,r,,flexions ,,sur ,,le ,,suicide4 ,,par ,,mad4 ,,la ,,baronne ,,de ,,sta,l-,,holstein4 ,,dition ,,originale4 ,a ,,berlin #ahac1 ,,se ,,vend ,,dans ,,la ,,realschulbuchhandlung4 ,a ,,son ,,altesse ,,royale ,,le ,,prince ,,royal ,,de ,,su,,de4 ,,monseigneur6 ,j'ai crit ces rflexions sur le ,suicide1 dans un moment o le malheur me faisait prouver le besoin de me fortifier par le secours de la mditation4 ,c'est prs de ,,vous1 ,,monseigneur1 que mes peines se sont adoucies2 mes enfans et moi nous avons fait comme ces bergers d',arabie1 qui lorsqu'ils voient venir l'orage1 se retirent l'abri du laurier4 ,,vous n'avez jamais considr la mort1 ,,monseigneur1 que comme dvouement la patrie2 et jamais ,,votre me n'a pu tre atteinte par ce dcouragement que ressentent quelquefois les tres qui se croient inutiles sur la terre4 ,nanmoins ,,votre esprit transcendant n'est tranger aucun sujet philosophique1 et ,,vous voyez de trop haut pour que rien puisse ,,vous chapper4 ,je n'avais jusqu' ce jour ddi mes ouvrages qu' la mmoire de mon ,pre2 je ,,vous ai demand1 ,,monseigneur1 l'honneur de ,,vous rendre hommage1 parce que ,,votre vie publique signale tous les yeux les vertus relles1 qui seules mritent l'admiration des penseurs4 ,un courage intrpide ,,vous distingue personnellement entre tous les braves1 mais ce courage est dirig par une bont non moins sublime2 le sang des guerriers1 les pleurs du pauvre1 les inquitudes mme du faible sont l'objet de ,,votre humanit prvoyante4 ,vous craignez la souffrance de ,,vos semblables1 et le rang minent o ,,vous tes plac ne pourra jamais effacer de ,,votre cur la sympathie4 ,un ,franais disait de ,,vous1 ,,monseigneur1 que ,,vous runissiez la chevalerie du rpublicanisme la chevalerie de la ,royaut3 en effet1 dans quelque sens que la gnrosit puisse s'exercer1 elle ,,vous est toujours native4 ,dans les rapports de la socit ,,vous ne mettez point la gne1 par une roideur factice1 l'esprit et l'me de ceux qui ,,vous entourent4 ,,vous pourriez1 pour ainsi dire1 gagner tout un peuple un un1 si chaque individu qui le compose1 avait le bonheur de s'entretenir un quart d'heure avec ,,vous1 mais ct de cette affabilit pleine de grces1 ,,votre mle nergie ,,vous attache tous les caractres forts4 ,cette ,nation ,sudoise1 jadis si clbre par ses exploits1 et qui conserve encore les grandes qualits que ses anctres ont manifestes1 chrit en ,,vous le prsage de sa gloire4 ,,vous respectez les droits de cette ,nation1 ,,monseigneur1 par penchant et par conscience1 et l'on ,,vous a vu1 dans plusieurs circonstances difficiles1 aussi fier des barrires constitutionnelles1 que d'autres en seraient impatiens4 ,les devoirs ne ,,vous semblent jamais des bornes mais des appuis1 et c'est ainsi que ,,votre dfrence habituelle pour la sagesse exprimente du ,,roi ajoute un nouveau lustre au pouvoir qu',,il ,,vous confie4 ,poursuivez1 ,,monseigneur1 la carrire dans laquelle un si bel avenir ,,vous est offert1 et ,,vous montrerez au monde ce qu'il avait dsappris1 c'est que les vritables lumires enseignent la morale1 et que les hros vraiment magnanimes1 loin de mpriser l'espce humaine1 ne se croient suprieurs aux autres hommes1 que par les sacrifices mmes qu'ils leur font4 ,je suis avec respect1 de ,,votre ,,altesse ,,royale1 ,,monseigneur1 la trs-humble et trs-obissante servante ,,necker1 ,baronne de ,,sta,l ,,holstein4 ,rflexions sur le suicide4 ,c'est pour les malheureux qu'il faut crire2 ceux qui sont en possession des prosprits de ce monde1 ne s'instruisent que par leur propre exprience1 et les ides gnrales en toutes choses ne leur paraissent que du temps perdu4 ,il n'en est pas ainsi de ceux qui souffrent3 la rflexion est leur plus sr asile1 et spars par l'infortune des distractions de la socit1 ils s'examinent eux-mmes et cherchent1 comme un malade qui se retourne dans un lit de douleur1 quelle est la position la moins pnible qu'ils puissent se procurer4 ,l'excs du malheur fait natre la pense du ,suicide1 et cette question ne saurait tre trop approfondie2 elle tient toute l'organisation morale de l'homme4 ,je me flatte de prsenter quelques aperus nouveaux sur les motifs qui peuvent conduire cette action1 et sur ceux qui doivent en dtourner4 ,je discuterai ce sujet sans malveillance comme sans exaltation4 ,il ne faut pas har ceux qui sont assez malheureux pour dtester la vie2 il ne faut pas louer ceux qui succombent sous un grand poids3 car s'ils pouvaient marcher en le portant leur force morale serait plus grande#a4 #a ,j'ai lou l'acte du ,suicide dans mon ouvrage sur l',influence des passions1 et je me suis toujours repentie depuis de cette parole inconsidre4 ,j'tais alors dans tout l'orgueil et la vivacit de la premire jeunesse2 mais quoi servirait-il de vivre1 si ce n'tait dans l'espoir de s'amliorer8 ,les personnes qui d'ordinaire condamnent le ,suicide1 se sentant sur le terrain du ,devoir et de la ,raison1 se servent souvent1 pour soutenir leur opinion1 de certaines formes mprisantes1 qui peuvent blesser leurs adversaires2 elles mlent aussi quelquefois d'injustes attaques contre l'enthousiasme en gnral1 la censure mrite d'un acte coupable4 ,il me semble au contraire1 que c'est par les principes mmes du vritable enthousiasme1 c'est--dire1 de l'amour du beau moral1 qu'on peut aisment montrer1 combien la rsignation la destine est d'un ordre plus lev que la rvolte contre elle4 ,je me propose de prsenter la question du ,suicide sous trois rapports diffrens3 j'examinerai d'abord ,quelle est l'action de la souffrance sur l'me humaine2 secondement1 je montrerai ,quelles sont les lois que la religion chrtienne nous impose relativement au ,suicide1 et troisimement je considrerai ,en quoi consiste la plus grande dignit morale de l'homme sur cette terre4 ,premire section4 ,quelle est l'action de la souffrance sur l'me humaine8 ,on ne saurait se le dissimuler1 il y a1 sous le rapport des impressions causes par la douleur1 autant de diffrence entre les individus1 qu'il en peut exister relativement au gnie et au caractre2 non seulement les circonstances1 mais la manire de les sentir diffre tellement1 que des personnes trs-estimables d'ailleurs peuvent ne pas s'entendre cet gard2 et cependant1 de toutes les bornes de l'esprit1 la plus insupportable1 c'est celle qui nous empche de comprendre les autres4 ,il me semble que le bonheur consiste dans la possession d'une destine en rapport avec nos facults4 ,nos dsirs sont une chose momentane et souvent funeste mme nous1 mais nos facults sont permanentes et leurs besoins ne cessent jamais3 il se peut donc que la conqute du monde ft ncessaire ,alexandre1 comme la possession d'une cabane un berger4 ,il ne s'ensuivrait pas que la race humaine dt se prter servir d'aliment aux facults gigantesques d',alexandre2 mais on peut dire que1 d'aprs sa nature1 lui1 ne savait tre heureux qu'ainsi4 ,la puissance d'aimer1 l'activit de la pense1 le prix qu'on attache l'opinion1 font de tel ou tel genre de vie une existence douce pour les uns et tout--fait pnible pour les autres4 ,l'inflexible loi du devoir est la mme pour tous1 mais les forces morales sont purement individuelles1 et la profonde connaissance du cur humain peut seule donner nos jugemens sur le bonheur et le malheur de ceux qui ne nous ressemblent pas1 une quit philosophique4 ,il me semble donc qu'il ne faut jamais disputer sur ce que chacun prouve2 le conseil ne peut porter que sur la conduite et la fermet d'me1 dont la vertu et la religion font une gale loi dans toutes les situations2 mais les causes du malheur et son intensit varient autant que les circonstances et les individus4 ,ce serait vouloir compter les flots de la mer1 qu'analyser les combinaisons du sort et du caractre4 ,il n'y a que la conscience qui soit en nous comme un tre simple et invariable1 dont nous pouvons tous obtenir1 ce dont nous avons tous besoin--le repos de l'me4--,la plupart des hommes se ressemblent1 non pas dans ce qu'ils font1 mais dans ce qu'ils peuvent faire1 et nul tre capable de rflchir ne niera1 qu'en commettant des fautes contre la morale1 on sent toujours qu'on tait le matre de les viter4 ,si donc on reconnat qu'il est ordonn l'homme sur cette terre de supporter la douleur1 on ne saurait s'excuser ni par la violence de cette douleur1 ni par la vivacit du sentiment qu'elle cause4 ,chaque individu possde en lui-mme les moyens d'accomplir son devoir2 et ce qu'il y a d'admirable dans la nature morale1 comme dans la nature physique1 c'est quel point le ncessaire est galement et universellement rparti1 tandis que le superflu est diversifi de mille manires4 ,la douleur physique et la douleur morale sont une et mme chose dans leur action sur l'me2 car la maladie est une peine aussi bien qu'une souffrance2 mais la douleur physique fait d'ordinaire prir le corps1 tandis que les douleurs morales servent rgnrer l'me4 ,il ne suffit pas de croire avec les ,stociens1 que la douleur n'est point un mal2 il faut tre convaincu qu'elle est un bien1 pour s'y rsigner4 ,le plus petit mal serait insupportable1 si l'on le considrait comme purement accidentel2 l'irritabilit individuelle influant sur la manire de sentir1 on n'aurait pas plus le droit de blmer un homme qui se tuerait pour une piqre d'pingle1 que pour une attaque de goutte2 pour une contrarit1 que pour un chagrin4 ,le moindre sentiment de douleur peut rvolter l'me1 s'il ne tend pas la perfectionner2 car il y a plus d'injustice dans un lger mal1 s'il est inutile1 que dans la plus grande peine1 si elle tend vers un noble but4 ,ce n'est pas ici le cas de remonter la grande question mtaphysique1 qui a vainement occup tous les philosophes3 l'origine du mal4 ,nous ne pouvons concevoir la libert de l'homme sans la possibilit du mal4 ,nous ne pouvons concevoir la vertu sans la libert de l'homme1 ni la vie ternelle sans la vertu2 cette chane1 dont le premier anneau nous est tout la fois incomprhensible et indispensable1 doit tre considre comme la condition de notre tre4 ,si la rflexion et le sentiment nous conduisent croire1 qu'il y a toujours dans les voies de la ,providence une justice cache ou manifeste2 nous ne pouvons considrer la souffrance ni comme accidentelle ni comme arbitraire4 ,l'homme aurait le mme droit de se plaindre pour un bonheur de moins que pour une peine de plus1 s'il croyait que la ,divinit pt communiquer la crature des qualits ou des puissances sans bornes1 et qu'ainsi l'infini ft transmissible4 ,pourquoi l'homme ne s'irriterait-il pas de n'avoir pas toujours vcu comme de devoir cesser d'tre8 ,enfin sur quelles bases reposent ses plaintes8 ,est-ce contre le systme de l'univers qu'il se rvolte1 ou contre la part qu'il a dans un ensemble soumis d'invariables lois8 ,la douleur est un des lmens ncessaires de la facult d'tre heureux1 et nous ne pouvons concevoir l'une sans l'autre4 ,la vivacit de nos dsirs tient aux difficults qu'ils rencontrent2 l'branlement de nos jouissances1 la crainte de les perdre2 la vivacit de nos affections1 aux dangers qui menacent les objets de notre amour4 ,enfin nul mortel n'a pu dlier le nud gordien du plaisir et de la peine que par le fer qui tranche la vie4 --,oui1 diront quelques individus malheureux1 nous nous soumettons la balance des biens et des maux1 que le cours ordinaire des vnemens amne2 mais quand nous sommes traits en ennemis par le sort1 il est juste d'chapper ses coups4--,d'abord le rgulateur1 qui dtermine le rsultat de cette balance1 est tout entier en nous-mmes3 le mme genre de vie1 qui rduit l'un au dsespoir1 comblerait de joie l'homme plac dans une sphre d'esprances moins leve4 ,cette rflexion n'est point en opposition avec ce que j'ai dit sur les mnagemens qu'on doit aux diverses manires de sentir3 sans doute le bonheur de l'un peut tre en dsaccord avec le caractre de l'autre2 mais la rsignation convient galement tous4 ,s'il y a dans la nature physique deux forces opposes qui font mouvoir le monde3 l',impulsion et la ,gravitation2 on peut affirmer aussi1 que le besoin d'agir et la ncessit de se soumettre1 la ,volont et la ,rsignation sont les deux ples de l'tre moral1 et l'quilibre de la raison ne peut se trouver qu'entre-deux4 ,la plupart des hommes ne comprennent gures que deux ,puissances dans la vie1 le ,sort et leur ,volont1 qui peut1 ce qu'ils croient1 influer sur ce sort2 ils passent donc d'ordinaire de l'irritation l'orgueil4 ,quand ils sont en tat d'irritation1 ils maudissent le destin1 comme les enfans battent la table contre laquelle ils se heurtent2 et quand ils sont satisfaits des vnemens de la vie1 ils se les attribuent tout entiers1 et se complaisant dans les moyens qu'ils ont employs pour les diriger1 ils considrent ces moyens comme l'unique source de leur flicit4 ,il y a erreur dans ces deux faons de voir4 ,la ,volont de l'homme agit d'ordinaire1 il est vrai1 concurremment avec la destine2 mais quand cette destine devient de la ncessit1 c'est--dire quand elle prend le caractre de l'irrparable1 elle est la manifestation des desseins de la ,providence sur nous4 ,un homme d'esprit disait3 la ncessit rafrachit4 ,il faut s'lever une grande hauteur pour adopter ce mot dans son entier2 mais toujours est-il vrai qu'on doit avoir pour le ,sort un genre de respect4 ,c'est une puissance qui tour--tour subite et lente1 imprvue ou prpare1 se saisit de la vie une certaine poque et en dtermine le cours2 mais loin que le ,sort soit aveugle1 comme on se plat le dire1 l'on croirait qu'il nous connat1 car presque toujours il nous atteint dans nos faiblesses les plus intimes4 ,c'est le ,tribunal secret qui nous juge1 et lorsqu'il parat injuste1 peut-tre savons-nous seuls ce qu'il veut nous dire et ce qu'il exige de nous4 ,il n'y a point de doute que nous ne sortions sensiblement meilleurs de l'preuve de l'adversit1 quand nous nous y soumettons avec une fermet douce4 ,les plus grandes qualits de l'me ne se dveloppent que par la souffrance1 et ce perfectionnement de nous-mmes nous rend1 aprs un certain temps1 le bonheur2 car le cercle se referme et nous ramne aux jours d'innocence qui prcdrent nos fautes4 ,c'est donc se soustraire la vertu1 que de se tuer parce qu'on est malheureux3 c'est se soustraire aux jouissances que cette vertu nous aurait donnes1 quand nous aurions triomph de nos peines par son secours4 ,les ,platoniciens disaient1 que l'me avait besoin d'un certain temps de sjour sur cette terre1 pour s'purer des passions coupables4 ,on croirait en effet que la vie a pour but de renoncer la vie4 ,la nature physique accomplit cette uvre par la destruction1 et la nature morale par le sacrifice4 ,l'existence humaine bien conue n'est autre chose que l'abdication de la ,personnalit pour rentrer dans l',ordre universel4 ,les enfans ne comprennent qu'eux1 les jeunes gens qu'eux et les amis qui font partie d'eux-mmes2 mais ds que les avant-coureurs du dclin arrivent1 il faut ou se consoler par les penses gnrales1 ou s'abandonner toutes les terreurs que prsente la dernire moiti de la vie2 car c'est bien peu de chose que les circonstances heureuses ou malheureuses de chaque individu1 en comparaison des lois inflexibles de la nature4 ,la vieillesse et la mort devraient mettre tous les hommes au dsespoir bien plus que leurs chagrins particuliers2 mais on se soumet facilement la condition universelle1 et l'on se rvolte contre son propre partage1 sans rflchir1 que la condition universelle se retrouve dans chaque lot1 et que les diffrences sont plus apparentes que relles4 ,en traitant de la dignit morale de l'homme1 je prononcerai fortement la diffrence qui existe entre le ,suicide et le ,dvouement2 c'est--dire1 entre le sacrifice de soi aux autres1 ou ce qui est la mme chose1 la vertu2 et le renoncement l'existence1 parce qu'elle nous est charge4 ,les motifs qui dterminent se donner la mort1 changent tout fait la nature de cette action2 car lorsqu'on abdique la vie pour faire du bien ses semblables1 on immole1 pour ainsi dire1 son corps son me1 tandis que1 quand on se tue par l'impatience de la douleur1 on sacrifie presque toujours sa conscience ses passions4 ,on a nanmoins eu tort de prtendre1 que le ,suicide tait un acte de lchet3 cette assertion force n'a convaincu personne2 mais on doit distinguer dans ce cas la bravoure de la fermet4 ,il faut1 pour se tuer1 ne pas craindre la mort2 mais c'est manquer de fermet d'me que de ne pas savoir souffrir4 ,une sorte de rage est ncessaire pour vaincre en soi l'instinct conservateur de la vie1 quand ce n'est pas un sentiment religieux qui nous en demande le sacrifice4 ,la plupart de ceux qui ont vainement essay de se donner la mort1 n'ont pas renouvel leurs tentatives1 parce qu'il y a dans le ,suicide1 comme dans tous les actes dsordonns de la volont1 une certaine folie1 qui s'apaise quand elle atteint de trop prs son but4 ,le malheur n'est presque jamais une chose absolue2 ses rapports avec nos souvenirs ou nos esprances en composent souvent la plus grande partie1 et quand une secousse trs-vive s'opre en nous-mmes1 notre douleur s'offre souvent notre imagination sous un aspect tout diffrent4 ,revoyez1 aprs dix ans1 une personne qui a subi une grande privation de quelque nature qu'elle soit1 et vous saurez qu'elle souffre et jouit par une autre cause que cette privation mme1 dans laquelle consistait son malheur dix ans auparavant4 ,il n'est pas dit pour cela1 que le bonheur soit rentr dans son me1 mais l'esprance et la crainte ont pris en elle un autre cours2 et c'est de l'activit de ces deux sentimens que se compose la vie morale4 ,il y a une cause de ,suicide1 qui intresse presque tous les curs de femme3 c'est l'amour2 le charme de cette passion est srement le principal motif des erreurs qu'on commet dans la manire de juger l'homicide de soi-mme4 ,on veut que l'amour subjugue les plus hautes puissances de l'me1 et qu'il n'y ait rien au-dessus de son empire4 ,tous les genres d'enthousiasme ayant subi l'atteinte de l'incrdulit moqueuse1 les romans ont maintenu le prestige du sentiment dans quelques contres du monde o la bonne-foi s'est retire2 mais de tous les malheurs de l'amour il n'en est qu'un1 ce me semble1 contre lequel la force de l'me puisse se briser3 c'est la mort de l'objet qu'on aime et dont on est aim4 ,un frissonnement intrieur obscurcit la nature entire1 quand le cur avec lequel se confondait notre existence1 repose glac dans le tombeau4 ,cette douleur1 l'unique peut-tre qui dpasse ce que ,dieu nous a donn de force contre la souffrance1 a pourtant t considre par divers moralistes comme plus facile supporter que celles dans lesquelles l'orgueil offens se mle de quelque manire4 ,en effet1 dans le malheur que cause l'infidlit de ce qu'on aime1 c'est bien le cur qui reoit la blessure1 mais l'amour-propre y verse ses poisons4 ,sans doute aussi un sentiment plus noble que l'amour-propre nous dchire quand nous sommes obligs de renoncer l'estime que nous avions conue pour le premier objet de nos affections1 quand il ne reste plus d'un enthousiasme aussi profond que le souvenir des vaines apparences qui l'ont caus4 ,mais il faut cependant se le prononcer avec rigueur1 du moment que dans une liaison intime et sincre1 telle qu'elle doit exister entre des tres vrais et purs1 l'un des deux est infidle1 l'un des deux peut tromper2 c'est qu'il tait indigne du sentiment qu'il inspirait4 ,je ne veux point par ce raisonnement imiter ces pdans qui rduisent les peines de la vie des syllogismes4 ,on souffre de mille manires1 on souffre par des sentimens divers1 opposs1 contradictoires2 et nul n'a le droit de contester qui que ce soit sa douleur4 ,mais dans tout chagrin de l'me1 o l'amour-propre peut entrer pour quelque chose1 il est aussi insens que coupable de vouloir se tuer2 car tout ce qui tient la vanit1 est ncessairement passager1 et il ne faut pas accorder ce qui est passager le droit de nous lancer dans l'ternit4 ,un malheur entirement dgag de tout mouvement d'orgueil1 serait donc le seul qui motiverait le ,suicide2 mais par cela mme qu'un tel malheur consiste en entier dans la sensibilit1 la religion en adoucit l'amertume4 ,la ,providence1 qui veut que toutes les blessures de l'me humaine puissent tre guries1 vient au secours de celui qu'elle a frapp d'un coup plus fort que ses forces4 ,souvent alors les palmes de l',ange de paix ombragent notre tte abattue1 et qui sait si cet ,ange n'est pas l'objet mme que nous regrettons8 qui sait si1 touch de nos larmes1 il n'a pas obtenu du ciel mme le pouvoir de veiller sur nous8 ,les peines de sentiment1 qu'aigrit l'amour-propre1 sont ncessairement modifies par le temps2 et les peines1 dont la touchante nature est sans mlange d'aucun mouvement d'orgueil1 inspirent une disposition religieuse1 qui porte l'me la rsignation4 ,les plus frquentes causes du ,suicide dans les temps modernes1 ce sont la ruine et le dshonneur4 ,les revers de la fortune1 telle que la socit est combine1 causent une peine trs-vive1 et qui se multiplie sous mille formes diverses4 ,la plus cruelle de toutes cependant1 c'est la perte du rang qu'on occupait dans le monde4 ,l'imagination agit autant sur le pass que sur l'avenir1 et l'on fait avec les biens qu'on possde une alliance1 dont la rupture est cruelle2 mais aprs un certain temps1 une situation nouvelle prsente une nouvelle perspective presque tous les hommes4 ,le bonheur est tellement compos de sensations relatives1 que ce ne sont pas les choses en elles-mmes1 mais leur rapport avec la veille ou le lendemain1 qui agit sur l'imagination4 ,si la destine ou les menaces d'un matre ont fait craindre un homme tel degr de douleur1 et qu'il apprenne que la moiti de ce qu'il redoutait lui est pargne1 son impression sera toute diffrente de celle qu'il aurait ressentie1 s'il n'avait pas prouv une aussi grande terreur4 ,le ,sort entre presque toujours en composition avec les infortuns2 on dirait qu'il se repent1 comme tout autre ,souverain1 d'avoir fait trop de mal4 ,l'opinion exerce sur la plupart des individus une action poignante dont il est trs-difficile de diminuer la force3 ce mot3--je suis dshonor--trouble entirement l'esprit de l'homme social1 et l'on ne peut s'empcher de plaindre celui qui succombe sous le poids de ce malheur1 car probablement il ne l'avait pas mrit1 puisqu'il le ressent avec tant d'amertume4 ,mais il faut encore ranger sous deux classes principales les causes du dshonneur3 celles qui tiennent des fautes que notre conscience nous reproche1 ou celles qui naissent d'erreurs involontaires et nullement criminelles4 ,le remords tient ncessairement l'ide qu'on se fait de la ,justice divine1 car si nous ne comparions pas nos actions ce type suprme de l'quit1 nous n'aurions dans la vie que des regrets4 ,on ne peut considrer l'existence que sous deux rapports2 ou comme une partie de jeu dont le gain ou la perte consiste dans les biens de ce monde1 ou comme un noviciat pour l'immortalit4 ,si nous nous en tenons la partie de jeu1 nous ne saurions voir dans notre propre conduite que la consquence de raisonnemens bien ou mal faits3 si nous avons la vie venir pour but1 ce n'est qu' l'intention que notre conscience s'attache4 ,l'homme born aux intrts de cette terre peut avoir des regrets1 mais il n'y a de remords que pour l'homme religieux2 or il suffit de l'tre pour sentir que l'expiation est le premier devoir et que la conscience nous commande de supporter les suites de nos fautes afin de les rparer1 s'il se peut1 en faisant du bien4 ,le dshonneur mrit est donc pour l'homme religieux une juste punition laquelle il ne se croit pas le droit de se soustraire3 car quoique parmi les actions humaines il y en ait un grand nombre de plus perverses que le ,suicide1 il n'en est pas qui semble nous drober aussi formellement la protection de ,dieu4 ,les passions entranent des actes coupables dont le bonheur est le but1 mais dans le ,suicide il y a un renoncement tout secours venant d'en haut qu'on ne saurait concilier avec aucune disposition pieuse4 ,celui qui est vraiment atteint par le remords s'criera comme l'enfant prodigue3--,je sais ce que je ferai1 je retournerai vers mon pre1 je me prosternerai devant lui et je lui dirai3 mon pre1 j'ai pch contre le ciel et contre vous1 je ne mrite plus d'tre appel votre fils4--,c'est avec cette rsignation touchante que s'exprime l'tre religieux2 car plus il se croit criminel1 moins il s'attribue le droit de quitter la vie1 puisqu'il n'a point fait de cette vie ce qu'exigeait le ,dieu dont il la tenait4 ,quant aux coupables qui n'ont point foi l'existence future et dont la considration dans ce monde est perdue1 le ,suicide1 d'aprs leur manire de penser1 n'a d'autre inconvnient pour eux que de les priver des chances heureuses qui leur resteraient encore1 et chacun peut estimer ces chances ce qu'il veut d'aprs le calcul des probabilits4 ,je crois qu'on peut affirmer que le dshonneur non mrit n'est jamais durable4 ,l'influence de la vrit sur le public est telle qu'il suffit d'attendre pour tre mis sa place4 ,le temps est quelque chose de sacr qui semble agir indpendamment mme des vnemens qu'il renferme4 ,c'est un appui du faible et de l'infortun1 c'est enfin l'une des formes mystrieuses par lesquelles la ,divinit se manifeste nous4 ,le public qui est quelques gards une chose si diffrente de chaque individu1 le public qui est un homme d'esprit quoiqu'il se compose de tant d'tres stupides1 le public qui a de la gnrosit quoique des platitudes sans nombre soient commises par ceux qui en font partie1 le public finit toujours par se rallier la justice ds que des circonstances prdominantes et momentanes ont disparu4 ,possdez vos mes en paix par la patience1 dit l',evangile4 ,ce conseil de la pit est aussi celui de la raison4 ,quand on rflchit sur les livres saints1 on y trouve l'admirable runion des meilleurs conseils pour se passer de succs dans ce monde1 et souvent aussi des meilleurs moyens pour en obtenir4 ,les douleurs physiques1 les infirmits incurables1 toutes ces misres enfin que l'existence corporelle trane aprs elle1 sembleraient une des causes de ,suicide les plus plausibles1 et cependant ce n'est presque jamais1 sur-tout parmi les modernes1 ce genre de malheur qui porte se tuer4 ,les douleurs qui sont dans le cours ordinaire des choses accablent mais ne rvoltent pas4 ,il faut qu'il se mle de l'irritation dans ce qu'on prouve pour qu'on se livre la colre contre le destin et qu'on veuille ou s'en affranchir ou s'en venger1 comme d'un oppresseur4 ,il y a un singulier genre d'erreur dans la manire dont la plupart des hommes considrent leur destine4 ,l'on ne saurait trop prsenter cette erreur sous ses diverses faces1 tant elle a d'influence sur les impressions de l'me3 on dirait qu'il suffit d'avoir un certain nombre de compagnons d'infortune pour se rsigner aux vnemens quels qu'ils soient1 et qu'on ne trouve d'injustice que dans les malheurs qui nous sont personnels4 ,cependant ces varits comme ces ressemblances ne sont-elles pas pour la plupart compenses1 et ne sont-elles pas toutes1 je le rpte1 galement comprises dans les lois de la nature8 ,je ne m'arrterai point aux consolations communes qu'on peut tirer de l'espoir d'un changement dans les circonstances3 il est des genres de peines qui ne sont pas susceptibles de cette sorte de soulagement2 mais je crois qu'on peut hardiment prononcer qu'un travail fort et suivi a soulag la plupart de ceux qui s'y sont livrs4 ,il y a un avenir dans toute occupation et c'est d'un avenir dont l'homme a sans cesse besoin4 ,les facults nous dvorent comme le vautour de ,promthe1 quand elles n'ont point d'action au dehors de nous1 et le travail exerce et dirige ces facults3 enfin quand on a de l'imagination1 et la plupart de ceux qui souffrent en ont beaucoup1 on peut trouver des plaisirs toujours renouvels dans l'tude des chefs-d'uvre de l'esprit humain1 soit qu'on en jouisse comme amateur1 ou comme artiste4 ,une femme d'esprit a dit que l'ennui se mlait toutes les peines1 et cette rflexion est pleine de profondeur4 ,l'ennui vritable1 celui des esprits actifs1 c'est l'absence d'intrt pour tout ce qui nous entoure combine avec des facults qui rendent cet intrt ncessaire3 c'est la soif sans la possibilit de se dsaltrer4 ,tantale est une assez juste image de l'me dans cet tat4 ,l'occupation rend de la saveur l'existence1 et les beaux-arts ont tout la fois l'originalit des objets particuliers et la grandeur des ides universelles4 ,ils nous maintiennent en rapport avec la nature2 on peut l'aimer sans le secours de ces mdiateurs aimables1 mais ils apprennent cependant la mieux goter4 ,il ne faut pas ddaigner1 dans quelque tristesse qu'on soit plong1 les dons primitifs du ,crateur3 la vie et la nature4 ,l'homme social met trop d'importance au tissu de circonstances dont se compose son histoire personnelle4 ,l'existence est en elle-mme une chose merveilleuse4 ,l'on voit souvent les malades n'invoquer qu'elle4 ,les sauvages sont heureux seulement de vivre1 les prisonniers se reprsentent l'air libre comme le bien suprme1 les aveugles seraient prts donner tout ce qu'ils possdent pour revoir encore les objets extrieurs2 les climats du midi1 qui animent les couleurs et dveloppent les parfums1 produisent une impression indfinissable2 les consolations philosophiques ont moins d'empire que les jouissances causes par le spectacle de la terre et du ciel4 ,ce qu'il faut donc le plus soigner parmi nos moyens de bonheur1 c'est la puissance de la contemplation4 ,on est si l'troit dans soi-mme1 tant de choses nous y agitent et nous y blessent1 qu'on a sans cesse besoin de se plonger dans cette mer des penses sans bornes2 l'on doit1 comme dans le ,styx1 s'y rendre invulnrable ou tout au moins rsign4 ,nul n'osera dire qu'on peut tout supporter dans ce monde1 nul n'osera se confier assez dans ses forces pour en rpondre2 il est bien peu d'tres dous de quelques facults suprieures1 que le dsespoir n'ait atteint plus d'une fois1 et la vie ne semble souvent qu'un long naufrage1 dont les dbris sont l'amiti1 la gloire et l'amour4 ,les rives du temps1 qui s'est coul pendant que nous avons vcu1 en sont couvertes2 mais si nous en avons sauv l'harmonie intrieure de l'me1 nous pouvons encore entrer en communication avec les uvres de la ,divinit4 ,la clmence du ,ciel1 le repos de la mort1 une certaine beaut de l'univers1 qui n'est pas l pour narguer l'homme1 mais pour lui prdire de meilleurs jours3 quelques grandes ides1 toujours les mmes1 sont comme les accords de la cration1 et nous rendent du calme quand nous nous accoutumons les comprendre4 ,c'est ces mmes sources que le hros et le pote viennent puiser leurs inspirations4 ,pourquoi donc quelques gouttes de la coupe qui les lve au-dessus de l'humanit1 ne seraient-elles pas salutaires pour tous8 ,on accuse le ,sort de malignit1 parce qu'il frappe toujours sur la partie la plus sensible de nous-mmes3 ce n'est point la malignit du ,sort qu'il faut s'en prendre1 mais l'imptuosit de nos dsirs1 qui nous prcipite contre les obstacles que nous rencontrons1 comme on s'enferre toujours plus avant dans la vivacit du combat4 ,et d'ailleurs l'ducation que nous devons recevoir de la douleur1 porte ncessairement sur la portion de notre caractre1 qui a le plus besoin d'tre rprime4 ,nous ne pouvons admettre la croyance en ,dieu1 sans supposer qu'il dirige le ,sort dans son action sur l'homme2 nous ne pouvons donc considrer ce ,sort comme une puissance aveugle3 reste considrer si celui qui la gouverne a donn la libert l'homme pour s'y soumettre ou s'y soustraire4 ,c'est ce que nous allons examiner dans la seconde partie de ces rflexions4 ,seconde section4 ,quelles sont les lois que la religion chrtienne nous impose relativement au ,suicide8 ,lorsque l',ancien des douleurs1 ,job fut atteint par tous les genres de maux1 lorsqu'il perdit sa fortune et ses enfans et que d'affreuses souffrances physiques lui firent prouver mille morts3 sa femme lui conseilla de renoncer la vie4--,bnis ,dieu1 lui dit-elle1 et meurs4--,quoi1 lui rpondit-il1 je n'accepterais pas les maux de la mme main dont j'ai reu les biens1 et dans quelque dsespoir qu'il ft plong1 il sut se rsigner son sort et sa patience fut rcompense4 ,on croit que ,job a prcd ,mose1 il existait du moins bien longtemps avant la venue de ,jsus-,christ1 et dans une poque o l'espoir de l'immortalit de l'me n'tait point encore garanti au genre humain4 ,qu'aurait-il donc pens maintenant8 ,on voit dans la ,bible des hommes qui1 tels que ,samson et les ,machabes1 se dvouent la mort pour accomplir un dessein qu'ils croient noble et salutaire1 mais nulle part on ne trouve des exemples du ,suicide dont le dgot ou les peines de la vie soient l'unique cause4 ,nulle part ce ,suicide1 qui n'est qu'une dsertion du ,sort1 n'a t considr comme possible4 ,on a beaucoup dit qu'il n'y avait aucun passage de l',evangile qui indiqut la dsapprobation formelle de cet acte4 ,j4-,c4 dans ses discours remonte plutt aux principes des actions qu' l'application dtaille de la loi3 mais ne suffit-il pas que l'esprit gnral de l',evangile tende consacrer la rsignation8 ,heureux ceux qui pleurent1 dit ,j4-,c41 car ils seront consols3 si quelqu'un veut venir avec moi1 qu'il renonce soi-mme1 qu'il prenne sa croix et qu'il me suive4 ,vous serez bienheureux lorsqu' cause de moi vous serez injuris et perscuts4 ,partout ,j4-,c4 annonce que sa mission est d'apprendre aux hommes que le malheur a pour objet de purifier l'me et que le bonheur cleste est obtenu par les revers supports religieusement ici-bas4 ,c'est le but spcial de la doctrine de ,j4-,c4 que l'explication du sens inconnu de la douleur4 ,on trouve de trs-belles choses en fait de morale sociale et dans les prophtes hbreux et dans les philosophes paens3 mais c'est pour prcher la charit1 la patience et la foi que ,j4-,c4 est descendu sur la terre2 et ces trois vertus tendent toutes galement soulager les malheureux4 ,la premire3 la charit1 nous apprend nos devoirs envers eux2 la seconde1 la patience1 leur enseigne quelles consolations ils doivent recourir1 et la troisime1 la foi1 leur annonce leur rcompense4 ,la plupart des prceptes de l',evangile manqueraient de base1 s'il tait permis de se donner la mort2 car le malheur inspire l'me le besoin d'en appeler au ,ciel1 et l'insuffisance des biens de ce monde est ce qui rend surtout une autre vie ncessaire4 ,il est rare que les individus dans l'enivrement des jours prospres conservent un saint respect pour les choses sacres4 ,l'attrait des biens de ce monde est si vif qu'il fait tout plir1 mme l'clat d'une existence future4 ,un philosophe allemand1 en disputant avec ses amis1 disait une fois3 je donnerais pour obtenir telle chose1 deux millions d'annes de ma flicit ternelle1 et il tait singulirement modr dans le sacrifice qu'il offrait3 car les jouissances temporelles ont d'ordinaire bien plus d'activit que les esprances religieuses1 et la vie spirituelle ou le christianisme1 ce qui est une et mme chose1 n'existerait pas1 s'il n'y avait pas de la douleur dans le fond du cur de l'homme4 ,le ,suicide rflchi est inconciliable avec la foi chrtienne1 puisque cette foi repose principalement sur les diffrens devoirs de la rsignation4 ,quant au ,suicide caus par un moment de dlire1 par un accs de dsespoir1 il se peut que le divin ,lgislateur des hommes n'ait pas eu l'occasion d'en parler au milieu des ,juifs qui n'offraient gures d'exemples de ce genre d'garement4 ,il combattait sans cesse dans les ,pharisiens les vices d'hypocrisie1 d'incrdulit et de froideur4 ,l'on dirait qu'il a considr les torts des passions comme des maladies de l'me et non comme son tat habituel1 et qu'il s'est toujours plus appliqu l'esprit gnral de la morale qu'aux prceptes qui peuvent dpendre des circonstances4 ,j4-,c4 recommande sans cesse l'homme de ne point s'occuper de la vie en elle-mme1 mais de ses rapports avec l'immortalit4 ,pourquoi vous mettez-vous en souci de vos vtemens8 dit-il3 voyez les lis des champs1 ils ne travaillent ni ne filent2 et cependant ,salomon dans toute sa gloire n'a pas t vtu aussi magnifiquement qu'eux4 ,ce n'est point la paresse ni l'insouciance que ,j4-,c4 conseille par ce passage1 mais une sorte de calme qui serait utile mme dans les intrts de ce monde4 ,les guerriers appellent ce sentiment la confiance dans son bonheur1 les hommes religieux l'espoir dans le secours de la ,providence3 mais les uns et les autres trouvent dans cette disposition intrieure de l'me un genre d'appui qui fait juger plus clairement les circonstances mmes de cette vie1 tout en donnant des ailes pour y chapper4 ,on croit s'affranchir du joug des vnemens humains en se promettant de se tuer1 si l'on n'atteint pas le but de ses dsirs4 ,dans un tel systme l'on se considre comme uniquement au service de soi-mme et libre de se quitter ds qu'on n'est plus content des conditions du sort4 ,si l',evangile s'accordait avec cette manire de voir1 on y trouverait des leons de prudence3 mais toutes celles qui tiennent la vertu n'auraient qu'une application bien restreinte1 car la vertu ne consiste jamais que dans la prfrence qu'on donne aux autres1 c'est--dire1 son devoir sur ses intrts personnels2 or lorsqu'on renonce la vie seulement parce qu'on n'est pas heureux1 c'est soi seul que l'on prfre tout1 et l'on est pour ainsi dire goste en se donnant la mort4 ,de tous les argumens religieux qu'on a faits contre le ,suicide1 celui sur lequel on est revenu le plus souvent1 c'est qu'il est formellement compris dans la dfense exprime par ce commandement de ,dieu3 tu ne tueras pas4 ,sans doute cet argument aussi peut tre admis1 mais comme il est impossible de considrer l'homme qui se tue du mme il qu'un assassin1 le vritable point de vue de cette question1 c'est que le bonheur n'tant pas le but de la vie humaine1 l'homme doit tendre au perfectionnement et considrer ses devoirs comme n'ayant rien dmler avec ses souffrances4 ,marc-,aurle dit qu'il n'y a pas plus de mal sortir de la vie que d'une chambre lorsqu'il y fume3 certes s'il en tait ainsi les ,suicides devraient tre bien plus frquens encore qu'ils ne le sont1 car il est difficile1 quand l'illusion de la jeunesse est passe1 de rflchir sur le cours des choses et d'aimer constamment l'existence4 ,on pourrait persister dans cette existence par la crainte d'en sortir2 mais si ce seul motif nous retenait sur la terre1 tous ceux qui ont vaincu la terreur par des habitudes militaires1 toutes les personnes dont l'imagination est plus frappe du fantme de la vie que de celui de la mort1 s'pargneraient les derniers jours qui rptent d'une voix si rauque les airs brillans des premiers4 ,j4-,j4 ,rousseau dans sa lettre pour le ,suicide dit3 ,pourquoi serait-il permis de se faire couper la jambe1 s'il ne l'tait pas de s'ter la vie8 ,la volont de ,dieu ne nous a-t-elle pas galement donn l'une et l'autre8 ,un passage de l',evangile semble rpondre textuellement ce sophisme3 ,si votre bras vous est une occasion de chute1 dit ,j4-,c41 coupez-le4 ,si votre il vous gare1 arrachez-le et le rejetez loin de vous4 ,ce que l',evangile dit s'applique la tentation et non au ,suicide2 mais nanmoins on peut y puiser la rfutation de l'argument de ,j4-,j4 ,rousseau4 ,il est permis l'homme de chercher se gurir de tous les genres de maux3 mais ce qui lui est interdit c'est de dtruire son tre1 c'est--dire la puissance qu'il a reue de choisir entre le bien et le mal4 ,il existe par cette puissance1 il doit renatre par elle et tout est subordonn ce principe d'action auquel se rapporte en entier l'exercice de la libert4 ,j4-,c4 en encourageant les hommes supporter les peines de la vie rappelle sans cesse l'efficacit de la prire4 ,heurtez1 dit-il1 et l'on vous ouvrira3 demandez et vous obtiendrez4 ,mais les esprances qu'il donne ne se rapportent pas aux vnemens de cette vie3 c'est la disposition de l'me sur laquelle la prire a le plus d'empire4 ,on appelle galement bonheur1 le contentement intrieur et les prosprits de la terre1 et cependant rien ne diffre autant que ces deux sources de jouissances4 ,les philosophes du dix-huitime sicle ont appuy la morale sur les avantages positifs qu'elle peut procurer dans ce monde et l'ont considre comme l'intrt personnel bien entendu4 ,les chrtiens ont transpos le foyer de nos plus grandes satisfactions au fond de l'me4 ,les philosophes promettent les biens temporels ceux qui sont vertueux1 ils ont raison quelques gards3 car dans le cours ordinaire des choses il est trs-probable que les bndictions de cette vie accompagnent une conduite morale2 mais si l'attente cet gard tait trompe1 le dsespoir serait donc lgitime2 car la vertu n'tant considre que comme une spculation1 lorsqu'elle est manque1 l'on pourrait abdiquer l'existence4 ,le ,christianisme1 au contraire1 place le bonheur avant tout dans les impressions qui nous viennent par la conscience4 ,n'avons-nous pas prouv1 mme part des sentimens religieux1 que notre disposition intrieure n'tait pas toujours en rapport avec nos circonstances1 et que souvent l'on se sentait plus ou moins heureux qu'on n'aurait d l'tre d'aprs l'examen de sa situation8 ,si cela est ainsi par le simple effet de la mobilit de notre nature3 combien l'action sainte et secrte de la pit sur l'me n'a-t-elle pas plus de pouvoir6 ,on peut le demander ces tres vertueux1 que les afflictions ont visits1 que de fois ne leur est-il pas arriv d'prouver au fond du cur un calme inattendu8 ,je ne sais quelle musique cleste se faisait entendre dans le dsert et semblait annoncer que la source sortirait bientt du sein mme du rocher4 ,quand on a vu marcher l'chafaud la victime la plus respectable et la plus pure1 que les factieux pussent immoler1 ,louis ,,xvi1 on se demandait quel secours la main de ,dieu lui prtait dans cet abme de malheur8 ,tout coup on entendit la voix d'un ,ange1 qui sous la forme d'un ,ministre de l',eglise lui disait2--,fils de ,saint-,louis1 montez au ,ciel6--,sa grandeur mondaine1 ses esprances clestes1 tout tait rassembl dans ces simples paroles4 ,elles le relevaient1 en lui rappelant son illustre race1 de l'abaissement o les hommes voulaient le prcipiter3 elles voquaient ses aeux1 qui sans doute tenaient dj leurs couronnes prtes pour accueillir la venue de l'auguste ,saint dans le ciel4 ,peut-tre dans cet instant le regard de la foi les lui fit-il apercevoir4 ,il approchait des bornes du temps1 et nos calculs des heures ne le concernaient dj plus4 ,qui sait ce qu'un seul moment d'attendrissement put faire goter alors de dlices son me8 ,lorsqu'une main sanguinaire lia les mains qui avaient port le sceptre de la ,france1 le mme envoy de ,dieu dit son roi3--,sire1 c'est ainsi que notre ,seigneur fut conduit la mort4--,quel secours il prtait au martyr en lui rappelant son divin modle6 ,en effet le plus grand exemple du sacrifice de la vie n'est-il pas la base de la croyance des chrtiens8 et cet exemple ne fait-il pas ressortir le contraste qui existe entre le ,martyre et le ,suicide8 ,le martyr sert la cause de la vertu en livrant son sang pour l'enseignement du monde3 celui qui se rend coupable du ,suicide pervertit toutes les ides de courage et fait de la mort mme un scandale4 ,le ,martyre apprend aux hommes quelle force il y a dans la conscience1 puisqu'elle l'emporte sur l'instinct physique le plus puissant3 le ,suicide prouve bien aussi le pouvoir de la volont sur l'instinct1 mais c'est celui d'un matre gar qui ne sait plus tenir les rnes de son char et se prcipite dans l'abme au lieu de se diriger vers son but4 ,on dirait que l'me1 en commettant cet acte terrible1 prouve je ne sais quel accs de fureur qui concentre en un instant l'ternit des peines4 ,la dernire scne de la vie de ,j4-,c4 semble tre destine surtout confondre ceux qui croient qu'on a le droit de se tuer pour chapper au malheur4 ,l'effroi de la souffrance s'empara de celui qui s'tait volontairement dvou la mort des hommes comme leur vie4 ,il pria longtemps son ,pre dans le jardin des oliviers1 et les angoisses de la douleur couvraient son front4--,mon ,pre1 s'cria-t-il1 s'il est possible1 que cette coupe s'loigne de moi6--,trois fois il rpta ce vu1 le visage baign de larmes4 ,toutes nos peines avaient pass dans son divin tre4 ,il craignait comme nous les outrages des hommes2 comme nous peut-tre il regrettait ceux qu'il chrissait1 sa mre et ses disciples2 comme nous1 et mieux que nous peut-tre1 il aimait cette terre fconde et les clestes plaisirs d'une active bienfaisance dont il remerciait son ,pre chaque jour4 ,mais ne pouvant carter le calice qui ,lui tait destin1 il s'cria3--que ta volont soit faite1 mon ,pre1--et se remit entre les mains de ses ennemis4 ,que veut-on chercher de plus dans l',evangile sur la rsignation la douleur et sur le devoir de la supporter avec patience et courage8 ,la rsignation qu'on obtient par la foi religieuse est un genre de ,suicide moral1 et c'est en cela qu'il est si contraire au ,suicide proprement dit1 car le renoncement soi-mme a pour but de se consacrer ses semblables3 et le ,suicide caus par le dgot de la vie n'est que le deuil sanglant du bonheur personnel4 ,saint ,paul dit3--,celui qui passe sa vie dans les dlices est mort en vivant4--,a chaque ligne on voit dans les livres saints ce grand malentendu des hommes du temps et de ceux de l'ternit3 les premiers placent la vie o les autres voient la mort4 ,il est donc simple que l'opinion des hommes du temps consacre le ,suicide1 tandis que celle des hommes de l'ternit exalte le ,martyre3 car celui qui fonde la morale sur le bonheur qu'elle doit donner sur cette terre hait la vie1 quand elle ne ralise pas ce qu'il s'en promettait2 tandis que celui qui fait consister la vritable flicit dans l'motion intrieure qu'excitent les sentimens et les penses en communication avec la ,divinit1 peut tre heureux malgr les hommes et1 pour ainsi dire1 l'insu mme du ,sort4 ,quand les preuves de l'existence nous ont appris la vanit de nos propres forces et la toute-puissance de ,dieu1 il s'opre quelquefois dans l'me une sorte de rgnration1 dont la douceur est inexprimable4 ,on s'accoutume se juger soi-mme1 comme si l'on tait un autre3 placer sa conscience en tiers entre ses intrts personnels et ceux de ses adversaires3 on se calme sur son propre sort1 certain qu'on ne peut le diriger3 on se calme aussi sur son amour-propre1 certain que ce n'est pas nous-mmes1 mais le ,public qui nous fera notre part3 on se calme enfin sur ce qu'il est le plus difficile de supporter1 les torts de ses amis1 soit en reconnaissant nos propres imperfections1 soit en confiant la tombe de l'tre qui nous a le plus aim1 nos penses les plus intimes3 soit enfin en reportant vers le ,ciel la sensibilit qu'il nous a donne4 ,quelle diffrence entre cette abngation religieuse de la lutte terrestre et la fureur qui porte se dtruire pour se dlivrer de ce qu'on souffre4 ,le renoncement soi-mme est en tout l'oppos du ,suicide4 ,d'ailleurs1 comment se croit-on assur d'chapper par le ,suicide la douleur qui nous poursuit8 ,quelle certitude les ,athes peuvent-ils avoir de l'anantissement1 et les ,philosophes du mode d'existence que la nature leur rserve8 ,lorsque ,socrate enseigna dans la ,grce l'immortalit de l'me1 plusieurs de ses disciples et des penseurs de son temps se donnrent la mort1 avides de goter cette vie intellectuelle1 dont les confuses images du ,paganisme ne leur avait point offert l'ide4 ,l'motion1 que dut causer une doctrine si nouvelle1 gara les imaginations ardentes2 mais les ,chrtiens1 qui les promesses d'une vie future n'ont t faites qu'en y joignant la menace des punitions pour les coupables1 les ,chrtiens peuvent-ils esprer que le ,suicide soit un moyen de s'arracher la peine qui les dvore8 ,si notre me survit la mort1 le sentiment qui la remplissait tout entire1 de quelque nature qu'il soit1 n'en fera-t-il plus partie8 ,qui de nous sait quel rapport est tabli entre les souvenirs de la terre et les jouissances clestes8 ,est-ce nous d'aborder par notre propre rsolution sur cette plage inconnue1 dont une terreur violente nous repousse8 ,comment anantir1 par un caprice de sa volont1 et j'appelle ainsi tout ce qui n'est pas fond sur un devoir1 l'uvre de ,dieu dans nous-mmes8 ,comment dterminer sa mort1 quand on n'a rien pu sur sa naissance8 ,comment rpondre de son sort ternel1 lorsque les plus simples actions de cette courte vie ont souvent t pour nous l'occasion d'amers regrets8 ,qui peut se croire plus sage et plus fort que la destine1 et lui dire3--c'en est trop8-- ,le ,suicide nous soustrait la ,nature aussi bien qu' son ,auteur4 ,la mort naturelle est adoucie presque toujours par l'affaiblissement des forces1 et l'exaltation de la vertu nous soutient dans le sacrifice de la vie ses devoirs4 ,mais l'homme qui se tue semble arriver avec d'hostiles armes sur l'autre rive du tombeau et dlier lui seul les images de terreur qui sortent des tnbres4 ,ah6 qu'il faut de dsespoir pour un tel acte6 ,que la piti1 la plus profonde piti soit accorde celui qui le commet1 mais que du moins l'orgueil humain ne s'y mle pas6 ,que le malheureux ne se croie pas plus homme en tant moins ,chrtien1 et que l'tre qui pense sache toujours o placer la vritable dignit morale de l'homme6 ,troisime section4 ,de la dignit morale de l'homme4 ,presque tous les individus tendent ici-bas ou leur bien-tre physique1 ou leur considration dans le monde1 et la plupart tous les deux runis4 ,mais la considration consiste pour les uns dans l'ascendant que donnent le pouvoir et la fortune1 et pour les autres dans le respect qu'inspirent le talent et la vertu4 ,ceux qui cherchent le pouvoir et la fortune dsirent bien cependant qu'on leur croie des qualits morales et surtout des facults suprieures2 mais c'est un but secondaire qui doit cder au premier2 car une certaine connaissance dprave de la race humaine apprend que les solides avantages de cette vie sont ceux qui nous asservissent les intrts des hommes plus encore que leur estime4 ,nous laisserons de ct1 comme tout--fait trangers notre sujet1 ceux dont l'ambition a seulement pour but le pouvoir et la fortune3 mais nous examinerons avec attention en quoi consiste la dignit morale de l'homme2 et cet examen nous conduira ncessairement juger l'action d'immoler sa vie sous deux points de vue absolument contraires3 le sacrifice inspir par la vertu1 ou le dgot qui rsulte des passions trompes4 ,nous avons oppos1 sous le rapport de la religion1 le ,martyre au ,suicide3 nous pouvons de mme1 sous le rapport de la dignit morale1 prsenter le contraste du dvouement ses devoirs avec la rvolte contre son sort4 ,d'ordinaire le ,dvouement conduit plutt recevoir la mort qu' se la donner2 cependant il y a chez les ,anciens des ,suicides de dvouement4 ,curtius se prcipitant au fond de l'abme pour le combler1 ,caton se poignardant pour apprendre au monde qu'il existait encore une me libre sous l'empire de ,csar1 de tels hommes ne se sont pas tus pour chapper la douleur3 mais l'un a voulu sauver sa patrie1 et l'autre offrir l'univers un exemple dont l'ascendant subsiste encore3 ,caton passa la nuit qui prcda sa mort lire le ,phdon de ,socrate1 et le ,phdon condamne formellement le ,suicide1 mais ce grand citoyen savait qu'il s'immolait non lui-mme1 mais la cause de la libert2 et selon les circonstances cette cause peut exiger d'attendre la mort comme ,socrate ou de se la donner comme ,caton4 ,ce qui caractrise la vritable dignit morale de l'homme1 c'est le ,dvouement4 ,ce qu'on fait pour soi-mme peut avoir une sorte de grandeur qui commande la surprise2 mais l'admiration n'est due qu'au sacrifice de la personnalit sous quelque forme qu'elle se prsente4 ,l'lvation de l'me tend sans cesse nous affranchir de ce qui est purement individuel1 afin de nous unir aux grandes vues du ,crateur de l'univers4 ,aimer et penser ne nous soulagent et ne nous exaltent qu'en nous arrachant aux impressions gostes4 ,le ,dvouement et l'enthousiasme font entrer un air plus pur dans notre sein4 ,l'amour-propre1 l'irritation1 l'impatience sont des ennemis contre lesquels la conscience nous oblige lutter1 et le tissu de la vie d'un tre moral se compose presque en entier de l'action et de la raction continuelle de la force intrieure contre les circonstances du dehors1 et des circonstances extrieures contre cette force4 ,elle est la vraie mesure de la grandeur de l'homme1 mais elle n'a droit notre admiration que dans l'tre gnreux qui se l'oppose lui-mme et sait s'immoler quand elle le commande4 ,le gnie et le talent peuvent produire de grands effets sur cette terre1 mais ds que leur action a pour but l'ambition personnelle de celui qui les possde1 ils ne constituent plus la nature divine dans l'homme4 ,ils ne servent qu' l'habilet1 qu' la prudence1 qu' toutes ces qualits mondaines dont le type est dans les animaux1 quoique le perfectionnement en appartienne l'homme4 ,la patte du renard ou la plume de celui qui vend son opinion son intrt1 est une et mme chose sous le rapport de la dignit morale4 ,l'homme de gnie qui se sert lui-mme aux dpens du bonheur de la race humaine1 de quelques facults minentes qu'il soit dou1 n'agit jamais que dans le sens de l'gosme2 et sous ce rapport le principe de la conduite de tels hommes est le mme que celui des animaux4 ,ce qui distingue la conscience de l'instinct1 c'est le sentiment et la connaissance du devoir1 et le devoir consiste toujours dans le sacrifice de soi aux autres4 ,tout le problme de la vie morale est renferm l-dedans1 toute la dignit de l'tre humain est en proportion de sa force1 non seulement contre la mort1 mais contre les intrts de l'existence4 ,l'autre force1 c'est--dire celle qui renverse les obstacles opposs nos dsirs1 a le succs pour rcompense aussi bien que pour but1 mais il n'est pas plus admirable de faire usage de son esprit pour asservir les autres ses passions1 que d'employer son pied pour marcher ou sa main pour prendre2 et dans l'estimation des qualits morales1 c'est le motif des actions qui seul en dtermine la valeur4 ,hgsippe de ,cyrne1 disciple d',aristippe1 prchait le ,suicide en mme temps que la volupt4 ,il prtendait que les hommes ne devaient avoir que le plaisir pour objet dans ce monde2 mais comme il est trs-difficile de s'en assurer les jouissances1 il conseillait la mort ceux qui ne pouvaient les obtenir4 ,cette doctrine est une de celles1 d'aprs laquelle on peut le mieux motiver le ,suicide1 et elle met en vidence le genre d'gosme qui se mle1 ainsi que je l'ai dit1 l'acte mme par lequel on veut s'anantir4 ,un professeur ,sudois1 nomm ,robeck1 a crit un long ouvrage sur le ,suicide1 et s'est tu aprs l'avoir compos2 il dit dans ce livre qu'il faut encourager le mpris de la vie jusqu' l'homicide de soi-mme4 ,les sclrats ne savent-ils pas aussi mpriser la vie8 ,tout consiste dans le sentiment auquel on en fait le sacrifice4 ,le ,suicide relatif soi1 que nous avons soigneusement distingu du sacrifice de son existence la vertu1 ne prouve qu'une chose en fait de courage1 c'est que la volont de l'me l'emporte sur l'instinct physique3 des milliers de grenadiers donnent sans cesse la preuve de cette vrit4 ,les animaux1 dit-on1 ne se tuent jamais4 ,les actes de rflexion ne sont pas dans leur nature2 ils paraissent tre enchans au prsent1 ignorer l'avenir et n'avoir recueilli du pass que des habitudes4 ,mais ds que leurs passions sont irrites1 ils bravent la douleur1 et cette dernire douleur que nous appelons la mort1 dont ils n'ont sans doute aucune ide4 ,le courage d'un grand nombre d'hommes tient souvent aussi cette imprvoyance4 ,robeck a tort d'exalter autant le mpris de la vie4 ,il y a deux manires de la sacrifier1 ou parce qu'on donne au devoir la prfrence sur elle1 ou parce qu'on donne aux passions cette prfrence en ne voulant plus vivre ds qu'on a perdu l'espoir d'tre heureux4 ,ce dernier sentiment ne saurait mriter l'estime4 ,mais se fortifier par sa propre pense1 au milieu des revers de la vie2 se faire un appui de soi contre soi1 en opposant le calme de sa conscience l'irritation de son caractre3 voil le vrai courage auprs duquel celui qui vient du sang est bien peu de chose1 et celui qu'inspire l'amour-propre1 encore moins4 ,quelques personnes prtendent qu'il est des circonstances1 o se sentant charge aux autres1 on peut se faire un devoir de les dlivrer de soi4 ,un des grands moyens d'introduire des erreurs dans la morale1 c'est de supposer des situations auxquelles il n'y a rien rpondre1 si ce n'est qu'elles n'existent pas4 ,quel est l'infortun qui ne rencontrera jamais un tre auquel il puisse porter quelque consolation8 ,quel est l'homme malheureux qui par sa patience et sa rsignation ne donnera pas un exemple qui meuve les mes et fasse natre des sentimens que jamais les meilleures leons ne suffiraient pour inspirer8 ,la moiti de la vie est du dclin2 quelle a donc t l'intention du ,crateur en imposant cette triste perspective l'homme1 l'homme dont l'imagination a besoin d'espoir et qui ne compte jamais ce qu'il a que comme un moyen d'obtenir plus encore8 ,il est clair que le ,crateur a voulu que l'tre mortel parvnt se dprendre de lui-mme et qu'il comment ce grand acte de dsintressement longtemps avant que la dgradation de ses forces le lui rendt plus facile4 ,ds que vous avez atteint l'ge mur1 vous entendez dj de toutes parts parler de votre mort4 ,mariez-vous vos enfans8 c'est en faisant valoir vous-mme la fortune qu'ils auront quand vous ne serez plus4 ,les devoirs de la paternit consistent dans un dvouement continuel1 et ds que les enfans ont atteint l'ge de raison1 presque toutes les jouissances qu'ils donnent sont fondes sur les sacrifices qu'on leur fait4 ,si donc le bonheur tait l'unique but de la vie il faudrait se tuer ds qu'on a cess d'tre jeune1 ds que l'on descend la montagne dont le sommet semblait environn de tant d'illusions brillantes4 ,un homme d'esprit qui l'on faisait compliment du courage avec lequel il avait support de grands revers1 rpondait3--je me suis bien consol de n'avoir plus vingt-cinq ans4--,en effet il est bien peu de douleurs plus amres que la perte de la jeunesse4 ,l'homme s'y accoutume par degrs1 dira-t-on1--sans doute le temps est un alli de la raison1 il affaiblit les rsistances qu'elle rencontre en nous-mmes1 mais quelle est l'me imptueuse que n'irrite pas l'attente de la vieillesse8 ,les passions se calment-elles toujours en proportion des facults8 ,ne voit-on pas souvent le spectacle du supplice de ,mezence renouvel par l'union d'une me encore vivante et d'un corps dtruit1 ennemis insparables8 ,que signifie ce triste avant-coureur dont la nature fait prcder la mort8 si ce n'est l'ordre d'exister sans bonheur et d'abdiquer chaque jour1 fleur aprs fleur1 la couronne de la vie4 ,les ,sauvages n'ayant point l'ide de la destine religieuse ou philosophique de l'homme croient rendre service leurs pres en les tuant1 quand ils sont vieux3 cet acte est fond sur le mme principe que le ,suicide4 ,il est certain que le bonheur1 dans l'acception que lui donnent les passions1 que les jouissances de l'amour-propre du moins n'existent gure plus pour les vieillards1 mais il en est qui par le dveloppement de la dignit morale1 semblent nous annoncer l'approche d'une autre vie comme dans les longs jours du nord le crpuscule du soir se confond avec l'aurore du matin suivant4 ,j'ai vu ces nobles regards tout pntrs d'avenir1 ils semblaient dclarer prophte le vieillard qui ne s'occupait plus du reste de ses annes1 mais se rgnrait lui-mme par l'lvation de son me1 comme s'il et dj franchi le tombeau4 ,c'est ainsi qu'il faut s'armer contre la douleur4 ,c'est ainsi que dans la force de l'ge mme1 souvent la destine nous donne le signal de ce dtachement de l'existence que le temps nous commandera tt ou tard4 --,vous avez des penses bien humbles1 diront quelques hommes convaincus que la fiert consiste dans ce qu'on exige du sort et des autres1 tandis qu'elle consiste au contraire dans ce qu'on se commande soi-mme4 ,ces mmes hommes mettent en contraste le christianisme avec la doctrine philosophique des anciens et prtendent que cette doctrine tait bien plus favorable l'nergie du caractre que celle dont la rsignation est la base4 ,mais certes il ne faut pas confondre la rsignation la volont de ,dieu avec la condescendance pour le pouvoir des hommes4 ,ces hros citoyens de l'antiquit qui auraient support la mort plutt que l'esclavage1 taient capables d'une soumission religieuse envers la puissance du ,ciel1 tandis que des crivains modernes qui prtendent que le christianisme affaiblit l'me pourraient bien1 malgr leur force apparente1 se plier sous la tyrannie avec plus de souplesse qu'un vieillard dbile mais chrtien4 ,socrate1 ce saint des sages1 refusa de se sauver de sa prison lorsqu'il tait condamn mort4 ,il crut devoir donner l'exemple de l'obissance aux magistrats de sa patrie1 quoiqu'ils fussent injustes envers lui4 ,ce sentiment n'appartient-il pas la vritable fermet du caractre8 ,quelle grandeur aussi dans cet entretien philosophique sur l'immortalit de l'me1 continu avec tant de calme jusqu' l'instant o le poison lui fut apport6 ,depuis deux mille ans les penseurs1 les hros1 les potes1 les artistes ont consacr la mort de ,socrate par leur culte2 mais ces milliers de ,suicides causs par le dgot et l'ennui dont les annales de tous les coins du monde sont remplies1 quelles traces ont-ils laisses dans le souvenir de la postrit8 ,si les anciens s'enorgueillissent de ,socrate1 les chrtiens1 sans compter mme les martyrs1 peuvent prsenter un grand nombre d'exemples de cette force gnreuse de l'me auprs de laquelle l'irritation ou l'abattement qui portent se tuer ne sont dignes que de piti4 ,thomas ,morus1 chancelier d',henri ,,viii1 pendant une anne entire enferm dans la tour de ,londres1 refusa tous les jours les offres qu'un ,roi tout-puissant lui faisait faire pour rentrer son service en touffant le scrupule de conscience qui l'en tenait loign4 ,thomas ,morus sut mourir en aimant la vie1 ce qui redouble encore la grandeur du sacrifice4 ,ecrivain clbre1 il aimait ces occupations intellectuelles qui remplissent toutes les heures d'un intrt toujours croissant4 ,une fille chrie1 une fille qui pouvait comprendre le gnie de son pre1 rpandait sur l'intrieur de sa maison un charme habituel4 ,il tait dans un donjon1 derrire ces grilles qui ne laissent pntrer qu'une lueur brise par des barreaux funbres3 et non loin de cet horrible sjour une campagne dlicieuse1 sur les bords verdoyans de la ,tamise1 lui offrait la runion de tous les plaisirs que les affections de famille et les tudes philosophiques peuvent donner4 ,cependant il fut inbranlable1 l'chafaud ne put l'intimider3 sa sant cruellement altre n'affaiblit point sa rsolution1 il trouva des forces dans ce foyer de l'me qui est inpuisable parce qu'il doit tre ternel4 ,il mourut1 parce qu'il le voulait1 immolant sa conscience le bonheur avec la vie2 sacrifiant toutes les jouissances ce sentiment du devoir1 la plus grande merveille de la nature morale1 celle qui fconde le cur comme dans l'ordre physique le soleil claire le monde4 ,l',angleterre1 o cet homme si vertueux tait n1 o tant d'autres citoyens ont sacrifi si simplement leur vie la vertu3 l',angleterre1 dis-je1 est pourtant le pays dans lequel il se commet le plus de ,suicides3 et l'on s'tonne avec raison qu'une nation o la religion exerce un si noble empire offre l'exemple d'un tel garement4 ,mais ceux qui se reprsentent les ,anglais comme des hommes d'un caractre froid1 se laissent tout--fait tromper par la rserve de leurs manires4 ,le caractre anglais est en gnral trs-actif et mme trs-imptueux2 leur admirable ,constitution qui dveloppe au plus haut degr les facults morales peut seule suffire leur besoin d'agir et de penser3 la monotonie de l'existence ne leur convient point1 quoiqu'ils s'y astreignent souvent4 ,ils diversifient alors par les exercices du corps le genre de vie qui nous parat uniforme4 ,aucune nation n'aime se hasarder autant que les ,anglais1 et d'un bout du monde l'autre1 de la chute du ,rhin aux cataractes du ,nil1 si quelque chose de singulier et de dangereux a t tent2 c'est par un ,anglais4 ,des paris extraordinaires1 quelquefois mme des excs blmables sont une preuve de la vhmence de leur caractre4 ,leur respect pour toutes les lois1 c'est--dire pour la loi morale1 la loi politique et la loi des convenances rprime au-dehors leur ardeur naturelle3 mais elle n'en existe pas moins1 et quand les circonstances ne leur donnent pas d'aliment2 quand l'ennui s'empare de ces imaginations si vives2 il y produit des ravages incalculables4 ,on prtend aussi que le climat d',angleterre porte singulirement la mlancolie3 je n'en puis juger1 car le ciel de la libert m'a toujours paru le plus pur de tous2 mais je ne crois pas que ce soit cette cause physique qu'on doive surtout attribuer les frquens exemples de ,suicide4 ,le ciel du nord est bien moins agrable que celui de l',angleterre1 et cependant on y est moins sujet au dgot de la vie1 parce que l'esprit y a moins besoin de mouvement et de diversit4 ,une autre cause rend aussi les ,suicides plus frquens en ,angleterre1 c'est l'extrme importance que l'on y attache l'opinion publique3 ds que la rputation d'un homme est altre1 la vie lui devient insupportable4 ,cette grande terreur du blme est certainement un frein trs-salutaire pour la plupart des hommes2 mais il y a quelque chose de plus sublime encore1 c'est d'avoir un asile en soi-mme et d'y trouver1 comme dans un sanctuaire1 la voix de ,dieu qui nous invite au repentir de nos fautes1 ou nous rcompense de nos bonnes intentions mconnues4 ,le ,suicide est trs-rare chez les peuples du midi4 ,l'air qu'ils respirent leur fait aimer la vie1 l'empire de l'opinion publique est moins absolu dans un pays o l'on a moins besoin de socit1 les jouissances d'une si belle nature suffisent aux grands comme au peuple1 il y a dans le printemps de l',italie de quoi distribuer du bonheur tous les tres4 ,l',allemagne offre plusieurs exemples de ,suicide1 mais les causes en sont diverses et souvent bizarres1 comme cela doit arriver chez un peuple o rgne un enthousiasme mtaphysique qui n'a point encore d'objet fixe ni de but utile4 ,les dfauts des ,allemands sont bien plus le rsultat de leurs circonstances que de leur caractre1 et ils s'en corrigeront1 sans doute1 s'il existe chez eux un ordre politique fait pour donner une carrire des hommes dignes d'tre citoyens4 ,un vnement rcemment arriv ,berlin peut donner l'ide de la singulire exaltation dont les ,allemands sont susceptibles#b4 ,les motifs particuliers qui ont pu garer deux individus quelconques sont de peu d'importance2 mais l'enthousiasme avec lequel on a parl d'un fait pour lequel on devait tout au plus rclamer l'indulgence1 mrite la plus srieuse attention4 ,si deux personnes profondment malheureuses s'taient donn la mort en implorant la commisration des tres sensibles et en se recommandant aux prires des mes pieuses1 personne n'aurait pu se dfendre de donner des larmes la douleur qui rend insens1 quel que soit le genre de folie qu'elle suggre4 ,mais peut-on prsenter comme le sublime de la raison1 de la religion et de l'amour un assassinat mutuel8 peut-on donner le nom de vertu la conduite d'une femme qui se dlie volontairement des devoirs de fille1 d'pouse et de mre8 celle d'un homme qui lui prte son courage pour sortir ainsi de la vie8 #b ,mr4 de ,k444 et ,me4 de ,v4441 deux personnes dont le caractre tait trs-estim1 sont partis de ,berlin1 lieu de leur demeure1 vers la fin de l'anne #ahaa1 pour se rendre dans une auberge de ,potsdam o ils ont pass quelques heures prendre de la nourriture et chanter ensemble les ,cantiques de la ,sainte ,cne4 ,alors d'un consentement mutuel l'homme a brl la cervelle la femme1 et s'est tu lui-mme l'instant d'aprs4 ,me4 de ,v444 avait un pre1 un poux et une fille4 ,mr4 de ,k444 tait un pote et un officier de mrite4 ,quoi6 cette femme se confie assez dans l'action qu'elle commet pour crire en mourant3 qu'elle veillera du haut des cieux sur sa fille4 ,et tandis que le juste tremble souvent au lit de la mort2 elle se croit assure de la destine des bienheureux4 ,deux tres qu'on dit estimables1 admettent la religion en tiers de l'acte le plus sanguinaire6 deux chrtiens comparent le meurtre la communion en laissant ouvert ct d'eux le cantique chant par les fidles lorsqu'ils se runissent pour jurer d'obir au divin modle de la patience et de la rsignation2 quel dlire dans la femme et quel abus de ses facults dans l'homme6 ,car pouvait-il ne pas se regarder comme un assassin1 bien qu'il et obtenu le consentement de l'infortune qu'il immolait8 ,la volont toujours momentane d'un tre humain donnait-elle son semblable le droit d'enfreindre les principes ternels de la justice et de l'humanit8 ,l'ami s'est tu1 dira-t-on1 presque en mme temps que son amie3 mais peut-on se croire ainsi la froce proprit d'une autre existence1 lors mme qu'on immole aussi la sienne8 ,et cet homme qui voulait mourir1 n'avait-il pas de patrie1 ne pouvait-il pas combattre pour elle8 ,n'existait-il aucune entreprise noble et prilleuse dans laquelle il pt offrir un grand exemple8 ,quel est celui qu'il a donn8 ,il ne s'attendait pas1 je pense1 que le genre humain se runt un jour pour abdiquer le don de la vie la clart du soleil3 et cependant quelle autre consquence faudrait-il tirer du ,suicide de ces deux personnes auxquelles on ne connaissait d'autre malheur que celui d'exister8 ,quoi donc8 il restait ces amis fidles un an peut-tre1 du moins un jour pour se voir et pour s'entendre1 et volontairement ils ont ananti ce bonheur8 ,l'un d'eux a pu dfigurer les traits dans lesquels il avait lu de gnreuses penses1 l'autre a souhait de ne plus entendre la voix qui les avait excites dans son me8 ,et tout ce qu'on expliquerait presque par de la haine s'appellerait de l'amour8 ,il s'y mlait1 assure-t-on1 la plus parfaite innocence4 ,est-ce assez pour justifier une si barbare folie8 ,et quel avantage de tels garemens ne donnent-ils pas ceux qui considrent l'enthousiasme comme un mal8 ,le vritable enthousiasme doit faire partie de la raison parce qu'il est la chaleur qui la dveloppe4 ,peut-il exister une opposition entre deux qualits naturelles l'me et qui sont toutes deux les rayons d'un mme foyer8 ,quand on dit que la raison est inconciliable avec l'enthousiasme1 c'est parce qu'on met le calcul la place de la raison1 et la folie la place de la raison1 toutes les fois que l'une et l'autre ont pris naissance dans la nature et qu'aucun mlange d'affectation n'en fait partie4 ,on s'tonne qu'on puisse trouver de l'affectation et de la vanit dans un ,suicide3 ces sentimens si petits1 mme dans cette vie1 que sont-ils en prsence de la mort8 ,il semble que rien n'est trop profond ni trop fort pour dterminera l'acte le plus terrible4 ,mais l'homme a tant de peine se figurer la fin de son existence1 qu'il associe mme au tombeau les plus misrables intrts de ce monde4 ,en effet1 on ne peut s'empcher de voir de l'affectation sentimentale d'une part et de la vanit philosophique de l'autre dans la manire dont le double ,suicide de ,berlin a t combin4 ,la mre envoie sa fille au spectacle la veille du jour o elle veut se tuer1 comme si la mort d'une mre devait tre considre comme une fte pour son enfant et qu'il fallt dj faire entrer dans ce jeune cur les plus fausses ides de l'imagination gare4 ,cette mre se revt de parures nouvelles ainsi qu'une victime sainte4 ,dans sa lettre sa famille elle s'occupe des plus minutieux dtails du mnage afin de montrer de l'insouciance pour l'acte qu'elle va commettre1 de l'insouciance1 grand ,dieu1 en disposant de soi sans votre ordre6 en passant de la vie la mort sans que le devoir ou la nature aide franchir cet abme4 ,l'homme qui1 prt tuer son amie1 clbre un festin avec elle et s'exalte par des chants et des liqueurs comme s'il craignait le retour des mouvemens vrais et raisonnables6 ,cet homme1 dis-je1 n'a-t-il pas l'air d'un auteur sans gnie qui veut produire avec une catastrophe vritable les effets auxquels il ne peut atteindre en posie8 ,la vraie supriorit dans tous les genres n'est point de la bizarrerie3 c'est une intensit plus nergique et plus profonde dans les impressions qu'prouve la masse des hommes4 ,le gnie est plusieurs gards1 populaire3 c'est--dire1 qu'il a des points de contact avec la manire de sentir du plus grand nombre4 ,il n'en est pas ainsi de l'esprit exalt ou de l'imagination travaille3 ceux qui se tourmentent pour attirer l'attention du public1 pour l'emporter sur leur semblables1 croient avoir fait des dcouvertes dans des contres inconnues du cur humain4 ,ils vont jusqu' s'imaginer que ce qui rvolte les sentimens de la plupart des hommes est d'un ordre plus relev que ce qui les touche et les captive4 ,gigantesque vanit que celle qui nous met1 pour ainsi dire1 en dehors de notre espce4 ,l'loquence et l'inspiration du talent raniment ce qui existait souvent dans le cur des individus les plus obscurs1 et ce qu'touffaient en eux l'apathie ou les intrts vulgaires4 ,les belles mes par leurs crits ou par leurs actions dispersent quelquefois les cendres qui couvraient le ,feu sacr4 ,mais crer1 pour ainsi dire1 un nouveau monde dans lequel la vertu fasse abandonner ses devoirs2 la religion1 se rvolter contre l'autorit divine2 l'amour1 immoler ce qu'on aime3 c'est le triste rsultat de quelques sentimens sans harmonie1 de quelques facults sans force et d'un besoin de clbrit auquel les dons de la nature ne se prtaient pas4 ,il ne vaudrait pas la peine de s'arrter sur un acte de dmence qui peut tre excus par des circonstances personnelles dont nous ignorons jusqu' un certain point les dtails1 si cet vnement n'avait pas eu des apologistes en ,allemagne4 ,le got des crivains allemands pour l'esprit de systme se retrouve dans presque tous les rapports de la vie2 ils ne peuvent se rsoudre vouer toutes les forces de leur me aux simples vrits dj reconnues2 on dirait qu'ils veulent innover en fait de sentiment et de conduite comme dans une uvre littraire4 ,cependant la nature physique n'invente rien de mieux que le soleil1 la mer1 les forts et les fleuves2 pourquoi les affections du cur ne seraient-elles pas aussi toujours les mmes dans leur principe1 quoique varies dans leurs effets8 ,n'y a-t-il pas bien plus de vraie chaleur dans ce qui est compris par tous1 que dans ces natures humaines inventes1 pour ainsi dire1 comme une fiction faite plaisir8 ,les ,allemands sont dous des qualits les plus excellentes et des lumires les plus tendues2 mais c'est par les livres que la plupart d'entre eux ont t forms1 et il en rsulte une habitude d'analyse et de sophisme1 une certaine recherche de l'ingnieux qui nuit la mle dcision de la conduite4 ,l'nergie qui ne sait o s'employer inspire les rsolutions les plus extravagantes2 mais quand on peut consacrer ses forces l'indpendance de sa patrie1 quand on peut renatre comme nation et faire revivre ainsi le cur de l',europe paralys par la servitude1 alors il ne doit plus tre question de sentimentalit maladive1 de ,suicides littraires1 de commentaires abstraits sur ce qui rvolte l'me1 il faut imiter ces peuples forts et sains de l'antiquit dont le caractre constant1 direct1 inbranlable ne commenait rien sans l'achever2 ils regardaient comme aussi lche dans un citoyen de reculer devant une rsolution patriotique1 qu'il le serait pour un soldat de fuir un jour de bataille4 ,le don de l'existence est un miracle de chaque instant1 la pense et le sentiment qui la composent1 ont quelque chose de si sublime que l'on ne peut sans tonnement contempler son tre l'aide des facults de cet tre4 ,qu'est-ce donc que prodiguer dans un moment d'impatience et d'ennui le souffle avec lequel nous avons senti l'amour1 reconnu le gnie et ador la divinit8--,shakespear dit en parlant du ,suicide3 faisons ce qui est courageux et noble suivant le sublime usage des ,romains1 et que la ,mort soit orgueilleuse de nous prendre#c4 ,en effet si l'on tait incapable de la rsignation chrtienne qui soumet l'preuve de la vie1 au moins devrait-on retourner l'antique beaut du caractre des anciens1 et faire sa divinit de la gloire1 lorsqu'on ne se sentirait pas digne d'immoler cette gloire mme de plus hautes vertus4 #c -- -- --,and then1 what's brave1 what's noble1 ,let's do it after the high ,roman fashion1 ,and make ,death proud to take us4 ,nous croyons avoir montr que le ,suicide dont le but est de se dfaire de la vie ne porte en lui-mme aucun caractre de dvouement et ne saurait par consquent mriter l'enthousiasme4 ,l'esprit1 le courage mme ne sont dignes de louange que quand ils servent ce dvouement qui peut produire plus de merveilles que le gnie4 ,on a vu les plus habiles succomber1 mais la runion des volonts religieuses et patriotiques ne saurait faillir4 ,il n'y a rien de vraiment grand sans le mlange d'une vertu quelconque4 ,toute autre rgle de jugement conduit ncessairement l'erreur4 ,les vnemens de ce monde1 quelque importans qu'ils nous paraissent1 sont quelquefois mus par les plus petits ressorts1 et le hasard en rclame sa forte part4 ,mais il n'y a ni petitesse ni hasard dans un sentiment gnreux3 soit qu'il nous ait fait donner notre vie1 ou qu'il n'ait exig que le sacrifice d'un jour3 soit qu'il ait valu la couronne ou qu'il se perde dans l'oubli1 soit qu'il ait inspir des chefs-d'uvre ou conseill d'obscurs bienfaits1 n'importe4 ,c'tait un sentiment gnreux3 et c'est ce seul titre que les hommes doivent admirer les paroles ou les actions d'un homme4 ,il y a des exemples de ,suicide chez la nation ,franaise1 mais ce n'est d'ordinaire1 ni la mlancolie du caractre ni l'exaltation des ides1 qu'on peut les attribuer4 ,des malheurs positifs ont dtermin quelques ,franais cet acte1 et ils l'ont commis avec l'intrpidit mais aussi avec l'insouciance qui souvent les caractrise2 nanmoins cette foule d'migrs que la rvolution a fait natre1 a support les plus cruelles privations1 avec une sorte de srnit dont aucune autre nation n'et t capable4 ,leur esprit est plus enclin l'action qu' la rflexion1 et cette manire d'tre les distrait des peines de l'existence4 ,ce qui cote le plus aux ,franais1 c'est d'tre loign de leur patrie3 en effet quelle patrie ne possdaient-ils pas avant que les factions l'eussent dchire1 avant que le despotisme l'et avilie8 ,quelle patrie ne verrions-nous pas renatre si c'tait la nation qui dispost d'elle8 ,l'imagination se reprsente cette belle ,france qui nous accueillerait sous son ciel d'azur1 ces amis qui s'attendriraient en nous revoyant1 ces souvenirs de l'enfance1 ces traces de nos parens que nous retrouverions2 chaque pas2 et ce retour nous apparat comme une sorte de rsurrection terrestre1 comme une autre vie accorde ds ici-bas2 mais si la bont cleste ne nous a pas rserv un tel bonheur1 dans quelques lieux que nous soyons nous prierions pour ce pays qui sera si glorieux1 si jamais il apprend connatre la libert1 c'est--dire1 la garantie politique de la justice4 ,notice sur ,lady ,,jane ,,grey4 ,lady ,jane ,grey tait petite-nice de ,henry ,,viii par sa grand'-mre ,marie1 sur de ce ,roi et veuve de ,louis ,,xii2 elle avait pous ,lord ,guilford1 fils du ,duc de ,northumberland4 ,ce dernier obtint d',edouard ,,vi1 fils de ,henry ,,viii1 de l'appeler au trne par son testament en #aeec au dtriment de ,marie et d',elisabeth2 la premire avait pour mre ,catherine d',arragon1 et l'intolrance de son catholicisme la faisait redouter des protestans anglais2 la naissance de la fille d',anne de ,boleyn pouvait tre attaque4 ,le ,duc de ,northumberland fit valoir ces motifs auprs d',edouard ,,vi4 ,lady ,jane ,grey ne trouvant pas elle-mme que ses droits la couronne fussent assez valides1 refusa d'abord d'accder au testament d',edouard2 enfin les prires de son poux1 qu'elle aimait tendrement et sur qui ,northumberland exerait un grand empire1 arrachrent ,lady ,jane ,grey le fatal consentement qu'on lui demandait4 ,elle rgna neuf jours ou plutt son beau-pre le ,duc de ,northumberland se servit de son nom pour gouverner pendant ce temps4 ,marie1 la fille ane de ,henry ,,viii1 l'emporta malgr la rsistance des partisans de la rformation2 son caractre cruel et vindicatif se signala par la mort du ,duc de ,northumberland1 de son fils ,guilford et de l'innocente ,jane ,grey4 ,elle n'avait que dix-huit ans quand elle prit1 et dj son nom tait clbre par sa profonde connaissance des langues anciennes et modernes2 on a des lettres d'elle en ,latin et en ,grec qui supposent des facults bien rares son ge4 ,c'tait une personne d'une pit parfaite1 et dont toute l'existence tait empreinte de douceur et de dignit4 ,sa mre et son pre insistrent beaucoup tous les deux pour obtenir d'elle1 malgr sa rpugnance1 qu'elle montt sur le trne d',angleterre4 ,la mre elle-mme porta le manteau de sa fille le jour de son couronnement2 et le pre1 le ,duc de ,suffolk fit une tentative pour rveiller le parti de ,jane ,grey lors qu'elle tait dj dans les fers et condamne mort depuis plusieurs mois3 c'est de ce prtexte que l'on se servit pour faire excuter sa sentence et le ,duc de ,suffolk prit peu de temps aprs sa fille4 ,la lettre que l'on va lire pourrait avoir t crite dans le mois de ,fvrier #aeed2 ce qu'il y a de certain c'est qu' cette poque qui est celle de la mort de ,lady ,jane ,grey1 elle entretint de sa prison une correspondance suivie avec ses amis et ses parens1 et que jusqu' son dernier moment son esprit philosophique et sa fermet religieuse ne se dmentirent point4 ,lady ,jane ,grey au ,docteur ,aylmers4 ,c'est vous que je dois1 mon digne ami1 l'instruction religieuse1 cette vie de la foi qui peut seule se prolonger jamais2 mes dernires penses s'adressent vous dans l'preuve solennelle laquelle je suis condamne4 ,trois mois se sont couls1 depuis la sentence de mort que la ,reine a fait prononcer contre mon poux et contre moi1 en punition de ce malheureux rgne de neuf jours1 de cette couronne d'pines1 qui n'a repos sur ma tte que pour la dvouer la mort4 ,je croyais1 je vous l'avoue1 que l'intention de ,marie tait de m'pouvanter par cette sentence1 mais je n'imaginais pas qu'elle voult rpandre mon sang qui est aussi le sien4 ,il me semblait que ma jeunesse suffisait pour m'excuser1 quand il ne serait pas prouv que j'ai rsist longtemps aux funestes honneurs dont j'tais menace1 et que ma dfrence pour les dsirs du ,duc de ,northumberland mon beau-pre a pu seule m'entraner la faute que j'ai commise2 mais ce n'est pas pour accuser mes ennemis que je vous cris2 ils sont l'instrument de la volont de ,dieu comme tout autre vnement de ce monde1 et je ne dois rflchir que sur mes propres motions4 ,enferme dans cette tour je vis de ce que je sens1 et ma conduite morale et religieuse ne consiste que dans les combats qui se passent en moi-mme4 ,hier notre ami ,asham vint me voir et sa prsence me causa d'abord un vif plaisir2 elle rveilla dans mon esprit le souvenir des heures si douces et si fcondes que j'ai gotes avec lui dans l'tude des anciens4 ,je voulais ne lui parler que de ces illustres morts dont les crits m'ont ouvert une carrire de rflexions sans bornes4 ,asham1 vous le savez1 est srieux et calme1 il s'appuie sur la vieillesse pour supporter les maux de l'existence2 en effet la vieillesse d'un penseur n'est pas dbile1 l'exprience et la foi le fortifient1 et quand l'espace qui reste est si court1 un dernier effort suffit pour le parcourir2 ce terme est encore plus rapproch pour moi que pour un vieillard1 mais les douleurs rassembles sur mes derniers jours seront amres4 ,asham m'annona que la ,reine me permettait de respirer l'air dans le jardin de ma prison1 et je ne puis exprimer la joie que j'en ressentis1 elle fut telle que notre pauvre ami n'eut pas d'abord le courage de la troubler4 ,nous descendmes ensemble et il me laissa jouir pendant quelque temps de cette nature dont j'tais prive depuis plusieurs mois2 c'tait un de ces jours de la fin de l'hiver qui annoncent le printemps3 je ne sais si la belle saison elle-mme aurait autant frapp mon imagination que ce pressentiment de son retour2 les arbres tournaient leurs branches encore dpouilles vers le soleil2 le gazon tait dj vert1 quelques fleurs prmatures semblaient prluder par leurs parfums la mlodie de la nature quand elle reparat dans toute sa magnificence4 ,l'air tait d'une douceur inexprimable3 il me semblait que j'entendais la voix de ,dieu dans le souffle invisible et tout-puissant qui me redonnait chaque instant la vie2 la vie6 quel mot j'ai prononc6 je croyais jusqu' ce jour qu'elle tait mon droit et je recueille maintenant ses derniers bienfaits comme les adieux d'un ami4 ,asham et moi nous nous avanmes sur le bord de la ,tamise1 et nous nous assmes dans le bois encore sans ombrage que la verdure doit bientt revtir3 les flots semblaient tinceler par le reflet des rayons du ciel1 mais quoique ce spectacle ft brillant comme une fte1 il y a toujours quelque chose de mlancolique dans le cours des ondes et je dfie de les contempler longtemps sans se livrer ces rveries dont le charme consiste surtout dans une sorte de dtachement de nous-mmes4 ,asham s'aperut de la direction de mes penses et tout coup il prit ma main et la baignant de ses larmes3--,oh vous6 7me dit-il7 qui tes toujours ma souveraine1 faut-il que je sois charg de vous apprendre le sort qui vous menace8 ,votre pre a rassembl vos partisans pour s'opposer ,marie et cette ,reine justement dteste s'en prend vous de tout l'amour que votre nom fait natre4--,ses sanglots l'interrompirent4--,continuez1 lui dis-je1 oh6 mon ami1 souvenez-vous de ces gnies mditatifs qui ont contempl d'un il ferme la mort mme de ceux qui leur taient chers1 ils savaient d'o nous venons et o nous allons1 c'en est assez4-- --,h bien1 me dit-il1 votre sentence doit tre excute1 mais je vous apporte le secours qui dlivra tant d'hommes illustres de la proscription des ,tyrans4--,ce vieillard1 ami de ma jeunesse1 m'offrait en tremblant le poison dont il aurait voulu me sauver au pril de ses jours4 ,je me rappelai combien de fois nous avions admir ensemble de certaines morts volontaires parmi les anciens1 et je tombai dans des rflexions profondes comme si les lumires du ,christianisme s'taient tout coup teintes en moi1 et que je fusse livre cette indcision1 dont l'homme mme dans les plus simples occurrences a tant de peine se tirer4 ,asham se mit genoux devant moi1 sa tte blanchie tait incline en ma prsence et couvrant ses yeux d'une de ses mains il me tendait de l'autre la ressource funeste qu'il m'avait prpare4 ,je repoussai doucement cette main1 et me recueillant par la prire j'y trouvai la force de rpondre ainsi4 --,asham1 lui dis-je1 vous savez avec quelles dlices je lisais avec vous les philosophes et les potes de la ,grce et de ,rome2 les beauts mles de leur langage1 l'nergie simple de leur me resteront jamais incomparables4 ,la socit telle qu'elle est organise de nos jours a rempli la plupart des esprits de frivolits et de vanits1 et l'on n'a pas honte de vivre sans rflchir1 sans chercher connatre les merveilles du monde qui sont faites pour instruire l'homme par des symboles clatans et durables4 ,les anciens l'emportent de beaucoup sur nous1 parce qu'ils se sont faits eux-mmes1 mais ce que la rvlation a mis dans l'me du chrtien est plus grand que l'homme4 ,depuis l'idal des arts jusqu'aux rgles de la conduite1 tout doit se rapporter la foi religieuse1 et la vie n'a pour but que d'enseigner l'immortalit4 ,si je me drobais au malheur clatant qui m'est destin1 je ne fortifierais point par mon exemple l'esprance de ceux que mon sort doit mouvoir2 les anciens levaient leur me par la contemplation de leurs propres forces1 les chrtiens ont un tmoin et c'est devant ,lui qu'il faut vivre et mourir2 les anciens voulaient glorifier la nature humaine1 les chrtiens ne se regardent que comme la manifestation de ,dieu sur la terre2 les anciens mettaient au premier rang des vertus la mort qui soustrait au pouvoir des oppresseurs1 les chrtiens estiment davantage le dvouement qui nous soumet aux volonts de la ,providence4 ,l'activit et la patience ont leur temps tour tour2 il faut faire usage de sa volont tant que l'on peut ainsi servir les autres1 et se perfectionner soi-mme2 mais lorsque la destine est1 pour ainsi dire1 face face avec nous1 notre courage consiste l'attendre1 et regarder le sort est plus fier que s'en dtourner4 ,l'me se concentre ainsi dans ses propres mystres1 toute action extrieure serait plus terrestre que la rsignation4 --,je ne chercherai point1 me dit ,asham1 discuter avec vous des opinions dont l'inbranlable fermet peut vous tre ncessaire1 je ne m'inquite que de la souffrance laquelle le sort vous condamne2 pourrez-vous la supporter1 et cette attente d'un coup mortel1 d'une heure fixe1 n'est-elle pas au-dessus de vos forces8 ,si vous terminiez vous-mme votre sort1 ne serait-il pas moins cruel8--,il faut1 lui rpondis-je1 laisser l'esprit divin se ressaisir de ce qu'il a donn4 ,l'immortalit commence avant le tombeau1 quand par notre propre volont nous rompons avec la vie2 dans cette situation les impressions intrieures de l'me sont plus douces qu'on ne l'imagine4 ,la source de l'enthousiasme devient tout--fait indpendante des objets qui nous entourent1 et ,dieu fait seul alors toute notre destine dans le sanctuaire le plus intime de nous-mmes4--,mais1 reprit ,asham1 pourquoi donner vos ennemis1 cette ,reine cruelle1 ce peuple sans vertus1 l'indigne spectacle444--il ne put achever4 --,si je me soustrayais1 lui dis-je1 mme par la mort1 la fureur de cette ,reine1 j'irriterais son orgueil1 et je ne servirais pas d'instrument son repentir4 ,qui sait quelle poque l'exemple que je vais donner pourra faire du bien mes semblables8 ,comment juger moi-mme la place que mon souvenir doit occuper dans la chane des vnemens de l'histoire8 en me tuant qu'apprendrai-je aux hommes1 si ce n'est la juste horreur qu'inspire un supplice violent et le sentiment d'orgueil qui porte s'en dlivrer8 ,mais en supportant ce terrible sort par la fermet que la religion me prte1 j'inspire aux vaisseaux battus comme moi par l'orage plus de confiance dans l'ancre de la foi qui m'a soutenue4-- --,le peuple1 dit ,asham1 croit coupables tous ceux qu'il voit prir de la mort des criminels4--,le mensonge1 lui rpondis-je1 peut tromper quelques individus pendant quelques annes1 mais les nations et les sicles font toujours triompher la vrit2 il y a de l'ternit dans tout ce qui tient la vertu1 et ce que nous avons fait pour elle arrivera jusqu' la mer1 quelque faible ruisseau que nous ayons t pendant notre vie4 ,non1 je ne rougirai point de subir la punition des coupables1 car c'est mon innocence mme qui m'y appelle1 et ce serait troubler le sentiment de cette innocence que d'accomplir un acte de violence2 on ne peut l'obtenir de soi-mme qu'en altrant la srnit que l'me doit ressentir l'approche du ciel4--,ah6 qu'y a-t-il de plus violent1 s'cria notre ami1 que cette mort sanglante444--,le sang des martyrs1 lui rpondis-je1 n'est-il pas un baume pour les blessures des infortuns8 --,cette mort1 reprit-il1 impose par les hommes1 par la hache meurtrire qu'un barbare osera lever sur votre tte royale6--,mon ami1 lui dis-je1 quand mes derniers momens seraient entours de respect1 ils ne m'inspireraient pas moins d'effroi2 la mort porte-t-elle un diadme sur son front livide8 ,n'est-elle pas toujours arme de la mme faux8 ,si c'tait dans le nant qu'elle nous entrant1 vaudrait-il la peine de disputer avec cette ombre8 ,si c'est l'appel d'un ,dieu sous ce voile de tnbres1 sans doute alors le jour est derrire cette nuit1 et le ciel ne nous est cach que par de vains fantmes4-- --,quoi1 dit encore d'une voix branle cet ami que j'avais vu si calme dans d'autres temps1 savez-vous que ce supplice peut tre douloureux1 qu'il peut se prolonger1 qu'une main mal assure4448--,arrtez1 lui dis-je1 je le sais1 mais cela ne sera pas4--,d'o vous vient cette confiance8--,de ma propre faiblesse1 repris-je1 j'ai toujours craint la douleur physique et mes efforts pour me donner le courage qui la brave ont t vains4 ,je crois donc qu'elle me sera toujours pargne4 ,car il y a beaucoup de protections secrtes exerces en faveur du chrtien1 lors mme qu'il semble le plus malheureux1 et ce que nous sentons au-dessus de nos forces ne nous arrive presque jamais4 ,l'on ne connat d'ordinaire que l'extrieur du caractre de l'homme1 ce qui se passe en lui-mme peut offrir encore des aperus nouveaux pendant des milliers de sicles4 ,l'irrligion a rendu l'esprit superficiel1 on s'en est pris de tout au-dehors1 la circonstance1 la fortune2 le vrai trsor de la pense comme de l'imagination1 ce sont les rapports du cur humain avec son ,crateur2 l sont les pressentimens1 l les oracles1 l les prodiges1 et tout ce que les anciens ont cru voir dans la nature n'tait qu'un reflet de ce qu'ils prouvaient au-dedans d'eux-mmes leur insu4-- ,nous gardmes ensuite quelque temps le silence ,asham et moi2 une inquitude me poursuivait et je n'osais l'exprimer1 tant j'en tais trouble4--,avez-vous vu mon poux8 lui dis-je4--,oui1 me rpondit ,asham4--,l'avez-vous consult sur l'offre que vous vouliez me faire8--,oui1 reprit-il encore4--,achevez de grce1 lui dis-je4 ,si ,guilford et ma conscience n'taient pas d'accord1 lequel de ces deux pouvoirs me semblerait lgitime8--,lord ,guilford1 me dit ,asham1 n'a pas exprim d'opinion sur le parti que vous deviez prendre1 mais quant lui sa rsolution de prir sur l'chafaud est inbranlable4--,oh mon ami1 m'criai-je1 combien je vous remercie de m'avoir laiss le mrite du choix2 si j'avais su plus tt la rsolution de ,guilford1 je n'aurais pas mme dlibr1 et l'amour aurait suffi pour m'inspirer ce que la religion me commande4 ,pourrais-je ne pas partager le sort d'un tel poux8 ,pourrais-je m'pargner une seule de ses souffrances8 et chacun de ses pas vers la mort ne me trace-t-il pas ma route8--,asham comprit alors que j'tais inbranlable2 il s'loigna de moi1 triste et pensif1 et me promit de me revoir4 ,le docteur ,feckenham1 chapelain de la reine1 vint peu d'heures aprs me dclarer que le jour de mon supplice tait fix vendredi prochain1 dont cinq jours encore me sparaient4 ,je vous l'avouerai1 il me sembla que je n'tais prpare rien1 tant la dsignation d'un jour me fit prouver de terreur4 ,j'essayai de la cacher1 mais sans doute ,feckenham s'en aperut1 car il se hta de profiter de mon trouble pour m'offrir la vie si je voulais changer de religion4 ,vous voyez1 mon digne ami1 que ,dieu vint mon secours dans cet instant1 car la ncessit de repousser une offre si indigne de moi1 me rendit les forces que j'avais perdues4 ,le docteur ,feckenham voulut entrer dans des controverses que je repoussai en lui observant que mes lumires tant ncessairement obscurcies par la situation dans laquelle je me trouvais2 je n'irais pas1 moi mourante1 remettre en discussion les vrits dont j'avais t convaincue lorsque mon esprit tait dans toute sa force4 ,il essaya de m'effrayer en me disant qu'il ne me reverrait plus1 ni dans ce monde1 ni dans le ciel1 dont m'excluait ma croyance religieuse4--,vous me causeriez plus d'effroi que mes bourreaux1 lui rpondis-je1 si je pouvais vous croire2 mais la religion laquelle on immole sa vie1 est toujours la vraie pour notre cur4 ,les lumires de la raison sont bien vacillante dans des questions si hautes1 et je m'en tiens au dogme du sacrifice1 c'est celui-l dont je ne puis douter4-- ,cet entretien avec le docteur ,feckenham releva mon me abattue1 la ,providence venait de m'accorder ce qu',asham dsirait pour moi1 une mort volontaire2 je ne me tuais pas1 mais je refusais de vivre1 et l'chafaud consenti par ma volont1 ne me semblait plus que l'autel choisi par la victime4 ,renoncer la vie qu'on ne pourrait acheter qu'au prix de sa conscience1 c'est le seul genre de ,suicide qui soit permis l'homme vertueux4 ,depuis que je croyais avoir fait mon devoir j'osais compter sur mon courage1 mais bientt l'attachement l'existence que je me suis quelquefois reproch dans les jours de ma flicit1 se rveilla dans mon faible cur4 ,asham revint le lendemain et nous allmes encore une fois sur les bords de cette ,tamise1 l'orgueil de notre belle contre2 j'essayai de reprendre mes sujets habituels d'entretien1 je rcitai quelques passages des beaux chants de l',iliade et de ,virgile1 que nous avions tudis ensemble1 mais la posie sert surtout se pntrer d'un noble enthousiasme pour l'existence1 le mlange sducteur des penses et des images1 de la nature et de l'me1 de l'harmonie du langage et des motions qu'il retrace1 nous enivre de la puissance de sentir et d'admirer2 et ce n'tait plus pour moi que ces plaisirs taient faits6 je ramenai l'entretien sur les crits plus svres des philosophes4 ,asham considre ,platon comme une me prdestine au christianisme1 mais lui-mme et la plupart des anciens sont trop fiers des forces intellectuelles de l'esprit humain2 ils jouissent tellement de la facult de penser1 que leurs dsirs ne se portent point vers une autre vie1 ils croient pouvoir l'voquer en eux-mmes par l'nergie de la contemplation3 jadis aussi je gotais les plus pures dlices en mditant sur le ciel1 le gnie et la nature4 ,a ce souvenir un regret insens de la vie s'empara de moi2 je me la reprsentai sous des couleurs auprs desquelles le monde venir ne me paraissait plus qu'une abstraction sans charmes4 ,quoi1 me disais-je1 l'ternelle dure des sentimens vaudra-t-elle cette succession de crainte et d'espoir qui renouvelle si vivement les affections les plus tendres8 ,la connaissance des secrets de l'univers galera-t-elle jamais l'attrait inexprimable du voile qui les couvre8 ,la certitude aura-t-elle le prestige dcevant du doute8 ,l'clat de la vrit donnera-t-il jamais autant de jouissances que sa recherche et sa dcouverte8 ,la jeunesse1 l'espoir1 le souvenir1 l'habitude1 que seront-ils si le cours du temps est arrt8 ,enfin1 l',etre suprme dans toute sa splendeur pourra-t-,il faire sa crature un plus beau prsent que l'amour8 ,ces craintes taient impies1 je le confesse humblement devant vous1 mon digne ami4 ,asham qui dans notre entretien de la veille semblait moins religieux que moi1 reprit bientt tout son avantage sur ma douleur rebelle4--,vous ne devez pas1 me dit-il1 vous servir des bienfaits mmes pour mettre en doute la puissance du ,bienfaiteur3 cette vie que vous regrettez1 qui l'a faite8 et si ses incompltes jouissances vous semblent d'un tel prix1 pourquoi les croyez-vous irrparables8 ,certes1 notre imagination mme peut concevoir mieux que cette terre1 mais quand elle n'y parviendrait pas1 est-ce nous de considrer la ,divinit comme un pote qui ne saurait crer une seconde uvre plus belle que la premire8--,cette simple rflexion me fit rentrer en moi-mme1 et je rougis de l'garement o m'avait plonge l'angoisse de la mort4 ,oh mon ami1 qu'il en cote pour creuser cette pense6 ,des abmes toujours plus profonds s'entrouvrent sous ses abmes4 ,dans quatre jours je n'existerai plus1 cet oiseau qui vole dans les airs me survivra1 j'ai moins d'avenir que lui2 les objets inanims qui m'entourent conserveront leur forme1 et rien de moi ne subsistera sur la terre1 que le souvenir de mes amis4 ,inconcevable mystre de l'esprit qui prvoit sa fin ici-bas et ne peut la prvenir4 ,la main retient les rnes des coursiers qui nous conduisent1 la pense ne peut conqurir un instant sur la mort4 ,pardonnez ma faiblesse1 mon pre en religion1 vous qui m'avez tendrement chrie2 nous serons runis dans le ciel1 mais entendrai-je encore cette voix si touchante qui m'annonait un ,dieu de bont8 mes yeux contempleront-ils vos traits vnrables8 ,oh ,guilford1 mon poux1 vous dont la noble figure est sans cesse prsente mon cur1 vous retrouverai-je1 tel que vous tes1 parmi les anges dont vous tiez l'image sur la terre8 ,mais que dis-je8 ,mon me sans force ne sait souhaiter par-del le tombeau que le retour de la vie actuelle6 7,jeudi7 ,mon poux m'a fait demander de me voir aujourd'hui pour la dernire fois4 ,j'ai refus cet instant dans lequel la joie et le dsespoir se confondraient de trop prs4 ,j'ai craint de n'tre plus rsigne2 vous l'avez vu1 mon cur a trop d'attachement au bonheur1 il n'y fallait pas retomber4 ,mon pre1 m'approuvez-vous8 ce sacrifice n'a-t-il pas tout expi8 je ne crains plus maintenant que l'existence me soit encore chre4 7,le matin mme de l'excution7 ,oh mon pre1 je l'ai vu6 il marchait au supplice d'un pas aussi ferme que s'il et command ceux qui l'y conduisaient4 ,guilford a lev les yeux vers ma prison1 puis il les a ports plus haut1 je l'ai compris3 il a continu sa route4 ,au dtour du chemin qui mne la place o la mort est prpare pour nous deux1 il s'est arrt pour me revoir encore2 ses derniers regards ont bni celle qui fut sa compagne sur le trne et sur l'chafaud4 7,une heure aprs7 ,on a port les restes de ,guilford sous les fentres de la tour1 un linceul couvrait son corps mutil1 travers ce linceul une image horrible s'est offerte444 ,si le mme coup ne m'tait pas rserv1 quelle est la terre qui pourrait porter le poids de ma douleur6 mon pre1 quoi j'ai pu regretter si vivement le jour6 ,oh sainte mort1 don du ciel comme la vie1 c'est vous qui maintenant tes mon ange tutlaire1 c'est vous qui me rendez du calme4 ,mon souverain ,matre a dispos de moi1 mais puisqu'il me runit mon poux1 il ne m'a rien demand qui surpasst mes forces1 et je remets sans crainte mon me entre ses mains4