,,maurice ,,maeterlinck ,,le ,,double ,,jardin ,,quatri,,me ,,mille ,,paris ,,biblioth,,que-,,charpentier ,,eug,,ne ,,fasquelle1 ,,diteur #aa1 ,,rue ,,de ,,grenelle1 #aa #aijd ,tous droits rservs4 ,,ouvrages ,,du ,m,,me ,,auteur4 ,le ,trsor des ,humbles 7#ag;e mille74 7,mercure de ,france7 #c fr4 #ej ,la ,sagesse et la ,destine 7#bj;e mille74 7,fasquelle1 dit47 #c fr4 #ej ,la ,vie des ,abeilles 7#be;e mille74 7,fasquelle1 dit47 #c fr4 #ej ,monna ,vanna1 pice en #c actes 7#bd;e mille74 7,fasquelle1 dit47 #b fr4 ,joyzelle1 pice en #e actes 7#aj;e mille74 7,fasquelle1 dit47 #c fr4 #ej ,le ,temps ,enseveli 7#ad;e mille74 7,fasquelle74 #c fr4 #ej ,thtre4 7,lacomblez1 diteur ,bruxelles1 ,belgique47 #c vol4 #c fr4 #ej ,l',ornement des ,noces spirituelles1 de ,ruysbrck l',admirable1 traduit du flamand et prcd d'une ,introduction4 7,lacomblez1 dit47 #e fr4 ,les ,disciples ,sas et les ,fragments de ,novalis1 traduits de l'allemand et prcds d'une ,introduction4 7,lacomblez1 dit47 #e fr4 ,serres ,chaudes 7posies74 7,lacomblez1 dit47 #c fr4 ,album de douze chansons4 7,stock1 dit47 #aj fr4 ,paris4--,l4 ,,maretheux1 imprimeur1 #a1 rue ,cassette4--#gagb4 ,,il ,a ,t ,,tir ,,de ,,cet ,,ouvrage3 #be exemplaires numrots sur papier de ,hollande et #aj exemplaires numrots sur papier du ,japon4 ,a ,,mon ,,ami ,,cyriel ,,buysse ,m4 ,m4 ,,le ,,double ,,jardin ,,sur ,,la ,,mort ,d',,un ,,petit ,,chien ,j'ai perdu ces jours-ci un petit bouledogue4 ,il venait d'accomplir le sixime mois de sa brve existence4 ,il n'a pas eu d'histoire4 ,ses yeux intelligents se sont ouverts pour regarder ,le monde et pour aimer les hommes1 puis se sont referms sur les secrets injustes de la mort4 ,l'ami qui me l'avait offert lui avait donn1 peut-tre par antiphrase1 le nom assez imprvu de ,pellas4 ,pourquoi l'aurais-je dbaptis8 ,un pauvre chien aimant1 dvou et loyal dshonore-t-il un nom d'homme ou de hros imaginaire8 ,pellas avait un grand front bomb et puissant1 pareil celui de ,socrate ou de ,verlaine2 et sous un petit nez noir et ramass comme une affirmation mcontente1 de larges babines pendantes et symtriques faisaient de sa tte une sorte de menace massive1 obstine1 pensive et triangulaire4 ,il tait beau comme un beau monstre naturel qui s'est strictement conform aux lois de son espce4 ,et quel sourire d'obligeance attentive1 d'innocence incorruptible1 de soumission affectueuse1 de reconnaissance sans bornes et d'abandon total illuminait1 la moindre caresse1 cet adorable masque de laideur6 ,d'o manait-il1 au juste1 ce sourire8 ,des yeux ingnus et attendris8 des oreilles dresses vers les paroles de l'homme8 du front qui se dridait pour comprendre et aimer1 des quatre dents minuscules1 blanches et dbordantes1 qui sur les lvres noires rayonnaient d'allgresse1 ou du tronon de queue qui1 brusquement coud1 selon la coutume de la race1 s'vertuait l'autre extrmit pour attester la joie intime et passionne qui remplissait un petit tre heureux de rencontrer une fois de plus la main et le regard du dieu auquel il se livrait8 ,pellas tait n ,paris1 et je l'avais emmen la campagne4 ,de bonnes grosses pattes1 informes et pas encore figes1 portaient mollement par les sentiers inexplors de sa nouvelle existence sa tte norme et grave1 camuse et comme alourdie de penses4 ,c'est qu'elle commenait1 cette tte ingrate et un peu triste1 pareille celle d'un enfant surmen1 le travail accablant qui crase tout cerveau au dbut de la vie4 ,il lui fallait1 en moins de cinq ou six semaines1 faire pntrer et organiser en elle une reprsentation et une conception satisfaisantes de l'univers4 ,l'homme1 aid de toute la science de ses ans et de ses frres1 met trente ou quarante ans esquisser cette conception ou plutt entasser autour d'elle1 comme autour d'un palais de nuages1 la conscience d'une ignorance qui s'lve2 mais l'humble chien doit la dbrouiller seule en quelques jours2 et cependant1 aux yeux d'un dieu qui saurait tout1 n'aurait-elle pas peu prs le mme poids et la mme valeur que la ntre8444 ,il s'agissait donc d'tudier la terre que l'on peut gratter et creuser1 et qui parfois recle de surprenantes choses3 vers de terre et vers blancs1 taupes1 mulots1 grillons2 il s'agissait de jeter vers le ciel1 qui n'a pas d'intrt puisque rien n'y est comestible1 un seul regard qui le supprime une fois pour toutes2 de reconnatre l'herbe1 l'herbe admirable et verte1 l'herbe lastique et frache1 champ de courses et de jeux1 couche bienveillante et sans bornes o se cache le bon chiendent utile la sant4 ,il s'agissait encore de faire ple-mle1 des milliers de constatations urgentes et curieuses4 ,il fallait1 par exemple1 sans autre guide que la douleur1 apprendre calculer l'lvation des objets du haut desquels on peut s'lancer dans le vide1 se convaincre qu'il est vain de poursuivre les oiseaux qui s'envolent1 et qu'on ne peut grimper aux arbres pour y rattraper les chats qui vous conspuent2 distinguer les nappes de soleil1 o le sommeil est dlicieux1 des flaques d'ombre o l'on grelotte2 remarquer avec stupfaction que la pluie ne tombe pas dans les maisons1 que l'eau est froide1 inhabitable et dangereuse1 tandis que le feu est bienfaisant distance1 mais terrible de prs2 observer que les herbages1 la cour des fermes et parfois les chemins sont hants de gigantesques cratures pourvues de cornes menaantes1 monstres peut-tre dbonnaires1 en tout cas silencieux1 qu'on peut flairer assez indiscrtement sans qu'ils s'en formalisent1 mais qui ne livrent pas leur arrire-pense2 prouver1 la suite d'expriences humiliantes et pnibles1 qu'il n'est pas permis d'obir indistinctement toutes les lois de la nature dans la demeure des dieux2 reconnatre que la cuisine est le lieu privilgi et le plus agrable de cette demeure divine1 bien qu'on n'y puisse sjourner cause de la cuisinire1 puissance considrable mais jalouse2 s'assurer que les portes sont des volonts importantes et capricieuses qui parfois mnent la flicit1 mais qui le plus souvent1 hermtiquement closes1 muettes et rigides1 hautaines et sans cur1 restent sourdes toutes les supplications2 admettre1 une fois pour toutes1 que les biens essentiels de l'existence1 les bonheurs incontestables1 gnralement emprisonns dans les marmites et les casseroles1 sont inaccessibles2 savoir les regarder avec une indiffrence laborieusement acquise1 s'exercer les ignorer en se disant qu'il s'agit l d'objets probablement sacrs1 puisqu'il suffit de les effleurer du bout d'une langue respectueuse pour dchaner1 magiquement1 la colre unanime de tous les dieux de la maison444 99 99 99 ,et puis1 que penser de la table sur laquelle se passent tant de choses qu'on ne peut deviner8 des fauteuils ironiques o il est dfendu de dormir1 des plats et des assiettes qui ne contiennent plus rien lorsqu'on vous les confie8 de la lampe qui chasse les tnbres1 et de l'tre qui met en fuite les jours froids8444 ,que d'ordres1 que de dangers1 que de dfenses1 que de problmes1 que d'nigmes qu'il faut classer dans la mmoire surcharge6444 ,et comment concilier tout cela avec d'autres lois1 d'autres nigmes plus vastes et plus imprieuses1 qu'on porte en soi1 dans son instinct1 qui surgissent et se dveloppent d'heure en heure1 qui viennent du fond des temps et de la race1 envahissent le sang1 les muscles et les nerfs1 et s'affirment soudain plus irrsistibles et plus puissantes que la douleur1 l'ordre mme du matre et la crainte de la mort8 ,ainsi pour ne citer que cet exemple1 lorsque l'heure du sommeil a sonn pour les hommes1 on s'est retir dans sa niche1 entour des tnbres1 du silence et de la solitude formidable de la nuit4 ,tout dort dans la maison du matre4 ,on se sent trs petit et trs faible en prsence du mystre4 ,on sait que l'ombre est peuple d'ennemis qui se glissent et attendent4 ,on suspecte les arbres1 le vent qui passe et les rayons de lune4 ,on voudrait se cacher et se faire oublier en retenant son souffle4 ,pourtant il faut veiller2 il faut1 au moindre bruit1 sortir de sa retraite1 affronter l'invisible et troubler brusquement le silence imposant des toiles au risque d'attirer sur soi seul le malheur ou le crime qui chuchote4 ,quel que soit l'ennemi1 ft-il l'homme1 c'est--dire le frre mme du dieu qu'il s'agit de dfendre1 il faut l'attaquer aveuglment1 lui sauter la gorge1 planter des dents1 peut-tre sacrilges1 dans de la chair humaine1 oublier les prestiges d'une main et d'une voix pareilles celles du matre1 ne jamais se taire1 ne jamais fuir1 ne jamais se laisser tenter ni corrompre1 et1 perdu dans la nuit sans secours1 prolonger l'alarme hroque jusqu'au dernier soupir4 ,voil le grand devoir lgu par les anctres1 le devoir essentiel et plus fort que la mort1 que la volont mme et la colre de l'homme ne peuvent rebuter4 ,c'est toute notre humble histoire lie celle du chien dans nos premires luttes contre tout ce qui respirait2 c'est toute cette humble et effrayante histoire1 qui renat chaque nuit dans la mmoire primitive de notre ami des mauvais jours4 ,et quand1 dans nos demeures plus sres1 il nous arrive de le punir d'un zle intempestif1 il nous lance un regard de reproche tonn1 comme pour nous signifier que nous sommes dans l'erreur1 et que1 si nous perdons de vue la clause capitale du pacte d'alliance qu'il a fait avec nous au temps o nous habitions les cavernes1 les forts et les marcages1 il y reste fidle malgr nous et demeure plus prs de la vrit ternelle de la vie qui est pleine d'embches et de forces hostiles4 99 99 99 ,mais que de soins et que d'tudes pour arriver remplir sagement ce devoir6 ,et qu'il s'est compliqu depuis le temps des grottes silencieuses et des grands lacs dserts6 ,c'tait si simple1 alors1 si clair et si facile6 ,l'antre solitaire s'ouvrait au flanc du mont1 et tout ce qui s'avanait1 tout ce qui remuait l'horizon des plaines ou des bois1 tait l'ennemi indubitable6444 ,mais aujourd'hui1 on ne sait plus444 ,il faut se mettre au courant d'une civilisation qu'on dsapprouve1 avoir l'air de comprendre mille choses incomprhensibles444 ,ainsi1 il parat vident que dsormais le monde entier n'appartient plus au matre1 que sa proprit consent d'inexplicables limites444 ,il est donc tout d'abord ncessaire qu'on sache exactement o commence et o finit le domaine sacr4 ,que doit-on tolrer1 que faut-il interdire8--,voil la route o tout le monde1 le pauvre mme1 a le droit de passer4 ,pourquoi8--,on n'en sait rien2 c'est un fait qu'on dplore mais qu'on doit accepter4 ,heureusement1 par contre1 voici le beau sentier1 le sentier rserv1 que nul ne peut fouler4 ,ce sentier est fidle aux saines traditions2 il importe de ne pas le perdre de vue2 c'est par lui que les problmes difficiles font leur entre dans l'existence quotidienne4 ,voulez-vous un exemple8--,on dort tranquillement dans un rai de soleil qui recouvre de perles mouvantes et foltres le seuil de la cuisine4 ,les pots de porcelaines s'amusent se pousser du coude et se bousculer au bord des tablettes garnies de dentelles de papier4 ,les casseroles de cuivre jouent parpiller des taches de lumire sur les murs blancs et lisses4 ,le fourneau maternel chantonne doucement en berant trois marmites qui dansent avec batitude1 et par le petit trou qui claire son ventre1 pour narguer le bon chien qui ne peut approcher1 lui tire constamment une langue de feu4 ,l'horloge1 qui s'ennuie dans son armoire de chne en attendant qu'elle sonne l'heure auguste du repas1 fait aller et venir son gros nombril dor1 et les mouches sournoises agacent les oreilles4 ,sur la table clatante reposent un poulet1 un livre1 trois perdreaux1 ct d'autres choses qu'on appelle fruits ou lgumes3 petits pois1 haricots1 pches1 melons1 raisins1 et qui ne valent rien4 ,la cuisinire vide un grand poisson d'argent et jette les entrailles 7au lieu de les offrir67 dans la bote aux ordures4--,ah6 la bote aux ordures6 trsor inpuisable1 rceptacle d'aubaines1 joyau de la maison6 ,on en aura sa part1 exquise et subreptice1 mais il ne convient pas qu'on ait l'air de savoir o elle se trouve4 ,il est strictement interdit d'y fouiller4 ,l'homme dfend ainsi maintes choses agrables1 et la vie serait morne et les jours seraient nus s'il fallait obir tous les commandements de l'office1 de la cave et de la salle manger4 ,par bonheur il est distrait et ne se souvient pas longtemps des ordres qu'il prodigue4 ,on le trompe aisment4 ,on arrive ses fins et l'on fait ce qu'on veut1 pourvu qu'avec patience on sache attendre l'heure4 ,on est soumis l'homme et il est le seul dieu2 mais on n'en pas moins sa morale personnelle1 prcise1 imperturbable1 qui proclame hautement que les actes dfendus deviennent trs licites par le fait mme qu'ils s'accomplissent l'insu du matre4 ,c'est pourquoi fermons l'il attentif qui a vu4 ,ayons l'air de dormir en rvant la lune4--,tiens6 on frappe doucement la fentre bleue qui donne sur le jardin4--,qu'est-ce donc8--,rien1 une branche d'aubpine qui vient voir ce qu'on fait dans la cuisine frache4--,les arbres sont curieux et souvent agits2 mais ils ne comptent point1 on n'a rien leur dire1 ils sont irresponsables1 ils obissent au vent qui n'a pas de principes4--,mais quoi8--,j'entends des pas6444--,debout1 l'oreille en pointe et le nez en action6444--,non6 c'est le boulanger qui s'approche de la grille1 tandis que le facteur ouvre une petite porte dans la haie de tilleuls4--,ils sont connus1 c'est bien444 ,ils apportent quelque chose1 on peut les saluer2 et la queue1 circonspecte1 s'agite deux ou trois fois1 avec un sourire protecteur4 ,autre alerte6 ,qu'est-ce encore8--,une voiture s'arrte devant le perron4 ,ah6 ceci est plus grave6444 ,le problme est complexe4--,il importe avant tout de copieusement injurier les chevaux1 grandes btes orgueilleuses1 toujours endimanches et toujours en sueur1 qui ne rpondent pas4 ,cependant on examine du coin de l'il les personnages qui descendent4--,ils sont bien mis et semblent pleins d'assurance4 ,ils vont probablement s'asseoir la table des dieux4 ,il convient d'aboyer sans aigreur1 avec une nuance de respect1 pour montrer que l'on fait son devoir1 mais qu'on le fait avec intelligence4 ,nanmoins on nourrit quelque arrire-soupon1 et dans le dos des htes1 la drobe1 on hume l'air avec persvrance et d'un air entendu1 afin de dmler les intentions caches4 99 99 99 ,mais des pas clopinants sonnent autour de la cuisine4 ,cette fois c'est le pauvre qui trane sa besace2 l'ennemi essentiel1 l'ennemi spcifique1 l'ennemi hrditaire1 le descendant direct de celui qui rdait autour de la caverne encombre d'ossements qu'on revoit tout coup dans la mmoire de la race4 ,ivre d'indignation1 l'aboi entrecoup1 les dents multiplies par la haine et la rage1 on va saisir aux grgues l'irrconciliable adversaire1 lorsque la cuisinire1 arme de son balai1 sceptre ancillaire et parjure1 vient protger le tratre2 et l'on est oblig de rentrer dans sa niche1 o1 l'il rempli de flammes impuissantes et torves1 on gronde des maldictions effroyables mais vaines1 en songeant part soi que c'est la fin de tout1 qu'il n'y a plus de lois et que l'espce humaine a perdu la notion du juste et de l'injuste444 ,est-ce tout8--,pas encore1 car la plus petite vie se compose d'innombrables devoirs1 et c'est un long travail que de s'organiser une existence heureuse sur la limite de deux mondes aussi diffrents que le monde des btes et le monde des hommes4 ,comment nous en tirerions-nous s'il nous fallait servir1 tout en restant dans notre sphre1 une divinit non plus imaginaire et semblable nous-mmes puisqu'elle est ne de nos penses1 mais un dieu bien visible1 toujours prsent1 toujours actif et aussi tranger1 aussi suprieur notre tre que nous le sommes au chien8 99 99 99 ,a prsent1 pour en revenir ,pellas1 il sait peu prs ce qu'il faut faire et comment se conduire dans l'enceinte du matre4 ,mais le monde ne finit pas aux portes des maisons et de l'autre ct des murs et de la haie il y a un univers dont on n'a plus la garde1 o l'on n'est plus chez soi1 o les relations sont changes4 ,de quelle faon se tenir dans la rue1 dans les champs1 sur le march1 dans les boutiques8 ,a la suite d'observations difficiles et dlicates1 il comprend qu'il sied de ne pas obir aux appels trangers1 d'tre poli avec indiffrence envers les inconnus qui vous caressent4 ,il faut ensuite accomplir consciencieusement certains devoirs de mystrieuse courtoisie envers ses frres les autres chiens1 respecter les poules et les canards1 n'avoir pas l'air de remarquer les gteaux du ptissier qui se prlassent insolemment porte de la langue1 tmoigner aux chats qui1 sur le seuil des portes1 vous provoquent par d'affreuses grimaces un mpris silencieux mais qui se souviendra1 et ne pas oublier qu'il est licite et mme louable de poursuivre et d'trangler les souris1 les rats1 les lapins sauvages et gnralement tous les animaux 7on doit le reconnatre des marques secrtes7 qui n'ont pas encore fait leur paix avec l'homme4 99 99 99 ,tout cela et tant d'autres choses6444 tait-il tonnant que ,pellas part souvent pensif en face de ces problmes sans nombre1 et que son humble et doux regard ft parfois si profond et si grave1 si charg de soucis et si plein de questions illisibles8 ,hlas6 il n'a pas eu le temps d'achever la lourde et longue tche que la nature impose l'instinct qui s'lve pour se rapprocher d'une rgion plus claire444 ,un mal assez mystrieux et qui semble spcialement punir le seul animal qui parvienne sortir du cercle o il est n1 un mal indfini qui emporte par centaines les petits chiens intelligents1 est venu mettre fin aux destines et l'ducation heureuse de ,pellas4 ,je le vis1 durant deux ou trois jours1 et chancelant dj tragiquement sous le poids norme de la mort1 se rjouir encore de la moindre caresse444 ,et maintenant tant d'efforts vers un peu plus de lumire1 tant d'ardeur aimer1 de courage comprendre1 tant de joie affectueuse1 tant de bons regards dvous qui se tournaient vers l'homme pour demander son aide contre d'injustes et d'inexplicables souffrances1 tant de frles lueurs qui venaient de l'abme profond d'un monde qui n'est plus le ntre1 tant de petites habitudes presque humaines reposent tristement sous un large sureau et dans la froide terre1 en un coin du jardin4 99 99 99 ,l'homme aime le chien1 mais qu'il l'aimerait davantage s'il considrait1 dans l'ensemble inflexible des lois de la nature1 l'exception unique qu'est cet amour qui parvient percer1 pour se rapprocher de nous1 les cloisons1 partout ailleurs impermables1 qui sparent les espces6 ,nous sommes seuls1 absolument seuls sur cette plante de hasard1 et parmi toutes les formes de la vie qui nous entourent1 pas une1 hors le chien1 n'a fait alliance avec nous4 ,quelques tres nous craignent1 la plupart nous ignorent1 et aucun ne nous aime4 ,nous avons1 dans le monde des plantes1 des esclaves muettes et immobiles1 mais elles nous servent malgr elles4 ,elles subissent simplement nos lois et notre joug4 ,ce sont des prisonnires impuissantes1 des victimes incapables de fuir mais silencieusement rebelles1 et sitt que nous les perdons de vue elles s'empressent de nous trahir et retournent leur libert sauvage et malfaisante d'autrefois4 ,s'ils avaient des ailes1 la rose et le bl fuiraient notre approche comme fuient les oiseaux4 ,parmi les animaux1 nous comptons quelques serviteurs qui ne se sont soumis que par indiffrence1 par lchet ou par stupidit3 le cheval incertain et poltron qui n'obit qu' la douleur et ne s'attache rien1 l'ne passif et morne qui ne reste prs de nous que parce qu'il ne sait que faire ni o aller1 mais garde cependant1 sous la trique ou le bt1 son ide de derrire les oreilles2 la vache et le buf1 heureux pourvu qu'ils mangent et dociles parce que depuis des sicles ils n'ont plus une pense eux2 le mouton ahuri qui n'a d'autre matre que l'pouvante2 la poule fidle la basse-cour parce qu'on y trouve plus de mas et de froment que dans la fort prochaine4 ,je ne parle pas du chat pour qui nous ne sommes qu'une proie trop grosse et immangeable1 du chat froce dont l'oblique ddain ne nous tolre que comme des parasites encombrants dans notre propre logis4 ,lui du moins nous maudit dans son cur mystrieux1 mais tous les autres vivent prs de nous comme ils vivraient prs d'un rocher ou prs d'un arbre4 ,ils ne nous aiment pas1 ne nous connaissent pas1 nous remarquent peine4 ,ils ignorent notre vie1 notre mort1 notre dpart1 notre retour1 notre tristesse1 notre joie1 notre sourire4 ,ils n'entendent mme pas le son de notre voix ds qu'elle ne menace plus1 et quand ils nous regardent1 c'est avec l'effarement mfiant du cheval1 dans l'il duquel passe encore l'affolement de l'lan ou de la gazelle qui nous voit pour la premire fois2 ou avec la morne stupeur des ruminants qui ne nous considrent que comme un accident momentan et inutile de l'herbage4 99 99 99 ,depuis des milliers d'annes ils sont nos cts aussi trangers nos penses1 notre affection1 nos murs que si la moins fraternelle des toiles les avait laisss choir d'hier sur notre globe4 ,dans l'espace sans bornes qui spare l'homme de tous les autres tres1 nous n'avons russi leur faire faire1 force de patience1 que deux ou trois pas illusoires4 ,et si demain1 laissant intacts leurs sentiments notre gard1 la nature leur donnait l'intelligence et les armes ncessaires pour nous vaincre1 j'avoue que je me mfierais de la vengeance emporte du cheval1 des reprsailles obstines de l'ne et de la rancune enrage du mouton4 ,je fuirais le chat comme je fuirais le tigre2 et mme la bonne vache1 solennelle et somnolente1 ne m'inspirerait qu'une confiance sur ses gardes4 ,quant la poule1 l'il rond et rapide1 comme la dcouverte d'une limace ou d'un ver1 je suis sr qu'elle me dvorerait sans se douter de rien4 99 99 99 ,or1 dans cette indiffrence et cette incomprhension totale o demeure tout ce qui nous environne1 dans ce monde incommunicable o tout a son but hermtiquement renferm en lui-mme1 o toute destine est circonscrite en soi1 o il n'y a entre les tres d'autres rapports que ceux de bourreaux victimes1 de mangeurs mangs1 o rien ne peut sortir de sa sphre tanche1 o la mort seule tablit de cruelles relations de cause effet entre les vies voisines1 o la plus lgre sympathie n'a jamais fait un saut conscient d'une espce une autre1 seul1 parmi tout ce qui respire sur cette terre1 un animal est parvenu rompre le cercle fatidique1 s'vader de soi pour bondir jusqu' nous1 franchir dfinitivement l'norme zone de tnbres1 de glace et de silence qui isole chaque catgorie d'existences dans le plan inintelligible de la nature4 ,cet animal1 notre bon chien familier1 si simple et si peu tonnant que nous paraisse aujourd'hui ce qu'il a fait1 en se rapprochant aussi sensiblement d'un monde dans lequel il n'tait pas n et auquel il n'tait pas destin1 a cependant accompli l'un des actes les plus insolites et les plus invraisemblables que nous puissions trouver dans l'histoire gnrale de la vie4 ,quand cette reconnaissance de l'homme par la bte1 quand ce passage extraordinaire de l'ombre la lumire s'est-il effectu8 ,est-ce nous qui avons cherch le caniche1 le molosse ou le lvrier parmi les loups ou les chacals1 ou si c'est lui qui est venu spontanment nous8 ,nous n'en savons rien4 ,si loin que s'tendent les annales humaines1 il est nos cts comme prsent1 mais que sont les annales humaines au regard des temps sans tmoignages8 ,toujours est-il que le voil dans nos demeures aussi ancien1 aussi bien sa place1 aussi parfaitement adapt nos murs que s'il avait paru sur cette terre et tel qu'il est1 en mme temps que nous4 ,nous n'avons pas acqurir sa confiance ni son amiti1 il nat notre ami2 les yeux encore ferms1 il croit dj en nous3 ds avant sa naissance il s'est donn l'homme4 ,mais le mot ami ne peint pas exactement son culte affectueux4 ,il nous aime et nous vnre comme si nous l'avions tir du nant4 ,il est avant tout notre crature pleine de gratitude et plus dvoue que la prunelle de nos yeux4 ,il est notre esclave intime et passionn1 que rien ne dcourage1 que rien ne rebute1 en qui rien n'altre la foi ardente ni l'amour4 ,il a rsolu d'une manire admirable et touchante le problme effrayant que la sagesse humaine aurait rsoudre si une race divine venait occuper notre globe4 ,il a loyalement1 religieusement1 irrvocablement reconnu la supriorit de l'homme et s'est livr lui corps et me1 sans arrire-pense1 sans esprit de retour1 ne rservant de son indpendance1 de son instinct et de son caractre que la petite part indispensable pour continuer la vie prescrite par la nature son espce4 ,avec une certitude1 une dsinvolture et une simplicit qui nous surprennent un peu1 nous jugeant meilleurs et plus puissants que tout ce qui existe1 il trahit1 notre profit1 tout le rgne animal auquel il appartient1 et renie sans scrupule sa race1 ses proches1 sa mre et mme ses petits4 99 99 99 ,mais il ne nous aime pas seulement dans sa conscience et son intelligence1 c'est l'instinct de sa race1 l'inconscient tout entier de son espce1 semble-t-il1 qui ne pense qu' nous et ne songe qu' nous tre utile4 ,pour nous mieux servir1 pour mieux s'adapter nos besoins divers1 il a pris toutes les formes et a su varier l'infini les facults1 les aptitudes qu'il met notre disposition4 ,faut-il qu'il nous aide poursuivre le gibier dans les plaines8 ses jambes s'allongent dmesurment1 son museau s'effile1 ses poumons s'largissent1 il devient plus rapide que le cerf4 ,notre proie se cache-t-elle sous bois8 le gnie docile de l'espce1 prvenant nos dsirs1 nous offre le basset1 une sorte de serpent presque apode qui se glisse dans les fourrs les plus pais4 ,demandons-nous qu'il mne nos troupeaux8 le mme gnie complaisant lui octroie la taille1 l'intelligence1 l'nergie et la vigilance ncessaires4 ,le destinons-nous garder et dfendre notre maison8 sa tte s'arrondit et devient monstrueuse1 afin que sa mchoire soit plus puissante1 plus redoutable et plus tenace4 ,descendons-nous avec lui vers le ,sud8 son poil s'accourcit et s'allge pour qu'il puisse fidlement nous accompagner sous les rayons d'un soleil plus ardent4 ,remontons-nous vers le ,nord8 ses pieds s'largissent pour mieux fouler la neige1 sa fourrure s'paissit afin que le froid ne l'oblige pas nous abandonner4 ,n'est-il destin qu' nos jeux1 amuser l'oisivet de nos regards1 orner et animer le logis8 il se revt d'une grce et d'une lgance souveraines1 il se fait plus petit qu'une poupe pour s'endormir sur nos genoux au coin du feu1 ou consent mme1 si notre caprice l'exige1 paratre un peu ridicule pour nous plaire4 ,vous ne trouverez pas dans l'immense creuset de la nature1 un seul tre vivant qui ait montr une souplesse analogue1 une pareille abondance de formes1 une aussi prodigieuse facilit d'adaptation nos dsirs4 ,c'est que1 dans le monde que nous connaissons1 parmi les gnies de la vie1 divers et primitifs1 qui prsident l'volution des espces1 il n'en existe aucun1 hormis celui du chien1 qui se soit jamais souci de la prsence de l'homme4 ,on dira peut-tre que nous avons su transformer presque aussi profondment certains de nos animaux domestiques1 nos poules1 nos pigeons1 nos canards1 nos chats1 nos lapins1 par exemple4 ,oui1 peut-tre1 bien que ces transformations ne soient pas comparables celles du chien et que le genre de services que nous rendent ces animaux demeure pour ainsi dire invariable4 ,en tout cas1 que cette impression soit purement imaginaire ou rponde une ralit1 il ne semble pas que l'on sente dans ces transformations la mme bonne volont inpuisable et prvenante1 le mme amour sagace exclusif4 ,du reste1 il est parfaitement probable que le chien1 ou plutt le gnie inaccessible de sa race1 ne s'inquite gure de nous1 et que nous ayons simplement su tirer parti d'aptitudes varies offertes par les hasards abondants de la vie4 ,il n'importe2 comme nous ne savons rien du fond des choses1 il faut bien que nous nous attachions aux apparences1 et il est doux de constater qu'au moins en apparence1 il y a sur la plante1 o nous sommes solitaires comme des rois mconnus1 un tre qui nous aime4 99 99 99 ,quoi qu'il en soit de ces apparences1 il n'en est pas moins certain que dans l'ensemble des cratures intelligentes qui ont des droits1 des devoirs1 une mission et une destination1 le chien est un animal vraiment privilgi4 ,il occupe dans ce monde une situation unique et enviable entre toutes4 ,il est le seul tre vivant qui ait trouv et reconnaisse un dieu indubitable1 tangible1 irrcusable et dfinitif4 ,il sait quoi dvouer le meilleur de soi4 ,il sait qui se donner au-dessus de lui-mme4 ,il n'a pas chercher une puissance parfaite1 suprieure et infinie dans les tnbres1 les mensonges successifs1 les hypothses et les rves4 ,elle est l1 devant lui et il se meut dans sa lumire4 ,il connat les devoirs suprmes que nous ignorons tous4 ,il a une morale qui surpasse tout ce qu'il dcouvre en lui-mme1 et qu'il peut pratiquer sans scrupule et sans crainte4 ,il possde la vrit dans sa plnitude4 ,il a un idal positif et certain4 ,et c'est ainsi que l'autre jour1 avant sa maladie1 je voyais mon petit ,pellas1 assis au pied de ma table de travail1 la queue soigneusement replie sous les pattes1 la tte un peu penche pour mieux m'interroger1 la fois attentif et tranquille1 comme doit l'tre un saint en prsence de ,dieu4 ,il tait heureux du bonheur que nous ne connatrons peut-tre jamais1 puisque ce bonheur naissait du sourire et de l'approbation d'une vie incomparablement plus haute que la sienne4 ,il tait l tudiant1 buvant tous mes regards et y rpondait gravement1 comme d'gal gal1 pour m'apprendre sans doute que du moins par les yeux1 l'organe presque immatriel qui transformait en intelligence affectueuse la lumire dont nous jouissions1 il savait bien qu'il me disait tout ce que l'amour devait dire4 ,et le voyant ainsi1 jeune ardent et croyant1 m'apportant1 en quelque sorte1 du fond de la nature infatigable1 des nouvelles toutes fraches de la vie1 confiant1 merveill comme s'il et t le premier de sa race qui vnt inaugurer la terre et que l'on ft encore aux premiers jours du monde1 j'enviais l'allgresse de sa certitude1 et je me disais que le chien qui rencontre un bon matre est plus heureux que celui-ci dont la destine plonge encore de toutes parts dans l'ombre4 ,,le ,,temple ,,du ,,hasard ,j'ai sacrifi1--car c'est un cruel sacrifice que de renoncer aux jeux incomparables des toiles et de la lune sur la divine ,mditerrane1--j'ai sacrifi quelques soires de mon sjour au pays du soleil interroger1 dans le plus somptueux1 le plus actif et le plus exclusif de ses temples1 le dieu le plus obscur de notre terre4 ,ce temple se dresse l-bas1 ,monte-,carlo1 sur un rocher que baigne l'blouissante lumire de la mer et du ciel4 ,des jardins enchants1 o s'panouissent en janvier toutes les fleurs du printemps1 de l't et de l'automne1 des bosquets odorants1 qui n'empruntent aux saisons ennemies que leurs sourires et leurs parfums1 prcdent son parvis4 ,l'oranger1 l'arbre entre tous adorable1 le citronnier1 le palmier1 le mimosa lui font une ceinture d'allgresse4 ,des escaliers royaux y conduisent les peuples4 ,mais il faut bien le reconnatre1 l'difice n'est pas digne de l'admirable site qu'il domine1 des collines dlicieuses1 du golfe d'azur et d'meraude1 des verdures bienheureuses qui l'entourent4 ,il n'est pas digne non plus du ,dieu qu'il abrite ni de l'ide qu'il reprsente4 ,il est platement emphatique et hideusement boursoufl4 ,il voque la basse insolence1 l'outrecuidance encore obsquieuse du valet enrichi4 ,a l'examen1 on constate qu'il est solide et vaste2 pourtant1 il a l'air mesquin et provisoire des monuments prtentieusement lamentables de nos expositions universelles4 ,on a log le pre auguste du ,destin dans une sorte de meringue orne de fruits confits et de tourelles de sucre4 ,peut-tre est-ce dessein que la demeure est ridicule444 ,on a craint d'avertir ou d'effrayer la foule4 ,on tenait probablement lui faire croire que le plus bienveillant1 le plus frivole1 le plus inoffensivement capricieux1 le moins srieux des dieux attendait ses fidles sur un trne de gteaux dans cette pice monte4 ,il n'en est rien4 ,une divinit mystrieuse et grave1 une force souveraine et sage1 harmonieuse et sre rgne l4 ,il et fallu l'asseoir en un palais de marbre1 nu et svre1 simple et colossal1 haut et large1 glacial et religieux1 gomtrique et inflexible1 affirmatif et crasant4 99 99 99 ,le dedans rpond au dehors4 ,les salles sont spacieuses mais banalement magnifiques4 ,les hirodules de la chance1 les croupiers ennuys1 indiffrents et monotones ont l'air de commis endimanchs4 ,ce ne sont pas les prtres1 mais les petits employs du hasard4 ,les rites et les objets du culte sont vulgaires et familiers3 quelques tables1 des chaises2 ici1 une sorte de cuvette ou de cylindre qui tourne au centre de l'autel1 une minuscule bille d'ivoire qui roule en sens inverse de la cuvette2 l1 quelques jeux de cartes1 et c'est tout4 ,il n'en faut pas davantage pour voquer l'incommensurable puissance qui tient les astres en suspens4 99 99 99 ,autour des tables se pressent les fidles4 ,chacun d'eux porte en soi des esprances1 une foi1 des tragdies1 des comdies diverses et invisibles4 ,voici1 je pense1 le lieu du monde o s'accumulent et se dpensent en pure perte le plus de force nerveuse et de passions humaines4 ,voici le lieu nfaste1 o la substance sans pareille et peut-tre divine1 qui en tout autre endroit opre des miracles fconds1 des prodiges de force1 de beaut et d'amour1 voici le lieu funeste o la fleur spirituelle1 le fluide le plus prcieux de la plante s'gare irrmdiablement dans le nant6444 ,on ne saurait imaginer gaspillage plus criminel4 ,cette force inutile1 qui ne sait o aller ni quoi s'employer1 qui ne trouve ni porte ni fentre1 ni objet ni levier1 vient flotter sur la table comme une ombre mortelle1 retombe sur soi1 et cre une atmosphre particulire1 une sorte de silence qui est comme la fivre du silence vritable4 ,dans ce silence malsain1 la voix du petit rond-de-cuir de la ,fatalit nasille la formule sacre3 ,faites vos jeux1 ,messieurs1 faites vos jeux6 ,c'est--dire1 faites au dieu cach le sacrifice ncessaire pour qu'il se manifeste4 ,alors1 sortie et l de la foule1 une main illumine de certitude pose imprieusement sur des chiffres indubitables le fruit d'une anne de travail4 ,d'autres adorateurs1 plus russ1 plus circonspects1 moins confiants1 composent avec le sort1 parpillent leurs chances1 supputent des probabilits illusoires1 et1 aprs avoir tudi l'humeur et le caractre particulier du gnie de la table1 lui tendent des piges complexes et savants4 ,d'autres1 enfin1 livrent l'aventure1 aux caprices du nombre1 une portion considrable de leur bonheur ou de leur vie4 ,mais dj retentit la seconde formule3 ,rien ne va plus6 c'est--dire1 le dieu va parler4 ,a ce moment1 un il qui percerait le voile dbonnaire des apparences1 verrait distinctement pars sur l'humble tapis vert 7sinon actuellement1 tout au moins en puissance1 car un coup est rarement isol1 et qui joue aujourd'hui son superflu jouera demain tout ce qu'il possde71 un champ de bl qui mrit au soleil mille lieues de l2 tout ct1 dans d'autres cases1 un pr1 un bois1 un chteau sous la lune1 une boutique au fond d'une petite ville1 le lit d'une prostitue1 une troupe de scribes et de comptables penchs sur les grands livres dans des bureaux obscurs1 des paysans qui peinent sous la pluie1 des centaines d'ouvrires travaillant de l'aube la nuit en des chambres meurtrires1 des mineurs dans la mine1 des matelots sur leur navire1 les joyaux de la dbauche1 de l'amour ou de la gloire1 une prison1 une usine1 de la joie1 de la misre1 de l'injustice1 de la cruaut1 de l'avarice1 des crimes1 des privations1 des sanglots444 ,tout cela repose l1 bien tranquillement1 dans ces petits tas d'or qui sourient1 dans ces bouts de papier si lgers qui fixent les dsastres qu'une existence entire ne pourra plus dplacer4 ,les moindres mouvements triqus et timides de ces mdailles jaunes et de ces billets bleus vont se rpercuter et s'amplifier au loin1 dans le monde rel1 dans les rues1 dans les plaines1 dans les arbres1 dans le sang1 dans les curs4 ,ils vont dmolir la maison o moururent les parents1 enlever l'aeul son fauteuil coutumier1 donner un autre matre au village tonn1 fermer un atelier1 priver de pain les enfants d'un faubourg1 dtourner le cours d'une rivire1 arrter ou briser une vie1 et dnouer l'infini1 dans le temps et l'espace1 la chane ininterrompue des effets et des causes4 ,mais nulle de ces vrits retentissantes ne fait entendre un murmure indiscret4 ,il y a ici plus d',eumnides endormies qu'aux marches empourpres du palais des ,atrides2 mais leur rveil et leurs cris de douleur se dissimulent au fond des curs4 ,rien ne trahit1 rien ne prsage qu'un certain nombre de malheurs planent sur l'assistance et choisissent leurs victimes4 ,seuls1 les yeux s'agrandissent un peu1 cependant que les mains torturent sournoisement un crayon1 un chiffon de papier4 ,pas un mot1 pas un geste insolite4 ,l'attente moite est immobile4 ,c'est le lieu des drames sans voix1 des combats touffs1 des dsespoirs qui ne sourcillent point1 des tragdies masques de silence1 des destines muettes qui s'effondrent dans une atmosphre de mensonges qui absorbe tous les bruits4 99 99 99 ,pendant ce temps1 la petite boule tourne sur le cylindre1 et je songe tout ce que dtruit la puissance formidable que lui confre un dtestable pacte4 ,a chaque fois qu'elle part ainsi la recherche de la mystrieuse rponse1 elle anantit tout autour d'elle les restes suprmes et essentiels de notre seule morale sociale d'aujourd'hui3 je veux dire la valeur de l'argent4 ,anantir la valeur de l'argent pour lui substituer un idal plus haut serait uvre excellente2 mais l'anantir pour laisser sa place le nant pur et simple est1 j'imagine1 l'un des attentats les plus graves que l'on puisse commettre contre notre volution actuelle4 ,envisag d'un certain point de vue et purifi de ses vices accidentels1 l'argent est1 somme toute1 un trs respectable symbole3 il reprsente l'effort et le travail humain2 il est1 en gnral1 le fruit de sacrifices mritoires et de nobles fatigues4 ,or1 ici1 ce symbole1 l'un des derniers que nous possdions1 est quotidiennement et publiquement bafou4 ,subitement1 en face du caprice d'un petit objet insignifiant comme un jouet d'enfant1 dix annes de labeur1 de sagesse consciencieuse1 de devoirs patiemment supports1 perdent toute importance4 ,si l'on n'avait pris soin d'isoler ce phnomne monstrueux sur un rocher unique1 il n'est pas d'organisme social qui et rsist son rayonnement dltre4 ,mme prsent1 dans son isolement de pestifr1 cette influence dvastatrice s'tend des distances qu'on n'avait pas prvues4 ,on la sent telle1 cette influence1 si ncessaire1 si malfique et si profonde1 qu'au sortir de ce palais maudit o l'or ruisselle incessamment rebours de la conscience humaine1 on s'tonne que la vie normale continue1 que des ouvriers rsigns consentent entretenir les pelouses qui prcdent le monument funeste1 que de malheureux gardes1 pour un salaire drisoire1 veillent sur son enceinte1 et qu'une pauvre petite vieille1 au bas des escaliers de marbre1 parmi les alles et venues des joueurs enrichis ou ruins1 s'obstine1 depuis des annes1 vivoter pniblement en offrant aux passants des oranges1 des amandes1 des noisettes et des boites d'allumettes de deux sous444 99 99 99 ,tandis que nous rflchissons ainsi1 la bille d'ivoire ralentit sa course circulaire1 et se met sautiller comme un insecte babillard sur les trente-sept cases qui la sollicitent4 ,c'est la sentence irrvocable4 trange infirmit de nos yeux1 de nos oreilles et de ce cerveau dont nous sommes si fers6 tranges secrets des lois les plus lmentaires de notre globe6 ,de la seconde o la bille s'est mise en mouvement1 la seconde o elle tombe dans le creux fatidique1 sur ce champ de bataille long de trois dcimtres1 sous cette forme purile et goguenarde1 le mystre de l'univers inflige la puissance1 la raison humaines1 une symbolique1 une incessante et dcourageante dfaite4 ,runissez autour de cette table tous les savants1 tous les devins1 tous les voyants1 tous les illumins1 tous les prophtes1 tous les saints1 tous les thaumaturges1 tous les mathmaticiens1 tous les gnies de tous les temps et de tous les pays1 priez-les qu'ils cherchent dans leur raison1 dans leur me1 dans leur science1 dans leurs cieux1 le nombre si prochain1 le nombre qui dj affleure le prsent1 o la petite boule terminera sa course2 demandez-leur1 pour nous prdire ce nombre1 qu'ils invoquent leurs dieux qui savent tout1 leurs penses qui gouvernent les peuples et se flattent de pntrer les mondes3 tous leurs efforts se briseront sur celle brve nigme qu'un enfant tiendrait dans sa main et qui ne remplit plus la dure d'un clin d'il4 ,pas un n'a pu le faire1 pas un ne le fera4 ,et toute la force1 toute la certitude de la ,banque1 qui est l'impassible1 l'obstine1 l'inbranlable et toujours victorieuse allie de la sagesse rythmique et totale du hasard1 repose uniquement sur la constatation de l'impuissance de l'homme prvoir1 ne ft-ce que d'un tiers de seconde1 ce qui va se passer sous ses yeux4 ,si1 depuis prs d'un demi-sicle que se droulent sur ce rocher fleuri ces redoutables expriences1 il s'tait trouv un seul tre qui1 durant une aprs-midi1 et dchir l'enveloppe de mystre qui couvre chaque coup le petit avenir de la bille1 la banque aurait saut1 l'entreprise et sombr4 ,mais cet tre anormal ne s'est pas prsent2 et la banque sait bien qu'il ne viendra jamais s'asseoir l'une de ses tables4 ,malgr tout son orgueil et toutes ses esprances1 on voit donc quel point l'homme sait qu'il ne peut rien savoir4 99 99 99 ,a la vrit1 le hasard1 au sens o l'entendent les joueurs1 est un dieu qui n'existe pas4 ,ils n'adorent qu'un mensonge que chacun d'eux se reprsente sous une forme diffrente4 ,chacun d'eux lui prte des lois1 des habitudes1 des prfrences d'ailleurs contradictoires dans leur ensemble et purement imaginaires4 ,selon les uns1 il favorise certains chiffres4 ,selon d'autres1 il obit certains rythmes qu'il est facile de saisir4 ,selon d'autres encore1 il y a en lui une sorte de justice qui finit par donner une valeur gale chaque groupe de chances4 ,selon d'autres enfin1 il lui est impossible de favoriser indfiniment1 au bnfice de la banque1 telle srie de chances simples4 ,nous n'en finirions pas si nous voulions parcourir tout le ,corpus ,juris chimrique de la roulette4 ,il est vrai que1 dans la pratique1 la rptition indfinie des mmes accidents limits1 forme forcment des groupes de concidences o l'il hallucin du joueur croit entrevoir des fantmes de lois4 ,mais il est vrai aussi qu' l'preuve1 au moment o l'on compte sur l'assistance du fantme le plus sr1 il s'vanouit brusquement et vous laisse face face avec l'inconnu qu'il masquait4 ,du reste1 la plupart des joueurs apportent devant la table verte bien d'autres illusions1 conscientes ou instinctives et infiniment moins justifiables4 ,presque tous se persuadent que le hasard leur rserve des faveurs ou des disgrces spciales et prmdites4 ,presque tous imaginent entre la petite sphre d'ivoire et leur prsence1 leurs passions1 leurs dsirs1 leurs vices1 leurs vertus1 leurs mrites1 leur puissance spirituelle ou morale1 leur beaut1 leur gnie1 l'nigme de leur tre1 leur avenir1 leur bonheur et leur vie1 je ne sais quel rapport innomm mais plausible4 ,est-il besoin de dire qu'il n'y en aucun2 qu'il ne saurait y en avoir8 ,cette petite sphre dont ils implorent la sentence1 et sur laquelle ils esprent exercer une influence occulte1 cette petite boule incorruptible a mieux faire qu' s'occuper de leurs tristesses ou de leurs joies4 ,elle ne possde que trente ou quarante secondes de mouvement et de vie1 et1 durant ces trente ou quarante secondes1 il faut qu'elle obisse plus de rgles ternelles1 qu'elle rsolve plus de problmes infinis1 qu'elle accomplisse plus de devoirs essentiels qu'il n'en tiendra jamais dans la conscience ou la comprhension de l'homme4 ,il faut entre autres choses normes et difficiles1 qu'elle concilie1 dans sa course si brve1 ces deux puissances incognoscibles et incommensurables1 qui sont probablement l'me biforme de l'univers3 la force centrifuge et la force centripte4 ,il faut qu'elle tienne compte de toutes les lois de la gravitation1 du frottement1 de la rsistance de l'air1 de tous les phnomnes de la matire4 ,il faut qu'elle soit attentive aux moindres incidents de la terre et du ciel3 car un joueur qui se dplace1 branlant imperceptiblement le parquet de la salle1 une toile qui se lve au firmament1 l'oblige de modifier ou de recommencer toutes ses oprations mathmatiques4 ,elle n'a pas le loisir de jouer le rle d'une desse bienfaisante ou cruelle aux humains2 il lui est interdit de ngliger une seule des formalits innombrables que l'infini exige de tout ce qui se meut en lui4 ,et lorsque enfin elle arrive au but1 elle a fait le mme travail incalculable que la lune ou les autres plantes indiffrentes et glaciales qui1 l-haut1 au dehors1 dans l'azur transparent1 montent majestueusement sur la ,mditerrane de saphir et d'argent444 ,ce long travail1 nous l'appelons hasard1 ne pouvant donner d'autre nom ce que nous ne comprenons pas encore4 ,,en ,,automobile ,les premires sorties--l'initiation1--sous la garde du matre1 ne comptent pas4 ,on ne communique pas directement avec la bte merveilleuse4 ,il y a entre elle et nous un intermdiaire encombrant qui nous cache son vritable caractre1 un truchement plein de rticences sournoises2 un dompteur responsable1 ,mme le volant1 les leviers1 les manettes entre les doigts1 le frein sous le pied1 on ne possde point le monstre4 ,sur lui1 nos cts1 veille une volont trop longtemps souveraine1 laquelle1 comme un chien fidle1 il demeure obsquieusement attach4 ,il est encore demi-humain4 ,on prouve un peu ce que doit prouver l'apprenti belluaire qui se risque dans la cage aux lions sous la protection de son pre1 dont l'il et la cravache font ramper humblement les fauves asservis4 ,on a hte d'tre seul1 en prsence de l'espace1 avec l'animal inconnu cr d'hier4 ,on brle de savoir ce qu'il est en soi1 ce qu'il demande1 ce qu'il refuse1 comment il obit son matre imprvu2 et quelle leon nouvelle donneront tout coup les horizons nouveaux o vous plonge jusqu' l'me une force qui sort pour la premire fois du rservoir inpuisable des forces indisciplines1 afin de vous permettre d'absorber en un jour autant de paysages1 de ciels et de spectacles1 qu'on en absorbait autrefois au cours de toute une vie4 ,hier1 le matre m'a conduit de ,paris ,rouen4 ,ce matin1 aprs m'avoir men hors des portes de la vieille ville aux clochers assembls1 il m'a abandonn4 ,me voil seul avec l'hippogriffe suspect2 seul en rase campagne1 sur la route dserte1 qui de l'azur immacul de l'horizon de gauche1 l'azur encore rose de l'horizon de droite1 divise un ocan de bl coup de masses d'arbres qui bleuissent au loin1 comme les ombrages d'un parc dmesur4 ,je suis loin des remises et des gares1 loin des ateliers secourables4 ,et c'est d'abord une inquitude obscure et qui n'est pas sans charme4 ,me voici la merci de la force mystrieuse1 mais plus logique que moi-mme4 ,un caprice de sa vie cache1 un de ces caprices souvent insaisissables1 mais qui n'ont jamais tort1 et font honte notre raison vaniteuse1 et me voil dans la dtresse de la plaine verte et sans limites1 enchan la masse incomprise que mes bras ne peuvent remuer4 ,pourtant ce monstre1 je me dis que j'en sais les secrets4 ,avant de me confier sa puissance1 j'en ai dmont et scrut les organes4 ,il ronfle sous mes pieds et sa physiologie m'est prsente4 ,je connais ses points dlicats et ses rouages impeccables1 ses maladies d'enfance et ses infirmits sans remde4 ,on m'a dvoil son me et son cur1 et la circulation profonde de sa vie4 ,son me1 c'est l'tincelle lectrique qui1 sept huit cent fois la minute1 vient enflammer son souffle4 ,son terrible cur compliqu1 c'est d'abord ce carburateur au double visage trange1 qui dose1 prpare1 volatilise l'essence1 fe subtile endormie depuis la naissance du monde1 qu'il rappelle au pouvoir et qu'il unit l'air qui la rveille4 ,ce mlange redoutable est avidement pomp par le gros viscre voisin1 qui contient la chambre d'explosion1 le piston1 les soupapes ressort1 toutes les forces vives du moteur4 ,autour de ces viscres qui ne forment qu'un faisceau de flammes1 constamment appele pour apaiser l'ardeur intime qui les ronge et les transformerait en une coule de lave1 infatigable et toujours refroidie par le radiateur post l'avant de la voiture1 aspirant la fracheur des vallons et des plaines pour calmer de ses longues caresses glaces les fivres mortelles du travail1 circule sans rpit l'eau vigilante et pure4 ,puis il y a le trembleur1 qui rgle l'tincelle1 et que rgle son tour le mouvement mme du moteur4 ,l'me obit au corps proprement dit1 et le corps obit l'me dans une harmonie ingnieuse4 ,mais grce une lasticit trs curieuse de cette harmonie prtablie1 une volont plus intelligente ou plus indpendante1 qui reprsente ici la volont divine1 la volont du chauffeur1 peut encore amliorer cet admirable quilibre de deux forces trangres et1 au moyen de la manette de l'avance l'allumage1 prcipiter l'tincelle au moment le plus favorable1 selon l'aide ou la rsistance des hasards de la route4 ,admirons en passant la terminologie spontane et bizarre1 mais non pas sotte1 qui est comme la langue de la force nouvelle4 ,l'avance l'allumage 7qui correspond1 dans un autre ordre de phnomnes1 l'avance l'admission des locomotives71 est un terme trs juste1 et il serait fort difficile d'exprimer plus simplement et plus sensiblement ce qu'il avait dire4 ,l'allumage1 c'est l'inflammation des gaz explosifs par l'tincelle lectrique2 cette explosion peut tre avance ou retarde par rapport la course du piston selon les besoins du moteur4 ,quand on met l'avance l'allumage1 l'tincelle jaillit quelque millime de seconde avant l'instant o elle devrait logiquement se produire2 c'est--dire avant que le piston arriv au sommet de sa course ait compltement comprim les gaz et utilis toute l'nergie de l'explosion prcdente4 ,il semble1 au premier abord1 que cette explosion prmature doive contrarier son mouvement ascensionnel4 ,il n'en est rien2 l'exprience prouve qu'on bnficie du temps infinitsimal que les gaz enflamms mettent se dilater1 et probablement d'autres causes d'nergie assez obscures4 ,toujours est-il qu'on acclre trangement la vitesse de la machine4 ,c'est pour ainsi dire le coup de vin vers aux travailleurs1 une sorte de subterfuge qui lui donne un surcrot de puissance anormale4 ,mais d'o vient donc le terme1 et qui en est le pre8 ,d'o sortent-ils1 ces mots qui naissent tout coup1 au moment ncessaire1 pour fixer dans la vie les tres ignors hier8 ,on ne le sait jamais4 ,ils s'vadent des ateliers1 des usines1 des boutiques2 ils sont les derniers chos de cette voix commune et anonyme qui a donn un nom aux arbres et aux fruits1 au pain et au vin1 la vie et la mort2 et quand les savants les regardent et les interrogent1 le plus souvent il est heureusement trop tard pour qu'ils y changent rien4 99 99 99 ,le trembleur et la bougie1 voil1 surmontant sept ou huit autres 7la compression1 la carburation1 le graissage1 la circulation de l'eau1 l'amprage des piles1 ou le voltage des accumulateurs1 etc41 etc471 les deux grands soucis du chauffeur4 ,la vis de rglage de l'un se dplace-t-elle d'une ligne1 les deux fils affronts de l'autre sont-ils effleurs d'une goutte d'huile1 d'une trace d'oxyde1 et c'est la mort subite du cheval fabuleux4 ,mais autour d'eux1 que d'autres organes auxquels je n'ose mme pas songer6 ,l-bas1 cach dans son carter de fonte1 comme un gnie furieux dans une prison trop troite1 l'appareil mystrieux du changement de vitesse1 qui tout l'heure au pied d'une cte1 sur une pese du levier1 dchanera des explosions innombrables1 imprimera au piston un va-et-vient frntique qui secouera toutes les vertbres de la bte et communiquera aux roues allenties une force quadruple1 devant laquelle toute montagne viendra courber l'chine pour porter humblement son vainqueur vers la cime4 ,ensuite1 ce sont les joints nigmatiques de l'arbre la ,cardan1 qui1 supprimant chanes et courroies1 transmettent directement aux deux roues d'arrire toute la puissance sublime qui s'labore dans le cur forcen4 ,enfin1 plus bas encore1 sous le frein1 dans sa bote presque inviolable1 le secret transcendant du diffrentiel1 qui permet1 par un miracle rcent1 deux roues de mme dimensions1 fixes sur le mme axe m par le mme moteur1 de faire un nombre de tours ingal6 ,mais ce sont l les grands mystres dont je n'ai pas encore m'inquiter4 ,le monstre sous ma main mue est plein de bonne volont1 et des deux cts de la route les champs de bl coulent paisiblement comme des rivires vertes4 ,il est temps d'essayer le pouvoir des gestes sotriques4 ,je touche aux chevilles enchantes4 ,le cheval ferique obit4 ,brusquement il s'arrte4 ,toute sa vie s'teint dans un gmissement bref4 ,il n'est plus qu'un norme et inerte appareil de mtal4 ,il s'agit maintenant de le ressusciter4 ,je descends et m'agite autour du cadavre4 ,les plaines dont je bravais l'immensit soumise prennent dj leur revanche4 ,on dirait qu'elles s'allongent1 se creusent autour de mon immobilit1 s'tendent vue d'il plus dmesurment jusqu'aux confins du ciel1 qui reculent leur tour4 ,je suis perdu parmi les bls infranchissables dont les multitudes d'pis remuent1 se haussent1 s'inclinent1 se pressent pour mieux voir ce que je vais tenter1 tandis que les coquelicots clatent de mille rires dans la foule onduleuse4 ,n'importe1 ma science neuve est dj sre4 ,l'hippogriffe revit1 s'broue d'abord sur place1 puis repart en chantant4 ,je reconquiers les plaines qui s'inclinent4 ,j'entr'ouvre lentement la fameuse manette de l'avance l'allumage1 et rgle de mon mieux l'admission de l'essence4 ,l'allure s'acclre2 le ronflement plus aigu des rouages rvle une ivresse croissante4 ,tout d'abord la route vient moi d'un mouvement cadenc par la flicit1 comme une fiance qui agite des palmes4 ,mais bientt elle s'anime davantage1 elle bondit1 elle s'affole1 elle se prcipite sur moi1 elle roule sous le char comme un torrent furieux qui me fouette de son cume1 m'inonde de ses flots1 m'aveugle de son souffle4 ,oh6 ce souffle admirable6 ,on dirait que des ailes1 des milliers d'ailes qu'on ne voit pas1 les ailes transparentes de grands oiseaux surnaturels1 hanteurs de sommets invisibles battus par des vents ternels1 viennent cingler ainsi de leur vaste fracheur mes tempes et mes yeux6 ,a prsent1 le chemin tombe pic dans l'abme1 et l'appareil magique l'y prcde4 ,les arbres qui le bordent avec srnit depuis tant d'annes lentes redoutent un cataclysme4 ,on croirait qu'ils accourent1 rapprochent leurs ttes vertes1 se massent1 se concertent devant le phnomne qui surgit1 pour lui barrer la voie4 ,puis soudain1 comme il ne s'arrte pas1 les voil pris d'effroi4 ,ils se sauvent1 se dispersent1 regagnent ttons leur place sculaire1 se penchent tumultueusement sur mon passage1 et1 rpercutant dans leurs millions de feuilles la joie presque insense de la force qui chante1 murmurent mes oreilles les psaumes volubiles de l',espace qui admire et acclame son antique ennemie1 toujours vaincue jusqu' ce jour mais enfin triomphante3 la ,vitesse4 99 99 99 ,l',espace et son frre invisible le ,temps sont en somme les deux grands adversaires de l'homme4 ,nous serions semblables aux dieux si nous en triomphions4 ,le ,temps semble invincible1 n'ayant ni corps1 ni forme1 ni organe par quoi nous le puissions saisir4 ,il passe1 il laisse des traces presque toujours douloureuses1 comme l'ombre malfaisante d'un tre invitable qu'on n'aperoit jamais4 ,il est d'ailleurs probable qu'il n'existe pas en soi2 qu'il n'est que par rapport nous1 et que nous n'arriverons point subjuguer ce fantme ncessaire de notre imagination organiquement fausse4 ,quant l',espace1 son magnifique frre qui se revt de la robe verte des plaines1 du voile jaune des dserts1 du manteau bleu des ocans1 et recouvre le tout de l'azur de l'ther et de l'or des toiles1 sans doute il a dj subi bien des dfaites2 mais jamais1 jusqu'ici1 l'homme ne l'avait pris pour ainsi dire bras-le-corps1 pour lutter seul seul1 face face1 avec lui4 ,il envoyait contre sa forme gigantesque des monstres qui1 vainqueurs1 devaient tre vaincus leur tour4 ,sur mer1 de grands steamers l'asservissent chaque jour2 mais la mer est si vaste1 que la vitesse extrme que pourraient supporter nos fragiles poumons n'y remporterait encore qu'une sorte de triomphe immobile4 ,d'autre part1 sur le chemin de fer1 l'espace assujetti dfile sous nos yeux2 mais il se droule loin de nous1 nous ne le touchons point2 il est comme le captif que promne le triomphe d'un monarque tranger1 et nous sommes nous-mmes les prisonniers chtifs de celui qui l'a dtrn4 ,mais ici1 dans ce petit char de feu1 si docile1 si lger et si miraculeusement infatigable1 entre les ailes replies de cet oiseau de flamme qui vole au ras de la terre pour nous montrer les fleurs1 qui caresse les bls1 respire les ruisseaux1 connat l'ombre des arbres1 entre dans les villages1 voit les portes ouvertes et les tables servies1 compte les moissonneurs qui se penchent sur les prs1 fait le tour de l'glise entoure de tilleuls1 se repose l'auberge sur le coup de midi1 puis repart en chantant pour aller voir d'un bond ce qui a lieu parmi les autres hommes1 trois journes de marche du repas achev1 et surprend la mme heure dans un monde nouveau1--ici1 l',espace devient vraiment humain1 il se proportionne notre il1 aux besoins de notre me la fois prompte et lente1 troite et colossale1 insatiable et mticuleuse2 il est assimilable enfin et nous offre sans cesse1 en chacun de ses buts1 chacune des beauts qu'il n'offrait autrefois qu' l'arrive pnible4 ,maintenant1 au contraire1 ce n'est plus l'arrive qui nous rouvre les yeux1 ranime l'attention si prcieuse la vie et invite au bonheur d'admirer2 la route tout entire n'est plus qu'une arrive sans nombre4 ,les joies du but se multiplient puisque tout prend la forme adorable du but2 les yeux oublient enfin leur indiffrente paresse1 et la bonne mmoire des beauts de la terre maternelle1 la plus simple des fes qui prsident au bonheur1 en songeant en silence aux journes moins heureuses qui attendent tout homme1 range dans nos souvenirs1 parmi les biens acquis qu'on ne nous reprend pas1 les trsors imprvus que lui versent flots les routes dchanes et les heures dlivres4 ,,loge ,,de ,l',p,e ,l'homme1 avide de justice1 tente de mille faons diverses1 souvent empiriques1 quelquefois sages1 d'autres fois bizarres et superstitieuses1 d'voquer l'ombre de la grande desse ncessaire son existence4 ,desse trange1 insaisissable et pourtant si vivante6 ,divinit immatrielle qui ne peut se dresser et se tenir debout que dans le secret de notre cur2 et de qui l'on peut dire que plus elle a de temples visibles1 moins elle possde de puissance relle4 ,un jour luira peut-tre o elle n'aura plus d'autre palais que la conscience de chacun de nous1 et ce jour-l1 elle rgnera vritablement dans le silence qui est l'lment sacr de sa vie4 ,en attendant nous multiplions les organes par o nous esprons qu'elle pourra se faire entendre4 ,nous lui prtons des voix humaines et solennelles2 et lorsqu'elle se tait dans les autres et jusque dans nous-mmes1 nous allons l'interroger par-del notre propre conscience1 aux limites incertaines de notre tre1 l o nous devenons un dbris du hasard2 et o nous croyons que la justice se confond avec ,dieu et notre propre destine4 99 99 99 ,c'est ce besoin insatiable qui1 sur les points o la justice humaine demeurait muette et se dclarait impuissante1 fit autrefois appel au jugement de ,dieu4 ,aujourd'hui1 que l'ide que nous nous faisions de la divinit a chang de forme et de nature1 le mme instinct persiste1 si profond1 si gnral1 qu'il n'est peut-tre que le voile demi transparent d'une vrit prochaine4 ,si ce n'est plus ,dieu que nous nous remettons d'approuver ou de condamner ce que les hommes ne sauraient juger2 c'est la partie inconsciente1 inconnaissable et pour ainsi dire future de nous-mme que nous confions cette mission4 ,le duel n'invoque plus le jugement de ,dieu1 mais celui de notre avenir1 de notre chance ou de notre destin1 compos de tout ce qu'il y a d'indfini en nous4 ,il est1 au nom de nos possibilits bonnes ou mauvaises1 somm de dclarer si1 au point de vue de la vie inexplicable1 nous avons tort ou raison4 ,voil ce qu'on dmle d'ineffaablement humain sous toutes les absurdits et purilits de nos rencontres actuelles4 ,si draisonnable qu'elle paraisse1 cette espce d'interrogation suprme1 cette question pose dans la nuit que n'claire plus la justice intelligible1 on ne pourra gure y renoncer tant qu'on n'aura pas trouv une faon moins quivoque de peser les droits et les torts1 les esprances et les ingalits essentielles de deux destines qui veulent s'affronter4 99 99 99 ,du reste1 pour descendre de ces rgions hantes de fantmes plus ou moins dangereux1 au point de vue pratique1 il est certain que le duel1 c'est--dire la possibilit de se faire extra-lgalement et pourtant rgulirement justice soi-mme1 rpond un besoin qu'on ne saurait nier4 ,nous ne vivons pas au sein d'une socit qui nous protge suffisamment pour nous enlever en toutes circonstances ce droit le plus cher l'instinct de l'homme4 ,il est inutile1 je pense1 d'numrer les cas o la protection est insuffisante4 ,nous aurions plus tt fait de citer ceux o elle suffit4 ,sans doute1 pour ceux qui sont lgitimement faibles et sans dfense1 il serait dsirable qu'il en ft autrement2 mais pour ceux qui sont capables de se dfendre1 il est trs salutaire qu'il en soit ainsi1 car rien n'endort l'initiative et le caractre comme une protection trop zle et trop constante4 ,souvenons-nous que nous sommes avant tout des tres de proie et de lutte2 qu'il faut avoir gard ne pas teindre compltement en nous les qualits de l'homme primitif1 car ce n'est pas sans raison que la nature les y a mises4 ,s'il est sage d'en restreindre l'excs1 il est prudent d'en garder le principe4 ,nous ne savons pas les retours offensifs que nous mnagent les lments ou d'autres forces de l'univers2 et probablement malheur nous s'ils nous trouvent un jour entirement dnus de l'esprit de vengeance1 de mfiance1 de colre1 de brutalit1 de combativit et de bien d'autres dfauts1 trs blmables au point de vue humain1 mais qui bien plus que les vertus abstinentes le plus prconises nous ont aids vaincre les grands ennemis de notre espce4 99 99 99 ,il convient donc de louer en gnral ceux qui ne se laissent pas offenser impunment4 ,ils entretiennent parmi nous un idal de justice extra-lgale dont nous profitons tous1 et qui s'effriterait rapidement sans leur aide4 ,dplorons plutt qu'ils ne soient pas plus nombreux4 ,s'il y avait un peu moins de bonnes mes capables de chtier1 mais trop promptes pardonner1 on trouverait bien moins de mchants trop prompts faire le mal2 car les trois quarts du mal qui se commet naissent de la certitude de l'impunit4 ,pour le maintien de la crainte et du respect diffus qui permettent aux malheureux dsarms de vivre et de respirer peu prs librement dans une socit o pullulent les coquins et les lches1 il est du strict devoir de tous ceux qui sont mme de rsister par un geste de violence l'injustice lgalement permise1 de ne jamais manquer le faire4 ,ils relvent ainsi le niveau de la justice immanente4 ,en croyant ne dfendre qu'eux-mmes ils dfendent en somme le plus prcieux des patrimoines humains4 ,je ne prtends pas qu'il ne vaudrait pas mieux1 dans la plupart des cas1 que les tribunaux intervinssent2 mais en attendant que nos lois soient plus simples1 plus pratiques1 moins coteuses et plus familires1 nous n'avons1 contre un certain nombre d'iniquits trs relles1 quoique non prvues par les ,codes1 d'autre recours que le poing ou l'pe4 99 99 99 ,le poing est rapide1 immdiat2 mais outre qu'il n'est pas assez concluant1 que ds que l'offense a quelque gravit il s'affirme vraiment trop anodin et trop phmre1 il a toujours des gestes un peu vulgaires et des effets assez rpugnants4 ,il ne met en jeu qu'une facult brutale4 ,il est la plus aveugle et la plus ingale des armes2 et1 comme il chappe toutes les conventions qui quilibreraient les chances de deux adversaires mal apparis1 il entrane de la part du vaincu des reprsailles exagres qui finissent par l'armer du bton1 du couteau ou du revolver4 ,il est admissible en certains pays1 en ,angleterre par exemple4 ,la boxe y fait partie de l'ducation lmentaire1 et sa pratique gnrale aplanit singulirement les ingalits naturelles2 de plus1 tout un organisme de clubs1 de jurys paternels1 de tribunaux faciles corrobore ou prvient ses exploits4 ,mais en ,france il serait regrettable qu'on y revnt4 ,l'pe1 qui l'y remplace immmorialement1 est un instrument de justice incomparablement plus sensible1 plus srieux1 plus gracieux et plus dlicat4 ,on lui reproche de n'tre ni quitable ni probante4 ,mais elle prouve d'abord la qualit de notre attitude en face du danger1 et c'est dj une preuve qui n'est pas sans valeur4 ,car notre attitude en face du danger1 c'est exactement notre attitude en face des reproches ou des encouragements des diverses consciences qui se cachent en nous3 de celles qui sont au-dessous1 comme de celles qui sont au-dessus de notre conscience intelligible1 et qui se confondent avec les lments essentiels et pour ainsi dire universels de notre tre4 ,ensuite1 il ne tient qu' nous qu'elle devienne aussi quitable que peut l'tre un instrument humain1 toujours sujet aux hasards1 aux erreurs et aux dfaillances4 ,il est certain que son tude est accessible tout homme valide4 ,elle n'exige ni une force musculaire anormale ni une agilit exceptionnelle4 ,il suffit que le moins dou d'entre nous lui consacre deux ou trois heures chaque semaine4 ,il acquerra une souplesse et une prcision suffisantes pour dcouvrir assez rapidement ce que les astronomes appelleraient son quation personnelle1 pour atteindre sa moyenne individuelle1 qui est en mme temps une moyenne gnrale1 que seuls quelques bretteurs1 quelques professionnels1 quelques oisifs parviennent dpasser1 au prix de longs1 pnibles et trs ingrats efforts4 99 99 99 ,cette moyenne atteinte1 nous pouvons confier notre vie la pointe de la frle mais redoutable lame4 ,elle est la magicienne qui tablit aussitt des rapports nouveaux entre deux forces que nul n'aurait song comparer4 ,elle permet au nain qui a raison de tenir tte au colosse qui a tort4 ,elle conduit gracieusement sur des sommets plus clairs l'norme violence aux cornes de taureau2 et voici que la bte primitive est oblige de s'arrter devant une puissance qui n'a plus rien de commun avec les vertus basses1 informes et tyranniques de la terre1 je veux dire3 le poids1 la masse1 la quantit1 la cohsion stupide de la matire4 ,entre elle et le poing il y a l'paisseur d'un univers1 un ocan de sicles et presque la distance de l'animal l'homme4 ,elle est fer et esprit1 acier et intelligence4 ,elle asservit le muscle la pense1 et contraint la pense respecter le muscle qui la sert4 ,elle est idale et positive1 chimrique et pleine de bon sens4 ,elle est blouissante et nette comme l'clair1 insinuante1 insaisissable et multiforme comme un rayon de lune ou de soleil4 ,elle est fidle et capricieuse1 noblement ruse1 loyalement perfide4 ,elle fleurit d'un sourire la rancune et la haine4 ,elle transfigure la brutalit4 ,grce elle1 comme par un ferique pont suspendu sur l'abme de tnbres1 la raison1 le courage1 l'assurance du bon droit1 la patience1 le mpris du danger1 le sacrifice l'amour1 l'ide1--tout un monde moral1 entre en matre dans le chaos originel1 le dompte et l'organise4 ,elle est1 par excellence1 l'arme de l'homme2 celle qui1 toutes les autres prouves et elle-mme inconnue1 devrait tre invente1 parce qu'elle sert le mieux ses facults les plus diverses1 le plus purement humaines1 et qu'elle est l'instrument le plus direct1 le plus maniable et le plus loyal de son intelligence1 de sa force et de sa justice dfensives4 99 99 99 ,mais le plus admirable1 c'est que ses dcisions ne sont pas mcaniques ni mathmatiquement prtablies4 ,par l1 elle ressemble ces jeux o se mlent merveilleusement1 pour interroger notre fortune1 le hasard et la science2 jeux presque mystiques et toujours passionnants1 o l'homme se plat tter sa chance aux confins de son tre4 ,que l'on mette en prsence deux adversaires de moyens manifestement ingaux2 il n'est pas invitable1 il n'est mme pas certain que le plus vigoureux et le plus habile l'emporte4 ,une fois que nous avons conquis notre matrise personnelle1 notre pe c'est nous-mme avec nos qualits et nos dfauts4 ,elle est notre fermet1 notre dvouement1 notre volont1 notre audace1 notre conviction1 notre justice1 notre hsitation1 notre impatience1 notre crainte4 ,nous l'avons cultive avec soin4 ,nous nous sommes mis la hauteur des possibilits qu'elle avait nous offrir4 ,nous lui avons donn tout ce dont nous pouvions disposer2 elle nous rend intgralement tout ce que nous lui avions confi4 ,nous n'avons aucun reproche nous faire2 nous sommes en rgle avec l'instinct et le devoir de la conservation4 ,mais elle reprsente encore autre chose1 et prcisment cette part de nous-mme que nous sommes mis en demeure de hasarder aux heures graves de l'existence4 ,elle personnifie une portion inconnue de notre tre1 et la personnifie dans la conjoncture la plus favorable et la plus solennelle que l'homme puisse imaginer pour interpeller son destin2 c'est--dire dans une circonstance o l'entit mystrieuse qui vit en lui est directement seconde par toutes les facults soumises la conscience4 ,elle met ainsi en prsence non seulement deux forces1 deux intelligences et deux liberts1 mais encore deux hasards1 deux chances1 deux mystres1 deux destines qui par-dessus le reste1 comme les dieux d',homre1 prsident au combat1 courent1 tincellent1 s'allongent et se rencontrent sur sa lame4 ,quand elle semble frapper devant nous dans le vide1 elle frappe rellement aux portes de notre sort2 et tandis que la mort voltige autour d'elle1 celui qui la manie sent qu'elle se drobe son esclavage antrieur1 qu'elle obit soudain d'autres lois que celles qui la guidaient dans la salle d'armes4 ,elle accomplit une mission secrte3 avant de prononcer sa sentence1 elle nous juge2 ou plutt1 par le seul fait que nous l'agitons perdument devant la grande et formidable nigme1 elle force notre destin nous juger nous-mme4 ,,la ,,col,,re ,,des ,,abeilles ,on m'a demand bien souvent1 depuis la ,vie des ,abeilles1 d'claircir l'un des mystres les plus redouts de la ruche3 savoir la psychologie de ses irrsistibles1 de ses inexplicables1 soudaines et parfois mortelles colres4 ,il flotte en effet1 autour de la demeure des blondes fes du miel1 une foule de cruelles et d'injustes lgendes4 ,arrivs prs de l'enclos fleuri de rsda et de mlilot o bourdonnent les filles de lumire1 les plus braves des htes qui visitent le jardin ralentissent le pas et se taisent malgr eux4 ,les mres affoles en cartent leurs enfants comme elles les carteraient de quelque feu latent ou d'un nid de vipres2 et l'leveur novice1 gant de cuir1 voil de gaze1 entour de torrents de fume1 n'affronte l'nigmatique citadelle qu'avec le petit frisson inavou qui prcde les grandes batailles4 ,qu'y a-t-il de raisonnable au fond de ces craintes traditionnelles8 ,l'abeille est-elle vraiment dangereuse8 ,se laisse-t-elle apprivoiser8 ,y a-t-il pril s'approcher des ruches8 ,faut-il fuir ou braver leur colre8 ,l'apiculteur a-t-il quelque secret ou quelque talisman qui le prserve des piqres8 ,voil les questions que vous posent anxieusement tous ceux qui viennent d'installer un timide rucher et qui commencent leur apprentissage4 99 99 99 ,l'abeille1 en gnral1 n'est ni malveillante1 ni agressive2 mais parat assez capricieuse4 ,elle a contre certaines gens des antipathies invincibles2 elle a aussi des jours d'nervement1--par exemple l'approche d'un orage1--o elle se montre extrmement irritable4 ,elle a l'odorat trs subtil et trs susceptible1 elle ne tolre aucun parfum et abomine par-dessus tout l'odeur de la sueur humaine et de l'alcool4 ,elle ne s'apprivoise pas1 au sens propre du mot1 mais tandis que les ruches qu'on ne visite jamais deviennent hargneuses et mfiantes1 celles qu'on entoure de soins quotidiens s'accoutument aisment la prsence discrte et prudente de l'homme4 ,enfin1 il existe1 pour manier presque impunment les abeilles1 un certain nombre de petits expdients1 variables selon les circonstances1 que la pratique seule peut enseigner4 ,mais il est temps de rvler le grand secret de leurs colres4 99 99 99 ,l'abeille1 au fond si pacifique1 si longanime1 qui ne pique jamais 7 moins qu'on ne l'crase7 quand elle butine parmi les fleurs1 une fois rentre chez elle1 dans son royaume aux monuments de cire1 garde ce caractre bnin et tolrant1 ou devient violente et mortellement dangereuse1 selon que sa ville maternelle est opulente ou pauvre4 ,ici encore1 comme il arrive souvent quand on tudie les murs de ce petit peuple ardent et mystrieux1 les prvisions de la logique humaine sont entirement droutes4 ,il serait naturel que les abeilles dfendissent avec acharnement une cit dbordante de trsors si pniblement amasss1 une cit comme on en rencontre dans les bons ruchers1 o le nectar1 ne trouvant plus place dans les alvoles sans nombre qui reprsentent des milliers de barriques empiles des caves aux greniers1 ruisselle en stalactites d'or le long des murailles bruissantes et envoie au loin dans la campagne1 comme une rponse heureuse aux parfums phmres des calices qui s'ouvrent1 le parfum plus durable du miel o vit le souvenir des calices que le temps a ferms4 ,or il n'en est rien4 ,plus leur demeure est riche1 moins elles montrent d'ardeur combattre autour d'elle4 ,ouvrez ou renversez une ruche opulente3 si vous avez eu soin d'carter l'aide d'une bouffe de tabac les sentinelles de l'entre1 il sera extrmement rare que les autres abeilles songent vous disputer le liquide butin conquis sur les sourires et sur toutes les grces des beaux mois azurs4 ,faites-en l'exprience1 je vous promets l'impunit si vous ne touchez qu'aux ruches les plus lourdes4 ,vous les retournerez et vous les viderez comme de vibrantes mais inoffensives amphores4 ,qu'est-ce dire8 ,les pres amazones ont-elles perdu courage8--l'abondance les a-t-elle amollies1 et1 l'exemple des habitants trop fortuns des villes luxueuses1 se sont-elles dcharges des devoirs prilleux sur les malheureux mercenaires qui veillent prs des portes8 ,non2 on ne remarque point que le plus grand bonheur nerve leur vertu4 ,au contraire2 plus la rpublique est prospre1 plus les lois y sont dures et svrement appliques1 et l'ouvrire d'une ruche o le superflu s'accumule travaille avec bien plus d'ardeur que celle d'une ruche indigente4 ,il y a d'autres raisons que nous ne pntrons pas entirement1 mais qui sont vraisemblables pour peu qu'on tienne compte de l'interprtation effare que la pauvre abeille doit donner nos gestes monstrueux4 ,en voyant tout coup son immense demeure souleve1 culbute1 entr'ouverte1 elle s'imagine probablement qu'il s'agit d'une catastrophe invitable et naturelle contre laquelle il serait insens de lutter4 ,elle ne rsiste plus1 mais elle ne fuit pas4 ,ayant admis la ruine1 il semble que dj elle voie dans son instinct la demeure future1 qu'elle espre rebtir avec les matriaux arrachs la ville ventre4 ,elle laisse le prsent sans dfense pour sauver l'avenir4 ,ou bien1 est-ce que1 peut-tre1 comme le chien de la fable1 le chien qui porte au cou le dner de son matre1 constatant que tout est perdu sans retour1 elle aime mieux prir en prenant sa part du pillage et passer de la vie la mort dans une orgie unique et prodigieuse8 ,nous ne savons au juste4 ,comment sonderions-nous les mobiles de l'abeille1 alors que ceux des plus simples actions de nos frres nous sont inaccessibles8 99 99 99 ,toujours est-il qu' chaque grande preuve de la cit1 chaque trouble qui leur parat avoir un caractre inluctable1 ds que l'affolement s'est propag de proche en proche parmi le peuple noir et frmissant1 les abeilles se prcipitent sur les rayons1 arrachent violemment les couvercles sacrs des provisions d'hiver1 basculent la tte la premire dans les cuves odorantes1 y plongent tout entires1 y aspirent longuement le chaste vin des fleurs1 s'en gorgent1 s'en enivrent jusqu' ce que leurs ventres cercls d'anneaux de bronze s'allongent et se distendent comme des outres trangles4 ,or l'abeille gonfle de miel ne peut plus courber l'abdomen selon l'angle requis pour tirer l'aiguillon4 ,elles deviennent ds lors mcaniquement1 pour ainsi dire1 inoffensives4 ,on s'imagine en gnral que l'apiculteur use de l'enfumoir pour tourdir1 asphyxier demi les belliqueuses trsorires de l'azur1 et s'introduire ainsi1 la faveur d'un sommeil sans dfense1 dans le palais des innombrables amazones endormies4 ,c'est une erreur2 la fume sert d'abord refouler les gardiennes du seuil1 toujours sur le qui-vive et extrmement belliqueuses3 puis deux ou trois bouffes vont semer la panique parmi les ouvrires2 la panique provoque la mystrieuse orgie1 et l'orgie l'impuissance4 ,ainsi s'explique que l'on peut1 les bras nus et le visage dcouvert1 ouvrir les plus populeuses ruches1 en examiner les rayons1 secouer les abeilles1 les rpandre ses pieds1 les amonceler1 les transvaser comme des grains de bl et rcolter tranquillement le miel1 au milieu de l'assourdissante nue des ouvrires dpossdes1 sans avoir subir une seule piqre4 99 99 99 ,mais malheur qui touche aux ruches pauvres6 loignez-vous des habitacles de misre6 ,ici1 la fume n'a plus aucun prestige1 et peine aurez-vous envoy les premires bouffes que vingt mille dmons aigus et frntiques jailliront de l'enceinte1 accableront vos mains1 tourdiront vos yeux1 noirciront votre face4 ,nul tre vivant1 except l'ours1 dit-on1 et le sphinx ,atropos1 ne rsiste la rage des lgions acres4 ,surtout ne luttez pas1 la fureur gagnerait les colonies voisines2 et l'odeur du venin rpandu affolerait toutes les rpubliques d'alentour4 ,il n'est d'autre salut que dans une prompte fuite travers les buissons4 ,l'abeille est moins rancunire1 moins implacable que la gupe et poursuit rarement l'ennemi4 ,si la fuite est impossible1 l'immobilit absolue pourrait seule la calmer ou lui donner le change4 ,elle redoute et attaque tout mouvement trop brusque1 mais pardonne aussitt ce qui ne bouge plus4 ,les ruches pauvres vivent1 ou plutt meurent au jour le jour1 et c'est parce qu'elles n'ont pas de miel en leurs celliers que la fume n'a point d'action sur les abeilles4 ,ne pouvant se gorger comme leurs surs des tribus plus heureuses1 les possibilits d'une cit future n'garent pas leur ardeur4 ,elles ne pensent qu' prir sur le seuil profan et1 maigres1 efflanques1 agiles1 effrnes1 le dfendent avec un hrosme1 un acharnement inous4 ,aussi l'apiculteur prudent ne dplace-t-il jamais les ruches indigentes sans avoir fait un sacrifice pralable aux ,eumnides affames4 ,il leur offre un gteau de miel4 ,elles accourent1 puis1 la fume aidant1 elles s'enflent et s'enivrent1--et les voil rduites l'impuissance comme les riches bourgeoises des cellules plantureuses4 99 99 99 ,il y aurait encore beaucoup dire sur la colre des abeilles et sur leurs antipathies singulires4 ,ces antipathies sont souvent si tranges qu'on les attribua longtemps1 qu'on les attribue encore1 parmi les paysans1 des causes morales1 des intuitions mystiques et profondes4 ,on est convaincu1 par exemple1 que les virginales vendangeuses ne peuvent supporter l'approche de l'impudique1 surtout de l'adultre4 ,il serait surprenant que le plus raisonnable des tres qui vivent avec nous sur ce globe incomprhensible attachassent tant d'importance un pch souvent fort innocent4 ,au fond1 elles n'en ont cure2 mais elles1 dont la vie est berce tout entire au souffle nuptial et somptueux des fleurs1 ont horreur des parfums que nous drobons celles-ci4 ,faut-il croire que la chastet rpand moins de parfums que l'amour8 ,est-ce l l'origine de la rancune des jalouses abeilles et de l'austre lgende qui venge des vertus aussi jalouses qu'elles8 ,quoi qu'il en soit1 elle est classer1 cette lgende1 au nombre de tant d'autres qui croient faire grand honneur aux phnomnes de la nature en leur prtant des sentiments humains4 ,il conviendrait au contraire de mler le moins possible notre psychologie humaine tout ce que nous ne comprenons pas facilement2 il conviendrait de ne chercher nos explications qu'en dehors1 en dea ou au del de l'homme2 car c'est probablement l que se trouvent les rvlations dcisives que nous attendons encore4 ,,le ,,suffrage ,,universel ,il semble que peu peu1 tout s'accorde prouver que les dernires vrits se trouvent aux points extrmes des penses que l'homme avait refus d'explorer jusqu'ici4 ,on peut l'affirmer pour les sciences morales comme pour les positives2 et aucune raison n'empche d'y joindre la politique qui n'est qu'un prolongement de la morale4 ,l'humanit1 durant des sicles1 a vcu en quelque sorte mi-chemin d'elle-mme4 ,mille prjugs1 et avant tout les normes prjugs religieux1 lui cachaient les sommets de sa raison et de ses sentiments4 ,maintenant que se sont notablement affaisses la plupart des montagnes artificielles qui s'levaient entre ses yeux et l'horizon rel de son esprit1 elle prend la fois conscience d'elle-mme1 de sa situation parmi les mondes et du but o elle veut aboutir4 ,elle commence comprendre que tout ce qui ne va pas aussi loin que les conclusions logiques de son intelligence n'est qu'un jeu inutile sur la route4 ,elle se dit qu'il faudra faire demain le chemin qu'on n'a point parcouru aujourd'hui et qu'en attendant1 perdre ainsi son temps entre chaque tape1 il n'y a rien gagner qu'un peu de paix trompeuse4 ,il est crit dans notre nature que nous sommes des tres extrmes2 c'est notre force et la cause de notre progrs4 ,nous nous portons ncessairement et instinctivement aux dernires limites de notre tre4 ,nous ne nous sentons vivre1 et nous ne pouvons organiser une vie qui nous satisfasse qu'aux confins de nos possibilits4 ,grce cet instinct qui s'claire1 il y a une tendance de plus en plus unanime ne plus s'arrter aux solutions intermdiaires1 viter dornavant les expriences mi-cte1 ou du moins passer sur elles le plus rapidement possible4 99 99 99 ,ce n'est pas dire que cette tendance aux extrmes suffise nous guider vers les certitudes dfinitives4 ,il y a toujours deux extrmes entre lesquels il faut choisir2 et il est souvent difficile de dterminer lequel est au point de dpart et lequel au point d'arrive4 ,en morale1 par exemple1 nous avons nous dcider entre l'gosme ou l'altruisme absolu1 et en politique1 entre le gouvernement le mieux organis qu'il soit possible d'imaginer1 dirigeant et protgeant les moindres actes de notre vie1 ou l'absence de tout gouvernement4 ,les deux questions sont encore insolubles4 ,cependant il est permis de croire que l'altruisme absolu est plus extrme et plus prs de notre but que l'gosme absolu1 de mme que l'anarchie est plus extrme et plus prs de la perfection de notre espce que le gouvernement le plus minutieusement1 le plus irrprochablement organis2 tel que celui qu'on pourrait par exemple imaginer aux dernires limites du socialisme intgral4 ,il est permis de le croire parce que l'altruisme absolu et l'anarchie sont les formes extrmes qui requirent l'homme le plus parfait4 ,or1 c'est du ct de l'homme parfait que nous avons tendre nos regards2 car c'est de ce ct qu'il faut esprer que l'humanit se dirige4 ,l'exprience ne dment pas encore qu'on risque moins de se tromper en portant les yeux devant soi qu'en les portant derrire soi1 en regardant trop haut qu'en regardant trop bas4 ,tout ce que nous avons obtenu jusqu'ici a t annonc et pour ainsi dire appel par ceux qu'on accusait de regarder trop haut4 ,il est donc sage1 dans le doute1 de s'attacher l'extrme qui suppose l'humanit la plus parfaite1 la plus noble et la plus gnreuse4 ,c'est ainsi qu'on a pu rpondre qui demandait s'il tait bon d'accorder aux hommes1 malgr leurs imperfections actuelles1 une libert aussi complte que possible3 ,oui1 il est du devoir de tous ceux dont les penses prcdent la masse inconsciente1 de dtruire tout ce qui entrave la libert des hommes1 comme si tous les hommes mritaient d'tre libres1 quoiqu'on sache qu'ils ne mriteront de l'tre que bien longtemps aprs leur dlivrance4 ,l'usage harmonieux de la libert ne s'acquiert que par un long abus des bienfaits de celle-ci4 ,c'est en allant d'abord l'idal le plus loign et le plus haut qu'on a le plus de chance de dcouvrir ensuite l'idal le meilleur4--,ce qui est vrai de la libert l'est galement des autres droits de l'homme4 99 99 99 ,pour appliquer ce principe au suffrage universel1 rappelons-nous l'volution politique des peuples modernes4 ,elle suit une courbe uniforme et inflexible4 ,un un ces peuples chappent la tyrannie4 ,un gouvernement plus ou moins aristocratique ou ploutocratique1 lu d'un suffrage restreint1 remplace l'autocrate4 ,ce gouvernement cde son tour1 ou est presque partout sur le point de cder au gouvernement de tous par le suffrage universel4 ,a quoi aboutira celui-ci8 ,nous ramnera-t-il la tyrannie8 ,se transformera-t-il en suffrage gradu8 ,deviendra-t-il une sorte de mandarinat1 le gouvernement d'une lite ou une anarchie organise8 ,nous ne le savons pas encore1 aucun peuple n'ayant jusqu'ici dpass la phase du suffrage de tous4 99 99 99 ,presque partout1 pour obir la loi aujourd'hui si active qui nous porte aux extrmes1 on brle les tapes afin d'atteindre plus vite ce qui parat tre le dernier idal politique des peuples3 le suffrage universel4 ,cet idal masquant encore compltement l'idal meilleur qui se cache probablement derrire lui1 et ne paraissant pas ce qu'il est peut-tre3 une solution provisoire1 arrtera1 jusqu' ce qu'on ait puis toutes les illusions qu'il renferme1 les regards et les vux de l'humanit4 ,c'est le but ncessaire1 bon ou mauvais1 vers lequel s'avancent les nations4 ,il est indispensable la justice instinctive de la masse que l'volution s'accomplisse4 ,tout ce qui l'entrave n'est qu'obstacle phmre4 ,tout ce qui prtend amliorer cet idal avant qu'il ait t atteint le recule vers l'erreur du pass4 ,comme tout idal universel et imprieux1 comme tout idal qui se forme dans les profondeurs de la vie anonyme1 il a d'abord le droit de se raliser4 ,si aprs sa ralisation on remarque qu'il ne tient pas ce qu'il avait promis1 il sera juste qu'on songe le perfectionner ou le remplacer4 ,en attendant1 il est inscrit dans l'instinct de la masse1 aussi indestructiblement que dans le bronze1 que tous les peuples ont le droit naturel de passer par cette phase de l'volution politique du polypier humain1 et d'interroger1 chacun son tour1 chacun dans sa langue1 avec ses vertus et ses dfauts particuliers1 les possibilits de bonheur qu'elle apporte4 ,c'est pourquoi1 plein du devoir de vivre1 cet idal est trs justement jaloux1 intolrant et excessif4 ,comme tout organisme encore jeune1 il limine violemment ce qui peut altrer la puret de son sang4 ,il est possible que les lments emprunts la monarchie et l'aristocratie qu'on essaye d'introduire dans ses veines adolescentes soient excellents en eux-mmes2 mais ils lui sont nuisibles puisqu'ils lui inoculent le mal dont il a d'abord se gurir4 ,avant que le gouvernement de tous soit rendu plus sage1 plus limpide et plus harmonieux par le mlange d'autres rgimes1 il est ncessaire qu'il se soit purifi par sa propre fermentation4 ,c'est aprs qu'il se sera dbarrass de toutes les traces1 de tous les souvenirs du pass1 aprs qu'il aura rgn dans la certitude et l'intgrit de sa force1 qu'il conviendra de l'inviter choisir dans ce pass2 ce qui importe son avenir4 ,il l'y prendra selon ses apptits naturels1 qui1 de mme que les apptits naturels de tout tre vivant1 savent de science sre ce qui est indispensable au mystre de la vie4 99 99 99 ,les peuples ont donc raison de rejeter provisoirement ce qui est peut-tre meilleur que le suffrage universel4 ,il est possible que la foule admette par la suite que les plus intelligents discernent et gouvernent mieux que les autres le bien de tous4 ,elle leur accordera alors une prpondrance lgitime4 ,pour l'instant1 elle n'y songe pas encore4 ,elle n'a pas eu le temps de se reconnatre4 ,elle n'a pas eu le temps d'puiser des expriences qui paraissent absurdes1 mais qui sont ncessaires parce qu'elles dbarrassent le lieu o se cachent sans doute les dernires vrits4 ,il en est des peuples comme des individus3 ce qui compte1 c'est ce qu'ils apprennent par eux-mmes1 leurs dpens1 et leurs erreurs forment les biens de l'avenir4 ,il ne sert de rien de dire un homme durant son enfance ou sa jeunesse3 ,ne mentez pas1 ne trompez point1 ne faites pas souffrir4 ,ces prceptes de sagesse1 qui sont en mme temps des prceptes de bonheur1 ne pntrent en lui1 ne nourrissent ses penses1 ne deviennent des ralits bienfaisantes qu'aprs que la vie les lui a rvls comme des vrits nouvelles et magnifiques que personne n'avait souponnes4 ,de mme1 il est inutile de rpter un peuple qui cherche son destin3 ,ne croyez pas que le nombre ait raison2 qu'un mensonge affirm par cent bouches cesse d'tre un mensonge1 qu'une erreur proclame par une troupe d'aveugles devienne une vrit que la nature sanctionnera4 ,ne croyez pas davantage qu'en vous mettant dix mille qui ignorent contre un seul qui sait1 vous saurez quelque chose1 ou que vous forcerez la plus humble des lois ternelles vous suivre1 dlaisser celui qui l'avait reconnue4 ,non1 la loi restera sa place prs du sage qui la dcouvrit1 et tant pis pour vous tous si vous vous loignez sans l'avoir accepte6 ,vous la retrouverez un jour sur votre route1 et ce que vous aurez fait en pensant l'esquiver tournera contre vous4 99 99 99 ,ce qu'on dit ainsi la foule est trs vrai2 mais il est non moins vrai que tout cela ne devient efficace qu'aprs avoir t prouv et vcu4 ,dans ces problmes o convergent toutes les nigmes de la vie1 la foule qui se trompe a presque toujours raison contre le sage qui a raison4 ,elle refuse de le croire sur parole4 ,elle sent obscurment que derrire les plus videntes vrits abstraites il y a d'innombrables vrits vivantes que nul cerveau ne peut prvoir1 car il leur faut le temps1 la ralit et les passions des hommes pour dvelopper leur uvre4 ,c'est pourquoi1 quelque avertissement qu'on lui donne1 quelque prdiction que l'on fasse1 elle exige qu'avant tout on tente l'exprience4 ,pouvons-nous dire que l o elle l'obtint elle ait eu tort de l'exiger8 ,il faudrait une tude spciale pour examiner ce que le suffrage universel a ajout l'intelligence gnrale1 la conscience1 la dignit1 la solidarit civiques des peuples qui l'ont pratiqu2 mais quand il n'aurait fait autre chose que crer1 comme en ,amrique et en ,france1 le sentiment d'galit relle qu'on y respire comme une atmosphre plus humaine et plus pure1 et qui semble nouvelle et presque prodigieuse ceux qui viennent d'ailleurs1 ce serait dj un bienfait qui ferait pardonner ses plus graves erreurs4 ,en tout cas1 c'est la meilleure prparation ce qui doit venir4 ,,le ,,drame ,,moderne ,quand je parle du drame moderne1 il va de soi que je n'entends m'occuper que de ce qui a lieu dans les rgions vraiment nouvelles et encore mdiocrement peuples de la littrature dramatique4 ,plus bas1 dans les thtres ordinaires1 le drame ordinaire et traditionnel subit1 d'une manire trs lente1 l'influence du thtre d'avant-garde1 mais il est inutile d'attendre les tranards quand on a l'occasion d'interroger les claireurs4 ,ce qui1 ds le premier regard1 caractrise le drame d'aujourd'hui1 c'est d'abord l'affaiblissement et pour ainsi dire la paralysie progressive de l'action extrieure1 ensuite une tendance trs nette descendre plus avant dans la conscience humaine et accorder une part plus grande aux problmes moraux2 et enfin la recherche1 encore bien ttonnante1 d'une sorte de posie nouvelle1 plus abstraite que l'ancienne4 ,on ne saurait le nier1 il y a sur les scnes actuelles1 beaucoup moins d'aventures violentes et extraordinaires4 ,le sang y est plus rarement rpandu1 les passions y sont moins excessives1 l'hrosme moins pre1 le courage moins farouche et moins matriel4 ,on y meurt encore1 il est vrai1 car on mourra toujours dans la ralit2 mais la mort n'est plus1--ou du moins1 on peut esprer que bientt elle ne sera plus1--l'ultima ratio1 le cadre indispensable1 le but invitable de tout pome dramatique4 ,il est peu frquent1 en effet1 dans notre vie1 cruelle peut-tre1 mais d'une manire cache et silencieuse1 il y est peu frquent que les plus violentes de nos crises se terminent par la mort2 et le thtre1 encore que plus lent que tous les autres arts suivre les volutions de la conscience humaine doit cependant finir par en tenir compte lui aussi1 dans une certaine mesure4 ,il est certain que les anecdotes antiques et fatales qui constituaient tout le fond du thtre classique1 que les faits divers italiens1 espagnols1 scandinaves ou lgendaires qui forment la trame de toutes les uvres de l'poque ,shakespearienne et aussi1--pour ne pas entirement passer sous silence un art infiniment moins spontan1--de toutes celles du romantisme franais et allemand2 il est certain1 dis-je1 que ces anecdotes n'offrent plus pour nous l'intrt immdiat qu'elles offraient en un temps o elles taient quotidiennement et trs naturellement possibles1 o1 tout au moins1 les circonstances1 les sentiments1 les murs qu'elles voquaient1 n'taient point encore teints dans l'esprit de ceux qui les voyaient reproduits devant eux4 ,mais ces aventures ne correspondent plus pour nous une ralit vivante et actuelle4 ,si un jeune homme aime aujourd'hui au milieu d'obstacles qui reprsentent plus ou moins1 dans un autre ordre d'ides et d'vnements1 ceux qui entravrent l'amour de ,romo1 nous savons parfaitement que rien de ce qui fait la posie et la grandeur des amours de ,vrone n'embellira son aventure4 ,il n'y aura plus l l'atmosphre enivrante d'une vie seigneuriale et passionne4 ,il n'y aura plus de combats dans des rues pittoresques1 plus d'intermdes somptueux ou sanglants1 plus de poison mystrieux1 plus de spulcre fastueusement complaisant4 ,o sera-t-elle1 la grande nuit d't1 qui n'est si vaste1 si savoureuse et si comprhensible que parce qu'elle est dj tout inonde de l'ombre d'une mort invitable et hroque8 ,otez tous ces beaux ornements l'histoire de ,romo et de ,juliette1 et vous n'aurez plus que le trs simple et trs ordinaire lan d'un malheureux adolescent de noble cur vers une jeune fille que des parents obstins lui refusent4 ,toute la posie1 toute la splendeur1 toute la vie passionne de cet lan est faite de l'clat1 de la noblesse1 du tragique propres au milieu o il s'panouit2 et il n'est pas un baiser1 un murmure d'amour1 pas un cri de colre1 de douleur ou de dsespoir1 qui n'emprunte sa grandeur1 sa grce1 son hrosme1 sa tendresse2 en un mot toutes les images par quoi il est rendu visible1 aux objets1 aux tres qui l'entourent4 ,ce qui fait la beaut1 la douceur d'un baiser1 c'est bien moins le baiser mme1 que le lieu1 l'heure et les circonstances o il se donne4 ,du reste1 on pourrait faire les mmes observations si l'on supposait un homme de nos jours jaloux comme ,othello1 ambitieux comme ,macbeth1 malheureux comme ,lear1 indcis1 inquiet et accabl d'un devoir effrayant et irralisable comme ,hamlet4 ,ces circonstances ne sont plus4 ,l'aventure du ,romo moderne1 ne considrer que les vnements extrieurs qu'elle ferait natre1 ne fournirait pas la matire de deux actes4 ,on me dira qu'un pote actuel1 voulant mettre sur la scne quelque pome d'amour analogue1 est parfaitement libre de choisir dans le pass1 un milieu plus dcoratif et plus fertile en incidents hroques et tragiques que celui o nous vivons4 ,il est vrai2 mais quel est le rsultat de cet expdient8 ,c'est que des sentiments1 des passions qui ont besoin pour se dvelopper1 pour aller jusqu'au bout d'eux-mmes1 de l'atmosphre d'aujourd'hui 7car les passions et les sentiments d'un pote moderne sont1 malgr lui1 entirement1 exclusivement modernes71 se trouvent brusquement transplantes dans un terrain o tout les empche de vivre4 ,ils n'ont plus la foi1 et on leur impose l'espoir et la crainte de chtiments ternels4 ,ils croient pouvoir compter dans leur dtresse sur une foule de forces nouvelles1 enfin humaines1 quitables et sres2 et les voil dans un sicle o tout se dcide par la prire ou l'pe4 ,ils ont profit1 leur insu peut-tre1 de toutes nos acquisitions morales1 et on les replonge brusquement dans l'abme de jours o le moindre geste est dtermin par des prjugs qui doivent les faire sourire ou trembler4 ,que voulez-vous qu'il en advienne2 et comment esprer qu'ils y puissent subsister8 ,mais ne nous arrtons pas davantage aux pomes ncessairement artificiels qui naissent de cet impossible mariage du pass et du prsent4 ,prenons le drame qui rpond vritablement notre ralit1 comme la tragdie grecque rpondait la ralit grecque1 et le drame de la ,renaissance aux ralits de la ,renaissance4 ,il se droule dans une maison moderne1 entre des hommes et des femmes d'aujourd'hui4 ,les noms des protagonistes immatriels1 qui sont les sentiments et les ides1 demeurent peu prs les mmes qu'autrefois4 ,on reconnat l'amour1 la haine1 l'ambition1 l'envie1 l'avidit1 la jalousie1 l'instinct de justice1 l'ide du devoir1 la piti1 la bont1 le dvouement1 l'apathie1 l'gosme1 l'orgueil1 la vanit1 etc4 ,mais si les noms sont peu prs les mmes1 quel point l'aspect1 les qualits1 l'tendue1 l'influence1 les habitudes intimes de ces acteurs idaux1 ne se sont-ils pas modifis6 ,ils n'ont plus une seule de leurs armes1 un seul des merveilleux ornements de jadis4 ,il n'y a presque plus de cris1 trs rarement du sang1 peu de larmes visibles4 ,le bonheur et le malheur des tres se dcident dans une troite chambre1 autour d'une table1 au coin du feu4 ,on aime1 on souffre1 on fait souffrir1 on meurt sur place1 dans son coin2 et c'est grand hasard si une porte ou une fentre s'entr'ouvre un moment sous la pousse d'un dsespoir ou d'une flicit extraordinaire4 ,il n'y a plus de beaut accidentelle et adventice2 il n'y a plus qu'une posie extrieure qui n'est pas encore devenue potique4 ,et quelle posie1 pour peu qu'on aille au fond des choses1 n'emprunte presque tout son charme et toute son ivresse des lments extrieurs8 ,enfin il n'y a plus de ,dieu qui largit ou domine l'action2 il n'y a plus de destin inexorable qui forme1 aux gestes les plus insignifiants de l'homme1 un fond mystrieux1 tragique et solennel1 une atmosphre fconde et sombre1 qui parvenait ennoblir jusqu' ses crimes les moins excusables1 jusqu' ses plus misrables faiblesses4 ,il subsiste1 il est vrai1 un inconnu terrible2 mais il est si divers1 si ondoyant1 si incertain1 si arbitraire1 si contestable1 pour peu qu'on essaye de le prciser1 qu'il est fort dangereux de l'voquer1 fort difficile aussi de s'en servir de bonne foi pour agrandir jusqu'au mystre les gestes1 les paroles1 les actions des hommes que nous coudoyons chaque jour4 ,c'est ainsi qu'on a essay tour tour de remplacer par la problmatique et redoutable nigme de l'hrdit1 par la grandiose mais improbable nigme de la justice immanente1 par plus d'une autre encore1 la vaste nigme de la ,providence ou de la ,fatalit de jadis4 ,mais ne remarque-t-on point que ces nigmes nes d'hier1 paraissent dj plus vieilles1 plus arbitraires1 plus invraisemblables que celles dont elles ont pris la place dans un accs d'orgueil8 ,ds lors o chercher la grandeur1 la beaut1 qui ne se trouvent plus dans l'action visible1 ni dans les paroles qui n'ont plus gure d'images attrayantes1 attendu que les paroles ne sont que des sortes de miroirs qui refltent la beaut de ce qui les entoure1 et la beaut du monde nouveau o nous vivons ne semble pas encore avoir envoy ses rayons jusqu' ces miroirs un peu lents4 ,o chercher enfin cette posie et cet horizon qu'il est pour ainsi dire impossible de retrouver dans un mystre qui existe toujours1 mais qui s'vapore ds qu'on essaye de lui donner un nom8 ,on dirait que le drame moderne s'est confusment rendu compte de tout cela4 ,ne pouvant plus s'agiter au dehors1 n'ayant plus d'ornements extrieurs1 n'osant plus faire srieusement appel une divinit1 une fatalit dtermines1 il s'est repli sur lui-mme1 il a tent de dcouvrir dans les rgions de la psychologie et dans celles de la vie morale1 l'quivalent de ce qu'il avait perdu dans la vie extrieure d'autrefois4 ,il a descendu plus avant dans la conscience humaine2 mais ici il s'est heurt des difficults inattendues et singulires4 ,descendre plus avant dans la conscience humaine1 cela est permis et mme ordonn au penseur1 au moraliste1 au romancier1 l'historien1 et1 la rigueur au pote lyrique2 mais le pote dramatique ne peut aucun prix tre un philosophe inactif ou un contemplateur4 ,quoi qu'on fasse1 quelque merveille qu'on puisse un jour imaginer1 la loi souveraine1 l'exigence essentielle du thtre sera toujours l'action4 ,quand le rideau se lve1 le haut dsir intellectuel que nous apportons se transforme soudain2 et le penseur1 le moraliste1 le mystique ou le psychologue1 qui est en nous1 cde la place au spectateur instinctif1 l'homme lectris ngativement par la foule1 et qui veut voir quelque chose se passer sur la scne4 ,si trange que soit cette transformation ou cette substitution1 elle est incontestable2 elle tient videmment l'influence de l'essaim humain1 une indniable facult de notre me1 qui est doue d'un organe spcial1 primitif et presque imperfectible1 pour penser jouir et s'mouvoir en masse4 ,il n'est alors si admirables1 si profondes paroles qui bientt ne nous importunent1 si elles ne changent rien la situation1 si elles n'aboutissent un acte1 si elles n'amnent un conflit dcisif1 si elles ne htent une solution dfinitive4 ,mais d'o nat l'action dans la conscience de l'homme8 ,a un premier degr1 elle natra de la lutte de diverses passions opposes4 ,mais ds qu'elle s'lve un peu1 et1 y regarder de prs1 ds le premier degr mme1 on peut dire qu'elle ne nat gure que d'une lutte entre une passion et une loi morale1 entre un devoir et un dsir4 ,aussi le drame moderne s'est-il plong avec dlices dans tous les problmes de la morale contemporaine1 et est-il permis d'affirmer qu'il s'en nourrit presque exclusivement4 ,cela commena par les drames d',alexandre ,dumas fils1 qui mettaient en scne les conflits moraux les plus lmentaires et vivaient tout entiers sur des interrogations telles1 que le moraliste idal qu'il faut toujours supposer dans le spectateur1 ne songe mme pas se les faire1 au cours de son existence spirituelle1 tant la rponse est vidente4 ,faut-il pardonner l'pouse ou l'poux infidle8 ,est-il louable de se venger de l'infidlit par l'infidlit8 ,un enfant naturel a-t-il des droits8 ,le mariage d'inclination 7comme on l'appelle dans ces rgions7 est-il prfrable au mariage d'argent8 ,les parents peuvent-ils lgitimement s'opposer un mariage d'amour8 ,le divorce est-il fcheux quand un enfant est n du mariage8 ,l'adultre de la femme est-il plus grave que celui du mari8 etc41 etc444 ,au reste pour le dire en passant1 tout le thtre franais d'aujourd'hui1 et une bonne partie du thtre tranger qui n'en est que le reflet1 s'alimente exclusivement de questions de ce genre1 et des rponses gravement superflues qu'on y fait4 ,mais d'autre part1 la pointe extrme de la conscience humaine1 cela se termine dans les drames de ,bjornson1 d',hauptmann et surtout dans les drames d',ibsen4 ,ici nous arrivons au bout des ressources de la dramaturgie nouvelle4 ,en effet1 plus on descend dans la conscience de l'homme1 moins on y trouve de conflits4 ,on ne peut descendre trs avant dans une conscience qu' la condition que cette conscience soit trs claire2 car il est indiffrent de faire dix pas ou mille au fond d'une me plonge dans les tnbres1 on n'y trouvera rien d'imprvu1 rien de nouveau1 les tnbres tant partout semblables elles-mmes4 ,or1 une conscience trs claire a des passions et des dsirs infiniment moins exigeants1 infiniment plus pacifiques1 plus patients1 plus salutaires1 plus abstraits et plus gnreux qu'une conscience ordinaire4 ,de l1 bien moins de luttes1 et1 en tout cas1 des luttes bien moins ardentes entre ces passions agrandies et assagies par le fait mme qu'elles sont plus hautes et plus vastes2 car si rien n'est plus sauvage1 plus bruyant ni plus dvastateur qu'un petit ruisseau encaiss2 rien n'est plus tranquille1 plus silencieux1 plus bienfaisant qu'un beau fleuve qui s'largit4 ,et d'un autre ct1 cette conscience claire s'inclinera devant infiniment moins de lois1 admettra infiniment moins de devoirs nuisibles ou douteux4 ,il n'est pour ainsi dire pas de mensonge1 d'erreur1 de prjug1 de convention1 de demi-vrit1 qui ne puisse prendre1 et rellement ne prenne1 lorsque l'occasion s'en prsente1 la forme d'un devoir dans une conscience incertaine4 ,c'est ainsi que l'honneur au sens chevaleresque et conjugal du mot 7j'entends par ce dernier terme l'honneur du mari qu'on fait dpendre d'une faute de la femme71 la vengeance1 une sorte de pudeur maladive1 l'orgueil1 la vanit1 la pit envers certains dieux1 mille autres illusions ont t et sont encore l'intarissable source d'une multitude de devoirs absolument sacrs1 absolument indiscutables1 pour un grand nombre de consciences infrieures4 ,et ces soi-disant devoirs sont les pivots de presque tous les drames de l'poque romantique1 et de la plupart de ceux d'aujourd'hui4 ,mais dans une conscience qu'une saine et vivante lumire a suffisamment pntre1 il devient trs difficile d'acclimater un de ces sombres devoirs impitoyables qui poussent fatalement l'homme qui le porte1 vers le malheur ou la mort4 ,il ne s'y trouve plus d'honneur1 plus de vengeance1 plus de conventions qui rclament du sang4 ,on n'y rencontre plus de prjugs qui exigent des larmes1 ou d'injustice qui veuille le malheur4 ,il n'y rgne plus de dieux qui ordonnent des supplices1 ni d'amour qui demande des cadavres4 ,et quand le soleil est entr dans la conscience du sage1 comme il faut esprer qu'il entrera un jour dans la conscience de tous les hommes1 on n'y distingue plus qu'un seul devoir1 qui est de faire le moins de mal possible et d'aimer les autres comme on s'aime soi-mme2 et de ce devoir-l ne naissent gure de drames4 ,aussi1 voyez ce qui a lieu dans les drames d',ibsen4 ,on y descend parfois trs avant dans la conscience humaine2 mais le drame ne demeure possible que parce qu'on y descend avec une lumire singulire1 une sorte de lumire rouge1 sombre1 capricieuse et pour ainsi dire maudite1 qui n'claire que d'tranges fantmes4 ,et de fait1 presque tous les devoirs qui constituent le principe actif des tragdies d',ibsen1 sont des devoirs non plus situs en de1 mais au del de la conscience sainement claire2 et les devoirs que l'on croit dcouvrir par del cette conscience1 touchent souvent de bien prs un orgueil injuste1 une sorte de folie chagrine et maladive4 ,il est bien entendu1 pour dire ici toute ma pense1 que cette remarque n'enlve rien mon admiration pour le grand pote scandinave2 car s'il est vrai qu',ibsen ajouta bien peu d'lments salutaires la morale contemporaine1 il est peut-tre le seul qui au thtre ait entrevu et mis en uvre une posie encore dsagrable mais nouvelle1 et qui soit parvenu l'envelopper d'une sorte de beaut et de grandeur farouche et assombrie 7assurment trop farouche et assombrie pour qu'elle puisse tre gnrale et dfinitive71 qui ne doit rien la posie des drames violemment enlumins de l'antiquit ou de la ,renaissance4 ,mais en attendant qu'il y ait dans la conscience humaine plus de passions utiles et moins de devoirs nfastes1 qu'il y ait par consquent sur la scne de ce monde plus de bonheur et moins de tragdies1 un grand devoir de charit et de justice1 qui offusque tous les autres1 subsiste pour le moment au fond de tous les curs de bonne volont4 ,et peut-tre est-ce de la lutte de ce devoir contre notre ignorance et notre gosme que doit natre le vritable drame de ce sicle4 ,une fois cette tape franchie dans la vie relle comme sur la scne1 il sera peut-tre permis de parler d'un thtre nouveau1 d'un thtre de paix et de beaut sans larmes4 ,,les ,,sources ,,du ,,printemps ,j'ai vu de quelle faon le printemps amasse du soleil1 des feuilles et des fleurs1 et se prpare longtemps d'avance envahir le ,nord4 ,ici1 aux bords toujours tides de la ,mditerrane--cette mer immobile et qui semble sous verre1--o durant les mois noirs du reste de l',europe1 il s'est mis l'abri des neiges et du vent1 en un palais de paix1 de lumire et d'amour1 il est curieux de surprendre dans la campagne immortellement verte ses prparatifs de voyage4 ,on voit clairement qu'il a peur1 qu'il hsite affronter une fois de plus les grands piges de glace que fvrier et mars lui tendent chaque anne de l'autre ct des montagnes4 ,il attend1 il muse1 il prouve ses forces avant que de reprendre la route pre et cruelle que l'hiver hypocrite a l'air de lui cder4 ,il s'arrte1 il repart1 il parcourt mille fois1 comme un enfant ferait du jardin des vacances1 les valles odorantes1 les collines dlicates que la gele n'a jamais effleures de son aile4 ,il n'a rien y faire1 rien ressusciter1 puisque rien n'a pri et que rien n'a souffert1 puisque toutes les fleurs de toutes les saisons y baignent dans l'air bleu d'un ternel t4 ,mais il cherche des prtextes1 il s'attarde1 il flnoche1 il revient sur ses pas comme un jardinier dsuvr4 ,il carte les branches1 caresse de son souffle l'olivier qui frmit d'un sourire argent1 lustre l'herbe lustre1 rveille les corolles qui ne s'endormaient pas1 rappelle les oiseaux qui n'avaient jamais fui1 encourage les abeilles qui travaillent sans cesse2 puis1 voyant comme ,dieu que tout est bien au paradis sans tache1 il s'asseoit un instant au rebord d'une terrasse que l'oranger couronne de fleurs rgulires et de fruits de lumire et1 avant de partir1 jette un dernier regard sur son uvre de joie qu'il confie au soleil4 99 99 99 ,je l'ai suivi1 ces jours passs1 aux rives du ,borigo1 du torrent de ,care1 au val de ,gorbio1 dans ces petites villes rustiques3 ,vintimille1 ,tende1 ,sospel2 dans ces curieux villages perchs sur les rochers3 ,sainte-,agns1 ,castelar1 ,castillon1 dans cette adorable campagne1 dj tout italienne1 qui entoure ,menton4 ,on franchit quelques rues qu'anime la vie cosmopolite et assez hassable de la ,riviera2 on laisse derrire soi le kiosque musique municipale et perptuelle autour de quoi s'agglomre le ,tout-,menton mondain et tuberculeux1 et voici que l'on trouve deux pas de la foule qui le redoute comme un flau sacr1 le silence admirable des arbres1 toutes les bonnes ralits virgiliennes des chemins creux1 des fontaines claires1 des rservoirs ombreux qui dorment au flanc des monts o ils semblent attendre le reflet d'une desse4 ,on gravit un sentier entre deux murs de pierre qu'clairent les violettes et que surmontent les tranges capuchons bruns de l'arisarum aux feuilles si profondment vertes qu'on les croirait cres pour symboliser la fracheur des citernes2 et le cirque d'un vallon s'ouvre comme une fleur humide et magnifique4 ,a travers la gaze bleutre des oliviers gants qui voilent l'horizon d'un rideau transparent de perles scintillantes1 c'est l'blouissement harmonieux et discret de tout ce que les hommes imaginent dans leurs rves1 peignent dans des dcors qui se croient irrels et irralisables1 lorsqu'ils veulent fixer l'idale allgresse d'une heure surhumaine1 de quelque le enchante1 d'un paradis perdu ou du sjour des dieux4 99 99 99 ,il y a1 tout le long des vallons de la cte1 des centaines de ces cirques qui sont comme les thtres o se jouent1 parmi le clair de lune ou la paix des matins et des aprs-midi1 les feries muettes du bonheur de la terre4 ,ils se ressemblent tous2 et pourtant chacun d'eux rvle une flicit diffrente4 ,chacun d'eux1 comme les visages d'une troupe de surs galement heureuses et galement belles1 a un sourire reconnaissable4 ,un groupe de cyprs qui purifie les lignes1 un mimosa pareil un geyser de soufre1 un bosquet d'oranger aux lourdes ttes noires symtriquement surcharges de fruits d'or1 qui proclament soudain l'abondance royale du sol qui les nourrit2 une pente de citronniers o la nuit semble avoir amass dans un pan de montagne1 afin qu'elles y attendent un nouveau crpuscule1 les toiles que l'aurore a cueillies1 un portique de feuillage qui s'ouvre sur la mer comme un regard profond qui dcle tout coup une pense infinie1 un ruisseau qui se cache comme une larme de joie1 une treille qui prvoit la pourpre des raisins1 un grand vase de pierre buvant l'eau qui s'goutte au bout d'un roseau vert1--rien et tout modifie l'expression du repos1 de la tranquillit1 du silence azur1 de la batitude qui jouit d'elle-mme4 99 99 99 ,mais je cherche l'hiver et la trace de ses pas4 ,o donc se cache-t-il8 ,il devrait tre ici2 et comment cette fte de roses et d'anmones1 d'air tide et de rose1 d'abeilles et d'oiseaux1 ose-t-elle se drouler avec tant d'assurance durant les mois les plus impitoyables de son rgne8 ,et le printemps1 que va-t-il faire1 que va-t-il dire1 puisque tout semble fait1 puisque tout parat dit8 ,il est donc inutile et nul ne l'attend plus8 ,non2 en s'appliquant bien1 on retrouve dans la vie inlassablement jeune le travail de sa main1 le parfum de son souffle plus jeune que la vie4 ,ainsi1 il y a l des arbres trangers1 des htes taciturnes1 des sortes de parents pauvres aux robes en haillons4 ,ils viennent de trs loin1 de la rgion des brumes1 des frimas et du vent4 ,ils sont dpayss1 hargneux et mfiants4 ,ils n'ont pas encore compris la langue claire1 adopt les coutumes dlicieuses du ,midi4 ,ils n'ont pas voulu croire aux promesses du ciel1 et ils ont suspect les caresses du soleil qui ds l'aube les couvre d'un manteau de rayons plus soyeux et plus chauds que celui dont juillet accablait leurs paules dans les ts prcaires de leur terre natale4 ,n'importe2 l'heure dite1 quand la neige tombait trois cents lieues d'ici1 leurs troncs ont frissonn1 et malgr l'affirmation audacieuse de l'herbe et de cent mille fleurs1 malgr l'aplomb des roses qui montent jusqu' eux pour attester la vie1 ils se sont dpouills pour le sommeil d'hiver4 ,sombres et malveillants et nus comme des morts1 ils attendent le printemps qui clate autour d'eux2 et1 par une raction trange et excessive1 ils l'attendent plus longtemps que sous le ciel svre et pre de ,paris1 car ,paris dj les bourgeons commencent poindre4 ,on les reconnat et l parmi la foule en fte dont la danse immobile enchante les collines4 ,ils ne sont pas nombreux et ils se dissimulent3 ce sont des chnes tors1 des htres1 des platanes1 et c'est la vigne mme que l'on croirait mieux leve1 mieux renseigne et plus docile1 qui demeure incrdule4 ,ils sont l1 noirs et maigres1 et tels que des malades un dimanche de ,pques1 au parvis d'une glise que l'clat du soleil a rendue transparente4 ,ils sont l depuis des annes1 et quelques-uns peut-tre depuis deux ou trois sicles2 mais ils ont dans les moelles la terreur de l'hiver4 ,ils ne perdront jamais l'habitude de la mort4 ,ils ont trop d'exprience1 ne peuvent plus oublier et ne peuvent plus apprendre4 ,leur raison endurcie n'admet plus la lumire lorsqu'elle n'arrive pas l'heure accoutume4 ,ce sont d'pres vieillards trop sages pour jouir d'une joie imprvue4 ,ils ont tort2 la sagesse ne doit pas interdire les belles imprudences4 ,voici1 autour des vieux1 des anctres hostiles1 tout un monde de plantes qui ignorent l'avenir mais se donnent lui4 ,elles ne vivent qu'une saison2 elles n'ont point de pass et nulle tradition1 et elles ne savent rien1 sinon que l'heure est belle et qu'il en faut jouir4 ,pendant que leurs ans1 leurs matres et leurs dieux1 boudent et perdent leur temps1 elles fleurissent1 elles s'aiment1 elles se multiplient4 ,ce sont les humbles fleurs des chres solitudes3 la pquerette qui couvre le gazon de sa navet proprette et rgulire1 la bourrache plus bleue que le ciel le plus bleu1 l'anmone carlate ou teinte d'aniline1 la primevre virginale1 la mauve arborescente1 la campanule qui agite des cloches que personne n'entend1 le romarin qui a l'air d'une petite bonne de province1 et le thym capiteux qui passe sa tte grise entre les pierres disjointes4 ,mais avant tout c'est l'heure incomparable1 l'heure diaphane et fluide de la violette des bois4 ,son humilit proverbiale devient usurpatrice et presque intolrante4 ,elle ne se blottit plus timidement entre les feuilles1 elle bouscule l'herbe1 la domine1 la voile1 lui impose ses couleurs1 lui insuffle son souffle4 ,son sourire innombrable recouvre les terrasses d'oliviers et de vignes1 les pentes des ravins1 la courbe des vallons1 d'un rseau d'allgresse innocente et suave2 son parfum frais et clair comme l'me des sources qui coulent sous les monts1 rend l'air plus translucide1 le silence plus limpide2 et c'est bien1 comme le dit je ne sais quelle lgende1 l'haleine de la terre inonde de rose1 alors que vierge encore elle s'veille au soleil et se donne tout entire dans le premier baiser de la premire aurore4 99 99 99 ,puis1 aux petits jardins qui entourent les bastides1 les claires maisonnettes aux toits italiens1 les bons lgumes sans prjugs1 sans prtention1 n'ont jamais eu de doutes1 n'ont jamais eu de craintes4 ,pendant que le vieux paysan1 devenu pareil aux arbres qu'il cultive1 remue la terre autour des oliviers1 l'pinard se prlasse1 s'empresse de verdir et ne prend aucune prcaution2 la fve des marais ouvre ses yeux de jais dans son feuillage ple et voit tomber la nuit avec placidit2 les petits pois volages s'lancent et s'allongent1 couverts de papillons immobiles et tenaces1 comme si juin venait de franchir la barrire de la ferme2 la carotte rougit en se montrant au jour2 les fraisiers ingnus aspirent les aromes que midi leur prodigue en penchant vers la terre ses urnes de saphir2 la laitue s'vertue se faire un cur d'or o elle veut renfermer la fracheur des matins et des soirs qui l'arrosent4 ,seuls1 les arbres fruitiers ont longtemps rflchi2 l'exemple des lgumes parmi lesquels ils vivent les poussait se joindre la joie gnrale1 mais la raide attitude de leurs ans du ,nord1 des grands-parents sortis des grandes forts sombres1 leur prchait la prudence4 ,nanmoins ils s'veillent2 eux aussi n'y tiennent plus et se dcident enfin entrer dans la ronde de parfums et d'amour4 ,les pchers ne sont plus qu'un phnomne rose3 on dirait une chair purile et prcieuse que l'haleine de l'aube vaporise dans l'azur4 ,les poiriers1 les pruniers1 l'amandier1 le pommier1 rivalisant d'ivresse1 font des efforts blouissants2 et les coudriers blonds1 tels que des lustres de ,venise1 et tout resplendissants d'une bue de chatons1 se plantent et l pour clairer la fte4 ,quant aux fleurs luxueuses1 qui semblent n'avoir d'autre but qu'elles-mmes1 elles ont ds longtemps renonc sonder le mystre de cet t sans bornes4 ,elles ne marquent plus les saisons1 elles ne comptent plus les jours1 et ne sachant que faire dans l'ardent dsarroi des heures qui n'ont plus d'ombre1 de peur de se tromper et de perdre une seconde qui pourrait tre belle1 elles se sont rsolues fleurir sans relche de janvier dcembre4 ,la nature les approuve et1 pour rcompenser leur confiance au bonheur1 leur beaut gnreuse et leurs excs d'amour1 elle leur donne une force1 un clat1 des parfums qu'elle n'accorde jamais celles qui se rservent et qui craignent la vie4 ,voil ce que promulguait1 entre autres vrits1 la petite maison que j'ai vue aujourd'hui au versant d'une colline tout inonde de roses1 d'illets1 de rsdas1 d'hliotropes et de girofles3 si bien que l'on et dit la source dbordante et engorge de fleurs d'o le printemps allait se dverser sur nous2 tandis qu'au seuil de pierre de la porte ferme1 des courges1 des cdrats1 des oranges1 des limons1 des figues de ,barbarie1 dormaient tranquillement dans l'ombre bleuissante comme l'acier des faux et parmi le silence auguste1 dsert et rgulier1 d'un jour immacul4 ,,la ,,mort ,,et ,,la ,,couronne ,les mois de juin et de juillet de l'anne #aijb offrirent aux mditations des hommes un de ces spectacles tragiques1 qu' la vrit nous rencontrons chaque jour dans la petite vie qui nous entoure1 mais qui1 comme tant de grandes choses1 y passent inaperus4 ,ils ne prennent leur signification et ne fixent enfin nos regards que lorsqu'ils s'accomplissent sur une de ces normes scnes o s'entassent toutes les penses d'un peuple1 et o celui-ci aime voir sa propre existence agrandie et solennise par des acteurs royaux4 ,il faut ajouter quelque chose la vie ordinaire avant de pouvoir la comprendre1 disait-on dans un drame moderne4 ,le sort y ajoutait ici la puissance et la pompe de l'un des plus beaux trnes de la terre4 ,grce l'clat de cette puissance et de cette pompe1 on vit exactement ce que l'homme est en soi1 et ce qu'il en demeure lorsque les imposantes lois de la nature le mettent cruellement nu devant leur tribunal4 ,on apprit aussi1--les forces de l'amour1 de la piti1 de la religion et de la science tant subitement portes l'extrme1--on apprit aussi mieux connatre la valeur des secours que tout ce que nous avons acquis depuis que nous occupons cette plante1 peut fournir notre dtresse4 ,on assista la lutte toujours confuse1 mais aussi ardente que si elle dt tre suprme1 entre les puissances diverses1 physiques ou morales1 visibles ou invisibles1 qui mnent aujourd'hui l'humanit4 99 99 99 douard ,,vii1 roi d',angleterre1 victime illustre d'un caprice du destin1 oscillait pitoyablement entre la couronne et la mort4 ,d'une main ce destin prsentait son front l'un des plus magnifiques diadmes que les rvolutions aient pargns2 et de l'autre1 il forait ce mme front tremp des sueurs de l'agonie1 se courber sur une tombe grande ouverte4 ,il prolongea sinistrement ce jeu durant plus de trois mois4 ,lorsqu'on regarde l'vnement d'un point un peu plus lev que les hauteurs des modestes collines o voluent les innombrables anecdotes de la vie1 il ne s'agit pas seulement ici de la tragdie d'un opulent monarque que la nature prend aux entrailles1 dans le moment o des milliers d'hommes aspirent mettre en sa personne1 l'abri du destin1 au-dessus de l'humanit1 un peu de leurs espoirs et de leurs plus beaux rves4 ,il ne s'agit pas davantage d'approfondir le sarcasme de cette minute o ils prtendaient affirmer et fonder quelque chose de surnaturel qui s'effondrait dans ce que la nature a de plus naturel2 quelque chose qui ft contradictoire aux impitoyables lois galitaires de l'indiffrente plante que nous occupons tous par une sorte de distraite tolrance1 quelque chose qui les rassurt et les consolt1 comme une exception admirable leur misre1 leur fragilit4 ,non1 il est ici question de la tragdie essentielle de l'homme1 du drame universel et perptuel qui se joue entre sa frle volont et l'norme force inconnue qui l'environne1 entre la petite flamme de son esprit ou de son me1 ce phnomne inexplicable de la nature1 et l'immense matire1 cet autre phnomne pareillement inexplicable de la mme nature4 ,ce drame aux mille dnouements indcis n'a cess de se drouler un seul jour depuis qu'une portion de la vie aveugle et colossale a eu l'ide assez trange de prendre en nous une sorte de conscience d'elle-mme4 ,cette fois1 un hasard plus resplendissant que les autres vint le remettre en lumire sur un sommet plus lev qu'clairrent un instant tous les dsirs1 tous les vux1 toutes les craintes1 toutes les incertitudes1 toutes les prires1 tous les doutes1 toutes les illusions1 toutes les volonts1 tous les regards enfin des habitants de notre globe accourus en pense au pied de la montagne solennelle4 99 99 99 ,lentement1 il se droula donc l-haut2 et nous pmes compter nos ressources4 ,nous emes l'occasion de peser dans de lumineuses balances nos illusions et nos ralits4 ,toute la confiance et toute la misre de notre espce se trouvaient symboliquement ramasses en une heure et dans un seul tre4 ,allait-il tre prouv une fois de plus que les dsirs1 les vux les plus ardents1 la volont et l'amour le plus imprieux d'une prodigieuse assemble d'hommes sont impuissants faire dvier d'une ligne la plus insignifiante des lois physiques8 ,allait-il tre tabli1 une fois de plus1 que lorsque nous nous trouvons en face de la nature1 ce n'est pas dans le monde moral ou sentimental1 mais dans un autre1 que nous devons chercher nos armes dfensives8 ,il est donc salutaire de regarder avec fermet1 et d'un il qui ne se prte plus aux prestiges1 ce qui se passa sur cette cime4 99 99 99 ,les uns y ont vu la magnifique manifestation d'un ,dieu jaloux et tout-puissant qui nous tient dans sa main et se rit de notre pauvre gloire2 le geste ddaigneux d'une ,providence trop oublie et irrite que l'homme ne reconnaisse pas avec plus de docilit son existence cache et ne pntre pas plus aisment son nigmatique volont4 ,se sont-ils tromps8 ,et quels sont ceux qui ne se trompent point dans les tnbres o nous sommes8 ,mais pourquoi ce ,dieu1 plus parfait que les hommes1 demande-t-il de nous ce qu'un homme parfait ne demanderait point8 ,pourquoi fait-il d'une foi trop volontaire1 presque aveuglment accepte1 la premire1 pour ainsi dire la seule et la plus ncessaire des vertus8 ,s'il s'irrite qu'on ne le comprenne pas1 qu'on lui dsobisse1 ne serait-il pas juste qu'il se manifestt de manire que la raison humaine1 que lui-mme cra avec ses admirables exigences1 ne dt pas renoncer les plus prcieux1 les plus indispensables de ses privilges pour approcher son trne8 ,or1 ce geste-ci1 comme tant d'autres1 tait-il assez clair1 assez significatif pour la forcer de s'agenouiller8 ,pourtant1 s'il aime qu'on l'adore1 comme le proclament ceux qui parlent en son nom1 il lui serait facile de nous contraindre tous n'adorer que lui4 ,nous n'attendons qu'un signe irrcusable4 ,au nom de ce reflet direct de sa lumire qu'il a mis au plus haut de notre tre1 o brle1 avec une ardeur1 avec une puret de jour en jour plus belles1 la seule passion des certitudes et de la vrit1 ne semble-t-il pas que nous y ayons droit8 99 99 99 ,d'autres considrrent ce roi pantelant sur les marches du plus splendide trne qui soit encore debout1 cette puissance presque infinie1 brise1 rompue1 en proie aux affreux ennemis qui assaillent la chair en dtresse1 la chair anantie sous la plus blouissante couronne que la main invisible et moqueuse du hasard ait jamais suspendue sur un amas confus de souffrance et d'angoisse444 ,ils y virent une nouvelle et formidable preuve de la misre1 de l'inutilit humaine4 ,ils allrent rptant en eux-mmes ce que disait dj si bien la sagesse antique3 savoir que nous sommes1 que nous serons probablement toujours1 malgr tous nos efforts1 par rapport la matire moins qu'un grain de mil1 et la dure1 moins qu'un tour de vrille4 ,ils y dcouvrirent peut-tre1 incrdules ,dieu mais crdules son ombre1 un mystrieux arrt de cette mystrieuse ,justice qui vient parfois mettre un peu d'ordre dans l'histoire informe des hommes et venger sur les rois l'iniquit des peuples444 ,ils y virent bien d'autres choses encore4 ,ils ne se trompaient pas2 tout cela s'y trouvait1 puisque cela se trouve en nous1 et que la signification que nous accordons aux incomprhensibles actes de la force inconnue1 devient bientt la seule ralit humaine et peuple de fantmes plus ou moins fraternels l'indiffrence et le nant qui nous entourent4 99 99 99 ,pour nous1 sans repousser ces fantmes sduisants ou terribles qui reprsentent peut-tre des interventions que notre instinct pressent1 bien que nos sens ne les peroivent pas1 fixons avant tout nos regards sur les parties vraiment humaines et certaines de ce grand drame rvolu4 ,au centre de l'obscure nue o s'amplifiaient1 jusqu' dpasser les confins de ce monde terrestre1 les gestes de la puissance qui rapprochait et cartait1 tour tour1 une mort solennelle et une prestigieuse couronne1 nous distinguons un homme qui va atteindre enfin le but unique1 la minute essentielle de sa vie4 ,soudain1 un ennemi invisible l'attaque et le terrasse4 ,aussitt d'autres hommes accourent4 ,ce sont les missaires de la ,science4 ,ils ne se demandent pas si c'est ,dieu1 le ,destin1 le ,hasard1 la ,justice qui vient barrer la route la victime qu'ils relvent4 ,croyants ou incrdules dans d'autres sphres ou dans d'autres moments1 ils n'interrogent point la nue tnbreuse4 ,ils sont ici les envoys qualifis de la raison de notre espce2 de la raison nue1 abandonne elle-mme et telle qu'elle erre seule dans un univers monstrueux4 ,volontairement1 ils loignent d'elle imagination1 sentiments1 tout ce qui ne lui appartient pas en propre4 ,ils n'usent que de la partie purement1 presque animalement humaine de sa flamme2 comme s'ils avaient la certitude que chaque tre ne peut vaincre une force de la nature que par la force pour ainsi dire spcifique que la nature a mise en lui4 ,ainsi manie1 elle est peut-tre troite et frle1 cette flamme1 mais prcise1 exclusive1 invincible comme celle de la lampe chalumeau de l'mailleur ou du chimiste4 ,elle est nourrie de faits1 d'observations minimes mais sres et innombrables4 ,elle n'claire que des points insignifiants et successifs dans l'immense inconnu2 mais elle ne s'gare pas1 elle va o la dirige l'il aigu qui la guide1 et le point qu'elle atteint est soustrait aux influences qu'on appelait surnaturelles4 ,humblement1 elle interrompt ou dvie l'ordre prtabli par la nature4 ,il y a deux ou trois ans peine1 elle se ft disperse et affole devant la mme nigme4 ,son rayon lumineux ne s'tait pas encore fix avec une rigidit et une obstination suffisantes sur ce point obscur2 et nous aurions dit une fois de plus que la ,fatalit est invincible4 ,a ce coup1 elle tint en suspens1 durant plusieurs semaines1 l',histoire et le ,destin1 et finit par les jeter hors de l'ornire d'airain qu'ils comptaient suivre jusqu'au bout4 ,dornavant1 si ,dieu1 le ,hasard1 la ,justice ou quelque nom qu'on donne l'ide cache de l'univers1 veulent arriver leur but1 passer outre et triompher comme autrefois1 ils pourront suivre d'autres routes2 mais celle-ci leur demeure interdite4 ,a l'avenir1 ils devront viter la fente imperceptible mais infranchissable o veillera toujours le petit jet de flamme qui les a dtourns4 ,il se peut que cette royale tragdie nous ait dfinitivement prouv que les vux1 l'amour1 la piti1 les prires1 toute une portion des plus belles forces morales de l'homme1 sont impuissants en face d'une volont de la nature4 ,immdiatement1 comme pour compenser la perte et maintenir au niveau ncessaire les droits de l'esprit sur la matire1 une autre force morale1 ou plutt la mme flamme qui prend une autre forme1 s'lve1 resplendit et triomphe4 ,l'homme perd une illusion pour acqurir une certitude4 ,loin d'avoir descendu1 il monte d'un degr parmi les forces inconscientes4 ,il y a l1 malgr toute la misre qui l'entoure1 un noble et grand spectacle2 et de quoi rendre attentifs ceux qui perdraient confiance aux destines de notre espce4 ,,vue ,,de ,,rome ,rome est probablement le lieu du monde o s'est accumul durant vingt sicles et o subsiste encore le plus de beaut4 ,elle n'a rien cr1 si ce n'est un certain esprit de grandeur et l'ordonnance des belles choses2 mais les plus magnifiques moments de la terre s'y sont prolongs et fixs avec une telle nergie qu'elle est le point du globe o ils ont laiss les plus nombreuses1 les plus imprissables traces4 ,quand on foule son sol1 on foule l'empreinte mutile de la desse qui ne se montre plus aux hommes4 ,la nature l'avait admirablement situe l'endroit le plus propre recueillir1 comme dans la plus noble coupe qui se soit ouverte sous le ciel1 les joyaux des peuples qui passaient autour d'elle sur les cimes de l'histoire4 ,le lieu o tombaient ces merveilles tait dj l'gal de ces merveilles mmes4 ,l'azur y est limpide et somptueux4 ,les obscures et profondes verdures du nord s'y marient encore aux feuillages lgers et plus clairs du midi4 ,les arbres les plus purs1 le cyprs qui s'lance tel qu'une prire ardente et sombre1 le large pin parasol1 qui semble la pense la plus grave et la plus harmonieuse de la fort1 le massif chne-vert qui prend si aisment la grce des portiques1 y ont acquis1 par une tradition sculaire1 une fiert1 une conscience et une solennit qu'ils ne retrouvent nulle autre part4 ,qui les a vus et compris1 ne les oubliera plus et les reconnatrait sans peine entre les arbres analogues d'une terre moins sacre4 ,ils furent les ornements et les tmoins d'incomparables choses4 ,ils demeurent insparables des aqueducs pars1 des mausoles dcouronns1 des arches brises1 des colonnes hroquement rompues qui dcorent une campagne majestueuse et dsole4 ,ils ont pris le style des marbres ternels qu'ils environnent de silence et de respect4 ,comme ceux-ci ils savent nous dire1 l'aide de deux ou trois lignes nettes et pourtant mystrieuses1 tout ce que peut nous confesser la tristesse d'une plaine qui porte sans flchir les dbris de sa gloire4 ,ils sont et se sentent romains4 ,un cercle de montagnes aux noms sonores et augustement familiers1 aux ttes souvent charges de neiges aussi clatantes que les souvenirs qu'elles voquent1 fait la ville qui ne peut point mourir1 un horizon prcis et grandiose qui la spare du monde sans l'isoler des cieux4 ,et dans l'enceinte presque dserte1 au centre des places inanimes o les dalles1 les marches1 les portiques multiplient l'espace et l'absence1 tous les carrefours o veille dans le vide quelque statue blesse1 parmi les vasques1 les chapiteaux1 les tritons et les nymphes1 une eau docile et lumineuse1 obissant encore des ordres reus il y a deux mille ans1 fait la solitude immacule1 un ornement mobile et toujours rafrachi1 de panaches d'azur1 de guirlandes de rose1 de trophes de cristal1 de couronnes de perles4 ,on dirait que le ,temps1 entre ces monuments qui croyaient le braver1 n'a voulu respecter que les heures fragiles de ce qui s'vapore et de ce qui s'coule444 99 99 99 ,la beaut1 bien que ce ft toujours une beaut emprunte1 a rsid si longtemps entre ces murs qui vont du ,janicule l',esquilin1 elle s'y est amoncele avec une telle persistance1 que le lieu mme1 l'air qu'on y respire1 le ciel qui le recouvre1 les courbes qui le dfinissent1 y ont acquis une prodigieuse puissance d'appropriation et d'ennoblissement4 ,rome1 comme un bcher1 purifie tout ce que1 depuis sa ruine1 les erreurs1 les caprices1 l'extravagance et l'ignorance des hommes n'ont cess d'y entasser4 ,il a t jusqu'ici impossible de la dfigurer4 ,on croirait mme qu'il a t impossible d'y excuter ou d'y maintenir une uvre qui refust d'y dpouiller sa laideur ou sa vulgarit originelle4 ,tout ce qui n'est pas conforme au style des sept collines1 s'efface et s'limine peu peu sous l'action du gnie attentif qui a pos aux horizons1 dans le roc et le marbre des hauteurs1 les principes esthtiques de la cit4 ,le moyen ge1 par exemple1 et l'art des primitifs y durent tre plus actifs qu'en toute autre ville1 puisqu'ils se trouvaient ici au cur mme de l'univers chrtien2 pourtant ils n'y ont laiss que des traces peu sensibles1 pour ainsi dire honteuses et souterraines3 ce qu'il fallait et rien de plus1 pour que l'histoire du monde1 dont c'tait le foyer1 n'y ft pas incomplte4 ,par contre1 les artistes dont l'esprit tait naturellement en harmonie avec celui qui prside aux destines de la ville ternelle3 ,jules ,romain1 les ,carraches1 quelques autres1 mais surtout ,raphal et ,michel-,ange1 y manifestent une ampleur1 une certitude1 une espce de satisfaction instinctive et d'allgresse filiale qu'ils ne retrouvent en aucun autre lieu4 ,on sent qu'ils n'avaient pas crer1 mais seulement choisir et fixer les formes qui affluant de toutes parts1 irrvles mais imprieuses1 ne demandaient qu' natre4 ,ils ne pouvaient se tromper2 ils ne peignaient pas1 au sens propre du mot2 ils dcouvraient simplement les images voiles qui hantaient les salles et les arcades des palais4 ,les rapports entre leur art et le milieu qui lui donne naissance sont si ncessaires1 qu'exiles dans les muses ou les glises d'autres villes1 leurs uvres ne semblent traduire qu'une conception arbitraire1 exagrment forte et dcorative de la vie4 ,c'est ainsi que les photographies ou les copies du plafond de la chapelle ,sixtine dconcertent et demeurent presque inexplicables4 ,mais1 entr au ,vatican1 aprs s'tre imprgn de la volont qui mane des mille dbris des temples et des places publiques1 le voyageur accepte comme un effort sublime et naturel1 l'effort dmesur de ,michel-,ange4 ,la prodigieuse vote o1 dans une harmonieuse et grave orgie de muscles et d'enthousiasmes1 s'enlace et s'accumule un peuple de gants1 devient une arche du ciel mme o se sont rfltes toutes les scnes d'nergie1 toutes les vertus ardentes dont les souvenirs s'agitent encore sous les ruines de ce sol passionn4 ,de mme1 en face de ,l'incendie du ,borgo1 il ne se dit pas ce qu'il se dirait s'il voyait l'admirable fresque au ,louvre ou au ,national-,gallery2 il ne se dit pas ce que se dit par exemple ,taine3 savoir que ces grands corps nus et superbes ne sont pas leur affaire1 que les flammes qui sortent de l'difice ne les inquitent nullement1 qu'ils ne songent qu' poser comme de bons modles et mettre en valeur la courbe d'une hanche ou la musculature d'une cuisse4 ,non1 si le visiteur s'est laiss docilement pntrer par les injonctions de tout ce qui l'entoure1 il s'imagine volontiers que dans ces chambres du ,vatican1 aussi bien que sous la vote de la ,sixtine1 et quelque diffrentes que soient les deux impressions1 il assiste l'panouissement tardif1 mais logique et normal d'un art qui aurait pu tre celui de ,rome4 ,il lui semble que l'on trouve ici la formule que le gnie trop positif des ,quirites n'avait pas eu l'occasion ou la chance de dgager4 ,car ,rome1 malgr tous ses efforts1 n'avait pas russi donner d'elle-mme l'image essentielle qu'elle avait promise l'univers4 ,au fond1 elle n'tait belle que des dpouilles de la ,grce2 et le meilleur de ses mrites1 'avait t de recueillir et de comprendre avidement la beaut de l'art grec4 ,quand elle avait tent d'y ajouter1 elle l'avait dform sans en approprier l'expression sa vie personnelle4 ,ses peintures et ses sculptures ne rpondaient que par des sortes d' peu prs et d'ou dire aux ralits de son existence2 et son architecture devait ses proportions colossales la part la plus sre d'une originalit incertaine4 ,on se laisse aller ce songe que l'harmonieux peintre d',urbin et le vieux ,buonarroti1 travers toutes les catastrophes1 travers toutes les morts apparentes et les longs silences de ,rome1 ont ressaisi une tradition latente et ininterrompue qui n'avait cess d'voluer souterrainement pour aboutir leur uvre1 et dire enfin au monde ce que l',empire n'avait pas su lui dire4 ,ils sont plus proprement ,romains1 ils reprsentent mieux semble-t-il1 le dsir inconscient et secret de cette terre latine que ne le fit la ,rome des ,csars4 ,cette ,rome avait manqu son effigie4 ,elle tait demeure artificiellement hellnique2 et la ,grce ne pouvait fournir un peuple infiniment plus vaste et trs diffrent1 les formes ncessaires sa conscience ornementale4 ,elle ne pouvait tre qu'un point de dpart sr et magnifique2 mais ses statues et ses peintures1 dlicates1 prcises1 mesures1 presque menues1 n'taient pas leur place dans ce ,forum surcharg de monuments crasants1 parmi ces thermes monstrueux1 ces cirques violents et sous les normes et fastueuses arcades de ces basiliques superposes4 ,on se demande alors si les fresques de ,michel-,ange n'auraient pas rpondu1 aprs mille ans d'attente1 l'appel de ces arcades vides2 et si l'on ne peut croire qu'elles soient la consquence presque organique de ces colonnes et de ces marbres impriaux8 ,et de mme1 on se dit que le plafond1 les pendentifs1 les lunettes de la ,farnsine et l',incendie du ,borgo1 illustreraient bien mieux que les sculptures de ,phidias et de ,praxitle1 bien mieux aussi que les meilleures peintures de ,pompe ou d',herculanum1 les ,mtamorphoses d',ovide1 les ,dcades de ,tite-,live1 les pomes d',horace et l'nide de ,virgile4 99 99 99 ,mais tout cela n'est peut-tre qu'illusion et le prestige de cette puissance d'appropriation dont nous parlions plus haut4 ,cette puissance est telle que tout ce qui parat1 au premier abord1 le plus contradictoire l'ide qui rgne dans ces murs1 non seulement ne la contredit point1 mais contribue la fixer et la rvler4 ,il n'est pas jusqu'au dclamatoire1 innombrable et emphatique ,bernin1--aussi inconciliable qu'il est possible de l'tre avec la taciturnit et la gravit primitive de ,rome1--il n'est pas jusqu' ce ,bernin1 si odieux partout ailleurs1 qui ici ne soit absorb ou justifi par le gnie de la cit et n'aide claircir et commenter1 aprs coup1 certains cts un peu oratoires et redondants de la grandeur romaine4 ,au surplus1 une ville qui possde les ,vnus du ,capitole et du ,vatican1 l',ariane endormie1 le ,mlagre et le torse d',hercule1 les merveilles sans nombre de muses aussi nombreux que ses palais1 7pensez1 par exemple1 ce que renferme un seul de ces muses1 l'un des derniers venus1 celui des ,thermes72 une ville dont chaque rue1 presque chaque maison recle un fragment de marbre ou de bronze qui suffirait faire d'une cit nouvelle le but d'un long plerinage2 une ville qui nous montre le ,panthon d',agrippa1 certaines colonnes du ,forum1 tant de trsors enfin que la mmoire dcourage se refuse suivre plus longtemps l'admiration qui ne se lasse point2 une ville qui nous offre parmi ses feries ordonnes et vivantes telle pelouse entoure de cyprs de la villa ,borghse1 telles fontaines1 tels jardins ternels2 une ville1 en un mot1 o s'est rfugi tout le meilleur pass du seul peuple qui cultiva la beaut comme d'autres cultivent le bl1 l'olivier ou la vigne3 une pareille ville oppose la vulgarit une rsistance1 passive si l'on veut1 mais invincible2 et peut presque tout tolrer sans dchoir4 ,l'immortelle prsence d'une assemble de dieux si parfaits qu'aucune mutilation n'a pu altrer l'eurythmie de leur corps et de leur attitude1 la protge contre ses propres erreurs et empche que les derniers venus parmi les hommes n'aient plus d'empire sur elle que les barbares et le temps n'en eurent sur ces dieux mmes#a4 #a ,nanmoins1 la tolrance de ,rome a des limites4 ,s'il n'y a pas sur terre d'endroit o s'acclimatent et s'adaptent plus promptement les uvres les plus diverses1 il n'en est pas en revanche1 qui rejette plus violemment et plus irrvocablement tout ce qu'il est absolument impossible de purifier4 ,a ce point de vue le jugement du gnie de la cit part de certitudes uniques et dfinitives4 ,une statue1 un monument qu'il ne condamne pas avec colre1 contre lequel ses pierres1 ses places1 ses carrefours ne se soulvent pas avec indignation1 est assur du pardon de la postrit4 ,jusqu'ici ce gnie quoique plus d'une fois maltrait1 a cependant fini par avoir raison de tous les attentats4 ,mais aujourd'hui1 on se demande avec quelque inquitude comment il s'accommodera du hideux palais de justice qu'on lve ct du chteau ,saint-,ange2 ce qu'il imaginera pour faire oublier ou rendre inoffensives certaines statues du ,pincio et divers monuments patriotiques qui l'assaillent sur plus d'un point de son territoire4 99 99 99 ,et par eux1 nous voici ramens ces petites villes de l',hellade qui dcouvrirent un jour et fixrent jamais les lois de la beaut humaine4 ,la beaut de la terre1 part quelques endroits ravags par nos mesquines industries1 est demeure sensiblement la mme depuis les sicles de ,pricls et d',auguste4 ,la mer est toujours inviolable et infinie4 ,la fort1 la plaine1 les moissons1 les villages1 la plupart des rivires et des ruisseaux1 les montagnes1 les soirs et les matins1 les nuages et les astres1 variables selon les climats et les latitudes1 nous apportent encore les spectacles de force ou de grce1 les harmonies profondes et simples1 les feries compliques et diverses qu'ils offraient aux citoyens d',athnes et au peuple de ,rome4 ,en ce qui concerne la ,nature1 nous n'avons donc regretter qu'assez peu de chose2 et nous avons mme tendu considrablement de ce ct1 la sensibilit et la surface de nos admirations4 ,en revanche1 pour tout ce qui a trait la beaut particulire l'homme1 la beaut qui est son uvre immdiate1 nous avons1 soit par excs de richesse et d'application1 soit par parpillement de nos efforts et dispersion de nos facults1 soit enfin par manque d'un point d'appui incontest1 perdu presque tout ce que les anciens avaient su conqurir et fixer4 ,ds qu'il s'agit de notre esthtique purement humaine1 de notre propre corps et de tout ce qui s'y rapporte1 de nos gestes1 de notre attitude1 des objets de notre vie1 de nos maisons1 de nos villes1 de nos monuments1 de nos jardins1 on croirait1 voir notre dsarroi1 nos ttonnements et notre inexprience1 que c'est d'hier que nous occupons cette plante1 et que nous sommes encore tout au dbut de la priode d'adaptation4 ,nous n'avons plus1 pour l'uvre de nos mains1 aucune mesure commune1 aucune rgle accepte1 aucune certitude4 ,cette beaut sre et incontestable1 que connurent les anciens1 nos peintres1 nos sculpteurs1 nos architectes1 notre littrature1 nos vtements1 nos meubles1 nos villes1 nos paysages mme1 la recherchent dans mille directions diverses et opposes4 ,si l'un de nous cre1 runit ou rencontre quelques lignes1 une harmonie de forme ou de couleur qui rvle irrcusablement que le point dcisif et mystrieux fut touch3 c'est un phnomne isol et prcaire1 presque un coup de hasard1 que son auteur ni personne autre n'est capable de ritrer4 ,pourtant1 durant quelques annes heureuses1 l'homme sut quoi s'en tenir sur la beaut essentiellement et spcifiquement humaine2 et ses certitudes taient telles qu'elles emportent encore aujourd'hui notre conviction4 ,le seul talon fixe que les gyptiens1 les ,assyriens1 les ,perses1 et toutes les civilisations antrieures1 avaient vainement cherch parmi les animaux1 les fleurs1 les colosses de la nature et les rves de l'imagination3 montagnes et rochers1 cavernes et forts1 monstres et chimres1 le ,grec l'avait trouv d'instinct dans la beaut de son propre corps2 et c'est de la beaut de ce corps nu et parfait que drive l'architecture de ses palais et de ses temples1 le style de ses demeures1 la forme1 les proportions et l'ornement de tous les objets usuels de sa vie4 ,ce peuple chez qui la nudit et sa consquence naturelle3 l'irrprochable harmonie des muscles et des membres1 tait pour ainsi dire un devoir religieux et civique1 nous a appris que la beaut du corps humain est aussi diverse1 dans sa perfection1 aussi profonde1 aussi abondante1 aussi spirituelle1 aussi mystrieuse que la beaut des astres ou de la mer4 ,tout autre idal1 tout autre talon gara et garera ncessairement les efforts et les tentatives de l'homme4 ,toutes autres beauts sont possibles1 relles1 profondes1 diverses1 compltes1 mais ne partent pas de notre point central3 ce sont des roues sans moyeu4 ,dans tous les arts1 les peuples de race intelligente se sont loigns ou rapprochs de la beaut indubitable1 selon qu'ils se rapprochaient ou s'loignaient de l'habitude d'tre nus4 ,la beaut propre de ,rome1 c'est--dire la petite portion de beaut originale qu'elle ajouta aux dpouilles de la ,grce1 est due aux derniers restes de cette habitude4 ,a ,rome1 comme nous le fait remarquer ,taine1 on s'assemblait aussi pour nager1 se frotter1 transpirer1 mme lutter et courir1 en tout cas pour regarder des lutteurs et des coureurs4 ,car ,rome cet gard n'est qu'une ,athnes agrandie3 le mme genre de vie1 les mmes habitudes1 les mmes instincts1 les mmes plaisirs s'y perptuent2 la seule diffrence est dans la proportion et dans le moment4 ,la cit s'est enfle jusqu' renfermer des matres par centaines de mille et des esclaves par millions2 mais1 de ,xnophon ,marc-,aurle1 l'ducation gymnastique et oratoire n'a point chang3 ils ont toujours des gots d'athltes et de parleurs1 c'est dans ce sens qu'il faut travailler pour leur plaire2 c'est des corps nus1 des dilettantes de style1 des amateurs de dcoration et de conversation1 qu'on s'adresse4 ,nous n'avons plus l'ide de cette vie corporelle et paenne1 oisive et spculative3 le climat est demeur le mme1 mais l'homme s'est transform en s'habillant et en devenant chrtien4 ,il faudrait plutt dire que ,rome l'poque dont parle ,taine1 tait une ,athnes intermittente et incomplte4 ,ce qui1 l-bas1 tait habituel et en quelque sorte organique1 ici1 n'tait qu'exceptionnel et artificiel4 ,le corps humain est encore cultiv et admir2 mais il est presque toujours revtu de la toge1 et le port de la toge brouille les lignes nettes et pures qui partaient d'une foule de statues nues et vivantes pour s'imposer aux colonnes et aux frontons des temples4 ,les monuments s'agrandissent outre mesure1 se dforment et perdent peu peu leur harmonie humaine4 ,l'talon d'or est voil pour longtemps1 et ne sera plus dcouvert que par quelques artistes de la ,renaissance1 qui est le moment o la beaut certaine jette ses derniers feux4 ,,fleurs ,,des ,,champs ,aux portes de la ville elles accueillent nos pas sur un tapis de joie multicolore et empresse qu'elles agitent follement aux clarts du soleil4 ,il est vident qu'elles nous attendaient4 ,ds les premiers rayons de mars1 le ,perce-neige ou ,cloche-d'hiver1 fille hroque des frimas1 a sonn le rveil4 ,alors sortent de terre1 efforts encore informes d'une mmoire endormie1 de vagues fantmes1 de ples fleurs1 peine fleurs3 le ,saxifrage--trois-doigts ou ,perce-pierre1 la ,bourse--pasteur1 presque invisible2 la ,scille deux feuilles1 l',hellbore ftide ou ,rose de serpent1 le ,tussilage-pas-d'ne1 la ,laurole empoisonne et sombre1 le ,ptasite1 qu'on nomme encore lugubrement herbe teigneux1 herbe la peste1 tous et toutes de sant chtive et suspecte1 tentatives bleutres1 rostres1 indcises1 premire fivre de vie o la nature expulse ses malignes humeurs1 captives anmies que relche l'hiver1 convalescentes des prisons souterraines1 essais timides et inhabiles de la lumire encore ensevelie4 ,mais bientt celle-ci s'aventure dans l'espace2 les penses nuptiales de la terre s'clairent et se purifient2 les bauches disparaissent1 les demi-rves de la nuit s'vanouissent comme un brouillard emport par l'aurore2 et tout autour des villes o l'homme les ignore1 les bonnes fleurs rustiques commencent dans l'espace leur fte sans tmoins4 ,qu'importe6 elles sont l1 qui font dj le miel quand leurs surs orgueilleuses et striles1 qui seules ont tous nos soins1 tremblent encore au fond des serres4 ,elles seront l1 de mme1 dans les prs inonds1 les sentiers dfoncs et pour orner les routes avec simplicit1 quand les premires neiges couvriront la campagne4 ,personne ne les sme1 et personne ne les cueille4 ,elles survivent leur gloire1 et l'homme les foule aux pieds4 ,cependant1 il n'y a pas longtemps1 elles reprsentaient seules la joie de la nature4 ,il y a quelque cent ans1 avant que leurs parentes clatantes et frileuses fussent venues des ,iles1 des ,indes1 du ,japon1 ou avant que leurs propres filles1 ingrates et mconnaissables1 eussent usurp leur place1 elles seules gayaient les regards affligs1 elles seules clairaient la porte des chaumires1 le parvis du chteau et suivaient dans les bois les pas des amoureux4 ,mais ces temps ne sont plus2 elles sont dtrnes4 ,elles n'ont conserv de leur bonheur pass que les noms qu'elles reurent quand elles taient aimes4 ,et ces noms montrent bien ce qu'elles furent pour l'homme3 toute sa reconnaissance1 sa tendresse attentive1 tout ce qu'il leur devait1 tout ce qu'elles lui donnaient1 s'y trouve renferm1 comme en des perles creuses un arome sculaire4 ,elles ont donc des noms de reine1 de bergre1 de vierge1 de princesse1 de sylphide et de fe qui passent comme une caresse1 un clair1 un baiser1 un murmure d'amour sur les lvres4 ,il n'est1 je crois1 dans notre langue1 rien qui soit mieux1 plus dlicatement ni plus affectueusement nomm que ces fleurs populaires4 ,ici le mot habille presque toujours l'ide avec un soin1 une prcision lgre1 un bonheur admirable4 ,il est comme une toffe orne et transparente qui moule exactement la forme qu'elle embrasse et qui a la nuance1 le parfum et le son qui conviennent4 ,appelez devant vous la ,pquerette1 la ,violette1 le ,bluet et le ,coquelicot3 le nom c'est la fleur mme4 ,quelle merveille1 par exemple1 que cette sorte de cri et de crte de lumire et de joie ,coquelicot6 pour dsigner la fleur carlate que les savants accablent de ce titre barbare3 ,papaver rhoeas6 ,voyez la ,primevre ou ,primerole1 la ,pervenche1 l',anmone1 la ,jacinthe des bois1 la ,vronique bleue1 le ,ne m'oubliez pas1 le ,liseron des champs1 l',iris1 la ,campanule3 leur nom les peint par des quivalents et des analogies que les plus grands potes ne trouvent que rarement4 ,il est toute leur me ingnue et visible4 ,il se cache1 il se penche1 il s'lve dans l'oreille1 comme celles qui le portent se dissimulent1 s'inclinent ou se dressent dans les bls et dans l'herbe4 ,voil les quelques noms que nous connaissons tous2 nous ignorons les autres1 bien que leur musique dcrive avec la mme douceur1 le mme gnie heureux1 des fleurs que nous voyons au bord de chaque route et dans tous les sentiers4 ,ainsi1 en ce moment1 c'est--dire vers la fin du mois o le bl mr tombe sous la faucille1 les talus des chemins sont d'un violet ple3 c'est la douce et tendre ,scabieuse qui finit de s'panouir1--discrte1 aristocratiquement pauvre et modestement belle1 comme l'annonce son titre de pierre prcieuse voile de brume4 ,autour d'elle un trsor s'parpille3 c'est la ,renoncule ou ,bouton d'or1 qui a deux noms comme elle a deux vies2 car elle est la fois l'innocente vierge qui couvre le gazon de gouttes de soleil et la redoutable et vnneuse magicienne qui distribue la mort aux animaux distraits4 ,c'est encore la ,mille-,feuilles et le ,mille-,pertuis1 petites fleurs jadis utiles1 qui s'en vont par les routes comme de silencieuses pensionnaires en uniforme terne2 le vulgaire et innombrable ,sneon des oiseaux1 son grand frre le ,laiteron des champs1 puis la dangereuse ,morelle noire1 la ,douce-,amre qui se cache1 la rampante ,renoue--feuilles-de-patience1--toutes les espces sans clat1 au sourire rsign1 qui portent la pratique et gristre livre de l'automne dj pressenti4 99 99 99 ,mais parmi celles de mars1 d'avril1 de mai1 de juin1 de juillet1 rappelez-vous les noms de fte1 les syllabes printanires1 les vocables d'azur et d'aube1 de clair de lune et de soleil6 ,voil le ,perce-,neige ou la ,cloche d'hiver1 qui annonce le dgel2 la ,stellaire ou ,collerette de la ,vierge1 qui salue les premires communiantes le long des haies dont les feuilles sont encore indcises et prcaires comme une diaphane bue verte4 ,voil l',ancolie triste et la ,sauge des prs1 l',inule1 la ,jasione1 l',anglique1 la ,nielle ou ,alne2 la ,jotte ou ,ravenelle1 habille comme la servante d'un cur de campagne2 l',osmonde1 qui est une fougre royale2 la ,luzule1 la ,parmlie des murs1 le ,miroir de ,vnus2 l',euphorbe ou ,esule des bois1 mystrieuse et pleine d'un feu sombre2 la ,physalide1 dont le fruit mrit dans une lanterne rouge2 la ,jusquiame1 la ,belladone1 la ,digitale1 reines empoisonneuses1 ,cloptres gazes des lieux incultes et des bois frais4 ,et puis encore la ,camomille1 la bonne ,sur aux mille sourires en cornette1 apportant dans un bol de faence la tisane salutaire2 la ,pimprenelle et la ,coronille1 la ,menthe froide et le ,serpolet rose1 le ,sainfoin et l',euphraise1 la ,grande ,marguerite1 la ,gentiane mauve et la ,verveine bleue1 l',ensrine1 l',anthmis1 le ,silave des prs1 le ,cirse lancol1 la ,potentille1 la ,saladelle1 la ,genistelle444 ,on rcite un pome de grce et de lumire en les numrant4 ,on leur a rserv les sons les plus aimables1 les plus purs1 les plus clairs et toute l'allgresse musicale de la langue4 ,on dirait les ,dramatis ,person1 les coryphes et les figurantes d'une immense ferie1 plus belle1 plus imprvue et plus surnaturelle que celles qui se droulent dans l'le de ,prospro1 la cour de ,thse ou dans la fort des ,ardennes4 ,et les jolies actrices de la comdie muette et infinie3 desses1 anges1 dmones1 princesses et sorcires1 vierges et courtisanes1 reines et pastourelles1 portent aux plis de leurs noms le magique reflet d'innombrables aurores1 d'innombrables printemps contempls par des hommes oublis1 comme elles y portent aussi le souvenir de milliers d'motions profondes ou lgres qu'prouvrent devant elles des gnrations disparues sans laisser d'autre trace4 99 99 99 ,elles sont intressantes et incomprhensibles4 ,on les appelle vaguement les ,mauvaises ,herbes4 ,elles ne servent rien4 et l1 quelques-unes1 dans de trs vieux villages1 gardent encore le prestige de vertus contestes4 et l1 l'une d'elles1 tout au fond des bocaux de l'apothicaire ou de l'herboriste1 attend encore le passage du malade fidle aux infusions traditionnelles4 ,mais la mdecine incrdule les dlaisse4 ,on ne les cueille plus selon les rites d'autrefois2 et la science des ,simples s'efface dans la mmoire des bonnes femmes4 ,on leur fait une guerre sans merci4 ,le paysan les craint1 la charrue les poursuit2 le jardinier les hait et s'est arm contre elles d'armes retentissantes3 la bche et le rteau1 la houe et le racloir1 le sarcloir1 la binette4 ,le long des grands chemins1 leur suprme refuge1 le passant les crase et le chariot les broie4 ,malgr tout1 les voil3 permanentes1 assures1 pullulantes1 tranquilles1 et pas une ne manque l'appel du soleil4 ,elles suivent les saisons sans dvier d'une heure4 ,elles ignorent l'homme qui s'puise les vaincre1 et ds qu'il se repose elles poussent dans ses pas4 ,elles subsistent1 audacieuses1 immortelles1 intraitables4 ,elles ont peupl nos corbeilles de filles magnifiques et dnatures2 mais elles1 les mres pauvres1 sont demeures pareilles ce qu'elles taient il y a cent mille ans4 ,elles n'ont pas ajout un pli leurs ptales1 dform un pistil1 altr une nuance1 innov un parfum4 ,elles gardent le secret d'une mission tenace4 ,elles sont les primitives et les indlbiles4 ,le sol leur appartient depuis son origine4 ,elles reprsentent1 en somme1 une pense invariable1 un dsir obstin1 un sourire essentiel de la ,terre4 ,c'est pourquoi il est bon de les interroger4 ,elles ont videmment quelque chose nous dire4 ,et puis n'oublions pas que les premires1 autant que les aubes et les automnes1 autant que les printemps et les couchants1 autant que le chant des oiseaux1 autant que la chevelure1 le regard et les gestes divins de la femme1 elles apprirent nos pres qu'il y a sur ce globe des choses inutiles et belles444 ,,chrysanth,,mes ,chaque anne1 leur heure1 qui suit celle des morts1 heure suprme et magnifique de l'automne1 je vais pieusement les visiter aux lieux o me les offre le hasard4 ,du reste1 peu importe o nous les montre la bonne volont du voyage ou du sjour4 ,ce sont les fleurs les plus universelles1 les plus diverses1 certes1 mais dont les diversits et les surprises sont1 pour ainsi dire1 concertes1 comme celles de la mode1 en je ne sais quels paradis4 ,au mme moment1 comme pour les soies1 les dentelles1 les joyaux et les chevelures1 le mot d'ordre est donn1 dans le temps et l'espace1 par une bouche faite de ciel et de lumire2 et1 aussi dociles que les plus belles femmes1 simultanment1 en tous pays1 sous toutes les latitudes1 elles obissent l'injonction sacre4 ,il suffit donc d'entrer l'aventure dans un de ces muses de verre o s'talent1 sous le voile harmonieux des journes de novembre1 leurs richesses un peu funraires4 ,on saisit tout de suite quelle est1 dans ce monde spcial1 trange et privilgi1 mme parmi le monde si trange et si privilgi des fleurs1 l'ide dominante1 la beaut impose1 l'effort consciencieux de l'anne4 ,et l'on se demande si cette ide nouvelle est une ide profonde et vraiment ncessaire du soleil1 de la terre1 de la vie1 de l'automne ou de l'homme4 99 99 99 ,hier1 je fus donc admirer l'annuelle1 la douce et fastueuse crmonie vgtale2 la dernire que les neiges de dcembre et janvier1 telles qu'une large bande d'apaisement1 de sommeil1 de silence et d'oubli1 sparent des dlicieuses ftes qui recommencent ds le renouveau1 dj puissant quoiqu' peine visible1 de fvrier qui cherche la lumire4 ,elles sont l1 sous les vastes dmes transparents1 les nobles fleurs du mois des brumes1 elles sont l1 au rendez-vous royal1 toutes les fes graves de l'automne1 dont il semble que1 d'un mot magique1 on ait immobilis les attitudes et les danses4 ,ds le premier regard1 l'il qui les reconnat et sut apprendre les aimer1 constate avec satisfaction qu'elles ont activement et consciencieusement continu d'voluer vers leur idal incertain4 ,remontez un instant leurs modestes origines1 revoyez le pauvre bouton-d'or de nagure1 l'humble rosette marron ou lie de vin qui tristement sourit encore1 au bord des routes pleines de feuilles mortes1 dans les parcimonieux jardinets de nos villages2 comparez-leur ces normes amoncellements et ces toisons de neige1 ces disques et ces globes de cuivre rouge1 ces sphres de vieil argent1 ces trophes d'albtre et d'amthyste1 ce prodigieux dlire de ptales1 qui parat vouloir puiser jusqu'aux dernires nigmes le monde des formes autumnales et des nuances que l'hiver confie au sein des forts qui s'endorment1 laissez passer devant vos yeux les genres imprvus et les espces insolites2 admirez et jugez4 ,voici1 par exemple1 la merveilleuse famille des toiles3 toiles plates1 toiles jaillissantes1 toiles diaphanes1 toiles compactes et charnues1 voies lactes et constellations de la terre qui rpondent celles de l'azur4 ,voici les orgueilleuses aigrettes qui attendent les diamants de la rose2 voici1 pour faire honte nos rves1 le prestigieux pome des chevelures irrelles3 chevelures folles et miraculeuses1 rayons de lune emmls1 buissons d'or et tourbillons de flammes1 boucles de belles filles rieuses1 de nymphes poursuivies1 de bacchantes passionnes1 de sirnes pmes1 de vierges froides1 d'enfants joueurs1 que des anges1 des mres1 des faunes1 des amants ont caresses de leurs mains calmes ou frmissantes4 ,et puis1 voici ple-mle les monstres inclassables3 hrissons1 araignes1 fritures1 escaroles1 ananas1 pompons1 rosaces1 cailles1 vapeurs1 souffles1 jets de glace et de neige qui retombent1 beurre et lait qui ruisselle1 grle d'tincelles qui palpitent1 ailes1 clats1 duvets1 pulpes1 chairs1 caroncules1 poils1 bchers et fuses1 piqres de lumire1 pluie de soufre et de feu444 99 99 99 ,a prsent que les formes ont capitul1 il s'agit de conqurir la rgion des couleurs interdites1 des nuances rserves1 que l'automne1 semble-t-il1 se refuse concder la fleur qui le reprsente4 ,en effet1 il lui accorde prodigalement toutes les opulences du crpuscule et de la nuit1 toutes les richesses des vendanges2 il met sa disposition tout l'uvre mordor de la pluie dans les bois1 tout l'argentin travail du brouillard sur les plaines1 de la gele et de la neige dans les jardins4 ,il lui permet surtout de puiser mme le trsor sans fond des feuilles mortes et de la fort qui s'teint4 ,il l'autorise se parer des sequins d'or1 des mdailles de bronze1 des boucles d'argent1 des paillettes de cuivre1 des plumes feriques1 de l'ambre broy1 des topazes brles1 des perles oublies1 des amthystes enfumes1 des grenats calcins1 de toute la joaillerie amortie mais encore clatante que le vent du ,nord amoncelle au creux des ravins et des sentes2 mais il exige qu'elle demeure fidle ses vieux matres et porte la livre des mois ternes et las qui lui donnent naissance4 ,il n'admet pas qu'elle les trahisse pour revtir les costumes princiers et chatoyants du printemps et de l'aurore2 et s'il tolre parfois le rose1 ce n'est qu' condition qu'il soit emprunt aux lvres froides1 au front ple de la vierge afflige et voile qui prie sur une tombe4 ,il prohibe trs strictement les teintes de l't1 de la jeunesse trop ardente1 de la vie trop rcente et trop sereine1 de la sant trop expansive et de la joie trop panouie4 ,a aucun prix il ne consent aux vermillons hilares1 aux cinabres imptueux1 aux pourpres imprieux et blouissants4 ,quant aux bleus1 de l'azur de l'aube l'indigo des ocans et des grands lacs1 de la pervenche la bourrache et au pied-d'alouette1 ils sont bannis sous peine de mort4 99 99 99 ,pourtant1 grce quelque inadvertance de la nature1 voici que la couleur la plus extraordinaire et le plus svrement dfendue dans le monde des fleurs1 la couleur que la corolle de l'euphorbe vnneuse est peu prs seule porter dans la cit des ombelles1 des ptales et des calices1 le vert1 exclusivement rserv aux feuilles esclaves et nourricires1 vient de pntrer dans l'enceinte jalousement garde4 ,il est vrai qu'il ne s'y est gliss qu' la faveur d'une quivoque1 en tratre1 en espion1 en transfuge livide4 ,il parjure le jaune et le trempe avec crainte dans l'azur vacillant d'un rayon de lune4 ,il est encore nocturne et fallacieux comme une irisation sous-marine2 il ne se rvle que par reflets1 pour ainsi dire intermittents1 l'extrmit des ptales2 il est fugace et anxieux1 fragile et dcevant1 mais indniable4 ,il a fait son entre1 il existe1 il s'affirme2 il va se fixer1 s'accentuer de jour en jour2 et par la brche qu'il vient de pratiquer aux citadelles de la lumire1 toutes les joies et toutes les magnificences du prisme excommuni vont se prcipiter dans le domaine vierge1 et y prparer pour nos yeux des ftes inaccoutumes4 ,c'est au pays des fleurs une grande nouvelle et une mmorable conqute4 99 99 99 ,ne croyons point qu'il soit puril de s'intresser ainsi aux formes capricieuses1 aux nuances indites d'une fleur qui ne produit pas de fruits2 et ne traitons pas ceux qui cherchent la rendre plus belle ou plus trange comme ,la ,bruyre traitait jadis l'amateur de tulipes ou de prunes4 ,vous rappelez-vous la jolie page8 ,le fleuriste a un jardin dans un faubourg2 il y court au lever du soleil1 et il en revient son coucher4 ,vous le voyez plant et qui a pris racine au milieu de ses tulipes et devant la ,solitaire2 il ouvre de grand yeux1 il frotte ses mains1 il se baisse1 il la voit de plus prs1 il ne l'a jamais vue si belle1 il a le cur panoui de joie2 il la quitte pour l',orientale2 de l1 il va la ,veuve2 il passe au ,drap d'or2 de celle-ci l',agathe1 d'o il revient enfin la ,solitaire1 o il se fixe1 o il se lasse1 o il s'assied1 o il oublie de dner2 aussi est-elle nuance1 borde1 huile1 pices emportes2 elle a un beau vase ou un beau calice2 il la contemple1 il l'admire2 ,dieu et la nature sont en tout cela ce qu'il n'admire point2 il ne va pas plus loin que l'oignon de sa tulipe1 qu'il ne livrerait pas pour mille cus1 et qu'il donnera pour rien quand les tulipes seront ngliges et que les illets auront prvalu4 ,cet homme raisonnable1 qui a une me1 qui a un culte et une religion1 revient chez soi fatigu1 affam1 mais fort content de sa journe3 il a vu des tulipes4 ,parlez cet autre de la richesse des moissons1 d'une ample rcolte1 d'une bonne vendange3 il est curieux de fruits2 vous n'articulez pas1 vous ne vous faites pas entendre4 ,parlez-lui de figues et de melons1 dites que les poiriers rompent de fruit cette anne1 que les pchers ont donn avec abondance3 c'est pour lui un idiome inconnu2 il s'attache aux seuls pruniers2 il ne vous rpond pas4 ,ne l'entretenez pas mme de vos pruniers1 il n'a de l'amour que pour une certaine espce2 toute autre que vous lui nommez le fait sourire et se moquer4 ,il vous mne l'arbre1 cueille artistement cette prune exquise2 il l'ouvre1 vous en donne une moiti et prend l'autre3 ,quelle chair6 dit-il2 gotez-vous cela8 cela est-il divin8 voil ce que vous ne trouverez pas ailleurs2 et l-dessus ses narines s'enflent2 il cache avec peine sa joie et sa vanit par quelques dehors de modestie4 ,o l'homme divin en effet6 homme qu'on ne peut jamais assez louer et admirer6 homme dont il sera parl dans plusieurs sicles6 que je voie sa taille et son visage pendant qu'il vit2 que j'observe les traits et la contenance d'un homme qui seul entre les mortels possde une telle prune6 ,eh bien6 ,la ,bruyre a tort4 ,ce tort1 on le lui pardonne volontiers en faveur de l'agrable fentre1 que seul1 entre tous les auteurs de son temps1 il ouvre ainsi sur les jardins inattendus du ,x,v,i,ie sicle4 ,il n'en reste pas moins1 que c'est son fleuriste un peu born1 son horticulteur un peu maniaque que nous devons nos parterres adorables1 nos lgumes plus varis1 plus abondants1 plus savoureux1 et nos fruits de plus en plus dlicieux4 ,regardez1 par exemple1 autour des chrysanthmes1 les merveilles qui mrissent aujourd'hui dans les moindres jardins1 parmi les longs rameaux sagement asservis des espaliers patients et gnreux4 ,il y a moins d'un sicle1 elles taient inconnues et nous les devons aux efforts minimes et innombrables d'une lgion de petits chercheurs plus ou moins triqus1 plus ou moins ridicules4 ,c'est de cette faon que l'humanit acquiert presque toutes ses richesses4 ,il n'est rien qui soit puril dans la nature1 et si l'on se passionne pour une feuille1 un brin d'herbe1 une aile de papillon1 un nid1 un coquillage1 on enroule sa passion autour d'une petite chose qui renferme toujours une grande vrit4 ,arriver modifier l'aspect d'une fleur1 en soi c'est insignifiant1 si l'on veut2 mais pour peu qu'on y rflchisse1 cela devient norme4 ,n'est-ce pas enfreindre ou dvier des lois profondes1 essentielles peut-tre1 en tout cas sculaires8 ,n'est-ce pas dpasser des bornes trop facilement acceptes1 n'est-ce pas mler directement notre phmre volont celles des forces ternelles8 ,n'est-ce pas donner l'ide d'une puissance singulire1 presque surnaturelle8 ,et1 quoiqu'il soit prudent de se garder de rves trop ambitieux1 cela ne permet-il point d'esprer qu'on apprendra peut-tre luder o transgresser d'autres lois non moins sculaires1 plus proches de notre propre vie et bien autrement importantes8 ,car enfin1 tout se tient1 tout se donne la main1 tout obit d'identiques principes invisibles1 tout a les mmes exigences1 tout participe la mme me1 la mme substance dans l'effrayante et admirable nigme2 et la plus modeste victoire remporte au sujet d'une fleur peut nous ouvrir un jour des secrets infinis444 99 99 99 ,c'est pourquoi j'aime le chrysanthme1 et c'est pourquoi je suis son volution avec une curiosit fraternelle4 ,il est1 parmi les plantes domestiques1 la plante la plus soumise1 la plus docile1 la plus mallable et la plus attentive que nous ayons1 de longtemps1 rencontre4 ,il porte des fleurs tout imprgnes de de la pense et de la volont de l'homme1--dj pour ainsi dire humaines3 et si le monde des vgtaux doit nous rvler quelque jour l'un des mots que nous attendons1 c'est peut-tre par cette fleur des tombes que nous apprendrons le premier secret de l'existence1 tout comme1 dans un autre rgne1 c'est probablement par le chien1 gardien presque pensif de nos demeures1 que nous dcouvrirons le mystre de la vie animale444 ,,fleurs ,d,,mod,,es ,ce matin1 en visitant mes fleurs entoures de la barrire blanche qui les dfend contre les bonnes vaches qui paissent dans l'herbage1 je revois en pense tout ce qui s'panouit dans les bois1 dans les plaines1 les jardins1 les orangeries et les serres2 et je songe ce que nous devons au monde merveilleux que visitent les abeilles4 ,savons-nous ce que serait une humanit qui ne connatrait pas la fleur8 ,si celle-ci n'existait pas1 si elle avait toujours t cache nos regards1 comme le sont probablement mille spectacles non moins feriques qui nous environnent mais que nos yeux n'atteignent point1 notre caractre1 notre morale1 notre aptitude la beaut1 au bonheur1 seraient-ils bien les mmes8 ,nous aurions1 il est vrai1 dans la nature1 d'autres magnifiques tmoignages de luxe1 de surabondance et de grce2 d'autres jeux blouissants des forces infinies3 le soleil1 les toiles1 les clairs de lune1 l'azur et l'ocan1 les aurores et les crpuscules1 la montagne et la plaine1 la fort et les fleuves1 la lumire et les arbres2 et enfin1 plus prs de nous1 les oiseaux1 les pierres prcieuses et la femme4 ,ce sont l les ornements de notre plante4 ,mais1 except les trois derniers qui appartiennent pour ainsi dire au mme sourire de la nature1 que l'ducation de notre il serait grave1 austre1 presque triste1 sans l'adoucissement qu'y apportent les fleurs6 ,supposez un instant que notre globe les ignore3 une grande rgion1 la plus enchante de notre psychologie heureuse1 serait dtruite1 ou plutt ne serait pas dcouverte4 ,toute une sensibilit dlicieuse dormirait jamais au fond de notre cur1 plus dur et plus dsert1 et dans notre imagination prive d'images adorables4 ,l'univers infini des couleurs et des nuances ne nous et t incompltement rvl que par quelques dchirures du ciel4 ,les harmonies miraculeuses de la lumire qui se dlasse1 qui invente sans cesse de nouvelles allgresses et semble jouir d'elle-mme1 nous seraient inconnues1 car les fleurs ont d'abord dcompos le prisme et form la partie la plus subtile de nos regards4 ,et le jardin magique des parfums1 qui nous l'et entr'ouvert8 ,quelques herbes1 quelques rsines1 quelques fruits1 le souffle de l'aube1 l'odeur de la nuit et de la mer1 nous auraient annonc que par del les yeux et les oreilles existait un paradis ferm o l'air que l'on respire se change en volupts qu'on n'aurait pu nommer4 ,considrez aussi tout ce qui manquerait la voix de la flicit humaine6 ,une des cimes bnies de notre me serait presque muette si les fleurs1 depuis des sicles1 n'avaient aliment de leur beaut la langue que nous parlons et les penses qui tentent de fixer les heures les plus prcieuses de la vie4 ,tout le vocabulaire1 toutes les impressions de l'amour sont imprgns de leur haleine1 nourris de leur sourire4 ,quand nous aimons1 les souvenirs de toutes les fleurs que nous avons vues et respires1 accourent peupler de leurs dlices reconnues la conscience d'un sentiment dont le bonheur1 sans elles1 n'aurait pas plus de forme que l'horizon de la mer ou du ciel4 ,elles ont accumul en nous1 depuis notre enfance1 et ds avant celle-ci1 dans l'me de nos pres1 un immense trsor1 le plus proche de nos joies1 o nous allons puiser1 chaque fois que nous voulons nous rendre plus sensibles les minutes clmentes de la vie4 ,elles ont cr et rpandu dans notre monde sentimental l'atmosphre odorante o se complat l'amour4 99 99 99 ,c'est pourquoi j'aime surtout les plus simples1 les plus vulgaires1 les plus anciennes et les plus dmodes2 celles qui ont derrire elles un long pass humain1 une longue suite de bonnes actions consolantes1 celles qui nous accompagnent depuis des centaines d'annes et qui font partie de nous-mmes1 puisqu'elles mirent quelque chose de leur grce et de leur joie de vivre dans l'me de nos aeux4 ,mais o se cachent-elles8 ,elles deviennent plus rares que celles qu'on appelle aujourd'hui les fleurs rares4 ,leur existence est secrte et prcaire4 ,il semble que l'on soit sur le point de les perdre1 et peut-tre en est-il qui viennent de disparatre1 enfin dcourages1 dont les graines sont mortes sous les ruines1 qui ne connatront plus la rose des jardins et qu'on ne retrouvera que dans de trs vieux livres1 parmi les gazons clairs des miniatures bleues ou le long des parterres jaunis des primitifs4 ,elles sont chasses des plates-bandes et des corbeilles orgueilleuses par d'arrogantes inconnues arrives du ,prou1 du ,cap1 de la ,chine1 du ,japon4 ,elles ont notamment deux impitoyables ennemis4 ,c'est d'abord1 l'encombrant et prolifique ,bgonia tubreux qui pullule dans les parterres comme un peuple de coqs intransigeants1 aux crtes innombrables4 ,il est joli1 mais abusif et un peu artificiel2 et quels que soient le silence et le recueillement de l'heure1 sous le soleil et sous la lune1 dans l'ivresse du jour et la paix solennelle de la nuit1 il sonne du clairon et clbre une victoire monotone1 criarde et sans parfums4 ,ensuite1 c'est le ,granium double1 un peu moins indiscret1 infatigable aussi1 extraordinairement courageux1 et qui paratrait dsirable s'il tait moins prodigu4 ,a eux deux1 aids de quelques trangres plus sournoises et des plantes aux feuillages colors qui forment ces mosaques boursoufles qui avilissent prsent les belles lignes de la plupart de nos pelouses1 ils ont peu peu dpossd leurs surs autochtones des lieux qu'elles avaient si longtemps gays de leurs sourires familiers4 ,elles n'ont plus le droit d'accueillir l'hte avec de nafs petits cris de bienvenue1 ds la grille dore du chteau4 ,il leur est interdit de bavarder prs du perron1 de gazouiller dans les vases de marbre1 de chantonner au bord des pices d'eau1 de patoiser le long des plates-bandes4 ,on en a relgu quelques-unes au fond du potager1 dans le coin nglig1 et d'ailleurs dlicieux1 des plantes mdicinales ou simplement aromatiques3 la ,sauge1 l',estragon1 le ,fenouil et le ,thym1 vieilles servantes elles aussi congdies et qu'on ne nourrit plus que par une sorte de piti ou de tradition machinale4 ,d'autres se sont rfugies du ct des remises et des curies1 prs de la porte basse de la cuisine ou de la cave1 s'y tassant humblement comme des mendiantes importunes1 cachant leurs robes claires parmi les mauvaises herbes1 retenant de leur mieux leurs parfums intimids1 afin de ne pas veiller l'attention4 ,mais l mme1 le ,plargonium rouge d'indignation et le ,bgonia cramoisi de colre sont venus surprendre et bousculer la petite troupe inoffensive4 ,elles ont fui vers les fermes1 les cimetires1 dans les jardinets des curs1 des vieilles filles1 des couvents de province2 et maintenant1 ce n'est plus gure que dans l'oubli des plus anciens villages1 autour de branlantes demeures1 loin des chemins de fer et des serres imprieuses de l'horticulteur1 qu'on les retrouve encore avec leur sourire naturel2 non plus l'air pourchass1 haletant et traqu1 mais tranquilles1 arrives1 reposes1 abondantes1 insouciantes1 chez elles4 ,et de mme qu'autrefois1 au temps des diligences1 du haut du mur de pierre qui entoure la maison1 travers les barreaux de la barrire blanche ou du seuil des fentres qu'anime un oiseau prisonnier1 sur la route immobile o personne ne passe1 si ce n'est les puissances ternelles de la vie1 elles regardent venir le printemps et l'automne1 la pluie et le soleil1 les papillons et les abeilles1 le silence et la nuit suivie du clair de lune4 99 99 99 ,vieilles fleurs courageuses6 ,girofles1 ,ravenelles1 ,violiers1 ,boutons d'or6 ,car1 de mme que les fleurs des champs1 dont un rien les spare1 un rayon de beaut1 une goutte de parfum1 elles ont des noms charmants1 les plus doux de la langue2 et chacune d'elles1 comme des ex-voto minutieux et nafs1 ou comme des mdailles dcernes par la gratitude des hommes1 en porte familirement trois ou quatre4 ,girofles qui chantez parmi les murs en ruine et couvrez de lumire les pierres qui s'attristent1 ,primevres des jardins1 ,primeroles ou ,coucous1 ,jacinthes d',orient1 ,crocus et ,cinraires1 ,couronnes impriales1 ,violettes odorantes1 ,muguets1 ,myosotis1 ,petites-,marguerites et ,petites-,pervenches1 ,narcisses-des-,potes1 ,jeannettes1 ,claudinettes1 ,oreilles d'ours1 ,alysse1 ,gazon turc1 ,anmones2 c'est par vous que les mois qui prcdent les feuilles3 ,fvrier1 ,mars1 ,avril1 traduisent en sourires comprhensibles aux hommes les premires nouvelles et les premiers baisers mystrieux du soleil4 ,vous tes frles1 frileuses et pourtant effrontes comme une ide heureuse4 ,vous rajeunissez l'herbe1 fraches comme l'eau qui coule dans les coupes d'azur que l'aube vient rpandre sur les bourgeons avides1 phmres comme les songes d'un enfant qui s'veille2 presque sauvages encore et presque spontanes1 dj marques pourtant de l'clat trop prcoce1 du nimbe trop ardent1 de la grce trop pensive qui accable les fleurs qui se donnent l'homme4 99 99 99 ,mais voici innombrables1 dsordonnes1 multicolores1 tumultueuses1 ivres d'aurores et de midis1 les rondes lumineuses des filles de l't6 ,jeunes vierges aux voiles blancs et vieilles demoiselles en rubans violets1 colires en vacances1 premires communiantes1 religieuses plies1 gamines dpeignes1 commres et bigotes4 ,voici le ,souci d'or qui crible de clarts le vert des plates-bandes4 ,voici la ,camomille1 comme un bouquet de neige1 ct de ses infatigables frres les ,chrysanthmes-des-jardins qu'il ne faut pas confondre avec les ,chrysanthmes japonais de l'automne4 ,l',hlianthe annuel1 ,tournesol1 ,grand-,soleil1 dominant comme un prtre qui lve l'ostensoir1 le menu peuple en prire1 s'efforce de ressembler l'astre qu'il adore4 ,le ,pavot s'vertue remplir de lumire sa tasse dchire par le vent du matin4 ,le rude ,pied-d',alouette1 en blouse de paysan1 qui se croit plus beau que le ciel1 mprise les ,belles-de-,jour qui lui reprochent avec aigreur d'avoir mis trop de bleu dans l'azur de ses fleurs4 ,la ,julienne-de-,mahon1 en robe de jaconas1 comme les petites bonnes de ,dordrecht ou de ,leyde1 navement espigle1 a l'air de laver d'innocence les bordures des corbeilles4 ,le ,rsda se cache dans son laboratoire et distille en silence des parfums qui nous donnent l'avant-got de l'air que l'on respire au seuil des paradis4 ,les ,pivoines1 qui ont bu avec indiscrtion mme le soleil1 clatent d'enthousiasme et se penchent au-devant de l'apoplexie qui s'avance4 ,le ,lin--fleurs-rouges trace un sillon sanglant qui garde les alles2 et le ,portulaca ou ,chevalier-d'onze-heures1 cousin enrichi du pourpier1 rampant comme une mousse1 s'applique recouvrir de taffetas zinzolin1 jaune soufre ou rose chair1 la terre demeure nue au pied des hautes tiges4 ,le ,dahlia joufflu1 un peu rond1 un peu bte1 taille dans le savon1 le saindoux ou la cire1 ses pompons rguliers qui seront l'ornement de la fte du village4 ,le vieux ,phlox paternel1 debout dans les massifs1 prodigue les gros rires de ses bonnes couleurs sans faon4 ,les ,mauves-fleuries ou ,lavatres1 en demoiselles sages1 sentent au moindre souffle le plus tendre incarnat des pudeurs fugitives monter leurs corolles4 ,la ,capucine fait de l'aquarelle ou crie comme un ara qui grimpe aux barreaux de sa cage2 et la ,rose-,trmire1 ,altha ,rosa1 ,passe-rose1 ,rose--bton1 ,alce ou ,bton-de-,jacob1 monte sur ses six noms1 dfripe ses cocardes d'une chair plus soyeuse que les seins d'une vierge4 ,la ,balsamine presque transparente et la ,gueule-de-loup1 plus gauches1 plus timides1 serrent craintivement leurs fleurs contre leurs tiges4 ,puis1 dans le coin discret des anciennes familles1 se pressent la ,vronique--longues-feuilles1 la ,potentille rouge1 les ,roses-d',inde1 l'antique ,croix-de-,malte1 l',herbe--la-veuve ou ,scabieuse pourpre1 la ,digitale qui s'lance comme une fuse triste1 l',ancolie d',europe1 qu'on appelle encore ,aiglantine1 ,clochette ou ,colombine2 la ,coquelourde-rose-du-ciel qui sur un long col grle tend une petite face ingnue et toute ronde pour admirer le firmament1 la ,lunaire cachottire qui fabrique en secret la ,monnaie du pape1 ces ples cus plats avec lesquels1 sans doute1 les elfes et les fes font au clair de la lune commerce de prestiges2 enfin l'il-de-,faisan1 la ,valriane rouge ou ,barbe de ,jupiter1 l'illet-de-,pote et le vieil illet-des-fleuristes que cultivait dj dans son exil le ,grand-,cond4 ,a ct1 au-dessus1 tout autour1 sur les murs1 dans les haies1 parmi les treilles1 le long des branches1 comme un peuple de singes et d'oiseaux en liesse1 les plantes grimpantes se divertissent1 font de la gymnastique1 jouent se balancer1 perdre l'quilibre et le rattraper1 tomber1 voler1 regarder le vide1 dpasser les cimes1 embrasser le ciel4 ,c'est le ,haricot d',espagne et le ,pois-de-senteur1 tout fiers de n'tre plus mis au rang des lgumes1 c'est le ,volubilis pudique1 le ,chvrefeuille dont l'odeur reprsente l'me de la rose1 la ,clmatite1 la ,glycine2 tandis qu'aux fentres1 entre les rideaux blancs1 le long de fils tendus1 la ,campanule nomme ,pyramidale1 opre de tels miracles1 lance des gerbes et tresse des guirlandes formes de mille fleurs unanimes si prodigieusement immacules et translucides1 que ceux qui l'aperoivent pour la premire fois1 n'en croyant pas leurs yeux1 veulent toucher du doigt la bleutre merveille1 frache comme un jet d'eau1 pure comme une source1 irrelle comme un songe4 ,cependant1 dans une touffe de rayons1 le grand ,lys blanc1 vieux seigneur des jardins1 le seul prince authentique parmi toute la roture sortie du potager1 des fosss1 des taillis1 des mares et des landes1 parmi les trangres venues on ne sait d'o1 calice invariable aux six ptales d'argent dont la noblesse remonte celle des dieux mmes1 le ,lys immmorial dresse son sceptre antique1 inviol1 auguste1 qui cre autour de lui1 une zone de chastet1 de silence1 de lumire4 99 99 99 ,je les ai vues1 celles que j'ai nommes1 tant d'autres oublies1 toutes runies ainsi au jardin d'un vieux sage1 le mme qui m'apprit aimer les abeilles4 ,elles s'offraient aux regards en plates-bandes1 en corbeilles1 en bordures symtriques1 ellipses1 paralllogrammes1 quinconces et losanges1 entours de buis1 de briques rouges1 de carreaux de faence1 comme des matires prcieuses contenues dans des rservoirs rguliers pareils ceux qu'on trouve aux gravures jaunies qui illustrent les uvres du vieux pote hollandais ,jacob ,cats2 ou du bon abb ,sanderus qui dcrivit et dessina1 vers le milieu du ,x,v,i,ie sicle1 en sa ,flandria ,illustrata1 tous les chteaux de ,flandre1 et eut soin1 en tmoignage de gratitude1 de surmonter d'un magnifique panache de fume1 les chemines des gros manoirs o l'hospitalit lui parut plantureuse et la chre excellente4 ,et donc1 les fleurs s'alignaient1 les unes selon les espces1 d'autres selon les formes et les nuances1 d'autres enfin mlaient d'aprs les hasards toujours heureux du vent et du soleil1 les couleurs les plus hostiles et les plus meurtrires1 afin d'attester que la nature ignore les dissonances et que tout ce qui vit cre sa propre harmonie4 ,de ses douze fentres arrondies1 aux vitres clatantes1 aux rideaux de mousseline1 aux larges volets verts1 la longue maison peinte l'huile1 rose et luisante comme un coquillage1 les regardait s'veiller ds l'aube et secouer les diamants rapides de la rose2 puis se fermer le soir sous les tnbres bleues qui tombent des toiles4 ,on sentait qu'elle jouissait avec intelligence de la douce ferie quotidienne1 solidement assise entre deux fosss clairs qui se perdaient au loin dans l'immense pturage peupl de vaches immobiles1 cependant qu'au bord de la route1 un superbe moulin1 pench comme un prdicateur1 de ses ailes paternelles faisait aux passants du village des signes familiers4 99 99 99 ,est-il sur notre terre un ornement plus doux des heures de loisir1 que la culture des fleurs8 ,il tait beau de voir ainsi rassemble1 pour le plaisir des yeux1 autour de la demeure de mon paisible ami1 la magnifique foule qui labore la lumire pour en tirer des couleurs merveilleuses1 du miel et des parfums4 ,il y trouvait traduits en joies visibles et fixes aux portes de sa maison1 les dlices parses1 fugitives et presque insaisissables de l't1 la volupt de l'air1 la clmence des nuits1 l'motion des rayons1 l'allgresse des heures1 les confidences de l'aurore1 le murmure et les intentions de l'espace azur4 ,il ne jouissait pas seulement de leur clatante prsence1 il esprait encore1 probablement tort1 tant ce mystre est confus et profond1 il esprait encore1 force de les interroger1 surprendre1 grce elles1 je ne sais quelle loi ou quelle ide secrte de la nature1 je ne sais quelle pense intime de l'univers qui se trahit peut-tre en ces moments ardents o il s'efforce de plaire d'autres tres1 de sduire d'autres vies et de crer de la beaut444 99 99 99 ,vieilles fleurs1 ai-je dit4 ,je me trompais4 ,quand on tudie leur histoire et qu'on recherche leur gnalogie1 on apprend avec surprise que la plupart1 jusqu'aux plus simples et aux plus rpandues1 sont des tres nouveaux1 des affranchies1 des exiles1 des parvenues1 des visiteuses1 des trangres4 ,n'importe quel trait de botanique dvoilera leurs origines4 ,la ,tulipe1 par exemple1 7rappelez-vous la ,solitaire1 l',orientale1 l',agathe et le ,drap d'or de ,la ,bruyre7 nous est venue de ,constantinople au ,x,v,ie sicle4 ,la ,renoncule1 la ,lunaire1 la ,croix-de-,malte1 la ,balsamine1 le ,fuschia1 la ,rose d',inde ou ,tagtes ,erecta1 la ,coquelourde-des-jardins ou illet de ,dieu1 l',aconit bicolore1 l',amarante-queue-de-,renard1 la ,rose ,trmire1 la ,campanule ,pyramidale arrivent vers la mme poque des ,indes1 du ,mexique1 de la ,perse1 de la ,syrie1 de l',italie4 ,la ,pense parat en #afac1 la ,corbeille d'or en #agaj1 le ,lin rouge en #ahai1 la ,scabieuse pourpre en #afbi1 le ,saxifrage sarmenteux en #agga1 la ,vronique--longues feuilles en #agca1 le ,phlox vivace est un peu plus ancien4 ,l'illet de ,chine fait son entre dans nos jardins vers l'an #agac4 ,l'illet vivace est d'aujourd'hui4 ,le ,pourpier fleuri ne se montre qu'en #ahbh et la ,sauge carlate en #ahbb4 ,l',eupatoire bleue ou ,clestine1 si abondante1 si populaire1 ne compte pas deux sicles4 ,l',immortelle--bractes moins encore4 ,le ,zinnia est tout juste centenaire4 ,le ,haricot d',espagne1 originaire de l',amrique du ,sud et le ,pois-de-,senteur migrant de ,sicile ont un peu plus de deux cents ans4 ,l',anthmis ou ,marguerite en arbre1 qu'on trouve dans les villages les plus ignors1 n'est cultive que depuis l'anne #afii4 ,la jolie ,loblie bleue de nos bordures1 c'est le ,cap qui nous la donne vers l'poque de la ,rvolution4 ,l',aster de ,chine ou ,reine-,marguerite porte la date de #agca4 ,le ,phlox annuel ou ,phlox de ,drummond1 si vulgaire1 nous est offert par le ,texas en #ahce4 ,la ,lavatre grandes fleurs1 qui a l'air si profondment indigne1 si navement campagnard1 ne s'ouvre en nos jardins du ,nord que depuis deux cent cinquante ans1 et le ,ptunia depuis une vingtaine de lustres4 ,le ,rsda1 l',hliotrope1 qui le croirait8 ne sont pas bi-centenaire1 le ,dahlia nat en #ahjb et les ,glaeuls 7,gladiolus ,gandavensis71 les ,gloxinies sont d'hier4 99 99 99 ,quelles fleurs fleurissaient donc aux jardins de nos pres8 ,bien peu1 sans doute1 de trs petites et de trs humbles1 qu'on distinguait peine de celles des chemins1 des prs et des clairires4 ,avez-vous remarqu la pauvret et la monotonie1 trs habilement dguises1 de l'ornementation florale des plus belles miniatures dans nos vieux manuscrits8 ,de mme1 les tableaux de nos muses1 jusqu' la fin de la ,renaissance1 n'ont pour gayer les plus riches palais1 les plus merveilleux paradis1 que cinq ou six types de fleurs1 qu'ils rptent sans cesse4 ,avant le ,x,v,ie sicle1 les jardins sont presque dserts2 et plus tard1 ,versailles mme1 le splendide ,versailles1 n'aurait pu nous montrer ce que montre aujourd'hui le plus pauvre village4 ,seules1 la ,violette1 la ,pquerette1 le ,muguet1 le ,souci1 le ,pavot1 frre du ,coquelicot1 quelques ,crocus1 quelques ,iris1 quelques ,colchiques1 la ,digitale1 la ,valriane1 la ,girofle1 la ,mauve1 le ,pied-d'alouette1 le ,bluet1 l'illet sauvage1 le ,myosotis1 la ,rose presque encore glantine1 et le grand ,lys d'argent1 ornements spontans de nos bois et de nos champs l'imagination intimide par la neige et le vent du nord1 venaient sourire nos anctres4 ,ceux-ci1 du reste1 ignoraient leur dnuement4 ,l'homme n'avait pas encore appris regarder autour de soi1 jouir de la vie naturelle4 ,puis1 vinrent la ,renaissance1 les grands voyages1 la dcouverte et l'envahissement du soleil4 ,toutes les fleurs du monde1 efforts heureux1 beauts intimes et profondes1 penses et volonts joyeuses de la plante1 montrent jusqu' nous1 portes sur les rayons d'une lumire qu'on attendait du firmament et qui sortait de notre propre terre4 ,l'homme se hasarde hors du clotre1 de la crypte1 de la ville de briques et de pierre1 du morne chteau-fort o il avait dormi4 ,il descend au jardin qui se peuple d'abeilles1 de pourpre et de parfums2 il ouvre les yeux1 s'tonne comme un enfant chapp aux rves de la nuit2 et la fort1 la plaine1 la mer et les montagnes1 et enfin les oiseaux et les fleurs qui parlent au nom de tous une langue plus humaine et qu'il comprend dj1 accueillent son rveil4 99 99 99 ,maintenant1 il n'est peut-tre plus de fleurs inconnues4 ,nous avons peu prs retrouv toutes les formes que la nature prte au grand songe d'amour1 au dsir de beaut qui s'agite en son sein4 ,nous vivons1 pour ainsi dire1 au milieu de ses plus tendres confidences1 de ses plus touchantes inventions4 ,nous prenons une part inespre aux ftes les plus mystrieuses de l'invisible force qui nous anime aussi4 ,sans doute1 c'est en apparence peu de chose que quelques fleurs de plus dans nos corbeilles4 ,elles ne sment que quelques sourires impuissants le long des routes qui conduisent la mort4 ,il n'en est pas moins vrai que ce sont des sourires nouveaux que ne connurent point ceux qui nous prcdrent2 et gnreusement1 ce bonheur rcemment dcouvert se rpand en tous lieux1 jusqu'aux portes des plus misrables demeures4 ,les bonnes1 les simples fleurs sont aussi heureuses et aussi clatantes dans l'troit jardinet du pauvre qu'aux pelouses opulentes du chteau et entourent la cabane de la beaut suprme de la terre2 car la terre jusqu'ici n'a rien produit de plus beau que la fleur4 ,elles achvent de conqurir le globe4 ,elles promettent dj1 en prvision des jours o les hommes auront enfin des loisirs gaux et prolongs1 l'galit des saines jouissances4 ,oui certes1 c'est peu de chose2 et tout est peu de chose1 si l'on considre isolment chacune de nos petites victoires4 ,c'est peu de chose aussi1 en apparence1 que quelques penses de plus dans notre tte1 qu'un sentiment nouveau dans notre cur2 et pourtant1 c'est cela qui nous mne lentement o nous esprons d'arriver4 ,aprs tout1 nous tenons l un fait bien rel3 savoir que nous vivons dans un monde o les fleurs sont plus belles et plus nombreuses qu'autrefois2 et peut-tre avons-nous le droit d'ajouter que les penses des hommes y sont plus justes et plus avides de vrit4 ,la moindre joie conquise et la moindre douleur abolie doivent tre marques au livre de l'humanit4 ,il convient de ne ngliger aucune des preuves qui confirment que nous nous emparons des puissances anonymes1 que nous commenons manier quelques-unes des lois qui gouvernent les tres1 que nous nous acclimatons sur notre plante1 que nous ornons notre sjour et que nous augmentons peu peu la surface du bonheur et de la beaut de la vie4 ,,de ,,la ,,sinc,,rit ,il n'y a1 en amour1 de bonheur durable et complet que dans l'atmosphre translucide de la sincrit parfaite4 ,jusqu' cette sincrit1 l'amour n'est qu'une preuve4 ,on vit dans l'attente1 et les baisers et les paroles ne sont que provisoires4 ,mais cette sincrit n'est praticable qu'entre consciences hautes et exerces4 ,encore ne suffit-il pas que les consciences soient telles2 il faut1 en outre1 pour que la sincrit devienne naturelle et ncessaire1 que ces consciences soient presque gales1 de mme tendue1 de mme qualit1 et que l'amour qui les unit soit profond4 ,aussi la vie de la plupart des hommes s'coule-t-elle sans qu'ils rencontrent l'me avec qui ils auraient pu tre sincres4 ,mais il est impossible d'tre sincre avec autrui avant qu'on ait appris l'tre envers soi-mme4 ,cette sincrit n'est que la conscience et l'analyse devenue presque instinctive1 des mobiles de tous les mouvements de la vie4 ,c'est l'expression de cette conscience que l'on peut mettre ensuite sous les yeux de l'tre auprs duquel on cherche le bonheur de la sincrit4 ,ainsi entendue1 la sincrit n'a pas pour but la perfection morale4 ,elle mne ailleurs1 plus haut si l'on veut2 en tout cas1 dans des rgions plus humaines et plus fcondes4 ,la perfection d'un caractre1 telle qu'on la comprend d'habitude1 n'est trop souvent qu'une abstention strile1 une sorte d'ataraxie1 une diminution de la vie instinctive1 qui est en somme la source unique de toutes les autres vies que nous parvenons organiser en nous4 ,cette perfection tend supprimer les dsirs trop ardents1 l'ambition1 l'orgueil1 la vanit1 l'gosme1 l'apptit des jouissances1 en un mot1 toutes les passions humaines1 c'est--dire tout ce qui constitue notre force vitale primitive1 le fond mme de notre nergie d'existence que rien ne peut remplacer4 ,si nous touffons en nous toutes les manifestations de la vie1 pour n'y substituer que la contemplation de leurs dfaites1 bientt nous n'aurons plus rien contempler4 ,il n'importe donc pas de n'avoir plus de passions1 de vices ou de dfauts2 cela est impossible tant qu'on est homme au milieu des hommes1 puisqu'on a le tort d'appeler passion1 vice ou dfaut ce qui fait le fond mme de la nature humaine4 ,il importe de connatre dans leurs dtails et leurs secrets ceux qu'on possde2 et de les voir agir d'assez haut pour qu'on puisse les regarder sans crainte qu'ils ne nous renversent ou chappent notre contrle pour aller nuire inconsidrment nous-mmes ou ceux qui nous entourent4 ,ds que1 de cette hauteur1 on voit agir ses instincts1 mme les plus bas et les plus gostes1 pour peu qu'on ne soit pas volontairement mchant1--et il est difficile de l'tre quand l'intelligence a acquis la lucidit et la force que suppose cette facult d'observation1--ds qu'on les voit agir ainsi1 ils deviennent inoffensifs comme des enfants sous l'il de leurs parents4 ,on peut les perdre de vue1 oublier quelque temps de les surveiller1 ils ne commettront que des mfaits insignifiants2 car l'obligation o ils seront de rparer le mal qu'ils auront fait1 les rend naturellement circonspects et leur fait perdre tt l'habitude de nuire4 99 99 99 ,quand on aura atteint une sincrit suffisante envers soi1 il ne s'ensuit pas que l'on doive la livrer au premier venu4 ,l'homme le plus franc et le plus loyal a le droit de cacher aux autres la plus grande partie de ce qu'il pense et de ce qu'il prouve4 ,s'il est incertain que la vrit que vous allez dire soit comprise1 taisez-la4 ,elle apparatrait dans les autres toute diffrente de ce qu'elle est en vous2 et prenant en eux l'aspect d'un mensonge1 elle y ferait le mme mal qu'un mensonge vritable4 ,quoiqu'en puissent dire les moralistes absolus1 ds qu'on n'est plus entre consciences gales1 toute vrit1 pour produire l'effet de la vrit1 demande une mise au point4 ,jsus ,christ lui-mme tait oblig de mettre au point la plupart de celles qu'il rvlait ses disciples2 et s'il s'tait adress ,platon ou ,snque au lieu de parler des pcheurs de ,galile1 il leur aurait probablement dit des choses assez diffrentes de celles qu'il a dites4 ,le rgne de la sincrit ne commence que lorsque cette mise au point n'est plus ncessaire4 ,on entre alors dans la rgion privilgie de la confiance et de l'amour4 ,c'est une plage dlicieuse o l'on se retrouve nus1 o l'on se baigne ensemble aux rayons d'un soleil bienfaisant4 ,jusqu' cette heure1 on avait vcu sur ses gardes comme un coupable4 ,on ne savait pas encore que tout homme a le droit d'tre tel qu'il est2 qu'il n'y a dans son esprit et dans son cur1 pas plus que dans son corps1 nulle partie honteuse4 ,on apprend bientt1 avec le soulagement d'un criminel dclar innocent1 que ces parties que l'on croyait devoir cacher sont justement les plus profondes de la force vitale4 ,on n'est plus seul dans le mystre de sa conscience2 et les plus misrables secrets qu'on y dcouvre1 loin d'attrister comme nagure1 font aimer davantage la douce et ferme lumire que deux mains unies y promnent4 ,tout le mal1 toutes les petitesses1 toutes les dfaillances qu'on se dvoile ainsi1 changent de nature ds qu'ils sont dvoils3 et la plus grande faute1 comme le disait l'hrone d'un drame1 quand elle est avoue dans un baiser loyal1 devient une vrit plus belle que l'innocence4--,plus belle8--,je ne sais2 mais plus jeune1 plus vivante1 plus visible1 plus active et plus affectueuse4 ,dans cet tat1 l'ide ne nous vient plus de cacher une arrire-pense1 un arrire-sentiment vulgaire ou mprisable4 ,ils ne peuvent plus nous faire rougir1 puisqu'en les avouant nous les dsavouons1 nous les sparons de nous-mmes1 nous prouvons qu'ils ne nous appartiennent plus1 qu'ils ne participent plus de notre vie1 qu'ils ne naissent plus de la partie active1 volontaire et personnelle de notre force2 mais de l'tre primitif1 informe et asservi qui nous donne un spectacle amusant comme tous les spectacles o l'on surprend le jeu des puissances instinctives de la nature4 ,un mouvement de haine1 d'gosme1 de vanit niaise1 d'envie ou de dloyaut1 examin la lumire de la sincrit parfaite1 n'est plus qu'une fleur intressante et singulire4 ,cette sincrit1 comme le feu1 purifie tout ce qu'elle embrasse4 ,elle strilise les ferments dangereux2 et de la pire injustice1 elle fait un objet de curiosit1 inoffensif comme un poison mortel dans la vitrine d'un muse4 ,supposez ,shylock capable de connatre et de confesser son avarice2 il ne serait plus avare1 ou son avarice changerait de forme et cesserait d'tre odieuse et nuisible4 ,du reste1 il n'est pas indispensable qu'on se corrige des fautes avoues2 car il y a des fautes ncessaires notre existence et notre caractre4 ,beaucoup de nos dfauts sont les racines mmes de nos qualits4 ,mais la connaissance et l'aveu de ces fautes et de ces dfauts prcipite chimiquement le venin qui n'est plus au fond du cur qu'un sel inerte dont on peut tudier loisir les cristaux innocents4 99 99 99 ,la vertu purificatrice de l'aveu dpend de la qualit de l'me qui le fait et de celle de l'me qui l'accueille4 ,l'quilibre tabli1 tous les aveux lvent le niveau du bonheur et de l'amour4 ,ds qu'ils sont confesss1 les mensonges anciens ou rcents1 les dfaillances les plus graves se changent en ornements inattendus1 et1 comme de belles statues dans un parc1 deviennent les tmoins souriants et les preuves paisibles de la clart du jour4 ,nous dsirons tous d'arriver cette sincrit bienheureuse2 mais nous craignons longtemps que ceux qui nous aiment ne nous aiment moins si nous leur rvlons ce que nous osons peine nous rvler nous-mme4 ,il nous semble que certains aveux dfigureront jamais l'image qu'ils se faisaient de nous4 ,s'il tait vrai qu'ils la dfigurassent1 ce serait la preuve que nous ne sommes pas aims sur le plan o nous aimons4 ,si celui qui reoit l'aveu ne peut s'lever jusqu' nous aimer davantage pour cet aveu1 il y a malentendu dans notre amour4 ,ce n'est pas celui qui fait l'aveu qui doit rougir2 mais celui qui ne comprend pas encore que par le fait mme que nous avons confess un tort nous l'avons surmont4 ,ce n'est plus nous1 c'est un tranger qui se trouve la place o nous avons commis la faute4 ,celle-ci1 nous l'avons limine de notre substance4 ,elle n'entache plus que celui qui hsite admettre qu'elle ne nous entache plus4 ,elle n'a plus rien de commun avec notre vie relle4 ,nous n'en sommes plus que le tmoin accidentel et non plus responsable qu'une bonne terre n'est responsable d'une mauvaise herbe ou un miroir du vilain reflet qui l'effleure4 99 99 99 ,ne craignons pas davantage que cette sincrit absolue1 cette double vie transparente de deux tres qui s'aiment1 dtruise l'arrire-plan d'ombre et de mystre qui se trouve au fond de toute affection durable1 ni qu'elle tarisse le grand lac inconnu qui1 au sommet de tout amour1 alimente le dsir de se connatre1 dsir qui n'est lui-mme que la forme la plus passionne du dsir de s'aimer davantage4 ,non2 cet arrire-plan n'est qu'une sorte de toile mobile et provisoire qui suffit donner aux amours ordinaires l'illusion de l'espace infini4 ,enlevez-la1 et derrire elle apparat enfin l'horizon rel avec le ciel et la mer vritables4 ,quant au grand lac inconnu1 on s'aperoit bientt qu'on n'en avait tir jusqu' ce jour que quelques gouttes d'eau trouble4 ,il n'ouvre sur l'amour ses sources salutaires qu'au moment de la sincrit2 car la vrit de deux tres est incomparablement plus fconde1 plus profonde et plus inpuisable que leurs apparences1 leurs rticences et leurs mensonges4 99 99 99 ,enfin1 ne craignons pas d'puiser notre sincrit et ne nous imaginons point qu'il nous soit possible d'atteindre ses dernires limites4 ,lorsque nous la croyons et la voulons absolue1 elle n'est jamais que relative2 car elle ne peut se manifester que dans les bornes de notre conscience1 et ces bornes se dplacent chaque jour4 ,en sorte que l'acte ou la pense prsente sous les couleurs que nous lui voyons au moment de l'aveu1 peut avoir une porte tout autre que celle que nous lui attribuons aujourd'hui4 ,de mme que l'acte1 la pense ou le sentiment que nous n'avouons pas parce que nous ne l'apercevons pas encore1 peut devenir demain1 l'objet d'un aveu plus urgent et plus grave que tous ceux que nous avions faits jusqu' ce jour4 ,,portrait ,,de ,,femme 444 ,il disait que l'esprit dans cette belle personne tait un diamant1 bien mis en uvre4 7,,la ,,bruy,,re1 ,fragment47 444 ,elle est belle1 disait-il1 de cette beaut que les annes altrent le plus lentement4 ,elles la transforment sans l'amoindrir et pour remplacer des grces trop fragiles par des charmes qui ne paraissent un peu plus graves et un peu moins touchants que parce qu'on les sent plus durables4 ,le corps promet qu'il gardera longtemps1 jusqu'aux premiers frissons de la vieillesse1 les lignes pures et souples qui ennoblissent le dsir2 et l'on ne sait pourquoi l'on est sr qu'il tiendra sa promesse4 ,la chair1 intelligente comme un regard1 est sans cesse rajeunie par l'esprit qui l'anime1 et n'ose prendre un pli1 dplacer une fleur ni troubler une courbe admire par l'amour4 99 99 99 ,il ne suffisait pas qu'elle ft l'amie unique et virile1 la camarade gale1 la compagne la plus proche et la plus profonde de l'existence qu'elle avait lie la sienne4 ,l'toile qui la souhaitait parfaite1 et qu'elle avait appris seconder1 voulut encore qu'elle demeurt l'amante dont on ne se lasse point4 ,l'amiti sans amour1 comme l'amour sans amiti1 sont deux demi-bonheurs qui attristent les hommes4 ,ils ne jouissent de l'un que pour regretter l'autre2 et ne trouvant qu'une allgresse mutile sur les deux cimes les plus belles de la vie1 ils se persuadent que l'me humaine ne saurait tre entirement heureuse4 99 99 99 ,au sommet de sa vie veille la raison la plus pure qui puisse illuminer un tre2 mais elle ne montre que la grce et non l'effort de la lumire4 ,rien ne me paraissait plus froid que la raison1 avant que je l'eusse vue jouer ainsi autour du front d'une jeune femme1 comme la lampe du sanctuaire aux mains d'une enfant rieuse et innocente4 ,la lampe ne laisse rien dans l'ombre2 mais la rigueur de ses rayons ne franchit pas le cercle intrieur1 tandis que leurs sourires embellissent tout ce qu'ils atteignent au dehors4 ,sa conscience est si naturelle et si saine qu'on ne l'entend pas respirer et qu'elle semble ignorer qu'elle existe4 ,elle est inflexible envers l'activit qu'elle dirige2 mais avec tant d'aisance qu'elle parat s'arrter pour se reposer ou se pencher sur une fleur quand elle rsiste de toutes ses forces une pense ou un sentiment injuste4 ,un geste1 un mot naf et enjou1 une larme qui rit1 dissimule le secret de la lutte profonde4 ,tout ce qu'elle acquiert a la grce de l'instinct2 et tout ce qui est instinctif a su devenir innocent4 ,l'instinct1 selon le mot de ,balzac s'est tremp dans la pense3 et la pense couvre d'une rose plus claire1 la sensibilit4 ,de toutes les passions de la femme1 aucune n'a pri1 aucune n'est prisonnire1 car toutes sont requises1 les plus humbles et les plus futiles1 comme les plus grandes et les plus dangereuses1 pour former le parfum que l'amour aime respirer4 ,mais sans tre captives1 elles vivent dans une sorte de jardin enchant d'o elles ne songent plus s'vader1 o elles perdent le dsir de nuire1 et o les plus petites et les plus inutiles1 ne pouvant rester inactives1 amusent et font sourire les plus grandes4 99 99 99 ,elle a donc1 l'tat d'ornement1 toutes les passions et toutes les faiblesses de la femme2 et grce aux dieux1 elle n'offre point cette perfection mort-ne qui possde toutes les vertus sans qu'un seul dfaut les anime4 ,en quel monde imaginaire trouve-t-on une vertu qui ne soit pas ente sur un dfaut8 ,une vertu n'est qu'un vice qui s'lve au lieu de s'abaisser2 et une qualit n'est qu'un dfaut qui sait se rendre utile4 ,comment aurait-elle l'nergie ncessaire si elle tait dnue d'ambition et d'orgueil8 ,comment saurait-elle carter les obstacles injustes si elle ne possdait pas la rserve d'gosme proportionne aux lgitimes exigences de sa vie8 ,comment serait-elle ardente et tendre si elle n'tait pas sensuelle8 ,comment serait-elle bonne si elle ne savait pas tre faible1 et confiante si elle ne savait pas tre crdule8 ,comment serait-elle belle si elle ignorait les miroirs et ne cherchait plaire8 ,comment sauverait-elle la grce de la femme si elle n'en avait pas les innocentes vanits8 ,comment serait-elle gnreuse si elle n'tait un peu imprvoyante8 ,comment serait-elle juste si elle ne savait pas tre dure8 et comment courageuse si elle n'oubliait parfois la prudence8 ,comment serait-elle dvoue et capable de sacrifice si elle n'chappait jamais au contrle de la raison glace8 ,ce que nous appelons vertus et vices1 ce sont les mmes forces qui passent le long d'une existence4 ,elles changent de nom selon le lieu o elles se rendent3 gauche1 elles tombent dans les bas-fonds de la laideur1 de l'gosme et de la sottise2 droite1 elles montent vers les hauts plateaux de la noblesse1 de la gnrosit et de l'intelligence4 ,elles sont bonnes ou mauvaises selon ce qu'elles font et non selon le titre qu'elles portent4 99 99 99 ,quand on nous peint les vertus d'un homme1 on les reprsente dans l'effort de l'action2 mais celles qu'on admire dans la femme supposent toujours un modle immobile comme une belle statue dans une galerie de marbre4 ,c'est une image inconsistante1 tissue de vices au repos1 de qualits inertes1 d'pithtes endormies1 de mouvements passifs1 de forces ngatives4 ,elle est chaste parce qu'elle n'a pas de sens1 elle est bonne parce qu'elle ne fait de mal personne1 elle est juste parce qu'elle n'agit point1 elle est patiente et rsigne parce qu'elle est dpourvue d'nergie1 elle est indulgente parce qu'on ne l'offense point1 ou pardonne parce qu'elle n'a pas le courage de rsister1 elle est charitable parce qu'elle se laisse dpouiller ou que sa charit ne la prive de rien1 elle est fidle1 elle est loyale1 elle est soumise1 elle est dvoue1 parce que toutes ces vertus peuvent vivre dans le vide et fleurir sur une morte4 ,mais qu'arrivera-t-il si l'image s'anime et sort de sa retraite pour entrer dans une vie o tout ce qui ne prend point part au mouvement qui l'enveloppe1 devient une pave pitoyable ou dangereuse8 ,est-ce encore une vertu que de rester fidle un amour mal choisi ou moralement teint1 ou de demeurer soumise un matre inintelligent ou injuste8 ,suffit-il de ne pas nuire pour tre bonne ou de ne pas mentir pour que l'on soit loyale8 ,il y a la morale de ceux qui se tiennent sur les rives du grand fleuve2 et la morale de ceux qui remontent le flot4 ,il y a la morale du sommeil et celle de l'action1 la morale de l'ombre et celle de la clart2 et les vertus de la premire1 qui sont comme des vertus en creux1 doivent s'lever1 se tendre et devenir des vertus en relief pour subsister dans la seconde4 ,la matire et les lignes demeurent peut-tre identiques1 mais les valeurs sont exactement renverses4 ,la patience1 la mansutude1 la soumission1 la confiance1 la renonciation1 la rsignation1 le dvouement1 le sacrifice1 fruits de la bont passive1 si on les porte tels quels dans l'pre vie du dehors1 ne sont plus que de la faiblesse1 de la servilit1 de l'insouciance1 de l'inconscience1 de l'indolence1 de l'abandon1 de la sottise ou de la lchet1 et doivent1 pour maintenir au niveau ncessaire la source de bont d'o elles manent1 savoir se transformer en nergie1 en fermet1 en obstination1 en prudence1 en rsistance1 en indignation ou en rvolte4 ,la loyaut qui n'a gure craindre tant qu'elle ne bouge pas1 doit se garder d'tre dupe et de livrer des armes l'ennemi4 ,la chastet qui attendait les yeux ferms et les mains jointes1 a le droit de se changer en passion qui saura dcider et fixer le destin4 ,et ainsi de suite de toutes les vertus qui ont un nom comme de celles qui n'en possdent pas encore4 ,aprs quoi1 c'est un problme de savoir laquelle est prfrable1 de la vie active ou de la passive1 de celle qui se mle aux hommes et aux vnements ou de celle qui les fuit4 ,existe-t-il une loi morale qui impose l'une ou l'autre1 ou bien chacun a-t-il le droit de faire son choix selon ses gots1 son caractre1 ses aptitudes8 ,est-il meilleur ou pire que les vertus actives ou les passives se trouvent au premier plan8 ,on peut1 je crois1 affirmer que les premires supposent toujours les secondes1 mais que le contraire n'est pas vrai4 ,ainsi1 la femme dont je parle est d'autant plus capable de dvouement et de sacrifice qu'elle a la force de dtourner plus longtemps que toute autre l'accablante ncessit de ceux-ci4 ,elle ne cultivera pas dans le vide1 comme moyens d'expiation ou de purification1 la tristesse et la souffrance2 mais elle sait les accueillir et les rechercher avec une nave ardeur1 pour pargner ceux qu'elle aime1 une petite affliction ou une grande douleur qu'elle se sent la force d'affronter seule et de vaincre en silence dans le secret de son cur4 ,que de fois je l'ai vue refouler des larmes prs de jaillir sous d'injustes reproches1 tandis que ses lvres o palpitait un sourire angoiss1 retenaient1 avec un courage presque invisible1 le mot qui l'et justifie1 mais aurait accabl celui qui la mconnaissait4 ,comme ,jean-,paul dit de son hrone1 elle est de celles qui1 lorsqu'on est injuste envers elles1 croient toujours que c'est elles qui ont tort4 ,car1 de mme que tous les tres justes et bons1 elle avait naturellement subir les petites tyrannies et les petites mchancets de ceux qui flottent indcis entre le bien et le mal et se htent d'abuser de l'indulgence et du pardon trop souvent obtenus4 ,voil qui montre mieux que tous les consentements inertes et plors1 une ardente et puissante rserve d'amour4 ,iphignie1 ,antigone ou sur de charit1 comme toute femme1 s'il le faut1 elle ne demandera pas au destin de la blesser mort1 comme pour tre mme de peser enfin dans la dernire lutte les forces peut-tre merveilleuses d'un cur inexplor4 ,elle a appris connatre leur nombre et leur poids dans la paix et dans la certitude de sa conscience4 ,a moins d'une de ces preuves o la vie nous accule aux impitoyables parois d'une fatalit ou d'une loi naturelle sans issue1 elle prendra d'instinct une autre route pour arriver au but marqu par le devoir4 ,en tout cas1 son dvouement et son sacrifice ne seront jamais rsigns2 ils ne s'abandonneront jamais la douceur perfide du malheur4 ,toujours aux aguets1 sur la dfensive et pleine d'une confiance nergique1 elle cherchera jusqu'au dernier moment le point faible de l'vnement qui l'crase4 ,ses larmes seront aussi pures1 aussi douces que les larmes de celles qui ne rsistent pas aux injures du hasard2 mais au lieu de voiler le regard elles y appelleront et y multiplieront la lumire qui console ou qui sauve4 99 99 99 ,du reste1 ajoutait-il en finissant1 l',artnice que j'ai essay de vous peindre1 paratra1 sous les traits que je lui prte1 parfaitement odieuse ou parfaitement belle selon l'idal que chacun de vous porte en soi ou qu'il croit avoir rencontr4 ,on ne s'accorde que sur les vertus passives4 ,celles-ci ont1 au point de vue de la peinture1 un avantage dont ne jouissent pas les autres4 ,il est facile d'voquer la rsignation1 l'abngation1 la pudeur virginale1 l'humilit1 la pit1 le renoncement1 le dvouement1 l'esprit de sacrifice1 la simplicit1 la navet1 la candeur1 tout le groupe silencieux et souvent dsol des forces de la femme effarouches dans les coins sombres de la vie4 ,l'il y retrouve avec attendrissement des couleurs familires et plies par les sicles2 et le tableau en est toujours plein d'une grce plaintive4 ,il semble que ces vertus ne puissent se tromper1 et que leurs excs mme les rendent plus touchantes4 ,mais combien celles qui saillent1 qui s'affirment et qui luttent hors des portes ont le visage insolite et ingrat6 ,un rien1 une boucle qui s'gare1 un pli de vtement qui n'est pas sa place coutumire1 un muscle qui se tend1 les rend dplaisantes ou suspectes1 prtentieuses ou dures4 ,la femme a si longtemps vcu agenouille dans l'ombre que nos yeux prvenus ont peine saisir l'harmonie des premiers gestes qu'elle bauche en se dressant dans la clart du jour4 99 99 99 ,mais tout ce qu'on peut dire en s'efforant de faire le portrait intime d'un tre1 ne ressemble que bien imparfaitement l'image plus prcise que nos penses tracent en notre esprit dans l'instant que nous en parlons2 et1 son tour1 cette dernire image n'est que l'esquisse de la grande effigie1 vivante1 profonde mais incommunicable1 que sa prsence1 comme la lumire sur la plaque sensible1 a dessin dans notre cur4 ,confrontez la dernire preuve aux deux premires3 si exactes1 si fouilles qu'on suppose celles-ci1 elles n'offrent plus que les guirlandes et les arabesques d'encadrements plus ou moins appropris au sujet qu'ils attendent2 mais la face vritable1 le personnage authentique et total1 avec le bien et le mal seuls rels qu'il renferme sous ses vertus et ses vices apparemment rels1 ne surgit de l'ombre qu'au contact immdiat de deux vies4 ,les plus belles nergies et les pires dfaillances n'ajoutent ou n'enlvent presque rien la mystrieuse entit qui s'affirme2 et c'est la qualit mme de son destin qui se rvle4 ,on reconnat alors que l'existence qu'on a devant soi1 et dont toutes les possibilits caches ne font que passer par nos yeux pour atteindre notre me1 est vraiment ce qu'elle voudrait tre2 ou ne sera jamais que ce que loyalement elle s'efforce de ne pas demeurer4 99 99 99 ,s'il importe beaucoup l'amiti et l'amour1 il importe assez peu notre sympathie instinctive que quelqu'un soit bon ou mauvais1 fasse le bien ou le mal1 pourvu que nous agre la force secrte qui l'anime4 ,cette force secrte se dvoile frquemment ds la premire rencontre2 parfois aussi nous n'apprenons la connatre qu'aprs une longue habitude4 ,elle n'a presque rien de commun avec les actes extrieurs ni mme avec les penses de la personne relle qui ne semble pas son reprsentant exact1 mais son interprte de hasard1 au moyen duquel elle se manifeste comme elle peut4 ,ainsi1 nous avons tous1 parmi ceux que le va-et-vient des jours mle notre existence1 des amis ou des compagnons que nous n'estimons gure1 qui nous ont plus d'une fois desservis et en qui nous savons que nous ne pouvons avoir aucune confiance4 ,nanmoins1 nous ne parvenons pas les mpriser comme ils le mritent ni les carter de notre route4 ,a travers et malgr tout ce qui nous spare et tout ce qui les dfigure1 une affirmation laquelle nous avons une foi plus solide et plus organique qu' toutes les expriences et tous les raisonnements de la raison1 une affirmation obscure mais invincible1 nous atteste que cet homme1 dt-il nous prcipiter dans les malheurs les plus graves1 n'est pas notre ennemi dans le plan gnral et ternel de la vie4 ,il se peut qu'il n'y ait aucune sanction ces sympathies ou ces antipathies2 et que rien n'y rponde1 soit parmi les phnomnes visibles ou invisibles qui composent notre existence1 soit parmi les fluides connus ou inconnus qui forment et entretiennent notre sant physique ou morale1 nos sentiments de joie ou de tristesse et le milieu mobile et trs impressionnable o flotte notre destin4 ,il n'en reste pas moins qu'il y a l une force indniable et qui prend une part dcisive l'accomplissement de notre bonheur en amiti comme en amour4 ,cette troisime puissance affective n'a gard ni l'ge ni au sexe1 ni la beaut ni la laideur2 elle est indpendante de l'attrait physique et des affinits de l'esprit et du caractre4 ,elle est comme l'atmosphre bienfaisante et fconde o baignent cet attrait et cette affinit4 ,quand cette troisime puissance1 cette atmosphre vivifiante fait dfaut dans l'amour1 de l viennent tous les malentendus1 tous les chagrins1 toutes les dceptions qui dsunissent deux tres qui s'estiment1 se comprennent et s'aiment passionnment4 ,comme on ignore la nature de cette puissance1 on lui donne des noms divers et obscurs4 ,on l'appelle l'me1 l'instinct1 l'inconscient1 le subconscient1 le divin mme4 ,elle mane probablement de l'organe indfini qui nous relie tout ce qui ne concerne pas directement notre individualit2 tout ce qui la dborde dans le temps et l'espace1 dans le pass et l'avenir4 ,,les ,,rameaux ,d',,olivier ,n'oublions pas que nous vivons des jours fconds et dcisifs4 ,il est probable que nos descendants nous envieront l'aube que nous traversons sans la connatre2 comme nous envions ceux qui prirent part au sicle de ,pricls1 aux plus beaux temps de la gloire romaine et certaines heures de la ,renaissance italienne4 ,lumineuse dans le souvenir1 la magnifique poussire qui enveloppe les grands mouvements des hommes1 aveugle ceux qui la soulvent et la respirent2 leur cache la direction de la route1 et surtout la pense1 la ncessit ou l'instinct qui les mne4 ,il importe de s'en rendre compte4 ,le tissu de la vie quotidienne fut peu prs pareil dans tous les sicles o les hommes atteignirent une certaine facilit d'existence4 ,ce tissu o la surface occupe par les biens et les maux reste sensiblement la mme1 s'claire ou s'assombrit par transparence1 selon l'ide dominante de la gnration qui le droule4 ,et quels que soient sa forme ou son dguisement cette ide se rduit toujours1 en dernire analyse1 une certaine conception de l'univers4 ,les calamits et les prosprits individuelles ou publiques n'ont qu'une influence passagre sur le bonheur et le malheur des hommes1 tant qu'elles ne modifient point au sujet de leurs dieux1 de l'infini1 de l'inconnu et de l'conomie du monde1 les ides gnrales qui les clairent et les nourrissent4 ,c'est donc l1 plutt que dans les guerres ou les troubles civils1 qu'il nous faut regarder pour savoir si une gnration a pass dans l'ombre ou la lumire1 dans la dtresse ou dans la joie4 ,c'est l que nous voyons pourquoi tel peuple qui essuya bien des revers nous a laiss d'innombrables tmoignages de beaut et d'allgresse1 tandis que tel autre1 naturellement riche ou souvent victorieux1 ne nous a lgu que les monuments d'une vie morne et terrifie4 99 99 99 ,nous sortons1 7pour ne parler que des trois ou quatre derniers sicles de la civilisation actuelle7 nous sortons de la grande priode religieuse4 ,durant cette priode1 malgr les esprances d'outre-tombe1 la vie humaine se dtacha sur un fond assez sombre et assez menaant4 ,il est vrai que reculant chaque jour davantage1 ce fond laissait les mille rideaux mobiles et diversement nuancs de l'art et de la mtaphysique s'interposer assez librement entre les derniers hommes et ses plis effacs4 ,on oubliait un peu son existence4 ,il n'apparaissait plus qu'aux heures des grandes dchirures4 ,cependant il existait toujours l'tat immanent1 donnant l'atmosphre et au paysage une couleur uniforme2 et la vie humaine une signification diffuse qui imposait une sorte de patience provisoire aux questions trop pressantes4 ,aujourd'hui1 ce fond s'en va par lambeaux4 ,qu'y a-t-il sa place qui prte l'horizon une forme visible1 une signification nouvelle8 ,l'axe illusoire sur lequel l'humanit croyait voluer s'est brusquement rompu2 et l'immense plateau qui porte les hommes1 aprs avoir oscill quelque temps dans nos imaginations alarmes1 s'est tranquillement remis tourner sur le pivot rel qui l'avait toujours soutenu4 ,rien n'est chang qu'un de ces mots inexpliqus dont nous recouvrons les choses que nous ne comprenons point4 ,jusqu'ici le pivot du monde nous semblait form de puissances spirituelles2 aujourd'hui1 nous sommes convaincus qu'il est compos d'nergies purement matrielles4 ,nous nous flattons qu'une grande rvolution s'est accomplie au royaume de la vrit4 ,en fait1 il n'y a eu1 dans la rpublique de notre ignorance1 qu'une permutation d'pithtes1 une sorte de coup d'tat verbal1 les termes esprit et matire n'tant que les attributs interchangeables du mme inconnu4 99 99 99 ,mais s'il est vrai1 qu'en elles-mmes1 ces pithtes ne devraient avoir qu'une importance littraire1 puisque l'une et l'autre sont probablement inexactes et ne reprsentent pas plus la ralit que l'pithte ,atlantique ou ,pacifique applique l'ocan ne reprsente celui-ci1 elles n'en ont pas moins1 selon que l'on s'attache exclusivement la premire ou la seconde1 sur notre avenir1 sur notre morale1 et partant sur notre bonheur1 une influence prodigieuse4 ,nous errons autour de la vrit1 sans autre guide que des hypothses qui allument en guise de torches quelques mots fumeux mais magiques1 et ces mots deviennent bientt pour nous des entits vivantes qui se mettent la tte de notre activit physique1 intellectuelle et morale4 ,si nous croyons que l'esprit dirige l'univers1 toutes nos recherches et toutes nos esprances se concentrent sur notre propre esprit1 ou plutt sur les facults verbales et imaginatives de celui-ci2 et nous nous adonnons la thologie et la mtaphysique4 ,sommes-nous persuads que le dernier mot de l'nigme se trouve dans la matire1 nous nous attachons exclusivement l'interroger et nous n'accordons plus notre confiance qu'aux sciences exprimentales4 ,nous commenons cependant reconnatre que matrialisme et spiritualisme ne sont que les deux noms opposs mais identiques de notre angoisse impuissante comprendre#b4 ,nanmoins1 chacune des deux mthodes nous entrane en un monde moral qui semble appartenir une plante diffrente4 #b ,l'axiome fondamental de ma philosophie spculative1 dit ,huxley1 est que matrialisme et spiritualisme sont les ples opposs de la mme absurdit1 absurdit qui consiste nous imaginer que nous pouvons connatre quelque chose touchant l'esprit et la matire4 99 99 99 ,ngligeons les consquences accessoires4 ,le grand avantage de l'interprtation spiritualiste c'est qu'elle donne notre vie une morale1 un but et une signification imaginaires mais trs suprieurs ceux que lui proposent nos instincts incultes4 ,le spiritualisme plus ou moins incroyant d'aujourd'hui s'claire encore du reflet de cet avantage1 et garde une foi profonde1 bien qu'assez informe1 la suprmatie finale et au triomphe indtermin de l'esprit4 ,au contraire1 l'autre interprtation ne nous offre aucune morale1 aucun idal suprieurs l'instinct1 aucun but situ hors de nous2 ni d'autre horizon que le vide4 ,ou bien1 si l'on pouvait tirer une morale de la seule thorie synthtique qui soit ne des innombrables constatations exprimentales et fragmentaires qui forment la masse imposante mais muette des conqutes de la science1 j'entends de la thorie volutionniste1 ce serait l'effroyable et monstrueuse morale de la nature2 c'est--dire l'adaptation de l'espce au milieu1 le triomphe du plus fort et tous les crimes ncessaires de la lutte pour la vie4 ,or1 cette morale1 qui parat bien tre1 en attendant une autre certitude1 la morale essentielle de toute vie terrestre1 puisqu'elle anime les actions des hommes agiles et phmres aussi bien que les lents mouvements des cristaux immortels1 cette morale deviendrait rapidement fatale l'humanit si elle tait pratique l'extrme4 ,toutes les religions1 toutes les philosophies1 les conseils des dieux et des sages1 n'ont eu d'autre but que d'introduire dans ce milieu trop ardent1 et qui1 s'il tait pur1 dissolverait probablement notre espce1 des lments qui en attnuaient la virulence4 ,c'tait notamment la foi en des dieux justes et redoutables1 l'espoir de rcompenses et la crainte de chtiments ternels4 ,c'taient encore les matires neutres et les antidotes1 auxquels1 avec une prvoyance assez curieuse1 la nature avait rserv une place dans notre propre cur1 je veux dire la bont1 la piti1 le sens de la justice4 ,en sorte que ce milieu intolrant et exclusif1 qui devrait tre notre milieu naturel et normal1 n'a jamais t pur1 et ne le sera probablement jamais4 ,quoiqu'il en soit1 l'tat dans lequel il se trouve aujourd'hui offre un spectacle trange et digne d'attention4 ,il s'agite1 il bouillonne et se prcipite comme un liquide dans lequel le hasard vient de laisser tomber quelques gouttes d'un ractif inconnu4 ,les principes pondrateurs qu'y avaient ajouts les religions s'vaporent et s'liminent peu peu par le haut1 tandis que dans le bas ils se coagulent en une masse paisse et inactive4 ,mais mesure qu'ils disparaissent1 les antidotes purement humains1 bien que profondment oxyds par l'limination des lments religieux1 acquirent plus de vigueur et semblent s'vertuer maintenir le titre du mlange o l'espce humaine est cultive par un destin obscur4 ,en attendant des auxiliaires encore innoms1 ils occupent la place abandonne par les forces qui s'vaporent4 99 99 99 ,n'est-il pas surprenant1 tout d'abord1 que malgr l'affaiblissement du sentiment religieux1 et l'influence que cet affaiblissement devrait avoir sur la raison humaine1 puisqu'elle ne voit plus d'intrt surnaturel faire le bien2 et que l'intrt naturel qu'il y a le faire est assez discutable1 n'est-il pas surprenant que la somme de justice et de bont et la qualit de la conscience gnrale1 loin de s'amoindrir se soient incontestablement leves8 ,je dis incontestablement1 bien qu'il ne soit pas douteux qu'on le contestera4 ,il faudrait1 pour l'tablir1 passer en revue toute l'histoire1 tout au moins celle de ces derniers sicles2 comparer la situation des malheureux d'autrefois celle des malheureux d'aujourd'hui2 placer ct du total des injustices d'hier1 le total des injustices actuelles2 confronter l'tat du serf1 du demi-serf1 du paysan1 de l'ouvrier des anciens rgimes celui de notre travailleur2 superposer l'indiffrence1 l'inconscience1 la tranquille et dure certitude de ceux qui possdaient nagure1 la sympathie1 l'inquitude pleine de reproches1 aux hsitations de ceux qui possdent prsent4 ,tout ceci exigerait une tude dtaille et fort longue2 mais je pense qu'une intelligence de bonne foi accordera sans peine qu'il y a1 non seulement dans le dsir des hommes1 ce qui parat certain1 mais en fait1 malgr de trop relles et trop innombrables misres1 un peu plus de justice1 de solidarit1 de sympathie et d'esprances444 ,a quelle religion1 quelles penses1 quels lments nouveaux faut-il attribuer cette amlioration illogique de notre atmosphre morale8 ,il est difficile de le prciser2 car s'il est certain qu'ils commencent d'agir d'une manire trs sensible1 ils sont encore trop rcents1 trop amorphes1 trop peu fixs pour qu'on les puisse qualifier4 99 99 99 ,essayons nanmoins de dmler quelques indices2 et constatons en premier lieu que notre conception de l'univers s'est profondment et trs efficacement modifie2 et surtout qu'elle tend se modifier de plus en plus rapidement4 ,sans qu'on s'en rende compte1 chacune des dcouvertes si nombreuses de la science1--qu'il s'agisse de l'histoire1 de l'anthropologie1 de la gographie1 de la gologie1 de la mdecine1 de la physique1 de la chimie1 de l'astronomie1 etc41--altre notre atmosphre accoutume et ajoute quelque chose d'essentiel une image que nous ne distinguons pas encore1 mais qui nous surplombe1 occupe tout l'horizon et que nous pressentons norme4 ,les traits en sont pars comme ces illuminations que l'on voit dans les ftes nocturnes4 ,un fronton1 une colonnade1 une coupole1 un portique incohrents apparaissent brusquement dans le ciel4 ,on ne sait ce qu'ils signifient1 quoi ils appartiennent4 ,ils flottent absurdement dans l'ther immobile2 ce sont des songes inconsistants dans le firmament calme4 ,mais soudain1 une petite ligne de lumire serpente dans l'azur1 relie en un clin d'il la coupole aux colonnes1 le portique au fronton1 les degrs la terre2 et l'difice inattendu1 comme s'il jetait au loin un masque de tnbres1 s'affirme et s'explique dans la nuit4 ,c'est cette petite ligne de lumire1 cette ondulation dcisive1 ce trait de feu gnral et complmentaire qui manque encore dans la nuit de notre intelligence4 ,mais on sent qu'il existe1 qu'il est l1 dessin en ombre dans l'obscurit1 qu'un rien1 une tincelle1 partie d'on ne sait quelle science1 suffira l'allumer et donner un sens infaillible et prcis nos pressentiments immenses et toutes les notions disperses qui s'garent dans le nant inconnaissable4 99 99 99 ,en attendant1 ce nant1--sjour de notre ignorance1--qui1 aprs le dpart des ides religieuses1 avait paru effroyablement vide1 se peuple peu peu de figures vagues mais normes4 ,a chaque fois que se dresse une de ces formes nouvelles1 l'tendue sans limites o elle vient se mouvoir1 augmente dans des proportions sans limites leur tour2 car les bornes de l'illimit voluent sans cesse dans notre imagination4 ,certes1 les dieux que conurent certaines religions positives furent parfois trs grands4 ,le ,dieu juif et chrtien1 par exemple1 s'affirmait incommensurable1 contenait toute chose1 et les premiers de ses attributs taient l'ternit et l'infinit4 ,mais l'infini est une notion abstraite et tnbreuse qui ne prend vie et ne s'claire que par le dplacement de frontires que l'on recule de plus en plus dans le fini4 ,il constitue une tendue sans forme dont nous ne pouvons prendre conscience que grce quelques phnomnes qui surgissent sur des points de plus en plus loigns du centre de notre imagination4 ,il n'a d'efficace que par la multiplicit des faces1 pour ainsi dire tangibles et positives de l'inconnu qu'il nous dvoile dans ses profondeurs4 ,il ne nous devient comprhensible et sensible que lorsqu'il s'anime1 s'agite et allume aux divers horizons de l'espace des questions de plus en plus lointaines1 de plus en plus trangres toutes nos certitudes4 ,pour que notre vie prenne part sa vie1 il faut qu'il nous interroge sans cesse et sans cesse nous mette en prsence de l'infini de notre ignorance qui est le seul vtement visible sous lequel se laisse deviner l'infini de son existence4 ,or1 les dieux les plus incommensurables ne posaient gure de questions pareilles celles que nous posent sans rpit ce que leurs adorateurs appellent encore le nant1 qui est en ralit la nature4 ,ils se contentaient de rgner dans un espace mort1 sans vnements et sans images1 par consquent1 sans points de repre pour nos imaginations1 et n'ayant sur nos penses et sur nos sentiments qu'une influence immuable et immobile4 ,ainsi1 notre sens de l'infini1 qui est la source de toute activit suprieure1 s'atrophiait en nous4 ,notre intelligence1 pour vivre aux confins d'elle-mme o elle accomplit sa mission la plus haute1 notre pense1 pour occuper tout l'espace de notre cerveau1 a besoin d'tre continuellement sollicite par de nouveaux rappels de l'inconnu4 ,ds qu' chaque jour elle n'est pas imprieusement convoque l'extrmit de ses propres forces par quelque fait nouveau1--et il n'y a gure de faits nouveaux dans le rgne des dieux1--elle s'endort1 se contracte1 s'affaisse et dprit4 ,une seule chose est capable de dilater galement1 dans toutes leurs parties1 tous les lobes de notre tte2 c'est l'ide active que nous nous faisons de l'nigme dans laquelle nous nous mouvons4 ,risque-t-on de se tromper en affirmant que jamais l'activit de cette ide ne fut comparable celle d'aujourd'hui8 ,jamais1 ni au temps o florissait la thologie indoue1 juive ou chrtienne1 ni aux jours o la mtaphysique grecque ou allemande utilisait toutes les forces du gnie humain1 notre reprsentation de l'univers ne fut anime1 fconde et accrue par des apports aussi imprvus1 aussi chargs de mystres1 aussi nergiques1 aussi rels4 ,jusqu'ici on la nourrissait d'aliments pour ainsi dire indirects2 ou plutt elle se nourrissait illusoirement d'elle-mme4 ,elle s'enflait de son propre souffle1 s'arrosait de ses propres eaux1 et bien peu de chose lui venait du dehors4 ,aujourd'hui1 c'est l'univers mme qui commence pntrer dans la reprsentation que nous nous en faisons4 ,le rgime de notre pense est chang4 ,ce qu'elle acquiert est pris hors d'elle-mme et s'ajoute sa substance4 ,elle emprunte au lieu de prter4 ,elle ne rpand plus autour d'elle le reflet de sa propre grandeur1 mais absorbe la grandeur d'alentour4 ,jusqu'ici1 nous avions dialogu avec notre logique infirme ou notre imagination dsuvre au sujet de l'nigme1 prsent1 sortis de notre demeure trop intrieure1 nous essayons d'entrer en rapport avec l'nigme mme4 ,elle nous interroge et nous balbutions de notre mieux4 ,nous lui posons des questions2 et pour nous rpondre1 elle dmasque par moment une perspective lumineuse et sans bornes dans l'immense cirque de tnbres o nous nous agitons4 ,nous tions1 pourrait-on dire1 semblables des aveugles qui s'imagineraient le monde extrieur du fond d'une chambre close4 ,maintenant1 nous sommes ces mmes aveugles qu'un guide toujours silencieux mne tour tour dans la fort1 la plaine1 sur la montagne et au bord de la mer4 ,leurs yeux ne se sont pas encore ouverts2 mais leurs mains tremblantes et avides peuvent tter les arbres1 froisser les pis1 cueillir une fleur ou un fruit1 s'tonner l'arte d'un rocher ou se mler la fracheur des vagues2 pendant que leurs oreilles apprennent distinguer1 sans qu'elles aient besoin de les comprendre1 les mille chants rels du soleil et de l'ombre1 du vent et de la pluie1 des feuilles et des flots4 99 99 99 ,si notre bonheur1 comme nous le disions plus haut1 dpend de notre conception de l'univers1 c'est1 en grande partie1 que notre morale en dpend4 ,et celle-ci dpend bien moins de la nature que de la grandeur de cette conception4 ,nous serions meilleurs1 plus nobles1 plus moraux1 au sein d'un univers prouv sans morale mais conu infini1 qu'au milieu d'un univers qui atteindrait la perfection de l'idal humain1 mais qui nous paratrait circonscrit et sans mystre4 ,il importe avant tout de rendre aussi vaste que possible le lieu o se dveloppent toutes nos penses et tous nos sentiments2 et ce lieu n'est autre que celui o nous nous reprsentons l'univers4 ,nous ne pouvons nous mouvoir que dans l'ide que nous nous faisons du monde o nous nous mouvons4 ,tout part de l1 tout en dcoule2 et tous nos actes1 le plus souvent notre insu1 sont modifis par la hauteur et l'tendue de cet immense rservoir de force qui se trouve au sommet de notre conscience4 99 99 99 ,je crois que l'on peut dire que jamais ce rservoir ne fut plus vaste ni situ plus haut4 ,certes1 l'ide que nous nous faisons de l'organisation et du gouvernement des puissances infinies est moins prcise qu'autrefois2 mais c'est par l'honnte et noble raison qu'elle n'admet plus de limites chimriquement nettes4 ,elle ne contient plus aucune morale fixe1 aucune consolation1 aucune promesse1 aucune esprance certaine4 ,elle est nue et presque vide1 parce que rien n'y subsiste qui ne soit le roc mme de quelques faits primitifs4 ,elle n'a plus de voix1 elle n'a plus d'images que pour proclamer et illustrer son immensit4 ,en dehors de cela elle ne nous dit plus rien2 mais cette immensit tant reste son seul attribut imprieux et irrcusable1 l'emporte en nergie1 en noblesse et en loquence sur tous les attributs1 sur toutes les vertus et les perfections dont nous avions jusqu' ce jour peupl notre inconnu4 ,elle ne nous impose aucun devoir2 mais elle nous entretient dans un tat de grandeur qui nous permet de remplir plus facilement et plus gnreusement tous ceux qui nous attendent au seuil d'un avenir prochain4 ,en nous rapprochant de notre vritable place dans le systme des mondes1 elle ajoute notre vie spirituelle et gnrale tout ce qu'elle enlve notre importance matrielle et individuelle4 ,mieux elle nous fait comprendre notre petitesse1 plus grandit en nous ce qui comprend cette petitesse4 ,un tre nouveau1 plus dsintress et probablement plus prs de ce qui doit s'affirmer un jour la vrit dernire se substitue peu peu l'tre originel qui se dissout dans la conception qui l'accable4 99 99 99 ,pour cet tre nouveau1 lui-mme et tous les hommes qui l'entourent1 ne reprsentent plus qu'un point si minime dans l'infini des forces ternelles qu'ils ne suffisent plus fixer son attention et son intrt4 ,nos frres1 nos descendants immdiats1 notre prochain visible1 tout ce qui nagure encore bornait nos sympathies1 cde peu peu le pas une entit plus dmesure et plus haute4 ,nous ne sommes presque rien2 mais l'espce laquelle nous appartenons occupe une place que l'on peut reconnatre dans l'ocan sans bornes de la vie4 ,si nous ne comptons plus1 l'humanit dont nous faisons partie acquiert l'importance dont nous nous dpouillons4 ,ce sentiment1 qui commence seulement se faire jour dans l'atmosphre habituelle de nos penses et de notre inconscient1 travaille dj notre morale1 et y prpare sans doute des bouleversements aussi grands que ceux qu'y oprrent les religions les plus subversives4 ,il dplacera peu peu le centre de la plupart de nos vertus et de nos vices4 ,il substituera un idal fictif et individuel1 un idal dsintress1 illimit et cependant tangible1 dont il n'est pas encore possible de prvoir les consquences et les lois4 ,mais quelles qu'elles soient1 on peut affirmer ds prsent qu'elles seront plus gnrales et plus dcisives qu'aucune de celles qui les prcdrent dans l'histoire suprieure et pour ainsi dire astrale de l'humanit4 ,en tout cas1 on ne saurait gure contester que l'objet de cet idal est plus vaste1 plus durable et surtout plus certain que les meilleurs de ceux qui avant lui clairrent nos tnbres1 puisqu'il se confond en plus d'un point avec l'objet mme de l'univers4 99 99 99 ,or1 nous sommes au moment o naissent autour de nous mille raisons nouvelles de prendre confiance dans les destines de notre espce4 ,voici des centaines et des centaines de sicles que nous occupons cette terre2 et les plus grands dangers semblent passs4 ,ils furent si menaants que nous n'y avons chapp que par un hasard qui ne doit pas se reproduire plus d'une fois sur mille dans l'histoire des mondes4 ,la terre1 trop jeune encore1 balanait l'aventure1 avant de les fixer1 ses continents1 ses les et ses mers4 ,le feu intrieur1 premier matre de la plante1 crevait chaque instant sa prison de granit2 et le globe1 hsitant dans l'espace1 errait entre des astres avides et hostiles qui ignoraient leurs lois4 ,nos facults indcises flottaient aveuglment dans notre corps1 comme les nbuleuses dans l'ther2 un rien1 aux heures ttonnantes o se constituait notre cerveau1 o se ramifiait le rseau de nos nerfs1 pouvait dtruire notre avenir humain4 ,aujourd'hui1 l'instabilit des mers et les rvoltes du feu intrieur sont infiniment moins craindre2 en tout cas1 il est vraisemblable qu'elles ne produiront plus de catastrophes universelles4 ,quant au troisime pril1 la rencontre d'un astre dsorbit1 il est permis de croire qu'il nous laissera les quelques sicles de rpit ncessaire pour que nous apprenions y parer4 ,en voyant ce que nous avons fait et ce que nous devons tre sur le point de faire1 il n'est pas absurde d'esprer qu'un jour nous saisirons ce secret essentiel des mondes que1 provisoirement1 pour apaiser notre ignorance1 comme on apaise et endort un enfant en lui rptant des mots insignifiants et monotones1 nous avons appel la loi de la gravitation4 ,il n'y a rien d'insens supposer que le secret de cette force souveraine se cache en nous1 ou autour de nous1 porte de notre main4 ,elle est peut-tre maniable et docile comme la lumire et l'lectricit2 elle est peut-tre toute spirituelle et dpend d'une cause trs simple que le dplacement d'un objet peut nous rvler4 ,la dcouverte d'une proprit inattendue de la matire1 analogue celle qui vient de dcler les vertus dconcertantes du radium1 peut directement nous conduire aux sources mmes de l'nergie et de la vie des astres2 ds lors le sort de l'homme serait chang2 et la terre1 dfinitivement sauve1 deviendrait ternelle4 ,a notre gr1 elle se rapprocherait ou s'loignerait des foyers de chaleur et de lumire1 elle fuirait les soleils vieillis et chercherait des fluides1 des forces et des vies insouponnes dans l'orbite de mondes vierges et inpuisables4 99 99 99 ,j'accorde que tout cela est plein d'esprances contestables2 et que l'on peut presque aussi raisonnablement dsesprer des destines de l'homme4 ,mais c'est dj beaucoup que le choix demeure possible et que jusqu'ici rien ne soit dcid contre nous4 ,chaque heure qui passe augmente nos chances de durer et de vaincre4 ,on peut dire1 je le sais1 qu'au point de vue de la beaut1 de la jouissance et de l'intelligence harmonieuse de la vie1 quelques peuples--les grecs et les romains du commencement de l'empire1 par exemple1--nous furent suprieurs4 ,il n'en reste pas moins que la somme totale de civilisation rpandue sur notre globe ne fut jamais comparable celle d'aujourd'hui4 ,une civilisation extraordinaire comme celle d',athnes1 de ,rome ou d',alexandrie1 ne formait qu'un lot lumineux que menaait de toutes parts et que finissait toujours par engloutir l'ocan sauvage qui l'environnait4 ,a prsent1-- part le pril jaune qui ne semble pas srieux1--il n'est plus possible qu'une invasion barbare nous fasse perdre en quelques jours nos acquisitions essentielles4 ,les barbares ne peuvent plus venir du dehors2 ils sortiraient de nos campagnes et de nos villes1 des bas-fonds de notre propre vie2 ils seraient tout imprgns de la civilisation qu'ils prtendraient dtruire1 et ce n'est qu'en usant de ses acquisitions qu'ils parviendraient nous en enlever les fruits4 ,il n'y aurait donc1 au pire1 qu'un temps d'arrt suivi d'un dplacement de richesses spirituelles4 99 99 99 ,puisque nous avons le choix d'une interprtation qui fait le fond de lumire ou d'ombre de notre existence1 il serait peu sage d'hsiter4 ,dans les plus insignifiantes circonstances1 notre ignorance ne nous offre le plus souvent qu'un choix du mme genre et qui ne s'impose pas davantage4 ,l'optimisme ainsi entendu n'a rien de bat ni de puril2 il ne se rjouit pas niaisement comme le paysan au sortir de l'auberge2 mais il fait la balance de ce qui a eu et de ce qui peut avoir lieu1 des craintes et des esprances2 et si celles-ci ne sont pas assez lourdes1 il y ajoute le poids de la vie4 ,du reste1 ce choix n'est mme pas ncessaire2 il suffit que nous prenions conscience de la grandeur de notre attente4 ,car nous sommes dans l'tat magnifique o ,michel-,ange a peint1 sur ce prodigieux plafond de la chapelle ,sixtine1 les prophtes et les justes de l',ancien ,testament3 nous vivons dans l'attente2 et peut-tre dans les derniers moments de l'attente4 ,l'attente1 en effet1 a des degrs qui vont d'une sorte de rsignation vague et qui n'espre pas encore au tressaillement que suscitent les mouvements les plus proches de l'objet attendu4 ,il semble que nous entendions ces mouvements3 bruit de pas surhumains1 porte norme qui s'ouvre1 souffle qui nous caresse ou lumire qui vient1 on ne sait2 mais l'attente ce point est un instant de vie ardent et merveilleux1 la plus belle priode du bonheur1 sa jeunesse1 son enfance444 99 99 99 ,je le rpte1 nous n'emes jamais autant de motifs d'esprer4 ,qu'ils nous soient chers4 ,c'est soutenus par de moindres motifs que nos prdcesseurs ont fait les grandes choses qui sont restes pour nous les meilleurs tmoignages des destines humaines4 ,ils ont eu confiance alors qu'ils ne trouvaient que de draisonnables raisons d'en avoir4 ,aujourd'hui1 que quelques-unes de ces raisons sortent vraiment de la raison1 il serait mal de montrer moins de courage que ceux qui puisaient le leur aux lieux mmes o nous ne puisons plus que nos dcouragements4 ,nous ne croyons plus que ce monde est la prunelle d'un dieu unique et attentif nos plus minimes penses2 mais nous savons qu'il est livr des forces tout aussi puissantes1 tout aussi attentives1 des lois et des devoirs qu'il nous appartient de pntrer4 ,c'est pourquoi notre attitude en face du mystre de ces forces est change4 ,elle n'est plus la peur1 mais l'audace4 ,elle n'est plus l'agenouillement de l'esclave devant le matre ou le crateur1 mais elle permet le regard de l'gal l'gal1 car nous portons en nous l'gal des plus profonds et des plus grands mystres4 ,,table ,pages4 ,sur la mort d'un petit chien #a ,le ,temple du ,hasard #cc ,en ,automobile #ea loge de l'pe #fg ,la ,colre des ,abeilles #ha ,le ,suffrage ,universel #ie ,le ,drame moderne #aji ,les ,sources du ,printemps #abi ,la ,mort et la ,couronne #adc ,vue de ,rome #aeg ,fleurs des champs #agg ,chrysanthme #ahi ,fleurs dmodes #bje ,de la ,sincrit #bbi ,portrait de femme #bde ,les ,rameaux d',olivier #bfe ,paris4--,l4 ,,maretheux1 imprimeur1 #a1 rue ,cassette4--#gagb4