,,le ,,sage ,,et ,,ses ,,amis ,r,,my ,,de ,,gourmont ,,les ,,femmes ,,et ,,le ,,langage ,a ,,paris ,,chez ,,madame ,,lesage ,la part des femmes est si grande dans l'oeuvre de la civilisation qu'il serait peine exagr de dire que l'difice est bti sur les paules de ces frles cariatides4 ,les femmes savent des choses qui n'ont jamais t crites ni enseignes1 et sans lesquelles presque tout le matriel de notre vie quotidienne serait inutilisable4 ,des cosaques1 en #ahad1 ayant dcouvert une provision de bas1 les enfilrent immdiatement par dessus leurs bottes3 exemple gnral de nos gestes les plus communs1 si les femmes n'avaient pas t dans les sicles les patientes ducatrices de l'enfance4 ,ce rle est si naturel qu'il en parat humble2 nous ne sommes frapps que par l'extraordinaire4 ,le puissant outillage d'un tissage nous subjugue2 qui a jamais regard avec motion le simple jeu de deux aiguilles tricoter8 ,cependant1 compar ces petits morceaux de bois1 le plus formidable mtier mcanique n'est plus rien2 il reprsente une civilisation particulire3 les aiguilles de bois ou de fer reprsentent la civilisation absolue4 ,il faut en tout distinguer l'essentiel et ce qui est de surcrot4 ,dans la civilisation la part des femmes reprsente l'essentiel4 ,cela est plus facile sentir qu' prouver1 car il s'agit prcisment des actes qui passent inaperus le long de la vie1 de toutes sortes de choses dont on ne parle pas parce qu'on ne les voit pas ou parce qu'on n'en comprend pas l'importance4 ,ainsi la physiologie a t longtemps ignore tandis que la curiosit se portait aux monstres2 le phnomne continu disparat pour nos sens4 ,ce fut un citadin ou un prisonnier ou un aveugle soudain guri qui s'avisa le premier de la beaut de la nature4 ,il y a une psychologie extrieure qui disparat dans l'habitude2 analyse1 elle rvle les actes volontaires les plus importants de la vie4 ,volontaires1 c'est dire contingents relativement aux mouvements primordiaux de la vie d'une espce2 volontaires1 en ce qu'ils ont de particulier pour signaler une race2 volontaires1 si l'on regarde la volont comme la conscience d'un effort inconscient4 ,sens ou facult1 la parole ne peut logiquement tre spare de l'oue1 mais l'ducation de l'oue est beaucoup moins sensible que celle de l'appareil vocal2 on peut donc les considrer sparment1 ou du moins sans observer un ordre prcis en des acquisitions qui sont enchevtres comme tous les jeux de la vie4 ,remuer1 entendre1 voir1 parler1 tout cela se tient2 l'imitation se jette la fois sur toutes les fonctions1 quoiqu'on puisse tablir un ordre de naissance apprciable pour chacune d'elles4 ,cet ordre importe peu en une tude o il s'agit non de l'intelligence qui reoit1 mais de l'intelligence qui donne1 de l'extrieur1 et non de la vie psychologique interne4 ,la parole est fminine4 ,les potes et les orateurs sont des fminins4 ,parler1 c'est faire oeuvre de femme4 ,la femme1 parce qu'elle parle comme chante un oiseau1 est seule capable d'enseigner le langage quand l'enfant tente d'imiter les sons qu'il a entendus1 la femme est l qui le regarde1 lui sourit et l'encourage2 il s'tablit un contrat muet de travail entre ces deux tres1 et que de patience chez celui qui sait pour guider celui qui essaie6 ,les premiers mots que prononce un enfant ne correspondent en son esprit aucun objet1 aucune sensation2 l'enfant1 ce moment de sa vie1 est un perroquet1 et rien de plus4 ,il imite2 il parle parce qu'il entend parler4 ,si on se taisait autour de lui1 la parole resterait fige dans son cerveau4 ,de l l'importance du babillage de la femme1 importance bien suprieure celle des plus beaux pomes et des philosophies les plus profondes4 ,la fonction qui fait de l'homme un homme est l'oeuvre particulire de la femme2 un enfant lev par une femme trs femme et trs bavarde est plus tt form la parole et par consquent la conscience psychologique2 aux soins d'un homme taciturne1 le mme enfant se dvelopperait trs lentement et si lentement peut-tre qu'il n'atteindrait jamais la limite de son intelligence pratique4 ,s'il tait possible d'assigner au langage une origine1 on dirait qu'il fut la cration de la femme4 ,mais le secret de toutes les origines nous chappera ternellement4 ,les oiseaux chantent1 le chien aboie1 l'homme parle4 ,on ne se figure pas mieux un homme muet qu'un chien muet1 qu'un pinson muet4 ,et si ces espces jadis ont vcu sans voix1 on ne comprend pas bien pourquoi elles auraient acquis un organe dont se passent fort bien d'autres animaux1 et mme les oiseaux de terres australes4 ,si le langage s'apprenait ou se gagnait1 si1 pour en retrouver les premiers rudiments1 les clbres racines1 il suffisait d'atteindre la mre commune du latin et du sanscrit1 du grec et du saxon1 on ne voit pas bien pourquoi le chien ne converse pas avec son matre autrement que par la queue1 les yeux1 des jappements4 ,mais le chien ne parlera jamais1 parce que le gnie d'une espce animale est dtermin aussi rigoureusement que la forme des espces cristalliques4 ,que la plus ancienne langue ft compose de cinq ou six cents monosyllabes correspondant autant d'ides gnrales1 c'est une opinion maintenant sans valeur1 mais qui eut de la force2 elle supporta plusieurs constructions dont l'extravagance ne fut pas d'abord vidente4 ,cependant on n'avait jamais observ en aucune langue relle quelque chose comme un rservoir mme inconscient de racines4 ,les mots naissent les uns des autres par drivation1 venant au monde tantt plus longs1 tantt plus courts que le mot premier4 ,cette drivation est toujours domine par un sens concret1 rel et vivant2 aucun homme1 s'il n'a fait des tudes spciales qui lui aient gt l'esprit1 n'a le sens des racines4 ,les ba1 be1 bi1 bo1 bu des alphabets1 voil autant de racines1 d'aprs la thorie2 mais1 chacun de ces sons1 une srie de significations parentes n'est pas dvolue2 ils peuvent1 et dans la mme langue1 les assumer toutes au hasard1 ou selon une logique dont les lois sont indterminables4 ,ce qu'il y a de primitif dans le discours1 ce n'est pas le mot1 mais la phrase4 ,la phrase parle de l'homme est instinctive1 comme la phrase chante de l'oiseau1 comme la phrase jappe du chien4 ,le mot est un produit analytique4 ,pour donner la priorit au mot sur la phrase1 on tait de cette ide que le mot est cr aprs que la chose a t perue1 l'homme agissant comme un nomenclateur1 comme un professeur de botanique qui donne des noms des brins de mousse4 ,la ralit est diffrente4 ,l'enfant balbutie des mots avant de connatre les objets dont ces mots sont le signe4 ,il est possible que l'homme ait parl--jacass--trs longtemps avant que s'tablt dans son esprit une relation fixe entre les choses et les sons familiers sortis de sa bouche4 ,des milliers de langues ont pu tre ainsi successivement jacasses sur des milliers de territoires2 langues imprcises1 avant tout musicales1 suites de phrases ou certains sons seulement correspondaient des ralits4 ,mais ces sons1 malgr leur importance1 malgr leur valeur d'utilit et de reprsentation1 on peut les supposer d'abord presque aussi fugitifs que le reste du discours4 ,une langue non crite ne survit jamais la gnration qui la cre2 chez les sauvages1 chaque gnration cre sa langue1 si bien que le grand-pre est un tranger parmi ses petits-enfants4 ,si l'on admet ce jacassement primitif1 on admettra volontiers que la femme a d y prendre une grande part1 en mme temps qu'elle excitait par ses rires et par son attention la verve des mles4 ,la femme est peu capable d'innovation verbale2 nulle jamais parmi celles qui furent tout de mme de bons crivains1 ne se cra une langue dans le sens o l'on dit cela de ,ronsard1 de ,montaigne1 de ,chateaubriand ou de ,victor ,hugo2 mais elle redit bien1 et souvent mieux qu'un homme1 ce qui fut dit avant elle4 ,ne pour conserver1 elle s'acquitte de son rle en perfection4 ,elle rallume ternellement et sans se lasser la torche qui va mourir une torche nouvelle et toute pareille4 ,c'est entre les mains des femmes que brillent les ,lampada ,vitai1 danseuses du ballet de la vie ou vestales mlancoliques au fond des caves4 ,ce que la femme fut historiquement1 elle le sera toujours et elle le fut toujours1 ds avant l'histoire4 ,des mots se fixent dans le jacassement primitif2 c'est l'oeuvre de la femme4 ,ne l'attention par la monotonie de son labeur de mnagre1#a elle se rvolte contre le renouvellement inutile des termes4 ,sa vie s'est complique en ce territoire o la chasse est abondante1 o la nature est fconde2 les besoins des hommes croissent avec leur richesse1 et en mme temps les travaux de la femme4 ,travaillant davantage1 elle a moins de temps pour couter les discours et les chansons2 des nouveauts trop rapproches la droutent2 elle corrige le langage des hommes qui1 leur tour1 se dconcertent4 ,ainsi naissent les mots usuels2 ainsi se multiplient dans le chant parl de l'homme le nombre des sons fixes correspondant des ralits4 #a ,l'ide de faire entrer ainsi l'attention dans le monde par la femme est de ,m4 ,ribot1 ,psychologie de l'attention4 ,il arriva aussi1 et cela1 sans doute1 ds les temps les plus anciens1 que la femme1 dont la mmoire est excellente1 eut retenu des parties de discours plus musicales1 mieux rythmes1 quelque couplet semblable ces mlopes que les ngres rptent insatiablement4 ,l'homme crait2 la femme apprenait par coeur4 ,si un pays civilis parvenait un jour cet tat d'esprit o toute nouveaut est aussitt accueillie et intronise la place des ides et des rouages traditionnels1 si le pass cdait constamment devant l'avenir1 aprs quelque temps de curieuse frnsie1 on verrait les hommes tomber dans cette hbtude du touriste qui ne regarde jamais deux fois les mmes figures2 pour se ressaisir1 ils devraient se retirer dans une vie tout animale1 et la civilisation prirait4 ,une pareille fin semble avoir atteint d'anciens peuples1 si presss de renouveler leurs plaisirs que leur passage n'a laiss que des traces hypothtiques4 ,c'est l'excs d'activit1 bien plus que la torpeur1 qui a conduit au dprissement beaucoup de civilisations asiatiques4 ,partout o la femme n'a pu intervenir ou opposer l'influence de sa passivit l'arrogance des jeunes mles1 la race s'est puise en essais fugitifs4 ,on peut donc tre sr que l o s'est organise une civilisation durable1 la femme en fut la pierre angulaire4 ,se levant1 comme rcitatrice1 devant le crateur1 la femme fonde un rpertoire1 une bibliothque1 des archives4 ,le premier cahier de chansons1 ce fut la mmoire d'une femme2 et ainsi du premier recueil de contes1 de la premire liasse de documents4 ,cependant l'invention de l'criture vint1 comme successivement tous les progrs1 diminuer l'importance archiviste de la femme4 ,tout ce qui parut digne de mmoire tant fix par des signes sur des matires durables1 la femme se donna le souci et le plaisir de faire vivre ce que les hommes condamnaient l'oubli4 ,elle s'est acquitte de sa tche avec une fidlit que la matire a presque toujours trahie2 et c'est ainsi que des contes qui ne furent jamais crits1 et qui remontent assurment aux temps les plus lointains sont venus jusqu' nous4 ,les femmes qui s'en taient amuses1 petites1 en amusrent leurs enfants4 ,malgr les efforts de la pdagogie rationnelle qui voudrait bien substituer au ,petit ,poucet l'histoire de la ,rvolution ou celle de la fondation de l'empire allemand1 c'est avec le conte bleu ou rouge1 d'amour ou de sang1 que les mres continuent d'endormir les enfants sages4 ,or1 il s'est trouv que cette littrature orale1 dont les thmes dpassent en nombre ceux de la littrature crite1 tait de la plus grande beaut et par consquent d'une importance suprme4 ,on doit la sauvet presque intgrale de ce trsor au gnie conservateur de la femme4 ,elle garda aussi les chansons1 les musiques 7et les danses qui s'y joignent7 dont l'homme se dtache l'ge mme o il quitte la jeunesse4 ,pour lui1 ce sont des futilits1 et il n'y songe plus2 pour la femme1 ce sont des moyens de plaire1 et elle y songe toujours1 et sans esprance1 elle s'y rejette pour revivre les flicits passes4 ,les vieilles femmes prolongent ainsi la jeunesse de leur coeur4 ,il ne semble pas que les femmes aient eu une grande part dans l'invention des contes et des chansons2 elles ont maintenu1 ce qui est une manire de crer2 mais on trouve cependant la marque de leur esprit en certaines variantes4 ,leur tendance fut d'adoucir le dnouement d'un conte1 de calmer l'effervescence d'une chanson trop folle4 ,cette intervention sauva la vie beaucoup de ces petites choses en les mettant la porte des enfants1 dont la mmoire est un coffret trs sr4 ,avec la littrature les femmes conservaient tout un ensemble de notions qu'il est difficile de dterminer4 ,il ne s'agit pas du long chapelet des superstitions1 mais de ce que les superstitions1 les croyances1 les traditions contiennent de sens pratique4 ,pour valuer l'importance de ce chapitre de la connaissance humaine il faut se recueillir en une sorte d'examen de conscience2 alors1 ayant longtemps rflchi1 on saura trier les choses qui s'apprennent dans les livres et celles qui ne furent jamais crites et que pourtant tout le monde sait4 ,ce qu'il y a de vraiment indispensable pour la conduite dans la vie nous a t appris par les femmes2 les menues rgles de la politesse1 ces gestes qui nous ouvrent la cordialit ou la dfrence d'autrui1 ces mots qui font bienvenir1 ces attitudes qu'il faut varier selon les caractres et les situations1 toute la stratgie sociale4 ,c'est en coutant les femmes qu'on apprend parler aux hommes1 s'insinuer dans leur volont1 car seules celles qui savent plaire peuvent enseigner plaire4 ,avant mme de parler1 un enfant connat la valeur d'un sourire2 c'est son premier langage1 et rien ne prouve qu'il soit absolument instinctif4 ,l'animal n'a d'attitudes que celles qui sont le signe d'un besoin2 il y en a de belles1 il y en a de jolies1 il n'y en a pas de volontaires4 ,le sourire du plus petit enfant voile souvent une intention4 ,la femme lui a appris le mystre des changes et que pour un geste aimable on peut acqurir des nourritures et les autres choses ncessaires la vie4 ,la petite fille1 mieux dispose goter cet enseignement1 connat la valeur du pli de ses lvres et du geste qui agite sa main rose1 et cela bien avant que la connaissance des signes vocaux ait permis son cerveau tendre le raisonnement lmentaire4 ,c'est donc chez elle imitation pure2 mais l'acte est favoris par le souvenir du but dj atteint aux premiers essais1 et il y a l un exemple trs curieux et trs obscur d'un effet dterminant sa cause dans l'inconscience physiologique4 ,les femmes n'ayant gure dans la vie que des relations passionnelles1 ces jeux trs primitifs restent le fond de leur tactique sociale2 les hommes mesure qu'ils vivent1 sentent le besoin de compliquer cette science lmentaire1 mais elle leur demeure toujours une ressource suprme3 attendrir son vainqueur1 lui plaire1 tel est le dernier argument du vaincu4 ,toute la mimique est l'oeuvre des femmes4 ,mme silencieuse1 une femme parle encore1 et souvent avec une sincrit que n'ont pas ses paroles2 mme immobile1 elle parle encore et souvent avec plus d'loquence que par des mots ou des gestes4 ,la conformation de son corps fait que sa respiration est un langage2 le rythme de sa poitrine dit l'tat de son me et les degrs de son motion4 ,aucun discours ne trouve un homme plus sensible4 ,mais leurs yeux disposent d'un clavier plus tendu1 quoique moins mouvant4 ,avec les yeux1 avec l'arc de la bouche muette diversement inflchi1 la femme peut aller jusqu'au bout de sa pense4 ,l'oeil plit ou s'avive1 lve ou abaisse son regard1 et c'est le dsir ou le ddain1 le dpit ou la promesse1 autant de pages qu'un homme comprend ds qu'il a intrt les lire4 ,a ces lueurs et ces mouvements1 le jeu des paupires ajoute sa valeur2 ce jeu est affirmatif1 ngatif1 interrogateur4 ,il profre un oui bref et net et un oui de langueur et d'abandon2 il questionne sur le ton de la colre ou celui de la plainte2 il refuse par un arrt brusque moiti de la prunelle qui voile les yeux sans les fermer4 ,mais que d'autres nuances et que le sourire aussi est riche en paroles6 ,toute la femme parle2 elle est le langage mme4 ,ses enfants seront d'abord des mimes4 ,comme leur mre ils sauront parler d'abord avec tout ce qui ne parle pas1 acquisition prcieuse4 ,darwin a trouv chez les animaux l'esquisse de l'expression des motions4 ,il y a dans la mimique humaine une importante part d'instinct2 la femme a cultiv ces mouvements primitifs1 elle les a chargs de nuances1 elle les a multiplis2 aux signes des motions vraies sont venus se joindre les signes des motions fausses1 et alors seulement il y a eu langage4 ,l'expression animale des motions n'est pas un langage1 car elle ne saurait feindre2 le langage vrai commence avec le mensonge4 ,il y a un sens du rel dans le mot fameux3 ,le langage a t donn l'homme pour dguiser sa pense4 ,le mensonge1 qui est la seule preuve extrieure de la conscience psychologique1 est aussi la seule preuve que des gestes sont un langage et non une mimique inconsciente2 le mensonge est la base mme du langage et sa condition absolue4 ,l'analyse des faits linguistiques dmontre cela assez bien1 puisque tout mot contient une mtaphore et que toute mtaphore est un dplacement de la ralit1 quand elle n'est pas un mensonge voulu et prmdit4 ,mais prendre le langage tel qu'il nous apparat1 et en supposant que chaque mot corresponde un objet1 on peut dire que s'il existait un homme qui n'et jamais menti1 cet homme n'aurait jamais parl4 ,ce n'est pas parler1 en effet1 que de dire ,j'ai peur ou ,j'ai froid quand on a peur ou qu'on a froid2 c'est exprimer une motion ou une sensation au moyen de signes verbaux1 analogues au tremblement de l'animal transi ou affam4 ,mais si au contraire1 niant son motion ou sa sensation1 l'homme qui a froid dit3 ,j'ai chaud et l'homme qui a faim3 ,je n'ai pas faim il parle1 qu'il use des paroles1 des gestes ou des signes de l'criture1 cela1 au mensonge1 c'est--dire la conscience1 on reconnat l'homme4 ,mensonge1 que l'on ne s'y trompe pas1 prend ici le sens de3 expression d'une sensation imaginaire2 il s'agit de psychologie et non de morale1 domaines spars4 ,si la femme est le langage1 elle doit donc tre le mensonge1 et aussi la conscience4 ,tout cela se tient et ne fait qu'un4 ,le premier de ces points n'a pas t tudi1 mais l'opinion populaire lui est favorable4 ,outre qu'elles parlent plus volontiers que les hommes1 elles usent d'une syntaxe meilleure1 d'un vocabulaire moins hasard1 elles prononcent bien3 on sent que le langage est leur lment4 ,le second point3 le mensonge1 est incontest2 mais on en fait un crime aux femmes1 alors qu'il est la consquence d'un autre don et d'ailleurs une affirmation de leur spiritualit4 ,les femmes mentent plus que les hommes2 c'est donc qu'elles ont un plus grand sentiment de l'indpendance1 une conscience plus vive3 et voil le troisime point atteint1 sans qu'il soit besoin1 semble-t-il1 d'une dmonstration minutieuse4 ,on a parl du mensonge hystrique2 il est probable qu'il y a l un abus1 non dans les termes1 mais dans l'intention qui les a unis4 ,si l'on veut dire mensonge inconscient1 c'est une absurdit4 ,le mensonge est1 au contraire1 le signe mme de la conscience1 et il ne peut y avoir mensonge que l o il y a conscience pleine et active4 ,il ne faut pas confondre une sensation dlirante exprime telle qu'elle a t sentie avec le travestissement volontaire donn l'expression d'une sensation vraie1 confondre avec le dernier le premier terme de la srie4 ,l'animal ne ment jamais2 comment le pourrait-il8 ,il est forc d'exprimer1 telle qu'il prouve1 sa sensation4 ,s'il a envie de mordre1 le chien retrousse ses babines1 montre ses dents4 ,le voit-on se contenir1 faire l'hypocrite1 mentir8 ,c'est qu'au contact de l'homme il a peut-tre acquis un rudiment de conscience2 c'est que l'ducation qu'il a reue se trouve ce moment en conflit avec son instinct4 ,d'ailleurs la ruse1 et surtout applique la dfense ou la qute de la vie1 est toute autre chose que le mensonge2 c'est une forme aigu de la prudence4 ,le vrai mensonge est sans but1 sans utilit que d'affirmer un dtachement suprieur2 il apparat tel qu'une ngation des liens qui attachent l'homme la ralit2 par quoi il se rapproche de la posie et de l'art1 dont il est un des lments4 ,l'art est n1 comme le mensonge1 d'une vive conscience1 des sensations et des motions2 il affirme un tat de sensibilit extrme1 en mme temps qu'une tendance repousser ce rel dont les sens d'un homme furent blesss4 ,l'art1 quelle que soit sa forme1 implique une connaissance approfondie des signes1 et la volont de les transposer sans tenir compte de leurs concordances usuelles4 ,l'artiste est celui qui ment suprieurement1 au-dessus des autres hommes4 ,s'il ment avec la parole1 c'est le pote2 avec le son inarticul1 c'est le musicien2 avec les formes dont il fixe les attitudes1 c'est le sculpteur1 et son art n'est que le dveloppement extrme du langage des gestes 7dont le danseur fixe un tat trs fugitif72 avec les lignes et les couleurs1 c'est le peintre1 et que fait-il8 ,sinon de rendre aux hiroglyphes des critures primitives leur vritable aspect et toute leur ampleur naturelle8 ,l'art est un langage et n'est que cela4 ,mais si la femme est le langage1 d'o vient qu'elle se voit si mdiocrement manifeste dans les jeux suprmes du langage8 ,des critiques1 pour la flatter1 ont allgu on ne sait quelle hrdit latrale1 par quoi on dmontre que1 filles de mres de moins en moins cultives1 mesure que l'on remonte le cours des sicles1 il n'est pas surprenant que leurs aptitudes soient moindres que celles des mles4 ,cela n'est pas srieux1 car le gnie ni le talent n'ont rien voir avec les cultures antrieures2 il y a des aptitudes que le milieu dveloppe4 ,pourquoi une fille n'hriterait-elle pas de cette aptitude comme un frre8 ,d'ailleurs voil des milliers d'annes que l'on apprend la musique aux femmes1 et c'est peut-tre l qu'elles ont encore le moins cr4 ,la cause est plus profonde4 ,la femme est le langage mais le langage lmentaire1 le langage utile2 son rle n'est pas de crer1 mais de conserver4 ,elle s'en acquitte merveille4 ,elle ne cre ni les pomes ni les statues1 mais elle cre les crateurs des pomes et des statues2 elle leur enseigne le langage1 qui est la condition de leur science2 le mensonge1 qui est la condition de leur art2 la conscience1 qui leur donne le gnie1 quand l'enfant1 vers six ou sept ans1 sort des mains de la femme1 l'homme est fait4 ,il parle1 et c'est tout l'homme4 ,la grande oeuvre intellectuelle de la femme est l'enseignement du langage4 ,les grammairiens et leurs succdans1 instituteurs et professeurs1 s'imaginent tre les matres du langage et que sans leur intervention la langue des hommes prirait dans la confusion et l'incohrence2 on les entretient depuis des sicles dans cette illusion1 et pourtant il n'en est pas de plus ridicule4 ,les femmes sont les ouvriers lmentaires1 et les potes les ouvriers suprieurs du langage1 les uns et les autres inconscients de leur rle2 l'intervention du grammairien est presque toujours mauvaise1 moins qu'elle ne se borne constater des faits1 moins qu'elle n'ose ramener vers les mains des femmes et des potes une influence que la science ne saurait exercer qu'avec injustice4 ,voici des enfants qui parlent2 ils s'en vont l'cole recevoir une leon de grammaire4 ,ils parlent et usent de toutes les formes du verbe et de toutes les nuances de la syntaxe avec aisance et justesse4 ,ils parlent1 mais voil l'cole1 et le matre triomphe de leur apprendre ce que c'est que l'imparfait du subjonctif4 ,a une fonction l'coltre a substitu une notion2 il a remplac le geste par la conscience du geste1 le mot par sa dfinition3 il enseigne la grammaire1 il n'enseigne pas le langage4 ,le langage est une fonction2 la grammaire est l'analyse de cette fonction4 ,il est aussi utile de savoir la grammaire pour parler sa langue naturelle que de savoir la physiologie pour respirer avec ses propres poumons ou marcher avec ses jambes4 ,compar au rle de la mre ignorante qui cueille comme une fleur le premier mot panoui sur les lvres de l'enfant1 le rle du matre est presque nul4 ,ce mot qui vient de fleurir1 c'est la mre elle-mme qui l'a sem1 car si le langage est une fonction1 il faut lui donner les matriaux sur lesquels elle puisse s'exercer4 ,le bavardage futile d'une femme1 si peu diffrent de celui de la petite fille qui parle sa poupe1 voil la premire leon de l'enfant et celle qui en importance dpasse toutes les autres2 autant de mots1 autant de graines qui vont germer1 pousser1 fructifier dans le jeune cerveau4 ,sans cette semence sans cesse jete la vole1 la fonction linguistique de l'enfant resterait inerte et il ne sortirait de ses lvres que des sons vagues et peut-tre inarticuls4 ,on s'est demand parfois quelle langue parleraient des enfants levs ensemble hors de porte de la voix humaine4 ,ils n'en parleraient peut-tre aucune4 ,c'est une question que nul ne peut rsoudre4 ,en tout cas1 ils ne parleraient qu'une langue rudimentaire1 c'est--dire trop sche1 variable et entirement inconnue1 car il n'y a pas plus de racines innes que d'ides innes4 ,l'enfant ne cre pas sa langue1 encore moins il ne secrte pas sa langue2 il l'apprend4 ,il parle selon qu'on parle autour de son berceau2 il est phonographe d'abord et aussi mcaniquement que l'instrument mme4 ,avant de pouvoir situer les signes vocaux au-dessus des objets1 il les possde en grand nombre1 mais en confusion1 en vrac4 ,ensuite il apprendra utiliser cette richesse2 comme il connat d'une part les mots et d'autre part les objets1 l'opration qui va les runir dans sa mmoire lui sera des plus faciles et des plus naturelles4 ,la femme dirige cette rpartition avec joie1 et elle s'admire en admirant les progrs de l'enfant2 elle croit que la double acquisition du mot et de l'objet se fait intgralement son ordre1 et cela lui donne de l'orgueil4 ,ainsi l'ignorance du mcanisme physiologique de l'enfant assure le succs de l'ducatrice4 ,ce langage que l'enfant tient tout entier de la femme1 c'est en son honneur que plus tard il l'exercera volontiers comme pote1 conteur1 philosophe1 thologien ou moraliste1 comme crateur de valeurs selon l'expression trs forte de ,nietzsche4 ,la plus grande partie de la littrature est l'oeuvre indirecte de la femme1 faite pour elle1 pour lui plaire ou la piquer1 pour l'exalter ou la dnigrer1 toucher son coeur1 idaliser ou maudire sa beaut et son amour4 ,il a fallu que les deux sexes fussent aussi profondment dissemblables1 aussi trangers1 aussi opposs1 pour que l'un se soit fait l'adorateur de l'autre4 ,avec la parit des gots1 des besoins1 des dsirs1 les diffrences corporelles n'eussent pas suffi ni le commandement de l'espce4 ,l'humanit ne pouvait se perptuer sans l'amour1 et l'amour et t impossible sans les divergences radicales qui font que l'homme et la femme sont deux mondes l'un l'autre impntrables4 ,on ne peut adorer que l'inconnu2 il n'y a plus de religion l o il n'y a plus de mystre4 ,la femme inconnue fut adore par l'homme naturellement religieux4 ,dans toutes les socits1 tant qu'elle est jeune et belle1 la femme1 et mme esclave1 est la matresse de la civilisation2 les potes que sa grce a inspirs augmentent cette suprmatie en faisant d'elle l'objet de leurs chants1 et la posie1 qui ne voulait d'abord que dire les joies de la possession ou les affres du dsir1 achve son volution en crant l'amour4 ,car l'amour1 avec tout ce que contient ce mot1 de sentiment1 de passion1 de rve1 de bonheur1 de larmes1 est bien une cration verbale et l'oeuvre mme de l'imagination des artistes du langage4 ,c'est dans les pomes1 les contes1 les rcits traditionnels1 que l'homme vulgaire1 enclin la seule jouissance1 a appris aimer1 augmenter jusqu' l'infini des joies mdiocres et des chagrins futiles4 ,rptons ici le mot de ,nietzsche3 ,le ,pote a t le crateur des valeurs sentimentales4 ,mais1 presque aussitt cres1 elles lui ont chapp1 s'emparant de ces valeurs nouvelles1 la femme les a transformes en instruments de rgne2 elle a cueilli avec simplicit les fruits du langage1 son oeuvre4 ,comment l'amour volua sous cette domination et tous les bienfaits qui en ont t la consquence1 ce serait un long chapitre de l'histoire de la civilisation4 ,il a t tir de cet ouvrage1 le neuvime de la collection ,le ,sage et ses ,amis #bj exemplaires sur papier du ,japon1 numrots #a #bj4--bj exemplaires sur papier ,roma jaune de ,naples numrots #ba #dj4--baj exemplaires sur papier ,madagascar des papeteries ,navarre1 numrots #da #bej4 ,il a t tir1 en outre1 #ge exemplaires sur papier ,roma jaune paille1 numrots en chiffres romains ,i ,,lxxv1 rservs ,monsieur douard ,champion1 pour la ,socit des ,mdecins ,bibliophiles et les ,bibliophiles du ,palais4 ,cet exemplaire porte le ,n