,la fin de l'art par ,,remy ,,de ,,gourmont ,illustration ,les ,cahiers de ,paris ,premire srie4 #aibe4 ,cahier ,,viii4 ,,la ,,fin ,,de ,l',,art ,,les ,,cahiers ,,de ,,paris dirigs par ,claude ,aveline et ,joseph ,place4 ,,premi,,re ,s,,rie1 #aibe4 ,,cahier ,,viii4 ,,le ,,tirage ,,de ,,chaque ,,cahier ,,est ,,limit ,a #a4ejj ,,exemplaires ,,num,,rot,s1 ,,savoir3 #ej ,,exemplaires1 ,ns #a ,a #ej1 ,,sur ,,verg ,d',,arches2 #a4dbe ,,exemplaires1 ,ns #ea ,a #adge1 ,,sur ,v,,lin ,d',,alfa ,,des ,,papeteries ,,lafuma2 #be ,,exemplaires1 ,ns #adgf ,a #aejj1 ,,sur ,,papier ,,de ,,madagascar 7,,ces ,,derniers ,,souscrits ,,par ,,les ,m,,decins ,,bibliophiles ,,et ,,les ,,bibliophiles ,,du ,,palais74 ,,exemplaire ,n ,,remy ,,de ,,gourmont ,,la ,,fin ,,de ,l',,art ,illustration ,,les ,,cahiers ,,de ,,paris #dc1 rue ,madame 7#f;e7 ,,paris #aibe ,tous droits rservs4 ,copyright by ,jean de ,gourmont4 #aibe ,,la ,,fin ,,de ,l',,art ,il y a1 dans le dernier livre de ,m4 ,ferrero1 qui est un long dialogue philosophique la manire de ,renan1 un assez curieux personnage1 sorte de ,caliban en qui se concentre l'essence du botisme moderne ou encore du futurisme moderne1 ce qui est bien prs d'tre la mme chose4 ,c'est l'homme pour qui les choses de l'esprit1 du sentiment1 de l'art n'existent plus1 qui mprise tout ce qui ne se traduit pas en rsultats tangibles et mesurables4 ,l'art surtout l'exaspre4 ,il lui reproche1 le croirait-on8 de ne pas avoir de valeur raisonnable1 objective1 car ce futuriste use du jargon ancien4 ,qu'est-ce qu'une tragdie grecque ou une pice de ,shakespeare1 un portrait du ,titien1 une statue de ,rodin1 des choses qui passionnent les uns1 quelques-uns1 laissent tous les autres indiffrents8 ,appellera-t-on cela des valeurs srieuses8 ,tandis qu'une mine d'or1 une ligne de chemin de fer1 une usine d'irrigation travaillent1 produisent pour l'humanit tout entire qui a besoin d'or1 besoin de transports1 besoin du bl que produit la terre fconde4 ,cet individu est italien4 ,c'est peut-tre lui qui a propos de combler les canaux de ,venise et de n'y maintenir que l'humidit ncessaire l'tablissement de rizires2 lui qui mdita d'installer dans le palais des doges une fabrique de chaussures4 ,ils se rattrapent1 les ,italiens qui ont croupi si longtemps dans l'art4 ,que de temps perdu6 ,agglomrs en nation1 ils rougissent de leur niaiserie passe et ne supportent mme plus qu'on s'intresse aux bagatelles que1 dans des heures d'garement1 ils ont entasses dans leurs muses4 ,y a-t-il dans cet tat d'esprit autre chose qu'une gageure ou bien serait-ce un avant-got des temps futurs8 ,qui sait8 ,tout ce qui a commenc doit avoir une fin et on doit prvoir celle de l'art1 comme celles de toutes choses4 ,reste savoir si l'humanit lui survivrait4 ,,un ,,monument ,je lisais hier dans un journal l'numration plaisante des objections du conseil municipal et de ses lecteurs contre le monument de ,beethoven par ,m4 de ,charmoy4 ,il fut destin d'abord la place du ,trocadro o il effara les marchands d'absinthe qui disaient3 ,nos clients ne pourront jamais supporter cela2 ce n'est ni apritif ni digestif4 ,puis on pensa au ,ranelagh1 mais pas longtemps1 car ce fut la crainte d'pouvanter les enfants et leurs nourrices3 si ce monsieur allait prendre de travers les ballons gars6 ,il n'a pas l'air commode4 ,il faudrait du souriant ou du confortable4 ,ce ,beethoven est bien rbarbatif4 ,le dernier projet le transporte au bois de ,vincennes et jusqu'ici il n'a pas rencontr d'objection4 ,on ne s'est pas encore avis qu'il pourrait faire peur aux grenouilles ou effarer les lapins4 ,tout cela1 c'est des prtextes1 dont quelques-uns sont amusants4 ,la vrit est que le monument est gnant par son grandiose mme4 ,il crase tout4 ,il faudrait une jolie chose et ,m4 de ,charmoy n'a pas pens faire du joli4 ,il cultive plutt le svre et le pathtique4 ,mais c'est pour cela mme que ce monument-pouvantail symbolise si bien ,beethoven et son uvre dont il semble une transposition plastique4 ,beethoven aimait composer ses symphonies au milieu de la nature dont il percevait encore le rythme quand il n'entendait plus ses bruits4 ,qu'on le mette dans un coin solitaire du bois de ,vincennes4 ,il l'emplira tout entier de sa majest et l'air en rsonnera sous les arbres4 ,il n'y a peut-tre qu'avec eux qu'il pourra s'accommoder et plus ils seront grands et plus ils seront riches1 plus il se sentira dans un milieu favorable son gnie4 ,que ,m4 de ,charmoy se dise que peu de monuments soutiendraient un tel voisinage4 ,,les ,,statues ,on sait combien sont ridicules la plupart des statues de ,paris1 o il y en a beaucoup4 ,mais1 dfaut de ridicule1 elles auraient encore contre elles leur nombre et surtout leur mdiocrit4 ,cette mdiocrit est telle qu'au lieu de rendre sympathiques les personnages statufis1 elle les fait prendre en mpris4 ,il faut bien s'en prendre quelqu'un4 ,les statuaires sont inconnus1 surtout de la foule3 c'est sur ,chappe ou sur tienne ,dolet que retombe la msestime1 ce qui n'est pas juste4 ,mais ce n'est pas ce point de vue1 qui est celui de l'esthtique1 que s'est plac un journal en soumettant ses lecteurs ce problme3 ,si on ne devait garder ,paris que vingt statues1 lesquelles choisiriez-vous8 ,la question fut donc celle du mrite des statufis4 ,je sais bien que l'opinion des lecteurs bourgeois d'un journal n'est pas l'opinion publique1 mais seulement l'opinion moyenne4 ,elle fut assez saine1 mais tmoigna encore de bien des prjugs4 ,trois ou quatre de ces choix ne vous paraissent-ils pas singuliers3 ,parmentier1 ,dumas pre1 ,la ,fayette1 ,denis ,papin8 ,dcidment la pomme de terre a port bonheur cet honorable apothicaire4 ,s'il l'avait vraiment dcouverte1 il faudrait sans doute lui lever une statue en or1 mais ce n'est pas le cas4 ,il la prconisa bien1 mais seulement1 le malheureux1 comme fort propre faire du pain6 ,il en voulut aussi la chtaigne1 qu'il vouait au mme usage4 ,parmentier est une invention de ,franois de ,neufchteau dont ,rivarol disait que sa posie tait une prose laquelle les vers s'taient mis4 ,on voit la suite du prjug ,parmentier le prjug ,alexandre ,dumas4 ,passons4 ,je le retrouverai bien quelque jour4 ,la ,fayette est donc encore clbre8 ,encore un prjug1 bien peu explicable4 ,quant ,denis ,papin1 personne ne sut jamais quelle tait son invention4 ,sa gloire est mettre ct de celle de ,salomon de ,caus1 personnage peu prs fictif4 ,mais il est peut-tre bon que le peuple distribue la gloire tort et travers4 ,cela en montre mieux le nant4 ,l',,ob,,lisque ,voici un petit fait qui intresse l'histoire monumentale de ,paris4 ,il ne doit pas tre ignor des rudits1 mais mon excuse pour le rapporter est que je ne le connaissais pas et que la plupart des lecteurs ne sont pas sans doute plus avancs que je ne l'tais hier4 ,quand on transporta l'oblisque d'gypte ,paris1 il tait complet1 c'est--dire qu'il comportait1 non seulement l'aiguille1 mais un soubassement ou pidestal qui lui donne toute sa signification4 ,c'tait un monolithe o sont1 sur deux des cts1 sculptes en haut-relief1 quatre figures de cynocphale1 d'une simplicit et d'une hardiesse admirables4 ,ce pidestal1 dterr avec l'oblisque proprement dit1 fut embarqu avec lui jusqu' ,alexandrie o on l'oublia1 sans doute volontairement1 et o il est peut-tre encore4 ,il ne faut donc pas nous vanter de possder un oblisque complet4 ,nous n'en avons qu'un morceau et pas sans doute le plus intressant4 ,d'aprs la revue ancienne o j'ai trouv cette histoire1 on aurait prtendu qu'il n'y avait pas de place sur le bateau1 et il est probable que les chefs de l'expdition ne se vantrent pas tout d'abord de leur ngligence1 ou bien s'empressa-t-on1 pour la couvrir1 de commander1 en granit du pays1 l'insignifiant soubassement qui remplace le morceau original4 ,c'est dommage1 car d'aprs la gravure assez imparfaite que je connais1 les originales figures dlaisses auraient pu1 exposes la vue de tous1 avoir une certaine influence sur la mauvaise sculpture romantique4 ,mais cela se passait en #ahcc4 ,qui songeait alors prendre pour de l'art la statuaire gyptienne8 ,il nous a fallu presque cent ans pour commencer faire semblant de la comprendre4 ,l',,architecture ,la saison a t bonne pour l'architecture4 ,on a dcouvert dans les provinces les moins connues toutes sortes de merveilles de pierre4 ,mais cela fait penser tout ce qui fut dtruit au cours des cent dernires annes et dont il ne reste parfois qu'une mdiocre gravure1 dont il ne reste parfois rien qu'une ancienne description1 moins encore1 qu'une mention ddaigneuse4 ,on a beaucoup dtruit dans les campagnes1 dans les villes de province4 ,j'ai indiqu ici#a quelques-uns des ravages subits par des villes comme ,rouen1 jadis si riche en pierres sculptes1 si riche qu'il en reste encore beaucoup1 le revirement du got n'ayant pas laiss aux vandales le temps d'achever leur uvre de nivellement4 ,mais ,paris1 l'uvre a t acheve4 ,je voudrais qu'on tablt un album qui montrerait ce qu'tait ,paris1 non pas dans les sicles lointains1 mais seulement de #ahbj #ahcj1 la naissance du romantisme4 ,il serait gros1 s'il devait tre complet1 mais qu'il serait triste6 ,ce qu'on a dmoli de merveilles sous ,louis-,philippe et surtout sous ,napolon ,,iii est presque inimaginable et je n'ai pas la prtention d'en donner une ide en quelques lignes4 ,a chaque pas1 dans les quartiers un peu anciens1 s'levait une maison sculpte2 le boulevard ,sbastopol et les nouvelles rues voisines ont arrach de vieux htels dont plus d'un rappelait celui de ,jacques ,cur1 ,bourges4 ,on avait alors1 dans les milieux officiels1 si peu de considration pour ce qu'on appelait des antiquailles que presque personne ne se montra mu de tant de vandalisme4 ,comme telles grandes villes1 anciennement riches1 ,paris1 qui n'avait pas encore t remani1 tait encore en #ahcj un vritable muse de pierre4 ,ce qui en subsistait encore trente ans plus tard fut balay par ,haussmann4 ,mais il faudrait des images pour faire sentir ce que nous avons perdu4 ,ce serait pleurer4 ,je pense ceux qui n'ont pas pour la symtrie le respect moderne4 #a ,ces rflexions ont paru dans le journal ,la ,france1 sous le titre ,les ,ides du jour4 ,,la ,,pipe ,on a trouv dans des tombeaux romains1 celtiques1 barbares des pipes en bronze1 en fer1 en terre et toutes semblables aux ntres1 celles d'un sou4 ,a quoi donc servaient-elles8 ,mais fumer probablement4 ,du tabac8 ,peut-tre4 ,le tabac est une plante indigne en ,chine et les produits de la ,chine ont de toute antiquit pass en ,occident4 ,de l'opium8 ,peut-tre encore4 ,les ,romains connaissaient l'opium4 ,dans son pome de ,la ,mdecine1 ,marcellus ,empiricus cite l'opium parmi soixante ou quatre-vingts produits aromatiques de l',orient4 ,mais la pipe servait srement aux anciens fumer diffrentes herbes1 telles que la menthe1 la sauge et1 surtout la lavande4 ,sur une des pipes antiques trouves ,valence1 on a grav une plante o l'on reconnat la lavande1 et prcisment un pote de ,valence a chant au ,x,i,i,ie sicle l'art de fumer la lavande1 laquelle chasse le sommeil et procure de l'nergie et de la vigueur1 en purgeant l'humidit du cerveau4 ,cette pipe lavande1 trouve ,valence1 semble taille dans ce que nous appelons si singulirement l'cume de mer4 ,c'est ,m4 ,pitollet qui a rassembl ces dtails et quantit d'autres dans un bien curieux article de l',intermdiaire4 ,donc on a fum de tout temps1 on fumait au moyen ge1 et quand le tabac d',amrique parvint en ,europe1 les pipes taient toutes prtes le recevoir2 elles l'attendaient4 ,a vrai dire1 on ne trouve pas d'allusions cette coutume dans les auteurs classiques1 mais c'est peut-tre qu'hypnotiss par l'origine amricaine de la fumerie1 les rudits ne les ont pas comprises4 ,ainsi le brigand ,cacus vomissant1 nous dit ,virgile1 du feu et de la fume1 reprsenterait un homme qui fume une grosse pipe dans l'obscurit6 ,mais d'ailleurs ,pline et d'autres parlent de fumes aromatiques aspires avec des roseaux4 ,pratique mdicale1 sans doute1 mais le tabac a commenc ainsi4 ,il avait des vertus4 ,il n'a plus que des vices1 heureusement4 ,,transmutation ,les derniers alchimistes sont trs fiers parce que la chimie moderne a repris quelques-uns de leurs thmes1 par exemple celui de la transmutation des mtaux2 il y a beaucoup de diffrence entre les deux sries de recherches1 mais il y a aussi une ressemblance1 c'est qu'elles sont trs capables1 aujourd'hui comme hier1 de ruiner leurs adeptes4 ,la pierre philosophale a toujours cot extrmement cher ceux qui la voulaient trouver de bonne foi4 ,en retour1 elle enrichit assez srement les charlatans qui avaient eu la fortune de mettre la main sur un solide imbcile4 ,c'est au dix-huitime sicle qu'ils foisonnrent surtout4 ,casanova1 qui avait des recettes pour toutes choses1 en avait aussi pour la transmutation1 et elles variaient suivant le degr de navet des gens4 ,on se rappelle avec quelle habilet il opra1 ,torre del ,greco1 l'accroissement d'une fiole de mercure en l'amalgamant tout simplement avec du bismuth4 ,il tait trs fier de son uvre4 ,c'tait le premier argent qu'il gagnait4 ,son contemporain et son ennemi1 ,saint-,germain1 qui1 comme lui1 fit deux ou trois fois fortune1 ce qui indique qu'il se ruina autant de fois1 se vantait non seulement de transmuer l'argent en or1 mais de fondre en une seule pierre magnifique les petits diamants qu'on lui confiait4 ,c'est un aventurier plus sombre et plus ingnieux encore que ,casanova4 ,il semble avoir eu une fin assez malheureuse4 ,il tait beaucoup plus extravagant et exigeait beaucoup plus de crdulit4 ,a ceux-l l'alchimie et la cabale furent de vraies mines d'or2 mais combien d'autres1 au lieu de trouver la fortune au fond de leurs cornues et de leurs combinaisons1 n'y trouvrent que la misre4 ,mais quelle btise de vouloir transmuer le plomb en or6 ,et aprs8 ,l'or1 tant commun1 perd toute valeur4 ,cela a un intrt comme opration chimique1 mais pas plus que celle qui transformerait l'or en plomb4 ,,cin,,ma ,le hasard m'a men hier dans un cinma4 ,je m'tais pourtant bien promis de ne pas m'y laisser reprendre4 ,en peu d'annes1 ce spectacle est devenu d'une telle platitude1 d'une telle btise1 qu'on se sent vraiment humili de faire partie1 mme pour un temps trs court1 du troupeau qui s'y dlecte4 ,il y a certains films fabriqus en ,italie1 o se droule1 dans l'anecdote la plus inane1 la sentimentalit la plus basse1 qui semblent conus pour rcrer un peuple d'acphales4 ,on me dit que nous sommes mal tombs1 que c'est une srie choisie pour les enfants1 qu'ordinairement il y a certains tableaux attachants ou curieux4 ,j'en doute4 ,le cinma1 de plus en plus1 est envahi par la mauvaise pantomime1 le quiproquo facile1 le truc vulgaire4 ,quelle dchance6 ,les premiers spectacles cinmatographiques m'avaient plu et mme enchant1 mais alors l'lment thtre y faisait encore presque dfaut4 ,on donnait des vues de la nature1 des grandes industries1 des murs lointaines4 ,maintenant1 c'est l'anecdote1 une anecdote de morale en action1 imagine par des imbciles et traduite par des acteurs sans talent ou d'un talent tout mcanique4 ,parmi toutes ces histoires turpides1 on avait gliss tout de mme la vue d'un paysage de ,normandie1 mais les feuilles des arbres remuaient tellement vite que c'en tait absurde4 ,de plus1 cela se droulait sur des airs de quadrille grivois1 car il est convenu pour le peuple que la ,normandie est un pays o on trpigne en buvant du cidre qui mousse4 ,ce qui est parfaitement idiot1 car la danse y est quasi inconnue4 videmment1 je suis de mauvaise humeur et le cinma n'est peut-tre pas tomb partout aussi bas que je viens de le voir4 ,pourtant1 je le crois sur une mauvaise pente4 ,,les ,,momies ,on vient de dcouvrir que la plupart des momies taient fausses4 ,cela n'est pas trs nouveau4 ,dj au ,x,v,i,i,ie sicle toutes les momies venaient d',alger o elles taient fabriques par d'astucieux mdecins musulmans4 ,en ce temps-l1 la pharmacope en faisait une grande consommation et il n'tait pas un apothicaire qui n'et un de ses bocaux tiquet poudre de momie4 ,pauvres malades6 ,je ne sais plus pour quel mal on leur administrait cette drogue infme1 mais il est certain que nos anctres l'absorbaient volontiers4 ,il n'y a pas trs longtemps qu'elle a disparu du formulaire o figurent un tas de choses singulires1 mais non rpugnantes1 telles que la corne de cerf4 ,la momie servait aussi fabriquer pour les peintres un beau noir qui1 parat-il1 n'aurait pas t remplac1 ce qui n'a plus d'importance1 toute la peinture tant dsormais couleur jus d'herbe et sirop de groseille4 ,les ,algriens fabriquaient donc force momies en imprgnant les cadavres d'asphalte1 en les roulant dans des bandelettes trempes dans l'asphalte4 ,tout cela est racont dans un petit livre intitul ,l'heureux ,esclave1 qui est le rcit d'un sjour aux ctes ,barbaresques par un sieur de la ,martinire1 qui avait t pris par les corsaires de ,sal4 ,on peut y voir le dtail de ces prparations4 ,les momies taient ensuite transportes en ,italie1 de l passaient en ,france4 ,il parat qu'on en fit aussi ,lyon1 grand centre mdical et o le besoin de cette pourriture asphalte se faisait souvent sentir 7avec ou sans jeu de mots74 ,les marchands d'gypte qui continuent ce commerce1 non plus pour les malades1 mais pour les antiquaires1 n'ont eu qu' le perfectionner lgrement pour le mettre au got du jour et au got amricain1 car c'est l',amrique maintenant qui absorbe le plus de fausses momies4 ,cela ne veut pas dire qu'elle les mange4 ,ce n'est plus l'usage4 ,,la ,,peinture ,ce sicle s'annonce comme celui du dlire de la peinture4 ,voil-t-il pas que la ,bethsabe de ,rembrandt est monte un million en vente publique6 ,ajoutez dix pour cent pour les frais de vente1 le prix des assurances et vous trouverez que l'acqureur aura pay1 surtout s'il n'a pas le placement immdiat de son achat1 pas trs loin de douze cent mille francs pour une curiosit prissable1 qu'un accroc peut disqualifier1 pour un tableau qui a dj perdu beaucoup de beaut originelle et qui en perdra un peu tous les ans4 ,mais ce n'est pas l'acqureur qu'il faut admirer dans cette histoire1 c'est l'amateur auquel il le repassera avec un bnfice inconnu4 ,ce serait un muse allemand que je n'en serais pas trs surpris1 mais si c'tait un ultra-riche ,amricain1 il ne faudrait pas s'en tonner non plus4 ,il tiendra dans un salon de ,chicago la place du chque de cinq cent mille dollars qu'y avait fait encadrer un imbcile colossal4 ,bethsabe est de ,rembrandt4 ,cela ne peut donc pas tre une uvre sans intrt1 mais il ne semble pas 7j'en ai vu de belles reproductions7 que cela soit une uvre pleine de charmes4 ,les femmes de ,rembrandt sont gnralement de celles qu'on aime mieux voir en peinture que dans la ralit4 ,je sais bien qu'il faut les regarder sur le plan de l'art1 mais il m'est difficile1 pour mon plaisir particulier1 de sparer entirement l'uvre d'art de l'objet qu'elle reprsente4 ,je suis bien aise que ,bethsabe existe1 mais je ne dsire pas l'avoir constamment sous les yeux4 ,c'est un objet de prix1 c'est un diamant1 soit1 mais dont la contemplation doit tre un peu fatigante1 telle celle du fameux chque4 ,la peinture est une convention bien curieuse1 et ce n'est peut-tre que cela4 ,,visages ,runis en volume1 les ,visages de ,rouveyre semblent peut-tre un peu moins cruels que lorsqu'ils dfilent priodiquement le long d'une revue4 ,mais vraiment1 je ne sais pas trop quoi cela tient4 ,sauf en quelques pages qui demeurent excessives et comme blessantes1 l'ensemble se tient4 ,on sent beaucoup moins le systme que la mthode4 ,faisons abstraction des visages de femmes1 dont presque aucun n'est tolrable1 la galerie des hommes me paratra mme suprieure4 ,c'est que la tte de la femme n'est pas faite pour plaire par son caractre1 mais seulement par une certaine rectitude de lignes1 qui ne doit pas tre trop individualise4 ,les femmes qui veulent la fois paratre des beauts et des penseuses se mprennent sur leurs possibilits3 il faut opter4 ,la forme inesthtique donne leur visage1 pourrait dire ,rouveyre1 est un hommage leur intelligence3 la beaut pure ne pense pas4 ,la pense ravage toujours la figure3 il est vrai que la vie y suffit trs bien4 ,mais je crois qu'il aurait fallu tenir compte pour les femmes de la faiblesse de notre il pour elles1 chez nous autres qui n'avons pas le regard dformateur ni si rudement scrutateur4 ,ceci dit1 et ceci n'est peut-tre que du sentimentalisme1 je ne vois pas d'objection contre les portraits d'hommes1 dont beaucoup sont d'une ressemblance extrmement vivante4 ,ce ne sont pas seulement des portraits1 ce sont des tendances1 des intelligences1 des manires d'tre4 ,il y a d'autres dformateurs4 ,rouveyre diffre des autres par la diversit de sa dformation qui1 au lieu de tourner autour du geste du dessinateur1 tourne autour du caractre qu'il a devin chez le modle4 ,en quoi c'est un portraitiste et non un caricaturiste aux effets toujours limits et presque toujours identiques4 ,mais par cela mme c'est un homme fort dangereux pour la tranquillit publique4 ,,sur ,,un ,,portrait ,les nouvelles gnrations de potes et d'artistes s'engagent dans une voie esthtique o il va tre bien difficile de les suivre4 ,a les considrer1 les plus hardis des beaux esprits se sentent crotre des oreilles d'ne1 des yeux de cheval et des mes de pompiers4 ,tout ce qu'on a vu en fait de rvolutions dans la littrature et dans l'art1 et dont on nous conte l'histoire1 n'est rien en comparaison de celle qui se prpare et qui est dj fort avance4 ,que l'on prenne par exemple le dernier volume de ,guillaume ,apollinaire4 ,ce sont des pomes et il s'intitule ,alcools4 ,c'est juste1 car ils enivrent de plusieurs manires1 soit qu'on les respire1 soit qu'on les touche ou seulement qu'on les regarde4 ,ils ne comportent pas de ponctuation et pourtant ne sont pas plus obscurs que tels autres qui en sont surchargs4 ,mallarm avait dj crit des pomes sans ponctuation1 mais brefs et qui ne voulaient donner que des images ou des sensations uniques4 ,apollinaire risque de longs pomes dnus de ces petits signes qu'on nous a habitus croire indispensables et il prouve ainsi leur inutilit1 au moins en posie qui procde moins par analyse intellectuelle que par accumulation d'impressions4 ,la couverture porte3 ,avec un portrait de l'auteur par ,pablo ,picasso4 ,on tourne et voici une pure gomtrique fort belle o l'on distingue au bout d'un moment un il en haut et l'autre plus bas1 quelques cheveux jets dans un coin vers le sommet1 une oreille aussi1 en somme rien de ce qu'on appelle vulgairement un portrait et cependant on sent que l'artiste sait dessiner1 qu'il n'a nullement fait un gribouillis de hasard1 qu'il obit une mthode4 ,c'est du cubisme1 par le matre du genre4 ,c'est comme cela maintenant que les muses voient leurs potes et les bourgeois leurs pouses4 ,il faut entendre ,apollinaire1 homme intelligent1 trop intelligent1 vous dire3 ,dans peu1 vous vous y habituerez2 l'il reconstruira4 ,ne lui en donne-t-on pas les lments8 ,quand on aperoit quelqu'un1 ne le voit-on pas par petits morceaux successifs8 ,c'est beaucoup d'alcools la fois2 cela monte un peu la tte4 ,n'importe1 voil un livre dont je ne me priverais pas volontiers4 ,l',,exotisme ,il est assez de mode de se moquer de ces saisons thtrales parisiennes o tout1 auteur1 acteurs1 dcors et jusqu' la langue1 est exotique4 ,il n'y a1 en effet1 rien de parisien dans ces ftes1 mais c'est prcisment pour cela que nous pouvons nous y intresser et mme nous y passionner4 ,cela rpond ce besoin de nouveau qui1 surtout de certaines priodes1 agite les peuples4 ,or rien de nouveau1 en ,france surtout1 ne peut surgir que de l'tranger1 de l'exotisme4 ,il en a toujours t ainsi4 ,la littrature du moyen ge fut plusieurs fois renouvele par l'apport tranger1 influences bretonnes1 influences grecques4 ,plus tard1 ce fut l',espagne1 l',italie que nous demandmes la chose neuve4 ,le ,cid1 qui nous parat maintenant une uvre nationale1 fut d'abord une adaptation de l'espagnol4 ,au cours du ,x,v,i,i,ie sicle1 tout fut renouvel par l'influence anglaise4 ,le romantisme n'est qu'un mlange d'influences trangres o l',angleterre tient encore la premire place4 ,depuis quelques annes1 aprs la priode ibsnienne1 nous sommes sous la domination russe et1 pour ne parler que du thtre et s'en tenir mme l'aspect extrieur1 qui pourrait nier que le dcor et la mise en scne des artistes russes ne soient en train de dmoder jusqu'au ridicule la manire franaise8 ,c'est au point qu'on a pu nous faire entendre1 sans nous lasser1 des opras russes chants en russe4 ,c'est au point que les derniers spectacles imagins par ,m4 d',annunzio tirent presque tout leur attrait de dcorations russes4 ,transports la ,comdie-,franaise1 quel serait leur sort8 ,je n'ose y penser4 ,et les actrices russes1 ne sont-elles pas en train de faire paratre un peu fades les ntres8 ,c'est bien injuste1 mais qu'y faire8 ,il nous faut du nouveau1 et il est l4 ,,les ,d,,buts ,un grand journal parlait rcemment des dbuts des crivains aujourd'hui plus ou moins connus et notait qu'ils ont gnralement lieu dans ces petites revues si ddaignes du grand public ou plutt si inconnues de lui4 ,c'est exact1 les petites revues ayant toujours1 plutt que les grandes1 besoin de copie1 outre qu'elles mettent leur amour-propre rvler les nouveaux talents4 ,mais il arrive aussi que les petites revues ne sont pas plus accueillantes que les autres1 car elles sont souvent l'organe d'une cole1 et d'une cole intransigeante4 ,trs souvent1 d'ailleurs1 le dbutant de la petite revue n'est pas un vrai dbutant4 ,avant la petite revue1 il y a le petit journal de province o il a gliss des stances ou un conte innocent4 ,avant les dbuts1 il y a les pr-dbuts1 si l'on peut dire1 et ceux-l demeurent toujours mystrieux1 quand ils n'ont pas t galement singuliers4 ,tel crivain1 aujourd'hui bien connu et encore trs jeune1 dbuta dans le recueil des jeux floraux1 de ,toulouse4 ,tel autre1 dans un petit priodique o il fallait d'abord s'abonner pour avoir droit une insertion4 ,un autre1 au contraire1 envoya sa premire copie un recueil hebdomadaire trs connu1 trs spirituel et trs lger4 ,mais ,taine y avait crit sous le nom de ,thomas ,graindorge4 ,il se croyait galement de grandes destines1 il cda la fascination4 ,il mit dans une enveloppe quelques penses sur les femmes1 les envoya et eut le bonheur de les lire imprimes la semaine suivante4 ,on ne lui avait chang que le titre et remplac la signature par trois toiles4 ,il eut l'audace de se prsenter au bureau4 ,on lui dit que cela se payait vingt-cinq centimes la ligne1 mais il y en avait si peu qu'il n'osa pas les toucher4 ,cet auteur fit cinq ou six pr-dbuts aussi fructueux et aussi tapageurs1 aprs quoi il fut ml la fondation d'une petite revue1 o il dbuta vritablement4 ,,le ,,latin ,on ne me croirait pas si je me disais ennemi du latin1 mais je ne suis pas non plus ami du latin pour tous4 ,il semble que la tradition soit rompue et que toute une classe de jeunes gens de quinze ans ne puisse plus s'intresser au langage de ,cicron4 ,les professeurs1 malgr leur zle1 sont obligs de constater la faiblesse croissante des tudes latines4 ,l'air n'est plus favorable au latin4 ,trop de choses nouvelles veulent entrer et d'autres sont entres dj dans les jeunes esprits2 il faut leur faire place4 ,on touffe dans les cervelles3 ouvrez la porte et renouvelez l'air4 ,je ne sais pas si c'est fcheux1 mais c'est un fait1 ou que les ttes n'ont pas grandi en proportion de ce qu'il s'agit maintenant d'y enfourner1 ou qu'on a tort d'y vouloir enfourner trop de notions4 ,il va peut-tre falloir choisir et1 considrant le latin comme une notion de luxe1 le rserver pour les quelques ttes un peu plus larges que les autres4 ,il y aurait ce moyen1 mais qui semble tout fait hors de la porte de l',universit3 changer sa mthode d'enseignement et ne plus se donner pour but1 dans les lyces1 la formation uniforme de lettrs1 de professeurs1 d'crivains4 ,car cela semble bien dans cette vue qu'elle gave la jeunesse et il semble bien aussi que cette vue ne soit plus absolument compatible avec le parti que cette jeunesse entend tirer de la vie4 ,or1 je crois qu'il faut enseigner les gens et les jeunes gens selon qu'ils veulent tre instruits et non pas selon que la coutume l'a fix4 ,a l'poque de la rforme1 tout le monde voulait savoir l'hbreu4 ,il y eut des professeurs d'hbreu jusque dans les villages1 il n'y en avait pas assez4 ,cent ans plus tard1 il n'y en avait plus4 ,la mode impose l'enseignement et la mode est fonde sur des besoins rels ou factices2 avons-nous en juger8 ,on ne veut plus de latin1 pourquoi l'enseigner de force8 ,qu'on en fasse un cours libre4 ,,latinerie ,la premire fois que j'eus une notion concrte de la nouvelle prononciation du latin telle qu'elle est prconise et pratique dans quelques milieux universitaires1 ce fut par l'entremise d'une dame qui apprenait dcliner ,rosa1 la rose1 pour le faire apprendre son fils4 ,elle disait tranquillement roa et cela lui paraissait tout naturel4 ,moi1 cela me gnait un peu4 ,elle disait ounous 7pour unus7 et bien d'autres choses qui me semblaient saugrenues4 ,depuis cela1 j'ai appris que chaque professeur1 ou peu prs1 a sa mthode et sa prononciation prfres1 car cette science nouvelle est fort obscure et ne porte avec soi aucune certitude4 ,les uns tiennent pour le latin prononc l'allemande1 d'autres pour le latin prononc la romaine et les plus savants1 enfin1 pour la prononciation cicronienne4 ,de plus comme le ministre a laiss les professeurs libres de suivre provisoirement les vieux usages1 quelques-uns prononcent modestement la franaise4 ,qui sait si l'an prochain la dame1 son rejeton ayant gravi un chelon1 ne tombera pas sur un de ces professeurs suranns8 ,aprs avoir appris qu'il fallait dire ,kikronn1 il sera condamn revenir ,cicron en attendant qu'un pdagogue fru de catholicisme le condamne ,tchitchronn1 la romaine4 ,au milieu de tout cela1 les gens1 sans se douter un instant de leur incohrence1 parlent ferme de la restauration des tudes latines4 ,on peut tre certain que ces innovations y contribueront puissamment4 ,remarquez aussi l'immense utilit qu'il y a tre fix sur la prononciation d'une langue qu'on ne parle plus4 ,cette faon dtourne des vendeurs de latin donner raison aux esprantistes n'est-elle pas ingnieuse8 ,,la ,,langue ,,fran,,aise ,on me consulte parfois sur un point dlicat de la langue franaise4 ,on croit que je la connais2 je l'ai tudie et l'tudie encore tous les jours1 mais c'est prcisment pour cela que je m'y perds encore1 car elle est pleine de contradictions4 ,ceux-l seulement peuvent avoir l'illusion d'en avoir dml tous les secrets1 qui ne la cherchent qu' travers les rgles des grammairiens1 car le grammairien connat la loi4 ,mais au-dessus de la connaissance des lois1 il y a le sentiment4 ,comme on dit qu'on a ou qu'on n'a pas le sentiment des convenances1 on a ou on n'a pas le sentiment de la langue franaise et cela1 il n'y a rien faire4 ,on ne peut amliorer ce qui n'existe pas1 il faut d'abord le crer4 ,c'est dans les crits contemporains que se constate surtout cette absence de sentiment4 ,beaucoup de gens qui crivent arrivent facilement dire tout le contraire de ce qu'ils voulaient dire ou mme ne rien dire du tout1 ce qui vaut peut-tre mieux4 ,je lis dans le rcit d'un touriste qui raconte une excursion ,venise en automobile3 ,admirable pont mtallique444 ,il a bien un kilomtre de long4 ,c'est ce qu'on peut appeler un beau travail de la nature4 videmment1 un pont est dans la nature1 un pont est fait au-dessus d'un accident de la nature1 fleuve ou prcipice1 mais un pont n'est pas un travail ou une uvre de la nature4 ,voil cependant ce que l'on crit4 ,vraiment les textes contemporains sont plus difficiles comprendre que ceux du ,x,i,ie sicle et si tout le fatras du jour n'tait pas destin au nant1 ce serait dsesprant4 ,des livres estims ne sont pas d'une meilleure langue3 l'-peu-prs qui est dans l'criture n'tant que le reflet de la confusion mentale qui rgne dans les esprits4 ,,les ,,noms ,,trangers ,une revue1 qui ne semble pas pourtant ennemie de l'extension du franais1 ni de son emploi comme langue internationale1 vient de nous arracher la paisible possession1 non de la ville de ,gand1 sans doute1 mais du nom de cette cit flamande4 ,j'avais d'abord t un peu intrigu1 en lisant3 ,dans le ,nineteenth ,century de septembre1 ,m4 ,ellis ,barker rappelle que la veille de ,nol1 en #ahad1 dans l'antique couvent des ,chartreux de la vieille cit de ,ghent1 le trait de paix fut sign entre l',angleterre et les tats-,unis4 ,o pouvait bien se trouver cette vieille cit8 ,je cherchais1 un peu honteux de mon ignorance1 quand je me souvins que c'est l une des rares villes de ,belgique annexes linguistiquement par les ,anglais4 ,ils disent ,ghent au lieu de ,gand4 ,mais le plus souvent ils respectent la forme flamande et surtout la forme franaise1 disant ,bruges1 ,malines1 comme ils disent ,bar-le-,duc et mme ,cologne1 ,aix-la-,chapelle4 ,ils ont trait de mme d'ailleurs la plupart des villes clbres de l',europe4 ,il est bien rare qu'elles soient anglicises4 ,ils disent comme nous1 avec des nuances d'orthographe1 ,sville1 ,venice1 ,florence1 ,rome1 ,naples4 ,c'est par une exception qu'ils ont mu ,livorno ou ,livourne en ,leghorn4 ,malgr cette politesse qu'ils nous font d'adopter notre transcription de quelques noms trangers1 je ne crois pas que nous devions leur rendre la pareille4 ,ce serait trop de bont4 ,laissons leur ,ghent pour leur usage personnel et respectons1 quant nous1 le privilge que nous a donn la tradition de franciser hardiment les noms trangers anciennement connus4 ,,barbarismes ,un mot1 l'autre jour1 lu je ne sais plus o1 malheureusement1 m'intrigua beaucoup4 ,on disait3 ,enfin ils poignaient4 ,le sens n'tait pas douteux1 cela signifiait3 ils apparaissaient1 ils surgissaient4 ,je reconnus bientt que cela n'tait pas proprement parler un barbarisme1 mais seulement une forme1 particulirement inusite dans ce sens-l1 du verbe poindre4 ,elle est encore vivante quand le verbe poindre signifie piquer4 ,les naturalistes1 aprs ,la ,fontaine et d'autres1 l'ont beaucoup employe3 ,cette ide le poignait4 ,les remords le poignaient4 ,nanmoins1 je les souponne d'avoir instinctivement fabriqu1 d'aprs l'adjectif poignant1 un verbe indit1 poigner4 ,c'est bien par hasard1 mon avis1 que ce nouveau verbe s'est adapt l'ancien imparfait du verbe poindre4 ,il n'est plus au pouvoir de la langue franaise1 aujourd'hui1 les exceptions sont bien rares1 de fabriquer un verbe qui ne soit pas de la premire conjugaison et c'est elle que le peuple et tous les ignorants 7qui comprennent beaucoup d'crivains7 ramnent toutes les formes amphibologiques des verbes des autres conjugaisons4 ,de l l'apparition de ces formes tranges1 qu'il faut s'attendre rencontrer de plus en plus dans la littrature courante3 il s'enfuya1 il ria1 il souria1 etc4 ,comme il s'enfuit1 il rit n'indiquent pas que l'action est au pass plutt qu'au prsent1 il semble qu'il y ait l comme une ruse linguistique inconsciente pour doter ces verbes trop uniformes d'un pass dfini emprunt aux formes de la premire conjugaison o il se distingue nettement du prsent4 ,c'est ainsi que les verbes franais s'acheminent1 si lentement qu'ils resteront en route trs probablement1 vers la simplicit du verbe anglais1 qui reprsente une volution linguistique bien plus avance4 ,n'importe1 j'admets qu'on rie devant il ria4 ,,les ,,deux ,,langages ,un malheureux camelot1 invit circuler par un agent1 rpond3 ,ta gueule6 ,est-ce une insulte8 ,on a soumis le cas ,m4 ,brunot1 lequel n'y voit qu'une forme populaire de langage et l'quivalent de cette autre locution3 ,ferme a6 ,les juges n'ont pas t de cet avis1 et1 condamn six mois de prison1 le camelot a vu1 en appel1 sa peine porte un an4 ,mais comment faire comprendre des magistrats1 hommes de la socit polie1 hommes mesurs1 distingus1 qu'il y a en ,france deux langages1 celui qu'emploient les gens qui frquentent les salons et celui qu'emploient les gens qui ne frquentent que le trottoir et le zinc4 ,si ta gueule6 tait profr dans un salon1 il y provoquerait un incroyable scandale1 sans nul doute1 mais il n'en est pas de mme sur le trottoir1 et surtout entre gens de la mme classe populaire1 qui changent1 chaque propos1 les mots les plus grossiers dont ils ne se choquent nullement1 par la bonne raison qu'ils n'en connaissent pas d'autres qui rendent aussi bien leur pense et avec une spontanit aussi nette4 ,il y a de l'impatience1 il y a une nuance de ddain dans l'expression du camelot1 mais il n'y a pas insulte proprement parler4 ,elle traduit le ,assez6 qui chappera au magistrat exaspr1 ou mme le ,zut6 o il se laissera aller dans un moment de colre familire4 ,ne voit-on pas1 dans des scnes de caserne1 deux soldats se dire sur un ton affectueux3 ,mon vieux cochon et autres amnits qui seraient fort dplaces dans le salon de ,mme de ,noailles1 mais qui ne le sont plus la caserne4 ,le peuple ne sent pas la grossiret comme nous1 ou plutt ce qui nous semble grossier ne l'est pas ncessairement pour lui4 ,il y a deux langues dans la langue franaise1 avec des nuances1 o tout le monde ne se reconnat pas4 ,c'est le devoir des raffins d'tre le plus indulgents4 ,,le ,,style ,,professionnel ,quel bon style poncif1 crivait ,flaubert 7#e octobre #ahfj71 propos d'une encyclique du pape ,pie ,,ix1 que le style ecclsiastique6 ,ce serait1 du reste1 une tude faire que celle des styles professionnels4 ,il n'et pas manqu1 s'il avait entrepris une telle tude1 de s'jouir du style judiciaire qui n'a toute sa beaut et toute son originalit1 toute sa libert que les ,attendus4 ,le ,code bride l'imagination des magistrats2 aussi1 dans ces documents1 ne l'voquent-ils qu' la fin1 quand ils ont puis leur provision d'histoire1 de littrature ou de philosophie4 ,une note de couturire conteste par la cliente les fera penser ,las1 tout au moins la ,toilette d'une dame romaine2 ils ont de la lecture et ils le prouvent4 ,voil un procs qui part d'un litige amoureux3 vite il place dans ses ,attendus1 toujours tant attendus1 une histoire abrge de l'amour depuis les temps les plus reculs jusqu' nos jours4 ,cela vous pose un magistrat et peut le mener la pourpre4 ,attendu1 disait l'autre jour un juge de paix1 que dans l'antiquit1 le mariage tait bas uniquement sur l'amour de deux tres de sexe diffrent4444 ,est-ce assez premptoire1 assez pompeux1 assez historique8 ,petit-,jean remontait avant le dluge2 le moderne juge de paix n'a pas de notions sur les poques mythiques3 il a l'esprit positif1 il entre du premier coup dans l'histoire4 ,au fait1 o a-t-il pris cela1 que le mariage1 chez les anciens1 tait bas sur le pur amour8 ,j'aurais cru le contraire1 que l'amour n'y avait aucune part1 du moins avant1 et que d'ailleurs l'amour1 tel que nous le concevons1 n'avait nulle place dans leurs relations sociales4 ,l'antiquit1 c'est les hommes d'un ct et les femmes de l'autre4 ,o navet de croire que les petites ,grecques et les petites ,romaines faisaient des mariages d'amour6 ,croyez-moi1 monsieur le juge de paix1 tenez-vous en au ,code1 c'est plus sr4 ,,la ,m,,diocrit ,ayant gard la chambre plusieurs jours1 le hasard m'a fait entreprendre diverses lectures qui auraient d me distraire1 mais qui ont beaucoup augment mon ennui4 ,dcidment1 il n'y a rien de plus pnible que le livre qui veut tre divertissant1 mais qui est surtout mdiocre4 ,un trait d'arithmtique ou de chimie me conviendrait vraiment mieux4 ,ce n'tait pourtant pas le vulgaire roman1 mais des souvenirs contemporains et j'en attendais quelque plaisir4 ,en est-il aucun prs de ces mes superficielles plus contentes encore1 dirait-on1 de leurs petits chagrins que de leurs petites joies8 ,je voudrais bien dsigner plus clairement ces malheureux auteurs1 mais je ne l'ose4 ,ils ne me comprendraient pas d'ailleurs1 peut-tre trouveraient-ils seulement que j'ai bien mauvais got4 ,oui1 je l'espre1 et que nous avons une sensibilit diffrente4 ,mais ce qui m'a surtout exaspr1 c'est la platitude du style4 ,je me suis rpt dix fois1 au cours de cette lecture1 le mot de ,flaubert sur le style coulant1 cher aux bourgeois4 ,il a un mrite cependant1 c'est l'ennui extrme qu'il rpand4 ,rien n'incline mieux au sommeil que la mdiocrit soutenue1 celle qui ne flanche jamais1 celle qui se joue des difficults1 glisse1 comme frotte d'huile1 travers la syntaxe1 donne enfin l'impression d'un robinet d'o sort ternellement une belle eau claire1 toujours la mme4 ,pourquoi donc1 me dira-t-on1 ai-je persvr8 ,peut-tre parce que j'esprais une chute1 une brisure8 ,puis1 la persvrance est dans mon caractre4 ,c'est pourquoi je crains les ouvrages en plusieurs volumes4 ,je ne sais plus m'arrter4 ,cela m'a men parfois trs loin1 des tches dont je sens encore la courbature4 ,il n'en est pas de comparable celle qu'imprime au cerveau la lecture d'un livre mdiocre4 ,hlas1 c'est presque tous6 ,,lectures ,,de ,,voyage ,j'emporte toujours au fond de ma malle quantit de livres srieux1 qui ne sont pas sans l'alourdir1 et rgulirement je les rapporte sans les avoir ouverts4 ,en revanche1 je reviens encombr de brochures bon march qui ont tent ma paresse1 au passage dans les gares4 ,comme toute cette littrature1 mdiocre et mdiocrement gaie d'ailleurs1 me semble au retour ridicule6 ,j'en suis un peu honteux et je me promets toujours1 mais en vain1 de ne plus m'y laisser prendre4 ,je le sais1 il vaudrait mieux regarder tomber la pluie philosophiquement1 mais le dmon de l'ennui1 de la peur de l'ennui1 nous pousse1 et l'on devient si lche ds que l'on sort de ses habitudes6 ,j'y ai gagn du moins1 car il n'est pas une sottise qui ne nous vale quelque compensation1 une certaine connaissance d'une littrature dont je n'aurais pas eu l'ide si j'tais toujours rest chez moi4 ,je ne la dsigne pas autrement4 ,c'est d'ailleurs la plus connue1 celle o se dlectent la plupart de nos contemporains1 celle qui passe aussi pour reprsenter le mieux ce qu'on nomme l'esprit franais4 ,il y a mme eu1 il y a quelques annes1 une collection populaire sous ce titre fallacieux4 ,il faut croire que cet esprit n'a plus gure d'admirateurs puisque l'diteur de ces opuscules a disparu4 ,mais d'autres ont t sduits par le prestige du titre et c'est encore ce genre qui alimente les bibliothques des gares4 ,ces livres1 d'une gat si splntique1 rpondent sans doute un besoin du voyageur1 de l'homme bien dcid ne pas faire le moindre effort intellectuel1 mais comme ils font regretter ceux que l'on oublie dans leur prison1 ceux qu'on n'a pas le courage d'atteindre6 ,c'est que1 prcisment1 sans effort intellectuel il n'est peut-tre pas de plaisir possible4 ,,les ,,livres ,,anciens ,il y a tant de revues qui s'occupent des livres nouveaux qu'il tait temps1 semble-t-il1 qu'il y en et au moins une qui s'occupt des livres anciens et des problmes de toute sorte qu'ils soulvent4 ,il est impossible de faire de srieuses histoires littraires1 si l'on ne connat pas directement les vieux livres1 mme sans grande valeur1 qui sont comme le fond sur lequel se dtachent de belles uvres de la littrature4 ,ceux que nous vnrons ne furent d'abord qu'un de ceux-l4 ,les livres de ,corneille1 de ,molire1 de ,la ,fontaine n'taient pas1 leur naissance1 comme le croient les professeurs1 marqus d'une aurole4 ,ils taient exposs au ,palais1 ple-mle1 avec les oublis1 chez ,guillaume de ,luyne1 libraire-jur1 dans la salle des ,merciers1 la ,justice1 ou chez ,thomas ,jolly1 dans la petite salle1 la ,palme et aux armes de ,hollande4 ,est-ce que les oublis n'ont pas droit quelque considration en faveur de leur voisinage8 ,c'est l que figura sans doute ,l'histoire d',ismnie et d',agsilan dont ,m4 ,magne nous conte l'histoire dans le premier fascicule de la ,revue des livres anciens1 comme les dernires ditions de ,ronsard avaient1 quelque cinquante ans auparavant1 coudoy dans les librairies la mode les premires folltreries du seigneur de ,cholires1 dont ,m4 ,pierre ,louys retrouve le nom vritable et esquisse pour la premire fois l'histoire encore incertaine4 ,c'tait un avocat au parlement qui se fit chartreux et crivit en cette qualit nombre d'ouvrages de pit4 ,voil une heureuse dcouverte4 ,il y a toutes sortes de choses curieuses dans ce premier numro1 jusqu' la description d'un manuscrit indit de ,restif de la ,bretonne1 ,les ,revies1 et une profusion de notices sur des rarets bibliographiques4 ,on voit les livres dont il est question1 car les titres en sont presque toujours reproduits4 ,cela fera un recueil bien sduisant et dont l'autorit sera grande4 ,les livres anciens ont trouv de vrais amis4 ,,un ,,roman ,les romans que l'on reoit au mois d'aot1 quand on a le malheur de ne pas avoir encore quitt ,paris ou que l'on est dj revenu1 sont presque srs d'tre lus4 ,c'est ce qui est arriv celui qui m'est parvenu avant-hier et qui1 en une autre saison1 m'aurait probablement dcourag4 ,mais la solitude du moment1 la fracheur excessive de la temprature l'ont fait bnficier d'un tat d'esprit spcial1 de sorte que j'en suis la page #dhj1 ni plus ni moins1 ce qui m'a permis de faire ample et suffisante connaissance avec la plus extraordinaire turpitude que l'on ait encore publie sous une couverture jaune paille4 ,aprs cet exorde et quoique la chose ne soit malheureusement pas sans un certain talent la ,zola1 un talent salement naturaliste1 je m'abstiendrai d'en dvoiler le titre et le nom de l'auteur4 ,au surplus est-il suffisamment caractris par la date de sa venue au jour1 o il est certainement seul de son espce4 ,c'est l'histoire d'une famille1 mais surtout d'un pre et d'une fille qui sont sans doute les tres les plus hassables que l'on peut avoir connus dans un livre4 ,le pre pousse sa fille se faire pouser par un jeune homme riche1 puis voyant qu'il ne survient pas d'hritier1 imagine de le procrer lui-mme1 et1 la grande joie du jeune monstre1 devient son amant et la rend mre4 ,le couple incestueux est parfaitement heureux1 se roule avec dlices dans sa bauge1 quand le mari les surprend4 ,on lui fait son affaire1 un peu1 il faut le dire1 par hasard1 dans un mouvement de colre1 puis on se dbarrasse du cadavre qu'on va pendre un arbre1 dans la campagne1 avec une srnit tempre par la frousse4 ,ils sont inquits1 mais peine1 et l'ordure triomphe4 ,l'auteur n'a trouv que dfunt son chien qui ddier cette bonne histoire4 ,je sais1 il s'en droule parfois de telles la cour d'assises et il faut peut-tre1 aprs tout1 admirer le courage de qui a frquent1 sans haut-le-cur1 de tels individus4 ,l',,encre ,un correspondant de l',intermdiaire demande la fondation d'une ligue nouvelle1 la ,ligue de la bonne ,encre1 une ligue terriblement ractionnaire qui voudrait faire revivre la coutume des encres faites mesure d'aprs des formules surannes1 mais efficaces4 ,l'encre1 dit le promoteur de cette ligue1 se faisait1 il y a encore un demi-sicle1 avec de la noix de galle1 suivant une tradition de l'antiquit classique conserve et transmise par les monastres4 ,hlas6 on a trouv plus simple1 plus propre aussi de l'acheter par petites bouteilles chez le marchand qui nous en fournit de toutes les couleurs1 et fort bonnes1 du moins pour ce que nous voulons en faire4 ,nous ne lui demandons plus1 en effet1 d'tre indlbile et de traverser les sicles4 ,comme nous n'crivons plus sur un parchemin1 mais bien sur du fugitif papier1 de ,l'encre la noirceur temporaire nous suffit trs bien4 ,il parat que l'encre stylographe est encore moins solide que l'encre des coliers4 ,c'est encore bien suffisant et cela rpond merveille aux proccupations de notre temps1 qui sont plutt de faire vite les choses que de les faire trs bien et en vue de la postrit la plus recule4 ,je ne m'arrange pas volontiers du stylographe et je le regrette modrment1 car je crois que cette invention est tout fait transitoire4 ,je rve un certain crayon-encre dont il y a des essais qui deviendront peut-tre satisfaisants4 ,non1 vraiment1 je ne suis pas de ceux qui regrettent la plume d'oie1 la plume que1 je ne sais pourquoi1 on cueillait sur l'oie vivante1 et que l'on taillait soi-mme4 ,c'tait une manire1 parat-il1 de rflchir ce qu'on allait crire4 ,l'invention de la plume mtallique a port un coup la littrature srieuse4 ,je recommande cette question la ,ligue de la bonne ,encre3 elles se tiennent4 ,,sur ,,une ,,phrase ,sur mille personnes qui rptent si volontiers la moiti1 je ne dirais pas de la pense1 car ce n'est mme pas une pense1 la moiti de la phrase de ,pascal3 ,les fleuves sont des chemins qui marchent4441 il n'en est peut-tre pas une qui soit capable de la complter3 444 et qui mnent o on veut aller4 ,s'ils la connaissaient toute1 peut-tre ne la rpteraient-ils plus1 car ils en verraient trop clairement l'absurdit4 ,cette fameuse phrase doit-elle tre classe parmi les sottises chappes aux grands hommes1 ou n'est-elle qu'une erreur de copiste1 ou encore une chose incomplte jete au hasard1 je n'en sais rien1 mais il est certain qu'elle n'a qu'une apparence de bon sens4 ,la premire partie est fort supportable parce qu'elle nonce un fait et qu'aux immobiles routes elle oppose les mobiles fleuves4 ,mais la seconde partie en dtruit tout l'effet4 ,je ne pense pas qu'il soit besoin d'expliquer que cette route qui marche ne marche que dans un sens et mne non o l'on veut aller1 mais bon gr mal gr o elle va ncessairement elle-mme2 ce sera une fois sur deux l prcisment o nous ne voulons pas aller4 ,elle est donc1 en tant que route1 bien infrieure aux plus simples chemins1 qui du moins n'ont pas de parti pris et nous mnent vraiment1 avec le seul effort du mouvement1 l o nous le dsirons4 ,pourquoi donc cette phrase est-elle devenue clbre8 ,probablement cause de l'antithse qu'elle contient1 bien que comme toutes les antithses1 fort incomplte et trs peu juste1 mme quand elle l'est le plus4 ,elle abrge le raisonnement pour ceux qui se contentent de peu1 qu'une vague apparence satisfait4 ,pascal n'tait pas un bon observateur1 mais la gnralit des hommes1 tant encore moins observateurs que lui1 l'ont suivi avec confiance4 ,un ,pascal peut-il dire une sottise ou une demi-sottise1 peut-il avoir une distraction8 ,,gassendi ,le petit village de ,champtercier1 prs de ,digne1 inaugure aujourd'hui un monument au philosophe ,gassendi qui naquit l la fin du seizime sicle4 ,l'originalit de ,gassendi est d'avoir t la fois un excellent prtre et un athe parfait4 ,quand on lui demandait comment il pouvait concilier des tats d'esprit si diffrents3 ,il y a temps pour tout1 rpondait-il4 ,il croyait en ,dieu en disant sa messe et le reste du jour vnrait picure4 ,les gens simples l'appelaient le bon prtre de ,digne1 mais les initis opposaient sa philosophie picurienne au rigide idalisme de ,descartes4 ,il avait deux brviaires1 le brviaire romain et le ,pome de la ,nature de ,lucrce4 ,gassendi est l'inventeur de la cloison tanche1 qui n'est peut-tre qu'un jsuitisme suprieur4 ,c'est l'art de la restriction mentale pousse au plus haut point1 l'art de cacher sous une adhsion de forme aux doctrines religieuses officielles la plus grande libert d'esprit4 ,cette attitude1 qui ne fut pas rare au ,x,v,i,ie sicle1 rendit les plus grands services4 ,elle permit de cultiver libralement les tendances de son esprit sans trop offusquer les autorits4 ,molire fut un disciple de ,gassendi4 ,la conception de ,tartufe est gassendiste4 ,si ,molire et avou que sa comdie tait une attaque directe contre la religion1 que son ,tartufe tait le type mme du dvt vritable1 il et risqu de finir ses jours la ,bastille2 mais en le donnant pour le faux dvt1 il se posait mme en dfenseur de l'intgrit religieuse1 et tout le monde y a t pris et on s'y laisse encore prendre4 ,que c'est singulier1 quand on y songe1 cette conception d'un ,molire champion de la dvotion ingnue6 ,le soin de dire sa messe permit ,gassendi de former quelques-uns des plus fameux libertins du temps4 ,on a dit qu'il tait sincre dans sa double foi4 ,le fait est que1 s'il pensa selon la doctrine d'picure1 il vcut une vie fort peu picurienne4 ,en ce cas1 il n'aurait fait qu'ajouter un mystre de plus aux mystres chrtiens1 le mystre de la cloison tanche4 ,,diderot ,a propos du centenaire de ,diderot1 on peut remarquer qu'il est certains crivains dont la rputation tait d'un genre tout diffrent1 de leur vivant1 de ce qu'elle est devenue dans la suite des annes4 ,vers la fin de la vie de ,diderot1 les uvres qui ont le plus fait pour sa rputation1 tant prs du peuple que prs des lettrs1 n'avaient pas encore t imprimes et on l'estimait surtout comme l'auteur laborieux de l',encyclopdie1 comme l'crivain un peu lourd des ,penses philosophiques ou de la ,lettre sur les aveugles4 ,le ,neveu de ,rameau1 qui est l'uvre vivante de ,diderot1 ne fut d'abord connu qu'en allemand par une traduction de ,gthe1 elle-mme retraduite en franais1 en #ahba2 on ne connut le texte original que beaucoup plus tard1 en #ahfb4 ,la ,religieuse ne fut imprime que sous la ,rvolution1 en #agif1 la mme anne que ,jacques le ,fataliste et ces deux uvres sont1 avec ,le ,neveu de ,rameau1 peu prs tout ce qui se lit de ,diderot4 ,il faut y joindre le ,supplment au ,voyage de ,bougainville1 qui est bien la chose la plus divertissante qu'ait jamais inspire la philosophie et qu'il faudrait mettre au rang des contes de ,voltaire4 ,enfin la rputation prsente de ,diderot est encore taye sur des pices de thtre qu'on a appris estimer et qui n'eurent de son temps aucun succs1 et aussi sur ses ,lettres ,mlle ,volland4 ,il n'y a presque aucun rapport entre le ,diderot d'aujourd'hui et le contemporain de d',alembert1 mais malgr tout le ,diderot romanesque tait bien contenu dans le ,diderot philosophique et les paradoxes du ,neveu de ,rameau taient en germes dans des crits plus lourds4 ,aussi est-il arriv que sa seconde rputation s'est admirablement greffe sur la premire et qu'elle n'a paru en rien disparate4 ,les crits posthumes prennent rarement place dans la partie glorieuse d'une uvre4 ,a peine arrivent-ils se faire connatre4 ,de ,diderot1 c'est au contraire la partie vivante3 nous le possdons plus rellement que ses contemporains eux-mmes4 ,,louis ,,veuillot ,on vient de clbrer assez discrtement le centenaire de ,louis ,veuillot4 ,les centenaires nous fixent sur la date de naissance des hommes momentanment clbres ou qui le furent4 ,j'ai donc appris avec plaisir que celui-ci tait n en #ahac4 ,on parlait encore beaucoup de lui au temps de ma jeunesse4 ,ce fut mme son grand moment d'autorit politique1 car les catholiques taient au pouvoir et il triomphait1 quoique avec mauvaise humeur1 car ce n'tait pas un homme amne4 ,cependant1 ds cette poque1 son heure littraire tait passe3 elle s'coula sous le second ,empire4 ,il essaya de la fixer en recueillant ses plus pittoresques chroniques parisiennes sous le titre des ,odeurs de ,paris4 ,ce livre1 qui m'avait amus quand je le dcouvris1 a bien vieilli1 mais beaucoup moins que tant d'autres de la mme poque et du mme genre4 ,on peut encore le relire1 mais qui oserait relire ,roqueplan ou ,aurlien ,scholl8 ,ce qui a confr une certaine dure la verve journalistique de ,veuillot1 c'est son pret4 ,cet homme ne sourit jamais1 il ricane4 ,sans doute1 il est plaisant de le voir dpiauter ces mauvais crivains qui pullulaient dj1 mais on souffre un peu de le voir confondre avec la tourbe les ,heine et les ,renan4 ,les confond-il8 ,oui et non3 mais jamais il n'a reconnu qu'on pouvait tre la fois un penseur et un libre-penseur1 un sceptique et un sage4 ,pour lui1 l'crivain qui ne va pas la messe n'est pas loin d'tre un misrable1 et quand on raille la religion1 on est bon pour l'chafaud4 ,on ne peut pas dire qu'il est de mauvaise foi4 ,il est ainsi fait4 ,il est catholique et tout ce qui n'est pas catholique lui semble digne de mpris4 ,cet tat d'esprit ne me dplat pas et mme j'en aime la rudesse4 ,avec les ,veuillot on sait quoi s'en tenir4 ,tant d'autres sont de dplorables amphibies6 ,,bons ,,conseils ,j'ai une petite collection de livres baroques o je m'amuse quelquefois et o je fais des dcouvertes4 ,hier j'y trouvai un petit trait que j'ai eu la patience de lire jusqu'au bout4 ,le titre est la fois ingnu et piquant4 ,le voici3 ,dix-neuf manires de faire fortune honorablement en commenant sans argent4 ,toutes ne sont pas btes et quelques-unes sont mme fort ingnieuses4 ,cependant le mot honorablement est de trop1 mais cela montre peut-tre seulement que la conception de l'honorabilit a beaucoup vari1 en paroles1 il est vrai1 plus qu'en fait4 ,nanmoins1 n'est-on pas d'abord surpris qu'il se soit publi en #ahdj un manuel aussi ingnu de la fraude8 #aj;e moyen4 ,le vin de ,lunel4 ,c'est l'art de transformer le vin d',argenteuil en vin de ,lunel et de le vendre en cette qualit444 ,un autre moyen de faire fortune est de tirer de l'alcool des pommes de terre1 d'y ajouter quelques gouttes d'alcali et de le vendre pour de l'excellente fine ,champagne4 ,il y a plusieurs procds de ce genre et tous aussi honorables4 ,en voici encore un dont la candeur tonnerait si l'on ne savait qu'il a donn d'excellents rsultats4 ,il s'agit tout simplement de se procurer un tas d'objets htroclites et de les orner1 avant de les mettre en vente1 d'tiquettes de ce genre3 ,plume avec laquelle ,voltaire crivit ,la ,pucelle1 ou bien3 ,balle trouve dans l'une des bottes de ,napolon aprs la bataille de ,wagram1 etc4 ,je pense que l'on a reconnu dans ce petit trait une satire de l'ingniosit industrielle ou commerciale qui commenait prendre son essor vers le milieu du rgne de ,louis-,philippe4 ,a la navet de la satire1 on devine la navet des fraudeurs ou des estampeurs4 ,comme toutes choses1 cet exercice de l'esprit humain a fait de grands progrs1 et naturellement la crdulit a augment en proportion4 ,elle a droit1 de nos jours1 des railleries d'une autre qualit4 ,,stendhal ,,et ,,casanova ,c'est une question bien affligeante pour les casanovistes que celle qui resurgit dans les troites colonnes de l',intermdiaire4 ,on la croyait non seulement lucide1 mais enfouie depuis longtemps au cimetire des vieux papiers4 ,la voici dans toute sa navet3 ,stendhal n'est-il pas l'auteur1 ou du moins le reviseur des ,mmoires de ,casanova8 ,il n'apparat pas1 dois-je dire1 qu'on la prenne dsormais au srieux1 mais c'est peut-tre trop de la laisser revivre1 mme pour un instant4 ,elle avait t lance jadis par le bibliophile ,jacob1 qui en souleva de plus ingnieuses4 ,mme il ne posait pas la question1 il affirmait1 il disait3 ,j'ai la certitude morale que ,stendhal1 etc444 ,et le malheureux donnait ses raisons4 ,on les a releves dans la prface de l'dition ,garnier et vraiment elles lui font peu d'honneur4 ,j'aimerais mieux que les intermdiaristes s'occupassent du vrai reviseur de ces ,mmoires1 qui fut1 comme on le sait1 un nomm ,jean ,laforgue1 professeur de franais ,dresde4 ,on a dit beaucoup de mal de lui1 qu'il a dfigur le texte de ,casanova1 qu'il l'a dulcor1 mais le parcourir avec suite1 on ne voit pas quels endroits il en aurait fauss le ton1 et quant l'adoucissement1 par ce qu'ils contiennent de verdeur et de choses trs oses1 on n'en aperoit pas bien la trace4 ,casanova destine son livre au public1 il n'y a srement rien mis de rebutant4 ,d'ailleurs1 ce n'tait pas un esprit grossier4 ,il n'a jamais frquent les courtisanes ou s'en est aussitt repenti4 ,s'il avait beaucoup de vulgarit1 il avait aussi une certaine dlicatesse4 ,c'tait un voluptueux mais aussi un perptuel amoureux et1 assurment1 il n'a pas cont ses bonnes fortunes dans un style rotique1 plus propre en diminuer la valeur qu' les rendre plus prcieuses son souvenir4 ,jean ,laforgue n'a t que le correcteur des italianismes qui abondent1 parat-il1 dans l'original4 ,plutt que d'accabler ce professeur de franais1 les casanovistes devraient vnrer sa mmoire4 ,,un ,,chroniqueur ,je ne me souviens pas que l'on ait ft le centenaire de ,mme de ,girardin4 ,cela aurait d intresser au moins la corporation des journalistes1 car presque aucun1 peut-tre1 ne fut plus brillant1 plus spirituel1 plus doucement satirique4 ,mais on vient de rcompenser le recueil choisi de ses uvres et voici une occasion1 plus sense qu'un anniversaire1 de rappeler son souvenir4 ,cette femme charmante1 qui n'est plus qu'un point1 peine visible l'il nu1 dans la constellation romantique1 fut pendant dix ans une toile lumineuse4 ,comme elle tait fort jolie1 on lui trouva l'air inspir ds qu'elle chanta et sa posie passa d'abord pour aussi belle que ses beaux cheveux blonds4 ,elle fut la ,muse1 elle fut ,vellda1 elle fut ,corinne4 ,chateaubriand lui trouva du gnie1 ,vigny l'aima2 ,lamartine1 toujours un peu morose1 l'admirait1 tout en la trouvant trop gaie1 car cette potesse tait de l'humeur la plus riante et sembla toujours plus heureuse qu'blouie de sa gloire4 ,cette gloire1 qui ne se comprend plus bien1 si on se met au seul point de vue littraire1 ne dura pas plus longtemps que sa premire jeunesse et que son tat de jeune fille4 ,le pote s'effaait quand1 ,girardin ayant fond la ,presse1 il se mtamorphosa soudain et se rvla chroniqueur4 ,sainte-,beuve1 qui avait presque toujours le mot juste1 mme sur ses contemporains1 avait bien dit que sa posie tait1 autant que d'un pote1 la posie d'une femme du monde4 ,c'est encore ce qu'elle resta en se faisant journaliste1 courririste parisien1 et ses ,lettres parisiennes en gardent un parfum particulier4 ,miracle6 ,on peut les lire encore avec un certain plaisir4 ,femme et pote1 elle est aussi un crivain4 ,,le ,,survivant ,rochefort est mort l'ge de quatre-vingt-trois ans et il crivait encore le mois dernier sa chronique quotidienne1 toujours la mme1 cela prs que1 jadis hrisse de piquants acrs1 ces piquants s'taient peu peu mousss1 puis fltris1 mais ils y taient4 ,effet de la vieillesse1 sans doute1 mais on peut se demander encore si une grande partie de la force des crivains1 des gens d'esprit1 des meneurs d'hommes1 ne rside pas dans l'admiration de leurs contemporains2 je le pense et qu'il n'est pas bon de survivre sa gnration4 ,a mesure qu'elle s'grne1 celles qui la remplacent cherchent ce qui faisait l'attrait du survivant et ne le trouvent pas4 ,bientt mme on ne se le demande plus et1 comme il n'exprime plus une seule ide contemporaine1 on le nglige puis on l'oublie4 ,hormis d'un petit groupe qui lui savait gr d'avoir accept son hospitalit1 ,henri ,rochefort tait parfaitement oubli1 aprs avoir jou la surface des choses un rle qui donne l'illusion d'tre considrable4 ,mais les rles considrables sont rares4 ,celui de ,rochefort avait du moins sa valeur psychologique4 ,il avait prouv qu'on peut s'imposer aux hommes1 du moins aux ,franais1 et du moins encore aux ,parisiens1 par la seule vivacit de son esprit1 par l'art quivoque de ramener toutes les questions des jeux de mots voisins du calembour4 ,sa fortune tait base sur un calembour digne du marquis de ,bivre1 qui n'en fit gure de meilleur4 ,et ce calembour1 il devait le rpter toute sa vie en le variant de couleur1 non de forme4 ,tant de persvrance engendra une admiration lgitime4 ,lgitime1 mais qui tient tout de mme du phnomne1 surtout pour ceux qui1 voulant juger les choses par eux-mmes1 sont venus trop tard et auxquels il n'a pu servir son champagne que fort vent4 ,,correspondances ,on va publier les lettres de ,verlaine un de ses amis4 ,elles s'tendent sur un grand espace de temps1 une trentaine d'annes4 ,si elles sont trs intressantes1 je ne les ai pas feuilletes assez longtemps pour m'en rendre bien compte1 mais elles sont des lettres de ,verlaine et cela suffit4 ,il n'avait pas toujours beaucoup de distinction dans sa prose et il y en a moins que jamais dans ces lettres un camarade2 l'on y verra du moins la preuve qu'il est quelquefois bon de sparer l'homme de l'crivain et d'en faire l'objet de deux jugements spars1 si l'on tient juger4 ,mais1 et c'est l ce que je voulais dire1 le ton lch d'une correspondance peut venir aussi de la qualit du correspondant et du genre d'amiti qu'il inspire4 ,c'est pourquoi on regrettera toujours de ne pas possder les correspondances compltes1 les lettres des deux parties4 ,je ne connais que peu de recueils de ce genre1 en dehors de la correspondance de ,gthe et de ,schiller1 de ,flaubert et de ,george ,sand1 o les pistoliers parurent un moment peu prs sur le mme plan4 ,quand l'un des correspondants est inconnu ou sans grande rputation1 on supprime gnralement ses lettres1 sans se douter qu'on supprime ainsi une partie de l'intrt que prsentent celles que l'on a conserves4 ,de la sorte1 la plupart des correspondances ressemblent des dialogues o l'on aurait effac les rpliques d'un des discoureurs1 une scne de comdie rduite un seul rle4 ,mais qui voudrait qu'un ,verlaine et conserv les lettres qu'on lui adressait8 ,ce ne serait plus le pote errant et malade1 ce ne serait plus ,verlaine4 ,flicitons-nous plutt qu'un de ses amis et song garder ds #ahfh la plupart 7car il en manque certainement7 des lettres qu'il en recevait4 ,cet homme tait-il un homme d'ordre8 ,avait-il prvu la fortune singulire de son ami8 ,peu importe4 ,j'en ai tenu un instant le manuscrit autographe4 ,il est1 matriellement1 bien curieux4 ,,universit,s ,je vois sur le prospectus d'une ,universit mondaine l'indication d'un cours de frivolits6 ,il y a l un double signe de dcadence si marqu que je lui dois bien quelques rflexions4 ,c'est d'abord le mot ,universit tomb rien1 qualifier un endroit o l'on donne des leons de piano1 o l'on conte ces anecdotes historiques qui prennent le titre d'histoire1 o des tableaux pittoresques de ,paris1 quasi cinmatographiques1 s'appellent sociologie1 o cent choses de jeu sont qualifies d'enseignement1 o l'enseignement vrai se drobe sous la fanfreluche4 ,rien de plus gentil et qui mrite mieux d'tre frquent par les jeunes filles et qui peut-tre soit mieux leur mesure1 mais rien qui dconsidre plus srement le vieux mot d',universit1 jadis si grave et si riche4 ,cette ,universit enrubanne et les universits populaires1 qui n'y ressemblent gure1 mais taient aussi des sortes de parodies1 tout cela montre que le vieux nom d',universit n'est plus gure pris au srieux et c'est assez juste1 car on a fini par s'apercevoir que la scission est peu prs absolue entre l'me franaise et l'me universitaire4 ,chacune chante de son ct4 ,bien peu d'crivains d'aujourd'hui et mme de philosophes qui aient une culture universitaire4 ,on voit mme parmi eux des sortes d'illettrs qui font fort bonne figure dans la corporation4 ,la culture littraire de la ,france s'labore plus que jamais en dehors de l',universit4 ,et finalement je trouve charmant que ce nom et ce titre soient usurps par un institut de frivolits4 ,la vieille ,universit ne peut qu'y gagner3 est-ce que d'minents professeurs ne professent pas aux deux siges8 ,on s'y mprend4 ,est-ce la coupe qu'ils enseignent la ,sorbonne1 la danse ou l'aquarelle8 ,on le croit quelquefois4 ,et pour bien des raisons cela n'a aucune importance4 ,,indulgence ,hier1 entre quelques amis1 nous passions en revue la qualit de pense de tels ou tels crivains momentanment clbres--tout n'est-il pas momentan1 mme la gloire8--et nous tions un peu tonns qu'elle ft aussi lgre4 ,je disais peu de chose1 soit que je sois devenu plus indulgent1 soit que je recherche dornavant dans les uvres littraires des qualits diffrentes de celles qui enthousiasmaient ma jeunesse4 ,au fond1 je crois que c'est l'indulgence qui dominait4 ,je l'avoue1 tous les livres nouveaux me paraissent gaux ou peu prs4 ,il en est peu de compltement nuls4 ,il en est encore moins de tout fait satisfaisants4 ,qui n'est pas dcid l'indulgence ne devrait en ouvrir aucun4 ,le got se blase4 ,il est un moment o toutes les femmes semblent pareilles4 ,de mme pour les livres4 ,et comme on donne la prfrence la femme qui pousse le plus loin l'art de plaire1 on choisirait le livre le mieux rempli de bonnes intentions4 ,c'est gnralement celui d'un jeune homme4 ,il est plein des illusions qu'on a connues4 ,cela attire notre sympathie4 ,mais les livres de ces gens d'exprience et qui n'ont pas mme la valeur de l'exprience1 de ces hommes qui ont travers la plus grande partie de la vie et sur lesquels la vie n'a laiss aucune empreinte1 il faut beaucoup de complaisance pour faire semblant de ne pas les mpriser tout fait4 ,de la complaisance ou de la rsignation4 ,ces remarques n'auraient tout leur sel que si on pouvait y mettre des noms propres1 mais nos murs s'y opposent4 ,en avouant mon indulgence1 j'avoue donc que je participe la politesse universelle qui est la marque de la lassitude ou de la lchet de notre poque4 ,quand je pense cela1 je me sens plein d'estime pour ,boileau ,despraux1 mais il faut bien que je me dise que si un ,boileau surgissait aujourd'hui1 il serait mis au ban de la socit littraire4 ,j'entends un vrai ,boileau1 non un insulteur sans solidit1 un homme qui saurait motiver ses jugements4 ,que cela nous ferait de bien6 ,l',p,e ,en lisant ces jours-ci que la corporation des midinettes allait offrir ,m4 ,charpentier1 lu l',institut1 son pe d'acadmicien1 je n'ai pu m'empcher de rire1 une fois de plus1 tant le contraste est comique entre l'ide d'acadmicien et l'ide d'pe rigole pour le sang4 ,je ne sais d'ailleurs pas s'il est des pes sans rigoles8 ni si les pes ordinaires des acadmiciens sont autre chose qu'un fourreau4 ,on leur offre parfois des pes damasquines1 des pes qui traverseraient leur homme de part en part1 comme celle de d',artagnan1 mais peut-tre que la prudence leur conseille de les dposer dans un placard1 pour viter l'aventure d',ampre1 dj de l',institut mais non encore pass l'tat d'unit lectrique4 ,ampre1 assistant en uniforme une soire1 s'tait bientt senti fort embarrass de cette pe qui lui battait les jambes et il la dtacha subrepticement1 la posa dans le creux d'un canap4 ,cependant tout le monde s'en allait1 il ne restait plus qu',ampre et la matresse de maison qui s'tait prcisment assise sur le canap o gisait l'pe4 ,ampre1 fort timide1 n'osait pas la dranger et la dame soutenait comme elle pouvait une conversation dsespre1 luttant entre sa politesse et le dsir de mettre la porte l',acadmicien qui1 l'il fix sur le creux o son pe s'tait enfonce1 avait l'air le plus embarrass et le plus ridicule4 ,enfin1 elle s'endormit et ,ampre avana la main4 ,il sentait l'pe1 il allait la rcuprer4 ,encore un effort et il la tenait6 ,mais l'pe vint toute seule1 laissant le fourreau1 la dame se rveilla soudain1 poussa un cri et des domestiques accourus la trouvrent pouvante devant un ,acadmicien1 l'pe nue la main6 ,cependant1 pourquoi une pe aux acadmiciens8 ,c'est tout simplement que1 lorsque les ,acadmies furent fondes1 tout le monde1 jusqu'aux laquais1 portait une pe4 ,a leur rorganisation1 comme on repchait les traditions1 on repcha l'pe4 ,ce n'tait pas encore ridicule1 l'uniforme militaire tait partout4 ,aujourd'hui1 cela n'a aucun sens1 pas mme symbolique4 ,,historiettes ,hier1 j'ouvris par hasard un tome de la ,chronique scandaleuse 7qui ne l'est pas plus que les autres mmoires secrets du dix-huitime sicle7 et1 en ayant parcouru quelques pages1 j'y retrouvai quelques-unes des histoires gaies qui ont fait la rputation de tels de nos contemporains1 celle-ci1 par exemple3 ,un officier municipal1 charg de surveiller les concerts1 fait un jour venir un musicien et le reprend sur sa ngligence3 ,vous vous reposez trop souvent1 pendant que les autres jouent4 ,il y a longtemps que je vous observe4--,mais444--,ne faites pas l'insolent4 ,je vous ai encore vu hier les bras croiss4--,mais je comptais mes pauses444--,qu'est-ce que c'est que a1 compter des pauses1 des gaudrioles1 peut-tre8--,mais enfin444--,ah6 taisez-vous et sachez qu'on ne vous paie pas pour ne rien faire4 ,ou encore3 ,les capitouls ont interdit un opra-comique1 comme trop libre4 ,sur cela1 la troupe affiche ,beverley1 pice en vers libres1 de ,saurin4--,comment1 encore des vers libres1 vous vous moquez4 ,et ils font fermer le thtre pour huit jours4 ,les municipalits de province n'avaient pas une trs bonne rputation d'esprit ,paris4 ,on y trouve aussi l'histoire du mdecin qui compte un client les visites amicales qu'il lui a faites1 les dners chez lui1 les promenades en sa compagnie1 et1 ce qu'il y a de curieux1 c'est qu'une aventure pareille a t juge rcemment et qu'on disait ce propos3 ,voyez quoi en sont rduits pour vivre les mdecins d'aujourd'hui4 ,erreur1 c'est une vieille anecdote4 ,ainsi les hommes n'inventent rien1 non seulement dans leurs propos1 mais dans leurs vies4 ,ils sont toujours forcs de lire la mme chose1 de faire les mmes choses et il se trouve toujours point un moraliste pour lever les bras au ciel et trouver l un signe des temps4 ,la btise elle-mme est imite4 ,ah6 c'est bien humiliant6 ,,histoires ,,de ,m,,decins ,molire a t presque tendre pour les mdecins du grand sicle4 ,il les a flatts4 ,on s'en aperoit tous les jours1 car il n'en est presque pas o l'on ne dcouvre1 dans quelques archives1 de nouvelles preuves de leur malfaisance4 ,voil-t-il pas que ,m4 ,jovy 7le plus intrpide des pascalisants7 croit avoir trouv la preuve qu'ils ont empoisonn ,pascal6 ,il a eu le courage de dpouiller l'amas de papiers indits de toute nature que l'on appelle le portefeuille de ,vallant4 ,ce ,vallant1 fort la mode en ces temps1 fut le mdecin de ,mme de ,svign1 de plusieurs autres grandes dames et aussi celui de ,messieurs de ,port-,royal4 ,de l ,pascal il n'y a qu'un pas4 ,vallant a soign ,pascal et de quelle manire6 ,il s'adjoignit un jour ,gunault1 et voici le dbut de l'ordonnance qui en rsulta3 ,m4 ,pascal souffre d'un embarras d'entrailles qui provient d'une humeur mlancolique2 cette humeur1 tandis qu'elle fermente1 met des vapeurs qui produisent des symptmes diffrents suivant la diversit des parties qu'elles atteignent2 elles fermentent parce qu'elles bouillent et cette bullition provient de la chaleur444 ,d'o saignes aux quatre membres1 ensuita purgare avec force sn1 crme de tartre et pommes acides4 ,d'autres fois1 ce fut du vin mtique et de l'antimoine et c'est l'antimoine que l'on accuse4 ,dj au dix-septime sicle1 il tait fort souponn4 ,c'est un problme1 dit ,boileau1 de savoir combien en un printemps--,gunault et l'antimoine ont fait prir de gens4 ,pauvre ,pascal6 ,l'me empoisonne par ,port-,royal1 le corps empoisonn par ,gunault1 on s'tonne qu'il lui soit rest quelques lueurs de gnie4 ,les dvts affolaient son esprit1 les mdecins torturaient ses entrailles1 faisaient de ses membres des fontaines de sang6 ,quand la mort le dlivra de ses bourreaux1 son intelligence vacillait1 son corps tait une loque4 ,quelle destine6 ,,une ,d,,couverte ,un statisticien vient de dcouvrir qu'il y a plus du tiers des habitants de ,paris qui demeurent dans des logements trop troits1 entasss les uns sur les autres1 et que cela est trs malsain4 ,les malheureux rduits vivre dans ces touffoirs seront les premiers de son avis1 mais ils lui feront observer que ce n'est pas tout fait leur faute et qu'ils prfreraient mme possder un htel entre cour et jardin ou mme une simple villa dans les environs4 ,mais au prix o sont les pierres faonnes en maisons1 ils sont obligs de se contenter de peu1 bien que cela les navre4 ,s'ils sont vous au suicide lent1 ils ne l'ont pas choisi4 ,c'est dj trs beau pour un pauvre homme1 charg d'une famille1 si peu nombreuse qu'elle soit1 d'avoir conquis un tout petit appartement dans une vieille maison et il est de son devoir de s'en consoler en se reprsentant la vie de ceux qui couchent sous les ponts ou qui sont forcs de s'en remettre aux hospitalits ingnieuses de ,m4 ,cochon4 ,quand on soulve de ces tristes questions1 on devrait en tenir la solution dans sa main ferme et l'ouvrir au bon moment1 pour en faire jaillir la surprise4 ,autrement1 c'est se jouer de notre sensibilit1 car nous n'y pouvons rien4 ,et mme1 du train dont montent les loyers1 ce ne seront bientt plus les seuls pauvres qui toufferont dans des casiers minuscules1 ce seront encore les petits employs1 les petits retraits1 se loger dans un vrai appartement tendant devenir un luxe qui n'est pas la porte du premier venu4 ,je souhaite vivement que les maisons bon march dont on parle tant soient un remde cette misre1 mais je n'y compte nullement4 ,ce sera trs beau si les architectes consentent n'y mettre que tout juste la quantit de faux luxe qui permettra de ne pas y louer plus cher que dans les autres4 ,,tuberculose ,il n'y eut jamais plus de tuberculose sous toutes les formes que depuis qu'on a imagin de s'en prmunir par tous les moyens possibles4 ,un mdecin1 rcemment1 nous mettait en garde contre chiens et chats qui peuvent fort bien la transmettre1 surtout aux enfants qui jouent intimement avec eux4 ,la vrit est que tout est dangereux et qu'il n'y a rien de plus dangereux que l'exercice mme de la vie1 mais aussi que moins on pense ces dangers de tous les instants1 et mieux cela vaut4 ,le microbe de la contagion est partout4 ,il nous guette chaque mouvement et il n'y a vraiment qu'un moyen de lui chapper1 c'est de tcher de mettre son organisme en tat de rsistance constante4 ,on a soutenu que la fivre typhode dont l'agent est galement rpandu partout s'attaquait principalement aux dbilits et que la vraie cause de sa frquence dans les casernes tait beaucoup moins l'eau que l'tat de fatigue des jeunes soldats4 ,la mdecine est oriente ne considrer que les germes vivants des maladies1 mais le terrain o tombent ces germes ne saurait tre indiffrent4 ,l'hygine sociale ne doit pas faire oublier l'hygine individuelle dont le premier commandement est une saine nourriture4 ,mais comment recommander cela sans ironie toutes ces pauvres femmes qui travaillent pour un salaire qui leur permet de djeuner avec quatre sous de charcuterie et deux sous de cerises8 ,nous prenons toutes les questions rebours et nous sommes trs surpris de n'arriver rien4 ,si un enfant peut attraper la tuberculose en jouant avec un chien1 il peut tout aussi bien l'attraper en jouant l'cole avec un camarade ou en ne jouant pas1 en s'asseyant seulement sa place sur son banc4 ,il faudrait ne pas vivre4 ,c'est bien cela4 ,ce serait mme le seul moyen de ne pas mourir4 ,,gr,,ve ,,du ,,pain ,j'ai une grande sympathie pour ces gens qui travaillent la nuit1 pendant que je me repose1 qui peinent pour que j'aie mon rveil un tas de petites satisfactions quotidiennes1 sans lesquelles ma vie serait gte1 et quand je pense eux1 c'est toujours avec reconnaissance4 ,le boulanger est au premier rang de ceux-l4 ,je voudrais que les bourgeois songeassent1 comme je le fais1 tous ces malheureux qui passent des nuits blanches sur les chemins ou dans des caves pour augmenter les agrments de leur existence4 ,le travail de nuit du boulanger est le plus connu1 tant le plus sensible et le plus pittoresque4 ,on le voit1 par les soupiraux1 ds dix heures du soir travailler la pte et la disposer dans des corbeilles4 ,il n'est donc pas besoin d'tre noctambule pour apprcier son labeur4 ,d'autres mtiers sont plus secrets ou ne sont observs que par de rares personnes4 ,la lettre qui vous surprend le matin a voyag ou a t surveille toute la nuit4 ,le journal qu'on vous apporte en mme temps a tenu debout jusqu' l'aurore toutes sortes d'employs et d'ouvriers4 ,le lait1 les lgumes que vous allez manger se sont mis en route comme vous vous couchiez1 ainsi que les fleurs qui vont vous rjouir1 et si ces choses viennent de plus loin que les environs de ,paris1 assez souvent il faut qu' leur arrive trs matinale il se trouve des hommes pour les recevoir et les distribuer4 ,le travail humain le plus essentiel la vie mme se fait en grande partie la nuit4 ,avouez qu'il devrait tre mieux rtribu que le travail de jour qui est plus ais1 plus conforme la physiologie4 ,or1 c'est souvent le contraire4 ,et tel est notre gosme que nous en jouissons la plupart du temps sans y faire attention4 ,une grve du pain1 et plus complte que celle-ci1 serait trs salutaire1 non seulement pour les mitrons1 mais pour toutes les sensibilits endormies4 ,,le ,,pain ,,blanc ,de temps en temps1 des gens difficiles trouvent que le pain blanc est trop blanc1 que c'est mauvais signe1 que cette couleur est suspecte et dnote un lymphatisme trange4 ,pour un peu1 ils voudraient que le pain ft fabriqu avec ce que l'on te du bl pour le transformer en blanche farine1 avec le son que l'on destine gnralement aux cochons4 ,ah6 si nous tions1 disent-ils1 nourris comme les petits cochons1 nous serions roses comme eux1 et forts1 et gras1 et dispos6 ,il y a dj quelques annes qu'on nous chante cette antienne1 si bien que l'on vit1 durant quelque temps1 rgner la mode du pain complet4 ,pour satisfaire leur clientle1 comme on ne trouve pas dans le commerce de farine complte1 les boulangers faisaient de leur mieux pour obtenir du pain gris4 ,les amateurs ne le trouvaient jamais assez gris3 ,ce pain1 disaient-ils1 est incomplet4 ,ah6 comme les ttes tournent6 ,on peut1 en effet1 se rappeler avec quel enthousiasme avait t accueilli ce pain ultra-blanc que permettaient les minoteries perfectionnes1 les cylindres d'acier6 ,et ce pain ultra-blanc tait mis la disposition du peuple1 des pauvres mme1 au mme prix que l'ancien pain gristre4 ,quel progrs6 ,une re nouvelle vraiment s'ouvrait pour les hommes6 ,puis le vent a vir4 ,finalement on s'est aperu que ce progrs trop visible1 oui vraiment trop clatant1 tait une pure illusion et qu'il n'y a aucun rapport nutritif ni mme savoureux1 bien au contraire1 entre le pain et la blancheur4 ,le progrs1 c'est de revenir au pain d'autrefois1 fait avec de la farine sans clat1 mais solide1 qui est produite par les vieux moulins dont les roues tournent dans l'eau ou les ailes1 dans l'air4 ,je n'ai mang de vrai pain que dans les pays qui passaient pour arrirs1 la ,hague1 la ,bretagne4 ,,vivisection ,il y a une revue qui a pour titre ,l',antivivisection4 ,on m'en a envoy un fascicule1 peut-tre pour me faire rflchir sur ces questions1 peut-tre au petit bonheur1 en esprant trouver un adhrent aux ides reprsentes par la ligue du mme nom et la revue qui semble la reprsenter4 ,on a russi dans la premire hypothse1 mais moins je lis de bulletins de ce genre1 plus je suis dispos la sympathie pour leur ide totale4 ,j'aime les animaux1 je sympathise peut-tre plus avec leurs yeux qu'avec les yeux humains2 ils sont plus limpides1 plus doux et quelquefois plus intelligents4 ,je ne me reprsente pas sans angoisse un chien ou un chat que l'on torture et je n'aime pas m'arrter une telle pense4 ,mais si j'ai de la sensibilit1 je me crois dou d'assez de raison et je rougirais vraiment de m'indigner de ce que le docteur ,carrel a sacrifi quelques animaux ses expriences de greffe animale4 ,et ces pauvres singes auxquels on a inocul la syphilis8 ,et ces petits cobayes aux yeux roses auxquels on a fait toutes sortes de misres8 ,n'a-t-on pas eu la barbarie d'implanter le cancer sur de jolies petites souris8 ,si on pouvait trouver ce prix-l la gurison du cancer de l'homme1 celui qui s'opposerait de telles expriences ne serait-il pas un ennemi de l'humanit8 ,c'est grce aux vivisections de ,claude ,bernard1 quoi qu'en dise la revue1 qu'on sait ce que c'est que le diabte et qu'on peut le soigner efficacement4 ,tout ce que l'on doit demander aux oprateurs1 c'est de ne pas faire souffrir inutilement1 btement les animaux qu'ils soumettent leurs expriences1 et je dteste1 autant que les rdacteurs mme de la revue1 les amateurs imbciles qui ouvrent un animal vivant pour voir ce qu'il y a dedans4 ,mais je crois aussi que la plupart des vivisecteurs de profession sont des gens qui obissent la ncessit de leur mtier et qui ne sont curieux qu'au nom de la science et de l'humanit4 ,les abus1 non la pratique de la vivisection1 sont condamnables4 ,il y en a certainement1 mais je ne croirai jamais que l',institut ,pasteur coupe des btes en morceaux pour rien1 pour le plaisir4 ,on voit que je ne touche mme pas la grande question3 les animaux ont-ils conscience de leur douleur8 ,elle est insoluble4 ,il faut accepter les apparences4 ,,les ,,gu,,risseurs ,une femme gurissait les malades par des moyens innocents et mystiques1 l'imposition des mains et de bonnes paroles4 ,cela ne doit pas russir avec tout le monde1 mais cela peut trs bien donner des rsultats momentans quand on a affaire des tres nerveux1 hystriques1 crdules1 des simples un peu dtraqus4 ,quoi qu'il en soit1 un syndicat de mdecins dnona cette femme pour exercice illgal de la mdecine et aprs plusieurs jugements favorables ou dfavorables1 la ,cour d'appel vient de l'acquitter dfinitivement et1 par consquent1 lui rendre la libert d'imposer les mains tant qu'elle voudra4 ,les magistrats ont jug que ce n'tait pas l proprement l'exercice de la mdecine4 ,notez qu'elle n'ordonne jamais de mdicaments1 qu'elle ne touche jamais les malades1 qu'elle n'agit que par des gestes1 d'o elle croit qu'il mane un fluide4 ,et si le fluide existe1 il s'est montr bienfaisant2 s'il n'existe pas1 il ne saurait nuire4 ,c'est fort bien jug4 ,d'ailleurs pour moi1 j'irais beaucoup plus loin dans ces principes de libert et je ne verrais nul inconvnient ce que ft proclame la libert de la mdecine4 ,a bien rflchir1 le privilge des mdecins est extraordinaire4 ,il ne se comprendrait pas1 la mdecine ft-elle une science exacte4 ,s'il a survcu aux autres privilges abolis par la ,rvolution1 c'est par suite d'un prjug plus fort que les principes mmes4 ,la valeur d'un homme dans un mtier se juge par les rsultats4 ,le diplme est une possibilit1 non une preuve de capacit4 ,ce sera1 si vous voulez1 un commencement de preuve1 mais non la preuve dfinitive1 qui est la gurison mme4 ,il se peut que la mthode positive convienne la majorit des hommes1 mais il se peut aussi qu' certaines natures convienne mieux la mthode mystique4 ,il y avait dans les temples des dieux gurisseurs en ,grce des montagnes de bquilles2 il y en a dans les mosques et dans les marabouts4 ,toute motion prvue ou imprvue peut gurir certains tats nerveux sous la dpendance desquels voluent certaines maladies ou du moins certains maux4 ,un mdecin gurit ou amliore souvent l'tat d'un malade par la confiance qu'il inspire plus que par les remdes qu'il prescrit4 ,pourquoi empcher un malade d'aller vers la source o il a mis sa foi8 ,ceci n'attaque pas les diplmes1 mais comment un diplm ose-t-il se plaindre qu'un non-diplm fasse mieux que lui8 ,,le ,r,,gime ,que peut bien manger un homme condamn pour quelque temps viter tout aliment sal8 ,nous cherchions cela l'autre jour et nous ne trouvions rien en dehors du chocolat et des diffrentes sucreries qui ne peuvent former un menu apptissant que pour les enfants gourmands4 ,encore qui pourrait affirmer que l'amande du cacaoyer est pure de tout sel8 ,y a-t-il des aliments sans sel1 mme parmi les vgtaux8 ,la vie sans sel est-elle possible8 ,il semble que non1 et la recherche d'un rgime sans sel serait une chimre4 ,son premier lment est toujours le lait1 mais le lait1 qui est un produit animal1 contient videmment des traces de sel4 ,il en est de mme des ufs4 ,les plus fades vgtaux doivent contenir du sel1 et l'herbe des champs elle-mme est assez sale pour transmettre sa salure aux animaux qui ne vivent que d'herbe et dont la chair1 pourtant1 et le sang ont un degr lev de concentration saline1 et un degr constant d'ailleurs4 ,on se demande donc si les herbivores se contentent de puiser dans les vgtaux les traces de sel qu'ils contiennent1 ou s'ils ne se trouvent pas1 par le fait mme qu'ils sont des vertbrs1 dous du pouvoir de fabriquer le sel ncessaire leur vie4 ,il en rsulterait1 pour les humains1 la parfaite inanit des rgimes sals ou dessals1 puisque ce serait l'organisme qui fabriquerait son sel1 s'il n'en reoit pas1 de mme qu'il le rejette s'il en reoit trop4 ,le sang d'un vgtarien et le sang d'un marin nourri de viande sale contiendront parfaitement la mme teneur en sel1 et ceci n'est pas sans faire rflchir4 ,pourtant1 il est trs possible que les rgimes viennent prcisment au secours de l'organisme en lui pargnant la moiti de la besogne4 ,puis1 dites-vous que vous tes un sujet d'exprience et que si vous mourez de faim1 c'est pour la science4 ,quel rconfort6 ,,le ,,vin ,s'tant mise substituer aveuglment le raisonnement l'exprience1 la mdecine moderne dcrta contre le vin4 ,inutilement l'exemple des sicles protestait4 ,de tout temps les races europennes1 et surtout depuis l'extension du catholicisme qui en a fait un de ses fondements1 ont bu du vin1 s'y sont peu peu habitues1 l'ont incorpor leurs murs4 ,et l o la vigne ne pousse pas1 de tout temps aussi les hommes s'taient cr diverses boissons alcooliques1 cidre1 bire1 d'autres encore1 et tout cela tait considr comme un bienfait quotidien4 ,il semble1 si ces boissons furent1 un certain moment1 juges dangereuses par leur abus1 qu'on aurait d tout au moins tenir compte de l'habitude qu'en avaient les hommes4 ,la pratique mme de la mdecine ne montrait-elle pas qu'il est dangereux de supprimer tout d'un coup une mauvaise habitude1 ft-ce l'alcool pur1 ft-ce le tabac1 et mme l'ther ou l'opium8 ,les mdecins ne comprirent pas ce mcanisme physiologique et persuadrent beaucoup de leurs clients de ne boire que de l'eau3 les cas d'appendicite se multiplirent4 ,ce n'est que tout rcemment que l'on dcouvrit qu'il pouvait y avoir une relation entre ce rgime trop bnin et l'extension de ce mal4 ,la mdecine commence cder et n'est pas trs loigne de croire maintenant l'utilit des boissons alcooliques prises dose modre et1 par-dessus tout1 du vin4 ,dans quelques sicles1 cette campagne contre le vin1 partie d'un pays qui est la rgion par excellence de la vigne1 paratra inimaginable1 mais on en trouvera peut-tre la cause dans le phylloxera et les fraudes qui s'ensuivirent4 ,les ennemis du vin auront confondu avec le jus de la vigne des mixtures horrifiques o il entrait jusqu' des teintures1 jusqu' de l'acide sulfurique4 ,,le ,,rhume ,le rhume est un tat o on ne peut ni parler1 ni lire1 ni crire1 ni penser autre chose qu'au mal ridicule qui nous treint4 ,la grande distraction de l'homme enrhum est d'abord de rechercher dans ses souvenirs1 pais comme le brouillard1 la cause de son rhume4 ,il ne la trouve jamais avec certitude4 ,il semble qu'on n'ait rien se reprocher et pourtant le mal est venu4 ,il est l4 ,on le sent grandir avec pouvante4 ,mais les souvenirs s'paississent encore1 et il ne nous reste de conscience que pour courir aprs une respiration qui menace de s'chapper tout fait4 ,le rhume est un mal ridicule1 mais aussi un mal affreux4 ,il est probable que s'il durait plus de vingt-quatre heures l'tat aigu1 il serait class parmi les tortures4 ,mais si ce n'tait pas une torture1 ce serait encore une humiliation1 car ses manifestations extrieures rendent l'homme grotesque4 ,le rhume vous retranche de l'humanit4 ,d'ailleurs1 maintenant que l'on voit la contagion partout1 on s'carte volontiers de l'homme enrhum4 ,mais si le rhume se transmet par contact1 rien n'est plus capricieux4 ,s'il y a un microbe de la chose1 ce qui est possible aprs tout1 c'est un microbe fantasque1 qui se dveloppe dans les courants d'air1 dans les souliers humides et de l saute subrepticement dans les fosses nasales4 ,je ne pense pas que l'on ait mme tent un commencement d'explication de la relation qui existe entre la plante des pieds et le sige du sens olfactif4 ,c'est un des mystres de la physiologie humaine et l'un des plus dsagrables4 ,mon tat ne me permet pas de creuser davantage la question1 mais il m'impose de la soumettre aux physiologistes4 ,il me reste tout juste assez de lucidit pour envoyer chercher chez le pharmacien des drogues inutiles1 mais dont l'essai me fera toujours passer le temps4 ,,le ,,sursis ,c'est un jeu auquel on se livre beaucoup en ce moment dans la presse et sans doute dans les salons1 o l'on ne sait quoi faire4 ,en voici le thme1 qui a t fourni par une pice de thtre3 ,si l'on vous annonait1 mais premptoirement1 que vous n'avez plus que cinq ou six ans vivre1 que feriez-vous1 comment prendriez-vous la chose8 ,n'insistons pas sur ce que la proposition a d'irrel4 ,il n'est donn personne d'en condamner une autre la mort diffre4 ,on ne voit ce mot que sur les prospectus des compagnies d'assurances et encore dans un tout autre sens4 ,jamais un mdecin qui n'est pas fou n'affectera une telle assurance de diagnostic1 d'abord parce qu'il ne la possde pas1 ensuite parce que1 la possdant1 il se gardera bien d'en faire usage4 ,et encore1 nul malade ne le croirait1 s'il prononait une telle condamnation4 ,c'est contraire la psychologie humaine4 ,la vie n'est possible que greffe sur une certaine esprance1 si indcise qu'elle soit et si prcaire4 ,le philosophe mme1 qui ne croit pas l'avenir et qui se sait parfaitement dans la main du destin1 se sentirait mal l'aise si sa fin1 dont il ne doute pas qu'elle viendra l'improviste1 lui tait marque avec tant de certitude4 ,ceux mme qui n'aiment pas les projets et qui sourient qui leur demande ce qu'ils feront l'an prochain1 n'obissent qu' un tat d'esprit assez vague1 une tendance de caractre4 ,ce sont des douteux1 ce ne sont pas des condamns4 ,quant la fable dramatique1 elle n'est pas sense4 ,quand la science donne six ans de vie une jeune tuberculeuse1 c'est comme si elle lui donnait l'avenir1 car six ans contiennent toutes les possibilits4 ,,sur ,,la ,,logique ,il y a vraiment peu d'esprits capables de pousser jusqu'au bout la logique de leurs dductions1 mme dans le domaine scientifique4 ,ainsi je viens de lire un excellent livre sur les concepts fondamentaux de la science du philosophe1 italien malgr son nom1 ,federigo ,enriques4 ,tant qu'il reste dans la science pure1 ses principes sont solides1 mais il a voulu aborder la psychologie et aussitt le philosophe a draill1 s'engageant dans une dissertation qui tend prouver que la thse de la libert de notre volont ne contredit pas le dterminisme4 ,voil encore un savant qui a t bloui par la morale et qui s'est demand avec anxit ce qu'elle deviendrait si on soumettait la volont au dterminisme des motifs4 ,alors il se trouve entran par la puissance du prjug confondre la libert avec l'imprvisible4 ,on ne sait pas1 dit-il1 en substance1 de quel ct la girouette va tourner2 donc elle est libre4 ,reprsentons-nous un monsieur jeune1 riche1 de trs bonne sant1 devant la carte trs varie d'un grand restaurant4 ,pour lui1 pour nous1 qui l'observons1 il semble libre d'ordonner son menu4 ,mais dans le fait1 cette libert est strictement commande par ses gots1 ses curiosits1 la capacit de son apptit4 ,nous sommes dans une situation analogue devant les actes possibles de la vie4 ,nous croyons les choisir et ils nous sont imposs notre insu par les actes antrieurs que nous avons accomplis ou dont les consquences nous ont touch4 ,la seconde avant d'agir1 quelquefois nous ne savons pas comment nous allons agir1 mais notre inconscient le sait pour nous4 ,la preuve de la non-libert de la volont est dans l'existence mme des personnalits1 des caractres4 ,si nous tions libres1 nous n'aurions ni personnalit1 ni caractre1 nous tournerions au hasard4 ,il nous reste cependant une libert2 nous sommes libres d'inventer des motifs1 libres de colorer notre gr les actes o la ncessit nous incline4 ,et cela suffit pour nous donner l'illusion de la volont libre4 ,mais cela mme est une manire de parler qu'il ne faudrait pas analyser de trop prs4 ,,christophe ,,colomb ,on a dcouvert successivement que l'inventeur de l',amrique tait italien1 espagnol4 ,le voil maintenant corse1 comme ,napolon1 et1 par la plus tonnante des prestidigitations historiques1 franais1 toujours comme ,napolon4 ,colomb serait n ,calvi4 ,or1 la ville de ,calvi se donna1 en #adei1 au ,srnissime ,seigneur le ,roi de ,france3 donc1 quand il dcouvrit l',amrique1 il tait sujet franais4 ,est-ce la vraie raison8 ,admettons que ,colomb soit n ,calvi et faisons abstraction de cette donation la ,france1 qui n'eut pas grande consquence1 il n'en serait pas moins franais1 puisque la ,corse est devenue dans la suite des temps un dpartement franais4 ,c'est l le vrai raisonnement1 et il me plat4 ,grce lui1 on peut dmontrer qu',homre et ,jsus furent des clbrits turques et ,bouddha une personnalit anglaise4 ,au moins c'est amusant4 ,que ces questions de nationalits sont donc mal comprises6 ,cela n'a vraiment de valeur qu'au point de vue de l'impt et de la judicature4 ,ce qui importe1 c'est la race1 qu'un transfert de proprit ne saurait changer4 ,si l'histoire tait une chose srieuse et scientifiquement comprise1 on dirait que ,napolon tait corse1 et on ne dirait jamais qu'il tait franais1 car la race corse a compltement volu en dehors de la race franaise4 ,il ne serait pas plus lgitime de l'appeler italien1 car la ,corse a de mme volu tout fait sparment des diverses rpubliques ou principauts italiennes4 ,il est certain que cette conception des races1 oppose la conception des nationalits1 mettrait beaucoup de trouble dans les esprits et dans les manuels historiques444 ,mais je m'aperois que1 rsume en trente ou quarante lignes1 la question est difficile faire comprendre4 ,moins peut-tre que l'origine franaise d'un homme n en ,corse au ,x,v,ie sicle4 ,,provinces ,les dpartements n'ont jamais eu qu'une vie officielle et administrative4 ,ils ne sont gure entrs dans la conversation1 et ce qui a le plus contribu les maintenir en dehors de l'usage1 c'est peut-tre que les chemins de fer ont ignor leur existence4 ,comme ils s'tendent ncessairement sur tout un groupe de dpartements1 ils ont adopt soit les noms plus vastes des anciennes provinces1 soit les noms de rgions4 ,l'tat1 lui-mme1 est bien oblig de diviser ses lignes en lignes de ,normandie1 de ,bretagne et du ,sud-,ouest4 ,partout1 c'est de mme3 il y a deux voies pour aller dans le ,midi1 la ,bourgogne et le ,bourbonnais4 ,l'amour assez nouveau des paysages a galement redonn l'existence aux anciennes provinces4 ,il y a les paysages du ,berry et les paysages de ,provence1 ceux du ,dauphin1 de la ,champagne ou du ,limousin1 rcemment dcouverts4 ,au point de vue esthtique1 du moins1 le dpartement n'est qu'une petite division du territoire franais4 ,cela tient aussi ce que beaucoup de noms de dpartements sont trs mauvais3 ,seine-,infrieure1 ,tarn-et-,garonne1 ,haute-,vienne1 etc4 ,puis1 franchement1 mme du point de vue administratif1 le dpartement est devenu trop petit4 ,mais laissons cela4 ,plusieurs provinces aussi taient trs petites et d'autres1 immenses1 taient sans aucune cohsion4 ,il est certain qu'on ne rtablira jamais les provinces dans leur tat ancien4 ,d'ailleurs1 qu'tait en dernier lieu l',ile-de-,france8 ,on n'en sait rien4 ,un nom1 peut-tre1 et moins en usage qu'aujourd'hui4 ,est-il possible de reconstituer la ,normandie8 ,il n'y a aucun rapport d'intrts entre la rgion de ,rouen et la rgion de ,coutances1 qui se rattacherait plus volontiers celle de ,rennes4 ,mais quel inconvnient ce que les deux catgories de noms soient conserves8 ,les uns et les autres rpondent des besoins diffrents4 ,si on rforme les divisions prfectorales1 les anciennes provinces ne seront certainement pas un modle suivre4 ,ce ne sont plus que des divisions gographiques et esthtiques4 ,,le ,,limousin ,ce fut1 au grand sicle1 un pays ridicule et1 de plus1 un lieu d'exil4 ,un sieur ,jannart1 ami de ,fouquet et parent de ,la ,fontaine1 ayant t pri de se retirer ,limoges1 le pote l'y suivit4 ,plusieurs de ses lettres ,mlle de ,la ,fontaine sont dates de cette ville2 il en gote surtout la table et la bonne compagnie1 dont il loue les mrites4 ,on y voit cependant que la connaissance du franais cessait vers ,bellac3 plus loin1 le paysan ne parle que son patois4 ,on croyait fermement1 dans le reste de la ,france1 que le ,limousin tait un pays de rustres1 quasi de sauvages1 et ce nom seul suffisait faire rire4 ,m4 de ,pourceaugnac est gentilhomme limosin1 et cela tout d'abord gayait le parterre4 ,molire1 ayant plaire au public1 devait feindre de partager ses prjugs4 ,la ,fontaine ne les partage point1 mais il les connat3 ,n'allez pas1 dit-il1 vous figurer que le reste du diocse soit malheureux et disgraci du ciel comme on se le figure dans nos provinces4 ,je vous donne les gens de ,limoges pour aussi fins et aussi polis que peuple de ,france4 ,cependant il les trouve un peu complimenteurs et ils ne lui plaisent point4 ,le prjug contre cette province et ses habitants dura longtemps4 ,encore au sicle dernier on ne voulait les connatre que d'aprs les maons qui en taient presque tous originaires4 ,auvergnats1 ,savoyards1 ,bretons et ,limousins passrent longtemps pour des types peu recommandables1 gros paysans sales1 mangeurs de soupe1 avares et retors4 ,puis on vit peu peu qu'ils ressemblaient tous les autres paysans et qu'ils avaient leurs mrites4 ,comme pays1 le ,limousin est encore un des moins connus1 bien qu'il soit l'un des plus pittoresques4 ,mais son tour est enfin venu de connatre la mode1 de recevoir et peut tre de garder les visiteurs4 tant le dernier dcouvert1 il est certainement le moins gt4 ,touristes1 profitez de cette virginit4 ,,la ,,savoie ,il est bien curieux1 ce nouveau guide en ,savoie que vient de publier ,m4 van ,gennep1 au nom si peu savoyard1 mais qui n'en a pas moins de multiples raisons pour aimer ce pays1 qu'il connat mieux que quiconque4 ,guide n'est pas le mot4 ,c'est plutt une monographie pittoresque1 quoique1 si j'allais l-bas1 je l'emporterais sans doute avec moi plus volontiers que tels ou tels guides proprement dits1 car avec lui1 j'emporterais l'me mme de la ,savoie4 ,histoire1 gographie1 contes1 lgendes et traditions1 il rsume tout cela dans une manire sre et agrable aussi4 ,on y apprend que1 comme toutes les autres provinces curieuses de ,france ou des entours1 la ,savoie fut dcouverte par les ,anglais4 ,ce sont eux qui les premiers contemplrent ses montagnes avec un regard dsintress1 avec l'espoir d'y trouver une motion4 ,cela remonte au ,x,v,i,ie sicle1 l'heure o les ,franais qui auraient pu partager de tels sentiments se contentaient de voyager de ,paris ,fontainebleau1 en carrosse mal suspendu4 ,un ,anglais parcourait alors l',europe cheval1 en charrette1 en bateau1 en chaise porteurs1 mais surtout pieds4 ,plus tard il se lana travers l',orient mais si c'tait encore assez hardi1 ce l'tait peut-tre moins que d'explorer la ,savoie4 ,il faut retenir son nom1 c'tait un certain ,thomas ,coryat4 ,sa relation n'a pas encore t entirement traduite4 ,avant lui1 le ,vnitien ,morosini a dit quelque chose de la ,savoie1 mais ,morosini n'a aucun sens du pittoresque4 ,il l'a beaucoup moins que l'historien latin ,ammien ,marcellin1 qui donne du paysage alpestre un tableau assez saisissant et parle romantiquement de l'horreur des neiges ternelles4 ,trois ,italiens du ,x,v,i,ie sicle connurent aussi la ,savoie1 qui les tonna4 ,aprs eux1 il n'en est plus gure question jusqu' ,jean-,jacques et son aventure des ,charmettes4 ,on sait que la ,savoie existe1 on la traverse mais on ferme sans doute les yeux ce moment1 on ne la voit pas4 ,le livre de ,m4 van ,gennep me l'a montre4 ,avant lui je ne la connaissais gure4 ,,voyage ,,en ,,france ,j'espre que les dlgus du tourisme1 qui vont se runir1 sauront trouver un rle et une place d'honneur pour notre grand touriste1 pour ,ardouin-,dumazet1 qui a parcouru1 et souvent pied1 le bton la main1 la ,france entire1 et qui a rdig ses observations en cinquante-cinq ou soixante volumes1 car l'uvre continue4 ,ayant tout vu1 il trouve sans cesse revoir et peut peine consentir se dclarer satisfait d'une uvre que tout le monde juge admirable et unique4 ,il avait dj rdig un ,voyage en ,france fort complet1 mais des changements conomiques considrables s'taient produits4 ,il reprit son bton et recommena le plerinage4 ,il avait rserv cette rvision son fils1 mais la mort le lui prit1 il y a quelques annes1 et il se mit seul courageusement la tche4 ,cette uvre est d'une telle nature1 si prcise et si pntrante1 qu'elle instruit mme les vieux provinciaux1 passionns de leur pays1 et qu'elle leur rvle des aspects nouveaux de la rgion o ils vivent et d'o ils n'ont jamais dtourn les yeux4 ,il sait allier l'exactitude au pittoresque et1 vridique comme une enqute conomique1 il a des enthousiasmes de paysagiste devant les aspects varis qui se sont successivement offerts ses explorations patientes et rflchies4 ,peu de personnes1 peut-tre1 ont lu d'un bout l'autre ces soixante volumes1 mais il n'est1 non plus1 de curieux qui n'en ait voulu connatre quelques-uns1 ceux qui concernent sa province natale1 la rgion de ses souvenirs d'enfance4 ,c'est dire que partout ,ardouin-,dumazet a des admirateurs et des fidles4 ,les touristes assembls trouveront certainement moyen1 j'en suis sr1 d'honorer ce grand touriste1 ce grand dcouvreur de son pays4 ,,le ,,touriste ,m4 ,fallires a innocemment confi un journaliste1 qui l'a rpt sans malice3 ,au cours de mes voyages prsidentiels en chemin de fer1 j'ai aperu la ,france4 ,notre pays est si beau qu'il m'a pris un ardent dsir de le connatre4 ,libre1 je voyagerai un peu4 ,quelle belle occasion de sarcasme pour ceux qui aiment se rpandre en sarcasmes4 ,et l'un d'eux est bien vite all dterrer ce mot de ,m4 ,jules ,lematre1 devenu courtisan3 ,le duc d',orlans connat l',europe comme un bourgeois sa ville4 ,on ne lui reprochera pas de ne pas connatre aussi bien la ,france1 ce n'est pas sa faute1 mais cela ne rend pas plus mouvant le mot de ,m4 ,jules ,lematre4 ,connatre un pays en touriste1 ou le connatre au point de vue administratif1 agricole ou politique1 ce n'est pas tout fait la mme chose4 ,on peut fort bien gouverner ou prsider un pays dont on connat mdiocrement les beauts naturelles4 ,quant moi1 j'admire plutt la verdeur de cet homme qui1 soixante-dix ans passs1 semble vouer ses derniers ans au laborieux mtier de touriste4 ,tous les jours1 en wagon ou en automobile2 tous les jours1 un lit nouveau et une table nouvelle2 tous les jours1 des impressions diffrentes qui1 n'ayant pas eu le temps de se classer dans la mmoire1 y restent superposes dans une extrme confusion4 ,o donc ai-je vu cette cathdrale o il y a de si curieux effets de lumire dans les vitraux8 tait-ce dans le ,nord ou dans le ,midi8 ,on ne sait plus4 ,et ces arbres centenaires1 tait-ce des htres o des chnes8 ,et ce paysage de montagne1 ,alpes ou ,pyrnes8 ,on peut dire de la terre1 de la ,france mme1 ce qu'on a dit de l'art4 ,la ,france est vaste et la vie est brve4 ,une province aussi est vaste qui la veut bien connatre1 et une ville aussi et aussi un canton4 ,qui connat la propre chambre o il vit8 ,goncourt ne trouva-t-il pas muet un monsieur qui il demanda3 ,quelle est la couleur du papier de votre chambre coucher8 ,mais il est bon de rver aux choses qu'on ne verra jamais4 ,,le ,,feuillage ,,au ,,th,,tre ,nous sommes habitus maintenant aux feuillages follement agits du cinma et le feuillage rigide du thtre nous semble encore moins naturel4 ,je faisais cette remarque l'un des dcors de ,faust1 extrmement agrable1 d'une valeur de tableau1 mais1 comme un tableau1 donnant la sensation d'tre en dehors du mouvement4 ,il y a l une contradiction qui nous est plus sensible que jamais entre la nature agite du premier plan et la nature fige des lointains1 pas assez lointains pour qu'il ft admissible d'y voir les choses lgres dans une telle immobilit4 ,mais1 il faut en prendre son parti4 ,tout perfectionnement dans la mise en scne ne fera qu'accentuer son ct artificiel et plus un dcor approchera en de certains points de la vrit et de la perspective1 plus il s'en loignera par certains autres4 ,on arrivera sans doute des concordances prcises du cinma et du phonographe qui donneront des reprsentations parfaites pour l'oue comme pour la vue1 mais peut-tre que cela ne sera plus de l'art4 ,les combinaisons mcaniques peuvent devenir d'un ralisme absolu et satisfaire moins le sens esthtique qu'un certain dsaccord entre les deux lments spectaculaire et auditif4 ,d'ailleurs1 c'est l un point secondaire4 ,il tait bien plus intressant pour moi de remarquer combien le ct mlodrame de la vieille tragdie romantique et ternelle empoignait le public1 plus sensible1 au malheur de ,marguerite qu' la fantasmagorie mtaphysique o elle n'est en ralit qu'un accessoire4 ,il faut convenir qu'il a raison et qu'il n'y a que cela de bon dans le premier ,faust4 ,l'humain ne se dmode pas4 ,il n'en est pas de mme du surhumain4 ,,le ,n,,tre ,un jeune crivain qui connat merveille le dix-septime sicle1 ,m4 mile ,magne1 contestait l'autre jour l'originalit de ,le ,ntre4 ,des gravures du temps de ,louis ,,xiii prsentent dj des jardins fort analogues aux siens4 ,c'est bien possible4 ,il y eut des tragdies avant ,racine et avant ,corneille1 mais personne1 ni mme ,m4 ,magne1 ne conteste sans doute le mrite particulier de ces deux potes4 ,ils n'inventrent peut-tre rien1 mais ils firent mieux que d'inventer4 ,le gnie invente rarement3 il perfectionne4 ,c'est du moins ce que l'on ne peut enlever ,le ,ntre4 ,encore qu' ses jardins trop bien dessins je prfre un bois embroussaill1 je reconnais volontiers que les gomtriques conceptions de ,le ,ntre se marient admirablement avec les majestueuses architectures4 ,elles les soutiennent1 elles les font valoir1 leur servent de transition avec la nature4 ,on sait que ,m4 ,corpechot appelle cela les jardins de l'intelligence4 ,le mot est heureux1 mais la question est prcisment de savoir si le sentiment n'a pas le droit1 lui aussi1 de prendre ses bats dans un jardin et d'y venir rver4 ,le jardin n'est-il pas plutt un lieu o l'on se promne1 o l'on se repose1 qu'un lieu que l'on vienne admirer et dont on veuille comprendre la belle ordonnance4 ,mais est-il ncessaire1 mme pour satisfaire l'esprit au dtriment des sens1 que les charmilles y soient tailles en toupies ou disposes en labyrinthe8 ,ces jeux me gtent1 non pas le parc de ,versailles qui est vaste et qui contient aussi de vrais arbres1 mais l'ide qu'ils m'imposent de ,le ,ntre et de ses contemporains4 ,cette manire de dominer la nature est bien factice et n'a mme pas l'excuse de l'utilit que peuvent prsenter les espaliers en arte de poisson ou les cordons de pommiers nains4 ,peut-tre que pour comprendre la nature1 il faut d'abord en respecter les formes4 ,mais on a bien le droit de ne pas reprocher ,le ,ntre son mauvais got1 qui1 au fond1 ne fut peut-tre que de la bonhomie4 ,,fin ,,table ,,la ,,fin ,,de ,l',,art #e ,,un ,,monument #g ,,les ,,statues #i ,l',,ob,,lisque #aa ,l',,architecture #ac ,,la ,,pipe #ae ,,transmutation #ag ,,cin,,ma #ai ,,les ,,momies #ba ,,la ,,peinture #bc ,,visages #be ,,sur ,,un ,,portrait #bg ,l',,exotisme #bi ,,les ,d,,buts #ca ,,le ,,latin #cc ,,latinerie #ce ,,la ,,langue ,,fran,,aise #cf ,,les ,,noms ,,trangers #ch ,,barbarismes #dj ,,les ,,deux ,,langages #db ,,le ,,style ,,professionnel #dd ,,la ,m,,diocrit #df ,,lectures ,,de ,,voyage #dh ,,les ,,livres ,,anciens #ej ,,un ,,roman #eb ,l',,encre #ed ,,sur ,,une ,,phrase #ef ,,gassendi #eh ,,diderot #fj ,,louis ,,veuillot #fb ,,bons ,,conseils #fd ,,stendhal ,,et ,,casanova #ff ,,un ,,chroniqueur #fh ,,le ,,survivant #fi ,,correspondances #ga ,,universit,s #gc ,,indulgence #ge ,l',p,e #gg ,,historiettes #hj ,,histoires ,,de ,m,,decins #hb ,,une ,d,,couverte #hd ,,tuberculose #hf ,,gr,,ve ,,du ,,pain #hh ,,le ,,pain ,,blanc #ij ,,vivisection #ib ,,les ,,gu,,risseurs #id ,,le ,r,,gime #if ,,le ,,vin #ih ,,le ,,rhume #ajj ,,le ,,sursis #ajb ,,sur ,,la ,,logique #ajd ,,christophe ,,colomb #ajf ,,provinces #ajh ,,le ,,limousin #aaj ,,la ,,savoie #aab ,,voyage ,,en ,,france #aad ,,le ,,touriste #aaf ,,le ,,feuillage ,,au ,,th,,atre #aah ,,le ,n,,tre #abj ,,ce ,,cahier1 ,,le ,,huiti,,me ,,de ,,la ,,premi,,re ,s,,rie1 ,a ,t ,,achev ,d',,imprimer ,,le #ae ,,octobre #aibe1 ,,par ,,protat ,,fr,,res1 ,a ,,macon4 ,,outre ,,les #a4ejj ,,exemplaires ,,mis ,,dans ,,le ,,commerce1 ,,il ,a ,t ,,tir ,,cxvi ,,exemplaires1 ,,dont ,x ,,sur ,,verg ,d',,arches1 ,,vi ,,sur ,,papier ,,de ,,madagascar ,,et ,c ,,sur ,v,,lin ,d',,alfa1 ,,num,,rot,s ,,de ,i ,a ,,cxvi1 ,,et ,,dits ,,de ,,presse4 ,,ont ,d,j ,,paru ,,dans ,,cette ,,premi,,re ,s,,rie3 ,d,,lib,,rations1 ,,par ,,georges ,,duhamel4--,,la ,,table ,,qui ,,parle1 ,,par ,,st,,phane ,,lauzanne4--,,rasme ,,et ,l',,italie1 ,,par ,,pierre ,,de ,,nolhac4--,,les ,,plaisirs ,d',,hier1 ,,par ,,jean-,,louis ,,vaudoyer4--,,de ,l',,espagne1 ,,par ,,claude ,,tillier4--,,de ,,la ,,sinc,,rit ,,envers ,,soi-,m,,me1 ,,par ,,jacques ,,rivi,,re4--,,histoires ,,morales1 ,,par ,,mile ,,henriot4 ,,les ,,cahiers ,,de ,,paris #dc1 rue ,madame 7#f;e7 ,,paris ,prix de ce cahier3 #ah fr4 7 l'abonnement3 #aj fr47