,g4 ,,reval ,les ,svriennes ,,dix-,,septi,,me ,,dition ,,paris ,,soci,t ,d',,ditions ,,litt,,raires ,,et ,,artistiques ,librairie ,paul ,ollendorff #ej1 ,,chauss,e ,d',,antin1 #ej #aijg ,tous droits rservs4 ,,du ,m,,me ,,auteur ,les ,lycennes4 ,un ,lyce de jeunes filles4 ,tous droits de traduction et de reproduction rservs pour tous les pays1 y compris la ,sude1 la ,norvge1 la ,hollande et le ,danemark4 ,s'adresser1 pour traiter1 la librairie ,paul ,ollendorff1 #ej1 ,chausse d',antin1 ,paris4 ,,saint-,,denis4--,,imp4 ,h4 ,,bouillant1 #bj1 ,,rue ,,de ,,paris4--#afhaa4 ,a ,madame ,marni4 ,madame1 ,le vieil usage n'est-il pas qu'un auteur1 avant d'abandonner son livre aux caprices du ,destin1 le voue quelque ,gnie bienfaisant8 ,faites-moi la grce1 ,madame1 d'accepter l'hommage de mon premier livre3 vous tes ce bon ,gnie1 et c'est d'un cur tout vous1 que je vous offre1 en tmoignage d'admiration et de gratitude1 les pages qui vous ont plu4 ,vous m'tes tmoin1 ,madame1 qu'en crivant un livre sur l'cole de ,svres1 je n'ai fait autre chose que grouper mes souvenirs de ,svrienne1 initiant ainsi le public1 qui nous ignore1 une vie d'ardent et pnible labeur1 des motions pres ou puriles4 ,je l'ai fait sincrement1 mme en ce qui touche quelques sujets dlicats4 ,ce n'est point une uvre pdagogique que j'entreprends1 et ce n'est pas une satire de la trs haute culture que reoivent ,svres les privilgies de nos lyces de jeunes filles4 ,je ne suis pas assez l'ennemie de moi-mme1 pour dchirer le sein qui m'a si copieusement nourrie4 ,mon dessein a t de peindre1 par des tableaux successifs1 et par le rcit d'une courte aventure1 un milieu trs spcial1 select et trs ferm1 par la difficult grandissante du concours de ,svres4 ,svres n'est pas un couvent1 et n'est pas davantage une ,universit fminine4 ,ni nonnes1 ni tudiantes1 les ,svriennes1 au nombre de soixante1 vivent l comme en un gynce libral1 dont les portes s'ouvrent avec confiance1 avec amour1 devant la ,posie1 l',art1 la ,science4 ,il est facile1 en feuilletant les cours des ,littraires et des ,scientifiques1 de se rendre compte de l'uvre poursuivie par nos ,matres4 ,svres est le cerveau de ce grand enfant barbare1 imprudent1 mais tenace1 qu'est l',enseignement secondaire des jeunes filles4 ,ce qu'il est plus difficile de juger1 c'est le charme de cette vie solitaire et studieuse1 c'est la transformation de ces tres inachevs1 dans l'aube dj resplendissante de la pense qui s'veille1 c'est ce moment extraordinaire1 o soudain l'esprit atteint sa pubert1 moment d'orgueil immense1 o la jeune fille se croit assez forte pour marcher seule dans la vie4 ,alors1 c'est une rupture complte avec le pass3 elle entre ,svres2 d'o vient-elle8 peu importe1 rien ne va subsister de ce qu'elle apporte en patrimoine4 ,elle est le sol dj remu par la charrue1 mais non ensemenc4 ,voil le semeur qui passe1 jetant aux sillons la graine1 et sur le germe fcond1 pieusement la ,vierge referme les lvres1 mystiques gardiennes de la moisson4 ,le ,sacerdoce commence4 ,pour donner corps ma pense1 j'ai choisi un groupe de ,svriennes trs diffrentes par temprament les unes des autres1 n'ayant de commun entre elles1 que le travail1 les habitudes1 le but atteindre4 ,je n'ai point indiqu1 ou trs peu1 ce qu'elles taient avant d'entrer ,svres3 l'histoire d'colires pauvres1 mais intelligentes1 voulant trouver un gagne-pain dans l',enseignement1 leur est commune toutes2 si elles doivent souffrir de la confusion des milieux1 ce n'est qu'une fois professeurs2 alors je dirai leur triste roman1 quand elles retombent sans famille1 sans amis1 dans la plus terrible ralit4 ,cette fois ce sera le roman du professeur-femme1 dont cette tude sur les ,svriennes n'est que la prface4 ,aux scnes de la vie intime de l'cole1 j'ai ml une intrigue romanesque1 celle d'une ,svrienne d'lite1 me trs pure1 mais inquite1 la merci de la douleur1 et qui1 affranchie par la culture de ses ,matres1 ne recule pas devant l'extrme consquence de ses principes4 ,le cas est exceptionnel1 j'en conviens3 il est vrai1 je le sais3 donc il est intressant4 ,mes autres personnages montrent assez que l'avenir1 si avare de bonheur qu'il soit1 saura leur convenir1 et qu'en toute ,svrienne1 s'il y a l'toffe d'un loquent matre de ,sorbonne1 la longue il y aura peut-tre une ducatrice d'mes4 ,ce livre est vrai aujourd'hui1 comme il le fut hier4 ,la fondatrice est morte1 son uvre subsiste1 seules quelques coutumes ont disparu avec elle4 ,les ,svriennes jouissent de leur supriorit1 toisent un tantinet les petits chelons qui sont au-dessous d'elles1 dans cette courte chelle universitaire1 et se comparent volontiers ces pages1 damerets et damoiseaux1 qui se formaient au bien dire et aux belles manires courtoises1 auprs des dames d'antan4 ,elles ont1 elles aussi1 jeux de grces et joutes viriles1 avant de mriter l'accolade ministrielle qui les cre chevaliers1 en les faisant professeurs6 ,vous montrer mon cole1 toute nue1 chaste d'tre belle1 voil ce que j'ai voulu faire1 ,madame4 ,j'ai crit ce livre avec passion1 tant toujours amoureuse de mon cole1 et parce que ce seul nom de ,svres est pour moi1--pour nous toutes1 hlas6--la rsurrection d'un temps o1 corps et mes1 nous tions en beaut4 ,,gabrielle ,r,,val4 ,janvier #aijj4 ,,les ,s,,vriennes ,,premi,,re ,,partie ,,chapitre ,,premier ,,la ,,cour ,,de ,,la ,,vieille ,,sorbonne ,par ce frais matin de juin1 le soleil glisse sur les toits biscornus qui coiffent la vieille ,sorbonne et jette1 sur le cadran de pierre1 la premire ombre de l'aiguille4 ,il est sept heures et demie2 quoique trs anime1 la cour reste maussade comme le giron d'une vieille dame grise prchant l'austrit4 ,des groupes de jeunes filles attendent1 la serviette sous le bras1 qu'on ouvre la petite porte de l',amphithtre4 ,les unes restent immobiles1 cloues aux pavs luisants1 on en voit qui suotent l'eau de mlisse2 les affames se lestent d'un dernier croissant2 d'autres1 fivreuses1 arpentent la cour1 des marches de la chapelle aux grillages des portes2 l'une s'esquive pour repasser un sujet2 plus loin1 une autre interroge son sort1 au hasard des petits papiers4 ,elles sont l cinquante1 soixante1 quatre-vingts4 ,tout l'heure1 il y en aura plus de cent3 ce sont les aspirantes littraires et scientifiques au concours de l'cole normale suprieure de ,svres4 ,on en voit de gentilles1 dix-huit vingt-cinq ans1 pas plus1 plies par l'moi ou la houppette1 les yeux vifs1 fivreux1 un peu battus4 ,du chic dans une robe de quatre sous1 qu'elles portent avec aisance ou dsinvolture4 ,quelques scientifiques ont l'aspect chien battu des pauvres institutrices4 ,quelques littraires ont arbor la toilette ,conservatoire1 leurs risques et prils3 ces messieurs n'aiment pas a4 ,en corbeille autour des aspirantes1 les mres de famille observent les rivales1 lisent sur les figures les chances de russite3 ,en voil une qui doit tre trs forte444 oh1 rien craindre de celle-l4 ,les papas1 plus aviss1 supputent la cote supplmentaire d'une bouche rieuse1 et des yeux qui seront jolis voir pleurer4 ,jalousement on s'observe1 on se dfie2 puis d'instinct les groupes se forment1 s'isolent4 ,il n'y a plus que des gens qui vont se battre la course3 jeu terrible dont quelques-unes ne se relveront pas4 ,premier groupe4--,lyce ,fnelon4 ,celui-l trs en vue1 le plus nombreux1 porte beau4 ,une brunette smillante1 de jolie tournure parisienne1 ,jeanne ,viole1 interpellant une de ses compagnes1 ,berthe ,passy1 sorte de gavroche enjuponn3 --,dis donc1 sommes-nous assez ,mduses6 ,les pauvres petites1 elles tremblent nous regarder4 ,oui1 ,mesdemoiselles1 c'est nous le ,lyce ,fnelon1 nous les premires places1 vous les autres444 s'il en reste4 --,il nous manque un ,suisse1 pour nous annoncer1 rpond l'autre2 entends-tu a1 dans le vieil ,amphithtre3 ,messieurs1 le lyce ,fnelon1 ppinire de l'cole de ,svres6 ,du coup1 toutes les ombres des jeunes clercs voudraient revenir composer avec nous4 ,un clat de rire gnral accueille cette boutade1 et ,jeanne ,viole1 heureuse de cacher son moi1 sous ce papotage d'colire1 reprend3 --,c'est gentil ce que notre ,plumkett a fait hier pour ,didi1 son chouchou6 --,quoi donc8 est-ce qu'il lui aurait donn des tuyaux sur notre examen1 le lche6 --,mais non1 ,plumkett1 tu le sais bien1 est incapable de a4 ,il a confi ,didi1 avec mille rougeurs1 un petit bout de crayon1 un ftiche quoi1 afin qu' l'examen1 elle retrouve sa note coutumire4 --,chic1 chic1 voil qui mritait un baiser6 ,gageons1 fait ,berthe railleuse1 que ,didi ne l'aura pas compris4 ,cette fille-l ne saura jamais dire merci4 ,pourtant #ah toute l'anne666 que ,dieu fasse1 elle a gard son #ah4 ,ce qu'ils la gobent au ,lyce4 ,il n'y a que ,mlle ,adrienne ,chantilly qui sache parler1 qui sache dire2 pour elle1 on trouve d'illustres comparaisons2 crois-tu1 que dans les petites classes1 on rpte3 ,didi fait du ,heredia1 ,didi parle comme ,jules ,lematre1 ,didi a la voix de ,morno4 ,je voudrais seulement qu'on dise de moi3 elle a le coup de paupire de cette ,didi3 je serais sre aujourd'hui d'entrer premire ,svres6 ,en bonne compagne1 ,jeanne ,viole1 cherchant concilier tous les esprits1 arrte ce flux de paroles3 --,bche toujours1 ma pauvre vieille1 ,adrienne ,chantilly a le charme1 elle sduit les dlicats3 elle saura prendre d',aveline1 comme elle a pris ,plumkett1 comme a1 nonchalamment1 avec grce4 ,je te l'accorde1 l'affreuse ,nollet lui est suprieure1 mais sa laideur est le rachat de son intelligence4 ,vois-tu1 a nous vexe toujours qu'une autre soit plus femme que nous444 ,a ce moment1 survient une grande jeune fille1 ,madeleine ,bertrand1 lve mdiocre1 cachant sa pauvret d'esprit sous une attitude hautaine2 le poids d'une natte norme1 tombant jusqu'aux talons1 redresse sa tte2 il y a du triomphe dans sa dmarche4 --,comment1 c'est encore d',elle qu'on parle ici6 ,peut-on songer d'autres qu' soi-mme1 dans un moment pareil6 ,moi j'ai la fivre1 mon cur bat444 --,ouais1 riposte ,berthe ,passy1 ton cur bat1 la belle3 aurais-tu la frousse6 ,attention on nous regarde1 ne dis pas que tu as peur1 tu rendrais courage tout ce monde-l4 ,et le moyen de vaincre aprs8 ,tu sais ce qu'a dit la ,directrice de ,fnelon3 ,je veux que les cinq premires qui entreront ,svres1 sortent de mon lyce6 ,c'est dit4 ,mais tu m'amuses toi6 avec une pareille natte dans le dos1 n'es-tu pas sre d'tre reue6 ,qu'est-ce qu'une corde de pendu1 auprs de ce porte-veine4 ,madeleine ,bertrand1 bouche be1 ne sait que rpondre3 elle va1 vient1 imperturbablement sotte1 au milieu des petits rires moqueurs2 puis un mouvement se fait1 l'attention du groupe de ,fnelon se porte sur ,adrienne ,chantilly1 qui arrive enfin1 nonchalamment1 avec une grce de lvantine4 ,c'est une belle juive1 la taille trs cambre2 des cheveux friss1 poudrs d'or2 des yeux d'un vert glauque1 qui luisent comme une source travers les ramilles2 des sourcils noirs1 un teint mat1 l'arc de la bouche trs joliment tendu4 ,les jeunes filles changent des poignes de mains1 et ,didi1 fort son aise1 cherche placer son petit potin4 --,savez-vous pourquoi ,thadde a lch si brusquement ,fnelon8 --,anmie crbrale1 assure ,mlle ,frolire4 --,pas du tout6 ,on a dcouvert un flirt sensationnel entre ,thadde et ,mounet-,sully6 ,oui1 ma chre6 figure-toi qu'elle avait eu le toupet d'aller lui demander des leons de dclamation4 ,mounet1 surpris de sa belle voix1 accepta4 ,sitt fait1 l'autre tombe amoureuse1 crit des vers1 promne sur son cur une photographie ddicace2 elle a trop caus1 on a tout su1 bref1 pour raison de moralit1 la ,directrice lui a fait dire de ne plus revenir au cours4 --,pauvre ,thadde1 soupire ironiquement ,jeanne ,viole1 sa vocation tait l'amour1 ou le thtre2 elle tait fourvoye parmi nous4 --,ma foi oui1 conclut ,berthe ,passy1 l au moins elle n'aura rien perdre1 et tout gagner4 ,mais voici ,victoire2 que peut-elle bien ruminer encore8 regardez-la1 elle se parle elle-mme2 cette fille est sans cesse aux prises avec son destin4 ,victoire ,nollet est justement cette aspirante ,svres1 qui passe1 dans tout le lyce1 pour le modle accompli de la laideur1 sorte de ,quasimodo femelle2 un corps en tuyau de pole1 une tte norme1 congestionne3 construction audacieuse de ttard intelligent4 ,elle cause tout haut1 trs excite par l'approche de son examen4 --#bd juin6 ,voil le grand jour arriv2 dire que1 depuis six ans1 je bche1 pour en arriver l4 ,ai-je assez traduit ,hegel et ,klopstock6 ,mis en mauvais allemand la prose de ,voltaire6 ,ai-je fait assez de rsums d'histoire1 pioch ma nomenclature1 lu et relu les documents1 paraphras ,racine1 ,bossuet1 ,hugo6 continue-t-elle tout fait emballe4 ,ml l'astronomie la gologie1 la gographie la philosophie6 ,je sais par cur mon ,rabier4 ,j'ai coll mon frre1 un vtran de ,henri ,,iv1 sur les ,noumnes6 ,hier1 j'en savais trois fois plus qu'on ne m'en demandera2 le nez devant cette porte1 j'ai peur d'avoir perdu mon temps au lyce444 --,allons1 allons1 ma chre1 vous tes un peu folle2 vous voulez qu'on vous redise encore que vous tes la merveille de notre ,sixime1 que vous savez tout ce que moi j'ignore2 vous tes patante1 vous citez les petits ,pres et l',almanach de ,gotha1 comme une lve des bonnes maisons6 ,a ,svres1 ils en seront baba6 et tu oses te plaindre1 ingrate4 --,mais vous ne savez donc pas1 que si au lieu d'un laus sur l',immortalit1 sur nos ,droits1 on s'avise de me questionner sur la politesse1 je suis colle6 --,faites comme moi1 ,victoire2 tout l'heure j'avais le trac1 je me suis remonte en pensant l'anctre qui hurle1 la porte du lyce1 notre devise d'aujourd'hui3 ,de l'audace6 encore de l'audace6 toujours de l'audace6 ,et d'un geste qui enroule ses magnifiques cheveux autour du cou1 ,madeleine ajoute avec candeur3 ,j'en ai4 --,a la bonne heure1 fait ,berthe qui salue jusqu' terre4 ,huit heures moins le quart sonnent l'horloge2 quelques figures blmissent dans les autres groupes1 ,racine1 ,molire1 ,svign4 ,on voit arriver trs vite ,mlle ,frolire1 le sympathique professeur de littrature1 une blonde grassouillette1 trente ans sonns1 la bouche gourmande1 l'il sensuel et clin4 ,elle est la toquade de toutes ses lves1 qui s'arrachent des vieilles plumes1 des vieux papiers1 voire mme des morceaux de pain qu'on se partage comme pain bnit4 ,tout ,fnelon se prcipite3 --,vite mes petites1 que je vous redise une dernire fois votre ,credo4 #a ,littrature4 ,si votre texte commence ainsi3 ,on a dit444 ,on rpte souvent444 d'aprs une critique clbre1 etc4 ,vous voyez la formule1 c'est une question de cours2 ne vous y trompez pas1 le sujet est donn par le ,rvrend professeur ,taillis4 ,il n'est sensible qu'au devoir banal et correct4 ,rappelez-vous que vous n'tes rien1 que c'est ,merlet1 ,nisard1 ,sarcey qui vaudront la meilleure note votre copie4 --,ouf6 jette ,berthe ,passy1 gouailleuse1 c'est pas un homme1 m'sieu ,taillis1 c'est un carrefour6 --,taisez-vous1 petite4--,tout autre sujet fleurant la posie1 le got1 l'esprit sera du pur d',aveline4 ,soyez simples1 mais lgantes4 ,donnez votre copie un joli tour discret1 vitez les fautes de got4 ,mais n'esprez pas ce prix conqurir votre homme6 ,c'est au-dessus de votre talent4 ,il vous suffira de trouver le mot--c'est l le hic4--,un mot juste1 un mot heureux1 plac sans prtention4--,il faut qu'il le dcouvre1 ce petit mot de rien du tout1 qui aura l'effet magique de la lampe d',aladin4 --,oh6 mademoiselle1 donnez-nous le mot de passe6 --,incorrigible1 laissez-moi finir6 #b ,grammaire historique4 ,faites une copie d'un aimable pdantisme4 ,jouez-vous gravement de la ,smantique1 de l'tymologie1 des ,doublets1 de la ,morphologie2 ,darmesteter1 ,brunot1 ,brachet1 recommandez-vous de leurs gloses6 #c ,philosophie4 ,quelle que soit la question1 ramenez tout ,jeanne d',arc4 ,que la ,pucelle d',orlans soit la clef de vote de votre argumentation3 admirez hautement1 le reste ira tout seul1 car ,jrme ,ptre sera content4 #d ,gographie4 ,inutile1 ,mesdemoiselles1 de vous rpter ce que ,mlle ,pierron vous a dit toute l'anne4 ,plus de nomenclature1 plus de dtails1 lchons les vieux procds1 soyons tout la ,mthode ,criquet2 manuvrez le pluviomtre1 la sonde2 mesurez les ,ocans2 valuez1 par des coupes1 les hauteurs moyennes des montagnes2 articulez vos ctes2 gnralisez1 cherchez avec les fleuves1 les voies de pntration3 car ,m4 ,criquet lui-mme vous corrigera4 --,je rsume mes quatre ficelles3 ,merlet1 ,le ,mot1 ,jeanne d',arc1 ,mthode ,criquet4-- ,maintenant1 il ne tient plus qu' vous d'tre toutes reues6 ,et sur ces mots1 ,mlle ,frolire1 toujours charmante1 va s'esquiver1 mais les aspirantes se resserrent autour d'elle4 --,mademoiselle1 mademoiselle1 embrassez-nous6 ,ce sont des embrassades folles1 qui mettent en rumeur tout ce public aux coutes3 quelques lves prfres se faufilent1 pour tre embrasses deux fois2 puis toutes3 --,mademoiselle1 que fera-t-on aprs l'crit8 --,je vous lirai ,phdre6 --,ah6 ah6 et puis8 --,et puis1 si on est sage1 je vous apprendrai le ,cur de ,pomponne4 --,bravo1 bravo1 crie tout le groupe1 en reconduisant ,mlle ,frolire jusqu' la rue1 sans souci du dpit et de la mauvaise humeur qui se peignent sur les visages des autres aspirantes4 ,une ,molire interpellant une ,racine3 --,quel aplomb6 ce n'est pas la peine1 si on les reoit l'avance1 de nous faire venir ici4 ,plus loin1 une mre rogue1 une autre mre plus rogue encore3 --,a ,fnelon1 elles n'ont pas de pudeur2 comme elles talent leur joie1 les entendez-vous rire6 ,ah6 ma pauvre ,adle1 pourquoi donc que t'n'as pas eu ta bourse dans ce lyce-l8 ,je ne me tournerais pas les sangs aujourd'hui4 ,pauv' petite1 croiriez-vous1 ,mdme1 que depuis ,pques1 a se lve avant les cloches6 tout a pour entrer c't'cole de ,svres4 ,que je donnerais donc des mille et des cents pour que ce soit fini4 ,plus loin1 trs seules1 deux jeunes filles attendent1 ce sont deux lves du ,collge ,svign2 l'une1 ,marguerite ,triel est grande1 svelte3 des bandeaux blonds sur une figure de ,madone2 des yeux ravissants1 que l'moi embrume1 comme deux fleurs dans la lumire indcise de l'aube4 ,il y a en elle une distinction1 une rserve qui surprend1 au milieu de ces colires manquant de tenue4 ,son amie1 ,charlotte ,verneuil1 est petite1 gracieuse2 elle est de celles dont la bienvenue rit dans tous les yeux4 --,tu les vois1 ,charlotte1 sont-elles assez tranquilles6 qu'est-ce qui croirait1 les voir1 que pour nous toutes1 cette porte cache quelque chose de redoutable6 ,moi j'ai peur1 je me sens triste jusqu' la mort4--,si j'tais recale6 ,c'est un concours1 le hasard peut tout2 ,fnelon que de chances elles ont de russir3 les meilleurs professeurs de ,paris1 d'anciens succs1 et la ,foi6 --,sans compter les recommandations6 ,vois-tu1 ma chrie1 il faut l aussi du piston2 et la rclame crois-tu qu'elle ne sert rien8 ,si ,mlle ,nollet est la fille d'un vieux rpublicain de #dh1 ,jeanne ,viole est parente d'un ,inspecteur gnral2 et depuis six mois on rpte partout1 qu',adrienne ,chantilly est l'toile du lyce ,fnelon1 et qu'elle entrera premire ,svres6 --,et le reste que nous ne savons pas4 ,vilain chapitre celui-l4 --,tiens1 compte1 ,marguerite1 nous voil prs de deux cents1 et dire que ,bordeaux1 ,toulouse1 ,aix1 ,nancy1 ,caen1 vont en envoyer d'autres4 ,comment veux-tu que j'aie la moindre esprance de russir2 je n'ai pas le feu sacr moi1 c'est par raison que je dsire entrer ,svres2 tu sais que mon tuteur ne trouve pas ,henri assez riche pour deux4 ,il veut que je puisse gagner ma vie au besoin2 sans cette ncessit-l1 j'aimerais mieux bercer un marmot et regarder le pre travailler1 que de venir1 ici1 rsoudre des quations4 --,c'est bien l aussi ta destine1 ma ,lolotte1 je ne te vois pas pontifiant dans une chaire de professeur2 tu es faite pour devenir une adorable pouse4 ,comme tu le rendras heureux1 ton sculpteur6 patience va1 aprs l'agrgation1 dans trois ans1 tu trouveras le nid tout prt6 ,moi1 je n'ai pas au cur d'amour qui me rconforte4 ,j'avais ce matin une telle angoisse que j'ai t mettre une rose sur le tombeau de sainte ,genevive4 ,voil le seul piston que je puisse avoir1 encore ne suis-je pas bien sre que le fameux proverbe dise vrai3 le ,ciel est si loin prsent4 --,oui1 ,marguerite1 tu seras reue2 tu dois tre reue1 parce que tu le mrites4 ,aucune de ces jeunes filles n'a travaill plus que toi1 et aucune d'elles n'a ton me belle et pure4 ,ta prire sainte ,genevive me rappelle ce pauvre innocent de chez nous1 qui ramassait les roses la procession1 pour les offrir1 agenouill1 la femme la plus belle4 ,je ne sais pas ce qu'il esprait1 mais la ,dame du ,paradis sait bien ce que demandait ta rose4 ,je t'assure qu'elle t'exaucera4 --,si tu disais vrai444 ,et ,marguerite encore plus mue serra tendrement la main de son amie4--,je rve d'une vie si chaste1 si laborieuse6 ,savoir1 comprendre1 aimer toutes les merveilles que je devine autour de moi444 tre ,svres6 comme ce mot rayonne dans l'avenir2 toute petite1 dj j'aimais l'cole2 il me semble prsent que je suis sur une barque1 que les voiles se tendent1 se gonflent4 ,enfin1 elle va prendre le vent444--et murmurant pour elle-mme1--voil le soleil444 ,a l'horloge1 huit heures sonnent2 vite les deux jeunes filles s'embrassent4 ,les portes s'ouvrent1 un huissier commence l'appel4 ,c'est une scne indescriptible2 les mres gmissent1 les aspirantes s'affolent1 quelques-unes dfaillent4 ,les hommes agitent violemment leurs chapeaux4 ,mesdemoiselles ,a1 ,b1 ,c1 ,d1 etc444 ,prsent1 prsent1 prsent444 autant de mots1 autant d'intonations diffrentes4 ,les aspirantes disparaissent une une1 s'engouffrent dans le vieil escalier de bois4 ,on entend de moins en moins les mres1 les surs1 qui de la cour crient encore3 --,adle1 as-tu ta mlisse8 --,jeanne1 prends ton ther6 --va1 n'oublie pas tes sandwichs6 --,reine1 courage1 ne te gne pas1 demande la demoiselle le lavabo4 ,dj les aspirantes s'installent sur les gradins crasseux et vermoulus1 ayant devant elles de petites tables noires4 ,l'amphithtre est immense1 laid1 nu1 comme une salle de caserne4 ,un relent de vieux habits et de lointaines sueurs prend la gorge4 ,une dame au profil chevalin1 ,mlle ,lonjarrey1 fonctionnaire l'cole de ,svres1 distribue les feuilles1 au milieu d'un silence religieux4 ,sur l'estrade1 un petit homme sec1 jeune encore1 sangl dans sa redingote1 l'inventeur de la ,mthode ,criquet lui-mme1 agite une grande enveloppe ministrielle1 l'ouvre1 et d'une voix qui a des sonorits de cymbales1 dicte3 ,et la ,grce plus belle encore que la ,beaut ,des yeux effars s'interrogent4 ,marguerite ,triel ferme les siens et pense4 ,madeleine ,bertrand invoque ,danton4 ,didi1 hardiment1 fixe l'aropage1 d'un air qui signifie3 ,ah6 ah6 c'est du d',aveline6 moi le ,mot4 ,et tout autour de celle qui sera reue premire1 les jolis mots1 mouches d'or1 se mirent danser4 ,,chapitre ,,ii ,a ,s,,vres1 ,,le ,,jour ,,du ,r,,sultat ,la chaleur crasante de juillet tombe sur l'cole silencieuse4 ,rien ne bouge1 seuls les coqs persistent chanter midi4 ,on dirait que les heures1 pauvres oiseaux redouts1 se refusent courir au-devant du crpuscule4 ,c'est le dernier jour de l'examen oral ,svres4 ,le rsultat sera connu vers quatre heures4 ,l'cole normale suprieure de l'enseignement secondaire des jeunes filles1 fonde en #ahhj1 occupe1 dans la petite ville de ,svres1 les btiments quasi royaux de l'ancienne manufacture4 ,la btisse1 coteusement rapice1 est d'une belle ordonnance2 de la rue1 personne ne s'y trompe1 et tout le monde la prend pour la ,gendarmerie nationale4 ,cent vingt fentres tirent leur ombre immobile1 sur la blancheur d'un mur quatre tages4 ,la faade rigide1 trs ,louis ,,xiv1 avec son correctif ,libert1 galit1 ,fraternit1 s'adosse au coteau4 ,le parc1 au deuxime tage1 runit1 comme un toit de verdure1 les deux ailes trapues4 ,point de jardin1 mais une cour seigneuriale plante de jeunes sycomores1 toute sable3 plage fulgurante aux soleils de midi1 champ de glace aux premiers rayons de lune4 ,comme une terrasse de chteau-fort1 elle a ses douves et ses ponts4 ,pour unique fleur1 un jet d'eau ouvre son calice vers le ciel1 phmre pouse1 qui retombe pme1 d'avoir cueilli le pollen des toiles4 ,la fracheur de l'eau ne monte pas vers ce parc1 si troit qu'on dirait une haie de verdure1 bordant les chemins escarps1 qui lacent un mur l'autre4 ,une vote de feuillage file vers une ruine pittoresque1 celle du pavillon ,rgnaud1 mitraill par les ,prussiens1 toute vnrable aujourd'hui1 sous ses bouffettes blanches et ses tranes de lierre4 ,une autre bicoque historique1 le pavillon ,lulli1 avec ses petites vitres d'glise et son toit moussu1 garde1 dans la solennit du lieu1 un air vieillot de rendez-vous galant4 ,l'entre en est interdite aux ,svriennes4 ,les examens oraux1 qui amnent chaque anne ,svres une cinquante d'admissibles1 se passent dans les classes4 ,pendant trois jours1 c'est un va-et-vient inusit1 dans le grand couloir pav de briques rouges1 o tant de pas ont trac leur sentier rose4 ,tables1 chaises1 petite chaire avec son tapis vert1 voil tout le mobilier d'une classe3 peine y retrouve-t-on un lger parfum de femme4 ,c'est l que les ,svriennes prparent leur carrire de professeur1 hypnotises longtemps l'avance par ce but poursuivi3 tre licencies6 agrges6 ,dans ces classes nues1 rien ne vient distraire leur regard1 si ce n'est la grce rythmique des mouches qui dansent1 des hirondelles jetant sur le ciel bleu une trame noire1 qu'elles brodent d'un coup d'aile1 et rebrodent sans cesse4 ,mais jour et nuit1 dans la maison1 le jet d'eau chuchote1 chuchote2 une goutte redit l'autre la joie de vivre et de n'tre plus4 ,et quand vient le soir1 son me parpille1 au seuil des portes closes1 sanglote1 sanglote1 de ne pouvoir aimer4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,les ,svriennes achvent de djeuner1 on n'entend que bruits de fourchettes1 d'assiettes ramasses4 ,dehors1 les aspirantes sortent des restaurants voisins et rentrent l'cole1 o leurs examinateurs fument une dernire cigarette1 sous les arbres de la cour4 ,la plupart des admissibles viennent du lyce ,fnelon4 ,d'autres arrivent des lyces de ,toulouse1 ,lyon1 ,alger1 ,montauban4 ,les ,mridionales1 avec leurs robes trop claires et la volubilit de leurs paroles1 apportent une note gaie au milieu des proccupations gostes ou froces de l'examen4 ,didi1 ,victoire ,nollet1 ,madeleine ,bertrand1 ,jeanne ,viole1 ,berthe ,passy1 sont admissibles l'oral4 ,marguerite ,triel l'est aussi1 mais son amie1 ,charlotte ,verneuil1 a bafouill dans ses problmes de physique2 elle est ajourne4 ,berthe ,passy1 qui a djeun dans le parc1 d'un morceau de pain et d'une tranche de saucisson1 se promne en faisant tout haut ses petits calculs de probabilit4 --,allons1 que je refasse ma liste3 c'est certain1 ,adrienne ,chantilly entrera premire1 elle a la cote d'amour2 qui sera seconde8444 ,jeanne ,viole ou ,victoire ,nollet8 ,jeanne a bien lu son ,la ,fontaine1 elle a eu des rminiscences heureuses1 elle a eu quelques gestes lgants1 et d',aveline n'a point paru insensible au charme de ses deux fossettes4 --,ouais6 mais ,victoire a expos la campagne d',italie avec une science patante3 corps d'armes1 gnraux1 position des troupes1 effectifs1 marches1 contre-marches444 elle savait tout4 ,et son laus sur les ,stociens6 ,elle mrite #ai comme rien4 ,je lui donnerais donc le n #b1 mais avec sa binette1 elle aura le #c4 ,moi je garde le #d2 la natte de ,bertrand lui vaudra le #e2 quant au reste1 je m'en bats l'il6 --,ah mais1 et cette grande blonde de ,svign1 ,triel1 je crois1 quel chic type6 o la logeront-ils8 ,le cas lui parat embarrassant2 mais certaine de la solidarit qui unira1 sur la liste1 les noms de son lyce1 ,berthe tire la langue1 en gamin qui ne cherche plus1 et tout d'une traite1 dj chez elle1 dgringole un sentier du parc4 ,justement1 ,m4 ,jrme ,ptre1 l'examinateur de philosophie1 essayait1 sur une petite table1 une russite4 ,surpris par la dgringolade de cette aspirante sans faon1 il remet ses cartes dans sa poche1 se lve1 sourit avec bonhomie1 et s'en va4 --,eh6 bien1 en voil une6 ,jrme qui se fait des russites6 ,est-ce que1 par hasard1 il jouerait au sort les refuses6 ,les anciennes m'ont bien dit qu'il voudrait nous recevoir toutes1 pour ne causer de chagrin personne4 ,dieu que ces philosophes sont nafs6 gageons qu'il planterait l le clibat1 s'il pouvait aussi nous pouser toutes4 ,cette ide1 sans doute1 lui semble prodigieuse1 car elle tombe sur un banc et rit se tordre3 quelques aspirantes1 qu'attire l'hilarit de ,berthe1 s'approchent2 dj l'histoire de ,jrme a fait le tour du parc4 ,trs communicatives1 les mridionales racontent leurs aventures ,paris4 ,thrsa dit que1 de ,tarbes la gare d',orlans1 elle a voyag avec les confrres de la rue d',ulm2 on a parl de ,bersot et de ,mme ,jules ,ferron1 on a djeun ensemble1 et l'on doit se revoir au quartier ,latin4 ,hortense1 qui se grise des paroles de ,thrsa1 continue1 sans arrt1 le rcit des aventures2 du ,monsieur qui les suit et qui l'on donne un petit sou2 du calicot qui porte leurs paquets1 du haut en bas du ,louvre1 et fatigu de l'inutile quiproquo1 leur dit3 ,mesdemoiselles1 je ne suis pas de la maison4 ,c'est un rire gnral1 ,hortense et ,thrsa riant plus fort que les autres4 ,l'une a un joli nez retrouss1 une bouche ronde comme une cerise2 l'accent et le roulement d'r des ,montalbanaises1 ajoutent une senteur poivre tout ce qu'elle raconte4 ,l'autre1 vulgaire1 trs peuple1 parle avec de grands gestes1 une volubilit tourdissante4 ,berthe ,passy a vite li connaissance1 et comme on parle du toupet des tudiants au ,luxembourg1 elle leur montre ,charlotte ,verneuil1 qui se promne avec ,marguerite ,triel4 --,ce matin1 j'ai entendu un bien joli mot qu'a dit cette jeune fille1 la plus petite des deux1 celle qui a des yeux si tendres et si rieurs4 ,des tudiants la regardaient passer2 l'un d'eux la suit1 j'entends qu'il lui vante ses propres mrites3 bon garon1 travailleur1 aime pas la noce1 fume pas1 vit chez lui1 petite femme bien heureuse avec lui2 elle1 sans le regarder1 hausse les paules3 ,le prix ,monthyon1 quoi64 ,l'autre l'a laisse passer chapeau bas4 --,oh6 trs joli1 trs spirituel1 quel propos6 --,c'est une littraire8 interroge ,hortense4 --,non1 une scientifique444 et une recale4 --,dommage4 --,avez-vous vu passer son amie1 cette grande blonde qui a des yeux d'un bleu sombre de gentiane8 --,oui1 reprend ,thrsa1 elle est brillante et modeste2 pas de pose4 ,m4 d',aveline1 hier1 en paraissait charm4 ,elle a d lui plaire1 c'est tout fait la ,lorely de ,henri ,heine1 avec son beau corps de statue et ses cheveux d'or4 --,moi1 fait ,hortense1 en bonne mridionale qui accentue les muettes1 j'adore-e ,mlle ,chantilly1 quelle-e voix1 quels yeux1 et une bouche-e1 et une grce-e4 --,si vous en tes amoureuse1 foi de ,passy ,berthe1 garde vous1 mademoiselle1 il faudra vous battre avec tous vos professeurs6 ,drelin1 drelin1 drelin1 drelin1 din1 din1 din1 din6 ,la cloche sonne furieusement1 aux abois4 ,c'est la fin de la dernire rcration4 ,les classes se remplissent1 le public s'assied derrire les tables1 chaque aspirante1 son tour1 se place ct de la chaire1 en face du professeur qui l'interroge4 ,salle de ,philosophie4 ,m4 ,jrme ,ptre1 debout sur l'estrade1 gesticule1 et laisse ,mlle ,bertrand1 trop mue1 le temps de se remettre4 ,elle tousse1 retousse1 ne sachant pas un mot de son sujet3 les ,lois4 ,la salle reste silencieuse1 quelques vieilles dames crivent1 pour des journaux1 les questions et les rponses4 ,prs de la fentre1 une dame cheveux blancs1 mal coiffe1 petite1 boulotte1 les yeux vifs et les joues roses1 suit l'examen de prs2 c'est ,mme ,jules ,ferron1 directrice de l'cole de ,svres1 veuve du grand orateur de la ,rpublique4 ,elle laisse tomber un regard svre sur ,mlle ,bertrand qui joue de la natte4 --,voyons1 mademoiselle1 fait ,m4 ,jrme ,ptre1 indulgent1 ne vous troublez pas ainsi4 ,remettez-vous1 je vous prie444 ,nous disions donc que le caractre d'une loi444 --,le caractre d'une loi1 nonne ,madeleine1 c'est d'tre444 elle tousse1 tousse1 suffoque4 ,trs mu1 ,m4 ,jrme ,ptre lui offre son verre d'eau3 ,madeleine en boit quelques gorges et repousse le verre du ct de l'examinateur4 ,m4 ,ptre perdant contenance1 s'assied et tresse la frange du tapis vert4 --,allons ma vieille1 lance-toi1 se dit l'aspirante1 bout de ressources444 ,et continuant la phrase commence3 --,le caractre d'une loi1 c'est d'tre absolue1 universelle1 catgorique4--,kant a dfini le devoir l'impratif catgorique1 par opposition l'impratif hypothtique qui est444 ,elle continue1 rcite son manuel1 travesti par ses souvenirs1 reprend son bel aplomb et s'arrte au bas de la dernire page4 --,merci1 mademoiselle1 fait ,m4 ,jrme ,ptre2 il pousse un soupir1 marque une note1 sous l'il de ,mme ,jules ,ferron de plus en plus svre1 puis regardant l'auditoire amus3 --,mademoiselle ,triel est-elle ici8 ,marguerite se lve et vient s'asseoir en face de lui4 ,elle est habille simplement3 une robe de serge noire1 gaye d'un collier de velours bleu1 souligne discrtement sa distinction et sa beaut4 ,m4 ,ptre suit avec complaisance la grce de ses mouvements1 et prs de la fentre1 les yeux svres s'adoucissent3 --,voyons1 mademoiselle1 dites-nous ce que c'est que la ,politesse4 ,l'aspirante se recueille1 groupe ses ides1 et dans un ordre simple1 dfinit ce qu'on appelle gnralement la politesse2 distingue la vraie politesse de la fausse1 indique les dangers de la flatterie1 et de la franchise brutale2 s'appuie d'exemples pris dans la littrature et dans l'histoire4 ,comme elle parat regretter la politesse d'autrefois1 ,m4 ,jrme ,ptre s'emballe1 et citant ,saint-,simon1 lui rappelle ce que cache le masque hypocrite de cette politesse parfaite4 ,sans se troubler1 ,marguerite ,triel discute1 reconnat la bassesse des courtisans1 mais s'appuie sur l'tude de murs de la ,princesse de ,clves1 pour montrer que dans la vie mondaine1 on ne retrouve plus le respect1 tmoign sous une forme aussi dlicate1 aussi courtoise qu'autrefois4 ,l'examinateur prend plaisir la discussion4 ,tous deux s'animent1 le public lui-mme est pris4 ,marguerite remporte un vritable succs1 et ,charlotte l'entranant1 lui crie3 --,tu as #ai6 je l'ai vu marquer ta note1 ce qu'il avait l'air content6 ,salle de littrature4 ,la classe est trop petite pour contenir le public qui voudrait assister aux interrogations du jeune matre d',aveline1 un beau nom dj dans l',universit4 ,trs sympathique aux femmes1 par son charme personnel1 l'enchantement de sa voix1 la finesse et le mordant de son esprit1 il les captive tout fait1 par la lgende potique qu'un deuil d'amour attache sa vie intime4 ,trop intelligent pour colporter lui-mme ses meilleurs mots1 il laisse ce soin d'autres2 timide1 ds qu'une femme le trouble1 il devient brutal pour celle qui veut l'intimider4 ,d',aveline est l'idole ou la bte noire des ,svriennes4 ,l'examen est sur le point de finir1 il ne reste plus que deux aspirantes interroger1 et le jeune matre1 un peu las1 semble s'isoler de cette galerie aux coutes1 en cachant son visage pli1 derrire ses mains1 d'ailleurs parfaites4 ,a l'appel de son nom1 ,madeleine ,bertrand1 qui n'a pas conscience du four norme qu'elle vient de faire en philosophie1 s'apprte jouer du paradoxe1 pour sduire la curiosit de d',aveline4 ,elle s'assied la petite table1 lisse le tapis vert d'un geste lgant1 tandis que le professeur1 les mains toujours en illres1 dans une pose coquette de mditateur1 s'efforce de trouver le rouage de cette machine examen4 --,voudriez-vous1 mademoiselle1 me lire cette scne du ,misanthrope1 et me dire ce que vous en pensez4 ,madeleine lit la grande scne entre ,alceste et ,climne1 commente1 insiste sur le stocisme du hros1 sur la grandeur de son amiti2 elle exalte sa vertu1 lui prte une gnrosit imaginaire1 condamnant cette futile ,climne1 ce lger ,philinte1 dont le commerce trop facile la choque2 cite ,euripide1 ,shakespeare1 ,fabre d'glantine1 se trompe1 ne s'en aperoit pas1 poursuit encore2 il faut bien payer d'audace6 ,on s'attend presque l'entendre s'crier1 comme ,doa ,sol3 ,o mon lion superbe et gnreux6 ,d',aveline la laisse s'enferrer3 visiblement1 il prpare un bon mot1 qui sera le mot de la fin2 ses lvres tremblent et d'une voix railleuse3 --,connaissez-vous1 mademoiselle1 quelque chose de plus ridicule1 qu'un cheval de fiacre qui s'emballe8--,je vous remercie4 ,des rires approbateurs fusent dans ce public de jeunes femmes2 vite on crayonne cette boutade2 seule1 ,madeleine ne comprend pas1 et sort absolument certaine d'tre reue l'examen4 ,un instant de repos suit3 d',aveline encore une fois s'isole4 ,ces dames chuchotent1 quel esprit6 quelle voix6 une musique vous ensorceler2 regardez donc la blancheur de cette main1 et les ongles ma chre6 ,ne trouvez-vous pas1 que cette barbe mousseuse a quelque chose de sculptural8 ,oui1 mais ces paupires retombantes1 c'est bien laid6 il a beaucoup de talent1 mais trop peu de cheveux4 --,oui1 lance effrontment ,berthe ,passy ses voisines en extase1 il n'en a plus qu'un1 mais il est solide1 c'est le dernier des ,mohicans4 ,chut1 chut voil ,mlle ,lonjarrey qui amne ,mlle ,chantilly4 ,didi est trs en beaut dans sa robe collante de drap bleu1 un chapeau piqu de bluets1 juste assez de poudre d'or pour relever l'clat de ses cheveux friss2 les lvres sont imperceptiblement peintes1 et les yeux1 travers les longs cils noirs1 luisent comme de jeunes pousses d'avril4 ,beaut de juive qui a dj le parfum violent1 peut-tre ignor1 de la courtisane4 ,d',aveline1 gracieux1 la prie de s'asseoir1 satisfait1 aprs un rapide examen1 de la tenue de l'aspirante4 --,sur quoi dsirez-vous que je vous interroge1 mademoiselle8 ,didi hsite1 semble confuse d'une telle prvenance1 puis relevant doucement les ailes peures de ses longues paupires3 --,sur ,la ,bruyre1 monsieur4 --,soit2 tenez1 lisez-moi ce portrait de ,catherine ,turgot4 ,didi lit le fragment d'une voix grave et souple1 bien timbre1 avec quelques sonorits musicales1 qui par moment troublent le professeur et l'auditoire1 comme certaines notes des violons hongrois4 --,mes compliments1 mademoiselle1 vous avez lu ce portrait avec une science parfaite1 j'aurai ici peu de chose vous apprendre4 ,les paupires de ,didi battent et se relvent1 les yeux se posent1 trangement doux1 sur d',aveline1 qui prcipitamment baisse les siens4 --,et maintenant1 j'coute votre commentaire1 mademoiselle4 ,en bonne lve1 ,adrienne ,chantilly commente le texte2 sa parole est lgante1 le mot souvent juste4 ,en pleine possession d'elle-mme1 l'aspirante1 d'un regard presque voluptueux1 fascine le pauvre d',aveline1 dont la face1 subitement1 devient trs rouge4 --,et que pensez-vous de l'existence d',homre1 mise en doute de nos jours8 --,si ,homre n'existait pas444 il faudrait l'inventer6 --,ah6 trs bien1 trs bien1 mademoiselle1 je vous remercie6 ,et d',aveline1 ct du nom d'une si charmante fille1 marque un #ah #c_/d4 ,adrienne se retire au milieu des murmures flatteurs4 ,elle sera reue premire2 quelle beaut originale1 quel talent3 bien suprieure la moyenne des ,svriennes4 ,l'a-t-elle assez enjl6 ,d',aveline sort son tour1 mais pas assez vite1 pour ne pas entendre ,didi rpondre ,berthe ,passy3 --,je n'ai que #ah6 --,eh6 plains-toi donc la belle1 sais-tu qu'il donne #bj ,dieu et #ai lui-mme6 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,quatre heures sonnent enfin6 ,depuis une heure1 l'examen est fini3 les aspirantes1 fivreuses1 errent dans le parc1 dans les couloirs2 quelques-unes1 l'infirmerie1 boivent de la fleur d'oranger4 ,les curs se serrent1 on ne respire plus4 ,le sort de ces jeunes filles est dcid2 encore un moment1 il sera connu4 ,la minute est longue d'un sicle1 le silence glace les visages4 ,les trangers se tiennent distance1 trs mus par l'angoisse des aspirantes1 qui semblent attendre l une parole de vie ou de mort4 ,refuses1 tout leur semble perdu2 reues1 que d'efforts1 de fatigues1 oublis dans la joie d'entrer au ,paradis4 ,que cette attente est longue6 ,marguerite ,triel est fige prs de ,charlotte1 qui fait encore bonne contenance2 ,berthe ,passy rit nerveusement2 ,jeanne ,viole est morne2 le masque de ,victoire est d'une laideur tragique4 ,les deux ,montalbanaises pleurent2 ,didi subit le malaise du doute3 si une autre qu'elle tait premire4 ,trente autres tressaillent de la mme anxit4 ,enfin un coup de sonnette1 bref1 avertit les futures ,svriennes que leur sort va tre connu6 ,une porte s'ouvre1 un feuillet blanc voltige1 dix-huit noms sont affichs l3 c'est une pousse furieuse1 un recul d'effroi4 --,j'y suis6 ,j'y suis1 je n'y suis pas6 ,un grand cri de dsespoir1 et ,madeleine ,bertrand s'vanouit4 ,dans ce couloir aux briques rouges1 o l'usure de tant de pieds a trac un sentier rose1 c'est une scne indescriptible de joie1 de colre1 de douleur2 la mre d',adle insulte le jury1 crie l'injustice2 de pauvres petites ont des crises nerveuses1 d'autres1 prostres1 s'en vont1 sans savoir o8 ,mais ,didi exulte1 son nom tient l'affiche4 ,marguerite1 seconde1 est folle de joie2 ,berthe ,passy est cinquime1 aprs ,jeanne ,viole1 un peu dpite1 et ,victoire humilie d'tre quatrime4 ,les heureuses s'embrassent1 se serrent les mains1 plus gnes qu'apitoyes par la douleur des autres1 et quelques ,svriennes1 gentiment1 viennent consoler les recales4 --,allons1 allons1 du calme1 mes p'tits fait la dame au profil chevalin1 ,mlle ,lonjarrey1 surveillante l'cole1 ce n'est pas tout d'entrer ,svres444 il faudra en sortir6 ,,chapitre ,,iii ,,le ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel ,svres1 #c octobre #ahi 4 ,de pied en cap1 me voil donc ,svrienne4 ,je n'en porte pas l'uniforme1 par la raison qu'il n'en existe pas4 ,mais dans le cur1 j'ai l'amour de la maison4 ,aujourd'hui commence ma vie nouvelle4 ,comme les paysannes de chez nous1 qui cueillent1 durant la belle saison1 les plantes odorantes1 je voudrais1 jusqu'au plus lointain hiver1 parfumer ma vie des souvenirs que je vais recueillir ici4 ,aujourd'hui donc je commence mon journal4 ,je n'ai pas d'amie l'cole1 et je suis lente me lier2 j'ai1 en amiti1 la mfiance des gens qui redoutent d'accepter une pice fausse4 ,qu'il m'est dur d'tre spare de ,charlotte6 ,l'absence n'est rien quand on s'aime2 moi1 je me sens bien seule4 ,pour retrouver ma ,lolotte1 il faut lui crire4 crire1 c'est rompre un charme pour en jeter un autre4 ,notre amiti qui vivait d'un silence1 o tant de choses communes volaient entre nous1 prend une forme nouvelle3 je suis la confidente qui on ose tout dire1 parce que ses yeux ne vous regarderont pas4 ,son fianc va revenir bientt de ,rome2 j'ai hte de le connatre1 elle l'aime tant4 ,lui et moi1 nous sommes tout dans le cur de ,charlotte4 ,elle rit de l'amour jaloux que j'ai pour mes livres1 des mille riens qui m'enchantent1 des paysages fugitifs o je promne mes songes nouveaux1 et des tristesses aussi qui piquent1 sur la feuille blanche de mon livre d'heures1 le premier papillon noir4 ,charlotte est trop amoureuse pour subir jamais le charme de cette cole4 ,son amour la lie au pass4 ,moi1 j'ai senti1 la porte de cette maison1 tomber comme un vtement de voyage1 tous les souvenirs tendres1 tous les souvenirs cruels1 qui font le pass d'une colire de #bj ans4 ,je suis seule au monde2 j'tais encore enfant lorsque papa et maman sont morts4 ,mais ils vivent en moi1 leur amour a form ma conscience2 jusqu'ici1 ils ont t les guides mystrieux qui m'ont conduite la porte de cette cole4 ,l'ont-ils franchie avec moi8 ,je ne sais8 ,depuis le jour de mon admission ,svres1 je ne suis plus moi3 le monde change mes yeux4 ,il y a des jours o je suis perdue1 et je ne sais encore d'o vient cet orgueil1 cette joie1 ce trouble surtout4 ,a qui dire tout cela8 ,ah6 si j'avais un ami6 ,eh bien1 ce journal sera mon ami4 ,j'prouve un plaisir infini crire ce mot au masculin3 mon ami4 ,je voudrais qu'un homme ft mon ami1 qu'une affection virile m'enveloppt1 me protget dans cette vie nouvelle qui me charme et m'pouvante4 ,je voudrais trouver en lui le ,bon conseil et le ,matre4 ,m4 d',aveline1 j'en suis sre1 serait un ami exquis4 ,il doit avoir d'infinies tendresses1 des gronderies si douces4 ,a quoi bon penser lui2 je me suis promis de me dfendre contre une toquade possible4 ,presque toutes les anciennes sont amoureuses de lui2 s'il rit des autres1 je ne veux pas qu'il se moque de moi4 ,on m'a dit aujourd'hui qu'il avait coutume de baiser la main4 ,sa bouche1 sur une main de femme1 quelle caresse6444 ,marguerite1 ,marguerite1 attention1 tu vas te laisser prendre4 ,non1 ce serait idiot4 ,puisque toi seul1 cher ,journal1 seras mon ami1 je veux tre avec toi orgueilleusement sincre4 ,je ne ferai pas ma petite ,eugnie de ,gurin2 je suis trop fougueuse et trop cline pour accepter la vie avec humilit ou rsignation4 ,j'adore qui m'aime4 ,j'ai le dsir de plaire1 mais n'attache de prix qu'aux amitis qui se mnagent4 ,je leur suis fidle4 ,j'ai la volont capricieuse1 et ne veux pas qu'on me domine4 ,je me sens libre1 ds que le calme revient en moi1 car si j'ai le sens trs net du rel1 j'ai l'imagination romanesque4 ,je vois le danger1 il m'attire4 ,ds que mon cur s'emballe1 ma volont le suit et mne follement mon imagination vers une quipe sentimentale4 ,mes aventures n'ont t que des rves2 elles ne me laissent ni dsir1 ni regret4 ,je suis encore catholique par culte de la beaut4 ,j'adore les offices comme de magnifiques spectacles2 la musique religieuse me bouleverse3 je pleure1 sans savoir pourquoi1 des larmes de grande pcheresse4 ,mais1 j'apporte ici deux cultes tenaces2 celui de la ,vierge1 parce qu'elle fut bonne et qu'elle tait pure2 celui de saint ,franois d',assise1 mon pote4 ,j'aime en passant leur donner des roses4 ,j'entre dans cette vie nouvelle1 avec un grand dsir de bien faire2 j'aimerais honorer l'cole1 car j'ai une ide trs haute de ce que doit tre une ,svrienne1 et me crois capable de tout braver1 plutt que de commettre une vilaine action4 ,enfin1 j'ai vingt ans1 je suis belle1 j'ai le respect de mon corps4 ,les ,dieux ont mis en moi une parcelle d'eux-mmes1 en me donnant la beaut3 j'ai conscience de la grce qu'ils m'ont faite4 ,en moi1 sonne haut et fier l'enthousiasme de ma jeunesse4 ,mme jour1 #i heures soir4 ,ma vie sentimentale commence par une dception6 ,j'arrive de chez ,mme ,jules ,ferron4 ,elle a t glaciale4 ,j'avais gard1 de son passage aux examens1 le souvenir d'un joli sourire de bont1 et je n'ai retrouv1 tout l'heure1 qu'une femme austre1 engouffre dans son fauteuil1 me fouillant de son il gris4 ,d'une voix sche1 elle s'est brivement informe de la famille que je n'ai plus1 de mon humeur1 de mes projets4 ,en cinq minutes ce fut fini2 sans un mot bienveillant1 me voil congdie4 'a t plus fort que moi1 de grosses larmes ont coul le long de mes joues1 j'ai baiss la tte2 elle a tout vu et m'a rappele4 ,pourquoi ,mme ,ferron ne m'a-t-elle pas prise dans ses bras1 comme maman le faisait6 ,a cette minute-l1 j'tais encore une si petite fille4 ,elle a plaisant mon enfantillage2 un baiser m'aurait donne elle1 tandis que1 pour toujours1 me voil loigne de celle qui n'a pas1 pour ses lves1 des entrailles de mre4 ,o est l'accueil que ,m4 ,bersot faisait ses lves6 ,s'il s'est attach toutes les mes qu'il a formes l-bas1 rue d',ulm1 c'est que son stocisme ne rayonnait pas1 comme il rayonne ici1 sur des landes sches4 ,comme je vais cultiver mon jardin4 #d octobre #ahi 4 ,j'ai mal dormi4 ,il y a des galopades de chats1 dans ces longs couloirs1 qui vous veillent tout moment4 ,la grosse horloge sonne trop fort dans la nuit1 et ,mlle ,lonjarrey ouvre et ferme les portes des chambres avec tapage4 ,j'avais hte d'entendre la cloche du rveil et de vite descendre retrouver mes compagnes4 ,ma chambrette me plat2 elle est bien petiote1 et haut perche3 je suis au cinquime1 sous les toits1 tel un pote qui se respecte4 ,les murs sont nus1 mais j'arrangerai tout cela4 ,l'tat nous met drlement dans nos meubles3 un petit lit de fer1 une armoire en pitchpin1 une table1 une toilette1 deux chaises1 et un miroir2 au pied du lit1 une descente1 rpe1 combien6 ,mais nous sommes libres d'embellir la turne comme dit ,b4 ,passy4 ,j'ai dj accroch ma guitare1 un symbole1 dclare ce gavroche qui est ma voisine de chambre4 ,quand je serai triste1 je pincerai une corde1 la plus grave1 j'aurai l'illusion d'entendre la voix de l'ami qui me cherche444 et que j'attends4 ,sous ma fentre1 un grand lys d'argent s'panouit et se fane sur la pice d'eau4 ,quel apaisement parmi les grands arbres du parc2 ils ont une beaut sereine1 qui se marie au calme de notre vie d'tude4 #f octobre4 ,la journe est rgle immuablement1 les tudes succdent aux cours du matin2 aprs le djeuner1 on se repose2 #a h4 #a_/b les cours reprennent2 #d heures1 les tudes recommencent4 ,on dne1 on se promne dans le parc1 ou l'on danse la salle de runion4 ,puis on va dire bonsoir ,mme ,j4 ,ferron1 dans son cabinet4 ,je n'ai pas voulu aller au bonsoir hier1 je n'ai pas encore accept de vivre si prs et pourtant si distante d'elle4 ,ici1 personne n'est surpris de cette froideur3 les anciennes y sont accoutumes2 les nouvelles1 trop heureuses d'tre libres1 ne se soucient pas de se confier leur directrice4 ,pour beaucoup1 je le vois1 ,mme ,jules ,ferron n'a d'autre rle que de prter l'appui d'un nom illustre au fonctionnement de l'cole2 ,rle de parade6 escompte d'une signature1 qui doit amorcer le public1 et rassurer nos familles sur l'esprit et la moralit de ,svres6 ,comme c'est la mconnatre4 ,il ne faut pas longtemps pour surprendre la pense d'une telle femme1 puisque ,svres est son uvre4 ,elle veut nous prparer vivre par nous-mmes1 nous suffire1 sans qu'une dfaillance arrte notre mission de professeur4 ,elle veut que ,svres nous donne cette force virile sans laquelle on s'aventure dsarm4 ,brusquement1 nous cessons d'tre des colires1 qu'une directrice coute avec intrt1 nous sommes des tres responsables et libres1 nous ne devons attendre d'elle1 qu'un mot d'estime ou de blme4 ,elle vit dans un monde d'ides si fires1 si triomphantes1 qu'elle n'admet pas1 un instant1 la possibilit d'tre incomprise1 mconnue1 ou ce qui est pis1 de se tromper4 ,sa froideur1 le respect glacial qu'elle inspire1 font partie de ce systme d'ducation qui me semble aller contre la nature4 ,que fera-t-elle de moi8 #h octobre4 ,joie1 joie1 j'ai revu d',aveline4 ,il a t charmant4 #aj octobre4 ,nos cours s'organisent1 je voudrais de suite noter mes impressions4 ,mais j'ai trop de choses voir1 retenir2 mes yeux sont blouis par le spectacle d'une vie si diffrente de celle que j'ai mene jusqu' prsent4 ,je me crois encore le jouet de quelque rve merveilleux4 #ab octobre4 ,aujourd'hui dimanche1 j'ai moi quelques heures de solitude1 amusons-nous1 m'ami4 ,adrienne ,chantilly notre cacique 7mot barbare qui nous vient de la rue d',ulm et signifie la premire de notre promotion7 nous a reues hier dans sa chambre algrienne4 ,nous avons pris le th1 dans un dcor de bazar1 embaumant1 un peu trop1 les pastilles du srail4 ,a mon avis1 elle est intelligente1 mais beaucoup moins que la rclame l'affirme4 ,c'est un esprit surfait4 ,elle est sduisante1 et je me rends parfaitement compte que1 dans l'attrait qu'elle exerce sur nos professeurs1 il y a un je ne sais quoi qui n'a rien d'intellectuel6 ,elle me fait des avances1 mais je me tiens sur la rserve2 c'est humiliant et douloureux d'abandonner la main qu'on avait prise trop vite4 ,je prfre cette cervele de ,berthe ,passy1 une originale1 un pitre1 un esprit mordant qui saute d'emble sur le ridicule des gens4 ,un mot d'elle1 vous voil peint4 ,c'est une enfant mal leve1 on lui passe tout2 et puis elle a une nature si rude1 si franche1 si dlicatement fire4 --,je l'aimerai celle-l4 ,mais le drle de pre6 un bonhomme tout sec1 qui court ses sabots aux mains1 grimpe quatre quatre nos escaliers trop sonores2 et dans le tourbillon qui passe1 on ne distingue que des tire-bouchons1 volant perdus1 l'entour d'un vieux bret4 ,c'est un pote2 sa ,muse un peu dgrafe1 dit-on1 chante ,montmartre4 ,jeanne ,viole me plat de moins en moins4 ,je la trouve manire2 elle a de petits gestes1 de petits cris1 des pruderies de langage qui m'agacent4 ,c'est elle qui dit3 l'inexpressible de papa1 chaque fois que le mot culotte exige un euphmisme6 ,elle joue si bien les ,marquises de ,marivaux1 que nous nous demandons si le hasard ne nous aurait pas donn1 pour compagne1 une princesse dguise4 ,elle ne parle que d'alliances chic1 de bibelots rares1 d'acadmiciens et de gouvernantes2 elle se contredit1 dplace ses propos flatteurs1 et l'amoureux d'hier est tantt ,bourget1 ,barrs ou ,marcel ,prvost4 ,elle avoue dpenser #ajj fr4 par mois6 ,seigneur1 je me signe1 moi qui ferai durer si pniblement mes deux cus jusqu'au #a;er novembre4 ,bast1 c'est encore l du marivaudage1 jeu des fausses confidences1 qui s'accordent trs bien avec ce joli visage poudr1 ces cheveux souples1 ces yeux gris1 fugitifs1 et ces deux fossettes qui attirent444 les baisers d',angle ,blraud1 comme un alvole attire l'abeille4 ,cette ,angle ,blraud1 quel type6 elle me poursuit de ses embrassades1 et ses joues ples1 ses yeux meurtris1 me causent une gne singulire chaque fois que je les regarde4 ,elle voulait venir1 le soir1 me border dans mon lit4--,personne ne l'a jamais fait depuis que maman est morte4 ,j'ai refus schement4--,elle a pleur4 ,parmi nous1 ,victoire ,nollet est la seule qui songe dj l'agrgation2 la premire en tude1 la dernire se coucher1 on la voit partout un rollet la main1 pour ne pas perdre une minute4 ,on ne sait trop1 la voir1 quel sexe elle appartient3 elle a le corps d'un poupon1 et la tte d'une laideur fantastique1 toujours congestionne4 ,ce qui lui attire une vole de bons mots4 ,berthe ,passy vient de me montrer la caricature qu'elle en a fait3 le poupon ,x,xe sicle1 encore au maillot1 pousse coups de reins un chariot avec plumes1 encre1 papier1 et la remorque1 un bourdaloue4 ,des autres1 je ne sais rien encore1 si ce n'est qu',hortense ,mignon a des amours contraries1 et que son sergent ,laflte1 un grand paresseux1 se prpare bien la gruger1 une fois en mnage4 ,ouf6 j'entends ouvrir toutes les portes des chambres1 vite je te cache1 cher cahier2 c'est la vieille ,lonjarrey1 qui passe son inspection domiciliaire4 ,,chapitre ,,iv ,,paquet ,,de ,,lettres ,quelques lves1 fatigues de leur premire semaine de cours1 ont quitt plus tt la salle d'tudes1 pour se reposer dans leurs chambres1 o elles baguenaudent jusqu' l'heure du dner4 ,la nuit est venue1 le gaz claire une haute salle presque dserte4 ,de longues listes de leons faire barbouillent les tableaux noirs2 des feuilles de buvard tranent sur les vieilles tables incommodes1 taillades au canif1 incrustes d'initiales1 luisantes la place des coudes4 ,le long des murs1 dans les casiers1 trane le fourbi de la nouvelle promotion2 dix cocottes en papier1 portant un nom en sautoir1 reprsentent les dix ,svriennes littraires de premire anne4 ,au milieu de la salle1 une poutre mal quarrie soutient le plafond4 ,c'est le ,pilori de ,svres1 o les mcontentes ont coutume de clouer leurs professeurs3 le pre ,taillis s'y balance perptuit au bout d'un fil4 ,trois ,svriennes1 trs absorbes par leur correspondance1 se htent d'crire1 car la cloche va sonner1 et l'inflexible ,lonjarrey1 au nom du rglement1 entend qu'au premier coup les nouvelles soient toutes au rfectoire4 ,lettre de ,victoire ,nollet ,mme ,nollet1 rue ,royer-,collard1 ,paris4 ,,cole ,,normale ,,sup,,rieure ,,de ,l',,enseignement ,,secondaire ,,des ,,jeunes ,,filles #h octobre #ahi 4 ,chre mre1 ,ne vous inquitez pas1 le rgime de l'cole me conviendra4 ,j'ai rgl de suite mon emploi du temps1 il n'y aura rien de chang dans mes habitudes3 ,a #f heures1 je suis debout2 #f h4 #a_/b1 j'ai pris ma douche et fait ma raction2 #f h4 #c_/d1 je suis en tude2 #g h4 #a_/b1 je vais au djeuner2 je remonte faire ma chambre4 ,avant #h heures1 je suis la bibliothque et #i heures au cours4 ,je trouve qu'on a ici beaucoup trop de rcrations2 j'y aviserai1 il ne faut pas perdre ainsi son temps4 ,mme ,jules ,ferron m'a demand si j'tais bien la fille de ,muma ,nollet1 le vieux ,rpublicain1 et sur ma rponse affirmative1 elle m'a serr la main1 en me disant de me montrer dans la vie la digne fille d'un tel homme4 ,il faut que j'arrive premire la licence4 ,mes compagnes ne m'intressent pas beaucoup3 j'ai trop faire4 ,la nourriture est bonne2 je mange la viande et laisse les lgumes4 ,adieu1 chre mre1 je n'ai pas autre chose vous dire2 j'ai tout ,reclus lire pour faire une leon sur les dserts4 ,votre fille qui vous aime1 ,,victoire ,,nollet4 ,p4-,s4--,mon petit chat1 travaille bien ,fnelon1 il faut que dans trois ans tu entres premire ,svres4 ,dimanche prochain1 je viendrai ,paris2 je ferai la route pied1 le docteur dit que a me fera du bien4 ,prpare ta version d'anglais1 ton discours de ,michel de l',hpital1 nous bcherons ensemble jusque #f heures4 ,ta grande sur qui t'embrasse1 mon chat1 ,,victoire4 ,lettre de ,berthe ,passy ,m4 ,jules ,passy1 pote1 boulevard ,rochechouart1 ,montmartre4 ,au bahut1 #h octobre #ahi 4 ,mon vieux ,jules1 ,ne te tourmente donc pas1 je suis trs bien ici4 ,j'ai pris mes cantonnements pour toute la saison4 ,je loge au cinquime1 ct rue1 au deuxime1 ct douves1 mais pas d'eau en bas pour y faire des ronds4 ,je connais toute la bote3 a n'a pas t long4 ,j'ai retrouv ici quelques bons zigs du lyce1 et nous avons1 en quatre coups de crayon1 camp la binette de nos professeurs1 je ne te dis que a6 ,apporte-moi donc1 jeudi1 des cigarettes et du caf1 parce qu'ici1 c'est l'usage de s'offrir le ,kaoua au sortir du rfectoire3 a fait passer le gigot1 et le poulet1 qui n'a plus que les os pour avoir trop aim1 a dit ,michelet6 ,sois tranquille1 je ne rve pas la lune2 je laisse a ma voisine1 ,marguerite ,triel1 un type chouette1 qui me botte4 ,en voil une qui te plairait1 mon vieux1 pas pionne pour un sou1 et belle1 et belle6 ,elle a mme trouv le temps de garder toutes ses illusions4 ,ce que l'cole va dmolir tout a6 ,moi d'abord je te prviens que je ne bcherai pas3 je veux mnager ma cervelle1 la pauvre6 ces examens l'ont mise une rude preuve2 il me faut au moins l'anne pour me refaire4 ,la vieille ,lonjarrey a parl de toi notre illustre mre1 et je vois l'air dont on me reoit1 au bonsoir1 qu'on prend tes papillotes et tes sabots pour une fumisterie dplace4 ,ah6 si l'on savait1 ce que te cotent ces chansons qui nous font vivre6 ,courage1 mon vieux1 dans trois ans1 tu pourras te reposer2 ta petiote te rendra1 tant qu'elle pourra1 tout ce que tu fais pour elle4 ,en attendant1 ce qu'elle a de meilleur1 son gros baiser1 est toi4 ,ta fille et amie1 ,,berthe4 ,ah6 dis ,rosalie de t'acheter de la pommade1 et de ne pas oublier1 comme a lui arrive1 le mou de ,friquette4 ,lettre de ,hortense ,mignon ,m4 ,eugne ,laflte1 sergent au #bj;e d'infanterie1 ,carpentras4 ,svres1 #h octobre #ahi 4 ,mon ,eugne bien-aim1 ,ah6 comme je me languis d'tre seule dans cette maison4 ,je ne pense qu' toi2 je voudrais parler de toi tout le monde2 faut-il que le sort soit mchant1 puisque je resterai ici une anne sans te voir1--sans te voir--mon amour6 ,mon pre m'a conduite ,paris4 ,en route1 je lui ai reparl de notre mariage1 il est devenu furieux1 il jurait1 sacrait1 t'envoyait tous les diables2 je suis sre maintenant d'tre dshrite si je t'pouse4 ,mais qu'est-ce que ces choses-l me font3 je t'aime1 je ne cderai pas1 je serai ta femme4 ,tu m'aimes bien1 dis8 tu m'attendras dis1 tu me seras fidle8 je t'aime tant6 travaille1 je t'en conjure1 ne vas pas au caf1 pense tes examens de ,saint-,maixent qui approchent2 je t'aiderai1 je ferai tout ce que tu m'enverras faire1 mais aime-moi bien4 ,j'ai fait un petit autel dans mon armoire2 au pied du ,baiser de ,prud'hon 7un phbe beau comme toi1 qui embrasse1 mange1 brle les lvres de sa bien-aime7 j'ai mis ta chre photographie4 cris-moi1 dis-moi que tu m'aimes1 nos lettres ne sont pas ouvertes1 et du reste1 ,mme ,jules ,ferron1 une philosophe1 ne se proccupe pas de ces choses-l4 ,au revoir1 fianc ador1 le plus beau1 le plus aim des hommes1 toi toute ma vie4 ,je t'adore1 ,,hortense4 ,au premier coup de cloche1 prcipitamment1 les trois ,svriennes fermrent leurs lettres1 et rangrent leurs casiers1 coururent l'antichambre de ,mme ,jules ,ferron dposer leur courrier4 ,le flot des ,svriennes1 affames par tout un aprs-midi de travail1 se prcipita vers le rfectoire1 o sur les nappes luisantes1 au milieu de chaque table1 fumait le pot-au-feu4 ,et ,berthe ,passy esquissant un entrechat1 au grand scandale de la vieille demoiselle ,lonjarrey1 souleva la soupire1 en s'criant3 --,o bni sois-tu1 pot-au-feu de nos familles4 --,amen1 fit ,marguerite1 vas-tu faire encore la parade4 ,,chapitre ,v ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel 7suite7 #ae octobre4 --,je suis bahie d'une libert aussi anglaise1 on va1 on vient1 dans la maison1 on sort le dimanche1 sans dire o l'on ira4 ,on reoit ses amis dans sa chambre1 sauf les frres et les cousins6 ils ne restent cependant pas le nez dehors1 et j'en sais qui prennent part aux gotettes du jeudi4 ,on nous laisse responsables de nos actions2 le rgime adopt l'cole est celui de la confiance et de la libert2 le rglement1 trs large1 est appliqu la lettre par l'inexorable ,lonjarrey4 ,seule1 ,mlle ,vormse1 notre rptitrice1 si attachante1 n'en retient que l'esprit4 ,il n'y a pas sur nos actions de contrle direct2 au sortir de la discipline souponneuse des lyces et des pensionnats1 on est un peu dsorient de se sentir si libre de mal faire4 ,beaucoup de ,svriennes sont encore des gamines2 il est facile d'tre imprudentes1 quand on est mal gardes4 ,aussi les potins ne manquent-ils pas6 ,mais les commrages du dehors n'ont pas de prise et n'attaquent en rien la conception trs leve qu'on se fait de notre culture morale4 ,ah6 si ,mme ,jules ,ferron consentait descendre jusqu' nous6 ,l'esprit de l'cole est bon4 ,il est fait d'une commune estime1 d'une entente sympathique entre les trois annes4 ,on s'oblige volontiers1 les anes n'affectent pas trop d'tre les douairires1 elles nous invitent au th de quatre heures2 puis table1 en salle de runion1 au bonsoir1 petit petit les anciennes nous livrent les traditions de ,svres4 ,les repas sont amusants2 on se groupe sa guise1 les conversations y gagnent en intrt3 chacune a le droit d'y tre sincre1 et d'avouer ce qui lui plat1 dans les habitudes de cette vie intime4 ,c'est l'heure des repas que se prennent les rsolutions2 de table en table passent les circulaires1 les ptitions1 les petites notes sur les objets perdus4 ,au coup de fourchette1 bien plus qu'aux conversations1 se rvlent soudain les milieux4 ,a ma table1 j'ai pour compagnes la fille d'un tisserand et la fille d'un colonel3 personne1 au cours1 ne devinerait une semblable diffrence de situation2 voil le dner servi1 les tares inconscientes1 mais rvlatrices1 trahissent l'origine4 ,jeudi nous sommes alles nous promener au bois1 c'tait charmant4 ,par groupes de cinq on trotte dans les petits chemins encore secs4 ,les feuilles craquent1 la terre embaume1 le vent picote4 ,j'ai fait connaissance avec les bassins d'eaux mortes et les ruines de ,saint-,cloud4 ,on dirait que quelqu'un habite sous ces ronces1 parmi ces statues mutiles1 ces miroirs brouills1 qu'on redoute de briser en y jetant une pierre4 ,il y a des coins de ce parc qui ont une mlancolie1 une amertume de cimetire abandonn4 ,en t1 nos chefs de groupe1 deux anciennes1 ,isabelle ,marlotte et ,rene ,diolat1 nous emmneront cueillir les fleurs pour nos herbiers1 ,viroflay1 la ,malmaison4 ,on ira loin1 loin1 mon cur bondit de joie4 ,les arbres1 les clairires1 l'ombre mouvante des feuilles1 me sduisent infiniment2 je ne suis moi1 qu'assise l'ombre des forts4 ,o ,racine1 aurais-je1 comme ,phdre1 la nostalgie des grands bois4 ,au retour1 j'ai trouv ,charlotte dans ma chambre1 tranquillement installe4 ,elle m'apportait un bel ,andr ,chnier--car j'ai une leon faire sur ce pote4 ,nous avons caus comme deux petites folles2 ,henri ,dolfire1 son fianc1 sera dans #ae jours ,paris1 nous sortirons ensemble1 il nous emmnera toutes deux au ,louvre4 ,c'est drle1 je m'imagine qu',henri ,dolfire doit ressembler un peu d',aveline2 j'ai hte de le connatre3 il me plaira1 c'est sr1 mais lui plairai-je8 ,si je mettais1 ce jour-l1 ma robe de velours noir8 ,charlotte m'a dit qu'elle m'allait bien4 ,berthe ,passy est venue prendre le th avec nous1 elle nous a lu la lettre qu'elle crivait hier soir son pre3 ,c'est inimaginable6 ,elle appelle son pre1 mon vieux ,jules6 ,et a naturellement2 toute petite1 elle a entendu les camarades l'appeler ainsi1 et voulant tre la camarade de son paternel1 ,berthe n'a rien trouv de mieux que cette irrvrencieuse tendresse4 ,impossible de se fcher de ce qu'elle dit1 tout cela jaillit d'une terre franche4 ,l'absence de la mre--elle ne m'a jamais parl de sa mre--explique cette ducation de bohme4 ,elle nous a promis un portrait soign6 qu'est-ce que ce sera1 ,seigneur66 de la vieille ,lonjarrey1 du dpensier et des autres fonctionnaires de l'cole4 ,je lui ai demand grce pour l'exquise ,mlle ,vormse3 la seule femme dont l'me tendre tressaille avec la ntre4 ,c'est notre rptitrice1 elle assiste nos leons1 et guide notre travail2 si j'avais besoin d'un secours1 j'irais elle3 je suis sre que sa figure1 d'une austrit de sainte1 ne ment pas4 ,ma main1 d'instinct1 cherche la sienne4 ,soir1 mme date4 ,une nuit diaphane tombe sur le parc1 les arbres vivent dans une clart surnaturelle2 le pavillon ,lulli rejette lentement sa cape d'ombre1 et la lune1 qui monte au-dessus du jet d'eau1 sourit la nymphe ruisselante qui se baigne dans la vasque sonore4 ,,chapitre ,,vi ,,un ,,cours ,,de ,g,,ographie ,il est neuf heures1 la cloche sonne les cours4 ,de la bibliothque1 des tudes1 des chambres1 les ,svriennes sortent en dsordre1 c'est un branle-bas dans toute la maison4 ,les ,scientifiques1 en grands tabliers bleus1 se htent d'aller retrouver ,jean1 le prparateur1 qui surveille les cornues ou dispose grenouilles1 curs de moutons1 toiles de mer1 pour l'exercice de dissection4 ,d'une allure plus tranquille1 plus lgante1 les ,littraires1 serviette sous le bras1 s'en vont par groupes dans leurs salles de cours4 ,elles bavardent1 sans se presser1 sachant par habitude1 que ces ,messieurs s'attardent volontiers dans le cabinet de ,mme ,jules ,ferron1 qu'ils veulent tout d'abord saluer4 ,quelques lves1 toujours les mmes1 pient sur le palier les craquements de l'escalier d'honneur4 ,par hasard1 elles se trouvent tous les matins sur le passage de ces ,messieurs1 heureuses d'un salut1 fires d'une parole1 triomphantes si l'un d'eux va jusqu' leur tendre la main4 ,entre soi1 cette petite comdie s'appelle monter le quart4 ,dsir et hardiesse ne vont pas plus loin3 paratre l'lve favorite d'un professeur1 est le rve instinctif de toute ,svrienne4 ,le jeu semble ne point dplaire ceux qui redoutent1 au milieu de tant de jeunesse1 d'tre les vieux barbons4 ,si libral que soit l'internat ,svres1 il n'empche point1 que six jours sur sept1 les professeurs sont les seuls hommes qui frquentent l'cole4 ,ils ont le prestige des ,dieux1 et il n'est pas jusqu' ,jean1 garon de chimie1 et ,m4 le dpensier1 major de la valetaille1 qui ne produisent sur les lves une impression flatteuse4 ,m4 ,criquet1 gloire de la nouvelle ,sorbonne1 est de tous les professeurs celui qui a le mieux capt l'esprit des ,svriennes4 ,elles lui savent gr d'tre intellectuel et vigoureux1 ct du vieux ,taillis dont l'ge n'a plus de sexe1 de ,m4 ,lepeintre1 l'minent historien1 qui s'illusionne1 de d',aveline qui se mnage1 et de l'excellent ,ptre1 qui s'offre toujours et ne se donne jamais4 ,la premire anne est en moi4 ,le cours d'aujourd'hui inaugure la srie des leons faites par les lves1 en prsence de ,mme ,jules ,ferron1 de ,mlle ,vormse et du professeur4 ,angle ,blraud doit faire un expos sur le ,ple1 et ses compagnes1 si ,m4 ,criquet le juge propos1 feront la critique de cette confrence4 ,elles attendent depuis dix minutes dj1 sous l'il svre de ,mlle ,lonjarrey1 quand un accs de toux1 rythmant des pas sonores1 annonce l'arrive de ,mme ,jules ,ferron4 ,on se lve1 les chaises crient1 la directrice s'installe2 vite ,amlie1 la femme de chambre1 glisse sous ses pieds une chaufferette4 ,victoire ,nollet bat des paupires pour faire reluire ses yeux1 ,marguerite fait bouffer sa blouse1 ,berthe ,passy s'affermit sur sa chaise1 ,angle ,blraud tremble1 mais ,adrienne1 trs calme1 toujours en beaut1 tend l'arc joli de ses lvres4 ,d'un bond1 le jeune et illustre matre est la chaire1 d'un saut il est en bas1 disposant galamment les cartes1 la gaule et le tableau noir4 --,la parole est ,mlle ,blraud6 ,une grande fille maigre1 tiole1 se lve1 et avec une gne visible marche vers la chaire2 on la sent prte pleurer4 ,elle a des yeux bizarres1 o le regard luit comme un reflet de lune dans l'ombre froide d'un puits4 ,c'est une potesse qui chante1 en prose dcadente1 la cruelle ,marguerite1 la mchante ,jeanne4 ,amoureuse de ses deux compagnes1-- souvenir de ,sapho6--,angle n'a1 pour les sduire1 ni force1 ni grce1 ni figues mielleuses1 ni flte mariant l'heure qui passe l'heure qui s'enfuit4 ,marguerite lui a ferm sa porte1 et ,jeanne1 moqueuse1 donne aux autres le baiser qu'elle lui refuse4 ,elle n'a aucune sympathie dans sa promotion4 ,assise dans cette chaire de matre d'cole1 faisant face ses compagnes1 ,mme ,jules ,ferron1 ,angle ,blraud s'affole1 le cerne trange de ses yeux s'enfonce1 comme deux stigmates1 dans sa chair d'une pleur morbide4 ,toute la salle tourbillonne autour de la chaire1 elle voit des visages inconnus qui la menacent4 ,c'est une torture inoue1 ces yeux fixant cette bouche muette1 qui se refuse absolument parler4 ,elle parle1 elle a l'angoisse de ne pas reconnatre sa voix1 d'entendre un autre moi gourmander le sien1 se substituer lui1 et faire cette leon1 sans qu'elle ait1 un instant1 conscience de ce qui se passe au pied de la chaire4 ,le trac est chose commune1 au dbut de ces confrences1 qui se renouvellent chaque cours4 ,on s'en gurit la longue1 mais les timides et les nerveuses1 comme ,angle ,blraud1 jusqu' leur sortie de l'cole1 subissent1 sans pouvoir la dominer1 la bte aux abois4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 --,mesdemoiselles1 commence ,angle ,blraud avec effort1 le sujet de cette leon est celui-ci3 tude des caractres de la rgion polaire4 ,j'ai lu tout ce qui a rapport la question4 ,bien des hypothses sont mises qui me paraissent toutes acceptables1 tant sduisantes ou ingnieuses4 ,je n'ai pas qualit pour discuter leur valeur4 ,je crois qu'en cette matire1 il faut tout attendre1 non de la thorie1 mais de l'empirisme4 ,or le ple1 pour nous c'est l',inconnu4 ,de mme qu'avant le ,x,ve sicle1 les esprits chercheurs taient fascins par une ,atlantide1 de mme aujourd'hui1 dans une tude aussi problmatique1 faut-il faire place aux visions des potes1 aux rcits des voyageurs444 ,cet exorde visiblement ironique1 puisqu'il annonce une leon tout fait en dehors de la ,mthode ,criquet1 provoque un petit rire touff dans l'auditoire4 ,l'oreille au guet1 le sourcil fronc1 le professeur griffonne quelques notes sur son carnet4 ,par phrases saccades1 brves1 avec des mots rares1 ,angle continue sa leon1 la face tremblante1 crucifie sur le tableau noir4 ,elle voque les visions blmes1 les grisailles du ple1 les apparitions tranges1 dmesurment grandies1 l'angoisse des longs jours crpusculaires1 l'clatant rveil de la lumire qui flamboie sur les glaces1 ouvre dans le ciel puis une large plaie1 par o le soleil laisse couler son sang4 ,elle-mme semble un fantme revenu de l-bas1 racontant une croisire de rve1 frissonnant l'approche d'une banquise1 qui glisse avec un bruit sourd1 des froissements1 des craquements formidables4 ,rcit monotone1 scand comme une mlope1 dont les visions lointaines fuient et s'effacent sur la trame grise d'une leon1 toute potique et sans rapport direct avec la gographie4 ,les ,svriennes n'crivent plus1 ,m4 ,criquet1 furieux1 mordille sa moustache1 le beau front de la directrice se durcit2 ,mlle ,vormse arrte ses yeux mus sur la dtresse de son enfant4 ,un grand silence marque la fin de la leon4 ,le professeur se lve1 saute en chaire2 avec une colre contenue1 il excute ,angle ,blraud4 ,mesdemoiselles1 ,la leon qu'on vient de faire ici1 pour la premire fois1 me prouve qu'il est ncessaire de redire encore ce que doit tre pour vous1 pour vos lves futures1 la vritable gographie1 science de la terre4 ,non1 non1 ce n'est pas se battre contre des moulins vent1 que d'attaquer cette dsastreuse ,mthode1 qui substitue une vaine description l'tude rationnelle1 l'anatomie de la terre1 si j'ose m'exprimer ainsi4 ,laissons la posie aux potes1 l'loquence aux professeurs de rhtorique1 soyons de bons gographes6 ,il y a une beaut gographique1 mais cette beaut est purement gomtrique1 car nous procdons ici par axiomes et par dmonstrations4 ,je m'explique3 ,il n'y a de science que du gnral1 a dit ,aristote1 or444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,et la leon du matre continue1 claire1 passionne1 entranante4 ,les ,svriennes1 suspendues ses lvres1 boivent les paroles qui rvolutionnent leurs habitudes d'esprit1 ouvrant une voie nouvelle la pense4 ,la gographie1 enseigne par ,m4 ,criquet1 n'est plus une affaire de mmoire4 ,aux faits1 se mle la recherche des causes gologiques1 astronomiques1 qui dominent les phnomnes terrestres4 ,la gographie est une rsultante des autres tudes1 particulirement de la philosophie et des sciences naturelles4 ,un peu irrite de la brusquerie du cher professeur1 ,berthe ,passy maugre ,marguerite1 enthousiasme par cette exposition si rationnelle3 --,qu'il aille donc enseigner sa mthode aux scientifiques1 si pour le comprendre1 il faut tre astronome1 physicien1 naturaliste1 gologue1 marin1 et avoir perptuellement une alidade en poche6 ,sa rflexion se perd dans le tumulte de la sortie2 la cloche sonne1 ,mme ,jules ,ferron radieuse se lve1 flicitant le jeune matre de la puissance philosophique de son enseignement2 les ,svriennes1 sans un mot pour leur compagne1 filent en salle d'tude4 ,mlle ,vormse sourit ,angle3 ce sera mieux une autre fois1 tandis que ,berthe1 prise de piti1 devant cet abandon1 dj froce1 entrane ,angle ,blraud dans le parc1 la console1 et subitement amuse1 oublie les larmes de la malheureuse1 pour faire une de ses gambades familires4 --,regarde donc la belle ,chantilly et ,jeanne ,viole l-bas1 elles courent aprs d',aveline1 ma chre3 les ,saintes ,femmes poursuivant ,jsus6 ,d',aveline1 un peu gn1 ne se retourna pas1 et1 pour cette fois1 sous le feutre camp cavalirement en arrire1 on ne vit pas frmir le dernier des ,mohicans6 ,,chapitre ,,vii ,,journal ,,de ,,marguerite #ag octobre #ahi 4 ,nous avons eu ce matin une belle confrence de ,m4 ,criquet2 propos d'une leon rate par cette pauvre ,angle ,blraud1 il nous a fait l'expos de sa mthode1 avec une chaleur1 une puissance1 qui me transportent4 ,vive la gographie du gographe ,criquet6 ,nous lchons les anciens manuels1 pour ne plus suivre que ,vidal-,lablache1 ,m4 de ,lapparent1 et surtout ,paul ,criquet6 ,nous voil dbarrasses d'un fatras pdantesque1 il ne s'agit plus que de raisonner juste4 ,j'en suis4 ,nous n'avons pas t tendres pour ,angle2 il est vrai que son obstination tait1 chez elle1 un parti pris4 ,mais qui sait l'accueil rserv chacune de nous8 ,moi1 je suis trs tourmente par cette leon faire sur ,andr ,chnier3 le sujet est dlicat1 o faut-il s'arrter8 ,il y a dans les lgies des vers qui me troublent4 ,faut-il le dire8 ,d',aveline en sera froiss4 ,mais si je tais ce ct sensuel de l'uvre de ,chnier1 ma leon sera celle d'une petite fille4 ,n'ai-je pas le droit1 sans fausse pudeur1 d'expliquer ma pense et mes impressions8 ,tact1 mesure444 ,que c'est difficile1 mon ,dieu6 ,ah6 les beaux vers3 ,l tout aime1 tout plat1 tout jouit1 tout soupire444 ,l parmi les oiseaux1 l'amour vient se poser4 ,l sous les antres frais habite le baiser444 ,j'aime me dire moi-mme ces vers1 le soir1 avant de m'endormir4 ,ils me bercent1 ils appellent les beaux songes4 #ai octobre4 ,victoire ,nollet a horreur de la salle de runion2 au lieu de venir danser avec nous1 elle prfre arpenter1 cent fois de suite1 le grand couloir glacial4 ,c'est une heure charmante que celle qui nous runit toutes dans une mme salle4 ,la pice est nue1 luisante de cire1 avec quelques belles gravures1 un piano1 des meubles canns1 que le frotteur aligne soigneusement aux murs1 et que les ,svriennes parpillent1 chaque soir1 en traneaux sur la glace du parquet4 ,ce serait un parloir de couvent1 s'il n'y rgnait une gaiet folle4 ,on rit1 on chante1 on danse1 on cause4 ,les plus graves redeviennent enfants au contact des autres1 car c'est l'oubli momentan du travail1 des peines1 des soucis de l'tude4 ,on danse surtout par plaisir et par ncessit1 pour que la digestion soit plus rapide1 et pour suppler la chaleur imaginaire d'un calorifre asthmatique4 ,les ,troisime ,anne1 suivant le code des prsances1 organisent les sauteries1 et mettent partout de l'entrain1 en gentilles matresses de maison qui seraient un peu les petites mres des nouvelles4 ,quel spectacle6 celles qui n'ont jamais eu le temps de marcher en cadence1 tendent l'oreille et font leurs premiers pas4 ,d'autres apprennent la bourre1 la polka du ,languedoc1 les branles poitevines1 voire mme le menuet4 ,et soudain1 toutes ces jupes s'emmlent et se dmnent dans un quadrille furieux1 o l'on piaffe1 o l'on houspille ses voisines1 accrochant une main1 pinant un bras1 dchirant une robe1 dans un vertige de tournoiement barbare4 ,un bien-tre indicible parat sur tous ces visages en sueur4 ,c'est la dtente nerveuse1 l'usure brutale d'une fougue vite dpense1 qui renatra demain pour s'abattre nouveau4 ,mlle ,vormse se mle nous volontiers2 son esprit droit1 sa tranquille bont1 donnent ses moindres paroles un accent qui va droit au cur4 ,une paix bienfaisante nous vient d'elle4 ,c'est une protestante passionne1 mais tolrante2 sa figure me fait songer aux ,saintes de ,port-,royal1 qu'a peintes ,philippe de ,champagne3 sur un front trs bomb1 de magnifiques cheveux noirs1 aplatis sans coquetterie2 des yeux qui vous cherchent1 une bouche simple qui vous sourit4 ,je l'aime4 ,elle m'a embrasse parce que je lui montrais l'trange aspect de notre cole1 cette heure-l4 ,l'avenue des ,marronniers semble le pied gigantesque d'une croix d'ombre1 qui s'enfonce dans la nuit2 nos classes sont les bras1 cette salle joyeuse est la place du cur4 ,tout parat mort1 la tte1 les bras1 les pieds2 le cur seul flamboie comme un cur mystique1 il est vivant de tout notre bonheur4 ,le symbole lui a plu1 alors elle m'a dit ces paroles que je veux crire ici3 ,quand vous quitterez ,svres1 ,marguerite1 emportez un rayon de cette lumire2 quel que soit votre sort1 riez au pass1 puisqu'ici vous aurez t heureuse4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,le dernier quart d'heure est le plus amusant2 il reste peu d'lves la salle de runion3 les bcheuses sont retournes leurs livres1 les paresseuses leurs lits4 ,on se groupe1 on dbine les professeurs1 on fait des chansons4 ,en voici une1 toute frache2 l'auteur est une seconde anne1 une bonne fille1 ,isabelle ,marlotte4 ,elle se chante sur un air connu3 ,voici un mule de ,platon ,la digue la digue digue ,la digue digue dong4 ,jrme ,ptre est son doux nom ,la digue digue digue ,la digue digue dong4 ,il a toujours la bouche pleine ,d'une langue qu'il tire gentiment ,a chaque instant6 ,a chaque instant ,dans ses moments d'abandon ,la digue digue digue ,la digue digue dong ,il appelle les choses par leur nom ,digue digue digue ,sur sa chaise il s'met genoux1 ,ou bien tout d'bout1 ,ou bien tout d'bout4 ,et a continue4 ,les anciennes1 qui savourent mieux que nous les traits dcochs1 applaudissent au passage1 les3 ,voil le point1 ,mesdemoiselles6 ,au surplus1 au fait1 au fait1 etc41 qui sont les mots collants de ,jrme4-- ,j'adore la valse1 celle au rythme lent2 j'aime la musique qui m'entrane sur un mode mineur2 j'aime les modulations vaines des retours en majeur1 les notes grises1 veloutes2 alors d'invisibles caresses me ferment les yeux2 tout mon corps s'abandonne au plaisir de suivre un rythme divin4 ,quelques ,svriennes ont1 quand elles dansent1 la grce des branches qui ploient et se relvent sous le poids d'un oiseau4 ,rene ,dolat1 une ravissante ,arlsienne1 a des mouvements si harmonieux qu'on s'arrte pour l'admirer4 ,mais d'autres6 celle-ci1 une toupie hollandaise qui fait du sentiment4 ,celle-l1 une corvette en dtresse1 et les ,scientifiques valsent avec une lgance de fagots agits6 ,quelle partie de rire encore1 quand on s'est aperu que les rotondits d',adrienne ,chantilly n'taient que rembourrage6 ,berthe1 toujours elle1 en dansant avec notre cacique1 lui a malicieusement piqu une aiguille au beau milieu de la hanche1 et l'autre ne broncha pas6 ,un mot terrible de d',aveline sur une ancienne1 qui a trop de prtentions la beaut mythologique3 ,vnus1 il est vrai1 mais ,vnus marine1 car il lui reste encore un peu d'algues aux dents4 ,fi le vilain4 ,a huit heures et demie1 tout le monde se retrouve la porte de ,mme ,jules ,ferron1 pour le bonsoir4 ,subitement1 ce coin de lumire et de vie meurt2 l'ennui est roi de cette solitude4 ,mme en plein jour1 ce long corridor est un triste promenoir de nonnes4 ,des murs lavs la chaux1 terre des briques trop rouges1 des fentres qui prennent la clart au fond des douves4 ,quand la lune est haute1 elle perce la crte des arbres1 et par un soupirail1 claire ce couloir d'une lumire glace1 jetant sur le mur d'ombre la silhouette blanche d'un porche de tombeau4 ,est-ce que la ,pompadour1 qui vcut ici mme1 rva de pnitences nocturnes1 en cilice1 pieds nus1 dans ce clotre presque souterrain8 ,les bruits s'y teignent1 pour ne laisser sourdre que la plainte du jet d'eau1 qui se lamente1 qui se lamente1 sans cho4 ,deux ombres enlaces passent444 un bec de gaz vacille et s'teint4 ,mon cur frissonne1 je me sauve4 #bj octobre4 ,on dit que ,mlle ,lonjarrey1 hier1 en faisant sa ronde de nuit1 a trouv ,angle ,blraud vanouie au pied d'une porte1 qu'elle dchirait de ses doigts crisps4 ,,chapitre ,,viii ,,le ,,bonsoir ,la porte de la bibliothque s'ouvrit brusquement1 et du dehors une voix jeta3 --,mesdemoiselles1 il n'y a pas de bonsoir aujourd'hui6 ,les ttes se relevrent1 un instant dtournes des livres1 et la dame au profil chevalin1 satisfaite de son petit effet1 se pencha1 fouillant la salle d'un regard autoritaire1 mfiant1 et sans bruit1 encore aux coutes1 referma la porte4 ,un bruissement1 un rire de petites feuilles passe sur toutes les lvres2 un chuchotis veille les hautes vitrines ,louis ,,xv1 blanches volires o les livres1 oiseaux captifs1 dorment d'un sommeil fcond2 et les glaces1 amies coquettes1 refltent le long des tables tous les visages gays4 ,quelques mains se frottent1 satisfaites2 des chaises remuent1 un souffle soulve les fiches et les rabat aussitt4 --,corve de moins1 et temps de gagn1 lance ,victoire ,nollet1 du plus loin de son escabelle4 ,toute la bibliothque approuve2 les ttes se replongent dans les atlas1 sur les fiches catalogues4 ,on n'entend dj plus que le crpitement du gaz qui flambe1 sous les abat-jour verts4 ,le bonsoir est tellement incrust dans la vie journalire de l'cole1 que le supprimer une seule fois est un vnement4 ,rien n'oblige les ,svriennes venir saluer ,mme ,jules ,ferron1 mais l'oublier est une inconvenance4 ,le bonsoir est plus qu'un tmoignage de respectueuse politesse1 c'est une sorte de revue familire1 d'examen de conscience deux4 ,c'est l'occasion offerte aux lves1 de parler avec confiance leur ,directrice1 de s'ouvrir librement elle4 ,mais c'est aussi l'hommage1 sorte de baise-main modernis1 que l'cole tient rendre la grande veuve4 ,pour laisser cette visite son caractre intime1 ,mme ,jules ,ferron reoit les ,svriennes dans son petit cabinet1 en bas1 prs du couloir si triste o le jet d'eau lointain pleure4 ,la porte troite qui ferme les appartements de la ,directrice1 donne sur un palier rampe de fer4 ,les ,svriennes attendent l1 debout1 presses1 embotes1 faisant queue tous les soirs1 comme au thtre un jour de prix rduits4 ,on bavarde 7 ,svres1 trois lves dans un coin1 voil un salonnet o l'on cause74 ,on s'interroge sur le travail de la journe1 sur les confrences du lendemain1 les sorties du dimanche2 celles-ci coutent1 celles-l songeuses rvent1 se regardent1 la tte pose sur une paule cline4 ,victoire ,nollet apporte son lexique allemand et1 les yeux clos1 rpte les cinquante mots qu'elle doit savoir avant de se coucher4 ,petit petit le silence s'anime1 les jambes pitinent1 les voix montent1 les colloques troublent la dernire mditation de l'illustre veuve2 un hum6 hum6 vigoureux1 de l'autre ct de la porte1 suffit rappeler tout ce petit monde impatient aux convenances4 --,rene1 je vous assure qu'il est la demie1 frappez1 on gle ici4 ,rene ,diolat1 l'lgante ,svrienne de troisime anne1 ouvre volontiers le bonsoir4 ,vite un coup de peigne pour lisser les cheveux1 en un tour de main elle a rajust sa toilette1 relev ses bagues le long des doigts fins4 --,toc1 toc4 ,pas de rponse4 --,allons frappe plus fort1 ,rene1 si elle lit ,snque1 elle ne t'a pas entendue1 murmure une ,scientifique irrite de l'attente qu'on lui impose4 --,toc1 toc1 toc4 ,mme silence4 ,rene se retire furieuse4 --,vous voyez bien qu'il n'est pas huit heures et demie1 puisque ,mme ,ferron ne rpond pas4 ,deux minutes1 trois minutes passent lentement4 ,enfin1 comme une fleur qui tombe1 petit bruit1 d'une robe froisse1 la demie se dtache de l'horloge4 --,entrez1 rpond enfin une voix sche au troisime toc-toc4 ,a pas menus1 les ,svriennes s'avancent1 l'une derrire l'autre2 chacune s'incline1 souhaite le bonsoir ,mme ,jules ,ferron1 et reoit d'elle une poigne de main4 ,suivant son humeur1 un sourire1 une parole gracieuse accompagne la rponse uniforme3 --,bonsoir1 mon enfant1 dit d'une voix lente1 avec une prononciation auvergnate4 ,les jours moroses1 o les ennuis de la maison se drobent sous un masque glacial1 la main retombe2 un bonsoir indiffrent surprend et gne les lves4 ,chacune se demande3 qu'y a-t-il8 pourquoi cette froideur8 ,avons-nous dmrit8 ,et les rires s'teignent1 car ce que les ,svriennes redoutent le plus1 c'est la msestime de ,mme ,jules ,ferron4 ,d'autres fois1 un rayonnement adoucit les traits un peu tendus de cette figure svre2 le sourire1 les yeux clairs1 le geste captivent4 ,on dirait la transfiguration d'une abbesse au sortir de la communion4 ,ces jours-l1 le petit cabinet de travail s'illumine4 ,dans la pnombre1 on la voit entoure des livres dont elle vit3 les ,stociens1 ,montaigne1 ,corneille1 les uvres de ,jules ,ferron4 ,les papiers dbordent sur les tables2 partout des portraits de son illustre poux3 mdaillons de bronze1 bustes de marbre1 eaux-fortes1 tableaux1 photographies intimes1 lui assis1 elle debout1 la main dans la main4 ,ce cabinet est le refuge consacr la gloire du grand homme2 sa veuve assise au fond d'une vieille bergre1 entretient1 au milieu de ces reliques1 un culte fidle4 ,la lampe luit sur les cheveux argents1 agrafs ngligemment au sommet de la tte2 les yeux ont la fracheur des yeux d'une toute jeune femme1 et la main grassouillette serre tendrement la main qu'elle a prise4 --,aujourd'hui1 c'est jour de confession2 bien1 je repasserai1 fait ,victoire qui n'aime pas les longs arrts sur le palier4 ,quatre quatre1 elle reprend le chemin de la bibliothque1 o tout ,reclus l'attend4 ,charitablement elle avertit l-haut les bcheuses que le bonsoir durera une heure4 ,ce jour-l1 ,mme ,jules ,ferron1 qu'une surprenante mmoire familiarise avec chaque lve1 s'intresse tout4 --,vous allez bien mon enfant8 dit-elle ,marguerite ,triel1 un peu effarouche de cette gentillesse1 est-ce que vous pleurez encore1 petite fille8 --,non madame1 rpond ,marguerite respectueuse1 je me suis vite faite ma nouvelle vie qui me plat beaucoup4 --,tant mieux1 mon enfant1 continuez bien travailler1 vos professeurs pensent du bien de vous444 ,n'avez-vous pas une amie1 qui se prsentait aussi l'cole1 que fait-elle8 --,charlotte se prpare pour l'anne prochaine1 madame1 elle sera reue1 fait ,marguerite avec lan2 un froncement de sourcils lui rappelle que ,mme ,jules ,ferron l'interroge1 mais ne souhaite pas de confidence4 ,j'espre que mon amie sera reue1 reprend-elle1 ,charlotte travaille1 elle est si intelligente4 --,a-t-elle ses parents8 --,non madame1 mon amie est orpheline1 mais elle est fiance4 --,ah6 vraiment1 fait dj curieuse1 la vieille ,mme ,ferron2 qui doit-elle pouser8 --,un artiste1 madame4 --,vous aimez beaucoup cette jeune fille1 ,marguerite8 --,charlotte est ma sur1 madame4 --,bonsoir1 mon enfant4 ,la main se fait trs douce1 mais serre vainement celle de ,marguerite ,triel2 ni la main1 ni le cur1 ne rpondent cet appel tardif et peut-tre passager4 ,a peine sortie1 une autre la remplace2 une autre vient ensuite2 chacune1 ,mme ,jules ,ferron ce soir-l1 dit un mot gracieux1 mais quand arrive le tour d',adrienne ,chantilly1 qui lui fait une rvrence de cour3 --,vous avez fait une bonne leon1 mon enfant1 mais ce n'est pas assez personnel4 ,lisez un peu moins1 pensez davantage1 ne croyez pas que la forme sauve tout4 ,ici il vous faut songer non pas vous-mme1 mais aux lves que vous aurez444 et puis1 ne vous parfumez plus1 comme vous le faites1 vous incommodez vos professeurs4 ,adrienne froisse se retire4 ,hortense1 arrive1 salue gauchement4 --,vous avez trop de correspondance1 mon enfant1 c'est du temps perdu2 je vois sans cesse des lettres qui vous arrivent de ,carpentras1 vous tes l'cole pour prparer votre avenir de professeur1 ne le compromettez pas444 et comme ,hortense1 trs rouge1 ne se retire point3 --,vous avez quelque chose me demander8 --,oui madame 7hsitant1 et baissant les yeux sous le regard dur qui la pntre74 ,voulez-vous me permettre d'aller demain jeudi ,paris8 --,encore pour aller au ,bon-,march6 dj ,mme ,ferron s'apprte refuser net1 quand ,hortense saisit au vol un mensonge4 --,non1 madame1 pour aller voir le dentiste4 --,allez1 fait la directrice1 trs indulgente aux maux de dents4 ,les ,svriennes continuent dfiler dans le petit cabinet2 selon les mines1 radieuses ou humilies1 on devine que chacune emporte son paquet4 ,presque la dernire1 arrive tout essouffle ,berthe ,passy4 ,elle s'excuse de n'tre pas venue la veille1 ayant oubli l'heure du bonsoir1 au milieu d'une lecture philosophique4 ,mme ,jules ,ferron sourit4 --,vous avez une confrence faire pour ,m4 ,ptre1 ,berthe8 --,oui1 madame1 je ne sais pas manier l'abstraction1 le langage philosophique m'embrouille4 --,voyons un peu ce qui vous embarrasse8 --,tout mon sujet1 madame6 --,allons1 allons1 grande enfant1 venez demain dans mon cabinet1 nous en reparlerons2 et conquise par la sincrit si brusque de cette nouvelle ,svrienne1 ,mme ,jules ,ferron s'abandonna jusqu' l'embrasser4 ,angle ,blraud entre2 les yeux se durcissent4 --,vous tes sur la liste du docteur1 mademoiselle2 demain1 s'il l'approuve1 l'infirmire vous donnera des douches et vous prendrez tous les soirs du bromure4 ,effare1 la malheureuse sort2 d'autres passent3 la main glisse du mme mouvement lent par-dessus le bureau1 tandis que le reste du corps s'immobilise dans l'ombre de la bergre4 ,puis1 c'est fini4 ,la porte doucement se ferme4 ,les bruits de pas s'loignent1 s'teignent dans le couloir solitaire4 ,mme ,jules ,ferron est seule4 ,les yeux sur un ,marc-,aurle1 peut-tre songe-t-elle sa mission3 ,n'est-elle pas l pour aider ces jeunes filles l'apprentissage de la vie8 ,ne doit-elle pas faire appel sans cesse leur raison1 donner leur caractre l'empreinte nergique qui leur manque8 ,quel germe couve dans cette terre trop htivement remue8 ,quelles femmes l'enseignement viril de ,svres fera-t-il de ces enfants8 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,les lves1 encore sous l'impression de cet accueil1 se demandent en reprenant leurs livres la page commence3 --,que lui a-t-on fait1 pour que nous ne puissions1 sans mentir1 l'appeler3 la ,meilleure1 notre ,mre4 ,,chapitre ,,ix ,,soir,e ,,philosophique ,mlle ,berthe ,passy ,m4 ,jules ,passy1 homme de lettres1 ,montmartre4 #bh octobre #ahi 4 ,mon vieux ,jules1 ,dimanche tu mangeras sans ta ,ppette la popote de ,rosalie4 ,impossible de quitter ma turne3 je ponds1 je ponds1 je ponds6 ,j'aurai fini mardi4 ,ce sera douloureux1 mais russi4 ,crois-tu que l'excellent ,ptre m'a donn en leon de philo3 ,de l'ducation de la ,raison4 ducation de la ,raison1 moi6 comme si j'avais l'ge o l'on parle de ces choses-l6 ,je vais1 je viens1 j'interroge toute l'cole4 ,mon exprience est nulle en la matire4 ,as-tu jamais song faire l'ducation de ma raison8 ,dis1 dis6 ,il est vrai que mon paternel ne ressemble gure celui de ,victoire1 un pdagogue qui avait invent une mthode raisonne1 vers #ahdh1 pour faire faire pipi ses chats dans une assiette4 ,aussi1 quelle fille prodigieuse il a dresse6 ,crois-tu qu'elle porte dans sa poche un petit rollet1 o tout son temps est dtaill par quart d'heure1 sans oublier ce qui est pour elle1 parat-il1 le quart d'heure de ,rabelais6 ,dans sa chambre1 elle a piqu au mur deux papiers couverts de jambages1 qui montent et qui descendent4 ,devine ce que c'est6 ,cherche pas1 va4 ,jamais tu ne croiras qu'une fille de vingt ans n'a d'autre baromtre que celui-l4 ,c'est une statistique compare des forces crbrales1 chez ceux qui travaillent le dimanche1 et chez ceux qui ne font rien4 patant1 hein6 ,dire que toi et moi1 nous nous sommes aventurs dans la vie1 comme sur une corde tendue1 le cur d'une main1 l'esprit dans l'autre1 et le balancier par terre6 ,je le ramasse et je recommence4 ,vois-tu1 mon vieux1 la ,reine de ce pays-ci est une dame longue toge1 et bonnet carr3 ,ergo4 ,qui n'a point l'esprit philosophique1 pour elle est une sotte4 ,qui n'a point de principes philosophiques1 est une mcrante4 ,qui n'a point de vocation philosophique1 est une rate4 ,maintenant que je le sais1 je rattrape la ,dame et vais porter sa queue4 ,lui faisant la cour1 je gagnerai ses faveurs coups d'abstraction1 de gnralisation1 d'induction1 de dduction1 de d-mons-tra-tion6 ,pour tre des ,batignolles1 on en vaut bien une autre4 ,elle m'a embrasse en cachette3 ,c4,q4,f4,d4 ,la maladie est dans l'air1 tu le vois1 et se gagne en quatre semaines4 ,mais pour charrier tant de globules philosophiques1 le sang de l'cole n'est pas corrompu4 ,nous n'avons pas de ,sujets comme nos voisines des ,roses1 pas la plus petite crise mystique4 ,tandis que l-bas1 les visions1 les tte tte avec ,jsus se multiplient4 ,aprs une nuit de ,pascal1 leurs yeux s'ouvrent la vrit1 et bon nombre de catholiques deviennent de farouches protestantes4 ,on les voit mme porter en amulettes les articles de foi du directeur de la maison4 ,que ferais-tu sa place8 ,lui1 naf1 les appelle3 ,mes surs en ,j4-,c4 et leur rserve de bons petits postes aux sorties de fin d'anne4 ,ce proslytisme est une rouerie qui nous amuse4 ,mais ici le zle ne va pas plus loin que de se morfondre1 sous un air enjou1 aux soires philosophiques du mercredi4 ,j'y fus hier4 ,je t'en supplie1 fais provision de chaussettes raccommoder4 ,avec mes bas1 je pourrai tirer ces deux heures de glose sur picure1 ,socrate1 les ,stociens1 ,stuart ,mill1 ,jean-,paul1 ,jean-,jacques et tous ceux qui1 depuis #cjjj ans1 croient avoir pous la ,vrit4 ,on est l trente autour de la table1 dans la salle manger de la ,veuve6 ,tu sais qu'entre nous1 ce petit mot exprime toute sa grandeur4 ,les unes apportent du travail1 les autres n'apportent rien1 les plus fines pioncent dans les coins4 ,j'tais au premier rang pour voir1 pour tre vue4 ,pas moyen de chatouiller1 de pincer1 de faire rire tout le monde1 de biller en arpge1 son il tait sur moi1 et sans cesse4 ,que penchez-vous1 ,berthe1 de chette dfinichion8 tes-vous de l'vis d',emerchon8 ,moi1 je rpondais tout de go4 ,mais j'ai remarqu que les plus intelligentes disent souvent des niaiseries1 pour ne pas se compromettre4 ,les ,scientifiques parlent du bout des dents2 elles n'entendent que ,darwin4 ,les autres1 graines de ,blise1 affectent le mpris de la ,beaut1 et repoussent1 comme un fromage qui sent1 le mariage des musiciens clestes4 ,thrsa1 qui n'a peur de rien1 a mis en branle tout le midi4 ,hortense1 si on l'avait laiss faire1 propos de tout1 aurait cit l'amour d',ugne pour son ,hortense1 et la passion d',hortense pour ,ugne4 ,j'avais beau lui faire le pied1 elle n'en voulait pas dmordre6444 ,quand c'est ,socrate qu'on lit1 on pleure4 ,ce sera le tour de tes chaussettes2 tu verras1 pas un sou d'oubli4 ,mais tu sais1 le jour o on lit la jalousie1 dans ,la ,rochefoucauld1 j'y vas les mains dans mes poches1 et je parle4 ,c'est renversant1 mais ici1 on cause de ces choses-l comme si on revenait de ,cythre4 ,o que je regrette le huis clos de ces entretiens6 a manque d'hommes1 et vois-tu1 la philosophie entre femmes1 c'est gentil1 mais c'est comme en amour1 il y manque quelque chose4 ,je ne donnerais pas ma soire pour un fauteuil tes ,guignols3 en sortant1 j'ai vu le meuble le plus cocasse que tu puisses imaginer2 c'est la bergre o l'illustre ,veuve se repose4 ,srement1 c'est un cadeau qu'a reu ,jules ,ferron sur ses vieux jours2 mais a a l'air d'une farce4 ,imagine-toi1 au milieu du sige1 brods au petit point1 un jeu de ds1 un pot tabac1 des cartes1 une pipe1 une bote d'allumettes avec ces mots rouge-sang1 placs juste la chute444 des reins3 ,feu6 ,le fou rire m'a prise1 j'ai cru que je ne retrouverais jamais ma chambre4 ,je me roulais en zig-zag dans le couloir1 secouant les portes4--,feu6 feu3 c'tait un hoquet1 des larmes1 feu1 feu4 ,j'avais les ctes trangles4 ,j'ai fini par tomber par terre1 les autres1 autour de moi1 riaient encore se pmer4 ,nous avons fait scandale1 et la chemise de nuit de ,mlle ,lonjarrey nous a poursuivies de rcriminations jusqu'au matin4 ,on devrait lguer ce fauteuil de valtudinaire en dtresse la ,comdie franaise4 ,il remplacerait les chaises perces de ,molire4 ,ah6 mon petit ,jules1 c'est toi le vrai philosophe1 puisque tu as nourri la joie dans mon cur1 et sem le rire sur mes lvres frondeuses4 ,une patte ,friquette1 un salut au cordon bleu1 un bcot pour toi de ,ta gamine1 ,p,,pette4 ,,chapitre ,x ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel #a;er novembre4 ,je ne quitterai pas l'cole pendant ces deux jours de cong4 ,charlotte est souffrante1 ma vieille cousine est encore ,orlans2 que ferais-je seule dans ,paris8 ,j'ai un peu peur de ces sorties1 je suis gne d'un regard1 surtout de ces regards qu'on rencontre le soir et qui vous dshabillent4 ,il m'est odieux d'tre suivie1 je perds la tte1 je me sauve4 ,je resterai dans ma chambrette1 coudre mes mousselines1 qui gaieront ces fentres2 piquer quelques photographies de muse ici et l4 ,je ne m'ennuyerai certes pas1 j'ai mon journal1 mon ,andr ,chnier1 et ces pages1 si drlement crites1 que ,berthe ,passy m'a apportes ce matin4 ,elle s'amuse faire des portraits1 et sa plume campe ses personnages en vrais types de comdie mais il faut la voir1 quand elle lit ce qu'elle vient d'crire4 ,toute sa figure est en mouvement2 les yeux noirs ptillent2 le nez1 trs ,franois ,ier1 s'allonge encore1 la bouche accentue l'impertinence ou la gauloiserie du trait4 ,c'est l un masque d'une mobilit si expressive1 qu' la regarder1 on croit voir les personnages mmes qu'elle peint4 --,voici le premier1 qui est frappant4 ,mlle ,lonjarrey ,des pantoufles discrtes1 feutres1 glissant de porte en porte1 entranent1 sans aucun bruit1 l'ombre couteuse de ,mlle ,lonjarrey1 qui1 du petit coup sec d'un doigt osseux1 viole l'entre de nos chambres1 sans s'mouvoir d'un pantalon qui tombe1 d'une chemise qu'on enlve4 ,par le profil1 ,mlle ,lonjarrey descend du grand ,cond2 mais la fortune n'a point souri son auguste ressemblance6 ,mlle ,lonjarrey cumule1 l'cole de ,svres1 les fonctions de gardien de la paix1 et de truchement entre les lves et l'administration4 ,le code en main1 elle surveille1 censure1 dresse un rapport1 avec un zle1 un srieux1 une bonne foi1 qui mriteraient ailleurs quelque gratification4 ,mais par une trange infirmit de l'esprit1 chez elle1 les ides s'embourbent2 au milieu d'un discours1 la roue s'enraie et ne tourne plus4 ,dans cette retraite de l'intelligence1 ,mlle ,lonjarrey rend les services de l',invalide la tte de bois4 ,cependant1 elle a conscience de la hauteur de ses fonctions4 ,nous avons rsolu1 dit-elle1 et ce nous est une politesse l'adresse de ,mme ,jules ,ferron4 ,mlle ,lonjarrey1 trs classique par la forme de son visage1 tient encore du grand sicle le respect du matre4 ,svres est une cour1 ,mme ,jules ,ferron en est la ,reine3 il importe1 pour bien vivre1 de plaire son souverain4 ,ds l'aube1 elle hume et prend le vent2 si elle caresse ou aboie1 on sait en quelle estime le matre vous a4 ,d'humeur gaie1 cette longue et maigre dame1 en son profil chevalin1 aime fouiller les petits secrets1 et donner quelques avertissements4 ,c'est un phonographe qui enregistre1 par intermittence1 de belles et graves paroles2 sa mmoire sme1 tort et travers1 des axiomes philosophiques1 qui sont pour elle autant de rgles de vigilance1 et pour les ,svriennes autant de prtextes rire4 ,car cette brave ,lonjarrey est une si bonne fille6 dans le particulier1 elle adore le militaire1--chacun sait a--et ne ddaigne point1 en son honneur1 de vider tout coup son petit verre de ,calvados4 ,elle a le gosier sec1 ou pour tout dire1 sa vraie philosophie tient1 tout entire1 dans cette larme odorante qu'elle chauffe entre ses doigts osseux1 et qu'elle sirote goutte goutte4 ,et par petites gouttes1 elle en a tant bu6 et de tant de sortes6 qu'il s'exhale d'elle un parfum de cerises1 de pommes1 de prunes1 d'oranges1 de raisins distills4 ,son cabinet ne fleure plus l'odeur des roses1 qui se pmaient entre les seins de la ,pompadour1 alors que penche sur une carte d',europe1 son pingle d'or piquait les victoires de ,louis le ,bien-aim6 ,de respirer1 l-haut1 ces fumets qui les grisent1 les petits amours titubent en trottinant sur la corniche1 et tout autour de la ,cantinire pompette1 cul par-dessus tte1 effrontment se roulent6 ,monsieur le ,dpensier ,mossieu le ,dpensier a la barbe et le port d'un ,sultan qui1 pour jouer la comdie1 porte tablier bleu en son harem6 ,cognant1 jurant1 sonnant1 voil le roi de notre valetaille3 les chambrires lui font la barbe1 les mitrons en moi1 redoutent ses colres d',agamemnon1 porteur de lardoire4 ,les ,svriennes affames sourient au rogne-portion qui1 pour un il vif1 donne #d bchettes1 et le plus gros rosbeef la plus gentillette6 ,l',infirmire ,une grande chatte maigre1 au sourire fin1 aux cheveux rares1 nourrie aux lettres contemporaines1 frotte tous les poulaillers de thtre1 ayant1 au bout de sa lorgnette1 le nez des actrices clbres1 la plastique des cabotins en vogue1 et dans sa tte les ritournelles de tous les opras4 ,la plus originale des infirmires6 connaissant ,aristophane1 et parlant ,esthtique1 avec la science compare d'une femme qui en douche #bj autres chaque matin4 ,on aime ses tisanes1 d'un got relev1 parfois quivoque4 ,c'est la gazette de ,hollande1 qu'on lit entre deux portes1 pendant que th1 caf1 ou chocolat-- drogues exquises6--chantonnent sur le gaz aux frais du ,gouvernement4 ,concierges ,philmon et ,baucis la porte du ,temple4 ,ils vieillissent l1 modestes1 tranquilles1 attendant la maladie et la mort4 ,au seuil de l'extrme vieillesse1 peut-tre une indulgente philosophie leur fait-elle croire qu'une bergerie heureuse est une bergerie mal garde4 ,silencieux dans leur loge1 ils laissent faire1 ils laissent passer1 ayant acquis par l des droits l'ingratitude humaine6 --,avez-vous encore vos parents8 demandait-on leur fils potache quelque part4 --,oui1 madame1 mon pre est ,fonctionnaire l'cole de ,svres4 ,est-ce tap6 j'aime ce tour d'esprit railleur et si vivant2 on la croit mchante6 ,que non1 ,berthe a un cur qu'on ne souponne pas2 chez elle tout est de primesaut4 ,sa verve1 c'est l'clat brutal1 mais franc1 d'une sve gnreuse4 ,sa droiture est inexorable devant toutes les petites hypocrisies qu'on dcouvre peu peu autour de soi4 #e heures soir4 ,la maison est silencieuse1 l'me de ces vieux murs1 de ces ronces1 de ces arbres1 s'est envole ce matin4 ,les cloches sonnent tristement1 lentement2 personne qui parler de ses morts4 ,ils sont l pourtant1 auprs de moi1 les chers disparus1 je sens leurs yeux sur moi2 embrasser ma mre1 comme je voudrais embrasser maman444 ,la corde a chant sous mon doigt1 trs grave2 le jet d'eau s'est tu1 pris de langueur2 la nuit tombe3 triste jour de ,toussaint444 mon me coute leur me4 #b novembre1 jour des morts4 ,j'ai travaill tout aujourd'hui1 ma leon sur ,andr ,chnier1 pour ne pas cder cette tristesse morbide qui m'anantit4 ,la pense de la mort m'pouvante1 je la fuis2 je n'ai sur terre aucun refuge o mon me puisse se blottir4 tre seule ainsi1 toute la vie6 ,il y a des jours comme celui-ci1 o je voudrais n'tre plus4 --,va1 retourne tes livres1 pauvre petite4 ,j'ai lu toute l'uvre d',andr ,chnier2 j'en emporte une impression confuse1 ardente1 troublante surtout4 ,ce qui m'a le plus intresse 7faut-il l'avouer sans rougir7 ce sont ces vers d'amour1 crits avec l'ardeur d'un sang enfivr2 ce sont des mots qui ont un parfum1 des mots qui ont la puissance d'une caresse1 des mots qui me brlent1 et que pourtant1 je ne comprends pas toujours4 ,tout mon sang est amour1 dit-il4 ,l'amour seul dans mon me a cr le gnie4 ,quelle surprise6 je dcouvre l un pote inconnu1 moins pur1 moins empoignant que celui de la ,jeune captive1 mais un pote amoureux1 qui sous les grands bois1 au bord des fontaines1 rveille les nymphes endormies4 ,camille1 voluptueuse ,camille1 cette voix qui sduit1 qui pntre1 qui touche1 sa voix chante encore les beaux vers qui te suppliaient4 ,je les lis tout haut1 et puis je me tais1 comme si je faisais quelque chose de mal4 #c novembre4 ,je suis la torture3 que dire d',andr ,chnier1 s'il faut ignorer cette partie de son uvre1 qui mon sens1 vaut bien les ,idylles de ,thocrite et certaines pages de ,virgile4 ,si j'allais consulter ,mlle ,vormse444 j'y vais4 ,mlle ,vormse a prononc ce vilain mot de posie rotique4 ,cela suffit pour clairer mon ignorance et m'interdire toute allusion ces vers4 ,allons sagement1 classons les fiches que j'ai tires de ,sainte-,beuve1 de ,jules ,lematre1 de ,faguet1 et cuisinons une belle petite confrence pour jeunes filles1 sur le ,chnier des ,iambes et des ,idylles1 sans mme leur dire1 que l'homme qui crivit ces vers tait beau comme un ,dieu4 #d novembre4 ,mon plan est arrt1 ,mlle ,vormse l'approuve1 je suis tranquille4 ,j'tudierai1 devant mes compagnes1 l'me antique et l'me moderne dans l'uvre de ,chnier2 j'essayerai de leur montrer la divine posie des anciens1 ressuscite par cette imagination d'artiste1 et la posie contemporaine ne1 chez lui1 de la sincrit de sa douleur4 #e novembre4 ,je viens d'aller faire ma leon aux arbres du parc4 ,l'air tait si doux1 que sous les feuillages blonds1 prs de l'herbe frache encore1 on se serait cru au printemps4 ,mon plan bien en tte1 j'ai improvis4 ,les paroles1 les images surtout1 naissaient chaque pas4 ,la marche rythme ma pense1 je suis toute surprise de parler ainsi sans embarras2 quand un mot s'obstine ne pas venir1 je n'ai qu' regarder les feuilles1 m'avancer plus loin sous le bosquet1 en cherchant1 et le mot1 le mot cher d',aveline1 est l sur mon chemin4 #e novembre1 #h heures matin4 ,je n'ai pas dormi de la nuit4 ,je suis nerveuse1 hors de moi4 ,si j'allais manquer ma leon1 tre au-dessous de l'opinion qu'aprs mon examen d',aveline s'est faite de moi4 ,j'ai le trac4 ,mentalement j'offre une rose aux deux saints que j'aime4 ,vite1 notons les pages lire4 ,la cloche sonne1 je vois d',aveline qui cause avec ,isabelle ,marlotte4 ,mon ,dieu que j'ai peur4 ,mme jour1 midi4 ,joie1 joie4 ,il a t content1 il m'a dit que c'tait bien1 il a lou mon tact1 l'ingniosit du plan1 la puret et la simplicit de la parole4 ,je suis ravie1 brave d',aveline1 va1 si tu savais quelle force me rendent tes loges1 comme je suis prte me donner plus encore l'tude6 ,je l'aime1 cet homme4 ,tout de suite une grande paix est entre en moi2 les yeux de ,mlle ,vormse m'ont souri1 et je me suis sentie en communion de pense avec lui1 avec mes compagnes4 ,mme ,jules ,ferron a daign1 en passant1 me sourire3 quel loge6 ,inoubliable jour que celui de ma premire leon de littrature l'cole de ,svres4 ,,chapitre ,,xi ,l',,ame ,,de ,l',,cole ,toute la premire anne se trouvait runie1 ce jeudi-l1 dans la chambre un peu austre de ,mlle ,vormse1 rptitrice l'cole de ,svres4 ,auprs du lit en bois noir1 drap de cretonne sombre1 un portrait de ,mme ,jules ,ferron2 au mur la ,cne de ,vinci2 sur une table volante1 auprs d'un buste d'enfant de ,donatello1 l',imitation de ,j4-,c4 ,c'est plutt la cellule d'une diaconesse protestante1 que la chambre o vit1 repose1 travaille1 une femme belle1 aime1 jeune encore4 ,je vous ai runies chez moi1 mes chres petites1 dit ,mlle ,vormse1 en refermant sur ,adrienne ,chantilly la porte de sa chambre1 pour donner notre entretien plus d'intimit4 ,oubliez un instant que je suis votre rptitrice2 ne voyez en moi qu'une amie1 qui veut vous parler1 au milieu de ces choses familires1 de ce que nous aimons toutes3 de notre chre cole4 ,nous ne sommes plus des inconnues les unes pour les autres4--,j'ai suivi vos examens1 je vous retrouve aux cours1 nos rptitions4 ,quelques-unes ont eu confiance en moi et sont venues me demander conseil4 ,je crois donc vous connatre peu prs1 et je tiens vous assurer que pendant vos trois annes de ,svres1 vous me trouverez toujours prte vous aider1 vous soutenir1 comme une sur ane doit le faire pour ses cadettes4 ,un murmure affectueux remercia ,mlle ,vormse1 qui la tte appuye au creux de la main1 songeuse1 semblait chercher dans son pass une leon pour l'avenir4 ,vous arrivez trs jeunes l'cole1 continua-t-elle1 vos anciennes ne vous ressemblaient pas4 ,nous sommes entres ici dj mries par la vie1 et considrant notre stage comme un abri calme et laborieux4 ,nous y avons oubli les premiers chagrins1 les dfaillances dans la lutte4 ,en nous sparant1 nous emportions le mystrieux viatique1 qui est l'amour absolu du ,devoir4 ,l'cole sera-t-elle pour vous ce refuge propice1 o l'on prend conscience de soi-mme1 o se fera la transfiguration de vos mes8444 7,d'un accent convaincu47 ,je l'espre4 ,votre grande jeunesse1 et vos rapides succs1 vous ont laiss l'illusion d'tre encore au ,lyce1 7rieuse7 un lyce select1 le premier lyce de ,france1 si vous voulez4 ,en bonnes lves1 vous avez bch vos manuels1 dvor les catalogues de la ,bibliothque1 et tout de suite1 votre programme d'tudes et de lectures a pris des proportions encyclopdiques4 ,je vous ai laiss aller4 ,au bout d'un mois1 quelques-unes ont bronch1 s'apercevant que leurs professeurs exigeaient autre chose qu'une rudition de dictionnaire1 et qu'ils se montraient plus sensibles aux traits spontans1 aux rflexions personnelles1 qu'aux dcouvertes trop faciles des bouquineuses4 ,elles sont venues moi3 --,que faut-il faire8 ,nous sommes droutes1 notre mthode de travail ne vaut rien6 ,d'une voix nette1 dtachant les mots1 ,mlle ,vormse la tte releve1 reprend aprs un instant de silence3 ,ma rponse1 mes chres enfants1 s'adresse vous toutes4 ,vous avez besoin de rflchir1 de chercher1 d'organiser votre vie intellectuelle et morale ,svres4--,rappelez-vous une chose1 c'est que votre carrire1 votre mrite de professeur1 dpendront de ce que vous ferez ici4 ,il me semble que l'cole vous propose un double but3 ,apprendre penser2 ,apprendre agir4 ,vous devez quitter la maison1 vritablement professeurs1 c'est--dire que femmes d'intelligence et d'nergie1 vous saurez diriger les jeunes filles qui chercheront en vous un modle4 ,celles d'entre vous qui ne sortent pas des lyces o l'esprit de ,svres rayonne1 peuvent1 par comparaison1 se rendre compte de notre idal de la femme instruite3 ,ni savante1 ni pdante2 un esprit juste1 cultiv1 qui cherche dans la science1 non pas une parure1 mais un appui4 ,l'cole veut prparer des gnrations de professeurs distingus1 soucieux de tous leurs devoirs1 soucieux des intrts suprieurs1 qui porteront enfin1 dans la vie1 une sagesse aimable1 une dignit simple4 ,vous trouverez ici toutes les ressources possibles pour votre travail4 ,il ne dpend que de vous de tirer profit de cette culture libre1 forte1 que vous donnent vos matres4 ,votre travail effacera les plus et les moins qui vous diffrencient4 ,chacune doit s'efforcer d'tre elle-mme1 de garder son naturel1 les qualits et les aptitudes qui font sa force4 ,n'imitez personne1 ne croyez pas qu'en refltant l'esprit d'un autre1 vous plairez mieux444 rappelez-vous ce que dit le bon ,la ,fontaine4 ,si vous tes dcourages par une critique trop dure1 ayez l'nergie de vous corriger3 bien souvent les dfauts qu'on vous trouve ne sont que l'excs de vos qualits4 ,ne vous bourrez pas des miettes d'autrui4 ,pensez1 soyez hardies1 allez de l'avant1 quitte mme vous tromper2 vous tes l'ge o l'on peut se faire une maxime du vers de ,musset3 ,mon verre n'est pas grand1 mais je bois dans mon verre4 ,donnez votre pense une forme qui vous appartienne2 forme concise1 pittoresque1 colore1 loquente1 suivant votre nature4 ,nous ne tenons pas vous couler dans un moule identique2 de l',unit dans la ,diversit1 voil la force de notre corps enseignant3 la volire chante1 coutez l'harmonie du concert444 ,avec insistance1 cherchant les yeux des ,svriennes3 ,je voudrais bien me faire comprendre de vous1 mes chres enfants1 tre sre que ces paroles viennent l'heure propice1 qu'elles vous forceront rflchir1 et voir1 dans l'tude des sciences et des lettres1 l'espace le plus magnifique offert votre pense4 ,mlle ,vormse s'arrte un instant2 les lves recueillies boivent ses paroles4 ,pendant des annes1 votre horizon a t ce coteau de ,svres2 c'tait pour vous le ,paradis3 entrant l'cole1 vous tiez sres plus tard de gagner1 honorablement et librement1 votre vie4 444 ,comme sur les ctes1 de petites barques vont de ville en ville porter leurs marchandises1 en prendre de nouvelles1 ne s'garant jamais1 grce aux feux qui s'allument dans la nuit1 votre jeunesse a suivi les escales d'une route trace l'avance4 ,d'un examen vous passiez un autre1 d'un autre au suivant1 toujours plus riches1 et plus sres d'atteindre le port4 ,vous y tes6 ,il en faudra sortir4 ,bientt les ctes s'effaceront derrire vous1 c'est la pleine mer1 c'est l'inconnu que vous devez parcourir4 ,vous ne savez pas o vous irez en sortant de ,svres1 mais dj1 par vos compagnes1 vous entendez dire que la vie vous sera dure4 ,on nous raille1 on nous mprise1 on nous attaque partout o les lyces se crent4 ,il faudra du temps1 et combien d'efforts1 pour vous faire connatre1 et obtenir de l'opinion publique1 l'estime et l'affection que vous mriterez4 ,trs bas1 d'une voix presque tremblante1 ,vormse poursuit son image3 ,oui1 c'est vraiment la pleine mer1 houleuse1 mchante1 o votre barque doit tracer un sillon4 ,que deviendra-t-elle1 si avant de quitter le port1 vous n'avez pas cherch l-haut une toile444 ,apprendre agir1 voil ce qu'il faut faire ici4 ,orientez votre vie vers une croyance1 avec la ferme volont d'agir conformment votre foi4 ,la tolrance la plus large rgne l'cole4 ,vous tes libres4 ,un systme de compression ne produirait que des tres affaiblis1 sans ressort1 soumis par la crainte1 incapables d'agir avec vigueur dans les circonstances difficiles4 ,vous seriez dpourvues de courage pour lutter contre vous-mmes4 ,d'une voix plus nette3 ,mme ,jules ,ferron a trop le respect de votre libert1 pour souffrir qu'on vous impose une direction de conscience4 ,vous tes libres de votre choix1 responsable de vos actes4 ,que celles d'entre vous1 qui ont gard le culte de leur enfance1 le gardent jalousement et y puisent la rsignation et la force pour lutter4 ,que les errantes cherchent1 s'clairent1 se dcident4 ,les discussions philosophiques de nos mercredis1 les cours de ,m4 ,jrme ,ptre1 des lectures rflchies1 les aideront se former un idal1 une religion philosophique4 ,disciples de ,socrate1 d'pictte ou de ,kant1 ayez en vous-mmes le ferme propos de vivre conformment votre loi1 d'obir toujours votre conscience1 de la considrer comme le tmoin exigeant et hautain1 devant qui vous ne sauriez rougir4 ,soyez donc nergiques et probes4 ,comme dit saint ,augustin3 ,aimez et faites ce que vous voudrez4 ,mais gardez-vous dans la vie du scepticisme qui tue l'action morale4 ,gardez-vous d'une fausse piti pour vous-mmes1 et pour les autres2 souvent ce n'est qu'une lchet dguise4 ,gardez-vous d'une facile bont1 ce n'est qu'indiffrence ou gosme4 ,faites ici l'apprentissage de la vraie bont4 ,aimez-vous les unes les autres4 ,cherchez un peu votre bonheur dans le bonheur d'autrui1 mais n'attendez jamais de votre prochain ce que vous serez toujours prtes lui donner4 ,trs mue1 ,mlle ,vormse se lve2 elle voit qu'un peu de son me illumine les yeux brillants de quelques ,svriennes4 ,pardonnez-moi la longueur de cette homlie1 mes chres petites4 ,je vous reois enfants1 mon devoir est de vous aider devenir femmes droites1 intelligentes et fortes4 ,je suis prte faire mon devoir avec amour1 et j'en serai largement rcompense1 si vous emportez de notre chre cole un souvenir de tendresse et de reconnaissance joyeuse4 ,des visages mus se tournent vers elle1 des mains confiantes cherchent la sienne4 ,d'un mme lan1 les ,svriennes se groupent avec respect1 avec amour1 autour de celle qui1 la premire ,svres1 a su trouver le chemin de leur cur4 --,alleluia1 chanta ,berthe ,passy1 en dgringolant l'escalier1 voil donc quelqu'un qui nous aime4 ,et ,marguerite ,triel1 rveuse1 se mit chercher1 dans le ciel encore nbuleux1 l'toile dont parlait ,mlle ,vormse4 ,,chapitre ,,xii ,,le ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel #ae novembre4 ,en somme la vie est trs douce ici2 nous n'avons qu' faire nos lits1 les domestiques s'occupent du reste4 ,le jeudi1 nous pouvons librement rester dans nos chambres1 nous runir autour d'une tasse de th1 causer1 chanter1 jusqu' la nuit tombante4 ,a l'heure o les becs de gaz s'allument1 il faut se sparer3 la vieille ,lonjarrey et son rglement viennent troubler la fte4 ,le dimanche1 sortie4 ,tous les jours1 le dpensier1 roulant son chariot1 dpose dans nos chemines1 trois bches et trois bchettes4 ,prudemment on conomise le chauffage1 pour la flambe joyeuse du dimanche4 ,mais qu'il fait froid6 on gle dans les couloirs2 dans nos classes les calorifres ne marchent plus6 ,il a fallu offrir une chaufferette ce pauvre ,taillis1 dont les ides1 si rares en tout temps1 se congelaient dans ses esprits refroidis6 ,sous les sycomores1 nous avons fait un bonhomme de neige sa ressemblance1 qu' tour de rle1 chaque promotion dcapite avec fureur4 ,longtemps encore1 ce pauvre ,taillis sera la tte de ,turc des ,svriennes4 --,voil l'hiver4 ,l'eau ne tambourine plus sur le zinc de ma fentre1 mais la bise hurle dans les couloirs1 s'engouffre dans les chemines1 rle sous les arbres blancs4 ,il a neig4 ,il gle1 on ne pourra plus courir dans le parc ramasser les branches de bois mort4 ,brou1444 il faudra1 malgr soi1 tre stocienne6 ,que c'est joli dehors1 j'ai les yeux en joie4 ,les coteaux sont duvets de blanc2 sur le ciel d'un gris soyeux1 la ligne des bois ondule comme une caravane nuageuse un instant arrte4 ,une nuit a suffi pour couvrir la terre d'une blancheur de pardon4 ,les tranes de clmatites s'talent1 voiles de mousseline que des mains candides voudraient dtacher4 ,la cour est veloute2 sur le toit du pavillon ,lulli1 un essaim de colombes s'est pos2 leurs pattes1 en passant1 ont entre-crois leurs fines ramilles sur la neige de ma fentre2 le bassin gel1 a1 dans sa gaine phmre1 les lueurs mystiques de l'armure que revt ,parsifal1 et tout autour1 les sycomores portent la livre du blanc chevalier4 ,les bruits s'teignent4 ,l'horloge et la cloche s'assoupissent en sonnant1 pour s'endormir tout fait1 le soir4 ,alors tout devient irrel dans la nuit lumineuse1 et je reste regarder la lune1 avec les yeux d'un vieil orfvre pris de l'orient de cette perle1 qui roule solitaire dans le firmament4 ,pas de bruit2 rien ne bouge1 et dans ce lit tout blanc o la terre se couche1 on n'entend plus battre le cur de la mre ternelle4 ,j'aime ce silence1 cette pleur des choses1 si semblables au recueillement des mes qui vont approcher de ,dieu6 #bj novembre4 ,enfin j'ai vu ,henri ,dolfire4 ,il est charmant4 ,nous avons djeun ensemble ce matin4 ,quelle bonne journe de franche causerie et d'abandon2 j'ai tant ri1 tant bavard1 tant cout1 que la tte me tourne un peu4 ,henri ,dolfire a #bc ans1 il est plutt petit1 mince1 de mouvements aiss2 il porte toute sa barbe qui est brune1 et laisse tomber ses cheveux assez bas sur le front2 des yeux bleus1 clairs et sombres1 o la pense a mis une clart magnifique1 ce qui ne les empche nullement1 quand il nous taquine1 d'avoir un regard plein de gaminerie4 ,il a bien l'air d'un artiste1 quoique sa mise soit correcte et simple2 a doit tenir l'habitude de prciser ses paroles par un geste1 ou bien cette pose d'abandon que le corps prend d'instinct1 quand l'esprit rve4 ,tel qu'il est1 il me plat3 il doit tre bon1 aimant1 il sera fidle ,charlotte1 qui le rendra trs heureux4 ,elle a avec lui des faons clines et sages de petite mre2 si raisonnable1 et pourtant si passionne1 je crois qu'elle sera pour lui la vraie compagne de l'artiste4 ,car il est trs1 trs artiste2 ,henri1 7non1 non1 n'allons pas si vite71 ,m4 ,henri ,dolfire m'a racont son voyage ,rome1 l'impression prodigieuse des vieilles ruines1 la beaut de la ,renaissance italienne1 puis le charme attachant1 presque humain1 des vieilles demeures allemandes4 ,il a des mots si expressifs1 si colors6 tait-il amusant1 lorsque je disais quelque chose1 moi si ignorante d'art1 c'est trs juste1 c'est a2 votre il sait trs bien discerner le beau1 mademoiselle4 ,et moi1 au fond1 d'tre ravie4 ,nous devons ensemble visiter le ,louvre et le ,luxembourg2 mais par avance1 j'irai me documenter de visu2 je ne veux pas avoir l'air trop botien devant nos chefs-d'uvre4 ,m4 ,dolfire est l'lve passionn de ,rodin1 il fait de son matre l'gal d'un ,dieu2 en tous cas1 il le met de pair avec ,michel-,ange4 ,o honte1 et j'ignore encore l'uvre d'un ,rodin4 ,je veux marquer d'un caillou blanc1 comme les anciens le faisaient1 cette journe dlicieuse4 ,et moi qui croyais qu'en dehors de l'cole il n'y avait pas de gens intressants66 ,voil mon esprit conquis du premier coup4 ,je dois les revoir bientt4 #bd novembre4 ,victoire ,nollet a fait une leon trs fire1 trs tolstoenne sur le droit de juger4 ,cette fille est une barre de fer2 son intelligence1 aussi bien que son corps1 ne transige avec rien4 ,elle nous refuse carrment le droit de juger nos semblables4 ,il y a du vrai4 ,mais si elle est logique1 il faut qu'elle aille jusqu'au bout1 jusqu'au nihilisme1 pour arracher la socit la lourde et cruelle main de justice4 ,jrme ,ptre s'est emball1 on a discut1 et444 tout cela s'est envol2 ce sont des confrences fumeuses que nos confrences de philosophie4 #be novembre4 ,d',aveline veut-il tre indiscret8 il nous a donn en composition littraire3 les feuilles mortes4 ,berthe dit que c'est en mmoire des cheveux qui tombent4 ,cruelle gamine6 ,n'y a-t-il pas dans la vie des souvenirs qu'on voudrait jeter au vent comme une poigne de feuilles mortes8 c'est la belle ,chantilly qui nous a fait ce soir cette triste1 cette mlancolique rflexion4 #a;er dcembre4 ,j'ai parcouru cet aprs-midi la galerie des ,antiques1 au ,louvre2 j'ai voulu commencer par le commencement1 et aller admirer les uvres dont on nous prche l'admiration4 ,avant d'arriver la ,vnus de ,milo1 la ,diane de ,gabie1 la ,minerve1 que d',hercules1 de satyres1 de faunes1 de jeunes hommes peu vtus1 j'ai rencontrs4 ,tout d'abord1 je n'osais m'arrter devant ces marbres rvlateurs2 je passais toute rouge1 confuse1 m'assurant bien que j'tais seule contempler les statues grecques4 ,c'tait idiot2 je me suis vertement sermonne1 traitant de prjug cette fausse pudeur qui me tenait les yeux baisss1 ou relevs tout juste1 devant une statue d'homme4 ,alors bravement1 j'ai ouvert mes yeux et regard la nature en face4 ,je dois m'avouer pourtant1 que cette promenade dans le royaume de la ,beaut1 m'a lgrement trouble1 et que cette chair de marbre ne m'a pas du tout laisse insensible4 ,quelle force harmonieuse dans ces corps d'adolescents qui lancent le disque ou la palestre6 ,quelle grce voluptueuse a ce jeune ,bacchus qui sourit la ronde furieuse des ,bacchantes2 et les belles jeunes filles de ,panathnes2 et le corps allong1 le corps juvnile de la desse dont les hanches se gonflent2 et la mystrieuse nymphe couche qu'aime ,thophile ,gauthier4 ,et l'esclave de ,michel-,ange1 quelle colre1 quel dsespoir1 tend les muscles de ce corps enchan6 ,je suis ivre2 cette promenade recueillie est pour moi la rvlation subite de la beaut charnelle4 ,aussitt revenue dans ma chambrette1 j'ai rouvert mon ,chnier1 aux pages que j'aime2 j'ai relu les premiers sonnets des ,trophes1 et j'ai senti mon sang couler plus vite1 mon sang brler1 aux fougueuses descriptions de l'amour des centaures1 aux tendres appels des bergers4 #b dcembre4 ,est-ce que le ,beau pourrait tre l'toile mystique8 ,j'ai tant song ce que nous a dit ,mlle ,vormse4 ,la foi1 je ne l'ai plus4 ,le stocisme est au-dessus de mes forces4 ,je ne puis rien mpriser de la vie2 j'aime tout ce qu'elle me donne1 tout ce qu'elle me promet4 ,je suis attache tout ce que le stocisme mprise4 ,mes sens me donnent de la joie3 voir1 sentir1 respirer1 n'est-ce pas dj connatre le bonheur4 ,puis une ide philosophique est une ide trop abstraite4 ,ma nature me porte vers le concret2 les images m'meuvent beaucoup plus que les ides4 ,je n'aime batailler que pour la posie1444 et pour l'art4 ,quelle sera donc ma loi6 ,je cherche4 #e dcembre4 ,il m'est arriv une toute petite chose ce soir1 en revenant l'cole2 je veux la noter ici pour le souvenir dlicat que j'en garderai4 ,j'tais avec ma vieille cousine1 nous passions boulevard ,saint-,germain devant une fleuriste1 elle s'arrte1 achte des violettes4 ,je marchande une botte de mimosa1 qui mettait des gouttes d'or dans l'ombre des feuillages durcis4 ,combien8 ,deux francs1 c'est trop cher1 ,marguerite4 ,je repose la botte2 et ma cousine1 qui ne comprend pas que pour avoir une fleur on fasse une folie1 m'entrane vers le tramway4 ,j'ai mis tout mon cur dans le regard de regret que j'ai lanc sur les branches panouies4 ,nous partons4 ,a vingt pas de l1 un gosse courant derrire nous1 crie3 ,mimosa6 ,mademoiselle6 ,mimosa6 et sans attendre1 il me met dans la main les fleurs que j'avais dsires4 ,c'taient bien les mmes4 --,combien petit8 fait ma cousine4 --,cinq sous1 ,m'ame1 rpond le gosse crnement4 --,tu vois ,marguerite qu'il est bon quelque fois d'attendre avant d'acheter1 etc444 ,oui1 mais la chre femme1 si drlement sentencieuse1 n'a pas vu1 prs de nous1 un vieux monsieur trs bien1 qui regardait et souriait4 ,tout l'heure ce monsieur choisissait un bouquet chez la fleuriste1 et j'ai compris1 un peu confuse1 qu'il m'offrait ce mimosa4 ,ne sachant trop que faire1 pour lui dire merci1 j'ai respir les fleurs4 ,et c'est tout4 ,ce monsieur ne m'a ni salue1 ni suivie4 ,mais je vais faire scher dans mon journal un petit brin fleuri4 #h dcembre4 ,je vais passer mes vacances du jour de l'an avec ,charlotte et ,henri ,dolfire4 ,je suis folle de joie4 ,et c'est dans deux jours la fte de l'cole6 ,je me ferai belle6 ,,chapitre ,,xiii ,,autour ,d',,une ,,tasse ,,de ,,caf ,adrienne ,chantilly a invit ce jour-l quelques ,svriennes prendre une tasse de caf4 ,un parfum violent de peau d',espagne s'exhale des toffes algriennes1 suspendues tout autour de la chambre3 meubles1 cuivres1 nattes1 bibelots1 cette pacotille criarde donne au cadre de la jeune beaut1 l'aspect d'un bazar1 sous les arcades ,rivoli4 ,sur les tagres1 des photographies de ,pierre ,loti1 costum suivant ses tats d'me2 sur la table de nuit1 prs du vaporisateur1 ,mounet-,sully1 dans la clbre attitude du ,to be1 or not to be1 si avantageuse la plastique du beau comdien4 ,une cafetire chantonne dans la chemine2 ,berthe ,passy1 allonge sur une natte1 surveille les prparatifs1 pendant qu',adrienne tourne htivement le moulin caf4 ,marguerite ,triel feuillette un album tunisien2 ,hortense relit une lettre d',eugne2 ,thrsa1 sans faon1 inspecte l'appartement4 --,ton caf sent rudement bon1 ma vieille1 fait ,berthe1 qui s'tire entre deux billements arpgs1 mais vas-tu nous faire languir6 ,si tu savais ce que j'ai sur l'estomac1 tu ne nous ferais pas attendre la docte ,lonjarrey4 ,d'ailleurs voici pour elle1 et ,berthe levant le bras1 montre un flacon de rhum mis bien en vidence1 pour sacrifier au culte de la gracieuse surveillante4 --,es-tu grincheuse aujourd'hui1 tu ne peux pas attendre cinq minutes1 qu'as-tu8 rpond ,adrienne1 qui mesure tranquillement son caf la cuillre1 et le verse avec mille prcautions dans l'intrieur d'une cafetire russe4 ,tiens1 visse-moi ce filtre1 je n'ai pas de force dans les doigts4 --,ce que j'ai1 tu le demandes6 et ,berthe1 accroupie devant une table mauresque1 tourne de toute la force de sa poigne1 le filtre qu',adrienne lui a tendu4 ,j'ai depuis dix-huit heures sur l'estomac le ,saint-,honor du dpensier1 et ma premire soire dans le monde4 a reste l1 j'ai beau faire le boa1 a ne passe pas6 ,le caf1 le caf1 ou je te lche8 --,patiente1 ma petite ,berthe1 tu sais bien qu'on va se payer la tte de ,lonjarrey et celle de ,christofla dans ses chansons de l',ukraine4 --,tu as les lendemains tristes1 toi4 ,allons raconte ton mal 7avec un beau geste de tragdie71 ,a raconter ses maux1 souvent on les soulage4 --,berthe1 ,berthe1 racontez1 crie ,hortense1 radieuse d'avoir relu pour la dixime fois l'ptre de son ,eugne4 ,boudiou moi qui ai si peur de faire une gaffe quand ma srie ira en soire2 entrer1 sortir1 saluer ,mme ,jules ,ferron1 jouer la comdie1 boire devant elle une tasse de th6 ,boudiou1 ,boudiou1 c'est pas ,montauban que j'aurais appris a6 --,on a prvu votre ignorance3 il y a des monitrices dans l'antichambre1 et ,marguerite1 amuse par les souvenirs comiques de sa premire soire chez ,mme ,jules ,ferron1 ferme l'album pour continuer l'initiation4 ,on vous dira3 ,en rang1 mettez vos gants4 ,attention6 je frappe1 suivez-moi1 glissez1 ne marchez pas 7a1 c'est pour les ,scientifiques74 ,saluez1 et si vous le savez1 faites une rvrence4 ,prenez ce sige4 ,taisez-vous1 parlez1 applaudissez1 mangez1 saluez4 ,allons-nous-en6 ,vous en savez autant que moi sur le protocole de l'cole de ,svres4 --,et quoi1 c'est l tout8 --,oui1 ma chre1 de neuf onze heures on s'ennuie en musique1 les deux mains sur le ventre1 les yeux sur le nombril4 ,c'est l'attitude du sage6 --,dis-donc ,berthe1 ce n'tait pas la tienne hier soir4 ,t'es-tu assez trmousse sur ton fauteuil1 jambe de ci1 jambe de l1 la tte en haut1 la tte en bas4 ,tu te tiens trs mal dans le monde2 j'avais des inquitudes pour la vnrable ruine qui te portait1 tu lui as donn le coup de grce6 --,comment1 tu oses me blmer6 ,elle est bonne celle-l3 faire revenir les gens de ,paris cinq heures1 les arracher leur paternel1 leurs amis1 leur chatte1 aux petits plats du dimanche1 pour les tenir assis1 muets1 face face en rangs d'oignons4 ,et qu'est-ce qu'on leur offre8 un harmonium pleurard1 un piano nasillard1 des voix qui chevrotent4 ,autant vaudrait suivre le service de l',arme du ,salut1 l au moins tout y est cocasse4 ,oh6 je vous recommande un air des petits agneaux pour harmonium et piano2 il m'a pris l'envie de faire une ronde avec la vieille ,lonjarrey et de chanter1 au beau milieu de ce salon3 ,il pleut6 ,il pleut1 bergre1 ,ramenez vos moutons4 ,et ces sentences inoues3 7imitant la voix de ,mme ,jules ,ferron74 --,je n'aime pas le ,chpin1 mon enfant1 ch'est une mugique malchaine4 ,oui1 oui1 on ne doit pas faire attenchion aux paroles qu'on chante4 ,ch'est la mugique qui est tout4 --,oh l l6 a ferait plaisir mon paternel4 ,je demande au prochain tour chanter un latou latou1 sur une pirouette4 ,vous savez1 vous autres1 il faut s'excuter1 et payer en monnaie de singe la tasse de th et le rhum1 et les tuiles de l',illustre ,veuve4 7,imitant encore la voix de ,mme ,jules ,ferron47 ,et vous ,marguerite1 vous tes mugichienne8 nous vous coutons4 ,et vous ,jne vous rcitez8 et vous ,victoire vous chantez8 ,toutes y passent1 je444 ,marguerite interrompit ce flot de paroles1 qui de lui-mme allait s'arrter1 dans un de ces billements dont ,berthe tait coutumire4 --,allons1 allons1 vilaine gamine1 ne t'emballe pas1 tu as rattrap le temps perdu4 ,savez-vous qu'hier soir1 dans le couloir des chambres1 cette incorrigible s'est mise faire de la boxe avec une troisime anne1 qui a eu le nez cass d'un coup de poing6 --,c'est vrai1 j'ai fait la folle1 j'avais de tels grillons dans les jambes1 que d'un bout l'autre du couloir1 je me suis rue sur toutes les paules que je rencontrais4 ,mathilde a voulu riposter1 et devant sa porte3 un1 deux1 moulinet4 7,prudemment les ,svriennes se mettent hors de porte47 ,je lui ai envoy mon poing en pleine figure3 ah6 le beau coup6 --,dis-donc ne recommence pas2 va plutt qurir ,mlle ,lonjarrey et racoler ,jacqueline1 voil le caf qui filtre4 ,d'un bond ,berthe ,passy est dehors1 et l'on entend1 sur les planches sonores du couloir1 la bte chappe qui piaffe et se rue chez ,mlle ,lonjarrey4 --,cette ,berthe1 quel type6 ,mme ,jules ,ferron se gondolerait l'entendre1 fait ,thrsa1 dont les rflexions manquent assez souvent aux plus lmentaires convenances4 --,ne croyez donc pas un mot de ce qu'elle vous dit4 ,berthe a le don de faire des charges propos de tout4 ,je vous assure que cette soire a t un peu longue1 un peu morte1 mais pas si ennuyeuse que vous l'imaginez4 ,on entre l petits pas1 comme dans une chapelle3 l'harmonium est dans le coin1 le buste de ,jules ,ferron1 au milieu4 ,il y a des siges4 ,des fleurs aussi4441 sur le tapis4 ,aux murs des tableaux anciens1 alternant avec des glaces4 ,mme ,jules ,ferron parle chacune de nous2 il faut lui rpondre avec mesure1 avec tact2 elle applaudit d'abord1 on applaudit ensuite4 ,on l'applaudit elle-mme1 quand elle joue en grande artiste du ,beethoven4 ,vous lui verrez un air riant1 et dans sa longue robe trane1 une dignit simple qui la transforment2 nous ne sommes plus ses lves1 mais ses invites4 ,c'est trs curieux observer4 ,par malheur1 nous1 nous ne changeons pas2 la gaiet se fige sur tous les visages1 il y a quelque chose de contraint1 de glacial1 qui gte la fte qu'on nous offre4 ,les troisime anne ont jou ,m4 ,perrichon2 ,labiche a1 parat-il1 toute l'anne les honneurs du tapis bleu1 puis on a pris le th1 debout devant sa chaise2 ,mme ,jules ,ferron tient la thire et passe1 ,mlle ,lonjarrey suit444 avec le rhum et le sucrier1 la doyenne offre les gteaux secs2 on boit timidement1 avec la terreur de commettre une maladresse4 ,les tasses sont de ,chine1 offertes l'orateur par un mandarin de passage et444 ,la porte s'ouvre en coup de vent1 ,berthe ,passy s'efface1 laissant passer la riante ,mlle ,lonjarrey1 puis ,marie ,christofla1 dite ,jacqueline une seconde anne1 qui parsme sa chevelure de fleurs1 et sa robe de bijoux4 ,lve-toi1 ,jacques1 lve-toi6 fait ,berthe parodiant ,branger1 ,voici venir l'huissier du roi4 ,le caf est exquis1 on le savoure assis la turque sur les nattes parses2 seule ,mlle ,lonjarrey se prlasse dans un fauteuil3 ,berthe lui a pris les deux pieds1 et a cal sur un coussin de drap fin1 brod par quelque odalisque1 les deux arpions de la surveillante4 --,mademoiselle1 un peu de ce rhum ,letchy1 premire marque4 --,volontiers1 mon p'tit4 ,une rasade tombe dans la tasse1 puis une autre plus longue2 ,mlle ,lonjarrey1 en connaisseur1 dguste avec de petits claquements de langue4 --,que disiez-vous donc1 mes p'tits1 quand je suis entre8 --,marguerite nous racontait ses impressions sur la soire d'hier2 elle est ravie1 ,berthe aussi1 de l'accueil si gracieux que leur a fait ,mme ,jules ,ferron444 ,mlle ,lonjarrey n'a point vu le roulement d'yeux de ,berthe1 ni le rire dguis de toutes ces jeunes bouches1 qui feignent de chercher1 au fond de leur tasse1 la dernire goutte de caf4 --,oh6 mes p'tits6 on ne sait pas quel grand cur est celui de ,mme ,jules ,ferron6 moi qui suis son bras droit1 j'en sais long l-dessus2 si je parlais444 ,puis1 changeant brusquement de sujet1 par suite de cette infirmit d'esprit qui l'empche de suivre une ide jusqu'au bout3 ,aurez-vous de gentilles toilettes pour la fte de l'cole8 ,vous savez qu'il est dfendu de se dcolleter3 ni bras1 ni paules nus2 pour le reste a vous regarde4 ,au fait ne parlons pas de cela1 puisque c'est une surprise que vous nous ferez4 ,adrienne1 passez-moi le flacon4441 exquis ce rhum1 exquis4 ,la main1 dessche1 tremblote2 et l'odeur de rhum chauff se rpand tout autour de ,mlle ,lonjarrey4 --,aviez-vous remarqu1 mademoiselle1 fait ,berthe1 en humant plein nez l'odeur sui generis de la surveillante1 dont le corps la longue l'imprgne d'alcool1 aviez-vous remarqu que ,myriam ,lvis se prsente toujours de profil8 --,c'est vrai1 mon p'tit1 elle fait valoir ce qu'elle a de mieux4 --,un profil de mdaille4 --,pour le temple de ,salomon4 --,une reine de ,saba1 quoi6 ,et ,marguerite fredonne3 ,le roi ,soliman1 la voyant si belle444 --,je crois que ,myriam ne moisira pas dans notre corporation4 ,elle se mariera tout de suite4 --,qui sait8 on se marie difficilement par le temps qui court2 vous toutes1 mes p'tits1 ne vous faites pas d'illusions1 vous ne trouverez pas facilement chaussure votre pied444 --,tant pis1 mademoiselle1 on se consolera2 moi d'abord je suis amoureuse6 --,vous mon p'tit6 et de qui8 allons ,berthe dites1 dites4 --,je n'ose pas4 --,mais si1 dites1 dites4 ,tous les regards dvorent ,berthe1 qui feint un embarras subit1 et se tranant sur la natte1 la faon d'un cul de jatte1 s'approche de ,mlle ,lonjarrey et pose sa tte malicieuse dans le giron de la vieille fille4 --,vous le voulez1 mademoiselle4 --,oui1 dites1 dites1 serait-ce de ,m4 ,ptre1 de ,m4 ,criquet8 peut-tre de ,m4 d',aveline6 ,la vieille ,lonjarrey grille d'impatience4 --,eh6 bien voil1 mademoiselle2 je suis amoureuse444 7rougissante7444 de pommes de terre frites4 --,ah6 ah6 ah6 elle est bien bonne1 ah6 ah6 ces p'tits veulent se payer ma tte1 ah1 ah6 ,le rire1 qui secoue la bouche prodigieuse1 et met en branle le dentier de ,mlle ,lonjarrey1 gagne toutes les ,svriennes2 on se lve1 on se presse1 on tire ,berthe qui se dfend4 --,mais oui1 je vous dis que je les adore2 tant pis si je moucharde1 mais je vous jure que le dpensier nous les rogne1 il les compte1 mademoiselle1 il les compte4 ,si c'tait un effet de votre bont de lui dire qu'il en mette un peu plus dans sa pole4 --,oh6 mon p'tit1 je vous donnerai les miennes6 elle caresse ,berthe du bout de son doigt sec comme une branchelette1 et mire son petit verre de rhum dans l'clat de la flamme6 ,hein quel esprit franc6 quel cur ouvert6 rien de cach l-dedans4 ,il faudra que ce soir je conte a ,mme ,jules ,ferron4 ,revenons donc ce que je vous disais tout l'heure4 ,j'en causais justement ce matin avec ,mme ,jules ,ferron3 ces p'tits1 disais-je1 ne se marieront pas2 elles en valent bien d'autres cependant4 ,ainsi1 moi1 je ne suis plus jeune1 je ne suis pas jolie1 eh bien1 qui m'pouserait ne ferait pas une mauvaise affaire444 au bas mot1 je rapporterais #aj4jjj francs par an mon mari4 --,et comment8 ,boudiou1 ,ugne ne m'en demande pas tant4 --,suivez bien mon raisonnement3 ,appointements fixes44444444444444444444444444444444444 44444444 #b4jjj fr4 ,tenue de maison1 pas de coulage1 ordre1 conomie1 couture1 repassage1 blanchissage1 etc4 ,est-ce trop d'estimer a4444444444444444444 #f4jjj fr4 ,mes gots sont modestes1 je ne vais ni au concert1 ni au thtre 7ni au caf1 chuchote une voix impertinente71 tout cela reprsente bien1 bon an1 mal an44444444444444444444444444444444444444 44444444444444 #b4jjj fr4 ,faites l'addition1 voil mes #aj4jjj fr4 --,c'est net comme torchette4 ,et vous n'avez pas trouv d'pouseur ce prix8 --,non ma p'tite ,berthe2 je tiens trop l'cole pour la quitter jamais3 on m'aime1 car vous m'aimez1 n'est-ce pas8 on vient me voir1 j'ai des poussins un peu partout1 qui viennent me faire fte le dimanche4 ,vous verrez mes pipos1 les pipos de mon cousin1 et mes p'tits blaux1 pas un ne m'est infidle4 ,je vous inviterai chez moi1 un jour qu'ils seront l4 ,eux1 a ne compte pas4 ,vous n'avez pas de dot1 mes p'tits1 ils ne vous feront point la cour3 ah6 les hommes1 pas un qui calcule comme nous4441 de la poudre aux yeux444 faut savoir jeter de la poudre aux yeux444 ,ah6 si j'avais encore votre ge1 pauvre ,lonjarrey444 ,vous verrez plus tard1 vous direz3 ,elle avait bien raison1 ,mlle ,lonjarrey1 comme elle connaissait la vie6444 ,le rire tremble sur toutes les lvres1 qui se crispent dans une grimace attendrie4 ,marie ,christofla1 trs digne1 se retire l'anglaise sans avoir plac ses chansons de l',ukraine2 les ,svriennes ne s'en aperoivent pas1 empresses autour de la pauvre incomprise1 qui soudain entendant sonner la cloche des cours1 tend son verre ,didi4 --,il n'y a que a qui ne trompe pas1 mes p'tits1 encore une goutte1 une petite goutte4 --,oui1 mademoiselle1 la goutte de consolation4 ,,chapitre ,,xiv ,,la ,f,,te ,,de ,l',,cole ,svres n'est plus la maison grave1 o toute la vie se rgle aux tintements des cloches4 ,la joie court librement au bruit des talons qui sonnent1 des portes qui claquent1 des lumires qui courent1 clairant robes blanches et papillotes4 ,les vieux couloirs1 o persiste d'habitude l'cre odeur de peinture rouge1 embaument les eaux de toilette et le parfum subtil des visages poudrs4 ,depuis un mois1 les ,svriennes chuchotent leurs projets1 organisent un comit4 ,aux ,scientifiques1 les cotisations et le souci des vivres2 aux ,littraires1 le soin du programme et du dcor de la fte4 ,l'cole elle-mme1 pour fter l'anniversaire de sa fondation1 offre aux lves un festin de ,balthazar3 sur les bras d'une femme de chambre1 un norme saumon1 passe de table en table1 acclam avec fureur avant d'tre dpec4 ,il y a encore dindonneaux et galettes4 ,jusqu'au dernier moment1 le programme de la fte est un mystre2 mais le bruit court qu'il y aura des projections lectriques1 et que des bombes glaces remplaceront1 au souper1 le traditionnel nougat4 ,l'cole1 ce jour-l1 est un peu folle2 ces messieurs1 indulgents1 ferment les yeux sur le travail qu'on nglige2 ,mlle ,lonjarrey laisse courir1 de droite et de gauche1 les ,svriennes trs court vtues2 il n'est pas jusqu'au jet d'eau qui ne dresse coquettement1 sur l'eau engourdie1 son plus joli panache6 ,ds huit heures du soir1 le rfectoire n'est plus qu'une magnifique salle des ftes3 partout des fleurs1 des lumires2 de bec en bec1 des guirlandes de lierre1 des girandoles de papier rose piqu d'toiles4 ,quelques paravents chinois simulent les coulisses d'une petite scne1 et tout prs du piano1 sont tals les lots pour la loterie des pauvres4 ,par couples les lves descendent1 car l'usage veut qu'une ,ancienne ait une ,nouvelle son bras1 pour entrer dans la salle4 ,adieu les robes fanes1 les sarraux bleus1 les cheveux en chien fou2 les ,svriennes sont toutes en robes de bal1 fleurs au corsage1 un tantinet dcolletes1 pour fronder le rglement4 ,la transformation est surprenante2 elles se regardent les unes les autres1 tonnes1 charmes1 comme les passants1 le soir1 s'arrtent devant les petites boutiques inaperues le jour1 et qu'un rayon intrieur illumine et pare4 ,les moins bien arranges sont encore charmantes4 ,on se presse1 on se cherche1 on s'appelle1 on se dshabille du coin de l'il4 ,derrire l'ventail1 aux entres sensationnelles1 ce sont des oh6 des ah6 d'admiration un peu enfantine1 mais sincre4 ,marie ,christopha est en satin rouge1 des graniums sems dans les cheveux1 des bagues tous les doigts4 ,rene ,diolat trenne une robe de crpon mauve1 qui discrtement pare sa beaut blonde4 ,adrienne ,chantilly est en tulle jaune1 avec de lourdes broderies de jais2 ,jeanne ,viole en cachemire bleu1 ,victoire ,nollet en gris1 ,angle ,blraud en foulard vert1 ,hortense en rose de village1 ,berthe en blanc1 ,marguerite en velours noir4 ,chacune grille de plaisir1 en songeant au bal qui va suivre le concert4 ,et pourtant ce ne sera qu'un bal blanc2 par prudence1 afin de ne pas tourner ces jeunes ttes1 les professeurs mmes ne sont pas invits4 ,le dpensier1 seul1 de loin1 regarde la fte4 ,adrienne1 trs en beaut1 dplore de groupe en groupe1 de ne pouvoir faire un vis--vis avec d',aveline1 et de connatre l'ivresse de la valse1 au bras de ,jrme ,ptre et de ,m4 ,lepeintre1 le nouveau professeur d'histoire4 ,des programmes circulent1 tous dessins et peints l'cole1 il y en a de charmants4 ,on sait alors1 que ,myriam ,levis sera la ,muse dans la ,nuit d',octobre1 et ,sylvia dans le ,passant4 ,rene sera la ,vierge dans le ,nol de ,bouchor4 ,de toutes parts1 les ,anciennes1 aujourd'hui professeurs1 arrivent l'cole2 les absentes s'excusent par une dpche1 par une lettre2 on lit les missives dans le brouhaha de l'attente4 ,le comit s'effare1 il y a conflit au sujet des prsances2 on se fche1 ,mlle ,lonjarrey parle d'aller se coucher1 si elle n'a pas la gauche de ,mlle ,jules ,ferron2 et ,mlle ,melnotte1 du lyce ,racine1 exige la prsidence d'une table1 si on veut la garder jusqu'au bout4 ,on va se quereller1 le comit en bloc va rendre les cordons du tablier2 il n'est plus temps4 ,la porte s'ouvre1 un grand silence apaise1 une seconde1 les colres1 les jalousies1 les coquetteries1 les dsirs qui se chamaillent4 ,sous un flot de lumire1 entre les ,svriennes formant la haie1 ,mme ,jules ,ferron passe au bras de la ,doyenne4 ,l'tat-major des surveillantes et des rptitrices la suit1 en robes sombres4 ,la ,veuve porte une longue robe princesse en pou de soie noire1 dont la trane petit bruit serpente sur le plancher cir1 corrigeant1 par les plis d'une toffe cossue1 l'abandon d'un corps grassouillet4 ,elle sourit1 et derrire elle1 le mme sourire se propage4 ,la joie des ,svriennes1 le souvenir de l'uvre qu'elle cra si victorieusement1 illuminent ses traits1 leur donnent une beaut sereine1 qui ne s'effacera qu' la porte de chez elle1 o de nouveaux tracas l'attendent4 ,mme ,jules ,ferron s'est assise1 le concert commence4 ,piano1 violon1 chant1 monologues1 rcitatifs1 tout est applaudi par des mains gnreuses et des esprits distraits4 ,on chuchote derrire les ventails dresss3 ,vois donc1 ma chre cette peau rugueuse1 ses bras ont en permanence la chair de poule4 ,une fausse grasse1 je te le disais bien1 des bras gros comme des fifres4 ,victoire est-elle assez boudine4 ,c'est pas un corset1 c'est une camisole de force4 ,comment8 a1 ,louise ,melnotte6 le bguin de ,jrme1 a1 a6 elle vous a un air de dtailler de la p'tite saucisse et de la chaircuiterie4 ,heu1 rappelle-toi ,rousseau1 ces philosophes gobent tant de choses4 --,chut6 chut6 ,mlle ,lonjarrey baisse les lumires1 les ventails s'abattent sur les genoux1 les yeux fixent la scne1 o ,myriam ,lvis parle au pote qui pleure4 ,elle est voile1 mais son fier profil au milieu des blancheurs1 se dtache presque lumineux4 ,on n'entend plus un souffle2 quelque chose d'inexprimable1 de trs grand1 fait trembler les lvres qui coutent3 ,l'homme est un apprenti1 la ,douleur est son matre1 ,et nul ne se connat1 tant qu'il n'a pas souffert4 ,la voix se fait lointaine1 musicale1 troublante2 les curs les plus ingnus palpitent d'un moi lger1 pour avoir entendu dans l'ombre1 les yeux clos1 la plainte amoureuse du grand ,inconsol444 ,une ritournelle1 un rigaudon de ,rameau1 efface l'impression trop vive1 et les bouts de causerie reprennent en bourdon1 jusqu' ce que ,myriam revienne1 et d'une voix brise1 puis ardente1 puis frache comme le bruit d'une fontaine1 dise les regrets de ,sylvia et la tristesse de ne plus aimer4 --,c'est trop bien6 elle serait sur les planches1 qu'elle ne jouerait pas mieux4 --,dis donc1 ,margot1 c'est le cas de dire qu'aujourd'hui ,svres reoit ,m4 ,cupidon6 mais voil1 ici1 ce n'est pas autre chose que ,vert-,vert chez les ,couventines444 --,tu ne rponds pas1 qu'as-tu8 tu souffres8 --,tais-toi1 ne me regarde pas1 je t'en prie1 ,berthe2 je ne sais pas ce que j'ai444 cette posie m'a fait mal1 j'ai le cur si gros444 7trs bas7 de n'tre pas aime1 et deux grosses larmes tombrent brlantes sur les mains qui se rejoignaient4 ,le concert fini1 la tombola tire1 on s'en va la queue leu leu1 dans la salle de runion1 manger sandwichs et babas1 glaces et petits fours4 ,on se congratule1 on s'embrasse2 ,myriam1 trs entoure1 rsiste peine aux compliments qui l'accablent2 elle abandonne sa belle main aux lvres d',angle ,blraud1 ses regards disent assez l'ivresse de la cabotine triomphante4 ,rene1 la vierge pure du ,nol1 disparat devant cet clat2 les ,svriennes affoles adorent en ,myriam1 le pote de l'amour1 que cette voix leur a rvl4 ,elles dansent1 mais leur pense est ailleurs2 comme une matresse1 la posie les caresse et les meurtrit4 ,elles tourbillonnent perdues1 silencieuses1 et les heures passent1 les heures s'en volent1 elles sont heureuses4 ,mme ,jules ,ferron regarde et sourit encore4 ,sur l'ombre orgueilleuse de la vieille maison1 se droule1 s'enlace1 la liane vivante d'une dernire farandole2 et pour un soir1 oubliant dans cette ivresse son impassibilit stoque1 elle se sentit enfin des entrailles de mre6 ,,chapitre ,,xv ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel #ae dcembre4 ,l'cole1 le soir de la fte1 tait en beaut2 un coup de baguette et l'austre prison1 devenue un palais de ferie1 nous laissait chacune l'illusion d'tre dans un de ces collges d',outre-,manche si la mode aujourd'hui4 ,nous tions toutes belles2 qu'il doit tre difficile1 dans un vrai bal1 de choisir la reine2 ici nous avions toutes une fracheur1 un clat1 des yeux si rayonnants1 que je ne saurais fixer une prfrence4 ,j'avais mis ma robe favorite1 ma robe de velours noir1 si simple1 toute droite1 avec une petite trane souple1 qui se pose1 quand je m'arrte1 comme un joli chat rclamant une caresse4 ,autour du cou1 une charpe de tulle bleu1 faisant papillon au bas de la nuque2 mes cheveux avaient un joli reflet d'or444 ,j'ai embrass mon miroir pour lui dire merci4 ,et cependant1 je garde un souvenir pnible de cette soire2 je suis partie radieuse au bras d',isabelle ,marlotte1 je suis revenue navre6 ,navre d'une tristesse incomprhensible4 ,ces lumires1 ces fleurs1 ces rires1 brusquement ont teint ma joie4 ,myriam a dit des vers de ,musset1 j'ai pleur1 et je ne sais pas pourquoi j'ai pleur4 ,j'aurais voulu fuir1 courir dans le parc1 appeler1 qui8 crier cette peine que j'ignore1 mais que je sens au fond de moi-mme1 comme une plaie qui m'puise4 ,quel coup m'a donc blesse8 ,la vie me rit1 mes compagnes m'aiment1 mes professeurs m'encouragent1 ,mlle ,vormse ne cache point l'intrt qu'elle me porte4 ,alors8 ,depuis trois mois1 je m'accoutume cette existence solitaire2 ce n'est pas de vivre enferme que je souffre2 depuis longtemps je ne vis qu'avec moi-mme4 ,c'est un tourment1 un besoin confus1 mais sans rpit1 de me dgager de mes anciens rves4 ,le pass me laisse indiffrente1 tant de choses nouvelles m'attirent2 chaque jour1 par une lecture1 par un effort1 j'avance vers ce but1 encore voil4 ,est-ce curieux1 j'prouve par l'esprit1 un malaise analogue celui que tout mon corps subit lorsque je devins jeune fille4 #af dcembre4 ,j'assiste impassible ce bouleversement de mon tre4 ,l-haut j'ai vu ce soir l'image de mon tat d'me4 ,des nuages galopent1 fouaills par le vent qui se lve2 c'est une course insense travers le ciel2 ils passent devant la lune qui s'obscurcit1 d'autres accourent1 puis la meute fantastique disparat1 dgageant l'astre qui monte1 serein vers son znith4 #bc dcembre4 ,une chose me frappe l'cole1 et me semble la caractristique de l'enseignement qu'on nous donne3 les ,svriennes parlent sans cesse de licence1 d'agrgation1 jamais de professorat6 ,jamais il n'est question de nos futures lves4 ,jamais nos leons ne visent l'esprit limit d'enfants de dix quatorze ans4 ,foin de pdagogie thorique1 semble-t-on dire1 en forgeant on devient forgeron1 faber1 fabricando4 ,sur la fin de notre carrire1 nous serons peut-tre capables d'enseigner1 simplement1 des choses lmentaires4 ,je me reconnais inapte1 au sortir de l'cole1 mettre la porte de mes gamines1 l'histoire du moyen ge que nous tudions en ce moment4 ,un beau sujet de composition crite que celui-l3 ,rle de l'glise sous les premiers ,carolingiens4 #bd dcembre1 soir4 ,jeanne ,viole nous a offert ce soir un punch promotionnel4 ,c'est toujours tout pareil1 on potine1 on s'use dire des riens mchants4 ,j'aime mieux rester seule deux heures dans ma chambrette4 ,les bougies ont une clart charmante prs des fleurs1 au milieu des mousselines qui parent mon lit1 mon miroir1 ma fentre4 ,joie de lire seule et de rver aprs1 d'aller ailleurs1 dans ce monde qu'ouvre la posie1 comme un autre firmament4 ,minuit1 ,nol4 ,les cloches sonnent1 les voix fredonnent1 le jet d'eau tinte dans la nuit4 ,l-haut1 glisse dans les nuages1 le ple visage de la ,mre4 ,d'un souffle elle carte les voiles qui la nimbent1 et radieuse se penche vers la terre4 ,sous ce regard d'amour1 le jet d'eau ploie1 ses broussailles ruisselantes s'cartent1 et comme en un berceau de rve1 l'image incertaine de l',enfant sourit l'clatante image de la ,mre4 ,o ,nols de mon enfance3 ,courons d'un grand randon ,vers thio petit poupon4 ,je veux former un vu1 exauce-le1 petit ,jsus de mon enfance3 fais que bientt je dcouvre l'toile qui dirigera ma vie2 comme les ,bergers et les ,mages1 je te le jure1 je la suivrai jusqu'o elle me mnera4 #ca dcembre4 ,charlotte viendra demain me voir4 ,j'ai l'influenza1 dfense de sortir4 ,l'cole est vide1 je me sens perdue4 ,je n'aime pas les choses qui finissent1 j'ai l'angoisse de quelque chose qui meurt en moi1 autour de moi4 ,adieu1 anne ancienne1 tu me fus propice1 que l'anne nouvelle soit encore une anne heureuse pour ceux qui me sont chers4 #a;er janvier #ahi 4 ,ave1 et pourtant j'ai du chagrin1 je ne les verrai point4 ,le mdecin est venu3 quel bonhomme6 un ricaneur2 il m'a ausculte1 ,mme ,jules ,ferron l'accompagnait1 et son il curieux s'est vite renseign sur le dcor de ma chambre4 ,il a plaisant sur tout1 sur mes yeux trop creux1 ,mme ,jules ,ferron silencieuse l'coutait4 ,en partant1 elle m'a tendu la main4 ,je lui ai dit merci4 ,charlotte attendait dans la chambre de ,berthe2 elle n'a pu rester1 l'infirmire l'a renvoye1 et je n'ai rien su d'elle1 de lui1 si ce n'est qu'il a de la peine de me savoir malade4 ,ma chre ,lolotte1 pour mes trennes1 vient de m'apporter cette ,diane de ,gabie qu'il a choisie mon intention444 ,comme c'est bon de savoir1 qu'au loin1 une amiti vous cherche4 ,leur bonheur m'est cher4 #d janvier4 ,je ne souffre plus1 demain je reprendrai mes cours4 ,,chapitre ,,xvi ,,ces ,,messieurs ,le feu flambe1 rchauffant la toute petite chambre de ,marguerite ,triel1 une chambre claire1 accueillante comme un frais visage de seize ans4 ,partout1 la fentre1 autour du lit1 de la toilette1 des mousselines d'cosse drapent sur un fond blanc1 des feuillages trs doux1 des fleurs mauves et jaunes1 colchides mlancoliques nes du premier frisson de l'automne4 ,quelques photographies cachent le papier banal du locatis fourni par l'tat4 ,au chevet1 la sainte ,monique d',ary ,scheffer2 prs du miroir la belle ,vnitienne sa coiffure1 du ,titien2 droite de la chemine le ,bacchus de ,vinci1 trange figure1 sur du saint ,jean-,baptiste1 indiquant du mme doigt l'ombre propice des forts2 gauche le portrait de ,csar ,borgia1 aux lvres gonfles d'amour1 la main longue assouplie pour l'pe et la caresse4 ,sur la table1 parmi les mille riens qu'il faut pour crire1 des portraits de femmes de ,carrire1 et la ,diane de ,gabie1 entoure de roses et de capillaires4 ,sur l'tagre1 quelques livres souvent ouverts1 ,euripide1 ,pascal1 ,chnier1 la ,salammb de ,flaubert1 les ,trophes de ,heredia1 ,sagesse de ,verlaine4 ,dans cette chambre1 tout indique les gots prfrs d'une femme mystique1 inconsciemment voluptueuse4 ,les fleurs qui s'panouissent l semblent se plaire1 dans ce logis trs gemthlich1 comme de beaux vers parfumant1 de pages en pages1 un livre chaste et fier4 ,sur une table volante1 un service th1 des sandwichs1 des confitures1 attendent la venue des ,svriennes2 la bouilloire devant le feu chantonne1 le bois craque1 clate3 en l'absence de l'hte les esprits mystrieux du feu et de l'eau conversent1 et c'est d',elle1 encore4 ,soudain1 des salles de cours1 monte un bruit assourdi de chaises tranes sur le plancher2 c'est la fin des confrences1 ces ,messieurs sont partis4 ,tout de suite1 les ,svriennes escaladent les escaliers1 se ruent avec une fureur de btes dlivres1 vers les tudes1 vers les couloirs des chambres4 ,la porte s'ouvre brusquement1 ,marguerite essouffle entre chez elle1 portant quelque chose dans ses bras2 ,berthe ,passy la pourchasse1 puis ,rene ,diolat1 ,isabelle1 ,victoire ,nollet s'engouffrent derrire elles4 ,berthe lutte1 voulant carter les bras de ,marguerite et lui chiper ce qu'elle porte4 --,laisse-moi seulement voir qui a ressemble8 --,non1 je ne te le donnerai pas1 ,berthe1 tu me le casserais4 --,dis-nous son sexe4 --,celui de son pre6 --,je t'en prie1 ma petite ,margot1 prte-moi ce gosse1 je veux tre sa nounou4 ,elle s'assied posment1 ,marguerite rassure lui met1 sur les genoux1 une poupe vtue de sa seule chemise4 --,trs chouette le mme1 on va le baptiser tout de suite1 je ferai le parrain1 reprend ,berthe qui dodeline le poupon1 puis le fait sauter en l'air de faon inquitante4 ,les ,svriennes1 trs amuses1 se penchent sur elle2 la poupe1 de son il rond qui palpite chaque saut1 semble ahurie d'tre le joujou imprvu de ces grandes filles4 ,isabelle ,marlotte tend les bras1 elle veut l'avoir son tour4 ,c'est gentil ce que d',aveline a fait l6 il n'y a que lui1 ici1 pour faire des surprises aussi fminines2 donner une poupe toute une promotion parce qu'elle travaille trop1 mais il est croquer cet homme6 --,croquons1 mesdemoiselles1 croquons4 ,le morceau est un peu mr1 mais il se fait rare4 ,je rclame pour ,isabelle le morceau du roi1 et se tournant1 gentille1 vers celle-ci qui se rebiffe1 ,berthe ajoute3 ,allons1 allons1 est-ce qu'on ne sait pas que tu l'aimes6 --,oui1 rpond ,isabelle1 qui ne ment jamais1 je dteste celles qui ne l'aiment pas1 je hais celles qui l'aiment trop4 --,oh ma chre1 est-ce que tu gardes sa vertu8 ne sais-tu pas1 qu'avec lui1 une glissade n'est jamais un faux pas6 ,d',aveline aimer6 ,rene sourit de lointains souvenirs1 mais juge inutile de propager les potins qui croupissent ternellement1 comme toutes les mauvaises choses1 dans le pass d'une cole4 --,mon ,dieu1 qui voudrait se contenter de ses restes1 me semblerait peu difficile4 --,vous parlez d'or1 ,victoire4 ,soigner ses rhumatismes1 contempler son demi-cheveu1 adorer l'ombre qu'il est encore2 on en ferait une image444 ,fi6 un professeur de littrature n'est jamais qu'un coucou1 pilleur de nids clbres3 il revient le bec plein et n'offre sa femelle que la ponte d'autrui4 ,o s'arrtent les rminiscences8 ,that is the question6 --,c'est une diffamation1 vilaine gamine1 ,m4 d',aveline ne mrite pas ces reproches1 fait ,marguerite un peu agace d'entendre sans cesse dbiner1 par ,berthe1 le professeur qu'elle prfre4 ,il est original1 son esprit est bien lui2 il a des mots qu'on voudrait avoir faits4 ,hier1 on m'en a rpt un de ses meilleurs4 ,vous savez que d',aveline sollicite la chaire de posie franaise1 rue d',ulm4 ,il va voir le ,directeur1 qui n'a rien de l'intelligente bont de ,m4 ,bersot4 --,et quels titres avez-vous1 monsieur1 pour appuyer cette demande8 ,sans sourciller1 d',aveline1 faisant allusion aux uvres de ,brunetire1 son comptiteur3 --,mon ,dieu1 monsieur le ,directeur1 il y a des choses qui se psent la bascule et d'autres la balance444 --,ah6 trs bien6 exquis6 du pur d',aveline6 s'crie le groupe des ,svriennes3 mais ,victoire ,nollet1 rageuse1 s'insurge4 --,vous tes ma foi bien indulgentes1 vous autres4 ,ds qu'il s'agit de cet homme1 on se pme3 quelle finesse6 quelle grce6 quel pote6444 ,enfonceur de portes ouvertes1 va2 vous ne lisez donc rien1 pour ne pas savoir1 que tout ce qu'il dit1 ,sainte-,beuve ou ,lematre l'ont dit avant lui4 ,j'enrage de cet aveuglement2 il n'a pour lui que des dtails1 le joli1 toujours du joli1 et parce qu'il a une voix qui vous prend1 et vous retourne1 vous en faites un gnie4 ,pas une ide neuve1 pas une trouvaille qui en engendre d'autres2 mais ,brunetire1 c'est une montagne ct de la souris6 ,et par-dessus le march1 cet homme a l'esprit faux6 --,oh6 oh6 vous allez trop loin1 ,victoire2 en troisime anne nous ne pensons pas autant de mal que vous de ,m4 d',aveline2 vous en reviendrez1 croyez-moi4 ,le grand mrite de son enseignement littraire1 c'est de n'tre pas dogmatique4 ,son cours est une causerie qui veille la pense1 et la force s'exprimer dans une langue dlicate1 simple1 savoureuse si c'est possible4 ,il nous force admirer1 quoi de plus grand8 ,il nous force comprendre1 quoi de plus juste8 --,c'est possible1 ,rene1 vous tes une ancienne3 mais vous jugez son enseignement1 avec des prjugs d'cole1 dont je suis libre1 moi1 heureusement4 ,son devoir est de faire de nous des professeurs1 non des docteurs s lettres2 par sa mthode1 il manque son devoir4 --,dis donc1 ,victoire1 pour une stocienne tu manques d'impassibilit3 ce rude langage ne viendrait-il pas d'une blessure encore frache8 ,tu en veux d',aveline1 avoue-le1 parce qu'il te reproche la raideur d'un esprit troit1 ce n'est pas sa faute si tu ne veux pas t'ouvrir1 et si tu cris1 dans tes devoirs sur ,rousseau1 des phrases comme celle-ci--je cite textuellement1 mesdemoiselles3 ,rousseau connut la femme qui s'aime seule dans une futaie444 ,berthe rit pleine gorge1 et ce rire cingle ,victoire1 qui de rouge devient noire de colre4 --,elle est historique ta phrase1 les gnrations l'cole1 ne l'oublieront pas4 ,bast1 quand il n'aurait fait que te mettre un peu de son inexorable clart dans l'esprit1 tu ne devrais pas lui en vouloir4 --,tu ne sais ce que tu dis1 toi1 tu es prise comme les autres2 tu ne vois pas que cet homme est un cabotin1 oui je le rpte1 un ca-bo-tin4 ,il ne cherche que ficelles pour gagner son public4 ,vous tes l1 bouche be1 riant quand il a de l'esprit1 pleurant quand il feint d'tre mu1 et le cur l'envers1 parce qu'avec sa voix molle et ses mots caressants1 il vous a dit les malheurs de ,myrto ou d'ryphile6 --,a la porte1 la porte4 --,non1 vous ne m'empcherez pas de crier ma colre2 je vous dis qu'il a le don de s'motionner lui-mme et de pincer de la guitare1 avec autant d'artifice1 qu',adrienne ,chantilly en met s'vanouir ct de lui4 --,oh ,victoire1 c'est indigne6 et deux grosses larmes perlrent dans les yeux d',isabelle ,marlotte1 que ,marguerite entrana vers la table1 mettant fin cette querelle qui s'envenimait4 --,notre th se refroidit1 htons-nous de baptiser mon fils2 voil le ,compre1 soyez toutes les ,commres1 donneuses de ce qu'il vous plaira2 mais je supplie ,victoire de n'tre pas1 par rancune1 la fe ,carabosse de notre baptme4 ,les ,svriennes se pressent autour du poupon1 dj revtu d'une culotte1 taille dans un mouchoir4 --,je te donne l'esprit1 la bont1 l'loquence1 la veine4 ,et vous1 ,victoire8 ,l'austre ,victoire hsite2 dcidment il lui est cruel de souhaiter le bonheur cette poupe qui vient de d',aveline1 mais il ne faut pas dsobliger une compagne gentille6 --,la ,beaut1 murmure-t-elle4 --,vous me volez1 qu'est-ce qu'il me reste alors8 --,donne-lui ton cur1 rpond ,berthe1 avec un baiser l'enfant qu'elle pose triomphalement sur le sucrier4 ,et baillez-moi la saucisse ou les cornichons4 --,boudiou6 fait ,thrsa qui entre1 est-ce que j'arrive trop tard1 on ne dbine plus6 ,pendant quelques instants1 le silence de la petite chambre n'est troubl que par le bruit des cuillers1 remuant le sucre dans les tasses brlantes1 les mchoires dvorent2 puis1 la premire faim apaise1 tandis que ,berthe1 califourchon sur une chaise1 grille une cigarette qu'elle vient d'allumer celle de ,thrsa1 ,rene distraitement joue avec le poupon3 --,je parie que notre cher ,m4 ,lepeintre est encore all djeuner aux tangs de ,ville d',avray4 ,j'ai remarqu que chaque fois qu'il met son costume gris et ses chaussettes de soie rouge1 il se hte de nous donner campo4 --,chic alors1 le beau gnral2 car il l'a dit1 moi je suis le gnral ,boulanger des ,svriennes1 le beau gnral se gante en rouge6 ,porte-t-il maillot8 ,hum6 fait ,berthe1 en dessinant avec le pouce1 la ligne mince1 si mince1 de l'lgant professeur1 il doit manquer de plastique pour se produire sans artifices6 --,ah6 il va aux tangs de ,ville d',avray6 ,si nous y allions un jeudi1 proposa ,marguerite1 j'aimerais voir les paysages de ,corot4 --,nenni1 ma belle1 les nymphes de ,corot courent encore sous bois1 et les rapins les poursuivent4 ,je gage que si ,m4 ,lepeintre s'en va djeuner l-bas1 c'est pas scrupule d'homme de science1 qui veut prparer1 de visu1 une leon sur l',atalante ,spartiate4 --,que nous importe ce qu'il y va faire6 parlez-moi d'un professeur d'histoire comme ,m4 ,lepeintre4 ,son enseignement est d'une clart mathmatique1 pas de digressions1 d'hypothses imprudentes4 ,il ne s'emballe1 ni pour ,michel-,ange1 ni pour ,napolon3 il contrle d'abord1 il affirme ensuite4 --,assurment1 approuve ,hortense1 qui s'panouit au souvenir des services que ce cours d'histoire rend son militaire1 sa mthode est froide1 mais personne ne s'entend comme lui1 dbrouiller une priode confuse1 et rendre chacun ce qui lui est d4 --,m4 ,legouff1 notre vnrable directeur1 nous a affirm1 l'autre jeudi1 que ,m4 ,lepeintre tait le professeur d'histoire le plus remarquable de ce temps-ci4 ,en troisime anne1 nous pensons toutes comme lui2 ce scepticisme rationnel le rend impartial1 et nous met en garde contre l'emballement des ,michelet4 --,nous n'avons pas encore pu nous rendre compte de l'esprit de son cours1 fait ,marguerite1 en offrant quelques petits beurres ses compagnes1 mais son rudition n'a rien d'assommant2 j'aime le got trs sr1 le sens philosophique qu'il apporte dans ses tudes d'art et de civilisation4 ,il a le don des ides gnrales4 --,l'ordonnance de ses leons1 vous le verrez plus tard1 fait penser aux belles compositions d',ingres1 o chaque chose est harmonieusement place3 plus de dessin que de couleur4 --,oh oui1 en seconde anne1 on se fanatise pour la logique lumineuse de cet esprit2 il n'est pas jusqu' sa parole lente1 zzayante un peu1 qui n'accentue le relief des diffrentes parties de son plan4 --,amen6 ,amen6 trop de louanges mes amies2 voulez-vous donc qu' mon tour1 je fasse mon petit ,lepeintre1 et crie votre nez qu'il est surfait444 on ne saurait en dire autant de ce bon ,jrme4 ,mon paternel qui l'a vu confrencier1 dit qu'il a une tte de faune1 et que sa langue1 frtillante comme un dard1 brle de convoitise444 encore si la convoitise en faisait un saint ,jean ,bouche-d'or4 --,hlas444 --,oh6 pour celui-l1 je vous l'accorde1 il est inimaginable3 il troque la robe universitaire contre le casaquin et la plume des troubadours2 sa philosophie embrasse tout1 se plie aux cantates patriotiques1 aux sirventois1 aux odelettes d'amour1 aux mystres religieux1 aux drames historiques6444 --,c'est le portrait de l',homme-orchestre que tu nous fais-l1 ,rene6 --,gavroche1 va6 il est certain que pour tre bon professeur1 son esprit a trop de fougue2 ,jrme ,ptre est en retard de cinquante ans1 il date des gilets rouges d',hernani1 sa barbe noire1 ses cheveux noirs1 ses yeux noirs1 et son teint rouge brique1 cette jeunesse si lourdement conserve1 mme sa belle me dclamatoire1 ont quelque chose de dmod4 ,jusqu' ses mots1 qui feraient encore le bonheur de ,m4 d',aurvilly444 --,oh6 dis-nous vite1 ceux que tu connais2 ,marguerite les collectionne dans son journal4 --,voil3 ,renan1 l'eunuque de la ,philosophie4 ,royer-,collard1 le garde du corps du ,dogmatisme4 ,le sceptique1 un feu follet4 ,voltaire1 un touche--tout de gnie4 ,la ,rochefoucauld1 un gnie constip6 ,un fou rire accueille ce dernier trait qui peint ,m4 ,ptre1 beaucoup mieux que toutes les comparaisons de ses lves1 mais ,victoire1 qui est de l'opposition1 s'attache immdiatement sa dfense4 --,celui-l est sincre1 qu'importe s'il manque de got6 ,ah6 s'il canalisait son loquence444 --,voil le point1 illustrissime ,victoire1 canaliser son loquence1 si l'on ne veut pas tomber dans le verbiage4 ,en attendant le miracle1 je vais son cours comme j'irais au cirque1 pour voir les jeux d'une habile cuyre3 sur son cheval1 en galopant1 elle fait la rvrence1 enlve ses voiles2 va-t-elle se dshabiller et se dresser toute nue sur la bte emballe8 ,non point4 ,la cloche sonne1 le cheval s'arrte1 cette fois encore nous n'avons vu que les oripeaux de la philosophie4 --,allons bon1 ta philosophie1 ma chre1 ferait un joyeux vis--vis1 avec cette reine de village1 dont ,pascal parle quelque part4 ,reconnais que1 malgr ses dfauts1 son cours est passionnant1 vous en sortez toutes la tte en feu6 --,oui1 mais les pieds clous la terre1 soupire ,thrsa6 --,tu me la bailles belle1 ,marguerite1 as-tu appris1 son cours1 un mot de philosophie8 ,as-tu relu tes notes8 ,sois franche1 vois-tu plus clair dans ce chemin noir1 o l'on se bouscule pour dcouvrir la vrit8 --,non1 et de cela je lui en veux6 c'est une ronde o toutes les ides tourbillonnent1 ivres1 comme des mouches sur une cuve de vendange4 --,jrme1 mon p'tit1 peut se vanter de faire mousser ta verve3 tu railles1 car tu l'aimes1 parce que tu sais que dans ces leons d'loquence444 verbeuse1 j'en conviens1 il met toute son me1 une me bonne1 nave1 et si pleine d'affection pour nous toutes444 --,non1 je t'arrte1 tu es trop indulgente pour le ,dieu ,pan des ,svriennes4 ,laisse-moi dgonfler ma rate1 ma pauvre vieille1 elle est trop lourde depuis que je suis raisonnable6 ,la ,philo vit-elle1 comme la littrature1 de l'air du temps et de beaux dsespoirs8 ,si elle est la science de la vie1 elle doit clairer nos ides1 elle doit nous donner un tel respect de nous-mme1 que nous voulions vivre nos ides4 ,rappelez-vous l'homlie de ,mlle ,vormse1 qui s'est refuse1 par scrupule1 nous prner une doctrine plutt qu'une autre1 voulant que nous fissions seules nos premiers pas1 et que notre rgle de conduite ft le fruit de nos tudes philosophiques6 ,aujourd'hui1 je suis aussi bte qu'il y a six mois et je suis moins tranquille6 ,quand ,jrme explique les ,pres de l'glise1 j'envie le sort des ,martyrs4 ,quand il vante les ,stociens1 j'adore ,lucrce2 s'il exalte picure1 je crois que le ,beau pourrait tre ma conscience morale4 ,l'gosme de ,bentham1 me semble vertu2 la sympathie de ,stuart ,mill1 me fait pleurer de tendresse4 ,perche sur toutes ces doctrines1 je suis le coq d'une girouette qui pousse son kokoriko tous les vents4 --,il y a du vrai1 murmure ,marguerite1 que cette diatribe ramne vers une souffrance cache1 la science est peut-tre un mal4 ,la vraie philosophie serait-elle de vivre conformment sa nature8 --,mais1 ,berthe1 pourquoi n'allez-vous pas consulter ,mme ,jules ,ferron8 fait soudain ,victoire1 qui depuis un instant serre les lvres1 plisse son front attentif et rageur4 --,moi aller la trouver6 ,lui dire ce que je pense1 avec des mots qui s'embrouillent dans ce charabia scolastique8 ,elle aurait une pitre ide de moi4 ,je ne veux pas de ses bsicles2 j'aime mieux demander conseil aux arbres1 aux vieux rocs1 aux nuages de notre chre fort4 ,la nature1 elle1 ne se trompe pas1 la nature ne ment pas6 --,vous oubliez1 ma chre1 fait l'autre froisse1 que vous serez professeur1 qu'il vous faut une doctrine1 que vous en serez responsable4 ,pourquoi ne pas vous arrter celle que vous voyez l'uvre4 --,qui moi1 pouser le ,stocisme6 ,ah6 ben j'en ai soup de cette doctrine1 depuis que j'ai vu les gens d'ici se murer le cur4 ,le ,stocisme6 c'est une doctrine de vieillards1 pour qui la rsignation est une fin6 ,mais quand on a toute la vie devant soi1 qu'elle vous appelle1 les bras ouverts1 moi je m'lance avide d'espoir444 et si je tombe1 je n'ai pas honte de pleurer4 --,ne blme pas le ,stocisme1 ma chrie1 fait gravement ,isabelle ,marlotte1 dont la figure pensive prend soudain une expression douloureuse4 ,nos mes1 parce qu'elles sont trop neuves1 ne le comprennent pas et le jugent inhumain4 ,les ,stociens sont des hros1 la grandeur d'me chez eux1 ne peut se mesurer qu' la taille des vnements4 ,savons-nous au prix de combien de larmes secrtes1 de douleurs caches1 celle que vous repoussez a acquis le droit de proclamer sa ,force8444 ,assise au coin du feu1 ,marguerite chantonne1 la poupe endormie1 une berceuse de ,schubert2 le bois crpite1 clate1 l'eau bouillonne1 les esprits mystrieux du feu et de l'eau accompagnent la musique de leur rythme lger4 ,dormez1 dormez1 celle qui vous aime1 ,veille sur vous1 mes chres amours4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,rene ,diolat1 touchant du doigt l'paule de ,berthe1 lui montre ,marguerite perdue dans un songe3 --,la voil cette sagesse que vous cherchiez si loin444 et c'est d',aveline qui nous l'envoie4 ,,chapitre ,,xvii ,,journal ,,de ,,marguerite #bj fvrier #ahi 4 ,quel est le mange de ,jeanne ,viole2 on la surprend dans les petits coins avec ,mlle ,lonjarrey4 ,se confesserait-elle8 de quoi1 pourquoi8 ,de fausses confidences1 alors8 ,avec elle1 on en revient toujours ,marivaux4 ,mais non un ,marivaux lger1 qui ne blesse ou ne souffre qu' fleur de peau4 ,le ,marivaux qu'elle incarne a plus de rouerie4 ,elle s'est compos un personnage1 qu'elle s'apprte jouer dans la vie3 elle s'essaie ici4 ,chez elle tout est mensonge1 l'esprit sait o il va1 le caractre fuit444 ,elle affecte une nostalgie des ,carmels1 o les mes vivent sans cesse agenouilles devant ,dieu1 et l'on sait fort bien qu'elle encourage l'amour de cette malheureuse ,angle ,blraud1 qui ne vit1 ne respire que pour elle4 ,quand ,jeanne ,viole parle des siens1 il semble que ce soit de rois en exil 7dcidment on voit que son imagination a des lettres7 et l'on sait par ,jacqueline1 qui est de son pays1 que le pre ,viole est chand'd'vin ,toulon4 ,on voit1 sur sa table de travail1 des livres difiants3 ,le ,devoir prsent1 et les livres du pasteur ,wagner1 trs apprcis dans le monde ministriel4 ,depuis huit jours1 elle limite sa nourriture table1 elle s'macie1 noircit le dessous de l'il1 brle avec un peu de fard de fausses pommettes de poitrinaire4 ,on la regarde1 on la plaint1 on l'interroge2 elle rvle une si belle me1 que ,mme ,jules ,ferron lui accorde la faveur d'un entretien6 ,tout le monde serait-il dupe de cette comdienne8 #bd fvrier4 ,isabelle ,marlotte sort d'ici1 ce qu'elle vient de me raconter me confirme la rouerie de ,jeanne ,viole4 ,elle aussi avait t enjle2 ce brave cur avait subi aveuglment le charme irrsistible1 parat-il1 de ces yeux verts1 de ces deux fossettes voluptueuses4 ,jeanne ,viole tait si bien entre dans la vie intime d',isabelle1 que ses moindres relations lui taient devenues familires4 ,elle a voulu s'en servir1 c'est cela qu'elle vise partout1 le truc a mal russi4 ,n'a-t-elle pas bauch un mariage1 entre une amie d',isabelle 7une jeune provinciale1 un peu excentrique1 mais riche1 belle1 fille unique1 dont le rve serait de chanter l',opra71 et un soi-disant vicomte de ,x9999991 jamais le nom n'a t livr4 ,ce vicomte tait le merle blanc1 vieille noblesse1 chteau en ,touraine1 grosse fortune1 jeune1 beau et militaire6 ,excentrique lui aussi par-dessus le march6 ,au premier mot1 la jeune fille tombe amoureuse de cet inconnu qui demande sa main sur sa seule rputation 7est-ce assez conte bleu1 cette histoire-l74 ,une tante1 vieille dame fort respectable1 assurait ,jeanne ,viole1 servit d'intermdiaire1 on devait se rencontrer dans ses salons trs prochainement4 ,or1 renseignements pris1 la fortune de la fiance se trouvant trs brche1 et l'excentricit ayant t crment qualifie d'esprit fl1 par les gens qui renseignaient1 le merle blanc se retira3 sans explication1 sans excuse1 le voil parti4 ,fureur de la jeune fille qui1 se voyant dj vicomtesse1 tudiait le blason4 ,la tante de ,jeanne ,viole propose un autre mari1 puis deux1 puis trois1 avec une telle insistance1 qu'un beau matin la mre et la fille dbarquent sans prvenir1 et tombent dans le gupier d'une agence matrimoniale4 ,isabelle ,marlotte1 indigne1 vient de gifler la belle ,viole1 qui se morfond de colre1 et certainement se vengera4 ,jusqu'o ne montera-t-elle pas1 puisque voil le premier chelon de la duperie franchi4 #bg fvrier4 ,je travaille avec allgresse1 mon travail est bon4 ,je sens peu peu que l'instruction que j'acquiers n'est plus cet amas de marchandises empiles dans un hall spacieux2 j'ai conscience d'ouvrir mon esprit un monde nouveau1 de le dchiffrer1 et de m'agrandir au contact de la pense humaine4 ,derrire moi1 je laisse les dpouilles de l'tre que j'tais encore1 en entrant l'cole2 mais le chemin parcouru1 hlas6 est de ceux qu'on ne retrouve jamais4 #bh fvrier4 ,une image3 ,en des temps barbares1 les chasseurs d'lans dressrent1 comme un trophe de chasse1 le long d'une route1 les bois de leurs victimes2 chaque andouiller porte d'autres ramures1 le nid de merle est si large qu'il supporterait aisment l'pieu meurtrier4 ,au-dessus de l'avenue1 passe dans une gloire nuageuse1 le cimier de l'anctre444 ,et dans le parc ce sont les arbres dfeuills sous la lune d'or4 ,est-ce beau l'imagination6 #a;er mars4 ,ah6 si la vagabonde se bornait chercher des images4 ,mais elle va1 elle va1 elle cre l'avenir1 l'arrange si radieux ou si triste1 que selon les jours1 je soulverais des mondes1 ou je resterais l1 anantie4 ,charlotte ne comprend rien cette nervosit2 elle est si calme1 si fraternellement amie de son fianc6 ,moi je n'aimerai jamais ainsi1 si j'aime6 ,pourquoi penser ces choses3 aimer1 ce serait une folie1 je ne serais plus mes livres1 ma tche1 et je me suis voue l',enseignement4 ,a quoi bon souhaiter qu'on m'aime1 leur amiti me suffit4 ,charlotte a confiance en moi1 ,henri ,dolfire me tmoigne sans cesse son estime et sa sympathie par des riens qui me vont au cur4 ,je l'admire1 je crois qu'il y a en lui la promesse d'un avenir magnifique4 ,je l'ai revu deux fois cet hiver1 il m'a dj cont ses projets de statues1 expliqu ses rves1 ses habitudes de travail444 ,quel tre mystrieux1 attirant qu'un artiste6 ,si j'aime jamais1 ce ne sera qu'un pote ou un artiste3 il sera simple et bon comme le fianc de mon amie4 ,,chapitre ,,xviii ,berthe ,passy son pre1 ,m4 ,jules ,passy1 pote1 ,barbizon4 #ab avril4 ,mon vieux ,jules1 ,il y a bien du nouveau ici1 ce coquin de printemps fait des siennes6 ,l'cole est tout en moi depuis que les bourgeons s'ouvrent et que les ministres viennent4 ,nous avons t cette semaine en grand tralala4 ,je suis estomire de l'effet qu'un homme produit1 ds qu'il est ministre4 ,nous tions toutes comme ,m4 ,jourdain devant les ,mamamoutchis4 ,mais quelle dplorable ducation est la mienne1 au fond de mon sac1 je n'avais pas de quoi faire une harangue1 peine un tout petit mot sec1 pour l'assurer de mon dvouement6 ,mais ds qu'il a t parti1 l'esprit m'est revenu avec une cabriole1 et je leur ai chant la chanson du troupier4 ,elle retroussa sa queue ,et s'assit sur un banc1 ,fit un panier de c444 ,pour ,mossieur l',prsident4 ,elle a de l'entendement1 ,cette bique6 ,elle a de l'entendement4 ,il y avait de quoi me fourrer au clou4 ,la vieille ,lonjarrey en a ri aux larmes1 et m'a mouill la joue d'une goutte de marc3 j'tais dans la note6 ,le ministre n'a pas t le bienvenu4 ,qu'avait-il besoin de passer en revue nos binettes8 ,on lui a bien fait voir que ce qui se passe chez nous ne le regarde pas4 ,mais il y avait eu du bruit dans ,landerneau1 on parlait de guerre ouverte1 de dmission444 tout a courait de bouche en bouche1 avec des chut1 des n'en dites rien1 gardez-moi le secret4 ,le soir mme1 nous pleurions l'cole deux doigts de sa perte6 ,je m'apprtais te rejoindre pedibus cum jambis1 mon baluchon sur l'paule1 quand les ministres sont venus4 ,rassure-toi donc1 mon vieux1 j'en ai pour deux ans encore vivre aux frais de la princesse4 ,le ministre est dans la dche1 on rclame des conomies2 on devait nous manger les premires1 c'tait une prvenance1 sans doute1 que de venir nous demander quelle sauce nous voulions tre manges4 ,notre jeunesse a parl pour nous1 cette fois on nous fait grce4 ,ne trouves-tu pas qu'un ministre1 qui se respecte1 devrait toujours paratre en public1 avec la robe de ,mazarin1 7ces choses-l devraient faire partie du garde-meuble7 un ministre en pardessus1 a manque au dcorum de l'histoire3 comment le populo aurait-il confiance1 dans un ministre qui n'a pas d'uniforme6 ,enfin1 pour un ministre en bourgeois1 le ntre avait belle tournure4 ,son monocle l'il1 il voletait d'une lve l'autre1 d'une classe au jardin1 avec de petits gestes surpris1 satisfaits1 mesurant tout1 de son il supplmentaire4 ,ah6 si nous avions eu le temps de faire connaissance1 ce jour-l1 ,svres fournissait la ,france soixante directrices nouvelles2 un mot de lui1 on nous crait des lyces6 ,mais la ,veuve tait l4 ,elle trottinait devant ces ,messieurs1 toussant1 faisant sonner le pas du matre4 ,le ministre suivait1 les yeux sur ses bas blancs et ses gros petits pieds4 ,m4 ,grard et ,m4 ,rabier accompagnaient le convoi6 ,d'une voix sche1 en passant1 notre ,mre nommait3 bibliothque1 salle d'tude1 matriel du cours de coupe1 classe1 chambre d'lve444 ,voyons1 insistait le ,ministre4 ,crois-tu que l',excellence a chip un gteau dans la chambre de ,myriam ,lvis6 ,quelle tte a d faire la ,veuve6 ,tout de mme c'est un bon garon1 ce ministre4 ,le plus joli de l'histoire1 ce n'est pas d'avoir vu le pipelet endosser l'habit bleu 7 bleu de ,svres71 ni d'avoir contempl l'air rogue1 l'air la ,diogne parlant au fils du ,soleil1 de notre trs illustre directrice2 le clou de la journe1 a t l'ingnieux mange des lves qui vont quitter l'cole4 ,ah6 mon pauvre vieux1 pour qui sait regarder1 il n'y a pas grande diffrence entre l'cole et ce ,monde qu'on nous apprend mpriser4 ,pour tre en ,rpublique1 on ne renie pas le vieil esprit de cour2 il faut se pousser dans le monde1 j'en vois qui dj y travaillent1 tous les moyens sont bons4 ,ces demoiselles avaient soign la tenue du jour1 robe noire sans fanfreluche ni dentelle1 chignon provocant1 regard velout1 vraie tenue d'examen1 faite pour donner aux juges l'envie d'admirer ce qu'on prend trop de soin leur drober4 ,la tte sur leurs livres1 elles dvoraient ,port-,royal1 ,pascal1 ,mme de ,maintenon4 ,l'cole n'avait plus assez de bouquins jansnistes ou pdagogiques6 ,j'ai mis les miens aux enchres1 a m'a rapport trente bches pour me chauffer cet hiver4 ,pense donc3 ,m4 ,rabier est un philosophe protestant et ,m4 ,grard se tue faire de ,mme de ,maintenon1 la matriarche de l',universit6 ,dans tout a1 la barbe brune du ministre a t nglige2 il n'a pas fait de livre1 lui1 et de plus il n'est que la roue de rechange du chariot universitaire4 ,mais au bout d'une heure1 toutes ces demoiselles taient amoureuses des grands yeux noirs de ,m4 ,rabier1 ou du fin profil ,x,v,i,i,ie sicle de ,m4 ,grard4 ,allons1 il y aura cette anne quelques dbuts ,paris4 ,et puis1 le vent verse sur l'cole des effluves printaniers4 ,depuis que les feuilles poussent1 on a du vague l'me1 et ,jrme1 notre fidle ,jrme1 fait l'cole buissonnire en qute du rossignou4 ,il est venu neuf heures du soir faire son cours4 ,quelques lves taient couches1 les autres parpilles dans la maison4 ,on sonne la cloche6 ,vite1 sur les chemises de nuit1 on jette un tablier1 un chle4 ,les frisettes du lendemain se dpapillottent1 et au petit bonheur on se faufile dans la salle1 pour couter la plus brillante1 la plus fougueuse1 la plus lyrique improvisation sur l',amour4 ,dehors des nues d'toiles palpitaient1 a sentait bon comme dans les rves de ,shakespeare4 ,il a parl de l'amour dans la nature1 loi suprme de la vie1 du rossignol se mourant pour sa femelle4 ,il s'emballait1 et comme nous avons droit de discuter1 je l'ai taquin pour qu'il allt plus loin1 et propos du sentimentalisme chez ,gthe1 j'ai dfendu la ,charlotte de ,werther1 ce qui m'a valu cette riposte3 --,alors1 ,mlle ,passy1 vous serez de celles qui mnagent la chvre et le chou4 ,pouf6 ,il flamboyait1 sa barbe noire1 plus noire encore1 un vrai diable1 papa4 ,a la fin je n'osais plus le regarder1 sa langue pointue1 frtillante1 gigotait si vite1 que j'en avais le vertige4 ,il ne tenait plus en place1 bondissant sur l'estrade1 prenant sa chaise1 la quittant1 frappant la table1 toujours en gestes parallles1 appuyant sa dmonstration d'un3 ,voil le point1 mesdemoiselles6444 ,tout coup1 un rayon de lumire a fait miroiter1 au bout de sa chane de montre1 un long cheveu de femme4 tait-il noir ou blond8 ,personne n'a pu le reconnatre1 mais le fou rire m'a prise1 j'ai feint de parler ,marguerite ,triel4 --,vous disiez1 mademoiselle8444 ,allons dites1 dites1 j'aime qu'on me contredise4 ,et moi1 hypocritement3--,j'affirmais1 monsieur1 qu'une femme ne peut tre heureuse1 que si elle est une ,climne4 ,lui3--,climne1 mademoiselle1 y pensez-vous6 ,mais c'est une dvoreuse de curs6 une cannibale6 ,c'est l'ternel bourreau6 ,ah6 voil bien les femmes6 ,non1 non1 mesdemoiselles1 ne soyez jamais des ,climnes4 ,soyez des femmes1 aimez1 soyez aimes4 ,la femme1 voyez-vous1 il n'y a que a4 ,c'est l'tre de bot1 de toutes les bots4 ,et je ne parle pas de cette bot fade et conventionnelle1 mais d'une bot saine et habitable444 ,heureusement il n'y avait pas de lune6 ,curieux1 tu voudrais bien savoir de quoi nous avons rv cette nuit-l4 ,je te rserve le trait de la fin1 un trait monstrueux qui te donnera l'ide nette du stocisme svrien3 ,victoire ,nollet 7tu sais ce chronomtre siphon71 a perdu brusquement sa petite sur4 ,on est venu la prvenir quelques instants avant de faire sa leon d'histoire4 ,elle est alle tout droit chez ,mme ,jules ,ferron et lui a dit3 --,madame1 ma sur vient de mourir1 voudriez-vous me permettre de partir aprs avoir fait ma leon4 ,mme ,jules ,ferron lui a serr la main4 ,on admire beaucoup ici cette nergie1 que moi j'appelle du sans-cur6 ,enfin1 les vacances de ,pques approchent1 je vais donc te rejoindre1 mon bon vieux2 avec ,rosalie1 nous aurons vite fait de repasser et de raccommoder ton linge1 moins que1 par conomie1 tu n'aies fait comme la reine ,isabelle2 ou bien comme l'ami ,pierre1 allant chaque semaine1 laver sa chemise dans le joli petit lavoir1 sous bois4 ,ah6 si tu ne m'avais pas6 et si tu ne m'avais pas donn1 sans le vouloir1 de la raison pour quatre6 ,a bientt1 mon p'a2 on va polissonner dans la fort1 et lzarder plat ventre sur les mousses4 ,tu me dnicheras une couve de merles1 je les lcherai dans le parc1 quand ils sauront siffler les plus jolies chansons4 ,un p'tit bcot1 de ma bouche toute ronde1 ,,ta ,p,,pinette4 ,,chapitre ,,xix ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel #ad avril #ahi 4 ,je suis bien contente4 ,berthe a eu les honneurs de la premire visite de ,m4 ,legouff1 notre directeur4 ,il est venu aujourd'hui au cours de ,m4 ,lepeintre1 nous tions tout regards1 tout oreilles4 ,voil le premier ,acadmicien que je vois6 ,c'est un petit homme sec1 sec comme sarment de vigne1 vendanges faites1 avec de petits poils autour de la tte4 ,sa peau est si ratatine1 qu'on lui donnerait cent ans1 mais il est encore droit1 alerte1 sangl dans une redingote vert-bouteille1 avec des galoches aux pieds1 sans doute pour l'empcher de s'envoler au premier coup de vent4 ,il semble porter le costume de son premier drame1 pantalon puce1 redingote vert fan1 gilet crois1 faux-col en collerette1 gibus aux ailes retrousses4 ,et ce vieillard-l fut enfant avec ,musset1 ,hugo1 ,lamartine6 on dit que sur eux1 il a mille dtails conter4 ,berthe tremblait2 bonnement1 pour la rassurer1 et peut-tre aussi pour mieux l'entendre1 il lui a pris la main3 ,ar-ti-cu-lez mieux1 mon enfant4 ,ses yeux1 sous les paupires retombantes1 l'encourageaient d'un si gentil sourire4 ,nous aurions voulu tre toutes la place de ,berthe4 ,mais je suis contente que ce soit elle qui ait recueilli les flicitations de ,m4 ,legouff1 aprs une confrence trs vive1 solide1 bien compose1 sur les ,maures en ,andalousie4 ,mme ,jules ,ferron1 est-ce un hasard1 n'assistait pas au cours4 ,m4 ,legouff est parti avec ,m4 ,lepeintre1 qui l'emmenait en troisime anne4 ,il nous a laiss une impression charmante1 celle que ferait un bon grand-pre1 trs savant1 trs illustre1 qui aimerait donner ses petits-enfants d'adoption1 le meilleur de son esprit1 et un peu de son cur4 ,comme nous l'aimerons en troisime anne1 puisqu'il ne vient l'cole1 que pour aider de ses conseils les futures agrges4 #ah avril4 ,voici ,pques2 je pars en vacances1 j'irai ,barbizon voir ,berthe et son pre1 puis je rejoindrai ,charlotte et son fianc1 nous avons tout un programme de promenades faire dans ,paris4 ,mon cur bat trop vite1 comme je vais tre heureuse avec eux4 ,barbizon1 jour de ,pques4 ,il pleut1 pas moyen de courir en fort1 nous restons l1 calfeutrs dans la chambre2 ,berthe dclame ,salammb1 ,m4 ,passy somnole dans un vieux fauteuil mal rempaill1 sa chatte entre les bras4 ,j'coute1 mais ma pense est loin1 elle tournaille obstinment1 autour d'une autre chambre que j'aime1 o vit1 o respire1 o travaille si joyeusement ,charlotte4 ,ma pense les voit1 je leur ris4 ,il fait bon ici prs de ,berthe1 mais je voudrais tre l-bas1 auprs d'eux4 #bb avril4 ,il pleut2 entre ciel et terre1 c'est une trame mouvante que brode le feuillage des grands chnes1 et que dchire--avec quelle joie barbare--le vent1 le vent qui viole la fort1 le vent qui tue les nids4 ,c'est sur les cailloux du chemin1 dans l'herbe1 les rigoles1 une lente ritournelle1 un fredon mlancolique d'tres invisibles1 qui se plaignent3 eux aussi souffrent6 ,ainsi la ,douleur est partout6 ,et cette trame grise1 entre ciel et terre1 comme un voile obscurci1 enveloppe notre souffrance et celle de l'univers4 #bc avril4 ,la ,fort a dit3 ,il faut avoir piti6 ,je pense aussi que les plus hautes leons1 les leons de grandeur d'me1 c'est la ,mer1 la ,fort1 la ,montagne qui nous les donnent4 #bd avril4 ,m'y voici1 dans cette vieille rue ,saint-,jacques1 o habite ,charlotte2 je n'arriverai jamais assez tt1 pour leur offrir les premiers rameaux de joli bois1 que le pre de ,berthe est all me cueillir1 ce matin1 dans la fort4 ,l'trange et brave cur3 il est bien l'image complte de l'bauche qu'est ,berthe2 vivre prs de lui1 on ne songe plus au ridicule de ses habits1 la singularit des papillotes4 ,il vit en communion avec la nature1 simplement2 c'est cette sincrit1 cette bont qui seront dans la vie la grande force de ,berthe4 ,a table1 on cause de mon voyage ,barbizon1 les fleurs embaument1 ,m4 ,dolfire a voulu que je lui fleurisse sa boutonnire2 ,charlotte1 avec ses dents1 a coup le brin que j'ai piqu ensuite au veston de son fianc4 #be avril4 ,visite au ,luxembourg3 nous avons regard longuement le saint ,jean-,baptiste de ,rodin1 et sa ,danade4 ,puis les ,puvis de ,chavannes1 les ,carrire1 les trs rares tableaux de l'cole impressionniste4 ,c'est un blouissement4 ,il nous a expliqu1 toutes deux1 les tendances modernes de l'art1 le retour la nature1 l'admiration du vrai1 la plastique sincre des tres vivants4 #bf avril4 ,je rentre heureuse l'cole4 ,pendant ces vacances1 trois choses ont remu en moi les sources profondes2 trois choses ont surgi1 qui vont dominer1 je le sens1 ma vie de ,svrienne4 ,la piti pour ce qui souffre4 ,l'amour du beau4 ,l'imprieux besoin de me retrouver1 moi aussi1 dans un autre cur4 ,,chapitre ,,xx ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel #ae mai4 ,je travaille fivreusement2 les jours passent sans dure1 je suis avide d'aller sans cesse plus avant1 je dvore la bibliothque4 ,j'abandonne d',aveline le soin de me rapprendre mes classiques1 je les ai tant1 tant rabchs depuis mon brevet suprieur1 que je finis par les considrer1 comme ,m4 de ,goncourt considrait l'antiquit3 ce pain des professeurs4 ,tous mes jeudis1 en revenant de notre promenade dans les bois1 je lis les uvres de nos potes contemporains1 en remontant ,musset1 puis ,sully-,prud'homme1 ,leconte de ,lisle que j'ignore4 ,comme ceux-l sont prs de mon me1 prs de mes yeux4 ,il n'y a pas dire1 mme dans les uvres du divin ,racine1 il y a une phrasologie de bonne compagnie1 une majest dans l'allure des tirades1 comme dans le mouvement des personnages1 qui glacent l'motion trs profonde du drame4 ,il faut la simplicit1 la mesure1 l'motion contenue1 mais qu'on sent si profonde1 de ,mlle ,bartet pour ressusciter1 au bout de deux cents ans1 l',iphignie rve par ,racine4 ,sa voix1 la noblesse de sa rsignation1 la rserve de son ingnuit1 l'autre jour m'ont bouleverse4 ,c'est la premire fois que j'ai senti1 au thtre1 une me souffrir sincrement3 et c'est la divine ,bartet qui fait ce miracle de ranimer la momie qu'tait devenue1 pour nous1 l'uvre de ,racine4 ,je lui ai crit1 le soir mme1 mon admiration1 ma reconnaissance aussi4 tait-ce bien correct8 ,faut-il toujours vivre guinde par cette correction qui vous prive si souvent du plaisir d'avouer sans dtour ce qui plat1 ce qui meut8 #bj mai4 ,bartet m'a rpondu un mot charmant2 je le fixe1 comme une fleur1 cette page de mon journal4 #a;er juin4 ,est-ce gentil1 ,bartet m'envoie une baignoire pour la matine de dimanche aux ,franais1 on joue3 ,on ne badine pas avec l'amour4 ,je prviens ,charlotte et son fianc4 #d juin soir4 ,elle a t exquise1 l'austre ,camille1 l'gare1 celle qu'une exprience prmature dflore1 cruelle et candide1 se jouant sans scrupule de l'me de ,rosette1 de l'me de ,perdican4 ,mais pourquoi cette comdie de ,musset1 si mouvante la lecture1 si la fois rve et ralit1 devient-elle obscure la scne2 ,charlotte et moi nous avons eu la mme impression1 comme si ce thtre1 crit pour les dlicats1 n'tait vraiment clair1 vraiment dramatique1 que lu en silence4 ,mme ces passages exquis1 cette posie que l'me de ,perdican jette sur les souvenirs de son enfance1 sur l'tang1 les arbres qu'il retrouve si petits3 la scne1 quoique dits par ,le ,bargy1 cela parat dclamatoire4 ,je crois que le mystre d'une lecture convient mieux au thtre de ,musset1 que le jeu1 souvent mdiocre1 des artistes qui l'interprtent4 ,henri ,dolfire m'avoue qu'il est venu l pour me voir1 mais qu'il a horreur des bonshommes et des bonnes femmes des ,franais4 ,je lui ai parl de mes lectures1 il m'a demand de ne pas lire ,baudelaire2 pourquoi8 parce qu'il aurait regret1 que les ,fleurs du ,mal laissassent leur ombre sur ma pense4 ,non1 non1 je ne lirai pas ce livre1 il m'est doux d'obir ce dsir1 si dlicat1 d'un ami4 ,fin juin4 ,je ne sais mme plus le jour qu'il faudrait marquer en haut de cette page4 ,le temps file1 monotone1 fcond4 ,nous arrivons au bout de notre programme4 ,ma premire anne sera finie dans un mois1 j'en suis surprise6 ,comment1 il y a un an que je chevauche mon rayon d'or1 tonne1 radieuse1 cueillant pleines mains les souvenirs qui parfument ma route4 ,je ris de la gloriole des premiers jours1 quand je faisais mettre sur ma carte1 ce titre de ,svrienne1 dont j'tais plus fire que de six quartiers de noblesse6 ,au fond1 je suis trs individualiste1 j'ai l'orgueil de vouloir tre quelqu'un1 de faire moi-mme ma vie prsente1 ma vie future4 ,ai-je bien profit de cette anne de travail8 ,mes professeurs disent oui1 je partirai avec des compliments plein mes poches4 ,mais je ne suis pas satisfaite4 ,j'ai conscience de temps perdu1 de mauvaises habitudes d'esprit1 que je n'ai pas corriges par paresse4 ,je me fais l'effet d'tre toujours en location1 de ne pouvoir encore me mettre dans mes meubles4 ,ce que je pense n'est pas entirement moi4 ,ma maison est faite de bric et de broc1 arrange peut-tre avec chic4 ,ceux qui m'coutent ont l'illusion d'entendre des choses personnelles3 je rougis de mes larcins4 ,je voudrais payer mes ides par un effort vigoureux1 et sculpter mes meubles1 aprs les avoir construits moi-mme1 pour les besoins de ma maison4 ,je ne voudrais pas que mes lves1 plus tard1 ne vissent en moi qu'un ,manuel de l'cole de ,svres4 ,tout mon travail de seconde anne tendra vers ce but2 il est grand temps d'tre autre chose qu'un brillant esprit d'assimilation4 ,et puis1 je ne veux pas sparer l'effort de mon esprit1 de l'effort de ma conscience2 si jamais le grand principe de l'tude a t donn1 c'est bien par cette vertueuse femme que nous frquentons trop peu3 ,eugnie de ,gurin4 ,je lis non pour m'instruire1 mais pour m'lever4 ,son journal devrait avoir la place d'honneur1 dans nos chambres de jeunes filles2 il nous redirait1 lui1 d'tre probes1 d'carter toutes les lectures qui peuvent souiller nos mes1 de sauvegarder1 comme un bien inestimable1 la puret4 #a;er juillet4 ,j'ai eu trois ou quatre fois1 la joie de faire une trs bonne leon4 ,ces jours-l1 j'ai connu le paradis3 je me sentais souleve1 frmissante1 avide d'atteindre la perfection4 ,c'tait un contentement dlicieux1 que je savourais dans mon for intrieur4 ,je me surprenais rire1 du mme petit rire qu'a ma conscience1 aprs une bonne action4 ,les jours qui suivaient1 c'tait une srnit paresseuse1 j'envisageais l'avenir sans inquitude1 comme si le succs tait dsormais infaillible4 ,tout me paraissait facile1 je me sentais des paules soulever le monde4 ,mais que de jours mornes1 o1 le cur serr1 je n'osais plus me rjouir1 doutant de moi-mme1 maltraitant mes professeurs1 croyant la malchance1 nerveuse1 irritable et si malheureuse que j'aurais voulu mourir444 parce qu'une leon ne valait rien4 ,je n'ai pas le courage de ,berthe1 qui ne se laisse dprimer par aucune injustice4 ,d',aveline la gote peu2 cet esprit frondeur1 irrgulier1 cette parole trop prompte1 et souvent claire de mots que lui fournit le lexique paternel1 choquent le puriste1 un peu troit1 qu'est notre professeur4 ,moi1 je reste dsarme devant un jugement svre3 l'idal serait d'tre le personnage pondr1 si rflchi1 qu'est ,victoire ,nollet2 celle-l plane dans une impassibilit stocienne1 au-dessus des bourrasques de notre vie scolaire4 ,il se fait1 dans l'ordre de la promotion1 un mouvement sensible4 ,adrienne ,chantilly ne tient plus la tte de la classe2 nos professeurs ont vite perc le fragile tissu de son esprit4 ,seuls1 des vanouissements propices et le jeu de paupires1 dupent encore ,m4 d',aveline4 ,victoire monte1 monte2 ,jeanne ,viole travaille et mne de front une tactique fort intelligente1 qui lui gagne ici des sympathies utiles4 ,blraud est nulle2 ,hortense ne travaille que pour ,ugne2 ,thrsa est moyenne1 ,berthe ingale4 ,en somme1 la lutte pour le n #a de la licence est bien limite entre ,victoire ,nollet et moi4 #aj juillet4 ,nous y pensons dj3 ce matin les lves de deuxime et de troisime anne1 sciences et lettres1 sont parties pour la ,sorbonne1 o ont lieu les examens d'agrgation et de licence4 ,ds six heures du matin1 le dsarroi tait dans l'cole3 de grandes voitures ,cook1 postillons1 stoppaient devant les grilles2 nous tions toutes leves1 aidant nos compagnes1 leur faisant du caf1 des rties4 ,elles sont vertes1 ou si ples1 que les flacons de sels circulent4 ,vite on les met en voiture3 ,cherchez sur la route1 un bossu1 un soldat1 une femme grosse1 leur crie ,berthe1 et tout ira bien4 ,les voitures enfilent l'avenue1 tournent brusquement sur la route1 les voil parties1 nous agitons encore nos mouchoirs4 ,isabelle et ,rene m'ont fait peine voir4 ,myriam s'est trouve mal4 ,ce dpart pour les examens me bouleverse4 ,il y avait quelque chose d'hroque1 dans le sourire confiant qui passait1 une seconde1 sur ces pauvres figures tires1 fivreuses1 dont les yeux criaient grce4 ,cette seconde tait celle du baiser que ,mme ,jules ,ferron donnait chaque ,svrienne4 ,elle tait descendue jusqu'au perron d'honneur1 nous tions toutes groupes au bas des marches1 la regardant1 si ple1 elle aussi1 dans sa robe noire1 debout au seuil de la maison4 ,a cet instant1 elle eut l'attitude hautaine du chef1 qui veut donner son me celles qui partent1 et c'est le cur battant1 que chaque lve a reu son baiser4 ,voil quel viatique elles emportent6 ,je crois son efficacit4 #ah juillet4 ,nous sommes dans l'attente du rsultat4 ,rene dit qu'elle n'a pas su traiter son sujet de littrature6 ,hugo et ,lamartine peuvent-ils tre appels des classiques8 ,quant ,isabelle1 elle est sre d'avoir dit des sottises1 dans sa composition de philosophie3 ,quelle place faut-il faire aux beaux-arts1 dans l'ducation des femmes4 ,aucune1 a-t-elle rpondu4 ,myriam a port une feuille blanche au jury1 puis s'est retire4 #ai juillet4 ,je gagne mon pari1 elles sont admissibles4 ,rene a vite saut sur mes ,contes grecs de ,marnille1 que je lui avais promis4 ,elle adore l'esprit de ce conteur1 qui est l'auteur aussi1 de la plus intelligente1 de la plus amusante histoire grecque4 ,ma joie1 demain1 sera complte4 #bj juillet4 ,charlotte est reue4 ,c'est dans ma chambre1 o ils m'attendaient tous les deux 7pour pargner ma ,lolotte l'angoisse de voir passer ce feuillet blanc1 qui affiche si peu de noms la porte de l'cole71 que je leur ai annonc la bonne nouvelle4 ,en route1 j'avais crois d',aveline1 qui m'avait dit tout de suite le rsultat2 il voulait me parler de moi1 me serrant si affectueusement la main4 ,mais je brlais de me sauver1 d'aller les rejoindre1 j'ai cri3 merci1 merci1 et au galop1 je suis revenue dans ma chambre4 ,nous tions ivres tous les trois1 ,charlotte pleurait1 je riais1 lui nous tenait chacune par la main1 et confondant nos mains dans un mme baiser3 ,vivent les ,svriennes1 vive ,mlle ,lonjarrey1 hourrah pour ,marguerite ,triel4 ,en partant1 il m'a dit3 --,maintenant que ,charlotte va tre un peu plus votre sur1 mademoiselle1 voulez-vous me faire la grce de m'accepter pour ami4 --,oh6 oui1 ai-je rpondu1 en y mettant tout mon cur4 ,charlotte nous regardait avec des yeux ravis4 --,tu sais qu'il t'adore1 et qu'il veut dans un mdaillon sculpter nos deux profils4 ,je me suis sentie rougir4 #be juillet4 ,il tait crit que j'aurais un ami6 ,l'amiti d',henri me comble de joie2 son esprit me plat1 son cur me plat4 ,j'aime son pass de travail1 d'efforts souvent pnibles 7,charlotte me l'a dit71 pour raliser le beau rve de l'artiste4 ,je l'aime d'avoir choisi l'tre sincre et tendre qu'est ,charlotte1 pour en faire le compagnon de toute sa vie4 ,puis1 je crois bien que1 sans tout cela1 je l'aimerais1 parce que je sens qu'il m'aime4 #bi juillet4 ,voici les dernires lignes que j'cris ,svres4 ,demain1 nous quitterons toutes l'cole1 pour aller en vacances4 ,je ne m'en rjouis point4 ,je voudrais demeurer ici toujours4 ,si nous sommes des ,bndictines laques1 il est si doux de l'tre4 ,il faudra s'en aller tout fait dans deux ans2 dj cette pense me dchire4 ,on est si bien sous ce toit1 prs des beaux arbres1 prs du jet d'eau o chuchotent des voix anciennes1 parmi les livres rangs dans les vitrines blanches1 sous les cussons blancs enguirlands de lys4 ,chercher les ides qui volent1 du portrait de ,louis ,,xv ce qui fut jadis le mdaillon de la ,marquise1 chercher son visage dans les hautes glaces1 et s'y voir encore frache4 ,ignorer la vie1 n'en connatre que les on dit des potes et des penseurs1 vivre de ses seules motions4 ,quel rve6 ,adieu1 chre petite chambre que je ne retrouverai pas en revenant2 une autre prendra ma place1 et ne saura pas combien tu me plaisais3 j'ai voulu que ta parure1 ces mousselines1 ces fleurs1 ces photographies fussent un reflet de moi-mme2 c'est un peu de mon me1 chre petite chambre1 que je t'ai donn l4 ,je m'en vais1 le cur gros des souvenirs que je te laisse1 j'avais fait mon nid2 malgr moi1 je l'abandonne1 je pars1 dj je n'ose plus me retourner4 ,adieu1 adieu1 si les choses ont des yeux1 si les choses gardent mmoire de ce qui passe1 souviens-toi1 qu'ici nos mains fraternellement se sont unies1 et que plus rien1 jamais1 ne dtachera la mienne de celle qui la cherchait4 ,,chapitre ,,xxi ,rapport de ,mlle ,lonjarrey1 surveillante l'cole de ,svres ,mme ,jules ,ferron4 ,madame1 ,vous m'avez charge1 l'anne finie1 de vous adresser un rapport confidentiel1 qui puisse complter le dossier des lves1 que j'ai sous ma surveillance4 ,le voici4 ,d'une faon gnrale1 je ne trouve pas dans cette promotion1 la discipline et le respect ncessaires1 comme vous nous le dites souvent1 madame1 toute uvre intellectuelle et morale4 ,presque toutes ces demoiselles sont d'esprit lger1 remuant4 ,elles aiment la parure1 et leur jeunesse accorde une crance inimaginable la plus-value d'une fracheur passagre4 ,elles attachent du prix des dtails1 et semblent ignorer que la vraie vie de l'cole1 est celle o vous les conviez1 madame1 dans les hautes sphres de la mditation et du recueillement4 ,je m'efforce de le leur faire comprendre4 ,je ne dsespre pas de voir aboutir la conversion que j'ai entreprise4 ,voici donc ce que je puis vous dire sur chacune de nos ,svriennes3 ,mlle ,chantilly a1 au plus haut degr1 le souci de sa taille et de son ajustement4 ,orgueilleuse de ses prrogatives de premire1 elle s'imagine que sa prsence1 au milieu de nous1 augmente la gloire de l'cole4 ,au surplus1 je la souponne de n'avoir aucune vocation pour l',enseignement1 de viser autre chose1 en se servant de l'cole comme d'un tremplin1 si j'ose m'exprimer ainsi4 ,si j'en crois les confidences de qui vous savez1 son entreprise serait de compromettre un de ces ,messieurs1 puis de s'en faire pouser4 ,elle aurait jet1 cet effet1 son dvolu1 sur ,m4 d',aveline4 ,comptez1 madame1 sur ma vigilance4 ,mlle ,triel1 gentille jeune fille1 douce1 timide1 bien leve1 un peu trop sauvage4 ,s'ignore elle-mme4 ,travaille beaucoup1 sans bruit4 ,promet d'tre un professeur solide et modeste4 ,je n'ai rien ajouter4 ,mlle ,nollet mrite en tout point l'estime dont vous voulez bien l'honorer1 madame4 ,depuis le malheur qui l'a frappe1 je ne l'ai pas surprise une seule fois pleurer2 mme1 ,mlle ,vormse lui ayant demand ce qu'elle pourrait faire pour l'aider dans sa peine1 ,mlle ,nollet a pri ,mlle ,vormse de vouloir bien lui permettre de travailler l'allemand avec elle1 en vue de sa licence4 ,elle est donc tout l'tude4 ,sa sant reste dplorable1 la crise attendue ne se dclare pas1 malgr les douches glaces que1 sur l'ordre du docteur1 l'infirmire lui administre tous les jours que ,dieu fait4 ,enfin6 ,j'ai plaisir insister sur le labeur1 sur l'nergie de cette jeune fille1 qui tmoigne d'une nature virile1 bien prpare recevoir la manne stocienne4 ,mlle ,viole1 une de nos bonnes lves1 serviable1 droite1 mfiante d'elle-mme1 demandant plus exprimente qu'elle l'appui d'un conseil4 ,elle cherche sa voie4 ,n'osant s'adresser vous1 madame1 par un sentiment de touchant respect1 ,j4 ,viole est venue moi4 ,dans mon cabinet1 nous discutons morale et philosophie2 elle est vraiment intressante1 dans son ardeur chercher la vrit1 s'attacher aux principes dcouverts4 ,c'est une me dlicate1 plus faite pour le clotre que pour la vie4 ,cependant j'espre1 par des paroles rflchies1 lui rendre le got de l'action2 et1 en m'inspirant1 madame1 de votre sagesse1 l'aider sortir de cette voie mystrieuse1 o son cur1 comme dit ,pascal1 se cherche et ne se retrouve pas4 ,mlle ,passy1 un garon tourdi1 tapageur1 dont les paroles sont souvent marques au coin de la plus mauvaise ducation4 ,elle est susceptible de perfectionnement4 ,l'esprit est sain1 le cur franc3 peut-tre y aurait-il redouter dans l'avenir1 la dfection d'une frondeuse1 d'une rvolte4 ,mlle ,hortense ,mignon4 ,je me permets d'appeler toute votre attention1 madame1 sur cette lve qui est trs cachottire4 ,elle entretient1 poste restante1 une correspondance trs active1 avec un jeune homme de son pays1 sous-officier sans avenir1 qu'elle veut pouser sans l'aveu des parents4 ,non seulement1 elle nglige son travail1 pour bcher les examens de ce ,monsieur1 mais ce qui est plus grave1 cette jeune fille s'est permis1 en l'absence de tout le personnel1 pendant les vacances de ,pques1 de recevoir son fianc l'cole1 et mme de partager ses repas avec lui4 ,je suis bien sre que ces heures de tte tte n'ont t que des rptitions1 et que ce jeune paresseux a trouv moyen encore de piller les cours de sa fiance4 ,nanmoins1 je tiens rvler ces faits indubitables1 qui m'ont t appris par qui vous savez1 madame4 ,mlle ,thrsa ,esprou1 une bonne grosse fille1 un peu btote4 ,mlle ,blraud4 ,depuis que vous lui avez accord son pardon1 madame1 aucune tentative dtestable ne s'est renouvele4 ,cette personne s'amende4 ,je n'ai qu' me louer de son zle1 qui peut nous tre d'un vritable secours1 dans l'uvre de perfection et de grandeur morales1 que nous poursuivons4 ,mlle ,blraud n'est pas sympathique ses compagnes1 qui l'cartent1 depuis que le bruit a couru1 dans l'cole1 qu'elle tait hystrique4 ,seule1 ,jeanne ,viole rachte1 par quelques bonnes paroles1 la froideur de toute sa promotion4 ,voil1 madame1 ce que vous m'avez mand de vous faire connatre4 ,je me suis acquitte1 avec discrtion et vigilance1 de la tche dlicate que vous m'avez confie1 et reconnaissante de tout ce que je vous dois1 je suis heureuse1 madame1 de pouvoir vous assurer que jamais l'cole n'a t si parfaitement unie dans la communion d'un sentiment unique de respect et d'admiration pour votre personne4 ,veuillez agrer1 etc4 ,,fin ,,de ,,la ,,premi,,re ,,partie4 ,,deuxi,,me ,,partie ,,chapitre ,,premier ,,le ,,retour ,,des ,s,,vriennes ,depuis midi les grilles de l'cole sont ouvertes4 ,c'est un chass-crois3 lves1 parents1 amis1 bagages1 fournisseurs1 ple-mle s'engouffrent4 ,enfin1 l'air circule dans les couloirs abandonns depuis deux mois2 l'odeur si triste des vieux murs s'vapore4 ,c'en est fait du silence3 un flot de vie est entr dans l'cole4 ,sous le pas alerte des ,svriennes1 les escaliers crient1 les portes grincent1 les voix s'lvent1 et la cloche en sonnant1 ranime ce corps engourdi qui1 dans l'ombre1 pleure des larmes de salptre4 ,comme ces vieilles gens qui ouvrent regret leurs bras la joie bruyante des tout petits1 l'cole semble chagrine du retour des ,svriennes4 ,le personnel1 depuis le matin1 est en mouvement4 ,les bonnets brides volettent1 ponctuent ici et l1 de leurs ailes blanches1 le clair obscur des corridors4 ,m4 le dpensier1 tout bouffi1 jette ses ordres1 court du rfectoire l'office1 des cuisines au monte-charge1 voyant tout1 sachant tout1 dvisageant les ,nouvelles1 qu'un mot vif photographie au passage4 ,l-bas1 dans la tideur du jour qui tombe1 le jet d'eau chantonne2 son me1 captive sous un rseau de perles1 redit les paroles anciennes et qu'on sait un peu folles4 ,sur l'aire blonde de la cour1 tombent les premires feuilles mortes2 mais tout le sang de la terre monte dans les arbres du parc1 qu'un moi1 un frisson1 inconsciente mlancolie des choses1 transfigure1 comme un visage qui se pare d'une fracheur clatante aux approches de la mort444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,debout1 la fentre de sa nouvelle chambre1 ,marguerite ,triel regarde les coteaux d'alentour1 couverts de leur toison fauve4 ,on ne verra plus briller1 le soir1 les petites lumires des maisons closes2 ,saint-,cloud se dnude2 seule1 la croupe de ,brimborion est encore verdoyante4 ,tout est triste6 ,elle regarde songeuse4 ,est-ce bien l ce paysage radieux dont le souvenir l'enchantait la veille encore2 et cette chambre1 cette cellule de bguine1 au papier sali1 la cretonne dteinte1 l'accueil hostile1 c'est l qu'elle va vivre toute une anne4 ,quoi1 c'est cela qu'elle regrettait6 ,la dception de ce retour l'oppresse comme un chagrin2 n'y tenant plus1 ,marguerite abandonne ses affaires1 glisse son journal dans le tiroir de la table1 et vite s'enfuit embrasser ,mlle ,vormse1 puis chercher dans leurs chambres1 ses compagnes arrives avant elle4 ,n'ayant trouv personne1 ,marguerite s'installe pour attendre1 au tournant de l'escalier4 ,c'est une monte1 une dgringolade perptuelle de ,scientifiques et de ,littraires1 qui toutes1 gamines en dpit de l'ge1 n'ont jamais eu le temps d'apprendre la marche lente1 et le rythme d'un pas lger4 --,bonjour ma chre2 comment allez-vous8 ,quelle mine superbe6 ,hein1 contente de rentrer8 --,ma foi non4 --,et pourtant ce cher ,ptre et le jeune ,criquet6 --,encore bouquiner1 oh6 l l6 --,connaissez-vous les nominations8 --,quelques-unes4 --,myriam ,lvis1 pas agrge1 dbute ,molire6 --,pas possible4--,mais oui1 on dit que le ministre avait remarqu le profil4--,au scandale4 --,et ,rene8 agrge1 tombe dans un trou1 ,mamers4 ,les bruits de pas touffent les paroles4 ,d'autres ,svriennes montent4 --,avez-vous vu la ,veuve8 --,non1 je n'irai chez elle qu'au bonsoir4 --,vous a-t-elle rpondu8 --,jamais de la vie3 vous savez bien qu'elle a pour principe1 de rpondre deux lignes aux agrges1 et rien aux licencies4 --,mais plus tard crit-elle8 --,c'est selon le cas que notre mre fait de nous444 --,trs bien1 quand je serai professeur1 je ne la fatiguerai pas de mes lettres444 ,elles passent4 ,monte ,adrienne ,chantilly1 en collant de drap vert russe2 elle conduit trois nouvelles que ,mlle ,lonjarrey lui a recommandes2 une petite arabe1 au corps nerveux1 aux yeux longs1 s'entr'ouvrant pleins de caresses1 des joues olivtres qu'ambre un rayon de soleil1 c'est ,juliette ,malville2 une grosse paysanne1 aux traits mous1 au regard terne3 ,marianne ,brunie2 la troisime1 lgante1 distingue1 des yeux frais1 comme ces fleurs bleues1 qu'on nomme les cheveux de ,vnus1 trs blonde1 une bouche rouge1 extraordinairement sensuelle3 ,hlne ,dinan4 ,toutes trois1 lves des lyces de ,paris1 forment un groupe d'intellectuelles pures3 l'une est hglienne1 l'autre disciple d',auguste ,comte1 la dernire1 par snobisme1 nie la matire1 et ne conoit que la vie spirituelle4 --,ah6 que je suis heureuse de vous revoir1 ,marguerite1 fait ,adrienne ,chantilly1 prsentant ses trois nouvelles amies1 la plus jolie ,svrienne4 ,c'est une embrassade polie1 ,didi picore les joues qu'elle baise1 craignant d'y laisser le velours phmre de ses lvres4 ,elles passent4 ,marguerite1 dont la tte ple1 tout aurole de cheveux blonds1 se dtache1 entre les portes1 comme une figure de sainte dans un triptyque ouvert1 ne s'aperoit pas de l'admiration qu'elle excite4 ,impatiente1 elle cherche ses amies1 et ne voit1 au bout du couloir1 que ,victoire ,nollet1 portant1 de toute la force de ses bras maigres1 un matelas frachement rebattu4 --,bonjour ,victoire1 est-ce que vous dmnagez la cloche de bois8 --,pas du tout1 mon chat1 je rpare une injustice4 ,le dpensier m'a coll un vieux matelas1 quand j'ai le droit d'en avoir un neuf6 j'ai rclam1 personne ne m'coute4 ,je porte le mien une premire anne1 et je rapporte celui-ci6 --,allez en paix1 ,victoire1 pictte n'est-il pas avec vous1 ajoute ,marguerite railleuse4 ,sous le faix du matelas qui l'crase1 ,victoire continue son chemin2 personne ne s'offre l'aider4 ,a bout de force1 elle tombe1 mais ne lche pas sa proie4 ,soudain1 au bas de l'escalier1 on entend des voix joyeuses1 un talon qui sonne allgrement3 ,zimbala6 ,zimbala6 ,les pompiers de ,nanterre6 ,l'cole en marche1 clate de rire1 en reconnaissant le refrain favori de ,berthe ,passy1 qui monte quatre quatre1 et surgit accompagne du ,paternel en sabots1 le bret la main4 ,il porte1 dans un cabas1 des colchides dlicatement protges par une collerette de fougres2 autour du cou1 de longs fils de lierre4 ,sans dire un mot1 il se dbarrasse de son fardeau1 embrasse sa fille1 remet sur les papillotes cheveles1 son bret de drap1 et se sauve1 laissant les ,svriennes ahuries de cette apparition rustique4 ,berthe agace fronce le sourcil4 --,eh bien6 quoi6 c'est mon pre4 ,sommes-nous au ,jardin des plantes ici8 ,puis toute ,marguerite qui la serre dans ses bras3 --,ce que je suis contente de t'embrasser1 toi4 ,il y a si longtemps qu'on ne s'est vu6 et tu n'cris pas6 ,enfin1 la belle1 me diras-tu ce que tu as fait pendant ces vacances4 --,j'ai vcu je ne sais dans quel pays d'ennui1 auprs de ma vieille cousine4 ,j'ai lu1 couru1 bill6 oh bill6 surtout le dimanche1 quand on allait faire des visites4 --,tu n'as donc plus d'amie l-bas8 --,non1 depuis que je suis ,svres1 je n'en ai plus2 je suis solitaire au milieu des jeunes filles que je frquentais2 nous n'avons plus rien de commun1 ni vie1 ni pense1 ni rve4 --,mais1 insiste ,berthe1 avec malice1 si les femmes t'ennuient1 il te reste les hommes6 --,eh6 bien1 non1 j'inquite les hommes4 ,ils m'admirent1 parce que je suis une savante1 mais leur admiration est444 comment dirai-je444 suspecte4 ,il y a autre chose1 par derrire1 que du respect4 ,oui ,molire a peint toute la province1 quand il a dit3 ,il n'est pas bien honnte1 et pour beaucoup de causes1 ,qu'une femme tudie et sache tant de choses4 ,les gens de chez nous pensent comme lui4 ,au fond1 les hommes s'imaginent que nous sommes trop savantes pour rester chastes1 et qu'il nous est bien difficile1 libres comme nous le sommes1 d'tre honntes4 --,tu crois8 --,oui4 ,ces choses-l1 on ne nous les dit pas encore1 mais on les devine leurs regards1 leurs poignes de mains444 ,et les femmes6 en voil qui ne nous pardonnent pas de nous tre dclasses1 en gagnant notre vie4 ,j'ai horreur de tout ce monde-l4 --,aussi1 ma chre1 fit ,berthe en l'entranant dans sa chambre1 quel besoin avais-tu de te fourvoyer l'cole6 ,quand on est faite comme toi1 on pouse le plus gros sac d'cus1 on a la gloriole de signer1 le matin de ses noces1 un contrat de vente corporelle6 ,et tu as la navet de croire1 qu'on estimera plus ton apostolat de professeur1 que ce mariage1 qu'appelle si bien ntre ,jrme une prostitution lgale6 ,c'est fou1 ma chre4 ,nous sommes en dehors de l'ordre social1 nous sommes presque un genre neutre1 celui des ,indpendantes ou des ,rvoltes4 ,et tu veux qu'on nous honore6 ,quelle bonne foi que la tienne1 j'en ris4 --,si tu savais1 ma pauvre amie1 comme je souffre de voir clair4 ,ces vacances ont t pour moi une lente dsillusion4 ,l'cole me manquait trop4 --,eh quoi ,mme ,jules ,ferron8444 --,non1 ce n'est pas elle que je regrettais1 c'est ce milieu o tout nous lve1 o naturellement1 on arrive modeler sa vie sur les vies qu'on admire1 o l'effort est joyeux1 o le travail est une forme du bonheur4 ,ici1 j'ai une autre me1 d'autres yeux4 ,ici tout ce qui est beau m'entrane4 ,je suis fire d'appartenir l'cole1 de prparer ma carrire de professeur1 de vivre libre1 d'une vie laborieuse1 qui sera fconde pour moi1 pour les autres4 ,l-bas1 j'ai l'me recroqueville2 je suis les autres en silence4 ,comme la route m'a sembl longue6 ,berthe attriste coute son amie2 cet aveu de ,marguerite lui va droit au cur1 elle sait les tristesses de l'avenir1 mais courageusement elle veut les ignorer1 aller droit au but1 sans se soucier de l'escorte qui l'accompagne1 des pays qu'il faudra traverser4 --,allons1 ,marguerite1 demain tu auras oubli ton ennui4 ,nous voil chez nous1 arrange ta chambre1 sors tes livres1 je t'apporte des fleurs de ,barbizon2 demain tu retrouveras tes professeurs1 tes triomphes de ,svrienne4 ,allons1 allons1 en avant pour la ,licence444 ,marguerite reste songeuse1 son regard semble chercher quelque chose qu'elle ne retrouve pas4 --,ne trouves-tu pas l'cole change8 --,mais non1 l'tat n'a point retap notre caserne2 je revois des murs qui suintent1 des murs qui croulent4 ,c'est toujours tout pareil4 --,il y a je ne sais pas quoi qui me manque1 je suis dpayse2 cette chambre m'touffe2 j'aimais tant l'autre4 ,vois-tu1 nos anciens rves sont les htes invisibles de nos chambres1 ils gardent1 pour nous les rappeler1 les sourires ou les larmes qui les ont vus natre444 un charme les enchane aux murs qu'ils n'abandonneront jamais plus444 ,je sais maintenant1 ce sont ces ,dieux ,lares1 gardiens de mon autre chambrette1 que je souffre de ne pas retrouver ici4 --,ma grande1 ma grande1 prends garde1 tu rves trop1 tu souffriras4 ,veille1 ton imagination va dchirer ton cur4 ,moi aussi1 pendant ces deux mois1 j'ai bien pens la vie qui nous attend4 ,la fort m'a donn de son sang1 je reviens plus forte1 plus sauvage2 je veux vivre seule4 ,dans mon baluchon de vagabonde1 j'avais mis quelques ,balzac1 je les ai lus au pied des vieux chnes4 ,parlons-en de la ,comdie humaine1 de l',amour qui fait grimacer tous les masques4 ,quel dgot6 --,tais-toi1 ,berthe1 tu blasphmes4 ,l'amour ne peut jamais tre ignoble4 ,non1 c'est quelque chose de divin1 qui rayonne en nous1 nous ptrit sur un modle plus beau4 ,berthe1 je le pressens1 l'amour nous transfigure1 un cur qui aime ne peut tre que trs grand4 ,ne juge pas la vie d'aprs ces livres4 ,entre eux et nous1 il y a un mystre4 ,crois-tu que la vie aux yeux d'une vierge soit la mme qu'aux yeux d'une femme8 ,non4 ,et puis vois-tu1 j'aimerais mieux mourir l'instant1 si je ne dois pas esprer l'amour444 --,marguerite8 --,oui1 ,berthe1 je ne suis plus la mme1 mon cur s'est ouvert comme un nid444 7elle ajouta tout bas71 je l'coute chanter4 ,un tumulte dans l'escalier d'honneur fit ouvrir toutes les portes1 trois tres1 trois magots apparurent de front4 --,mamz'elle1 si vous plat1 o c'est ti que va coucher notr' demoiselle1 lodie ,fourraud1 de ,marseille4 --,quel est son numro de chambre1 monsieur8 --lodie t'sait-t-y ton numro8 --#ef1 papa4 --,je vous y mne1 et ,berthe1 embrassant ,marguerite1 sa trane de lierre sur l'paule1 se fit le cornac des trois phocens4 --,enfin1 les voil donc6 ,marguerite1 radieuse1 les mains tendues1 s'lance dans l'escalier1 au-devant de ,charlotte et d',henri ,dolfire1 qui franchissent la grille de l'cole4 ,,chapitre ,,ii ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel #aj octobre #ahi 4 ,voil huit jours que nous avons repris nos cours4 ,il ne me semble pas que j'aie quitt l'cole1 cette cole si aime1 encore plus chre depuis que ,charlotte est ici4 ,nous vivons comme deux surs1 ne nous quittant que pour aller au cours ou en tude4 ,le jeudi1 nous nous runissons2 pendant que je prpare mes textes de la licence1 elle dessine des corchs4 ,c'est une intimit charmante o ,henri a sa place4 ,constamment ,charlotte me parle de lui4 ,je le connais si bien aujourd'hui1 que je crois avoir t son amie de tout temps4 ,je vis de leur joie1 ils vivent de mes espoirs4 ,pour tre amoureux1 ils ne sont pas gostes1 et je sens bien que ma prsence ne leur est pas importune4 ,charlotte travaille avec ardeur2 mais en femme trs ordonne1 elle se rserve1 par-ci par-l1 des rcrations supplmentaires pour coudre son trousseau4 ,elle est alerte et positive1 sachant le prix des choses1 le prix de l'argent surtout4 ,d'un mot1 elle rabroue ,henri1 quand il s'emballe avec la faconde lyrique des imaginatifs3 il se voit dj au travail1 pour une commande de l'tat1 ou le buste de quelque ,yankee4 ,c'est le songe de ,prette2 ,charlotte sera l pour consolider le pot au lait4 #ad octobre4 ,quelle jolie promenade nous venons de faire tous les trois dans le bois de ,saint-,cloud4 ,aujourd'hui1 la lumire avait les teintes dores du raisin mr2 tout tait encore vert1 au-dessus de l'herbe grasse et des chrysanthmes rouges4 ,de la ,lanterne1 nous apercevions la ,seine1 dont les flots stris s'talaient1 comme les sillons d'une prairie fauche1 en lignes rythmiques et parallles4 ,le ciel restait floconneux4 ,jamais je n'ai vu l'automne une telle posie4 ,les bois rayonnent d'une vie plus ardente1 plus parfume4 ,les lourds chtaigniers ont des bourgeons1 mais rien n'gale le coloris charmant des peupliers pourpres1 des sapins argents1 des petits aulnes si frais encore4 ,et tout cela s'carte de vous2 il semble que l'atmosphre donne aux avenues une perspective plus lointaine4 ,d'autres coins du parc sont en pleine mtamorphose4 ,ici1 o souffle le vent froid1 les arbres ont une splendeur orfvre4 ,on les dirait cisels1 dans un bloc d'or et de jaspe sanguin1 par un cyclope aux doigts habiles4 ,les feuilles1 qu'il laisse papillonner autour de nous1 ont l'usure et la pleur des royales effigies1 ou les reflets sombres des vieux ors ternis1 l'clat mystique des croix pastorales1 le clinquant des faux bijoux1 la douceur des alliages1 o l'or pur se veine4 ,les broussailles ont des lueurs fauves1 le scintillement de l'aventurine toile1 les feuillures lgres des couronnes barbares4 ,quel divin matre que la nature4 ,avant de grimper dans le parc1 nous avons fait avec ,henri un tour de foire4 ,les grandes alles du bord de l'eau ont perdu leur solitude religieuse4 ,c'est une cohue1 un tintamarre infernal4 ,toutes les roulottes de la foire aux pains d'pices sont ramasses l1 treignant les arbres1 les poussant presque pour leur voler la place4 ,oripeaux1 verroteries1 paillettes1 cuivres1 toiles peintes1 bches1 lampions et guenilles semblent1 de loin1 suspendus une corde4 ,tout s'anime1 tout remue1 hurle1 grogne ou piaille4 ,ce sont des fous1 des nergumnes1 qui vous attirent dans les baraques1 sur les montagnes russes et les chevaux de bois4 ,on s'enfuit1 on s'accroche1 on est pris dans ce tohu-bohu d'pileptiques2 la foule1 ivre1 vous saisit dans son remous4 ,je ne sais comment nous avons fait pour sortir de l2 une fois l'abri1 j'ai regrett la foule criarde1 vulgaire1 puante1 qui m'attirait et domptait en moi1 par quelque chose de plus fort1 la rvolte de mes sens4 ,henri nous a emmenes dans la partie solitaire du parc1 dans ce jardin rserv1 o tout rappelle ,trianon et ,marie-,antoinette4 ,les parterres embaumaient l'herbe mre1 encore une fois coupe2 partout de petits bassins ronds conduisent l'eau la cascade1 par un fil de perles4 ,nous nous sommes assis sur un vieux banc1 dans le cirque de verdure1 o les arbres rejoignent leurs ttes chenues1 pour soutenir cette coupole arienne1 faite de l'immensit bleue4 ,nous ne disions rien1 jouissant du charme infini d'tre seuls1 la tombe du soir4 --,a quoi rvez-vous1 mes p'tits1 a dit ,henri d'une voix qui voulait imiter celle de ,mlle ,lonjarrey4 --,je pense1 rpondit ,charlotte1 qu'il fait bon vivre1 et que ce parc est un cadre enchanteur pour de beaux souvenirs4 --,c'est vrai3 ne dirait-on pas que ces arbres se souviennent8 dans cet abandon1 les feuilles n'ont-elles pas l'air de dtourner leurs yeux1 comme si elles se refusaient jouir du bonheur qui passe1 elles qui ont vu pleurer une reine4 --,oh6 oh1 fit ce rieur1 voil une dure bien sentimentale4 ,mesdames les feuilles1 vous tes fort impertinentes1 si juches pour mieux voir1 vous ne regardez rien4 ,que pourriez-vous admirer1 je vous prie1 de plus gracieux que ces deux corps souples1 alanguis dans une pose que je voudrais modeler4 --,quel serait le titre1 m'sieu l'artiste8 --,l',attente4 --,le compliment est pour toi ma chre1 fit ,charlotte en m'embrassant4 ,le clair regard d',henri souriait mes yeux4 ,je ne puis dfinir le charme que ces yeux clairs exercent sur tout mon tre2 il me regarde3 deux gouttes d'eau pure apaisent ma soif2 s'il parle et que ses yeux m'interrogent1 une gaze lgre s'interpose1 je ne sais que dire1 mon esprit n'est plus l4 ,et je m'aperois bien ces choses1 qu'on ne peut aimer un ami1 comme on aime son amie4 ,et quel trouble1 en revenant vers l'cole4 ,avec la fracheur1 des effluves violents montaient de la terre humide4 ,mon cur se gonflait1 battait coups fivreux2 j'prouvais un plaisir indicible boire1 dans l'air1 tous ces parfums4 ,au bord d'une pice d'eau1 caille de feuilles mortes1 sur la nappe verte d'un nnuphar1 nous vmes une colonne voltigeante qui s'levait1 ondulait ainsi qu'une vapeur3 c'tait une nue d'phmres qui s'aimaient l1 dans un bruissement1 dans un tourbillon d'ailes4 ,les uns1 peine ns1 montaient vers le ciel1 mariaient leurs dsirs1 irisant d'un point l'air encore ensoleill1 se quittant1 pour se reprendre dans la fureur de l'amour1 puis retombant puiss1 cendres palpitant encore sur l'eau morte4 ,ainsi dans ce lieu solitaire1 une mme minute voyait natre et mourir des tres qui n'avaient vcu que pour le baiser4 ,aimer1 engendrer1 mourir1 est-ce donc la loi de l',univers8 la ntre alors4 ,j'ai recueilli dans ma main la colonne aile1 pour l'offrir ,charlotte3 ,nous-mmes1 ne sommes-nous pas des phmres2 ceux-ci du moins sont plus sages que nous4 --,notre destine est la mme1 a rpondu gravement la voix de mon ami1 beaucoup s'garent1 mais ceux qui sont mrs pour l',amour ne lui chapperont pas4 #bj octobre4 ,le ministre vient de nous envoyer une jeune ,grecque1 ,sophie ,triparti1 grosse fille peau noire1 huileuse1 portant moustache444 et face main1 mais de beaux yeux dans une tte de ,turc4 ,elle est le point de mire de l'cole2 on rpte ses mots qui ne manquent pas de verdeur4 ,est-elle innocente8 ,ne l'est-elle pas8 ,agns8 ,peut-tre4 ,c'est une distraction bien superflue1 nous sommes bourres de travail2 j'en perds la tte4 ,d',aveline multiplie les explications de texte1 ces tours de force1 o1 propos de quatre vers1 il faut expliquer le gnie d'un auteur4 ,rien de plus artificiel1 rien de plus brillant que cet exercice oratoire3 propos de ,victor ,hugo--les ,pauvres gens--pillez l'pope depuis ,homre2 propos d'une phrase de ,michelet1 retournez ,virgile4 ,tout est dans tout1 comme dit l'autre4 ,le truc1 c'est de serrer le texte d'assez prs1 en l'largissant de faon incommensurable6 ,voil le triomphe de ,jeanne ,viole4 ,au cours de ,jrme ,ptre1 ce sont des batailles passionnantes2 autour du ,positivisme1 chacune s'engage1 s'enferre quelquefois4 ,mais hlas1 de ces ternelles discussions1 trop d'ides surgissent1 jamais une seule ne domine les autres4 ,j'en arrive croire que les livres ne nous apprennent rien de certain sur la vie1 que le mieux c'est encore d'obir l'instinct4 #bf octobre4 ,dans la promotion de ,charlotte1 il y a deux ou trois petites qui sont follement amoureuses de ,m4 ,leuris1 l'illustre pote mathmaticien1 une tte de ,christ en croix4 ,la jeune lodie1 de ,marseille1 est la plus enrage2 elle embrasse perdument sa chaise1 et lui glisse des billets doux dans les poches de son pardessus4 ,graine de ,mme ,putiphar1 l'appelle ma ,lolotte4 ,une autre a des extases1 quand elle coute notre chre ,mlle ,vormse jouer du ,csar ,frank4 ,pauvres petites1 elles ne savent o placer leurs aspirations4 ,celles-l souffrent1 on ne les coute pas4 ,mais que penser de la conduite d',angle ,blraud1 qui est la dvotion de ,jeanne ,viole2 chaque fois que l'une rentre dans sa chambre1 l'autre l'y suit2 en tude1 le soir1 ,angle ,blraud la tient par la taille1 leurs ttes unies lisent ou ne lisent pas4 ,on les laisse seules1 alors rien ne les gne4 ,jeanne fait courir le bruit d'une conversion entreprise6 ,monsieur ,cupidon1 que penses-tu de celle-l8 en attendant1 ce sont les uvres du beau ,paul ,rjardin1 qui fournissent prtexte de si pieux colloques4 ,rjardin1 qui fait son petit ,tolsto1 est si la mode ,svres1 que chaque jeudi1 ,adrienne ,chantilly obtient d'aller suivre son cours de morale au ,collge de ,france4 ,peut-tre1 avec lui1 trouvera-t-elle cette vrit qu'en vain on cherche ici4 ,,chapitre ,,iii ,lettre de ,berthe ,passy ,m4 ,jules ,passy1 son pre1 homme de lettres1 aux ,batignolles4 #h novembre #ahi 4 ,tu sauras donc1 mon vieux ,jules1 que le mois dernier1 il nous vint d',athnes un jeune orang-outang4 ,c'est un cadeau du roi ,georges6 ,cadeau qui son prix1 car ledit animal1 nonobstant de vieilles habitudes1 nous drobe ses callosits1 mais exhibe1 grand renfort de salive1 ses prtentions de docteur s philosophie6 ,il est de poil noir1 de ventre gras1 de teint luisant comme peau de phoque1 nez camus sous deux yeux tendres4 ,en dpit d'une forte moustache1 qui tend sur la lvre l'arc d'un troisime sourcil1 je crois que ce jeune tre simiesque est du sexe de notre pseudo mre ve4 ,la chose est certaine1 c'est une guenuche qui vient foltrer parmi nous4 ,quelle richesse de contours6 quelle ampleur de reins1 un petit ,hercule en pleurerait de n'avoir pas suc le lait de ces puissantes mamelles6 ,de vivre libres sous le pplos flottant1 ses appts se sont dmesurment panouis2 si le dicton de notre vieille ,palatine a cours en son pays1 il faut que la main d'un ,grec soit plus profonde que la main amoureuse d'un honnte homme de ,france4 ,mlle ,lonjarrey me confie l'ducation de cet intressant animal4 ,je m'y suis mise tout de suite1 la franaise1 tant et si bien1 mon p'a1 que j'ai obtenu des rsultats patants4 ,mlle ,sophie ,triparti1 plus familirement dnomme entre nous ,calypso1 est une doctoresse1 dlgue en mission pdagogique ,svres1 par un ,gouvernement qui n'a cure d'lever de petites ,andromaques et de jeunes ,pnlopes4 ,pour le quart d'heure1 c'est moi le ,mentor de ce singe savant3 elle boit1 mange1 rumine sous mes yeux4 ,en passant1 je puis t'affirmer qu',homre n'exagre pas1 quand il dtaille la goinfrerie des hros de l',iliade4 ,o je vais1 elle va1 et je promne mon animal de porte en porte1 pour la plus grande joie de l'cole1 qui a si peu souvent l'occasion de rire4 ,elle m'a mise au courant de toutes ses petites affaires2 puisque le secret de la confession ne saurait exister vis--vis d'un quadrumane1 je ne me tiens pas d'aise de tout te raconter4 ,fais-en des papillotes pour ta coiffure du dimanche1 c'est tout ce que cela mrite4 ,les bras de ,calypso tant trop petits pour treindre la majest de son buste1 l'occasion je deviens sa chambrire4 ,sur le coup de huit heures1 je pntre dans sa splonque comme dit1 en se bouchant le nez1 la suave ,jeanne1 joueuse de ,viole la faon de ,sapho4 ,calypso dort1 empaquete dans ses draps2 prs du feu1 l'indispensable3 comble6 ,a mon appel1 la nymphe se rveille2 une grosse tte poilue se dgage de l'outre qui gonflait les couvertures1 elle m'apparat enfin1 vtue d'une rude chemise lacdmonienne4 ,je procde avec mthode3 on prend les distances2 elle se pose1 s'affermit sur ses jarrets1 le dos tourn la porte entr'ouverte4 ,un deux1 je passe l'armure4 ,bombez le torse1 bras en l'air2 d'un coup de poing1 je ceinturonne tout ce que je trouve4 ,une1 deux4 ,bougeons plus4 ,c'est le moment de prendre des ris1 je m'arc-boute1 je lace1 je tire1 je sangle4 ,elle devient mince6 mince6 mince6 ,pif-paf-pouf la poitrine s'engouffre4 ,au cran6 ,elle trangle1 je suis sans piti3 je bondis1 derrire elle1 je raidis mes muscles1 mon genou sur le rein rebelle1 je la repousse1 je la harponne1 cric1 crac1 je serre bloc4 a y est4 ,calypso1 radieuse d'avoir enfin taille humaine1 tombe1 dfaillante1 o elle peut4 ,suis-je assez soubrette1 quand je m'en mle6 ,ses voisines de chambre se roulent dans le couloir1 et ,calypso ne se doute pas que1 par la fente de la porte1 elle a pu tre l'hrone de ce petit lever4 ,l'autre jour1 tout a failli se gter1 cette grande folle de ,charlotte ,verneuil me crie3 pille1 pille1 sus donc1 en voil un qui se sauve444 et de fait1 avec ce sein en droute1 ,calypso vous avait un air de reine des ,amazones6 ,mlle ,triparti a gagn ses grades dans le ,dictionnaire ,larousse1 avec le visa de l',universit de ,paris4 ,c'est la doyenne des tudiantes trangres1 elle a vcu dix ans au quartier ,latin4 ,ah6 le bon temps3 vers les minuit1 on s'en allait chez ,pierre1 chez ,paul1 tous garons de vingt ans1 chercher des allumettes1 ou la vraie faon de mettre sur pied un vers latin4 ,a la longue1 rsolue de justifier les prdictions de ,canaris1 qui la bera dans ses bras1 ,calypso alla trouver ses juges1 offrant3 pot de miel de l',hymette1 lauriers de ,delphes1 petits chnes ,dodonens2 voire mme1 pour le ministre1 cailles authentiques du ,parthnon6 ,quatre boules blanches la firent ,docteur6 ,en remerciement1 qu'offrir au prsident du jury8 ,elle me consulta l'effet de connatre ma pense3 ,une branche de lys8 ,certes1 ma chre1 ,m4 ,lavisse sera flatt4 ,du coup1 vous le placez entre ,aaron et saint ,joseph1 l'allusion est charmante444 ,c'est un divertissement journalier4 ,jeudi je l'invitai prendre le caf chez moi2 il y avait l les ,svriennes que tu connais3 ,marguerite et son amie ,charlotte1 ,adrienne ,chantilly1 et trois premire anne4 ,on parla du mariage de ,charlotte1 qui aura lieu huit jours aprs sa sortie de l'cole4 ,calypso de s'tonner3 ,vous tes donc fiance1 mademoiselle8 --,comment1 je ne vous l'avais pas dit1 fis-je1 mais l'cole nous sommes toutes fiances2 c'est mme une condition1 sine qua non1 pour y entrer4 ,pas de fianc1 pas de poste4 ,mme ,jules ,ferron veut que ,svres soit une maison de rosires1 et qu'au sortir d'ici1 chacune ait son poux4 ,c'est merveilleux6 ,quelle prvoyance6 ,moi qui croyais qu'en ,france1 les filles sans dot ne se mariaient pas4 --,comment donc1 reprend ,adrienne qui corse la plaisanterie1 mais tous les jours nous refusons des maris4 ,nous nous marions par devoir1 pour rgnrer la ,patrie1 par la parole et par l'action4 --,bravo1 mesdemoiselles1 c'est trs bien2 mais o donc sont vos bagues1 dit-elle mfiante4 --a ne se porte plus1 c'est rococo4 ,il n'y a que ,charlotte qui montre la sienne1 et puis ,hortense1 a lui rappelle ,ugne4 --,qui pousez-vous1 ma tendresse8 --,oh6 moi1 je n'ai pas d'ambition1 j'pouse un picier4 ,j'aurai de la science pour toute la famille1 je ne lui demande que de fournir le sucre et la chandelle4 ,calypso fit la moue1 trouvant mon choix peu distingu4 --,et vous1 ,mlle ,verneuil8 --,j'pouse un artiste4 --,tant mieux1 l'art dans la vie1 ,platon a dit444 --,et moi1 devinez1 interrompt la belle ,chantilly4 --8444 --,un professeur1 ma chre2 rassurez-vous mesdemoiselles1 il n'est pas de la maison4 ,mlle ,triel pouse un sonneur de cloches1 parce que son me anglique baigne dans les ondes musicales4 ,juliette sera la femme d'un ouverrier1 ,hlne d'un soldat1 et celle-ci d'un astronome4 --,bigre6 fit ,calypso qui n'ignore pas les beauts de notre langue2 mais quand voyez-vous votre bon ami8 --,quand nous voulons2 il vient1 on envoie ,mlle ,lonjarrey une fiasquette de rhum1 tout est dit4 ,le lendemain1 ,calypso m'a montr le carnet d'observations1 qui doit lui servir dresser son rapport au roi ,georges1 j'y ai lu ceci3 ,originale et profonde loi de cette cole3 la ,directrice exige1 par prudence pour l'avenir1 et pour adoucir la vie laborieuse et svre des ,svriennes1 qu'elles possdent chacune un fianc4 ,a mes yeux1 l'innocence de ces jeunes filles est une parure de plus4 ,comme je la voyais inquite1 elle me dit3 --,croyez-vous1 ,berthe1 qu'il puisse m'arriver ce qui est arriv la ,sainte-,vierge8 --,quoi donc8 --,concevoir par l'opration du ,saint-,esprit4 --,dame1 je ne sais pas1 a c'est vu une fois1 encore n'est-on pas bien sr444 --,je vais vous confier un secret1 me dit-elle d'une voix sourde1 je crois que je suis enceinte6 --,bah6 contez-moi a4 --,seulement1 je ne sais pas comme a s'est fait 7,calypso pleurnichait74 ,j'ai peur1 je ne m'explique pas ces retards4 --,et quoi1 vous ne vtes point la ,colombe8 --,h non2 mais l'autre soir1 au bal de la colonie grecque1 un jeune ,franais m'a pris la main1 et me l'a baise4 ,j'ai lu dans vos romans1 qu'il suffit d'embrasser une femme pour lui faire un enfant1 alors je ne sais plus moi444 mais je vous jure que je n'y suis pour rien4 ,j'ai pris un air de docteur1 hoch la tte1 pinc mon nez1 regrettant mon incapacit en cette occurrence1 bref la laissant avec ses doutes444 ou bien sa plaisanterie3 cette ,grecque pourrait bien tre de ,marseille4 ,si elle a voulu se payer ma tte1 je lui rserve un petit tour de ma faon4 ,mais quelle bonne partie de rire6 c'est une roulade du haut en bas de cette cole renfrogne4 ,l'cho en est-il venu jusqu' toi1 mon vieux8 ,un bcot o je mets tout mon cur1 ,,ta ,p,,pette4 ,,chapitre ,,iv ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel #ae novembre4 ,la sant de ,charlotte me tourmente3 depuis son entre l'cole1 elle a de subits malaises1 des touffements2 elle m'assure que ce n'est rien1 que l'internat est cause de ces souffrances passagres4 ,charlotte s'oppose toute visite du docteur1 elle m'a supplie de n'en rien dire ,henri4 ,que faire8 #be novembre1 soir4 ,pauvre petite1 je l'ai tenue l dans mes bras1 touffant4 ,j'ai une peur affreuse qu'elle mente1 qu'elle me cache une nvrose1 une maladie de cur peut-tre4 ,l'infirmire est venue lui donner de l'ther1 elle me dit que ces symptmes ne rvlent rien de grave2 beaucoup de nos compagnes paient ce tribut de souffrance1 au changement de rgime et d'habitudes que ,svres apporte dans leur vie4 #bf novembre4 ,o le brave cur6 ,henri est venu3 il tait ennuy et1 comme tous les artistes1 si accabl par une dception1 par un effort inutile1 que1 pendant sa visite1 il n'a su que nous parler de son dcouragement4 ,charlotte a oubli qu'elle souffrait1 pour lui dire1 lui1 les mots qui font jaillir la force4 ,il est parti rconfort3--,vois-tu1 ,marguerite1 il vaut mieux ne rien lui dire1 il ne pourrait plus travailler1 et puis me voil gurie1 puisqu'il s'en va content4-- ,brave petit cur4 #ba dcembre4 ,je reois une longue lettre de ,rene ,diolat2 je la pique cette page de mon journal1 pour l'y retrouver1 quand1 mon tour1 je serai professeur4 ,,chapitre ,v ,,professeur-,,femme ,rene ,diolat1 agrge des lettres1 professeur au lyce de ,mamers1 ses amies de ,svres4 ,mamers1 #ah dcembre4 ,ah6 ah6 ah6444 laissez-moi rire un peu4 ,je n'aurais jamais cru que la pudibonderie de province pt aller jusque-l6 ,ma propritaire vient d'entrer dans ma chambre1 mes chemises de nuit d'une main1 mes pantalons de l'autre1 reniflant avec horreur mon parfum d'iris4 ,elle a tout jet par terre1 dclarant3 qu'elle ne laverait pas ces choses comme en portent les femmes de caf-chantant6 ,depuis qu'elle sait l'usage d'un tub1 elle me refuse l'eau chaude4 ,il n'y a pas d'tablissement de bains ici2 il faut donc attendre les vacances pour me laver4 ,je vous entends faire chorus1 et crier ,a la porte6 la porte6 ,mais je ne peux pas m'y mettre1 moi1 la porte1 personne ne me recueillerait3 les professeurs du lyce de jeunes filles sentent trop le fagot4 ,il a fallu l'appt de #ajj francs de pension1 pour que ces gens1 un tailleur et une giletire1 consentissent me loger et me nourrir4 ,par dessus le march1 la vieille essuie la poussire de mes lettres1 jusqu'au fond des tiroirs2 au besoin elle pourrait me donner des nouvelles des miens4 ,leur table sent l'auberge3 un pichet de cidre1 une cuelle qui devient un plat2 du gras-double fort souvent4 ,la vieille l'adore1 et me rserve pour ces jours-l quelques rflexions du got de celle-ci3 ,dites donc1 not' demoiselle1 faut pas vous gner2 si vous suez des pieds1 je vous donnerai des p'tits chiffons qui m'servent1 les miens quasiment mouillent le plancher4 ,n'est donc pas bon ce gras-double que vous n'el mangiez pas8 sauf le respect que je vous dois1 passez-moi vot' assiette4 ,rien de perdu1 vous le voyez6 ,ah6 pauvre cole1 si loin2 pauvre petite chambre6 ,le lyce est en guerre avec toute la ville4 ,mamers nous a en horreur1 cause de notre enseignement sans ,dieu1 comme ils disent4 ,ici on croit enchaner l'esprit divin1 par des gnuflexions dans toutes les chapelles4 ,puis il est avr que nous ruinons le pauvre ouverrier2 et du haut de la mairie1 un conseiller municipal nous flagelle coup de harengs-saurs1 depuis qu'avec les centimes additionnels1 nous enlevons au peuple son gendarme quotidien6 ,les journalistes fourbissent leurs plumes sur le pas des portes1 ouvrent l'oreille aux cancans trompets dans la ville4 ,chaque matin on rencontre les bourgeois1 le nez en l'air1 colls aux murs1 pour ne rien perdre des provocations1 des insultes1 des ripostes1 que sment d'normes affiches rouges1 bleues1 vertes4 ,le conseil municipal1 qui ne croit rien1 voudrait bien dnicher le saint qui nous mettra dehors4 ,et l',apostolat6 parlons-en4 ,j'arrivais pleine de zle1 de courroux gnreux1 j'avais le feu sacr1 croyant qu' force de persvrance1 et de solidarit1 on venait bout de tout4 ,ma directrice me fit des mamours1 aussitt je fus le ,benjamin de tout le lyce4 ,cela ne dura gure4 ,la discorde a jauni les figures rageuses1 qui ne se rassrnent que pour excuter4 ,il y a maintenant le camp de la directrice et le camp de l'conome4 ,l'une tire hue et l'autre dia2 force m'a t de faire comme les autres3 ,lamartine seul peut siger au plafond4 ,je tourne dans l'orbe directorial1 non que je cane1 devant l'autorit1 mais par compassion pour cette femme laide1 et si peu sympathique4 ,elle est grande1 maigre1 un teint malade1 des yeux tendres1 une bouche perdument fendue1 et des cheveux rares4 ,dans le particulier1 elle a des attitudes clines2 dans le gnral1 elle affecte une pose hroque1 il ne lui manque que l'tendard4 ,les premiers jours furent donc sems de roses1 elle me caressait1 me frlait1 se regardait dans mes yeux1 voulait tre sans cesse embrasse4 ,enfin a tourna vite1 aux essais d',angle ,blraud4 ,je coupai court4 ,cela irrita2 notes grincheuses de pleuvoir4 ,j'ai beau donner tout mon temps mes bambines de premire anne1 lcher les quarante fautes par dicte1 pour aller dcrasser les philosophes1 peronner les historiennes2 mon zle n'expie pas ma franchise1 on dclare que ma mthode ne vaut rien4 ,je vous jure qu' certains jours1 je me roule de dsespoir et de colre1 sur le plancher de ma pauvre chambre3 faut-il tre agrge #are1 pour venir ici1 essuyer les baisers d'une directrice444 malade1 et les conseils saugrenus d'une giletire4 ,ne vous faites pas d'illusion1 mes mignonnes1 personne dans l'administration ne vous rendra courage4 ,le recteur est loin1 et signe les yeux ferms6 ,le rapport d'une directrice3 mais c'est la lettre de cachet ou la lettre d'exil4 ,l'inspecteur1 c'est l'autre face de ,janus3 ils se soutiennent1 sachant bien que dans les lyces1 comme ailleurs1 notre ennemi1 c'est notre matre4 ,il y a une haine instinctive entre le professeur1 quel qu'il soit1 et l'administration4 ,vous entendrez dire partout3 ,mfiez-vous de ces gens paperasses1 c'est d'eux que vient tout le mal4 ,si la jalousie s'en mle1 alors444 ,ici1 il y a un couple intressant3 celui de l'inspecteur et sa femme1 maris depuis un an peine4 ,perruches insparables1 ils s'en vont bec bec1 par les rues et les salons2 depuis un an ils pratiquent ,ovide dans les petits coins1 et s'attardent1 dit-on1 aux prliminaires4 ,voluptueux et impudiques1 ils affichent1 dans ce trou austre1 la sensualit de leur amour3 pour un peu1 je vous le jure1 ils oublieraient que jeux de matous ne sont permis qu' huis clos4 ,leur amour tal n'a mme pas l'excuse d'une bestialit superbe4 ,lui est un matre d'exprience1 dit-on1 elle une colire bien dispose1 qui grille de lire chaque jour un peu plus loin4 ,l'amour satisfait ne les a point transfigurs2 au dehors1 ils sont eux aussi1 mdiocres et mchants4 ,en somme1 voil bien des griefs contre les gens qui gtent ma vie de professeur4 ,ce serait peu de trois mois d'enseignement1 pour vous livrer une opinion justifiable2 mais j'ai ct de moi l'honnte ,toutebry1 notre ancienne1 une solitaire originale1 qui ne vit que pour aimer1--avec un cur o tout est maternel--une orpheline qu'elle a recueillie4 ,toutebry ne dbine pas1 mais elle moralise4 ,mon entendement fait la sourde oreille1 pour qu'elle appuie d'exemples ses principes4 ,voil six ans qu'elle est ,mamers1 elle appelle sa vie universitaire3 l'masculation de l'esprit1 l'exaspration des sens4 ,voil de bien gros mots4 ,je ne vous les dirais point1 si notre ,jrme ne nous avait donn le got du mot propre4 ,tout ceci1 mes chries1 n'est ni une plainte1 ni un appel votre commisration4 ,je suis bien au-dessus d'une dception1 qui me force n'tre qu'une doublure1 quand je m'attendais tre premier rle4 ,c'est un cri d'alarme1 un avertissement amical de votre ane1 qui vous affirme que cette vie livresque et rveuse de l'cole1 si attrayante pour vous1 est une mauvaise prparation la lutte pour la vie4 ,si vous n'avez point les muscles d',achille1 pour assommer l'ennemi1 il faut acqurir la ruse d',ulysse1 et bien vous mettre en tte qu'il n'y a que ,mme de ,maintenon pour duper les familles et l',universit4 ,amen6 ,embrassez-moi vite1 pendant que j'ai encore le courage d'tre franche4 ,votre ,,ren,e4 ,sur un feuillet1 pour moi1 ,rene m'annonait qu'avant de partir pour ,mamers elle avait fait la connaissance de ,m4 ,marnille1 l'auteur des ,contes grecs2 elle lui avait dit notre pari1 et l'enjeu de son livre4 ,a ce qu'il me semble1 ,rene raffole de l'auteur4 ,allons1 que le destin donne une suite cette bauche d'aventure4 ,,chapitre ,,vi ,,meeting ,voici revenu le soir de ,nol2 les ,svriennes rveillonnent en groupe1 dans leurs chambres illumines4 ,berthe ,passy reoit ses amies1 ,isabelle1 ,marguerite1 ,charlotte1 ,adrienne et l'insparable trio que ,mlle ,lonjarrey lui confia4 ,la pice est grande1 nue1 mais sur les murs1 clate1 avec les affichs de ,chret1 de ,grasset1 et des villes d'eaux1 la gaiet des rues et des champs4 ,douze bougies clairent une petite crche1 o dort l',enfant ,jsus1 et tout autour1 comme des prsents rustiques1 pt1 jambon1 gteaux1 crmes que les ,svriennes se promettent de dvorer4 ,isabelle s'est charge du punch2 ,charlotte le remue la cuiller1 dlicatement1 afin que la flamme qui court1 lgre1 ne s'teigne pas4 ,berthe1 qui vient de lire ses compagnes la lettre de ,rene1 fourre le papier dans sa poche1 et les deux poings sur les hanches4 --,eh bien6 vous autres1 que pensez-vous de cela8 --,moi1 fait ,charlotte1 s'arrtant une seconde1 je pense que votre amie n'a pas de veine3 chapper aux griffes de sa pipelette pour tomber dans les bras gourmands d'une directrice ,blraud6 --,pauvre ,rene1 comme elle avait la foi en partant2 et quelle rponse que cette lettre1 la sortie de ,mme ,jules ,ferron hier soir3 ,isabelle1 si vous n'avez pas la vocation1 votre place n'est pas ici4 --,mais ,svres1 que je sache1 n'est pas un sminaire3 c'est la ncessit qui nous amne ici2 mon pre pourrait m'assurer cinq mille francs de rentes1 que je ne songerais pas l'cole4 ,la vocation1 c'est le superflu1 puisque un peu plus d'intelligence et d'nergie1 font de nous autre chose que des caissires ou des receveuses des postes4 ,comme elles1 nous sommes des fonctionnaires1 nous ferons notre devoir3 c'est perdre son temps1 que d'exiger de nous la vertu et le sacrifice des missionnaires4 ,pour moi1 je me rcuse444 ,et ,berthe1 ayant ainsi parl1 commena la distribution des vivres4 --,d'autant plus1 poursuivit ,adrienne1 que l'preuve n'est pas celle que nous nous imaginons ici4 ,c'est juger faux1 que de btir le lyce sur le modle de notre cole4 ,pour tre bon professeur1 ,rene dit qu'il faut tre habile3 donc1 conclut-elle1 en jouant sur les mots1 c'est l'esprit de finesse1 et non l'esprit de dtachement1 qu'il nous faut acqurir4 --,pauvre ,rene1 quelle chute6 elle rvait d'enseigner de belles choses aux tout petits1 de les aimer1 de les cliner2 elle voulait vivre en paix2 la voil seule dans ce lyce1 sans ami1 sans protection4 --,sans protection1 c'est beaucoup dire1 ,marguerite2 l'cole veille sur elle1 de trs loin c'est vrai4 ,mais on n'a jamais de meilleur ami que soi-mme4 ,que ,rene se contente de la vie intrieure1 et si elle a du caractre1 elle oubliera vite sa premire dception4 --,ne prendriez-vous pas cette tarte la crme1 ,victoire1 fit malicieusement ,isabelle1 qui surveillait d'un regard ironique les physionomies soucieuses des autres ,svriennes4 --,comment1 vous appelez a une d-ce-ption1 palsambleu6 vous me feriez jurer4 ,moi je m'indigne qu'au sortir d'ici1 l',universit croie avoir assez fait pour une ,svrienne1 en rtribuant sa peine1 tout au juste4 ,si l'alma mater avait quelque chose dans le ventre1 elle ne nous abandonnerait pas1 comme elle le fait1 sans plumes sur le dos6 ,vous en prenez vite votre parti1 vous1 continua ,berthe s'emballant1 d'tre une pestifre pour vos concitoyens4 ,eh quoi1 ces gens vous devraient au moins leur estime1 ils rougissent de vous connatre1 ou aprs avoir serr votre main1 vous traitent de pcores et de libres-penseuses4 --,mon ,dieu1 ma chre1 ne vous emballez pas1 nous causons autour de cette table1 apaisez votre faim1 vous jugerez ensuite d'un il plus clairvoyant4 ,nous savons toutes1 en entrant ,svres1 que nous nous engageons dans une cohorte libre3 on peut la railler1 la mconnatre d'abord4 ,a force de volont1 elle s'imposera l'estime la plus exigeante4 ,je vous le prdis1 dans vingt ans d'ici1 les directrices de lyces de jeunes filles seront les favorites de l'opinion publique4 --,en attendant ce triomphe surprenant1 je serais bien aise de vous entendre dire comment vous acceptez votre vie de professeur1 puisque vous blmez notre ,ancienne1 elle qui souffre d'tre englue dans une telle sottise4 --,c'est trs simple1 rpond ,victoire1 avec assurance4 ,je pars de ce principe1 comme le dit ,mme ,jules ,ferron1 que notre fonction de professeur n'est pas un mtier1 mais un apostolat4 ,avez-vous la foi1 tant mieux2 si vous ne l'avez pas1 la volont d'agir vous la donnera4 ,cote que cote1 nous nous devons tout entires nos lves2 par elles1 nous devons poursuivre l'uvre de rgnration et de libert qu'entreprend la ,rpublique4 ,si on se souvenait que nous sommes les filles du rgime rpublicain1 que nous lui devons tout1 la reconnaissance nous obligerait payer notre dette1 sans proccupation goste4 ,pour moi1 telle que j'envisage ma vie de professeur1 je la vois consacre au culte des ides de justice1 de sagesse1 d'nergie1 qui dominent toutes les vertus1 et feront de mes lves des tres virils et indpendants4 --,alors vous vous imaginez1 jeune stocienne de la ,rpublique1 que vos lves seront de cire molle1 et que vous les ptrirez sur ce beau modle8444 ,berthe avait abandonn sa place1 et droite au mur1 grandie encore par l'animation de tout son tre1 elle semblait dominer ses compagnes attentives et graves4 --,dites-moi quelle est la clientle de nos lyces8 ,les fonctionnaires n'est-ce pas1 et encore le fretin4 ,la noblesse1 la magistrature1 l'arme1 le haut commerce font lever leurs filles ailleurs4 ,croyez-vous le fonctionnaire aussi rpublicain que vous le dites4 ,pensez-vous1 jeune ,pallas1 que le jour o la ,rpublique par terre1 verrait sa place un ,victor ou un ,philippe1 vos plus zls partisans vous seraient fidles8 ,allons donc6444 --,vous exagrez1 mon chat1 mais en serait-il ainsi1 qu'ayant pour moi ma raison et ma conscience1 je ne cderais devant personne6 --,alors on vous brisera4 ,singulier rveillon6 autour de l',enfant divin apportant au monde l'espoir1 de jeunes mes s'inquitent1 mries par l'tude1 et surprises par la vie4 ,leurs regards se dispersent1 sans qu'un seul tombe sur le ,dieu qui s'veille3 ,jsus1 dans cette nuit de dcembre1 n'est plus qu'une effigie1 ou qu'un symbole4 ,au bout d'un moment de silence1 ,marguerite reprit3 --,le zle est un danger pour l'uvre que l'on poursuit4 ,notre devoir est bien net3 l'tat exige de nous un enseignement de tolrance et de bont4 ,il nous est interdit de prcher un culte de chapelle1 mais nous sommes libres d'affirmer nos ides et de gagner notre cause les lves qu'on nous donne4 ,l'tat n'a point prvu que nos rpubliques de femmes seraient de petites tyrannies2 crier et se rvolter aujourd'hui ne sert de rien4 ,nous aviserons quand nous serons directrices4 ,pourquoi ne pas accepter d'avance une vie qui forcment sera solitaire1 une vie qui sera belle1 dsintresse1 utile d'autres1 et dont nous avons joliment le droit d'tre fires1 puisqu'elle est notre uvre4 ,si nous ne trouvons pas autour de nous la bienveillance1 si l'hypocrisie nous empche d'tre vraies1 le mieux n'est-il pas de sauvegarder son quant soi1 en cultivant l'cart le jardinet qu'ensemencent nos rves1 nos souvenirs1 nos affections4 ,attendre que les jours passent entre ses livres1 ses fleurs1 sa petite lampe444 et son lit de jeune fille4 --,dis donc1 ,margot1 dans ton mnage1 tu n'oublies que le chien1 l'ami des malheureux6 ,mais voyons1 regardez-moi toutes1 vous avez fait vu de clibat8 ,vous rclamez une protection1 prenez un mari1444 un mari1 7et ,charlotte1 railleuse1 semble un tout petit peu mue la vision exquise que ce seul mot voque pour elle7 vous fera pardonner tant de choses4 --,o vous1 ,charlotte1 vous n'avez d'yeux que pour le mariage4 --,et je n'ai pas tort1 ,adrienne1 puisque l'avenir qui vous tourmente1 me rassure4 ,je suis prte faire mon devoir1 bravement1 je sais quelqu'un qui m'y aidera4 ,et si ma directrice me cherche noise1 je sais quelqu'un encore qui lui fera la nique4 ,mariez-vous1 rentrez dans l'ordre normal1 et plus rien de ces vtilles1 croyez-moi1 ne vous gratignera le cur ou l'amour-propre4 --,tu sais bien1 ma ,lolotte1 que nous pensons toutes comme toi1 mais pour se marier1 il faut tre deux1 et je ne vois pas1 d'aprs la proportion des ,svriennes maries1 que ce soit facile de trouver le compre4 ,y-en a-t-il cinquante sur trois cents que nous sommes8444 ,le punch1 abandonn par la cuiller de ,charlotte1 s'est teint deux fois dj2 une lgre odeur d'alcool s'pand au-dessus de la table1 grisant ces cerveaux agits2 le besoin de parler1 d'affirmer leurs convictions les plus intimes1 dlie les langues qu'une sorte de pudeur1 ou de mfiance1 retenait encore4 --,et qui pousent-elles6 ,ah6 parlons-en des mariages de ,svriennes1 il y a de quoi rabattre le caquet nos illusions2 les voil professeurs et femmes de gratte-papiers1 de petits employs1 de petits professeurs de dixime1 qui les admirent surtout1 pour les #cjjj francs nets qui entrent dans le mnage4 ,on les compte celles qui pousent leurs gaux1 ce serait l encore une autre dchance4 ,mais enfin1 j'admets que le bonheur conjugal nivelle tout1 est-ce que les tracas n'augmentent pas8 si le mari1 les enfants tombent malades1 quel est le devoir de la femme8 ,l'administration est dure1 quand il s'agit d'accorder un cong1 et le jour o l'on oublie1 devant l'agonie d'un enfant1 le cours faire1 l'administration blme1 et j'en sais ici1 qui l'approuvent4 ,en mon me et conscience1 et l'me de ,berthe ,passy vaut bien celle d'une stocienne1 je vous jure que mes devoirs de mre passeraient outre4 ,eh bien non1 ,charlotte1 je ne partage pas votre optimisme1 le mariage n'est pas le remde souverain cette vie qui nous est faite4 --,voulez-vous me permettre1 moi premire anne1 de vous avouer ce que je pense1 fit soudain l'une des trois amies d',adrienne1 la jolie ,juliette1 philosophe hgelienne4 ,vous mettez trop de fureur vous battre contre des moulins vent4 ,la vie n'est pas si complique que vous l'imaginez2 considrons aujourd'hui1 que nous autres ,svriennes1 nous constituons par notre science1 par le dgagement de notre tre moral1 l',aristocratie fminine4 ,au lieu d'tre les neutres dans la ,ruche1 nous en sommes1 par destin1 les ,reines4 ,pourquoi nous ravaler sans cesse des proccupations de dtail4 ,marguerite voit une souffrance dans la solitude1 ,berthe en voit une autre dans le mariage1 et vous ne comprenez pas que vous tes ce que furent les abbesses de l'ancien rgime4 ,comme elles1 vous renoncez la vie de famille1 la maternit1 pour vivre uniquement de l'esprit et des mditations de l'esprit4 ,notre vie n'est qu'une apparence1 le monde rel n'existe pas1 cette apparence ne vaut donc que par nos penses4 ,si vous en tenez quand mme pour le mariage1 eh bien1 mariez-vous1 mes surs1 la ,philosophie4 ,vous oublierez ainsi les turpitudes de la province4 ,pour moi1 je compte bien crire un livre1 ds ma sortie de l'cole1 un livre de philo bien entendu1 il n'y a que a qui compte4 ,ne m'objectez pas cette usure1 dont parle l'extravagante ,toutebry1 qui fut mon professeur ,guret1 un bon esprit ne se dvirilise jamais4 --,en voil une prtention1 ma chre1 d'crire un bouquin6 et de philosophie encore6 ,est-ce que les femmes ont assez d'toffe pour penser toutes seules1 c'est donc un manuel que vous voulez nous fabriquer444 ,jalouse de tout ce qui pourrait l'clipser dans sa promotion1 ,marianne ,bruille1 doctrinaire et socialiste1 ne perd jamais l'occasion de railler lourdement ses deux compagnes ,juliette et ,hlne4 ,ce n'est point l'amiti qui les rapproche1 c'est un mange assez curieux de surveillance rciproque3 mutuellement1 elles cherchent se voler leurs procds de travail1 afin de l'emporter aux examens4 --,au lieu de croire aux apparences1 de chercher dans les toiles1 le rgne de la justice et du progrs1 regardez vos pieds ce qui grouille1 ce qui souffre1 ce qui appelle4 ,vous parlez toutes comme des gostes1 et je sais bien ce que pense1 dans son for intrieur1 le dilettantisme d',hlne1 satisfait d'une comdie mondaine4 ,aristocrates que vous tes6 comme je ferais bon march de vous4 ,oubliez-vous que votre cur doit battre pour autre chose1 que votre devoir suprme est de prendre en piti la misre de vos frres4 ,vous n'entendez donc pas cette rumeur qui va bouleverser le monde6 ,quand la rvolution sociale branle tout1 vous pensez mariage1 et dans le mariage1 vous vous reposez d'avoir dcrass pendant seize heures1 chaque semaine1 la cervelle de vos lves6 ,non1 non1 ajouta-t-elle1 fanatise1 sa figure vulgaire enflamme presque d'une colre sainte1 vous devez compte de votre intelligence1 qui est une force nouvelle1 au peuple4 ,c'est lui1 non aux bourgeois qu'il faut aller1 il est le matre1 mais un matre malheureux1 qui attend de nous1 ses servantes1 la bonne parole4 ,quand d'autres ont le cur dchir1 pouvez-vous parler d'affaiblissement de l'esprit6 d'exaspration des sens6 ,l'esprit ne compte pas1 il y a que le cur4 ,des sens6 mais nous autres1 les intellectuelles1 comme vous vous laissez appeler1 nous n'en avons pas6 --,a qui le dites-vous1 ,marianne1 soupira ,isabelle1 en dtournant les yeux4 --,mes compliments1 ,marianne1 dans dix ans d'ici1 on vous retrouvera la sociale1 vous prsiderez un club de femmes4 ,vous avez l'air sincre1 au fond1 vous tes une brave fille1 et a me va1 moi1 de rencontrer ici de l'nergie et du fanatisme4 ,allons1 vous recruterez des adhrentes votre religion1 quand vous serez professeur1 mais laissez-moi vous dire1 qu'ici a ne prend pas4 ,nous autres1 mme une bohme comme moi1 nous sommes d'invtres bourgeoises2 le got de l'individualisme est le plus fort1 chez une femme comme la ,svrienne1 qui a beaucoup lu1 beaucoup rflchi1 sans avoir trouv de temps pour aimer4 ,je persiste croire que la femme professeur1 telle qu'elle existe aujourd'hui1 est un monstre1 un monstre malheureux lui aussi4 ,le plus cruel de notre vie1 ce ne sont point ces tiraillements administratifs qu'on retrouve partout4 ,mais c'est l'antinomie entre notre indpendance d'esprit et notre esclavage de corps4 ,l'instruction nous a affranchies de tous les prjugs4 ,par la pense1 notre vie vaut celle des hommes4 ,dans la ralit1 chaque instant1 nous sommes victimes des potins1 de la mfiance1 de la calomnie4 ,c'est effrayant qu'on puisse rsister cela4 ,s'il n'y a pas de remde possible1 je trouve1 ne vous choquez pas1 ce que je dis est vrai1 que ce serait nous dlivrer des tentations1 des rvoltes1 d'une chute possible1 que de tuer le sexe en nous4 ,la chose est courante2 ce que les unes exigent par libertinage1 nous1 nous l'accepterions par vertu4 ,voil o serait le sacrifice mritoire1 et nous serions tranquilles4 ,tenez1 dans la vie1 nous ne sommes pas autre chose que des faucons1 oui de ces faucons hagards1 qu'on lve dans le silence et l'obscurit1 qu'on affame1 et qui flairent1 sans la voir1 la proie qu'on leur drobe4 ,que le jour vienne1 o dans la plaine1 les faucons dlivrs prennent leur vol1 les yeux blouis1 ils montent droit vers le soleil1 pour s'abattre violemment sur leur proie1 en jouir enfin4 ,oui1 je vous le dis1 peut-tre ferez-vous de mme1 le jour o sorties de l'cole1 la tte enflamme par cette dangereuse culture1 le cur et la chair brls par la passion de ces livres1 vous rencontrerez l'amour4 ,comme les faucons obissant d'instinct la loi de nature1 il y en aura parmi vous1 qui perdues de dsirs1 s'abattront sur cette proie4 ,celles-l seules auront vcu1 mme si elles en meurent4 --,tais-toi1 ,berthe1 je t'en prie tais-toi1 tu as l'air de dchirer le destin3 7et se tournant vers ,charlotte penche sur l'enfant ,jsus7 ,ma ,lolotte1 rallume encore une fois le punch2 avant de le boire1 je vous chanterai le ,nol des bergers4 ,trois anges sont venus ce soir ,m'apporter de bien belles choses444 ,berthe a souffl une une les douze bougies2 la clart tremblotante du punch1 on ne vit plus alors que des figures trangement modeles par l'ombre3 les yeux fixent la ,crche1 mais ces yeux-l ne voient que des mes effarouches qui se ferment4 ,la voix de ,marguerite tombe brusquement2 la petite flamme bleue chavire1 se dresse1 et s'envole4 ,quel silence6 ,quelque chose d'ternel a pass l6 ,,chapitre ,,vii ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel #bh dcembre #ahi 4 ,je laisse ,berthe le soin de rpondre ,rene ,diolat1 je veux seulement1 qu'un mot de moi1 lui dise l'ardent dsir que j'ai de la voir femme heureuse4 ,elle est amoureuse de ,marnille1 c'est certain2 mais lui1 est-il homme pouser cette trs jolie fille sans le sou8 ,quel dommage si l'amour a tort4 #bi dcembre4 ,la comdie se corse3 ,jeanne ,viole ne parle rien moins que de se suicider2 c'est un moyen comme un autre d'aller chercher la vrit la source4 ,l'autre soir1 elle est tombe en pleurs aux genoux de la vieille ,lonjarrey1 qui lui a difficilement arrach son secret66 courir1 la nuit tombante1 cette terrasse du parc qui domine la route1 se jeter par dessus la balustrade1 et mourir l1 au seuil de son cole4 ,elle s'entend au mlodrame2 quel coup de thtre1 quel rataplan de convoi1 comme dit ,berthe4 ,ce qu'elle y gagne 7il faut tout ramener cela avec ,jeanne ,viole71 c'est que ,blraud ne la quitte plus1 que ,mlle ,lonjarrey et les autres surveillantes multiplient les tournes1 redoutant le scandale d'une alerte4 ,pour lui rendre le got de la vie1 ici on est prt tout4 ,pas bte la petite6 #cj dcembre4 ,adrienne ,chantilly vient de jouer un beau tour ,jeanne ,viole1 qu'elle ne peut souffrir4 ,lasse de l'entendre citer1 propos de tout1 les paroles du beau moraliste ,paul ,rjardin1 elle s'est fait prsenter lui1 et sait pertinemment que ,jeanne ,viole ment quand elle dit tre sa petite amie4 ,il faut voir la belle ,didi se panader son tour1 quand elle parle de l',homme exquis1 de l'me dlicate1 qui opre tant de sauvetages fminins1 son cours du jeudi4 ,serait-il flirt8 ,charlotte et moi nous initions ,henri ces petites comdies de harem2 mais c'est curieux1 il ne rit pas de ces calculs 7fourberies ou coquetteries7 qui nous amusent4 ,il a une telle ide de la droiture et de l'honneur1 qu'il n'admet pas qu'on puisse badiner1 encore moins tromper4 ,ces jeunes filles lui sont odieuses1 il excuserait presque le vice d',angle ,blraud1 abominable1 mais sincre4 ,henri a raison3 porter firement son me dans ses yeux1 et marcher droit dans la vie2 j'aime l'intransigeance morale de mon ami4 #a;er janvier soir1 #ahi 4 ,j'ai d envoyer ce matin1 selon l'usage1 ,mme ,jules ,ferron1 un tlgramme pour lui offrir mes vux4 ,j'ai pass la journe d'hier et d'aujourd'hui ,paris1 avec ,charlotte2 la politesse exige--parat-il--d'crire ou de tlgraphier les souhaits qu'on n'a pu prsenter soi-mme4 ,les ,svriennes qui restent l'cole1 vont en soire chez elle1 on boit le champagne1 tisane releve par quelques pigrammes4 ,il est entendu que ce soir-l1 ce soir-l seulement1 ,mme ,jules ,ferron dira aux lves prsentes1 ce qu'elle pense de leur caractre1 de leurs dfauts surtout6444 ,gentille cette chute de l'anne1 sur un mea culpa1 quelque peu humiliant4 ,hortense en est revenue mortifie4 ,mais ,victoire ,nollet exulte1 et ne songe pas au chagrin qu'a pu avoir la mre1 sa vraie mre1 finissant seule une anne si douloureuse pour elle4 ,henri disait tout l'heure1 qu'une parole d'honnte homme1 quand elle est donne1 est donne pour l'ternit4 ,il n'admet pas les cas de conscience1 si habilement rsolus par la morale courante4 ,quand il parle ainsi1 ses beaux yeux ont une profondeur444 ,charlotte peut tre fire d'tre aime de lui2 l'amour de cet homme1 c'est l'infini4 ,anne nouvelle1 si heureusement ouverte avec eux1 sois-moi propice2 fais que je passe honorablement ma licence2 garde-moi des heures de doux silence et de rve4 ,anne nouvelle1 sois-leur propice2 fais qu'ils te bnissent1 pour les beaux jours que tu rserves leurs fianailles4 ,anne nouvelle1 devine-moi444 exauce-moi4 ,,chapitre ,,viii ,rponse de ,berthe ,passy ,mlle ,rene ,diolat1 professeur agrge au lyce de ,mamers4 ,svres1 #ae janvier #ahi 4 ,hlas6 pauvre museau joli1 te voil fourvoye chez ,mme ,jocrisse-,cladon6 ,tous nos vux t'accompagnent1 j'espre qu'un homme de got te fera issir au plus tt de ce pays-l4 ,ta lettre rabat le caquet bien des illusions6 ,on s'en pourlchait dj de cette bonne petite vie de professeur3 ,isabelle devait potasser1 ,marguerite rvasser1 ,charlotte tricoter1 et moi1 arpenter les confins du territoire4 ,mais ce que je vois1 si l'on m'expdie ,mamers1 j'aurai garde de bouger1 les mazettes de l'endroit crieraient3 au rendez-vous4 ,franchement1 ma vieille1 si c'est pour faire de nous des chiens attachs1 mieux vaut le dire tout de suite6 ,moi je suis de l'espce loup1 et loup rageur encore4 ,gare qui s'avisera de me passer la main sur le dos1 je lui plante mes crocs1 au bon endroit4 ,nous vivons ,svres dans une indpendance hautaine1 je rougis des platitudes auxquelles on te condamne6 ,tu as le courage d'en rire1 moi je m'insurge1 la rsignation est une vertu pour les lches et les impuissants2 l'injustice me fera faire le coup de feu4 ,laisse-moi te dire1 mon vieux zig1 qu' l'cole1 tu n'as pas eu l'heur d'tre approuve par nos petites ,premire4 ,tu n'es plus dans la note4 ,ces demoiselles1 par philosophie1 par raisons sociales1 par dandysme1 s'accommoderont fort bien des misres qui te rpugnent4 ,nous avons chaudement discut ton cas le soir de ,nol1 un vrai meeting1 ma chre1 o ma voix1 lanant des hyperboles1 leur a prdit un avenir mortifiant4 ,tu n'as pas ide de cette gnration-l2 ces trois gosses1 a n'a pas vingt ans1 usent vis--vis les unes des autres1 d'un faux-semblant qui m'pate4 ,rivales toutes trois1 toutes trois comptent sur la premire place la licence1 dans deux ans4 ,elles s'y prparent en se surveillant troitement1 pour que l'une ne lise pas un livre que l'autre ignore1 pour se voler leurs procds de travail1 en se rcriant d'admiration4 ,le jour du rsultat1 si l'une des trois l'emporte1 les deux autres1 de sa gloire444 feront une htacombe66 ,hein6 est-ce bien dit8 ,quant notre promotion1 c'est la promotion de famille1 on popote1 et on potine2 sans ,jeanne ,viole qu'on dteste et ,blraud qu'on mprise1 notre cercle ressemblerait quelque ,paraclet o les culottes n'entrent pas4 ,depuis que nous sommes seconde anne1 nous usons du principe d'autorit vis--vis des jeunes4 ,on a de l'exprience1 on pontifie1 on donne des conseils2 je me respecte dans ce rle1 si peu fait pour moi1 et dire que pour en imposer1 je marche et ne dtale plus4 ,on travaille clipser ,pic de la ,mirandole4 ,d',aveline nous nourrit du suc de ,virgile 7chres abeilles1 voltigez1 mais ne piquez pas74 ,il est toujours l'enchanteur que tu sais1 quoi qu'il fasse on l'adore4 ,mme moi1 moi1 qu'il trangle chaque cours2 moi1 qu'il cingle de ses mots les plus cruels1 me reprochant l'intemprance de mon langage1 ma fougue insupportable2 eh bien1 je l'adore1 je te dis que je l'adore1 et je gote avec lui l'amer plaisir de celle qui veut tre battue4 ,je ne te dis rien de l'loquent ,jrme et de l'audacieux ,criquet1 ni du malheureux ,taillis dont l'intelligence dfaille4 ,notre nouveau professeur1 ,m4 d',artois1 le grand ,preux1 nous fait faire en vieux franais1 l'tude de la chanson de ,roland2 avec lui1 on a l'air de petites filles pelant une belle lgende2 c'est ,victoire ,nollet qu'il faut entendre marteler les assonances3 les vers font un bruit de cuirasses s'entre-choquant un matin de bataille4 ,ne trouves-tu pas que ,m4 d',artois a une figure de haute lisse1 celle d'un paladin courtoisement dsarm1 qui enseigne1 sans le pdantisme d'un robin1 les mystres des conjugaisons confuses du bas latin ,mrovingien6 ,nous en saurons bientt autant qu'lves des ,chartes6 c'est une ressource1 dans les petits trous o l'on vieillira1 on pourra fureter parmi les archives4 ,il parat que dans ces vieilleries1 on dcouvre des choses6444 j'en ferai une pinte de bon sang4 ,quelques petits vnements ont troubl la quitude de notre labeur3 j'ai rompu avec la nymphe ,calypso4 ,pour un prtexte futile1 elle nous a dit de gros mots1 non pas celui de ,cambronne1 mais un autre4 ,il a fallu comparatre dans le cabinet pompadour2 les petits amours se gondolaient de voir ,mlle ,lonjarrey trancher du ,cadi2 ,calypso pleurnichait1 moi je prorais de si tourdissante faon1 qu'aprs avoir lanc cette apostrophe3 ,mlle ,triparti se croit-elle parmi des blanchisseuses8 ,alors nous sommes toutes des ,nausicaa1 filles de roi444 j'exige des excuses6 ,et je sortis majestueuse4 ,je fais bien dans les mres nobles6 hein6 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,hlas6 de quel ,eros fourbu viens-tu nous parler1 ma chre6 ,un rond-de-cuir porteur de l'amoureux carquois4 ,mais ,vnus a donc la berlue4 ,tout ,mamers doit se gaudir de pareils bats1 j'imagine plaisamment ton ,lyce tombant en mal d'amour3 ,on verrait tes deux perruches s'en aller bec bec1 toges en tte1 robes tranantes2 puis leur embotant le pas1 ,mme la directrice amoureusement penche sur une confidente1 les professeurs en suite cherchant du regard une lvre moustachue2 derrire la corporation1 les petites filles deux deux1 bec bec1 se regardant1 se clinant1 avec mille petites manires1 tandis que deux autres1 moins innocentes1 se sauvent dans un petit coin1 pour y rpter1 tout de suite1 la leon de choses qui s'apprend en un tour de main4 ,on appelle a3 petits jeux4 ,pauvre ,rene1 sois sage1 ferme tes yeux1 bouche tes oreilles1 sois la belle au bois dormant1 jusqu' ce que le prince ,marnille t'veille1 tu sais de quelle gente faon6 ,adieu1 nous t'aimons toutes4 ,,berthe ,,passy4 ,,chapitre ,,ix ,,journal ,,de ,,marguerite #h fvrier4 ,notre vie est enleve1 on ne sent plus le temps qui passe4 ,l'tude nous a tellement prises1 qu'elle nous refait une autre nature4 ,c'est maintenant1 que je m'aperois de l'uvre cratrice de nos livres3 d'une touche invisible1 ils nous transforment1 en dlivrant nos penses d'une gaine troite4 ,je sens trs bien que l'tude fait pour moi ce que la saison d'automne fait pour ces graines mres1 qui brisent leur enveloppe et s'en chappent librement4 ,je m'veille1 ,berthe s'assagit1 ,adrienne s'exalte1 ,jeanne ,viole mdite4 #bj fvrier4 ,un joli texte dvelopper3 ,aimez concilier les esprits4 ,ne dirait-on pas que cette phrase1 chappe la diplomatie de ,mme de ,maintenon1 est la devise trs haute1 trs loyale de notre chre ,mlle ,vormse4 #a;er mars #ahi 4 ,je prpare une leon sur la morale d'picure2 ,mlle ,vormse me recommande de lire les livres de ,guyau1 l'un des rares esprits qui aient compris la grandeur hroque de cette morale1 toute d'action1 des picuriens4 ,j'aime cette pense de ,guyau1 qui puise dans la noblesse de son rve la force de crer une morale sans sanction1 une morale o ,dieu ne serait pas l'impitoyable ,teneur de livres de toute notre vie4 ,sa philosophie1 sa posie 7car il est pote71 me font penser un ,vauvenarges qui et t l'ami d',alfred de ,vigny4 ,j'ai not des pages rconfortantes1 que j'emporterai fidlement au sortir de l'cole2 j'aime cet espoir3 ,le moi qui s'est assez largi aurait droit de ne pas prir4 #h mars #ahi 4 ,berthe et moi1 sommes alles voir ,rjane dans ,sapho4 ,a peine entre1 j'aurais voulu partir1 horriblement gne par ce ralisme de la pice1 et le jeu si sincre de ,rjane4 ,notre place n'tait pas l4 ,je n'ai pas dit ,henri o j'avais pass mon dimanche4 ,chaque fois que je lis un livre suspect1 ou que j'assiste1 comme aujourd'hui1 un spectacle impur1 une goutte de vitriol me brle3 j'ai honte et je souffre4 #bj mars4 ,je ne vis plus3 ,charlotte est reprise d'touffements1 elle a d quitter le cours2 on traite a de vapeurs4 ,curs de pierre que ces curs stociens4 #ba mars4 ,j'ai obtenu de ,charlotte qu'elle cesst tout travail2 ce prix seulement1 je n'avertirai pas ,henri4 #bb mars4 ,le docteur persiste ne rien voir d'alarmant2 s'il se trompait6 ,elle ment1 elle sait qu'elle a une maladie de cur1 mais elle n'avouera pas comme elle souffre4 ,pourquoi1 pourquoi ce silence8 il faut la gurir2 mais qu'est-ce qu'il deviendrait s'il la savait malade6 #bg mars4 ,un peu de mieux1 elle a pu crire ,henri qui est encore pour un mois ,bruxelles4 ,j'ai repris mon travail1 mais cette accalmie ne me rassure pas4 #a;er avril4 pouvante cette nuit6 une voisine de ,charlotte a couru rveiller l'infirmire2 je me suis leve1 elle rlait1 je l'ai tenue dans mes bras toute la nuit1 sa pauvre tte jaunie1 contracte1 les yeux chavirs4 ,ils ne voient donc pas qu'elle peut en mourir4 #b heures4 ,elle s'est leve1 le mdecin ne se prononce pas2 elle doit garder la chambre4 ,je ne la quitterai pas4 ,si la nuit est mauvaise1 demain je tlgraphierai ,henri4 #i heures soir4 ,l'infirmire n'a pas reu l'ordre de veiller ,charlotte3 on la laissera seule6 ,jamais3 je resterai avec elle jusqu'au matin1 ,berthe me relvera4 ,minuit4 ,elle vient de s'assoupir1 j'ai une peur atroce que le souffle tout coup cesse2 pauvre visage aim1 comme il est las de souffrir6 #b avril4 ,m4 ,henri ,dolfire1 #cj rue ,raynouard f4 suivre4 ,revenir immdiatement1 ,charlotte malade vous rclame4 ,,marguerite4 #c avril4 ,une angine de poitrine1 elle est perdue4 ,,chapitre ,x ,,la ,,mort ,,de ,,charlotte ,un frisson secoua toute l'cole1 quand1 au sortir des cours1 on apprit que ,charlotte tait morte4 ,un long sanglot monta de tous les curs1 vers cette petite chambre o1 presque seule1 si loin des siens1 une ,svrienne venait de mourir4 ,on l'aimait pour sa joie1 pour l'allgresse de sa vie laborieuse1 pour l'espoir qu'elle donnait1 chacune de connatre un jour le logis qui s'gaie au rire des petits enfants4 ,son bonheur n'avait pas de jaloux4 ,la voil morte6 ,ce fut un long gmissement chez ses compagnes1 qui s'enfuirent pleurer dans leur tude1 tandis que les autres1 dans une morne pouvante1 restaient l sans rien dire1 sans une interrogation1 rendues stupides par cette mort foudroyante4 ,on la savait peine malade4 ,et puis1 est-ce qu'on meurt vingt ans8 ,est-ce que la jeunesse n'est pas plus forte que la mort8 ,a leur chagrin se mlait l'effroi d'un coup imprvu4 ,ainsi la mort rdait autour d'elles4 ,pour la premire fois1 l'inexorable entrait dans la maison2 tout de suite elle s'tait enfuie emportant1 comme dans un rapt1 ce jeune corps amoureux de vie1 qui ne connatrait maintenant d'autres caresses que cette horrible treinte6 ,un air de plomb touffait les poitrines4 ,devant leurs livres ouverts1 toutes pleuraient4 ,les plus fortes cherchaient se reprendre1 et l'une d'elles ayant voulu lire pieusement le ,dies ir genoux1 prs de la place vide o ,charlotte avait travaill1 elles coutrent en sanglotant1 se joignant de tout leur cur l'appel dsespr qui montait vers ,dieu4 ,celles qui ne priaient plus1 ouvrirent leurs livres1 relisant1 si prs de la morte1 une page de ,socrate1 de ,lamartine ou de ,guyau4 ,toutes les penses montrent vers elle1 et dans l'invisible1 l'me de l'cole posa sur son front1 le fraternel baiser4 ,un silence effrayant couvre cette maison blesse4 ,trop vieille pour sourire aux cris joyeux1 elle a des larmes encore pour l'enfant qui connut peine la douceur de son sein maternel4 ,les heures passent1 la cloche ne sonne plus1 tout est dsert1 le parc se drobe1 les premires feuilles d'avril s'vanouissent dans l'ombre1 mais sans cesse1 on entend le jet d'eau qui sanglote1 qui sanglote dans la nuit4 ,au bord d'une fentre1 une lueur tremblante3 voil le cierge qu'on allume pour la veille funbre4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,henri ,dolfire arriva quelques heures avant la mort de ,charlotte4 ,ds qu'il la vit si ple1 avec ses grands yeux qui dj regardaient ailleurs1 il la sentit perdue1 et comme un fou1 se jetant genoux1 il prit la main qu'elle lui tendait1 l'embrassa1 la serrant la briser4 ,charlotte souriait1 n'tait-ce pas le ,sauveur qui enfin venait d'entrer8 ,elle ne parlait plus1 mais elle eut la force encore d'attirer elle la main du bien-aim1 elle la plaa sur son cur4 ,que voulait-elle dire8 --,vois1 bientt il ne battra plus8 ou bien tait-ce le don trs chaste de sa chair qu'elle lui renouvelait en face de l'ternit6 ,de grosses larmes tombaient de ses yeux sur la tte d',henri1 qui se serrait contre cette pauvre petite poitrine blesse1 lui jurant qu'il venait la sauver1 qu'ils allaient partir1 qu'on les marierait tout de suite1 pour qu'il la soignt mieux1 et la gurit4 ,on les avait laisss3 pour la premire fois1 il tait seul dans la chambre de sa fiance4 ,que se dirent-ils8 ,que lui demanda-t-elle8444 ,quand ,marguerite revint1 apportant une potion1 elle entendit la voix grave d',henri1 qui rpondait ,charlotte3 --,je te le jure4 ,les yeux clos de la mourante s'entr'ouvrirent pour remercier le bien-aim4 ,l'agonie fut courte4 ,comme le jour finissait elle passa4 ,ce fut ,mlle ,vormse1 priant l'cart1 qui s'approcha de l'enfant et lui ferma les yeux4 ,henri tomba inerte1 sans larmes1 sans cris1 se mordant jusqu'au sang1 pour ne pas hurler sa douleur et sa colre2 car1 c'est contre ,dieu que tout son tre affol se rvoltait1 d'avoir fait mourir la femme qu'il aimait444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,charlotte semblait dormir dans son petit lit de jeune fille1 sous une nappe de verdure et de fleurs4 ,ses compagnes avaient arrach1 aux vieux murs du parc1 des touffes de clmatites fraches1 des tranes de lierre1 et ce lit de morte fut une jonche d'avril1 un nid qui embaumait le printemps4 ,on cueillit dans les bois1 les branches qui portaient les premires feuilles1 on les dressa tout autour de la chambre1 comme un rideau qui frmissait encore4 ,quelques tigelles taient couvertes de ces flocons neigeux1 que le vent sme durant la saison d'amour1 et ces flocons qui s'envolaient d'un souffle1 retombaient sur les mains jointes de ,charlotte4 ,l'cole vint s'agenouiller auprs du lit4 ,d',aveline1 qui souffrait du chagrin de ,marguerite1 voulut aussi revoir son lve4 ,jrme ,ptre vint1 tous suivirent1 et ces hommes que la vie avait diffremment meurtris1 restrent muets4 ,quelles paroles humaines peuvent chasser l'pouvante du mystre8 ,marguerite ne quitta pas son amie2 on lui avait accord la grce de la veiller seule1 avec ,henri ,dolfire4 ,elle restait l prostre1 n'ayant plus de larmes1 souffrant dans tous ses membres1 comme si on avait arrach d'elle le cur de ,charlotte4 ,henri1 blme1 les yeux sans regard1 se dtournait des trangers qui pleuraient sur la morte en faisant un grand signe de croix4 ,ses yeux1 fascins par les yeux clos1 la bouche close1 croyaient par instant les voir s'ouvrir1 pour recevoir le baiser que jamais sa bouche n'avait os donner la sienne4 ,sa douleur fut dchirante1 quand il comprit enfin qu'elle tait morte4 ,le matin du dimanche1 toutes cloches sonnantes1 le cercueil s'en alla vers le petit cimetire1 qui se cache la lisire des bois4 ,le pasteur avait donn l'absoute1 et des hommes portaient sur leurs paules le corps lger de ,charlotte1 qui pour la dernire fois1 traversa les longs corridors1 la cour o le jet d'eau lui parla1 le parc4 ,adieu1 adieu1 disait le drap blanc qui s'accrochait aux buissons4 --,adieu1 adieu1 rpondaient les jeunes branches qui se penchaient1 sans craintes1 pour frler d'une caresse de sur le cercueil de ,charlotte4 ,le sable crissait sous le pas des hommes montant pniblement4 ,henri et le tuteur de sa fiance menaient le deuil1 puis venaient tous les professeurs de l'cole4 ,mme ,jules ,ferron1 seule1 impassible1 venait en tte du long cortge des ,svriennes silencieuses1 suivant1 accables1 ces chemins familiers1 o rieuse et pensive1 ,charlotte avait pass4 ,le calvaire fut long4 ,marguerite s'tonnait d'entendre chanter les oiseaux1 de respirer cet air frais que parfument les fraises d'avril4 ,tout arrivait jusqu' elle1 comme des choses venues d'un autre monde2 depuis cinq jours1 elle n'avait plus conscience de vivre4 ,longtemps1 on chemina sur la route radieuse4 ,une porte ouverte laissa passer le cortge4 ,parmi les tombes les plus humbles1 dans ce petit cimetire de campagne1 les hommes descendirent doucement1 avec des mains qui ne voulaient pas faire mal1 le cercueil de ,charlotte4 ,pench sur la fosse1 ,henri la regarda descendre444 ,ainsi c'tait fini6 c'est l que pour toujours elle allait dormir1 celle qui devait tre sa femme1 celle qui lui avait promis les joies de l'amour4 ,on allait l'enfermer dans ce trou et jamais1 jamais plus1 il ne la reverrait4 ,d',aveline s'avana pour dire adieu au nom de l'cole4 ,en quelques mots dlicats1 il sut dire quelle apparition gracieuse elle avait t1 quel charme lui attirait tous les curs4 ,puis1 ses compagnes vinrent1 le mme mot revenait1 lugubre3 ,adieu ,charlotte4 ,adieu1 adieu444 ,marguerite voulut baiser la terre qui couvrait son amie4 ,alors on entendit1 travers les sentiers du cimetire1 le toc-toc-toc des fossoyeurs1 et la terre gourmande reprit aussitt1 pour la vie phmre des plantes et des arbres1 cette chair qu'on lui abandonnait4 ,quand1 la porte du cimetire1 on chercha ,henri1 il n'tait plus l4 ,on sut aprs qu'il s'tait chapp dans les bois de ,svres1 pour y crier sa douleur1 et comme un fou1 se rouler1 mordre la terre qui ne rend jamais sa proie444 ,longtemps1 cette nuit-l1 ,marguerite entendit les toc-toc-toc funbres de la pluie tombant sur le toit4 ,du jet d'eau montait un appel morne et lent1 plainte1 regret1 voix des trpasss4 ,alors1 essuyant ses yeux1 elle ouvrit le livre que ,berthe avait pos l3 ,on peut penser que la mort est un pas en avant1 non un brusque arrt dans le dveloppement de l'tre4 ,on peut enfin esprer ne pas y perdre1 comme en un naufrage1 toutes les richesses intrieures qu'on a amasses1 mais traverser la mort1 en emportant glorieusement le monde de penses et de vouloirs gnreux qu'on a crs en soi4 ,puis1 ayant lu ces lignes consolatrices1 il lui sembla que l'espoir luisait travers sa douleur1 et que ,charlotte quelque part la regardait4 ,,chapitre ,,xi ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel #ae mai #ahi 4 ,je vis dans l'pouvante de ces souvenirs de mort4 ,une hallucination me poursuit3 ai-je rv6 est-ce maintenant qu'elle va mourir8 ,je ne sais comment je vis4 ,des jours1 je m'agite1 tremblant d'une inquitude morbide4 ,d'autres jours1 je m'enferme1 la tte vide1 morne dans ce coin1 comme une bte abrutie de douleur4 ,les souvenirs qu'elle laisse ici m'crasent4 ,je voudrais les fuir1 d'invisibles mains me retiennent1 toutes se tendent pour me ramener vers le pass4 ,o est l'absente8 o est maintenant la sur que j'avais choisie8 ,charlotte1 ,charlotte1 es-tu encore prs de moi8 ,le sais-tu encore1 dis1 que je t'aime1 que tu m'es plus chre depuis que tu me fais pleurer4 ,si tu savais comme mon me te cherche ici1 et l-bas2 comme je prie1 car prier1 c'est encore parler de toi4 ,je t'en supplie1 ma chrie1 si tu demeures dans l',invisible1 ne me quitte pas1 que ton ombre ne m'abandonne pas1 je suis bien malheureuse4 ,si tu savais6 au moindre souffle je tressaille4 ,est-ce toi qui frles ma porte8 ,vas-tu entrer1 comme la dernire fois que tu vins ici1 courbe sous le poids des bches que tu m'apportais2 que nous tions bien444 ,quel supplice de revivre sans cesse ces choses familires1 qui furent les choses charmantes de notre amiti4 ,pourquoi l'avez-vous prise1 mon ,dieu8 ,quel mal faisait-elle8 ,pourquoi n'avez-vous pas voulu qu'elle ft heureuse1 qu'un autre achevt l'uvre que vous aviez commence8 ,vous n'tes donc pas notre ,pre1 vous qui brisez cruellement le rve de vos cratures4 #a;er juin4 ,pauvre ,charlotte6 qui se rappellera sa bont1 sa jeunesse aimable1 son rire lger1 qui offrait tous le plus gracieux d'elle-mme4 ,qui saura la tendresse vigilante qu'elle avait pour ,lui4 ,l'cole est affreusement triste3 une prison sans air1 sans lumire maintenant4 ,le vent attache aux vieux murs l'odeur des premires roses2 je me sens dfaillir4 ,il ne finira donc jamais ce jour de mort1 o les roses tombaient avec les gouttes de cire4 ,son corps1 prsent1 est un buisson d'glantines4 ,c'est lui qui les a plantes1 lui que je n'ai pas revu1 et qui ne se souvient pas que nous sommes deux la pleurer4 #d juin4 ,on dirait que ses bras se sont ferms sur mon cur1 pour le garder avec ,elle1 toujours4 #g juin4 ,mlle ,vormse a t bonne pour moi2 elle est venue ici1 elle y a pleur4 ,souvent elle m'emmne dans le parc1 vers ce banc de pierre que nous aimions1 elle me parle de ,charlotte2 elle croit1 elle1 la survivance des mes4 ,je pleure1 mais j'ai foi4 ,mlle ,vormse m'a apport ses livres1 tous ses ,guyau1 ses ,confessions de saint ,augustin1 son ,imitation4 ,elle veut que je lise2 sa bienveillance me relve4 ,mme ,jules ,ferron doit me trouver bien lche de vivre avec ma douleur2 elle m'a dit des mots que je n'ai pas compris2 au bonsoir1 elle me tend la main et ne me parle pas4 #h juin4 ,je redoute de sortir4 ,la joie de la terre me pntre et m'alanguit4 ,cette fte nuptiale des eaux1 du ciel1 des arbres1 dans la lumire glorieuse de l't1 a pour moi l'amertume d'un charme1 qui me lie des dsirs sans nom4 ,autour de l'cole1 les jardins embaument2 leur odeur me grise1 ils ont l'odeur voluptueuse d'tres vivants4 ,je ne passerai plus sur la terrasse1 l'odeur suffocante des lilas et des sureaux me brle le sang1 la fivre me dvore jusqu'au creux des mains4 #ab juin4 ,je veux saisir la destine la gorge1 ,il est si beau de vivre mille fois sa vie4 ,,beethoven4 ,qu'est-ce seulement que notre vie8 ,expiation ou perfectionnement8 ,a-t-elle un sens mme8 ,notre destin est-il crit1 notre libert se borne-t-elle l'accomplir magnifiquement8 ,est-ce que notre valeur d'individu ne serait pas d'avoir conscience de ce destin1 de vivre en harmonie avec lui8 ,je le crois4 ,personne n'chappe sa destine4 ,charlotte avait entrevu la sienne4 ,tous1 nous sommes entrans vers un but suprme1 qui s'impose notre volont1 comme la vie elle-mme1 qui subordonne lui toutes nos forces pensantes1 toutes nos forces aimantes4 ,voir nettement ce but et le poursuivre1 n'est-ce pas largir la pense de ,mlle ,vormse2 puis-je confondre la vision de mon destin1 et la loi qui doit diriger toutes mes actions8 ,la mort me force regarder la vie en face4 ,eh bien1 ce regret poignant de mourir sans avoir vcu1 n'est-ce pas un avertissement de ,charlotte8 ,suis-je vraiment faite pour cette vie froide1 cette vie mutile1 qui sera la ntre une fois sorties de cette cole4 ,la pense du devoir accompli me consolera-t-elle8 --,non4 ,tout en moi dj se rvolte la pense que ces livres me tiendront lieu de tout3 que peut-tre1 ni mon cur1 ni ma chair1 ne connatront la joie de vivre dans l'panouissement naturel1 la joie de se donner perdument4 ,ce sont des penses de vie ardente1 d'une vie belle de sa force1 de sa puret1 qui me hantent1 quand je vais m'agenouiller prs de ,charlotte1 et jusqu'au plus profond de ma conscience1 retentit une voix mystrieuse3 ,vis pour le bonheur6 ,vis pour assouvir ta fureur d'aimer4 ,,chapitre ,,xii ,,suite ,,du ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel #ae juin4 ,je mne deux vies parallles4 ,souffrir1 ,travailler4 ,l'tude m'apporte l'oubli1 je veux travailler sans arrt1 pour chapper moi-mme4 ,l'approche de la licence nous harcle toutes4 ,dans un mois nous serons en plein concours4 ,mes compagnes disputent la premire place3 notre cacique1 ,adrienne ,chantilly1 a perdu son rang1 il est peu probable qu'un autre examen le lui rende4 ,qui l'emportera de ,victoire ,nollet1 cette encyclopdie1 ou de ,jeanne ,viole1 cette mmoire4 ,on compte avec moi1 j'ai une lucidit assez nette de mon travail1 et de mon effort1 pour juger que je mrite1 aussi bien qu'elles la premire place la licence4 ,si elles escomptent cette torpeur qui m'accablait1 elles se trompent4 ,mon esprit se rveille plus hardi1 je sors victorieuse de cette lutte intrieure qui me transforme1 aprs un long dchirement1 et m'affranchit de cette inconsciente rverie1 o s'engourdissait mon nergie4 ,je me suis impos1 comme une discipline rigoureuse1 de parler allemand tous les jours2 ,victoire le fait depuis son entre l'cole4 ,quel effort douloureux1 je suis l'enfant qui bgaie1 s'impatiente d'ignorer les mots que lui a fournis1 jusqu'ici1 l'appel au dictionnaire4 ,stupide mthode1 stupide paresse2 ce cours du ,herr ,professor qu'ai-je fait depuis dix-huit mois1 si ce n'est sourire des petites histoires que ,master ,hartbourg nous raconte sur ,bismarck1 le laissant besogner tout seul1 pour mieux rire d'une perruque lgendaire1 d'un ventre pyriforme dans une culotte pont4 ,quelle lgret6 il suffit qu'un professeur nous ennuie1 le travail cesse1 et pendant ce temps les ,anglaises1 avec ,miss ,robinson1 arrivent crire1 parler1 penser1 comme de vraies anglaises4 ,alerte6 au travail4 ,,chapitre ,,xiii ,,le ,,congr,s ,f,,ministe ,dans un tapage de chaises1 de pas1 de voix1 les ,svriennes sortent du rfectoire1 puis soudain galopent dans les escaliers1 vers le parc1 pour rquisitionner bancs1 raquettes et crockets4 ,il fait jour encore1 c'est l'heure o toutes les lves1 sauf l'impeccable ,victoire1 se reposent sous l'il indulgent de la vieille ,lonjarrey4 ,les unes crient1 dans un besoin nerveux de s'puiser en longues courses1 de haleter1 de prendre1 dans cette fatigue physique1 des forces nouvelles pour le travail du soir4 ,les autres1 lasses1 surmenes par l'approche de l'agrgation1 s'tirent paresseusement sous les feuilles1 sur les dalles du petit mur1 d'o l'on voit le soleil qui se couche4 ,c'est l'heure dlicieuse o passent dans le ciel les frissons et les clarts des robes lumineuses1 cortge qui disparat sur les pas du soleil4 ,dans la plaine cleste1 quelques nuages1 se dispersent1 pages vtus de pourpre1 de blanc ou de lilas1 qui1 pour cueillir une fleur de rve1 s'garrent en chemin444 ,isabelle ,marlotte organise1 dans la cour de ,romo1 une partie de crocket2 on se compte1 ,marguerite ,triel a disparu4 --,allons bon1 la voil encore file6 ,je parie qu'elle potasse son allemand4 ,cette pauvre ,marguerite1 elle veut enlever ,victoire le record de l'emplissage2 si on la laisse faire1 elle tombera dans le bjat4 ,attends un peu6 ,lchant son maillet1 ,berthe ,passy traverse les couloirs en tempte1 grimpe l'escalier1 heurte brutalement la porte de ,marguerite1 qui ouvre contre-cur4 --,hou6 la vilaine1 arrive tout de suite ou je te dnonce ,lonjarrey4 ,marguerite cherche dgager son poignet de la main de fer qui la tire4 --,non1 pas aujourd'hui1 je voudrais prparer cette explication de ,lessing avant le bonsoir444 --,je ne veux pas1 ,marguerite1 que tu restes seule2 avec cette fureur de piocher1 tu es plus cuistre que ,victoire ,nollet6 ,tu t'enfermes1 tu ne parles plus1 tu ne ris plus2 au train o tu vas1 il ne te reste plus qu' emboter le pas derrire ,mlle ,frolire1 notre ancienne1 tu te la rappelles la ,sorbonne1 le jour de nos examens1 nous en tions folles3 eh bien1 ma chre1 pour avoir trop comment ,phdre1 la voil qui entre au ,carmel444 et ce n'est pas de la pose4 ,c'est la guimpe et la cornette qu'il te faut6 ,alors foin d',allemand1 arrive4 ,berthe se fait caressante1 elle embrasse ,marguerite1 et brusquement la harponne dans le parc4 --,je vous la ramne4 ,la partie s'organise1 ,isabelle distribue les maillets1 on se range4 --,savez-vous que j'ai vu de l'histoire aujourd'hui1 mes petits1 lance tout coup ,berthe aprs avoir log sa boule4 --,o donc a8 --,au quartier pardi1 dans une petite rue pleine de gens4 --,une meute8 --,non un congrs1 le ,congrs fministe6 qui rvolutionne tout le ,paris des femmes1 depuis huit jours6 ,sans ,madeleine ,bertrand1 de lointaine mmoire1 je ne voyais rien2 je la croise sur le boul',mich1 en allant ,cluny4--,eh te voil1 quoi de nouveau1 a va bien ,svres8--,parfaitement et toi8--,moi ma chre1 je suis reporter du grand journal fministe3 ,l'veil4 ,je vais au congrs4--,tu m'emmnes8--,je t'emmne4 ,sitt dit1 sitt fait1 nous voil rue ,serpente4 --,a-t-elle toujours ses beaux cheveux1 fit ,adrienne8 --,je crois bien1 a lui sert autrement que sa carte de presse4 ,les ,svriennes rient1 il leur semble si original qu'une des leurs1 d'autrefois1 figure parmi les journalistes1 pas srieux1 pensent-elles6 --a n'a pas t tout seul pour entrer l1 continue ,berthe1 les tudiants en droit marchaient l'assaut1 avec des intentions qui n'taient peut-tre pas celles des ,romains enlevant les ,sabines4 ,les sergots nous arrtent1 on se rcrie sur la natte de ,bertrand1 enfin nous y sommes2 je vous fais grce des madrigaux des titis parisiens1 l'adresse de mon cicrone4 ,quel chahut l-dedans6 les femmes glapissent1 sifflent1 huent2 une virago tonitrue3 ,a la porte les hommes1 n'en faut plus6 ,la sonnette de sonner1 de sonner4 ,dis donc1 ,isabelle1 ce n'est pas une raison pour jouer deux fois2 je vais chopper ta boule4 ,berthe prend sa position1 hardiment lance le maillet1 la boule saute1 carambole1 revient en face de l'arceau4 --,a mon tour1 fait ,thrsa4 --,dans la salle on ne voyait que des ttes1 rien que des ttes1 bouches ouvertes6 ,savez-vous ce qu'elles rclamaient1 toutes ces bouches8 ,la suppression de la guerre4 ,oui1 tout comme dans ,aristophane1 mais rassurez-vous3 il n'y avait pas de ,lysistrata pour donner de mauvais conseils4 ,elles voulaient toutes monter la tribune6 --a devait ressembler des tribunes d'arracheuses de dents1 les jours de foire2 y avait-il de la musique1 demanda ,isabelle4 --,comment donc6 ma vieille1 et les bravos1 et les sifflets1 en voil une musique de circonstance6 ,quel auditoire1 je n'ai jamais rien vu de pareil3 sur les gradins1 des potaches1 des pipos conspuant des femmes2 dans la salle1 la houle rvolutionnaire des chapeaux3 brets de ,montmartre1 canotiers du ,luxembourg1 cabriolets du ,salut1 panaches des ,boulevards1 coiffures graves des institutrices1 bonnets fleurs des pipelettes1 voire mme un bguin de ,florence1 avec une ferronnire4 ,mazette1 quelle jolie femme1 pas besoin qu'elle cause pour convertir son prochain4 ,la beaut1 voyez-vous1 c'est l'loquence des femmes4 --,ouf1 remarqua ,isabelle1 heureusement que ,victoire ,nollet n'est pas l1 tu es dcourageante1 ,berthe4 ,les boules se heurtent1 se dplacent1 endiables elles aussi4 --,au premier rang des fauteuils1 les vieux messieurs1 naturellement2 quel ragot de voir ces petites femmes pleurer1 prier1 s'indigner1 sincres elles1 a les change du thtre4 ,l'ge mr s'tait abstenu2 l'adolescence tait frondeuse4 --,ces femmes1 venues de tous les pays1 rclament l'abolition de la guerre1 au nom des arts et de l'industrie1 au nom du pain quotidien1 du droit de vivre pour soi1 avant de vivre pour l'humanit4 --,cette raison pratique n'est-elle pas suffisante8 interrompit ,marguerite4 ,la guerre est un crime4 ,a quoi bon lever si pniblement ses fils1 pour en faire de la chair canon et cela pour satisfaire l'gosme d'un homme6 ,la mort fait assez rude besogne sans qu'on l'aide4 ,je ne gote pas beaucoup ces plaidoiries bruyantes1 mais je suis de tout cur avec ces femmes1 quand elles rclament la piti et la justice4 --,eh bien moi1 je ne pense pas en femme l-dessus1 ou bien j'ai des enthousiasmes de ,spartiate4 ,la guerre est magnifique6 ne me lynchez pas1 fit-elle devant l'indignation de ses amies4 ,je suis d'un pays o les fusils partent tout seuls1 et ne vois rien de plus beau que cette offrande de sang1 pour venger ou pour triompher4 ,oui1 je le veux bien1 c'est un plaisir barbare1 mais d'une splendeur farouche4 ,triompher dans sa force1 dans son adresse1 tre de ceux qui n'ont pas peur1 de ceux qui font trembler le monde et tiennent l'ennemi leurs pieds4 ,comment n'tre pas fanatique6 mais le jour o vous supprimerez la guerre1 ce sera fini des hommes1 il n'y aura plus que des lches6 --,malheureuse1 tu ne penses pas ceux qui restent1 qui souffrent4 --,et qui a dit que la souffrance1 que la misre ne seraient pas nos ternels compagnons de route8 supprimez-vous la lutte pour la vie8 ,puis elle ajouta1 railleuse3 --,du reste je trouve cette diplomatie idiote1 voil les femmes qui rclament l'abolition du seul espoir qu'elles aient d'arriver leurs fins4 --,comment8 --,une vigoureuse saigne dans le camp des mles diminue la rsistance1 et le camp femelle1 intact1 pullulant1 aura la majorit4 ,tout se compte dans l'antagonisme des sexes2 si les femmes n'taient pas les ,idologues d'aujourd'hui1 elles verraient qu'il faut tre pour ,napolon444 ,une cloche sonne1 coupant net ce paradoxe de ,berthe ,passy1 qui menace de dgnrer en querelle4 ,il est l'heure du bonsoir1 vite1 ple-mle on rentre les jeux2 les ,svriennes descendent du parc1 assombri par un lent crpuscule d't2 sur leur chemin elles croisent ,hortense ,mignon1 qui distribue le courrier4 --,dis donc je t'ai vue1 toi4 --,o donc1 fait ,hortense1 toute rouge8 --,je t'ai vue avec une jeune potache qui444 --,tais-toi1 ,berthe1 si on savait4 --,ah6 ah6 --,tiens1 j'aime mieux tout te dire1 et ,hortense1 prenant le bras de son amie1 l'entrane dans un coin4 ,je suis alle1 avec mon cousin ,camille1 l',odon voir jouer ,germinie ,lacerteux4 ,en sortant1 il a voulu qu'on se rafrachisse2 on est entr au caf6 ,le garon dit3 ,madame et ,monsieur dsirent sans doute un cabinet particulier8--,moi je rponds sans rflchir3 ,mais oui c'est a1 on ne vous verra pas4 ,il nous a fourrs dans une petite pice1 quand il a fallu payer1 il y en avait pour quarante francs6 ,boudiou1 j'en suis malade3 le petit n'avait rien1 j'ai donn tout ce que j'avais1 me voil dans la panne6 ,qu'est-ce que ces gens-l ont d croire4 ,dans un cabinet particulier6 ,si ,ugne savait a444 --,du coup1 ma vieille1 il t'en ferait bien d'autres4 ,,chapitre ,,xiv ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel #ae juillet4 --,pauvre journal1 je te dlaisse4 ,il m'est impossible d'loigner de moi la pense de l'examen4 ,serai-je prte8 irai-je tranquille1 rassure par ce que j'emporte en moi8 ,nous sommes toutes dans cet tat bizarre d'indiffrence et d'anxit1 qui prcde les jours d'examen4 ,je voudrais m'arracher mes livres2 ,berthe et moi1 nous devons passer dans les bois les deux aprs-midi qui nous restent4 #ah juillet4 ,je suis alle l-bas1 lui porter des fleurs1 c'est elle maintenant que j'offre la rose des jours d'angoisse1 elle qui me disait1 il y a deux ans3 ,la ,sainte sait bien1 ma chrie1 ce que ta rose lui demande1 elle t'exaucera4 ,chrie que tu me manques6 demain1 c'est toi qui m'aurais donn courage2 ton baiser fraternel m'et port bonheur4 ,ma joie aurait t ta joie4 ,la pense du succs ne me rjouit point3 j'en serai fire pour l'cole2 que m'importe moi1 puisque je n'ai plus personne qui l'offrir4 ,o est-il8 que fait-il8 ,pourquoi ce silence8 notre amiti est-elle morte avec son amour6 ,moi1 je suis fidle1 je ne retirerai pas la main que j'ai tendue4 #ai juillet1 #f heures du matin4 ,dans un moment1 nous partirons pour la ,sorbonne2 je suis trs calme1 la nervosit de mes compagnes ne me trouble pas2 j'ai rv d',elle et de ,lui1 je suis presque heureuse1 je sens qu'ils m'accompagnent4 ,maintenant1 je puis recevoir le baiser de ,mme ,jules ,ferron1 j'ai reu celui de ,charlotte4 ,,chapitre ,,xv ,,licence ,,et ,,agr,,gation ,c'est le dernier jour des examens de licence et d'agrgation4 ,ds #f heures1 les grands breaks sont revenus stopper aux portes de l'cole1 emmenant1 au trot des chevaux1 qu'excitent les grelots1 quarante ,svriennes la ,sorbonne4 ,les voitures stationnent l'ombre1 rue de ,tournon1 devant le restaurant ,foyot1 prtes ramener les brebis au bercail4 ,messieurs les ,snateurs1 curieusement s'informent3 ,quelles sont donc ces jeunes filles8 ,d'o viennent ces breaks8 ,pourquoi ces livres1 ces serviettes bourres8444 ,sur la rponse ddaigneuse des garons1 que le mince pourboire de ces demoiselles mcontente1 les vieux ,messieurs hochent la tte1 et1 d'un air entendu1 dgustant un filet mignon3 ,si jeunesse savait6444 avoir vingt ans1 et sacrifier l'a-gr-ga-tion6 ,les ,svriennes n'ont que faire de ces dolances4 ,elles vont1 viennent1 passent devant les vieux ,messieurs1 peine gnes d'tre le point de mire de tout le restaurant4 --,ah6 les petites sottes1 elles vont nous faire manquer notre dernier djeuner6 ,berthe1 regardez-donc sur la porte si les agrges arrivent4 ,allons mes p'tits1 ne pleurons plus1 l'affaire est dans le sac4 ,a table1 mesdemoiselles6 ,hem6 garon1 n'oubliez pas mon petit flacon4 ,le garon cligne de l'il1 ce rappel du pousse caf1 que ,mlle ,lonjarrey rquisitionne1 comme une pitance privilgie4 ,berthe1 ravie1 file au ,luxembourg mietter son pain aux friquets qui s'brouent4 ,d'autres groupes de ,svriennes entrent chez ,foyot1 silencieuses ou mornes1 bavardes ou fivreuses1 suivant que l'impression dernire du concours fouette leurs esprances1 ou les crase4 ,pas une qui ait cet air faraud que donne la certitude du succs4 ,toutes sont inquites1 et s'irritent de rencontrer sur leur chemin tant de mines indiffrentes leur tourment4 ,leur me est si pleine de cette attente1 qu'en une minute elle pouse leur vie entire4 ,qu'importe demain1 si aujourd'hui doit leur tre funeste4 ,dans la rue1 une ,scientifique essuie ses larmes4 ,comment serait-elle reue avec un zro en trigonomtrie8 ,n'a-t-elle pas oubli la formule exacte qui donne la parallaxe des toiles8 --,et moi1 tu sais bien que j'ai rat ma thorie du ,rayonnement4 ,louise6 mais elle sera reue1 elle m'a avou trois solutions diffrentes pour le problme1 elle enfoncera ses examinateurs4 ,plus loin1 quelques ,littraires naves avouent que le sujet tait trop facile3 ,justice et charit4 ,d'autres1 plus fines1 dcrient leurs copies1 imputant leurs nerfs un chec probable4 ,le long de la rue ,racine1 c'est un verbiage savant qui fait retourner les petits trottins4 ,jeanne ,viole1 hardiment1 rompt avec les vieux stratagmes4 ,elle prore au milieu des licencies2 avoue1 sans qu'on l'en prie1 que ,brau1 le grand philologue1 a lu sa composition de grammaire3 ,rle de l'analogie dans la formation historique de notre langue1 et qu'il l'a trouve remarquable4 ,angle ,blraud renchrit1 invente des dtails1 affirme que les examinateurs sont trs mcontents de cette preuve4 ,quelle avance de points pour ,jeanne ,viole3 elle enjambera toutes ses compagnes4 ,victoire tombe dans le pige1 elle blmit1 sa figure de monstre se crispe dans une affreuse et ridicule grimace4 ,la joie de l'autre la crucifie6 ,elle ne sera pas premire6 cette place tant convoite1 cette place1 dont l'espoir fut l'aiguillon intolrable de toute sa vie ,svres1 lui serait vole6 ,une ,jeanne ,viole1 une ramasseuse de l'esprit de tout le monde1 si pauvre d'ides sous tant de falbalas et de verroteries1 incapable de tirer une goutte d'eau pure de ce puits profond1 o1 elle ,victoire sent bouillonner la source vive de ses penses4 ,une ,jeanne ,viole prendrait la premire place6 ,quelle injustice4441 et ,victoire perdue se sauve pour drober ses premires larmes4 ,ravie de ce facile succs1 ,jeanne ,viole s'approche de ,marguerite ,triel1 qui relit attentivement sa version1 et sourit distraitement aux racontars de sa compagne2 elle se prcipite alors vers ,adrienne ,chantilly dgrafe1 renverse dans un fauteuil1 tandis que la bonne ,lonjarrey1 pour ranimer la belle vanouie1 du plat de ses mains sches1 fouette les pauvres mains ples qui s'abandonnent4 ,il est grand temps que l'examen finisse4 ,quel abattement aprs ces quatre jours de lutte et le surmenage des derniers mois1 o les ,svriennes en cachette1 se levaient l'aube1 et travaillaient encore1 que tout dans l'cole dormait4 ,elles ne vivent plus que pour cet examen1 qui les prend jusqu'au plus intime d'elles-mmes4 ,qu'est-ce que la sant1 la joie de vivre1 la paix du cur1 auprs de l'inquitude affreuse qui les domine8 ,un chec la licence leur ferme la porte de l'cole2 c'est leur titre mme de professeur qui est en jeu4 ,d'un chec l'agrgation dpend leur poste1 leur avenir surtout4 ,cette anne1 le jury choisira dans ce concours1 quinze licencies 7elles sont l plus de cent aspirantes7 et six agrges1 pour toute la ,france6 ,quelle folie de tabler sur ce qu'elles savent1 quand on est la merci d'une migraine1 de ses nerfs1 d'un oubli4 ,comment le jury peut-il juger de leur valeur1 sur ces preuves superficielles1 sur ces compositions en loge1 de l'crit et de l'oral1 avec si peu de ressources1 de documents autoriss8 ,pendant les quatre heures que dure chaque preuve1 elles restent angoisses dans ces salles nues1 piochant leur sujet dans la fivre des ides1 dans le tumulte des opinions contradictoires1 qui se pressent1 montent1 closent1 comme des bulles d'air la surface d'une eau agite4 ,avec quelle peine1 quel arrachement de tout leur tre1 elles s'efforcent de montrer au jury le fruit d'une longue prparation6 ,elles se donnent avec rage1 sans rserve1 inconscientes courtisanes de l'esprit1 qui se plient au got1 aux caprices du matre4 ,libre elles1 plus tard1 de rejeter cette soumission force1 mais qu'aujourd'hui le jury les trouve dociles1 leur succs en dpend4 ,qui oserait les accuser d'tre lches6 ,leur gagne-pain est la merci de ces hommes4 ,que de misres morales cachent ces titres brillants de licencie1 d'agrge444 ,le concours est fini1 dans huit jours ,svres en connatra les rsultats4 --,d'ici l qu'on n'en parle plus1 mes p'tits6 ,jeanne ,viole proteste1 mais l'entre des agrges coupe court toute discussion4 --,enfin6 vous voil1 mesdemoiselles1 que faisiez-vous8 s'exclame la bonne ,lonjarrey1 bouche pleine1 redresse dans un mouvement de poule en colre4 --,nous n'tions pas perdues1 mademoiselle2 ,m4 ,legouff nous retenait la ,sorbonne1 pour nous parler de notre examen1 fit ,isabelle ,marlotte1 un peu agace4 --,et que m'importe1 mademoiselle1 je vous attendais1 moi4 ,des rires touffs1 des haussements d'paule accueillent cette riposte1 ,isabelle tourne le dos l'altire ,lonjarrey et vient s'asseoir entre ,berthe et ,marguerite4 --patante la bonne femme6 ,hein6 fait ,berthe1 en attaquant vigoureusement son beefsteak4 ,les tables se remplissent1 le djeuner s'enlve en quelques coups de fourchette4 ,les plats circulent1 on verse boire1 les soupirs cessent1 le rire clate1 grossi par le tumulte des assiettes et des voix1 le bien-tre rassrne les esprits1 au dessert l'espoir est revenu4 ,avec une animation charmante ,isabelle raconte la causerie de ,m4 ,legouff4 --,il nous attendait sur le trottoir1 toujours en galoches1 avec sa redingote vert-bouteille1 et son grand panama4 ,il nous a reconnues1 nous appelant par notre nom1 s'informant de nos copies4 ,le pessimisme dans la posie4 ,quel beau sujet6 et le voil qui nous parle d',alfred de ,vigny1 nous racontant de petits traits saisissants de sa vie1 et a1 et a1 encore a4 ,une telle mmoire1 voyez-vous1 est une vitrine prcieuse1 tout y est catalogu suivant le temps ou la raret4 ,en une demi-heure1 il nous a fait sa copie1 avec des mots jolis1 jolis1 ptillants1 un peu enfantins d'tre estropis par sa bouche vieillotte4 ,autour de lui1 nous avions toutes un air d'adoration4 ,les gens s'arrtaient pour regarder notre joie4 ,ah6 l'excellent homme6 ,sa poigne de main m'a rendu courage4 ,vous verrez1 l'anne prochaine1 l'accueil qu'il vous rserve dans la grande maison de famille rue ,saint-,fernand1 ou dans le petit logis de ,seine-,plage4 ,ce sont des souvenirs qu'on n'oublie pas4 ,dans la voiture qui roule travers ,paris1 ,isabelle raconte encore les mille choses qu'veille le seul nom du grand homme1 ses leons ,svres1 ses entretiens chez lui1 l'hiver prs de la petite lampe1 dans la pnombre d'une vieille chambre ,louis-,philippe4 ,l'art de ses causeries1 son habilet guider1 exciter l'effort4 ,au seuil de l'cole1 les ,svriennes parlaient encore de lui3 rchauffes par l'adieu si paternel de leur vieux matre1 elles oublirent le baiser1 pourtant si fier1 que ,mme ,jules ,ferron leur avait donn4 ,,chapitre ,,xvi ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel #a;er aot #ahi 4 ,je suis admissible6 ,ce soir1 j'irai encore une fois au cimetire4 #b aot4 ,il est ici3 autour de mes roses fanes il y avait une gerbe de ces fleurs blanches qu'elle aimait1 ces ,sceaux de ,salomon1 qu'ils allaient cueillir dans les bois4 ,toute ma joie d'tre admissible s'en va1 puisque mon ami m'oublie4 ,soir4 444 ,de chimriques oiseaux montent grands coups d'ailes1 vers l'astre qui les attire4 ,mais l'astre est mort4 ,sa caresse glace tue les vivantes caresses de leurs ailes2 comme eux1 mes songes1 perdus1 retombent dans le nant4 #ae aot4 ,je suis reue4 ,sans mon preuve d'allemand1 qui fut mdiocre1 j'arrivais premire4 ,je suis seconde4 ,ce soir1 si ,elle tait l1 je serais heureuse4 ,je suis lasse1 si lasse444 ,cher journal je te ferme1 quoi bon raconter mon me1444 oh comme je souffre444 ,,chapitre ,,xvii ,,fen,,tre ,,ouverte ,,sur ,,la ,,vie ,depuis quelques minutes le cours de ,droit est commenc4 ,les plumes griffonnent4 ,l'air d'automne est charg de silence1 le moindre bruit1 cette heure tardive1 rsonne avec une puret de cristal3 c'est un pas vif qui fait crisser le sable1 un autre martle l'asphalte des douves2 c'est un oiseau solitaire1 qui lance une dernire roulade1 avant que le soleil ne se blottisse1 sous l'aile frissonnante d'un obscur coteau4 ,rien ne trouble la srnit du crpuscule1 immense voile de pourpre qui s'accroche aux feuillages1 comme le velum dchir d'un thtre antique4 ,un grand apaisement s'est fait dans la classe1 o les lueurs roses du soir donnent quelques visages1 proches des fentres1 un clat de sanguines2 des reflets teintent l'ombre o se noient de lointains visages blancs4 ,les jeunes filles qui sont l1 groupes autour de la chaire1 sont les mmes jeunes filles qui se quittrent1 il y a deux mois1 aprs les examens de licence4 ,les vacances ont pass1 les laissant plus graves1 plus conscientes de leur valeur1 conscientes surtout de la mission qui les attend4 ,quelques-unes ont souffert1 l'amour-propre saigne encore3 ,adrienne ,chantilly a perdu cette place de premire1 dont elle tait si vaine4 ,berthe fut reue dans un mauvais rang4 ,angle ,blraud1 ,hortense ,mignon ont t refuses4 ,mais le succs a grandi leurs compagnes4 ,les nouvelles se les montrent1 on les consulte1 et la faon mme1 dont ces ,messieurs accueillent leur avis chaque leon1 affirme leur mrite4 ,victoire ,nollet exulte1 elle est premire1 pendant un an elle sera le cacique de la troisime anne1 elle ira la premire chez ,m4 ,legouff1 elle reprsentera sa promotion auprs du ministre1 s'il vient6 ,berthe qui ne perd jamais l'occasion d'un bon mot1 lui dit le soir mme du rsultat3 --,ma chre1 voil la premire fois qu'au concours le jury couronne le buf maigre4 ,victoire sourit1 devenue soudain accommodante1 et puis son travail ne fut-il pas celui du buf qui laboure6 ,jeanne ,viole a la rsignation rageuse1 elle est troisime2 elle songe dbloquer ,marguerite ,triel1 qui est seconde4 ,sa jalousie a des coquetteries charmantes1 elle va1 vient1 minaude1 coute1 surprend1 et prpare1 comme une campagne1 sa sortie de l'cole2 au reste1 du dernier bien avec tout le personnel1 et ,mme ,jules ,ferron4 ,marguerite suit avec ddain la petitesse de ce mange4 ,dans ses grands yeux consums1 parfois une flamme rvle la mystrieuse transformation4 ,sa beaut s'est panouie1 non comme une fleur baigne de soleil1--la ,lorely n'est-elle pas l'tre du matin1 qu'une vaporeuse lumire idalise1--le calice est encore ferm1 captif sous les ptales que la rose entr'ouvre4 ,depuis la mort de ,charlotte1 ,marguerite s'est vade de ses livres1 avide de chercher1 dans la vie elle-mme1 une loi qui gouverne ses actes4 ,l-bas1 elle a interrog les siens1 regardant vivre leurs principes ou leurs instincts4 ,elle a vu que pour la plupart des hommes1 cette morale si haute n'est mme pas le prjug du bien1 qu'elle est faite1 pour eux1 de routine1 d'effroi du scandale1 d'hypocrisie surtout4 ,vivre1 c'est chaque instant touffer ou dissimuler sa nature2 c'est l'abstinence religieuse1 c'est la correction1 le ,kant de province1 c'est le mpris de tous pour l'intelligence qui s'affranchit4 ,marguerite croit1 prsent1 que la vraie morale c'est la pleine expansion de la vie1 et tout s'accorde en elle pour obir cette loi de nature1 qui pousse les tres d'lite vers la culture la plus intense de leur personnalit4 ,telle sera dsormais la rgle de ses actions4 ,arrivant en troisime anne1 les ,svriennes apportent donc en elles des lments nouveaux3 ambition d'agir1 curiosit morale1 besoin imprieux d'appliquer directement aux faits leurs connaissances thoriques1 et d'acqurir1 par un effort de volont1 la marque d'un caractre personnel4 ,parmi les cours1 qui achvent la transformation des ,svriennes1 le cours de droit1 application pratique de la philosophie1 est celui qui peut laisser sur leur caractre la plus forte empreinte4 ,dans quel esprit ce cours est-il fait8 ,mme ,jules ,ferron1 qui en est charge1 ne se proccupe pas de l'rudition4 ,former des avocates ou des doctoresses1 n'est point l'affaire de l'cole4 ,mettre ses lves en face des lois sociales1 leur en expliquer la raison d'tre1 exiger d'elles une obissance volontaire1 mais rflchie1 voil ce que doit tre son cours4 ,en somme1 dans cet enseignement du droit1 tout se ramne la culture absolue de l'esprit de justice4 ,mme ,jules ,ferron veut que ces tres libres1 forms dans la solitude par une ducation virile1 sachent respecter les lois1 mais au besoin aient le courage de les transgresser1 le jour o leur conscience ne sera plus d'accord avec les lois des hommes4 ,d'une grande droiture de caractre1 d'une volont inflexible1 la directrice de ,svres ne peut admettre que comme une dchance morale la soumission aux prjugs sociaux1 le respect aveugle du ,code4 ,elle le sait1 elle l'enseigne1 bien des articles1 imbus de l'esprit draconien1 sont en opposition formelle avec l'ide de justice qui tt ou tard doit triompher4 ,par l1 mais par l seulement1 ,mme ,jules ,ferron adhre aux revendications fminines4 ,son cours1 net1 froid1 est une discussion tenace des articles du ,code4 ,la grandeur de cet enseignement1 qui pourrait tre si aride1 c'est de rclamer sans cesse au nom de la raison1 de la conscience morale1 l'quit de la jurisprudence4 ,mais sachant le prix des mots1 et combien une parole vague trahit la pense1 ,mme ,jules ,ferron discute prudemment1 avec calme1 cherchant le terme propre1 qu'elle trouve avec une lenteur voulue1 suivant jusqu'au fond des mes le travail que suggre sa pense4 ,ses mains feuillettent le propre code de ,jules ,ferron1 vnrable exemplaire sorti des presses de ,didot1 au lendemain de la promulgation du code civil1 livre qui prend1 lorsque sa voix s'anime1 le caractre sacr d'une ,bible4 ,elle examine1 commente chaque article dans une causerie dialogue1 rappelant les entretiens philosophiques du mercredi4 ,elle reste1 pour les ,svriennes1 un ,socrate jusque dans la forme de son enseignement1 qui s'illustre parfois1 comme tout livre de sagesse1 de quelques imageries3 ,jules ,ferron m'a racont ceci444 ou bien1 une personne vint lui confier444 ,au cours des semaines prcdentes1 il fut question de la naissance4 ,avec une largeur de vue surprenante1 cette femme1 si peu mre par la tendresse expansive1 mit une relle motion discuter l'ingalit civile que la loi tablit entre les enfants lgitimes et les enfants naturels1 protestant contre ce mot1 naturels1 presque une tare1 et rclamant ds #ahhj1 l'galit des droits entre les enfants1 issus ou non1 du mariage4 ,jugeant toutes choses de trs haut1 ,mme ,jules ,ferron ne craignait pas d'appeler l'attention des ,svriennes sur les sujets les plus dlicats1 en les forant rflchir sans pruderie1 aux consquences odieuses des prjugs que la loi sanctionne4 ,ce fut une grande surprise aux premiers cours de droit1 ,mme ,jules ,ferron se rvlait non plus comme un esprit abstrait1 vivant dans une atmosphre d'indiffrence1 mais comme un tre pris de justice1 convaincue d'enseigner la vrit1 quelque hardie qu'elle part ces jeunes filles4 ,l'tonnement se prolongea4 ,quelques ,svriennes se refusaient l'examen des prjugs que tous nous suons avec le lait de nos mres4 ,l'tude ouvre bien des cerveaux sans que la pense s'lve4 ,scientifiques et ,littraires1 beaucoup par gosme1 renonaient d'avance lutter pour la justice4 ,les meilleures s'ouvraient un monde nouveau1 ne craignant pas de suivre ,mme ,jules ,ferron jusqu'o il lui plairait de les mener1 s'armant pour la vie o demain elles entreraient seules4 ,cependant quelques lvres frmirent1 stupeur ou rvolte1 d'entendre discuter le principe de l'autorit paternelle4 ,si loin1 si dtaches mme qu'elles fussent de leurs familles1 par la lente dsagrgation de l'cole1 aucune ne songeait mettre en doute l'obissance passive qu'exige l'affection ou les convenances4 ,ce fut un choc4 ,les regards se croisrent1 quelques fronts rougirent4 ,mais aussi calme1 aussi sereine dans sa conviction scrupuleuse1 que s'il se fut agi d'expliquer une loi sur les murs mitoyens1 ,mme ,jules ,ferron1 aprs un court historique1 leur dclara que si elle approuvait la soumission des enfants la sagesse1 l'exprience des parents1 il y avait des cas1 tel celui de l'article #aea du code civil 7la loi exige le consentement des parents avant de procder au mariage7 qui demandait examen4 ,dans un conflit de volonts1 o la conscience est en jeu1 elle n'hsite pas affirmer que se soumettre passivement l'autorit paternelle1 c'est porter atteinte la libert1 la dignit inviolables de notre tre moral4 ,en dpit des restrictions qui entourent ce principe d'affranchissement1 c'est bel et bien justifier toute rvolte gnreuse et sincre4 ,ce fut au nom mme de cette dignit morale1 dont elle se faisait un idal si fier1 que ,mme ,jules ,ferron ne craignit pas de dvelopper ses principes jusque dans leurs consquences extrmes1 admettant le mariage contract aux portes de l'glise1 mariage de deux consciences1 de deux volonts libres1 dont le caractre est aussi sacr que s'il avait reu la sanction des lois4 ,aprs le cours1 on batailla autour de cette affirmation1 qui dans la bouche de ,mme ,jules ,ferron prenait une valeur singulire4 ,chacune de ses paroles est une semence qui tombe sur cette terre laboure2 quelques ,svriennes timides en face de l'opinion publique1 crasent ce germe avec mpris2 ,victoire1 protestante1 comme tout esprit qui vit par le libre examen1 reoit le germe qui ne fructifiera pas dans une terre trop sche4 ,berthe songe des choses qu'elle ne dit pas1 se souvenant peut-tre des tristesses de son enfance4 ,seule1 ,marguerite1 dans le sillon douloureux que l'preuve a dj trac1 voit la graine s'ouvrir1 le germe grandir1 promesse de l'pi bientt mr4 ,elle dfend1 prs de ses compagnes1 l'ide du mariage libre1 le jugeant en lui-mme1 non par les faits1 trouvant1 dans l'affranchissement de deux tres qui s'aiment1 une beaut qui les sauvegarde1 une preuve de courage1 digne ses yeux de tous les respects4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,a l'heure o toute sa vie sera en jeu1 avec une motion profonde1 ,marguerite ,triel se rappellera1 qu'en obissant sa conscience1 elle n'a pu dmriter dans l'esprit de ,mme ,jules ,ferron4 ,,chapitre ,,xviii ,,au ,,nom ,,du ,,droit ,lettre de ,berthe ,passy son pre4 ,montmartre4 ,quelle gaffe6 mon pauvre ,jules6 ,sur la question des bches1 on a failli tomber le gouvernement4 ,allons1 bravo pour ces petites femmes qui rclament1 avec tambours et trompettes1 le droit de culbuter leurs marmites4 ,assurment c'est la faute au dpensier6 ,rogne-portion a eu le toupet de suspendre ce jourd'hui1 #ae fvrier1 la distribution rglementaire des bches1 bchettes et boquillons4 ,fallait souffler dans ses doigts et se claquer les joues devant l'tre vide1 depuis que les bches demeurent rcalcitrantes4 ,et l-haut1 parat-il1 une hirondelle faisait le printemps4 ,par respect pour la loi1 ainsi qu'on nous l'enseigne au cours1 nous nous sommes rvoltes4 ,matre ,victoire ,nollet1 plaignante et dfenderesse1 vtue de sa seule toge ,svrienne1 a rdig1 suivant les us et coutumes du palais1 une requte de commititur4 ,plaise ,notre ,dame 7tait-il dit7 que ces bches commitatoires soient au plus tt rintgres au domicile des plaignantes1 savoir1 en chaque chambre d'lve4 ,oncques n'ayant vu l'usurpation de ce droit qui est de recevoir1 bon an mal an1 trois bches par jour1 jusques au temps de ,pques4 ,en des termes mouvants1 autant que le permet l'archasme des lgistes1 notre dfenderesse fltrit le grenier de la maison1 caisse d'pargne gonfle par un dlit4 ,elle rappela notre misre1 les jours o la bise souffle par les calorifres1 signalant en haut lieu cette preuve manifeste d'un stocisme ignor4 444 ,en foi de quoi1 plaise ,notre ,dame1 qu'il soit fait droit aux revendications de l'cole4 ,et ce sera justice4 ,quelle journe historique dans notre vie de nonnains6 ,ce fut beau1 vois-tu1 beau comme un #d aot6 ,on se serrait les coudes1 on s'acclamait1 on s'embrassait4 ,je sentais que j'allais aimer tout le monde4 ,victoire1 debout sur son pupitre1 se crut sur le pavois2 devant elle j'excutai une danse de caractre4 ,la fte finit l4 ,a dix heures1 on ne riait plus4 ,a midi1 le gigot ne passa pas4 ,a trois heures1 on se regardait avec mfiance4 ,a cinq heures1 c'tait la fuite en gypte4 ,a sept heures1 nous tions chez ,mme ,jules ,ferron6 ,par file droite les ,littraires1 par file gauche les ,scientifiques4 ,au milieu1 notre mre1 blme1 effondre dans le fauteuil1 trop bas1 de la direction4 ,pour qui connat la tte des ,svriennes1 vue d'il l'opposition allait caner4 ,retiens bien ce discours3 --,votre acte est inqualifiable6 ,depuis que je suis la tte de cette maison1 j'ai cru que le meilleur rgime tait celui de la confiance et de la libert4 7,amre47 ,je vois1 qu'avec vous1 je me suis trompe6 7,l'il noir47 ,qui donc tes-vous1 pour parler de vos droits1 les revendiquer si haut1 vous qui ne savez mme pas le premier de vos devoirs6 7,silence47 7,douce47 ,me suis-je jamais refuse entendre vos rclamations8 7,silence47 ,si j'avais qualifier une dmarche pareille1 je dirais qu'elle me rappelle les revendications444 d'une ,louise ,michel6 7,violente47 ,pourquoi jeter cette bombe1 jusque dans mon cabinet8 7,presque droite47 ,est-ce ma dmission que vous voulez8 7,hautaine47 ,dites-le6444 ,un sanglot coupa le discours4 ,des bras1 des mains1 des larmes suppliaient4 ,c'tait du dernier pathtique1 mais l'excs de ces regrets1 partis du flanc scientifique1 calma l'motion naissante du flanc littraire4 a ne trana pas4 ,mirepied1 la plus sanglotante se trana vers la ,veuve4 --,je vous le jure1 madame1 nous ne sommes pour rien dans cette rclamation4 --,oh6 oh6 crirent les ,littraires4 ,j'aurais cogn ces pleurnicheuses qui clamaient si honteusement pardon4 ,parle-moi de nous1 mon vieux1 ,victoire fit trois pas et face face avec notre mre3 --,madame1 je suis seule responsable1 c'est moi qui ai crit cette lettre4 --,non pas1 non pas1 cria notre groupe et comme un seul homme nous marchmes sur ,mme ,jules ,ferron444 ,on nous a rendu les honneurs de la guerre4 ,les bches accourent dans les chemines2 mme en route elles ont fait des petits4 ,voil notre premire gaffe1 car les femmes ont bonne mmoire1 et ce ne sera pas une fameuse recommandation1 notre sortie1 que ce coup d'tat sur la question des bches4 ,hourra1 quand mme1 pour notre cours de droit4 ,et futte1 futte1 p'tit pre1 tu n'as qu' bien te tenir1 je suis ferre sur le ,code1 et je sais qu'en fait d'autorit paternelle1 on peut violer la loi4 ,mais de la loi1 peu m'en chaut1 je t'aime un peu1 beaucoup1 et pas respectueusement du tout4 ,,ta ,,berthe4 ,,chapitre ,,xix ,,en ,,attendant ,m4 ,,legouff ,enfin il allait venir6 ,un frmissement parpilla dans la classe toute la troisime anne qui s'tait abattue autour d'une lettre1 celle de leur vnr matre4 ,dans une heure il serait l1 voulant s'entretenir avec les ,svriennes1 avant la sance de l',acadmie franaise4 ,tout de suite1 ce fut dans la salle un joli mange d'oiseaux lissant leurs plumes1 s'effilant le bec4 ,adrienne bombe sa poitrine1 ,marguerite arrange ses cheveux blonds1 ,jeanne ,viole cherche l'attitude ingnue d'un ,grasset1 tandis que ,berthe1 torchon en main1 dbarbouille les tableaux o s'talent les fantaisies de la semaine4 ,le cacique laisse faire1 plaquant1 trs grave1 un nuage de poudre sur ses joues enflammes3 --,suis-je bien1 mon chat8 --,en beaut1 ma chre1 rpond ,didi1 qui s'installe prs de son repoussoir4 ,toutes de rire1 et d'attendre frtillantes1 gaies surtout1 la venue de l',immortel4 ,c'est une date1 dans leur vie d'cole1 que ce jeudi1 o ,m4 ,legouff1 doyen de l',acadmie1 grand homme qui lana ,svres1 resserra par quelques paroles aimables1 les liens qui l'attachent aux ,littraires de troisime anne4 ,qui assistera sa confrence8 ,la ,veuve l'accompagnera-t-elle8 ,que non6 ,les ,svriennes savent bien la msintelligence qui les spare1 ,mme ,jules ,ferron ne se drange jamais pour ,m4 ,legouff4 ,mais ,mlle ,ladize et cette bonne ,lonjarrey1 on les attend4 ,quand ,mlle ,ladize1 actrice honoraire1 professeur de diction1 entra1 ce fut autour d'elle l'envol d'un essaim curieux1 qui voulait savoir et ceci et cela4 ,la grosse demoiselle1 essouffle1 d'un geste las1 comme chez ,molire1 carta ce harclement4 ,mlle ,ladize est une amie de ,m4 ,legouff4 ,c'est lui qu'elle doit ce couronnement d'une carrire artistique reste virginale3 l'entre de ,svres4 ,malgr ce haut patronage1 elle est tenue en suspicion1 et ,mlle ,lonjarrey1 qui a de l'esprit1 s'en va rptant3 ,ce bloc enfarin ne me dit rien qui vaille4 ,les ,svriennes gotent la bonhomie de ,mlle ,ladize1 dont le visage bouffi1 couperos1 garde l'affreuse mchure de l'onguent et du fard4 ,qui retrouverait1 dans cette ruine pontifiant la chaire1 la plus charmante cratrice des uvres de ,dumas fils1 celle qui1 en un temps1 effaa les regrets que laissait ,rose ,chri8 ,ce prestige est bien oubli1 quatre lignes dans ,vapereau1 voil tout ce qui reste du pass de l'actrice1 de ce chaste talent qui s'est embourgeois jusqu' vouloir enseigner1 dans les coles1 l'art de la diction4 ,a ,svres1 la partie est dangereuse pour elle1 on ne respecte gure les procds artificiels du ,conservatoire4 ,dj trs instruites1 et de got dlicat1 les ,littraires ne transigent pas1 elles font la moue quand ,mlle ,ladize dclame l',espoir en ,dieu1 ou les plaintes d',andromaque1 se rappelant les lectures naturelles1 harmonieusement nuances de d',aveline1 le verbe nergique de ,m4 d',artois4 ,tout au plus1 s'accorde-t-on reconnatre ,mlle ,ladize excellente dans ,la ,fontaine et ,molire1 pas plus4 ,on se rpte ses axiomes prliminaires1 que ,berthe ,passy illustre au tableau noir3 ,asseyez droit vos hypocondres6 ,faites oublier votre corps4 ,la tte releve1 joignez modestement vos mains la chute du ventre4 ,chaque matin1 devant sa glace1 ,victoire ,nollet se met en position2 elle est devenue la plus godiche des ,sainte-,nitouche4 ,adrienne ,chantilly1 vexe de n'tre pas le type recommand par ,mlle ,ladize1 voudrait monder ,victoire de ses bras superflus1 et l'offrir comme le patron nouveau de la femme bien disante4 --,qu'on s'entende une bonne fois1 sur cette question des rondes-bosses2 faut-il taler ou proscrire son sexe8 dit-elle4 ,mlle ,lonjarrey s'tant oublie1 ce jour-l1 dans les dlices d'un flacon de rhum1 les ,svriennes purent causer leur aise4 ,elles surent tout de suite1 que ,m4 ,legouff viendrait deux heures1 qu'il leur ferait une confrence sur ,branger1 et que pour diminuer un peu sa tche1 elle1 professeur de diction1 lirait les stances sur ,waterloo et les ,souvenirs du peuple4 --,eh quoi1 fit soudain l'excellente demoiselle dont les yeux tombrent en arrt sur le ,heredia que feuilletait ,marguerite1 c'est ,svres que je trouve ce livre immonde4 ,oh6 mademoiselle1 vous ne l'avez pas lu au moins8 ,toutes de protester4 --,mais si mademoiselle1 c'est une de nos admirations3 ,m4 d',aveline nous a lu les yeux de ,cloptre1 nous avons lu le reste4 ,il y a un clat1 un model1 une plastique dans ces sonnets1 dclara ,adrienne enthousiasme4 --,oh6 oh6 oh6 mademoiselle1 fit ,mlle ,ladize en reprenant le jeu d',arsino1 je vous en supplie1 n'avouez pas que vous lisez ce livre4 ,moi1 mon ge1 et j'ai cinquante ans sonns1 je me refuse voir plus loin que les premires pages4 ,c'est de la littrature putride1 cette lutte des ,centaures2 un talon en rut qui court sur sa cavale444 --,c'est tout fait a1 mme qu'il y en a bien d'autres dans l',aveugle de ,chnier1 n'est-ce pas ,marguerite8 --,mlle ,passy1 je n'ai jamais rien lu de pareil4 --,alors1 mademoiselle1 c'est que votre livre est expurg1 pas le ntre4 --,enfin1 mademoiselle1 je ne veux pas me heurter cette admiration444 trange1 je rserve mon opinion4 --,j'te crois1 fit ,berthe en pinant le bras de ,jeanne ,viole1 alanguie dans une pose artistique4 --,mlle ,viole1 si ,m4 ,legouff vous prie de lui lire une fable1 qu'avez-vous prpar8 --,les deux pigeons1 mademoiselle4 --,vous auriez pu mieux choisir1 rpond schement le professeur1 que l'air railleur de ses lves agace un peu4 --,comment1 vous n'aimez pas cette fable1 mademoiselle1 moi je lui trouve une grce touchante2 elle a t crite au milieu de nous2 si vous voyiez les pigeons de l'cole1 quand ils se retrouvent1 posant sur le bord du toit leurs pattes purpurines1 je suis sre vous adoreriez l'lgie de ,la ,fontaine4 --,peut-tre1 ,mlle ,triel1 mais444 --,moi je suis de l'avis de ,marguerite1 interrompit ,adrienne1 cette fable a dans son allure languissante quelque chose du vol capricieux1 lentement rythm des colombes2 tenez1 mme la monotonie voulue des syllabes1 pour l'oreille1 a quelque chose de leur roucoulement langoureux4 --,votre remarque est peut-tre juste1 mais voyez-vous1 mesdemoiselles1 ce qui me gte cette fable1 c'est un vers gnant dire4 --,et lequel8 demandrent les grands yeux candides de ,marguerite ,triel4 --,oh6 vous le savez bien1 vous n'tes plus des petites filles4 ,non vraiment8 ,mon frre a-t-il tout ce qu'il veut1 ,bon souper1 bon gte1 et le reste8 ,tenez1 mademoiselle1 quand ,rachel1 dans ,adrienne ,lecouvreur1 disait cette fable1 soulignant le dernier mot de la voix et de l'il1 toutes les honntes femmes se cachaient derrire leur ventail6 --,oh chic alors1 le coup de la feuille de vigne6 ,je n'avais pas compris ce vers1 mais je comprends pourquoi1 aux ,franais1 les honntes femmes deviennent tout rouges quand ,reichemberg dit3 ,le petit chat est mort4 ,que de finesses nous chappent dans ces classiques6 ,le rire de ,berthe gagne toute la classe que ce cours imprvu moustille4 --,je vous disais1 mesdemoiselles1 d'viter cette fable qui ncessite des explications dlicates3 qu'est-ce que ces deux pigeons8 deux amants1 deux frres1 quelque chose d'quivoque peut-tre444 ,la ,fontaine imitateur1 vous le savez1 de ,plaute et de ,trence 7stupeur des ,svriennes7 a-t-il voulu rappeler certaines murs grecques444 ,n'insistons pas6 ,ah1 voil deux heures2 la voiture de ,m4 ,legouff n'est pas loin4 ,comme ,adrienne l'interrogeait sur les tragdiennes contemporaines1 ,mlle ,ladize1 que l',universit n'a pas gurie du mal des cabotins1 de s'crier3 --,l'art dramatique6 coul par ,sarah6 puisque1 mme aux ,franais1 les tragdiennes vont chercher leurs cris jusque dans leurs tripes6 ,,chapitre ,,xx ,m4 ,,legouff ,a ,s,,vres ,l'entre discrte de ,m4 ,legouff1 coupa court au dveloppement qui allait suivre4 ,mlle ,ladize1 oubliant les rancunes du chaste talent1 s'avana vers le matre1 tandis que les ,svriennes1 debout devant leurs tables1 saluaient4 ,gracieux1 il rpondit4 ,mainte lvre se drida1 et d'une bouche l'autre1 comme au jeu d'une aiguille1 un sourire passa1 enfilant pour lui1 les grains vermeils de ces bouches closes4 ,depuis trois mois1 les ,svriennes attendaient impatiemment cette visite4 ,que leur dirait-il8 ,quelles seraient ses favorites8 ,aurait-il1 pour elles1 la bienveillance qui le fait adorer des anciennes8 ,obtenir un loge1 quelle joie6 quel espoir pour l'avenir6 ,il n'oubliait jamais1 on le savait1 une ,svrienne qu'il avait remarque4 ,sa haute situation1 son crdit au ,ministre1 sa popularit en province1 donnaient l'appui de ,m4 ,legouff un prix inestimable4 ,toutes1 elles voulurent plaire1 comprenant d'instinct1 que ce qui le charmerait1 ce n'tait pas la science dbordante des futures agrges1 mais le naturel1 la grce de petites filles1 attentives lui fournir un aimable succs de causeur et de lecteur4 ,la plus ge1 ce moment-l1 n'eut pas quinze ans4 --,bon-iou1 bon-iou ,mesmoyelles1 en-yant fai-e vot'connaissance4 ,d'un geste1 ,m4 ,legouff les prie de s'asseoir1 offre la droite ,mlle ,ladize qui rayonne1 puis parpille sur le tapis vert1 les feuillets de sa confrence4 ,comme il est vieux6 ,il a bientt nonante ans6 mais qui le croirait1 le voir si droit1 si vif1 si remuant4 ,il est debout1 il est assis1 il marche1 il est partout2 sa parole est en mouvement1 soutenue par de petits gestes1 par un regard qui court veiller tous les yeux4 ,les os font un petit bruit sec1 sous la peau parchemine1 et sur le visage1 que les rides mordent et griffent1 poussent quelques poils tardifs4 ,si la vie n'entr'ouvrait ces lvres fines1 et sous la paupire pesante1 ne faisait trembler l'il1 comme au bout d'un fil tremble une goutte d'eau1 on croirait voir en lui un de ces ,dieux rustiques1 que les artisans de ,pompi taillaient au cur d'un buis1 pour les placer ensuite aux portes des jardins1 confiant la garde de leur sourire1 la sagesse et le bonheur des champs4 ,d'un mot aimable1 dit chacune1 ,m4 ,legouff a conquis ses nouvelles lves4 ,dj il les connat1 ces ,messieurs lui ont parl de cette troisime anne si brillante2 il sait la vie laborieuse de ,victoire2 la fracheur1 la dlicatesse d'esprit de ,marguerite2 l'lgante rudition de ,jeanne ,viole2 la fougue de ,berthe2 le charme d',adrienne4 ,leurs yeux dans les siens1 les ,svriennes rougissent de plaisir1 conquises par cette courtoisie1 qui leur tmoigne qu'elles sont autre chose que des lves3 des femmes4 ,m4 ,legouff a dfait le lgendaire pardessus vert-bouteille1 si bien cambr la taille2 il pose son gibus aux larges ailes1 y glisse gants et mouchoir1 s'assied2 d'un geste coutumier1 mordille son pouce1 et sans prambule1 se sentant trs cout1 annonce le sujet de sa confrence3 ,branger1 pote lyrique et national4 ,o sont-elles donc8 ,dans un salon d'antan1 o des dames en papillotes1 en robes falbalas1 chuchotent en regardant venir le chansonnier1 qui puise petits coups dans sa tabatire1 et s'apprte leur chanter le couplet de ,lisette1 ou la ,sainte-,alliance des peuples6 ,la jolie1 l'inoubliable chose1 que d'entendre ce vieillard parler1 avec une ferveur juvnile1 du grand pote ,branger4 ,un coup de baguette attife ce dmod2 ce n'est plus le ,bonhomme1 promenant sa robe de chambre sous l',arbre de la ,libert1 sorte de ,chrysale moins bourru que l'autre1 taquinant une muse bavolet1 d'humeur gaillarde et franche1 tout aussi bien que ,martine444 ,mais un pote1 un vrai et sincre pote1 dont l'inspiration gnreuse enthousiasme encore l'ami de ses vingt ans4 ,quel merci ,branger lui dira plus tard1 celui qui rendit1 par sa seule motion1 une grce passagre aux fantmes de ses chansons4 ,tout de suite1 le vnrable ,m4 ,legouff expose les trois points du plan qu'il va suivre4 --,oui1 mesdemoiselles1 ,branger1 en dpit des conceptions modernes du lyrisme1 telles que ,m4 ,brunetire les tudie la ,sorbonne1 ,branger a le droit de figurer dans le grand mouvement potique du ,x,i,xe sicle1 car nulle me n'a t plus patriotique1 plus humaine1 plus indpendante4 ,attentives ne perdre aucune syllabe1 tombant de cette bouche1 lente articuler une pense rapide1 les ,svriennes notent1 in petto1 la mthode favorite du matre1 sachant qu'au premier jour1 il leur demandera un plan sur le lyrisme d',esther et d',athalie1 le parallle entre ,racine et ,corneille1 entre le ,x,v,i,ie et le ,x,v,i,i,ie sicle4 --,sous la ,restauration1 commence-t-il de sa voix chevrotante1 avec ce regard tout particulier de l'homme qui a vu et se souvient2 l'amour de la patrie se produisit sous deux formes trs diffrentes4 ,il tait fait la fois d'orgueil et de honte6444 ,il faut1 voyez-vous1 mesdemoiselles1 avoir vcu dans ce temps-l1 il faut avoir assist l'entre des allis ,paris1 avoir vu leurs soldats se promener dans nos rues1 pour se rendre compte de ce qu'veillait en nos curs1 le nom de ,wa-ter-loo6 ,or1 ce sourd et sinistre grondement du canon de ,waterloo1 n'eut jamais un plus douloureux cho1 que dans ces stances3 ,mlle ,ladize va nous les lire4 ,mlle ,ladize se lve1 s'affermit sur ses vastes hypocondres1 efface1 vainement1 tout son corps1 tandis que ,victoire modestement exulte1 ayant pris dj l'attitude du port d'armes4 ,d'une voix sombre1 martele1 avec des hou-hou lointains1 l'il fixe sous la paupire vague1 la bouche douloureuse1 ,mlle ,ladize commena3 ,chante ce jour qu'invoquaient des perfides1 ,le dernier jour de gloire et de revers4 ,j'ai rpondu1 baissant mes yeux humides3 ,son nom jamais n'attristera mes vers4 --,assez1 assez1 merci1 mademoiselle1 et ,m4 ,legouff admire prsent le gnie pique et familier1 qui inspira au pote son uvre la plus personnelle1 ces ,souvenirs du peuple1 o des paysans coutent la vieille grand'mre4 ,parlez-nous de lui1 grand-mre1 ,parlez-nous de lui4 ,c'est lui alors qui rcite la chanson1 lui donne un mouvement naf1 alerte1 n'ayant mme pas besoin d'imiter le tremblement de la vieille4 ,je venais d'entrer en mnage4 ,a pied1 grimpant le coteau ,o pour voir1 je m'tais mise1 ,il avait petit chapeau ,avec redingote grise4 ,un souffle passa1 mouillant ces yeux qui fleurissaient sous le regard du lecteur1 et certes plus d'une rpta dans la suite3 ,quel beau jour pour nous4 --,d'autres potes1 dit-il1 ont chant le peuple1 mais ils n'en taient pas4 ,branger en tait4 ,c'est du peuple qu'il sortait1 il n'a jamais cess d'tre en relations intimes avec lui4 ,je l'ai vu1 plus d'une fois1 dans sa trs modeste salle manger1 avec sa houppelande de petit bourgeois du ,marais1 ct de son pole de fonte1 djeunant en compagnie de quelques artisans en veste de travail1 ou d'une ouvrire au bonnet rond4 ,quelle vrit d'accent1 quelle intensit d'expression1 quand il parle des humbles4 ,je n'en veux pour preuve que ,jacques6 ,sur ces derniers mots1 ,mlle ,ladize fait sa rentre1 mais lui coupant le souffle1 tout au plaisir d'mouvoir encore une fois ses lves1 ,m4 ,legouff fredonne presque1 avec de petits hochements las1 de petits gestes vieillots1 la voix tremblotante3 ,lve-toi ,jacques6 lve-toi1 ,voici venir l'huissier du roi4 ,c'est un prodige du lecteur1 du premier lecteur de ,france1 car voici l'me du pote qui passe faisant pleurer les enfants et le matre4 ,durant toute l'heure1 ,m4 ,legouff fit prsent de ses souvenirs1 dtaillant pour les ,svriennes1 quelques-unes de ces pages historiques o son nom1 dans le pass1 frle tant de noms illustres4 ,et puis ce fut fini4 ,dj prs de la porte1 retrouvant un geste gracieux pour saluer ces jeunes filles1 ,m4 ,legouff leur dit3 --,a propos1 faites-moi donc le plan d'une comparaison entre le ,x,v,i,ie et le ,x,v,i,i,ie sicle4 ,au-voi1 au-voi1 mes ch-es enfants4 ,attendries1 les ,svriennes suivirent la silhouette falote1 s'enfonant dans l'ombre de la voiture4 ,l'immense besoin de tendresse1 que la vie de l'cole refoule1 s'attachait dlicieusement ,m4 ,legouff1 et ,berthe1 se retournant vers ,mlle ,ladize1 fut l'cho de tous les curs4 --,je voudrais l'embrasser1 mademoiselle1 car ,,il sera notre pre grand4 ,,chapitre ,,xxi ,,billets ,,doux ,adrienne ,chantilly ,m4 ,paul ,rjardin1 professeur de philosophie4 ,collge de ,france4 ,svres1 #b mars #ahi 4 ,monsieur1 ,le professeur de philosophie est-il vraiment le confesseur de ses lves8 ,serai-je coute1 si j'ose m'ouvrir vous8 ,votre respectueuse lve1 ,a4 ,,chantilly4 ,paul ,rjardin ,mlle ,chantilly4 ,paris1 #e mars4 ,mais comment donc1 ,mademoiselle1 je suis vos ordres4 ,votre serviteur1 ,,paul ,r,,jardin4 ,a4 ,chantilly ,m4 ,paul ,rjardin4 ,svres1 #f mars4 ,o merci ,monsieur6 ,ma confession sera brve4 ,a la veille de quitter l'cole1 d'entrer dans la vie1 je suis affreusement tourmente4 ,j'ai cru jusqu'ici1 que nous portions en nous-mmes1 par le fait de notre nature1 de notre temprament intellectuel1 la lumire qui claire la route4 ,vos paroles m'ont dtrompe6 ,je rougis de mon ambition1 de cette misrable vanit qui1 devant moi1 illuminait l'avenir4 ,oh6 que faire pour sortir de cet garement1 m'lever vers l'idal que vous nous faites aimer8 ,comprenez ma dtresse6 ,aidez-moi1 vous qui ftes cause des larmes que je verse4 ,votre lve respectueuse1 ,a4 ,,chantilly4 ,m4 ,p4 ,rjardin ,mlle ,chantilly4 ,paris1 #g mars4 ,chre ,mademoiselle1 ,votre cas est trs intressant4 ,comptez sur moi4 ,mais prcisez1 expliquez votre trouble4 ,respectueux hommages4 ,p4 ,r,,jardin4 ,a4 ,chantilly ,m4 ,p4 ,rjardin4 ,svres1 #ae mars4 ,j'hsite1 ,monsieur1 me raconter vous4 ,quels mots sauraient vous dire le mal dont je souffre8 ,quelque chose d'obscur frmit en moi4 ,je cherche dans saint ,augustin1 ,thrse1 ,tolsto1 l'preuve rparatrice qui me rendra digne de l'estime que je souhaite4 ,si vous saviez1 ,monsieur1 comme je vous admire1 comme ma pense1 au cours1 cherche s'unir la vtre1 la pntre1 la retient1 l'incruste au plus profond de moi-mme4 ,votre parole a cr une femme nouvelle4 ,veuillez agrer1 de celle qui vous a choisi pour matre1 l'assurance de sa vive et respectueuse affection4 ,,adrienne4 ,m4 ,rjardin ,mlle ,chantilly4 ,paris1 #ah mars4 ,vous me confondez1 ma chre enfant4 ,n'exagrez point ce retour l'austrit des ,augustin1 et des ,thrse4 ,votre me a une dlicatesse d'ange2 mais rder aux abords des clotres1 sa beaut se fanerait4 ,oubliez-vous donc que vous tes une femme6 ,en vous faisant si belle1 ,dieu vous donna des ailes4 ,planez1 planez1 je veux guider ce vol charmant4 ,amitis respectueuses4 ,p4 ,r4 ,adrienne ,p4 ,rjardin4 ,svres1 #bb mars4 ,vous tes la ,bont1 comme vous tes la ,force4 ,oh6 merci1 d'tre l',initiateur que j'appelais4 ,dites1 n'y a-t-il pas des moments o l'on se sent ternel8 ,,adrienne4 ,p4 ,rjardin ,adrienne4 ,paris1 #bb soir4 ,m'auriez-vous donc devin6 ,chre enfant1 je suis vous4 ,,paul4 ,p4 ,rjardin ,adrienne4 ,paris1 #bh mars4 ,que me parlez-vous d',orgueil1 d'gosme2 vous tes trop prompte1 chre amie1 vous dpouiller4 ,ce serait faire uvre d'iconoclaste1 que de ddaigner la forme splendide que ,dieu vous a donne4 ,venez donc me voir jeudi1 aprs le cours1 entre #e et #f1 nous causerons1 et je pourrai mieux vous dire1 qu'en ces lignes brves1 ce qu'il faut faire pour vivre harmonieusement4 ,je baise la main jolie de ma petite amie4 ,,paul4 ,du mme la mme4 ,paris1 jeudi #cj mars4 ,vous n'tes pas venue1 mchante4 ,j'avais tant vous dire2 je vous cherchais votre place1 si chre dj4 ,seriez-vous malade1 pauvrette4 ,et quand maintenant8 ,,paul4 ,adrienne ,p4 ,rjardin4 ,svres1 #a;er avril4 ,excusez-moi1 ,monsieur1 je n'ai pu aller au cours1 ni vous rejoindre ensuite4 ,une amie m'a enleve en route1 avec son frre normaliste de la rue d',ulm4 ,nous avons t voir jouer ,ma ,cousine4 ,ne trouvez-vous pas que ,rjane est bien rosse comme dit le frre de mon amie4 ,,adrienne4 ,du mme la mme4 ,paris1 #b avril4 ,chre grande enfant1 ,votre me a trop de candeur1 trop de flamme1 pour se plaire la rosserie des thtres de boulevard4 ,que diable alliez-vous faire chez ,rjane avec ce jeune cuistre8 ,venez dimanche1 je vous attendrai au parc ,monceau4 ,amitis4 ,p4 ,r4 ,adrienne ,m4 ,paul ,rjardin4 ,svres1 #f avril4 ,matre1 matre1 quelle journe adorable4 ,comment vous dire tout ce que votre parole bouleverse en moi4 ,o suis-je8 ,qui tes-vous donc pour me charmer ainsi8 ,je buvais vos paroles4 ,un monde s'est ouvert moi1 celui de la ,charit1 de l',amour immense1 ternel1 mystique4 ,oui1 notre me doit vivre par l',amour4 ,oui1 tout notre tre doit venir boire la source divine4 ,des ailes1 les voil6 j'chappe ma prison4 ,quel rve sublime1 mon pote1 que ton immensit4 ,matre je suis votre servante444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,comme ,adrienne achevait ces lignes1 dont la signification relle1 laissait sa bouche un retroussis railleur1 la cloche sonna le cours4 --,allons bon1 il faut descendre1 justement le pathos coulait flots4 ,oh l1 l1 le pauvre homme qui s'imagine que les voiles de sainte ,thrse vont nous emmener ,cythre6 ,non pas1 non pas4 ,dimanche on vous pose l'ultimatum1 ,monsieur1 et nous verrons bien si ce bras illustre est le bras qui s'offrira au mien pour quitter cette cole de misre4 ,tout l'espoir d'un triomphe prochain1 la belle ,adrienne glissa la lettre inacheve dans un tiroir1 ct des lettres de ,paul ,rjardin1 et des brouillons de chaque lettre prcdente4 ,angle ,blraud1 souffrante1 n'assista pas au cours ce jour-l4 ,une heure aprs1 cette bonne ,lonjarrey1 tout mue1 portait la direction l'ptre inacheve4 ,dans le cabinet de ,mme ,jules ,ferron1 o elle fut mande1 ,adrienne ,chantilly1 par contenance1 s'vanouit4 ,m4 ,paul ,rjardin se rcusa1 furieux d'avoir t bern par cette gamine1 en qute du chemin de ,damas4 99 99 99 99 99 ,quelques jours aprs1 la belle ,chantilly1 pour raison de sant1 quittait l'cole avec un cong illimit4 ,,chapitre ,,xxii ,lettre de ,berthe ,passy ,mlle ,isabelle ,marlotte1 professeur au lyce de jeunes filles1 ,tourcoing4 ,svres1 avril #ahi 4 ,dieu soit lou1 l',ancienne6 ,svres avant de mourir1 aura connu les beaux jours de ,saint-,cyr4 ,racine est dans nos murs1 ,maintenon sous notre toit4 ,je t'arrte3 il ne s'agit point de cavalcade1 mais d'une reprsentation digne des mmoires de ,caylus1 puisque dimanche1 sur les huit heures de releve1 nous emes petit gala4 ,c'est le ,saint-,cyr pnitent1 qui revcut dans le huis clos d'une reprsentation extraordinaire1 et la ,jeanne d',arc de ,jrme ,ptre4 ,rien n'y manqua1 pas mme ces belles larmes que le pote versa4 ,ah6 le plaisant homme que ,jrme1 il mne en grande chevauche la bonne ,lorraine1 des trteaux du ,chtelet au tapis bleu de l'cole1 de l'huis des sminaires aux estrades des lyces4 ,c'est une croisade pour dlivrer ,jeanne d',arc1 prisonnire de l',oubli4 ,un paladin6 quoi4 ,a la longue1 ,jeanne d',arc nous reviendra2 qu'importe1 ,sainte ou ,mascotte1 pourvu qu'elle soulve la ,patrie au vol de son tendard4 ,c'est le rve de ,jrme1 c'est le rve qui fit battre1 dimanche1 le cur de toute l'cole4 ,ne compte pas sur moi pour un laus de circonstance1 ,jrme t'enverra sa pice2 il t'aimait bien4 ,tu verras que son drame suit de trs prs l'histoire1 le roman en est cart2 cette trilogie3 ,vocation1 ,glorification1 ,passion de ,jeanne d',arc1 me semble la division naturelle d'un drame historique1 dont le lignage est plutt du ct de ,shakespeare que du ct de ,corneille4 ,ma mre l',oie raconterait cette vie de la ,pucelle1 qu'on en pleurerait1 juge un peu quand ,jeanne d',arc1 elle-mme1 se raconte avec une navet1 une franchise1 une ignorance de l'tre sublime qu'a t cette paysanne4 ,jrme a bien fait d'adorer dvotement1 sans hasarder son uvre sous une parure inutile4 ,pourquoi la pice crite en prose1 n'a-t-elle pas russi2 pourquoi la critique1 au lieu d'admirer la grande actrice qu'est ,segond-,weber1 n'a-t-elle retenu de son verbe que les tirades patriotico-rvolutionnaires1 un peu prmatures4 ,ce fut une bamboula frntique des vieux hliastes du thtre4 ,enfin le four1 le four noir1 ,jrme l'a connu4 ,il en tomba malade2 songe que ,jeanne d',arc est la passion d'une vie dj longue4 ,les noirs cheveux blanchissaient1 sa barbe fourchue se hirsutait1 et sa verve3 essouffle1 ma pauvre6 sa petite langue pointillante1 sautillante1 immobile maintenant2 oh6 le temps du rossignou tait pass4 ,paix1 paix1 ma chre1 nous ne le laissmes point en c't'tat-l1 aprs maints colloques1 o chacune offrit ce qu'elle avait444 trouv1 on dcida de jouer ,jeanne d',arc l'cole1 sans dcors1 sans costumes1 sans autre spectateur que ,jrme4 ,on lui donnerait la joie de voir sa pice toute nue1 et de n'entendre d'autre musique que des mlodies de ,haydn et de ,beethoven4 ,ainsi fut fait4 ,en grand mystre1 on prpara cette galante srnade3 personne n'en souffla mot4 ,vois-tu le cheveu de d',aveline frmir1 jaloux de la noire chevelure1 et ,m4 ,lepeintre nous crier3 ,oh6 ,jeanne d',arc1 elle est surfaite6 ,quelle inoubliable soire1 ma vieille4 ,j'ai beau me trmousser dans l'cole1 avec des airs hurluberlus1 c'est pas pour rien que je suis de ,paris1 j'aime le panache6 ,j'ai jou mon rle comme un petit soldat4 ,n'tait pas bien long1 ni bien difficile1 puisque j'tais ,la ,hire4 ,en moult occasions je devais rpondre3 ,jarnidieu6 ,mais tu n'y entends rien1 si tu ne sais pas1 avec quelle me1 on peut pousser ces ,jarnidieu4 ,et ma prire sire ,dieu2 parole1 ,la ,hire m'et accole comme un frre4 ,on se disputait les rles2 on les tira au sort1 mais le choix voulut que ,marguerite ,triel fut ,jeanne d',arc2 n'en a-t-elle pas la plastique1 la belle tte d'illumine8 ,elle a t admirable1 mue quand il le fallait1 douce1 tragique1 navre1 toujours simple et sincre1 plus qu'une actrice ne saurait d'tre4 ,l'me de ,jeanne d',arc vivait en elle4 ,si tu l'avais vue genoux1 coutant les voix1 les cherchant de ses grands yeux fascins4 ,ce n'tait plus la ,marguerite que tu as connue1 mais un tre qui resplendissait d'une joie surnaturelle4 ,je voyais les lvres de ,jrme trembler2 il se pencha vers ,mme ,jules ,ferron1 quatre pas de ,la ,hire1 et lui dit3 ,jamais ma pice ne m'a caus une motion pareille444 la voil enfin la ,jeanne d',arc rve6 ,et j'ai vu1 oui1 j'ai vu notre bon matre qui pleurait4 ,un triomphe1 un triomphe dlirant6 ,jrme ne savait comment nous dire merci2 parions que d'un seul geste il et voulu nous englober sur son cur4 ,enfin il est content4 ,mais nous n'en avons pas fini avec les honneurs rendus ,jeanne d',arc1 puisque ,jrme s'est fait le barnum de la ,grande franaise4 ,il l'a conduite1 tout dernirement1 jusqu' la barrire du faubourg ,saint-,germain4 ,une duchesse1 oui1 ma chre1 et de ,pomone encore1 fit demander ,jrme ,ptre trois confrences sur ,jeanne d',arc4 ,nous fmes de la troisime2 je pense que le public aristo faisait dfaut1 moins que la bonne dame ft exempte de prjugs4 ,cette duchesse1 lady en cosse1 prtresse officiante d'une thosophie occulte1 habitacle successif de ,marie ,stuart et de ,jeanne d',arc1 est une extraordinaire douairire qui habite ,holy-,rood444 avenue ,loban4 ,on nous reut1 non dans l',oratoire1 o ont lieu les entretiens magiques1 mais dans le ,hall2 un hall patant1 ma vieille2 rien ne peut te donner une ide de ce dcor4 ,vraiment pour une femme seule1 la dame de cans a trop d'mes et trop de pommes4 ,elle porte en cusson cinq pommes1 et ces cinq pommes on les retrouve sur la marqueterie du parquet1 dans les ferronneries des portes1 sur les boiseries1 les vitraux1 les tentures1 o elles montent jusqu'aux caissons de la vote1 panouies en cinq allgories3 ve1 ,pris1 le jardin des ,hesprides1 le vieillard d',orient et peut-tre bien1 je n'affirme pas1 ,babet au pays de ,corneville4 ,il m'a paru mme1 que la duchesse de ,pomone1 sous sa robe d'orfroi1 portait ses armes parlantes de faon assassine4 ,hlas1 pendant deux heures on nous y fit croquer le marmot6444 ,pardonne ma pauvre vieille1 si au lieu de te parler cours1 cole1 philosophie1 je te conte nos divertissements imprvus4 ,j'ai voulu t'envoyer1 de ,svres1 un de ces rayons blancs1 comme il en passe parfois sur notre ciel gris4 ,te rappelles-tu ces clarts qui filaient sur l'cole1 les soirs o1 de ta fentre1 nous regardions ,paris4 ,nous n'tions pas de la fte mais cette lumire1 qui ployait jusqu' nous les branches de son ventail1 tait encore une joie4 ,souris un moment1 ma pauvre vieille1 va1 je devine tes tristesses1 qui demain seront les ntres4 ,tu n'oses pas nous crire que tu souffres1 tu n'es pas de celles qui se plaignent1 pauvre cur discret4 ,notre cole1 c'est ton paradis perdu4 ,je savais que te parler de nous1 c'tait allger la contrainte du prsent4 ,ma bonne humeur est un de ces feux du soir1 je veux que tu en aies ta part1 vieille et loyale amie1 c'est la seule richesse que je puisse partager4 cris-nous plus souvent2 dis-nous tes peines1 tu parles trop des autres pour ne rien nous cacher de toi-mme4 ,crois-moi toujours1 le plus sr1 le plus dvou de tes camarades de route4 ,pourquoi ta directrice veut-elle t'embguiner8 a me parat aussi cocasse que de voir ,marianne porter un goupillon4 ,faut-il en parler au bonsoir8 ,je suis assez bien en cour444 chut1 on me tutoie4 ,use vite de mon crdit souvent femme varie4 ,aussi avec ceux que j'aime1 mordious je veux tre garon4 ,fidle4 ,,berthe ,,passy4 ,p4-,s4--,le mariage de ,rene ,diolat est fix au #ae mai2 elle lche l'alma mater4 ,m4 ,marnille veut avoir une femme1 et non ce trois quarts d'pouse qu'est le professeur mari4 ,brave homme va1 ce que c'est que d'avoir la tte pleine de beaux contes6 en pousant notre ,rene1 il crit le plus joli de tous1 et rien ne sera invent4 ,,chapitre ,,xxiii ,,lui ,pour la premire fois1 ,marguerite ,triel venait l'atelier d',henri ,dolfire4 ,aprs ce silence impitoyable1 il l'appelait enfin3 ,je vous en prie1 ,marguerite1 venez la voir avant qu'on ne l'emmne de l'atelier4 ,j'ai fini4 ,je sors d'un rve crasant4 ,depuis ce jour affreux1 j'ai vcu seul ici1 m'enfermant avec son ombre1 m'acharnant retrouver son sourire dans le marbre4 ,j'ai voulu qu'il restt au moins une image de cette aurore qu'a t notre amour4 ,la tombe de ,charlotte est faite de mon sang et de mes larmes4 ,ah6 que ne suis-je celui qui insuffle sa vie au fantme de pierre2 j'adorerais genoux l'tre qui ne s'vanouirait plus4 ,je suis malheureux1 ,marguerite1 venez je vous en supplie4 ,,henri4 ,elle partit angoisse d'un malaise indfinissable1 comme si la joie de retrouver l'ami perdu tait au-dessus de ses forces4 ,on tait la mi-avril4 ,cette journe de dimanche s'annonait mal1 avec ses coups de vent1 ses giboules aigres1 la mauvaise humeur des rues et des passants4 ,a peine dehors1 ,marguerite souhaita d'chapper cette mystrieuse hostilit des choses4 ,elle rentra1 prte rejeter d'un mot l'appel qui rveillait sa douleur4 ,une force irrsistible la poussa loin de l'cole4 ,dans la pluie elle marcha vite et vite1 maudissant la boue qui retardait ses pas4 ,son me dvorait l'espace4 ,par une disposition trange de son esprit les moindres incidents de cette journe dcisive se fixrent dans sa mmoire1 avec une nettet photographique4 ,superstitieuse1 elle apprhendait tout4 ,cherchant un symbole1 un prsage qui la rassurt4 ,elle ne vit autour d'elle que des larmes4 ,,chapitre ,,xxiv ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel ,dimanche #ab avril4 ,rouvre-toi cher journal3 je n'ai pas fini de souffrir4 ,quel spectacle terrifiant j'ai eu sous les yeux depuis ,svres jusqu'aux ,moulineaux4 ,la crue de la ,seine est norme1 par endroits1 le fleuve touche le talus du chemin de fer4 ,du ct de ,paris1 l'eau est visqueuse comme une chair pourrie2 du ct de ,svres1 profond miroir d'tain ou de plomb1 elle tincelle4 ,aucun sillage ne la meurtrit1 aucune hlice n'ose dchirer ce corps fluide1 o s'touffent les clameurs2 mais que de souffrances crispent ces flots1 qui si doucement coulaient4 ,la ,seine fonce devant elle1 dvore les prs1 goulment1 comme un fauve exaspr par un trop long jene1 sans autre bruit1 que celui d'une langue monstrueuse qui laperait la terre4 ,les les s'enfoncent1 les pontons ballottent1 les paves se heurtent aux barrages des arbres1 noys pacifiques1 dont l'eau arrache les branches1 tue les bourgeons frmissants4 ,sur le ciel infiniment gris1 les corbeaux tourbillonnent1 tourbillonnent1 traant sur les nuages1 gonfls comme des tombes fraches1 le signe noir d'une croix funbre4 ,c'est une tristesse de mort1 qui endeuille jusqu'aux maisons4 ,quel jour pour le revoir6 ,sur le viaduc d',auteuil1 j'ai crois des gens qui passaient trs vite1 l'air effray d'entendre sourdre leurs pieds une vie formidable qui les menace4 ,soudain1 derrire eux1 le soleil se lve1 flamboie sur l'eau tnbreuse qu'il pntre1 qu'il fouille4 ,mais la nymphe d'hier1 effrayante ,isis1 reste inviolable dans son suaire mouvant4 ,la colonne de feu s'abat1 brusquement engloutie par l'ombre du fleuve4 ,j'ai fui cette vision de malheur4 ,pourquoi la mlancolie1 ou la souffrance des choses1 semble-t-elle nous avertir que la douleur approche8 ,j'ai march longtemps la drive1 dsme4 ,me voici rue ,raynouard1 l'atelier d',henri4 ,un mur tout branchu1 dans une rue de maisons mortes2 une porte vermoulue1 qu'une vieille clanchette de fer ouvre et ferme1 retombant avec le bruit si triste qu'ont les choses fles4 ,c'est l4 ,mon cur m'touffe2 je n'oserai pas entrer4 ,charlotte1 ,charlotte1 elle est prs de moi4 ,une cour2 l'herbe s'crase sous des blocs de marbre1 sous des statues de saints1 des clochetons2 tout est austre comme en un chantier d'glise4 ,henri6 ,voil mes mains dans les siennes1 comme il est chang6 ses yeux ont un clat qui me trouble1 sa main me brle6 ,pauvre ,henri6 ,qu'attend-il de moi8 ,je ne sais plus o je suis1 cette route funbre1 ce clotre1 lui si ple qu'il semble avoir donn son sang goutte goutte4 ,tout mon tre dfaille4 ,je vais donc la revoir1 l'approcher encore4 ,les mots s'tranglent dans ma gorge1 je rpte ce nom1 le sien1 qui tant de fois1 depuis un an1 s'est uni celui de ,charlotte4 ,henri m'a fait entrer dans une grande salle nue1 crpie la chaux4 ,le jour tombe trs blanc1 clairant quelques statues emmaillotes de linges4 ,le sceau1 l'bauchoir1 tranent prs d'une motte de glaise2 quelques chaises1 une table2 au milieu de dessins la dernire photographie de ,charlotte1 toute fleurie de violettes4 ,quel refuge pour vivre avec une morte6 ,comme il a d l'aimer4 ,mes yeux cherchent2 en tremblant1 avec une voix que je ne me connaissais pas3 --,o est-elle8 ,un voile tombe4 ,la voil4 ,a quel instant de ma vie pourrais-je oublier cette apparition8 comme c'est bien1 ma pauvre ,charlotte1 l'amie charmante de ,svign1 la sur qu'elle reste pour moi4 ,l'amour l'a ressuscite plus belle1 son me rayonne sur sa bouche1 elle est vivante dans sa chair de marbre4 ,qu'il est profond ce cri de l'amant1 qui cherche l une femme1 et n'treint qu'une statue4 ,et ce n'est qu'une image1 fixe au cur d'un miroir blanc1 qui reoit les baisers1 mais ne les rend jamais4 ,longtemps1 longtemps1 nous avons pleur ensemble1 n'osant lever la voix1 pour ne pas effaroucher l'tre invisible qui joignait nos curs4 ,c'est un pur symbole qu',henri a trouv pour la tombe de ,charlotte3 un bas-relief assez lev1 rappelant par sa forme et sa dcoration les bas-reliefs ,louis ,,xvi4 ,sur un petit mur1 dont le dessin rappelle le vieux mur de ,svres1 avec ses pampres sauvages1 sa toison de clmatites fleuries1 s'adosse un banc rustique4 ,charlotte est assise4 ,de longs vtements souples laissent apparatre la ligne virginale4 ,son image se dtache peine sur le mur2 par un model trs doux1 qui donne au marbre cette lumire colore1 cette transparence1 caractristique des uvres de ,rodin1 tout ce corps charmant semble repris par la matire1 qui laissa son uvre inacheve4 ,elle lisait l1 comme aux jours familiers4 ,soudain1 une tempte passa1 jetant ses pieds1 dans un tourbillon de feuilles et de fleurs1 une colombe morte1 qui de son aile1 couvre encore le nid qu'elle avait prpar4 ,charlotte regarde avec effroi le vol des colombes effarouches1 tandis que sa main1 abandonnant le livre1 d'un geste implore les oiseaux d'amour4 ,dans l'encadrement de ce bas-relief1 parmi les guirlandes1 ,henri a crit ces mots qui disent toute la vie de ,charlotte3 ,elle riait l'amour2 ,un souffle de mort passa1 ,brisant ce nid o dorment les ,colombes4 ,une lumire vaporeuse caresse cette tombe1 rayonne sur ce visage de jeune fille1 qui s'anime et se fond avec une grce divine4 ,elle me plat cette image de l'vanouissement d'un tre1 dj repris--fleur1 arbre1 ou plante--par la matire4 ,si les morts ont des yeux1 ,charlotte aurait souffert d'emblmes effrayants1 qui couvrent nos cimetires chrtiens2 le symbole paen rappelle mieux1 ceux qui l'aimrent1 la posie de sa beaut4 ,mes larmes silencieuses ont dit ,henri l'uvre admirable qu'il vient de faire pour ,charlotte4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,tout bas1 loin d'elle1 l'ami m'a racont sa vie depuis un an2 l'horreur des premiers mois1 o il songea se tuer4 ,l'apaisement1 la rsignation lche au destin ds qu'il s'tait remis au travail4 ,alors le dsir fougueux de faire pour elle une uvre virile1 de demander cet amour bris1 l'inspiration qui cre des choses ternelles444 puis ses doutes revenus1 le suicide lent de son corps dans cet atelier1 o il avait vcu en communion surnaturelle1 puisante1 avec l'tre invisible que son amour recrait4 --,maintenant l'illusion est finie2 on va l'emmener l-bas2 elle ne m'appartient plus4 ,j'ai dchir mon cur pour y trouver cette statue4 ,elle partie1 c'est le dernier arrachement444 ,vous m'avez aid1 ,marguerite1 monter mon premier calvaire3 aujourd'hui1 c'est encore votre main amie que j'appelle1 ne m'abandonnez pas4 ,l'abandonner1 grand ,dieu1 n'est-il pas tout pour moi6 ,de quelle voix il s'est plaint1 chaque parole se gravait douloureusement en moi4 ,pourquoi ne m'a-t-il pas appele plus tt1 moi qui ne pensais qu' lui1 moi qui lui aurais parl d'elle1 essayant de lui rendre courage1 de le consoler d'un espoir4 ,sa vie est longue encore1 n'y a-t-il plus de place pour la joie2 ne peut-il plus aimer8 ,qui a aim comme lui1 doit aimer encore2 il faut pour lui-mme1 pour le grand avenir qui l'attend1 le dtourner du pass4 ,n'est-ce pas mon devoir1 moi l'amie qu'il appelle enfin1 de le rattacher la vie2 de lui montrer le but glorieux qu'il doit atteindre4 ,ne puis-je donc pas l'aider1 de toutes mes forces1 devenir un homme1 lui que je retrouve faible comme un enfant8 ,oh6 si1 je le veux2 je veux qu'il soit trs grand1 et qu'il doive l'amie1 ce qu'il demandait la fiance4 ,nous ne disions plus rien1 souffrant l'un et l'autre au rveil des souvenirs qui nous ont meurtris4 ,j'avais gard sa main dans la mienne1 je la serrais1 pour l'assurer que s'il le voulait1 je resterais toujours son amie lui1 comme j'avais t l'amie de ,charlotte4 ,la nuit est venue1 effaant autour de nous ces apparences d'tres4 ,j'tais engourdie1 sans force pour me lever et lui dire adieu2 j'aurais voulu rester l prs de lui1 toujours4 ,dans cette obscurit1 plus rien n'existait du pass1 qu'une immense tristesse qui liait mon me la sienne4 ,sa tte est tombe sur mon paule1 ses larmes ont mouill ma poitrine4 ,il n'a rien dit1 mais tout mon tre a tressailli l'appel de cette dtresse4 ,doucement1 d'instinct1 mes lvres sont descendues1 fermant ses yeux clairs1 loignant d'un baiser1 l'image qui torture mon pauvre ami4 ,je suis partie la nuit close1 la petite porte vermoulue s'est referme sur moi1 avec le bruit si triste qu'ont les choses fles4 ,est-ce sur ma vie ancienne que cette porte se ferme8 ,je suis revenue l'cole fivreuse1 inquite4 ,ce baiser1 ce premier baiser que je donne1 est-ce un baiser de sur8 ,est-ce la piti qui me pousse vers lui8 ,est-ce encore de l'amiti8 ,alors1 pourquoi ce trouble prs de lui1 cette langueur subite1 quand j'ai senti ses larmes me brler dlicieusement4 ,pourquoi1 au seul souvenir d',henri1 tout mon tre dfaille-t-il8 ,regarde en toi mme1 ,marguerite1 tu es seul juge de dire qui l'emportera dans ta vie1 du tumulte des eaux1 de l'tendue morne1 de l'toile merveilleuse qui brille sur son toit4 ,,chapitre ,,xxv ,,cours ,,de ,,litt,,rature ,,pascal ,d',aveline continua3 ,il lui reste aux lvres le got de la mort4 ,depuis sa conversion1 elle habite en lui4 ,pascal est un mourant qui cherche ,dieu1 avec l'pouvante de sa justice4 ,il a choisi la route du martyr1 mais il ttonne1 crase en gmissant les joies qui se lvent ses pieds4 ,sa chair s'puise1 il la flagelle4 ,son sang coule1 il pleure le sang de ,jsus4 ,il tombe1 mais se relve pour courir vers l',aube ternelle4 ,et dans cette nuit1 o son me agonise1 humble1 il murmure ,dieu des mots ineffables4 ,comme son gnie se revanche1 dans ces prires sublimes que nous lirons tout l'heure4 ,cherchez quel philosophe1 quel pote1 quel moraliste1 a connu le dsespoir de ,pascal en face de la mort8 ,la srnit des anciens peut-elle apaiser son effroi8 est-ce l'indolent scepticisme de ,montaigne qui donne la rsignation8 ,a ses yeux1 les tendresses d'ici-bas1 sont bien vaines pour affermir l'espoir d'un rendez-vous cleste4 ,chrtien1 le mystre de l'au del l'crase4 ternit des joies1 ternit des peines1 voil notre sort1 ,dieu le tient suspendu4 tes-vous fous de ne pas trembler1 de vous laisser piper ces apparences de vie1 vous1 picuriens1 de rire au plaisir1 vous1 ,stoques1 de croire votre vertu orgueilleuse4 ,dieu vous damne1 vous1 qui n'ouvrez pas son appel le tabernacle mutil de vos mes4 ,seigneur1 que vous faut-il donc8 ,que ta vie soit l'holocauste volontaire1 le don expiatoire qui rachte tes pchs1 et tire de la misre prsente la grandeur de mon pardon6 ,o hommes6 htez-vous1 htez-vous1 la mort est l qui rde6 ,suivez sa lumire1 car vous vivez dans les tnbres2 vous serez perdus pour l'ternit1 si vous n'entendez la parole de ,dieu444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,la voix se fait lointaine1 s'assourdit1 puis clate en tempte1 secoue rudement les endormies4 ,ce n'est plus d',aveline qui parle1 c'est ,pascal qui menace1 cingle1 sous le fouet divin1 ces mes esclaves1 toutes chaudes encore de la tideur du nid4 ,recueillies1 frissonnantes1 les ,svriennes coutent d',aveline4 ,elles ne songent plus prendre des notes1 l'angoisse de ,pascal les dchire2 c'est la plainte de l'me en peine qui passe sur elles toutes4 ,ce cours de littrature1 un des derniers avant les examens d'agrgation1 est le commentaire du chapitre ,,ix des ,penses de ,pascal4 ,brusquement1 d',aveline a ferm le livre4 ,empoign par la tristesse de ces pages1 il se lve1 quitte la chaire1 et tout en marchant devant les tables d'lves1 improvise cette mditation4 ,une grande mlancolie tombe sur les ,svriennes qui se penchent1 n'osant avouer leurs larmes1 s'isolant1 presque farouches1 dans cette solitude qu'ouvre la pense de la mort4 ,malgr l'clat du jour1 les rumeurs de la rue1 la classe s'est assombrie1 et la voix de d',aveline les trouble1 comme le chant grave et triste du violoncelle4 ,il dit1 ce chant1 la tristesse de l'abandon1 la piti infinie1 pour ces cratures impuissantes que le ,seigneur mne o il veut1 qu'il rprouve son gr4 ,il dit la folie de nos rves1 de nos amours1 de nos actions4 ,il gmit de ne pouvoir imiter les anges1 de croupir dans ce cloaque d'erreur4 ,la voix semble pleurer1 menacer1 gmir1 avant de s'teindre en un murmure trs doux1 qui jette1 sur ces mes enfivres1 une apaisante caresse4 ,d',aveline s'arrte4 ,toute la classe vibre4 ,il se penche sur elle1 avec le plaisir d'un dilettante1 suit la route mystrieuse1 la route saignante qu'ont suivie ses penses4 ,le cours de littrature1 en troisime anne1 a pris un caractre nouveau4 ,d',aveline n'est plus le professeur qui1 d'un doigt capricieux1 feuillette l'esprit des ,svriennes1 pour y jeter ici1 un ornement1 et l1 une retouche4 ,sa leon perd son allure pittoresque1 amusante4 ,il ne s'agit plus d'tudier l'loquence ou la logique2 mais de former l'me de ces jeunes filles1 en abordant le ct rel1 vcu des uvres classiques4 ,non que d',aveline veuille imposer un culte unique1 et comme ,jrme ,ptre1 enrler les ,svriennes sous la doctrine de ,kant4 ,lui les conduit travers la vie1 tantt sous la garde d'un sceptique tel ,montaigne1 d'un passionn tel ,pascal1 d'un imaginatif tel ,rousseau4 ,elles sont libres de choisir4 ,ce qu'il veut1 en tudiant avec ses lves1 les hommes qui s'imposent notre respect par l'intelligence1 c'est exciter1 chez ces jeunes filles1 le sens de la posie1 l'enthousiasme rflchi4 ,par l1 il veut corriger1 en les faisant entrer au cur mme de la vie1 la vision du monde hroque et romanesque1 qu'imaginent les solitaires de vingt ans4 ,ce cours sur ,pascal1 commenc depuis trois leons1 les ramne imprieusement l'examen de conscience4 ,aprs avoir aim la mort1 au temps des aspirations vagues1 vers la quinzime anne1 elles s'en dtournent avec effroi4 ,pourtant1 elles le savent1 cette pense constante de la mort1 et de l'au del1 est la seule qui nous donne la notion positive de ce que nous sommes dans la vie universelle4 --,est-ce que1 de l'ide du nant ou de l'immortalit1 ne dpend pas notre rgle de vie8 ,une barre creuse le front obstin de ,victoire ,nollet4 ,la mort1 pour elle qui a vu mourir sa sur1 est une ncessit qu'il faut subir1 mais qui l'on ne doit rien soumettre4 ,quoi1 tout son travail pour agrandir son tre serait nul aux yeux de ,dieu6 ,sans la grce elle ne peut tre sauve1 et la grce n'est qu'un caprice de l',omnipotence6 ,c'est impossible1 chacun selon ses uvres4 ,pascal est un mauvais matre qui vous dsarme devant l'action4 ,victoire relve la tte1 et regarde bien en face d',aveline1 qui pie sur ces figures sincres l'moi de sa lecture4 ,dans les yeux qui le fixent1 il n'y a qu'nergie1 mpris de la mort4 ,prs d'elle1 ,jeanne ,viole est secoue d'un grand frisson1 frisson de l'oiseau exil du ciel4 --,ah6 ce ,pascal1 il vous prend1 vous emporte1 vous jette meurtrie la porte d'un clotre2 cette vie ne vaut pas d'tre vcue2 j'entends sonner un glas cleste1 c'est la cloche des moniales1 c'est l',orante qui m'appelle vers l'poux mystique444 ,ses yeux chavirent1 ses joues plissent comme une hostie dans l'ombre1 laissant croire d',aveline1 que sa parole fait natre l'extase4 --,cabotine1 murmure ,berthe1 en s'amusant crayonner1 au dos de son ,pascal1 l'extase de ,jeanne ,viole1 dcidment elle pince toutes les cordes4 ,elle ne respecte rien4 ,c'est pourtant terrible ce rappel de la mort4 ,ce diable d'homme m'a mis le cur l'envers4 ,ai-je jamais pens que je pouvais mourir et m'en aller o8 ,retrouver qui8 ,il y a quelque chose de plus affreux que cette angoisse brutale1 c'est le silence de ceux qui sont partis on ne sait o444 ,berthe n'a pas peur de la mort1 elle est trop insouciante elle-mme1 mais elle tremble la pense que son vieux doit partir le premier1 et que sans doute ils ne se retrouveront jamais4 ,un sursaut chasse cet effroi de leur affection brise1 une immense tendresse lui rchauffe le cur4 ,oh comme elle va l'aimer1 le cliner1 lui faire une vieillesse heureuse son pauvre ,jules2 qu'au moins1 il ait son ,paradis sur terre1 ne l'a-t-il pas durement gagn4 ,la vie n'a pas t tendre pour les ,passy2 qu'il doive sa petiote la douceur des derniers jours2 la mort qui le prendra lui semblera moins cruelle1 si le pre s'en va un sourire sur les lvres4 ,la figure cache dans ses mains1 ,marguerite pleure4 ,trop de souvenirs cruels l'accablent1 elle n'a pu retenir ce flot de larmes qu'appelle la voix de d',aveline4 ,elle les connat pourtant1 ces pages terribles1 que seuls peuvent aimer ceux qu'on ne console pas4 ,ces mots vulgaires1 ces images brutales1 la saisissent d'effroi1 comme si1 devant elle1 on fouillait la terre1 pour lui montrer l'uvre tnbreuse de la mort4 ,tout ce que son imagination voile s'tale l1 comme une pourriture qui lui fait horreur4 ,elle a peur1 son tre clatant de vie regimbe1 et ramne sur soi la piti qui s'en va1 vers les restes innommables de ce qui fut l'adorable ,charlotte4 ,la mort fera son uvre1 sur elle aussi1 tout ce qui fait sa beaut1 ses yeux1 ses cheveux1 sa chair blanche1 o courent comme des sources de petites veines bleues1 son parfum1 son corps qu'elle aime1 la mort demain en fera1 pour les autres1 un objet de dgot4 ,elle se sent lche devant cet anantissement2 l'incertitude de l'au del1 la rejette perdument vers toutes les forces de la vie3 seule certitude que nous ayons4 ,est-ce pour nous prparer mourir1 en vivant dans la pnitence1 que ,dieu nous a crs8 ,faut-il faire de sa vie un dsert8 renoncer au bonheur1 la joie d'unir son tre un tre ador1 donner ,dieu seul son cur1 sa chair1 son rve de ,vierge8 ,non1 non1 tout son tre se rvolte devant une pareille maldiction4 ,la pense de la mort1 de la tnbreuse destruction des tres1 exalte follement son dsir de vivre1 de possder la vie1 l'amour1 la volupt1 tous ces biens que ,pascal condamne4 ,aimer1 aimer1 voil le souverain bien1 ,dieu n'a jamais voulu craser ses cratures sous la maldiction d'une vie solitaire4 ,je t'aime1 je t'aime chuchote son cur1 je t'aime1 je t'aime rptent ses lvres brlantes1 et ce mot maintenant signifie tout1 c'est la loi qu'il faut accomplir1 pour que la vie soit ternelle4 ,lumire1 joie1 caresses1 voil ce que sa jeunesse rpond aux cris de ,pascal4 ,c'en est fait de la torture qui l'puise1 elle a vu clair4 ,henri1 elle aime ,henri2 c'est lui qui la prendra1 c'est lui qui sera la chair de sa chair4 ,elle sent battre son cur dans le sien1 et son sang brle de ne pas couler encore avec le sang du bien-aim444 ,marguerite ne sait plus o elle est2 la voix de d',aveline est un bourdonnement1 une plainte vague qui passe sur elle4 ,que peuvent les lamentations de ,pascal sur ce cur ivre d'amour8 ,de la terre morte de cette classe1 montent des parfums ardents1 c'est l'odeur violente du ,paradou4 ,demain1 avec ,berthe1 elle retournera lire l'abb ,mouret1 sous l'ombre frache des arbres4 ,c'est l1 que ces pages flamboyantes de soleil1 o tout se pme et rle d'une immense volupt1 veillrent en elle le frisson du dsir4 ,quelle ivresse lui vient de ce livre1 complice du rve perdu qui1 la nuit1 la soulve et lui ouvre les bras vers celui qu'elle appelle444 ,derrire ses mains jointes1 ,marguerite boit ses larmes1 drobant d',aveline1 celles qui l'coutent1 son moi4 ,quelque chose d'inconnu1 de farouche et de mystique1 plus fort que sa pudeur1 la pousse imprieusement vers l'ami malheureux4 ,elle tremble la pense que peut-tre il ne l'aime pas1 qu'il ne veut pas qu'un autre amour le console4 ,pourtant1 travers ses yeux clos1 elle le voit ses genoux1 parlant1 suppliant1 et dj tout son tre dfaille du dsir de ces lvres qui cherchent les siennes4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,d',aveline a rouvert son ,pascal1 et lu1 avec un frmissement1 le mystre de ,jsus1 ineffable cantique de l'amour mystique4 ,console-toi1 tu ne me chercherais pas1 si tu ne m'avais trouv4 ,les ,svriennes1 recueillies1 coutent le dialogue divin1 que rpte pour elles1 la voix grave du violoncelle4 ,respectueux du silence1 des larmes muettes de ,marguerite1 d',aveline s'approche d'elle1 fait sa voix plus caressante encore1 pour dire l'admirable pome de ,sagesse3 ,ah6 ,seigneur1 qu'ai-je1 hlas6 me voici tout en larmes ,d'une joie extraordinaire3 votre voix ,me fait comme du bien et du mal la fois1 ,et le mal et le bien1 tout a les mmes charmes4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,et me voici ,plein d'une humble prire1 encor qu'un trouble immense ,brouille l'espoir que votre voix me rvla4 ,et j'aspire en tremblant444 ,vers lui se lvent alors deux yeux illumins1 non plus les yeux de madone1 si langoureux et si frais1 qu' les voir se poser sur lui1 d',aveline les avait aims1 mais deux grands yeux consums implorant de l',amour cette rponse de ,dieu3 444 ,pauvre me1 c'est cela4 ,,chapitre ,,xxvi ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel #bj mai #ahi 4 ,je saurai me taire1 et vivre passionnment de mon secret1 comme j'ai vcu de ma douleur4 ,je l'aime1 je l'aime follement4 ,je le dis mes livres1 mes fleurs1 mon lit4 ,je l'aime6 ,l'cole est radieuse1 ma chambre embaume l'amour4 ,lui seul ne saura pas que je l'aime1 je ne veux pas que ces lieux1 si tristes pour lui1 soient les tmoins de sa joie4 ,avant de quitter ,svres1 l-bas1 chez lui1 je retournerai le voir3 il tremblera que ce soit l'adieu2 alors un mot1 un tout petit mot1 un geste seulement1 et il saura que je l'adore1 la tristesse s'effacera de ses yeux1 il n'y aura plus que du bonheur1 plus que de l'amour444 ,mais si je me trompais8 ,s'il ne m'aimait point6 ,non1 non c'est impossible1 ses yeux le trahissent1 hier encore au ,louvre1 comme il me regardait6 ,il ne sait pas qu'il m'aime1 c'est moi qui le lui apprendrai1 il ne sait pas que l'amour entre nous1 a grandi de toutes les larmes solitaires que nous avons verses6 ,ce n'est point trahir ,charlotte qu'aimer ,henri4 ,la mort dlie tous les liens2 elle restera l'amie1 que nous pleurerons ensemble1 elle qui fut l'instrument de la ,destine4 ,elle avait l'me trop haute1 pour souhaiter qu',henri ft malheureux2 peut-elle m'en vouloir1 de gurir la blessure qu'elle a faite8 ,longuement j'ai pri et pleur sur sa tombe4 ,je suis rentre l'cole l'me allge2 ,charlotte a entendu ma prire4 #a;er juin4 ,partir1 avec quel dchirement j'cris ce mot2 qu'est-ce qui m'attend1 au seuil de cette cole4 ,comme elle passe1 passe maintenant1 la lente caravane des jours4 ,les premiers furent mlancoliques1 qu'ils sont loin dj2 puis l'aube s'est leve1 j'ai vu les cavaliers rapides1 les manteaux blancs1 les harnais d'or1 et flotter sur la croupe des chevaux1 ces robes d'azur1 ces robes couleur de rose1 couleur de pourpre1 dpouilles galantes d'oasis traverses4 ,jours inoubliables1 o mes lvres ignorantes s'offraient au baiser4 ,aprs eux1 d'un galop foudroyant1 dont l'cho brise encore mon oreille1 le cavalier noir est accouru4 ,il s'est pench prs de moi et l'a prise4 ,a l'horizon les autres ont disparu1 lui seul est debout3 un jour de mort est un jour ternel4 ,la troupe morne a pass1 mes yeux ne voyaient que le cavalier noir4 ,voici les derniers jours3 anxieuse1 je les regarde venir2 o est-il le jour lumineux1 le jour divin1 qui me donnera au bien-aim8 #d juin4 ,pauvre maison1 quels regrets tu me laisses6 ,j'ai t si souvent joyeuse1 si souvent taciturne1 quand de cette fentre1 je regardais vivre les tres mystrieux1 que sont les arbres1 les fleurs4 ,j'ai aim la grce des jeunes branches ployant et se redressant1 comme de beaux corps1 dans l'air agit4 ,j'ai vu la lune trembler sur le jet d'eau1 et le bassin se velouter d'ombre1 sous le pied lger1 tournoyant1 de cette ballerine fantastique1 qui dchire le tulle de sa robe paillete au premier souffle du vent4 ,tous ces frissons d'une vie obscure ont pass en moi1 comme si j'tais enracine la terre de mon cole4 ,adieu1 retraite charmante1 o j'ai vcu tant de rves2 maison laborieuse1 o j'ai appris la toute-puissance du ,destin1 maison des pleurs1 qui ne doit pas tre la maison d'amour4 ,l'cole m'a faite femme2 mon cur est plein d'affectueuse reconnaissance1 pour les ,matres qui m'ont aide vivre libre1 fire sous la seule loi de ma conscience4 ,mais que serai-je demain1 moi qui ne puis rien contre mon cur8 #ae juin4 ,est-ce curieux1 mes compagnes parlent de leur vie de professeur1 des lves1 des cours4 ,moi1 je ne me vois pas dans une chaire4 ,un inexplicable malaise me serre le cur chaque fois qu'on parle d'avenir4 ,et le mien peut tre si beau6 ,,chapitre ,,xxvii ,,le ,,suicide ,d',,isabelle ,,marlotte ,o mort1 vieux capitaine1 il est temps1 levons l'ancre1 ,le pays nous ennuie1 mort1 appareillons4 ,,baudelaire4 ,isabelle ses amies de l'cole de ,svres4 ,tourcoing1 #af juin #ahi 4 ,eh bien non1 je ne suis pas heureuse6 ,tant que je l'ai pu1 mes grandes1 je vous ai cach le crve-cur de ma vie nouvelle4 ,j'ai cru un mal passager1 celui des habitudes trop lentes4 ,j'ai cru au spleen que me cause ce ciel gris4 ,j'ai tant besoin de soleil1 et l-haut1 pas un coin bleu n'toile cette lourde armure de l'infini4 ,je suis accable de tristesse dans cette ville enfume4 ,les rues n'ont pas un rayon1 tout est menace1 jusqu' ces chemines d'usines qui dressent1 sur les toits1 une herse colossale4 ,tout vous crie3 halte-l6 ,il n'y a que le vent qui passe1 un vent de plaine qui se lamente et pleure2 un vent de nostalgie1 qui maintenant gronde en moi4 ,quels nocturnes on entend ici6 ,vous rappelez-vous le frisson que nous donnait cette ballade de ,lnore6 ,la nuit1 quand j'coute le galop du vent1 il me semble qu'une vie mystrieuse1 pareille celle des lgendes1 force ma porte1 et m'ordonne de partir4 ,vous me croyez malade8 ,non4 ,je suis lasse1 lasse de vivre4 ,l'ennui m'a mordue au flanc1 et je vous cris1 mes chries1 comme une pauvre bte blesse qui tourne vers vous l'adieu de son dernier regard4 ,je n'en peux plus4 ,il a suffi d'un an d'preuve1 pour arriver cet crasement de tout mon tre4 ,ne croyez pas que cette plainte1 qui monte vers vous1 soit celle d'un cur bless1 ou d'une vanit froisse6 ,j'tais de celles qui1 dans la vie1 renoncent tout4 ,mon rve chaque jour s'est fait plus petit1 il ne couvait que des joies discrtes1 il a suffi d'une main mchante pour tout effacer4 ,de cette vie silencieuse1 qu'est la vie du professeur femme1 je n'aurai connu que l'amertume d'tre seule4 ,c'est l ce qui me tue4 tre seule6 il n'y a rien de plus cruel au monde4 ,c'est avec des mots comme celui-l que la douleur s'enracine4 ,depuis ma sortie de l'cole1 qui s'est inquit de moi8 qui a voulu savoir si j'tais heureuse8 qui m'a tendu la main8 ,alors que j'avais besoin de conseils1 d'encouragements1 ah de reproches aussi1 personne n'a su me dire3 ,mon enfant1 faites cela4 ,on croit1 parce que nous sommes savantes1 que nous n'avons pas de cur6 on ne se doute donc pas que nous souffrons plus que les autres1 parce que nous pensons trop1 et que ce serait de la joie encore1 que de sentir monter vers soi l'appel des misrables4 ,cet isolement1 d'autres le supportent1 moi je n'ai plus la force de l'accepter4 ,c'est l'abandon qui cause ma terreur4 ,les plus anciennes de mes collgues ne souffrent pas2 au sortir de l'cole1 elles taient femmes faites1 non des enfants1 comme nous4 ,elles ont peupl leur solitude de petites choses gostes2 elles se sont rouilles4 ,d'autres plus vibrantes ont t malheureuses1 elles ne disent pas ce qui les console4 ,les unes sont maries1 ou vivent dans leur famille1 les heureuses6 jamais elles ne connatront la fivre qui dvore les autres1 celles qui s'enferment dans leur garni1 mangeant ou ne mangeant pas1 dormant1 ou remuant dans un besoin effrn d'agitation et de bruit1 sans autre ressource que de se parler tout haut1 pour se donner l'illusion que quelqu'un est l1 qui les coute444 et qui a piti d'elles6 ,au ,lyce1 nous sommes trangres les unes aux autres4 ,on se salue1 on ne se recherche pas4 ,rene avait raison de nous avertir de la froideur ou de l'hostilit qui vous accueillent4 ,notre solidarit n'est qu'apparente2 le rideau tomb1 le lchage commence4 ,le ,lyce1 mais c'est une abstraction6 ,l'cole avait une me4 ,quelque chose d'indnouable nous attache ,svres4 ,vous le verrez1 son regret vous suit4 ,et pourtant1 c'est ,elle1 c'est sa vie trop ardente1 c'est l'habitude qu'elle nous donne trop tt de gnraliser1 d'appliquer1 au fourmillement qui nous engloutit1 la logique d'un systme idal1 qui nous rendent si malheureuses4 ,mais je l'aime encore plus d'tre si belle et si dangereuse4 ,quand je parle de mon cole1 tout en moi se rveille3 j'entends la pluie dolente du jet d'eau1 je revois les vitres si vieillottes qu'irisent les reflets du soleil mourant2 j'entends1 au bord de ma fentre1 chanter le rossignol1 puis c'est la cloche matinale1 et d',aveline qui nous lance son ,bonjour1 mesdemoiselles4 ,toutes ces choses perdues me font pleurer4 ,que je vous aime1 mes grandes1 de m'tre restes fidles4 ,vos lettres m'apportaient le caquetage rieur de notre cage lointaine4 ,mes lettres ont voulu prendre le ton des vtres1 elles m'ont trahie2 je croyais les poudrer d'or1 elles s'enroulaient dans ces flocons de tristesse qui palpitent autour de moi4 ,je vous ai parl de ma vocation1 de mon ardeur1 de mon plaisir mme4 ,je vous ai menti4 ,la vocation1 je ne l'ai pas1 mais elle serait venue1 si on m'eut laiss faire4 ,tout de suite1 j'ai compris que mon enseignement ne vaudrait rien1 si je ne m'ouvrais d'abord le cur de mes lves4 ,je suis alle elles2 j'ai voulu tre leur petite mre1 celle qui achve l'uvre de l'autre1 et j'ai donn ma pense1 mon travail1 comme j'eusse donn mon sang4 ,on a pris ombrage du succs de ma mthode4 ,l'lan affectueux qui jetait1 dans mes bras1 ces enfants1 rompait les traditions glaciales du ,lyce4 ,on me fit dire que cela dplaisait4 ,les petites s'obstinrent4 ,je devins suspecte4 ,on souponna dans ma conduite le calcul d'une ambitieuse 7la fille du prfet ne jurait que par moi74 ,j'aurais d me mfier et me garer temps4 ,je n'ai su4 ,du coup on m'a cass les reins4 ,pour la directrice du ,lyce1 je suis l'ennemie n'ayant pas la mme confession3 elle est ,jansniste1 violemment autoritaire1 tranchant sur tous d'une vertu orgueilleuse4 ,rgle1 devoir1 principes1 pour tout cela elle est inflexible1 le reste lui importe peu4 ,elle veut effacer du fronton du ,lyce cette injure3 cole de libres-penseuses1 et faire de sa maison une rnovation des petites coles de ,port-,royal4 ,il ne lui manque que le talent1 la grce1 l'amour de la mre ,anglique4 ,son austrit morale est le gage de son entente avec la municipalit clricale de ,tourcoing4 ,la ,directrice1 avec un zle hypocrite1 embauche lves1 professeurs dans toutes les ,confrries chrtiennes1 et porte la bannire aux jours de procession4 ,le ,gouvernement8 ,le ,gouvernement approuve3 le ,lyce prsent n'a plus besoin de subvention4 ,j'ai repouss l'embauchage1 je n'ai fait aucune concession la manie tyrannique du matre2 je me suis refuse confesser mes lves1 pour les trahir ensuite4 ,on veut qu' mon cours1 je confonde l'enseignement philosophique et l'enseignement religieux4 ,je m'y refuse avec une intransigeance qui m'a perdue4 ,j'ai os expliquer la sagesse de ,renan1 et m'aider des livres d',anatole ,france4 ,le jour o j'ai os cela1 j'ai senti que je jouais mon avenir2 je ne pouvais reculer1 ma directrice ayant cout la porte une partie de mon cours4 ,le soir mme1 un rapport tait adress au recteur4 ,la directrice se faisait l'cho insultant des bruits qui circulent sur mes opinions morales4 ,je devenais une mancipatrice dangereuse1 une rvolte1 une nihiliste6 ,je compromettais le ,lyce de ,tourcoing6 ,je reus un blme officiel4 ,je n'ai pu tolrer ce blme que je ne mrite pas4 ,j'ai relev les accusations dont on m'accable1 c'tait mon droit4 ,je suis alle trop loin4 ,j'prouvais une joie sauvage dfigurer cette belle me1 c'taient des mots corrosifs1 du vitriol qui lui brlaient la face4 ,elle m'a laiss parler4 ,j'tais perdue4 ,je suis sous le coup d'une rvocation4 ,l'administration1 qui1 dans ces sortes de choses1 a le rle des muets du srail1 m'tranglera sans rien dire4 ,mon avenir est bris1 personne ne me dfendra4 ,m4 ,legouff est trop vieux1 ,mme ,jules ,ferron trop loin1 du reste elle n'intervient jamais4 ,qui croira que je n'ai pas failli1 et que ma rvocation n'est pas justice8 ,une dmarche au ministre1 un march1 me sauverait444 non1 non pas a1 pas cette souillure4 ,j'aime mieux une fin plus fire4 ,il m'est impossible de transiger avec ma conscience4 ,mes ides moi1 c'est encore ma conscience4 ,je ne pourrais vivre ailleurs1 s'il fallait recommencer ce dur apprentissage de la lchet humaine4 ,si prvenue que j'aie t1 je n'ai pas su juger les gens et la vie4 ,l-bas1 nous voyons tout travers un ciel trop pur2 c'est notre tour d'ivoire1 elle est si haute qu'on ne peut y sentir l'odeur de pourriture humaine qui m'empoisonne4 ,on part la joie dans le cur2 aux premiers pas1 on butte4 ,j'aime mieux m'en aller2 j'entrerai sans tache dans le nant4 ,si quelque part un ,dieu juste m'appelle1 il pourra m'absoudre d'avoir mis1 plus haut prix que ma vie1 le respect de moi-mme4 ,adieu1 mes douces chries1 vous tes toute mon affection4 ,je redoute pour vous ces preuves qui m'ont vaincue4 ,fuyez la solitude2 aimez1 soyez aimes3 vous serez fortes4 ,puissiez-vous ne jamais connatre cette tche poignante qui a t la mienne3 borner sa vie gagner son pain quotidien4 ,adieu1 mes dernires larmes sont pour vous4 ,je vous aimais4 ,votre ,,isabelle4 ,,chapitre ,,xxviii ,,fait ,,divers ,,de ,,la ,,gazette ,,de ,,tourcoing #ah juin #ahi 4 ,notre lyce de jeunes filles vient d'tre cruellement prouv4 ,un des plus sympathiques professeurs1 ,mlle ,i4 ,m4441 en manipulant des produits photographiques1 par une imprudence inexplicable1 s'est empoisonne avec du cyanure de potassium4 ,malgr les soins dvous de l'admirable femme qui dirige cette maison d'ducation1 cette malheureuse jeune fille n'a pu tre sauve4 ,mlle ,i4 ,m444 avait vingt-trois ans4 ,nous prions ,mme la directrice du ,lyce de jeunes filles d'agrer1 dans cette douloureuse preuve1 nos respectueuses condolances4 ,la ,rdaction4 ,,chapitre ,,xxix ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel #bj juin #ahi 4 ,quelle piti de voir mourir1 en pleine jeunesse1 notre douce ,isabelle4 ,est-ce donc impossible de lutter contre l'injustice1 de conqurir le bonheur4 ,faut-il1 que parmi nous1 les plus pures expient les crimes des autres6 ,quelle blessure cruelle1 cette mort rouvre en moi2 ,charlotte1 ,isabelle1 toutes les deux frappes1 quel est le malheur qui m'attend8 ,mon ,dieu1 mon ,dieu1 gardez-moi mon ,henri4 ,pourquoi ce suprme souvenir d',isabelle1 l'envoi de cette poupe que d',aveline autrefois nous avait donne2 on riait en la baptisant3 ,isabelle1 en ce temps-l1 tait follement joyeuse4 ,elle voulut emporter ,tourcoing ce ftiche6 ,je veux laisser la poupe dans son petit cercueil1 le malheur doit tre avec elle4 #a;er juillet4 ,oublierai-je jamais comme ,m4 ,legouff m'a reue ,seine-,plage aujourd'hui2 comme il a t paternellement bon4 ,il m'a rassure sur mon examen1 m'annonant un beau succs1 me promettant dans la suite de s'occuper de moi4 ,en partant1 comme je le remerciais trs mue de tant de bienveillance3 ,chre fille1 veillez sur vous4 ,cur tendre1 imagination triste4 ,peut-tre connatrez-vous de cruelles blessures4 ,soyez forte1 esprez1 c'est moi qui vous le dis1 vous pouserez celui que vous aurez choisi4 ,puisse-t-il dire vrai4 ,qu'un jour vienne1 o celui qui m'a prise corps et me1 oublie la tristesse du pass2 que le don de moi-mme1 le console de ce qu'il souffre4 ,qu'il soit heureux4 ,oh6 comme je l'aime6 #d juillet4 ,nous avons pass ensemble l'aprs-midi dans les bois4 ,il m'attendait la ,lanterne de ,saint-,cloud4 ,nous avons t droit devant nous1 sans but1 presque silencieux3 j'vite de lui parler de l'cole1 de mon dpart si proche2 j'aime mieux qu'il me raconte ses projets4 ,sans cesse1 je le ramne l'ide qu'il doit crer quelque chose de trs grand4 ,il dit que l'artiste1 sans l'amour1 est impuissant4 ,ah6 si c'tait vrai1 ah6 si je pouvais lui rendre le dsir1 le rve1 la force1 tout ce qui s'en va de lui1 chaque jour un peu plus6 ,nous nous sommes assis au pied d'un arbre1 en plein bois4 ,nous tions seuls1 pas un bruit1 pas un souffle1 le voile des feuilles nous enveloppait4 ,il tait allong sur les mousses1 semblant chercher quelque insecte qui fuyait2 je le regardais4 ,soudain ses yeux se sont relevs1 fixant les miens1 les buvant1 buvant perdument tout mon tre444 ,j'ai cru que j'allais mourir1 brusquement il s'est relev1 s'est enfui2 quand il est revenu prs de moi1 sa figure tait baigne de larmes4 ,qu'a-t-il8 pourquoi cette lutte1 pourquoi ses lvres se ferment-elles1 quand la dlivrance est si proche4 ,que me cache-t-il8 ,htez les jours1 mon ,dieu1 je ne peux plus vivre ainsi4 #e juillet4 ,j'ai les nerfs tendus se rompre1 je deviendrais hargneuse4 ,jeanne ,viole tournaille autour de moi1 comme une mouche noire4 ,berthe vit dans le parc1 califourchon sur un arbre4 ,victoire m'horripile avec ses sances d'agrgation1 qu'elle multiplie dans tous les coins4 ,que m'importe leurs soucis1 que m'importe l'agrgation1 un autre mal me ronge4 ,et puis1 en ce moment1 c'est fini de la camaraderie1 l'gosme s'tale et triomphe4 ,l'examen est le ,dieu ,moloch de tous les bons sentiments4 #f juillet4 ,jeanne ,viole l'autre jour1 en allant ,seine-,plage1 m'a laiss entendre que la directrice de ,tourcoing1 qui avait en haute estime1 son intelligence et son caractre1 lui avait promis de la demander au ministre1 quel que soit son rang d'agrgation1 avec certitude de lui laisser sa place de directrice dans un temps assez proche6 ,ah6 on va loin1 sous le manteau de ,tartuffe6 ,,chapitre ,,xxx ,,les ,s,,vriennes ,,chez ,m4 ,,legouff --,eh bien1 allons-nous-en causer dans mon petit bois1 fit ,m4 ,legouff en se levant de table4 ,les ,svriennes radieuses suivirent leur vieux matre1 qui ce dimanche-l1 avait invit ,victoire ,nollet et ,berthe ,passy1 au djeuner de famille4 ,c'est une coutume chre ,m4 ,legouff1 de runir quelques lves1 autour d'une tasse de th1 pendant l'hiver1 et de recevoir1 sa maison de campagne1 les ,svriennes qui lui agrent4 ,l'autre dimanche1 ,marguerite ,triel et ,jeanne ,viole1 sont venues2 c'est aujourd'hui le tour de ,berthe et de ,victoire4 ,sans doute1 les invitations se borneront-l2 l'examen est si proche4 ,les oublies en ont le cur gros4 ,a ,svres1 on s'est pris tout de suite aimer ,m4 ,legouff1 pour la bonhomie de ses entretiens1 son abord facile1 pour cette mmoire du cur si surprenante chez un vieillard4 ,avant de partir1 chacune voudrait lui dire1 oh sans phrases1 ces mots qui remercient1 ces mots de souvenir et de gratitude1 ancre jete d'une main sre1 dans les parages qu'on ne reverra plus4 ,de leurs fentres1 les ,svriennes guettent le retour de leurs compagnes2 quelles reliques vont-elles rapporter8 fleurs1 livres1 ou portrait8 ,auront-elles vu1 la table de famille1 le petit-fils musicien1 prix de ,rome1 ma chre1 ou bien le peintre qui expose au salon1 peut-tre aussi l'auteur de l'inoubliable ,champignol malgr lui8 ,dcidment ce soir-l1 on est un personnage6 ,c'est la maison paternelle1 que cette maison des champs1 o les petits-fils et les arrire petits-fils vivent autour de l'aeul2 comme dans une chesnaie vigoureuse1 les jeunes plants nouent leurs racines1 aux racines du vieux chne4 ,c'est la maison dont3 ,le toit s'gaie et rit de mille odeurs divines4 ,o1 le dernier petit1 mal camp sur ses trois ans1 gazouille en perdre la tte1 frisant de ses menottes l'herbe haute comme ses doigts4 ,au seuil d'un petit bois1 se dresse la maison blanche1 sous le treillis des glycines et des roses4 ,les volets clos laissent au logis1 la fracheur des gazons mouills1 l'odeur sereine des arbres1 le parfum des larges clmatites1 qui toilent l'arche des portes4 ,le vent en passant1 jette une fusele d'eau sur les marches branlantes1 un tantinet verdies1 car la maison est vieille4 ,elle est plus vieille encore que ,m4 ,legouff1 et comme lui fidle au temps pass4 ,elle n'a pas de style1 et ne rappelle en rien ces logis qu'on aimait au ,x,v,i,i,ie sicle1 tout de rocailles1 de trumeaux3 une btisse lourde1 troue de fentres ingales1 aux vitres dcolores4 ,des meubles de la belle poque de ,m4 ,guizot1 acajou et reps1 guridons trapus2 ,estelle et ,nmorin sous le globe des pendules2 lits troits dans les alcves2 portraits graves de messieurs toupets cravats de blanc2 de vieilles dames repentirs s'tudiant pincer la dentelle d'un mouchoir444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,m4 ,legouff a pris son panama1 ,berthe et ,victoire leurs ombrelles2 ils sont partis vers le petit bois4 ,les arbres ne sont pas hauts1 mais les ramilles touffues plafonnent des alles charmantes2 dans les recoins1 au dessus des tables1 les charmilles bouffent en jupe lgre4 ,les feuilles1 encore fraches1 ont une transparence d'meraudes filtrant le soleil2 peine alourdie par l't1 la vie bourdonne1 butine1 vole1 murmure1 exhale son odeur3 l'me des choses erre souriante travers la verdure4 --,et je plante encore1 mon ge444 dit ,m4 ,legouff en dsignant de son parasol une ppinire d'arbrisseaux4 ,chaque fois qu'il nous nat un enfant1 je plante un arbre2 voyez comme mon ,jacques pousse1 celui-ci1 c'est ,antoinette1 cet autre1 mon petit ,jean4 ,les ,svriennes marchent et s'arrtent avec lui1 surprises de sa vigueur1 il est presque jeune dans ce costume de coutil blanc4 ,leurs yeux s'attachent tout2 elles savent l'histoire de la maison1 les vnements heureux dont elle fut tmoin1 l'union des enfants1 les coups de chance qui aplanirent la longue route de ,m4 ,legouff4 --,vous ne vous tes jamais demand1 mesdemoiselles1 comment moi1 qui suis plutt un homme de thtre qu'un pdagogue1 j'ai pu devenir votre directeur8 ,eh bien voil3 on fonde ,svres4--,qui mettre la tte8--,ministre1 ,directeur1 trs embarrasss6--on vient me trouver4--,accepteriez-vous8--,moi6 diriger des jeunes filles et des savantes encore8--,nous ne demandons pas de titres universitaires1 mais vous avez crit3 l',histoire morale des femmes1 l',art de la lecture1444 vous avez1 cher matre1 le doigt1 l'exprience444--,non1 non1 cela m'effraie4 ,et quelques jours aprs1 le ministre m'crit3 ,vous pouvez leur faire du bien1 vous seul le pouvez4 --,alors je suis votre homme1 ai-je rpondu4 ,le lendemain j'tais ,directeur de ,svres4 ,sa main se tend d'un geste charmant vers les deux jeunes filles1 qui s'inclinent et le remercient4 --,votre nom1 monsieur1 dit ,victoire1 a t pour l'cole une sauvegarde4 ,il a rassur ceux mmes qui s'inquitaient de voir ,mme ,jules ,ferron notre tte4 ,on s'est dit1 qu'avec ,m4 ,legouff1 nous ne pouvions apprendre que de belles et utiles choses4 --,vous dites vrai1 mon enfant1 quantit de mes amis s'effrayaient de cette cration4 ,il est encore bien tt pour juger des rsultats4 ,nous avons t avec prudence1 plus va1 plus je voudrais restreindre l'ampleur encyclopdique de vos programmes4 ,c'est une belle cause que celle de l'mancipation des femmes1 mais que de dangers1 que d'erreurs possibles2 rien ne brle un cerveau comme des tudes htives4 --,vous pouvez tre rassur sur ce point1 monsieur1 fit ,berthe1 la discipline de l'cole a dompt les esprits qui tout d'abord regimbaient4 ,elle poussa un soupir444 --,n'aimeriez-vous pas l'cole mon enfant8 --,oh si je l'aime6 j'y suis heureuse1 tranquille4 ,j'y ai bien pleur quelquefois1 ,m4 d',aveline a la main rude6 ,maintenant j'y suis faite2 je m'en irai avec chagrin et si tourmente6 --,allons1 qu'est-ce qui vous tourmente1 grande fille1 est-ce l'agrgation8 --,non1 monsieur1 je sais bien que je ne serai pas reue l'agrgation1 c'est mon avenir de professeur qui me tracasse4 ,suis-je prte8 ,ces titres de licencies1 d'agrges1 dont nous sommes si fires1 ne sont pas une garantie de notre talent4 ,apprendre et enseigner sont deux2 si je n'ai pas peur d'exposer devant le jury1 le systme de ,pythagore1 je suis terrifie1 en songeant qu'il me faudra expliquer1 des marmousets1 les rgles lmentaires de la ,grammaire4 ,m4 ,legouff a cout1 un peu surpris1 cet aveu de ,berthe2 puis se reprenant marcher1 il tapote la main qu'il vient de prendre3 --,n'ayez pas peur1 mon enfant1 la difficult n'est pas aussi grande que vous vous l'imaginez4 ,faites toujours de votre mieux1 le succs viendra par surcrot4 ,on s'habitue tout1 et vous enseignerez la rgle de mme et de gens1 comme vous dissertez sur ,pythagore4 ,tenez1 je suis bien sr1 la mine de votre compagne1 que ,mlle ,nollet ignore vos scrupules4 ,c'est une nature combative la sienne1 virile1 j'ajouterais presque4 ,avec sa petite robe noire1 et son chapeau comme a1 elle me fait penser quelque calviniste de ,genve1 pour qui1 tout livre accept devient une ,bible4 --,c'est vrai1 monsieur1 il me tarde d'tre affranchie de la tutelle de l'cole1 de chercher1 d'appliquer1 une mthode qui soit la mienne4 ,j'ai hte de possder l'esprit de mes lves1 de leur enseigner la bonne parole4 ,j'ai longuement rflchi1 depuis que je suis ,svres4 --,et8 interrogea ,m4 ,legouff4 --,je crois que je suis prte4 ,aussi1 j'entends diriger ma classe1 sans l'ingrence de personne2 je suis avide de responsabilit2 toutes mes forces1 je les dpenserai librement1 certaine d'ouvrir l'intelligence de mes lves1 par l'effort que je leur imposerai4 ,m4 ,legouff s'arrta prs d'une source endormie et les invita s'asseoir3 il avait ouvert son parasol blanc1 et sa figure ossifie1 s'anima pour rpondre ,victoire ,nollet1 trs rouge4 --,voyez-vous cette petite personne dcide6 saura-t-elle rgenter ces lves6 ,vos ides sont-elles aussi tranchantes en matire d'ducation8 ,voyons votre idal4 ,posment1 accentuant de la main1 en un geste rude1 ,victoire expose ses ides1 leur donnant de la voix l'apparence d'axiomes indiscutables4 --,mon idal1 monsieur1 le voici3 ,tout dans notre enseignement des jeunes filles doit se ramener la culture de la ,raison3 raison pratique1 raison pure1 tout est l4 ,il est dangereux de cultiver l'imagination1 la sensibilit4 ,cette culture se fera d'instinct1 son heure4 ,j'estime1 que quelques promenades dans les champs1 quelques contemplations du ciel toil1 en apprennent plus qu'un tableau de ,raphal1 ou des vers de ,lamartine4 ,cultiver les beaux-arts1 c'est ouvrir la porte aux rvasseries1 et perdre son temps4 ,ce que je veux8 ,fortifier l'intelligence par les tudes abstraites1 ou compares2 fournir l'occasion de discuter1 de juger1 de vouloir surtout4 ,en somme1 je ramne l'instruction de nos lyces la formation du caractre4 ,mes lves seront des femmes de tte1 passionnes1 mais aussi matresses d'elles-mmes1 capables d'lan rflchi1 de sacrifice hroque2 ,portias ou ,cornlies de l'homme moderne4 ,rousseau et ,george ,sand1 ont dtraqu notre gnration1 aprs la gnration de nos mres2 nous devons tre les chirurgiens de ces mes4 ,pour moi1 je considre comme un devoir de faire table rase du pass1 pour implanter1 vigoureusement1 le culte absolu de la force morale4 --,mon ,dieu1 monsieur1 vous devez sourire de nos prtentions trancher des questions si graves1 vous qui tes notre ,matre1 vous qui apportez tant de restrictions dans votre jugement4 ,permettez-moi de protester tout de suite2 ,victoire affirme des thories1 qu' ,svres nous ne partageons gure4 ,vous ,victoire1 vous tes une stocienne convaincue1 vous tueriez le corps pour sauver l'me4 ,j'avoue que l'austrit de vos principes1 applique l'ducation des jeunes filles1 me parat dsastreuse4 ,j'ai pu le voir l'cole1 et dj au lyce ,fnelon1 une instruction trop dveloppe1 va souvent l'encontre du dveloppement du caractre4 ,des jeunes filles1 trs raisonnables1 aussi longtemps qu'elles ont t soumises aux principes de la famille1 ont brusquement cess de l'tre1 le jour o l'tude les a prises4 ,oui1 l'tude a t pour elles une volupt dangereuse1 nervante1 qui les a affaiblies1 corrompues mme6 ,elles ont vcu dans leurs livres1 d'une vie artificielle1 s'loignant chaque jour de la ralit4 ,elles ont fait1 sur elles-mmes1 de l'analyse psychologique6 elles ont voulu exprimenter la science qu'on leur dvoilait4 ,l'esprit d'examen en a fait des raffines1 des curieuses1 peut-tre des coupables4 ,et rpondant au geste de ,victoire3 --,cette question de philosophie qui est la dominante de votre enseignement1 me parat moi la cause de tout le mal4 ,comment voulez-vous que des fillettes de quinze ans1 mme guides par votre sagesse1 se reconnaissent au milieu de tous les systmes qu'on leur expose6 ,vous en ferez des sceptiques1 des raisonneuses1 des gostes4 ,en gagnerez-vous beaucoup votre systme1 qui touffe la joie1 et vous le savez bien1 ,victoire444 la charit4 ,souffre et abstiens-toi4 ,faites donc accepter cette morale de jeunes tres avides de vivre6 --,je l'avoue1 monsieur1 je suis inquite de cet enseignement que nous allons rpandre3 le sens moral est en jeu1 sommes-nous assez sres de nous1 pour rtablir l'quilibre du dedans4 ,n'avons-nous pas justement ,svres le type de cette gnration montante1 que nos anciennes ont forme4 ,voyez ce groupe si curieux de ,juliette1 d',hlne et de ,marianne4 ,l'une s'est emballe sur la question sociale1 et toute sa philosophie aboutit aux utopies d'un monde nouveau1 cr aprs l'anarchie4 ,que seront ses lves celle-l8 ,l'autre1 est une hgelienne qui mprise la vie1 habite la lune1 je suppose4 ,qu'enseignera-t-elle sur la pratique de la vie1 elle qui nie les faits4 ,et la troisime1 pousant les ides de tout le monde1 allant dans la vie comme un bton flottant6 ,enseignera-t-elle le secret de vouloir6 ,les avez-vous observes de plus prs1 alors vous avez vu que leur armature n'est pas autre chose que l'orgueil444 ne trouvez-vous pas ,victoire1 que les gens de bon sens peuvent regretter la lande de nos grand'mres4 ,parfois il y volait des papillons1 tandis que nos pis1 souvent ne sont que des pis creux4 --,mais c'est un vrai dbat1 s'exclama ,m4 ,legouff en se levant2 vos matres1 mesdemoiselles1 n'ont pas perdu leur temps4 ,temprons6 ,temprons6 vous mettez les choses au pis1 coutez-moi1 je suis sr de vous rallier mon opinion4 ,d'abord vos lves ne fructifieront pas1 en bien et en mal1 comme vous le prjugez3 elles seront rcalcitrantes1 parce que mdiocres4 ,les semailles ont beau tre riches1 la terre peut ne rien valoir2 contentez-vous1 si le bl n'est pas dru1 d'y voir pousser quelques bluets4 ,mesurez1 observez1 tentez diffrentes cultures4 ,ne brisez pas vos lves sous une volont de fer1 ,mlle ,nollet4 ,ne craignez pas1 ,mlle ,passy1 de les exalter par des ides hautes4 ,le bonheur de ces enfants est entre vos mains1 mesdemoiselles1 plus que leur bonheur1 l'avenir de notre race1 car les fils sont l'uvre de chair et d'me de leurs mres4 ,oui1 je le reconnais1 l'cole vous tient loignes du monde rel1 mais elle est le sanatorium o toutes1 vous vous refaites moralement des muscles et du sang4 ,vous emportez de ,svres une magnifique culture intellectuelle1 votre temprament saura en faire usage4 ,vos directrices vous aideront ne point dpenser1 inutilement1 les trsors que vous leur apportez4 --,nos directrices6 ah6 monsieur1 fit ,victoire toute droite1 il est bien difficile de compter sur elles1 ou elles vous accablent de conseils et vous noient1 ou elles vous les refusent et condamnent4 ,ce serait curieux d'numrer les types de nos directrices actuelles2 peine y en a-t-il deux ou trois qui soient dignes1 comme ,mme ,jules ,ferron1 d'tre la tte d'un lyce de jeunes filles4 --,oui1 le type le plus redoutable1 c'est la directrice juge et gendarme1 qui vous garrotte tous les moments du service1 et hors du service4 ,avec elle1 nous autres1 ses gales1 fait ,berthe indigne1 nous serons ravales ce rle de ,vingtras1 laquais de l'administration6 ,et puis1 on en meurt de cette tyrannie4 ,je pense que d'avoir assassin ,isabelle ,marlotte1 la directrice de ,tourcoing doit avoir d'difiants colloques avec sa conscience4 --,que dites-vous l1 mon enfant8 ,berthe se tut1 hsitant rvler l'infamie d'une ancienne2 puis1 trs bas1 avec des larmes dans la voix3 --,isabelle ,marlotte s'est suicide4 ,sa directrice n'ayant pu l'endoctriner1 l'a menace d'une rvocation4 ,isabelle qui n'tait ni romanesque1 ni dsquilibre1 mais une me fire1 incapable de lutter contre la mchancet1 a prfr mourir plutt que de perdre1 par une disgrce1 l'estime publique4 --,oh6 l'affreuse chose1 que ne m'a-t-elle crit1 j'aurais pu444 --,elle a mieux aim se taire4 --,oui1 c'est vraiment trs beau ce sacrifice du moi au culte intransigeant d'une ide1 fit ,victoire ,nollet1 que l'motion mme de ,m4 ,legouff ne touchait pas4 --,quelle chose irrparable6 ,et sa directrice8444 --,elle aura de l'avancement4 ,un long silence tomba2 puis ,berthe1 voulant effacer l'impression trop triste de ce souvenir1 dit en s'adressant ,m4 ,legouff3 --,je crois que d'autres meurent lentement du mal d'abandon4 ,si ,rene ,violat n'avait pous ,m4 ,marnille1 l'ennui de vivre l'aurait prise son tour4 ,la force de rsistance s'use dans cette longue inertie de province2 elle est gnrale cette tristesse ingurissable des femmes professeurs4 ,avec un demi sourire1 elle murmura intrieurement3 ,la chair est triste1 hlas6 et j'ai lu tous les livres4 --,d'o leur vient cette tristesse1 le savez-vous8 --,elle vient1 je crois1 monsieur1 de l'isolement du cur4 ,quelques-unes1 comme ,victoire1 se consolent avec elles-mmes1 mais les autres8 ,celles qui ne trouvent ni amiti ni protection dans la ville o le hasard les envoie1 d'o un caprice les rappelle8 ,je ne sais pas1 si nos anciennes vous crivent les preuves qu'elles traversent1 ce qu'elles nous racontent1 nous1 est peu rassurant3 quand leur vie n'est pas un pisode hro-comique1 c'est une souffrance de tous les jours1 qui leur vient de l'opinion publique4 ,on ne se commet pas avec nous2 on ne nous reoit pas4 ,a notre faon1 nous sommes les chemineaux de l',universit4 ,on nous surveille1 on nous critique1 on met en garde contre nous la sympathie et la confiance1 sous prtexte que nous sommes la dvotion d'un parti6 ,enfin1 on exige de nous une prudence1 une conduite avertie1 que n'ont pas toujours des femmes de quarante ans1 et nous n'en avons pas vingt-cinq6 ,ah6 la piti1 la solidarit1 dans notre milieu6 des mots1 des mots tout cela4 ,on en fait des manuels1 a se vend444 --,taisez-vous1 petite fougueuse1 dit ,m4 ,legouff qui n'a pas entendu ces dernires paroles1 taisez-vous1 l'amertume n'est pas de votre ge4 ,allons1 reprenez-moi votre belle vaillance4 ,tout s'arrangera1 le temps est un grand matre4 ,moi1 qui ai pris racine l'ombre de ces arbres1 je vais vous dire ce qu'ils vous recommandent4 ,acceptez l'preuve avec courage2 allez o l'on vous enverra1 la loi des milieux est une loi bienfaisante4 ,elle tempre et unifie2 peu peu1 vous vous habituerez cette vie1 vous mettrez votre nergie remplir votre mission4 ,haut les curs1 mes enfants6 ,vous tes de ces mtaux prcieux qui servent la frappe de nos belles monnaies3 purs1 ils gardent mal l'empreinte et se dforment sous les doigts4 ,allis un mtal ductile1 l'empreinte est ternelle4 ,voil l'alliage que fera la vie3 dans ce creuset1 vous apportez l'or fin2 elle ajoute le bronze6 ,soyez gaies1 un sourire de femme arrte la fortune2 voyez ,mlle ,diolat1 elle est heureuse2 d'autres m'ont crit3 ,je vous envoie le meilleur de moi-mme1 le sourire de mon petit enfant4 ,voil des joies promises6 ,allez mes enfants1 souvenez-vous qu'on peut compter sur moi4 --,oh merci1 monsieur1 nous emportons l notre viatique6 ,et ,victoire radieuse serra la main que monsieur ,legouff lui tendait4 ,berthe1 songeuse1 embrassa d'un dernier coup d'il la maison1 les enfants qui se roulaient sur l'herbe1 le vieux matre1 qui ressemble1 l plus encore1 ces ,dieux rustiques protecteurs de la sagesse et de la paix des champs1 puis se baissant vers l'alle1 ,berthe y choisit1 pour le garder1 un petit caillou blanc4 ,,chapitre ,,xxxi ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel #af juillet4 ,demain commence le concours de licence et d'agrgation4 ,j'y vais indiffrente1 rsigne un chec possible4 ,il me serait doux cependant de russir1 pour l'cole d'abord1 et parce qu'il serait fier de me voir agrge4 ,il est temps d'en finir1 je me trane depuis huit jours3 je n'ai de got rien1 je ne puis fixer ma pense1 elle s'parpille1 elle s'vapore4 ,j'ai ouvert le ,lopardi que j'ai lu1 et relu tant de fois1 quand mon journal restait clos1 pendant cette retraite intrieure qui a suivi la mort de ,charlotte4 ,que de tristesses se rveillent1 entre ces lignes crites1 lues dans les larmes4 tendue sur ma natte1 je rve des choses mal dfinies2 c'est un brouillard1 un brouillard touffant1 je me rveille1 je ne sais plus ce qui m'a fait pleurer4 ,je crois que je pleure sur moi-mme4 #bj juillet4 ,ouf6 l'examen est fini4 ,je ne suis pas mcontente de moi2 j'ai aim ce sujet entre autres3 ,ah6 qu'il est difficile d'tre content de quelqu'un4 #ca juillet4 ,je passe presque toutes mes heures de sorties avec mon ami2 nous allons dans les bois1 ou bien il m'emmne voir les ,muses qu'il frquente4 ,quel repos pour l'esprit1 que ces promenades dans le royaume de la beaut1 avec lui pour guide4 ,il s'emballe sur une ligne1 une couleur1 une expression2 grands traits1 avec des gestes qui semblent modeler la vie1 il me fait comprendre et admirer l'art de ,vinci1 de ,rembrandt1 de ,velasquez4 ,longuement au ,louvre1 nous avons regard les ,carpeaux3 la ronde furieuse des ,bacchantes m'a paru un morceau prodigieux dans la sculpture moderne1 si prs de la nature et de la vrit4 ,cette admiration1 qu'il sait me faire partager1 nous rapproche encore2 voil maintenant nos esprits qui se saisissent1 il y a longtemps que son cur est matre du mien4 --,au revoir1 m'a-t-il dit hier1 vous emportez ma joie1 quand vous reverrai-je8 ,demain peut-tre1 je lui dirai adieu6 #a;er aot #ahi 4 ,joie1 joie1 je suis admissible et c'est lui1 lui ,henri1 qui me le tlgraphie de la ,sorbonne4 ,oh6 il m'aime1 comment douter maintenant6 ,ses lvres1 ses yeux1 je les retrouve partout1 et je brle et j'ai froid2 toute ma jeunesse crie vers lui4 ,rien que des images voluptueuses autour de moi6 ,dans le ciel1 des nuages comme des bras inassouvis treignent la nue2 la grande fleur mystique du jet d'eau s'enroule en flocons neigeux2 des ailes battent frmissantes1 des oiseaux s'aiment dans ce nid6 ,l'odeur des lys et des roses me suffoque4 ,une sve ardente me consume1 et je me dsespre1 la nuit1 de ne point dlier ces lvres que j'adore4 #b aot4 ,l'amour me torture4 ,l'image de ,berthe6 quel souvenir6 je suis le ,faucon qui l-haut tournoie au-dessus de sa proie4 ,m'abattre1 me gorger de baisers6 ,est-ce bien moi1 moi1 qui vient d'crire ces pages8 ,plus rien n'existe que lui1 tout le reste est loin4 ,l'amour est mon destin4 #aj aot4 ,mes preuves orales sont termines2 le rsultat sera connu le #ad4 ,demain1 j'irai lui dire adieu4 ,j'ai conscience d'avoir vcu cette huitaine d'examen comme une somnambule2 je ne sais plus ce que j'ai dit1 ce que j'ai fait2 un autre tre a parl pour moi4 ,moi1 j'tais prs de lui4 ,j'aimerais mieux mourir1 aujourd'hui mme1 que de vivre sans lui4 ,,chapitre ,,xxxii ,,derniers ,,feuillets ,,du ,,journal ,,de ,,marguerite ,,triel #aa aot1 #f heures soir4 ,mon ,dieu1 mon ,dieu1 qu'ai-je donc fait pour me punir ainsi4 ,tout est fini1 nous ne nous reverrons plus4 ,il m'aime1 il m'aime1 il me l'a dit4 ,cet amour est impossible1 je ne peux pas tre sa femme4 ,ma tte se brise4 ,je deviens folle4 ,mais o suis-je8 la nuit m'a chasse de l-bas1 je ne sais par o je suis revenue l'cole1 est-ce l ma chambre8 pauvre cahier1 qui as bu dj tant de larmes secrtes1 je n'ai pas fini de pleurer4 ,quel coup de couteau6 il m'aime1 c'tait le bonheur1 et c'est la mort444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,il m'attendait son atelier1 trs ple2 l'atelier vide1 la place o ,elle tait une bauche2 plus de fleurs1 plus rien1 que des essais partout1 abandonns4 ,sans me tendre la main1 il m'a montr le marbre qu'il achevait3 une main norme soulevant une motte de terre1 o deux tres accomplissent l'uvre d'amour4 --,ce sont les phmres dans la main du ,tout-,puissant4 ,voyez1 rien d'autre n'existe pour eux4 ,sur le bloc de glaise1 o leurs corps s'enfoncent1 ils obissent l'imprieuse loi1 ils s'aiment4 ,leur uvre finie1 ils pourront mourir4 --,que c'est beau1 ,henri4 --,emportez-le1 ,marguerite1 c'est pour vous que je l'ai fait4 ,vous rappelez-vous cette promenade ,saint-,cloud444 autrefois8 ,je vous revois1 emprisonnant dans votre main1 l'essaim des phmres qui voltigeait sur une feuille4 ,vous disiez3 ,ne sommes-nous pas des phmres1 ceux-ci du moins sont plus sages que nous4 --,c'est vrai1 et vous m'avez rpondu1 ,henri3 notre destine est la mme1 beaucoup s'garent1 mais ceux qui sont mrs pour l'amour1 ne lui chapperont pas4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 --,marguerite1 c'est votre destine1 suivez-la2 j'ai voulu que l'adieu de votre ami ft pour vous1 le rappel d'une esprance1 aimez1 soyez heureuse444 ,il n'acheva pas1 ses yeux1 qui me suppliaient1 se fermrent1 il tomba en sanglotant4 --,henri6 ,henri1 qu'avez-vous8 ,je vous aime1 vous ne savez donc pas que je vous aime8 ,prs de lui1 genoux1 je me suis serre1 dliant ses bras1 cherchant son visage1 buvant ces pauvres larmes que je ne comprenais pas4 ,il m'a prise tout contre lui1 oh6 son cur entrait dans ma poitrine1 tout son tre mordait le mien4 ,ses lvres cherchrent un instant les miennes1 et sa voix1 une voix rauque1 blesse4--,je t'adore1 tu es ma bien-aime1 tu es celle que je veux6 ,marguerite1 j'ai faim de ton cur1 de ta chair444 ,mais va-t'en1 va-t'en donc1 tu ne vois pas que je blasphme3 elle ne veut pas qu'une autre soit ma femme4 ,d'un bond1 je lui chappe2 qui1 ,elle1 ,charlotte a fait a6 ,cruelle1 tu as bris sa vie1 tu dfends une autre de prendre ta place1 et tu ne lui dfends pas d'aimer4 ,mais non1 c'est impossible4 ,je sais maintenant1 il a jur le soir1 avant son agonie4 ,son serment le tiendra-t-il4 ,hlas6 ,c'est effrayant qu'on ne puisse pas mourir du coup4 ,aurai-je la force de ne pas maudire celle que j'ai tant aime444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 #ad aot1 #f heures soir4 ,ici s'arrte le livre de ma vie de jeune fille4 ,accule une rsolution suprme1 je regarde bien en face mon destin4 ,je vais faire acte de femme1 firement1 bravement4 ,nul ici ne peut prvoir ce que je ferai demain et c'est pourtant la parole de mes matres qui m'affranchit4 ,je vais vivre dsormais1 hors de la vie commune2 mais la tte haute1 consciente de l'uvre fconde que sera l'uvre d'amour1 je pars1 ayant au cur une gratitude infinie pour cette cole1 dont la main libratrice rouvre la porte au ,bonheur4 ,,chapitre ,,xxxiii ,,les ,,adieux ,,des ,s,,vriennes ,une nuit bleutre1 enveloppante1 nuit de caresses et de langueur1 tombe sur le parc de l'cole4 ,c'est l'heure des adieux4 ,une dernire fois les ,svriennes se promnent dans les alles familires1 attendant le rsultat des examens de licence et d'agrgation4 ,mlle ,vormse se recueille1 elle suit avec angoisse le mouvement de ces ombres qui attendent1 mornes1 fivreuses ou sereines1 le premier coup du destin4 ,la lune1 nonchalamment1 s'endort sur les feuillages1 et de l haut1 jette sur les vitres1 qui miroitent1 une nbuleuse clart4 ,depuis un moment1 ,marguerite et ,berthe sont l1 assises sur les marches branlantes du pavillon ,lulli2 elles coutent le silence1 leurs mains jointes par moment se serrent2 un regard1 un baiser disent l'adieu4 ,l'horloge sonne la dernire demi-heure1 ,marguerite avec effort se lve1 et dit ,berthe3 --,je n'aime pas ce qui finit1 mon cur est lourd ce soir3 encore quelques moments vivre ici1 et toute notre vie d'cole sera dans le pass4 ,ces choses qui nous entourent1 dis1 les reconnais-tu8 comme l'adieu les change3 voil les cendres de ce que nous avons aim6 coute1 des voix nouvelles pleurent dans le jet d'eau4 ,te souviens-tu des premiers soirs1 o de nos fentres nous l'coutions8 ,il montait vers les toiles6444 ce soir1 comme un oiseau bless1 il retombe sur son nid2 7elle ajouta avec un sourire4447 c'est l'agonie d'un beau cygne4 ,berthe regarde1 regarde toutes ces choses qui demain seront mortes pour nous4 ,je voudrais emporter en moi l'odeur de la maison1 ce bruissement1 ces clarts4 --,mais nous reviendrons ,svres1 ,marguerite1 tu retrouveras les visages anciens1 ta chambre1 ton banc sous les feuilles4 ,tu laisses le logis plein de roses1 encore qu'elles soient fanes1 tu aimeras les respirer un jour4 --,non1 il ne faut pas revenir2 demain la porte de ce logis sera close1 j'en veux perdre la clef4 --,moi pas1 je t'avoue ma vieille1 que de bon cur je reverrai d',aveline et le savant ,criquet4 ,ont-ils t assez gentils6 ,jrme ,ptre tremblait en nous disant adieu3 ,mesdemoiselles1 je garde de vous toutes un cher et doux souvenir2 je vous souhaite d'tre heureuses comme femmes et comme professeurs4 ,et son il mouill1 et sa petite langue qui frtillait4 ,tu n'as pas vu a toi6 ,du reste1 je ne sais o tu as la tte2 d',aveline voulait te dire adieu444 toi2 quand il nous a parl de nos petits bonshommes1 de nos petites bonnes femmes1 et de l'esprance1 et de la joie1 il a bien vu que tu allais pleurer4 ,hou la vilaine qui a rat le baise-main2 lui n'tait pas content6 ,c'est drle qu'on s'attache mme ceux dont on se moque le plus6 a me fait de la peine1 de ne plus revoir le museau de ,mlle ,lonjarrey1 la barbe de ,rogne-portion1 la casquette du pipelet et les tisanes poivres de l'infirmire1 7avec son bon rire de gavroche1 ,berthe ajoute73 par la ,bouche et par l',esprit1 je reste prisonnire de l'cole4 --,et ton cur8 --,oh6 pour ce qui est de mon cur1 c'est une autre affaire3 le coup de ciseaux du bonsoir a coup net ce fil d',ariane que nos anciennes vont dvidant1 jusqu'au bout de la ,france4 --,quel adieu glacial6 --,on n'en fait plus1 des directrices comme ,mme ,jules ,ferron2 c'est entendu1 elle a une me sublime1 elle aura son buste dans la galerie stocienne1 on dira ses vertus444 mais1 a je le jure1 pas une larme vraie ne coulera pour elle4 --,pourtant1 elle est l'icone de nos anciennes2 elles ont d crire ces paroles inoubliables d'hier soir3 ,vous tes des tres libres4 ,ici vous avez appris ne compter que sur vous-mmes4 ,aimez vivre seules1 le souverain bien est dans la possession de soi-mme4 touffez vos dsirs1 vos passions6 ,ne vous attachez pas aux vanits1 rappelez-vous le conseil du sage qui se dtourne des liens d'affection1 sans regret1 comme le voyageur regarde1 sans moi1 les cailloux de la plage4 ,faites votre devoir4 --,oui c'est beau comme un livre1 une me comme celle-l1 une me morte1 soupira ,marguerite1 que cet adieu avait froisse au plus profond de sa peine4 --,tu dis vrai1 un livre1 mais un livre incomplet1 car son uvre d'ducation a t dangereuse pour quelques-unes3 vois ,isabelle1 rsigne1 s'abstenant hroquement de vivre2 sa mort1 c'est le stocisme de ,la mort du loup2 crois-tu que le culte de l'nergie prpare1 dans ,victoire ,nollet1 un tre bien humain8 --,la volont est un outil parfois criminel2 et je ne crois rien de plus faux que d'estimer une me1 selon qu'elle se redresse1 ou qu'elle s'abandonne4 ,quelle prise ,mme ,jules ,ferron aura-t-elle eue sur nous8 --,aucune4 --,si2 on n'oublie pas que sa pense domine et dirige l'cole4 ,ici1 ou l-bas1 le tourment sera le mme3 mriter toujours cette estime hautaine1 rester digne des principes que sa vie nous force respecter4 ,mme affranchie1 tre encore son lve6 --,bernique1 ma vieille1 j'en ai soup moi des baisers philosophiques1 je suis tout la joie de vivre enfin avec mon pauvre vieux1 dans un coin1 o il vous plaira1 m'sieu le ministre1 pourvu qu'il puisse planter sa toque de persil1 sa touffe d'illets1 fleurir son jardinet comme il fleurit sa mansarde4 ,nous emmenons le minet1 et la grosse ,rosalie4 ,ah6 ,margot1 ce qu'on va tre heureux de pouvoir gter son vieux ,jules444 ,un pas rapide sonne sur la terre sche4 ,les deux ,svriennes se taisent1 laissant passer ,victoire ,nollet1 qui gesticule comme une folle4 --,pauvre fille1 voil le quart d'heure de ,rabelais2 regarde-la se dmener2 crois-tu qu'elle songe sa mre1 comme tu penses ton pre1 ma ,berthe8 ,elle sera premire agrge1 nul n'en doute1 elle aura ,paris4 ,m4 ,rabier a t pat de son preuve de philosophie3 ,droits de l'homme1 droits de la femme4 ,en parlant1 elle avait presque la laideur de ,mirabeau4 --,tant mieux pour elle1 tant mieux pour l'cole2 sa vertu me dfrise1 et je trouve un comble de l'entendre dire partout3 ,je rougirais de n'tre que seconde l'agrgation4 ,oh l l6 qu'on me laisse ramasser en miettes de quoi faire la dernire agrge1 et je dirai mes juges3 ,grand merci1 messieurs1 des #ejj francs que vous m'octroyez2 c'est pour le vieux pre ,passy1 qui aura sa goutte de marc tous les matins4 --,dans un quart d'heure nous saurons qui sera reue2 est-ce qu',hortense ,mignon arrivera la licence8 --,non1 mais ,ugne la consolera6 --,ugne6 tu ne sais donc pas8 mais tout est rompu depuis qu',hortense a perdu sa dot6 --,boudious1 quelle canaille6 pauvre ,hortense1 la voil bien plante aujourd'hui1 plus d'cus et pas d',ugne6 --,jeanne ,viole aura un bon rang l'agrgation4 --,euh6 euh6 elle a fait une de ces gaffes1 l'autre jour en parlant de l',alsace-,lorraine1 comme d'une terre allemande4 ,je m'apprte danser une bamboula en son honneur4 --,que t'a-t-elle fait ,berthe1 pour tre impitoyable le dernier jour de notre vie commune8 --,a moi rien1 mais elle prparait une petite infamie1 dont tu aurais t victime1 sans le hasard qui m'a permis de prendre ,angle ,blraud par la peau du cou1 de la mettre la porte de ta chambre1 qu'elle cambriolait pour le compte de ,jeanne ,viole4 ,il s'agissait de dnicher ton journal1 et de le faire parvenir temps ,mme ,jules ,ferron2 tu le vois1 c'tait renouveler l'affaire des billets doux1 on essayait de se dbarrasser de toi1 comme on l'a fait d',adrienne ,chantilly4 ,je l'ai menace1 si elle touchait toi1 d'aller moi-mme dire ,mme ,jules ,ferron ce qu'elle fait1 depuis trois ans1 avec ,jeanne ,viole1 et de les faire rayer toutes deux de notre association de ,svres4 --,oh laisse-la1 ,berthe1 je lui pardonne1 il faut avoir piti1 mme d'une ,angle ,blraud2 ne faisons souffrir personne1 nous n'en avons pas le droit4 ,un flot de ,svriennes monte l'assaut du parc2 les ,scientifiques se proccupent de l'tat du ciel1 l'observatoire annonce pour ce soir le rarissime passage de ,vnus derrire la lune2 les ,littraires s'informent des postes disponibles1 des directrices aimables et franches1 de l'accueil des citadins4 ,hlne1 ,juliette1 ,marianne montent leur tour1 et jettent dj leurs projets de retour par-dessus les vacances4 --,notre promotion sera la plus chic de l'cole4 --,qu'on rforme de suite l'esprit de la maison2 nous voil les matres1 bas la tradition4 --,surtout imposons notre ide philosophique4 ,elles passent1 et la vanit de leurs propos s'teint dans la nuit4 ,l'ombre se fait plus noire1 des voix montent qui entourent le jet d'eau4 --,jolie femme1 oui1 ,marguerite ,triel1 mais trop de hanches6 --,les hommes ne s'en plaindront pas6 lance une voix gouailleuse derrire le pavillon ,lulli4 ,une cloche sonne1 les ,svriennes s'en vont dans l'alle du parc o ,mlle ,vormse les attend4 ,on ne voit aucune figure1 les corps se noient dans l'ombre1 quelque chose d'immatriel plane1 me de l'cole1 faite de toutes ces mes de vierges4 --tes-vous l1 mes enfants1 toutes8 ,j'ai voulu vous faire mes adieux dans ce parc o tant de fois nous avons caus4 ,vous partez demain6 que ,dieu vous protge1 qu'il laisse1 au fond de vous-mmes1 quelques-unes des paroles que je viens vous dire4 ,la vie s'ouvre lumineuse devant vous6 de jeunes mes vous attendent1 vous allez leur porter la bonne parole4 ,c'est une tche magnifique que la vtre1 une tche de sacrifice1 mais de joie aussi4 ,vous allez crer d'autres femmes en leur apprenant vivre4 ,votre responsabilit est norme4 ,que rien ne vous cote pour inspirer1 celles qui vont se confier vous1 l'amour de la vie1 c'est--dire1 l'amour du bien4 ,encouragez tous les efforts1 soutenez leurs esprances1 respectez leurs droits4 ,rappelez-vous1 mes enfants1 que tout ducateur ressemble au prtre qui se donne ,dieu3 vous1 vous vous donnez la jeunesse6 ,aimez-la1 protgez-la1 si vos efforts sont mconnus1 pardonnez-lui4 ,j'ai confiance en vous1 mais vous tes ingalement prpares4 ,votre bon matre1 ,m4 ,legouff1 a coutume de comparer nos ,svriennes ces mtaux prcieux que l'alliage rend ternels1 et l'alliage1 dit-il1 c'est la vie qui le fera4 ,eh bien1 je suis un peu l'couteur d'or1 celui qui interroge le son du mtal1 et devine aux tintements la paille qui brisera la mdaille4 ,depuis trois ans1 j'coute vos mes3 je suis sre de quelques-unes1 je crains pour les autres4 ,dj1 la souffrance a creus son nid parmi vous4 ,mes enfants1 ne dsesprez jamais de l'avenir3 les heures de joie viendront1 si vous placez votre bonheur au-dessus de vous-mmes1 si vous faites1 que toujours vos actions soient les servantes dociles de votre conscience444 ,elle s'arrta un instant1 et plus bas1 la voix pleine de larmes3 ,si vous souffrez trop1 la destine est dure parfois1 souvenez-vous de votre cole4 ,on vous aime ici4 ,mes bras vous seront toujours ouverts dans la maison du rconfort4 ,venez que je vous embrasse4 ,ce fut dlicieux1 des larmes vraies coulrent2 l'me de l'cole avait enfin communi avec l'me du matre4 ,un nouveau coup de cloche1 comme un glas1 avertit les ,svriennes de l'arrive de ,mlle ,lonjarrey1 venant annoncer les rsultats4 ,au milieu du tumulte1 des cris dchirants1 des sanglots1 monte une voix calme3 --,allons mes p'tits4 ,rsultats de la ,licence3 #are4 ,hlne ,dinan6 ,cris de ,juliette ,faucon4 --,quelle injustice6 vocifre ,marianne ,bruille4 ,les #b;e et #c;e ne sont pas de l'cole4 #d;e4 ,marianne ,bruille1 etc4 ,juliette s'vanouit1 elle n'est pas reue6 adieu philosophie thre1 voil bien le fait rel1 positif celui-l4 ,agrgation4 #are4 ,marguerite ,triel6 --,moi6 s'exclame ,marguerite qui embrasse perdument ,berthe1 ravie de ce triomphe4 #b;e4 ,victoire ,nollet4 --,compliments1 chre1 fait ,jeanne ,viole1 grinant des dents4 --a n'en vaut pas la peine6 rpond ,victoire qui touffe ses sanglots4 #c;e4 ,adrienne ,chantilly1 en cong4 ,c'est tout pour cette fois1 mesdemoiselles444 ,mlle ,lonjarrey s'loigne1 ,mlle ,vormse console les malchanceuses1 et sur le parc1 un instant boulevers1 la nuit se remet tisser l'ternelle toile d'oubli444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 --,eh bien1 chrie1 quel poste demanderas-tu8 --,aucun1 ,berthe1 ce soir mme je dmissionne6 --,tu brises ta carrire2 c'est donc pour ne point le quitter2 oh comme tu l'aimes6 --,je l'adore1 tout mon tre lui appartient1 je ne peux pas partir1 o il ira j'irai1 ce qu'il voudra je le ferai2 je ne sais plus qu'une chose3 maintenant1 que j'ai pay l'cole ma dette de succs1 l'aimer lui1 lui rendre la force de vivre et d'tre un grand artiste4 --,alors tu l'pouses8 --,non1 je ne puis l'pouser devant les hommes4 ,charlotte a exig de lui un serment4 ,je l'pouserai en mon me et conscience1 devant ,dieu seul4 ,si ,charlotte1 continua ,marguerite1 trs grave1 n'avait pas t mon amie1 j'aurais suppli ,henri de ne pas croire son honneur engag4 ,ce serment-l est de ceux qu'on dlie1 car les morts ne peuvent exiger de nous l'engagement d'une vie1 qui ne leur appartient plus4 ,henri a l'me trop haute pour violer un serment4 ,c'est moi quand mme1 de lui donner le bonheur4 ,voil trois jours que je vis dans le dsespoir4 ,il m'aime6 il m'aime1 comprends-tu1 dis1 ,berthe1 et je ne ferais rien pour lui6 ,oh ce serait misrable4 ,j'ai souhait la mort1 c'est la pense de la mort qui me rejette la vie1 qui va me donner la force de m'affranchir6 ,si tu savais avec quelle ivresse je pars1 je vais lui1 enfin voil le bonheur4 --,chrie1 ma chrie1 que vas-tu faire1 tu ne calcules point4 --,l'aimerais-je donc si je calculais6 ,enlaces1 elles reviennent toutes deux vers l'cole endormie2 le jet d'eau s'est tu4 ,le ciel peu toil1 discrtement carte de la lune les tmoins de ce baiser que ,vnus1 en passant1 donne ,diane endormie4 ,seuls1 les regards humains contemplent ce baiser d'astres4 --,vois l-haut ce mince croissant de lune4 ,vnus glisse1 elle s'approche1 la voil suspendue comme une larme1 une larme d'amour4 ,te souviens-tu quand ,salammb vient au camp et que ,matho1 perdu1 la supplie de lui donner les petites cornes de gazelle qui supportaient ses colliers8 ,c'est une larme de ,matho1 larme de dsir1 qui roule encore dans l',infini4 ,je cherchais mon toile3 la voici4 ,adieu1 ma ,berthe1 je vais suivre le chemin d'amour que ,vnus me trace dans le ciel4 ,,chapitre ,,xxxiv ,,le ,,don ,lettre de ,marguerite ,triel ,henri ,dolfire4 ,svres1 #ad aot #ahi 1 #aj heures soir4 ,dans quelques heures1 j'aurai quitt l'cole4 ,je suis libre1 ,henri1 je suis reue et je dmissionne4 ,je veux que mon travail reste libre1 afin de disposer de ma vie selon mon cur4 ,je vous aime1 ,henri4 ,je vous aime depuis longtemps2 depuis toujours1 je crois4 ,ce sont vos larmes1 un soir1 qui m'ont donne vous4 ,j'attendais1 j'implorais votre aveu4 ,rien ne me faisait pressentir que ce jour si perdument dsir1 serait pour nous encore un jour de douleur4 ,j'ai fui vos bras4 ,j'ai cru devenir folle4 ,vous m'aimez6 ,le souvenir de vos paroles me brle et m'crase4 ,j'ai maudit la vie4 ,j'ai voulu vous arracher de moi1 vous har4 ,je vous adore4 ,cette rvolte est passe4 ,a quoi bon vous torturer de mes prires1 laisser en vous peut-tre1 si vous m'exauciez1 un regret qui serait un blasphme4 ,nous sommes deux malheureux2 pourtant notre destin ne dpend plus que de nous-mmes4 ,mieux vaut mourir tout de suite1 que de vivre sans amour4 ,mon bien-aim1 je n'aimerai que toi1 j'ai besoin du nid1 des ailes protectrices et caressantes1 tout mon tre va vers le tien4 ,tu es en moi1 je suis en toi1 je ne veux que toi4 ,comme je voudrais te dire l tout prs1 ma bouche sur tes lvres1 mon amour pour toi4 ,c'est trs grand1 va4 ,je t'aime avec tout ce qu'il y a de meilleur1 de gnreux en moi6 ,je veux1 mon bien-aim1 que tu sois heureux1 que tu me doives l'oubli de ta peine2 qu'en moi1 tu puises la force sacre qui aidera ton gnie4 ,j'ai foi en ton avenir1 je le vois si glorieux4 ,je ne serai point ta femme devant les hommes2 je ne prendrai pas ton foyer la place vide4 ,je veux tre ta femme devant ,dieu1 devant ta conscience2 je serai tes cts1 la compagne efface1 mais loyale et fidle1 de toute ton existence4 ,je suis fire de ton amour1 il m'aidera oublier ce que je t'abandonne2 s'il faut souffrir1 le bonheur d'tre toi m'en donne le courage4 ,je n'ai plus ni mon pre1 ni ma mre4 ,ds demain je puis vivre et travailler avec toi4 ,henri1 ,henri1 de toute mon me1 je me donne toi4 ,viens1 viens1 nous serons les phmres que bnit le ,tout-,puissant1 car ton uvre restera le magnifique et pur symbole de notre baiser4 ,viens1 je t'attends4 ,tienne1 par tout le dsir de mon cur et de ma chair4 ,,marguerite4 ,,fin ,,des ,s,,vriennes ,,table ,,des ,,mati,,res ,,premi,,re ,,partie ,pages4 ,chapitre ,ier4--,la cour de la vieille ,sorbonne #a ,chapitre ,,ii4--,a ,svres1 le jour du rsultat #ad ,chapitre ,,iii4--,le journal de ,marguerite ,triel #bh ,chapitre ,,iv4--,paquet de lettres #ch ,chapitre ,v4--,le journal de ,marguerite ,triel 7suite7 #dd ,chapitre ,,vi4--,un cours de gographie #dh ,chapitre ,,vii4--,journal de ,marguerite #ee ,chapitre ,,viii4--,le bonsoir #fb ,chapitre ,,ix4--,soire philosophique #gj ,chapitre ,x4--,journal de ,marguerite ,triel #gf ,chapitre ,,xi4--,l'me de l'cole #he ,chapitre ,,xii4--,le journal de ,marguerite ,triel #ic ,chapitre ,,xiii4--,autour d'une tasse de caf #aja ,chapitre ,,xiv4--,la fte de l'cole #aab ,chapitre ,,xv4--,journal de ,marguerite ,triel #aah ,chapitre ,,xvi4--,ces ,messieurs #abc ,chapitre ,,xvii4--,journal de ,marguerite #acg ,chapitre ,,xviii4--,berthe ,passy son pre1 ,m4 ,jules ,passy1 pote1 ,barbizon #adb ,chapitre ,,xix4--,journal de ,marguerite ,triel #adi ,chapitre ,,xx4--,journal de ,marguerite ,triel #aed ,chapitre ,,xxi4--,rapport de ,mlle ,lonjarrey1 surveillante l'cole de ,svres1 ,mme ,jules ,ferron #afd ,,deuxi,,me ,,partie ,chapitre ,ier4--,le retour des ,svriennes #afi ,chapitre ,,ii4--,journal de ,marguerite ,triel #agi ,chapitre ,,iii4--,lettre de ,berthe ,passy ,m4 ,jules ,passy1 son pre1 homme de lettres1 aux ,batignolles #ahg ,chapitre ,,iv4--,le journal de ,marguerite ,triel #aid ,chapitre ,v4--,professeur-femme #aif ,chapitre ,,vi4--,meeting #bjb ,chapitre ,,vii4--,journal de ,marguerite ,triel #bad ,chapitre ,,viii4--,rponse de ,berthe ,passy ,mlle ,rene ,diolat1 professeur agrge au lyce de ,mamers #bah ,chapitre ,,ix4--,journal de ,marguerite #bbc ,chapitre ,x4--,la mort de ,charlotte #bbg ,chapitre ,,xi4--,journal de ,marguerite ,triel #bcd ,chapitre ,,xii4--,suite du journal de ,marguerite ,triel #bci ,chapitre ,,xiii4--,le ,congrs fministe #bda ,chapitre ,,xiv4--,journal de ,marguerite ,triel #bdh ,chapitre ,,xv4--,licence et agrgation #bej ,chapitre ,,xvi4--,journal de ,marguerite ,triel #beg ,chapitre ,,xvii4--,fentre ouverte sur la vie #bei ,chapitre ,,xviii4--,au nom du droit #bfg ,chapitre ,,xix4--,en attendant ,m4 ,legouff #bga ,chapitre ,,xx4--,m4 ,legouff ,svres #bgg ,chapitre ,,xxi4--,billets doux #bhd ,chapitre ,,xxii4--,lettre de ,berthe ,passy ,mlle ,isabelle ,marlotte1 professeur au lyce de jeunes filles1 ,tourcoing #bia ,chapitre ,,xxiii4--,lui #big ,chapitre ,,xxiv4--,journal de ,marguerite ,triel #bii ,chapitre ,,xxv4--,cours de littrature #cjf ,chapitre ,,xxvi4--,journal de ,marguerite ,triel #cae ,chapitre ,,xxvii4--,le suicide d',isabelle ,marlotte #cai ,chapitre ,,xxviii4--,fait divers de la ,gazette de ,tourcoing #cbe ,chapitre ,,xxix4--,journal de ,marguerite ,triel #cbg ,chapitre ,,xxx4--,les ,svriennes chez ,m4 ,legouff #cca ,chapitre ,,xxxi4--,journal de ,marguerite ,triel #cde ,chapitre ,,xxxii4--,derniers feuillets du journal de ,marguerite ,triel #cdh ,chapitre ,,xxxiii4--,les adieux des ,svriennes #ceb ,chapitre ,,xxxiv4--,le don #cfc ,,saint-,,denis4--,,imprimerie ,h4 ,,bouillant1 #bj1 ,,rue ,,de ,,paris4