,,maurice ,,maet]l9ck ,,le ,,temple ,,enseveli ,,treizi,,me ,,mille ,,p>is ,,biblio?,,que-,,*>p5ti] ,,eug,,ne ,,fasquelle ,,diteur #aa1 ,,rue ,,de ,,gr5elle1 #aa #aijc ,t\s droits rs]vs4 ,,ouvrages ,,du ,m,,me ,,auteur ,la ,sagesse et la ,de/9e 7#ag;e mille74 7,fasquelle1 dit47 #c fr4 #ej ,la ,vie des ,abeilles 7#ah;e mille74 7,fasquelle1 dit47 #c fr4 #ej ,monna ,vanna1 pice en #c actes4 7,fasquelle1 dit47 #b fr4 ,?tre4 7,lacomblez1 diteur ,bruxelles1 ,belgique47 #c vol4 #c fr4 #ej ,l',ornem5t des ,noces spirituelles1 de ,ruysbrck l',admirable1 traduit du flam& et prcd d'une ,introduction4 7,lacomblez1 dit47 #e fr4 ,les ,disciples ,sas et les ,fragm5ts de ,novalis1 traduits de l'allem& et prcds d'une ,introduction4 7,lacomblez1 dit47 #e fr4 ,s]res ,*audes 7posies74 7,lacomblez1 dit47 #c fr4 ,album de d\ze *ansons4 7,/ock1 dit47 #aj fr4 ,t\s droits de reproduction rs]vs p\r t\s pays1 y compris le ,danem>k1 les ,pays-,bas1 la ,sude et la ,norwge4 ,p>is4--,l4 ,,m>e!ux1 imprimeur1 #a1 rue ,cassette4--#cbhf4 ,a ,,octave ,,mirbeau ,,son ,,admirateur ,,son ,,ami ,m4 ,m4 ,,le ,,temple ,,enseveli ,,la ,,ju/ice ,i ,je p>le p\r ceux qui ne croi5t pas l'exi/5ce d'un ,juge unique1 t\t-puissant et infaillible1 qui1 p5* j\r et nuit sur nos p5ses1 nos s5tim5ts et nos actions1 ma9ti5t la ju/ice en ce monde et la complte ailleurs4 ,s'il n'y a pas de juge1 y a-t-il une ju/ice autre que celle organise p> les hommes1 non po9t seulem5t p> leurs lois et leurs tribunaux1 mais encore dans t\tes les relations sociales non s\mises aux jugem5ts positifs1 et qui n'a d'ord9aire p\r sanction que l'op9ion1 la confiance ou la mfiance1 l'approbation et l'improbation de ceux qui n\s ent\r5t8 ,n'y a-t-il ri5 au-dessus de celle-ci8 ,ce qui dans la morale de l'univ]s p>at s\v5t si inexplicable que les hommes se croi5t p\r a9si dire =cs de croire l'exi/5ce d'un juge intellig5t1 peut-on le ram5] la ju/ice sociale1 et l'expliqu] p> elle8 ,qu& n\s avons tromp ou va9cu notre pro*a91 avons-n\s tromp ou va9cu t\tes les =ces de la ju/ice8 ,t\t e/-il df9itivem5t rgl et n'avons-n\s plus ri5 cra9dre1 ou bi5 exi/e-t-il une ju/ice plus grave et mo9s sujette l'erreur8 mo9s visible mais plus pr(onde8 plus univ]selle et plus puissante8 ,qui ni]a qu'il y en ait une1 et qui ne s5t qu'elle e/ irrsi/ible1 qu'elle enveloppe t\te la vie huma9e1 et que rgne en son c5tre une intellig5ce qui ne se trompe pas1 et qu'on ne trompe pas davantage8 ,mais o la mettons-n\s depuis que n\s l'avons te des cieux8 ,o se tr\ve-t-elle8 o puise-t-elle le bi5 et le mal1 le bonheur et le malheur8 ,ce sont l des que/ions que n\s ne n\s posons pas s\v5t4 ,p\rtant1 elles sont importantes1 c> du lieu o se tr\ve et d'o sort la ju/ice p\r n\s punir et n\s rcomp5s]1 dp5d5t sa nature et t\te notre morale4 ,c'e/ p\rquoi il n'e/ pas inutile d'exam9] quel e/ auj\rd'hui1 dans le cur et dans l'esprit des hommes1 l'tat vritable de cette gr&e ide de ju/ice s\v]a9e et my/ique qui s'e/ trans=me plus d'une fois depuis l'orig9e de l'hi/oire4 ,aussi bi51 n'e/-ce pas le my/re le plus haut et le plus passionnant qui n\s re/e1 ne t\*e-t-il pas la plup>t des autres1 et n'e/-ce pas celui dont les vacillations n\s branl5t le plus pr(ondm5t8 ,il se peut que le gr& nombre n'ait po9t consci5ce de ces vacillations1 de ces trans=mations4 ,la consci5ce bi5 claire n'e/ pas indisp5sable t\s dans les volutions de la p5se huma9e4 ,d'ailleurs1 il suffit que quelques-uns se r5d5t compte qu'une trans=mation a eu lieu1 p\r que la morale gnrale en pr\ve peu peu les effets4 ,,ii ,n\s t\*]ons naturellem5t la ju/ice sociale1 c'e/--dire la ju/ice que n\s n\s r5dons mutuellem5t dans la vie1 mais n\s ne p>l]ons pas de la ju/ice lgale ou positive1 qui n'e/ que l'organisation d'une p>tie de la ju/ice sociale4 ,n\s n\s occup]ons surt\t de cette ju/ice imprcise mais efficace1 insaisissable mais 9vitable1 qui accompagne et imprgne1 appr\ve ou dsappr\ve1 rcomp5se ou punit t\tes les actions de notre vie4 ,vi5t-elle du dehors8 ,exi/e-t-il1 indp5dant de l'homme1 dans l'univ]s et dans les *oses1 un pr9cipe moral infrangible et indcevable8 ,y a-t-il1 en un mot1 une ju/ice qu'on p\rrait appel] la ju/ice physique8 ,ou bi5 cette ju/ice sort-elle t\t entire de l'homme1 e/-elle t\t intrieure alors mme qu'elle agit au dehors8 et1 p\r t\t rsum] en un autre mot1 n'exi/e-t-il qu'une ju/ice psy*ologique8 ,je p5se que ces deux t]mes1 ju/ice physique1 ju/ice psy*ologique1 embrass5t les div]ses =mes de ju/ice qui n\s sembl5t encore exi/] auj\rd'hui au-dessus de la ju/ice sociale4 ,,iii ,ds qu'il sort des s5ti]s faciles mais artificiellem5t clairs de t\te religion positive1 je ne crois pas que l'homme le plus avide d'illusions et de my/res1 s'il int]roge s9crem5t et att5tivem5t son expri5ce p]sonnelle1 s'il reg>de les maux extrieurs qui frapp5t aveuglm5t aut\r de lui les bons et les m*ants1 je ne crois pas que cet homme puisse longtemps d\t] de cette vrit que1 dans le monde o n\s vivons1 il n'y a pas de ju/ice physique prov5ant de causes morales1 que cette ju/ice se prs5te s\s =me d'hrdit1 de maladie1 de phnomnes atmosphriques ou gologiques1 ou s\s t\te autre imag9able4 ,ni la t]re1 ni le ciel1 ni la nature1 ni la matire1 ni l'!r1 ni aucune des =ces que n\s connaissons1 hors celles qui sont en n\s1 ne se proccupe de ju/ice1 n'a le mo9dre rapport avec notre morale1 avec nos p5ses et nos int5tions4 ,il n'y a1 entre le monde extrieur et nos actes1 que de simples relations de cause effet1 ess5tiellem5t amorales4 ,si je commets telle imprud5ce ou tel excs1 je c\rs tel dang] et je paie telle dette la nature4 ,et comme l'excs ou l'imprud5ce ont le plus s\v5t une cause que n\s nommons immorale1 p>ce que n\s avons d accommod] notre vie aux petites exig5ces de notre sant et de notre scurit1 n\s ne p\vons n\s emp*] d'tablir un rapport entre la cause immorale et le dang] c\ru ou la dette pay]1 et n\s repr5ons cette confiance la ju/ice de l'univ]s qui e/ le prjug le mieux enrac9 dans notre cur4 ,mais en repr5ant cette confiance n\s p]dons de vue qu'il en et t exactem5t de mme si l'excs ou l'imprud5ce avai5t eu une cause innoc5te ou hroque1 p\r p>l] selon notre vocabulaire enfant94 ,que je me jette l'eau p> un froid rig\reux1 af9 de sauv] mon semblable1 ou que j'y tombe en essayant de l'y jet]1 les consqu5ces du refroidissem5t s]ont absolum5t p>eilles1 et ri5 sur la t]re ni s\s les cieux1 hormis moi-mme et l'homme s'il le peut1 n'aj\t]a une s\ffrance mes s\ffrances p>ce que j'ai commis un crime1 n'enlv]a une d\leur mes d\leurs p>ce que j'ai fait un acte de v]tu4 ,,iv ,pr5ons une autre =me de cette ju/ice physique3 l'hrdit4 ,n\s y retr\vons la mme ignorance des causes morales1 la mme indiffr5ce4 ,ce s]ait1 il faut en conv5ir1 une ju/ice trange qui f]ait retomb] sur le fils et sur l'arrire-petit-fils le poids d'une faute commise p> le pre ou le bisaeul4 ,mais elle ne s]ait pas contraire la morale huma9e1 l'homme l'admettrait sans pe9e2 elle p>atrait mme naturelle1 gr&iose1 passionnante4 ,elle prolong]ait indf9im5t notre individualit1 notre consci5ce et notre exi/5ce1 et1 ce po9t de vue1 elle s'accord]ait avec un gr& nombre de faits qu'on ne peut gure conte/]1 et qui pr\v5t que n\s ne sommes pas des tres exclusivem5t borns n\s-mmes1 mais que n\s avons plus d'un rapport subtil et encore incompltem5t connu avec t\t ce qui n\s ent\re1 t\t ce qui n\s prcde et n\s suit dans la vie4 ,mais si cela e/ vrai c]ta9s g>ds1 cela ne l'e/ po9t en ce qui conc]ne la ju/ice de l'hrdit physique4 ,l'hrdit physique ne ti5t aucun compte des causes morales de l'acte dont les desc5dants pai5t les consqu5ces4 ,il y a1 entre ce qu'a fait le pre qui a compromis sa sant1 et ce que s\ffre le fils1 un li5 physique1 mais les int5tions1 les mobiles du pre1 mobiles peut-tre c\pables1 peut-tre hroques1 n'auront aucune influ5ce sur les s\ffrances que le fils doit subir4 ,aj\tons que le *amp de la prt5due ju/ice de l'hrdit physique e/ app>emm5t trs re/re9t4 ,un pre peut avoir commis mille fautes abom9ables1 avoir assass91 trahi bassem5t1 p]scut l'innoc5t1 dp\ill les malheureux1 sans que ces crimes laiss5t la mo9dre trace dans l'organisme de ses enfants4 ,il suffit qu'il ait eu so9 de ne ri5 faire qui pt altr] sa sant4 ,en somme1 la ju/ice de l'hrdit punirait presque exclusivem5t deux espces de fautes3 l'alcoolisme et la dbau*e4 ,mais si l'alcoolisme e/ un vice assez rpugnant et s\v5t trs c\pable1 il e/ s\v5t aussi une faiblesse plutt qu'un crime1 et1 dans quelques cas1 il s]ait difficile d'imag9] une faute qui suppost mo9s de mauvaise volont1 mo9s de p]v]sit4 ,on ne s'explique donc pas p\rquoi la morale de l'univ]s punirait d'une manire si spciale1 si t]rible1 et p\r a9si dire t]nelle1 une faute relativem5t innoc5te1 alors qu'elle n'a nul s\ci du p>ricide1 p> exemple1 de l'empoisonneur ou du tortionnaire4 ,quant la dbau*e1 il e/ vrai que p>mi d'autres maux1 un mal r$\table1 et le plus fune/e la desc5dance1 la *tie frquemm5t4 ,mais ici encore1 c'e/1 de la "p de la ju/ice des *oses1 la mme ignorance des causes morales1 le mme aveuglem5t4 ,l'acte de dbau*e peut tre mon/rueux au po9t de vue moral1 il peut avoir t prp> p> des ma*9ations affreuses1 tre t\t s\ill d'abus de p\voir1 de dsespoirs et de l>mes4 ,d'autre "p1 il e/ possible qu'il soit indiffr5t1 innoc5t mme4 ,peu importe la ju/ice des *oses1 elle frappe raison des prcautions prises ou ngliges1 raison de la frqu5ce de l'av5ture1 et s\v5t au has>d1 mais jamais elle ne ti5t compte de l'tat d'me de sa victime4 ,au re/e1 on p\rrait faire au sujet de la dbau*e la mme rem>que qu'au sujet de l'alcoolisme3 p\rquoi ce *tim5t t\t spcial et presque illimit d'une faute s\v5t in(f5sive8 ,il y a des dbau*es qui1 aux yeux de la raison froide et haute que devrait possd] une ju/ice s\v]a9e1 sont incomp>ablem5t mo9s c\pables que bi5 des p5ses basses1 que bi5 des s5tim5ts mauvais1 qui pass5t inap]u dans notre cur4 ,enf91 p\r conclure ce *apitre1 il ne s]ait pas difficile d'imag9] ou de tr\v] tel cas1 o les enfants et les petits-enfants d'un trs honnte homme s]ai5t irrmissiblem5t punis dans leur intellig5ce et dans leur *air1 p>ce que leur pre aurait contract un mal +urissable dans l'accomplissem5t d'un acte qu'il considrait1 tort ou raison1 comme un acte de rp>ation1 d'abngation1 de sacrifice ou de loyaut4 ,v ,voil la ,ju/ice de la nature quant l'hrdit physique4 ,en ce qui conc]ne l'hrdit morale1 il ne semble pas qu'elle ait des pr9cipes diffr5ts1 mais1 comme il s'agit ici de modifications de l'esprit et du c>actre1 inf9im5t plus complexes et plus insaisissables1 les phnomnes sont mo9s frappants et mo9s srs4 ,l'hrdit morale1 du mo9s dans le doma9e pa?ologique1 qui e/ le seul assez c>actri/ique p\r qu'on y puisse faire des obs]vations dcisives1 l'hrdit morale n'e/ que la =me spirituelle de l'hrdit physique2 celle-ci e/ le pr9cipe de celle-l1 celle-l le prolongem5t de celle-ci2 et l'orig9e de la premire1 au po9t de vue de la ju/ice1 on tr\ve1 p> consqu5t1 la mme indiffr5ce1 le mme aveuglem5t4 ,les desc5dants de l'alcoolique ou du dbau*1 quelle que soit la p]v]sit ou l'innoc5ce de la cause morale de l'alcoolisme ou de la dbau*e1 p\rront tre frapps du mme c\p1 dans leur esprit et dans leur *air4 ,ils auront presque 9vitablem5t une t>e intellectuelle s'ils ont une t>e matrielle4 ,et qu'ils soi5t f\s1 idiots1 pileptiques1 qu'ils ai5t des in/9cts crim9els irrsi/ibles ou ne doiv5t r$\t] qu'un trs lg] dsquilibre des facults m5tales1 peu importe2 voil l'me atte9te en mme temps que le corps1 et la plus effroyable pe9e morale que puisse inv5t] une ju/ice suprme1--s'il tait un in/ant "q de ju/ice1--applique des actes qui font d'ord9aire mo9s de mal1 et sont presque t\j\rs mo9s p]v]s1 que des c5ta9es d'autres que la nature ne songe pas punir4 ,et de plus1 elle e/ applique aveuglm5t1 cette pe9e1 et sans t5ir le mo9dre compte des mobiles peut-tre excusables1 peut-tre indiffr5ts1 peut-tre excell5ts de ces actes4 ,e/-ce dire que l'alcoolisme et la dbau*e compt5t seuls dans l'hrdit morale8 ,en aucune faon1 et ce s]ait absurde4 ,mille facteurs plus ou mo9s inconnus int]vi5n5t4 ,c]ta9es qualits morales sembl5t se transmettre1 comme c]ta9es qualits physiques4 ,dans telle race on retr\ve peu prs con/amm5t telles v]tus probablem5t acquises4 ,mais quelle e/ la "p de l'exemple1 du milieu1 de l'hrdit8 ,le problme se complique tellem5t1 les faits sont si s\v5t contradictoires1 qu'il n'e/ plus possible1 dans la h\le des causes innombrables1 de suivre le sillage d'une cause dt]m9e4 ,il suffit de con/at] que dans les seuls cas nets1 frappants et dcisifs o une ju/ice int5tionnelle puisse se manife/] dans l'hrdit physique ou morale1 n\s n'en tr\vons pas trace4 ,et si n\s n'en tr\vons po9t l1 il n\s e/ plus difficile encore d'en tr\v] ailleurs4 ,,vi ,a9si1 n\s ne p\vons dire qu'il y ait trace1 ni au-dessus1 ni aut\r1 ni au-dess\s de n\s1 ni dans cette vie1 ni dans notre autre vie qui e/ celle de nos enfants1 d'une ju/ice int5tionnelle4 ,mais1 en n\s adaptant l'exi/5ce1 n\s avons t naturellem5t am5s imprgn] de notre morale les pr9cipes de causalit que n\s r5contrions le plus s\v5t1 en sorte qu'il exi/e une trs suffisante app>5ce de ju/ice effective1 rcomp5sant ou punissant la plup>t de nos ge/es selon qu'ils se rappro*5t ou s'c>t5t de c]ta9es lois ncessaires la cons]vation des tres4 ,il e/ vid5t que si j'ensem5ce mon *amp1 j'aurai c5t fois plus de *ances de rcolt] l't pro*a91 que n'en aura mon vois9 qui n'ensem5ce pas le si5 p>ce qu'il prfre vivre dans la p>esse ou la dissipation4 ,voil le travail rcomp5s avec une c]titude satisfaisante1 et n\s avons fait du travail l'acte moral p> excell5ce et le premi] des devoirs1 p>ce qu'il e/ indisp5sable au ma9ti5 de notre exi/5ce4 ,on p\rrait multipli] l'inf9i les exemples de ce g5re4 ,si j'lve bi5 mes enfants1 si je suis bon et ju/e env]s ceux qui m'ent\r5t1 si je suis honnte1 actif1 s9cre1 prud5t et sage en t\tes circon/ances1 j'aurai plus de *ance de tr\v] de la pit filiale1 de l'affection1 du respect et des mom5ts heureux que celui qui aura t ou aura fait t\t le contraire4 ,nanmo9s ne p]dons pas de vue que mon vois9 ne rcolt]ait pas davantage si1 dilig5t et sobre son ord9aire1 une cause respectable et peut-tre admirable1--p> exemple une maladie contracte au *evet de sa femme ou de son vois9--l'avait emp* de sem] son bl en temps v\lu4 ,il en irait de mme1 mutatis mut&is1 dans les autres cas que je vi5s d'numr]4 ,mais ces cas o une cause respectable ou excell5te met ob/acle l'accomplissem5t d'un devoir sont exceptionnels1 et1 en gnral1 entre la cause et l'effet1 entre l'exig5ce de la loi ncessaire et le rsultat de l'ef=t qui y obx1 il y a1 grce notre s\plesse1 une concordance suffisante p\r ma9t5ir en n\s l'ide de la ju/ice des *oses4 ,,vii ,cette ide1 qui dort au fond des mo9s my/iques et des mo9s crdules1 e/-elle salutaire8 ,cette p>tie de notre morale n'e/-elle pas pose comme un insecte sur un ro*] qui tombe1 et qui1 durant la *ute1 s'imag9e que le ro*] ne se dplace que p\r le s\t5ir8 ,exi/e-t-il des erreurs et des m5songes qu'il faille enc\rag]8 ,peut-tre y en eut-il qui fur5t un mom5t bi5faisants2 mais1 leurs bi5faits passs1 ne s'e/-on pas retr\v en face de la vrit1 et n'a-t-on pas d lui faire le sacrifice qu'on avait diffr8 tait-il ncessaire d'att5dre que l'illusion ou le m5songe qui p>aissai5t n\s faire du bi5 comm5ass5t n\s faire du mal1 ou ret>dass5t t\t au mo9s l'accord indisp5sable entre la ralit bi5 s5tie et la manire de l'int]prt]1 d'en pr(it] ou de l'accept]8 ,qu'tait-ce que le droit div9 des rois1 l'infaillibilit de l'glise et les rcomp5ses d'outre-tombe1 s9on des illusions qui att5dir5t longtemps que la raison les sacrifit8 ,qu'a-t-on gagn en ne les sacrifiant pas t\t de suite8 ,un peu de paix trompeuse1 quelques consolations p>fois fune/es1 quelques esprances inactives4 ,mais on a p]du bi5 des j\rs2 et l'humanit1 qui veut connatre enf9 la vrit1 et qui a tr\v dans cette re*]*e une raison d'tre qui remplace t\tes les autres1 a-t-elle beauc\p de temps p]dre8 ,il e/ c]ta9 que ri5 ne lui en fait p]dre davantage1 c> ri5 n'e/ plus vivace1 plus habile *ang] de =me1 qu'une illusion dj drac9e4 ,mais qu'importe1 dira-t-on1 que l'homme fasse telle *ose qui e/ ju/e1 p>ce qu'il e/ p]suad que ,dieu le reg>de1 ou p>ce qu'il s'imag9e qu'il y a une sorte de ju/ice dans l'univ]s1 ou simplem5t1 enf91 p>ce que cette *ose lui p>at ju/e dans sa consci5ce8 ,au contraire1 cela importe p>-dessus t\t4 ,il y a l trois hommes diffr5ts4 ,le premi]1 que ,dieu reg>de1 f]a plus d'une *ose inju/e1 c> il n'y eut pas de ,dieu qui n'ait v\lu beauc\p de *oses inju/es4 ,le deuxime n'agira pas t\j\rs comme le troisime1 et le troisime e/ l'homme vritable que le morali/e doit int]rog]1 c> il survivra seul aux deux autres4 ,il e/ plus intressant p\r le morali/e d'essay] de prvoir de quelle manire l'homme se conduira dans la vrit1 c'e/--dire dans son lm5t naturel1 que d'exam9] de quelle faon il se comporte dans l'erreur4 ,,viii ,j'imag9e qu'il p>atra inutile ceux qui ne croi5t pas l'exi/5ce d'un ,juge s\v]a9 d'exam9] aussi gravem5t cette ide inadmissible de la ju/ice des *oses4 ,oui1 prs5te de la sorte1 telle qu'elle e/ dans la ralit et mise p\r a9si dire au pi$ du mur1 elle devi5t1 en effet1 inadmissible4 ,mais dans notre vie de t\s les j\rs n\s n'avons pas c\tume de n\s la reprs5t] de cette faon4 ,en voyant le crime malheureux1 la prosprit mal acquise qui f9it dans la ru9e1 la dbau*e misrable1 la m*ancet punie1 l'agression inique1 un mom5t triomphante et bi5tt dsa/reuse1 n\s confondons sans cesse l'effet physique avec la cause morale2 et bi5 que n\s ne croyions po9t l'exi/5ce d'un ,juge1 n\s en arrivons presque t\s vivre1 avec plus ou mo9s d'ab&on1 sur je ne sais quelle foi in=me la ju/ice des *oses4 ,et lors mme qu' l'tat de raison et d'obs]vation froides n\s aurions pr\v que cette ju/ice n'exi/e pas1 il suffit qu'un vnem5t n\s t\*e de plus prs1 il suffit p>fois de deux ou trois concid5ces plus s5sibles1 p\r que cette conviction cr\le dans notre cur1 s9on dans notre esprit4 ,malgr notre raison1 malgr notre expri5ce1 un ri5 rveille en n\s l'anctre qui tait p]suad que les toiles ne brillai5t leur place t]nelle que p\r prdire et appr\v] une blessure qu'il f]ait son ennemi sur le *amp de bataille1 une p>ole qu'il prononc]ait dans l'assemble des *efs1 une intrigue heureuse qu'il n\]ait aut\r du gynce4 ,n\s aussi1 n\s div9isons nos s5tim5ts selon notre intrt1 mais1 comme les dieux n'ont plus de nom1 n\s les div9isons d'une manire mo9s prcise et mo9s s9cre1 et c'e/ la seule diffr5ce4 ,qu& les ,grecs1 impuissants devant ,troie1 ont beso9 d'un sec\rs et d'un signe frappants1 ils vont arra*] ,philoctte l'arc et les fl*es d',h]cule1 et l'ab&onn5t ensuite1 nu1 malade et sans armes1 dans une le ds]te2 et c'e/ la ,ju/ice my/rieuse plus haute que la ju/ice huma9e1 et c'e/ l'ordre des dieux4 ,et n\s1 qu& une iniquit n\s semble utile1 c'e/ au nom de la race future1 au nom de l'humanit1 au nom de la patrie que n\s la rclamons4 ,et1 d'un autre ct1 lorsqu'un gr& malheur n\s atte9t1 il n'y a plus de ju/ice1 il n'y a plus de dieux2 mais s'il frappe notre ennemi1 l'univ]s se repeuple l'in/ant de juges invisibles2 et si c'e/ un bonheur inespr et disproportionn nos mrites qui n\s advi5t1 n\s n\s imag9ons sans pe9e qu'il y avait en n\s des v]tus si ca*es que n\s les ignorions n\s-mmes1 et n\s sommes plus heureux qu'on les ait dc\v]tes que du bonheur mme qu'elles n\s ont attir4 ,,ix ,t\t se paie1 disons-n\s4 ,oui1 au fond de notre cur et dans le doma9e huma9 t\t se paie selon la ju/ice en monnaie de bonheur ou de malheur intime4 ,hors de n\s1 dans l'univ]s qui n\s enveloppe1 t\t se paie galem5t1 mais le bonheur ou le malheur ne passe plus p> les ma9s de la mme int5dante4 ,il e/ di/ribu d'autre faon et p\r d'autres motifs1 en v]tu d'autres lois4 ,ce n'e/ plus la ju/ice de la consci5ce qui prside2 c'e/ la logique de la nature ignorante de notre morale4 ,il y a en n\s un esprit qui ne pse que les int5tions2 il y a hors de n\s une puissance qui ne pse que les faits4 ,n\s n\s p]suadons qu'ils agiss5t de conc]t4 ,mais1 en ralit1 si l'esprit jette s\v5t un reg>d du ct de la puissance1 la puissance ignore l'esprit aussi totalem5t qu'un homme qui pse de la h\ille dans l',europe du nord ignore l'exi/5ce d'un autre homme qui pse des diamants dans l',afrique au/rale4 ,n\s mlons con/amm5t notre s5tim5t de ju/ice cette logique amorale2 et c'e/ la s\rce de la plup>t de nos erreurs4 ,x ,au re/e1 n\s aurions mauvaise grce n\s pla9dre de l'indiffr5ce de l'univ]s et la dcl>] mon/rueuse et incomprh5sible4 ,n\s n'avons pas le droit de n\s tonn] d'une inju/ice laquelle n\s pr5ons une "p trs active4 ,il n'y a1 il e/ vrai1 nulle trace de ju/ice dans les accid5ts1 dans les maladies1 ni dans la plup>t des has>ds de la vie extrieure qui frapp5t aveuglm5t le bon et le m*ant1 le tratre et le hros1 la sur de *>it et l'empoisonneuse4 ,mais n\s rangeons volonti]s s\s la rubrique3 ,inju/ice de l',univ]s un gr& nombre d'inju/ices exclusivem5t huma9es et inf9im5t plus frqu5tes et plus meurtrires que la tempte1 la maladie et l'inc5die4 ,je ne p>le pas de la gu]re2 on p\rrait m'object] qu'on l'attribue mo9s la nature qu' la volont des peuples ou des rois4 ,mais la pauvret1 p> exemple1 que n\s mettons encore au nombre des maux irresponsables1 au mme titre que la pe/e ou le naufrage1 la pauvret avec ses d\leurs crasantes et ses d*ances hrditaires1 combi5 de fois n'e/-elle pas imputable l'inju/ice de notre tat social qui n'e/ que le total des inju/ices de l'homme8 ,p\rquoi1 au spectacle d'une misre immrite1 *]*ons-n\s dans le ciel un juge ou une cause impntrable1 comme s'il s'agissait d'un c\p de f\dre8 ,oublions-n\s qu'ici n\s n\s tr\vons dans la p>tie la mieux connue et la plus sre de notre doma9e et que c'e/ n\s qui organisons la misre et la di/ribuons aussi arbitrairem5t1 au po9t de vue moral1 que le feu di/ribue ses ravages et la maladie ses s\ffrances8 ,e/-il raisonnable de n\s tonn] que l'ocan ne ti5ne pas compte de l'tat d'me de sa victime1 alors que n\s1 qui avons une me1 c'e/--dire l'organe p> excell5ce de la ju/ice1 n\s ne t5ons pas compte de l'innoc5ce de milli]s de misrables qui sont nos victimes8 ,e/-ce une excuse suffisante que d'loign] de nos s\cis quotidi5s1 p\r en faire une =ce fatale1 une =ce qui e/ t\t entire dans nos ma9s8 ,en vrit1 n\s sommes d'tranges juges et d'tranges amants d'une ju/ice idale6 ,n\s frmissons d'un b\t du monde l'autre1 devant une erreur judiciaire1 mais l'erreur qui condamne la misre les trois qu>ts de nos frres1 et qui e/ aussi purem5t huma9e que l'erreur d'un tribunal1 n\s l'attribuons je ne sais quelle puissance inaccessible et implacable4 ,que l'enfant d'un brave homme de notre vois9age naisse aveugle1 idiot ou contrefait1 n\s irons *]*] n'importe o1 jusque dans les tnbres d'une religion que n\s ne pratiquons plus1 un dieu quelconque p\r int]rog] sa p5se2 mais si l'enfant nat pauvre1 ce qui d'habitude1 non mo9s que l'infirmit la plus grave1 rabaisse de plusieurs degrs la de/9e d'un tre1 n\s ne song]ons pas pos] une seule "q au ,dieu qui e/ p>t\t o n\s sommes1 puisqu'il n'e/ fait que de nos volonts4 ,avant de dsir] un juge idal il s]ait ncessaire d'pur] nos ides1 c> ce juge p>ticip]a des t>es de ces ides4 ,avant de n\s pla9dre de l'indiffr5ce de la nature et d'y *]*] une quit qui n'y e/ po9t1 il s]ait sage d'attaqu]1 dans nos rgions huma9es1 une iniquit qui s'y tr\ve1 et qu& elle ne s'y tr\v]a plus1 la "p rs]ve aux inju/ices du has>d p>atra probablem5t rduite de deux ti]s4 ,elle s]a1 en t\t cas1 plus dim9ue que si n\s avions r5du l'orage raisonnable1 le volcan p]spicace1 l'avalan*e avise1 le froid et le *aud circonspects1 la maladie judicieuse1 la m] intellig5te et att5tive nos v]tus et nos int5tions secrtes4 ,il y a1 en effet1 beauc\p plus de pauvres que de naufrags ou de victimes d'accid5ts matriels1 et beauc\p plus de maladies dues la misre qu'aux caprices de notre organisme1 ou l'ho/ilit des lm5ts4 ,,xi ,p\rtant1 n\s aimons la ju/ice4 ,n\s vivons1 il e/ vrai1 au se9 d'une gr&e inju/ice1 mais il faut aj\t] qu'il n'y a pas longtemps que n\s en avons acquis la c]titude et n\s *]*ons encore le moy5 de la faire disp>atre4 ,elle tait si anci5ne1 l'ide de ,dieu1 du de/9 et des volonts my/rieuses de la nature s'y mlait si intimem5t1 elle e/ encore si troitem5t lie la plup>t des puissances inju/es de l'univ]s1 que c'e/ d'hi] seulem5t que n\s essayons d'isol] les =ces purem5t huma9es qui s'y tr\v5t4 ,et si n\s p>v5ons les isol]1 les reconnatre et les sp>] df9itivem5t de celles sur lesquelles n\s n'avons aucune influ5ce1 cela s]a plus important la ju/ice que t\t ce que l'humanit a tr\v jusqu'ici dans sa re*]*e de la ju/ice4 ,c> dans l'inju/ice sociale1 ce n'e/ pas la "p huma9e qui e/ capable d'arrt] notre dsir passionn d'quit1 mais celle qu'un gr& nombre attribue encore ,dieu1 une sorte de fatalit1 d'imag9aires lois de la nature4 ,,xii ,cette d]nire "p1 cette "p inactive dim9ue *aque j\r4 ,non pas que le my/re de la ju/ice disp>aisse4 ,il e/ bi5 r>e qu'un my/re disp>aisse2 d'ord9aire il ne fait que *ang] de place4 ,mais il e/ s\v5t trs important1 trs dsirable qu'on p>vi5ne le *ang] de place4 ,d'un c]ta9 po9t de vue1 t\t le progrs de la p5se huma9e se rduit deux ou trois *angem5ts de ce g5re2 avoir dlog deux ou trois my/res d'un lieu o ils faisai5t du mal1 p\r les transport] dans un autre o ils devi5n5t in(f5sifs1 o ils peuv5t faire du bi54 ,p>fois mme1 sans que le my/re *ange de place1 il suffit qu'on russisse lui donn] un autre nom4 ,ce qui s'appelait les dieux1 auj\rd'hui on l'appelle la vie4 ,et si la vie e/ aussi inexplicable que les dieux1 n\s y avons du mo9s gagn que p]sonne n'a le droit de p>l] ou de nuire en son nom4 ,le b de la p5se huma9e n'e/ probablem5t pas de dtruire le my/re ou de l'amo9drir4 ,cela ne semble pas possible4 ,on peut croire qu'il y aura t\j\rs la mme quantit de my/re aut\r de ce monde1 att5du que le propre de ce monde1 en mme temps que le propre du my/re1 e/ d'tre inf9i4 ,mais la p5se honntem5t huma9e veut dt]m9] avant t\t la situation des my/res vritables et irrductibles4 ,elle veut arra*] ces my/res t\t ce qui ne leur app>ti5t pas1 t\t ce qui n'en fait pas p>tie1 t\t ce que nos erreurs1 nos t]reurs et nos m5songes y ont aj\t4 ,et mesure que tomb5t les my/res artificiels1 elle voit s'l>gir l'ocan du my/re rel1 qui e/ le my/re de la vie1 de son b et de son orig9e1 le my/re de sa propre exi/5ce1 le my/re qu'on a appel l'accid5t primitif ou l'ess5ce peut-tre inconnaissable de la ralit4 ,,xiii ,o tait situ le my/re de la ju/ice8 ,il remplissait le monde4 ,tantt il se tr\vait dans les ma9s des dieux1 tantt il enveloppait et dom9ait les dieux mme4 ,on l'avait mis p>t\t except dans l'homme4 ,il occupait les cieux1 animait les ro*]s1 l'atmosphre et les m]s1 peuplait un univ]s inaccessible4 ,on int]roge enf9 ses retraites imag9aires1 on branle son trne de nuages1 on le presse1 on l'exam9e2 il s'van\it1 et1 au mom5t o n\s croyons qu'il n'e/ plus1 voici qu'il rep>at et se r$resse au fond de notre cur4 ,et c'e/ encore un my/re qui se rappro*e de l'homme et se rsorbe en lui4 ,c> n\s dev5ons presque t\j\rs le d]ni] refuge et la vritable demeure des my/res que n\s v\lions anantir4 ,c'e/ en n\s qu'ils retr\v5t enf9 le foy] qu'ils avai5t ab&onn p\r p>c\rir l'espace dans le premi] dlire de leur jeunesse2 et c'e/ en n\s aussi que n\s devons pr5dre l'habitude de les rejo9dre1 et de les int]rog]4 ,il e/ en effet aussi admirable1 aussi inexplicable que l'homme ait dans son cur un immuable in/9ct de ju/ice1 qu'il tait admirable et inexplicable que les dieux ou les =ces de l'univ]s fuss5t ju/es4 ,il e/ aussi difficile de r5dre compte de l'ess5ce de notre mmoire1 de notre volont1 de notre intellig5ce1 qu'il tait difficile de r5dre compte de la mmoire1 de la volont et de l'intellig5ce des puissances invisibles ou des lois de la nature2 et si c'e/ l'inconnu ou l'inconnaissable qu'il n\s faut p\r ennoblir notre curiosit1 si n\s avons beso9 de l'inf9i et du my/re p\r entret5ir notre ardeur1 n\s ne p]drons pas un seul des afflu5ts de l'inconnu ou de l'inconnaissable en ram5ant enf9 le gr& fleuve dans son lit primitif2 n\s ne f]m]ons pas une seule des r\tes de l'inf9i1 n\s n'amo9drirons pas d'une ligne le plus conte/ des my/res vritables4 ,ce qu'on enlve aux cieux se retr\ve dans le cur de l'homme4 ,mais my/re p\r my/re1 prfrons celui qui e/ c]ta9 celui qui e/ d\teux1 celui qui e/ pro*e celui qui e/ lo91 celui qui e/ en n\s et qui n\s app>ti5t celui qui tait hors de n\s et qui avait sur n\s une influ5ce trs fune/e4 ,my/re p\r my/re1 n'int]rogeons plus les messag]s1 mais le s\v]a9 qui les envoyait2 n'int]rogeons plus ceux qui fuyai5t en sil5ce aux premires que/ions1 mais notre propre cur1 qui r5f]me en mme temps la "q et la rponse1 et qui peut-tre un j\r se s\vi5dra de celle-ci4 ,,xiv ,ds lors1 il n\s s]a possible de rpondre plus d'une "q inquitante sur la rp>tition s\v5t trs quitable des pe9es et des rcomp5ses p>mi les hommes4 ,et il ne s'agit pas seulem5t des pe9es et des rcomp5ses intrieures et morales1 mais encore de celles qui sont visibles et p>faitem5t matrielles4 ,ce n'e/ pas absolum5t sans raison que l'humanit croit depuis son orig9e que la ju/ice imprgne et anime p\r a9si dire t\s les objets du monde o n\s vivons4 ,p\r expliqu] cette croyance1 il ne suffit pas de con/at] que nos gr&es lois morales ont t =cm5t adaptes aux gr&es lois de la vie de la matire4 ,il y a autre *ose4 ,t\t ne se borne pas1 dans t\tes les circon/ances1 un simple rapport de cause effet entre la transgression et le *tim5t4 ,s\v5t aussi on y dc\vre un lm5t moral1 et1 bi5 que les *oses ne l'y ai5t pas mis1 bi5 qu'il n'ait t cr que p> n\s1 il n'en e/ pas mo9s rel et puissant4 ,s'il n'y a pas de ju/ice physique proprem5t dite1 s'il y a une ju/ice psy*ologique t\t intrieure et dont n\s p>l]ons bi5tt1 il y a aussi une ju/ice psy*ologique qui e/ en relation con/ante avec le monde physique2 et c'e/ cette ju/ice que n\s attribuons l'on ne sait quel pr9cipe invisible et univ]sel4 ,n\s avons tort de prt] la nature des int5tions morales1 et d'agir s\s l'empire de la cra9te du *tim5t ou de l'espoir de la rcomp5se qu'elle n\s rs]ve4 ,mais cela ne veut pas dire que mme matriellem5t il n'y ait pas de rcomp5se p\r le bi51 ni de *tim5t p\r le mal4 ,il y en a inconte/ablem5t1 mais ils ne vi5n5t pas d'o n\s croyons2 et en croyant qu'ils vi5n5t d'un lieu inabordable1 qu'ils n\s dom95t1 n\s jug5t et n\s disp5s5t p> consqu5t de n\s jug] n\s-mmes1 n\s commettons l'erreur la plus dang]euse1 c> aucune n'influe davantage sur notre manire de n\s df5dre contre le malheur et d'all] la conqute lgitime du bonheur4 ,,xv ,la somme de ju/ice que n\s tr\vons malgr t\t dans la nature1 ce n'e/ pas de la nature qu'elle provi5t1 mais de n\s seuls1 qui la mettons notre insu dans la nature1 en n\s mlant aux *oses1 en les animant et en n\s en s]vant4 ,dans notre vie1 il n'y a pas seulem5t le c\p de f\dre1 l'accid5t ou la maladie1 qui1 quelles que soi5t nos p5ses1 n\s frappe l'improvi/e1 de droite ou de gau*e1 sans raison app>5te4 ,il y a d'autres cas1 et bi5 plus nombreux1 o n\s agissons directem5t sur les objets et sur les tres qui n\s ent\r5t1 o n\s les pntrons de notre p]sonnalit1 o les =ces de la nature devi5n5t les in/rum5ts de nos p5ses2 et qu& nos p5ses sont inju/es1 elles abus5t de ces =ces1 provoqu5t ncessairem5t des reprsailles et appell5t le *tim5t et le malheur4 ,mais la raction morale n'e/ pas dans la nature2 elle sort de nos propres p5ses ou des p5ses des autres hommes4 ,ce n'e/ pas dans les *oses1 c'e/ en n\s que se tr\ve la ju/ice des *oses4 ,c'e/ notre tat moral qui modifie notre conduite env]s le monde extrieur1 et n\s met en gu]re avec lui1 p>ce que n\s sommes en gu]re avec n\s-mmes1 avec les lois ess5tielles de notre esprit et de notre cur4 ,la ju/ice ou l'inju/ice de notre int5tion n'a aucune influ5ce sur l'attitude de la nature notre g>d2 mais elle en a une presque t\j\rs dcisive sur notre attitude l'g>d de la nature4 ,ici1 comme lorsqu'il tait "q de la ju/ice sociale1 n\s attribuons l'univ]s ou un pr9cipe in9telligible et fatal un rle que n\s j\ons n\s-mmes2 et qu& n\s disons que la ju/ice1 la nature1 le ciel ou les *oses n\s puniss5t1 se rvolt5t et se v5g5t1 c'e/ en ralit l'homme qui punit l'homme trav]s les *oses1 la nature huma9e qui se rvolte1 et la ju/ice huma9e qui se v5ge4 ,,xvi ,je citais un j\r l'exemple de ,napolon et de ses trois inju/ices les plus criantes et les plus clbres qui fur5t aussi les trois inju/ices les plus fune/es sa =tune4 ,ce fut d'abord l'assass9at du duc d',enghi51 condamn p> ordre1 sans jugem5t et sans preuves1 et excut dans les fosss de ,v9c5nes4 ,assass9at qui sema aut\r du dictateur inique des ha9es dsormais implacables et un dsir de v5geance qui ne ds>ma plus4 ,ce fut ensuite l'odieux guet-ap5s de ,bayonne1 o il attira p> de basses intrigues1 p\r les dp\ill] de leur c\ronne hrditaire1 les dbonnaires et trop confiants ,b\rbons d',espagne1 l'horrible gu]re qui s'ensuivit1 o s'engl\tir5t trois c5t mille hommes1 t\te l'n]gie1 t\te la moralit1 la plus gr&e p>tie du pre/ige1 presque t\tes les c]titudes1 presque t\s les dv\em5ts et t\tes les de/9es heureuses de l',empire4 ,ce fut enf9 l'effroyable et inexcusable campagne de ,russie1 qui ab\tit au dsa/re df9itif de sa =tune dans les glaces de la ,brz9a et les neiges de la ,pologne4 ,il y a1 disais-je ce propos1 de trs nombreuses causes ces cata/rophes prodigieuses1 mais en remontant l5tem5t trav]s t\tes les circon/ances1 trav]s t\s les accid5ts plus ou mo9s imprvus1 jusqu' l'altration d'un c>actre1 jusqu'aux imprud5ces1 aux viol5ces1 aux folies et l'enivrem5t d'un gnie1 jusqu' la trahison d'une =tune heureuse1 n'e/-ce pas l'ombre sil5cieuse de la ju/ice huma9e mconnue que l'on croit voir deb\t prs de la s\rce du malheur8 ,ju/ice huma9e qui n'a ri5 de bi5 surnaturel1 ri5 de bi5 my/rieux aprs t\t1 faite de rev5dications trs explicables1 de mille petits faits trs rels1 d'innombrables abus1 d'innombrables m5songes1 et nullem5t sortie1 en un mom5t tragique1 inop9e et t\t arme1 comme la ,m9]ve antique1 du front =midable et dcisif du ,de/94 ,il n'y a qu'une *ose my/rieuse en t\t ceci3 c'e/ la prs5ce t]nelle de la ju/ice huma9e2 mais n\s savons que la nature de l'homme e/ trs my/rieuse4 ,que ce my/re n\s reti5ne en att5dant4 ,il e/ le plus c]ta91 le plus pr(ond1 le plus salutaire4 ,c'e/ le seul qui ne p>alys]a jamais notre n]gie bi5faisante4 ,et si dans t\te vie n\s ne tr\vons pas1 comme dans celle de ,napolon1 cette ombre pati5te et vigilante1 si la ju/ice n'e/ pas t\j\rs aussi active1 aussi irrcusable1 il n'en e/ pas mo9s utile de la signal] ds qu'on l'ap]oit quelque "p4 ,en t\t cas1 elle fait natre un d\te et une int]rogation qui donn5t de meilleurs conseils qu'une ngation ou une affirmation gratuite1 p>esseuse et aveugle1 telle que n\s n\s en p]mettons si s\v5t1 c>1 dans t\tes les que/ions de ce g5re1 il s'agit bi5 mo9s de pr\v] que de r5dre att5tif et d'inspir] un c]ta9 respect c\rageux et grave p\r t\t ce qui demeure encore inexplicable dans les actions des hommes1 dans leur en*anem5t des lois qui sembl5t gnrales1 et dans leurs consqu5ces4 ,,xvii ,appliquons-n\s dc\vrir en n\s l'action vraim5t fatale du gr& my/re de la ju/ice4 ,dans le cur de celui qui commet une inju/ice se j\e un drame ineffaable1 qui e/ le drame p> excell5ce de la nature huma9e1 et ce drame e/ d'autant plus dang]eux1 d'autant plus fune/e1 que l'homme e/ plus gr& et qu'il sait plus de *oses4 ,un ,napolon a beau se dire1 en ces m9utes agites1 que la morale d'une gr&e vie ne saurait tre aussi simple que celle d'une vie ord9aire2 qu'une volont active et =te a des prrogatives que ne possde pas une volont /agnante et faible2 qu'on peut d'autant plus lgitimem5t nglig] c]ta9s scrupules de consci5ce que ce n'e/ pas p> ignorance ou p> faiblesse qu'on les nglige1 mais p>ce qu'on les reg>de de plus haut que le commun des hommes1 qu'on a un b gr&iose et glorieux1 et que cette nglig5ce passagre et volontaire e/ une victoire de l'intellig5ce et de la =ce2 qu'il n'y a aucun dang] faire le mal1 qu& on sait qu'on le fait1 et p\rquoi4 ,t\t cela ne trompe gure le fond de notre nature4 ,un acte d'inju/ice branle t\j\rs la confiance qu'un tre avait en soi et dans sa de/9e4 ,il a r5onc un mom5t donn1 et gnralem5t des plus graves1 ne compt] que sur soi1 cela ne s'oublie po9t1 et dsormais il ne se retr\v]a plus t\t enti]4 ,il a r5du confuse et probablem5t corrompu sa =tune en y introduisant des puissances trangres4 ,il a p]du le s5tim5t exact de sa p]sonnalit et de sa =ce4 ,il ne di/+ue plus nettem5t ce qu'il doit lui-mme de ce qu'il emprunte sans cesse aux collaborateurs p]nicieux que sa dfaillance appela4 ,il n'e/ plus le gnral qui ne compte que des soldats discipl9s dans l'arme de ses p5ses2 il e/ le *ef illgitime qui n'a que des complices4 ,il a ab&onn cette dignit de l'homme qui ne veut d'autre gloire que celle laquelle il ne faut pas s\rire tri/em5t dans son cur1 comme on s\rirait une femme infidle1 dans un am\r ard5t et malheureux4 ,l'homme rellem5t =t exam9e avec so9 les l\anges et les avantages que ses actions lui ont acquis1 et rejette en sil5ce t\t ce qui dpasse une c]ta9e ligne qu'il a trace dans sa consci5ce4 ,il e/ d'autant plus =t que cette ligne s]re de plus prs celle que la vrit secrte qui vit au fond de t\te *ose y a trace aussi4 ,un acte d'inju/ice e/ presque t\j\rs un aveu d'impuissance que l'on se fait soi-mme1 et il ne faut pas beauc\p d'aveux de ce g5re p\r rvl] l'ennemi l'endroit le plus vulnrable d'une me4 ,commettre une inju/ice p\r obt5ir un peu de gloire ou p\r sauv] celle qu'on a1 c'e/ s'av\] qu'il n'e/ pas possible que l'on mrite ce qu'on dsire ou ce que l'on possde2 c'e/ confess] que l'on ne peut loyalem5t remplir le rle qu'on a *oisi4 ,malgr t\t1 on s'y veut ma9t5ir1 et ce sont les erreurs1 les fantmes et les m5songes qui entr5t dans la vie4 ,enf91 aprs deux ou trois p]fidies1 deux ou trois trahisons1 quelques infidlits1 un c]ta9 nombre de m5songes1 d'ab&ons et de faiblesses c\pables1 notre pass ne n\s (fre plus qu'un spectacle dc\rageant2 or1 n\s avons beso9 que notre pass n\s s\ti5ne4 ,c'e/ en lui que n\s n\s connaissons rellem5t1 c'e/ lui qui1 dans nos d\tes1 vi5t n\s dire3 ,puisque v\s avez fait ceci1 v\s p\rrez faire cela4 ,dans ce dang]1 dans ce mom5t d'angoisse1 v\s n'avez pas dsespr1 v\s avez eu foi en v\s-mme1 et v\s avez va9cu4 ,les circon/ances sont p>eilles1 g>dez intacte votre foi1 l'toile s]a fidle4 ,mais que rpondrons-n\s lorsque notre pass n'ose plus n\s p>l] qu' voix basse3 ,v\s n'avez russi que grce l'inju/ice et au m5songe2 p> consqu5t1 il v\s faudra m5tir1 il v\s faudra tromp] encore8 ,nul homme n'aime report] ses reg>ds sur une dloyaut1 sur un abus de confiance1 sur une bassesse1 sur une cruaut2 et t\t ce que n\s ne p\vons considr] d'un reg>d f]me1 clair1 paisible et satisfait1 dans nos j\rs qui ne sont plus1 tr\ble et limite l'horizon que =m5t au lo9 les j\rs qui ne sont pas encore4 ,c'e/ en contemplant longuem5t notre pass que notre il acqui]t la =ce indisp5sable p\r sond] l'av5ir4 ,,xviii ,non1 ce n'e/ po9t p>ce que les *oses sont ju/es que ,napolon fut puni de ses trois gr&es inju/ices1 et que n\s s]ons punis des ntres d'une manire mo9s ret5tissante1 mais non mo9s d\l\reuse4 ,ce n'e/ po9t p>ce qu'il y a1 s't5dant aussi lo9 que la vote des cieux1 une ju/ice irrsi/ible et qu'il e/ impossible de sduire ou d'g>]4 ,c'e/ p>ce que l'esprit et le c>actre de l'homme1 t\t son tre moral1 en un mot1 ne peut vivre et agir que dans la ju/ice4 ,ds qu'il en sort1 il sort de son lm5t naturel1 il e/ p\r a9si dire transport dans une plante qu'il ne connat po9t1 o le sol se drobe s\s ses pas1 o t\t le dconc]te2 c> si l'intellig5ce la plus humble se s5t *ez elle dans la ju/ice et peut prdire sans pe9e t\tes les suites d'un acte ju/e1 l'intellig5ce la plus pr(onde et la plus p]spicace e/ dpayse dans l'inju/ice mme qu'elle a cre1 et ne p>vi5t jamais prvoir la dixime p>tie de ses consqu5ces4 ,il suffit que le gnie t5te de s'c>t] du s5tim5t d'quit qui e/ au cur du simple paysan1 p\r qu'il ne sa*e plus o il se tr\ve2 que s]a-ce qu& il outrepass]a les bornes de sa propre ju/ice8 ,c> la ju/ice qui s'lve la suite de l'intellig5ce met des bornes n\velles aut\r de t\t ce qu'elle dc\vre1 en mme temps qu'elle raff]mit les anci5nes que l'in/9ct avait poses et les r5d de plus en plus infran*issables4 ,t\t n\s manque la fois sitt que n\s transgressons la ligne primitive de l'quit1 un m5songe eng5dre c5t m5songes1 et une trahison n\s revi5t p> mille trahisons4 ,tant que n\s sommes dans la ju/ice1 n\s m>*ons dans la confiance1 c> il y a des *oses que les plus f\rbes mmes ne peuv5t pas trahir2 mais du mom5t que n\s entrons dans l'inju/ice1 n\s devons n\s dfi] de nos plus loyaux s]viteurs1 c> il y a des *oses auxquelles ils ne peuv5t po9t re/] fidles4 ,t\t notre organisme moral e/ fait p\r vivre dans la ju/ice1 comme notre organisme physique e/ fait p\r vivre dans l'atmosphre de notre globe4 ,t\tes nos facults compt5t sur elle bi5 plus intimem5t que sur les lois de la gravitation1 de la *aleur ou de la lumire1 et qu& on les plonge dans l'inju/ice1 on les plonge rellem5t dans l'inconnu et dans l'ho/ilit4 ,t\t en n\s e/ fait en vue de la ju/ice1 t\t y va1 t\t n\s y porte et t\t s'y prcipite1 au lieu qu'au fond de l'inju/ice n\s luttons con/amm5t contre nos propres =ces2 et lorsqu' l'heure du *tim5t 9vitable les *oses1 le ciel1 l'univ]s ou l'invisible rvolts n\s sembl5t ju/es enf91 en pr5ant p>ti contre n\s qui pleurons et qui n\s rep5tons1 ce n'e/ pas qu'ils le soi5t ou l'ai5t jamais t1 mais c'e/ n\s1 malgr n\s1 qui sommes demeurs ju/es dans l'inju/ice mme4 ,,xix ,n\s disons que la nature ignore compltem5t notre morale4 ,si celle-ci n\s comm&ait de tu] notre pro*a9 et de lui faire le plus de mal possible1 elle n\s y aid]ait comme elle n\s aide le s\lag] et le r5dre aussi heureux que n\s p\vons4 ,elle sembl]ait s\v5t n\s rcomp5s] de l'avoir fait s\ffrir1 comme elle semble s\v5t n\s rcomp5s] de l'avoir sauv4 ,e/-il p]mis d'en conclure que la nature n'ait po9t de morale1 en donnant ici au mot morale le s5s le plus re/re9t qu'il puisse avoir1 c'e/--dire la subord9ation logique et inflexible des moy5s1 l'accomplissem5t d'une mission gnrale8 ,voil une "q laquelle il ne faut pas trop se ht] de rpondre4 ,n\s ignorons totalem5t le b de la nature1 et si elle en a un2 n\s ignorons sa consci5ce et si elle en a une4 ,t\t ce que n\s p\vons con/at]1 c'e/ non pas ce qu'elle p5se ni si elle p5se1 mais ce qu'elle fait1 et comm5t elle le fait4 ,et n\s voyons alors qu'il y a entre notre morale et sa manire d'agir1 la mme contradiction qu'entre notre in/9ct que n\s t5ons d'elle1 et notre consci5ce qu'en d]nire analyse n\s t5ons d'elle aussi1 mais que n\s avons =me n\s-mmes et que n\s opposons de plus en plus f]mem5t1 en v]tu de la morale huma9e la plus haute1 aux dsirs de notre in/9ct4 ,si n\s n'c\tions que ceux-ci1 n\s agirions en t\t comme la nature1 qui1 trav]s les gu]res les plus inexcusables1 les b>b>ies et les inju/ices les plus flagrantes1 p>at donn] raison aux plus =ts1 et ne v\loir que le triomphe des mo9s scrupuleux et des mieux arms4 ,n\s ne p\rsuivrions que notre propre triomphe1 sans avoir g>d aux droits1 aux s\ffrances1 l'innoc5ce1 la beaut1 la supriorit morale ou intellectuelle de nos victimes4 ,mais alors p\rquoi a-t-elle mis en n\s une consci5ce qui n\s df5d de le faire et un s5tim5t de ju/ice qui emp*e de v\loir exactem5t ce qu'elle veut8 ,e/-ce n\s seuls qui l'y avons mis8 ,p\vons-n\s tir] de n\s-mmes quelque *ose qui ne se tr\ve pas dans la nature1 ou dvelopp] anormalem5t une =ce qui s'lve contre sa =ce8 et si n\s le p\vons1 e/-ce sans raison que la nature p]met que n\s le puissions8 ,p\rquoi en n\s1 et nulle autre "p1 ces deux t5dances irrconciliables qui l'emport5t t\r t\r1 mais ne cess5t jamais de lutt] en aucun homme8 ,l'une et-elle t trop dang]euse sans l'autre8 ,et-elle peut-tre dpass le b2 et le beso9 de va9cre1 sans le s5tim5t de ju/ice1 aurait-il am5 l'anantissem5t1 de mme que le s5tim5t de ju/ice1 sans le beso9 de va9cre1 aurait pu eng5dr] l'immobilit8 ,mais laquelle de ces deux t5dances e/ la plus naturelle et la plus ncessaire8 laquelle la plus troite et laquelle la plus va/e8 laquelle e/ provisoire et laquelle t]nelle8 ,qui n\s indiqu]a celle qu'il faut combattre et celle qu'il faut enc\rag]8 ,devons-n\s n\s con=m] une loi inconte/ablem5t plus gnrale ou aff]mir dans notre cur une loi videmm5t exceptionnelle8 ,exi/e-t-il des circon/ances o n\s ayons le droit d'all] l'encontre de l'idal app>5t de la vie8 ,notre devoir e/-il de suivre la morale de l'espce ou de la race1 qui semble irrsi/ible et qui e/ une des portions visibles des int5tions obscures et inconnues de la nature2 ou bi5 e/-il indisp5sable que l'individu ma9ti5ne ou dveloppe en lui une morale entirem5t diffr5te de celle de l'espce ou de la race dont il fait p>tie8 ,,xx ,en somme1 n\s retr\vons ici1 s\s une autre =me1 la "q peut-tre sci5tifiquem5t insoluble qui e/ la base de la morale volutionni/e4 ,la morale volutionni/e se fonde1 sans os] prononc] le mot1 sur la ju/ice de la nature1 qui impose *aque individu les consqu5ces bonnes ou mauvaises de sa propre nature et de ses propres actions4 ,et d'un autre ct1 il lui faut invoqu]1 ce qu'elle appelle contre-cur1 l'indiffr5ce ou l'inju/ice de la nature qu& elle veut ju/ifi] c]ta9s actes1 inju/es en eux-mmes1 mais ncessaires la prosprit de l'espce4 ,il y a l deux buts inconnus--celui de l'humanit et celui de la nature--et qui ne p>aiss5t pas conciliables en notre esprit1 dans le my/re peut-tre provisoire o ils se tr\v5t4 ,au fond1 t\tes ces que/ions n'en =m5t qu'une2 et c'e/ p\r n\s la plus grave de la morale contempora9e4 ,il semble qu'en ce mom5t l'espce pr5ne une consci5ce peut-tre prmature et fune/e1 je ne dirai pas de ses droits1 c> le problme e/ encore en susp5s1 mais de c]ta9es habitudes amorales de l'hi/oire4 ,on dirait que cette consci5ce inquitante envahit peu peu notre vie individuelle4 ,trois fois1 au c\rs d'une mme anne ou peu s'en faut1 n\s avons vu surgir et gr&ir la "q3 ,a propos de l'crasem5t de l',espagne p> l',amrique 7mais ici elle n'tait pas bi5 nette1 c> depuis trop longtemps l',espagne accumulait les fautes et les crimes et le problme *angeait de nature72 propos d'un innoc5t sacrifi aux intrts prpondrants de la patrie2 propos de la gu]re inique du ,transvaal4 ,il e/ vrai que le phnomne n'e/ pas absolum5t n\veau4 ,l'homme a t\j\rs essay de ju/ifi] son inju/ice2 et qu& il ne tr\vait ni prtexte ni excuse dans la ju/ice huma9e1 il invoquait dans la volont des dieux une loi suprieure sa propre ju/ice4 ,mais auj\rd'hui l'excuse ou le prtexte m5ac5t plus dang]eusem5t notre morale1 att5du qu'ils invoqu5t une loi ou du mo9s une c\tume de la nature plus relle1 plus inconte/able et plus univ]selle que la volont d'un dieu phmre et local4 ,e/-ce la =ce ou la ju/ice qui doit l'emport]1 ou bi5 la =ce conti5t-elle une ju/ice inconnue dans laquelle vi5t se p]dre notre ju/ice huma9e1 ou bi5 notre s5tim5t de ju/ice qui semble rsi/] la =ce aveugle n'e/-il1 en d]nire analyse1 qu'une manation dt\rne de cette =ce1 va-t-il au mme b1 et n'e/-ce que le dt\r qui n\s *appe8 ,il faudrait p\r p\voir rpondre n'tre pas soi-mme une p>tie du my/re qu'il s'agit d'claircir2 il faudrait le contempl] du haut d'un autre monde1 connatre le b de l'univ]s et les de/9es de l'humanit4 ,en att5dant1 si n\s donnons raison la nature1 n\s donnons tort cet in/9ct de ju/ice qu'elle a mis en n\s1 et qui p> consqu5t e/ la nature aussi2 et si n\s appr\vons cet in/9ct1 n\s ne p\vons gure le faire qu'en tirant cette approbation de l'objet mme qui se tr\ve en "q4 ,,xxi ,cela e/ vrai2 mais il e/ vrai aussi que c'e/ une des plus vieilles et des plus va9es habitudes de l'homme que de v\loir enf]m] le monde dans un syllogisme4 ,il e/ bi5 prilleux de faire de la logique dans l'inconnu et dans l'inconnaissable2 et il semble qu'ici1 presque t\s nos d\tes provi5n5t d'un autre syllogisme has>deux4 ,n\s sommes1 n\s disons-n\s1-- haute voix p> mom5ts1 plus s\v5t voix basse1--n\s sommes les enfants de la nature1 n\s devons donc n\s con=m] ses lois et imit] son exemple en t\te *ose4 ,or1 la nature n'a nul s\ci de ju/ice2 elle a un autre b1 qui e/ le ma9ti51 le r5\vellem5t incessant et l'accroissem5t de la vie1 p> consqu5t444 ,n\s ne =mulons pas encore la consqu5ce1 ou du mo9s1 elle n'ose pas encore se montr] ouv]tem5t dans notre morale2 mais si1 jusqu' ce j\r1 elle n'a ex]c que de discrets ravages dans la sphre familire qui va de nos p>5ts nos amis et notre pro*a9 immdiat1 elle pntre peu peu dans l'imm5se rgion dsole o n\s relguons notre pro*a9 inconnu1 invisible1 anonyme4 ,elle e/ dj au fond de bi5 des actes2 elle envahit notre politique1 notre indu/rie1 notre comm]ce1 presque t\t ce que n\s faisons ds que n\s fran*issons le c]cle troit du foy] dome/ique1 le seul endroit p\r la plup>t des hommes o rgne encore un peu de ju/ice vritable1 un peu de bi5veillance1 un peu d'am\r4 ,loi sociale1 lois conomiques1 volution1 slection1 lutte p\r la vie1 concurr5ce1 elle pr5d mille noms p\r faire le mme mal4 ,p\rtant ri5 n'e/ mo9s lgitime que cette consqu5ce2 c> sans avoir beso9 de ret\rn] le syllogisme1 ce qui s]ait trs raisonnable aussi1 et de lui faire dire qu'il doit y avoir une c]ta9e ju/ice dans la nature1 p>ce que n\s qui sommes ses enfants n\s sommes ju/es1 il suffit de le pr5dre tel quel1 et de faire obs]v] que ri5 n'e/ plus my/rieux ni plus conte/able que l'une au mo9s des deux prmisses4 ,n\s avons vu dans les *apitres prcd5ts que la nature ne semble pas ju/e p> rapport n\s1 mais n\s ignorons compltem5t si elle n'e/ pas ju/e p> rapport elle-mme4 ,de ce qu'elle ne s'occupe pas de la moralit de nos actions1 il ne suit pas qu'elle n'ait aucune morale1 ni que notre morale soit la seule possible4 ,affirmons que la nature ne ti5t pas compte de nos int5tions bonnes ou mauvaises1 mais n'en concluons pas qu'elle e/ dnue de t\te moralit et de t\te quit2 ce s]ait implicitem5t affirm] qu'il n'y a plus de secrets1 plus de my/res1 et que n\s connaissons les lois1 l'orig9e et la f9 de l'univ]s4 ,elle n'agit pas comme n\s1 mais1 je le rpte1 n\s ignorons absolum5t p\rquoi elle agit d'autre faon2 et n\s n'avons pas le droit d'imit] quelqu'un qui n\s p>at faire une *ose inique ou cruelle1 tant que n\s ne connaissons pas exactem5t les raisons peut-tre pr(ondes et salutaires p\rquoi il la fait4 ,o veut en v5ir la ,nature8 ,o t5d5t les mondes trav]s l't]nit8 ,o comm5ce la consci5ce8 ,ne peut-elle avoir d'autre =me que celle qu'elle a en n\s8 ,a p>tir de quel po9t les lois physiques sont-elles des lois morales8 ,la vie e/-elle intellig5te8 ,avons-n\s pntr t\tes les proprits de la matire1 et e/-ce uniquem5t dans notre sy/me crbro-sp9al qu'elle devi5t esprit8 ,enf91 qu'e/-ce que la ju/ice vue d'une autre hauteur8 ,le c5tre de son doma9e e/-il ncessairem5t l'int5tion1 et n'exi/e-t-il po9t de rgions o l'int5tion ne compte plus8 ,il n\s faudrait rpondre t\tes ces que/ions et une f\le d'autres1 avant de dcid] si la nature e/ ju/e ou inju/e p> rapport des masses qui rpond5t sa taille4 ,elle dispose d'un av5ir et d'un espace dont n\s n'avons aucune ide1 dans lesquels il y a peut-tre une ju/ice proportionne sa dure1 son t5due et son b1 t\t comme notre in/9ct de ju/ice e/ proportionn la dure et au c]cle troit de notre vie4 ,elle peut faire p5dant des sicles un mal qu'elle a des sicles p\r rp>]2 mais n\s qui ne vivons que quelques j\rs1 n\s n'avons pas qualit p\r imit] ce que n\s ne p\vons embrass] du reg>d1 ni suivre1 ni compr5dre4 ,t\s les lm5ts n\s manqu5t1 qui n\s p]mettrai5t de la jug]1 ds que n\s reg>dons p> del l'heure actuelle4 ,p> exemple1 sans *]*] dans l'imm5sit trangre1 et en n\s en t5ant au po9t imp]ceptible que n\s sommes dans les mondes1 n\s ignorons t\t ce qui conc]ne notre vie possible d'outre-tombe1 et n\s oublions que dans l'tat prs5t de nos connaissances ri5 ne n\s autorise affirm] qu'il n'y ait pas une sorte de survie plus ou mo9s consci5te1 plus ou mo9s responsable2 sans qu'il faille p\r cela que cette survie soit s\mise aux dcisions d'une volont extrieure4 ,trs tmraire s]ait celui qui s\ti5drait que ri5 ne subsi/e1 soit en n\s1 soit en d'autres1 des acquisitions de notre c]veau1 des ef=ts de notre bonne volont4 ,il se peut1 et des expri5ces srieuses sembl5t s9on pr\v] le phnomne1 du mo9s p]mettre qu'on le classe p>mi les possibilits sci5tifiques1 il se peut qu'une p>tie de notre p]sonnalit ou de notre =ce n]veuse ne se dissolve pas4 ,n'e/-ce pas l un av5ir trs va/e ouv]t aux lois qui uniss5t la cause l'effet1 et qui t\j\rs f9iss5t p> crer de la ju/ice qu& elles r5contr5t l'me huma9e et qu'elles ont des sicles devant elles8 ,ne p]dons pas de vue que la nature1 si n\s disons qu'elle n'e/ pas ju/e1 e/ nanmo9s logique1 et1 lors mme que n\s aurions rsolu de dev5ir inju/e1 il n\s s]ait =t difficile de l'tre1 c> n\s devrions demeur] logique2 et la logique1 ds qu'elle entre en contact avec nos p5ses1 nos s5tim5ts1 nos passions1 nos int5tions1 qu'e/-ce qui la di/+ue de la ju/ice8 ,,xxii ,ne n\s htons pas de conclure2 trop de po9ts sont encore inc]ta9s4 ,en v\lant imit] ce que n\s appelons l'inju/ice de la nature1 n\s risquons de n'imit] et de ne favoris] que notre propre inju/ice4 ,qu& n\s disons que la nature n'e/ pas ju/e1 cela revi5t en somme dplor] qu'elle ne s'occupe pas davantage de nos petites v]tus1 de nos petites int5tions et de nos petits hrosmes1 et c'e/ mo9s notre dsir d'quit que notre vanit qui e/ blesse4 ,mais de ce que notre morale n'e/ pas proportionne l'normit de l'univ]s et ses de/9es inf9ies1 il ne suit pas que n\s devions l'ab&onn]1 c> elle e/ proportionne notre /ature et nos de/9es re/re9tes4 ,au surplus1 l'inju/ice de la nature ft-elle inconte/able1 il faudrait exam9] l'autre "q qui re/e entire1 savoir1 s'il e/ ordonn l'homme de suivre la nature dans son inju/ice4 ,ici1 c\tons-n\s n\s-mmes1 plutt que d'c\t] une voix si =midable que n\s ne saisissons aucune des p>oles qu'elle pr(re4 ,notre raison et notre in/9ct n\s dis5t qu'il e/ lgitime de suivre le conseil de la nature1 mais ils dis5t aussi qu'il ne faut po9t le suivre lorsqu'il heurte en n\s un autre in/9ct galem5t pr(ond qui e/ l'in/9ct du ju/e et de l'inju/e4 ,et si les in/9cts se rappro*5t de la vrit et doiv5t tre respects proportion de leur =ce1 celui-ci e/ peut-tre le plus puissant1 puisqu'il a lutt seul jusqu' ce j\r contre t\s les autres et n'e/ pas encore branl4 ,l'heure n'e/ pas v5ue de le r5i]4 ,hommes1 il n\s faut1 en att5dant d'autres c]titudes1 demeur] ju/es dans la sphre huma9e4 ,n\s ne voyons ni assez lo9 ni assez clair p\r tre ju/es dans une autre4 ,ne n\s has>dons pas dans une sorte d'abme1 dont les races et les peuples tr\v5t sans d\te l'issue1 mais o l'homme en tant qu'homme ne doit pas pntr]4 ,l'inju/ice de la nature f9it p> dev5ir de la ju/ice p\r l'espce1 elle a le temps d'att5dre et cette inju/ice e/ sa taille4 ,mais n\s1 t\t cela n\s crase1 et n\s comptons trop peu de j\rs4 ,laissons la =ce rgn] dans l'univ]s et l'quit dans notre cur4 ,si la race e/ irrsi/iblem5t et1 je p5se1 ju/em5t inju/e1 si la f\le mme p>at avoir des droits que n'a pas l'homme isol1 et commet p>fois de gr&s crimes 9vitables et salutaires1 le devoir de *aque individu dans la race1 le devoir de t\t homme dans la f\le1 e/ de demeur] ju/e au c5tre de t\te la consci5ce qu'il p>vi5t runir et ma9t5ir en lui-mme4 ,n\s n'aurons qualit p\r ab&onn] ce devoir que lorsque n\s saurons t\tes les raisons de la gr&e inju/ice app>5te2 et celles qu'on n\s donne3 la cons]vation de l'espce1 la reproduction et la slection des plus =ts1 des plus habiles et des mieux adapts1 ne sont pas suffisantes dt]m9] un *angem5t si effroyable4 ,c]tes1 *acun de n\s doit t*] d'tre le plus =t1 le plus habile1 et de s'adapt] le mieux possible aux ncessits de la vie qu'il ne peut trans=m]2 mais considr] les qualits qui le font va9cre1 manife/5t sa puissance morale et son intellig5ce1 et le r5d5t rellem5t heureux1 le plus habile1 le plus =t1 et le mieux adapt1 c'e/ jusqu'ici le plus huma91 le plus honnte et le plus ju/e4 ,,xxiii ,plus e/ en moi1 dit une belle devise inscrite sur les p\tres et au fronton des *em9es d'une vieille demeure patrici5ne que visit5t ,bruges les voyageurs1 et qui e/ situe l'angle de l'un de ces quais mlancoliques et t5dres1 ab&onns1 inanims1 et cep5dant riants1 comme dans une pe9ture4 ,plus e/ en moi1 t\tes les lois morales1 t\s les my/res intellig5ts s'y tr\v5t1 peut dire l'humanit4 ,il e/ possible qu'il y en ait bi5 d'autres au-dessus et au-dess\s de n\s2 mais si n\s devons les ignor] t\j\rs1 ils sont p\r n\s comme s'ils n'tai5t po9t1 et si un j\r n\s appr5ions qu'ils exi/5t1 n\s ne l'appr5drions que p>ce que1 notre insu1 ils tai5t en n\s-mmes et n\s app>t5ai5t dj4 ,plus e/ en moi1 et peut-tre avons-n\s le droit d'aj\t]3 ,et je n'ai ri5 cra9dre de ce qui e/ en moi4 ,en t\t cas1 c'e/ en n\s que se tr\ve t\te la rgion active et habite du gr& my/re de la ju/ice4 ,quant aux autres rgions1 elles sont inconsi/antes1 probablem5t imag9aires et bi5 c]ta9em5t ds]tes et /riles4 ,sans d\te l'humanit y a tr\v des illusions utiles1 encore qu'elles ne fuss5t pas t\j\rs in(f5sives1 et1 s'il e/ has>deux de s\t5ir que t\tes les illusions doiv5t tre dtruites1 il faut nanmo9s qu'il n'y ait pas un dsaccord trop manife/e entre elles et notre conception de l'univ]s4 ,auj\rd'hui1 n\s v\lons1 en t\tes *oses1 l'illusion de la vrit4 ,elle n'e/ peut-tre ni la d]nire1 ni la meilleure1 ni la seule possible1 mais c'e/ celle qui p\r le mom5t n\s p>at la plus honnte1 et la plus ncessaire4 ,bornons-n\s donc con/at] l'admirable am\r de ju/ice et de vrit qui e/ au cur de l'homme4 ,en re/reignant a9si notre admiration la rgion inconte/e1 peut-tre arriv]ons-n\s savoir ce qu'e/ cette passion qui e/ le signe huma9 p> excell5ce1 mais n\s appr5drons sans nul d\te1--et c'e/ le plus important1--de quelle manire il e/ possible de l'agr&ir et de la purifi]4 ,en voyant la ju/ice fonctionn] sans rel*e dans le seul temple o elle fonctionne rellem5t1 c'e/--dire en n\s-mmes1 en la voyant se ml] t\tes nos p5ses1 t\tes nos actions1 n\s n'aurons pas de pe9e dc\vrir ce qui l'claire et ce qui l'obscurcit1 ce qui la guide et ce qui la trompe1 ce qui la n\rrit et ce qui l'affaiblit1 ce qui l'attaque et ce qui la df5d4 ,,xxiv ,e/-elle l'in/9ct de df5se et de cons]vation de l'humanit8 ,e/-elle le produit le plus pur de notre raison1 ou bi5 y retr\ve-t-on un gr& nombre de ces =ces s5tim5tales qui ont si frquemm5t raison contre la raison mme1 et qui ne sont au fond qu'une sorte de raison inconsci5te et plus va/e1 laquelle la raison consci5te apporte presque t\j\rs une approbation tonne qu& elle arrive aux lieux d'o ces bons s5tim5ts voyai5t depuis longtemps ce qu'elle ne voyait pas encore8 ,de quoi dp5d-elle davantage1 de notre c>actre ou de notre intellig5ce8 ,que/ions qui ne sont peut-tre pas oiseuses si l'on se dem&e ce qu'il convi5t de faire p\r donn] t\te sa =ce et t\t son clat cet am\r de la ju/ice qui e/ le joyau c5tral de l'me huma9e4 ,t\s les hommes aim5t la ju/ice1 mais t\s ne l'aim5t pas du mme am\r1 f>\*e et exclusif4 ,t\s n'ont pas les mmes scrupules1 la mme s5sibilit1 ni la mme c]titude4 ,n\s r5controns des tres d'une intellig5ce trs dveloppe1 dont le s5tim5t du ju/e et de l'inju/e e/ inf9im5t mo9s dlicat et mo9s sr que *ez d'autres d'une intellig5ce app>emm5t trs mdiocre2 et cette portion de n\s-mmes1 mal connue et mal df9ie1 qu'on nomme le c>actre a ici une gr&e influ5ce4 ,mais il e/ difficile d'valu] ce qu'un c>actre simplem5t honnte suppose d'intellig5ce plus ou mo9s inconsci5te4 ,au surplus1 il importe avant t\t d'appr5dre de quelle manire il e/ possible d'clair] et d'augm5t] en n\s l'am\r de la ju/ice2 et ce po9t de vue une *ose e/ c]ta9e1 savoir que notre c>actre comm5ce p> *app] l'action directe de notre bonne volont1 au lieu que le dveloppem5t de notre intellig5ce y e/ en gr&e p>tie s\mis2 on devi5t meilleur en dev5ant plus intellig5t2 et il e/ loisible t\t homme de cultiv] et d't5dre son intellig5ce4 ,c'e/ donc en passant p> notre intellig5ce que n\s amlior]ons cette portion de l'am\r de la ju/ice qui ressortit notre c>actre1 c>1 mesure que l'intellig5ce s'lve et s'claire1 elle p>vi5t dom9]1 clair]1 trans=m] nos s5tim5ts et nos in/9cts4 ,mais n'allons plus plac] ni int]rog] cet am\r dans une sorte d'inf9i surhuma9 et s\v5t inhuma94 ,il ne p>ticip]ait ni de la gr&eur ni de la beaut que cet inf9i peut avoir1 il s]ait incohr5t et inactif comme lui4 ,t&is qu'en appr5ant le tr\v] et l'c\t] en n\s-mmes1 o il e/ rellem5t1 en voyant de quelle manire il pr(ite de t\tes les acquisitions de notre esprit1 de t\tes les joies et de t\tes les s\ffrances de notre cur1 n\s saurons bi5tt ce qu'il faut faire p\r l'augm5t] et l'pur]4 ,,xxv ,notre t*e a9si rduite1 s]a suffisamm5t longue et laborieuse4 ,augm5t]1 pur] en n\s l'ide de ju/ice1 savons-n\s comm5t l'entrepr5dre8 ,n\s voyons peu prs de quel idal il faut n\s rappro*]1 mais que cet idal e/ encore altrable et trompeur6 ,il e/ dim9u de t\t ce que n\s n'ap]cevons pas1 de t\t ce que n\s reg>dons incompltem5t1 de t\t ce que n\s n'int]rogeons pas assez pr(ondm5t4 ,il n'en e/ gure qui soit m5ac de dang]s plus s\rnois1 victime d'oublis plus extraord9aires ou d'erreurs aussi peu vraisemblables4 ,il n'en e/ po9t que n\s devions ent\r] de plus de cra9tes1 de plus de curiosit pieuse et passionne1 de plus de sollicitude4 ,ce qui n\s p>at irrpro*ablem5t ju/e cette heure n'e/ probablem5t qu'une trs petite portion de ce qui n\s p>atrait ju/e si n\s *angions de place4 ,il suffit de comp>] ce que n\s faisions hi] ce que n\s faisons auj\rd'hui1 et ce que n\s faisons auj\rd'hui p>atra ple9 de fautes contre l'quit1 s'il n\s e/ donn de n\s lev] davantage et de le comp>] ce que n\s f]ons dema94 ,un vnem5t a lieu2 une p5se s'claire1 un devoir env]s n\s mme se prcise1 une relation inatt5due se manife/e1 et t\te l'organisation de notre ju/ice intrieure *ancelle et se trans=me4 ,si peu que n\s avancions1 il n\s s]ait impossible de recomm5c] vivre au milieu de bi5 des tri/esses dont n\s avons t la cause involontaire1 p>mi c]ta9s dc\ragem5ts que n\s avons sems sans le savoir1 et p\rtant1 lorsqu'ils naissai5t aut\r de n\s1 il n\s semblait que n\s avions raison1 et n\s ne croyions pas tre inju/es4 ,et de mme auj\rd'hui1 n\s sommes satisfaits de notre bonne volont2 n\s n\s disons que p]sonne ne s\ffre p> notre faute2 n\s sommes p]suads que n\s n'arrtons pas un s\rire1 que n\s n'int]rompons pas un murmure de bonheur1 que n\s n'abrgeons pas une m9ute de paix et d'am\r2 et peut-tre n'ap]cevons-n\s po9t1 notre droite ou notre gau*e1 une inju/ice sans limite qui c\vre les trois qu>ts de notre vie4 ,,xxvi ,je lisais ce mat9 le troisime volume de la m]veilleuse traduction que le ,dr ,j4 ,c4 ,m>drus vi5t de n\s donn] des ,mille et une ,nuits4 ,j'aurais relu l',odysse1 la ,bible1 ,xnophon ou ,plut>que1 que l'enseignem5t des gr&es civilisations disp>ues et t p>eil4 ,je voyais donc1 au c\rs d'un des plus beaux rcits de la sultane ,s*ahrazade1 se dr\l] la vie la plus admirable1 la plus claire1 la plus spontane1 la plus indp5dante1 la plus abondante1 la plus raff9e1 la plus fleurie1 la plus intellig5te1 la plus ple9e de beaut1 de bonheur et d'am\r1 et1 c]ta9s g>ds1 la plus pro*e de la vrit la plus probable1 que l'humanit ait peut-tre connue4 ,la civilisation morale y e/1 bi5 des po9ts de vue1 aussi p>faite que la civilisation matrielle4 ,des ides de ju/ice si dlicates1 des prceptes de sagesse si pntrants1 que notre socit plus grossire1 mo9s heureuse et mo9s att5tive ne tr\ve plus gure l'occasion de les =mul] ou de les dc\vrir1 s\ti5n5t et l cet incomp>able difice de flicit1 comme des colonnes de lumire qui s\ti5drai5t de la lumire4 ,p\rtant1 ce palais de batitude o la vie morale e/ si sa9e1 si gracieusem5t grave1 si noble et si active1 o la sagesse la plus pure et la plus religieuse prside t\s les dlassem5ts d'une humanit bi5heureuse1 e/ bti t\t enti] sur une inju/ice telle1 e/ environn d'une iniquit si va/e1 si pr(onde et si effroyable1 que le plus malheureux des hommes d'auj\rd'hui hsit]ait la fran*ir p\r atte9dre le seuil t9celant de pi]r]ies qui en m]ge4 ,mais pas un des habitants de la demeure miraculeuse ne la s\ponne4 ,on dirait qu'ils ne s'appro*5t jamais des f5tres1 ou1 s'ils les ouvr5t p> has>d1 et s'ils voi5t et dplor5t1 entre deux fe/9s1 la misre qui les ent\re1 ils n'ap]oiv5t po9t une iniquit incomp>ablem5t plus mon/rueuse et plus rvoltante que la misre1 je veux dire l'esclavage1 et surt\t l'ass]vissem5t de la femme qui1 si haute qu'elle soit1 et dans le mom5t mme o elle p>le aux hommes de bont et de ju/ice1 et leur ouvre les yeux sur leurs devoirs les plus t\*ants et les plus gnreux1 ne voit pas l'abme o elle se tr\ve et ne se dit pas qu'elle n'e/ qu'un simple in/rum5t de plaisir1 qu'on a*te1 qu'on rev5d1 ou qu'on donne n'importe quel matre rpugnant et b>b>e1 dans un mom5t d'ivresse1 d'o/5tation ou de reconnaissance4 ,,xxvii ,on raconte1 dit ,nozhat\1 la belle esclave1 qui1 ca*e d]rire un rideau de soie et de p]les1 p>le au pr9ce ,s*>kan et aux sages du royaume1 on raconte aussi que le ,khalifat ,om> sortit une fois se prom5] la nuit accompagn du vnrable ,aslam ,ab\-,zeid4 ,et il vit au lo9 un feu qui flambait1 et il s'en appro*a1 croyant sa prs5ce utile1 et il vit une pauvre femme qui allumait un feu de bois s\s une m>mite2 et elle avait ses cts deux petits enfants *tifs qui gmissai5t lam5tablem5t4 ,et ,om> dit3 ,la paix sur toi1 femme6 ,que fais-tu donc l1 seule dans la nuit et le froid8 ,elle rpondit3 ,seigneur1 je fais *auff] un peu d'eau p\r la donn] boire mes enfants qui meur5t de faim et de froid2 mais un j\r ,allah dem&]a compte au ,khalifat ,om> de la misre o n\s sommes rduits4 ,et le ,khalifat qui tait dguis fut mu extrmem5t et lui dit3 ,mais crois-tu1 femme1 qu',om> connaisse ta misre1 s'il ne la s\lage pas8 ,elle rpondit3 ,p\rquoi donc ,om> e/-il le ,khalifat s'il ignore a9si la misre de son peuple et de *acun de ses sujets8 ,alors le ,khalifat se tut et dit ,aslam ,ab\-,zeid3 ,vite1 allons-n\s-en4 ,et il m>*a trs vite1 jusqu' ce qu'il ft arriv l',int5dance de sa maison1 et il entra dans le magas9 de l',int5dance et il tira un sac de f>9e d'entre les sacs de f>9e et aussi une j>re remplie de graisse de m\ton1 et il dit ,ab\-,zeid3 ,aide-moi les *>g] sur mon dos1 ,ab\-,zeid4 ,mais ,ab\-,zeid se rcria et dit3 ,laisse-moi les port] moi-mme sur mon dos1 mir des ,croyants4 ,il rpondit avec calme3 ,mais s]ait-ce donc toi aussi1 ,ab\-,zeid1 qui port]ait le f>deau de mes p*s au j\r de la ,rsurrection8 ,et il obligea ,ab\-,zeid lui mettre sur le dos le sac de f>9e et le vase de graisse de m\ton4 ,et le ,khalifat m>*a vite1 a9si *>g1 jusqu' ce qu'il ft p>v5u auprs de la pauvre femme1 et il prit de la f>9e1 et il prit de la graisse et les mit dans la m>mite sur le feu1 et de ses propres ma9s il prp>a cette n\rriture1 et il se p5*a lui-mme sur le feu p\r s\ffl] dessus1 et1 comme il avait une trs gr&e b>be1 la fume du bois se frayait *em9 p> les int]/ices de la b>be4 ,et lorsque cette n\rriture fut prte1 ,om> l'(frit la femme et aux petits enfants1 qui en mangr5t jusqu' satit au fur et mesure qu',om> la leur refroidissait de son s\ffle4 ,alors ,om> leur laissa le sac de f>9e et la j>re de graisse1 et s'en alla en disant ,ab\-,zeid3 ,o ,ab\-,zeid1 ma9t5ant que j'ai vu ce feu1 sa lumire m'a clair4 ,mais1 ,roi1 dit un peu plus lo91 un roi trs sage1 une des c9q adolesc5tes p5sives qu'on dsire lui v5dre2 mais1 ,roi1 sa*e aussi que l'action la plus belle e/ celle qui e/ ds9tresse4 ,on raconte1 en effet1 que dans ,isral il y avait deux frres1 et l'un de ces frres dit un j\r l'autre3 ,quelle e/ l'action la plus effroyable que tu aies jamais faite8 ,il rpondit3 ,c'e/ celle-ci3 comme je passais un j\r prs d'un p\laill]1 je t5dis le bras et saisis une p\le1 et l'ayant trangle je la rejetai dans le p\laill]4 ,c'e/ l la plus effroyable *ose de ma vie4 ,mais toi1 mon frre1 qu'z-tu fait de plus effroyable8 ,il rpondit3 ,c'e/ d'avoir fait ma prire ,allah p\r lui dem&] une faveur4 ,c> la prire n'e/ belle que lorsqu'elle e/ la simple lvation de l'me v]s les hauteurs4 ,appr5ds te connatre6 repr5d une de ses compagnes1 captive et esclave comme elle4 ,appr5ds te connatre6 ,et alors seulem5t agis6 agis selon t\s tes dsirs1 mais en pr5ant g>de de ne pas ls] ton vois94 ,notre morale d'auj\rd'hui ne saurait ri5 aj\t] cette d]nire =mule1 et n'a pas de prcepte plus complet4 ,t\t au plus p\rrait-elle t5dre le s5s du mot3 vois91 lev]1 allg]1 et r5dre plus subtil et plus impressionnable celui du mot3 ls]4 ,or1 le livre o se tr\v5t ces p>oles1 e/1 s\s t\tes ces fleurs et s\s t\te cette sagesse1 un monum5t d'horreur1 de sang1 de l>mes1 de despotisme et de s]vitude4 ,et celles qui les prononc5t sont des esclaves4 ,un m>*& les a*te1 je ne sais o1 et les rev5d une vieille femme qui leur enseigne ou leur fait enseign] la posie1 la philosophie1 t\tes les sci5ces de l',ori5t1 af9 qu'elles soi5t un j\r des prs5ts dignes d'un roi4 ,et qu& l'ducation e/ a*eve1 et que la beaut et la sagesse des victimes excit5t l'admiration de t\s ceux qui les appro*5t1 l'indu/rieuse et prvoyante vieille les (fre1 en effet1 un roi trs ju/e et trs sage4 ,et qu& le roi trs ju/e et trs sage leur aura pris leur virg9it et v\dra d'autres am\rs1 il les donn]a probablem5t 7c> je ne me rappelle plus exactem5t la suite de l'hi/oire1 mais c'e/ la de/9e inv>iable de t\tes les femmes de ces m]veilleuses lg5des7 ses vizirs4 ,et les vizirs les *ang]ont contre un vase de p>fum ou une ce9ture de pi]r]ies1 mo9s qu'ils ne les envoi5t au lo9 faire les dlices d'un protecteur puissant ou d'un rival hideux1 mais r$\t4 ,et elles qui int]rog5t leur consci5ce et lis5t dans celle des autres1 elles qui mdit5t les plus beaux et les plus gr&s problmes de la ju/ice et de la morale des peuples et des hommes1 elles ne jett5t pas un reg>d sur leur sort et ne se d\t5t pas un in/ant de l'abom9able inju/ice qu'elles subiss5t4 ,et t\s ceux qui les c\t5t1 les aim5t1 les admir5t et les compr5n5t1 ne s'en d\t5t pas davantage4 ,et n\s qui n\s tonnons et qui rfl*issons aussi sur la ju/ice1 la bont1 la piti et l'am\r1 ri5 ne n\s pr\ve que notre tat social n'(frira pas quelque j\r1 ceux qui vi5dront aprs n\s1 un spectacle aussi dconc]tant4 ,,xxviii ,il n\s e/ difficile d'imag9] ce que s]a la ju/ice idale1 puisque t\tes nos p5ses qui s'lv5t v]s elle sont contr>ies p> l'inju/ice dans laquelle n\s vivons encore4 ,n\s ignorons les lois1 les relations n\velles qui se rvl]ont qu& il n'y aura plus d'9galits ni de malheurs imputables aux hommes1 et que *acun1 selon le pr9cipe de la morale volutionni/e1 recueill]a les rsultats bons ou mauvais de sa propre nature et des consqu5ces qui dc\l5t de celle-ci4 ,a l'heure actuelle1 il n'en e/ pas a9si1 et l'on peut dire que p\r la totalit des hommes1 dans le doma9e matriel1 la connexit entre la conduite et ses consqu5ces1 selon la =mule de ,sp5c]1 n'exi/e que d'une manire drisoire1 arbitraire et inique4 ,n'e/-il pas tmraire d'espr] que nos p5ses soi5t ju/es qu& le corps de *acun de n\s trempe compltem5t dans l'inju/ice8 ,et il n'e/ p]sonne qui n'y trempe p\r en s\ffrir ou p\r en pr(it]1 p]sonne dont les ef=ts n'obti5n5t trop ou trop peu1 p]sonne qui ne soit privilgi ou fru/r4 ,n\s p\vons essay] de dgag] notre p5se de cette inju/ice invtre1 ve/ige trop durable de la morale s\s-huma9e ncessaire l'espce primitive4 ,mais il e/ va9 de croire qu'elle aura la mme =ce1 la mme indp5dance1 la mme clairvoyance1 et qu'elle arriv]a aux mmes rsultats que si cette inju/ice n'tait pas4 ,ce n'e/ jamais qu'une trs timide et trs inc]ta9e p>tie de la p5se huma9e1 qui p>vi5t se dress] au-dessus de la ralit4 ,la p5se huma9e peut beauc\p de *oses2 et elle a am51 la longue1 des amliorations tonnantes dans ce qui p>aissait immuable dans l'espce ou la race4 ,mais au mom5t o elle mdite sur une trans=mation qu'elle entrevoit ou qu'elle espre1 elle n'en subit pas mo9s le j\g1 la manire de voir1 de s5tir et d'imag9] de ce qu'elle v\drait *ang]4 ,elle n'en e/ pas mo9s et presque t\t entire1 cela mme qu'elle prt5d trans=m]4 ,elle e/ plutt faite p\r expliqu]1 jug]1 coordonn] ce qui tait1 p\r aid]1 n\rrir et faire connatre ce qui e/ dj n mais encore invisible2 et il e/ r>e qu'elle prvoie l'av5ir ou qu'elle produise ri5 de bi5 salutaire et de durable1 qu& elle se risque dans ce qui n'e/ pas encore4 ,aussi porte-t-elle la pe9e de l'tat social dans lequel n\s vivons4 ,il y a trop d'inju/ice aut\r de n\s p\r que n\s puissions n\s faire une ide satisfaisante de la ju/ice1 p\r que n\s puissions y p5s] avec la bonne foi et la paix ncessaires4 ,il faudrait p\r l'tudi] et en p>l] avec fruit qu'elle ft ce qu'elle p\rrait tre3 une puissance sociale1 irrpro*able et relle4 ,mais n\s devons n\s born] invoqu] ses effets inconsci5ts1 secrets1 et p\r a9si dire ins5sibles4 ,c'e/ vraim5t du rivage de l'inju/ice huma9e que n\s contemplons la ju/ice1 et n\s ignorons encore le spectacle de la haute m] s\s la vote illimite et inviolable d'une consci5ce sans repro*e4 ,il faudrait1 t\t au mo9s1 que les hommes euss5t fait leur possible1 dans leur propre doma9e2 ils aurai5t alors le droit d'all] plus lo9 et d'int]rog] autre *ose1 et leurs p5ses s]ai5t probablem5t plus claires si leur consci5ce tait plus tranquille4 ,,xxix ,un gr& repro*e p>alyse notre ardeur qu& n\s entrepr5ons de dev5ir meilleurs1 de p>donn]1 d'aim] et de compr5dre davantage4 ,n\s avons beau purifi] notre consci5ce1 ennoblir nos p5ses et n\s ef=c] de r5dre la vie plus d\ce et plus lgre ceux qui n\s ent\r5t2 t\t cela ne produit presque ri5 au dehors1 t\t cela ne passe po9t notre porte2 et ds que n\s sortons de la demeure de notre intimit1 n\s s5tons que n\s n'avons ri5 fait1 qu'il n'y a ri5 faire et que n\s pr5ons "p malgr n\s la gr&e inju/ice anonyme4 ,n'e/-il pas drisoire de rs\dre *ez soi les problmes de consci5ce les plus t\*ants et les plus dlicats1 de *ass] avec cra9te l'ombre d'une p5se amre1 de se v\loir1 t\te heure du j\r1 noble1 simple1 fidle1 loyal1 compatissant1 moralem5t intact1 entre les quatre murs de son app>tem5t1 p\r oubli] l'in/ant mme1 et sans qu'il soit possible de ne pas le faire1 t\te piti1 t\te quit et t\t am\r sitt que n\s desc5dons dans la rue1 ou que n\s r5controns d'autres tres que ceux dont le visage n\s e/ dev5u famili]8 ,quelle e/ la dignit1 la loyaut1 de cette d\ble vie1 sage1 huma9e1 leve1 rfl*ie de ce ct de notre seuil1 et de l'autre1 indiffr5te1 in/9ctive1 impitoyable8 ,il suffit que n\s ayons mo9s froid1 que n\s soyons mieux vtus et mieux n\rris que l'ouvri] qui passe1 que n\s a*etions n'importe quel objet qui n'e/ pas /rictem5t indisp5sable2 et c'e/1 en d]nire analyse1 aprs mille circuits1 un ret\r inconsci5t l'acte primitif du plus =t dp\illant sans scrupule le plus faible4 ,n\s ne j\issons pas d'un avantage qui ne soit1 le reg>d] d'assez prs1 le rsultat d'un abus de p\voir peut-tre trs anci51 d'une viol5ce inconnue1 d'une ruse antrieure1 que n\s remettons en m\vem5t en n\s asseyant notre table1 en n\s prom5ant oisivem5t p> la ville1 en n\s c\*ant le soir dans un lit que nos ma9s n'ont po9t fait4 ,et le loisir mme d'tre meilleur1 plus compatissant1 et plus d\x1 et de p5s] plus frat]nellem5t l'inju/ice que subiss5t les autres1 qu'e/-ce1 en somme1 que le fruit le plus mr de la gr&e inju/ice8 ,,xxx ,je sais bi51 il ne faut pas p\ss] trop lo9 ces scrupules1 on irait des rvoltes =t inutiles et peut-tre fune/es l'espce dont il convi5t de respect] la puissante et clm5te l5teur4 ,ou bi5 l'on ret\rn]ait aux r5oncem5ts inactifs et my/iques1 ho/iles aux volonts les plus vid5tes et les plus inv>iables de la vie4 ,il y a l des lois qu'on dit 9vitables2 mais dj on le dit avec mo9s d'assurance4 ,c'e/ en quoi la situation du ju/e et du sage e/ *ange4 ,m>c-,aurle1 l'me la plus noblem5t s5sible1 la plus sagem5t impressionnable1 la plus purem5t anxieuse1 la plus inquite de ju/ice qui ft jamais peut-tre1 ne se dem&e pas ce qui se passe hors de l'admirable petit c]cle de lumire o sa v]tu1 sa consci5ce1 sa piti1 sa mansutude div9e enveloppe ses pro*es1 ses amis et ses s]viteurs4 ,t\t aut\r1 il ne l'ignore po9t1 c'e/ l'iniquit inf9ie4 ,mais cette iniquit ne le reg>de pas4 ,elle e/ l'ocan ncessaire1 my/rieux et sacr2 l'imm5se "p des dieux1 de la fatalit et des lois suprieures1 inconnues1 irresponsables1 irrsi/ibles1 immuables4 ,elle n'accable po9t son c\rage2 au contraire1 elle le rassure1 le conc5tre et l'lve1 comme une flamme e/ plus haute qui ne se rp& pas sur une gr&e surface1 qui jaillit t\te seule dans la nuit1 et que les tnbres activ5t4 ,il ne lui app>ti5t pas de t\*] au rgime du de/9 qui veut la s]vitude du plus gr& nombre4 ,il se s\met avec tri/esse1 mais avec confiance1 aux dcrets irrvocables1 et c'e/ encore un acte de pit et de v]tu4 ,il s'enf]me en lui-mme et devi5t plus huma9 et plus ju/e1 dans une sorte de vide immobile et sans rayonnem5t4 ,et de sicle en sicle les sages et les bons auront la mme ardeur conc5tre et recluse4 ,plus d'une loi immuable aura *ang de nom2 mais la "p de l'iniquit demeur]a p>eille2 et ils la reg>d]ont avec la mme mlancolie rsigne et rassure4 ,mais n\s1 qu'allons-n\s faire8 ,n\s savons qu'il n'y a plus d'iniquit ncessaire4 ,n\s avons envahi le doma9e des dieux1 du de/9 et des lois inconnues4 ,peut-tre leur re/e-t-il la maladie1 l'accid5t1 la tempte1 la f\dre et la plup>t des my/res de la mort2 n\s n'avons pas pntr jusque-l2 mais il e/ c]ta9 qu'ils n'ont plus la pauvret1 le travail sans espoir1 la misre1 la fam9e et la s]vitude4 ,c'e/ n\s qui les organisons1 les ma9t5ons et les di/ribuons4 ,ce sont nos flaux p]sonnels1 affreux mais famili]s1 et ils sont de plus en plus r>es ceux qui croi5t de bonne foi qu'une puissance surhuma9e y prside4 ,il n'exi/e plus que dans nos s\v5irs1 l'ocan religieux et infran*issable qui protgeait et excusait la retraite du p5seur et du ju/e repli sur lui-mme4 ,auj\rd'hui1 ,m>c-,aurle ne dirait plus avec la mme srnit3 ,ils se *]*5t des refuges1 *aumires ru/iques1 rivages des m]s1 montagnes3 toi aussi1 tu te livres d'habitude un vif dsir de p>eils bi5s4 ,or1 c'e/ l le fait d'un homme ignorant et inhabile1 puisqu'il t'e/ p]mis l'heure que tu veux de te retir] en toi-mme4 ,nulle "p l'homme n'a de retraite plus tranquille1 mo9s tr\ble p> les affaires1 que celle qu'il tr\ve en son me1 p>ticulirem5t si l'on a en soi-mme de ces *oses dont la contemplation suffit p\r n\s faire j\ir l'in/ant du calme p>fait1 lequel n'e/ pas autre1 mon s5s1 qu'une p>faite ordonnance de notre me4 ,il y a autre *ose cette heure que l'ordonnance de l'me2 ou plutt il s'agit d'y ordonn] t\tes les *oses qui ne s'y tr\vai5t po9t du temps de ,m>c-,aurle1--c'e/--dire les trois qu>ts des malheurs des hommes1--et qui1 d'intangibles1 d'in9telligibles1 d'immobiles1 de fatales qu'elles tai5t1 sont dev5ues relles1 explicables1 pressantes et huma9es4 ,,xxxi ,cela ne veut pas dire qu'il faille ab&onn] ce dsir d'ordonnance des vieux sages4 ,n\s n'avons plus att5dre l'ordonnance absolue qu'ils tr\vai5t dans leur gsme excusable2 mais n\s p\vons espr] une sorte d'ordonnance conditionnelle et provisoire4 ,cette ordonnance n'e/ plus le d]ni] mot de la morale1 mais il n'en e/ pas mo9s indisp5sable de comm5c] p> tre aussi ju/e que possible en soi-mme et env]s ses pro*es1 ses amis1 ses vois9s et ses s]viteurs4 ,c'e/ l'heure o n\s sommes t\t fait ju/e env]s ceux-ci et dans notre consci5ce1 que n\s n\s ap]cevons que n\s sommes trs inju/e env]s t\s les autres4 ,quant au moy5 d'tre pratiquem5t plus ju/e env]s ces d]ni]s1 n\s l'ignorons encore1 mo9s de rec\rir aux gr&s r5oncem5ts hroques qui1 ne p\vant tre unanimes1 produirai5t peu de *ose1 et irai5t probablem5t contre les lois les plus pr(ondes de la nature1 laquelle rejette le r5oncem5t s\s t\tes ses =mes1 hormis celle de l'am\r mat]nel4 ,cette ju/ice pratique e/ donc le secret de l'espce4 ,l'espce a a9si ma9ts secrets qu'elle rvle un un1 aux mom5ts vritablem5t dang]eux de l'hi/oire2 et les solutions qu'elle impose aux difficults trop mortelles1 sont presque t\j\rs inatt5dues1 et d'une simplicit assez trange4 ,il e/ possible que l'heure appro*e o elle p>l]a de n\veau4 ,esprons1 sans outr] notre espoir1 c> n\s ne devons pas p]dre de vue que l'humanit e/ lo9 d'tre sortie de la priode des gnrations sacrifies4 ,l'hi/oire n'en a po9t connu d'autres1 et il e/ possible que jusqu' la f9 des temps t\tes les gnrations se dis5t sacrifies4 ,nanmo9s1 on ne saurait ni] que les sacrifices1 p\r inju/es et inutiles qu'ils soi5t encore1 devi5n5t de mo9s en mo9s inhuma9s et 9luctables1 qu'ils ont lieu en v]tu de lois de mieux en mieux connues1 et qui p>aiss5t de plus en plus se rappro*] de celles qu'une raison leve peut accept] sans tre impitoyable4 ,,xxxii ,mais1 il faut l'av\]1 les ides de l'espce sont d'une l5teur maje/ueuse et r$\table4 ,il a fallu des sicles p\r que les hommes primitifs r5onass5t se fuir ou s'attaqu]1 qu& ils se r5contrai5t l'entre des cav]nes1 et reconnuss5t qu'ils avai5t intrt se rappro*]1 et se df5dre en commun contre les normes ennemis du dehors4 ,en outre1 les ides de l'espce sont s\v5t trs diffr5tes de celles que p\rrait avoir l'homme le plus sage4 ,elles p>aiss5t indp5dantes1 spontanes1 s'appui5t frquemm5t sur des donnes dont on ne tr\ve pas trace dans la raison huma9e de l'poque o elles naiss5t2 et c'e/ une des que/ions les plus graves et les plus inquitantes qu'ait se pos] le morali/e ou le sociologue1 que de savoir si t\s ses ef=ts peuv5t ht] d'une heure ou faire dvi] d'une ligne les dcisions de la gr&e masse anonyme qui p\rsuit pas pas son b indisc]nable4 ,,xxxiii ,il y a longtemps1 si longtemps que c'e/ une des premires affirmations de la sci5ce1 au mom5t o elle sort des entrailles de la t]re1 des glaci]s et des grottes1 et cesse de s'appel] gologie ou palontologie p\r dev5ir l'hi/oire de l'homme1 il y a donc bi5 longtemps1 l'humanit passa p> une crise qui n'e/ pas sans analogie avec celle dont elle appro*e1 ou dans laquelle elle se dbat actuellem5t2 cette diffr5ce prs qu'elle p>aissait t\t autrem5t tragique et insoluble4 ,on peut mme affirm] que l'espce huma9e n'a pas connu jusqu'ici une heure plus critique ni plus dcisive1 une priode o elle fut plus prs de sa ru9e2 et si n\s vivons auj\rd'hui1 n\s le devons app>emm5t l'expdi5t inespr qui sauva la race dans l'in/ant que le flau1 n\rri p> la raison mme de l'homme et p> t\t ce qu'il y avait de meilleur et de plus irrsi/ible en son in/9ct du ju/e et de l'inju/e1 allait enf9 dtruire l'quilibre hroque entre le dsir et la possibilit de vivre4 ,je veux p>l] des viol5ces1 des rapts et des meurtres qui surgir5t naturellem5t p>mi les premi]s gr\pes huma9s4 ,ils fur5t probablem5t effroyables et dur5t trs srieusem5t m5ac] l'exi/5ce de la race1 c> la v5geance e/ la =me t]rible1 et p\r a9si dire pidmique1 que pr5d d'abord le beso9 de ju/ice4 ,il e/ vid5t que1 livre elle-mme1 et se multipliant *aque pas1 la v5geance1 suivie de la v5geance de la v5geance1 n'et pas t>d dvor]1 s9on l'humanit entire1 du mo9s t\t ce qui tait n]gique et fi] p>mi les premi]s hommes4 ,or1 *ez presque t\s les peuples b>b>es1 aussi bi5 que dans la plup>t des tribus sauvages qu'on peut encore obs]v] auj\rd'hui1 on voit1 un mom5t donn1--et c'e/ gnralem5t le mom5t o les armes de la tribu devi5n5t rellem5t meurtrires1--on voit la v5geance s'arrt] brusquem5t devant une c\tume s+ulire qu'on a appele le prix du sang ou la composition p\r l'homicide et qui p]met au c\pable d'*app] aux reprsailles des amis ou des p>5ts de la victime1 en payant ceux-ci une indemnit1 arbitraire au db1 mais bi5tt /rictem5t gradue4 ,a la bi5 exam9]1 dans l'hi/oire t\te hroque1 t\te de premi] m\vem5t des peuples enfants1 ri5 n'e/ plus trange1 plus inatt5du que l'+niosit un peu m]cantile1 un peu trop pati5te1 de cet usage presque gnral4 ,faut-il l'attribu] la prvoyance des *efs8 ,mais on la retr\ve l o il n'y a1 p\r a9si dire1 aucune autorit4 ,en e/-on r$evable aux vieill>ds1 aux p5seurs1 aux sages des gr\pes primitifs8 ,cela n'e/ gure plus probable4 ,il y a l une p5se qui e/ en mme temps plus basse et plus haute que ne p\rrait l'tre la p5se d'un gnie isol1 d'un prophte des priodes b>b>es4 ,le sage1 le prophte1 le gnie1 surt\t le gnie inculte1 e/ plutt port outr] les p5*ants gnreux et hroques du clan et de l'poque auxquels il app>ti5t4 ,cette hsitation cra9tive et presque s\rnoise d'une v5geance naturelle et sacre1 ce m>* assez odieux de l'amiti1 de la fidlit et de l'am\r devai5t lui rpugn]4 ,et1 d'un autre ct1 e/-il vraisemblable qu'il ait pu s'lev] assez haut p\r entrevoir p> del les devoirs immdiats les plus nobles et les plus inconte/s1 cet intrt suprieur de la tribu et de la race1 cette volont my/rieuse de la vie1 que les plus sages d'entre les sages d'auj\rd'hui n'ap]oiv5t d'ord9aire et ne ju/ifi5t qu'aprs une grave et d\l\reuse victoire sur leur raison solitaire et sur leur cur8 ,non1 ce ne fut pas la p5se de l'homme qui tr\va cette solution4 ,ce fut l'inconsci5ce de la masse oblige de se df5dre contre des p5ses trop individuellem5t1 trop purem5t huma9es p\r qu'elles puss5t s'adapt] aux irrductibles exig5ces de la vie sur cette t]re4 ,l'espce e/ extrmem5t docile1 extrmem5t endurante4 ,elle porte le plus longtemps et le plus lo9 possible le f>deau que la raison1 le dsir du mieux1 l'imag9ation1 les passions1 les vices1 les v]tus et les s5tim5ts qui sont propres l'homme1 lui impos5t4 ,mais au mom5t o le f>deau devi5t rellem5t crasant et fune/e1 elle s'en db>rasse avec indiffr5ce4 ,elle n'a nul s\ci du moy52 elle pr5d le plus pro*e1 et le plus simple1 tant sre1 dirait-on1 que son ide e/ la plus ju/e et la meilleure4 ,or1 elle n'a qu'une ide3 c'e/ de vivre2 et cette ide surpasse en somme t\s les hrosmes et les rves les plus admirables que r5f]mait peut-tre le f>deau qu'elle rejette4 ,reconnaissons-le1 dans l'hi/oire de la raison huma9e1 ce ne sont pas t\j\rs les p5ses qui s'lv5t le plus haut qui sont les plus ju/es et les plus gr&es4 ,il en e/ un peu des p5ses de l'homme comme des jets d'eau qui ne mont5t si haut que p>ce qu'ils ont t emprisonns et qu'ils s'*app5t p> un orifice trs troit4 ,a sa sortie de l'orifice on peut imag9] que l'eau qui s'lance v]s le ciel mprise le gr& lac immobile et sans bornes qui s't5d s\s elle4 ,p\rtant1 on a beau dire1 c'e/ le gr& lac qui a raison4 ,il accomplit tranquillem5t1 dans son immobilit app>5te et dans son sil5ce passif1 l'uvre imm5se et normale du plus important lm5t de notre globe1 et le jet d'eau n'e/ qu'un incid5t curieux qui retombe bi5tt dans l'uvre univ]selle4 ,p\r n\s1 l'espce e/ le gr& lac qui a t\j\rs raison1 mme au po9t de vue de la raison de l'homme suprieur qu'elle semble p>fois outrag]4 ,elle a l'ide la plus va/e1 celle qui conti5t t\tes les autres et qui embrasse le temps et l'espace le plus illimits4 ,et ne voyons-n\s pas mieux1 de j\r en j\r1 que l'ide la plus va/e1 dans quelque doma9e que ce soit1 e/1 en f9 de compte1 la plus raisonnable1 la plus sage1 la plus ju/e et la plus belle aussi8 ,,xxxiv ,on se dem&e p>fois s'il ne vaudrait pas mieux que les de/9es de l'humanit fuss5t diriges p> les hommes suprieurs1 p> les gr&s sages1 plutt que p> l'in/9ct de l'espce1 t\j\rs si l5t et s\v5t si cruel4 ,je ne crois pas qu'on puisse rpondre la "q de la mme faon qu'on y et autrefois rpondu4 ,c]tes1 il et t bi5 dang]eux de confi] les de/9es de l'espce ,platon1 ,ari/ote1 ,m>c-,aurle1 ,%akespe>e ou ,montesquieu4 ,aux pires mom5ts de la ,rvolution franaise1 le sort d'un peuple tait en somme entre les ma9s d'assez bons philosophes4 ,mais il e/ c]ta9 qu'auj\rd'hui1 les habitudes du p5seur se sont pr(ondm5t modifies4 ,il n'e/ plus spculatif1 utopi/e1 ou exclusivem5t intuitif4 ,en politique1 comme en littrature1 comme en philosophie et dans t\tes les sci5ces1 il e/ de plus en plus obs]vateur et de mo9s en mo9s imag9atif4 ,il suit1 il reg>de1 il tudie1 il t*e d'organis] ce qui e/1 plutt qu'il ne prcde1 qu'il ne t5te de crer ce qui n'e/ pas encore ou ce qui ne s]a jamais4 ,ds lors1 il a peut-tre qualit p\r p>l] plus imprieusem5t et y aurait-il mo9s de dang] ce qu'il int]vnt plus directem5t4 ,il e/ vrai qu'on ne le lui p]mettra gure plus qu'aup>avant4 ,mo9s peut-tre1 c>1 tant plus circonspect et mo9s aveugl p> ses c]titudes bornes1 il s]a mo9s h>di et mo9s exclusif4 ,il e/ p\rtant probable que1 se tr\vant naturellem5t d'accord avec le gnie de l'espce qu'il se cont5te d'obs]v]1 son influ5ce gagn]a peu peu1 de sorte qu'ici encore1 en d]nire analyse1 ce s]a l'espce qui aura raison et qui dcid]a2 puisqu'elle guide celui qui l'obs]ve1 et qu'en suivant celui qu'elle guide1 elle ne f]a que suivre ses propres volonts inconsci5tes et in=mes1 qu'il aura claires et exprimes4 ,,xxxv ,en att5dant que l'espce tr\ve le n\vel expdi5t ncessaire 7,et elle le tr\v]a sans pe9e qu& le dang] s]a plus grave1 il e/ mme probable qu'elle l'a dj tr\v et qu'il trans=me1 l'heure qu'il e/1 une p>tie de nos de/9es sans que n\s s\ponnions son exi/5ce71 en att5dant1 t\t en travaillant au dehors comme si le salut de nos frres dp5dait entirem5t de notre travail1 il n\s e/ p]mis1 aussi bi5 qu'aux vieux sages1 de r5tr] p> mom5ts en n\s-mmes4 ,n\s y tr\v]ons peut-tre notre t\r1 une de ces *oses dont la contemplation suffit p\r n\s faire j\ir l'in/ant1 s9on d'un calme p>fait1 du mo9s d'une esprance inde/ructible4 ,si la nature ne n\s semble pas ju/e1 si ri5 ne n\s p]met d'affirm] qu'une puissance suprieure ou l'intellig5ce de l'univ]s rcomp5se ou *tie1 ici-bas ou ailleurs1 selon les lois de notre consci5ce ou selon d'autres lois que n\s admettrons quelque j\r1 si enf91 d'homme homme1 c'e/--dire dans nos relations avec nos semblables1 il y a un admirable dsir d'quit1 mais une ju/ice effective t\j\rs incomplte1 sujette t\tes les erreurs de la raison1 t\tes les emb*es de l'intrt p]sonnel1 et s\mise t\tes les mauvaises habitudes d'un tat social encore s\s-huma91 il e/ nanmo9s c]ta9 qu'au fond de la vie morale de *acun de n\s se tr\ve une image de cette ju/ice invisible et incorruptible que n\s avons va9em5t *]*e dans le ciel1 dans l'univ]s et dans l'humanit4 ,elle agit1 il e/ vrai1 d'une manire qui *appe aux reg>ds des autres hommes et s\v5t notre propre consci5ce1 mais p\r tre ca* et intangible1 ce qu'elle fait n'en e/ pas mo9s pr(ondm5t huma91 pr(ondm5t rel4 ,il semble qu'elle c\te et exam9e t\t ce que n\s p5sons1 t\t ce que n\s disons1 t\t ce que n\s t5tons dans la vie du dehors1 et s'il y a1 au fond de t\t cela1 un peu de bonne volont et de s9crit1 elle le trans=me en =ces morales qui t5d5t et clair5t notre vie intrieure et n\s aid5t p5s]1 dire1 t5t] mieux encore dans l'av5ir4 ,elle n'accrot ni ne dim9ue nos ri*esses1 elle ne dt\rne ni la maladie ni la f\dre1 elle ne prolonge po9t la vie d'un tre que n\s adorons2 mais si n\s avons appris rfl*ir et aim]1 si1 en d'autres t]mes1 n\s avons fait notre devoir selon l'esprit en mme temps que notre devoir selon le cur1 elle entreti5t au fond de notre esprit et de notre cur1 une intellig5ce1 une satisfaction peut-tre ds5*ante1 mais noble et 9puisable1 une dignit d'exi/5ce1 qui suffis5t n\rrir notre vie1 aprs que les ri*esses sont p]dues1 aprs que la f\dre ou la maladie ont frapp1 aprs que l'tre ador a quitt nos bras p\r t\j\rs4 ,une bonne p5se1 une bonne action apporte en notre cur la rcomp5se que l'abs5ce d'un juge univ]sel de la nature ne lui p]met pas de rp&re aut\r de n\s sur les *oses4 ,le bonheur qu'il lui e/ impossible de produire au dehors1 elle s'ef=ce de le produire au-d$ans de n\s-mmes4 ,elle remplit l'me d'autant plus qu'elle e/ prive d'pan*em5ts extrieurs4 ,elle prp>e l'espace ncessaire une intellig5ce1 une paix1 un am\r qui vont gr&ir4 ,elle ne peut ri5 sur les lois de la nature4 ,elle peut t\t sur les lois qui prsid5t l'heureux quilibre d'une consci5ce huma9e4 ,et cela e/ vrai t\s les degrs de la p5se1 comme t\s les degrs de l'action4 ,l'ouvri] qui vit honntem5t son humble vie de pre de famille en faisant honntem5t son devoir d'ouvri] et l'homme qui p]svre dans l'hrosme moral1 sont peut-tre une gr&e di/ance l'un de l'autre1 mais ils exi/5t et agiss5t sur le mme plan1 et sont transports dans la mme rgion loyale et consolatrice4 ,c]tes1 ce que n\s disons et ce que n\s faisons influe beauc\p sur notre bonheur matriel4 ,mais c'e/1 en d]nire analyse1 p> ses organes spirituels que l'homme j\it durablem5t et compltem5t du bonheur matriel mme4 ,voil p\rquoi ce que n\s p5sons a plus d'importance encore4 ,mais ce qui importe p>-dessus t\t1 au po9t de vue de l'accueil que n\s saurons faire aux joies et aux pe9es de la vie1 c'e/ le c>actre1 l'tat d'esprit1 l'habitude morale qu'aura crs en n\s ce que n\s avons dit1 fait et p5s4 ,ici se manife/e une ju/ice inconte/able1 et il y a un accord d'autant plus ncessaire et d'autant plus p>fait entre la bonne volont habituelle de l'esprit et du cur et le bonheur intime de notre tre moral1 que ce bonheur n'e/ autre *ose que la face de la bonne p5se et du bon s5tim5t qui rayonne v]s le d$ans de n\s-mmes4 ,ici se tr\ve rellem5t1 entre la cause et l'effet1 ce li5 intellig5t et moral que n\s avons inutilem5t re*]* dans le monde du dehors1 et il y a en vrit dans les *oses morales1 et rgnant sur le bi5 et le mal qui s'agit5t au fond de notre consci5ce1 une ju/ice exactem5t semblable celle que n\s s\hait]ions qu'il y et dans les *oses physiques4 ,n'e/-ce d'ailleurs pas d'elle que nat notre s\hait1 et n'e/-ce pas p>ce que cette ju/ice e/ si vivante et si puissante en notre cur qu'il e/ si difficile de n\s p]suad] qu'elle n'exi/e pas dans l'univ]s8 ,,xxxvi ,n\s avons p>l bi5 longuem5t de la ,ju/ice1 mais n'e/-elle pas le gr& my/re moral de l'homme1 et ne t5d-elle pas se sub/itu] la plup>t des my/res spirituels qui dom9ai5t sa de/9e8 ,elle a pris la place de plus d'un dieu1 de plus d'une puissance anonyme4 ,elle e/ l'toile qui se =me dans la nbuleuse de nos in/9cts et de notre vie incomprh5sible4 ,elle n'e/ pas le mot de l'nigme1 et qu& n\s saurons mieux ce qu'elle e/1 et qu'elle rgn]a vritablem5t sur la t]re1 n\s ne saurons pas davantage ce que n\s sommes1 ni p\rquoi n\s sommes1 ni d'o n\s v5ons1 ni o n\s allons2 mais elle e/ le premi] ordre de l'nigme1 et qu& il s]a obi n\s p\rrons all]1 d'un esprit plus libre et d'un cur plus tranquille1 la re*]*e du secret de celle-ci4 ,enf91 elle compr5d t\tes les v]tus huma9es1 et seul1 son s\rire accueillant les purifie1 les ennoblit et leur donne le droit de pntr] dans notre vie morale4 ,c> t\te v]tu qui ne peut s\t5ir le reg>d clair et fixe de la ju/ice e/ ple9e de ruses1 et malfaisante4 ,on la retr\ve a9si au c5tre de t\t idal4 ,elle e/ au milieu de l'am\r de la vrit1 comme elle e/ au milieu de l'am\r de la beaut4 ,elle e/ galem5t la bont1 la piti1 la gnrosit et l'hrosme1 c> ils sont les actes de ju/ice de celui qui s'e/ lev assez haut p\r ne plus voir uniquem5t le ju/e et l'inju/e ses pi$s et dans le c]cle troit des obligations que le has>d lui impose1 mais p> del les annes et les de/9es vois9es1 p> del ce qu'il doit1 p> del ce qu'il aime1 p> del ce qu'il r5contre1 p> del ce qu'il *]*e1 p> del ce qu'il appr\ve ou ce qu'il dsappr\ve1 p> del ce qu'il espre et ce qu'il r$\te1 p> del les torts et les crimes mmes de ses frres les hommes4 ,l',,volution ,,du ,,my/,,re ,i ,il e/ =t raisonnable de croire1 et beauc\p d'intellig5ces un peu lasses des inc]titudes naturelles de la sci5ce croi5t1 faute de mieux1 que l'intrt pr9cipal de notre vie1 que t\t ce qui e/ vraim5t lev et digne d'att5tion dans notre de/9e1 se tr\ve presque uniquem5t dans le my/re qui n\s ent\re1 et de prfr5ce dans ces deux my/res plus r$\tables et plus sonores que les autres3 la mort et la fatalit4 ,je crois aussi1 mais d'une faon un peu diffr5te1 que l'tude du my/re s\s t\tes ses =mes e/ la plus noble laquelle puisse se livr] notre esprit1 et c'e/ d'ailleurs l'tude et le s\ci de t\s les hommes qui1 dans la sci5ce1 l'art1 la littrature et la philosophie1 s'lv5t au-dessus de l'obs]vation et de la reproduction des petits faits1 des petites ralits ou des petites vrits acquises4 ,ils y excell5t plus ou mo9s1 ils vont plus ou mo9s lo91 plus ou mo9s haut1 dans ce qu'ils sav5t1 proportion du respect qu'ils ont p\r ce qu'ils ignor5t1 proportion de l'ampleur que leur imag9ation ou leur intellig5ce sait donn] l'ensemble des =ces qu'on ne peut pas connatre4 ,c'e/ la consci5ce de l'inconnu dans lequel n\s vivons qui confre notre vie une signification qu'elle n'aurait po9t si n\s n\s r5f]mions dans ce que n\s savons1 ou si n\s croyions trop facilem5t que ce que n\s savons e/ de beauc\p plus important que ce que n\s ignorons encore4 ,,ii ,il faut se faire une conception gnrale de ce monde4 ,t\te notre vie morale1 t\te notre vie huma9e s'appuie sur cette conception4 ,mais une conception gnrale de ce monde1 qu'e/-elle1 p\r la plus gr&e "p1 si on l'exam9e de prs1 qu'une conception gnrale de l'inconnu8 ,il n'e/ pas p]mis1 qu& il s'agit d'une ide aussi grave et dont les consqu5ces sont aussi srieuses1 de pr5dre celle qui n\s plat le mieux1 qui n\s semble la plus imposante ou la plus belle4 ,n\s sommes t5us de *oisir celle qui n\s p>at la plus vraie ou plutt la seule vraie1 c> je ne crois pas que l'homme puisse s9crem5t hsit] entre deux vrits app>5tes ou relles4 ,il s'en tr\ve t\j\rs une qui1 un mom5t donn1 lui semble plus vraie que l'autre4 ,son devoir1 dans t\t ce qu'il fait1 dans t\t ce qu'il dit1 dans t\t ce qu'il p5se1 dans son art1 dans sa sci5ce1 dans sa vie intellectuelle ou s5tim5tale1 e/ de se t5ir celle-l4 ,peut-tre lui s]a-t-il impossible de la df9ir4 ,peut-tre ne lui apport]a-t-elle aucune c]titude satisfaisante4 ,peut-tre ne s]a-t-elle au fond qu'une impression plus pr(onde1 plus s9cre que les autres4 ,n'importe4 ,il n'e/ pas beso91 p\r que n\s *rissions une vrit1 qu'elle soit irrcusable ou inattaquable4 ,c'e/ dj beauc\p qu'elle n\s ait fait voir que les ides que n\s aimions avant elle n'tai5t po9t d'accord avec l'expri5ce loyale de la vie4 ,cela suffit p\r que n\s n\s y atta*ions de t\te notre reconnaissance1 jusqu' ce qu'elle subisse le sort qu'elle fit subir l'ide primitive4 ,le gr& mal1 celui qui dtruit notre vie morale1 et m5ace l'intgrit de notre esprit et de notre c>actre1 n'e/ po9t de se tromp] ou d'aim] une vrit inc]ta9e1 mais de re/] fidle ce qu'on ne croit plus entirem5t4 ,le plus bel emploi de notre vie1 a-t-on dit1 c'e/ d'accrotre la con=mit de notre intellig5ce la ralit4 ,,iii ,s'il n'tait "q que de se faire de l'inconnu l'image la plus gr&iose1 la plus tragique1 la plus imposante1 la plus crasante1 n\s aurions tort de n\s re/re9dre4 ,il e/ c]ta9 qu' bi5 des po9ts de vue1 l'attitude la plus belle et la plus religieuse1 en face du my/re1 c'e/ le sil5ce ou la prire1 l'acceptation et la cra9te4 ,au premi] abord1 l'ab&on total1 l'effroi grave mais cont5u1 devant une =ce imm5se1 irrsi/ible1 inconnaissable1 mais att5tive1 huma9em5t surhuma9e1 s\v]a9em5t intellig5te1 et peut-tre pat]nelle1 sembl5t plus dignes1 plus sacrs1 qu'une int]rogation pati5te1 m9utieuse et tranquille4 ,mais sommes-n\s encore en tat1 avons-n\s encore le droit de *oisir8 ,il ne s'agit plus de la beaut ou de la gr&eur de l'attitude4 ,en face du my/re comme en face de t\te *ose et bi5 plus qu'en face de t\te autre *ose1 il y va non pas de beaut ou de gr&eur1 mais de vrit et de s9crit4 ,notre devoir n'e/ plus de *]*] con=m] les faits nos prfr5ces in/9ctives1 notre idal1 mais de n\rrir des aspirations assez va/es1 assez ds9tresses p\r qu'elles soi5t t\j\rs prtes s'h>monis] avec t\s les faits inconte/ables4 ,ce qu'il y avait de beau dans l'ag5\illem5t ou la pro/]nation1 c'e/ le pass qui l'y avait mis1 ou plutt ce qui tait une vrit dans le pass4 ,p\r n\s1 peut-tre n'avons-n\s pas une autre c]titude1 mais n\s ne sommes plus pntrs de la mme vrit4 ,si n\s ne connaissons pas l'inconnu1 si n\s ignorons ce qu'il e/1 du mo9s savons-n\s en p>tie ce qu'il n'e/ pas2 et si n\s repr5ions l'attitude de nos pres1 n\s repr5drions cette attitude devant ce que n\s savons qu'il n'e/ pas4 ,c>1 s'il n'e/ pas absolum5t tabli que l'inconnu ne soit ni att5tif ni p]sonnel1 ni s\v]a9em5t intellig5t et ju/e1 s'il n'e/ pas absolum5t pr\v qu'il n'ait ni la =me1 ni les int5tions1 ni les passions1 ni les vices1 ni les v]tus de l'homme1 il e/ incomp>ablem5t plus probable qu'il ignore t\t ce qui n\s p>at capital dans notre exi/5ce4 ,il e/ incomp>ablem5t plus probable qu'il a peut-tre rs]v l'espce1 dans son plan dmesur et t]nel1 une petite place phmre1 mais que l'action de l'individu le plus puissant1 le meilleur ou le pire n'y a pas plus d'importance que n'en eur5t1 dans l'hi/oire des cont95ts et des m]s1 les m\vem5ts pe9e p]ceptibles de l'obscure cellule gologique4 ,s'il n'e/ pas irrfutablem5t dmontr que l'inf9i et l'invisible ne soi5t pas aux aguets aut\r de n\s1 pesant notre bonheur ou notre malheur1 selon les int5tions bonnes ou mauvaises de nos actes1 guidant pas pas nos de/9s1 et organisant1 avec l'aide de =ces innombrables1 les pripties de notre naissance1 de notre av5ir1 de notre mort et de notre vie d'outre-tombe1 d'aprs des lois incomprh5sibles mais 9luctables1 il e/ incomp>ablem5t plus probable que l'invisible et l'inf9i int]vi5n5t *aque in/ant dans notre vie1 mais titre d'lm5ts indiffr5ts1 normes et aveugles1 qui pass5t sur n\s et en n\s1 n\s pntr5t1 n\s faonn5t et n\s anim5t1 sans se d\t] de notre exi/5ce1 comme le font l'eau1 l'air1 le feu et la lumire4 ,or1 t\te notre vie consci5te1 t\te cette vie qui =me notre seule c]titude et notre seul po9t fixe dans le temps et l'espace1 repose en somme sur d'incomp>ables probabilits du mme ordre1 et il e/ r>e qu'elles soi5t aussi incomp>ables que celles-ci4 ,,iv ,il ne faudrait jamais avoir regret ces heures ou une croyance gr&iose n\s ab&onne4 ,une foi qui s'te9t1 un ressort qui se brise1 une ide dom9ante qui ne n\s dom9e plus p>ce que n\s croyons la dom9] notre t\r1 cela pr\ve que n\s vivons1 que n\s m>*ons1 que n\s usons beauc\p de *oses p>ce que n\s ne demeurons pas immobiles4 ,ri5 ne devrait n\s tre plus d\x que la vue d'une p5se qui n\s a longtemps s\t5u et qui ne peut plus se s\t5ir elle-mme4 ,et si n\s n'avons ri5 mettre la place du ressort bris1 ne n\s t\rm5tons po9t4 ,mieux vaut que la place re/e vide que d'y laiss] un ressort qui se r\ille ou d'y introduire une vrit n\velle laquelle n\s ne croyons qu' demi4 ,d'ailleurs1 la place n'e/ vide qu'en app>5ce1 et1 dfaut d'une vrit dt]m9e1 il y re/e t\t au fond une vrit sans nom qui att5d et qui appelle4 ,et s'il arrive que cette vrit att5de et appelle trop longtemps dans le vide1 que ri5 ne se =me qui vi5ne remplac] le ressort enlev1 v\s v]rez que dans la vie morale1 comme dans la vie physique1 le beso9 crera l'organe1 et que la vrit ngative f9ira p> tr\v] en elle la =ce ncessaire p\r remettre en m\vem5t les r\ages reposs4 ,et n\s con/atons s\v5t que les vies qui n'ont plus qu'une =ce de ce g5re ne sont pas les mo9s puissantes1 les mo9s utiles4 ,au re/e1 alors mme que la croyance s'en irait t\t entire1 elle n'emport]ait ri5 de ce que n\s lui avons donn1 et pas un des ef=ts s9cres et ds9tresss que n\s avons faits p\r l't5dre et l'embellir n'e/ p]du4 ,*acune des p5ses que n\s y avons aj\tes1 *acun des bons sacrifices que n\s avons eu le c\rage de ralis] en son nom1 laisse une empre9te dans notre tre moral4 ,le corps disp>at1 mais le palais qu'il a bti re/e intact1 et l'espace qu'il a conquis ne se ref]me pas4 ,or1 prp>] des demeures p\r les vrits qui vi5dront1 ma9t5ir en bon tat les =ces qui devront les s]vir1 faire en soi de l'espace1 c'e/ un travail qui n'e/ pas /rile et une uvre laquelle il ne faut jamais r5onc]4 ,v ,je p5sais ces *oses1 ayant t =c1 l'autre j\r1 de jet] un c\p d'il sur div]s petits drames que j'ai faits1 et o l'on voit les inquitudes1 d'ailleurs excusables1--mais qui ne sont plus suffisamm5t 9vitables p\r qu'on ait le droit de s'y complaire1--d'un esprit qui se laisse all] au my/re4 ,le ressort de ces petits drames1 c'tait l'effroi de l'inconnu qui n\s ent\re4 ,on y avait foi1 ou plutt1 je ne sais quel obscur s5tim5t potique avait foi 7c> dans les potes les plus s9cres1 il faut s\v5t sp>] quelque peu le s5tim5t in/9ctif de leur art des p5ses de leur vie relle71 on y avait foi des puissances normes1 invisibles et fatales1 dont nul ne dev9ait les int5tions1 mais que l'me du drame supposait malveillantes1 att5tives t\tes nos actions1 ennemies du s\rire1 de la vie1 de la paix1 de l'am\r4 ,peut-tre tai5t-elles ju/es1 au fond1 mais seulem5t dans la colre1 et elles ex]ai5t la ju/ice d'une manire si s\t]ra9e et1 si tortueuse1 si l5te1 et si lo9ta9e1 que leurs *tim5ts1--c> elles ne rcomp5sai5t jamais1--pr5ai5t l'app>5ce d'actes arbitraires et inexplicables du de/94 ,en un mot1 c'tait un peu l'ide du ,dieu des *rti5s mle celle de la fatalit antique1 ref\le dans la nuit impntrable de la nature1 et1 de l1 se plaisant guett]1 dj\]1 dconc]t]1 assombrir les projets1 et le bonheur des hommes4 ,,vi ,cet inconnu pr5ait le plus s\v5t la =me de la mort4 ,la prs5ce inf9ie1 tnbreuse1 s\rnoisem5t active de la mort1 remplissait t\s les int]/ices du pome4 ,au problme de l'exi/5ce il n'tait rpondu que p> l'nigme de son anantissem5t4 ,d'ailleurs1 c'tait une mort indiffr5te et inexorable1 aveugle1 ttonnant au has>d1 emportant de prfr5ce les plus jeunes et les mo9s malheureux1 simplem5t p>ce qu'ils se t5ai5t mo9s immobiles que les autres et que t\t m\vem5t trop brusque dans la nuit attirait son att5tion4 ,il n'y avait aut\r d'elle que de petits tres fragiles1 grelottants1 lm5taires1 qui s'agitai5t et pleurai5t un mom5t au bord d'un g\ffre1 et les p>oles prononces1 les l>mes rp&ues ne pr5ai5t d'importance que de ce qu'elles tombai5t t\tes dans ce g\ffre1 et qu'il arrivait p>fois que l'une d'elles y ret5tissait d'une c]ta9e faon qui p]mettait de croire que l'abme tait va/e p>ce que le bruit qu'on y faisait tait confus et s\rd4 ,,vii ,il n'e/ pas draisonnable1 mais il n'e/ pas salutaire d'envisag] de cette faon la vie1 et je n'en aurais pas p>l si l'on ne voyait pas1 ds qu'arrive la mo9dre in=tune1 que cette conception ou une conception de ce g5re e/1 au fond1 celle de la plup>t des hommes1 de ceux-l mmes qui sembl5t le plus rassurs et le plus rfl*is4 videmm5t1 p> un c]ta9 ct1 malgr t\t ce que n\s appr5drons1 malgr t\tes les conqutes que n\s f]ons et t\tes les c]titudes que n\s acqu]rons peut-tre1 n\s s]ons t\j\rs de petits tres *tifs et inutiles1 v\s la mort et livrs aux caprices des =ces nglig5tes et dmesures qui n\s envelopp5t4 ,n\s p>aissons un mom5t dans l'espace sans bornes1 et n'avons d'autre mission apprciable que la propagation d'une espce qui elle-mme n'a aucune mission c]ta9e1 dans l'organisme d'un univ]s dont l't5due et la dure *app5t l'imag9ation la plus puissante et la plus tmraire4 ,c'e/ l une vrit1 une de ces vrits pr(ondes mais inactives que le pote peut salu] en passant1 mais prs desquelles l'homme aux mille devoirs qui vit dans le pote ne doit pas s'arrt] trop longtemps4 ,il y a a9si une f\le de vrits gr&es et vnrables dans le doma9e desquelles il n'e/ pas bon de s'endormir4 ,les vrits sont si nombreuses aut\r de n\s que l'on peut dire que la plup>t des hommes1 et les plus m*ants mme1 ont p\r conseil et p\r guide une grave et respectable vrit4 ,oui1 c'e/ une vrit et1 si l'on veut1 c'e/ la plus va/e et la plus c]ta9e des vrits1 que notre vie n'e/ ri51 que l'ef=t que n\s faisons e/ drisoire1 que notre exi/5ce1 que l'exi/5ce de notre plante n'e/ qu'un accid5t misrable dans l'hi/oire des mondes2 mais c'e/ une vrit aussi que notre vie et que notre plante sont p\r n\s les phnomnes les plus importants1 et mme les seuls importants dans l'hi/oire des mondes4 ,laquelle e/ la plus vraie8 ,la premire dtruit-elle ncessairem5t la seconde1 et sans la seconde aurions-n\s la =ce de =mul] la premire8 ,l'une s'adresse notre imag9ation et peut n\s faire du bi5 dans son doma9e1 mais l'autre intresse directem5t notre vie relle4 ,il convi5t que *acune ait sa "p4 ,l'ess5tiel n'e/ pas de s'atta*] la vrit qui e/ peut-tre la plus vraie au po9t de vue univ]sel1 mais celle qui e/ c]ta9em5t la plus vraie au po9t de vue huma94 ,n\s ignorons le b de l'univ]s et si les de/9es de notre espce lui import5t ou non2 p> consqu5t1 l'inutilit probable de notre vie ou de notre espce e/ une vrit qui ne n\s reg>de qu'indirectem5t et qui re/e p\r n\s en susp5s4 ,au lieu que l'autre vrit1 celle qui n\s donne consci5ce de l'importance de notre vie1 e/ sans d\te plus troite1 mais n\s t\*e actuellem5t1 immdiatem5t et inconte/ablem5t4 ,n\s aurions tort de la sacrifi] ou de la subordonn] une vrit trangre4 ,c]tes1 il n\s e/ p]mis de ne pas p]dre de vue la premire1 elle s\ti5dra et clair]a la seconde1 n\s appr5dra ne pas tre son esclave vaniteux et born et tir] pr(it de t\t ce qu'elle n'embrasse po9t4 ,mais si elle n\s dc\rage et n\s p>alyse1 c'e/ que n\s ne n\s r5dons pas suffisamm5t compte de la place imm5se mais trs prcaire qu'elle occupe dans la rgion des vrits importantes1 c> elle dp5d d'un gr& nombre de problmes qui ne sont pas encore rsolus1 t&is que les problmes dont dp5d la seconde sont rsolus *aque in/ant p> la vie mme4 ,c'e/ aussi qu'elle e/ encore dans la priode fbrile et dang]euse p> laquelle pass5t t\tes les vrits qui pntr5t en notre intellig5ce4 ,je veux dire la priode de jal\sie et d'intransigeance qui fait qu'elles ne peuv5t ri5 support] aut\r d'elles4 ,il faut att5dre alors que la fivre s'apaise1 et si la demeure que n\s leur avons prp>e dans notre esprit e/ rellem5t sa9e et va/e1 le mom5t ne t>d]a pas v5ir o les vrits les plus contradictoires ne v]ront plus autre *ose que le li5 my/rieux qui les unit1 et s'accord]ont en sil5ce p\r mettre au premi] rang1 aid] et s\t5ir celle d'entre elles qui a cont9u tranquillem5t sa besogne p5dant que les autres s'eff>ai5t1 celle qui peut faire le plus de bi5 et qui apporte le plus d'espoir4 ,,viii ,a l'heure prs5te1 ri5 n'e/ plus s+uli] que le ds>roi qui tr\ble nos in/9cts et nos s5tim5ts1 et p>fois mme nos ides-- mo9s d'except] nos mom5ts les plus lucides et les plus rfl*is--ds qu'il s'agit de l'int]v5tion de l'inconnu ou du my/re dans les vnem5ts rellem5t graves de notre vie4 ,on y tr\ve1 dans ce ds>roi1 des s5tim5ts qui ne rpond5t plus aucune ide vivante1 prcise et accepte1 p> exemple ceux qui ont rapport l'exi/5ce d'un ,dieu bi5 dt]m91 plus ou mo9s an?ropomorphe1 att5tif1 p]sonnel et provid5tiel4 ,on y tr\ve des s5tim5ts qui sont encore demi des ides1 p> exemple ceux qui ont rapport la fatalit1 au de/91 la ju/ice des *oses4 ,on y tr\ve aussi des ides qui sont en voie de dev5ir des s5tim5ts1 p> exemple celles qui ont rapport au gnie de l'espce1 aux lois de l'volution et de la slection1 la volont de la race1 etc4 ,on y tr\ve enf9 des ides qui sont purem5t des ides1 et trop inc]ta9es1 trop p>ses p\r qu'on puisse prvoir le mom5t o elles se trans=m]ont en s5tim5ts1 et o elles auront1 p> consqu5t1 une influ5ce srieuse sur notre manire d'agir1 d'accept] la vie1 et d'tre heureux ou malheureux4 ,,ix ,on ne se r5d pas compte de ce ds>roi dans la vie1 p>ce que d'ord9aire elle ne s'exprime pas1 ne pr5d pas la pe9e de prcis] l'aide d'une =mule ou d'une image la consci5ce de ce qu'elle pr\ve4 ,mais il e/ trs visible *ez t\s ceux qui assum5t la mission de reprs5t] la vie relle1 de l'expliqu]1 de l'int]prt] et de mettre en lumire les causes secrtes des bonnes ou des mauvaises de/9es2 je veux dire *ez les potes1 et surt\t les potes qui s'occup5t le plus directem5t de la vie extrieure et active1 les potes dramatiques2 peu importe d'ailleurs qu'il s'agisse de romans1 de tragdies1 de drames proprem5t dits ou d'tudes hi/oriques1 c> je pr5ds les mots potes et potes dramatiques dans le s5s le plus l>ge4 ,il faut l'av\]1 c'e/ une gr&e =ce p\r le pote ou p\r l'int]prte de la vie1 surt\t p\r le pote dramatique1 qu'une ide dom9ante et p\r a9si dire exclusive1 et cette =ce e/ d'autant plus 9puisable1 ti5t dans le pome une place d'autant plus considrable1 que l'ide dom9ante e/ plus my/rieuse1 qu'il e/ plus difficile de la contrl] ou de la df9ir4 ,cela1 d'ailleurs1 e/ trs lgitime1 tant que le pote n'a pas le mo9dre d\te sur la valeur de son ide dom9ante1 et de trs bons potes ne se sont jamais int]rogs sur ce po9t1 n'ont pas d\t1 n'ont pas hsit4 ,voyez p> exemple la place norme qu'occupe l'ide du devoir hroque dans les tragdies de ,corneille1 la foi absolue dans les drames de ,cald]on1 la tyrannie du de/9 dans les pomes de ,sophocle4 ,x ,l'ide du devoir hroque e/ plus huma9e et mo9s my/rieuse1 que les deux autres1 et bi5 qu'elle soit beauc\p mo9s fconde qu'elle n'tait au temps de ,corneille 7c> il e/ auj\rd'hui =t peu de devoirs hroques qu'il ne soit raisonnable et mme hroque de remettre en "q1 et il devi5t de plus en plus difficile d'en tr\v] un qui s'affirme rellem5t impratif71 on peut encore1 dans c]ta9es circon/ances imag9ables1 y avoir rec\rs4 ,mais quel pote mod]ne tr\v]a dans une foi qui1 *ez les plus croyants1 n'e/ plus qu'un s\v5ir vacillant1 la puissance et l'inspiration qu'y tr\vait ,cald]on p\r faire du ,dieu des *rti5s l'acteur augu/e et invisible1 mais p>t\t prs5t1 et p>t\t s\v]a9 de ses drames8 ,et la tyrannie du ,de/91 de la =ce inflexible1 qui p\sse tel homme1 telle famille1 p> tels *em9s1 v]s tel malheur1 v]s telle mort1 qui de n\s peut raisonnablem5t l'accept] dans une vie que n\s voyons s\mise1 il e/ vrai1 bi5 des =ces inconnues1 mais dont les plus sages p>vi5n5t vit]1 dans une c]ta9e mesure1 les *ocs les plus malfaisants1 et qui sembl5t1 en t\t cas1 aveugles1 indiffr5tes1 inconsci5tes8 ,n\s e/-il encore p]mis de suppos] qu'il exi/e1 dans l'univ]s1 une puissance assez misrable1 assez oisive1 p\r s'occup] uniquem5t *agr9]1 tonn] les projets et les entreprises de l'homme8 ,on a galem5t u d'une troisime =ce my/rieuse et s\v]a9e1 qui e/ la ,ju/ice imman5te4 ,mais il faut rem>qu] que ce po/ulat de la ju/ice imman5te proprem5t dite1 on n'a jamais os s'en s]vir que dans les pires uvres dnues de t\t s\ci de vraisemblance et de ralit4 ,affirm] que le mal e/ ncessairem5t et visiblem5t puni1 que le bi5 e/ ncessairem5t et visiblem5t rcomp5s dans cette vie1 cela e/ trop manife/em5t contr$it p> l'expri5ce quotidi5ne la plus lm5taire1 p\r qu'un pote vritable ait jamais pu tr\v] dans ce rve arbitraire et inconsi/ant le po9t d'appui qu'il fallait son travail4 ,d'autre "p1 si on remet une vie ultrieure le so9 des rcomp5ses et des *tim5ts1 on r5tre p> un s5ti] dt\rn dans le doma9e de la ju/ice div9e4 ,si enf91 la ju/ice imman5te n'e/ pas inv>iable1 p]man5te1 9vitable1 infaillible1 ce n'e/ plus qu'un caprice bi5veillant et extraord9aire du de/92 et ds lors1 ce n'e/ pas la ju/ice1 ce n'e/ plus mme le de/91 ce n'e/ plus qu'un has>d1 c'e/--dire presque ri54 ,il y a1 il e/ vrai1 une ju/ice imman5te trs relle1 celle qui fait que l'homme vicieux1 cruel1 malveillant1 inju/e1 dloyal1 e/ moralem5t mo9s heureux que l'homme bon1 ju/e1 dv\1 aimant1 bi5veillant1 innoc5t1 pacifique4 ,celle qui fait1 comme on l'a dit1 que le mal gravite v]s la d\leur avec la mme c]titude que la t]re v]s le soleil4 ,mais il s'agit alors d'une ju/ice intrieure1 trs huma9e1 trs naturelle1 trs explicable1 et1 si n\s en tudions les causes et les effets1 n\s arrivons ncessairem5t au drame psy*ologique1 qui se dr\le sur une scne o l'on n'a plus l'arrire-plan pr(ond et df5du p> le my/re qui donnait aux vnem5ts du drame ou de l'hi/oire une p]spective gr&iose et sacre4 ,mais la "q e/ de savoir s'il e/ lgitime de crer cet arrire-plan1 en ayant rec\rs une conception de l'inconnu trs diffr5te de celle qui dom9e rellem5t notre vie8 ,,xi ,puisque n\s p>lons d'ides dom9antes et de my/res1 arrtons-n\s surt\t aux div]ses =mes qu'a prises et que pr5d t\s les j\rs l'ide de la fatalit1 c> auj\rd'hui encore c'e/ la fatalit qui e/ l'explication suprme de ce qu'on ne peut expliqu]1 et c'e/ encore elle que les int]prtes de la vie ne cess5t de p5s]4 ,il se sont ef=cs de la transfigur]1 et de la rajeunir4 ,ils ont essay d'introduire dans leurs uvres1 p> c5t canaux n\veaux et compliqus1 les eaux glaces du gr& fleuve dsol dont les demeures des hommes se sont peu peu c>tes4 ,il en e/ bi5 peu1 p>mi ceux qui ont su n\s faire p>tag] l'illusion qu'ils donnai5t la vie un s5s df9itif et grave1 qui n'ai5t reconnu d'in/9ct l'importance s\v]a9e que confre aux actions des hommes la puissance irresponsable du ,de/91 t\j\rs augu/e1 et t\j\rs excusable4 ,il semble que la fatalit soit la =ce tragique p> excell5ce1 et ds qu'elle pntre dans une uvre1 elle y fait les trois qu>ts de la besogne4 ,on peut affirm] que le pote qui tr\v]ait auj\rd'hui1 dans les sci5ces matrielles1 dans l'inconnu qui n\s environne1 ou dans notre propre cur1 l'quival5t de la fatalit antique1 c'e/--dire une =ce de prde/9ation aussi irrsi/ible1 aussi univ]sellem5t admise1 crirait c\p sr un *ef-d'uvre4 ,il e/ vrai qu'il aurait probablem5t tr\v en mme temps le mot de la gr&e nigme qui n\s dvore1 et que1 p> consqu5t1 cette supposition ne se ralis]a pas de sitt4 ,,xii ,voil donc la s\rce o les potes vont puis] l'eau lu/rale qui doit purifi] les plus cruelles tragdies4 ,il y a dans l'homme un in/9ct qui adore la fatalit2 et t\t ce qui e/ fatal lui semble sol5nel1 indiscutable et beau4 ,il v\drait tre libre1 mais il e/ plus satisfaisant de p\voir se dire1 dans c]ta9es circon/ances1 qu'on ne l'e/ pas4 ,une div9it malveillante et 9branlable e/ s\v5t mo9s inacceptable qu'une div9it qui exige un ef=t p\r c>t] le mal4 ,on aime malgr t\t dp5dre d'une puissance qu'on ne peut pas fl*ir1 et ce qu'y p]d la vanit de notre esprit1 une sorte de vanit s5tim5tale le regagne1 en se reprs5tant cette va/e puissance att5tive nos desse9s et donnant nos actes les plus comprh5sibles une signification augu/e et t]nelle4 ,enf91 la fatalit explique1 excuse t\t1 en loignant une di/ance suffisante dans l'invisible ou l'in9telligible ce qu'il s]ait pnible d'expliqu] et plus difficile encore d'excus]4 ,,xiii ,on a donc *]* utilis] les dbris de la /atue de la desse t]rible qui dom9ait les tragdies d',es*yle1 de ,sophocle et d',euripide1 et plus d'un pote a tr\v dans ses membres p>s le m>bre qu'il fallait p\r faonn] une desse n\velle1 plus huma9e1 mo9s absolue et mo9s inconcevable4 ,on en a tir1 p> exemple1 la fatalit des passions4 ,mais p\r qu'une passion soit rellem5t fatale dans une me consci5te1 et p\r que le my/re rep>aisse1 qui excuse l'horreur en l'agr&issant et en l'levant au-dessus de la volont huma9e1 il faut l'int]v5tion d'un ,dieu1 ou de t\t autre =ce inf9ie et irrsi/ible4 ,a9si ,wagn] a eu rec\rs au philtre dans ,tri/an et ,yseult1 ,%akespe>e aux sorcires dans ,macbe?1 ,rac9e l'oracle de ,cal*as dans ,iphignie2 et dans ,phdre1 la ha9e spciale de ,vnus4 ,n\s n\s retr\vons1 aprs un circuit1 au cur mme de la ncessit d'autrefois4 ,ce circuit e/ plus ou mo9s admissible dans un drame ar*aque ou lg5daire1 o t\te fantaisie potique e/ p]mise2 mais dans un drame qui v\drait s]r] de plus prs la vrit actuelle1 il faudrait tr\v] une autre int]v5tion1 qui n\s p>t rellem5t irrsi/ible1 p\r revtir les crimes de ,macbe?1 l'horreur o cons5t ,agamemnon1 et peut-tre l'am\r de ,phdre1 d'une excuse fatidique1 et leur donn] a9si la gr&eur et la noblesse sombres qu'ils n'ont pas p> eux-mmes4 ,otez de ,macbe? la prde/9ation maudite1 l'int]v5tion de l'enf]1 la lutte hroque contre une ju/ice occulte qui1 t\t mom5t1 devi5t visible p> les mille fissures de la nature rvolte1 et le p]sonnage pr9cipal n'e/ plus qu'un assass9 odieux et =c54 ,otez l'oracle de ,cal*as1 voil ,agamemnon abom9able4 ,otez la ha9e de ,vnus1 et ,phdre n'e/ qu'une malade dont la qualit morale1 la =ce de rsi/ance au mal1 e/ infrieure ce que notre p5se exige p\r s'intress] rellem5t un malheur4 ,,xiv ,a vrai dire1 le spectateur ou le lecteur d'auj\rd'hui ne peut plus se cont5t] d'aucune de ces int]v5tions surnaturelles4 ,qu'il le veuille ou non1 qu'il le sa*e ou l'ignore1 au fond de sa consci5ce1 il ne lui e/ plus possible de les pr5dre au srieux4 ,il a une autre conception de l'univ]s4 ,il ne voit plus une volont dt]m9e1 ob/9e1 borne et tracassire dans la multitude des =ces qui agiss5t en lui et aut\r de lui4 ,si dans la vie il r5contre un crim9el1 il appr5dra que cet homme a t p\ss son crime p> ses malheurs1 p> son ducation1 p> des antcd5ts ataviques1 p> des m\vem5ts passionnels que lui-mme a pr\vs et rprims1 t\t en concevant p>faitem5t qu'il e/ des circon/ances o il lui et t trs difficile de les rprim]4 ,il ne pntr]a pas t\j\rs la cause de ces malheurs ou de ces m\vem5ts passionnels4 ,il *]*]a1 peut-tre va9em5t1 une raison aux inju/ices de l'ducation ou de l'hrdit4 ,mais1 en t\t cas1 il ne song]a plus attribu] ce crime l'int]position de l'enf]1 la colre d'un dieu ou une srie de dcrets immuables gravs au livre du de/94 ,ds lors1 p\rquoi admettrait-il dans un pome une explication qu'il n'admettra pas dans la vie8 ,le devoir du pote s]ait1 t\t au contraire1 de lui propos] une explication plus haute1 plus claire1 plus l>gem5t et plus pr(ondm5t huma9e que celle que lui-mme peut tr\v]4 ,s9on1 il ne v]ra dans l'enf]1 dans la colre du dieu1 dans les dcrets d'aira91 qu'une o/5tation de symboles qui ne le satisfont plus4 ,il e/ temps que les potes le reconnaiss5t3 le symbole suffit reprs5t] provisoirem5t une vrit admise ou une vrit qu'on ne peut ou qu'on ne veut pas encore reg>d]2 mais qu& vi5t le mom5t o l'on veut voir la vrit mme1 il e/ bon que le symbole disp>aisse4 ,il faut d'ailleurs1 p\r qu'un symbole soit digne d'une posie rellem5t vivante1 qu'il soit au mo9s aussi gr&1 aussi beau que la vrit qu'il reprs5te2 il faut aussi qu'il prcde une vrit et non pas qu'il la suive4 ,,xv ,voil p\rquoi il e/ bi5 plus difficile d'introduire auj\rd'hui dans une uvre1 et surt\t de port] la scne1 de gr&s crimes et des passions vraim5t tragiques1 d*anes et cruelles1 c> on ne sait plus o leur tr\v] l'excuse my/rieuse qu'ils exig5t4 ,et cep5dant1 n\s sommes t\t prts encore1 qu& il s'agit de crimes ou de passions de ce g5re1 admettre t\te int]v5tion de la fatalit1 p\r peu qu'elle ne soit pas trop manife/em5t inacceptable1 tant l'excuse my/rieuse e/ dans notre nature1 tant n\s sommes p]suads1 qu'au fond1 l'homme n'e/ jamais aussi c\pable qu'il p>at l'tre4 ,aussi bi5 ne dem&ons-n\s cette excuse que lorsqu'il e/ "q de crimes absolum5t contraires la nature huma9e1 ou de malheurs rellem5t anormaux1 et non provoqus p> des fautes1 crimes commis ou malheurs pr\vs p> des tres plus ou mo9s suprieurs et en t\t cas consci5ts4 ,il n\s rpugne d'admettre qu'un crime et un malheur extraord9aires puiss5t n'avoir qu'une cause purem5t huma9e4 ,n\s dsirons1 malgr t\t1 une explication quelconque de l'inexplicable1 et n\s ne s]ions nullem5t satisfaits si le pote v5ait n\s dire3 ,voil le mal qu'a fait cet homme =t1 consci5t1 intellig5t4 ,voil le malheur d'un hros1 la ru9e et la d\leur de ce ju/e1 l'iniquit tragique et sans remde dont ce sage e/ victime4 ,v\s voyez les causes huma9es de ces vnem5ts4 ,je n'en ai pas d'autres v\s faire voir1 s9on peut-tre l'indiffr5ce de l'univ]s aux actions des hommes4 ,encore ne s]ions-n\s pas mcont5ts s'il p>v5ait n\s donn] le s5tim5t de cette indiffr5ce1 la montr]1 p\r a9si dire1 en action2 mais comme le propre de l'indiffr5ce e/ de n'agir po9t1 de ne jamais int]v5ir1 cela e/ peu prs impossible4 ,,xvi ,mais qu'il s'agisse de la jal\sie d',o!llo1 qui n'a ri5 d'9vitable1 des malheurs de ,romo et de ,juliette1 qui ne sont nullem5t prtablis1 n\s n\s passons p>faitem5t de l'influ5ce purificatrice de la fatalit et de t\te autre explication4 ,dans un autre drame1 le *ef-d'uvre de ,=d3 ',tis pity %e's a ,:ore1 qui r\le t\t enti] sur l'am\r ince/ueux de ,giovanni p\r sa sur ,annabella1 on n\s mne au bord de l'abme o n\s avons c\tume de rclam] l'excuse my/rieuse si l'on ne veut pas que n\s dt\rnions la tte4 ,p\rtant1 ici encore1 n\s n\s en passons aprs une seconde de v]tige d\l\reux4 ,c'e/ que l'am\r du frre et de la sur1 vu de haut1 e/ un crime contre notre morale1 mais non contre la nature huma9e1 et qu'en t\t cas il tr\ve ici son p>don dans la jeunesse et l'aveuglem5t passionn de ceux qui le commett5t4 ,c'e/ d'autre "p que le meurtre d',o!llo tr\ve son excuse dans l'affolem5t o les ma*9ations d',iago ont entran la navet et la crdulit d'un demi-b>b>e1 et ,iago son t\r a une excuse dans sa ha9e inju/e1 mais non gratuite4 ,c'e/1 enf91 que les malheurs des amants de ,vrone s'expliqu5t p> l'inexpri5ce des victimes et la disproportion trop manife/e de leurs =ces celles qu'ils devrai5t va9cre1 c> on peut rem>qu] que n\s avons piti de l'homme qui lutte contre des =ces huma9es suprieures1 mais1 s'il succombe1 n\s ne sommes po9t surpris4 ,n\s ne p5sons pas reg>d] ailleurs1 int]rog] le de/91 et1 mo9s qu'il soit victime d'une inju/ice surnaturelle1 n\s n\s disons simplem5t3 ,cela devait arriv]4 ,ce qui a beso9 d'explications1 c'e/ qu'une cata/rophe puisse arriv] aprs que t\tes les prcautions ont t prises que n\s-mmes aurions pu pr5dre4 ,,xvii ,a9si1 n\s avons pe9e concevoir et accept] la possibilit naturelle et huma9e du crime qu& il e/ commis p> un tre qui n\s p>at intellig5t et consci5t4 ,n\s avons pe9e aussi concevoir et accept] des malheurs naturellem5t inexplicables1 imprvus et immrits4 ,il s'ensuivrait qu'on ne p\rrait mettre au ?tre--et1 qu& je dis mettre au ?tre1 c'e/1 bi5 ent5du1 une expression abrviative1 il faudrait dire plutt3 n\s faire assi/] d'une faon quelconque une av5ture dont n\s ne connaissons pas p]sonnellem5t t\tes les circon/ances ni les acteurs1--il s'ensuivrait donc qu'on ne p\rrait mettre au ?tre que des inju/ices1 des fautes1 des crimes commis p> des p]sonnages qui ne j\irai5t pas d'une consci5ce suffisante1 et des malheurs que subirai5t des mes faibles1 victimes de leurs dsirs1 innoc5tes1 mais imprvoyantes1 imprud5tes et aveugles4 ,a ce prix1 n\s n'aurions jamais beso9 de l'int]v5tion de ce qui e/ situ hors de la psy*ologie habituelle de l'homme4 ,mais une telle conception du ?tre ne rpondrait pas du t\t la ralit de la vie o n\s voyons au contraire des tres trs consci5ts commettre des actions trs crim9elles1 et des tres trs bons1 trs prud5ts1 trs v]tueux1 trs ju/es et trs sages1 en proie une f\le de misres et de malheurs inexpliqus4 ,les premi]s drames1 les drames des inconsci5ts1 des opprims1 c]tes1 n\s intress5t et n\s apitoi5t1 mais le drame vritable1 celui qui va au fond des *oses1 celui qui s'attaque srieusem5t aux vrits importantes1 notre drame t\s1 en un mot1 celui qui plane sur t\te notre vie1 c'e/ le drame o les =ts1 les consci5ts et les intellig5ts commett5t des fautes et des crimes presque 9vitables2 c'e/ le drame o le ju/e et le sage lutt5t contre des malheurs t\t-puissants1 contre des =ces qui dconc]t5t la sagesse et la v]tu2 c> le spectateur1 si faible1 si peu honnte qu'il soit dans la vie relle1 se compte t\j\rs au nombre des ju/es et des =ts2 et s'il reg>de les malheurs des faibles1 si mme il y pr5d "p1 jamais il ne se met entirem5t la place de ceux qui les subiss5t4 ,,xviii ,n\s n\s retr\vons ici l'endroit assez sombre o f9it l'action que la volont huma9e la plus ju/e et la plus claire a sur les vnem5ts dont dp5d notre bonne ou mauvaise =tune4 ,il n'e/ gure de drame un peu lev1 gure de gr& pome dont l'un ou l'autre hros n'atteigne ce c>ref\r o sa de/9e se dcide4 ,p\rquoi cet homme bon et sage commet-il cette faute ou ce crime8 ,p\rquoi cette femme1 qui sait ce qu'elle fait1 accomplit-elle ce ge/e qui fixe jamais son malheur8 ,qui a =g t\s les maillons de la *ane de dsa/res qui tre9t cette famille in(f5sive8 ,p\rquoi t\t cr\le-t-il aut\r de celui-ci et t\t se rtablit-il aut\r de celui-l qui e/ mo9s =t1 mo9s sage1 mo9s actif1 mo9s habile8 ,p\rquoi l'un r5contre-t-il l'am\r1 la d\ceur1 la beaut1 et p\rquoi l'autre tr\ve-t-il sur sa r\te la ha9e1 la trahison et la m*ancet8 ,p\rquoi1 mrites gaux1 p> ici le bonheur ob/91 et p> l le malheur infatigable8 ,p\rquoi la tempte p]man5te aut\r de cette maison1 et sur l'autre les toiles inv>iables8 ,p\rquoi de ce ct le gnie1 la sant1 la ri*esse1 et1 de l'autre1 la pauvret1 la maladie et l'imbcillit8 ,d'o vi5t cette passion s\rce de tant de maux1 d'o sort cette passion s\rce de tant de bi5s8 ,p\rquoi l'adolesc5t que j'ai r5contr hi] s'en va-t-il l5tem5t v]s un bonheur pr(ond1 et p\rquoi son ami s'avance-t-il v]s la mort du mme pas prcis1 ignorant et tranquille8 ,,xix ,la vie n\s met s\v5t en prs5ce de que/ions de ce g5re1 mais combi5 de fois1 p\r y tr\v] une rponse satisfaisante1 n\s faut-il l'all] *]*] dans les rgions du surnaturel1 du prtabli1 du surhuma91 du my/re8 ,seuls1 quelques croyants s9cres reconnatront en ces vnem5ts l'int]v5tion div9e4 ,mais n\s1 si n\s avons l'occasion de pntr] dans la maison de la tempte ou dans celle de la paix1 n\s en sortons r>em5t sans avoir vu la cause trs huma9e de la tempte ou de la paix4 ,si n\s avons connu l'homme bon et sage qui a commis cette faute ou ce crime1 n\s avons connu aussi t\tes les circon/ances qui l'ont dt]m9 et que ces circon/ances n'tai5t po9t surnaturelles4 ,si n\s avons appro* la femme qui a fait le ge/e qui dcide son malheur1 n\s savons p>faitem5t que ce ge/e n'tait pas fatal et qu' sa place n\s ne l'aurions pas fait4 ,si n\s avons vcu dans l'intimit de celui aut\r de qui t\t cr\le et dans celle de son vois9 aut\r de qui t\t se rtablit1 n\s avons vu aussi le gl& du *ne tomb] sur un ro*] ou dans une t]re f]tile1 sans p5s] des =ces malveillantes et ple9es d'int5tions obscures4 ,et si la pauvret1 la maladie1 la mort demeur5t les trois desses inju/es de l'exi/5ce huma9e1 elles ne n\s inspir5t plus la cra9te sup]/itieuse d'autrefois4 ,il n\s semble auj\rd'hui qu'elles sont avant t\t inconsci5tes et aveugles1 qu'elles ne connaiss5t aucune des lois idales que n\s avons cru qu'elles sanctionnai5t1 et n\s avons trop s\v5t con/at qu'au mom5t o n\s les appelions preuve1 rcomp5se1 *tim5t1 purification1 leurs caprices sans disc]nem5t dm5tai5t le nom trop haut et trop moral que n\s leur donnions4 ,,xx ,quelque porte que soit notre imag9ation admettre et dsir] l'int]v5tion de puissances suprieures l'homme1 dans la vie pratique il en e/ peu p>mi n\s1 mme p>mi les plus my/iques1 qui ne soi5t p]suads que notre malheur moral dp5d1 au fond1 de notre esprit et de notre c>actre1 et nos malheurs physiques du jeu de c]ta9es =ces s\v5t mal connues1 de relations de cause effet s\v5t mal df9ies1 mais qui p\rtant ne sont pas totalem5t trangres ce que n\s p\vons espr] de pntr] un j\r dans la nature4 ,et n\s vivons en somme sur cette c]titude qui n'e/ rellem5t branle que lorsqu'il s'agit de nos propres in=tunes1 c> alors il n\s e/ difficile de disc]n] ou de n\s av\] les fautes que n\s avons commises1 et trop pnible notre espoir huma9 de reconnatre que nos malheurs n'ont pas de causes plus pr(ondes que ceux du gl& de *ne qui tombe sur un ro*]1 de la vague qui se meurt dans le sable1 ou s'crase contre la falaise1 de l'insecte dont un rayon qui brille ranime les petites ailes1 ou dont l'oiseau qui passe engl\tit l'exi/5ce4 ,,xxi ,mon vois91 que je connais intimem5t1 que je vois t\s les j\rs1 dont j'e/ime les habitudes rgulires1 et les murs in(f5sives1 je suppose qu'il p]de c\p sur c\p sa femme dans un accid5t de *em9 de f]1 l'un de ses fils dans un naufrage1 un autre dans un inc5die1 et que le d]ni] meure de maladie2 je s]ai d\l\reusem5t tonn1 mais je ne song]ai gure attribu] cette srie de dsa/res une v5geance div9e1 une ju/ice invisible1 une prde/9ation s+ulire et mauvaise1 une fatalit1 a*>ne et consci5te4 ,je p5s]ai la vie1 ses mille has>ds malheureux1 j'y v]rai des concid5ces affreuses1 mais il ne me vi5dra pas l'esprit qu'une volont surhuma9e ait jet ce tra9 dans l'abme1 ait dirig ce navire sur un cueil1 ait allum cet inc5die1 ait fait ces ef=ts mon/rueux p\r *agr9] ou *ti] un pauvre tre alors mme que celui-ci se ft r5du c\pable d'une gr&e faute1 d'une de ces gr&es fautes huma9es si petites en face de l'univ]s1 d'une faute qui n'e/ peut-tre pas sortie de sa p5se ou de son cur1 et qui n'a pas fait oscill] un br9 d'h]be sur la face de la t]re4 ,,xxii ,mais lui1 frapp de ces gr&s c\ps rxrs et effrayants comme des clairs dans une nuit d'orage1 p5s]a-t-il de mme1 les tr\v]a-t-il aussi famili]s1 aussi naturels et aussi explicables8 ,les mots3 de/91 =tune1 has>d1 mal*ance1 fatalit1 toile1 et peut-tre le mot ,provid5ce1 ne pr5dront-ils pas dans son esprit une signification qu'ils n'avai5t jamais eue8 ,n'int]rog]a-t-il pas sa consci5ce s\s une autre lumire1 ne s5tira-t-il pas aut\r de sa vie des influ5ces1 une puissance1 une sorte de mauvais v\loir que je n'y vois pas8 ,qui a raison8 ,qui1 de lui ou de moi1 voit plus lo9 et plus clair8 ,ap]oit-on dans les heures tr\bles des vrits que l'on n'ap]oit pas dans les heures plus calmes8 et quel mom5t *oisir p\r donn] un s5s la vie8 ,en gnral1 l'int]prte de la vie1 quel qu'il soit1 pr5d les heures tr\bles4 ,il se met et n\s met dans l'tat d'me des victimes4 ,il n\s reprs5te les malheurs d'autrui en racc\rci1 si brusquem5t1 si massivem5t1 que n\s avons un in/ant l'illusion d'un malheur p]sonnel4 ,en outre1 il lui e/ peu prs impossible de n\s les pe9dre tels que n\s les voyons dans la vie relle4 ,si n\s avions vcu de longues annes avec le p]sonnage pr9cipal du drame qui n\s b\lev]se1 si ce p]sonnage avait t notre frre1 notre ami1 n\s aurions probablem5t dnombr1 reconnu au passage t\tes les causes de son in=tune1 qui n\s tonn]ait mo9s1 et1 bi5 s\v5t1 n\s p>atrait au contraire trs naturelle et presque huma9em5t 9luctable4 ,mais l'int]prte de la vie n'a ni le temps ni le p\voir de n\s p>l] de t\tes les causes vritables4 ,elles sont d'ord9aire insignifiantes1 inf9im5t petites1 multiples1 et extrmem5t l5tes4 ,il e/ donc port sub/itu] aux causes huma9es et relles qu'il ne peut n\s montr]1 qu'il lui e/ impossible d'tudi] et d'numr]1 une cause gnrale et assez va/e p\r envelopp] le drame t\t enti]4 ,et cette cause gnrale assez va/e1 o la tr\v]1 s9on dans les deux ou trois mots que n\s balbutions qu& n\s ne v\lons pas n\s rsign] au sil5ce3 ,div9it1 ,provid5ce1 ,fatalit1 ,ju/ice obscure et anonyme8444 ,,xxiii ,on peut se dem&] jusqu' quel po9t cela e/ lgitime et salutaire1 et si la mission du pote e/ de reproduire et d'entret5ir le tr\ble et l'g>em5t des m9utes peut-tre les mo9s lucides1 ou d'augm5t] la clairvoyance des in/ants o l'homme se croit en possession de t\te sa =ce et de t\te sa raison4 ,il y a quelque *ose de bon dans nos malheurs et p> consqu5t dans l'illusion d'un malheur p]sonnel4 ,ils n\s font r5tr] en n\s-mmes4 ,ils n\s montr5t nos faiblesses1 nos erreurs et nos torts4 ,ils clair5t notre consci5ce d'une lumire mille fois plus indiscrte et plus active que ne le f]ai5t des annes d'tudes et de mditations4 ,ils n\s font aussi sortir de n\s-mmes1 n\s appr5n5t reg>d] aut\r de n\s1 et n\s r5d5t s5sibles aux pe9es de nos frres4 ,ils font mieux encore1 n\s dit-on4 ,ils n\s =c5t lev] les yeux1 reconnatre une puissance suprieure la ntre1 salu] une ju/ice invisible1 n\s incl9] devant un my/re impntrable et inf9i4 ,en vrit e/-ce l le meilleur de leur uvre8 ,oui1 il tait salutaire1 au po9t de vue de la morale religieuse1 qu'ils n\s obligeass5t de lev] les yeux1 qu& nos yeux r5contrai5t un ,dieu inconte/able et qui n\s p>aissait s\v]a9em5t bon1 s\v]a9em5t ju/e1 immuable et c]ta94 ,il tait salutaire que le pote qui avait en son ,dieu un idal 9branlable1 levt nos reg>ds le plus s\v5t possible v]s cet idal unique et df9itif4 ,mais auj\rd'hui1 qu'avons-n\s (frir ces reg>ds mus qu& n\s les loignons des vrits et de l'expri5ce ord9aires de la vie8 ,qu'avons-n\s dire en prs5ce de l'inju/ice qui triomphe et du crime impuni et prospre1 si n\s entranons l'homme au del des lois plus ou mo9s comp5satrices de la consci5ce et du bonheur intrieur8444 ,quelle explication avons-n\s donn] devant l'enfant qui meurt1 devant l'innoc5t qui prit1 devant le malheureux inju/em5t p]scut p> le has>d1 si n\s v\lons en donn] de plus hautes1 de plus brves1 de plus frappantes et de plus dcisives que celles dont il faut bi5 que n\s n\s cont5tions dans l'exi/5ce j\rnalire1 puisque ce sont les seules qui rpond5t un c]ta9 nombre de ralits8 ,avons-n\s le droit1 p\r sol5nis] l'atmosphre de notre uvre1 de rveill] des cra9tes et des prjugs que n\s ne p\rrions n\s emp*] de dsappr\v] et de combattre si n\s les r5contrions encore dans nos amis ou nos enfants8 ,avons-n\s le droit de pr(it] d'un mom5t d'angoisse p\r sub/itu] aux petites mais respectables c]titudes que l'homme a pniblem5t acquises p> l'obs]vation des habitudes du cur et de l'esprit huma9s1 des c\tumes de la matire1 des lois de l'exi/5ce1 des caprices du has>d et de l'indiffr5ce mat]nelle de la nature1 avons-n\s le droit de pr(it] de cette angoisse p\r sub/itu] ces c]titudes une fatalit que t\s nos actes ni5t1 des puissances devant lesquelles n\s ne song]ions pas n\s ag5\ill] si le malheur qui frappe notre hros v5ait n\s frapp] n\s-mmes1 une ju/ice my/ique qui n\s p>gne plus d'une explication difficile mais qui ne ressemble gure la ju/ice plus active et plus positive avec laquelle n\s comptons dans notre vie p]sonnelle8 ,,xxiv ,p\rtant1 c'e/ ce que fait volontairem5t l'int]prte de la vie1 sitt qu'il veut lev] son uvre1 y ml] une beaut religieuse et pr(onde1 y introduire le s5tim5t de l'inf9i4 ,mme qu& cette uvre e/ aussi s9cre que possible et s]re d'aussi prs qu'elle peut sa vrit p]sonnelle la plus intime1 il croit s\t5ir et agr&ir cette vrit en mettant aut\r d'elle une tr\pe de fantmes du pass4 ,je sais qu'il a beso9 d'images1 d'hypo?ses1 de symboles1 de t\t ce qui con/itue les pi]res d'att5te de l'inexpliqu2 mais p\rquoi les pr5dre si s\v5t dans ce qui n'e/ plus vrai1 et si r>em5t dans ce qui s]a peut-tre une vrit8 ,e/-ce r5dre la mort plus augu/e1 que de l'environn] d'p\vantes disp>ues1 que de mettre s\s elle1 comme un trait de lumire1 une lueur emprunte un enf] qui n'e/ plus8 ,e/-ce ennoblir notre de/9e que de la faire dp5dre d'une volont suprieure mais imag9aire8 ,e/-ce agr&ir la ju/ice1 qui e/ le rseau imm5se que les actions et les ractions huma9es t5d5t sur la sagesse immuable des =ces physiques et morales de la nature1 e/-ce l'agr&ir1 cette ju/ice1 que de la confi] aux ma9s d'un juge unique que l'esprit mme de notre uvre dpossde et dtruit8 ,,xxv ,dem&ons-n\s si l'heure n'e/ pas v5ue de faire une revision srieuse des beauts1 des images1 des symboles1 des s5tim5ts dont n\s usons encore p\r amplifi] en n\s le spectacle du monde4 ,il e/ c]ta9 que la plup>t d'entre eux n'ont plus que des rapports prcaires avec les phnomnes1 les p5ses1 les rves mmes de notre exi/5ce relle2 et s'ils n\s reti5n5t encore1 c'e/ plutt titre de s\v5irs innoc5ts et h>monieux d'un pass plus crdule et plus pro*e de l'enfance de l'homme4 ,ne s]ait-il pas s\haitable que ceux qui ont mission de n\s r5dre att5tifs aux beauts et aux h>monies du monde o n\s vivons1 fiss5t un pas de plus v]s la vrit actuelle de ce monde8 ,ne s]ait-il pas dsirable que1 sans enlev] un seul ornem5t leur conception de l'univ]s1 ils allass5t mo9s s\v5t *]*] ces ornem5ts p>mi des s\v5irs gracieux ou t]ribles1 et plus frquemm5t dans le fonds vritable des p5ses sur lesquelles ils btiss5t et organis5t effectivem5t leur exi/5ce spirituelle et s5tim5tale8 ,il n'e/ pas indiffr5t de vivre au milieu d'images fausses1 alors mme que n\s savons qu'elles sont fausses4 ,les images trompeuses f9iss5t p> pr5dre la place des ides ju/es qu'elles reprs5t5t4 ,et employ] d'autres images1 avoir rec\rs des conceptions plus relles1 ce ne s]ait pas rduire la "p de l'inf9i et du my/re4 ,le v\lt-on1 qu'il ne s]ait gure possible de rduire srieusem5t cette "p4 ,on la retr\v]a t\j\rs au fond des problmes moraux1 au fond du cur de l'homme et dans t\t l'univ]s4 ,il n'importe que leur situation et leur sub/ance ne soi5t plus exactem5t les mmes2 leur puissance et leur t5due demeur5t peu prs p>eilles4 ,e/-ce que1 p\r pr5dre l'un de ces my/res1 e/-ce que ce phnomne1 qu'il y a p>mi les hommes une sorte de ju/ice suprme et t\te spirituelle1 sans app>eil1 sans armes et sans organes1 s\v5t trs l5te1 mais presque t\j\rs sre1 et qui se ma9ti5t p\r a9si dire inv>iable dans un monde o t\t semble enc\rag] l'inju/ice1 e/-ce que ce phnomne n'a pas des causes et des effets aussi pr(onds1 aussi 9puisables1 n'e/ pas aussi surpr5ant et aussi admirable que l'exi/5ce et la sagesse d'un juge omniprs5t et t]nel8 ,celui-ci doit-il n\s sduire davantage p>ce qu'il e/ plus inconcevable8 ,y a-t-il mo9s de s\rces de beaut1 et1 p\r le gnie1 mo9s d'occasions d'ex]c] sa puissance et sa pntration1 dans ce qu'il e/1 du mo9s en esprance1 possible d'expliqu] que dans ce qui e/1 a priori1 inexplicable8 ,p> exemple dans une gu]re heureuse1 mais inique1 7je p\rrais cit] les ,roma9s1 les conqutes de l',espagne en ,amrique1 ,napolon1 l',anglet]re d'auj\rd'hui et tant d'autres71 qui f9it t\j\rs p> dmoralis] le va9queur et p> le prcipit] en des habitudes et des fautes qui lui font pay] *] son triomphe1 l'uvre mticuleuse et inexorable de cette ju/ice psy*ologique n'e/-elle pas aussi passionnante et aussi va/e que l'int]v5tion d'une ju/ice surnaturelle8 ,ne p\rrait-on pas en dire autant de la ju/ice qui rgne dans *acun de n\s1 et qui1 proportion de nos ef=ts v]s le ju/e ou l'inju/e1 augm5te ou dim9ue1 dans notre esprit et dans notre cur1 l'espace rs]v la paix1 l'am\r et au bonheur intrieur8 ,je v\s en prie1 dit ,?omas ,huxley dans une admirable lettre crite un ami qui *]*ait le consol]1 au moy5 d'anci5nes images1 de la mort d'un fils ador1 je v\s en prie1 compr5ez bi5 que je ne fais1 a priori1 aucune objection t\t cela4 ,l'homme qui e/ j\rnellem5t en contact avec la nature ne peut tre tr\bl p> des difficults a prioriques4 ,donnez-moi une preuve qui ju/ifie votre m]veilleux1 et j'y croirai4 ,p\rquoi pas8 ,ce ne s]ait pas1 beauc\p prs1 aussi prodigieux que la cons]vation de la =ce ou l'inde/ructibilit de la matire4 ,celui qui apprcie clairem5t t\t ce qui e/ impliqu dans la *ute d'une pi]re ne peut rejet] aucune doctr9e p\r la seule raison qu'elle e/ m]veilleuse4 ,mais plus je vis1 plus il m'e/ vid5t que l'acte le plus sacr de la vie d'un homme e/ de dire et de s5tir3 ,je crois que ceci ou que cela e/ vrai4 ,t\tes les gr&es rcomp5ses1 t\tes les l\rdes pnalits d'une exi/5ce1 s'atta*5t cet acte4 ,l'univ]s e/ un et le mme t\t enti]2 et si je ne p>vi5s dbr\ill] mes petites difficults d'anatomie et de physiologie qu'en refusant de donn] ma foi ce qui ne repose pas sur une suffisante vid5ce1 je ne puis croire que le gr& my/re de l'exi/5ce me s]a rvl s\s d'autres conditions4 ,,xxvi ,et p\r en rev5ir ce my/re qui motive la lettre de ,huxley1 ce my/re de la mort1 le plus effrayant de t\s1 s]ait-il facile d'tablir que la s5sibilit la ju/ice1 la beaut1 la bont1 les =ces intellig5tes et s5tim5tales1 la curiosit de t\t ce qui e/ en contact avec l'inf9i1 le t\t-puissant1 l't]nel1 sont amo9dris depuis que la mort n'e/ plus p\r n\s l'imm5se et exclusive angoisse de la vie8 ,on ne saurait ni] que le poids de la mort s'allge *aque gnration1 mesure que ses =mes viol5tes et ses t]reurs po/humes s'attnu5t4 ,n\s y p5sons et la r$\tons beauc\p mo9s qu'autrefois4 ,au fond1 ce que n\s craignons le plus en elle1 c'e/ la d\leur qui l'accompagne ou la maladie qui la prcde4 ,mais elle n'e/ plus l'heure du juge irrit et inconnaissable1 le b unique et effroyable1 l'abme des tnbres et des *tim5ts t]nels4 ,elle devi5t peu peu et elle e/ dj bi5 s\v5t le repos dsir d'une exi/5ce qui s'a*ve4 ,elle ne pse plus sur nos actions2 et surt\t1 c> c'e/ l le gr& po9t et le gr& *angem5t1 elle n'int]vi5t plus dans notre morale4 ,notre morale e/-elle mo9s haute1 mo9s pure et mo9s pr(onde depuis qu'elle e/ plus ds9tresse8 ,l'humanit a-t-elle p]du un s5tim5t indisp5sable ou prcieux en p]dant une p\vante8 ,et l'importance enleve la mort1 qui en pr(it]a8 ,probablem5t la vie4 ,il y a en n\s une rs]ve de =ces neutres et t\j\rs disponibles1 et si on n\s te une t]reur1 une tri/esse1 un dc\ragem5t1 il vi5t la place une admiration1 une confiance1 un espoir4 ,,xxvii ,on dira peut-tre1 surt\t en ce qui conc]ne la ju/ice et la fatalit1 qu'on p]sonnifie1 qu'on met hors de n\s deux =ces qui sont en n\s1 d'abord1 p>ce qu'il e/ beauc\p plus difficile de les montr] en n\s1 et ensuite1 p>ce qu'il p>at assez c]ta9 que l'inconnu ou l'inf9i1 en tant qu'inconnu ou inf9i1 c'e/--dire sans intellig5ce1 sans moralit1 sans p]sonnalit1 sont impuissants n\s m\voir4 ,il e/ rem>qu]1 en effet1 que le my/re matriel1 si obscur et si dang]eux qu'il puisse tre1 que la ju/ice psy*ologique1 si complexes qu'en soi5t les rsultats1 ne n\s tr\bl5t gure4 ,ce qui n\s meut et n\s crase1 ce n'e/ po9t ce que n\s ne compr5ons pas dans l'ordre naturel1 mais l'ide qu'une volont suprieure1 consci5te1 raisonnable1 surhuma9e1 et p\rtant semblable celle de l'homme1 plane peut-tre sur la nature4 ,c'e/1 en un mot1 la prs5ce d'un ,dieu2 et quelque nom que n\s lui donnions1 ju/ice1 fatalit1 my/re1 c'e/ t\j\rs ,dieu que n\s r$\tons1 c'e/--dire un tre p>eil n\s1 bi5 qu't]nel1 inf9i1 invisible et t\t-puissant1 c> je ne sais si n\s aurions peur d'une =ce morale qui ne s]ait pas faite l'image de la ntre4 ,ce n'e/ pas l'inconnu de la nature qui n\s effraie1 ce n'e/ pas le my/re de notre monde4 ,c'e/ le my/re d'un autre monde4 ,ce n'e/ pas l'nigme matrielle1 c'e/ l'nigme morale4 ,ri51 p> exemple1 n'e/ plus imp>faitem5t connu que l'ensemble des causes qui dt]m95t un tremblem5t de t]re1 et ri5 n'e/ plus p\vantable4 ,mais si le tremblem5t de t]re p\vante notre corps1 il ne f]a frissonn] notre esprit qu' la condition que n\s y voyions un acte de ju/ice1 un *tim5t surnaturel4 ,il en e/ de mme de la tempte1 de la maladie1 de la mort1 des mille phnomnes1 des mille cata/rophes d'une exi/5ce huma9e4 ,il semble que le vritable frisson1 le frisson de l'esprit1 que la gr&e motion qui remue autre *ose que l'in/9ct physique de la cons]vation ne se tr\ve que dans l'ide d'un ,dieu plus ou mo9s dt]m91 d'un geli] incorruptible1 d'une ju/ice invisible et p]man5te1 d'une ,provid5ce impntrable et att5tive4 ,mais la "q e/ de savoir ce qui se rappro*e le plus de la vrit1 et si la mission de l'int]prte de la vie e/ d'attri/] et d'm\voir pr(ondm5t ou d'apais] et d'clair]4 ,,xxviii ,j'en convi5s1 il e/ bi5 difficile de se dgag] de l'int]prtation traditionnelle1 et s\v5t on y retombe malgr soi dans le mom5t mme o l'on essaie de s'en loign]4 ,a9si ,ibs51 en qute d'une =me n\velle et p\r a9si dire sci5tifique de la fatalit1 a plac au milieu du meilleur de ses drames la figure voile1 gr&iose et tyrannique de l'hrdit4 ,mais au fond1 dans son uvre1 ce n'e/ pas le my/re sci5tifique de l'hrdit qui remue en n\s c]ta9es cra9tes huma9es plus pr(ondes que nos cra9tes animales4 ,s'il s'y tr\vait seul1 il ne les remu]ait pas plus que ne le f]ait le my/re sci5tifique de telle ou telle maladie r$\table1 de tel ou tel phnomne sidral ou m>94 ,non2 ce qui y suscite une t]reur d'un autre g5re que celle d'un dang] imm95t1 mais naturel1 c'e/ l'obscure ide de ju/ice qu'y reprs5te l'hrdit1 c'e/ l'affirmation audacieuse que les fautes du pre retomb5t sur les enfants1 c'e/ l'ins9uation qu'un ,juge s\v]a91 une sorte de ,matre de la race1 veille sur nos actions1 les inscrit au livre de bronze et pse en ses ma9s t]nelles des rcomp5ses longtemps diffres et des *tim5ts inf9is4 ,c'e/1 en un mot1 et p5dant qu'on le nie1 le visage de ,dieu qui rep>at1 et une trs vieille flamme de l'enf] qui gronde encore s\s la dalle qu'on v5ait de scell]4 ,,xxix ,or1 cette =me n\velle de la fatalit ou de la ju/ice fatale e/ encore mo9s df5dable1 mo9s acceptable que la fatalit antique pure et simple1 qui demeurait gnrale et indf9ie1 ne prt5dait ri5 expliqu] trop /rictem5t et se prtait p> consqu5t un plus gr& nombre de situations4 ,il se peut que1 dans le cas spcial mis en scne p> ,ibs51 il y ait une sorte de ju/ice accid5telle1 comme il se peut qu'une fl*e1 lance p> un aveugle dans une f\le1 atteigne p> has>d un p>ricide4 ,mais faire une loi gnrale de cette ju/ice accid5telle1 c'e/ une fois de plus abus] du my/re1 c'e/ introduire dans la morale huma9e des lm5ts qui ne devrai5t pas s'y tr\v]1 des lm5ts peut-tre dsirables et qui s]ai5t salutaires s'ils reprs5tai5t c]ta9es vrits1 mais qu'il faut lim9] p>ce qu'ils n'en reprs5t5t aucune et qu'ils sont trang]s notre vie relle4 ,n\s savons en effet que1 dans l'tat actuel de notre expri5ce1 il e/ impossible de dc\vrir1 dans les phnomnes de l'hrdit1 la plus petite trace de ju/ice1 c'e/--dire le plus fragile li5 moral entre la cause1 qui e/ l'acte du pre1 et l'effet1 qui e/ la rcomp5se ou le *tim5t de l'enfant4 ,il e/ p]mis aux potes de faire des hypo?ses et de devanc] en quelque sorte la ralit4 ,mais s\v5t il arrive que1 croyant la devanc]1 ils ne font que la t\rn]1 que1 croyant prcd] une vrit n\velle1 ils retr\v5t simplem5t la pi/e d'une illusion anci5ne4 ,ici1 p\r devanc] l'expri5ce1 il faudrait peut-tre all] encore plus lo9 dans la ngation de la ju/ice4 ,mais quelle que soit1 sur ce po9t1 notre p5se1 p\r qu'une hypo?se potique demeure lgitime et valable1 il convi5t qu'elle ne soit pas ouv]tem5t contr$ite p> l'expri5ce de t\s les j\rs1 s9on elle e/ bi5 inutile1 bi5 dang]euse1 et p\r peu que l'erreur ne soit pas t\t fait involontaire1 elle n'e/ gure honnte4 ,,xxx ,que conclure de t\t ce qui prcde8 ,bi5 des *oses1 si l'on veut1 mais t\t d'abord ceci3 qu'il importe que l'int]prte de la vie aussi bi5 que ceux qui la viv5t1 soi5t extrmem5t circonspects dans le maniem5t ou dans l'admission du my/re1 et ne s'imag95t po9t que la "p faite l'inexplicable e/ ncessairem5t ce qu'il y a de meilleur et de plus gr& dans une uvre ou dans une exi/5ce4 ,il e/ des uvres trs belles1 trs huma9es et trs vraies dont l'inquitude du my/re univ]sel e/ presque entirem5t abs5te4 ,on n'e/ ni gr& ni sublime p>ce qu'on p5se sans cesse l'inconnaissable et l'inf9i4 ,la p5se de l'inconnaissable et de l'inf9i ne devi5t vraim5t salutaire que lorsqu'elle e/ la rcomp5se inatt5due de l'esprit qui s'e/ donn loyalem5t et sans rs]ve l'tude du connaissable et du f9i2 et l'on s'ap]oit bi5tt que la diffr5ce e/ notable1 du my/re qui prcde ce que n\s ignorons1 au my/re qui suit ce que n\s avons appris4 ,il semble qu'il y ait beauc\p de tri/esses dans le premi]2 c'e/ qu'elles s'y tr\v5t l'troit et s'accumul5t t\tes sur deux ou trois m95ces trop pro*es4 ,il semble qu'il y en ait bi5 mo9s dans le second2 c'e/ que sa surface e/ plus va/e1 et qu'aux gr&s horizons les tri/esses les plus gr&es pr5n5t la =me d'espoirs4 ,,xxxi ,oui1 la vie huma9e1 dans son ensemble1 e/ *ose assez tri/e2 et il e/ plus facile1 je dirai presque plus agrable de p>l] de ses tri/esses et de les mettre en lumire1 que de re*]*] ses consolations et de les faire valoir4 ,les tri/esses sont nombreuses1 app>5tes1 infaillibles2 les consolations1 ou plutt les raisons qui n\s font accept] avec une c]ta9e allgresse le devoir de la vie1 sembl5t r>es1 peu visibles1 prcaires4 ,les tri/esses sembl5t nobles et gr&es et ple9es d'un my/re irrcusable1 en quelque sorte p]sonnel et s5sible4 ,les consolations p>aiss5t mesqu9es1 g/es1 presque basses4 ,p\rtant1 y reg>d] de plus prs1 et quelle que soit l'app>5ce phmre qu'elles revt5t1 elles t\*5t aussi un my/re qui n'e/ mo9s visible et mo9s saisissable que p>ce qu'il e/ plus pr(ond et plus my/rieux4 ,le dsir de vivre ou l'ass5tim5t la vie telle qu'elle e/1 us5t peut-tre d'expressions bi5 vulgaires1 mais ils obiss5t en somme1 leur insu ou malgr eux1 des lois plus va/es1 plus con=mes au gnie de l'univ]s1 p> consqu5t plus vnrables que le dsir de fuir les tri/esses de la vie ou que la noble sagesse ds5*ante qui les con/ate4 ,,xxxii ,n\s sommes trop ports pe9dre la vie plus tri/e qu'elle n'e/2 et c'e/ une gr&e faute1 mais excusable dans le mom5t d'inc]titude o n\s n\s tr\vons4 ,il n'y a pas encore d'explication plausible4 ,la de/9e de l'homme e/ s\mise comme autrefois des =ces inconnues1 dont quelques-unes ont peut-tre disp>u1 mais p\r faire place d'autres4 ,en t\t cas1 le nombre de celles qui sont rellem5t s\v]a9es n'e/ gure dim9u4 ,on a essay d'expliqu] de div]ses faons l'action et l'int]v5tion de ces =ces1 et l'on dirait qu'aprs avoir reconnu que la plup>t de ces explications ne t5ai5t pas devant la ralit1 qui1 malgr t\t1 se dc\vre peu peu1 on revi5t1 p\r totalis] en quelque sorte l'inexplicable ou du mo9s les tri/esses de l'inexplicable1 la ,fatalit4 ,au fond v\s ne tr\v]ez pas autre *ose dans ,ibs51 dans le roman russe1 dans la haute hi/oire contempora9e1 dans ,flaub]t1 etc4 7voyez entre autres ,la ,gu]re et la ,paix1 ,l'ducation s5tim5tale et le re/e74 ,ce n'e/ plus exactem5t la ,fatalit antique1 il e/ vrai1 la desse ou plutt le dieu bi5 dt]m9 7du mo9s dans l'esprit de la f\le71 volontaire1 inflexible1 implacable1 aveugle mais att5tif1 c'e/ une fatalit plus vague1 plus in=me1 di/raite1 indiffr5te1 inhuma9e1 imp]sonnelle1 univ]selle4 ,en somme1 ce n'e/ qu'une appellation provisoire accorde1 en att5dant mieux1 la misre gnrale et inexplicable de l'homme4 ,on peut l'accept] dans ce s5s1 bi5 qu'elle n'claire ri5 et qu'elle ne soit que le nom n\veau de l'nigme inv>iable4 ,mais il faut se g>d] d'exagr] son rle et sa valeur1 et ne pas s'imag9] qu'on contemple les hommes et les vnem5ts de trs haut et dans une lumire df9itive et qu'il n'y a plus ri5 *]*] p> del1 p>ce qu' un mom5t donn1 on s5t pr(ondm5t1 au b\t de t\tes les exi/5ces1 la =ce inv9cible et obscure du de/94 ,il e/ vid5t que d'un po9t de vue1 les hommes p>atront t\j\rs malheureux1 et sembl]ont t\j\rs entrans v]s un g\ffre fatal1 puisqu'ils s]ont t\j\rs v\s la maladie1 l'incon/ance de la matire1 la vieillesse et la mort4 ,si l'on ne reg>de que le t]me de t\tes les exi/5ces1 il y a ncessairem5t quelque *ose de fatal et de misrable dans la vie la plus heureuse et la plus triomphante4 ,mais n'abusons pas de ces mots1 et surt\t ne n\s en s]vons pas p> non*alance ou p> am\r de la tri/esse my/ique1 p\r rduire la "p de ce qui p\rrait s'expliqu] si n\s n\s atta*ions davantage l'tude de l'homme et de la nature des *oses4 ,il ne faudrait invoqu] le my/re et se r5f]m] dans le sil5ce rsign qui l'accompagne qu'aux mom5ts o son int]v5tion e/ rellem5t s5sible1 frappante1 p]sonnelle1 intellig5te1 morale et indubitable2 et cette int]v5tion1 a9si circonscrite1 e/ plus r>e qu'on ne p5se4 ,tant que ce my/re-l ne se manife/e po9t1 il n'y a pas lieu de s'arrt]1 de baiss] les yeux1 de se s\mettre1 de se taire4 ,,le ,r,,gne ,,de ,,la ,,mati,,re ,i ,malgr le dsir si naturel l'homme de tr\v] dans l'univ]s une sanction ses v]tus1 il n\s fallait reconnatre1 dans une prcd5te tude1 que le ciel ni la t]re n'ont le mo9dre s\ci de notre morale1 et que t\t enseign]ait au ju/e qu'il e/ dupe1 s'il ne tr\vait en soi une approbation que n\s ne p\vions gure exprim]1 et une rcomp5se si peu tangible1 que n\s n\s ef=cions assez va9em5t d'en pe9dre les d\ceurs les mo9s inc]ta9es4 ,on dira3 e/-ce l t\t ce qu'il faut att5dre de notre gr& ef=t1 d'une att5tion1 d'une contra9te p]ptuelles1 du sacrifice d'in/9cts et de plaisirs qui p>atrai5t lgitimes et ncessaires1 et p> consqu5t n\s r5drai5t plus heureux1 s'il n'y avait en n\s ce dsir de ju/ice qui vi5t on ne sait d'o1 qui app>ti5t peut-tre notre nature1 mais qui1 selon t\te app>5ce1 contr>ie des lois gnrales de la gr&e nature dont n\s faisons p>tie8 ,oui1 si v\s v\lez1 c'e/ peu de *ose que cette ju/ice vaporeuse qui ne produit qu'une satisfaction diffuse1 laquelle ne peut mme tre trop consci5te sans dev5ir odieuse et se dtruire elle-mme4 ,mais ce compte1 et du po9t de vue o v\s v\s placez p\r en jug] a9si1 t\t ce qui se passe dans notre tre moral e/ bi5 peu de *ose4 ,c'e/ peu de *ose aussi que l'am\r1 passe la m9ute de la possession qui seule e/ relle et assure la p]ptuit de l'espce2 et cep5dant1 mesure que l'homme se civilise1 il atta*e plus d'importance aux heures et aux annes ad\cies et embellies qui con/itu5t ce peu de *ose qui prcde1 accompagne et suit la possession1 qu' la possession mme sans ce peu de *ose4 ,c'e/ peu de *ose aussi qu'un beau visage1 une belle attitude1 un beau corps1 un beau spectacle1 une voix h>monieuse1 une noble /atue1 un lev] de soleil sur la m]1 les toiles sur la =t1 les fleurs dans un j>d91 un rayon de lune sur le fleuve1 un v]s m]veilleux1 une gr&e p5se1 un sacrifice hroque qui re/e le secret d'une me pr(onde et t5dre4 ,n\s l'admirons un in/ant1 cela n\s donne un s5tim5t de plnitude que n\s ne tr\vons pas dans d'autres joies1 mais aussi je ne sais quelle tri/esse et quelle inquitude2 et si n\s sommes malheureux p> ailleurs1 cela ne n\s apporte pas ce que les hommes ont c\tume d'appel] le bonheur4 ,cela ne produit ri5 que l'on puisse pes] ou df9ir1 ri5 que les autres puiss5t reconnatre1 ni qu'ils song5t n\s envi]2 et p\rtant qui de n\s1 qui a ce s5tim5t de la beaut1 si un magici5 p\vait le lui enlev] t\t d'un c\p1 sans qu'il en re/t la mo9dre trace1 sans espoir que jamais il revnt1 qui de n\s n'aim]ait mieux p]dre ri*esses1 tranquillit1 sant mme1 et bi5 des annes de sa vie1 plutt que cette facult invisible1 et presque indf9issable8 ,ce sont des *oses intangibles aussi1 et dont on ne peut gure r5dre compte1 que la d\ceur d'une amiti pr(onde1 d'un s\v5ir vnr1 adorable ou t\*ant1 et de mille autres p5ses1 de mille autres s5tim5ts qui ne p]c5t pas les montagnes1 qui n'c>t5t pas un nuage1 qui ne dplac5t mme pas un gra9 de sable sur la r\te4 ,p\rtant1 t\t cela c'e/ le meilleur et le plus heureux de n\s-mme1 t\t n\s-mme1 t\t ce que devrai5t envi] ceux qui le possd5t1 ceux qui ne le possd5t po9t4 ,a mesure que n\s n\s loignons de l'animal1 p\r n\s rappro*] de ce qui p>at tre l'idal le plus /able de notre espce1 n\s voyons mieux que t\t cela n'e/ ri51 si1 p> exemple1 n\s le comp>ons l'normit des lois de la matire1 mais n\s voyons en mme temps que ce ri5 e/ notre "p unique1 et que1 quoi qu'il arrive1 jusqu' la f9 des temps1 c'e/ aut\r de ces foy]s de lumire que se conc5tr]a de plus en plus la vie huma9e4 ,,ii ,n\s sommes dans un sicle qui p>at n'aim] que la matire1 mais t\t en l'aimant il la dompte1 et la dompte plus passionnm5t qu'aucun autre4 ,on dirait qu'il a hte de la connatre1 de la pntr]1 de l'ass]vir1 de la possd] t\t entire1 d'en j\ir une fois p\r t\tes jusqu' satit1 comme p\r db>rass] l'av5ir de la re*]*e inquite d'un bonheur que l'on peut trs raisonnablem5t espr] tr\v] en elle tant qu'on n'en aura pas puis t\tes les ress\rces et dc\v]t t\s les secrets4 ,cela e/ ncessaire1 comme il e/ ncessaire que l'on passe p> l'am\r *>nel p\r connatre dans t\te sa puret pr(onde et inaltrable la nature vritable de l'am\r4 ,il e/ probable qu'il y aura quelque j\r une raction trs srieuse contre cette passion des j\issances de la matire4 ,non que l'homme s'en dta*e jamais2 il aurait tort de le t5t]4 ,n\s sommes aprs t\t des fragm5ts de matire anime1 et il e/ bon de ne pas nglig] le po9t de d"p de notre tre4 ,mais ce n'e/ pas une raison p\r emprisonn] t\s nos bonheurs1 t\tes nos esprances1 dans la petite circonfr5ce de ce po9t de d"p4 ,presque t\s ceux que n\s r5controns p> la vie mett5t une sorte d'ob/9ation irrfl*ie entret5ir en eux la prpondrance de la matire4 ,entrez dans une assemble d'hommes et de femmes l'abri des s\cis les plus dprimants de l'exi/5ce1 une assemble d'lite1 si v\s v\lez1 prononcez-y les mots joie1 bonheur1 flicit1 batitude1 idal1 et supposez qu'un ange recueille l'in/ant mme et reti5ne dans un miroir magique ou dans une corbeille surnaturelle les images que ces mots auront voqus dans les mes qui les ont ent5dus4 ,que v]rez-v\s dans le miroir ou la corbeille8 ,de beaux corps enlacs1 de l'or1 des pi]r]ies1 un palais1 un gr& p>c1 le philtre de la sant1 des ornem5ts et des bij\x biz>res qui reprs5t5t les rves de la vanit1 et1 =mant le gros tas1 il faut bi5 l'av\]1 de bons repas1 de bons v9s1 des tables somptueuses1 des app>tem5ts magnifiques4 ,l'humanit e/-elle encore trop pro*e de ses orig9es p\r concevoir autre *ose8 ,l'heure n'e/-elle pas v5ue o l'on devrait tr\v] dans la corbeille une intellig5ce puissante et ds9tresse1 une consci5ce pacifie1 un cur ju/e et aimant1 des reg>ds et une att5tion qui aurai5t appris saisir et pntr] t\tes les beauts1 aussi bi5 celles des soirs1 des villes1 des m]s et des =ts1 que celles d'un visage1 d'un s\rire1 d'une p>ole1 d'une action1 ou d'un m\vem5t d'me8 ,qu& v]rons-n\s1 au premi] plan1 dans le miroir magique1 au lieu de belles femmes nues1 l'am\r va/e et pr(ond de deux tres qui ont appris que les j\issances de la *air ne p]d5t leur arrire-gt d'inquitude et d'am]tume que lorsque les p5ses1 les s5tim5ts1 et ce qui e/ meilleur encore1 plus haut et plus my/rieux que les p5ses et les s5tim5ts1 s'uniss5t *aque j\r davantage8 ,qu& y v]rons-n\s1 la place de l'exaltation factice et maladive eng5dre p> des n\rritures trop abondantes et trop l\rdes1 ou p> des excitants qui ne sont en somme que les missaires les plus dang]eux de l'ennemi mme que n\s *]*ons va9cre1 qu& tr\v]ons-n\s sa place l'allgresse altire et grave d'un esprit qui e/ t\j\rs exalt p>ce qu'il *]*e t\j\rs compr5dre et aim]8444 ,voil longtemps que l'on sait ces *oses1 et il semble bi5 inutile de les r$ire4 ,p\rtant1 il suffit de se tr\v] deux ou trois fois au milieu de ceux qui reprs5t5t ce qu'il y a de meilleur1 de plus intellectuellem5t et s5tim5talem5t huma9 dans l'humanit1 p\r reconnatre quel po9t ils ttonn5t encore dans la re*]*e des mom5ts heureux de l'exi/5ce1 quel po9t le bonheur inconsci5t qu'ils att5d5t ressemble encore celui de l'homme qui n'a pas de vie spirituelle1 et le mal qu'ils ont p]c] le nuage qui sp>e ce qui app>ti5t l'tre qui s'lve1 de ce qui app>ti5t l'tre qui desc5d4 ,l'heure n'e/ pas v5ue1 dira-t-on1 o l'homme puisse clairem5t voir la "p qu'il convi5t de faire au corps et l'esprit4 ,mais qu& vi5dra-t-elle1 si ceux p\r qui elle devrait tre sonne depuis longtemps se laiss5t a9si1 dans le *oix de leur bonheur1 non*alamm5t guid] p> les prjugs obscurs de la masse8 ,qu& ils acquir5t la ri*esse et la gloire1 qu& ils tr\v5t l'am\r1 ils en lim95t simplem5t quelques satisfactions vulgaires de la vanit1 quelques excs grossi]s1 mais ils ne p\ss5t gure plus lo9 la conqute d'un bonheur plus spirituel1 plus proprem5t huma91 ils ne pr(it5t gure de leurs avantages p\r l>gir un peu le c]cle des exig5ces le mo9s ju/ifies de la matire4 ,ils subiss5t dans les plaisirs de la vie la dim9ution spirituelle que subit1 p> exemple1 le spectateur clair qui s'e/ g> dans un ?tre o l'on j\e un drame qui n'e/ pas l'un des c9q ou six *efs-d'uvre de la littrature univ]selle4 ,il sait que presque t\t ce qui transporte ceux qui applaudiss5t aut\r de lui e/ fait de prjugs plus ou mo9s p]nicieux sur l'honneur1 la gloire1 l'am\r1 la patrie1 le sacrifice1 la ju/ice1 la religion et la lib]t2 ou des lieux communs les plus m\s et les plus n]vants de la posie4 ,nanmo9s1 il pr5dra "p l'exaltation gnrale1 et il lui faudra faire *aque in/ant un viol5t ret\r sur lui-mme1 un appel tonn t\tes les c]titudes p\r se p]suad] que ceux qui sont re/s fidles aux plus vieilles erreurs n'ont pas raison contre sa raison isole4 ,,iii ,du re/e1 dans les rapports de l'homme avec la matire1 on con/ate1 non sans tonnem5t1 que ri51 p\r a9si dire1 n'a t lucid ni rgl jusqu'ici4 ,p\rtant ils sont imprieux et lm5taires1 mais depuis l'orig9e on voit l'humanit inc]ta9e1 pass] t\r t\r de la confiance la plus dang]euse la mfiance la plus sy/matique1 de l'adoration l'horreur1 de l'asctisme1 du r5oncem5t absolu1 l'excs contraire4 ,il ne s'agit pas de pr*] et de pratiqu] une fois de plus l'ab/95ce inconsidre et va9e4 ,elle e/ s\v5t aussi p]nicieuse que l'intemprance habituelle4 ,n\s avons droit t\t ce qui peut favoris] et ma9t5ir le dveloppem5t complet de notre corps2 mais il s]ait ncessaire de fix] aussi exactem5t que possible les limites de ce droit1 c> t\t ce qui les outrepasse nuit l'pan\issem5t de l'autre p>tie de notre tre qui e/ comme la fleur que les feuilles alim5t5t ou t\ff5t4 ,or1 l'humanit1 qui s'occupe depuis si longtemps des nuances et des p>fums les plus subtils et les plus fugitifs de sa fleur1 livre1 le plus s\v5t1 la bonne ou mauvaise volont du tempram5t1 de l'heure ou du has>d1 les =ces inconsci5tes qui reprs5t5t les feuilles n\rricires1 discrtes et laborieuses1 ou pr(usm5t g/es1 envahissantes et mortelles4 ,peut-tre le fit-on assez impunm5t jusqu' ce j\r1 c> l'idal de l'humanit1 aprs s'tre d'abord exclusivem5t atta* au corps1 hsita longtemps entre la matire et l'esprit4 ,mais voici qu'il se fixe avec une c]titude de plus en plus 9branlable aut\r de l'intellig5ce4 ,n\s ne songeons plus rivalis] de =ce ou d'agilit avec le lion1 la pan?re1 ou le gr& s+e an?ropode1 ni de beaut avec la fleur ou l'clat des toiles sur l'ocan4 ,l'utilisation p> l'intellig5ce de t\te =ce inconsci5te1 la s\mission graduelle de la matire et la re*]*e de son nigme1 tel e/ p\r le mom5t le b le plus probable1 la mission la plus plausible de notre espce4 ,autrefois1 dans le d\te1 t\te satisfaction1 t\t excs mme tait excusable et moral qui n'entranait pas une p]te de =ce irrp>able ou quelque dommage organique4 ,auj\rd'hui que la mission de l'espce se prcise1 notre devoir e/ d'lim9] t\t ce qui n'e/ pas directem5t favorable au dveloppem5t de la p>tie spirituelle de notre tre4 ,le p* contre l'esprit1 qui e/ bi5 le p* contre la sant de l'intellig5ce que ,jsus devait avoir en vue et c\vrait d'ana?mes in\s1 devi5t irrmissible4 ,il faudra sacrifi] peu peu t\t ce qui ne procure au corps qu'un plaisir /rile1 c'e/--dire qui ne se traduit pas p> une n]gie plus gr&e et plus durable de la p5se1 t\tes ces petites satisfactions soi-disant in(f5sives1 qui1 si peu malfaisantes qu'elles soi5t p> elles-mmes1 entreti5n5t nanmo9s1 p> l'habitude et l'exemple1 le prjug des j\issances infrieures et usurp5t la place que devrai5t occup] les satisfactions de l'intellig5ce4 ,or1 ces d]nires ne sont pas comme celles du corps1 dont les unes peuv5t tre utiles1 les autres nuisibles1 l'pan\issem5t de celui-ci4 ,dans les *amps lysens de la p5se1 t\te satisfaction correspond un rajeunissem5t et un dveloppem5t1 et ri5 n'e/ plus sa9 p\r l'esprit que les ivresses et les dbau*es de la curiosit1 de la comprh5sion et de l'admiration4 ,,iv ,il faudra bi5 que notre morale se con=me quelque j\r la mission probable de l'espce1 et remplace la plup>t des re/rictions arbitraires1 et s\v5t ridicules1 dont elle e/ tissue1 p> ces re/rictions logiques et indisp5sables4 ,c> l'unique morale d'un tre ou d'une espce e/ la subord9ation de sa manire de vivre l'accomplissem5t de la mission gnrale qui lui p>at confie4 ,n\s v]rons a9si se dplac] peu peu l'axe d'un c]ta9 nombre de p*s et de gr&s att5tats1 jusqu' ce qu' t\s les crimes conv5tionnels contre le corps soi5t sub/itus les crimes vritables contre les de/9es de l'humanit1 c'e/--dire t\t ce qui porte atte9te la puissance1 l'intgrit1 la lib]t1 la prpondrance1 aux loisirs de l'intellig5ce4 ,ce n'e/ pas dire que le corps soit l'irrconciliable ennemi1 comme dans la ?orie *rti5ne4 ,lo9 de l4 ,que t\t d'abord il s'affirme aussi sa91 aussi robu/e1 aussi beau que possible4 ,mais c'e/ un enfant capricieux1 exigeant1 imprvoyant1 g/e1 et d'autant plus dang]eux qu'il e/ plus =t4 ,il n'a qu'un culte1 celui de la m9ute prs5te4 ,la p5se purile et la satisfaction lm5taire1 bate et prcaire du petit *i5 ou du ngre1 voil t\t ce qu'il peut imag9] et dsir]4 ,du re/e1 il j\it avec ds9volture1 et comme s'ils lui tai5t dus1 du bi5-tre1 de la scurit1 des loisirs1 des agrm5ts1 des volupts qu'une intellig5ce plus active sait lui procur]4 ,et livr lui-mme1 il en j\irait si sottem5t et si sauvagem5t qu'il ne t>d]ait gure t\ff] l'intellig5ce laquelle il doit son bonheur4 ,il y a donc des re/rictions et des r5oncem5ts ncessaires4 ,ils ne sont pas seulem5t imposs celui qui a le droit de croire ou d'espr] qu'il travaille effectivem5t la solution de l'nigme1 l'accomplissem5t des de/9es huma9es1 au triomphe de la p5se sur la sub/ance aveugle1 mais encore t\s ceux qui suiv5t passivem5t1 dans l'paisse arrire-g>de inconsci5te1 les volutions phosphoresc5tes de l'intellig5ce trav]s les lm5ts et les tnbres de nos mondes4 ,l'humanit e/ un tre unique et unanime4 ,il p>at trange qu'une dpression de la p5se de la masse1 de cette p5se qui e/ pe9e de la p5se1 puisse avoir quelque influ5ce sur le c>actre1 la moralit1 les habitudes laborieuses1 l'idal1 le s5tim5t du devoir1 l'indp5dance et la =ce intellectuelle de l'a/ronome1 du *imi/e1 du pote ou du philosophe4 ,p\rtant il semble bi5 qu'elle en ait une1 et dcisive4 ,aucune ide ne s'allume sur les sommets si les innombrables et uni=mes petites ides de la pla9e n'atteign5t un c]ta9 niveau4 ,en bas1 on ne p5se pas avec =ce1 mais on y p5se en nombre1 et le peu qu'on y p5se acqui]t une influ5ce en quelque sorte atmosphrique4 ,cette atmosphre e/ ho/ile ou salutaire ceux qui se has>d5t sur les pics1 au bord des prcipices1 la po9te des glaci]s1 selon qu'elle e/ plus ou mo9s l\rde ou plus ou mo9s lgre1 plus ou mo9s *>ge d'ides gnreuses ou d'habitudes et de dsirs grossi]s4 ,l'action hroque d'un peuple 7la ,r=me1 p> exemple1 la ,rvolution franaise1 t\tes les gu]res d'indp5dance ou de libration1 le meurtre des tyrans1 etc47 l'assa9it et la fconde p\r plus d'un sicle4 ,mais il n'en faut pas tant p\r s\lag] ceux qui travaill5t l'accomplissem5t des de/9es4 ,qu'aut\r d'eux1 les habitudes soi5t un peu mo9s basses1 les esprances plus ds9tresses2 que les inquitudes1 les passions1 les plaisirs1 les am\rs s'clair5t d'un rayon de grce1 d'ins\ciance1 de f]veur immatrielle1 voil qu'ils respir5t librem5t1 ils se s5t5t s\t5us1 ils n'ont plus lutt] contre les p>ties in/9ctives d'eux-mmes1 leurs =ces s'allg5t et se conc5tr5t4 ,le paysan qui1 le diman*e1 au lieu de s'enivr] au cab>et1 re/e paisiblem5t lire s\s les pommi]s de son v]g]2 le petit b\rgeois qui sacrifie un noble spectacle1 ou simplem5t une aprs-midi sil5cieuse1 les motions et les vocifrations du *amp de c\rses2 l'ouvri] qui1 plutt que de remplir les rues de *ants obscnes ou idiots1 va se prom5] dans la campagne ou contempl] le c\*] du soleil du haut des remp>ts1 on peut dire qu'ils apport5t une aide anonyme et inconsci5te1 mais considrable1 au triomphe de la gr&e flamme huma9e4 ,v ,mais que de *oses faire et appr5dre1 avant que la gr&e flamme s'lve claire et sre6 ,comme n\s le disions t\t l'heure1 dans ses rapports avec la matire1 l'humanit en e/ encore aux ttonnem5ts et aux expri5ces des premi]s j\rs4 ,elle ne sait mme pas au ju/e comm5t il faut qu'elle se n\rrisse1 si elle e/ frugivore ou c>nivore1 ni la quantit de n\rriture qu'il faut pr5dre4 ,son intellig5ce g>e son in/9ct4 ,c'e/ d'hi] seulem5t qu'on lui a rvl qu'elle s'tait probablem5t trompe jusqu'ici sur le *oix de ses alim5ts1 qu'il fallait rduire de plus de deux ti]s la quantit d'azote et notablem5t augm5t] celle des hydroc>bones qu'elle consomme2 que quelques lgumes1 quelques fruits1 quelques f>9eux1 un peu de lait1 ce qui n'e/ que l'accessoire de ces repas qui font son pr9cipal s\ci1 le b de ses ef=ts1 et dont elle s'puise conqurir l'abondance malfaisante1 suffis5t entret5ir l'ardeur de la plus belle et de la plus puissante vie4 ,je n'ai pas l'int5tion d'appr(ondir ici la "q du vgt>isme ni de r5contr] les objections qu'on y peut faire1 mais il convi5t de reconnatre que bi5 peu de ces objections rsi/5t un exam5 loyal et att5tif1 et l'on peut affirm] que t\s ceux qui se sont s\mis ce rgime ont s5ti leurs =ces s'accrotre1 leur sant se rtablir ou s'aff]mir1 leur esprit s'allg] et se purifi] comme au sortir d'une prison sculaire1 nausabonde et misrable4 ,mais n'allons pas t]m9] ces pages p> un essai sur l'alim5tation4 ,p\rtant1 cela s]ait =t naturel4 ,t\te notre ju/ice1 t\te notre morale1 t\s nos s5tim5ts et t\tes nos p5ses driv5t en somme de trois ou quatre beso9s primordiaux dont le pr9cipal e/ celui de la n\rriture4 ,la mo9dre modification de l'un de ces beso9s amn]ait des *angem5ts considrables dans notre vie morale4 ,si quelque j\r se gnralisait la c]titude que l'homme peut se pass] de la *air des animaux1 il y aurait non seulem5t une gr&e rvolution conomique1--c> un buf1 p\r produire une livre de vi&e1 consomme plus de c5t livres de f\rrage1--il y aurait encore une amlioration morale probablem5t aussi importante et c]ta9em5t plus s9cre et plus durable que si l',envoy du ,pre rev5ait une seconde fois visit] notre t]re p\r rp>] les erreurs et les oublis de son premi] pl]9age4 ,on con/ate en effet que l'homme qui ab&onne le rgime c>n r5once presque ncessairem5t l'alcool1 et celui qui r5once l'alcool r5once p> le fait mme la plup>t des plaisirs viol5ts et grossi]s4 ,or le pre/ige1 le prjug et la re*]*e passionne de ces plaisirs =m5t le gr& ob/acle au dveloppem5t h>monieux de l'humanit4 ,s'en dta*]1 c'e/ se crer de nobles loisirs1 d'autres dsirs1 un espoir de div]tissem5t qui s]a ncessairem5t plus lev1 c> il ne saurait tre aussi bas que celui qui nat de l'alcool4 ,mais v]rons-n\s ces heures plus lgres et plus pures8 ,le crime de l'alcool1 ce n'e/ pas seulem5t qu'il tue ses fidles et empoisonne la moiti de la race1 c'e/ aussi qu'il ex]ce une influ5ce indirecte mais pr(onde sur les ides de ceux-l mmes qui s'en c>t5t avec effroi4 ,il entreti5t dans la f\le1 et1 p> l'action irrsi/ible de la f\le1 jusque dans la vie ord9aire de l'lite1 une notion du plaisir qui altre et rabaisse t\t ce qui t\*e au repos1 la paix1 l'pan\issem5t1 l'allgresse de l'homme1 et l'on peut dire que p\r l'in/ant il r5d presque impossible la naissance d'un idal de bonheur plus rel1 plus pr(ond1 plus simple1 plus paisible1 plus grave1 plus spirituel1 plus huma94 ,il e/ vid5t que cet idal de bonheur semble encore bi5 imag9aire et bi5 insignifiant2 et cette c]titude de ceux qui sont conva9cus que notre race s'e/ trompe jusqu'ici sur le *oix de ses alim5ts1 suppos] que t\tes les expri5ces la confirm5t1 mettra1 comme n'importe quelle c]titude1 un temps inf9i desc5dre dans la masse confuse qu'elle doit clair] et s\lag]4 ,mais qui sait si ce n'e/ pas l l'expdi5t que ti5t en rs]ve la nature1 qu& la lutte p\r la vie1 qui e/ en ce mom5t la lutte p\r la vi&e et p\r l'alcool1 d\ble s\rce de dilapidation et d'inju/ice qui alim5te t\tes les autres1 d\ble symbole d'une ncessit et d'un bonheur qui ne sont pas huma9s1 devi5dra dcidm5t insupportable8 ,,vi ,o va l'humanit8 ,cette proccupation du b et de la f9 e/ purem5t huma9e1 une sorte de prov9cialisme ou d'infirmit de notre esprit1 et n'a1 app>emm5t1 ri5 de commun avec la ralit univ]selle4 ,les *oses ont-elles un b8 ,p\rquoi en aurai5t-elles un et que s]ait un b ou une f9 dans un organisme inf9i8 ,mais s'il e/ probable que n\s n'avons d'autre mission que d'occup] un in/ant une petite place qui s]ait t5ue p> des cigales ou des violettes sans que l'clat ou l'conomie de l'univ]s fuss5t altrs1 sans que les de/9es de la t]re fuss5t prolonges ou abrges d'une heure1 si n\s ne m>*ons que p\r m>*]1 sans n\s r5dre nulle "p1 n\s ne p\vons nanmo9s n\s intress] autre *ose qu' cette m>*e inutile1 et cela e/1 en outre1 p>faitem5t raisonnable et le p>ti le plus haut que n\s ayons pr5dre4 ,ne donn]ions-n\s po9t tort la f\rmi qui1 tant mme d'tudi] les lois des a/res1 sans avoir du re/e le mo9dre espoir d'en modifi] jamais les mo9dres consqu5ces1 dcid]ait qu'il n'y a plus lieu de s'occup] des affaires ni de l'av5ir de la f\rmilire8 ,p\r n\s qui la jugeons et la dom9ons avec une assurance et une aisance qui rpond5t celles que n\s prtons nos gr&s dieux1 s]ait-ce une bonne f\rmi1 une f\rmi morale que cette f\rmi trop univ]selle8 ,la raison son apoge e/ /rile et ne n\s enseigne que l'immobilit1 si aprs avoir reconnu les petitesses et le nant de nos passions1 de nos espoirs1 de t\t notre tre et d'elle-mme1 elle ne revi5t sur ses pas p\r s'intress] ces petitesses et t\t ce nant1 comme aux seules *oses auxquelles elle puisse tre utile en ce monde4 ,si n\s ignorons o n\s allons1 n'en pr5ons pas mo9s plaisir notre m>*e1 et p\r l'allg] et l'enc\rag] t*ons de dev9] l'tape pro*a9e4 ,que s]a-t-elle8 ,n\s aurons videmm5t pass] p> un dfil t]rible4 ,mais1 malgr la m5ace de ce dfil1 les *em9s qui s'l>giss5t et s'aplaniss5t1 les arbres qui arrondiss5t et comm5c5t fleurir leurs c\ronnes1 le sil5ce des eaux qui se repos5t et s'tal5t1 t\t annonce que n\s appro*ons de la plus va/e pla9e que l'humanit ait eu salu] jusqu'ici du haut des s5ti]s tortueux qu'elle gravit depuis sa naissance4 ,la nomm]a-t-on la premire pla9e des loisirs8 ,bi5 que n\s dfiant des surprises de l'av5ir1 et quels que soi5t les pe9es et les s\cis qui l'att5d5t p> del1 il p>at peu prs c]ta9 que la masse des hommes va connatre des j\rs o1 grce une galit mo9s illusoire1 grce aux ma*9es1 la *imie agricole1 grce peut-tre la mdec9e ou je ne sais quelle sci5ce qui nat1 le travail s]a mo9s pre1 mo9s incessant1 mo9s matriel1 mo9s tyrannique1 mo9s impitoyable4 ,que f]a-t-elle de ses loisirs8 ,qui sait si sa de/9e ne dp5d pas de leur emploi8 ,l'un des premi]s devoirs de ses conseill]s s]ait peut-tre de l'acc\tum] ds cette heure en j\ir d'une manire mo9s basse et mo9s fune/e4 ,autant que le travail ou la gu]re1 c'e/ en somme la faon plus ou mo9s digne1 honnte1 rfl*ie1 gracieuse et leve dont il j\it de ses heures dlivres1 qui fixe la valeur morale d'un individu et d'un peuple4 ,c'e/ elle aussi qui l'puise et le rcon=te1 le dgrade ou l'ennoblit4 ,actuellem5t1 dans les gr&es villes1 trois j\rs d'oisivet peupl5t les hpitaux de victimes plus dang]eusem5t atte9tes que ne le font trois mois de travail4 ,,vii ,cela n\s ramne au bonheur qui devrait tre et qui s]a probablem5t dans la suite des temps le bonheur huma9 proprem5t dit4 ,il e/ prsumable que si n\s avions pris "p la cration de ce monde1 n\s aurions donn ce qu'il y a de meilleur1 de plus immatriel1 de plus di/9ctem5t homme dans l'homme1 une =ce plus s5sible et plus efficace4 ,une p5se d'am\r1 une intuition de l'intellig5ce1 une p>ole de ju/ice1 un acte de piti1 un simple dsir de sacrifice et de p>don1 un m\vem5t de sympa?ie1 un lan de notre tre v]s la bont1 la beaut ou la vrit1 s'ils tai5t aux yeux de l'univ]s ce qu'ils sont rellem5t aux yeux de l'homme qui les connat1 euss5t pu produire des fleurs miraculeuses1 une lumire extraord9aire1 une h>monie inconcevable1 loign] la nuit1 rappel] le pr9temps et le soleil1 arrt] la misre1 la maladie1 la d\leur et la tempte1 dlivr] la p5se1 immortalis] les s5tim5ts1 prolong] la jeunesse1 dploy] l'allgresse1 t]nis] la vie4 ,il aurait pu se faire qu'ils fuss5t irrsi/ibles1 qu'ils fuss5t visiblem5t rcomp5ss1 comme l'activit du lab\reur1 le travail de l'abeille1 le *ant du rossignol4 ,mais n\s n'ignorons plus que le monde moral e/ un monde o n\s sommes absolum5t seuls1 un monde r5f]m t\t enti] en n\s-mmes1 qui n'a p\r a9si dire aucune communication avec la matire1 et n'ex]ce sur elle qu'une influ5ce has>deuse et exceptionnelle4 ,il n'en e/ pas mo9s rel et inf9i1 et si les mots n'en p>l5t pas comme il faudrait1 c'e/ que les mots sont1 t\t pr5dre1 de petits morceaux de matire qui v\drai5t pntr] dans une sphre o la matire ne rgne po9t4 ,c'e/ que t\j\rs ils trahiss5t plus ou mo9s la p5se p> les images qu'ils voqu5t4 ,p\r exprim] la plus dlicate volupt1 la plus noble ivresse spirituelle1 l'am\r le plus complet1 le plus 9branlable1 il faut bi5 qu'ils les comp>5t la volupt1 l'ivresse la plus brutale1 la possession1 au dsir le plus grossi]2 et non seulem5t t\t ce que l'me de l'homme a conquis de meilleur1 ils le rabaiss5t a9si au niveau de comp>aisons encore plonges dans la nature primitive1 mais1 malgr n\s1 ils n\s incit5t croire que l'objet ou le s5tim5t comp> e/ mo9s rel1 mo9s solide que le type auquel on le comp>e4 ,voil l'infirmit et l'inju/ice de t\t ce qui t5te d'exprim] les secrets de l'homme4 ,en att5dant1 n\s aurions tort de n'accord] qu'une att5tion di/raite aux vnem5ts de ce monde intrieur que les mots amo9driss5t1 ce sont les seuls vritablem5t et purem5t huma9s qu'il n\s ait t possible de r5contr] jusqu'ici4 ,ne les croyons pas inutiles1 encore qu'ils se p]d5t comme la rose qui s'g\tte d'une ple fleur mat9ale dans l'imm5se torr5t des =ces matrielles4 ,n\s vivons dans un univ]s qui1 bi5 qu'illimit1 e/ aussi h]mtiquem5t clos qu'une sphre d'aci]4 ,ri5 ne peut tomb] au dehors1 att5du qu'il n'y a po9t de dehors2 et il e/ vid5t qu'aucun atome ne s'y p]d4 ,alors mme que notre espce disp>atrait entirem5t1 l'tat p> lequel elle a fait pass] c]ta9es portions de la matire n'en demeur]ait pas mo9s1 malgr t\tes les trans=mations ultrieures1 un pr9cipe indlbile et une cause immortelle4 ,les vgtations =midables et provisoires de l'poque primaire1 les mon/res *aotiques et pe9e viables des t]ra9s secondaires3 ,plsiosaures1 ,i*tyosaures1 ,ptrodactyles1 p\vai5t aussi s'e/im] de va9es et phmres bau*es1 de drisoires expri5ces d'une nature encore purile1 qui ne devai5t laiss] aucune trace sur un globe mieux quilibr4 ,p\rtant1 ils n'ont pas fait un ef=t qui se soit g> dans l'espace4 ,ils ont purifi l'air1 amorti l'irrespirable flamme de l'oxygne1 organis la vie plus h>monieuse de leur desc5dance4 ,c'e/ grce telle =t de f\gres arboresc5tes1 inconcevablem5t dsordonnes1 que nos p\mons tr\v5t dans l'atmosphre l'alim5t qu'il leur faut4 ,c'e/ grce telle effroyable peuplade de reptiles volants ou nageurs que n\s avons nos n]fs et notre c]veau d'auj\rd'hui4 ,ils ont obi l'ordre de leur vie4 ,ils ont fait ce qu'ils devai5t faire4 ,ils ont modifi la matire de la faon qui leur tait prescrite4 ,et n\s p>eillem5t1 en portant des p>celles de cette mme matire ce degr d'inc&esc5ce extraord9aire qui e/ propre la p5se de l'homme1 n\s fixons videmm5t p\r l'av5ir quelque *ose qui ne prira plus4 ,,le ,,pass ,i ,d]rire n\s notre pass s't5d en longue p]spective4 ,il dort au lo91 comme une ville ab&onne dans la brume4 ,quelques sommets le dlimit5t et le dom95t4 ,quelques actes importants s'y lv5t p>eils des t\rs1 les unes encore claires1 les autres demi ru9es et s'incl9ant peu peu s\s le poids de l'oubli4 ,des arbres s'effeuill5t1 des pans de mur s'effrit5t1 de gr&s espaces d'ombre s'l>giss5t4 ,t\t cela p>at mort et n'avoir d'autres m\vem5ts que ceux dont l'anime illusoirem5t la l5te dcomposition de notre mmoire4 ,mais "p cette vie emprunte la mort mme de nos s\v5irs1 il semble que t\t soit df9itivem5t immobile1 jamais immuable1 et sp> du prs5t et de l'av5ir p> un fleuve que ri5 ne peut plus trav]s]4 ,en ralit cela vit2 et p\r beauc\p d'entre n\s1 plus ardemm5t et plus pr(ondm5t que le prs5t ou l'av5ir4 ,en ralit1 cette ville morte e/ s\v5t le foy] le plus actif de l'exi/5ce2 et selon l'esprit qui les y ramne1 les uns en tir5t t\tes leurs ri*esses1 les autres les y engl\tiss5t4 ,,ii ,il en e/ de nos ides sur le pass comme de nos ides sur l'am\r1 la ju/ice1 le de/91 le bonheur et la plup>t de ces organismes spirituels1 inc]ta9s et nanmo9s puissants qui reprs5t5t les gr&es =ces auxquelles n\s obissons4 ,n\s les avons reues t\tes faites de ceux qui n\s prcdr5t2 et mme lorsque s'veille notre seconde consci5ce1 celle qui se flatte de n'accept] plus ri5 les yeux f]ms1 mme lorsque n\s n\s appliquons les exam9]1 n\s p]dons notre temps int]rog] celles qui p>l5t haut et ne cess5t de se rpt]1 au lieu de re*]*] s'il ne s'en tr\ve pas d'autres aut\r d'elles qui n'ai5t encore ri5 dit4 ,d'habitude1 il ne faut pas all] bi5 lo9 p\r dc\vrir ces d]nires4 ,elles att5d5t en n\s que n\s leur adressions la p>ole4 ,du re/e1 dans leur sil5ce1 elles ne sont pas oisives4 ,p>-dessus les convictions bav>des1 elles dirig5t tranquillem5t une p>tie de notre vie relle1 et1 tant plus prs de la vrit que leurs surs satisfaites1 elles sont bi5 s\v5t plus simples et plus belles4 ,,iii ,p>mi ces ides t\tes faites1 celles qui prsid5t notre conception du pass sont p>ticulirem5t arrtes4 ,grce elles1 le pass n\s p>at une puissance aussi importante1 aussi 9branlable que le ,de/94 ,il e/ le de/9 qui agit en arrire et donne la ma9 celui qui agit en avant de n\s4 ,il lui passe le d]ni] anneau de nos *anes4 ,il n\s p\sse avec la mme brutalit irrsi/ible que l'autre n\s tire4 ,peut-tre sa brutalit e/-elle plus saisissante et plus t]rible4 ,on peut d\t] du de/94 ,c'e/ un dieu dont beauc\p ne subiss5t pas l'atte9te4 ,mais p]sonne ne songe conte/] la =ce du pass4 ,il p>at impossible de n'en po9t pr\v] tt ou t>d les effets4 ,ceux-l mmes qui se refus5t admettre t\t ce qui n'e/ pas tangible report5t sur ce pass qu'ils peuv5t t\*] du doigt1 t\te l'influ5ce1 t\tes les p5ses de my/re et d'int]v5tion s\v]a9e qu'ils t5t ce qu'ils ni5t1 p\r faire de lui le dieu presque unique et d'autant plus r$\table de leur ,olympe dpeupl4 ,,iv ,en vrit1 la =ce du pass e/ une des plus l\rdes qui ps5t sur les hommes et les c\rb5t v]s la tri/esse4 ,p\rtant1 aucune ne s]ait plus docile1 ne suivrait plus volonti]s la direction que n\s lui donn]ions si n\s savions tir] meilleur p>ti de sa docilit4 ,a y bi5 rfl*ir1 le pass n\s app>ti5t aussi rellem5t que le prs5t1 et il e/ plus mallable que l'av5ir4 ,autant que le prs5t1 bi5 plus que l'av5ir1 il e/ t\t enti] dans notre p5se1 et con/amm5t dans notre ma92 et cela e/ vrai non seulem5t des rgions de notre pass matriel o il n\s e/ encore possible de relev] les ru9es que n\s avons faites1 mais aussi des p>ties de ce pass qui sembl5t irrmdiablem5t s\/raites nos bonnes int5tions trop t>dives2 et surt\t de notre pass moral et de t\t ce qu'on croit le plus irrp>able en lui4 ,v ,le pass e/ pass1 disons-n\s2 et cela n'e/ pas vrai2 le pass e/ t\j\rs prs5t4 ,n\s portons le poids de notre pass1 affirmons-n\s encore2 et cela n'e/ pas vrai2 c'e/ le pass qui porte notre poids4 ,ri5 ne peut effac] le pass4 ,et cela n'e/ pas vrai2 le prs5t et l'av5ir1 au mo9dre signe de notre volont1 p>c\r5t le pass et y effac5t t\t ce que n\s leur enjoignons d'y effac]4 ,l'inde/ructible1 l'irrp>able1 l'immuable pass6 ,et cela n'e/ pas vrai non plus4 ,c'e/ le prs5t qui e/ immuable et ne rp>e ri5 dans ceux qui p>l5t a9si4 ,mon pass e/ mauvais1 il e/ tri/e1 il e/ vide1 disons-n\s enf91 je n'y tr\ve pas une m9ute de beaut1 de bonheur ou d'am\r2 je n'y vois que des ru9es sans gr&eur444 ,et t\t cela n'e/ pas vrai2 c> v\s y voyez exactem5t ce que v\s y mettez dans l'in/ant mme que v\s le reg>dez4 ,,vi ,notre pass dp5d t\t enti] de notre prs5t et *ange p]ptuellem5t avec lui4 ,il pr5d immdiatem5t la =me des vases dans lesquels notre p5se d'auj\rd'hui le recueille4 ,il e/ cont5u dans notre mmoire1 et ri5 n'e/ plus v>iable et plus impressionnable1 ri5 n'e/ mo9s indp5dant que cette mmoire1 alim5te et travaille sans cesse p> notre cur et notre intellig5ce1 qui devi5n5t plus petits ou plus gr&s1 meilleurs ou pires selon les ef=ts que n\s faisons4 ,ce qui importe *acun de n\s dans le pass1 ce qui n\s en re/e1 ce qui e/ p>tie de n\s-mmes1 ce ne sont pas les actes accomplis ou les av5tures subies1 ce sont les ractions morales que produis5t en ce mom5t sur n\s les vnem5ts qui ont eu lieu2 c'e/ l'tre intrieur qu'ils ont contribu faonn]2 et ces ractions qui crent l'tre intime et s\v]a9 dp5d5t entirem5t de la manire dont n\s envisageons les vnem5ts rvolus4 ,elles v>i5t suivant la sub/ance morale qu'elles r5contr5t en n\s4 ,or1 *aque degr que graviss5t notre intellig5ce et nos s5tim5ts1 la sub/ance morale de notre tre se modifie2 et aussitt les plus immuables faits qui p>aiss5t scells dans la pi]re et le bronze revt5t un aspect t\t diffr5t1 se dplac5t et se ranim5t1 n\s donn5t des conseils plus va/es et plus c\rageux1 entran5t la mmoire dans leur asc5sion1 et1 d'un amas de ru9es qui p\rrissai5t dans l'ombre1 re=m5t une cit qui se repeuple et sur laquelle le soleil se lve de n\veau4 ,,vii ,c'e/ arbitrairem5t que n\s situons d]rire n\s un c]ta9 nombre d'vnem5ts4 ,n\s les relguons l'horizon de nos s\v5irs2 et une fois l1 n\s n\s imag9ons qu'ils app>ti5n5t un monde dans lequel t\s les ef=ts des hommes runis ne peuv5t plus relev] une fleur ni essuy] une l>me4 ,mais1 trange contradiction6 t\t en admettant que n\s n'avons plus aucune action sur eux1 n\s sommes conva9cus qu'ils agiss5t sur n\s4 ,la vrit e/ qu'ils n'agiss5t sur n\s qu'autant que n\s r5onons agir sur eux4 ,le pass ne s'affirme que p\r ceux en qui la vie morale s'e/ arrte4 ,il ne se fixe dans sa =me r$\table qu' p>tir de cet arrt4 ,a compt] de ce po9t il y a vraim5t d]rire n\s de l'irrp>able1 et le poids de ce que n\s avons fait desc5d sur nos paules4 ,mais tant que n\s ne n\s int]rompons pas de vivre p> l'esprit et le c>actre1 il demeure en susp5s sur notre tte2 et p>eil ces nuages complaisants qu',hamlet montre ,polonius1 il att5d que notre reg>d lui transmette la figure d'esprance ou de cra9te1 de tr\ble ou de srnit1 que n\s laborons en n\s4 ,,viii ,ds que notre activit morale s'al5tit1 les vnem5ts accomplis acc\r5t et n\s assaill5t2 et malheur celui qui leur ouvre la porte et les laisse s'in/all] son foy]6 ,a l'envi1 ils l'accabl5t des dons les plus propres bris] les c\rages4 ,et le pass le plus heureux et le plus noble1 qu& n\s lui p]mettons de s'introduire en n\s1 non comme un hte que n\s y invitons1 mais comme un p>asite qui s'impose1 e/ aussi dang]eux que le pass le plus lugubre et le plus crim9el4 ,si celui-ci n'apporte que des remords impuissants1 celui-l n'amne que des regrets /riles2 et remords et regrets qui pntr5t a9si n\s sont galem5t fune/es4 ,p\r tir] du pass ce qu'il conti5t de prcieux--et il conti5t presque t\tes nos ri*esses--il faut all] lui aux heures o notre =ce e/ dans sa plnitude1 entr] en matre dans son doma9e1 y *oisir ce qui n\s convi5t1 et lui laiss] le re/e1 en lui df5dant de fran*ir notre seuil sans notre ordre4 ,comme t\t ce qui ne vit en somme qu'aux dp5s de notre =ce spirituelle1 il pr5dra tt l'habitude d'obir4 ,peut-tre essay]a-t-il d'abord de rsi/]4 ,il aura rec\rs aux ruses1 aux prires4 ,il v\dra n\s t5t] et n\s att5drir4 ,il n\s f]a voir des espoirs du1 des joies qui ne revi5dront plus1 des repro*es mrits1 des affections brises1 de l'am\r qui e/ mort1 de la ha9e qui expire1 de la foi gaspille1 de la beaut p]due1 t\t ce qui fut un j\r le m]veilleux ressort de notre ardeur vivre1 et t\t ce que ses ru9es recl5t ma9t5ant de tri/esses qui n\s rappell5t1 et de bonheurs dfunts4 ,mais n\s pass]ons outre1 sans ret\rn] la tte1 c>tant de la ma9 la f\le des s\v5irs1 comme le sage ,ulysse1 dans la nuit ,cimmri5ne1 l'aide de son pe1 c>tait du sang noir qui devait les faire revivre et leur r5dre un in/ant la p>ole1 t\tes les ombres des morts--mme celle de sa mre--qu'il n'avait pas mission d'int]rog]4 ,n\s irons droit telle joie1 tel regret1 tel remords dont le conseil e/ ncessaire2 n\s irons pos] des que/ions trs prcises telle inju/ice1 soit que n\s v\lions rp>] celle-ci s'il e/ encore possible de le faire2 soit que n\s v5ions dem&] au spectacle de telle autre que n\s avons commise et dont les victimes ne sont plus1 la =ce indisp5sable p\r n\s lev] au-dessus des inju/ices que n\s n\s s5tons encore capables de commettre auj\rd'hui4 ,,ix ,oui1 alors mme qu'il y aurait dans notre pass des crimes que notre meilleure volont ne puisse plus atte9dre1 et dont il ne soit plus possible qu'elle arrte les effets1 si l'on considre1 p>-dessus les circon/ances de temps et de lieu1 le va/e plan de *aque exi/5ce huma9e1 ces crimes sort5t rellem5t de notre vie ds l'in/ant que n\s s5tons qu'aucune t5tation1 qu'aucune =ce de ce monde ne p\rrait n\s induire en commettre de semblables4 ,ils ne sont pas p>donns au dehors1 c> peu de *oses s'oubli5t et se p>donn5t dans la sphre extrieure2 ils cont9u5t de produire leurs effets matriels1 c> les lois des effets et des causes sont trangres celles de notre consci5ce4 ,mais au tribunal de notre ju/ice p]sonnelle1 le seul qui ait une action dcisive sur notre vie inaccessible1 le seul qui n\s juge efficacem5t jusqu'aux moelles et dont n\s ne puissions lud] les arrts1 une action malfaisante que n\s reg>dons de plus haut que le lieu o elle fut has>de1 e/ une action qui n'exi/e plus que p\r n\s r5dre la desc5te plus difficile1 et qui n'a dsormais le droit de se r$ress] devant n\s qu'au mom5t o n\s p5*ons de n\veau v]s l'abme qu'elle g>de4 ,c]tes1 c'e/ une des plus pr(ondes tri/esses huma9es1 que d'avoir dans son pass des inju/ices dont t\tes les r\tes sont1 p\r a9si dire1 b>res d]rire n\s1 dont il n'e/ plus possible de retr\v]1 de rejo9dre1 de relev] ou de consol] les victimes4 ,c'e/ une des d\leurs qui s'oubli5t le mo9s vite que d'avoir abus de sa =ce p\r dp\ill] le faible qui a df9itivem5t succomb2 d'avoir iniquem5t et mortellem5t fait s\ffrir un cur qui n\s aimait1 ou simplem5t mconnu une affection t\*ante qui s'(frait4 ,il e/ ncessaire que cela pse d'un gr& poids sur notre exi/5ce4 ,mais selon le po9t o n\s avons fix notre consci5ce actuelle1 il dp5d de n\s que ce poids fasse desc5dre ou remont] t\te notre de/9e morale4 ,il e/ 9vitable1--c> presque ri5 ne meurt de ce que n\s faisons1--il e/ 9vitable que beauc\p d'inju/ices commises ressuscit5t quelque j\r1 p\r rclam] les p>ts qui leur demeur5t dues1 et comm5c] de lgitimes reprsailles4 ,elles atte9dront alors notre vie extrieure2 mais avant de p\voir t\*] l'tre intime qui e/ au c5tre de cette vie1 elles s]ont =ces de pass] p> le jugem5t que n\s avons dj port sur n\s-mmes2 et la qualit de ce jugem5t dt]m9]a l'attitude de ces my/rieuses envoyes qui vi5n5t des pr(ondeurs o s'labore l't]nel quilibre des effets et des causes4 ,si n\s n\s sommes s9crem5t int]rogs et condamns du haut de notre consci5ce n\velle1 ce ne s]ont po9t de s\da9es et m5aantes rev5dicatrices que n\s v]rons surgir de t\tes p>ts1 mais de bi5veillantes visiteuses1 presque des amies att5dues1 qui s'appro*]ont en sil5ce4 ,elles sav5t d'avance qu'elles tr\v]ont un homme qui n'e/ plus le c\pable qu'elles *]*5t2 et1 au lieu des ides de rvolte1 de dsespoir1 de ha9e1 au lieu des *tim5ts qui dgrad5t ou qui tu5t1 elles v]s]ont dans notre cur les p5ses et les pe9es qui ennobliss5t1 purifi5t et consol5t4 ,x ,entre beauc\p de *oses1 qui driv5t presque t\tes d'un mme pr9cipe de confiance et d'ardeur1 ce qui diffr5cie les heureux et les =ts de ceux qui pleur5t et sont dc\rags1 c'e/ bi5 mo9s ce qu'ils ont fait ou subi que la manire dont ils sav5t se rappel] ce qu'ils fir5t ou subir5t4 ,a le pr5dre en soi1 il n'y a de pass heureux p\r p]sonne2 et les privilgis du de/91 s'ils considr5t ce qui demeure des annes c\les dans le plus gr& bonheur1 ont peut-tre plus de raison de s'attri/] que les in=tuns qui p>c\r5t les re/es d'une vie de misre4 ,t\t ce qui fut un j\r et n'e/ plus auj\rd'hui incl9e la tri/esse1 surt\t ce qui fut trs beau et trs heureux4 ,l'objet des regrets--que ceux-ci se t\rn5t v]s ce qui a t ou ce qui aurait pu tre--e/ donc peu prs le mme p\r t\s les hommes2 et leur tri/esse devrait tre id5tique4 ,p\rtant1 elle ne l'e/ po9t2 ici elle rgne sans int]ruption1 et l-bas ne se montre qu' de longs int]valles4 ,il faut donc qu'elle dp5de d'autre *ose que des faits accomplis4 ,elle dp5d de la faon dont l'homme agit sur eux4 ,les va9queurs de ce monde1 ceux qui ne p]d5t pas leur temps f]m] l'horizon avec de l'immuable et de l'irrp>able imag9aires1 ceux qui sembl5t natre *aque mat9 dans un monde qui nat sans cesse l'av5ir1 ceux-l sav5t d'in/9ct que ce qui p>at ne plus exi/]1 exi/e t\j\rs vi]ge1 que ce qu'on croit f9i e/ en tra9 de s'a*ev]4 ,ils sav5t que les annes que le temps leur a prises sont encore en travail1 et s\s leur n\veau matre n'obiss5t qu' l'anci54 ,ils sav5t que leur pass e/ t\j\rs en m\vem5t2 qu'hi] qui fut lugubre1 infirme ou trs c\pable1 revi5dra t\t joyeux1 innoc5t1 rajeuni1 sur la r\te de dema94 ,ils sav5t que leur image n'e/ pas encore fixe dans les j\rs c\ls1 qu'il suffit d'une p5se ou d'un acte dcisifs p\r b\lev]s] t\te l'uvre4 ,ils sav5t que1 si vieille1 si compacte que soit l'ombre t5due d]rire eux1 ils n'ont qu' faire un ge/e d'allgresse ou d'espoir p\r que l'ombre aussitt l'imite et le prolonge jusqu'aux petites ru9es de leur premire enfance1 et tire de ces dbris des trsors imprvus4 ,ils sav5t que t\t peut s'embellir et dev5ir meilleur rtroactivem5t1 et que les morts eux-mmes cass]ont leurs s5t5ces au fond de leurs tombeaux p\r jug] n\veau un pass qu'auj\rd'hui vi5t de faire revivre et de transfigur]4 ,ils sont heureux ceux qui tr\v5t cet in/9ct aux plis de leur b]ceau4 ,mais ceux qui ne l'ont po9t ne peuv5t-ils l'imit]1 et l'une des missions de la sagesse huma9e n'e/-elle pas de n\s faire acqurir les in/9cts salutaires que la nature n\s avait refuss8 ,,xi ,ne n\s endormons po9t dans notre pass4 ,plus il e/ heureux ou glorieux1 plus il doit n\s tre suspect s'il t5d s'arrondir en vote sur notre vie1 s'il ne *ange pas sans cesse s\s notre il1 si le prs5t s'acc\tume le visit]1 non plus comme un bon ouvri] qui s'y r5d p\r y faire le travail auquel l'appell5t les ordres d'auj\rd'hui1 mais comme un pl]9 passif et trop crdule qui se cont5te de contempl] de belles ru9es immobiles4 ,et n'ayons pas p\r lui le respect pr(ond que l'in/9ct n\s impose1 si ce respect n\s fait cra9dre d'en tr\bl] la belle ordonnance4 ,mieux vaut un pass ord9aire1 qui se ti5t sa place dans sa brume1 qu'un pass somptueux qui prt5d rg5t] ce qui ne lui app>ti5t plus4 ,mieux vaut un prs5t mdiocre mais bi5 vivant1 et qui agit comme s'il tait seul au monde1 qu'un prs5t qui se meurt firem5t dans les *anes d'un m]veilleux jadis4 ,un pas que n\s faisons cette heure v]s un b inc]ta9 a plus d'importance p\r n\s que les mille lieues que n\s avons faites autrefois v]s une victoire clatante mais prime4 ,notre pass n'eut d'autre mission que de n\s lev] au mom5t o n\s sommes1 et de n\s y f\rnir les armes1 l'expri5ce1 la p5se et la joie ncessaires4 ,qu' ce mom5t prcis1 il n\s retire ou dt\rne sur lui une p>celle de notre n]gie2 si glorieux qu'il ait t1 il ne fut qu'inutile1 et il et mieux valu qu'il n'et pas exi/4 ,qu& n\s lui p]mettons d'entrav] un ge/e que n\s allions faire1 c'e/ alors que notre mort comm5ce1 et que les difices de l'av5ir pr5n5t subitem5t la =me de tombeaux4 ,,xii ,il e/ d'autres passs plus dang]eux encore que les passs de bonheur et de gloire2 ce sont ceux que peupl5t des fantmes trop puissants et trop *]s4 ,ils sont nombreux ceux qui priss5t dans les enlacem5ts de ses ombres aimes4 ,n'oublions pas ceux qui ne sont plus l2 mais que leur prs5ce idale1 au lieu d'tre une pe9e1 soit une consolation4 ,recueillons et g>dons dans une me fidle et heureuse en ses l>mes1 les j\rs qu'ils n\s donnr5t4 ,en s'en allant ils n\s ont laiss le plus pur de ce qu'ils fur5t1 ne p]dons pas dans les mmes tnbres ce qu'ils n\s ont laiss et ce que la mort n\s a pris4 ,si eux-mmes rev5ai5t sur la t]re1 sages1 puisqu'ils ont vu ce que n\s ca*e encore la lumire phmre1 ils n\s dirai5t1 je p5se3 ,ne pleurez pas a9si4 ,lo9 de n\s ranim]1 vos l>mes n\s puis5t1 puisqu'elles v\s puis5t4 ,dta*ez-v\s de n\s1 ne p5sez plus n\s1 tant que notre p5se ne mle que des pleurs la vie qui n\s re/e dans votre propre vie4 ,n\s ne subsi/ons plus que dans vos s\v5irs2 mais v\s croyez tort que les seuls qui n\s t\*5t sont ceux qui n\s regrett5t4 ,c'e/ t\t ce que v\s faites qui se s\vi5t de n\s et rj\it nos mnes1 sans que v\s le sa*iez1 sans qu'il soit ncessaire de v\s t\rn] v]s n\s4 ,si notre ple image attri/e votre ardeur1 n\s n\s s5tons prir d'une mort plus s5sible et plus irrvocable que la premire mort2 et qu& v\s v\s p5*ez trop s\v5t sur nos tombes1 v\s n\s pr5ez la vie1 l'am\r et le c\rage que v\s croyez n\s r5dre4 ,c'e/ en v\s que n\s sommes2 c'e/ en t\te votre vie que se tr\ve notre vie2 et qu& v\s gr&issez1 mme en n\s oubliant1 n\s gr&issons aussi2 et nos ombres respir5t comme des prisonnires dont la prison s'entr'ouvre4 ,si n\s avons appris quelque *ose de n\veau dans le monde o n\s sommes1 c'e/ d'abord que le bi5 que n\s v\s avons fait1 alors que n\s tions comme v\s sur cette t]re1 ne balance pas le mal que fait un s\v5ir qui dim9ue la =ce et la confiance de la vie4 ,,xiii ,surt\t1 n'envions le pass d'aucun homme4 ,notre pass fut cr p> n\s-mmes1 p\r n\s seuls4 ,il e/ le seul qui n\s convi5ne2 le seul qui ait n\s appr5dre une vrit que p]sonne n'et pu n\s appr5dre1 le seul qui n\s donne une =ce que p]sonne ne n\s puisse donn]4 ,bon ou mauvais1 t9celant ou morne1 il e/ p\r n\s comme un muse qui r5f]me des *efs-d'uvre uniques qui ne p>l5t qu' n\s2 c> aucun *ef-d'uvre trang] ne saurait gal] une action que n\s avons accomplie1 un bais] que n\s avons reu1 une beaut que n\s avons s5tie1 une s\ffrance que n\s avons subie1 une angoisse qui n\s a tre9ts1 un am\r qui n\s a c\v]ts de s\rires ou de l>mes4 ,notre pass1 c'e/ n\s-mmes1 ce que n\s sommes et ce que n\s devi5drons2 et sur cette sphre inconnue o n\s n\s agitons1 nul1--du plus heureux au plus in=tun1--nul ne saurait prvoir ce qu'il p]drait sub/itu] une trace trangre la trace qu'il devait laiss] dans la vie4 ,notre pass1 c'e/ notre secret promulgu p> la b\*e des annes1 c'e/ l'image la plus my/rieuse de notre tre1 surprise et g>de p> le ,temps4 ,l'image n'e/ pas morte2 un ri5 la dgrade ou la p>e1 elle peut encore s'clair] ou s'assombrir1 rire ou pleur]1 exprim] la ha9e ou l'am\r2 mais elle demeure jamais reconnaissable au milieu des myriades d'images qui l'ent\r5t4 ,elle n\s reprs5te d]rire n\s1 comme nos aspirations et nos espoirs n\s reprs5t5t dans l'av5ir2 et les deux visages se confond5t p\r n\s appr5dre n\s-mmes ce que n\s sommes4 ,ce qui e/ enviable1 ce ne sont po9t les faits du pass1 mais le tissu spirituel dont le s\v5ir des j\rs qui ne sont plus vi5t envelopp] le sage4 ,ce tissu1 qu'il soit =m dans la d\leur ou dans la joie1 qu'il soit tir de l'abondance ou de la misre des vnem5ts1 peut tre galem5t prcieux2 et l'on ne saurait dire1 le voir respl5dir sur la vie qui le porte1 si les toiles et les pi]r]ies qui l'anim5t fur5t tr\ves dans les c5dres p>cimonieuses d'une cabane ou sur les m>*es d'un palais4 ,il n'y a po9t de pass vide ou pauvre1 il n'y a po9t d'vnem5ts misrables1 il n'y a que des vnem5ts misrablem5t accueillis4 ,si rellem5t il ne v\s tait ri5 arriv1 ce s]ait l'av5ture la plus extraord9aire qui ft jamais arrive p]sonne1 et v\s en p\rriez tir] une lumire non mo9s extraord9aire4 ,en ralit1 les mmes faits1 les mmes passions1 les mmes possibilits et des occasions peu prs id5tiques att5d5t et sollicit5t la plup>t des hommes4 ,les circon/ances et leur clat diffr5t1 mais bi5 mo9s que les ractions intrieures2 et un vnem5t m9ime et ina*ev1 tombant dans un esprit et dans un cur fconds1 atte9t aism5t la hauteur et les proportions morales d'une conjoncture analogue qui1 sur un autre plan1 branl]ait un peuple4 ,a celui qui v]rait tals devant lui les passs div]s d'une assemble huma9e1 s'il ne p]cevait en mme temps les consqu5ces morales de t\s ces faits p>s et dissemblables1 il s]ait bi5 difficile de dsign] lequel de ces passs il s\hait]ait vivre4 ,peut-tre se tromp]ait-il mortellem5t1 en *oisissant telle exi/5ce dont dbord5t1 p>eils d'normes joyaux1 des bonheurs et des triomphes incomp>ables1 t&is que son reg>d gliss]ait avec indiffr5ce sur telle autre1 app>emm5t ds]te et cep5dant peuple d'motions s]e9es et de hautes p5ses rdemptrices qui la r5d5t heureuse entre t\tes1 mais ne se montr5t po9t4 ,c> n\s savons bi5 qu'il suffit d'une p5se p\r b\lev]s]1 aussi pr(ondm5t que f]ait une gr&e victoire ou une gr&e dfaite1 ce que le de/9 n\s donna et ce qu'il n\s rs]ve4 ,elle ne fait pas de bruit1 elle ne *oque pas un caill\ sur la r\te illusoire que l'on voit2 mais tranquillem5t elle lve une pyramide inde/ructible au t\rnant du *em9 plus rel que suit la vie secrte2 et s\da91 t\t ce qui n\s arrive1 jusqu'aux phnomnes du ciel et de la t]re1 pr5d une direction n\velle4 ,ce qu'il y a de plus important dans la vie de ,siegfri$1 ce n'e/ pas le mom5t o il =ge l'pe prodigieuse1 ni celui o il tue le dragon et oblige les dieux lui cd] la place2 ce n'e/ pas davantage la m9ute bl\ie o il tr\ve l'am\r sur la montagne en flammes1 mais la brve seconde arra*e aux dcrets t]nels1 le petit ge/e puril o1 ayant appro* p> mg>de de ses lvres l'une de ses ma9s r\gies du sang de sa my/rieuse victime1 ses yeux et ses oreilles s'ouvr5t2 il ent5d le langage ca* de t\t ce qui l'ent\re1 surpr5d la trahison du ,na91 qui reprs5te les mauvaises puissances1 et1 t\t c\p1 appr5d faire ce qu'il doit faire4 ,,la ,,*ance ,i ,il y avait une fois deux frres1 dit un vieux conte s]be4 ,l'un tait actif et malheureux1 l'autre p>esseux et combl de prosprits4 ,le frre malheureux r5contre un j\r une belle jeune fille qui g>dait des m\tons en filant un fil d'or4--,a qui app>ti5n5t ces m\tons8 dem&e-t-il4--,ils app>ti5n5t qui j'app>ti5s4--,a qui app>ti5s-tu8--,a ton frre1 je suis son bonheur4--,et mon bonheur1 o e/-il8--,bi5 lo9 de toi4--,puis-je le tr\v]8--,oui1 si tu le *]*es4 ,il s'en va donc la re*]*e de son bonheur4 ,un soir1 dans une gr&e =t1 il dc\vre1 endormie s\s un arbre1 une pauvre vieille femme *eveux gris4 ,il la rveille et lui dem&e qui elle e/4--,tu ne me connais pas8 rpond-elle4 ,il e/ vrai que tu ne m'z jamais vue3 je suis ton bonheur4--,et qui donc m'a donn un si misrable bonheur8--,la ,de/9e4--,puis-je tr\v] la ,de/9e8--,peut-tre1 =ce de la *]*]4 ,il "p la re*]*e de la ,de/9e4 ,aprs de longues r\tes1 on la lui montre enf94 ,elle vit dans le luxe d'un imm5se palais2 mais de j\r en j\r ses ri*esses dim9u5t1 et les portes1 les f5tres et les murs de sa demeure se contract5t4 ,elle lui explique qu'elle passe a9si1 alt]nativem5t1 de la misre l'opul5ce2 et que la situation o elle se tr\ve un mom5t donn1 dt]m9e l'av5ir de t\s les enfants qui naiss5t ce mom5t4--,v\s tes v5u au monde1 aj\te-t-elle1 aux heures o ma =tune dcroissait1 de l t\s vos malheurs4--,elle lui conseille1 p\r conjur] ou p\r tromp] le mauvais sort1 de sub/itu] sa *ance celle de sa nice ,militza1 qui e/ ne durant une priode propice4 ,p\r opr] cette sub/itution1 il suffira qu'il pr5ne *ez lui cette nice1 et dcl>e qui l'int]roge que t\t ce qu'il possde app>ti5t ,militza4 ,il suit ce conseil2 et ses affaires *ang5t de face4 ,ses tr\peaux engraiss5t et multipli5t1 ses arbres romp5t de fruits1 il lui *oit des hritages imprvus1 ses t]res se c\vr5t de moissons prodigieuses4 ,mais un mat91 que1 immobile dans son bonheur1 il contemple un admirable *amp de bl1 un trang] lui dem&e en passant qui app>ti5n5t ces pis magnifiques qui se balanc5t s\s la rose1 deux fois plus hauts et plus l\rds que les pis vois9s1 il s'oublie et rpond3--,ils sont moi4--,aussitt le feu pr5d l'autre b\t du *amp et comm5ce ses ravages4 ,il se rappelle alors le conseil nglig1 c\rt aprs l'trang] et lui crie3--,je me trompe6 ,je ne t'ai pas dit vrai2 arrte-toi1 revi5s2 ce *amp n'e/ pas moi1 mais ma nice ,militza6--,subitem5t1 ent5dant ces p>oles1 les flammes tomb5t et les pis rep\ss5t4 ,,ii ,cette image nave et trs anci5ne montre que le my/rieux problme de la *ance ne s'e/ gure modifi depuis que l'homme comm5a de l'int]rog]4 ,elle p\rrait encore illu/r] notre ignorance actuelle4 ,n\s avons nos p5ses qui n\s faonn5t un bonheur ou un malheur intimes1 sur lequel les incid5ts du dehors ont plus ou mo9s d'influ5ce4 ,il en e/ *ez qui ces p5ses sont dev5ues si puissantes1 si vigilantes1 que ri5 ne peut plus1 sans leur agrm5t1 pntr] dans l'difice de cri/al et d'aira9 qu'elles on su lev] sur une coll9e qui dom9e la r\te habituelle des av5tures4 ,n\s avons notre volont qui1 n\rrie de nos p5ses et s\t5ue p> elles1 p>vi5t c>t] un gr& nombre d'vnem5ts inutiles ou nuisibles4 ,cep5dant1 aut\r de ces lots plus ou mo9s srs1 plus ou mo9s inexpugnables1 s't5d une rgion aussi ins\mise1 aussi va/e que l'ocan1 o il semble que le has>d rgne seul1 comme le v5t sur les flots4 ,nulle p5se1 nulle volont ne peuv5t emp*] un de ces flots d'inop9m5t surgir1 de n\s surpr5dre1 de n\s t\rdir1 de n\s bless]4 ,leur bi5faisante action ne recomm5ce qu'aprs que la vague s'e/ retire4 ,alors elles n\s relv5t1 n\s pans5t1 n\s ranim5t1 et veill5t ce que le mal que le *oc n\s a fait ne pntre pas jusqu'aux s\rces pr(ondes de la vie4 ,a cela se borne leur rle4 ,en app>5ce il e/ trs humble4 ,en ralit1 mo9s que le has>d ne pr5ne la =me irrsi/ible d'une maladie cruelle ou de la mort1 il r5d ce has>d presque impuissant1 et suffit ma9t5ir ce qu'il y a de meilleur et de plus propre l'homme dans le bonheur huma94 ,,iii ,entre les actes que n\s avons prvus1 aut\r des faits que n\s dt]m9ons et qui trac5t pniblem5t les gr&es lignes de notre exi/5ce1 se presse et circule la r$\table multitude des has>ds aux aguets4 ,l'air que n\s respirons1 l'espace o n\s n\s m\vons1 le temps que n\s trav]sons1 sont peupls de circon/ances qui n\s att5d5t1 et n\s *oisiss5t dans la f\le4 ,a obs]v] leurs habitudes1 on con/ate bi5tt que ces tranges filles du has>d1 qui devrai5t tre aveugles et s\rdes comme leur pre1 n'agiss5t nullem5t au has>d4 ,elles sav5t ce qu'elles font1 et se tromp5t r>em5t4 ,avec une c]titude inexplicable1 elles reconnaiss5t le passant qui s'avance et devant lequel elles doiv5t se dress]4 ,que deux hommes suiv5t1 la mme heure1 le mme *em91 il n'y aura ni hsitation ni confusion dans la d\ble tr\pe invisible apo/e p> le sort4 ,a l'arrive de l'un se rang5t les vi]ges blan*es1 avec les palmes1 les amphores et les mille bonheurs imprvus de la r\te2 l'appro*e de l'autre1 les ,mauvaises ,femelles qu',es*yle n\s a pe9tes s'lanc5t hors des taillis1 comme si elles avai5t v5g] sur leur ignorante victime quelque (f5se inexplicable et antrieure sa naissance4 ,,iv ,t\s n\s avons plus ou mo9s suivi p> la vie la de/9e de c]ta9s tres auxquels adv5ai5t des bonheurs ou des malheurs que leurs actes n'avai5t po9t prp>s1 et qui s\da91 au t\rnant d'une rue1 semblai5t jaillir du sol ou tomb] des toiles1 p>faits1 gratuits1 9vitables4 ,l'un qui ne songeait mme pas un emploi dont un rival mieux arm lui b>rait l'accs1 voit disp>atre ce rival la m9ute dcisive2 l'autre qui comptait sur la protection d'un ami trs puissant1 voit m\rir cet ami au mom5t mme que ce d]ni] t5dait la ma9 p\r lui v5ir en aide4 ,celui-ci1 qui n'a ni tal5t ni beaut1 et ne sait ri5 prvoir1 arrive *aque mat9 au palais de la ,=tune1 de la ,gloire ou de l',am\r1 la brve seconde o t\tes les portes sont ouv]tes2 celui-l1 qui e/ ple9 de mrites et a longuem5t mdit sa dm>*e lgitime1 s'y prs5te l'heure mme o la mal*ance le f]me p\r un demi-sicle4 ,tel risque v+t fois sa sant dans des pr\esses imbciles et l'en retire intacte1 tel autre la has>de prudemm5t dans une av5ture honorable et la p]d sans ret\r4 ,des milli]s d'inconnus travaill5t obscurm5t aid] le premi] sans l'avoir jamais vu2 des milli]s d'inconnus entrav5t l'uvre du second sans savoir qu'il exi/e4 ,et les uns et les autres ignor5t ce qu'ils font2 sp>s p> des m]s1 ils obiss5t au mme ordre diffus et m9utieux2 puis1 l'heure prescrite1 les pices dta*es de l'norme ma*9e se rejoign5t et s'embot5t2 et voil deux de/9es compltes et dissemblables que le ,temps met en branle4 ,v ,le ,dr ,foissac1 en un curieux livre sur ,la ,*ance et la ,de/9e1 numre d'innombrables et tranges exemples de l'iniquit fondam5tale1 prtablie1 ob/9e1 irrductible1 o baign5t la plup>t des exi/5ces4 ,on croirait1 le suivre1 pntr] avec lui dans les dconc]tants laboratoires d'un autre monde1 o l'on ne tr\ve1 p\r pes] et rp>tir le bonheur et le malheur1 ri5 qui rappelle les in/rum5ts indisp5sables la ju/ice1 la raison huma9es4 ,c'e/1 entre autres1 la vie de l'admirable ,vauv5>gues1 le plus in=tun des gr&s sages1 qui1 malgr son gnie1 sa beaut morale1 sa brav\re1 ses ef=ts1 bris et dfigur p> de cruelles maladies aux mom5ts o sa =tune se tr\vait en susp5s1 va *aque j\r d'une dception immrite une inju/ice gratuite1 et meurt tr5te-deux ans1 l'heure mme o l'on allait reconnatre son uvre4 ,c'e/ l'effroyable hi/oire de ,lesurques#a1 dans laquelle mille concid5ces1 qu'on dirait guides p> l'enf]1 acc\r5t et s'accumul5t p\r p]dre un innoc5t1 sans que la vrit1 en*ane p> le sort et qui hurle en sil5ce s\s la f\le des erreurs qui la *]*5t1--comme on hurle en sil5ce au fond d'un mauvais rve1--puisse faire un seul ge/e p\r d*ir] la nuit4 ,c'e/ encore l'av5ture d',aim> de ,ranconnet1 prsid5t du p>lem5t de ,p>is1 le plus probe des hommes1 qui1 inju/em5t dp\ill de sa *>ge1 voit sa fille m\rir sur un fumi]1 son fils prir de la ma9 du b\rreau et sa femme crase p> la f\dre1 t&is qu'il e/ lui-mme accus d'hrsie1 et qu'enf]m la ,ba/ille il y meurt de d\leur avant son jugem5t4 #a ,voici cette hi/oire1 telle que la rsume =t bi5 le ,dr ,foissac3 ,le #h ,floral an ,,iv1 le c\rri] et le po/illon qui conduisai5t la malle de ,p>is ,lyon fur5t attaqus et assass9s1 #i heures du soir1 dans la =t de ,sn>t4 ,les assass9s tai5t ,c\riol1 qui avait pris place dans le cabriolet ct du c\rri]1 ,duro*al1 ,rossi1 ,vidal et ,dubosq1 qui tai5t v5us sa r5contre sur des *evaux de l\age1 ,b]n>d1 enf91 qui avait procur les *evaux1 et prit "p au p>tage du but94 ,p\r ce crime1 auquel prir5t "p c9q assass9s et un complice1 sept individus1 dans l'espace de quatre ans1 portr5t leur tte sur l'*afaud4 ,la ju/ice tua donc un homme de trop1 elle frappa donc un innoc5t2 ce ne p\vait tre aucun des six individus1 qui t\s av\r5t leur crime4 ,cet innoc5t tait ,lesurques1 qui n'avait cess de prote/] qu'il n'tait po9t c\pable1 et que *acun de ses prt5dus complices dcl>ait ne pas connatre4 ,comm5t cet in=tun fut-il donc impliqu dans cette affaire qui devait donn] son nom une si tri/e immortalit8 ,la fatalit v\lut que1 quatre j\rs avant le crime1 ,lesurques1 qui avait quitt ,d\ai avec #ah4jjj livres de r5tes1 et tait v5u se fix] ,p>is p\r y donn] une meilleure ducation ses enfants1 se tr\vt djeun] *ez un de ses compatriotes1 ,guesno1 au mom5t o ,c\riol1 surv5ant1 fut invit pr5dre "p au repas4 ,les s\pons s'tant immdiatem5t ports sur ,c\riol1 le fait de ce djeun] suffit p\r que ,guesno ft un mom5t arrt2 mais comme il avait pr\v son alibi1 le juge ,daub5ton l'avait mis immdiatem5t en lib]t4 ,seulem5t1 comme il tait t>d1 celui-ci lui avait dit de se prs5t] le l5dema9 p\r retir] ses papi]s4 ,le #aa ,floral au mat91 ,guesno1 se r5dant cet effet la prfecture de police1 r5contra ,lesurques1 auquel il proposa de l'accompagn]1 ce que celui-ci accepta p> dsuvrem5t4 ,p5dant qu'ils att5dai5t dans l'anti*ambre l'arrive du magi/rat1 on y introduisit deux femmes appeles dans l'affaire1 et qui1 trompes p> la ressemblance de ,lesurques avec ,dubosq1 qui tait en fuite1 n'hsitr5t pas le signal] comme l'un des assass9s1 et malheureusem5t p]si/r5t l'affirm] jusqu' la f94 ,les antcd5ts de ,lesurques plaidai5t en sa faveur1 et1 entre autres faits qu'il cita p\r pr\v] qu'il n'avait pas quitt ,p>is dans la j\rne du #h ,floral1 il dit avoir assi/1 *ez un bij\ti]1 c]ta9s *anges entre ,legr& et son confrre ,ald5(f4 ,ces transactions avai5t1 en effet1 eu lieu le #h2 mais ,legr&1 ayant t requis de prs5t] son livre1 s'ap]ut qu'il les avait1 p> erreur1 inscrites la date du #i4 ,il crut bi5 faire de gratt] le #i p\r en faire un #h2 il v\lait sauv] son compatriote ,lesurques1 qu'il savait innoc5t1 il a*eva de le p]dre4 ,la sur*>ge1 le faux fur5t facilem5t con/ats2 ds lors1 le m9i/re public et les jurs n'accordr5t plus la mo9dre confiance aux quatre-v+ts tmo9s d*>ge cits p> l'accus3 il fut condamn1 et ses bi5s fur5t confisqus4 ,il s'c\la quatre-v+t sept j\rs entre sa condamnation et son excution1 dlai t\t fait insolite cette poque3 c'e/ que de gr&s d\tes s'tai5t levs sur sa culpabilit4 ,le ,directoire ne possdait pas le droit de grce2 il crut devoir en rfr] au ,conseil des ,c9q-,c5ts1 lui dem&ant si ,lesurques devait prir p>ce qu'il ressemblait un c\pable4 ,le ,conseil passa l'ordre du j\r sur le rapport de ,simon1 et ,lesurques fut excut1 en p>donnant ses juges4 ,et non seulem5t il avait con/amm5t prote/ de son innoc5ce1 mais encore1 au mom5t o l'arrt fut prononc1 ,c\riol s'tait cri d'une voix f]me3 ,lesurques e/ innoc5t6 ,il fit ent5dre la mme prote/ation sur la fatale *>rette1 et jusque sur l'*afaud4 ,t\s les autres condamns1 en s'av\ant c\pables1 dcl>r5t galem5t que ,lesurques tait innoc5t2 ce fut en l'an ,,ix seulem5t que ,dubosq1 son sosie1 fut arrt et condamn4 ,la fatalit qui avait frapp le *ef de famille n'en p>gna aucun membre4 ,la mre de ,lesurques m\rut de d\leur2 sa femme dev9t folle1 ses trois enfants languir5t dans le dlaissem5t et la misre4 mu1 cep5dant1 d'une aussi cruelle in=tune1 le g\v]nem5t re/itua en deux fois1 la famille de ,lesurques1 les c9q ou six c5t mille francs dont une confiscation inique l'avait dp\ille2 mais la plus gr&e p>tie de cette =tune fut s\/raite p> un escroc4 ,soixante ans s'tai5t c\ls2 des trois enfants de ,lesurques1 deux tai5t morts2 une seule avait survcu1 c'tait ,virg9ie ,lesurques4 ,depuis longtemps dj1 l'op9ion publique avait proclam l'innoc5ce et la rhabilitation de son malheureux pre4 ,elle v\lait davantage1 et1 aussitt que fut dicte la loi du #bi ju9 #ahfg1 qui autorisait la rvision des jugem5ts crim9els1 elle espra que le j\r tait enf9 v5u o elle p\rrait proclam] cette rhabilitation dans le sanctuaire de la ju/ice2 mais1 p> une d]nire fatalit1 la c\r de cassation1 arguant de subtilits lgales1 dcl>a1 p> arrt du #ag dcembre #ahfh1 qu'il n'y avait pas lieu de s'occup] du fond1 et que ,virg9ie ,lesurques n'tait pas recevable dans sa dem&e en rvision4 ,il semble que l'on voie1 comme dans le plus affreux des rves1 un misrable en proie aux ,eumnides4 ,depuis ce repas *ez ,guesno1 presque aussi tragique que celui de ,?ye/e1 il t\rne sans rel*e aut\r de l'abme qui l'aspire1 t&is que son de/91 qui plane sur sa tte comme un vaut\r norme1 obscurcit la lumire de t\s ceux qui l'appro*5t4 ,et les c]cles d'en haut et les c]cles d'en bas1 magiquem5t1 se prcipit5t1 se rtrciss5t et se rejoign5t1 jusqu' ce que leurs t\rbillons se confond5t et s'abatt5t sur le mme cadavre4 ,en vrit1 le conc\rs des fatalits meurtrires doit p>atre surnaturel dans cette cause2 et le cas e/ typique1 =midable et symbolique comme un my!4 ,mais il e/ c]ta9 que des sries analogues se reproduis5t en petit1 *aque j\r1 dans les mille dboires mdiocres ou ridicules de bi5 des vies s\mises l'influ5ce d'une toile nfa/e ou malicieuse4 ,n\s e/imons fabuleuses et invraisemblables les calamits des ,atrides et d'dipe1 et cep5dant n\s voyons dans l'hi/oire contempora9e la fatalit s'a*>n] avec la mme op9itret sur c]ta9es familles1 comme celle des ,coligny1 des ,/u>ts#b1 etc41 ou p\rsuivre jusque dans la mort1 d'une ha9e p]sonnelle1 quelques victimes innoc5tes et hag>des telles qu',h5riette d',anglet]re1 fille de ,h5ri ,,iv1 ,l\ise de ,b\rbon1 ,joseph ,,ii et ,m>ie-,anto9ette4 #b ,les malheurs des ,/u>ts sont suffisamm5t connus2 ceux des ,coligny sont mo9s populaires4 ,les voici tels que les met en bonne lumire l'auteur dj cit3 ,m>*al de ,france s\s ,franois ,i]1 ,gasp>d de ,coligny avait p\s la sur du conntable ,anne de ,montmor5cy4 ,on lui repro*a d'avoir diffr d'une demi-j\rne d'attaqu] ,*>les-,qu9t1 comme il p\vait le faire avec avantage1 et manqu a9si une occasion presque c]ta9e de le va9cre4 ,l'un de ses fils1 ar*evque et c>d9al1 embrassa le prote/antisme1 et se m>ia en s\tane r\ge4 ,il combattit la bataille de ,sa9t-,d5is contre le roi1 se sauva en ,anglet]re1 o il fut empoisonn p> un de ses dome/iques en #aega4 *app cep5dant cette t5tative1 il v\lut r5tr] en ,france2 mais1 pris la ,ro*elle1 il fut condamn mort et excut4 ,l'amiral de ,coligny1 frre du c>d9al1 passait p\r un des premi]s capita9es de son sicle2 il fit des prodiges la df5se de ,sa9t-,qu5t94 ,t\tefois1 la place ayant t =ce1 il re/a prisonni] de gu]re4 ,dev5u1 s\s le pr9ce de ,cond1 le vritable *ef des calv9i/es1 il dploya un c\rage t\te preuve1 montra un esprit f]tile en ress\rces1 et p]sonne ne mit en d\te ni son mrite1 ni son habilet militaire2 et cep5dant1 il fut con/amm5t malheureux dans ses entreprises4 ,en #aefb1 il p]dit la bataille de ,dreux contre le duc de ,guise1 celle de ,sa9t-,d5is contre le conntable de ,montmor5cy1 et1 enf91 celle de ,j>nac1 qui fut galem5t fatale son p>ti4 ,va9cu encore ,moncont\r1 dans le ,poit\1 son c\rage1 nanmo9s1 ne fut jamais branl2 il sut rp>] p> son habilet les trahisons de la =tune1 et p>ut plus r$\table aprs ses dfaites1 que ses ennemis au milieu de leurs victoires4 ,s\v5t bless1 mais t\j\rs inaccessible la cra9te1 il dit un j\r tranquillem5t ses amis qui pleurai5t en voyant son sang c\l] flots3 ,le mti] que n\s faisons ne doit-il pas n\s acc\tum] la mort comme la vie8 ,peu de j\rs avant la ,sa9t-,b>?lemy1 ,maurev]t lui tira un c\p de c>ab9e d'une maison du clotre ,sa9t-,g]ma9-l',aux]rois1 et le blessa dang]eusem5t la ma9 droite et au bras gau*e4 ,on sait que1 la veille de cette sanglante j\rne1 ,besme1 la tte d'une tr\pe de sicaires1 pntra *ez l'amiral1 le p]a de plusieurs c\ps1 et le jeta p> la f5tre dans la c\r de sa maison1 o1 dit-on1 il r5dit le d]ni] s\pir aux pi$s du duc de ,guise4 ,expos p5dant trois j\rs aux insultes de la populace1 son corps fut enf9 p5du p> les pi$s au gibet de ,montfaucon4 ,a9si1 quoique l'amiral de ,coligny passt p\r le plus gr& capita9e de son temps1 il fut t\j\rs malheureux1 t\j\rs va9cu2 t&is que le duc de ,guise1 son rival1 mo9s prud5t mais plus h>di1 plus confiant surt\t dans sa de/9e1 sut tonn] ses ennemis et se r5dre matre des vnem5ts4 ,coligny tait honnte homme1 dit l'abb de ,mably2 ,guise avait le masque d'un plus gr& nombre de v]tus4 ,coligny tait dte/ de la f\le1 le duc de ,guise en tait l'idole4 ,on rapporte que l'amiral de ,coligny laissa un j\rnal que ,*>les ,,ix lut avec intrt1 mais que le m>*al de ,retz fit jet] au feu4 ,enf91 une fatale de/9e s'atta*ant t\t ce qui portait le nom de ,coligny1 le d]ni] desc5dant de cette famille fut tu en duel p> le *evali] de ,guise4 ,et1 dans un ordre un peu diffr5t1 que dire de l'inju/ice in9tellig5te1 mais qui p>at presque consci5te1 sy/matique1 des jeux de has>d1 des duels1 des batailles1 des temptes1 des naufrages1 de la flamme1 de la f\dre8 ,que dire de l'incroyable *ance d'un ,*a/5et de ,puysgur1 qui1 aprs avoir s]vi qu>ante ans1 pris "p tr5te combats et c5t v+t siges1 t\j\rs au premi] rang et d'une intrpidit lg5daire1 n'avait jamais t atte9t p> le f] ou le plomb1 alors que le m>*al ,oud9ot fut bless tr5te-c9q fois et que le gnral ,trzel *aque r5contre recevait une balle8 ,que dire encore de l'extraord9aire =tune d'un ,lauzun1 d'un ,*amill>t1 d'un ,casanova1 d'un ,*e/]field1 etc41 de l'inconcevable et p]si/ant bonheur dans le crime de ,sylla2 de ,m>ius1 de ,d5ys l',anci51 lequel1 arriv la plus extrme vieillesse1 aprs une vie odieuse mais bnie p> le sort1 m\rut de joie en appr5ant que les ,a?ni5s v5ai5t de c\ronn] une de ses tragdies8 ,que dire1 enf91 de la de/9e d',hrode surnomm le ,gr& ou l',ascalonite1 qui nagea dans le sang1 fit prir une de ses femmes1 c9q de ses enfants1 t\s les hommes v]tueux qui lui portai5t ombrage1 et fut heureux dans t\tes ses entreprises8 ,,vi ,en ces exemples fameux1 qu'on p\rrait indf9im5t multipli]1 sont agr&is aux proportions anormales de l'hi/oire les spectacles plus humbles mais non mo9s tran*s que n\s (fr5t *aque j\r1 sur la petite scne mal claire de l'ord9aire de la vie1 les mille et un caprices de la *ance heureuse ou contraire4 ,c]tes1 en int]rogeant ces bonheurs insol5ts et ces inv>iables malheurs1 il faut d'abord faire une "p royale aux causes physiques et morales qui les peuv5t expliqu]4 ,il e/ probable que si n\s avions connu ,vauv5>gues1 n\s aurions dc\v]t dans son c>actre la timidit1 l'irrsolution ou la fi]t inopportune qui l'emp*r5t de faire natre ou de saisir assez vig\reusem5t l'occasion4 ,il e/ possible que ,lesurques ait manqu d'habilet1 de je ne sais quoi1 de cette =ce intime et prodigieuse qu'on s'att5d tr\v] dans l'innoc5ce faussem5t accuse4 ,il e/ c]ta9 que les ,/u>ts1 ,joseph ,,ii et ,m>ie-,anto9ette commir5t d'normes fautes qui veillr5t les dsa/res2 que ,lauzun1 ,casanova1 "l ,*e/]field s'tai5t db>rasss de la plup>t des scrupules ncessaires qui entrav5t l'honnte homme4 ,il e/ galem5t c]ta9 que si l'exi/5ce de ,sylla1 de ,m>ius1 de ,d5ys l',anci51 d',hrode l',ascalonite fut en dehors heureuse jusqu'au miracle1 aucun de n\s1 je p5se1 ne se cont5t]ait de l'trange fantme1 inquiet1 ensanglant1 presque sans s5tim5t et presque sans p5se1 que doit tre en d$ans un bonheur 7si le mot bonheur e/ encore applicable7 fond sur des crimes incessants4 ,mais ce dcompte fait1 aussi raisonnablem5t1 aussi l>gem5t que possible 7et plus on voit et tudie la vie1 plus on pntre dans le secret des petites causes et des gr&s effets1 plus l>gem5t il se f]a71 en ces concid5ces op9itrem5t rptes1 en ces sries indissolubles de bonne *ance ou d'in=tune 7il y a longtemps que l'on a rem>qu que le bonheur ou le malheur procde presque t\j\rs p> sries in9t]rompues71 il ne re/e pas mo9s une "p considrable1 s\v5t capitale1 p>fois exclusive1 qu'on ne saurait attribu] qu' l'impntrable mais inconte/able volont d'une puissance inconnue mais relle1 appele ,has>d1 ,fatalit1 ,de/91 ,ve9e1 ,guignon1 bonne ou mauvaise toile1 ,aile de l',ange blanc1 ,aile de l',ange noir1 et de bi5 d'autres noms1 selon le gnie plus ou mo9s imag9atif1 plus ou mo9s potique des peuples et des sicles4 ,c'e/ l1 p\r l'homme1 l'un des problmes les plus tr\blants et les plus difficiles1 p>mi t\s ceux qu'il lui faudra rs\dre1 p\r se s5tir un j\r l'occupant pr9cipal1 lgitime1 indp5dant et irrvocable de cette t]re4 ,,vii ,posons-le devant la raison dans ses t]mes les plus simples2 et voyons d'abord s'il n'intresse que l'homme4 ,n\s avons avec n\s1 sur ce globe assez incomprh5sible1 de sil5cieux et fidles compagnons d'exi/5ce qu'il e/ s\v5t utile de *]*] du reg>d qu& la tte n\s t\rne sur c]ta9es hauteurs peut-tre illusoires1 o n\s n\s imag9ons volonti]s que les a/res1 les dieux ou les reprs5tants voils des lois suprmes de l'univ]s ne s'occup5t que de n\s4 ,en leur rsignation si confiante et si calme1 ils ont l'air1 ces pauvres frres de notre vie animale1 de savoir bi5 des *oses que n\s ne savons plus4 ,mais ils g>d5t tranquillem5t un secret que n\s p\rsuivons avec tant d'inquitude6 ,il e/ c]ta9 que les animaux1 notamm5t les animaux dome/iques1 ont une sorte de de/94 ,ils connaiss5t le bonheur gratuit et prolong1 et le malheur =tuit et op9itre2 ils p\rrai5t comme n\s p>l] d'toile1 de *ance ou de mal*ance1 de ve9e ou de guignon4 ,le sort du *eval de fiacre qui f9it la f\rrire aprs avoir pass p> les ma9s de c5t b\rreaux anonymes1 comp> celui du pur sang1 qui meurt de vieillesse dans l'curie d'un matre compatissant1 e/ aussi inexplicable1 au po9t de vue de la ju/ice 7 mo9s d'avoir rec\rs aux doctr9es b\ddhiques qui y voi5t la rcomp5se ou le *tim5t d'une vie antrieure71 que celui de l'homme dev5u pauvre p> has>d ou ri*e sans mrite4 ,il y a1 en pays flam&1 une race de *i5s de trait1 sur laquelle le de/9 puise t\r t\r sa faveur et sa ha9e4 ,qu'un b\*] les a*te1 ils mn5t une vie magnifique4 ,peu de travail2 le mat91 attels en quadrige1 ils tran5t aux abattoirs une lgre voiture1 et l'en ramn5t le soir1 dbordante de vi&e1 dans un galop joyeux et triomphal1 p> les rues tortueuses des vieilles villes aux petits pignons clairs4 ,dans l'entre-temps t\t e/ loisir1 et loisir m]veilleux1 p>mi les rats et les d*ets de l'abattoir4 ,ils sont plantureusem5t n\rris1 gras1 lu/rs comme des ot>ies1 et gt5t dans sa plnitude le seul bonheur que doive rv] l'me nave et fureteuse d'un bon *i54 ,mais leurs malheureux frres de la mme porte qu'acqui]t le vieill>d qui ramasse les ordures mnagres1 ou le m>*& de sable1 presque t\j\rs boiteux1 ou le paysan pauvre aux gros sabots cruels1 en*ans de l\rdes *>rettes1 d'in=mes br\ettes1 p\illeux1 pels1 galeux1 affams1 efflanqus1 p>c\r5t jusqu' la mort les c]cles d'un enf] o les plongr5t quelques s\s mis dans une ma9 calleuse4 ,et dans un monde mo9s directem5t assujetti l'homme1 on tr\ve videmm5t des p]drix1 des faisans1 des bi*es1 des livres qui n'ont gure de *ance1 et sont blesss *aque r5contre du *asseur1 alors qu'il en e/ d'autres qui1 on ne sait comm5t ni p> quel privilge1 *app5t t\tes les battues4 ,ils sont donc s\mis comme n\s d'inconte/ables inju/ices4 ,mais n\s ne songeons po9t1 propos de ces inju/ices1 mettre en branle t\s les dieux1 int]rog] les puissances occultes2 et p\rtant1 ce qui leur arrive n'e/ peut-tre que l'image navem5t simplifie de ce qui n\s arrive4 ,il e/ vrai que p\r eux n\s reprs5tons prcism5t ces puissances occultes que n\s *]*ons dans notre ciel4 ,mais alors1 sommes-n\s en droit d'att5dre de ces d]nires beauc\p plus de consci5ce et de ju/ice intellig5te que n\s n'en tmoignons l'g>d des animaux8 ,en t\t cas1 qu& cet exemple n'aurait fait qu'enlev] au has>d un peu de son inutile pre/ige1 p\r augm5t] d'autant notre esprit d'initiative et de lutte1 ce s]ait dj un ga9 non ngligeable4 ,,viii ,malgr ce n\veau dcompte1 on ne saurait ni] qu'il y ait1--t\t au mo9s p\r la vie plus complexe de l'homme1--p> del t\t ce que n\s avons dit1 dans la volont s\v5t visible du has>d1--cette m5ue monnaie de la fatalit1--une cause de bonheur ou de malheur que nos explications n'atteign5t pas encore4 ,n\s savons1--et cela fait p>tie de ces ides in=mes mais fondam5tales sur les lois de la vie qu'une expri5ce millnaire a transmues en une sorte d'in/9ct1--n\s savons qu'il exi/e des hommes qui1 t\tes autres *oses gales1 ont la ma9 heureuse ou malheureuse4 ,il m'a t donn de suivre de =t prs la c>rire d'un ami victime d'une p]si/ante mal*ance4 ,je n'ent5ds pas p> l que sa vie ft malheureuse4 ,il e/ mme rem>quable que les has>ds contraires respectr5t t\j\rs les gr&es lignes de son bonheur rel1 probablem5t p>ce qu'elles tai5t bi5 df5dues4 ,c> il avait en lui une =te exi/5ce morale1 des p5ses1 des espoirs1 des c]titudes1 des s5tim5ts pr(onds4 ,il n'ignorait po9t que ces bi5s se tr\vai5t l'abri d'un c\p du sort1 et que ri51 sans son aide1 n'aurait pu les dtruire4 ,le de/9 n'e/ pas inv9cible2 c'e/--dire que la voie c5trale de l'exi/5ce1 le gr& canal intrieur1 se laisse dt\rn] v]s le bonheur ou le malheur1 bi5 que ses ramifications qui s't5d5t sur les j\rs1 et les mille afflu5ts qui vi5n5t y v]s] les has>ds du dehors1 *app5t notre volont4 ,c'e/ a9si qu'un beau fleuve1 desc5du des hauteurs1 et t\t respl5dissant de la noblesse des glaci]s1 trav]se enf9 les pla9es et les villes1 o il ne reoit plus qu'une eau empoisonne4 ,il se tr\ble un in/ant2 et n\s croyons qu'il p]d1 p\r ne plus la repr5dre1 l'image du ciel pur qu'il avait emprunte aux bass9s des fonta9es1 et qui semblait son me et l'expression pr(onde et limpide de sa =ce4 ,p\rtant1 rejoignez-le1 l-bas1 s\s ces gr&s arbres2 il y oublie dj les s\illures des ruisseaux4 ,il ressaisit l'azur dans ses flots transp>5ts et le porte la m]1 aussi clair qu'il tait qu& il riait encore aux s\rces des montagnes4 ,aussi1 l'ami dont je v\s p>le1 quoi qu'il ait pleur plus d'une fois1 ne pleura-t-il jamais ces l>mes que l'on v]se sur la mort de soi-mme et qui ne sort5t plus de notre s\v5ir4 ,aussi1 *aque mcompte1 aprs l'n]vem5t 9vitable1 n'arrivait-il1 en somme1 qu' le rappro*] davantage de son bonheur secret1 conc5tr] celui-ci1 le circonscrire d'un trait plus sombre1 p\r le faire p>atre plus prcieux1 plus ard5t et plus sr4 ,mais sitt qu'il quittait cet enclos en*ant1 les incid5ts ho/iles l'assaillai5t l'envi4 ,il tait1 p> exemple1 =t bon tireur l'pe1 eut trois duels1 et fut bless trois fois p> des adv]saires mo9s habiles4 ,s'il s'emb>quait1 la trav]se tait r>em5t heureuse4 ,s'il mettait quelque arg5t dans une affaire1 celle-ci t\rnait mal4 ,une erreur judiciaire1 o l'impliqua t\t un en*anem5t de circon/ances trangem5t malveillantes1 fut p\r lui la s\rce de longs et srieux ennuis4 ,en outre1 de visage agrable et l'il ple9 de fran*ise et de bont1 il n'tait pas ce qu'on appelle sympa?ique4 ,il n'attirait po9t d'abord cette premire affection spontane que n\s donnons s\v5t1 et sans savoir p\rquoi1 l'inconnu qui passe1 un ennemi mme4 ,sa vie s5tim5tale ne fut gure plus favorise que l'autre4 ,aimant1 et inf9im5t plus digne d'tre aim que la plup>t de ceux auxquels le sacrifia le cur =tuit des femmes2 l encore1 il ne tr\va que trahisons1 *agr9s et dceptions4 ,il allait a9si1 se tirant de son mieux des mdiocres piges que lui t5dait *aque pas son +rate =tune1 non dc\rag ni intimem5t attri/1 mais un peu tonn de tant d'a*>nem5t1 jusqu' ce qu'il r5contrt enf9 la seule et gr&e *ance de sa vie3 un am\r gal celui qui att5dait en lui1 exclusif1 passionn1 complet1 inaltrable4 ,a p>tir de cette heure1 comme s\s la bi5faisante influ5ce d'une toile n\velle qui mlait ses rayons la si5ne1 il s5tit peu peu les vnem5ts f*eux s'espac]1 s'al5tir1 s'loign]1 et pr5dre une autre r\te4 ,on et dit qu'ils quittai5t regret l'habitude de le suivre4 ,il vit rellem5t t\rn] la *ance4 ,et voici qu'auj\rd'hui1 r5tr dans l'atmosphre indiffr5te et neutre du has>d commun la plup>t des hommes1 il se rappelle en s\riant le temps o *acun de ses ge/es1 pi p> l'ennemi insaisissable1 suscitait un dang]4 ,,ix ,n'appelons pas les dieux p\r expliqu] ces phnomnes4 ,ils n'auront qualit p\r n\s expliqu] quelque *ose1 qu'aprs qu'ils se s]ont clairem5t expliqus sur eux-mmes4 ,et le de/91 qui n'e/ que le plus inconnu d'entre eux1 a mo9s que t\s les autres le droit d'int]v5ir et de n\s cri]1 comme il fait1 du fond de son 9branlable nuit3 ,c'e/ moi qui l'ai v\lu6 ,n'invoquons pas davantage les lois illimites de l',univ]s1 les desse9s de l'hi/oire1 la volont des mondes1 la ju/ice des toiles4 ,ces puissances exi/5t1 et n\s les subissons comme n\s subissons la puissance du soleil4 ,mais de mme que celle-ci agit sans n\s connatre1 il n\s re/e une lib]t probablem5t imm5se dans le c]cle dmesur de leurs influ5ces1 et elles ont mieux faire qu' se p5*] sur n\s p\r pos] un br9 d'h]be ou s\lev] une feuille dans le petit s5ti] de notre f\rmilire4 ,puisqu'il s'agit de n\s1 de notre vie troite1 c'e/1 je p5se1 en n\s-mmes que se tr\ve la clef du my/re1 c> il e/ vraisemblable que t\t tre porte en soi la meilleure solution du problme qu'il propose4 ,il y a en n\s1 s\s notre exi/5ce consci5te1 s\mise la raison et la volont1 une exi/5ce plus pr(onde1 qui plonge1 d'une "p1 dans un pass que l'hi/oire n'atte9t pas1 et de l'autre dans un av5ir que des milli]s d'annes n'puis]ont jamais4 ,il n'e/ pas tmraire de croire que t\s les dieux s'y ca*5t1 et que ceux dont n\s avons peupl la t]re et les plantes en sortir5t t\r t\r1 p\r lui donn] un nom et une =me que notre imag9ation pt compr5dre4 ,a mesure que l'homme voit plus clair1 qu'il a mo9s beso9 de symboles et d'images1 il dim9ue le nombre de ces noms1 le nombre de ces =mes4 ,il arrive peu peu n'en prononc] qu'un1 n'en rs]v] qu'une1 et s\ponne bi5tt que cette d]nire =me et que ce d]ni] nom ne sont eux-mmes que la d]nire image d'une puissance dont le trne fut t\j\rs en lui-mme4 ,les dieux r5tr5t alors en n\s d'o ils tai5t sortis2 et c'e/ l qu'auj\rd'hui n\s les int]rogeons4 ,x ,je crois donc que c'e/ dans notre vie inconsci5te1--norme1 9puisable1 insondable et div9e1--qu'il faut *]*] l'explication de nos *ances heureuses ou contraires4 ,en n\s se tr\ve un tre qui e/ notre moi vritable1 notre moi premi]-n1 immmorial1 illimit1 univ]sel1 et probablem5t immortel4 ,notre intellig5ce1 qui n'e/ qu'une sorte de phosphoresc5ce sur cet ocan intrieur1 ne le connat encore qu'imp>faitem5t4 ,mais *aque j\r elle appr5d davantage que l gis5t sans d\te t\s les secrets des phnomnes huma9s qu'elle n'a pas compris jusqu'ici4 ,cet tre inconsci5t vit sur un autre plan et dans un autre monde que notre intellig5ce4 ,il ignore le ,temps et l',espace1 ces deux murailles =midables et illusoires1 entre lesquelles doit c\l] notre raison s\s pe9e de se p]dre4 ,p\r lui1 il n'y a ni proximit1 ni loignem5t1 ni pass1 ni av5ir1 ni rsi/ance de la matire4 ,il sait t\t et peut t\t4 ,du re/e1 on a t\j\rs admis1 des degrs div]s1 cette sci5ce et cette puissance1 et l'on a donn ses manife/ations les noms d'in/9ct1 d'me1 d'inconsci5t1 de subconsci5t1 de m\vem5ts rflexes1 d'intuition1 de press5tim5t1 etc4 ,on lui attribue notamm5t cette =ce indt]m9e et s\v5t prodigieuse de ceux de nos n]fs qui ne s]v5t pas directem5t produire notre raison et notre volont1 et qui e/ app>emm5t le fluide ess5tiel1 le rayon ultra-violet de la vie univ]selle4 ,il e/ vraisemblable que ce fluide e/1 peu de *ose prs1 de mme nature *ez t\s les hommes4 ,mais il communique avec l'intellig5ce de faons trs div]ses4 ,dans les uns1 ce pr9cipe inconnu demeure si pr(ondm5t enseveli1 qu'il ne s'occupe que des fonctions physiques et de la p]man5ce de l'espce4 ,dans d'autres1 au contraire1 il p>at t\j\rs en veil1 il s'lve frquemm5t jusqu' affleur] de sa ferique prs5ce la surface de la vie extrieure et consci5te2 t\t propos il int]vi5t1 prvoit1 av]tit1 dcide et se mle la plup>t des faits prpondrants d'une c>rire4 ,d'o vi5t cette facult8 ,on ne saurait le dire4 ,il n'y a pas de lois fixes et c]ta9es4 ,on ne dc\vre1 p> exemple1 aucun rapport con/ant entre l'activit de l'inconsci5t et le dveloppem5t de l'intellig5ce4 ,cette activit obx des rgles que n\s ignorons4 ,p\r l'in/ant1 en l'tat actuel de nos connaissances1 elle semble purem5t accid5telle4 ,on la r5contre en celui-ci et non en celui-l1 sans qu'aucun signe p]mette de s\ponn] la cause de cette diffr5ce4 ,,xi ,qu'il s'agisse de *ance heureuse ou contraire1 voici ce qui probablem5t arrive4 ,un vnem5t propice ou fune/e1 v5u du fond des gr&es lois t]nelles1 se dresse sur notre r\te et la b>re t\t entire4 ,il e/ l1 immobile1 fatal1 dmesur1 9branlable4 ,il ne s'occupe pas de n\s2 il n'e/ pas l p\r n\s4 ,il n'a de raison d'tre qu'en soi et p\r soi4 ,il n\s ignore simplem5t4 ,c'e/ n\s qui n\s appro*ons de lui1 et qui1 arrivs porte de son influ5ce1 avons le fuir ou l'affront]1 le t\rn] ou le trav]s]4 ,je suppose que l'vnem5t soit nfa/e3 un naufrage1 un inc5die1 un c\p de f\dre2 ou la mort1 la maladie1 l'accid5t1 la dtresse1 s\s une =me un peu anormale4 ,il att5d1 invisible1 aveugle1 indiffr5t1 p>fait1 inaltrable1 mais encore en puissance4 ,il exi/e t\t enti]1 mais seulem5t dans l'av5ir2 et p\r n\s1 dont les s5s au s]vice de notre intellig5ce et de notre consci5ce sont con/ruits de telle sorte qu'ils ne p]oiv5t les *oses que successivem5t dans le temps1 il e/ encore comme s'il n'tait pas4 ,pr5ons1 p\r prcis] davantage1 qu'il s'agisse d'un naufrage4 ,le navire qui doit prir n'e/ pas sorti du port2 le roc ou l'pave qui le d*ir]a dort paisiblem5t s\s les flots2 et la tempte1 qui n'clat]a qu' la f9 du mois1 sommeille1 p> del les reg>ds1 dans le secret des cieux4 ,normalem5t1 si ri5 n'tait crit1 et si dj la cata/rophe n'avait eu lieu dans l'av5ir1 c9quante passag]s1 v5us de c9q ou six pays div]s1 se fuss5t emb>qus4 ,mais le navire e/ bi5 m>qu p> le de/94 ,il e/ c]ta9 qu'il doit prir4 ,aussi1 depuis des mois1 peut-tre depuis des annes1 une my/rieuse slection s'e/-elle opre p>mi les voyageurs qui aurai5t d p>tir le mme j\r4 ,il e/ possible que sur ces c9quante voyageurs primitifs1 v+t seulem5t mont5t bord au mom5t o l'ancre se lve#c4 ,il se peut mme que pas un des c9quante ne rponde l'appel des circon/ances qui1 n'et t le dsa/re futur1 euss5t ncessit leur d"p1 et qu'ils soi5t remplacs p> v+t ou tr5te autres en qui la voix du has>d ne p>le pas avec la mme =ce4 ,ici1 o l'on plonge au plus pr(ond de la plus pr(onde des nigmes huma9es1 l'hypo?se s'g>e =cm5t4 ,mais en prs5ce de ce fait imag9aire qui ne s]t qu' mettre en vid5ce ce qui se produit si s\v5t dans les conjonctures plus rduites de la vie quotidi5ne1 au lieu d'avoir rec\rs des dieux lo9ta9s et d\teux1 n'e/-il pas plus naturel de prsum] que notre inconsci5t agisse et dcide8 ,il connat1 il doit connatre1 il doit voir la cata/rophe1 puisque p\r lui il n'y a ni temps ni espace1 et qu'elle a lieu en ce mom5t s\s ses yeux1 comme elle a lieu s\s les yeux des =ces t]nelles4 ,peu importe la manire dont il prvi5t le mal4 ,p>mi les tr5te voyageurs av]tis1 deux ou trois auront eu le press5tim5t rel du dang]2 ce sont ceux en qui l'inconsci5t e/ plus libre et atte9t plus facilem5t les premires c\*es encore obscures de l'intellig5ce4 ,les autres ne se d\t]ont de ri51 maudiront des ret>ds et des contr>its inexplicables1 f]ont t\t ce qu'ils peuv5t p\r arriv] temps1 mais ne p>tiront po9t4 ,ceux-ci tomb]ont malades1 se tromp]ont de r\te1 *ang]ont leurs projets1 r5contr]ont une av5ture insignifiante1 auront une qu]elle1 un am\r1 un mom5t de p>esse ou d'oubli qui les reti5dra malgr eux4 ,ceux-l n'auront jamais song s'emb>qu] sur le navire prde/91 alors que c'e/ le seul qu'ils euss5t d logiquem5t1 fatalem5t *oisir4 ,*ez la plup>t1 ces ef=ts de l'inconsci5t p\r les sauv] s'effectu5t de telles pr(ondeurs que l'ide qu'ils doiv5t la vie leur heureuse *ance ne leur vi5t mme pas l'esprit1 et qu'ils croi5t de bonne foi n'avoir jamais eu l'int5tion de mont] sur le vaisseau m>qu p> les puissances de la m]4 #c ,il e/ en effet rem>quable et con/ant que dans les gr&es cata/rophes1 on compte d'habitude inf9im5t mo9s de victimes que les probabilits les plus raisonnables ne l'euss5t fait r$\t]4 ,au d]ni] mom5t1 une circon/ance =tuite et exceptionnelle a presque t\j\rs loign la moiti et p>fois les deux ti]s des p]sonnes que m5aait le dang] encore invisible4 ,un paquebot qui sombre a gnralem5t bi5 mo9s de passag]s qu'il n'en aurait eu s'il n'et pas d sombr]4 ,deux tra9s qui se r5contr5t1 un express qui tombe dans un prcipice1 etc41 transport5t mo9s de voyageurs que les j\rs o ri5 ne leur arrive4 ,un pont qui s'effondre1 le fait le plus s\v5t1 et contre t\te att5te1 au mom5t o la f\le le quitte4 ,il n'en va malheureusem5t pas a9si dans les inc5dies de ?tres et autres lieux publics4 ,mais l1 on le sait1 ce n'e/ pas le feu1 mais la prs5ce mme de la f\le affole et =c5e qui con/itue le pr9cipal dang]4 ,d'autre "p1 un c\p de gris\ clate de prfr5ce qu& il y a dans la m9e un nombre de m9eurs s5siblem5t infrieur celui qui devrait rgulirem5t s'y tr\v]4 ,de mme1 lorsque saute une p\dr]ie1 une c>t\*]ie1 etc41 c'e/ gnralem5t au mom5t o la plup>t des ouvri]s1 qui t\s aurai5t fatalem5t pri1 s'en tai5t loigns p\r quelque cause futile1 mais provid5tielle4 ,cela e/ si vrai que cette obs]vation presque inv>iable s'e/ trans=me en une sorte de cli* que n\s connaissons t\s4 ,t\s les j\rs1 n\s lisons dans les faits div]s des gazettes des phrases de ce g5re3 ,une cata/rophe qui aurait pu avoir des consqu5ces p\vantables1 grce telle circon/ance1 s'e/ heureusem5t borne 1 etc444 ,ou bi53 ,on frmit qu& on p5se que si le mme accid5t s'tait produit une m9ute plus tt1 alors que t\s les ouvri]s1 que t\s les voyageurs1 etc4 ,e/-ce clm5ce du ,has>d8 ,n\s croyons de mo9s en mo9s la p]sonnalit1 l'intellig5ce et aux int5tions du ,has>d4 ,il e/ bi5 plus naturel de suppos] que quelque *ose en l'homme a flair le malheur1 et qu'un in/9ct obscur1 mais trs sr *ez beauc\p d'tres1 les a loigns du dang] au mom5t o1 gr&issant subitem5t1 il pr5ait la =me imm95te et imprieuse de l',9vitable4 ,c'e/ alors une sorte de panique s\rde et ca*e de l',inconsci5t1 qui ne se traduit au dehors que p> une vellx1 un caprice1 un incid5t1 s\v5t purils et inconsi/ants1 mais irrsi/ibles et sauveurs4 ,p\r ce qui e/ de ceux qui1 fidlem5t1 sont arrivs au fatal r5dez-v\s1 ils app>ti5n5t la tribu in=tune4 ,ils =m5t une race plus malheureuse dans notre race4 ,qu& t\s les autres fui5t1 eux seuls re/5t en place4 ,qu& les autres s'c>t5t1 confiants1 ils se rappro*5t4 ,ils pr5n5t infailliblem5t le tra9 qui draill]a1 pass5t l'heure v\lue s\s la t\r qui s'cr\le1 entr5t dans la maison o dj le feu c\ve1 trav]s5t la =t que l'clair va p]c]1 port5t ce qu'ils possd5t au banqui] qui va fuir1 font le pas et le ge/e qu'il ne fallait po9t faire1 aim5t la seule femme qu'ils euss5t d vit]4 ,au reb\rs1 s'il s'agit de bonheur1 lorsque acc\r5t les autres1 attirs p> la voix pr(onde des =ces bi5veillantes1 ils pass5t sans l'ent5dre1 et jamais prv5us1 livrs aux seuls conseils de leur intellig5ce1 le vieux guide1 trs sage mais peu prs aveugle1 qui ne connat que les petits s5ti]s au pi$ de la montagne1 ils s'g>5t dans un monde que la raison huma9e n'a pas encore compris4 ,c]tes1 ils ont sujet d'accus] le de/91 mais non comme ils l'ent5d5t4 ,ils ont le droit de lui dem&] p\rquoi il n'a pas mis en eux le veilleur avis qui protge leurs frres4 ,mais ce repro*e fait1 qui e/ le gr& repro*e aux inju/ices irrductibles1 ils n'ont plus se pla9dre4 ,l'univ]s ne leur e/ po9t ho/ile4 ,les calamits ne les p\rsuiv5t pas2 ils vont elles4 ,les *oses du dehors ne leur veul5t pas de mal2 ils se donn5t aux maux4 ,le malheur qu'ils saisiss5t ne les a pas guetts2 eux-mmes l'ont *oisi4 ,au long de leurs annes1 a9si qu'au long de celles de t\t homme1 les vnem5ts att5d5t1 comme des m>*&ises dans un baz> att5d5t le *al& qui doit les acqurir4 ,p]sonne ne les trompe2 ils se tromp5t simplem5t4 ,ri5 ne les p]scute2 mais leur me inconsci5te ne fait pas son devoir4 ,e/-elle plus maladroite ou mo9s att5tive8 ,dort-elle sans espoir au fond d'une prison mieux close que les autres2 et nulle volont ne peut-elle la tir] d'un sommeil si fune/e1 ni branl] les r$\tables portes qui mn5t de la vie qui sait t\t sans consci5ce1 celle qui ignore avec intellig5ce8 ,,xii ,un ami devant qui j'agitais ces problmes me dit hi]3 ,la vie qui n\s int]roge mieux que les philosophes1 va me =c] auj\rd'hui mme aj\t] une "q assez trange vos que/ions4 ,qu'arrive-t-il lorsque deux *ances1 c'e/--dire deux inconsci5ts contraires1 l'un heureux et habile1 l'autre maladroit et in=tun1 s'uniss5t et se confond5t en quelque sorte dans la mme av5ture1 dans la mme entreprise8 ,lequel l'emport]a8 ,je le saurai bi5tt4 ,je vais faire cet aprs-midi une dm>*e importante1 dont dp5d5t presque entirem5t l'av5ir1 la possibilit de vivre selon sa nature et ses droits1 la =tune et t\t le bonheur extrieur de l'tre qui m'e/ le plus *]4 ,en int]rogeant mon pass qui fut t\j\rs clm5t1 o le has>d me fut un ami prvoyant et fidle1 en me ret\rnant p\r revoir les c9q ou six mom5ts qui1 dans t\tes les vies1 sont comme les pivots d'or sur lesquels a r\l la *ance favorable1 j'ai foi en mon toile1 et je suis moralem5t sr que la dm>*e1 si elle n'intressait que moi1 russirait sans pe9e1 c> j'ai la ma9 heureuse4 ,mais la p]sonne p\r laquelle je la fais n'a jamais eu de *ance4 ,avec l'intellig5ce la plus subtile et la plus t5due1 avec une volont mille fois plus prud5te1 plus f]me que la mi5ne1 elle a1 il faut le croire1 un inconsci5t /upide ou malveillant1 qui l'oblige de p>c\rir1 sans lui faire grce d'une /ation1 l'pre r\te des inju/ices1 des passe-droits1 des concid5ces f*euses1 des contre-temps et des dceptions4 ,ne d\tez pas qu'il l'et emb>qu de =ce sur le navire dont v\s p>liez4 ,je me dem&e donc de quelle faon mon inconsci5t al]te et avis se conduira env]s ce frre indol5t et nfa/e1 au nom duquel il doit agir1 et dont il va1 p\r a9si dire1 pr5dre la place4 ,comm5t et o se =me en cet in/ant la dcision si grave la re*]*e de laquelle je sortirai t\t l'heure8 ,p5dant que je v\s p>le1 quelle e/ donc la puissance qui pse le p\r et le contre1 c'e/--dire le bonheur et le malheur de celle que je reprs5te8 ,de quelle sphre1 de quelle v]tu peut-tre immmoriale1 de quel esprit ca* ou de quelle toile invisible tomb]a donc le poids qui f]a p5*] la balance v]s l'ombre ou la lumire8 ,en app>5ce1 c'e/ la raison1 c'e/ la volont1 l'intrt des p>ties qui dcide2 dans la ralit plus pr(onde1 c'e/ s\v5t autre *ose4 ,lorsqu'on se tr\ve a9si en face du problme1 et que l'am\r qu'on a p\r ceux qui le subiss5t n\s ouvre un peu les yeux1 il ne semble plus aussi simple1 et l'on jette un reg>d tonn1 anxieux et presque vi]ge sur t\t l'inconnu qui n\s mne et auquel n\s obissons4 ,je vais donc t5t] cette dm>*e avec une motion plus gr&e1 avec plus de =ce et d'ardeur que si ma propre vie et mon propre bonheur se tr\vai5t en pril4 ,celle p\r qui je la fais e/ en effet plus moi que t\t moi-mme et depuis longtemps son bonheur e/ la s\rce du mi54 ,ma raison et mon cur en sont bi5 conva9cus2 mais mon inconsci5t le sait-il8 ,ma raison et mon cur1 qui =m5t ma consci5ce1 ont pe9e tr5te ans1 mais mon me inconsci5te qui se s\vi5t encore des secrets primitifs1 compte peut-tre des sicles4 ,elle volue sans hte4 ,elle e/ l5te comme un monde qui t\rne dans le temps qui n'aura po9t de f94 ,aussi ignore-t-elle probablem5t encore qu'une seconde exi/5ce e/ v5ue se ml] la mi5ne et l'absorbe t\t entire4 ,combi5 s'c\l]ont d'annes avant que la gr&e n\velle pntre en sa retraite8 ,ici encore elle e/ div]se et 9gale4 ,*ez l'un elle appr5d t\t de suite ce qui se passe dans le cur2 *ez l'autre1 elle ne pr5d qu'une "p trs t>dive aux phnomnes de la raison4 ,du re/e1 il y a des am\rs o elle prcde le cur et la raison3 l'am\r mat]nel1 p> exemple4 ,l'me inconsci5te d'une mre ne se sp>e qu' la longue de celle de ses enfants1 et veille d'abord sur ceux-ci avec bi5 plus de zle et de sollicitude que sur la mre mme4 ,mais dans un am\r comme le mi51 il e/ impossible de dire si elle sait ou ignore que cet am\r m'e/ plus ncessaire que la vie4 ,p\r moi1 je crois qu'elle re/e conva9cue que la dm>*e que je vais faire au nom de cet am\r ne me reg>de en ri54 ,elle ne p>atra pas et n'int]vi5dra po9t4 ,au mom5t o je t5ds t\te mon n]gie1 t\tes mes esprances1 plus que s'il tait "q de mon propre salut1 elle vaque ses my/rieuses besognes au fond de sa tnbreuse demeure4 ,si j'allais dem&] ju/ice p\r moi-mme1 elle s]ait dj en veil4 ,peut-tre saurait-elle que ce n'e/ pas auj\rd'hui qu'il convi5t que j'agisse4 ,je ne me r5drais nullem5t compte1 j'imag9e1 de son int]v5tion2 mais elle suscit]ait quelque ob/acle imprvu4 ,je tomb]ais malade1 je f]ais une *ute1 je s]ais attir p> un vnem5t secondaire qui m'emp*]ait d'arriv] l'heure dfavorable4 ,puis1 une fois en prs5ce de celui entre les ma9s de qui se tr\v]ait mon de/91 ma vigilante amie me c\vrirait de ses ailes1 m'inspir]ait son s\ffle1 m'clair]ait de sa lumire4 ,elle me dict]ait les p>oles qu'il faudrait dire1 et qui rpondrai5t seules aux objections secrtes du matre de mon sort4 ,elle m'impos]ait l'attitude1 les sil5ces1 les ge/es2 elle me donn]ait la confiance1 elle rp&rait sur moi l'influ5ce innome1 qui1 bi5 plus que les raisons de la raison et l'loqu5ce de l'intrt1 dt]m95t s\v5t le *oix des hommes4 ,t\t cela1 j'ai bi5 peur qu'elle ne s'ab/i5ne de le faire4 ,elle ne se drang]a pas4 ,elle ne se montr]a pas au seuil acc\tum4 ,obtuse1 impntrable l'ide que ma vie n'e/ plus t\te en moi-mme1 elle agira selon sa conviction tant de fois sculaire1 et croyant me s]vir en faisant *\] ce qui1 dans sa p5se1 ne me reg>de pas1 elle me f]a plus de mal1 elle me caus]a une d\leur plus pr(onde que si elle me trahissait l'appro*e de la mort4 ,je n'apport]ai donc en t\te cette affaire qu'un trs ple reflet1 une sorte de fantme de ma *ance1 et je me dem&e avec cra9te s'il s]a suffisant p\r balanc] la mauvaise volont de la *ance contraire dont je suis revtu et que je reprs5te4 ,,xiii ,quelques j\rs aprs1 mon ami m'apprit que sa dm>*e n'avait pas russi4 ,il e/ possible qu'il ne doive cet *ec qu'au has>d ou son manque de confiance4 ,c> la confiance qui press5t le succs1 s'a*>ne l'obt5ir1 dploie des ress\rces que ne connaiss5t pas l'hsitation et le d\te1 et ne dmasque aucune de ces faiblesses involontaires dont sait pr(it] l'in/9ct de l'adv]saire4 ,il e/ probable aussi qu'il y a beauc\p de vrai dans sa mise en scne de l'inconsci5t4 ,du re/e1 une c]ta9e pr(ondeur1 inconsci5t et confiance se confond5t2 et il e/ =t difficile de dire o comm5ce le premi]1 o f9it la seconde4 ,sans n\s arrt] cette re*]*e trop subtile1 c\tons la vie n\s pos] d'autres que/ions plus directes au sujet de la *ance qui e/ une des gr&es que/ions de la vie4 ,il en e/ d'un intrt p\r a9si dire quotidi54 ,elle n\s dem&e1 p> exemple1 quelle conduite il n\s faudra t5ir env]s les hommes inconte/ablem5t mal*anceux1 et dont la mauvaise toile e/ si fune/em5t puissante qu'elle mne immanquablem5t au dsa/re t\t ce qui s'av5ture trop prs de la sphre1 s\v5t trs t5due1 de sa p]nicieuse influ5ce4 ,doit-on les fuir sans scrupules1 comme le conseille le ,dr ,foissac8--,oui1 sans d\te1 si leurs malheurs provi5n5t d'un esprit imprud5t1 has>deux1 inatt5tif1 br\illon1 fumeux ou utopique4 ,la mal*ance e/ une maladie contagieuse qui s\v5t se propage d'inconsci5t inconsci5t4 ,mais s'il s'agit de malheurs rellem5t immrits1 qui frapp5t ceux que n\s aimons1 la fuite e/ inju/e et honteuse4 ,ici1 la p>tie libre et fire de notre tre1 qui ignore tant de *oses1 mais qui cre des vrits d'une autre nature1 qui sont comme les premires fleurs d'un monde en =mation1 a le devoir de t5ir tte la sagesse univ]selle de l'inconsci5t1 de brav] ses av]tissem5ts1 et de l'entran] dans sa ru9e qui e/ une victoire sur un plan qu'claire un idal dont l'inconsci5t lui-mme arriv]a peut-tre t5ir compte un j\r4 ,,xiv ,n\s sommes a9si am5s n\s dem&] si l'inconsci5t1 auquel n\s attribuons notre *ance1 e/ rellem5t immuable et imp]fectible4 ,qui de n\s n'a obs]v les biz>res habitudes de la *ance8 ,elle semble1 qu& on la reg>de s'agit] dans une petite ville ou p>mi un c]ta9 nombre d'hommes qu'on ne p]d pas de vue1 une sorte de desse ob/9e et fantasque comme un taon4 ,selon l'tre ou l'vnem5t auquel elle s'atta*e1 elle pr5d aussitt une p]sonnalit et un c>actre bi5 tran*s4 ,elle a des manies trs div]ses1 mais elle e/ p\r a9si dire inv>iable en *acune d'elles4 ,suivant que l'on surpr5d le premi] ou le second de ses ge/es1 il e/ impossible ou facile de prvoir ce qu'elle f]a p> la suite4 ,div9it protenne que nulle image ne saurait entirem5t envelopp]1 ici elle surgit inop9m5t1 comme un jet d'eau au milieu d'un ds]t1 et disp>at aprs avoir donn naissance une phmre oasis4 ,l-bas1 elle revi5t int]valles rguli]s1 s'attr\pe et s'p>pille1 comme ces oiseaux migrateurs qui obiss5t au ry?me des saisons4 ,a notre droite1 elle r5v]se un homme1 et ne s'en occupe plus2 notre gau*e1 elle en t]rasse un autre1 et s'a*>ne affreusem5t sur sa victime4 ,mais presque t\j\rs1 qu'il s'agisse de bi5s ou de maux1 elle demeur]a tonnamm5t fidle au c>actre qu'elle assuma1 une fois p\r t\tes1 croirait-on1 dans *aque cas p>ticuli]4 ,celui-ci1 p> exemple1 qui n'a pas russi la gu]re1 n'y russira jamais2 celui-l p]dra ou gagn]a rgulirem5t au jeu2 un autre s]a 9vitablem5t tromp2 un quatrime se v]ra p]scut p> l'eau1 le feu ou les accid5ts de la rue2 un c9quime se tr\v]a con/amm5t heureux ou malheureux en am\r1 dans les affaires d'arg5t1 et a9si de suite4 ,n'e/-ce pas encore1 s9on une preuve1 du mo9s un indice que ce n'e/ po9t hors de n\s mais en n\s qu'elle rgne1 et que n\s la =mons et la revtons d'une =ce ca*e qui n'mane que de n\s8 ,p>fois d'tranges revirem5ts qui sont eux-mmes des manies issues de ses manies1 d*ir5t brusquem5t ses habitudes et dm5t5t son c>actre1 p\r le confirm] aussitt aprs dans une autre atmosphre4 ,on dit alors que la *ance t\rne4--,n'e/-ce pas plutt l'inconsci5t qui volue8 ,son att5tion ou son habilet s'veill5t-elles enf98--,s'ap]oit-il1 la longue1 que d'importants vnem5ts se dr\l5t dans le monde qui lui e/ sup]pos8--,acqui]t-il une c]ta9e expri5ce8--,un rayon d'intellig5ce1 un clair de volont s'infiltr5t-ils en sa retraite et le prvi5n5t-ils du dang]8--,appr5d-il1 au b\t de nombreuses annes1 la suite de cruelles preuves1 qu'il a intrt sortir de son apa?ie trop confiante8 ,les malheurs du dehors vi5n5t-ils sec\] son sommeil prilleux8--,ou bi51 s'il n'a jamais ignor ce qui se passait au-dessus de sa prison1 aprs de va9s et pnibles ef=ts1 p>vi5t-il1 au mom5t de l'urg5ce1 pratiqu] une sorte de fissure dans l'norme c\*e de sicles et d'indiffr5ce qui le sp>e de ses surs inconnues1 la volont et l'intellig5ce1 et russit-il a9si pr5dre "p la vie phmre dont dp5d une p>tie de sa vie8 ,,xv ,aussi bi51 reconnaissons-le1 cette hypo?se de l'inconsci5t ne suffit pas expliqu] t\tes les inju/ices de la *ance4 ,les trois plus gr&es1 qui sont les trois malheurs les plus rels qui puiss5t atte9dre l'homme1 le frapp5t d'habitude ds avant sa naissance3 je veux dire la pauvret absolue1 la maladie 7notamm5t s\s ces =mes odieuses3 la misre physiologique et les infirmits incurables1 la laideur rep\ssante et la dif=mit7 et l'infriorit intellectuelle4 ,voil les trois gr&es prtresses d'iniquit qui att5d5t et m>qu5t l'innoc5ce l'entre de la vie4 ,mais si leurs *oix p>aiss5t my/rieux1 la triple s\rce o elles puis5t les trois maux sans remde e/ peut-tre mo9s my/rieuse qu'on ne croit4 ,il n'e/ pas ncessaire de la faire remont] une volont prtablie1 des lois fatales et t]nelles4 ,la premire de ces s\rces comm5ce et f9it son c\rs dans le doma9e de l'homme2 et si l'on ignore p\rquoi tel nat pauvre et tel autre ri*e1 on sait p>faitem5t en v]tu de quelles inju/ices purem5t huma9es il y a en ce monde trop de misre d'un ct et trop d'opul5ce de l'autre4 ,les dieux et les a/res n'ont aucune "p cette iniquit4 ,quant aux deux autres1 lorsqu'on leur aura enlev t\t ce qu'elles doiv5t la pauvret1 mre de la plup>t des misres physiques et morales1 lorsqu'on en aura dt\rn t\t ce qu'elles emprunt5t aux fautes antrieures des p>5ts1 fautes qui n'avai5t ri5 d'9vitable1 il re/]a quelques inju/ices a*>nes dont on ne p\rra r5dre compte2 mais ce re/e de my/re s]a bi5 prs de t5ir dans le creux de la ma9 du philosophe qui plus t>d l'exam9]a plus loisir4 ,auj\rd'hui1 il y a sagesse ne pas ent\r] notre vie de maldictions ou d'ennemis imag9aires1 ne pas l'assombrir sans c]titudes suffisantes4 ,et p\r la *ance quotidi5ne1 admettons1 en att5dant mieux1 que lorsque n\s faisons l'hi/oire de notre =tune 7qui n'e/ pas ncessairem5t l'hi/oire de notre bonheur rel1 c'e/--dire intrieur1 puisqu'il e/ possible d'tablir celui-ci au-dessus du has>d71 n\s faisons l'hi/oire de notre tre inconsci5t4 ,c'e/ plus vraisemblable que de ml] l't]nit1 les toiles et l'esprit de l'univ]s nos petites av5tures2 et cela donne notre c\rage une meilleure allure4 ,peut-tre e/-il aussi difficile de *ang] le c>actre de notre inconsci5t que de modifi] le c\rs de ,m>s ou de ,vnus2 mais cela semble mo9s lo9ta9 et mo9s *imrique2 et ds que n\s avons *oisir entre deux probabilits1 il e/ de notre devoir le plus /rict d'adopt] celle qui entrave le mo9s notre espoir4 ,au surplus1 si le malheur tait rellem5t 9luctable1 il y aurait je ne sais quelle consolation fire se dire qu'il n'mane que de n\s1 que n\s ne sommes pas les victimes d'une volont m*ante ou les j\ets d'un has>d inutile2 mais qu'en subissant plus de maux que nos frres1 n\s ne faisons peut-tre que dcrire dans le temps et l'espace la =me ncessaire de notre p]sonnalit4 ,et tant que le malheur n'attaque pas la fi]t intime de l'homme1 celui-ci cons]ve la =ce de cont9u] la lutte et d'accomplir sa mission ess5tielle1 qui e/ de vivre avec t\te l'ardeur dont il e/ capable1 comme si sa vie tait plus importante que t\te autre aux de/9s de l'humanit4 ,c'e/ aussi plus con=me la va/e loi qui ramne en n\s1 un un1 t\s les dieux dont n\s avions rempli le monde4 ,la plup>t de ces dieux n'tai5t que des effets dont les causes se tr\vai5t en n\s-mmes4 ,a mesure que n\s avanons1 n\s dc\vrons que beauc\p de =ces qui n\s dom9ai5t et n\s m]veillai5t ne sont que des portions mal connues de notre propre puissance1 et il e/ probable que cela se confirm]a *aque j\r davantage4 ,si rappro*] de n\s1 circonscrire en n\s-mmes une =ce inconnue n'e/ pas encore la va9cre1 c'e/ dj quelque *ose que de savoir o la tr\v] et o l'int]rog]4 ,n\s sommes environns de =ces trs obscures1 mais celle avec qui n\s avons le plus directem5t affaire e/ celle qui se tr\ve au foy] de notre tre4 ,t\tes les autres pass5t p> elle1 s'y donn5t r5dez-v\s1 y r5tr5t1 y conflu5t et ne n\s intress5t que dans leurs rapports avec elle4 ,cette d]nire =ce1 n\s l'avons1 p\r la di/+u] de la f\le des autres1 appele notre =ce inconsci5te4 ,le j\r o n\s aurons russi tudi] de plus prs cet inconsci5t1 ses habilets1 ses prfr5ces1 ses antipa?ies1 ses maladresses my/rieuses1 n\s aurons s+ulirem5t m\ss les ongles et les d5ts du mon/re qui n\s p]scute s\s le nom de ,*ance1 de ,=tune1 de ,de/94 ,a cette heure n\s le n\rrissons encore comme un aveugle n\rrirait le lion qui doit le dvor]4 ,bi5tt peut-tre1 n\s v]rons le lion dans sa vritable lumire1 et appr5drons alors le dompt]4 ,p>c\rons donc1 sans n\s lass]1 t\s les *em9s qui mn5t de notre consci5ce notre inconsci5ce4 ,n\s arriv]ons a9si trac] une sorte de s5ti] dans les gr&es r\tes encore impraticables qui vont de ce qu'on voit ce qu'on ne voit pas1 de l'homme ,dieu et de l'individu l'univ]s4 ,au b\t de ces r\tes se ca*e le secret gnral de la vie4 ,en att5dant1 adoptons l'hypo?se qui enc\rage notre vie dans cette vie univ]selle qui a beso9 de n\s p\r p]c] ses propres nigmes1 c> n\s sommes ceux en qui ses secrets a*v5t de se cri/allis] le plus rapidem5t1 le plus limpidem5t4 ,l',,av5ir ,i ,il e/1 c]ta9s g>ds1 t\t fait incomprh5sible que n\s ne connaissions pas l'av5ir4 ,il suffirait probablem5t d'un ri51 d'un lobe crbral dplac1 de la circonvolution de ,broca ori5te de faon diffr5te1 d'un m9ce rseau de n]fs aj\t ceux qui =m5t notre consci5ce1 p\r que l'av5ir se dr\lt devant n\s avec la mme nettet1 avec la mme ampleur maje/ueuse et immuable que le pass s'tale1 non seulem5t l'horizon de notre vie individuelle1 mais encore de celle de l'espce laquelle n\s app>t5ons4 ,c'e/ une infirmit s+ulire1 une limitation curieuse de notre intellig5ce1 qui e/ cause que n\s ne savons pas ce qui va n\s arriv]1 alors que n\s connaissons ce qui n\s e/ adv5u4 ,du po9t de vue absolu o notre imag9ation p>vi5t se hauss]1 bi5 qu'elle n'y puisse vivre1 il n'y a aucune raison p\r que n\s ne voyions pas ce qui n'e/ pas encore1 att5du que ce qui n'e/ pas encore p> rapport n\s doit =cm5t exi/] dj et se manife/] quelque "p4 ,s9on1 il faudrait dire que1 en ce qui conc]ne le ,temps1 n\s =mons le c5tre du monde1 que n\s sommes les tmo9s uniques qu'att5d5t les vnem5ts p\r avoir le droit de p>atre et de compt] dans l'hi/oire t]nelle des effets et des causes4 ,il s]ait aussi absurde de l'affirm] p\r le ,temps qu'il s]ait absurde de le faire p\r l',espace1 cette autre =me un peu mo9s incomprh5sible du d\ble my/re inf9i dans lequel flotte t\te notre vie4 ,l',espace n\s e/ plus famili] p>ce que les has>ds de notre organisme n\s mett5t plus directem5t en rapport avec lui et le r5d5t plus concret4 ,n\s p\vons assez librem5t n\s y m\voir dans un c]ta9 nombre de s5s1 en avant et en arrire de n\s4 ,c'e/ p\rquoi aucun voyageur ne s'avis]ait de s\t5ir que les villes qu'il n'a pas encore visites ne devi5dront relles qu'au mom5t o il pntr]a dans leur ence9te4 ,p\rtant1 c'e/ peu prs ce que n\s faisons qu& n\s n\s p]suadons qu'un vnem5t qui n'e/ pas encore arriv n'a pas encore d'exi/5ce4 ,,ii ,mais je n'ai pas l'int5tion de m'g>]1 la suite de tant d'autres1 dans la plus insoluble des nigmes4 ,n'en disons pas davantage1 s9on que le ,temps e/ un my/re que n\s avons arbitrairem5t divis en pass et en av5ir1 p\r essay] d'y compr5dre quelque *ose4 ,en soi1 il e/ peu prs c]ta9 qu'il n'e/ qu'un imm5se ,prs5t1 t]nel1 immobile1 o t\t ce qui a eu lieu et t\t ce qui aura lieu a immuablem5t lieu1 sans que dema91 except dans l'esprit phmre des hommes1 se di/+ue d'hi] ou d'auj\rd'hui4 ,on dirait que l'homme eut t\j\rs le s5tim5t qu'une simple infirmit de son esprit le sp>e de l'av5ir4 ,il le sait l1 vivant1 actuel et p>fait1 d]rire une espce de mur aut\r duquel il n'a cess de t\rn] depuis les premi]s j\rs de sa v5ue sur cette t]re4 ,ou plutt1 il le s5t en lui1 et connu d'une p>tie de lui-mme1 sans que cette connaissance1 pressante et inquitante1 puisse p>v5ir1 trav]s les canaux trop troits de ses s5s1 jusqu' sa consci5ce1 qui e/ le seul lieu o une connaissance acquire un nom1 une =ce utilisable1 et p\r a9si dire droit de cit huma9e4 ,c'e/ seulem5t p> lueurs1 p> des infiltrations =tuites et passagres1 que les annes futures dont il e/ ple9 et dont les ralits imprieuses l'ent\r5t de t\tes p>ts pntr5t en son c]veau4 ,il s'tonne qu'un extraord9aire has>d ait clos presque h]mtiquem5t l'av5ir ce c]veau qui y plonge t\t enti]1 comme un vase scell plonge sans s'y ml] au pr(ond d'une m] mon/rueuse qui l'accable1 l'agace et le c>esse de ses milli]s de vagues4 ,de t\t temps1 il essaya de tr\v] des crevasses dans ce mur1 de provoqu] des infiltrations dans ce vase1 de p]c] les p>ois qui sp>5t sa raison1 qui ne sait presque ri51 de son in/9ct qui sait t\t1 mais ne peut se s]vir de sa sci5ce4 ,il semble qu'il y ait plus d'une fois russi4 ,il y eut des visionnaires1 des prophtes1 des sibylles1 des py?onisses1 en qui une maladie1 un sy/me n]veux spontanm5t ou artificiellem5t hyp]trophi1 p]mir5t des communications insolites de s'tablir entre le consci5t et l'inconsci5t1 entre la vie de l'individu et celle de l'espce1 entre l'homme et son dieu ca*4 ,ils laissr5t de cette possibilit des tmoignages aussi irrcusables qu'aucun autre tmoignage de l'hi/oire4 ,d'autre "p1 comme ces int]prtes tranges1 ces gr&s hy/riques my/rieux1 le long des n]fs de qui circulai5t et se mlai5t a9si le prs5t et l'av5ir1 tai5t r>es1 on dc\vrit ou l'on crut dc\vrir des procds empiriques p\r arriv] d*iffr] peu prs mcaniquem5t l'nigme t\j\rs prs5te et irritante du futur4 ,on se flattait d'int]rog] de cette manire la sci5ce inconsci5te des *oses et des animaux4 ,de l v9r5t l'int]prtation du vol des oiseaux1 des entrailles des victimes1 du c\rs des a/res1 du feu1 de l'eau1 des songes1 et t\s les modes de div9ation que n\s ont transmis les auteurs de l'antiquit4 ,,iii ,il m'a p>u curieux de re*]*] o en e/ auj\rd'hui cette sci5ce de l'av5ir4 ,elle n'a plus la spl5deur ni l'audace d'autrefois4 ,elle ne fait plus p>tie de la vie publique et religieuse des nations4 ,le prs5t et le pass n\s rvl5t tant de prodiges qu'ils suffis5t amus] notre soif de m]veilles4 ,absorbs p> ce qui e/ ou ce qui fut1 n\s avons peu prs r5onc int]rog] ce qui p\rrait tre ou ce qui s]a4 ,cep5dant la vieille et vnrable sci5ce1 si pr(ondm5t enrac9e dans l'in/9ct infaillible de l'homme1 n'e/ pas ab&onne4 ,elle ne s'ex]ce plus au gr& j\r4 ,elle s'e/ rfugie dans les co9s les plus sombres1 dans les milieux les plus vulgaires1 les plus crdules1 les plus ignorants et les plus ddaigns4 ,elle use de moy5s nafs ou purils2 nanmo9s elle a volu1 elle aussi1 dans une c]ta9e mesure4 ,elle nglige la plup>t des procds de la div9ation primitive2 elle en a tr\v d'autres1 s\v5t biz>res1 p>fois risibles1 et a su pr(it] de quelques dc\v]tes qui ne lui tai5t nullem5t de/9es4 ,c'e/ dans ces refuges obscurs que je l'ai suivie4 ,j'ai v\lu la voir1 non dans les livres1 mais l'uvre1 dans la vie relle1 et p>mi les humbles fidles qui ont confiance en elle et lui dem&5t *aque j\r un conseil ou un enc\ragem5t4 ,j'y suis all de bonne foi1 incroyant mais prt croire1 sans p>ti pris et sans s\rire prconu1 c> s'il ne faut admettre aveuglm5t aucun miracle1 il e/ pire d'aveuglm5t en rire2 et dans t\te erreur ob/9e se ca*e d'habitude une excell5te vrit qui att5d l'heure de la naissance4 ,,iv ,peu de villes m'euss5t (f]t un *amp d'expri5ce plus va/e et plus fcond que ,p>is4 ,c'e/ donc l que je fis mon enqute4 ,p\r la comm5c]1 je *oisis le mom5t o un projet1 dont la ralisation 7qui ne dp5dait pas de moi seul7 devait avoir p\r moi une gr&e importance1 se tr\vait en susp5s4 ,je n'entr]ai pas dans le dtail de l'affaire qui1 en soi1 n'a gure d'intrt4 ,il suffira de savoir qu'il y avait aut\r de ce projet une f\le d'intrigues et plusieurs volonts puissantes et ho/iles1 en lutte contre la mi5ne4 ,les =ces se balanai5t1 et selon la logique huma9e il tait impossible de prvoir o allait se fix] la victoire4 ,j'avais donc pos] l'av5ir des que/ions trs prcises1 condition ncessaire1 c> si beauc\p se plaign5t qu'il ne leur dise ri51 c'e/ s\v5t qu'ils l'int]rog5t un mom5t o ri5 ne se prp>e l'horizon de leur exi/5ce4 ,j'allai successivem5t voir les a/rologues1 les *iromanci5s1 les sibylles d*ues et familires qui se flatt5t de lire l'av5ir dans les c>tes1 dans le m>c de caf1 dans l'infloresc5ce du blanc d'uf diss\s dans un v]re d'eau1 etc4 7,c> il ne faut ri5 nglig]2 et si l'app>eil e/ p>fois s+uli]1 il arrive qu'une p>celle de vrit se dissimule s\s les plus absurdes pratiques47 ,j'allai surt\t voir les plus clbres de ces prophtesses1 qui1 s\s le nom de somnambules1 de voyantes1 de mdiums1 etc41 sav5t sub/itu] leur consci5ce la consci5ce et mme une p>tie de l'inconsci5ce de ceux qui les int]rog5t1 et qui sont1 en somme1 les plus directes hritires des py?onisses d'autrefois4 ,je r5contrai dans ce monde dsquilibr beauc\p de f\rb]ies1 de simulations et de grossi]s m5songes4 ,mais j'eus aussi l'occasion d'y tudi] de prs c]ta9s phnomnes curieux et inconte/ables4 ,ils ne suffis5t pas dcid] s'il e/ donn l'homme de s\lev] le tissu d'illusions qui lui drobe l'av5ir1 mais ils jett5t un j\r assez trange sur ce qui se passe dans le lieu que n\s croyons le plus inviolable1 je veux dire le sa9t des sa9ts du ,temple enseveli1 o nos p5ses les plus intimes1 et les =ces qui se tr\v5t s\s elles et que n\s ignorons1 entr5t et sort5t notre insu et *]*5t ttons la my/rieuse r\te qui mne aux vnem5ts futurs4 ,v ,il s]ait fa/idieux de dire ce qui m'adv9t *ez ces prophtes et ces voyantes4 ,je me cont5t]ai de rapport] brivem5t l'une des expri5ces les plus curieuses4 ,du re/e1 elle rsume la plup>t des autres2 et la psy*ologie de t\tes e/1 peu de *ose prs1 id5tique4 ,la voyante en "q e/ l'une des plus clbres de ,p>is4 ,elle prt5d inc>n]1 dans son tat hypnotique1 l'esprit d'une petite fille inconnue nomme ,julia4 ,aprs m'avoir fait asseoir devant une table qui n\s sp>ait1 elle me recomm&a de tutoy] ,julia et de lui p>l] d\cem5t1 comme on p>le une enfant de sept ou huit ans4 ,ensuite1 ses traits1 ses yeux1 ses ma9s1 t\t son corps se convulsa dsagrablem5t durant quelques secondes1 ses *eveux se dn\r5t2 et l'expression de sa face1 compltem5t *ange1 dev9t nave et purile4 ,une petite voix d'enfant1 aigu et claire1 sortit alors de ce gr& corps de femme mre1 et me dem&a1 en zzayant un peu3 ,qu'e/-ce que tu veux8 ,tu z des ennuis8 ,e/-ce p\r toi1 ou p\r une autre p]sonne1 que tu vi5s me voir8--,c'e/ p\r moi4--,bi52 veux-tu m'aid] un peu8 ,conduis-moi p> la p5se l'endroit o sont tes ennuis4 ,je conc5trai mon att5tion sur le projet qui me t5ait cur1 et sur les div]s acteurs du petit drame encore lat5t4 ,alors1 peu peu1 aprs quelques ttonnem5ts prlim9aires1 et sans que je l'aidasse ni d'un mot ni d'un ge/e1 elle pntra rellem5t dans ma p5se1 y lut1 p\r a9si dire1 comme dans un livre lgrem5t voil1 situa trs exactem5t le lieu de la scne1 reconnut les p]sonnages pr9cipaux1 et les dcrivit sommairem5t1 p> petites t\*es sautillantes et enfant9es1 mais biz>rem5t ju/es et prcises4--,c'e/ trs bi51 ,julia1 lui dis-je ce mom5t1 mais je sais t\t cela2 ce qu'il faudrait m'appr5dre1 c'e/ ce qui arriv]a p> la suite4--,ce qui arriv]a1 ce qui arriv]a444 ,v\s v\lez t\s savoir ce qui arriv]a2 mais c'e/ trs difficile444--,mais encore8444 ,comm5t l'affaire f9ira-t-elle8 ,e/-ce moi qui l'emport]ai8--,oui1 oui1 je vois2 n'aie pas peur1 je t'aid]ai2 tu s]as satisfait444--,mais l'ennemi dont tu m'z p>l2 celui qui me rsi/e et me veut du mal444--,non1 non1 il n'en veut pas toi3--c'e/ cause d'une autre p]sonne444 ,je ne vois pas p\rquoi444 ,il la dte/e444 ,oh6 il la hait1 il la hait6444 ,et c'e/ p>ce que tu l'aimes bi51 qu'il ne veut pas que tu fasses p\r elle ce que tu v\drais faire444 7,elle disait vrai47--,mais enf91 insi/ai-je1 ira-t-il jusqu'au b\t1 ne cd]a-t-il po9t8--,oh6 ne le cra9s pas444 ,je vois1 il e/ malade2 il ne vivra pas longtemps4--,tu te trompes1 ,julia1 je l'ai vu avant-hi]1 il se porte =t bi54--,non1 non1 a n'y fait ri52 il e/ malade444 ,cela ne se voit pas1 mais il e/ trs malade444 ,il doit m\rir bi5tt444--,mais qu& donc8 et comm5t8--,il y a du sang sur lui1 aut\r de lui1 p>t\t444--,du sang8--,e/-ce un duel8 7,j'avais p5s1 un in/ant1 tr\v] occasion de me battre avec l'adv]saire7 un accid5t1 un meurtre1 une v5geance8 7,c'tait un homme inju/e et sans scrupules1 qui avait fait beauc\p de mal bi5 des g5s7--,non1 non1 ne m'int]roge plus1 je suis trs fatigue444 ,laisse-moi m'en all]444--,pas avant de savoir444--,non1 je ne puis ri5 dire444 ,je suis trop fatigue444 ,laisse-moi m'en all]444 ,sois bon1 je t'aid]ai444 ,la mme crise qu'au db convulsa le corps o la petite voix s'tait tue2 et le masque de la qu>anta9e rec\vrit le visage de la femme1 qui p>ut sortir d'un long sommeil4 ,e/-il ncessaire d'aj\t] que n\s ne n\s tions jamais vus avant cette r5contre1 et que n\s n\s ignorions aussi pr(ondm5t que si n\s fussions ns sur deux plantes diffr5tes8 ,,vi ,analogues fur5t1 en somme1 avec des dtails mo9s c>actri/iques et mo9s probants1 les rsultats de la plup>t des expri5ces o les voyantes tai5t s9crem5t endormies4 ,af9 de faire une sorte de contre-preuve1 j'envoyai1 *ez la femme que ,julia avait *oisie p\r int]prte1 deux p]sonnes dont je connaissais l'intellig5ce et la bonne foi4 ,comme moi1 elles avai5t pos] l'av5ir une "q importante et prcise1 que la *ance ou la de/9e p\vai5t seules rs\dre4 ,a l'une1 qui l'int]rogeait sur la maladie d'un ami1 ,julia prdit la mort pro*a9e de cet ami3 et l'vnem5t vrifia sa prdiction1 bi5 qu'au mom5t o elle la fit1 la gurison p>t inf9im5t plus probable que la mort4 ,a l'autre1 qui lui dem&a comm5t f9irait un procs1 elle rpondit assez vasivem5t sur ce po9t2 p> contre1 spontanm5t elle lui rvla l'endroit o se tr\vait un objet qui avait t =t prcieux la p]sonne qui la consultait1 mais p]du depuis si longtemps1 et si s\v5t *]* en va91 que cette p]sonne tait p]suade qu'elle n'y p5sait plus4 ,p\r ce qui me conc]ne1 la prophtie de ,julia se ralisa en p>tie1 c'e/--dire que sans que je triomphasse sur le po9t pr9cipal1 l'affaire s'arrangea nanmo9s d'une manire satisfaisante d'autres g>ds4 ,quant la mort de l'adv]saire1 elle n'e/ pas encore adv5ue1 et volonti]s je disp5se l'av5ir de t5ir la promesse qu'il me fit p> la b\*e innoc5te de l'enfant d'un monde inconnu4 ,,vii ,il e/ =t tonnant qu'on puisse a9si pntr] dans le suprme refuge de notre tre1 et y lire mieux que n\s des p5ses et des s5tim5ts p>fois oublis ou rep\sss1 mais t\j\rs vivaces1 ou encore in=muls4 ,il e/ vraim5t dconc]tant qu'un trang] aille plus lo9 que n\s dans notre propre cur4 ,cela rp& une lumire s+ulire sur la nature de notre vie intime4 ,n\s avons beau n\s g>d]1 n\s r5f]m] en n\s1 notre consci5ce n'e/ pas tan*e1 elle fuit1 elle ne n\s app>ti5t pas2 et s'il faut des circon/ances spciales p\r qu'un autre s'y in/alle et en pr5ne possession1 il e/ nanmo9s c]ta9 que dans la vie normale1 notre = intrieur1 comme on l'a appel avec l'intuition pr(onde que l'on tr\ve s\v5t dans l'tymologie des mots1 e/ une sorte de =um1 de m>* spirituel1 o la plup>t de ceux qui y ont affaire vont et vi5n5t leur gr1 plong5t le reg>d et *oisiss5t les vrits d'une faon t\t autre1 et beauc\p plus librem5t que n\s ne l'avions cru jusqu' ce j\r4 ,mais laissons ce po9t qui n'e/ pas l'objet de notre tude4 ,ce que je v\drais dml] dans les prdictions de ,julia1 c'e/ la "p d'inconnu trangre moi-mme4 ,alla-t-elle au del de ce que je savais8 ,je ne le crois pas4 ,qu& elle me p>la de l'heureuse issue de l'affaire1 c'tait en somme l'issue que je prvoyais1 qui p\vait1 la rigueur1 satisfaire la p>tie g/e et grossire de mon in/9ct1 bi5 que ma volont1 fidle un devoir lm5taire1 ft dcide t\t sacrifi] plutt que de se sp>] de ce devoir p\r lui prfr] un misrable triomphe p]sonnel4 ,il e/ donc rem>quable que dans les communications de ce g5re1 la voix la plus secrte de l'in/9ct se fasse ent5dre bi5 plus nettem5t que celle de la volont la mieux dt]m9e4 ,aussi bi5 qu& elle m'annona la mort de l'adv]saire1 elle ne faisait que rvl] un secret dsir de ce mme in/9ct1 un de ces dsirs l*es et honteux que n\s n\s ca*ons n\s-mmes et qui ne s'lv5t pas jusqu' notre p5se4 ,il n'y aurait rellem5t prophtie que si1 contre t\te att5te1 contre t\te vraisemblance1 cette mort surv5ait d'ici peu4 ,mais alors mme qu'elle survi5drait pro*a9em5t1 ce ne s]ait pas1 je crois1 la py?ie qui aurait pntr l'av5ir1 mais moi1 mon in/9ct1 mon tre inconsci5t qui aurait prvu un vnem5t auquel il se tr\vait li4 ,elle aurait lu dans le ,temps1 non pas absolum5t et comme dans un livre univ]sel o t\t ce qui doit avoir lieu e/ inscrit1 mais p> moi1 trav]s moi1 dans mon intuition p>ticulire1 et n'aurait fait que traduire ce que mon inconsci5ce ne p\vait dire ma p5se4 ,il en fut de mme1 j'imag9e1 p\r les deux p]sonnes qui l'allr5t consult]4 ,celle qui elle prdit la mort d'un ami avait probablem5t1 malgr l'assurance que la raison donnait l'amiti1 la conviction intime1 naturelle ou div9atrice1 mais n]giquem5t t\ffe1 que le malade succomb]ait1 et c'e/ cette conviction que la somnambule dc\vrit p>mi les d\x espoirs qui s'ef=ai5t de la tromp]4 ,quant la seconde1 qui retr\va inop9m5t un objet g>1 il e/ difficile de connatre assez exactem5t l'tat d'esprit d'autrui p\r dcid] s'il y eut d\ble vue ou simplem5t ress\v5ir4 ,celui qui avait p]du l'objet ignorait-il absolum5t en quel lieu et dans quelles circon/ances il l'avait p]du8 ,il affirme que oui1 qu'il n'en avait jamais eu la mo9dre notion1 qu'au contraire1 il tait p]suad que l'objet avait t non pas g>1 mais drob1 et qu'il n'avait cess de s\ponn] un de ses dome/iques4 ,mais il e/ possible que sans que son intellig5ce1 son moi veill y ft att5tion1 la p>tie inconsci5te et comme endormie de lui-mme et =t bi5 rem>qu et se rappelt l'endroit o l'objet avait t dpos4 ,ds lors1 p> un miracle non mo9s surpr5ant1 mais d'un autre ordre1 la voyante aurait retr\v et rveill le s\v5ir lat5t et presque animal1 et l'aurait am5 la lumire huma9e qu'il avait va9em5t t5t de rejo9dre4 ,,viii ,en s]ait-il a9si de t\tes les prdictions8 ,les prophties des gr&s prophtes1 les oracles des sibylles1 des py?ies1 des py?onisses se s]ai5t-ils cont5ts de reflt]1 de traduire et d'lev] a9si au monde intelligible l'in/9ctive clairvoyance des individus ou des peuples qui les c\tai5t8 ,que *acun accepte la rponse ou l'hypo?se que lui suggre sa propre expri5ce4 ,j'ai donn la mi5ne avec la simplicit et la s9crit que dem&e une "q de la nature#d4 #d ,d'autres sujets de mon enqute m'ont donn des rsultats mo9s curieux mais p>fois d'une nature analogue4 ,j'ai visit1 p> exemple1 un c]ta9 nombre de *iromanci5s2 et1 en voyant les app>tem5ts somptueux de plusieurs de ces prophtes de la ma9 qui ne me rvlai5t que des niais]ies1 7je fais nanmo9s une exception honorable71 j'admirais dj la navet de leur cli5tle1 lorsqu'un ami me signala1 dans une ruelle aux environs du ,mont-de-,pit1 la demeure du pratici5 qui1 selon lui1 avait le mieux cultiv et dvelopp les gr&es traditions de la sci5ce de ,desb>olles et de d',arp5tigny4 ,je tr\vai au sixime tage d'une affreuse maison-f\rmilire1 dans une s\p5te qui s]vait la fois de salon et de *ambre c\*]1 un vieil homme sans prt5tion1 d\x et vulgaire1 dont les phrases t5ai5t plus du conci]ge que du prophte4 ,je n'en obt9s pas gr&'*ose3 mais1 quelques p]sonnes plus n]veuses que je m5ai *ez lui1 notamm5t deux ou trois femmes dont je connaissais suffisamm5t le pass et le c>actre1 il rvla avec une prcision assez tonnante les proccupations de leur esprit et de leur cur1 disc]na =t adroitem5t les pr9cipales c\rbes de leur exi/5ce1 s'arrta aux c>ref\rs o leur de/9e avait rellem5t dvi ou hsit1 dc\vrit c]ta9es p>ticul>its frappantes1 exactes1 presque anecdotiques 7voyages1 am\rs1 influ5ces subies1 accid5ts7 en un mot1 et t\t en t5ant compte de la sorte d'auto-sugge/ion qui fait que notre imag9ation plus ou mo9s enflamme au contact du my/re1 prcise immdiatem5t le plus in=me indice1 il leur traa de leur prs5t et de leur pass1 sur un plan un peu conv5tionnel et symbolique1 un s*me bi5 arrt o elles tai5t obliges de reconnatre1 malgr leur mfiance1 le sillage spcial de leur vie4 ,p\r ce qui e/ de ses prdictions1 je dois dire qu'aucune ne se ralisa4 ,assurm5t1 il y avait dans ses intuitions quelque *ose de plus que des concid5ces heureuses4 ,c'tait1 app>emm5t1 un degr mo9dre1 une sorte de communication n]veuse d'inconsci5t inconsci5t1 du mme ordre que *ez la somnambule4 ,j'ai r5contr le mme phnomne *ez une liseuse de m>c de caf2 mais avec des manife/ations plus has>deuses1 plus inc]ta9es1 c'e/ p\rquoi je ne m'y arrt]ai pas4 ,il e/1 je le rpte1 presque incroyable que n\s ne sa*ions po9t l'av5ir4 ,je m'imag9e que n\s sommes en face de lui comme en face d'un pass oubli4 ,n\s p\rrions essay] de n\s en s\v5ir4 ,quelques faits ins9u5t que cela n'e/ pas impossible4 ,il s'agirait d'inv5t] ou de retr\v] le *em9 de cette mmoire qui n\s prcde4 ,je conois que n\s n'ayons pas qualit p\r connatre d'avance les b\lev]sem5ts des lm5ts1 le de/9 des plantes1 de la t]re1 des empires1 des peuples et des races4 ,cela ne n\s t\*e pas directem5t1 et n\s ne le savons dans le pass que grce aux artifices de l'hi/oire4 ,mais ce qui n\s reg>de1 ce qui e/ notre porte1 ce qui doit se dr\l] dans la petite sphre d'annes1 scrtion de notre organisme spirituel1 qui n\s enveloppe dans le ,temps1 comme leur coquille ou leur cocon enveloppe dans l',espace le mollusque ou l'insecte1 cela1 et t\s les vnem5ts extrieurs qui s'y rapport5t1 e/ probablem5t inscrit dans cette sphre4 ,en t\t cas1 il s]ait beauc\p plus naturel qu'il l'y ft1 qu'il n'e/ comprh5sible qu'il ne l'y soit pas4 ,il y a l des ralits en lutte avec une illusion2 et ri5 ne n\s emp*e de croire qu'ici1 comme p>t\t ailleurs1 les ralits ne f9iss5t p> va9cre l'illusion4 ,les ralits1 c'e/ ce qui n\s arriv]a1 tant dj arriv dans l'hi/oire qui surplombe la ntre1 dans l'hi/oire immobile et surhuma9e de l'univ]s4 ,l'illusion1 c'e/ le voile opaque tram de ces fils phmres appels hi]1 auj\rd'hui et dema91 que n\s tissons sur ces ralits4 ,mais il n'e/ pas indisp5sable que t\t notre tre demeure t]nellem5t dupe de cette illusion4 ,on peut mme se dem&] si notre extraord9aire inaptitude connatre une *ose aussi simple1 aussi inconte/able1 aussi p>faite et aussi ncessaire que l'av5ir1 ne s]ait pas l'un des plus gr&s sujets d'tonnem5t de l'habitant d'une autre toile qui n\s visit]ait4 ,auj\rd'hui1 cela n\s p>at si pr(ondm5t impossible que n\s avons pe9e n\s imag9] comm5t la ralit c]ta9e de l'av5ir rfut]ait les objections que n\s lui faisons au nom de l'illusion organique de notre esprit4 ,n\s lui disons p> exemple3 si1 au mom5t d'entrepr5dre une affaire1 n\s p\vions savoir que l'issue en s]a malheureuse1 n\s ne l'entrepr5drions pas2 et1 ds lors1 puisqu'il doit tre crit quelque "p1 dans le ,temps1 avant notre int]rogation1 que l'affaire n'aura pas lieu att5du que n\s y r5onc]ons1 n\s ne saurions prvoir l'issue de ce qui n'aura pas eu de comm5cem5t1 etc4 ,p\r ne pas n\s g>] dans cette voie qui n\s mn]ait en des lieux o ri5 ne n\s appelle1 il n\s suffira de n\s dire que l'av5ir1 comme t\t ce qui exi/e1 e/ probablem5t plus cohr5t et plus logique que la logique de notre imag9ation1 et que t\tes nos hsitations et nos inc]titudes s]ont comprises dans ses prvisions4 ,du re/e1 soyons p]suads que la m>*e des vnem5ts ne dvi]ait gure si n\s la connaissions d'avance4 ,d'abord1 ne saurai5t l'av5ir ou une p>tie de l'av5ir1 que ceux qui v\drai5t se donn] la pe9e de l'appr5dre2 comme ne sav5t le pass ou une p>tie de leur propre prs5t que ceux qui ont le c\rage et l'intellig5ce de l'int]rog]4 ,n\s n\s adapt]ions promptem5t aux leons de cette sci5ce n\velle1 de mme que n\s n\s sommes adapts celles de l'hi/oire4 ,n\s f]ions bi5tt la "p des maux auxquels n\s n\s p\rrions drob]1 et celle des maux 9vitables4 ,les plus sages amo9drirai5t p\r eux le total de ceux-ci1 et les autres irai5t au-devant d'eux comme ils vont ma9t5ant au-devant de beauc\p de dsa/res c]ta9s et qu'il e/ facile de prdire4 ,la somme de nos dboires s]ait un peu dim9ue1 mais mo9s que n\s ne l'esprons2 c> dj notre raison sait prvoir une portion de notre av5ir1 s9on avec l'vid5ce matrielle que n\s rvons1 du mo9s avec une c]titude morale s\v5t satisfaisante2 et n\s rem>quons que la plup>t des hommes ne tir5t gure pr(it de ces prvisions si faciles4 ,ils nglig]ai5t les conseils de l'av5ir1 comme ils ent5d5t1 sans les suivre1 les avis du pass4 ,,f9 ,,table ,,des ,,mati,,res ,pages4 ,la ,ju/ice #a ,l'volution du ,my/re #ajc ,le ,rgne de la ,matire #aga ,le ,pass #bja ,la ,*ance #bbi ,l',av5ir #bhe ,p>is4--,l4 ,,m>e!ux1 imprimeur1 #a1 rue ,cassette4--#aeje4