,,les ,r,,v]ies ,,du ,,prom5eur ,,solitaire ,,p> ,j4-,j4 ,,r\sseau ,ouvrage faisant suite aux ,,confessions ,,p>is ,,librairie ,,des ,,bibliophiles ,rue ,sa9t-,honor1 #cch ,m ,,dccc ,,lxxxii ,,table ,,note ,,de ,l',,diteur ,,premi,,re ,,prom5ade ,,seconde ,,prom5ade ,,troisi,,me ,,prom5ade ,,quatri,,me ,,prom5ade ,,c9qui,,me ,,prom5ade ,,sixi,,me ,,prom5ade ,,septi,,me ,,prom5ade ,,huiti,,me ,,prom5ade ,,neuvi,,me ,,prom5ade ,,dixi,,me ,,prom5ade ,,sommaires ,,des ,,prom5ades ,figure #ja ,,note ,,de ,l',,diteur ,les ,rv]ies du prom5eur solitaire1 que n\s rimprimons auj\rd'hui dans notre collection des ,petits ,*efs-d'uvre1 sont comme une d]nire p>tie aj\te p> ,jean-,jacques ,r\sseau ses ,confessions4 ,aussi avons-n\s cru tre agrable aux bibliophiles en leur (frant cet opuscule la suite des ,confessions1 qui ont p>u t\t rcemm5t dans notre ,petite ,biblio?que arti/ique1 avec la belle suite des eaux-=tes de ,m4 ,hd\94 ,les ,rv]ies1 le d]ni] ouvrage de ,r\sseau1 se compos5t de dix ,prom5ades4 ,la dixime1 crite mo9s de trois mois avant sa mort et consacre entirem5t au s\v5ir de ,mme de ,w>5s1 e/ re/e ina*eve4 ,arriv au dcl9 de sa vie et loign de plus en plus du comm]ce de ses semblables1 ,r\sseau a v\lu encore consacr] ses d]ni]s j\rs s'tudi] lui-mme1 se livrant1 comme il le dit1 la seule d\ceur que le monde ne pt lui t]1 celle de conv]s] avec son me4 ,les loisirs de ses prom5ades j\rnalires ayant t s\v5t remplis de contemplations *>mantes dont il regrettait d'avoir p]du le s\v5ir1 il a entrepris de fix] p> l'criture celles qui p\rrai5t lui rev5ir encore4 ,voici1 d'ailleurs1 en quels t]mes il expose lui-mme le plan de son travail3 ,ces feuilles ne s]ont proprem5t qu'un in=me j\rnal de mes rv]ies4 ,il y s]a beauc\p "q de moi1 p>ce qu'un solitaire qui rfl*it s'occupe ncessairem5t beauc\p de lui-mme4 ,du re/e1 t\tes les ides trangres qui me pass5t p> la tte en me prom5ant y tr\v]ont galem5t leur place4 ,je dirai ce que j'ai p5s t\t comme il m'e/ v5u1 et avec aussi peu de liaison que les ides de la veille en ont d'ord9aire avec celles du l5dema94 ,mais il en rsult]a t\j\rs une n\velle connoissance de mon naturel et de mon humeur p> celle des s5tim5s et des p5ses dont mon esprit fait sa pture j\rnalire dans l'trange tat o je suis4 ,r\sseau aj\te qu'il n'a plus donn ses ,rv]ies le titre de ,confessions p>ce qu'il ne s5toit plus ri5 dire qui pt le mrit]4 ,on p\rrait alors se dem&] p\rquoi il les a crites2 objection laquelle il a rpondu l'avance en disant qu'il ne les crivit que p\r lui-mme4 ,il n'atta*e1 si on l'en croit1 aucune importance ces conv]sations intimes qu'il met sur le papi]4 ,qu'on pie ce que je fais1 dit-il ce propos1 qu'on s'inquite de ces feuilles1 qu'on s'en emp>e1 qu'on les supprime1 qu'on les falsifie1 t\t cela m'e/ gal dsormais4 ,je ne les ca*e ni ne les montre4 ,si on me les enlve de mon vivant1 on ne m'enlv]a ni le plaisir de les avoir crites1 ni le s\v5ir de leur cont5u1 ni les mditations solitaires dont elles sont le fruit1 et dont la s\rce ne peut s'te9dre qu'avec mon me4 ,n\s avons pe9e croire1 p\r notre "p1 que ,r\sseau ait jamais pu tre aussi indiffr5t au sort de ce qui tombait de sa plume1 et n\s n'pr\vons aucunem5t le scrupule d'all] contre les int5tions de l'auteur en livrant de n\veau son uvre la publicit4 ,ce qu'on peut dire des ,rv]ies1 c'e/ qu'elles sont l'lucubration d'un esprit fatigu1 dc\rag1 et de plus en plus aigri p> la misan?ropie4 ,elles ne se recomm&5t1 sans d\te1 ni p> la mme valeur littraire1 ni p> le mme attrait que les ,confessions2 mais1 si elles n'ont pas t\t l'clat du gnie de ,r\sseau1 elles en port5t encore le puissant reflet4 ,on y tr\ve de jolies anecdotes et de *>mantes descriptions qui en r5d5t la lecture intressante4 ,il suffit1 du re/e1 que ,r\sseau les ait reg>des comme la suite de ses ,confessions p\r qu'on doive les g>d] de tomb] dans l'oubli4 ,aprs le rem>quable travail que ,m4 ,m>c-,monni] a plac en tte de notre dition des ,confessions1 n\s n'avons pas p5s qu'il y et lieu de faire une prface p\r les ,rv]ies4 ,la prface de cet opuscule a t faite d'ailleurs p> ,r\sseau lui-mme dans la premire ,prom5ade1 dont n\s v5ons1 p\r a9si dire1 de donn] le rsum4 ,figure #jb ,figure #jc ,,les ,r,,v]ies ,,du ,,prom5eur ,,solitaire ,,premi,,re ,,prom5ade ,me voici donc seul sur la t]re1 n'ayant de frre1 de pro*a91 d'ami1 de socit1 que moi-mme4 ,le plus sociable et le plus aimant des huma9s en a t proscrit p> un accord unanime4 ,ils ont *]*1 dans les raff9em5s de leur ha9e1 quel t\rm5t p\voit tre le plus cruel mon me s5sible1 et ils ont bris violemm5t t\s les li5s qui m'atta*oi5t eux4 ,j'aurois aim les hommes en dpit d'eux-mmes3 ils n'ont pu qu'en cessant de l'tre se drob] mon affection4 ,les voil donc trang]s1 inconnus1 nuls enf9 p\r moi1 puisqu'ils l'ont v\lu6 ,mais moi1 dta* d'eux et de t\t1 que suis-je moi-mme8 ,voil ce qui me re/e *]*]4 ,malheureusem5t cette re*]*e doit tre prcde d'un c\p d'il sur ma position3 c'e/ une ide p> laquelle il faut ncessairem5t que je passe p\r arriv] d'eux moi4 ,depuis qu9ze ans et plus que je suis dans cette trange position1 elle me p>ot encore un rve4 ,je m'imag9e t\j\rs qu'une indige/ion me t\rm5te1 que je dors d'un mauvais sommeil1 et que je vais me rveill] bi5 s\lag de ma pe9e en me retr\vant avec mes amis4 ,oui1 sans d\te1 il faut que j'aie fait sans que je m'en ap]usse un saut de la veille au sommeil1 ou plutt de la vie la mort4 ,tir1 je ne sais comm5t1 de l'ordre des *oses1 je me suis vu prcipit dans un *aos incomprh5sible1 o je n'ap]ois ri5 du t\t2 et plus je p5se ma situation prs5te1 et mo9s je puis compr5dre o je suis4 ,eh6 comm5t aurois-je pu prvoir le de/9 qui m'att5doit8 comm5t le puis-je concevoir encore auj\rd'hui que j'y suis livr8 ,p\vois-je1 dans mon bon s5s1 suppos] qu'un j\r moi1 le mme homme que j'tois1 le mme que je suis encore1 je pass]ois1 je s]ois t5u1 sans le mo9dre d\te1 p\r un mon/re1 un empoisonneur1 un assass92 que je devi5drois l'horreur de la race huma9e1 le j\et de la canaille2 que t\te la salutation que me f]oi5t les passans s]oit de cra*] sur moi1 qu'une gnration t\t entire s'amus]oit d'un accord unanime m'ent]r] t\t vivant8 ,qu& cette trange rvolution se fit1 pris au dp\rvu1 j'en fus d'abord b\lev]s4 ,mes agitations1 mon indignation1 me plongr5t dans un dlire qui n'a pas eu trop de dix ans p\r se calm]2 et1 dans cet int]valle1 tomb d'erreur en erreur1 de faute en faute1 de sottise en sottise1 j'ai f\rni1 p> mes imprud5ces1 aux directeurs de ma de/9e1 autant d'in/rum5s qu'ils ont habilem5t mis en uvre p\r la fix] sans ret\r4 ,je me suis dbattu longtemps aussi violemm5t que va9em5t4 ,sans adresse1 sans art1 sans dissimulation1 sans prud5ce1 franc1 ouv]t1 impati5t1 emport1 je n'ai fait1 en me dbattant1 que m'enlac] davantage et leur donn] incessamm5t de n\velles prises qu'ils n'ont eu g>de de nglig]4 ,s5tant enf9 t\s mes ef=ts inutiles1 et me t\rm5tant pure p]te1 j'ai pris le seul p>ti qui me re/oit pr5dre1 celui de me s\mettre ma de/9e1 sans plus regimb] contre la ncessit4 ,j'ai tr\v dans cette rsignation le ddommagem5t de t\s mes maux1 p> la tranquillit qu'elle me procure et qui ne p\voit s'alli] avec le travail cont9uel d'une rsi/ance aussi pnible qu'infructueuse4 ,une autre *ose a contribu cette tranquillit4 ,dans t\s les raff9em5s de leur ha9e1 mes p]scuteurs en ont omis un que leur animosit leur a fait oubli]2 c'toit d'en gradu] si bi5 les effets qu'ils puss5t entret5ir et r5\vel] mes d\leurs sans cesse en me portant t\j\rs quelque n\velle atte9te4 ,s'ils avoi5t eu l'adresse de me laiss] quelque lueur d'esprance1 ils me ti5droi5t encore p> l4 ,ils p\rroi5t faire encore de moi leur j\et p> quelque faux leurre1 et me navr] ensuite d'un t\rm5t t\j\rs n\veau p> mon att5te due4 ,mais ils ont d'avance puis t\tes leurs ress\rces2 en ne me laissant ri51 ils se sont t\t t eux-mmes4 ,la diffamation1 la dpression1 la drision1 l'opprobre dont ils m'ont c\v]t1 ne sont pas plus susceptibles d'augm5tation que d'ad\cissem5t2 n\s sommes galem5t hors d'tat1 eux de les aggrav]1 et moi de m'y s\/raire4 ,ils se sont tellem5t presss de port] son comble la mesure de ma misre que t\te la puissance huma9e1 aide de t\tes les ruses de l'enf]1 n'y sauroit plus ri5 aj\t]4 ,la d\leur physique elle-mme1 au lieu d'augm5t] mes pe9es1 y f]oit div]sion4 ,en m'arra*ant des cris1 peut-tre elle m'p>gn]oit des gmissem5s1 et les d*irem5s de mon corps susp5droi5t ceux de mon cur4 ,qu'ai-je encore cra9dre d'eux1 puisque t\t e/ fait8 ,ne p\vant plus empir] mon tat1 ils ne sauroi5t plus m'inspir] d'al>mes4 ,l'inquitude et l'effroi sont des maux dont ils m'ont p\r jamais dlivr3 c'e/ t\j\rs un s\lagem5t4 ,les maux rels ont sur moi peu de prise2 je pr5ds aism5t mon p>ti sur ceux 'que j'pr\ve1 mais non pas sur ceux que je cra9s4 ,mon imag9ation eff>\*e les comb9e1 les ret\rne1 les t5d et les augm5te4 ,leur att5te me t\rm5te c5t fois plus que leur prs5ce1 et la m5ace m'e/ plus t]rible que le c\p4 ,sitt qu'ils arriv5t1 l'vnem5t1 leur tant t\t ce qu'ils avoi5t d'imag9aire1 les rduit leur ju/e valeur4 ,je les tr\ve alors beauc\p mo9dres que je ne me les tois figurs2 et mme1 au milieu de ma s\ffrance1 je ne laisse pas de me s5tir s\lag4 ,dans cet tat1 affran*i de t\te n\velle cra9te et dlivr de l'inquitude de l'esprance1 la seule habitude suffira p\r me r5dre de j\r en j\r plus supportable une situation que ri5 ne peut empir]2 et1 mesure que le s5tim5t s'en m\sse p> la dure1 ils n'ont plus de moy5s p\r le ranim]4 ,voil le bi5 que m'ont fait mes p]scuteurs en puisant sans mesure t\s les traits de leur animosit4 ,ils se sont t sur moi t\t empire1 et je puis dsormais me moqu] d'eux4 ,il n'y a pas deux mois encore qu'un ple9 calme e/ rtabli dans mon cur4 ,depuis longtemps je ne craignois plus ri51 mais j'esprois encore2 et cet espoir1 tantt b]c1 tantt fru/r1 toit une prise p> laquelle mille passions div]ses ne cessoi5t de m'agit]4 ,un vnem5t aussi tri/e qu'imprvu vi5t enf9 d'effac] de mon cur ce foible rayon d'esprance1 et m'a fait voir ma de/9e fixe jamais sans ret\r ici-bas4 ,ds lors je me suis rsign sans rs]ve1 et j'ai retr\v la paix4 ,sitt que j'ai comm5c d'entrevoir la trame dans t\te son t5due1 j'ai p]du p\r jamais l'ide de ram5] de mon vivant le public sur mon compte1 et mme ce ret\r1 ne p\vant plus tre rciproque1 me s]oit dsormais bi5 inutile4 ,les hommes auroi5t beau rev5ir moi1 ils ne me retr\v]oi5t plus4 ,avec le dda9 qu'ils m'ont inspir1 leur comm]ce me s]oit insipide et mme *>ge1 et je suis c5t fois plus heureux dans ma solitude que je ne p\rrois l'tre en vivant avec eux4 ,ils ont arra* de mon cur t\tes les d\ceurs de la socit4 ,elles n'y p\rroi5t plus g]m] d]e*ef mon ge2 il e/ trop t>d4 ,qu'ils me fass5t dsormais du bi5 ou du mal1 t\t m'e/ indiffr5t de leur "p2 et1 quoi qu'ils fass5t1 mes contempora9s ne s]ont jamais ri5 p\r moi4 ,mais je comptois encore sur l'av5ir1 et j'esprois qu'une gnration meilleure1 exam9ant mieux et les jugem5s ports p> celle-ci sur mon compte et sa conduite avec moi1 dml]oit aism5t l'artifice de ceux qui la dirig5t et me v]roit enf9 tel que je suis4 ,c'e/ cet espoir qui m'a fait crire mes ,dialogues1 et qui m'a suggr mille folles t5tatives p\r les faire pass] la po/rit4 ,cet espoir1 quoique loign1 t5oit mon me dans la mme agitation que qu& je *]*ois encore dans le sicle un cur ju/e2 et mes esprances1 que j'avois beau jet] au lo91 me r5doi5t galem5t le j\et des hommes d'auj\rd'hui4 ,j'ai dit dans mes ,dialogues sur quoi je fondois cette att5te4 ,je me trompois4 ,je l'ai s5ti p> bonheur assez temps p\r tr\v] encore1 avant ma d]nire heure1 un int]valle de ple9e quitude et de repos absolu4 ,cet int]valle a comm5c l'poque dont je p>le1 et j'ai lieu de croire qu'il ne s]a plus int]rompu4 ,il se passe bi5 peu de j\rs que de n\velles rflexions ne me confirm5t combi5 j'tois dans l'erreur de compt] sur le ret\r du public1 mme dans un autre ge1 puisqu'il e/ conduit1 dans ce qui me reg>de1 p> des guides qui se r5\vell5t sans cesse dans les corps qui m'ont pris en av]sion4 ,les p>ticuli]s meur5t1 mais les corps collectifs ne meur5t po9t4 ,les mmes passions s'y p]ptu5t1 et leur ha9e ard5te1 immortelle comme le dmon qui l'inspire1 a t\j\rs la mme activit4 ,qu& t\s mes ennemis p>ticuli]s s]ont morts1 les mdec9s1 les oratori5s1 vivront encore2 et1 qu& je n'aurois p\r p]scuteurs que ces deux corps-l1 je dois tre sr qu'ils ne laiss]ont pas plus de paix ma mmoire1 aprs ma mort1 qu'ils n'en laiss5t ma p]sonne de mon vivant4 ,peut-tre1 p> trait de temps1 les mdec9s1 que j'ai rellem5t (f5ss1 p\rroi5t-ils s'apais]2 mais les oratori5s1 que j'aimois1 que j'e/imois1 en qui j'avois t\te confiance1 et que je n'(f5sai jamais2 les oratori5s1 g5s d'glise et demi-mo9es1 s]ont jamais implacables2 leur propre iniquit fait mon crime1 que leur am\r-propre ne me p>donn]a jamais2 et le public1 dont ils auront so9 d'entret5ir et ranim] l'animosit sans cesse1 ne s'apais]a pas plus qu'eux4 ,t\t e/ f9i p\r moi sur la t]re4 ,on ne peut plus m'y faire ni bi5 ni mal4 ,il ne me re/e plus ri5 espr] ni cra9dre en ce monde1 et m'y voil tranquille au fond de l'abme1 pauvre mortel in=tun1 mais impassible comme ,dieu mme4 ,t\t ce qui m'e/ extrieur m'e/ trang] dsormais4 ,je n'ai plus1 en ce monde1 ni pro*a91 ni semblables1 ni frres4 ,je suis sur la t]re comme dans une plante trangre o je s]ois tomb de celle que j'habitois4 ,si je reconnois aut\r de moi quelque *ose1 ce ne sont que des objets affligeans et d*irans p\r mon cur1 et je ne peux jet] les yeux sur ce qui me t\*e et m'ent\re sans y tr\v] t\j\rs quelque sujet de dda9 qui m'indigne1 ou de d\leur qui m'afflige4 c>tons donc de mon esprit t\s les pnibles objets dont je m'occup]ois aussi d\l\reusem5t qu'inutilem5t4 ,seul p\r le re/e de ma vie1 puisque je ne tr\ve qu'en moi la consolation1 l'esprance et la paix1 je ne dois ni ne veux plus m'occup] que de moi4 ,c'e/ dans cet tat que je repr5ds la suite de l'exam5 svre et s9cre que j'appelai jadis mes ,confessions4 ,je consacre mes d]ni]s j\rs m'tudi] moi-mme et prp>] d'avance le compte que je ne t>d]ai pas r5dre de moi4 ,livrons-n\s t\t enti] la d\ceur de conv]s] avec mon me1 puisqu'elle e/ la seule que les hommes ne puiss5t m't]4 ,si1 =ce de rfl*ir sur mes dispositions intrieures1 je p>vi5s les mettre en meilleur ordre et corrig] le mal qui peut y re/]1 mes mditations ne s]ont pas entirem5t inutiles1 et1 quoique je ne sois plus bon ri5 sur la t]re1 je n'aurai pas t\t fait p]du mes d]ni]s j\rs4 ,les loisirs de mes prom5ades j\rnalires ont s\v5t t remplis de contemplations *>mantes dont j'ai regret d'avoir p]du le s\v5ir4 ,je fix]ai p> l'criture celles qui p\rront me v5ir encore2 *aque fois que je les relirai m'en r5dra la j\issance4 ,j'oubli]ai mes malheurs1 mes p]scuteurs1 mes opprobres1 en songeant au prix qu'avoit mrit mon cur4 ,ces feuilles ne s]ont proprem5t qu'un in=me j\rnal de mes rv]ies4 ,il y s]a beauc\p "q de moi1 p>ce qu'un solitaire qui rfl*it s'occupe ncessairem5t beauc\p de lui-mme4 ,du re/e1 t\tes les ides trangres qui me pass5t p> la tte en me prom5ant y tr\v]ont galem5t leur place4 ,je dirai ce que j'ai p5s t\t comme il m'e/ v5u1 et avec aussi peu de liaison que les ides de la veille en ont d'ord9aire avec celles du l5dema94 ,mais il en rsult]a t\j\rs une n\velle connoissance de mon naturel et de mon humeur p> celle des s5tim5s et des p5ses dont mon esprit fait sa pture j\rnalire dans l'trange tat o je suis4 ,ces feuilles peuv5t donc tre reg>des comme un app5dice de mes ,confessions2 mais je ne leur en donne plus le titre1 ne s5tant plus ri5 dire qui puisse le mrit]4 ,mon cur s'e/ purifi la c\pelle de l'adv]sit1 et j'y tr\ve pe9e1 en le sondant avec so91 quelque re/e de p5*ant rprh5sible4 ,qu'aurois-je encore confess] qu& t\tes les affections t]re/res en sont arra*es8 ,je n'ai pas plus me l\] qu' me blm]2 je suis nul dsormais p>mi les hommes1 et c'e/ t\t ce que je puis tre1 n'ayant plus avec eux de relation relle1 de vritable socit4 ,ne p\vant plus faire aucun bi5 qui ne t\rne mal1 ne p\vant plus agir sans y nuire autrui ou moi-mme1 m'ab/5ir e/ dev5u mon unique devoir1 et je le remplis autant qu'il e/ en moi4 ,mais1 dans ce dsuvrem5t du corps1 mon me e/ encore active1 elle produit encore des s5tim5s1 des p5ses1 et sa vie int]ne et morale semble encore s'tre accrue p> la mort de t\t intrt t]re/re et temporel4 ,mon corps n'e/ plus p\r moi qu'un emb>ras1 qu'un ob/acle1 et je m'en dgage d'avance autant que je puis4 ,une situation si s+ulire mrite assurm5t d'tre exam9e et dcrite1 et c'e/ cet exam5 que je consacre mes d]ni]s loisirs4 ,p\r le faire avec succs1 il y faudroit procd] avec ordre et m?ode2 mais je suis incapable de ce travail1 et mme il m'c>t]oit de mon b1 qui e/ de me r5dre compte des modifications de mon me et de leurs successions4 ,je f]ai sur moi quelque g>d les oprations que font les physici5s sur l'air p\r en connotre l'tat j\rnali]4 ,j'appliqu]ai le b>omtre mon me1 et ses oprations1 bi5 diriges et longtemps rptes1 me p\rroi5t f\rnir des rsultats aussi srs que les leurs4 ,mais je n't5ds pas jusque-l mon entreprise4 ,je me cont5t]ai de t5ir le regi/re des oprations1 sans *]*] les rduire en sy/me4 ,je fais la mme entreprise que ,montaigne1 mais avec un b t\t contraire au si53 c> il n'crivoit ses ,essais que p\r les autres1 et je n'cris mes rv]ies que p\r moi4 ,si dans mes plus vieux j\rs1 aux appro*es du d"p1 je re/e1 comme je l'espre1 dans la mme position o je suis1 leur lecture me rappell]a la d\ceur que je gte les crire1 et1 faisant r5atre a9si p\r moi le temps pass1 d\bl]a p\r a9si dire mon exi/5ce4 ,en dpit des hommes je saurai gt] encore le *>me de la socit1 et je vivrai dcrpit avec moi dans un autre ge comme je vivrois avec un mo9s vieux ami4 ,j'crivois mes premires ,confessions et mes ,dialogues dans un s\ci cont9uel sur les moy5s de les drob] aux ma9s rapaces de mes p]scuteurs1 p\r les transmettre1 s'il toit possible1 d'autres gnrations4 ,la mme inquitude ne me t\rm5te plus p\r cet crit2 je sais qu'elle s]oit inutile1 et le dsir d'tre mieux connu des hommes1 s'tant te9t dans mon cur1 n'y laisse qu'une indiffr5ce pr(onde sur le sort et de mes vrais crits et des monum5s de mon innoc5ce1 qui dj peut-tre ont t t\s p\r jamais anantis4 ,qu'on pie ce que je fais1 qu'on s'inquite de ces feuilles1 qu'on s'en emp>e1 qu'on les supprime1 qu'on les falsifie1 t\t cela m'e/ gal dsormais4 ,je ne les ca*e ni ne les montre4 ,si on me les enlve de mon vivant1 on ne m'enlv]a ni le plaisir de les avoir crites1 ni le s\v5ir de leur cont5u1 ni les mditations solitaires dont elles sont le fruit1 et dont la s\rce ne peut s'te9dre qu'avec mon me4 ,si ds mes premires calamits j'avois su ne po9t regimb] contre ma de/9e et pr5dre le p>ti que je pr5ds auj\rd'hui1 t\s les ef=ts des hommes1 t\tes leurs p\vantables ma*9es euss5t t sur moi sans effet1 et ils n'auroi5t pas plus tr\bl mon repos p> t\tes leurs trames qu'ils ne peuv5t le tr\bl] dsormais p> t\s leurs succs3 qu'ils j\iss5t leur gr de mon opprobre1 ils ne m'emp*]ont pas de j\ir de mon innoc5ce et d'a*ev] mes j\rs en paix malgr eux4 ,figure #jd ,figure #je ,,seconde ,,prom5ade ,ayant donc =m le projet de dcrire l'tat habituel de mon me dans la plus trange position o se puisse jamais tr\v] un mortel1 je n'ai vu nulle manire plus simple et plus sre d'excut] cette entreprise que de t5ir un regi/re fidle de mes prom5ades solitaires et des rv]ies qui les rempliss5t1 qu& je laisse ma tte entirem5t libre et mes ides suivre leur p5te sans rsi/ance et sans gne4 ,ces heures de solitude et de mditation sont les seules de la j\rne o je sois ple9em5t moi et moi1 sans div]sion1 sans ob/acle1 et o je puisse vritablem5t dire tre ce que la nature a v\lu4 ,j'ai bi5tt s5ti que j'avois trop t>d d'excut] ce projet4 ,mon imag9ation1 dj mo9s vive1 ne s'enflamme plus1 comme autrefois1 la contemplation de l'objet qui l'anime2 je m'enivre mo9s du dlire de la rv]ie2 il y a plus de rm9isc5ce que de cration dans ce qu'elle produit dsormais2 un tide alanguissem5t n]ve t\tes mes facults2 l'esprit de vie s'te9t en moi p> degrs2 mon me ne s'lance plus qu'avec pe9e hors de sa caduque enveloppe1 et1 sans l'esprance de l'tat auquel j'aspire p>ce que je m'y s5s avoir droit1 je n'exi/]ois plus que p> des s\v5irs3 a9si1 p\r me contempl] moi-mme avant mon dcl91 il faut que je remonte au mo9s de quelques annes au temps o1 p]dant t\t espoir ici-bas et ne tr\vant plus d'alim5t p\r mon cur sur la t]re1 je m'acc\tumois peu peu le n\rrir de sa propre sub/ance et *]*] t\te sa pture au d$ans de moi4 ,cette ress\rce1 dont je m'avisai trop t>d1 dev9t si fconde qu'elle suffit bi5tt p\r me ddommag] de t\t4 ,l'habitude de r5tr] en moi-mme me fit p]dre enf9 le s5tim5t et presque le s\v5ir de mes maux4 ,j'appris a9si p> ma propre expri5ce que la s\rce du vrai bonheur e/ en n\s1 et qu'il ne dp5d pas des hommes de r5dre vraim5t misrable celui qui sait v\loir tre heureux4 ,depuis quatre ou c9q ans je gtois habituellem5t ces dlices int]nes que tr\v5t dans la contemplation les mes aimantes et d\ces4 ,ces ravissem5s1 ces extases1 que j'pr\vois quelquefois en me prom5ant a9si seul1 toi5t des j\issances que je devois mes p]scuteurs3 sans eux je n'aurois jamais tr\v ni connu les trsors que je portois en moi-mme4 ,au milieu de tant de ri*esses1 comm5t en t5ir un regi/re fidle8 ,en v\lant me rappel] tant de d\ces rv]ies1 au lieu de les dcrire j'y retombois4 ,c'e/ un tat que son s\v5ir ramne1 et qu'on cess]oit bi5tt de connotre en cessant t\t fait de le s5tir4 ,j'pr\vai bi5 cet effet dans les prom5ades qui suivir5t le projet d'crire la suite de mes ,confessions1 surt\t dans celle dont je vais p>l]1 et dans laquelle un accid5t imprvu v9t rompre le fil de mes ides et leur donn] p\r quelque temps un autre c\rs4 ,le jeudi #bd octobre #aggf1 je suivis aprs dn] les b\lev>ts jusqu' la rue du ,*em9-,v]t1 p> laquelle je gagnois les hauteurs de ,mnilmontant1 et de l1 pr5ant les s5ti]s trav]s les vignes et les prairies1 je trav]sois jusqu' ,*>onne le riant paysage qui sp>e ces deux villages2 puis je fis un dt\r p\r rev5ir p> les mmes prairies en pr5ant un autre *em94 ,je m'amusois les p>c\rir avec ce plaisir et cet intrt que m'ont t\j\rs donn des sites agrables1 et m'arrtant quelquefois fix] des plantes dans la v]dure4 ,j'en ap]u deux que je voyois assez r>em5t aut\r de ,p>is1 et que je tr\vai trs abondantes dans ce canton-l4 ,l'une e/ le ,picris hi]aciodes1 de la famille des composes1 et l'autre le ,buplevrum falcatum1 de celle des ombellifres4 ,cette dc\v]te me rj\it et m'amusa trs longtemps1 et f9it p> celle d'une plante encore plus r>e1 surt\t dans un pays lev1 savoir1 le ,c]a/ium aquaticum1 que1 malgr l'accid5t qui m'arriva le mme j\r1 j'ai retr\v dans un livre que j'avois sur moi1 et plac dans mon h]bi]4 ,enf91 aprs avoir p>c\ru en dtail plusieurs autres plantes que je voyois encore en fleurs1 et dont l'aspect et l'numration qui m'toit familire me donnoi5t nanmo9s t\j\rs du plaisir1 je quittai peu peu ces m5ues obs]vations p\r me livr] l'impression non mo9s agrable1 mais plus t\*ante1 que faisoit sur moi l'ensemble de t\t cela4 ,depuis quelques j\rs on avoit a*ev la v5dange2 les prom5eurs de la ville s'toi5t dj retirs1 les paysans aussi quittoi5t les *amps jusqu'aux travaux d'hiv]4 ,la campagne1 encore v]te et riante1 mais dfeuille en p>tie et dj presque ds]te1 (froit p>t\t l'image de la solitude et des appro*es de l'hiv]4 ,il rsultoit de son aspect un mlange d'impression d\ce et tri/e1 trop analogue mon ge et mon sort p\r que je ne m'en fisse pas l'application4 ,je me voyois au dcl9 d'une vie innoc5te et in=tune1 l'me encore ple9e de s5tim5s vivaces1 et l'esprit encore orn de quelques fleurs1 mais dj fltries p> la tri/esse et dess*es p> les ennuis4 ,seul et dlaiss1 je s5tois v5ir le froid des premires glaces1 et mon imag9ation t>issante ne peuploit plus ma solitude d'tres =ms selon mon cur4 ,je me disois en s\pirant3 ,qu'ai-je fait ici-bas8 ,j'tois fait p\r vivre1 et je meurs sans avoir vcu4 ,au mo9s ce n'a pas t ma faute1 et je port]ai l'auteur de mon tre1 s9on l'(fr&e des bonnes uvres qu'on ne m'a pas laiss faire1 du mo9s un tribut de bonnes int5tions fru/res1 de s5tim5s sa9s1 mais r5dus sans effet1 et d'une pati5ce l'preuve des mpris des hommes4 ,je m'att5drissois sur ces rflexions1 je rcapitulois les m\vem5s de mon me ds ma jeunesse1 et p5dant mon ge mr1 et depuis qu'on m'a sque/r de la socit des hommes1 et durant la longue retraite dans laquelle je dois a*ev] mes j\rs4 ,je rev5ois avec complaisance sur t\tes les affections de mon cur1 sur ses atta*em5s si t5dres1 mais si aveugles1 sur les ides mo9s tri/es que consolantes dont mon esprit s'toit n\rri depuis quelques annes1 et je me prp>ois les rappel] assez p\r les dcrire avec un plaisir presque gal celui que j'avois pris m'y livr]4 ,mon aprs-midi se passa dans ces paisibles mditations1 et je m'en rev5ois trs cont5t de ma j\rne1 qu&1 au =t de ma rv]ie1 j'en fus tir p> l'vnem5t qui me re/e racont]4 ,j'tois1 sur les six heures1 la desc5te de ,mnilmontant1 presque vis--vis du ,galant-,j>d9i]1 qu&1 des p]sonnes qui m>*oi5t devant moi s'tant t\t c\p brusquem5t c>tes1 je vis fondre sur moi un gros *i5 danois qui1 s'lanant t\tes jambes devant un c>rosse1 n'eut pas mme le temps de ret5ir sa c\rse ou de se dt\rn] qu& il m'ap]ut4 ,je jugeai que le seul moy5 que j'avois d'vit] d'tre jet p> t]re toit de faire un gr& saut1 si ju/e que le *i5 passt s\s moi t&is que je s]ois en l'air4 ,cette ide1 plus prompte que l'clair1 et que je n'eus le temps ni de raisonn] ni d'excut]1 fut la d]nire avant mon accid5t4 ,je ne s5tis ni le c\p1 ni la *ute1 ni ri5 de ce qui s'ensuivit1 jusqu'au mom5t o je rev9s moi4 ,il toit presque nuit qu& je repris connoissance4 ,je me tr\vai entre les bras de trois ou quatre jeunes g5s qui me racontr5t ce qui v5oit de m'arriv]4 ,le *i5 danois1 n'ayant pu ret5ir son lan1 s'toit prcipit sur mes deux jambes1 et1 me *oquant de sa masse et de sa vitesse1 m'avoit fait tomb] la tte en avant2 la m*oire suprieure1 portant t\t le poids de mon corps1 avoit frapp sur un pav trs raboteux1 et la *ute avoit t d'autant 'plus viol5te qu'tant la desc5te1 ma tte avoit donn plus bas que mes pi$s4 ,le c>rosse auquel app>t5oit le *i5 suivoit immdiatem5t1 et m'auroit pass sur le corps si le co*] n'et l'in/ant ret5u ses *evaux4 ,voil ce que j'appris p> le rcit de ceux qui m'avoi5t relev et qui me s\t5oi5t encore lorsque je rev9s moi4 ,l'tat auquel je me tr\vai dans cet in/ant e/ trop s+uli] p\r n'en pas faire ici la description4 ,la nuit s'avanoit4 ,j'ap]u le ciel1 quelques toiles et un peu de v]dure4 ,cette premire s5sation fut un mom5t dlicieux4 ,je ne me s5tois encore que p> l4 ,je naissois dans cet in/ant la vie1 et il me sembloit que je remplissois de ma lgre exi/5ce t\s les objets que j'ap]cevois4 ,t\t enti] au mom5t prs5t1 je ne me s\v5ois de ri52 je n'avois nulle notion di/9cte de mon individu1 pas la mo9dre ide de ce qui v5oit de m'arriv]2 je ne savois ni qui j'tois1 ni o j'tois2 je ne s5tois ni mal1 ni cra9te1 ni inquitude4 ,je voyois c\l] mon sang comme j'aurois vu c\l] un ruisseau1 sans song] seulem5t que ce sang m'app>tnt en aucune sorte4 ,je s5tois dans t\t mon tre un calme ravissant1 auquel1 *aque fois que je me le rappelle1 je ne tr\ve ri5 de comp>able dans t\te l'activit des plaisirs connus4 ,on me dem&a o je demeurois2 il me fut impossible de le dire4 ,je dem&ai o j'tois2 on me dit la ,haute-,borne1 c'toit comme si l'on m'et dit au mont ,atlas4 ,il fallut dem&] successivem5t le pays1 la ville et le qu>ti] o je me tr\vois3 encore cela ne put-il suffire p\r me reconnotre2 il me fallut t\t le trajet de l jusqu'au b\lev>d p\r me rappel] ma demeure et mon nom4 ,un monsieur que je ne connoissois pas1 et qui eut la *>it de m'accompagn] quelque temps1 appr5ant que je demeurois si lo91 me conseilla de pr5dre au ,temple un fiacre p\r me reconduire *ez moi4 ,je m>*ois trs bi51 trs lgrem5t1 sans s5tir ni d\leur ni blessure1 quoique je cra*asse t\j\rs beauc\p de sang4 ,mais j'avois un frisson glacial qui faisoit claqu] d'une faon trs incommode mes d5ts fracasses4 ,arriv au ,temple1 je p5sai que1 puisque je m>*ois sans pe9e1 il valoit mieux cont9u] a9si ma r\te pi$ que de m'expos] prir de froid dans un fiacre4 ,je fis a9si la demi-lieue qu'il y a du ,temple la rue ,pltrire1 m>*ant sans pe9e1 vitant les emb>ras1 les voitures1 *oisissant et suivant mon *em9 t\t aussi bi5 que j'aurois pu faire en ple9e sant4 ,j'arrive1 j'ouvre le secret qu'on a fait mettre la porte de la rue1 je monte l'escali] dans l'obscurit1 et j'entre enf9 *ez moi sans autre accid5t que ma *ute et ses suites1 dont je ne m'ap]cevois pas mme encore alors4 ,les cris de ma femme en me voyant me fir5t compr5dre que j'tois plus maltrait que je ne p5sois4 ,je passai la nuit sans connotre encore et s5tir mon mal4 ,voici ce que je s5tis et tr\vai le l5dema93 j'avois la lvre suprieure f5due en d$ans jusqu'au nez2 en dehors1 la peau l'avoit mieux g>antie1 et emp*oit la totale sp>ation2 quatre d5ts enfonces la m*oire suprieure1 t\te la p>tie du visage qui la c\vre extrmem5t enfle et meurtrie1 le p\ce droit f\l et trs gros1 le p\ce gau*e grivem5t bless1 le bras gau*e f\l1 le g5\ gau*e aussi trs enfl1 et qu'une contusion =te et d\l\reuse emp*oit totalem5t de pli]4 ,mais1 avec t\t ce fracas1 ri5 de bris1 pas mme une d5t1 bonheur qui ti5t du prodige dans une *ute comme celle-l4 ,voil trs fidlem5t l'hi/oire de mon accid5t4 ,en peu de j\rs cette hi/oire se rp&it dans ,p>is1 tellem5t *ange et dfigure qu'il toit impossible d'y ri5 connotre4 ,j'aurois d compt] d'avance sur cette mtamorphose2 mais il s'y joignit tant de circon/ances biz>res1 tant de propos obscurs et de rtic5ces l'accompagnr5t1 on m'en p>loit d'un air si risiblem5t discret1 que t\s ces my/res m'inquitr5t4 ,j'ai t\j\rs ha les tnbres2 elles m'inspir5t naturellem5t une horreur que celles dont on m'environne depuis tant d'annes n'ont pas d dim9u]4 ,p>mi t\tes les s+ul>its de cette poque1 je n'en rem>qu]ai qu'une1 mais suffisante p\r faire jug] des autres4 ,m9999991 avec lequel je n'avois jamais eu aucune relation1 envoya son secrtaire s'in=m] de mes n\velles1 et me faire d'in/antes (fres de s]vice qui ne me p>ur5t pas1 dans la circon/ance1 d'une gr&e utilit p\r mon s\lagem5t4 ,son secrtaire ne laissa pas de me press] trs vivem5t de me prvaloir de ses (fres1 jusqu' me dire que1 si je ne me fiois pas lui1 je p\vois crire directem5t ,m9999994 ,ce gr& empressem5t et l'air de confid5ce qu'il y joignit me fir5t compr5dre qu'il y avoit s\s t\t cela quelque my/re que je *]*ois va9em5t pntr]4 ,il n'en falloit pas tant p\r m'eff>\*]1 surt\t dans l'tat d'agitation o mon accid5t et la fivre qui s'y toit jo9te avoi5t mis ma tte4 ,je me livrois mille conjectures inquitantes et tri/es1 et je faisois sur t\t ce qui se passoit aut\r de moi des comm5taires qui m>quoi5t plutt le dlire de la fivre que le sang-froid d'un homme qui ne pr5d plus d'intrt ri54 ,un autre vnem5t v9t a*ev] de tr\bl] ma tranquillit4 ,mme 999999 m'avoit re*]* depuis quelques annes1 sans que je pusse dev9] p\rquoi4 ,de petits cadeaux affects1 de frqu5tes visites1 sans objet et sans plaisir1 me m>quoi5t assez un b secret t\t cela1 mais ne me le montroi5t pas4 ,elle m'avoit p>l d'un roman qu'elle v\loit faire p\r le prs5t] la re9e4 ,je lui avois dit ce que je p5sois des femmes auteurs4 ,elle m'avoit fait ent5dre que ce projet avoit p\r b le rtablissem5t de sa =tune1 p\r lequel elle avoit beso9 de protection2 je n'avois ri5 rpondre cela4 ,elle me dit depuis que1 n'ayant pu avoir accs auprs de la re9e1 elle toit dt]m9e donn] son livre au public4 ,ce n'toit plus le cas de lui donn] des conseils qu'elle ne me dem&oit pas1 et qu'elle n'auroit pas suivis4 ,elle m'avoit p>l de me montr] aup>avant le manuscrit4 ,je la priai de n'en ri5 faire1 et elle n'en fit ri54 ,un beau j\r1 durant ma convalesc5ce1 je reu de sa "p ce livre t\t imprim et mme reli1 et je vis dans la prface de si grosses l\anges de moi1 si maussadem5t plaques et avec tant d'affectation1 que j'en fus dsagrablem5t affect4 ,la rude flagorn]ie qui s'y faisoit s5tir ne s'allia jamais avec la bi5veillance2 mon cur ne sauroit se tromp] l-dessus4 ,quelques j\rs aprs1 ,mme 999999 me v9t voir avec sa fille4 ,elle m'apprit que son livre faisoit le plus gr& bruit cause d'une note qui le lui attiroit3 j'avois pe9e rem>qu cette note en p>c\rant rapidem5t ce roman4 ,je la relus aprs le d"p de ,mme 9999992 j'en exam9ai la t\rnure2 j'y crus tr\v] le motif de ses visites1 de ses cajol]ies1 des grosses l\anges de sa prface2 et je jugeai que t\t cela n'avoit d'autre b que de dispos] le public m'attribu] la note1 et p> consqu5t le blme qu'elle p\voit attir] son auteur dans la circon/ance o elle toit publie4 ,je n'avois aucun moy5 de dtruire ce bruit et l'impression qu'il p\voit faire2 et t\t ce qui dp5doit de moi toit de ne pas l'entret5ir1 en s\ffrant la cont9uation des va9es et o/5sibles visites de ,mme 999999 et de sa fille4 ,voici p\r cet effet le billet que j'crivis la mre3 ,r\sseau1 ne recevant *ez lui aucun auteur1 rem]cie ,mme 999999 de ses bonts et la prie de ne plus l'honor] de ses visites4 ,elle me rpondit p> une lettre honnte dans la =me1 mais t\rne comme t\tes celles que l'on m'crit en p>eil cas4 ,j'avois b>b>em5t port le poign>d dans son cur s5sible1 et je devois croire1 au ton de sa lettre1 qu'ayant p\r moi des s5tim5s si vifs et si vrais elle ne support]oit po9t sans m\rir cette rupture4 ,c'e/ a9si que la droiture et la fran*ise en t\te *ose sont des crimes affreux dans le monde2 et je p>otrois mes contempora9s m*ant et froce qu& je n'aurois leurs yeux d'autre crime que de n'tre pas faux et p]fide comme eux4 ,j'tois dj sorti plusieurs fois1 et je me prom5ois mme assez s\v5t aux ,tuil]ies1 qu& je vis1 l'tonnem5t de plusieurs de ceux qui me r5controi5t1 qu'il y avoit encore mon g>d quelque autre n\velle que j'ignorois4 ,j'appris enf9 que le bruit public toit que j'tois mort de ma *ute2 et ce bruit se rp&it si rapidem5t et si op9itrm5t que1 plus de qu9ze j\rs aprs que j'en fus in/ruit1 l'on en p>la la c\r comme d'une *ose sre4 ,le ,c\rri] d',avignon1 ce qu'on eut so9 de m'crire1 annonant cette heureuse n\velle1 ne manqua pas d'anticip] cette occasion sur le tribut d'outrages et d'indignits qu'on prp>e ma mmoire aprs ma mort1 en =me d'oraison funbre4 ,cette n\velle fut accompagne d'une circon/ance encore plus s+ulire que je n'appris que p> has>d1 et dont je n'ai pu savoir aucun dtail4 ,c'e/ qu'on avoit ouv]t en mme temps une s\scription p\r l'impression des manuscrits que l'on tr\v]oit *ez moi4 ,je compris p> l qu'on t5oit prt un recueil d'crits fabriqus t\t exprs p\r me les attribu] d'abord aprs ma mort3 c> de p5s] qu'on imprimt fidlem5t aucun de ceux qu'on p\rroit tr\v] en effet1 c'toit une btise qui ne p\voit entr] dans l'esprit d'un homme s5s1 et dont qu9ze ans d'expri5ce ne m'ont que trop g>anti4 ,ces rem>ques1 faites c\p sur c\p1 et suivies de beauc\p d'autres qui n'toi5t gure mo9s tonnantes1 eff>\*r5t d]e*ef mon imag9ation que je croyois amortie2 et ces noires tnbres1 qu'on r5=oit sans rel*e aut\r de moi1 ranimr5t t\te l'horreur qu'elles m'inspir5t naturellem5t4 ,je me fatiguai faire sur t\t cela mille comm5taires1 et t*] de compr5dre des my/res qu'on a r5dus inexplicables p\r moi4 ,le seul rsultat con/ant de tant d'nigmes fut la confirmation de t\tes mes conclusions prcd5tes1 savoir1 que1 la de/9e de ma p]sonne et celle de ma rputation ayant t fixes de conc]t p> t\te la gnration prs5te1 nul ef=t de ma "p ne p\voit m'y s\/raire1 puisqu'il m'e/ de t\te impossibilit de transmettre aucun dpt d'autres ges sans le faire pass] dans celui-ci p> des ma9s intresses le supprim]4 ,mais cette fois j'allai plus lo94 ,l'amas de tant de circon/ances =tuites1 l'lvation de t\s mes plus cruels ennemis1 affecte1 p\r a9si dire1 p> la =tune1 t\s ceux qui g\v]n5t l'tat1 t\s ceux qui dirig5t l'op9ion publique1 t\s les g5s en place1 t\s les hommes en crdit1 tris comme sur le volet p>mi ceux qui ont contre moi quelque animosit secrte1 p\r conc\rir au commun complot1 cet accord univ]sel e/ trop extraord9aire p\r tre purem5t =tuit4 ,un seul homme qui et refus d'en tre complice1 un seul vnem5t qui lui et t contraire1 une seule circon/ance imprvue qui lui et fait ob/acle1 suffisoit p\r le faire *\]4 ,mais t\tes les volonts1 t\tes les fatalits1 la =tune et t\tes les rvolutions1 ont aff]mi l'uvre des hommes2 et un conc\rs si frappant1 qui ti5t du prodige1 ne peut me laiss] d\t] que son ple9 succs ne soit crit dans les dcrets t]nels4 ,des f\les d'obs]vations p>ticulires1 soit dans le pass1 soit dans le prs5t1 me confirm5t tellem5t dans cette op9ion que je ne puis m'emp*] de reg>d] dsormais comme un de ces secrets du ,ciel impntrables la raison huma9e la mme uvre que je n'envisageois jusqu'ici que comme un fruit de la m*ancet des hommes4 ,cette ide1 lo9 de m'tre cruelle et d*irante1 me console1 me tranquillise1 et m'aide me rsign]4 ,je ne vais pas si lo9 que sa9t ,augu/91 qui se ft consol d'tre damn si telle et t la volont de ,dieu3 ma rsignation vi5t d'une s\rce mo9s ds9tresse1 il e/ vrai1 mais non mo9s pure1 et plus digne mon gr de l'tre p>fait que j'adore4 ,dieu e/ ju/e2 il veut que je s\ffre1 et il sait que je suis innoc5t4 ,voil le motif de ma confiance2 mon cur et ma raison me cri5t qu'elle ne me tromp]a pas4 ,laissons donc faire les hommes et la de/9e2 appr5ons s\ffrir sans murmure3 t\t doit la f9 r5tr] dans l'ordre1 et mon t\r vi5dra tt ou t>d4 ,figure #jf ,figure #jg ,,troisi,,me ,,prom5ade ,je devi5s vieux en appr5ant t\j\rs4 ,solon rptoit s\v5t ce v]s dans sa vieillesse4 ,il a un s5s dans lequel je p\rrois le dire aussi dans la mi5ne2 mais c'e/ une bi5 tri/e sci5ce que celle que depuis v+t ans l'expri5ce m'a fait acqurir3 l'ignorance e/ encore prfrable4 ,l'adv]sit sans d\te e/ un gr& matre2 mais ce matre fait pay] *] ses leons1 et s\v5t le pr(it qu'on en retire ne vaut pas le prix qu'elles ont cot4 ,d'ailleurs1 avant qu'on ait obt5u t\t cet acquis p> des leons si t>dives1 l'-propos d'en us] se passe4 ,la jeunesse e/ le temps d'tudi] la sagesse2 la vieillesse e/ le temps de la pratiqu]4 ,l'expri5ce in/ruit t\j\rs1 je l'av\e2 mais elle ne pr(ite que p\r l'espace qu'on a devant soi4 ,e/-il temps1 au mom5t qu'il faut m\rir1 d'appr5dre comm5t on auroit d vivre8 ,eh6 que me s]v5t des lumires si t>d et si d\l\reusem5t acquises sur ma de/9e et sur les passions d'autrui dont elle e/ l'uvre8 ,je n'ai appris mieux connotre les hommes que p\r mieux s5tir la misre o ils m'ont plong1 sans que cette connoissance1 en me dc\vrant t\s leurs piges1 m'en ait pu faire vit] aucun4 ,que ne suis-je re/ t\j\rs dans cette imbcile mais d\ce confiance qui me r5dit durant tant d'annes la proie et le j\et de mes bruyans amis1 sans qu'envelopp de t\tes leurs trames j'en eusse mme le mo9dre s\pon6 ,j'tois leur dupe et leur victime1 il e/ vrai1 mais je me croyois aim d'eux1 et mon cur j\issoit de l'amiti qu'ils m'avoi5t inspire1 en leur en attribuant autant p\r moi4 ,ces d\ces illusions sont dtruites4 ,la tri/e vrit1 que le temps et la raison m'ont dvoile1 en me faisant s5tir mon malheur1 m'a fait voir qu'il toit sans remde1 et qu'il ne me re/oit qu' m'y rsign]4 ,a9si t\tes les expri5ces de mon ge sont p\r moi1 dans mon tat1 sans utilit prs5te et sans pr(it p\r l'av5ir4 ,n\s entrons en lice notre naissance1 n\s en sortons la mort4 ,que s]t d'appr5dre mieux conduire son *> qu& on e/ au b\t de la c>rire8 ,il ne re/e plus p5s] alors que comm5t on en sortira4 ,l'tude d'un vieill>d1 s'il lui en re/e encore faire1 e/ uniquem5t d'appr5dre m\rir2 et c'e/ prcism5t celle qu'on fait le mo9s mon ge2 on y p5se t\t1 hormis cela4 ,t\s les vieill>ds ti5n5t plus la vie que les enfans1 et en sort5t de plus mauvaise grce que les jeunes g5s4 ,c'e/ que1 t\s leurs travaux ayant t p\r cette vie1 ils voi5t sa f9 qu'ils ont p]du leurs pe9es4 ,t\s leurs so9s1 t\s leurs bi5s1 t\s les fruits de leurs laborieuses veilles1 ils quitt5t t\t qu& ils s'en vont4 ,ils n'ont song ri5 acqurir durant leur vie qu'ils puss5t emport] leur mort4 ,je me suis dit t\t cela qu& il toit temps de me le dire1 et si je n'ai pas mieux su tir] p>ti de mes rflexions1 ce n'e/ pas faute de les avoir faites temps et de les avoir bi5 digres4 ,jet ds mon enfance dans le t\rbillon du monde1 j'appris de bonne heure1 p> l'expri5ce1 que je n'tois pas fait p\r y vivre1 et que je n'y p>vi5drois jamais l'tat dont mon cur s5toit le beso94 ,cessant donc de *]*] p>mi les hommes le bonheur que je s5tois n'y p\voir tr\v]1 mon ard5te imag9ation sautoit dj p>-dessus l'espace de ma vie1 pe9e comm5ce1 comme sur un t]ra9 qui m'toit trang]1 p\r se repos] sur une assiette tranquille o je pusse me fix]4 ,ce s5tim5t1 n\rri p> l'ducation ds mon enfance1 et r5=c1 durant t\te ma vie1 p> ce long tissu de misres et d'in=tunes qui l'a remplie1 m'a fait *]*]1 dans t\s les temps1 connotre la nature et la de/9ation de mon tre avec plus d'intrt et de so9 que je n'en ai tr\v dans aucun autre homme4 ,j'en ai beauc\p vu qui philosophoi5t bi5 plus doctem5t que moi1 mais leur philosophie leur toit p\r a9si dire trangre4 ,v\lant tre plus savans que d'autres1 ils tudioi5t l'univ]s p\r savoir comm5t il toit arrang1 comme ils auroi5t tudi quelque ma*9e qu'ils auroi5t ap]ue1 p> pure curiosit4 ,ils tudioi5t la nature huma9e p\r en p\voir p>l] savamm5t1 mais non pas p\r se connotre2 ils travailloi5t p\r in/ruire les autres1 mais non pas p\r s'clair] en d$ans4 ,plusieurs d'entre eux ne v\loi5t que faire un livre1 n'importoit quel1 p\rvu qu'il ft accueilli4 ,qu& le leur toit fait et publi1 son cont5u ne les intressoit plus en aucune sorte1 si ce n'e/ p\r le faire adopt] aux autres et p\r le df5dre au cas qu'il ft attaqu1 mais du re/e sans en ri5 tir] p\r leur propre usage1 sans s'emb>rass] mme que ce cont5u ft faux ou vrai1 p\rvu qu'il ne ft pas rfut4 ,p\r moi1 qu& j'ai dsir d'appr5dre1 c'toit p\r savoir moi-mme1 et non pas p\r enseign]2 j'ai t\j\rs cru qu'avant d'in/ruire les autres il falloit comm5c] p> savoir assez p\r soi2 et de t\tes les tudes que j'ai t* de faire en ma vie au milieu des hommes1 il n'y en a gure que je n'eusse faites galem5t seul dans une le ds]te o j'aurois t conf9 p\r le re/e de mes j\rs4 ,ce qu'on doit faire dp5d beauc\p de ce qu'on doit croire2 et1 dans t\t ce qui ne ti5t pas aux premi]s beso9s de la nature1 nos op9ions sont la rgle de nos actions4 ,dans ce pr9cipe1 qui fut t\j\rs le mi51 j'ai *]* s\v5t et longtemps1 p\r dirig] l'emploi de ma vie1 connotre sa vritable f91 et je me suis bi5tt consol de mon peu d'aptitude me conduire habilem5t dans ce monde1 en s5tant qu'il n'y falloit pas *]*] cette f94 ,n dans une famille o rgnoi5t les murs et la pit1 lev ensuite avec d\ceur *ez un m9i/re ple9 de sagesse et de religion1 j'avois reu ds ma plus t5dre enfance des pr9cipes1 des maximes1 d'autres diroi5t des prjugs qui ne m'ont jamais t\t fait ab&onn4 ,enfant encore1 et livr moi-mme1 all* p> des c>esses1 sduit p> la vanit1 leurr p> l'esprance1 =c p> la ncessit1 je me fis ca?olique1 mais je demeurai t\j\rs *rti52 et bi5tt1 gagn p> l'habitude1 mon cur s'atta*a s9crem5t ma n\velle religion4 ,les in/ructions1 les exemples de ,mme de ,w>5s1 m'aff]mir5t dans cet atta*em5t4 ,la solitude *amptre o j'ai pass la fleur de ma jeunesse1 l'tude des bons livres laquelle je me livrai t\t enti]1 r5=cr5t auprs d'elle mes dispositions naturelles aux s5tim5s affectueux1 et me r5dir5t dvot presque la manire de ,fnlon4 ,la mditation dans la retraite1 l'tude de la nature1 la contemplation de l'univ]s1 =c5t un solitaire s'lanc] incessamm5t v]s l'auteur des *oses1 et *]*] avec une d\ce inquitude la f9 de t\t ce qu'il voit et la cause de t\t ce qu'il s5t4 ,lorsque ma de/9e me rejeta dans le torr5t du monde1 je n'y retr\vai plus ri5 qui pt flatt] un mom5t mon cur4 ,le regret de mes d\x loisirs me suivit p>t\t1 et jeta l'indiffr5ce et le dgt sur t\t ce qui p\voit se tr\v] ma porte1 propre m5] la =tune et aux honneurs4 ,inc]ta9 dans mes inquiets dsirs1 j'esprois peu1 j'obt9s mo9s1 et je s5tis1 dans des lueurs mme de prosprit1 que1 qu& j'aurois obt5u t\t ce que je croyois *]*]1 je n'y aurois po9t tr\v ce bonheur dont mon cur toit avide sans en savoir dml] l'objet4 ,a9si t\t contribuoit dta*] mes affections de ce monde1 mme avant les malheurs qui devoi5t m'y r5dre t\t fait trang]4 ,je p>v9s jusqu' l'ge de qu>ante ans1 flottant entre l'indig5ce et la =tune1 entre la sagesse et l'g>em5t1 ple9 de vices d'habitude sans aucun mauvais p5*ant dans le cur1 vivant au has>d sans pr9cipes bi5 dcids p> ma raison1 et di/rait sur mes devoirs sans les mpris]1 mais s\v5t sans les bi5 connotre4 ,ds ma jeunesse j'avois fix cette poque de qu>ante ans comme le t]me de mes ef=ts p\r p>v5ir1 et celui de mes prt5tions en t\t g5re2 bi5 rsolu1 ds cet ge atte9t et dans quelque situation que je fusse1 de ne plus me dbattre p\r en sortir1 et de pass] le re/e de mes j\rs vivre au j\r la j\rne sans plus m'occup] de l'av5ir4 ,le mom5t v5u1 j'excutai ce projet sans pe9e1 et1 quoique alors ma =tune semblt v\loir pr5dre une assiette plus fixe1 j'y r5onai1 non seulem5t sans regret1 mais avec un plaisir vritable4 ,en me dlivrant de t\s ces leurres1 de t\tes ces va9es esprances1 je me livrai ple9em5t l'incurie et au repos d'esprit qui fut t\j\rs mon gt le plus dom9ant et mon p5*ant le plus durable4 ,je quittai le monde et ses pompes4 ,je r5onai t\tes p>ures2 plus d'pe1 plus de montre1 plus de bas blancs1 de dorure1 de coiffure2 une p]ruque t\te simple1 un bon gros habit de drap2 et1 mieux que t\t cela1 je drac9ai de mon cur les cupidits et les convoitises qui donn5t du prix t\t ce que je quittois4 ,je r5onai la place que j'occupois alors1 p\r laquelle je n'tois nullem5t propre1 et je me mis copi] de la musique tant la page1 occupation p\r laquelle j'avois eu t\j\rs un gt dcid4 ,je ne bornai pas ma r=me aux *oses extrieures4 ,je s5tis que celle-l mme en exigeoit une autre plus pnible1 sans d\te1 mais plus ncessaire dans les op9ions2 et1 rsolu de n'en pas faire deux fois1 j'entrepris de s\mettre mon intrieur un exam5 svre qui le rglt p\r le re/e de ma vie tel que je v\lois le tr\v] ma mort4 ,une gr&e rvolution qui v5oit de se faire en moi2 un autre monde moral qui se dvoiloit mes reg>ds2 les ins5ss jugem5s des hommes1 dont1 sans prvoir encore combi5 j'en s]ois la victime1 je comm5ois s5tir l'absurdit2 le beso9 t\j\rs croissant d'un autre bi5 que la gloriole littraire dont pe9e la vapeur m'avoit atte9t que j'en tois dj dgt2 le dsir enf9 de trac] p\r le re/e de ma c>rire une r\te mo9s inc]ta9e que celle dans laquelle j'en v5ois de pass] la plus belle moiti1 t\t m'obligeoit cette gr&e revue dont je s5tois depuis longtemps le beso94 ,je l'entrepris donc1 et je ne ngligeai ri5 de ce qui dp5doit de moi p\r bi5 excut] cette entreprise4 ,c'e/ de cette poque que je puis dat] mon enti] r5oncem5t au monde1 et ce gt vif p\r la solitude qui ne m'a plus quitt depuis ce temps-l4 ,l'ouvrage que j'entrepr5ois ne p\voit s'excut] que dans une retraite absolue2 il dem&oit de longues et paisibles mditations que le tumulte de la socit ne s\ffre pas4 ,cela me =a de pr5dre p\r un temps une autre manire de vivre1 dont ensuite je me tr\vai si bi5 que1 ne l'ayant int]rompue depuis lors que p> =ce et p\r peu d'in/ans1 je l'ai reprise de t\t mon cur et m'y suis born sans pe9e aussitt que je l'ai pu2 et1 qu& ensuite les hommes m'ont rduit vivre seul1 j'ai tr\v qu'en me sque/rant p\r me r5dre misrable1 ils avoi5t plus fait p\r mon bonheur que je n'avois su faire moi-mme4 ,je me livrai au travail que j'avois entrepris avec un zle proportionn et l'importance de la *ose1 et au beso9 que je s5tois en avoir4 ,je vivois alors avec des philosophes mod]nes qui ne ressembloi5t gure aux anci5s4 ,au lieu de lev] mes d\tes et de fix] mes irrsolutions1 ils avoi5t branl t\tes les c]titudes que je croyois avoir sur les po9ts qu'il m'importoit le plus de connotre3 c>1 ard5s missionnaires d'a?isme et trs imprieux dogmatiques1 ils n'enduroi5t po9t sans colre que1 sur quelque po9t que ce pt tre1 on ost p5s] autrem5t qu'eux4 ,je m'tois df5du s\v5t assez foiblem5t p> ha9e p\r la dispute et p> peu de tal5t p\r la s\t5ir2 mais jamais je n'adoptai leur dsolante doctr9e2 et cette rsi/ance des hommes1 aussi intolrans1 qui d'ailleurs avoi5t leurs vues1 ne fut pas une des mo9dres causes qui attisr5t leur animosit4 ,ils ne m'avoi5t pas p]suad1 mais ils m'avoi5t inquit4 ,leurs argum5s m'avoi5t branl sans m'avoir jamais conva9cu2 je n'y tr\vois po9t de bonne rponse1 mais je s5tois qu'il y en devoit avoir4 ,je m'accusois mo9s d'erreur que d'ineptie1 et mon cur leur rpondoit mieux que ma raison4 ,je me dis enf93 ,me laiss]ai-je t]nellem5t ballott] p> les sophismes des mieux disans1 dont je ne suis pas mme sr que les op9ions qu'ils pr*5t et qu'ils ont tant d'ardeur faire adopt] aux autres soi5t bi5 les leurs eux-mmes8 ,leurs passions1 qui g\v]n5t leur doctr9e1 leur intrt de faire croire ceci ou cela1 r5d5t impossible pntr] ce qu'ils croi5t y eux-mmes4 ,peut-on *]*] de la bonne foi dans des *efs de p>ti8 ,leur philosophie e/ p\r les autres2 il m'en faudroit une p\r moi4 ,*]*ons-la de t\tes mes =ces t&is qu'il e/ temps encore1 af9 d'avoir une rgle fixe de conduite p\r le re/e de mes j\rs4 ,me voil dans la maturit de l'ge1 dans t\te la =ce de l'ent5dem5t2 dj je t\*e au dcl92 si j'att5ds encore1 je n'aurai plus1 dans ma dlibration t>dive1 l'usage de t\tes mes =ces2 mes facults intellectuelles auront dj p]du de leur activit2 je f]ai mo9s bi5 ce que je puis faire auj\rd'hui de mon mieux possible1 saisissons ce mom5t favorable3 il e/ l'poque de ma r=me ext]ne et matrielle1 qu'il soit aussi celle de ma r=me intellectuelle et morale4 ,fixons une bonne fois mes op9ions1 mes pr9cipes2 et soyons p\r le re/e de ma vie ce que j'aurai tr\v devoir tre aprs y avoir bi5 p5s4 ,j'excutai ce projet l5tem5t et div]ses reprises1 mais avec t\t l'ef=t et t\te l'att5tion dont j'tois capable4 ,je s5tois vivem5t que le repos du re/e de mes j\rs et mon sort total en dp5doi5t4 ,je m'y tr\vai d'abord dans un tel labyr9! d'emb>ras1 de difficults1 d'objections1 de tortuosits1 de tnbres1 que1 v+t fois t5t de t\t ab&onn]1 je fus prs1 r5onant de va9es re*]*es1 de m'en t5ir1 dans mes dlibrations aux rgles de la prud5ce commune1 sans plus en *]*] dans des pr9cipes que j'avois tant de pe9e dbr\ill]2 mais cette prud5ce mme m'toit tellem5t trangre1 je me s5tois si peu propre l'acqurir1 que la pr5dre p\r mon guide n'toit autre *ose que v\loir1 trav]s les m]s et les orages1 *]*]1 sans g\v]nail1 sans b\ssole1 un fanal presque inaccessible et qui ne m'indiquoit aucun port4 ,je p]si/ai3 p\r la premire fois de ma vie j'eus du c\rage1 et je dois son succs d'avoir pu s\t5ir l'horrible de/9e qui ds lors comm5oit m'envelopp] sans que j'en eusse le mo9dre s\pon4 ,aprs les re*]*es les plus ard5tes et les plus s9cres qui jamais peut-tre ai5t t faites p> aucun mortel1 je me dcidai p\r t\te ma vie sur t\s les s5tim5s qu'il m'importoit d'avoir2 et1 si j'ai pu me tromp] dans mes rsultats1 je suis sr au mo9s que mon erreur ne peut m'tre impute crime3 c> j'ai fait t\s mes ef=ts p\r m'en g>antir4 ,je ne d\te po9t1 il e/ vrai1 que les prjugs de l'enfance et les vux secrets de mon cur n'ai5t fait p5*] la balance du ct le plus consolant p\r moi4 ,on se df5d difficilem5t de croire ce qu'on dsire avec tant d'ardeur2 et qui peut d\t] que l'intrt d'admettre ou rejet] les jugem5s de l'autre vie ne dt]m9e la foi de la plup>t des hommes sur leur esprance ou leur cra9te8 ,t\t cela p\voit fasc9] mon jugem5t1 j'en convi5s1 mais non pas altr] ma bonne foi3 c> je craignois de me tromp] sur t\te *ose4 ,si t\t consi/oit dans l'usage de cette vie1 il m'importoit de le savoir1 p\r en tir] du mo9s le meilleur p>ti qu'il dp5droit de moi1 t&is qu'il toit encore temps1 et n'tre pas t\t fait dupe4 ,mais ce que j'avois le plus r$\t] au monde1 dans la disposition o je me s5tois1 toit d'expos] le sort t]nel de mon me p\r la j\issance des bi5s de ce monde1 qui ne m'ont jamais p>u d'un gr& prix4 ,j'av\e encore que je ne levai pas t\j\rs ma satisfaction t\tes ces difficults qui m'avoi5t emb>rass1 et dont nos philosophes avoi5t si s\v5t rebattu mes oreilles4 ,mais1 rsolu de me dcid] enf9 sur des matires o l'intellig5ce huma9e a si peu de prise1 et tr\vant de t\tes p>ts des my/res impntrables et des objections insolubles1 j'adoptai dans *aque "q le s5tim5t qui me p>ut le mieux tabli directem5t1 le plus croyable en lui-mme1 sans m'arrt] aux objections que je ne p\vois rs\dre1 mais qui se rtorquoi5t p> d'autres objections non mo9s =tes dans le sy/me oppos4 ,le ton dogmatique sur ces matires ne convi5t qu' des *>latans2 mais il importe d'avoir un s5tim5t p\r soi1 et de le *oisir avec t\te la maturit de jugem5t qu'on y peut mettre4 ,si malgr cela n\s tombons dans l'erreur1 n\s n'en saurions port] la pe9e en bonne ju/ice1 puisque n\s n'en aurons po9t la c\lpe4 ,voil le pr9cipe 9branlable qui s]t de base ma scurit4 ,le rsultat de mes pnibles re*]*es fut tel1 peu prs1 que je l'ai consign depuis dans la ,pr(ession de foi du vicaire savoy>d1 ouvrage indignem5t pro/itu et pr(an dans la gnration prs5te1 mais qui peut faire un j\r rvolution p>mi les hommes1 si jamais il y r5at du bon s5s et de la bonne foi4 ,depuis lors1 re/ tranquille dans les pr9cipes que j'avois adopts aprs une mditation si longue et si rfl*ie1 j'en ai fait la rgle immuable de ma conduite et de ma foi1 sans plus m'inquit] ni des objections que je n'avois pu rs\dre1 ni de celles que je n'avois pu prvoir et qui se prs5tai5t n\vellem5t de temps autre mon esprit4 ,elles m'ont inquit quelquefois1 mais elles ne m'ont jamais branl4 ,je me suis t\j\rs dit3 ,t\t cela ne sont que des arguties et des subtilits mtaphysiques1 qui ne sont d'aucun poids auprs des pr9cipes fondam5taux adopts p> ma raison1 confirms p> mon cur1 et qui t\s port5t le sceau de l'ass5tim5t intrieur dans le sil5ce des passions4 ,dans des matires si suprieures l'ent5dem5t huma91 une objection que je ne puis rs\dre r5v]s]a-t-elle t\t un corps de doctr9e si solide1 si bi5 lie1 et =me avec tant de mditation et de so91 si bi5 approprie ma raison1 mon cur1 t\t mon tre1 et r5=ce de l'ass5tim5t intrieur que je s5s manqu] t\tes les autres8 ,non1 de va9es argum5tations ne dtruiront jamais la conv5ance que j'ap]ois entre ma nature immortelle et la con/itution de ce monde1 et l'ordre physique que j'y vois rgn]3 j'y tr\ve dans l'ordre moral correspondant1 et dont le sy/me e/ le rsultat de mes re*]*es1 les appuis dont j'ai beso9 p\r support] les misres de ma vie4 ,dans t\t autre sy/me je vivrois sans ress\rce1 et je m\rrois sans espoir2 je s]ois la plus malheureuse des cratures4 ,t5ons-n\s-en donc celui qui seul suffit p\r me r5dre heureux en dpit de la =tune et des hommes4 ,cette dlibration et la conclusion que j'en tirai ne sembl5t-elles pas avoir t dictes p> le ,ciel mme p\r me prp>] la de/9e qui m'att5doit et me mettre en tat de la s\t5ir8 ,que s]ois-je dev5u1 que devi5drois-je encore dans les angoisses affreuses qui m'att5doi5t et dans l'incroyable situation o je suis rduit p\r le re/e de ma vie1 si1 re/ sans asile o je pusse *app] mes implacables p]scuteurs1 sans ddommagem5t des opprobres qu'ils me font essuy] en ce monde1 et sans espoir d'obt5ir jamais la ju/ice qui m'toit due1 je m'tois vu livr t\t enti] au plus horrible sort qu'ait pr\v sur la t]re aucun mortel8 ,t&is que1 tranquille dans mon innoc5ce1 je n'imag9ois qu'e/ime et bi5veillance p\r moi p>mi les hommes2 t&is que mon cur ouv]t et confiant s'pan*oit avec des amis et des frres1 les tratres m'enlaoi5t en sil5ce des rets =gs au fond des enf]s4 ,surpris p> les plus imprvus de t\s les malheurs et les plus t]ribles p\r une me fire1 tran dans la fange sans jamais savoir p> qui ni p\rquoi1 plong dans un abme d'ignom9ie1 envelopp d'horribles tnbres trav]s lesquelles je n'ap]cevois que de s9i/res objets1 la premire surprise je fus t]rass1 et jamais je ne s]ois rev5u de l'abattem5t o me jeta ce g5re imprvu de malheurs1 si je ne m'tois mnag d'avance des =ces p\r me relev] dans mes *utes4 ,ce ne fut qu'aprs des annes d'agitation que1 repr5ant enf9 mes esprits et comm5ant de r5tr] en moi-mme1 je s5tis le prix des ress\rces que je m'tois mnages p\r l'adv]sit4 ,dcid sur t\tes les *oses dont il m'importoit de jug]1 je vis1 en comp>ant mes maximes ma situation1 que je donnois aux ins5ss jugem5s des hommes et aux petits vnem5s de cette c\rte vie beauc\p plus d'importance qu'ils n'en avoi5t2 que1 cette vie n'tant qu'un tat d'preuves1 il importoit peu que ces preuves fuss5t de telle ou telle sorte1 p\rvu qu'il en rsultt l'effet auquel elles toi5t de/9es1 et que1 p> consqu5t1 plus les preuves toi5t gr&es1 =tes1 multiplies1 plus il toit avantageux de les savoir s\t5ir4 ,t\tes les plus vives pe9es p]d5t leur =ce p\r quiconque en voit le ddommagem5t gr& et sr1 et la c]titude de ce ddommagem5t toit le pr9cipal fruit que j'avois retir de mes mditations prcd5tes4 ,il e/ vrai qu'au milieu des outrages sans nombre et des indignits sans mesure dont je me s5tois accabl de t\tes p>ts1 des int]valles d'inquitude et de d\te v5oi5t1 de temps autre1 branl] mon esprance et tr\bl] ma tranquillit4 ,les puissantes objections que je n'avois pu rs\dre se prs5toi5t alors mon esprit avec plus de =ce1 p\r a*ev] de m'abattre prcism5t dans les mom5s o1 sur*>g du poids de ma de/9e1 j'tois prt tomb] dans le dc\ragem5t2 s\v5t des argum5s n\veaux1 que j'ent5dois faire1 me rev5oi5t dans l'esprit l'appui de ceux qui m'avoi5t dj t\rm5t4 ,ah6 me disois-je alors dans des s]rem5s de cur prts m't\ff]1 qui me g>antira du dsespoir si1 dans l'horreur de mon sort1 je ne vois plus que des *imres dans les consolations que me f\rnissoit ma raison2 si1 dtruisant a9si son propre ouvrage1 elle r5v]se t\t l'appui d'esprance et de confiance qu'elle m'avoit mnag dans l'adv]sit8 ,quel appui que des illusions qui ne b]c5t que moi seul au monde6 ,t\te la gnration prs5te ne voit qu'erreurs et prjugs dans les s5tim5s dont je me n\rris seul3 elle tr\ve la vrit1 l'vid5ce1 dans le sy/me contraire au mi52 elle semble mme ne p\voir croire que je l'adopte de bonne foi2 et moi-mme1 en m'y livrant de t\te ma volont1 j'y tr\ve des difficults insurmontables qu'il m'e/ impossible de rs\dre1 et qui ne m'emp*5t pas d'y p]si/]4 ,suis-je donc seul sage1 seul clair1 p>mi les mortels8 ,p\r croire que les *oses sont a9si1 suffit-il qu'elles me convi5n5t8 puis-je pr5dre une confiance claire en des app>5ces qui n'ont ri5 de solide aux yeux du re/e des hommes1 et qui me sembl]oi5t illusoires moi-mme si mon cur ne s\t5oit pas ma raison8 ,n'et-il pas mieux valu combattre mes p]scuteurs armes gales en adoptant leurs maximes1 que de re/] sur les *imres des mi5nes en proie leurs atte9tes sans agir p\r les rep\ss]8 ,je me crois sage1 et je ne suis que dupe1 victime et m>tyr d'une va9e erreur4 ,combi5 de fois1 dans ces mom5s de d\te et d'inc]titude1 je fus prt m'ab&onn] au dsespoir6 ,si jamais j'avois pass dans cet tat un mois enti]1 c'toit fait de ma vie et de moi4 ,mais ces crises1 quoique autrefois assez frqu5tes1 ont t\j\rs t c\rtes2 et1 ma9t5ant que je n'en suis pas dlivr t\t fait encore1 elles sont si r>es et si rapides qu'elles n'ont pas mme la =ce de tr\bl] mon repos4 ,ce sont de lgres inquitudes qui n'affect5t pas plus mon me qu'une plume qui tombe dans la rivire ne peut altr] le c\rs de l'eau4 ,j'ai s5ti que remettre en dlibration les mmes po9ts sur lesquels je m'tois ci-devant dcid toit me suppos] de n\velles lumires1 ou le jugem5t plus =m1 ou plus de zle p\r la vrit que je n'en avois lors de mes re*]*es2 qu'aucun de ces cas n'tant ni ne p\vant tre le mi51 je ne p\vois prfr] p> aucune raison solide des op9ions qui1 dans l'accablem5t du dsespoir1 ne me t5toi5t que p\r augm5t] ma misre1 des s5tim5s adopts dans la vigueur de l'ge1 dans t\te la maturit de l'esprit1 aprs l'exam5 le plus rfl*i1 et dans des temps o le calme de ma vie ne me laissoit d'autre intrt dom9ant que celui de connotre la vrit4 ,auj\rd'hui que mon cur s]r de dtresse1 mon me affaisse p> les ennuis1 mon imag9ation eff>\*e1 ma tte tr\ble p> tant d'affreux my/res dont je suis environn1 auj\rd'hui que t\tes mes facults1 affoiblies p> la vieillesse et les angoisses1 ont p]du t\t leur ressort1 irai-je m't] plaisir t\tes les ress\rces que je m'tois mnages1 et donn] plus de confiance ma raison dcl9ante1 p\r me r5dre inju/em5t malheureux1 qu' ma raison ple9e et vig\reuse p\r me ddommag] des maux que je s\ffre sans les avoir mrits8 ,non1 je ne suis ni plus sage1 ni mieux in/ruit1 ni de meilleure foi que qu& je me dcidai sur ces gr&es que/ions3 je n'ignorois pas alors les difficults dont je me laisse tr\bl] auj\rd'hui2 elles ne m'arrtr5t pas1 et1 s'il s'en prs5te quelques n\velles dont on ne s'toit pas encore avis1 ce sont les sophismes d'une subtile mtaphysique1 qui ne sauroi5t balanc] les vrits t]nelles admises de t\s les temps1 p> t\s les sages1 reconnues p> t\tes les nations1 et graves dans le cur huma9 en c>actres ineffaables4 ,je savois1 en mditant sur ces matires1 que l'ent5dem5t huma91 circonscrit p> les s5s1 ne les p\voit embrass] dans t\te leur t5due3 je m'en t9s donc ce qui toit ma porte sans m'engag] dans ce qui la passoit4 ,ce p>ti toit raisonnable2 je l'embrassai jadis1 et m'y t9s avec l'ass5tim5t de mon cur et de ma raison4 ,sur quel fondem5t y r5onc]ois-je auj\rd'hui que tant de puissans motifs m'y doiv5t t5ir atta*8 quel dang] vois-je le suivre8 quel pr(it tr\v]ois-je l'ab&onn]8 ,en pr5ant la doctr9e de mes p]scuteurs1 pr5drois-je aussi leur morale8 cette morale sans rac9e et sans fruit1 qu'ils tal5t pompeusem5t dans des livres ou dans quelque action d'clat sur le ?tre1 sans qu'il en pntre jamais ri5 dans le cur ni dans la raison2 ou bi5 cette autre morale secrte et cruelle1 doctr9e intrieure de t\s leurs initis1 laquelle l'autre ne s]t que de masque1 qu'ils suiv5t seule dans leur conduite1 et qu'ils ont si habilem5t pratique mon g>d4 ,cette morale1 purem5t (f5sive1 ne s]t po9t la df5se1 et n'e/ bonne qu' l'agression4 ,de quoi me s]viroit-elle dans l'tat o ils m'ont rduit8 ,ma seule innoc5ce me s\ti5t dans les malheurs1 et combi5 me r5drois-je plus malheureux encore si1 m'tant cette unique mais puissante ress\rce1 j'y sub/ituois la m*ancet6 ,les atte9drois-je dans l'art de nuire8 et1 qu& j'y russirois1 de quel mal me s\lag]oit celui que je leur p\rrois faire8 ,je p]drois ma propre e/ime1 et je ne gagn]ois ri5 la place4 ,c'e/ a9si que1 raisonnant avec moi-mme1 je p>v9s ne plus me laiss] branl] dans mes pr9cipes p> des argum5s captieux1 p> des objections insolubles et p> des difficults qui passoi5t ma porte et peut-tre celle de l'esprit huma94 ,le mi51 re/ant dans la plus solide assiette que j'avois pu lui donn]1 s'acc\tuma si bi5 s'y repos] l'abri de ma consci5ce qu'aucune doctr9e trangre1 anci5ne ou n\velle1 ne put plus l'm\voir1 ni tr\bl] un in/ant mon repos4 ,tomb dans la langueur et l'appesantissem5t d'esprit1 j'ai oubli jusqu'aux raisonnem5s sur lesquels je fondois ma croyance et mes maximes2 mais je n'oubli]ai jamais les conclusions que j'en ai tires avec l'approbation de ma consci5ce et de ma raison1 et je m'y ti5s dsormais4 ,que t\s les philosophes vi5n5t ergot] contre1 ils p]dront leur temps et leurs pe9es3 je me ti5s1 p\r le re/e de ma vie1 en t\tes *oses1 au p>ti que j'ai pris qu& j'tois plus en tat de bi5 *oisir4 ,tranquille dans ces dispositions1 j'y tr\ve1 avec le cont5tem5t de moi1 l'esprance et les consolations dont j'ai beso9 dans ma situation3 il n'e/ pas possible qu'une solitude aussi complte1 aussi p]man5te1 aussi tri/e en elle-mme1 l'animosit t\j\rs s5sible et t\j\rs active de t\te la gnration prs5te1 les indignits dont elle m'accable sans cesse1 ne me jett5t quelquefois dans l'abattem5t2 l'esprance branle1 les d\tes dc\rageans1 revi5n5t encore de temps autre tr\bl] mon me et la remplir de tri/esse4 ,c'e/ alors qu'incapable des oprations de l'esprit ncessaires p\r me rassur] moi-mme1 j'ai beso9 de me rappel] mes anci5nes rsolutions3 les so9s1 l'att5tion1 la s9crit du cur1 que j'ai mis les pr5dre1 revi5n5t alors mon s\v5ir et me r5d5t t\te ma confiance4 ,je me refuse a9si t\tes n\velles ides comme des erreurs fune/es qui n'ont qu'une fausse app>5ce et ne sont bonnes qu' tr\bl] mon repos4 ,a9si ret5u dans l'troite sphre de mes anci5nes connoissances1 je n'ai pas1 comme ,solon1 le bonheur de p\voir m'in/ruire *aque j\r en vieillissant1 et je dois mme me g>antir du dang]eux orgueil de v\loir appr5dre ce que je suis dsormais hors d'tat de bi5 savoir4 ,mais1 s'il me re/e peu d'acquisitions espr] du ct des lumires utiles1 il m'en re/e de bi5 importantes faire du ct des v]tus ncessaires mon tat3 c'e/ l qu'il s]oit temps d'enri*ir et d'orn] mon me d'un acquis qu'elle pt emport] avec elle2 lorsque1 dlivre de ce corps qui l'(fusque et l'aveugle1 et voyant la vrit sans voile1 elle ap]cevra la misre de t\tes ces connoissances dont nos faux savans sont si va9s1 elle gmira des mom5s p]dus en cette vie les v\loir acqurir4 ,mais la pati5ce1 la d\ceur1 la rsignation1 l'intgrit1 la ju/ice imp>tiale1 sont un bi5 qu'on emporte avec soi1 et dont on peut s'enri*ir sans cesse1 sans cra9dre que la mort mme n\s en fasse p]dre le prix3 c'e/ cette unique et utile tude que je consacre le re/e de ma vieillesse4 ,heureux si1 p> mes progrs sur moi-mme1 j'appr5ds sortir de la vie1 non meilleur1 c> cela n'e/ pas possible1 mais plus v]tueux que je n'y suis entr6 ,figure #jh ,figure #ji ,,quatri,,me ,,prom5ade ,dans le petit nombre de livres que je lis quelquefois encore1 ,plut>que e/ celui qui m'atta*e et me pr(ite le plus4 ,ce fut la premire lecture de mon enfance1 ce s]a la d]nire de ma vieillesse2 c'e/ presque le seul auteur que je n'ai jamais lu sans en tir] quelque fruit4 ,avant-hi]1 je lisois dans ses uvres morales le trait ,comm5t on p\rra tir] utilit de ses ennemis4 ,le mme j\r1 en rangeant quelques bro*ures qui m'ont t envoyes p> les auteurs1 je tombai sur un des j\rnaux de l'abb ,roy\1 au titre duquel il avoit mis ces p>oles3 vitam v]o imp5d5ti1 ,roy\4 ,trop au fait des t\rnures de ces messieurs p\r pr5dre le *ange sur celle-l1 je compris qu'il avoit cru s\s cet air de politesse me dire une cruelle contre-vrit2 mais sur quoi fond8 ,p\rquoi ce s>casme8 ,quel sujet y p\vois-je avoir donn8 ,p\r mettre pr(it les leons du bon ,plut>que1 je rsolus d'employ] m'exam9] sur le m5songe la prom5ade du l5dema91 et j'y v9s bi5 confirm dans l'op9ion dj prise que le ,connois-toi toi-mme du temple de ,delphes n'toit pas une maxime si facile suivre que je l'avois cru dans mes ,confessions4 ,le l5dema91 m'tant mis en m>*e p\r excut] cette rsolution1 la premire ide qui me v9t1 en comm5ant me recueillir1 fut celle d'un m5songe affreux fait dans ma premire jeunesse1 dont le s\v5ir m'a tr\bl t\te ma vie et vi5t1 jusque dans ma vieillesse1 contri/] encore mon cur dj navr de tant d'autres faons4 ,ce m5songe1 qui fut un gr& crime en lui-mme1 en dut tre un plus gr& encore p> ses effets que j'ai t\j\rs ignors1 mais que le remords m'a fait suppos] aussi cruels qu'il toit possible4 ,cep5dant1 ne consult] que la disposition o j'tois en le faisant1 ce m5songe ne fut qu'un fruit de la mauvaise honte2 et1 bi5 lo9 qu'il "pt d'une int5tion de nuire celle qui en fut la victime1 je puis jur] la face du ,ciel qu' l'in/ant mme o cette honte inv9cible me l'arra*oit1 j'aurois donn t\t mon sang avec joie p\r en dt\rn] l'effet sur moi seul3 c'e/ un dlire que je ne puis expliqu] qu'en disant1 comme je le crois s5tir1 qu'en cet in/ant mon naturel timide subjugua t\s les vux de mon cur4 ,le s\v5ir de ce malheureux acte et les inext+uibles regrets qu'il m'a laisss m'ont inspir p\r le m5songe une horreur qui a d g>antir mon cur de ce vice p\r le re/e de ma vie4 ,lorsque je pris ma devise je me s5tois fait p\r la mrit]1 et je ne d\tois pas que je n'en fusse digne qu&1 sur le mot de l'abb ,roy\1 je comm5ai de m'exam9] plus srieusem5t4 ,alors1 en m'plu*ant avec plus de so91 je fus bi5 surpris du nombre de *oses de mon inv5tion que je me rappelois avoir dites comme vraies dans le mme temps o1 fi] en moi-mme de mon am\r p\r la vrit1 je lui sacrifiois ma sret1 mes intrts1 ma p]sonne1 avec une imp>tialit dont je ne connois nul autre exemple p>mi les huma9s4 ,ce qui me surprit le plus toit qu'en me rappelant ces *oses contr\ves1 je n'en s5tois aucun vrai rep5tir4 ,moi dont l'horreur p\r la fausset n'a ri5 dans mon cur qui la balance1 moi qui brav]ois les supplices s'il les falloit vit] p> un m5songe1 p> quelle biz>re inconsqu5ce m5tois-je a9si de gaiet de cur1 sans ncessit1 sans pr(it1 et p> quelle inconcevable contradiction n'en s5tois-je pas le mo9dre regret1 moi que le remords d'un m5songe n'a cess d'afflig] p5dant c9quante ans6 ,je ne me suis jamais endurci sur mes fautes3 l'in/9ct moral m'a t\j\rs bi5 conduit1 ma consci5ce a g>d sa premire intgrit1 et1 qu& mme elle se s]oit altre en se pliant mes intrts1 comm5t1 g>dant t\te sa droiture dans les occasions o l'homme1 =c p> ses passions1 peut au mo9s s'excus] sur sa foiblesse1 la p]d-elle uniquem5t dans les *oses indiffr5tes o le vice n'a po9t d'excuse8 ,je vis que de la solution de ce problme dp5doit la ju/esse du jugem5t que j'avois port] en ce po9t sur moi-mme2 et1 aprs l'avoir bi5 exam91 voici de quelle manire je p>v9s me l'expliqu]4 ,je me s\vi5s d'avoir lu dans un livre de philosophie que m5tir c'e/ ca*] une vrit que l'on doit manife/]4 ,il suit bi5 de cette df9ition que taire une vrit qu'on n'e/ pas oblig de dire n'e/ pas m5tir2 mais celui qui1 non cont5t en p>eil cas de ne pas dire la vrit1 dit le contraire1 m5t-il alors1 ou ne m5t-il pas8 ,selon la df9ition1 l'on ne sauroit dire qu'il m5t3 c>1 s'il donne de la fausse monnoie un homme auquel il ne doit ri51 il trompe cet homme1 sans d\te1 mais il ne le vole pas4 ,il se prs5te ici deux que/ions exam9]1 trs importantes l'une et l'autre3 la premire1 qu& et comm5t on doit autrui la vrit1 puisqu'on ne la doit pas t\j\rs2 la seconde1 s'il e/ des cas o l'on puisse tromp] innocemm5t4 ,cette seconde "q e/ trs dcide1 je le sais bi53 ngativem5t dans les livres1 o la plus au/re morale ne cote ri5 l'auteur2 affirmativem5t dans la socit1 o la morale des livres passe p\r un bav>dage impossible pratiqu]4 ,laissons donc ces autorits qui se contr$is5t1 et *]*ons1 p> mes propres pr9cipes1 rs\dre p\r moi ces que/ions4 ,la vrit gnrale et ab/raite e/ le plus prcieux de t\s les bi5s3 sans elle l'homme e/ aveugle2 elle e/ l'il de la raison4 ,c'e/ p> elle que l'homme appr5d se conduire1 tre ce qu'il doit tre1 faire ce qu'il doit faire1 t5dre sa vritable f94 ,la vrit p>ticulire et individuelle n'e/ pas t\j\rs un bi52 elle e/ quelquefois un mal1 trs s\v5t une *ose indiffr5te4 ,les *oses qu'il importe un homme de savoir1 et dont la connoissance e/ ncessaire son bonheur1 ne sont peut-tre pas en gr& nombre2 mais1 en quelque nombre qu'elles soi5t1 elles sont un bi5 qui lui app>ti5t1 qu'il a droit de rclam] p>t\t o il le tr\ve1 et dont on ne peut le fru/r] sans commettre le plus inique de t\s les vols1 puisqu'elle e/ de ces bi5s communs t\s dont la communication n'en prive po9t celui qui le donne4 ,quant aux vrits qui n'ont aucune sorte d'utilit ni p\r l'in/ruction1 ni dans la pratique1 comm5t s]oi5t-elles un bi5 d1 puisqu'elles ne sont pas mme un bi58 et1 puisque la proprit n'e/ fonde que sur l'utilit1 o il n'y a po9t d'utilit possible il ne peut y avoir de proprit4 ,on peut rclam] un t]ra9 quoique /rile1 p>ce qu'on peut au mo9s habit] sur le sol2 mais qu'un fait oiseux1 indiffr5t t\s g>ds et sans consqu5ce p\r p]sonne1 soit vrai ou faux1 cela n'intresse qui que ce soit4 ,dans l'ordre moral ri5 n'e/ inutile1 non plus que dans l'ordre physique3 ri5 ne peut tre d de ce qui n'e/ bon ri52 p\r qu'une *ose soit due1 il faut qu'elle soit ou puisse tre utile4 ,a9si1 la vrit due e/ celle qui intresse la ju/ice1 et c'e/ pr(an] ce nom sacr de vrit que de l'appliqu] aux *oses va9es dont l'exi/5ce e/ indiffr5te t\s1 et dont la connoissance e/ inutile t\t4 ,la vrit1 dp\ille de t\te espce d'utilit mme possible1 ne peut donc pas tre une *ose due2 et1 p> consqu5t1 celui qui la tait ou la dguise ne m5t po9t4 ,mais e/-il de ces vrits si p>faitem5t /riles qu'elles soi5t de t\t po9t inutiles t\t8 ,c'e/ un autre article discut]1 et auquel je revi5drai t\t--l'heure4 ,quant prs5t1 passons la seconde "q4 ,ne pas dire ce qui e/ vrai1 et dire ce qui e/ faux1 sont deux *oses trs diffr5tes1 mais dont peut nanmo9s rsult] le mme effet1 c> ce rsultat e/ assurm5t bi5 le mme t\tes les fois que cet effet e/ nul4 ,p>t\t o la vrit e/ indiffr5te1 l'erreur contraire e/ indiffr5te aussi3 d'o il suit qu'en p>eil cas celui qui trompe en disant le contraire de la vrit n'e/ pas plus inju/e que celui qui trompe en ne la dcl>ant pas3 c>1 en fait de vrits inutiles1 l'erreur n'a ri5 de pire que l'ignorance4 ,que je croie le sable qui e/ au fond de la m] blanc ou r\ge1 cela ne m'importe pas plus que d'ignor] de quelle c\leur il e/4 ,comm5t p\rroit-on tre inju/e en ne nuisant p]sonne1 puisque l'inju/ice ne consi/e que dans le tort fait autrui8 ,mais ces que/ions1 a9si sommairem5t dcides1 ne sauroi5t me f\rnir encore aucune application sre p\r la pratique1 sans beauc\p d'claircissem5s pralables ncessaires p\r faire avec ju/esse cette application dans t\s les cas qui peuv5t se prs5t]3 c>1 si l'obligation de dire la vrit n'e/ fonde que sur son utilit1 comm5t me con/itu]ai-je juge de cette utilit8 ,trs s\v5t l'avantage de l'un fait le prjudice de l'autre2 l'intrt p>ticuli] e/ presque t\j\rs en opposition avec l'intrt public4 ,comm5t se conduire en p>eil cas8 ,faut-il sacrifi] l'utilit de l'abs5t celle de la p]sonne qui l'on p>le8 faut-il taire ou dire la vrit qui1 pr(itant l'un1 nuit l'autre8 faut-il pes] t\t ce qu'on doit dire l'unique balance du bi5 public1 ou celle de la ju/ice di/ributive8 et suis-je assur de connotre assez t\s les rapports de la *ose p\r ne disp5s] les lumires dont je dispose que sur les rgles de l'quit8 ,de plus1 en exam9ant ce qu'on doit aux autres1 ai-je exam9 suffisamm5t ce qu'on se doit soi-mme2 ce qu'on doit la vrit p\r elle seule8 ,si je ne fais aucun tort un autre en le trompant1 s'ensuit-il que je ne m'en fasse po9t moi-mme1 et suffit-il de n'tre jamais inju/e p\r tre t\j\rs innoc5t8 ,que d'emb>rassantes discussions dont il s]oit ais de se tir] en se disant3 ,soyons t\j\rs vrais1 au risque de t\t ce qui en peut arriv]6 ,la ju/ice elle-mme e/ dans la vrit des *oses3 le m5songe e/ t\j\rs iniquit1 l'erreur e/ t\j\rs impo/ure qu& on donne ce qui n'e/ pas p\r la rgle de ce qu'on doit faire ou croire2 et1 quelque effet qui rsulte de la vrit1 on e/ t\j\rs inculpable qu& on l'a dite1 p>ce qu'on n'y a ri5 mis du si54 ,mais c'e/ l tran*] la "q sans la rs\dre3 il ne s'agissoit pas de prononc] s'il s]oit bon de dire t\j\rs la vrit1 mais si l'on y toit t\j\rs galem5t oblig2 et1 sur la df9ition que j'exam9ois1 supposant que non1 de di/+u] les cas o la vrit e/ rig\reusem5t due1 de ceux o l'on peut la taire sans inju/ice et la dguis] sans m5songe1 c> j'ai tr\v que de tels cas exi/oi5t rellem5t4 ,ce dont il s'agit e/ donc de *]*] une rgle sre p\r les connotre et les bi5 dt]m9]4 ,mais d'o tir] cette rgle et la preuve de son infaillibilit8444 ,dans t\tes les que/ions de morale difficiles comme celle-ci1 je me suis t\j\rs bi5 tr\v de les rs\dre p> le dictam5 de ma consci5ce plutt que p> les lumires de ma raison3 jamais l'in/9ct moral ne m'a tromp2 il a g>d jusqu'ici sa puret dans mon cur assez p\r que je puisse m'y confi]2 et1 s'il se tait quelquefois devant mes passions dans ma conduite1 il repr5d bi5 son empire sur elle dans mes s\v5irs3 c'e/ l que je me juge moi-mme avec autant de svrit peut-tre que je s]ai jug p> le s\v]a9 juge aprs cette vie4 ,jug] des disc\rs des hommes p> les effets qu'ils produis5t1 c'e/ s\v5t mal les apprci]4 ,outre que ces effets ne sont pas t\j\rs s5sibles et faciles connotre1 ils v>i5t l'inf9i comme les circon/ances dans lesquelles ces disc\rs sont t5us2 mais c'e/ uniquem5t l'int5tion de celui qui les ti5t qui les apprcie et dt]m9e leur degr de malice ou de bont4 ,dire faux n'e/ m5tir que p> l'int5tion de tromp]2 et l'int5tion mme de tromp]1 lo9 d'tre t\j\rs jo9te avec celle de nuire1 a quelquefois un b t\t contraire2 mais p\r r5dre un m5songe innoc5t il ne suffit pas que l'int5tion de nuire ne soit pas expresse1 il faut de plus la c]titude que l'erreur dans laquelle on jette ceux qui l'on p>le ne peut nuire eux ni p]sonne en quelque faon que ce soit4 ,il e/ r>e et difficile qu'on puisse avoir cette c]titude2 aussi e/-il difficile et r>e qu'un m5songe soit p>faitem5t innoc5t4 ,m5tir p\r son avantage soi-mme e/ impo/ure1 m5tir p\r l'avantage d'autrui e/ fraude1 m5tir p\r nuire e/ calomnie1 c'e/ la pire espce de m5songe3 m5tir sans pr(it ni prjudice de soi ni d'autrui n'e/ pas m5tir1 ce n'e/ pas m5songe1 c'e/ fiction4 ,les fictions qui ont un objet moral s'appell5t apologues ou fables1 et1 comme leur objet n'e/ ou ne doit tre que d'envelopp] des vrits utiles s\s des =mes s5sibles et agrables1 en p>eil cas on ne s'atta*e gure ca*] le m5songe de fait1 qui n'e/ que l'habit de la vrit2 et celui qui ne dbite une fable que p\r une fable ne m5t en aucune faon4 ,il e/ d'autres fictions purem5t oiseuses1 telles que sont la plup>t des contes et des romans qui1 sans r5f]m] aucune in/ruction vritable1 n'ont p\r objet que l'amusem5t4 ,celles-l1 dp\illes de t\te utilit morale1 ne peuv5t s'apprci] que p> l'int5tion de celui qui les inv5te2 et1 lorsqu'il les dbite avec affirmation comme des vrits relles1 on ne peut gure disconv5ir qu'elles ne soi5t de vrais m5songes4 ,cep5dant1 qui jamais s'e/ fait un gr& scrupule de ces m5songes-l1 et qui jamais en a fait un repro*e grave ceux qui les font8 ,s'il y a1 p> exemple1 quelque objet moral dans le ,temple de ,gnide1 cet objet e/ bi5 (fusqu et gt p> les dtails voluptueux et p> les images lascives4 ,qu'a fait l'auteur p\r c\vrir cela d'un v]nis de mode/ie8 ,il a fe9t que son ouvrage toit la traduction d'un manuscrit grec1 et il a fait l'hi/oire de la dc\v]te de ce manuscrit de la faon la plus propre p]suad] ses lecteurs de la vrit de son rcit4 ,si ce n'e/ pas l un m5songe bi5 positif1 qu'on me dise donc ce que c'e/ que m5tir4 ,cep5dant1 qui e/-ce qui s'e/ avis de faire l'auteur un crime de ce m5songe1 et de le trait] p\r cela d'impo/eur8 ,on dira va9em5t que ce n'e/ l qu'une plaisant]ie2 que l'auteur1 t\t en affirmant1 ne v\loit p]suad] p]sonne2 qu'il n'a p]suad p]sonne en effet1 et que le public n'a pas d\t un mom5t qu'il ne ft l'auteur lui-mme de l'ouvrage prt5du grec dont il se donnoit p\r le traducteur4 ,je rpondrai qu'une p>eille plaisant]ie sans aucun objet n'et t qu'un bi5 sot enfantillage2 qu'un m5teur ne m5t pas mo9s qu& il affirme1 quoiqu'il ne p]suade pas2 qu'il faut dta*] du public in/ruit des multitudes de lecteurs simples et crdules1 qui l'hi/oire du manuscrit n>re p> un auteur grave avec un air de bonne foi en a rellem5t impos1 et qui ont bu sans cra9te1 dans une c\pe de =me antique1 le poison dont ils se s]oi5t au mo9s dfis s'il leur et t prs5t dans un vase mod]ne4 ,que ces di/9ctions se tr\v5t ou non dans les livres1 elles ne s'en font pas mo9s dans le cur de t\t homme de bonne foi avec lui-mme1 qui ne veut ri5 se p]mettre que sa consci5ce puisse lui repro*]3 c> dire une *ose fausse son avantage n'e/ pas mo9s m5tir que si on la disoit au prjudice d'autrui1 quoique le m5songe soit mo9s crim9el4 ,donn] l'avantage qui ne doit pas l'avoir1 c'e/ tr\bl] l'ordre de la ju/ice2 attribu] faussem5t soi-mme ou autrui un acte d'o peut rsult] l\ange ou blme1 inculpation ou disculpation1 c'e/ faire une *ose inju/e2 or t\t ce qui1 contraire la vrit1 blesse la ju/ice en quelque faon que ce soit1 e/ m5songe4 ,voil la limite exacte2 mais t\t ce qui1 contraire la vrit1 n'intresse la ju/ice en aucune sorte1 n'e/ que fiction2 et j'av\e que quiconque se repro*e une pure fiction comme un m5songe a la consci5ce plus dlicate que moi4 ,ce qu'on appelle m5songes (ficieux sont de vrais m5songes1 p>ce qu'en impos] l'avantage soit d'autrui1 soit de soi-mme1 n'e/ pas mo9s inju/e que d'en impos] son dtrim5t3 quiconque l\e ou blme contre la vrit m5t ds qu'il s'agit d'une p]sonne relle4 ,s'il s'agit d'un tre imag9aire1 il en peut dire t\t ce qu'il veut sans m5tir1 mo9s qu'il ne juge sur la moralit des faits qu'il inv5te1 et qu'il n'en juge faussem5t1 c> alors1 s'il ne m5t pas dans le fait1 il m5t contre la vrit morale1 c5t fois plus respectable que celle des faits4 ,j'ai vu de ces g5s qu'on appelle vrais dans le monde3 t\te leur vracit s'puise dans les conv]sations oiseuses cit] fidlem5t les lieux1 les temps1 les p]sonnes1 ne se p]mettre aucune fiction1 ne brod] aucune circon/ance1 ne ri5 exagr]4 ,en t\t ce qui ne t\*e po9t leur intrt1 ils sont dans leurs n>rations de la plus inviolable fidlit2 mais s'agit-il de trait] quelque affaire qui les reg>de1 de n>r] quelque fait qui leur t\*e de prs1 t\tes les c\leurs sont employes p\r prs5t] les *oses s\s le j\r qui leur e/ le plus avantageux2 et1 si le m5songe leur e/ utile et qu'ils s'ab/i5n5t de le dire eux-mmes1 ils le favoris5t avec adresse1 et font en sorte qu'on l'adopte1 sans le leur p\voir imput]4 ,a9si le veut la prud5ce3 adieu la vracit4 ,l'homme que j'appelle vrai fait t\t le contraire4 ,en *oses p>faitem5t indiffr5tes1 la vrit1 qu'alors l'autre respecte si =t1 le t\*e =t peu1 et il ne se f]a gure de scrupule d'amus] une compagnie p> des faits contr\vs1 dont il ne rsulte aucun jugem5t inju/e1 ni p\r ni contre qui que ce soit vivant ou mort2 mais t\t disc\rs qui produit p\r quelqu'un pr(it ou dommage1 e/ime ou mpris1 l\ange ou blme1 contre la ju/ice et la vrit1 e/ un m5songe qui jamais n'appro*]a de son cur1 ni de sa b\*e1 ni de sa plume4 ,il e/ solidem5t vrai1 mme contre son intrt1 quoiqu'il se pique assez peu de l'tre dans les conv]sations oiseuses2 il e/ vrai en ce qu'il ne *]*e tromp] p]sonne1 qu'il e/ aussi fidle la vrit qui l'accuse qu' celle qui l'honore1 et qu'il n'en impose jamais p\r son avantage1 ni p\r nuire son ennemi4 ,la diffr5ce donc qu'il y a entre mon homme vrai et l'autre e/ que celui du monde e/ trs rig\reusem5t fidle t\te vrit qui ne lui cote ri51 mais pas au-del1 et que le mi5 ne la s]t jamais si fidlem5t que qu& il faut s'immol] p\r elle4 ,mais1 diroit-on1 comm5t accord] ce rel*em5t avec cet ard5t am\r p\r la vrit dont je le glorifie8 ,cet am\r e/ donc faux puisqu'il s\ffre tant d'alliage8 ,non1 il e/ pur et vrai2 mais il n'e/ qu'une manation de l'am\r de la ju/ice1 et ne veut jamais tre faux1 quoiqu'il soit s\v5t fabuleux4 ,ju/ice et vrit sont dans son esprit deux mots synonymes1 qu'il pr5d l'un p\r l'autre indiffremm5t3 la sa9te vrit1 que son cur adore1 ne consi/e po9t en faits indiffr5s et en noms inutiles1 mais r5dre fidlem5t *acun ce qui lui e/ d en *oses qui sont vritablem5t si5nes1 en imputations bonnes ou mauvaises1 en rtributions d'honneur ou de blme1 de l\ange ou d'improbation2 il n'e/ faux ni contre autrui1 p>ce que son quit l'en emp*e et qu'il ne veut nuire p]sonne inju/em5t2 ni p\r lui-mme1 p>ce que sa consci5ce l'en emp*e et qu'il ne sauroit s'appropri] ce qui n'e/ pas lui4 ,c'e/ surt\t de sa propre e/ime qu'il e/ jal\x3 c'e/ le bi5 dont il peut le mo9s se pass]1 et il s5tiroit une p]te relle d'acqurir celle des autres aux dp5s de ce bi5-l4 ,il m5tira donc quelquefois en *oses indiffr5tes sans scrupule et sans croire m5tir1 jamais p\r le dommage ou le pr(it d'autrui ni de lui-mme3 en t\t ce qui ti5t aux vrits hi/oriques1 en t\t ce qui a trait la conduite des hommes1 la ju/ice1 la sociabilit1 aux lumires utiles1 il g>antira de l'erreur et lui-mme et les autres1 autant qu'il dp5dra de lui4 ,t\t m5songe hors de l1 selon lui1 n'en e/ pas un4 ,si le ,temple de ,gnide e/ un ouvrage utile1 l'hi/oire du manuscrit grec n'e/ qu'une fiction trs innoc5te2 elle e/ un m5songe trs punissable si l'ouvrage e/ dang]eux4 ,telles fur5t mes rgles de consci5ce sur le m5songe et sur la vrit3 mon cur suivoit ma*9alem5t ces rgles avant que ma raison les et adoptes1 et l'in/9ct moral en fit seul l'application4 ,le crim9el m5songe dont la pauvre ,m>ion fut la victime m'a laiss d'ineffaables remords1 qui m'ont g>anti t\t le re/e de ma vie non seulem5t de t\t m5songe de cette espce1 mais de t\s ceux qui1 de quelque faon que ce pt tre1 p\voi5t t\*] l'intrt et la rputation d'autrui4 ,en gnralisant a9si l'exclusion1 je me suis disp5s de pes] exactem5t l'avantage et le prjudice1 et de m>qu] les limites prcises du m5songe nuisible et du m5songe (ficieux2 en reg>dant l'un et l'autre comme c\pables1 je me les suis int]dits t\s les deux4 ,en ceci comme en t\t le re/e1 mon tempram5t a beauc\p influ sur mes maximes1 ou plutt sur mes habitudes3 c> je n'ai gure agi p> rgle1 ou n'ai gure suivi d'autres rgles en t\te *ose que les impulsions de mon naturel4 ,jamais m5songe prmdit n'appro*a de ma p5se1 jamais je n'ai m5ti p\r mon intrt2 mais s\v5t j'ai m5ti p> honte p\r me tir] d'emb>ras en *oses indiffr5tes1 ou qui n'intressoi5t t\t au plus que moi seul1 lorsqu'ayant s\t5ir un entreti51 la l5teur de mes ides et l'aridit de ma conv]sation me =oi5t de rec\rir aux fictions p\r avoir quelque *ose dire4 ,qu& il faut ncessairem5t p>l]1 et que des vrits amusantes ne se prs5t5t pas assez tt mon esprit1 je dbite des fables p\r ne pas demeur] muet2 mais1 dans l'inv5tion de ces fables1 j'ai so91 tant que je puis1 qu'elles ne soi5t pas des m5songes1 c'e/--dire qu'elles ne bless5t ni la ju/ice ni la vrit due1 et qu'elles ne soi5t que des fictions indiffr5tes t\t le monde et moi4 ,mon dsir s]oit bi5 d'y sub/itu] au mo9s la vrit des faits une vrit morale1 c'e/--dire d'y bi5 reprs5t] les affections naturelles au cur huma91 et d'en faire sortir t\j\rs quelque in/ruction utile1 d'en faire1 en un mot1 des contes moraux1 des apologues2 mais il faudroit plus de prs5ce d'esprit que je n'en ai1 et plus de facilit dans la p>ole p\r savoir mettre pr(it1 p\r l'in/ruction1 le babil de la conv]sation4 ,sa m>*e1 plus rapide que celle de mes ides1 me =ant presque t\j\rs de p>l] avant de p5s]1 m'a s\v5t suggr des sottises et des inepties que ma raison dsappr\voit1 et que mon cur dsav\oit mesure qu'elles *appoi5t de ma b\*e1 mais qui1 prcdant mon propre jugem5t1 ne p\voi5t plus tre r=mes p> sa c5sure4 ,c'e/ encore p> cette premire et irrsi/ible impulsion du tempram5t que1 dans des mom5s imprvus et rapides1 la honte et la timidit m'arra*5t s\v5t des m5songes auxquels ma volont n'a po9t de "p1 mais qui la prcd5t en quelque sorte p> la ncessit de rpondre l'in/ant4 ,l'impression pr(onde du s\v5ir de la pauvre ,m>ion peut bi5 ret5ir t\j\rs ceux qui p\rroi5t tre nuisibles d'autres1 mais non pas ceux qui peuv5t s]vir me tir] d'emb>ras qu& il s'agit de moi seul1 ce qui n'e/ pas mo9s contre ma consci5ce et mes pr9cipes que ceux qui peuv5t influ] sur le sort d'autrui4 ,j'atte/e le ,ciel que1 si je p\vois l'in/ant d'aprs retir] le m5songe qui m'excuse1 et dire la vrit qui me *>ge1 sans me faire un n\vel affront en me rtractant1 je le f]ois de t\t mon cur2 mais la honte de me pr5dre a9si moi-mme en faute me reti5t encore2 et je me rep5s trs s9crem5t de ma faute1 sans nanmo9s l'os] rp>]4 ,un exemple expliqu]a mieux ce que je veux dire1 et montr]a que je ne m5s ni p> intrt ni p> am\r-propre1 encore mo9s p> envie ou p> malignit1 mais uniquem5t p> emb>ras et mauvaise honte1 sa*ant mme trs bi5 quelquefois que ce m5songe e/ connu p\r tel et ne peut me s]vir du t\t ri54 ,il y a quelque temps que ,m4 ,f999999 m'engagea1 contre mon usage1 all]1 avec ma femme1 dn]1 en manire de pique-nique1 avec lui et ,m4 ,b9999991 *ez la dame 9999991 re/auratrice1 laquelle et ses deux filles dnr5t aussi avec n\s4 ,au milieu du dn]1 l'ane1 qui e/ m>ie depuis peu et qui toit grosse1 s'avisa de me dem&] brusquem5t1 et en me fixant1 si j'avois eu des enfans4 ,je rpondis1 en r\gissant jusqu'aux yeux1 que je n'avois pas eu ce bonheur4 ,elle s\rit malignem5t en reg>dant la compagnie2 t\t cela n'toit pas bi5 obscur1 mme p\r moi4 ,il e/ clair d'abord que cette rponse n'e/ po9t celle que j'aurois v\lu faire1 qu& mme j'aurois eu l'int5tion d'en impos]3 c>1 dans la disposition o je voyois les convives1 j'tois bi5 sr que ma rponse ne *angeoit ri5 leur op9ion sur ce po9t4 ,on s'att5doit cette ngative2 on la provoquoit mme p\r j\ir du plaisir de m'avoir fait m5tir4 ,je n'tois pas assez b\* p\r ne pas s5tir cela4 ,deux m9utes aprs1 la rponse que j'aurois d faire me v9t d'elle-mme4 ,voil une "q peu discrte1 de la "p d'une jeune femme1 un homme qui a vieilli g>on4 ,en p>lant a9si1 sans m5tir1 sans avoir r\gir d'aucun aveu1 je mettois les rieurs de mon ct1 et je lui faisois une petite leon qui1 naturellem5t1 devoit la r5dre un peu mo9s imp]t95te me que/ionn]4 ,je ne fis ri5 de t\t cela1 je ne dis po9t ce qu'il falloit dire1 je dis ce qu'il ne falloit pas et qui ne p\voit me s]vir de ri54 ,il e/ donc c]ta9 que ni mon jugem5t ni ma volont ne dictr5t ma rponse1 et qu'elle fut l'effet ma*9al de mon emb>ras4 ,autrefois je n'avois po9t cet emb>ras1 et je faisois l'aveu de mes fautes avec plus de fran*ise que de honte1 p>ce que je ne d\tois pas qu'on ne vt ce qui les ra*etoit1 et que je s5tois au d$ans de moi2 mais l'il de la malignit me navre et me dconc]te3 en dev5ant plus malheureux1 je suis dev5u plus timide2 et jamais je n'ai m5ti que p> timidit4 ,je n'ai jamais mieux s5ti mon av]sion naturelle p\r le m5songe qu'en crivant mes ,confessions3 c> c'e/ l que les t5tations auroi5t t frqu5tes et =tes1 p\r peu que mon p5*ant m'et port de ce ct2 mais1 lo9 d'avoir ri5 tu1 ri5 dissimul qui ft ma *>ge1 p> un t\r d'esprit que j'ai pe9e m'expliqu]1 et qui vi5t peut-tre d'loignem5t p\r t\te imitation1 je me s5tois plutt port m5tir dans le s5s contraire en m'accusant avec trop de svrit1 qu'en m'excusant avec trop d'indulg5ce1 et ma consci5ce m'assure qu'un j\r je s]ai jug mo9s svrem5t que je ne me suis jug moi-mme4 ,oui1 je le dis et le s5s avec une fire lvation d'me1 j'ai port dans cet crit la bonne foi1 la vracit1 la fran*ise1 aussi lo91 plus lo9 mme1 au mo9s je le crois1 que ne fit jamais aucun autre homme2 s5tant que le bi5 surpassoit le mal1 j'avois mon intrt t\t dire1 et j'ai t\t dit4 ,je n'ai jamais dit mo9s2 j'ai dit plus quelquefois1 non dans les faits1 mais dans les circon/ances2 et cette espce de m5songe fut plutt l'effet du dlire de l'imag9ation qu'un acte de volont2 j'ai tort mme de l'appel] m5songe1 c> aucune de ces additions n'en fut un4 ,j'crivois mes ,confessions dj vieux1 et dgt des va9s plaisirs de la vie que j'avois t\s effleurs1 et dont mon cur avoit bi5 s5ti le vide4 ,je les crivois de mmoire2 cette mmoire me manquoit s\v5t ou ne me f\rnissoit que des s\v5irs imp>faits1 et j'en remplissois les lacunes p> des dtails que j'imag9ois en supplm5t de ces s\v5irs1 mais qui ne leur toi5t jamais contraires4 ,j'aimois m't5dre sur les mom5s heureux de ma vie1 et je les embellissois quelquefois des ornem5s que de t5dres regrets v5oi5t me f\rnir4 ,je disois les *oses que j'avois oublies comme il me sembloit qu'elles avoi5t d tre1 comme elles avoi5t t peut-tre en effet1 jamais au contraire de ce que je me rappelois qu'elles avoi5t t4 ,je prtois quelquefois la vrit des *>mes trang]s1 mais jamais je n'ai mis le m5songe la place p\r palli] mes vices ou p\r m'arrog] des v]tus4 ,que si quelquefois1 sans y song]1 p> un m\vem5t involontaire1 j'ai ca* le ct dif=me1 en me peignant de pr(il1 ces rtic5ces ont t bi5 comp5ses p> d'autres rtic5ces plus biz>res1 qui m'ont s\v5t fait taire le bi5 plus soigneusem5t que le mal4 ,ceci e/ une s+ul>it de mon naturel qu'il e/ =t p>donnable aux hommes de ne pas croire1 mais qui1 t\t incroyable qu'elle e/1 n'en e/ pas mo9s relle3 j'ai s\v5t dit le mal dans t\te sa turpitude1 j'ai r>em5t dit le bi5 dans t\t ce qu'il eut d'aimable1 et s\v5t je l'ai tu t\t fait p>ce qu'il m'honoroit trop1 et que1 faisant mes ,confessions1 j'aurois l'air d'avoir fait mon loge4 ,j'ai dcrit mes jeunes ans sans me vant] des heureuses qualits dont mon cur toit d\1 et mme en supprimant les faits qui les mettoi5t trop en vid5ce4 ,je m'en rappelle ici deux de ma premire enfance1 qui t\s deux sont bi5 v5us mon s\v5ir en crivant1 mais que j'ai rejets l'un et l'autre p> l'unique raison dont je vi5s de p>l]4 ,j'allois presque t\s les diman*es pass] la j\rne aux ,pquis1 *ez ,m4 ,fazy1 qui avoit p\s une de mes tantes1 et qui avoit l une fabrique d'indi5nes4 ,un j\r j'tois l't5dage1 dans la *ambre de la cal&re1 et j'en reg>dois les r\leaux de fonte2 leur luisant flattoit ma vue2 je fus t5t d'y pos] mes doigts1 et je les prom5ois avec plaisir sur le lyce du cyl9dre1 qu& le jeune ,fazy1 s'tant mis dans la r\e1 lui donna un demi-qu>t de t\r si adroitem5t qu'il n'y prit que le b\t de mes deux plus longs doigts2 mais c'en fut assez p\r qu'ils y fuss5t crass p> le b\t1 et que les deux ongles y re/ass5t4 ,je fis un cri p]ant2 ,fazy dt\rne l'in/ant la r\e1 mais les ongles ne re/r5t pas mo9s au cyl9dre1 et le sang ruisseloit de mes doigts4 ,fazy1 con/]n1 s'crie1 sort de la r\e1 m'embrasse1 et me conjure d'apais] mes cris1 aj\tant qu'il toit p]du4 ,au =t de ma d\leur la si5ne me t\*a2 je me tus1 n\s fmes la c>pire1 o il m'aida lav] mes doigts et tan*] mon sang avec de la m\sse4 ,il me supplia avec l>mes de ne po9t l'accus]2 je le lui promis1 et le t9s si bi5 que plus de v+t ans aprs p]sonne ne savoit p> quelle av5ture j'avois deux de mes doigts cicatriss3 c> ils le sont demeurs t\j\rs4 ,je fus dt5u dans mon lit plus de trois sema9es1 et plus de deux mois hors d'tat de me s]vir de ma ma91 disant t\j\rs qu'une grosse pi]re1 en tombant1 m'avoit cras les doigts4 ,magnanime m5zogna6 or qu&o il v]o ,s bello1 *e si possa a te preporre6 ,cet accid5t me fut p\rtant bi5 s5sible p> la circon/ance1 c> c'toit le temps des ex]cices1 o l'on faisoit manuvr] la b\rgeoisie1 et n\s avions fait un rang de trois autres enfans de mon ge1 avec lesquels je devois1 en uni=me1 faire l'ex]cice avec la compagnie de mon qu>ti]4 ,j'eus la d\leur d'ent5dre le tamb\r de la compagnie1 passant s\s ma f5tre avec mes trois cam>ades1 t&is que j'tois dans mon lit4 ,mon autre hi/oire e/ t\te semblable1 mais d'un ge plus avanc4 ,je j\ois au mail1 ,pla9-,palais1 avec un de mes cam>ades appel ,pl9ce4 ,n\s prmes qu]elle au jeu2 n\s n\s battmes1 et1 durant le combat1 il me donna1 sur la tte nue1 un c\p de mail si bi5 appliqu que d'une ma9 plus =te il m'et fait saut] la c]velle4 ,je tombe l'in/ant4 ,je ne vis de ma vie une agitation p>eille celle de ce pauvre g>on voyant mon sang ruissel] dans mes *eveux4 ,il crut m'avoir tu4 ,il se prcipite sur moi1 m'embrasse1 me s]re troitem5t en fondant en l>mes et p\ssant des cris p]ants4 ,je l'embrassois aussi de t\te ma =ce1 en pleurant comme lui1 dans une motion confuse qui n'toit pas sans quelque d\ceur4 ,enf9 il se mit en devoir d'tan*] mon sang qui cont9uoit de c\l]2 et1 voyant que nos deux m\*oirs n'y p\voi5t suffire1 il m'entrana *ez sa mre1 qui avoit un petit j>d9 prs de l4 ,cette bonne dame faillit se tr\v] mal en me voyant dans cet tat2 mais elle sut cons]v] ses =ces p\r me pans]2 et1 aprs avoir bi5 bass9 ma plaie1 elle y appliqua des fleurs de lis macres dans l'eau-de-vie1 vulnraire excell5t et trs usit dans notre pays4 ,ses l>mes et celles de son fils pntrr5t mon cur au po9t que longtemps je la reg>dois comme ma mre1 et son fils comme mon frre1 jusqu' ce qu'ayant p]du l'un et l'autre de vue1 je les oubliai peu peu4 ,je g>dai le mme secret sur cet accid5t que sur l'autre1 et il m'en e/ arriv c5t autres de p>eille nature1 en ma vie1 dont je n'ai pas mme t t5t de p>l] dans mes ,confessions1 tant j'y *]*ois peu l'art de faire valoir le bi5 que je s5tois dans mon c>actre4 ,non1 qu& j'ai p>l contre la vrit qui m'toit connue1 ce n'a jamais t qu'en *oses indiffr5tes1 et plus ou p> l'emb>ras de p>l]1 ou p\r le plaisir d'crire1 que p> aucun motif d'intrt p\r moi1 ni d'avantage ou de prjudice d'autrui2 et quiconque lira mes ,confessions imp>tialem5t1 si jamais cela arrive1 s5tira que les aveux que j'y fais sont plus humilians1 plus pnibles faire1 que ceux d'un mal plus gr&1 mais mo9s honteux dire1 et que je n'ai pas dit p>ce que je ne l'ai pas fait4 ,il suit de t\tes ces rflexions que la pr(ession de vracit que je me suis faite a plus son fondem5t sur des s5tim5s de droiture et d'quit que sur la ralit des *oses1 et que j'ai plus suivi1 dans la pratique1 les directions morales de ma consci5ce que les notions ab/raites du vrai et du faux4 ,j'ai s\v5t dbit bi5 des fables1 mais j'ai trs r>em5t m5ti4 ,en suivant ces pr9cipes1 j'ai donn sur moi beauc\p de prise aux autres1 mais je n'ai fait tort qui que ce ft1 et je ne me suis po9t attribu moi-mme plus d'avantage qu'il ne m'en toit d4 ,c'e/ uniquem5t p> l1 ce me semble1 que la vrit e/ une v]tu4 ,a t\t autre g>d elle n'e/ p\r n\s qu'un tre mtaphysique dont il ne rsulte ni bi5 ni mal4 ,je ne s5s p\rtant pas mon cur assez cont5t de ces di/9ctions p\r me croire t\t fait irrprh5sible4 ,en pesant avec tant de so9 ce que je devois aux autres1 ai-je assez exam9 ce que je me devois moi-mme8 ,s'il faut tre ju/e p\r autrui1 il faut tre vrai p\r soi2 c'e/ un hommage que l'honnte homme doit r5dre sa propre dignit4 ,qu& la /rilit de ma conv]sation me =oit d'y suppler p> d'innoc5tes fictions1 j'avois tort1 p>ce qu'il ne faut po9t1 p\r amus] autrui1 s'avilir soi-mme2 et qu&1 entran p> le plaisir d'crire1 j'aj\tois des *oses relles des ornem5s inv5ts1 j'avois plus de tort encore1 p>ce que orn] la vrit p> des fables1 c'e/ en effet la dfigur]4 ,mais ce qui me r5d plus inexcusable e/ la devise que j'avois *oisie4 ,cette devise m'obligeoit plus que t\t autre homme une pr(ession plus troite de la vrit1 et il ne suffisoit pas que je lui sacrifiasse p>t\t mon intrt et mes p5*ans1 il falloit lui sacrifi] aussi ma foiblesse et mon naturel timide4 ,il falloit avoir le c\rage et la =ce d'tre vrai t\j\rs1 en t\te occasion1 et qu'il ne sortt jamais ni fictions ni fables d'une b\*e et d'une plume qui s'toi5t p>ticulirem5t consacres la vrit4 ,voil ce que j'aurois d me dire en pr5ant cette fire devise1 et me rpt] sans cesse tant que j'osai la port]4 ,jamais la fausset ne dicta mes m5songes1 ils sont t\s v5us de foiblesse1 mais cela m'excuse trs mal4 ,avec une me foible on peut t\t au plus se g>antir du vice2 mais c'e/ tre arrogant et tmraire d'os] pr(ess] de gr&es v]tus4 ,voil des rflexions qui probablem5t ne me s]oi5t jamais v5ues dans l'esprit si l'abb ,roy\ ne me les et suggres4 ,il e/ bi5 t>d1 sans d\te1 p\r en faire usage2 mais il n'e/ pas trop t>d au mo9s p\r r$ress] mon erreur et remettre ma volont dans la rgle3 c> c'e/ dsormais t\t ce qui dp5d de moi4 ,en ceci donc1 et en t\tes *oses semblables1 la maxime de ,solon e/ applicable t\s les ges1 et il n'e/ jamais trop t>d p\r appr5dre1 mme de ses ennemis1 tre sage1 vrai1 mode/e1 et mo9s prsum] de soi4 ,figure #aj ,figure #aa ,,c9qui,,me ,,prom5ade ,de t\tes les habitations o j'ai demeur 7et j'en ai eu de *>mantes71 aucune ne m'a r5du si vritablem5t heureux et ne m'a laiss de si t5dres regrets que l'le de ,sa9t-,pi]re au milieu du lac de ,bi5ne4 ,cette petite le1 qu'on appelle ,neu*tel l'le de ,la ,motte1 e/ bi5 peu connue1 mme en ,suisse4 ,aucun voyageur1 que je sa*e1 n'en fait m5tion4 ,cep5dant elle e/ trs agrable1 et s+ulirem5t situe p\r le bonheur d'un homme qui aime se circonscrire3 c>1 quoique je sois peut-tre le seul au monde qui sa de/9e en ait fait une loi1 je ne puis croire tre le seul qui ait un gt si naturel1 quoique je ne l'aie tr\v jusqu'ici *ez nul autre4 ,les rives du lac de ,bi5ne sont plus sauvages et romantiques que celles du lac de ,g5ve1 p>ce que les ro*]s et les bois y bord5t l'eau de plus prs2 mais elles ne sont pas mo9s riantes4 ,s'il y a mo9s de culture de *amps et de vignes1 mo9s de villes et de maisons1 il y a aussi plus de v]dure naturelle1 plus de prairies1 d'asiles ombrags de bocages1 des contra/es plus frqu5s et des accid5s plus rappro*s4 ,comme il n'y a pas sur ces heureux bords de gr&es r\tes commodes p\r les voitures1 le pays e/ peu frqu5t p> les voyageurs2 mais il e/ intressant p\r des contemplatifs solitaires qui aim5t s'enivr] loisir des *>mes de la nature1 et se recueillir dans un sil5ce que ne tr\ble aucun autre bruit que le cri des aigles1 le ramage entrec\p de quelques oiseaux1 et le r\lem5t des torr5s qui tomb5t de la montagne4 ,ce beau bass91 d'une =me presque ronde1 enf]me dans son milieu deux petites les1 l'une habite et cultive1 d'environ une demi-lieue de t\r2 l'autre plus petite1 ds]te et en fri*e1 et qui s]a dtruite la f9 p> les transports de la t]re qu'on en te sans cesse p\r rp>] les dgts que les vagues et les orages font la gr&e4 ,c'e/ a9si que la sub/ance du foible e/ t\j\rs employe au pr(it du puissant4 ,il n'y a dans l'le qu'une seule maison1 mais gr&e1 agrable et commode1 qui app>ti5t l'hpital de ,b]ne1 a9si que l'le1 et o loge un receveur avec sa famille et ses dome/iques4 ,il y entreti5t une nombreuse basse-c\r1 une volire1 et des rs]voirs p\r le poisson4 ,l'le1 dans sa petitesse1 e/ tellem5t v>ie dans ses t]ra9s et ses aspects qu'elle (fre t\tes sortes de sites et s\ffre t\tes sortes de cultures4 ,on y tr\ve des *amps1 des vignes1 des bois1 des v]g]s1 de gras pturages ombrags de bosquets et bords d'arbrisseaux de t\te espce1 dont le bord des eaux entreti5t la fra*eur2 une haute t]rasse plante de deux rangs d'arbres borde ,pile dans sa longueur1 et dans le milieu de cette t]rasse on a bti un joli salon o les habitans des rives vois9es se rassembl5t et vi5n5t dans] les diman*es durant les v5danges4 ,c'e/ dans cette le que je me rfugiai aprs la lapidation de ,moti]s4 ,j'en tr\vai le sj\r si *>mant1 j'y m5ois une vie si conv5able mon humeur1 que1 rsolu d'y f9ir mes j\rs1 je n'avois d'autre inquitude s9on qu'on ne me laisst pas excut] ce projet qui ne s'accordoit pas avec celui de m'entran] en ,anglet]re1 dont je s5tois dj les premi]s effets4 ,dans les press5tim5s qui m'inquitoi5t1 j'aurois v\lu qu'on m'et fait de cet asile une prison p]ptuelle1 qu'on m'y et conf9 p\r t\te ma vie1 et qu'en m'tant t\te puissance et t\t espoir d'en sortir1 on m'et int]dit t\te espce de communication avec la t]re f]me1 de sorte qu'ignorant t\t ce qui se faisoit dans le monde1 j'en eusse oubli l'exi/5ce et qu'on y et oubli la mi5ne aussi4 ,on ne m'a laiss pass] gure que deux mois dans cette le1 mais j'y aurois pass deux ans1 deux sicles1 et t\te l't]nit1 sans m'y ennuy] un mom5t1 quoique je n'y eusse1 avec ma compagne1 d'autre socit que celle du receveur1 de sa femme et de ses dome/iques1 qui t\s toi5t la vrit de trs bonnes g5s1 et ri5 de plus2 mais c'toit prcism5t ce qu'il me falloit4 ,je compte ces deux mois p\r le temps le plus heureux de ma vie1 et tellem5t heureux qu'il m'et suffi durant t\te mon exi/5ce1 sans laiss] natre un seul in/ant dans mon me le dsir d'un autre tat4 ,quel toit donc ce bonheur1 et en quoi consi/oit sa j\issance8 ,je le donn]ois dev9] t\s les hommes de ce sicle sur la description de la vie que j'y m5ois4 ,le prcieux f> ni5te fut la premire et la pr9cipale de ces j\issances que je v\lus sav\r] dans t\te sa d\ceur1 et t\t ce que je fis durant mon sj\r ne fut en effet que l'occupation dlicieuse et ncessaire d'un homme qui s'e/ dv\ l'oisivet4 ,l'espoir qu'on ne dem&]oit pas mieux que de me laiss] dans ce sj\r isol o je m'tois enlac de moi-mme1 dont il m'toit impossible de sortir sans assi/ance et sans tre bi5 ap]u1 et o je ne p\vois avoir ni communication ni correspondance que p> le conc\rs des g5s qui m'ent\roi5t2 cet espoir1 dis-je1 me donnoit celui d'y f9ir mes j\rs plus tranquillem5t 'que je ne les avois passs2 et l'ide que j'aurois le temps de m'y arrang] t\t loisir fit que je comm5ai p> n'y faire aucun arrangem5t4 ,transport l brusquem5t1 seul et nu1 j'y fis v5ir successivem5t ma g\v]nante1 mes livres et mon petit quipage1 dont j'eus le plaisir de ne ri5 dball]1 laissant mes caisses et mes malles comme elles toi5t arrives1 et vivant dans l'habitation o je comptois a*ev] mes j\rs comme dans une aub]ge dont j'aurois d p>tir le l5dema94 ,t\tes *oses1 telles qu'elles toi5t1 alloi5t si bi5 que v\loir les mieux rang] toit y gt] quelque *ose4 ,un de mes plus gr&s dlices toit surt\t de laiss] t\j\rs mes livres bi5 encaisss1 et de n'avoir po9t d'critoire4 ,qu& de malheureuses lettres me =oi5t de pr5dre la plume p\r y rpondre1 j'empruntois en murmurant l'critoire du receveur1 et je me htois de la r5dre1 dans la va9e esprance de n'avoir plus beso9 de la remprunt]4 ,au lieu de ces tri/es pap]asses et de t\te cette b\qu9]ie1 j'emplissois ma *ambre de fleurs et de fo91 c> j'tois alors dans ma premire f]veur de botanique1 p\r laquelle le docteur d',iv]nois m'avoit inspir un gt qui bi5tt dev9t passion4 ,ne v\lant plus d'uvre de travail1 il m'en falloit une d'amusem5t qui me plt et qui ne me donnt de pe9e que celle qu'aime pr5dre un p>esseux4 ,j'entrepris de faire la ,flora petr9sul>is1 et de dcrire t\tes les plantes de l'le1 sans en omettre une seule1 avec un dtail suffisant p\r m'occup] le re/e de mes j\rs4 ,on dit qu'un ,allem& a fait un livre sur un ze/e de citron2 j'en aurois fait un sur *aque gram5 des prs1 sur *aque m\sse des bois1 sur *aque li*5 qui tapisse les ro*]s2 enf9 je ne v\lois pas laiss] un poil d'h]be1 pas un atome vgtal qui ne ft amplem5t dcrit4 ,en consqu5ce de ce beau projet1 t\s les mat9s1 aprs le djeun]1 que n\s faisions t\s ensemble1 j'allois1 une l\pe la ma91 et mon ,sy/ema natur s\s le bras1 visit] un canton de l'le1 que j'avois p\r cet effet divise en petits c>rs1 dans l'int5tion de les p>c\rir l'un aprs l'autre en *aque saison4 ,ri5 n'e/ plus s+uli] que les ravissem5s1 les extases que j'pr\vois *aque obs]vation que je faisois sur la /ructure et l'organisation vgtale1 et sur le jeu des p>ties sexuelles dans la fructification1 dont le sy/me toit alors t\t fait n\veau p\r moi4 ,la di/9ction des c>actres gnriques1 dont je n'avois pas aup>avant la mo9dre ide1 m'en*antoit en les vrifiant sur les espces communes1 en att5dant qu'il s'en (frt moi de plus r>es4 ,la f\r*ure des deux longues tam9es de la brunelle1 le ressort de celles de l'ortie et de la p>itaire1 l'explosion du fruit de la balsam9e et de la capsule du buis1 mille petits jeux de la fructification1 que j'obs]vois p\r la premire fois1 me combloi5t de joie1 et j'allois dem&ant si l'on avoit vu les cornes de la brunelle1 comme ,la ,fonta9e dem&oit si l'on avoit lu ,habacuc4 ,au b\t de deux ou trois heures je m'en rev5ois *>g d'une ample moisson1 provision d'amusem5t p\r l'aprs-dne au logis1 en cas de pluie4 ,j'employois le re/e de la mat9e all] avec le receveur1 sa femme et ,?rse visit] leurs ouvri]s et leur rcolte1 mettant le plus s\v5t la ma9 l'uvre avec eux2 et s\v5t des ,b]nois qui me v5oi5t voir m'ont tr\v ju* sur de gr&s arbres1 ce9t d'un sac que je remplissois de fruits1 et que je dvalois ensuite t]re avec une corde4 ,l'ex]cice que j'avois fait dans la mat9e et la bonne humeur qui en e/ insp>able me r5doi5t le repos du dn] trs agrable2 mais qu& il se prolongeoit trop1 et que le beau temps m'invitoit1 je ne p\vois si longtemps att5dre1 et1 p5dant qu'on toit encore table1 je m'esquivois et j'allois me jet] seul dans un bateau que je conduisois au milieu du lac qu& l'eau toit calme2 et l1 m't5dant t\t de mon long dans le bateau1 les yeux t\rns v]s le ciel1 je me laissois all] et driv] l5tem5t au gr de l'eau1 quelquefois p5dant plusieurs heures1 plong dans mille rv]ies confuses1 mais dlicieuses1 t qui1 sans avoir aucun objet bi5 dt]m9 ni con/ant1 ne laissoi5t pas d'tre1 mon gr1 c5t fois prfrables t\t ce que j'avois tr\v de plus d\x dans ce qu'on appelle les plaisirs de la vie4 ,s\v5t av]ti p> le baiss] du soleil de l'heure de la retraite1 je me tr\vois si lo9 de l'le que j'tois =c de travaill] de t\te ma =ce p\r arriv] avant la nuit close4 ,d'autres fois1 au lieu de m'c>t] en ple9e eau1 je me plaisois ctoy] les v]doyantes rives de l'le1 dont les limpides eaux et les ombrages frais m'ont s\v5t engag m'y baign]4 ,mais une de mes navigations les plus frqu5tes toit d'all] de la gr&e la petite le1 d'y db>qu]1 et d'y pass] l'aprs-dne1 tantt des prom5ades trs circonscrites au milieu des m>ceaux1 des b\rda9es1 des p]sicaires1 des arbrisseaux de t\te espce1 et tantt m'tablissant au sommet d'un t]tre sablonneux1 c\v]t de gazon1 de s]polet1 de fleurs1 mme d'esp>cette1 et de trfles qu'on y avoit vraisemblablem5t sems autrefois1 et trs propres log] des lap9s1 qui p\voi5t l multipli] en paix sans ri5 cra9dre1 et sans nuire ri54 ,je donnai cette ide au receveur1 qui fit v5ir de ,neu*tel des lap9s mles et femelles1 et n\s allmes en gr&e pompe1 sa femme1 une de ses surs1 ,?rse et moi1 les tablir dans la petite le1 o ils comm5oi5t peupl] avant mon d"p1 et o ils auront prospr sans d\te1 s'ils ont pu s\t5ir la rigueur des hiv]s4 ,la fondation de cette petite colonie fut une fte4 ,le pilote des ,argonautes n'toit pas plus fi] que moi1 m5ant en triomphe la compagnie et les lap9s de la gr&e le la petite1 et je notois avec orgueil que la receveuse1 qui r$\toit l'eau l'excs et s'y tr\voit t\j\rs mal1 s'emb>qua s\s ma conduite avec confiance1 et ne montra nulle peur durant la trav]se4 ,qu& le lac agit ne me p]mettoit pas la navigation1 je passois mon aprs-midi p>c\rir l'le1 en h]borisant droite et gau*e2 m'asseyant tantt dans les rduits les plus rians et les plus solitaires p\r y rv] mon aise1 tantt sur les t]rasses et les t]tres1 p\r p>c\rir des yeux le sup]be et ravissant c\p d'il du lac et de ses rivages1 c\ronns d'un ct p> des montagnes pro*a9es1 et de l'autre l>gis en ri*es et f]tiles pla9es1 dans lesquelles la vue s't5doit jusqu'aux montagnes bleutres plus loignes qui la bornoi5t4 ,qu& le soir appro*oit1 je desc5dois des cimes de l'le1 et j'allois volonti]s m'asseoir au bord du lac1 sur la grve1 dans quelque asile ca*2 l1 le bruit des vagues et l'agitation de l'eau1 fixant mes s5s et *assant de mon me t\te autre agitation1 la plongeoi5t dans une rv]ie dlicieuse1 o la nuit me surpr5oit s\v5t sans que je m'en fusse ap]u4 ,le flux et le reflux de cette eau1 son bruit cont9u1 mais r5fl p> int]valles1 frappant sans rel*e mon oreille et mes yeux1 supploi5t aux m\vem5s int]nes que la rv]ie teignoit en moi1 et suffisoi5t p\r me faire s5tir avec plaisir mon exi/5ce1 sans pr5dre la pe9e de p5s]4 ,de temps autre naissoit quelque foible et c\rte rflexion sur l'in/abilit des *oses de ce monde1 dont la surface des eaux m'(froit l'image2 mais bi5tt ces impressions lgres s'effaoi5t dans l'uni=mit du m\vem5t cont9u qui me b]oit1 et qui1 sans aucun conc\rs actif de mon me1 ne laissoit pas de m'atta*] au po9t qu'appel p> l'heure et p> le signal conv5u1 je ne p\vois m'arra*] de l sans ef=ts4 ,aprs le s\p]1 qu& la soire toit belle1 n\s allions encore t\s ensemble faire quelque t\r de prom5ade sur la t]rasse1 p\r y respir] l'air du lac et la fra*eur4 ,on se reposoit dans le pavillon1 on rioit1 on causoit1 on *antoit quelque vieille *anson qui valoit bi5 le tortillage mod]ne1 et enf9 l'on s'alloit c\*] cont5t de sa j\rne1 et n'en dsirant qu'une semblable p\r le l5dema94 ,telle e/1 laissant "p les visites imprvues et importunes1 la manire dont j'ai pass mon temps dans cette le1 durant le sj\r que j'y ai fait4 ,qu'on me dise prs5t ce qu'il y a l d'assez attrayant p\r excit] dans mon cur des regrets si vifs1 si t5dres et si durables1 qu'au b\t de qu9ze ans il m'e/ impossible de song] cette habitation *rie sans m'y s5tir *aque fois transport] encore p> les lans du dsir4 ,j'ai rem>qu dans les vicissitudes d'une longue vie que les poques des plus d\ces j\issances et des plaisirs les plus vifs ne sont p\rtant pas celles dont le s\v5ir m'attire et me t\*e le plus4 ,ces c\rts mom5s de dlire et de passion1 quelque vifs qu'ils puiss5t tre1 ne sont cep5dant1 et p> leur vivacit mme1 que des po9ts bi5 clairsems dans la ligne de la vie4 ,ils sont trop r>es et trop rapides p\r con/itu] un tat2 et le bonheur que mon cur regrette n'e/ po9t compos d'in/ans fugitifs1 mais un tat simple et p]man5t1 qui n'a ri5 de vif en lui-mme1 mais dont la dure accrot le *>me1 au po9t d'y tr\v] enf9 la suprme flicit4 ,t\t e/ dans un flux cont9uel sur la t]re4 ,ri5 n'y g>de une =me con/ante et arrte1 et nos affections1 qui s'atta*5t aux *oses extrieures1 pass5t et *ang5t ncessairem5t comme elles4 ,t\j\rs en avant ou en arrire de n\s1 elles rappell5t le pass1 qui n'e/ plus1 ou prvi5n5t l'av5ir1 qui s\v5t ne doit po9t tre3 il n'y a ri5 l de solide quoi le cur se puisse atta*]4 ,aussi n'a-t-on gure ici-bas que du plaisir qui passe2 p\r le bonheur qui dure1 je d\te qu'il y soit connu4 ,a pe9e e/-il1 dans nos plus vives j\issances1 un in/ant o le cur puisse vritablem5t n\s dire3 ,je v\drois que cet in/ant durt t\j\rs4 ,et comm5t peut-on appel] bonheur un tat fugitif qui n\s laisse encore le cur inquiet et vide1 qui n\s fait regrett] quelque *ose avant1 ou dsir] encore quelque *ose aprs8 ,mais1 s'il e/ un tat o l'me tr\ve une assiette assez solide p\r s'y repos] t\t entire1 et rassembl] l t\t son tre1 sans avoir beso9 de rappel] le pass ni d'enjamb] sur l'av5ir1 o le temps ne soit ri5 p\r elle1 o le prs5t dure t\j\rs1 sans nanmo9s m>qu] sa dure et sans aucune trace de succession1 sans aucun autre s5tim5t de privation ni de j\issance1 de plaisir ni de pe9e1 de dsir ni de cra9te que celui seul de notre exi/5ce1 et que ce s5tim5t seul puisse la remplir t\t entire2 tant que cet tat dure1 celui qui s'y tr\ve peut s'appel] heureux non d'un bonheur imp>fait1 pauvre et relatif1 tel que celui qu'on tr\ve dans les plaisirs de la vie1 mais d'un bonheur suffisant1 p>fait et ple91 qui ne laisse dans l'me aucun vide qu'elle s5te le beso9 de remplir4 ,tel e/ l'tat o je me suis tr\v s\v5t l'le de ,sa9t-,pi]re1 dans mes rv]ies solitaires1 soit c\* dans mon bateau que je laissois driv] au gr de l'eau1 soit assis sur les rives du lac agit1 soit ailleurs1 au bord d'une belle rivire ou d'un ruisseau murmurant sur le gravi]4 ,de quoi j\it-on dans une p>eille situation8 ,de ri5 d'extrieur soi1 de ri5 s9on de soi-mme et de sa propre exi/5ce2 tant que cet tat dure1 on se suffit soi-mme1 comme ,dieu4 ,le s5tim5t de l'exi/5ce dp\ill de t\te autre affection e/ p> lui-mme un s5tim5t prcieux de cont5tem5t et de paix1 qui suffiroit seul p\r r5dre cette exi/5ce *re et d\ce qui sauroit c>t] de soi t\tes les impressions s5suelles et t]re/res qui vi5n5t sans cesse n\s en di/raire et en tr\bl] ici-bas la d\ceur4 ,mais la plup>t des hommes1 agits de passions cont9uelles1 connoiss5t peu cet tat1 et1 ne l'ayant gt qu'imp>faitem5t durant peu d'in/ans1 n'en cons]v5t qu'une ide obscure et confuse qui ne leur en fait pas s5tir le *>me4 ,il ne s]oit pas mme bon1 dans la prs5te con/itution des *oses1 qu'avides de ces d\ces extases ils s'y dgtass5t de la vie active dont leurs beso9s t\j\rs r5aissans leur prescriv5t le devoir4 ,mais un in=tun qu'on a retran* de la socit huma9e1 et qui ne peut plus ri5 faire ici-bas d'utile et de bon p\r autrui ni p\r soi1 peut tr\v]1 dans cet tat1 t\tes les flicits huma9es des ddommagem5s que la =tune et les hommes ne lui sauroi5t t]4 ,il e/ vrai que ces ddommagem5s ne peuv5t tre s5tis p> t\tes les mes1 ni dans t\tes les situations4 ,il faut que le cur soit en paix1 et qu'aucune passion n'en vi5ne tr\bl] le calme4 ,il y faut des dispositions de la "p de celui qui les pr\ve2 il en faut dans le conc\rs des objets environnans4 ,il n'y faut ni un repos absolu1 ni trop d'agitation1 mais un m\vem5t uni=me et modr1 qui n'ait ni sec\sses ni int]valles4 ,sans m\vem5t la vie n'e/ qu'une l?>gie4 ,si le m\vem5t e/ 9gal ou trop =t1 il rveille2 en n\s rappelant aux objets environnans1 il dtruit le *>me de la rv]ie1 et n\s arra*e d'au d$ans de n\s1 p\r n\s remettre l'in/ant s\s le j\g de la =tune et des hommes et n\s r5dre au s5tim5t de nos malheurs4 ,un sil5ce absolu porte la tri/esse4 ,il (fre une image de la mort3 alors le sec\rs d'une imag9ation riante e/ ncessaire et se prs5te assez naturellem5t ceux que le ,ciel en a gratifis4 ,le m\vem5t qui ne vi5t pas du dehors se fait alors au d$ans de n\s4 ,le repos e/ mo9dre1 il e/ vrai1 mais il e/ aussi plus agrable qu& de lgres et d\ces ides1 sans agit] le fond de l'me1 ne font p\r a9si dire qu'en effleur] la surface4 ,il n'en faut qu'assez p\r se s\v5ir de soi-mme en oubliant t\s ses maux4 ,cette espce de rv]ie peut se gt] p>t\t o l'on peut tre tranquille1 et j'ai s\v5t p5s qu' la ,ba/ille1 et mme dans un ca*ot o nul objet n'et frapp ma vue1 j'aurois encore pu rv] agrablem5t4 ,mais il faut av\] que cela se faisoit bi5 mieux et plus agrablem5t dans une le f]tile et solitaire1 naturellem5t circonscrite et sp>e du re/e du monde1 o ri5 ne m'(froit que des images riantes2 o ri5 ne me rappeloit des s\v5irs attri/ans2 o la socit du petit nombre d'habitans toit liante et d\ce1 sans tre intressante au po9t de m'occup] incessamm5t2 o je p\vois enf9 me livr] t\t le j\r1 sans ob/acles et sans so9s1 aux occupations de mon gt ou la plus molle oisivet4 ,l'occasion sans d\te toit belle p\r un rveur1 qui1 sa*ant se n\rrir d'agrables *imres au milieu des objets les plus dplaisans1 p\voit s'en rassasi] son aise en y faisant conc\rir t\t ce qui frappoit rellem5t ses s5s4 ,en sortant d'une longue et d\ce rv]ie1 me voyant ent\r de v]dure1 de fleurs1 d'oiseaux1 et laissant err] mes yeux au lo9 sur les romanesques rivages qui bordoi5t une va/e t5due d'eau claire et cri/all9e1 j'assimilois mes fictions t\s ces aimables objets2 et1 me tr\vant enf9 ram5 p> degrs moi-mme et ce qui m'ent\roit1 je ne p\vois m>qu] le po9t de sp>ation des fictions aux ralits1 tant t\t conc\roit galem5t me r5dre *re la vie recueillie et solitaire que je m5ois dans ce beau sj\r6 ,que ne peut-elle r5atre encore6 que ne puis-je all] f9ir mes j\rs dans cette le *rie1 sans en ressortir jamais1 ni jamais y revoir aucun habitant du cont95t qui me rappelt le s\v5ir des calamits de t\te espce qu'ils se plais5t rassembl] sur moi depuis tant d'annes6 ,ils s]oi5t bi5tt oublis p\r jamais3 sans d\te ils ne m'oubli]oi5t pas de mme2 mais que m'import]oit1 p\rvu qu'ils n'euss5t aucun accs p\r y v5ir tr\bl] mon repos8 ,dlivr de t\tes les passions t]re/res qu'eng5dre le tumulte de la vie sociale1 mon me s'lanc]oit frquemm5t au-dessus de cette atmosphre1 et comm]c]oit d'avance avec les intellig5ces cle/es1 dont elle espre all] augm5t] le nombre dans peu de temps4 ,les hommes se g>d]ont1 je le sais1 de me r5dre un si d\x asile1 o ils n'ont pas v\lu me laiss]4 ,mais ils ne m'emp*]ont pas du mo9s de m'y transport] *aque j\r sur les ailes de l'imag9ation1 et d'y gt] durant quelques heures le mme plaisir que si je l'habitois encore4 ,ce que j'y f]ois de plus d\x s]oit d'y rv] mon aise4 ,en rvant que j'y suis ne fais-je pas la mme *ose8 ,je fais mme plus1 l'attrait d'une rv]ie ab/raite et monotone je jo9s des images *>mantes qui la vivifi5t4 ,leurs objets *appoi5t s\v5t mes s5s dans mes extases2 et ma9t5ant plus ma rv]ie e/ pr(onde1 plus elle me les pe9t vivem5t4 ,je suis s\v5t plus au milieu d'eux1 et plus agrablem5t encore1 que qu& j'y tois rellem5t4 ,le malheur e/ qu' mesure que l'imag9ation s'attidit1 cela vi5t avec plus de pe9e1 et ne dure pas si longtemps4 ,hlas6 c'e/ qu& on comm5ce quitt] sa dp\ille qu'on en e/ le plus (fusqu6 ,figure #ab ,figure #ac ,,sixi,,me ,,prom5ade ,n\s n'avons gure de m\vem5t ma*9al dont n\s ne puissions tr\v] la cause dans notre cur1 si n\s savions bi5 l'y *]*]4 ,hi]1 en passant sur le n\veau b\lev>d p\r all] h]boris] le long de la ,bivre1 du ct de ,g5tilly1 je fis le cro*et droite en appro*ant de la b>rire d',enf]1 et1 m'c>tant dans la campagne1 j'allai1 p> la r\te de ,fonta9ebleau1 gagn] les hauteurs qui bord5t cette petite rivire4 ,cette m>*e toit =t indiffr5te en elle-mme2 mais1 en me rappelant que j'avois fait plusieurs fois ma*9alem5t le mme dt\r1 j'en re*]*ai la cause en moi-mme1 et je ne pus m'emp*] de rire qu& je v9s la dml]4 ,dans un co9 du b\lev>d1 la sortie de la b>rire d',enf]1 s'tablit j\rnellem5t en t une femme qui v5d du fruit1 de la tisane et des petits pa9s4 ,cette femme a un petit g>on =t g5til1 mais boiteux1 qui1 clop9ant avec ses bquilles1 s'en va d'assez bonne grce dem&ant l'aumne aux passans4 ,j'avois fait une espce de connoissance avec ce petit bonhomme2 il ne manquoit pas1 *aque fois que je passois1 de v5ir me faire son petit complim5t1 t\j\rs suivi de ma petite (fr&e4 ,les premires fois je fus *>m de le voir1 je lui donnois de trs bon cur1 et je cont9uai quelque temps de le faire avec le mme plaisir1 y joignant mme le plus s\v5t celui d'excit] et d'c\t] son petit babil1 que je tr\vois agrable4 ,ce plaisir1 dev5u p> degrs habitude1 se tr\va1 je ne sais comm5t1 trans=m dans une espce de devoir dont je s5tis bi5tt la gne1 surt\t cause de la h>angue prlim9aire qu'il falloit c\t]1 et dans laquelle il ne manquoit jamais de m'appel] s\v5t ,m4 ,r\sseau1 p\r montr] qu'il me connoissoit bi52 ce qui m'appr5oit assez au contraire qu'il ne me connoissoit pas plus que ceux qui l'avoi5t in/ruit4 ,ds lors je passai p> l mo9s volonti]s1 et enf9 je pris ma*9alem5t l'habitude de faire le plus s\v5t un dt\r qu& j'appro*ois de cette trav]se4 ,voil ce que je dc\vris en y rfl*issant1 c> ri5 de t\t cela ne s'toit (f]t jusqu'alors di/9ctem5t ma p5se4 ,cette obs]vation m'en a rappel successivem5t des multitudes d'autres1 qui m'ont bi5 confirm que les vrais et premi]s motifs de la plup>t de mes actions ne me sont pas aussi clairs moi-mme que je me l'tois longtemps figur3 je sais et je s5s que faire du bi5 e/ le plus vrai bonheur que le cur huma9 puisse gt]2 mais il y a longtemps que ce bonheur a t mis hors de ma porte1 et ce n'e/ pas dans un aussi misrable sort que le mi5 qu'on peut espr] de plac] avec *oix et avec fruit une seule action rellem5t bonne4 ,le plus gr& so9 de ceux qui rgl5t ma de/9e ayant t que t\t ne ft p\r moi que fausse et trompeuse app>5ce1 un motif de v]tu n'e/ jamais qu'un leurre qu'on me prs5te p\r m'attir] dans le pige o l'on veut m'enlac]4 ,je sais cela2 je sais que le seul bi5 qui soit dsormais en ma puissance e/ de m'ab/5ir d'agir1 de peur de mal faire sans le v\loir et sans le savoir4 ,mais il fut des temps plus heureux o1 suivant les m\vem5s de mon cur1 je p\vois quelquefois r5dre un autre cur cont5t1 et je me dois l'honorable tmoignage que1 *aque fois que j'ai pu gt] ce plaisir1 je l'ai tr\v plus d\x qu'aucun autre3 ce p5*ant fut vif1 vrai1 pur2 et ri51 dans mon plus secret intrieur1 ne l'a jamais dm5ti4 ,cep5dant j'ai s5ti s\v5t le poids de mes propres bi5faits p> la *ane des devoirs qu'ils entranoi5t leur suite3 alors le plaisir a disp>u1 et je n'ai plus tr\v dans la cont9uation des mmes so9s qui m'avoi5t d'abord *>m qu'une gne presque insupportable4 ,durant mes c\rtes prosprits beauc\p de g5s rec\roi5t moi1 et jamais1 dans t\s les s]vices que je pus leur r5dre1 aucun d'eux ne fut conduit4 ,mais de ces premi]s bi5faits1 v]ss avec effusion de cur1 naissoi5t des *anes d'engagem5s successifs que je n'avois pas prvus et dont je ne p\vois plus sec\] le j\g3 mes premi]s s]vices n'toi5t1 aux yeux de ceux qui les recevoi5t1 que les arrhes de ceux qui les dvoi5t suivre2 et1 ds que quelque in=tun avoit jet sur moi le grapp9 d'un bi5fait reu1 c'en toit fait dsormais1 et ce premi] bi5fait1 libre et volontaire1 dev5oit un droit indf9i t\s ceux dont il p\voit avoir beso9 dans la suite1 sans que l'impuissance mme sufft p\r m'en affran*ir4 ,voil comm5t des j\issances trs d\ces se trans=moi5t p\r moi dans la suite en d'onreux assujettissem5s4 ,ces *anes cep5dant ne me p>ur5t pas trs pesantes tant qu'ignor du public je vcus dans l'obscurit2 mais1 qu& une fois ma p]sonne fut affi*e p> mes crits1 faute grave sans d\te1 mais plus qu'expie p> mes malheurs1 ds lors je dev9s le bureau gnral d'adresse de t\s les s\ffreteux ou soi-disant tels1 de t\s les av5turi]s qui *]*oi5t des dupes1 de t\s ceux qui1 s\s prtexte du gr& crdit qu'ils feignoi5t de m'attribu]1 v\loi5t s'emp>] de moi de manire ou d'autre4 ,c'e/ alors que j'eus lieu de connotre que t\s les p5*ans de la nature1 sans en except] la bi5faisance elle-mme1 ports ou suivis dans la socit sans prud5ce et sans *oix1 *ang5t de nature1 et devi5n5t s\v5t aussi nuisibles qu'ils toi5t utiles dans leur premire direction4 ,tant de cruelles expri5ces *angr5t peu peu mes premires dispositions1 ou plutt1 les r5f]mant enf9 dans leurs vritables bornes1 elles m'apprir5t suivre mo9s aveuglm5t mon p5*ant bi5 faire1 lorsqu'il ne s]voit qu' favoris] la m*ancet d'autrui4 ,mais je n'ai po9t regret ces mmes expri5ces1 puisqu'elles m'ont procur1 p> la rflexion1 de n\velles lumires sur la connoissance de moi-mme et sur les vrais motifs de ma conduite en mille circon/ances sur lesquelles je me suis si s\v5t fait illusion3 j'ai vu que1 p\r bi5 faire avec plaisir1 il falloit que j'agisse librem5t1 sans contra9te1 et que1 p\r m't] t\te la d\ceur d'une bonne uvre1 il suffisoit qu'elle devnt un devoir p\r moi4 ,ds lors le poids de l'obligation me fait un f>deau des plus d\ces j\issances2 et1 comme je l'ai dit dans l'mile1 ce que je crois1 j'eusse t *ez les ,turcs un mauvais m>i l'heure o le cri public les appelle remplir les devoirs de leur tat4 ,voil ce qui modifie beauc\p l'op9ion que j'eus longtemps de ma propre v]tu1 c> il n'y en a po9t suivre ses p5*ans et se donn]1 qu& ils n\s y port5t1 le plaisir de bi5 faire2 mais elle consi/e les va9cre qu& le devoir le comm&e p\r faire ce qu'il n\s prescrit1 et voil ce que j'ai su mo9s faire qu'homme du monde4 ,n s5sible et bon1 portant la piti jusqu' la foiblesse1 et me s5tant exalt] l'me p> t\t ce qui ti5t la gnrosit1 je fus huma91 bi5faisant1 sec\rable1 p> gt1 p> passion mme1 tant qu'on n'intressa que mon cur2 j'eusse t le meilleur et le plus clm5t des hommes si j'en avois t le plus puissant2 et1 p\r te9dre en moi t\t dsir de v5geance1 il m'et suffi de p\voir me v5g]4 ,j'aurois mme t ju/e sans pe9e contre mon propre intrt2 mais contre celui des p]sonnes qui m'toi5t *res je n'aurois pu me rs\dre l'tre4 ,ds que mon devoir et mon cur toi5t en contradiction1 le premi] eut r>em5t la victoire1 mo9s qu'il ne fallt seulem5t que m'ab/5ir3 alors j'tois =t le plus s\v5t2 mais agir contre mon p5*ant me fut t\j\rs impossible4 ,que ce soi5t les hommes1 le devoir ou mme la ncessit qui comm&5t1 qu& mon cur se tait1 ma volont re/e s\rde1 et je ne saurois obir3 je vois le mal qui me m5ace1 et je le laisse arriv] plutt que de m'agit] p\r le prv5ir4 ,je comm5ce quelquefois avec ef=t2 mais cet ef=t me lasse et m'puise bi5 vite3 je ne saurois cont9u]4 ,en t\te *ose imag9able1 ce que je ne fais pas avec plaisir m'e/ bi5tt impossible faire4 ,il y a plus3 la contra9te1 d'accord avec mon dsir1 suffit p\r l'anantir et le *ang] en rpugnance1 en av]sion mme1 p\r peu qu'elle agisse trop =tem5t3 et voil ce qui me r5d pnible la bonne uvre qu'on exige1 et que je faisois de moi-mme lorsqu'on ne l'exigeoit pas4 ,un bi5fait purem5t gratuit e/ c]ta9em5t une uvre que j'aime faire2 mais1 qu& celui qui l'a reu s'en fait un titre p\r en exig] la cont9uation s\s pe9e de sa ha9e1 qu& il me fait une loi d'tre jamais son bi5faiteur1 p\r avoir d'abord pris plaisir l'tre1 ds lors la gne comm5ce et le plaisir s'van\it4 ,ce que je fais alors qu& je cde e/ foiblesse et mauvaise honte2 mais la bonne volont n'y e/ plus2 et1 lo9 que je m'en applaudisse en moi-mme1 je me repro*e en ma consci5ce de bi5 faire contre-cur4 ,je sais qu'il y a une espce de contrat1 et mme le plus sa9t de t\s1 entre le bi5faiteur et l'oblig3 c'e/ une sorte de socit qu'ils =m5t l'un avec l'autre1 plus troite que celle qui unit les hommes en gnral2 et1 si l'oblig s'engage tacitem5t la reconnoissance1 le bi5faiteur s'engage de mme cons]v] l'autre1 tant qu'il ne s'en r5dra pas indigne1 la mme bonne volont qu'il vi5t de lui tmoign]1 et lui en r5\vel] les actes t\tes les fois qu'il le p\rra et qu'il en s]a requis4 ,ce ne sont pas l des conditions expresses1 mais ce sont des effets naturels de la relation qui vi5t de s'tablir entre eux4 ,celui qui1 la premire fois1 refuse un s]vice gratuit qu'on lui dem&e ne donne aucun droit de se pla9dre celui qu'il a refus2 mais celui qui1 dans un cas semblable1 refuse au mme la mme grce qu'il lui accorda ci-devant fru/re une esprance qu'il l'a autoris concevoir2 il trompe et dm5t une att5te qu'il a fait natre4 ,on s5t dans ce refus je ne sais quoi d'inju/e et de plus dur que dans l'autre2 mais il n'en e/ pas mo9s l'effet d'une indp5dance que le cur aime et laquelle il ne r5once pas sans ef=t4 ,qu& je paie une dette1 c'e/ un devoir que je remplis2 qu& je fais un don1 c'e/ un plaisir que je me donne4 ,or le plaisir de remplir ses devoirs e/ de ceux que la seule habitude de la v]tu fait natre3 ceux qui n\s vi5n5t immdiatem5t de la nature ne s'lv5t pas si haut que cela4 ,aprs tant de tri/es expri5ces j'ai appris prvoir de lo9 les consqu5ces de mes premi]s m\vem5s suivis1 et je me suis s\v5t ab/5u d'une bonne uvre que j'avois le dsir et le p\voir de faire1 effray de l'assujettissem5t auquel dans la suite je m'allois s\mettre1 si je m'y livrois inconsidrm5t4 ,je n'ai pas t\j\rs s5ti cette cra9te3 au contraire1 dans ma jeunesse je m'atta*ois p> mes propres bi5faits1 et j'ai s\v5t pr\v de mme que ceux que j'obligeois s'affectionnoi5t moi p> reconnoissance encore plus que p> intrt4 ,mais les *oses ont bi5 *ang de face cet g>d comme t\t autre aussitt que mes malheurs ont comm5c3 j'ai vcu ds lors dans une gnration n\velle qui ne ressembloit po9t la premire1 et mes propres s5tim5s p\r les autres ont s\ff]t des *angem5s que j'ai tr\vs dans les leurs4 ,les mmes g5s que j'ai vus successivem5t dans ces deux gnrations si diffr5tes se sont1 p\r a9si dire1 assimils successivem5t l'une et l'autre3 de vrais et francs qu'ils toi5t d'abord1 dev5us ce qu'ils sont1 ils ont fait comme t\s les autres2 et1 p> cela seul que les temps sont *angs1 les hommes ont *ang comme eux4 ,eh6 comm5t p\rrois-je g>d] les mmes s5tim5s p\r ceux en qui je tr\ve le contraire de ce qui les fit natre6 ,je ne les hais po9t1 p>ce que je ne saurois har2 mais je ne puis me df5dre du mpris qu'ils mrit5t1 ni m'ab/5ir de le leur tmoign]4 ,peut-tre1 sans m'en ap]cevoir1 ai-je *ang moi-mme plus qu'il n'auroit fallu3 quel naturel rsi/]oit sans s'altr] une situation p>eille la mi5ne8 ,conva9cu p> v+t ans d'expri5ce que t\t ce que la nature a mis d'heureuses dispositions dans mon cur e/ t\rn1 p> ma de/9e et p> ceux qui en dispos5t1 au prjudice de moi-mme ou d'autrui1 je ne puis plus reg>d] une bonne uvre qu'on me prs5te faire que comme un pige qu'on me t5d1 et s\s lequel e/ ca* quelque mal4 ,je sais que1 quel que soit l'effet de l'uvre1 je n'en aurai pas mo9s le mrite de ma bonne int5tion3 oui1 ce mrite y e/ t\j\rs1 sans d\te2 mais le *>me intrieur n'y e/ plus1 et1 sitt que ce /imulant me manque1 je ne s5s qu'indiffr5ce et glace au d$ans de moi1 et1 sr qu'au lieu de faire une action vraim5t utile1 je ne fais qu'un acte de dupe1 l'indignation de l'am\r-propre1 jo9te au dsaveu de la raison1 ne m'inspire que rpugnance et rsi/ance o j'eusse t ple9 d'ardeur et de zle dans mon tat naturel4 ,il e/ des sortes d'adv]sits qui lv5t et r5=c5t l'me1 mais il en e/ qui l'abatt5t et la tu5t3 telle e/ celle dont je suis la proie4 ,p\r peu qu'il y et eu quelque mauvais leva9 dans la mi5ne1 elle l'et fait f]m5t] l'excs1 elle m'et r5du frntique2 mais elle ne m'a r5du que nul4 ,hors d'tat de bi5 faire et p\r moi-mme et p\r autrui1 je m'ab/i5s d'agir2 et cet tat1 qui n'e/ innoc5t que p>ce qu'il e/ =c1 me fait tr\v] une sorte de d\ceur me livr] ple9em5t sans repro*e mon p5*ant naturel4 ,je vais trop lo9 sans d\te1 puisque j'vite les occasions d'agir mme o je ne vois que du bi5 faire2 mais1 c]ta9 qu'on ne me laisse pas voir les *oses comme elles sont1 je m'ab/i5s de jug] sur les app>5ces qu'on leur donne2 et1 de quelque leurre qu'on c\vre les motifs d'agir1 il suffit que ces motifs soi5t laisss ma porte p\r que je sois sr qu'ils sont trompeurs4 ,ma de/9e semble avoir t5du1 ds mon enfance1 le premi] pige qui m'a r5du longtemps si facile tomb] dans t\s les autres3 je suis n le plus confiant des hommes1 et1 durant qu>ante ans enti]s1 jamais cette confiance ne fut trompe une seule fois4 ,tomb t\t d'un c\p dans un autre ordre de g5s et de *oses1 j'ai donn dans mille emb*es sans jamais en ap]cevoir aucune2 et v+t ans d'expri5ce ont pe9e suffi p\r m'clair] sur mon sort4 ,une fois conva9cu qu'il n'y a que m5songe et fausset dans les dmon/rations grimacires qu'on me prodigue1 j'ai pass rapidem5t l'autre extrmit3 c>1 qu& on e/ une fois sorti de son naturel1 il n'y a plus de bornes qui n\s reti5n5t4 ,ds lors je me suis dgt des hommes1 et ma volont1 conc\rant avec la leur cet g>d1 me ti5t encore plus loign d'eux que ne font t\tes leurs ma*9es4 ,ils ont beau faire1 cette rpugnance ne peut jamais all] jusqu' l'av]sion3 en p5sant la dp5dance o ils se sont mis de moi p\r me t5ir dans la leur1 ils me font une piti relle2 si je ne suis malheureux1 ils le sont eux-mmes1 et1 *aque fois que je r5tre en moi1 je les tr\ve t\j\rs pla9dre4 ,l'orgueil peut-tre se mle encore ces jugem5s2 je me s5s trop au-dessus d'eux p\r les har3 ils peuv5t m'intress] t\t au plus jusqu'au mpris1 mais jamais jusqu' la ha9e2 enf9 je m'aime trop moi-mme p\r p\voir har qui que ce soit4 ,ce s]oit ress]r]1 comprim] mon exi/5ce1 et je v\drois plutt l't5dre sur t\t l'univ]s4 ,j'aime mieux les fuir que les har3 leur aspect frappe mes s5s1 et1 p> eux1 mon cur1 d'impressions que mille reg>ds cruels me r5d5t pnibles2 mais le malaise cesse aussitt que l'objet qui le cause a disp>u4 ,je m'occupe d'eux1 et bi5 malgr moi1 p> leur prs5ce1 mais jamais p> leur s\v5ir3 qu& je ne les vois plus1 ils sont p\r moi comme s'ils n'exi/oi5t po9t4 ,ils ne me sont mme indiffr5s qu'en ce qui se rapporte moi3 c>1 dans leurs rapports entre eux1 ils peuv5t encore m'intress] et m'm\voir comme les p]sonnages d'un drame que je v]rois reprs5t]4 ,il faudroit que mon tre moral ft ananti p\r que la ju/ice me devnt indiffr5te2 le spectacle de l'inju/ice et de la m*ancet me fait encore b\illir le sang de colre2 les actes de v]tu o je ne vois ni =fant]ie ni o/5tation me font t\j\rs tressaillir de joie1 et m'arra*5t encore de d\ces l>mes4 ,mais il faut que je les voie et les apprcie moi-mme1 c>1 aprs ma propre hi/oire1 il faudroit que je fusse ins5s p\r adopt]1 sur quoi que ce ft1 le jugem5t des hommes et p\r croire aucune *ose sur la foi d'autrui4 ,si ma figure et mes traits toi5t aussi p>faitem5t inconnus aux hommes que le sont mon c>actre et mon naturel1 je vivrois encore sans pe9e au milieu d'eux3 leur socit mme p\rroit me plaire tant que je leur s]ois p>faitem5t trang]2 livr sans contra9te mes incl9ations naturelles1 je les aim]ois encore s'ils ne s'occupoi5t jamais de moi4 ,j'ex]c]ois sur eux une bi5veillance univ]selle et p>faitem5t ds9tresse2 mais1 sans =m] jamais d'atta*em5t p>ticuli]1 et sans port] le j\g d'aucun devoir1 je f]ois env]s eux1 librem5t et de moi-mme1 t\t ce qu'ils ont tant de pe9e faire incits p> leur am\r-propre1 et contra9ts p> t\tes leurs lois4 ,si j'tois re/ libre1 obscur1 isol1 comme j'tois fait p\r l'tre1 je n'aurois fait que du bi51 c> je n'ai dans le cur le g]me d'aucune passion nuisible2 si j'eusse t invisible et t\t-puissant comme ,dieu1 j'aurois t bi5faisant et bon comme lui4 ,c'e/ la =ce et la lib]t qui font les excell5s hommes3 la foiblesse et l'esclavage n'ont jamais fait que des m*ans4 ,si j'eusse t possesseur de l'anneau de ,gygs1 il m'et tir de la dp5dance des hommes et les et mis dans la mi5ne4 ,je me suis s\v5t dem&1 dans mes *teaux en ,espagne1 quel usage j'aurois fait de cet anneau3 c> c'e/ bi5 l que la t5tation d'abus] doit tre prs du p\voir2 matre de cont5t] mes dsirs1 p\vant t\t1 sans p\voir tre tromp p> p]sonne1 qu'aurois-je pu dsir] avec quelque suite8 ,une seule *ose3 c'et t de voir t\s les curs cont5s2 l'aspect de la flicit publique et pu seul t\*] mon cur d'un s5tim5t p]man5t1 et l'ard5t dsir d'y conc\rir et t ma plus con/ante passion4 ,t\j\rs ju/e sans p>tialit et t\j\rs bon sans foiblesse1 je me s]ois galem5t g>anti des mfiances aveugles et des ha9es implacables1 p>ce que1 voyant les hommes tels qu'ils sont et lisant aism5t au fond de leurs curs1 j'en aurois peu tr\v d'assez aimables p\r mrit] t\tes mes affections1 peu d'assez odieux p\r mrit] t\te ma ha9e1 et que leur m*ancet mme m'et dispos les pla9dre p> la connoissance c]ta9e du mal qu'ils se font eux-mmes en v\lant en faire autrui4 ,peut-tre aurois-je eu dans des mom5s de gaiet l'enfantillage d'opr] quelquefois des prodiges2 mais1 p>faitem5t ds9tress p\r moi-mme et n'ayant p\r loi que mes incl9ations naturelles1 sur quelques actes de ju/ice svre j'en aurois fait mille de clm5ce et d'quit2 m9i/re de la ,provid5ce et disp5sateur de ses lois1 selon mon p\voir1 j'aurois fait des miracles plus sages et plus utiles que ceux de la lg5de dore et du tombeau de sa9t ,md>d4 ,il n'y a qu'un seul po9t sur lequel la facult de pntr] p>t\t invisible m'et pu faire *]*] des t5tations auxquelles j'aurois mal rsi/2 et1 une fois entr dans ces voies d'g>em5t1 o n'euss-je po9t t conduit p> elles8 ,ce s]oit bi5 mal connotre la nature et moi-mme que de me flatt] que ces facilits ne m'auroi5t po9t sduit1 ou que la raison m'auroit arrt dans cette fatale p5te3 sr de moi sur t\t autre article1 j'tois p]du p> celui-l seul4 ,celui que sa puissance met au-dessus de l'homme doit tre au-dessus des foiblesses de l'humanit1 sans quoi cet excs de =ce ne s]vira qu' le mettre en effet au-dess\s des autres et de ce qu'il et t lui-mme s'il ft re/ leur gal4 ,t\t bi5 considr1 je crois que je f]ai mieux de jet] mon anneau magique avant qu'il m'ait fait faire quelque sottise4 ,si les hommes s'ob/95t me voir t\t autre que je ne suis1 et que mon aspect irrite leur inju/ice1 p\r leur t] cette vue il faut les fuir1 mais non pas m'clips] au milieu d'eux3 c'e/ eux de se ca*] devant moi1 de me drob] leurs manuvres1 de fuir la lumire du j\r1 de s'enfonc] en t]re comme des taupes4 ,p\r moi1 qu'ils me voi5t1 s'ils peuv5t1 tant mieux2 mais cela leur e/ impossible3 ils ne v]ront jamais ma place que le ,jean-,jacques qu'ils se sont fait1 et qu'ils ont fait selon leur cur p\r le har leur aise4 ,j'aurois donc tort de m'affect] de la faon dont ils me voi5t2 je n'y dois pr5dre aucun intrt vritable1 c> ce n'e/ pas moi qu'ils voi5t a9si4 ,le rsultat que je puis tir] de t\tes ces rflexions e/ que je n'ai jamais t vraim5t propre la socit civile1 o t\t e/ gne1 obligation1 devoir1 et que mon naturel indp5dant me r5dit t\j\rs incapable des assujettissem5s ncessaires qui veut vivre avec les hommes4 ,tant que j'agis librem5t1 je suis bon et je ne fais que du bi52 mais1 sitt que je s5s le j\g1 soit de la ncessit1 soit des hommes1 je devi5s rebelle ou plutt rtif2 alors je suis nul4 ,lorsqu'il faut faire le contraire de ma volont1 je ne le fais po9t1 quoi qu'il arrive2 je ne fais pas non plus ma volont mme1 p>ce que je suis foible4 ,je m'ab/i5s d'agir1 c> t\te ma foiblesse e/ p\r l'action2 t\te ma =ce e/ ngative1 et t\s mes p*s sont d'omission1 r>em5t de commission4 ,je n'ai jamais cru que la lib]t de l'homme consi/t faire ce qu'il veut1 mais bi5 ne jamais faire ce qu'il ne veut pas1 et voil celle que j'ai t\j\rs rclame1 s\v5t cons]ve1 et p> qui j'ai t le plus en sc&ale mes contempora9s3 c>1 p\r eux1 actifs1 remuans1 ambitieux1 dte/ant la lib]t dans les autres et n'en v\lant po9t p\r eux-mmes1 p\rvu qu'ils fass5t quelquefois leur volont1 ou plutt qu'ils dom95t celle d'autrui1 ils se gn5t t\te leur vie faire ce qui leur rpugne1 et n'omett5t ri5 de s]vile p\r comm&]4 ,leur tort n'a donc pas t de m'c>t] de la socit comme un membre inutile1 mais de m'en proscrire comme un membre p]nicieux3 c> j'ai trs peu fait de bi51 je l'av\e2 mais p\r du mal1 il n'en e/ entr dans ma volont de ma vie1 et je d\te qu'il y ait aucun homme au monde qui en ait rellem5t mo9s fait que moi4 ,figure #ad ,figure #ae ,,septi,,me ,,prom5ade ,le recueil de mes longs rves e/ pe9e comm5c1 et dj je s5s qu'il t\*e sa f94 ,un autre amusem5t lui succde1 m'absorbe1 et m'te mme le temps de rv]3 je m'y livre avec un eng\em5t qui ti5t de l'extravagance1 et qui me fait rire moi-mme qu& j'y rfl*is2 mais je ne m'y livre pas mo9s1 p>ce que1 dans la situation o me voil1 je n'ai plus d'autre rgle de conduite que de suivre en t\t mon p5*ant sans contra9te4 ,je ne peux ri5 mon sort1 je n'ai que des incl9ations innoc5tes2 et1 t\s les jugem5s des hommes tant dsormais nuis p\r moi1 la sagesse mme veut qu'en ce qui re/e ma porte je fasse t\t ce qui me flatte1 soit en public1 soit "p moi1 sans autre rgle que ma fantaisie1 et sans autre mesure que le peu de =ce qui m'e/ re/e4 ,me voil donc mon fo9 p\r t\te n\rriture1 et la botanique p\r t\te occupation4 ,dj vieux1 j'en avois pris la premire te9ture en ,suisse1 auprs du docteur d',iv]nois1 et j'avois h]boris assez heureusem5t1 durant mes voyages1 p\r pr5dre une connoissance passable du rgne vgtal2 mais dev5u plus que sexagnaire1 et sd5taire ,p>is1 les =ces comm5ant me manqu] p\r les gr&es h]borisations1 et1 d'ailleurs1 assez livr ma copie de musique p\r n'avoir pas beso9 d'autre occupation1 j'avois ab&onn cet amusem5t qui ne m'toit plus ncessaire2 j'avois v5du mon h]bi]1 j'avois v5du mes livres1 cont5t de revoir quelquefois les plantes communes que je tr\vois aut\r de ,p>is1 dans mes prom5ades4 ,durant cet int]valle1 le peu que je savois s'e/ presque entirem5t effac de ma mmoire1 et bi5 plus rapidem5t qu'il ne s'y toit grav4 ,t\t d'un c\p1 g de soixante-c9q ans passs1 priv du peu de mmoire que j'avois et des =ces qui me re/oi5t p\r c\rir la campagne1 sans guide1 sans livres1 sans j>d91 sans h]bi]1 me voil repris de cette folie1 mais avec plus d'ardeur encore que je n'en eus en m'y livrant la premire fois2 me voil srieusem5t occup du sage projet d'appr5dre p> cur t\t le regnum vegetabile de ,murray1 et de connotre t\tes les plantes connues sur la t]re4 ,hors d'tat de ra*et] des livres de botanique1 je me suis mis en devoir de transcrire ceux qu'on m'a prts2 et1 rsolu de refaire un h]bi] plus ri*e que le premi]1 en att5dant que j'y mette t\tes les plantes de la m] et des ,alpes1 et de t\s les arbres des ,indes1 je comm5ce t\j\rs bon compte p> le m\ron1 le c]feuil1 la b\rra*e et le s5eon2 j'h]borise savamm5t sur la cage de mes oiseaux2 et1 *aque n\veau br9 d'h]be que je r5contre1 je me dis avec satisfaction3 ,voil t\j\rs une plante de plus4 ,je ne *]*e pas ju/ifi] le p>ti que je pr5ds de suivre cette fantaisie2 je la tr\ve trs raisonnable1 p]suad que1 dans la position o je suis1 me livr] aux amusem5s qui me flatt5t e/ une gr&e sagesse1 et mme une gr&e v]tu3 c'e/ le moy5 de ne laiss] g]m] dans mon cur aucun leva9 de v5geance ou de ha9e2 et1 p\r tr\v] encore dans ma de/9e du gt quelque amusem5t1 il faut assurm5t avoir un naturel bi5 pur de t\tes passions irascibles4 ,c'e/ me v5g] de mes p]scuteurs ma manire3 je ne saurois les punir plus cruellem5t que d'tre heureux malgr eux4 ,oui1 sans d\te1 la raison me p]met1 me prescrit mme de me livr] t\t p5*ant qui m'attire1 et que ri5 ne m'emp*e de suivre2 mais elle ne m'appr5d pas p\rquoi ce p5*ant m'attire1 et quel attrait je puis tr\v] une va9e tude faite sans pr(it1 sans progrs1 et qui1 vieux1 radoteur1 dj caduc et pesant1 sans facilit1 sans mmoire1 me ramne aux ex]cices de la jeunesse et aux leons d'un coli]3 or c'e/ une biz>r]ie que je v\drois m'expliqu]4 ,il me semble que1 bi5 claircie1 elle p\rroit jet] quelque n\veau j\r sur cette connoissance de moi-mme l'acquisition de laquelle j'ai consacr mes d]ni]s loisirs4 ,j'ai p5s quelquefois assez pr(ondm5t1 mais r>em5t avec plaisir1 presque t\j\rs contre mon gr et comme p> =ce4 ,la rv]ie me dlasse et m'amuse1 la rflexion me fatigue et m'attri/e4 ,p5s] fut t\j\rs p\r moi une occupation pnible et sans *>me4 ,quelquefois mes rv]ies f9iss5t p> la mditation1 mais plus s\v5t mes mditations f9iss5t p> la rv]ie2 et1 durant ces g>em5s1 mon me erre et plane dans l'univ]s sur les ailes de l'imag9ation1 dans des extases qui pass5t t\te autre j\issance4 ,tant que je gtai celle-l dans t\te sa puret1 t\te autre occupation me fut t\j\rs insipide2 mais qu& une fois1 jet dans la c>rire littraire p> des impulsions trangres1 je s5tis la fatigue du travail d'esprit et l'importunit d'une clbrit malheureuse1 je s5tis en mme temps languir et s'attidir mes d\ces rv]ies2 et1 bi5tt1 =c de m'occup] malgr moi de ma tri/e situation1 je ne pus plus retr\v] que bi5 r>em5t ces *res extases qui1 durant c9quante ans1 m'avoi5t t5u lieu de =tune et de gloire1 et1 sans autre dp5se que celle du temps1 m'avoi5t r5du dans l'oisivet le plus heureux des mortels4 ,j'avois mme cra9dre1 dans mes rv]ies1 que mon imag9ation1 eff>\*e p> mes malheurs1 ne t\rnt enf9 de ce ct son activit1 et que le cont9uel s5tim5t de mes pe9es1 me ress]rant le cur p> degrs1 ne m'accablt enf9 de leur poids4 ,dans cet tat1 un in/9ct qui m'e/ naturel1 me faisant fuir t\te ide attri/ante1 imposa sil5ce mon imag9ation1 et1 fixant mon att5tion sur les objets qui m'environnoi5t1 me fit1 p\r la premire fois1 dtaill] le spectacle de la nature1 que je n'avois gure contempl jusqu'alors qu'en masse et dans son ensemble4 ,les arbres1 les arbrisseaux1 les plantes1 sont la p>ure et le vtem5t de la t]re4 ,ri5 n'e/ si tri/e que l'aspect d'une campagne nue et pele1 qui n'tale aux yeux que des pi]res1 du limon et des sables2 mais1 vivifie p> la nature et revtue de sa robe de noces1 au milieu du c\rs des eaux et du *ant des oiseaux1 la t]re (fre l'homme1 dans l'h>monie des trois rgnes1 un spectacle ple9 de vie1 d'intrt et de *>mes1 le seul spectacle au monde dont ses yeux et son cur ne se lass5t jamais4 ,plus un contemplateur a l'me s5sible1 plus il se livre aux extases qu'excite en lui cet accord4 ,une rv]ie d\ce et pr(onde s'emp>e alors de ses s5s1 et il se p]d avec une dlicieuse ivresse dans l'imm5sit de ce beau sy/me avec lequel il se s5t id5tifi4 ,alors t\s les objets p>ticuli]s lui *app5t2 il ne voit et ne s5t ri5 que dans le t\t4 ,il faut que quelque circon/ance p>ticulire ress]re ses ides et circonscrive son imag9ation p\r qu'il puisse obs]v] p> p>ties cet univ]s qu'il s'ef=oit d'embrass]4 ,c'e/ ce qui m'arriva naturellem5t qu& mon cur1 ress]r p> la dtresse1 rappro*oit et conc5troit t\s ses m\vem5s aut\r de lui p\r cons]v] ce re/e de *aleur prt s'vapor] et s'te9dre dans l'abattem5t o je tombois p> degrs4 ,j'errois non*alamm5t dans les bois et dans les montagnes1 n'osant p5s] de peur d'attis] mes d\leurs4 ,mon imag9ation1 qui se refuse aux objets de pe9e1 laissoit mes s5s se livr] aux impressions lgres1 mais d\ces1 des objets environnans4 ,mes yeux se prom5oi5t sans cesse de l'un l'autre1 et il n'toit pas possible que1 dans une v>it si gr&e1 il ne s'en tr\vt qui les fixoi5t davantage et les arrtoi5t plus longtemps4 ,je pris gt cette rcration des yeux qui1 dans l'in=tune1 repose1 amuse1 di/rait l'esprit et susp5d le s5tim5t des pe9es4 ,la nature des objets aide beauc\p cette div]sion1 et la r5d plus sduisante4 ,les odeurs suaves1 les vives c\leurs1 les plus lgantes =mes1 sembl5t se disput] l'envi le droit de fix] notre att5tion4 ,il ne faut qu'aim] le plaisir p\r se livr] des s5sations si d\ces2 et1 si cet effet n'a pas lieu sur t\s ceux qui en sont frapps1 c'e/1 dans les uns1 faute de s5sibilit naturelle1 et dans la plup>t1 que leur esprit1 trop occup d'autres ides1 ne se livre qu' la drobe aux objets qui frapp5t leurs s5s4 ,une autre *ose contribue encore loign] du rgne vgtal l'att5tion des g5s de gt3 c'e/ l'habitude de ne *]*] dans les plantes que des drogues et des remdes4 ,?ophra/e s'y toit pris autrem5t1 et l'on peut reg>d] ce philosophe comme le seul botani/e de l'antiquit3 aussi n'e/-il presque po9t connu p>mi n\s2 mais1 grce un c]ta9 ,dioscoride1 gr& compilateur de recettes1 et ses comm5tateurs1 la mdec9e s'e/ tellem5t emp>e des plantes trans=mes en simples qu'on n'y voit que ce qu'on n'y voit po9t1 savoir1 les prt5dues v]tus qu'il plat au ti]s et au qu>t de leur attribu]4 ,on ne conoit pas que l'organisation vgtale puisse p> elle-mme mrit] quelque att5tion2 des g5s qui pass5t leur vie arrang] savamm5t des coquilles se moqu5t de la botanique comme d'une tude inutile1 qu& on n'y jo9t pas1 comme ils dis5t1 celle des proprits1 c'e/--dire qu& on n'ab&onne pas l'obs]vation de la nature1 qui ne m5t po9t1 et qui ne n\s dit ri5 de t\t cela1 p\r se livr] uniquem5t l'autorit des hommes1 qui sont m5teurs1 et qui n\s affirm5t beauc\p de *oses qu'il faut croire sur leur p>ole1 fonde elle-mme1 le plus s\v5t1 sur l'autorit d'autrui4 ,arrtez-v\s dans une prairie maille exam9] successivem5t les fleurs dont elle brille2 ceux qui v\s v]ront faire1 v\s pr5ant p\r un frat]1 v\s dem&]ont des h]bes p\r gurir la rogne des enfans1 la gale des hommes1 ou la morve des *evaux4 ,ce dgtant prjug e/ dtruit en p>tie dans les autres pays1 et surt\t en ,anglet]re1 grce ,l9nu1 qui a un peu tir la botanique des coles de ph>macie p\r la r5dre l'hi/oire naturelle et aux usages conomiques2 mais en ,france1 o cette tude a mo9s pntr *ez les g5s du monde1 on e/ re/ sur ce po9t tellem5t b>b>e qu'un bel esprit de ,p>is1 voyant ,londres un j>d9 de curieux ple9 d'arbres et de plantes r>es1 s'cria p\r t\t loge3 ,voil un =t beau j>d9 d'apo?icaire6 ,a ce compte1 le premi] apo?icaire fut ,adam3 c> il n'e/ pas ais d'imag9] un j>d9 mieux assorti de plantes que celui d'd54 ,ces ides mdic9ales ne sont assurm5t gure propres r5dre agrable l'tude de la botanique2 elles fltriss5t l'mail des prs1 l'clat des fleurs1 dess*5t la fra*eur des bocages1 r5d5t la v]dure et les ombrages insipides et dgtans2 t\tes ces /ructures *>mantes et gracieuses intress5t =t peu quiconque ne veut que pil] t\t cela dans un morti]1 et l'on n'ira pas *]*] des guirl&es p\r les b]gres p>mi des h]bes p\r les lavem5s4 ,t\te cette ph>macie ne s\illoit po9t mes images *amptres2 ri5 n'en toit plus loign que des tisanes et des empltres4 ,j'ai s\v5t p5s1 en reg>dant de prs les *amps1 les v]g]s1 les bois1 et leurs nombreux habitans1 que le rgne vgtal toit un magas9 d'alim5s donns p> la nature l'homme et aux animaux2 mais jamais il ne m'e/ v5u l'esprit d'y *]*] des drogues et des remdes4 ,je ne vois ri51 dans ces div]ses productions1 qui m'indique un p>eil usage2 et elle n\s auroit montr le *oix1 si elle n\s l'avoit prescrit1 comme elle a fait p\r les come/ibles4 ,je s5s mme que le plaisir que je pr5ds p>c\rir les bocages s]oit empoisonn p> le s5tim5t des infirmits huma9es s'il me laissoit p5s] la fivre1 la pi]re1 la g\tte et au mal caduc4 ,du re/e1 je ne disput]ai po9t aux vgtaux les gr&es v]tus qu'on leur attribue2 je dirai seulem5t qu'en supposant ces v]tus relles1 c'e/ malice pure aux malades de cont9u] l'tre3 c>1 de tant de maladies que les hommes se donn5t1 il n'y en a pas une seule dont v+t sortes d'h]bes ne guriss5t radicalem5t4 ,ces t\rnures d'esprit qui rapport5t t\j\rs t\t notre intrt matriel1 qui font *]*] p>t\t du pr(it ou des remdes1 et qui f]oi5t reg>d] avec indiffr5ce t\te la nature si l'on se portoit t\j\rs bi51 n'ont jamais t les mi5nes4 ,je me s5s l-dessus t\t reb\rs des autres hommes3 t\t ce qui ti5t au s5tim5t de mes beso9s attri/e et gte mes p5ses1 et jamais je n'ai tr\v de vrais *>mes aux plaisirs de l'esprit qu'en p]dant t\t fait de vue l'intrt de mon corps4 ,a9si1 qu& mme je croirois la mdec9e1 et qu& mme ses remdes s]oi5t agrables1 je ne tr\v]ois jamais m'en occup] ces dlices que donne une contemplation pure et ds9tresse2 et mon me ne sauroit s'exalt] et plan] sur la nature1 tant que je la s5s t5ir aux li5s de mon corps4 ,d'ailleurs1 sans avoir eu jamais gr&e confiance la mdec9e1 j'en ai eu beauc\p des mdec9s que j'e/imois1 que j'aimois1 et qui je laissois g\v]n] ma c>casse avec ple9e autorit4 ,qu9ze ans d'expri5ce m'ont in/ruit mes dp5s2 r5tr ma9t5ant s\s les seules lois de la nature1 j'ai repris p> elle ma premire sant4 ,qu& les mdec9s n'auroi5t po9t contre moi d'autres griefs1 qui p\rroit s'tonn] de leur ha9e8 ,je suis la preuve vivante de la vanit de leur art et de l'inutilit de leurs so9s4 ,non1 ri5 de p]sonnel1 ri5 qui ti5ne l'intrt de mon corps ne peut occup] vraim5t mon me4 ,je ne mdite1 je ne rve jamais plus dlicieusem5t que qu& je m'oublie moi-mme4 ,je s5s des extases1 des ravissem5s inexprimables me fondre1 p\r a9si dire1 dans le sy/me des tres1 m'id5tifi] avec la nature entire4 ,tant que les hommes fur5t mes frres1 je me faisois des projets de flicit t]re/re2 ces projets tant t\j\rs relatifs au t\t1 je ne p\vois tre heureux que de la flicit publique1 et jamais l'ide d'un bonheur p>ticuli] n'a t\* mon cur que qu& j'ai vu mes frres ne *]*] le leur que dans ma misre4 ,alors1 p\r ne les pas har1 il a bi5 fallu les fuir2 alors1 me rfugiant *ez la mre commune1 j'ai *]*1 dans ses bras1 me s\/raire aux atte9tes de ses enfans2 je suis dev5u solitaire1 ou1 comme ils le dis5t1 insociable et misan?rope1 p>ce que la plus sauvage solitude me p>ot prfrable la socit des m*ans1 qui ne se n\rrit que de trahisons et de ha9e4 ,=c de m'ab/5ir de p5s]1 de peur de p5s] mes malheurs malgr moi2 =c de cont5ir les re/es d'une imag9ation riante1 mais languissante1 que tant d'angoisses p\rroi5t eff>\*] la f92 =c de t*] d'oubli] les hommes qui m'accabl5t d'ignom9ie et d'outrages1 de peur que l'indignation ne m'aigrt enf9 contre eux1 je ne puis cep5dant me conc5tr] t\t enti] en moi-mme1 p>ce que mon me expansive *]*e1 malgr que j'en aie1 t5dre ses s5tim5s et son exi/5ce sur d'autres tres1 et je ne puis plus1 comme autrefois1 me jet] tte baisse dans ce va/e ocan de la nature1 p>ce que mes facults1 affoiblies et rel*es1 ne tr\v5t plus d'objets assez dt]m9s1 assez fixes1 assez ma porte1 p\r s'y atta*] =tem5t1 et que je ne me s5s plus assez de vigueur p\r nag] dans le *aos de mes anci5nes extases4 ,mes ides ne sont presque plus que des s5sations1 et la sphre de mon ent5dem5t ne passe pas les objets dont je suis immdiatem5t ent\r4 ,fuyant les hommes1 *]*ant la solitude1 n'imag9ant plus1 p5sant encore mo9s1 et cep5dant d\ d'un tempram5t vif1 qui m'loigne de l'apa?ie languissante et mlancolique1 je comm5ai de m'occup] de t\t ce qui m'ent\roit1 et1 p> un in/9ct =t naturel1 je donnai la prfr5ce aux objets les plus agrables4 ,le rgne m9ral n'a ri5 en soi d'aimable et d'attrayant2 ses ri*esses1 enf]mes dans le se9 de la t]re1 sembl5t avoir t loignes des reg>ds des hommes p\r ne pas t5t] leur cupidit3 elles sont l comme en rs]ve p\r s]vir un j\r de supplm5t aux vritables ri*esses qui sont plus sa porte1 et dont il p]d le gt mesure qu'il se corrompt4 ,alors il faut qu'il appelle l'indu/rie1 la pe9e et le travail au sec\rs de ses misres2 il f\ille les entrailles de la t]re2 il va *]*] dans son c5tre1 aux risques de sa vie et aux dp5s de sa sant1 des bi5s imag9aires la place des bi5s rels qu'elle lui (froit d'elle-mme qu& il savoit en j\ir4 ,il fuit le soleil et le j\r1 qu'il n'e/ plus digne de voir2 il s'ent]re t\t vivant1 et fait bi51 ne mritant plus de vivre la lumire du j\r4 ,l des c>rires1 des g\ffres1 des =ges1 des f\rneaux1 un app>eil d'enclumes1 de m>teaux1 de fume et de feu1 succd5t aux d\ces images des travaux *amptres4 ,les visages hves des malheureux qui languiss5t dans les infectes vapeurs des m9es1 de noirs =g]ons1 de hideux cyclopes1 sont le spectacle que l'app>eil des m9es sub/itue1 au se9 de la t]re1 celui de la v]dure et des fleurs1 du ciel azur1 des b]g]s am\reux et des lab\reurs robu/es1 sur sa surface4 ,il e/ ais1 je l'av\e1 d'all] ramassant du sable et des pi]res1 et d'en remplir ses po*es et son cab9et1 et de se donn] avec cela les airs d'un naturali/e2 mais ceux qui s'atta*5t et se born5t ces sortes de collections sont1 p\r l'ord9aire1 de ri*es ignorans qui ne *]*5t cela que le plaisir de l'talage4 ,p\r pr(it] dans l'tude des m9raux1 il faut tre *imi/e et physici52 il faut faire des expri5ces pnibles et coteuses1 travaill] dans des laboratoires1 dp5s] beauc\p d'arg5t et de temps p>mi le *>bon1 les creusets1 les f\rneaux1 les cornues1 dans la fume et les vapeurs t\ffantes1 t\j\rs au risque de sa vie1 et s\v5t aux dp5s de sa sant4 ,de t\t ce tri/e et fatigant travail rsulte p\r l'ord9aire beauc\p mo9s de savoir que d'orgueil2 et o e/ le plus mdiocre *imi/e qui ne croie pas avoir pntr t\tes les gr&es oprations de la nature1 p\r avoir tr\v1 p> has>d peut-tre1 quelques petites comb9aisons de l'art8 ,le rgne animal e/ plus notre porte1 et c]ta9em5t mrite encore mieux d'tre tudi2 mais enf9 cette tude n'a-t-elle pas aussi ses difficults1 ses emb>ras1 ses dgts et ses pe9es1 surt\t p\r un solitaire qui n'a1 ni dans ses jeux ni dans ses travaux1 d'assi/ance espr] de p]sonne8 ,comm5t obs]v]1 dissqu]1 tudi]1 connotre les oiseaux dans les airs1 les poissons dans les eaux1 les quadrupdes plus lg]s que le v5t1 plus =ts que l'homme1 et qui ne sont pas plus disposs v5ir s'(frir mes re*]*es que moi de c\rir aprs eux p\r les y s\mettre de =ce8 ,j'aurois donc p\r ress\rce des esc>gots1 des v]s1 des m\*es2 et je pass]ois ma vie me mettre hors d'hale9e p\r c\rir aprs des papillons1 empal] de pauvres insectes1 dissqu] des s\ris qu& j'en p\rrois pr5dre1 ou les *>ognes des btes que p> has>d je tr\v]ois mortes4 ,l'tude des animaux n'e/ ri5 sans l'anatomie2 c'e/ p> elle qu'on appr5d les class]1 di/+u] les g5res1 les espces4 ,p\r les tudi] p> leurs murs1 p> leurs c>actres1 il faudroit avoir des volires1 des vivi]s1 des mnag]ies2 il faudroit les contra9dre1 en quelque manire que ce pt tre1 re/] rassembls aut\r de moi2 je n'ai ni le gt ni les moy5s de les t5ir en captivit1 ni l'agilit ncessaire p\r les suivre dans leurs allures qu& ils sont en lib]t4 ,il faudra donc les tudi] morts1 les d*ir]1 les dsoss]1 f\ill] loisir dans leurs entrailles palpitantes6 ,quel app>eil affreux qu'un amphi?tre anatomique6 des cadavres puans1 de baveuses et livides *airs1 du sang1 des inte/9s dgtans1 des squelettes affreux1 des vapeurs pe/il5tielles6 ,ce n'e/ pas l1 sur ma p>ole1 que ,jean-,jacques ira *]*] ses amusem5s4 ,brillantes fleurs1 mail des prs1 ombrages frais1 ruisseaux1 bosquets1 v]dure1 v5ez purifi] mon imag9ation salie p> t\s ces hideux objets4 ,mon me1 morte t\s les gr&s m\vem5s1 ne peut plus s'affect] que p> des objets s5sibles2 je n'ai plus que des s5sations1 et ce n'e/ plus que p> elles que la pe9e ou le plaisir peuv5t m'atte9dre ici-bas4 ,attir p> les rians objets qui m'ent\r5t1 je les considre1 je les contemple1 je les comp>e1 j'appr5ds enf9 les class]1 et me voil t\t d'un c\p aussi botani/e qu'a beso9 de l'tre celui qui ne veut tudi] la nature que p\r tr\v] sans cesse de n\velles raisons de l'aim]4 ,je ne *]*e po9t m'in/ruire3 il e/ trop t>d4 ,d'ailleurs je n'ai jamais vu que tant de sci5ce contribut au bonheur de la vie2 mais je *]*e me donn] des amusem5s d\x et simples que je puisse gt] sans pe9e1 et qui me di/rai5t de mes malheurs4 ,je n'ai ni dp5se faire1 ni pe9e pr5dre p\r err] non*alamm5t d'h]be en h]be1 de plante en plante1 p\r les exam9]1 p\r comp>] leurs div]s c>actres1 p\r m>qu] leurs rapports et leurs diffr5ces1 enf9 p\r obs]v] l'organisation vgtale de manire suivre la m>*e et le jeu de ces ma*9es vivantes1 *]*] quelquefois avec succs leurs lois gnrales1 la raison et la f9 de leurs /ructures div]ses1 et me livr] aux *>mes de l'admiration reconnaissante p\r la ma9 qui me fait j\ir de t\t cela4 ,les plantes sembl5t avoir t semes avec pr(usion sur la t]re1 comme les toiles dans le ciel1 p\r invit] l'homme1 p> l'attrait du plaisir et de la curiosit1 l'tude de la nature2 mais les a/res sont placs lo9 de n\s2 il faut des connoissances prlim9aires1 des in/rum5s1 des ma*9es1 de bi5 longues *elles p\r les atte9dre et les rappro*] notre porte4 ,les plantes y sont naturellem5t2 elles naiss5t s\s nos pi$s1 et dans nos ma9s p\r a9si dire1 et1 si la petitesse de leurs p>ties ess5tielles les drobe quelquefois la simple vue1 les in/rum5s qui les y r5d5t sont d'un beauc\p plus facile usage que ceux de l'a/ronomie4 ,la botanique e/ l'tude d'un oisif et p>esseux solitaire3 une po9te et une l\pe sont t\t l'app>eil dont il a beso9 p\r les obs]v]4 ,il se promne1 il erre librem5t d'un objet l'autre1 il fait la revue de *aque fleur avec intrt et curiosit2 et1 sitt qu'il comm5ce saisir les lois de leur /ructure1 il gte les obs]v] un plaisir sans pe9e1 aussi vif que s'il lui en cotoit beauc\p4 ,il y a dans cette oiseuse occupation un *>me qu'on ne s5t que dans le ple9 calme des passions1 mais qui suffit seul alors p\r r5dre la vie heureuse et d\ce2 mais1 sitt qu'on y mle un motif d'intrt ou de vanit1 soit p\r remplir des places ou p\r faire des livres1 sitt qu'on ne veut appr5dre que p\r in/ruire1 qu'on n'h]borise que p\r dev5ir auteur ou pr(esseur1 t\t ce d\x *>me s'van\it1 on ne voit plus dans les plantes que des in/rum5s de nos passions1 on ne tr\ve plus aucun vrai plaisir dans leur tude1 on ne veut plus savoir1 mais montr] qu'on sait1 et dans les bois on n'e/ que sur le ?tre du monde1 occup du so9 de s'y faire admir]2 ou bi51 se bornant la botanique de cab9et et de j>d9 t\t au plus1 au lieu d'obs]v] les vgtaux dans la nature1 on ne s'occupe que de sy/mes et de m?odes2 matire t]nelle de dispute1 qui ne fait pas connotre une plante de plus1 et ne jette aucune vritable lumire sur l'hi/oire naturelle et le rgne vgtal4 ,de l les ha9es1 les jal\sies1 que la concurr5ce de clbrit excite *ez les botani/es auteurs autant et plus que *ez les autres savans4 ,en dnaturant cette aimable tude1 ils la transplant5t au milieu des villes et des acadmies1 o elle ne dgnre pas mo9s que les plantes exotiques dans les j>d9s des curieux4 ,des dispositions bi5 diffr5tes ont fait p\r moi de cette tude une espce de passion qui remplit le vide de t\tes celles que je n'ai plus4 ,je gravis les ro*]s1 les montagnes1 je m'enfonce dans les vallons1 dans les bois1 p\r me drob]1 autant qu'il e/ possible1 au s\v5ir des hommes et aux atte9tes des mdians4 ,il me semble que s\s les ombrages d'une =t je suis oubli1 libre et paisible1 comme si je n'avois plus d'ennemis1 ou que le feuillage des bois dt me g>antir de leurs atte9tes comme il les loigne de mon s\v5ir1 et je m'imag9e1 dans ma btise1 qu'en ne p5sant po9t eux ils ne p5s]ont po9t moi4 ,je tr\ve une si gr&e d\ceur dans cette illusion que je m'y livr]ois t\t enti] si ma situation1 ma foiblesse et mes beso9s me le p]mettoi5t4 ,plus la solitude o je vis alors e/ pr(onde1 plus il faut que quelque objet en remplisse le vide1 et ceux que mon imag9ation me refuse ou que ma mmoire rep\sse sont suppls p> les productions spontanes que la t]re non =ce p> les hommes (fre mes yeux de t\tes p>ts4 ,le plaisir d'all] dans un ds]t *]*] de n\velles plantes c\vre celui d'*app] mes p]scuteurs2 et1 p>v5u dans des lieux o je ne vois nulles traces d'hommes1 je respire plus mon aise1 comme dans un asile o leur ha9e ne me p\rsuit plus4 ,je me rappell]ai t\te ma vie une h]borisation que je fis un j\r du ct de la ,robaila1 montagne du ju/ici] ,cl]c4 ,j'tois seul1 je m'enfonai dans les anfractuosits de la montagne2 et1 de bois en bois1 de ro*e en ro*e1 je p>v9s un rduit si ca* que je n'ai vu de ma vie un aspect plus sauvage4 ,de noirs sap9s entremls de htres prodigieux1 dont plusieurs tombs de vieillesse et entrelacs les uns dans les autres1 f]moi5t ce rduit de b>rires impntrables2 quelques int]valles que laissoit cette sombre ence9te n'(froi5t au del que des ro*es c\pes pic1 et d'horribles prcipices que je n'osois reg>d] qu'en me c\*ant sur le v5tre4 ,le duc1 la *ev*e et l'orfraie faisoi5t ent5dre leurs cris dans les f5tes de la montagne2 quelques petits oiseaux r>es1 mais famili]s1 temproi5t cep5dant l'horreur de cette solitude2 l1 je tr\vai la d5taire heptaphyllos1 le cyclam51 le nidus avis1 le gr& las]pitium1 et quelques autres plantes qui me *>mr5t et m'amusr5t longtemps2 mais1 ins5siblem5t dom9 p> la =te impression des objets1 j'oubliai la botanique et les plantes1 je m'assis sur des oreill]s de lycopodium et de m\sses1 et je me mis rv] plus mon aise1 en p5sant que j'tois l dans un refuge ignor de t\t l'univ]s1 o les p]scuteurs ne me dt]r]oi5t pas4 ,un m\vem5t d'orgueil se mla bi5tt cette rv]ie4 ,je me comp>ois ces gr&s voyageurs qui dc\vr5t une le ds]te1 et je me disois avec complaisance3 ,sans d\te je suis le premi] mortel qui ait pntr jusqu'ici4 ,je me reg>dois presque comme un autre ,colomb4 ,t&is que je me pavanois dans cette ide1 j'ent5dis peu lo9 de moi un c]ta9 cliquetis que je crus reconnotre2 j'c\te3 le mme bruit se rpte et se multiplie4 ,surpris et curieux1 je me lve1 je p]ce trav]s un f\rr de br\ssailles du ct d'o v5oit le bruit1 et dans une combe1 v+t pas du lieu mme o je croyois tre p>v5u le premi]1 j'ap]ois une manufacture de bas4 ,je ne saurois exprim] l'agitation confuse et contradictoire que je s5tis dans mon cur cette dc\v]te4 ,mon premi] m\vem5t fut un s5tim5t de joie de me retr\v] p>mi des huma9s o je m'tois cru totalem5t seul2 mais ce m\vem5t1 plus rapide que l'clair1 fit bi5tt place un s5tim5t d\l\reux plus durable1 comme ne p\vant dans les antres mmes des ,alpes *app] aux cruelles ma9s des hommes a*>ns me t\rm5t]4 ,c> j'tois bi5 sr qu'il n'y avoit peut-tre pas deux hommes dans cette fabrique qui ne fuss5t initis dans le complot dont le prdicant ,montmoll9 s'toit fait le *ef1 et qui tiroit de plus lo9 ses premi]s mobiles4 ,je me htai d'c>t] cette tri/e ide1 et je f9is p> rire en moi-mme et de ma vanit purile1 et de la manire comique dont j'en avois t puni4 ,mais1 en effet1 qui jamais et d s'att5dre tr\v] une manufacture dans un prcipice6 ,il n'y a que la ,suisse au monde qui prs5te ce mlange de la nature sauvage et de l'indu/rie huma9e4 ,la ,suisse entire n'e/1 p\r a9si dire1 qu'une gr&e ville1 dont les rues1 l>ges et longues plus que celle de ,sa9t-,anto9e1 sont semes de =ts1 c\pes de montagnes1 et dont les maisons p>ses et isoles ne communiqu5t entre elles que p> des j>d9s anglois4 ,je me rappelai ce sujet une autre h]borisation que du ,peyr\1 d',es*]ny1 le colonel ,pury1 le ju/ici] ,cl]c et moi avions faite1 il y avoit quelque temps1 sur la montagne de ,*ass]on1 du sommet de laquelle on dc\vre sept lacs4 ,on n\s dit qu'il n'y avoit qu'une seule maison sur cette montagne1 et n\s n'eussions srem5t pas dev9 la pr(ession de celui qui l'habitoit1 si l'on n'et aj\t que c'toit un libraire1 et qui mme faisoit =t bi5 ses affaires dans le pays4 ,il me semble qu'un seul fait de cette espce fait mieux connotre la ,suisse que t\tes les descriptions des voyageurs4 ,en voici un autre de mme nature1 ou peu prs1 qui ne fait pas mieux connotre un peuple =t diffr5t4 ,durant mon sj\r ,gr5oble je faisois s\v5t de petites h]borisations hors de la ville avec le sieur ,bovi]1 avocat de ce pays-l1 non pas qu'il aimt ni st la botanique1 mais p>ce que1 s'tant fait mon g>de de la man*e1 il se faisoit1 autant que la *ose toit possible1 une loi de ne pas me quitt] d'un pas4 ,un j\r n\s n\s prom5ions le long de l',isre1 dans un lieu t\t ple9 de saules p9eux4 ,je vis sur ces arbrisseaux des fruits mrs2 j'eus la curiosit d'en gt]1 et1 leur tr\vant une petite acidit trs agrable1 je me mis mang] de ces gra9s p\r me rafra*ir3 le sieur ,bovi] se t5oit ct de moi sans m'imit] et sans ri5 dire4 ,un de ses amis surv9t qui1 me voyant picor] ces gra9s1 me dit3 ,eh6 ,monsieur1 que faites-v\s l8 ignorez-v\s que ce fruit empoisonne8--,ce fruit empoisonne6 m'criai-je t\t surpris4--,sans d\te1 reprit-il1 et t\t le monde sait si bi5 cela que p]sonne dans le pays ne s'avise d'en gt]4 ,je reg>dois le sieur ,bovi]1 et je lui dis3 ,p\rquoi donc ne m'av]tissiez-v\s pas8--,ah6 ,monsieur1 me rpondit-il d'un ton respectueux1 je n'osois pas pr5dre cette lib]t4 ,je me mis rire de cette humilit dauph9oise1 en discont9uant nanmo9s ma petite collation4 ,j'tois p]suad1 comme je le suis encore1 que t\te production naturelle agrable au gt ne peut tre nuisible au corps1 ou ne l'e/ du mo9s que p> son excs4 ,cep5dant j'av\e que je m'c\tai un peu t\t le re/e de la j\rne2 mais j'en fus quitte p\r un peu d'inquitude2 je s\pai trs bi51 dormis mieux1 et me levai le mat9 en p>faite sant1 aprs avoir aval la veille qu9ze ou v+t gra9s de ce t]rible hippophae1 qui empoisonne trs petite dose1 ce que t\t le monde me dit ,gr5oble le l5dema94 ,cette av5ture me p>ut si plaisante que je ne me la rappelle jamais sans rire de la s+ulire discrtion de ,m4 l'avocat ,bovi]4 ,t\tes mes c\rses de botanique1 les div]ses impressions du local des objets qui m'ont frapp1 les ides qu'il m'a fait natre1 les incid5s qui s'y sont mls1 t\t cela m'a laiss des impressions qui se r5\vell5t p> l'aspect des plantes h]borises dans ces mmes lieux4 ,je ne rev]rai plus ces beaux paysages1 ces =ts1 ces lacs1 ces bosquets1 ces ro*]s1 ces montagnes1 dont l'aspect a t\j\rs t\* mon cur2 mais1 ma9t5ant que je ne peux plus c\rir ces heureuses contres1 je n'ai qu' ouvrir mon h]bi]1 et bi5tt il m'y transporte4 ,les fragm5s des plantes que j'y ai cueillies suffis5t p\r me rappel] t\t ce magnifique spectacle4 ,cet h]bi] e/ p\r moi un j\rnal d'h]borisations1 qui me les fait recomm5c] avec un n\veau *>me1 et produit l'effet d'un optique qui les pe9droit d]e*ef mes yeux4 ,c'e/ la *ane des ides accessoires qui m'atta*e la botanique4 ,elle rassemble et rappelle mon imag9ation t\tes les ides qui la flatt5t davantage2 les prs1 les eaux1 les bois1 la solitude1 la paix surt\t1 et le repos qu'on tr\ve au milieu de t\t cela1 sont retracs p> elle incessamm5t ma mmoire4 ,elle me fait oubli] les p]scutions des hommes1 leur ha9e1 leur mpris1 leurs outrages1 et t\s les maux dont ils ont pay mon t5dre et s9cre atta*em5t p\r eux4 ,elle me transporte dans des habitations paisibles1 au milieu de g5s simples et bons1 tels que ceux avec qui j'ai vcu jadis4 ,elle me rappelle et mon jeune ge1 et mes innoc5s plaisirs2 elle m'en fait j\ir d]e*ef1 et me r5d heureux bi5 s\v5t encore1 au milieu du plus tri/e sort qu'ait subi jamais un mortel4 ,figure #af ,figure #ag ,,huiti,,me ,,prom5ade ,en mditant sur les dispositions de mon me dans t\tes les situations de ma vie1 je suis extrmem5t frapp de voir si peu de proportion entre les div]ses comb9aisons de ma de/9e et les s5tim5s habituels de bi5 ou mal tre dont elles m'ont affect4 ,les div]s int]valles de mes c\rtes prosprits ne m'ont laiss presque aucun s\v5ir agrable de la manire intime et p]man5te dont elles m'ont affect2 et1 au contraire1 dans t\tes les misres de ma vie1 je me s5tois con/amm5t rempli de s5tim5s t5dres1 t\*ans1 dlicieux1 qui1 v]sant un baume salutaire sur les blessures de mon cur navr1 sembloi5t en conv]tir la d\leur en volupt1 et dont l'aimable s\v5ir me revi5t seul1 dgag de celui des maux que j'pr\vois en mme temps4 ,il me semble que j'ai plus gt la d\ceur de l'exi/5ce1 que j'ai rellem5t plus vcu1 qu& mes s5tim5s1 ress]rs1 p\r a9si dire1 aut\r de mon cur p> ma de/9e1 n'alloi5t po9t s'vaporant au dehors sur t\s les objets de l'e/ime des hommes qui en mrit5t si peu p> eux-mmes1 et qui font l'unique occupation des g5s que l'on croit heureux4 ,qu& t\t toit dans l'ordre aut\r de moi1 qu& j'tois cont5t de t\t ce qui m'ent\roit et de la sphre dans laquelle j'avois vivre1 je la remplissois de mes affections4 ,mon me expansive s't5doit sur d'autres objets2 et1 t\j\rs attir lo9 de moi p> des gts de mille espces1 p> des atta*em5s aimables qui sans cesse occupoi5t mon cur1 je m'oubliois1 en quelque faon1 moi-mme2 j'tois t\t enti] ce qui m'toit trang]1 et j'pr\vois1 dans la cont9uelle agitation de mon cur1 t\te la vicissitude des *oses huma9es4 ,cette vie orageuse ne me laissoit ni paix au d$ans1 ni repos au dehors4 ,heureux en app>5ce1 je n'avois pas un s5tim5t qui pt s\t5ir l'preuve de la rflexion1 et dans lequel je pusse y vraim5t me complaire4 ,jamais je n'tois p>faitem5t cont5t ni d'autrui ni de moi-mme4 ,le tumulte du monde m't\rdissoit1 la solitude m'ennuyoit1 j'avois sans cesse beso9 de *ang] de place1 et je n'tois bi5 nulle "p4 ,j'tois ft p\rtant1 bi5 v\lu1 bi5 reu1 c>ess p>t\t2 je n'avois pas un ennemi1 pas un malveillant1 pas un envieux2 comme on ne *]*oit qu' m'oblig]1 j'avois s\v5t le plaisir d'oblig] moi-mme beauc\p de monde1 et1 sans bi51 sans emploi1 sans fauteurs1 sans gr&s tal5s bi5 dvelopps ni bi5 connus1 je j\issois des avantages atta*s t\t cela1 et je ne voyois p]sonne1 dans aucun tat1 dont le sort me p>t prfrable au mi54 ,que me manquoit-il donc p\r tre heureux8 ,je l'ignore2 mais je sais que je ne l'tois pas4 ,que me manque-t-il auj\rd'hui p\r tre le plus in=tun des mortels8 ,ri5 de t\t ce que les hommes ont pu mettre du leur p\r cela4 ,h bi51 dans cet tat dplorable1 je ne *ang]ois pas encore d'tre et de de/9e contre le plus =tun d'entre eux1 et j'aime encore mieux tre moi dans t\te ma misre que d'tre aucun de ces g5s-l dans t\te leur prosprit4 ,rduit moi seul1 je me n\rris1 il e/ vrai1 de ma propre sub/ance1 mais elle ne s'puise pas2 je me suffis moi-mme1 quoique je rum9e1 p\r a9si dire1 vide1 et que mon imag9ation t>ie et mes ides te9tes ne f\rniss5t plus d'alim5s mon cur4 ,mon me1 (fusque1 ob/rue p> mes organes1 s'affaisse de j\r en j\r1 et1 s\s le poids de ces l\rdes masses1 n'a plus assez de vigueur p\r s'lanc]1 comme autrefois1 hors de sa vieille enveloppe4 ,c'e/ ce ret\r sur n\s-mmes que n\s =ce l'adv]sit2 et c'e/ peut-tre l ce qui la r5d le plus insupportable la plup>t des hommes4 ,p\r moi1 qui ne tr\ve me repro*] que des fautes1 j'en accuse ma foiblesse1 et je me console1 c> jamais mal prmdit n'appro*a de mon cur4 ,cep5dant1 mo9s d'tre /upide1 comm5t contempl] un mom5t ma situation sans la voir aussi horrible qu'ils l'ont r5due et sans prir de d\leur et de dsespoir8 ,lo9 de cela1 moi1 le plus s5sible des tres1 je la contemple et ne m'en meus pas2 et1 sans combats1 sans ef=ts sur moi-mme1 je me vois presque avec indiffr5ce dans un tat dont nul autre homme peut-tre ne support]oit l'aspect sans effroi4 ,comm5t en suis-je v5u l8 c> j'tois bi5 lo9 de cette disposition paisible1 au premi] s\pon du complot dont j'tois enlac depuis longtemps sans m'en tre aucunem5t ap]u4 ,cette dc\v]te n\velle me b\lev]sa4 ,l'infamie et la trahison me surprir5t au dp\rvu4 ,quelle me honnte e/ prp>e de tels g5res de pe9es8 ,il faudroit les mrit] p\r les prvoir4 ,je tombai dans t\s les piges qu'on creusa s\s mes pas4 ,l'indignation1 la fureur1 le dlire1 s'emp>r5t de moi3 je p]dis la tramontane4 ,ma tte se b\lev]sa1 et1 dans les tnbres horribles o l'on n'a cess de me t5ir plong1 je n'ap]u plus ni lueur p\r me conduire1 ni appui1 ni prise o je pusse me t5ir f]me et rsi/] au dsespoir qui m'entranoit4 ,comm5t vivre heureux et tranquille dans cet tat affreux8 ,j'y suis p\rtant encore1 et plus enfonc que jamais1 et j'y ai retr\v le calme et la paix1 et j'y vis heureux et tranquille1 et j'y ris des incroyables t\rm5s que mes p]scuteurs se donn5t sans cesse1 t&is que je re/e en paix1 occup de fleurs1 d'tam9es et d'enfantillages1 et que je ne songe pas mme eux4 ,comm5t s'e/ fait ce passage8 ,naturellem5t1 ins5siblem5t1 et sans pe9e4 ,la premire surprise fut p\vantable4 ,moi qui me s5tois digne d'am\r et d'e/ime1 moi qui me croyois honor1 *ri1 comme je mritois de l'tre1 je me vis trave/i t\t d'un c\p en un mon/re affreux tel qu'il n'en exi/a jamais4 ,je vois t\te une gnration se prcipit] t\t entire dans cette trange op9ion1 sans explication1 sans d\te1 sans honte1 et sans que je puisse p>v5ir savoir jamais la cause de cette trange rvolution4 ,je me dbattis avec viol5ce et ne fis que mieux m'enlac]4 ,je v\lus =c] mes p]scuteurs s'expliqu] avec moi2 ils n'avoi5t g>de4 ,aprs m'tre longtemps t\rm5t sans succs1 il fallut bi5 pr5dre hale9e4 ,cep5dant j'esprois t\j\rs2 je me disois3 ,un aveuglem5t si /upide1 une si absurde prv5tion1 ne sauroit gagn] t\t le g5re huma94 ,il y a des hommes de s5s qui ne p>tag5t pas le dlire2 il y a des mes ju/es qui dte/5t la f\rb]ie et les tratres4 ,*]*ons1 je tr\v]ai peut-tre enf9 un homme3 si je le tr\ve1 ils sont confondus4 ,j'ai *]* va9em5t2 je ne l'ai po9t tr\v4 ,la ligue e/ univ]selle1 sans exception1 sans ret\r2 et je suis sr d'a*ev] mes j\rs dans cette affreuse proscription sans jamais en pntr] le my/re4 ,c'e/ dans cet tat dplorable qu'aprs de longues angoisses1 au lieu du dsespoir qui sembloit devoir tre enf9 mon p>tage1 j'ai retr\v la srnit1 la tranquillit1 la paix1 le bonheur mme1 puisque *aque j\r de ma vie me rappelle avec plaisir celui de la veille1 et que je n'en dsire po9t d'autre p\r le l5dema94 ,d'o vi5t cette diffr5ce8 ,d'une seule *ose3 c'e/ que j'ai appris port] le j\g de la ncessit sans murmure4 ,c'e/ que je m'ef=ois de t5ir encore mille *oses1 et que1 t\tes ces prises m'ayant successivem5t *app1 rduit moi seul1 j'ai repris enf9 mon assiette4 ,press de t\s cts1 je demeure en quilibre1 p>ce que je ne m'atta*e plus ri51 je ne m'appuie que sur moi4 ,qu& je m'levois avec tant d'ardeur contre l'op9ion1 je portois encore son j\g sans que je m'en ap]usse4 ,on veut tre e/im des g5s qu'on e/ime1 et1 tant que je pus jug] avantageusem5t des hommes ou du mo9s de quelques hommes1 les jugem5s qu'ils portoi5t de moi ne p\voi5t m'tre indiffr5s3 je voyois que s\v5t les jugem5s du public sont quitables2 mais je ne voyois pas que cette quit mme toit l'effet du has>d1 que les rgles sur lesquelles les hommes fond5t leurs op9ions ne sont tires que de leurs passions ou de leurs prjugs qui en sont l'ouvrage1 et que1 lors mme qu'ils jug5t bi51 s\v5t encore ces bons jugem5s naiss5t d'un mauvais pr9cipe1 comme lorsqu'ils feign5t d'honor] en quelques succs le mrite d'un homme1 non p> esprit de ju/ice1 mais p\r se donn] un air imp>tial1 en calomniant t\t leur aise le mme homme sur d'autres po9ts4 ,mais qu&1 aprs de si longues et va9es re*]*es1 je les vis t\s re/] sans exception dans le plus inique et absurde sy/me que l'esprit inf]nal pt inv5t]2 qu& je vis qu' mon g>d la raison toit bannie de t\tes les ttes et l'quit de t\s les curs2 qu& je vis une gnration frntique se livr] t\t entire l'aveugle fureur de ses guides contre un in=tun qui jamais ne fit1 ne v\lut1 ne r5dit de mal p]sonne2 qu&1 aprs avoir va9em5t *]* un homme1 il fallut te9dre enf9 ma lant]ne et m'cri]3 ,il n'y en a plus2 alors je comm5ai me voir seul sur la t]re1 et je compris que mes contempora9s n'toi5t1 p> rapport moi1 que des tres mcaniques1 qui n'agissoi5t que p> impulsion1 et dont je ne p\vois calcul] l'action que p> les lois du m\vem5t3 quelque int5tion1 quelque passion que j'eusse pu suppos] dans leurs mes1 elles n'auroi5t jamais expliqu leur conduite mon g>d d'une faon que je pusse ent5dre4 ,c'e/ a9si que leurs dispositions intrieures cessr5t d'tre quelque *ose p\r moi2 je ne vis plus en eux que des masses diffremm5t mues1 dp\rvues mon g>d de t\te moralit4 ,dans t\s les maux qui n\s arriv5t n\s reg>dons plus l'int5tion qu' l'effet3 une tuile qui tombe d'un toit peut n\s bless] davantage1 mais ne n\s navre pas tant qu'une pi]re lance desse9 p> une ma9 malveillante2 le c\p porte faux quelquefois1 mais l'int5tion ne manque jamais son atte9te4 ,la d\leur matrielle e/ ce qu'on s5t le mo9s dans les atte9tes de la =tune2 et1 qu& les in=tuns ne sav5t qui s'en pr5dre de leurs malheurs1 ils s'en pr5n5t la de/9e qu'ils p]sonnifi5t et laquelle ils prt5t des yeux et une intellig5ce p\r les t\rm5t] desse93 c'e/ a9si qu'un j\eur1 dpit p> ses p]tes1 se met en fureur sans savoir contre qui2 il imag9e un sort qui s'a*>ne desse9 sur lui p\r le t\rm5t]1 et1 tr\vant un alim5t sa colre1 il s'anime et s'enflamme contre l'ennemi qu'il s'e/ cr4 ,l'homme sage1 qui ne voit dans t\s les malheurs qui lui arriv5t que les c\ps de l'aveugle ncessit1 n'a po9t ces agitations ins5ses2 il crie dans sa d\leur1 mais sans emportem5t1 sans colre2 il ne s5t du mal dont il e/ la proie que l'atte9te matrielle1 et les c\ps qu'il reoit ont beau bless] sa p]sonne1 pas un n'arrive jusqu' son cur4 ,c'e/ beauc\p que d'en tre v5u l1 mais ce n'e/ pas t\t1 si l'on s'arrte2 c'e/ bi5 avoir c\p le mal1 mais c'e/ avoir laiss la rac9e3 c> cette rac9e n'e/ pas dans les tres qui n\s sont trang]s1 elle e/ en n\s-mmes1 et c'e/ l qu'il faut travaill] p\r l'arra*] t\t fait4 ,voil ce que je s5tis p>faitem5t ds que je comm5ai de rev5ir moi3 ma raison ne me montrant qu'absurdits dans t\tes les explications que je *]*ois donn] ce qui m'arrive1 je compris que les causes1 les in/rum5s1 les moy5s de t\t cela1 m'tant inconnus et inexplicables1 dvoi5t tre nuis p\r moi2 que je devois reg>d] t\s les dtails de ma de/9e comme autant d'actes d'une pure fatalit1 o je ne devois suppos] ni direction1 ni int5tion1 ni cause morale2 qu'il falloit m'y s\mettre sans raisonn] et sans regimb]1 p>ce que cela toit inutile2 que1 t\t ce que j'avois faire encore sur la t]re tant de m'y reg>d] comme un tre purem5t passif1 je ne devois po9t us] rsi/] inutilem5t ma de/9e la =ce qui me re/oit p\r la support]4 ,voil ce que je me disois2 ma raison1 mon cur y acquiesoi5t1 et nanmo9s je s5tois ce cur murmur] encore4 ,d'o v5oit ce murmure8 ,je le *]*ai1 je le tr\vai2 il v5oit de l'am\r-propre1 qui1 aprs s'tre indign contre les hommes1 se s\levoit encore contre la raison4 ,cette dc\v]te n'toit pas si facile faire qu'on p\rroit croire1 c> un innoc5t p]scut pr5d longtemps p\r un pur am\r de la ju/ice l'orgueil de son petit individu2 mais aussi la vritable s\rce1 une fois bi5 connue1 e/ facile t>ir1 ou du mo9s dt\rn]4 ,l'e/ime de soi-mme e/ le plus gr& mobile des mes fires2 l'am\r-propre1 f]tile en illusions1 se dguise et se fait pr5dre p\r cette e/ime2 mais1 qu& la fraude enf9 se dc\vre et que l'am\r-propre ne peut plus se ca*]1 ds lors il n'e/ plus cra9dre1 et1 quoiqu'on l't\ffe avec pe9e1 on le subjugue au mo9s aism5t4 ,je n'eus jamais beauc\p de p5te l'am\r-propre2 mais cette passion factice s'toit exalte en moi dans le monde1 et surt\t qu& je fus auteur3 j'en avois peut-tre encore mo9s qu'un autre1 mais j'en avois prodigieusem5t4 ,les t]ribles leons que j'ai reues l'ont bi5tt r5f]m dans ses premires bornes3 il comm5a p> se rvolt] contre l'inju/ice1 mais il a f9i p> la ddaign]2 en se repliant sur mon me1 en c\pant les relations extrieures qui le r5d5t exigeant1 en r5onant aux comp>aisons1 aux prfr5ces1 il s'e/ cont5t que je fusse bon p\r moi4 ,alors1 r$ev5ant am\r de moi-mme1 il e/ r5tr dans l'ordre de la nature1 et m'a dlivr du j\g de l'op9ion4 ,ds lors j'ai retr\v la paix de l'me et presque la flicit3 c>1 dans quelque situation qu'on se tr\ve1 ce n'e/ que p> lui qu'on e/ con/amm5t malheureux4 ,qu& il se tait et que la raison p>le1 elle n\s console enf9 de t\s les maux qu'il n'a pas dp5du n\s d'vit]2 elle les anantit mme autant qu'ils n'agiss5t pas immdiatem5t sur n\s3 c> on e/ sr alors d'vit] leurs plus poignantes atte9tes en cessant de s'en occup]4 ,ils ne sont ri5 p\r celui qui n'y p5se pas3 les (f5ses1 les v5geances1 les passe-droits1 les outrages1 les inju/ices1 ne sont ri5 p\r celui qui ne voit dans les maux qu'il endure que le mal mme et non pas l'int5tion1 p\r celui dont la place ne dp5d pas dans sa propre e/ime de celle qu'il plat aux autres de lui accord]4 ,de quelque faon que les hommes veuill5t me voir1 ils ne sauroi5t *ang] mon tre2 et1 malgr leur puissance et malgr t\tes leurs s\rdes intrigues1 je cont9u]ai1 quoi qu'ils fass5t1 d'tre en dpit d'eux ce que je suis4 ,il e/ vrai que leurs dispositions mon g>d influ5t sur ma situation relle3 la b>rire qu'ils ont mise entre eux et moi m'te t\te ress\rce de subsi/ance et d'assi/ance dans ma vieillesse et mes beso9s4 ,elle me r5d l'arg5t mme inutile1 puisqu'il ne peut me procur] les s]vices qui me sont ncessaires3 il n'y a plus ni comm]ce1 ni sec\rs rciproque1 ni correspondance entre eux et moi4 ,seul au milieu d'eux1 je n'ai que moi seul p\r ress\rce1 et cette ress\rce e/ bi5 foible mon ge et dans l'tat o je suis4 ,ces maux sont gr&s2 mais ils ont p]du sur moi t\te leur =ce depuis que j'ai su les support] sans m'en irrit]4 ,les po9ts o le vrai beso9 se fait s5tir sont t\j\rs r>es3 la prvoyance et l'imag9ation les multipli5t1 et c'e/ p> cette cont9uit de s5tim5s qu'on s'inquite et qu'on se r5d malheureux4 ,p\r moi1 j'ai beau savoir que je s\ffrirai dema91 il me suffit de ne pas s\ffrir auj\rd'hui p\r tre tranquille2 je ne m'affecte po9t du mal que je prvois1 mais seulem5t de celui que je s5s1 et cela le rduit trs peu de *ose4 ,seul1 malade et dlaiss dans mon lit1 j'y peux m\rir d'indig5ce1 de froid et de faim1 sans que p]sonne s'en mette en pe9e4 ,mais qu'importe1 si je ne m'en mets pas en pe9e moi-mme1 et si je m'affecte aussi peu que les autres de mon de/91 quel qu'il soit8 ,n'e/-ce ri51 surt\t mon ge1 que d'avoir appris voir la vie et la mort1 la maladie et la sant1 la ri*esse et la misre1 la gloire et la diffamation1 avec la mme indiffr5ce8 ,t\s les autres vieill>ds s'inquit5t de t\t1 moi1 je ne m'inquite de ri52 quoi qu'il puisse arriv]1 t\t m'e/ indiffr5t2 et cette indiffr5ce n'e/ pas l'ouvrage de ma sagesse1 elle e/ celui de mes ennemis1 et devi5t une comp5sation des maux qu'ils me font4 ,en me r5dant ins5sible l'adv]sit1 ils m'ont fait plus de bi5 que s'ils m'euss5t p>gn ses atte9tes2 en ne l'pr\vant pas je p\vois t\j\rs la cra9dre1 au lieu qu'en la subjuguant je ne la cra9s plus4 ,cette disposition me livre1 au milieu des trav]ses de ma vie1 l'incurie de mon naturel1 presque aussi ple9em5t que si je vivois dans la plus complte prosprit3 hors les c\rts mom5s o je suis rappel p> la prs5ce des objets aux plus d\l\reuses inquitudes1 t\t le re/e du temps1 livr p> mes p5*ans aux affections qui m'attir5t1 mon cur se n\rrit encore des s5tim5s p\r lesquels il toit n1 et j'en j\is avec les tres imag9aires qui les produis5t et qui les p>tag5t1 comme si ces tres exi/oi5t rellem5t3 ils exi/5t p\r moi qui les ai crs1 et je ne cra9s ni qu'ils me trahiss5t ni qu'ils m'ab&onn5t2 ils dur]ont autant que mes malheurs mmes1 et suffiront p\r me les faire oubli]4 ,t\t me ramne la vie heureuse et d\ce p\r laquelle j'tois n3 je passe les trois qu>ts de ma vie ou occup d'objets in/ructifs et mme agrables auxquels je livre avec dlices mon esprit et mes s5s1 ou avec les enfans de mes fantaisies que j'ai crs selon mon cur1 et dont le comm]ce en n\rrit les s5tim5s1 ou avec moi seul1 cont5t de moi-mme1 et dj ple9 du bonheur que je s5s m'tre d4 ,en t\t ceci l'am\r de moi-mme fait t\te l'uvre1 l'am\r-propre n'y entre p\r ri54 ,il n'en e/ pas a9si des tri/es mom5s que je passe encore au milieu des hommes1 j\et de leurs c>esses tratresses1 de leurs complim5s amp\ls et drisoires1 de leur mielleuse malignit3 de quelque faon que je m'y sois pu pr5dre1 l'am\r-propre alors fait son jeu4 ,la ha9e et l'animosit1 que je vois dans leurs curs trav]s cette grossire enveloppe1 d*ir5t le mi5 de d\leur1 et l'ide d'tre a9si sottem5t pris p\r dupe aj\te encore cette d\leur un dpit trs puril1 fruit d'un sot am\r-propre dont je s5s t\te la btise1 mais que je ne puis subjugu]4 ,les ef=ts que j'ai faits p\r m'agu]rir ces reg>ds insultans et moqueurs sont incroyables3 c5t fois j'ai pass p> les prom5ades publiques et p> les lieux les plus frqu5ts1 dans l'unique desse9 de m'ex]c] ces cruelles luttes2 non seulem5t je n'y ai pu p>v5ir1 mais je n'ai mme ri5 avanc1 et t\s mes pnibles mais va9s ef=ts m'ont laiss t\t aussi facile tr\bl]1 navr] et indign] qu'aup>avant4 ,dom9 p> mes s5s1 quoi que je puisse faire1 je n'ai jamais su rsi/] leurs impressions1 et1 tant que l'objet agit sur eux1 mon cur ne cesse d'en tre affect2 mais ces affections passagres ne dur5t qu'autant que la s5sation qui les cause4 ,la prs5ce de l'homme ha9eux m'affecte violemm5t2 mais1 sitt qu'il disp>ot1 l'impression cesse3 l'in/ant que je ne le vois plus1 je n'y p5se plus4 ,j'ai beau savoir qu'il va s'occup] de moi1 je ne saurois m'occup] de lui2 le mal que je ne s5s po9t actuellem5t ne m'affecte en aucune sorte2 le p]scuteur que je ne vois po9t e/ nul p\r moi4 ,je s5s l'avantage que cette position donne ceux qui dispos5t de ma de/9e4 ,qu'ils en dispos5t donc t\t leur aise2 j'aime encore mieux qu'ils me t\rm5t5t sans rsi/ance que d'tre =c de p5s] eux p\r me g>antir de leurs c\ps4 ,cette action de mes s5s sur mon cur fait le seul t\rm5t de ma vie4 ,les lieux o je ne vois p]sonne je ne p5se plus ma de/9e2 je ne la s5s plus1 je ne s\ffre plus1 je suis heureux et cont5t sans div]sion1 sans ob/acle4 ,mais j'*appe r>em5t quelque atte9te s5sible2 et1 lorsque j'y p5se le mo9s1 un ge/e1 un reg>d s9i/re que j'ap]ois1 un mot env5im que j'ent5ds1 un malveillant que je r5contre1 suffit p\r me b\lev]s]3 t\t ce que je puis faire en p>eil cas e/ d'oubli] bi5 vite et de fuir2 le tr\ble de mon cur disp>ot avec l'objet qui l'a caus1 et je r5tre dans le calme aussitt que je suis seul2 ou1 si quelque *ose m'inquite1 c'e/ la cra9te de r5contr] sur mon passage quelque n\veau sujet de d\leur4 ,c'e/ l ma seule pe9e2 mais elle suffit p\r altr] mon bonheur4 ,je loge au milieu de ,p>is3 en sortant de *ez moi je s\pire aprs la campagne et la solitude2 mais il faut l'all] *]*] si lo9 qu'avant de p\voir respir] mon aise je tr\ve en mon *em9 mille objets qui me s]r5t le cur1 et la moiti de la j\rne se passe en angoisses avant que j'aie atte9t l'asile que je vais *]*]4 ,heureux du mo9s qu& on me laisse a*ev] ma r\te6 ,le mom5t o j'*appe au cortge des m*ans e/ dlicieux1 et1 sitt que je me vois s\s les arbres1 au milieu de la v]dure1 je crois me voir dans le p>adis t]re/re1 et je gte un plaisir int]ne aussi vif que si j'tois le plus heureux des mortels4 ,je me s\vi5s p>faitem5t que1 durant mes c\rtes prosprits1 ces mmes prom5ades solitaires1 qui me sont auj\rd'hui si dlicieuses1 m'toi5t insipides et ennuyeuses3 qu& j'tois *ez quelqu'un la campagne1 le beso9 de faire de l'ex]cice et de respir] le gr& air me faisoit s\v5t sortir seul1 et1 m'*appant comme un voleur1 je m'allois prom5] dans le p>c ou dans la campagne2 mais1 lo9 d'y tr\v] le calme heureux que j'y gte auj\rd'hui1 j'y portois l'agitation des va9es ides qui m'avoi5t occup dans le salon1 le s\v5ir de la compagnie que j'y avois laisse m'y suivoit4 ,dans la solitude1 les vapeurs de l'am\r-propre et le tumulte du monde t]nissoi5t mes yeux la fra*eur des bosquets1 et tr\bloi5t la paix de la retraite3 j'avois beau fuir au fond des bois1 une f\le importune m'y suivoit p>t\t et voiloit p\r moi t\te la nature4 ,ce n'e/ qu'aprs m'tre dta* des passions sociales et de leur tri/e cortge que je l'ai retr\ve avec t\s ses *>mes4 ,conva9cu de l'impossibilit de cont5ir ces premi]s m\vem5s involontaires1 j'ai cess t\s mes ef=ts p\r cela3 je laisse1 *aque atte9te1 mon sang s'allum]1 la colre et l'indignation s'emp>] de mes s5s2 je cde la nature cette premire explosion que t\tes mes =ces ne p\rroi5t arrt] ni susp5dre4 ,je t*e seulem5t d'en arrt] les suites avant qu'elle ait produit aucun effet4 ,les yeux t9celans1 le feu du visage1 le tremblem5t des membres1 les suffocantes palpitations1 t\t cela ti5t au seul physique1 et le raisonnem5t n'y peut ri54 ,mais1 aprs avoir laiss faire au naturel sa premire explosion1 l'on peut r$ev5ir son propre matre en repr5ant peu peu ses s5s3 c'e/ ce que j'ai t* de faire longtemps sans succs1 mais enf9 plus heureusem5t2 et1 cessant d'employ] ma =ce en va9e rsi/ance1 j'att5ds le mom5t de va9cre en laissant agir ma raison1 c> elle ne me p>le que qu& elle peut se faire c\t]4 ,eh6 que dis-je1 hlas6 ma raison8 ,j'aurois gr& tort encore de lui faire l'honneur de ce triomphe1 c> elle n'y a gure de "p3 t\t vi5t galem5t d'un tempram5t v]satile qu'un v5t imptueux agite1 mais qui r5tre dans le calme l'in/ant que le v5t ne s\ffle plus2 c'e/ mon naturel ard5t qui m'agite1 c'e/ mon naturel indol5t qui m'apaise4 ,je cde t\tes les impulsions prs5tes2 t\t *oc me donne un m\vem5t vif et c\rt2 sitt qu'il n'y a plus de *oc1 le m\vem5t cesse1 ri5 de communiqu ne peut se prolong] en moi4 ,t\s les vnem5s de la =tune1 t\tes les ma*9es des hommes1 ont peu de prise sur un homme a9si con/itu2 p\r m'affect] de pe9es durables1 il faudroit que l'impression se r5\velt *aque in/ant3 c> les int]valles1 quelque c\rts qu'ils soi5t1 suffis5t p\r me r5dre moi-mme4 ,je suis ce qu'il plat aux hommes tant qu'ils peuv5t agir sur mes s5s2 mais1 au premi] in/ant de rel*e1 je r$evi5s ce que la nature a v\lu3 c'e/ l1 quoi qu'on puisse faire1 mon tat le plus con/ant1 et celui p> lequel1 en dpit de la de/9e1 je gte un bonheur p\r lequel je me s5s con/itu4 ,j'ai dcrit cet tat dans une de mes rv]ies4 ,il me convi5t si bi5 que je ne dsire autre *ose que sa dure1 et ne cra9s que de le voir tr\bl4 ,le mal que m'ont fait les hommes ne me t\*e en aucune sorte3 la cra9te seule de celui qu'ils peuv5t me faire encore e/ capable de m'agit]2 mais1 c]ta9 qu'ils n'ont plus de n\velle prise p> laquelle ils puiss5t m'affect] d'un s5tim5t p]man5t1 je me ris de t\tes leurs trames1 et je j\is de moi-mme en dpit d'eux4 ,figure #ah ,figure #ai ,,neuvi,,me ,,prom5ade ,le bonheur e/ un tat p]man5t qui ne semble pas fait ici-bas p\r l'homme3 t\t e/ sur la t]re dans un flux cont9uel qui ne p]met ri5 d'y pr5dre une =me con/ante4 ,t\t *ange aut\r de n\s3 n\s *angeons n\s-mmes1 et nul ne peut s'assur] qu'il aim]a dema9 ce qu'il aime auj\rd'hui2 a9si t\s nos projets de flicit p\r cette vie sont des *imres4 ,pr(itons du cont5tem5t d'esprit qu& il vi5t1 g>dons-n\s de l'loign] p> notre faute2 mais ne faisons pas des projets p\r l'en*an]1 c> ces projets-l sont de pures folies3 j'ai peu vu d'hommes heureux1 peut-tre po9t2 mais j'ai s\v5t vu des curs cont5s1 et de t\s les objets qui m'ont frapp1 c'e/ celui qui m'a le plus cont5t moi-mme4 ,je crois que c'e/ une suite naturelle du p\voir des s5sations sur mes s5tim5s int]nes4 ,le bonheur n'a po9t d'enseigne extrieure3 p\r le connotre1 il faudroit lire dans le cur de l'homme heureux2 mais le cont5tem5t se lit dans les yeux1 dans le ma9ti51 dans l'acc5t1 dans la dm>*e1 et semble se communiqu] celui qui l'ap]oit4 ,e/-il une j\issance plus d\ce que de voir un peuple enti] se livr] la joie un j\r de fte1 et t\s les curs s'pan\ir aux rayons expansifs du plaisir qui passe rapidem5t1 mais vivem5t1 trav]s les nuages de la vie84 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,il y a trois j\rs que ,m4 ,p4 v9t1 avec un empressem5t extraord9aire1 me montr] l'loge de madame ,ge(fr9 p> ,m4 d',alemb]t4 ,la lecture fut prcde de longs et gr&s clats de rire sur le ridicule nologisme de cette pice et sur les bad9s jeux de mots dont il la disoit remplie3 il comm5a de lire en riant t\j\rs4 ,je l'c\tois d'un srieux qui le calma1 et1 voyant que je ne l'imitois po9t1 il cessa enf9 de rire4 ,l'article le plus long et le plus re*]* de cette pice r\loit sur le plaisir que pr5oit ,mme ,ge(fr9 voir les enfans et les faire caus]3 l'auteur tiroit avec raison de cette disposition une preuve de bon naturel2 mais il ne s'arrtoit pas l1 et il accusoit dcidm5t de mauvais naturel et de m*ancet t\s ceux qui n'avoi5t pas le mme gt1 au po9t de dire que1 si l'on int]rogeoit l-dessus ceux qu'on mne au gibet ou la r\e1 t\s convi5droi5t qu'ils n'avoi5t pas aim les enfans4 ,ces ass]tions faisoi5t un effet s+uli] dans la place o elles toi5t4 ,supposant t\t cela vrai1 toit-ce l l'occasion de le dire8 et falloit-il s\ill] l'loge d'une femme e/imable des images de supplice et de malfaiteurs8 ,je compris aism5t le motif de cette affectation vila9e2 et1 qu& ,m4 ,p4 eut f9i de lire1 en relevant ce qui m'avoit p>u bi5 dans l'loge1 j'aj\tai que l'auteur1 en l'crivant1 avoit dans le cur mo9s d'amiti que de ha9e4 ,le l5dema91 le temps tant assez beau1 quoique froid1 j'allai faire une c\rse jusqu' l'cole militaire1 comptant d'y tr\v] des m\sses en ple9e fleur3 en allant je rvois sur la visite de la veille et sur l'crit de ,m4 d',alemb]t1 o je p5sois bi5 que le placage pisodique n'avoit pas t mis sans desse91 et la seule affectation de m'apport] cette bro*ure1 moi qui l'on ca*e t\t1 m'appr5oit assez quel en toit l'objet4 ,j'avois mis mes enfans aux ,enfans-,tr\vs3 c'en toit assez p\r m'avoir trave/i en pre dnatur1 et de l1 en t5dant et c>essant cette ide1 on en avoit peu peu tir la consqu5ce vid5te que je hassois les enfans2 en suivant p> la p5se la *ane de ces gradations1 j'admirois avec quel art l'indu/rie huma9e sait *ang] les *oses du blanc au noir3 c> je ne crois pas que jamais homme ait plus aim que moi voir de petits bamb9s foltr] et j\] ensemble2 et s\v5t1 dans la rue et aux prom5ades1 je m'arrte reg>d] leur espigl]ie et leurs petits jeux avec un intrt que je ne vois p>tag] p]sonne4 ,le j\r mme o v9t ,m4 ,p41 une heure avant sa visite1 j'avois eu celle des deux petits du ,s\ssoi1 les plus jeunes enfans de mon hte1 dont l'an peut avoir sept ans3 ils toi5t v5us m'embrass] de si bon cur1 et je leur avois r5du si t5drem5t leurs c>esses1 que1 malgr la disp>it des ges1 ils avoi5t p>u se plaire avec moi s9crem5t2 et1 p\r moi1 j'tois transport d'aise de voir que ma vieille figure ne les avoit pas rebuts2 le cadet mme p>oissoit v5ir moi si volonti]s que1 plus enfant qu'eux1 je me s5tois atta*] lui dj p> prfr5ce1 et je le vis p>tir avec autant de regret que s'il m'et app>t5u4 ,je compr5ds que le repro*e d'avoir mis mes enfans aux ,enfans-,tr\vs a facilem5t dgnr1 avec un peu de t\rnure1 en celui d'tre un pre dnatur et de har les enfans2 cep5dant il e/ sr que c'e/ la cra9te d'une de/9e p\r eux mille fois pire1 et presque 9vitable p> t\te autre voie1 qui m'a le plus dt]m9 dans cette dm>*e4 ,plus indiffr5t sur ce qu'ils devi5droi5t1 et hors d'tat de les lev] moi-mme1 il auroit fallu1 dans ma situation1 les laiss] lev] p> leur mre1 qui les auroit gts1 et p> sa famille1 qui en auroit fait des mon/res4 ,je frmis encore d'y p5s]3 ce que ,mahomet fit de ,side n'e/ ri5 auprs de ce qu'on auroit fait d'eux mon g>d1 et les piges qu'on m'a t5dus l-dessus dans la suite me confirm5t assez que le projet en avoit t =m4 ,a la vrit j'tois bi5 loign de prvoir alors ces trames atroces2 mais je savois que l'ducation p\r eux la mo9s prilleuse toit celle des ,enfans-,tr\vs1 et je les y mis4 ,je le f]ois encore1 avec bi5 mo9s de d\te aussi1 si la *ose toit faire1 et je sais bi5 que nul pre n'e/ plus t5dre que je l'aurois t p\r eux1 p\r peu que l'habitude et aid la nature4 ,si j'ai fait quelque progrs dans la connoissance du cur huma91 c'e/ le plaisir que j'avois voir et obs]v] les enfans qui m'a valu cette connoissance4 ,ce mme plaisir dans ma jeunesse y a mis une espce d'ob/acle1 c> je j\ois avec les enfans si gaiem5t et de si bon cur que je ne songeois gure les tudi]4 ,mais1 qu& en vieillissant j'ai vu que ma figure caduque les inquitoit1 je me suis ab/5u de les importun]2 j'ai mieux aim me priv] d'un plaisir que de tr\bl] leur joie2 et1 cont5t alors de me satisfaire en reg>dant leurs jeux et t\s leurs petits manges1 j'ai tr\v le ddommagem5t de mon sacrifice dans les lumires que ces obs]vations m'ont fait acqurir sur les premi]s et vrais m\vem5s de la nature1 auxquels t\s nos savans ne connoiss5t ri54 ,j'ai consign dans mes crits la preuve que je m'tois occup de cette re*]*e trop soigneusem5t p\r ne l'avoir pas faite avec plaisir2 et ce s]oit assurm5t la *ose du monde la plus incroyable que l',hlose et l'mile fuss5t l'ouvrage d'un homme qui n'aimoit pas les enfans4 ,je n'eus jamais ni prs5ce d'esprit1 ni facilit de p>l]2 mais1 depuis mes malheurs1 ma langue et ma tte se sont de plus en plus emb>rasses3 l'ide et le mot propre m'*app5t galem5t1 et ri5 n'exige un meilleur disc]nem5t et un *oix d'expressions plus ju/e que les propos qu'on ti5t aux enfans4 ,ce qui augm5te encore en moi cet emb>ras e/ l'att5tion des c\tans1 les int]prtations et le poids qu'ils donn5t t\t ce qui "p d'un homme qui1 ayant crit expressm5t p\r les enfans1 e/ suppos ne devoir leur p>l] que p> oracles3 cette gne extrme1 et l'inaptitude que je me s5s1 me tr\ble1 me dconc]te1 et je s]ois bi5 plus mon aise devant un mon>que d',asie que devant un bamb9 qu'il faut faire babill]4 ,un autre inconvni5t me ti5t ma9t5ant plus loign d'eux1 et1 depuis mes malheurs1 je les vois t\j\rs avec le mme plaisir1 mais je n'ai plus avec eux la mme famili>it4 ,les enfans n'aim5t pas la vieillesse3 l'aspect de la nature dfaillante e/ hideux leurs yeux2 leur rpugnance que j'ap]ois me navre1 et j'aime mieux m'ab/5ir de les c>ess] que de leur donn] de la gne ou du dgt4 ,ce motif1 qui n'agit que sur les mes vraim5t aimantes1 e/ nul p\r t\s nos docteurs et doctoresses4 ,mme ,ge(fr9 s'emb>rassoit =t peu que les enfans euss5t du plaisir avec elle p\rvu qu'elle en et avec eux2 mais1 p\r moi1 ce plaisir e/ pis que nul2 il e/ ngatif qu& il n'e/ pas p>tag2 et je ne suis plus dans la situation ni dans l'ge o je voyois le petit cur d'un enfant s'pan\ir avec le mi54 ,si cela p\voit m'arriv] encore1 ce plaisir1 dev5u plus r>e1 n'en s]oit p\r moi que plus vif3 je l'pr\vois bi5 l'autre mat9 p> celui que je pr5ois c>ess] les petits du ,s\ssoi1 non seulem5t p>ce que la bonne qui les conduisoit ne m'en imposoit pas beauc\p et que je s5tois mo9s le beso9 de m'c\t] devant elle1 mais encore p>ce que l'air jovial avec lequel ils m'abordr5t ne les quitta po9t1 et qu'ils ne p>ur5t ni se dplaire ni s'ennuy] de moi4 ,oh6 si j'avois encore quelques mom5s de pures c>esses qui v9ss5t du cur1 ne ft-ce que d'un enfant encore en jaquette1 si je p\vois voir encore dans quelques yeux la joie et le cont5tem5t d'tre avec moi1 de combi5 de maux et de pe9es ne me ddommag]oi5t pas ces c\rts mais d\x pan*em5s de mon cur6 ,ah6 je ne s]ois pas oblig de *]*] p>mi les animaux le reg>d de la bi5veillance1 qui m'e/ dsormais refus p>mi les huma9s4 ,j'en puis jug] sur bi5 peu d'exemples1 mais t\j\rs *]s mon s\v5ir3 en voici un qu'en t\t autre tat j'aurois oubli presque1 et dont l'impression qu'il a faite sur moi pe9t bi5 t\te ma misre4 ,il y a deux ans que1 m'tant all prom5] du ct de la ,n\velle-,france1 je p\ssai plus lo92 puis1 tirant gau*e et v\lant t\rn] aut\r de ,montm>tre1 je trav]sai le village de ,clignanc\rt3 je m>*ois di/rait et rvant sans reg>d] aut\r de moi1 qu& t\t c\p je me s5tis saisir les g5\x4 ,je reg>de et je vois un petit enfant de c9q six ans qui s]roit mes g5\x de t\te sa =ce1 en me reg>dant d'un air si famili] et si c>essant que mes entrailles s'mur5t2 je me disois3 ,c'e/ a9si que j'aurois t trait des mi5s4 ,je pris l'enfant dans mes bras1 je le baisai plusieurs fois dans une espce de transport1 et puis je cont9uai mon *em94 ,je s5tois en m>*ant qu'il me manquoit quelque *ose3 un beso9 naissant me ram5oit sur mes pas2 je me repro*ois d'avoir quitt si brusquem5t cet enfant1 je croyois voir dans son action sans cause app>5te une sorte d'inspiration qu'il ne falloit pas ddaign]4 ,enf91 cdant la t5tation1 je revi5s sur mes pas3 je c\rs l'enfant1 je l'embrasse de n\veau1 et je lui donne de quoi a*et] des petits pa9s de ,nant]re1 dont le m>*& passoit l p> has>d1 et je comm5ai le faire jas]4 ,je lui dem&ai qui toit son pre2 il me le montra qui relioit des tonneaux4 ,j'tois prt quitt] l'enfant p\r all] lui p>l] qu& je vis que j'avois t prv5u p> un homme de mauvaise m9e1 qui me p>ut tre une de ces m\*es qu'on ti5t sans cesse mes tr\sses3 t&is que cet homme lui p>loit l'oreille1 je vis les reg>ds du tonneli] se fix] att5tivem5t sur moi d'un air qui n'avoit ri5 d'amical4 ,cet objet me ress]ra le cur l'in/ant1 et je quittai le pre et l'enfant avec plus de promptitude encore que je n'en avois mis rev5ir sur mes pas1 mais dans un tr\ble mo9s agrable qui *angea t\tes mes dispositions4 ,je les ai p\rtant s5ties r5atre s\v5t depuis lors3 je suis repass plusieurs fois p> ,clignanc\rt dans l'esprance d'y revoir cet enfant2 mais je n'ai plus revu ni lui ni le pre1 et il ne m'e/ plus re/ de cette r5contre qu'un s\v5ir assez vif1 ml t\j\rs de d\ceur et de tri/esse1 comme t\tes les motions qui pntr5t encore quelquefois jusqu' mon cur4 ,il y a comp5sation t\t3 si mes plaisirs sont r>es et c\rts1 je les gte aussi plus vivem5t qu& ils vi5n5t que s'ils m'toi5t plus famili]s1 je les rum9e1 p\r a9si dire1 p> de frqu5ts s\v5irs1 et1 quelque r>es qu'ils soi5t1 s'ils toi5t purs et sans mlange1 je s]ois plus heureux peut-tre que dans ma prosprit4 ,dans l'extrme misre on se tr\ve ri*e de peu3 un gueux qui tr\ve un cu en e/ plus affect que ne le s]oit un ri*e en tr\vant une b\rse d'or4 ,on riroit si l'on voyoit dans mon me l'impression qu'y font les mo9dres plaisirs de cette espce que je puis drob] la vigilance de mes p]scuteurs3 un des plus d\x s'(frit il y a quatre ou c9q ans1 que je ne me rappelle jamais sans me s5tir ravi d'aise d'en avoir si bi5 pr(it4 ,un diman*e n\s tions alls1 ma femme et moi1 dn] la porte ,maillot2 aprs le dn] n\s trav]smes le bois de ,b\logne jusqu' la ,muette2 l1 n\s n\s assmes sur l'h]be l'ombre en att5dant que le soleil ft baiss1 p\r n\s en ret\rn] ensuite t\t d\cem5t p> ,passy4 ,une v+ta9e de petites filles1 conduites p> une manire de religieuse1 v9r5t1 les unes s'asseoir1 les autres foltr] assez prs de n\s4 ,durant leurs jeux1 v9t pass] un oublieur avec son tamb\r et son t\rniquet1 qui *]*oit pratique3 je vis que les petites filles convoitoi5t =t les oublies1 et deux ou trois d'entre elles1 qui app>emm5t possdoi5t quelques li>ds1 dem&r5t la p]mission de j\]4 ,t&is que la g\v]nante hsitoit et disputoit1 j'appelai l'oublieur et je lui dis3 ,faites tir] t\tes ces demoiselles *acune son t\r1 et je v\s pay]ai le t\t4 ,ce mot rp&it dans t\te la tr\pe une joie qui seule et plus que pay ma b\rse1 qu& je l'aurois t\te employe cela4 ,comme je vis qu'elles s'empressoi5t avec un peu de confusion1 avec l'agrm5t de la g\v]nante je les fis rang] t\tes d'un ct1 et puis pass] de l'autre ct l'une aprs l'autre1 mesure qu'elles avoi5t tir4 ,quoiqu'il n'y et po9t de billet blanc1 et qu'il revnt au mo9s une oublie *acune de celles qui n'auroi5t ri51 qu'aucune d'elles ne p\voit donc tre absolum5t mcont5te1 af9 de r5dre la fte encore plus gaie1 je dis en secret l'oublieur d'us] de son adresse ord9aire en s5s contraire1 en faisant tomb] autant de bons lots qu'il p\rroit1 et que je lui en ti5drois compte4 ,au moy5 de cette prvoyance1 il y eut prs d'une c5ta9e d'oublies di/ribues1 quoique les jeunes filles ne tirass5t *acune qu'une seule fois3 c> l-dessus je fus inexorable1 ne v\lant ni favoris] des abus1 ni m>qu] des prfr5ces qui produiroi5t des mcont5tem5s4 ,ma femme ins9ua celles qui avoi5t de bons lots d'en faire "p leurs cam>ades1 au moy5 de quoi le p>tage dev9t presque gal et la joie plus gnrale4 ,je priai la religieuse de tir] son t\r1 craignant =t qu'elle ne rejett ddaigneusem5t mon (fre2 elle l'accepta de bonne grce1 tira comme les p5sionnaires1 et prit sans faon ce qui lui rev9t4 ,je lui en sus un gr inf9i1 et je tr\vai cela une sorte de politesse qui me plut =t1 et qui vaut bi51 je crois1 celle des simagres4 ,p5dant t\te cette opration1 il y eut des disputes qu'on porta devant mon tribunal2 et ces petites filles1 v5ant plaid] t\r t\r leur cause1 me donnr5t occasion de rem>qu] que1 quoiqu'il n'y en et aucune de jolie1 la g5tillesse de quelques-unes faisoit oubli] leur laideur4 ,n\s n\s quittmes enf9 trs cont5s les uns des autres1 et cet aprs-midi fut un de ceux de ma vie dont je me rappelle le s\v5ir avec le plus de satisfaction4 ,la fte1 au re/e1 ne fut pas ru9euse3 p\r tr5te s\s qu'il m'en cota t\t au plus1 il y eut p\r plus de c5t cus de cont5tem5t2 tant il e/ vrai que le plaisir ne se mesure pas sur la dp5se1 et que la joie e/ plus amie des li>ds que des l\is4 ,je suis rev5u plusieurs fois la mme place1 la mme heure1 esprant d'y r5contr] encore la petite tr\pe2 mais cela n'e/ plus arriv4 ,ceci me rappelle un autre amusem5t peu prs de mme espce1 dont le s\v5ir m'e/ re/ de beauc\p plus lo94 ,c'toit dans le malheureux temps o1 faufil p>mi les ri*es et les g5s de lettres1 j'tois quelquefois rduit p>tag] leurs tri/es plaisirs4 ,j'tois la ,*evrette au temps de la fte du matre de la maison2 t\te sa famille s'toit runie p\r la clbr]1 et t\t l'clat des plaisirs bruyans fut mis en uvre p\r cet effet4 ,spectacles1 fe/9s1 feux d'artifice1 ri5 ne fut p>gn4 ,l'on n'avoit pas le temps de pr5dre hale9e1 et l'on s't\rdissoit au lieu de s'amus]4 ,aprs le dn] on alla pr5dre l'air dans l'av5ue1 o se t5oit une espce de foire4 ,on dansoit2 les messieurs daignr5t dans] avec les paysannes1 mais les dames g>dr5t leur dignit4 ,on v5doit l des pa9s d'pice4 ,un jeune homme de la compagnie s'avisa d'en a*et]1 p\r les lanc] l'un aprs l'autre au milieu de la f\le1 et l'on prit tant de plaisir voir t\s ces manans se prcipit]1 se battre1 se r5v]s] p\r en avoir1 que t\t le monde v\lut se donn] le mme plaisir2 et pa9s d'pice de vol] droite et gau*e1 et filles et g>ons de c\rir1 de s'entass] et s'e/ropi]4 ,cela p>oissoit *>mant t\t le monde4 ,je fis comme les autres p> mauvaise honte1 quoique en d$ans je ne m'amusasse pas autant qu'eux4 ,mais bi5tt1 ennuy de vid] ma b\rse p\r faire cras] les g5s1 je laissai l la bonne compagnie1 et je fus me prom5] seul dans la foire4 ,la v>it des objets m'amusa longtemps4 ,j'ap]u entre autres c9q ou six ,savoy>ds aut\r d'une petite fille qui avoit encore sur son v5taire une d\za9e de *tives pommes1 dont elle auroit bi5 v\lu se db>rass]4 ,les ,savoy>ds1 de leur ct1 auroi5t bi5 v\lu l'en db>rass]1 mais ils n'avoi5t que deux ou trois li>ds eux t\s1 et ce n'toit pas de quoi faire une gr&e br*e aux pommes4 ,cet v5taire toit p\r eux le j>d9 des ,hesprides1 et la petite fille toit le dragon qui le g>doit4 ,cette comdie m'amusa longtemps2 j'en fis enf9 le dnom5t en payant les pommes la petite fille1 et les lui faisant di/ribu] aux petits g>ons4 ,j'eus alors un des plus d\x spectacles qui puiss5t flatt] un cur d'homme1 celui de voir la joie unie avec l'innoc5ce de l'ge se rp&re t\t aut\r de moi3 c> les spectateurs mmes1 en la voyant1 la p>tagr5t2 et moi1 qui p>tageois si bon m>* cette joie1 j'avois de plus celle de s5tir qu'elle toit mon ouvrage4 ,en comp>ant cet amusem5t avec ceux que je v5ois de quitt]1 je s5tois avec satisfaction la diffr5ce qu'il y a des gts sa9s et des plaisirs naturels ceux que fait natre l'opul5ce1 et qui ne sont gure que des plaisirs de moqu]ie et des gts exclusifs eng5drs p> le mpris4 ,c> quelle sorte de plaisir p\voit-on pr5dre voir des tr\peaux d'hommes avilis p> la misre s'entass]1 s't\ff]1 s'e/ropi] brutalem5t1 p\r s'arra*] avidem5t quelques morceaux de pa9 d'pice f\ls aux pi$s et c\v]ts de b\e8 ,de mon ct1 qu& j'ai bi5 rfl*i sur l'espce de volupt que je gtois dans ces sortes d'occasions1 j'ai tr\v qu'elle consi/oit mo9s dans un s5tim5t de bi5faisance que dans le plaisir de voir des visages cont5s4 ,cet aspect a p\r moi un *>me qui1 bi5 qu'il pntre jusqu' mon cur1 semble tre uniquem5t de s5sation4 ,si je ne vois la satisfaction que je cause1 qu& mme j'en s]ois sr1 je n'en j\irois qu' demi4 ,c'e/ mme p\r moi un plaisir ds9tress1 qui ne dp5d pas de la "p que j'y puis avoir3 c>1 dans les ftes du peuple1 celui de voir des visages gais m'a t\j\rs vivem5t attir4 ,cette att5te a p\rtant t s\v5t fru/re en ,france1 o cette nation1 qui se prt5d si gaie1 montre peu cette gaiet dans ses jeux4 ,s\v5t j'allois jadis aux gu+uettes1 p\r y voir dans] le m5u peuple2 mais ses danses toi5t si maussades1 son ma9ti5 si dol5t1 si gau*e1 que j'en sortois plutt contri/ que rj\i4 ,mais ,g5ve et en ,suisse1 o le rire ne s'vapore pas sans cesse en folles malignits1 t\t respire le cont5tem5t et la gaiet dans les ftes4 ,la misre n'y porte po9t son hideux aspect4 ,le fa/e n'y montre pas non plus son insol5ce4 ,le bi5-tre1 la frat]nit1 la concorde1 y dispos5t les curs s'pan\ir1 et s\v5t1 dans les transports d'une innoc5te joie1 les inconnus s'acco/5t1 s'embrass5t1 et s'invit5t j\ir de conc]t des plaisirs du j\r4 ,p\r j\ir moi-mme de ces aimables ftes1 je n'ai pas beso9 d'en tre4 ,il me suffit de les voir2 en les voyant1 je les p>tage2 et1 p>mi tant de visages gais1 je suis bi5 sr qu'il n'y a pas un cur plus gai que le mi54 ,quoique ce ne soit l qu'un plaisir de s5sation1 il a c]ta9em5t une cause morale1 et la preuve en e/ que ce mme aspect1 au lieu de me flatt]1 de me plaire1 peut me d*ir] de d\leur et d'indignation1 qu& je sais que ces signes de plaisir et de joie sur les visages des m*ans ne sont que des m>ques que leur malignit e/ satisfaite4 ,la joie innoc5te e/ la seule dont les signes flatt5t mon cur4 ,ceux de la cruelle et moqueuse joie le navr5t et l'afflig5t1 quoiqu'elle n'ait nul rapport moi4 ,ces signes1 sans d\te1 ne sauroi5t tre exactem5t les mmes1 p>tant de pr9cipes si diff]5s2 mais enf9 ce sont galem5t des signes de joie1 et leurs diffr5ces s5sibles ne sont assurm5t pas proportionnelles celles des m\vem5s qu'ils excit5t en moi4 ,ceux de d\leur et de pe9e me sont encore plus s5sibles1 au po9t qu'il m'e/ impossible de les s\t5ir sans tre agit moi-mme d'motions peut-tre encore plus vives que celles qu'ils reprs5t5t4 ,l'imag9ation1 r5=ant la s5sation1 m'id5tifie avec l'tre s\ffrant1 et me donne s\v5t plus d'angoisse qu'il n'en s5t lui-mme4 ,un visage mcont5t e/ encore un spectacle qu'il m'e/ impossible de s\t5ir1 surt\t si j'ai lieu de p5s] que ce mcont5tem5t me reg>de4 ,je ne saurois dire combi5 l'air grogn>d et maussade des valets qui s]v5t en re*ignant m'a arra* d'cus dans les maisons o j'avois autrefois la sottise de me laiss] entran]1 et o les dome/iques m'ont t\j\rs fait pay] bi5 *rem5t l'hospitalit des matres4 ,t\j\rs trop affect des objets s5sibles1 et surt\t de ceux qui port5t signe de plaisir ou de pe9e1 de bi5veillance ou d'av]sion1 je me laisse entran] p> ces impressions extrieures sans p\voir jamais m'y drob] autrem5t que p> la fuite4 ,un signe1 un ge/e1 un c\p d'il d'un inconnu1 suffit p\r tr\bl] mes plaisirs ou calm] mes pe9es4 ,je ne suis moi que qu& je suis seul2 hors de l1 je suis le j\et de t\s ceux qui m'ent\r5t4 ,je vivois jadis avec plaisir dans le monde1 qu& je ne voyois dans t\s les yeux que bi5veillance1 ou1 t\t au pis1 indiffr5ce dans ceux qui j'tois inconnu2 mais auj\rd'hui qu'on ne pr5d pas mo9s de pe9e montr] mon visage au peuple qu' lui masqu] mon naturel1 je ne puis mettre le pi$ dans la rue sans m'y voir ent\r d'objets d*irans4 ,je me hte de gagn] gr&s pas la campagne2 sitt que je vois la v]dure1 je comm5ce respir]4 ,faut-il s'tonn] si j'aime la solitude8 ,je ne vois qu'animosit sur les visages des hommes1 et la nature me rit t\j\rs4 ,je s5s p\rtant encore1 il faut l'av\]1 du plaisir vivre au milieu des hommes tant que mon visage leur e/ inconnu4 ,mais c'e/ un plaisir qu'on ne me laisse gure4 ,j'aimois encore1 il y a quelques annes1 trav]s] les villages1 et voir au mat9 les lab\reurs raccommod] leurs flaux1 ou les femmes sur leurs portes avec leurs enfans4 ,cette vue avoit je ne sais quoi qui t\*oit mon cur4 ,je m'arrtois quelquefois1 sans y pr5dre g>de1 reg>d] les petits manges de ces bonnes g5s1 et je me s5tois s\pir] sans savoir p\rquoi4 ,j'ignore si l'on m'a vu s5sible ce petit plaisir1 et si l'on a v\lu me l't] encore2 mais1 au *angem5t que j'ap]ois sur les physionomies mon passage et l'air dont je suis reg>d1 je suis bi5 =c de compr5dre qu'on a pris gr& so9 de m't] cet incognito4 ,la mme *ose m'e/ arrive d'une faon plus m>que encore aux ,invalides4 ,ce bel tablissem5t m'a t\j\rs intress4 ,je ne vois jamais sans att5drissem5t et vnration ces gr\pes de bons vieill>ds qui peuv5t dire comme ceux de ,lacdmone3 ,n\s avons t jadis ,jeunes1 vaillans et h>dis4 ,une de mes prom5ades favorites toit aut\r de l'cole ,militaire1 et je r5controis avec plaisir et l quelques invalides qui1 ayant cons]v l'anci5ne honntet militaire1 me saluoi5t en passant4 ,ce salut1 que mon cur leur r5doit au c5tuple1 me flattoit et augm5toit le plaisir que j'avois les voir4 ,comme je ne sais ri5 ca*] de ce qui me t\*e1 je p>lois s\v5t des invalides et de la faon dont leur aspect m'affectoit4 ,il n'en fallut pas davantage4 ,au b\t de quelque temps je m'ap]u que je n'tois plus un inconnu p\r eux1 ou plutt que je le leur tois bi5 davantage1 puisqu'ils me voyoi5t du mme il que fait le public4 ,plus d'honntet1 plus de salutations4 ,un air rep\ssant1 un reg>d f>\*e1 avoi5t succd leur premire urbanit4 ,l'anci5ne fran*ise de leur mti] ne leur laissant pas comme aux autres c\vrir leur animosit d'un masque ricaneur et tratre1 ils me montr5t t\t ouv]tem5t la plus viol5te ha9e2 et tel e/ l'excs de ma misre que je suis =c de di/+u] dans mon e/ime ceux qui me dguis5t le mo9s leur fureur4 ,depuis lors je me promne avec mo9s de plaisir du ct des ,invalides4 ,cep5dant1 comme mes s5tim5s p\r eux ne dp5d5t pas des leurs p\r moi1 je ne vois jamais sans respect et sans intrt ces anci5s df5seurs de leur patrie2 mais il m'e/ bi5 dur de me voir si mal pay de leur "p de la ju/ice que je leur r5ds4 ,qu&1 p> has>d1 j'en r5contre quelqu'un qui a *app aux in/ructions communes1 ou qui1 ne connoissant pas ma figure1 ne me montre aucune av]sion1 l'honnte salutation de ce seul-l me ddommage du ma9ti5 rb>batif des autres4 ,je les oublie p\r ne m'occup] que de lui1 et je m'imag9e qu'il a une de ces mes comme la mi5ne1 o la ha9e ne sauroit pntr]4 ,j'eus encore ce plaisir l'anne d]nire1 en passant l'eau p\r m'all] prom5] l'le aux ,cygnes4 ,un pauvre vieux invalide1 dans un bateau1 att5doit compagnie p\r trav]s]4 ,je me prs5tai2 je dis au bateli] de p>tir4 ,l'eau toit =te et la trav]se fut longue4 ,je n'osois presque pas adress] la p>ole l'invalide1 de peur d'tre rudoy et rebut comme l'ord9aire2 mais son air honnte me rassura4 ,n\s causmes4 ,il me p>ut homme de s5s et de murs4 ,je fus surpris et *>m de son ton ouv]t et affable4 ,je n'tois pas acc\tum tant de faveur4 ,ma surprise cessa qu& j'appris qu'il arrivoit t\t n\vellem5t de prov9ce4 ,je compris qu'on ne lui avoit pas encore montr ma figure et donn ses in/ructions4 ,je pr(itai de cet incognito p\r conv]s] quelques mom5s avec un homme1 et je s5tis1 la d\ceur que j'y tr\vois1 combi5 la r>et des plaisirs les plus communs e/ capable d'en augm5t] le prix4 ,en sortant du bateau1 il prp>oit ses deux pauvres li>ds4 ,je payai le passage1 et le priai de les ress]r]1 en tremblant de le cabr]4 ,cela n'arriva po9t2 au contraire1 il p>ut s5sible mon att5tion1 et surt\t celle que j'eus encore1 comme il toit plus vieux que moi1 de lui aid] sortir du bateau4 ,qui croiroit que je fus assez enfant p\r en pleur] d'aise8 ,je m\rrois d'envie de lui mettre une pice de v+t-quatre s\s dans la ma9 p\r avoir du tabac2 je n'osai jamais4 ,la mme honte qui me ret9t m'a s\v5t emp* de faire de bonnes actions qui m'auroi5t combl de joie1 et dont je ne me suis ab/5u qu'en dplorant mon imbcillit4 ,cette fois1 aprs avoir quitt mon vieux invalide1 je me consolai bi5tt en p5sant que j'aurois1 p\r a9si dire1 agi contre mes propres pr9cipes en mlant aux *oses honntes un prix d'arg5t qui dgrade leur noblesse et s\ille leur ds9tressem5t4 ,il faut s'empress] de sec\rir ceux qui en ont beso92 mais1 dans le comm]ce ord9aire de la vie1 laissons la bi5veillance naturelle et l'urbanit faire *acune leur uvre1 sans que jamais ri5 de vnal et de m]cantile ose appro*] d'une si pure s\rce p\r la corrompre ou p\r l'altr]4 ,on dit qu'en ,holl&e le peuple se fait pay] p\r v\s dire l'heure et p\r v\s montr] le *em93 ce doit tre un bi5 mprisable peuple que celui qui trafique a9si des plus simples devoirs de l'humanit4 ,j'ai rem>qu qu'il n'y a que l',europe seule o l'on v5de l'hospitalit4 ,dans t\te l',asie on v\s loge gratuitem5t4 ,je compr5ds qu'on n'y tr\ve pas si bi5 t\tes ses aises2 mais n'e/-ce ri5 que de se dire3 ,je suis homme et reu *ez des huma9s2 c'e/ l'humanit pure qui me donne le c\v]t8 ,les petites privations s'endur5t sans pe9e qu& le cur e/ mieux trait que le corps4 ,figure #bj ,figure #ba ,,dixi,,me ,,prom5ade ,auj\rd'hui1 j\r de ,pques fleuries1 il y a prcism5t c9quante ans de ma premire connoissance avec ,mme de ,w>5s4 ,elle avoit v+t-huit ans alors1 tant ne avec le sicle4 ,je n'en avois pas encore dix-sept1 et mon tempram5t naissant1 mais que j'ignorois encore1 donnoit une n\velle *aleur un cur naturellem5t ple9 de vie4 ,s'il n'toit pas tonnant qu'elle cont de la bi5veillance p\r un jeune homme vif1 mais d\x et mode/e1 d'une figure assez agrable1 il l'toit encore mo9s qu'une femme *>mante1 ple9e d'esprit et de grces1 m'inspirt1 avec la reconnoissance1 des s5tim5s plus t5dres que je n'en di/+uois pas4 ,mais ce qui e/ mo9s ord9aire e/ que ce premi] mom5t dcida de moi p\r t\te ma vie1 et produisit1 p> un en*anem5t 9vitable1 le de/9 du re/e de mes j\rs4 ,mon me1 dont mes organes n'avoi5t po9t dvelopp les plus prcieuses facults1 n'avoit encore aucune =me dt]m9e4 ,elle att5doit1 dans une sorte d'impati5ce1 le mom5t qui devoit la lui donn]1 et ce mom5t1 acclr p> cette r5contre1 ne v9t p\rtant pas si tt2 et1 dans la simplicit de murs que l'ducation m'avoit donne1 je vis longtemps prolong] p\r moi cet tat dlicieux1 mais rapide1 o l'am\r et l'innoc5ce habit5t le mme cur4 ,elle m'avoit loign4 ,t\t me rappeloit elle3 il y fallut rev5ir4 ,ce ret\r fixa ma de/9e1 et longtemps encore avant de la possd] je ne vivois plus qu'en elle et p\r elle4 ,ah6 si j'avois suffi son cur comme elle suffisoit au mi56 quels paisibles et dlicieux j\rs n\s eussions c\ls ensemble6 ,n\s en avons pass de tels1 mais qu'ils ont t c\rts et rapides1 et quel de/9 les a suivis6 ,il n'y a pas de j\r o je ne me rappelle avec joie et att5drissem5t cet unique et c\rt temps de ma vie o je fus moi ple9em5t1 sans mlange et sans ob/acle1 et o je puis vritablem5t dire avoir vcu4 ,je puis dire peu prs comme ce prfet du prtoire qui1 disgraci s\s ,vespasi51 s'en alla f9ir paisiblem5t ses j\rs la campagne3 ,j'ai pass soixante et dix ans sur la t]re1 et j'en ai vcu sept4 ,sans ce c\rt mais prcieux espace1 je s]ois re/ peut-tre inc]ta9 sur moi3 c>1 t\t le re/e de ma vie1 facile et sans rsi/ance1 j'ai t tellem5t agit1 ballott1 tiraill p> les passions d'autrui1 que1 presque passif dans une vie aussi orageuse1 j'aurois pe9e dml] ce qu'il y a du mi5 dans ma propre conduite1 tant la dure ncessit n'a cess de s'appesantir sur moi4 ,mais1 durant ce petit nombre d'annes1 aim d'une femme ple9e de complaisance et de d\ceur1 je fis ce que je v\lois faire1 je fus ce que je v\lois tre1 et1 p> l'emploi que je fis de mes loisirs1 aid de ses leons et de son exemple1 je sus donn] mon me encore simple et neuve la =me qui lui conv5oit davantage et qu'elle a g>de t\j\rs4 ,le gt de la solitude et de la contemplation naquit dans mon cur avec les s5tim5s expansifs et t5dres faits p\r tre son alim5t4 ,le tumulte et le bruit les ress]r5t et les t\ff5t2 le calme et la paix les ranim5t et les exalt5t4 ,j'ai beso9 de me recueillir p\r aim]4 ,j'engageai maman vivre la campagne4 ,une maison isole1 au p5*ant d'un vallon1 fut notre asile1 et c'e/ l que1 dans l'espace de quatre ou c9q ans1 j'ai j\i d'un sicle de vie et d'un bonheur pur et ple91 qui c\vre de son *>me t\t ce que mon sort prs5t a d'affreux4 ,j'avois beso9 d'une amie selon mon cur1 je la possdois4 ,j'avois dsir la campagne1 je l'avois obt5ue4 ,je ne p\vois s\ffrir l'assujettissem5t1 j'tois p>faitem5t libre1 et mieux que libre3 c>1 assujetti p> mes seuls atta*em5s1 je ne faisois que ce que je v\lois faire4 ,t\t mon temps toit rempli p> des so9s affectueux1 ou p> des occupations *amptres4 ,je ne dsirois ri5 que la cont9uation d'un tat si d\x2 ma seule pe9e toit la cra9te qu'il ne durt pas longtemps1 et cette cra9te1 ne de la gne de notre situation1 n'toit pas sans fondem5t4 ,ds lors je songeai me donn] en mme temps des div]sions sur cette inquitude1 et des ress\rces p\r en prv5ir l'effet4 ,je p5sai qu'une provision de tal5s toit la plus sre ress\rce contre la misre1 et je rsolus d'employ] mes loisirs me mettre en tat1 s'il toit possible1 de r5dre un j\r la meilleure des femmes l'assi/ance que j'en avois reue4 4 4 4 ,figure #bb ,figure #bc ,,sommaires ,,des ,,prom5ades ,,premi,,re ,,prom5ade4--,r\sseau se reg>de comme isol sur la t]re4--,il crit ses ,prom5ades p\r s]vir de suite ses ,confessions4--,il n'a pas1 p\r ses ,rv]ies1 les mmes inquitudes qu'il a eues p\r ses ,dialogues et ses premires ,confessions4 ,,seconde ,,prom5ade4--,r\sseau s'ap]oit que ses =ces l'ab&onn5t peu peu4--,il fait une *ute ,mnilmontant4--,dtails de cet accid5t fune/e4--,cris et effroi de sa femme son arrive *ez lui4--,il reoit plusieurs visites d'une dame4--,ses ennemis rp&5t le bruit de sa mort la c\r et la ville4--,on veut ouvrir une s\scription p\r l'impression de ses manuscrits4 ,,troisi,,me ,,prom5ade4--,l'tude d'un vieill>d e/ d'appr5dre m\rir4--,tableau de la philosophie mod]ne4--,famille de ,r\sseau2 son enfance1 sa r=me1 ses rgles de conduite et de foi4 ,,quatri,,me ,,prom5ade4--,r\sseau aime le bon ,plut>que2 c'e/ le livre qui lui pr(ite le plus4--,il a se pla9dre de l'abb ,roy\4--,il se rappelle un m5songe de sa jeunesse qui l'afflige beauc\p4--,diss]tation sur le m5songe et sur le temple de ,gnide4--,portrait d'un homme vrai4--,il rpond mal une "q qu'on lui fait table4--,il a plus s\v5t g>d le sil5ce sur le bi5 qu'il a fait que sur le mal4--,exemples qu'il en donne4 ,,c9qui,,me ,,prom5ade4--,description de l'le de ,sa9t-,pi]re4--,r\sseau regrette de n'avoir pu y fix] son sj\r4--,il y travaille la botanique4--,dtail de ses amusem5ts dans cette le4--,il y fonde une colonie4 ,,sixi,,me ,,prom5ade4--,r\sseau va h]boris] ,g5tilly4--,il r5contre en *em9 un petit bossu4--,s'il avait eu l'anneau de ,gygs1 il ne s'en s]oit s]vi que p\r le bonheur de l'univ]s4 ,,septi,,me ,,prom5ade4--,r\sseau1 dev5u plus que sexagnaire1 suit son p5*ant p\r la botanique4--,il h]borise jusque sur la cage de ses oiseaux4--,?ophra/e e/ le seul botani/e de l'antiquit4--,les ides mdic9ales t5t t\t le *>me de l'tude des plantes4--,il comp>e ensemble les trois rgnes de la nature4--,anecdotes sur les h]borisations en ,suisse et sur l'humilit d'un avocat de ,gr5oble4 ,,huiti,,me ,,prom5ade4--,r\sseau ne *ang]oit pas sa de/9e1 quoique trs-dplorable1 contre celle du plus =tun des mortels4--,il av\e qu'il a eu beauc\p d'am\r-propre qu& il a vcu dans le monde4--,il ne s'affecte pas des maux v5ir1 mais de ceux qu'il s\ffre dans le mom5t4--,t\s les vnem5ts de la vie et les piges des hommes n'ont plus de prise sur lui4 ,,neuvi,,me ,,prom5ade4--,on lui porte l'loge de madame ,ge(fr9 avec mauvaise int5tion4--,conduite de ,r\sseau env]s ses propres enfants4--,raisons qu'il donne p\r se ju/ifi]4--,il pr\ve beauc\p de plaisir voir et obs]v] la jeunesse4--,ses prom5ades ,clignanc\rt et la ,muette4--,fte de la ,*evrette4--,amusem5ts de ,p>is comp>s avec ceux de ,g5ve et de ,suisse4--,prom5ade de ,jean-,jacques aux ,invalides4 ,,dixi,,me ,,prom5ade4--poque o ,r\sseau fait connoissance avec madame de ,w>5s4--,son bonheur *ez cette dame4--,il fait ses ef=ts p\r r5dre cette union durable4 ,figure #bd