,,de ,l',,allemagne ,illustration 7,autographe de ,m de ,stal1 communiqu par ,m4 ,charavay7 ,,auxerre-,,paris4--,,imprimerie ,a4 ,,lanier ,m ,,de ,,sta,l ,,de ,l',allemagne ,,tome ,,premier ,illustration ,,paris ,,ernest ,,flammarion1 ,,diteur #bf1 ,,rue ,,racine1 #bf ,tous ,droits rservs ,,notice ,,sur ,,madame ,,de ,,sta,l ,anne-,louise-,germaine ,necker1 ne ,paris en #agff1 tait la fille du clbre ministre franais2 sa mre doue d'un caractre trs ferme l'leva svrement1 et1 jeune enfant1 l'admit dans son salon entendre les conversations srieuses et instructives de gens tels que ,buffon1 ,marmontel1 ,grimm1 etc4 ,en #aghe elle avait pous le baron de ,stal-,holstein1 diplomate sudois1 qui devint ambassadeur ,paris1 mais cette union ne fut pas heureuse4 ,le dbut de ,m de ,stal dans la littrature date de #aghh par des ,lettres sur ,j4-,j4 ,rousseau1 o elle montre un grand enthousiasme pour le philosophe genevois4 ,lorsqu'clata la ,rvolution1 elle accepta d'abord les rformes avec admiration1 mais bientt son ardeur se refroidit1 et elle prsenta mme un plan d'vasion des ,tuileries4 ,en #agib et l'anne suivante1 aprs la mort du roi1 elle prsenta au gouvernement rvolutionnaire une dfense en faveur de ,marie-,antoinette4 ,aprs le #i thermidor1 elle publia une brochure qui fut remarque3 ,rflexions sur la paix adresses ,m4 ,pitt et aux ,franais4 ,sous le ,directoire1 elle exera1 par son salon et par ses crits1 une grande influence1 soutint les directeurs1 et fit rentrer ,talleyrand aux affaires4 ,elle tait l'me du ,cercle constitutionnel dont ,benjamin ,constant tait l'orateur4 ,de bonne heure elle avait pressenti ,bonaparte et son ambition1 aussi le ,premier ,consul l'exila1 en #ahjb1 quarante lieues de ,paris2 mais elle prfra se retirer en ,allemagne1 ,weimar1 o elle connut ,gthe1 ,wieland et ,schiller4 ,la mort de son pre1 pour qui elle professait un vritable culte1 la rappela ,coppet en #ahjd4 ,pour se distraire de sa douleur1 elle voyagea en ,italie et y composa ,corinne1 son clbre roman4 ,cette uvre indisposa vivement ,napolon1 qui en composa lui-mme1 dit-on1 une critique insre au ,moniteur4 ,retourne en ,allemagne en #ahjh1 ,m de ,stal mit la dernire main son livre de l',allemagne4 ,elle vint incognito ,paris pour en surveiller l'impression2 mais ,fouch1 le chef de la police1 eut vent de l'affaire4 ,le livre fut livr au pilon et ne put tre rimprim qu'en #ahad4 ,quant ,m de ,stal1 elle reut l'ordre de quitter ,paris dans les trois jours4 ,le gouvernement imprial rendit la prison de ,coppet de plus en plus troite et eut soin d'en loigner tous les amis de ,m de ,stal4 ,celle-ci russit cependant s'chapper en #ahab4 ,ds lors elle habita successivement ,vienne1 ,moscou1 ,saint-,ptersbourg1 la ,sude et enfin ,londres1 suscitant partout la coalition contre ,napolon1 et poursuivant la revendication d'une somme de deux millions due son pre1 somme qui lui fut restitue par le gouvernement de ,louis ,,xviii4 ,elle ne rentra en ,france qu'en #ahae et mourut ,paris deux ans aprs1 au retour d'un dernier voyage en ,italie1 o elle avait t pour rtablir sa sant4 ,on apprit alors qu'elle s'tait remarie1 mais secrtement1 avec ,m4 de ,rocca1 jeune officier qu'elle avait connu ,genve4 ,de son premier mariage elle avait eu trois enfants1 deux fils et une fille4 ,celle-ci pousa ,m4 de ,broglie1 pair de ,france4 ,des deux fils1 l'un mourut fort jeune2 l'autre1 le baron de ,stal 7#agij-ahbg71 s'occupa d'agronomie1 d'tudes philanthropiques et donna une dition des uvres de sa mre4 ,m de ,stal peut passer comme un de nos plus grands crivains2 on trouve chez elle de la profondeur et une rudition varie1 jointes beaucoup de finesse et une grande connaissance du monde4 ,outre les uvres dj cites1 il convient d'ajouter3 ,delphine 7#ahjb72 ,considrations sur la ,rvolution franaise 7#ahah71 et plusieurs brochures qui ne furent pas trangres au ressentiment de ,napolon son gard4 ,,pr,,face ,ce #a octobre #ahac4 ,en #ahaj1 je donnai le manuscrit de cet ouvrage sur l',allemagne au libraire qui avait imprim ,corinne4 ,comme j'y manifestais les mmes opinions1 et que j'y gardais le mme silence sur le gouvernement actuel des ,franais que dans mes crits prcdents1 je me flattai qu'il me serait aussi permis de le publier2 toutefois1 peu de jours aprs l'envoi de mon manuscrit1 il parut un dcret sur la libert de la presse d'une nature trs singulire2 il y tait dit1 qu'aucun ouvrage ne pourrait tre imprim sans avoir t examin par des censeurs4 ,soit2 on tait accoutum en ,france1 sous l'ancien rgime1 se soumettre la censure2 l'esprit public marchait alors dans le sens de la libert et rendait une telle gne peu redoutable2 mais un petit article1 la fin du nouveau rglement1 disait que lorsque les censeurs auraient examin un ouvrage et permis sa publication1 les libraires seraient en effet autoriss l'imprimer1 mais que le ministre de la police aurait alors le droit de le supprimer tout entier1 s'il le jugeait convenable4 ,ce qui veut dire1 que telles ou telles formes seraient adoptes1 jusqu' ce qu'on juget propos de ne plus les suivre3 une loi n'tait pas ncessaire pour dcrter l'absence des lois1 il valait mieux s'en tenir au simple fait du pouvoir absolu4 ,mon libraire cependant prit sur lui la responsabilit de la publication de mon livre1 en le soumettant la censure1 et notre accord fut ainsi conclu4 ,je vins quarante lieues de ,paris pour suivre l'impression de cet ouvrage1 et c'est l que pour la dernire fois j'ai respir l'air de ,france4 ,je m'tais interdit dans ce livre1 comme on le verra1 toute rflexion sur l'tat politique de l',allemagne2 je me supposais cinquante annes du temps prsent1 mais le temps prsent ne permet pas qu'on l'oublie4 ,plusieurs censeurs examinrent mon manuscrit2 ils supprimrent les diverses phrases que j'ai rtablies1 en les dsignant par des notes2 enfin1 ces phrases prs1 ils permirent l'impression du livre tel que je le publie maintenant1 car je n'ai cru devoir y rien changer4 ,il me semble curieux de montrer quel est un ouvrage qui peut attirer maintenant en ,france sur la tte de son auteur la perscution la plus cruelle4 ,au moment o cet ouvrage allait paratre1 et lorsqu'on avait dj tir les dix mille exemplaires de la premire dition1 le ministre de la police1 connu sous le nom du gnral ,savary1 envoya ses gendarmes chez le libraire1 avec ordre de mettre en pices toute l'dition1 et d'tablir des sentinelles aux diverses issues du magasin1 dans la crainte qu'un seul exemplaire de ce dangereux crit ne pt s'chapper4 ,un commissaire de police fut charg de surveiller cette expdition1 dans laquelle le gnral ,savary obtint aisment la victoire2 et ce pauvre commissaire est1 dit-on1 mort des fatigues qu'il a prouves1 en s'assurant avec trop de dtail de la destruction d'un si grand nombre de volumes1 ou plutt de leur transformation en un carton parfaitement blanc1 sur lequel aucune trace de la raison humaine n'est reste2 la valeur intrinsque de ce carton1 estime vingt louis1 est le seul ddommagement que le libraire ait obtenu du gnral ministre4 ,au moment o l'on anantissait mon livre ,paris1 je reus la campagne l'ordre de livrer la copie sur laquelle on l'avait imprim1 et de quitter la ,france dans les vingt-quatre heures4 ,je ne connais gure que les conscrits1 qui vingt-quatre heures suffisent pour se mettre en voyage2 j'crivis donc au ministre de la police qu'il me fallait huit jours pour faire venir de l'argent et ma voiture4 ,voici la lettre qu'il me rpondit3 ,,police ,g,n,,rale ,,cabinet ,,du ,,ministre ,paris1 #c octobre #ahaj4 ,j'ai reu1 madame1 la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'crire4 ,monsieur votre fils a d vous apprendre que je ne voyais pas d'inconvnients ce que vous retardassiez votre dpart de sept huit jours3 je dsire qu'ils suffisent aux arrangements qui vous restent prendre1 parce que je ne puis vous en accorder davantage4 ,il ne faut point rechercher la cause de l'ordre que je vous ai signifi dans le silence que vous avez gard l'gard de l'empereur dans votre dernier ouvrage1 ce serait une erreur2 il ne pouvait pas y trouver de place qui ft digne de lui2 mais votre exil est une consquence naturelle de la marche que vous suivez constamment depuis plusieurs annes4 ,il m'a paru que l'air de ce pays-ci ne vous convenait point1 et nous n'en sommes pas encore rduits chercher des modles dans les peuples que vous admirez4 ,votre dernier ouvrage n'est point franais2 c'est moi qui en ai arrt l'impression4 ,je regrette la perte qu'il va faire prouver au libraire1 mais il ne m'est pas possible de le laisser paratre4 ,vous savez1 madame1 qu'il ne vous avait t permis de sortir de ,coppet que parce que vous aviez exprim le dsir de passer en ,amrique4 ,si mon prdcesseur vous a laiss habiter le dpartement de ,loir-et-,cher1 vous n'avez pas d regarder cette tolrance comme une rvocation des dispositions qui avaient t arrtes votre gard4 ,aujourd'hui vous m'obligez les faire excuter strictement1 et il ne faut vous en prendre qu' vous-mme4 ,je mande ,m4 ,corbigny#a de tenir la main l'excution de l'ordre que je lui ai donn1 lorsque le dlai que je vous accorde sera expir4 ,je suis aux regrets1 madame1 que vous m'ayez contraint de commencer ma correspondance avec vous par une mesure de rigueur2 il m'aurait t plus agrable de n'avoir qu' vous offrir des tmoignages de la haute considration avec laquelle j'ai l'honneur d'tre1 ,,madame1 ,votre trs humble et trs obissant serviteur1 ,sign3 ,,le ,,duc ,,de ,,rovigo4 ,madame de ,stal4 ,p4-,s4--,j'ai des raisons1 madame1 pour vous indiquer les ports de ,lorient1 ,la ,rochelle1 ,bordeaux et ,rochefort1 comme tant les seuls ports dans lesquels vous pouvez vous embarquer3 je vous invite me faire connatre celui que vous aurez choisi#b4 99 99 99 99 99 ,j'ajouterai quelques rflexions cette lettre dj1 ce me semble1 assez curieuse par elle-mme4--,il m'a paru1 dit le gnral ,savary1 que l'air de ce pays ne vous convenait pas2 quelle gracieuse manire d'annoncer une femme alors1 hlas6 mre de trois enfants1 la fille d'un homme qui a servi la ,france avec tant de foi1 qu'on la bannit1 jamais1 du lieu de sa naissance1 sans qu'il lui soit permis de rclamer d'aucune manire contre une peine rpute la plus cruelle aprs la condamnation mort6 ,il existe un vaudeville franais dans lequel un huissier1 se vantant de sa politesse envers ceux qu'il conduit en prison1 dit3 ,aussi je suis aim de tous ceux que j'arrte4 ,je ne sais si telle tait l'intention du gnral ,savary4 ,il ajoute que les ,franais n'en sont pas rduits prendre pour modles les peuples que j'admire4 ,ces peuples1 ce sont les ,anglais d'abord1 et1 plusieurs gards1 les ,allemands4 ,toutefois je ne crois pas qu'on puisse m'accuser de ne pas aimer la ,france4 ,je n'ai que trop montr le regret d'un sjour o je conserve tant d'objets d'affection1 o ceux qui me sont chers me plaisent tant6 ,mais de cet attachement peut-tre trop vif pour une contre si brillante et pour ses spirituels habitants1 il ne s'ensuivait point qu'il dt m'tre interdit d'admirer l',angleterre4 ,on l'a vue1 comme un chevalier arm pour la dfense de l'ordre social1 prserver l',europe pendant dix annes de l'anarchie1 et pendant dix autres du despotisme4 ,son heureuse constitution fut1 au commencement de la rvolution1 le but des esprances et des efforts des ,franais2 mon me en est reste o la leur tait alors4 ,a mon retour dans la terre de mon pre1 le prfet de ,genve me dfendit de m'en loigner plus de quatre lieues4 ,je me permis un jour d'aller jusqu' dix1 dans le simple but d'une promenade2 aussitt les gendarmes coururent aprs moi1 l'on dfendit au matre de poste de me donner des chevaux1 et l'on et dit que le salut de l'tat dpendait d'une aussi faible existence que la mienne4 ,je me rsignai cependant encore cet emprisonnement dans toute sa rigueur1 quand un dernier coup me le rendit tout fait insupportable4 ,quelques-uns de mes amis furent exils1 parce qu'ils avaient eu la gnrosit de venir me voir2 c'en tait trop3 porter avec soi la contagion du malheur1 ne pas oser se rapprocher de ceux qu'on aime1 craindre de leur crire1 de prononcer leur nom1 tre l'objet tour tour1 ou des preuves d'affection qui font trembler pour ceux qui vous les donnent1 ou des bassesses raffines que la terreur inspire1 c'tait une situation laquelle il fallait se soustraire si l'on voulait encore vivre6 ,on me disait1 pour adoucir mon chagrin1 que ces perscutions continuelles taient une preuve de l'importance qu'on attachait moi2 j'aurais pu rpondre que je n'avais mrit ,ni cet excs d'honneur1 ni cette indignit4 ,mais je ne me laissai point aller aux consolations donnes mon amour-propre1 car je savais qu'il n'est personne maintenant en ,france1 depuis les plus grands jusqu'aux plus petits1 qui ne puisse tre trouv digne d'tre rendu malheureux4 ,on me tourmenta dans tous les intrts de ma vie1 dans tous les points sensibles de mon caractre1 et l'autorit condescendit se donner la peine de me bien connatre pour mieux me faire souffrir4 ,ne pouvant donc dsarmer cette autorit par le simple sacrifice de mon talent1 et rsolue ne lui en pas offrir le servage1 je crus sentir au fond de mon cur ce que m'aurait conseill mon pre1 et je partis4 ,il m'importe1 je le crois1 de faire connatre au public ce livre calomni1 ce livre1 source de tant de peines3 et quoique le gnral ,savary m'ait dclar dans sa lettre que mon ouvrage n'tait pas franais1 comme je me garde bien de voir en lui le reprsentant de la ,france1 c'est aux ,franais tels que je les ai connus que j'adresserai avec confiance un crit o j'ai tch1 selon mes forces1 de relever la gloire des travaux de l'esprit humain4 ,l',allemagne1 par sa situation gographique1 peut tre considre comme le cur de l',europe1 et la grande association continentale ne saurait retrouver son indpendance que par celle de ce pays4 ,la diffrence des langues1 les limites naturelles1 les souvenirs d'une mme histoire1 tout contribue crer parmi les hommes ces grands individus qu'on appelle des nations2 de certaines proportions leur sont ncessaires pour exister1 de certaines qualits les distinguent2 et si l',allemagne tait runie la ,france1 il s'ensuivrait aussi que la ,france serait runie l',allemagne1 et que les ,franais de ,hambourg1 comme les ,franais de ,rome1 altreraient par degrs le caractre des compatriotes de ,henri ,,iv3 les vaincus1 la longue1 modifieraient les vainqueurs1 et tous finiraient par y perdre4 ,j'ai dit dans mon ouvrage que les ,allemands n'taient pas une nation2 et certes ils donnent au monde maintenant d'hroques dmentis cette crainte4 ,mais ne voit-on pas cependant quelques pays germaniques s'exposer1 en combattant contre leurs compatriotes1 au mpris de leurs allis mmes1 les ,franais8 ,ces auxiliaires1 dont on hsite prononcer le nom1 comme s'il tait temps encore de le cacher la postrit2 ces auxiliaires1 dis-je1 ne sont conduits ni par l'opinion ni mme par l'intrt1 encore moins par l'honneur2 mais une peur imprvoyante a prcipit leurs gouvernements vers le plus fort1 sans rflchir qu'ils taient eux-mmes la cause de cette force devant laquelle ils se prosternaient4 ,les ,espagnols1 qui l'on peut appliquer ce beau vers anglais de ,southey3 ,and those who suffer bravely save mankind1 et ceux qui souffrent bravement sauvent l'espce humaine2 les ,espagnols se sont vus rduits ne possder que ,cadix1 et ils n'auraient pas plus consenti alors au joug des trangers1 que depuis qu'ils ont atteint la barrire des ,pyrnes1 et qu'ils sont dfendus par le caractre antique et le gnie moderne de lord ,wellington4 ,mais1 pour accomplir ces grandes choses1 il fallait une persvrance que l'vnement ne saurait dcourager4 ,les ,allemands ont eu souvent le tort de se laisser convaincre par les revers4 ,les individus doivent se rsigner la destine1 mais jamais les nations2 car ce sont elles qui seules peuvent commander cette destine3 une volont de plus1 et le malheur serait dompt4 ,la soumission d'un peuple un autre est contre nature4 ,qui croirait maintenant la possibilit d'entamer l',espagne1 la ,russie1 l',angleterre1 la ,france8 ,pourquoi n'en serait-il pas de mme de l',allemagne8 ,si les ,allemands pouvaient encore tre asservis1 leur infortune dchirerait le cur2 mais on serait toujours tent de leur dire1 comme mademoiselle de ,mancini ,louis ,,xiv3 ,vous tes roi1 sire1 et vous pleurez6--,vous tes une nation1 et vous pleurez6 ,le tableau de la littrature et de la philosophie semble bien tranger au moment actuel2 cependant il sera peut-tre doux cette pauvre et noble ,allemagne de se rappeler ses richesses intellectuelles au milieu des ravages de la guerre4 ,il y a trois ans que je dsignais la ,prusse et les pays du ,nord qui l'environnent comme la patrie de la pense2 en combien d'actions gnreuses cette pense ne s'est-elle pas transforme6 ce que les philosophes mettaient en systme s'accomplit1 et l'indpendance de l'me fondera celle des tats4 ,,observations ,g,n,,rales ,on peut rapporter l'origine des principales nations de l',europe trois grandes races diffrentes3 la race latine1 la race germanique1 et la race esclavonne4 ,les ,italiens1 les ,franais1 les ,espagnols et les ,portugais ont reu des ,romains leur civilisation et leur langage2 les ,allemands1 les ,suisses1 les ,anglais1 les ,sudois1 les ,danois et les ,hollandais sont des peuples teutoniques2 enfin1 parmi les ,esclavons1 les ,polonais et les ,russes occupent le premier rang4 ,les nations dont la culture intellectuelle est d'origine latine1 sont plus anciennement civilises que les autres2 elles ont pour la plupart hrit de l'habile sagacit des ,romains dans le maniement des affaires de ce monde4 ,des institutions sociales1 fondes sur la religion paenne1 ont prcd chez elles l'tablissement du christianisme2 et quand les peuples du ,nord sont venus les conqurir1 ces peuples ont adopt1 beaucoup d'gards1 les murs du pays dont ils taient les vainqueurs4 ,ces observations doivent sans doute tre modifies d'aprs les climats1 les gouvernements et les faits de chaque histoire4 ,la puissance ecclsiastique a laiss des traces ineffaables en ,italie4 ,les longues guerres avec les ,arabes ont fortifi les habitudes militaires et l'esprit entreprenant des ,espagnols2 mais en gnral cette partie de l',europe1 dont les langues drivent du latin1 et qui a t initie de bonne heure dans la politique de ,rome1 porte le caractre d'une vieille civilisation qui1 dans l'origine1 tait paenne4 ,on y trouve moins de penchant pour les ides abstraites que chez les nations germaniques2 on s'y entend mieux aux plaisirs et aux intrts terrestres1 et ces peuples1 comme leurs instituteurs1 les ,romains1 savent seuls pratiquer l'art de la domination4 ,les nations germaniques ont presque toujours rsist au joug des ,romains2 elles ont t civilises plus tard1 et seulement par le christianisme2 elles ont pass immdiatement d'une sorte de barbarie la socit chrtienne3 les temps de la chevalerie1 l'esprit du moyen ge sont leurs souvenirs les plus vifs2 et quoique les savants de ces pays aient tudi les auteurs grecs et latins1 plus mme que ne l'ont fait les nations latines1 le gnie naturel aux crivains allemands est d'une couleur ancienne plutt qu'antique2 leur imagination se plat dans les vieilles tours1 dans les crneaux1 au milieu des guerriers1 des sorcires et des revenants2 et les mystres d'une nature rveuse et solitaire forment le principal charme de leurs posies4 ,l'analogie qui existe entre les nations teutoniques ne saurait tre mconnue4 ,la dignit sociale que les ,anglais doivent leur constitution leur assure1 il est vrai1 parmi ces nations1 une supriorit dcide2 nanmoins les mmes traits de caractre se retrouvent constamment parmi les divers peuples d'origine germanique4 ,l'indpendance et la loyaut signalrent de tout temps ces peuples2 ils ont t toujours bons et fidles1 et c'est cause de cela mme peut-tre que leurs crits portent une empreinte de mlancolie2 car il arrive souvent aux nations1 comme aux individus1 de souffrir pour leurs vertus4 ,la civilisation des ,esclavons ayant t plus moderne et plus prcipite que celle des autres peuples1 on voit plutt en eux jusqu' prsent l'imitation que l'originalit3 ce qu'ils ont d'europen est franais2 ce qu'ils ont d'asiatique est trop peu dvelopp pour que leurs crivains puissent encore manifester le vritable caractre qui leur serait naturel4 ,il n'y a donc dans l',europe littraire que deux grandes divisions trs marques2 la littrature imite des anciens1 et celle qui doit sa naissance l'esprit du moyen ge2 la littrature qui1 dans son origine1 a reu du paganisme sa couleur et son charme1 et la littrature dont l'impulsion et le dveloppement appartiennent une religion essentiellement spiritualiste4 ,on pourrait dire avec raison que les ,franais et les ,allemands sont aux deux extrmits de la chane morale1 puisque les uns considrent les objets extrieurs comme le mobile de toutes les ides1 et les autres1 les ides comme le mobile de toutes les impressions4 ,ces deux nations cependant s'accordent assez bien sous les rapports sociaux2 mais il n'en est point de plus opposes dans leur systme littraire et philosophique4 ,l',allemagne intellectuelle n'est presque pas connue de la ,france3 bien peu d'hommes de lettres parmi nous s'en sont occups4 ,il est vrai qu'un beaucoup plus grand nombre la juge4 ,cette agrable lgret1 qui fait prononcer sur ce qu'on ignore1 peut avoir de l'lgance quand on parle1 mais non quand on crit4 ,les ,allemands ont le tort de mettre souvent dans la conversation ce qui ne convient qu'aux livres2 les ,franais ont quelquefois aussi celui de mettre dans les livres ce qui ne convient qu' la conversation2 et nous avons tellement puis tout ce qui est superficiel que1 mme pour la grce1 et surtout pour la varit1 il faudrait1 ce me semble1 essayer d'un peu plus de profondeur4 ,j'ai donc cru qu'il pouvait y avoir quelques avantages faire connatre le pays de l',europe o l'tude et la mditation ont t portes si loin qu'on peut le considrer comme la patrie de la pense4 ,les rflexions que le pays et les livres m'ont suggres seront partages en quatre sections4 ,la premire traitera de l',allemagne et des murs des ,allemands2 la seconde1 de la littrature et des arts2 la troisime1 de la philosophie et de la morale2 la quatrime1 de la religion et de l'enthousiasme4 ,ces divers sujets se mlent ncessairement les uns avec les autres4 ,le caractre national influe sur la littrature2 la littrature et la philosophie sur la religion2 et l'ensemble peut seul faire connatre en entier chaque partie2 mais il fallait cependant se soumettre une division apparente pour rassembler la fin tous les rayons dans le mme foyer4 ,je ne me dissimule point que je vais exposer1 en littrature comme en philosophie1 des opinions trangres celles qui rgnent en ,france2 mais soit qu'elles paraissent justes ou non1 soit qu'on les adopte ou qu'on les combatte1 elles donnent toujours penser4 ,car nous n'en sommes pas1 j'imagine1 vouloir lever autour de la ,france littraire la grande muraille de la ,chine1 pour empcher les ides du dehors d'y pntrer#c4 ,il est impossible que les crivains allemands1 ces hommes les plus instruits et les plus mditatifs de l',europe1 ne mritent pas qu'on accorde un moment d'attention leur littrature et leur philosophie4 ,on oppose l'une qu'elle n'est pas de bon got1 et l'autre qu'elle est pleine de folies4 ,il se pourrait qu'une littrature ne ft pas conforme notre lgislation du bon got1 et qu'elle contnt des ides nouvelles dont nous puissions nous enrichir en les modifiant notre manire4 ,c'est ainsi que les ,grecs nous ont valu ,racine1 et ,shakespeare plusieurs des tragdies de ,voltaire4 ,la strilit dont notre littrature est menace ferait croire que l'esprit franais lui-mme a besoin maintenant d'tre renouvel par une sve plus vigoureuse2 et comme l'lgance de la socit nous prservera toujours de certaines fautes1 il nous importe surtout de retrouver la source des grandes beauts4 ,aprs avoir repouss la littrature des ,allemands au nom du bon got1 on croit pouvoir aussi se dbarrasser de leur philosophie au nom de la raison4 ,le bon got et la raison sont des paroles qu'il est toujours agrable de prononcer1 mme au hasard2 mais peut-on de bonne foi se persuader que des crivains d'une rudition immense1 et qui connaissent tous les livres franais aussi bien que nous-mmes1 s'occupent depuis vingt annes de pures absurdits8 ,les sicles superstitieux accusent facilement les opinions nouvelles d'impit1 et les sicles incrdules les accusent non moins facilement de folie4 ,dans le seizime sicle1 ,galile a t livr l'inquisition pour avoir dit que la terre tournait2 et dans le dix-huitime1 quelques-uns ont voulu faire passer ,j4-,j4 ,rousseau pour un dvot fanatique4 ,les opinions qui diffrent de l'esprit dominant1 quel qu'il soit1 scandalisent toujours le vulgaire3 l'tude et l'examen peuvent seuls donner cette libralit de jugement1 sans laquelle il est impossible d'acqurir des lumires nouvelles1 ou de conserver mme celles qu'on a2 car on se soumet de certaines ides reues1 non comme des vrits1 mais comme au pouvoir2 et c'est ainsi que la raison humaine s'habitue la servitude1 dans le champ mme de la littrature et de la philosophie4 ,,de ,l',,allemagne ,,premi,,re ,,partie ,,de ,l',,allemagne ,,et ,,des ,m,,urs ,,des ,,allemands4 ,,chapitre ,,premier ,de l'aspect de l',allemagne4 ,la multitude et l'tendue des forts indiquent une civilisation encore nouvelle3 le vieux sol du ,midi ne conserve presque plus d'arbres1 et le soleil tombe plomb sur la terre dpouille par les hommes4 ,l',allemagne offre encore quelques traces d'une nature non habite4 ,depuis les ,alpes jusqu' la mer1 entre le ,rhin et le ,danube1 vous voyez un pays couvert de chnes et de sapins1 travers par des fleuves d'une imposante beaut1 et coup par des montagnes dont l'aspect est trs pittoresque2 mais de vastes bruyres1 des sables1 des routes souvent ngliges1 un climat svre1 remplissent d'abord l'me de tristesse2 et ce n'est qu' la longue qu'on dcouvre ce qui peut attacher ce sjour4 ,le midi de l',allemagne est trs bien cultiv2 cependant il y a toujours dans les plus belles contres de ce pays quelque chose de srieux1 qui fait plutt penser au travail qu'aux plaisirs1 aux vertus des habitants qu'aux charmes de la nature4 ,les dbris des chteaux forts1 qu'on aperoit sur le haut des montagnes1 les maisons bties de terre1 les fentres troites1 les neiges qui1 pendant l'hiver1 couvrent des plaines perte de vue1 causent une impression pnible4 ,je ne sais quoi de silencieux1 dans la nature et dans les hommes1 resserre d'abord le cur4 ,il semble que le temps marche l plus lentement qu'ailleurs1 que la vgtation ne se presse pas plus dans le sol que les ides dans la tte des hommes1 et que les sillons rguliers du laboureur y sont tracs sur une terre pesante4 ,nanmoins1 quand on a surmont ces sensations irrflchies1 le pays et les habitants offrent l'observation quelque chose d'intressant et de potique3 vous sentez que des mes et des imaginations douces ont embelli ces campagnes4 ,les grands chemins sont plants d'arbres fruitiers1 placs l pour rafrachir le voyageur4 ,les paysages dont le ,rhin est entour sont superbes presque partout2 on dirait que ce fleuve est le gnie tutlaire de l',allemagne2 ses flots sont purs1 rapides et majestueux comme la vie d'un ancien hros3 le ,danube se divise en plusieurs branches2 les ondes de l',elbe et de la ,spre se troublent facilement par l'orage2 le ,rhin seul est presque inaltrable4 ,les contres qu'il traverse paraissent tout la fois si srieuses et si varies1 si fertiles et si solitaires1 qu'on serait tent de croire que c'est lui-mme qui les a cultives1 et que les hommes d' prsent n'y sont pour rien4 ,ce fleuve raconte1 en passant1 les hauts faits des temps jadis1 et l'ombre d',arminius semble errer encore sur ces rivages escarps4 ,les monuments gothiques sont les seuls remarquables en ,allemagne2 ces monuments rappellent les sicles de la chevalerie2 dans presque toutes les villes1 les muses publics conservent des restes de ces temps-l4 ,on dirait que les habitants du ,nord1 vainqueurs du monde1 en partant de la ,germanie1 y ont laiss leurs souvenirs sous diverses formes1 et que le pays tout entier ressemble au sjour d'un grand peuple qui depuis longtemps l'a quitt4 ,il y a dans la plupart des arsenaux des villes allemandes1 des figures de chevaliers en bois peint1 revtus de leur armure2 le casque1 le bouclier1 les cuissards1 les perons1 tout est selon l'ancien usage1 et l'on se promne au milieu de ces morts debout1 dont les bras levs semblent prts frapper leurs adversaires1 qui tiennent aussi de mme leurs lances en arrt4 ,cette image immobile d'actions jadis si vives cause une impression pnible4 ,c'est ainsi qu'aprs les tremblements de terre on a retrouv des hommes engloutis qui avaient gard pendant longtemps encore le dernier geste de leur dernire pense4 ,l'architecture moderne1 en ,allemagne1 n'offre rien qui mrite d'tre cit2 mais les villes sont en gnral bien bties1 et les propritaires les embellissent avec une sorte de soin plein de bonhomie4 ,les maisons1 dans plusieurs villes1 sont peintes en dehors de diverses couleurs3 on y voit des figures de saints1 des ornements de tout genre1 dont le got n'est assurment pas parfait1 mais qui varient l'aspect des habitations et semblent indiquer un dsir bienveillant de plaire ses concitoyens et aux trangers4 ,l'clat et la splendeur d'un palais servent l'amour-propre de celui qui le possde2 mais la dcoration soigne1 la parure et la bonne intention des petites demeures ont quelque chose d'hospitalier4 ,les jardins sont presque aussi beaux dans quelques parties de l',allemagne qu'en ,angleterre2 le luxe des jardins suppose toujours qu'on aime la nature4 ,en ,angleterre1 des maisons trs simples sont bties au milieu des parcs les plus magnifiques2 le propritaire nglige sa demeure et pare avec soin la campagne4 ,cette magnificence et cette simplicit runies n'existent srement pas au mme degr en ,allemagne2 cependant1 travers le manque de fortune et l'orgueil fodal1 on aperoit en tout un certain amour du beau qui1 tt ou tard1 doit donner du got et de la grce1 puisqu'il en est la vritable source4 ,souvent1 au milieu des superbes jardins des princes allemands1 l'on place des harpes oliennes prs des grottes entoures de fleurs1 afin que le vent transporte dans les airs des sons et des parfums tout ensemble4 ,l'imagination des habitants du ,nord tche ainsi de se composer une nature d',italie2 et pendant les jours brillants d'un t rapide1 l'on parvient quelquefois s'y tromper4 ,,chapitre ,,ii ,des murs et du caractre des ,allemands4 ,quelques traits principaux peuvent seuls convenir galement toute la nation allemande2 car les diversits de ce pays sont telles1 qu'on ne sait comment runir sous un mme point de vue des religions1 des gouvernements1 des climats1 des peuples mmes si diffrents4 ,l',allemagne du ,midi est1 beaucoup d'gards1 tout autre que celle du ,nord2 les villes de commerce ne ressemblent point aux villes clbres par leurs universits2 les petits tats diffrent sensiblement des deux grandes monarchies1 la ,prusse et l',autriche4 ,l',allemagne tait une fdration aristocratique2 cet empire n'avait point un centre commun de lumires et d'esprit public2 il ne formait pas une nation compacte1 et le lien manquait au faisceau4 ,cette division de l',allemagne1 funeste sa force politique1 tait cependant trs favorable aux essais de tout genre que pouvait tenter le gnie et l'imagination4 ,il y avait une sorte d'anarchie douce et paisible1 en fait d'opinions littraires et mtaphysiques1 qui permettait chaque homme le dveloppement entier de sa manire de voir individuelle4 ,comme il n'existe point de capitale o se rassemble la bonne compagnie de toute l',allemagne1 l'esprit de socit y exerce peu de pouvoir2 l'empire du got et l'arme du ridicule y sont sans influence4 ,la plupart des crivains et des penseurs travaillent dans la solitude1 ou seulement entours d'un petit cercle qu'ils dominent4 ,ils se laissent aller1 chacun sparment1 tout ce que leur inspire une imagination sans contrainte2 et si l'on peut apercevoir quelques traces de l'ascendant de la mode en ,allemagne1 c'est par le dsir que chacun prouve de se montrer tout fait diffrent des autres4 ,en ,france1 au contraire1 chacun aspire mriter ce que ,montesquieu disait de ,voltaire3 ,il a plus que personne l'esprit que tout le monde a4 ,les crivains allemands imiteraient plus volontiers encore les trangers que leurs compatriotes4 ,en littrature1 comme en politique1 les ,allemands ont trop de considration pour les trangers1 et pas assez de prjugs nationaux4 ,c'est une qualit dans les individus que l'abngation de soi-mme et l'estime des autres2 mais le patriotisme des nations doit tre goste4 ,la fiert des ,anglais sert puissamment leur existence politique2 la bonne opinion que les ,franais ont d'eux-mmes a toujours beaucoup contribu leur ascendant sur l',europe2 le noble orgueil des ,espagnols les a rendus jadis souverains d'une portion du monde4 ,les ,allemands sont ,saxons1 ,prussiens1 ,bavarois1 ,autrichiens2 mais le caractre germanique1 sur lequel devrait se fonder la force de tous1 est morcel comme la terre mme qui a tant de diffrents matres4 ,j'examinerai sparment l',allemagne du ,midi et celle du ,nord3 mais je me bornerai maintenant aux rflexions qui conviennent la nation entire4 ,les ,allemands ont en gnral de la sincrit et de la fidlit2 ils ne manquent presque jamais leur parole1 et la tromperie leur est trangre4 ,si ce dfaut s'introduisait jamais en ,allemagne1 ce ne pourrait tre que par l'envie d'imiter les trangers1 de se montrer aussi habile qu'eux1 et surtout de n'tre pas leur dupe2 mais le bon sens et le bon cur ramneraient bientt les ,allemands sentir qu'on n'est fort que par sa propre nature1 et que l'habitude de l'honntet rend tout fait incapable1 mme quand on le veut1 de se servir de la ruse4 ,il faut1 pour tirer parti de l'immoralit1 tre arm tout fait la lgre1 et ne pas porter en soi-mme une conscience et des scrupules qui vous arrtent moiti chemin1 et vous font prouver d'autant plus vivement le regret d'avoir quitt l'ancienne route1 qu'il vous est impossible d'avancer hardiment dans la nouvelle4 ,il est ais1 je le crois1 de dmontrer que1 sans la morale1 tout est hasard et tnbres4 ,nanmoins on a vu souvent chez les nations latines une politique singulirement adroite dans l'art de s'affranchir de tous les devoirs2 mais on peut le dire la gloire de la nation allemande1 elle a presque l'incapacit de cette souplesse hardie qui fait plier toutes les vrits pour tous les intrts1 et sacrifie tous les engagements tous les calculs4 ,ses dfauts1 comme ses qualits1 la soumettent l'honorable ncessit de la justice4 ,la puissance du travail et de la rflexion est aussi l'un des traits distinctifs de la nation allemande4 ,elle est naturellement littraire et philosophique2 toutefois la sparation des classes1 qui est plus prononce en ,allemagne que partout ailleurs1 parce que la socit n'en adoucit pas les nuances1 nuit quelques gards l'esprit proprement dit4 ,les nobles y ont trop peu d'ides1 et les gens de lettres trop peu d'habitude des affaires4 ,l'esprit est un mlange de la connaissance des choses et des hommes2 et la socit o l'on agit sans but1 et pourtant avec intrt1 est prcisment ce qui dveloppe le mieux les facults les plus opposes4 ,c'est l'imagination1 plus que l'esprit1 qui caractrise les ,allemands4 ,j4-,p4 ,richter1 l'un de leurs crivains les plus distingus1 a dit que l'empire de la mer tait aux ,anglais1 celui de la terre aux ,franais1 et celui de l'air aux ,allemands3 en effet1 on aurait besoin1 en ,allemagne1 de donner un centre et des bornes cette minente facult de penser1 qui s'lve et se perd dans le vague1 pntre et disparat dans la profondeur1 s'anantit force d'impartialit1 se confond force d'analyse1 enfin manque de certains dfauts qui puissent servir de circonscription ses qualits4 ,on a beaucoup de peine s'accoutumer1 en sortant de ,france1 la lenteur et l'inertie du peuple allemand2 il ne se presse jamais1 il trouve des obstacles tout2 vous entendez dire en ,allemagne c'est impossible1 cent fois contre une en ,france4 ,quand il est question d'agir1 les ,allemands ne savent pas lutter avec les difficults2 et leur respect pour la puissance vient plus encore de ce qu'elle ressemble la destine1 que d'aucun motif intress4 ,les gens du peuple ont des formes assez grossires1 surtout quand on veut heurter leur manire d'tre habituelle2 ils auraient naturellement1 plus que les nobles1 cette sainte antipathie pour les murs1 les coutumes et les langues trangres1 qui fortifie dans tous les pays le lien national4 ,l'argent qu'on leur offre ne drange pas leur faon d'agir1 la peur ne les en dtourne pas2 ils sont trs capables enfin de cette fixit en toutes choses1 qui est une excellente donne pour la morale2 car l'homme que la crainte et plus encore l'esprance mettent sans cesse en mouvement1 passe aisment d'une opinion l'autre1 quand son intrt l'exige4 ,ds que l'on s'lve un peu au-dessus de la dernire classe du peuple en ,allemagne1 on s'aperoit aisment de cette vie intime1 de cette posie de l'me qui caractrise les ,allemands4 ,les habitants des villes et des campagnes1 les soldats et les laboureurs1 savent presque tous la musique2 il m'est arriv d'entrer dans de pauvres maisons noircies par la fume de tabac1 et d'entendre tout coup non seulement la matresse1 mais le matre du logis1 improviser sur le clavecin1 comme les ,italiens improvisent en vers4 ,l'on a soin1 presque partout1 que1 les jours de march1 il y ait des joueurs d'instruments vent sur le balcon de l'htel-de-ville qui domine la place publique3 les paysans des environs participent ainsi la douce jouissance du premier des arts4 ,les coliers se promnent dans les rues1 le dimanche1 en chantant les psaumes en chur4 ,on raconte que ,luther fit souvent partie de ce chur1 dans sa premire jeunesse4 ,j'tais ,eisenach1 petite ville de ,saxe1 un jour d'hiver si froid1 que les rues mmes taient encombres de neige2 je vis une longue suite de jeunes gens en manteau noir1 qui traversaient la ville en clbrant les louanges de ,dieu4 ,il n'y avait qu'eux dans la rue1 car la rigueur des frimas en cartait tout le monde1 et ces voix1 presque aussi harmonieuses que celles du midi1 en se faisant entendre au milieu d'une nature si svre1 causaient d'autant plus d'attendrissement4 ,les habitants de la ville n'osaient1 par ce froid terrible1 ouvrir leurs fentres2 mais on apercevait1 derrire les vitraux1 des visages tristes ou sereins1 jeunes ou vieux1 qui recevaient avec joie les consolations religieuses que leur offrait cette douce mlodie4 ,les pauvres ,bohmes1 alors qu'ils voyagent1 suivis de leurs femmes et de leurs enfants1 portent sur leur dos une mauvaise harpe1 d'un bois grossier1 dont ils tirent des sons harmonieux4 ,ils en jouent quand ils se reposent au pied d'un arbre1 sur les grands chemins1 ou lorsque auprs des maisons de poste ils tchent d'intresser les voyageurs par le concert ambulant de leur famille errante4 ,les troupeaux1 en ,autriche1 sont gards par des bergers qui jouent des airs charmants sur des instruments simples et sonores4 ,ces airs s'accordent parfaitement avec l'impression douce et rveuse que produit la campagne4 ,la musique instrumentale est aussi gnralement cultive en ,allemagne que la musique vocale en ,italie2 la nature a plus fait cet gard1 comme tant d'autres1 pour l',italie que pour l',allemagne2 il faut du travail pour la musique instrumentale1 tandis que le ciel du ,midi suffit pour rendre les voix belles3 mais nanmoins les hommes de la classe laborieuse ne pourraient jamais donner la musique le temps qu'il faut pour l'apprendre1 s'ils n'taient organiss pour la savoir4 ,les peuples naturellement musiciens reoivent1 par l'harmonie1 des sensations et des ides que leur situation rtrcie et leurs occupations vulgaires ne leur permettraient pas de connatre autrement4 ,les paysannes et les servantes1 qui n'ont pas assez d'argent pour se parer1 ornent leur tte et leurs bras de quelques fleurs1 pour qu'au moins l'imagination ait sa part dans leur vtement3 d'autres un peu plus riches mettent les jours de fte un bonnet d'toffe d'or d'assez mauvais got1 et qui contraste avec la simplicit du reste de leur costume2 mais ce bonnet1 que leur mres ont aussi port1 rappelle les anciennes murs2 et la parure crmonieuse avec laquelle les femmes du peuple honorent le dimanche a quelque chose de grave qui intresse en leur faveur4 ,il faut aussi savoir gr aux ,allemands de la bonne volont qu'ils tmoignent par les rvrences respectueuses et la politesse remplie de formalits que les trangers ont si souvent tournes en ridicule4 ,ils auraient aisment pu remplacer1 par des manires froides et indiffrentes1 la grce et l'lgance qu'on les accusait de ne pouvoir atteindre3 le ddain impose toujours silence la moquerie2 car c'est surtout aux efforts inutiles qu'elle s'attache2 mais les caractres bienveillants aiment mieux s'exposer la plaisanterie que de s'en prserver par l'air hautain et contenu qu'il est si facile tout le monde de se donner4 ,on est frapp sans cesse1 en ,allemagne1 du contraste qui existe entre les sentiments et les habitudes1 entre les talents et les gots3 la civilisation et la nature semblent ne s'tre pas encore bien amalgames ensemble4 ,quelquefois les hommes trs vrais sont affects dans leurs expressions et dans leur physionomie1 comme s'ils avaient quelque chose cacher3 quelquefois au contraire la douceur de l'me n'empche pas la rudesse dans les manires3 souvent mme cette opposition va plus loin encore1 et la faiblesse du caractre se fait voir travers un langage et des formes dures4 ,l'enthousiasme pour les arts et la posie se runit des habitudes assez vulgaires dans la vie sociale4 ,il n'est point de pays o les hommes de lettres1 o les jeunes gens qui tudient dans les universits1 connaissent mieux les langues anciennes de l'antiquit2 mais il n'en est point toutefois o les usages suranns subsistent plus gnralement encore4 ,les souvenirs de la ,grce1 le got des beaux-arts1 semblent y tre arrivs par correspondance2 mais les institutions fodales1 les vieilles coutumes des ,germains y sont toujours en honneur1 quoique1 malheureusement pour la puissance militaire du pays1 elles n'y aient plus la mme force4 ,il n'est point d'assemblage plus bizarre que l'aspect guerrier de l',allemagne entire1 les soldats que l'on rencontre chaque pas1 et le genre de vie casanier qu'on y mne4 ,on y craint les fatigues et les intempries de l'air1 comme si la nation n'tait compose que de ngociants ou d'hommes de lettres2 et toutes les institutions cependant tendent et doivent tendre donner la nation des habitudes militaires4 ,quand les peuples du ,nord bravent les inconvnients de leur climat1 ils s'endurcissent singulirement contre tous les genres de maux3 le soldat russe en est la preuve4 ,mais quand le climat n'est qu' demi rigoureux1 et qu'il est encore possible d'chapper aux injures du ciel par des prcautions domestiques1 ces prcautions mmes rendent les hommes plus sensibles aux souffrances physiques de la guerre4 ,les poles1 la bire et la fume de tabac forment autour des gens du peuple1 en ,allemagne1 une sorte d'atmosphre lourde et chaude dont ils n'aiment pas sortir4 ,cette atmosphre nuit l'activit1 qui est au moins aussi ncessaire la guerre que le courage2 les rsolutions sont lentes1 le dcouragement est facile1 parce qu'une existence d'ordinaire assez triste ne donne pas beaucoup de confiance dans la fortune4 ,l'habitude d'une manire d'tre paisible et rgle prpare si mal aux chances multiplies du hasard1 qu'on se soumet plus volontiers la mort qui vient avec mthode qu' la vie aventureuse4 ,la dmarcation des classes1 beaucoup plus positive en ,allemagne qu'elle ne l'tait en ,france1 devait anantir l'esprit militaire parmi les bourgeois3 cette dmarcation n'a dans le fait rien d'offensant2 car1 je le rpte1 la bonhomie se mle tout en ,allemagne1 mme l'orgueil aristocratique2 et les diffrences de rang se rduisent quelques privilges de cour1 quelques assembles qui ne donnent pas assez de plaisir pour mriter de grands regrets3 rien n'est amer1 dans quelque rapport que ce puisse tre1 lorsque la socit1 et par elle le ridicule1 ont peu de puissance4 ,les hommes ne peuvent se faire un vritable mal l'me que par la fausset ou la moquerie3 dans un pays srieux et vrai1 il y a toujours de la justice et du bonheur4 ,mais la barrire qui sparait1 en ,allemagne1 les nobles des citoyens1 rendait ncessairement la nation entire moins belliqueuse4 ,l'imagination1 qui est la qualit dominante de l',allemagne artiste et littraire1 inspire la crainte du pril1 si l'on ne combat pas ce mouvement naturel par l'ascendant de l'opinion et l'exaltation de l'honneur4 ,en ,france dj mme autrefois1 le got de la guerre tait universel2 et les gens du peuple risquaient volontiers leur vie1 comme un moyen de l'agiter1 et d'en sentir moins le poids4 ,c'est une grande question de savoir si les affections domestiques1 l'habitude de la rflexion1 la douceur mme de l'me1 ne portent pas redouter la mort2 mais si toute la force d'un tat consiste dans son esprit militaire1 il importe d'examiner quelles sont les causes qui ont affaibli cet esprit dans la nation allemande4 ,trois mobiles principaux conduisent d'ordinaire les hommes au combat3 l'amour de la patrie et de la libert1 l'amour de la gloire1 et le fanatisme de la religion4 ,il n'y a point un grand amour pour la patrie dans un empire divis depuis plusieurs sicles1 o les ,allemands combattaient contre les ,allemands1 presque toujours excits par une impulsion trangre3 l'amour de la gloire n'a pas beaucoup de vivacit l o il n'y a point de centre1 point de capital1 point de socit4 ,l'espce d'impartialit1 luxe de la justice1 qui caractrise les ,allemands1 les rend beaucoup plus susceptibles de s'enflammer pour les penses abstraites que pour les intrts de la vie2 le gnral qui perd une bataille est plus sr d'obtenir l'indulgence que celui qui la gagne ne l'est d'tre vivement applaudi2 entre les succs et les revers1 il n'y a pas assez de diffrence au milieu d'un tel peuple pour animer vivement l'ambition4 ,la religion vit1 en ,allemagne1 au fond des curs1 mais elle y a maintenant un caractre de rverie et d'indpendance qui n'inspire pas l'nergie ncessaire aux sentiments exclusifs4 ,le mme isolement d'opinions1 d'individus et d'tats1 si nuisible la force de l'empire germanique1 se retrouve aussi dans la religion3 un grand nombre de sectes diverses partagent l',allemagne2 et la religion catholique elle-mme1 qui1 par sa nature1 exerce une discipline uniforme et svre1 est interprte cependant par chacun sa manire4 ,le lien politique et social des peuples1 un mme gouvernement1 un mme culte1 les mmes lois1 les mmes intrts1 une littrature classique1 une opinion dominante1 rien de tout cela n'existe chez les ,allemands2 chaque tat en est plus indpendant1 chaque science mieux cultive2 mais la nation entire est tellement subdivise1 qu'on ne sait quelle partie de l'empire ce nom mme de nation doit tre accord4 ,l'amour de la libert n'est point dvelopp chez les ,allemands2 ils n'ont appris ni par la jouissance1 ni par la privation1 le prix qu'on peut y attacher4 ,il y a plusieurs exemples de gouvernements fdratifs qui donnent l'esprit public autant de force que l'unit dans le gouvernement2 mais ce sont des associations d'tats gaux et de citoyens libres4 ,la fdration allemande tait compose de forts et de faibles1 de citoyens et de serfs1 de rivaux et mme d'ennemis2 c'taient d'anciens lments combins par les circonstances1 et respects par les hommes4 ,la nation est persvrante et juste2 et son quit et sa loyaut empchent qu'aucune institution1 ft-elle vicieuse1 ne puisse y faire de mal4 ,louis de ,bavire1 partant pour l'arme1 confia l'administration de ses tats son rival1 ,frdric le ,beau1 alors son prisonnier1 et il se trouva bien de cette confiance qui1 dans ce temps1 n'tonna personne4 ,avec de telles vertus1 on ne craignait pas les inconvnients de la faiblesse1 ou de la complication des lois2 la probit des individus y supplait4 ,l'indpendance mme dont on jouissait en ,allemagne1 sous presque tous les rapports1 rendait les ,allemands indiffrents la libert3 l'indpendance est un bien1 la libert une garantie2 et prcisment parce que personne n'tait froiss en ,allemagne1 ni dans ses droits1 ni dans ses jouissances1 on ne sentait pas le besoin d'un ordre de choses qui maintnt ce bonheur4 ,les tribunaux de l'empire promettaient une justice sre1 quoique lente1 contre tout acte arbitraire2 et la modration des souverains et la sagesse de leurs peuples ne donnaient presque jamais lieu des rclamations3 on ne croyait donc pas avoir besoin de fortifications constitutionnelles1 quand on ne voyait point d'agresseurs4 ,on a raison de s'tonner que le code fodal ait subsist presque sans altration parmi des hommes si clairs2 mais comme dans l'excution de ces lois dfectueuses en elles-mmes il n'y avait point d'injustice1 l'galit dans l'application consolait de l'ingalit dans le principe4 ,les vieilles chartes1 les anciens privilges de chaque ville1 toute cette histoire de famille qui fait le charme et la gloire des petits tats1 tait singulirement chre aux ,allemands2 mais ils ngligeaient la grande puissance nationale qu'il importait tant de fonder1 au milieu des colosses europens4 ,les ,allemands1 quelques exceptions prs1 sont peu capables de russir dans tout ce qui exige de l'adresse et de l'habilet3 tout les inquite1 tout les embarrasse1 et ils ont autant besoin de mthode dans les actions que d'indpendance dans les ides4 ,les ,franais1 au contraire1 considrent les actions avec la libert de l'art1 et les ides avec l'asservissement de l'usage4 ,les ,allemands1 qui ne peuvent souffrir le joug des rgles en littrature1 voudraient que tout leur ft trac d'avance en fait de conduite4 ,ils ne savent pas traiter avec les hommes2 et moins on leur donne cet gard l'occasion de se dcider par eux-mmes1 plus ils sont satisfaits4 ,les institutions politiques peuvent seules former le caractre d'une nation2 la nature du gouvernement de l',allemagne tait presque en opposition avec les lumires philosophiques des ,allemands4 ,de l vient qu'ils runissent la plus grande audace de pense au caractre le plus obissant4 ,la prminence de l'tat militaire et les distinctions de rang les ont accoutums la soumission la plus exacte dans les rapports de la vie sociale2 ce n'est pas servilit1 c'est rgularit chez eux que l'obissance2 ils sont scrupuleux dans l'accomplissement des ordres qu'ils reoivent1 comme si tout ordre tait un devoir4 ,les hommes clairs de l',allemagne se disputent avec vivacit le domaine des spculations1 et ne souffrent dans ce genre aucune entrave2 mais ils abandonnent assez volontiers aux puissants de la terre tout le rel de la vie4 ,ce rel1 si ddaign par eux1 trouve pourtant des acqureurs qui portent ensuite le trouble et la gne dans l'empire mme de l'imagination#d4 ,l'esprit des ,allemands et leur caractre paraissent n'avoir aucune communication ensemble3 l'un ne peut souffrir de bornes1 l'autre se soumet tous les jougs2 l'un est trs entreprenant1 l'autre trs timide2 enfin1 les lumires de l'un donnent rarement de la force l'autre1 et cela s'explique facilement4 ,l'tendue des connaissances dans les temps modernes ne fait qu'affaiblir le caractre1 quand il n'est pas fortifi par l'habitude des affaires et l'exercice de la volont4 ,tout voir et tout comprendre est une grande raison d'incertitude2 et l'nergie de l'action ne se dveloppe que dans ces contres libres et puissantes1 o les sentiments patriotiques sont dans l'me comme le sang dans les veines1 et ne se glacent qu'avec la vie#e4 ,,chapitre ,,iii ,les femmes4 ,la nature et la socit donnent aux femmes une grande habitude de souffrir1 et l'on ne saurait nier1 ce me semble1 que de nos jours elles ne vaillent1 en gnral1 mieux que les hommes4 ,dans une poque o le mal universel est l'gosme1 les hommes1 auxquels tous les intrts positifs se rapportent1 doivent avoir moins de gnrosit1 moins de sensibilit que les femmes2 elles ne tiennent la vie que par les liens du cur1 et lorsqu'elles s'garent1 c'est encore par un sentiment qu'elles sont entranes3 leur personnalit est toujours deux1 tandis que celle de l'homme n'a que lui-mme pour but4 ,on leur rend hommage par les affections qu'elles inspirent1 mais celles qu'elles accordent sont presque toujours des sacrifices4 ,la plus belle des vertus1 le dvouement1 est leur jouissance et leur destine2 nul bonheur ne peut exister pour elles que par le reflet de la gloire et des prosprits d'un autre3 enfin1 vivre hors de soi-mme1 soit par les ides1 soit par les sentiments1 soit surtout par les vertus1 donne l'me un sentiment habituel d'lvation4 ,dans les pays o les hommes sont appels par les institutions politiques exercer toutes les vertus militaires et civiles qu'inspire l'amour de la patrie1 ils reprennent la supriorit qui leur appartient2 ils rentrent avec clat dans leurs droits de matres du monde3 mais lorsqu'ils sont condamns de quelque manire l'oisivet1 ou la servitude1 ils tombent d'autant plus bas qu'ils devaient s'lever plus haut4 ,la destine des femmes reste toujours la mme1 c'est leur me seule qui la fait1 les circonstances politiques n'y influent en rien4 ,lorsque les hommes ne savent pas1 ou ne peuvent pas employer dignement et noblement leur vie1 la nature se venge sur eux des dons mmes qu'ils en ont reus2 l'activit du corps ne sert plus qu' la paresse de l'esprit1 la force de l'me devient de la rudesse2 et le jour se passe dans des exercices et des amusements vulgaires1 les chevaux1 la chasse1 les festins1 qui conviendraient comme dlassement1 mais qui abrutissent comme occupations4 ,pendant ce temps1 les femmes cultivent leur esprit1 et le sentiment et la rverie conservent dans leur me l'image de tout ce qui est noble et beau4 ,les femmes allemandes ont un charme qui leur est tout fait particulier1 un son de voix touchant1 des cheveux blonds1 un teint blouissant2 elles sont modestes1 mais moins timides que les ,anglaises2 on voit qu'elles ont rencontr moins souvent des hommes qui leur fussent suprieurs1 et qu'elles ont d'ailleurs moins craindre les jugements svres du public4 ,elles cherchent plaire par la sensibilit1 intresser par l'imagination2 la langue de la posie et des beaux-arts leur est connue2 elles font de la coquetterie avec de l'enthousiasme1 comme on en fait en ,france avec de l'esprit et de la plaisanterie4 ,la loyaut parfaite qui distingue le caractre des ,allemands rend l'amour moins dangereux pour le bonheur des femmes1 et peut-tre s'approchent-elles de ce sentiment avec plus de confiance1 parce qu'il est revtu de couleurs romanesques1 et que le ddain et l'infidlit y sont moins redouter qu'ailleurs4 ,l'amour est une religion en ,allemagne1 mais une religion potique1 qui tolre trop volontiers tout ce que la sensibilit peut excuser4 ,on ne saurait le nier1 la facilit du divorce1 dans les provinces protestantes1 porte atteinte la saintet du mariage4 ,on y change aussi paisiblement d'poux que s'il s'agissait d'arranger les incidents d'un drame2 le bon naturel des hommes et des femmes fait qu'on ne mle point d'amertume ces faciles ruptures1 et1 comme il y a chez les ,allemands plus d'imagination que de vraie passion1 les vnements les plus bizarres s'y passent avec une tranquillit singulire2 cependant1 c'est ainsi que les murs et le caractre perdent toute consistance2 l'esprit paradoxal branle les institutions les plus sacres1 et l'on n'y a sur aucun sujet des rgles assez fixes4 ,on peut se moquer avec raison des ridicules de quelques femmes allemandes1 qui s'exaltent sans cesse jusqu' l'affectation1 et dont les doucereuses expressions effacent tout ce que l'esprit et le caractre peuvent avoir de piquant et de prononc2 elles ne sont pas franches1 sans pourtant tre fausses2 seulement elles ne voient ni ne jugent rien avec vrit1 et les vnements rels passent devant leurs yeux comme de la fantasmagorie4 ,quand il leur arrive d'tre lgres1 elles conservent encore la teinte de sentimentalit qui est en honneur dans leur pays4 ,une femme allemande disait avec une expression mlancolique3 ,je ne sais quoi cela tient1 mais les absents me passent de l'me4 ,une ,franaise aurait exprim cette ide plus gament1 mais le fond et t le mme4 ,ces ridicules1 qui font exception1 n'empchent pas que parmi les femmes allemandes il n'y en ait beaucoup dont les sentiments sont vrais et les manires simples4 ,leur ducation soigne et la puret d'me qui leur est naturelle1 rendent l'empire qu'elles exercent doux et soutenu2 elles vous inspirent chaque jour plus d'intrt pour tout ce qui est grand et gnreux1 plus de confiance dans tous les genres d'espoir1 et savent repousser l'aride ironie qui souffle un vent de mort sur les jouissances du cur4 ,nanmoins on trouve trs rarement chez les ,allemandes la rapidit d'esprit qui anime l'entretien et met en mouvement toutes les ides2 ce genre de plaisir ne se rencontre gure que dans les socits de ,paris les plus piquantes et les plus spirituelles4 ,il faut l'lite d'une capitale franaise pour donner ce rare amusement3 partout ailleurs on ne trouve d'ordinaire que de l'loquence en public1 ou du charme dans l'intimit4 ,la conversation1 comme talent1 n'existe qu'en ,france2 dans les autres pays1 elle ne sert qu' la politesse1 la discussion ou l'amiti3 en ,france1 c'est un art auquel l'imagination et l'me sont sans doute fort ncessaires1 mais qui a pourtant aussi1 quand on le veut1 des secrets pour suppler l'absence de l'une et de l'autre4 ,,chapitre ,,iv ,de l'influence de l'esprit de chevalerie sur l'amour et l'honneur4 ,la chevalerie est pour les modernes ce que les temps hroques taient pour les anciens2 tous les nobles souvenirs des nations europennes s'y rattachent4 ,a toutes les grandes poques de l'histoire1 les hommes ont eu pour principe universel d'action un enthousiasme quelconque4 ,ceux qu'on appelait des hros1 dans les sicles les plus reculs1 avaient pour but de civiliser la terre2 les traditions confuses qui nous les reprsentent comme domptant les monstres des forts1 font sans doute allusion aux premiers prils dont la socit naissante tait menace1 et dont les soutiens de son organisation encore nouvelle la prservaient4 ,vint ensuite l'enthousiasme de la patrie3 il inspira tout ce qui s'est fait de grand et de beau chez les ,grecs et chez les ,romains3 cet enthousiasme s'affaiblit quand il n'y eut plus de patrie1 et peu de sicles aprs la chevalerie lui succda4 ,la chevalerie consistait dans la dfense du faible1 dans la loyaut des combats1 dans le mpris de la ruse1 dans cette charit chrtienne qui cherchait mler l'humanit mme la guerre1 dans tous les sentiments enfin qui substiturent le culte de l'honneur l'esprit froce des armes4 ,c'est dans le ,nord que la chevalerie prit naissance1 mais c'est dans le midi de la ,france qu'elle s'est embellie par le charme de la posie et de l'amour4 ,les ,germains avaient de tout temps respect les femmes1 mais ce furent les ,franais qui cherchrent leur plaire2 les ,allemands avaient aussi leurs chanteurs d'amour 7,minnesinger71 mais rien ne peut tre compar nos trouvres et nos troubadours2 et c'tait peut-tre cette source que nous devions puiser une littrature vraiment nationale4 ,l'esprit de la mythologie du ,nord avait beaucoup plus de rapport que le paganisme des anciens ,gaulois avec le christianisme1 et nanmoins il n'est point de pays o les chrtiens aient t de plus nobles chevaliers1 et les chevaliers de meilleurs chrtiens qu'en ,france4 ,les croisades runirent les gentilshommes de tous les pays1 et firent de l'esprit de chevalerie comme une sorte de patriotisme europen1 qui remplissait du mme sentiment toutes les mes4 ,le rgime fodal1 cette institution politique triste et svre1 mais qui consolidait1 quelques gards1 l'esprit de la chevalerie1 en le transformant en lois1 le rgime fodal1 dis-je1 s'est maintenu en ,allemagne jusqu' nos jours3 il a t dtruit en ,france par le cardinal de ,richelieu1 et1 depuis cette poque jusqu' la ,rvolution1 les ,franais ont tout fait manqu d'une source d'enthousiasme4 ,je sais qu'on dira que l'amour de leurs rois en tait une2 mais en supposant qu'un tel sentiment pt suffire une nation1 il tient tellement la personne mme du souverain1 que pendant le rgne du rgent et de ,louis ,,xv1 il et t difficile1 je pense1 qu'il ft faire rien de grand aux ,franais4 ,l'esprit de chevalerie1 qui brillait encore par tincelles sous ,louis ,,xiv1 s'teignit aprs lui1 et fut remplac1 comme le dit un historien piquant et spirituel#f1 par l'esprit de fatuit1 qui lui est entirement oppos4 ,loin de protger les femmes1 la fatuit cherche les perdre2 loin de ddaigner la ruse1 elle s'en sert contre ces tres faibles qu'elle s'enorgueillit de tromper1 et met la profanation dans l'amour la place du culte4 ,le courage mme1 qui servait jadis de garant la loyaut1 ne fut plus qu'un moyen brillant de s'en affranchir2 car il n'importait pas d'tre vrai1 mais il fallait seulement tuer en duel celui qui aurait prtendu qu'on ne l'tait pas2 et l'empire de la socit1 dans le grand monde1 fit disparatre la plupart des vertus de la chevalerie4 ,la ,france se trouvait alors sans aucun genre d'enthousiasme2 et comme il en faut un aux nations pour ne pas se corrompre et se dissoudre1 c'est sans doute ce besoin naturel qui tourna1 ds le milieu du dernier sicle1 tous les esprits vers l'amour de la libert4 ,la marche philosophique du genre humain parat donc devoir se diviser en quatre res diffrentes3 les temps hroques1 qui fondrent la civilisation2 le patriotisme1 qui fit la gloire de l'antiquit2 la chevalerie1 qui fut la religion guerrire de l',europe2 et l'amour de la libert1 dont l'histoire a commenc vers l'poque de la rformation4 ,l',allemagne1 si l'on en excepte quelques cours avides d'imiter la ,france1 ne fut point atteinte par la fatuit1 l'immoralit et l'incrdulit1 qui1 depuis la rgence1 avaient altr le caractre naturel des ,franais4 ,la fodalit conservait encore chez les ,allemands des maximes de chevalerie4 ,on s'y battait en duel1 il est vrai1 moins souvent qu'en ,france1 parce que la nation germanique n'est pas aussi vive que la nation franaise1 et que toutes les classes du peuple ne participent pas1 comme en ,france1 au sentiment de la bravoure2 mais l'opinion publique tait plus svre en gnral sur tout ce qui tenait la probit4 ,si un homme avait manqu de quelque manire aux lois de la morale1 dix duels par jour ne l'auraient relev dans l'estime de personne4 ,on a vu beaucoup d'hommes de bonne compagnie1 en ,france1 qui1 accuss d'une action condamnable1 rpondaient3 ,il se peut que cela soit mal1 mais personne1 du moins1 n'osera me le dire en face4 ,il n'y a point de propos qui suppose une plus grande dpravation2 car o en serait la socit humaine1 s'il suffisait de se tuer les uns les autres pour avoir le droit de se faire d'ailleurs tout le mal possible2 de manquer sa parole1 de mentir1 pourvu qu'on n'ost pas vous dire3 ,vous en avez menti2 enfin1 de sparer la loyaut de la bravoure1 et de transformer le courage en un moyen d'impunit sociale8 ,depuis que l'esprit chevaleresque s'tait teint en ,france1 depuis qu'il n'y avait plus de ,godefroy1 de ,saint ,louis1 de ,bayard qui protgeassent la faiblesse1 et se crussent lis par une parole comme par des chanes indissolubles1 j'oserai dire1 contre l'opinion reue1 que la ,france a peut-tre t1 de tous les pays du monde1 celui o les femmes taient le moins heureuses par le cur4 ,on appelait la ,france le paradis des femmes1 parce qu'elles y jouissaient d'une grande libert2 mais cette libert mme venait de la facilit avec laquelle on se dtachait d'elles4 ,le ,turc qui renferme sa femme1 lui prouve au moins par l qu'elle est ncessaire son bonheur3 l'homme bonnes fortunes1 tel que le dernier sicle nous en a fourni tant d'exemples1 choisit les femmes pour victimes de sa vanit2 et cette vanit ne consiste pas seulement les sduire1 mais les abandonner4 ,il faut qu'il puisse indiquer avec des paroles lgres et inattaquables en elles-mmes1 que telle femme l'a aim et qu'il ne s'en soucie plus4 ,mon amour-propre me crie3 ,fais-la mourir de chagrin1 disait un ami du baron de ,bezenval1 et cet ami lui parut trs regrettable1 quand une mort prmature l'empcha de suivre ce beau dessein4 ,on se lasse de tout1 mon ange1 crit ,m4 de ,la ,clos1 dans un roman qui fait frmir par les raffinements d'immoralit qu'il dcle4 ,enfin1 dans ces temps o l'on prtendait que l'amour rgnait en ,france1 il me semble que la galanterie mettait les femmes1 pour ainsi dire1 hors la loi4 ,quand leur rgne d'un moment tait pass1 il n'y avait pour elles ni gnrosit1 ni reconnaissance1 ni mme piti4 ,l'on contrefaisait les accents de l'amour pour les faire tomber dans le pige1 comme le crocodile qui imite la voix des enfants pour attirer leurs mres4 ,louis ,,xiv1 si vant par sa galanterie chevaleresque1 ne se montra-t-il pas le plus dur des hommes1 dans sa conduite envers la femme dont il avait t le plus aim1 madame de ,la ,vallire8 ,les dtails qu'on en lit dans les mmoires de ,madame sont affreux4 ,il navra de douleur l'me infortune qui n'avait respir que pour lui1 et vingt annes de larmes au pied de la croix purent peine cicatriser les blessures que le cruel ddain du monarque avait faites4 ,rien n'est si barbare que la vanit2 et comme la socit1 le bon ton1 la mode1 le succs1 mettent singulirement en jeu cette vanit1 il n'est aucun pays o le bonheur des femmes soit plus en danger que celui o tout dpend de ce qu'on appelle l'opinion1 et o chacun apprend des autres ce qu'il est de bon got de sentir4 ,il faut l'avouer1 les femmes ont fini par prendre part l'immoralit qui dtruisait leur vritable empire3 en valant moins1 elles ont moins souffert4 ,cependant1 quelques exceptions prs1 la vertu des femmes dpend toujours de la conduite des hommes4 ,la prtendue lgret des femmes vient de ce qu'elles ont peur d'tre abandonnes3 elles se prcipitent dans la honte par crainte de l'outrage4 ,l'amour est une passion beaucoup plus srieuse en ,allemagne qu'en ,france4 ,la posie1 les beaux-arts1 la philosophie mme1 et la religion1 ont fait de ce sentiment un culte terrestre qui rpand un noble charme sur la vie4 ,il n'y a point eu dans ce pays1 comme en ,france1 des crits licencieux qui circulaient dans toutes les classes1 et dtruisaient le sentiment chez les gens du monde1 et la moralit chez les gens du peuple4 ,les ,allemands ont cependant1 il faut en convenir1 plus d'imagination que de sensibilit2 et leur loyaut seule rpond de leur constance4 ,les ,franais1 en gnral1 respectent les devoirs positifs2 les ,allemands se croient plus engags par les affections que par les devoirs4 ,ce que nous avons dit sur la facilit du divorce en est la preuve2 chez eux l'amour est plus sacr que le mariage4 ,c'est par une honorable dlicatesse1 sans doute1 qu'ils sont surtout fidles aux promesses que les lois ne garantissent pas3 mais celles que les lois garantissent sont plus importantes pour l'ordre social4 ,l'esprit de chevalerie rgne encore chez les ,allemands1 pour ainsi dire passivement2 ils sont incapables de tromper1 et leur loyaut se retrouve dans tous les rapports intimes2 mais cette nergie svre1 qui commandait aux hommes tant de sacrifices1 aux femmes tant de vertus1 et faisait de la vie entire une uvre sainte o dominait toujours la mme pense1 cette nergie chevaleresque des temps jadis n'a laiss dans l',allemagne qu'une empreinte efface4 ,rien de grand ne s'y fera dsormais que par l'impulsion librale qui a succd dans l',europe la chevalerie4 ,,chapitre ,v ,de l',allemagne mridionale4 ,il tait assez gnralement reconnu qu'il n'y avait de littrature que dans le nord de l',allemagne1 et que les habitants du midi se livraient aux jouissances de la vie physique1 pendant que les contres septentrionales gotaient plus exclusivement celles de l'me4 ,beaucoup d'hommes de gnie sont ns dans le midi1 mais ils se sont forms dans le nord4 ,on trouve non loin de la ,baltique les plus beaux tablissements1 les savants et les hommes de lettres les plus distingus2 et depuis ,weimar jusqu' ,knigsberg1 depuis ,knigsberg jusqu' ,copenhague1 les brouillards et les frimas semblent l'lment naturel des hommes d'une imagination forte et profonde4 ,il n'est point de pays qui ait plus besoin que l',allemagne de s'occuper de littrature2 car la socit y offrant peu de charmes1 et les individus n'ayant pas pour la plupart cette grce et cette vivacit que donne la nature dans les pays chauds1 il en rsulte que les ,allemands ne sont aimables que quand ils sont suprieurs1 et qu'il leur faut du gnie pour avoir beaucoup d'esprit4 ,la ,franconie1 la ,souabe et la ,bavire1 avant la runion illustre de l'acadmie actuelle ,munich1 taient des pays singulirement lourds et monotones3 point d'arts1 la musique excepte1 peu de littrature2 un accent rude qui se prtait difficilement la prononciation des langues latines2 point de socit2 de grandes runions qui ressemblaient des crmonies plutt qu' des plaisirs2 une politesse obsquieuse envers une aristocratie sans lgance2 de la bont1 de la loyaut dans toutes les classes2 mais une certaine raideur souriante1 qui te tout la fois l'aisance et la dignit4 ,on ne doit donc pas s'tonner des jugements qu'on a ports1 des plaisanteries qu'on a faites sur l'ennui de l',allemagne4 ,il n'y a que les villes littraires qui puissent vraiment intresser1 dans un pays o la socit n'est rien1 et la nature peu de chose4 ,on aurait peut-tre cultiv les lettres dans le midi de l',allemagne avec autant de succs que dans le nord1 si les souverains avaient mis ce genre d'tude un vritable intrt2 cependant1 il faut en convenir1 les climats temprs sont plus propres la socit qu' la posie4 ,lorsque le climat n'est ni svre ni beau1 quand on vit sans avoir rien craindre ni esprer du ciel1 on ne s'occupe gure que des intrts positifs de l'existence4 ,ce sont les dlices du ,midi1 ou les rigueurs du ,nord1 qui branlent fortement l'imagination4 ,soit qu'on lutte contre la nature ou qu'on s'enivre de ses dons1 la puissance de la cration n'en est pas moins forte1 et rveille en nous le sentiment des beaux-arts1 ou l'instinct des mystres de l'me4 ,l',allemagne mridionale1 tempre sous tous les rapports1 se maintient dans un tat de bien-tre monotone1 singulirement nuisible l'activit des affaires comme celle de la pense4 ,le plus vif dsir des habitants de cette contre paisible et fconde1 c'est de continuer exister comme ils existent2 et que fait-on avec ce seul dsir8 ,il ne suffit pas mme pour conserver ce dont on se contente4 ,,chapitre ,,vi ,de l',autriche#g4 ,les littrateurs du nord de l',allemagne ont accus l',autriche de ngliger les sciences et les lettres2 on a mme fort exagr l'espce de gne que la censure y tablissait4 ,s'il n'y a pas eu de grands hommes dans la carrire littraire en ,autriche1 ce n'est pas autant la contrainte qu'au manque d'mulation qu'il faut l'attribuer4 ,c'est un pays si calme1 un pays o l'aisance est si tranquillement assure toutes les classes de citoyens1 qu'on n'y pense pas beaucoup aux jouissances intellectuelles4 ,on y fait plus pour le devoir que pour la gloire2 les rcompenses de l'opinion y sont si ternes1 et ses punitions si douces1 que1 sans le mobile de la conscience1 il n'y aurait pas de raison pour agir vivement dans aucun sens4 ,les exploits militaires devaient tre l'intrt principal des habitants d'une monarchie qui s'est illustre par des guerres continuelles2 et cependant la nation autrichienne s'tait tellement livre au repos et aux douceurs de la vie1 que les vnements publics eux-mmes n'y faisaient pas grand bruit1 jusqu'au moment o ils pouvaient rveiller le patriotisme2 et ce sentiment est calme dans un pays o il n'y a que du bonheur4 ,l'on trouve en ,autriche beaucoup de choses excellentes1 mais peu d'hommes vraiment suprieurs1 car il n'y est pas fort utile de valoir mieux qu'un autre2 on n'est pas envi pour cela1 mais oubli1 ce qui dcourage encore plus4 ,l'ambition persiste dans le dsir d'obtenir des places1 le gnie se lasse de lui-mme2 le gnie1 au milieu de la socit1 est une douleur1 une fivre intrieure1 dont il faudrait se faire traiter comme d'un mal1 si les rcompenses de la gloire n'en adoucissaient pas les peines4 ,en ,autriche et dans le reste de l',allemagne1 on plaide toujours par crit1 et jamais haute voix4 ,les prdicateurs sont suivis1 parce qu'on observe les pratiques de religion2 mais ils n'attirent point par leur loquence2 les spectacles sont extrmement ngligs1 surtout la tragdie4 ,l'administration est conduite avec beaucoup de sagesse et de justice2 mais il y a tant de mthode en tout1 qu' peine si l'on peut s'apercevoir de l'influence des hommes4 ,les affaires se traitent d'aprs un certain ordre de numros que rien au monde ne drange4 ,des rgles invariables en dcident1 et tout se passe dans un silence profond2 ce silence n'est pas l'effet de la terreur1 car1 que peut-on craindre dans un pays o les vertus du monarque et les principes de l'quit dirigent tout8 mais le profond repos des esprits comme des mes te tout intrt la parole4 ,le crime ou le gnie1 l'intolrance ou l'enthousiasme1 les passions ou l'hrosme ne troublent ni n'exaltent l'existence4 ,le cabinet autrichien a pass dans le dernier sicle pour trs astucieux2 ce qui ne s'accorde gure avec le caractre allemand en gnral2 mais souvent on prend pour une politique profonde ce qui n'est que l'alternative de l'ambition et de la faiblesse4 ,l'histoire attribue presque toujours aux individus comme aux gouvernements plus de combinaison qu'ils n'en ont eu4 ,l',autriche1 runissant dans son sein des peuples trs divers1 tels que les ,bohmes1 les ,hongrois1 etc41 n'a point cette unit si ncessaire une monarchie2 nanmoins la grande modration des matres de l'tat a fait depuis longtemps un lien pour tous de l'attachement un seul4 ,l'empereur d',allemagne tait tout la fois souverain de son propre pays1 et chef constitutionnel de l'empire4 ,sous ce dernier rapport1 il avait mnager des intrts divers et des lois tablies1 et prenait1 comme magistrat imprial1 une habitude de justice et de prudence qu'il reportait ensuite dans le gouvernement de ses tats hrditaires4 ,la nation bohme et hongroise1 les ,tyroliens et les ,flamands1 qui composaient autrefois la monarchie1 ont tous plus de vivacit naturelle que les vritables ,autrichiens2 ceux-ci s'occupent sans cesse de l'art de modrer1 au lieu de celui d'encourager4 ,un gouvernement quitable1 une terre fertile1 une nation riche et sage1 tout devait leur faire croire qu'il ne fallait que se maintenir pour tre bien1 et qu'on n'avait besoin en aucun genre du secours extraordinaire des talents suprieurs4 ,on peut s'en passer en effet dans les temps paisibles de l'histoire2 mais que faire sans eux dans les grandes luttes8 ,l'esprit du catholicisme qui dominait ,vienne1 quoique toujours avec sagesse1 avait pourtant cart1 sous le rgne de ,marie-,thrse1 ce qu'on appelait les lumires du dix-huitime sicle4 ,joseph ,,ii vint ensuite1 et prodigua toutes ces lumires un tat qui n'tait prpar ni au bien ni au mal qu'elles peuvent faire4 ,il russit momentanment dans ce qu'il voulait1 parce qu'il ne rencontra point en ,autriche de passion vive1 ni pour ni contre ses dsirs2 mais aprs sa mort il ne resta rien de ce qu'il avait tabli#h1 parce que rien ne dure que ce qui vient progressivement4 ,l'industrie1 le bien vivre et les jouissances domestiques sont les intrts principaux de l',autriche2 malgr la gloire qu'elle s'est acquise par la persvrance et la valeur de ses troupes1 l'esprit militaire n'a pas vraiment pntr dans toutes les classes de la nation4 ,ses armes sont pour elle comme des forteresses ambulantes1 mais il n'y a gure plus d'mulation dans cette carrire que dans toutes les autres2 les officiers les plus probes sont en mme temps les plus braves2 ils y ont d'autant plus de mrite1 qu'il en rsulte rarement pour eux un avancement brillant et rapide4 ,on se fait presque un scrupule en ,autriche de favoriser les hommes suprieurs1 et l'on aurait pu croire quelquefois que le gouvernement voulait pousser l'quit plus loin que la nature1 et traiter d'une gale manire le talent et la mdiocrit4 ,l'absence d'mulation a sans doute un avantage1 c'est qu'elle apaise la vanit2 mais souvent aussi la fiert mme s'en ressent1 et l'on finit par n'avoir plus qu'un orgueil commode1 auquel l'extrieur seul suffit en tout4 ,c'tait aussi1 ce me semble1 un mauvais systme que d'interdire l'entre des livres trangers4 ,si l'on pouvait conserver dans un pays l'nergie du treizime et du quatorzime sicle1 en le garantissant des crits du dix-huitime1 ce serait peut-tre un grand bien2 mais comme il faut ncessairement que les opinions et les lumires de l',europe pntrent au milieu d'une monarchie qui est au centre mme de cette ,europe1 c'est un inconvnient de ne les y laisser arriver qu' demi2 car ce sont les plus mauvais crits qui se font jour4 ,les livres remplis de plaisanteries immorales et de principes gostes amusent le vulgaire1 et sont toujours connus de lui3 et les lois prohibitives n'ont tout leur effet que contre les ouvrages philosophiques1 qui lvent l'me et tendent les ides4 ,la contrainte que ces lois imposent est prcisment ce qu'il faut pour favoriser la paresse de l'esprit1 mais non pour conserver l'innocence du cur4 ,dans un pays o tout mouvement est difficile2 dans un pays o tout inspire une tranquillit profonde1 le plus lger obstacle suffit pour ne rien faire1 pour ne rien crire1 et1 si l'on le veut mme1 pour ne rien penser4 ,qu'y a-t-il de mieux que le bonheur8 dira-t-on4 ,il faut savoir nanmoins ce qu'on entend par ce mot4 ,le bonheur consiste-t-il dans les facults qu'on dveloppe1 ou dans celles qu'on touffe8 ,sans doute un gouvernement est toujours digne d'estime1 quand il n'abuse point de son pouvoir1 et ne sacrifie jamais la justice son intrt2 mais la flicit du sommeil est trompeuse2 de grands revers peuvent la troubler2 et pour tenir plus aisment et plus doucement les rnes1 il ne faut pas engourdir les coursiers4 ,une nation peut trs facilement se contenter des biens communs de la vie1 le repos et l'aisance2 et des penseurs superficiels prtendront que tout l'art social se borne donner au peuple ces biens4 ,il en faut pourtant de plus nobles pour se croire une patrie4 ,le sentiment patriotique se compose des souvenirs que les grands hommes ont laisss1 de l'admiration qu'inspirent les chefs-d'uvre du gnie national1 enfin de l'amour que l'on ressent pour les institutions1 la religion et la gloire de son pays4 ,toutes ces richesses de l'me sont les seules que ravirait un joug tranger2 mais si l'on s'en tenait uniquement aux jouissances matrielles1 le mme sol1 quel que fut son matre1 ne pourrait-il pas toujours les procurer8 ,l'on craignait tort1 dans le dernier sicle1 en ,autriche1 que la culture des lettres n'affaiblt l'esprit militaire4 ,rodolphe de ,habsbourg dtacha de son cou la chane d'or qu'il portait1 pour en dcorer un pote alors clbre4 ,maximilien fit crire un pome sous sa dicte4 ,charles-,quint savait et cultivait presque toutes les langues4 ,il y avait jadis sur la plupart des trnes de l',europe des souverains instruits dans tous les genres1 et qui trouvaient dans les connaissances littraires une nouvelle source de grandeur d'me4 ,ce ne sont ni les lettres ni les sciences qui nuiront jamais l'nergie du caractre4 ,l'loquence rend plus brave1 la bravoure rend plus loquent2 tout ce qui fait battre le cur pour une ide gnreuse1 double la vritable force de l'homme1 sa volont3 mais l'gosme systmatique1 dans lequel on comprend quelquefois sa famille comme un appendice de soi-mme1 mais la philosophie1 vulgaire au fond1 quelque lgante qu'elle soit dans les formes1 qui porte ddaigner tout ce qu'on appelle des illusions1 c'est--dire le dvouement et l'enthousiasme2 voil le genre de lumire redoutable pour les vertus nationales1 voil celles cependant que la censure ne saurait carter d'un pays entour par l'atmosphre du dix-huitime sicle3 l'on ne peut chapper ce qu'il y a de pervers dans les crits qu'en laissant arriver de toutes parts ce qu'ils contiennent de grand et de libre4 ,on dfendait ,vienne de reprsenter ,don ,carlos1 parce qu'on ne voulait pas y tolrer son amour pour ,elisabeth4 ,dans ,jeanne d',arc1 de ,schiller1 on faisait d',agns ,sorel la femme lgitime de ,charles ,,vii4 ,il n'tait pas permis la bibliothque publique de donner lire l',esprit des ,lois3 mais1 au milieu de cette gne1 les romans de ,crbillon circulaient dans les mains de tout le monde2 les ouvrages licencieux entraient1 les ouvrages srieux taient seuls arrts4 ,le mal que peuvent faire les mauvais livres n'est corrig que par les bons2 les inconvnients des lumires ne sont vits que par un plus haut degr de lumires4 ,il y a deux routes prendre en toutes choses3 retrancher ce qui est dangereux1 ou donner des forces nouvelles pour y rsister4 ,le second moyen est le seul qui convienne l'poque o nous vivons2 car l'innocence ne pouvant tre de nos jours la compagne de l'ignorance1 celle-ci ne fait que du mal4 ,tant de paroles ont t dites1 tant de sophismes rpts1 qu'il faut beaucoup savoir pour bien juger1 et les temps sont passs o l'on s'en tenait en fait d'ides au patrimoine de ses pres4 ,on doit donc songer1 non repousser les lumires1 mais les rendre compltes1 pour que leurs rayons briss ne prsentent point de fausses lueurs4 ,un gouvernement ne saurait prtendre drober une grande nation la connaissance de l'esprit qui rgne dans son sicle2 cet esprit renferme des lments de force et de grandeur dont on peut user avec succs quand on ne craint pas d'aborder hardiment toutes les questions3 on trouve alors dans les vrits ternelles des ressources contre les erreurs passagres1 et dans la libert mme le maintien de l'ordre et l'accroissement de la puissance4 ,,chapitre ,,vii ,vienne4 ,vienne est situe dans une plaine1 au milieu de plusieurs collines pittoresques4 ,le ,danube1 qui la traverse et l'entoure1 se partage en diverses branches qui forment des les fort agrables2 mais le fleuve lui-mme perd de sa dignit dans tous ces dtours1 et il ne produit pas l'impression que promet son antique renomme4 ,vienne est une vieille ville assez petite1 mais environne de faubourgs trs spacieux2 on prtend que la ville1 renferme dans les fortifications1 n'est pas plus grande qu'elle ne l'tait quand ,richard ,cur de ,lion fut mis en prison non loin de ses portes4 ,les rues y sont troites comme en ,italie2 les palais rappellent un peu ceux de ,florence2 enfin rien n'y ressemble au reste de l',allemagne1 si ce n'est quelques difices gothiques qui retracent le moyen ge l'imagination4 ,le premier de ces difices est la tour de ,saint-tienne3 elle s'lve au-dessus de toutes les glises de ,vienne1 et domine majestueusement la bonne et paisible ville dont elle a vu passer les gnrations et la gloire4 ,il fallut deux sicles1 dit-on1 pour achever cette tour1 commence en #aajj2 toute l'histoire d',autriche s'y rattache de quelque manire4 ,aucun difice ne peut tre aussi patriotique qu'une glise2 c'est le seul dans lequel toutes les classes de la nation se runissent1 le seul qui rappelle non seulement les vnements publics1 mais les penses secrtes1 les affections intimes que les chefs et les citoyens ont apportes dans son enceinte4 ,le temple de la divinit semble prsent comme elle aux sicles couls4 ,le tombeau du prince ,eugne est le seul qui1 depuis longtemps1 ait t plac dans cette glise2 il y attend d'autres hros4 ,comme je m'en approchais1 je vis attach l'une des colonnes qui l'entourent un petit papier sur lequel il tait crit qu'une jeune femme demandait qu'on prit pour elle pendant sa maladie4 ,le nom de cette jeune femme n'tait point indiqu2 c'tait un tre malheureux qui s'adressait des tres inconnus1 non pour des secours1 mais pour des prires2 et tout cela se passait ct d'un illustre mort qui avait piti peut-tre aussi du pauvre vivant4 ,c'est un usage pieux des catholiques1 et que nous devrions imiter1 de laisser les glises toujours ouvertes2 il y a tant de moments o l'on prouve le besoin de cet asile6 et jamais on n'y entre sans ressentir une motion qui fait du bien l'me1 et lui rend1 comme par une ablution sainte1 sa force et sa puret4 ,il n'est point de grande ville qui n'ait un difice1 une promenade1 une merveille quelconque de l'art ou de la nature1 laquelle les souvenirs de l'enfance se rattachent4 ,il me semble que le ,prater doit avoir pour les habitants de ,vienne un charme de ce genre2 on ne trouve nulle part1 si prs d'une capitale1 une promenade qui puisse faire jouir ainsi des beauts d'une nature tout la fois agreste et soigne4 ,une fort majestueuse se prolonge jusqu'aux bords du ,danube3 l'on voit de loin des troupeaux de cerfs traverser la prairie2 ils reviennent chaque matin2 ils s'enfuient chaque soir1 quand l'affluence des promeneurs trouble leur solitude4 ,le spectacle qui n'a lieu ,paris que trois jours de l'anne1 sur la route de ,longchamp1 se renouvelle constamment ,vienne1 dans la belle saison4 ,c'est une coutume italienne que cette promenade de tous les jours la mme heure4 ,une telle rgularit serait impossible dans un pays o les plaisirs sont aussi varis qu' ,paris2 mais les ,viennois1 quoi qu'il arrive1 pourraient difficilement s'en dshabituer4 ,il faut convenir que c'est un coup d'il charmant que toute cette nation citadine runie sous l'ombrage d'arbres magnifiques1 et sur les gazons dont le ,danube entretient la verdure4 ,la bonne compagnie en voiture1 le peuple pied2 se rassemblent l chaque soir4 ,dans ce sage pays1 l'on traite les plaisirs comme les devoirs1 et l'on a de mme l'avantage de ne s'en lasser jamais1 quelque uniformes qu'ils soient4 ,on porte dans la dissipation autant d'exactitude que dans les affaires1 et l'on perd son temps aussi mthodiquement qu'on l'emploie4 ,si vous entrez dans une des redoutes o il y a des bals pour les bourgeois1 les jours de ftes1 vous verrez des hommes et des femmes excuter gravement1 l'un vis--vis de l'autre1 les pas d'un menuet dont ils se sont impos l'amusement2 la foule spare souvent le couple dansant1 et cependant il continue1 comme s'il dansait pour l'acquit de sa conscience2 chacun des deux va tout seul droite et gauche1 en avant1 en arrire1 sans s'embarrasser de l'autre1 qui figure aussi scrupuleusement1 de son ct3 de temps en temps seulement ils poussent un petit cri de joie1 et rentrent tout de suite aprs dans le srieux de leur plaisir4 ,c'est surtout au ,prater qu'on est frapp de l'aisance et de la prosprit du peuple de ,vienne4 ,cette ville a la rputation de consommer en nourriture plus que toute autre ville d'une population gale1 et ce genre de supriorit un peu vulgaire ne lui est pas contest4 ,on voit des familles entires de bourgeois et d'artisans1 qui partent cinq heures du soir pour aller au ,prater faire un goter champtre aussi substantiel que le dner d'un autre pays1 et l'argent qu'ils peuvent dpenser l prouve assez combien ils sont laborieux et doucement gouverns4 ,le soir1 des milliers d'hommes reviennent1 tenant par la main leurs femmes et leurs enfants2 aucun dsordre1 aucune querelle ne trouble cette multitude dont on entend peine la voix1 tant sa joie est silencieuse6 ,ce silence cependant ne vient d'aucune disposition triste de l'me1 c'est plutt un certain bien-tre physique1 qui1 dans le midi de l',allemagne1 fait rver aux sensations1 comme dans le nord aux ides4 ,l'existence vgtative du midi de l',allemagne a quelques rapports avec l'existence contemplative du nord3 il y a du repos1 de la paresse et de la rflexion dans l'une et l'autre4 ,si vous supposiez une aussi nombreuse runion de ,parisiens dans un mme lieu1 l'air tincellerait de bon mots1 de plaisanteries1 de disputes1 et jamais un ,franais n'aurait un plaisir o l'amour-propre ne pt se faire place de quelque manire4 ,les grands seigneurs se promnent avec des chevaux et des voitures trs magnifiques et de fort bon got2 tout leur amusement consiste reconnatre dans une alle du ,prater ceux qu'ils viennent de quitter dans un salon2 mais la diversit des objets empche de suivre aucune pense1 et la plupart des hommes se complaisent dissiper ainsi les rflexions qui les importunent4 ,ces grands seigneurs de ,vienne1 les plus illustres et les plus riches de l',europe1 n'abusent d'aucun de leurs avantages2 ils laissent de misrables fiacres arrter leurs brillants quipages4 ,l'empereur et ses frres se rangent tranquillement aussi la file1 et veulent tre considrs1 dans leurs amusements1 comme de simples particuliers2 ils n'usent de leurs droits que quand ils remplissent leurs devoirs4 ,l'on aperoit souvent au milieu de toute cette foule des costumes orientaux1 hongrois et polonais qui rveillent l'imagination1 et de distance en distance une musique harmonieuse donne ce rassemblement l'air d'une fte paisible1 o chacun jouit de soi-mme sans s'inquiter de son voisin4 ,jamais on ne rencontre un mendiant au milieu de cette runion1 on n'en voit point ,vienne2 les tablissements de charit sont administrs avec beaucoup d'ordre et de libralit2 la bienfaisance particulire et publique est dirige avec un grand esprit de justice1 et le peuple lui-mme1 ayant en gnrai plus d'industrie et d'intelligence commerciale que dans le reste de l',allemagne1 conduit bien sa propre destine4 ,il y a trs peu d'exemples en ,autriche de crimes qui mritent la mort2 tout enfin dans ce pays porte l'empreinte d'un gouvernement paternel1 sage et religieux4 ,les bases de l'difice social sont bonnes et respectables1 mais il y manque un fate et des colonnes1 pour que la gloire et le gnie puissent y avoir un temple#i4 ,j'tais ,vienne1 en #ahjh1 lorsque l'empereur ,franois ,,ii pousa sa cousine germaine1 la fille de l'archiduc de ,milan et de l'archiduchesse ,batrix1 la dernire princesse de cette maison d',este que l',arioste et le ,tasse ont tant clbre4 ,l'archiduc ,ferdinand et sa noble pouse se sont vus tous les deux privs de leurs tats par les vicissitudes de la guerre1 et la jeune impratrice1 leve dans ces temps cruels#aj runissait sur sa tte le double intrt de la grandeur et de l'infortune4 ,c'tait une union que l'inclination avait dtermine1 et dans laquelle aucune convenance politique n'tait entre1 bien que l'on ne pt en contracter une plus honorable4 ,on prouvait la fois des sentiments de sympathie et de respect pour les affections de famille qui rapprochaient ce mariage de nous1 et pour le rang illustre qui l'en loignait4 ,un jeune prince1 archevque de ,waizen1 donnait la bndiction nuptiale sa sur et son souverain2 la mre de l'impratrice1 dont les vertus et les lumires exercent le plus puissant empire sur ses enfants1 devint en un instant sujette de sa fille1 et marchait derrire elle avec un mlange de dfrence et de dignit1 qui rappelait tout la fois les droits de la couronne et ceux de la nature4 ,les frres de l'empereur et de l'impratrice1 tous employs dans l'arme ou dans l'administration1 tous1 dans des degrs diffrents1 galement vous au bien public1 l'accompagnaient l'autel1 et l'glise tait remplie par les grands de l'tat1 les femmes1 les filles et les mres des plus anciens gentilshommes de la noblesse teutonique4 ,on n'avait rien fait de nouveau pour la fte2 il suffisait sa pompe de montrer ce que chacun possdait4 ,les parures mmes des femmes taient hrditaires1 et les diamants substitus dans chaque famille consacraient les souvenirs du pass l'ornement de la jeunesse3 les temps anciens taient prsents tout1 et l'on jouissait d'une magnificence que les sicles avaient prpare1 mais qui ne cotait point de nouveaux sacrifices au peuple4 ,les amusements qui succdrent la conscration du mariage avaient presque autant de dignit que la crmonie elle-mme4 ,ce n'est point ainsi que les particuliers doivent donner des ftes1 mais il convient peut-tre de retrouver dans tout ce que font les rois l'empreinte svre de leur auguste destine4 ,non loin de cette glise1 autour de laquelle les canons et les fanfares annonaient l'alliance renouvele de la maison d',este avec la maison d',habsbourg1 l'on voit l'asile qui renferme depuis deux sicles les tombeaux des empereurs d',autriche et de leur famille4 ,c'est l1 dans le caveau des capucins1 que ,marie-,thrse1 pendant trente annes1 entendait la messe en prsence mme du spulcre qu'elle avait fait prparer pour elle1 ct de son poux4 ,cette illustre ,marie-,thrse avait tant souffert dans les premiers jours de sa jeunesse1 que le pieux sentiment de l'instabilit de la vie ne la quitta jamais1 au milieu mme de ses grandeurs4 ,il y a beaucoup d'exemples d'une dvotion srieuse et constante parmi les souverains de la terre2 comme ils n'obissent qu' la mort1 son irrsistible pouvoir les frappe davantage4 ,les difficults de la vie se placent entre nous et la tombe2 tout est aplani pour les rois jusqu'au terme1 et cela mme le rend plus visible leurs yeux4 ,les ftes conduisent naturellement rflchir sur les tombeaux2 de tout temps la posie s'est plu rapprocher ces images1 et le sort aussi est un terrible pote qui ne les a que trop souvent runies4 ,,chapitre ,,viii ,de la ,socit4 ,les riches et les nobles n'habitent presque jamais les faubourgs de ,vienne1 et l'on est rapproch les uns des autres comme dans une petite ville1 quoique l'on y ait d'ailleurs tous les avantages d'une grande capitale4 ,ces faciles communications1 au milieu des jouissances de la fortune et du luxe1 rendent la vie habituelle trs commode1 et le cadre de la socit1 si l'on peut s'exprimer ainsi1 c'est--dire les habitudes1 les usages et les manires1 sont extrmement agrables4 ,on parle dans l'tranger de l'tiquette svre et de l'orgueil aristocratique des grands seigneurs autrichiens2 cette accusation n'est pas fonde2 il y a de la simplicit1 de la politesse1 et surtout de la loyaut dans la bonne compagnie de ,vienne2 et le mme esprit de justice et de rgularit qui dirige les affaires importantes se retrouve encore dans les plus petites circonstances4 ,on y est fidle des invitations de dner et de souper1 comme on le serait des engagements essentiels2 et les faux airs qui font consister l'lgance dans le mpris des gards ne s'y sont point introduits4 ,cependant l'un des principaux dsavantages de la socit de ,vienne1 c'est que les nobles et les hommes de lettres ne se mlent point ensemble4 ,l'orgueil des nobles n'en est pas la cause2 mais comme on ne compte pas beaucoup d'crivains distingus ,vienne1 et qu'on y lit assez peu1 chacun vit dans sa coterie1 parce qu'il n'y a que des coteries au milieu d'un pays o les ides gnrales et les intrts publics ont si peu d'occasion de se dvelopper4 ,il rsulte de cette sparation des classes que les gens de lettres manquent de grce1 et que les gens du monde acquirent rarement de l'instruction4 ,l'exactitude de la politesse1 qui est quelques gards une vertu1 puisqu'elle exige souvent des sacrifices1 a introduit dans ,vienne les plus ennuyeux usages possibles4 ,toute la bonne compagnie se transporte en masse d'un salon l'autre1 trois ou quatre fois par semaine4 ,on perd un certain temps pour la toilette ncessaire dans ces grandes runions2 on en perd dans la rue1 on en perd sur les escaliers1 en attendant que le tour de sa voiture arrive1 on en perd en restant trois heures table2 et il est impossible1 dans ces assembles nombreuses1 de rien entendre qui sorte du cercle des phrases convenues4 ,c'est une habile invention de la mdiocrit pour annuler les facults de l'esprit que cette exhibition journalire de tous les individus les uns aux autres4 ,s'il tait reconnu qu'il faut considrer la pense comme une maladie contre laquelle un rgime rgulier est ncessaire1 on ne saurait rien imaginer de mieux qu'un genre de distraction la fois tourdissant et insipide3 une telle distraction ne permet de suivre aucune ide1 et transforme le langage en un gazouillement qui peut tre appris aux hommes comme des oiseaux4 ,j'ai vu reprsenter ,vienne une pice dans laquelle ,arlequin arrivait revtu d'une grande robe et d'une magnifique perruque1 et tout coup il s'escamotait lui-mme1 laissait debout sa robe et sa perruque pour figurer sa place1 et s'en allait vivre ailleurs2 on serait tent de proposer ce tour de passe-passe ceux qui frquentent les grandes assembles4 ,on n'y va point pour rencontrer l'objet auquel on dsirerait de plaire2 la svrit des murs et la tranquillit de l'me concentrent1 en ,autriche1 les affections au sein de sa famille4 ,on n'y va point par ambition1 car tout se passe avec tant de rgularit dans ce pays1 que l'intrigue y a peu de prise1 et ce n'est pas d'ailleurs au milieu de la socit qu'elle pourrait trouver s'exercer4 ,ces visites et ces cercles sont imagins pour que tous fassent la mme chose la mme heure2 on prfre ainsi l'ennui qu'on partage avec ses semblables l'amusement qu'on serait forc de se crer chez soi4 ,les grandes assembles1 les grands dners ont aussi lieu dans d'autres villes2 mais comme on y rencontre d'ordinaire tous les individus remarquables du pays o l'on est1 il y a plus de moyens d'chapper ces formules de conversation1 qui1 dans de semblables runions1 succdent aux rvrences1 et les continuent en paroles4 ,la socit ne sert point en ,autriche1 comme en ,france1 dvelopper l'esprit ni l'animer2 elle ne laisse dans la tte que du bruit et du vide3 aussi les hommes les plus spirituels du pays ont-ils soin1 pour la plupart1 de s'en loigner2 les femmes seules y paraissent1 et l'on est tonn de l'esprit qu'elles ont1 malgr le genre de vie qu'elles mnent4 ,les trangers apprcient l'agrment de leur entretien2 mais ce qu'on rencontre le moins dans les salons de la capitale de l',allemagne1 ce sont des ,allemands4 ,l'on peut se plaire dans la socit de ,vienne1 par la sret1 l'lgance et la noblesse des manires que les femmes y font rgner2 mais il y manque quelque chose dire1 quelque chose faire1 un but1 un intrt4 ,on voudrait que le jour ft diffrent de la veille1 sans que pourtant cette varit brist la chane des affections et des habitudes4 ,la monotonie1 dans la retraite1 tranquillise l'me2 la monotonie1 dans le grand monde1 fatigue l'esprit4 ,,chapitre ,,ix ,des trangers qui veulent imiter l'esprit franais4 ,la destruction de l'esprit fodal et de l'ancienne vie de chteau qui en tait la consquence1 a introduit beaucoup de loisir parmi les nobles2 ce loisir leur a rendu trs ncessaire l'amusement de la socit2 et comme les ,franais sont passs matres dans l'art de causer1 ils se sont rendus souverains de l'opinion europenne1 ou plutt de la mode1 qui contrefait si bien l'opinion4 ,depuis le rgne de ,louis ,,xiv1 toute la bonne compagnie du continent1 l',espagne et l',italie exceptes1 a mis son amour-propre dans l'imitation des ,franais4 ,en ,angleterre1 il existe un objet constant de conversation1 les intrts politiques1 qui sont les intrts de chacun et de tous2 dans le ,midi il n'y a point de socit3 le soleil1 l'amour et les beaux-arts remplissent la vie4 ,a ,paris1 on s'entretient assez gnralement de littrature2 et les spectacles1 qui se renouvellent sans cesse1 donnent lieu des observations ingnieuses et spirituelles4 ,mais dans la plupart des autres grandes villes1 le seul sujet dont on ait l'occasion de parler1 ce sont des anecdotes et des observations journalires sur les personnes dont la bonne compagnie se compose4 ,c'est un commrage ennobli par les grands noms qu'on prononce1 mais qui a pourtant le mme fond que celui des gens du peuple2 car l'lgance des formes prs1 ils parlent galement tout le jour sur leurs voisins et sur leurs voisines4 ,l'objet vraiment libral de la conversation1 ce sont les ides et les faits d'un intrt universel4 ,la mdisance habituelle1 dont le loisir des salons et la strilit de l'esprit font une espce de ncessit1 peut tre plus ou moins modifie par la bont du caractre2 mais il en reste toujours assez pour qu' chaque pas1 chaque mot1 on entende autour de soi le bourdonnement des petits propos qui pourraient1 comme les mouches1 inquiter mme le lion4 ,en ,france1 on se sert de la terrible arme du ridicule pour se combattre mutuellement et conqurir le terrain sur lequel on espre des succs d'amour-propre2 ailleurs un certain bavardage indolent use l'esprit1 et dcourage des efforts nergiques1 dans quelque genre que ce puisse tre4 ,un entretien aimable1 alors mme qu'il porte sur des riens1 et que la grce seule des expressions en fait le charme1 cause encore beaucoup de plaisir2 on peut l'affirmer sans impertinence1 les ,franais sont presque seuls capables de ce genre d'entretien4 ,c'est un exercice dangereux1 mais piquant1 dans lequel il faut se jouer de tous les sujets1 comme d'une balle lance qui doit revenir temps dans la main du joueur4 ,les trangers1 quand ils veulent imiter les ,franais1 affectent plus d'immoralit1 et sont plus frivoles qu'eux1 de peur que le srieux ne manque de grce1 et que les sentiments ou les penses n'aient pas l'accent parisien4 ,les ,autrichiens1 en gnral1 ont tout la fois trop de raideur et de sincrit pour rechercher les manires d'tre trangres4 ,cependant ils ne sont pas encore assez ,allemands1 ils ne connaissent pas assez la littrature allemande2 on croit trop ,vienne qu'il est de bon got de ne parler que franais2 tandis que la gloire et mme l'agrment de chaque pays consistent toujours dans le caractre et l'esprit national4 ,les ,franais ont fait peur l',europe1 mais surtout l',allemagne1 par leur habilet dans l'art de saisir et de montrer le ridicule3 il y avait je ne sais quelle puissance magique dans le mot d'lgance et de grce1 qui irritait singulirement l'amour-propre4 ,on dirait que les sentiments1 les actions1 la vie enfin1 devaient1 avant tout1 tre soumis cette lgislation trs subtile de l'usage du monde1 qui est comme un trait entre l'amour-propre des individus et celui de la socit mme1 un trait dans lequel les vanits respectives se sont fait une constitution rpublicaine1 o l'ostracisme s'exerce contre tout ce qui est fort et prononc4 ,ces formes1 ces convenances lgres en apparence1 et despotiques dans le fond1 disposent de l'existence entire2 elles ont min par degrs l'amour1 l'enthousiasme1 la religion1 tout1 hors l'gosme1 que l'ironie ne peut atteindre1 parce qu'il ne s'expose qu'au blme et non la moquerie4 ,l'esprit allemand s'accorde beaucoup moins que tout autre avec cette frivolit calcule2 il est presque nul la superficie2 il a besoin d'approfondir pour comprendre2 il ne saisit rien au vol1 et les ,allemands auraient beau1 ce qui certes serait bien dommage1 se dsabuser des qualits et des sentiments dont ils sont dous1 que la perte du fond ne les rendrait pas plus lgers dans les formes1 et qu'ils seraient plutt des ,allemands sans mrite que des ,franais aimables4 ,il ne faut pas en conclure pour cela que la grce leur soit interdite2 l'imagination et la sensibilit leur en donnent1 quand ils se livrent leurs dispositions naturelles4 ,leur gaiet1 et ils en ont1 surtout en ,autriche1 n'a pas le moindre rapport avec la gaiet franaise2 les farces tyroliennes1 qui amusent ,vienne les grands seigneurs comme le peuple1 ressemblent beaucoup plus la bouffonnerie des ,italiens qu' la moquerie des ,franais4 ,elles consistent dans des scnes comiques fortement caractrises1 et qui reprsentent la nature humaine avec vrit1 mais non la socit avec finesse4 ,toutefois cette gaiet1 telle qu'elle est1 vaut encore mieux que l'imitation d'une grce trangre3 on peut trs bien se passer de cette grce1 mais en ce genre la perfection seule est quelque chose4 ,l'ascendant des manires des ,franais a prpar peut-tre les trangers les croire invincibles4 ,il n'y a qu'un moyen de rsister cet ascendant3 ce sont des habitudes et des murs nationales trs dcides#aa4 ,ds qu'on cherche ressembler aux ,franais1 ils l'emportent en tout sur tous4 ,les ,anglais1 ne redoutant point le ridicule que les ,franais savent si bien donner1 se sont aviss quelquefois de retourner la moquerie contre ses matres2 et loin que les manires anglaises parussent disgracieuses1 mme en ,france1 les ,franais tant imits imitaient leur tour1 et l',angleterre a t pendant longtemps aussi la mode ,paris que ,paris partout ailleurs4 ,les ,allemands pourraient se crer une socit d'un genre trs instructif1 et tout fait analogue leurs gots et leur caractre4 ,vienne1 tant la capitale de l',allemagne1 celle o l'on trouve le plus facilement runi tout ce qui fait l'agrment de la vie1 aurait pu rendre sous ce rapport de grands services l'esprit allemand1 si les trangers n'avaient pas domin presque exclusivement la bonne compagnie4 ,la plupart des ,autrichiens1 qui ne savaient pas se prter la langue et aux coutumes franaises1 ne vivaient point du tout dans le monde2 il en rsultait qu'ils ne s'adoucissaient point par l'entretien des femmes1 et restaient la fois timides et rudes1 ddaignant tout ce qu'on appelle la grce1 et craignant cependant en secret d'en manquer3 sous prtexte des occupations militaires1 ils ne cultivaient point leur esprit1 et ils ngligeaient souvent ces occupations mmes1 parce qu'ils n'entendaient jamais rien qui pt leur faire sentir le prix et le charme de la gloire4 ,ils croyaient se montrer bons ,allemands en s'loignant d'une socit o les trangers seuls avaient l'avantage1 et jamais ils ne songeaient s'en former une capable de dvelopper leur esprit et leur me4 ,les ,polonais et les ,russes1 qui faisaient le charme de la socit de ,vienne1 ne parlaient que franais1 et contribuaient en carter la langue allemande4 ,les ,polonaises ont des manires trs sduisantes2 elles mlent l'imagination orientale la souplesse et la vivacit de l'esprit franais4 ,nanmoins1 mme chez les nations esclavones1 les plus flexibles de toutes1 l'imitation du genre franais est trs souvent fatigante3 les vers franais des ,polonais et des ,russes ressemblent1 quelques exceptions prs1 aux vers latins du moyen ge4 ,une langue trangre est toujours1 sous beaucoup de rapports1 une langue morte4 ,les vers franais sont la fois ce qu'il y a de plus facile et de plus difficile faire4 ,lier l'un l'autre des hmistiches si bien accoutums se trouver ensemble1 ce n'est qu'un travail de mmoire2 mais il faut avoir respir l'air d'un pays1 pens1 joui1 souffert dans sa langue1 pour peindre en posie ce qu'on prouve4 ,les trangers1 qui mettent avant tout leur amour-propre parler correctement le franais1 n'osent pas juger nos crivains autrement que les autorits littraires ne les jugent1 de peur de passer pour ne pas les comprendre4 ,ils vantent le style plus que les ides1 parce que les ides appartiennent toutes les nations1 et que les ,franais seuls sont juges du style dans leur langue4 ,si vous rencontrez un vrai ,franais1 vous trouvez du plaisir parler avec lui sur la littrature franaise2 vous vous sentez chez vous1 et vous vous entretenez de vos affaires ensemble2 mais un tranger francis ne se permet pas une opinion ni une phrase qui ne soit orthodoxe1 et le plus souvent c'est une vieille orthodoxie qu'il prend pour l'opinion du jour4 ,l'on en est encore1 dans plusieurs pays du ,nord1 aux anecdotes de la cour de ,louis ,,xiv4 ,les trangers1 imitateurs des ,franais1 racontent les querelles de mademoiselle de ,fontanges et de madame de ,montespan1 avec un dtail qui serait fatigant quand il s'agirait d'un vnement de la veille4 ,cette rudition de boudoir1 cet attachement opinitre quelques ides reues1 parce qu'on ne saurait pas trop comment renouveler sa provision en ce genre1 tout cela est fastidieux et mme nuisible2 car la vritable force d'un pays1 c'est son caractre naturel2 et l'imitation des trangers1 sous quelque rapport que ce soit1 est un dfaut de patriotisme4 ,les ,franais hommes d'esprit1 lorsqu'ils voyagent1 n'aiment point rencontrer parmi les trangers l'esprit franais1 et recherchent surtout les hommes qui runissent l'originalit nationale l'originalit individuelle4 ,les marchandes de modes1 en ,france1 envoient aux colonies1 dans l',allemagne et dans le ,nord1 ce qu'elles appellent vulgairement le fonds de boutique2 et cependant elles recherchent avec le plus grand soin les habits nationaux de ces mmes pays1 et les regardent avec raison comme des modles trs lgants4 ,ce qui est vrai pour la parure l'est galement pour l'esprit4 ,nous avons une cargaison de madrigaux1 de calembours1 de vaudevilles1 que nous faisons passer l'tranger1 quand on n'en fait plus rien en ,france2 mais les ,franais eux-mmes n'estiment1 dans les littratures trangres1 que les beauts indignes4 ,il n'y a point de nature1 point de vie dans l'imitation3 et l'on pourrait appliquer1 en gnral1 tous ces esprits1 tous ces ouvrages imits du franais1 l'loge que ,roland1 dans l',arioste1 fait de sa jument qu'il trane aprs lui3 ,elle runit1 dit-il1 toutes les qualits imaginables1 mais elle a pourtant un dfaut1 c'est qu'elle est morte4 ,,chapitre ,x ,de la sottise ddaigneuse et de la mdiocrit bienveillante4 ,en tout pays1 la supriorit d'esprit et d'me est fort rare1 et c'est par cela mme qu'elle conserve le nom de supriorit2 ainsi donc1 pour juger du caractre d'une nation1 c'est la masse commune qu'il faut examiner4 ,les gens de gnie sont toujours compatriotes entre eux2 mais pour sentir vraiment la diffrence des ,franais et des ,allemands1 l'on doit s'attacher connatre la multitude dont les deux nations se composent4 ,un ,franais sait encore parler lors mme qu'il n'a point d'ides2 un ,allemand en a toujours dans sa tte un peu plus qu'il n'en saurait exprimer4 ,on peut s'amuser avec un ,franais1 mme quand il manque d'esprit4 ,il vous raconte tout ce qu'il a fait1 tout ce qu'il a vu1 le bien qu'il pense de lui1 les loges qu'il a reus1 les grands seigneurs qu'il connat1 les succs qu'il espre4 ,un ,allemand1 s'il ne pense pas1 ne peut rien dire1 et s'embarrasse dans les formes qu'il voudrait rendre polies1 et qui mettent mal l'aise les autres et lui4 ,la sottise1 en ,france1 est anime1 mais ddaigneuse4 ,elle se vante de ne pas comprendre1 pour peu qu'on exige d'elle quelque attention1 et croit nuire ce qu'elle n'entend pas1 en affirmant que c'est obscur4 ,l'opinion du pays tant que le succs dcide de tout1 les sots mmes1 en qualit de spectateurs1 croient influer sur le mrite intrinsque des choses1 en ne les applaudissant pas1 et se donner ainsi plus d'importance4 ,les hommes mdiocres1 en ,allemagne1 au contraire1 sont pleins de bonne volont2 ils rougiraient de ne pouvoir s'lever la hauteur des penses d'un crivain clbre2 et loin de se considrer comme juges1 ils aspirent devenir disciples4 ,il y a sur chaque sujet tant de phrases toutes faites en ,france1 qu'un sot1 avec leur secours1 parle quelque temps assez bien1 et ressemble mme momentanment un homme d'esprit2 en ,allemagne1 un ignorant n'oserait noncer son avis sur rien avec confiance1 car aucune opinion n'tant admise comme incontestable1 on ne peut en avancer aucune sans tre en tat de la dfendre2 aussi les gens mdiocres sont-ils pour la plupart silencieux1 et ne rpandent-ils d'autre agrment dans la socit que celui d'une bienveillance aimable4 ,en ,allemagne1 les hommes distingus seuls savent causer1 tandis qu'en ,france tout le monde s'en tire4 ,les hommes suprieurs en ,france sont indulgents1 les hommes suprieurs en ,allemagne sont trs svres2 mais en revanche les sots chez les ,franais sont dnigrants et jaloux1 et les ,allemands1 quelque borns qu'ils soient1 savent encore se montrer encourageants et admirateurs4 ,les ides qui circulent en ,allemagne sur divers sujets sont nouvelles et souvent bizarres2 il arrive de l que ceux qui les rptent paraissent avoir pendant quelque temps une sorte de profondeur usurpe4 ,en ,france1 c'est par les manires qu'on fait illusion sur ce qu'on vaut4 ,ces manires sont agrables1 mais uniformes1 et la discipline du bon ton achve de leur ter ce qu'elles pourraient avoir de vari4 ,un homme d'esprit me racontait qu'un soir1 dans un bal masqu1 il passa devant une glace1 et que1 ne sachant comment se distinguer lui-mme1 au milieu de tous ceux qui portaient un domino pareil au sien1 il se fit un signe de tte pour se reconnatre2 on en peut dire autant de la parure que l'esprit revt dans le monde2 on se confond presque avec les autres1 tant le caractre vritable de chacun se montre peu6 ,la sottise se trouve bien de cette confusion1 et voudrait en profiter pour contester le vrai mrite4 ,la btise et la sottise diffrent essentiellement en ceci1 que les btes se soumettent volontiers la nature1 et que les sots se flattent toujours de dominer la socit4 ,,chapitre ,,xi ,de l'esprit de conversation4 ,en ,orient1 quand on n'a rien se dire1 on fume du tabac de rose ensemble1 et de temps en temps on se salue les bras croiss sur la poitrine1 pour se donner un tmoignage d'amiti2 mais dans l',occident on a voulu se parler tout le jour1 et le foyer de l'me s'est souvent dissip dans ces entretiens o l'amour-propre est sans cesse en mouvement pour faire effet tout de suite1 et selon le got du moment et du cercle o l'on se trouve4 ,il me semble reconnu que ,paris est la ville du monde o l'esprit et le got de la conversation sont le plus gnralement rpandus2 et ce qu'on appelle le mal du pays1 ce regret indfinissable de la patrie1 qui est indpendant des amis mme qu'on y a laisss1 s'applique particulirement ce plaisir de causer1 que les ,franais ne retrouvent nulle part au mme degr que chez eux4 ,volney raconte que des ,franais migrs voulaient1 pendant la rvolution1 tablir une colonie et dfricher des terres en ,amrique2 mais de temps en temps ils quittaient toutes leurs occupations pour aller1 disaient-ils1 causer la ville2 et cette ville1 la ,nouvelle-,orlans1 tait six cents lieues de leur demeure4 ,dans toutes les classes1 en ,france1 on sent le besoin de causer3 la parole n'y est pas seulement1 comme ailleurs1 un moyen de se communiquer ses ides1 ses sentiments et ses affaires1 mais c'est un instrument dont on aime jouer1 et qui ranime les esprits1 comme la musique chez quelques peuples1 et les liqueurs fortes chez quelques autres4 ,le genre de bien-tre que fait prouver une conversation anime ne consiste pas prcisment dans le sujet de cette conversation2 les ides ni les connaissances qu'on peut y dvelopper n'en sont pas le principal intrt2 c'est une certaine manire d'agir les uns sur les autres1 de se faire plaisir rciproquement et avec rapidit1 de parler aussitt qu'on pense1 de jouir l'instant de soi-mme1 d'tre applaudi sans travail1 de manifester son esprit dans toutes les nuances par l'accent1 le geste1 le regard1 enfin de produire volont comme une sorte d'lectricit qui fait jaillir des tincelles1 soulage les uns de l'excs mme de leur vivacit1 et rveille les autres d'une apathie pnible4 ,rien n'est plus tranger ce talent que le caractre et le genre d'esprit des ,allemands2 ils veulent un rsultat srieux en tout4 ,bacon a dit que la conversation n'tait pas un chemin qui conduisait la maison1 mais un sentier o l'on se promenait au hasard avec plaisir4 ,les ,allemands donnent chaque chose le temps ncessaire1 mais le ncessaire en fait de conversation1 c'est l'amusement2 si l'on dpasse cette mesure l'on tombe dans la discussion1 dans l'entretien srieux1 qui est plutt une occupation utile qu'un art agrable4 ,il faut l'avouer aussi1 le got et l'enivrement de l'esprit de socit rendent singulirement incapable d'application et d'tude1 et les qualits des ,allemands tiennent peut-tre sous quelques rapports l'absence mme de cet esprit4 ,les anciennes formules de politesse qui sont encore en vigueur dans presque toute l',allemagne1 s'opposent l'aisance et la familiarit de la conversation2 le titre le plus mince1 et pourtant le plus long prononcer1 y est donn et rpt vingt fois dans le mme repas2 il faut offrir de tous les mets1 de tous les vins avec un soin1 avec une insistance qui fatigue mortellement les trangers4 ,il y a de la bonhomie au fond de tous ces usages2 mais ils ne subsisteraient pas un instant dans un pays o l'on pourrait hasarder la plaisanterie sans offenser la susceptibilit2 et comment nanmoins peut-il y avoir de la grce et du charme en socit1 si l'on n'y permet pas cette douce moquerie qui dlasse l'esprit1 et donne la bienveillance elle-mme une faon piquante de s'exprimer8 ,le cours des ides1 depuis un sicle1 a t tout fait dirig par la conversation4 ,on pensait pour parler1 on parlait pour tre applaudi1 et tout ce qui ne pouvait pas se dire semblait tre de trop dans l'me4 ,c'est une disposition trs agrable que le dsir de plaire2 mais elle diffre pourtant beaucoup du besoin d'tre aim3 le dsir de plaire rend dpendant de l'opinion1 le besoin d'tre aim en affranchit3 on pourrait dsirer de plaire ceux mme qui l'on ferait beaucoup de mal1 et c'est prcisment ce qu'on appelle de la coquetterie2 cette coquetterie n'appartient pas exclusivement aux femmes2 il y en a dans toutes les manires qui servent tmoigner plus d'affection qu'on n'en prouve rellement4 ,la loyaut des ,allemands ne leur permet rien de semblable2 ils prennent la grce au pied de la lettre1 ils considrent le charme de l'expression comme un engagement pour la conduite1 et de l vient leur susceptibilit2 car ils n'entendent pas un mot sans en tirer une consquence1 et ne conoivent pas qu'on puisse traiter la parole en art libral1 qui n'a ni but ni rsultat si ce n'est le plaisir qu'on y trouve4 ,l'esprit de conversation a quelquefois l'inconvnient d'altrer la sincrit du caractre2 ce n'est pas une tromperie combine1 mais improvise1 si l'on peut s'exprimer ainsi4 ,les ,franais ont mis dans ce genre une gat qui les rend aimables1 mais il n'en est pas moins certain que ce qu'il y a de plus sacr dans ce monde a t branl par la grce1 du moins par celle qui n'attache de l'importance rien1 et tourne tout en ridicule4 ,les bons mots des ,franais ont t cits d'un bout de l',europe l'autre3 de tout temps ils ont montr leur brillante valeur1 et soulag leurs chagrins d'une faon vive et piquante2 de tout temps ils ont eu besoin les uns des autres1 comme d'auditeurs alternatifs qui s'encourageaient mutuellement2 de tout temps ils ont excell dans l'art de ce qu'il faut dire1 et mme de ce qu'il faut taire1 quand un grand intrt l'emporte sur leur vivacit naturelle2 de tout temps ils ont eu le talent de vivre vite1 d'abrger les longs discours1 de faire place aux successeurs avides de parler leur tour2 de tout temps1 enfin1 ils ont su ne prendre du sentiment et de la pense que ce qu'il en faut pour animer l'entretien1 sans lasser le frivole intrt qu'on a d'ordinaire les uns pour les autres4 ,les ,franais parlent toujours lgrement de leurs malheurs1 dans la crainte d'ennuyer leurs amis2 ils devinent la fatigue qu'ils pourraient causer1 par celle dont ils seraient susceptibles3 ils se htent de montrer lgamment de l'insouciance pour leur propre sort1 afin d'en avoir l'honneur au lieu d'en recevoir l'exemple4 ,le dsir de paratre aimable conseille de prendre une expression de gat1 quelle que soit la disposition intrieure de l'me2 la physionomie influe par degrs sur ce qu'on prouve1 et ce qu'on fait pour plaire aux autres mousse bientt en soi-mme ce qu'on ressent4 ,une femme d'esprit a dit que ,paris tait le lieu du monde o l'on pouvait le mieux se passer du bonheur#ab2 c'est sous ce rapport qu'il convient si bien la pauvre espce humaine2 mais rien ne saurait faire qu'une ville d',allemagne devnt ,paris1 ni que les ,allemands pussent1 sans se gter entirement1 recevoir comme nous le bienfait de la distraction4 ,a force de s'chapper eux-mmes ils finiraient par ne plus se retrouver4 ,le talent et l'habitude de la socit servent beaucoup faire connatre les hommes3 pour russir en parlant1 il faut observer avec perspicacit l'impression qu'on produit chaque instant sur eux1 celle qu'ils veulent nous cacher1 celle qu'ils cherchent nous exagrer1 la satisfaction contenue des uns1 le sourire forc des autres2 on voit passer sur le front de ceux qui nous coutent des blmes demi forms1 qu'on peut viter en se htant de les dissiper avant que l'amour-propre y soit engag4 ,l'on y voit natre aussi l'approbation qu'il faut fortifier1 sans cependant exiger d'elle plus qu'elle ne veut donner4 ,il n'est point d'arne o la vanit se montre sous des formes plus varies que dans la conversation4 ,j'ai connu un homme que les louanges agitaient au point que1 quand on lui en donnait1 il exagrait ce qu'il venait de dire1 et s'efforait tellement d'ajouter son succs1 qu'il finissait toujours par le perdre4 ,je n'osais pas l'applaudir1 de peur de le porter l'affectation1 et qu'il ne se rendt ridicule par le bon cur de son amour-propre4 ,un autre craignait tellement d'avoir l'air de dsirer de faire effet1 qu'il laissait tomber ses paroles ngligemment et ddaigneusement4 ,sa feinte indolence trahissait seulement une prtention de plus1 celle de n'en point avoir4 ,quand la vanit se montre1 elle est bienveillante2 quand elle se cache1 la crainte d'tre dcouverte la rend amre1 et elle affecte l'indiffrence1 la satit1 enfin tout ce qui peut persuader aux autres qu'elle n'a pas besoin d'eux4 ,ces diffrentes combinaisons sont amusantes pour l'observateur1 et l'on s'tonne toujours que l'amour-propre ne prenne pas la route si simple d'avouer naturellement le dsir de plaire1 et d'employer autant qu'il est possible la grce et la vrit pour y parvenir4 ,le tact qu'exige la socit1 le besoin qu'elle donne de se mettre la porte des diffrents esprits1 tout ce travail de la pense1 dans ses rapports avec les hommes1 serait certainement utile1 beaucoup d'gards1 aux ,allemands1 en leur donnant plus de mesure1 de finesse et d'habilet2 mais dans ce talent de causer1 il y a une sorte d'adresse qui fait perdre toujours quelque chose l'inflexibilit de la morale2 si l'on pouvait se passer de tout ce qui tient l'art de mnager les hommes1 le caractre en aurait srement plus de grandeur et d'nergie4 ,les ,franais sont les plus habiles diplomates de l',europe1 et ces hommes1 qu'on accuse d'indiscrtion et d'impertinence1 savent mieux que personne cacher un secret1 et captiver ceux dont ils ont besoin4 ,ils ne dplaisent jamais que quand ils le veulent1 c'est--dire1 quand leur vanit croit trouver mieux son compte dans le ddain que dans l'obligeance4 ,l'esprit de conversation a singulirement dvelopp chez les ,franais l'esprit plus srieux des ngociations politiques4 ,il n'est point d'ambassadeur tranger qui pt lutter contre eux en ce genre1 moins que1 mettant absolument de ct toute prtention la finesse1 il n'allt droit en affaires1 comme celui qui se battrait sans savoir l'escrime4 ,les rapports des diffrentes classes entre elles taient aussi trs propres dvelopper en ,france la sagacit1 la mesure et la convenance de l'esprit de socit4 ,les rangs n'y taient point marqus d'une manire positive1 et les prtentions s'agitaient sans cesse dans l'espace incertain que chacun pouvait tour tour ou conqurir ou perdre4 ,les droits du tiers-tat1 des parlements1 de la noblesse1 la puissance mme du roi1 rien n'tait dtermin d'une faon invariable2 tout se passait1 pour ainsi dire1 en adresse de conversation3 on esquivait les difficults les plus graves par les nuances dlicates des paroles et des manires1 et l'on arrivait rarement se heurter ou se cder1 tant on vitait avec soin l'un et l'autre6 ,les grandes familles avaient aussi entre elles des prtentions jamais dclares et toujours sous-entendues1 et ce vague excitait beaucoup plus la vanit que des rangs marqus n'auraient pu le faire4 ,il fallait tudier tout ce dont se composait l'existence d'un homme ou d'une femme1 pour savoir le genre d'gards qu'on leur devait2 l'arbitraire1 sous toutes les formes1 a toujours t dans les habitudes1 les murs et les lois de la ,france3 de l vient que les ,franais ont eu1 si l'on peut s'exprimer ainsi1 une si grande pdanterie de frivolit2 les bases principales n'tant point affermies1 on voulait donner de la consistance aux moindres dtails4 ,en ,angleterre1 on permet l'originalit aux individus1 tant la masse est bien rgle6 ,en ,france1 il semble que l'esprit d'imitation soit comme un lien social1 et que tout serait en dsordre si ce lien ne supplait pas l'instabilit des institutions4 ,en ,allemagne1 chacun est son rang1 sa place1 comme son poste1 et l'on n'a pas besoin de tournures habiles1 de parenthses1 de demi-mots1 pour exprimer les avantages de naissance ou de titre que l'on se croit sur son voisin4 ,la bonne compagnie1 en ,allemagne1 c'est la cour2 en ,france1 c'taient tous ceux qui pouvaient se mettre sur un pied d'galit avec elle1 et tous pouvaient l'esprer1 et tous aussi pouvaient craindre de n'y jamais parvenir4 ,il en rsultait que chacun voulait avoir les manires de cette socit-l4 ,en ,allemagne1 un diplme vous y faisait entrer2 en ,france1 une faute de got vous en faisait sortir2 et l'on tait encore plus empress de ressembler aux gens du monde1 que de se distinguer dans ce monde mme par sa valeur personnelle4 ,une puissance aristocratique1 le bon ton et l'lgance1 l'emportait sur l'nergie1 la profondeur1 la sensibilit1 l'esprit mme4 ,elle disait l'nergie3--,vous mettez trop d'intrt aux personnes et aux choses2-- la profondeur3--,vous me prenez trop de temps2-- la sensibilit3--,vous tes trop exclusive2-- l'esprit enfin3--,vous tes une distinction trop individuelle4--,il fallait des avantages qui tinssent plus aux manires qu'aux ides1 et il importait de reconnatre dans un homme1 plutt la classe dont il tait que le mrite qu'il possdait4 ,cette espce d'galit dans l'ingalit est trs favorable aux gens mdiocres1 car elle doit ncessairement dtruire toute originalit dans la faon de voir et de s'exprimer4 ,le modle choisi est noble1 agrable et de bon got1 mais il est le mme pour tous4 ,c'est un point de runion que ce modle2 chacun1 en s'y conformant1 se croit plus en socit avec ses semblables4 ,un ,franais s'ennuierait d'tre seul de son avis comme d'tre seul dans sa chambre4 ,on aurait tort d'accuser les ,franais de flatter la puissance par les calculs ordinaires qui inspirent cette flatterie2 ils vont o tout le monde va1 disgrce ou crdit1 n'importe3 si quelques-uns se font passer pour la foule1 ils sont bien srs qu'elle y viendra rellement4 ,on a fait la rvolution de ,france1 en #aghi1 en envoyant un courrier qui1 d'un village l'autre1 criait3 armez-vous1 car le village voisin s'est arm2 et tout le monde se trouva lev contre tout le monde1 ou plutt contre personne4 ,si l'on rpandait le bruit que telle manire de voir est universellement reue1 l'on obtiendrait l'unanimit1 malgr le sentiment intime de chacun2 l'on se garderait alors1 pour ainsi dire1 le secret de la comdie1 car chacun avouerait sparment que tous ont tort4 ,dans les scrutins secrets1 on a vu des dputs donner leur boule blanche ou noire contre leur opinion1 seulement parce qu'ils croyaient la majorit dans un sens diffrent du leur1 et qu'ils ne voulaient pas1 disaient-ils1 perdre leur voix4 ,c'est par ce besoin social de penser comme tout le monde qu'on a pu s'expliquer1 pendant la rvolution1 le contraste du courage la guerre et de la pusillanimit dans la carrire civile4 ,il n'y a qu'une manire de voir sur le courage militaire2 mais l'opinion publique peut tre gare relativement la conduite qu'on doit suivre dans les affaires politiques4 ,le blme de ceux qui vous entourent1 la solitude1 l'abandon vous menacent1 si vous ne suivez pas le parti dominant2 tandis qu'il n'y a dans les armes que l'alternative de la mort et du succs1 situation charmante pour des ,franais1 qui ne craignent point l'une et aiment passionnment l'autre4 ,mettez la mode1 c'est--dire les applaudissements1 du ct du danger1 et vous verrez les ,franais le braver sous toutes ses formes2 l'esprit de sociabilit existe en ,france depuis le premier rang jusqu'au dernier3 il faut s'entendre approuver par ce qui nous environne2 on ne veut s'exposer1 aucun prix1 au blme ou au ridicule1 car dans un pays o causer a tant d'influence1 le bruit des paroles couvre souvent la voix de la conscience4 ,on connat l'histoire de cet homme qui commena par louer avec transport une actrice qu'il venait d'entendre2 il aperut un sourire sur les lvres des assistants1 il modifia son loge2 l'opinitre sourire ne cessa point1 et la crainte de la moquerie finit par lui faire dire3 ,ma foi6 la pauvre diablesse a fait ce qu'elle a pu4 ,les triomphes de la plaisanterie se renouvellent sans cesse en ,france2 dans un temps il convient d'tre religieux1 dans un autre de ne l'tre pas2 dans un temps d'aimer sa femme1 dans un autre de ne pas paratre avec elle4 ,il a exist mme des moments o l'on et craint de passer pour niais si l'on avait montr de l'humanit1 et cette terreur du ridicule qui1 dans les premires classes1 ne se manifeste d'ordinaire que par la vanit1 s'est traduite en frocit dans les dernires4 ,quel mal cet esprit d'imitation ne ferait-il pas parmi les ,allemands6 ,leur supriorit consiste dans l'indpendance de l'esprit1 dans l'amour de la retraite1 dans l'originalit individuelle4 ,les ,franais ne sont tout-puissants qu'en masse1 et leurs hommes de gnie eux-mmes prennent toujours leur point d'appui dans les opinions reues1 quand ils veulent s'lancer au del4 ,enfin1 l'impatience du caractre franais1 si piquante en conversation1 terait aux ,allemands le charme principal de leur imagination naturelle1 cette rverie calme1 cette vue profonde1 qui s'aide du temps et de la persvrance pour tout dcouvrir4 ,ces qualits sont presque incompatibles avec la vivacit d'esprit2 et cependant cette vivacit est surtout ce qui rend aimable en conversation4 ,lorsqu'une discussion s'appesantit1 lorsqu'un conte s'allonge1 il vous prend je ne sais quelle impatience1 semblable celle qu'on prouve quand un musicien ralentit trop la mesure d'un air4 ,on peut tre fatigant1 nanmoins1 force de vivacit1 comme on l'est par trop de lenteur4 ,j'ai connu un homme de beaucoup d'esprit1 mais tellement impatient1 qu'il donnait tous ceux qui causaient avec lui l'inquitude que doivent prouver les gens prolixes1 quand ils s'aperoivent qu'ils fatiguent4 ,cet homme sautait sur sa chaise pendant qu'on lui parlait1 achevait les phrases des autres1 dans la crainte qu'elles ne se prolongeassent2 il inquitait d'abord1 et finissait par lasser en tourdissant3 car quelque vite qu'on aille en fait de conversation1 quand il n'y a plus moyen de retrancher que sur le ncessaire1 les penses et les sentiments oppressent1 faute d'espace pour les exprimer4 ,toutes les manires d'abrger le temps ne l'pargnent pas1 et l'on peut mettre des longueurs dans une seule phrase1 si l'on y laisse du vide2 le talent de rdiger sa pense brillamment et rapidement est ce qui russit le plus en socit2 on n'a pas le temps d'y rien attendre4 ,nulle rflexion1 nulle complaisance ne peut faire qu'on s'y amuse de ce qui n'amuse pas4 ,il faut exercer l l'esprit de conqute et le despotisme du succs3 car le fond et le but tant peu de chose1 on ne peut pas se consoler du revers par la puret des motifs1 et la bonne intention n'est de rien en fait d'esprit4 ,le talent de conter1 l'un des grands charmes de la conversation1 est trs rare en ,allemagne2 les auditeurs y sont trop complaisants1 ils ne s'ennuient pas assez vite1 et les conteurs1 se fiant la patience des auditeurs1 s'tablissent trop leur aise dans les rcits4 ,en ,france1 celui qui parle est un usurpateur1 qui se sent entour de rivaux jaloux1 et veut se maintenir force de succs2 en ,allemagne1 c'est un possesseur lgitime qui peut user paisiblement de ses droits reconnus4 ,les ,allemands russissent mieux dans les contes potiques que dans les contes pigrammatiques3 quand il faut parler l'imagination1 les dtails peuvent plaire1 ils rendent le tableau plus vrai3 mais quand il s'agit de rapporter un bon mot1 on ne saurait trop abrger les prambules4 ,la plaisanterie allge pour un moment le poids de la vie3 vous aimez voir un homme1 votre semblable1 se jouer ainsi du fardeau qui vous accable1 et bientt1 anim par lui1 vous le soulevez votre tour2 mais quand vous sentez de l'effort ou de la langueur dans ce qui devrait tre un amusement1 vous en tes plus fatigu que du srieux mme1 dont les rsultats au moins vous intressent4 ,la bonne foi du caractre allemand est aussi peut-tre un obstacle l'art de conter2 les ,allemands ont plutt la gat du caractre que celle de l'esprit2 ils sont gais comme ils sont honntes1 pour la satisfaction de leur propre conscience1 et rient de ce qu'ils disent1 longtemps avant mme d'avoir song en faire rire les autres4 ,rien ne saurait galer1 au contraire1 le charme d'un rcit fait par un ,franais spirituel et de bon got4 ,il prvoit tout1 il mnage tout1 et cependant il ne sacrifie point ce qui pourrait exciter l'intrt4 ,sa physionomie1 moins prononce que celle des ,italiens1 indique la gat1 sans rien faire perdre la dignit du maintien et des manires2 il s'arrte quand il le faut1 et jamais il n'puise mme l'amusement2 il s'anime1 et nanmoins il tient toujours en main les rnes de son esprit1 pour le conduire srement et rapidement2 bientt aussi les auditeurs se mlent de l'entretien1 il fait valoir alors son tour ceux qui viennent de l'applaudir2 il ne laisse point passer une expression heureuse sans la relever1 une plaisanterie piquante sans la sentir1 et pour un moment du moins l'on se plat1 et l'on jouit les uns des autres1 comme si tout tait concorde1 union et sympathie dans le monde4 ,les ,allemands feraient bien de profiter1 sous des rapports essentiels1 de quelques-uns des avantages de l'esprit social en ,france3 ils devraient apprendre des ,franais se montrer moins irritables dans les petites circonstances1 afin de rserver toute leur force pour les grandes2 ils devraient apprendre des ,franais ne pas confondre l'opinitret avec l'nergie1 la rudesse avec la fermet2 ils devraient aussi1 lorsqu'ils sont capables du dvouement entier de leur vie1 ne pas la rattraper en dtail par une sorte de personnalit minutieuse1 que ne se permettrait pas le vritable gosme2 enfin1 ils devraient puiser dans l'art mme de la conversation l'habitude de rpandre dans leurs livres cette clart qui les mettrait la porte du plus grand nombre1 ce talent d'abrger1 invent par les peuples qui s'amusent1 bien plutt que par ceux qui s'occupent1 et ce respect pour de certaines convenances1 qui ne porte pas sacrifier la nature1 mais mnager l'imagination4 ,ils perfectionneraient leur manire d'crire par quelques-unes des observations que le talent de parler fait natre3 mais ils auraient tort de prtendre ce talent tel que les ,franais le possdent4 ,une grande ville qui servirait de point de ralliement serait utile l',allemagne1 pour rassembler les moyens d'tude1 augmenter les ressources des arts1 exciter l'mulation2 mais si cette capitale dveloppait chez les ,allemands le got des plaisirs de la socit dans toute leur lgance1 ils y perdraient la bonne foi scrupuleuse1 le travail solitaire1 l'indpendance audacieuse qui les distinguent dans la carrire littraire et philosophique2 enfin1 ils changeraient leurs habitudes de recueillement contre un mouvement extrieur dont ils n'acquerraient jamais la grce et la dextrit4 ,,chapitre ,,xii ,de la langue allemande dans ses rapports avec l'esprit de conversation4 ,en tudiant l'esprit et le caractre d'une langue1 on apprend l'histoire philosophique des opinions1 des murs et des habitudes nationales2 et les modifications que subit le langage doivent jeter de grandes lumires sur la marche de la pense2 mais une telle analyse serait ncessairement trs mtaphysique1 et demanderait une foule de connaissances qui nous manquent presque toujours dans les langues trangres1 et souvent mme dans la ntre4 ,il faut donc s'en tenir l'impression gnrale que produit l'idiome d'une nation dans son tat actuel4 ,le ,franais1 ayant t parl plus qu'aucun autre dialecte europen1 est la fois poli par l'usage et acr pour le but4 ,aucune langue n'est plus claire et plus rapide1 n'indique plus lgrement et n'explique plus nettement ce qu'on veut dire4 ,l'allemand se prte beaucoup moins la prcision et la rapidit de la conversation4 ,par la nature mme de sa construction grammaticale1 le sens n'est ordinairement compris qu' la fin de la phrase4 ,ainsi1 le plaisir d'interrompre1 qui rend la discussion si anime en ,france1 et force dire si vite ce qu'il importe de faire entendre1 ce plaisir ne peut exister en ,allemagne2 car les commencements de phrase ne signifient rien sans la fin2 il faut laisser chacun tout l'espace qu'il lui convient de prendre2 cela vaut mieux pour le fond des choses1 c'est aussi plus civil1 mais moins piquant4 ,la politesse allemande est plus cordiale1 mais moins nuance que la politesse franaise2 il y a plus d'gards pour le rang et plus de prcautions en tout4 ,en ,france1 on flatte plus qu'on ne mnage1 et1 comme on a l'art de tout indiquer1 on approche beaucoup plus volontiers des sujets les plus dlicats4 ,l'allemand est une langue trs brillante en posie1 trs abondante en mtaphysique1 mais trs positive en conversation4 ,la langue franaise1 au contraire1 n'est vraiment riche que dans les tournures qui expriment les rapports les plus dlis de la socit4 ,elle est pauvre et circonscrite dans tout ce qui tient l'imagination et la philosophie4 ,les ,allemands craignent plus de faire de la peine qu'ils n'ont envie de plaire4 ,de l vient qu'ils ont soumis autant qu'ils ont pu la politesse des rgles2 et leur langue1 si hardie dans les livres1 est singulirement asservie en conversation1 par toutes les formules dont elle est surcharge4 ,je me rappelle d'avoir assist1 en ,saxe1 une leon de mtaphysique d'un philosophe clbre qui citait toujours le baron de ,leibnitz1 et jamais l'entranement du discours ne pouvait l'engager supprimer ce titre de baron1 qui n'allait gure avec le nom d'un grand homme mort depuis prs d'un sicle4 ,l'allemand convient mieux la posie qu' la prose1 et la prose crite qu' la prose parle2 c'est un instrument qui sert trs bien quand on veut tout peindre ou tout dire3 mais on ne peut pas glisser avec l'allemand1 comme avec le franais1 sur les divers sujets qui se prsentent4 ,si l'on voulait faire aller les mots allemands du train de la conversation franaise1 on leur terait toute grce et toute dignit4 ,le mrite des ,allemands1 c'est de bien remplir le temps3 le talent des ,franais1 c'est de le faire oublier4 ,quoique le sens des priodes allemandes ne s'explique souvent qu' la fin1 la construction ne permet pas toujours de terminer une phrase par l'expression la plus piquante2 et c'est cependant un des grands moyens de faire effet en conversation4 ,l'on entend rarement parmi les ,allemands ce qu'on appelle des bons mots3 ce sont les penses mmes1 et non l'clat qu'on leur donne1 qu'il faut admirer4 ,les ,allemands trouvent une sorte de charlatanisme dans l'expression brillante1 et prennent plutt l'expression abstraite1 parce qu'elle est plus scrupuleuse et s'approche davantage de l'essence mme du vrai2 mais la conversation ne doit donner aucune peine1 ni pour comprendre ni pour parler4 ,ds que l'entretien ne porte pas sur les intrts communs de la vie1 et qu'on entre dans la sphre des ides1 la conversation en ,allemagne devient trop mtaphysique2 il n'y a pas assez d'intermdiaire entre ce qui est vulgaire et ce qui est sublime2 et c'est cependant dans cet intermdiaire que s'exerce l'art de causer4 ,la langue allemande a une gat qui lui est propre2 la socit ne l'a point rendue timide1 et les bonnes murs l'ont laisse pure2 mais c'est une gat nationale la porte de toutes les classes4 ,les sons bizarres des mots1 leur antique navet1 donnent la plaisanterie quelque chose de pittoresque1 dont le peuple peut s'amuser aussi bien que les gens du monde4 ,les ,allemands sont moins gns que nous dans le choix des expressions1 parce que1 leur langue n'ayant pas t aussi frquemment employe dans la conversation du grand monde1 elle ne se compose pas1 comme la ntre1 de mots qu'un hasard1 une application1 une allusion1 rendent ridicules1 de mots enfin qui1 ayant subi toutes les aventures de la socit1 sont proscrits injustement peut-tre1 mais ne sauraient plus tre admis4 ,la colre s'est souvent exprime en allemand1 mais on n'en a pas fait l'arme du persiflage2 et les paroles dont on se sert sont encore dans toute leur vrit et dans toute leur force2 c'est une facilit de plus3 mais aussi l'on peut exprimer avec le franais mille observations fines1 et se permettre mille tours d'adresse dont la langue allemande est jusqu' prsent incapable4 ,il faut se mesurer avec les ides en allemand1 avec les personnes en franais2 il faut creuser l'aide de l'allemand1 il faut arriver au but en parlant franais2 l'un doit peindre la nature1 et l'autre la socit4 ,gthe fait dire dans son roman de ,wilhelm ,meister1 une femme allemande1 qu'elle s'aperut que son amant voulait la quitter1 parce qu'il lui crivait en franais4 ,il y a bien des phrases en effet dans notre langue1 pour dire en mme temps et ne pas dire1 pour faire esprer sans promettre1 pour promettre mme sans se lier4 ,l'allemand est moins flexible1 et il fait bien de rester tel1 car rien n'inspire plus de dgot que cette langue tudesque1 quand elle est employe aux mensonges1 de quelque nature qu'ils soient4 ,sa construction tranante1 ses consonnes multiplies1 sa grammaire savante1 ne lui permettent aucune grce dans la souplesse2 et l'on dirait qu'elle se raidit d'elle-mme contre l'intention de celui qui la parle1 ds qu'on veut la faire servir trahir la vrit4 ,,chapitre ,,xiii ,de l',allemagne du ,nord4 ,les premires impressions qu'on reoit en arrivant dans le nord de l',allemagne1 surtout au milieu de l'hiver1 sont extrmement tristes2 et je ne suis pas tonn que ces impressions aient empch la plupart des ,franais que l'exil a conduits dans ce pays1 de l'observer sans prvention4 ,cette frontire du ,rhin est solennelle2 on craint1 en la passant1 de s'entendre prononcer ce mot terrible3 ,vous tes hors de ,france4 ,c'est en vain que l'esprit juge avec impartialit le pays qui nous a vus natre1 nos affections ne s'en dtachent jamais2 et quand on est contraint le quitter1 l'existence semble dracine1 on se devient comme tranger soi-mme4 ,les plus simples usages1 comme les relations les plus intimes2 les intrts les plus graves1 comme les moindres plaisirs1 tout tait de la patrie2 tout n'en est plus4 ,on ne rencontre personne qui puisse vous parler d'autrefois1 personne qui vous atteste l'identit des jours passs avec les jours actuels2 la destine recommence1 sans que la confiance des premires annes se renouvelle2 l'on change de monde1 sans avoir chang de cur4 ,ainsi l'exil condamne se survivre2 les adieux1 les sparations1 tout est comme l'instant de la mort1 et l'on y assiste cependant avec les forces entires de la vie4 ,j'tais1 il y a six ans1 sur les bords du ,rhin1 attendant la barque qui devait me conduire l'autre rive2 le temps tait froid1 le ciel obscur1 et tout me semblait un prsage funeste4 ,quand la douleur agite violemment notre me1 on ne peut se persuader que la nature y soit indiffrente2 il est permis l'homme d'attribuer quelque puissance ses peines2 ce n'est pas de l'orgueil1 c'est de la confiance dans la cleste piti4 ,je m'inquitais pour mes enfants1 quoiqu'ils ne fussent pas encore dans l'ge de sentir ces motions de l'me qui rpandent l'effroi sur tous les objets extrieurs4 ,mes domestiques franais s'impatientaient de la lenteur allemande1 et s'tonnaient de n'tre pas compris quand ils parlaient la seule langue qu'ils crussent admise dans les pays civiliss4 ,il y avait dans notre bac une vieille femme allemande1 assise sur une charrette2 elle ne voulait pas en descendre mme pour traverser le fleuve4--,vous tes bien tranquille6 lui dis-je4--,oui1 me rpondit-elle1 pourquoi faire du bruit8--,ces simples mots me frapprent2 en effet1 pourquoi faire du bruit8 ,mais quand des gnrations entires traverseraient la vie en silence1 le malheur et la mort ne les observeraient pas moins1 et sauraient de mme les atteindre4 ,en arrivant sur le rivage oppos1 j'entendis le cor des postillons1 dont les sons aigus et faux semblaient annoncer un triste dpart vers un triste sjour4 ,la terre tait couverte de neige2 des petites fentres1 dont les maisons sont perces1 sortaient les ttes de quelques habitants1 que le bruit d'une voiture arrachait leurs monotones occupations2 une espce de bascule1 qui fait mouvoir la poutre avec laquelle on ferme la barrire1 dispense celui qui demande le page aux voyageurs de sortir de sa maison pour recevoir l'argent qu'on doit lui payer4 ,tout est calcul pour tre immobile2 et l'homme qui pense1 comme celui dont l'existence n'est que matrielle1 ddaignent tous les deux galement la distraction du dehors4 ,les campagnes dsertes1 les maisons noircies par la fume1 les glises gothiques1 semblent prpares pour les contes de sorcires ou de revenants4 ,les villes de commerce1 en ,allemagne1 sont grandes et bien bties2 mais elles ne donnent aucune ide de ce qui fait la gloire et l'intrt de ce pays1 l'esprit littraire et philosophique4 ,les intrts mercantiles suffisent pour dvelopper l'intelligence des ,franais1 et l'on peut trouver encore quelque amusement de socit1 en ,france1 dans une ville purement commerante2 mais les ,allemands1 minemment capables des tudes abstraites1 traitent les affaires1 quand ils s'en occupent1 avec tant de mthode et de pesanteur1 qu'ils n'en tirent presque jamais aucune ide gnrale4 ,ils portent dans le commerce la loyaut qui les distingue2 mais ils se donnent tellement tout entiers ce qu'ils font1 qu'il ne cherchent plus alors dans la socit qu'un loisir jovial1 et disent de temps en temps quelques grosses plaisanteries1 seulement pour se divertir eux-mmes4 ,de telles plaisanteries accablent les ,franais de tristesse2 car on se rsigne bien plutt l'ennui sous des formes graves et monotones1 qu' cet ennui badin qui vient poser lourdement et familirement la patte sur l'paule4 ,les ,allemands ont beaucoup d'universalit dans l'esprit1 en littrature et en philosophie1 mais nullement dans les affaires4 ,ils les considrent toujours partiellement1 et s'en occupent d'une faon presque mcanique4 ,c'est le contraire en ,france2 l'esprit des affaires y a beaucoup d'tendue1 et l'on n'y permet pas l'universalit en littrature ni en philosophie4 ,si un savant tait pote1 si un pote tait savant1 ils deviendraient suspects chez nous aux savants et aux potes2 mais il n'est pas rare de rencontrer dans le plus simple ngociant des aperus lumineux sur les intrts politiques et militaires de son pays4 ,de l vient qu'en ,france il y a un plus grand nombre de gens d'esprit1 et un moins grand nombre de penseurs4 ,en ,france1 on tudie les hommes2 en ,allemagne1 les livres4 ,des facults ordinaires suffisent pour intresser en parlant des hommes2 il faut presque du gnie pour faire retrouver l'me et le mouvement dans les livres4 ,l',allemagne ne peut attacher que ceux qui s'occupent des faits passs et des ides abstraites4 ,le prsent et le rel appartiennent la ,france1 et1 jusqu' nouvel ordre1 elle ne parat pas dispose y renoncer4 ,je ne cherche pas1 ce me semble1 dissimuler les inconvnients de l',allemagne4 ,ces petites villes du nord elles-mmes1 o l'on trouve des hommes d'une si haute conception1 n'offrent souvent aucun genre d'amusement2 point de spectacle1 peu de socit2 le temps y tombe goutte goutte1 et n'interrompt par aucun bruit la rflexion solitaire4 ,les plus petites villes d',angleterre tiennent un tat libre1 envoient des dputs pour traiter les intrts de la nation4 ,les plus petites villes de ,france sont en relation avec la capitale1 o tant de merveilles sont runies4 ,les plus petites villes d',italie jouissent du ciel et des beaux-arts1 dont les rayons se rpandent sur toute la contre4 ,dans le nord de l',allemagne1 il n'y a point de gouvernement reprsentatif1 point de grande capitale2 et la svrit du climat1 la mdiocrit de la fortune1 le srieux du caractre1 rendraient l'existence trs pesante si la force de la pense ne s'tait pas affranchie de toutes ces circonstances insipides et bornes4 ,les ,allemands ont su se crer une rpublique des lettres anime et indpendante4 ,ils ont suppl l'intrt des vnements par l'intrt des ides4 ,ils se passent de centre1 parce que tous tendent vers un mme but1 et leur imagination multiplie le petit nombre de beauts que les arts et la nature peuvent leur offrir4 ,les citoyens de cette rpublique idale1 dgags pour la plupart de toute espce de rapports avec les affaires publiques et particulires1 travaillent dans l'obscurit comme les mineurs2 et1 placs comme eux au milieu des trsors ensevelis1 ils exploitent en silence les richesses intellectuelles du genre humain4 ,,chapitre ,,xiv ,la ,saxe4 ,depuis la rformation1 les princes de la maison de ,saxe ont toujours accord aux lettres la plus noble des protections1 l'indpendance4 ,on peut dire hardiment que dans aucun pays de la terre il n'existe autant d'instruction qu'en ,saxe et dans le nord de l',allemagne4 ,c'est l qu'est n le protestantisme1 et l'esprit d'examen s'y est soutenu depuis ce temps avec vigueur4 ,pendant le dernier sicle1 les lecteurs de ,saxe ont t catholiques2 et1 quoiqu'ils soient rests fidles au serment qui les obligeait respecter le culte de leurs sujets1 cette diffrence de religion entre le peuple et ses matres a donn moins d'unit politique l'tat4 ,les lecteurs rois de ,pologne ont aim les arts plus que la littrature1 qu'ils ne gnaient pas1 mais qui leur tait trangre4 ,la musique est cultive gnralement en ,saxe2 la galerie de ,dresde rassemble des chefs-d'uvre qui doivent animer les artistes4 ,la nature1 aux environs de la capitale1 est trs pittoresque1 mais la socit n'y offre pas de vifs plaisirs2 l'lgance d'une cour n'y prend point1 l'tiquette seule peut aisment s'y tablir4 ,on peut juger par la quantit d'ouvrages qui se vendent ,leipzig1 combien les livres allemands ont de lecteurs2 les ouvriers de toutes les classes1 les tailleurs de pierre mmes1 se reposent de leurs travaux un livre la main4 ,on ne saurait s'imaginer en ,france quel point les lumires sont rpandues en ,allemagne4 ,j'ai vu des aubergistes1 des commis de barrire1 qui connaissaient la littrature franaise4 ,on trouve jusque dans les villages des professeurs de grec et de latin4 ,il n'y a pas de petite ville qui ne renferme une assez bonne bibliothque1 et presque partout on peut citer quelques hommes recommandables par leurs talents et par leurs connaissances4 ,si l'on se mettait comparer1 sous ce rapport1 les provinces de ,france avec l',allemagne1 on croirait que les deux pays sont trois sicles de distance l'un de l'autre4 ,paris1 runissant dans son sein l'lite de l'empire1 te tout intrt tout le reste4 ,picard et ,kotzebue ont compos deux pices trs jolies1 intitules toutes deux la ,petite ,ville4 ,picard reprsente les habitants de la province cherchant sans cesse imiter ,paris1 et ,kotzebue les bourgeois d'une petite ville1 enchants et fiers du lieu qu'ils habitent1 et qu'ils croient incomparable4 ,la diffrence des ridicules donne toujours l'ide de la diffrence des murs4 ,en ,allemagne1 chaque sjour est un empire pour celui qui y rside2 son imagination1 ses tudes1 ou seulement sa bonhomie l'agrandit ses yeux2 chacun sait y tirer de soi-mme le meilleur parti possible4 ,l'importance qu'on met tout prte la plaisanterie2 mais cette importance mme donne du prix aux petites ressources4 ,en ,france1 on ne s'intresse qu' ,paris1 et l'on a raison1 car c'est toute la ,france2 et qui n'aurait vcu qu'en province n'aurait pas la moindre ide de ce qui caractrise cet illustre pays4 ,les hommes distingus de l',allemagne1 n'tant point rassembls dans une mme ville1 ne se voient presque pas1 et ne communiquent entre eux que par leurs crits2 chacun se fait sa route soi-mme1 et dcouvre sans cesse des contres nouvelles dans la vaste rgion de l'antiquit1 de la mtaphysique et de la science4 ,ce qu'on appelle tudier en ,allemagne est vraiment une chose admirable3 quinze heures par jour de solitude et de travail1 pendant des annes entires1 paraissent une manire d'exister toute naturelle2 l'ennui mme de la socit fait aimer la vie retire4 ,la libert de la presse la plus illimite existait en ,saxe2 mais elle n'avait aucun danger pour le gouvernement1 parce que l'esprit des hommes de lettres ne se tournait pas vers l'examen des institutions politiques3 la solitude porte se livrer aux spculations abstraites1 ou la posie3 il faut vivre dans le foyer des passions humaines pour sentir le besoin de s'en servir et de les diriger4 ,les crivains allemands ne s'occupaient que de thories1 d'rudition1 de recherches littraires et philosophiques2 et les puissants de ce monde n'ont rien craindre de tout cela4 ,d'ailleurs1 quoique le gouvernement de la ,saxe ne ft pas libre de droit1 c'est--dire reprsentatif1 il l'tait de fait1 par les habitudes du pays et la modration des princes4 ,la bonne foi des habitants tait telle1 qu' ,leipzig un propritaire ayant mis sur un pommier1 qu'il avait plant au bord de la promenade publique1 un criteau pour demander qu'on ne lui en prt pas les fruits1 on ne lui en vola pas un seul pendant dix ans4 ,j'ai vu ce pommier avec un sentiment de respect2 il et t l'arbre des ,hesprides1 qu'on n'et pas plus touch son or qu' ses fleurs4 ,la ,saxe tait d'une tranquillit profonde2 on y faisait quelquefois du bruit pour quelques ides1 mais sans songer leur application4 ,on et dit que penser et agir ne devaient avoir aucun rapport ensemble1 et que la vrit ressemblait1 chez les ,allemands1 la statue de ,mercure nomme ,herms1 qui n'a ni mains pour saisir1 ni pieds pour avancer4 ,il n'est rien pourtant de si respectable que ces conqutes paisibles de la rflexion1 qui occupaient sans cesse des hommes isols1 sans fortune1 sans pouvoir1 et lis entre eux seulement par le culte de la pense4 ,en ,france1 on ne s'est presque jamais occup des vrits abstraites que dans leur rapport avec la pratique4 ,perfectionner l'administration1 encourager la population par une sage conomie politique1 tel tait l'objet des travaux des philosophes1 principalement dans le dernier sicle4 ,cette manire d'employer son temps est aussi fort respectable2 mais1 dans l'chelle des penses1 la dignit de l'espce humaine importe plus que son bonheur1 et surtout que son accroissement3 multiplier les naissances sans ennoblir la destine1 c'est prparer seulement une fte plus somptueuse la mort4 ,les villes littraires de ,saxe sont celles o l'on voit rgner le plus de bienveillance et de simplicit4 ,on a considr partout ailleurs les lettres comme un apanage du luxe2 en ,allemagne elles semblent l'exclure4 ,les gots qu'elles inspirent donnent une sorte de candeur et de timidit qui fait aimer la vie domestique3 ce n'est pas que la vanit d'auteur n'ait un caractre trs prononc chez les ,allemands1 mais elle ne s'attache point aux succs de socit4 ,le plus petit crivain en veut la postrit2 et1 se dployant son aise dans l'espace des mditations sans bornes1 il est moins froiss par les hommes1 et s'aigrit moins contre eux4 ,toutefois1 les hommes de lettres et les hommes d'affaires sont trop spars en ,saxe pour qu'il s'y manifeste un vritable esprit public4 ,il rsulte de cette sparation1 que les uns ont une trop grande ignorance des choses pour exercer aucun ascendant sur le pays1 et que les autres se font gloire d'un certain machiavlisme docile1 qui sourit aux sentiments gnreux1 comme l'enfance1 et semble leur indiquer qu'ils ne sont pas de ce monde4 ,,chapitre ,,xv ,weimar4 ,de toutes les principauts de l',allemagne1 il n'en est point qui fasse mieux sentir que ,weimar les avantages d'un petit pays1 quand son chef est un homme de beaucoup d'esprit1 et qu'au milieu de ses sujets il peut chercher plaire sans cesser d'tre obi4 ,c'est une socit particulire qu'un tel tat1 et l'on y tient tous les uns aux autres par des rapports intimes4 ,la duchesse ,louise de ,saxe-,weimar est le vritable modle d'une femme destine par la nature au rang le plus illustre3 sans prtention1 comme sans faiblesse1 elle inspire au mme degr la confiance et le respect2 et l'hrosme des temps chevaleresques est entr dans son me1 sans lui rien ter de la douceur de son sexe4 ,les talents militaires du duc sont universellement estims1 et sa conversation piquante et rflchie rappelle sans cesse qu'il a t form par le grand ,frdric2 c'est son esprit et celui de sa mre qui ont attir les hommes de lettres les plus distingus ,weimar4 ,l',allemagne1 pour la premire fois1 eut une capitale littraire2 mais comme cette capitale tait en mme temps une trs petite ville1 elle n'avait d'ascendant que par ses lumires2 car la mode1 qui amne toujours l'uniformit dans tout1 ne pouvait partir d'un cercle aussi troit4 ,herder venait de mourir quand je suis arrive ,weimar2 mais ,wieland1 ,gthe et ,schiller y taient encore4 ,je peindrai chacun de ces hommes sparment1 dans la section suivante2 je les peindrai surtout par leurs ouvrages1 car leurs livres ressemblent parfaitement leur caractre et leur entretien4 ,cet accord trs rare est une preuve de sincrit3 quand on a pour premier but1 en crivant1 de faire effet sur les autres1 on ne se montre jamais eux tel qu'on est rellement2 mais quand on crit pour satisfaire l'inspiration intrieure dont l'me est saisie1 on fait connatre par ses crits1 mme sans le vouloir1 jusques aux moindres nuances de sa manire d'tre et de penser4 ,le sjour des petites villes m'a toujours paru trs ennuyeux4 ,l'esprit des hommes s'y rtrcit1 le cur des femmes s'y glace2 on y vit tellement en prsence les uns des autres1 qu'on est oppress par ses semblables2 ce n'est plus cette opinion distance1 qui vous anime et retentit de loin comme le bruit de la gloire2 c'est un examen minutieux de toutes les actions de votre vie1 une observation de chaque dtail1 qui rend incapable de comprendre l'ensemble de votre caractre2 et plus on a d'indpendance et d'lvation1 moins on peut respirer travers tous ces petits barreaux4 ,cette pnible gne n'existait point ,weimar1 ce n'tait point une petite ville1 mais un grand chteau2 un cercle choisi s'entretenait avec intrt de chaque production nouvelle des arts4 ,des femmes1 disciples aimables de quelques hommes suprieurs1 s'occupaient sans cesse des ouvrages littraires1 comme des vnements publics les plus importants4 ,on appelait l'univers soi par la lecture et l'tude2 on chappait par l'tendue de la pense aux bornes des circonstances2 en rflchissant souvent ensemble sur les grandes questions que fait natre la destine commune tous1 on oubliait les anecdotes particulires de chacun4 ,on ne rencontrait aucun de ces merveilleux de province1 qui prennent si facilement le ddain pour de la grce1 et l'affectation pour de l'lgance4 ,dans la mme principaut1 ct de la premire runion littraire de l',allemagne1 se trouvait ,ina1 l'un des foyers de science les plus remarquables4 ,un espace bien resserr rassemblait ainsi d'tonnantes lumires en tout genre4 ,l'imagination1 constamment excite ,weimar par l'entretien des potes1 prouvait moins le besoin des distractions extrieures2 ces distractions soulagent du fardeau de l'existence1 mais elles en dissipent souvent les forces4 ,on menait dans cette campagne1 appele ville1 une vie rgulire1 occupe et srieuse2 on pouvait s'en fatiguer quelquefois1 mais on n'y dgradait pas son esprit par des intrts futiles et vulgaires2 et si l'on manquait de plaisirs1 on ne sentait pas du moins dchoir ses facults4 ,le seul luxe du prince1 c'est un jardin ravissant1 et on lui sait gr de cette jouissance populaire1 qu'il partage avec tous les habitants de la ville4 ,le thtre1 dont je parlerai dans la seconde partie de cet ouvrage1 est dirig par le plus grand pote de l',allemagne1 ,gthe2 et ce spectacle intresse assez tout le monde pour prserver de ces assembles qui mettent en vidence les ennuis cachs4 ,on appelait ,weimar l',athnes de l',allemagne1 et c'tait1 en effet1 le seul lieu dans lequel l'intrt des beaux-arts ft pour ainsi dire national1 et servt de lien fraternel entre les rangs divers4 ,une cour librale recherchait habituellement la socit des hommes de lettres2 et la littrature gagnait singulirement l'influence du bon got qui rgnait dans cette cour4 ,l'on pouvait juger1 par ce petit cercle1 du bon effet que produirait en ,allemagne un tel mlange1 s'il tait gnralement adopt4 ,,chapitre ,,xvi ,la ,prusse4 ,il faut tudier le caractre de ,frdric ,,ii1 quand on veut connatre la ,prusse4 ,un homme a cr cet empire que la nature n'avait point favoris1 et qui n'est devenu une puissance que parce qu'un guerrier en a t le matre4 ,il y a deux hommes trs distincts dans ,frdric ,,ii3 un ,allemand par la nature1 et un ,franais par l'ducation4 ,tout ce que l',allemand a fait dans un royaume allemand y a laiss des traces durables2 tout ce que le ,franais a tent n'a point germ d'une manire fconde4 ,frdric ,,ii tait form par la philosophie franaise du dix-huitime sicle3 cette philosophie fait du mal aux nations1 lorsqu'elle tarit en elles la source de l'enthousiasme2 mais quand il existe telle chose qu'un monarque absolu1 il est souhaiter que des principes libraux temprent en lui l'action du despotisme4 ,frdric introduisit la libert de penser dans le nord de l',allemagne2 la rformation y avait amen l'examen1 mais non pas la tolrance2 et1 par un contraste singulier1 on ne permettait d'examiner qu'en prescrivant imprieusement d'avance le rsultat de cet examen4 ,frdric mit en honneur la libert de parler et d'crire1 soit par ces plaisanteries piquantes et spirituelles qui ont tant de pouvoir sur les hommes quand elles viennent d'un roi1 soit par son exemple1 plus puissant encore2 car il ne punit jamais ceux qui disaient ou imprimaient du mal de lui1 et il montra dans presque toutes ses actions la philosophie dont il professait les principes4 ,il tablit dans l'administration un ordre et une conomie qui ont fait la force intrieure de la ,prusse1 malgr tous ses dsavantages naturels4 ,il n'est point de roi qui se soit montr aussi simple que lui dans sa vie prive1 et mme dans sa cour3 il se croyait charg de mnager1 autant qu'il tait possible1 l'argent de ses sujets4 ,il avait en toutes choses un sentiment de justice que les malheurs de sa jeunesse et la duret de son pre avaient grav dans son cur4 ,ce sentiment est peut-tre le plus rare de tous dans les conqurants1 car ils aiment mieux tre gnreux que justes2 parce que la justice suppose un rapport quelconque d'galit avec les autres4 ,frdric avait rendu les tribunaux si indpendants1 que1 pendant sa vie1 et sous le rgne de ses successeurs1 on les a vus souvent dcider en faveur des sujets contre le roi1 dans des procs qui tenaient des intrts politiques4 ,il est vrai qu'il serait presque impossible1 en ,allemagne1 d'introduire l'injustice dans les tribunaux4 ,les ,allemands sont assez disposs se faire des systmes pour abandonner la politique l'arbitraire2 mais quand il s'agit de jurisprudence ou d'administration1 on ne peut faire entrer dans leur tte d'autres principes que ceux de la justice4 ,leur esprit de mthode1 mme sans parler de la droiture de leur cur1 rclame l'quit comme mettant de l'ordre dans tout4 ,nanmoins1 il faut louer ,frdric de sa probit dans le gouvernement intrieur de son pays3 c'est un de ses premiers titres l'admiration de la postrit4 ,frdric n'tait point sensible1 mais il avait de la bont2 or1 les qualits universelles sont celles qui conviennent le mieux aux souverains4 ,nanmoins1 cette bont de ,frdric tait inquitante comme celle du lion1 et l'on sentait la griffe du pouvoir1 mme au milieu de la grce et de la coquetterie de l'esprit le plus aimable4 ,les hommes d'un caractre indpendant ont eu de la peine se soumettre la libert que ce matre croyait donner1 la familiarit qu'il croyait permettre2 et1 tout en l'admirant1 ils sentaient qu'ils respiraient mieux loin de lui4 ,le grand malheur de ,frdric fut de n'avoir point assez de respect pour la religion ni pour les murs4 ,ses gots taient cyniques4 ,bien que l'amour de la gloire ait donn de l'lvation ses penses1 sa manire licencieuse de s'exprimer sur les objets les plus sacrs tait cause que ses vertus mme n'inspiraient pas de confiance3 on en jouissait1 on les approuvait1 mais on les croyait un calcul4 ,tout semblait devoir tre de la politique dans ,frdric2 ainsi donc1 ce qu'il faisait de bien rendait l'tat du pays meilleur1 mais ne perfectionnait pas la moralit de la nation4 ,il affichait l'incrdulit1 et se moquait de la vertu des femmes3 et rien ne s'accordait moins avec le caractre allemand que cette manire de penser4 ,frdric1 en affranchissant ses sujets de ce qu'il appelait les prjugs1 teignait en eux le patriotisme3 car1 pour s'attacher aux pays naturellement sombres et striles1 il faut qu'il y rgne des opinions et des principes d'une grande svrit4 ,dans ces contres sablonneuses1 o la terre ne produit que des sapins et des bruyres1 la force de l'homme consiste dans son me2 et si vous lui tez ce qui fait la vie de cette me1 les sentiments religieux1 il n'aura plus que du dgot pour sa triste patrie4 ,le penchant de ,frdric pour la guerre peut tre excus par de grands motifs politiques4 ,son royaume1 tel qu'il le reut de son pre1 ne pouvait subsister1 et c'est presque pour le conserver qu'il l'agrandit4 ,il avait deux millions et demi de sujets en arrivant au trne1 il en laissa six sa mort4 ,le besoin qu'il avait de l'arme l'empcha d'encourager dans la nation un esprit public dont l'nergie et l'unit fussent imposantes4 ,le gouvernement de ,frdric tait fond sur la force militaire et la justice civile3 il les conciliait l'une et l'autre par sa sagesse2 mais il tait difficile de mler ensemble deux esprits d'une nature si oppose4 ,frdric voulait que ses soldats fussent des machines militaires1 aveuglment soumises1 et que ses sujets fussent des citoyens clairs capables de patriotisme4 ,il n'tablit point dans les villes de ,prusse des autorits secondaires1 des municipalits telles qu'il en existait dans le reste de l',allemagne1 de peur que l'action immdiate du service militaire ne pt tre arrte par elles3 et cependant il souhaitait qu'il y et assez d'esprit de libert dans son empire pour que l'obissance y part volontaire4 ,il voulait que l'tat militaire ft le premier de tous1 puisque c'tait celui qui lui tait le plus ncessaire2 mais il aurait dsir que l'tat civil se maintnt indpendant ct de la force4 ,frdric1 enfin1 voulait rencontrer partout des appuis1 mais nulle part des obstacles4 ,l'amalgame merveilleux de toutes les classes de la socit ne s'obtient gure que par l'empire de la loi1 la mme pour tous4 ,un homme peut faire marcher ensemble des lments opposs1 mais sa mort ils se sparent#ac4 ,l'ascendant de ,frdric1 entretenu par la sagesse de ses successeurs1 s'est manifest quelque temps encore2 cependant on sentait toujours en ,prusse les deux nations qui en composaient mal une seule2 l'arme1 et l'tat civil4 ,les prjugs nobiliaires subsistaient ct des principes libraux les plus prononcs4 ,enfin1 l'image de la ,prusse offrait un double aspect1 comme celle de ,janus2 l'un militaire1 et l'autre philosophe4 ,un des plus grands torts de ,frdric fut de se prter au partage de la ,pologne4 ,la ,silsie avait t acquise par les armes1 la ,pologne fut une conqute machiavlique1 et l'on ne pouvait jamais esprer que des sujets ainsi drobs fussent fidles l'escamoteur qui se disait leur souverain#ad4 ,d'ailleurs1 les ,allemands et les ,esclavons ne sauraient s'unir entre eux par des liens indissolubles2 et quand une nation admet dans son sein pour sujets des trangers ennemis1 elle se fait presque autant de mal que quand elle les reoit pour matres2 car il n'y a plus dans le corps politique cet ensemble qui personnifie l'tat et constitue le patriotisme4 ,ces observations sur la ,prusse portent toutes sur les moyens qu'elle avait de se maintenir et de se dfendre3 car rien1 dans le gouvernement intrieur1 n'y nuisait l'indpendance et la scurit2 c'tait l'un des pays de l',europe o l'on honorait le plus les lumires2 o la libert de fait1 si ce n'est de droit1 tait le plus scrupuleusement respecte4 ,je n'ai pas rencontr dans toute la ,prusse un seul individu qui se plaignt d'actes arbitraires dans le gouvernement1 et cependant il n'y aurait pas eu le moindre danger s'en plaindre2 mais quand dans un tat social le bonheur lui-mme n'est1 pour ainsi dire1 qu'un accident heureux1 et qu'il n'est pas fond sur des institutions durables1 qui garantissent l'espce humaine sa force et sa dignit1 le patriotisme a peu de persvrance1 et l'on abandonne facilement au hasard les avantages qu'on croit ne devoir qu' lui4 ,frdric ,,ii1 l'un des plus beaux dons de ce hasard1 qui semblait veiller sur la ,prusse1 avait su se faire aimer sincrement dans son pays1 et depuis qu'il n'est plus1 on le chrit autant que pendant sa vie4 ,toutefois le sort de la ,prusse n'a que trop appris ce que c'est que l'influence mme d'un grand homme1 alors que durant son rgne il ne travaille point gnreusement se rendre utile3 la nation tout entire s'en reposait sur son roi de son principe d'existence1 et semblait devoir finir avec lui4 ,frdric ,,ii aurait voulu que la littrature franaise ft la seule de ses tats4 ,il ne faisait aucun cas de la littrature allemande4 ,sans doute elle n'tait pas de son temps beaucoup prs aussi remarquable qu' prsent2 mais il faut qu'un prince allemand encourage tout ce qui est allemand4 ,frdric avait le projet de rendre ,berlin un peu semblable ,paris1 et se flattait de trouver dans les rfugis franais quelques crivains assez distingus pour avoir une littrature franaise4 ,une telle esprance devait ncessairement tre trompe2 les cultures factices ne prosprent jamais2 quelques individus peuvent lutter contre les difficults que prsentent les choses2 mais les grandes masses suivent toujours la pente naturelle4 ,frdric a fait un mal vritable son pays en professant du mpris pour le gnie des ,allemands4 ,il en est rsult que le corps germanique a souvent conu d'injustes soupons contre la ,prusse4 ,plusieurs crivains allemands1 justement clbres1 se firent connatre vers la fin du rgne de ,frdric2 mais l'opinion dfavorable que ce grand monarque avait conue dans sa jeunesse contre la littrature de son pays1 ne s'effaa point1 et il composa peu d'annes avant sa mort un petit crit1 dans lequel il propose1 entre autres changements1 d'ajouter une voyelle la fin de chaque verbe pour adoucir la langue tudesque4 ,cet ,allemand masqu en italien produirait le plus comique effet du monde2 mais nul monarque1 mme en ,orient1 n'aurait assez de puissance pour influer ainsi1 non sur le sens1 mais sur le son de chaque mot qui se prononcerait dans son empire4 ,klopstock a noblement reproch ,frdric de ngliger les muses allemandes1 qui1 son insu1 s'essayaient proclamer sa gloire4 ,frdric n'a pas du tout devin ce que sont les ,allemands en littrature et en philosophie2 il ne les croyait pas inventeurs4 ,il voulait discipliner les hommes de lettres comme ses armes4 ,il faut1 crivait-il en mauvais allemand1 dans ses instructions l'acadmie1 se conformer la mthode de ,boerhaave dans la mdecine1 celle de ,locke dans la mtaphysique1 et celle de ,thomasius pour l'histoire naturelle4 ,ses conseils n'ont pas t suivis4 ,il ne se doutait gure que de tous les hommes les ,allemands taient ceux qu'on pouvait le moins assujettir la routine littraire et philosophique3 rien n'annonait en eux l'audace qu'ils ont montre depuis dans le champ de l'abstraction4 ,frdric considrait ses sujets comme des trangers1 et les hommes d'esprit franais comme ses compatriotes4 ,rien n'tait plus naturel1 il faut en convenir1 que de se laisser sduire par tout ce qu'il y avait de brillant et de solide dans les crivains franais cette poque2 nanmoins ,frdric aurait contribu plus efficacement encore la gloire de son pays1 s'il avait compris et dvelopp les facults particulires la nation qu'il gouvernait4 ,mais comment rsister l'influence de son temps1 et quel est l'homme dont le gnie mme n'est pas beaucoup d'gards l'ouvrage de son sicle8 ,,chapitre ,,xvii ,berlin4 ,berlin est une grande ville1 dont les rues sont trs larges1 parfaitement bien alignes1 les maisons belles1 et l'ensemble rgulier3 mais comme il n'y a pas longtemps qu'elle est rebtie1 on n'y voit rien qui retrace les temps antrieurs4 ,aucun monument gothique ne subsiste au milieu des habitations modernes2 et ce pays nouvellement form n'est gn par l'ancien en aucun genre4 ,que peut-il y avoir de mieux1 dira-t-on1 soit pour les difices1 soit pour les institutions1 que de n'tre pas embarrass par des ruines8 ,je sens que j'aimerais en ,amrique les nouvelles villes et les nouvelles lois3 la nature et la libert y parlent assez l'me pour qu'on n'y ait pas besoin de souvenirs2 mais sur notre vieille terre il faut du pass4 ,berlin1 cette ville toute moderne1 quelque belle qu'elle soit1 ne fait pas une impression assez srieuse2 on n'y aperoit point l'empreinte de l'histoire du pays1 ni du caractre des habitants1 et ces magnifiques demeures1 nouvellement construites1 ne semblent destines qu'aux rassemblements commodes des plaisirs et de l'industrie4 ,les plus beaux palais de ,berlin sont btis en briques2 on trouverait peine une pierre de taille dans les arcs de triomphe4 ,la capitale de la ,prusse ressemble la ,prusse elle-mme2 les difices et les institutions y ont ge d'homme1 et rien de plus1 parce qu'un homme seul en est l'auteur4 ,la cour1 prside par une reine belle et vertueuse1 tait imposante et simple tout la fois2 la famille royale1 qui se rpandait volontiers dans la socit1 savait se mler noblement la nation1 et s'identifiait dans tous les curs avec la patrie4 ,le roi avait su fixer ,berlin ,j4 de ,mller1 ,ancillon1 ,fichte1 ,humboldt1 ,hufeland1 une foule d'hommes distingus dans des genres diffrents2 enfin tous les lments d'une socit charmante et d'une nation forte taient l3 mais ces lments n'taient point encore combins ni runis4 ,l'esprit russissait cependant d'une faon plus gnrale ,berlin qu' ,vienne2 le hros du pays1 ,frdric1 ayant t un homme prodigieusement spirituel1 le reflet de son nom faisait encore aimer tout ce qui pouvait lui ressembler4 ,marie-,thrse n'a point donn une impulsion semblable aux ,viennois1 et ce qui dans ,joseph ressemblait de l'esprit1 les en a dgots4 ,aucun spectacle en ,allemagne n'galait celui de ,berlin4 ,cette ville1 tant au centre du nord de l',allemagne1 peut tre considre comme le foyer de ses lumires4 ,on y cultive les sciences et les lettres1 et dans les dners d'hommes1 chez les ministres et ailleurs1 on ne s'astreint point la sparation de rang si nuisible l',allemagne1 et l'on sait rassembler les gens de talent de toutes les classes4 ,cet heureux mlange ne s'tend pas encore nanmoins jusqu' la socit des femmes3 il en est quelques-unes dont les qualits et les agrments attirent autour d'elles tout ce qui se distingue2 mais en gnral1 ,berlin comme dans le reste de l',allemagne1 la socit des femmes n'est pas bien amalgame avec celle des hommes4 ,le grand charme de la vie sociale1 en ,france1 consiste dans l'art de concilier parfaitement ensemble les avantages que l'esprit des femmes et celui des hommes runis peuvent apporter dans la conversation4 ,a ,berlin1 les hommes ne causent gure qu'entre eux2 l'tat militaire leur donne une certaine rudesse qui leur inspire le besoin de ne pas se gner pour les femmes4 ,quand il y a1 comme en ,angleterre1 de grands intrts politiques discuter1 les socits d'hommes sont toujours animes par un noble intrt commun3 mais dans les pays o il n'y a pas de gouvernement reprsentatif1 la prsence des femmes est ncessaire pour maintenir tous les sentiments de dlicatesse et de puret1 sans lesquels l'amour du beau doit se perdre4 ,l'influence des femmes est plus salutaire aux guerriers qu'aux citoyens2 le rgne de la loi se passe mieux d'elles que celui de l'honneur2 car ce sont elles seules qui conservent l'esprit chevaleresque dans une monarchie purement militaire4 ,l'ancienne ,france a d tout son clat cette puissance de l'opinion publique1 dont l'ascendant des femmes tait la cause4 ,il n'y avait qu'un trs petit nombre d'hommes dans les socits ,berlin1 ce qui gte presque toujours ceux qui s'y trouvent1 en leur tant l'inquitude et le besoin de plaire4 ,les officiers qui obtenaient un cong pour venir passer quelques mois la ville1 n'y cherchaient que la danse et le jeu4 ,le mlange des deux langues nuisait la conversation1 et les grandes assembles n'offraient pas plus d'intrt ,berlin qu' ,vienne3 on doit trouver mme dans tout ce qui tient aux manires1 plus d'usage du monde ,vienne qu' ,berlin4 ,nanmoins la libert de la presse1 la runion des hommes d'esprit1 la connaissance de la littrature et de la langue allemande1 qui s'tait gnralement rpandue dans les derniers temps1 faisaient de ,berlin la vraie capitale de l',allemagne nouvelle1 de l',allemagne claire4 ,les rfugis franais affaiblissaient un peu l'impulsion toute allemande dont ,berlin est susceptible2 ils conservaient encore un respect superstitieux pour le sicle de ,louis ,,xiv2 leurs ides sur la littrature se fltrissaient et se ptrifiaient1 distance du pays d'o elles taient tires2 mais en gnral ,berlin aurait pris un grand ascendant sur l'esprit public en ,allemagne1 si l'on n'avait pas conserv1 je le rpte1 du ressentiment contre le ddain que ,frdric avait montr pour la nation germanique4 ,les crivains philosophes ont eu souvent d'injustes prjugs contre la ,prusse2 ils ne voyaient en elle qu'une vaste caserne1 et c'tait sous ce rapport qu'elle valait le moins3 ce qui doit intresser ce pays1 ce sont les lumires1 l'esprit de justice et les sentiments d'indpendance qu'on rencontre dans une foule d'individus de toutes les classes2 mais le lien de ces belles qualits n'tait pas encore form4 ,l'tat1 nouvellement constitu1 ne reposait ni sur le temps ni sur le peuple4 ,les punitions humiliantes1 gnralement admises parmi les troupes allemandes1 froissaient l'honneur dans l'me des soldats4 ,les habitudes militaires ont plutt nui que servi l'esprit guerrier des ,prussiens2 ces habitudes taient fondes sur de vieilles mthodes qui sparaient l'arme de la nation1 tandis que1 de nos jours1 il n'y a de vritable force que dans le caractre national4 ,ce caractre en ,prusse est plus noble et plus exalt que les derniers vnements ne pourraient le faire supposer2 et l'ardent hrosme du malheureux prince ,louis doit jeter encore quelque gloire sur ses compagnons d'armes#ae4 ,,chapitre ,,xviii ,des universits allemandes4 ,tout le nord de l',allemagne est rempli d'universits les plus savantes de l',europe4 ,dans aucun pays1 pas mme en ,angleterre1 il n'y a autant de moyens de s'instruire et de perfectionner ses facults4 ,a quoi tient donc que la nation manque d'nergie1 et qu'elle paraisse en gnral lourde et borne1 quoiqu'elle renferme un petit nombre d'hommes peut-tre les plus spirituels de l',europe8 ,c'est la nature des gouvernements1 et non l'ducation1 qu'il faut attribuer ce singulier contraste4 ,l'ducation intellectuelle est parfaite en ,allemagne1 mais tout s'y passe en thorie3 l'ducation pratique dpend uniquement des affaires2 c'est par l'action seule que le caractre acquiert la fermet ncessaire pour se guider dans la conduite de la vie4 ,le caractre est un instinct2 il tient de plus prs la nature que l'esprit1 et nanmoins les circonstances donnent seules aux hommes l'occasion de le dvelopper4 ,les gouvernements sont les vrais instituteurs des peuples2 et l'ducation publique elle-mme1 quelque bonne qu'elle soit1 peut former des hommes de lettres1 mais non des citoyens1 des guerriers1 ou des hommes d'tat4 ,en ,allemagne1 le gnie philosophique va plus loin que partout ailleurs2 rien ne l'arrte1 et l'absence mme de carrire politique1 si funeste la masse1 donne encore plus de libert aux penseurs4 ,mais une distance immense spare les esprits du premier et du second ordre1 parce qu'il n'y a point d'intrt1 ni d'objet d'activit1 pour les hommes qui ne s'lvent pas la hauteur des conceptions les plus vastes4 ,celui qui ne s'occupe pas de l'univers1 en ,allemagne1 n'a vraiment rien faire4 ,les universits allemandes ont une ancienne rputation qui date de plusieurs sicles avant la rformation4 ,depuis cette poque1 les universits protestantes sont incontestablement suprieures aux universits catholiques1 et toute la gloire littraire de l',allemagne tient ces institutions#af4 ,les universits anglaises ont singulirement contribu rpandre parmi les ,anglais cette connaissance des langues et de la littrature ancienne1 qui donne aux orateurs et aux hommes d'tat en ,angleterre une instruction si librale et si brillante4 ,il est de bon got de savoir autre chose que les affaires1 quand on le sait bien3 et1 d'ailleurs1 l'loquence des nations libres se rattache l'histoire des ,grecs et des ,romains1 comme celle d'anciens compatriotes4 ,mais les universits allemandes1 quoique fondes sur des principes analogues ceux d',angleterre1 en diffrent beaucoup d'gards3 la foule des tudiants qui se runissaient ,gttingue1 ,halle1 ,ina1 etc41 formaient presque un corps libre dans l'tat3 les coliers riches et pauvres ne se distinguaient entre eux que par leur mrite personnel1 et les trangers1 qui venaient de tous les coins du monde1 se soumettaient avec plaisir cette galit que la supriorit naturelle pouvait seule altrer4 ,il y avait de l'indpendance1 et mme de l'esprit militaire1 parmi les tudiants2 et si1 en sortant de l'universit1 ils avaient pu se vouer aux intrts publics1 leur ducation et t trs favorable l'nergie du caractre3 mais ils rentraient dans les habitudes monotones et casanires qui dominent en ,allemagne1 et perdaient par degrs l'lan et la rsolution que la vie de l'universit leur avait inspirs2 il ne leur en restait qu'une instruction trs tendue4 ,dans chaque universit allemande plusieurs professeurs taient en concurrence pour chaque branche d'enseignement2 ainsi1 les matres avaient eux-mmes de l'mulation1 intresss qu'ils taient l'emporter les uns sur les autres1 en attirant un plus grand nombre d'coliers4 ,ceux qui se destinaient telle ou telle carrire en particulier1 la mdecine1 le droit1 etc41 se trouvaient naturellement appels s'instruire sur d'autres sujets2 et de l vient l'universalit de connaissances que l'on remarque dans presque tous les hommes instruits de l',allemagne4 ,les universits possdaient des biens en propre1 comme le clerg2 elles avaient une juridiction elles2 et c'est une belle ide de nos pres que d'avoir rendu les tablissements d'ducation tout fait libres4 ,l'ge mr peut se soumettre aux circonstances2 mais l'entre de la vie1 au moins1 le jeune homme doit puiser ses ides dans une source non altre4 ,l'tude des langues1 qui fait la base de l'instruction en ,allemagne1 est beaucoup plus favorable aux progrs des facults dans l'enfance1 que celles des mathmatiques ou des sciences physiques4 ,pascal1 ce grand gomtre1 dont la pense profonde planait sur la science dont il s'occupait spcialement1 comme sur toutes les autres1 a reconnu lui-mme les dfauts insparables des esprits forms d'abord par les mathmatiques3 cette tude1 dans le premier ge1 n'exerce que le mcanisme de l'intelligence2 les enfants que l'on occupe de si bonne heure calculer1 perdent toute cette sve de l'imagination1 alors si belle et si fconde1 et n'acquirent point la place une justesse d'esprit transcendante3 car l'arithmtique et l'algbre se bornent nous apprendre de mille manires des propositions toujours identiques4 ,les problmes de la vie sont plus compliqus2 aucun n'est positif1 aucun n'est absolu3 il faut deviner1 il faut choisir1 l'aide d'aperus et de suppositions qui n'ont aucun rapport avec la marche infaillible du calcul4 ,les vrits dmontres ne conduisent point aux vrits probables1 les seules qui servent de guides dans les affaires1 comme dans les arts1 comme dans la socit4 ,il y a sans doute un point o les mathmatiques elles-mmes exigent cette puissance lumineuse de l'invention1 sans laquelle on ne peut pntrer dans les secrets de la nature3 au sommet de la pense1 l'imagination d',homre et celle de ,newton semblent se runir2 mais combien d'enfants sans gnie pour les mathmatiques1 ne consacrent-ils pas tout leur temps cette science6 ,on n'exerce chez eux qu'une seule facult1 tandis qu'il faut dvelopper tout l'tre moral1 dans une poque o l'on peut si facilement dranger l'me comme le corps1 en ne fortifiant qu'une partie4 ,rien n'est moins applicable la vie qu'un raisonnement mathmatique4 ,une proposition1 en fait de chiffres1 est dcidment fausse ou vraie2 sous tous les autres rapports le vrai se mle avec le faux d'une telle manire1 que souvent l'instinct peut seul nous dcider entre des motifs divers1 quelquefois aussi puissants d'un ct que de l'autre4 ,l'tude des mathmatiques1 habituant la certitude1 irrite contre toutes les opinions opposes la ntre2 tandis que ce qu'il y a de plus important pour la conduite de ce monde1 c'est d'apprendre les autres1 c'est--dire de concevoir tout ce qui les porte penser et sentir autrement que nous4 ,les mathmatiques induisent ne tenir compte que de ce qui est prouv2 tandis que les vrits primitives1 celles que le sentiment et le gnie saisissent1 ne sont pas susceptibles de dmonstration4 ,enfin les mathmatiques1 soumettant tout au calcul1 inspirent trop de respect pour la force2 et cette nergie sublime qui ne compte pour rien les obstacles et se plat dans les sacrifices1 s'accorde difficilement avec le genre de raison que dveloppent les combinaisons algbriques4 ,il me semble donc que1 pour l'avantage de la morale1 aussi bien que pour celui de l'esprit1 il vaut mieux placer l'tude des mathmatiques dans son temps1 et comme une portion de l'instruction totale1 mais non en faire la base de l'ducation1 et par consquent le principe dterminant du caractre et de l'me4 ,parmi les systmes d'ducation1 il en est aussi qui conseillent de commencer l'enseignement par les sciences naturelles2 elles ne sont dans l'enfance qu'un simple divertissement2 ce sont des hochets savants qui accoutument s'amuser avec mthode et tudier superficiellement4 ,on s'est imagin qu'il fallait1 autant qu'on le pouvait1 pargner de la peine aux enfants1 changer en dlassement toutes leurs tudes1 leur donner de bonne heure des collections d'histoire naturelle pour jouets1 des expriences de physique pour spectacle4 ,il me semble que cela aussi est un systme erron4 ,s'il tait possible qu'un enfant apprt bien quelque chose en s'amusant1 je regretterais encore pour lui le dveloppement d'une facult1 l'attention1 facult qui est beaucoup plus essentielle qu'une connaissance de plus4 ,je sais qu'on me dira que les mathmatiques rendent particulirement appliqu2 mais elles n'habituent pas rassembler1 apprcier1 concentrer3 l'attention qu'elles exigent est1 pour ainsi dire1 en ligne droite3 l'esprit humain agit en mathmatiques comme un ressort qui suit une direction toujours la mme4 ,l'ducation faite en s'amusant disperse la pense2 la peine en tout genre est un des grands secrets de la nature3 l'esprit de l'enfant doit s'accoutumer aux efforts de l'tude1 comme notre me la souffrance4 ,le perfectionnement du premier ge tient au travail1 comme le perfectionnement du second la douleur3 il est souhaiter sans doute que les parents et la destine n'abusent pas trop de ce double secret2 mais il n'y a d'important1 toutes les poques de la vie1 que ce qui agit sur le centre mme de l'existence1 et l'on considre trop souvent l'tre moral en dtail4 ,vous enseignerez avec des tableaux1 avec des cartes1 une quantit de choses votre enfant2 mais vous ne lui apprendrez pas apprendre2 et l'habitude de s'amuser1 que vous dirigez sur les sciences1 suivra bientt un autre cours1 quand l'enfant ne sera plus dans votre dpendance4 ,ce n'est donc pas sans raison que l'tude des langues anciennes et modernes a t la base de tous les tablissements d'ducation qui ont form les hommes les plus capables en ,europe3 le sens d'une phrase dans une langue trangre est la fois un problme grammatical et intellectuel2 ce problme est tout fait proportionn l'intelligence de l'enfant3 d'abord il n'entend que les mots1 puis il s'lve jusqu' la conception de la phrase2 et bientt aprs le charme de l'expression1 sa force1 son harmonie1 tout ce qui se trouve enfin dans le langage de l'homme1 se fait sentir par degrs l'enfant qui traduit4 ,il s'essaie tout seul avec les difficults que lui prsentent deux langues la fois2 il s'introduit dans les ides successivement1 compare et combine divers genres d'analogies et de vraisemblances2 et l'activit spontane de l'esprit1 la seule qui dveloppe vraiment la facult de penser1 est vivement excite par cette tude4 ,le nombre des facults qu'elle fait mouvoir la fois lui donne l'avantage sur tout autre travail1 et l'on est trop heureux d'employer la mmoire flexible de l'enfant retenir un genre de connaissances1 sans lequel il serait born toute sa vie au cercle de sa propre nation1 cercle troit comme tout ce qui est exclusif4 ,l'tude de la grammaire exige la mme suite et la mme force d'attention que les mathmatiques1 mais elle tient de beaucoup plus prs la pense4 ,la grammaire lie les ides l'une l'autre1 comme le calcul enchane les chiffres2 la logique grammaticale est aussi prcise que celle de l'algbre1 et cependant elle s'applique tout ce qu'il y a de vivant dans notre esprit3 les mots sont en mme temps des chiffres et des images2 ils sont esclaves et libres1 soumis la discipline de la syntaxe1 et tout-puissants par leur signification naturelle2 ainsi l'on trouve dans la mtaphysique de la grammaire l'exactitude du raisonnement et l'indpendance de la pense runies ensemble2 tout a pass par les mots et tout s'y retrouve quand on sait les examiner3 les langues sont inpuisables pour l'enfant comme pour l'homme1 et chacun en peut tirer tout ce dont il a besoin4 ,l'impartialit naturelle l'esprit des ,allemands les porte s'occuper des littratures trangres1 et l'on ne trouve gure d'hommes un peu au-dessus de la classe commune1 en ,allemagne1 qui la lecture de plusieurs langues ne soit familire4 ,en sortant des coles on sait dj d'ordinaire trs bien le latin et mme le grec4 ,l'ducation des universits allemandes1 dit un crivain franais1 commence o finit celle de plusieurs nations de l',europe4 ,non seulement les professeurs sont des hommes d'une instruction tonnante1 mais ce qui les distingue surtout1 c'est un enseignement trs scrupuleux4 ,en ,allemagne1 on met de la conscience dans tout1 et rien en effet ne peut s'en passer4 ,si l'on examine le cours de la destine humaine1 on verra que la lgret peut conduire tout ce qu'il y a de mauvais dans ce monde4 ,il n'y a que l'enfance dans qui la lgret soit un charme2 il semble que le ,crateur tienne encore l'enfant par la main1 et l'aide marcher doucement sur les nuages de la vie4 ,mais quand le temps livre l'homme lui-mme1 ce n'est que dans le srieux de son me qu'il trouve des penses1 des sentiments et des vertus4 ,,chapitre ,,xix ,des institutions particulires d'ducation et de bienfaisance4 ,il paratra d'abord inconsquent de louer l'ancienne mthode1 qui faisait de l'tude des langues la base de l'ducation1 et de considrer l'cole de ,pestalozzi comme l'une des meilleures institutions de notre sicle2 je crois cependant que ces deux manires de voir peuvent se concilier4 ,de toutes les tudes1 celle qui donne chez ,pestalozzi les rsultats les plus brillants1 ce sont les mathmatiques4 ,mais il me parat que sa mthode pourrait s'appliquer plusieurs autres parties de l'instruction1 et qu'elle y ferait faire des progrs srs et rapides4 ,rousseau a senti que les enfants1 avant l'ge de douze treize ans1 n'avaient point l'intelligence ncessaire pour les tudes qu'on exigeait d'eux1 ou plutt pour la mthode d'enseignement laquelle on les soumettait4 ,ils rptaient sans comprendre1 ils travaillaient sans s'instruire2 et ne recueillaient souvent de l'ducation que l'habitude de faire leur tche sans la concevoir1 et d'esquiver le pouvoir du matre par la ruse de l'colier4 ,tout ce que ,rousseau a dit contre cette ducation routinire est parfaitement vrai2 mais1 comme il arrive souvent1 ce qu'il propose comme remde est encore plus mauvais que le mal4 ,un enfant qui1 d'aprs le systme de ,rousseau1 n'aurait rien appris jusqu' l'ge de douze ans1 aurait perdu six annes prcieuses de sa vie2 ses organes intellectuels n'acquerraient jamais la flexibilit que l'exercice1 ds la premire enfance1 pouvait seul leur donner4 ,les habitudes d'oisivet seraient tellement enracines en lui1 qu'on le rendrait bien plus malheureux en lui parlant de travail1 pour la premire fois1 l'ge de douze ans1 qu'en l'accoutumant depuis qu'il existe le regarder comme une condition ncessaire de la vie4 ,d'ailleurs1 l'espce de soin que ,rousseau exige de l'instituteur1 pour suppler l'instruction1 et pour la faire arriver par la ncessit1 obligerait chaque homme consacrer sa vie entire l'ducation d'un autre1 et les grands-pres seuls se trouveraient libres de commencer une carrire personnelle4 ,de tels projets sont chimriques1 tandis que la mthode de ,pestalozzi est relle1 applicable1 et peut avoir une grande influence sur la marche future de l'esprit humain4 ,rousseau dit avec raison que les enfants ne comprennent pas ce qu'ils apprennent1 et il en conclut qu'ils ne doivent rien apprendre4 ,pestalozzi a profondment tudi ce qui fait que les enfants ne comprennent pas1 et sa mthode simplifie et gradue les ides de telle manire qu'elles sont mises la porte de l'enfance1 et que l'esprit de cet ge arrive sans se fatiguer aux rsultats les plus profonds4 ,en passant avec exactitude par tous les degrs du raisonnement1 ,pestalozzi met l'enfant en tat de dcouvrir lui-mme ce qu'on veut lui enseigner4 ,il n'y a point d' peu prs dans la mthode de ,pestalozzi3 on entend bien1 ou l'on n'entend pas3 car toutes les propositions se touchent de si prs1 que le second raisonnement est toujours la consquence immdiate du premier4 ,rousseau a dit que l'on fatiguait la tte des enfants par les tudes que l'on exigeait d'eux2 ,pestalozzi les conduit toujours par une route si facile et si positive1 qu'il ne leur en cote pas plus de s'initier dans les sciences les plus abstraites1 que dans les occupations les plus simples2 chaque pas dans ces sciences est aussi ais1 par rapport l'antcdent1 que la consquence la plus naturelle tire des circonstances les plus ordinaires4 ,ce qui lasse les enfants1 c'est de leur faire sauter les intermdiaires1 de les faire avancer sans qu'ils sachent ce qu'ils croient avoir appris4 ,il y a dans leur tte alors une sorte de confusion qui leur rend tout examen redoutable1 et leur inspire un invincible dgot pour le travail4 ,il n'existe pas de trace de ces inconvnients chez ,pestalozzi3 les enfants s'amusent de leurs tudes1 non pas qu'on leur en fasse un jeu1 ce qui1 comme je l'ai dj dit1 met l'ennui dans le plaisir et la frivolit dans l'tude2 mais parce qu'ils gotent ds l'enfance le plaisir des hommes faits1 savoir1 comprendre1 et terminer ce dont ils sont chargs4 ,la mthode de ,pestalozzi1 comme tout ce qui est vraiment bon1 n'est pas une dcouverte entirement nouvelle1 mais une application claire et persvrante de vrits dj connues4 ,la patience1 l'observation1 et l'tude philosophique des procds de l'esprit humain1 lui ont fait connatre ce qu'il y a d'lmentaire dans les penses1 et de successif dans leur dveloppement2 et il a pouss plus loin qu'un autre la thorie et la pratique de la gradation dans l'enseignement4 ,on a appliqu avec succs sa mthode la grammaire1 la gographie1 la musique2 mais il serait fort dsirer que les professeurs distingus qui ont adopt ses principes1 les fissent servir tous les genres de connaissances4 ,celle de l'histoire en particulier n'est pas encore bien conue4 ,on n'a point observ la gradation des impressions dans la littrature1 comme celle des problmes dans les sciences4 ,enfin1 il reste beaucoup de choses faire pour porter au plus haut point l'ducation1 c'est--dire1 l'art de se placer en arrire de ce qu'on sait pour le faire comprendre aux autres4 ,pestalozzi se sert de la gomtrie pour apprendre aux enfants le calcul arithmtique2 c'tait aussi la mthode des anciens4 ,la gomtrie parle plus l'imagination que les mathmatiques abstraites4 ,c'est bien fait de runir autant qu'il est possible la prcision de l'enseignement la vivacit des impressions1 si l'on veut se rendre matre de l'esprit humain tout entier2 car ce n'est pas la profondeur mme de la science1 mais l'obscurit dans la manire de la prsenter1 qui seule peut empcher les enfants de la saisir3 ils comprennent tout de degr en degr3 l'essentiel est de mesurer les progrs sur la marche de la raison dans l'enfance4 ,cette marche lente1 mais sre1 conduit aussi loin qu'il est possible1 ds qu'on s'astreint ne la jamais hter4 ,c'est chez ,pestalozzi un spectacle attachant et singulier1 que ces visages d'enfants dont les traits arrondis1 vagues et dlicats1 prennent naturellement une expression rflchie3 ils sont attentifs par eux-mmes1 et considrent leurs tudes comme un homme d'un ge mr s'occuperait de ses propres affaires4 ,une chose remarquable1 c'est que ni la punition ni la rcompense ne sont ncessaires pour les exciter dans leurs travaux4 ,c'est peut-tre la premire fois qu'une cole de cent cinquante enfants va sans le ressort de l'mulation et de la crainte4 ,combien de mauvais sentiments sont pargns l'homme1 quand on loigne de son cur la jalousie et l'humiliation1 quand il ne voit point dans ses camarades des rivaux1 ni dans ses matres des juges6 ,rousseau voulait soumettre l'enfant la loi de la destine2 ,pestalozzi cre lui-mme cette destine1 pendant le cours de l'ducation de l'enfant1 et dirige ses dcrets pour son bonheur et son perfectionnement4 ,l'enfant se sent libre1 parce qu'il se plat dans l'ordre gnral qui l'entoure1 et dont l'galit parfaite n'est point drange mme par les talents plus ou moins distingus de quelques-uns4 ,il ne s'agit pas l de succs1 mais de progrs vers un but auquel tous tendent avec une mme bonne foi4 ,les coliers deviennent matres quand ils en savent plus que leurs camarades2 les matres redeviennent coliers quand ils trouvent quelques imperfections dans leur mthode1 et recommencent leur propre ducation pour mieux juger des difficults de l'enseignement4 ,on craint assez gnralement que la mthode de ,pestalozzi n'touffe l'imagination1 et ne s'oppose l'originalit de l'esprit2 il est difficile qu'il y ait une ducation pour le gnie1 et ce n'est gure que la nature et le gouvernement qui l'inspirent ou l'excitent4 ,mais ce ne peut tre un obstacle au gnie1 que des connaissances primitives parfaitement claires et sres2 elles donnent l'esprit un genre de fermet qui lui rend ensuite faciles toutes les tudes les plus hautes4 ,il faut considrer l'cole de ,pestalozzi comme borne jusqu' prsent l'enfance4 ,l'ducation qu'il donne n'est dfinitive que pour les gens du peuple2 mais c'est par cela mme qu'elle peut exercer une influence trs salutaire sur l'esprit national4 ,l'ducation1 pour les hommes riches1 doit tre partage en deux poques3 dans la premire1 les enfants sont guids par leurs matres2 dans la seconde1 ils s'instruisent volontairement1 et cette ducation de choix1 c'est dans les grandes universits qu'il faut la recevoir4 ,l'instruction qu'on acquiert chez ,pestalozzi donne chaque homme1 de quelque classe qu'il soit1 une base sur laquelle il peut btir son gr la chaumire du pauvre ou les palais des rois4 ,on aurait tort si l'on croyait en ,france qu'il n'y a rien de bon prendre dans l'cole de ,pestalozzi1 que sa mthode rapide pour apprendre calculer4 ,pestalozzi lui-mme n'est pas mathmaticien2 il sait mal les langues2 il n'a que le gnie et l'instinct du dveloppement intrieur de l'intelligence des enfants2 il voit quel chemin leur pense suit pour arriver au but4 ,cette loyaut de caractre1 qui rpand un si noble calme sur les affections du cur1 ,pestalozzi l'a juge ncessaire aussi dans les oprations de l'esprit4 ,il pense qu'il y a un plaisir de moralit dans des tudes compltes4 ,en effet1 nous voyons sans cesse que les connaissances superficielles inspirent une sorte d'arrogance ddaigneuse1 qui fait repousser comme inutile1 ou dangereux1 ou ridicule1 tout ce qu'on ne sait pas4 ,nous voyons aussi que ces connaissances superficielles obligent cacher habilement ce qu'on ignore4 ,la candeur souffre de tous ces dfauts d'instruction1 dont on ne peut s'empcher d'tre honteux4 ,savoir parfaitement ce qu'on sait1 donne un repos l'esprit1 qui ressemble la satisfaction de la conscience4 ,la bonne foi de ,pestalozzi1 cette bonne foi porte dans la sphre de l'intelligence1 et qui traite avec les ides aussi scrupuleusement qu'avec les hommes1 est le principal mrite de son cole2 c'est par l qu'il rassemble autour de lui des hommes consacrs au bien-tre des enfants d'une faon tout fait dsintresse4 ,quand1 dans un tablissement public1 aucun des calculs personnels des chefs n'est satisfait1 il faut chercher le mobile de cet tablissement dans leur amour de la vertu3 les jouissances qu'elle donne peuvent seules se passer de trsors et de pouvoir4 ,on n'imiterait point l'institut de ,pestalozzi en transportant ailleurs sa mthode d'enseignement2 il faut tablir avec elle la persvrance dans les matres1 la simplicit dans les coliers1 la rgularit dans le genre de vie1 enfin surtout1 les sentiments religieux qui animent cette cole4 ,les pratiques du culte n'y sont pas suivies avec plus d'exactitude qu'ailleurs2 mais tout s'y passe au nom de la ,divinit1 au nom de ce sentiment lev1 noble et pur1 qui est la religion habituelle du cur4 ,la vrit1 la bont1 la confiance1 l'affection1 entourent les enfants2 c'est dans cette atmosphre qu'ils vivent1 et1 pour quelque temps du moins1 ils restent trangers toutes les passions haineuses1 tous les prjugs orgueilleux du monde4 ,un loquent philosophe1 ,fichte1 a dit qu'il attendait la rgnration de la nation allemande de l'institut de ,pestalozzi3 il faut convenir au moins qu'une rvolution fonde sur de pareils moyens ne serait ni violente ni rapide2 car l'ducation1 quelque bonne qu'elle puisse tre1 n'est rien en comparaison de l'influence des vnements publics3 l'instruction perce goutte goutte le rocher1 mais le torrent l'enlve en un jour4 ,il faut rendre surtout hommage ,pestalozzi1 pour le soin qu'il a pris de mettre son institut la porte des personnes sans fortune1 en rduisant le prix de sa pension autant qu'il tait possible4 ,il s'est constamment occup de la classe des pauvres1 et veut lui assurer le bienfait des lumires pures et de l'instruction solide4 ,les ouvrages de ,pestalozzi sont1 sous ce rapport1 une lecture trs curieuse3 il a fait des romans dans lesquels les situations de la vie des gens du peuple sont peintes avec un intrt1 une vrit et une moralit parfaites4 ,les sentiments qu'il exprime dans ces crits sont1 pour ainsi dire1 aussi lmentaires que les principes de sa mthode4 ,on est tonn de pleurer pour un mot1 pour un dtail si simple1 si vulgaire mme1 que la profondeur seule des motions le relve4 ,les gens du peuple sont un tat intermdiaire entre les sauvages et les hommes civiliss2 quand ils sont vertueux1 ils ont un genre d'innocence et de bont qui ne peut se rencontrer dans le monde4 ,la socit pse sur eux1 ils luttent avec la nature1 et leur confiance en ,dieu est plus anime1 plus constante que celle des riches4 ,sans cesse menacs par le malheur1 recourant sans cesse la prire1 inquiets chaque jour1 sauvs chaque soir1 les pauvres se sentent sous la main immdiate de celui qui protge ce que les hommes ont dlaiss1 et leur probit1 quand ils en ont1 est singulirement scrupuleuse4 ,je me rappelle1 dans un roman de ,pestalozzi1 la restitution de quelques pommes de terre par un enfant qui les avait voles3 sa grand'mre mourante lui ordonne de les reporter au propritaire du jardin o il les a prises1 et cette scne attendrit jusqu'au fond du cur4 ,ce pauvre crime1 si l'on peut s'exprimer ainsi1 causant de tels remords2 la solennit de la mort1 travers les misres de la vie1 la vieillesse et l'enfance rapproches par la voix de ,dieu1 qui parle galement l'une et l'autre1 tout cela fait mal1 et bien mal3 car dans nos fictions potiques1 les pompes de la destine soulagent un peu de la piti que causent les revers2 mais l'on croit voir dans ces romans populaires une faible lampe clairer une petite cabane1 et la bont de l'me ressort au milieu de toutes les douleurs qui la mettent l'preuve4 ,l'art du dessin pouvant tre considr sous des rapports d'utilit1 l'on peut dire que1 parmi les arts d'agrment1 le seul introduit dans l'cole de ,pestalozzi1 c'est la musique1 et il faut le louer encore de ce choix4 ,il y a tout un ordre de sentiments1 je dirais mme tout un ordre de vertus1 qui appartiennent la connaissance1 ou du moins au got de la musique2 et c'est une grande barbarie que de priver de telles impressions une portion nombreuse de la race humaine4 ,les anciens prtendaient que les nations avaient t civilises par la musique1 et cette allgorie a un sens trs profond2 car il faut toujours supposer que le lien de la socit s'est form par la sympathie ou par l'intrt1 et certes la premire origine est plus noble que l'autre4 ,pestalozzi n'est pas le seul1 dans la ,suisse allemande1 qui s'occupe avec zle de cultiver l'me du peuple3 c'est sous ce rapport que l'tablissement de ,m4 de ,fellemberg m'a frappe4 ,beaucoup de gens y sont venus chercher de nouvelles lumires sur l'agriculture1 et l'on dit qu' cet gard ils ont t satisfaits2 mais ce qui mrite principalement l'estime des amis de l'humanit1 c'est le soin que prend ,m4 de ,fellemberg de l'ducation des gens du peuple2 il fait instruire1 selon la mthode de ,pestalozzi1 les matres d'cole des villages1 afin qu'ils enseignent leur tour les enfants2 les ouvriers qui labourent ses terres apprennent la musique des psaumes1 et bientt on entendra dans la campagne les louanges divines chantes avec des voix simples1 mais harmonieuses1 qui clbreront la fois la nature et son auteur4 ,enfin ,m4 de ,fellemberg cherche1 par tous les moyens possibles1 former entre la classe infrieure et la ntre un lien libral1 un lien qui ne soit pas uniquement fond sur les intrts pcuniaires des riches et des pauvres4 ,l'exemple de l',angleterre et de l',amrique nous apprend qu'il suffit des institutions libres pour dvelopper l'intelligence et la sagesse du peuple2 mais c'est un pas de plus que de lui donner par del le ncessaire1 en fait d'instruction4 ,le ncessaire en tout genre a quelque chose de rvoltant quand ce sont les possesseurs du superflu qui le mesurent4 ,ce n'est pas assez de s'occuper des gens du peuple sous un point de vue d'utilit1 il faut aussi qu'ils participent aux jouissances de l'imagination et du cur4 ,c'est dans le mme esprit que des philanthropes trs clairs se sont occups de la mendicit ,hambourg4 ,ils n'ont mis dans leurs tablissements de charit1 ni despotisme1 ni spculation conomique2 ils ont voulu que les hommes malheureux souhaitassent eux-mmes le travail qu'on leur demande1 autant que les bienfaits qu'on leur accorde4 ,comme ils ne faisaient point des pauvres un moyen1 mais un but1 ils ne leur ont pas ordonn l'occupation1 mais ils la leur ont fait dsirer4 ,sans cesse on voit1 dans les diffrents comptes rendus de ces tablissements de charit1 qu'il importait bien plus leurs fondateurs de rendre les hommes meilleurs1 que de les rendre plus utiles2 et c'est ce haut point de vue philosophique qui caractrise l'esprit de sagesse et de libert de cette ancienne ville hansatique4 ,il y a beaucoup de bienfaisance dans le monde1 et celui qui n'est pas capable de servir ses semblables par le sacrifice de son temps et de ses penchants1 leur fait volontiers du bien avec de l'argent3 c'est toujours quelque chose1 et nulle vertu n'est ddaigner4 ,mais la masse considrable des aumnes particulires n'est point sagement dirige dans la plupart des pays1 et l'un des services les plus minents que le baron de ,voght et ses excellents compatriotes aient rendus l'humanit1 c'est de montrer que sans nouveaux sacrifices1 sans que l'tat intervnt1 la bienfaisance particulire suffisait au soulagement du malheur4 ,ce qui s'opre par les individus convient singulirement l',allemagne1 o chaque chose1 prise sparment1 vaut mieux que l'ensemble4 ,les entreprises charitables doivent prosprer dans la ville de ,hambourg2 il y a tant de moralit parmi ses habitants1 que pendant longtemps on y a pay les impts dans une espce de tronc1 sans que jamais personne surveillt ce qu'on y portait3 ces impts devaient tre proportionns la fortune de chacun1 et1 calcul fait1 ils ont toujours t scrupuleusement acquitts4 ,ne croit-on pas raconter un trait de l'ge d'or1 si toutefois dans l'ge d'or il y avait des richesses prives et des impts publics8 ,on ne saurait assez admirer combien1 sous le rapport de l'enseignement comme sous celui de l'administration1 la bonne foi rend tout facile4 ,on devrait bien lui accorder tous les honneurs qu'obtient l'habilet2 car en rsultat elle s'entend mieux mme aux affaires de ce monde4 ,,chapitre ,,xx ,la fte d',interlaken4 ,il faut attribuer au caractre germanique une grande partie des vertus de la ,suisse allemande4 ,nanmoins il y a plus d'esprit public en ,suisse qu'en ,allemagne1 plus de patriotisme1 plus d'nergie1 plus d'accord dans les opinions et les sentiments2 mais aussi la petitesse des tats et la pauvret du pays n'y excitent en aucune manire le gnie2 on y trouve bien moins de savants et de penseurs que dans le nord de l',allemagne1 o le relchement mme des liens politiques donne l'essor toutes les nobles rveries1 tous les systmes hardis qui ne sont point soumis la nature des choses4 ,les ,suisses ne sont pas une nation potique1 et l'on s'tonne1 avec raison1 que l'admirable aspect de leur contre n'ait pas enflamm davantage leur imagination4 ,toutefois un peuple religieux et libre est toujours susceptible d'un genre d'enthousiasme1 et les occupations matrielles de la vie ne sauraient l'touffer entirement4 ,si l'on en avait pu douter1 on s'en serait convaincu par la fte des bergers1 qui a t clbre l'anne dernire1 au milieu des lacs1 en mmoire du fondateur de ,berne4 ,cette ville de ,berne mrite plus que jamais le respect et l'intrt des voyageurs3 il semble que depuis ses derniers malheurs elle ait repris toutes ses vertus avec une ardeur nouvelle1 et qu'en perdant ses trsors elle ait redoubl de largesse envers les infortuns4 ,ses tablissements de charit sont peut-tre les mieux soigns de l',europe3 l'hpital est l'difice le plus beau1 le seul magnifique de la ville4 ,sur la porte est crite cette inscription3 ,,christo ,,in ,,pauperibus1 au ,christ dans les pauvres4 ,il n'en est point de plus admirable4 ,la religion chrtienne ne nous a-t-elle pas dit que c'tait pour ceux qui souffrent que le ,christ tait descendu sur la terre8 et qui de nous1 dans quelque poque de sa vie1 n'est pas un de ces pauvres en bonheur1 en esprances1 un de ces infortuns1 enfin1 qu'on doit soulager au nom de ,dieu8 ,tout1 dans la ville et le canton de ,berne1 porte l'empreinte d'un ordre srieux et calme1 d'un gouvernement digne et paternel4 ,un air de probit se fait sentir dans chaque objet que l'on aperoit2 on se croit en famille au milieu de deux cent mille hommes1 que l'on appelle nobles1 bourgeois ou paysans1 mais qui sont tous galement dvous la patrie4 ,pour aller la fte1 il fallait s'embarquer sur l'un de ces lacs dans lesquels les beauts de la nature se rflchissent1 et qui semblent placs au pied des ,alpes pour en multiplier les ravissants aspects4 ,un temps orageux nous drobait la vue distincte des montagnes2 mais1 confondues avec les nuages1 elles n'en taient que plus redoutables4 ,la tempte grossissait1 et bien qu'un sentiment de terreur s'empart de mon me1 j'aimais cette foudre du ciel qui confond l'orgueil de l'homme4 ,nous nous reposmes un moment dans une espce de grotte1 avant de nous hasarder traverser la partie du lac de ,thun1 qui est entoure de rochers inabordables4 ,c'est dans un lieu pareil que ,guillaume ,tell sut braver les abmes1 et s'attacher des cueils pour chapper ses tyrans4 ,nous apermes alors dans le lointain cette montagne qui porte le nom de ,vierge 7,jungfrau71 parce qu'aucun voyageur n'a jamais pu gravir jusqu' son sommet3 elle est moins haute que le ,mont-,blanc1 et cependant elle inspire plus de respect1 parce qu'on la sait inaccessible4 ,nous arrivmes ,unterseen1 et le bruit de l',aar qui tombe en cascades autour de cette petite ville1 disposait l'me des impressions rveuses4 ,les trangers1 en grand nombre1 taient logs dans des maisons de paysans fort propres1 mais rustiques4 ,il tait assez piquant de voir se promener dans les rues d',unterseen de jeunes ,parisiens tout coup transports dans les valles de la ,suisse2 ils n'entendaient plus que le bruit des torrents2 ils ne voyaient plus que des montagnes1 et cherchaient si dans ces lieux solitaires ils pourraient s'ennuyer assez pour retourner avec plus de plaisir encore dans le monde4 ,on a beaucoup parl d'un air jou par les cors des ,alpes1 et dont les ,suisses recevaient une impression si vive qu'ils quittaient leurs rgiments1 quand ils l'entendaient1 pour retourner dans leur patrie4 ,on conoit l'effet que peut produire cet air quand l'cho des montagnes le rpte2 mais il est fait pour retentir dans l'loignement2 de prs1 il ne cause pas une sensation trs agrable4 ,s'il tait chant par des voix italiennes1 l'imagination en serait tout fait enivre2 mais peut-tre que ce plaisir ferait natre des ides trangres la simplicit du pays4 ,on y souhaiterait les arts1 la posie1 l'amour1 tandis qu'il faut pouvoir s'y contenter du repos et de la vie champtre4 ,le soir qui prcda la fte1 on alluma des feux sur les montagnes2 c'est ainsi que jadis les librateurs de la ,suisse se donnrent le signal de leur sainte conspiration4 ,ces feux1 placs sur les sommets1 ressemblaient la lune1 lorsqu'elle se lve derrire les montagnes1 et qu'elle se montre la fois ardente et paisible4 ,on et dit que des astres nouveaux venaient assister au plus touchant spectacle que notre monde puisse encore offrir4 ,l'un de ces signaux enflamms semblait plac dans le ciel1 d'o il clairait les ruines du chteau d',unspunnen1 autrefois possd par ,berthold1 le fondateur de ,berne1 en mmoire de qui se donnait la fte4 ,des tnbres profondes environnaient ce point lumineux1 et les montagnes1 qui pendant la nuit ressemblent de grands fantmes1 apparaissaient comme l'ombre gigantesque des morts qu'on voulait clbrer4 ,le jour de la fte1 le temps tait doux1 mais nbuleux2 il fallait que la nature rpondt l'attendrissement de tous les curs4 ,l'enceinte choisie pour les jeux est entoure de collines parsemes d'arbres1 et des montagnes perte de vue sont derrire ces collines4 ,tous les spectateurs1 au nombre de prs de six mille1 s'assirent sur les hauteurs en pente1 et les couleurs varies des habillements ressemblaient dans l'loignement des fleurs rpandues sur la prairie4 ,jamais un aspect plus riant ne put annoncer une fte2 mais quand les regards s'levaient1 des rochers suspendus semblaient1 comme la destine1 menacer les humains au milieu de leurs plaisirs4 ,cependant s'il est une joie de l'me assez pure pour ne pas provoquer le sort1 c'tait celle-l4 ,lorsque la foule des spectateurs fut runie1 on entendit venir de loin la procession de la fte1 procession solennelle en effet1 puisqu'elle tait consacre au culte du pass4 ,une musique agrable l'accompagnait2 les magistrats paraissaient la tte des paysans2 les jeunes paysannes taient vtues selon le costume ancien et pittoresque de chaque canton2 les hallebardes et les bannires de chaque valle taient portes en avant de la marche par des hommes cheveux blancs1 habills prcisment comme on l'tait il y a cinq sicles1 lors de la conjuration du ,rutli4 ,une motion profonde s'emparait de l'me1 en voyant ces drapeaux si pacifiques qui avaient pour gardiens des vieillards4 ,le vieux temps tait reprsent par ces hommes gs pour nous1 mais si jeunes en prsence des sicles6 ,je ne sais quel air de confiance dans tous ces tres faibles touchait profondment1 parce que cette confiance ne leur tait inspire que par la loyaut de leur me4 ,les yeux se remplissaient de larmes au milieu de la fte1 comme dans ces jours heureux et mlancoliques o l'on clbre la convalescence de ce qu'on aime4 ,enfin les jeux commencrent1 et les hommes de la valle et les hommes de la montagne montrrent1 en soulevant d'normes poids1 en luttant les uns contre les autres1 une agilit et une force de corps trs remarquables4 ,cette force rendait autrefois les nations plus militaires2 aujourd'hui que la tactique et l'artillerie disposent du sort des armes1 on ne voit dans ces exercices que des jeux agricoles4 ,la terre est mieux cultive par des hommes si robustes2 mais la guerre ne se fait qu' l'aide de la discipline et du nombre1 et les mouvements mme de l'me ont moins d'empire sur la destine humaine1 depuis que les individus ont disparu dans les masses1 et que le genre humain semble dirig1 comme la nature inanime1 par des lois mcaniques4 ,aprs que les jeux furent termins1 et que le bon bailli du lieu eut distribu les prix aux vainqueurs1 on dna sous des tentes1 et l'on chanta des vers l'honneur de la tranquille flicit des ,suisses4 ,on faisait passer la ronde pendant le repas des coupes en bois1 sur lesquelles taient sculpts ,guillaume ,tell et les trois fondateurs de la libert helvtique4 ,on buvait avec transport au repos1 l'ordre1 l'indpendance2 et le patriotisme du bonheur s'exprimait avec une cordialit qui pntrait toutes les mes4 ,les prairies sont aussi fleuries que jadis1 les montagnes aussi verdoyantes3 quand toute la nature sourit1 le cur seul de l'homme pourrait-il n'tre qu'un dsert#ag8 ,non1 sans doute1 il ne l'tait pas2 il s'panouissait avec confiance au milieu de cette belle contre1 en prsence de ces hommes respectables1 anims tous par les sentiments les plus purs4 ,un pays pauvre1 d'une tendue trs borne1 sans luxe1 sans clat1 sans puissance1 est chri par ses habitants comme un ami qui cache ses vertus dans l'ombre1 et les consacre toutes au bonheur de ceux qui l'aiment4 ,depuis cinq sicles que dure la prosprit de la ,suisse1 on compte plutt de sages gnrations que de grands hommes4 ,il n'y a point de place pour l'exception quand l'ensemble est si heureux4 ,on dirait que les anctres de cette nation rgnent encore au milieu d'elle3 toujours elle les respecte1 les imite et les recommence4 ,la simplicit des murs et l'attachement aux anciennes coutumes1 la sagesse et l'uniformit dans la manire de vivre1 rapprochent de nous le pass1 et nous rendent l'avenir prsent4 ,une histoire1 toujours la mme1 ne semble qu'un seul moment dont la dure est de plusieurs sicles4 ,la vie coule dans ces valles comme les rivires qui les traversent2 ce sont des ondes nouvelles1 mais qui suivent le mme cours3 puissent-ils n'tre point interrompus6 puisse la mme fte tre souvent clbre au pied de ces mmes montagnes6 ,l'tranger les admire comme une merveille1 l',helvtien les chrit comme un asile o les magistrats et les pres soignent ensemble les citoyens et les enfants4 ,,seconde ,,partie ,,de ,,la ,,litt,,rature ,,et ,,des ,,arts4 ,,chapitre ,,premier ,pourquoi les ,franais ne rendent-ils pas justice la littrature allemande8 ,je pourrais rpondre d'une manire fort simple cette question1 en disant que trs peu de personnes en ,france savent l'allemand1 et que les beauts de cette langue1 surtout en posie1 ne peuvent tre traduites en franais4 ,les langues teutoniques se traduisent facilement entre elles2 il en est de mme des langues latines3 mais celles-ci ne sauraient rendre la posie des peuples germaniques4 ,une musique compose pour un instrument n'est point excute avec succs sur un instrument d'un autre genre4 ,d'ailleurs1 la littrature allemande n'existe gure dans toute son originalit qu' dater de quarante cinquante ans2 et les ,franais1 depuis vingt annes1 sont tellement proccups par les vnements politiques1 que toutes leurs tudes en littrature ont t suspendues4 ,ce serait toutefois traiter bien superficiellement la question1 que de s'en tenir dire que les ,franais sont injustes envers la littrature allemande1 parce qu'ils ne la connaissent pas2 ils ont1 il est vrai1 des prjugs contre elle1 mais ces prjugs tiennent au sentiment confus des diffrences prononces qui existent entre la manire de voir et de sentir des deux nations4 ,en ,allemagne1 il n'y a de got fixe sur rien1 tout est indpendant1 tout est individuel4 ,l'on juge d'un ouvrage par l'impression qu'on en reoit1 et jamais par les rgles1 puisqu'il n'y en a point de gnralement admises3 chaque auteur est libre de se crer une sphre nouvelle4 ,en ,france1 la plupart des lecteurs ne veulent jamais tre mus1 ni mme s'amuser aux dpens de leur conscience littraire3 le scrupule s'est rfugi l4 ,un auteur allemand forme son public2 en ,france1 le public commande aux auteurs4 ,comme on trouve en ,france un beaucoup plus grand nombre de gens d'esprit qu'en ,allemagne1 le public y est beaucoup plus imposant1 tandis que les crivains allemands1 minemment levs au-dessus de leurs juges1 les gouvernent au lieu d'en recevoir la loi4 ,de l vient que ces crivains ne se perfectionnent gure par la critique2 l'impatience des lecteurs1 ou celle des spectateurs1 ne les oblige point retrancher les longueurs de leurs ouvrages1 et rarement ils s'arrtent temps1 parce qu'un auteur1 ne se lassant presque jamais de ses propres conceptions1 ne peut tre averti que par les autres du moment o elles cessent d'intresser4 ,les ,franais pensent et vivent dans les autres1 au moins sous le rapport de l'amour-propre2 et l'on sent1 dans la plupart de leurs ouvrages1 que le principal but n'est pas l'objet qu'ils traitent1 mais l'effet qu'ils produisent4 ,les crivains franais sont toujours en socit1 alors mme qu'ils composent2 car ils ne perdent pas de vue les jugements1 les moqueries et le got la mode1 c'est--dire l'autorit littraire sous laquelle on vit1 telle ou telle poque4 ,la premire condition pour crire1 c'est une manire de sentir vive et forte4 ,les personnes qui tudient dans les autres ce qu'elles doivent prouver1 et ce qu'il leur est permis de dire1 littrairement parlant1 n'existent pas4 ,sans doute1 nos crivains de gnie 7et quelle nation en possde plus que la ,france67 ne se sont asservis qu'aux liens qui ne nuisaient pas leur originalit2 mais il faut comparer les deux pays en masse1 et dans le temps actuel1 pour connatre quoi tient leur difficult de s'entendre4 ,en ,france1 on ne lit gure un ouvrage que pour en parler2 en ,allemagne1 o l'on vit presque seul1 on veut que l'ouvrage mme tienne compagnie2 et quelle socit de l'me peut-on faire avec un livre qui ne serait lui-mme que l'cho de la socit6 dans le silence de la retraite1 rien ne semble plus triste que l'esprit du monde4 ,l'homme solitaire a besoin qu'une motion intime lui tienne lieu du mouvement extrieur qui lui manque4 ,la clart passe en ,france pour l'un des premiers mrites d'un crivain2 car il s'agit1 avant tout1 de ne pas se donner de la peine et d'attraper1 en lisant le matin1 ce qui fait briller le soir en causant4 ,mais les ,allemands savent que la clart ne peut jamais tre qu'un mrite relatif3 un livre est clair selon le sujet et selon le lecteur4 ,montesquieu ne peut tre compris aussi facilement que ,voltaire1 et nanmoins il est aussi lucide que l'objet de ses mditations le permet4 ,sans doute1 il faut porter la lumire dans la profondeur2 mais ceux qui s'en tiennent aux grces de l'esprit1 et aux jeux des paroles1 sont bien plus srs d'tre compris3 ils n'approchent d'aucun mystre1 comment donc seraient-ils obscurs8 ,les ,allemands1 par un dfaut oppos1 se plaisent dans les tnbres2 souvent ils remettent dans la nuit ce qui tait au jour1 plutt que de suivre la route battue2 ils ont un tel dgot pour les ides communes1 que1 lorsqu'ils se trouvent dans la ncessit de les retracer1 ils les environnent d'une mtaphysique abstraite qui peut les faire croire nouvelles jusqu' ce qu'on les ait reconnues4 ,les crivains allemands ne se gnent point avec leurs lecteurs2 leurs ouvrages tant reus et comments comme des oracles1 ils peuvent les entourer d'autant de nuages qu'il leur plat2 la patience ne manquera point pour carter ces nuages2 mais il faut qu' la fin on aperoive une divinit3 car ce que les ,allemands tolrent le moins1 c'est l'attente trompe2 leurs efforts mmes et leur persvrance leur rendent les grands rsultats ncessaires4 ,ds qu'il n'y a pas dans un livre des penses fortes et nouvelles1 il est bien vite ddaign2 et si le talent fait tout pardonner1 l'on n'apprcie gure les divers genres d'adresse par lesquelles on peut essayer d'y suppler4 ,la prose des ,allemands est souvent trop nglige4 ,l'on attache beaucoup plus d'importance au style en ,france qu'en ,allemagne2 c'est une suite naturelle de l'intrt qu'on met la parole1 et du prix qu'elle doit avoir dans un pays o la socit domine4 ,tous les hommes d'un peu d'esprit sont juges de la justesse et de la convenance de telle ou telle phrase1 tandis qu'il faut beaucoup d'attention et d'tude pour saisir l'ensemble et l'enchanement d'un ouvrage4 ,d'ailleurs les expressions prtent bien plus la plaisanterie que les penses1 et dans tout ce qui tient aux mots1 l'on rit avant d'avoir rflchi4 ,cependant1 la beaut du style n'est point1 il faut en convenir1 un avantage purement extrieur2 car les sentiments vrais inspirent presque toujours les expressions les plus nobles et les plus justes2 et1 s'il est permis d'tre indulgent pour le style d'un crit philosophique1 on ne doit pas l'tre pour celui d'une composition littraire2 dans la sphre des beaux-arts1 la forme appartient autant l'me que le sujet mme4 ,l'art dramatique offre un exemple frappant des facults distinctes des deux peuples4 ,tout ce qui se rapporte l'action1 l'intrigue1 l'intrt des vnements1 est mille fois mieux combin1 mille fois mieux conu chez les ,franais2 tout ce qui tient au dveloppement des impressions du cur1 aux orages secrets des passions fortes1 est beaucoup plus approfondi chez les ,allemands4 ,il faut1 pour que les hommes suprieurs de l'un et de l'autre pays atteignent au plus haut point de perfection1 que le ,franais soit religieux1 et que l',allemand soit un peu mondain4 ,la pit s'oppose la dissipation d'me1 qui est le dfaut et la grce de la nation franaise2 la connaissance des hommes et de la socit donnerait aux ,allemands1 en littrature1 le got et la dextrit qui leur manquent4 ,les crivains des deux pays sont injustes les uns envers les autres3 les ,franais cependant se rendent plus coupables cet gard que les ,allemands2 ils jugent sans connatre1 ou n'examinent qu'avec un parti pris3 les ,allemands sont plus impartiaux4 ,l'tendue des connaissances fait passer sous les yeux tant de manires de voir diverses1 qu'elle donne l'esprit la tolrance qui nat de l'universalit4 ,les ,franais gagneraient plus nanmoins concevoir le gnie allemand que les ,allemands se soumettre au bon got franais4 ,toutes les fois que de nos jours1 on a pu faire entrer dans la rgularit franaise un peu de sve trangre1 les ,franais y ont applaudi avec transport4 ,j4-,j4 ,rousseau1 ,bernardin de ,saint-,pierre1 ,chateaubriand1 etc41 dans quelques-uns de leurs ouvrages1 sont tous1 mme leur insu1 de l'cole germanique1 c'est--dire1 qu'ils ne puisent leur talent que dans le fond de leur me4 ,mais si l'on voulait discipliner les crivains allemands d'aprs les lois prohibitives de la littrature franaise1 ils ne sauraient comment naviguer au milieu des cueils qu'on leur aurait indiqus2 ils regretteraient la pleine mer1 et leur esprit serait plus troubl qu'clair4 ,il ne s'ensuit pas qu'ils doivent tout hasarder1 et qu'ils ne feraient pas bien de s'imposer quelquefois des bornes2 mais il leur importe de les placer d'aprs leur manire de voir4 ,il faut1 pour leur faire adopter de certaines restrictions ncessaires1 remonter au principe de ces restrictions1 sans jamais employer l'autorit du ridicule contre laquelle ils sont tout fait rvolts4 ,les hommes de gnie de tous les pays sont faits pour se comprendre et pour s'estimer2 mais le vulgaire des crivains et des lecteurs allemands et franais rappelle cette fable de ,la ,fontaine1 o la cigogne ne peut manger dans le plat1 ni le renard dans la bouteille4 ,le contraste le plus parfait se fait voir entre les esprits dvelopps dans la solitude et ceux qui sont forms par la socit4 ,les impressions du dehors et le recueillement de l'me1 la connaissance des hommes et l'tude des ides abstraites1 l'action et la thorie donnent des rsultats tout fait opposs4 ,la littrature1 les arts1 la philosophie1 la religion des deux peuples1 attestent cette diffrence2 et l'ternelle barrire du ,rhin spare deux rgions intellectuelles qui1 non moins que les deux contres1 sont trangres l'une l'autre4 ,,chapitre ,,ii ,du jugement qu'on porte en ,angleterre sur la littrature allemande4 ,la littrature allemande est beaucoup plus connue en ,angleterre qu'en ,france4 ,on y tudie davantage les langues trangres1 et les ,allemands ont plus de rapports naturels avec les ,anglais qu'avec les ,franais2 cependant il y a des prjugs1 mme en ,angleterre1 contre la philosophie et la littrature des ,allemands4 ,il peut tre intressant d'en examiner la cause4 ,le got de la socit1 le plaisir et l'intrt de la conversation ne sont point ce qui forme les esprits en ,angleterre3 les affaires1 le parlement1 l'administration1 remplissent toutes les ttes1 et les intrts politiques sont le principal objet des mditations4 ,les ,anglais veulent tout des rsultats immdiatement applicables1 et de l naissent leurs prventions contre une philosophie qui a pour objet le beau plutt que l'utile4 ,les ,anglais ne sparent point1 il est vrai1 la dignit de l'utilit1 et toujours ils sont prts1 quand il le faut1 sacrifier ce qui est utile ce qui est honorable2 mais ils ne se prtent pas volontiers1 comme il est dit dans ,hamlet1 ces conversations avec l'air1 dont les ,allemands sont trs pris4 ,la philosophie des ,anglais est dirige vers les rsultats avantageux au bien-tre de l'humanit4 ,les ,allemands s'occupent de la vrit pour elle-mme1 sans penser au parti que les hommes peuvent en tirer4 ,la nature de leurs gouvernements ne leur ayant point offert des occasions grandes et belles de mriter la gloire et de servir la patrie1 ils s'attachent en tout genre la contemplation1 et cherchent dans le ciel l'espace que leur troite destine leur refuse sur la terre4 ,ils se plaisent dans l'idal1 parce qu'il n'y a rien dans l'tat actuel des choses qui parle leur imagination4 ,les ,anglais s'honorent avec raison de tout ce qu'ils possdent1 de tout ce qu'ils sont1 de tout ce qu'ils peuvent tre2 ils placent leur admiration et leur amour sur leurs lois1 leurs murs et leur culte4 ,ces nobles sentiments donnent l'me plus de force et d'nergie2 mais la pense va peut-tre encore plus loin1 quand elle n'a point de bornes1 ni mme de but dtermin1 et que1 sans cesse en rapport avec l'immense et l'infini1 aucun intrt ne la ramne aux choses de ce monde4 ,toutes les fois qu'une ide se consolide1 c'est--dire qu'elle se change en institution1 rien de mieux que d'en examiner attentivement les rsultats et les consquences1 de la circonscrire et de la fixer3 mais quand il s'agit d'une thorie1 il faut la considrer en elle-mme2 il n'est plus question de pratique1 il n'est plus question d'utilit2 et la recherche de la vrit dans la philosophie1 comme l'imagination dans la posie1 doit tre indpendante de toute entrave4 ,les ,allemands sont comme les claireurs de l'arme de l'esprit humain2 ils essaient des routes nouvelles1 ils tentent des moyens inconnus2 comment ne serait-on pas curieux de savoir ce qu'ils disent1 au retour de leurs excursions dans l'infini8 ,les ,anglais1 qui ont tant d'originalit dans le caractre1 redoutent nanmoins assez gnralement les nouveaux systmes4 ,la sagesse d'esprit leur a fait tant de bien dans les affaires de la vie1 qu'ils aiment la retrouver dans les tudes intellectuelles2 et c'est l cependant que l'audace est insparable du gnie4 ,le gnie1 pourvu qu'il respecte la religion et la morale1 doit aller aussi loin qu'il veut3 c'est l'empire de la pense qu'il agrandit4 ,la littrature1 en ,allemagne1 est tellement empreinte de la philosophie dominante1 que l'loignement qu'on aurait pour l'une pourrait influer sur le jugement qu'on porterait sur l'autre3 cependant les ,anglais1 depuis quelque temps1 traduisent avec plaisir les potes allemands et ne mconnaissent point l'analogie qui doit rsulter d'une mme origine4 ,il y a plus de sensibilit dans la posie anglaise1 et plus d'imagination dans la posie allemande4 ,les affections domestiques exerant un grand empire sur le cur des ,anglais1 leur posie se sent de la dlicatesse et de la fixit de ces affections3 les ,allemands1 plus indpendants en tout1 parce qu'ils ne portent l'empreinte d'aucune institution politique1 peignent les sentiments comme les ides1 travers des nuages3 on dirait que l'univers vacille devant leurs yeux1 et l'incertitude mme de leurs regards multiplie les objets dont leur talent peut se servir4 ,le principe de la terreur1 qui est un des grands moyens de la posie allemande1 a moins d'ascendant sur l'imagination des ,anglais de nos jours2 ils dcrivent la nature avec charme1 mais elle n'agit plus sur eux comme une puissance redoutable qui renferme dans son sein les fantmes1 les prsages1 et tient chez les modernes la mme place que la destine parmi les anciens4 ,l'imagination1 en ,angleterre1 est presque toujours inspire par la sensibilit2 l'imagination des ,allemands est quelquefois rude et bizarre3 la religion de l',angleterre est plus svre1 celle de l',allemagne est plus vague2 et la posie des nations doit ncessairement porter l'empreinte de leurs sentiments religieux4 ,la convenance ne rgne point dans les arts en ,angleterre comme en ,france2 cependant l'opinion publique y a plus d'empire qu'en ,allemagne2 l'unit nationale en est la cause4 ,les ,anglais veulent mettre d'accord en toutes choses les actions et les principes2 c'est un peuple sage et bien ordonn1 qui a compris dans la sagesse la gloire1 et dans l'ordre la libert3 les ,allemands1 n'ayant fait que rver l'une et l'autre1 ont examin les ides indpendamment de leur application1 et se sont ainsi ncessairement levs plus haut en thorie4 ,les littrateurs allemands actuels se montrent 7ce qui doit paratre singulier7 beaucoup plus opposs que les ,anglais l'introduction des rflexions philosophiques dans la posie4 ,les premiers gnies de la littrature anglaise1 il est vrai1 ,shakespeare1 ,milton1 ,dryden dans ses odes1 etc41 sont des potes qui ne se livrent point l'esprit de raisonnement2 mais ,pope et plusieurs autres doivent tre considrs comme didactiques et moralistes4 ,les ,allemands se sont refaits jeunes1 les ,anglais sont devenus mrs#ah4 ,les ,allemands professent une doctrine qui tend ranimer l'enthousiasme dans les arts comme dans la philosophie1 et il faut les louer s'ils la maintiennent2 car le sicle pse aussi sur eux1 et il n'en est point o l'on soit plus enclin ddaigner ce qui n'est que beau2 il n'en est point o l'on rpte plus souvent cette question1 la plus vulgaire de toutes3 quoi bon8 ,,chapitre ,,iii ,des principales poques de la littrature allemande4 ,la littrature allemande n'a point eu ce qu'on a coutume d'appeler un sicle d'or1 c'est--dire une poque o les progrs des lettres sont encourags par la protection des chefs de l'tat4 ,lon ,x1 en ,italie1 ,louis ,,xiv1 en ,france1 et dans les temps anciens1 ,pricls et ,auguste1 ont donn leur nom leur sicle4 ,on peut aussi considrer le rgne de la reine ,anne comme l'poque la plus brillante de la littrature anglaise3 mais cette nation1 qui existe par elle-mme1 n'a jamais d ses grands hommes ses rois4 ,l',allemagne tait divise2 elle ne trouvait dans l',autriche aucun amour pour les lettres1 et dans ,frdric ,,ii1 qui tait lui seul toute la ,prusse1 aucun intrt pour les crivains allemands2 les lettres en ,allemagne n'ont donc jamais t runies dans un centre1 et n'ont point trouv d'appui dans l'tat4 ,peut-tre la littrature a-t-elle d cet isolement comme cette indpendance1 plus d'originalit et d'nergie4 ,on a vu1 dit ,schiller1 la posie1 ddaigne par le plus grand des fils de la patrie1 par ,frdric1 s'loigner du trne puissant qui ne la protgeait pas2 mais elle osa se dire allemande2 mais elle se sentit fire de crer elle-mme sa gloire4 ,les chants des bardes germains retentirent sur le sommet des montagnes1 se prcipitrent comme un torrent dans les valles2 le pote indpendant ne reconnut pour loi que les impressions de son me1 et pour souverain que son gnie4 ,il a d rsulter cependant de ce que les hommes de lettres allemands n'ont point t encourags par le gouvernement1 que pendant longtemps ils ont fait des essais individuels dans les sens les plus opposs1 et qu'ils sont arrivs tard l'poque vraiment remarquable de leur littrature4 ,la langue allemande1 depuis mille ans1 a t cultive d'abord par les moines1 puis par les chevaliers1 puis par les artisans1 tels que ,hans-,sachs1 ,sbastien ,brand1 et d'autres1 l'approche de la rformation2 et dernirement enfin par les savants1 qui en ont fait un langage propre toutes les subtilits de la pense4 ,en examinant les ouvrages dont se compose la littrature allemande1 on y retrouve1 suivant le gnie de l'auteur1 les traces de ces diffrentes cultures1 comme on voit dans les montagnes les couches des minraux divers que les rvolutions de la terre y ont apports4 ,le style change presque entirement de nature suivant l'crivain1 et les trangers ont besoin de faire une nouvelle tude1 chaque livre nouveau qu'ils veulent comprendre4 ,les ,allemands ont eu1 comme la plupart des nations de l',europe1 du temps de la chevalerie1 des troubadours et des guerriers qui chantaient l'amour et les combats4 ,on vient de retrouver un pome pique intitul les ,niebelungen1 et compos dans le treizime sicle4 ,on y voit l'hrosme et la fidlit qui distinguaient les hommes d'alors1 lorsque tout tait vrai1 fort1 et dcid comme les couleurs primitives de la nature4 ,l'allemand1 dans ce pome1 est plus clair et plus simple qu' prsent2 les ides gnrales ne s'y taient point encore introduites1 et l'on ne faisait que raconter des traits de caractre4 ,la nation germanique pouvait tre considre alors comme la plus belliqueuse de toutes les nations europennes1 et ses anciennes traditions ne parlent que des chteaux-forts1 et des belles matresses pour lesquelles on donnait sa vie4 ,lorsque ,maximilien essaya plus tard de ranimer la chevalerie1 l'esprit humain n'avait plus cette tendance1 et dj commenaient les querelles religieuses1 qui tournent la pense vers la mtaphysique1 et placent la force de l'me dans les opinions plutt que dans les exploits4 ,luther perfectionna singulirement sa langue1 en la faisant servir aux discussions thologiques3 sa traduction des ,psaumes et de la ,bible est encore un beau modle4 ,la vrit et la concision potique qu'il donne son style sont tout fait conformes au gnie de l',allemand1 et le son mme des mots a je ne sais quelle franchise nergique sur laquelle on se repose avec confiance4 ,les guerres politiques et religieuses1 o les ,allemands avaient le malheur de se combattre les uns les autres1 dtournrent les esprits de la littrature3 et quand on s'en s'occupa de nouveau1 ce fut sous les auspices du sicle de ,louis ,,xiv1 l'poque o le dsir d'imiter les ,franais s'empara de la plupart des cours et des crivains de l',europe4 ,les ouvrages de ,hagedorn1 de ,gellert1 de ,weiss1 etc41 n'taient que du franais appesanti2 rien d'original1 rien qui ft conforme au gnie naturel de la nation4 ,ces auteurs voulaient atteindre la grce franaise1 sans que leur genre de vie ni leurs habitudes leur en donnassent l'inspiration2 ils s'asservissaient la rgle1 sans avoir ni l'lgance1 ni le got1 qui peuvent donner de l'agrment ce despotisme mme4 ,une autre cole succda bientt l'cole franaise1 et ce fut dans la ,suisse allemande qu'elle s'leva2 cette cole tait d'abord fonde sur l'imitation des crivains anglais4 ,bodmer1 appuy par l'exemple du grand ,haller1 tacha de dmontrer que la littrature anglaise s'accordait mieux avec le gnie des ,allemands que la littrature franaise4 ,gottsched1 un savant sans got et sans gnie1 combattit cette opinion4 ,il jaillit une grande lumire de la dispute de ces deux coles4 ,quelques hommes alors commencrent se frayer une route par eux-mmes4 ,klopstock tint le premier rang dans l'cole anglaise1 comme ,wieland dans l'cole franaise2 mais ,klopstock ouvrit une carrire nouvelle ses successeurs tandis que ,wieland fut la fois le premier et le dernier dans l'cole franaise du dix-huitime sicle3 le premier1 parce que nul n'a pu dans ce genre s'galer lui2 le dernier1 parce qu'aprs lui les crivains allemands suivirent une route tout fait diffrente4 ,comme il y a dans toutes les nations teutoniques des tincelles de ce feu sacr que le temps a recouvert de cendre1 ,klopstock1 en imitant d'abord les ,anglais1 parvint rveiller l'imagination et le caractre particuliers aux ,allemands2 et presqu'au mme moment1 ,winkelmann dans les arts1 ,lessing dans la critique1 et ,gthe dans la posie1 fondrent une vritable cole allemande1 si toutefois on peut appeler de ce nom ce qui admet autant de diffrences qu'il y a d'individus et de talents divers4 ,j'examinerai sparment la posie1 l'art dramatique1 les romans et l'histoire2 mais chaque homme de gnie formant1 pour ainsi dire1 une cole part en ,allemagne1 il m'a sembl ncessaire de commencer par faire connatre les traits principaux qui distinguent chaque crivain en particulier1 et de caractriser personnellement les hommes de lettres les plus clbres1 avant d'analyser leurs ouvrages4 ,,chapitre ,,iv ,wieland4 ,de tous les ,allemands qui ont crit dans le genre franais1 ,wieland est le seul dont les ouvrages aient du gnie2 et quoiqu'il ait presque toujours imit les littratures trangres1 on ne peut mconnatre les grands services qu'il a rendus sa propre littrature1 en perfectionnant sa langue1 en lui donnant une versification plus facile et plus harmonieuse4 ,il y avait en ,allemagne une foule d'crivains qui tchaient de suivre les traces de la littrature franaise du sicle de ,louis ,,xiv2 ,wieland est le premier qui ait introduit avec succs celle du dix-huitime sicle4 ,dans ses crits en prose1 il a quelques rapports avec ,voltaire1 et dans ses posies1 avec l',arioste4 ,mais ces rapports1 qui sont volontaires1 n'empchent pas que sa nature au fond ne soit tout fait allemande4 ,wieland est infiniment plus instruit que ,voltaire2 il a tudi les anciens d'une faon plus rudite qu'aucun pote ne l'a fait en ,france4 ,les dfauts1 comme les qualits de ,wieland1 ne lui permettent pas de donner ses crits la grce et la lgret franaises4 ,dans ses romans philosophiques1 ,agathon1 ,prgrinus ,prote1 il arrive tout de suite l'analyse1 la discussion1 la mtaphysique2 il se fait un devoir d'y mler ce qu'on appelle communment des fleurs2 mais l'on sent que son penchant naturel serait d'approfondir tous les sujets qu'il essaie de parcourir4 ,le srieux et la gat sont l'un et l'autre trop prononcs1 dans les romans de ,wieland1 pour tre runis2 car1 en toute chose1 les contrastes sont piquants1 mais les extrmes opposs fatiguent4 ,il faut1 pour imiter ,voltaire1 une insouciance moqueuse et philosophique qui rende indiffrent tout1 except la manire piquante d'exprimer cette insouciance4 ,jamais un ,allemand ne peut arriver cette brillante libert de plaisanterie2 la vrit l'attache trop1 il veut savoir et expliquer ce que les choses sont1 et lors mme qu'il adopte des opinions condamnables1 un repentir secret ralentit sa marche malgr lui4 ,la philosophie picurienne ne convient pas l'esprit des ,allemands2 ils donnent cette philosophie un caractre dogmatique1 tandis qu'elle n'est sduisante que lorsqu'elle se prsente sous des formes lgres3 ds qu'on lui prte des principes1 elle dplat tous galement4 ,les ouvrages de ,wieland en vers ont beaucoup plus de grce et d'originalit que ses crits en prose3 l',obron et les autres pomes dont je parlerai part1 sont pleins de charme et d'imagination4 ,on a cependant reproch ,wieland d'avoir trait l'amour avec trop peu de svrit1 et il doit tre ainsi jug chez ces ,germains qui respectent encore un peu les femmes1 la manire de leurs anctres2 mais quels qu'aient t les carts d'imagination que ,wieland se soit permis1 on ne peut s'empcher de reconnatre en lui une sensibilit vritable2 il a souvent eu bonne ou mauvaise intention de plaisanter sur l'amour1 mais une nature srieuse l'empche de s'y livrer hardiment2 il ressemble ce prophte qui bnit au lieu de maudire2 il finit par s'attendrir1 en commenant par l'ironie4 ,l'entretien de ,wieland a beaucoup de charme1 prcisment parce que ses qualits naturelles sont en opposition avec sa philosophie4 ,ce dsaccord peut lui nuire comme crivain1 mais rend sa socit trs piquante3 il est anim1 enthousiaste1 et comme tous les hommes de gnie1 jeune encore dans sa vieillesse2 et cependant il veut tre sceptique1 et s'impatiente quand on se sert de sa belle imagination mme pour le porter la croyance4 ,naturellement bienveillant1 il est nanmoins susceptible d'humeur2 quelquefois parce qu'il n'est pas content de lui1 quelquefois parce qu'il n'est pas content des autres3 il n'est pas content de lui1 parce qu'il voudrait arriver un degr de perfection dans la manire d'exprimer ses penses1 laquelle les choses et les mots ne se prtent pas2 il ne veut pas s'en tenir ces peu prs qui conviennent mieux l'art de causer que la perfection mme3 il est quelquefois mcontent des autres1 parce que sa doctrine un peu relche et ses sentiments exalts ne sont pas faciles concilier ensemble4 ,il y a en lui un pote allemand et un philosophe franais1 qui se fchent alternativement l'un pour l'autre2 mais ses colres cependant sont trs douces supporter2 et sa conversation1 remplie d'ides et de connaissances1 servirait de fonds l'entretien de beaucoup d'hommes d'esprit en divers genres4 ,les nouveaux crivains1 qui ont exclu de la littrature allemande toute influence trangre1 ont t souvent injustes envers ,wieland3 c'est lui dont les ouvrages1 mme dans la traduction1 ont excit l'intrt de toute l',europe2 c'est lui qui a fait servir la science de l'antiquit au charme de la littrature2 c'est lui qui a donn1 dans les vers1 sa langue fconde1 mais rude1 une flexibilit musicale et gracieuse2 il est vrai cependant qu'il n'tait pas avantageux son pays que ses crits eussent des imitateurs3 l'originalit nationale vaut mieux1 et l'on devait1 tout en reconnaissant ,wieland pour un grand matre1 souhaiter qu'il n'et pas de disciples4 ,,chapitre ,v ,klopstock4 ,il y a eu en ,allemagne beaucoup plus d'hommes remarquables dans l'cole anglaise que dans l'cole franaise4 ,parmi les crivains forms par la littrature anglaise1 il faut compter d'abord cet admirable ,haller1 dont le gnie potique le servit si efficacement1 comme savant1 en lui inspirant plus d'enthousiasme pour la nature1 et des vues plus gnrales sur ses phnomnes2 ,gessner1 que l'on gote en ,france1 plus mme qu'en ,allemagne2 ,gleim1 ,ramler1 etc41 et avant eux tous ,klopstock4 ,son gnie s'tait enflamm par la lecture de ,milton et de ,young2 mais c'est avec lui que l'cole vraiment allemande a commenc4 ,il exprime d'une manire fort heureuse1 dans une de ses odes1 l'mulation des deux muses4 ,j'ai vu4444 ,oh6 dites-moi1 tait-ce le prsent1 ou contemplais-je l'avenir8 ,j'ai vu la muse de la ,germanie entrer en lice avec la muse anglaise1 s'lancer pleine d'ardeur la victoire4 ,deux termes levs l'extrmit de la carrire se distinguaient peine1 l'un ombrag de chne1 l'autre entour de palmiers#ai4 ,accoutume de tels combats1 la muse d',albion descendit firement dans l'arne2 elle reconnut ce champ qu'elle parcourut dj1 dans sa lutte sublime avec le fils de ,mon1 avec le chantre du ,capitole4 ,elle vit sa rivale1 jeune1 tremblante2 mais son tremblement tait noble3 l'ardeur de la victoire colorait son visage1 et sa chevelure d'or flottait sur ses paules4 ,dj1 retenant peine sa respiration presse dans son sein mu1 elle croyait entendre la trompette1 elle dvorait l'arne1 elle se penchait vers le terme4 ,fire d'une telle rivale1 plus fire d'elle-mme1 la noble anglaise mesure d'un regard la fille de ,thuiskon4 ,oui1 je m'en souviens1 dit-elle1 dans les forts de chnes1 prs des bardes antiques1 ensemble nous naqumes4 ,mais on m'avait dit que tu n'tais plus4 ,pardonne1 muse6 si tu revis pour l'immortalit1 pardonne-moi de ne l'apprendre qu' cette heure444 ,cependant je le saurai mieux au but4 ,il est l444 le vois-tu dans ce lointain8 par del le chne vois-tu les palmes1 peux-tu discerner la couronne8 ,tu te tais444 ,oh6 ce fier silence1 ce courage contenu1 ce regard de feu fix sur la terre444 je le connais4 ,cependant444 pense encore avant le dangereux signal1 pense444 n'est-ce pas moi qui dj luttai contre la muse des ,thermopyles1 contre celle des ,sept ,collines8 ,elle dit3 le moment dcisif est venu1 le hraut s'approche3 ,o fille d',albion6 s'cria la muse de la ,germanie1 je t'aime1 en t'admirant je t'aime444 mais l'immortalit1 les palmes me sont encore plus chres que toi4 ,saisis cette couronne1 si ton gnie le veut2 mais qu'il me soit permis de la partager avec toi4 ,comme mon cur bat6444 ,dieux immortels444 si mme j'arrivais plus tt au but sublime444 oh6 alors tu me suivras de prs444 ton souffle agitera mes cheveux flottants4 ,tout coup la trompette retentit1 elles volent avec la rapidit de l'aigle1 un nuage de poussire s'lve sur la vaste carrire2 je les vis prs du chne1 mais le nuage s'paissit1 et bientt je les perdis de vue4 ,c'est ainsi que finit l'ode1 et il y a de la grce ne pas dsigner le vainqueur4 ,je renvoie au chapitre sur la posie allemande l'examen des ouvrages de ,klopstock1 sous le point de vue littraire1 et je me borne les indiquer maintenant comme des actions de sa vie4 ,tous ses ouvrages ont eu pour but1 ou de rveiller le patriotisme dans son pays1 ou de clbrer la religion3 si la posie avait ses saints1 ,klopstock devrait tre compt comme l'un des premiers4 ,la plupart de ses odes peuvent tre considres comme des psaumes chrtiens3 c'est le ,david du ,nouveau ,testament1 que ,klopstock2 mais ce qui honore surtout son caractre1 sans parler de son gnie1 c'est l'hymne religieuse1 sous la forme d'un pome pique1 laquelle il a consacr vingt annes1 la ,messiade4 ,les chrtiens possdaient deux pomes1 l',enfer1 du ,dante1 et le ,paradis ,perdu1 de ,milton3 l'un tait plein d'images et de fantmes1 comme la religion extrieure des ,italiens4 ,milton1 qui avait vcu au milieu des guerres civiles1 excellait surtout dans la peinture des caractres1 et son ,satan est un factieux gigantesque1 arm contre la monarchie du ciel4 ,klopstock a conu le sentiment chrtien dans toute sa puret2 c'est au divin ,sauveur des hommes que son me a t consacre4 ,les ,pres de l'glise ont inspir le ,dante2 la ,bible1 ,milton3 les plus grandes beauts du pome de ,klopstock sont puises dans le ,nouveau ,testament2 il sait faire ressortir de la simplicit divine de l'vangile1 un charme de posie qui n'en altre point la puret4 ,lorsqu'on commence ce pome1 on croit entrer dans une grande glise1 au milieu de laquelle un orgue se fait entendre1 et l'attendrissement et le recueillement qu'inspirent les temples du ,seigneur1 s'emparent de l'me en lisant la ,messiade4 ,klopstock se proposa1 ds sa jeunesse1 ce pome pour but de son existence3 il me semble que les hommes s'acquitteraient tous dignement envers la vie1 si1 dans un genre quelconque1 un noble objet1 une grande ide1 signalaient leur passage sur la terre2 et c'est dj une preuve honorable de caractre que de diriger vers une mme entreprise les rayons pars de ses facults1 et les rsultats de ses travaux4 ,de quelque manire qu'on juge les beauts et les dfauts de la ,messiade1 on devrait en lire souvent quelques vers3 la lecture entire de l'ouvrage peut fatiguer2 mais chaque fois qu'on y revient1 l'on respire comme un parfum de l'me1 qui fait sentir de l'attrait pour toutes les choses clestes4 ,aprs de longs travaux1 aprs un grand nombre d'annes1 ,klopstock enfin termina son pome4 ,horace1 ,ovide1 etc41 ont exprim de diverses manires le noble orgueil qui leur rpondait de la dure immortelle de leurs ouvrages3 ,exegi monumentum ere perennius3 et1 nomenque erit indelebile nostrum#bj4 ,un sentiment d'une toute autre nature pntra l'me de ,klopstock quand la ,messiade fut acheve4 ,il l'exprime ainsi dans l'ode au ,rdempteur1 qui est la fin de son pome4 ,je l'esprais de toi1 ,mdiateur cleste6 j'ai chant le cantique de la nouvelle alliance4 ,la redoutable carrire est parcourue1 et tu m'as pardonn mes pas chancelants4 ,reconnaissance1 sentiment ternel1 brlant1 exalt1 fais retentir les accords de ma harpe2 hte-toi2 mon cur est inond de joie1 et je verse des pleurs de ravissement4 ,je ne demande aucune rcompense2 n'ai-je pas dj got les plaisirs des anges1 puisque j'ai chant mon ,dieu8 ,l'motion pntra mon me jusque dans ses profondeurs1 et ce qu'il y a de plus intime en mon tre fut branl4 ,le ciel et la terre disparurent mes regards2 mais bientt l'orage se calma3 le souffle de ma vie ressemblait l'air pur et serein d'un jour de printemps4 ,ah6 que je suis rcompens6 n'ai-je pas vu couler les larmes des chrtiens8 et dans un autre monde1 peut-tre m'accueilleront-ils encore avec ces clestes larmes6 ,j'ai senti aussi les joies humaines2 mon cur1 je voudrais en vain te le cacher1 mon cur fut anim par l'ambition de la gloire3 dans ma jeunesse1 il battit pour elle2 maintenant1 il bat encore1 mais d'un mouvement plus contenu4 ,ton aptre n'a-t-il pas dit aux fidles3 ,que tout ce qui est vertueux et digne de louange soit l'objet de vos penses6444 ,c'est cette flamme cleste que j'ai choisie pour guide2 elle apparat au-devant de mes pas1 et montre mon il ambitieux une route plus sainte4 ,c'est par elle que le prestige des plaisirs terrestres ne m'a point tromp2 quand j'tais prs de m'garer1 le souvenir des heures saintes o mon me fut initie1 les douces voix des anges1 leurs harpes1 leurs concerts me rappelrent moi-mme4 ,je suis au bout1 oui1 j'y suis arriv1 et je tremble de bonheur2 ainsi 7pour parler humainement des choses clestes71 ainsi nous serons mus1 quand nous nous trouverons un jour auprs de celui qui mourut et ressuscita pour nous4 ,c'est mon ,seigneur et mon ,dieu dont la main puissante m'a conduit ce but1 travers les tombeaux2 il m'a donn la force et le courage contre la mort qui s'approchait2 et des dangers inconnus1 mais terribles1 furent carts du pote que protgeait le bouclier cleste4 ,j'ai termin le chant de la nouvelle alliance2 la redoutable carrire est parcourue4 ,o ,mdiateur cleste1 je l'esprais de toi6 ,ce mlange d'enthousiasme potique et de confiance religieuse inspire l'admiration et l'attendrissement tout ensemble4 ,les talents s'adressaient jadis des divinits de la ,fable4 ,klopstock les a consacrs1 ces talents1 ,dieu mme2 et1 par l'heureuse union de la religion chrtienne et de la posie1 il montre aux ,allemands comment ils peuvent avoir des beaux-arts qui leur appartiennent1 et ne relvent pas seulement des anciens en vassaux imitateurs4 ,ceux qui ont connu ,klopstock le respectent autant qu'ils l'admirent4 ,la religion1 la libert1 l'amour1 ont occup toutes ses penses2 il professa la religion par l'accomplissement de tous ses devoirs2 il abdiqua la cause mme de la libert1 quand le sang innocent l'eut souille1 et la fidlit consacra les attachements de son cur4 ,jamais il ne s'appuya de son imagination pour justifier aucun cart2 elle exaltait son me1 sans l'garer4 ,on dit que sa conversation tait pleine d'esprit et mme de got2 qu'il aimait l'entretien des femmes1 et surtout celui des ,franaises1 et qu'il tait bon juge de ce genre d'agrments que la pdanterie rprouve4 ,je le crois facilement2 car il y a toujours quelque chose d'universel dans le gnie1 et peut-tre mme tient-il par des rapports secrets la grce1 du moins celle que donne la nature4 ,combien un tel homme tait loin de l'envie1 de l'gosme1 des fureurs de vanit1 dont plusieurs crivains se sont excuss au nom de leurs talents6 ,s'ils en avaient eu davantage1 aucun de ces dfauts ne les aurait agits4 ,on est orgueilleux1 irritable1 tonn de soi-mme1 quand un peu d'esprit vient se mler la mdiocrit du caractre2 mais le vrai gnie inspire de la reconnaissance et de la modestie3 car on sent qui l'a donn1 et l'on sent aussi quelles bornes celui qui l'a donn y a mises4 ,on trouve dans la seconde partie de la ,messiade1 un trs beau morceau sur la mort de ,marie1 sur de ,marthe et de ,lazare1 et dsigne dans l',evangile comme l'image de la vertu contemplative4 ,lazare1 qui a reu de ,jsus-,christ une seconde fois la vie1 dit adieu sa sur avec un mlange de douleur et de confiance profondment sensible4 ,klopstock a fait des derniers moments de ,marie un tableau de la mort du juste4 ,lorsqu' son tour il tait aussi sur son lit de mort1 il rptait d'une voix expirante ses vers sur ,marie2 il se les rappelait1 travers les ombres du cercueil1 et les prononait tout bas1 pour s'exhorter lui-mme bien mourir3 ainsi1 les sentiments exprims par le jeune homme taient assez purs pour consoler le vieillard4 ,ah6 qu'il est beau1 le talent1 quand on ne l'a jamais profan1 quand il n'a servi qu' rvler aux hommes1 sous la forme attrayante des beaux-arts1 les sentiments gnreux et les esprances religieuses obscurcies au fond de leur cur6 ,ce mme chant de la mort de ,marie fut lu la crmonie funbre de l'enterrement de ,klopstock4 ,le pote tait vieux quand il cessa de vivre2 mais l'homme vertueux saisissait dj les palmes immortelles qui rajeunissent l'existence1 et fleurissent sur les tombeaux4 ,tous les habitants de ,hambourg rendirent au patriarche de la littrature les honneurs qu'on n'accorde gure ailleurs qu'au rang ou au pouvoir1 et les mnes de ,klopstock reurent la rcompense que mritait sa belle vie4 ,,chapitre ,,vi ,lessing et ,winckelmann4 ,la littrature allemande est peut-tre la seule qui ait commenc par la critique2 partout ailleurs la critique est venue aprs les chefs-d'uvre3 mais en ,allemagne elle les a produits4 ,l'poque o les lettres y ont eu le plus d'clat est cause de cette diffrence4 ,diverses nations s'tant illustres depuis plusieurs sicles dans l'art d'crire1 les ,allemands arrivrent aprs toutes les autres1 et crurent n'avoir rien de mieux faire que de suivre la route dj trace2 il fallait donc que la critique cartt d'abord l'imitation1 pour faire place l'originalit4 ,lessing crivit en prose avec une nettet et une prcision tout fait nouvelles3 la profondeur des penses embarrasse souvent le style des crivains de la nouvelle cole2 ,lessing1 non moins profond1 avait quelque chose d'pre dans le caractre1 qui lui faisait trouver les paroles les plus prcises et les plus mordantes4 ,lessing tait toujours anim dans ses crits par un mouvement hostile contre les opinions qu'il attaquait1 et l'humeur donne du relief aux ides4 ,il s'occupa tour tour du thtre1 de la philosophie1 des antiquits1 de la thologie1 poursuivant partout la vrit1 comme un chasseur qui trouve encore plus de plaisir dans la course que dans le but4 ,son style a quelque rapport avec la concision vive et brillante des ,franais2 il tendait rendre l'allemand classique3 les crivains de la nouvelle cole embrassent plus de penses la fois1 mais ,lessing doit tre plus gnralement admir2 c'est un esprit neuf et hardi1 et qui reste nanmoins la porte du commun des hommes2 sa manire de voir est allemande1 sa manire de s'exprimer europenne4 ,dialecticien spirituel et serr dans ses arguments1 l'enthousiasme pour le beau remplissait cependant le fond de son me2 il avait une ardeur sans flamme1 une vhmence philosophique toujours active1 et qui produisait1 par des coups redoubls1 des effets durables4 ,lessing analysa le thtre franais1 alors gnralement la mode dans son pays1 et prtendit que le thtre anglais avait plus de rapport avec le gnie de ses compatriotes4 ,dans ses jugements sur ,mrope1 ,zare1 ,smiramis et ,rodogune1 ce n'est point telle ou telle invraisemblance particulire qu'il relve2 il s'attaque la sincrit des sentiments et des caractres1 et prend partie les personnages de ces fictions comme des tres rels3 sa critique est un trait sur le cur humain1 autant qu'une potique thtrale4 ,pour apprcier avec justice les observations de ,lessing sur le systme dramatique en gnral1 il faut examiner1 comme nous le ferons dans les chapitres suivants1 les principales diffrences de la manire de voir des ,franais et des ,allemands cet gard4 ,mais ce qui importe l'histoire de la littrature1 c'est qu'un ,allemand ait eu le courage de critiquer un grand crivain franais1 et de plaisanter avec esprit le prince des moqueurs1 ,voltaire lui-mme4 ,c'tait beaucoup pour une nation sous le poids de l'anathme qui lui refusait le got et la grce1 de s'entendre dire qu'il existait dans chaque pays un got national1 une grce naturelle1 et que la gloire littraire pouvait s'acqurir par des chemins divers4 ,les crits de ,lessing donnrent une impulsion nouvelle2 on lut ,shakespeare1 on osa se dire ,allemand en ,allemagne1 et les droits de l'originalit s'tablirent la place du joug de la correction4 ,lessing a compos des pices de thtre et des ouvrages philosophiques qui mritent d'tre examins part2 il faut toujours considrer les auteurs allemands sous plusieurs points de vue4 ,comme ils sont encore plus distingus par la facult de penser que par le talent1 ils ne se vouent point exclusivement tel ou tel genre2 la rflexion les attire successivement dans des carrires diffrentes4 ,parmi les crits de ,lessing1 l'un des plus remarquables1 c'est le ,laocoon2 il caractrise les sujets qui conviennent la posie et la peinture1 avec autant de philosophie dans les principes que de sagacit dans les exemples4 ,toutefois1 l'homme qui fit une vritable rvolution en ,allemagne dans la manire de considrer les arts1 et par les arts la littrature1 c'est ,winckelmann2 je parlerai de lui ailleurs sous le rapport de son influence sur les arts2 mais la beaut de son style est telle1 qu'il doit tre mis au premier rang des crivains allemands4 ,cet homme1 qui n'avait connu d'abord l'antiquit que par les livres1 voulut aller considrer ses nobles restes2 il se sentit attir vers le ,midi avec ardeur2 on retrouve encore souvent dans les imaginations allemandes quelques traces de cet amour du soleil1 de cette fatigue du ,nord qui entrana les peuples septentrionaux dans les contres mridionales4 ,un beau ciel fait natre des sentiments semblables l'amour de la patrie4 ,quand ,winckelmann1 aprs un long sjour en ,italie1 revint en ,allemagne1 l'aspect de la neige1 des toits pointus qu'elle couvre1 et des maisons enfumes1 le remplissait de tristesse4 ,il lui semblait qu'il ne pouvait plus goter les arts1 quand il ne respirait plus l'air qui les a fait natre4 ,quelle loquence contemplative dans ce qu'il crit sur l',apollon du ,belvdre1 sur le ,laocoon6 ,son style est calme et majestueux comme l'objet qu'il considre4 ,il donne l'art d'crire l'imposante dignit des monuments1 et sa description produit la mme sensation que la statue4 ,nul1 avant lui1 n'avait runi des observations exactes et profondes une admiration si pleine de vie2 c'est ainsi seulement qu'on peut comprendre les beaux-arts4 ,il faut que l'attention qu'ils excitent vienne de l'amour1 et qu'on dcouvre dans les chefs-d'uvre du talent1 comme dans les traits d'un tre chri1 mille charmes rvls par les sentiments qu'ils inspirent4 ,des potes1 avant ,winckelmann1 avaient tudi les tragdies des ,grecs1 pour les adapter nos thtres4 ,on connaissait des rudits qu'on pouvait consulter comme des livres2 mais personne ne s'tait fait1 pour ainsi dire1 paen pour pntrer l'antiquit4 ,winckelmann a les dfauts et les avantages d'un ,grec amateur des arts1 et l'on sent1 dans ses crits1 le culte de la beaut1 tel qu'il existait chez un peuple o1 si souvent1 elle obtint les honneurs de l'apothose4 ,l'imagination et l'rudition prtaient galement ,winckelmann leurs lumires diffrentes2 on tait persuad jusqu' lui qu'elles s'excluaient mutuellement4 ,il a fait voir que1 pour deviner les anciens1 l'une tait aussi ncessaire que l'autre4 ,on ne peut donner de la vie aux objets de l'art que par la connaissance intime du pays et de l'poque dans laquelle ils ont exist4 ,les traits vagues ne captivent point l'intrt4 ,pour animer les rcits et les fictions dont les sicles passs sont le thtre1 il faut que l'rudition mme seconde l'imagination1 et la rende1 s'il est possible1 tmoin de ce qu'elle doit peindre1 et contemporaine de ce qu'elle raconte4 ,zadig devinait1 par quelques traces confuses1 par quelques mots demi dchirs1 des circonstances qu'il dduisait toutes des plus lgers indices4 ,c'est ainsi qu'il faut prendre l'rudition pour guide travers l'antiquit2 les vestiges qu'on aperoit sont interrompus1 effacs1 difficiles saisir3 mais1 en s'aidant la fois de l'imagination et de l'tude1 on recompose le temps1 et l'on refait la vie4 ,quand les tribunaux sont appels dcider sur l'existence d'un fait1 c'est quelquefois une lgre circonstance qui les claire4 ,l'imagination est1 cet gard1 comme un juge2 un mot1 un usage1 une allusion saisie dans les ouvrages des anciens1 lui sert de lueur pour arriver la connaissance de la vrit toute entire4 ,winckelmann sut appliquer l'examen des monuments des arts l'esprit de jugement qui sert la connaissance des hommes2 il tudie la physionomie d'une statue comme celle d'un tre vivant4 ,il saisit avec une grande justesse les moindres observations1 dont il sait tirer des conclusions frappantes4 ,telle physionomie1 tel attribut1 tel vtement1 peut tout coup jeter un jour inattendu sur de longues recherches4 ,les cheveux de ,crs sont relevs avec un dsordre qui ne convient pas ,minerve2 la perte de ,proserpine a pour jamais troubl l'me de sa mre4 ,minos1 fils et disciple de ,jupiter1 a1 dans les mdailles1 les mmes traits que son pre2 cependant1 la majest calme de l'un1 et l'expression svre de l'autre1 distinguent le souverain des dieux du juge des hommes4 ,le torse est un fragment de la statue d',hercule divinis1 de celui qui reoit d',hb la coupe de l'immortalit1 tandis que l',hercule ,farnse ne possde encore que les attributs d'un mortel2 chaque contour du torse1 aussi nergique1 mais plus arrondi1 caractrise encore la force du hros1 mais du hros qui1 plac dans le ciel1 est dsormais absous des rudes travaux de la terre4 ,tout est symbolique dans les arts1 et la nature se montre sous mille apparences diverses dans ces statues1 dans ces tableaux1 dans ces posies1 o l'immobilit doit indiquer le mouvement1 o l'extrieur doit rvler le fond de l'me1 o l'existence d'un instant doit tre ternise4 ,winckelmann a banni des beaux-arts1 en ,europe1 le mlange du got antique et du got moderne4 ,en ,allemagne1 son influence s'est encore plus montre dans la littrature que dans les arts4 ,nous serons conduits examiner par la suite si l'imitation scrupuleuse des anciens est compatible avec l'originalit naturelle1 ou plutt si nous devons sacrifier cette originalit naturelle1 pour nous astreindre choisir des sujets dans lesquels la posie1 comme la peinture1 n'ayant pour modle rien de vivant1 ne peuvent reprsenter que des statues2 mais cette discussion est trangre au mrite de ,winckelmann2 il a fait connatre en quoi consistait le got antique dans les beaux-arts2 c'tait aux modernes sentir ce qui leur convenait d'adopter ou de rejeter cet gard4 ,lorsqu'un homme de talent parvient manifester les secrets d'une nature antique ou trangre1 il rend service par l'impulsion qu'il trace3 l'motion reue doit se transformer en nous-mmes3 et plus cette motion est vraie1 moins elle inspire une servile imitation4 ,winckelmann a dvelopp les vrais principes admis maintenant dans les arts sur l'idal1 sur cette nature perfectionne dont le type est dans notre imagination1 et non au dehors de nous4 ,l'application de ces principes la littrature est singulirement fconde4 ,la potique de tous les arts est rassemble sous un mme point de vue dans les crits de ,winckelmann1 et tous y ont gagn4 ,on a mieux compris la posie par la sculpture1 la sculpture par la posie1 et l'on a t conduit par les arts des ,grecs leur philosophie4 ,la mtaphysique idaliste1 chez les ,allemands comme chez les ,grecs1 a pour origine le culte de la beaut par excellence1 que notre me seule peut concevoir et reconnatre2 c'est un souvenir du ciel1 notre ancienne patrie1 que cette beaut merveilleuse2 les chefs-d'uvre de ,phidias1 les tragdies de ,sophocle et la doctrine de ,platon1 s'accordent pour nous en donner la mme ide sous des formes diffrentes4 ,,chapitre ,,vii ,gthe4 ,ce qui manquait ,klopstock1 c'tait une imagination cratrice3 il mettait de grandes penses et de nobles sentiments en beaux vers1 mais il n'tait pas ce qu'on peut appeler artiste4 ,ses inventions sont faibles1 et les couleurs dont il les revt n'ont presque jamais cette plnitude de force qu'on aime rencontrer dans la posie1 et dans tous les arts qui devaient donner la fiction l'nergie et l'originalit de la nature4 ,klopstock s'gare dans l'idal3 ,gthe ne perd jamais terre1 tout en atteignant aux conceptions les plus sublimes4 ,il y a dans son esprit une vigueur que la sensibilit n'a point affaiblie4 ,gthe pourrait reprsenter la littrature allemande tout entire2 non qu'il n'y ait d'autres crivains suprieurs lui1 sous quelques rapports1 mais seul il runit tout ce qui distingue l'esprit allemand1 et nul n'est aussi remarquable par un genre d'imagination dont les ,italiens1 les ,anglais ni les ,franais ne peuvent rclamer aucune part4 ,gthe ayant crit dans tous les genres1 l'examen de ses ouvrages remplira la plus grande partie des chapitres suivants2 mais la connaissance personnelle de l'homme qui a le plus influ sur la littrature de son pays sert1 ce me semble1 mieux comprendre cette littrature4 ,gthe est un homme d'un esprit prodigieux en conversation2 et l'on a beau dire1 l'esprit doit savoir causer4 ,on peut prsenter quelques exemples d'hommes de gnie taciturnes3 la timidit1 le malheur1 le ddain ou l'ennui1 en sont souvent la cause2 mais en gnral l'tendue des ides et la chaleur de l'me doivent inspirer le besoin de se communiquer aux autres2 et ces hommes qui ne veulent pas tre jugs par ce qu'ils disent1 pourraient bien ne pas mriter plus d'intrt pour ce qu'ils pensent4 ,quand on sait faire parler ,gthe1 il est admirable2 son loquence est nourrie de penses2 sa plaisanterie est en mme temps pleine de grce et de philosophie2 son imagination est frappe par les objets extrieurs1 comme l'tait celle des artistes chez les anciens2 et nanmoins sa raison n'a que trop la maturit de notre temps4 ,rien ne trouble la force de sa tte2 et les inconvnients mme de son caractre1 l'humeur1 l'embarras1 la contrainte1 passent comme des nuages au bas de la montagne sur le sommet de laquelle son gnie est plac4 ,ce qu'on nous raconte de l'entretien de ,diderot pourrait donner quelque ide de celui de ,gthe2 mais1 si l'on en juge par les crits de ,diderot1 la distance doit tre infinie entre ces deux hommes4 ,diderot est sous le joug de son esprit2 ,gthe domine mme son talent3 ,diderot est affect1 force de vouloir faire effet2 on aperoit le ddain du succs dans ,gthe1 un degr qui plat singulirement1 alors mme qu'on s'impatiente de sa ngligence4 ,diderot a besoin de suppler1 force de philanthropie1 aux sentiments religieux qui lui manquent2 ,gthe serait plus volontiers amer que doucereux2 mais ce qu'il est avant tout1 c'est naturel2 et sans cette qualit1 en effet1 qu'y a-t-il dans un homme qui puisse en intresser un autre8 ,gthe n'a plus cette ardeur entranante qui lui inspira ,werther2 mais la chaleur de ses penses suffit encore pour tout animer4 ,on dirait qu'il n'est pas atteint par la vie1 et qu'il la dcrit seulement en peintre3 il attache plus de prix maintenant aux tableaux qu'il nous prsente qu'aux motions qu'il prouve2 le temps l'a rendu spectateur4 ,quand il avait encore une part active dans les scnes des passions1 quand il souffrait lui-mme par le cur1 ses crits produisaient une impression plus vive4 ,comme on se fait toujours la potique de son talent1 ,gthe soutient prsent qu'il faut que l'auteur soit calme1 alors mme qu'il compose un ouvrage passionn1 et que l'artiste doit conserver son sang-froid pour agir plus fortement sur l'imagination de ses lecteurs3 peut-tre n'aurait-il pas eu cette opinion dans sa premire jeunesse2 peut-tre alors tait-il possd par son gnie1 au lieu d'en tre le matre2 peut-tre sentait-il alors que le sublime et le divin tant momentans dans le cur de l'homme1 le pote est infrieur l'inspiration qui l'anime1 et ne peut la juger sans la perdre4 ,au premier moment on s'tonne de trouver de la froideur et mme quelque chose de raide l'auteur de ,werther2 mais quand on obtient de lui qu'il se mette l'aise1 le mouvement de son imagination fait disparatre en entier la gne qu'on a d'abord sentie3 c'est un homme dont l'esprit est universel1 et impartial parce qu'il est universel2 car il n'y a point d'indiffrence dans son impartialit3 c'est une double existence1 une double force1 une double lumire qui claire la fois dans toute chose les deux cts de la question4 ,quand il s'agit de penser1 rien ne l'arrte1 ni son sicle1 ni ses habitudes1 ni ses relations2 il fait tomber plomb son regard d'aigle sur les objets qu'il observe2 s'il avait eu une carrire politique1 si son me s'tait dveloppe par les actions1 son caractre serait plus dcid1 plus ferme1 plus patriote2 mais son esprit ne planerait pas si librement sur toutes les manires de voir2 les passions ou les intrts lui traceraient une route positive4 ,gthe se plat1 dans ses crits comme dans ses discours1 briser les fils qu'il a tisss lui-mme1 djouer les motions qu'il excite1 renverser les statues qu'il a fait admirer4 ,lorsque dans ses fictions il inspire de l'intrt pour un caractre1 bientt il montre les inconsquences qui doivent en dtacher4 ,il dispose du monde potique1 comme un conqurant du monde rel1 et se croit assez fort pour introduire1 comme la nature1 le gnie destructeur dans ses propres ouvrages4 ,s'il n'tait pas un homme estimable1 on aurait peur d'un genre de supriorit qui s'lve au-dessus de tout1 dgrade et relve1 attendrit et persifle1 affirme et doute alternativement1 et toujours avec le mme succs4 ,j'ai dit que ,gthe possdait lui seul les traits principaux du gnie allemand2 on les trouve tous en lui un degr minent3 une grande profondeur d'ides1 la grce qui nat de l'imagination1 grce plus originale que celle que donne l'esprit de socit2 enfin une sensibilit quelquefois fantastique1 mais par cela mme plus faite pour intresser des lecteurs qui cherchent dans les livres de quoi varier leur destine monotone1 et veulent que la posie leur tienne lieu d'vnements vritables4 ,si ,gthe tait ,franais1 on le ferait parler du matin au soir3 tous les auteurs contemporains de ,diderot allaient puiser des ides dans son entretien1 et lui donnaient une jouissance habituelle par l'admiration qu'il inspirait4 ,en ,allemagne on ne sait pas dpenser son talent dans la conversation2 et si peu de gens1 mme parmi les plus distingus1 ont l'habitude d'interroger et de rpondre1 que la socit n'y compte pour presque rien2 mais l'influence de ,gthe n'en est pas moins extraordinaire4 ,il y a une foule d'hommes en ,allemagne qui croiraient trouver du gnie dans l'adresse d'une lettre1 si c'tait lui qui l'et mise4 ,l'admiration pour ,gthe est une espce de confrrie dont les mots de ralliement servent faire connatre les adeptes les uns aux autres4 ,quand les trangers veulent aussi l'admirer1 ils sont rejets avec ddain1 si quelques restrictions laissent supposer qu'ils se sont permis d'examiner des ouvrages qui gagnent cependant beaucoup l'examen4 ,un homme ne peut exciter un tel fanatisme sans avoir de grandes facults pour le bien et pour le mal2 car il n'y a que la puissance1 dans quelque genre que ce soit1 que les hommes craignent assez pour l'aimer de cette manire4 ,,chapitre ,,viii ,schiller4 ,schiller tait un homme d'un gnie rare et d'une bonne foi parfaite2 ces deux qualits devraient tre insparables1 au moins dans un homme de lettres4 ,la pense ne peut tre mise l'gal de l'action que quand elle rveille en nous l'image de la vrit2 le mensonge est plus dgotant encore dans les crits que dans la conduite4 ,les actions1 mme trompeuses1 restent encore des actions1 et l'on sait quoi se prendre pour les juger ou pour les har2 mais les ouvrages ne sont qu'un amas fastidieux de vaines paroles1 quand ils ne partent pas d'une conviction sincre4 ,il n'y a pas une plus belle carrire que celle des lettres1 quand on la suit comme ,schiller4 ,il est vrai qu'il y a tant de srieux et de loyaut dans tout1 en ,allemagne1 que c'est l seulement qu'on peut connatre d'une manire complte le caractre et les devoirs de chaque vocation4 ,nanmoins ,schiller tait admirable entre tous1 par ses vertus autant que par ses talents4 ,la conscience tait sa muse3 celle-l n'a pas besoin d'tre invoque1 car on l'entend toujours quand on l'coute une fois4 ,il aimait la posie1 l'art dramatique1 l'histoire1 la littrature pour elle-mme4 ,il aurait t rsolu ne point publier ses ouvrages1 qu'il y aurait donn le mme soin2 et jamais aucune considration tire1 ni du succs1 ni de la mode1 ni des prjugs1 ni de tout ce qui vient des autres enfin1 n'aurait pu lui faire altrer ses crits2 car ses crits taient lui2 ils exprimaient son me1 et il ne concevait pas la possibilit de changer une expression1 si le sentiment intrieur qui l'inspirait n'tait pas chang4 ,sans doute1 ,schiller ne pouvait pas tre exempt d'amour-propre4 ,s'il en faut pour aimer la gloire1 il en faut mme pour tre capable d'une activit quelconque2 mais rien ne diffre autant dans ses consquences que la vanit et l'amour de la gloire2 l'une tche d'escamoter le succs2 l'autre veut le conqurir2 l'une est inquite d'elle-mme et ruse avec l'opinion2 l'autre ne compte que sur la nature et s'y fie pour tout soumettre4 ,enfin1 au-dessus mme de l'amour de la gloire1 il y a encore un sentiment plus pur1 l'amour de la vrit1 qui fait des hommes de lettres comme les prtres guerriers d'une noble cause2 ce sont eux qui dsormais doivent garder le feu sacr1 car de faibles femmes ne suffiraient plus comme jadis pour le dfendre4 ,c'est une belle chose que l'innocence dans le gnie et la candeur dans la force4 ,ce qui nuit l'ide qu'on se fait de la bont1 c'est qu'on la croit de la faiblesse2 mais quand elle est unie au plus haut degr de lumires et d'nergie1 elle nous fait comprendre comment la ,bible a pu nous dire que ,dieu fit l'homme son image4 ,schiller s'tait fait tort1 son entre dans le monde1 par des garements d'imagination2 mais avec la force de l'ge il reprit cette puret sublime qui nat des hautes penses4 ,jamais il n'entrait en ngociation avec les mauvais sentiments4 ,il vivait1 il parlait1 il agissait comme si les mchants n'existaient pas2 et quand il les peignait dans ses ouvrages1 c'tait avec plus d'exagration et moins de profondeur que s'il les avait vraiment connus4 ,les mchants s'offraient son imagination comme un obstacle1 comme un flau physique2 et peut-tre en effet qu' beaucoup d'gards ils n'ont pas une nature intellectuelle2 l'habitude du vice a chang leur me en un instinct perverti4 ,schiller tait le meilleur ami1 le meilleur pre1 le meilleur poux2 aucune qualit ne manquait ce caractre doux et paisible que le talent seul enflammait2 l'amour de la libert1 le respect pour les femmes1 l'enthousiasme des beaux-arts1 l'adoration pour la ,divinit1 animaient son gnie2 et dans l'analyse de ses ouvrages1 il sera facile de montrer quelle vertu ses chefs-d'uvre se rapportent4 ,on dit beaucoup que l'esprit peut suppler tout2 je le crois1 dans les crits o le savoir-faire domine2 mais quand on veut peindre la nature humaine dans ses orages et dans ses abmes1 l'imagination mme ne suffit pas2 il faut avoir une me que la tempte ait agite1 mais o le ciel soit descendu pour ramener le calme4 ,la premire fois que j'ai vu ,schiller1 c'tait dans le salon du duc et de la duchesse de ,weimar1 en prsence d'une socit aussi claire qu'imposante2 il lisait trs bien le franais1 mais il ne l'avait jamais parl2 je soutins avec chaleur la supriorit de notre systme dramatique sur tous les autres2 il ne se refusa point me combattre1 et sans s'inquiter des difficults et des lenteurs qu'il prouvait en s'exprimant en franais1 sans redouter non plus l'opinion des auditeurs1 qui tait contraire la sienne1 sa conviction intime le fit parler4 ,je me servis d'abord1 pour le rfuter1 des armes franaises1 la vivacit et la plaisanterie2 mais bientt je dmlai1 dans ce que disait ,schiller1 tant d'ides travers l'obstacle des mots2 je fus si frappe de cette simplicit de caractre1 qui portait un homme de gnie s'engager ainsi dans une lutte o les paroles manquaient ses penses3 je le trouvai si modeste et si insouciant dans ce qui ne concernait que ses propres succs1 si fier et si anim dans la dfense de ce qu'il croyait la vrit1 que je lui vouai1 ds cet instant1 une amiti pleine d'admiration4 ,atteint1 jeune encore1 par une maladie sans espoir2 ses enfants1 sa femme1 qui mritait par mille qualits touchantes l'attachement qu'il avait pour elle1 ont adouci ses derniers moments4 ,madame de ,wollzogen1 une amie digne de le comprendre1 lui demanda1 quelques heures avant sa mort1 comment il se trouvait3 ,toujours plus tranquille1 lui rpondit-il4 ,en effet1 n'avait-il pas raison de se confier la ,divinit1 dont il avait second le rgne sur la terre8 n'approchait-il pas du sjour des justes8 n'est-il pas dans ce moment auprs de ses pareils1 et n'a-t-il pas dj retrouv les amis qui nous attendent8 ,,chapitre ,,ix ,du style et de la versification dans la langue allemande4 ,en apprenant la prosodie d'une langue1 on entre plus intimement dans l'esprit de la nation qui la parle1 que par quelque genre d'tude que ce puisse tre4 ,de l vient qu'il est amusant de prononcer des mots trangers4 ,on s'coute comme si c'tait un autre qui parlt3 mais il n'y a rien de si dlicat1 de si difficile saisir que l'accent3 on apprend mille fois plus aisment les airs de musique les plus compliqus1 que la prononciation d'une seule syllabe4 ,une longue suite d'annes1 ou les premires impressions de l'enfance1 peuvent seules rendre capable d'imiter cette prononciation1 qui appartient ce qu'il y a de plus subtil et de plus indfinissable dans l'imagination et dans le caractre national4 ,les dialectes germaniques ont pour origine une langue mre1 dans laquelle ils puisent tous4 ,cette source commune renouvelle et multiplie les expressions d'une faon toujours conforme au gnie des peuples4 ,les nations d'origine latine ne s'enrichissent1 pour ainsi dire1 que par l'extrieur2 elles doivent avoir recours aux langues mortes1 aux richesses ptrifies pour tendre leur empire4 ,il est donc naturel que les innovations1 en fait de mots1 leur plaisent moins qu'aux nations qui font sortir les rejetons d'une tige toujours vivante4 ,mais les crivains franais ont besoin d'animer et de colorer leur style par toutes les hardiesses qu'un sentiment naturel peut leur inspirer1 tandis que les ,allemands1 au contraire1 gagnent se restreindre4 ,la rserve ne saurait dtruire en eux l'originalit2 ils ne courent le risque de la perdre que par l'excs mme de l'abondance4 ,l'air que l'on respire a beaucoup d'influence sur les sons que l'on articule2 la diversit du sol et du climat produit dans la mme langue des manires de prononcer trs diffrentes4 ,quand on se rapproche de la mer1 les mots s'adoucissent2 le climat y est plus tempr2 peut-tre aussi que le spectacle habituel de cette image de l'infini porte la rverie1 et donne la prononciation plus de mollesse et d'indolence3 mais quand on s'lve vers les montagnes1 l'accent devient plus fort1 et l'on dirait que les habitants de ces lieux levs veulent se faire entendre au reste du monde1 du haut de leurs tribunes naturelles4 ,on retrouve dans les dialectes germaniques les traces des diverses influences que je viens d'indiquer4 ,l'allemand est en lui-mme une langue aussi primitive1 et d'une construction presque aussi savante que le grec4 ,ceux qui ont fait des recherches sur les grandes familles des peuples1 ont cru trouver les raisons historiques de cette ressemblance3 toujours est-il vrai qu'on remarque dans l'allemand un rapport grammatical avec le grec2 il en a la difficult sans en avoir le charme2 car la multitude des consonnes dont les mots sont composs les rendent plus bruyants que sonores4 ,on dirait que ces mots sont par eux-mmes plus forts que ce qu'ils expriment1 et cela donne souvent une monotonie d'nergie au style4 ,il faut se garder cependant de vouloir trop adoucir la prononciation allemande3 il en rsulte alors un certain gracieux manir tout fait dsagrable3 on entend des sons rudes au fond1 malgr la gentillesse qu'on essaie d'y mettre1 et ce genre d'affectation dplat singulirement4 ,j4-,j4 ,rousseau a dit que les langues du ,midi taient filles de la joie1 et les langues du ,nord1 du besoin4 ,l'italien et l'espagnol sont moduls comme un chant harmonieux2 le franais est minemment propre la conversation2 les dbats parlementaires et l'nergie naturelle la nation1 ont donn l'anglais quelque chose d'expressif qui supple la prosodie de la langue4 ,l'allemand est plus philosophique de beaucoup que l'italien1 plus potique par sa hardiesse que le franais1 plus favorable au rythme des vers que l'anglais3 mais il lui reste encore une sorte de raideur1 qui vient peut-tre de ce qu'on ne s'en est gure servi ni dans la socit ni en public4 ,la simplicit grammaticale est un des grands avantages des langues modernes2 cette simplicit1 fonde sur des principes de logique communs toutes les nations1 fait qu'on s'entend plus facilement2 une tude trs lgre suffit pour apprendre l'italien et l'anglais2 mais c'est une science que l'allemand4 ,la priode allemande entoure la pense comme des serres qui s'ouvrent et se referment pour la saisir4 ,une construction de phrases peu prs telle qu'elle existe chez les anciens1 s'y est introduite plus aisment que dans aucun autre dialecte europen2 mais les inversions ne conviennent gure aux langues modernes4 ,les terminaisons clatantes des mots grecs et latins1 faisaient sentir quels taient parmi les mots ceux qui devaient se joindre ensemble1 lors mme qu'ils taient spars3 les signes des dclinaisons chez les ,allemands sont tellement sourds1 qu'on a beaucoup de peine retrouver les paroles qui dpendent les unes des autres sous ces uniformes couleurs4 ,lorsque les trangers se plaignent du travail qu'exige l'tude de l'allemand1 on leur rpond qu'il est trs facile d'crire dans cette langue avec la simplicit de la grammaire franaise2 tandis qu'il est impossible1 en franais1 d'adopter la priode allemande1 et qu'ainsi donc il faut la considrer comme un moyen de plus2 mais ce moyen sduit les crivains et ils en usent trop4 ,l'allemand est peut-tre la seule langue dans laquelle les vers soient plus faciles comprendre que la prose2 la phrase potique1 tant ncessairement coupe par la mesure mme du vers1 ne saurait se prolonger au del4 ,sans doute1 il y a plus de nuances1 plus de liens entre les penses1 dans ces priodes qui forment un tout1 et rassemblent sous un mme point de vue les divers rapports qui tiennent au mme sujet2 mais1 si l'on se laissait aller l'enchanement naturel des diffrentes penses entre elles1 on finirait par vouloir les mettre toutes dans une mme phrase4 ,l'esprit humain a besoin de morceler pour comprendre2 et l'on risque de prendre des lueurs pour des vrits1 quand les formes mmes du langage sont obscures4 ,l'art de traduire est pouss plus loin en allemand que dans aucun autre dialecte europen4 ,voss a transport dans sa langue les potes grecs et latins avec une tonnante exactitude1 et ,w4 ,schlegel les potes anglais1 italiens et espagnols1 avec une vrit de coloris dont il n'y avait point d'exemple avant lui4 ,lorsque l'allemand se prte la traduction de l'anglais1 il ne perd pas son caractre naturel1 puisque ces langues sont toutes deux d'origine germanique2 mais quelque mrite qu'il y ait dans la traduction d',homre par ,voss1 elle fait de l',iliade et de l',odysse1 des pomes dont le style est grec1 bien que les mots soient allemands4 ,la connaissance de l'antiquit y gagne2 l'originalit propre l'idiome de chaque nation y perd ncessairement4 ,il semble que ce soit une contradiction d'accuser la langue allemande tout la fois de trop de flexibilit et de trop de rudesse2 mais ce qui se concilie dans les caractres peut aussi se concilier dans les langues2 et souvent dans la mme personne1 les inconvnients de la rudesse n'empchent pas ceux de la flexibilit4 ,ces dfauts se font sentir beaucoup plus rarement dans les vers que dans la prose1 et dans les compositions originales que dans les traductions2 je crois donc qu'on peut dire avec vrit1 qu'il n'y a point aujourd'hui de posie plus frappante et plus varie que celle des ,allemands4 ,la versification est un art singulier1 dont l'examen est inpuisable2 les mots qui1 dans les rapports ordinaires de la vie1 servent seulement de signe la pense1 arrivent notre me par le rythme des sons harmonieux1 et nous causent une double jouissance1 qui nat de la sensation et de la rflexion runies2 mais si toutes les langues sont galement propres dire ce que l'on pense1 toutes ne le sont pas galement faire partager ce que l'on prouve1 et les effets de la posie tiennent encore plus la mlodie des paroles qu'aux ides qu'elles expriment4 ,l'allemand est la seule langue moderne qui ait des syllabes longues et brves1 comme le grec et le latin2 tous les autres dialectes europens sont plus ou moins accentus1 mais les vers ne sauraient s'y mesurer la manire des anciens d'aprs la longueur des syllabes3 l'accent donne de l'unit aux phrases comme aux mots1 il a du rapport avec la signification de ce qu'on dit2 l'on insiste sur ce qui doit dterminer le sens1 et la prononciation1 en faisant ressortir telle ou telle parole1 rapporte tout l'ide principale4 ,il n'en est pas ainsi de la dure musicale des sons dans le langage2 elle est bien plus favorable la posie que l'accent1 parce qu'elle n'a point d'objet positif et qu'elle donne seulement un plaisir noble et vague1 comme toutes les jouissances sans but4 ,chez les anciens1 les syllabes taient scandes d'aprs la nature des voyelles et les rapports des sons entre eux1 l'harmonie seule en dcidait3 en allemand tous les mots accessoires sont brefs1 et c'est la dignit grammaticale1 c'est--dire l'importance de la syllabe radicale qui dtermine sa quantit2 il y a moins de charme dans cette espce de prosodie que dans celle des anciens1 parce qu'elle tient plus aux combinaisons abstraites qu'aux sensations involontaires2 nanmoins c'est toujours un grand avantage pour une langue d'avoir dans sa prosodie de quoi suppler la rime4 ,c'est une dcouverte moderne que la rime1 elle tient tout l'ensemble de nos beaux-arts2 et ce serait s'interdire de grands effets que d'y renoncer2 elle est l'image de l'esprance et du souvenir4 ,un son nous fait dsirer celui qui doit lui rpondre1 et quand le second retentit1 il nous rappelle celui qui vient de nous chapper4 ,nanmoins cette agrable rgularit doit ncessairement nuire au naturel dans l'art dramatique1 et la hardiesse dans le pome pique4 ,on ne saurait gure se passer de la rime dans les idiomes dont la prosodie est peu marque2 et cependant la gne de la construction peut tre telle1 dans certaines langues1 qu'un pote audacieux et penseur aurait besoin de faire goter l'harmonie des vers sans l'asservissement de la rime4 ,klopstock a banni les alexandrins de la posie allemande2 il les a remplacs par les hexamtres et les vers ambiques non rims en usage aussi chez les ,anglais1 et qui donnent l'imagination beaucoup de libert4 ,les vers alexandrins convenaient trs mal la langue allemande2 on peut s'en convaincre par les posies du grand ,haller lui-mme1 quelque mrite qu'elles aient2 une langue dont la prononciation est si forte tourdit par le retour et l'uniformit des hmistiches4 ,d'ailleurs cette forme de vers appelle les sentences et les antithses1 et l'esprit allemand est trop scrupuleux et trop vrai pour se prter ces antithses1 qui ne prsentent jamais les ides ni les images dans leur parfaite sincrit1 ni dans leurs plus exactes nuances4 ,l'harmonie des hexamtres1 et surtout des vers ambiques non rims1 n'est que l'harmonie naturelle inspire par le sentiment3 c'est une dclamation note1 tandis que le vers alexandrin impose un certain genre d'expressions et de tournures dont il est bien difficile de sortir4 ,la composition de ce genre de vers est un art tout fait indpendant mme du gnie potique2 on peut possder cet art sans avoir ce gnie1 et l'on pourrait au contraire tre un grand pote et ne pas se sentir capable de s'astreindre cette forme4 ,nos meilleurs potes lyriques1 en ,france1 ce sont peut-tre nos grands prosateurs1 ,bossuet1 ,pascal1 ,fnelon1 ,buffon1 ,jean-,jacques1 etc4 ,le despotisme des alexandrins force souvent ne point mettre en vers ce qui serait pourtant de la vritable posie2 tandis que chez les nations trangres1 la versification tant beaucoup plus facile et plus naturelle1 toutes les penses potiques inspirent des vers1 et l'on ne laisse en gnral la prose que le raisonnement4 ,on pourrait dfier ,racine lui-mme de traduire en vers franais ,pindare1 ,ptrarque ou ,klopstock1 sans dnaturer entirement leur caractre4 ,ces potes ont un genre d'audace qui ne se trouve gure que dans les langues o l'on peut runir tout le charme de la versification l'originalit que la prose permet seule en franais4 ,un des grands avantages des dialectes germaniques en posie1 c'est la varit et la beaut de leurs pithtes4 ,l'allemand1 sous ce rapport aussi1 peut se comparer au grec2 l'on sent dans un seul mot plusieurs images1 comme dans la note fondamentale d'un accord1 on entend les autres sons dont il est compos1 ou comme de certaines couleurs renouvellent en nous la sensation de celles qui en dpendent4 ,l'on ne dit en franais que ce qu'on veut dire1 et l'on ne voit point errer autour des paroles ces nuages mille formes1 qui entourent la posie des langues du ,nord1 et rveillent une foule de souvenirs4 ,a la libert de former une seule pithte de deux ou trois1 se joint celle d'animer le langage1 en faisant des noms avec les verbes3 le vivre1 le vouloir1 le sentir1 sont des expressions moins abstraites que la vie1 la volont1 le sentiment2 et tout ce qui tend changer la pense en action donne toujours plus de mouvement au style4 ,la facilit de renverser son gr la construction de la phrase est aussi trs favorable la posie1 et permet d'exciter1 par les moyens varis de la versification1 des impressions analogues celles de la peinture et de la musique4 ,enfin l'esprit gnral des dialectes teutoniques1 c'est l'indpendance2 les crivains cherchent avant tout transmettre ce qu'ils sentent2 ils diraient volontiers la posie1 comme ,hlose son amant3 ,s'il y a un mot plus vrai1 plus tendre1 plus profond encore pour exprimer ce que j'prouve1 c'est celui-l que je veux choisir4 ,le souvenir des convenances de socit poursuit en ,france le talent jusque dans ses motions les plus intimes2 et la crainte du ridicule est l'pe de ,damocls1 qu'aucune fte de l'imagination ne peut faire oublier4 ,on parle souvent dans les arts du mrite de la difficult vaincue2 nanmoins on l'a dit avec raison3 ou cette difficult ne se sent pas1 et alors elle est nulle1 ou elle se sent1 et alors elle n'est pas vaincue4 ,les entraves font ressortir l'habilet de l'esprit2 mais il y a souvent dans le vrai gnie une sorte de maladresse1 semblable1 quelques gards1 la duperie des belles mes2 et l'on aurait tort de vouloir l'asservir des gnes arbitraires1 car il s'en tirerait beaucoup moins bien que des talents du second ordre4 ,,chapitre ,x ,de la posie4 ,ce qui est vraiment divin dans le cur de l'homme ne peut tre dfini2 s'il y a des mots pour quelques traits1 il n'y en a point pour exprimer l'ensemble1 et surtout le mystre de la vritable beaut dans tous les genres4 ,il est difficile de dire ce qui n'est pas de la posie2 mais si l'on veut comprendre ce qu'elle est1 il faut appeler son secours les impressions qu'excitent une belle contre1 une musique harmonieuse1 le regard d'un objet chri1 et par-dessus tout un sentiment religieux qui nous fait prouver en nous-mmes la prsence de la ,divinit4 ,la posie est le langage naturel tous les cultes4 ,la ,bible est pleine de posie4 ,homre est plein de religion2 ce n'est pas qu'il y ait des fictions dans la ,bible1 ni des dogmes dans ,homre2 mais l'enthousiasme rassemble dans un mme foyer des sentiments divers2 l'enthousiasme est l'encens de la terre vers le ciel1 il les runit l'un l'autre4 ,le don de rvler par la parole ce qu'on ressent au fond du cur est trs rare2 il y a pourtant de la posie dans tous les tres capables d'affections vives et profondes2 l'expression manque ceux qui ne sont pas exercs la trouver4 ,le pote ne fait1 pour ainsi dire1 que dgager le sentiment prisonnier au fond de l'me2 le gnie potique est une disposition intrieure1 de la mme nature que celle qui rend capable d'un gnreux sacrifice3 c'est rver l'hrosme que de composer une belle ode4 ,si le talent n'tait pas mobile1 il inspirerait aussi souvent les belles actions que les touchantes paroles2 car elles partent toutes galement de la conscience du beau1 qui se fait sentir en nous-mmes4 ,un homme d'un esprit suprieur disait que la prose tait factice1 et la posie naturelle3 en effet1 les nations peu civilises commencent toujours par la posie1 et1 ds qu'une passion forte agite l'me1 les hommes les plus vulgaires se servent1 leur insu1 d'images et de mtaphores2 ils appellent leur secours la nature extrieure pour exprimer ce qui se passe en eux d'inexprimable4 ,les gens du peuple sont beaucoup plus prs d'tre potes que les hommes de bonne compagnie2 car la convenance et le persiflage ne sont propres qu' servir de bornes1 ils ne peuvent rien inspirer4 ,il y a lutte interminable dans ce monde entre la posie et la prose1 et la plaisanterie doit toujours se mettre du ct de la prose2 car c'est rabattre que de plaisanter4 ,l'esprit de socit est cependant trs favorable la posie de la grce et de la gat1 dont l',arioste1 ,la ,fontaine1 ,voltaire1 sont les plus brillants modles4 ,la posie dramatique est admirable dans nos premiers crivains2 la posie descriptive et surtout la posie didactique1 ont t portes chez les ,franais un trs haut degr de perfection2 mais il ne parat pas qu'ils soient appels jusqu' prsent se distinguer dans la posie lyrique ou pique1 telle que les anciens et les trangers la conoivent4 ,la posie lyrique s'exprime au nom de l'auteur mme2 ce n'est plus dans un personnage qu'il se transporte1 c'est en lui-mme qu'il trouve les divers mouvements dont il est anim3 ,j4-,b4 ,rousseau dans ses ,odes religieuses1 ,racine dans ,athalie1 se sont montrs potes lyriques2 ils taient nourris des psaumes et pntrs d'une foi vive2 nanmoins les difficults de la langue et de la versification franaise s'opposent presque toujours l'abandon de l'enthousiasme4 ,on peut citer des strophes admirables dans quelques-unes de nos odes2 mais y en a-t-il une entire1 dans laquelle le dieu n'ait point abandonn le pote8 ,de beaux vers ne sont pas de la posie2 l'inspiration1 dans les arts1 est une source inpuisable1 qui vivifie depuis la premire parole jusqu' la dernire3 amour1 patrie1 croyance1 tout doit tre divinis dans l'ode1 c'est l'apothose du sentiment3 il faut1 pour concevoir la vraie grandeur de la posie lyrique1 errer par la rverie dans les rgions thres1 oublier le bruit de la terre en coutant l'harmonie cleste1 et considrer l'univers entier comme un symbole des motions de l'me4 ,l'nigme de la destine humaine n'est de rien pour la plupart des hommes2 le pote l'a toujours prsent l'imagination4 ,l'ide de la mort1 qui dcourage les esprits vulgaires1 rend le gnie plus audacieux1 et le mlange des beauts de la nature et des terreurs de la destruction excite je ne sais quel dlire de bonheur et d'effroi1 sans lequel l'on ne peut ni comprendre ni dcrire le spectacle de ce monde4 ,la posie lyrique ne raconte rien1 ne s'astreint en rien la succession des temps1 ni aux limites des lieux2 elle plane sur les pays et sur les sicles2 elle donne de la dure ce moment sublime1 pendant lequel l'homme s'lve au-dessus des peines et des plaisirs de la vie4 ,il se sent au milieu des merveilles du monde comme un tre la fois crateur et cr1 qui doit mourir et qui ne peut cesser d'tre1 et dont le cur tremblant1 et fort en mme temps1 s'enorgueillit en lui-mme et se prosterne devant ,dieu4 ,les ,allemands1 runissant tout la fois1 ce qui est trs rare1 l'imagination et le recueillement contemplatif1 sont plus capables que la plupart des autres nations de la posie lyrique4 ,les modernes ne peuvent se passer d'une certaine profondeur d'ides dont une religion spiritualiste leur a donn l'habitude2 et si cependant cette profondeur n'tait point revtue d'images1 ce ne serait pas de la posie3 il faut donc que la nature grandisse aux yeux de l'homme1 pour qu'il puisse s'en servir comme de l'emblme de ses penses4 ,les bosquets1 les fleurs et les ruisseaux1 suffisaient aux potes du paganisme2 la solitude des forts1 l',ocan sans bornes1 le ciel toil1 peuvent peine exprimer l'ternel et l'infini dont l'me des chrtiens est remplie4 ,les ,allemands n'ont pas plus que nous de pome pique2 cette admirable composition ne parat pas accorde aux modernes1 et peut-tre n'y a-t-il que l',iliade qui rponde entirement l'ide qu'on se fait de ce genre d'ouvrage3 il faut1 pour le pome pique1 un concours singulier de circonstances qui ne s'est rencontr que chez les ,grecs1 l'imagination des temps hroques et la perfection du langage des temps civiliss4 ,dans le moyen ge1 l'imagination tait forte1 mais le langage imparfait2 de nos jours1 le langage est pur1 mais l'imagination est en dfaut4 ,les ,allemands ont beaucoup d'audace dans les ides et dans le style1 et peu d'invention dans le fond du sujet2 leurs essais piques se rapprochent presque toujours du genre lyrique4 ,ceux des ,franais rentrent plutt dans le genre dramatique1 et l'on y trouve plus d'intrt que de grandeur4 ,quand il s'agit de plaire au thtre1 l'art de se circonscrire dans un cadre donn1 de deviner le got des spectateurs et de s'y plier avec adresse1 fait une partie du succs1 tandis que rien ne doit tenir aux circonstances extrieures et passagres1 dans la composition d'un pome pique4 ,il exige des beauts absolues1 des beauts qui frappent le lecteur solitaire1 lorsque ses sentiments sont plus naturels1 et son imagination plus hardie4 ,celui qui voudrait trop hasarder dans un pome pique pourrait bien encourir le blme svre du bon got franais2 mais celui qui ne hasarderait rien n'en serait pas moins ddaign4 ,boileau1 tout en perfectionnant le got et la langue1 a donn l'esprit franais1 l'on ne saurait le nier1 une disposition trs dfavorable la posie4 ,il n'a parl que de ce qu'il fallait viter1 il n'a insist que sur des prceptes de raison et de sagesse1 qui ont introduit dans la littrature une sorte de pdanterie trs nuisible au sublime lan des arts4 ,nous avons en franais des chefs-d'uvre de versification2 mais comment peut-on appeler la versification de la posie6 ,traduire en vers ce qui tait fait pour rester en prose1 exprimer en dix syllabes1 comme ,pope1 les jeux de cartes et leurs moindres dtails1 ou comme les derniers pomes qui ont paru chez nous1 le trictrac1 les checs1 la chimie3 c'est un tour de passe-passe en fait de paroles2 c'est composer avec les mots1 comme avec les notes1 des sonates sous le nom de pome4 ,il faut cependant une grande connaissance de la langue potique pour dcrire ainsi noblement les objets qui prtent le moins l'imagination1 et l'on a raison d'admirer quelques morceaux dtachs de ces galeries de tableaux2 mais les transitions qui les lient entre eux sont ncessairement prosaques1 comme ce qui se passe dans la tte de l'crivain4 ,il s'est dit3--,je ferai des vers sur ce sujet1 puis sur celui-ci1 puis sur celui-l2--et1 sans s'en apercevoir1 il nous met dans la confidence de sa manire de travailler4 ,le vritable pote conoit1 pour ainsi dire1 tout son pome la fois au fond de son me2 sans les difficults du langage1 il improviserait1 comme la sibylle et les prophtes1 les hymnes saints du gnie4 ,il est branl par ses conceptions comme par un vnement de sa vie2 un monde nouveau s'offre lui2 l'image sublime de chaque situation1 de chaque caractre1 de chaque beaut de la nature1 frappe ses regards1 et son cur bat pour un bonheur cleste qui traverse comme un clair l'obscurit du sort4 ,la posie est une possession momentane de tout ce que notre me souhaite2 le talent fait disparatre les bornes de l'existence1 et change en images brillantes le vague espoir des mortels4 ,il serait plus ais de dcrire les symptmes du talent que de lui donner des prceptes2 le gnie se sent comme l'amour1 par la profondeur mme de l'motion dont il pntre celui qui en est dou3 mais si l'on osait donner des conseils ce gnie1 dont la nature veut tre le seul guide1 ce ne seraient pas des conseils purement littraires qu'on devrait lui adresser3 il faudrait parler aux potes comme des citoyens1 comme des hros2 il faudrait leur dire3--,soyez vertueux1 soyez croyants1 soyez libres1 respectez ce que vous aimez1 cherchez l'immortalit dans l'amour1 et la ,divinit dans la nature2 enfin1 sanctifiez votre me comme un temple1 et l'ange des nobles penses ne ddaignera pas d'y apparatre4 ,,chapitre ,,xi ,de la posie classique et de la posie romantique4 ,le nom de romantique a t introduit nouvellement en ,allemagne1 pour dsigner la posie dont les chants des troubadours ont t l'origine1 celle qui est ne de la chevalerie et du christianisme4 ,si l'on n'admet pas que le paganisme et le christianisme1 le ,nord et le ,midi1 l'antiquit et le moyen ge1 la chevalerie et les institutions grecques et romaines1 se sont partag l'empire de la littrature1 l'on ne parviendra jamais juger sous un point de vue philosophique le got antique et le got moderne4 ,on prend quelquefois le mot classique comme synonyme de perfection4 ,je m'en sers ici dans une autre acception1 en considrant la posie classique comme celle des anciens1 et la posie romantique comme celle qui tient de quelque manire aux traditions chevaleresques4 ,cette division se rapporte galement aux deux res du monde2 celle qui a prcd l'tablissement du christianisme1 et celle qui l'a suivi4 ,on a compar aussi dans divers ouvrages allemands la posie antique la sculpture1 et la posie romantique la peinture2 enfin1 l'on a caractris de toutes les manires la marche de l'esprit humain1 passant des religions matrialistes aux religions spiritualistes1 de la nature la ,divinit4 ,la nation franaise1 la plus cultive des nations latines1 penche vers la posie classique1 imite des ,grecs et des ,romains4 ,la nation anglaise1 la plus illustre des nations germaniques1 aime la posie romantique et chevaleresque1 et se glorifie des chefs-d'uvre qu'elle possde en ce genre4 ,je n'examinerai point ici lequel de ces deux genres de posie mrite la prfrence3 il suffit de montrer que la diversit des gots1 cet gard1 drive non seulement de causes accidentelles1 mais aussi des sources primitives de l'imagination et de la pense4 ,il y a dans les pomes piques et dans les tragdies des anciens1 un genre de simplicit qui tient ce que les hommes taient identifis cette poque avec la nature1 et croyaient dpendre du destin1 comme elle dpend de la ncessit4 ,l'homme1 rflchissant peu1 portait toujours l'action de son me au dehors2 la conscience elle-mme tait figure par des objets extrieurs1 et les flambeaux des ,furies secouaient les remords sur la tte des coupables4 ,l'vnement tait tout dans l'antiquit2 le caractre tient plus de place dans les temps modernes2 et cette rflexion inquite1 qui nous dvore souvent comme le vautour de ,promthe1 n'et sembl que de la folie1 au milieu des rapports clairs et prononcs qui existaient dans l'tat civil et social des anciens4 ,on ne faisait en ,grce1 dans le commencement de l'art1 que des statues isoles2 les groupes ont t composs plus tard4 ,on pourrait dire de mme1 avec vrit1 que dans tous les arts il n'y avait point de groupes3 les objets reprsents se succdaient comme dans les bas-reliefs1 sans combinaison1 sans complication d'aucun genre4 ,l'homme personnifiait la nature2 des nymphes habitaient les eaux1 des hamadryades les forts3 mais la nature1 son tour1 s'emparait de l'homme1 et l'on et dit qu'il ressemblait au torrent1 la foudre1 au volcan1 tant il agissait par une impulsion involontaire1 et sans que la rflexion pt en rien altrer les motifs ni les suites de ses actions4 ,les anciens avaient1 pour ainsi dire1 une me corporelle1 dont tous les mouvements taient forts1 directs et consquents2 il n'en est pas de mme du cur humain dvelopp par le christianisme3 les modernes ont puis dans le repentir chrtien l'habitude de se replier continuellement sur eux-mmes4 ,mais1 pour manifester cette existence tout intrieure1 il faut qu'une grande varit dans les faits prsente sous toutes les formes les nuances infinies de ce qui se passe dans l'me4 ,si de nos jours les beaux-arts taient astreints la simplicit des anciens1 nous n'atteindrions pas la force primitive qui les distingue1 et nous perdrions les motions intimes et multiplies dont notre me est susceptible4 ,la simplicit de l'art1 chez les modernes1 tournerait facilement la froideur et l'abstraction1 tandis que celle des anciens tait pleine de vie4 ,l'honneur et l'amour1 la bravoure et la piti sont les sentiments qui signalent le christianisme chevaleresque2 et ces dispositions de l'me ne peuvent se faire voir que par les dangers1 les exploits1 les amours1 les malheurs1 l'intrt romantique enfin1 qui varie sans cesse les tableaux4 ,les sources des effets de l'art sont donc diffrentes1 beaucoup d'gards1 dans la posie classique et dans la posie romantique2 dans l'une1 c'est le sort qui rgne1 dans l'autre1 c'est la ,providence2 le sort ne compte pour rien les sentiments des hommes1 la ,providence ne juge les actions que d'aprs les sentiments4 ,comment la posie ne crerait-elle pas un monde d'une toute autre nature1 quand il faut peindre l'uvre d'un destin aveugle et sourd1 toujours en lutte avec les mortels1 ou cet ordre intelligent auquel prside un tre suprme1 que notre cur interroge1 et qui rpond notre cur6 ,la posie paenne doit tre simple et saillante comme les objets extrieurs2 la posie chrtienne a besoin des mille couleurs de l'arc-en-ciel pour ne pas se perdre dans les nuages4 ,la posie des anciens est plus pure comme art1 celle des modernes fait verser plus de larmes2 mais la question pour nous n'est pas entre la posie classique et la posie romantique2 mais entre l'imitation de l'une et l'inspiration de l'autre4 ,la littrature des anciens est chez les modernes une littrature transplante3 la littrature romantique ou chevaleresque est chez nous indigne1 et c'est notre religion et nos institutions qui l'ont fait clore4 ,les crivains imitateurs des anciens se sont soumis aux rgles du got les plus svres2 car ne pouvant consulter ni leur propre nature1 ni leurs propres souvenirs1 il a fallu qu'ils se conformassent aux lois d'aprs lesquelles les chefs-d'uvre des anciens peuvent tre adapts notre got1 bien que toutes les circonstances politiques et religieuses qui ont donn le jour ces chefs-d'uvre soient changes4 ,mais ces posies d'aprs l'antique1 quelque parfaites qu'elles soient1 sont rarement populaires1 parce qu'elles ne tiennent1 dans le temps actuel1 rien de national4 ,la posie franaise1 tant la plus classique de toutes les posies modernes1 est la seule qui ne soit pas rpandue parmi le peuple4 ,les stances du ,tasse sont chantes par les gondoliers de ,venise2 les ,espagnols et les ,portugais de toutes les classes savent par cur les vers de ,calderon et de ,camons4 ,shakespeare est autant admir par le peuple en ,angleterre que par la classe suprieure4 ,des pomes de ,gthe et de ,brger sont mis en musique1 et vous les entendez rpter des bords du ,rhin jusqu' la ,baltique4 ,nos potes franais sont admirs par tout ce qu'il y a d'esprits cultivs chez nous et dans le reste de l',europe2 mais ils sont tout fait inconnus aux gens du peuple et aux bourgeois mme des villes1 parce que les arts en ,france ne sont pas1 comme ailleurs1 natifs du pays mme o leurs beauts se dveloppent4 ,quelques critiques franais ont prtendu que la littrature des peuples germaniques tait encore dans l'enfance de l'art2 cette opinion est tout fait fausse2 les hommes les plus instruits dans la connaissance des langues et des ouvrages des anciens n'ignorent certainement pas les inconvnients et les avantages du genre qu'ils adoptent1 ou de celui qu'ils rejettent2 mais leur caractre1 leurs habitudes et leurs raisonnements les ont conduits prfrer la littrature fonde sur les souvenirs de la chevalerie1 sur le merveilleux du moyen-ge1 celle dont la mythologie des ,grecs est la base4 ,la littrature romantique est la seule qui soit susceptible encore d'tre perfectionne1 parce qu'ayant ses racines dans notre propre sol1 elle est la seule qui puisse crotre et se vivifier de nouveau2 elle exprime notre religion2 elle rappelle notre histoire2 son origine est ancienne1 mais non antique4 ,la posie classique doit passer par les souvenirs du paganisme pour arriver jusqu' nous3 la posie des ,germains est l're chrtienne des beaux-arts3 elle se sert de nos impressions personnelles pour nous mouvoir3 le gnie qui l'inspire s'adresse immdiatement notre cur1 et semble voquer notre vie elle-mme comme un fantme1 le plus puissant et le plus terrible de tous4 ,,chapitre ,,xii ,des pomes allemands4 ,on doit conclure1 ce me semble1 des diverses rflexions que contient le chapitre prcdent1 qu'il n'y a gure de posie classique en ,allemagne1 soit que l'on considre cette posie comme imite des anciens1 ou qu'on entende seulement par ce mot le plus haut degr possible de perfection4 ,la fcondit de l'imagination des ,allemands les appelle produire plutt qu' corriger2 aussi peut-on difficilement citer1 dans leur littrature1 des crits gnralement reconnus pour modles4 ,la langue n'est pas fixe2 le got change chaque nouvelle production des hommes de talent2 tout est progressif1 tout marche1 et le point stationnaire de perfection n'est point encore atteint2 mais est-ce un mal8 ,chez toutes les nations o l'on s'est flatt d'y tre parvenu1 l'on a vu presque immdiatement aprs commencer la dcadence1 et les imitateurs succder aux crivains classiques1 comme pour dgoter d'eux4 ,il y a en ,allemagne un aussi grand nombre de potes qu'en ,italie3 la multitude des essais1 dans quelque genre que ce soit1 indique quel est le penchant naturel d'une nation4 ,quand l'amour de l'art y est universel1 les esprits prennent d'eux-mmes la direction de la posie1 comme ailleurs celle de la politique1 ou des intrts mercantiles4 ,il y avait chez les ,grecs une foule de potes1 et rien n'est plus favorable au gnie que d'tre environn d'un grand nombre d'hommes qui suivent la mme carrire4 ,les artistes sont des juges indulgents pour les fautes1 parce qu'ils connaissent les difficults2 mais ce sont aussi des approbateurs exigeants2 il faut de grandes beauts1 et des beauts nouvelles1 pour galer leurs yeux les chefs-d'uvre dont ils s'occupent sans cesse4 ,les ,allemands improvisent1 pour ainsi dire1 en crivant2 et cette grande facilit est le vritable signe du talent dans les beaux-arts2 car ils doivent1 comme les fleurs du midi1 natre sans culture2 le travail les perfectionne1 mais l'imagination est abondante lorsqu'une gnreuse nature en a fait don aux hommes4 ,il est impossible de citer tous les potes allemands qui mriteraient un loge part2 je me bornerai considrer seulement1 d'une manire gnrale1 les trois coles que j'ai dj distingues1 en indiquant la marche historique de la littrature allemande4 ,wieland a imit ,voltaire dans ses romans2 souvent ,lucien1 qui1 sous le rapport philosophique est le ,voltaire de l'antiquit2 quelquefois l',arioste1 et1 malheureusement aussi1 ,crbillon4 ,il a mis en vers plusieurs contes de chevalerie1 ,gandalin1 ,grion le ,courtois1 ,obron1 etc41 dans lesquels il y a plus de sensibilit que dans l',arioste1 mais toujours moins de grce et de gat4 ,l',allemand ne se meut pas1 sur tous les sujets1 avec la lgret de l'italien2 et les plaisanteries qui conviennent cette langue1 un peu surcharge de consonnes1 ce sont plutt celles qui tiennent l'art de caractriser fortement qu' celui d'indiquer demi4 ,idris et le ,nouvel ,amadis sont des contes de fes dans lesquels la vertu des femmes est chaque page l'objet de ces ternelles plaisanteries qui ont cess d'tre immorales force d'tre ennuyeuses4 ,les contes de chevalerie de ,wieland me semblent beaucoup meilleurs que ses pomes imits du grec1 ,musarion1 ,endymion1 ,ganymde1 le ,jugement de ,pris1 etc4 ,les histoires chevaleresques sont nationales en ,allemagne4 ,le gnie naturel du langage et des potes se prte peindre les exploits et les amours de ces chevaliers et de ces belles1 dont les sentiments taient tout la fois si forts et si nafs1 si bienveillants et si dcids2 mais en voulant mettre des grces modernes dans les sujets grecs1 ,wieland les a rendus ncessairement manirs4 ,ceux qui prtendent modifier le got antique par le got moderne1 ou le got moderne par le got antique1 sont presque toujours affects4 ,pour tre l'abri de ce danger1 il faut prendre chaque chose pleinement dans sa nature4 ,l',obron passe en ,allemagne presque pour un pome pique4 ,il est fond sur une histoire de chevalerie franaise1 ,huon de ,bourdeaux1 dont ,m4 de ,tressan a donn l'extrait2 le gnie ,obron et la fe ,titania1 tels que ,shakespeare les a peints1 dans sa pice intitule ,rve d'une nuit d't1 servent de mythologie ce pome4 ,le sujet en est donn par nos anciens romanciers2 mais on ne saurait trop louer la posie dont ,wieland l'a enrichi4 ,la plaisanterie tire du merveilleux y est manie avec beaucoup de grce et d'originalit4 ,huon est envoy en ,palestine1 par suite de diverses aventures1 pour demander en mariage la fille du sultan1 et quand le son du cor singulier qu'il possde met en danse tous les personnages les plus graves qui s'opposent au mariage1 on ne se lasse point de cet effet comique1 habilement rpt2 et mieux le pote a su peindre le srieux pdantesque des imans et des vizirs de la cour du sultan1 plus leur danse involontaire amuse les lecteurs4 ,quand ,obron emporte sur un char ail les deux amants dans les airs1 l'effroi de ce prodige est dissip par la scurit que l'amour leur inspire4 ,en vain la terre1 dit le pote1 disparat leurs yeux2 en vain la nuit couvre l'atmosphre de ses ailes obscures2 une lumire cleste rayonne dans leurs regards pleins de tendresse3 leurs mes se rflchissent l'une dans l'autre2 la nuit n'est pas la nuit pour eux2 l'lyse les entoure2 le soleil claire le fond de leur cur2 et l'amour1 chaque instant1 leur fait voir des objets toujours dlicieux et toujours nouveaux4 ,la sensibilit ne s'allie gure en gnral avec le merveilleux2 il y a quelque chose de si srieux dans les affections de l'me1 qu'on n'aime pas les voir compromises au milieu des jeux de l'imagination2 mais ,wieland a l'art de runir ces fictions fantastiques avec des sentiments vrais1 d'une manire qui n'appartient qu' lui4 ,le baptme de la fille du sultan1 qui se fait chrtienne pour pouser ,huon1 est encore un morceau de la plus grande beaut2 changer de religion par amour est un peu profane2 mais le christianisme est tellement la religion du cur1 qu'il suffit d'aimer avec dvouement et puret pour tre dj converti4 ,obron a fait promettre aux deux jeunes poux de ne pas se donner l'un l'autre avant leur arrive ,rome3 ils sont ensemble dans le mme vaisseau1 et spars du monde2 l'amour les fait manquer leur vu4 ,alors la tempte se dchane1 les vents sifflent1 les vagues grondent1 et les voiles sont dchires2 la foudre brise les mts2 les passagers se lamentent1 les matelots crient au secours4 ,enfin le vaisseau s'entr'ouvre1 les flots menacent de tout engloutir1 et la prsence de la mort peut peine arracher les deux poux au sentiment du bonheur de cette vie4 ,ils sont prcipits dans la mer3 un pouvoir invisible les sauve1 et les fait aborder dans une le inhabite1 o ils trouvent un solitaire que ses malheurs et sa religion ont conduit dans cette retraite4 ,amanda1 l'pouse de ,huon1 aprs de longues traverses1 met au monde un fils1 et rien n'est ravissant comme le tableau de la maternit dans le dsert3 ce nouvel tre qui vient animer la solitude1 ces regards incertains de l'enfance1 que la tendresse passionne de la mre cherche fixer sur elle1 tout est plein de sentiment et de vrit4 ,les preuves auxquelles ,obron et ,titania veulent soumettre les deux poux continuent2 mais la fin leur constance est rcompense4 ,quoiqu'il y ait des longueurs dans ce pome1 il est impossible de ne pas le considrer comme un ouvrage charmant1 et s'il tait bien traduit en vers franais1 il serait jug tel4 ,avant et aprs ,wieland1 il y a eu des potes qui ont essay d'crire dans le genre franais et italien3 mais ce qu'ils ont fait ne vaut gure la peine d'tre cit3 et si la littrature allemande n'avait pas pris un caractre elle1 srement elle ne ferait pas poque dans l'histoire des beaux-arts4 ,c'est la ,messiade de ,klopstock qu'il faut fixer l'poque de la posie en ,allemagne4 ,le hros de ce pome1 selon notre langage mortel1 inspire au mme degr l'admiration et la piti1 sans que jamais l'un de ces sentiments soit affaibli par l'autre4 ,un pote gnreux a dit1 en parlant de ,louis ,,xvi3 ,jamais tant de respect n'admit tant de piti#ba4 ,ce vers si touchant et si dlicat pourrait exprimer l'attendrissement que le ,messie fait prouver dans ,klopstock4 ,sans doute le sujet est bien au-dessus de toutes les inventions du gnie2 il en faut beaucoup cependant pour montrer avec tant de sensibilit l'humanit dans l'tre divin1 et avec tant de force la divinit dans l'tre mortel4 ,il faut aussi bien du talent pour exciter l'intrt et l'anxit1 dans le rcit d'un vnement dcid d'avance par une volont toute-puissante4 ,klopstock a su runir avec beaucoup d'art tout ce que la fatalit des anciens et la providence des chrtiens peuvent inspirer la fois de terreur et d'esprance4 ,j'ai parl ailleurs du caractre d',abbadona1 de ce dmon repentant qui cherche faire du bien aux hommes3 un remords dvorant s'attache sa nature immortelle2 ses regrets ont le ciel mme pour objet1 le ciel qu'il a connu1 les clestes sphres qui furent sa demeure3 quelle situation1 que ce retour vers la vertu1 quand la destine est irrvocable6 ,il manquait aux tourments de l'enfer d'tre habit par une me redevenue sensible4 ,notre religion ne nous est pas familire en posie1 et ,klopstock est l'un des potes modernes qui ont su le mieux personnifier la spiritualit du christianisme1 par des situations et des tableaux analogues sa nature4 ,il n'y a qu'un pisode d'amour dans tout l'ouvrage1 et c'est un amour entre deux ressuscits1 ,cidli et ,semida2 ,jsus-,christ leur a rendu la vie tous les deux1 et ils s'aiment d'une affection pure et cleste comme leur nouvelle existence2 ils ne se croient plus sujets la mort2 ils esprent qu'ils passeront ensemble de la terre au ciel1 sans que l'horrible douleur d'une sparation apparente soit prouve par l'un d'eux4 ,touchante conception qu'un tel amour1 dans un pome religieux6 elle seule pouvait tre en harmonie avec l'ensemble de l'ouvrage4 ,il faut l'avouer cependant1 il rsulte un peu de monotonie d'un sujet continuellement exalt2 l'me se fatigue par trop de contemplation1 et l'auteur aurait quelquefois besoin d'avoir affaire des lecteurs dj ressuscits1 comme ,cidli et ,semida4 ,on aurait pu1 ce me semble1 viter ce dfaut1 sans introduire dans la ,messiade rien de profane3 il et mieux valu peut-tre prendre pour sujet la vie entire de ,jsus-,christ1 que de commencer au moment o ses ennemis demandent sa mort4 ,l'on aurait pu se servir avec plus d'art des couleurs de l',orient pour peindre la ,syrie1 et caractriser1 d'une manire forte1 l'tat du genre humain sous l'empire de ,rome4 ,il y a trop de discours1 et des discours trop longs1 dans la ,messiade2 l'loquence elle-mme frappe moins l'imagination qu'une situation1 un caractre1 un tableau qui nous laisse quelque chose deviner4 ,le ,verbe1 ou la parole divine1 existait avant la cration de l'univers2 mais pour les potes1 il faut que la cration prcde la parole4 ,on a reproch aussi ,klopstock de n'avoir pas fait de ses anges des portraits assez varis2 il est vrai que dans la perfection les diffrences sont difficiles saisir1 et que ce sont d'ordinaire les dfauts qui caractrisent les hommes3 nanmoins on aurait pu donner plus de varit ce grand tableau2 enfin1 surtout1 il n'aurait pas fallu1 ce me semble1 ajouter encore dix chants celui qui termine l'action principale1 la mort du ,sauveur4 ,ces dix chants renferment sans doute de grandes beauts lyriques2 mais quand un ouvrage1 quel qu'il soit1 excite l'intrt dramatique1 il doit finir au moment o cet intrt cesse4 ,des rflexions1 des sentiments1 qu'on lirait ailleurs avec le plus grand plaisir1 lassent presque toujours1 lorsqu'un mouvement plus vif les a prcds4 ,on est pour les livres peu prs comme pour les hommes2 on exige d'eux toujours ce qu'ils nous ont accoutums en entendre4 ,il rgne dans tout l'ouvrage de ,klopstock une me leve et sensible2 toutefois les impressions qu'il excite sont trop uniformes1 et les images funbres y sont trop multiplies4 ,la vie ne va que parce que nous oublions la mort2 et c'est pour cela1 sans doute1 que cette ide1 quand elle reparat1 cause un frmissement si terrible4 ,dans la ,messiade1 comme dans ,young1 on nous ramne trop souvent au milieu des tombeaux2 c'en serait fait des arts1 si l'on se plongeait toujours dans ce genre de mditation2 car il faut un sentiment trs nergique de l'existence pour sentir le monde anim de la posie4 ,les paens dans leurs pomes1 comme sur les bas-reliefs des spulcres1 reprsentaient toujours des tableaux varis1 et faisaient ainsi de la mort une action de la vie2 mais les penses vagues et profondes dont les derniers instants des chrtiens sont environns1 prtent plus l'attendrissement qu'aux vives couleurs de l'imagination4 ,klopstock a compos des odes religieuses1 des odes patriotiques1 et d'autres posies pleines de grce sur divers sujets4 ,dans ses odes religieuses1 il sait revtir d'images visibles les ides sans bornes2 mais quelquefois ce genre de posie se perd dans l'incommensurable qu'elle voudrait embrasser4 ,il est difficile de citer tel ou tel vers dans ses odes religieuses1 qui puisse se rpter comme une maxime dtache4 ,la beaut de ces posies consiste dans l'impression gnrale qu'elles produisent4 ,demanderait-on l'homme qui contemple la mer1 cette immensit toujours en mouvement et toujours inpuisable1 cette immensit qui semble donner l'ide de tous les temps prsents la fois1 de toutes les successions devenues simultanes2 lui demanderait-on de compter1 vague aprs vague1 le plaisir qu'il prouve en rvant sur le rivage8 ,il en est de mme des mditations religieuses embellies par la posie2 elles sont dignes d'admiration1 si elles inspirent un lan toujours nouveau vers une destine toujours plus haute1 si l'on se sent meilleur aprs s'en tre pntr3 c'est l le jugement littraire qu'il faut porter sur de tels crits4 ,parmi les odes de ,klopstock1 celles qui ont la rvolution de ,france pour objet ne valent pas la peine d'tre cites3 le moment prsent inspire presque toujours mal les potes2 il faut qu'ils se placent la distance des sicles pour bien juger1 et mme pour bien peindre3 mais ce qui fait un grand honneur ,klopstock1 ce sont ses efforts pour ranimer le patriotisme chez les ,allemands4 ,parmi les posies composes dans ce respectable but1 je vais essayer de faire connatre le chant des bardes1 aprs la mort d',hermann1 que les ,romains appellent ,arminius3 il fut assassin par les princes de la ,germanie1 jaloux de ses succs et de son pouvoir4 ,hermann1 chant par les bardes ,werdomar1 ,kerding et ,darmond4 ,w4 ,sur le rocher de la mousse antique1 asseyons-nous1 bardes6 et chantons l'hymne funbre4 ,que nul ne porte ses pas plus loin1 que nul ne regarde sous ces branches1 o repose le plus noble fils de la patrie4 ,il est l1 tendu dans son sang1 lui1 le secret effroi des ,romains1 alors mme qu'au milieu des danses guerrires et des chants de triomphe1 ils emmenaient sa ,thusnelda captive3 non1 ne regardez pas6 ,qui pourrait le voir sans pleurer8 et la lyre ne doit pas faire entendre des sons plaintifs1 mais des chants de gloire pour l'immortel4 ,k4 ,j'ai encore la blonde chevelure de l'enfance1 je n'ai ceint le glaive qu'en ce jour2 mes mains sont1 pour la premire fois1 armes de la lance et de la lyre1 comment pourrais-je chanter ,hermann8 ,n'attendez pas trop du jeune homme1 pres2 je veux essuyer avec mes cheveux dors mes joues inondes de pleurs1 avant d'oser chanter le plus grand des fils de ,mana#bb4 ,d4 ,et moi aussi1 je verse des pleurs de rage2 non1 je ne les retiendrai pas3 coulez1 larmes brlantes1 larmes de la fureur1 vous n'tes pas muettes1 vous appelez la vengeance sur des guerriers perfides2 mes compagnons6 entendez ma maldiction terrible3 que nul des tratres la patrie1 assassins du hros1 ne meure dans les combats6 ,w4 ,voyez-vous le torrent qui s'lance de la montagne1 et se prcipite sur ces rochers2 il roule avec ses flots des pins dracins2 il les amne1 il les amne pour le bcher d',hermann4 ,bientt le hros sera poussire1 bientt il reposera dans la tombe d'argile2 mais que sur cette poussire sainte soit plac le glaive par lequel il a jur la perte du conqurant4 ,arrte-toi1 esprit du mort1 avant de rejoindre ton pre ,siegmar6 tarde encore1 et regarde comme il est plein de toi1 le cur de ton peuple4 ,k4 ,taisons1 taisons ,thusnelda que son ,hermann est ici tout sanglant4 ,ne dites pas cette noble femme1 cette mre dsespre1 que le pre de son ,thumeliko a cess de vivre4 ,qui pourrait le dire celle qui a dj march charge de fers devant le char redoutable de l'orgueilleux vainqueur1 qui pourrait le dire cette infortune1 aurait un cur de ,romain4 ,d4 ,malheureuse fille1 quel pre t'a donn le jour8 ,segeste#bc1 un tratre1 qui dans l'ombre aiguisait le fer homicide6 ,oh6 ne le maudissez pas4 ,hla#bd dj l'a marqu de son sceau4 ,w4 ,que le crime de ,segeste ne souille point nos chants1 et que plutt l'ternel oubli tende ses ailes pesantes sur ses cendres2 les cordes de la lyre qui retentissent au nom d',hermann seraient profanes1 si leurs frmissements accusaient le coupable4 ,hermann6 ,hermann6 toi1 le favori des curs nobles1 le chef des plus braves1 le sauveur de la patrie1 c'est toi dont nos bardes1 en chur1 rptent les louanges aux chos sombres des mystrieuses forts4 ,o bataille de ,winfeld#be1 sur sanglante de la victoire de ,cannes1 je t'ai vue1 les cheveux pars1 l'il en feu1 les mains sanglantes1 apparatre au milieu des harpes de ,walhalla2 en vain le fils de ,drusus1 pour effacer tes traces1 voulait cacher les ossements blanchis des vaincus dans la valle de la mort4 ,nous ne l'avons pas souffert1 nous avons renvers leurs tombeaux1 afin que leurs restes pars servissent de tmoignage ce grand jour2 la fte du printemps1 d'ge en ge1 ils entendront les cris de joie des vainqueurs4 ,il voulait1 notre hros1 donner encore des compagnons de mort ,varus2 dj1 sans la lenteur jalouse des princes1 ,ccina rejoignait son chef4 ,une pense plus noble encore roulait dans l'me ardente d',hermann3 minuit1 prs de l'autel du dieu ,thor#bf1 au milieu des sacrifices1 il se dit en secret3--,je le ferai4 ,ce dessein le poursuit jusque dans vos jeux1 quand la jeunesse guerrire forme des danses1 franchit les pes nues1 anime les plaisirs par les dangers4 ,le pilote1 vainqueur de l'orage1 raconte que1 dans une le loigne#bg1 la montagne brlante annonce longtemps d'avance1 par de noirs tourbillons de fume1 la flamme et les rochers terribles qui vont jaillir de son sein2 ainsi1 les premiers combats d',hermann nous prsageaient qu'un jour il traverserait les ,alpes1 pour descendre dans la plaine de ,rome4 ,c'est l que le hros devait ou prir ou monter au ,capitole1 et prs du trne de ,jupiter1 qui tient dans sa main la balance des destines1 interroger ,tibre et les ombres de ses anctres sur la justice de leurs guerres4 ,mais1 pour accomplir son hardi projet1 il fallait porter entre tous les princes l'pe du chef des batailles2 alors ses rivaux ont conspir sa mort1 et maintenant il n'est plus1 celui dont le cur avait conu la pense grande et patriotique4 ,d4 ,as-tu recueilli mes larmes brlantes8 as-tu entendu mes accents de fureur1 ,hla6 desse qui punit8 ,k4 ,voyez dans ,walhalla1 sous les ombrages sacrs1 au milieu des hros1 la palme de la victoire la main1 ,siegmar s'avance pour recevoir son ,hermann2 le vieillard rajeuni salue le jeune hros2 mais un nuage de tristesse obscurcit son accueil1 car ,hermann n'ira plus1 il n'ira plus au ,capitole interroger ,tibre devant le tribunal des dieux4 99 99 99 99 99 ,il y a plusieurs autres pomes de ,klopstock1 dans lesquels1 de mme que dans celui-ci1 il rappelle aux ,allemands les hauts faits de leurs anctres les ,germains2 mais ces souvenirs n'ont presque aucun rapport avec la nation actuelle4 ,on sent1 dans ces posies1 un enthousiasme vague1 un dsir qui ne peut atteindre son but2 et la moindre chanson nationale d'un peuple libre cause une motion plus vraie4 ,il ne reste gure de traces de l'histoire ancienne des ,germains2 l'histoire moderne est trop divise et trop confuse pour qu'elle puisse produire des sentiments populaires3 c'est dans leur cur seul que les ,allemands peuvent trouver la source des chants vraiment patriotiques4 ,klopstock a souvent beaucoup de grce sur des sujets moins srieux3 sa grce tient l'imagination et la sensibilit2 car dans ses posies il n'y a pas beaucoup de ce que nous appelons de l'esprit2 le genre lyrique ne le comporte pas4 ,dans l'ode sur le rossignol1 le pote allemand a su rajeunir un sujet bien us1 en prtant l'oiseau des sentiments si doux et si vifs pour la nature et pour l'homme1 qu'il semble un mdiateur ail qui porte de l'une l'autre des tributs de louange et d'amour4 ,une ode sur le vin du ,rhin est trs originale3 les rives du ,rhin sont pour les ,allemands une image vraiment nationale2 ils n'ont rien de plus beau dans toute leur contre2 les pampres croissent dans les mmes lieux o tant d'actions guerrires se sont passes1 et le vin de cent annes1 contemporain de jours plus glorieux1 semble recler encore la gnreuse chaleur des temps passs4 ,non seulement ,klopstock a tir du christianisme les plus grandes beauts de ses ouvrages religieux2 mais comme il voulait que la littrature de son pays ft tout fait indpendante de celle des anciens1 il a tch de donner la posie allemande une mythologie toute nouvelle1 emprunte des ,scandinaves4 ,quelquefois il l'emploie d'une manire trop savante2 mais quelquefois aussi il en a tir un parti trs heureux1 et son imagination a senti les rapports qui existent entre les dieux du ,nord et l'aspect de la nature laquelle ils prsident4 ,il y a une ode de lui1 charmante1 intitule l'art de ,tialf1 c'est--dire l'art d'aller en patins sur la glace1 qu'on dit invent par le gant ,tialf4 ,il peint une jeune et belle femme1 revtue d'une fourrure d'hermine1 et place sur un traneau en forme de char2 les jeunes gens qui l'entourent font avancer ce char comme l'clair1 en le poussant lgrement4 ,on choisit pour sentier le torrent glac qui1 pendant l'hiver1 offre la route la plus sre4 ,les cheveux des jeunes hommes sont parsems des flocons brillants des frimas2 les jeunes filles1 la suite du traneau1 attachent leurs petits pieds des ailes d'acier1 qui les transportent au loin dans un clin d'il3 le chant des bardes accompagne cette danse septentrionale2 la marche joyeuse passe sous des ormeaux dont les fleurs sont de neige2 on entend craquer le cristal sous les pas2 un instant de terreur trouble la fte2 mais bientt les cris d'allgresse1 la violence de l'exercice1 qui doit conserver au sang la chaleur que lui ravirait le froid de l'air1 enfin la lutte contre le climat1 raniment tous les esprits1 et l'on arrive au terme de la course1 dans une grande salle illumine1 o le feu1 le bal et les festins1 font succder des plaisirs faciles aux plaisirs conquis sur les rigueurs mmes de la nature4 ,l'ode bert sur les amis qui ne sont plus1 mrite aussi d'tre cite4 ,klopstock est moins heureux quand il crit sur l'amour2 il a1 comme ,dorat1 adress des vers sa matresse future1 et ce sujet manir n'a pas bien inspir sa muse3 il faut n'avoir pas souffert pour se jouer avec le sentiment2 et quand une personne srieuse essaie un semblable jeu1 toujours une contrainte secrte l'empche de s'y montrer naturelle4 ,on doit compter dans l'cole de ,klopstock1 non comme disciples1 mais comme confrres en posie1 le grand ,haller1 qu'on ne peut nommer sans respect2 ,gessner1 et plusieurs autres qui s'approchaient du gnie anglais par la vrit des sentiments1 mais qui ne portaient pas encore l'empreinte vraiment caractristique de la littrature allemande4 ,klopstock lui-mme n'avait pas compltement russi donner l',allemagne un pome pique sublime et populaire tout la fois1 tel qu'un ouvrage de ce genre doit tre4 ,la traduction de l',iliade et de l',odysse par ,voss fit connatre ,homre1 autant qu'une copie calque peut rendre l'original2 chaque pithte y est conserve1 chaque mot y est mis la mme place1 et l'impression de l'ensemble est trs grande1 quoiqu'on ne puisse trouver dans l'allemand tout le charme que doit avoir le grec1 la plus belle langue du ,midi4 ,les littrateurs allemands1 qui saisissent avec avidit chaque nouveau genre1 s'essayrent composer des pomes avec la couleur homrique1 et l',odysse1 renfermant beaucoup de dtails de la vie prive1 parut plus facile imiter que l',iliade4 ,le premier essai dans ce genre fut une idylle en trois chants1 de ,voss lui-mme1 intitule ,louise2 elle est crite en hexamtres1 que tout le monde s'accorde trouver admirables2 mais la pompe mme du vers hexamtre parat souvent peu d'accord avec l'extrme navet du sujet4 ,sans les motions pures et religieuses qui animent tout le pome1 on ne s'intresserait gure au trs paisible mariage de la fille du vnrable pasteur de ,grnau4 ,homre1 fidle runir les pithtes avec les noms1 dit toujours1 en parlant de ,minerve1 la fille de ,jupiter aux yeux bleus2 de mme aussi ,voss rpte sans cesse le vnrable pasteur de ,grnau 7der ehrwrdige pfarrer von ,grnau74 ,mais la simplicit d',homre ne produit un si grand effet que parce qu'elle est noblement en contraste avec la grandeur imposante de son hros et du sort qui le poursuit2 tandis que1 quand il s'agit d'un pasteur de campagne et de la trs bonne mnagre sa femme1 qui marient leur fille celui qu'elle aime1 la simplicit a moins de mrite4 ,l'on admire beaucoup en ,allemagne les descriptions qui se trouvent dans la ,louise de ,voss1 sur la manire de faire le caf1 d'allumer la pipe2 ces dtails sont prsents avec beaucoup de talent et de vrit2 c'est un tableau flamand trs bien fait3 mais il me semble qu'on peut difficilement introduire dans nos pomes1 comme dans ceux des anciens1 les usages communs de la vie3 ces usages chez nous ne sont pas potiques1 et notre civilisation a quelque chose de bourgeois4 ,les anciens vivaient toujours l'air1 toujours en rapport avec la nature1 et leur manire d'exister tait champtre1 mais jamais vulgaire4 ,les ,allemands mettent trop peu d'importance au sujet d'un pome1 et croient que tout consiste dans la manire dont il est trait4 ,d'abord la forme donne par la posie ne se transporte presque jamais dans une langue trangre2 et la rputation europenne n'est cependant pas ddaigner2 d'ailleurs le souvenir des dtails les plus intressants s'efface quand il n'est point rattach une fiction dont l'imagination puisse se saisir4 ,la puret touchante1 qui est le principal charme du pome de ,voss1 se fait sentir surtout1 ce me semble1 dans la bndiction nuptiale du pasteur1 en mariant sa fille3 ,ma fille1 lui dit-il avec une voix mue1 que la bndiction de ,dieu soit avec toi4 ,aimable et vertueux enfant1 que la bndiction de ,dieu t'accompagne sur la terre et dans le ciel4 ,j'ai t jeune et je suis devenu vieux1 et dans cette vie incertaine le ,tout-,puissant m'a envoy beaucoup de joie et de douleur4 ,qu'il soit bni pour toutes deux6 ,je vais bientt reposer sans regret ma tte blanchie dans le tombeau de mes pres1 car ma fille est heureuse2 elle l'est1 parce qu'elle sait qu'un ,dieu paternel soigne notre me par la douleur comme par le plaisir4 ,quel spectacle plus touchant que celui de cette jeune et belle fiance6 ,dans la simplicit de son cur1 elle s'appuie sur la main de l'ami qui doit la conduire dans le sentier de la vie2 c'est avec lui que1 dans une intimit sainte1 elle partagera le bonheur et l'infortune2 c'est celle qui1 si ,dieu le veut1 doit essuyer la dernire sueur sur le front de son poux mortel4 ,mon me tait aussi remplie de pressentiments1 lorsque1 le jour de mes noces1 j'amenai dans ces lieux ma timide compagne3 content1 mais srieux1 je lui montrai de loin la borne de nos champs1 la tour de l'glise1 et l'habitation du pasteur o nous avons prouv tant de biens et de maux4 ,mon unique enfant1 car il ne me reste que toi1 d'autres qui j'avais donn la vie dorment l-bas sous le gazon du cimetire2 mon unique enfant1 tu vas t'en aller en suivant la route par laquelle je suis venu4 ,la chambre de ma fille sera dserte2 sa place notre table ne sera plus occupe2 c'est en vain que je prterai l'oreille ses pas1 sa voix4 ,oui1 quand ton poux t'emmnera loin de moi1 des sanglots m'chapperont1 et mes yeux mouills de pleurs te suivront longtemps encore2 car je suis homme et pre1 et j'aime avec tendresse cette fille qui m'aime aussi sincrement4 ,mais bientt1 rprimant mes larmes1 j'lverai vers le ciel mes mains suppliantes1 et je me prosternerai devant la volont de ,dieu1 qui commande la femme de quitter sa mre et son pre pour suivre son poux4 ,va donc en paix1 mon enfant1 abandonne ta famille et la maison paternelle2 suis le jeune homme qui maintenant te tiendra lieu de ceux qui tu dois le jour2 sois dans sa maison comme une vigne fconde1 entoure-la de nobles rejetons4 ,un mariage religieux est la plus belle des flicits terrestres2 mais si le ,seigneur ne fonde pas lui-mme l'difice de l'homme1 qu'importent ses vains travaux8 ,voil de la vraie simplicit1 celle de l'me1 celle qui convient au peuple comme aux rois1 aux pauvres comme aux riches1 enfin toutes les cratures de ,dieu4 ,on se lasse promptement de la posie descriptive1 quand elle s'applique des objets qui n'ont rien de grand en eux-mmes2 mais les sentiments descendent du ciel1 et dans quelque humble sjour que pntrent leurs rayons1 ils ne perdent rien de leur beaut4 ,l'extrme admiration qu'inspire ,gthe en ,allemagne1 a fait donner son pome d',hermann et ,dorothe le nom de pome pique2 et l'un des hommes les plus spirituels en tout pays1 ,m4 de ,humboldt1 le frre du clbre voyageur1 a compos sur ce pome un ouvrage qui contient les remarques les plus philosophiques et les plus piquantes4 ,hermann et ,dorothe est traduit en franais et en anglais2 toutefois on ne peut avoir l'ide1 par la traduction1 du charme qui rgne dans cet ouvrage3 une motion douce1 mais continuelle se fait sentir depuis le premier vers jusqu'au dernier1 et il y a1 dans les moindres dtails1 une dignit naturelle qui ne dparerait pas les hros d',homre4 ,nanmoins1 il faut en convenir1 les personnages et les vnements sont de trop peu d'importance2 le sujet suffit l'intrt quand on le lit dans l'original2 dans la traduction cet intrt se dissipe4 ,en fait de pome pique1 il me semble qu'il est permis d'exiger une certaine aristocratie littraire2 la dignit des personnages et des souvenirs historiques qui s'y rattachent peuvent seuls lever l'imagination la hauteur de ce genre d'ouvrage4 ,un pome ancien du treizime sicle1 les ,niebelungen1 dont j'ai dj parl1 parat avoir eu dans son temps tous les caractres d'un vritable pome pique4 ,les grandes actions du hros de l',allemagne du ,nord1 ,sigefroi1 assassin par un roi bourguignon1 la vengeance que les siens en tirrent dans le camp d',attila1 et qui mit fin au premier royaume de ,bourgogne1 sont le sujet de ce pome4 ,un pome pique n'est presque jamais l'ouvrage d'un homme1 et les sicles mmes1 pour ainsi dire1 y travaillent3 le patriotisme1 la religion1 enfin la totalit de l'existence d'un peuple1 ne peut tre mise en action que par quelques-uns de ces vnements immenses que le pote ne cre pas1 mais qui lui apparaissent agrandis par la nuit des temps3 les personnages du pome pique doivent reprsenter le caractre primitif de la nation4 ,il faut trouver en eux le moule indestructible dont est sortie toute l'histoire4 ,ce qu'il y avait de beau en ,allemagne1 c'tait l'ancienne chevalerie1 sa force1 sa loyaut1 sa bonhomie1 et la rudesse du ,nord1 qui s'alliait avec une sensibilit sublime4 ,ce qu'il y avait aussi de beau1 c'tait le christianisme ent sur la mythologie scandinave2 cet honneur sauvage que la foi rendait pur et sacr2 ce respect pour les femmes1 qui devenait plus touchant encore par la protection accorde tous les faibles2 cet enthousiasme de la mort1 ce paradis guerrier o la religion la plus humaine a pris place4 ,tels sont les lments d'un pome pique en ,allemagne4 ,il faut que le gnie s'en empare1 et qu'il sache1 comme ,mde1 ranimer par un nouveau sang d'anciens souvenirs4 ,,chapitre ,,xiii ,de la posie allemande4 ,les posies allemandes dtaches sont1 ce me semble1 plus remarquables encore que les pomes1 et c'est surtout dans ce genre que le cachet de l'originalit est empreint3 il est vrai aussi que les auteurs les plus cits cet gard1 ,gthe1 ,schiller1 ,brger1 etc41 sont de l'cole moderne1 qui seule porte un caractre vraiment national4 ,gthe a plus d'imagination1 ,schiller plus de sensibilit1 et ,brger est de tous celui qui possde le talent le plus populaire4 ,en examinant successivement quelques posies de ces trois hommes1 on se fera mieux l'ide de ce qui les distingue4 ,schiller a de l'analogie avec le got franais2 toutefois on ne trouve dans ses posies dtaches rien qui ressemble aux posies fugitives de ,voltaire2 cette lgance de conversation et presque de manires1 transporte dans la posie1 n'appartenait qu' la ,france2 et ,voltaire1 en fait de grce1 tait le premier des crivains franais4 ,il serait intressant de comparer les stances de ,schiller sur la perte de la jeunesse1 intitules l',idal1 avec celles de ,voltaire3 ,si vous voulez que j'aime encore1 ,rendez-moi l'ge des amours1 etc4 ,on voit1 dans le pote franais1 l'expression d'un regret aimable1 dont les plaisirs de l'amour et les joies de la vie sont l'objet3 le pote allemand pleure la perte de l'enthousiasme et de l'innocente puret des penses du premier ge2 et c'est par la posie et la pense qu'il se flatte d'embellir encore le dclin de ses ans4 ,il n'y a pas dans les stances de ,schiller cette clart facile et brillante que permet un genre d'esprit la porte de tout le monde2 mais on y peut puiser des consolations qui agissent sur l'me intrieurement4 ,schiller ne prsente jamais les rflexions les plus profondes que revtues de nobles images3 il parle l'homme comme la nature elle-mme2 car la nature est tout la fois penseur et pote4 ,pour peindre l'ide du temps1 elle fait couler devant nos yeux les flots d'un fleuve inpuisable2 et pour que sa jeunesse ternelle nous fasse songer notre existence passagre1 elle se revt de fleurs qui doivent prir1 elle fait tomber en automne les feuilles des arbres que le printemps a vues dans tout leur clat3 la posie doit tre le miroir terrestre de la ,divinit1 et rflchir1 par les couleurs1 les sons et les rythmes1 toutes les beauts de l'univers4 ,la pice de vers intitule la ,cloche consiste en deux parties parfaitement distinctes3 les strophes en refrain expriment le travail qui se fait dans la forge1 et entre chacune de ces strophes il y a des vers ravissants sur les circonstances solennelles1 ou sur les vnements extraordinaires annoncs par les cloches1 tels que la naissance1 le mariage1 la mort1 l'incendie1 la rvolte1 etc4 ,on pourrait traduire en franais les penses fortes1 les images belles et touchantes qu'inspirent ,schiller les grandes poques de la destine humaine2 mais il est impossible d'imiter noblement les strophes en petits vers1 et composes de mots dont le son bizarre et prcipit semble faire entendre les coups redoubls et les pas rapides des ouvriers qui dirigent la lave brlante de l'airain4 ,peut-on avoir l'ide d'un pome de ce genre par une traduction en prose8 c'est lire la musique au lieu de l'entendre2 encore est-il plus ais de se figurer1 par l'imagination1 l'effet des instruments que l'on connat1 que les accords et les contrastes d'un rythme et d'une langue qu'on ignore4 ,tantt la brivet1 rgulire du mtre fait sentir l'activit des forgerons1 l'nergie borne1 mais continue1 qui s'exerce dans les occupations matrielles2 et tantt1 ct de ce bruit dur et fort1 l'on entend les chants ariens de l'enthousiasme et de la mlancolie4 ,l'originalit de ce pome est perdue quand on le spare de l'impression que produisent une mesure de vers habilement choisie1 et des rimes qui se rpondent comme des chos intelligents que la pense modifie2 et cependant ces effets pittoresques des sons seraient trs hasards en franais4 ,l'ignoble nous menace sans cesse3 nous n'avons pas1 comme presque tous les autres peuples1 deux langues1 celle de la prose et celle des vers2 et il en est des mots comme des personnes1 l o les rangs sont confondus1 la familiarit est dangereuse4 ,une autre pice de ,schiller1 ,cassandre1 pourrait plus facilement se traduire en franais1 quoique le langage potique y soit d'une grande hardiesse4 ,cassandre1 au moment o la fte des noces de ,polyxne avec ,achille va commencer1 est saisie par le pressentiment des malheurs qui rsulteront de cette fte3 elle se promne triste et sombre dans les bois d',apollon1 et se plaint de connatre l'avenir qui trouble toutes les jouissances4 ,on voit dans cette ode le mal que fait prouver un tre mortel la prescience d'un dieu4 ,la douleur de la prophtesse n'est-elle pas ressentie par tous ceux dont l'esprit est suprieur et le caractre passionn8 ,schiller a su montrer1 sous une forme toute potique1 une grande ide morale3 c'est que le vritable gnie1 celui du sentiment1 est victime de lui-mme1 quand il ne le serait pas des autres4 ,il n'y a point d'hymen pour ,cassandre1 non qu'elle soit insensible1 non qu'elle soit ddaigne2 mais son me pntrante dpasse en peu d'instants et la vie et la mort1 et ne se reposera que dans le ciel4 ,je ne finirais point si je voulais parler de toutes les posies de ,schiller qui renferment des penses et des beauts nouvelles4 ,il a fait sur le dpart des ,grecs aprs la prise de ,troie1 un hymne qu'on pourrait croire d'un pote d'alors1 tant la couleur du temps y est fidlement observe4 ,j'examinerai1 sous le rapport de l'art dramatique1 le talent admirable des ,allemands pour se transporter dans les sicles1 dans les pays1 dans les caractres les plus diffrents du leur3 superbe facult1 sans laquelle les personnages qu'on met en scne ressemblent des marionnettes qu'un mme fil remue1 et qu'une mme voix1 celle de l'auteur1 fait parler4 ,schiller mrite surtout d'tre admir comme pote dramatique3 ,gthe est tout seul au premier rang1 dans l'art de composer des lgies1 des romances1 des stances1 etc42 ses posies dtaches ont un mrite trs diffrent de celles de ,voltaire4 ,le pote franais a su mettre en vers l'esprit de la socit la plus brillante2 le pote allemand rveille dans l'me1 par quelques traits rapides1 des impressions solitaires et profondes4 ,gthe1 dans ce genre d'ouvrages1 est naturel au suprme degr2 non seulement il est naturel quand il parle d'aprs ses propres impressions1 mais aussi quand il se transporte dans des pays1 des murs et des situations toutes nouvelles1 sa posie prend facilement la couleur des contres trangres2 il saisit avec un talent unique ce qui plat dans les chansons nationales de chaque peuple2 il devient1 quand il le veut1 un ,grec1 un ,indien1 un ,morlaque4 ,nous avons souvent parl de ce qui caractrise les potes du ,nord1 la mlancolie et la mditation3 ,gthe1 comme tous les hommes de gnie1 runit en lui d'tonnants contrastes2 on retrouve dans ses posies beaucoup de traces du caractre des habitants du ,midi2 il est plus en train de l'existence que les septentrionaux2 il sent la nature avec plus de vigueur et de srnit2 son esprit n'en a pas moins de profondeur1 mais son talent a plus de vie2 on y trouve un certain genre de navet qui rveille la fois le souvenir de la simplicit antique et de celle du moyen ge3 ce n'est pas la navet de l'innocence1 c'est celle de la force4 ,on aperoit dans les posies de ,gthe qu'il ddaigne une foule d'obstacles1 de convenances1 de critiques et d'observations qui pourraient lui tre opposes4 ,il suit son imagination o elle le mne1 et un certain orgueil en masse l'affranchit des scrupules de l'amour-propre4 ,gthe est en posie un artiste puissamment matre de la nature1 et plus admirable encore quand il n'achve pas ses tableaux2 car ses esquisses renferment toutes le germe d'une belle fiction3 mais ses fictions termines ne supposent pas toujours une heureuse esquisse4 ,dans ses lgies1 composes ,rome1 il ne faut pas chercher des descriptions de l',italie2 ,gthe ne fait presque jamais ce qu'on attend de lui1 et quand il y a de la pompe dans une ide1 elle lui dplat2 il veut produire de l'effet par une route dtourne1 et comme l'insu de l'auteur et du lecteur4 ,ses lgies peignent l'effet de l',italie sur toute son existence1 cette ivresse du bonheur1 dont un beau ciel le pntre4 ,il raconte ses plaisirs1 mme les plus vulgaires1 la manire de ,properce2 et de temps en temps quelques beaux souvenirs de la ville matresse du monde donnent l'imagination un lan d'autant plus vif qu'elle n'y tait pas prpare4 ,une fois il raconte comment il rencontra1 dans la campagne de ,rome1 une jeune femme qui allaitait son enfant1 assise sur un dbris de colonne antique3 il voulut la questionner sur les ruines dont sa cabane tait environne2 elle ignorait ce dont il lui parlait2 tout entire aux affections dont son me tait remplie1 elle aimait1 et le moment prsent existait seul pour elle4 ,on lit dans un auteur grec qu'une jeune fille1 habile dans l'art de tresser des fleurs1 lutta contre son amant ,pausias qui savait les peindre4 ,gthe a compos sur ce sujet une idylle charmante4 ,l'auteur de cette idylle est aussi celui de ,werther4 ,depuis le sentiment qui donne de la grce1 jusqu'au dsespoir qui exalte le gnie1 ,gthe a parcouru toutes les nuances de l'amour4 ,aprs s'tre fait grec dans ,pausias1 ,gthe nous conduit en ,asie1 par une romance pleine de charmes1 la ,bayadre4 ,un dieu de l',inde 7,mahadoeh7 se revt de la forme mortelle1 pour juger des peines et des plaisirs des hommes1 aprs les avoir prouvs4 ,il voyage travers l',asie1 observe les grands et le peuple2 et comme un soir1 au sortir d'une ville1 il se promne sur les bords du ,gange1 une bayadre l'arrte1 et l'engage se reposer dans sa demeure4 ,il y a tant de posie1 une couleur si orientale1 dans la peinture des danses de cette bayadre1 des parfums et des fleurs dont elle s'entoure1 qu'on ne peut juger d'aprs nos murs un tableau qui leur est tout fait tranger4 ,le dieu de l',inde inspire un amour vritable cette femme gare1 et1 touch du retour vers le bien qu'une affection sincre doit toujours inspirer1 il veut purer l'me de la bayadre par l'preuve du malheur4 ,a son rveil elle trouve son amant mort ses cts3 les prtres de ,brahma emportent le corps sans vie que le bcher doit consumer4 ,la bayadre veut s'y prcipiter avec celui qu'elle aime2 mais les prtres la repoussent1 parce que1 n'tant pas son pouse1 elle n'a pas le droit de mourir avec lui4 ,la bayadre1 aprs avoir ressenti toutes les douleurs de l'amour et de la honte1 se prcipite dans le bcher malgr les brames4 ,le dieu la reoit dans ses bras2 il s'lance hors des flammes1 et porte au ciel l'objet de sa tendresse qu'il a rendu digne de son choix4 ,zelter1 un musicien original1 a mis sur cette romance un air tour tour voluptueux et solennel1 qui s'accorde singulirement bien avec les paroles4 ,quand on l'entend1 on se croit au milieu de l',inde et de ses merveilles2 et qu'on ne dise pas qu'une romance est un pome trop court pour produire un tel effet4 ,les premires notes d'un air1 les premiers vers d'un pome transportent l'imagination dans la contre et dans le sicle qu'on veut peindre2 mais si quelques mots ont cette puissance1 quelques mots aussi peuvent dtruire l'enchantement4 ,les sorciers jadis faisaient ou empchaient les prodiges1 l'aide de quelques paroles magiques4 ,il en est de mme du pote2 il peut voquer le pass ou faire reparatre le prsent1 selon qu'il se sert d'expressions conformes ou non au temps ou au pays qu'il chante1 selon qu'il observe ou nglige les couleurs locales1 et ces petites circonstances ingnieusement inventes1 qui exercent l'esprit1 dans la fiction comme dans la ralit1 dcouvrir la vrit sans qu'on vous la dise4 ,une autre romance de ,gthe produit un effet dlicieux par les moyens les plus simples3 c'est le ,pcheur4 ,un pauvre homme s'assied sur le bord d'un fleuve1 un soir d't2 et1 tout en jetant sa ligne1 il contemple l'eau claire et limpide qui vient baigner doucement ses pieds nus4 ,la nymphe de ce fleuve l'invite s'y plonger2 elle lui peint les dlices de l'onde pendant la chaleur1 le plaisir que le soleil trouve se rafrachir la nuit dans la mer1 le calme de la lune1 quand ses rayons se reposent et s'endorment au sein des flots2 enfin1 le pcheur attir1 sduit1 entran1 s'avance vers la nymphe1 et disparat pour toujours4 ,le fond de cette romance est peu de chose2 mais ce qui est ravissant1 c'est l'art de faire sentir le pouvoir mystrieux que peuvent exercer les phnomnes de la nature4 ,on dit qu'il y a des personnes qui dcouvrent les sources caches sous la terre1 par l'agitation nerveuse qu'elles leur causent3 on croit souvent reconnatre dans la posie allemande ces miracles de la sympathie entre l'homme et les lments4 ,le pote allemand comprend la nature1 non pas seulement en pote1 mais en frre2 et l'on dirait que des rapports de famille lui parlent pour l'air1 l'eau1 les fleurs1 les arbres1 enfin pour toutes les beauts primitives de la cration4 ,il n'est personne qui n'ait senti l'attrait indfinissable que les vagues font prouver1 soit par le charme de la fracheur1 soit par l'ascendant qu'un mouvement uniforme et perptuel pourrait prendre insensiblement sur une existence passagre et prissable4 ,la romance de ,gthe exprime admirablement le plaisir toujours croissant qu'on trouve considrer les ondes pures d'un fleuve3 le balancement du rythme et de l'harmonie imite celui des flots1 et produit sur l'imagination un effet analogue4 ,l'me de la nature se fait connatre nous de toutes parts et sous mille formes diverses4 ,la campagne fertile1 comme les dserts abandonns1 la mer1 comme les toiles1 sont soumises aux mmes lois2 et l'homme renferme en lui-mme des sensations1 des puissances occultes qui correspondent avec le jour1 avec la nuit1 avec l'orage3 c'est cette alliance secrte de notre tre avec les merveilles de l'univers qui donne la posie sa vritable grandeur4 ,le pote sait rtablir l'unit du monde physique avec le monde moral3 son imagination forme un lien entre l'un et l'autre4 ,plusieurs pices de ,gthe sont remplies de gat2 mais on y trouve rarement le genre de plaisanterie auquel nous sommes accoutums3 il est plutt frapp par les images que par les ridicules2 il saisit avec un instinct singulier l'originalit des animaux1 toujours nouvelle et toujours la mme4 ,la ,mnagerie de ,lily1 le ,chant de noce dans le vieux chteau1 peignent ces animaux1 non comme des hommes1 la manire de ,la ,fontaine1 mais comme des cratures bizarres dans lesquelles la nature s'est gaye4 ,gthe sait aussi trouver dans le merveilleux une source de plaisanteries d'autant plus aimables qu'aucun but srieux ne s'y fait apercevoir4 ,une chanson1 intitule l'lve du ,sorcier1 mrite d'tre cite sous ce rapport4 ,le disciple d'un sorcier a entendu son matre murmurer quelques paroles magiques1 l'aide desquelles il se fait servir par un manche balai3 il les retient1 et commande au balai d'aller lui chercher de l'eau la rivire pour laver sa maison4 ,le balai part et revient1 apporte un seau1 puis un autre1 puis un autre encore1 et toujours ainsi sans discontinuer4 ,l'lve voudrait l'arrter1 mais il a oubli les mots dont il faut se servir pour cela3 le manche balai1 fidle son office1 va toujours la rivire1 et toujours y puise de l'eau1 dont il arrose et bientt submergera la maison4 ,l'lve1 dans sa fureur1 prend une hache1 et coupe en deux le manche balai3 alors les deux morceaux du bton deviennent deux domestiques au lieu d'un1 et vont chercher de l'eau1 et la rpandent l'envi dans les appartements avec plus de zle que jamais4 ,l'lve a beau dire des injures ces stupides btons1 ils agissent sans relche2 et la maison et t perdue si le matre ne ft pas arriv temps pour secourir l'lve1 en se moquant de sa ridicule prsomption4 ,l'imitation maladroite des grands secrets de l'art est trs bien peinte dans cette petite scne4 ,il nous reste parler de la source inpuisable des effets potiques en ,allemagne1 la terreur3 les revenants et les sorciers plaisent au peuple comme aux hommes clairs3 c'est un reste de la mythologie du ,nord2 c'est une disposition qu'inspirent assez naturellement les longues nuits des climats septentrionaux3 et d'ailleurs1 quoique le christianisme combatte toutes les craintes non fondes1 les superstitions populaires ont toujours une analogie quelconque avec la religion dominante4 ,presque toutes les opinions vraies ont leur suite une erreur2 elle se place dans l'imagination1 comme l'ombre ct de la ralit3 c'est un luxe de croyance qui s'attache d'ordinaire la religion comme l'histoire2 je ne sais pourquoi l'on ddaignerait d'en faire usage4 ,shakespeare a tir des effets prodigieux des spectres et de la magie1 et la posie ne saurait tre populaire quand elle mprise ce qui exerce un empire irrflchi sur l'imagination4 ,le gnie et le got peuvent prsider l'emploi de ces contes3 il faut qu'il y ait d'autant plus de talent dans la manire de les traiter1 que le fond en est vulgaire2 mais peut-tre que c'est dans cette runion seule que consiste la grande puissance d'un pome4 ,il est probable que les vnements raconts dans l',iliade et dans l',odysse taient chants par les nourrices1 avant qu',homre en ft le chef-d'uvre de l'art4 ,brger est de tous les ,allemands celui qui a le mieux saisi cette veine de superstition qui conduit si loin dans le fond du cur4 ,aussi ses romances sont-elles connues de tout le monde en ,allemagne4 ,la plus fameuse de toutes1 ,lnore1 n'est pas1 je crois1 traduite en franais1 ou du moins il serait bien difficile qu'on pt en exprimer tous les dtails1 ni par notre prose1 ni par nos vers4 ,une jeune fille s'effraie de n'avoir point de nouvelles de son amant1 parti pour l'arme2 la paix se fait2 tous les soldats retournent dans leurs foyers4 ,les mres retrouvent leurs fils1 les surs leurs frres1 les poux leurs pouses2 les trompettes guerrires accompagnent les chants de la paix1 et la joie rgne dans tous les curs4 ,lnore parcourt en vain les rangs des guerriers2 elle n'y voit point son amant2 nul ne peut lui dire ce qu'il est devenu4 ,elle se dsespre3 sa mre voudrait la calmer2 mais le jeune cur de ,lnore se rvolte contre la douleur2 et1 dans son garement1 elle renie la ,providence4 ,au moment o le blasphme est prononc1 l'on sent dans l'histoire quelque chose de funeste1 et ds cet instant l'me est constamment branle4 ,a minuit1 un chevalier s'arrte la porte de ,lnore3 elle entend le hennissement du cheval et le cliquetis des perons3 le chevalier frappe2 elle descend et reconnat son amant4 ,il lui demande de le suivre l'instant1 car il n'y a pas un moment perdre1 dit-il1 avant de retourner l'arme4 ,elle s'lance2 il la place derrire lui sur son cheval1 et part avec la promptitude de l'clair4 ,il traverse au galop1 pendant la nuit1 des pays arides et dserts2 la jeune fille est pntre de terreur1 et lui demande sans cesse raison de la rapidit de sa course2 le chevalier presse encore plus les pas de son cheval par ses cris sombres et sourds1 et prononce voix basse ces mots3 les morts vont vite1 les morts vont vite4 ,lnore lui rpond3 ,ah6 laisse en paix les morts6 ,mais toutes les fois qu'elle lui adresse des questions inquites1 il lui rpte les mmes paroles funestes4 ,en approchant de l'glise o il la menait1 disait-il1 pour s'unir avec elle1 l'hiver et les frimas semblent changer la nature elle-mme en un affreux prsage3 des prtres portent en pompe un cercueil1 et leur robe noire trane lentement sur la neige1 linceul de la terre2 l'effroi de la jeune fille augmente1 et toujours son amant la rassure avec un mlange d'ironie et d'insouciance qui fait frmir4 ,tout ce qu'il dit est prononc avec une prcipitation monotone1 comme si dj1 dans son langage1 l'on ne sentait plus l'accent de la vie2 il lui promet de la conduire dans la demeure troite et silencieuse o leurs noces doivent s'accomplir4 ,on voit de loin le cimetire1 ct de la porte de l'glise3 le chevalier frappe cette porte1 elle s'ouvre2 il s'y prcipite avec son cheval1 qu'il fait passer au milieu des pierres funraires2 alors le chevalier perd par degrs l'apparence d'un tre vivant2 il se change en squelette1 et la terre s'entr'ouvre pour engloutir sa matresse et lui4 ,je ne me suis assurment pas flatte de faire connatre1 par ce rcit abrg1 le mrite tonnant de cette romance3 toutes les images1 tous les bruits1 en rapport avec la situation de l'me1 sont merveilleusement exprims par la posie3 les syllabes1 les rimes1 tout l'art des paroles et de leurs sons est employ pour exciter la terreur4 ,la rapidit des pas du cheval semble plus solennelle et plus lugubre que la lenteur mme d'une marche funbre4 ,l'nergie avec laquelle le chevalier hte sa course1 cette ptulance de la mort cause un trouble inexprimable2 et l'on se croit emport par le fantme1 comme la malheureuse qu'il entrane avec lui dans l'abme4 ,il y a quatre traductions de la romance de ,lnore en anglais2 mais la premire de toutes1 sans comparaison1 c'est celle de ,m4 ,spencer1 le pote anglais qui connat le mieux le vritable esprit des langues trangres4 ,l'analogie de l'anglais avec l'allemand permet d'y faire sentir en entier l'originalit du style et de la versification de ,brger2 et non seulement on peut retrouver dans la traduction les mmes ides que dans l'original1 mais aussi les mmes sensations2 et rien n'est plus ncessaire pour connatre un ouvrage des beaux-arts4 ,il serait difficile d'obtenir le mme rsultat en franais1 o rien de bizarre n'est naturel4 ,brger a fait une autre romance moins clbre1 mais aussi trs originale1 intitule3 le froce ,chasseur4 ,suivi de ses valets et de sa meute nombreuse1 il part pour la chasse un dimanche1 au moment o les cloches du village annoncent le service divin4 ,un chevalier dont l'armure est blanche1 se prsente lui1 et le conjure de ne pas profaner le jour du ,seigneur2 un autre chevalier1 revtu d'armes noires1 lui fait honte de se soumettre des prjugs qui ne conviennent qu'aux vieillards et aux enfants3 le chasseur cde aux mauvaises inspirations2 il part1 et arrive prs du champ d'une pauvre veuve2 elle se jette ses pieds pour le supplier de ne pas dvaster la moisson1 en traversant les bls avec sa suite2 le chevalier aux armes blanches supplie le chasseur d'couter la piti2 le chevalier noir se moque de ce puril sentiment2 le chasseur prend la frocit pour de l'nergie1 et ses chevaux foulent aux pieds l'espoir du pauvre et de l'orphelin4 ,enfin1 le cerf poursuivi se rfugie dans la cabane d'un vieil ermite2 le chasseur veut y mettre le feu pour en faire sortir sa proie2 l'ermite embrasse ses genoux1 il veut attendrir le furieux qui menace son humble demeure2 une dernire fois le bon gnie1 sous la forme du chevalier blanc1 parle encore2 le mauvais gnie1 sous celle du chevalier noir1 triomphe2 le chasseur tue l'ermite1 et tout coup il est chang en fantme1 et sa propre meute veut le dvorer4 ,une superstition populaire a donn lieu cette romance3 l'on prtend qu' minuit1 dans de certaines saisons de l'anne1 on voit au-dessus de la fort o cet vnement doit s'tre pass1 un chasseur dans les nuages1 poursuivi jusqu'au jour par ses chiens furieux4 ,ce qu'il y a vraiment de beau dans cette posie de ,brger1 c'est la peinture de l'ardente volont du chasseur3 elle tait d'abord innocente1 comme toutes les facults de l'me2 mais elle se dprave toujours de plus en plus1 chaque fois qu'il rsiste sa conscience1 et cde ses passions4 ,il n'avait d'abord que l'enivrement de la force3 il arrive enfin celui du crime1 et la terre ne peut plus le porter4 ,les bons et les mauvais penchants de l'homme sont trs bien caractriss par les deux chevaliers blanc et noir2 les mots1 toujours les mmes1 que le chevalier blanc prononce pour arrter le chasseur1 sont aussi trs ingnieusement combins4 ,les anciens et les potes du moyen ge ont parfaitement connu l'effroi que cause1 dans de certaines circonstances1 le retour des mmes paroles2 il semble qu'on rveille ainsi le sentiment de l'inflexible ncessit4 ,les ombres1 les oracles1 toutes les puissances surnaturelles1 doivent tre monotones2 ce qui est immuable est uniforme2 et c'est un grand art dans certaines fictions1 que d'imiter1 par les paroles1 la fixit solennelle que l'imagination se reprsente dans l'empire des tnbres et de la mort4 ,on remarque aussi1 dans ,brger1 une certaine familiarit d'expression qui ne nuit point la dignit de la posie1 et qui en augmente singulirement l'effet4 ,quand on parvient rapprocher de nous la terreur ou l'admiration1 sans affaiblir ni l'une ni l'autre1 ces sentiments deviennent ncessairement beaucoup plus forts3 c'est mler1 dans l'art de peindre1 ce que nous voyons tous les jours ce que nous ne voyons jamais1 et ce qui nous est connu nous fait croire ce qui nous tonne4 ,gthe s'est essay aussi dans ces sujets1 qui effraient la fois les enfants et les hommes2 mais il y a mis des vues profondes1 et qui donnent pour longtemps penser4 ,je vais tcher de rendre compte de celle de ses posies de revenants1 la ,fiance de ,corinthe1 qui a le plus de rputation en ,allemagne4 ,je ne voudrais assurment dfendre en aucune manire ni le but de cette fiction ni la fiction en elle-mme2 mais il me semble difficile de n'tre pas frapp de l'imagination qu'elle suppose4 ,deux amis1 l'un d',athnes et l'autre de ,corinthe1 ont rsolu d'unir ensemble leur fils et leur fille4 ,le jeune homme part pour aller voir ,corinthe celle qui lui est promise1 et qu'il ne connat pas encore3 c'tait au moment o le christianisme commenait s'tablir4 ,la famille de l',athnien a gard son ancienne religion2 celle du ,corinthien adopte la croyance nouvelle2 et la mre1 pendant une longue maladie1 a consacr sa fille aux autels4 ,la sur cadette est destine remplacer sa sur ane qu'on a faite religieuse4 ,le jeune homme arrive tard dans la maison2 toute la famille est endormie2 les valets apportent souper dans son appartement1 et l'y laissent seul2 peu de temps aprs1 un hte singulier entre chez lui2 il voit s'avancer jusqu'au milieu de la chambre une jeune fille revtue d'un voile et d'un habit blanc1 le front ceint d'un ruban noir et or1 et quand elle aperoit le jeune homme1 elle recule intimide1 et s'crie1 en levant au ciel ses blanches mains3--,hlas6 suis-je donc devenue dj si trangre la maison1 dans l'troite cellule o je suis renferme1 que j'ignore l'arrive d'un nouvel hte8 ,elle veut s'enfuir1 le jeune homme la retient2 il apprend que c'est elle qui lui tait destine pour pouse4 ,leurs pres avaient jur de les unir2 tout autre serment lui parat nul4--,reste1 mon enfant1 lui dit-il2 reste1 et ne sois pas si ple d'effroi2 partage avec moi les dons de ,crs et de ,bacchus2 tu amnes l'amour1 et bientt nous prouverons combien nos dieux sont favorables aux plaisirs4 ,le jeune homme conjure la jeune fille de se donner lui4 ,je n'appartiens plus la joie1 lui rpond-elle1 le dernier pas est accompli2 la troupe brillante de nos dieux a disparu1 et dans cette maison silencieuse1 on n'adore plus qu'un tre invisible dans le ciel1 et qu'un ,dieu mourant sur la croix4 ,on ne sacrifie plus des taureaux1 ni des brebis2 mais on m'a choisie pour victime humaine4 ,ma jeunesse et la nature furent immoles aux autels3 loigne-toi1 jeune homme2 loigne-toi2 blanche comme la neige1 et glace comme elle1 est la matresse infortune que ton cur s'est choisie4 ,a l'heure de minuit1 qu'on appelle l'heure des spectres1 la jeune fille semble plus l'aise2 elle boit avidement d'un vin couleur de sang1 semblable celui que prenaient les ombres dans l',odysse1 pour se retracer leurs souvenirs2 mais elle refusa obstinment le moindre morceau de pain3 elle donne une chane d'or celui dont elle devait tre l'pouse1 et lui demande une boucle de ses cheveux2 le jeune homme1 que ravit la beaut de la jeune fille1 la serre dans ses bras avec transport1 mais il ne sent point de cur battre dans son sein1 ses membres sont glacs4--,n'importe1 s'crie-t-il1 je saurai te ranimer1 quand le tombeau mme t'aurait envoye vers moi4 ,et alors commence la scne la plus extraordinaire que l'imagination en dlire ait pu se figurer2 un mlange d'amour et d'effroi1 une union redoutable de la mort et de la vie4 ,il y a comme une volupt funbre dans ce tableau1 o l'amour fait alliance avec la tombe1 o la beaut mme ne semble qu'une apparition effrayante4 ,enfin1 la mre arrive1 et1 convaincue qu'une de ses esclaves s'est introduite chez l'tranger1 elle veut se livrer son juste courroux2 mais tout coup la jeune fille grandit jusqu' la vote comme une ombre1 et reproche sa mre d'avoir caus sa mort1 en lui faisant prendre le voile4--,oh6 ma mre1 ma mre1 s'crie-t-elle d'une voix sombre1 pourquoi troublez-vous cette belle nuit de l'hymen8 n'tait-ce pas assez que1 si jeune1 vous m'eussiez fait couvrir d'un linceul1 et porter dans le tombeau8 ,une maldiction funeste m'a pousse hors de ma froide demeure2 les chants murmurs par vos prtres n'ont pas soulag mon cur2 le sel et l'eau n'ont point apais ma jeunesse3 ah6 la terre elle-mme ne refroidit point l'amour4 ,ce jeune homme me fut promis quand le temple serein de ,vnus n'tait point encore renvers4 ,ma mre1 deviez-vous manquer votre parole1 pour obir des vux insenss8 ,aucun ,dieu n'a reu vos serments1 quand vous avez jur de refuser l'hymen votre fille4 ,et toi1 beau jeune homme1 maintenant tu ne peux plus vivre2 tu languiras dans ces mmes lieux o tu as reu ma chane1 o j'ai pris une boucle de ta chevelure3 demain tes cheveux blanchiront1 et tu ne retrouveras ta jeunesse que dans l'empire des ombres4 coute au moins1 ma mre1 la prire dernire que je t'adresse3 ordonne qu'un bcher soit prpar2 fais ouvrir le cercueil troit qui me renferme2 conduis les amants au repos travers les flammes2 et quand l'tincelle brillera1 et quand les cendres seront brlantes1 nous nous hterons d'aller ensemble rejoindre nos anciens dieux4 ,sans doute un got pur et svre doit blmer beaucoup de choses dans cette pice2 mais quand on la lit dans l'original1 il est impossible de ne pas admirer l'art avec lequel chaque mot produit une terreur croissante3 chaque mot indique1 sans l'expliquer1 l'horrible merveilleux de cette situation4 ,une histoire1 dont rien ne peut donner l'ide1 est peinte avec des dtails frappants et naturels1 comme s'il s'agissait de quelque chose qui ft arriv2 et la curiosit est constamment excite1 sans qu'on voult sacrifier une seule circonstance pour qu'elle ft plus tt satisfaite4 ,nanmoins cette pice est la seule1 parmi les posies dtaches des auteurs clbres de l',allemagne1 contre laquelle le got franais et quelque chose redire3 dans toutes les autres1 les deux nations paraissent d'accord4 ,le pote ,jacobi a presque dans ses vers le piquant et la lgret de ,gresset4 ,mattisson a donn la posie descriptive1 dont les traits taient souvent trop vagues1 le caractre d'un tableau aussi frappant par le coloris que par la ressemblance4 ,le charme pntrant des posies de ,salis fait aimer leur auteur1 comme si l'on tait de ses amis4 ,tiedge est un pote moral et pur1 dont les crits portent l'me au sentiment le plus religieux4 ,enfin1 une foule de potes devraient encore tre cits1 s'il tait possible d'indiquer tous les noms dignes de louange1 dans un pays o la posie est si naturelle tous les esprits cultivs4 ,a4-,w4 ,schlegel1 dont les opinions littraires ont fait tant de bruit en ,allemagne1 ne se permet pas dans ses posies la moindre expression1 la moindre nuance que la thorie du got le plus svre pt attaquer4 ,ses lgies sur la mort d'une jeune personne1 ses stances sur l'union de l'glise avec les beaux-arts1 son lgie sur ,rome1 sont crites avec la dlicatesse et la noblesse la plus soutenue4 ,on n'en pourra juger que bien imparfaitement par les deux exemples que je vais citer2 ils serviront du moins faire connatre le caractre de ce pote4 ,l'ide du sonnet1 l',attachement la terre1 m'a paru pleine de charme4 ,souvent l'me1 fortifie par la contemplation des choses divines1 voudrait dployer ses ailes vers le ciel4 ,dans le cercle troit qu'elle parcourt1 son activit lui semble vaine1 et sa science du dlire2 un dsir invincible la presse de s'lancer vers des rgions leves1 vers des sphres plus libres2 elle croit qu'au terme de sa carrire un rideau va se lever pour lui dcouvrir des scnes de lumire2 mais quand la mort touche son corps prissable1 elle jette un regard en arrire1 vers les plaisirs terrestres et vers ses compagnes mortelles4 ,ainsi1 lorsque jadis ,proserpine fut enleve dans les bras de ,pluton1 loin des prairies de la ,sicile1 enfantine dans ses plaintes1 elle pleurait pour les fleurs qui s'chappaient de son sein4 ,la pice de vers suivante doit perdre encore plus la traduction que le sonnet2 elle est intitule ,mlodies de la vie3 le cygne y est mis en opposition avec l'aigle1 l'un comme l'emblme de l'existence contemplative1 l'autre comme l'image de l'existence active3 le rythme du vers change quand le cygne parle et quand l'aigle lui rpond1 et les chants de tous les deux sont pourtant renferms dans la mme stance o la rime les runit3 les vritables beauts de l'harmonie se trouvent aussi dans cette pice1 non l'harmonie imitative1 mais la musique intrieure de l'me4 ,l'motion la trouve sans rflchir1 et le talent qui rflchit en fait de la posie4 ,le cygne3 ,ma vie tranquille se passe sur les ondes1 elle n'y trace que de lgers sillons qui se perdent au loin1 et les flots peine agits rptent1 comme un miroir pur1 mon image sans l'altrer4 ,l'aigle3 ,les rochers escarps sont ma demeure2 je plane dans les airs au milieu de l'orage2 la chasse1 dans les combats1 dans les dangers1 je me fie mon vol audacieux4 ,le cygne3 ,l'azur du ciel serein me rjouit1 le parfum des plantes m'attire doucement vers le rivage1 quand au coucher du soleil je balance mes ailes blanches sur les vagues pourpres4 ,l'aigle3 ,je triomphe de la tempte1 quand elle dracine les chnes des forts1 et je demande au tonnerre si c'est avec plaisir qu'il anantit4 ,le cygne3 ,invit par le regard d',apollon1 j'ose aussi me baigner dans les flots de l'harmonie2 et1 reposant ses pieds1 j'coute les chants qui retentissent dans la valle de ,temp4 ,l'aigle3 ,je rside sur le trne mme de ,jupiter2 il me fait signe1 et je vais lui chercher la foudre2 et pendant mon sommeil1 mes ailes appesanties couvrent le sceptre du souverain de l'univers4 ,le cygne3 ,mes regards prophtiques contemplent souvent les toiles et la vote azure qui se rflchit dans les flots1 et le regret le plus intime m'appelle vers ma patrie1 dans le pays des cieux4 ,l'aigle3 ,ds mes jeunes annes1 c'est avec dlices que dans mon vol j'ai fix le soleil immortel2 je ne puis m'abaisser la poussire terrestre1 je me sens l'alli des dieux4 ,le cygne3 ,une douce vie cde volontiers la mort2 quand elle viendra me dgager de mes liens1 et rendre ma voie sa mlodie1 mes chants1 jusqu' mon dernier souffle1 clbreront l'instant solennel4 ,l'aigle3 ,l'me1 comme un phnix brillant1 s'lve du bcher1 libre et dvoile2 elle salue sa destine divine2 le flambeau de la mort la rajeunit#bh4 ,c'est une chose digne d'tre observe1 que le got des nations1 en gnral1 diffre bien plus dans l'art dramatique que dans toute autre branche de la littrature4 ,nous analyserons les motifs de ces diffrences dans les chapitres suivants2 mais avant d'entrer dans l'examen du thtre allemand1 quelques observations gnrales sur le got me semblent ncessaires4 ,je ne le considrerai pas abstraitement comme une facult intellectuelle2 plusieurs crivains1 et ,montesquieu en particulier1 ont puis ce sujet4 ,j'indiquerai seulement pourquoi le got en littrature est compris d'une manire diffrente par les ,franais et par les nations germaniques4 ,,chapitre ,,xiv ,du got4 ,ceux qui se croient du got en sont plus orgueilleux que ceux qui se croient du gnie4 ,le got est en littrature comme le bon ton en socit2 on le considre comme une preuve de la fortune1 de la naissance1 ou du moins des habitudes qui tiennent toutes les deux2 tandis que le gnie peut natre dans la tte d'un artisan qui n'aurait jamais eu de rapport avec la bonne compagnie4 ,dans tout pays o il y aura de la vanit1 le got sera mis au premier rang1 parce qu'il spare les classes1 et qu'il est un signe de ralliement entre tous les individus de la premire4 ,dans tous les pays o s'exercera la puissance du ridicule1 le got sera compt comme l'un des premiers avantages1 car il sert surtout connatre ce qu'il faut viter4 ,le tact des convenances est une partie du got1 et c'est une arme excellente pour parer les coups1 entre les divers amours-propres2 enfin1 il peut arriver qu'une nation entire se place en aristocratie de bon got1 par rapport aux autres1 et qu'elle soit ou qu'elle se croie la seule bonne compagnie de l',europe2 et c'est ce qui peut s'appliquer la ,france1 o l'esprit de socit rgnait si minemment1 qu'elle avait quelque excuse pour cette prtention4 ,mais le got1 dans son application aux beaux-arts1 diffre singulirement du got dans son application aux convenances sociales3 lorsqu'il s'agit de forcer les hommes nous accorder une considration phmre comme notre vie1 ce qu'on ne fait pas est au moins aussi ncessaire que ce qu'on fait2 car le grand monde est si facilement hostile1 qu'il faut des agrments bien extraordinaires pour qu'il compense l'avantage de ne donner prise sur soi personne3 mais le got en posie tient la nature1 et doit tre crateur comme elle2 les principes de ce got sont donc tout autres que ceux qui dpendent des relations de la socit4 ,c'est la confusion de ces deux genres qui est la cause des jugements si opposs en littrature2 les ,franais jugent les beaux-arts comme des convenances1 et les ,allemands les convenances comme des beaux-arts3 dans les rapports avec la socit il faut se dfendre1 dans les rapports avec la posie il faut se livrer4 ,si vous considrez tout en homme du monde1 vous ne sentirez point la nature2 si vous considrez tout en artiste1 vous manquerez du tact que la socit seule peut donner4 ,s'il ne faut transporter dans les arts que l'imitation de la bonne compagnie1 les ,franais seuls en sont vraiment capables2 mais plus de latitude dans la composition est ncessaire pour remuer fortement l'imagination et l'me4 ,je sais qu'on peut m'objecter avec raison que nos trois grands tragiques1 sans manquer aux rgles tablies1 se sont levs la plus sublime hauteur4 ,quelques hommes de gnie1 ayant moissonner dans un champ tout nouveau1 ont su se rendre illustres1 malgr les difficults qu'ils avaient vaincre2 mais la cessation des progrs de l'art1 depuis eux1 n'est-elle pas une preuve qu'il y a trop de barrires dans la route qu'ils ont suivie8 ,le bon got en littrature est1 quelques gards1 comme l'ordre sous le despotisme2 il importe d'examiner quel prix on l'achte#bi4 ,en politique1 disait ,m4 ,necker1 il faut toute la libert qui est conciliable avec l'ordre4 ,je retournerais la maxime1 en disant3 il faut1 en littrature1 tout le got qui est conciliable avec le gnie3 car si l'important dans l'tat social1 c'est le repos1 l'important dans la littrature1 au contraire1 c'est l'intrt1 le mouvement1 l'motion1 dont le got lui tout seul est souvent l'ennemi4 ,on pourrait proposer un trait de paix entre les faons de juger1 artistes et mondaines1 des ,allemands et des ,franais4 ,les ,franais devraient s'abstenir de condamner1 mme une faute de convenance1 si elle avait pour excuse une pense forte ou un sentiment vrai4 ,les ,allemands devraient s'interdire tout ce qui offense le got naturel1 tout ce qui retrace des images que les sensations repoussent3 aucune thorie philosophique1 quelque ingnieuse qu'elle soit1 ne peut aller contre les rpugnances des sensations1 comme aucune potique des convenances ne saurait empcher les motions involontaires4 ,les crivains allemands les plus spirituels auraient beau soutenir que1 pour comprendre la conduite des filles du roi ,lear envers leur pre1 il faut montrer la barbarie des temps dans lesquels elles vivaient1 et tolrer que le duc de ,cornouailles1 excit par ,rgane1 crase avec son talon1 sur le thtre1 l'il de ,glocester2 notre imagination se rvoltera toujours contre ce spectacle1 et demandera qu'on arrive de grandes beauts par d'autres moyens4 ,mais les ,franais aussi dirigeraient toutes leurs critiques littraires contre la prdiction des sorcires de ,macbeth1 l'apparition de l'ombre de ,banquo1 etc41 qu'on n'en serait pas moins branl jusqu'au fond de l'me1 par les terribles effets qu'ils voudraient proscrire4 ,on ne saurait enseigner le bon got dans les arts1 comme le bon ton en socit2 car le bon ton sert cacher ce qui nous manque1 tandis qu'il faut avant tout1 dans les arts1 un esprit crateur3 le bon got ne peut tenir lieu du talent en littrature1 car la meilleure preuve de got1 lorsqu'on n'a pas de talent1 serait de ne point crire4 ,si l'on osait le dire1 peut-tre trouverait-on qu'en ,france il y a maintenant trop de freins pour des coursiers si peu fougueux1 et qu'en ,allemagne beaucoup d'indpendance littraire ne produit pas encore des rsultats assez brillants4 ,,chapitre ,,xv ,de l'art dramatique4 ,le thtre exerce beaucoup d'empire sur les hommes2 une tragdie qui lve l'me1 une comdie qui peint les murs et les caractres1 agissent sur l'esprit d'un peuple presque comme un vnement rel2 mais pour obtenir un grand succs sur la scne1 il faut avoir tudi le public auquel on s'adresse1 et les motifs de toute espce sur lesquels son opinion se fonde4 ,la connaissance des hommes est aussi ncessaire que l'imagination mme un auteur dramatique2 il doit atteindre aux sentiments d'un intrt gnral1 sans perdre de vue les rapports particuliers qui influent sur les spectateurs2 c'est la littrature en action1 qu'une pice de thtre1 et le gnie qu'elle exige n'est si rare1 que parce qu'il se compose de l'tonnante runion du tact des circonstances et de l'inspiration potique4 ,rien ne serait donc plus absurde que de vouloir cet gard imposer toutes les nations le mme systme2 quand il s'agit d'adapter l'art universel au got de chaque pays1 l'art immortel aux murs du temps1 des modifications trs importantes sont invitables2 et de l viennent tant d'opinions diverses sur ce qui constitue le talent dramatique2 dans toutes les autres branches de la littrature1 on est plus facilement d'accord4 ,on ne peut nier1 ce me semble1 que les ,franais ne soient la nation du monde la plus habile dans la combinaison des effets du thtre3 ils l'emportent aussi sur toutes les autres par la dignit des situations et du style tragique4 ,mais1 tout en reconnaissant cette double supriorit1 on peut prouver des motions plus profondes par des ouvrages moins bien ordonns2 la conception des pices trangres est quelquefois plus frappante et plus hardie1 et souvent elle renferme je ne sais quelle puissance qui parle plus intimement notre cur1 et touche de plus prs aux sentiments qui nous ont personnellement agits4 ,comme les ,franais s'ennuient facilement1 ils vitent les longueurs en toutes choses4 ,les ,allemands1 en allant au thtre1 ne sacrifient d'ordinaire qu'une triste partie de jeu1 dont les chances monotones remplissent peine les heures2 ils ne demandent donc pas mieux que de s'tablir tranquillement au spectacle1 et de donner l'auteur tout le temps qu'il veut pour prparer les vnements et dvelopper les personnages3 l'impatience franaise ne tolre pas cette lenteur4 ,les pices allemandes ressemblent d'ordinaire aux tableaux des anciens peintres3 les physionomies sont belles1 expressives1 recueillies2 mais toutes les figures sont sur le mme plan1 quelquefois confuses1 ou quelquefois places l'une ct de l'autre1 comme dans les bas-reliefs1 sans tre runies en groupes aux yeux des spectateurs4 ,les ,franais pensent1 avec raison1 que le thtre1 comme la peinture1 doit tre soumis aux lois de la perspective4 ,si les ,allemands taient habiles dans l'art dramatique1 ils le seraient aussi dans tout le reste2 mais en aucun genre ils ne sont capables mme d'une adresse innocente3 leur esprit est pntrant en ligne droite1 les choses belles d'une manire absolue sont de leur domaine2 mais les beauts relatives1 celles qui tiennent la connaissance des rapports et la rapidit des moyens1 ne sont pas d'ordinaire du ressort de leurs facults4 ,il est singulier qu'entre ces deux peuples les ,franais soient celui qui exige la gravit la plus soutenue dans le ton de la tragdie2 mais c'est prcisment parce que les ,franais sont plus accessibles la plaisanterie qu'ils ne veulent pas y donner lieu1 tandis que rien ne drange l'imperturbable srieux des ,allemands3 c'est toujours dans son ensemble qu'ils jugent une pice de thtre1 et ils attendent1 pour la blmer comme pour l'applaudir1 qu'elle soit finie4 ,les impressions des ,franais sont plus promptes2 et c'est en vain qu'on les prviendrait qu'une pice comique est destine faire ressortir une situation tragique2 ils se moqueraient de l'une sans attendre l'autre2 chaque dtail doit tre pour eux aussi intressant que le tout3 ils ne font pas crdit d'un moment au plaisir qu'ils attendent des beaux-arts4 ,la diffrence du thtre franais et du thtre allemand peut s'expliquer par celle du caractre des deux nations2 mais il se joint ces diffrences naturelles des oppositions systmatiques dont il importe de connatre la cause4 ,ce que j'ai dj dit sur la posie classique et romantique s'applique aussi aux pices de thtre4 ,les tragdies puises dans la mythologie sont d'une toute autre nature que les tragdies historiques2 les sujets tirs de la fable taient si connus1 l'intrt qu'ils inspiraient tait si universel1 qu'il suffisait de les indiquer pour frapper d'avance l'imagination4 ,ce qu'il y a d'minemment potique dans les tragdies grecques1 l'intervention des dieux et l'action de la fatalit1 rend leur marche beaucoup plus facile2 le dtail des motifs1 le dveloppement des caractres1 la diversit des faits1 deviennent moins ncessaires1 quand l'vnement est expliqu par une puissance surnaturelle2 le miracle abrge tout4 ,aussi l'action de la tragdie1 chez les ,grecs1 est-elle d'une tonnante simplicit2 la plupart des vnements sont prvus et mme annoncs ds le commencement3 c'est une crmonie religieuse qu'une tragdie grecque4 ,le spectacle se donnait en l'honneur des dieux1 et des hymnes interrompus par des dialogues et des rcits1 peignaient tantt les dieux clments1 tantt les dieux terribles1 mais toujours le destin planant sur la vie de l'homme4 ,lorsque ces mmes sujets ont t transports au thtre franais1 nos grands potes leur ont donn plus de varit2 ils ont multipli les incidents1 mnag les surprises1 et resserr le nud4 ,il fallait en effet suppler de quelque manire l'intrt national et religieux que les ,grecs prenaient ces pices1 et que nous n'prouvions pas2 toutefois1 non contents d'animer les pices grecques1 nous avons prt aux personnages nos murs et nos sentiments1 la politique et la galanterie modernes2 et c'est pour cela qu'un si grand nombre d'trangers ne conoivent pas l'admiration que nos chefs-d'uvre nous inspirent4 ,en effet1 quand on les entend dans une autre langue1 quand ils sont dpouills de la beaut magique du style1 on est surpris du peu d'motion qu'ils produisent1 et des inconvenances qu'on y trouve2 car ce qui ne s'accorde ni avec le sicle1 ni avec les murs nationales des personnages que l'on reprsente1 n'est-il pas aussi une inconvenance8 et n'y a-t-il de ridicule que ce qui ne nous ressemble pas8 ,les pices dont les sujets sont grecs ne perdent rien la svrit de nos rgles dramatiques2 mais si nous voulions goter1 comme les ,anglais1 le plaisir d'avoir un thtre historique1 d'tre intresss par nos souvenirs1 mus par notre religion1 comment serait-il possible de se conformer rigoureusement1 d'une part1 aux trois units1 et de l'autre1 au genre de pompe dont on se fait une loi dans nos tragdies8 ,c'est une question si rebattue que celle des trois units1 qu'on n'ose presque pas en reparler2 mais de ces trois units il n'y en a qu'une d'importante1 celle de l'action1 et l'on ne peut jamais considrer les autres que comme lui tant subordonnes4 ,or1 si la vrit de l'action perd la ncessit purile de ne pas changer de lieu1 et de se borner vingt-quatre heures1 imposer cette ncessit1 c'est soumettre le gnie dramatique une gne dans le genre de celle des acrostiches1 gne qui sacrifie le fond de l'art sa forme4 ,voltaire est celui de nos grands potes tragiques qui a le plus souvent trait des sujets modernes4 ,il s'est servi1 pour mouvoir1 du christianisme et de la chevalerie2 et si l'on est de bonne foi1 l'on conviendra1 ce me semble1 qu',alzire1 ,zare et ,tancrde font verser plus de larmes que tous les chefs-d'uvre grecs et romains de notre thtre4 ,dubelloy1 avec un talent bien subalterne1 est pourtant parvenu rveiller des souvenirs franais sur la scne franaise2 et quoiqu'il ne st point crire1 on prouve1 par ses pices1 un intrt semblable celui que les ,grecs devaient ressentir quand ils voyaient reprsenter devant eux les faits de leur histoire4 ,quel parti le gnie ne peut-il pas tirer de cette disposition8 ,et cependant il n'est presque point d'vnements qui datent de notre re1 dont l'action puisse se passer ou dans un mme jour1 ou dans un mme lieu2 la diversit des faits qu'entrane un ordre social plus compliqu1 les dlicatesses de sentiment qu'inspire une religion plus tendre1 enfin1 la vrit de murs1 qu'on doit observer dans les tableaux plus rapprochs de nous1 exigent une grande latitude dans les compositions dramatiques4 ,on peut citer un exemple plus rcent de ce qu'il en cote pour se conformer1 dans les sujets tirs de l'histoire moderne1 notre orthodoxie dramatique4 ,les ,templiers de ,m4 ,raynouard sont certainement l'une des pices les plus dignes de louange qui aient paru depuis longtemps2 cependant qu'y a-t-il de plus trange que la ncessit o l'auteur s'est trouv de reprsenter l'ordre des ,templiers accus1 jug1 condamn et brl1 le tout dans vingt-quatre heures8 ,les tribunaux rvolutionnaires allaient vite2 mais quelle que ft leur atroce bonne volont1 ils ne seraient jamais parvenus marcher aussi rapidement qu'une tragdie franaise4 ,je pourrais montrer les inconvnients de l'unit de temps avec non moins d'vidence1 dans presque toutes nos tragdies tires de l'histoire moderne2 mais j'ai choisi la plus remarquable de prfrence1 pour faire ressortir ces inconvnients4 ,l'un des mots les plus sublimes qu'on puisse entendre au thtre se trouve dans cette noble tragdie4 ,a la dernire scne1 l'on raconte que les ,templiers chantent des psaumes sur leur bcher2 un messager est envoy pour leur apporter leur grce1 que le roi se dtermine leur accorder2 ,mais il n'tait plus temps1 les chants avaient cess4 ,c'est ainsi que le pote nous apprend que ces gnreux martyrs ont enfin pri dans les flammes4 ,dans quelle tragdie paenne pourrait-on trouver l'expression d'un tel sentiment8 et pourquoi les ,franais seraient-ils privs au thtre de tout ce qui est vraiment en harmonie avec eux1 leurs anctres et leur croyance8 ,les ,franais considrent l'unit de temps et de lieu comme une condition indispensable de l'illusion thtrale2 les trangers font consister cette illusion dans la peinture des caractres1 dans la vrit du langage1 et dans l'exacte observation des murs du sicle et du pays qu'on veut peindre4 ,il faut s'entendre sur le mot d'illusion dans les arts3 puisque nous consentons croire que des acteurs spars de nous par quelques planches1 sont des hros grecs morts il y a trois mille ans1 il est bien certain que ce qu'on appelle l'illusion1 ce n'est pas s'imaginer que ce qu'on voit existe vritablement2 une tragdie ne peut nous paratre vraie que par l'motion qu'elle nous cause4 ,or1 si1 par la nature des circonstances reprsentes1 le changement de lieu et la prolongation suppose du temps ajoutent cette motion1 l'illusion en devient plus vive4 ,on se plaint de ce que les plus belles tragdies de ,voltaire1 ,zare et ,tancrde1 sont fondes sur des malentendus2 mais comment ne pas avoir recours aux moyens de l'intrigue1 quand les dveloppements sont censs avoir lieu dans un espace aussi court8 l'art dramatique est alors un tour de force2 et pour faire passer les plus grands vnements travers tant de gnes1 il faut une dextrit semblable celle des charlatans1 qui escamotent aux regards des spectateurs les objets qu'ils leur prsentent4 ,les sujets historiques se prtent encore moins que les sujets d'invention aux conditions imposes nos crivains3 l'tiquette tragique1 qui est de rigueur sur notre thtre1 s'oppose souvent aux beauts nouvelles dont les pices tires de l'histoire moderne seraient susceptibles4 ,il y a dans les murs chevaleresques une simplicit de langage1 une navet de sentiment pleine de charme2 mais ni ce charme1 ni le pathtique qui rsulte du contraste des circonstances communes et des impressions fortes1 ne peut tre admis dans nos tragdies3 elles exigent des situations royales en tout1 et nanmoins l'intrt pittoresque du moyen ge tient toute cette diversit de scnes et de caractres dont les romans des troubadours ont fait sortir des effets si touchants4 ,la pompe des alexandrins est un plus grand obstacle encore que la routine mme du bon got tout changement dans la forme et le fond des tragdies franaises3 on ne peut dire en vers alexandrins qu'on entre ou qu'on sort1 qu'on dort ou qu'on veille1 sans qu'il faille chercher pour cela une tournure potique2 et une foule de sentiments et d'effets sont bannis du thtre1 non par les rgles de la tragdie1 mais par l'exigence mme de la versification4 ,racine est le seul crivain franais qui1 dans la scne de ,johas avec ,athalie1 se soit une fois jou de ces difficults3 il a su donner une simplicit aussi noble que naturelle au langage d'un enfant2 mais cet admirable effort d'un gnie sans pareil n'empche pas que les difficults trop multiplies dans l'art ne soient souvent un obstacle aux inventions les plus heureuses4 ,m4 ,benjamin ,constant1 dans la prface si justement admire qui prcde sa tragdie de ,walstein1 a fait observer que les ,allemands peignaient les caractres dans leurs pices1 et les ,franais seulement les passions4 ,pour peindre les caractres1 il faut ncessairement s'carter du ton majestueux exclusivement admis dans la tragdie franaise2 car il est impossible de faire connatre les dfauts et les qualits d'un homme1 si ce n'est en le prsentant sous divers rapports2 le vulgaire1 dans la nature1 se mle souvent au sublime1 et quelquefois en relve l'effet3 enfin1 on ne peut se figurer l'action d'un caractre que pendant un espace de temps un peu long1 et dans vingt-quatre heures il ne saurait tre vraiment question que d'une catastrophe4 ,l'on soutiendra peut-tre que les catastrophes conviennent mieux au thtre que les tableaux nuancs2 le mouvement excit par les passions vives plat la plupart des spectateurs plus que l'attention qu'exige l'observation du cur humain4 ,c'est le got national qui seul peut dcider de ces diffrents systmes dramatiques2 mais il est juste de reconnatre que1 si les trangers conoivent l'art thtral autrement que nous1 ce n'est ni par ignorance1 ni par barbarie1 mais d'aprs des rflexions profondes et qui sont dignes d'tre examines4 ,shakespeare1 qu'on veut appeler un barbare1 a peut-tre un esprit trop philosophique1 une pntration trop subtile pour le point de vue de la scne2 il juge les caractres avec l'impartialit d'un tre suprieur1 et les reprsente quelquefois avec une ironie presque machiavlique2 ses compositions ont tant de profondeur1 que la rapidit de l'action thtrale fait perdre une grande partie des ides qu'elles renferment3 sous ce rapport1 il vaut mieux lire ses pices que de les voir4 ,a force d'esprit1 ,shakespeare refroidit souvent l'action1 et les ,franais s'entendent beaucoup mieux peindre les personnages ainsi que les dcorations1 avec ces grands traits qui font effet distance4 ,quoi6 dira-t-on1 peut-on reprocher ,shakespeare trop de finesse dans les aperus1 lui qui se permit des situations si terribles8 ,shakespeare runit souvent des qualits et mme des dfauts contraires2 il est quelquefois en de1 quelquefois en del de la sphre de l'art2 mais il possde encore plus la connaissance du cur humain que celle du thtre4 ,dans les drames1 dans les opras-comiques et dans les comdies1 les ,franais montrent une sagacit et une grce que seuls ils possdent ce degr2 et d'un bout de l',europe l'autre1 on ne joue gure que des pices franaises traduites3 mais il n'en est pas de mme des tragdies4 ,comme les rgles svres auxquelles on les soumet font qu'elles sont toutes plus ou moins renfermes dans un mme cercle1 elles ne sauraient se passer de la perfection du style pour tre admires4 ,si l'on voulait risquer en ,france1 dans une tragdie1 une innovation quelconque1 aussitt on s'crierait que c'est un mlodrame2 mais n'importe-t-il pas de savoir pourquoi les mlodrames font plaisir tant de gens8 ,en ,angleterre1 toutes les classes sont galement attires par les pices de ,shakespeare4 ,nos plus belles tragdies en ,france n'intressent pas le peuple2 sous prtexte d'un got trop pur et d'un sentiment trop dlicat pour supporter de certaines motions1 on divise l'art en deux2 les mauvaises pices contiennent des situations touchantes mal exprimes1 et les belles pices peignent admirablement des situations souvent froides1 force d'tre dignes3 nous possdons peu de tragdies qui puissent branler la fois l'imagination des hommes de tous les rangs4 ,ces observations n'ont assurment pas pour objet le moindre blme contre nos grands matres4 ,quelques scnes produisent des impressions plus vives dans les pices trangres2 mais rien ne peut tre compar l'ensemble imposant et bien combin de nos chefs-d'uvre dramatiques3 la question seulement est de savoir si1 en se bornant1 comme on le fait maintenant1 l'imitation de ces chefs-d'uvre1 il y en aura jamais de nouveaux4 ,rien dans la vie ne doit tre stationnaire1 et l'art est ptrifi quand il ne change plus4 ,vingt ans de rvolution ont donn l'imagination d'autres besoins que ceux qu'elle prouvait1 quand les romans de ,crbillon peignaient l'amour et la socit du temps4 ,les sujets grecs sont puiss2 un seul homme1 ,lemercier1 a su mriter encore une nouvelle gloire dans un sujet antique1 ,agamemnon2 mais la tendance naturelle du sicle1 c'est la tragdie historique4 ,tout est tragdie dans les vnements qui intressent les nations2 et cet immense drame1 que le genre humain reprsente depuis six mille ans1 fournirait des sujets sans nombre pour le thtre1 si l'on donnait plus de libert l'art dramatique4 ,les rgles ne sont que l'itinraire du gnie2 elles nous apprennent seulement que ,corneille1 ,racine et ,voltaire ont pass par l2 mais si l'on arrive au but1 pourquoi chicaner sur la route8 et le but n'est-il pas d'mouvoir l'me en l'ennoblissant8 ,la curiosit est un des grands mobiles du thtre3 nanmoins l'intrt qu'excite la profondeur des affections est le seul inpuisable4 ,on s'attache la posie1 qui rvle l'homme l'homme2 on aime voir comment la crature semblable nous se dbat avec la souffrance1 y succombe en triomphe1 s'abat et se relve sous la puissance du sort4 ,dans quelques-unes de nos tragdies1 il y a des situations tout aussi violentes que dans les tragdies anglaises ou allemandes2 mais ces situations ne sont pas prsentes dans toute leur force1 et quelquefois c'est par l'affectation qu'on en adoucit l'effet1 ou plutt qu'on l'efface4 ,l'on sort rarement d'une certaine nature convenue1 qui revt de ses couleurs les murs anciennes comme les murs modernes1 le crime comme la vertu1 l'assassinat comme la galanterie4 ,cette nature est belle et soigneusement pare1 mais on s'en fatigue la longue2 et le besoin de se plonger dans des mystres plus profonds doit s'emparer invinciblement du gnie4 ,il serait donc dsirer qu'on pt sortir de l'enceinte que les hmistiches et les rimes ont trace autour de l'art2 il faut permettre plus de hardiesse1 il faut exiger plus de connaissance de l'histoire2 car si l'on s'en tient exclusivement ces copies toujours plus ples des mmes chefs-d'uvre1 on finira par ne plus voir au thtre que des marionnettes hroques1 sacrifiant l'amour au devoir1 prfrant la mort l'esclavage1 inspires par l'antithse1 dans leurs actions comme dans leurs paroles1 mais sans aucun rapport avec cette tonnante crature qu'on appelle l'homme1 avec la destine redoutable qui tour tour l'entrane et le poursuit4 ,les dfauts du thtre allemand sont faciles remarquer3 tout ce qui tient au manque d'usage du monde1 dans les arts comme dans la socit1 frappe d'abord les esprits les plus superficiels2 mais1 pour sentir les beauts qui viennent de l'me1 il est ncessaire d'apporter dans l'apprciation des ouvrages qui nous sont prsents un genre de bonhomie tout fait d'accord avec une haute supriorit4 ,la moquerie n'est souvent qu'un sentiment vulgaire traduit en impertinence4 ,la facult d'admirer la vritable grandeur1 travers les fautes de got en littrature1 comme travers les inconsquences dans la vie1 cette facult est la seule qui honore celui qui juge4 ,en faisant connatre un thtre fond sur des principes trs diffrents des ntres1 je ne prtends assurment1 ni que ces principes soient les meilleurs1 ni surtout qu'on doive les adopter en ,france3 mais des combinaisons trangres peuvent exciter des ides nouvelles2 et quand on voit de quelle strilit notre littrature est menace1 il me parat difficile de ne pas dsirer que nos crivains reculent un peu les bornes de la carrire2 ne feraient-ils pas bien de devenir leur tour conqurants dans l'empire de l'imagination8 ,il n'en doit gure coter des ,franais pour suivre un semblable conseil4 ,,chapitre ,,xvi ,des drames de ,lessing4 ,le thtre allemand n'existait pas avant ,lessing2 on n'y jouait que des traductions ou des imitations des pices trangres4 ,le thtre a plus besoin encore que les autres branches de la littrature d'une capitale o les ressources de la richesse et des arts soient runies2 et tout est dispers en ,allemagne4 ,dans une ville il y a des acteurs2 dans l'autre1 des auteurs2 dans une troisime1 des spectateurs2 et nulle part un foyer o tous les moyens soient rassembls4 ,lessing employa l'activit naturelle de son caractre donner un thtre national ses compatriotes1 et il crivit un journal intitul la ,dramaturgie1 dans lequel il examina la plupart des pices traduites du franais1 qu'on reprsentait en ,allemagne3 la parfaite justesse d'esprit qu'il montre dans ses critiques suppose encore plus de philosophie que de connaissance de l'art4 ,lessing1 en gnral1 pensait comme ,diderot sur l'art dramatique4 ,il croyait que la svre rgularit des tragdies franaises s'opposait ce qu'on pt traiter un grand nombre de sujets simples et touchants1 et qu'il fallait faire des drames pour y suppler4 ,mais ,diderot1 dans ses pices1 mettait l'affectation du naturel la place de l'affectation de convention1 tandis que le talent de ,lessing est vraiment simple et sincre4 ,il a donn le premier aux ,allemands l'honorable impulsion de travailler pour le thtre d'aprs leur propre gnie4 ,l'originalit de son caractre se manifeste dans ses pices3 cependant elles sont soumises aux mmes principes que les ntres2 leur forme n'a rien de particulier1 et quoiqu'il ne s'embarrasst gure de l'unit de temps ni de lieu1 il ne s'est point lev1 comme ,gthe et ,schiller1 la conception d'un systme nouveau4 ,minna de ,barnhelm1 ,emilia ,galotti1 et ,nathan le ,sage1 sont les trois drames de ,lessing qui mritent d'tre cits4 ,un officier d'un noble caractre1 aprs avoir reu plusieurs blessures l'arme1 se voit tout coup menac dans son honneur par un procs injuste2 il ne veut pas laisser voir la femme qu'il aime1 et dont il est aim1 l'amour qu'il a pour elle1 dtermin qu'il est ne pas lui faire partager son malheur en l'pousant4 ,voil tout le sujet de ,minna de ,barnhelm4 ,avec des moyens aussi simples1 ,lessing a su produire un grand intrt2 le dialogue est plein d'esprit et de charme1 le style trs pur1 et chaque personnage se fait si bien connatre1 que les moindres nuances de ses impressions intressent1 comme la confidence d'un ami4 ,le caractre d'un vieux sergent1 dvou de toute son me au jeune officier qu'on perscute1 offre un mlange heureux de gat et de sensibilit3 ce genre de rle russit toujours au thtre2 la gat plat davantage quand on est assur qu'elle ne tient pas l'insouciance1 et la sensibilit parat plus naturelle quand elle ne se montre que par intervalles4 ,dans cette mme pice il y a un rle d'aventurier franais tout fait manqu2 il faut avoir la main lgre pour trouver ce qui peut prter la moquerie dans les ,franais2 et la plupart des trangers ne les ont peints qu'avec des traits lourds et dont la ressemblance n'est ni dlicate ni frappante4 ,emilia ,galotti n'est que le sujet de ,virginie transport dans une circonstance moderne et particulire2 ce sont des sentiments trop forts pour le cadre1 c'est une action trop nergique pour qu'on puisse l'attribuer un nom inconnu4 ,lessing avait sans doute un sentiment d'humeur assez rpublicain contre les courtisans1 car il se complat dans la peinture de celui qui veut aider son matre dshonorer une jeune fille innocente2 ce courtisan1 ,martinelli1 est presque trop vil pour la vraisemblance1 et les traits de sa bassesse n'ont pas assez d'originalit3 l'on sent que ,lessing l'a reprsent ainsi dans un but hostile1 et rien ne nuit la beaut d'une fiction comme une intention quelconque qui n'a pas cette beaut mme pour objet4 ,le personnage du prince est trait par l'auteur avec plus de finesse2 les passions tumultueuses et la lgret de caractre1 dont la runion est si funeste dans un homme puissant1 se font sentir dans toute sa conduite2 un vieux ministre lui apporte des papiers parmi lesquels se trouve une sentence de mort3 dans son impatience d'aller voir celle qu'il aime1 le prince est prt la signer sans y regarder2 le ministre prend un prtexte pour ne la pas donner1 frmissant de voir exercer avec cette irrflexion une telle puissance4 ,le rle de la comtesse ,orsina1 jeune matresse du prince1 qu'il abandonne pour milie1 est fait avec le plus grand talent2 c'est un mlange de frivolit et de violence qui peut trs bien se rencontrer dans une italienne attache une cour4 ,on voit dans cette femme ce que la socit a produit1 et ce que cette socit mme n'a pu dtruire2 la nature du midi1 combine avec ce qu'il y a de plus factice dans le murs du grand monde1 et le singulier assemblage de la fiert dans le vice1 et de la vanit dans la sensibilit4 ,une telle peinture ne pourrait entrer ni dans nos vers1 ni dans nos formes convenues1 mais elle n'en est pas moins tragique4 ,la scne dans laquelle la comtesse ,orsina excite le pre d'milie tuer le prince1 pour drober sa fille la honte qui la menace1 est de la plus grande beaut2 le vice y arme la vertu1 la passion y suggre tout ce que la plus austre svrit pourrait dire pour enflammer l'honneur jaloux d'un vieillard2 c'est le cur humain prsent dans une situation nouvelle1 et c'est en cela que consiste le vrai gnie dramatique4 ,le vieillard prend le poignard1 et1 ne pouvant assassiner le prince1 il s'en sert pour immoler sa propre fille4 ,orsina1 sans le savoir1 est l'auteur de cette action terrible2 elle a grav ses passagres fureurs dans une me profonde1 et les plaintes insenses de son amour coupable ont fait verser le sang innocent4 ,on remarque dans les rles principaux des pices de ,lessing un certain air de famille1 qui ferait croire que c'est lui-mme qu'il a peint dans ses personnages2 le major ,tellheim1 dans ,minna1 ,odoard1 le pre d'milie1 et le ,templier1 dans ,nathan1 ont tous les trois une sensibilit fire1 dont la teinte est misanthropique4 ,le plus beau des ouvrages de ,lessing c'est ,nathan le ,sage2 on ne peut voir dans aucune pice la tolrance religieuse mise en action avec plus de naturel et de dignit4 ,un ,turc1 un ,templier et un ,juif sont les principaux personnages de ce drame2 la premire ide en est puise dans le conte des trois ,anneaux de ,boccace2 mais l'ordonnance de l'ouvrage appartient en entier ,lessing4 ,le ,turc1 c'est le sultan ,saladin1 que l'histoire reprsente comme un homme plein de grandeur2 le jeune ,templier a dans le caractre toute la svrit de l'tat religieux qu'il professe1 et le ,juif est un vieillard qui a acquis une grande fortune dans le commerce1 mais dont les lumires et la bienfaisance rendent les habitudes gnreuses4 ,il comprend toutes les croyances sincres1 et voit la ,divinit dans le cur de tout homme vertueux4 ,ce caractre est d'une admirable simplicit4 ,l'on s'tonne de l'attendrissement qu'il cause1 quoiqu'il ne soit agit ni par des passions vives ni par des circonstances fortes4 ,une fois cependant1 on veut enlever ,nathan une jeune fille laquelle il a servi de pre1 et qu'il a comble de soins depuis sa naissance3 la douleur de s'en sparer lui serait amre2 et pour se dfendre de l'injustice qui veut la lui ravir1 il raconte comment elle est tombe entre ses mains4 ,les chrtiens immolrent tous les ,juifs ,gaza1 et dans la mme nuit1 ,nathan vit prir sa femme et ses sept enfants2 il passa trois jours prostern dans la poussire1 jurant une haine implacable aux chrtiens2 peu peu la raison lui revint1 et il s'cria3 ,il y a pourtant un ,dieu2 que sa volont soit faite6 ,dans ce moment1 un prtre vint le prier de se charger d'un enfant chrtien1 orphelin ds le berceau1 et le vieillard hbreu l'adopta4 ,l'attendrissement de ,nathan1 en faisant ce rcit meut d'autant plus qu'il cherche se contenir1 et que la pudeur de la vieillesse lui fait dsirer de cacher ce qu'il prouve4 ,sa sublime patience ne se dment point1 quoiqu'on le blesse dans sa croyance et dans sa fiert1 en l'accusant comme d'un crime d'avoir lev ,reca dans la religion juive2 et sa justification n'a pour but que d'obtenir le droit de faire encore du bien l'enfant qu'il a recueilli4 ,la pice de ,nathan est plus attachante encore par la peinture des caractres que par les situations4 ,le ,templier a dans l'me quelque chose de farouche qui vient de la crainte d'tre sensible4 ,la prodigalit orientale de ,saladin fait contraste avec l'conomie gnreuse de ,nathan4 ,le trsorier du sultan1 un derviche vieux et svre1 l'avertit que ses revenus sont puiss par ses largesses4--,je m'en afflige1 dit ,saladin1 parce que je serai forc de retrancher de mes dons2 quant moi1 j'aurai toujours ce qui fait toute ma fortune1 un cheval1 une pe et un seul ,dieu4--,nathan est un ami des hommes2 mais la dfaveur dans laquelle le nom de juif l'a fait vivre au milieu de la socit mle une sorte de ddain pour la nature humaine l'expression de sa bont4 ,chaque scne ajoute quelques traits piquants et spirituels au dveloppement de ces divers personnages2 mais leurs relations ensemble ne sont pas assez vives pour exciter une forte motion4 ,a la fin de la pice1 on dcouvre que le ,templier et la fille adopte par le ,juif sont frre et sur1 et que le sultan est leur oncle4 ,l'intention de l'auteur a visiblement t de donner dans sa famille dramatique l'exemple d'une fraternit religieuse plus tendue4 ,le but philosophique vers lequel tend toute la pice en diminue l'intrt au thtre2 il est presque impossible qu'il n'y ait pas une certaine froideur dans un drame qui a pour objet de dvelopper une ide gnrale1 quelque belle qu'elle soit2 cela tient de l'apologue1 et l'on dirait que les personnages ne sont pas l pour leur compte1 mais pour servir l'avancement des lumires4 ,sans doute1 il n'y a pas de fiction1 il n'y a pas mme d'vnement rel dont on ne puisse tirer une pense2 mais il faut que ce soit l'vnement qui amne la rflexion1 et non pas la rflexion qui fasse inventer l'vnement2 l'imagination dans les beaux-arts doit toujours agir la premire4 ,il a paru depuis ,lessing un nombre infini de drames en ,allemagne2 maintenant on commence s'en lasser4 ,le genre mixte du drame ne s'introduit gure qu' cause de la contrainte qui existe dans les tragdies3 c'est une espce de contrebande de l'art2 mais lorsque l'entire libert est admise1 on ne sent plus la ncessit d'avoir recours aux drames pour faire usage des circonstances simples et naturelles4 ,le drame ne conserverait donc qu'un avantage1 celui de peindre1 comme les romans1 les situations de notre propre vie1 les murs du temps o nous vivons2 nanmoins1 quand on n'entend prononcer au thtre que des noms inconnus1 on perd l'un des plus grands plaisirs que la tragdie puisse donner1 les souvenirs historiques qu'elle retrace4 ,on croit trouver plus d'intrt dans le drame1 parce qu'il nous reprsente ce que nous voyons tous les jours3 mais une imitation trop rapproche du vrai n'est pas ce que l'on recherche dans les arts4 ,le drame est la tragdie ce que les figures de cire sont aux statues2 il y a trop de vrit et pas assez d'idal2 c'est trop1 si c'est de l'art1 et jamais assez pour que ce soit de la nature4 ,lessing ne peut tre considr comme un auteur dramatique du premier rang2 il s'tait occup de trop d'objets divers pour avoir un grand talent en quelque genre que ce ft4 ,l'esprit est universel2 mais l'aptitude naturelle l'un des beaux-arts est ncessairement exclusive4 ,lessing tait1 avant tout1 un dialecticien de la plus grande force1 et c'est un obstacle l'loquence dramatique1 car le sentiment ddaigne les transitions1 les gradations et les motifs2 c'est une inspiration continuelle et spontane1 qui ne peut se rendre compte d'elle-mme4 ,lessing tait bien loin sans doute de la scheresse philosophique2 mais il avait dans le caractre plus de vivacit que de sensibilit2 le gnie dramatique est plus bizarre1 plus sombre1 plus inattendu que ne pouvait l'tre un homme qui avait consacr la plus grande partie de sa vie au raisonnement4 ,,chapitre ,,xvii ,les ,brigands et ,don ,carlos1 de ,schiller4 ,schiller1 dans sa premire jeunesse1 avait une verve de talent1 une sorte d'ivresse de pense qui le dirigeait mal4 ,la ,conjuration de ,fiesque1 l',intrigue et l',amour1 enfin les ,brigands1 qu'on a jous sur le thtre franais1 sont des ouvrages que les principes de l'art comme ceux de la morale1 peuvent rprouver2 mais depuis l'ge de vingt-cinq ans1 les crits de ,schiller furent tous purs et svres4 ,l'ducation de la vie dprave les hommes lgers1 et perfectionne ceux qui rflchissent4 ,les ,brigands ont t traduits en franais1 mais singulirement altrs2 d'abord en n'a pas tir parti de l'poque qui donne un intrt historique cette pice4 ,la scne se passe dans le quinzime sicle1 au moment o l'on publia dans l',empire l'dit de paix perptuelle1 qui dfendait tous les dfis particuliers4 ,cet dit fut trs avantageux1 sans doute1 au repos de l',allemagne2 mais les jeunes gentilshommes1 accoutums vivre au milieu des prils et s'appuyer sur leur force individuelle1 crurent tomber dans une sorte d'inertie honteuse1 quand il fallut se soumettre l'empire des lois4 ,rien n'tait plus absurde que cette manire de voir2 toutefois1 comme les hommes ne sont d'ordinaire gouverns que par l'habitude1 il est naturel que le mieux mme puisse les rvolter1 par cela seul que c'est un changement4 ,le chef des brigands de ,schiller est moins odieux qu'il ne le serait dans le temps actuel1 car il n'y avait pas une bien grande diffrence entre l'anarchie fodale sous laquelle il vivait1 et l'existence de bandit qu'il adopte2 mais c'est prcisment le genre d'excuse que l'auteur lui donne1 qui rend sa pice plus dangereuse4 ,elle a produit1 il faut en convenir1 un mauvais effet en ,allemagne4 ,des jeunes gens1 enthousiastes du caractre et de la vie du chef des brigands1 ont essay de l'imiter4 ,ils honoraient leur got pour une vie licencieuse du nom d'amour de la libert1 et se croyaient indigns contre les abus de l'ordre social1 quand ils n'taient que fatigus de leur situation particulire4 ,leurs essais de rvolte ne furent que ridicules2 nanmoins les tragdies et les romans ont beaucoup plus d'importance en ,allemagne que dans aucun autre pays4 ,on y fait tout srieusement1 et lire tel ouvrage1 ou voir telle pice1 influe sur le sort de la vie4 ,ce qu'on admire comme art1 on veut l'introduire dans l'existence relle4 ,werther a caus plus de suicides que la plus belle femme du monde2 et la posie1 la philosophie1 l'idal enfin1 ont souvent plus d'empire sur les ,allemands que la nature et les passions mme4 ,le sujet des ,brigands est comme celui d'un grand nombre de fictions1 qui toutes ont pour origine la parabole de l',enfant prodigue4 ,un fils hypocrite se conduit bien en apparence2 un fils coupable a de bons sentiments1 malgr ses fautes4 ,cette opposition est trs belle sous le point de vue religieux1 parce qu'elle nous atteste que ,dieu lit dans les curs2 mais elle a de grands inconvnients1 lorsqu'on veut inspirer trop d'intrt pour le fils qui a quitt la maison paternelle4 ,tous les jeunes gens dont la tte est mauvaise s'attribuent en consquence un bon cur1 et rien n'est plus absurde cependant que de se supposer des qualits parce qu'on se sent des dfauts2 cette garantie ngative est trs peu certaine1 car de ce que l'on manque de raison1 il ne s'ensuit pas du tout qu'on ait de la sensibilit3 la folie n'est souvent qu'un gosme imptueux4 ,le rle du fils hypocrite1 tel que ,schiller l'a reprsent1 est beaucoup trop hassable4 ,c'est un des dfauts des crivains trs jeunes1 de dessiner avec des traits trop brusques2 on prend les nuances dans les tableaux pour de la timidit de caractre1 tandis qu'elles sont la preuve de la maturit du talent4 ,si les personnages en seconde ligne ne sont pas peints avec assez de vrit dans la pice de ,schiller1 les passions du chef des brigands y sont exprimes d'une manire admirable4 ,l'nergie de ce caractre se manifeste tour tour par l'incrdulit1 la religion1 l'amour et la barbarie3 ne trouvant point se placer dans l'ordre1 il se fait jour travers le crime2 l'existence est pour lui comme une sorte de dlire qui s'exalte tantt par la fureur1 et tantt par le remords4 ,les scnes d'amour entre la jeune fille et le chef des brigands qui devait tre son poux1 sont admirables d'enthousiasme et de sensibilit2 il est peu de situations plus touchantes que celle de cette femme parfaitement vertueuse1 s'intressant toujours au fond du cur celui qu'elle aimait avant qu'il se ft rendu criminel4 ,le respect qu'une femme est accoutume de ressentir pour l'homme qu'elle aime se change en une sorte de terreur et de piti1 et l'on dirait que l'infortune se flatte encore d'tre1 dans le ciel1 l'ange protecteur de son coupable ami1 alors qu'elle ne peut plus devenir son heureuse compagne sur la terre4 ,on ne peut juger de la pice de ,schiller dans la traduction franaise4 ,on n'y a conserv1 pour ainsi dire1 que la pantomime de l'action2 l'originalit des caractres a disparu1 et c'est elle qui seule peut rendre une fiction vivante2 les plus belles tragdies deviendraient des mlodrames si l'on en tait la peinture anime des sentiments et des passions4 ,la force des vnements ne suffit pas pour lier le spectateur avec les personnages2 qu'ils s'aiment ou qu'ils se tuent1 peu nous importe1 si l'auteur n'a pas excit notre sympathie pour eux4 ,don ,carlos est aussi un ouvrage de la jeunesse de ,schiller1 et cependant on le considre comme une composition du premier rang4 ,ce sujet de don ,carlos est un des plus dramatiques que l'histoire puisse offrir4 ,une jeune princesse1 fille de ,henri ,,ii1 quitte la ,france et la cour brillante et chevaleresque du roi son pre1 pour s'unir un vieux tyran tellement sombre et svre1 que le caractre mme des ,espagnols fut altr par son rgne et que1 pendant longtemps1 la nation porta l'empreinte de son matre4 ,don ,carlos1 fianc d'abord lisabeth1 l'aime encore quoiqu'elle soit devenue sa belle-mre4 ,la rformation et la rvolte des ,pays-,bas1 ces grands vnements politiques1 se mlent la catastrophe tragique de la condamnation du fils par le pre3 l'intrt individuel et l'intrt public se trouvent runis au plus haut degr dans cette tragdie4 ,plusieurs crivains ont trait ce sujet en ,france2 mais on n'a pu1 dans l'ancien rgime1 le mettre sur le thtre2 on croyait que c'tait manquer d'gards l',espagne que de reprsenter ce fait de son histoire4 ,on demandait ,m4 d',aranda1 cet ambassadeur d',espagne connu par tant de traits qui prouvent la force de son caractre et les bornes de son esprit1 la permission de faire jouer une tragdie de ,don ,carlos1 que l'auteur venait d'achever1 et dont il esprait une grande gloire4 ,que ne prend-il un autre sujet8 rpondit ,m4 d',aranda4--,monsieur l'ambassadeur1 lui disait-on1 faites attention que la pice est termine1 que l'auteur y a consacr trois ans de sa vie4--,mais1 mon ,dieu1 reprenait l'ambassadeur1 n'y a-t-il donc que cet vnement dans l'histoire8 ,qu'il en choisisse un autre4--,jamais on ne put le faire sortir de cet ingnieux raisonnement1 qu'appuyait une volont forte4 ,les sujets historiques exercent le talent d'une toute autre manire que les sujets d'invention2 nanmoins1 il faut peut-tre encore plus d'imagination pour reprsenter l'histoire dans une tragdie1 que pour crer volont les situations et les personnages4 ,altrer essentiellement les faits1 en les transportant sur la scne1 c'est toujours produire une impression dsagrable2 on s'attend la vrit1 et l'on est pniblement surpris quand l'auteur y substitue la fiction quelconque qu'il lui a plu de choisir2 cependant l'histoire a besoin d'tre artistement combine pour faire effet au thtre1 et il faut runir tout la fois1 dans la tragdie1 le talent de peindre le vrai et celui de le rendre potique4 ,des difficults d'un autre genre se prsentent quand l'art dramatique parcourt le vaste champ de l'invention2 on dirait qu'il est plus libre1 cependant rien n'est plus rare que de caractriser assez des personnages inconnus1 pour qu'ils aient autant de consistance que des noms dj clbres4 ,lear1 ,othello1 ,orosmane1 ,tancrde1 ont reu de ,shakespeare et de ,voltaire l'immortalit1 sans avoir joui de la vie2 toutefois les sujets d'invention sont d'ordinaire l'cueil du pote par l'indpendance mme qu'ils lui laissent4 ,les sujets historiques semblent imposer de la gne2 mais quand on saisit bien le point d'appui qu'offrent de certaines bornes1 la carrire qu'elles tracent et l'lan qu'elles permettent1 ces bornes mmes sont favorables au talent4 ,la posie fidle fait ressortir la vrit comme le rayon du soleil les couleurs1 et donne aux vnements qu'elle retrace l'clat que les tnbres du temps leur avaient ravi4 ,l'on prfre en ,allemagne les tragdies historiques1 lorsque l'art s'y manifeste1 comme le ,prophte du pass#cj4 ,l'auteur qui veut composer un tel ouvrage doit se transporter tout entier dans le sicle et dans les murs des personnages qu'il reprsente1 et l'on aurait raison de critiquer plus svrement un anachronisme dans les sentiments et dans les penses que dans les dates4 ,c'est d'aprs ces principes que quelques personnes ont blm ,schiller d'avoir invent le caractre du marquis de ,posa1 noble ,espagnol1 partisan de la libert1 de la tolrance1 passionn pour toutes les ides nouvelles qui commenaient alors fermenter en ,europe4 ,je crois qu'on peut reprocher ,schiller d'avoir fait noncer ses propres opinions par le marquis de ,posa2 mais ce n'est pas1 comme on l'a prtendu1 l'esprit philosophique du dix-huitime sicle qu'il lui a donn4 ,le marquis de ,posa1 tel que l'a peint ,schiller1 est un enthousiaste allemand2 et ce caractre est si tranger notre temps1 qu'on peut aussi bien le croire du seizime sicle que du ntre4 ,une plus grande erreur1 peut-tre1 c'est de supposer que ,philippe ,,ii pt couter longtemps avec plaisir un tel homme1 et qu'il lui ait donn mme pour un instant sa confiance4 ,posa dit avec raison1 en parlant de ,philippe ,,ii3--,je faisais d'inutiles efforts pour exalter son me1 et1 dans cette terre refroidie1 les fleurs de ma pense ne pouvaient prosprer4 ,mais ,philippe ,,ii ne se ft jamais entretenu avec un jeune homme tel que le marquis de ,posa4 ,le vieux fils de ,charles-,quint ne devait voir1 dans la jeunesse et l'enthousiasme1 que le tort de la nature et le crime de la rformation2 s'il avait pu se confier un jour un tre gnreux1 il et dmenti son caractre et mrit le pardon des sicles4 ,il y a des inconsquences dans le caractre de tous les hommes1 mme dans celui des tyrans2 mais elles tiennent par des liens invisibles leur nature4 ,dans la pice de ,schiller1 une de ces inconsquences est singulirement bien saisie4 ,le duc de ,medina-,sidonia1 gnral avanc en ge1 qui a command l'invincible ,armada dissipe par la flotte anglaise et les orages1 revient1 et tout le monde croit que le courroux de ,philippe ,,ii va l'anantir4 ,les courtisans s'cartent de lui1 nul n'ose l'approcher2 il se jette aux genoux de ,philippe1 et lui dit3 ,sire1 vous voyez en moi tout ce qui reste de la flotte et de l'intrpide arme que vous m'aviez confies4--,dieu est au-dessus de moi1 rpond ,philippe2 je vous ai envoy contre des hommes1 mais non pas contre des temptes2 soyez considr comme mon digne serviteur4 ,voil de la magnanimit2 et cependant quoi tient-elle8 un certain respect pour la vieillesse1 dans un monarque tonn que la nature se soit permis de le faire vieux2 l'orgueil1 qui ne permet pas ,philippe de s'attribuer lui-mme ses revers1 en s'accusant d'un mauvais choix2 l'indulgence qu'il se sent pour un homme abaiss par le sort1 lui qui voudrait qu'un joug quelconque courbt tous les genres de fiert1 except la sienne2 enfin1 au caractre mme d'un despote1 que les obstacles naturels rvoltent moins que la plus faible rsistance volontaire4 ,cette scne jette une lueur profonde sur le caractre de ,philippe ,,ii4 ,sans doute le personnage du marquis de ,posa peut tre considr comme l'uvre d'un jeune pote qui a besoin de donner son me son personnage favori2 mais c'est une belle chose en soi-mme que ce caractre pur et exalt1 au milieu d'une cour o le silence et la terreur ne sont troubls que par le bruit souterrain de l'intrigue4 ,don ,carlos ne peut tre un grand homme2 son pre doit l'avoir opprim ds l'enfance3 le marquis de ,posa est un intermdiaire qui semble indispensable entre ,philippe et son fils4 ,don ,carlos a tout l'enthousiasme des affections du cur2 ,posa1 celui des vertus publiques3 l'un devrait tre le roi1 l'autre l'ami2 et ce dplacement mme dans les caractres est une ide ingnieuse3 car serait-il possible que le fils d'un despote sombre et cruel ft un hros citoyen8 o aurait-il appris estimer les hommes8 ,est-ce par son pre1 qui les mprise1 ou par les courtisans de son pre1 qui mritent ce mpris8 ,don ,carlos doit tre faible pour tre bon1 et la place mme que son amour tient dans sa vie exclut de son me toutes les penses politiques4 ,je le rpte donc1 l'invention du personnage du marquis de ,posa me parat ncessaire pour reprsenter dans la pice les grands intrts des nations1 et cette force chevaleresque qui se transformait tout coup par les lumires du temps en amour de la libert4 ,de quelque manire qu'on et pu modifier ces sentiments1 ils ne convenaient pas au prince royal2 ils auraient pris en lui le caractre de la gnrosit1 et il ne faut pas que la libert soit jamais reprsente comme un don du pouvoir4 ,la gravit crmonieuse de la cour de ,philippe ,,ii est caractrise d'une manire bien frappante dans la scne d'lisabeth avec ses dames d'honneur4 ,elle demande l'une d'elles ce qu'elle aime le mieux1 du sjour d',aranjuez ou de ,madrid2 la dame d'honneur rpond que les reines d',espagne ont coutume1 depuis des temps immmoriaux1 de rester trois mois ,madrid1 et trois mois ,aranjuez4 ,elle ne se permet pas le moindre signe de prfrence pour un sjour ou pour un autre2 elle se croit faite pour ne rien prouver1 en aucun genre1 qui ne lui soit command4 lisabeth demande sa fille2 on lui rpond que l'heure fixe pour qu'elle la voie n'est pas encore arrive4 ,enfin1 le roi parat1 et il exile pour dix ans cette mme dame d'honneur si rsigne1 parce qu'elle a laiss la reine une demi-heure seule4 ,philippe ,,ii se rconcilie un moment avec don ,carlos1 et reprend sur lui1 par une parole de bont1 tout l'ascendant paternel4--,voyez1 lui dit ,carlos1 les cieux s'abaissent pour assister la rconciliation d'un pre avec son fils4 ,c'est un beau moment que celui o le marquis de ,posa1 n'esprant plus chapper la vengeance de ,philippe ,,ii1 prie lisabeth de recommander don ,carlos l'accomplissement des projets qu'ils ont form ensemble pour la gloire et le bonheur de la nation espagnole4 ,rappelez-lui1 dit-il1 quand il sera dans l'ge mr1 rappelez-lui qu'il doit porter respect aux rves de sa jeunesse4 ,en effet1 quand on avance dans la vie1 la prudence prend tort le pas sur toutes les autres vertus2 on dirait que tout est folie dans la chaleur de l'me2 et cependant1 si l'homme pouvait la conserver encore quand l'exprience l'claire1 s'il hritait du temps sans se courber sous son poids1 il n'insulterait jamais aux vertus exaltes1 dont le premier conseil est toujours le sacrifice de soi-mme4 ,le marquis de ,posa1 par une suite de circonstances trop embrouilles1 a cru servir don ,carlos auprs de ,philippe1 en paraissant le sacrifier la fureur de son pre4 ,il n'a pu russir dans ses projets2 le prince est conduit en prison1 le marquis de ,posa va l'y trouver1 lui explique les motifs de sa conduite1 et1 pendant qu'il se justifie1 un assassin envoy par ,philippe ,,ii le fait tomber1 atteint d'une balle meurtrire1 aux pieds de son ami4 ,la douleur de don ,carlos est admirable2 il redemande le compagnon de sa jeunesse son pre qui l'a tu1 comme si l'assassin conservait encore le pouvoir de rendre la vie sa victime4 ,les regards fixs sur ce corps immobile qu'animaient nagure tant de penss1 don ,carlos1 condamn lui-mme prir1 apprend tout ce qu'est la mort dans les traits glacs de son ami4 ,il y a dans cette tragdie deux moines1 dont les caractres et le genre de vie sont en contraste3 l'un1 c'est ,domingo1 le confesseur du roi2 et l'autre1 un prtre retir dans un couvent solitaire1 la porte de ,madrid4 ,domingo n'est qu'un moine intrigant1 perfide et courtisan1 confident du duc d',albe1 dont le caractre disparat ncessairement ct de celui de ,philippe2 car ,philippe prend lui seul tout ce qu'il y a de beau dans le terrible4 ,le moine solitaire reoit1 sans les connatre1 don ,carlos et ,posa1 qui se sont donn rendez-vous dans son couvent1 au milieu de leurs plus grandes agitations4 ,le calme1 la rsignation du prieur qui les accueille1 produisent un effet touchant4 ,a ces murs1 dit le pieux solitaire1 finit le monde4 ,mais rien dans toute la pice n'gale l'originalit de l'avant-dernire scne du cinquime acte1 entre le roi et le grand inquisiteur4 ,philippe1 poursuivi par sa jalouse haine contre son propre fils1 et par la terreur du crime qu'il va commettre1 ,philippe envie ses pages qui dorment paisiblement au pied de son lit1 tandis que l'enfer de son propre cur le prive de tout repos4 ,il envoie chercher le grand inquisiteur1 pour le consulter sur la condamnation de don ,carlos4 ,ce moine cardinal a quatre-vingt-dix ans2 il est plus g que ne le serait ,charles-,quint1 dont il a t le prcepteur2 il est aveugle1 et vit dans une solitude absolue2 les seuls espions de l'inquisition viennent lui apporter des nouvelles de ce qui se passe dans le monde2 il s'informe seulement s'il y a des crimes1 des fautes ou des penses punir4 ,a ses yeux1 ,philippe ,,ii1 g de soixante ans1 est encore jeune4 ,le plus sombre1 le plus prudent des despotes1 lui parat un souverain inconsidr1 dont la tolrance introduira la rformation en ,europe2 c'est un homme de bonne foi1 mais tellement dessch par le temps1 qu'il apparat comme un spectre vivant que la mort a oubli de frapper1 parce qu'elle le croyait depuis longtemps dans le tombeau4 ,il demande compte ,philippe ,,ii de la mort du marquis de ,posa3 il la lui reproche1 parce que c'tait l'inquisition le faire prir2 et1 s'il regrette la victime1 c'est parce qu'on l'a priv du droit de l'immoler4 ,philippe ,,ii l'interroge sur la condamnation de son fils3--,ferez-vous passer en moi1 lui dit-il1 une croyance qui dpouille de son horreur le meurtre d'un fils8--,le grand inquisiteur lui rpond3--,pour apaiser l'ternelle justice1 le fils de ,dieu mourut sur la croix4--,quel mot6 quelle application sanguinaire du dogme le plus touchant6 ,ce vieillard aveugle fait apparatre avec lui tout un sicle4 ,la terreur profonde que l'inquisition et le fanatisme mme de ce temps devaient faire peser sur l',espagne1 tout est peint par cette scne laconique et rapide2 nulle loquence ne pourrait exprimer ainsi une telle foule de penses mises habilement en action4 ,je sais que l'on pourrait relever beaucoup d'inconvenances dans la pice de ,don ,carlos2 mais je ne me suis pas charge de ce travail1 pour lequel il y a beaucoup de concurrents4 ,les littrateurs les plus ordinaires peuvent trouver des fautes de got dans ,shakespeare1 ,schiller1 ,gthe1 etc42 mais1 quand il ne s'agit dans les ouvrages de l'art que de retrancher1 cela n'est pas difficile2 c'est l'me et le talent qu'aucune critique ne peut donner3 c'est l ce qu'il faut respecter partout o l'on le trouve1 de quelque nuage que ces rayons clestes soient environns4 ,loin de se rjouir des erreurs du gnie1 l'on sent qu'elles diminuent le patrimoine de la race humaine1 et les titres de gloire dont elle s'enorgueillit4 ,l'ange tutlaire que ,sterne a peint avec tant de grce1 ne pourrait-il pas verser une larme sur les dfauts d'un bel ouvrage1 comme sur les torts d'une noble vie1 afin d'en effacer le souvenir8 ,je ne m'arrterai pas davantage sur les pices de la jeunesse de ,schiller2 d'abord1 parce qu'elles sont traduites en franais1 et secondement1 parce qu'il n'y manifeste pas encore ce gnie historique qui l'a fait si justement admirer dans les tragdies de son ge mr4 ,don ,carlos mme1 quoique fond sur un fait historique1 est presque un ouvrage d'imagination4 ,l'intrigue en est trop complique2 un personnage de pure invention1 le marquis de ,posa1 y joue un trop grand rle2 on dirait que cette tragdie passe entre l'histoire et la posie1 sans satisfaire entirement ni l'une ni l'autre3 il n'en est certainement pas ainsi de celles dont je vais essayer de donner une ide4 ,,chapitre ,,xviii ,walstein et ,marie ,stuart4 ,walstein est la tragdie la plus nationale qui ait t reprsente sur le thtre allemand2 la beaut des vers et la grandeur du sujet transportrent d'enthousiasme tous les spectateurs ,weimar1 o elle a d'abord t donne1 et l',allemagne se flatta de possder un nouveau ,shakespeare4 ,lessing1 en blmant le got franais1 et en se ralliant ,diderot dans la manire de concevoir l'art dramatique1 avait banni la posie du thtre1 et l'on n'y voyait plus que des romans dialogus1 o l'on continuait la vie telle qu'elle est d'ordinaire1 en multipliant seulement sur les planches les vnements qui arrivent plus rarement dans la ralit4 ,schiller imagina de mettre sur la scne une circonstance remarquable de la guerre de trente ans1 de cette guerre civile et religieuse qui a fix pour plus d'un sicle1 en ,allemagne1 l'quilibre des deux partis protestant et catholique4 ,la nation allemande est tellement divise1 qu'on ne sait jamais si les exploits d'une moiti de cette nation sont un malheur ou une gloire pour l'autre2 nanmoins1 le ,walstein de ,schiller a fait prouver tous un gal enthousiasme4 ,le mme sujet est partag en trois pices diffrentes2 le ,camp de ,walstein1 qui est la premire des trois1 reprsente les effets de la guerre sur la masse du peuple et de l'arme2 la seconde1 les ,piccolomini1 montre les causes politiques qui prparrent les dissensions entre les chefs2 et la troisime1 la mort de ,walstein1 est le rsultat de l'enthousiasme et de l'envie que la rputation de ,walstein avait excits4 ,j'ai vu jouer le prologue1 intitul le ,camp de ,walstein2 on se croyait au milieu d'une arme1 et d'une arme de partisans bien plus vive et bien moins discipline que les troupes rgles4 ,les paysans1 les recrues1 les vivandires1 les soldats1 tout concourait l'effet de ce spectacle2 l'impression qu'il produit est si guerrire1 que lorsqu'on le donna sur le thtre de ,berlin1 devant des officiers qui partaient pour l'arme1 des cris d'enthousiasme se firent entendre de toutes parts4 ,il faut une imagination bien puissante dans un homme de lettres pour se figurer ainsi la vie des camps1 l'indpendance1 la joie turbulente excite par le danger mme4 ,l'homme1 dgag de tous ses liens1 sans regrets et sans prvoyance1 fait des annes un jour1 et des jours un instant2 il joue tout ce qu'il possde1 obit au hasard sous la forme de son gnral3 la mort1 toujours prsente1 le dlivre gament des soucis de la vie4 ,rien n'est plus original1 dans le camp de ,walstein1 que l'arrive d'un capucin au milieu de la bande tumultueuse des soldats qui croient dfendre la cause du catholicisme4 ,le capucin leur prche la modration et la justice dans un langage plein de quolibets et de calembours1 et qui ne diffre de celui des camps que par la recherche et l'usage de quelques paroles latines3 l'loquence bizarre et soldatesque du prtre1 la religion rude et grossire de ceux qui l'coutent1 tout cela prsente un spectacle de confusion trs remarquable4 ,l'tat social en fermentation montre l'homme sous un singulier aspect2 ce qu'il a de sauvage reparat1 et les restes de la civilisation errent comme un vaisseau bris sur les vagues agites4 ,le camp de ,walstein est une ingnieuse introduction aux deux autres pices2 il pntre d'admiration pour ce gnral dont les soldats parlent sans cesse1 dans leurs jeux comme dans leurs prils3 et quand la tragdie commence1 on conserve l'impression du prologue qui l'a prcde1 comme si l'on avait t tmoin de l'histoire que la posie doit embellir4 ,la seconde des pices1 intitule les ,piccolomini1 contient les discordes qui s'lvent entre l'empereur et son gnral1 entre le gnral et ses compagnons d'armes1 lorsque le chef de l'arme veut substituer son ambition personnelle l'autorit qu'il reprsente1 ainsi qu' la cause qu'il soutient4 ,walstein combattait au nom de l',autriche1 contre les nations qui voulaient introduire la rformation en ,allemagne2 mais1 sduit par l'esprance de se crer lui-mme un pouvoir indpendant1 il cherche s'approprier tous les moyens qu'il devait faire servir au bien public4 ,les gnraux qui s'opposent ses dsirs ne les contrarient point par vertu1 mais par jalousie2 et dans ces cruelles luttes1 tout se trouve1 si ce n'est des hommes dvous leur opinion1 et se battant pour leur conscience4 ,a qui s'intresser8 dira-t-on3 au tableau de la vrit4 ,peut-tre l'art exige-t-il que ce tableau soit modifi d'aprs l'effet thtral2 mais c'est toujours une belle chose que l'histoire sur la scne4 ,nanmoins ,schiller a su crer des personnages faits pour exciter un intrt romanesque4 ,il a peint ,max ,piccolomini et ,thcla comme des cratures clestes1 qui traversent tous les orages des passions politiques en conservant dans leur me l'amour et la vrit4 ,thcla est la fille de ,walstein2 ,max1 le fils du perfide ami qui le trahit4 ,les deux amants1 malgr leurs pres1 malgr le sort1 malgr tout1 except leurs curs1 s'aiment1 se cherchent et se retrouvent dans la vie et dans la mort4 ,ces deux tres apparaissent au milieu des fureurs de l'ambition1 comme des prdestins2 ce sont de touchantes victimes que le ciel s'est choisies1 et rien n'est beau comme le contraste du dvouement le plus pur avec les passions des hommes1 acharns sur cette terre comme sur leur unique partage4 ,il n'y a point de dnouement la pice des ,piccolomini2 elle finit comme une conversation interrompue4 ,les ,franais auraient de la peine supporter ces deux prologues1 l'un burlesque1 et l'autre srieux1 qui prparent la vritable tragdie1 la mort de ,walstein4 ,un crivain d'un grand talent a resserr la trilogie de ,schiller en une tragdie selon la forme et la rgularit franaises4 ,les loges et les critiques dont cet ouvrage a t l'objet nous donneront une occasion naturelle d'achever de faire connatre les diffrences qui caractrisent le systme dramatique des ,franais et des ,allemands4 ,on a reproch l'crivain franais de n'avoir pas mis assez de posie dans ses vers4 ,les sujets mythologiques permettent tout l'clat des images et de la verve lyrique2 mais comment pourrait-on admettre1 dans un sujet tir de l'histoire moderne1 la posie du rcit de ,thramne8 ,toute cette pompe antique convient la famille de ,minos ou d',agamemnon2 elle ne serait qu'une affectation ridicule dans les pices d'un autre genre4 ,il y a des moments1 dans les tragdies historiques1 o l'exaltation de l'me amne naturellement une posie plus leve3 telle est1 par exemple1 la vision de ,walstein#ca1 sa harangue aprs la rvolte1 son monologue avant sa mort1 etc4 ,toutefois la contexture et le dveloppement de la pice1 en allemand comme en franais1 exige un style simple1 dans lequel on ne sente que la puret du langage1 et rarement sa magnificence4 ,nous voulons en ,france qu'on fasse effet1 non seulement chaque scne1 mais chaque vers1 et cela est inconciliable avec la vrit4 ,rien n'est si ais que de composer ce qu'on appelle des vers brillants2 il y a des moules tout faits pour cela2 ce qui est difficile1 c'est de subordonner chaque dtail l'ensemble1 et de retrouver chaque partie dans le tout1 comme le reflet du tout dans chaque partie4 ,la vivacit franaise a donn la marche des pices de thtre un mouvement rapide trs agrable2 mais elle nuit la beaut de l'art quand elle exige des succs instantans aux dpens de l'impression gnrale4 ,a ct de cette impatience qui ne tolre aucun retard1 il y a une patience singulire pour tout ce que la convenance exige2 et quand un ennui quelconque est dans l'tiquette des arts1 ces mmes ,franais1 qu'irritait la moindre lenteur1 supportent tout ce qu'on veut par respect pour l'usage4 ,par exemple1 les expositions en rcit sont indispensables dans les tragdies franaises2 et certainement elles ont beaucoup moins d'intrt que les expositions en action4 ,on dit que des spectateurs italiens crirent une fois1 pendant le rcit d'une bataille1 qu'on levt la toile du fond1 pour qu'ils vissent la bataille elle-mme4 ,on a trs souvent ce dsir dans nos tragdies1 on voudrait assister ce qu'on nous raconte4 ,l'auteur du ,walstein franais a t oblig de fondre dans sa pice l'exposition qui se fait d'une manire si originale par le prologue du camp4 ,la dignit des premires scnes s'accorde parfaitement avec le ton imposant d'une tragdie franaise3 mais il y a un genre de mouvement dans l'irrgularit allemande1 auquel on ne peut jamais suppler4 ,on a reproch aussi l'auteur franais le double intrt qu'inspirent l'amour d',alfred 7,piccolomini7 pour ,thcla1 et la conspiration de ,walstein4 ,en ,france1 on veut qu'une pice soit toute d'amour ou toute de politique1 on n'aime pas le mlange des sujets2 et depuis quelque temps surtout1 quand il s'agit des affaires d'tat1 on ne peut concevoir comment il resterait dans l'me place pour une autre pense4 ,nanmoins le grand tableau de la conspiration de ,walstein n'est complet que par les malheurs mmes qui en rsultent pour sa famille2 il importe de nous rappeler combien les vnements publics peuvent dchirer les affections prives2 et cette manire de prsenter la politique comme un monde part dont les sentiments sont bannis est immorale1 dure et sans effet dramatique4 ,une circonstance de dtail a t blme dans la pice franaise4 ,personne n'a ni que les adieux d',alfred 7,max ,piccolomini71 en quittant ,walstein et ,thcla1 ne fussent de la plus grande beaut2 mais on s'est scandalis de ce qu'on faisait entendre1 cette occasion1 de la musique dans une tragdie3 il est assurment trs facile de la supprimer2 mais pourquoi donc se refuser l'effet qu'elle produit8 ,lorsqu'on entend cette musique militaire qui appelle au combat1 le spectateur partage l'motion qu'elle doit causer aux amants1 menacs de ne plus se revoir3 la musique fait ressortir la situation2 un art nouveau redouble l'impression qu'un autre art a prpar2 les sons et les paroles branlent tour tour notre imagination et notre cur4 ,deux scnes aussi tout fait nouvelles sur notre thtre ont excit l'tonnement des lecteurs franais3 lorsque ,alfred 7,max7 s'est fait tuer1 ,thcla demande l'officier saxon qui en apporte la nouvelle1 tous les dtails de cette horrible mort2 et quand elle a rassasi son me de douleur1 elle annonce la rsolution qu'elle a prise d'aller vivre et mourir prs du tombeau de son amant4 ,chaque expression1 chaque mot1 dans ces deux scnes1 est d'une sensibilit profonde2 mais on a prtendu que l'intrt dramatique ne pouvait plus exister quand il n'y a plus d'incertitude4 ,en ,france1 on se hte1 en tout genre1 d'en finir avec l'irrparable4 ,les ,allemands1 au contraire1 sont plus curieux de ce que les personnages prouvent1 que de ce qui leur arrive2 ils ne craignent point de s'arrter sur une situation dtermine comme vnement1 mais qui subsiste encore comme souffrance4 ,il faut plus de posie1 plus de sensibilit1 plus de justesse dans les expressions1 pour mouvoir dans le repos de l'action1 que lorsqu'elle excite une anxit toujours croissante3 on remarque peine les paroles1 quand les faits nous tiennent en suspens2 mais lorsque tout se tait1 except la douleur1 quand il n'y a plus de changement au dehors1 et que l'intrt s'attache seulement ce qui se passe dans l'me1 une nuance d'affectation1 un mot hors de place frapperait1 comme un son faux1 dans un air simple et mlancolique4 ,rien n'chappe alors par le bruit1 et tout s'adresse directement au cur4 ,enfin la critique la plus universellement rpte contre le ,walstein franais1 c'est que le caractre de ,walstein lui-mme est superstitieux1 incertain1 irrsolu1 et ne s'accorde pas avec le modle hroque admis pour ce genre de rle4 ,les ,franais se privent d'une source infinie d'effets et d'motions1 en rduisant les caractres tragiques1 comme les notes de musique ou les couleurs du prisme1 quelques traits saillants1 toujours les mmes2 chaque personnage doit se conformer l'un des principaux types reconnus4 ,on dirait que chez nous la logique est le fondement des arts1 et cette nature ondoyante dont parle ,montaigne1 est bannie de nos tragdies2 on n'y admet que des sentiments tout bons ou tout mauvais1 et cependant il n'y a rien qui ne soit mlang dans l'me humaine4 ,on raisonne en ,france sur un personnage tragique comme sur un ministre d'tat1 et l'on se plaint de ce qu'il fait ou de ce qu'il ne fait pas1 comme si l'on tenait une gazette la main pour le juger4 ,les inconsquences des passions sont permises sur le thtre franais1 mais non pas les inconsquences des caractres4 ,la passion tant connue plus ou moins de tous les curs1 on s'attend ses garements1 et l'on peut1 en quelque sorte1 fixer d'avance ses contradictions mmes2 mais le caractre a toujours quelque chose d'inattendu1 qu'on ne peut renfermer dans aucune rgle4 ,tantt il se dirige vers son but1 tantt il s'en loigne4 ,quand on a dit d'un personnage en ,france3--,il ne sait pas ce qu'il veut3--on ne s'y intresse plus2 tandis que c'est prcisment l'homme qui ne sait pas ce qu'il veut1 dans lequel la nature se montre avec une force et une indpendance vraiment tragiques4 ,les personnages de ,shakespeare font prouver plusieurs fois dans la mme pice des impressions tout fait diffrentes aux spectateurs4 ,richard ,,ii1 dans les trois premiers actes de la tragdie de ce nom1 inspire de l'aversion et du mpris2 mais quand le malheur l'atteint1 quand on le force cder son trne son ennemi1 au milieu du parlement1 sa situation et son courage arrachent des larmes4 ,on aime cette noblesse royale qui reparat dans l'adversit1 et la couronne semble planer encore sur la tte de celui qu'on en dpouille4 ,il suffit ,shakespeare de quelques paroles pour disposer de l'me des auditeurs1 et les faire passer de la haine la piti4 ,les diversits sans nombre du cur humain renouvellent sans cesse la source o le talent peut puiser4 ,dans la ralit1 pourra-t-on dire1 les hommes sont inconsquents et bizarres1 et souvent les plus belles qualits se mlent de misrables dfauts2 mais de tels caractres ne conviennent pas au thtre2 l'art dramatique exigeant la rapidit de l'action1 l'on ne peut1 dans ce cadre1 peindre les hommes que par des traits forts et des circonstances frappantes4 ,mais s'ensuit-il cependant qu'il faille se borner ces personnages tranchs dans le mal et dans le bien1 qui sont comme les lments invariables de la plupart de nos tragdies8 ,quelle influence le thtre pourrait-il exercer sur la moralit des spectateurs1 si l'on ne leur faisait voir qu'une nature de convention8 ,il est vrai que sur ce terrain factice la vertu triomphe toujours1 et le vice est toujours puni2 mais comment cela s'appliquerait-il jamais ce qui se passe dans la vie1 puisque les hommes qu'on montre sur la scne ne sont pas les hommes tels qu'ils sont8 ,il serait curieux de voir reprsenter la pice de ,walstein sur notre thtre2 et si l'auteur franais ne s'tait pas si rigoureusement asservi la rgularit franaise1 ce serait plus curieux encore3 mais1 pour bien juger des innovations1 il faudrait porter dans les arts une jeunesse d'me qui chercht des plaisirs nouveaux4 ,s'en tenir aux chefs-d'uvre anciens est un excellent rgime pour le got1 mais non pour le talent3 il faut des impressions inattendues pour l'exciter2 les ouvrages que nous savons par cur ds l'enfance se changent en habitudes1 et n'branlent plus fortement notre imagination4 ,marie ,stuart est1 ce me semble1 de toutes les tragdies allemandes la plus pathtique et la mieux conue4 ,le sort de cette reine1 qui commena sa vie par tant de prosprits1 qui perdit son bonheur par tant de fautes1 et que dix-neuf ans de prison conduisirent l'chafaud1 cause autant de terreur et de piti qu'dipe1 ,oreste ou ,niob2 mais la beaut mme de cette histoire si favorable au gnie1 craserait la mdiocrit4 ,la scne s'ouvre dans le chteau de ,fotheringay1 o ,marie ,stuart est renferme4 ,dix-neuf ans de prison se sont dj passs1 et le tribunal institu par lisabeth est au moment de prononcer sur le sort de l'infortune reine d'cosse4 ,la nourrice de ,marie se plaint au commandant de la forteresse des traitements qu'il fait endurer sa prisonnire4 ,le commandant1 vivement attach la reine lisabeth1 parle de ,marie avec une svrit cruelle3 on voit que c'est un honnte homme1 mais qui juge ,marie comme ses ennemis l'ont juge2 il annonce sa mort prochaine1 et cette mort lui parat juste1 parce qu'il croit qu'elle a conspir contre lisabeth4 ,j'ai dj eu l'occasion de parler1 propos de ,walstein1 du grand avantage des expositions en mouvement4 ,on a essay les prologues1 les churs1 les confidents1 tous les moyens possibles1 pour expliquer sans ennuyer2 et il me semble que le mieux c'est d'entrer d'abord dans l'action1 et de faire connatre le principal personnage par l'effet qu'il produit sur ceux qui l'environnent4 ,c'est apprendre au spectateur de quel point de vue il doit regarder ce qui va se passer devant lui2 c'est le lui apprendre sans le lui dire3 car un seul mot qui parat prononc pour le public1 dans une pice de thtre1 en dtruit l'illusion4 ,quand ,marie ,stuart arrive1 on est dj curieux et mu2 on la connat1 non par un portrait1 mais par son influence sur ses amis et sur ses ennemis4 ,ce n'est plus un rcit qu'on coute1 c'est un vnement dont on est devenu contemporain4 ,le caractre de ,marie ,stuart est admirablement bien soutenu1 et ne cesse point d'intresser pendant toute la pice4 ,faible1 passionne1 orgueilleuse de sa figure1 et repentante de sa vie1 on l'aime et on la blme4 ,ses remords et ses fautes font piti4 ,de toutes parts on aperoit l'empire de son admirable beaut1 si renomme dans son temps4 ,un homme qui veut la sauver ose lui avouer qu'il ne se dvoue pour elle que par enthousiasme pour ses charmes4 lisabeth en est jalouse2 enfin1 l'amant d'lisabeth1 ,leicester1 est devenu amoureux de ,marie1 et lui a promis en secret son appui4 ,l'attrait et l'envie que fait natre la grce enchanteresse de l'infortune rendent sa mort mille fois plus touchante4 ,elle aime ,leicester4 ,cette femme malheureuse prouve encore le sentiment qui a dj plus d'une fois rpandu tant d'amertume sur son sort4 ,sa beaut1 presque surnaturelle1 semble la cause et l'excuse de cette ivresse habituelle du cur1 fatalit de sa vie4 ,le caractre d'lisabeth excite l'attention d'une manire bien diffrente2 c'est une peinture toute nouvelle que celle d'une femme tyran4 ,les petitesses des femmes en gnral1 leur vanit1 leur dsir de plaire1 tout ce qui leur vient de l'esclavage1 enfin1 sert au despotisme dans lisabeth2 et la dissimulation qui nat de la faiblesse est l'un des instruments de son pouvoir absolu4 ,sans doute tous les tyrans sont dissimuls4 ,il faut tromper les hommes pour les asservir2 on leur doit1 au moins dans ce cas1 la politesse du mensonge4 ,mais ce qui caractrise lisabeth1 c'est le dsir de plaire uni la volont la plus despotique1 et tout ce qu'il y a de plus fin dans l'amour-propre d'une femme1 manifest par les actes les plus violents de l'autorit souveraine4 ,les courtisans aussi ont avec une reine un genre de bassesse qui tient de la galanterie4 ,ils veulent se persuader qu'ils l'aiment1 pour lui obir plus noblement1 et cacher la crainte servile d'un sujet sous le servage d'un chevalier4 lisabeth tait une femme d'un grand gnie1 l'clat de son rgne en fait foi3 toutefois1 dans une tragdie o la mort de ,marie est reprsente1 on ne peut voir lisabeth que comme la rivale qui fait assassiner sa prisonnire2 et le crime qu'elle commet est trop atroce pour ne pas effacer tout le bien qu'on pourrait dire de son gnie politique4 ,ce serait peut-tre une perfection de plus dans ,schiller1 que d'avoir eu l'art de rendre lisabeth moins odieuse1 sans diminuer l'intrt pour ,marie ,stuart3 car il y a plus de vrai talent dans les contrastes nuancs que dans les oppositions extrmes1 et la figure principale elle-mme gagne ce qu'aucun des personnages du tableau dramatique ne lui soit sacrifi4 ,leicester conjure lisabeth de voir ,marie2 il lui propose de s'arrter1 au milieu d'une chasse1 dans le jardin du chteau de ,fotheringay1 et de permettre ,marie de s'y promener4 lisabeth y consent1 et le troisime acte commence par la joie touchante de ,marie1 en respirant l'air libre aprs dix-neuf ans de prison3 tous les dangers qu'elle court ont disparu ses yeux2 en vain sa nourrice cherche les lui rappeler pour modrer ses transports1 ,marie a tout oubli en retrouvant le soleil et la nature4 ,elle ressent le bonheur de l'enfance l'aspect1 nouveau pour elle1 des fleurs1 des arbres1 des oiseaux2 et l'ineffable impression de ces merveilles extrieures1 quand on en a t longtemps spar1 se peint dans l'motion enivrante de l'infortune prisonnire4 ,le souvenir de la ,france vient la charmer4 ,elle charge les nuages que le vent du nord semble pousser vers cette heureuse patrie de son choix1 elle les charge de porter ses amis ses regrets et ses dsirs3 ,allez1 leur dit-elle1 vous1 mes seuls messagers1 l'air libre vous appartient2 vous n'tes pas les sujets d'lisabeth4--,elle aperoit dans le lointain un pcheur qui conduit une frle barque1 et dj elle se flatte qu'il pourra la sauver3 tout lui semble esprance quand elle a revu le ciel4 ,elle ne sait point encore qu'on l'a laisse sortir afin qu'lisabeth pt la rencontrer2 elle entend la musique de la chasse1 et les plaisirs de sa jeunesse se retracent son imagination en l'coutant4 ,elle voudrait monter un cheval fougueux1 parcourir1 avec la rapidit de l'clair1 les valles1 et les montagnes2 le sentiment du bonheur se rveille en elle1 sans nulle raison1 sans nul motif1 mais parce qu'il faut que le cur respire1 et qu'il se ranime quelquefois tout coup1 l'approche des plus grands malheurs1 comme il y a presque toujours un moment de mieux avant l'agonie4 ,on vient avertir ,marie qu'lisabeth va venir4 ,elle avait souhait cette entrevue2 mais quand l'instant approche1 tout son tre en frmit4 ,leicester est avec lisabeth3 ainsi1 toutes les passions de ,marie sont la fois excites3 elle se contient quelque temps2 mais l'arrogante lisabeth la provoque par ses ddains2 et ces deux reines ennemies finissent par s'abandonner l'une l'autre la haine mutuelle qu'elles ressentent4 lisabeth reproche ,marie ses fautes2 ,marie lui rappelle les soupons de ,henri ,,viii contre sa mre1 et ce que l'on a dit de sa naissance illgitime4 ,cette scne est singulirement belle1 par cela mme que la fureur fait dpasser aux deux reines les bornes de leur dignit naturelle4 ,elles ne sont plus que deux femmes1 deux rivales de figure1 bien plus que de puissance2 il n'y a plus de souveraine1 il n'y a plus de prisonnire2 et bien que l'une puisse envoyer l'autre l'chafaud1 la plus belle des deux1 celle qui se sent la plus faite pour plaire1 jouit encore du plaisir d'humilier la toute puissante lisabeth aux yeux de ,leicester1 aux yeux de l'amant qui leur est si cher toutes deux4 ,ce qui ajoute singulirement aussi l'effet de cette situation1 c'est la crainte que l'on prouve pour ,marie1 chaque mot de ressentiment qui lui chappe2 et lorsqu'elle s'abandonne toute sa fureur1 ses paroles injurieuses1 dont les suites seront irrparables1 font frmir1 comme si l'on tait dj tmoin de sa mort4 ,les missaires du parti catholique veulent assassiner lisabeth1 son retour ,londres4 ,talbot1 le plus vertueux des amis de la reine1 dsarme l'assassin qui voulait la poignarder1 et le peuple demande grands cris la mort de ,marie4 ,c'est une scne admirable que celle o le chancelier ,burleigh presse lisabeth de signer la sentence de ,marie1 tandis que ,talbot1 qui vient de sauver la vie de sa souveraine1 se jette ses pieds pour la conjurer de faire grce son ennemie4 ,on vous rpte1 lui dit-il1 que le peuple demande sa mort2 on croit vous plaire par cette feinte violence2 on croit vous dterminer ce que vous souhaitez2 mais prononcez que vous voulez la sauver1 et dans l'instant vous verrez la prtendue ncessit de sa mort s'vanouir3 ce qu'on trouvait juste passera pour injuste1 et les mmes hommes qui l'accusent prendront hautement sa dfense4 ,vous la craignez vivante3 ah6 craignez-la surtout quand elle ne sera plus4 ,c'est alors qu'elle sera vraiment redoutable2 elle renatra de son tombeau1 comme la desse de la discorde1 comme l'esprit de la vengeance1 pour dtourner de vous le cur de vos sujets4 ,ils ne verront plus en elle l'ennemie de leur croyance1 mais la petite-fille de leurs rois4 ,le peuple appelle avec fureur cette rsolution sanglante2 mais il ne la jugera qu'aprs l'vnement4 ,traversez alors les rues de ,londres1 et vous y verrez rgner le silence de la terreur2 vous y verrez un autre peuple1 une autre ,angleterre3 ce ne seront plus ces transports de joie1 qui clbraient la sainte quit dont votre trne tait environn2 mais la crainte1 cette sombre compagne de la tyrannie1 ne vous quittera plus2 les rues seront dsertes votre passage2 vous aurez fait ce qu'il y a de plus fort1 de plus redoutable4 ,quel homme sera sr de sa propre vie1 quand la tte royale de ,marie n'aura point t respecte6 ,la rponse d'lisabeth ce discours est d'une adresse bien remarquable2 un homme1 dans une pareille situation1 aurait certainement employ le mensonge pour pallier l'injustice2 mais lisabeth fait plus1 elle veut intresser pour elle-mme1 en se livrant la vengeance2 elle voudrait presque obtenir la piti1 en commettant l'action la plus cruelle4 ,elle a de la coquetterie sanguinaire1 si l'on peut s'exprimer ainsi1 et le caractre de femme se montre travers celui de tyran4 ,ah6 ,talbot1 s'crie lisabeth1 vous m'avez sauve aujourd'hui1 vous avez dtourn de moi le poignard2 pourquoi ne le laissiez-vous pas arriver jusqu' mon cur8 le combat tait fini2 et1 dlivre de tous mes doutes1 pure de toutes mes fautes1 je descendais dans mon paisible tombeau3 croyez-moi1 je suis fatigue du trne et de la vie2 si l'une des deux reines doit tomber pour que l'autre vive 7et cela est ainsi1 j'en suis convaincue71 pourquoi ne serait-ce pas moi qui rsignerais l'existence8 ,mon peuple peut choisir1 je lui rends son pouvoir2 ,dieu m'est tmoin que ce n'est pas pour moi1 mais pour le bien seul de la nation que j'ai vcu4 ,espre-t-on de cette sduisante ,stuart1 de cette reine plus jeune1 des jours plus heureux8 alors je descends du trne1 je retourne dans la solitude de ,woodstock1 o j'ai pass mon humble jeunesse1 o1 loin des vanits de ce monde1 je trouvais ma grandeur en moi-mme4 ,non1 je ne suis pas faite pour tre souveraine2 un matre doit tre dur1 et mon cur est faible4 ,j'ai bien gouvern cette le1 tant qu'il ne s'agissait que de faire des heureux3 mais voici la tche cruelle impose par le devoir royal1 et je me sens incapable de l'accomplir4 ,a ce mot1 ,burleigh interrompt lisabeth1 et lui reproche tout ce dont elle veut tre blme1 sa faiblesse1 son indulgence1 sa piti3 il semble courageux1 parce qu'il demande sa souveraine avec force ce qu'elle dsire en secret plus que lui-mme4 ,la flatterie brusque russit en gnral mieux que la flatterie obsquieuse1 et c'est bien fait aux courtisans1 quand ils le peuvent1 de se donner l'air d'tre entrans dans le moment o ils rflchissent le plus ce qu'ils disent4 lisabeth signe la sentence1 et1 seule avec le secrtaire de ses commandements1 la timidit de femme1 qui se mle la persvrance du despotisme1 lui fait dsirer que cet homme subalterne prenne sur lui la responsabilit de l'action qu'elle a commise3 il veut l'ordre positif d'envoyer cette sentence2 elle le refuse1 et lui rpte qu'il doit faire son devoir2 elle laisse ce malheureux dans une affreuse incertitude1 dont le chancelier ,burleigh le tire en lui arrachant le papier qu'lisabeth a laiss entre ses mains4 ,leicester est trs compromis par les amis de la reine d'cosse2 ils viennent lui demander de les aider la sauver4 ,il dcouvre qu'il est accus auprs d'lisabeth1 et prend tout coup l'affreux parti d'abandonner ,marie1 et de rvler la reine d',angleterre1 avec hardiesse et ruse1 une partie des secrets qu'il doit la confiance de sa malheureuse amie4 ,malgr tous ces lches sacrifices1 il ne rassure lisabeth qu' demi1 et elle exige qu'il conduise lui-mme ,marie l'chafaud1 pour prouver qu'il ne l'aime pas4 ,la jalousie de femme se manifestant par le supplice qu'lisabeth ordonne comme monarque1 doit inspirer ,leicester une profonde haine pour elle3 la reine le fait trembler1 quand par les lois de la nature il devrait tre son matre2 et ce contraste singulier produit une situation trs originale3 mais rien n'gale le cinquime acte4 ,c'est ,weimar que j'assistai la reprsentation de ,marie ,stuart1 et je ne puis penser encore1 sans un profond attendrissement1 l'effet des dernires scnes4 ,on voit d'abord paratre les femmes de ,marie vtues de noir1 et dans une morne douleur2 sa vieille nourrice1 la plus afflige de toutes1 porte ses diamants royaux2 elle lui a ordonn de les rassembler1 pour qu'elle pt les distribuer ses femmes4 ,le commandant de la prison1 suivi de plusieurs de ses valets1 vtus de noir aussi comme lui1 remplissent le thtre de deuil4 ,melvil1 autrefois gentilhomme de la cour de ,marie1 arrive de ,rome en cet instant4 ,anna1 la nourrice de la reine1 le reoit avec joie2 elle lui peint le courage de ,marie1 qui1 tout coup rsigne son sort1 n'est plus occupe que de son salut1 et s'afflige seulement de ne pas pouvoir obtenir un prtre de sa religion1 pour recevoir de lui l'absolution de ses fautes et la communion sainte4 ,la nourrice raconte comment pendant la nuit la reine et elle avaient entendu des coups redoubls1 et que toutes deux espraient que c'taient leurs amis qui venaient pour les dlivrer2 mais qu'enfin ils avaient su que ce bruit tait celui que faisaient les ouvriers1 en levant l'chafaud dans la salle au-dessous d'elles4 ,melvil demande comment ,marie a support cette terrible nouvelle3 ,anna lui dit que l'preuve la plus dure pour elle a t d'apprendre la trahison du comte ,leicester1 mais qu'aprs cette douleur elle a repris le calme et la dignit d'une reine4 ,les femmes de ,marie entrent et sortent1 pour excuter les ordres de leur matresse2 l'une d'elles apporte une coupe de vin que ,marie a demand pour marcher d'un pas plus ferme l'chafaud4 ,une autre arrive chancelante sur la scne1 parce qu' travers la porte de la salle o l'excution doit avoir lieu1 elle a vu les murs tendus de noir1 l'chafaud1 le bloc et la hache4 ,l'effroi toujours croissant du spectateur est dj presque son comble1 quand ,marie parat dans toute la magnificence d'une parure royale1 seule vtue de blanc au milieu de sa suite en deuil1 un crucifix la main1 la couronne sur sa tte1 et dj rayonnante du pardon cleste que ses malheurs ont obtenu pour elle4 ,marie console ses femmes1 dont les sanglots l'meuvent vivement3 ,pourquoi1 leur dit-elle1 vous affligez-vous de ce que mon cachot s'est ouvert8 ,la mort1 ce svre ami1 vient moi1 et couvre de ses ailes noires les fautes de ma vie3 le dernier arrt du sort relve la crature accable2 je sens de nouveau le diadme sur mon front4 ,un juste orgueil est rentr dans mon me purifie4 ,marie aperoit ,melvil1 et se rjouit de le voir dans ce moment solennel3 elle l'interroge sur ses parents de ,france1 sur ses anciens serviteurs1 et le charge de ses derniers adieux pour tout ce qui lui fut cher4 ,je bnis1 lui dit-elle1 le roi trs chrtien mon beau-frre1 et toute la royale famille de ,france2 je bnis mon oncle le cardinal1 et ,henri de ,guise1 mon noble cousin2 je bnis aussi le saint ,pre1 pour qu'il me bnisse son tour1 et le roi catholique qui s'est offert gnreusement pour mon sauveur et vengeur4 ,ils retrouveront tous leur nom dans mon testament2 et de quelque faible valeur que soient les prsents de mon amour1 ils voudront bien ne pas les ddaigner4 ,marie se retourne alors vers ses serviteurs1 et leur dit3 ,je vous ai recommands mon royal frre de ,france2 il aura soin de vous1 il vous donnera une nouvelle patrie4 ,si ma dernire prire vous est sacre1 ne restez pas en ,angleterre4 ,que le cur orgueilleux de l',anglais ne se repaisse pas du spectacle de votre malheur2 que ceux qui m'ont servie ne soient pas dans la poussire4 ,jurez-moi1 par l'image du ,christ1 que ds que je ne serai plus1 vous quitterez pour jamais cette le funeste4 7,melvil le jure au nom de tous74 ,la reine distribue ses diamants ses femmes1 et rien n'est plus touchant que les dtails dans lesquels elle entre sur le caractre de chacune d'elles1 et les conseils qu'elle leur donne pour leur sort futur4 ,elle se montre surtout gnreuse envers celle dont le mari a t un tratre1 en accusant formellement ,marie elle-mme auprs d'lisabeth3 elle veut consoler cette femme de ce malheur1 et lui prouver qu'elle n'en conserve aucun ressentiment4 ,toi1 dit-elle sa nourrice1 toi1 ma fidle ,anna1 l'or et les diamants ne t'attirent point2 mon souvenir est le don le plus prcieux que je puisse te laisser4 ,prends ce mouchoir que j'ai brod pour toi dans les heures de ma tristesse1 et que mes larmes ont inond2 tu t'en serviras pour me bander les yeux1 quand il en sera temps2 j'attends ce dernier service de toi4 ,venez toutes1 dit-elle en tendant la main ses femmes1 venez toutes1 et recevez mon dernier adieu3 recevez-le1 ,marguerite1 ,alise1 ,rosamonde2 et toi1 ,gertrude1 je sens sur ma main tes lvres brlantes4 ,j'ai t bien hae1 mais aussi bien aime6 ,qu'un poux d'une me noble rende heureuse ma ,gertrude1 car un cur si sensible a besoin d'amour6 ,berthe1 tu as choisi la meilleure part1 tu veux tre la chaste pouse du ciel1 hte-toi d'accomplir ton vu4 ,les biens de la terre sont trompeurs1 la destine de ta reine te l'apprend4 ,c'en est assez1 adieu pour toujours1 adieu4 ,marie reste seule avec ,melvil1 et c'est alors que commence une scne dont l'effet est bien grand1 quoiqu'on puisse la blmer plusieurs gards4 ,la seule douleur qui reste ,marie1 aprs avoir pourvu tous les soins terrestres1 c'est de ne pouvoir obtenir un prtre de sa religion1 pour l'assister dans ses derniers moments4 ,melvil1 aprs avoir reu la confidence de ses pieux regrets1 lui apprend qu'il a t ,rome1 qu'il y a pris les ordres ecclsiastiques1 pour acqurir le droit de l'absoudre et de la consoler3 il dcouvre sa tte pour lui montrer la tonsure sacre1 et tire de son sein une hostie que le pape lui-mme a bnie pour elle4 ,un bonheur cleste1 s'crie la reine1 m'est donc encore prpar sur le seuil mme de la mort6 ,le messager de ,dieu descend vers moi1 comme un immortel sur des nuages d'azur3 ainsi jadis l'aptre fut dlivr de ses liens4 ,et tandis que tous les appuis terrestres m'ont trompe1 ni les verrous1 ni les pes n'ont arrt le secours divin4 ,vous1 jadis mon serviteur1 soyez maintenant le serviteur de ,dieu et son saint interprte2 et comme vos genoux se sont courbs devant moi1 je me prosterne maintenant vos pieds1 dans la poussire4 ,la belle1 la royale ,marie se jette aux genoux de ,melvil1 et son sujet1 revtu de toute la dignit de l'glise1 l'y laisse et l'interroge4 7,il ne faut pas oublier que ,melvil lui-mme croyait ,marie coupable du dernier complot qui avait eu lieu contre la vie d'lisabeth2 je dois dire aussi que la scne suivante est faite seulement pour tre lue1 et que1 sur la plupart des thtres de l',allemagne1 on supprime l'acte de la communion1 quand la tragdie de ,marie ,stuart est reprsente74 ,,melvil4 ,au nom du ,pre1 du ,fils et du ,saint-,esprit1 ,marie1 reine1 as-tu sond ton cur1 et jures-tu de confesser la vrit devant le ,dieu de vrit8 ,,marie4 ,mon cur va s'ouvrir sans mystre devant toi comme devant lui4 ,,melvil4 ,dis-moi1 de quel pch ta conscience t'accuse-t-elle1 depuis que tu as approch pour la dernire fois de la table sainte8 ,,marie4 ,mon me a t remplie d'une haine envieuse1 et des penses de vengeance s'agitaient dans mon sein4 ,pcheresse1 j'implorais le pardon de ,dieu1 et je ne pouvais pardonner mon ennemie4 ,,melvil4 ,te repens-tu de cette faute1 et ta rsolution sincre est-elle de pardonner tous1 avant de quitter ce monde8 ,,marie4 ,aussi vrai que j'espre la misricorde de ,dieu4 ,,melvil4 ,n'est-il point d'autre tort que tu doives te reprocher8 ,,marie4 ,ah6 ce n'est pas la haine seule qui m'a rendue coupable1 j'ai encore plus offens le ,dieu de bont par un amour criminel2 ce cur trop vain s'est laiss sduire par un homme sans foi1 qui m'a trompe et abandonne4 ,,melvil4 ,te repens-tu de cette erreur1 et ton cur a-t-il quitt cette fragile idole pour se tourner vers son ,dieu8 ,,marie4 ,ce fut le plus cruel de mes combats1 mais enfin j'ai dchir ce dernier lien terrestre4 ,,melvil4 ,de quelle autre faute te sens-tu coupable8 ,,marie4 ,ah6 d'une faute sanglante1 depuis longtemps confesse4 ,mon me frmit en approchant du jugement solennel qui m'attend1 et les portes du ciel semblent se couvrir de deuil mes yeux4 ,j'ai fait prir le roi mon poux1 quand j'ai consenti donner mon cur et ma main au sducteur son meurtrier4 ,je me suis impos toutes les expiations ordonnes par l'glise2 mais le ver rongeur du remords ne me laisse point de repos4 ,,melvil4 ,ne te reste-t-il rien de plus au fond de l'me1 que tu doives confesser8 ,,marie4 ,non1 tu sais maintenant tout ce qui pse sur mon cur4 ,,melvil4 ,songe la prsence du scrutateur des penses1 l'anathme dont l'glise menace une confession trompeuse3 c'est un pch qui donne la mort ternelle1 et que le ,saint-,esprit a frapp de sa maldiction4 ,,marie4 ,puiss-je obtenir dans mon dernier combat la clmence divine1 aussi vrai qu'en cet instant solennel je ne t'ai rien dguis6 ,,melvil4 ,comment6 tu caches ton ,dieu le crime pour la punition duquel les hommes te condamnent3 tu ne me parles point de la part que tu as eue dans la haute trahison des assassins d'lisabeth2 tu subis la mort terrestre pour cette action2 veux-tu donc qu'elle entrane aussi la perdition de ton me8 ,,marie4 ,je suis prs de passer du temps l'ternit3 avant que l'aiguille de l'heure ait accompli son tour1 je me prsenterai devant le trne de mon juge2 et1 je le rpte ici1 ma confession est entire4 ,,melvil4 ,examine-toi bien4 ,notre cur est souvent pour nous-mmes un confident trompeur3 tu as peut-tre vit avec adresse le mot qui te rendait coupable1 quoique tu partageasses la volont du crime2 mais apprends qu'aucun art humain ne peut faire illusion l'il de feu qui regarde dans le fond de l'me4 ,,marie4 ,j'ai pri tous les princes de se runir pour m'affranchir de mes liens1 mais jamais je n'ai menac ni par mes projets1 ni par mes actions1 la vie de mon ennemie4 ,,melvil4 ,quoi6 ton secrtaire t'a faussement accuse8 ,,marie4 ,que ,dieu le juge6 ,ce que je dis est vrai4 ,,melvil4 ,ainsi donc tu montes sur l'chafaud convaincue de ton innocence8 ,,marie4 ,dieu m'accorde d'expier par cette mort non mrite le crime dont ma jeunesse fut coupable6 ,,melvil1 la bnissant4 ,que cela soit ainsi1 et que ta mort serve t'absoudre6 ,tombe sur l'autel comme une victime rsigne4 ,le sang peut purifier ce que le sang avait souill3 tu n'es plus coupable maintenant que des fautes d'une femme1 et les faiblesses de l'humanit ne suivent point l'me bienheureuse dans le ciel4 ,je t'annonce donc1 en vertu de la puissance qui m'a t donne de lier et de dlier sur la terre1 l'absolution de tes pchs3 ainsi que tu as cru1 qu'il t'arrive6 7,il lui prsente l'hostie74 ,prends ce corps1 il a t sacrifi pour toi4 7,il prend la coupe qui est sur la table1 il la consacre avec une prire recueillie1 et l'offre la reine1 qui semble hsiter encore et ne pas oser l'accepter74 ,prends la coupe remplie de ce sang qui a t rpandu pour toi2 prends-la1 le pape t'accorde cette grce au moment de ta mort4 ,c'est le droit suprme des rois dont tu jouis 7,marie reoit la coupe72 et comme tu es maintenant unie mystrieusement avec ton ,dieu sur cette terre1 ainsi revtue d'un clat anglique1 tu le seras dans le sjour de batitude1 o il n'y aura plus ni faute1 ni douleur4 7,il remet la coupe1 entend du bruit au dehors1 recouvre sa tte1 et va vers la porte2 ,marie reste genoux1 plonge dans la mditation74 ,,melvil4 ,il vous reste encore une rude preuve supporter1 ,madame3 vous sentez-vous assez de force pour triompher de tous les mouvements d'amertume et de haine8 ,,marie se relve4 ,je ne crains point de rechute2 j'ai sacrifi ,dieu ma haine et mon amour4 ,,melvil4 ,prparez-vous donc recevoir lord ,leicester et le chancelier ,burleigh3 ils sont l4 7,leicester reste dans l'loignement1 sans lever les yeux2 ,burleigh s'avance entre la reine et lui74 ,,burleigh4 ,je viens1 lady ,stuart1 pour recevoir vos derniers ordres4 ,,marie4 ,je vous en remercie1 mylord4 ,,burleigh4 ,c'est la volont de la reine1 qu'aucune demande quitable ne vous soit refuse4 ,,marie4 ,mon testament indique mes derniers souhaits2 je l'ai dpos dans les mains du chevalier ,paulet2 j'espre qu'il sera fidlement excut4 ,,paulet4 ,il le sera4 ,,marie4 ,comme mon corps ne peut pas reposer en terre sainte1 je demande qu'il soit accord ce fidle serviteur de porter mon cur en ,france1 auprs des miens4 ,hlas6 il a toujours t l4 ,,burleigh4 ,ce sera fait4 ,ne voulez-vous plus rien8 ,,marie4 ,portez mon salut de sur la reine d',angleterre2 dites-lui que je lui pardonne ma mort du fond de mon me4 ,je me repens d'avoir t trop vive hier1 dans mon entretien avec elle4 ,que ,dieu la conserve et lui accorde un rgne heureux6 7,dans ce moment le shrif arrive2 ,anna et les femmes de ,marie entrent avec lui74 ,anna1 calme-toi1 le moment est venu1 voil le shrif qui doit me conduire la mort4 ,tout est dcid4 ,adieu1 adieu4 7,a ,burleigh74 ,je souhaite que ma fidle nourrice m'accompagne sur l'chafaud1 milord3 accordez-moi ce bienfait4 ,,burleigh4 ,je n'ai point de pouvoirs cet gard4 ,,marie4 ,quoi6 l'on me refuserait cette prire si simple6 ,qui donc me rendrait les derniers services8 ,ce ne peut tre la volont de ma sur1 qu'on blesse en ma personne le respect d une femme4 ,,burleigh4 ,aucune femme ne doit monter avec vous sur l'chafaud2 ses cris1 sa douleur444 ,,marie4 ,elle ne fera pas entendre ses plaintes1 je suis garant de la force d'me de mon ,anna4 ,soyez bon1 milord2 ne me sparez pas en mourant de ma fidle nourrice4 ,elle m'a reue dans ses bras sur le seuil de la vie2 que sa douce main me conduise la mort6 ,,paulet4 ,il faut y consentir4 ,,burleigh4 ,soit4 ,,marie4 ,il ne me reste plus rien vous demander4 7,elle prend le crucifix et le baise74 ,mon ,rdempteur1 mon ,sauveur1 que tes bras me reoivent6 7,elle se retourne pour partir1 et1 dans cet instant1 elle rencontre le comte de ,leicester2 elle tremble1 ses genoux flchissent2 et1 prs de tomber1 le comte de ,leicester la soutient2 puis il dtourne la tte1 et ne peut soutenir sa vue74 ,vous me tenez parole1 comte de ,leicester2 vous m'aviez promis votre appui pour sortir de ce cachot1 et vous me l'offrez maintenant4 7,le comte de ,leicester semble ananti2 elle continue avec un accent plein de douceur74 ,oui1 ,leicester2 et ce n'est pas seulement la libert que je voulais vous devoir1 mais une libert qui me devnt plus chre en la tenant de vous4 ,maintenant que je suis sur la route de la terre au ciel1 et que je vais devenir un esprit bienheureux1 affranchi des affections terrestres1 j'ose vous avouer1 sans rougir1 la faiblesse dont j'ai triomph4 ,adieu1 et si vous le pouvez1 vivez heureux4 ,vous avez voulu plaire deux reines1 et vous avez trahi le cur aimant pour obtenir le cur orgueilleux4 ,prosternez-vous aux pieds d'lisabeth1 et puisse votre rcompense ne pas devenir votre punition6 ,adieu1 je n'ai plus de lien avec la terre4 ,leicester reste seul aprs le dpart de ,marie2 le sentiment de dsespoir et de honte qui l'accable peut peine s'exprimer2 il entend1 il coute ce qui se passe dans la salle de l'excution1 et quand elle est accomplie il tombe sans connaissance4 ,on apprend ensuite qu'il est parti pour la ,france1 et la douleur qu'lisabeth prouve1 en perdant celui qu'elle aime1 commence la punition de son crime4 ,je ferai quelques observations sur cette imparfaite analyse d'une pice1 dans laquelle le charme des vers ajoute beaucoup tous les autres genres de mrite4 ,je ne sais si l'on se permettrait en ,france de faire un acte tout entier sur une situation dcide2 mais ce repos de la douleur1 qui nat de la privation mme de l'esprance1 produit les motions les plus vraies et les plus profondes4 ,ce repos solennel permet au spectateur1 comme la victime1 de descendre en lui-mme1 et d'y sentir tout ce que rvle le malheur4 ,la scne de la confession1 et surtout de la communion1 serait1 avec raison1 tout fait condamne2 mais ce n'est certes pas comme manquant d'effet qu'on pourrait la blmer3 le pathtique qui se fonde sur la religion nationale touche de si prs le cur que rien ne saurait mouvoir davantage4 ,le pays le plus catholique1 l',espagne1 et son pote le plus religieux1 ,caldron1 qui tait lui-mme entr dans l'tat ecclsiastique1 ont admis sur le thtre les sujets et les crmonies du christianisme4 ,il me semble que1 sans manquer au respect qu'on doit la religion chrtienne1 on pourrait se permettre de la faire entrer dans la posie et les beaux-arts1 dans tout ce qui lve l'me et embellit la vie4 ,l'en exclure1 c'est imiter ces enfants qui croient ne pouvoir rien faire que de grave et de triste dans la maison de leur pre4 ,il y a de la religion dans tout ce qui nous cause une motion dsintresse2 la posie1 l'amour1 la nature et la ,divinit se runissent dans notre cur1 quelques efforts qu'on fasse pour les sparer2 et si l'on interdit au gnie de faire rsonner toutes ces cordes la fois1 l'harmonie complte de l'me ne se fera jamais sentir4 ,cette reine ,marie1 que la ,france a vue si brillante1 et l',angleterre si malheureuse1 a t l'objet de mille posies diverses1 qui clbrent ses charmes et son infortune4 ,l'histoire l'a peinte comme assez lgre2 ,schiller a donn plus de srieux son caractre1 et le moment dans lequel il la reprsente motive bien ce changement4 ,vingt annes de prison1 et mme vingt annes de vie1 de quelque manire qu'elles se soient passes1 sont presque toujours une svre leon4 ,les adieux de ,marie au comte de ,leicester me paraissent l'une des plus belles situations qui soient au thtre4 ,il y a quelque douceur pour ,marie dans cet instant4 ,elle a piti de ,leicester1 tout coupable qu'il est2 elle sent quel souvenir elle lui laisse1 et cette vengeance du cur est permise4 ,enfin1 au moment de mourir1 et de mourir parce qu'il n'a pas voulu la sauver1 elle lui dit encore qu'elle l'aime2 et si quelque chose peut consoler de la sparation terrible laquelle la mort nous condamne1 c'est la solennit qu'elle donne nos dernires paroles3 aucun but1 aucun espoir ne s'y mle1 et la vrit la plus pure sort de notre sein avec la vie4 ,,chapitre ,,xix ,jeanne d',arc et la ,fiance de ,messine4 ,schiller1 dans une pice de vers pleine de charme1 reproche aux ,franais de n'avoir pas montr de reconnaissance pour ,jeanne d',arc4 ,l'une des plus belles poques de l'histoire1 celle o la ,france et son roi ,charles ,,vii furent dlivrs du joug des trangers1 n'a point encore t clbre par un crivain digne d'effacer le souvenir du pome de ,voltaire2 et c'est un tranger qui a tch de rtablir la gloire d'une hrone franaise1 d'une hrone dont le sort malheureux intresserait pour elle1 quand ses exploits n'exciteraient pas un juste enthousiasme4 ,shakespeare devait juger ,jeanne d',arc avec partialit1 puisqu'il tait ,anglais1 et nanmoins il la reprsente1 dans sa pice historique de ,henri ,,vi1 comme une femme inspire d'abord par le ciel1 et corrompue ensuite par le dmon de l'ambition4 ,ainsi1 les ,franais seuls ont laiss dshonorer sa mmoire3 c'est un grand tort de notre nation que de ne pas rsister la moquerie1 quand elle lui est prsente sous des formes piquantes4 ,cependant il y a tant de place dans ce monde1 et pour le srieux et pour la gat1 qu'on pourrait se faire une loi de ne pas se jouer de ce qui est digne de respect1 sans se priver1 pour cela1 de la libert de la plaisanterie4 ,le sujet de ,jeanne d',arc tant tout la fois historique et merveilleux1 ,schiller a entreml sa pice de morceaux lyriques1 et ce mlange produit un trs bel effet1 mme la reprsentation4 ,nous n'avons gure en franais que le monologue de ,polyeucte1 ou les churs d',athalie et d',esther qui puissent nous en donner l'ide4 ,la posie dramatique est insparable de la situation qu'elle doit peindre2 c'est le rcit en action1 c'est le dbat de l'homme avec le sort4 ,la posie lyrique convient presque toujours aux sujets religieux2 elle lve l'me vers le ciel1 elle exprime je ne sais quelle rsignation sublime qui nous saisit souvent au milieu des passions les plus agites1 et nous dlivre de nos inquitudes personnelles pour nous faire goter un instant la paix divine4 ,sans doute1 il faut prendre garde que la marche progrssive de l'intrt ne puisse en souffrir2 mais le but de l'art dramatique n'est pas uniquement de nous apprendre si le hros est tu1 ou s'il se marie3 le principal objet des vnements reprsents1 c'est de servir dvelopper les sentiments et les caractres4 ,le pote a donc raison de suspendre quelquefois l'action thtrale1 pour faire entendre la musique cleste de l'me4 ,on peut se recueillir dans l'art comme dans la vie1 et planer un moment au-dessus de tout ce qui se passe en nous-mmes et autour de nous4 ,l'poque historique dans laquelle ,jeanne d',arc a vcu est particulirement propre faire ressortir le caractre franais dans toute sa beaut1 lorsqu'une foi inaltrable1 un respect sans bornes pour les femmes1 une gnrosit presque imprudente la guerre1 signalaient cette nation en ,europe4 ,il faut se reprsenter une jeune fille de seize ans1 d'une taille majestueuse1 mais avec des traits encore enfantins1 un extrieur dlicat1 et n'ayant d'autre force que celle qui lui vient d'en haut3 inspire par la religion1 pote dans ses actions1 pote aussi dans ses paroles1 quand l'esprit divin l'anime2 montrant dans ses discours tantt un gnie admirable1 tantt l'ignorance absolue de tout ce que le ciel ne lui a pas rvl4 ,c'est ainsi que ,schiller a conu le rle de ,jeanne d',arc4 ,il la fait voir d'abord ,vaucouleurs dans l'habitation rustique de son pre1 entendant parler des revers de la ,france1 et s'enflammant ce rcit4 ,son vieux pre blme sa tristesse1 sa rverie1 son enthousiasme4 ,il ne pntre pas le secret de l'extraordinaire1 et croit qu'il y a du mal dans tout ce qu'il n'a pas l'habitude de voir4 ,un paysan apporte un casque qu'une ,bohmienne lui a remis d'une faon toute mystrieuse4 ,jeanne d',arc s'en saisit1 elle le place sur sa tte1 et sa famille elle-mme est tonne de l'expression de ses regards4 ,elle prophtise le triomphe de la ,france et la dfaite de ses ennemis4 ,un paysan1 esprit fort1 lui dit qu'il n'y a plus de miracle dans ce monde4 ,il y en aura encore un1 s'crie-t-elle2 une blanche colombe va paratre2 et1 avec la hardiesse d'un aigle1 elle combattra les vautours qui dchirent la patrie4 ,il sera renvers cet orgueilleux duc de ,bourgogne tratre la ,france2 ce ,talbot aux cent bras1 le flau du ciel2 ce ,salisbury blasphmateur3 toutes ces hordes insulaires seront disperses comme un troupeau de brebis4 ,le ,seigneur1 le ,dieu des combats1 sera toujours avec la colombe4 ,il daignera choisir une crature tremblante1 et triomphera par une faible fille1 car il est le ,tout-,puissant4 ,les surs de ,jeanne d',arc s'loignent1 et son pre lui commande de s'occuper de ses travaux champtres1 et de rester trangre tous ces grands vnements1 dont les pauvres bergers ne doivent pas se mler4 ,il sort1 ,jeanne d',arc reste seule2 et1 prte quitter pour jamais le sjour de son enfance1 un sentiment de regret la saisit4 ,adieu1 dit-elle1 vous1 contres qui me ftes si chres2 vous1 montagnes2 vous tranquilles et fidles valles1 adieu6 ,jeanne d',arc ne viendra plus parcourir vos riantes prairies4 ,vous1 fleurs que j'ai plantes1 prosprez loin de moi4 ,je vous quitte1 grotte sombre1 fontaines rafrachissantes4 cho1 toi1 la voix pure de la valle1 qui rpondais mes chants1 jamais ces lieux ne me reverront4 ,vous1 l'asile de toutes mes innocentes joies1 je vous laisse pour toujours3 que mes agneaux se dispersent dans les bruyres1 un autre troupeau me rclame2 l'esprit saint m'appelle la sanglante carrire du pril4 ,ce n'est point un dsir vaniteux ni terrestre qui m'attire1 c'est la voix de celui qui s'est montr ,mose dans le buisson ardent du mont ,horeb1 et lui a command de rsister ,pharaon4 ,c'est lui qui1 toujours favorable aux bergers1 appela le jeune ,david pour combattre le gant4 ,il m'a dit aussi3--,pars et rends tmoignage mon nom sur la terre4 ,tes membres doivent tre renferms dans le rude airain4 ,le fer doit couvrir ton sein dlicat4 ,aucun homme ne doit faire prouver ton cur les flammes de l'amour4 ,la couronne de l'hymne n'ornera jamais ta chevelure4 ,aucun enfant chri ne reposera sur ton sein2 mais1 parmi toutes les femmes de la terre1 tu recevras seule en partage les lauriers des combats4 ,quand les plus courageux se lassent1 quand l'heure fatale de la ,france semble approcher1 c'est toi qui porteras mon oriflamme3 et tu abattras les orgueilleux conqurants1 comme les pis tombent au jour de la moisson4 ,tes exploits changeront la roue de la fortune1 tu vas apporter le salut aux hros de la ,france1 et1 dans ,reims dlivre1 placer la couronne sur la tte de ton roi4 ,c'est ainsi que le ciel s'est fait entendre moi4 ,il m'a envoy ce casque comme un signe de sa volont4 ,la trempe miraculeuse de ce fer me communique sa force1 et l'ardeur des anges guerriers m'enflamme2 je vais me prcipiter dans le tourbillon des combats2 il m'entrane avec l'imptuosit de l'orage4 ,j'entends la voix des hros qui m'appelle2 le cheval belliqueux frappe la terre1 et la trompette rsonne4 ,cette premire scne est un prologue1 mais elle est insparable de la pice2 il fallait mettre en action l'instant o ,jeanne d',arc prend sa rsolution solennelle3 se contenter d'en faire un rcit1 ce serait ter le mouvement et l'impulsion qui transportent le spectateur dans la disposition qu'exigent les merveilles auxquelles il doit croire4 ,la pice de ,jeanne d',arc marche toujours d'aprs l'histoire1 jusqu'au couronnement ,reims4 ,le caractre d',agns ,sorel est peint avec lvation et dlicatesse2 il fait ressortir la puret de ,jeanne d',arc3 car toutes les qualits de ce monde disparaissent ct des vertus vraiment religieuses4 ,il y a un troisime caractre de femme qu'on ferait bien de supprimer en entier1 c'est celui d',isabeau de ,bavire2 il est grossier1 et le contraste est beaucoup trop fort pour produire de l'effet4 ,il faut opposer ,jeanne d',arc ,agns ,sorel1 l'amour divin l'amour terrestre2 mais la haine et la perversit1 dans une femme1 sont au-dessous de l'art2 il se dgrade en les peignant4 ,shakespeare a donn l'ide de la scne dans laquelle ,jeanne d',arc ramne le duc de ,bourgogne la fidlit qu'il doit son roi2 mais ,schiller l'a excute d'une faon admirable4 ,la vierge d',orlans veut rveiller dans l'me du duc cet attachement la ,france1 qui tait si puissant alors dans tous les gnreux habitants de cette belle contre4 ,que prtends-tu8 lui dit-elle3 quel est donc l'ennemi que cherche ton regard meurtrier8 ,ce prince que tu veux attaquer est comme toi de la race royale2 tu fus son compagnon d'armes4 ,son pays est le tien3 moi-mme1 ne suis-je pas une fille de ta patrie8 ,nous tous que tu veux anantir1 ne sommes-nous pas tes amis8 ,nos bras sont prts s'ouvrir pour te recevoir1 nos genoux se plier humblement devant toi4 ,notre pe est sans pointe contre ton cur2 ton aspect nous intimide1 et sous un casque ennemi1 nous respectons encore dans tes traits la ressemblance avec nos rois4 ,le duc de ,bourgogne repousse les prires de ,jeanne d',arc1 dont il craint la sduction surnaturelle4 ,ce n'est point1 lui dit-elle1 ce n'est point la ncessit qui me courbe tes pieds1 je n'y viens point comme une suppliante4 ,regarde autour de toi4 ,le camp des ,anglais est en cendres1 et vos morts couvrent le champ de bataille2 tu entends de toutes parts les trompettes guerrires des ,franais3 ,dieu a dcid1 la victoire est nous4 ,nous voulons partager avec notre ami les lauriers que nous avons conquis4 ,oh6 viens avec nous1 noble transfuge2 viens1 c'est avec nous que tu trouveras la justice et la victoire3 moi1 l'envoye de ,dieu1 je tends vers toi ma main de sur4 ,je veux1 en te sauvant1 t'attirer de notre ct4 ,le ciel est pour la ,france4 ,des anges que tu ne vois pas combattent pour notre roi2 ils sont tous pars de lis4 ,l'tendard de notre noble cause est blanc aussi comme le lis1 et la ,vierge pure est son chaste symbole4 ,,le ,,duc ,,de ,,bourgogne4 ,les mots trompeurs du mensonge sont pleins d'artifices2 mais le langage de cette femme est simple comme celui d'un enfant1 et si le mauvais gnie l'inspire1 il sait lui souffler les paroles de l'innocence3 non1 je ne veux plus l'entendre4 ,aux armes6 je me dfendrai mieux en la combattant qu'en l'coutant4 ,,jeanne4 ,tu m'accuses de magie6 tu crois voir en moi les artifices de l'enfer6 ,fonder la paix1 rconcilier les haines1 est-ce donc l l'uvre de l'enfer8 ,la concorde viendrait-elle du sjour des damns8 ,qu'y a-t-il d'innocent1 de sacr1 d'humainement bon1 si ce n'est de se dvouer pour sa patrie8 ,depuis quand la nature est-elle si fort en combat avec elle-mme1 que le ciel abandonne la bonne cause et que le dmon la dfende8 ,si ce que je te dis est vrai1 dans quelle source l'ai-je puis8 qui fut la compagne de ma vie pastorale8 qui donc instruisit la simple fille d'un berger dans les choses royales8 ,jamais je ne m'tais prsente devant les souverains1 l'art de la parole m'est tranger2 mais prsent que j'ai besoin de t'mouvoir1 une pntration profonde m'claire2 je m'lve aux penses les plus hautes2 la destine des empires et des rois apparat lumineuse mes regards1 et1 peine sortie de l'enfance1 je puis diriger la foudre du ciel contre ton cur4 ,a ces mots le duc de ,bourgogne est mu1 troubl4 ,jeanne d',arc s'en aperoit1 et s'crie3 ,il a pleur1 il est vaincu2 il est nous4 ,les ,franais inclinent devant lui leurs pes et leurs drapeaux4 ,charles ,,vii parat1 et le duc de ,bourgogne se prcipite ses pieds4 ,je regrette pour nous que ce ne soit pas un ,franais qui ait conu cette scne2 mais que de gnie1 et surtout que de naturel ne faut-il pas pour s'identifier ainsi avec tout ce qu'il y a de beau et de vrai dans tous les pays et dans tous les sicles6 ,talbot1 que ,schiller reprsente comme un guerrier athe1 intrpide contre le ciel mme1 mprisant la mort1 bien qu'il la trouve horrible2 ,talbot1 bless par ,jeanne d',arc1 meurt sur le thtre en blasphmant4 ,peut-tre et-il mieux valu suivre la tradition1 qui dit que ,jeanne d',arc n'avait jamais vers le sang humain1 et triomphait sans tuer4 ,un critique1 d'un got pur et svre1 a reproch aussi ,schiller d'avoir montr ,jeanne d',arc sensible l'amour1 au lieu de la faire mourir martyre1 sans qu'aucun sentiment l'et jamais distraite de sa mission divine3 c'est ainsi qu'il aurait fallu la peindre dans un pome2 mais je ne sais si une me tout fait sainte ne produirait pas dans une pice de thtre le mme effet que des tres merveilleux ou allgoriques1 dont on prvoit d'avance toutes les actions1 et qui1 n'tant point agits par les passions humaines1 ne nous prsentent point le combat ni l'intrt dramatique4 ,parmi les nobles chevaliers de la cour de ,france1 le preux ,dunois s'empresse le premier demander ,jeanne d',arc de l'pouser1 et1 fidle ses vux1 elle le refuse4 ,un jeune ,montgommery1 au milieu d'une bataille1 la supplie de l'pargner1 et lui peint la douleur que sa mort va causer son pre2 ,jeanne d',arc rejette sa prire1 et montre dans cette occasion plus d'inflexibilit que son devoir ne l'exige2 mais au moment de frapper un jeune ,anglais1 ,lionel1 elle se sent tout coup attendrie par sa figure1 et l'amour entre dans son cur4 ,alors toute sa puissance est dtruite4 ,un chevalier noir comme le destin lui apparat dans le combat1 et lui conseille de ne pas aller ,reims4 ,elle y va nanmoins2 la pompe solennelle du couronnement passe sur le thtre2 ,jeanne d',arc marche au premier rang1 mais ses pas sont chancelants2 elle porte en tremblant l'tendard sacr1 et l'on sent que l'esprit divin ne la protge plus4 ,avant d'entrer dans l'glise1 elle s'arrte et reste seule sur la scne4 ,on entend de loin les instruments de fte qui accompagnent la crmonie du sacre1 et ,jeanne d',arc prononce des plaintes harmonieuses1 pendant que le son des fltes et des hautbois plane doucement dans les airs4 ,les armes sont dposes1 la tempte de la guerre se tait1 les chants et les danses succdent aux combats sanguinaires4 ,des refrains joyeux se font entendre dans les rues2 l'autel et l'glise sont pars dans tout l'clat d'une fte2 des couronnes de fleurs sont suspendues aux colonnes3 cette vaste ville ne contient qu' peine le nombre des htes trangers qui se prcipitent pour tre les tmoins de l'allgresse populaire2 un mme sentiment remplit tous les curs2 et ceux que sparait jadis une haine meurtrire se runissent maintenant dans la flicit universelle3 celui qui peut se nommer ,franais en est fier2 l'antique clat de la couronne est renouvel1 et la ,france obit avec gloire au petit-fils de ses rois4 ,c'est par moi que ce jour magnifique est arriv1 et cependant je ne partage point le bonheur public4 ,mon cur est chang1 mon coupable cur s'loigne de cette solennit sainte1 et c'est vers le camp des ,anglais1 c'est vers nos ennemis que se tournent toutes mes penses4 ,je dois me drober au cercle joyeux qui m'entoure1 pour cacher tous la faute qui pse sur mon cur4 ,qui8 moi6 libratrice de mon pays1 anime par le rayon du ciel1 dois-je sentir une flamme terrestre8 ,moi1 guerrire du ,trs-,haut1 brler pour l'ennemi de la ,france6 puis-je encore regarder la chaste lumire du soleil6 ,hlas6 comme cette musique m'enivre6 ,les sons les plus doux me rappellent sa voix1 et leur enchantement semble m'offrir ses traits4 ,que l'orage de la guerre clate de nouveau2 que le bruit des lances retentisse autour de moi2 dans l'ardeur du combat je retrouverai mon courage2 mais ces accords harmonieux s'insinuent dans mon sein1 et changent en mlancolie toutes les puissances de mon cur4 ,ah6 pourquoi donc ai-je vu ce noble visage8 ,ds cet instant j'ai t coupable4 ,malheureuse6 ,dieu veut un instrument aveugle2 c'est avec des yeux aveugles que tu devais obir4 ,tu l'as regard1 c'en est fait1 la paix de ,dieu s'est retire de toi2 et les piges de l'enfer t'ont saisie4 ,ah6 simple houlette des bergers1 pourquoi vous ai-je change contre une pe8 ,pourquoi1 reine du ciel1 m'es-tu jamais apparue8 ,pourquoi donc ai-je entendu ta voix dans la fort des chnes8 ,reprends ta couronne1 je ne puis la mriter4 ,oui1 je vois le ciel ouvert1 je vois les bienheureux1 et mes esprances sont diriges vers la terre6 ,o ,vierge sainte1 tu m'imposas cette vocation cruelle2 pouvais-je endurcir ce cur que le ciel avait cr pour aimer8 ,si tu veux manifester ta puissance1 prends pour organes ceux qui1 dgags du pch1 habitent dans ta demeure ternelle2 envoie tes esprits immortels et purs1 trangers aux passions comme aux larmes4 ,mais ne choisis pas la faible fille1 ne choisis point le cur sans force d'une bergre4 ,que me faisaient les destins des combats et les querelles des rois6 ,tu as troubl ma vie1 tu m'as entrane dans les palais des princes1 et l j'ai trouv la sduction et l'erreur4 ,ah6 ce n'tait pas moi qui avais voulu ce sort4 ,ce monologue est un chef-d'uvre de posie2 un mme sentiment ramne naturellement aux mmes expressions2 et c'est en cela que les vers s'accordent si bien avec les affections de l'me3 car ils transforment en une harmonie dlicieuse ce qui pourrait paratre monotone dans le simple langage de la prose4 ,le trouble de ,jeanne d',arc va toujours croissant4 ,les honneurs qu'on lui rend1 la reconnaissance qu'on lui tmoigne1 rien ne peut la rassurer1 quand elle se sent abandonne par la main toute-puissante qui l'avait leve4 ,enfin1 ses funestes pressentiments s'accomplissent1 et de quelle manire6 ,il faut1 pour concevoir l'effet terrible de l'accusation de sorcellerie1 se transporter dans les sicles o le soupon de ce crime mystrieux planait sur toutes les choses extraordinaires4 ,la croyance au mauvais principe1 telle qu'elle existait alors1 supposait la possibilit d'un culte affreux envers l'enfer2 les objets effrayants de la nature en taient le symbole1 et des signes bizarres le langage4 ,on attribuait cette alliance avec le dmon toutes les prosprits de la terre dont la cause n'tait pas bien connue4 ,le mot de magie dsignait l'empire du mal sans bornes1 comme la ,providence le rgne du bonheur infini4 ,cette imprcation1 elle est sorcire1 il est sorcier1 devenue ridicule de nos jours1 faisait frissonner il y a quelques sicles2 tous les liens les plus sacrs se brisaient quand ces paroles taient prononces3 nul courage ne les bravait1 et le dsordre qu'elles mettaient dans les esprits tait tel1 qu'on et dit que les dmons de l'enfer apparaissaient rellement1 quand on croyait les voir apparatre4 ,le malheureux fanatique1 pre de ,jeanne d',arc1 est saisi par la superstition du temps2 et1 loin d'tre fier de la gloire de sa fille1 il se prsente lui-mme au milieu des chevaliers et des seigneurs de la cour1 pour accuser ,jeanne d',arc de sorcellerie4 ,a l'instant1 tous les curs se glacent d'effroi2 les chevaliers1 compagnons d'armes de ,jeanne d',arc1 la pressent de se justifier1 et elle se tait4 ,le roi l'interroge1 et elle se tait4 ,l'archevque la supplie de jurer sur le crucifix qu'elle est innocente1 et elle se tait4 ,elle ne veut pas se dfendre du crime dont elle est faussement accuse1 quand elle se sent coupable d'un autre crime que son cur ne peut se pardonner4 ,le tonnerre se fait entendre1 l'pouvante s'empare du peuple1 ,jeanne d',arc est bannie de l'empire qu'elle vient de sauver4 ,nul n'ose s'approcher d'elle4 ,la foule se disperse2 l'infortune sort de la ville2 elle erre dans la campagne2 et lorsque1 abme de fatigue1 elle accepte une boisson rafrachissante1 un enfant qui la reconnat arrache de ses mains ce faible soulagement4 ,on dirait que le souffle infernal dont on la croit environne peut souiller tout ce qu'elle touche1 et prcipiter dans l'abme ternel quiconque oserait la secourir4 ,enfin1 poursuivie d'asile en asile1 la libratrice de la ,france tombe au pouvoir de ses ennemis4 ,jusque-l cette tragdie romantique1 c'est ainsi que ,schiller l'a nomme1 est remplie de beauts du premier ordre3 on peut bien y trouver quelques longueurs 7jamais les auteurs allemands ne sont exempts de ce dfaut72 mais on voit passer devant soi des vnements si remarquables1 que l'imagination s'exalte leur hauteur1 et que1 ne jugeant plus cette pice comme ouvrage de l'art1 on considre le merveilleux tableau qu'elle renferme comme un nouveau reflet de la sainte inspiration de l'hrone4 ,le seul dfaut grave qu'on puisse reprocher ce drame lyrique1 c'est le dnouement3 au lieu de prendre celui qui tait donn par l'histoire1 ,schiller suppose que ,jeanne d',arc1 enchane par les ,anglais1 brise miraculeusement ses fers1 va rejoindre le camp des ,franais1 dcide la victoire en leur faveur1 et reoit une blessure mortelle4 ,le merveilleux d'invention1 ct du merveilleux transmis par l'histoire1 te ce sujet quelque chose de sa gravit4 ,d'ailleurs1 qu'y avait-il de plus beau que la conduite et les rponses mmes de ,jeanne d',arc1 lorsqu'elle fut condamne ,rouen par les grands seigneurs anglais et les vques normands8 ,l'histoire raconte que cette jeune fille runit le courage le plus inbranlable la douleur la plus touchante2 elle pleurait comme une femme1 mais elle se conduisait comme un hros4 ,on l'accusa de s'tre livre des pratiques superstitieuses1 et elle repoussa cette inculpation avec les arguments dont une personne claire pourrait se servir de nos jours2 mais elle persista toujours dclarer qu'elle avait eu des rvlations intimes1 qui l'avaient dcide dans le choix de sa carrire4 ,abattue par l'horreur du supplice qui la menaait1 elle rendit constamment tmoignage devant les ,anglais l'nergie des ,franais1 aux vertus du roi de ,france1 qui cependant l'avait abandonne4 ,sa mort ne fut ni celle d'un guerrier ni celle d'un martyr2 mais1 travers la douceur et la timidit de son sexe1 elle montra dans les derniers moments une force d'inspiration presque aussi tonnante que celle dont on l'accusait comme d'une sorcellerie4 ,quoi qu'il en soit1 le simple rcit de sa fin meut bien plus que le dnouement de ,schiller4 ,lorsque la posie veut ajouter l'clat d'un personnage historique1 il faut du moins qu'elle lui conserve avec soin la physionomie qui le caractrise3 car la grandeur n'est vraiment frappante que quand on sait lui donner l'air naturel4 ,or1 dans le sujet de ,jeanne d',arc1 c'est le fait vritable qui non seulement a plus de naturel1 mais plus de grandeur que la fiction4 99 99 99 99 99 ,la ,fiance de ,messine a t compose d'aprs un systme dramatique tout fait diffrent de celui que ,schiller avait suivi jusqu'alors1 et auquel il est heureusement revenu4 ,c'est pour faire admettre les churs sur la scne qu'il a choisi un sujet dans lequel il n'y a de nouveau que les noms2 car c'est1 au fond1 la mme chose que les ,frres ennemis4 ,seulement ,schiller a introduit de plus une sur dont les deux frres deviennent amoureux1 sans savoir qu'elle est leur sur1 et l'un tue l'autre par jalousie4 ,cette situation terrible en elle-mme est entremle de churs qui font partie de la pice4 ,ce sont les serviteurs des deux frres qui interrompent et glacent l'intrt par leurs discussions mutuelles4 ,la posie lyrique qu'ils rcitent tous la fois est superbe2 mais ils n'en sont pas moins1 quoi qu'ils disent1 des churs de chambellans4 ,le peuple entier peut seul avoir cette dignit indpendante1 qui lui permet d'tre un spectateur impartial4 ,le chur doit reprsenter la postrit4 ,si des affections personnelles l'animaient1 il serait ncessairement ridicule2 car on ne concevrait pas comment plusieurs personnes diraient la mme chose en mme temps1 si leurs voix n'taient pas censes tre l'interprte impossible des vrits ternelles4 ,schiller1 dans la prface qui prcde la ,fiance de ,messine1 se plaint avec raison de ce que nos usages modernes n'ont plus ces formes populaires qui les rendaient si potiques chez les anciens4 ,les palais1 dit-il1 sont ferms2 les tribunaux ne se tiennent plus en plein air1 devant les portes de la ville2 les crits ont pris la place de la parole vivante2 le peuple lui-mme1 cette masse si forte et si visible1 n'est presque plus qu'une ide abstraite1 et les divinits des mortels n'existent plus que dans leur cur4 ,il faut que le pote ouvre les palais1 replace les juges sous la vote du ciel1 relve les statues des dieux1 ranime enfin les images qui partout ont fait place aux ides4 ,ce dsir d'un autre temps1 d'un autre pays1 est un sentiment potique4 ,l'homme religieux a besoin du ciel1 et le pote d'une autre terre3 mais on ignore quel culte et quel sicle la ,fiance de ,messine nous reprsente2 elle sort des usages modernes1 sans nous placer dans les temps antiques4 ,le pote y a ml toutes les religions ensemble2 et cette confusion dtruit la haute unit de la tragdie1 celle de la destine qui conduit tout4 ,les vnements sont atroces1 et cependant l'horreur qu'ils inspirent est tranquille4 ,le dialogue est aussi long1 aussi dvelopp que si l'affaire de tous tait de parler en beaux vers2 et qu'on aimt1 qu'on ft jaloux1 qu'on hat son frre1 qu'on le tut1 sans quitter la sphre des rflexions gnrales et des sentiments philosophiques4 ,il y a nanmoins dans la ,fiance de ,messine des traces admirables du beau gnie de ,schiller4 ,quand l'un des frres a t tu par son frre jaloux1 on apporte le mort dans le palais de la mre2 elle ne sait point encore qu'elle a perdu son fils1 et c'est ainsi que le chur qui prcde le cercueil le lui annonce3 ,de tout ct le malheur parcourt les villes4 ,il erre en silence autour des habitations des hommes3 aujourd'hui c'est celle-ci qu'il frappe1 demain c'est celle-l2 aucune n'est pargne4 ,le messager douloureux et funeste tt ou tard passera le seuil de la porte o demeure un vivant4 ,quand les feuilles tombent dans la saison prescrite1 quand les vieillards affaiblis descendent dans le tombeau1 la nature obit en paix ses antiques lois1 son ternel usage1 l'homme n'en est point effray2 mais sur cette terre1 c'est le malheur imprvu qu'il faut craindre4 ,le meurtre1 d'une main violente1 brise les liens les plus sacrs1 et la mort vient enlever dans la barque du ,styx le jeune homme florissant4 ,quand les nuages amoncels couvrent le ciel de deuil1 quand le tonnerre retentit dans les abmes1 tous les curs sentent la force redoutable de la destine2 mais la foudre enflamme peut partir des hauteurs sans nuages1 et le malheur s'approche comme un ennemi rus1 au milieu des jours de fte4 ,n'attache donc point ton cur ces biens dont la vie passagre est orne4 ,si tu jouis1 apprends perdre1 et si la fortune est avec toi1 songe la douleur4 ,quand le frre apprend que celle dont il tait amoureux1 et pour laquelle il a tu son frre1 est sa sur1 son dsespoir n'a point de bornes1 et il se rsout mourir4 ,sa mre veut lui pardonner1 sa sur lui demande de vivre2 mais il se mle ses remords un sentiment d'envie qui le rend encore jaloux de celui qui n'est plus4 ,ma mre1 dit-il1 quand le mme tombeau renfermera le meurtrier et la victime1 quand une mme vote couvrira nos cendres runies1 ta maldiction sera dsarme4 ,tes pleurs couleront galement pour tes deux fils3 la mort est un puissant mdiateur6 elle teint les flammes de la colre1 elle rconcilie les ennemis1 et la piti se penche comme une sur attendrie sur l'urne qu'elle embrasse4 ,sa mre le presse encore de ne pas l'abandonner4--,non1 lui dit-il1 je ne puis vivre avec un cur bris4 ,il faut que je retrouve la joie1 et que je m'unisse avec les esprits libres de l'air4 ,l'envie a empoisonn ma jeunesse2 cependant tu partageais justement ton amour entre nous deux4 ,penses-tu que je pusse supporter maintenant l'avantage que tes regrets donnent mon frre sur moi8 ,la mort nous sanctifie2 dans son palais indestructible1 ce qui tait mortel et souill se change en un cristal pur et brillant2 les erreurs de la misrable humanit disparaissent4 ,mon frre serait au-dessus de moi dans ton cur1 comme les toiles sont au-dessus de la terre1 et l'ancienne rivalit qui nous a spars pendant la vie renatrait pour me dvorer sans relche4 ,il serait par del ce monde1 il serait dans ton souvenir l'enfant chri1 l'enfant immortel4 ,la jalousie qu'inspire un mort est un sentiment plein de dlicatesse et de vrit4 ,qui pourrait en effet triompher des regrets8 ,les vivants galeront-ils jamais la beaut de l'image cleste que l'ami qui n'est plus a laisse dans notre cur8 ,ne nous a-t-il pas dit3--,ne m'oubliez pas4--,n'est-il pas l sans dfense8 ,o vit-il sur cette terre1 si ce n'est dans le sanctuaire de notre me8 ,et qui1 parmi les heureux de ce monde1 s'unirait jamais nous aussi intimement que son souvenir8 ,,chapitre ,,xx ,guillaume ,tell4 ,le ,guillaume ,tell de ,schiller est revtu de ces couleurs vives et brillantes qui transportent l'imagination dans les contres pittoresques o la respectable conjuration du ,rtli s'est passe4 ,ds les premiers vers1 on croit entendre rsonner les cors des ,alpes4 ,ces nuages qui partagent les montagnes1 et cachent la terre d'en bas la terre la plus voisine du ciel2 ces chasseurs de chamois poursuivant leur proie lgre travers les abmes2 cette vie tout la fois pastorale et guerrire1 qui combat avec la nature1 et reste en paix avec les hommes3 tout inspire un intrt anim pour la ,suisse2 et l'unit d'action1 dans cette tragdie1 tient l'art d'avoir fait de la nation mme un personnage dramatique4 ,la hardiesse de ,tell est brillamment signale au premier acte de la pice4 ,un malheureux proscrit1 que l'un des tyrans subalternes de la ,suisse a dvou la mort1 veut se sauver de l'autre ct du rivage1 o il peut trouver un asile4 ,l'orage est si violent qu'aucun batelier n'ose se risquer traverser le lac pour le conduire4 ,tell voit sa dtresse1 se hasarde avec lui sur les flots1 et le fait heureusement aborder l'autre rive4 ,tell est tranger la conjuration que l'insolence de ,gessler fait natre4 ,stauffacher1 ,walther ,frst et ,arnold de ,melchtal prparent la rvolte4 ,tell en est le hros1 mais non pas l'auteur2 il ne pense point la politique1 il ne songe la tyrannie que quand elle trouble sa vie paisible2 il la repousse de son bras1 quand il prouve son atteinte2 il la juge1 il la condamne son propre tribunal2 mais il ne conspire pas4 ,arnold de ,melchtal1 l'un des conjurs1 s'est retir chez ,walther2 il a t oblig de quitter son pre1 pour chapper aux satellites de ,gessler2 il s'inquite de l'avoir laiss seul2 il demande avec anxit de ses nouvelles1 quand tout coup il apprend que1 pour punir le vieillard de ce que son fils s'est soustrait au dcret lanc contre lui1 les barbares1 avec un fer brlant1 l'ont priv de la vue4 ,quel dsespoir1 quelle rage peut galer ce qu'il prouve6 ,il faut qu'il se venge4 ,s'il dlivre sa patrie1 c'est pour tuer les tyrans qui ont aveugl son pre2 et quand les trois conjurs se lient par le serment solennel de mourir ou d'affranchir leurs citoyens du joug affreux de ,gessler1 ,arnold s'crie3 ,oh6 mon vieux pre aveugle1 tu ne peux plus voir le jour de la libert2 mais nos cris de ralliement parviendront jusqu' toi4 ,quand des ,alpes aux ,alpes des signaux de feu nous appelleront aux armes1 tu entendras tomber les citadelles de la tyrannie4 ,les ,suisses1 en se pressant autour de ta cabane1 feront retentir ton oreille leurs transports de joie1 et les rayons de cette fte pntreront encore jusque dans la nuit qui t'environne4 ,le troisime acte est rempli par l'action principale de l'histoire et de la pice4 ,gessler a fait lever un chapeau sur une pique1 au milieu de la place publique1 avec ordre que tous les paysans le saluent4 ,tell passe devant ce chapeau sans se conformer la volont du gouverneur autrichien2 mais1 c'est seulement par inadvertance qu'il ne s'y soumet pas1 car il n'tait pas dans le caractre de ,tell1 au moins dans celui que ,schiller lui a donn1 de manifester aucune opinion politique3 sauvage et indpendant comme les chevreuils des montagnes1 il vivait libre1 mais il ne s'occupait point du droit qu'il avait de l'tre4 ,au moment o ,tell est accus de n'avoir pas salu le chapeau1 ,gessler arrive1 portant un faucon sur sa main3 dj cette circonstance fait tableau et transporte dans le moyen ge4 ,le pouvoir terrible de ,gessler est singulirement en contraste avec les murs si simples de la ,suisse1 et l'on s'tonne de cette tyrannie en plein air1 dont les valles et les montagnes sont les solitaires tmoins4 ,on raconte ,gessler la dsobissance de ,tell1 et ,tell s'excuse en affirmant que ce n'est point avec intention1 mais par ignorance1 qu'il n'a point fait le salut command4 ,gessler1 toujours irrit1 lui dit1 aprs quelques moments de silence3--,tell1 on assure que tu es matre dans l'art de tirer de l'arbalte1 et que jamais ta flche n'a manqu d'atteindre au but4--,le fils de ,tell1 g de douze ans1 s'crie1 tout orgueilleux de l'habilet de son pre3--,cela est vrai1 seigneur2 il perce une pomme sur l'arbre cent pas4--,est-ce l ton enfant8 dit ,gessler3--,oui1 seigneur1 rpond ,tell--,en as-tu d'autres8--,,tell3 ,deux garons1 seigneur8--,,gessler3 ,lequel des deux t'est le plus cher8--,,tell3 ,tous les deux sont mes enfants4--,,gessler3 ,h bien1 ,tell1 puisque tu perces une pomme sur l'arbre cent pas1 exerce ton talent devant moi2 prends ton arbalte1 aussi bien tu l'as dj dans ta main1 et prpare-toi tirer une pomme sur la tte de ton fils2 mais1 je te le conseille1 vise bien2 car si tu n'atteins pas ou la pomme ou ton fils1 tu priras4--,,tell3 ,seigneur1 quelle action monstrueuse me commandez-vous6 ,qui6 moi1 lancer une flche contre mon enfant6 ,non1 non1 vous ne le voulez pas1 ,dieu vous en prserve6 ce n'est pas srieusement1 seigneur1 que vous exigez cela d'un pre4--,,gessler3 ,tu tireras la pomme sur la tte de ton fils2 je le demande et je le veux4--,,tell3 ,moi viser la tte chrie de mon enfant6 ah6 plutt mourir4--,,gessler3 ,tu dois tirer1 ou prir l'instant mme avec ton fils4--,,tell3 ,je serais le meurtrier de mon fils6 ,seigneur1 vous n'avez pas d'enfants1 vous ne savez point ce qu'il y a dans le cur d'un pre4--,,gessler3 ,ah ,tell6 te voil tout coup bien prudent2 on m'avait dit que tu tais un rveur1 que tu aimais l'extraordinaire2 h bien6 je t'en donne l'occasion1 essaie ce coup hardi1 vraiment digne de toi4 ,tous ceux qui entourent ,gessler ont piti de ,tell1 et tchent d'attendrir le barbare qui le condamne au plus affreux supplice2 le vieillard1 grand'pre de l'enfant1 se jette aux pieds de ,gessler2 l'enfant sur la tte duquel la pomme doit tre tire le relve et lui dit3--,ne vous mettez point genoux devant cet homme2 qu'on me dise seulement o je dois me placer3 je ne crains rien pour moi2 mon pre atteint l'oiseau dans son vol1 il ne manquera pas son coup quand il s'agit du cur de son enfant4--,stauffacher s'avance et dit3--,seigneur1 l'innocence de cet enfant ne vous touche-t-elle pas8--,,gessler3 ,qu'on l'attache ce tilleul4--,l',,enfant3 ,pourquoi me lier8 laissez-moi libre1 je me tiendrai tranquille comme un agneau2 mais si l'on veut m'enchaner1 je me dbattrai avec violence4--,rodolphe1 l'cuyer de ,gessler1 dit l'enfant3--,consens au moins ce qu'on te bande les yeux4--,non1 rpond l'enfant1 non2 crois-tu que je redoute le trait qui va partir de la main de mon pre8 ,je ne sourcillerai pas en l'attendant4 ,allons1 mon pre1 montre comme tu sais tirer de l'arc2 ils ne le croient pas1 ils se flattent de nous perdre2 h bien1 trompe leur mchant espoir2 que la flche soit lance1 et qu'elle atteigne au but4--,allons4 ,l',enfant se place sous le tilleul1 et l'on pose la pomme sur sa tte2 alors les ,suisses se pressent de nouveau autour de ,gessler pour en obtenir la grce de ,tell4--,pensais-tu1 dit ,gessler en s'adressant ,tell1 pensais-tu que tu pourrais te servir impunment des armes meurtrires8 ,elles sont dangereuses aussi pour celui qui les porte2 ce droit insolent d'tre arm1 que les paysans s'arrogent1 offense le matre de ses contres2 celui qui commande doit seul tre arm4 ,vous vous rjouissez tant de votre arc et de vos flches1 c'est moi de vous donner un but pour les exercer4--,faites place1 s'crie ,tell1 faites place4--,tous les spectateurs frmissent4 ,il veut tendre son arc1 la force lui manque2 un vertige l'empche de voir2 il conjure ,gessler de lui accorder la mort4 ,gessler est inflexible4 ,tell hsite encore longtemps1 dans1 une affreuse anxit3 tantt il regarde ,gessler1 tantt le ciel1 puis tout coup il tire de son carquois une seconde flche et la met dans sa ceinture4 ,il se penche en avant1 comme s'il voulait suivre le trait qu'il lance2 la flche part1 le peuple s'crie3--,vive l'enfant6--,le fils s'lance dans les bras de son pre1 et lui dit3--,mon pre1 voici la pomme que ta flche a perce2 je savais bien que tu ne me blesserais pas4--,le pre ananti tombe terre1 tenant son enfant dans ses bras4 ,les compagnons de ,tell le relvent1 et le flicitent4 ,gessler s'approche1 et lui demande dans quel dessein il avait prpar une seconde flche4 ,tell refuse de le dire4 ,gessler insiste4 ,tell demande une sauvegarde pour sa vie1 s'il rpond avec vrit2 ,gessler l'accorde4 ,tell alors1 le regardant avec des yeux vengeurs1 lui dit3--,je voulais lancer contre vous cette flche1 si la premire avait frapp mon fils2 et1 croyez-moi1 celle-l ne vous aurait pas manqu4--,gessler1 furieux ces mots1 ordonne que ,tell soit conduit en prison4 ,cette scne a1 comme on peut le voir1 toute la simplicit d'une histoire raconte dans une ancienne chronique4 ,tell n'est point reprsent comme un hros de tragdie1 il n'avait point voulu braver ,gessler3 il ressemble en tout ce que sont d'ordinaire les paysans de l',helvtie1 calmes dans leurs habitudes1 amis du repos1 mais terribles quand on agite dans leur me les sentiments que la vie champtre y tient assoupis4 ,on voit encore prs d',altorf1 dans le canton d',uri1 une statue de pierre grossirement travaille1 qui reprsente ,tell et son fils1 aprs que la pomme a t tire4 ,le pre tient d'une main son fils1 et de l'autre il presse son arc sur son cur1 pour le remercier de l'avoir si bien servi4 ,tell est conduit enchan sur la mme barque dans laquelle ,gessler traverse le lac de ,lucerne2 l'orage clate pendant le passage2 l'homme barbare a peur et demande du secours sa victime3 on dtache les liens de ,tell1 il conduit lui-mme la barque au milieu de la tempte1 et s'approchant des rochers il s'lance sur le rivage escarp4 ,le rcit de cet vnement commence le quatrime acte4 ,a peine arriv dans sa demeure1 ,tell est averti qu'il ne peut esprer d'y vivre en paix avec sa femme et ses enfants1 et c'est alors qu'il prend la rsolution de tuer ,gessler4 ,il n'a point pour but d'affranchir son pays du joug tranger1 il ne sait pas si l',autriche doit ou non gouverner la ,suisse2 il sait qu'un homme a t injuste envers un homme2 il sait qu'un pre a t forc de lancer une flche prs du cur de son enfant1 et il pense que l'auteur d'un tel forfait doit prir4 ,son monologue est superbe3 il frmit du meurtre1 et cependant il n'a pas le moindre doute sur la lgitimit de sa rsolution4 ,il compare l'innocent usage qu'il a fait jusqu' ce jour de sa flche1 la chasse et dans les jeux1 avec la svre action qu'il va commettre3 il s'assied sur un banc de pierre1 pour attendre au dtour d'un chemin ,gessler qui doit passer4--,ici1 dit-il1 s'arrte le plerin1 qui continue son voyage aprs un court repos2 le moine pieux qui va pour accomplir sa mission sainte1 le marchand qui vient des pays lointains1 et traverse cette route pour aller l'autre extrmit du monde3 tous poursuivent leur chemin pour achever leurs affaires1 et mon affaire moi1 c'est le meurtre6 ,jadis le pre ne rentrait jamais dans sa maison sans rjouir ses enfants1 en leur rapportant quelques fleurs des ,alpes1 un oiseau rare1 un coquillage prcieux1 tel qu'on en trouve sur les montagnes2 et maintenant ce pre est assis sur le rocher1 et des penses de mort l'occupent2 il veut la vie de son ennemi2 mais il la veut pour vous1 mes enfants1 pour vous protger1 pour vous dfendre2 c'est pour sauver vos jours et votre douce innocence qu'il tend son arc vengeur4 ,peu de temps aprs on aperoit de loin ,gessler descendre de la montagne4 ,une malheureuse femme dont il fait languir le mari dans les prisons1 se jette ses pieds et le conjure de lui accorder sa dlivrance2 il la mprise et la repousse3 elle insiste encore2 elle saisit la bride de son cheval1 et lui demande de l'craser sous ses pas1 ou de lui rendre celui qu'elle aime4 ,gessler indign contre ses plaintes1 se reproche de laisser encore trop de libert au peuple suisse4--,je veux1 dit-il1 briser leur rsistance opinitre2 je veux courber leur audacieux esprit d'indpendance2 je veux publier une loi nouvelle dans ce pays2 je veux444--,comme il prononce ce mot1 la flche mortelle l'atteint2 il tombe en s'criant3--,c'est le trait de ,tell4--,tu dois le reconnatre1 s'crie ,tell du haut du rocher4--,les acclamations du peuple se font bientt entendre1 et les librateurs de la ,suisse remplissent le serment qu'ils avaient fait de s'affranchir du joug de l',autriche4 ,il semble que la pice devrait finir naturellement l1 comme celle de ,marie ,stuart sa mort2 mais dans l'une et l'autre ,schiller a ajout une espce d'appendice ou d'explication1 qu'on ne peut plus couter quand la catastrophe principale est termine4 lisabeth reparat aprs l'excution de ,marie2 on est tmoin de son trouble et de sa douleur en apprenant le dpart de ,leicester pour la ,france4 ,cette justice potique doit se supposer1 et non se reprsenter2 le spectateur ne soutient pas la vue d'lisabeth1 aprs avoir t tmoin des derniers moments de ,marie4 ,dans ,guillaume ,tell1 au cinquime acte1 ,jean le ,parricide1 qui assassina son oncle l'empereur ,albert1 parce qu'il lui refusait son hritage1 vient1 dguis en moine1 demander un asile ,tell2 il se persuade que leurs actions sont pareilles1 et ,tell le repousse avec horreur1 en lui montrant combien leurs motifs sont diffrents4 ,c'est une ide juste et ingnieuse1 que de mettre en opposition ces deux hommes2 toutefois ce contraste qui plat la lecture1 ne russit point au thtre4 ,l'esprit est de trs peu de chose dans les effets dramatiques2 il en faut pour les prparer1 mais s'il en fallait pour les sentir1 le public mme le plus spirituel s'y refuserait4 ,on supprime au thtre l'acte accessoire de ,jean le ,parricide1 et la toile tombe au moment o la flche perce le cur de ,gessler4 ,peu de temps aprs la premire reprsentation de ,guillaume ,tell1 le trait mortel atteignit aussi le digne auteur de ce bel ouvrage4 ,gessler prit au moment o les desseins les plus cruels l'occupaient2 ,schiller n'avait dans son me que de gnreuses penses4 ,ces deux volonts si contraires1 la mort1 ennemie de tous les projets de l'homme1 les a de mme brises4 ,,chapitre ,,xxi ,gtz de ,berlichingen et le comte d',egmont4 ,la carrire dramatique de ,gthe peut tre considre sous deux rapports diffrents4 ,dans les pices qu'il a faites pour tre reprsentes1 il y a beaucoup de grce et d'esprit1 mais rien de plus4 ,dans ceux de ses ouvrages dramatiques1 au contraire1 qu'il est trs difficile de jouer1 on trouve un talent extraordinaire4 ,il parat que le gnie de ,gthe ne peut se renfermer dans les limites du thtre2 quand il veut s'y soumettre1 il perd une portion de son originalit1 et ne la retrouve tout entire que quand il peut mler son gr tous les genres4 ,un art1 quel qu'il soit1 ne saurait tre sans bornes2 la peinture1 la sculpture1 l'architecture1 sont soumises des lois qui leur sont particulires1 et de mme l'art dramatique ne produit de l'effet qu' de certaines conditions3 ces conditions restreignent quelquefois le sentiment et la pense2 mais l'ascendant du spectacle est tel sur les hommes rassembls1 qu'on a tort de ne pas se servir de cette puissance1 sous prtexte qu'elle exige des sacrifices que ne ferait pas l'imagination livre elle-mme4 ,comme il n'y a pas en ,allemagne une capitale o l'on trouve runi tout ce qu'il faut pour avoir un bon thtre1 les ouvrages dramatiques sont beaucoup plus souvent lus que jous3 et de l vient que les auteurs composent leurs ouvrages d'aprs le point de vue de la lecture1 et non pas d'aprs celui de la scne4 ,gthe fait presque toujours de nouveaux essais en littrature4 ,quand le got allemand lui parat pencher vers un excs quelconque1 il tente aussitt de lui donner une direction oppose4 ,on dirait qu'il administre l'esprit de ses contemporains comme son empire1 et que ses ouvrages sont des dcrets1 qui tour tour autorisent ou bannissent les abus qui s'introduisent dans l'art4 ,gthe tait fatigu de l'imitation des pices franaises en ,allemagne1 et il avait raison2 car un ,franais mme le serait aussi4 ,en consquence il composa un drame historique la manire de ,shakespeare1 ,gtz de ,berlichingen4 ,cette pice n'tait pas destine au thtre2 mais on pouvait cependant la reprsenter1 comme toutes celles de ,shakespeare du mme genre4 ,gthe a choisi la mme poque de l'histoire que ,schiller dans ses ,brigands2 mais1 au lieu de montrer un homme qui s'affranchit de tous les liens de la morale et de la socit1 il a peint un vieux chevalier1 sous le rgne de ,maximilien1 dfendant encore la vie chevaleresque1 et l'existence fodale des seigneurs1 qui donnaient tant d'ascendant leur valeur personnelle4 ,gtz de ,berlichingen fut surnomm la ,main-de-,fer1 parce que1 ayant perdu sa main droite la guerre1 il s'en fit faire une ressort1 avec laquelle il saisissait trs bien la lance2 c'tait un chevalier clbre dans son temps par son courage et sa loyaut4 ,ce modle est heureusement choisi pour reprsenter quelle tait l'indpendance des nobles1 avant que l'autorit du gouvernement pest sur tous4 ,dans le moyen ge1 chaque chteau tait une forteresse1 chaque seigneur un souverain4 ,l'tablissement des troupes de ligne et l'invention de l'artillerie changrent tout fait l'ordre social2 il s'introduisit une espce de force abstraite qu'on nomme tat ou ,nation2 mais les individus perdirent graduellement toute leur importance4 ,un caractre tel que celui de ,gtz dut souffrir de ce changement lorsqu'il s'opra4 ,l'esprit militaire a toujours t plus rude en ,allemagne que partout ailleurs1 et c'est l qu'on peut se figurer vritablement ces hommes de fer dont on voit encore les images dans les arsenaux de l',empire4 ,nanmoins la simplicit des murs chevaleresques est peinte dans la pice de ,gthe avec beaucoup de charmes4 ,ce vieux ,gtz1 vivant dans les combats1 dormant avec son armure1 sans cesse cheval1 ne se reposant que quand il est assig1 employant tout pour la guerre1 ne voyant qu'elle2 ce vieux ,gtz1 dis-je1 donne la plus haute ide de l'intrt et de l'activit que la vie avait alors4 ,ses qualits comme ses dfauts sont fortement prononcs2 rien n'est plus gnreux que son attachement pour ,weislingen1 autrefois son ami1 depuis son adversaire1 et souvent mme tratre envers lui4 ,la sensibilit que montre un intrpide guerrier1 remue l'me d'une faon toute nouvelle2 nous avons du temps pour aimer1 dans notre vie oisive2 mais ces clairs d'motion qui font lire au fond du cur1 travers une existence orageuse1 causent un attendrissement profond4 ,on a si peur de rencontrer l'affectation dans le plus beau don du ciel1 dans la sensibilit1 que l'on prfre quelquefois la rudesse elle-mme comme garant de la franchise4 ,la femme de ,gtz s'offre l'imagination telle qu'un ancien portrait de l'cole flamande1 o le vtement1 le regard1 la tranquillit mme de l'attitude1 annoncent une femme soumise son poux1 ne connaissant que lui1 n'admirant que lui1 et se croyant destine le servir1 comme il l'est la dfendre4 ,on voit en contraste avec cette femme par excellence1 une crature tout fait perverse1 ,adlade1 qui sduit ,weislingen1 et le fait manquer ce qu'il avait promis son ami2 elle l'pouse1 et bientt lui devient infidle4 ,elle se fait aimer avec passion de son page1 et trouble ce malheureux jeune homme au point de l'entraner donner son matre une coupe empoisonne4 ,ces traits sont forts1 mais peut-tre est-il vrai que1 quand les murs sont trs pures en gnral1 celle qui s'en carte est bientt entirement corrompue2 le dsir de plaire n'est de nos jours qu'un lien d'affection et de bienveillance2 mais dans la vie svre et domestique d'autrefois1 c'tait un garement qui pouvait entraner tous les autres4 ,cette criminelle ,adlade donne lieu l'une des plus belles scnes de la pice1 la sance du tribunal secret4 ,des juges mystrieux1 inconnus l'un l'autre1 toujours masqus1 et se rassemblant pendant la nuit1 punissaient dans le silence1 et gravaient seulement sur le poignard qu'ils enfonaient dans le sein du coupable ce mot terrible3 ,,tribunal ,,secret4 ,ils prvenaient le condamn1 en faisant crier trois fois sous les fentres de sa maison3 ,malheur1 malheur1 malheur6 ,alors l'infortun savait que partout1 dans l'tranger1 dans son concitoyen1 dans son parent mme1 il pouvait trouver son meurtrier4 ,la solitude1 la foule1 les villes1 les campagnes1 tout tait rempli par la prsence invisible de cette conscience arme qui poursuivait les criminels4 ,on conoit comment cette terrible institution pouvait tre ncessaire1 dans un temps o chaque homme tait fort contre tous1 au lieu que tous doivent tre forts contre chacun4 ,il fallait que la justice surprt le criminel avant qu'il pt s'en dfendre3 mais cette punition1 qui planait dans les airs comme une ombre vengeresse1 cette sentence mortelle1 que pouvait receler le sein mme d'un ami1 frappait d'une invincible terreur4 ,c'est encore un beau moment que celui o ,gtz1 voulant se dfendre dans son chteau1 ordonne qu'on arrache le plomb de ses fentres pour en faire des balles4 ,il y a dans cet homme un mpris de l'avenir1 et une intensit de force dans le prsent1 tout fait admirables4 ,enfin ,gtz voit prir tous ses compagnons d'armes2 il reste bless1 captif1 et n'ayant auprs de lui que son pouse et sa sur4 ,il n'est plus entour que de femmes1 lui qui voulait vivre au milieu d'hommes1 et d'hommes indomptables1 pour exercer avec eux la puissance de son caractre et de son bras4 ,il songe au nom qu'il doit laisser aprs lui2 il rflchit1 puisqu'il va mourir4 ,il demande voir encore une fois le soleil1 pense ,dieu dont il ne s'est point occup1 mais dont il n'a jamais dout1 et meurt courageux et sombre1 regrettant la guerre plus que la vie4 ,on aime beaucoup cette pice en ,allemagne2 les murs et les costumes nationaux de l'ancien temps y sont fidlement reprsents1 et tout ce qui tient la chevalerie ancienne remue le cur des ,allemands4 ,gthe1 le plus insouciant de tous les hommes1 parce qu'il est sr de gouverner son public1 ne s'est pas donn la peine de mettre sa pice en vers2 c'est le dessin d'un grand tableau1 mais un dessin peine achev4 ,on sent dans l'crivain une telle impatience de tout ce qui pourrait ressembler l'affectation1 qu'il ddaigne mme l'art ncessaire pour donner une forme durable ce qu'il compose4 ,il y a des traits de gnie et l dans son drame1 comme des coups de pinceau de ,michel-,ange2 mais c'est un ouvrage qui laisse ou plutt qui fait dsirer beaucoup de choses4 ,le rgne de ,maximilien1 pendant lequel l'vnement principal se passe1 n'y est pas assez caractris4 ,enfin1 on oserait reprocher ,gthe de n'avoir pas mis assez d'imagination dans la forme et dans le langage de cette pice4 ,c'est volontairement et par systme qu'il s'y est refus2 il a voulu que ce drame ft la chose mme1 et il faut que le charme de l'idal prside tout dans les ouvrages dramatiques4 ,les personnages des tragdies sont toujours en danger d'tre vulgaires ou factices1 et le gnie doit les prserver galement de l'un et de l'autre inconvnient4 ,shakespeare ne cesse pas d'tre pote dans ses pices historiques1 ni ,racine d'observer exactement les murs des ,hbreux1 dans sa tragdie lyrique d',athalie4 ,le talent dramatique ne saurait se passer ni de la nature1 ni de l'art2 l'art ne tient en rien l'artifice1 c'est une inspiration parfaitement vraie et spontane1 qui rpand sur les circonstances particulires l'harmonie universelle1 et sur les moments passagers la dignit des souvenirs durables4 99 99 99 99 99 ,le ,comte d',egmont me parat la plus belle des tragdies de ,gthe3 il l'a crite1 sans doute1 lorsqu'il composait ,werther3 la mme chaleur d'me se retrouve dans ces deux ouvrages4 ,la pice commence au moment o ,philippe ,,ii1 fatigu de la douceur du gouvernement de ,marguerite de ,parme1 dans les ,pays-,bas1 envoie le duc d',albe pour la remplacer4 ,le roi est inquiet de la popularit qu'ont acquise le prince d',orange et le comte d',egmont2 il les souponne de favoriser en secret les partisans de la rformation4 ,tout est runi pour donner l'ide la plus sduisante du comte d',egmont2 on le voit ador de ses soldats1 la tte desquels il a remport tant de victoires4 ,la princesse espagnole se fie sa fidlit1 bien qu'elle sache par lui-mme combien il blme la svrit dont on use envers les protestants2 les citoyens de la ville de ,bruxelles le considrent comme le dfenseur de leurs liberts auprs du trne2 enfin le prince d',orange1 dont la politique profonde et la prudence silencieuse sont si connues dans l'histoire1 relve encore la gnreuse imprudence du comte d',egmont1 en le suppliant vainement de partir avec lui avant l'arrive du duc d',albe4 ,le prince d',orange est un caractre noble et sage2 un dvouement hroque1 mais inconsidr1 peut seul rsister ses conseils4 ,le comte d',egmont ne veut pas abandonner les habitants de ,bruxelles2 il se confie son sort1 parce que ses victoires lui ont appris compter sur les faveurs de la fortune1 et que toujours il conserve dans les affaires publiques les qualits qui ont rendu sa vie militaire si brillante4 ,ces belles et dangereuses qualits intressent sa destine2 on ressent pour lui des craintes que son me intrpide ne saurait jamais prouver2 tout l'ensemble de son caractre est peint avec beaucoup d'art1 par l'impression mme qu'il produit sur les diverses personnes dont il est entour4 ,il est ais de tracer un portrait spirituel du hros d'une pice2 il faut plus de talent pour le faire agir et parler conformment ce portrait2 il en faut plus encore pour le faire connatre par l'admiration qu'il inspire aux soldats1 au peuple1 aux grands seigneurs1 tous ceux enfin qui se trouvent en relation avec lui4 ,le comte d',egmont aime une jeune fille1 ,clara1 ne dans la classe des bourgeois de ,bruxelles2 il va la voir dans son obscure retraite4 ,cet amour tient plus de place dans le cur de la jeune fille que dans le sien2 l'imagination de ,clara est tout entire subjugue par l'clat du comte d',egmont1 par le prestige blouissant de son hroque valeur et de sa brillante renomme4 ,egmont a dans son amour de la bont et de la douceur2 il se repose auprs de cette jeune personne des inquitudes et des affaires4--,on te parle1 lui dit-il1 de cet ,egmont1 silencieux1 svre1 imposant2 c'est lui qui doit lutter avec les vnements et les hommes2 mais celui qui est simple1 aimant1 confiant1 heureux2 cet ,egmont l1 ,clara1 c'est le tien4 ,l'amour d',egmont pour ,clara ne suffirait pas l'intrt de la pice2 mais quand le malheur vient s'y mler1 ce sentiment1 qui ne paraissait que dans le lointain1 acquiert une admirable force4 ,on apprend l'arrive des ,espagnols1 ayant le duc d',albe leur tte2 la terreur que rpand ce peuple svre1 au milieu de la nation joyeuse de ,bruxelles1 est suprieurement dcrite4 ,a l'approche d'un grand orage1 les hommes rentrent dans leurs maisons1 les animaux tremblent1 les oiseaux volent prs de la terre1 et semblent y chercher un asile2 la nature entire se prpare au flau qui la menace3 ainsi l'effroi s'empare des malheureux habitants de la ,flandre4 ,le duc d',albe ne veut point faire arrter le comte d',egmont au milieu de ,bruxelles2 il craint le soulvement du peuple1 et voudrait attirer sa victime dans son propre palais1 qui domine la ville et touche la citadelle4 ,il se sert de son jeune fils1 ,ferdinand1 pour dcider celui qu'il veut perdre venir chez lui4 ,ferdinand est plein d'admiration pour le hros de la ,flandre2 il ne souponne point les terribles desseins de son pre1 et montre au comte d',egmont un enthousiasme qui persuade ce franc chevalier que le pre d'un tel fils n'est pas son ennemi4 ,egmont consent se rendre chez le duc d',albe2 le perfide et fidle reprsentant de ,philippe ,,ii l'attend avec une impatience qui fait frmir2 il se met la fentre1 et l'aperoit de loin1 mont sur un superbe cheval qu'il a conquis dans l'une des batailles dont il est sorti vainqueur4 ,le duc d',albe est rempli d'une cruelle joie1 chaque pas que fait ,egmont vers son palais2 il se trouble quand le cheval s'arrte2 son misrable cur bat pour le crime2 et quand ,egmont entre dans la cour1 il s'crie3--,un pied dans la tombe1 deux2 la grille se referme1 il est moi4 ,le comte d',egmont parat2 le duc d',albe s'entretient assez longtemps avec lui sur le gouvernement des ,pays-,bas1 et la ncessit d'employer la rigueur pour contenir les opinions nouvelles4 ,il n'a plus d'intrt tromper ,egmont1 et cependant il se plat dans sa ruse1 et veut la savourer encore quelques instants2 la fin il rvolte l'me gnreuse du comte d',egmont1 et l'irrite par la dispute1 pour arracher de lui quelques paroles violentes4 ,il veut se donner l'air d'tre provoqu1 et de faire par un premier mouvement1 ce qu'il a combin d'avance4 ,d'o viennent tant de prcautions envers l'homme qui est en sa puissance1 et qu'il fera prir dans quelques heures8 ,c'est qu'il y a toujours dans l'assassin politique un dsir confus de se justifier1 mme auprs de sa victime2 il veut dire quelque chose pour son excuse1 alors mme que ce qu'il dit ne peut persuader ni lui-mme ni personne4 ,peut-tre aucun homme n'est-il capable d'aborder le crime sans subterfuge2 aussi la vritable moralit des ouvrages dramatiques ne consiste-t-elle pas dans la justice potique dont l'auteur dispose son gr1 et que l'histoire a si souvent dmentie1 mais dans l'art de peindre le vice et la vertu de manire inspirer la haine pour l'un et l'amour pour l'autre4 ,a peine le bruit de l'arrestation du comte d',egmont est-il rpandu dans ,bruxelles1 qu'on sait qu'il va prir4 ,personne ne s'attend plus la justice1 ses partisans pouvants n'osent plus dire un mot pour sa dfense2 bientt le soupon spare ceux qu'un mme intrt runit4 ,une apparente soumission nat de l'effroi que chacun inspire1 en le ressentant son tour1 et la terreur que tous font prouver tous1 cette lchet populaire qui succde si vive l'exaltation1 est admirablement peinte en cette circonstance4 ,la seule ,clara1 cette jeune fille timide1 qui ne sortait jamais de sa maison1 vient sur la place publique de ,bruxelles1 rassemble par ses cris les citoyens disperss1 et leur rappelle leur enthousiasme pour ,egmont1 leur serment de mourir pour lui2 tous ceux qui l'entendent frmissent4 ,jeune fille1 lui dit un citoyen de ,bruxelles1 ne parle pas d',egmont2 son nom donne la mort4--,moi1 s'crie ,clara1 je ne prononcerais pas son nom6 ne l'avez-vous pas tous invoqu mille fois8 n'est-il pas crit en tout lieu8 n'ai-je pas vu les toiles du ciel mme en former les lettres brillantes8 ,moi1 ne pas le nommer6 ,que faites-vous1 hommes honntes8 votre esprit est-il troubl1 votre raison perdue8 ,ne me regardez donc pas avec cet air inquiet et craintif1 ne baissez donc pas les yeux avec effroi3 ce que je demande1 c'est ce que vous dsirez2 ma voix n'est-elle pas la voix de votre cur8 qui de vous1 cette nuit mme1 ne se prosternera pas devant ,dieu pour lui demander la vie d',egmont8 ,interrogez-vous l'un et l'autre2 qui de vous1 dans sa maison1 ne dira pas3 la libert d',egmont ou la mort8 ,,un ,,citoyen ,,de ,,bruxelles4 ,dieu nous prserve de vous couter plus longtemps6 il en rsulterait quelque malheur4 ,,clara4 ,restez1 restez6 ne vous loignez point1 parce que je parle de celui au-devant duquel vous vous pressiez avec tant d'ardeur1 quand la rumeur publique annonait son arrive1 quand chacun s'criait3 ,egmont vient1 il vient4 ,alors les habitants des rues par lesquelles il devait passer s'estimaient heureux3 ds qu'on entendait les pas de son cheval1 chacun abandonnait son travail pour courir sa rencontre1 et le rayon qui partait de son regard colorait d'esprance et de joie vos visages abattus4 ,quelques-uns d'entre vous portaient leurs enfants sur le seuil de la porte1 et les levant dans leurs bras s'criaient3--,voyez1 c'est le grand ,egmont1 c'est lui1 lui qui vous vaudra des temps plus heureux que ceux qu'ont supports vos pauvres pres4--,vos enfants vous demanderont ce que sont devenus ces temps que vous leur avez promis8 ,eh quoi6 nous perdons nos moments en paroles1 vous tes oisifs1 vous le trahissez6--,brackenbourg1 l'ami de ,clara1 la conjure de s'en aller4--,que dira votre mre8 s'crie-t-il4 ,,clara4 ,penses-tu que je sois un enfant ou une insense8 ,non1 il faut qu'ils m'entendent2 coutez-moi1 citoyens3 ,je vois que vous tes troubls1 et que vous ne pouvez vous-mmes vous reconnatre travers les dangers qui vous menacent2 laissez-moi porter vos regards sur le pass1 hlas6 le pass d'hier4 ,songez l'avenir2 pouvez-vous vivre1 vous laissera-t-on vivre8 s'il prit4 ,c'est avec lui que s'teint le dernier souffle de votre libert4 ,que n'tait-il pas pour vous6 ,pour qui s'est-il donc expos des prils sans nombre8 ,ses blessures1 ils les a reues pour vous2 cette grande me tout entire occupe de vous1 est maintenant renferme dans un cachot1 et les piges du meurtre l'environnent2 il pense vous1 il espre peut-tre en vous4 ,il a besoin pour la premire fois de vos secours1 lui qui jusqu' ce jour n'a fait que vous combler de ses dons4 ,,un ,,citoyen ,,de ,,bruxelles1 ,brackenbourg4 loignez-la2 elle nous afflige4 ,,clara4 ,eh quoi6 je n'ai point de force1 point de bras habiles aux armes comme les vtres2 mais j'ai ce qui vous manque1 le courage et le mpris du pril3 ne puis-je donc pas vous pntrer de mon me8 ,je veux aller au milieu de vous3 un tendard sans dfense a ralli souvent une noble arme2 mon esprit sera comme une flamme en avant de vos pas2 l'enthousiasme1 l'amour1 runiront enfin ce peuple chancelant et dispers4 ,brackenbourg avertit ,clara que l'on aperoit non loin d'eux des soldats espagnols qui pourraient l'entendre4--,mon amie1 lui dit-il1 voyez dans quel lieu nous sommes4 ,,clara4 ,dans quel lieu6 sous le ciel1 dont la vote magnifique semblait s'incliner avec complaisance sur la tte d',egmont quand il paraissait4 ,conduisez-moi dans sa prison1 vous connaissez la route du vieux chteau2 guidez mes pas1 je vous suivrai4--,brackenbourg entrane ,clara chez elle1 et sort de nouveau pour s'informer du comte d',egmont3 il revient2 et ,clara1 dont la dernire rsolution est prise1 exige qu'il lui raconte ce qu'il a pu savoir4 ,est-il condamn8 s'crie-t-elle4 ,,brackenbourg4 ,il l'est1 je n'en puis douter4 ,,clara4 ,vit-il encore8 ,,brackenbourg4 ,oui4 ,,clara4 ,et comment peux-tu me l'assurer8 la tyrannie tue dans la nuit l'homme gnreux et cache son sang aux yeux de tous4 ,ce peuple accabl repose1 et rve qu'il le sauvera2 et1 pendant ce temps1 son me indigne a dj quitt ce monde4 ,il n'est plus1 ne me trompe pas2 il n'est plus4 ,,brackenbourg4 ,non1 je vous le rpte1 hlas6 il vit1 parce que les ,espagnols destinent au peuple qu'ils veulent opprimer un effrayant spectacle1 un spectacle qui doit briser tous les curs o respire encore la libert4 ,,clara4 ,tu peux parler maintenant3 moi aussi j'entendrai tranquillement ma sentence de mort2 je m'approche dj de la rgion des bienheureux2 dj la consolation me vient de cette contre de paix3 parle4 ,,brackenbourg4 ,les bruits qui circulent et la garde double m'ont fait souponner qu'on prparait cette nuit sur la place publique quelque chose de redoutable4 ,je suis arriv par des dtours dans une maison dont la fentre donnait sur cette place2 le vent agitait les flambeaux qu'un cercle nombreux de soldats espagnols portaient dans leurs mains2 et1 comme je m'efforais de regarder travers cette lueur incertaine1 j'aperois en frmissant un chafaud lev2 plusieurs taient occups couvrir les planches d'un drap noir1 et dj les marches de l'escalier taient revtues de ce deuil funbre3 on et dit qu'on clbrait la conscration d'un sacrifice horrible4 ,un crucifix blanc1 qui brillait pendant la nuit comme de l'argent1 tait plac sur l'un des cts de l'chafaud4 ,la terrible certitude tait l devant mes yeux2 mais les flambeaux par degrs s'teignirent2 bientt tous les objets disparurent1 et l'uvre criminelle de la nuit rentra dans le sein des tnbres4 ,le fils du duc d',albe dcouvre qu'on s'est servi de lui pour perdre ,egmont2 il veut le sauver tout prix2 ,egmont ne lui demande qu'un service1 c'est de protger ,clara1 quand il ne sera plus2 mais on apprend qu'elle s'est donn la mort pour ne pas survivre celui qu'elle aime4 ,egmont prit1 et l'amer ressentiment de ,ferdinand contre son pre est la punition du duc d',albe1 qui1 dit-on1 n'aima rien sur la terre que ce fils4 ,il me semble qu'avec quelques changements il serait possible d'adapter ce plan la forme franaise4 ,j'ai pass sous silence quelques scnes qu'on ne pourrait point introduire sur notre thtre4 ,d'abord1 celle qui commence la tragdie3 des soldats d',egmont et des bourgeois de ,bruxelles s'entretiennent entre eux de ses exploits2 ils racontent1 dans un dialogue naturel et piquant1 les principales actions de sa vie1 et font sentir dans leur langage et leurs rcits la haute confiance qu'il leur inspire4 ,c'est ainsi que ,shakespeare prpare l'entre de ,jules-,csar1 et le camp de ,walstein est compos dans le mme but4 ,mais nous ne supporterions pas en ,france le mlange du ton populaire avec la dignit tragique1 et c'est ce qui donne souvent de la monotonie nos tragdies du second ordre4 ,les mots pompeux et les situations toujours hroques sont ncessairement en petit nombre3 d'ailleurs l'attendrissement pntre rarement jusqu'au fond de l'me1 quand on ne captive pas l'imagination par des dtails simples mais vrais1 qui donnent de la vie aux moindres circonstances4 ,clara est reprsente au milieu d'un intrieur singulirement bourgeois1 sa mre est trs vulgaire2 celui qui doit l'pouser a pour elle un sentiment passionn1 mais on n'aime pas se reprsenter ,egmont comme le rival d'un homme du peuple2 tout ce qui entoure ,clara sert1 il est vrai1 relever la puret de son me2 nanmoins on n'admettrait pas en ,france dans l'art dramatique l'un des principes de l'art pittoresque1 l'ombre qui fait ressortir la lumire4 ,comme on voit l'une et l'autre simultanment dans un tableau1 on reoit tout la fois l'effet de toutes deux2 il n'en est pas ainsi dans une pice de thtre1 o l'action est successive2 la scne qui blesse n'est pas tolre1 en considration du reflet avantageux qu'elle doit jeter sur la scne suivante2 et l'on exige que l'opposition consiste dans des beauts diffrentes1 mais qui soient toujours des beauts4 ,la fin de la tragdie de ,gthe n'est point en harmonie avec l'ensemble2 le comte d',egmont s'endort quelques instants avant de marcher l'chafaud2 ,clara1 qui n'est plus1 lui apparat pendant son sommeil environne d'un clat cleste1 et lui annonce que la cause de la libert qu'il a servie doit triompher un jour3 ce dnoment merveilleux ne peut convenir une pice historique4 ,les ,allemands1 en gnral1 sont embarrasss lorsqu'il s'agit de finir2 et c'est surtout eux que pourrait s'appliquer ce proverbe des ,chinois3 ,quand on a dix pas faire1 neuf est la moiti du chemin4 ,l'esprit ncessaire pour terminer quoi que ce soit1 exige une sorte d'habilet et de mesure qui ne s'accorde gure avec l'imagination vague et indfinie que les ,allemands manifestent dans tous leurs ouvrages4 ,d'ailleurs il faut de l'art1 et beaucoup d'art1 pour trouver un dnoment1 car il y en a rarement dans la vie2 les faits s'enchanent les uns aux autres1 et leurs consquences se perdent dans la suite des temps4 ,la connaissance du thtre seule apprend circonscrire l'vnement principal1 et faire concourir tous les accessoires au mme but4 ,mais1 combiner les effets semble presque aux ,allemands de l'hypocrisie1 et le calcul leur parat inconciliable avec l'inspiration4 ,gthe est cependant de tous leurs crivains celui qui aurait le plus de moyens pour accorder ensemble l'habilet de l'esprit avec son audace2 mais il ne daigne pas se donner la peine de mnager les situations dramatiques de manire les rendre thtrales4 ,quand elles sont belles en elles-mmes1 il ne s'embarrasse pas du reste4 ,le public allemand qu'il a pour spectateur ,weimar1 ne demande pas mieux que de l'attendre et de le deviner2 aussi patient1 aussi intelligent que le chur des ,grecs1 au lieu d'exiger seulement qu'on l'amuse1 comme le font d'ordinaire les souverains1 peuples ou rois1 il se mle lui-mme de son plaisir1 en analysant1 en expliquant ce qui ne le frappe pas d'abord2 un tel public est lui-mme artiste dans ses jugements4 ,,chapitre ,,xxii ,iphignie en ,tauride1 ,torquato ,tasso1 etc4 ,on donnait en ,allemagne des drames bourgeois1 des mlodrames1 des pices grand spectacle1 remplies de chevaux et de chevalerie4 ,gthe voulut ramener la littrature la svrit de l'antique1 et il composa son ,iphignie en ,tauride1 qui est le chef-d'uvre de la posie classique chez les ,allemands4 ,cette tragdie rappelle le genre d'impression qu'on reoit en contemplant les statues grecques2 l'action en est si imposante et si tranquille1 qu'alors mme que la situation des personnages change1 il y a toujours en eux une sorte de dignit qui fixe dans le souvenir chaque moment comme durable4 ,le sujet d',iphignie en ,tauride est si connu1 qu'il tait difficile de le traiter d'une manire nouvelle2 ,gthe y est parvenu nanmoins1 en donnant un caractre vraiment admirable son hrone4 ,l',antigone de ,sophocle est une sainte1 telle qu'une religion plus pure que celle des anciens pourrait nous la reprsenter4 ,l',iphignie de ,gthe n'a pas moins de respect pour la vrit qu',antigone2 mais elle runit le calme d'un philosophe la ferveur d'une prtresse3 le chaste culte de ,diane et l'asile d'un temple suffisent l'existence rveuse que lui laisse le regret d'tre loigne de la ,grce4 ,elle veut adoucir les murs du pays barbare qu'elle habite3 et1 bien que son nom soit ignor1 elle rpand des bienfaits autour d'elle1 en fille du roi des rois4 ,toutefois elle ne cesse point de regretter les belles contres o se passa son enfance1 et son me est remplie d'une rsignation forte et douce1 qui tient1 pour ainsi dire1 le milieu entre le stocisme et le christianisme4 ,iphignie ressemble un peu la divinit qu'elle sert1 et l'imagination se la reprsente environne d'un nuage qui lui drobe sa patrie4 ,en effet1 l'exil1 et l'exil loin de la ,grce1 pouvait-il permettre aucune autre jouissance que celles qu'on trouve en soi-mme6 ,ovide aussi1 condamn vivre non loin de la ,tauride1 parlait en vain son harmonieux langage aux habitants de ces rives dsoles3 il cherchait en vain les arts1 un beau ciel1 et cette sympathie de penses qui fait goter avec les indiffrents mme quelques-uns des plaisirs de l'amiti4 ,son gnie retombait sur lui-mme1 et sa lyre suspendue ne rendait plus que des accords plaintifs1 lugubre accompagnement des vents du nord4 ,aucun ouvrage moderne ne peint mieux1 ce me semble1 que l',iphignie de ,gthe1 la destine qui pse sur la race de ,tantale1 la dignit de ces malheurs causs par une fatalit invincible4 ,une crainte religieuse se fait sentir dans toute cette histoire1 et les personnages eux-mmes semblent parler prophtiquement1 et n'agir que sous la main puissante des dieux4 ,gthe a fait de ,thoas le bienfaiteur d',iphignie4 ,un homme froce1 tel que divers auteurs l'ont reprsent1 n'aurait pu s'accorder avec la couleur gnrale de la pice2 il en aurait drang l'harmonie4 ,dans plusieurs tragdies on met un tyran1 comme une espce de machine qui est la cause de tout2 mais un penseur tel que ,gthe n'aurait jamais mis en scne un personnage1 sans dvelopper son caractre4 ,or une me criminelle est toujours si complique1 qu'elle ne pouvait entrer dans un sujet trait d'une manire aussi simple4 ,thoas aime ,iphignie2 il ne peut se rsoudre s'en sparer1 en la laissant retourner en ,grce avec son frre ,oreste4 ,iphignie pourrait partir l'insu de ,thoas3 elle dbat avec son frre1 et avec elle-mme1 si elle doit se permettre un tel mensonge1 et c'est l tout le nud de la dernire moiti de la pice4 ,enfin1 ,iphignie avoue tout ,thoas1 combat sa rsistance1 et obtient de lui le mot adieu1 sur lequel la toile tombe4 ,certainement ce sujet ainsi conu est pur et noble1 et il serait bien souhaiter qu'on pt mouvoir les spectateurs1 seulement par un scrupule de dlicatesse2 mais ce n'est peut-tre pas assez pour le thtre1 et l'on s'intresse plus cette pice quand on la lit que quand on la voit reprsenter4 ,c'est l'admiration1 et non le pathtique1 qui est le ressort d'une telle tragdie2 on croit entendre1 en l'coutant1 un chant d'un pome pique2 et le calme qui rgne dans tout l'ensemble gagne presque ,oreste lui-mme4 ,la reconnaissance d',iphignie et d',oreste n'est pas la plus anime1 mais peut-tre la plus potique qu'il y ait4 ,les souvenirs de la famille d',agamemnon y sont rappels avec un art admirable1 et l'on croit voir passer devant ses yeux les tableaux dont l'histoire et la fable ont enrichi l'antiquit4 ,c'est un intrt aussi que celui du plus beau langage1 et des sentiments les plus levs4 ,une posie si haute plonge l'me dans une noble contemplation1 qui lui rend moins ncessaire le mouvement et la diversit dramatiques4 ,parmi le grand nombre des morceaux citer dans cette pice1 il en est un dont il n'y a de modle nulle part3 ,iphignie1 dans sa douleur1 se rappelle un ancien chant connu dans sa famille1 et que sa nourrice lui a appris ds le berceau2 c'est le chant que les ,parques font entendre ,tantale dans l'enfer4 ,elles lui retracent sa gloire passe1 lorsqu'il tait le convive des dieux1 la table d'or4 ,elles peignent le moment terrible o il fut prcipit de son trne1 la punition que les dieux lui infligrent1 la tranquillit de ces dieux qui planent sur l'univers1 et que les plaintes des enfers ne sauraient branler2 ces ,parques menaantes annoncent aux petits-fils de ,tantale que les dieux se dtourneront d'eux1 parce que leurs traits rappellent ceux de leur pre4 ,le vieux ,tantale entend ce chant funeste dans l'ternelle nuit1 pense ses enfants1 et baisse sa tte coupable4 ,les images les plus frappantes1 le rythme qui s'accorde le mieux avec les sentiments1 donnent cette posie la couleur d'un chant national4 ,c'est le plus grand effort du talent1 que de se familiariser ainsi avec l'antiquit et de saisir tout la fois ce qui devait tre populaire chez les ,grecs1 et ce qui produit1 la distance des sicles1 une impression si solennelle4 ,l'admiration qu'il est impossible de ne pas ressentir pour l',iphignie de ,gthe1 n'est point en contradiction avec ce que j'ai dit sur l'intrt plus vif1 et l'attendrissement plus intime que les sujets modernes peuvent faire prouver4 ,les murs et les religions1 dont les sicles ont effac la trace1 prsentent l'homme comme un tre idal qui touche peine la terre sur laquelle il marche2 mais dans les poques et dans les faits historiques1 dont l'influence subsiste encore1 nous sentons la chaleur de notre existence1 et nous voulons des affections semblables celles qui nous agitent4 ,il me semble donc que ,gthe n'aurait pas d mettre dans sa pice de ,torquato ,tasso la mme simplicit d'action et le mme calme dans les discours1 qui convenaient son ,iphignie4 ,ce calme et cette simplicit pourraient ne paratre que de la froideur et du manque de naturel1 dans un sujet aussi moderne1 sous tous les rapports1 que le caractre personnel du ,tasse et les intrigues de la cour de ,ferrare4 ,gthe a voulu peindre1 dans cette pice1 l'opposition qui existe entre la posie et les convenances sociales2 entre le caractre d'un pote et celui d'un homme du monde4 ,il a montr le mal que fait la protection d'un prince l'imagination dlicate d'un crivain1 lors mme que ce prince croit aimer les lettres1 ou du moins met son orgueil passer pour les aimer4 ,cette opposition entre la nature exalte et cultive par la posie1 et la nature refroidie et dirige par la politique1 est une ide mre de mille ides4 ,un homme de lettres plac dans une cour1 doit se croire d'abord heureux d'y tre2 mais il est impossible qu' la longue il n'prouve pas quelques-unes des peines qui rendirent la vie du ,tasse si malheureuse4 ,le talent qui ne serait pas indompt cesserait d'tre du talent2 et cependant il est bien rare que les princes reconnaissent les droits de l'imagination1 et sachent tout la fois la considrer et la mnager4 ,on ne pouvait choisir un sujet plus heureux que le ,tasse ,ferrare1 pour mettre en vidence les diffrents caractres d'un pote1 d'un homme de cour1 d'une princesse et d'un prince1 agissant dans un petit cercle avec toute l'pret d'amour-propre qui remuerait le monde4 ,l'on connat la sensibilit maladive du ,tasse1 et la rudesse polie de son protecteur ,alphonse1 qui1 tout en professant la plus haute admiration pour ses crits1 le fit enfermer dans la maison des fous1 comme si le gnie qui part de l'me devait tre trait ainsi qu'un talent mcanique1 dont on tire parti en estimant l'uvre et en ddaignant l'ouvrier4 ,gthe a peint ,lonore d',este1 la sur du duc de ,ferrare1 que le pote aimait en secret1 comme appartenant par ses vux l'enthousiasme1 et par sa faiblesse la prudence2 il a introduit dans sa pice un courtisan sage1 selon le monde1 qui traite le ,tasse avec la supriorit que l'esprit d'affaires se croit sur l'esprit potique1 et qui l'irrite par son calme1 et par l'habilet qu'il emploie le blesser sans avoir prcisment tort envers lui4 ,cet homme de sang-froid conserve son avantage1 en provoquant son ennemi par des manires sches et crmonieuses1 qui offensent sans qu'on puisse s'en plaindre4 ,c'est le grand mal que fait une certaine science du monde2 et1 dans ce sens1 l'loquence et l'art de parler diffrent extrmement2 car pour tre loquent1 il faut dgager le vrai de toutes ses entraves1 et pntrer jusqu'au fond de l'me o rside la conviction2 mais l'habilet de la parole consiste1 au contraire1 dans le talent d'esquiver1 de parer adroitement avec quelques phrases ce qu'on ne veut pas entendre1 et de se servir de ces mmes armes pour tout indiquer1 sans qu'on puisse jamais vous prouver que vous ayez rien dit4 ,ce genre d'escrime fait beaucoup souffrir une me vive et vraie4 ,l'homme qui s'en sert semble votre suprieur1 parce qu'il sait vous agiter1 tandis qu'il reste lui-mme tranquille2 mais il ne faut pas pourtant se laisser imposer par ces forces ngatives4 ,le calme est beau quand il vient de l'nergie qui fait supporter ses propres peines2 mais quand il nat de l'indiffrence pour celles des autres1 ce calme n'est rien qu'une personnalit ddaigneuse4 ,il suffit d'une anne de sjour dans une cour ou dans une capitale1 pour apprendre trs facilement mettre de l'adresse et mme de la grce dans l'gosme3 mais pour tre vraiment digne d'une haute estime1 il faudrait runir en soi1 comme dans un bel ouvrage1 des qualits opposes3 la connaissance des affaires et l'amour du beau1 la sagesse qu'exigent les rapports avec les hommes1 et l'essor qu'inspire le sentiment des arts4 ,il est vrai qu'un tel individu en contiendrait deux2 aussi ,gthe dit-il dans sa pice1 que les deux personnages qu'il met en contraste1 le politique et le pote1 sont les deux moitis d'un homme4 ,mais la sympathie ne peut exister entre ces deux moitis1 puisqu'il n'y a point de prudence dans le caractre du ,tasse1 ni de sensibilit dans son concurrent4 ,la susceptibilit souffrante des hommes de lettres s'est manifeste dans ,rousseau1 dans le ,tasse1 et plus souvent encore dans les crivains allemands4 ,les crivains franais en ont t plus rarement atteints4 ,c'est quand on vit beaucoup avec soi-mme et dans la solitude qu'on a de la peine supporter l'air extrieur4 ,la socit est rude beaucoup d'gards pour qui n'y est pas fait ds son enfance1 et l'ironie du monde est plus funeste aux gens talent qu' tous les autres3 l'esprit tout seul s'en tire mieux4 ,gthe aurait pu choisir la vie de ,rousseau pour exemple de cette lutte entre la socit telle qu'elle est1 et la socit telle qu'une tte potique la voit ou la dsire2 mais la situation de ,rousseau prtait beaucoup moins l'imagination que celle du ,tasse4 ,jean-,jacques a tran un grand gnie dans des rapports trs subalternes4 ,le ,tasse1 brave comme ses chevaliers1 amoureux1 aim1 perscut1 couronn1 et1 jeune encore1 mourant de douleur1 la veille de son triomphe1 est un superbe exemple de toutes les splendeurs et de tous les revers d'un beau talent4 ,il me semble que dans la pice du ,tasse les couleurs du ,midi ne sont pas assez prononces2 peut-tre serait-il trs difficile de rendre en allemand la sensation que produit la langue italienne4 ,nanmoins c'est dans les caractres surtout qu'on retrouve les traits de la nature germanique plutt qu'italienne4 ,lonore d',este est une princesse allemande4 ,l'analyse de son propre caractre et de ses sentiments1 laquelle elle se livre sans cesse1 n'est point du tout dans l'esprit du ,midi4 ,l l'imagination ne se replie point sur elle-mme1 elle avance sans regarder en arrire4 ,elle n'examine point la source d'un vnement2 elle le combat ou s'y livre1 sans en rechercher la cause4 ,la ,tasse est aussi un pote allemand4 ,cette impossibilit de se tirer d'affaire dans toutes les circonstances habituelles de la vie commune1 que ,gthe attribue au ,tasse1 est un trait de la vie mditative et renferme des crivains du ,nord4 ,les potes du ,midi n'ont pas d'ordinaire une telle incapacit2 ils ont vcu plus souvent hors de la maison1 sur les places publiques2 les choses1 et surtout les hommes1 leur sont plus familiers4 ,le langage du ,tasse1 dans la pice de ,gthe1 est souvent trop mtaphysique4 ,la folie de l'auteur de la ,jrusalem ne venait pas de l'abus des rflexions philosophiques1 ni de l'examen approfondi de ce qui se passe au fond du cur2 elle tenait plutt l'impression trop vive des objets extrieurs1 l'enivrement de l'orgueil et de l'amour2 il ne se servait gure de la parole que comme d'un chant harmonieux4 ,le secret de son me n'tait point dans ses discours ni dans ses crits3 il ne s'tait point observ lui-mme1 comment aurait-il pu se rvler aux autres8 ,d'ailleurs il considrait la posie comme un art clatant1 et non comme une confidence intime des sentiments du cur4 ,il me semble manifeste1 et par sa nature italienne1 et par sa vie1 et par ses lettres1 et par les posies mme qu'il a composes dans sa captivit1 que l'imptuosit de ses passions1 plutt que la profondeur de ses penses1 causait sa mlancolie2 il n'y avait pas dans son caractre1 comme dans celui des potes allemands1 ce mlange habituel de rflexion et d'activit1 d'analyse et d'enthousiasme1 qui trouble singulirement l'existence4 ,l'lgance et la dignit du style potique sont incomparables dans la pice du ,tasse1 et ,gthe s'y est montr le ,racine de l',allemagne4 ,mais si l'on a reproch ,racine le peu d'intrt de ,brnice1 on pourrait1 avec bien plus de raison1 blmer la froideur dramatique du ,tasse de ,gthe3 le dessein de l'auteur tait d'approfondir les caractres1 en esquissant seulement les situations2 mais cela est-il possible8 ,ces longs discours pleins d'esprit et d'imagination1 que tiennent tour tour les diffrents personnages1 dans quelle nature sont-ils pris8 qui parle ainsi de soi-mme et de tout8 qui puise ce point ce qu'on peut dire1 sans qu'il soit question de rien faire8 ,quand il arrive un peu de mouvement dans cette pice1 on se sent soulag de l'attention continuelle qu'exigent les ides4 ,la scne du duel entre le pote et le courtisan intresse vivement2 la colre de l'un et l'habilet de l'autre dveloppent la situation d'une manire piquante4 ,c'est trop exiger des lecteurs ou des spectateurs1 que de leur demander de renoncer l'intrt des circonstances1 pour s'attacher uniquement aux images et aux penses4 ,alors il ne faut pas prononcer des noms propres1 ni supposer des scnes1 des actes1 un commencement1 une fin1 tout ce qui rend l'action ncessaire4 ,la contemplation plat dans le repos2 mais lorsqu'on marche1 la lenteur est toujours fatigante4 ,par une singulire vicissitude dans les gots1 les ,allemands ont d'abord attaqu nos crivains dramatiques1 comme transformant en franais tous leurs hros4 ,ils ont rclam avec raison la vrit historique1 pour animer les couleurs et vivifier la posie2 puis1 tout coup1 ils se sont lasss de leurs propres succs en ce genre1 et ils ont fait des pices abstraites1 si l'on peut s'exprimer ainsi1 dans lesquelles les rapports des hommes entre eux sont indiqus d'une manire gnrale1 sans que le temps1 le lieu1 ni les individus y soient pour rien4 ,c'est ainsi1 par exemple1 que dans la ,fille naturelle1 une autre pice de ,gthe1 l'auteur appelle ses personnages le duc1 le roi1 le pre1 la fille1 etc41 sans aucune autre dsignation2 considrant l'poque pendant laquelle l'vnement se passe1 le pays et les noms propres1 presque comme des intrts de mnage dont la posie ne doit pas s'occuper4 ,une telle tragdie est vritablement faite pour tre joue dans le palais d',odin1 o les morts ont coutume de continuer les occupations qu'ils avaient pendant leur vie2 l le chasseur1 ombre lui-mme1 poursuit l'ombre d'un cerf avec ardeur1 et les fantmes des guerriers se battent sur le terrain des nuages4 ,il parat que1 pendant quelque temps1 ,gthe s'est tout fait dgot de l'intrt dans les pices de thtre4 ,l'on en trouvait dans de mauvais ouvrages2 il a pens qu'il fallait le bannir des bons4 ,nanmoins1 un homme suprieur a tort de ddaigner ce qui plat universellement2 il ne faut pas qu'il abjure sa ressemblance avec la nature de tous1 s'il veut faire valoir ce qui le distingue4 ,le point qu',archimde cherchait pour soulever le monde est celui par lequel un gnie extraordinaire se rapproche du commun des hommes4 ,ce point de contact lui sert s'lever au-dessus des autres2 il doit partir de ce que nous prouvons tous1 pour arriver faire sentir ce que lui seul aperoit4 ,d'ailleurs1 s'il est vrai que le despotisme des convenances mle souvent quelque chose de factice aux plus belles tragdies franaises1 il n'y a pas non plus de vrit dans les thories bizarres de l'esprit systmatique4 ,si l'exagration est manire1 un certain genre de calme est aussi une affectation4 ,c'est une supriorit qu'on s'arroge sur les motions de l'me1 et qui peut convenir dans la philosophie1 mais point du tout dans l'art dramatique4 ,on peut sans crainte adresser ces critiques ,gthe2 car presque tous ses ouvrages sont composs dans des systmes diffrents3 tantt il s'abandonne la passion1 comme dans ,werther et le ,comte d',egmont2 une autre fois il branle toutes les cordes de l'imagination par ses posies fugitives2 une autre fois il peint l'histoire avec une vrit scrupuleuse1 comme dans ,gtz de ,berlichingen2 une autre fois il est naf comme les anciens1 dans ,hermann et ,dorothe4 ,enfin1 il se plonge avec ,faust dans le tourbillon de la vie2 puis tout coup1 dans le ,tasse1 la ,fille naturelle1 et mme dans ,iphignie1 il conoit l'art dramatique comme un monument lev prs des tombeaux4 ,ses ouvrages ont alors les belles formes1 la splendeur et l'clat du marbre2 mais ils en ont aussi la froide immobilit4 ,on ne saurait critiquer ,gthe comme un auteur bon dans tel genre et mauvais dans tel autre4 ,il ressemble plutt la nature1 qui produit tout et de tout2 et l'on peut aimer mieux son climat du midi que son climat du nord1 sans mconnatre en lui les talents qui s'accordent avec ces diverses rgions de l'me4 ,,chapitre ,,xxiii ,faust4 ,parmi les pices des marionnettes1 il y en a une intitule le ,docteur ,faust1 ou la ,science malheureuse1 qui a fait de tout temps une grande fortune en ,allemagne4 ,lessing s'en est occup avant ,gthe4 ,cette histoire merveilleuse est une tradition gnralement rpandue4 ,plusieurs auteurs anglais ont crit sur la vie de ce mme docteur ,faust1 et quelques-uns mme lui attribuent l'invention de l'imprimerie4 ,son savoir trs profond ne le prserva pas de l'ennui de la vie2 il essaya1 pour y chapper1 de faire un pacte avec le diable1 et le diable finit par l'emporter4 ,voil le premier mot qui a fourni ,gthe l'tonnant ouvrage dont je vais essayer de donner l'ide4 ,certes1 il ne faut pas y chercher ni le got1 ni la mesure1 ni l'art qui choisit et qui termine2 mais si l'imagination pouvait se figurer un chaos intellectuel1 tel que l'on a souvent dcrit le chaos matriel1 le ,faust de ,gthe devrait avoir t compos cette poque4 ,on ne saurait aller au del1 en fait de hardiesse de pense1 et le souvenir qui reste de cet crit tient toujours un peu du vertige4 ,le diable est le hros de cette pice2 l'auteur ne l'a point conu comme un fantme hideux1 tel qu'on a coutume de le reprsenter aux enfants2 il en a fait1 si l'on peut s'exprimer ainsi1 le mchant par excellence1 auprs duquel tous les mchants1 et celui de ,gresset en particulier1 ne sont que des novices1 peine dignes d'tre les serviteurs de ,mphistophls 7c'est le nom du dmon qui se fait l'ami de ,faust74 ,gthe a voulu montrer dans ce personnage1 rel et fantastique tout la fois1 la plus amre plaisanterie que le ddain puisse inspirer1 et nanmoins une audace de gat qui amuse4 ,il y a dans les discours de ,mphistophls une ironie infernale1 qui porte sur la cration tout entire1 et juge l'univers comme un mauvais livre dont le diable se fait le censeur4 ,mphistophls se moque de l'esprit lui-mme1 comme du plus grand des ridicules1 quand il fait prendre un intrt srieux quoi que ce soit au monde1 et surtout quand il nous donne de la confiance en nos propres forces4 ,c'est une chose singulire1 que la mchancet suprme et la sagesse divine s'accordent en ceci2 qu'elles reconnaissent galement l'une et l'autre le vide et la faiblesse de tout ce qui existe sur la terre3 mais l'une ne proclame cette vrit que pour dgoter du bien1 et l'autre que pour lever au-dessus du mal4 ,s'il n'y avait dans la pice de ,faust que de la plaisanterie piquante et philosophique1 on pourrait trouver dans plusieurs crits de ,voltaire un genre d'esprit analogue2 mais on sent dans cette pice une imagination d'une tout autre nature4 ,ce n'est pas seulement le monde moral tel qu'il est qu'on y voit ananti1 mais c'est l'enfer qui est mis sa place4 ,il y a une puissance de sorcellerie1 une posie du mauvais principe1 un enivrement du mal1 un garement de la pense1 qui font frissonner1 rire et pleurer tout la fois4 ,il semble que1 pour un moment1 le gouvernement de la terre soit entre les mains du dmon4 ,vous tremblez1 parce qu'il est impitoyable2 vous riez1 parce qu'il humilie tous les amours-propres satisfaits2 vous pleurez1 parce que la nature humaine1 ainsi vue des profondeurs de l'enfer1 inspire une piti douloureuse4 ,milton a fait ,satan plus grand que l'homme2 ,michel-,ange et le ,dante lui ont donn les traits hideux de l'animal1 combins avec la figure humaine4 ,le ,mphistophls de ,gthe est un diable civilis4 ,il manie avec art cette moquerie lgre en apparence1 qui peut si bien s'accorder avec une grande profondeur de perversit2 il traite de niaiserie ou d'affectation tout ce qui est sensible2 sa figure est mchante1 basse et fausse2 il a de la gaucherie sans timidit1 du ddain sans fiert1 quelque chose de doucereux auprs des femmes1 parce que1 dans cette seule circonstance1 il a besoin de tromper pour sduire3 et1 ce qu'il entend par sduire1 c'est servir les passions d'un autre2 car il ne peut mme faire semblant d'aimer3 c'est la seule dissimulation qui lui soit impossible4 ,le caractre de ,mphistophls suppose une inpuisable connaissance de la socit1 de la nature et du merveilleux4 ,c'est le cauchemar de l'esprit que cette pice de ,faust1 mais un cauchemar qui double sa force4 ,on y trouve la rvlation diabolique de l'incrdulit1 de celle qui s'applique tout ce qu'il peut y avoir de bon dans ce monde2 et peut-tre cette rvlation serait-elle dangereuse1 si les circonstances amenes par les perfides intentions de ,mphistophls n'inspiraient pas de l'horreur pour son arrogant langage1 et ne faisaient pas connatre la sclratesse qu'il renferme4 ,faust rassemble dans son caractre toutes les faiblesses de l'humanit3 dsir de savoir et fatigue du travail2 besoin du succs1 satit du plaisir4 ,c'est un parfait modle de l'tre changeant et mobile1 dont les sentiments sont plus phmres encore que la courte vie dont il se plaint4 ,faust a plus d'ambition que de force2 et cette agitation intrieure le rvolte contre la nature1 et le fait recourir tous les sortilges pour chapper aux conditions dures1 mais ncessaires1 imposes l'homme mortel4 ,on le voit1 dans la premire scne1 au milieu de ses livres et d'un nombre infini d'instruments de physique et de fioles de chimie4 ,son pre s'occupait aussi des sciences1 et lui en a transmis le got et l'habitude4 ,une seule lampe claire cette retraite sombre et ,faust tudie sans relche la nature1 et surtout la magie dont il possde dj quelques secrets4 ,il veut faire apparatre un des gnies crateurs du second ordre2 le gnie vient1 et lui conseille de ne point s'lever au-dessus de la sphre de l'esprit humain4--,c'est nous1 lui dit-il1 c'est nous de nous plonger dans le tumulte de l'activit1 dans ces vagues ternelles de la vie1 que la naissance et la mort lvent et prcipitent1 repoussent et ramnent3 nous sommes faits pour travailler l'uvre que ,dieu nous commande1 et dont le temps accomplit la trame4 ,mais toi1 qui ne peux concevoir que toi-mme1 toi1 qui trembles en approfondissant ta destine1 et que mon souffle fait tressaillir1 laisse-moi1 ne me rappelle plus4--,quand le gnie disparat1 un dsespoir profond s'empare de ,faust et il veut s'empoisonner4 ,moi1 dit-il1 l'image de la ,divinit1 je me croyais si prs de goter l'ternelle vrit dans tout l'clat de sa lumire cleste6 je n'tais dj plus le fils de la terre2 je me sentais l'gal des chrubins1 qui1 crateurs leur tour1 peuvent goter les jouissances de ,dieu mme4 ,ah6 combien je dois expier mes pressentiments prsomptueux6 une parole foudroyante les a dtruits pour jamais4 ,esprit divin1 j'ai eu la force de t'attirer1 mais je n'ai pas eu celle de te retenir4 ,pendant l'instant heureux o je t'ai vu1 je me sentais la fois si grand et si petit6 mais tu m'as repouss violemment dans le sort incertain de l'humanit4 ,qui m'instruira maintenant8 que dois-je viter8 dois-je cder l'impulsion qui me presse8 nos actions1 comme nos souffrances1 arrtent la marche de la pense4 ,des penchants grossiers s'opposent ce que l'esprit conoit de plus magnifique4 ,quand nous atteignons un certain bonheur ici-bas1 nous traitons d'illusion et de mensonge tout ce qui vaut mieux que ce bonheur2 et les sentiments sublimes que le ,crateur nous avait donns se perdent dans les intrts de la terre4 ,d'abord l'imagination1 avec ses ailes hardies1 aspire l'ternit2 puis un petit espace suffit bientt aux dbris de toutes nos esprances trompes4 ,l'inquitude s'empare de notre cur3 elle y produit des douleurs secrtes2 elle y dtruit le repos et le plaisir4 ,elle se prsente nous sous mille formes2 tantt la fortune1 tantt une femme1 des enfants1 le poignard1 le poison1 le feu1 la mer1 nous agitent4 ,l'homme tremble devant tout ce qui n'arrivera pas1 et pleure sans cesse ce qu'il n'a point perdu4 ,non1 je ne me suis point compar la ,divinit2 non1 je sens ma misre3 c'est l'insecte que je ressemble4 ,il s'agite dans la poussire1 il se nourrit d'elle1 et le voyageur1 en passant1 l'crase et le dtruit4 ,n'est-ce pas la poussire en effet1 que ces livres dont je suis environn8 ,ne suis-je pas enferm dans le cachot de la science8 ces murs1 ces vitraux qui m'entourent1 laissent-ils pntrer seulement jusqu' moi la lumire du jour sans l'altrer8 ,que dois-je faire de ces innombrables volumes1 de ces niaiseries sans fin qui remplissent ma tte8 ,y trouverai-je ce qui me manque8 ,si je parcours ces pages1 qu'y lirai-je8 ,que partout les hommes se sont tourments sur leur sort2 que de temps en temps un heureux a paru1 et qu'il a fait le dsespoir du reste de la terre4 7,une tte de mort est sur la table74 ,et toi1 qui sembles m'adresser un ricanement si terrible1 l'esprit qui habitait jadis ton cerveau n'a-t-il pas err comme le mien1 n'a-t-il pas cherch la lumire1 et succomb sous le poids des tnbres3 ces machines de tout genre que mon pre avait rassembles pour servir ses vains travaux1 ces roues1 ces cylindres1 ces leviers1 me rvleront-ils le secret de la nature8 ,non1 elle est mystrieuse1 bien qu'elle semble se montrer au jour2 et ce qu'elle veut cacher1 tous les efforts de la science ne l'arracheront jamais de son sein4 ,c'est donc vers toi que mes regards sont attirs1 liqueur empoisonne6 ,toi qui donnes la mort1 je te salue comme une ple lueur dans la fort sombre4 ,en toi j'honore la science et l'esprit de l'homme4 ,tu es la plus douce essence des sucs qui procurent le sommeil2 tu contiens toutes les forces qui tuent4 ,viens mon secours4 ,je sens dj l'agitation de mon esprit qui se calme2 je vais m'lancer dans la haute mer4 ,les flots limpides brillent comme un miroir mes pieds4 ,un nouveau jour m'appelle vers l'autre bord4 ,un char de feu plane dj sur ma tte2 j'y vais monter2 je saurai parcourir les sphres thres1 et goter les dlices des cieux4 ,mais dans mon abaissement1 comment les mriter8 ,oui1 je le puis1 si je l'ose1 si j'enfonce avec courage ces portes de la mort1 devant lesquelles chacun passe en frmissant4 ,il est temps de montrer la dignit de l'homme4 ,il ne faut plus qu'il tremble au bord de cet abme1 o son imagination se condamne elle-mme ses propres tourments1 et dont les flammes de l'enfer semblent dfendre l'approche4 ,c'est dans cette coupe d'un pur cristal1 que je vais verser le poison mortel4 ,hlas6 jadis elle servait pour un autre usage3 on la passait de main en main dans les festins joyeux de nos pres1 et le convive1 en la prenant1 clbrait en vers sa beaut4 ,coupe dore6 tu me rappelles les nuits bruyantes de ma jeunesse4 ,je ne t'offrirai plus mon voisin1 je ne vanterai plus l'artiste qui sut t'embellir4 ,une liqueur sombre te remplit1 je l'ai prpare1 je la choisis4 ,ah6 qu'elle soit pour moi la libation solennelle que je consacre au matin d'une nouvelle vie6 ,au moment o ,faust va prendre le poison1 il entend les cloches qui annoncent dans la ville le jour de ,pques1 et les churs1 qui1 dans l'glise voisine1 clbrent cette sainte fte4 ,,le ,,ch,,ur4 ,le ,christ est ressuscit4 ,que les mortels dgnrs1 faibles et tremblants1 s'en rjouissent6 ,,faust4 ,comme le bruit imposant de l'airain m'branle jusqu'au fond de l'me6 ,quelles voix pures font tomber la coupe empoisonne de ma main6 ,annoncez-vous1 cloches retentissantes1 la premire heure du jour de ,pques8 ,vous1 chur6 clbrez-vous dj les chants consolateurs1 ces chants que1 dans la nuit du tombeau1 les anges firent entendre1 quand ils descendirent du ciel pour commencer la nouvelle alliance8 ,le chur rpte une seconde fois3 ,le ,christ1 etc4 ,,faust4 ,chants clestes1 puissants et doux1 pourquoi me cherchez-vous dans la poussire8 faites-vous entendre aux humains que vous pouvez consoler4 ,j'coute le message que vous m'apportez1 mais la foi me manque pour y croire4 ,le miracle est l'enfant chri de la foi4 ,je ne puis m'lancer dans la sphre d'o votre auguste nouvelle est descendue2 et cependant1 accoutum ds l'enfance ces chants1 ils me rappellent la vie4 ,autrefois un rayon de l'amour divin descendait sur moi1 pendant la solennit tranquille du dimanche4 ,le bourdonnement sourd de la cloche remplissait mon me du pressentiment de l'avenir1 et ma prire tait une jouissance ardente4 ,cette mme cloche annonait aussi les jeux de la jeunesse1 et la fte du printemps4 ,le souvenir ranime en moi les sentiments enfantins qui nous dtournent de la mort4 ,oh6 faites-vous entendre encore1 chants clestes6 la terre m'a reconquis4 ,ce moment d'exaltation ne dure pas2 ,faust est un caractre inconstant1 les passions du monde le reprennent4 ,il cherche les satisfaire1 il souhaite de s'y livrer2 et le diable1 sous le nom de ,mphistophls1 vient et lui promet de le mettre en possession de toutes les jouissances de la terre2 mais en mme temps il sait le dgoter de toutes1 car la vraie mchancet dessche tellement l'me1 qu'elle finit par inspirer une indiffrence profonde pour les plaisirs aussi bien que pour les vertus4 ,mphistophls conduit ,faust chez une sorcire1 qui tient ses ordres des animaux moiti singes et moiti chats 7,meer-katzen74 ,on peut considrer cette scne1 quelques gards1 comme la parodie des ,sorcires de ,macbeth4 ,les ,sorcires de ,macbeth chantent des paroles mystrieuses1 dont les sons extraordinaires font dj l'effet d'un sortilge2 les ,sorcires de ,gthe prononcent aussi des mots bizarres1 dont les consonnances sont artistement multiplies2 ces mots excitent l'imagination la gat1 par la singularit mme de leur structure2 et le dialogue de cette scne1 qui ne serait que burlesque en prose1 prend un caractre plus relev par le charme de la posie4 ,on croit dcouvrir1 en coutant le langage comique de ces chats-singes1 quelles seraient les ides des animaux s'ils pouvaient les exprimer1 quelle image grossire et ridicule ils se feraient de la nature et de l'homme4 ,il n'y a gure d'exemples dans les pices franaises de ces plaisanteries fondes sur le merveilleux1 les prodiges1 les sorcires1 les mtamorphoses1 etc43 c'est jouer avec la nature1 comme dans la comdie de murs on joue avec les hommes4 ,mais il faut1 pour se plaire ce comique1 n'y point appliquer le raisonnement1 et regarder les plaisirs de l'imagination comme un jeu libre et sans but4 ,nanmoins ce jeu n'en est pas pour cela plus facile1 car les barrires sont souvent des appuis2 et quand on se livre en littrature des inventions sans bornes1 il n'y a que l'excs et l'emportement mme du talent qui puissent leur donner quelque mrite2 l'union du bizarre et du mdiocre ne serait pas tolrable4 ,mphistophls conduit ,faust dans les socits des jeunes gens de toutes les classes1 et subjugue de diffrentes manires les divers esprits qu'il rencontre4 ,il ne les subjugue jamais par l'admiration1 mais par l'tonnement4 ,il captive toujours par quelque chose d'inattendu et de ddaigneux dans ses paroles et dans ses actions2 car la plupart des hommes vulgaires font d'autant plus de cas d'un esprit suprieur qu'il ne se soucie pas d'eux4 ,un instinct secret leur dit que celui qui les mprise voit juste4 ,un colier de ,leipzig1 sortant de la maison maternelle1 et niais comme on peut l'tre cet ge dans les bons pays de l',allemagne1 vient consulter ,faust sur ses tudes2 ,faust prie ,mphistophls de se charger de lui rpondre4 ,il revt la robe de docteur1 et pendant qu'il attend l'colier1 il exprime seul son ddain pour ,faust4 ,cet homme1 dit-il1 ne sera jamais qu' demi pervers1 et c'est en vain qu'il se flatte de parvenir l'tre entirement4 ,en effet1 une maladresse cause par des regrets invincibles entrave les honntes gens1 quand ils se dtournent de leur route naturelle1 et les hommes radicalement mauvais se moquent de ces candidats du vice1 qui ont bonne intention de faire le mal1 mais qui sont sans talent pour l'accomplir4 ,enfin l'colier se prsente1 et rien n'est plus naf que l'empressement gauche et confiant de ce jeune ,allemand1 qui arrive pour la premire fois dans une grande ville1 dispos tout1 et ne connaissant rien1 ayant peur et envie de chaque chose qu'il voit2 dsirant de s'instruire1 souhaitant fort de s'amuser1 et s'approchant avec un sourire gracieux de ,mphistophls1 qui le reoit d'un air froid et moqueur2 le contraste entre la bonhomie tout en dehors de l'un1 et l'insolence contenue de l'autre1 est admirablement spirituel4 ,il n'y a pas une connaissance que l'colier ne voult acqurir1 et ce qu'il lui convient d'apprendre1 dit-il1 c'est la science et la nature4 ,mphistophls le flicite de la prcision de son plan d'tude4 ,il s'amuse dcrire les quatre facults3 la jurisprudence1 la mdecine1 la philosophie1 et la thologie1 de manire embrouiller la tte de l'colier pour toujours4 ,mphistophls lui fait mille arguments divers1 que l'colier approuve tous les uns aprs les autres1 mais dont la conclusion l'tonne1 parce qu'il s'attend au srieux et que le ,diable plaisante toujours4 ,l'colier de bonne volont se prpare l'admiration1 et le rsultat de tout ce qu'il entend n'est qu'un ddain universel4 ,mphistophls convient lui-mme que le doute vient de l'enfer1 et que les dmons1 ce sont ceux qui nient2 mais il exprime le doute avec un ton dcid1 qui1 mlant l'arrogance du caractre l'incertitude de la raison1 ne laisse de consistance qu'aux mauvais penchants4 ,aucune croyance1 aucune opinion ne reste fixe dans la tte1 aprs avoir entendu ,mphistophls1 et l'on s'examine soi-mme1 pour savoir s'il y a quelque chose de vrai dans ce monde1 ou si l'on ne pense que pour se moquer de tous ceux qui croient penser4 ,ne doit-il pas toujours y avoir une ide dans un mot8 dit l'colier4--,oui1 si cela se peut1 rpond ,mphistophls2 mais il ne faut pourtant pas trop se tourmenter l-dessus2 car l o les ides manquent1 les mots viennent propos pour y suppler4 ,l'colier quelquefois ne comprend pas ,mphistophls1 mais n'en a que plus de respect pour son gnie4 ,avant de le quitter1 il le prie d'crire quelques lignes sur son ,album2 c'est le livre dans lequel1 selon les bienveillants usages de l',allemagne1 chacun se fait donner une marque de souvenir par ses amis4 ,mphistophls crit ce que ,satan a dit ve pour l'engager manger le fruit de l'arbre de vie3 ,vous serez comme ,dieu1 connaissant le bien et le mal4 ,je peux bien1 se dit-il lui-mme1 emprunter cette ancienne sentence mon cousin le serpent2 il y a longtemps qu'on s'en sert dans ma famille4 ,l'colier reprend son livre1 et s'en va parfaitement satisfait4 ,faust s'ennuie1 et ,mphistophls lui conseille de devenir amoureux4 ,il le devient en effet d'une jeune fille du peuple1 tout fait innocente et nave1 qui vit dans la pauvret avec sa vieille mre4 ,mphistophls1 pour introduire ,faust auprs d'elle1 imagine de faire connaissance avec une de ses voisines1 ,marthe1 chez laquelle la jeune ,marguerite va quelquefois4 ,cette femme a son mari dans les pays trangers1 et se dsole de n'en point recevoir de nouvelles2 elle serait bien triste de sa mort1 mais au moins voudrait-elle en avoir la certitude2 et ,mphistophls adoucit singulirement sa douleur1 en lui promettant un extrait mortuaire de son poux1 bien en rgle1 qu'elle pourra1 suivant la coutume1 faire publier dans la gazette4 ,la pauvre ,marguerite est livre la puissance du mal2 l'esprit infernal s'acharne sur elle1 et la rend coupable1 sans lui ter cette droiture de cur qui ne peut trouver de repos que dans la vertu4 ,un mchant habile se garde bien de pervertir entirement les honntes gens qu'il veut gouverner3 car son ascendant sur eux se compose des fautes et des remords qui les troublent tour tour4 ,faust1 aid par ,mphistophls1 sduit cette jeune fille1 singulirement simple d'esprit et d'me4 ,elle est pieuse1 bien qu'elle soit coupable1 et1 seule avec ,faust1 elle lui demande s'il a de la religion4--,mon enfant1 lui dit-il1 tu le sais1 je t'aime4 ,je donnerais pour toi mon sang et ma vie2 je ne voudrais troubler la foi de personne4 ,n'est-ce pas l tout ce que tu peux dsirer8 ,,marguerite4 ,non1 il faut croire4 ,,faust4 ,le faut-il8 ,,marguerite4 ,ah6 si je pouvais quelque chose sur toi6 tu ne respectes pas assez les saints sacrements4 ,,faust4 ,je les respecte4 ,,marguerite4 ,mais sans en approcher2 depuis longtemps1 tu ne t'es point confess1 tu n'as point t la messe2 crois-tu en ,dieu8 ,,faust4 ,ma chre amie1 qui ose dire3 ,je crois en ,dieu8--,si tu fais cette question aux prtres et aux sages1 ils rpondront comme s'ils voulaient se moquer de celui qui les interroge4 ,,marguerite4 ,ainsi donc1 tu ne crois rien4 ,,faust4 ,n'interprte pas mal ce que je dis1 charmante crature3 qui peut nommer la divinit et dire3 ,je la conois8 qui peut tre sensible et ne pas y croire8 ,le soutien de cet univers n'embrasse-t-il pas toi1 moi1 la nature entire8 ,le ciel ne s'abaisse-t-il pas en pavillon sur nos ttes8 la terre n'est-elle pas inbranlable sous nos pieds1 et les toiles ternelles1 du haut de leur sphre1 ne nous regardent-elles pas avec amour8 ,tes yeux ne se rflchissent-ils pas dans mes yeux attendris8 ,un mystre ternel1 invisible et visible1 n'attire-t-il pas mon cur vers le tien8 ,remplis ton me de ce mystre1 et quand tu prouves la flicit suprme du sentiment1 appelle-l1 cette flicit1 cur1 amour1 ,dieu1 n'importe4 ,le sentiment est tout1 les noms ne sont qu'un vain bruit1 une vaine fume1 qui obscurcit la clart des cieux4 ,ce morceau1 d'une loquence inspire1 ne conviendrait pas la disposition de ,faust1 si dans ce moment il n'tait pas meilleur1 parce qu'il aime1 et si l'intention de l'auteur n'avait pas t1 sans doute1 de montrer combien une croyance ferme et positive est ncessaire1 puisque ceux mme que la nature a faits sensibles et bons1 n'en sont pas moins capables des plus funestes garements1 quand ce secours leur manque4 ,faust se lasse de l'amour de ,marguerite comme de toutes les jouissances de la vie2 rien n'est plus beau1 en allemand1 que les vers dans lesquels il exprime tout la fois l'enthousiasme de la science et la satit du bonheur4 ,,faust1 seul4 ,esprit sublime6 tu m'as accord tout ce que je t'ai demand4 ,ce n'est pas en vain que tu as tourn vers moi ton visage entour de flammes2 tu m'as donn la magique nature pour empire1 tu m'as donn la force de la sentir et d'en jouir4 ,ce n'est pas une froide admiration que tu m'as permise1 mais une intime connaissance1 et tu m'as fait pntrer dans le sein de l'univers1 comme dans celui d'un ami2 tu as conduit devant moi la troupe varie des vivants1 et tu m'as appris connatre mes frres dans les habitants des bois1 des airs et des eaux4 ,quand l'orage gronde dans la fort1 quand il dracine et renverse les pins gigantesques dont la chute fait retentir la montagne1 tu me guides dans un sr asile1 et tu me rvles les secrtes merveilles de mon propre cur4 ,lorsque la lune tranquille monte lentement vers les cieux1 les ombres argentes des temps antiques planent mes yeux sur les rochers1 dans les bois1 et semblent m'adoucir le svre plaisir de la mditation4 ,mais je le sens1 hlas6 l'homme ne peut atteindre rien de parfait2 ct de ces dlices qui me rapprochent des dieux1 il faut que je supporte ce compagnon froid1 indiffrent1 hautain1 qui m'humilie mes propres yeux1 et d'un mot rduit au nant tous les dons que tu m'as faits4 ,il allume dans mon sein un feu dsordonn qui m'attire vers la beaut2 je passe avec ivresse du dsir au bonheur2 mais au sein du bonheur mme1 bientt un vague ennui me fait regretter le dsir4 ,l'histoire de ,marguerite serre douloureusement le cur4 ,son tat vulgaire1 son esprit born1 tout ce qui la soumet au malheur1 sans qu'elle puisse y rsister1 inspire encore plus de piti pour elle4 ,gthe1 dans ses romans et dans ses pices1 n'a presque jamais donn des qualits suprieures aux femmes1 mais il peint merveille le caractre de faiblesse qui leur rend la protection si ncessaire4 ,marguerite veut recevoir chez elle ,faust l'insu de sa mre1 et donne cette pauvre femme1 d'aprs le conseil de ,mphistophls1 une potion assoupissante qu'elle ne peut supporter1 et qui la fait mourir4 ,la coupable ,marguerite devient grosse1 sa honte est publique1 tout le quartier qu'elle habite la montre au doigt4 ,le dshonneur semble avoir plus de prise sur les personnes d'un rang lev1 et peut-tre cependant est-il encore plus redoutable dans la classe du peuple4 ,tout est si tranch1 si positif1 si irrparable parmi les hommes qui n'ont pour rien des paroles nuances6 ,gthe saisit admirablement ces murs1 tout la fois si prs et loin de nous2 il possde au suprme degr l'art d'tre parfaitement naturel dans mille natures diffrentes4 ,valentin1 soldat1 frre de ,marguerite1 arrive de la guerre pour la revoir2 et quand il apprend sa honte1 la souffrance qu'il prouve1 et dont il rougit1 se trahit par un langage pre et touchant la fois4 ,l'homme dur en apparence1 et sensible au fond de l'me1 cause une motion inattendue et poignante4 ,gthe a peint avec une admirable vrit le courage qu'un soldat peut employer contre la douleur morale1 contre cet ennemi nouveau qu'il sent en lui-mme1 et que ses armes ne sauraient combattre4 ,enfin1 le besoin de la vengeance le saisit1 et porte vers l'action tous les sentiments qui le dvoraient intrieurement4 ,il rencontre ,mphistophls et ,faust1 au moment o ils vont donner un concert sous les fentres de sa sur4 ,valentin provoque ,faust1 se bat avec lui1 et reoit une blessure mortelle4 ,ses adversaires disparaissent1 pour viter la fureur du peuple4 ,marguerite arrive1 demande qui est l tout sanglant sur la terre4 ,le peuple lui rpond3 ,le fils de ta mre4 ,et son frre1 en mourant1 lui adresse des reproches plus terribles et plus dchirants que jamais la langue police n'en pourrait exprimer4 ,la dignit de la tragdie ne saurait permettre d'enfoncer si avant les traits de la nature dans le cur4 ,mphistophls oblige ,faust quitter la ville1 et le dsespoir que lui fait prouver le sort de ,marguerite intresse lui de nouveau4 ,hlas6 s'crie ,faust1 elle et t si facilement heureuse6 une simple cabane dans une valle des ,alpes1 quelques occupations domestiques1 auraient suffi pour satisfaire ses dsirs borns1 et remplir sa douce vie3 mais moi1 l'ennemi de ,dieu1 je n'ai pas eu de repos que je n'eusse bris son cur1 et fait tomber en ruines sa pauvre destine4 ,ainsi donc la paix doit lui tre ravie pour toujours4 ,il faut qu'elle soit la victime de l'enfer4 ,h bien6 dmon1 abrge mon angoisse1 fais arriver ce qui doit arriver4 ,que le sort de cette infortune s'accomplisse1 et prcipite-moi du moins avec elle dans l'abme4 ,l'amertume et le sang-froid de la rponse de ,mphistophls sont vraiment diaboliques4 ,comme tu t'enflammes1 lui dit-il1 comme tu bouillonnes6 je ne sais comment te consoler1 et sur mon honneur je me donnerais au diable1 si je ne l'tais pas moi-mme3 mais penses-tu donc1 insens1 que parce que ta pauvre tte ne voit plus d'issue1 il n'y en ait plus vritablement8 ,vive celui qui sait tout supporter avec courage6 ,je t'ai dj rendu passablement semblable moi1 et songe1 je t'en prie1 qu'il n'y a rien de plus fastidieux dans ce monde qu'un diable qui se dsespre4 ,marguerite va seule l'glise1 l'unique refuge qui lui reste2 une foule immense remplit le temple1 et le service des morts est clbr dans ce lieu solennel4 ,marguerite est couverte d'un voile3 elle prie avec ardeur2 et lorsqu'elle commence se flatter de la misricorde divine1 le mauvais esprit lui parle d'une voix basse et lui dit3 ,te souviens-tu1 ,marguerite1 de ce temps o tu venais ici te prosterner devant l'autel8 tu tais alors pleine d'innocence1 tu balbutiais timidement les psaumes1 et ,dieu rgnait dans ton cur4 ,marguerite1 qu'as-tu fait8 que de crimes tu as commis6 ,viens-tu prier pour l'me de ta mre1 dont la mort pse sur ta tte8 ,sur le seuil de ta porte1 vois-tu quel est ce sang8 c'est celui de ton frre1 et ne sens-tu pas s'agiter dans ton sein une crature infortune qui te prsage dj de nouvelles douleurs8 ,,marguerite4 ,malheur6 malheur6 comment chapper aux penses qui naissent dans mon me et se soulvent contre moi8 ,,le ,,ch,,ur1 chante dans l'glise4 ,dies ir1 dies illa1 ,solvet sculum in favilla4#cb ,,le ,,mauvais ,,esprit4 ,le courroux cleste te menace1 ,marguerite2 les trompettes de la rsurrection retentissent3 les tombeaux s'branlent1 et ton cur va se rveiller pour sentir les flammes ternelles4 ,,marguerite4 ,ah6 si je pouvais m'loigner d'ici6 les sons de cet orgue m'empchent de respirer1 et les chants des prtres font pntrer dans mon me une motion qui la dchire4 ,,le ,,ch,,ur4 ,judex ergo cum sedebit1 ,quidquid latet apparebit1 ,nil inultum remanebit4#cc ,,marguerite4 ,on dirait que ces murs se rapprochent pour m'touffer2 la vote du temple m'oppresse3 de l'air6 de l'air6 ,,le ,,mauvais ,,esprit4 ,cache-toi2 le crime et la honte te poursuivent4 ,tu demandes de l'air et de la lumire1 misrable6 qu'en espres-tu8 ,,le ,,ch,,ur4 ,quid sum miser tunc dicturus8 ,quem patronum rogaturus8 ,cum vix justus sit securus#cd8 ,,le ,,mauvais ,,esprit4 ,les ,saints dtournent leur visage de ta prsence2 ils rougiraient de tendre leurs mains pures vers toi4 ,,le ,,ch,,ur4 ,quid sum miser tunc dicturus8 ,marguerite crie au secours et s'vanouit4 ,quelle scne6 ,cette infortune qui1 dans l'asile de la consolation1 trouve le dsespoir2 cette foule rassemble1 priant ,dieu avec confiance1 tandis qu'une malheureuse femme1 dans le temple mme du ,seigneur1 rencontre l'esprit de l'enfer6 ,les paroles svres de l'hymne sainte sont interprtes par l'inflexible mchancet du mauvais gnie4 ,quel dsordre dans le cur6 que de maux entasss sur une faible pauvre tte6 et quel talent1 que celui qui sait ainsi reprsenter l'imagination ces moments o la vie s'allume en nous comme un feu sombre1 et jette sur nos jours passagers la terrible lueur de l'ternit des peines6 ,mphistophls imagine de transporter ,faust dans le sabbat des sorcires pour le distraire de ses peines2 et il y a l une scne dont il est impossible de donner l'ide1 quoiqu'il s'y trouve un grand nombre de penses retenir3 ce sont vraiment les ,saturnales de l'esprit1 que cette fte du sabbat4 ,la marche de la pice est suspendue par cet intermde1 et plus on trouve la situation forte1 plus il est impossible de se soumettre mme aux inventions du gnie1 lorsqu'elles interrompent ainsi l'intrt4 ,au milieu du tourbillon de tout ce qu'on peut imaginer et dire1 quand les images et les ides se prcipitent1 se confondent1 et semblent retomber dans les abmes dont la raison les a fait sortir1 il vient une scne qui se rattache la situation d'une manire terrible4 ,les conjurations de la magie font apparatre divers tableaux1 et tout coup ,faust s'approche de ,mphistophls1 et lui dit3 ,ne vois-tu pas l-bas une jeune fille belle et ple1 qui se tient seule dans l'loignement8 ,elle s'avance lentement1 ses pieds semblent attachs l'un l'autre2 ne trouves-tu pas qu'elle ressemble ,marguerite8 ,m,,phistoph,l,s4 ,c'est un effet de la magie1 rien qu'une illusion4 ,il n'est pas bon d'y arrter tes regards4 ,ces yeux fixes glacent le sang des hommes4 ,c'est ainsi que la tte de ,mduse changeait jadis en pierre ceux qui la considraient4 ,,faust4 ,il est vrai que cette image a les yeux ouverts comme un mort qui les mains d'un ami ne les aurait pas ferms4 ,voil le sein sur lequel j'ai repos ma tte2 voil les charmes que mon cur a possds4 ,m,,phistoph,l,s4 ,insens6 tout cela n'est que de la sorcellerie2 chacun dans ce fantme croit voir sa bien-aime4 ,,faust4 ,quel dlire6 quelle souffrance6 ,je ne peux m'loigner de ce regard2 mais autour de ce beau cou1 que signifie ce collier rouge1 large comme le tranchant d'un couteau8 ,m,,phistoph,l,s4 ,c'est vrai3 mais qu'y veux-tu faire8 ,ne t'abme pas dans tes rveries2 viens sur cette montagne1 on t'y prpare une fte4 ,viens4 ,faust apprend que ,marguerite a tu l'enfant qu'elle a mis au jour1 esprant ainsi se drober la honte4 ,son crime a t dcouvert2 on l'a mise en prison1 et le lendemain elle doit prir sur l'chafaud4 ,faust maudit ,mphistophls avec fureur2 ,mphistophls accuse ,faust avec sang-froid1 et lui prouve que c'est lui qui a dsir le mal1 et qu'il ne l'a aid que parce qu'il l'avait appel4 ,une sentence de mort est porte contre ,faust1 parce qu'il a tu le frre de ,marguerite4 ,nanmoins1 il s'introduit en secret dans la ville1 obtient de ,mphistophls les moyens de dlivrer ,marguerite1 et pntre la nuit dans son cachot1 dont il a drob les clefs4 ,il l'entend de loin murmurer une chanson qui prouve l'garement de son esprit2 les paroles de cette chanson sont trs vulgaires1 et ,marguerite tait naturellement pure et dlicate4 ,on peint d'ordinaire les folles comme si la folie s'arrangeait avec les convenances1 et donnait seulement le droit de ne pas finir les phrases commences1 et de briser propos le fil des ides2 mais cela n'est pas ainsi3 le vritable dsordre de l'esprit se montre presque toujours sous des formes trangres la cause mme de la folie1 et la gat des malheureux est bien plus dchirante que leur douleur4 ,faust entre dans la prison3 ,marguerite croit qu'on vient la chercher pour la conduire la mort4 ,,marguerite1 se soulevant de son lit de paille1 s'crie3 ,ils viennent6 ils viennent6 oh1 que la mort est amre6 ,,faust1 bas4 ,doucement1 doucement2 je vais te dlivrer4 7,il s'approche d'elle pour briser ses fers74 ,,marguerite4 ,si tu es un homme1 mon dsespoir te touchera4 ,,faust4 ,plus bas1 plus bas2 tu veilleras la garde par tes cris4 ,,marguerite se jette genoux4 ,qui t'a donn1 barbare1 cette puissance sur moi8 ,il n'est que minuit3 pourquoi viens-tu dj me chercher8 ,aie piti de mes larmes1 laisse-moi vivre encore3 demain matin1 n'est-ce pas assez tt8 7,marguerite se relve74 ,je suis pourtant si jeune1 si jeune6 et dois-je dj mourir8 ,j'tais belle aussi3 c'est ce qui a fait ma perte4 ,mon ami tait alors prs de moi3 il est maintenant bien loin4 ,les fleurs de ma guirlande sont disperses4 ,ne me prends pas la main avec tant de violence4 ,mnage-moi4 ,ne me laisse pas pleurer en vain4 ,jamais1 jusqu' ce jour1 je ne t'ai vu4 ,,faust4 ,comment supporter sa douleur6 ,,marguerite4 ,je suis tout fait en ton pouvoir4 ,seulement laisse-moi allaiter mon enfant2 je l'ai press sur mon cur toute la nuit4 ,ils me l'ont t pour m'affliger4 ,n'ont-ils pas prtendu que je l'avais tu8 ,jamais je ne redeviendrai ce que j'tais6 ,n'ont-ils pas chant des chansons contre moi1 ces mchants1 que voulaient-ils donc dire8 ,,faust se jette ses pieds4 ,ton amant est tes pieds2 il vient ouvrir les portes de cette horrible prison4 ,,marguerite4 ,oui1 mettons-nous genoux2 appelons les saints notre secours4 ,les cris de l'enfer se font entendre1 et les mauvais gnies nous attendent sur le seuil de mon cachot4 ,,faust4 ,marguerite6 ,marguerite6 ,,marguerite1 attentive4 ,c'tait la voix de mon ami4 7,elle se prcipite vers ,faust1 et ses fers tombent74 ,o est-il8 ,je l'ai entendu m'appeler4 ,je suis libre4 ,personne ne pourra plus me retenir en prison4 ,je m'appuierai sur son bras1 je me reposerai sur son sein4 ,il appelle ,marguerite3 il est l1 devant la porte4 ,au milieu des hurlements de l'impitoyable mort1 j'entends la douce et touchante harmonie de sa voix6 ,,faust4 ,oui1 c'est moi1 ,marguerite6 ,,marguerite4 ,c'est toi6 dis-le encore une fois4 7,elle le serre contre son cur74 ,c'est lui6 c'est lui6 ,qu'est devenue l'angoisse des fers et de l'chafaud8 ,c'est toi6 je suis sauve6 ,j'aperois devant moi la route o je te vis pour la premire fois1 le jardin si riant o ,marthe et moi nous t'attendions4 ,,faust4 ,viens1 viens4 ,,marguerite4 ,il m'est si doux de rester quand tu demeures6 ,ah6 ne t'loigne pas6 ,,faust4 ,hte-toi2 nous payerions bien cher le moindre retard4 ,,marguerite4 ,quoi6 tu ne rponds point mes embrassements8 ,mon ami1 il y a si peu de temps que nous nous sommes quitts6 ,as-tu donc dj dsappris me serrer contre ton cur8 ,jadis tes paroles1 tes regards appelaient sur moi tout le ciel6 ,embrasse-moi1 de grce2 embrasse-moi6 ,ton cur est donc froid et muet8 ,qu'as-tu fait de ton amour8 qui me l'a ravi8 ,,faust4 ,viens1 suis-moi1 chre amie3 prends courage3 je t'aime avec transport2 mais suis-moi1 c'est ma seule prire4 ,,marguerite4 ,es-tu bien ,faust8 ,es-tu bien toi8 ,,faust4 ,oui1 sans doute2 oui1 viens4 ,,marguerite4 ,tu me dlivres de mes chanes1 tu me reprends de nouveau dans tes bras4 ,d'o vient que tu n'as pas horreur de ,marguerite8 ,sais-tu bien1 mon ami1 sais-tu bien qui tu dlivres8 ,,faust4 ,viens1 viens2 dj la nuit est moins profonde4 ,,marguerite4 ,ma mre6 c'est moi qui l'ai tue6 ,mon enfant6 c'est moi qui l'ai noy6 ,n'appartenait-il pas toi comme moi8 ,est-il donc vrai1 ,faust1 que je te voie8 ,n'est-ce pas un rve8 ,donne-moi ta main1 ta main chrie4 ,o ciel6 elle est humide4 ,essuie-la4 ,je crois qu'il y a du sang6 ,cache-moi ton pe2 o est mon frre8 ,je t'en prie1 cache-la-moi4 ,,faust4 ,laisse donc dans l'oubli l'irrparable pass2 tu me fais mourir4 ,,marguerite4 ,non1 il faut que tu restes4 ,je veux te dcrire les tombeaux que tu feras prparer ds demain4 ,il faut donner la meilleure place ma mre2 mon frre doit tre prs d'elle4 ,moi1 tu me mettras un peu plus loin2 mais cependant pas trop loin1 et mon enfant droite1 sur mon sein3 mais personne ne doit reposer mes cts4 ,j'aurais voulu que tu fusses prs de moi2 mais c'tait un bonheur doux et pur1 il ne m'appartient plus4 ,je me sens entrane vers toi1 et il me semble que tu me repousses avec violence2 cependant tes regards sont pleins de tendresse et de bont4 ,,faust4 ,ah6 si tu me reconnais1 viens4 ,,marguerite4 ,o donc irais-je8 ,,faust4 ,tu seras libre4 ,,marguerite4 ,la tombe est l dehors4 ,la mort pie mes pas4 ,viens2 mais conduis-moi dans la demeure ternelle3 je ne puis aller que l4 ,tu veux partir8 mon ami6 si je pouvais444 ,,faust4 ,tu le peux1 si tu le veux2 les portes sont ouvertes4 ,,marguerite4 ,je n'ose pas sortir2 il n'est plus pour moi d'esprance4 ,que me sert-il de fuir8 ,mes perscuteurs m'attendent4 ,mendier est si misrable1 et surtout avec une mauvaise conscience6 ,il est triste aussi d'errer dans l'tranger2 et d'ailleurs partout ils me saisiront4 ,,faust4 ,je resterai prs de toi4 ,,marguerite4 ,vite1 vite1 sauve ton pauvre enfant4 ,pars1 suis le chemin qui borde le ruisseau2 traverse le sentier qui conduit la fort1 gauche1 prs de l'cluse1 dans l'tang2 saisis-le tout de suite3 il tendra ses mains vers le ciel2 des convulsions les agitent4 ,sauve-le6 sauve-le6 ,,faust4 ,reprends tes sens2 encore un pas1 et tu n'as plus rien craindre4 ,,marguerite4 ,si seulement nous avions dj pass la montagne444 l'air est si froid prs de la fontaine4 ,l1 ma mre est assise sur un rocher1 et sa vieille tte est branlante4 ,elle ne m'appelle pas2 elle ne me fait pas signe de venir3 seulement ses yeux sont appesantis2 elle ne s'veillera plus4 ,autrefois1 nous nous rjouissions quand elle dormait444 ,ah6 quel souvenir6 ,,faust4 ,puisque tu n'coutes pas mes prires1 je veux t'entraner malgr toi4 ,,marguerite4 ,laisse-moi4 ,non1 je ne souffrirai point la violence2 ne me saisis pas ainsi avec ta force meurtrire4 ,ah6 je n'ai que trop fait ce que tu as voulu4 ,,faust4 ,le jour parat1 chre amie6 chre amie6 ,,marguerite4 ,oui1 bientt il fera jour2 mon dernier jour pntre dans ce cachot2 il vient pour clbrer mes noces ternelles3 ne dis personne que tu as vu ,marguerite cette nuit4 ,malheur ma couronne6 elle est fltrie3 nous nous reverrons1 mais non pas dans les ftes4 ,la foule va se presser1 le bruit sera confus2 la place1 les rues suffiront peine la multitude4 ,la cloche sonne1 le signal est donn4 ,ils vont lier mes mains1 bander mes yeux2 je monterai sur l'chafaud sanglant1 et le tranchant du fer tombera sur ma tte444 ,ah6 le monde est dj silencieux comme le tombeau4 ,,faust4 ,ciel6 pourquoi donc suis-je n8 ,m,,phistoph,l,s parat la porte4 ,htez-vous1 ou vous tes perdus3 vos dlais1 vos incertitudes sont funestes2 mes cheveux frissonnent2 le froid du matin se fait sentir4 ,,marguerite4 ,qui sort ainsi de la terre8 ,c'est lui1 c'est lui2 renvoyez-le4 ,que ferait-il dans le saint lieu8 ,c'est moi qu'il veut enlever4 ,,faust4 ,il faut que tu vives4 ,,marguerite4 ,tribunal de ,dieu1 je m'abandonne toi6 ,m,,phistoph,l,s1 ,faust4 ,viens1 viens1 o je te livre la mort avec elle4 ,,marguerite4 ,pre cleste1 je suis toi2 et vous1 anges1 sauvez-moi1 troupes sacres1 entourez-moi1 dfendez-moi4 ,faust1 c'est ton sort qui m'afflige444 ,m,,phistoph,l,s4 ,elle est juge4 ,,des ,,voix ,,du ,,ciel ,s',,crient3 ,elle est sauve4 ,m,,phistoph,l,s1 ,faust4 ,suis-moi4 7,mphistophls disparat avec ,faust2 on entend encore dans le fond du cachot la voix de ,marguerite qui rappelle vainement son ami74 ,faust6 ,faust6 ,la pice est interrompue aprs ces mots4 ,l'intention de l'auteur est sans doute que ,marguerite prisse1 et que ,dieu lui pardonne2 que la vie de ,faust soit sauve1 mais que son me soit perdue4 ,il faut suppler par l'imagination au charme qu'une trs belle posie doit ajouter aux scnes que j'ai essay de traduire2 il y a toujours dans l'art de la versification un genre de mrite reconnu de tout le monde1 et qui est indpendant du sujet auquel il est appliqu4 ,dans la pice de ,faust1 le rythme change suivant la situation1 et la varit brillante qui en rsulte est admirable4 ,la langue allemande prsente un plus grand nombre de combinaisons que la ntre1 et ,gthe semble les avoir toutes employes pour exprimer1 avec les sons comme avec les images1 la singulire exaltation d'ironie et d'enthousiasme1 de tristesse et de gat1 qui l'a port composer cet ouvrage4 ,il serait vritablement trop naf de supposer qu'un tel homme ne sache pas toutes les fautes de got qu'on peut reprocher sa pice2 mais il est curieux de connatre les motifs qui l'ont dtermin les y laisser1 ou plutt les y mettre4 ,gthe ne s'est astreint1 dans cet ouvrage1 aucun genre2 ce n'est ni une tragdie1 ni un roman4 ,l'auteur a voulu abjurer dans cette composition toute manire sobre de penser et d'crire3 on y trouverait quelque rapport avec ,aristophane1 si les traits du pathtique de ,shakespeare n'y mlaient des beauts d'un tout autre genre4 ,faust tonne1 meut1 attendrit2 mais il ne laisse pas une douce impression dans l'me4 ,quoique la prsomption et le vice y soient cruellement punis1 on ne sent pas dans cette punition une main bienfaisante2 on dirait que le mauvais principe dirige lui-mme la vengeance contre le crime qu'il fait commettre2 et le remords1 tel qu'il est peint dans cette pice1 semble venir de l'enfer aussi bien que la faute4 ,la croyance aux mauvais esprits se retrouve dans un grand nombre de posies allemandes2 la nature du nord s'accorde assez bien avec cette terreur2 il est donc beaucoup moins ridicule en ,allemagne1 que cela ne le serait en ,france1 de se servir du diable dans les fictions4 ,a ne considrer toutes ces ides que sous le rapport littraire1 il est certain que notre imagination se figure quelque chose qui rpond l'ide d'un mauvais gnie1 soit dans le cur humain1 soit dans la nature3 l'homme fait quelquefois le mal d'une manire1 pour ainsi dire1 dsintresse1 sans but et mme contre son but1 et seulement pour satisfaire une certaine pret intrieure1 qui donne le besoin de nuire4 ,il y avait ct des divinits du paganisme d'autres divinits de la race des ,titans1 qui reprsentaient les forces rvoltes de la nature2 et dans le christianisme1 on dirait que les mauvais penchants de l'me sont personnifis sous la forme des dmons4 ,il est impossible de lire ,faust sans qu'il excite la pense de mille manires diffrentes3 on se querelle avec l'auteur1 on l'accuse1 on le justifie1 mais il fait rflchir sur tout1 et1 pour emprunter le langage d'un savant naf du moyen ge1 sur quelque chose de plus que tout#ce4 ,les critiques dont un tel ouvrage doit tre l'objet sont faciles prvoir1 ou plutt c'est le genre mme de cet ouvrage qui peut encourir la censure1 plus encore que la manire dont il est trait2 car une telle composition doit tre juge comme un rve2 et si le bon got veillait toujours la porte d'ivoire des songes1 pour les obliger prendre la forme convenue1 rarement ils frapperaient l'imagination4 ,la pice de ,faust cependant n'est certes pas un bon modle4 ,soit qu'elle puisse tre considre comme l'uvre du dlire de l'esprit1 ou de la satit de la raison1 il est dsirer que de telles productions ne se renouvellent pas2 mais quand un gnie tel que celui de ,gthe s'affranchit de toutes les entraves1 la foule de ses penses est si grande1 que de toutes parts elles dpassent et renversent les bornes de l'art4 ,,fin ,,du ,,tome ,,premier4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,du ,,tome ,,premier ,,notice ,,sur ,,madame ,,de ,,sta,l #a ,,pr,,face #c ,,observations ,g,n,,rales #aa ,,premi,,re ,,partie ,,de ,l',,allemagne ,,et ,,des ,m,,urs ,,des ,,allemands3 ,,chapitre ,i4 ,de l'aspect de l',allemagne #ag ,,chap4 ,,ii4 ,des murs et du caractre des ,allemands #bj ,,chap4 ,,iii4 ,les femmes #cb ,,chap4 ,,iv4 ,de l'influence de l'esprit de chevalerie sur l'amour et l'honneur #ce ,,chap4 ,v4 ,de l',allemagne mridionale #dj ,,chap4 ,,vi4 ,de l',autriche #db ,,chap4 ,,vii4 ,vienne #dh ,,chap4 ,,viii4 ,de la socit #ee ,,chap4 ,,ix4 ,des trangers qui veulent imiter l'esprit franais #eg ,,chap4 ,x4 ,de la sottise ddaigneuse et de la mdiocrit bienveillante #fc ,,chap4 ,,xi4 ,de l'esprit de conversation #fe ,,chap4 ,,xii4 ,de la langue allemande1 dans ses rapports avec l'esprit de conversation #gg ,,chap4 ,,xiii4 ,de l',allemagne du ,nord #ha ,,chap4 ,,xiv4 ,la ,saxe #he ,,chap4 ,,xv4 ,weimar #hi ,,chap4 ,,xvi4 ,la ,prusse #ia ,,chap4 ,,xvii4 ,berlin #ih ,,chap4 ,,xviii4 ,des universits allemandes #ajb ,,chap4 ,,xix4 ,des institutions particulires d'ducation et de bienfaisance #aji ,,chap4 ,,xx4 ,la fte d',interlaken #aah ,,seconde ,,partie ,,de ,,la ,,litt,,rature ,,et ,,des ,,arts3 ,,chapitre ,i4 ,pourquoi les ,franais ne rendent-ils pas justice la littrature allemande #abe ,,chap4 ,,ii4 ,du jugement qu'on porte en ,angleterre sur la littrature allemande #acj ,,chap4 ,,iii4 ,des principales poques de la littrature allemande #acd ,,chap4 ,,iv4 ,wieland #ach ,,chap4 ,v4 ,klopstock #ada ,,chap4 ,,vi4 ,lessing et ,winckelmann #adg ,,chap4 ,,vii4 ,gthe #aec ,,chap4 ,,viii4 ,schiller #aeg ,,chap4 ,,ix4 ,du style et de la versification dans la langue allemande #afa ,,chap4 ,x4 ,de la posie #afh ,,chap4 ,,xi4 ,de la posie classique et de la posie romantique #agd ,,chap4 ,,xii4 ,des pomes allemands #agh ,,chap4 ,,xiii4 ,de la posie allemande #aif ,,chap4 ,,xiv4 ,du got #bae ,,chap4 ,,xv4 ,de l'art dramatique #bah ,,chap4 ,,xvi4 ,des drames de ,lessing #bbi ,,chap4 ,,xvii4 ,les ,brigands et ,don ,carlos1 de ,schiller #bcf ,,chap4 ,,xviii4 ,walstein et ,marie ,stuart #bdg ,,chap4 ,,xix4 ,jeanne d',arc et la ,fiance de ,messine #bgd ,,chap4 ,,xx4 ,guillaume ,tell #bij ,,chap4 ,,xxi4 ,gtz de ,berlichingen et le comte d',egmont #big ,,chap4 ,,xxii4 ,iphignie en ,tauride1 ,torquato ,tasso1 etc4 #cab ,,chap4 ,,xxiii4 ,faust #cbb #ddic-e-aa4--,paris4--,imp4 ,hemmerl et ,c4 ,,notes3 #a ,prfet de ,loir-et-,cher4 #b ,le but de ce post-scriptum tait de m'interdire les ports de la ,manche4 #c ,ces guillemets indiquent les phrases dont les censeurs de ,paris avaient exig la suppression4 ,dans le second volume1 ils ne trouvrent rien de rprhensible1 mais les chapitres du troisime sur l',enthousiasme1 et surtout la dernire phrase de l'ouvrage1 n'obtinrent pas leur approbation4 ,j'tais prte me soumettre leurs critiques d'une faon ngative1 c'est--dire1 en retranchant sans jamais rien ajouter2 mais les gendarmes envoys par le ministre de la police firent l'office de censeurs d'une faon plus brutale1 en mettant le livre entier en pices4 #d ,phrase supprime par les censeurs4 #e ,je n'ai pas besoin de dire que c'tait l',angleterre que je voulais dsigner par ces paroles2 mais quand les noms propres ne sont pas articuls1 la plupart des censeurs1 hommes clairs1 se font un plaisir de ne pas comprendre4 ,il n'en est pas de mme de la police2 elle a une sorte d'instinct vraiment remarquable contre les ides librales1 sous quelque forme qu'elles se prsentent1 et dans ce genre elle dpiste1 comme un habile chien de chasse1 tout ce qui pourrait rveiller dans l'esprit des ,franais leur ancien amour pour les lumires et la libert4 #f ,m4 de ,lacretelle #g ,ce chapitre sur l',autriche a t crit dans l'anne #ahjh4 #h ,supprim par la censure4 #i ,supprim par la censure4 #aj ,supprim par la censure4 #aa ,supprim par la censure4 #ab ,supprim par la censure sous prtexte qu'il y avait tant de bonheur ,paris maintenant1 qu'on n'avait pas besoin de s'en passer4 #ac ,supprim par la censure4 #ad ,supprim par la censure4 #ae ,supprim par la censure4 ,je luttai pendant plusieurs jours1 pour obtenir la libert de rendre cet hommage au prince ,louis1 et je reprsentai que c'tait relever la gloire des ,franais que de louer la bravoure de ceux qu'ils avaient vaincus2 mais il parut plus simple aux censeurs de ne rien permettre en ce genre4 #af ,on peut en voir une esquisse dans l'ouvrage que ,m4 de ,villers vient de publier sur ce sujet4 ,on trouve toujours ,m4 de ,villers la tte de toutes les opinions nobles et gnreuses2 et il semble appel1 par la grce de son esprit et la profondeur de ses tudes1 reprsenter la ,france en ,allemagne1 et l',allemagne en ,france4 #ag ,ces paroles taient le refrain d'un chant plein de grce et de talent1 compos pour cette fte4 ,l'auteur de ce chant1 c'est madame ,harms1 trs connue en ,allemagne par ses crits1 sous le nom de madame de ,berlepsch4 #ah ,les potes anglais de notre temps1 sans s'tre concerts avec les ,allemands1 ont adopt le mme systme4 ,la posie didactique fait place aux fictions du moyen ge1 aux couleurs pourpres de l',orient2 le raisonnement et mme l'loquence ne sauraient suffire un art essentiellement crateur4 #ai ,le chne est l'emblme de la posie patriotique1 et le palmier celui de la posie religieuse1 qui vient de l',orient4 #bj ,j'ai rig un monument plus durable que l'airain444 le souvenir de mon nom sera ineffaable4 #ba ,m4 de ,sabran4 #bb ,mana1 l'un des hros tutlaires de la nation germanique4 #bc ,segeste1 auteur de la conspiration qui fit prir ,hermann4 #bd ,hla1 la divinit de l',enfer4 #be ,nom donn par les ,germains la bataille qu'ils gagnrent contre ,varus4 #bf ,le dieu de la guerre4 #bg ,l',islande4 #bh ,chez les anciens1 l'aigle qui s'envolait du bcher tait l'emblme de l'immortalit de l'me1 et souvent mme de l'apothose4 #bi ,supprim par la censure4 #cj ,expression de ,frdric ,schlegel sur la pntration d'un grand historien4 #ca ,il est1 pour les mortels1 des jours mystrieux1 ,o1 des liens du corps notre me dgage1 ,au sein de l'avenir est tout coup plonge1 ,et saisit1 je ne sais par quel heureux effort1 ,le droit inattendu d'interroger le sort4 ,la nuit qui prcda la sanglante journe1 ,qui du hros du ,nord trancha la destine1 ,je veillais au milieu des guerriers endormis2 ,un trouble involontaire agitait mes esprits4 ,je parcourus le camp4 ,on voyait dans la plaine ,briller des feux lointains la lumire incertaine4 ,les appels de la garde et les pas des chevaux1 ,troublaient seuls1 d'un bruit sourd1 l'universel repos4 ,le vent qui gmissait travers les valles1 ,agitait lentement nos tentes branles4 ,les astres1 regret1 perant l'obscurit1 ,versaient sur nos drapeaux une ple clart4 ,que de mortels1 me dis-je1 ma voix obissent6 ,qu'avec empressement sous mon ordre ils flchissent6 ,ils ont1 sur mes succs1 plac tout leur espoir4 ,mais1 si le sort jaloux m'arrachait le pouvoir1 ,que bientt je verrais s'vanouir leur zle6 ,en est-il un du moins qui me restt fidle6 ,ah6 s'il en est un seul1 je t'invoque1 destin6 ,daigne me l'indiquer par un signe certain4 7,,walstein1 par ,m4 ,benjamin ,constant de ,rebecque4 ,acte ,,ii1 ,scne #a1 page #dc74 #cb ,il viendra le jour de la colre1 et le sicle sera rduit en cendres4 #cc ,quand le ,juge suprme paratra1 il dcouvrira tout ce qui est cach1 et rien ne pourra demeurer impuni4 #cd ,malheureux6 que dirai-je alors8 ,a quel protecteur m'adresserai-je1 lorsqu' peine le juste peut se croire sauv8 #ce ,de omnibus rebus et quibusdam aliis4