]ait pas qu& je ne s]ais plus l6 ,elle respirait avec pe9e1 ses mots dev5ai5t indi/9cts4 ,mais s\da9 elle se r$ressa sur son lit1 et1 attirant elle la tte de son fils1 elle lui murmura dans l'oreille1 t\t bas1 comme si elle avait un peu honte du gr& sacrifice qu'elle lui dem&ait3 ,mon enfant1 si tu m'aimes1 jure-moi qu'en s\v5ir de moi1 tu support]as la vie quelque temps encore6 ,il jura1 incapable de lui ri5 refus] en un tel mom5t4 ,elle le baisa au front1 se laissa retomb] sur l'oreill]1 et m\rut1 heureuse4 ,mais lui1 qu& il comprit qu'elle tait morte1 t\t son tre se s\leva dans un cri de d\leur4 ,il se jeta g5\x et fondit en l>mes4 ,c'tait la premire fuis qu'il pleurait1 depuis son ret\r la vie4 ,la promesse qu'il v5ait de faire1 t\tefois1 ne lui p>ut pas aussi pnible t5ir qu'elle lui aurait p>u les j\rs prcd5ts4 ,non pas que1 a9si que se l'tait imag9 sa mre1 ,jsus et ds lors complt son miracle4 ,le cur du jeune homme re/ait vide de dsirs1 le spectacle des *oses cont9uait l'importun]1 et ses s5s tai5t t\j\rs imprgns d'une s5sation de mort4 ,mais1 sans d\te s\s l'influ5ce de ses l>mes1 sa tri/esse avait pris en lui une =me n\velle4 ,il ne s'affligeait plus1 ma9t5ant1 de l'inutilit des autres vies2 c'tait celle de sa propre vie qui le dsolait4 ,lui-mme se faisait l'effet d'tre un cadavre1 p>mi des vivants4 ,e/-ce que sa mre1 p> exemple1 avait simplem5t t\rn une r\e1 comme l'cureuil dans sa cage8 ,il se la rappelait veillant sur lui1 depuis son enfance1 se privant de mang] p\r lui a*et] un manteau de soie dont il avait envie4 ,jamais elle n'avait cess de travaill]1 de se sacrifi]1 de s\ffrir p\r lui3 et cep5dant1 jusque dans sa s\ffrance1 il se rappelait qu'elle avait eu la joie de se s5tir vivre4 ,non1 pas un de ses j\rs n'avait t p]du6 ,lo9 d'avoir pass comme une ombre va9e1 elle avait accompli une uvre relle et srieuse1 une uvre ncessaire6 ,et ,?omas1 en songeant elle1 en revoyant le beau s\rire qui l'avait transfigure sur son lit de mort1 se disait que la vie des hommes devait avoir une raison qu'il ne connaissait pas1 une signification my/rieuse et fconde1 un secret qui1 peut-tre1 se dc\vrirait lui s'il savait le *]*]4 ,ce secret faillit lui tre rvl quelques j\rs plus t>d1 ,jrusalem1 o il avait eu l'ide de v5ir demeur]4 ,un mat91 le has>d de ses pas l'avait conduit au ,temple2 et voici qu'en y entrant il ap]ut1 devant lui1 le ,naz>en qui l'avait ressuscit4 ,deb\t sur un banc1 le jeune mage pr*ait une f\le de ,juifs1 dont la plup>t d'ailleurs ne l'c\tai5t que p\r t\rn] en moqu]ie t\tes ses p>oles4 ,et ,?omas ent5dit qu'il disait1 de cette voix sonore et d\ce qu'il n'avait pu oubli]3 ,je v\s apporte un comm&em5t n\veau1 qui e/ d'aim]4 ,aimez-v\s les uns les autres comme je v\s ai aims3 c> il n'y a pas de plus gr& am\r que de donn] sa vie p\r ceux que l'on aime4 ,a votre am\r seulem5t t\s reconnatront que v\s tes mes disciples6 ,mais l'me du ressuscit de ,nam n'tait pas mre encore p\r l'am\r4 ,t\te sa ha9e1 au contraire1 s'tait ranime1 en prs5ce de l'homme qui1 depuis deux ans1 le condamnait vivre4 ,il aurait v\lu cri] aux ,juifs que cet homme m5tait1 qu'il ne songeait qu' les p]dre1 qu'avec sa d\ce voix et la flamme de ses yeux il n'tait qu'un tnbreux sorci]1 ex]ant jusque sur les morts son uvre malfaisante4 ,il ne dit ri51 p\rtant1 ret5u t\t c\p p> la p5se de sa mre4 ,mais il s'enfuit du temple1 il s'enfuit de ,jrusalem4 ,la petite somme que lui avait procure la v5te de sa maison1 il rsolut de l'employ] p>c\rir le monde1 en qute d'un lieu o il pt se di/raire1 peut-tre1 du s\v5ir obsdant de sa de/9e4 ,,ii ,,la ,r,,surrection ,le voleur ne vi5t v]s le tr\peau que p\r vol]1 p\r gorg]1 ou p\r p]dre2 mais1 moi1 je suis v5u p\r que les brebis ai5t la vie1 et l'ai5t plus abondamm5t4 7,sa9t ,jean1 ,x1 #aj47 ,c'e/ p> une claire aprs-midi de pr9temps qu'il db>qua dans le port d',a?nes4 ,un m>*& juif de ,gaza1 son compagnon de trav]se1 lui dsigna du doigt1 au sommet d'une montagne dom9ant la ville1 un difice de =me rectangulaire dont les colonnes pe9tes se dta*ai5t nettem5t sur le bleu du ciel4 ,t5ez1 lui dit-il1 puisque v\s n'avez ri5 de mieux faire1 allez donc voir ce btim5t-l6 ,c'e/1 je crois1 un temple1 et l'on m'a affirm qu'il cont5ait une gr&e /atue1 t\te d'ivoire et d'or1 dont la tte vaudrait1 elle seule1 des milli]s de m9es4 ,or1 ,?omas1 en effet1 n'avait ri5 de mieux faire4 ,*aque j\r1 depuis son d"p de ,jrusalem1 son ennui l'avait accabl davantage2 *aque j\r il s'tait s5ti plus seul et plus inutile4 ,il gravit l5tem5t la montagne2 et1 en *em91 il songeait que1 lorsque la j\rne s]ait f9ie1 une autre suivrait1 et d'autres p>eilles indf9im5t4 ,il se disait que1 cette mme aprs-midi1 dans l'norme ville blan*e et rose qui s't5dait ses pi$s1 de plus heureux que lui p\rrai5t s'endormir du bon sommeil sans f91 et qu'il y en avait aussi qui1 obligs de vivre1 saurai5t du mo9s se donn] l'illusion de pr(it] de leur vie3 t&is que lui1 spectre lam5table1 il allait essay] d'oubli] un in/ant la si5ne en valuant le prix d'une tte de /atue6 ,arriv devant le temple1 il vit qu'on y avait prodigu les /atues4 ,on en avait mis jusque s\s le toit3 un long triangle de figures c\*es ou assises1 avec des ttes de *evaux aux deux extrmits4 ,au c5tre du triangle se dressait une jeune femme en armure1 qui semblait tre sortie t\te vtue du crne entr'ouv]t d'un gros homme1 assis d]rire elle4 ,et non mo9s extraord9aires tai5t les scnes sculptes1 en demi-relief1 sur un ruban de m>bre qui ent\rait le temple2 elles reprs5tai5t les div]s pisodes d'un combat entre des hommes enti]s et des moitis d'hommes1 mon/res b>bus dont le v5tre s'a*evait en cr\pe de *eval4 ,?omas1 d'ailleurs1 ne s'arrta pas les considr]4 ,il se hta de pntr] l'intrieur du temple1 o tait la /atue t\te d'ivoire et d'or4 ,il reg>da l'ivoire1 il reg>da l'or1 s'tonnant qu'on pt dp5s] de tels usages ces matires prcieuses2 et puis1 avant de r$esc5dre v]s ,a?nes1 il s'assit un mom5t s\s la colonnade4 ,au-dessus des colonnes intrieures1 en face de lui1 on avait encore sculpt des /atues4 ,celles-l devai5t reprs5t] une procession2 et ,?omas1 les ayant devant les yeux1 s'occupait ma*9alem5t les exam9]4 ,il voyait d'abord un cortge de jeunes filles2 deb\t1 vtues de robes flottantes1 elles semblai5t att5dre un signal p\r se mettre en m>*e4 ,puis c'tai5t de jeunes hommes1 causant entre eux2 plus lo91 un vieill>d a*evait de pli] un l+e que lui t5dait un enfant1 t&is que deux femmes apportai5t1 sur leur tte1 des corbeilles remplies d't(fes brodes4 ,le ,galilen1 cette fois1 ne s'tonnait plus4 ,t\t cela tait simple et ais compr5dre3 une fte religieuse1 du g5re de celles qu'on clbrait ,nam aprs la moisson4 99 99 99 99 99 ,a9si ,?omas1 p\r div]tir son ennui1 s'employait considr] un un les dtails de la fte1 lorsqu'il eut s\da9 l'impression qu'un voile lui tombait des yeux4 ,au contact d'une ralit suprieure1 le br\ill>d qui1 depuis deux ans1 lui ca*ait la vue des *oses s'tait dissip4 ,et ce n'tait pas assez de dire qu'il admirait les =mes dlicates tailles dans le m>bre3 la beaut jaillissait d'elles sur lui comme d'une s\rce1 baignant t\te son me d'un flot voluptueux4 ,ses oreilles l'ent5dai5t et ses ma9s la t\*ai5t3 sa poitr9e se s\levait p\r l'aspir] plus fond4 ,les figures immobiles lui semblai5t s'tre *anges en un monde vivant1 un monde inf9im5t plus vivant que les vagues fantmes huma9s qu'il voyait err] l'ent\r4 ,il les reconnaissait t\tes1 les vieill>ds et les enfants1 les prtres1 les musici5s1 la tr\pe joyeuse des cavali]s3 il les retr\vait seulem5t agr&ies1 purifies1 promues p> un my/rieux sortilge une vrit plus p>faite4 ,et comme1 aprs de longues heures de contemplation1 il se rsignait sortir du temple1 un n\veau spectacle lui app>ut qui1 de n\veau1 l'emporta dans un gr& lan de surprise et de joie4 ,c> si hommes et dieux1 sur la colonnade intrieure1 tai5t re/s p\r lui des tres d'une nature p>eille la si5ne1 une image enf9 relle et vivante de son humanit1 c'tait prs5t l'assemble mme des dieux qu'il voyait devant lui4 ,ils tai5t l1 au fronton1 assis ou c\*s en des attitudes t]nelles1 dom9ant de leur maje/ le temple1 la ville et l'univ]s enti]4 ,?omas se dem&ait comm5t il avait pu1 t\t l'heure1 lev] les yeux sur eux sans les ador]4 ,qu'importai5t leurs noms et l'tranget de leurs attributs1 qu& t\t en eux1 depuis l'expression du reg>d jusqu'aux plis des drap]ies1 atte/ait glorieusem5t leur div9it8 ,et il les considrait1 frmissant d'extase4 ,il considrait un gr\pe de trois desses1 dont deux se t5ai5t assises1 la ma9 dans la ma91 p5dant que la troisime1 d\cem5t acc\de sur les g5\x de sa sur1 prs5tait aux c>esses du soleil c\*ant la c\rbe non*alante de son jeune corps4 ,celle-l tait la ,grce2 et l'a?lte t5du non lo9 d'elle tait1 sans d\te1 le dieu de la ,=ce4 ,*acun d'eux laissait voir1 dans l'ensemble de sa p]sonne1 un c>actre qui1 n'app>t5ant qu' lui1 rvlait aussitt sa mission spciale4 ,mais t\s avai5t surt\t la mission d'tre des dieux4 ,oui1 mesure qu'il les considrait1 ,?omas cessait1 de plus en plus1 d'tre frapp de leurs diffr5ces p\r admir] la surnaturelle beaut qui leur tait commune4 ,la beaut1 c'tait elle qui les faisait dieux2 ce n'tait que p> elle qu'ils rgnai5t sur le monde6 ,et le jeune ,galilen lui aussi1 dut subir le *>me puissant qui manait d'elle4 ,ag5\ill devant la gr&e figure de gu]rire qui1 s\riante et s]e9e1 se dressait orgueilleusem5t au c5tre du fronton1 il joignit les ma9s1 se recueillit1 et pria3 ,desse dont j'ignore le nom1 disait-il1 desse de la ,beaut1 p]mets un b>b>e de t'apport] son hommage6 ,je dormais1 et tu m'z veill4 ,j'errais tri/em5t dans la nuit1 et tu z surgi mes yeux comme une toile en*ante1 p\r m'indiqu] la r\te que je devais suivre4 ,le secret que1 depuis deux ans1 je me fatiguais *]*]1 d'un ge/e de ta ma9 div9e tu me l'z dc\v]t4 ,c> voici que j'ai a*ev de compr5dre1 en face de toi1 combi5 j'tais f\ de v\loir m'intress] la vie des hommes6 ,cette vie n'e/ que laideur et s\ffrance1 elle e/ l'uvre d'un dieu m*ant1 qui met t\t son plaisir n\s t\rm5t]4 ,mais toi1 bi5faisante desse1 au-dessus du dsordre des misres huma9es1 tu n\s (fres un asile immuable et sr4 ,toi seule n\s apaises et n\s div]tis1 toi seule n\s aides rompre les *anes d'une ralit m5songre4 ,daigne ma9t5ant1 desse1 me g>d] prs de toi1 aprs m'avoir accueilli6 ,prolonge p\r moi le miracle que tu vi5s d'accomplir6 ,fais en sorte que je puisse t\j\rs1 de plus en plus1 oubli] les autres et m'oubli] moi-mme1 p\r ne vivre que du p>fum de la pure beaut6 ,les d]nires ombres du soleil c\*ant s'tai5t effaces et la nuit avait pris possession du temple1 p5dant que le ,galilen priait sur l',acropole4 ,il se releva1 essaya de revoir une d]nire fois les desses endormies1 et desc5dit en c\rant v]s la ville1 qui brillait au-dess\s de lui comme un imm5se palais d'or1 dans les tnbres bleues4 ,et qu& ensuite1 sur son lit d'aub]ge1 le s\v5ir le ressaisit du vide pr(ond qu'il avait en lui1 peu s'en fallut qu'il ne russt le *ass]1 jusqu'au l5dema91 en voquant un mlange h>monieux de *evaux et de cavali]s1 des vi]ges vtues de blanc qui s\riai5t leurs rves1 et les cont\rs fluides d'une jeune ,grce de m>bre1 mollem5t t5due prs de ses deux surs4 99 99 99 99 99 ,le l5dema9 et les j\rs suivants1 ds l'aube1 il explorait avec une curiosit fivreuse les monum5ts d',a?nes4 ,p>t\t il r5contrait des temples1 des fonta9es1 des portiques1 o se cons]vait intacte l'me des vieux matres4 ,il apprit ret5ir les noms de ces matres1 di/+u] leurs /yles1 comp>] le degr de leur sci5ce et de leur adresse4 ,et peu peu cette contemplation ob/9e de la beaut fit natre en lui le dsir de crer1 lui aussi1 de belles uvres d'art4 ,ce n'tait peut-tre l1 d'ailleurs1 qu'un de ses gts d'enfant qui se rveillait3 c> il se rappela qu' d\ze ans1 aprs avoir vu une guirl&e de fleurs sculpte sur la porte du temple de ,cap]nam1 il n'avait pas laiss de repos ses p>5ts qu'ils ne lui euss5t procur un ciseau et de la t]re glaise4 ,mais il se rappelait en mme temps que l'ardeur de sa jeune vocation n'avait pas t>d s'te9dre1 dans une misrable b\rgade galilenne o lui manquai5t galem5t modles et pr(esseurs2 t&is que ma9t5ant1 ,a?nes1 ,phidias lui (frait p\r modles les deux frontons du temple de ,m9]ve1 et t\tes les rues tai5t remplies de matres excell5ts4 ,aussi ,?omas ne fut-il pas en pe9e de tr\v] un matre4 ,il en tr\va dix1 bi5tt1 qui se disputr5t le droit de lui enseign] t\t ce qu'ils savai5t1 af9 de p\voir un j\r se vant] de l'avoir eu p\r lve3 tant ce jeune b>b>e montrait la fois d'application1 de gt1 et de tal5t2 soit que la nature l'et en effet prde/9 dev5ir un arti/e1 ou plutt que l'importance p>ticulire qu'avait p\r lui la beaut l'et aid en mieux saisir les rgles ess5tielles4 ,trois ans aprs son arrive ,a?nes1 ses pr(esseurs lui avai5t signifi qu'il n'y avait plus ri5 qu'il pt appr5dre d'eux4 ,il s'tait l\ un va/e ateli]1 dans un des faub\rgs de la ville2 et c'tait lui que le proconsul d',a*ae1 qui aimait les arts1 avait comm& simultanm5t le bu/e de sa femme et celui de sa matresse4 ,?omas1 p\rtant1 n'acceptait pas volonti]s ce g5re de comm&es4 ,il n'avait aucun beso9 d'arg5t1 ni de gloire2 et peut-tre la re*]*e de la gloire lui p>aissait-elle plus mprisable encore que celle de l'arg5t1 comme impliquant plus haute dose le mlange de la sottise et de la vanit4 ,son unique ambition tait de crer de belles uvres d'art3 et non po9t p\r satisfaire les hommes de son temps1 ni ceux des temps futurs1 mais simplem5t p\r se =c] rv] de beaux rves1 p\r s't\rdir1 p\r dt\rn] p> in/ants sa p5se du vide qui re/ait t\j\rs bant dans son cur4 ,c> sa prire sur l',acropole n'avait pas eu t\tes les suites qu'il en avait espres4 ,la desse de la ,beaut lui avait bi5 p]mis d'a*ev] d'oubli] les autres hommes1 ce qui tait l'une des deux faveurs qu'il lui avait dem&es3 mais il ne p>v5ait pas encore s'oubli] lui-mme4 ,deux ou trois fois1 les =mes lgantes des ,grces du ,p>?non avai5t *ass de son me la consci5ce de sa solitude3 mais leur p\voir n'avait pu tre de longue dure sur une me qui le contact de la mort avait donn une aussi claire notion du nant des *oses4 ,?omas n'avait pas cess de les admir]2 mais il se r5dait compte ma9t5ant qu'elles demeur]ai5t jamais immobiles1 s\s les plis lg]s de leurs drap]ies1 immobiles et froides1 indiffr5tes la pieuse t5dresse qu'il pr\vait p\r elles4 ,et il g>dait au fond de sa b\*e une saveur de mort2 il cont9uait se croire1 se s5tir un cadavre4 ,p5dant que matres et condisciples enviai5t sa rapide =tune1 le malheureux s'puisait au travail1 dans le sil5ce de son ateli]1 sans autre p5se que l'espoir1 t\j\rs plus pressant et plus angoissant1 d'arriv] enf9 crer une uvre assez belle p\r se ju/ifi]1 ses propres yeux1 d'une exi/5ce dont1 *aque j\r1 il dc\vrait davantage l'inutilit4 99 99 99 99 99 ,l'ateli] qu'il avait l\ app>t5ait un maon1 qui habitait une maison vois9e4 ,et l'une des filles de ce maon1 en voyant le visage dsol du jeune homme1 fut mue de piti4 ,c'tait une enfant de seize ans1 m9ce et frle1 appele ,eunice4 ,le mat91 qu& elle entrait avec sa mre dans l'ateli] du sculpteur1 et qu'elle ap]cevait celui-ci1 tri/e et sombre1 deb\t devant une figure de nymphe d'une grce s\riante1 une telle dtresse la pr5ait que1 s\v5t1 elle devait s'enfuir p\r ne pas pleur]4 ,en va9 sa sur1 qui tait m>ie et se piquait de connatre les hommes1 lui affirmait que la mlancolie de l'trang] n'tait qu'une pose1 inv5te p\r se di/+u] du commun et se faire valoir2 l'enfant1 malgr soi1 s'ob/9ait le pla9dre4 ,n'tant pas d'humeur rveuse1 elle ne *]*ait pas dev9] la pe9e qui le torturait3 mais elle en s\ffrait elle-mme cruellem5t1 et1 faute de savoir le consol]1 sans cesse elle s'+niait tr\v] quelque moy5 de le div]tir4 ,elle pr(itait de ses sorties p\r mettre des fleurs sur sa table2 elle drapait sur ses murs des morceaux de soie o elle s'tait amuse brod] de petits dess9s4 ,un j\r elle susp5dit au plafond de l'ateli] une cage de bois avec des oiseaux2 et le fait e/ que1 t\te la sema9e qui suivit1 il p>ut ,?omas que la musique de ces oiseaux lui r5dait sa pe9e mo9s vive1 et son travail plus lg]4 ,a9si ,eunice veillait sur lui et le s]vait1 en secret1 p>tage entre son naf plaisir et une peur extrme d'tre dc\v]te4 ,une fois1 cep5dant1 le jeune homme1 qui tait r5tr de sa prom5ade plus tt que de c\tume1 la surprit au milieu de l'ateli]1 occupe arrang] des fleurs dans un long vase de v]re4 ,il leva les yeux sur elle1 et vit qu'elle tremblait de frayeur3 mais il vit aussi que1 s\s les b\cles blondes de sa *evelure1 elle avait de gr&s yeux d'un noir vel\t2 il vit que les plis de sa tunique de soie rose dess9ai5t un petit se9 dj s\ple et f]me2 et il vit1 il crut voit1 qu'inconsciemm5t cette jeune *air se t5dait v]s lui3 de telle sorte qu' son t\r il la dsira4 ,ses lvres eur5t soif des f9es lvres r\ges qu'entr\vrait un s\rire de gne innoc5te4 ,p5dant une seconde qui lui sembla t]nelle1 il rva que t\t son corps aspirait la *aleur p>fume de ce corps de vi]ge1 frmissant de vie et de volupt4 ,puis l'ivresse de ses s5s s'apaisa3 et il s'ap]ut que l'enfant avait disp>u4 ,t\s les j\rs1 depuis lors1 il guetta les occasions de la r5contr]4 ,il l'att5dait devant sa porte1 il la reg>dait pass] dans la c\r2 et *aque fois qu'il l'appro*ait un frisson brlant lui trav]sait les ve9es1 que jamais encore il n'avait connu4 ,l'am\r1 videmm5t1 s'tait enf9 veill en lui1 l'am\r dont les ,grecs disai5t qu'il tait le va9queur des dieux et des hommes4 ,et cette p5se ne laissa pas de lui tre agrable4 ,il j\issait de se s5tir un peu plus vois9 de l'humanit1 quelque mpris que1 d'ailleurs1 il pr\vt p\r elle4 ,mais bi5tt son dsir1 qui ne lui avait t d'abord qu'une di/raction1 lui dev9t un supplm5t de pe9e1 p> l'impuissance o il tait de le satisfaire4 ,a table1 au lit1 dans ses prom5ades1 l'image d',eunice ne le quittait plus3 elle le p\rsuivit enf9 jusque dans son travail1 tr\blant ses rves laborieux de pure beaut arti/ique4 ,alors sa d]nire rsi/ance fl*it2 il cda au va9queur des dieux et des hommes4 ,et il fut t5t de pla9dre l'excs d'+nuit de la pauvre enfant lorsque1 un mois plus t>d1 au l5dema9 de leurs noces1 lui ayant dem& si c'tait p> am\r ou bi5 p> piti qu'elle avait cons5ti tre sa femme1 il l'ent5dit lui dem&] elle-mme1 avec un s\rire tonn de ses beaux yeux noirs1 s'il y avait une diffr5ce entre la piti et l'am\r4 99 99 99 99 99 ,peut-tre en effet n'avait-elle p\r lui que de la piti2 mais lui1 c]tes1 il l'aimait d'am\r4 ,elle tait au re/e inf9im5t plus aimable encore qu'il ne l'avait imag9e1 une vraie fleur de dlice qu'il ne se lassait pas de cueillir4 ,s\v5t il avait beso9 d'un pnible ef=t p\r s'arra*] de ses bras1 le mat91 aprs de longues heures de c>esses passionnes2 et ce n'tait ensuite qu'aprs de longues heures d'isolem5t dans son ateli]1 p>fois aprs des j\rnes entires1 qu'il p>v5ait oubli] les lvres r\ges et le se9 frmissant1 la rondeur moelleuse des han*es1 et les t5dres p>oles s'a*evant en s\pirs4 ,aussi montrait-il sa femme une indulg5ce et une bont qui lui valai5t d'tre cit en exemple dans t\t son qu>ti]4 ,n'ayant pas de loisir de s'occup] avec elle du *oix de ses robes1 il lui remettait *aque j\r l'arg5t qu'il gagnait1 af9 qu'avec sa mre et sa sur elle allt s'a*et]1 dans les meilleures b\tiques d',a?nes1 les t(fes les plus f9es et les plus beaux colli]s4 ,jamais il ne la frappait1 jamais il ne se f*ait de son ignorance4 ,du mat9 au soir1 elle p\vait s'en all] bav>d] son aise avec ses p>5ts1 avec sa sur ane1 avec d'autres jeunes femmes1 m>ies comme elle1 et qui n'avai5t pas assez de mots p\r lui vant] son bonheur3 c> les m>is de ces femmes1 lorsqu'ils r5trai5t1 le soir1 s\v5t tai5t ivres et les r\ai5t de c\ps1 ou bi5 encore ils les trompai5t1 ou p]dai5t t\te leur =tune au jeu3 t&is que ,?omas1 avec sa pati5ce et sa gnrosit1 avec ce fructueux travail qui l'occupait t\t enti]1 ralisait ple9em5t1 leurs yeux1 le plus magnifique idal du m>i p>fait4 ,t\t le monde l\ait1 admirait1 enviait ,?omas2 et lui1 dans le sil5ce de son ateli]1 il se disait que jamais il ne s'tait s5ti plus seul1 n'avait s\ff]t davantage du vide de son cur4 ,l'am\r avait dcidm5t *\1 lui aussi1 le ressuscit]4 ,il ne lui avait donn1 en f9 de compte1 qu'un surcrot de s]vitude1 un n\veau beso9 physique p>eil ceux de mang] et de boire1 qu'il avait dj4 ,les ard5tes c>esses1 dont dsormais il ne p\vait se pass]1 de plus en plus l'emp*ai5t d'apport] son travail l'aisance1 l'entra91 la lucidit d'autrefois4 ,elles satisfaisai5t un in/ant l'animal qui tait en lui2 mais c'tait p\r amo9drir l'homme1 p\r le laiss] plus faible et plus ds>m en face de son nant4 ,jusque dans les bras de sa femme1 ma9t5ant1 ,?omas avait l'impression de n'tre qu'un cadavre4 ,il songeait que1 nagure1 ,phidias l'avait rcon=t1 puis son art1 les beaux rves qu'il concevait et qu'il essayait de ralis]4 ,mais voil que ces rves mme s'loignai5t de lui6 ,devant son bloc de m>bre1 p>fois1 une torpeur lui eng\rdissait l'esprit1 entravait sa ma92 ou bi51 t\t c\p1 t\te sa *air vibrait d'un impati5t dsir2 il revoyait le f9 visage d',eunice1 il ent5dait le murmure de sa frle voix d'enfant3 et c'e/ en va9 qu'ensuite il s'ef=ait de saisir1 p\r l'exprim] dans son uvre1 la beaut plus s]e9e du modle qu'il avait s\s les yeux4 ,si du mo9s il avait eu quelqu'un qui se confi]6 ,mais il savait trop que des rves comme les si5s ne p\vai5t s'pan\ir que dans le recueillem5t et la solitude4 ,il aurait d s'absorb] compltem5t en eux1 leur ab&onn] son me t\t entire6 ,a ce prix1 peut-tre1 il aurait enf9 russi crer une uvre p>faite1 se conqurir le droit de vivre1 *ass] l'affreux gt de mort qu'il g>dait dans la b\*e6 ,son m>iage avait dtruit sa d]nire *ance de r5atre la vie6 ,il rsolut de se rfugi] dsesprm5t dans le travail1 et de se tu] ensuite1 si son travail ne p>v5ait pas le consol]4 ,frapp de la dcad5ce pitoyable de l'art de son temps1 il1 entreprit1 t\t au mo9s1 de re/aur] les belles traditions et le beau mti] des matres anci5s4 ,phidias1 ,alcamne1 avai5t laiss des modles que nul arti/e ne p\vait r\gir d'imit]4 ,mais lui1 ,?omas1 en les imitant1 il f]ait t*e de crateur6 ,=cm5t1 p> la seule v]tu de son me de pote1 il imprgn]ait les =mes anci5nes d'un esprit n\veau6 ,il se jura d'accomplir cette rvolution2 et1 p5dant deux longs mois1 il s'enf]ma dans son ateli]1 sans autre p5se que celle du *ef-d'uvre qui dj s'agitait et *antait en lui4 99 99 99 99 99 ,une aprs-midi de pr9temps1 semblable celle o1 jadis1 la beaut arti/ique s'tait rvle lui p\r la premire fois1 il sortit de son ateli]1 et c\rut la maison de ses beaux-p>5ts4 ,dans le ve/ibule1 aut\r d'une gr&e table encombre de l+e1 il ap]ut une diza9e de jeunes femmes qui1 l'aiguille en ma91 se racontai5t les dtails comiques d'une av5ture arrive la veille4 ,un scribe du tribunal1 en r5trant *ez lui1 avait tr\v sa femme sur les g5\x d'un de ses esclaves2 et1 comme il faisait m9e de se f*]1 les deux am\reux s'tai5t spirituellem5t aviss de l'enf]m] dans un c(fre1 d'o il n'tait sorti qu'aprs leur avoir p>donn4 ,l'av5ture tait si drle1 et si abondante en pisodes imprvus1 que pas une des femmes ne rem>qua l'entre du sculpteur1 l'exception t\tefois d',eunice1 qui aussitt dev9t t\te ple1 et essaya de s'enfuir dans la *ambre vois9e4 ,mais ,?omas lui fit signe qu'il v5ait la *]*]1 et aussitt1 l'entranant p> la ma91 il reprit sa c\rse v]s son ateli]4 ,il tremblait de fivre1 ses yeux s'ouvrai5t dmesurm5t3 la jeune femme eut l'ide qu'un n\veau malheur s'tait s\da9 abattu sur lui4 ,enf91 qu& elle se fut assise1 deb\t devant elle il lui dit3 --,eunice1 ma *re enfant1 je me s5s si heureux que je veux te donn] auj\rd'hui une gr&e preuve d'am\r6 ,j'ai conu le projet d'une uvre qui1 si je p>vi5s l'excut]1 tonn]a le monde1 et r5dra l'art grec son anci5 clat4 ,je vi5s d'en a*ev] l'bau*e1 t\t l'heure1 aprs deux mois1 deux t]ribles mois de re*]*es et de rflexions4 ,et c'e/ toi1 la premire1 que je vais la montr]6 ,il tira un rideau qui ca*ait le fond de l'ateli]4 ,eunice vit un triangle d'argile au milieu duquel se dressait une figure nue3 une desse1 sans d\te1 c>1 sur les deux cts1 d'autres figures de jeunes femmes se pro/]nai5t devant elle4 ,les visages tai5t encore pe9e indiqus2 on les di/+uait assez1 cep5dant1 p\r p\voir apprci] la v>it lgante et s\ple de leurs expressions2 et l'on dev9ait que la desse1 indiffr5te l'hymne d'extase qui montait v]s elle1 f]mait demi les yeux1 bl\ie du rayonnem5t triomphal de sa nudit4 ,mais c'tai5t les corps des suppliantes1 leurs cont\rs et leurs attitudes1 que l'arti/e s'tait surt\t appliqu fix]4 ,*acun de ces corps traduisait d'une faon p>ticulire un mme tat de s\mission fatale1 d'ab&on de soi1 comme d'esclavage joyeusem5t subi4 ,et de leur ensemble jaillissait une h>monie si pure1 leurs =mes tai5t la fois si lgres et si nobles1 qu',eunice1 en les ap]cevant1 p\ssa d'abord un cri de surprise4 ,?omas ent5dit le cri1 et la fivre qui le brlait s'exalta encore4 --,c'e/1 comme tu vois1 un fronton de temple6--dit-il1 aprs s'tre rappro* de l'bau*e4--,on m'a dem& un fronton p\r le temple qu'on vi5t de con/ruire1 l'entre de la ville1 en l'honneur de t\s les dieux de la ,grce et du monde4 ,et voil le sujet que j'ai *oisi6 ,j'ai figur la desse de la ,beaut1 la seule t]nelle entre les desses grecques1 recevant l'hommage de t\tes les nations4 ,cette femme ag5\ille droite1 c'e/ ,rome conqurante1 conquise son t\r4 ,en face d'elle1 j'ai plac l'gypte2 et voici l',inde1 la ,p]se1 voici ma patrie1 la lo9ta9e ,galile1 se pro/]nant comme j'ai vu s\v5t se pro/]n] les jeunes filles1 au seuil du temple1 dans ma b\rgade natale6 ,je me suis appliqu les anim] t\tes d'une expression propre1 mais qui rsultt de leur p]sonne mme1 et non po9t de la div]sit des co/umes ni des attributs3 de telle manire que mon uvre et l'unit qui si$ aux belles uvres4 ,cela1 mon esquisse te p]met dj de le saisir6 ,mais prs5t il y a l'uvre1 dont cette esquisse n'e/ qu'un pauvre reflet1 et que je vais1 m'ef=c] de ralis]4 ,dema9 j'aurai le bloc de m>bre1 et me remettrai au travail6 ,je m'enfonc]ai t\t enti] dans mon rve2 je saurai tir] vivante1 du fond de moi1 l'ide que ds prs5t j'y ti5s enf]me6 ,et un j\r1 ,eunice1 dans deux ou trois ans1 dans dix ans s'il le faut1 qu& enf9 mon rve aura pris corps dans le m>bre1 ce j\r-l tu p\rras vraim5t tre fire de ton m>i6 ,reg>de1 p> exemple1 cette femme ag5\ille1 ici1 qui relve la tte6444 ,le doigt sur une des figures du gr\pe1 ,?omas se ret\rna v]s sa femme1 p\r jug] de l'effet produit sur elle p> ses explications4 ,mais il vit que sa femme ne l'c\tait plus4 ,affaisse sur son sige1 le visage p5* contre le mur1 elle pleurait1 se fondait t\t entire en de grosses l>mes d'enfant4 ,en va9 elle avait essay de jo9dre ses ma9s devant ses yeux1 p\r ca*] ses l>mes3 elles passai5t au-dess\s1 au trav]s2 la soie de sa tunique en tait inonde4 ,po9t de s\pirs1 ni de sanglots3 c'tait comme si un *agr9 trop vif l'et anantie1 ne lui laissant de =ce que p\r ces l>mes muettes4 ,ce que voyant1 ,?omas frmit de piti4 ,son art1 sa solitude1 le re/e des *oses1 il les oublia4 ,l'univ]s se rduisit p\r lui1 un in/ant1 l'image de sa femme qui s\ffrait et pleurait4 ,alors1 de mme qu'autrefois ses yeux1 son cur se r\vrit4 ,il comprit que1 p5dant qu'il s'puisait produire des uvres d'une beaut inc]ta9e1 incomplte1 et en t\t cas inutile1 p5dant qu'il dp5sait t\te son me l'entreprise ridicule de recomm5c] ,phidias1 un tre de beaut vivante tait l1 prs de lui1 qui lui avait livr son corps et son me af9 qu'il pt gt] la j\issance m]veilleuse de les recrer4 ,et lui1 au lieu de la pr5dre d\cem5t dans ses ma9s1 comme le prcieux et fragile joyau qu'elle tait1 il lui signifiait que deux ans1 dix ans au beso91 il la laiss]ait se t]nir1 se corrompre peu peu dans une oisivet animale1 jusqu' ce qu'enf9 elle mt t\t son plaisir1 comme sa sur et ses amies1 ent5dre ou rpt] de /upides hi/oires6 ,p> compassion1 p\r le di/raire de sa s\ffrance1 elle lui avait fait don d'elle-mme2 et ces l>mes1 o il la voyait prs5t s'abm]1 c'tait t\t ce qu'il avait su lui (frir en *ange6 ,il comprit t\t cela d'un seul c\p1 ou plutt il en eut la vision immdiate2 un voile1 simplem5t1 tait tomb de son cur1 et aussitt t\t cela lui tait app>u4 ,il en re/a d'abord att]r1 comme un ivrogne qui1 s'veillant s\da91 s'ap]oit qu'il a commis un meurtre p5dant son ivresse4 ,puis1 d'un m\vem5t irrfl*i1 il saisit un m>teau qui lui s]vait dgrossir le m>bre1 et1 rev5ant v]s son gr\pe1 il brisa une une t\tes les figures4 ,bi5tt la desse de la ,beaut1 l',inde1 la ,p]se1 ne fur5t plus qu'un tas de p\ssire r\ge1 rp&ue sur les dalles4 ,seule prs5t la petite ,galile re/ait encore pro/]ne devant lui1 son uvre favorite1 o il avait cru mettre t\te son angoisse avec t\t son gnie4 ,il la considra un mom5t1 puis le m>teau desc5dit sur elle1 la *angea en p\ssire p\r l't]nit4 ,aprs quoi ,?omas1 ayant accompli son d\x sacrifice1 c\rut s'ag5\ill] aux pi$s de sa femme4 ,il lui prit les deux ma9s1 il les c\vrit de bais]s1 il y enf\it ses yeux1 p\r que ces *res ma9s essuyass5t les l>mes qu'il v]sait son t\r4 ,et1 ce mom5t1 un miracle se produisit en lui1 si imprvu1 si pr(ond1 et si bi5faisant1 que1 p>mi ses l>mes1 il eut t\t c\p sur les lvres un s\rire de joie4 ,il s5tit qu'un sang n\veau c\lait dans ses ve9es1 que l'affreux gt de mort disp>aissait de sa b\*e1 qu'en lui-mme comme aut\r de lui fleurissait le pr9temps4 ,p\r la premire fois depuis que ,jsus l'avait tir du c]cueil1 il s5tit que rellem5t1 ple9em5t1 dlicieusem5t1 il vivait6 ,et c'e/ a9si que1 p> la grce t\te-puissante de l'am\r1 le fils de la veuve de ,nam a*eva enf9 de ressuscit]4 ,,iii ,,la ,,vie ,il n'y a pas de plus gr& am\r que de donn] sa vie p\r ceux que l'on aime4 7,sa9t ,jean1 ,,xv1 #ac47 ,?omas tait ressuscit1 mais il ignorait t\t de la vie1 comme un n\veau-n3 ce fut sa femme qui lui apprit t\t4 ,il ne p\vait la voir1 d'ailleurs1 la faible et timide enfant qu'elle tait1 sans qu'il lui semblt qu'elle le portait dans ses bras1 avec autant de sollicitude que l'avait fait sa mre1 avec une sollicitude encore plus *aude1 plus t5dre1 et plus efficace4 ,il tr\vait auprs d'elle cet asile1 immuable et sr1 que la desse de l',acropole s'tait t\j\rs refuse lui accord]4 ,et ,eunice1 de son ct1 plus pr(ondm5t encore que jadis la vieille femme de ,nam1 vivait de lui4 ,ds l'heure bi5heureuse o l'am\r les avait unis1 ils s'tai5t donn t\te leur me1 l'un l'autre2 de manire que non seulem5t ils avai5t t\s deux la mme me1 mais que *acun avait p\r a9si dire une me d\ble1 deux fois plus apte recevoir la joie et rejet] la s\ffrance4 ,aussi ne p5sai5t-ils plus pleur]1 ni s'ennuy]4 ,sans cesse davantage les *oses leur (frai5t une ralit1 et un *>me que jamais1 jusque-l1 ils ne leur avai5t s\ponns2 t\t les attirait1 t\t les amusait1 en leur f\rnissant l'occasion d'une p5se commune2 et p5dant qu',eunice1 avec la curiosit confiante d'une petite fille1 pressait son m>i de que/ions o s\v5t il ne savait que rpondre1 lui1 dans les gr&s yeux noirs de sa femme1 mieux que dans t\s les livres il appr5ait la vie4 ,il en appr5ait1 du mo9s1 ce que sa nature et ses habitudes lui p]mettai5t d'en compr5dre4 ,s'il avait eu le gt de l'arg5t1 sa femme1 aime de lui1 l'aurait aid faire =tune2 s'il avait eu le gt de la gloire1 elle aurait dc\v]t1 d'in/9ct1 et lui aurait enseign les faciles artifices qui procur5t la gloire3 c> l'am\r prte au cur de la femme une sci5ce univ]selle4 ,mais1 le jeune homme se tr\vait n'avoir de gt p\r ri5 au monde que p\r la beaut4 ,il avait pu r5onc] son art2 *aque j\r il s'e/imait plus sage d'y avoir r5onc1 en songeant de quel trsor1 trop longtemps1 cet art l'avait priv2 mais il tait fait de telle sorte que1 ne s'intressant ni l'orig9e des *oses1 ni leur sub/ance1 ni leur utilit1 leur beaut seule avait de quoi le t\*]4 ,c'e/ donc la beaut de la vie que sa femme eut p\r mission de lui enseign]4 ,un j\r1 peu de temps aprs sa rsurrection1 il la conduisit au temple de ,m9]ve4 ,lorsqu'il y tait v5u d'abord1 le soir de son arrive ,a?nes1 il avait dem& aux figures de m>bre de combl]1 ou en t\t cas de lui faire oubli]1 le vide d\l\reux qu'il s5tait au fond de soi4 ,plus t>d1 s'tant dj famili>is avec elles1 il leur avait dem& de le r5seign] sur la priode la plus magnifique de l'art a?ni54 ,en quoi diffrai5t-elles des uvres qui les avai5t prcdes et suivies8 ,et quelle "p avait prise1 dans leur excution1 le matre ,phidias1 quelle "p les div]s lves qui avai5t travaill s\s ses ordres8 ,plus t>d encore1 dev5u sculpteur son t\r1 il leur avait dem& des rgles1 des procds1 le moy5 de les contrefaire honorablem5t4 ,jamais il ne les avait revues sans rclam] d'elles un conseil1 une leon1 ou quelque autre s]vice3 f*euse condition p\r j\ir de leur beaut4 ,mais ma9t5ant1 deb\t devant elles1 il ne leur dem&ait ri5 que de plaire deux yeux noirs qui lui tai5t plus *]s que ses propres yeux4 ,c'e/ avec les jeunes yeux d',eunice qu'il les considrait1 s'ef=ant1 comme elle1 de laiss] simplem5t agir sur lui le mlange h>monieux de leurs =mes et des plis de leurs robes4 ,il ne voyait plus en elles ni des desses1 ni des modles1 ni les amies qu'il s'tait nagure imag9 qu'elles s]ai5t p\r lui3 mais d'autant plus il tait l'aise p\r s5tir combi5 elles tai5t belles1 quelle grce s'alliait leur srnit6 ,sans compt] qu'en *ange des explications qu'il donnait sa femme1 celle-ci1 t\te tremblante d'un plaisir qui aussitt se rp&ait en lui1 ne cessait po9t de lui signal] mille nuances dlicates1 de ces nuances que seuls ses yeux de femme p\vai5t ap]cevoir4 ,a9si1 p> le miracle de leur am\r1 ils se rvlai5t l'un l'autre la beaut arti/ique4 ,et ,?omas songeait avec compassion aux malheureux qui1 en s'a*>nant produire des uvres n\velles1 non seulem5t r5onai5t p\r soi au bonheur de vivre1 mais a*evai5t de p]v]tir le re/e des hommes2 c> la beaut tait l1 cre une fois p\r t\tes p> le gnie de ,phidias2 et t\tes les uvres qu'on avait produites1 depuis ,phidias1 n'avai5t s]vi qu' dt\rn] les hommes de v5ir s'abreuv] cette s\rce t]nelle4 ,phidias lui-mme1 d'ailleurs1 avec t\t son gnie1 peut-tre avait-il dt\rn les hommes d'une s\rce de beaut plus div9e encore8 ,c'e/ ce que se dit ,?omas qu&1 au sortir du ,p>?non1 il vit se reflt] dans les yeux d',eunice l'admirable paysage qui les ent\rait4 ,la ville tait d]rire eux3 pe9e si1 p> in/ants1 ils ent5dai5t un lo9ta9 *o de sa rumeur inutile4 ,a droite1 d\cem5t1 brillait la m]1 une ta*e d'arg5t s\s le ciel dor4 ,et devant eux1 dans la paix recueillie d'un soir de pr9temps1 s'talait un gr& amphi?tre de coll9es1 t\tes plantes de citronni]s1 d'olivi]s1 de p9s1 jeunes et gaies comme les torr5ts qui c\lai5t leurs pi$s4 ,t\t cela tait inf9im5t pur1 lgant1 h>monieux1 et avec un c>actre d't]nit s\riante et bonne qui manquait aux plus nobles figures des frontons de l',acropole4 ,les montagnes mme1 au lo91 se dc\pant en artes grises o l'ombre du soleil v5ait creus] de l>ges sillons bleus1 ces masses normes n'avai5t ri5 de tri/e ni de malveillant4 ,n\s ne sommes ici que p\r v\s abrit] du v5t1 semblai5t-elles dire ,?omas et ,eunice1 p\r born] l'horizon de votre vie1 p\r v\s rappel] que v\s devez v\s tre1 l'un l'autre1 un univ]s enti]6 ,et ,?omas1 suivant leur conseil1 se s]rait plus troitem5t contre sa jeune femme4 ,il appr5ait d'elle faire taire sa p5se1 subir sans rsi/ance l'impression des *oses4 ,aprs la beaut de l'art1 la beaut de la nature se rvlait lui4 ,la beaut de la nature inanime1 et celle aussi de la nature vivante3 c>1 s'tant mis t\t voir avec les yeux d',eunice1 il ne p\vait manqu] de dc\vrir le *>me pr(ond du monde des btes1 que la jeune femme avait s5ti et aim depuis son enfance4 ,elle avait p\r les btes une t5dresse si s9cre que t\tes1 aussitt1 le dev9ai5t et lui en savai5t gr4 ,les *i5s1 lorsqu'elle passait1 levai5t sur elle des reg>ds d'amis2 les nes t5dai5t le c\ v]s elle1 comme s'ils dsirai5t qu'elle les c>esst4 ,cela seul aurait suffi p\r les r5dre *]s ,?omas2 et c'e/ cela1 sans d\te1 qui avait attir son att5tion sur eux4 ,mais alors il s'ap]ut qu'il n'y avait pas un de ces animaux qui ne ft1 sa faon1 une s\rce inf9ie de joie p\r les yeux4 ,les oiseaux que sa femme lui avait donns1 p> exemple1 ils apportai5t leurs mo9dres m\vem5ts une grce plus s\ple1 plus lgre1 et plus raff9e1 que les plus gracieuses figures des ,lysippe et des ,polycls4 ,et de n\veau1 t\t en plaignant les successeurs de ces habiles arti/es1 ,?omas s'tonnait du dte/able p\voir qu'ils avai5t eu p\r vici]1 dans le cur des hommes1 le s5s de la beaut4 ,plus que t\t1 cep5dant1 c'tait la beaut de sa femme elle-mme qui lui plaisait voir4 ,une fleur vivante3 telle1 sans cesse1 davantage1 elle lui app>aissait4 ,ou plutt elle ne lui app>aissait telle que depuis que leurs deux tres s'tai5t fondus l'un dans l'autre2 et le jeune homme r\gissait de honte au s\v5ir de l'image grossire qu'autrefois il s'en tait faite4 ,il n'en tait plus1 dsormais1 ne dsir] d'elle qu'une c>esse d'un mom5t3 il la v\lait t\te1 p\r l'en*antem5t de *acun de ses s5s2 il v\lait le s\rire de ses yeux1 la *anson de sa voix1 le p>fum de ses lvres1 et1 plus ardemm5t encore peut-tre1 le p>fum de son cur4 ,le contact de sa *air ne lui reprs5tait dsormais qu'un plaisir entre des milli]s de plaisirs2 et1 quelque dlicieux que lui fuss5t ses bais]s1 leur dlice n'tait ri5 en comp>aison du bonheur qu'il tr\vait reg>d]1 c\t]1 rv] avec elle4 ,p> l son am\r s'tait lev jusqu'en dehors du temps3 il avait pris dans son me des rac9es si l>ges que des sicles aurai5t pu pass] sur lui sans l'branl]4 ,et ,?omas ne se cont5tait pas de j\ir de cette prcieuse beaut qui s'(frait lui3 il travaillait de t\tes ses =ces la dvelopp]1 s'occupant avec une gale f]veur des robes d',eunice et de ses s5tim5ts1 af9 de ralis] en elle1 mieux qu'il n'avait su faire dans ses gr\pes de m>bre1 son simple et h>monieux idal de p]fection arti/ique4 99 99 99 99 99 ,a9si vivait ce jeune c\ple1 enivr d'am\r4 ,et je m5tirais en n'aj\tant pas que1 s\v5t1 de lgres qu]elles surgissai5t entre eux4 ,elles naissai5t propos de t\t et de ri51 propos d'une tunique qu',eunice v\lait mettre et que son m>i jugeait trop voyante1 propos d'une amie d'enfance dont elle p>lait1 p> has>d1 avec un tel acc5t d'affection qu'aussitt son m>i s'imag9ait qu'elle t5ait elle plus qu' lui4 ,sur quoi l'on se b\dait1 et la jeune femme tait prte pleur]1 et son m>i avait le s5tim5t qu'un foss allait1 jamais1 le sp>] de sa bi5-aime4 ,mais1 ds l'in/ant suivant1 c'tait tantt lui1 tantt elle1 qui donnait le signal de la rconciliation4 ,et non seulem5t *acune de ces rconciliations tait p\r eux l'occasion d'une t5dresse plus *aude2 mais t\s deux s'av\ai5t encore que leur br\ille mme les avait rappro*s1 comme s'ils n'euss5t recul d'un pas que p\r mieux faire1 ensuite1 deux gr&s pas l'un v]s l'autre4 ,*acune de leurs j\rnes s'c\lait rapide et ple9e1 active et reposante1 plus belle dans sa ralit que les plus beaux rves4 ,lorsque l'arg5t manquait1 ,?omas bau*ait une /atuette1 une amphore d'argile3 ils l'a*evai5t ensemble1 en se riant l'un l'autre1 aprs quoi ils allai5t ensemble la v5dre au m>*4 ,et puis1 mesure qu'ils s'aimai5t plus =t1 ils s'ap]cevai5t mo9s du manque d'arg5t4 ,p>fois seulem5t1 mesure qu'ils s'aimai5t plus =t1 une ombre de regret v5ait t\t c\p trav]s] leur joie4 ,c> ils songeai5t au mage de ,naz>e? qui1 en rappelant ,?omas de la nuit de son tombeau1 les avait t\s deux veills la vie2 et ils s'affligeai5t de ne ri5 connatre de lui que ce *] miracle4 ,qui tait-il8 ,p\r quelle uvre les dieux *>itables l'avai5t-ils envoy8 ,ou bi5 lui-mme tait-il vraim5t un dieu1 comme ,?omas se s\v5ait de le lui avoir ent5du repro*]1 en manire d'ironie1 p> un ri*e ph>isi5 de ,jrusalem8 ,mage ou dieu1 t\te l'me des deux jeunes g5s aspirait v]s lui4 ,ils aurai5t aim remettre pieusem5t s\s sa g>de cet am\r et ce bonheur qu'il leur avait donns4 ,et1 sans v\loir se l'av\]1 t\s deux avai5t l'ide que1 faute de p\voir le faire1 leur bonheur1 et leur am\r mme1 re/]ai5t t\j\rs incomplets4 99 99 99 99 99 ,mais ,jsus veillait sur eux1 a9si qu'il avait daign le promettre la veuve de ,nam sur son lit de mort4 ,un j\r que leur prom5ade les avait m5s l',aropage1 ils vir5t un petit homme1 *auve et b>bu1 qui1 mont sur la tribune1 h>anguait la f\le des badauds a?ni5s4 ,il leur disait qu'il tait ,juif1 qu'il s'appelait ,paul1 et qu'il v5ait leur annonc] un dieu inconnu4 ,ce dieu n'tait po9t1 comme les leurs1 une idole de bois ou de pi]re3 c'tait l'esprit univ]sel1 l'unique orig9e des *oses et leur unique f92 et t\s les hommes1--aj\tait-il avec une loqu5ce dont ,?omas ne put s'emp*] de frmir1--t\s les hommes ne sont1 ne viv5t1 ne se meuv5t qu'en lui4 ,puis il affirmait que ce ,dieu1 p\r sauv] les hommes1 avait revtu un corps d'homme et tait desc5du sur la t]re4 ,il avait f\rni aux ,juifs les preuves les plus clatantes de sa div9it1 gurissant les malades1 ressuscitant les morts444 ,mais1 ces mots1 un gr& clat de rire avait int]rompu l'trang]4 ,c'e/ bon1 lui avait cri l'assi/ance1 tu n\s racont]as une autre fois la suite de ton hi/oire6 ,seuls1 ou peu prs1 le ressuscit de ,nam et sa jeune femme ne songeai5t pas rire4 ,et cep5dant leurs curs tremblai5t joyeusem5t1 c> t\t de suite ils avai5t reconnu qui tait ce ,dieu vivant dont p>lait ,sa9t ,paul4 ,ils reur5t le baptme quelques j\rs aprs1 et une n\velle s\rce de dlice s'ouvrit devant eux4 ,non seulem5t1 en effet1 ils avai5t appris connatre leur bi5faiteur div91 non seulem5t ils avai5t acquis dsormais1 grce lui1 t\te la somme de vrit que l'homme doit et qu'il peut possd]1 mais voici que1 dans la doctr9e de ,jsus1 une beaut leur app>aissait1 plus haute1 plus p>faite1 que t\t ce que le monde ou leurs rves leur avai5t fait concevoir6 ,n\rrir ceux qui ont faim et consol] ceux qui s\ffr5t1 dem&] p>don des (f5ses qu'on a subies1 r5onc] soi p\r vivre dans les autres3 t\t cela n'tait pas seulem5t le sr moy5 d'atte9dre au bonheur1 t\t cela tait beau1 prodigieusem5t beau1 si beau qu'ils s5tai5t bi5 que1 jusqu' la f9 des sicles1 les hommes ne se fatigu]ai5t pas d'en subir l'attrait4 ,sans compt] le prcepte que ,?omas se rappelait1 avec orgueil1 avoir un j\r ent5du des lvres mmes du ,sauveur3 ,aimez-v\s1 donnez votre vie p\r ceux que v\s aimez4 ,le jeune homme compr5ait1 ma9t5ant1 p\rquoi l'humble image de sa mre l'avait t\j\rs mu autant1 s9on davantage1 que les nobles desses du fronton de l',acropole4 ,et sa femme1 l'adorable crature dont les yeux noirs illum9ai5t sa vie1 n'tait-ce po9t surt\t le p>fum de son cur qu'il aimait en elle8 99 99 99 99 99 ,leur conv]sion faillit p\rtant ml] un peu de tri/esse t\te la joie qu'elle leur apportait4 ,ils r5trai5t *ez eux1 un soir d'automne1 aprs avoir pass la j\rne dans un village de la montagne o il y avait une pauvre femme malade qu'ils n\rrissai5t et soignai5t4 ,comme les j\rs prcd5ts1 ,eunice avait t5u compagnie la malade1 p5dant que ,?omas j\ait avec las deux enfants3 ou1 du mo9s1 c'tait a9si qu'ils croyai5t avoir fait1 t&is qu'en ralit ,?omas1 comme les j\rs prcd5ts1 s'tait born c\t]1 avec les deux petits1 les *ansons et les contes de sa jeune femme2 c> p\r t\te la pratique de la vie1 dcidm5t1 lui-mme1 n'tait prs d'elle qu'un petit g>on4 ,puis une vois9e les avait remplacs1 et ils s'tai5t mis en r\te p\r ret\rn] *ez eux4 ,mais ils m>*ai5t d'un pas l\rd et l5t1 sans se s\rire1 presque sans se p>l]4 ,et qu& ils arrivr5t au haut du s5ti] o1 *aque soir1 ils avai5t c\tume de s'arrt] un mom5t p\r assi/] aux d]ni]s jeux du soleil avec les bois et la m]1 ,?omas1 les bras t5dus v]s sa femme1 vit qu'elle hsitait v5ir dans ses bras4 ,il dev9a que1 cette fois1 comme t\j\rs1 alors qu'il s'ef=ait de ca*] au fond de son me la p5se qui le proccupait1 ,eunice1 au fond de l'me1 avait dj la mme p5se4 ,assis en face l'un de l'autre1 aux deux cts du s5ti]1 ils s'av\r5t en r\gissant leur commune p5se4 ,s\s l'influ5ce de leur foi n\velle un scrupule1 peu peu1 les avait envahis3 ils se dem&ai5t si ,jsus n'allait pas s'(f5s] de l'excs de leur am\r4 ,non que sa9t ,paul les en et blms1 dans les frqu5ts entreti5s qu'il avait eus avec eux1 avant son d"p d',a?nes3 mais il y avait dans les p>oles de l'aptre1 comme dans t\s ses actes1 quelque *ose d'au/re qui les inquitait4 ,ne lui avai5t-ils pas ent5du dire1 au sujet du m>iage1 que la femme *rti5ne devait cra9dre son m>i8 ,le cra9dre6 ,eunice songeait avec angoisse que1 quoi qu'elle ft1 jamais elle ne saurait se =c] cra9dre ,?omas4 tait-ce donc un p* de s'tre ab&onne lui t\t entire1 au po9t de ne plus faire avec lui qu'un seul tre1 au po9t de ne p\voir plus vivre qu'en se s]rant contre lui8 ,et ,?omas se disait que ,jsus1 sans d\te1 lui avait enseign l'am\r1 mais un am\r plus haut et plus va/e1 un am\r qui1 s't5dant t\s les hommes1 exigeait p\r t\s une t5dresse gale4 ,oui1 ils aurai5t dsormais *ang] leur vie1 s'ils v\lai5t la consacr] ple9em5t au s]vice de ,dieu6 ,ils aurai5t sp>] leur *air et leurs curs1 rompre le li5 trop troit dont ils s'tai5t lis6 ils le s5tai5t1 et ils s'y rsignai5t3 c> il n'y avait po9t de sacrifice o ils ne fuss5t prts p\r se r5dre dignes de leur bi5faiteur4 ,mais ils re/ai5t assis au bord du s5ti]1 en sil5ce et la tte baisse1 *acun d'eux s'al>mant que l'autre ne dc\vrt1 sur son visage1 la trace du *agr9 qui les accablait4 ,c'e/ pe9e s'ils eur5t la =ce1 ce soir-l1 d'all] rejo9dre la petite tr\pe de leurs frres *rti5s1 dans la maison o ils avai5t c\tume de se runir t\s les soirs4 ,lorsqu'ils y entrr5t1 la maison tait dj remplie et l'(fice avait comm5c4 ,deb\t s\s la lampe1 le vieux poti] qui faisait fonction de prtre s'occupait lire1 suivant l'usage1 quelques-uns des disc\rs de ,jsus1 tels que les avait recueillis l'aptre ,mat?ieu4 ,et1 t&is que les deux jeunes g5s palpitai5t d'motion1 ressaisis jusqu'au fond de leurs curs p> la pntrante beaut de la p>ole div9e1 le prtre ouvrit le livre un autre endroit1 o il lut ce qui suit3 ,des ,ph>isi5s v9r5t ,jsus1 et1 p\r le t5t]1 lui dir5t3 ,e/-il p]mis l'homme m>i de se sp>] de sa femme p\r quelque cause que ce soit8 ,et ,jsus leur rpondit3 ,n'avez-v\s pas lu que ,dieu a1 ds l'orig9e1 cr l'homme avec la femme8 ,n'avez-v\s pas lu qu'il a ordonn l'homme de quitt] son pre et sa mre p\r s'unir sa femme1 de faon que ceux qui sont deux ne =m5t qu'une seule *air8 ,voil ce qui e/ crit3 et1 p> consqu5t1 le m>i et la femme ne sont plus deux *airs1 mais une seule et mme *air4 ,que l'homme n'ose donc po9t sp>] ce que ,dieu a jo9t6 ,?omas s5tit t\t c\p la petite ma9 d',eunice qui1 dans l'ombre1 *]*ait sa ma94 ,ils se reg>dr5t1 les yeux gonfls de l>mes2 et un gr& flot de bonheur les inonda t\s les deux4 ,,iv ,,la ,,volont ,,de ,,dieu ,je suis la rsurrection et la vie4 ,quiconque croit en moi1 mme s'il e/ mort1 vivra4 ,et quiconque vit1 s'il croit en moi1 re/]a vivant p\r l't]nit4 7,sa9t ,jean1 ,,xi1 #bf et #bg47 ,et de mme que1 p> l'am\r1 s'tait rvle au ressuscit de ,nam la beaut de la vie1 c'e/ l'am\r qui lui rvla aussi la beaut de la mort4 ,la pauvre femme que soignait ,eunice avait une maladie de langueur4 ,elle t\ssait1 cra*ait1 se plaignait d'une b\le de feu qui lui crasait la poitr9e4 ,elle gurit p\rtant1 =ce de so9s1 c> son mal ne lui tait v5u que d'un excs de travail et de privations2 mais ,eunice1 son t\r1 fut prise du mme mal4 ,bi5tt son m>i crut obs]v] que leurs prom5ades la fatiguai5t4 ,elle avait p]du son agilit de jeune *vre1 t\j\rs prte saut] d'un ro*] sur l'autre4 ,lorsqu'ils montai5t l',acropole1 ma9t5ant1 s\v5t elle tait =ce de s'asseoir mi-cte p\r retr\v] son s\ffle4 ,mais elle s'tait si compltem5t d%abitue de p5s] soi qu'elle ne s'ap]cevait pas de ces signes de faiblesse2 et ,?omas1 qui s'en ap]cevait1 se rassurait la s5tir t\s les j\rs plus vivante et plus gaie4 ,ou bi51 s'il manife/ait quelque inquitude1 elle lui rpondait en riant que c'tait l'ge qui l'avait affaiblie4 ,notre temps a pass tellem5t vite1 disait-elle1 que n\s aurons vieilli sans n\s en d\t]6 ,elle ne s'mut pas davantage qu& ses bagues lui tombr5t des doigts4 ,elle avait v\lu v5dre ses bagues avec le re/e de ses bij\x1 aprs son baptme1 et en di/ribu] le produit aux pauvres3 ,?omas avait eu gr&-pe9e obt5ir qu'elle en cons]vt au mo9s deux1 qu'il lui avait donnes p5dant leurs fianailles4 ,qu& elle les vit tomb] de ses doigts1 elle crut le plus srieusem5t du monde que c'tait un ordre de ,dieu1 qui lui enjoignait de se dp\ill] de ce d]ni] luxe au pr(it des pauvres4 ,et ,?omas l'aimait si =t qu'il le crut aussi4 ,une nuit1 dans le lit o ils c\*ai5t l'un prs de l'autre1 il s5tit que t\t le corps de sa femme brlait comme un brasi]4 ,elle avait soif1 et aucune boisson ne la dsaltrait2 elle se t\rnait1 se ret\rnait1 ne p>v5ait pas dormir4 ,a l'aube enf9 elle s'endormit2 mais lorsque son m>i se rveilla1 quelques heures plus t>d1 elle tait p5*e sur lui1 t\te tremblante1 le considrant avec de gr&s yeux effrays4 ,a quel affreux cau*em> je vi5s d'*app]6 lui dit-elle4 ,je rvais que tu tais mort1 et que je re/ais seule1 ici1 c\*e dans notre lit6 ,c'e/ ce j\r-l que1 p\r la premire fois1 ,?omas eut un in/ant l'ide qu'elle p\vait m\rir4 ,p5dant plusieurs sema9es1 la fivre rep>ut t\s les soirs4 ,puis1 brusquem5t1 elle s'arrta4 ,la jeune femme regagna des =ces2 ils pur5t recomm5c] leurs prom5ades1 leurs visites aux pauvres4 ,leurs frres *rti5s eur5t le bonheur de les voir de n\veau pr5dre leur "p des (fices sacrs1 o1 lorsqu',eunice n'y assi/ait pas1 il semblait *acun que les ci]ges brillai5t d'un clat mo9s vif1 et que les fleurs1 sur l'autel1 avai5t mo9s de p>fum4 ,et ni le ret\r de la fivre1 ni la frqu5ce croissante des accs de t\x1 ni1 bi5tt1 l'impossibilit o fut la malade de se lev] de son lit1 ri5 ne prvalut dsormais contre le s\v5ir de ces *>mantes sema9es de convalesc5ce4 ,d'un j\r l'autre1 c]ta9em5t1 un mieux p>eil allait se reproduire1 cette fois p\r ne plus cess]6 ,eunice1 du mo9s1 l'affirmait1 avec mille beaux projets d'emploi de leur temps aprs la gurison4 ,le croyait-elle1 au fond de son cur1 autant qu'elle l'affirmait8 ,oui1 sans d\te3 c> son m>i1 qui s5tait t\tes *oses comme elle1 avait au fond de son cur la mme c]titude4 ,de telle sorte que t\s deux1 s'tant depuis longtemps acc\tums rgl] leurs dsirs sur les circon/ances1 ou plutt s'tant acc\tums ne ri5 dsir] que leur seul am\r1 s'arrangeai5t1 en somme1 aussi aism5t de la maladie que de la sant4 ,mais un mat9 ,eunice1 que la d\ce *aleur d'un soleil de pr9temps avait un peu ranime1 dem&a son m>i de lui donn] son miroir et ses peignes1 p\r se faire belle4 ,et pe9e se fut-elle reg>de dans le miroir qu'elle jeta un gr& cri1 un cri o se mlai5t une frayeur1 une angoisse1 une dtresse inf9ies4 ,elle v5ait d'ap]cevoir1 t\t c\p1 les deux rides pr(ondes que la maladie avait creuses sur ses tempes3 et elle avait compris qu'elle allait m\rir4 ,haletante1 frissonnante1 les yeux dilats d'horreur1 elle se r$ressa dans son lit4 ,p> piti1 disait-elle ,?omas1 p> piti sec\rs-moi1 fais en sorte que je puisse vivre encore quelque temps6 ,va dem&] au prtre s'il ne connat pas un moy5 de me sauv]6 ,dis-lui que je suis trop jeune p\r m\rir1 que je t'aime trop1 que j'ai trop beso9 de re/] prs de toi6 ,on m'a p>l d'une vieille femme1 dans la montagne1 qui sait gurir t\tes les maladies4 ,p> piti1 va *ez elle1 obti5s d'elle que je ne meure pas6 ,g>de-moi en vie1 mon bi5-aim6 ,ne me quitte pas1 s]re-moi dans tes bras1 emp*e la mort d'appro*] de moi6 ,et elle pleurait1 elle joignait ses ma9s1 elle fixait sur lui ses gr&s yeux suppliants4 ,p> piti6 sans cesse elle rptait ces mots1 qui1 sans cesse1 creusai5t d'une entaille plus aigu le cur de son m>i4 ,t\te la j\rne dura a9si1 plus longue p\r le malheureux1 et plus accablante1 que les sept ans qu'il avait p]dus se dsespr] du nant de sa vie4 ,en va91 le s\rire aux lvres1 il essayait de calm] ,eunice en lui jurant qu'elle se trompait1 que dj elle allait mieux1 que l'arrive du pr9temps lui r5drait la sant4 ,elle se laissait conva9cre un mom5t2 mais aussitt la peur et l'angoisse la ressaisissai5t4 ,elle voquait prs5t t\s les lieux qu'elle ne rev]rait plus1 l'assemble du soir avec ses beaux cantiques1 les voiles roses des b>ques sur la m]4 ,puis elle se r$ressait de n\veau1 et jetait aut\r d'elle un reg>d d'p\vante4 ,c'tait la nature qui p>lait dans sa *air1 p\r la d]nire fois4 ,et bi5tt ,dieu lui p>la1 son t\r4 ,le soir1 comme elle rcitait avec son m>i la prire de ,jsus1 elle s'arrta brusquem5t aprs ces mots3 ,que votre volont soit faite6 ,elle s'arrta1 baissa les yeux1 prit1 dans sa pauvre petite ma91 la ma9 de ,?omas4 ,p>donne-moi1 lui dit-elle1 et dem&e ,dieu de me p>donn]6 ,une gr&e lumire s'tait s\da9 rp&ue en elle1 lui dc\vrant que la vie et la mort tai5t *oses galem5t bonnes1 galem5t sa9tes1 et dont elle devait galem5t rem]ci] la volont de ,dieu4 99 99 99 99 99 ,elle vcut encore prs d'un mois3 mais1 ds ce soir-l1 elle1 avait cess d'app>t5ir la t]re4 ,ses traits mme revtir5t de j\r en j\r une beaut n\velle1 avec un m]veilleux s\rire1 confiant et grave1 qui ne les quittait plus4 ,elle cont9uait cep5dant compr5dre1 aim] la vie4 ,t\t l'intressait aussi activem5t qu'autrefois2 elle ne ngligeait ni de n\rrir et de vtir les pauvres1 ni de *ang] la pte de ses oiseaux1 ni de j\ir des te9tes lgres du ciel1 au soleil c\*ant4 ,elle semblait seulem5t voir t\t de plus haut1 comme si son me1 affran*ie dj des entraves de la matire1 et plan dans un air plus pur et plus transp>5t4 ,s\v5t1 p\r di/raire son m>i1 elle lui rappelait leurs *res visites aux frontons de ,phidias1 leurs entreti5s sur l'art des vieux matres1 un sj\r qu'ils avai5t fait ,olympie1 et qui avait t leur plus belle fte2 elle croyait rpt] ce que lui avait dit son m>i1 et *acune de ses rflexions tait si imprvue1 si n\velle1 si sage1 qu'en effet ,?omas pr\vait1 l'ent5dre1 une surprise qui le dt\rnait un in/ant de sa pe9e4 ,mais1 d'ailleurs1 il n'y avait ri5 qu'elle n'imag9t p\r le di/raire et le consol]3 tantt lui assurant qu'elle allait gurir1 se =ant le croire elle-mme1 dans son dsir passionn de l'en p]suad]2 tantt1 qu& elle le voyait trop dsespr1 lui dcrivant le bonheur qu'ils aurai5t se retr\v]1 aprs quelques annes d'att5te qui s'c\l]ai5t comme un j\r4 ,et1 c]tes1 ,?omas ne d\tait po9t qu'il la retr\v]ait3 c> si1 mieux que p]sonne1 il avait eu l'occasion de vrifi] la ju/esse de la p>ole de l'aptre1 que t\s les hommes sont1 viv5t1 et se meuv5t dans la ma9 de ,dieu1 son propre exemple et celui d',eunice lui pr\vai5t aussi1 non mo9s clairem5t1 que1 p> la s\ffrance1 la maladie1 et la mort1 ,dieu travaillait faonn] les mes p\r une vie suprieure4 ,sans cesse sa femme s'levait cette vie2 il l'y voyait mont] d'un vol si lg] et si beau qu'il ne p\vait plus mme p5s] la pla9dre4 ,mais lui1 comm5t aurait-il la =ce de vivre1 sp> d'elle1 jusqu' l'heure o ,dieu cons5tirait enf9 les runir8 ,il ne s'tait sp> d'elle qu'une fois1 depuis qu'ils s'aimai5t3 p5dant deux j\rs qu'elle avait d pass] auprs de sa sur malade2 et il se s\v5ait de l'int]m9able supplice que ces deux j\rs lui avai5t p>u4 ,or voici qu'il aurait subir ce supplice p5dant des annes6 ,voici qu'il aurait err] seul dans un monde dont sa femme tait p\r lui l'unique lumire2 plus seul inf9im5t et plus misrable que si t\s ses s5s1 d'un c\p1 s'tai5t te9ts en lui6 ,?omas songeait tri/em5t t\t cela1 un mat9 d'avril1 ag5\ill au pi$ du lit o ,eunice dormait1 lorsqu'il vit qu'elle avait r\v]t les yeux et dsirait lui p>l]4 ,comme je te rem]cie1 lui dit-elle1 d'avoir fait v5ir ces enfants p\r *ant] aut\r de moi6 ,aprs quoi1 de n\veau1 elle f]ma les yeux1 le visage t\t illum9 d'un s\rire ple9 de confiance et de gravit4 ,et le mdec91 qui il rpta ces mots1 lui affirma que c'tait la fivre qui la faisait dlir]4 ,mais ,?omas avait appris1 entre mille autres *oses1 ne pas atta*] une gr&e importance aux affirmations des mdec9s4 ,non1 ,eunice ne dlirait pas6 ,il ne savait que trop ce qu'tai5t ces enfants2 et le vieux poti] le savait aussi1 qui1 aprs avoir frott de l'huile sa9te le front de la jeune femme1 lui dit1 d'une voix que les l>mes brisai5t *aque mot3 ,va ma9t5ant ,dieu1 me *rti5ne6 ,elle pressa faiblem5t la ma9 de ,?omas1 s\pira2 et les enfants qui tai5t v5us la *]*] emportr5t son me4 99 99 99 99 99 ,et alors ,?omas1 qui s'p\vantait l'ide de devoir vivre sans elle1 s'ap]ut que1 morte p\r les autres1 en lui et auprs de lui elle re/ait vivante4 ,l'am\r les avait si =tem5t unis que la mort mme tait impuissante les sp>]4 ,comme aup>avant1 ,?omas voyait t\tes *oses p> les yeux d',eunice1 p>tageait avec elle t\tes ses p5ses1 se s5tait t5drem5t b]c dans ses bras4 ,il la retr\vait t\t entire devant lui1 t\j\rs jeune1 t\j\rs belle1 avec la noble et tranquille sagesse dont la maladie l'avait revtue4 ,avait-il un d\te1 une hsitation1 une inquitude8 ,aussitt il l'appelait et elle acc\rait1 infatigable le div]tir4 ,plus que jamais1 elle lui tait la lumire du monde3 l'aidant non plus j\ir de la vie t]re/re1--c> il en avait puis t\tes les j\issances1--mais m>*] d'un pas gal et sr jusqu'au seuil de cette autre vie1 plus relle1 o il savait que leurs deux curs a*v]ai5t de se fondre en un seul p\r l't]nit4 ,ou si1 p> in/ants1 il s'impati5tait d'une att5te trop longue1 ou si quelque s\v5ir du pass risquait de lui r5dre le prs5t trop dur1 bi5 vite elle lui rappelait la prire div9e qui1 mieux que t\tes les philosophies1 apaise les impati5ces et ad\cit les regrets3 ,notre ,pre1 que votre volont soit faite sur la t]re comme au ciel6 ,c'e/ sur le conseil d',eunice qu'il dev9t prtre1 peu de temps aprs son veuvage1 af9 de p\voir travaill] plus librem5t au s]vice de ,dieu4 ,et s\v5t les p*eurs et les m5diants du port1 p5dant qu'assis au milieu d'eux il leur pr*ait l'vangile1 s'tonnr5t de voir l'ombre blan*e d'une jeune femme s'appro*] de lui1 et1 se p5*ant sur lui avec un d\x s\rire1 lui murmur] l'oreille les consolantes p>oles qu'il leur rptait4 #aija4 ,,f9 ,,table ,pages4 ,i4--,le ,baptme de ,jsus #a ,,ii4--,les ,disciples d',emmas #dc ,,iii4--,b>sabas #abc ,,iv4--,le ,fils de la veuve de ,nam #aig ,,t\rs ,,imprim]ie ,,deslis ,,fr,,res #f1 rue ,gambetta4