,,trois ,,hommes ,,quelques ,,uvres ,,de ,,suar,s ,aux ,,cahiers ,,de ,,la ,,quinzaine1 #h1 rue de la ,sorbonne3 ,,sur ,,la ,,mort ,,de ,,mon ,,fr,,re1 #a volume petit in-#h1 #aijd4 ,,la ,,trag,,die ,d',,electre1 #a volume grand in-#ah1 #aije4 ,,tolsto ,,vivant1 #a volume grand in-#ah1 #aiaa4 ,,de ,,napol,,on1 #a volume grand in-#ah1 #aiab4 ,a l',,occident1 #ag1 rue ,ebl3 ,,voici ,l',,homme1 #a volume grand in-#h1 de #dej pages1 #aije4 ,,images ,,de ,,la ,,grandeur1 #a volume grand in-#h1 de #bba pages1 #aija4 ,,bouclier ,,du ,,zodiaque1 #a volume grand in-#h1 de #aea pages1 #aijg4 ,,lais ,,et ,s,,nes1 #a volume grand in-#af1 #aiji4 ,chez ,,calmann-,l,,vy1 diteur3 ,,le ,,livre ,,de ,l',,meraude1 #a volume in-#ah1 #aija4 ,chez ,,emile-,,paul1 diteur1 #ajj1 faubourg ,saint-,honor3 ,,sur ,,la ,,vie2 ,,essais1 tome ,i1 #a volume grand in-#af1 #aiji4 ,,sur ,,la ,,vie2 ,,essais1 tome ,,ii1 #a volume grand in-#af1 #aiaj4 ,,sur ,,la ,,vie2 ,,essais1 tome ,,iii1 #a volume in-#ah1 #aiab4 ,,voyage ,,du ,,condotti,,re1 tome ,i1 #a volume grand in-#af1 #aiaj4 ,,id,,es ,,et ,,visions1 #a volume in-#ah1 #aiab4 ,,andr ,,suar,s ,,trois ,,hommes ,,pascal1 ,,ibsen ,,dosto,,evski ,,ditions ,,de ,,la ,,nouvelle ,,revue ,,fran,,aise #ce #cg1 ,,rue ,,madame1 ,,paris #aiac ,,il ,a ,t ,,tir ,a ,,part #ej ,,exemplaires ,,sur ,,verg ,d',,arches ,r,,impos,s ,,et ,,num,,rot,s ,a ,,la ,,presse4 ,tous droits rservs4 ,a ,,mon ,,tr,s ,,cher ,,aim ,,sacoman ,,philosophe ,,visite ,a ,,pascal ,i ,a ,,port-,,royal ,un jour que le tumulte de la calomnie et des invectives s'tait rpandu le plus insolemment dans ,paris1 et troublait le plus cette ville injurieuse1 ,m4 de ,sipse1 incapable de le subir plus longtemps1 prit parti de le fuir1 et s'en fut la campagne4 ,m4 de ,sipse souffrait1 en effet1 du dsordre comme d'une injure personnelle1 que son temps lui et faite1 et que tout le peuple et conspir lui faire4 ,une profonde colre1 froide et secrte1 le dvorait de sentir en lui-mme la puissance de l'ordre1 de s'en connatre la volont1 et de savoir qu'elle dt tre sans effet4 ,le pouvoir d'un homme est la moyenne de ce qu'il peut lui-mme1 et de ce que les circonstances lui permettent1--l'accord de sa force propre avec la fatalit des vnements4 ,c'est pourquoi tout homme puissant s'est toujours senti deux doigts de ne pas l'tre2 et il appelle son toile ce bonheur de l'accident1 qui ne suffit rien1 mais sans quoi la voie est ferme tout le reste4 ,le hasard1 qui fait natre un homme son heure1 fait plus pour lui qu'il ne fera jamais lui-mme4 ,a dix ans prs1 on est ,csar ou on ne l'est pas4 ,pour un trait de plus ou de moins dans le visage1 et le nez fait d'une forme qui plaise1 on peut exercer ou non le droit de puissance qu'on a4 ,s'il ne le peut point1 l'homme l'exerce alors contre lui-mme4 ,et plus les faits dsordonns lui font obstacle1 plus il souffre amrement de sentir en soi la force qui les ordonne4 ,agit de ces penses1 ,m4 de ,sipse rsolut de les apaiser1 sinon de s'en distraire1 et il se proposa une promenade dans le vallon le plus austre et le plus retir qui soit aux portes de ,paris3 il s'en fut ,port-,royal-des-,champs4 ,on tait au temps de la ,pentecte4 ,le printemps tirait sur l't2 il faisait dj chaud2 et les jours nuageux1 chargs d'orage1 suivaient lourdement des nuits encore fraches4 ,parti de bon matin1 ,m4 de ,sipse fut rendu l',abbaye avant le milieu du jour4 ,le ciel1 qui avait d'abord t d'une clart admirable1 se brouilla bientt4 ,le bleu tendre1 dlicat et profond1 qui est propre l',ile-de-,france1 se chargea de nues laineuses et gristres2 et l'air1 qui avait t frais1 touff par les nuages1 s'appesantit4 ,le ciel bleu de la ,france n'est point implacable ni sublime comme le regard d'un dieu3 il a plutt la fine complaisance d'un il humain2 et quand il se voile1 il invite la rflexion ou l'ennui plutt qu' la colre4 ,aussi ,m4 de ,sipse s'estimait-il heureux que le temps s'accordt ses penses diverses4 ,il tait venu en voiture1 travers les champs mouills de rose1 frais et limpides1 comme la matine mme1 le ciel clair et le vent lger4 ,les bls verts1 et les avoines dj hautes1 aux reflets ardoiss1 frmissaient dans la plaine1 o parfois l'on voyait au loin1--comme un insecte en suit un autre1--une charrue guide avec lenteur par un paysan4 ,a mesure qu'on approche de ,port-,royal1 le pays se fait plus dsert4 ,on ne voit plus que des hameaux couchs au ras de la terre4 ,le plateau pre rgne2 et l'horizon recule1 grave et triste1 comme tout ce qui est grand4 ,l1 si le ciel penche un regard plus sombre1 sourcilleux de nuages et charg mme de menaces1 il semble seulement rendre1 en miroir fidle1 l'me des lieux4 ,nous n'avons affaire1 en tout1 qu' l'me1 et comme il en va des hommes1 si un pays ne nous livre la sienne1 il n'a rien pour nous4 ,au versant de ce plateau dont l'aspect1 srieux en tout temps1 est tragique quand le soleil s'y cache1 on tombe dans un troit vallon2 par un chemin heurt1 entre les arbres1 on descend au fond d'une sorte de trou1 o1 ceinte de hautes murailles1 et voile sous le feuillage1 avait t fonde l'abbaye de ,port-,royal4 ,l'abbaye a t vaste1 les fabriques considrables4 ,il y eut plusieurs corps de btiments4 ,l'htel o logeaient les solitaires1 faisait face au clotre o les ,filles du ,saint-,sacrement s'taient voues l'adoration perptuelle4 ,dans une cole illustre1 on enseignait les enfants1 dont fut ,racine4 ,une chapelle tait le lieu d'assemble o tant d'hommes1 de femmes et de petites cratures si dissemblables se runissaient dans une pense commune3 en dpit de tout1 la marque en restait ineffaable1 tant elle avait mordu fortement sur l'me4 ,un jardin sparait la maison des religieuses et celle des ,messieurs4 ,les enfants logeaient dans une aile basse1 o se tenaient les catchismes4 ,le verger1 le potager1 s'tendaient au del comme le tmoignage du travail le plus agrable au ciel peut-tre4 ,la perfection de l'homme simple et paisible est1 sans doute1 celle du frre lai1 qui passe des champs la chapelle1 de la bche au psautier1 et qui1 pour son dlassement1 incline devant ,dieu des paules que1 le reste du temps1 le labour courbe vers la terre4 ,si ce n'est une tour rustique1 l'une des ailes1 il ne reste rien de toute l'abbaye3 une haine patiente1 infatigable pour tout dire1 a prpar cette ruine et l'a consomme4 ,la charrue a pass sur le clotre4 ,les tombes des jansnistes ont t remues par le soc4 ,louis ,,xiv a fait voler en poussire une des forces morales1 la plus solide peut-tre et la plus compacte qu'il y et en ,france4 ,des hommes l vivaient avec leur cimetire sous les yeux1 et l'avaient pour lieu de promenade4 ,il devait leur importer peu que leurs cendres fussent ou ne fussent pas en repos4 ,on imagine mme l'amer contentement de ,pascal1 s'il avait pu prvoir qu'on jett ses os au vent4 ,sans parler de sa joie souffrir perscution pour la vrit et la justice1 il se ft rjoui ardemment de cet outrage la chair ennemie2 et il y et vu quelque faveur singulire qu'on et faite son me4 ,les ,messieurs de ,port-,royal n'taient point des clercs4 ,les uns ne s'en jugeaient pas dignes2 les autres y rpugnaient de nature1 ou par tat4 ,ils formaient une espce de tiers ordre4 ,ils taient peine des lacs1 et ne voulaient point tre des moines4 ,ils vivaient pour faire leur salut1 et prtendaient le faire dans le sicle1 ou s'y rsignaient4 ,port-,royal tait leur maison de retraite4 ,ils y venaient approcher ,dieu de plus prs4 ,ils lui y prtaient une oreille plus attentive qu'ils n'auraient pu ailleurs1 ni autrement4 ,ils y avaient leurs mille entretiens avec une puissance redoute1 et souhaite de tous leurs vux1 comme seule craindre sans doute1 mais seule aussi secourable4 ,en un temps o tout homme voulait1 tt ou tard1 prendre quelque connaissance de soi1 nulle part on n'alla plus avant dans l'art cruel de se connatre1 que dans cette compagnie svre4 ,or le scandale est grand1 pour un monarque absolu1 d'hommes qui se retirent en soi3 car il n'en est pas1 quelle qu'en soit la rvolte1 qui lui chappent plus2 et1 en outre1 ceux qui se connaissent sans complaisance sont1 malgr tout1 sans complaisance connatre les autres4 ,les souverains absolus n'aiment pas cette souverainet-l2 plus elle se tait1 plus elle les brave4 ,son respect mme est une forme du mpris1 car il juge4 ,les souverains1 qui le sont dans l'ordre de la chair1 hassent la souverainet qui est d'un autre ordre1 et qui chappe au leur4 ,plus elle est humble en conduite1 plus elle les humilie1 puisqu'elle ne leur laisse point de prise sur elle1 et qu'elle s'lve sans doute au-dessus mme de ce qu'elle abat4 ,c'est pourquoi le souverain absolu1 qu'il ait nom ,louis ,,xiv1 ,napolon ou ,peuple1 se dfie des solitaires et les frappe4 ,il ne faut pas trop de saints dans l'tat1 ni mme dans le monde2 d'cole de saintet1 encore moins3 la saintet menace la nature1 et la nature ne veut que des esclaves ou de faux tmoins3 elle hait les juges444 ,au dtour du chemin creux1 une porte de bois1 dans un chssis de pierre1 qu'une croix de fer surmonte3 c'est l'entre de l'abbaye4 ,comme j'allais y frapper moi-mme1 je vis ,m4 de ,sipse pousser la porte1 sans doute laisse entr'ouverte3 il passa le seuil1 et je le suivis4 ,je connais ,m4 de ,sipse depuis longtemps1 et je l'estime4 ,nous avons des penses communes1 mais je le vois peu4 ,au bruit criard du vantail sur le gond1 ,m4 de ,sipse tourna la tte1 dj mcontent de ne pas trouver1 mme ,port-,royal1 la solitude4 ,j'avais eu le mme sentiment d'ennui en me voyant prcd la porte4 ,mais il me reconnut aussitt1 comme je venais de faire2 nous sentmes1 chacun1 que la prsence de l'un pourrait n'ter rien au charme de la visite solitaire que se promettait l'autre2 et que notre silence pourrait ne se rompre qu' l'occasion d'une motion pareille1 et pour se mieux goter en elle4 ,ds la porte pousse1 l'on est dans les champs de ,port-,royal4 ,on marche au milieu d'une campagne close4 ,c'est d'abord un sentier entre deux prs1 o les bleuets fleurissent dans l'herbe verte1 et o quelques coquelicots clatent comme des cris de joie4 ,puis1 des deux cts l'espace s'largit4 ,le sol en pente va par bonds1 de gauche droite1 o1 comme un lit1 se creuse le fond du vallon4 ,on fait quelques pas1 et l'on dcouvre tout l'horizon de la valle solitaire4 ,elle semble ferme de toutes parts1 pareille une vasque de terre cache entre des collines boises4 ,les arbres voilent le bord ouvert de ce foss4 ,le ciel parat verser la clart de plus haut que sur la plaine4 ,la couronne des feuillages pose sur les hauteurs les ceint d'une ombre claire et pensive4 ,tout1 ici1 est ramass sur soi-mme et pench sur le fond4 ,et tout1 en ces troites limites1 la manire du recueillement1 parle d'une grandeur intime4 ,les lilas1 sur leur fin1 balanaient1 ici et l1 leurs branches fleuries1 dont le vent agitait les thyrses4 ,un peu de pluie tait tombe1 que la terre1 les prs et toutes les feuilles rendaient en parfums humides4 ,on entendait le murmure doux d'une source1 et le rgne du beau silence4 ,ces champs paraissaient sans culture1 et en tre plus purs4 ,une maison dans un coin1 d'o partait une alle d'arbres2 et au creux du foss1 une chapelle neuve1 dont les lignes sches et les pierres trop blanches offensent la vue4 ,c'est l que des hommes pieux ont runi ce qu'ils ont pu trouver qui vnt des jansnistes4 ,ils ont lev cette petite glise un culte qu'ils ne s'accoutument point croire disparu4 ,au pied de la chapelle1 sur l'un des cts1 l'on a rang les restes du cimetire3 car la haine et la destruction ont ici port une main si avide1 que les tombes mmes en ont t tes1 et que les seuls dbris y sont les restes de restes1 les reliques de la mort1 et non pas mme de la vie4 ,une petite place sable1 close entre de faibles murailles1 o des pierres tombales s'appuient1 et qui semble faite pour une assemble1 s'tend devant la chapelle4 ,quelques degrs mnent au portail2 le dernier forme une terrasse tale1 o le feuillage et les lilas ajoutent la grce d'une parure charmante4 ,o l'art admirable n'lve pas son chant1 la nature seule peut parler4 ,quel qu'en soit le mensonge1 ou la cruaut1 son langage a l'unique sduction o l'on ne sait pas rsister et l'accent qui persuade4 ,on le sent trop la rencontre de deux bustes en bronze1 sur les marches qui mnent cette glise des reliques4 ,c'est ,pascal et ,racine qu'on a poss1 malgr eux1 sur ces degrs1 pour y recevoir toute sorte de gens1 de ceux dont ils eussent dclin la visite1 avec le plus d'horreur peut-tre1 sinon seulement avec le plus d'ennui4 ,passe encore ,racine2 et qu'on y mette aussi le grand ,arnaud1 si l'on y tient4 ,mais ,pascal6 ,il ne se souciait pas qu'on lui rendt un tel honneur4 ,si ces bustes1 du moins1 n'taient que ridicules3 mais ils sont d'une extrme impertinence1 et celui de ,pascal n'est mme pas dcent1 tant il y manque la vraie ressemblance1 qui est de l'me2 et tant il tient de la fatuit1 sre de soi1 o le modle commun1 qu'ils en ont sous les yeux1 a fini par forcer les sculpteurs de ranger tous les grands hommes4 ,,ii ,,pascal ,le muse1 en forme de chapelle1 contient quelques portraits4 ,d'un ct les docteurs1 les religieuses de l'autre4 ,au-dessus de la porte1 ,jansnius4 ,l'vque d',ypres a l'air savant1 systmatique1 ttu1 troit et froid2 un front haut1 un visage pointu1 non sans ruse4 ,m4 de ,saint-,cyran montre une figure dj d'un autre ge3 une nergie violente1 une force opinitre1 le visage d'un homme qui manie l'pe et la plume du mme bras2 homme du temps de la ,ligue1 capable de faire campagne1 et de tenir tte une arme2 non pas un docteur1 un thologien en armes2 la barbe grise et dure1 le teint chaud1 l'air sanguin1 l'accent de l'action1 le pli de la colre4 ,le grand ,arnaud justifie son nom et l'ennui accablant qu'il inspire3 une vaste et forte tte1 un crne puissant1 le front haut1 large1 droit1 une forteresse de doctrine1 une citadelle d'rudition et de thologie4 ,sa mre1 la fondatrice de l'abbaye1 est la source manifeste de cette force1 la base de l'difice3 c'est une femme rude1 paisse1 membrue comme un homme4 ,rien de doux1 ni mme de son sexe4 ,du poil aux lvres2 de la chair drue en dpit des austrits2 sous la graisse1 l'on sent les os1 gros et larges3 voil la mre d'une famille redoutable par le nombre et les ressources2 tout en elle est solide1 volontaire1 nourri de substance et de raison4 ,qui la voit1 et le grand ,arnaud prs d'elle1 connat aussitt sur qui reposait tout l'tablissement des jansnistes4 ,et1 de mme1 qui regarde sa petite-fille1 admire la fleur dlicate et si ple qu'une forte race d'hommes ou d'esprits se destine produire1 par o du moins elle finit4 ,la seconde ,anglique fait avec ,m4 ,hamon un couple dlicieux dont la grce sduit le cur4 ,m4 ,hamon a le visage charmant et fin d'une jeune fille1 ou d'un prince adolescent3 blond1 ple1 les lvres les plus minces1 l'air candide et tendre1 le menton en aiguille1 toute sa force est dans les yeux1 comme celle de la ,sur ,anglique4 ,encore n'est-ce point une me robuste qui s'y fait jour2 mais le feu d'une me mystique1 prise d'amour divin4 ,quelque forte soit-elle1 elle ne l'est dj plus assez pour la vie2 capable de soutenir toute lutte1 elle ne l'est pas de vaincre1 dans un secret dsir d'puiser la volupt d'tre vaincue2 ou plutt ce qu'elle a de force ne s'applique qu' un plus noble parti3 la chair le cde1 ici1 l'esprit qu'elle emprisonne1 et l'enveloppe est trop fragile pour ce qu'elle contient4 ,pascal1 cependant1 n'est pareil ni aux uns1 ni aux autres4 ,il est sans liens4 ,sa laideur est vivante4 ,son masque de mort seul est beau3 tous les deux galement tranges1 hors de lieu et presque hors de propos4 ,ce que ,pascal a d'unique vient de lui2 mais1 plus que tous les autres1 il a l'air de son temps3 le mlange de cette singularit propre et d'un caractre commun1 gnral mme jusqu' en tre abstrait1 frappe l'imagination4 ,on est d'autant plus surpris que les deux lments s'ajoutent l'un l'autre et qu'ils sont moins combins4 ,on retrouve1 d'abord1 dans ce visage la courbe violente qu'on voit tant d'hommes en ce temps-l4 ,le front et le menton tournent court1 par rapport au centre du visage1 comme les deux branches d'une hyperbole4 ,pour la forme de la figure1 ,pascal tient la fois de ,descartes et de ,cond4 ,ces visages sont des miroirs qui rflchissent ardemment le spectacle de la vie3 ils doivent tout voir1 et il n'en est pas o l'on saisisse mieux le don d'imaginer4 ,mais si ,pascal a de ,descartes et de ,cond1 pour les traits1--il n'a ni le jet violent de celui-ci1 dont toute la figure semble lance en bec d'oiseau de proie1 ni le recul dfiant de celui-l1 qui parat se retirer dans l'ombre1 comme une chouette1 et tout fixer de ce coin obscur1 en oiseau de nuit4 ,il n'y a rien qui se contredise plus que la bouche de ,pascal et l'me qui passe par ses yeux4 ,ou1 plutt1 il n'est point de figure o des traits si contraires soient rassembls plus curieusement sous un aspect unique3 le regard d'un ddain et d'une tristesse infinis4 ,un petit portrait de ,pascal1 par ,philippe de ,champagne1 est plac ct du masque pris sur le mort4 ,on ne peut gure douter de l'un1 pour la ressemblance1 plus que de l'autre4 ,philippe de ,champagne dessine et suit les traits de ses modles avec une fidlit rare2 il y met de la conscience2 et1 d'un jansniste comme lui1 on peut dire que l'exactitude dans le dessin est la pratique d'une vertu4 ,quel peintre1 pourtant1 est fidle comme la mort8 ,elle peint par le fond2 et sa fidlit est celle qui ne cache rien1 qui dvoile le mystre1 et qui livre le grand secret1 inconnu jusque-l1 et qui1 sans elle1 ne se serait pas trahi4 ,image inoubliable6 ,etrange pendant la vie1 la figure de ,pascal le demeure dans la mort4 ,mais1 alors1 elle est belle4 ,la mort est le lieu de ,pascal4 ,il l'a tant cherche et poursuivie partout1 que cette passion trouble son visage d'homme4 ,mais quand il l'a enfin trouve1 et qu'il ne la craint plus1 pour l'avoir vue face face1 quelle paix ineffable respire son ennui4 ,ce n'tait donc que cela8--,et quel mpris6 ,pour me faire savoir si ,pascal est mort en ,jsus-,christ1 il ne faut que ce visage3 jamais ,pascal1 depuis le jour qu'il est n1 n'exprima une telle profondeur de repos4 ,il a reu la main de la mort1 de la main mme de ,jsus-,christ2 et1 donnant sa main la mort1 selon l'ordre de ,dieu1 il a mis l'autre1 avec son me et tout son tre1 dans la main mme de ,jsus-,christ4--,pascal vivant dit l'attente perptuelle de ce moment4 ,et ,pascal mort en rvle l'accueil2 que le moment unique l'a rassrn pour jamais2 et qu'enfin1 dans un sublime ennui du monde1 une route est ouverte qui mne un repos sublime1 o l'espoir comme la terreur1 o le ddain mme a pour toujours la paix4 ,pascal a mesur bien des abmes1 en lui et dans les autres hommes4 ,mais il a surtout connu et pratiqu les siens4 ,cette grosse lvre1 qui s'avance paisse et rouge1 n'a tout ddaign que sur l'ordre d'une pense toute-puissante4 ,et cet ordre imprieux lui a t cruel1 sans doute4 ,elle a voulu peut-tre s'y soustraire4 ,qui rsistera ,pascal1 si ce n'est ,pascal mme8--,mais qui ,pascal craindra1 sinon ,pascal8 ,il a connu ses prcipices2 et il les a redouts profondment1 parce que la profondeur lui en tait connue4 ,pascal sait bien que tous les hommes en seraient l s'ils pouvaient seulement souponner leurs abmes4 ,mais comme ils ne les voient mme point1 ils ne les mesurent pas4 ,pascal souponne1 voit et mesure4 ,nul n'est all plus loin dans la connaissance de l'homme4 ,nul n'est donc all plus avant dans la crainte de l'homme4 ,et c'est pourquoi ,pascal ne quitte plus d'un instant ,jsus-,christ4 ,il lui faut ,jsus-,christ1 ou tout croule1 et lui-mme tombe sous le poids des mpris4 ,vous autres hommes1 qui riez et ne savez point1 vos prcipices ne sont gure vos yeux que les erreurs et les misres communes2 vous vous voyez en des rivires o c'est peine si l'on perd pied1 et il ne vous faut qu'une barque ou trouver le gu4 ,vous tes noys et rejets en pourriture sur la rive1 que vous n'avez pas encore peur de cette eau4 ,pascal est fait d'une autre sorte3 il ouvre les yeux sur l'immense ocan o il s'veille1 et il s'y voit flotter3 l'infini sous les pieds2 l'infini sur la tte2 un infini de tous les cts2 un infini de mal1 d'ignorance1 de terreur et de peine4 ,pascal n'est pas comme vous1 pour tter un infini du pied1 et chercher le gu de l'infini4 ,mais ,pascal s'assure au contraire que l'homme est l'animal sensible l'infini des tnbres4 ,il ne lui reste donc qu' crier l'aide4 ,s'il tait faible comme vous1 il croirait sa force4 ,mais fort comme il est1 il mesure sa faiblesse4 ,et il se tient immobile1 mettant toute sa puissance uniquement s'lever sur cette eau infinie et tendre ses bras au secours unique4 ,pour demander si ,pascal doute1 il faut douter s'il vit4 ,qui te ,jsus-,christ ,pascal lui te tout4 ,le doute pour ,pascal est la mort mme4 ,pour vivre1 mieux vaut tenir le pari qu'on est sr de croire1 que douter de ne croire pas4 ,quand le doute le traverse1 comme tout homme son heure1 ,pascal meurt4 ,il y a tel cri en lui qui est un cri de mort4 ,et chaque fois ,jsus-,christ l'a ressuscit1 le sortant du tombeau4 ,sans ,jsus-,christ prouv et senti dans le cur1 la vie de ,pascal est une agonie ternelle4 ,on ne peut vivre en agonie4 ,pascal1 du moins1 ne le pouvait pas encore4 ,il a distingu notre agonie1--me dit ,m4 de ,sipse1--en sortant enfin de la chapelle1 o il semblait ne pouvoir plus s'arracher la mditation de ce masque4 ,il en a pressenti les extrmits et l'horreur4 ,c'est la raison qui l'a rendu1 pour toute sa vie1 si fidle la vnration de son pre4 ,m4 ,pascal le pre avait nourri son fils d'un aliment si fort et si chrtien1 que ,pascal y a toujours trouv une rserve et de quoi souffrir la famine dans les temps o il put craindre disette de foi4 ,mais peine s'il connut plus de deux poques pareilles4 ,en ,pascal1 les variations ne furent que de la charit commune la charit parfaite4 ,de mme que les hommes ne savent point le danger o ils sont1 ils ignorent le sacrifice qu'il exige4 ,pascal1 connaissant le pril1 ne pouvait jamais consentir longtemps ne point faire tout ce qu'il faut pour en sortir2 je vous dirai1 du reste1 qu'il n'y a point de demi-vrit ni de demi-foi que dans les mes mdiocres4 ,c'est la mdiocrit des hommes qui assure le train du monde4 ,et il n'irait pas au del de l'heure o nous sommes1 sans les moyens termes de cette mdiocrit qui ne finissent pas4 ,tous ces atermoiements assurent la dure la pauvre heure des hommes4 ,elle se passe2 ils passent avec elle2 et n'en demandent pas plus4 ,il leur suffit de ne se point voir passer4 ,peu de gens vivent dans la vue de ce terme o ils doivent aller4 ,et ceux qui l'entrevoient1 comme on fait d'une croix en haut d'un tertre1 entre deux routes1 en ,bretagne1 dtournent les yeux de ce sentier4 ,la mdiocrit1 qui conserve le monde1 est la mme vanit qui sauve les hommes4 ,car tous les hommes vivent de vanit4 ,s'ils n'avaient pas mille petits soins1 ils n'en auraient qu'un seul1 qui les tuerait4 ,c'est pourquoi ils l'vitent3 sinon eux1 le misrable et magnifique instinct qui les attache ce qu'ils sont4 ,ils veulent vivre2 et n'en ont pas de raison plus forte1 la vrit1 sinon qu'ils le veulent4 ,admirons encore ici un des coups de la nature1 ce tyran qui fait chrir et dsirer sa tyrannie4 ,ceux qui ne sont mdiocres en rien1 ni par le cur ni par l'esprit1 se portent bientt contempler deux abmes3 le nant du monde et le nant de soi4 ,la plupart des grandes mes s'arrtent l'un des deux prcipices1 qu'elles comblent en y jetant l'autre4 ,et1 ne rien dissimuler1 peut-tre ne peut-on vivre moins d'un parti hroque4 ,il faut prendre parti pour le monde contre soi1 ou pour soi contre le monde4 ,on ne se tire pas moins de cet espace effrayant o rgne le vide1 et o il a toutes les dimensions de l'esprit1 qui sont plus de trois4 ,de l ces partis pris sublimes1 celui des saints ou de ,tolsto1 qui fait la bonne bte4 ,quelque forts qu'ils soient1 ils s'immolent2 ils veulent croire en ,dieu ou ce monde1 tout prix4 ,et comme la volont d'une parfaite croyance est dj la moiti d'une foi1 bientt ils s'y immolent4 ,ils ont des partis dsesprs3 soit de la raison1 soit du cur contre elle1 mais toujours dsesprs2 car la plus haute dmarche de l'un et de l'autre1 c'est qu'ils dsesprent4 ,je ne sais point ce que c'est qu'un homme qui en est rduit soi-mme et qui ne dsespre pas4 ,et pourtant on ne rentre en soi qu'aprs avoir quitt le monde4 ,il faut donc trouver1 cote que cote1 quelque lieu o fixer son me et sa vie4 ,tolsto ne doute point de la raison2 il la juge naturellement droite2 il n'en mprise que le mauvais usage2 ,tolsto1 enfin1 croit beaucoup plus la raison et la vie que ,pascal4 ,et son ,evangile est raisonnable1 qui est l'excs de la draison1 ,pascal n'y adhrerait pas1 cause de cette raison mme o ,tolsto se range4 ,il le jugerait absurde1 sinon impie4 ,pascal a de bien plus puissantes attaches au ,moi2 et enfin c'est toujours le cur qu'il exalte1 et la raison qu'il humilie4 ,pour gomtre qu'il ft1 il n'y faisait que l'essai de sa force2 et toute la vraie puissance1 toute la vrit1 il les juge seulement dans le cur4 ,or ce cur aussi lui est ennemi4 ,il est riche de cur comme pas un autre3 et sa crainte vient de l4 ,ce grand cur dborde d'un grand moi3 ,pascal voudrait l'y tarir sa source4 ,voil o il aspire4 ,pascal se sent superbe1 plein d'amour et de haine1 gal tout1 suprieur tout mme4 ,si grand qu'il ft1 il se savait plus grand encore1 en bien et en mal1 que ne le pouvaient savoir les autres4 ,c'est pourquoi il se fait une guerre admirable4 ,si j'avais le cur aussi pauvre que l'esprit1 je serais bien heureux1 s'criait-il quelquefois4 ,mais il l'avait riche infiniment4 ,vous n'avez pas remarqu la puissance de ce cur4 --,je n'y ai point pris garde4 ,ou plutt1 je ne la distinguai point de la grandeur propre cet homme unique4 --,elle est unique1 en effet4 ,personne ne l'a pressentie1 si ce n'est quelque peu ses proches1 et ,m4 de ,sacy4 ,on devine quelque effroi ml l'tonnement de ce sage thologien1 quand ,pascal lui rvle ,epictte et ,montaigne4 ,m4 de ,sacy ne put s'empcher de tmoigner ,m4 ,pascal qu'il tait surpris comment il savait tourner les choses4 ,en ce monde1 o la plupart sont si pauvres de cur1 qui comprendra le danger de s'en connatre trop riche8 ,tous les hommes qui veulent se sanctifier n'ont gure besoin d'abattre que leur esprit1 et de ne mettre que leur chair dans les liens4 ,l'asctisme y suffit2 la raison humilie dans la prire1 et le corps rduit la portion congrue de l'esclave1 on croit avoir assez fait4 ,le triomphe de cette saintet-l n'est encore pour ,pascal qu'une victoire prcaire4 ,selon moi1 ,pascal n'est nulle part si grand que par la ncessit de dompter et de dnuer son cur1 o il s'est vu4 ,mais le monde ne l'a pas connue1 car il ne l'prouve pas4 ,cependant1 pour autant qu'il y aura de grandes mes en cette vie1 l'asctisme du cur leur semblera le seul ncessaire4 ,il ne sera pas si difficile de mortifier la chair et d'humilier la raison4 ,il faut s'en fier toute raison assez forte1 toute me assez noble4 ,elles se dgoteront assez de leur impuissance1 pour ne se point donner l'aliment de vanit qu'elle rclame4 ,mais plus le cur sera grand1 plus il aura de peine se quitter4 ,car n'oubliez point qu'il lui faut tout quitter en se quittant4 ,je m'assure qu'il y a des hommes pour qui le contact d'un cilice pointu sur la peau peut tre dlicieux2 et d'autres que l'orgueil mme d'une pense profonde porte la fouler ddaigneusement aux pieds3 ils oseront rehausser ses dpens l'instinct dsordonn de la brute4 ,mais ce cur1 avide de s'galer tout l'univers1 avide mme de tous les plus beaux supplices1 il n'est pas si facile de le rendre dsert ni de le dpouiller4 ,il veut bien donner tout son sang2 mais il veut le sentir couler4 ,il consent se laisser dchirer2 mais la condition de jouir qu'on le dchire4 ,il se laisse puiser1 il ne veut point tarir ses sources lui-mme4 ,cette scheresse lui fait horreur4 ,le parti pris de ,tolsto n'est pas moins beau que celui de ,pascal3 mais il n'est pas si rare4 ,tolsto ne connat point un abme si profond1 et il ne revient pas de si loin en dpit de la diffrence des temps4 ,son nant n'est qu'un des cercles de la spirale1 o l'infini nant de ,pascal se dcrit2 et ,pascal n'et jamais combl le sien de ce qui le comble4 ,le dieu de ,tolsto n'est1 aprs tout1 qu'un tre de raison1 et que le cur suscite la raison4 ,on force la raison2 on la courbe au service du cur2 c'est que le cur lui-mme se plie volontiers servir2 il fait souvent plus de la moiti du chemin4 ,pascal1 ici1 douterait encore1 comme disent ces mes faibles4 ,encore un coup1 ,pascal ne doute jamais3 il nie4 ,le doute n'est pas tenable pour une volont grande4 ,le doute n'est une preuve de force que dans l'esprit1 et la faiblesse consomme du caractre4 ,l'homme puissant en vrit prfre se tromper contre le doute1 douter en ne se trompant pas4 ,il ne joue pas avec la raison3 il la rend souveraine1 ou il l'accable4 ,il fait la bte dessein1 par dgot de faire l'homme2 et il y peut mettre un comble d'orgueil et de force4 ,il se venge sur l'esprit des maux soufferts par la volont4 ,dj le jour baissait1 et se retirait de la chapelle2 je voulus voir une fois encore cette figure mystrieuse qui respire un sentiment si profond de satit1 de paix sereine1 et de ddain4 ,le pltre qui l'a faite si blme1 communique cette figure un caractre ternel4 ,sur tout l'ennui de la vie1 un sduisant repos semble rpandu1 celui que rien1 jamais plus1 ne trouble1 parce que rien dans l'homme ne s'y prte plus4 ,c'est d'un reflet pareil que la mer brille languissamment1 quand le dernier cercle de l'eau se ferme sur un navire englouti4 ,personne1 selon mon got1 n'a vu ce masque4 ,non plus qu'un aspect profond du ciel ou de la mer1 il n'est facile de le dcrire4 ,il retient pour l'ternit le souffle passager d'une me suprieure4 ,il montre1 arrt dans la mort1 tout l'ennui de la vie3 de cette tristesse indicible1 la mort a fait1 ici1 une passion4 ,les traits de ,pascal ont d tre en perptuel mouvement3 la force de cet esprit et sa volont ddaigneuse1 toujours agissantes et toujours inquites pendant la vie1 ne sont fixes que l4 ,dans la mer de ce cur passionn1 la mort enfin a jet l'ancre4 ,un trait singulier est celui des paupires abaisses1 dont les bords paraissent s'entr'ouvrir1 et dont l'paisseur surprend2 c'est que la cire1 qu'on y mit pour dfendre les cils contre la brlure du pltre1 a fait corps avec lui1 et l'empreinte trange en est reste au masque4 ,ainsi cet ennui sans bornes1 ce parfait ddain dans la srnit du repos1 semblent sourire4 ,et rien n'est plus mouvant pour la pense que cette paix sereine de ,pascal entre les mains de la mort3 elle contemple la douceur du salut1 au sein de la volont divine1 et sourit dsormais son mpris mme de la vie1 et de toutes les misres qui tourmentent cette malade4 ,quel homme en ,france1 pensait ,m4 de ,sipse1 fut jamais l'gal de celui-l4--,il a t le plus grand2 car il a eu les grandeurs de presque tous les autres4 ,il est la fois le pote1 le saint et le savant1 l'homme qui voit1 l'homme qui sait1 l'homme qui pense2--bien plus3 l'homme qui a toutes sortes de puissances1 et qui les ddaigne toutes au prix de celle qu'il se sent4 ,la force de sa pense ne le cde aucune autre2 mais il se plat l'humilier4 ,il n'est pas sensible ce qu'elle peut1 mais ce qu'elle ne peut pas2 il se porte d'abord ses bornes2 il se tient pour son ordinaire o les autres finissent seulement par s'arrter4 ,il a un bien plus grand mpris qu'il ne veut dire des petits esprits et des mdiocres3 mais son ddain ne s'y attarde pas1 et prfre aller du premier coup aux plus grands4 ,sans doute1 il fait fi de ceux qui draisonnent2 mais c'est pour faire moins de cas encore de ceux qui s'enorgueillissent de la raison4 ,la science est l'essai qu'il fait de sa force2 et il ne veut pas que rien y aide3 pas mme une mthode3 il rpugne la mcanique de l'esprit comme indigne du sien4 ,c'est le secret de son ressentiment contre ,descartes3 outre que ,dieu rvl n'est pas ncessaire ce systme du monde1 ,descartes donne trop la mcanique de la pense2 il n'oblige plus le gomtre aux prodigieux efforts de la recherche la manire des anciens2 au gr de ,pascal1 il te trop l'imagination4 ,pascal est comme ,archimde1 son hros dans l'ordre de la gomtrie3 il veut ne devoir qu' lui seul toutes ses dcouvertes2 il veut contempler les figures1 et les rduire au nombre par la force mme du raisonnement2 il ne lui plat pas que le symbole se place entre l'objet du problme et la construction gomtrique3 ,pascal1 le premier1 a pass le seuil du calcul de l'infini1 allant1 par ses voies propres1 du mme pas qu'un ancien aurait pu faire1 sans prendre les chemins aiss o ,newton et ,leibniz se rencontrrent4 ,et c'est ce qu'il fait en gomtrie1 qu'il me semble lui voir faire en morale comme en tout le reste4 ,nul homme n'a aim plus que lui les tches difficiles4 ,il les tente toutes avec passion4 ,il veut tre saint1 parce qu'il ne s'en croit pas capable4 ,il veut tre saint1 autant par tout ce qu'il se sent de forces qui y sont propres1 que par tout ce qu'il sait en lui de puissances contraires la saintet4 ,il mesure donc son cur aux tches les plus difficiles2 et sa grandeur d'me ne les estimait peut-tre qu'en raison de la difficult4 ,les moyens qui abrgent1 et ceux qui aident l'esprit ne lui rpugnent pas moins que ceux qui prtendent prter l'paule la vie4 ,pour une me si forte1 rien n'est digne d'elle qui ne l'exerce pas2 et ce qui ne cote pas beaucoup a peu de prix pour un got si rare4 ,a un certain degr1 ni le cur ni la raison ne se satisfont de rien qui ne soit achev4 ,celui qui est pris de perfection n'a qu'une volont1--qui est de la joindre1 et que tout contrarie4 ,sans cesse il y va pour lui de la vie1 et de rien moins4 ,nul effort ne le retient ce qu'il a4 ,il est tout en ce qu'il cherche4 ,au cur passionn1 le dplaisir de vivre s'accrot infiniment plus par la foi que par le doute4 ,c'est pourquoi les passionns doutent peu3 ils prfrent naturellement leur ardeur triste une joie tempre4 ,a leurs yeux1 il n'est de vrai bien que le souverain bien4 ,la morale facile est la mort de la morale1 et ils la hassent4 ,il n'y a point de devoir si ais1 que la plupart du temps le contraire ne soit bien plus ais encore4 ,tout ce qui est facile est selon la nature2 et la nature est pleine de crimes4--,quoi1 de crimes4--,oui3 et bien plus1 de crimes aiss4 ,rien n'tait donc trop difficile pour ,pascal2 c'est qu'il se proposait la vrit et la perfection mmes1 le bien unique1 enfin ,dieu4 ,il n'aime et ne souhaite que ,dieu2 mais il voit toute la nature en rvolte contre lui4 ,l'homme n'y manque pas4 ,l'homme est le prince des rebelles qui doit dposer les armes1 et se repentir de sa rbellion4 ,quoi qu'on pense du reste1 l'ide de sa rbellion est dans l'homme le commencement de la conscience1 sinon de la sagesse3 c'est par l qu'il commence dfaire le nud du ,moi4 ,s'il n'avait eu tant de passions secrtes1 ,pascal ne les et pas accables toutes4 ,mais il les avait dcouvertes1 et ne leur laissait pas de repos4 ,il connaissait seul le terrible rebelle qu'il avait vaincre4 ,jamais il ne l'estima assez vaincu4 ,il aimait dompter la nature1 comme ,alexandre conqurir4 ,chacun de nous1 s'il est assez fort1 prend de plus en plus plaisir ses victoires3 et si elles sont pres1 douloureuses1 remportes sur soi-mme1 peu importe2 tant nous sommes1 malgr tout1 attachs notre propre force que nous aimons mieux l'exercer contre nous que de ne l'exercer pas4 ,c'est une joie aussi de la mettre dans les fers1 et de l'y retenir4 ,on la sent alors1 et ses bonds cruels ou ses soupirs dans les chanes4 ,souvent la nature entrave plat celui qui la dteste libre2 elle parat plus belle1 comme l'homme dans les liens de la mort4 ,esclave1 elle n'est plus hassable4 ,tous les morts ont la beaut de ce qui est accompli4 ,le visage glac d'un ennemi terre1 au milieu mme du dgot1 fait piti4 ,pascal regardait les passions en ennemies qu'on n'a pas assez abattues1 si elles ne sont mortes4 ,elles lui plaisaient trangement peut-tre1 quand il les touchait avec le fouet et les tenailles1 ou qu'il les retournait sur la claie4 ,sa charit est pareille l'gard des hommes4 ,il les connat trop pour croire leur bont naturelle4 ,ce n'est qu'une amorce de la mchancet des uns la mchancet des autres4 ,il voit leur perversit de nature1 qui les porte au mal1 et leur mollesse pour s'en carter4 ,il les poursuit donc tous en lui-mme et il les enferme dans leur repaire de pchs4 ,la premire dmarche d'une me pleine et libre n'est pas plus de succomber l'humiliation de ses crimes que de les aimer4 ,mais c'est de les connatre2 et connus1 sans les aimer1 sinon sans les har1 de les tenir pour des faits4 ,ils sont asservis ds qu'ils sont mis leur rang4 ,le mal est le plus souvent un effet de la faiblesse1 une usurpation de la partie mauvaise sur la bonne1 qui est la plus faible1 mais qui n'en existe pas moins4 ,c'est le point de vue d'un ,dieu1 celui d'o tout est son rang1 et selon son ordre3 l1 le pire a une sorte de place aux pieds de l'excellent1--et mme une manire de droit4 ,les jugements humains ne sont si mdiocres et si injustes mme1 que parce qu'ils n'ont jamais gard au bien dans le mal1 ni au mal dans le bien4 ,dans l'hypocrisie des murs1 il y a plus d'aveuglement involontaire qu'on ne croit3 la vue est borne2 elle ne veut pas aller au del de ces bornes2 et l'erreur de jugement s'ensuit4 ,le gardien ferma derrire nous les portes de la chapelle4 ,les lilas se balanaient avec la mme grce le long de la muraille4 ,la lumire incline prtait une me nouvelle la campagne4 ,la mlancolie parlait plus haut dans le silence1 de cette voix si chre aux curs tristes de vivre1 qui leur rend plus douce l'amertume1 en retour de la saveur un peu amre qu'elle mle toute douceur4 ,nous allions1 au milieu de ruines qui n'ont mme plus l'air du dsordre4 ,je perds cur1 dit ,m4 de ,sipse1 quand je vois la mort mme vtue de neuf1 et la destruction singer la vie4 ,a coup sr1 il et mieux valu cacher tous les dbris de ,port-,royal1 les portraits et les manuscrits des solitaires dans un caveau1 creus sous le sol1 que de leur lever une glise4 ,on ratisse aujourd'hui les alles de la mort1 pour faire honneur aux promeneurs2 et l'on commet des jardiniers aux dcombres4 ,vous savez le luxe affreux des cimetires4 ,j'aime les ruines1 o l'insolence de la nature s'ajoute3 l'une et les autres se nient4 ,pascal n'et pas voulu de cette gloire posthume4 ,il suffisait qu'on vt ,port-,royal en poussire et ce que c'est que la nature livre elle-mme4 ,qu'est-ce bien que les restes d'un grand esprit8 ,il n'est tout entier qu'en lui-mme1--je dis en nous4 ,il faut des tombeaux fastueux aux rois1 aux potes de cour1 aux philosophes rents1 aux chevaux promus consuls par ,caligula1 voire ,nicole et aux gens de lettres4 ,mais il est des hommes qui rpugnent ce faste4 ,pour eux1 tous les tombeaux sont trop petits4 ,ils sont la honte de ce qu'ils prtendent contenir2 et font un grand triomphe ce qu'ils contiennent3 car ce n'est rien4 --,de la boue et des vers1 dis-je4 ,et non mme plus cela1 au bout d'un peu de temps1 quand la centime herbe a sch sur le tertre1 qui n'est spare de la premire que par cent autres qui schent cent fois4 ,m4 de ,sipse s'informa si les trangers visitent ,port-,royal2 et il apprit volontiers1 du gardien1 que les trangers ne viennent point ici4 ,le bonheur est rare1 fis-je4 ,ils ne peuvent comprendre ,pascal4 ,comment sauraient-ils jamais que cet homme1 s'il a pens plus gravement que tous les autres en son temps1 a toujours ajout la beaut de la forme celle de la pense8 ,ils n'y peuvent pas tre sensibles2 ils verront la force de la pense1 et lui feront tort de l'art1 barbarement4 --,les trangers1 dites-vous8 repartit ,m4 de ,sipse4 ,cependant1 les gens de lettres y viennent depuis peu2 et ils infligent ,pascal l'encens public de leur admiration4 ,grce au ciel1 ce n'est encore que tous les cent ans2 et voyez ce qu'ils y laissent3 des caricatures coules en bronze2 une parodie qui se flatte d'tre ternelle4 ,image de ce temps1 en vrit1 --,sans doute1 ils viennent s'encourager la mort dans la contemplation d'un si grand pass qui n'est plus4 --,vous voulez rire1 dit-il4 ,ils ne sont pas envieux de la mort1 ceux qui vivent4 ,la curiosit de la mort glace toute vie4 ,surtout une vie si pauvre4 ,ces gens-l veulent1 d'abord1 bien dner4 ,ils font un tour ,port-,royal pour gagner de l'apptit4 ,je m'excusai d'avoir raill4 --,je suis venu voir ,pascal aux lieux o sa grande me avait trouv un horizon qu'elle ne passait pas4 --,n'en doutons point3 elle l'avait choisi4 ,elle s'y tait fixe dans la vue de ce qui demeure1 et pour chapper ce qui s'en va4 ,on voudrait savoir comment tout ce sable se dissipe3 on sait bien que ce n'est que du sable4 ,la vie est un triste rve4 --,et de la sorte1 on aime le coin de terre o l'on rve son gr4 --,dites qu'on s'en empare1 et qu'on se l'asservit4 ,nous sommes tous les mmes3 il nous faut des esclaves2 c'est l ce que nous appelons l'amour4 ,quand tout parat soumis au changement1 les lieux1 pour montrer que ce n'est aussi qu'une apparence1 ne changent pas4 ,et si les hommes avaient un got plus vif des choses ternelles1 ils se garderaient de toucher celles o s'attache une mmoire unique1 qui sera toujours seule1 l o elle est1 et qu'on ne remplacera pas4 ,nous vmes un bel arbre1 isol1 qui porte le nom de ,pascal3 le noyer o ,pascal vint s'asseoir4 ,et si ce n'est celui de ,pascal1 il faut que ce le soit2 car s'il ne l'est1 que m'importe cet arbre8 ,mais je crois y voir cet homme1 terrible en pense1 accabler de mpris sa pense mme1 et chercher pour son repos l'aide qui n'est pas refuse aux feuilles naves4 ,car elles naissent sans douleur au temps marqu1 et tombent sans angoisse l'automne4 ,m4 de ,sipse1 alors1 me parla de la tristesse de ,pascal3 c'est un effet de son ardeur et de sa gravit4 ,plusieurs1 qui l'admirent le plus1 et en font presque mtier1 distinguent entre divers objets qu'il offre leur admiration4 ,ils l'approuvent pour sa conclusion et pour sa foi1 mais ils n'en acceptent pas la marche1 ni les prmisses contre la raison4 ,ou bien ils le louent d'tre si hardi douter1 et font bon march de ce qu'il croit1 au prix de son doute4 ,mais ni ,pascal ne croit1 ni il ne doute1 comme ils se l'imaginent1 par parties spares4 ,le doute de ,pascal est un regard de la foi1 et sa foi a toutes sortes de liens son doute4 ,il est admirable que personne n'ait parl de ,pascal plus pauvrement1 ni avec plus de louanges1 qu'un philosophe et qu'un gomtre de profession4 ,c'taient1 la vrit1 gens de mtier1 l'un et l'autre1 et qui lui devaient bien de le louer sans l'avoir compris4 ,certain grand matre de philosophie1 qui n'est pas si loin non plus de l'tre de danse et de maintien1 s'indigne du bon march que fait ,pascal de la philosophie4 ,il le trouve bien peu rserv avec le fond des choses4 ,il le juge outr dans sa foi1 et outr dans son doute4 ,il le blme pour son ddain des philosophes1 et le gourmande sur la violence sombre de sa religion4 ,aprs quoi on ne sait gure ce qu'il en accepte3 et ,pascal dirait peut-tre avec amertume1 que c'est l'auteur et le bel esprit de profession4 ,mais ,pascal n'est assurment ,pascal que pour ne se point satisfaire de la religion ni de la philosophie de ,m4 ,cousin1--si tant est qu'il y ait rien qui rponde ce mot-l4 ,et bien plus1 pour tout dire1 ,pascal n'est ,pascal que pour ne se point contenter des places et des cordons que l'on trouve en ce monde4 ,m4 ,cousin le reprend sur ce que la philosophie ne vaut pas une heure de peine1 et que ,pascal ne pardonne pas ,descartes3 c'est1 croit-il1 ne pas bien juger le grand homme de la ,mthode1 et le mconnatre4 ,c'est le mieux connatre1 au contraire1 qu'il ne fut jamais connu de personne1 ni de lui-mme1 peut-tre4 ,et ,m4 ,cousin peut en penser ce qu'il lui plaira3 ,pascal sait mieux son ,descartes et sa philosophie que lui4 ,si l'vangile est le vrai1 il n'est pas une carrire aise1 o l'on se promne1 donnant et prenant de toutes mains4 ,jsus-,christ n'est pas mort sur la croix pour la commodit du chrtien1 mais pour son exercice sur la terre4 ,et la raison n'est pas non plus la superbe ennemie qu'on abat en la flattant1 ni celle qui on s'abandonne pour la vaincre4 ,la foi de ,pascal n'est point une bonne femme tout faire1 qui nettoie la chambre du vivant1 et lui prpare un lit moelleux en paradis3 elle se fait servir et ne sert pas4 ,de la mme manire1 austre avec l'austrit1 ,pascal est mprisant et dur pour ce qu'il mprise et dteste en effet4 ,le mot qu'il a sur ,descartes est le plus profond1 et qui dit tout3 ,il voudrait bien1 dans toute sa philosophie1 se pouvoir passer de ,dieu2 mais il n'a pu s'empcher de lui accorder une chiquenaude1 pour mettre le monde en mouvement2 aprs cela1 il n'a plus que faire de ,dieu#a4 ,il peint toute la puissance de ,descartes1 qui construit sa mcanique de l'univers1 et se ft pass de la chiquenaude1 s'il l'avait pu4 ,encore est-il douteux qu'au fond il ne s'en passe point1 et ne donne lui-mme le branle la machine1 ou ne l'en anime de toute ternit4 ,tout ce que la puissance de ,descartes place dans la raison1 ,pascal le lui refuse4 ,et le peu que ,descartes rserve ,dieu1 c'est le rien mme o ,pascal plonge l'homme et le monde4 ,pascal ne doute point2 il ruine l'objet du doute4 ,pascal affirme sans cesse1 et d'une force insurpasse3 c'est pour ou contre2 mais toujours affirm4 ,note #a3 ,madame ,prier3 ,cf4 ,lettre de ,pascal ,fermat1 #aj aot #affj4 ,entre les deux1 il ne se tient point3 ses yeux1 il n'y a l que la vie3--c'est--dire qu'il n'y a rien4 ,il n'et senti qu'un extrme mpris pour une espce de religion philosophale1 qui n'est ni religieuse1 ni philosophe3 il nie la philosophie4 ,qui nie la philosophie1 on n'en peut pas dire qu'il tombe dans le doute des philosophes4 ,si je nie de vous devoir rien1 je ne doute pas1 que je sache1--de vous devoir quelque chose4 ,mais1 au contraire1 je vous confonds ensemble1 vous et cette dette prtendue4 ,non seulement je ne l'ai pas1--je vous dfends de croire que je l'aie4 ,tant je suis sr de ne l'avoir pas1 et tant il est vrai6 ,il y a crime la rappeler encore1 si vous persvrez4 ,il y a crime la philosophie de prtendre conduire l'homme1 et se flatter de rien connatre4 ,car1 outre qu'elle ne connat rien1 elle sait qu'elle ne peut pas connatre4 ,et ,pascal passe le temps le lui prouver4 ,la philosophie n'est pas mme la science des gomtres1 qui1 elle du moins1 exerce la force de l'esprit1 et en fait l'essai1 sinon l'emploi4 ,au contraire1 la philosophie est tout fait sans objet2 et1 comme elle se donne insolemment le plus grand de tous1 qui mme est l'unique1 elle ne mrite que le mpris1 ou1 peu s'en faut1 la haine4 ,elle est hassable en ce qu'elle trompe sur l'unique affaire o il y aille de tout1 pour l'homme1 de n'tre pas tromp1--et qu'elle feint de ne le savoir pas4 ,que prouve toute la philosophie1 et de quoi est-elle certaine touchant la vie et la mort1 l'univers et l'homme8 ,voil la question2 et comme il y faut rpondre qu'elle n'a pas la moindre certitude1 il est juste de conclure que toute la philosophie ne vaut pas une heure de peine4 ,ce n'est point l douter1--c'est nier4 ,et1 pour moi1 partout o ,pascal n'est point en ,dieu mme1 il ne doute pas3--il nie4 ,il faut ,pascal une certitude4 ,et il me la faut comme lui4 ,a dfaut de ce qui est certain1 je ne vois point le doute1 mais le vide4 ,ce qui n'est pas--n'est point4 ,je ne le nomme pas ce qui peut tre4 ,je prfre une certitude horrible1 faite d'abmes et de ngations1 vos demi-vrits1 toutes faites d'affirmations contraires1 qui se dtruisent et qui ne sont que des doutes honteux1 ou si mdiocres qu'ils ne se savent mme pas douteux4 ,pascal pnitent et extrme1 qui nie dans la mesure o il affirme1 violent contre le doute1 passionn pour la foi1--c'est lui seul qui est vrai1 raisonnable et prudent2 et non pas vous1 qui louvoyez entre rien et tout1 qui ne savez donc ce que c'est que tout ni rien1 et qui perdez tout pour ne rien perdre4 ,vous tremblez de vous connatre2 et sans doute non sans raison4 ,c'est pourquoi vous vivez de moyens termes4 ,comme s'il y avait un terme moyen entre tre et ne pas tre2 comme si une demi-vie1 une demi-mort1 une demi-vrit pouvaient avoir le moindre sens6 ,n'y et-il pas de vrit1 nous sommes bien obligs de faire comme s'il en tait une1 et de toute vidence4 ,et comme si vous ne montriez pas que vous n'tes vous-mmes que des demi-riens1 pour que cette mdiocrit infinie puisse vous suffire8 ,il en faut un peu plus ,pascal3 rien de moins que cette vrit pleine4 ,et d'abord1 sans la certitude1 il ne peut vivre4 ,l'homme qui vit dans l'incertitude lui semble absurde1 et un prodige dcevant1 s'il s'y plat4 ,l'tat o il trouve ,montaigne le remplit d'tonnement1 et lui fait peur4 ,il voit bien la force de cet esprit2 mais il souponne la faiblesse de ce cur2 et la vue de ce contraste le porte au mpris4 ,puis1 une trop grande me est lourde subir1 parfois3 de certaines rencontres1 il me semble que ,pascal accable ,montaigne parce que1 peut-tre1 il l'envie4 ,ce sont ses moments de faiblesse cache1 et ses soupirs la vie4 ,enfin1 il n'y a rien entre le nant et ,dieu1--entre l'une et l'autre foi3 rien o l'on puisse se tenir1 aucun lieu pour l'homme ni pour la vie4 ,sans la foi1 on ne peut vivre2 et c'est en ,pascal qu'on l'prouve le mieux1 comme en l'me la plus puissante et la plus en souci d'infinit qu'il y ait eu4 ,la foi est la vrit sentie par le cur1 et vivante pour lui4 ,pascal ne la trouve1 et ne la peut concevoir qu'en ,jsus-,christ3 c'est ,jsus-,christ qui est la preuve de ,dieu2 ce n'est pas ,dieu qui prouve ,jsus-,christ2 ,dieu est toutes fins3 qu'il soit1 si l'on veut1 le nom de la vrit sensible au cur2--cette vrit ne ft-elle pas la mme1 en sa forme1 pour tous les hommes4 ,le monde comprend plus d'un langage4 ,mais sentie par le cur1 elle est parfaite2 elle est unique2 par l elle suffit3 elle ruine le ,moi1 et elle l'enferme dans tout le reste3 il n'en faut pas plus4 ,je ne dis rien de l'objet de la foi2 l'objet y importe beaucoup moins que la foi mme4 ,l'essentiel est que vous ne vous passiez point de foi1 et qu'enfin vous y pensiez4 ,sans la foi1 qui oblige le cur1 il faut perdre la vie ou la raison3 on ne peut les borner la prison de la pourriture charnelle4 ,il est insupportable de voir cette foule d'hommes s'accoutumer ne rien tre qu'un peu de chair qui pourrit sur pied3 je l'entends tout ensemble des dvots sans cur1 et des athes sans me2 ils ne diffrent pas plus qu'ils ne se ressemblent4 ,qu'y a-t-il o la foi n'est point8--,des miettes de moi1 sous la table de la vie4 ,entre la foi qui nie et la foi qui affirme1 pour les mes fortes il n'est pas de milieu4 ,entre ,dieu et le nant1 c'est un abme immense1 dont le fond est unique1 et qui offre1 de loin en loin1 des bords opposs des tages divers3 ou l'on va au fond1 ou l'on se tient sur une de ces pointes4 ,les mes nulles peuvent seules flotter dans le vide intermdiaire2 et pour lgres que soient ces plumes1 elles finissent par s'accrocher aux bords1 ou bien par tomber4 ,montaigne1 qui est si vif1 erre de tous les cts1 et a aussi son lieu3 car ,montaigne est bien plus stoque qu'on ne pense4 ,pascal1 qui sait le nant de toute philosophie1 en donne le nom cet abme4 ,et1 ne pouvant vivre moins d'une parfaite foi1 il se fait tout ,dieu4 ,mais l'tant1 il ne l'est que par ,jsus-,christ4 ,la foi de ,pascal1 c'est ,jsus-,christ sensible au cur4 ,non seulement nous ne connaissons ,dieu que par ,jsus-,christ1 mais nous ne nous connaissons nous-mmes que par ,jsus-,christ4 ,nous ne connaissons la vie1 la mort que par ,jsus-,christ4 ,hors de ,jsus-,christ1 nous ne savons ce que c'est ni que notre vie1 ni que notre mort1 ni que ,dieu1 ni que nous-mmes#b4 ,note #b3 ,penses1 article ,,xxii1 #a4 ,hors de lui1 il n'y a que vice1 misre1 erreurs1 tnbres1 mort1 dsespoir#c4 ,note #c3 ,ibid41 article ,,xxii1 #a4 ,sans ,jsus-,christ1 le monde ne subsisterait pas1 car il faudrait1 ou qu'il ft dtruit1 ou qu'il ft comme un enfer#d4 ,note #d3 ,ibid41 article ,,xxii1 #a4 ,m4 de ,sipse rpta lentement ces mots1 comme s'il en parcourait les prcipices4 ,et je ne pus m'empcher de lui dire3 ,ainsi1 voil le terme de votre philosophie8 ,je vois mieux dsormais d'o vient la mlancolie dsespre qui vous anime4 --,ce n'est point une philosophie2 elle est sans doute2 c'est une foi trs sombre4 ,je respire une peine infinie4 --,il faudrait que ce monde ft comme un enfer1 ou qu'il ft dtruit8 --,oui1 monsieur4 ,je suis ,pascal sans ,jsus-,christ4 ,il me manque les miracles4 ,ils lui eussent peut-tre manqu1 aujourd'hui4 ,je l'envie d'tre mort4 --,il y en a de faux et de vrais1 dit-il#e4 ,note #e3 ,penses1 article ,,xxiii1 #a1 ,,xxv4 --,mais il ne dit point qu'il n'y en ait pas#f4 ,il lui est plus facile de prter foi aux miracles des imposteurs1 que de la refuser aux vrais2 et pour ne pas douter de ceux-ci1 il croit mme aux miracles des charlatans4 ,ayant considr1 fait-il1 d'o vient qu'on ajoute tant de foi tant d'imposteurs qui disent qu'ils ont des remdes1 jusques mettre souvent sa vie entre leurs mains1 il m'a paru que la vritable cause est qu'il y en a de vrais#g4 ,pour conclure enfin1 il pense qu'on croit de nature aux miracles4 ,or l'esprit en doute1 de nature2 et la raison1 de nature1 n'y croit pas4 ,note #f3 ,ibid41 article ,,xxii4 ,note #g3 ,ibid41 article ,,xxiii4 --,h1 laissez donc la raison1 puisque la fin en est absurde4 --,ce n'est point que je ne la veuille laisser3 c'est elle qui ne me laisse pas4 ,nous fmes quelques pas dans la ,solitude3 c'est le beau nom d'un beau lieu1 sous les arbres4 ,au haut d'un orme1 un oiseau s'puisait chanter4 --,ce passereau a le bonheur1 dis-je4 --,jusqu' ce qu'un milan lui donne du bec sur le crne1 et lui mange la cervelle4 --,qu'importe1 s'il ne le prvoit point8 --,on ne le sait pas1 fit ,m4 de ,sipse4 --,l'homme seul n'est pas heureux4 --,c'est qu'il sait qu'on ne peut l'tre4 --,non3 c'est peut-tre qu'il s'te le bonheur4 --,o est la diffrence8 ,qu'on lui ravisse le bonheur1 ou qu'il se l'te1 il ne l'a point4 ,mais il y a plus3 l'homme a compris qu'il n'y a point droit4 ,nous nous tions assis sur un tertre1 au pied d'une croix noire1 dresse au fond d'une retraite ombreuse1 o l'on accde par quelques degrs de terre1 sorte d'oratoire rustique4 ,pascal a peut-tre pri l4 ,il devait aimer passionnment la prire3 toutes les puissances d'amour s'y portent1 qui l'on ferme les autres voies4 ,m4 de ,sipse reprit3 ,pensez-vous qu'on puisse jamais tre heureux1 quand on a les yeux ouverts sur la vie8 ,vous mme ne le croyez pas4 ,nous rvons2 et quand nous ouvrons les yeux1 nous avons peur4 --,les enfants rvent plus que nous1 et sont heureux4 --,sans doute3 les enfants ne savent pas qu'ils rvent4 ,la conscience du mal qu'on a ruine le bien qu'on pourrait avoir4 ,pascal est bien sage3 l'ide seule du bonheur lui parat tout fait absurde4 ,il sait ce qu'en vaut l'aune1 sous la rgle de la mort4 ,je dsire et je meurs4 ,je veux comme un ,dieu1 et tout l'univers m'crase comme un ver2 et sans qu'il soit besoin du monde1 un autre ver1 un bacille1 un infiniment petit1 le premier venu1 entre des myriades qui pullulent4 ,toute vue sur l'infini est un rayon d'trange lumire au sein d'innombrables tnbres4 ,il court1 venu on ne sait d'o1 entre deux berges de mornes ternits1 plus noires que le fond des mers1 ou la lie du dlire4 ,l'abme est au bord de toute vue profonde3 c'est celle que se propose une imagination avide de son objet1 jusqu' s'y ardemment perdre4 ,et cette vue1 au bord de l'abme1 produit le vertige4 ,un ou deux hommes1 tous les cent ans1 vont dans la vie1 les yeux fixs sur cette vision1 plerins de l'abme1 voyageurs trs douloureux de l'infini4 --,on accepte communment ce qu'on ne peut viter2 on finit mme par l'avoir pour agrable2 on pense peu1 ou on ne pense pas4 ,et tout est dit3 en voil pour jamais4 ,c'est le mot de ,pascal sur les cadavres4 ,a force de vide1 on n'est pas sensible au vide4 ,c'est l'avantage de la vanit4 ,les hommes sont bien contents d'tre vains4 ,que feraient-ils s'ils pensaient8 --,ils ne vivraient pas1 sans doute4 ,il y a trois sortes d'esprits3 ceux qui voient la ncessit et l'acceptent2 ceux qui la subissent et ne la voient pas2 et ceux qui1 la voyant1 ne l'acceptent pas4 ,les premiers sont les plus sages2 les derniers1 les plus clairvoyants4 ,car ceux qui acceptent le plus volontiers ce qu'ils voient du monde1 ne sont pas si srs de le voir1 bien qu'ils le croient4 ,ceux qui ne voient point1 ni ne rsistent1 sont les plus heureux1 et peu diffrents des btes et des enfants4 ,ainsi il ne vaut rien d'tre homme3 car c'est alors que plus l'on vit1 et moins l'on accepte4 ,on s'excuse bien d'accepter ce qu'on ne comprend pas1--et toujours mieux que de ne le pas comprendre4 tant ce qu'il est1 ,pascal trouve doux de se rduire cet tat d'enfant3 car combien d'effort n'y faut-il pas8 ,mais le cur n'est jamais assez dnu2 et pour un enfant1 il ne lui voit jamais assez d'innocence4 --,l'trange image1 cependant1 d'un ,pascal qui s'exerce l'enfance4 --,il nous le semble3 c'est que nous n'avons pas1 comme lui1 une raison toute parfaite et toute bonne de faire ce qu'il fait4 ,il veut tre un enfant1 parce qu'il ne se sait point sans pre4 ,mais1 au contraire1 il court un pre divin qui lui ouvre les bras4 ,la douceur est sans pareille d'avoir un pre2 s'il est aussi tendre qu'il est puissant1 quel salut et quel refuge que ses bras8 ,qui ne voudrait d'une telle enfance1 qu'accueille une telle paternit8 ,la grande diffrence de ,pascal tous les autres1 c'est que ,jsus-,christ lui est tout1 et que tout le reste ne lui est rien4 ,votre ,tolsto aime tant les raisons et les faits1 qu' peine si la personne de ,dieu l'occupe4 ,il aime tant l'vangile1 qu'il se passe de ,jsus-,christ4 ,mais1 pour ,pascal1 s'il n'y a un ,dieu dans l'vangile1 l'vangile lui parat presque aussi vide que tout le reste4 ,pascal est tout homme et tout passion2 il ne connat que la passion et que l'homme4 ,il lui faut un homme en son ,dieu1 et un ,dieu dans son homme4 ,il en sait les blessures4 ,il en coute l'agonie4 ,il recueille le sang qui coule4 ,il boit les paroles suprmes et le dernier souffle4 ,il s'en enivre4 ,toute lumire1 il la reoit des yeux divins4 ,il parle aux plaies qui lui parlent4 ,dans le sein de la mort1 il parle la vie1 qui lui rpond par la vie1 et le peut seule4 ,il ne sait pas ce que c'est que le salut sans le ,sauveur4 ,et je ne le sais pas plus que lui4 ,qu'et-il t1 ce grand ,pascal1 s'il n'avait pas t chrtien8 ,il n'et jamais fait un athe4 ,il avait trop d'toffe2 et il avait mesur que1 s'il en faut un peu pour tailler un athe1 il n'en faut pas beaucoup pour l'en draper4 ,il faut un ,dieu toute me puissante4 ,s'il n'avait eu ,jsus-,christ1 dans l'impuissance d'en avoir aucun autre1 il et donn dans quelque dsespoir infini4 ,il n'avait pas l'me froide d'un ,spinosa1 raison parfaite et glaciale4 ,il tait bien trop grand pour se suffire de lui-mme1 comme font ces petits4 ,se plaire soi marque la force1 mais jusqu' un certain point seulement4 ,pour que ,pascal supportt la vie1 il tait ncessaire qu'il crt4 ,il a eu la foi la plus vive4 ,et la preuve1 c'est qu'elle tait triste4 ,les simples d'esprit sont seuls joyeux3 cette rcompense leur est acquise4 ,une grande me qui croit est toujours triste4 ,car elle est dans le monde comme ,colomb revenant d',amrique3 et elle pense que le monde est peu4 ,le mol oreiller1 que dit ,montaigne1 a beaucoup de douceur1 en effet3 il est bon aux ttes bien faites1 qui le sont au tour commun4 ,mais il n'y a point de repos sur cette plume des ttes singulires4 ,il en est qui ne peuvent dormir sur le duvet4 --,de toutes parts1 observai-je1 on les accuse alors de maladie4 --,c'est le propos vulgaire1 qui a1 d'ailleurs1 sa vrit4 ,tous1 nous sommes des malades qui priclitent4 ,la maladie est mortelle1 c'est le mot3 et l'issue en est sre4 ,les plus heureux ne connaissent pas leur maladie1 ou la portent en riant4 ,un peu de sant change toute la vue des choses4 ,mais ceux dont l'me est non commune payent de leur sant cette maladie-l4 ,pour toujours ils sont malades4 ,ne renient-ils pas la joie8 ,et cependant qu'ils en sont riches parfois1 et qu'il en est1 dans leur nombre1 qui l'aiment4 ,mais ils ne veulent plus y croire6 ,les partis de la volont sont les plus beaux de tous4 ,ce sont ceux de l',intelligence qui a pntr l'abme du ,cur4 ,et la beaut de l'me asctique est l4 ,,iii ,,asc,,tisme ,,du ,c,,ur ,l'asctisme du cur est le triomphe le plus rare de l'me4 ,c'est l'exercice de prdilection pour les mes qui n'ont point de semblables4 ,il est la grande tentation des plus saintes1 qui l'envient quand elles le connaissent1 mais sans pouvoir y atteindre1 car bien peu y russissent4 ,les mes froides ne peuvent seulement pas comprendre en quoi cet asctisme consiste4 ,et il y faut d'abord1 en effet1 des passions brlantes1 un feu qui se replie sur soi-mme1 qui se cache et se dvore4 ,j'ai connu des hommes pris de pnitence et qui eussent voulu avoir deux corps faire souffrir1 pour travailler leur chair d'une double souffrance4 ,j'en ai vu d'autres1 tents par le zle de charit1 qui eussent cr les malades en ce monde pour leur donner des soins1 les coupables pour les sauver1 et les lpreux pour les entretenir4 ,mais ce n'est encore qu'une charit sans passion4 ,pour sainte qu'elle soit1 elle a toute sorte de limites2 elle est mme basse1 parfois2 car enfin il y a des degrs dans la saintet mme4 ,chacun est saint sa manire1 quand il l'est2 ou plutt1 chacun qui peut l'tre1 ne le peut que d'une manire seulement1 qui est la sienne4 ,on ne doit rien demander personne que d'aller sur sa voie1 jusqu'au bout2 et si c'est deux pas1 c'est qu'on n'a point de quoi fournir une marche plus longue4 ,il est admirable que toute galit est vaine1 si ce n'est devant la pense unique qui nivelle tout1 en rglant tout son nant4 ,la plus belle route la perfection et la plus difficile1 o presque personne ne va1 est celle que le cur ouvre1 dans l'asctisme1 la passion4 ,et rien n'est si peu connu1 car rien n'est si rare4 ,la passion1 rare en tout1 l'est bien davantage quand elle se perscute pour dcupler ses forces1 et1 quand elle les exerce uniquement afin d'en mettre la puissance double au service d'une amour parfaite4 ,ce feu de passion1 elle l'alimente donc pour entretenir la flamme d'une lampe hors de toute vue1 pour le plus grand nombre des hommes1 et o tout l'gosme1 incessamment renouvel en sa source1 ne brle que de se consumer4 ,une fin presque divine est celle-ci3 persvrer en soi-mme au del de toute mesure1 pour soi-mme s'immoler4 ,les saints1 en vrit1 doivent en tre tents2 et s'ils ne sont pas sduits1 c'est que la prudence les retient au bord de cet abme o l'orgueil sjourne4 ,puis1 ils n'ont pas en eux assez de cette force surprenante1 pour en avoir assez l'intelligence4 ,elle les attire par son mystre1 et leur fait peur1 comme la sduction4 ,pascal est l'homme de cette fin presque divine4 ,il ne veut pas qu'on le range parmi les saints4 ,sa grandeur1 pleine d'une humilit superbe1 s'en confesse trs indigne4 ,oh1 que je le vois viser plus haut6 ,et par ce qu'il voit1 lui-mme1 au fond de son cur1 comme nul autre homme n'y a vu1 ce grand chrtien s'emplit d'amertume2 et1 il tremble4 ,l'asctisme du cur est l'exercice de l'homme qui dirige sa passion au terme de l'infini1 et ce terme seulement4 ,de l'infini1 il fait son objet unique1 o toute cette passion s'applique1 en tout moment4 ,l1 un comble de passion sans cesse se dpassionne de tout et de soi1 passionn d'une beaut unique1 et d'une seule vrit1 l'une ou l'autre tant la perfection4 ,les curs froids n'ont pas de peine se dprendre4 ,beaucoup de saints n'ont rien pu faire de mieux que d'tre saints1 sans doute2 mais plus d'un1 peut-tre1 n'et pas pu faire autrement4 ,la charit peut tre le pis aller d'une me sche et lente1 qui la raison persuade le beau parti de s'mouvoir4 ,l'imitation de ,dieu1 ou un zle dcid pour le devoir1 ouvrent une vie inespre des hommes1 honntes par nature1 mais d'une vertu sans horizon jusque-l1 et pour ainsi dire sans espoir4 ,parfois ils sont tels qu'ils font tort de leur vertu la vertu mme4 ,plus d'un sectaire froid ignore que la raison qu'il a est moins fconde que les torts qu'elle n'a point et qu'elle combat4 ,il y a1 dans la vertu qui court le monde1 beaucoup de paille1 et l'apparence seulement de l'pi2 faute de cur1 l'pi est vide2 la moisson parat belle1 et sur l'aire on recueille peine un peu de grain4 ,que de gens doux sans douceur1 que de mollesse ou de froideur qui parat bonne8 ,le plus souvent1 la bont n'est faite que du mal absent1 comme la paix entre les hommes rsulte1 non de l'horreur qu'ils ont de la guerre1 mais de leur lchet la faire4 ,l'asctisme du cur est donc une lutte et une victoire continuelle4 ,la force la plus grande s'y exerce vaincre sans cesse1 pour triompher sans cesse d'elle-mme4 ,voil comme est ,pascal4 ,son image seule conte ce combat perptuel en traits inoubliables4 ,l'extrme tristesse de ce visage sans maigreur1 la profonde attention de ce regard pench ne parlent pas d'une me naturellement sainte4 ,toute la puissance de cette me est cache4 ,le front de l'homme fuit ce que ce regard rve en lui-mme1 tant il l'a pris soi2 et tout ce que cette bouche1 si avide la fois et si ddaigneuse1 s'avance pour goter1 le menton en dment l'apptit1 et le ravale4 ,il n'y eut point1 je le sais1 d'homme plus passionn que celui-l4 ,a cause de sa passion1 il est malade4 ,a cause d'elle1 il aime1 il appelle1 il attend ,jsus-,christ comme personne ne le pouvait faire2 non pas seulement en fidle2 non pas seulement en fils prostern qui espre1 ou qui craint1 ou qui court au-devant de son pre2 mais1 en propre participant des plaies4 ,il les ressent aussitt que penses4 ,les extases des plus grands saints ne sont pas plus humbles que les siennes1 et il en est de plus amoureuses4 ,mais leur humilit tient plus de la faiblesse que celle de ,pascal qu'il tire de sa force4 ,leur amour est de crature2 et l'amour de ,pascal est1 en quelque sorte1 de compagnon et de hros souffrant au ct de son matre4 ,familiarit sublime que celle-l1 dans l'agonie1 dans le sang1 dans les angoisses humaines o la mort d'un ,dieu est toute trempe4 ,familiarit dans ce qu'il y a de plus auguste et de plus fort1 o la passion s'est faite si grave qu'elle tombe1 de tout le poids infini dont elle s'est charge1 sur le cur de la mort1 et d'une mort divine4 ,dans une telle me1 une telle douleur est seule ternellement prsente1 en son mystre4 ,et enfin1 elle est seule enviable4 ,il ne faut pas moins pour tirer de soi un homme si fort au-dessus des autres hommes4 ,voil les dlices o toutes les autres ensemble ne se comparent point1 car peut-tre elles s'y anantissent4 ,c'est les goter seules que ,pascal se destine4 ,il dirige tout le feu de son cur sur ce foyer4 ,il est brlant1 mme quand il parat de glace4 ,on ne l'a point connu ni approch1 sans l'aimer ou le har4 ,tide en rien1 il n'a pas trouv de tides4 ,son pre a pleur de joie1 ds l'origine1 la vue du fils qu'il s'tait donn4 ,pascal a mis toutes les femmes de sa famille en saintet4 ,il effraye ,m4 de ,sacy1 et ne fait point peur sa servante2 mais1 au contraire1 superbe malgr tout1 et superbe cach1 ce qui le fait deux fois l'tre1 il est simple avec elle2 il peut tre humble avec cette bonne femme1 sans penser son humilit1 ide qui la ruine4 ,c'est pourquoi ,pascal vit seul1 et se retire dans une chambre1 avec un mendiant et de pauvres gens4 ,il ne veut pas mme d'une cellule dans un clotre1 ou dans un logis de famille4 ,il sait bien qu'il ne peut toucher la vie1 sans l'embrasser d'une treinte puissante2 et qu'enfin vivre1 pour un homme de sa sorte1 c'est toujours dominer4 ,il prvient sa sur et son pre du danger de l'aimer trop2 et plus il use de termes froids1 plus je le sens qui se dfend du trop d'amour lui-mme4 ,ou mme est-il trop grand pour s'en dfendre3 il prend le flot de cette passion1 il le prcipite et l'accrot2 mais il le dtourne sur ce qui n'est plus rien de propre au moi4 ,il parle contre les attachements du monde1 non pas en homme qui se dpouille1 mais en avare secret1 qui thsaurise un trsor incalculable1 d'une espce inconnue4 ,l'ascte1 qui ne l'est que selon la chair1 a beau tomber de fatigue et de peine3 il a l'expression de la joie2 il est tranquille1 comme tout ce qui se dpassionne2 et s'il chante les louanges de sa victoire1 les paroles sont en vain les plus chaudes3 elles sortent d'une bouche froide4 ,il est bien ncessaire qu'il en soit ainsi3 un corps sanctifi se mortifie assez pour faire un lit commode une me sainte4 ,mais ,pascal prononce des sentences glaces avec une langue et des lvres brlantes4 ,le fivreux ,pascal livre sa vie froide ce monde1 qu'il ne veut pas aimer2 il rserve les tisons de son me l'amour unique et cach qui est tant digne d'tre aim et o la parfaite douleur elle-mme est aimable4 ,tel est l'asctisme du cur3 il ne ruine point ses passions par esprit de charit4 ,il n'est que passion pour cette charit4 ,il est si fort qu'il rclame tout l'homme1 sans en retrancher rien1 afin de se consacrer1 dans toute sa force1 ce qui la mrite toute1 et accrue plutt que diminue4 ,l'tat de lutte ne saurait aller plus loin4 ,pascal s'y assied1 d'une volont matresse1 comme le confesseur de la foi au lieu de son supplice4 ,pascal n'lude rien4 ,il ne le daigne pas4 ,voil quoi sert d'tre bon gomtre jusque dans la saintet4 ,il prfre outrer la rigueur du combat4 ,la difficult infinie est la sduction suprme pour le cur d'une force infinie4 ,la passion de ,pascal fait la guerre sa passion1 comme au seul ennemi digne d'elle1 et elle lui en fournit des armes4 ,pascal vit dans la fivre1 le tremblement1 et les dlices tristes de ce cur qu'il nourrit et qu'il dvore4 ,pascal1 malade dans sa chambre1 est un des plus grands spectacles qu'il y ait de l'homme4 ,il fait mettre ses cts un mendiant1 malade comme lui4 ,en d'autres temps1 un pauvre2 et1 d'abord j'en suis sr1 un homme1 quel qu'il soit1 c'est toujours un malade4 ,celui qui souffre dans son corps ne l'est que deux fois4 ,mais la maladie originelle1 et mortelle ds l'origine1 qui la gurit8--,c'est la vie4 ,a l'poque o il n'avait pas rompu avec le monde1 l'ami de ,pascal devait tre son malade4 ,j'imagine que c'tait ,miton1 et surtout parce que ,miton devait voir en ,pascal son malade4 ,pascal n'a jamais quitt ,miton3 il l'avait pris en lui2 il n'en tait pas troubl1 comme on veut dire3 ,miton est athe et ne doute pas2 c'est une assez bonne tte4 ,mais meilleure elle est1 mieux ,pascal en fait sa cible4 ,elle est fire de sa raison3 il faut qu'elle le soit3 sans quoi1 quel profit l'abattre8 ,ce puissant ,pascal va-t-il humilier une pense affaiblie8 ,vous n'en jugez que par vous et vos commodits4 ,pascal accrot son ennemi1 pour l'accabler4 ,il attend d'avoir si mal aux dents qu'il trouve la cyclode2 et1 du reste1 il en propose le problme toute l',europe1 dans le dessein qu'on ne peut nier1 d'humilier tout le monde4 ,outre qu'il est jsuite1 le ,pre ,laloure apprend ce qu'il en cote de vouloir se drober cette humiliation4 ,mais o l'on ne voit que l'orgueil1 ou mme la mauvaise foi de ,pascal1 je reconnais son humilit superbe4 ,pas plus qu'au doute1 il ne laisse point de place en lui la contradiction4 ,il ne mprise point la gomtrie en lui-mme1 mais dans les gomtres3 car ils ne sont que gomtres4 ,et de petite gomtrie4 ,jusqu' la fin de sa vie1 il veut au contraire porter l'esprit gomtrique au comble de sa force4 ,il doit un effort incroyable de la gomtrie pure les fondements mmes du calcul de l'infini4 ,il ne mprise donc point la gomtrie3 il l'abaisse4 ,que sert d'abaisser ce qui n'est pas trs haut8--,il honore toujours ,fermat2 et s'il en veut ,descartes1 c'est en partie que la mathmatique de ,descartes n'exerce pas assez l'esprit4 ,la grandeur de l'esprit lui est chre3 mais il la mesure4 ,la solitude est le lieu de l'orgueil et de l'humilit4 ,elle y est galement propre4 ,la grande me humilie son orgueil en secret3 c'est une armure qu'on porte dans le monde et dont on se dlivre4 ,mais on met de l'orgueil mme dpouiller l'orgueil4 ,c'est pourquoi les quatre murs d'une chambre o l'on est seul sont l'espace qu'il faut cette discipline4 ,on ne s'arrte pas la premire peau2 et nulle pudeur n'empche de tout ter4 ,et enfin l'on est plutt un grand saint que bon connaisseur de soi-mme4 ,les enfants et les simples pourraient dire qu'ils ne craignent pas la bont1 ni celle d'autrui1 ni la leur4 ,mais ,pascal se dira toujours3 ,je crains ma bont mme1 parce que je la connais4 ,la vue de cette chambre1 o ,pascal est retir1 meut le fond de mon me4 ,pascal fait son lit1 et se sert lui-mme3 cette ide me plat1 qu'en ce que les autres pourraient faire pour lui1 il les supple1 lui que nul homme au monde n'et alors suppl en ce qu'il a fait4 ,c'est o l'on connat la vraie grandeur4 ,mais il est bien plus grand par l'amour o sa passion se consacre1 que par o il force son cur s'oublier4 ,il me semble qu'il s'estime avec douleur et se dsaime1 mesure qu'il aime les hommes et les msestime4 ,la charit1 o il exerce son cur1 est une recherche passionne de l'amour unique4 ,il est donc vrai1 et l'on prouve toute heure1 quand la premire en est venue1 ce sentiment si hardi et si triste que l'amour passionn de ,dieu implique un amour des hommes1 qui puisse aller mme l'entier sacrifice1--mais ddaigneux de soi et plus encore d'eux4 ,pascal entretient un commerce familier avec le spulcre4 ,voil encore quoi la solitude d'une chambre est bonne4 ,cette intimit avec la fivre de la mort n'a point du tout la froideur d'une pratique dvote2 plus forte raison ne l'a-t-elle pas des vues inanimes o les esprits sans vie se plaisent1 et beaucoup de philosophes4 ,l'entretien de ,pascal avec la mort n'est pas une conversation vaine2 car le spulcre1 o ,pascal prte sans cesse l'oreille1 n'est pas vide4 ,pascal1 au contraire1 y voit couch tout l'univers1 qui y tient1 et quand il parle1 il attend la rponse d'une voix ternelle4 ,aussi ,pascal peut tout ddaigner2 et1 s'il le faut1 se soumettre tout4 ,car o est le tyran1 la chane1 le supplice mme1 y part-il soumis1 o son me en vrit n'chappe8 ,pascal ne sort plus gure de sa chambre que pour se rendre ,port-,royal1 ou l'glise4 ,et1 quand il est dans la rue1 il vit de mme entre les quatre murs de la solitude1 comme au moment o on l'y trouve assis4 ,c'est ce ,pascal de la solitude1 que je vois parler1 un soir d'hiver1 une fille de la campagne1 l'ayant trouve sur la place1 errante1 jeune et belle1 seule1 en haillons1 presque perdue comme un enfant4 ,il ne peut la voir1 sans penser avec une ardeur gale sa perte1 o elle a dj le pied1 et au salut o il veut la conduire4 ,la sduction de l'innocence est sans pareille pour les esprits qui en connaissent l'espce fragile4 ,il la prend avec lui2 il la met entre les mains d'un prtre1 il veille sa nourriture et son vtement2 enfin il est sr de l'avoir te l'abme de la chair1 o elle devait tomber4 ,tant qu'il vit1 cette action reste cache4 ,mais quand il est mort1 on la publie2 et elle n'en reste pas moins voile aux yeux de ses amis1 et de sa sur qui l'admirent4 ,ils ne la voient en lui1 que comme elle et t en un autre3 et pourtant1 quelque saint homme et t celui-l1 il ne pouvait pas tre ,pascal1 ni sage sa manire4 ,ce n'est ni par pit froide1 et dtache de la crature1 quand elle s'attache mme le plus son objet1 que ,pascal agit1 ce soir-l4 ,ce n'est pas1 non plus1 par charit pour cette fille3 perdue1 elle et peut-tre got des plaisirs1 qui la fuirent sauve2 elle les et peut-tre prfrs ce qu'ils cotent2 et enfin1 si elle avait eu le choix entre les deux bonheurs1 celui de la perte l'et faite plus heureuse1 de son propre aveu sans doute4 ,car ce monde est plein d'ombres1 qui ne souhaitent qu'un peu de vent1 pourvu qu'il souffle vers les bords o elles veulent tre pousses4 ,le sage ecclsiastique1 qui vante la vertu de ,pascal ce propos1 n'en juge pas comme ,pascal et fait lui-mme4 ,l'homme qui a mesur une ligne prs le nez d'o dpend l'empire du monde1 ne s'abuse pas sur le prix d'une petite fille4 ,s'il la sauve1 c'est beaucoup moins pour elle1 que pour l'amour passionn de ,dieu1 o l'asctisme du cur l'incline4 ,cet amour ne va pas sans la haine de la nature4 ,pascal1 qui prend cette fille par la main1 ne s'inquite gure d'une once de sa chair1 en plus ou en moins4 ,mais il brle de zle pour une autre cause1 qui en vaut la peine1 celle-l3 ce qu'il en fait1 c'est pour vaincre et ployer la nature4 ,son dlice est de la contrarier4 ,il veut qu'elle ait le dessous2 et cette bte terrible1 ce monstre tout en apptit1 insatiable1 il faut l'affamer1 si l'on rve de le rduire2 voil une lutte digne d'un homme4 ,voil un ennemi pour ,pascal4 ,on dit de beaucoup d'hommes qu'ils valent mieux que ce qu'ils font4 ,et c'est le contraire qu'il faut dire1 et qui est vrai4 ,car cette opinion les vante1 comme toute la force de leurs mensonges4 ,presque tous les hommes valent encore moins que le peu qu'ils font2 et la preuve en est bonne1 de la grande peine qu'ils ont le faire4 ,pascal est du petit nombre en qui l'homme passe infiniment les actions4 ,le livre de ,pascal est le plus beau qu'il y ait en ,france4 ,il ne contient rien1 pourtant1 qui vaille la vie que la sur de ,pascal a crite de lui1 en quelques pages4 ,cette femme1 d'un esprit si solide1 d'une vertu si ferme et si drue1 ne put pourtant pas assez connatre son frre3 mais il suffit qu'elle en ait eu le modle sous les yeux1 et qu'elle en retnt des traits1 pour donner l'ide de cette grandeur incomparable3 un homme que la nature a cr pour son triomphe1 et qui ne vit que pour triompher de la nature4 ,enfin1 ce ,dieu qu'il faut conqurir1 ,pascal touche sa conqute4 ,enfin ,pascal est sur le lit de mort4 ,enfin1 le voici comme un enfant3 c'est qu'il meurt4 ,le temps en est venu3 le plus haut effort de cet esprit l'a port l1 qu'il a le bonheur de l'innocence parfaite3 qui est1 pour l'homme1 de n'tre point4 ,et pourtant1 cette me puissante1 qui se croit toute ,dieu1 est encore combattue4 ,on dirait qu'elle ne veut pas de sa victoire4 ,elle livre un combat terrible la chair4 ,tout un jour s'coule dans l'agonie4 ,a la fin1 elle reoit le prix4 ,avide comme elle est de toute fixit1 sa grandeur se fixe3 elle n'est plus4 ,mai #ahii4 ,,le ,,portrait ,d',,ibsen ,a ,,ferdinand ,,bruneti,,re ,je ne vous terai point1 dans la mort1 la part de respect et d'affection que vous avez conquise sur mon cur rebelle2 mais au contraire1 je la ferai plus grande1 maintenant que vous en avez plus besoin1 et qu'au regret de votre perte1 mesurant le prix de votre prsence1 je sens grandir le sentiment de ce que je vous ai d4 ,je revois votre visage amaigri1 o le pouce du modeleur impitoyable cherchait la place du suprme coup d'ongle4 ,dans votre corps dvast1 je retrouve vos yeux qui ne mentaient pas1 mais qui commandrent l'espoir et la volont de tenir bon l'angoisse1 comme un double feu sur des ruines4 ,vous aviez1 la fin1 les traits d'un saint moine1 rompu par les austrits4 ,or1 vous tiez dcharn par les jenes de la fivre et les insomnies de l'ternel combat4 ,il n'y a point d'ascte plus laborieux que le malade qui1 sans se lasser1 rsiste4 ,mais vous tiez n pour la lutte1 comme tant d'autres pour fuir4 ,votre fivre militaire faisait penser un guerrier1 dans une place assige par l'ennemi qui ne pardonne pas4 ,tout parlait en vous d'une tristesse qui se tait et d'un vouloir que rien ne doit abattre4 ,et vous aviez aussi le voile rsign1 la cendre du vieux prtre1 qui a reu le mot d'ordre pour la nuit et qui se soumet4 ,je vous offre ces pages que seul1 d'abord1 vous avez comprises et que vous avez eu seul le courage de publier4 ,dans le temps o1 parmi les puissants de la ,ville1 il n'en tait pas un qui ne me ft sentir l'immense diffrence qui me spare d'eux1 vous seul m'avez tendu la main4 ,vous tiez plus libre1 plus vrai et plus sr que les autres4 ,vous ne vous vantiez pas de penser librement1 comme ceux qui en prennent la libert de ne penser jamais2 toutefois1 comme nous tous qui avons vu le jour dans ce coin glorieux de l'univers o elle rgne1 la pense vous tait sacre4 ,avec tant de liens aux sicles passs1 vous n'aviez aucune haine pour l'poque future4 ,et vous pouviez avoir de l'audace1 parce que vous aviez de la vertu4 ,la parole en vous tait le tmoin de l'action4 ,vous tiez solide et vous aviez le respect du juste1 qui est de ne pas mentir dessein et de ne jamais chicaner le droit de la bonne force4 ,voil ce que vous tiez2 et je l'ai su quand vous m'avez aid4 ,vous avez vu en moi un homme qui ddaigne infiniment la victoire1 mais qui n'accepte point d'tre vaincu par ce qu'il n'honore pas4 ,et maintenant1 dans la grande dfaite de la mort1 je viens vous et je prends votre cause4 ,vous qui ftes loyal et brave1 vous ne serez pas vaincu1 tant que je suis l4 ,dcembre #aijf4 ,,morale ,,de ,l',,anarchie ,i ,,le ,g,,nie ,,du ,,nord ,la ,norvge1 navire de fer et de granit1 gr de pluie1 de forts et de brumes1 est mouille dans le ,nord entre la frgate de l',angleterre1 les quais de l',ocan glacial1 et la berge infinie de l',orient qui semble sans limites4 ,la proue est tourne vers le ,sud2 peu s'en faut que le taille-mer n'entre comme un peron au dfaut de la plaine germanique et des marais bataves4 ,a l'avant1 la ,norvge est sculpte1 en poulaine1 de golfes et de rochers3 tout l'arrire est assis1 large et massif1 dans la neige et les longues tnbres4 ,les morsures ternelles de la vague non moins que ses caresses ont cisaill tout le bord1 en dents de scie4 ,entre les deux mers1 la tempte d'automne affourche les ancres du bateau1 et croise les cbles du vent et de la pluie4 ,l'hiver1 il fait nuit trois heures2 dans le nord1 le jour ne se lve mme pas4 ,on vit sous la lampe1 dans une ombre silencieuse o les formes furtives ont le pas des fantmes4 ,la neige est partout3 elle comble les mille valles creuses dans la puissante chine des montagnes1 comme la moelle dans les vertbres4 ,le schiste noir1 l'eau fauve qui a pris la couleur de la rouille sur les terrains du fer1 les noires forts de sapins ajoutent au grand deuil de la terre4 ,l1 pendant des mois1 le soleil est voil2 ou bien d'argent1 ce n'est plus que la lune douloureuse de midi4 ,au couchant rouge encore1 sanglant et sans ardeur1 ce globe hagard descend sur l'horizon humide1 pareil au cyclope dont l'il rond se cache dans l'eau verte et ple4 ,les cygnes de la mer1 les blancs eiders1 hantent les vagues grises4 ,dans les villes de bois1 les maisons sont rouges sous le ciel incertain du bleu mourant des colchiques4 ,les rues sont muettes1 et les places sont vides4 ,les hommes sont sur la mer4 ,et1 comme des corps morts1 la foule des les flotte le long du ponton rocheux et des quais granitiques4 ,une me vaporeuse1 un ennui doux1 enveloppent de chastes vies2 elles gardent leur fracheur1 dans l'air humide et presque toujours frais1 qui dtend les dsirs4 ,mais1 comme ce pays1 d'un seul coup1 passe de l'hiver l't brlant1 la chair ici se jette dans l'ardeur brutale1 ds qu'elle n'est plus indiffrente4 ,ces enfants aux cheveux de lin blanc1 sont gais et brusques2 les femmes1 dont les yeux verts ont pris de sa mobile rverie l'inquitude des flots1 sont singulires et se plaisent l'tre2 les hommes robustes1 durs1 silencieux et rudes1 semblent taills pour parcourir une voie droite1 sans jamais jeter un regard derrire eux4 ,tout ce peuple n'a de passions que par accs4 ,il est exact1 et plein de scrupules4 ,il n'a toute sa fantaisie que dans l'ivresse2 elle est lourde et triste2 la chair et l'me sensuelle de l'amour y ont moins de part qu'un apptit pais et court1 qui a honte de se satisfaire4 ,rien de lger dans l'esprit2 une inclination pdante aux cas de conscience2 l'intelligence peu rapide1 et presque toujours doctorale2 une commune envie d'tre sincre et de se montrer original1 et la bizarre vanit de croire qu'on est plus vrai1 mesure qu'on se range avec plus d'ostentation contre l'avis commun2 enfin1 cette maladie de la religion propre quelques glises rformes1 qui consiste faire de la morale comme on fait du trapze1 et s'assurer que l'on en fait d'autant mieux qu'on saute plus haut1 quitte dans la chute se casser la tte ou la rompre aux autres4 ,c'est le pays de l'hiver dur et de la neige3 sous le ciel jaune qui s'affaisse1 l'homme de gnie vit dans la cellule de ses rves2 et1 s'il en sort1 il tombe mort entre deux ombres glaciales#h4 ,le pays de l't touffant1 o les navires des nations lointaines viennent porter1 en glissant au fond des fjords1 toute sorte d'tranges promesses1 des appels au rveil1 les nouvelles d'une contre houleuse1 la chimre du soleil d'or et de la mer libre#i4 ,le pays de la nuit polaire et du jour crpusculaire de minuit#aj2 la terre de la pluie1 de la pluie ternelle1 o l'homme est malade d'attendre la lumire1 et o sa folie lui fait rclamer le soleil#aa4 ,le pays des golfes endormis1 o la mer pntre au cur des montagnes1 s'y frayant un chemin de ruisseau3 comme une langue de chimre1 comme une flamme liquide et bleue1 le fjord dort entre les monts pic1 tel un long lac tortueux2 il est mystrieux et profond2 au bas des moraines normes1 ce filet de mer rve dans le berceau du ravin1 pareil ce peu de ciel qu'on voit couler1 entre les toits des maisons1 dans les rues des vieilles villes4 ,partout la mer1 ou la rclusion dans les valles troites1 derrire les portes de la glace et les grilles de la fort4 ,la mer fait l'horizon de cette vie2 elle en baigne les bords2 elle en est l'espoir et le foss2 elle en forme l'atmosphre2 et1 l o elle n'est point1 on en reoit les brouillards1 et on l'entend qui gronde4 ,c'est le pays d',ibsen1 o il veut mourir1 puisqu'il y est n4 ,note #h3 ,borkmann4 ,note #i3 ,dame de la mer2 ,soutiens de la socit4 ,note #aj3 ,rosmersholm4 ,note #aa3 ,les ,revenants4 ,la mer est un lment capital pour la connaissance des peuples4 ,la mer modle les murs1 comme elle fait les rivages4 ,tous les peuples marins ont du caprice1 sinon de la folie1 dans l'me4 ,au soleil1 le coup de vent les visite et balaie les nuages2 la brume1 dans le ,nord1 prolonge le dlire4 ,le risque de la mer et le paysage marin agissent puissamment sur les nerfs de la nation2 et par la langue1 sur l'esprit4 ,la ,norvge parle une langue brve1 sche1 cassante2 beaucoup moins sourde que le sudois1 moins lourde et moins dure que l'allemand1 il me semble2 d'un ton moyen entre l'allemand et l'anglais4 ,il est curieux que l'accent du breton1 en ,basse-,bretagne1 soit assez semblable celui du norvgien2 mais le norvgien n'a pas la cadence du breton1 qui chante4 ,l'imagination1 presque partout1 rflchit les formes et la couleur des crpuscules4 ,sur le bord de la mer1 au soleil couchant1 l'homme qui regarde ses mains les lve et doute d'tre soi2 mais1 dans l'orage et le brouillard1 le marin doit se rsoudre1 agir sur-le-champ1 dcider pour tout l'quipage et faire route4 ,mme s'ils ne savent pas o ils vont1 les marins calculent o ils sont avec une attention patiente3 de nature1 ils ont les meilleurs yeux du monde2 et le mtier rend leur vue plus perante4 ,un peuple de pcheurs1 de matelots et de petits fermiers1 qui dpendent de quelques gros marchands4 ,en ,norvge1 point de noblesse3 un petit nombre de parents riches1 et une foule de cousins en mdiocrit4 ,de la brusquerie2 peu de tendresse4 ,de gros os et des muscles toute preuve1 mtal de gabier qui n'a pas de paille2 beaucoup de froideur et d'obstination2 de la constance2 des curs fidles1 enfin les vertus de la solidit1 mais rien de puissant ni de chaud1 qui jaillisse de l'me4 ,hommes taciturnes le plus souvent1 avec les clats violents d'une joie brusque2 un long silence et1 quand il est rompu1 beaucoup de bruit4 ,un quant soi qui touche la grossiret1 et qui serait offensant pour le voisin1 s'il n'en rendait pas l'offense4 ,les femmes n'en sont pas exemptes2 de l1 cet air de roideur et de tourner le dos aux gens1 qu'elles ont volontiers4 ,comme tout le monde sait lire et signer son nom au bas des comptes qu'il sait dresser1 un caractre de ce peuple est certain air de savant qui n'ignore pas1 par exemple1 que la terre tourne1 et qui s'imagine savoir comment4 ,cette sorte de triomphe dans les matires de l'cole primaire donne beaucoup de ,scandinaves une assurance ingnue1 une haute mine de gens qui l'on n'en fait pas accroire2 les femmes y excellent4 ,la suffisance de l'esprit1 la plus piteuse de toutes1 est la plus sans piti4 ,il n'est pas croyable ce que la femme qui sait lire s'estime au prix de l'homme qui ne sait qu'peler4 ,voil o se rduit1 le plus souvent1 la supriorit intellectuelle4 ,elle est la meilleure cole de l'amour-propre4 ,pendant dix sicles1 ce pays fut peine moins tranger l',europe que la ,laponie ou l',islande4 ,les murs y furent celles des clans1 jaloux les uns des autres2 nulle unit2 ni le sens de l'tat1 ni l'audace d'une pense originale2 point d'art3 car la ,cit est le premier tage du bel ordre o l'glise de l'art se fonde4 ,et1 malgr tout1 une manire de gnie moral3 ces villages lisaient la ,bible2 l'on y tait thologien1 raffin en rgles de conduite1 comme ,athnes ou en ,france on put l'tre en beau langage4 ,l'inclination naturelle des ,normands aux cas de conscience1 en pays rforms1 de tous les lacs a fait des docteurs en thologie4 ,le got des procs est la forme goguenarde1 le got de la procdure morale et de la casuistique la forme grave du mme temprament4 ,le drame o les ides plaident les unes contre les autres1 o les grands partis de la conscience sont aux prises1 devait bien tenir son pote de cette race disputeuse1 et qui n'aime pas les ides pour elles-mmes1 mais pour les voies o elles font entrer les lois et la conduite4 ,corneille aussi a mis les dbats de la politique sur le thtre4 ,depuis1 et mme sur la scne franaise1 on trouve partout plus d'avocats que de hros2 mais dans ,ibsen seulement les causes sont vivantes4 ,,solitude ,ibsen est n ardent1 violent1 sensuel et passionn4 ,c'est la force des grands artistes1 dans le ,nord1 que violence1 ardeur1 passion1 ils ne peuvent s'y livrer4 ,a tous les torrents de l'me1 les murs opposent une digue rigide4 ,le flot se creuse un lit2 presque toujours l'eau croupit2 ce n'est plus qu'une mare4 ,mais1 parfois1 un large fleuve s'amasse2 il sait se donner cours1 et la puissante inondation se prpare4 ,l'ardeur de l'homme dort et se concentre4 ,le silence est la matrice o la passion prend forme4 ,l'avortement est innombrable2 mais1 quand la gestation heureuse arrive au terme1 il en sort une crature vraiment grande4 ,les peuples qui jouissent de la vie en dilapident la joie2 c'est un or qu'ils prodiguent4 ,les gestes et les paroles de la foule puisent le fonds commun3 il n'est plus rserv1 par droit d'anesse1 la fortune de quelques matres4 ,le peuple du ,nord1 qui se tait et fait son pargne pendant mille ans1 la lgue un seul homme4 ,quel rveil et quelle action6 ,quelle solitude1 aussi6 ,qui comprendra cet homme8 ,dans le ,midi1 les peuples valent mieux que leurs hros1 peut-tre2 ces foules sont belles1 loquentes1 hroques4 ,ils sont plus avancs dans le bonheur et la perfection1 qui pour l'usage commun ont nom3 mdiocrit4 ,dans le ,nord1 un seul homme1 de temps en temps1 confisque le trsor et vit pour tous les autres3 ,humanum paucis vivit genus4 ,combien cet homme est seul1 et qu'il doit m'tre cher1 par l1 ds que je l'ai connu6 ,ibsen a longtemps err en exil1 comme ,dante2 mais1 l'un ou l'autre1 qu'auraient-ils fait dans leur pays8 ,ils taient bannis de naissance4 ,et ,ibsen un peu plus encore1 homme se bannir4 ,ses livres mmes ne le rapatrient pas4 ,la langue littraire de la ,norvge diffre beaucoup de la langue parle3 le norvgien d',ibsen n'est que le pur danois4 ,sa langue passe pour la plus belle de la littrature scandinave2 elle est brve1 forte1 prcise2 tendue l'excs1 et d'une trempe mtallique2 elle abonde en ellipses1 en raccourcis rapides2 mais elle est aussi claire et aussi harmonieuse que le danois puisse l'tre4 ,si loin que soit l',italie de la ,norvge1 le style d',ibsen me rappelle celui de ,dante2 ce n'est qu'une impression2 et je sens assez tout ce qu'on y pourrait opposer4 ,mais1 dans les deux potes1 que d'ailleurs tant de traits sparent1 il y a la mme volont de tout dire en peu de mots2 le mme ton pre1 la mme violence bafouer2 la mme force tirer des vengeances ternelles4 ,dante1 toutefois1 sculpte dans le bronze2 et ,ibsen1 dans la glace4 ,la forme de ,dante est la plus ardente et la plus belle1 aile de feu et de passions2 la forme d',ibsen1 bien plus roide1 est la plus lourde d'ides et qui va le plus loin dans la caverne o nos penses s'enveloppent d'ombre4 ,la solitude d',ibsen s'en accrot3 l'artiste1 en ,norvge comme en ,france1 est un homme qui ne parle jamais que pour le petit nombre3 c'est l'effet d'une langue littraire1 quand l'utile le cde la beaut4 ,il n'y a de socit sincre qu'entre ceux qui parlent galement mal leur langue4 ,quant aux autres1 chacun ne la parle bien que pour soi4 ,il n'est pas de beau style commun deux hommes3 comme la grandeur mme1 le style fait la prison#ab4 ,note #ab3 ,voici les uvres d',ibsen dans leur suite4 ,je laisse de ct ses essais de drame historique et de comdie1 quand1 jeune homme1 il n'avait pas encore quitt la ,norvge3 le dernier en date1 les ,prtendants la ,couronne1 #ahfc1 est de bien loin le plus fort et le plus pique2 il rappelle assez souvent les chroniques de ,shakespeare4 ,mais le gnie d',ibsen n'tait pas l1 et nullement dans l'histoire4 ,c'est1 d'abord1 trois drames philosophiques1 o ,ibsen1 de quarante quarante-sept ans1 rompt avec tout le pass de sa race et toutes les ides de son temps4--,brand1 #ahff1 o le monde chrtien fait un effort suprme et inutile2 ,peer ,gynt1 #ahfg1 o la nature se justifie2 ,empereur et ,galilen1 #ahfi-ahgd1 o le monde antique et le monde chrtien en prsence1 vaincus tous les deux1 sont obscurment presss de s'unir pour donner lieu une socit future4 ,puis1 douze drames modernes1 o de cinquante soixante-dix ans1 ,ibsen fait la guerre toutes les formes de l'institution et de l'hypocrisie sociales4 ,il s'engage dans la lutte plein de foi et d'enthousiasme1 croyant de toutes ses forces la vertu universelle de la libert3 tout le mal est dans l'obissance et le mensonge4 ,il s'attaque donc la socit prsente au nom d'une cit idale1 dans les ,soutiens de la ,socit1 #ahgg1 les ,revenants1 #ahha1 l',ennemi du ,peuple1 #ahhb1 le ,canard sauvage1 #ahhd1 ,rosmersholm1 #ahhf1 et le ,petit ,eyolf1 #ahid4 ,il s'occupe surtout du mariage et des femmes dans ,maison de ,poupe1 #ahgi1 la ,dame de la ,mer1 #ahhh1 et ,hedda ,gabler1 #ahij4 ,mais de bonne heure il doute cruellement de gurir le monde malade1 et des remdes qu'il lui offre4 ,il se met alors en scne sous divers noms3 trois de ses drames sont d'amres confessions1 des auto-tragdies hroques1 o le hros1 sans accepter sa dfaite1 est toujours un vaincu3 ,solness le ,constructeur1 #ahib1 ,jean-,gabriel ,borkmann1 #ahif1 et ,quand nous nous rveillerons d'entre les morts1 #ahii4 ,a tel point que toutes ses uvres de la fin semblent le contrepied des premires3 ,rosmersholm s'oppose l',ennemi du ,peuple1 le ,canard sauvage aux ,revenants1 ,hedda ,gabler ,maison de ,poupe1 ,solness le ,constructeur la ,dame de la ,mer1 ,j4-,g4 ,borkmann ,solness mme1 et enfin ,quand nous nous rveillerons d'entre les morts1 comme une ngation dcisive1 tout4 ,,rh,,torique ,,du ,,nord4 ,il y a quelquefois dans ,ibsen un rhteur1 qu'on s'tonne d'y voir4 ,par tout le ,nord1 il rgne une rhtorique d'esprit1 qui rpond la rhtorique de mots en faveur au ,midi4 ,celle-ci se moque de celle-l2 mais l'une vaut bien l'autre4 ,on est rhteur d'ides comme on est rhteur de phrases2 comme on btit sur de grands mots vides1 on fait sur de hautes penses2 mais la fabrique1 ici et l n'est pas moins vaine4 ,les personnages d',ibsen s'enivrent de principes1 comme ceux de ,hugo d'antithses4 ,si ,ibsen n'tait pas un grand peintre de portraits1 il semblerait bien faux2 on ne croirait pas la vrit de la peinture1 si l'on n'y sentait la vie des modles4 ,les rhteurs de morale sont les pires de tous2 car ils sont crus4 ,c'est pourquoi la sincrit dont le ,nord se vante est souvent si fausse4 ,l-haut1 ils se font un intrt de l'intelligence ou de la morale1 et c'est ce qu'ils appellent l'idal4 ,ces hommes et ces femmes1 tout propos1 revendiquent le droit de vivre1 d'tre libre1 de savoir et d'agir3 c'est1 dans l'ordre de l'intelligence1 la mme rhtorique que celle des dmagogues dans l'ordre de la politique4 ,au soleil1 ces rvoltes de la neige passent pour ridicules et sans raison4 ,et1 sous la neige1 c'est l'loquence du soleil qui passe pour infconde et trs creuse4 ,il faut toujours qu'un bord du monde tourne le dos l'autre1 pour se croire seul du bon ct1 et qu'une partie de la terre se rie de l'autre partie1 pour se prendre elle-mme au srieux4 ,chacun s'estime davantage de ce qu'il msestime4 ,l'abus de la conscience et du libre esprit n'est qu'une rhtorique4 ,toute loquence qui se prend elle-mme pour une fin n'a ni force ni preuve4 ,la vie n'a pas plus de temps perdre aux bons mots qui ne finissent pas1 qu'aux actes dsordonns d'une conscience qui prtend la nouveaut1 et se rvler nouvelle soi-mme tous les matins4 ,excs de conscience1 manque de conscience4 ,a force de scrupules1 on agit aussi mal que faute de scrupules4 ,quant celui qui agit pour agir1 il ne se distingue en rien de celui qui ne parle que pour parler4 ,les gens du ,nord1 s'ils le savaient1 s'en feraient peut-tre plus modestes4 ,ni la conscience1 ni l'action1 ni le discours ne sont des panaces tous les maux humains3 car l1 comme ailleurs1 c'est le sens propre1 presque toujours1 qui seul s'exerce4 ,j'entends que l'gosme ait de bonnes raisons pour lui-mme1 et lui seulement4 ,mais il ne faut pas que l'goste se prenne pour un principe1 et se donne pour un exemple4 ,qu'on rejette tout l'ordre de la ,cit1 soit2 mais1 le faisant1 qu'on ne s'imagine pas d'tre le bon citoyen ni l'espoir de la ,cit nouvelle4 ,c'est mal se connatre2 c'est tre dupe2 et bien pis que de duper4 ,les plus grands rebelles1 qui font dans l'tat la meilleure des rvolutions1 ne doivent point prtendre fonder le nouvel ordre sur les bases du bien et de la vrit4 ,ou1 s'ils l'osent1 et mme sans parler de vrit absolue1 il y a de quoi sourire4 ,il n'est pas sr que la meilleure rvolution ne soit pas aussi la pire4 ,elle est nouvelle1 c'est ce qu'elle a de bon4 ,mais les hros de morale ne l'entendent pas ainsi4 ,ils sont srs d'avoir raison1 jusqu'au dlire4 ,on parle magnifiquement de la conscience1 et on oublie de se dire qu'on ne pense peut-tre qu' soi4 ,il y a pis3 on l'ignore4 ,la jeune ,norah1 pour donner une leon de respect son mari1 se rend peu prs trois fois infanticide4 ,la rhtorique de ,mde n'enseigne pas1 du moins1 la morale aux femmes mcontentes4 ,voil bien les rhteurs d'ides3 les en croire1 ils ne visent que le droit de tous les hommes1 la vie1 l'honneur1 le droit des femmes1 le droit de la conscience4 ,et1 au bout du compte1 c'est un homme qui a mal au foie1 ou qui a t tromp dans son mnage2 une femme qui s'ennuie la maison1 et qui veut voir du pays4 ,quelle rage de s'en prendre aux lois et aux ides8 ,elles ne sont que la forme de la vie4 ,dans le fond1 il n'y a que des passions4 ,mais personne n'ose le dire1 ni surtout qu'on les veut sans frein4 ,ibsen a eu cette audace1 la fin1 lui pourtant qui n'avait reu de son temps et de son pays qu'une foule insupportable de masques1 de principes1 de passions voiles1 mconnaissables elles-mmes4 ,les formes et les lois ne sont que les freins1 mis aux passions d'un seul par l'intrt de tous les autres4 ,quelle folie de tant prter d'importance aux modes changeants de la vie humaine1 et si peu la nature et aux apptits incoercibles des hommes6 ,on bavarde l'infini l-dessus dans le ,nord1--et bien trop gravement4 ,on ne vous y tue pas un homme pour une pomme1--mais pour un principe4 ,,ii ,,image ,d',,ibsen ,on doit rendre ,ibsen l'hommage de sa solitude4 ,qu'il soit unique1 puisqu'il est seul4 ,il est bien vrai3 rien ne nous importe que ce qu'il y a de plus grand4 ,ibsen compte seul nos yeux1 de tous les ,scandinaves4 ,il n'y a pas de place pour nous en ,france1 disait l'un d'eux#ac4 ,mais il n'y a pas eu de place pour ,ibsen en ,norvge1 ni ailleurs4 ,on lui donne parfois un rival3 il ne peut l'tre qu' ,berlin#ad4 ,note #ac3 ,ibsen seul s'y est log et seul il y demeure3 c'est comme un chardon qu'ils se seraient mis dans les cheveux et qu'ils ne pourraient ter4 ,lettre de ,m4 ,jonas ,lie ,m4 le comte ,prozor1--prface de ,borkmann1 ,,xxii4 ,note #ad3 ,il s'agit de ,m4 ,bjoernstjerne ,bjoernson qui1 entre tant d'ouvrages bruyants1 loquents et confus1 a fait une uvre3 ,au del des forces humaines4 ,ce drame a un mrite rare3 c'est que1 par endroits1 on le dirait d',ibsen4 ,ibsen s'tonne de ceux qui le font d'une cole4 ,s'il est raliste1 il leur montre ,solness1 ce rve de la pense enfonce en soi-mme4 ,s'il est mystique1 il leur fait voir ,maison de ,poupe ou l',ennemi du peuple1 ces peintures cruelles de la vie4 ,il y a deux hommes en lui1 qui sont les deux termes du long dbat entre le moi et le monde3 un crateur et un critique4 ,tout ce qu'il voit de solide autour de lui1 de bti par les sicles1 il le renverse4 ,tout ce qu'il lve lui-mme1 il le dtruit4 ,son art oscille entre les deux ples de la nature et du rve4 ,nul pote1 par l1 n'est plus de ce sicle3 il cre en dpit de tout1--et seulement en vertu de lui-mme4 ,ibsen1 qui sait le bonheur de crer1 peut la rigueur montrer le mpris de penser4 ,la vie implique infiniment plus d'ides que tous les esprits ensemble4 ,la vie a des penses que la pense n'a pas4 ,les ides du grand pote tendent de plus en plus prendre la qualit d'tres vivants4 ,le symbole est une ide qui a reu le souffle divin2 elle est rachete de sa condition infrieure2 elle a fait le grand pas3 elle a pris l'tre4 ,c'est dans ,ibsen que je dis2 car1 dans les potes sans force1 il est constant que c'est tout le contraire4 ,ils humilient la vie jusqu' la mort2 ils ravalent un tre vivant une ide gnrale3 comme si un mot valait jamais un homme4 ,entre tous les potes1 ,ibsen est le seul rveur1 depuis ,shakespeare4 ,tous les potes tragiques sont ralistes1 sous peine de n'tre pas4 ,la scne franaise est unique par la continuit3 c'est que tous les bons auteurs y ont t les peintres fidles des murs et de la vie4 ,le thtre de la ,france est l'cole sans fin de la morale1 de la politique1 le miroir des lois et des coutumes1 une imitation qui n'a pas sa pareille des sentiments communs tout un peuple1 des plus bas aux plus hroques4 ,un admirable gnie s'y applique la connaissance de l'homme moyen4 ,la ,france est la moyenne humaine entre toutes les races1 tous les ges1 toutes les nations4 ,une loquence partout rpandue1 comme l'esprit mme dont elle est la forme publique2 une exquise finesse1 une vue des caractres qu'on ne trompe pas1 sagace et sans dtours2 une doctrine large sans roideur1 sociable comme la vie en commun est force de l'tre2 un divorce ternel entre les objets du cur et les objets de l'esprit1 qui est proprement la mthode universelle de toute science2 un got dcid du bonheur et de la juste raison1 un penchant les confondre1 le parti pris d'y croire et d'y convier tous les hommes2 une exprience des murs et des passions qui rend indulgent toutes3 un verre d'ironie ou d'honneur1 selon qu'on se moque des hommes ou qu'on y a une foi inbranlable3 voil ce qu'on trouve sur la scne franaise1 comme partout en ,france4 ,l'intelligence et la raison y rgnent absolument1 et la fleur de l'esprit les tempre4 ,quand elles font dfaut un auteur1 il ne lui reste gure rien4 ,si les autres peuples n'ont point de thtre1 c'est faute du gnie raliste2 mais pourquoi1 sinon que le gnie de la vie y a trop peu de charme8 ,o sont l'loquence et l'esprit1 ces deux mamelles du dialogue8 ,chacun dort chez soi1 ou boit1 ou dispute1 ou prie4 ,pour tout dire d'un mot1 l'art ne commence l-bas qu'avec la posie4 ,on ne verra point un thtre illustre dans la suite des sicles2 mais1 au lieu du dsert1 dans l'oasis de deux ou trois saisons1 un grand pote et un seul4 ,ainsi les cent petits peintres de la ,hollande1 qu'on ne peut estimer trop1 artisans impeccables2 et le seul ,rembrandt qui1 d'un gnie unique1 tient tte aux cent artistes de l',italie4 ,ou bien1 ce prodige de ,shakespeare4 ,combien ,ibsen semble plus grand de faire penser ,rembrandt6 ,il a de son dessin et de sa plume4 ,manque d'tre ralistes1 ,ibsen ni ,rembrandt ne seraient point de si grands potes1 ni surtout si tragiques4 ,mais1 s'ils n'taient pas les potes qu'ils sont1 bien moins encore seraient-ils de grands artistes4 ,par ces climats1 la vrit1 le grand artiste est d'abord un ,visionnaire4 ,seule1 la vision sert le rve1 accorde1 pour la beaut1 les dissonances de la posie et de la vie4 ,seul1 le rve les fiance2 dans la vision seule1 ils s'pousent et se rconcilient4 ,la ,vision est un palais1 aux tages de clarts et de brumes1 mais qui a des fondements indestructibles dans les entrailles de la terre4 ,si l'on veut1 le nom de vrit convient aux caves et aux vastes salles de plain-pied avec la ville humaine2 et l'on donnera le nom de symbole aux autres tages1 aux fentres ouvertes sur les nues1 et aux tours dont on ne voit pas le fate4 ,mais le pote est le matre unique de la maison2 et1 sans se soucier du lieu o on le place1 il va et vient dans la demeure3 il dort dans une chambre1 il veille dans une autre2 quand il lui plat1 couch au fond de la cour1 il ne regarde que les fantmes du brouillard sur les combles2 ou1 perdu au haut de la tour1 il se penche en dehors1 pour voir au-dessous passer la foule4 ,parfois1 l'on est tent de croire que plus grand est le pote1 et plus il est raliste2 mais ce n'est aussi qu'un mot4 ,il arrive que la plupart des potes ne peuvent pas tre vrais1 et que la plupart des ralistes n'ont pas de posie4 ,c'est pourquoi le pote tragique est si rare4 ,il le sera de plus en plus3 parce que la vie1 de plus en plus est laide1 commune1 de moins en moins hroque4 ,on peut passer sur l'obstacle3 plus frquent1 toutefois1 et plus abrupt1 il se fait plus difficile4 ,peut-tre1 mme en ,france1 mme ,paris1 faudra-t-il bientt au pote tragique le mme don trange de vision qu' ,christiania ou ,londres4 ,aprs tout1 c'est une maladie4 ,mais quoi8 ,au del d'un certain point1 il faut tre pris pour le malade qu'on est1 ou convenir qu'on ne peut mme plus tre malade4 ,qui nous fera la vie belle8 ,qui nous rendra la lumire8 ,ibsen est digne des ,grecs1 sans en presque rien tenir1 en ce qu'il cherche la lumire au fond mme de l'ombre1 et un air de beaut dans ce miroir de toute laideur1--la vie relle4 ,des ides passionnes1 voil sa ressource et en quelque sorte son ,olympe4 ,il les jette les unes contre les autres2 et presque toujours il condamne la plus noble et la plus pure4 ,il la frappe en l'aimant4 ,il la sacrifie ce qu'il mprise et qu'il dteste4 ,par l1 cette misrable vie de petits bourgeois dans les villages populaires se fait belle4 ,ibsen a la posie de la dfaite1 et les beauts austres de la mort4 ,aussi bien c'est la mort1 la vieille nourrice de la beaut tragique4 ,les ,grecs ne cessent pas de tuer3 comme les enfants1 ils cultivent l'pouvante4 ,dans la mort1 nous cultivons la douleur4 ,quel abme de diffrence4 ,je trouve ,ibsen bien plus beau et plus pote dans ses tragdies bourgeoises que dans ses drames antiques ou ses pomes4 ,c'est qu'il rve avec plus de force4 ,il fallait un rve ardent pour donner la vie aux ides de ces petites gens1 presque tous mornes1 bouffons1 plats et bas sur pattes4 ,les ides ne vivent que passionnes2 et ces petites gens n'ont pas de passions4 ,bon gr mal gr1 le gnie d',ibsen leur en inculque3 telle est l'opration du rve4 ,le grand pote est celui qui peut dire3 ,mon rve est plus vrai que votre vrit4 ,c'est une vrit qui dure4 ,quel crateur n'a pas l'apptit de la dure1 et de prolonger son uvre dans le temps8 ,le rve mdite profondment la vie2 la ralit en sort plus relle4 ,il tait fatal qu',ibsen devnt son propre sujet de drame2 il en a fait son chef-d'uvre1 l'ayant pris d'une me si forte et d'un geste si libre4 ,quand il n'tait encore que peintre raliste#ae1 il n'avait pas rendu la vie la ralit2 et quand il n'tait que pote#af1 la force durable de ce qui vit lui chappait encore4 ,puis le jour est venu o1 de la vision1 il a fait natre les types1 ces tres plus vivants que les vivants4 ,le don suprme est celui-l4 ,le pote ajoute alors visiblement la nature4 ,a la fin1 il a tir du rve sa propre image2 comment aurait-il pu consentir l'y laisser8 ,c'tait le moins qu'il se crt lui-mme4 ,note #ae3 ,cf4 la ,comdie de l',amour1 #ahfi2 l',union des ,jeunes1 #ahfi2 les ,soutiens de la ,socit1 #ahgg4 ,note #af3 ,cf4 ,brand1 #ahff2 ,empereur et ,galilen1 #ahfi-ahgc4 ,la scne est un lieu misrable et sublime1 o l'esprit de l'homme invite la beaut de vivre sa pense propre et la chaude guenille des comdiens4 ,ibsen n'oublie pas qui il a affaire4 ,en gnral1 il ne cherche point la beaut dans l'action2 les vnements de son drame sont d'une espce assez vulgaire2 il prsente une image grossire des faits2 une allgorie matrielle figure le sens cach3 un canard bless1 un poulailler sous les toits1 un architecte qui tombe de son chafaudage1 il n'en faut pas plus pour vtir de chair les ides les plus complexes et une passion hroque4 ,ce mystre grossier lui suffit1 parce qu'il doit suffire au public et aux acteurs de la comdie4 ,en eux1 et peut-tre en lui-mme1 ,ibsen ddaigne insolemment sa matire4 ,il rserve sa puissance et sa posie aux sentiments que les ides engendrent4 ,sa manire propre est de rendre les faits vulgaires capables de son ide1 qui est toujours rare et forte4 ,le thtre d',ibsen n'a qu'un intrt assez mdiocre1 si l'on s'en tient la priptie3 la vie puissante est au dedans4 ,rien n'est plus dcevant pour la foule1 elle va droit aux faits et ne se soucie pas du reste2 elle ne sait plus quoi s'en prendre1 car le caprice mme de l'auteur est sans clat1 et pourtant elle souponne une beaut secrte2 elle pressent ce qu'on lui cache1 une force admirable et mme une fantaisie profonde dans la vrit2 et elle s'en irrite3 ,ibsen1 cependant1 l'a traite comme il fallait1 se bornant lui rendre la matire qu'il en avait prise4 ,,vie4 ,,exil4 ,la vie d',ibsen est simple1 sans vnements1 et ne prte pas l'anecdote4 ,une vie pareille beaucoup d'autres1 la solitude excepte4 ,mle d'abord la vie de tout le monde1 bientt elle n'a plus rien de public4 ,une jeunesse pleine d'espoir1 qui s'en va la conqute du peuple4 ,une dfaite qui ne mnage rien1 ni l'orgueil1 ni la conscience1 ni les moyens ncessaires la vie4 ,un ge mr plein de travaux1 qui naissent dans la retraite1 et une vieillesse1 riche en gloire et en biens solides4 ,de bonne heure1 une habitude prise pour toujours de ne plus rien donner de soi au public1 que les uvres de l'esprit4 ,la famille d',ibsen est d'origine danoise4 tablis en ,norvge1 les ,ibsen se sont maris dans le pays2 plusieurs femmes de la maison taient pourtant des ,allemandes4 ,il a eu de bons parents et la fortune mauvaise1 l'entre de la vie4 ,sa famille tait riche2 elle a connu les revers et le malheur d'tre pauvre4 ,il a perdu son pre assez tt3 c'tait un armateur hardi1 un homme gai1 vivant1 et fait pour la victoire2 il ne survcut pas sa ruine4 ,ibsen a t lev par sa mre1 femme de grand sens et de vertu rigide4 ,il avait des frres et des surs2 il se tenait l'cart1 et ne prenait aucune part leurs jeux4 ,il passe pour avoir toujours ha les exercices du corps4 ,enfant1 il tait brusque1 nerveux1 brillant quelquefois1 et le plus souvent taciturne4 ,jeune homme1 il a d gagner son pain1 et le moyen de faire ses tudes4 ,il a tenu le pilon dans une pharmacie4 ,plus tard1 ,christiania et ,bergen1 il a crit dans un journal rvolutionnaire1 et dirig deux thtres4 ,il a donc vcu dans les deux cercles de l'enfer ddis au mensonge3 toutefois1 comme le mensonge est la premire nature des comdiens1 ils y sont bien plus sincres2 et il s'en faut que le poison de mentir ait la mme innocence dans les journalistes4 ,l'preuve de la misre1 bien ou mal1 forme le caractre d'un homme4 ,il s'en fait plus sensible la joie1 qu'il appelle1 et la douleur ou la colre1 qui ne le quittent plus4 ,il arrive que1 pour avoir souffert trop tt1 un homme porte au fond de l'me un sens de la souffrance1 qui finit par crer les occasions de souffrir4 ,du reste1 presque toutes les mes puissantes sont douloureuses4 ,le plaisir de vivre n'est qu'un incident3 il n'a pas de profondeur4 ,ibsen a prouv le dgot de n'tre pas son rang2 son orgueil a grandi dans l'humiliation4 ,il a bien fait plus que de prendre ses grades2 il a d conqurir le droit d'y prtendre4 ,c'est sans doute pourquoi il tient beaucoup son titre de docteur#ag4 ,il a cru dompter son pays et son temps1 dans l'allgresse de la premire victoire1 quand le sentiment de sa force et l'ivresse de l'intelligence donnent au jeune homme cette confiance en soi et dans tout l'univers1 qui est une folie d'amour4 ,on s'aime tant d'tre comme on est1 qu'on croit avoir la mme raison d'aimer les autres4 ,et peut-tre les chrit-on1 en effet2 dans le bonheur qu'on a de les conqurir1 on leur tend sa propre excellence2 on s'assure de les convaincre2 on ne doute pas d'eux1 parce qu'il semble certain qu'ils se laissent gagner2 et1 comme on se sent plus haut qu'eux1 on les aime davantage1 on les bnit d'tre assez bas pour se laisser lever4 ,pour eux1 ils n'ont pas l'air d'en rien savoir2 et l'on s'aperoit enfin de leur indiffrence4 ,c'est le moment o elle tourne en hostilit4 ,tel est l'aveuglement de celui qui compte sur son intelligence1 et qui lui prte une action dcisive sur la vie des autres4 ,sans cesse1 l'esprit d'un homme fonde une immense esprance sur le cur des autres hommes2 mais sans leur donner du sien4 ,les hommes1 comme les chiens et les enfants1 ont l'instinct de ceux qui les aiment4 ,il est bien vrai qu'une grande pense ne juge pas ncessaire de mieux faire pour le genre humain que pour elle-mme4 ,l'intelligence seule repousse avec ddain l'ide du sacrifice3 or1 la plupart des vivants n'attend rien de l'homme suprieur1 qu'une immolation ou des services4 ,note #ag3 ,il est gradu de ,christiania1 en date du #c septembre #ahej3 il avait vingt-deux ans et demi4 ,son diplme porte la mention3 non contemnendus4 ,il a de bonnes notes en latin1 en franais1 en religion1 en histoire1 en gomtrie4 ,il a mal pour le grec et l'arithmtique4 ,ibsen avait offert trois ou quatre pices de thtre son public3 les unes n'eurent pas de succs2 les autres firent scandale4 ,il avait beau se dfendre3 il vit qu'il lui fallait demeurer obscur1 ou perdre ses forces dans un combat misrable contre les sots et une nue d'absurdes ennemis4 ,comment se rsigner une telle lutte1 quand on ne voudrait mme pas de la victoire un tel prix8--,que faire1 d'ailleurs1 contre tout un peuple injuste1 quand on ne veut pas tre le bateleur de ses penses1 ni servir la parade de son propre gnie8 ,valent-ils donc la peine qu'on cesse d'tre libre8 ,ils hassent jusqu' la beaut1 jusqu' la libert que l'on rve pour eux4 ,bien pis1 ils ne sont pas en tat de les comprendre4 ,a quoi bon tant d'efforts inutiles8 ,ne meurt-on pas de faim aussi aisment partout8--,le plus intelligent des potes devait en tre le plus amer et le plus dur4 ,a prs de quarante ans1 il s'est vu aussi pauvre1 aussi seul et sans joie dans toute sa richesse pensante que1 trente annes plus tt1 l'avait t son pre1 le soir de la ruine4 ,il a fait comme ,dante et le prophte3 il est sorti de la ville2 il a pris la route de l'exil1 secouant la poussire de ses sandales sur son peuple1 et1 d'abord1 sur ses amis4 ,il a connu la faim1 le mpris des plus forts et du public4 ,comme il a beaucoup aim la victoire1 et le rve de la puissance1 il a beaucoup souffert de la dfaite1 et il en a ressenti l'outrage4 ,il y a pris une haute ide de son gnie1 ayant mesur quoi le gnie condamne4 ,quand il s'exile1 il ne laisse dans son pays que l'amertume d'une vie dtruite#ah4 ,note #ah3 ,ibsen n'a pas quitt la ,norvge avant #ahfd4 ,il est ,rome en #ahff2 ,ischia en #ahfg4 ,il vit quatre ans en ,italie1 et la plupart du temps ,rome mme4 ,on l'y retrouve plusieurs fois de #ahgj #ahhj2 il s'est arrt aussi ,naples et ,sorrente4 ,de cinquante soixante ans1 il a surtout vcu ,dresde et ,munich4 ,il doit ses premires victoires aux thtres allemands4 ,depuis prs de trente ans1 il n'avait pas cess d'errer1 vivant en ,italie et en ,allemagne1 tantt ,ischia1 tantt ,munich1 et le plus souvent ,rome4 ,il quitta ,rome1 comme les ,italiens y entrrent4 ,on vient de nous enlever ,rome1 nous autres hommes1 crivait-il1 pour la livrer aux faiseurs de politique4 ,o aller maintenant8 ,rome tait le seul lieu o vivre en ,europe1 le seul o l'on et la vraie libert1 qui chappt la tyrannie des liberts publiques#ai4 ,quand la troupe des ,meiningen eut commenc de le rendre clbre1 il fut lou dans son pays2 il y fit d'abord quelques courtes visites2 puis1 l',europe ne lui parut plus valoir beaucoup mieux que la ,norvge4 ,il y rentra donc1 en #ahia1 pour ne plus la quitter4 ,il allait avoir soixante-cinq ans4 ,il faut bien mourir quelque part4 ,et s'y prendre un peu l'avance4 ,ainsi l'on prend ses quartiers d'angoisse4 ,note #ai3 ,lettre ,m4 ,g4 ,brands4 ,,secrets ,,de ,,la ,,puissance ,ibsen parat avoir pass cinquante ans de sa vie nourrir la force de son grand ge4 ,il n'y a peut-tre pas un autre pote qui n'ait vu tout son gnie que dans la vieillesse4 ,coup sur coup1 ,ibsen sexagnaire a donn ses chefs-d'uvre3 d'abord1 un drame chaque anne2 puis1 tous les deux ans4 ,pendant vingt annes ce fut sa rgle4 ,sans doute1 il avait autrefois conu et demi cr ce qu'il mettait alors au monde4 ,quoi qu'il en soit1 on aime se faire d',ibsen l'ide d'un vieil homme puissant4 ,du reste1 quel homme vraiment grand n'est pas plus beau dans son ge mr1 et la vieillesse8--,on dirait mme qu'il y est plus robuste1 et que l'me n'a toute sa force qu'aprs cinquante ans4 ,j'imagine le vritable ,ibsen1 l'homme secret1 celui qui cache son cur1 sous les traits les plus violents et les plus rares1 comme le ,vieux de la ,montagne aux ,ides4 ,lui aussi1 il a sa troupe de disciples1 qu'il enivre de doctrine1 et qu'il envoie mfaire ailleurs et1 ,dieu soit lou1 s'y faire pendre4 ,si l'on regarde au fond de ce solitaire1 sous une triple cuirasse de froideur indulgente1 d'ordre pouss jusqu'aux minuties1 et de politesse1 il y a1 d'abord1 l'amour ardent de la vie1 et l'instinct de la domination4 ,ces deux passions s'assemblent1 comme le tenon et la mortaise4 ,un apptit insatiable de la vrit tantt s'y oppose et tantt y sert de levier4 ,en ce sens1 et pour qui veut la puissance1 la vie n'est pas toujours ce qu'on a de plus cher4 ,la libert n'est qu'une belle raison1 et la volont dominatrice la donne tous ceux qu'elle veut dominer4 ,agir en libert1 c'est ce qui vaut le mieux2 mais autant dire3 agir selon son bon plaisir2 fais ce qui te plat le mieux1 la condition que ce soit l'uvre quoi tu es le mieux fait toi-mme4 ,et1 par consquent1 si le dsir de la fuite est si joyeux en toi1 petite fille1 crase en traneau ton vieux pre sur la route3 il n'en saura rien1 ni toi non plus2 la nuit est belle2 la neige est solide2 la glace est bonne2 tu glisses toute vitesse et tu passes4 ,les hommes non communs agissent hors du commun ordre1 et n'ont pas besoin de raisons4 ,trahir une grande force1 c'est le plus grand crime4 ,il faut donc vouloir1 il faut oser tre soi-mme4 ,quiconque doute de soi n'est pas digne de se faire croire4 ,le doute est la faiblesse mme4 ,croire sa propre vrit1 pour que les autres y croient2 et de mme son droit1 son autorit1 sa force4 ,qui a une uvre faire ne doit s'arrter rien4 ,la force et la volont du plus fort imposent la foule ce qu'elle ne peut jamais comprendre4 ,font partie de la foule tous ceux qui ne servent pas1 corps et me1 l'uvre propose4 ,nul lien avec les autres3 rien n'est plus amer que de n'tre pas compris2 mais l'essentiel n'est pas qu'on me comprenne3 c'est qu'on m'aide4 ,si mon ami ne croit pas en moi1 je n'ai que faire de mon ami2 je n'ai plus besoin de lui2 il m'importune2 et qu'il n'invoque pas sa vrit contre ma vrit3 je n'en connais qu'une1--la mienne2 que la sienne s'y ajuste3 savoir tromper1 c'est en quoi l'amiti consiste4 ,sur le point de cder aux femmes1 il faut savoir se soustraire leur fatale mollesse1 et fuir ,capoue4 ,leur ternelle exigence1 leur requte d'amour est le pige o trbuchent les meilleurs hommes4 ,pour elles1 rien au monde ne prvaut sur les droits du cur2 et non pas mme du cur1 comme l'entend un homme1--mais de leur cur4 ,tout ne compte leurs yeux qu'au regard de la famille2 tandis que l'homme1 fait pour dominer1 ne se soucie point de toutes ces affaires domestiques1 et dit de son propre fils3 il est un tranger pour moi1 je suis un tranger pour lui4 ,qu'on soit d'abord l'abri de ces molles influences1 de cette pluie patiente qui vient bout du granit4 ,les femmes nous gtent l'existence2 elles nous font perdre de notre prise sur le monde2 elles brisent nos destines2 elles nous drobent la victoire3 telle est la sentence d'un grand vaincu1 qui aurait pu vaincre4 ,un tel homme est presque toujours seul4 ,l-haut1 dans sa chambre1 il va et vient comme un loup malade4 ,et1 quand il sort1 s'il lui arrive de se mler la foule1 il ne rencontre que les symboles du deuil1 de la dfaite et de la mort4 ,mme si elle connat le succs1 on touffe dans cette vie4 ,on ne peut plaindre celui qui ne veut pas tre plaint2 peut-tre on l'envie4 ,mais lui1 qui ose tout d'abord1 n'a pas l'me si dure qu'il ne souffre2 car la passion du pouvoir trompe toujours3 qui1 aimant la puissance1 sera rassasi de puissance8 ,on a1 prs de soi1 pour compagne de lit1 la seule force toute-puissante1 la garde-malade voile qui veille mme les mieux portants3 la mort4 ,voil pourquoi cet homme n'aime pas la campagne4 ,la ville emporte tout dans une rumeur de mouvement4 ,a la campagne1 on ne s'abuse plus gure3 cause de ce terrible silence4 ,on y entend marcher le temps4 ,on y coute tomber ses penses2 et c'est entre les mains de la mort que coule tout ce sable4 ,cinquante ans1 cinquante minutes au sablier4 ,ibsen n'est pas aim1 on l'admire4 ,il ne sera jamais cher qu'aux puissants qui sont tristes2 et ceux qui voient le monde dans la lumire trange du crpuscule1 sans tre srs de ne pas faire un songe la fois trop frle et trop solide1 terrible et bouffon1 odieux et pitoyable4 ,avant d'en venir l1 ,ibsen a eu tant de confiance et d'orgueil qu'ils suffisaient beaucoup de bonheur encore4 ,l'homme de foi n'est jamais tout fait mort en lui4 ,il s'est reconnu pessimiste en ce qu'il ne croit pas la dure ternelle d'un idal1 quel qu'il soit2 mais optimiste en ce qu'il croit possible de faire succder un idal un autre1 en s'levant mme de ce qui est moins parfait ce qui l'est le plus4 ,jusqu'en ses derniers temps1 ,ibsen n'a jamais t sans un idal ou deux1 ou mme trois#bj4 ,c'est plus tard qu'il a vu qu'on ne les trouve pas si aisment2 et qu'ayant perdu cette lumire1 il n'y a plus qu' s'en aller dans la nuit noire4 ,note #bj3 ,ibsen aime mme beaucoup ce mot si vague et si froid4 ,c'est un trait de sa gnration4 ,les hommes qui ont eu de vingt trente-cinq ans en #ahdh ont fait un terrible abus de l'idal4 ,mais on n'a pas souvent mieux se mettre sous la dent4 ,et les hommes de cette poque avaient l'me gnreuse4 ,il n'y a point de pense si amre1 ni de vie si dsenchante qui ne fassent encore l'homme des promesses admirables1 s'il garde intacte la foi sa propre vertu1 et l'espoir d'y faire parvenir le monde par les voies de la puret morale4 ,la conscience d'tre pur est l'me ce qu'une source d'eau1 ouverte au flanc d'un glacier1 est au voyageur puis de soif et de fatigue1 par un midi d't1 au cours d'une ascension dans les ,alpes4 ,la puret morale fait l'me vigoureuse et libre3 elle appelle son dsir un bain purifiant4 ,l'homme alors ne doute pas de lui-mme4 ,bien loin d'tre incurable en secret1 il porte le remde aux autres2 s'ils se plaint1 c'est de ne pouvoir faire tout le bien qu'il voulait2 au total1 telle est son esprance qu'il lui faut seulement tre libre d'agir pour tre sr d'abonder en actions parfaites4 ,il se sent une vigueur irrsistible2 il se trouve le plus prs de son ,dieu et de soi-mme4 ,la puret morale suffit tout4 ,il n'est bonheur qu'elle ne supple4 ,ibsen en exil1 tournant le dos sa patrie1 ne compte plus sur la victoire1 et consent s'en passer4 ,de cur altier comme il est1 et d'me imprieuse1 il sait bien qu'il faut dire adieu la fortune3 peu importe4 ,que son cur se ptrifie1 au besoin2 dsormais1 il est homme se tirer d'affaire3 il a fini sa vie de plaine1 il s'est tabli sur les hauteurs1 en libert et devant ,dieu#ba4 ,il se croit sorti des passions et de leur guerre cruelle4 ,comme on doit s'y attendre avec les mes pures1 qui ne sont point saintes1 l'orgueil est une forte puissance4 ,la puret morale fait ainsi une chaude matrice l'amour-propre4 ,elle juge de bien haut tous ceux qui lui semblent moins dignes4 ,les purs1 qui croient ne devoir qu' soi toute leur puret1 n'ont aucune charit4 ,ils peuvent tre durs1 ils sont sans remords4 ,ils jouissent curieusement de mpriser les autres4 ,en bas1 les autres1 et ttons1 dit ,ibsen4 ,et mme1 s'il est trop haut pour eux1 si tous les liens sont rompus entre lui et les autres1 peut-tre en souffre-t-il moins qu'en secret il ne s'en vante4 ,note #ba3 ,cf4 ,sur les ,hauteurs1 pome d',ibsen1 traduit par ,g4 ,bigault de ,casanova4 ,l'me d',ibsen a presque toujours t d'une puret glaciale4 ,il est unique par l entre tous les potes2 car il n'ignore pas les passions3 tant s'en faut1 qu'il va bien au fond4 ,,iii ,,ibsen ,,ou ,,le ,,moi ,les ides sont tragiques4 ,les ides sont mouvantes4 ,les ides sont pleines de passion4 ,les ides sont plus vivantes que la foule des hommes4 ,mais une condition3 que ce soient les ides d'un artiste1 et qu'elles s'agitent dans un moi vivant4 ,faute de quoi1 elles ne sont que science1 et squelette comme la science4 ,la vie des ides doit tout celle de l'individu4 ,un art ne saurait pas vivre d'ides1 seulement3 il faut qu'un artiste y prodigue de sa vie propre1 et donne vraiment le jour aux ides pour qu'elles soient vivantes4 ,la vie est le don propre de l'artiste4 ,il peut y avoir des potes tant qu'on voudra1 de belles ides1 de nobles formes3 la vie seule est la marque de l'art4 ,o il y a un homme vivant1 il y a une uvre d'art4 ,le don de la vie est infiniment au-dessus de tous les autres4 ,rien dans l'homme ne va plus haut3 c'est qu'il n'y est pour rien1 et proprement sa facult divine4 ,la tristesse d',ibsen est celle de l'ide vivante4 ,sa sombre humeur vient de ce qu'il met sa vie dans ce qu'il pense4 ,c'est le plus pensant des potes2 mais il a bien plus que de l'intelligence2 il respire la dception infinie de l'esprit qui comprend1 et du cur qui prouve ce que l'esprit a compris4 ,il pourrait se rjouir1 s'il n'tait qu'un savant3 il a bien dmont la machine2 mais1 en vertu de la vie que les ides lui ont prise1 il demeure dans une tour de chagrin4 ,la plupart des auteurs logent au mme tage que la plupart des hommes4 ,ils imitent ce qu'ils voient et ce qu'ils touchent2 le fond leur chappe1 qui est la vie4 ,je vois ici la pierre de touche juger de l'imitation3 qu'on prenne les termes mmes de ce qu'on imite1 on en est le matre si l'on y met la vie4 ,le commun des anarchistes se donne soi-mme1 et chacun de son ct1 pour la rgle du monde2 le commun des auteurs peut aussi prtendre mettre les ides sur le thtre4 ,ils oublient qu',ibsen en fait des tres vivants4 ,il faut avoir l'toffe3 c'est le moi4 ,beaucoup l'invoquent1 qui n'ont que du chiffon4 ,ibsen ne pousse pas sur la scne des comdiens grims en ides4 ,il va des ides aux hommes qui les portent1 ou que quelque fatalit y a soumis4 ,il cre du dedans au dehors1 au lieu d'aller du dehors au dedans4 ,il s'intresse moins ce qu'on dit qu' ceux qui le disent4 ,telle est la diffrence de la thse et de la tragdie4 ,le plus intelligent des docteurs ne fera jamais un pote tragique4 ,le nombre des personnes est infiniment petit4 ,en art1 l'individu1 c'est le gnie4 ,il serait assez juste d'accorder au grand artiste qu'il a seul droit l'individu4 ,tous les autres doivent accepter l'ordre2 et mme tout leur mrite est de rester dans l'ordre1 il me semble2 car ils ne sont pas seuls1 et leur vertu est de relation l'ensemble4 ,c'est parce qu'on se croit quelqu'un qu'on se rebelle contre toutes choses4 ,je vois la rvolte en tous1 et je ne vois de moi presque en personne4 ,elle vient des ides abstraites1 la folie de croire qu'on change le fond de la vie humaine1 en bouleversant les formes4 ,cette niaiserie1 d'o sortent beaucoup de rvolutions1 est odieuse l'artiste3 il ne s'y plat qu'un peu de temps4 ,le lionceau n'a pas toutes les dents du lion4 ,ibsen est n de la critique et d'une longue rflexion2 il a eu le culte des ides2 mais il ne s'y est pas tenu1--le seul pote qui soit parti des ides pour arriver crer des hommes4 ,il a fait ce que ,gthe ne sut pas faire3 c'est qu'il avait encore plus d'imagination que d'intelligence4 ,ibsen a donc t rvolutionnaire2 car la critique1 c'est toujours quelque degr la rvolution1 soit pour anticiper sur les temps1 soit pour tcher les renvoyer en arrire4 ,mais il a bientt connu qu' une certaine hauteur on ne peut pas tre de son parti1 sans tre aussi de l'autre3 n'est-il pas trange que cette lvation la sagesse se dtermine plus par le temprament que par l'esprit8 ,la puissance morale d',ibsen est celle mme de son intelligence2 et c'est o reparat l'instinct3 il n'absout pas souvent4 ,le moi qui juge est impitoyable2 il dtruit tout ce qu'il touche4 ,rien ne trouve grce devant lui1 que le songe de la vie4 ,,vie ,,des ,,id,,es4 ,une vue tragique de l'univers1 voil donc la forme o les ides s'animent4 ,l'empire de la douleur est livr aux passions4 ,seules1 les passions fcondent l'intelligence du pote2 et c'est aux passions seulement que les ides empruntent la vie4 ,l'ide est l'image de l'homme qui pense4 ,il ne s'agit point de science1 certes2 mais de ce qui lui est si infiniment suprieur1 notre raison d'tre1 ici-bas et sur l'heure4 ,la religion est un art de vivre2 la science en est une parodie4 ,la science ne peut passer le seuil2 l'art est au centre de la demeure1 comme le cur4 ,la science ne connat pas le temps1 ni les espaces en nombre infini4 ,l'art est un connaisseur trs fin de l'me1 de ses temps1 et de ses espaces en nombre infini4 ,le palais de l'artiste repose sur un acte de foi4 ,l'artiste connat l'ternelle illusion2 et il fait semblant de compter sans elle4 ,il s'enivre de cette feinte surhumaine2 il construit pour l'ternit des demeures qu'il sait lui-mme faites de fume1 et fondes sur le rve4 ,l'art est tout humain2 et la science est inhumaine4 ,voil en quoi une ide1 moins d'tre vivante1 n'est pas un objet d'art4 ,sinon la vie1 rien ne nous importe1 malheureux que nous sommes4 ,le premier homme1 en qute de ,dieu1 est un artiste4 ,la recherche de la vie a fait la religion1 et non pas la crainte de la mort4 ,il n'est pas un seul homme qui n'ait besoin de ,dieu pour vivre4 ,et qu'importe s'il est possible de s'en passer aux seuls esprits8--,mais que m'importe l'esprit8 ,je vis de vie1 et je suis affam d'tre4 ,la sduction de l'esprit est l'attrait irrsistible qui me pousse ma perte4 ,que j'y aille donc1 puisque je ne puis faire autrement2 mais qu' tout le moins je n'ignore pas o je me prcipite2 que je ne me vante pas de courir une vie plus ample ou plus vraie1 quand je descends au contraire la pente du dsespoir1 et d'une mort trs profonde4 ,a moins de la religion1 il n'y a que l'art seul qui permette de vivre4 ,je parle pour ceux qui ont un cur vivant2 non pas pour ces estomacs faciles1 qui se nourrissent de papier et s'engraissent de formules4 ,quel artiste dsormais ne se verra point enferm dans la souffrance1 comme dans une cellule1 au centre de l'univers8 ,je souffre1 donc je suis3 tel est le principe de l'artiste4 ,la vie et la douleur sont les deux termes de l'tre4 ,toutes mes ides sont vivantes et passionnes2 en elles1 c'est la douleur qui met le signe4 ,si elles ne sont dsespres1 et chaudes comme la vie mme1 que me font les ides8--,l'homme qui vit avec force n'a que faire des ides mortes1 ce gibier de savant4 ,,fa,,ons ,d',,tre4 ,le ,nord vaut peut-tre mieux pour la morale4 ,mais le ,midi vaut mieux pour la vie4 ,c'est dans le ,nord que l'art est un uf d'aigle couv par des canes4 ,la ,rforme a dcidment assis la morale dans le trne du souverain4 ,il est curieux que1 pour mieux repousser l'autorit du pontife romain1 les peuples du ,nord se soient soumis une foule de papes de village4 ,la tyrannie des principes parat peut-tre moins pesante1 parce qu'elle est anonyme3 mais enfin ,lon ,x n'avait pas si tort quand il ne voyait dans la querelle de ,luther avec les lgats de ,rome qu'une dispute de moines3 le ,nord tout entier1 depuis1 s'est fait thologien4 ,la thologie des lacs enferme les murs dans une troite prison de prjugs et de pratiques4 ,la stricte morale qui condamne toujours1 et toujours par principe1 telle est la redoutable puissance qui1 pendant trois sicles1 a rgl la vie dans les petites villes du ,nord4 ,car la thologie des lacs1 c'est la morale4 ,on peut voir dans ,ibsen l'ennui1 l'esclavage1 la misre de cur qui s'ensuivent4 ,il n'y a pas trente ans1 la plupart des villes scandinaves vivaient courbes sous le joug4 ,le pasteur1 l'avis du pasteur1 les bonnes uvres du pasteur1 la socit des dames ouailles du pasteur1 voil une glise impitoyable1 qui ne connat que des fidles soumis ou des hrtiques3 glise dans une grange1 o1 au moindre signe d'indpendance1 l'enfer est toujours prt flamber l'indpendant4 ,nul gard aux passions2 et mme la violence d'un cur sincre y est plus abominable que les crimes o il s'gare3 le scandale est le pch sans rmission4 ,il faut rougir d'tre soi-mme1 ou le cacher4 ,il faut avoir honte de sentir comme l'on sent2 mais bien plus de le montrer4 ,dans ces pays1 que l'on prtend si libres1 la moindre libert du cur est scandaleuse2 et le bonheur que l'on ose goter la source1 qu'on n'a pas eu honte de dcouvrir soi-mme loin de la fontaine commune1 ce bonheur est cynique4 ,les meilleurs sont austres et froids1 se faisant de pierre4 ,l1 l'hypocrisie est une forme trs pure de la vertu sociale4 ,de mme que l'on doit porter le costume de tout le monde1 chacun a ses gants d'hypocrite vis--vis de tous les autres1 et jusque dans son lit4 ,ainsi l'exige l'autorit d'une glise laque1 fonde sur l'horreur du scandale4 ,dans la moindre ville de ,france ou d',italie1 soumise au pire podestat ou au plus fanatique des moines1 il y a toujours eu plus de libert vritable que dans ces pays du ,nord1 o est n1 dit-on1 le premier homme libre4 ,comme si la libert consistait1 d'abord1 voter l'impt deux cents lieues loin de son tre1 ou dire ses prires dans le patois de son canton6 ,la meilleure prire est celle que l'esprit n'entend pas1 mais que son ,dieu entend4 ,qu'on ne cherche point la preuve de la libert dans les chartes1 mais qu'on la trouve o elle est1--dans les murs4 ,on devrait s'aviser que l'art mesure le niveau des peuples libres2 peine si1 depuis cent ans1 le ,nord n'est plus l'tiage4 ,la force des grands artistes1 dans le ,nord1 se marque leur rvolte4 ,dans le ,midi1 plus souvent leur harmonie finale4 ,se tirer d'entre la foule des intrigants1 des bavards et des faux artistes1 voil pour ceux-ci en quoi consiste la lutte4 ,mais1 pour ceux-l1 il leur faut sortir d'un marcage moral1 o la libert d'me trouble toutes les habitudes d'un peuple qui se croit libre1 parce qu'il est asservi ses propres principes4 ,on ne comprend gure ,ibsen1 ni sa manie d'en appeler sans cesse aux ,vikings1 si on ne se le reprsente pas nageant grandes brasses1 seul1 dans son fjord aux eaux croupies1 o tout le monde1 autour de lui1 dort debout1 enfonc jusqu'aux narines4 ,ibsen n'atteint la rive que pour abattre le premier tronc venu1 s'y tailler un canot1 et mettre la voile4 ,l-dessus1 il pousse vers la mer libre4 ,il crie son peuple1 furieux qu'on le tire du noir sommeil3 ,debout6 ,qu'il vous souvienne des ,vikings6 ,assez dormi dans la vase6 ,rveillez-vous3 il n'est que temps2 vous n'avez que trop vcu en carrassins1 sous le varech et le sable4 ,pendant plus de trente ans1 on lui rpond par des injures1 et on le traite de pirate4 ,puis1 vient un jour1 peut-tre plus morne que les autres1 o tout le monde1 barbotant dans le marais1 sous les yeux d',ibsen1 se vante d'tre pirate comme lui4 ,car telle est l'issue fatale3 quand le joug est secou1 presque toujours on doute qu'il en aille mieux pour ceux qui l'ont port4 ,il n'est pas bon qu'il leur pse2 et parfois il est pis qu'ils en soient dlivrs4 ,que reste-t-il8 ,la vrit toute nue4 ,cependant1 la vrit nue n'est qu'une allgorie1 et sans doute elle est belle sous les mains d'un grand peintre2 pour l'ordinaire1 il n'y a que des hommes nus3 des singes4 ,le ,viking1 avec un sens profond de la vie1 ne rve point de fonder son royaume sur la terre natale4 ,tous ces pirates ont les yeux fixs sur le ,midi4 ,le pays de la joie et de la lumire1 c'est le pays de tous leurs songes3 l1 il doit tre possible d'affronter la vrit nue4 ,ibsen1 le ,viking de l'art1 ne rve aussi que du ,midi2 mais peut-tre ne met-il la joie et la libert dans la terre des dieux que pour reculer la perspective4 ,les pommes d'or sont celles qui ne viennent pas dans mon verger4 ,si le ,midi tait plus proche1 l'illusion ne serait pas si facile4 ,ibsen aussi a vcu ,rome et en ,italie2 il n'a pourtant pas continu d'y vivre4 ,les gens du ,nord ne bavardent peut-tre tant de l'idal que grce l'esprance1 nourrie parfois plus de vingt ou trente ans1 d'enfin passer l'hiver au soleil4 ,la lumire du ,midi1 elle aussi1 n'est qu'un rve4 ,l-bas1 la vie est plus facile4 ,le malheur veut que les curs profonds s'ennuient de la facilit4 ,ils la dsirent1 parce que le dsir passe en tout le contentement2 mais1 la rive touche1 la contre n'est plus si belle4 ,je suis dans la brume du ,nord3 qu'on me donne le ,midi1 et la joie du soleil4 ,mais1 si je les avais1 je les fuirais4 ,dans la pleine lumire1 c'est la pleine horreur du destin et de l'homme4 ,on ne va l-bas que pour en revenir1 il me semble4 ,on le voit assez bien dans cet air de vieux matre mpriser1 o ,ibsen a pris sa retraite de pirate3 c'est l'habit d'un docteur allemand1 et mme le dos d'un pitiste2 mais ce n'en est pas la bonhomie grasse1 ni la suprme satisfaction d'tre docteur allemand4 ,dans l',ibsen1 une des faces1 en secret1 s'amuse de l'autre1 avec un srieux terrible4 ,s'il n'tait pas si timide dans la rue1 on lui sentirait une affreuse amertume3 le miel de la politesse1 il en est oint1 et les mouches s'y laissent prendre4 ,un vieux ,viking1 oui1 et bien hardi1--mais qui a coul son canot4 ,,figure ,une grosse tte sur un petit corps2 et1 face d'un large crne1 une figure ronde qui fait centre une aurole1 une fort touffue de barbe et de cheveux2 elle semble y disparatre2 c'est le trait qui domine dans tous les portraits et dans les caricatures4 ,jeune1 il tait plein de verve1 prompt1 homme caprices et aux nerfs violents2 tantt enthousiaste et tantt taciturne1 rveur l'cart4 ,il semblait tranger aux gens de son pays3 souple1 vif1 brusque1 de teint plus que brun1 couleur de bronze1 les cheveux noirs1 il n'avait point la haute taille1 la chair rose1 et le poil blond des ,scandinaves#bb3 tout ce que ,bjoernson reprsente1 au naturel1 sans parler de l'air doctoral1 de la tte carre1 et du maintien qui hsite entre le professeur de thologie et le mdecin4 ,note #bb3 ,mince1 un homme au teint de schiste1 avec une large barbe1 noire comme du charbon1 c'est le portrait qu'en a fait ,bjoernstjerne ,bjoernson4 ,a quarante ans encore1 ,ibsen n'avait point cet air de docteur1 matre en toutes les sciences de l'amertume1 qu'il a pris1 depuis4 ,son plus beau portrait fait plutt voir le visage d'un peintre3 un trs haut degr1 il a le caractre commun toutes les figures de la gnration de ,quarante-,huit1--du moins1 dans les plus illustres1 qui n'ont point voulu fermer les yeux au spectacle du monde3 c'est une expression forte et triste1 sans lassitude2 celle d'idalistes revenus de tout1 qui se sont retirs de l'action1 o ils ont rv jusque-l1 pour juger dans la veille le monde o ils n'agissent plus4 ,ils l'avouent3 oui1 ils ont rv dans l'action3 ils vont1 dsormais1 porter les vues dures et nettes de l'action dans leur propre rve4 ,qui s'tonnerait que le trait dominant sur ces figures ft une forte tristesse8--,comme l'acier ressemble une matire tendre qui a la couleur du mtal tremp1 ,ibsen quarante ans rappelle le peintre ,millet4 ,le front n'est point disproportionn au reste3 il devait se dcouronner par le haut1 et mettre en avant le haut crne1 en forme d'ouvrage avanc4 ,une masse paisse de cheveux se mle la barbe abondante et carre2 au milieu du front rond et noble1 il a l'pi2 tout le visage dit la pleine mare des ides1 mais d'ides qui n'ont pas noy l'instinct ni les passions4 ,l'imagination et la volont parlent ici plus haut que l'intelligence2 cependant1 elles n'ont pas1 beaucoup prs1 la violence farouche1 l'air de dmence qui frappe dans ,tolsto au mme ge4 ,trente ans plus tard c'est l'oppos3 ,ibsen a laiss en lui gagner le trouble2 il est bien loin de respirer le mme apaisement que ,tolsto4 ,de la jeunesse l'ge mr1 en effet1 la figure d',ibsen a subi une inversion singulire4 ,les deux lignes dominantes de ce visage ont troqu1 l'une contre l'autre1 l'expression qui leur tait propre3 les yeux parlent aujourd'hui pour la bouche muette2 et la bouche serre retient1 dsormais1 le trait que lanaient autrefois1 et qu'acraient les yeux4 ,comme la vie mme d',ibsen1 cette face s'est ferme peu peu2 comme il est pass des rves la vue plus proche du monde1 et de l'espoir au mpris qui suit le dsabus1 son visage a pass de l'air ouvert au secret de la retraite1 et de la hardiesse virile qui va au-devant des hommes la propre dfiance qui se dfend4 ,ibsen cesse de combattre corps corps1 il est au coin de la scne1 o la porte de sortie est pratique2 de l1 il frappe1 il blesse1 il ne combat plus4 ,et le voici dans sa vieillesse1 qui a la physionomie redoutable de l'ombre1 la faon habituelle aux oiseaux de nuit3 il a de gros sourcils qui font auvent sur les yeux1 pour en cacher la bnignit mme2 il a le retrait de la face et les broussailles effiles de la chouette4 ,le vaste front1 au haut de ce visage1 se dresse en donjon1 oppos la vie2 mais le mur reoit les images4 ,sans avoir la masse abrupte d'une roche1 ce bastion de la tte manifeste la force2 ses assises volontaires sont rives aux tempes par la barre puissante des sourcils4 ,ce front reoit et garde3 il n'absorbe pas les images2 il les tire soi et les force suivre ses propres courbes4 ,certes1 il leur imprime sa forme2 ce n'est pas comme ,tolsto1 qui n'offre qu'un miroir4 ,ces yeux d',ibsen1 au milieu de sa vie1 ont t trs beaux3 bien logs1 ils regardent avec courage2 ils vont au-devant de l'attaque2 ils sont fermes1 ils ne vacillent point2 ils avaient une certitude qu'ils ont perdue1 depuis4 ,ils ont ce pli aux paupires1 qui donne l'ensemble le caractre d'une douceur inavoue2 le sourcil est fronc1 non parce qu'il menace1 mais cause de l'attention que les myopes portent sans le vouloir tout ce qu'ils considrent1 ds qu'ils lvent la tte4 ,le haut de cet il fut d'un hros1 prt la bataille4 ,tout le bas du visage1 vers la bouche1 sans tre pacifique1 sans tendresse1 a eu beaucoup de bonne fermet4 ,la face n'a jamais t creuse1 ni maigre1 ni maladive4 ,elle est d'une honntet admirable4 ,un grand air de braver tranquillement l'opinion d'autrui2 la foi en sa valeur propre et en son droit2 un artiste dont les puissances sont encore plus voisines de l'instinct que des livres1 et qui n'ont pas encore us leur passion sous la lime des mots4 ,depuis1 le vieillard a grandi en pense3 il y a laiss de l'homme2 l'amour passionn de la vrit s'est arm d'pines2 jadis1 l'me la plus sincre1 une bravoure si loyale de la pense qu'elle va1 dans le visage jeune1 jusqu' la suffisance4 ,cette figure a dpouill sa fougue nave1 comme un ancien duvet2 elle a perdu de sa force hardie1 et de la confiance en soi2 la mme loyaut se recule1 presque farouche1 indomptable la fois et timide2 non pas fltrie1 mais dfiante et dgote1 elle se retranche derrire un rideau de brouillard4 ,au fond1 une inbranlable rsolution1 sans ruse et sans faste1 non pas sans ironie4 ,une volont de fer pour rsister1 une me d'acier fin dans un fourreau de glace2 une action puissante1 quand il agit2 mais peu d'action4 ,beaucoup de douceur lointaine dans ces yeux qui rvent et qui sont distraits1 mme quand ils coutent2 mais une douceur courte et sans emploi2 peu de complaisance intrieure3 il acquiesce tout ce qu'on veut d'un mot1 pour s'en dfaire1--d'un mot4 ,mais il dit non de toute sa force1 au fond du cur1 et1 immuable dans le refus1 mme quand il se drobe1 il refuse jamais le consentement4 ,il a toujours t trs sensible au suffrage des femmes4 ,comme plusieurs hommes du mme ordre1 il en aime la socit2 ou plutt il se plat dans leur compagnie1 la condition1 sans doute1 que ce soit son heure4 ,il est coquet2 il a le soin de sa personne3 on le voit lui-mme dans un jeu de scne admirable1 quand ,borkmann aux aguets1 de ct pour n'tre pas surpris1 sachant qu'on va entrer dans sa chambre1 prend une petite glace main1 s'y mire1 remet de l'ordre dans ses cheveux1 rajuste sa cravate4 ,ibsen ne se distingue plus de ses hros3 c'est toujours l'homme de soixante ans1 la forte charpente1 nerveux et nourrissant sous la cendre le feu d'anciennes passions4 ,peut-tre a-t-il aussi souffert prs des femmes1 comme d'autres grands artistes1 de n'avoir pas ces avantages du corps1 qui passent de si loin1 prs d'elles1 tous les dons du gnie4 ,c'est pourquoi il tient leur plaire2 c'est autant de pris sur elles si l'on s'entoure de celles qui nous ont plu4 ,le got que l'on a pour les femmes est souvent le pis aller du got qu'on voudrait qu'elles eussent pour nous4 ,c'est une question si les esprits misanthropes ne sont pas les plus sensibles la sduction des femmes2 et1 dans le misanthrope1 il y a le misogyne aussi2 mais le cur se moque de la thorie4 ,un homme d'un certain ordre ne pardonne gure aux autres hommes2 et mme l'indulgence pour tous est plus froide que la colre4 ,le mme homme n'a point d'effort faire pour sourire aux femmes4 ,j'en sais1 des plus perspicaces1 au regard le plus aigu et le plus svre1 que toute femme plaisante aisment dsarme3 la svrit ne tient pas devant un joli visage1 et l'il le moins dupe veut tre dup par le charme rieur de la tendre jeunesse4 ,comme ,gthe1 ,ibsen aurait aim d'tre peintre4 ,il travaille toujours seul2 il ne confie jamais personne ce qu'il fait2 nul ne connat rien de ses drames que publis2 il ne dicte pas et n'a point de scribe4 ,il copie ses uvres de sa main1 qui est grande1 ronde1 serre1 entirement renverse gauche1 marchant reculons enfin4 ,il aime les tableaux2 et toujours matre de soi1 sans boire trop1 il boit trs dur et sec4 ,ce petit homme1 au dos solide1 les paules larges et vnrables1 marche pas compts4 ,le chapeau fortement plant sur la tte1 la taille encore souple1 l'allure lgante et ferme1 les gants la main1 le pied maigre et haut dans un soulier fin1 ,ibsen s'avance dans la rue d'un air circonspect1 cossu et mesur4 ,qui le voit de dos le prend pour un vieillard de l'ancien temps1 qui n'a peut-tre pas renonc plaire4 ,aristocrate en tout1 tout en lui est d'un vieil aristocrate4 ,il est distant2 il est poli jusqu' la minutie2 et1 cause de l'extrme politesse1 il n'est pas familier4 ,il dteste le laisser aller1 le bruit1 la poussire et les coups de coude4 ,il ne se persuade point qu'il y ait une grce d'tat pour rendre agrable la boue de la foule1 et qu'on en soit moins crott4 ,qu'il soit dans la rue ou dans un salon1 il se spare du monde par son seul aspect4 ,son air y suffit1 mme quand il ne se dcouvre pas1 et qu'il ne montre point cette tte de diable cheveux blancs1 soudain sortie de la bote1--ici1 le corps vtu de noir1 l'habit correct d'un digne gentilhomme4 ,la douceur de sa jolie voix1 le timbre presque fminin de son accent1 l'agrment menu de ses gestes1 tous les soins qu'il donne aux gens et qu'il prodigue aux femmes1 ne dissimulent pas le retrait intrieur1 ni le quant soi farouche d'un cur qui a pu se livrer1 mais ne se livre plus4 ,le charme des yeux gris tonne1 comme un secret qui ne se laisse pas surprendre4 ,le regard de ce vieil homme sombre est plein d'attention fugitive et de longue mlancolie2 il a ses tincelles et un feu presque timide qui se drobe2 une estime dsabuse1 une claire tristesse qui mprise2 il n'est tourn sans doute que sur soi3 il est voil le plus souvent3 un soleil du ,nord sous les brumes4 ,il n'est besoin que de voir ,ibsen en public1 ou de lire un billet crit de sa main1 pour reconnatre la marque du pays1 et l'empreinte de toute la race4 ,on secoue le joug d'une religion et d'une morale2 on rejette pour le compte de tout le monde les habitudes sculaires d'une coutume et d'un ordre social4 ,mais1 pour son propre compte et presque son insu1 on garde les modes d'un monde aboli1 et l'on tient ses faons4 ,on fait la guerre la loi de ,luther1 on en brise la contrainte2 mais on reste luthrien dans sa cravate2 la redingote raconte le bourgeois et sa manie d'tre considrable2 l'on a en vain rompu avec les ides communes3 toute cette rvolution s'arrte au chapeau1 et elle s'abrite mme jamais sous la coiffe que les pres ont porte1 et qu' son tour le fils porte4 ,ibsen1 le plus rebelle des esprits1 est le plus correct des potes1 qui ne sont point1 d'abord1 hommes du monde4 ,la correction est une forme de la droiture1 aprs tout2 dans le ,nord1 elle supple l'lgance4 ,tolsto et ,ibsen1 diffrents presque en tout1 l',orient et le ,ponant de la rvolte sociale1 ne diffrent en rien plus que par cette recherche de la forme correcte4 ,tolsto la raille1 la tourne prement en ridicule1 la mprise2 il est prs d'y voir l'habit du grand mensonge4 ,ibsen1 au contraire1 y trouve une sauvegarde1 une dfense contre autrui3 c'est qu' la vrit1 ,tolsto appelle soi tous les hommes1 tandis qu',ibsen les carte2 il ne veut avoir affaire qu' leur seul entendement4 ,il n'agit que de loin1 et cach2 ,tolsto1 comme tous les esprits religieux1 est un hros qui combat dans la pleine mle1 une action vivante au milieu de la foule1 bras et torse nu1 pour laisser tout leur jeu aux muscles4 ,quel contraste1 celui des dernires images1 o l'on peut voir l'un et l'autre de ces deux hommes au soir de la vie6 ,ces deux princes de l'art1 en ,europe1 sont presque jumeaux1 et le seront sans doute dans la tombe4 ,ibsen n'est l'an de ,tolsto que de quatre mois#bc4 ,note #bc3 ,ibsen est n ,skien1 au ,sud de la ,norvge1 le #bj mars #ahbh4 ,tolsto est n ,iasnaa ,poliana1 au cur de la ,russie1 le #aj septembre #ahbh 7#bh aot1 vieux style74 ,je les ai tous les deux sous les yeux1 prs de soixante-quinze ans4 ,ibsen n'a-t-il pas bien l'allure d'un vieux mdecin1 savant illustre et dangereux1 trop habile en chirurgie1 rcompens par la fortune8 ,certes1 c'est l le docteur ,ibsen1 comme1 dit-on1 il veut toujours qu'on le nomme4 ,tolsto1 si dfait par sa dernire maladie1 la main passe dans la ceinture de cuir qui serre sa blouse1 une calotte ronde sur la tte1 lve le front1 sa mode ordinaire4 ,il est debout dans la prairie1 robuste et ferme encore des paules1 mais le poids du corps tombant sur les genoux flchis4 ,de larges1 de grandes rides1 un rseau de soucis et d'efforts passionns1 couvre d'une tempe l'autre son front sec et anguleux comme d'une grille o l'invisible ennemi le retire de nous et dj veut nous le drober4 ,il est terriblement amaigri2 les os des pommettes percent les joues2 et1 sous les sourcils broussailleux1 plus que jamais les yeux se cachent1 ces yeux toujours vifs1 ples1 violents et doux1 ces chasseurs d'images l'ternel afft du bien et de la vie4 ,mais surtout1 autant qu'un trait humain peut diffrer d'un autre1 c'est la bouche de ,tolsto qui1 de toutes les bouches1 ressemble le moins la bouche d',ibsen4 ,il dresse le menton1 avec la grande barbe blanche qui pousse en long comme une fougre sur un talus2 et les lvres sont entr'ouvertes1 d'une incomparable loquence1 d'une tendresse inconnue dans la souffrance1 d'un appel miraculeux comme celui de la vrit en personne1 toute erreur et toute misre4 ,et voici la bouche d',ibsen1 ferme avec rsolution sur les secrets qu'elle ne veut pas dire3 il n'y a point de tristesse sur ses lvres1 parce qu'une volont puissante y respire3 gare l'arrt qu'elles prononceront1 celui du mdecin qui ouvre les corps1 qui tue pour gurir1 qui prend la vie aux cheveux et la scalpe4 ,a ,tolsto la figure du prophte1 du patriarche1 jusque sur le lit de douleur2 c'est un prophte d'une espce moins secourable que je reconnais dans ,ibsen3 il sait1 mais il n'aime pas2 et la science1 en effet1 est la prophtie des lieux o le soleil de la vie se couche4 ,,iv ,,que ,,le ,,moi ,,ne ,,peut ,,tenir ,,la ,,gageure ,,id,,aliste ,le climat et la douceur de vivre font les sceptiques4 ,je n'en vois de vrais qu'au ,midi4 ,le dur ennui pse sur l'me du ,nord1 quand elle doute ou qu'elle nie4 ,il n'est point de parfait sceptique3 la sensation ne doute pas2 sentir1 sur le moment1 c'est croire4 ,on ne doute qu'ensuite3 l'heureux railleur du ,midi ne souffre point de la contradiction2 car1 tandis qu'il sent1 il jouit4 ,le ,nord1 soufflant contre l'enclume1 le lourd marteau au poing1 se forge des rves4 ,il donne moins aux sensations qu' l'esprit4 ,il ne sort d'une prison que pour entrer dans une autre4 ,il lui faut ajouter foi aux raisons qu'il invente4 ,l'esprit n'est tout libre que s'il entreprend contre la vie4 ,une telle entreprise ne peut pas se poursuivre longtemps2 on s'y met et on la quitte1 pour y revenir et la laisser encore4 ,dans sa pleine libert1 l'esprit est pareil cet insecte stupide qui passe la moiti de son existence filer un cocon1 et l'autre moiti le dtruire4 ,dirai-je que le srieux donne une force mortelle aux poisons de l'esprit8 ,il les porte ce titre o ils sont foudroyants4 ,il vaudrait mieux que les esprits libres1 et avides de l'tre sans limites1 prissent parti contre la morale3 ils sont bien plus pervers par le bien qu'ils veulent faire que par le mal qu'ils font4 ,les esprits libres1 qui prfrent tout le plaisir de s'exercer1 machines penser qui s'absorbent dans leur mouvement1 quand ils tiennent obstinment la morale1 font fi de la vie4 ,il serait bien plus sage qu'ils fassent fi de la morale4 ,les professeurs de morale n'ont pas l'autorit4 ,et plus ils se fondent sur la raison1 plus ils dcrient la raison4 ,ce sont des prtres sans dieu et sans glise3 qui les croira8 ,leur temprament fait leur seul principe2 le temprament contraire le nie1 avec le mme droit4 ,c'est la morale qui envenime l'anarchie1 parce qu'elle la fait passer dans la pratique4 ,a ,athnes1 ,florence1 mme ,paris1 personne ne croit les sceptiques2 ils ne s'en croient pas eux-mmes2 on les voit jouir de la vie au soleil4 ,mais1 dans le ,nord1 la gravit1 la propre puret distille son poison dans l'pais contentement de la vertu4 ,la morale parat toujours croyable1 et prte son air tout4 ,si l'esprit est le prince de l'anarchie1 c'est qu'il se couronne de morale4 ,plus rebelle toute loi que personne1 plus avide d'tre libre et plus fru de morale1 tel est ,ibsen dans son fond4 ,mais il tait trop artiste pour ne pas souffrir d'un tel dsordre1 il n'a pas d pouvoir y respirer l'aise2 et il a mis dans l'art tout son instinct de l'ordre4 ,unique par l dans son pays1 et d'un gnie contraire celui de sa race4 ,son thtre se modle sur le thtre de la ,france et des ,grecs4 ,il distribue ses brumes comme les ,grecs leur lumire1 suivant un noble plan qui recherche la symtrie4 ,ses chimres ont un air de raison3 la mme logique les gouverne1 qui rgne1 cote que cote1 ,athnes et ,paris3 celle du destin1 dont les lois sont inflexibles4 ,mais1 au lieu que1 sur la scne classique1 la fatalit pousse inexorablement leur fin des hommes et des passions particulires1 dans ,ibsen1 c'est plutt sur le monde des ides qu'elle agit4 ,ici1 la vie secrte et humilie du monde intrieur2 l-bas1 la vie chaude et lumineuse1 qui rayonne la splendeur en tous ses actes et la joie jusque dans la tragdie4 ,ce n'est peut-tre pas qu'il y ait de beaux meurtres2 mais c'est qu' ,athnes1 les morts et les blesss1 les assassins et les victimes1 tous sont beaux l'image de la mer au soleil1 et des fleurs sur le rocher4 ,le ,midi a les passions belles3 il peut tre raliste4 ,le ciel donne tout sa clart1 qui est un grand rve4 ,qui va imaginer le ,nord sans ides8 ,il sera odieux1 d'une froide platitude4 ,on reproche parfois ,ibsen de se traner sur un chemin de plaine1 morne et couvert de nuages bas3 lui-mme tient beaucoup tre raliste2 et1 en effet1 qui ne l'est pas n'est point artiste2 mais ne l'est pas beaucoup plus1 qui l'est seulement4 ,ibsen a cr des formes vivantes2 elles n'ont de beaut que grce aux ides dont elles sont pleines2 dans leur ardeur1 elles sauvent la misre de ce thtre1 car il a grand besoin d'tre sauv4 ,la ,france1 la ,grce1 ,shakespeare ont les rois1 les hros et les dieux2 les passions y sont des princesses dans la pleine lumire2 cette illumination pare les moindres hommes d'un prestige royal4 ,ibsen n'a que ses petits bourgeois1 leur lourde contrainte1 et les intrigues de petite ville4 ,il n'est pourtant de vrai drame que l'hroque4 ,mais ,ibsen a ses ides1 ses fortes ides1 et il en charge ses petites gens jusqu' les en accabler1 par l vraiment pote4 ,c'est aussi l'immense diffrence qui spare son thtre du thtre moderne ,paris et dans toute l',europe1 qui ne vit que de ,paris4 ,ailleurs1 sous l'habit du petit bourgeois1 on ne trouve rien que de mdiocre2 et les actions des curs corrompus ne sont pas moins mdiocres que les autres4 ,le drame d',ibsen est hroque par le dedans4 ,cette grandeur est originale4 ,ibsen a mme un reflet de ,shakespeare1 tant il fait faire aux ides en apparence les plus humbles1 des rves tranges#bd1 cruels1 contre la vie1 et parfois d'une puret sublime4 ,souvent1 ,ibsen accomplit ce que ,gthe a mal tent dans son thtre3 ,gthe sent1 en ancien1 bien mieux qu',ibsen2 mais ,ibsen en connat l'ordre et le ressort mieux que lui1 et il est plus dramatique4 ,note #bd3 ,le cauchemar du soleil1 dans les ,revenants4 ,la fort dans un grenier1 du ,canard sauvage4 ,la tour de la maison1 dans ,solness4 ,la mort sur la neige1 de ,jean-,gabriel ,borkmann4 ,,art ,d',,ibsen ,la beaut de la forme est un effet de l'ordre2 la recherche de l'ordre1 un effort sortir de l'anarchie3 c'est en quoi l'artiste1 quelque anarchie qu'il professe1 est le contraire d'un anarchiste1 ds qu'il est matre en son art4 ,l'ordre entier de la ,cit ne vaut rien2 tout doit tre dtruit1 soit4 ,mais1 pour avoir foi en soi-mme et l'ordre futur1 il faut donner un vivant exemple3 l'art est un bel ordre1 n'en ft-il plus au monde4 ,si la forme d',ibsen est souvent parfaite1 c'est que personne1 hors de ,france1 n'a plus aim l'ordre4 ,elle est brve1 aiguise et dense2 elle a des artes coupantes1 l'antique4 ,l'action du drame peut tre lente1 et l1 elle n'en est pas moins prcipite sur la crise2 et la crise1 lourde d'ides1 est un nud d'nergie4 ,pour les grands faits de l'me et les combats violents de l'esprit contre l'esprit1 ,ibsen a l'imagination la plus vaste4 ,son thtre est le registre des rvoltes morales4 ,le dialogue n'est pas tant vif que dru1 aigu1 tranchant2 il est riche en mots pleins de sens1 aux chos qui durent2 d'ailleurs il les rpte2 il ne craint pas d'tre monotone et morose4 ,il a peu de hros1 et tous parents2 mais on les distingue entre mille1 et qui les a vus une fois les reconnat partout4 ,ses types3 deux ou trois hommes1 deux ou trois femmes1 divers ges de la vie1 simples et sans faste1 mais de trs haute mine1 et bourrels de conscience4 ,les comparses1 beaucoup plus nombreux1 semblent d'abord plus vivants que les hros1 parce qu'ils portent une bien moindre charge de pensers et de preuves4 ,ce grand peintre de l'ombre a model les plus belles silhouettes4 ,le caractre des lieux1 l'atmosphre du ,nord1 l'air de la petite ville1 ,ibsen les dtermine avec une rigueur exquise1 la plus fine nuance prs3 car il en attend beaucoup1 et que les personnes en soient1 premirement1 dtermines elles-mmes4 ,ibsen laisse agir les ides3 dans sa froideur de mtal1 l'ide excelle carder la laine confuse des sentiments4 ,ce qu'il perd en action1 il le gagne en analyse4 ,la mcanique de l'me a trouv son matre4 ,ses hros sont des squelettes qui parlent d'une humanit puissante et morne3 ils portent les noms de trs grandes passions1 qu'ils ne servent pas4 ,ibsen ne veut pas admettre qu'il prfre les ides aux tres vivants4 ,et il dit vrai2 c'est la vie qui fait son objet1 comme il est naturel tout artiste2 mais il est vrai aussi qu'il donne plus la vie aux ides qu'il ne prte des ides la vie4 ,avant d'agir1 ses hros discutent4 ,ils font pis3 ils discernent tous leurs actes4 ,ils ont plus de conscience que de passions1 et plus de principes mme que d'actes4 ,or1 l'automate parfait1 au regard de la nature qui s'ignore1 c'est l'intelligence qui se connat4 ,cependant1 il est rare qu',ibsen veuille conclure1 moins qu'il n'en laisse le soin aux durs rquisitoires de la mort1 l'inflexible procureur4 ,le trouble1 qui est l'me essentielle aux chefs-d'uvre1 enveloppe les plus beaux drames d',ibsen2 tout se passe dans une demi-ombre4 ,le clair-obscur est propre la vie de l'art mieux que toute lumire4 ,le spectacle du monde est une vision dans la brume1 par un long crpuscule d't ou par un jour de neige4 ,la nuit est toujours prsente3 qu'est-ce que la clart joyeuse8--,un accident dans les tnbres4 ,que le soleil est donc prs de nous1 au cours des heures grises6 un seul rayon suffit un grand rve4 ,,profondeurs ,,morales4 ,ce barbare unique est pris de vrit comme le sable d'eau4 ,en vain1 il se dtourne de la cit commune2 il ne croit plus sa mission de btir ni de dtruire2 il ne se mle plus de prodiguer les oracles une socit pourrie3--il cherche la vrit pour lui-mme4 ,sa robuste candeur est une force de l'art2 elle tient aussi l'admirable simplicit que la ,france lui a apprise3 comme il ose peine donner dans quelques artifices1 il finit par ne plus rien imaginer qui ne soit direct sa mditation intrieure4 ,pour admirer les dernires uvres d',ibsen1 il ne faut que les lire en pensant ,ibsen4 ,j'y vois un combat de toutes les heures contre la nuit4 ,combien cette lutte nous touche6 ,ibsen veut s'assurer quelque station prochaine dans l'horrible coulement de toutes choses4 ,n'est-ce pas atteindre ainsi la beaut8--tre beau1 c'est tre ce qui dure4 ,comme le vol du ptrel qui descend dans le labour des vagues1 sa pense abrupte court au fond de ce qu'elle regarde2 elle saisit la vrit1 ou s'y prcipite1 et nglige tout le reste4 ,ibsen a faim du vrai4 ,il a beau dsesprer3 il fait comme s'il pouvait croire encore2 il ne tombe dans l'abme nul qu'aprs toute sorte de bonds et de sursauts4 ,il y est lanc de la plus haute cime4 ,au cours de ces routes suprmes1 tantt un mirage de vrit l'blouit2 tantt l'ombre proche l'accable2 la vrit le ravit et l'abandonne avec drision2 de toutes faons1 il ne veut contempler qu'elle3 ses yeux1 elle n'est que la face pure et claire de la vie4 ,les cumeurs de la mer ont laiss de leur vigueur au peuple de ,norvge4 ,les ,vikings et leur violence ont fait ce sang4 ,ils l'ont vers sur toute l',europe2 hardis et cruels1 ils ont grandi dans la rapine et la contestation4 ,on doit penser au sort trange de cette race3 ils n'ont commenc d'tre chrtiens que dans l'glise la plus froide2 seuls1 et presque sans avoir t catholiques1 ils ont tout d'un coup pass d',odin la ,bible4 ,spars par le sol les uns des autres1 pendant des sicles1 chacun d'eux s'est form de l'unique et lent dpt de son me sur soi4 ,la neige1 les monts1 les vents et la nuit des ples les ont rduits la prison d'eux-mmes4 ,il ne fallait rien moins pour abattre ces violents4 ,quelle loi pouvait avoir raison de ces natures lmentaires1 sinon la contrainte du devoir8--,pour eux1 elle a toujours t sublime1 comme pour cet autre d'une race parente1 qui en a fait la religion des religions4 ,cette loi1 o la splendeur du ciel toil se compare1 si l'on en croit son prophte1 a chang des tres sans frein en des tres muets4 ,ibsen en est issu1 pour donner le spectacle tragique d'un homme qui soulve le poids de la race et des sicles l'aide du levier mme que la race et les sicles lui ont transmis3 c'est une force longtemps asservie au devoir qui se sent rappele violemment la nature4 ,et1 comme le ciel toil ne compte pas moins1 pour qui peut le comprendre1 que la terre o nous avons pied1 il est invitable que cet homme puissant lant lui-mme1 l'une contre l'autre1 les deux forces qui le partagent4 ,ibsen est venu l'heure qu'il fallait2 il est le pote du grand combat1 sur une scne sans esprance4 ,sa sincrit est si nave que ses plus terribles contradictions sont sans ironie4 ,mais combien cette folie de l'me humaine1 la conscience1 ne semble-t-elle pas parler en lui plus haut que la nature8 ,mme quand ce cher gosme1 qui est en lui et o chaque moi puissant sait se reconnatre1 repousse toute rgle et mprise toute loi1 il ne veut pas se rendre libre de cette loi qui vient des toiles1 et qui est glace comme elles4 ,jamais on ne fut plus moral contre la morale4 ,l'gosme d',ibsen resplendit d'une puret gale la neige des cimes4 ,la libert suprme d',ibsen est ce vent glac qui souffle du ple1 et qui ranime la chaude pourriture des murs4 ,aigle sombre1 qui hante les glaciers1 il en porte l'air irrespir1 peut-tre irrespirable1 aux ruines qu'il vient visiter4 ,il fait planer au-dessus du mensonge une ide du bien qui rsiste toute chute4 ,purifier les volonts1 dit-il2 donner la noblesse aux hommes4 ,un seul sentiment fait le charme inexprimable de la vie3 la puret de conscience4 ,le temps est pass o l'on pouvait oser n'importe quoi4 ,il faudrait tre capable de vivre sans aucun idal4 ,si l'on demande pourquoi1 il n'est que de rpondre par le caractre de l'homme1 o l'esprit lui-mme a ses raisons ignores de l'esprit4 ,la haine du devoir1 voil la fin sans doute2 mais ce n'est qu'une vue de la raison1 dans sa fureur d'tre dsabuse1 d'tre vaincue et dprise4 ,dans le fait1 ,ibsen ne parvient jamais oublier la morne chimre3 elle est morte1 et peut-tre de son fait3 mais il la voit1 il la nourrit toujours4 ,il est plus ais une grande me de dtruire la morale que de ne pas la suivre4 ,,tyrannie ,,des ,,atomes ,il faut l'avouer3 plus qu'une autre1 une pense trs pure est destructrice4 ,nul ne fait plus la guerre la morale que l'homme le plus moral1 quand il ne guerroie pas pour elle1 ni une guerre plus dangereuse1 parce qu'il sait le fort et le faible de sa victime1 et1 qu'en armant la sienne contre elle1 il lui retire une force irrparable4 ,un tel homme peut faire le bien sans y croire4 ,mais1 pour tre fait par l'immense foule des hommes1 le bien doit tre cru4 ,c'est une folie nave l'homme le plus libre de se flatter que sa libert n'a point de danger pour la multitude4 ,je pense1 contrairement l'opinion des philosophes1 que la vrit morale est l'objet le moins vident du monde1 et le moins galement rparti4 ,la conscience la plus pure1 fonde sur le sens propre1 peut n'avoir aucune force pour convaincre les autres1 et les fournir d'exemples4 ,or1 la plupart des hommes ne vit que d'exemples1 et ne se gouverne que d'exemples4 ,la foule imite1 comme elle grouille2 il serait dommage qu'elle inventt4 ,l'invention de la plus pure conscience peut tourner une habitude de crimes1 dans la foule qui imite4 ,les hommes sont comme les montres1 qui se rglent sur le soleil2 mais le soleil n'est point du tout libre de changer ses voies1 et de passer ou ne passer pas au mridien1 selon qu'il le juge bon ou mauvais1 et plus ou moins juste4 ,et dj les bonnes montres sont rares1 et il est difficile de les empcher de varier4 ,en matire de morale1 l'autorit n'est pas de droit1 elle est de fait4 ,qui regrette l'autorit est responsable du dnment o il reste4 ,la puret de conscience n'est pas plus le partage de tous les hommes que les autres dons du cur et de l'esprit4 ,tant vaut l'homme1 tant vaut le sens propre2 et il est naturel que1 le plus souvent1 il ne vaille rien4 ,il faut laisser aux charlatans le soin de flagorner la nature humaine1 et de la fournir en pilules propres gurir tous les maux4 ,mais l'on sait bien que le mal est incurable1 comme la mort4 ,il n'y a qu'une galit entre tous les hommes ou presque tous3 ils ont une inclination peu prs gale obir et se laisser convaincre par ils ne savent quoi qui vaut mieux qu'eux1 et qu'ils ont hrit de leurs pres4 ,s'ils se mlent de savoir quoi1 non seulement ils n'obissent plus2 ils perdent la facult d'obir1 unique galit qui leur soit rellement promise4 ,ibsen fait trs bien1 aprs tout1 de croire selon lui2 mais la ,norvge fera trs mal de croire selon ,ibsen4 ,et ,ibsen lui-mme l'a compris4 ,dans l'me de ,pascal1 il y avait une passion brlante pour le bien4 ,la haine du mal1 le got de la vrit1 le mpris du mensonge et de l'imposture1 l'horreur de toute impuret ne peut gure aller plus loin4 ,il serait beau1 pourtant1 que1 de ,pascal t ,dieu et nommment l'vangile1 on ft le compte de ce qui reste4 ,j'entends au compte de la morale4 ,et1 quittant ,pascal1 dans l'homme1 dans la ,cit1 dans l'univers8 ,rien4 ,quoi6 ,rien8--,rien1 que les griffes1 la gueule1 les crocs et l'apptit terrible de la bte4 ,c'est la guerre au couteau entre tous les tres4 ,le nom de lutte pour la vie n'y ajoute rien que l'ide d'un dessein suprme1 o tend l'effort de la nature2 ,mange-moi1 ou je te mange1--pour te convaincre de mon droit te manger3 voil le fait4 ,la libert d'une grande conscience tourne l'esclavage des moindres4 ,une grande conscience ne va contre la morale que par amour de la morale2 ou1 si l'on veut1 de sa morale propre2 mais1 de cette conscience-l et de ses uvres1 la foule des moindres consciences ne retient que les coups qu'elle porte1 et ne s'occupe jamais de la cause qui les fit porter4 ,les arguments d'un cur puissant et libre sont toute la thse des autres3 et le grand cur leur manque1 qui seul n'est pas sophiste4 ,si le nouvel ,ictinos de la morale demande qu'on rase les ruines du ,parthnon1 pour lever la desse un temple digne d'elle1 la multitude des citoyens1 que l'occasion fait architectes1 n'y verra qu'un conseil vhment de renverser tout l'difice3 quand on aura pass la charrue sur l',acropole1 qui rebtira le ,parthnon8 ,rien de ce qui se fonde n'a la force de ce qu'on dtruit4 ,surtout1 quand on se sert de la parole1 et qu'on sape dans l'esprit4 ,les ides ont une violence qui laisse loin derrire l'effet de la dynamite4 ,elles ont cr le fait1 et le fait n'a qu' les suivre1 dans un monde aux vertbres si molles4 ,le propre des ides est de dtruire2 elles donnent un exemple fatal1 qui doit tre suivi4 ,rien ne se fonde donc sur le ,moi seulement1 moins d'un miracle4 ,il ne s'agit pas de convaincre3 qui persuade les sentiments8 ,la partie active de l'loquence agit bien plus comme un pitre1 sur les gens1 qu' la manire de la logique sur l'entendement des gomtres4 ,un grand homme qui dtruit a peut-tre raison de dtruire2 mais il n'a raison que pour lui4 ,souvent1 il souffre mortellement de le faire4 ,le ,moi est le grand anarchiste4 ,mais1 quand il est vraiment grand1 le ,moi est un anarchiste pnitent4 ,la tyrannie des atomes a je ne sais quoi de plus affreux que celle du plus affreux despote4 ,car1 enfin1 ,nabis lui-mme dort quelquefois1 et le ,sultan peut se dmentir4 ,l'ordre ncessaire et sans nom est un cercle parfait de dsespoir2 l1 l'intelligence est une machine monte pour l'ternit1 qui dvore la chair humaine4 ,car plus la chair importe1 et moins elle a d'importance4 ,la mcanique universelle ne distingue point entre les atomes charnels et les autres4 ,un monde livr au hasard aurait moins d'horreur2 o le hasard rgne1 aprs tout1 on peut gagner sa mise1 et c'est la loi du hasard qu'on ne perde pas tout coup4 ,effrayante solidit d'un monde1 o tout est fatal et mcanique3 il n'y a plus place la moindre esprance4 ,l'intelligence comprend la ncessit de l'univers1 atome machinal dans l'immense machine4 ,elle jouit amrement de le comprendre2 elle l'accepte1 dit-on8 ,elle ne peut pas faire autrement4 ,ici1 penser1 c'est en vrit peser son nant4 ,qui rejette toutes les lois1 s'il n'est pas un enfant qui s'arrte en chemin1 en attend une des mains divines2 et s'il n'est pas de ,dieu pour lui faire ce prsent1 l'anarchiste qui pense est forc de s'en faire un de la mcanique4 ,la fatalit est absolue4 ,les lois de la ,cit ne sont pas moins fatales que celles du monde4 ,l'enfant ne dtruit rien que l'homme ne doive reconstruire4 ,ce qu'on a jet bas1 pour tre libre1 l'univers l'impose qui se croit libre4 ,rien ne s'est fait par hasard1 ni par la volont d'un seul1 ni par la fantaisie d'un autre4 ,les conditions de la vie humaine tant ce qu'elles sont1 ts tous les effets1 ils se reproduiraient tous1 la suite fatale des mmes causes4 ,il n'est pas de thorie si rigide qui ne soit bien plus souple que les lois de la mcanique1 car la mcanique n'a rien d'humain4 ,ainsi1 et quoi qu'on fasse1 l'anarchie a un ordre pour limite1 si l'anarchie n'est pas seulement le jeu d'un enfant pris de rage contre son jouet1 et contre lui-mme4 ,qu'elle est donc loin1 la libert1 cette cime heureuse o l'on se vantait d'atteindre6 ,elle est absurde3 ce qui sans doute1 pour la pense1 est le dernier terme de l'loignement4 ,l',,anarchie ,,du ,,sens ,,propre4 ,il faut regarder le ,moi comme la sphre de tous les maux3 c'est le centre1 l'agonie1 d'un univers qui attend la mort4 ,et la mort1 de tous les points de la courbe1 revient ce centre1 qui rayonne partout la souffrance de son agonie4 ,le ,moi est sans espoir4 ,le ,moi est sans issue4 ,le ,moi est la guerre mortelle1 o chaque coup porte la mort4 ,et celui-l le sait bien1 qui est puissant et qui a t conqurant dans cette guerre4 ,que restait-il ,ibsen8 ,les moindres individus seuls se suffisent1 la vanit n'entretenant qu'une faible vie4 ,une vie puissante1 qui est rduite soi1 se dtruit4 ,ibsen n'a pas assez de cur pour aimer1 cote que cote1 la terre1 les pierres1 l'herbe1 tous ces tres simples qui1 n'ayant pas d'individu1 ont celui de la nature et la grce touchante de la vie1 ce cher parfum de charit qui appelle la charit4 ,puis1 il y a une raison de latitude4 ,la morale de l'vangile abstrait est une prison4 ,sous ce climat polaire1 la libert et la rvolte ne font qu'un1 et1 quand la rbellion a tout balay1 c'est le dsert4 ,au fond1 dans les hommes du ,nord qui pensent1 et surtout chez ,ibsen1 il y a un parti trs fort contre la vie4 ,longtemps1 c'est prcisment leur vieux fond de morale qui les nourrit d'illusion1 et les sauve de cette prdilection mortelle4 ,ils sont optimistes d'esprit1 et pessimistes d'instinct4 ,ils croient que la vrit est une1 bonne1 excellente1 accessible mme2 et quand ils n'en sont plus aussi srs1 il ne leur est jamais trs difficile d'y croire2 ils font semblant sans trop de peine1 comme1 dans leur petite ville1 on porte sans effort l'habit aux paisses coutures de la vertu4 ,c'est ce qui les soutient pendant toute la jeunesse et durant l'ge mr4 ,puis1 enfin1 ils dcouvrent la vanit de cette vue4 ,et ,ibsen en arrive dire avec ddain3 ,je ne sais pas ce que c'est qu'une uvre idaliste4 ,qu'on n'accuse pas ,ibsen de contradictions4 ,il a eu le sens profond de la vie2 chaque jour1 il l'a exerc davantage2 c'est pourquoi il a d se contredire4 ,tout ce que le dsir du bien et les passions de l'intelligence prtendent offrir la vie en guise de prsents1 au nom de la morale1 de la science et de l'esprit1--la vie le repousse1 le bafoue1 en fait fi et s'en rit4 ,il n'y a point de gomtrie pour l'amour2 et l'intestin ne connat pas de politique4 ,je puis donc btir des systmes2 je peux inviter l'homme et toute la nature y entrer pour leur bonheur et leur perfection4 ,je puis tre cet architecte1 tant que je ne doute point de la vie1--qu'enfin j'en suis aim plus que je ne l'aime4 ,mais1 quand le grand amour de la vie me fait trembler de crainte pour elle1 je serai le premier ddaigner le temple que j'ai construit2 et comme j'en saurai mieux la faiblesse1 je ne l'branle pas seulement3 je le dtruis4 ,dj1 dans les vrais potes1 il y a une sorte de vengeance au fond de tout ce qu'ils inventent3 ils se vengent du monde dans le rve2 mais c'est toujours le rve de la vie4 ,le grand artiste n'a pas seulement le droit de se contredire3 il est forc d'en passer par l4 ,la vie fait le lien entre toutes les opinions4 ,celui qui cre est comme la nature3 suprieur toute contradiction4 ,ce n'est pas notre affaire d'tre logiques2 mais d'tre tout ce que nous sommes4 ,eussions-nous cent fois tort1 l'uvre vivante a toujours raison4 ,la terrible imposture de l'esprit1 qui veut faire croire qu'il est la joie et le bonheur6 ,c'est dans ,spinosa que je la vois surtout3 elle n'a que chez lui cette profonde srnit1 o l'on est presque tent de se coucher1 les yeux levs sur les toiles4 ,et qu'importe qu'il y ait cru lui-mme de toute son me8 ,il a t la premire dupe du systme1 la faon des anciens1 qui semblent toujours dups par leurs ides1 et y croire1 comme les enfants croient aux jouets4 ,du reste1 quel bonheur est-ce l8 ,je ne puis lire la vie du grand homme dans son taudis1 entre ses verres de lunette1 sa lime1 sa table de travail et sa compagne l'araigne1 sans un dgot d'admiration4 ,c'est l'image d'une morne ternit qui fait horreur1 et plus encore1 la pense d'tre ternelle4 ,pour que ,spinosa soit heureux1 il faut qu'il soit une victime parfaite4 ,a sa place1 je la serais4 ,l'esprit1 ce jongleur sans scrupules1 a de ces coups merveilleux o1 jonglant avec le soleil1 il fourberait la lumire elle-mme4 ,mais vienne la nuit3 c'est le moment de douter et d'avoir peur4 ,a force de vanter la pense au cur1 la mort du cur se supporte4 ,il le semble1 du moins4 ,mais il en est qui jamais ne se laisseront convaincre4 ,j'espre vivre1 et non vos trois vrits et demie4 ,qu'elles soient trois1 ou qu'elles soient deux1 la diffrence n'est capitale que pour ce grand mtier que vous faites de savoir1 avec la vanit propre tous les gens de mtier2 l1 un quart de vrit en plus ou en moins fait la gloire d'un homme2 mais l seulement1 l'oppos de ce qu'il croit4 ,l'intelligence blouit les enfants1 parce qu'ils ne vivent qu' la surface4 ,c'est pourquoi1 tant de charme aient les enfants pour nous1 pas un homme1 quoi qu'il dise1 ne voudrait tre enfant une autre fois4 ,les anciens taient des enfants4 ,les savants1 qui donnent tout l',intelligence1 sont de vieux enfants qui n'ont pas grandi4 ,les enfants ne se lassent pas de jouer2 et les savants ne se lassent pas de comprendre1 comme ils disent4 ,ils vantent le jeu de l',intelligence1 comme la source de tous les biens4 ,cela tait bon dire sous le couvert de cette fameuse ignorance qui1 soi-disant1 faisait le deuil sur le monde1 et devait faire jamais le malheur du genre humain4 ,mais on ne s'y prend plus1 si l'on sait un peu ce que c'est4 ,j'espre bien davantage1 o les savants ne m'avancent point3 j'espre la vie2 et plus j'y brle1 hlas6 et plus j'espre en vain4 ,car ce n'est pas le feu1 ni l'amour1 ni moi qui suis de manque3 c'est l'aliment4 ,et ils viennent mon secours avec leurs trois vrits et demie1 qui changent tous les cent ans1 qui toutes me condamnent1 en trois cent mille livres rongs des vers6 ,voil ce qu'ils portent ce foyer1 qui ne dvorerait pas trois cent mille livres1 mais trois cent mille fois trois cent mille4 ,o les bons docteurs6 ,o les grands savants6 ,qu'ils sont puissants2 qu'ils sont secourables6 ,le bon papier dont ils me nourrissent6 ,j'ai vu un sorcier qui en faisait encore plus1 avec les paysans de mon village4 ,du moins il les trompait4 ,il les tenait par le pouce1 et1 disait-il1 par l il faisait passer en eux l'esprit de vie4 ,quelle forte tte c'tait1 ce paysan6 ,il a guri plus d'un malade2 tout le moins1 il ne l'a pas empch de gurir4 ,,sur ,,les ,,glaciers ,,de ,l',,intelligence ,v ,,puissance ,,et ,,mis,,re ,,du ,,moi ,je ne sais qu'une rvolution1 qui n'ait pas t faite par un gcheur2 dit ,ibsen son ami1 l'orateur de la rvolte3 c'est naturellement du dluge que je parle4 ,cependant1 mme cette fois-l1 le diable fut mis dedans3 car ,no1 comme vous savez1 a pris la dictature4 ,recommenons donc1 et plus radicalement4 ,vous autres1 occupez-vous de submerger le monde3 moi1 je mettrai la torpille sous l'arche1 avec dlices4 ,l'tat est la maldiction de l'individu3 qu'on abolisse l'tat4 ,toute notre morale sent la pourriture1 comme les draps d'enterrement3 qu'on abolisse la morale et l'glise4 ,le moi a sa morale prte2 le moi a son glise4 ,la joie de vivre ne peut-elle pas suffire l'homme1 dsormais8 ,le moi est bon2 il est clair2 il est solide4 ,il ne laisse rien d'intact1 parce qu'il vaut beaucoup mieux que ce qu'il dtruit4 ,le moi est l'honnte anarchiste qui ne spare pas le plaisir de la justice1 ni la volupt de la vertu4 ,c'est pour faire le bonheur de la plante1 qu'il met le feu la ville4 ,il prche ingnument le retour la nature1 tant il a peu de malice4 ,mais qu'est-ce bien que la nature1 sinon le bon plaisir tempr par la pure vertu8 ,et1 du reste1 s'il n'en tait pas tout fait ainsi1 le moi1 qui est toute excellence1 se fera juge aussi de la nature4 ,et d'abord il faut dlivrer les femmes4 ,de la nature8 ,sans doute2 car1 au fond1 la nature se dissimule sous les lois1 qui n'en sont que l'habit politique4 ,le moi est l'universelle pierre de touche2 il a la vrit2 il a la sant2 il n'erre pas2 lui de purifier l'espce2 lui de la condamner1 ou de s'y prfrer4 ,le moi reste la seule puissance et le seul juge4 ,il n'a qu' vouloir4 ,l',,idole ,,de ,,la ,,volont ,l'ivresse du moi3 dans sa force il se croit bon2 et il se dcide agir pour donner une preuve de sa force4 tre soi tout entier ne diffre en rien d'tre soi-mme4 ,on s'en fait un devoir4 ,tout ou rien1 c'est la politique de notre morale4 ,le moi n'a donc pas honte d'tre optimiste8 ,loin de l1 quand il n'en sent pas encore l'horrible nause1 le moi est fanatique du bien qu'il se flatte de faire4 ,nul n'a plus de foi3 il la porte dans les moindres faits de la vie2 car une foi semblable n'est que le furieux apptit qui se jette sur tout4 ,il s'assure qu'il suffit un monde4 ,puisque tout est mauvais1 et que tout pourrait tre bon1 il est juste de monter l'assaut1 et de miner le mal dans la citadelle4 ,il s'agit toujours de tout dtruire4 ,voil le comble de l'esprance1 et qui marque plus de force dans le gnie que de clairvoyance4 ,o la volont domine1 les ides n'ont pas besoin d'tre claires2 l'homme voit le monde travers son dsir2 il ne l'a point encore saisi de prs1 y regardant les yeux dans les yeux2 et celui qui devait tre le plus intelligent des potes1 pendant longtemps1 n'a pas eu tant d'intelligence que d'nergie4 ,la volont1 cette forme du moi en action1 doit renouveler le monde4 ,va droit au but1 se dit le hros2 dlivre la volont1 ou succombe4 ,voil le comble de l'esprance jusque dans le dsespoir2 et1 ivre de soi1 il s'crie3 ,c'est l vivre6 ,briser1 renverser1 frapper6 ,draciner les pins6 ,voil la vie6 ,voil qui endurcit et qui lve6 ,l'anarchiste exulte1 parce qu'il espre4 ,dans tout anarchiste qui a la foi1 il y a un optimiste qui dlire2 et qui peut-tre1 un jour1 s'il gurit de sa folie1 la prendra en dgot4 ,l'enfance de ce tyran1 vou l'exil1 jette d'paisses gourmes4 ,qu'il est encore loin de sa beaut et de sa grandeur6 ,le mouvement importe plus la volont que le plan o elle se meut2 et plus que le terme o elle va1 la vitesse de la course4 ,quand les hros d',ibsen proclament qu'ils sont libres1 ils n'ont plus rien d'humain4 ,dieu n'est pas si dur que mon fils1 dit la mre de l'indomptable ,brand2 et ce pasteur1 machine vouloir1 qui ne veut vivre que pour le ,christ1 avoue1 dans son triomphe1 qu'il sait peine s'il est chrtien4 ,le plus affreux mystre du moi1 c'est qu'il arrive un moment o la volont tourne vide4 ,on met tout feu et sang2 la nuit vient et l'on s'assied dans l'ombre1 se disant3 ,je ne crois plus1 je ne sais plus2 vais-je donc ne vouloir plus8 ,car que m'importe de tout tre1 o il n'y a rien4 ,le moi pressent le danger mortel du doute3 ne faites jamais la folie de douter de vous-mme4 ,il faut croire en soi4 ,rien ne nous est bon que ce qui nous y aide2 il n'est mal1 que ce qui nous en loigne4 ,la volont est l'organe de la puissance4 tre soi1 c'est dominer4 ,on ne veut que pour pouvoir4 ,puissant en nergie1 je ne vis que pour tre puissant en actes4 ,il faudra que je vous le fasse sentir1 mes frres trs libres4 ,le pouvoir1 voil la vie1 l'apptit de l'homme1 la propre affinit de son sang4 ,mme vaincu1 l'homme puissant ne baisse pas la tte4 ,il ne regarde pas sa vie comme perdue3 tant qu'il lui reste un souffle1 c'est une haleine de volont qu'il respire4 ,la mort mme ne ruine pas toujours cette esprance4 ,le grand moi est pareil au phtisique dans la force de l'ge2 quand tout est dtruit et que la mort s'annonce1 il connat une dernire fivre1 un rve suprme1 o il s'endort dans son propre poison4 ,,antique ,,et ,,moderne4 ,ils sont plaisants de prendre la vie antique pour le modle d'une vie libre4 ,le fait et le moi s'opposent2 ils se bravent2 et l'un toujours asservit l'autre4 ,l'art antique est forme1 et soumis au fait4 ,le moderne est sentiment1 et le moi y domine4 ,l'antique est horizontal1 surface1 si je puis dire2 le moderne1 volume1 profondeur et vertical4 ,l'ordre et la beaut antiques viennent de ce que le cur manque1 c'est un art sans me2 moyennant quoi1 il est tranquille4 ,les enfants aussi ont leur paix grecque3 ils jouent dans la chambre o la mre se meurt1 et jusque sur le lit1 si on les laisse jouer4 ,j'admire cette srnit1 et1 malgr moi1 je la mprise4 ,le grand avantage d',athnes sur ,paris1 pour la vie heureuse1 c'est que je suis ,paris et qu',athnes n'est plus4 ,nous mettons l'ge d'or dans le pass1 par prudence3 il ne faudrait pas le dfier d'tre4 ,l'enfance de notre me est la fe1 et d'or enfin tout ce qu'elle touche4 ,mais tout ce qui nous touche est de terre1 sitt que nous sommes touchs4 ,le plus sr est de rver4 ,la beaut manque ,ibsen3 de l qu'il fait le rve de l'antique4 ,il cherche l'ordre4 ,il le veut tout prix4 ,mais il n'arrive pas y sacrifier la vie intrieure1 notre chre folie1 et la sienne4 ,l'antique est sain comme le vide1 assez souvent4 ,ce qui est tout fait sain est nul1 sans doute4 ,les vivants sont des malades1 et pas un n'en rchappera4 ,tout homme est malade4 ,les anciens ne pensaient pas l'tre2 ils se croyaient bien portants1 tant qu'ils ne souffraient pas de paralysie4 ,mais eux-mmes1 la fin1 ils se sont vus paralytiques4 ,l'antique est si peu le ,moi1 que le ,bouddha le nie au nom de la volupt mme4 ,la conscience malade1 voil le thtre de la fatalit moderne4 ,comme le cur1 on ne sent sa conscience que si l'on en souffre4 ,la tragdie grecque n'est que le fait4 ,les hommes tombent comme les gnrations des feuilles4 ,aussi la tragdie grecque nous semble presque toujours admirable1 et ne nous intresse presque plus4 ,il n'y a que la terreur1 et la piti n'y est qu'une peur rflexe4 ,ce ne sont gure des hommes3 mais des dieux aveugles et des automates aveugls4 ,la tragdie moderne1 c'est le moi en contact avec le monde4 ,le moi est plein d'nergie3 acte contre acte4 ,le fait1 et un dluge de faits tous terribles1 ne sont pas si tragiques qu'une seule dcision prendre pour la conscience malade4 ,nous sommes tous chrtiens malgr nous3 si nous sommes pensants4 ,et c'est en vertu de notre me1 qui est elle seule1 et pour soi1 l'tat1 le monde1 et toute la cit4 ,il est vrai que le propre chrtien est en prsence de son ,dieu4 ,sans son ,dieu1 il est suspendu dans le vide4 ,mais combien1 de l1 les vues sont puissantes sur le fond1 et hardies dans l'abme4 ,le christianisme a cr le monde intrieur4 ,il n'a pas du tout supprim l'autre3 il l'a rduit la seconde place4 ,un ,athnien chass d',athnes n'tait plus gure un homme2 car1 pour tre homme1 il fallait d'abord tre citoyen4 ,dsormais1 je suis homme dans ,sirius mme4 ,on ne peut m'en ter le caractre4 ,ils le savent bien1 tous ces grands exils1 qui ont commenc de l'tre dans leur propre ville1 et ds le sein mme de leur mre4 ,,que ,,le ,,moi ,,est ,,le ,,parfait ,,pessimiste4 ,ibsen a tous les dehors de la mchancet4 ,il ne plaint pas ses victimes4 ,il prend la plupart de ses hros dans la paix d'une condition moyenne1 et il les pousse la mort1 d'une main pesante1 d'une allure rapide4 ,le nid de la honte et du mensonge est fait comme celui des oiseaux1 patiemment1 d'une foule de dbris1 et trs souvent d'immondices3 l1 il fait tide1 et les hommes ont chaud4 ,ibsen les tire de ce bon pole1 et les trane dans l'hiver de la vrit nue1 sous les toiles glaciales4 ,s'ils tombent frapps par le vent de la nuit1 il reste encore un orage de neige sur leur cadavre2 et s'ils hsitent au bord du prcipice1 o il les a conduits1 d'un coup violent entre les deux paules1 il en hte la chute4 ,il ne pleure pas sur eux2 parfois1 au contraire1 il les bafoue4 ,sa tristesse est sans douceur2 elle aime le sarcasme4 ,il est dur2 il a l'air cruel2 il semble jouir de la catastrophe1 tant il se soucie peu de l'amortir4 ,ses traits tiennent de l'acier2 il coupe et il tranche dans la vie et dans les passions comme dans une matire morte4 ,et les gouttes de sang1 cette rose fraternelle des larmes1 il les tarit aussitt la manire du chirurgien1 sr de sa mthode1 qui lie les artres et suture la plaie4 ,dans son insomnie1 l'homme qui aime le plus ses chiens1 les hait aboyants4 ,on ne les hait pas pour ce qu'ils sont3 il serait trop absurde4 ,ni les chiens aboyant la nuit1 ni la foule des hommes dans la cohue1 ne mritent la haine4 ,on ne leur en veut pas de n'tre point ce qu'on est soi-mme2 mais s'ils ne sont pas odieux1 ils peuvent tre insupportables4 ,ils ont l'air d'appeler la haine1 comme le solitaire se donne l'apparence de la leur vouer4 ,ibsen n'a point de mchancet2 mais il n'a pas de bont davantage4 ,c'est qu'entre lui et les autres1 le cur manque2 le pont rompu empche tout passage entre les deux rives du torrent4 ,l'esprit ne sert de communication aux hommes que pour se mesurer1 ou se fuir2 au mieux1 pour se connatre et passer le temps4 ,il n'aide point vivre1 l'amour seul y suffit4 ,la mchancet d',ibsen est un prjug contre lui3 on le juge mchant1 parce qu'on voudrait qu'il ft bon4 ,il n'est ni l'un ni l'autre dans son uvre4 ,il est froid comme l'intelligence4 ,la froideur est le propre de la pense2 la longue elle ddaigne mme de prendre parti4 ,elle parat toujours mchante aux souffreteux de la vie1--car ils rclament des soins4 ,la force fait peur aux faibles4 ,on ne peut avoir que froideur ou ddain pour les hommes1 quand rien de suprme ne commande l'amour4 ,l'amour de ,dieu et l'amour humain se portent l'un l'autre4 ,la piti n'est pas une inclination ordinaire2 l'tre y met tout ce qu'il a de meilleur1-- ses dpens4 ,combien d'hommes enfin n'ont eu ni piti ni tendresse pour les autres1 qu' la condition de sentir sur eux-mmes la tendresse et la piti de ,dieu8 ,l'orgueil de l'esprit ne souffre pas de paix btarde4 ,entre ce qui lui semble juste et le contraire1 point d'alliance4 ,pas de charit4 ,l'erreur n'est point un objet de piti4 ,comme tant d'autres1 ,ibsen du moins n'essaie pas de me faire croire qu'il me dpouille pour mon bien1 et que j'en sois plus riche4 ,la volont pure1 c'est la morale1 jusqu' un certain point2 mais c'est encore plus la loi de fer qui destine les uns ne rien valoir et en tre chtis1 les autres avoir un haut prix1 le connatre1 et frapper ceux qui ne l'ont point4 ,quel que soit1 d'ailleurs1 l'talon de mesure4 ,c'est peu que ma force fasse mon droit1 elle en fait l'excellence4 ,la volont pure n'a rien d'humain2 elle est cruelle comme le glaive1 et sourde comme la mcanique4 ,qu'en semble tous ces professeurs de fade humanit1 ivres de vin doux et de raisons abstraites8 ,que tous les hommes soient purs3 ils n'auront plus besoin de vouloir1 ni de se faire quelque bien4 ,en attendant1 aux plus purs de vouloir pour tous les autres1-- eux de faire rgner leur volont4 ,leur droit est vident1 s'ils le peuvent4 ,et1 s'ils le font1 coups de hache4 ,cela s'est vu4 ,la morale sans charit est une espce de mchancet irrprochable4 ,de l1 que l'homme le plus pur peut paratre le plus mchant4 ,on dlire plus aisment en morale qu'en perscution et en grandeur4 ,la vertu facile est aussi une ide fixe4 ,la morale parfaite est l'ennemie mortelle de la morale4 ,on fait une confusion1 quand on se sert de l'esprit pour ruiner la conscience2 et non moindre si l'on s'en sert pour la fortifier4 ,l'intelligence s'attaque aux lois de la morale1 comme si c'tait un produit de l'esprit4 ,en rien3 c'est une ncessit de la nature4 ,la morale est la face visible de la religion4 ,ruinez la religion2 mais ne vous flattez pas de sauver la morale4 ,mme dans la religion1 il n'y a que le tenace1 le pressant1 l'ardent besoin de vivre4 ,on ne croit pas par raison1 mais par ncessit2 et d'instinct3--non pour satisfaire la logique1 mais pour vivre4 ,aristote mourant pouvait seul savoir combien la nature se moque d',aristote4 ,la foule des hommes court au plus press1 et commence par o la plupart des philosophes finit4 ,l'trange dmarche de l'esprit1 il est mort quand il triomphe4 ,la morale ne tient pas devant lui2 mais dans la morale1 il ne renverse pas des lois factices2 il va1 encore un coup1 contre la vie4 ,quant moi1 j'y consens2 mais il ne faut pas feindre qu'on dlivre les hommes1 quand on les tue4 ,partout o la vie persiste1 la religion remplace la religion1 et la morale la morale4 ,il y a bien lieu de rire et de prendre en piti cet esprit qui se croit libre3 pas plus que le cours des saisons4 ,une navet sauvage permet seule ce moi de croire longtemps l'excellence de son uvre4 ,qu'il en juge sur sa victoire3 aprs le combat1 il peut voir ce qu'en font les soldats de l'arme1 ces partisans d'occasion1 tous mercenaires1 et les femmes surtout4 ,la plus noble cit est feu et sang4 ,o est le gain si pur que l'on devait faire8 ,l'arme a perdu tout ce qu'elle avait de bon2 elle n'a rien acquis de cette excellence1 qui devait lui venir de surcrot et ncessairement4 ,qu'on est honteux1 vainqueur1 de se voir vaincre dans les autres6 ,ibsen1 une fois1 s'est mis en scne avec cette parodie4 ,il montre la honte d'tre vrai et d'avoir cru aux hommes4 ,le peuple1 d'ailleurs1 se charge de la leon4 ,malheur celui qui dcouvre la maladie de tous1 et prtend gurir les malades3 ils ne veulent pas qu'on les soigne1 parce qu'ils ne veulent pas tre malades4 ,le bon mdecin ne flatte pas le peuple2 et le peuple veut tre flatt4 ,il faut respecter en lui le mensonge1 parce qu'il tient son mensonge1 comme la chair la peau4 ,et1 aprs tout1 il a raison4 ,car1 quoi pense le docteur ,stockmann8 ,a corcher vif ce peuple8--,il n'a donc pas tort de rpugner ce qu'on l'corche4 ,aussi bien1 le mdecin qui aime trop la vrit1 n'aime pas assez son malade4 ,prtend-il1 lui seul1 crer une cit pure8 ,a faire un monde o tous les hommes soient vrais8 intelligents8 sans pch8 o toutes les eaux seront de cristal8 o enfin il n'y ait pas un malade8--,ce rve est bien vain3 dans le monde qu'il suppose1 il n'y a pas place la mort4 ,ds lors1 quoi bon le mdecin8 ,ibsen n'a point gard l'intelligence le haut rang qu'il l'invitait prendre4 ,comme beaucoup de trs vieux sages1 il semble conclure la loi du bon plaisir4 ,que chacun le prenne o il veut2 c'est dj beaucoup qu'il le puisse4 ,il n'est que d'asseoir sa vie dans la volupt1 depuis la plus basse jusqu' la cime du grand amour4 ,le parti d'aimer est le plus sr4 ,il le dit1 cet ,ibsen autrefois si glac1 si rigide2 et nul picurien ne fut jamais plus triste1 que ce sceptique au dsespoir1 couronn de neige et d'asphodles funraires4 ,l'aveu lui en vient aux lvres1--une espce de regret de n'avoir pas lui-mme suivi cette rgle#be3 combien il est admirable qu'au moment mme o il l'exprime1 dans un soupir1 il fasse entendre qu' n'en pas douter1 il ne l'et jamais pu vouloir8--,incurable vieux homme1 du vieux temps1 et noble jusqu'aux moelles3 son me religieuse habite le temple dsert4 ,note #be3 ,cf4 ,quand nous nous rveillerons d'entre les morts4 ,solness invoque le ,tout-,puissant1 dans sa dtresse4 ,je puis bien ne croire rien1 mais non pas faire que je me passe de croire4 ,la force religieuse d'un esprit marque son envergure4 ,la religion est l'tendue de l'me1 et comme elle1 s'espace dans ce sombre univers4 ,plus la religion s'loigne de nous1 plus il nous appartient d'en sentir le manque et d'en souffrir4 ,la vie ternelle est la grande maladie dont nous ne pouvons gurir4 ,pour la foule des hommes1 la religion est tout ce que les mes bornes et les esprits vulgaires ont d'espace et de vue4 ,je plains ceux pour qui il n'y a pas de mystre3 ils n'ont de mystre pour personne2 et aussi peu de vie1 proportion4 ,que pse1 ici1 un peu plus d'intelligence1 ou un peu moins8 ,une sotte vanit1 et l'ignorance du fond ont donn seules quelque prix ce qui en a si peu pour vivre4 ,le moi est le profond pessimiste3 car il est le seul4 ,le plus malheureux est le plus seul1 si grand soit-il1 ou se vante-t-il d'tre4 ,et celui-l veut vivre2 il s'y attache d'une treinte dsespre1 d'une ardeur si violente1 qu'aprs tout elle est basse3 il est tout ventre1 et tout affam pour cette nourriture unique et sans pareille4 ,plus l'homme est heureux1 plus il lui est facile de mourir4 ,heureux et confiant1 cet homme est un enfant qui joue3 il ne croit pas sa mort2 il ne la pense mme pas4 ,il ne croit qu' l'instant2 et tout instant est vie4 trange ironie que plus on ait de bonheur1 et moins l'on se sente4 ,l'homme tout en soi1 jusque dans l'excs de la joie1 mdite continuellement la mort4 ,ainsi il ne peut la souffrir4 ,l'ombre seule1 le soupon1 le nom lui en est horrible4 ,la lumire du jour en est obscurcie2 le soleil en est teint midi4 ,la pense cruelle frappe soudain au cur1 besaigu affile qui1 aprs avoir tranch dans le vif de l'esprance1 transperce le sentiment mme de la possession4 ,l'homme de foi joue au soleil1 dans la pleine nuit4 ,je ne sais point ce qu'elle est1 ni o elle se fonde1 cette religion3 mais certes elle est une bonne lumire pour une foule d'hommes4 ,elle te toute crance la mort4 ,je juge de la foi l-dessus4 ,elle rassure l'agonie1 comme une mre apaise la nause d'un enfant qu'elle purge4 ,voil ce que j'en suppose4 ,j'ai lu ce texte dans les yeux de quelques hommes4 ,comment n'admirer pas la main qui l'a crit8 ,,vi ,,la ,,nuit ,a ,,la ,,fin ,,du ,,jour ,pour qui vient du ,nord1 l',italie est la rvlation d'un monde o la joie est permise4 ,ce que le rve a conu dans le vide a donc son lieu quelque part sous le ciel8 ,l',italie enseigne la joie de vivre1 parce qu'elle fait croire la beaut d'tre libre3 c'est le pays o il semble possible d'aller tout nu1 sous les orangers1 sans prendre froid4 ,l'accord du rve avec les faits1 tel est1 d'abord1 le prestige de l',italie2 l'artiste pense y retrouver une patrie perdue3 il y dcouvre l'harmonie4 ,je me reprsente ,ibsen ,rome4 ,il y tait1 comme il avait quarante ans2 encore un peu1 et il serait dans le plein de ses forces4 ,on m'a montr sa maison retire et paisible4 ,il vivait dans le soleil2 il lui semblait surprendre le secret de la nature1 et qu'elle vit dans le plaisir4 ,c'tait avant l'entre des ,italiens dans la ville fatale1 o toute ambition doit trouver son terme1 et o nul palais ne se fonde qu'il n'y marque la place d'un spulcre4 ,a cette poque1 ,rome tait encore le plus noble oratoire de la mditation2 le tumulte n'y avait pas pntr1 ni cette foule qui prend pour une fume de gloire la poussire qu'elle pitine1 et qu'elle soulve du pav4 ,on m'a vant cette vie sans vnements et sans bruit1 si calme et si profondment lumineuse que ,rome offrait alors aux hommes en exil4 ,la libert y rgnait2 car il n'est de vie libre1 que celle o il ne se passe rien4 ,l',italie a gagn ,rome2 et l'homme l'a perdue4 ,a tous1 elle ouvrait un grand asile1 gal l'espace dsert de son horizon4 ,pourtant1 s'il est plus facile de croire au bonheur1 ici qu'ailleurs1 la longue il n'est pas moins vain1 ni moins ridicule4 ,la lumire romaine blouit2 mais trop de clart1 aussi1 aveugle4 ,,le ,r,,ve ,,de ,,la ,,lumi,,re ,l'identit de la force et du droit est vidente pour la raison4 ,il n'y a point de victimes dans le monde2 il n'y a que des infirmes et des anmiques4 ,pour l'esprit1 l'ignorance est une anmie4 ,comme on donne de la viande crue et du fer aux sangs pauvres1 que les faibles se nourrissent de rancune et de rvolte3 ils s'en feront plus forts1 s'ils peuvent l'tre2 et ils seront libres1 quand ils auront la force4 ,la force est sainte3 elle sert d'assise la cit nouvelle4 ,au besoin1 il faut tre cynique dans le culte de la force4 ,on l'a toujours servi1 mais sans oser le dire4 ,ibsen invite les hommes la franchise1 dans la parole et dans l'action4 ,o la vrit importe1 rien n'importe que la vrit4 ,d'ailleurs1 la vrit est toujours cynique pour le mensonge4 ,l'audace est la vertu des rebelles4 ,que les femmes ne craignent donc point d'tre cyniques1 elles qui n'ont pas craint jusqu'ici d'tre faibles4 ,elles auront assez de pudeur1 si elles ont la force de se rendre libres4 ,il y a eu un temps1 de la sorte1 o ,ibsen voyait une hypocrisie hassable partout o la force dissimule son droit1 et partout o la faiblesse ne revendique pas le sien d'tre rebelle4 ,ainsi la lumire donne la fivre la campagne de ,rome et sur ce dsert prodigue la magie du sang et de l'or6 ,dans la vapeur des marais1 une moisson hroque se lve4 ,ce n'est plus mme le mirage d'une plaine fconde1 qui promet de la vigne et du bl3 c'est la propre illumination des rves qui n'ont point d'ombre1 o la volont n'appelle plus son objet1 mais se jette sa rencontre1 s'en croyant appele4 ,voil comment cette ,campagne1 non moins qu'aux hros1 est si chre aux vaincus4 ,tous y gotent la dfaite1 au sein de l'irrmdiable dfaite1 l'coulement des sicles4 ,elle les console dans la condamnation sans bornes de toute grandeur4 ,les malades de la volont s'endorment ici2 et les possds de puissance s'y enivrent d'insomnie4 ,comme ,ostie la pierre mme se dlite1 la volont qui se brise1 ,rome1 se liqufie en lassitude2 mais au ,forum1 les colonnes1 vieilles de deux mille ans1 poussent la terre d'un front ttu1 et sortent de la poussire4 ,le poison de ,rome1 endort les curs faibles pour jamais1 et ranime la folie des puissants4 ,quelques hommes1 pleins de force1 contractent ,rome une fivre que la quinine ne prvient pas1--la folie de l'empire4 ,si c'est un mauvais air comme l'autre1 je le crois2 mais l'me en est avide2 elle ne veut pas gurir de ses frissons2 elle s'y plat trangement1 jusques y prir4 ,c'est ici qu',ibsen1 cessant de prcher et de chercher systmes1 s'est saisi dans sa force pleines mains1 et s'est jet1 tte tte1 contre tout ce qu'il nommait encore le mensonge3 lui seul contre tout un peuple1 une race1 tout un sicle1--un homme contre tous les autres4 ,comme il nous faut toujours donner de beaux noms aux uvres o nous ne mettons rien que de nous1 ,ibsen appela son parti la guerre de la vrit et de la vie contre l'ternelle imposture qui domine l'instinct des hommes4 ,toutes ses uvres hroques1 il les a conues en ce temps-l4 ,alors1 il prfrait combattre vaincre4 ,cette force hautaine1 et sans piti1 ,rome l'a nourrie4 ,et cette volont absolue de rgner1 ft-ce par la destruction1 est une fille de la solitude romaine4 ,quoi de plus8 ,elle devait finir par se tourner contre elle-mme3 c'est le progrs ordinaire de la volont intelligente4 ,ds sa premire heure ,rome1 dans ,ibsen1 sr du triomphe pour demain1 je sens un vainqueur dgot de la victoire1 et ddaigneux de la cause qu'il fait vaincre4 ,,enfants ,,et ,,femmes4 ,les vieillards caducs et les enfants sont absents de son uvre4 ,il ne reprsente gure que les hommes dans l'ge mr1 les femmes et les jeunes gens4 ,l seulement1 en effet1 la volont et les passions ont toute leur force4 ,les vieillards somnolent1 et sont odieux s'ils agissent avec violence4 ,les vieillards sublimes ne courent pas les rues1 dans la ville moderne2 et les autres1 trop souvent1 se font craser4 ,les hommes mrs et les jeunes gens sont forts1 parce qu'ils sont gostes et ne croient pas l'tre4 ,ils mettent leur amour de soi-mme jusque dans la foi1 les ides et le sacrifice4 ,le bel ge est plus de cinquante ans1 et moins de soixante#bf3 tout y est tragique2 la mort est derrire la toile pour faire le dnouement4 ,il faut avoir cet ge pour jeter d'une main imperturbable son pe dans la balance de la vie4 ,la jeunesse fait plus encore3 elle entre de tout son poids dans le plateau1 et rompt l'quilibre3 ce n'est qu' cette saison de la force1 que les hommes sont capables de mourir pour une ide vague1 et les femmes de tuer pour une sensation4 ,note #bf3 ,matre ,solness1 ,borkmann1 ,rubeck1 le docteur ,stockmann1 ,madame ,alving ont cet ge4 ,trop souvent1 le thtre confie aux vieillards un emploi hroque3 c'est l'erreur qui empche tant de gens de croire la tragdie3 peu d'hommes se persuadent qu'il y en ait qui veulent mourir pour une ide1 ou souffrir pour elle1 ou faire souffrir4 ,que ne leur fait-on voir des hros dans la force de l'ge8--,les vieillards ont l'apanage lgitime de la sagesse4 ,mais la sagesse n'est pas scnique3 elle est pleine de calme1 en son essence1 sereine et presque indiffrente4 ,elle contemple1 qui est le contraire d'agir4 ,les beaux vieillards ne sont leur place que sur le thtre des dieux4 ,la scne humaine est aux fous4 ,les hros sont des fous qu'on admire4 ,encore ne les admire-t-on pas toujours2 et mme le sicle veut qu'on les mprise4 ,qu',ibsen soit lou de n'avoir pas fait tourner toute la vie des ides et des hommes autour des petits1 petits enfants4 ,sans qu'on les y voie1 le thtre moderne n'est plein que de ces minces cratures2 et ce n'est encore rien auprs de l'embarras qu'ils donnent en tous lieux1 hormis la campagne4 ,ils ne sont pas peu responsables de la mollesse universelle4 ,ce sont les germes destructeurs de l'nergie2 prs d'eux1 elle s'use et se prodigue en menuailles2 le grand amour tombe en poussire de soucis4 ,on s'imagine que la pratique d'une tendresse goste corrobore la valeur personnelle de l'homme4 ,quelle erreur3 l'gosme des mres et des pres1 en gnral1 nerve toutes les vertus au profit d'une seule4 ,ce qu'ils ont de vigueur pour penser et pour agir descend au bgaiement de la chambre aux jouets2 ils ne peuvent pas faire crotre d'un coup le cur ni l'esprit des enfants2 mais ils abaissent les leurs au niveau de ces dieux dans les langes3 et mme les passions se rapetissent l'image de ces petits4 ,il arrive1 en outre1 que les hommes se font une arme de leurs enfants contre les femmes1 qui s'arment ternellement de leurs enfants contre les hommes3 parodie de toutes les grandes luttes2 parodie mme de crimes4 ,on peut aimer les enfants1 comme ils le mritent2 on peut s'y plaire1 ce sont les fleurs de la fort4 ,mais le monde ne saurait pas tenir dans ces petites mains2 faut-il que les plus belles penses s'abtissent pour les distraire8 ,mme regret1 il sied de les tenir distance4 ,ils sont touchants2 mais il l'est bien plus d'tre homme et de vivre4 ,nous1 hommes1 nous avons lire la grande tragdie de la vie et de l'art1 livre ouvert2 ce n'est pas notre rle de la faire peler ces petites bouches4 ,qu'ils rient et qu'ils jouent l'cart3 ,ibsen les y laisse1 car ,ibsen est viril4 ,jamais on ne fit la part plus belle aux femmes que dans ,maison de ,poupe4 ,c'est l'homme le plus sot qui lasse l'amour de la plus charmante entre toutes les femmes4 ,mais quelle folie est la sienne de prendre pour une injure inexpiable1 qu'on la traite en poupe8--,et mme si elle l'tait8 ,o y a-t-il1 dans le monde1 beaucoup mieux que des poupes qui parlent1 et qui s'imaginent de parler seules1 de penser et de marcher8--,si rien de plus qu'eux-mmes n'anime les automates1 en quoi un automate l'est-il plus qu'un autre automate8 ,celle-ci se fait un grand deuil d'tre la poupe de son mari1 et s'accuse de jouer la poupe avec ses enfants2 mais de quoi se soucie-t-elle8 ,et si ce jeu les enfants s'amusent1 d'une joie divine et sans partage8 ,une femme va-t-elle se plaindre d'tre la poupe de l'homme1 en rougir et s'en rvolter8 ,mais que croit-elle qu'il soit8 ,l'homme est la poupe du destin4 ,et sans aller jusque-l1 le fantoche de la cit1 le pantin aux mille idoles froides1 qu'il appelle ses ides quand il les vante1 et ses lois quand il les hait4 ,o vanit infinie des automates3 cassant un ressort1 ou changeant un rouage1 ils croient changer de nature4 ,on ne peut rien exiger d'un autre tre que l'amour4 ,aimer1 tout est l4 ,qui est aim est redevable infiniment l'amour4 ,et plus encore1 s'il se peut1 qui aime4 ,on vous aimait1 poupes1 et vous aimiez jusque-l4 ,voici que vous vous rendez hassables4 ,c'est dans les femmes1 surtout1 que la bont et le dvouement se confondent4 ,elles n'ont que des amours particulires1 consacres peu d'objets4 ,elles n'aiment plus rien1 s'il leur faut tout aimer4 ,qui a connu cette sorte de femmes1 les prfre injustes impartiales3 elles se rservent alors tout ce qu'elles ont de cur et de partialit4 ,qui nous aimera sans beaucoup de partialit8--,leur esprit gose sans retour4 ,elles se savent si grand gr de ce qu'elles ont appris1 et de penser3 elles y sacrifieraient bien le monde entier1 sinon elles-mmes trop ncessaires ce monde3 tant cette qualit de comprendre leur est trangre1 qu'elles n'y portent aucune candeur1 ni froideur1 ni dsintrt4 ,elles s'admirent dans leur esprit1 comme les meilleures femmes n'ont jamais song1 un seul instant1 se vanter de leur cur4 ,,le ,,contraste ,il y a deux ou trois ans1 comme l'anne tait sur sa fin et n'en avait plus que pour deux jours1 j'ai vu1 l'une aprs l'autre1 l'ennemie de l'homme et la trs pure femme4 ,je ne sais comment1 j'tais entr dans une salle o une femme clbre prchait la loi nouvelle4 ,jeune et pare1 des perles au col et aux oreilles1 cette femme tait couverte de tout ce que l'adulation de l'homme a mis de richesse et de luxe aux pieds de sa compagne4 ,un encens invisible de parfums entourait chacun de ses gestes4 ,derrire elle1 sur le dos du fauteuil1 une fourrure d'argent tait jete2 ses mains disaient vingt sicles de vie oisive2 sa jupe bruissait2 les voix de la dentelle1 de la soie1 du linge parfum murmuraient autour d'elle1 caressant ses membres1 faisant ce corps tant aim l'crin o tout le travail de l'homme est asservi et se consacre4 ,cette femme avait toute la cruaut des idoles1 et la vanit glaciale des marbres dans un muse4 ,elle s'offrait l'adoration1 s'adorant elle-mme4 ,son sourire froid tait pos1 comme un masque1 sur l'excrable duret de l'me4 ,d'autres femmes l'applaudissaient1 toutes pres1 sches et d'une fatuit cruelle4 ,si animes de colre et d'envie qu'elles fussent1 ce n'tait pas mme contre l'homme1 cet animal d'une espce trop basse1--leur frre1 j'imagine1 leur fils ou leur pre4 ,il semblait que ce ft plutt contre un dieu cach2 car rien n'excitait plus haut la raillerie de ces femmes1 leur sagesse et leur bel esprit1 que les vieux mots de bont1 de dvouement et de sacrifice4 ,elles avaient la figure des mauvais prtres1 quand ils insultent au culte qu'ils ont trahi4 ,et prcisment1 la grimace maudite de la haine plissait leur visage1 quand le saint mot de service1 le seul peut-tre qui soit sans pch dans la bouche des femmes1--leur venait aux lvres1 o il prenait toujours le son trs bas de servitude4 ,elles taient si enrages d'apostasie que le plus innocent tmoignage de l'ancienne religion en honneur parmi les femmes1 ne trouvait pas grce devant elles4 ,la femme au parler d'orateur1 s'indignait qu'on ft prsent de poupes aux petites filles1 pour leurs trennes2 elle y voyait une ruse ignoble de l'homme pour asservir1 ds le berceau1 la femme son foyer4 ,cette idole1 par son luxe et sa parure la poupe du genre humain1 dclarait la guerre aux poupons de bois1 qui exercent les enfants aux douceurs de la caresse1 et de l'amour4 ,car enfin1 le dieu cach que ces cratures dtestent1 ce dieu douloureux et sacr1 c'est l'amour et l'amour seul en effet#bg4 ,note #bg3 ,beaucoup de ces femmes taient des trangres4 ,la plupart invoquaient l'exemple de l',amrique et de la ,scandinavie4 ,j'avais fui4 ,je laissai cette assemble mchante de femmes qui hassent1 et d'hommes qui chrissent leurs singes1 et femelles leur manire1 gotent le plaisir d'tre avilis4 ,je rentrai dans le tumulte de la ,ville4 ,c'tait l'heure qui prcde la fin du jour4 ,paris fivreux et humide roulait sous la brume d'hiver1 et tournoyait en tous sens comme faisaient1 parfois1 telles feuilles mortes1 oublies dans les avenues4 ,un temps malade et blafard6 ,le ciel jauntre se tranait comme la ,seine1 gluante et limoneuse4 ,tout semblait s'tre paissi1 l'air jaune et la boue grasse4 ,sur la place de la ,concorde1 le pav miroitait d'un regard terne4 ,le fer des grilles lanait un clair morne4 ,le brouillard s'accrochait aux arbres1 et dans les perspectives lointaines1 entre les arcs de triomphe1 on et dit que l'atmosphre aussi ft devenue boueuse4 ,dans un coin1 attendant l'omnibus avec patience1 quelques petites gens se serraient sur le trottoir1 levant parfois le nez pour augurer de la pluie prochaine1 ou frissonnant des paules aux bouffes d'un vent aigre1 qui soufflait du fleuve4 ,seule1 un peu l'cart1 plus patiente que tous1 et soumise depuis bien plus longtemps l'ennui de l'attente1 je vis une femme1 qui cda l'unique place libre dans la voiture1 une petite vieille fort grise1 et qui remercia en toussant1 d'une bouche dente4 ,l'humble bienfaitrice sourit1 aidant de la main sous le coude la petite vieille monter4 ,puis1 la lourde machine s'branla avec un bruit de ferrailles1 en lanant de la boue jaune1 rayons prolongs des larges roues4 ,celle qui attendait1 reprit sa station1 sur le sol dtremp1 au milieu des flaques4 ,je l'ai regarde longtemps2 et la paix1 qui est une bndiction1 pour un moment rentrait dans mon me4 ,c'tait une jeune femme1 une sur de ,saint ,vincent de ,paul4 ,elle n'avait pas plus de vingt-six ou vingt-sept ans4 ,elle tait d'une grande et triste beaut4 ,en vrit1 si triste8 ,non1 pas pour elle1 sans doute2 mais pour celui qui la contemplait1 parce que la tristesse est en moi1 et qu'elle est la suave louange des mes les plus belles4 ,nul souci d'elle-mme2 mais au contraire une sorte d'ternel oubli de soi4 ,toute sa faon faisait l'aveu d'une extrme fatigue4 ,ses larges manchettes1 roides d'empois1 laissaient tomber des mains ples et maigres4 ,sous le bras1 elle tenait son parapluie gonfl d'eau1 et un paquet ficel dans un journal4 ,de l'autre main1 elle relevait sa jupe1 et ses cottes de futaine noire3 indiffrente tout ce qui fait le souci des passants1 elle se troussait assez haut3 on voyait ses pieds chausss de pantoufles en cuir noir1 sans boucles ni lacets1 et les gros bas de laine noire tombaient plis lourds le long de sa jambe4 ,son tablier mal serr1 et les poches pleines1 tirait sur sa taille4 ,dans sa lassitude1 elle penchait de tout son poids1 tantt sur un ct du corps1 tantt sur l'autre4 ,certes1 grande et si noble d'aspect1 les paules jeunes et larges1 elle devait tre d'une forme lgante2 mais il semblait qu'elle ne ft plus que l'ombre et le souvenir ddaign d'elle-mme4 ,elle se tenait sur cette place1 comme une fille des champs1 quand elle reprend haleine et1 redressant son dos courb1 se donne un moment de repos1 appuye la haie4 ,elle tait trs blonde2 ses joues longues1 son teint d'une exquise pleur1 anim d'un peu de fivre2 et sur ses longues lvres1 sa bouche calme et virginale1 un reste de sourire semblait prolonger son long menton un peu carr et ses paupires au dessin effil4 ,ses doux yeux d'ardoise taient extnus2 les paupires gonfles enchssaient le regard d'une lumire ple4 ,sur sa tte1 le vent agitait la cornette comme un gros oiseau de linge froid4 ,elle avait cet air frileux et incertain1 qui est celui de l'aube1 et la couleur d'une femme qui a veill toute la nuit1 jusque dans la pleine clart du matin3 elle avait d prendre quelque repos vers le milieu du jour1 et la hte baigner d'eau froide ses joues chaudes4 ,car les yeux d'un mourant venaient sans doute de s'teindre sur les siens1 et c'en tait le reflet irrvocable que je reconnaissais sur son visage4 ,simple et sans apprts1 sans tmoins1 cette fille de la charit1 croyant les dissimuler toutes1 avait toutes les beauts de la femme4 ,ibsen ne l'a pas vue2 mais il l'a cherche1 je le sais4 ,un homme vraiment homme ne peut pas mconnatre la beaut qu'il n'a point et qu'il prfre toutes3 celle qu'il espre de toutes les femmes1 depuis qu'il a perdu les caresses de sa mre1 et qu'il attend presque toujours en vain4 ,en possession de leur moi1 les femmes n'ont pas acquis la bont de l'homme1 et elles ont perdu toute la bont de la femme4 ,ainsi le monde humain1 qui ne peut vivre que d'amour1 se remplit d'aigreur et de haine confuse1 et en parat plus absurde encore4 ,la jeune ,norah s'en va1 faisant claquer la porte de la maison sur un mari ridicule et trois enfants dlaisss4 ,ibsen montre ailleurs ce qu'elle devient3 une demi-folle1 errante et criminelle1 qui tue et prend plaisir tuer#bh2 au cas le plus heureux1 c'est encore une criminelle1 qui a horreur de son crime1 et qui ne se dlivre du remords qu'avec la vie2 ou bien une folle qui revient la raison1 en rentrant dans la rgle#bi4 ,ds lors1 quoi bon8 ,note #bh3 ,n'est-ce pas ,hedda ,gabler1 et ,hilde8 ,note #bi3 ,la ,dame de la mer1 et ,rbecca dans ,rosmersholm4 ,c'est toujours la folie et la mchancet du moi1 qui n'exige d'tre libre1 que pour dlirer et faire le mal son aise4 ,quand tous les hommes auront du gnie1 et que toutes les femmes seront saintes1 il sera temps de les rendre libres3 ils auront bientt fait de se dtruire4 ,du reste1 ce n'est pas de libert qu'il s'agit3 depuis qu'il y a des hommes et des assassins1 des femmes et des impudiques1 ceux qui veulent tre libres et ne point suivre de lois que leur bon plaisir1 l'ont toujours pu faire3 et1 le faisant1 ils n'ont pas t libres1 les malheureux3 ils ont servi1 comme les autres4 ,la question est de savoir non pas s'ils le peuvent1 ni s'ils en ont le droit1 mais s'il est bon qu'ils le revendiquent4 ,et bon pour eux4 ,l'intelligence1 qui ne risque jamais rien et n'expose que des thormes1 dcide aisment que le moi est libre1 qu'il doit l'tre s'il ne l'est pas1 et se rendre la libert quoi qu'il arrive4 ,qu'importe l'anarchie l'intelligence8 ,parler n'est pas jouer4 ,quand un livre n'a pas de sens1 on le ferme et on passe un autre4 ,la nature qui a d'autres charges1 mme si elle est souverainement aveugle1 a des sanctions pesantes2 elle ne raffine point4 ,l'anarchie des sexes l'intresse2 son ironie terrible crase les rebelles1 et leur prtention confuse3 la vie ne souffre pas beaucoup de confusions4 ,qui ne veut pas suivre la loi1 qu'il meure4 ,qui cherche l'luder1 qu'il s'gare4 ,la folie et le crime1 toujours la mort1 voil la peine qu'elle porte4 ,et comme elle est toute-puissante1 ayant faire aux singes de la force1 cette nature impassible ne se contente pas de tuer3 elle crase les rebelles sous la mort ridicule4 ,ibsen l'a senti1 en homme qu'il est3 si la mort ne tirait pas le rideau sur ses drames1 ils seraient en effet1 d'un ridicule achev4 ,,restent ,,les ,m,,decins ,le mdecin entre en scne1 un compos de ,tirsias et de la ,parque1 l'oracle et la fatalit des temps nouveaux4 ,il hante par mtier les ruines de la vie4 ,quoi qu'il fasse1 et comme elle1 il condamne toujours mort2 quand il est intelligent1 c'est par lui qu'il commence4 ,il a pris dans la ville moderne l'importance bouffonne de la ,pythie3 personne n'y croit et chacun l'interroge4 ,on a beau savoir le mystre de l'antre et du trpied1 ce truchement de la mort gouverne par la peur4 ,sa gat est sinistre4 ,c'est l'honnte ,caron1 qui ricane toujours1 et qui l'on doit se confier1 pour le voyage4 ,ibsen a model dans le bronze ces prtres de la cendre4 ,ils sont d'une atroce sagesse4 ,comme ils savent le fin mot de la tragdie1 ils le cachent2 forcs de le dire1 ils le lchent en riant demi1 dans un juron de colre1 d'un ton brutal et cynique4 ,le bon mdecin serait donc le mauvais homme8 ,ibsen le laisse entendre3 car le meilleur homme est un mdecin qui tue4 ,parmi tous les comdiens1 ce sont les plus redoutables1 quand ils prtendent suffire la vie1 et qu'ils traitent les curs par la mme mthode que les corps4 ,le bon mdecin1 dit ,ibsen1 est celui qui trompe le malade4 ,mais lui-mme s'est mis dans la peau du mdecin1 qui ose dire la vrit aux hommes1 et veut les nourrir de ce poison3 non seulement il ne gurit personne2 mais tout l'hpital se lve en rvolte contre lui et le lapide4 ,ce mdecin-l n'a plus qu' laisser la mdecine et les malades4 ,la vraie science n'a ni espoir ni flatteries2 elle ne s'occupe pas des hommes4 ,le mdecin qui dclare la guerre ses clients1 et leur tourne le dos1 l'excellente ide6 ,ils s'en porteront mieux1 et lui aussi4 ,qui nous gurira de la mdecine1 qui se prend pour une religion8 ,les mdecins ne nous empoisonnent pas moins de leurs vrits que de leurs drogues4 ,qu'ils s'exercent mentir1 pour leur salut et pour le ntre4 ,leurs hypothses mmes sont funestes3 si la nature raisonnait la manire des mdecins1 le monde serait dj mort4 ,ibsen a jet un profond regard sur la farce de notre vie1 qui est pleine de mdecins1 l'ordinaire des farces4 ,il sait que le bon mdecin trompe et aide toute tromperie4 ,c'est lui de tuer sans rien dire1 ou de frapper en bouffonnant1--ou de ne point paratre4 ,mais quoi8 se mler de refaire le genre humain1 et de couler la morale dans un nouveau moule8 ,il faut que le mdecin soit notre bourreau1 puisque nous sommes sa victime4 ,il faut qu'il soit le dur greffier de la terre1 l'huissier de la mort et du supplice4 ,n'est-ce pas assez8 ,qu'il enregistre notre excrable dfaite1 puisque telle est la misre de notre condition qu'il nous faut aller l1 o le mensonge se consomme4 ,que le fossoyeur ne se mle pas de faire l'aptre1 le pote1 ni le chantre2 mais qu'il achve sans piti la bte demi morte1--et qu'il cache aux autres la vue du charnier4 ,,vii ,,tolstoi ,,et ,,ibsen ,cependant1 l'autre bout de l',europe1 tantt dans sa maison natale1 tantt en ,crime1 aux portes de l',asie1 depuis trois ans1 ,tolsto se meurt4 ,deux coups d'apoplexie n'ont pas abattu ,ibsen2 il s'est relev2 il n'a encore touch terre que des genoux4 ,tolsto1 lui non plus1 ne se laisse pas atterrer2 et1 quoique frapp1 il dresse haut la tte2 toujours le menton lev1 il offre son front courbe1 comme un miroir1 la lumire4 ,au prix d',ibsen1 ,tolsto pourrait passer pour n'tre pas intelligent4 ,il va plus loin1 et reste en de4 ,il est pratique l'infini4 ,le fait d'tre homme et vivant1 non l'ide1 voil ce qui l'occupe4 ,si on lui accorde son principe1 il est difficile de lui refuser le reste3 c'est le bonheur de vivre pour soi en vivant pour les autres2 et moins de l'assurer aux autres1 qu'on ne se l'assure pas4 ,la pense de ,tolsto est maternelle tout ce qui respire2 l'amour de la vie en est l'organe4 ,jamais il n'a pu comprendre le droit de l'intelligence dtruire2 ni surtout que l'intelligence s'exert1 de prfrence dans la destruction2 il y voit un non-sens1 une corruption absurde4 ,tolsto ne sait pas encore que le cur lui-mme peut devenir l'artisan d'une suprme catastrophe4 ,l'intelligence n'pargne rien4 ,elle porte la guerre dans toute la contre2 puis1 reste seule1 elle se met la question2 et1 dans la citadelle o elle s'enferme1 elle passe le temps se torturer4 ,ce front large1 haut et rond1 d',ibsen est le bastion que je veux dire3 la dure loi de la ngation rgne dans l'enceinte de cette pense1 derrire les remparts et les triples grilles4 ,et de toutes parts l'entour1 les fosss circulaires du nant4 ,en vrit1 l'esprance de ,tolsto parat sans bornes2 l'esprance est un voyage2 point d'espoir pour qui ne peut sortir de soi4 ,ibsen n'a que la vie1 et dteste la mort2 jusque dans la mort1 ,tolsto aime la vie4 ,il y croit1 parce qu'il n'est pas rduit lui-mme4 ,l'un au ,sud1 l'autre au ,nord1 l'un aux confins de la solide et maternelle ,asie1 l'autre au bord du fluide ocan et de la brume1 les deux grands luminaires se couchent4 ,ibsen frappe la tte1 pour tuer4 ,tolsto heurte au cur1 pour prouver la vie4 ,a la tte1 ,ibsen est frapp2 et ,tolsto au cur4 ,leurs maladies mortelles les sparent encore4 ,la mort pour ,tolsto n'est rien2 je l'en crois quand il dit qu'il l'attend avec joie2 il la rclame1 il la flatte4 ,il s'y fait1 dit-il2 il sait gr la maladie de l'y aider peu peu et de l'y introduire2 il savoure avec douceur l'avant-got du grand calme4 ,il ne la maudit pas2 il la bnit2 il ose la bnir4 ,il aime les souffrances2 il en parle la manire de ,pascal1 mais sans passion et sans fivre4 ,il a le foie et le cur atteints1 cause de l'ternel souci qu'il s'est donn des autres4 ,dans la dernire image qu'on a prise de lui1 courb1 sur les genoux1 maigre et dfait1 ravag1 la taille rduite1 les paules obliques1 le corps n'emplissant plus les vtements presque vides de chair1 le front sec1 les tempes brillantes d'un divin chagrin1 tout pliss de rides comme une terre o le labour de la mort a trac des sillons1 ,tolsto est tout yeux et tout oreilles2 il coute une voix2 il a vu sous l'corce de la vie1 l o1 dans la nuit1 une mre immobile appelle4 ,on pleurerait de le voir ainsi3 parce que la mort d'un tel homme est plus triste1 quand on sent qu'il l'accepte4 ,ibsen1 lui1 n'est pas si soumis4 ,il lutte2 il se dbat en silence2 il maudit l'ennemie4 ,il sourit amrement4 ,il ne tendra pas le col2 il hait la prsence cruelle qui disperse les trsors d'une grande me1 trois grains de bl et une poigne de paille4 ,il n'a point de complaisance pour la maladie2 tous ses nerfs sont vif2 la rvolte lui fouette le sang et la bile4 ,ces deux hommes1 de charpente robuste et d'estomac puissant1 ont t riches en passions fortes2 elles durent chez ,ibsen1 et se lamentent en secret2 tandis qu'en ,tolsto elles sont toutes asservies4 ,je voudrais croire comme lui3 car j'ai vu ce que vaut l'homme de foi pour vivre et mourir4 ,tolsto excite un grand amour dans son agonie4 ,la pense de plusieurs se tourne vers lui1 et le cherche l-bas4 ,qu'il souffre en paix3 pour seul qu'il soit1 comme sont tous les hommes et les hros plus encore1 il ne doute pas qu'on ne l'aime2 le suprme mirage console l'horizon de sa dernire tape2 et selon son vouloir1 il est sr d'tre suivi4 ,au lieu qu',ibsen ne l'espre mme pas4 ,l'esprit ne connat pas l'esprance4 ,ibsen appelle l'amour1 sans y croire3 il n'aime pas4 ,celui qui rclame pour tous1 reoit pour soi4 ,et celui qui rclame pour soi1 est frustr de tous4 ,c'est la loi4 ,quoi que je fasse1 je ne puis conclure pour moi-mme4 ,je m'pouvante la fois d'tre sincre3 c'est toujours contre moi4 ,il n'est joie de vivre que pour les petits3 c'est qu'ils se perdent4 ,avec tout son orgueil1 ,tolsto ne se ft pas perdu1 s'il ne s'tait pas fait si humble4 ,je n'ai pas tant d'humilit1 dit ,ibsen2 on ne s'humilie pas comme on veut4 ,dans la grandeur et l'isolement1 ni l'me ni le cur ne peuvent tre satisfaits2 ,paris1 ,rome et ,moscou1 cet gard1 sont sous la mme latitude2 le compte n'est pas d'un degr en plus ou en moins d'lvation au ple1--mais de voisinage avec ,dieu4 ,qu'on me donne la dure1--et1 en effet1 mon bonheur dure4 ,je ne suis que trop capable de la joie3 c'est elle qui me manque1 dans la mare continuelle du nant1 ce flux et ce reflux misrable de vie et de mort3 partout o le temps fait dfaut1 partout je perds pied dans le vide dvorant aux parois de tnbres3 c'est la douleur qui tient tout l'espace4 ,je suis perdu1 si je ne dure4 ,si l'on ne me donne tout1 je ne suis rien1 et je n'ai rien4 ,si je ne fais que passer1 je me suis un rve pouvantable moi-mme4 ,et si l'ternel amour ne m'est pas promis1 je doute mme du mien2 les beauts de mon propre amour me sont horribles1 et les dlices m'en dchirent4 ,,moi ,,et ,d,,mocratie ,l'erreur des dmocrates est de croire que leur vrit en soit une pour tout le monde1 et force l'adhsion4 ,quand leur vrit serait la seule1 il ne s'ensuivrait pas qu'elle et force de loi sur tous les hommes4 ,ni moi1 dirait ,ibsen1 ni eux1 ni aucun de nous1 nous ne vivons que de raisons1 si bonnes soient-elles4 ,je m'tonne peu que les dmocrates aient une si belle confiance dans la vrit1 l'humanit et toute sorte d'idoles abstraites4 ,le nombre est infiniment petit de ceux qui sont sensibles la vie seulement et partout la cherchent sous les mots4 ,la plupart se contentent d'en peler les termes1 comme on lit un lexique4 ,mais d'o vient que les dmocrates ne voient pas leur trange ressemblance avec les thologiens8--,ils ont des dogmes2 ils sont assurs de savoir le fin mot du monde2 ils ont la vrit1 et ne doutent point que ce ne soit la bonne4 ,c'est les dogmes qui font la thologie1 mais la condition de n'tre pas variables4 ,les dmocrates varient comme les apptits4 ,je suis bien loin de dire qu'il n'y a point de vrais dmocrates1 sinon les religieux2 mais il n'y en a point sans quelque religion secrte2 le plus souvent elle s'ignore4 ,un dmocrate n'est pas prudent qui se fonde sur l'esprit4 ,tous1 ils ont foi au grand nombre4 ,telle est leur idoltrie#cj4 ,note #cj3 ,la majorit a toujours tort1 en effet1 dit ,ibsen1--la maudite majorit compacte4 ,et ceux qui bnissent le grand nombre1 il rpond ainsi par une maldiction4 ,chaque homme1 son compte1 peut croire qu'il est fait pour tous les hommes4 ,vivant pour soi1 qu'il vive pour le genre humain1 je l'admets1 ds qu'il s'en propose le devoir4 ,mais que son devoir en soit un pour moi1 je ne sais o il le prend4 ,et je ris qu'il m'y force4 ,car est-ce l cette libert fameuse1 que je sois forc de faire contre mon sentiment ce qu'un autre dcide bon que je fasse1 parce qu'il lui plat faire8 ,les dmocrates sont gens de foi2 et la preuve1--qu'ils ont en moi un hrtique4 ,je ne vois aucune raison que leur foi doive tre la mienne2 et prcisment parce qu'ils veulent que ce soit une raison4 ,le sentiment a fait leur croyance2 mon sentiment fait le contraire4 ,ce qu'ils invoquent contre moi1 est ce que j'invoque contre eux4 ,je doute de leur droit sur ma vie par la mme dmarche qui les rend si hardis de n'en pas douter eux-mmes4 ,ils sont thologiens par les dogmes2 mais il manque la pice principale leur thologie1 celle qui porte toute l'armure1 et proprement la forme4 ,ce ne serait pas trop d'un dieu pour m'ter moi-mme4 ,comment donc m'y teraient-ils1 puisque je n'y russis pas8--,pratique de ma prison comme je suis1 et la dtestant d'une telle haine1 il faut que l'attache soit bien forte pour que je ne puisse la dfaire4 ,je suis la chane dans le cachot de ma pense1 et quoi que je fasse1 je n'en sors pas4 ,si je suis dmocrate1 le hasard est heureux1 et de ma part c'est bont pure3 car1 pourquoi ne serais-je pas tout le contraire1 avec le mme droit8 ,le moi sait justifier toutes ses dmarches1 parce qu'au fond il n'en justifie aucune3 aveugle et brutal1 il ne s'en soucie point2 clairvoyant et dans la pleine possession de son gnie1 il en sait le ridicule3 le moi ne dpend que du moi4 ,ainsi donc1 les dmocrates qui sont tous thologiens1 ne sont pas bien justes quand ils s'en prennent la thologie1 et recourent au sens propre3 dans l'glise la plus roide en discipline1 il y a peut-tre plus de place pour la foi des dmocrates que dans le moi le plus libre4 ,si mme j'ai piti des hommes1 et si je les aime dans leurs misres1 il ne s'ensuit pas que je fasse passer les leurs avant les miennes1 ni que je me prfre le genre humain4 ,car il peut arriver que je n'aime ni lui1 ni moi4 ,c'est en effet ce qui arrive4 ,ibsen m'en est garant4 ,dans l'ocan des hommes1 dans la tourmente de l'infini1 je suis comme la barque un seul rameur1 pour tout faire1 pour tenir la barre et veiller la voile2 j'ai mis la cape dans la vie2 et je fuis dans le temps4 ,a la vrit1 je ne sais pas pourquoi3 l'issue est certaine1 et je ferai toujours naufrage2 mais tel est le moi3 il ne pense qu' son salut1 ou1 si l'on veut1 sa perte4 ,que m'importe tout le dsert1 tout ce vide ternel1 toutes les vagues de la tempte1 tous les sables de l'ocan1 quand bien mme en chaque atome il y aurait un homme8--,je ne puis tenir de frres que de la main vritable d'un pre4 ,les discours1 ni les vastes mots ne sont pas assez paternels pour mon me2 les plus belles paroles n'ont pas assez de sang pour mon cur1 qui est de sang4 ,et mme les plus belles1 qui sont abstraites1 me semblent les plus mortes4 ,pourquoi non8 ,suis-je si sr de vivre8--,c'est l aussi que je ne puis avoir foi1 faute d'un pre3 pour l'accepter1 il faudrait au moins connatre celui qui m'a fait ce don mortel de la vie4 ,ibsen a cess d'tre dmocrate1 quand il a cess de croire4 ,a quoi8--,a tous ces mots1 qui sont des morts et qui n'ont ni chair ni sang4 ,ce qui fait l'esprance et la paix des esprits mdiocres1 fait le dsespoir des autres4 ,les ides sont presque toujours les mmes en tous les hommes3 ce sont les hommes qui diffrent4 ,l',,auberge ,,dans ,,le ,d,,sert ,la ,norvge montre ,ibsen1 comme tonne de l'avoir produit4 ,il est le grand spectacle de ,christiania2 on va l'y voir2 on y mne les trangers1 on le nomme dans la rue1 et dans la salle publique o il lit les journaux1 en buvant une boisson forte1 on le dsigne aux curieux4 ,il ne hait pas qu'on l'admire2 pour le reste1 il ne s'occupe pas des autres4 ,il ne lit point1 sinon les nouvelles2 ni livres1 ni pomes2 il ne va jamais au thtre1 pas mme ses tragdies4 ,de mme1 il passe dans la rue1 sans s'arrter aux menues comdies qui s'y jouent4 ,ses regards saisissent les gestes1 les traits et les visages1 comme une proie qu'ils dissimulent2 puis ils se referment sur le butin1 comme on pousse une porte sur un trsor2 l'esprit1 quand il est seul1 pse ensuite ses trouvailles dans la chambre secrte1 et l'imagination faonne la matire4 ,ibsen est bien de l'espce rapace1 l'gal des oiseaux de nuit3 ils ravissent au vol1 plus muets que l'clair2 puis ils dvorent1 solitaires2 et avares1 ils se repaissent longuement4 ,ces hommes-l vivent en ennemis au milieu des autres4 ,ils drobent la vie pour la refaire4 ,ils n'ont pas pour elle la bonhomie de ceux qui la copient4 ,puissants et inflexibles d'esprit1 ils sont timides dans l'action2 leur me volontaire ne cde rien ni personne2 mais dans la rue1 ils cdent le pav4 ,cependant ,ibsen1 marchant petits pas1 les yeux baisss et les bras immobiles1--si on le heurte1 si on le salue et le force sortir de soi2 ou si1 dans son fauteuil1 presque cach derrire un journal1 on le tire de sa lecture1--il montre d'abord un visage hriss et svre1 les yeux froids sous les lunettes d'or1 et ce vaste buisson de cheveux et de barbe1 broussaille o il a neig1 et o la bouche la plus amre semble prte dcocher une flche de fiel4 ,qu'il lve la tte ou qu'il se retourne1 quand il se croit regard1 l'homme sans liens aux autres hommes prend d'abord sa dfense1 qui est cet air dur o l'ennui timide se retranche et refuse l'accueil4 ,puis il sourit1 ayant reconnu un porte-flambeau ou un esclave4 ,mais dj ce n'est plus lui4 ,ibsen1 tous les jours1 s'en va donc lire les nouvelles dans le salon d'un htel4 ,que fait-il1 cependant1 dans la salle commune d'une maison1 o les passants vont et viennent8 ,ce n'est pas assez qu'il suive des yeux les mouvements d'une ville1 le concours de toutes ces fourmis dans les tranches et les tunnels de la fourmilire4 ,est-ce bien comme on l'a dit1 qu'il pargne la dpense des journaux8 ,non2 quand cette raison ne serait pas mauvaise1 elle ne peut pas seule tre la bonne3 ,ibsen1 soixante-dix ans1 n'a pas pour rgle de gagner une ou deux couronnes sur les marchands de papiers4 ,je ne comprends pas un grand homme de cette manire basse4 ,non4 ,je vois dans ,ibsen1 l'htel1 une image taciturne et sduisante du voyageur sdentaire1 en son exil sans retour4 ,il porte la vie du solitaire ces limites confuses1 o elle cesse presque d'tre humaine4 ,se sentir tranger tout1 voil l'excs de la solitude4 ,ibsen1 chaque jour1 va vivre en banni1 l'auberge1 dans le va-et-vient de tous ceux qui passent1 trangers les uns aux autres et lui plus qu' personne4 ,qu'ils soient de son pays ou non1 il n'est pas du leur4 ,quoi8 ,un si profond dlaissement se dmunit encore8 ,oui1 le profond ennui d'tre tranger sa propre vie met le comble la profonde amertume de l'tre aux autres4 ,o la goter mieux1 et toute cette amre folie1 que dans une salle publique1 au milieu d'un htel qui regarde sur le port1 et les navires en partance1 par del une rue o le double flot des hommes monte et descend8--,a la bonne heure1 c'est tre l dans la vrit de notre condition4 ,ici1 aprs une lecture sur le vol des mouches1 relevant le front1 peine si l'on se reconnat soi-mme pour soi-mme2 et la brume o flotte la pense ne s'tonne pas du brouillard1 o les mts1 dans la rade1 finissent de filer la quenouille d'un jour lugubre jamais rvolu4 tranger parmi des trangers1 dans une vie trangre toute esprance1 voil ce que le solitaire rumine d'tre et l'image qu'il se forme de la destine humaine1 quand il s'assied dans l'auberge de la plus noire solitude1 qui est le dsert des hommes4 ,,viii ,,la ,,mort ,,froide ,l'orgueil de l'intelligence est le plus strile de tous2 c'est aussi le plus tenace4 ,il est sans joie1 et dsol en ce qu'il console d'tre sans joie4 ,il reste ceux qui n'ont plus rien1 et qui il a fait tout perdre4 ,toute autre domination donne le contact de la vie2 celle-ci en carte au contraire4 ,les passions du cur sont pareilles la mer1 dont la jeunesse est ternelle1 et le charme1 et la folie3 mme les temptes1 quand elles tuent1 emportent la pense dans un tourbillon magnifique4 ,mais l'intelligence est un glacier solitaire2 et il faut finir la nuit1 couch sur le morne ocan de la neige4 ,l'orgueil de l'esprit est un artisan d'ennui incomparable4 ,c'est le tisserand des tnbres4 ,partout la nuit1 la profonde nuit4 ,l'intelligence ne prend connaissance que de la nuit3 seule seul1 il ne se peut pas que l'homme la supporte4 ,la nuit est le mtier et la soie2 la ,parque1 la fileuse et l'toffe qu'elle tisse4 ,toutes les ides sont tissues sur le canevas de la nuit4 ,l'esprit scrte dans le vide1 comme l'abeille fait la cire4 ,mais l'abeille ne sait pas ce qu'elle fait1 car elle est esclave dans sa rpublique4 ,la joie de penser ne survit pas la prime jeunesse2 ou sinon1 et si elle y suffit1 c'est une nature bien petite4 ,tout tre fort secoue l'orgueil de l'esprit1 comme un chien ses puces4 ,quand il est trop tard1 on se tend l'amour d'une convoitise sans bornes1 et peut-tre sans illusion4 ,car il est toujours trop tard4 ,la vue dserte du pass1 ce rceptacle de mlancolie1--voil l'horizon de l'orgueil4 ,et la pire douleur s'avance1 pareille l'heure que l'on n'vite pas3 la certitude qu'on a t ce qu'on devait tre1 et qu'on ne pouvait faire autrement que l'on n'a fait4 ,on se sent plus lger aprs avoir pleur4 ,aussi1 jamais1 dans ,ibsen1 on ne pleure4 ,la volont est l'me d'un monde froid1 une imagination sombre et sans piti4 ,face face1 dans la neige1 avec la nuit3 que reste-t-il8--,la force de pousser la lutte jusqu'au bout4 ,pour unique esprance1 l'esprit se promet le repos dans le calme du rve4 ,car il faut cder enfin4 ,le moi n'est pas le plus fort4 ,il y a beaucoup plus puissant que lui3 et c'est la nuit4 ,le dernier mot est la force4 ,la force est la seule morale du moi et du monde rel1 qui est le monde des corps4 ,l'amour mme du vrai est un culte de la force4 ,je vois un amour de soi1 et sans partage1 dans l'inexpiable culte de la vrit3 on abonde en soi-mme2 et que tout le reste s'y range1 ou qu'il en souffre1 s'il veut3 quelque chose qu'on fasse1 avec la vrit1 on a toujours raison4 ,c'est l'histoire de tous les fanatiques2 et que la vrit de l'un soit l'erreur de l'autre1 quelle meilleure conclusion8 ,qu'est-ce que la vrit8 dit ,ponce-,pilate4 ,du moins le prteur romain ne s'en fait pas accroire2 il pourrait rpondre3 la vrit8 c'est mes lgions4 ,l'abus de la vrit est un abus de la force4 ,je le veux2 mais qu'on ne me donne pas cette glise pour le temple du juste4 ,la vrit1 toute sa vie1 ,ibsen y incline2 il y fait tous les sacrifices2 puis1 il sait ce que cette foi lui cote4 ,mais quoi8 ,il faut se soumettre4 ,une bonne tte doit cder la force3 toute rvolte est absurde1 indigne de l'intelligence4 ,voil1 dans la nuit noire1 de quoi aiguiser comme un couteau le tranchant glac des tnbres4 ,,tre ,,soi-,m,,me ,ibsen tient bon jusqu' la fin3 il ne veut pas se donner tort4 ,comment le voudrait-il1 puisqu'il ne le peut pas8--,nos ides ne sont si fortes et ne nous sont d'un si grand prix1 que parce qu' la longue elles nous faonnent4 ,il importe peu que ce que nous pensons nous dsespre4 ,il nous faut penser comme nous sommes4 ,en vertu de quoi nous avons des penses contraires1 qui se combattent sans merci1 image de notre contradiction4 ,ibsen se contredit1 comme nous sommes tous forcs de faire1 si l'intelligence ne le cde pas en nous la passion4 ,couch dans le dsert glac o l'empire du moi ne connat pas de limites1 il tremble de tous ses membres2 il n'a mme pas besoin de lever les yeux1 pour savoir que l'avalanche pse au-dessus de sa tte1 et que la catastrophe est pour demain4 ,il sait donc ce qui l'attend2 mais il ne peut faire autrement que de se coucher sur la place et de dire3 ,voil par o j'ai pris pour venir en ce lieu2 or le chemin que j'ai suivi est celui que vous devez prendre4 tre soi-mme1--il ne nie point qu'il l'a voulu2 loin de l1 puisqu'il le veut encore4 ,le glacier1 l'avalanche et la nuit lui font horreur2 mais dans ce froid nocturne1 il persiste croire qu'il n'y a pas de plus belle couche pour un homme4 ,dans les victoires de la raison1 quel profond dsenchantement de la raison6 ,qu'elle est morte1 dans toute sa gloire6 ,que sa parfaite logique est peu persuasive6 ,qu'elle m'est de peu quand elle est tout6 ,il est bien vrai que je ne vis pas de thormes2 et1 cet gard1 la diffrence du plus juste1 du plus tendu en ses consquences1 au plus pauvre et sans suite1 n'est pas grande4 ,j'ai connu tous les jours davantage combien l'amour et la foi vont ensemble3 la vie porte l-dessus4 ,la foi est vraiment ne de l'instinct2 et l'instinct fait tourner les mondes1 qui ne savent mme pas s'ils tournent1 et n'ont aucun besoin de le savoir1 pour tourner4 ,il va sans dire que l'instinct1 comme la passion1 parat une faiblesse aux gens de raison1 et presque une face du crime4 ,leur sagesse prvoit un sicle et un monde sans passion1 comme on a compt sur un ge sans pch4 ,mais pourquoi s'en tenir l8 et pourquoi pas un monde sans vie8 ,la sagesse ne sera vraiment sage que si elle se passe de la vie4 ,c'et t le compte de l'intelligence4 tre soi-mme1 dit ,ibsen2 il sait quoi il se condamne3 toujours le nom de l'amour lui vient aux lvres2 le regret d'aimer l'obsde4 tre soi-mme1 fait-il par force1 mais aimer1 rien ne vaut que d'aimer1 qui est dire3 de n'tre pas soi-mme4 ,ibsen distingue en vain la loi des hommes et la loi des trolls1 celle des tres libres qui commande3 ,sois ce que tu es1 et celle des tres borns qui dit3 ,suffis-toi toi-mme4 ,je vois partout des trolls1 et presque pas un homme4 ,l'ide d'tre un homme infatue tous les hommes3 comble de ridicule en presque tous4 ,comme s'il tait permis leur indigence d'y prtendre2 et comme s'il n'en cotait pas toute leur fortune1 mme aux hros4 ,qu'on le donne1 qu'on le prenne1 qu'on le rende1 il n'est point d'amour qu' ne plus tre soi4 ,le supplice du moi est-il donc fait pour tous8--,a quoi bon y prcipiter la foule des hommes1 que son pauvre instinct et sauve1 mille fois plus sr que toute sagesse8--tre soi-mme8 ,comme si plus d'un homme l'tait1 ou pouvait l'tre1 tous les vingt ans1 entre vingt millions8 ,comme s'il y trouvait1 non pas mme la joie1 mais seulement un peu de repos8 ,comme si toute la beaut1 toute la vertu1 toute la force humaine enfin d'hommes en nombre infini1 n'tait pas ne jamais tre soi-mme1 suppos qu'il leur ft possible de choisir8--,bien loin qu'ils doivent l'tre1 qu'ils ne vivent au contraire qu' la condition de ne l'tre pas4 ,la pire trivialit n'est point du tout d'tre comme les autres2 mais1 n'ayant point reu le don mortel de l'originalit1 de prtendre en avoir une4 ,o la triste singerie6 ,en vrit1 c'est aux singes que le royaume des cieux n'est pas promis4 ,l',,amertume ,c'est l'excs de ma joie qui fait l'excs de ma misre4 ,l'amour sans bornes de la vie est l'espace infini o je succombe4 ,je tremble cause que j'aime4 ,je m'veille dans l'pouvante1 cause de la splendeur du rve o je m'endors4 ,et l'horreur du nant se mesure la beaut enivrante de vivre4 ,quand on mesure la passion la plus puissante et l'effort le plus noble de l'me l'effet qui les suit1 le cur se brise de tristesse3 la flche trempe dans le curare ne contracte pas les muscles1 et ne les frappe pas d'une roideur plus convulsive4 ,la dception est encore plus ttanique1 si l'on compte la force que l'on a pour agir et pour aimer1 la trahison du monde4 ,l'intelligence a si peu de part ce profond ennui1 qu'elle donne raison au monde4 ,que ferait-il de cet amour1 de cette force1 de cette riche action8 ,il ne lui en faut pas tant4 ,il se dfie3 l dessous1 il sent le moi qui se cache4 ,quelle vaste drision6 ,une moquerie inhumaine fait mon immense perspective4 ,et je n'y puis rpondre par la raillerie3 mme joue1 mon me ne joue pas4 ,voue au rve1 et en sachant la suprme vanit1 elle prfre ses miracles l'horrible insulte de ce dsert4 ,a la drision de la vie1 rpond la grande amertume4 ,dception perptuelle1 ennui total1 vide au noyau des passions les plus pleines1 et1 chemin faisant1 une joie merveilleuse qui n'a pas de sens1--rien ne pourra me forcer de faire l'cho au rire qui m'insulte4 ,mon amour de la vie me confond bien plus que ma tristesse4 ,car pourquoi me duper ainsi moi-mme1 et d'une telle ardeur que chaque instant renouvelle8 ,a quoi mesurer la grandeur du moi1 sinon au dsespoir qu'il y trouve1 et au dfi passionn de rdemption qu'il y nourrit8--,de l nat l'amertume4 ,ibsen est bien amer4 ,l'amertume est l'ironie naturelle aux mes fortes4 ,la salutaire amertume vient du moi et y retourne4 ,elle est comme une ,victorieuse qui1 debout et seule dans la victoire1 laisse tomber ses droits3 ,a quoi bon8 et que ferai-je du triomphe8 ,triompher pour triompher8 ,mais je ne suis pas un petit enfant qui joue1 pour m'en satisfaire4 ,aprs s'tre bien roul sur le sable1 l'enfant a sa mre1 qui le met table1 le caresse et le couche prs d'elle1 veillant sur sa nuit4 ,salutaire amertume pourtant1 en ce que le cur y compare sans cesse l'extrme1 l'unique douceur de l'amour4 ,il est bien pass1 le temps o l'on pouvait tre plus amer aux autres qu' soi-mme4 ,le moi1 c'est l'astre qui compte ses instants et qui se sent descendre4 ,ha6 bien plus encore3 c'est le soleil passionn de la vie1 son couchant dans la mer de la mort4 ,le moi1 c'est la mort4 ,,le ,d,,sir ,d',,amour ,pour se rendre plus noble1 et pour croire sa noblesse1 le moi se fait tout esprit4 ,il abdique volontiers les passions1 et1 loin de l'instinct1 il s'intronise dans le royaume mort de la connaissance4 ,il le croit faisable1 du moins4 ,dans la pratique1 l'esprit ne conoit gure un autre lui-mme2 et il n'y croit pas4 ,le moi n'aime pas qu'une personne humaine soit ente sur sa personne4 ,il se dfie de ce scion vivant qu'on veut insrer sa tige4 ,il se plairait plutt brancher les arbres voisins3 car tout lui fait ombre4 ,qu'il le veuille ou non1 le moi est le profond ennemi de l'amour4 ,pour ses premires armes1 et sans mme y faire effort1 l'amour tue le moi4 ,dans la femme la plus pervertie1 il lui reste cette force4 ,c'est pourquoi la tentation est si aigu de faire souffrir les femmes qui nous aiment1--et pourquoi tout bonheur est perdu1 si l'on y cde4 ,ceux qui ont pass par l1 ont su1 depuis1 la grande vengeance du cur3 pas une raison de tourmenter ceux qui nous aiment1 qui ne soit folle4 ,que les femmes soient amres comme la mort3 mieux vaut encore souffrir par elles1 que de les faire souffrir4 ,aprs tout1 la douleur est la marque de l'amour4 ,la piti vient au cur pour ce qu'on aime4 ,amour1 toute force1 veut effacer la douleur4 ,il n'en est qu'un moyen3 soi1 qu'amour la prenne4 ,dans une me puissante1 le dsir de la consolation est pareil la convoitise de la volupt la plus tranchante2 et la soif est gale de bercer une crature dans le bonheur qu'on lui donne1 et dans la souffrance qu'on lui fait oublier4 ,telle est la rcompense infinie de l'amour3 un oubli de soi4 ,l'esprit l'ignore4 ,le grand dsir d'amour1 c'est la piti3 plaindre1 et mme tre plaint4 ,le moi est un adulte1 presque un vieillard3 il mprise ces berceaux2 il ne comprend gure cette douceur2 il la repousse4 ,ibsen1 plein de dons qu'il n'a pu faire1 connat la victoire1 de ce cruel amour qui n'a point de piti1 qui ne procure pas l'oubli1 et n'offre enfin l'homme que les dlices d'un combat4 ,vivre toujours tendu1 l'pe la main2 toujours agir1 et toujours marcher droit1 mme dans le vide1 mme quand on le sent aussi vide qu'il est2 toujours se dbattre1 pour toujours dominer1 et sur un empire misrable3 quelle duret6 ,quel absurde parti6 ,et1 sur le tard1 si l'on regarde derrire soi la route mprise1 puisqu'on a fini de la parcourir1 quel regret6 ,je vois dans ,ibsen une douleur bien rare3 il n'a pu s'oublier4 ,la merveille n'est pas de garder la mmoire1 c'est d'en souffrir4 ,son dsespoir lui rappelle que riche du grand amour1 il n'a pas su en tre prodigue4 ,il faut plaindre les pauvres de cur1 mais combien plus ceux qui sont les plus riches1 et ns pour donner3 la fin1 ils se dplorent eux-mmes1 et leur richesse qu'on envie4 ,car ce n'est encore rien d'avoir tant donner3 considrez la misre de n'avoir pas trouv qui l'on donne4 ,on demeure en soi1 malgr soi4 ,on tue l'amour1 sans le vouloir1 force de le chercher4 ,et sans plaisir3 on n'a mme pas eu la joie du meurtre1 cette basse passion du moi1 qui fait les mes meurtrires4 ,,ix ,,le ,,moi ,,est ,,le ,h,,ros ,,qui ,d,,sesp,,re ,o la dure passion1 celle d'tre6 ,chaque heure du jour la renouvelle4 ,tout est beau2 tout est sans prix2 et tout fuit4 ,l'amour n'est-il pas beaucoup plus impitoyable que la haine8--,l'amour me fait sentir tout instant la valeur et l'tendue de ma perte4 ,le bonheur des saints est celui-ci3 ils possdent davantage mesure qu'ils perdent4 ,tout ce qui leur est pris d'instant en instant1 leur fait un trange avancement d'hoirie4 ,j'entends la gaiet des saints4 ,pour tel que va le commun des hommes1 les optimistes jouissent le moins de la vie1 il me semble2 ils ignorent les dlices tremblantes de la possession trs prcaire1 qui la font goter cent fois dans le cur et dans la pense comme par le fait de la chair mme4 ,o de toutes les passions la plus dure1--celle d'tre6 ,plus tu aimes la vie1 et plus tu dsespres de vivre4 ,car1 tu en sais bien la fin3 ici un souffle2 et la lumire est teinte4 ,et que cette divine illumination brille sous le ciel sans moi8--,quel abme de dsespoir m'ouvrent mes seules tnbres6 ,les sages sont sans doute les mdiocres1 selon l'opinion des anciens4 ,et les mdiocres sont les indiffrents4 ,mais les plus tristes aiment le plus la vie4 ,ils sont l'me du sablier qui s'coule4 ,la profonde amertume est dj sur la langue des hommes1 qui ont baign de tout leur tre dans la lumire du soleil1 qui l'ont aspire par tous les pores1 comme un fleuve de miel4 ,ce n'est pas cause que mon pre a mang du fruit vert1 que j'ai la bouche agace du got aigre2 mais parce qu'il a trop aim le miel1 et que mes lvres en sont barbouilles3 elles l'ont t ds les siennes4 ,chaque jour1 cette onction dlicieuse s'puise2 et plus je la dvore1 plus j'en suis avide2 et ma gorge se fait trs amre4 ,ibsen est le type de la grande amertume4 ,c'est le got propre de la vrit4 ,et son propre mouvement1 c'est qu'elle dvaste4 ,qui peut nier l'importance souveraine de ,dieu pour la vie de l'homme8--,je laisse de ct la conduite2 car1 si la peur n'a point cr les dieux1 la crainte suffit crer les lois4 ,en politique1 les plus forts s'arrangent toujours pour tre les plus justes2 ou pour le paratre1 ou pour forcer les plus faibles le croire1 s'ils ne le sont pas4 ,mais bien plus que la cit1 c'est le bonheur de l'homme qui est en jeu4 ,il est tonnant que si peu de gens s'en doutent4 ,comme le sang coule dans les veines1 l'attrait du bonheur se rpand1 ds l'origine1 dans l'me vivante4 ,toute la vie gravite vers le bonheur4 ,c'est la premire loi4 ,rien n'est calculable que selon elle4 ,je ne pense point qu'une orbite y satisfasse1 sinon celle de la foi1 et si l'on veut1 de l'ignorance4 ,je ris d'une sagesse qui dtruit le bonheur4 ,athnes n'a pas si mal fait de donner la cigu au trop sage ,socrate4 ,je ne vois point de bonheur qui ne justifie toute ignorance4 ,si pauvre soit-il1 et si paisse qu'on la voudra4 ,ibsen en est plein d'atroces exemples3 jusqu' la fin1 il montre qu'un mme coup de vent emporte l'ignorance et les semblants du bonheur4 ,il ne jouit pas de son uvre2 il en pse les ruines4 coutez-moi bien1 dit ,solness4 ,tout ce que j'ai russi faire1 btir1 crer1 rendre beau1 solide1 et noble cependant1--tout cela1 j'ai d l'acheter1 le payer1 non pas avec de l'argent1 mais avec du bonheur humain4 ,et non pas mme avec mon propre bonheur1 mais avec le bonheur d'autrui4 ,il faut croire1 et ne pas le savoir4 ,ou1 il faut ne croire rien1 mais ne pas s'en douter4 ,on nous parle sans cesse des anciens1 qui1 dit-on1 n'avaient pas besoin de ,dieu pour vivre4 ,en effet1 il leur en fallait cent1 et plutt que de n'en pas avoir un1 ils s'en donnaient mille4 ,qu'importe l'opinion de deux ou trois philosophes8 ,ils n'ont jamais compt pour rien4 ,la philosophie n'est jamais qu'un dialogue des morts4 ,il faut des dieux aux vivants4 ,sauf quelques matres de danse qui inventent l'histoire pour s'en faire des arguments1 tout le monde sait que la cit antique est ne du culte4 ,la religion est mle tous les actes de la vie publique4 ,le peuple y est plus dvot qu'il ne l'a jamais t depuis4 ,la cit antique est fonde sur l'autel des dieux4 ,toute la diffrence est que ces dieux ne commandent point la vertu ni le scrupule par leur exemple2 mais les lois y ont toujours suppl1 et fort durement4 ,la manie de confondre la religion dans la morale n'est pas le fait d'un esprit bien libre4 ,que toutes deux se soutiennent1 il est vrai2 mais ingalement4 ,l'une se passe fort bien de l'autre1--qui est la religion4 ,la morale ne lui rendra pas la pareille3 elle ne peut4 ,c'est la vie mme que se lie la religion2 elle procde de l'instinct le plus radical dans l'homme1 le dsir de vivre4 ,la morale n'est1 toute seule1 qu'une rgle gnrale de convenance3 il s'agit d'accorder les actes et les apptits de chaque homme ce qu'exige le puissant instinct commun tous4 ,c'est pourquoi la morale varie2 et la religion ne s'en soucie gure3 elle ne s'inquite pas de ces variations2 car le fond de l'homme demeure le mme4 ,il n'est pas un de ceux qui invoquent les anciens1 qui pt souffrir1 un seul jour1 la vie antique4 ,gthe tait plus prudent3 il voulait que l'on accordt l'ancien plaisir de vivre et la souffrance nouvelle4 ,et enfin1 ces temps sont fabuleux4 ,quoi encore8 ,les grandes mes1 dans l'antiquit1 taient tristes aussi4 ,l'ironie n'est pas mdiocre de voir les grands esprits rejeter la religion1 sans pouvoir se dfaire de la morale4 ,ibsen est admirable dans cette entreprise4 ,on lui croirait des remords4 ,je sais bien ce que c'est3 sur les ruines1 c'est le cri de la vie4 ,la morale est le journal de la religion4 ,on brle tous ses livres1 et on ne peut se passer de lire le journal4 ,ibsen se rend peu peu entirement libre de ,dieu1 du culte et de toute glise4 ,il ne se dlivre pas de soi4 ,il essaie en vain de dpouiller la morale4 ,pas un homme un peu profond ne ferait mieux que lui3 nous nous regardons trop faire4 ,quand nous invoquons le plus la vie1 et que nous portons plus avidement la main sur elle1 c'est qu'elle nous chappe4 ,de quoi s'affranchit-on8--,de la vie1 et non de ce qui la gne4 ,on ne dpouille pas mme l'instinct de vivre3 on ne rejette que le got qui y attache4 ,et l'on ne peut se dlivrer de la conscience4 ,c'est le contraire qu'il faudrait faire1 si l'on tait sage2 mais c'est ce qui n'est pas possible4 ,la sagesse ne manque pas tant que les moyens4 ,pour tre libres1 et par une pente fatale1 nous dtruisons tout ce qui n'est pas le moi3 c'est en vain4 ,bientt1 en dpit de tous les efforts1 le moi rtablit ce qu'il a voulu dtruire4 ,mais la joie a pay les frais de la guerre4 ,quiconque arrive la connaissance de cette dtestable contradiction1 se dsespre3 il s'est dcouvert une incurable maladie4 ,et ceux qui ne la dcouvrent pas1 font piti penser3 ce sont des infirmes qui proposent leurs bquilles et leur paralysie en panace non seulement aux malades1 mais aux gens bien portants4 ,l'esprit n'exige aucunement le bonheur de l'homme1 ni la vie4 ,voil ce qu'on ne peut trop redire4 ,cet impassible ennemi tend tout le contraire4 ,comme s'il devait tant s'agir de l'esprit1 quand il s'agit d'abord de vivre8 ,ibsen se replie sur soi-mme1 comme la fort que courbe un ternel orage1 et le vent la fait moins ployer qu'il ne la violente4 ,ainsi nous tous1 qui sommes sans espoir1 nous vivons en ,norwge4 ,c'est un climat de l'me2 et il rgne aussi en ,angleterre1 quelquefois1 et parfois aussi en ,bretagne4 ,on peut quitter un pays1 et se porter dans un autre2 on laisse l'ocan derrire soi4 ,peut-tre mme1 l'amour aidant ou1 s'il en est1 une autre occasion divine de fortune1--l'me connat-elle diverses saisons4 ,mais le climat de la pense1 une fois tabli1 ne varie gure2 l'intelligence le fixe une fois pour toutes2 et le sicle nous y retient avec une inflexible rigueur4 ,on ne s'chappe pas2 ni on n'chappe au monde1 ce qui est pis4 ,que ce monde-ci croie la joie1 et qu'il la gote1 ou qu'il ait l'air d'y croire1 il fait comme s'il y croyait4 ,de l vient la loi sans piti que la foule des hommes fait peser sur l'homme sans esprance4 ,il n'est pas aim1 ni mme ha1 si l'on veut3 il est mis l'cart4 ,il a voulu l'tre2 ou plutt il y a t forc1 en vertu de sa nature1 raison de ce qu'il est et de ce que sont les autres4 ,mais combien ils se sont tous compris1 demi mot1 sans se concerter1 pour rompre tous les ponts entre les deux rives4 ,voil notre ,norwge et le climat social de ceux qui1 privs de ,dieu1 ne se peuvent passer de ,dieu2 qui la vie ne rend presque rien de l'immense trsor qu'ils y placrent1 et qu'ils y ont perdu4 ,il n'est pas si facile que les rhteurs et les mdiocres le prtendent1 de se faire un ,dieu du genre humain4 ,le corroyeur de ,paphlagonie a beau se frapper sur la cuisse1 le dieu dont il est membre1 et l'une des plus fortes bouches1 ce dieu n'est pas de ceux qu'on accepte les yeux ferms1 ni qui l'on se livre3 car adorer1 c'est se livrer4 ,mais au contraire1 ceux qui ont t si puissants que de se soustraire toute contrainte1 et de tout immoler1 mme le bonheur1 la passion d'tre libres1 ceux-l1 qui ont repouss le meilleur matre et le plus beau de tous1 ne sont pas prs de se livrer la premire puissance venue4 ,et-elle nom ,humanit1 elle n'est pas si belle que son nom2 et comme il faut toujours que des hommes vivants fassent un corps aux abstractions1 pour qu'elles aient l'air de vivre1 celle-ci leur emprunte une laideur par trop insolente1 mme dans une idole4 ,que reste-t-il en cette extrmit8--,une douleur passionne d'avoir vcu1 que le dsespoir de mourir rend manifeste2 et le regret sans fin de l'unique bonheur3 c'est le regret du grand amour2 et1 ne l'ayant pas reu1 le remords de ne s'tre pas entirement donn soi-mme4 ,car moins de l'ternelle vie1 cette vie ne nous est rien que la somme de tout ce que nous pouvons perdre4 ,dans les honneurs qu'on lui a rendus1 ,ibsen m'a paru le plus ddaigneux des vieillards4 ,au banquet que lui offrirent les femmes libres1 il fit en deux mots l'loge de la famille4 ,ayant dn avec eux1 il dit aux rvolutionnaires qu'il allait finir la soire chez le roi2 et aux courtisans il annona1 du ton discret ordinaire son exquise politesse1 qu'il irait souper chez les anarchistes4 ,ce grand homme ne croit plus gure aux ides4 ,l'artiste seul demeure4 ,il est fidle1 par temprament1 la fiction d'une vie libre et pure4 ,avant tout1 sa fibre est morale3 c'est elle qui fait le lien entre les contradictions4 ,il a la conscience forte1 comme il a de gros os4 ,je suis d'un il avide son dclin furieux4 ,une immense amertume se fait jour dans son indulgence et son mpris4 ,il ne pense qu' soi2 il ne vit que pour soi2 et sans doute avec horreur4 ,les outrages de la fin1 les atteintes de la vieillesse et de la mort1 il se roidit l contre1 comme on se dfend d'une irrparable injure4 ,il fait le brave4 ,dans ses maux1 il lve la tte1 et je crois l'entendre faire son ,oraison du mauvais usage des maladies4 ,je m'irrite1 parce que je suis seul2 et qu'il ne me reste rien4 ,je n'avais que la vie4 ,je la mprisais comme un nant4 ,et pourtant1 elle seule tait solide2 elle est encore tout ce que je tiens1 et qui dj m'chappe4 ,ainsi1 je suis enchan tout entier ce qui n'est presque point4 ,prcieuse et misrable vie2 fortune qu'il faut perdre1 et qu'on ne retrouve pas2 nulle et relle toutefois1 en ce qu'elle est la seule o l'homme puisse atteindre1 ds l'instant qu'il ne peut plus sortir de lui4 ,elle te1 je perds tout3 et je me le dis sans cesse4 ,et le cours du soleil1 l'ombre qui me suit1 sans cesse le rpte4 ,le vieillard est celui qui fait les comptes de sa perte et qui ne peut s'en dtacher1 chaque heure effaant un nombre la colonne des chiffres3 l'avoir de mon bien1 plus qu'une page2 plus qu'une demie2 plus que trois lignes2 plus444 ,qui me consolera dans l'ignoble extrmit de ne plus tre8 ,sont-ce les hommes8 ,mais ils continueront bien d'tre sans moi4 ,il faudrait que je crusse infiniment moi-mme1 pour un peu croire vous4 ,mon ternit seule pourrait tre le gage de la vtre4 ,vos bons offices ne m'aideront pas mourir4 ,la saintet ne dpend pas de vous4 ,il est trop tard4 ,je vous en veux de ce que vous n'avez pas fait1 d'abord1 en voyant ce que depuis vous vous mlez de faire4 ,vous m'aiderez bien mourir8--,c'est vivre qu'il fallait m'aider3 j'y aurais pu garder foi2 vous l'avez ruine de bonne heure1 au contraire4 ,je n'ai rien d qu' moi seul4 ,et s'il n'avait tenu qu' vous444 ,dsormais je suis pour moi-mme ce qu'autrefois vous ftes2 et ce que j'tais alors pour moi1 vous l'tes en vain3 je n'y crois plus4 ,je vous le dis amrement3 vous ne m'avez pas connu4 ,la force de l'homme qui ne s'emploie ni dans la politique1 ni dans les journaux1 ni dans les affaires1 ni dans les armes est ce que l'on connat le moins4 ,il n'est mdecin ou savant ingnieur qui ne se croie bien plus utile qu'un saint ou qu'un grand pote1--et1 aprs tout1 qui ne le soit4 ,je n'y contredis plus4 ,mais quand les gens d'affaires1 le soir1 se mettent au lit1 ils se couchent assurs d'avoir donn un effort incomparable1 ayant us du jour leur profit1 et celui des autres hommes par surcrot4 ,c'est en quoi ils se trompent4 ,pour le prix et l'utilit1 il va sans dire que le labeur de ces hommes affairs vaut son poids d'or2 et chaque mdecin1 chaque journaliste est un digne ,titus qui1 sur le tard de la nuit1 peut se rendre le tmoignage de l'empereur romain4 ,mais pour la force et la valeur qui bat au cur d'un homme1 un saint dans sa cellule1 et le grand pote devant son critoire1 ne souffrent pas qu'on les compare personne2 et pourtant1 ni le premier ne se vante1 ni le second n'est sr de rien4 ,ils disent comme moi3 ,je suis ma propre ombre444 ,ma conscience inquite me torture4 ,j'ai vu1 soudain1 que tout1 vocation1 travail d'artiste1 et le reste1 ce ne sont que des choses creuses1 vides1 insignifiantes1 au fond4 ,il vous est trop facile aujourd'hui de m'entourer1 aprs m'avoir condamn la fuite4 ,qu'ai-je faire de vos louanges8 ,ce n'est mme pas un semblant d'amour3 car on n'aime en vrit que ceux qui souffrent2 vous m'avez laiss souffrir solitairement4 ,que suis-je pour vous8 ,rien de plus qu'un nom1 une faon de statue4 ,vous me montrez aux trangers1 je le sais4 ,vous me couronnez comme un mort3 c'est les tombes que l'on fleurit4 ,je vous saurai gr de l'admiration1 quand la pierre du spulcre sera chaude de vos lauriers4 ,mais qui aime les tombes8 ,on se glorifie d'elles1 qui ne nous sont rien4 ,en moi1 vous ne vantez que vous4 ,je n'ai jamais pens vous vanter en moi4 ,c'est l'amour qu'il me fallait1 et quand je pouvais le rendre1 aussi vif1 aussi chaud que je l'ai senti3 jeune et fort1 comme j'tais1 et comme il me semble si indigne de ne plus tre4 ,alors1 j'eusse vcu2 et tout et t chang4 ,oh6 combien je vous reproche la vie que j'ai tant de fois dcouverte1 et que je n'ai pas possde6 ,ce soir1 je regarde derrire moi2 je pense avoir fait le rve de vivre1 comme le pauvre1 mourant d'inanition1 songe dans son dernier sommeil qu'il s'assied au haut bout de la table1 pour un festin royal4 ,vous protestez en vain de vos sentiments pour moi4 ,il est trop tard1 vous dis-je4 ,il est trop tard2 et peut-tre1 pour tout4 ,il est trop tard pour me plaire au succs4 ,nous ne parlons plus la mme langue4 ,la jeunesse est passe4 ,je ne sais plus me vendre4 ,la monnaie du bonheur n'a plus cours dans ma maison4 ,qu'en ferais-je8 ,la douceur de vivre1 la joie des passions au soleil1 l'ivresse de croire et de gravir la montagne1 quand on ne pense mme pas jamais descendre1 voil les biens que vous ne pouvez pas me donner4 ,pourtant vous avez su me les prendre4 ,tous vos trsors prodigus ne me les rendraient pas4 ,la fortune et la gloire1 comme vous dites1 ne sont que la ranon d'un prisonnier1 que vous avez fait mourir dans sa prison1 avant de le dlivrer4 ,je suis maintenant captif de la mort4 ,perdu dans ce terrible infini du vide1 o l'homme ne tombe peut-tre au prcipice que pouss par la dsolation1 ou pour avoir gliss sur l'arte d'une route glace1--je roule maintenant sur la dernire pente4 ,laissez donc4 ,je vous dis merci2 je prends vos offrandes2 et votre applaudissement fait un bruit agrable mes oreilles4 ,mais ne comptez pas sur une plus ample reconnaissance4 ,je ne vous aime pas4 ,vous ne m'avez pas assez donn1 quand il tait temps4 ,je suis le type du meilleur homme1 et du pire3 celui qui ne peut plus vivre et qui vit cependant4 ,l'horreur de chaque vertu m'est prsente1 et le bien dans chaque crime4 ,tout est condamn par l'homme1 qui ne juge qu'en homme4 ,je suis celui qui sais vouloir et qui dteste sa volont4 ,je ne me plains pas3 car de quoi serait-ce8 ,je devais tre ce que je suis4 ,et vous deviez tre ce que vous tes4 ,il fallait que je finisse dans l'amertume de vos honneurs1 comme je devais vivre dans la solitude4 ,il fallait que vous en fussiez coupables envers moi2 mais je l'ai t contre vous1 de n'tre pas ce que vous tes4 ,je sais aussi ce crime4 ,parfois1 je m'en absous4 ,le seul qui soit mon gal en ,europe se meurt1 comme je fais1 malade aussi et au mme ge3 mais heureux1 celui-l1 jusque dans la dernire angoisse4 ,voil en quoi il me domine3 il a le bonheur3 il n'est que de croire la vie1 pour croire soi-mme4 ,sa foi lui vient de vous1 hommes4 ,a moi1 vous l'avez refuse4 ,je suis plus intelligent que lui3 je le comprends et il ne me comprend pas4 ,mais c'est peu de l'intelligence4 ,je vais me taire4 ,je vous ai habitus beaucoup de silence4 ,je n'ai pas ouvert bureau public de conseils1 d'oracles ni d'avis4 ,je me suis dtourn de toute votre politique4 ,ma bouche est pleine d'ennui parce que je vous parle4 ,l'atroce sentiment de ne point avoir en vous de semblables1 tait sans doute en moi de tout temps2 mais combien vous l'avez fait grandir6 ,la foi vient de vous seuls1 hommes2 et de vous seuls1 la vie4 ,ainsi ma grande mort vous accuse4 ,car je suis grand4 ,mais si j'ai la grandeur1 depuis longtemps1 je sais1 moi1 que j'ai la mort gale4 ,et c'est de quoi je me dsespre2 rien de plus ne m'est laiss4 ,qu'importe le dernier t1 et les froides illuminations de la gloire8 ,qu'importe toute victoire8 ,o il n'y a qu'un homme et que la vie1 il n'y a rien2 la mort coupe au plus court4 ,seule elle est l1 l'invitable torture4 ,tous les biens du monde1 en vain1 chargeraient ma tte3 j'en serais cras davantage4 ,c'est en vain que l'on me ferait les plus riches promesses3 possesseur de l'univers entier1 il me manquerait l'esprance du seul bien dsirable3 je suis dpossd de ce qui dure4 ,je triomphe et je dsespre4 ,je me possde2 je vous possde2 et je n'ai rien4 #aija ,,dosto,,evski ,n ,moscou1 le #ab octobre #ahba4 ,mort ,ptersbourg1 le #bh janvier #ahha4 ,il perd sa mre en #ahcg1 son pre en #ahci4 ,il tudie ,ptersbourg1 ds #ahcg1 avec son frre ,michel4 ,il entre l'cole du ,gnie militaire1 en #ahda2 il donne sa dmission en #ahdd4 ,il vit dans la misre jusqu'en #ahdf1 o il publie avec succs fles ,pauvres ,gens4 ,de #ahdg #ahdi1 il donne sans succs plusieurs nouvelles et romans4 ,il est impliqu dans l'affaire des ,ptrachevtsy1 arrt en mars #ahdi1 condamn mort le #bb dcembre #ahdi2 commu en quatre ans de travaux forcs et la dportation1 il part pour la ,sibrie1 le #be dcembre #ahdi4 ,il vit au bagne1 de #ahej #ahed2 il en sort le #b mars #ahed4 ,il est incorpor1 comme simple soldat1 dans un rgiment sibrien2 il y sert deux ans2 et libr en #ahef1 sans aucunes ressources1 il se remet crire4 ,il pouse la veuve d'un mdecin militaire1 femme malade et plus ge que lui2 il adopte le fils de cette femme4 ,vie misrable ,semipalatinsk1 #aheg-aheh4 ,aprs bien des dmarches1 il obtient de rentrer en ,russie3 d'abord1 ,tver1 #aheh-ahfj2 enfin1 ,ptersbourg1 o il est rendu la libert entire1 sans conditions4 ,son preuve et son exil ont dur douze ans4 ,ds cette poque1 il a deux ou trois amis dvous4 ,il fonde une ,revue avec son frre1 #ahfa4 ,elle a du succs4 ,elle est rsolument russe et nationaliste4 ,il publie ,humilis et ,offenss1 puis la ,maison des ,morts1 #ahfa-fb4 ,ces deux annes sont les meilleures qu'il ait encore connues4 ,il a quelques ressources1 et peut faire des voyages l'tranger1 #ahfb-fc4 ,mais sa sant est de plus en plus mauvaise3 atteint d'pilepsie1 depuis #ahdi1 les accs se multiplient lamentablement2 et sa femme ne cesse plus d'tre malade4 ,enfin1 il joue et perd au jeu tout ce qu'il a4 ,en #ahfc triple dsastre3 sa femme et son frre meurent2 sa revue est supprime1 pour raison politique4 ,deux familles restent sa charge1 avec quinze mille roubles de dettes4 ,trois annes terribles1 de #ahfd #ahfg4 ,il est seul #de ans1 plus abattu chaque jour par l'pilepsie1 accabl de soucis1 traqu par les cranciers4 ,il publie alors ,crime et ,chtiment1 #ahfe-ff4 ,le #ae fvrier #ahfg1 il pouse une jeune fille de #bb ans1 ,anna ,grigorievna ,svitkine4 ,il a eu quatre enfants1 deux morts en bas ge1 deux qui survivent4 ,de #ahfg #ahga1 il passe prs de cinq ans l'tranger1 chass de ,russie par la terreur de la prison pour dettes4 ,le plus souvent il est ,dresde ou il aurait pu voir ,ibsen et ,wagner1 qu'il semble ne pas avoir connus mme de nom4 ,le reste du temps1 il sjourne en ,italie1 en ,france1 en ,suisse et surtout ,genve1 qu'il dteste4 ,ces annes peineuses et misrables sont pourtant capitales dans son uvre4 ,la revue de ,katkov1 le clbre nationaliste orthodoxe1 publie l',idiot1 en #ahfh2 l'ternel ,mari1 en #ahgj2 les ,possds1 en #ahga-gb4 ,en #ahga1 ,dostoevski rentre a ,ptersbourg4 ,il n'en sort plus4 ,de #ahge #ahgg1 il dite une brochure priodique1 dont il est le seul rdacteur1 et qui fonde1 soudain1 sa gloire4 ,le ,journal d'un crivain obtient un succs immense4 ,il fait plus pour ,dostoevski1 cent fois1 que tous ses chefs-d'uvre ensemble4 ,a #ef ans1 il devient la voix de la ,russie mme4 ,il est l'crivain national de son pays4 ,en toute circonstance1 il parle dsormais pour la nation3 propos de ,pouchkine ou de ,nkrassov1 au sujet de la guerre contre les ,turcs1 aux tudiants1 aux juges4 ,il a pour lui le peuple et les lettrs4 ,en #ahhj1 il donne les ,frres ,karamazov4 ,il meurt le #bh janvier #ahha4 ,on lui fait des funrailles la ,victor ,hugo4 ,quarante-deux dputations suivent le convoi1 et reprsentent toutes les classes de la socit4 ,le cortge s'tend sur la longueur d'une lieue4 ,quinze ans plus tard1 ,tolsto condamnant tous les livres et les siens mmes1 n'excepte dans l'art moderne que les uvres de ,dostoevski4 ,jusqu'ici1 je n'ai point nomm ,dostoevski4 ,je n'ai jamais laiss voir le visage de ,fdor ,mikhalovich dans mes clarts de midi1 ni dans mes brumes4 ,je rservais ce nom et cette figure quelque longue nuit de mditation o1 faisant mes comptes avec la grandeur de vivre1 et toute la souffrance quelle implique1 il me faudrait comparer la somme ce que je connais de plus fort et de plus ardent1 sinon de plus pur4 ,voici l'heure4 ,cette nuit1 j'ai vu l'arbre de ma peine sortir de mon cur2 et1 couch sur le dos1 les yeux dans les toiles d'hiver1 chtif li la mre1 et tel que je serai dans le ventre ternel1 renou au nombril de la mort1 je mesurais1 avec le calme du vertige suprme1 le jet de la tige douloureuse2 et je suivais du regard mon arbre dans toute sa croissance1 depuis les racines du sein noir jusqu'aux glands des plantes et a ces capitules de lumire1 qu'on dit aussi navement asters4 ,j'tais l1 comme une caille l'corce de la vie et de la terre4 ,et pourtant1 dans cette stupeur profonde1 mon me pleine d'amour tait la sve mme de l'arbre4 ,et j'ai parcouru toute la colonne de l'aubier vivant4 ,et toujours montant1 dans mon silence1 je palpitais au firmament entre telle et telle fleur cleste1 ou pense1 ou sentiment4 ,alors j'ai senti1 dans la fire cohorte de ceux que j'aime le plus1 comme l'explosion d'un salut2 ou bien1 au milieu d'une joie dchirante1 telle la rencontre1 souriant1 du mort le plus chri1 se levant pour me donner la main et me baiser au front1 ce nom et cette prsence admirables3 ,dostoevski4 ,en lui1 je veux me discerner moi-mme4 ,il faut descendre dans ce prcipice1 au flanc de la montagne2 et il faudra remonter la pente1 du fond le plus bas1 jusqu'au sommet qui s'gale aux plus hautes cimes4 ,toute la noirceur des crimes1 la folie des hros1 l'infamie des actes1 le monde porte ces masques2 et ,dostoevski n'en dissimule pas l'horreur4 ,mais il en est de ses laideurs et de ses tnbres1 comme des gueux1 des pauvres1 des petites gens dans ,rembrandt3 des rois1 des saints et des grands-prtres cachs sous les haillons4 ,il faut pntrer cette abondance terrible d'amour3 c'est alors que le pur visage de la vie se dcouvre1 une ardeur pour la beaut que rien ne lasse1 un cur aimant1 un lan vers la lumire1 une volont qui tend sans relche la rdemption4 ,i ,,sur ,,sa ,,vie ,il est n en automne4 ,il est mort en hiver4 ,il a vu le jour dans une chambre triste1 au fond d'un hpital o son pre tait mdecin4 ,un soir de brouillard glacial il a rendu l'me dans la saison noire4 ,il a beaucoup respir la nuit polaire4 ,de l'aube triste aux pleines tnbres1 il a toujours eu commerce avec l'ombre1 et l'odeur des pauvres a toujours flott autour de lui4 ,l'hpital de sa naissance tait l'hospice des mendiants4 ,le second de trois frres et quatre surs1 il a perdu sa mre comme il avait quinze ans1 et bientt aprs1 son pre4 ,il est de ceux qui les noirceurs de la vie ont t rvles de bonne heure4 ,enfant1 il a pass deux ou trois fois l't la campagne4 ,ses parents avaient un petit bien1 trente lieues de ,moscou prs de ,toula1 voisins de ,tolsto1 aprs tout1 dans ce pays immense4 ,toute sa vie1 il a rv des champs1 et il n'a vcu que dans les villes4 ,a l'hpital ,marie1 c'tait dj la gne4 ,une famille nombreuse1 et plusieurs serfs domestiques1 se pressaient dans un espace troit3 dix ou douze1 ils avaient deux chambres et une cuisine4 ,on vivait l pauvrement1 mais chaudement4 ,une piti ardente tait la flamme de la maison4 ,le pre1 grand lecteur des critures2 la mre1 humble et maladive1 toujours prte l'oraison3 tous les deux1 d'une foi que ne trouble aucun soupon de doute4 ,c'est l'antique esprit de la plaine1 entre ,europe et ,asie1 les murs anciennes1 la simplicit familire et la douceur d',orient1 avec la rgle scrupuleuse des chrtiens4 ,l'austrit n'a rien1 ici1 de la roideur propre aux puritains d',angleterre ou aux pitistes du ,nord4 ,ils sont moins durs1 ces vieux ,russes1 qu'ils ne sont rsigns4 ,de violents clats traversent leur silence4 ,ils ont cette facult d'motion1 qui est si gnrale en ,orient4 ,ils peuvent ne jamais rire2 mais ils pleurent2 ils savent pleurer1 et n'en rougissent pas4 ,le pre de ,dostoevski tait de cette petite noblesse qui sert dans les rangs infimes de l'arme et de l'tat4 ,elle a jou1 l-bas1 le rle de la bourgeoisie en ,france4 ,ces nobles sans fortune et de rang mdiocre sont artilleurs dans l'arme1 ou mdecins1 ou professeurs la ville1 ingnieurs1 chimistes4 ,comme ils n'ont rien que le maigre salaire d'un mtier ou d'un grade sans prestige1 ils pousent les filles des marchands4 ,telle tait la mre de ,dostoevski1 docile1 totalement soumise son mari1 la servante chrtienne de la famille1 partage entre le mnage1 les couches1 la prire et le soin des enfants4 ,les surs plus jeunes1 un peu l'cart1 les deux fils ans1 ,fdor et son frre ,michel1 toujours ensemble1 lis comme le pouce et l'index1 sont vous aux mmes tudes1 et1 jusqu' vingt-cinq ans1 ne se quittent pas4 ,le jeune ,dostoevski est lev dans l'intimit profonde de la famille1 o le lien religieux fait un nud si solide tous les autres4 ,il est sensible l'excs4 ,sombre et tendre1 pensif et violent1 d'humeur parfois exubrante1 le plus souvent taciturne1 en tout il est extrme4 ,comme tous ceux qui sentent avec passion1 il se donne peu et se concentre en lui-mme1 incapable de se prter et ne pouvant se donner que totalement4 ,affam d'affection1 il ne se lie pourtant pas4 ,d'ailleurs1 il semble avoir toujours t d'une sant chtive4 ,sinon malades1 ils sont tous de corps inquiet1 dans la famille4 ,il ne nie pas qu'il n'ait eu un amour-propre sans limites4 ,son caractre maladif1 sa complexion chagrine ne lui permettent pas de se plaire en socit4 ,cependant1 il aspire l'amiti1 en tous temps et de toutes ses forces4 ,il n'a jamais t de loisir4 ,les peines moindres ne le quittent que pour faire place aux plus grandes douleurs4 ,la maladie le hante sans relche2 elle est toujours sur ses talons4 ,quand lui-mme n'est pas malade1 la maladie est encore dans la maison3 elle lui tient sa mre1 ou son frre1 et plus tard sa femme4 ,avec les ans1 ses soucis n'ont pas cess de crotre4 ,dostoevski est malheureux dans toutes ses affections4 ,je m'tonne de lui trouver moins d'orgueil que d'amour-propre4 ,tout l'orgueil est pour sa nation4 ,quant l'amour-propre1 il n'est point en lui de vanit1 ni le signe qu'il se prfre autrui2 mais1 comme il ne connat point le contentement de soi1 il craint le jugement des autres3 il redoute en eux la fausse note2 il pressent l'erreur son endroit2 il devance l'injustice qui l'afflige4 ,sa dfiance est toujours dans l'ordre du sentiment3 enfin1 il veut qu'on l'aime6 ,le risque de n'tre point aim l'irrite ou l'indigne4 ,c'est le seul homme qui ne soit pas plus petit1 mesure qu'on le voit plus susceptible4 ,rien ne lui sied moins que les usages de la haute socit4 ,ce n'est pas qu'il soit d'allures ni de murs populaires4 ,la vulgarit lui est encore plus trangre que la distinction naturelle l'homme du monde4 ,il n'est bien vtu et bien lev que selon sa propre rgle4 ,l'effacement est la politesse1 en socit4 ,une me originale1 plus qu'au gnie1 fait crier au scandale4 ,si les gens du monde sont une monnaie d'or1 pour qu'elle ait cours1 il faut que la pice ne soit plus neuve1 que la frappe ait cess d'tre nette1 que l'effigie ne se laisse pas reconnatre4 ,d'or ou de plomb1 un ,dostoevski ne souffre pas d'tre effac4 ,il peut avoir l'lgance de sa simplicit1 dans la mise la plus simple2 mais il ne sait pas porter l'habit2 il n'est pas l'aise dans les vtements que la coutume impose1 ou la mode3 il y est dguis4 ,il y a des hommes qui transparaissent1 quoi qu'ils fassent1 travers tous les usages du monde3 ils offrent le scandale de la nudit4 ,les usages ne sont faits que pour donner une enveloppe commune l'animal commun4 ,tel hros de salon n'est lui-mme que dans l'habit de tout le monde4 ,mais ,dostoevski ne peut vtir l'habit de tout le monde sans paratre porter une dfroque1 et s'tre gliss dans le vtement d'autrui4 99 99 99 99 99 ,plus il tche vivre en socit1 et moins il est sociable4 ,plus il aspire l'amour1 moins il se croit digne d'tre aim4 ,il ne peut se faire l'ide d'tre tout pour les autres2 et moins d'tre tout pour eux1 il ne veut pourtant rien tre4 ,voil le tourment des curs passionns4 ,un besoin d'amour toujours du4 ,il pressent1 il sait trop qu'il pse cruellement ceux qu'il aime4 ,tout jeune homme encore1 il ne dort pas1 cause des penses qui le torturent4 ,les mots dsesprs sont ses propos d'habitude3 il souffre de la ville1 il souffre de la solitude1 il souffre de soi-mme et des autres2 ,ptersbourg et ma vie m'ont paru affreux1 dserts1 dit-il un jour2 et il conclut3 ,si ma vie avait d s'arrter en cet instant1 je serais mort avec joie4 ,il ne fait presque jamais ce qu'il veut1 et telle est la maladie mortelle pour tout homme qui a une volont1 et une uvre qu'il rve d'accomplir4 ,est-ce la mauvaise fortune qui le rend malade8 ,est-ce la maladie qui entrave sa fortune8 ,dostoevski est toujours empch4 ,ds les vingt ans1 la maladie et la misre se partagent cette vie1 comme deux chiennes ternelles1 lches par le matre des meutes infernales4 ,avant le temps de sa grande rvolution morale1 le dgot de ce qui l'entoure1 la gne1 les transes nerveuses1 les soucis le rendent presque fou4 ,l'ide du suicide le hante4 ,il tourne l'hypocondrie4 ,il est rong d'insomnies4 ,plusieurs ont alors pens qu'il dt perdre la raison4 ,il est avide de plaisir1 mais le plaisir l'corche vif2 la volupt le dtraque1 la jouissance l'atterre4 ,s'il se prive1 il souffre2 et il souffre encore plus quand il sort de privation4 ,la ville ne lui vaut rien1 et il est condamn y vivre4 ,ptersbourg est un enfer pour moi4 ,la gne et mme la misre l'ont tourment sans rpit4 ,le malheur l'accable1 tous les ges4 ,entre les deux extrmits de la douleur matrielle et de la douleur morale1 il se dbat dans une lutte perptuelle4 ,au dbut comme la fin1 il gmit3 ,que m'importe la gloire1 quand je travaille pour mon pain8 99 99 99 99 99 ,on dit parfois que la misre est bonne aux grandes mes4 ,il parat qu'elle les fortifie4 ,c'est l'ide de ceux qui n'ont jamais pass par cette damnation et cet ensevelissement4 ,ils ne savent pas tout ce que la misre a tu dans un homme3 les forces qu'il a mises gratter la terre pour en tirer son pain sont voles aux belles uvres qu'il et faites1 s'il avait t de loisir4 ,le mal qu'il s'est donn pour tenir bon1 les veilles1 la colre1 les angoisses qui puisent1 que d'heures1 que d'annes perdues6 ,la misre fortifie8 ,oui1 sans doute1 quelquefois1 et quel prix8 ,on ne reste debout que sur le cadavre de la joie4 ,et la misre tue aussi4 ,tel a toujours t malade1 pour mourir avant le temps1 qui1 bien portant1 et multipli les chefs-d'uvre2 et d'abord1 il et vcu4 ,on oublie trop le plus bel et le plus sr avantage1 qui est1 premirement1 de vivre4 ,la correspondance de ,dostoevski est un monument la misre du gnie1 un long cri de dsespoir4 ,lettres lamentables1 en vrit3 car on y entend l'ternelle lamentation d'un ternel mendiant4 ,a vingt ans ou quarante1 et cinquante comme trente1 c'est le mme gmissement4 ,il pleure famine4 ,il appelle au secours4 ,il n'a plus de vtement1 il ne sait o trouver de quoi payer son terme4 ,il s'agit de payer toutes mes dettes avec mon prochain roman4 ,si l'affaire ne russit pas1 il est possible que je me pende#ca4 ,un quart de sicle ensuite1 ayant femme et enfant1 il crie3 ,il m'a fallu engager mes pantalons pour me procurer deux thalers4 ,elle1 ma femme1 qui nourrit son enfant1 elle va engager elle-mme sa dernire jupe d'hiver1 en laine6 ,et pourtant1 voil deux jours qu'il neige ici#cb4 ,note #ca3 ,lettre du #bd mars #ahde1 ,correspondance de ,dostoevski1 traduite par ,bienstock4 ,note #cb3 ,lettre du #af_/bh octobre #ahfi4 ,la dette a t son ,tartare3 il n'en est jamais sorti4 ,aprs ,crime et ,chtiment1 dj clbre1 il a d fuir la ,russie pour se soustraire la prison4 ,il a err six ans l'tranger1 sous le fouet de la dette4 ,exil1 pour un homme comme ,dostoevski1 peut-tre plus dur que son temps de bagne en ,sibrie4 ,ce sont les dettes qui lui arrachent les aveux pitoyables dont ses lettres sont pleines4 ,elles le pressent2 elles l'pouvantent2 il ne fait pas un mouvement qu'il n'en sente la gne aux entournures1 pas un geste qui ne les envenime4 ,la dette est toujours l1 pour l'empcher de satisfaire aux plus humbles besoins qui le tiraillent4 ,dans sa correspondance1 il n'est question que de roubles1 de prts1 d'avances1 de gages4 ,je rendrai tant2 j'aurai tant2 il me faut tant4 ,voil le nud de ses convulsions4 ,je vous supplie6 ,pour l'amour du ciel6 ,au nom du ,christ6 ,pour l'amour de ,dieu6 ,il y a des lettres o ce cri du mendiant revient jusqu' neuf fois#cc4 ,a tout instant1 il se prosterne1 atterr par la peine3 ,je suis au dsespoir4 ,je suis perdu4 ,on tremble de sa propre impatience2 on a les nerfs tendus d'attendre avec lui4 ,au nom du ciel1 rpondez-moi6 ,une rponse immdiate1 pour l'amour de ,dieu6 c'est la prire qu'il rpte dix fois1 cent fois1 mille fois1 toutes les pages4 ,note #cc3 ,lettres de juillet #ahef4 ,et la misre des misres n'est pas de jener1 ni de manger son pain sec au chevet d'une femme malade4 ,il peut y avoir pis2 qu'il faille gagner ce pain de chaque jour avec son me1 quand on est plein d'uvres qui n'ont point cours4 ,la plus noire infortune n'est pas de souffrir1 tant qu'on peut suffire la souffrance2 mais d'tre dans les chanes1 quand il faut vivre en ,tantale1 spar de son art par la maladie et tous les vils soucis de la vie quotidienne3 ils font la vie d'autant plus abjecte qu'elle devait tre plus grande4 ,comment puis-je crire1 tandis que je meurs de faim#cd8 demande le malheureux2 et l-dessus1 qu'exigent-ils de moi8 ils exigent de l'art1 de la puret potique1 sans effort1 sans dlire2 ils me donnent ,tourguenev1 ,gontcharov et ,tolsto pour modles6 ,qu'ils voient donc la condition1 moi1 o je travaille6 ,et1 pour conclure3 ,toute ma vie1 j'ai d travailler pour de l'argent2 et toute ma vie j'ai continuellement t dans le besoin1 prsent plus que jamais#ce4 ,note #cd3 ,lettre d'octobre #ahfi4 ,note #ce3 ,lettre du #bf fvrier_/#aj mars #ahgj4 ,voil bien le cri de toute une vie4 ,voil ,dostoevski entre la maladie1 la misre et le deuil1 pendant trente ans4 ,il lui faut toucher au tombeau pour avoir enfin quelque relche4 ,les cinq dernires annes1 o il rencontre la gloire et une sorte d'aisance1 sont la place au soleil1 qui spare de la fosse celui qui fait halte4 ,pour venir jusque l1 un chemin affreux dans les orties et les tourments4 ,et1 une fois sur la terrasse1 qu'elle est vite traverse6 ,la main nocturne1 dont le ciel infini est la paume1 tient l'homme aux paules et le pousse dans le dos4 ,encore un pas1 et la place dore tombe pic dans une marge de nuit1 troite hlas comme un corps d'homme ramen au cocon1 mais d'une profondeur insondable4 ,ni ,tolsto1 ni ,tourguenev1 ni les autres fameux ,russes n'ont connu le sort du pauvre et du malade4 ,je ne parle pas de l'homme humili3 car ,dostoevski1 s'il a dvor les colres et la rage de l'artiste mconnu1 n'a jamais t sensible la honte du bagne4 ,un bagne politique1 la russe1 est un lieu plein d'honneur4 ,et d'ailleurs les criminels mme1 l-bas1 acceptant la peine en conscience1 ne sont point honteux de leur crime1 puisqu'ils l'expient4 ,pouchkine1 ,tolsto1 ,tourguenev1 tant d'autres1 ce sont de riches seigneurs1 libres de leur temps1 en possession de la fortune et de ce bien sans prix3 une sant robuste4 ,ils obissent leur fonction cratrice1 et rien ne la combat4 ,le bonheur du pote est l mme et non ailleurs4 ,dostoevski n'est pas de loisir4 ,dostoevski n'est pas plus libre que la ,russie1 sa mre4 ,il est dans les larmes2 il est dans les prisons2 il est dans les chanes4 ,on le mne1 comme elle1 la potence4 ,on ne lui fait grce que de la vie4 ,il chappe au gibet2 mais on le rserve la suite infinie des supplices4 ,or1 il ne s'y drobe pas4 ,il ne prche ni la soumission au mal1 ni la rvolte4 ,il ose se prononcer pour l'usage hroque de la souffrance4 ,il ose faire choix de l'exercice puissant que le mal propose notre me1 celui qu'on nous fait et celui que nous sommes tents de faire4 ,pour lui et pour toute sa race1 il embrasse le parti de l'amour souffrant1 lequel1 selon moi1 est le seul amour1 tant le seul qui accepte l'preuve du sacrifice4 ,et1 dans l'horreur de tout ce qui l'entoure1 pour lui-mme et pour son peuple1 ,dostoevski souscrit la beaut de vivre4 ,d'ensemble1 c'est une vie hideuse que celle-ci4 ,a peine si l'on peut en supporter l'ide2 mais que l'on considre la vie apparente de ,dostoevski comme le moyen de sa vie intrieure3 toutes les durets de la fortune1 les injures du malheur1 autant de coutres et de socs qui servent1 tranchants1 au labour de la beaut cache1 et que seul le dchirement du sein devait rendre visible4 ,voil comme en ,dostoevski s'opre la rvlation de tout un monde4 ,tel il est1 telle la ,russie4 ,de toute ncessit il lui fallait tre condamn mort et qu'il allt au bagne avec elle4 ,dostoevski a cr pour nous la ,russie mystique1 la ,russie cruelle et chrtienne1 le peuple de la mission1 entre l',europe et l',asie1 qui porte l'ennui du crpuscule occidental le feu et l'me divine de l',orient4 ,quel roi1 quel politique ou quel conqurant a plus grandement agi pour sa race8 ,c'est dans ,dostoevski1 enfin1 que la ,russie1 cessant d'tre cosaque1 se manifeste une rserve pour l'avenir1 une ressource pour le genre humain4 ,,ii ,,image ,de taille moyenne1 il tait petit pour un ,russe4 ,nerveux et saccad1 il y avait de l'inquitude en tous ses gestes1 une sorte d'attente fbrile4 ,ou bien1 l'action lasse1 l'allure lente1 il semblait abattu et comme enseveli4 ,un homme agit ou dfait1 toujours en frisson1 ou en sueur1 toujours en peine4 ,je sens son odeur de peau fivreuse et mouille4 ,mcontent1 il paraissait vieux et malade4 ,et1 soudain1 le contentement lui rendait l'air de la jeunesse4 ,on ne pouvait rien remarquer en lui1 quand on avait vu sa tte4 ,de tout son corps1 ,dostoevski n'tait que l'homme d'une tte4 ,il l'avait grosse1 vaste1 forte en tous sens3 chaque trait violent1 puissant1 rude mme2 et l'expression totale1 pourtant1 pleine de douceur et de finesse4 ,le cheveu rare et ple1 couleur de cendre2 sinon chauve1 dpouill sur les tempes1 et le front trs nu1 de bonne heure4 ,ce front n'en parat que plus grand1 haut et large1 deux fortes bosses au-dessus du pli qui le divise1 entre les sourcils4 ,jeune homme1 il a d ressembler au prince ,muichkine1 qu'il a seulement lav de toute chair1 et dcharn jusqu' le rendre exsangue4 ,la barbe est pauvre1 irrgulire1 longue d'ailleurs1 rousstre1 reflets gris4 ,il a de grandes oreilles1 hautes et paisses1 plus longues que le nez4 ,des poches sous les yeux1 et deux fosss de rides1 un double ravin des narines aux lvres4 ,toute la face est large et maigre1 avec de gros plis4 ,a la joue droite1 s'arrondit une verrue bien populaire4 ,et voici les yeux1 qui sont toute la vie4 ,clairs1 ples1 de vieille ardoise1 assez reculs dans l'orbite meurtrie1 ils sont troitement brids du haut1 et cousus par la paupire suprieure au sourcil4 ,ils sont pleins de tristesse voile1 o perce une pointe de feu1 le grain noir de la prunelle1 qui tantt s'teint dans la rverie1 tantt luit en vrille4 ,sous les sourcils froncs1 quel regard admirable6 ,prsent1 et l'afft1 mais non pas de ce que voit le monde3 il cherche la profondeur2 il guette l'homme intrieur2 il plonge au dedans2 il dpasse l'apparence4 ,il ne tient pas rien cacher de lui-mme1 ni ses sentiments1 ni ses ides4 ,avec une attention passionne1 il se donne4 ,il offre toutes peines toute la douleur dont il dispose4 ,la souffrance est toujours prsente4 ,dostoevski est le grand cur1 que je trouve sain malgr tout1 parce que la grandeur1 selon moi1 est la seule sant4 ,regard d'un terrible srieux1 et presque dur1 tant il surveille1 sombre1 le moment de bondir sur sa proie4 ,mais une immense tristesse y rside4 ,une tristesse religieuse1 et quasi populaire3 la tristesse de la misre1 la tristesse du charpentier qui essaie les bois de la vie1 qui fait voler tous les copeaux de la conscience1 et qui entasse la sciure pour boire le sang rpandu4 ,voil l'homme de douleur1 s'il en fut un4 ,et il est bon1 mme s'il est injuste3 ses lvres le disent1 excellentes1 paisses1 obstines et gnreuses4 ,la contrarit lui tordait la bouche1 d'un mauvais sourire2 et la satisfaction du cur y ramenait une gravit nourrie d'innocence4 99 99 99 99 99 ,la douleur est derrire tous les traits de cet homme4 ,pour saisissant qu'il soit1 son aspect me sduit moins par ce qu'il montre de l'homme1 que par ce qu'il en cache4 ,le visage de ,dostoevski est un masque1 s'il rit4 ,mais au repos des muscles1 quand il mdite1 le visage de ,dostoevski est le reflet1 surgi dans l'ombre1 d'un autre visage tourn au dedans4 ,caractre trange1 d'une intensit rare3 l'homme visible est le spectre de l'homme intrieur4 ,de l1 que tout est douleur sur cette figure3 le grand front1 aussi haut que vaste2 la ride entre les deux sourcils2 les petits yeux aigus et couverts1 qui s'enfoncent sous la brume des peines1 enchsss au cercle des larmes2 et la bouche entr'ouverte1 comme les enfants dans les sanglots3 tout est profondeur douloureuse au fantme de la face4 ,chaque trait est une ligne qu'il faut suivre1 pour passer de la chair jusqu' l'me1 et pour s'enfoncer dans le secret ou dans les repaires de l'homme intrieur4 ,la sensibilit d'un tel homme est sublime4 ,ce que ,stendhal est l'intelligence pure1 et la mcanique de l'automate1 ,dostoevski l'est l'ordre et la fatalit des sentiments4 ,stendhal atteint au fond des passions par l'analyse de leurs effets1 et des actes4 ,dostoevski touche au plus secret des esprits par l'analyse des sentiments et des impressions qui les dterminent4 ,dostoevski est le prodige de l'analyse sentimentale2 et il est le plus grand inventeur que l'on sache en cet ordre4 ,avec des moyens opposs1 ils ont la mme puissance2 mais de ,dostoevski ,stendhal1 il y a la mme diffrence qu'entre la gomtrie de ,pascal et l'analyse de ,lagrange4 ,pascal voulait rsoudre tout problme par la considration visible des figures4 ,ainsi ,stendhal3 tout comprendre4 ,la mathmatique moderne veut approcher l'essence du nombre par la dtermination de l'lment intrieur1 et par le fin discernement du symbole4 ,ainsi ,dostoevski3 tout pntrer4 ,stendhal et ,dostoevski sont dans les passions2 et rien ne les intresse1 rien ne les retient que d'y tre4 ,stendhal les montre1 comme un sculpteur qui modle ses formes4 ,dostoevski les anime1 et vit en elles comme un autre ,pygmalion4 ,stendhal tient tous les fils du drame1 et il s'en amuse quelques fois4 ,dostoevski ne joue mme pas le drame des passions3 il est sur la croix avec elles4 ,entre les plus intenses1 homme insatiable de sentir l'homme vivant4 ,dostoevski1 sensible toute vie1 et aux btes1 d'un cur si juste1 malgr tout1 revient toujours l'homme4 ,c'est le fond de l'homme qui l'occupe d'un souci constant4 ,tout est en fonction de l'homme pour lui1 et mme toute la nature4 ,c'est en vertu de ce sentiment insondable1 du moins je l'prouve ainsi1 que ,dostoevski1 ayant dcouvert la croix et ,jsus-,christ1 n'a jamais pu voir la vie bue sur la croix et en ,jsus-,christ4 tant au bagne1 une femme pieuse1 qui visitait les prisons1 lui fit don de l'vangile4 ,le vrai ,dostoevski date de ce moment4 ,il avait1 de tout temps1 beaucoup lu la ,bible2 mais il n'avait pas laiss son me interprter la lettre4 ,le cur est le truchement qui rvle un texte divin4 ,l'art de ,dostoevski est une peinture directe de l'intuition4 ,voil pourquoi tout1 chez lui1 tant si vrai1 semble du rve4 ,il faut y consentir1 pour bien l'entendre2 et cet accord ne se fait pas du premier coup1 ni mme du second4 ,,iii ,,sur ,,son ,,art ,ds le dbut1 il sait o est sa force4 ,et mme s'il ne le montre pas encore dans ses uvres1 il pressent quelle sorte de gnie il y fera plus tard paratre4 ,je suis original1 dit-il peu prs1 en ce que mon moyen est l'analyse1 non la synthse4 ,je vais au dedans2 et examinant les atomes1 je m'enquiers du tout4 99 99 99 99 99 ,il a toujours rpugn aux sciences1 comme vaines4 ,son ducation1 aprs tout1 fut trs littraire4 ,de bonne heure1 il sut le franais et l'allemand4 ,les petits ,dostoevski ont eu un prcepteur de franais1 nomm ,souchard4 ,dans la pauvre maison de son pre1 ,dostoevski a pris le got de la lecture4 ,il l'avait1 comme on doit l'avoir3 la passion4 ,sa plus dure privation1 au bagne1 fut de ne pas lire4 tudiant ou banni1 dans sa prison1 en ,sibrie1 de mansarde en mansarde1 il a toujours des livres avec lui3 la ,bible1 ,shakespeare1 ,schiller1 ,racine1 ,dante1 ,pouchkine4 ,quand il ne demande pas de l'argent ses amis1 il implore qu'on lui envoie des livres4 ,il est trs nourri d'uvres franaises4 ,elles lui ont tenu lieu de l'antique4 ,le franais est son grec et son latin4 ,il avale tout1 d'un gal apptit1 ,voltaire et ,balzac1 ,eugne ,sue et ,racine4 ,jeune homme1 sa lecture est immense4 ,quant aux ,russes1 il n'en ignore rien4 ,toute sa vie1 il est curieux de ses mules2 il est avide de tout ce qu'ils publient3 il rclame sans cesse les romans de ,tourguenev1 de ,gontcharov et de ,tolsto2 il suit les auteurs de tout ordre1 et mme les critiques4 ,seuls1 ses yeux1 ,pouchkine et ,gogol1 ont du gnie2 ,tolsto1 il le refuse4 ,d'ailleurs1 l'exemple de ,gogol1 mort fou1 le hante4 ,on fait souvent de ,dostoevski une espce de barbare inculte1 qui ne doit rien qu' lui-mme4 ,rien n'est si faux4 ,ide bonne aux matres d'cole et aux sergents de lettres3 ils y flattent leur propre barbarie1 pour la tirer du rang4 ,et1 pour qu'on soit sensible leur originalit1 ils trouvent du barbare en toute me originale4 ,le barbare ne sait mme pas parler3 il bgaye4 ,dostoevski est un homme de longue culture1 tant par la race que par l'ducation4 ,il n'a jamais t en friche4 ,ce fils de la petite noblesse a reu la nourriture noble4 ,il ne s'est pas mis1 sur le tard1 apprendre4 ,loin de l1 on l'a instruit ds le berceau4 ,pauvre ou non1 c'est ce qui distingue la petite noblesse des bourgeois et des marchands russes4 ,le pre ,dostoevski n'est pas seulement un homme austre1 uniquement occup d'ides religieuses3 il lit1 lui aussi2 il a servi dans les camps2 il a fait la guerre contre ,napolon4 ,il voit au-del de son quartier1 de la ville1 et mme de la ,russie4 ,il faut chercher ,dostoevski o il est3 au centre de la pliade qui a fait la gloire de l'esprit russe4 ,il a deux ans de moins que ,tourguenev1 et sept ans de plus que ,tolsto4 ,il est donc mi-chemin de ,tolsto et de ,gogol4 ,tous1 ils sont ns sous le rgne mystique d',alexandre1 et ont grandi dans les tnbres et le silence de ,nicolas4 ,leurs pres1 tous1 sont les hommes de #ahab1 qui ont dlivr la patrie1 et qui ont impos la ,russie temporelle l',europe4 ,la ,russie ne retrouvera sans doute plus des pres et des fils comme ceux-l4 ,ils sont nobles1 au sens de l'lite3 ils sont le choix de la nature1 et ils y rpondent gnreusement4 tre gnreux1 c'est toute la noblesse4 ,bref1 ils sont de bonne race4 ,ardents l'uvre1 ils croient ce qu'ils font2 ils se donnent1 d'une me librale2 ils ont l'illusion d'tre ncessaires leur temps1 leur pays1 tous les hommes3 soi-mme4 ,d'ailleurs1 ,tourguenev except1 ils sont pres1 durs et cruels les uns pour les autres4 ,dostoevski ne peut se lier solidement avec personne4 ,la bont qu'ont eue1 d'abord1 pour lui1 ,bilinski1 ,tourguenev et quelques autres1 ne leur sert bientt rien1 ni lui4 ,comme il arrive si souvent1 c'est un ,dostoevski leur ressemblance qu'ils aimaient dans l'auteur des ,pauvres ,gens2 et le vrai ,dostoevski les dpite4 ,celui-l leur en veut de ne pas assez faire1 aprs ce qu'ils ont fait pour l'autre4 ,son cur est humble1 la fois1 devant l'amour et despote3 il est profondment avide4 ,il se brouille avec tous les gens de lettres1 qu'il approche4 ,rgle3 pas un artiste de gnie n'aura jamais la paix avec les gens de lettres1 ni ne voudra la faire4 ,dostoevski ne peut pas garder un ami4 ,il exige trop de l'amiti1 sans doute4 ,humeur mlancolique6 ,aimer trop ceux qu'on aime4 ,on s'en fait une trop belle ide4 ,il voudrait1 ce cur passionn1 qu'on vct pour lui seul1 je le crains3 car il serait capable de vivre pour ceux qu'il prfre4 99 99 99 99 99 ,il a le respect et l'amour de son art4 ,au comble du chagrin1 livr seul lui-mme1 pourvu qu'il ne souffre que de soi1 il va loin4 ,est-il ainsi1 ou l'imagin-je8 ,dans son amour de l'art1 aussi1 il connat les extrmits3 la maladie1 qui opprime l'me2 et le refus de rien faire pour le public contre son propre gnie4 ,aux yeux de l'artiste1 le public est un mal ncessaire3 il faut le vaincre1 et rien de plus4 ,il adore l'tat de cration4 ,mais crire le tue4 ,car il est aux gages du besoin2 il a beau tenir bon1 et protester qu'il n'crira pas sur commande1 il vit de sa plume2 il est serf des engagements qu'il doit prendre4 ,de l1 qu'il est le moins gal des grands crivains3 il donne un chef-d'uvre aprs un roman confus2 et le chef-d'uvre est suivi d'un livre mdiocre#cf4 ,note #cf3 ,aprs ,crime et ,chtiment1 le ,joueur1 #ahff et #ahfg2 l'ternel ,mari aprs l',idiot1 #ahfh et #ahgj4 99 99 99 99 99 ,il semble biller d'ennui1 lui-mme1 en certaines de ses uvres4 ,elles sont d'une longueur1 d'une recherche1 d'une subtilit insupportables4 ,elles sentent la folie4 ,l'analyse y fait penser au dlire1 au scrupule1 et le dtail intrieur la manie de l'infiniment petit4 ,l'incohrence de ,dostoevski est piteuse1 quand il ne trouve pas son ordre4 ,elle ricane1 elle grimace4 ,quel sourire contraint6 ,alors ,dostoevski va d'un pas terriblement lent2 il est obscur1 diffus1 ennuyeux comme une cave4 ,ses uvres manques1 on dirait les fragments1 les traits1 les notes sans choix d'une uvre qui n'a pas obtenu la grce de l'unit4 ,plus l'analyse est curieuse1 plus l'unit est ncessaire4 ,il en est de tous les dtails et de tous les lments intrieurs comme d'un corps chimique3 tous les atomes y tant1 il faut l'tincelle qui les assemble et qui les groupe3 il faut que le cristal rencontre sa forme4 99 99 99 99 99 ,dostoevski est d'un prodigieux dsordre1 quand il ne russit pas trouver son ordre4 ,mais son ordre est un prodige1 quand il l'atteint4 ,rien n'y trahit la symtrie1 ni ce qu'on appelle la composition1 d'un mot grossier qui peint l'uvre grossire4 ,dans l'ordre de ,dostoevski1 tout est organes1 et relations d'organes4 ,tout est produit par la ncessit intrieure4 ,ici1 la vie des faits est bien l'image1 sur les murailles de la caverne1 l'image et l'ombre de la vie intrieure1 au grand feu du foyer invisible4 ,ainsi1 les chefs-d'uvre de ,dostoevski sont plongs dans le rve3 et ils ont seuls le caractre du rve1 comme ceux de ,shakespeare1 et parfois d',ibsen4 ,l'ordre d'une uvre comme ,crime et ,chtiment est inou4 ,j'en ferai quelque jour l'analyse4 ,je me contente de dire que ce drame admirable se passe tout entier1 actes sur actes1 dans la conscience de ,raskolnikov4 ,les deux longs volumes ne contiennent que la suite des sentiments1 des visions et des penses cres par l'imagination du hros1 et que sa conscience droule4 ,ils n'enferment qu'un trs petit nombre d'heures2 mais chaque instant de ces heures est totalement puis de son essence pensive et de son action1 de ses chos et de ses contre-coups4 ,une telle uvre1 quand on l'a saisie1 semble la merveille longtemps souhaite par l'esprit3 l'art est enfin le rve de la vie1 qui elle-mme est un rve4 99 99 99 99 99 ,dostoevski est riche en mots inoubliables1 qui montent des abmes4 ,ce sont des paroles sans faste et sans loquence2 mais comme une crique d'eau profonde1 entre deux rochers1 elles mirent1 dans la profondeur pure de la mer1 l'immense ciel du soir1 avec ses nuages et les premires toiles4 ,a un malheureux1 gangren de phtisie et d'envie1 qui va mourir avant d'avoir eu vingt ans1 le prince ,muichkine1 ouvrant la porte1 dit3 ,passez le premier1 et pardonnez-nous notre bonheur#cg--,pourquoi avez-vous tout dtruit en vous8 crie la jeune fille passionne au prince innocent2 pourquoi n'avez-vous pas d'orgueil#ch8--;,et lui1 de dire1 insensible toutes vanits et sa perte mme3 ,qu'est-ce que ma peine et mon mal1 si je suis en tat d'tre heureux#ci8 ,note #cg3 ,l',idiot1 ,,iv1 #e2 ,,iii1 #b2 ,,iv1 #g4 ,note #ch3 ,ibid41 ,,iv1 #e2 ,,iii1 #b2 ,,iv1 #g4 ,note #ci3 ,ibid41 ,,iv1 #e2 ,,iii1 #b2 ,,iv1 #g4 ,raskolnikov assassin la sainte prostitue3 ,toi aussi1 tu t'es mise au-dessus de la rgle3 tu as dtruit une vie1 la tienne3 cela revient au mme#dj4--;,et encore3 ,j'ai voulu oser3 j'ai tu4 ,et c'est moi que j'ai tu#da4--,ou ces traits dignes de l'oraison3 ,le ,christ est avec les btes avant d'tre avec nous#db4--,si le juge tait juste1 peut-tre le criminel ne serait pas coupable#dc4 ,note #dj3 ,crime et ,chtiment1 ,,iv1 #d2 ,v1 #d4 ,note #da3 ,ibid41 ,,iv1 #d2 ,v1 #d4 ,note #db3 ,frres ,karamazov1 ,,xi1 #f4 ,note #dc3 ,ibid41 ,,xi1 #f4 99 99 99 99 99 ,dostoevski a la conscience de ,ptersbourg4 ,il est l'me de ces hivers polaires1 o le jour est une agonie de la nuit2 et de ces ts1 o la nuit est encore le jour1 un crpuscule songeur1 pensif et adorable comme le regard d'une amante insense4 ,j'ai vcu avec lui dans la ville ardente et morne1 o les ivrognes et les mystiques se donnent le bras1 o de funbres hypocrites baisent aux lvres des rebelles candides2 o la pire corruption1 qui est triste1 engraisse de son fumier l'innocence subtile2 o la luxure est un raisin ppins de remords1 et o les vierges ont une odeur qui tente le pch4 99 99 99 99 99 ,un monde part4 ,dans l'uvre de ,dostoevski1 il y a une socit complte1 savoir une socit religieuse4 ,car tous les portetotems de la terre n'y feront rien1 et leur tymologie moins encore3 pour l'homme1 la religion1 quelle qu'elle soit1 c'est le lien4 ,dostoevski ne rompt pas le faisceau4 ,il serre le nud de la cit3 tout y entre1 du plus humble artisan au matre d'hommes altier4 ,chez lui1 non pas des rangs et des titres1 la hirarchie est de la vertu vivante et des caractres4 ,il a ses voleurs et ses boucs1 ses assassins pareils des conqurants1 ses lches1 ses vils coquins et ses bouffons normes1 comme il a ses princes1 ses vierges1 ses saintes hroques et ses saints4 ,il est riche de toute lite et de toute plbe4 ,la condition sociale n'y est presque pour rien4 ,que ce gnie m'est intime6 ,que ce sens de la valeur me touche6 ,c'est le monde de la conscience profonde4 ,les passions y paraissent frntiques1 parce qu'elles rsistent tre nues2 convulsives1 parce qu'elles sont peu peu dpouilles de tout ce qui les habille4 ,dostoevski sait bien que la simplicit n'est pas dans les objets2 mais seulement dans l'il qui les examine4 ,la vie la plus simple est en soi un prodige de complexe4 ,la simplicit n'est que le sommeil de l'apparence4 ,un monde1 o les sentiments sont ports au dernier degr de l'acuit et de l'ardeur1 semble l'enfer de la souffrance et le paradis des fous4 ,l1 o tout est intense1 tout est excs4 ,la rgle ordinaire est abolie4 ,l'ordre commun est l'ordre moyen4 ,et le moyen est l'espace du mdiocre4 ,la mesure1 telle quelle1 est un lment de la vie ordinaire4 ,la mesure1 en art1 parat la vrit1 comme la moyenne des statistiques4 ,la mesure varie avec les grandeurs que l'on compare4 ,elle n'est pas la mme pour les htes de l',olympe et pour les captifs de l'rbe2 ni surtout pour ceux-l et pour les petites mes de mtier1 dont la conscience vit en boutique4 ,ames de mtier1 elles font nombre1 comme les fourmis4 ,elles nourrissent les moyennes4 ,mais1 le bien prendre1 la moyenne est fausse comme toute statistique morale4 ,car1 chiffres et mesure ne rvlent que le monde de la quantit4 ,la qualit est la rgle suprme1 ainsi que le lieu de tous les sentiments et de tous les actes en relation avec la conscience4 99 99 99 99 99 ,le monde de la profonde conscience fait figure du rve2 et mme de la folie1 quand il arrive1 avec ,dostoevski1 que les tres vivants pient l'cho de leur propre chant1 pour y donner un cho plus lointain encore2 quand ils font l'analyse de leurs passions1 eux-mmes1 et qu'enfin ils ont conscience de leur conscience4 ,dans ,stendhal1 cette merveilleuse analyse tant tout intellectuelle1 mme si le hros se prte l'oreille1 on voit toujours1 derrire lui1 le plus intelligent des hommes qui est l1 et qui coute4 ,tout est clair2 tout est ordre2 tout est esprit4 ,chez ,dostoevski1 ce sont les passions qui se passionnent et se dvorent se poursuivre elles-mmes1 se contempler et se ressentir4 ,tout prend1 ds lors1 le caractre du rve1 ou de la folie4 ,mais ce monde de folie est la sphre d'une ralit suprme4 ,la folie est le rve d'un seul4 ,la raison est sans doute la folie de tous4 ,ici1 la grandeur de ,dostoevski se fait connatre3 il est dans le rve de la conscience1 comme ,shakespeare mme1 et ,shakespeare seul1 avec le seul ,rembrandt4 ,tels sont les sommets de la conscience et de l'analyse1 pareils aux plus hautes montagnes de la terre1 en ce qu'ils bordent1 comme elles1 le rivage des plus grandes profondeurs4 ,sommets qui ne cachent pas deux ou trois autres cimes1 entre lesquelles ,dostoevski4 99 99 99 99 99 ,nulle puissance plus proche de la vie4 ,les grands rveurs sont les grands vivants4 ,o ils semblent s'loigner le plus de la vie1 ils y touchent encore de plus prs que les autres4 ,tout est intrieur4 ,ce n'est mme pas la pense qui cre le monde1 en le figurant4 ,c'est l'motion qui suscite toute vie1 en la rendant sensible au cur4 ,le monde n'est mme plus l'image d'un esprit4 ,l'univers est la cration de l'intuition4 ,l'motion cratrice est la seule et vritable connaissance4 ,comme elle nat soi-mme1 elle fait natre les objets4 ,et tout est son rve1 comme elle se rve4 ,le cur est le moyen1 et il est le lieu4 ,voil le nouvel art4 ,voil1 du moins l'art que je veux1 celui que je cherche et celui que notre effort prpare1 si le ciel y consent4 ,l'art intrieur1 qui manifeste toutes les splendeurs de la nature et de l'action1 en les absorbant toutes3 du dedans au dehors4 ,et tout ce qui est du dehors mme1 est au dedans4 ,tel est cet art dont les prophtes me sont si chers dans le pass1 et qui furent toujours si rares4 ,mais parce qu'ils furent en vrit1 ils sont4 ,je dirai plus1 pour tre compris de ceux qui sont dj de l're nouvelle1 et pour ne l'tre pas des autres4 ,ce qui tait le propre de la musique1 jusqu'ici1 sans le vouloir mme1 nous le faisons passer1 selon les moyens de la pense1 et du langage1 dans la posie4 ,ils croiront qu'il s'agit d'harmonie imitative1 de timbres et de sonnailles dans les mots1 d'allitrations et d'autres fadaises2 toutes habilets de mtier1 qui doivent toujours s'effacer de l'art1 quand elles y entrent2 et qui ne cessent d'tre vaines qu' la condition de n'en pas tre vain4 ,c'est une autre musique et moins vulgaire que je pense1 dont l'harmonie matrielle n'est que l'enveloppe4 ,plonger toutes les ides dans l'amour1 et en donner l'motion1 non plus la notion telle quelle1 voil la musique que je veux dire4 ,en un tel art1 nous voulons que tout soit motion1 et que la preuve sera rduite rien4 ,or1 plus l'motion est reine1 plus il faut que l'art1 son roi1 s'en rende matre4 ,le rythme de l'amour mne tout4 ,l'intelligence est la charrue1 non pas le grain ni la moisson4 ,ni l'loquence1 ni l'ide vidente ne sont le pain qui nourrit4 ,ce n'est plus la recherche ni la peinture de l'objet qui nous sollicite3 mais l'vocation de sa forme et de toute la grce qu'il recle1 de la magie enfin qui y est incluse1 pour nous faire croire la vie4 ,il faut que l'art nous sduise la vie4 ,on ne croit la vie qu'en ce qu'on aime1 et dans le rve de ce qu'on aime4 ,,iv ,,passions ,,et ,,moments ,son art ne vient pas de son mal4 ,mais il y a de son mal dans son art4 ,et puisque ce mal sacr n'a point tu l'art dans le malade1 l'artiste s'en aide pour tendre son art4 ,de mille pileptiques1 il en est un seul qui ne soit pas imbcile2 mais celui-l a des lueurs que la sant ne connat pas4 ,c'est le miracle de l'esprit1 qu'il peut faire son bien de la maladie mme4 ,je ne me lasserai pas de parler pour l'esprit4 ,et spiritus adjuvat infirmitatem nostram1 dit l',aptre4 ,il souffle o il veut2 et mme dans le patient1 que ces chiens de savants voudraient mettre l'asile4 ,malade donc1 donnant parfois l'ide d'un fou1 toujours bizarre1 d'une humeur extrme1 sujet la tristesse et la mlancolie comme une passion2 tombant du rire strident1 et d'ailleurs le plus rare1 la plus noire rverie2 l'homme le moins sain1 si la sant est cet tat d'heureux quilibre o1 ni le corps ne se plaint l'me1 ni l'me ne se plaint de tout le mal que le corps peut faire l'esprit3 ,dostoevski1 tout de mme1 n'a t atteint d'pilepsie qu'en prison et au bagne4 ,il avait trente ans1 alors1 et trente annes durant1 qu'il lui restait vivre1 il s'est courb sous la main dure qui atterre4 tait-ce la vritable pilepsie1 ou quelqu'une des formes nerveuses qui l'imitent8 ,en tout cas1 les accs n'taient point rares3 il en a eu jusques trois et quatre dans le mois2 parfois mme1 tous les jours4 ,dostoevski a vcu dans le mal sacr4 ,et ce mal lui a rvl la terreur sacre1 qu'il appelait terreur mystrieuse4 ,ce n'est pas seulement l'aura de la crise1 ce souffle qui balaie le monde de la vision et de l'objet1 pour en faire un tourbillon total1 en giration autour d'une ide fixe4 ,j'y reconnais le mouvement magique de la contemplation1 le train de l'extase1 cette rvolution qui emporte l'homme tout entier dans l'effroi de la vision qui lui est promise1 qu'il redoute et dsire1 de tout son tre1 dans le mme moment4 ,l'amour au comble obit la mme incantation3 l'amour qui1 toujours1 va au del de son objet1 et1 dans l'homme1 toujours au del de la femme la plus aime4 ,mal sacr1 mal de terre1 comme on dit au village1 perte du sens4 ,perte de soi1 dans une trange prescience1 et mme dans une divine possession d'autrui4 ,aura quaedam frigida1 un compos de sensations et de mouvement4 ,une haleine mystrieuse se met ourdir une toile1 qui spare l'me de tout ce qui l'entoure1 sans pourtant l'en priver3 un tissu complexe de passion et de possession1 un abme pour le sens propre1 une obscure rvlation d'univers4 ,si l'on veut tout prix que ce soit un mal1 je l'appelle la maladie du trpied4 ,c'est l'tat des voyants1 la condition mme de la prsence mystique4 ,car1 ne croyez pas que cet oubli de l'tendue soit une absence1 ni que les objets disparaissent parce qu'ils ne comptent plus un un4 ,mais1 au contraire1 tout y prend sa juste place1 et les formes de l'univers s'assemblent autour du seul point fixe4 ,voil saint ,paul1 quand la parole attendue fond sur lui avec le soleil1 au chemin de ,damas2 et il entend1 il voit1 il sent1 il est engendr par ce qu'il engendre2 il s'ouvre tout entier la conception de son ,dieu1 que le feu darde sur son me1 et dont elle le pntre comme la pointe d'un glaive rougi blanc4 ,ce tourbillon emporte le sens mme du mouvement1 parce qu'il souffle sur le temps comme un grand vent sur la fleur de pissenlit4 ,l'excs de la vitesse aplanit la totalit du temps3 tout est profondeur1 sous la pellicule clatante d'un ternel et redoutable apaisement4 ,l1 tout s'explique3 et l1 tout est conu comme expliqu4 ,l'homme n'est plus rien que sa passion parfaite1 cette connaissance qui passe de bien loin la perfection du dsir4 ,il n'est plus rien de soi1 parce qu'il est la conscience de son monde4 ,il est sa propre fin1 il en est pntr1 et il la pntre4 ,il n'est plus le misrable volant de l'nergie qui l'anime2 il se fond dans cette nergie mme1 il en est le noyau1 le centre stable et l'explosion universelle4 ,les tmoins de l'extase comptent par minutes et par secondes1 ce que le sujet sacr ne saurait pas compter1 sans l'anantir avec soi-mme4 ,mahomet disait qu'en un de ces instants1 il dplaait les montagnes et empilait les sicles1 pour en faire la coupe unique o il buvait4 ,dostoevski a pratiqu ces excs4 ,il en avait l'angoisse4 ,crainte qui se double d'une terreur mystique1 dans l'ordinaire de la vie3 non pas seulement parce qu'on attend le retour de l'extase2 mais parce que l'me qui a visit la profondeur ne peut plus vivre que dans les grands fonds3 elle y plonge tous les objets de la vie1 toutes les penses et tous les actes4 ,la profondeur est sans repentance comme elle est sans pardon4 ,qui a senti une prsence ternelle1 ne veut rien connatre qu'en fonction de l'ternit4 ,et1 tel il y aspire1 tel il s'obstine rver1 si on lui dit qu'il rve4 99 99 99 99 99 ,je compare la marche de l'pileptique vers la crise1 au mouvement de ,dostoevski vers la profondeur4 ,jamais sa pense ne bgaie1 quoiqu'il semble3 elle dnombre1 elle palpe l'infiniment petit2 atome aprs atome1 elle essaie l'analyse1 comme les antennes de l'insecte explorent le pollen grain grain4 ,on croirait qu'il hsite1 parce qu'il va et vient1 et qu'il titube dans le labyrinthe2 mais il ne perd jamais de vue le caractre3 il en est ivre1 plutt2 il en saisit1 il en gote1 il en pompe tous les aspects1 et les dgorge4 ,il faut qu'il dbrouille le nud des sensations et des mouvements obscurs1 qui font le corps du sentiment dans les tnbres4 ,il cherche tous les fils1 un un3 il les tient1 la fin2 mais toujours1 il va de l'un l'autre1 en se dirigeant vers le bulbe de la racine4 ,un infaillible instinct lui sert de guide4 ,sa ligne parat incertaine et lente3 c'est la courbe vivante1 faite de petites droites en nombre infini4 ,c'est pourquoi ,dostoevski ne conte point3 raconter1 c'est tout de mme dduire4 ,le dialogue seul1 ou le colloque1 peut rendre tous les moments1 les incidents et les inflexions de la courbe intrieure4 ,les grandes uvres de ,dostoevski se font elles-mmes dans notre esprit1 mesure que nous les incarnons notre rve4 ,elles naissent de toutes les touches et de toutes les nuances qu'elles peignent en nous4 ,on ne comprend ,dostoevski1 chacun qu' raison de sa propre vie intrieure4 ,jamais pote ne donna moins l'entendement seul et la simple notion4 ,ses chefs-d'uvre sont des moments1 que le dialogue puise1 en puisant totalement les caractres3 moments choisis1 d'ailleurs1 o toute une vie fait masse1 peine relis les uns aux autres par un brin de rcit4 ,la descente de ,dostoevski dans les motions inconnues tient du calcul et de la dcouverte4 ,elle est toute en pressentiments1 en essais1 en allusions1 en prodromes1 les uns prochains1 les autres qui se perdent dans un loignement immense1 mais dont l'approche est certaine1 ds qu'ils ont paru poindre l'horizon de la conscience4 ,et le ciel de l'inquitude rgne au-dessus de la fort4 ,l'insomnie y erre avec ces bonds lasss qui la jettent1 parfois1 dans les trous d'un sommeil accablant4 ,l se forme le rve1 o le moi1 de plus en plus aigu1 recule de plus en plus dans l'ombre1 pour soi-mme4 ,alors1 ce moi souffrant est comme le point d'ardeur sacrifie1 le sommet qui projette tout le cne de la vision2 et l'univers entier de l'motion entre dans les secteurs de la lumire4 ,pour bien lire ,dostoevski1 il faudrait se souvenir de ce qu'on ne connat pas encore3 la passion fait ainsi1 qui1 ds la premire vue1 pressent dans l'objet aim tout ce qu'elle en ignore2 et mille traits1 qui chappent d'abord1 entrent pourtant dans l'me qui butine et qui mire l'objet de sa passion4 ,de tous les potes1 ,dostoevski est celui que je peux le plus et toujours mieux relire4 ,il se peut que la maladie ait prpar ,dostoevski ces tats les plus rares de l'intuition1 o l'lment pensant et l'lment sensible naissent l'un de l'autre1 o l'on touche dans le sentiment la pense l'tat naissant1 o le sentiment se lve1 comme l'aube douloureuse1 dans le chaos nocturne des sensations4 ,d'abord1 l'absence de soi4 ,puis1 la descente en convulsions dans l'abme4 ,or1 chaque sentiment est un abme pour l'me4 ,mais1 entre tous1 l'amour4 ,qu'appellera-t-on l'me1 sinon l'organe de la connaissance8 ,je garde ce nom dcri au seul objet qui jamais ne me lasse4 ,de la sorte1 le cur est rtabli dans sa prrogative4 ,il a le privilge du prince1 que sa dchance mme ne saurait prescrire4 ,la vritable connaissance fonde le monde de la charit1 et elle seule4 ,on ne saurait rien connatre moins d'aimer4 ,et ce n'est pas connatre que de savoir et n'aimer point4 ,la vie entire est cette femme voile1 que l'homme cherche1 dont il fait son pouse1 et cognovit eam1 l'ayant aime4 ,voil cette pleur1 ce tremblement qui prcde l'embrassement de l'poux4 ,et sa crainte1 peut-tre1 et son dgot4 ,voil l'homme vou la connaissance3 il est d'abord cadavre soi-mme4 ,sa chair clate en rbellion1 et se dissocie d'avec lui3 elle se fait discorde4 ,elle bave1 elle se vide1 elle vomit2 elle s'trangle1 elle se souille2 elle veut fuir l'esclavage qu'elle pressent4 ,elle ne veut pas se perdre dans le voyage des tnbres ardentes4 ,et1 parce qu'elle rsiste1 elle est abandonne4 ,o terreur6 ,elle est laisse l1 comme une guenille vile1 par l'me au seuil de la connaissance4 ,elle est l1 comme une peau de rat1 crev de la peste1 dans une rue de ,chine2 et la foule est autour1 le peuple des hommes ou le peuple des vers4 ,et quand la chair retrouve l'esprit1 qu'il daigne rentrer en elle1 et la combler de sa prsence-- ,dieu1 je te recouvre6--la serve conscience hsite3 elle va lentement1 par le ddale2 elle vacille1 comme puise2 elle tte les murs de la prison2 elle compte les pierres1 et les mousses1 et les araignes1 et les insectes hideux1 et les larves dans les fentes4 ,elle reconnat son chemin1 en ne ngligeant pas un signe1 en renouvelant les plus humbles dmarches par l'ingnuit des pas qu'elle tente3 elle dcouvre1 comme si elle venait de natre1 ce qu'elle a connu et pratiqu nagure1 mais dont elle a perdu le souvenir4 ,et telle est aussi l'allure de ,dostoevski1 quand il explore un sentiment ou les raisons d'un acte4 ,pareil la main invisible et souveraine1 dont le tact allume la vie1 il suscite ce qu'il retrouve2 mesure qu'il en numre les lments1 il les anime et il les organise4 ,la grande cration des caractres est un dnombrement de l'me par un crateur en passion4 ,ils sont redoutables1 ces moments qui ont le got et le sens de l'ternel4 ,et il est fatal qu'une sorte de mort suive un instant de vie divine4 ,il faut au moins payer d'une mort temporaire ce vol au del du temps4 ,il faut perdre connaissance1 pour racheter la terrible faveur d'avoir eu1 un moment1 la toute connaissance4 ,au fond1 il n'est pas vrai qu'on puisse tenir l'quilibre entre la chair et l'esprit4 ,toujours l'un des deux l'emporte4 ,dans tous les grands potes1 la matire est vaincue4 ,plus ils aiment la chair1 plus ils la craignent4 ,ou bien1 ils s'en dfient4 ,en vrit1 qu'est-ce donc qu'un art qui n'est pas idaliste8 ,mais qu'est-ce mme qu'une pense8 99 99 99 99 99 ,comme il est en amour1 voil le grand secret de l'homme1 et que l'artiste cache le plus4 ,ce secret connu fait connatre le reste du caractre4 ,je ne pense pas seulement l'amour de l'artiste pour son ,dieu et pour son art2 mais son amour de la femme1 toutes ces penses de la chair1 que la conscience ignore et que le cur nourrit1 sans toujours les nommer1 dans un espace de mystre4 ,et souvent1 le secret de l'homme n'est pas dans ce qu'il livre de soi l'objet de son amour1 mais beaucoup plus en tout ce qu'il rserve1 en ce qu'il dissimule1 qu'il ne laisse jamais voir et ne confie personne4 ,de livre en livre1 ,dostoevski fait un mnage bizarre avec les femmes4 ,quelles noces tristes et ardentes que les siennes6 ,je cherche en lui la cl de ses chefs-d'uvre4 ,sa vie n'a pas os tout ce que ses uvres accomplissent4 ,ses uvres n'ont plus d'obscurit1 quand on les claire de sa vie4 ,il avait fait un mariage trange1 en ,sibrie1 avec la veuve d'un mdecin1 une femme malheureuse et dj un peu vieillie3 mariage comme on en voit dans ses romans1 noces de la compassion et du dlire1 un mlange de pleurs1 d'hystrie1 de souffrances et de remords4 ,dostoevski et ses hros se marient comme on choisit la plus longue torture en tous les genres de supplices4 ,il s'agit de prendre la croix1 et souvent sans espoir4 ,le dsir n'y est qu'un attrait de plus au sacrifice4 ,la chair1 mme faible1 ne cherche pas son plaisir1 mais son preuve et sa tristesse4 ,l'me se donne sans joie1 non pas comme une promesse de bonheur1 mais une sorte de misre dchirante1 une fatalit de son choix4 ,ce serait peu si1 n'esprant pas le bonheur pour soi-mme1 on gardait l'illusion de le donner un autre que soi4 ,mais il n'en va pas ainsi4 ,les mariages de ,dostoevski achvent une infortune qui n'et pas t complte1 si les amants ne se mariaient pas1 mais qui les et mens la folie1 s'ils n'avaient pas rsolu d'accomplir leur malheur4 ,car telle en est la fin3 les mariages de ,dostoevski sont des malheurs accomplis4 ,au fond1 il est contre la chair jusque l1 que rien ne lui doit russir1 ni ce qu'elle obtient1 ni ce qu'elle et tant souffert de ne pas obtenir4 ,elle n'atteint que sa misre4 ,et c'est tout ce qu'elle mrite4 ,il a1 pour les femmes1 une tendresse brlante et douloureuse4 ,on dirait qu'il a besoin de souffrir par elles1 et qu'ayant horreur de les faire souffrir1 il n'ignore pourtant pas qu'il leur sera toujours une occasion de souffrance4 ,un dsir d'elles comme infini1 et une crainte d'y toucher1 une terreur d'y satisfaire4 ,une peur d'elles toutes est en lui1 et c'est par l surtout qu'elles l'attirent4 ,il ne pouvait sans doute pas se passer de la prsence fminine2 et sans pouvoir faire1 en rien1 le bonheur d'une femme1 il lui fallait rver qu'une femme ft le sien4 ,son premier mariage est affreux3 il pue la laideur et le taudis4 ,c'est un amour grabataire4 ,l1 ,dostoevski a voulu son propre sacrifice4 ,il a cherch un chtiment2 il a expi un pch que je sens1 que je vois1 et que je ne veux pas dire4 ,plus tard1 peine veuf de cette veuve1 il prend pour femme une jeune fille4 ,il a la passion des jeunes filles1 et nul n'a su jusqu'o4 ,il est de ceux pour qui l'innocence et la prime jeunesse sont la fleur dans la fleur1 la mandarine dans l'orange1 et l'amour de l'amour4 ,le prince ,muichkine est1 en amour1 ,dostoevski lui-mme4 ,il aspire la volupt la plus fine des femmes1 ce sourire entre chair et cur1 qui est le charme des jeunes filles2 il songe aussi1 avec elles1 aux douceurs des amants1 si des enfants pouvaient l'tre1 s'ils pouvaient donner des caresses dlicieuses1 ou si les amants en pouvaient recevoir d'innocentes4 ,je considre avec terreur la vie d'une femme avec un tel homme1 et la vie d'un tel homme avec toute femme1 quelle qu'elle ft4 ,il ne peut lui cder que son ombre charnelle1 avec toutes les misres qui y sont appendues1 comme autant de membres blesss travers des haillons4 ,pour le reste1 il garde un ternel silence4 ,il ne le rompt que pour se ruer en transports de peine et de passion4 ,peine ou passion1 elles ne comprennent gure que celle qui les concerne4 ,de tels hommes1 leur joie est toujours muette1 tant elle compte peu4 ,la douleur seule est loquente4 ,il faut qu'une femme souffre avec lui4 ,il le faut1 dis-je2 parce qu'il sait que telle est sa vocation1 si elle est vraiment femme4 ,il faut qu'elle souffre2 et il faut1 lui1 qu'il souffre de la faire souffrir4 ,ainsi se reconnaissent les sexes1 et ils s'aiment la fin4 ,l'amour est inn cette pratique4 ,sans quoi1 le plaisir goste masque tout4 ,quelle patience1 dans une femme1 pour supporter la souffrance qui nat d'un tel homme6 ,la patience d'une femme est sa force4 ,sa bont1 sa vertu4 ,quel courage1 en elle1 pour garder sa foi la vie6 ,pour lui1 si elle l'aime1 il faut qu'elle y ait foi1 l'et-elle perdue pour elle-mme4 ,elle ne peut pas trahir la volont d'un tel homme2 elle ne peut pas oublier l'enseignement unique de son uvre3 que la foi dans la vie1 cote que cote1 est mre inpuisable de toute beaut4 ,il est dur d'tre femme4 ,mieux la vaut tre pourtant1 qu'une de ces grosses prostitues qui font des livres1 entre ,paris et ,nice1 avec leur haine de l'homme1 en se lchant elles-mmes dans un miroir4 ,et parce qu'elles sont l'ignominie de l'amour propre1 elles se croient des artistes4 ,non pas ,las grattant ses boutons1 mais elles1 est d le chtiment de tremper1 l'ternit durant1 dans la fange de leurs ulcres et la crme de leurs excrments1 les grces qu'elles se sont trouves1 et les hideux plaisirs qu'elles y gotrent#dd4 ,note #dd3 ,di quella sozza scapigliata fante1 ,che l si graffia con l'unghie merdose1 ,ed or s'accoscia1 ora in piede stante4 ,inf41 ,,xviii1 #dd4 99 99 99 99 99 ,parce qu'il les a vu souffrir1 et qu'il a fait souffrir les femmes1 tout en souhaitant avec passion de les lever et de les gurir1 ,dostoevski les connat mieux qu'un autre4 ,il les voit tantt cruelles comme le reproche de la chair1 tantt plus douces que le lait nourricier dans la bouche1 mais toujours toutes folles3 folles d'gosme1 ou folles de se donner1 folles de tuer l'homme1 ou folles de s'immoler lui4 ,il connat leur passion unique1 cette attente ternelle o elles s'agitent3 elles sont l1 toujours la mme ve endormie1 qui attend que le doigt de son ,dieu lui communique l'tincelle1 et l'appelle la vie4 ,et dans cette ternelle attente1 il devine toujours leur ternelle dception1 leur dsespoir ternel3 il faut vivre pour elles6 ,elles peuvent donner la vie1 mais non l'avoir6 ,il faut leur souffler le feu1 qui est toute la vie de l'me2 il ne faut jamais laisser tomber cette flamme immortelle et fragile4 ,et comme il est fatal qu'on ne la puisse pas toujours nourrir pour elles1 il faut qu'elles lamentent la duperie du don total qu'elles ont voulu faire d'elles-mmes l'homme et l'amour4 ,il a donc souponn leur ardeur cruelle1 ces rancunes glaces qui menacent le foyer de la tendresse et du dsir4 ,il a laiss comme une bauche de cette me sensuelle1 de ces pudeurs perverses1 de cette luxure innocente et virginale1 qui tremblent dans le sentiment des jeunes filles1 et que les fureurs de la femme coupable attisent comme un inextinguible regret4 ,tout est passif en elles4 ,leur sacrifice a parfois la violence d'un appel goste la violence qu'elles repoussent4 ,elles mettent1 tre prises1 une espce de brlante complaisance1 pour en faire plus tard un reproche sans piti4 ,elles sont bien1 dans leurs parfums acides1 la fleur qui exige le pollen1 et qui rclame d'tre fconde1 tandis qu'elle a l'illusion de s'y rsigner seulement4 ,elles sont aussi le fruit qui espre le soleil pour mrir2 et qui veut maudire la maturit1 dont sa pulpe est avide4 ,attendre1 toujours attendre6 pour n'tre jamais exauce6 ,telle est la femme4 99 99 99 99 99 ,il est plus d'un homme1 ce ,dostoevski3 et d'autant plus1 qu'il est plus ,dostoevski4 ,plus d'un homme1 et plus d'une femme4 ,tous ces hommes1 en lui1 et toutes ces femmes1 sont1 chacun totalement soi-mme2 et pour un temps1 sans lien aux autres4 ,le moi se multiplie de la sorte4 ,l'homme1 qui a reu ce don fatal1 porte naturellement dans la vie et dans ses uvres les formes du rve4 ,dostoevski1 si divers et si un1 conoit l'amour avec deux ou trois femmes1 ou plusieurs3 car il y a en lui deux ou trois ou plusieurs hommes pour toute femme qu'il aime4 ,soit qu'il la dsire en sa chair1 soit qu'il voue en elle un culte quelque rare idole ou la vierge4 ,profusion de l'amour1 partage qui rpond un besoin puissant et mystrieux4 ,il lui faut l'me1 avec la chair2 avec la joie1 il lui faut les larmes4 ,et dans l'ardeur de la femme en fruit1 il lui faut aussi la jeunesse1 la fleur ou l'enfance mme4 ,il n'est pas loin d'admettre deux ou trois hommes pour la mme femme1 parce qu'il les trouve en lui2 et tous les trois1 en lui1 ont besoin de la femme qu'il aime4 ,c'est de ce fond obscur que se lvent les hros tranges de ses livres3 tous ensemble1 dans le mme amour1 ils n'en font qu'un1 qui est lui1 ,dostoevski4 ,de l1 cette patiente analyse1 qui ne considre une face du caractre qu'en fonction des autres faces4 ,de l1 enfin1 l'accord dans la vie1 et surtout dans l'extrme amour1 de ce qui est contrarit inintelligible pour l'esprit4 ,le dsir de cet homme pour la jeune fille tremble1 comme un illet de feu dans un parterre d'pis et de lourdes corolles4 ,la passion de l'innocence1 l'lan vers la forme virginale1 cette essence d'ardeur1 si puissante et si subtile1 qu'une goutte rpandue en parfume tout autre amour1 et se rvle jusque dans l'amour le plus infme1 jamais ,dostoevski n'y rsiste4 ,d'ailleurs1 la jeune fille n'est qu'en nous4 ,selon moi1 il cherche la vierge en toute femme2 il ne peut aimer qu'elle4 ,cette prdilection l'emporte2 elle le ravit au troisime ciel1 ou elle le fait descendre jusqu' cette fureur vernale1 o la convoitise de l'homme s'adresse l'enfance4 ,il y va1 non par vice1 mais par vertu de passion plerine4 ,o que je ferai peu comprendre cet excs aux serfs du brutal apptit4 ,dans l'homme insatiable d'amour1 une passion palpite1 qui domine sur tous les dsirs3 d'avoir un amour1 o toutes les amours se confondent et s'enlacent4 ,il est femme et il est homme2 il est amant et il est pre2 il est de chair pour son me en folie2 il est tout me pour le dlire de sa chair4 ,et il veut l'innocence1 parce qu'entre toutes les essences de l'amour1 elle est irrparable4 ,il me souvient de ,wagner1 qui penche1 avec un zle du mme ordre1 multiplier l'amour des amants par la parent1 et qui ne s'arrte pas aux degrs dfendus4 ,l'amant est le frre de son amante4 ,siegfried est presque le fils de sa bien-aime1 et pensant elle1 toujours il pense sa mre4 ,kundry vole un baiser filial aux lvres de ,parsifal pantelant4 ,on me dirait de ,dostoevski qu'il a fait mnage avec une petite fille1 je n'en aurais point de surprise4 ,et j'en suis sr1 si laissant ici le plan des faits visibles1 j'entr'ouvre les annales de l'homme secret4 ,ne croyez pas qu'on soit plus sensuel1 mesure qu'on est plus passionn4 ,il peut arriver que la fureur des sens croisse avec la passion4 ,mais l'imagination passionne est sujette aussi une sorte de charnalit idale4 ,rien ne transpire de ses ivresses2 et l'ardeur sensuelle s'puise chercher la difficult4 ,qu'est-ce souvent1 que l'artiste1 surtout dans l'art des caractres1 sinon une imagination amoureuse des formes1 jusqu' l'oubli de toute rgle8 ,dostoevski est bigame1 pour le moins4 ,je ne parle que des intentions4 ,la passion rencontre rarement son objet2 encore moins trouve-t-on les deux ou trois femmes qu'on dsire dans la mme4 ,la piti pour la femme qu'on aime moins qu'on n'est aim est une terrible passion4 ,elle mne1 parfois1 la mort plus srement que l'autre4 ,ainsi1 l'ardeur du sacrifice de soi passe infiniment l'ardeur que l'on met se sacrifier les autres4 ,il les voudrait toutes les deux3 l'une pour lui1 et lui pour l'autre encore4 ,taciturne secret que ,dostoevski confesse3 se donner la femme qui nous aime et qui attend de nous son salut2 et prendre la femme que nous aimons1 dont nous attendons la joie2 celle que la passion fait vivre et celle qui la tue4 ,n'est-ce point1 au soir tnbreux de l',idiot1 les deux hommes1 le mari et l'amant1 la victime et le bourreau1 que l'on voit veiller la mme femme1 qui fut double et qui est morte1 victime elle aussi et bourelle8 ,a la fin1 la joie qu'on exige et le salut qu'on dispense se confondent dans l'insondable peine4 99 99 99 99 99 ,quelle est donc cette recherche de la douleur1 dans le sentiment qui promet le plus de flicit l'homme1 selon la nature8 ,n'en est-ce pas1 plutt1 la fatalit dans la conscience8 ,plus on y pense1 plus il semble que l'homme et la femme ne sont pas faits pour la vie commune4 ,la passion1 plus ou moins longue1 n'est point un tat de dure4 ,la passion1 comme le drame1 vit de combat et se dnoue par la mort4 ,pourtant1 l'homme et la femme1 plus ils s'aiment1 plus il leur est fatal de vivre ensemble et confondus4 ,au gnie de l'espce1 qui ne s'inquite que du moment1 se substitue le gnie de la tendresse1 qui prtend accorder les lments contraires1 et faire un tat durable d'un tat passager4 ,une telle violence la nature ne va pas sans douleur4 ,et je dis qu'elle est ncessaire4 ,l'amour humain se distingue1 par l1 de l'amour naturel aux autres cratures1 et mme la plupart des hommes1 si l'on en juge tant de misrables couples4 ,pour qu'un homme et une femme se puissent souffrir1 il faut qu'ils souffrent l'un de l'autre4 ,c'est la loi4 ,je parle de l'homme accompli en conscience4 ,l'accord ne vient que du sacrifice4 ,celui qui aime le plus1 souffre le plus4 ,a l'ordinaire1 la femme reoit la part douloureuse2 et souvent1 elle choisit d'en jouer le rle4 ,mais le meilleur homme ne le lui laisse pas4 ,en amour1 le cur est trop avili1 s'il ne souffre4 ,la souffrance seule nous rtablit dans notre dignit d'homme4 ,quel est l'amant profond qu',amour n'abaisse pas au pardon des pires offenses8 ,il faut grandement souffrir de la femme1 pour rester digne de soi dans l'amour qu'on lui consent1 et mme dans l'amour qu'elle nous accorde4 ,et ce n'est pas assez des natures qui s'opposent1 dans l'homme et dans la femme4 ,quand les curs sont complices1 c'est le destin qui ne l'est pas4 ,la misre1 la maladie1 le deuil1 tout ce qui menace chaque homme sous un masque fatal1 dans l'amour se dmasque1 et1 entre amants1 pour l'un prend visage de l'autre4 ,l'amour est ce qui nous spare le plus des ,anciens4 ,notre passion n'est si ardente et si pleine1 que pour faire en nous l'union des deux mondes3 le cur chrtien habite la chair paenne2 et la chair paenne hante le cur chrtien4 ,c'est notre amour qui nous dmontre que nous ne diviserons pas un monde en nous de l'autre1 sans nous rduire de la totalit4 ,le mystre de l'amour est celui de la douleur mme4 ,je ne crois que les amours souffrantes4 ,la douleur n'est pas la maladie3 la douleur est un enrichissement4 ,psych n'aurait pas perdu son ,dieu1 si elle l'avait rveill dans l'insomnie de la peine1 et non dans le sommeil du plaisir4 ,moins la douleur1 l'amour n'est que l'ombre de lui-mme4 ,les ,anciens ignoraient la douleur1 puisqu'ils croyaient la vaincre4 ,et nous1 nous devons la sauver4 ,la douleur n'est point le lieu de notre dsir1 mais celui de notre certitude4 ,les ,anciens sont trop charnels4 ,je ne prtends pas que nous devions faire lection de la douleur4 ,tant s'en faut1 qu'on doit tout faire pour s'en tirer4 ,mais il faut la connatre4 ,l'homme vritable n'est pas le matre de sa douleur1 ni le fuyard1 ni l'esclave3 il en doit tre le sauveur4 ,sur la passion chrtienne qui a tant donn d'chos et de profondeur la vie1 c'est nous d'lever une vie nouvelle4 ,la grandeur seule en fera la joie4 ,car1 o est la vie1 est aussi la joie1 mme dans les supplices4 ,vivre1 c'est avoir joie1 quelque prix que ce soit4 ,ni la grandeur1 ni la beaut ne sont valables sans souffrance4 ,ainsi l'homme ne va plus sans une tristesse intrieure1 qui donne du prix tout ce qu'il sent comme la rose des larmes un merveilleux visage4 ,on ne saurait se vanter1 ni de ramener l'homme un ge qu'il n'a plus1 ni d'abolir en lui aucune des puissances que le pass y a mises1 et qui lui taient ncessaires1 puisqu'il se les est donnes4 ,la douleur est une auguste puissance4 ,au lieu de rien dtruire1 il faut tout accomplir en nous1 et y tout achever4 ,la passion chrtienne1 s'il fallait la justifier1 je dirais qu'elle a cr l'amour1 par le prix infini que la douleur y attache4 ,l'art est un excs du mme ordre1 si on le compare au jeu4 ,l'amour n'est qu'une flamme jeune1 qui brille et qui se consume1 chez les ,anciens4 ,notre amour est un feu qui dure1 et qui exige de durer1 un brasier qui ranime ses flammes mesure qu'il les dvore1 une ardeur qui nourrit toute la vie4 ,l',amour des ,anciens n'est que l'enveloppe du ntre3 aux sens est ajout le cur4 ,v ,,la ,,profondeur ,,russe ,passions du fond cach1 lames de fond3 le plus souvent1 elles dorment2 mais il arrive1 souleves1 qu'elles emportent les rives de la paix commune4 ,vous ne savez pas jusqu'o peut aller l'amour de la vie dans les tres profonds1 ns pour la souffrance1 et qu'elle y attache4 ,il les porte tous les excs1 que vous appelez des crimes1 selon votre droit4 ,ni les ,juifs charnels1 ni les ,yankees ne pourront jamais l'entendre3 ils sont trop asservis leurs idoles3 les ,juifs1 dans leur esclavage des biens terrestres1 et selon leur inclination en jouir commodment2 les ,yankees1 dans leur brutal mensonge d'automates1 deux ressorts d'agitation vaine et de vaine morale4 ,donner sa vie1 et mme prendre la vie des autres1 sans en peser exactement la valeur aux poids de la raison1 de l'agrment et du succs1 voil l'honneur mystique4 ,dostoevski1 qui a toutes les sortes d'honneur1 hormis celui de vanit1 sent l'honneur mystique au mme degr qu'un saint aptre4 ,l'amour de l'amour fera1 d'un homme la ,dostoevski1 le bourreau d'une femme et le jouet d'une autre4 ,mais1 pour toutes les deux1 il n'aura que des caresses dans l'me1 et toutes de son sang4 ,la passion de l'innocence le poussera1 peut-tre1 vivre en amant avec une petite fille4 ,non pour la corrompre1 que le ciel en soit tmoin6 pour approcher sa frache puret et s'y purifier soi-mme2 pour la connatre3 on ne connat que dans la possession1 et toute possession touche au crime1 hlas2 pour l'accrotre de ses propres larmes1 cette adorable innocence4 ,enfin1 pour y retrouver la sienne4 ,jamais assez de bonheur6 ,jamais assez de joie6 ,et toujours dans la tendresse4 ,et le rire dans les larmes4 ,car o est-il le bonheur1 sinon dans la folie de tout ce qu'il nous cote8 ,l'me souffrante est seule gale cet insatiable apptit4 ,et elle n'est point1 si d'abord elle ne soupire4 ,a-t-il des regrets et des remords1 ,dostoevski1 lui qui va si loin dans l'art cruel de se connatre8 ,il s'en donne toute l'apparence4 ,mais remords est un gros mot1 qui cache et qu'il devrait dfinir4 ,dostoevski a le dsespoir de ne jamais atteindre ce plein de la passion qu'il poursuit4 ,suave dsespoir1 dception terrible1 espace du dsaveu1 dserts de l'entier dlaissement de soi-mme4 ,l'unique passion est1 en somme1 la passion de la plnitude4 ,un artiste crateur voudrait presque participer1 de moment en moment1 la cration universelle4 ,c'est pourquoi il se dteste1 en vain1 lui-mme l'infini3 il ne se mprise pas4 ,il peut1 au contraire1 mpriser beaucoup les autres3 et sans jamais les dtester1 pourtant4 ,il est1 en lui1 une ardeur ternelle pour le noyau du fruit4 ,tous les crimes pourront hanter son me3 elle ne saurait rien perdre de sa pure volont1 qui est de ne pas nuire1 ni de sa primitive convoitise1 qui est l'innocence1 aprs tout4 ,elle n'aspire qu' saisir l'objet vivant1 l'adorer en lui-mme1 le possder jusqu' le dtruire4 ,enfin1 je dirai qu'elle veut le tuer1 cet objet d'amour1 pour le recrer ensuite aux dpens de sa propre vie4 ,dostoevski n'est pas du tout ,rousseau talant ses misres1 et bravant mesure qu'il dit3 ,vous tes plus misrables que moi2 et je vaux mieux que vous1 du moins en ce que je vous montre que je ne vaux rien4 ,pour lui1 ,dostoevski1 il vaut un grand prix2 et tous valent le leur4 ,il touche le fond1 qui est la valeur mme de la vie1 comme au-dessous des ocans1 pourvu qu'on jette assez la sonde1 c'est toujours la solidit immuable de la terre2 et toutes les mers ne sont qu'une robe de rose sur l'corce4 ,dostoevski ne rprouve que la mchancet sans amour4 ,le dsir lui est sacr1 pour peu qu'il porte flamme3 le dsir mme impur4 ,pour lui1 il n'y a rien de mdiocre en soi3 parce qu'en lui1 mme les forfaits de la chair1 tout est cur et me1 ou1 du moins1 en recle4 ,rien n'est vil1 ses yeux1 sur la terre1 que les peuples et les hommes sans me4 ,verser dans tous les pchs1 au besoin1 pour tre capable de les tous expier1 les et-on mme caresss1 dans le brasier que le cur alimente4 ,o est l'amour1 l est la vie1 encore un coup4 ,o est la vie1 l est le bien4 ,voil pourquoi il est si bon d'expier l'erreur incluse au crime3 tout chtiment est injuste1 et l'uvre du dmon dans celui qui l'inflige4 ,juste et salutaire1 dans le coupable qui l'accepte3 car son cur le rclame4 ,ou avoir la force de se punir soi-mme ou tre puni4 ,la vie1 perdue dans la faute1 se retrouve dans l'expiation4 ,le crime gare le cur1 et n'a peut-tre pas d'autre horreur que cet garement4 ,dostoevski a souvent paru mchant homme1 et il a pass pour envieux4 ,un tre trop aigu semble toujours mchant4 ,la force blesse4 ,le regard qui pntre les curs est un poignard pour eux3 on lui en veut de la piqre1 ft-il de la pointe la plus fine1 et quand il l'mousserait dans l'effusion des plus tendres larmes4 ,les hommes refusent d'tre devins4 ,encore moins acceptent-ils qu'on les rvle eux-mmes4 ,on ne les dpouille pas sans leur faire violence2 et ils gmissent de se reconnatre4 ,dostoevski ne mnage rien4 ,le mensonge1 qui est au fond de la nature humaine1 l'irrite jusqu' la rage4 ,il est celui qui se mesure avec tout vainqueur selon le monde1 quel qu'il soit2 et il le frappe1 il l'atterre1 il l'corche vif4 ,il condamne tous ceux qui osent porter condamnation sur la crature4 ,il ne juge que les juges4 ,fait pour la solitude1 ou pour tout un peuple1 mais non pour se plier au got de quelques-uns1 qu'il veuille plaire ou qu'il veuille blesser1 il ne se contient jamais4 ,ses pleurs sont aussi prompts1 que son clat de rire bref et toujours tonn4 ,c'est lui que j'entends dans le salon des pantchine1 quand le ,prince ,innocent1 dvor de sympathie1 effraie tous ses amis1 exaspre sa fiance1 et court avec une telle allgresse sa mort sociale4 ,il pouvait tre exquis ou cynique1 par un dsir gal d'tre soi-mme1 de plaire qui lui plaisait1 et de dplaire qui ne lui aurait plu jamais4 ,et comme il traitait les gens tte tte1 le public est trait par ses livres4 ,piqu d'amour-propre1 dans l'extrme ivresse de ses sentiments1 plutt que dans l'orgueil de ses penses1 il se portait cet excs qui offense le plus les autres3 qui est1 eux prsents1 de les oublier4 ,ou bien1 s'il pouvait croire leur sympathie1 il les associait sa passion1 il se les y incorporait1 il les baignait dans le torrent de sa ferveur4 ,perdant toute retenue1 avec un sens raffin pourtant de la mesure sentimentale1 il ne prtendait pas convaincre1 mais faire aimer l'objet de son amour2 et1 sans doute1 il y mettait d'autant plus de caresse ou de violence1 qu'un tel dsir enveloppe la convoitise que l'on a de tout amour4 ,alors1 il prcipite les paroles1 il lve les vannes1 il lche les cluses de sa raison passionne4 ,il est hagard4 ,il fait peur4 ,cet homme1 au cur dsespr d'amour1 a les bonds et les griffes du chat tigre4 ,il en avait aussi les doux miaulements1 les tendresses morbides et le velours4 ,ha1 quel don des larmes1 des saintes larmes6 ,quel lan aux pleurs6 ,comme il ouvre la source intarissable1 la fontaine aux affligs1 qui sont1 dans le dsert1 tous les plerins du cur1 que la soif tourmente entre l'aridit du ciel et la scheresse des sables6 99 99 99 99 99 ,la force du style emporte tout4 ,mais la profondeur du sentiment enferme tout1 et le style mme4 ,avoir les mmes larmes6 ne serait-ce pas le dernier mot de l'art8 ,les curs musiciens sauront m'entendre4 ,je dirai que la duret de ,dostoevski l'gard des trangers et des ,juifs est une raison de style3 ,ils n'ont pas les mmes larmes4 ,il dteste tous les peuples de l',ouest2 il se moque de l',occident4 ,forc de vivre en ,suisse1 en ,france ou en ,allemagne1 il touffe4 ,tout lui est vide1 quand il quitte la ,russie4 ,il se venge sur les trangers du dgot et de l'ennui1 qu'il respire avec eux4 ,mais il est capable1 ,ptersbourg ou ,moscou1 de leur rendre justice4 ,il les veut employer au bien de la ,russie1 la condition qu'ils s'y prtent4 ,or1 ils s'y refusent1 et mme ils hassent les larmes russes1 bien loin de mler leurs pleurs aux pleurs de ce grand visage4 ,voil comment tout finit1 chez ,dostoevski1 par la condamnation des ,juifs4 ,au lieu d'tre ,juifs en ,russie1 que ne sont-ils ,russes en ,judae8 ,mais ils ne seraient plus4 ,entre ,dostoevski et les ,juifs1 il y a la mme querelle qu'entre l',ancien et le ,nouveau ,testament4 ,le second abroge l'autre1 puisqu'il l'accomplit4 ,le mort ent sur le vivant corrompt le vivant4 99 99 99 99 99 ,enfin1 ,dostoevski est joueur4 ,et d'autant plus1 qu'il perd toujours4 ,pourquoi joue-t-il8 ,dans l'homme malheureux1 qui est deux fois passionn1 le jeu prend toute sa force4 ,on joue pour jouer1 et l'on joue pour gagner4 ,j'ai souvent dit que la loterie1 ou le coup de ds1 me semble le plus honnte moyen de faire fortune4 ,pour ceux1 il va de soi1 qui n'ont point le gnie faire fortune4 ,et il est vrai qu'ils ne la font pas4 ,la morale est donc satisfaite4 ,ceux qui ne croient pas au sort n'ont jamais regard la vie4 ,le hasard est le nom public de la fatalit4 ,le jeu est la consultation populaire du destin4 dipe joue sur la route de ,thbes4 ,oreste nat jou4 ,les ,anciens1 grands connaisseurs de l'action1 n'ont pas de doute l-dessus4 ,ils en viennent jusqu' tricher avec la chance1 pour garder un atout contre la srie noire3 tel est le sage ,polycrate de ,samos1 lequel fait en vain une part au malheur3 comme il est juste1 sa rserve ne le protge point4 ,le destin n'entend pas qu'on le flatte4 ,il punit l'un pour son humilit1 et l'autre pour son insolence4 ,dostoevski1 inquiet en tout1 devait avoir l'me au jeu4 ,il jouait ses six derniers roubles1 comme on sme dans les champs d',eldorado1 pour en rcolter dix mille1 payer toutes ses dettes et sortir de la gne4 ,persuad que le gain est toujours possible1 pourvu que le destin y consente3 il ne faut qu'un instant d'oubli1 aprs tout2 il suffit que la male fortune regarde ailleurs1 un clin d'il1 et l'on gagne4 ,bien pens1 et d'autant mieux que la sueur d'effroi fait encore la part de la mauvaise chance4 ,celui qui perd toujours n'a pas de raison pour ne pas toujours tenter l'aventure4 ,l'orgueil le veut ainsi1 et le sens du juste4 ,dans le joueur d'un certain ordre1 il y a un homme passionn de justice4 ,toujours perdre l'irrite4 ,en principe1 on ne doit pas perdre plus souvent que l'on ne gagne4 ,la foi s'en mle1 et l'on s'obstine4 ,cet amour-propre n'est pas ridicule1 parce qu'il est fond sur un culte ingnu de la vie4 ,l'homme malheureux joue pour sortir du malheur2 mais il joue encore pour forcer le bonheur qui le fuit4 ,le jeu est une interrogation de la fortune4 ,et plus elle refuse de rpondre1 plus on l'interroge4 ,si je gagnais toujours1 je voudrais jouer pour perdre4 ,comme il est plus ordinaire de toujours perdre1 on joue pour gagner1 ce soir ou demain1 ou la semaine prochaine1 ou quelque jour1 enfin4 ,je gage1 en jouant1 que ,dostoevski priait4 99 99 99 99 99 ,qu'il manque de dignit avec noblesse6 ,qu'il s'lve bien au-dessus des usages6 ,comme il en tient justement compte1 en n'en tenant pas compte1 en faisant fi de ce qu'on attend de lui6 ,quel profond honneur le dispense de satisfaire l'honneur selon le monde1 cette suite infinie de petites bassesses1 que recouvre un masque d'impudence banale1 peint aux couleurs d'une politesse propre tout usage#de6 ,note #de3 ,triomphe de cet honneur chez les ,anglo-,saxons4 ,l1 pour un homme1 la gloire est de vivre en masque4 ,ils se rendent matres de toutes leurs motions1 disent-ils4 ,mais1 la plupart1 ils n'en ont pas4 ,et celles qu'ils ont1 il les montrent fort bien3 le mpris des autres1 la duret des curs1 la hargne brutale de l'esprit puritain1 la haine des murs libres2 et cette terre promise des gentilshommes tale ses grappes d'ivrognes3 parce qu'en effet elle en a4 ,ils se lavent avec soin1 chaque jour1 des pieds la tte2 et1 ,bible en main1 ils mprisent atrocement les pauvres4 ,ils ont tous le mme savon2 ils sont bien vtus1 la mme mode4 ,pas une tache sur les habits2 pas un grain de poussire la maison4 ,mais du foin dans la tte1 et du galet sous le sein gauche4 ,ils disent toujours la vrit2 mais tout leur tre ment1 ds ce ventre de leur mre1 qu'il est dfendu de nommer4 ,l'honneur1 dans la socit moderne1 n'est qu'une faade d'argent sur un palais o il n'y a plus rien1 ni salles1 ni meubles1 ni chambre des poux3 l'incendie a pass par l1 et la maison est vide mme du secret nuptial4 ,dostoevski n'a point de part cet honneur des salons et des capitales4 ,dostoevski ne se cache pas pour pleurer4 ,il ne rougit pas de mendier4 ,il ne donne pas tant de valeur l'argent4 ,il n'a pas tant de respect pour l'or1 ni pour celui qu'il n'a pas1 ni pour celui des autres4 ,il ne cde rien de son ,dieu2 il ne trahit jamais ce que son ,dieu exige de lui2 et voil le vritable honneur4 ,la ,yancaille a peut-tre le sien1 aprs tout3 le dollar et le bain froid4 ,mais plutt1 ,dostoevski subit l'avanie que la turque fortune fait sans cesse la misre4 ,sa constance est hroque3 pour servir son ,dieu1 il est le plus humble des hommes4 ,il consent prier1 solliciter1 recevoir l'aumne4 ,comme il ne se drobe aucune charge1 il ne recule devant aucune humiliation4 ,lui1 qui avait tant d'orgueil1 et beaucoup d'amour-propre1 cette peau enflamme de l'orgueil malade1 il se met genoux1 en chemise1 autant de fois qu'il faut4 ,il supplie1 il baise la main qui donne4 ,et pourtant1 donner un tel homme1 c'est toujours lui donner le fouet4 ,il le reoit avec douceur2 il accepte toute sorte de bienfaits sanglants4 ,il faudrait tre bien bas pour le lui reprocher4 ,il a l'amour de la perfection3 telle est la main qui le courbe4 ,travaill par tant de maux1 il sacrifie sa dignit selon le monde sa mission selon l'esprit4 ,il ne serait pas le plus russe des ,russes1 s'il ne croyait sa mission4 ,plus il accepte1 moins il reoit pour lui4 ,il s'inquite d'tre toujours en retard avec ses diteurs2 mais il n'a pas honte d'tre toujours en dette avec ses amis4 ,et s'il en souffre1 il y trouve une occasion de servir encore4 ,c'est qu'il n'arrive jamais se satisfaire4 ,celui qu'on prend pour un ,barbare1 aime la perfection comme un artiste de ,france ou d',athnes4 ,il se laisse abaisser aux yeux de tout le monde2 mais il ne saurait trahir l'uvre qu'il porte4 ,par l1 il me rappelle ,wagner1 une fois de plus4 ,et certes1 en des arts si opposs1 d'une matire si diverse et d'une forme si contraire1 ,wagner et ,dostoevski se touchent de plus prs que pas deux autres4 ,l'analyse de ,wagner et celle de ,dostoevski procdent du mme fond4 ,les mmes mouvements intrieurs1 qui se combinent1 s'enlacent1 se nouent et se dnouent1 la mme volont du cur1 ici et l1 enveloppent un sentiment unique4 ,elles vivent d'motion1 et1 en deux ordres diffrents1 elles tendent produire une motion semblable4 99 99 99 99 99 ,les arbres ne sont pas de la mme essence4 ,les feuillages diffrent2 et les branches se dirigent vers des horizons contraires2 mais les racines sont communes4 ,je reconnais ,wagner mme au rire de ,dostoevski4 ,wagner n'a ri qu'une fois2 et sa joie1 non pas sa gat1 trempe dans l'motion4 ,il n'y a pas l'ombre de gat dans le grand ,russe4 ,pour moi1 le comique norme et douloureux de ,dostoevski me touche le plus4 ,lbdev1 ,marmladov1 le pre ,karamazov1 tant d'autres1 figures tonnantes1 d'une plnitude incomparable1 la ,falstaff4 ,elle vient de l'amour1 comme le reste4 ,ils s'aiment1 ces bouffons6 ils s'aiment fond1 comme des monstres ou des enfants4 ,et ils aiment la vie1 comme des saints4 ,on peut donc les aimer1 jusque dans le mpris qu'ils inspirent4 ,a la vrit1 ,dostoevski est un des croyants magnifiques la beaut de ce monde1 qui seraient capables de gurir les esprits fins de tout mpris1 si l'on pouvait gurir la petitesse d'tre petite1 et la morale d'tre troite4 ,criminels ou ridicules1 ,dostoevski est pour ses hros1 comme il est pour tout ce qu'il anime4 ,la vie1 il n'a pas d'autre parti4 ,voil la source d'un comique sans second1 mon got3 il n'est pas destructeur2 il est purg de toute ironie4 ,il est net de tout blme1 mme dans l'invective4 ,marmladov1 ,lbdev1 et toute la bande1 tendres coquins1 et chers cyniques1 bouffons de la vie elle-mme qui se contemple1 dans les pleurs autant que dans le rire4 ,parce que ,dostoevski ne nie rien1 mme quand il dtruit1 ses bouffons affirment tout un monde qui n'a pas russi1--mais qui1 tout de mme1 a continu sa croissance dans la honte1 le pch1 la coquinerie1 la crapule et les remords4 ,ils portent leur excuse avec eux2 et bien plus1 leur privilge lgitime4 ,ils sont srs1 la fois1 de leur indignit et du droit qu'elle a1 elle aussi1 vivre3 je dirai mme de sa prrogative en ce monde et dans l'autre2 car ils souffrent1 ces luxurieux et ces ivrognes1 soit qu'ils subissent les plus sales misres1 soit qu'on les mprise et les hasse4 ,quelle diffrence de ,lbdev et ,marmladov ,bouvard et ,pcuchet1 ces caricatures immortelles6 ,ceux-l1 on ne peut mme pas les mpriser4 ,ils font d'abord rire1 puis ricaner2 la fin1 leur comique est pareil la chatouille interminable de la pense3 on crve d'ennui et d'nervement1 ce rire4 ,ils sont abstraits et mornes4 ,ils figurent la ,science1 et ses travaux perptuit4 ,marmladov et ,lbdev sont si hommes1 qu'ils sont justifis4 ,dostoevski dirait qu'il y a un ,lbdev et un ,marmladov en chaque pre de famille1 pour peu qu'il et vivre dans les conditions o ceux-l ont vcu4 ,ils ne sont pas dans la mort1 ni impitoyablement condamns1 comme les deux secrtaires perptuels de ,flaubert1 automates de l'universelle drision4 99 99 99 99 99 ,il est contre l',occident1 dans la mesure o l'on s'arme de l',occident contre la ,russie4 ,jamais ,dostoevski n'a pu donner de gages quelque parti que ce ft1 pas mme au sien3 celui de la terre et des vivants4 ,la volont de nier lui est toujours trangre4 ,il affirme en niant4 ,la haine n'est pas en lui4 ,il n'est mme pas antismite4 ,il est contre les ,juifs au mme titre qu'il combat tous ceux qui nient le ,christ et la ,russie4 ,comme il est libre1 en ddaignant toute libert politique6 ,il sait que la libert n'est pas dans le vote4 ,car1 sont-ce pas les esclaves qui votent8 ,qu'il soit libre de tout parti1 je le sens la force de sa fibre premire3 l'art1 la politique1 la religion1 en ,dostoevski1 tout sort de la mme cellule3 l'humble orgueil d'tre le confident de la vie universelle1 et de se confondre avec elle1 indfiniment4 ,il faut qu'un homme en vaille bien la peine1 pour qu'il se donne l'univers4 ,ou quel don ferait-il8 ,qu'il tombe du plus haut1 ou qu'il s'agenouille d'abord1 s'il se couche enfin sur le corps de la terre1 comme il le doit1 c'est pour rendre cette mre tous ses baisers et toutes ses larmes1 un grand amour et une grande joie4 ,tout donner enfin n'est pas assez1 si l'on ne donne beaucoup4 ,dostoevski exalte le moi pour en faire la vie un sacrifice digne d'elle4 ,tout de mme1 il porte au plus haut point sa race et sa patrie pour en offrir le miracle au genre humain4 ,il n'est pas aigrement l'homme de la ,russie contre l',europe4 ,mais il ne veut pas que l',europe soit appele par la ,russie mme corrompre la ,russie1 la dformer et la dtruire4 ,qui absorbe1 dtruit4 ,il faut se nourrir de la pense trangre1 mais ne pas se laisser digrer par elle4 ,l'amour du sol et de la race n'invite pas ,dostoevski l'isolement4 ,c'est un amour qui aime et se prodigue1 non pas une possession jalouse qui thsaurise4 ,il n'carte rien1 il ne repousse que la confusion4 ,plus la ,russie sera russe1 plus l',europe sera l',europe1 et plus en sera noblement accrue la vie du genre humain4 ,amour du sol sans petitesse ni rancune4 ,la terre est d'un seul tenant4 ,droit la terre1 pour qui baise et qui aime la terre4 ,sans doute1 on tient d'abord au coin de terre qui nous tient4 ,mais pour ,dostoevski1 les morts ne gouvernent pas les vivants3 jamais ,dostoevski ne remue ce poison mortel2 jamais il ne convoque les morts1 ft-ce dans leurs vertus4 ,c'est la gnrosit des vivants qu'il en appelle1 et leur grand amour qui fait vivre les morts4 ,dostoevski est bien trop fort pour s'enfermer dans un cimetire4 ,nous ne vivons pas dans un charnier1 mais dans une ppinire au soleil1 bnie de nos larmes4 ,il ne s'agit pas d'enterrer la vie1 mais de la renouveler4 ,l'uvre de l'homme n'est pas de cultiver les germes d'un spulcre1 mais de rajeunir la terre1 et le spulcre mme1 en y semant des cultures nouvelles1 avec pit4 ,point d'avarice1 ni de ressentiment acide4 ,dostoevski ne craint pas que l',europe lui dvore la ,russie2 mais il s'oppose ce qu'on jette la ,russie comme un os l',europe4 ,en tout ordre1 tous les degrs1 ,dostoevski annonce le devoir d'tre soi-mme le plus possible1 pour tre plus homme4 ,a ce prix seulement1 l'humanit sera meilleure et plus belle4 ,la race enfin n'est1 ses yeux1 qu'un moyen de parvenir l'humanit suprieure4 ,ce que l',occident connat par la mesure1 le ,russe le devine par le sentiment4 ,l',occident numre et calcule3 il est nombre et gomtrie4 ,le ,russe voque et pressent3 il est mouvement intrieur et musique4 ,l',occident ouvre les yeux sur le monde2 il voit et il compare4 ,le ,russe la ,dostoevski regarde au dedans4 ,si le ,russe ferme les yeux1 ce n'est pas pour voir davantage1 sans doute3 c'est pour mieux entendre les profonds murmures de la vie1 dans l'ombre o les images se dfinissent1 les objets si l'on veut4 ,le rythme est la premire figure2 et1 au sein des tnbres1 c'est de la mlodie que naissent les formes1 prodige obscur4 ,telle est la raison pourquoi le ,russe ne vaut rien1 s'il n'aime4 ,il ne critique pas3 il nie4 ,il ne doute pas3 il dtruit4 ,il n'est pas athe3 il est prtre du nant4 99 99 99 99 99 ,avant quarante-deux ans1 ,dostoevski n'a rien produit qui vaille4 ,toutes ses grandes uvres sont de l'ge plein1 entre quarante et soixante ans1 o il est mort4 ,les autres ,russes sont plus prcoces3 ,pouchkine1 ,lermontov et ,gogol ont peu vcu1 mais d'une vie ardente4 ,todor ,mikalovitch n'tait pas de ces jeunes gens4 ,la ,russie ne s'est reconnue en ,dostoevski1 que peu de temps avant de le perdre4 ,il a t le hros de sa nation1 l'homme qui pense1 le cur qui bat pour toute la race2 mais il ne le fut que cinq ou six ans avant de mourir4 ,il lui fallut toucher cette extrmit encore1 pour prendre le rang auguste que ,tolsto lui-mme n'a pas obtenu4 ,pendant prs d'un demi-sicle1 ,tolsto a pu passer pour le plus grand artiste de son pays4 ,mais pendant quelques saisons1 ,dostoevski a t l'homme de la ,russie1 celui qui aime et qui hait1 qui pense1 qui veut et qui parle pour tous1 l'an vnrable de la maison1 le guide entre tous les frres4 ,il est l'homme de la douleur3 est-ce l son seul titre8 ,on aurait bien tort de le croire4 ,j'ai compris la douleur russe dans ,dostoevski3 elle n'est pas seulement fconde3 elle a la force active qui purifie4 ,la joie russe n'a aucune vertu4 ,les peuples jeunes ont toujours assez de joie1 puisqu'ils veulent vivre4 ,la joie que vous cherchez vous dprime4 ,pour en venir ce rgne douloureux1 il fallait que la vie de ,dostoevski ft tout ce qu'elle a t en effet4 ,il fallait qu'il tombt dans l'erreur politique1 qu'on le prt pour un rebelle1 lui qui l'tait si peu1 qu'on le condamnt mort1 et qu'il croupt au bagne4 ,personne ne doit plus ses souffrances que ,dostoevski4 ,personne ne doit plus ses erreurs4 ,en personne1 la faute ne fut plus fconde4 ,l1 il s'est fait cette vue incomparable du revers qu'il applique aux sentiments des hommes4 ,il lit les deux cts de la page1 et la face visible ne lui est qu'un moyen de mieux connatre l'autre4 ,l'erreur d'une grande me n'est jamais que dans l'action3 la volont ni le cur n'errent point1 tant toujours fidles la grandeur qui les anime4 ,on ne se trompe que sur la route suivre4 ,quand on revient sur ses pas1 on possde tout l'horizon et toutes les perspectives1 qu'on n'et peut-tre jamais bien vus sans cette erreur-l4 ,elle est la racine commune de la peine et de la puissance4 ,l'uvre qui fit la fortune de ,dostoevski jeune homme#df et celles qui vinrent ensuite jusqu' la catastrophe du bagne1 me semblent d'une invention mdiocre et d'un trs faible prix4 ,elles sentent la crasse sentimentale des galetas4 ,elles sont geignardes et larmoyantes4 ,le peu de gat qu'elles ont grimace4 ,elles annonaient le ,gogol des mansardes1 s'il peut y avoir un ,gogol moins la force et le style4 ,le trait est forc1 le dessin sans beaut1 les ombres paisses4 ,elles ressemblent aux tableaux d'un peintre oubli1 ,tassaert1 qui pleurnichait lourdement dans les taudis1 de grabat en grabat4 ,subtiles enfin1 mais sans profondeur4 ,or1 la profondeur du sentiment corrige seule la subtilit qu'elle implique2 seule1 la profondeur de l'analyse suppose l'extrme complexit et la justifie4 ,ce double don1 qui devait porter ,dostoevski une hauteur o personne ne le dpasse1 ne se fait sentir dans les premires uvres que par l'embarras de l'action et la contorsion des caractres4 ,note #df3 ,les ,pauvres ,gens1 #ahdf2 le ,double1 les ,nuits blanches1 etc41 #ahdg #ahdi4 ,au dbut comme la fin1 ,dostoevski ne peint que des jeunes gens1 et quelquefois des vieillards4 ,l encore1 c'est la ,russie mme1 qui n'est pas mre1 toujours trop verte ou trop avance2 elle a ses adolescents pourris et de vieilles gens l'me plus frache que l'enfance4 ,souvent l-bas1 les jeunes femmes portent un cur de cadavre1 plein de vermine et de cendres1 sous une chair en fleur4 ,la ,russie vit dans l'excs3 en tout1 jusqu'ici1 elle ignore l'entre deux4 ,dostoevski lui-mme et ses livres sont au centre de ce monde inconnu4 ,lui et ses livres sont les grandes uvres de l'ge mr4 ,c'est l'homme dans toute sa force1 qui possde la jeunesse3 les jeunes gens ne connaissent pas les jeunes gens4 ,dostoevski est cet homme1 celui qui ne fait tort ni de la ralit au rve1 ni du rve la ralit1 qui peut seul comprendre toute la profondeur de la vie4 ,peu importent ses erreurs de fait1 les premires et les dernires1 celles qui l'ont men au bagne1 et celles qui le feraient prendre pour un conseil des ,cent ,hommes ,noirs4 ,peu importe que la ,troisime ,section soit la face cache et le bras visible de l'vangile dans l'horrible empire4 ,peu importe ,son ,excellence ,pot-de-vin1 les princes qui volent les fonds de la ,croix-,rouge aux malades et aux blesss1 ou le rgne des ,allemands1 forcens policiers1 qui gouvernent au nom du ,christ et de la race slave4 ,toutes les erreurs de fait n'empchent pas de croire la ,russie que ,dostoevski nous incarne4 ,elle n'est pas seulement en lui2 mais il nous la rvle1 il achve tout ce qu'on en voit dans ,pouchkine et dans ,gogol1 dans ,tourgunev et ,tolsto4 ,il faut qu'il y ait un peuple russe dans les langes4 ,il faut que ces esclaves politiques soient admirables de libert morale4 ,il faut que ces brutes1 dans l'enfer de l'ivrognerie et des massacres1 soient tout de mme riches d'une conscience qui n'a plus d'gale en ,europe4 ,il faut que ce peuple1 capable de tout parfois1 comme les enfants cruels1 et qui dort1 le reste du temps1 dans une affreuse impuissance1 il faut pourtant qu'il soit le seul peuple d',europe qui ait encore un ,dieu4 ,la ,russie1 mme folle1 mme lche1 mme noye dans le sang et dans l'eau-de-vie sans parfum1 la ,russie ne vit pas pour l'argent1 ni pour la haine1 ni pour la balance du commerce1 ni pour les triomphes ignominieux de la violence4 ,la ,russie vit pour rendre une conscience religieuse au genre humain3 elle a1 malgr tout1 le cur fraternel tous les hommes1 mme au milieu des boucheries et des vomissements o la jette son hystrie4 ,dostoevski tait n pour la douleur1 et pour s'lever dans la douleur1 au-dessus de tout l'gosme et de toute la misre morale1 o la douleur enferme gnralement les natures mdiocres4 ,il lui fallait la maladie1 les tortures du cur1 l'angoisse de l'esprit1 la prsence de la mort pour conqurir ce que j'appelle l'apptit et la sant d'une vie universelle4 ,un peu plus1 c'et t trop3 il faut pouvoir respirer1 pour vivre4 ,mais un peu moins1 il ft rest1 comme tant d'autres1 mi-chemin de l'ascension sainte et terrible4 ,ce n'est pas un moindre prix que l'on prend soi toute souffrance et tout supplice4 ,on ne gravit srement la montagne que sur des chelons sanglants4 ,surtout1 il lui fallait le bagne et l'enfer des crimes#dg pour se purger fond d'un amour-propre qui fut toujours froce1 et d'une naturelle jalousie4 ,mais bien plus encore1 cette damnation devait lui rvler les grands fonds de l'me humaine1 o nul n'est descendu plus avant1 ,shakespeare et ,wagner excepts4 ,l1 il connut que le crime a ses vertus1 et qu'il peut tre plein de la vertu mme2 que la qualit d'homme ne se prescrit jamais2 que le cur prsente tout grief et toute excuse2 que la scheresse de l'me est le seul pch1 si mme il en est un2 que la faute est partout1 qu'elle a toujours une dispense1 qu'elle obtient remise1 pourvu qu'elle consente un peu l'expiation2 et la souffrance vaut le consentement1 quand la rebelle le refuse2 que l'amour est le salut de tous et de chacun2 que la rdemption est le prix du sang2 que le chtiment1 horrible en ceux qui osent chtier1 est ncessaire tout coupable1 pour rassurer en lui l'orgueil de son destin et la dignit de l'homme3 ,car toute vie1 avant d'tre son terme de beaut1 toute vie est une expiation que l'amour nous propose1 et qui doit tre expie4 ,note #dg3 ,et moi aussi1 j'ai mon enfer1 le bagne des auteurs1 des critiques et des faux artistes1 o je purge1 dans un coin d'ombre1 la colre de ma solitude et le vieil amour de la gloire4 ,voil o ,dostoevski a saisi l'me de son peuple1 et de tous les peuples1 et de ceux mme qui l'ont tue4 ,il a pes que les premiers selon le rang sont souvent les derniers selon la vie2 et les derniers selon le monde1 les premiers suivant l'me cache du monde4 ,l1 il apprit se mettre au-dessus de toute apparence4 ,l1 il s'est fait vivre en profondeur3 car toute l'uvre de ,dostoevski est une vie dans la profondeur et dans la vrit secrte1 qui est l'unique vrit1 sans doute4 ,l1 il s'est tabli inbranlablement au-dessus de tous les prjugs2 et ceux de la raison n'ont pas tenu devant lui plus que ceux de la morale et de la politique4 ,le grand ,dostoevski a montr1 le premier1 que la fin de la vie est la vie mme4 ,mais il a t plus loin3 il a connu1 profondment1 que la vie elle-mme est une forme vide sans le cur qui l'anime1 et ainsi que l'amour est la fin de cette fin unique4 ,qu'est-ce donc1 sinon que l'homme est fait pour se toujours passer soi-mme8 ,l'homme n'est point une figure acheve1 mais un lan la forme parfaite1 un essai continuel l'homme4 ,je trouve cette vertu hroque dans ,dostoevski1 et cette grandeur intrieure4 99 99 99 99 99 ,l'intuition est une vue du cur dans les tnbres4 ,la nuit extrieure s'illumine de l'clair jailli du dedans4 ,c'est l que rien ne se formule1 et tout s'claire3 l o la vie prend forme1 o les mobiles se condensent1 o se dtermine l'action4 ,l'intuition est bien le luminaire de la profondeur4 ,elle est la conscience amoureuse de ce qui est1 au fond de ce qui parat tre4 ,elle est ce qui demeure en ce qui devient1 et qu'elle porte4 ,elle est vraiment l'instinct de la connaissance1 et son amour4 ,en ,dostoevski1 je finis par tout rfrer l'intuition4 ,dostoevski a conscience de son intuition1 et tel est son miracle4 ,il faut le lire en musicien4 ,la chastet n'est que le signe le plus visible des mes pures4 ,la puret suprme est l'innocence de la bont3 l'horreur de faire le mal4 ,dostoevski n'hsite pas produire des prostitues plus chastes et des assassins plus purs1 l'en croire1 que les honntes gens3 c'est qu'ils aiment2 et que le crime1 en eux1 n'est pas le mal qui dure1 mais l'erreur1 la folie et la misre du moment4 ,jamais il ne dit avec emphase que la prostitue ou le criminel valent mieux que l'honnte femme et le juge4 ,mais la prostitue qu'il dfend est une victime3 il montre en elle1 non pas l'excellence de son infamie1 mais l'excellence de la douleur que l'infamie lui cote4 ,et enfin1 toute crature qui se donne avec passion est victime1 quel que soit son bourreau1 son complice ou son idole4 ,nulle trace1 en cet homme admirable1 de morgue vertueuse4 ,nul ne s'est moins juch sur les chasses du devoir et de la morale4 ,a la profondeur o il sait chercher les origines1 il trouve1 en soi1 la semence et l'excuse de tous les pchs4 ,et le crime des crimes1 qui est la cruaut1 il en dbrouille aussi les racines1 avec un saint effroi3 il touche1 il voit que la cruaut et la luxure se tiennent comme deux surs monstrueuses1 unies par le mme os de dsir4 ,plus il les dteste1 plus il en pouse la connaissance4 ,dostoevski n'a pas proprement piti du mal3 moins que le chtiment ne soit plus pitoyable la faute1 que la rmission4 ,mais sa compassion est merveilleuse pour la peine1 ou publique ou cache1 que le pch exige4 ,piti qui n'est point vague ni fumeuse2 elle ne comporte aucune faiblesse1 elle ne tient pas au larmoiement3 elle est la vertu humaine par minence1 la vertu des vertus1 la charit sans quoi tout reste mort et vide4 ,l'amour vritable est l1 o celui qui aime s'oublie soi-mme et se confond entirement dans l'objet aim4 ,larmes de la compassion1 vous faites une honte ternelle aux baisers sans piti4 ,le plus haut point de la vertu est toujours de se vaincre1 et d'embrasser parfaitement l'objet3 lui tre le cur et l'me qu'il a si peu1 ou qu'il n'a point4 ,cette conqute est d'une autre grandeur et d'une autre fcondit1 que la domination telle quelle4 ,s'emparer d'autrui et du monde1 misre prs de la puissance qu'il faut pour leur donner la vie et les sauver4 ,voil le magnifique courage de la vision1 que seuls les ,russes ont eu avec nos ,franais4 ,ils ne font pas un pauvre choix dans les passions humaines3 ils les considrent toutes4 ,ils ne feignent point de croire que les amants n'ont point de lvres4 ,la profondeur du sentiment russe1 et la puissance de l'esprit franais3 les deux ailes l'essor de la nouvelle connaissance4 ,il n'est pas de profondeur sans un rve fervent de l'ternel4 ,la profondeur est sous-jacente au sentiment1 et non l'intelligence4 ,la profondeur est le privilge de l'me religieuse1 et de cette me seulement4 ,il n'y a pas de vrit religieuse4 ,mais le sentiment religieux a sa connaissance4 ,quelle intelligence forte ne cherche pas une relation de soi l'univers8 ,mais ce n'est rien d'en avoir l'ide3 elle n'est qu'un chiffre4 ,il faut en avoir le sentiment4 ,et telle est l'me religieuse4 ,aprs bien des routes et des chutes cruelles1 l'me religieuse se fixe dans l'amour3 l est son lieu1 et sa conqute2 l1 sa force et la vocation de sa puissance2 l serait son repos1 s'il en existait un4 ,dostoevski n'a pas manqu la couronne promise l'amour errant4 ,il est entr au port de la recherche idale4 ,la ralit6 font-ils2 la ralit6 ,h1 oui6 ,nous savons1 nous aussi1 qu'il n'y a point d'arbre sans le sol qui le porte1 sans fumier ou sans terre4 ,mais s'il ne quittait jamais le sol1 s'il n'tait pas ce qui s'vade du fumier et ce qui sort de la terre1 l'arbre ne serait pas l'arbre2 et sa racine mme pourrirait4 ,les grands ,franais ont toute la force dans l'esprit4 ,la plupart1 ils n'ont pas la profondeur1 qui est si naturelle aux mes religieuses4 ,ils ne l'ont plus1 du moins4 ,car1 ils l'eurent1 ceux qui ont dress les cathdrales sous le ciel4 ,le grand ,flaubert m'y fait penser1 ce prince de nant4 ,il est sec1 et il sme les cendres4 ,de l1 les sables et les salins cuisants de son uvre3 toutes les lignes sont belles1 et l'on y respire peine1 dans un vent d'ternel ennui4 ,flaubert est un gnie mortuaire4 ,s'il a du cur1 comme je crois1 il n'en a pas pour la vie4 ,et tout ce qu'il en a1 d'ailleurs1 il l'touffe3 il tche tre sans amour1 comme le monde de son intelligence2 et il y russit4 ,l'amour de ,dieu1 ou la charit que je veux dire1 quel nom qu'on y donne1 implique toutes les autres amours4 ,c'est l'amour de ,dieu que ,dostoevski respire4 ,et le peuple russe avec lui4 ,on doit avoir foi au peuple russe1 sur la foi de ,dostoevski4 ,dostoevski1 victime des puissances1 parle pour les puissances3 la tyrannie1 la police1 l'glise1 les riches4 ,a ses yeux1 tout le mal qu'elles peuvent faire1 est compens1 de bien loin1 par l'action qu'elles ont sur l'me humaine3 elles en provoquent l'excellence1 en y prodiguant la douleur4 ,s'il finit par les dfendre1 ces puissances mortelles1 j'y vois un triomphe de l'affirmation4 ,dostoevski connat son peuple par soi-mme4 ,toute rvolte de la race dchane son instinct d'aveugle destruction et d'anantissement4 ,le joug1 qui lui flchit la tte jusqu' terre1 la garde troitement de l'anarchie4 ,la tte russe nie4 ,sa libert tourne aussitt en ngation affreuse4 ,la race des ,russes obit et souffre avec excellence4 ,elle se rebelle et se fait justice avec infamie4 ,cette race ne peut aller la perfection que par les voies de la douleur4 ,en un mot1 elle ne veut choisir qu'entre la foi mystique et le nant1 entre l'amour de ,dieu et la haine de la vie4 99 99 99 99 99 ,dostoevski1 matre en toutes passions1 et tenant toutes les cls de l'abme1 ferme les portes du nant4 ,tent de toutes ngations1 il ne dtruit rien et il affirme4 ,en ,dostoevski1 j'admire un ,nietzsche rachet4 ,je ne crois pas aux ,promthes qui perdent la tte sur le rocher4 ,mon ,promthe fait peur ,jupiter mme1 qui s'imagine de l'avoir bien clou4 ,je ne ferai pas crdit des dieux1 qui finissent quatre pattes1 dans un asile4 ,et si la foudre me frappe1 duss-je tenir bon contre elle1 le ciel me soit tmoin que je ne me serai pas vant4 ,tout ce qui est mort et ngation dans les philosophes1 ,dostoevski l'a surpass2 mais telle est sa grandeur1 qu'il monte d'un degr encore4 ,il porte la rdemption l'accablement de nos fatalits4 ,si je l'ai peint comme il est1 je ne sais2 mais jamais1 il me semble1 on ne mesura mieux la distance qui spare la mortelle thorie de l'uvre vivante1 et le penseur sans amour du vritable artiste4 99 99 99 99 99 ,encore un pas4 ,je dirai de ,nietzsche et des ,anciens qu'ils peuvent suffire au monde de l'intelligence4 ,mais ils ne pntrent pas d'un pouce dans le monde du cur4 ,ils restent sur le seuil4 ,et plus ils s'imaginent de faire la loi l'intrieur de la maison1 plus ils l'ignorent4 ,de l1 sans doute1 la misrable jactance de ,nietzsche1 qui excde tout ce qu'on peut permettre l'orgueil de l'esprit2 car c'est l'esprit mme qui y entre en dcadence1 et qui marque les degrs de sa chute par des cris4 ,il ne faut pas que l'orgueil de l'esprit sente la paralysie gnrale4 ,l'intelligence qui se vante ne trouvera pas d'excuse dans l'abaissement de la folie2 mais au contraire1 la fin de cette intelligence porte jugement sur toutes les uvres de sa croissance2 et1 quoi qu'on fasse1 plus elle a tout rduit elle seule1 plus elle subit la condamnation de son propre ddain4 ,ce que ,schopenhauer est ,spinosa1 les grands tmoins de la vie le seront toujours ,nietzsche4 ,et ce sont les grands artistes3 les confidents de l'amour4 ,j'en sais plus d'un4 ,mais ,dostoesvki est le premier de tous1 dans le temps3 il a prvenu toutes les insolences de ,nietzsche4 ,wagner aussi tait l4 ,il n'y a pas si loin de l',idiot ,parsifal sublime4 ,toute philosophie1 d'ailleurs1 qui n'est pas un simple jeu de la logique1 prend forme dans une uvre d'art4 ,il faut sortir de la cage l'cureuil4 ,une pense vivante sur la vie n'a pas d'autre expression qu'un chef-d'uvre4 ,les livres de ,nietzsche sont des essais au chef-d'uvre2 mais cet ,apollon est toujours dans la cage2 il fait le dieu1 en vrai ,phbus d',universit1 bsicles d'or2 tout de mme1 son char est une chaire1 et son ,pgase une rosse allemande harnache de lexiques in-folio4 ,nietzsche peut servir de guide l',enfant ,prodigue dans ses routes de jeune homme4 ,nietzsche est une bonne mthode pour la rbellion4 ,et1 comme la faon des docteurs1 il est ivre de ses principes et tout aveugle sur la vie1 il despotise4 ,par l1 il apprend la discipline ceux qui n'ont point de rgle intrieure4 ,de mme il satisfait l'instinct de l'art dans les demi-artistes4 ,wagner vieillard1 qui avait pass par toute ngation1 ne pouvait que lever les paules1 aux jours de ,parsifal1 devant ce corybante infatu qui1 impuissant toute cration et incapable mme de plaisir1 lanait contre le monde de l'amour ses vieilles idoles de pierre1 son ,bacchus1 son ,apollon1 et son trpied4 ,il nous faut de nouveaux dieux pour possder la vie4 ,mais les dieux morts ne ressuscitent pas4 ,wagner savait que ,parsifal est vivant2 et si1 pour l'offrir au monde1 il fallait tourner le dos un professeur d'orgie logique1 il tournait le dos ,nietzsche4 ,dostoevski en et fait autant1 avec le mme droit4 ,dostoevski est l'homme de la vie1 mais non pas seulement dans les livres4 ,parce qu'il est l'homme de la vie1 son monde est le monde de la force1 uniquement4 ,encore les ,anciens sont-ils les matres de l'action1 tandis que ,nietzsche est insupportablement l'homme du cabinet et des livres4 ,par lui-mme1 il ne sait rien de la vie1 rien de l'action1 rien des passions2 et il donne des lois aux passions et la vie4 ,je ne m'tonne pas qu'il soit le prophte des professeurs et le dieu des femmes sourdes qui tranchent de la bonne ou de la mauvaise musique4 ,les plus rebelles1 et qui se flattent de l'tre1 sont1 la plupart1 des esprits ns disciples4 ,que ,nietzsche tienne donc lieu des ,anciens et de la vie hroque aux gens qui ne savent pas lire4 ,et s'ils n'ont pas compris les ,grecs1 ni les ,italiens du ,moyen ,age1 ni ,pascal1 ni ,stendhal1 ni la ,rvolution1 qu'ils lisent ,nietzsche1 lequel leur fait1 de toute cette grandeur1 un manuel avec toute la commodit grossire que ce format comporte4 ,on doit s'arrter ,nietzsche4 ,mais on n'est que la moiti d'un homme1 si l'on s'y fixe4 ,il n'est bon qu'aux femmes de lettres et aux jeunes gens4 ,raskolnikov et tous les jeunes hros de ,dostoevski savent par eux-mmes tout ce que ,nietzsche pourrait leur apprendre4 ,mais ,dostoevski ne les difie pas dans cette demi-connaissance4 ,il ne veut pas qu'ils se tiennent cet tage grossier de l'nergie4 ,il les porte l'tage suprieur1 qui est le palier proprement humain de la charit4 ,quant au surhumain1 c'est un bon mot pour les amateurs d'loquence4 ,a mes oreilles1 il a le son rpugnant de l'emphase4 ,il n'y a rien de plus humain que d'tre homme4 ,l'homme est rare sur le march de ,jupiter4 ,et rien de surhumain n'a de sens qu' la mesure de l'homme4 ,sois pleinement homme1 si tu veux passer l'homme4 ,telle est la grande1 l'unique vrit4 99 99 99 99 99 ,l'intuition est le lieu de toutes les intelligences4 99 99 99 99 99 ,il n'est rien dans ,nietzsche1 qui ne soit dans ,dostoevski4 ,mais tandis que tout est ngation1 dans ,nietzsche1 mme ce qu'il affirme1--et lui1 d'abord1 le malheureux1--toutes les ngations1 que la douleur de vivre arrache ,dostoevski1 se rsolvent dans une affirmation invincible3 de la douleur1 l'amour conclut1 en lui1 la beaut de la vie4 ,ce n'est pas le3 ,oui6 de la volont ou de l'orgueil1 ce oui glac qui est le soleil polaire des stoques2 mais l'amour qui1 en portant la vie1 l'affirme4 ,un tel arbre donne les fruits de toute douceur4 ,j'en ai ploy les branches1 et je les veux runir dans la rose qui les trempe depuis l'offrande de l'aube jusqu'au sacrifice du crpuscule1 et mme dans l'ardeur de midi4 ,dostoevski pleure avec dlices1 et ses amis pleurent bien souvent comme lui4 ,je dirai1 pour moi aussi1 le mystre des larmes4 ,dostoevski connat la merveilleuse humilit des bonnes larmes4 ,et certes1 il est en elle un grand secret4 99 99 99 99 99 ,larmes de la tendresse1 pluie qui espre et qui renouvelle la fort humaine1 vous tes la source ouverte aux curs pleins d'amour4 ,et partout o l'on frappe ce tendre rocher1 l'onde s'panche2 et elle n'est jamais tarie1 cette eau amoureuse4 ,quel orgueil vient de plus haut8 ,or1 elle ne fond pas sur les feuilles3 elle se donne et les pntre4 ,et parce qu'elle se penche vers la prairie1 on la ddaigne de s'abaisser4 ,mais tant elle a de pieuse complaisance1 que nulle offense ne l'atteint1 et qu'elle sourit au mpris mme4 ,baiser la terre avec transports1 dans la joie ou dans la douleur1 dans l'ivresse du bien ou dans l'aveu du crime1 baiser la terre en pleurant1 s'y renouer1 y remplir au griffon du sang le cur qui se vide et s'altre1 voil le culte o ,dostoevski convie ses enfants4 ,et ces pleurs sont riches d'un bonheur ineffable2 ils ont la vie1 qui est la seule joie et toute joie4 ,adore la vie3 ton baiser la terre1 d'o tu viens et o tu vas1 et tes larmes confessent ton adoration4 ,prends patience du mal1 ce rite1 et prends-y conscience de tout bien4 ,ton cur dborde4 ,il te quitte4 ,il va toute cette vie qui l'appelle4 ,et o irait-on qu' la vie8 ,ainsi tes pleurs ont la joie1 toute celle que tu attends1 en celle que tu donnes4 ,ils ont la joie excessive de toi-mme qui te quittes4 ,ce n'est pas que tu te regrettes3 c'est que tu te dlivres4 ,jusqu' ce baiser pleurant1 quel abme tu te fus toi-mme1 et quel dsert aux dunes de souffrance universelle1 infinie1 perptuellement renouvele1 gale comme le vide4 ,et souffrir pour rien1 il n'est pas d'autre damnation4 ,l'enfer est la souffrance dans le vide4 ,couch1 contre la terre1 tu es le mort bni de la mort volontaire1 qui est toute vie3 en te quittant1 tu ressuscites4 ,ce dpart sans retour est le vritable amour1 chre me4 99 99 99 99 99 ,ce n'est pas cet amour de tte1 qui crie3 ,vivre6 ,vivre6 avec la bouche affreuse d'un mort4 ,c'est la mlodie du cur qui se retrouve1 et qui rpond toute la nature3 me voici6 me voici6 ,il chante la vie1 il en est l'ternelle modulation jusque dans la mort3 parce qu'il l'a1 parce qu'il la porte1 parce qu'il la donne4 ,et que donnerait-on1 rellement1 qu'on ne prt de soi et sur soi8 ,quel don ferai-je1 si je ne me dpouille8 ,voil l'orgueil de l'amour1 et son humilit sublime4 ,en vrit1 l'orgueil qui se vante et qui s'estime1 l'orgueil de l'esprit qui se compare est une espce d'humilit un peu basse1 mon sens4 ,qui se compare1 s'abaisse4 ,ainsi l'orgueil de l'esprit4 ,mais l'amour qui s'humilie dans les dons innombrables qu'il sait faire1 dans toutes les merveilles qu'il suffit crer1 en s'oubliant soi-mme1 en s'y mettant jusques s'effacer1 ce prodige d'humilit est une grandeur cleste4 ,et tout l'orgueil des esprits n'galera jamais1 un infini prs1 cette humilit divine4 ,celui qui se donne sans mesure1 celui-l possde4 ,celui-l qui est tout humble au cur de toute vie1 celui-l cre son objet2 et il ne se soucie pas de connatre sa gloire4 ,la superbe est sche4 ,l'orgueil de l'esprit ne discerne que soi3 comme un mort qui se tte dans le spulcre4 ,l'amour adore dans les larmes4 ,tel est le son de ,dostoevski4 ,voil cette voix rauque et si douce1 l'nergie de cette me infatigable1 et ses brlantes langueurs1 ses abandons si tendres4 ,infatigable souffrir et vouloir laver l'or des souffrances1 pour en sparer le trsor de la joie3 la constance de cet orpailleur1 celle-ci1 quelle nergie s'gale8 ,o saintes1 bonnes larmes1 routes de l'effusion1 sentes profondes de la tendresse1 c'est vous1 trs douces larmes1 qui parlez seules d'amour1 et de cet amour qui fait vivre en crant4 ,et dans l'embrassement mme des amants1 ce sont les plus pures et les plus chaudes larmes du sang qui parlent pour la vie1 qui la communiquent et la transmettent1 venant de si loin6 ,et souvent ils ne comprennent pas la parole qu'ils prononcent1 et ils en sont ennoblis1 mme quand ils l'avilissent4 ,l'amant baise sa bien-aime et pleure son sang en elle1 comme l'homme enivr de ,dieu baise la terre avec de grandes larmes4 ,la terre reoit ces pleurs2 et l'amante en garde avec jalousie l'offrande pcheresse ou la libation sans pch4 ,si l'esprit s'abaisse1 ici1 ou si la chair est exalte1 qui le mesurera8 ,servir avec amour est toujours un triomphe4 ,l'humilit de la femme et de la terre doit s'offrir en exemple tout service4 ,et je veux bien que la vie trouve son compte l'humiliation de l'homme4 ,je ne parle jamais que pour la vie2 et je ne vois de bel orgueil qu'en tout ce qui l'augmente et la rehausse4 ,amour de la vie1 c'est mal dit encore4 ,la vie n'est pas si grande ni si forte que l'amour4 ,elle en attend la parfaite beaut1 dont notre dsir s'est fait une promesse4 ,plus que l'amour de la vie1 la vie d'amour3 tel est le fond de ,dostoevski4 ,a l'amour1 de faire natre et de sauver la vie4 ,les meilleurs ne vivent que pour servir ce dessein4 ,et le plus pur amour est le plus amour4 ,o ,fdor ,mikhalovitch1 si ardent1 si aigu et si humble1 vous tes profond et vrai entre les grands4 ,vous allez au del de tous autres1 sans doute4 ,car enfin1 o j'en suis venu1 il n'est de vrit que dans la profondeur4 ,pour prendre toute notre hauteur1 il nous est ncessaire de mouiller dans les abmes4 ,tout est de manque1 dfaut de la profondeur4 ,et1 au total1 il y a fausset o il y a manque4 ,voil donc le point o la haine n'est plus rien qu'une racine torse entre toutes les autres3 et si elle a la forme du serpent ou du ver1 ce n'est point pour faire horreur1 ce n'est pas pour qu'on l'crase1 mais pour se confondre avec les veines nourricires4 ,voici le point o tout est idal1 force d'tre vrai2 o le rve de l'me absorbe toute la matire1 comme une matrice seconde1 mais de rsurrection4 ,ici1 la pense est acte2 le fait est ide2 ici1 l'acte et l'ide sont tout amour4 ,tout trempe dans la compassion de la vie pour elle-mme1 et dans la certitude du salut1 que le cur exige d'un amour crateur4 ,o tout est amour1 tout est vie6 ,par del le nant de tous les objets phmres1 c'est l-dessus enfin que notre foi ou notre espoir se fonde4 ,dostoevski1 si je ne me trompe1 et moi-mme mon rang1 nous sommes l'antidote de la tyrannie rationnelle1 des philosophes1 et de tout poison inhumain3 ,dostoevski1 le cur le plus profond1 la plus grande conscience du monde moderne4 #aiaj ,,table ,,des ,,mati,,res ,,table ,,des ,,mati,,res ,,visite ,a ,,pascal ,i4--,a ,port ,royal #aa ,,ii4--,pascal #ba ,,iii4--,asctisme du cur #fa ,,le ,,portrait ,d',,ibsen ,i4--,le gnie du ,nord #he ,,ii4--,image d',ibsen #aja ,,iii4--,ibsen ou le moi #abb ,,iv4--,morale de l',anarchie #ade ,v4--,puissance et misre du moi #aga ,,vi4--,la nuit la fin du jour #ahg ,,vii4--,tolsto et ,ibsen #bjg ,,viii4--,la mort froide #bbj ,,ix4--,le moi est le hros qui dsespre #bcb ,,dosto,,evski ,i4--,sur sa vie #bfa ,,ii4--,image #bge ,,iii4--,sur son art #bha ,,iv4--,passions et moments #bif ,v4--,la profondeur russe #cba ,,ditions ,,de ,,la ,,nouvelle ,,revue ,,fran,,aise ,volumes in-#h couronne #c fr4 #ej ,,po,,sie3 ,,paul ,,claudel3 ,,cinq ,,grandes ,,odes ,suivies d'un processionnal pour saluer le sicle nouveau4 ,,georges ,,duhamel3 ,,compagnons ,,henri ,,franck3 ,,la ,,danse ,,devant ,l',,arche ,prface de ,mme ,,de ,,noailles4 ,,st,,phane ,,mallarm3 ,,po,,sies ,,francis ,,viel-,,griffin3 ,,la ,,lumi,,re ,,de ,,gr,,ce ,,correspondance3 ,,ch4-,l4 ,,philippe3 ,,lettres ,,de ,,jeunesse ,,romans3 ,,henri ,,bachelin3 ,,juliette ,,la ,,jolie ,,jean ,,richard ,,bloch3 ,l,,vy4 ,,premier ,,livre ,,de ,,contes4 ,g4 ,k4 ,,chesterton3 ,,le ,,nomm ,,jeudi 7,,un ,,cauchemar7 ,traduit de l'anglais par ,,jean ,,florence4 ,,le ,,napol,,on ,,de ,,notting ,,hill ,traduit de l'anglais par ,,jean ,,florence4 ,,andr ,,gide3 ,,isabelle 7,r,,cit74 ,,le ,,retour ,,de ,l',,enfant ,,prodigue ,prcd de cinq autres traits4 ,,pierre ,,hamp3 ,,le ,,rail 7,,la ,,peine ,,des ,,hommes74 ,,vieille ,,histoire ,contes crits dans le ,nord4 ,,mar,e ,,fraiche4 ,,vin ,,de ,,champagne 7,,la ,,peine ,,des ,,hommes74 ,,ch4-,l4 ,,philippe3 ,,la ,m,,re ,,et ,l',,enfant dition conforme au premier manuscrit4 ,,charles-,,louis ,,philippe3 ,,charles ,,blanchard ,prface de ,l,,on-,,paul ,,fargue4 ,,jean ,,schlumberger3 ,l',,inqui,,te ,,paternit ,,charles ,,vildrac3 ,d,,couvertes ,,michel ,,yell3 ,,cau,t4 ,,th,,tre3 ,,paul ,,claudel3 ,l',,otage 7drame en trois actes74 ,l',,annonce ,,faite ,a ,,marie ,mystre en quatre actes et un prologue4 ,j4 ,,copeau et ,j4 ,,crou3 ,,les ,,fr,,res ,,karamazov ,drame en cinq actes d'aprs ,,dosto,,evsky4 ,,depuis ,,sa ,,fondation 7,f,,vrier #aiji7 ,,la ,,nouvelle ,,revue ,,fran,,aise ,a ,,publi3 ,charles ,blanchard1 ,le ,journal de la ,x,xe anne1 ,les ,lettres de ,jeunesse1 de ,,charles-,,louis ,,philippe2 ,l',hymne du ,saint-,sacrement1 ,trois ,hymnes1 ,l',otage1 ,l',annonce faite ,marie1 de ,,paul ,,claudel2 ,michel-,ange1 ,les ,heures du ,soir1 ,trois ,pomes1 d',,mile ,,verhaeren2 ,la ,porte ,etroite1 ,isabelle1 ,le ,journal sans dates1 d',,andr ,,gide2 ,la ,fte ,arabe1 de ,j,r,,me et ,,jean ,,tharaud2 ,fermina ,marquez1 ,rose ,lourdin1 de ,,val,,ry ,,larbaud2 ,jacques l',egoste1 de ,,jean ,,giraudoux2 ,l',inquite ,paternit1 de ,,jean ,,schlumberger4 99 99 99 99 99 ,il est envoy un numro spcimen quiconque en fait la demande4 ,,achev ,d',,imprimer ,,le ,,vingt-,,deux ,,mai ,,mil ,,neuf ,,cent ,,treize ,,par ,l',,imprimerie ,,sainte ,,catherine ,,quai ,,st4 ,,pierre1 ,,bruges ,,belgique