,,maurice ,,maeterlinck ,,le ,,tr,,sor ,,des ,,humbles ,,paris ,,soci,t ,,dv ,,mercvre ,,de ,,france ,,xv1 ,,rve ,,de ,l',,chavd-,,saint-,,germain1 ,,xv ,m ,,dccc ,,xcvi ,tous droits rservs4 ,,il ,a ,t ,,tir ,,de ,,cet ,,ouvrage3 ,neuf exemplaires sur ,japon imprial1 numrots #a #i1 et vingt exemplaires sur ,hollande van ,gelder1 numrots #aj #bi4 ,,justification ,,du ,,tirage3 ,droits de reproduction et de traduction rservs pour tous pays1 y compris la ,sude et la ,norvge4 ,,du ,m,,me ,,auteur3 ,serres ,chaudes #a vol4 ,la ,princesse ,maleine #a vol4 ,les ,aveugles 7l',intruse1 les ,aveugles7 #a vol4 ,l'ornement des ,noces spirituelles de ,ruysbroeck l',admirable1 traduit du flamand et prcd d'une ,introduction #a vol4 ,les ,sept ,princesses #a vol4 ,pllas et ,mlisande #a vol4 ,alladine et ,palomides1 ,intrieur et la ,mort de ,tintagiles1 trois petits drames pour marionnettes #a vol4 ,annabella 7traduit de ,ford7 #a vol4 ,les ,disciples a ,sas et les ,fragments de ,novalis1 prcds d'une ,introduction #a vol4 ,,pour ,,paraitre3 ,aglavaine et ,slysette1 drame4 #a vol4 ,a ,,madame ,,georgette ,,leblanc ,i ,,le ,,silence ,silence and ,secrecy6 s'crie ,carlyle1 il faudrait leur lever des autels d'universelle adoration4 7,si ces jours taient de ceux o l'on lve encore des autels74 ,le silence est l'lment dans lequel se forment les grandes choses1 pour qu'enfin elles puissent merger1 parfaites et majestueuses1 la lumire de la vie qu'elles vont dominer4 ,ce n'est pas seulement ,guillaume le ,taciturne1 ce sont tous les hommes considrables que j'ai connus1 et les moins diplomates et les moins stratgistes de ceux-ci1 qui s'abstenaient de bavarder de ce qu'ils projetaient et de ce qu'ils craient4 ,et toi-mme1 dans tes pauvres petites perplexits1 essaie donc de retenir ta langue durant un jour2 et le lendemain1 comme tes desseins et tes devoirs seront plus clairs6 ,quels dbris et quelles ordures ces ouvriers muets n'ont-ils pas balays en toi-mme1 tandis que les bruits inutiles du dehors n'entraient plus6 ,la parole est trop souvent1 non comme le disait le ,franais1 l'art de cacher la pense1 mais l'art d'touffer et de suspendre la pense1 en sorte qu'il n'en reste plus cacher4 ,la parole est grande1 elle aussi2 mais ce n'est pas ce qu'il y a de plus grand4 ,comme l'affirme l'inscription suisse3 ,sprechen ist ,silbern1 ,schweigen ist ,golden1 la parole est d'argent1 et le silence est d'or1 ou comme il vaudrait mieux le dire3 ,la parole est du temps1 le silence de l'ternit4 ,les abeilles ne travaillent que dans l'obscurit1 la pense ne travaille que dans le silence et la vertu dans le secret444 ,il ne faut pas croire que la parole serve jamais aux communications vritables entre les tres4 ,les lvres ou la langue peuvent reprsenter l'me de la mme manire qu'un chiffre ou un numro d'ordre reprsente une peinture de ,memlinck1 par exemple1 mais ds que nous avons vraiment quelque chose nous dire1 nous sommes obligs de nous taire2 et si dans ces moments nous rsistons aux ordres invisibles et pressants du silence1 nous avons fait une perte ternelle que les plus grands trsors de la sagesse humaine ne pourront rparer1 car nous avons perdu l'occasion d'couter une autre me et de donner un instant d'existence la ntre2 et il y a bien des vies o de telles occasions ne se prsentent pas deux fois444 ,nous ne parlons qu'aux heures o nous ne vivons pas1 dans les moments o nous ne voulons pas apercevoir nos frres et o nous nous sentons une grande distance de la ralit4 ,et ds que nous parlons1 quelque chose nous prvient que des portes divines se ferment quelque part4 ,aussi sommes-nous trs avares du silence2 et les plus imprudents d'entre nous ne se taisent pas avec le premier venu4 ,l'instinct des vrits surhumaines que nous possdons tous nous avertit qu'il est dangereux de se taire avec quelqu'un que l'on dsire ne pas connatre ou que l'on n'aime point2 car les paroles passent entre les hommes1 mais le silence1 s'il a eu un moment l'occasion d'tre actif1 ne s'efface jamais1 et la vie vritable1 et la seule qui laisse quelque trace1 n'est faite que de silence4 ,souvenez-vous ici1 dans ce silence auquel il faut avoir recours encore1 afin que lui-mme s'explique par lui-mme2 et s'il vous est donn de descendre un instant en votre me jusqu'aux profondeurs habites par les anges1 ce qu'avant tout vous vous rappellerez d'un tre aim profondment1 ce n'est pas les paroles qu'il a dites ou les gestes qu'il a faits1 mais les silences que vous avez vcus ensemble2 car c'est la qualit de ces silences qui seule a rvl la qualit de votre amour et de vos mes4 ,je ne m'approche ici que du silence actif1 car il y a un silence passif1 qui n'est que le reflet du sommeil1 de la mort ou de l'inexistence4 ,c'est le silence qui dort2 et tandis qu'il sommeille1 il est moins redoutable encore que la parole2 mais une circonstance inattendue peut l'veiller soudain1 et alors c'est son frre1 le grand silence actif1 qui s'intronise4 ,soyez en garde4 ,deux mes vont s'atteindre1 les parois vont cder1 des digues vont se rompre1 et la vie ordinaire va faire place une vie o tout devient trs grave1 o tout est sans dfense1 o plus rien n'ose rire1 o plus rien n'obit1 o plus rien ne s'oublie444 ,et c'est parce qu'aucun de nous n'ignore cette sombre puissance et ses jeux dangereux que nous avons une peur si profonde du silence4 ,nous supportons la rigueur le silence isol1 notre propre silence3 mais le silence de plusieurs1 le silence multipli1 et surtout le silence d'une foule1 est un fardeau surnaturel dont les mes les plus fortes redoutent le poids inexplicable4 ,nous usons une grande partie de notre vie rechercher les lieux o le silence ne rgne pas4 ,ds que deux ou trois hommes se rencontrent1 ils ne songent qu' bannir l'invisible ennemi1 car combien d'amitis ordinaires n'ont d'autres fondements que la haine du silence8 ,et si1 malgr tous les efforts1 il russit se glisser entre des tres assembls1 ces tres tourneront la tte avec inquitude1 du ct solennel des choses que l'on n'aperoit pas1 et puis ils s'en iront bientt1 cdant la place l'inconnu1 et ils s'viteront l'avenir1 parce qu'ils craignent que la lutte sculaire ne devienne vaine une fois de plus1 et que l'un d'eux ne soit de ceux1 peut-tre1 qui ouvrent en secret la porte l'adversaire444 ,la plupart d'entre nous ne comprennent et n'admettent le silence que deux ou trois fois dans leur vie4 ,ils n'osent accueillir cet hte impntrable que dans des circonstances solennelles1 mais presque tous1 alors1 l'accueillent dignement2 car les plus misrables mme ont dans leur existence des moments o ils savent agir comme s'ils savaient dj ce que savent les dieux4 ,rappelez-vous le jour o vous rencontrtes sans terreur votre premier silence4 ,l'heure effrayante avait sonn2 et il venait au devant de votre me4 ,vous l'avez vu monter des gouffres de la vie dont on ne parle pas1 et des profondeurs de la mer intrieure de beaut ou d'horreur1 et vous n'avez pas fui444 ,c'tait un retour1 sur le seuil d'un dpart1 au cours d'une grande joie1 ct d'une mort ou au bord d'un malheur4 ,souvenez-vous de ces minutes o toutes les pierreries secrtes se rvlent et o les vrits endormies se rveillent en sursaut2 et dites-moi si le silence1 alors1 n'tait pas bon et ncessaire1 et si les caresses de l'ennemi sans cesse poursuivi n'taient pas des caresses divines8 ,les baisers du silence malheureux--car c'est surtout dans le malheur que le ,silence nous embrasse--ne peuvent plus s'oublier2 et c'est pourquoi ceux qui les ont connus plus souvent que les autres valent mieux que les autres4 ,ils savent seuls1 peut-tre1 sur quelles eaux muettes et profondes repose la mince corce de la vie quotidienne1 ils sont alls plus prs de ,dieu1 et les pas qu'ils ont faits du ct des lumires sont des pas qui ne se perdent plus2 car l'me est une chose qui peut ne pas monter1 mais qui ne peut jamais descendre444 ,silence1 le grand ,empire du silence1 s'crie encore ,carlyle--qui connut si bien cet empire de la vie qui nous porte--plus haut que les toiles1 plus profond que le royaume de la ,mort6444 ,le silence et les nobles hommes silencieux6444 ,ils sont pars et l1 chacun dans sa province1 pensant en silence1 travaillant en silence1 et les journaux du matin n'en parlent point444 ,ils sont le sel mme de la terre1 et le pays qui n'a pas de ces hommes ou qui en a trop peu n'est pas en bonne voie444 ,c'est une fort qui n'a pas de racines1 qui est toute tourne en feuilles et en branches1 et qui bientt doit se faner et n'tre plus une fort444 ,mais le silence vritable1 qui est plus grand encore et qu'il est plus difficile d'approcher que le silence matriel dont nous parle ,carlyle1 n'est pas un de ces dieux qui peuvent abandonner les hommes4 ,il nous entoure de tous cts1 il est le fond de notre vie sous-entendue1 et ds que l'un de nous frappe en tremblant l'une des portes de l'abme1 c'est toujours le mme silence attentif qui ouvre cette porte4 ,ici encore nous sommes tous gaux devant la chose sans mesure2 et le silence du roi ou de l'esclave1 en face de la mort1 de la douleur ou de l'amour1 a le mme visage1 et cache sous son manteau impntrable des trsors identiques4 ,le secret de ce silence-l1 qui est le silence essentiel et le refuge inviolable de nos mes1 ne se perdra jamais1 et si le premier-n des hommes rencontrait le dernier habitant de la terre1 ils se tairaient de la mme faon dans les baisers1 les terreurs ou les larmes1 ils se tairaient de la mme faon dans tout ce qui doit tre entendu sans mensonges1 et malgr tant de sicles1 ils comprendraient en mme temps1 comme s'ils avaient dormi dans le mme berceau1 ce que les lvres n'apprendront pas dire avant la fin du monde444 ,ds que les lvres dorment1 les mes se rveillent et se mettent l'oeuvre2 car le silence est l'lment plein de surprises1 de dangers et de bonheur1 dans lequel les mes se possdent librement4 ,si vous voulez vraiment vous livrer quelqu'un1 taisez-vous3 et si vous avez peur de vous taire avec lui1-- moins que cette crainte ne soit la crainte ou l'avarice auguste de l'amour qui espre des prodiges--fuyez-le1 car votre me dj sait quoi s'en tenir4 ,il est des tres avec qui le plus grand des hros n'oserait pas se taire1 et des mes qui n'ont rien cacher cependant tremblent que certaines mes les dcouvrent4 ,il en est d'autres aussi qui n'ont pas de silence1 et qui tuent le silence autour d'eux2 et ce sont les seuls tres qui passent vraiment inaperus4 ,ils ne parviennent pas traverser la zone rvlatrice1 la grande zone de la lumire ferme et fidle4 ,nous ne pouvons nous faire une ide exacte de celui qui ne s'est jamais tu4 ,on dirait que son me n'a pas eu de visage4 ,nous ne nous connaissons pas encore1 m'crivait quelqu'un que j'aimais entre tous1 nous n'avons pas encore os nous taire ensemble4 ,et c'tait vrai2 dj nous nous aimions si profondment que nous avions eu peur de l'preuve surhumaine4 ,et chaque fois que le silence1 ange des vrits suprmes et messager de l'inconnu spcial de chaque amour1 descendait entre nous1 nos mes genoux semblaient demander grce et implorer encore quelques heures de mensonges innocents1 quelques heures d'ignorance ou quelques heures d'enfance444 ,et nanmoins il faut que son heure vienne4 ,il est le soleil de l'amour et il mrit les fruits de l'me1 comme l'autre soleil les fruits de notre terre4 ,mais ce n'est pas sans raison que les hommes le redoutent2 car on ne sait jamais quelle sera la qualit du silence qui va natre4 ,si toutes les paroles se ressemblent1 tous les silences diffrent1 et la plupart du temps1 toute une destine dpend de la qualit de ce premier silence que deux mes vont former4 ,des mlanges ont lieu1 on ne sait o1 car les rservoirs du silence sont situs bien au-dessus des rservoirs de la pense2 et le breuvage imprvu devient sinistrement amer ou profondment doux4 ,deux mes admirables et d'gale puissance peuvent donner naissance un silence hostile1 et se feront dans les tnbres une guerre sans merci1 au lieu que l'me d'un forat viendra se taire divinement avec l'me d'une vierge4 ,on ne sait rien d'avance1 et tout ceci se passe dans un ciel qui ne prvient jamais2 et c'est pourquoi les amants les plus tendres retardent bien souvent jusqu'aux dernires heures la solennelle entre du grand rvlateur des profondeurs de l'tre444 ,c'est qu'ils savent aussi--car l'amour vritable ramne les plus frivoles au centre de la vie--c'est qu'ils savent aussi que tout le reste tait des jeux d'enfant tout autour de l'enceinte1 et que c'est maintenant que les murailles tombent et que l'existence est ouverte4 ,leur silence vaudra ce que valent les dieux qu'ils renferment1 et s'ils ne s'entendent pas dans ce premier silence1 leurs mes ne pourront pas s'aimer1 car le silence ne se transforme point4 ,il peut monter ou bien descendre entre deux mes1 mais sa nature ne changera jamais2 et jusqu' la mort des amants1 il aura l'attitude1 la forme et la puissance qu'il avait au moment o1 pour la premire fois1 il entra dans la chambre4 ,a mesure qu'on avance dans la vie1 on s'aperoit que tout a lieu selon je ne sais quelle entente pralable dont on ne souffle mot1 laquelle on ne pense mme pas1 mais dont on sait pourtant qu'elle existe quelque part1 au-dessus de nos ttes4 ,le plus inefficace d'entre les hommes sourit1 aux premires rencontres1 comme s'il tait le vieux complice du destin de ses frres4 ,et dans le domaine o nous sommes1 ceux-l mmes qui savent parler le plus profondment sentent le mieux que les mots n'expriment jamais les relations relles et spciales qu'il y a entre deux tres4 ,si je vous parle en ce moment des choses les plus graves1 de l'amour1 de la mort ou de la destine1 je n'atteins pas la mort1 l'amour ou le destin1 et malgr mes efforts1 il restera toujours entre nous une vrit qui n'est pas dite1 qu'on n'a mme pas l'ide de dire1 et cependant cette vrit qui n'a pas eu de voix aura seule vcu un instant entre nous1 et nous n'avons pas pu songer autre chose4 ,cette vrit1 c'est notre vrit sur la mort1 le destin ou l'amour2 et nous n'avons pu l'entrevoir qu'en silence4 ,et rien1 si ce n'est le silence1 n'aura eu d'importance4 ,mes soeurs1 dit une enfant dans un conte de fes1 vous avez chacune votre pense secrte et je veux la connatre4 ,nous aussi nous avons quelque chose que l'on voudrait connatre1 mais elle se cache bien plus haut que la pense secrte2 c'est notre silence secret4 ,mais les questions sont inutiles4 ,toute agitation d'un esprit sur ses gardes devient mme un obstacle la seconde vie qui vit dans ce secret2 et pour savoir ce qui existe rellement1 il faut cultiver le silence entre soi1 car ce n'est qu'en lui que s'entr'ouvrent un instant les fleurs inattendues et ternelles1 qui changent de forme et de couleur selon l'me ct de laquelle on se trouve4 ,les mes se psent dans le silence1 comme l'or et l'argent se psent dans l'eau pure1 et les paroles que nous prononons n'ont de sens que grce au silence o elles baignent4 ,si je dis quelqu'un que je l'aime1 il ne comprendra pas ce que j'ai dit mille autres peut-tre2 mais le silence qui suivra1 si je l'aime en effet1 montrera jusqu'o plongrent aujourd'hui les racines de ce mot1 et fera natre une certitude silencieuse son tour2 et ce silence et cette certitude ne seront pas deux fois les mmes dans une vie444 ,n'est-ce pas le silence qui dtermine et qui fixe la saveur de l'amour8 ,s'il tait priv du silence1 l'amour n'aurait ni got ni parfums ternels4 ,qui de nous n'a connu ces minutes muettes qui sparaient les lvres pour runir les mes8 ,il faut les rechercher sans cesse4 ,il n'y a pas de silence plus docile que le silence de l'amour3 et c'est vraiment le seul qui ne soit qu' nous seuls4 ,les autres grands silences1 ceux de la mort1 de la douleur ou du destin1 ne nous appartiennent pas4 ,ils s'avancent vers nous1 du fond des vnements1 l'heure qu'ils ont choisie1 et ceux qu'ils ne rencontrent pas n'ont pas de reproches se faire4 ,mais nous pouvons sortir la rencontre des silences de l'amour4 ,ils attendent nuit et jour au seuil de notre porte et il sont aussi beaux que leurs frres4 ,grce eux1 ceux qui n'ont presque pas pleur peuvent vivre avec les mes aussi intimement que ceux qui furent trs malheureux2 et c'est pourquoi ceux qui aimrent beaucoup savent aussi des secrets que d'autres ne savent pas2 car il y a1 dans ce que taisent les lvres de l'amiti et de l'amour profonds et vritables1 des milliers et des milliers de choses que d'autres lvres ne pourront jamais taire444 ,,ii ,,le ,r,,veil ,,de ,l',,ame ,un temps viendra peut-tre et bien des choses annoncent qu'il approche2 un temps viendra peut-tre o nos mes s'apercevront sans l'intermdiaire de nos sens4 ,il est certain que le domaine de l'me s'tend chaque jour davantage4 ,elle est bien plus prs de notre tre visible et prend tous nos actes une part bien plus grande qu'il y a deux ou trois sicles4 ,on dirait que nous approchons d'une priode spirituelle4 ,il y a dans l'histoire un certain nombre de priodes analogues1 o l'me1 obissant des lois inconnues1 remonte pour ainsi dire la surface de l'humanit et manifeste plus directement son existence et sa puissance4 ,cette existence et cette puissance se rvlent de mille manires inattendues et diverses4 ,il semble qu'en ces moments1 l'humanit ait t sur le point de soulever un peu le lourd fardeau de la matire4 ,il y rgne une sorte de soulagement spirituel2 et les lois de la nature les plus dures et les plus inflexibles flchissent et l4 ,les hommes sont plus prs d'eux-mmes et plus prs de leurs frres2 ils se regardent et s'aiment plus gravement et plus intimement4 ,ils comprennent plus tendrement et plus profondment1 l'enfant1 la femme1 les animaux1 les plantes et les choses4 ,les statues1 les peintures1 les crits qu'ils nous ont laisss ne sont peut-tre pas parfaits2 mais je ne sais quelle puissance et quelle grce secrtes y demeurent jamais vivantes et captives4 ,il devait y avoir dans les regards des tres une fraternit et des esprances mystrieuses2 et l'on trouve partout1 ct des traces de la vie ordinaire1 les traces ondoyantes d'une autre vie qu'on ne s'explique pas4 ,ce que nous savons de l'ancienne gypte permet de supposer qu'elle traversa l'une de ces priodes spirituelles4 ,a une poque trs recule de l'histoire de l',inde1 l'me doit s'tre approche de la surface de la vie jusqu' un point qu'elle n'atteignit jamais plus2 et les restes ou les souvenirs de sa prsence presque immdiate y produisent encore aujourd'hui d'tranges phnomnes4 ,il y a bien d'autres moments du mme genre o l'lment spirituel parat lutter au fond de l'humanit comme un noy qui se dbat sous les eaux d'un grand fleuve4 ,rappelez-vous la ,perse1 par exemple1 ,alexandrie et les deux sicles mystiques du moyen-ge4 ,en revanche1 il y a des sicles parfaits o l'intelligence et la beaut rgnent trs purement1 mais o l'me ne se montre point4 ,ainsi1 elle est trs loin de la ,grce et de ,rome1 du ,x,v,i,ie et du ,x,v,i,i,ie sicle franais4 7,du moins1 de la surface de ce dernier sicle1 car ses profondeurs1 avec ,claude de ,saint-,martin1 ,cagliostro qui est plus grave qu'on ne croit1 ,pascalis et tant d'autres1 nous cachent encore bien des mystres74 ,on ne sait pas pourquoi1 mais quelque chose n'est pas l2 des communications secrtes sont coupes1 et la beaut ferme les yeux4 ,il est bien difficile d'exprimer ceci par des mots et de dire pour quelles raisons l'atmosphre de divinit et de fatalit qui entoure les drames grecs ne semble pas l'atmosphre vritable de l'me4 ,on dcouvre l'horizon de ces tragdies admirables un mystre permanent et vnrable aussi2 mais ce n'est pas le mystre attendri1 fraternel et si profondment actif que nous trouvons en maintes oeuvres moins grandes et moins belles4 ,et plus prs de nous2 si ,racine est le pote infaillible du coeur de la femme1 qui oserait nous dire qu'il ait jamais fait un pas vers son me8 ,que me rpondrez-vous si je vous interroge sur l'me d',andromaque ou de ,britannicus8 ,les personnages de ,racine ne se comprennent que par ce qu'ils expriment2 et pas un mot ne perce les digues de la mer4 ,ils sont effroyablement seuls la surface d'une plante qui ne tourne plus dans le ciel4 ,ils ne peuvent pas se taire1 ou ils ne seraient plus4 ,ils n'ont pas de principe invisible1 et l'on croirait qu'une substance isolante a t interpose entre leur esprit et eux-mmes1 entre la vie qui touche tout ce qui existe et la vie qui ne touche qu'au moment fugitif d'une passion1 d'une douleur1 d'un dsir4 ,il y a vraiment des sicles o l'me se rendort et o personne ne s'en inquite plus4 ,aujourd'hui1 il est clair qu'elle fait de grands efforts4 ,elle se manifeste partout d'une manire anormale1 imprieuse et pressante1 comme si un ordre avait t donn et qu'elle n'et plus de temps perdre4 ,elle doit se prparer une lutte dcisive1 et nul ne peut prvoir tout ce qui dpendra de la victoire ou de la fuite4 ,jamais peut-tre elle n'a mis en oeuvre des forces plus diverses et plus irrsistibles4 ,on dirait qu'elle se trouve accule un mur invisible1 et l'on ne sait si c'est l'agonie ou une vie nouvelle qui l'agite4 ,je ne parlerai pas des puissances occultes1 qui se rveillent autour de nous3 du magntisme1 de la tlpathie1 de la lvitation1 des proprits insouponnes de la matire radiante et de mille autres phnomnes qui branlent les sciences officielles4 ,ces choses sont connues de tous et se constatent aisment4 ,encore ne sont-elles probablement rien ct de ce qui s'opre en ralit1 car l'me est comme un dormeur qui du fond de ses songes fait d'immenses efforts pour remuer un bras ou soulever une paupire4 ,en d'autres rgions1 o la foule est moins attentive1 elle agit plus efficacement encore1 quoique cette action soit moins sensible aux yeux qui ne sont pas accoutums voir4 ,ne dirait-on pas que sa voix est sur le point de percer d'un cri suprme les derniers sons de l'erreur qui l'enveloppent encore dans la musique2 et sentit-on jamais plus lourdement le poids sacr d'une prsence invisible qu'en telles oeuvres de certains peintres trangers8 ,enfin1 dans les littratures1 ne constate-t-on point que quelques sommets s'clairent et l d'une lueur d'une toute autre nature que les lueurs les plus tranges des littratures antrieures8 ,on approche de je ne sais quelle transformation du silence1 et le sublime positif qui a rgn jusqu'ici parat prs de finir4 ,je ne m'arrte pas sur ce sujet parce qu'il est trop tt pour parler clairement de ces choses2 mais je crois que rarement une occasion plus imprieuse d'affranchissement spirituel fut offerte notre humanit4 ,mme par moments1 cela ressemble un ultimatum2 et c'est pourquoi il importe de ne rien ngliger pour saisir cette occasion menaante qui est de la nature des songes qui se perdent sans retour si on ne les fixe pas immdiatement4 ,il faut tre prudent2 ce n'est pas sans raison que notre me s'agite4 ,mais cette agitation1 qu'on ne remarque clairement que sur les hauts plateaux spculatifs de l'existence1 se manifeste peut-tre aussi et sans que l'on s'en doute dans les sentiers les plus ordinaires de la vie2 car nulle fleur ne s'ouvre sur les hauteurs qui ne finisse par tomber dans la valle4 ,est-elle tombe dj8 ,je ne sais4 ,toujours est-il que nous constatons dans la vie quotidienne1 entre les tres les plus humbles1 des rapports mystrieux et directs1 des phnomnes spirituels1 et des rapprochements d'mes dont on ne parlait gure en d'autres temps4 ,existaient-ils moins indniablement avant nous8 ,il faut le croire1 car toutes les poques il y eut des hommes qui allrent jusqu'au fond des relations les plus secrtes de la vie et qui nous ont transmis tout ce qu'ils ont appris sur les coeurs1 les esprits et les mes de leur temps4 ,il est probable que ces mmes rapports existaient alors2 mais ils ne pouvaient avoir la force frache et gnrale qu'ils ont en ce moment2 ils n'taient pas descendus jusqu'au fond de l'humanit1 sans quoi ils eussent arrt les regards de ces sages qui les ont passs sous silence4 ,et ici1 je ne parle plus du spiritisme scientifique1 de ses phnomnes de tlpathie1 de matrialisation1 ni d'autres manifestations que j'numrais tout l'heure4 ,il s'agit d'vnements et d'interventions d'me qui ont lieu sans relche dans l'existence la plus terne des tres les plus oublieux de leurs droits ternels4 ,il s'agit aussi d'une psychologie tout autre que la psychologie habituelle1 laquelle a usurp le beau nom de ,psych1 puisqu'en ralit elle ne s'inquite que des phnomnes spirituels les plus troitement lis la matire4 ,il s'agit1 en un mot1 de ce que devrait nous rvler une psychologie transcendante qui s'occuperait des rapports directs qu'il y a d'me me entre les hommes et de la sensibilit ainsi que de la prsence extraordinaire de notre me4 ,cette tude qui lvera l'homme d'un degr est peine commence1 et elle ne tardera pas rendre inadmissible la psychologie lmentaire qui a rgn jusqu' ce jour4 ,cette psychologie immdiate1 descendant des montagnes1 envahit dj les plus petites valles et sa prsence se remarque jusque dans les plus mdiocres crits4 ,rien ne prouve plus clairement que la pression de l'me a augment dans l'humanit gnrale1 et que son action mystrieuse s'est vulgarise4 ,nous effleurons ici des choses peu prs indicibles1 et l'on ne peut donner que des exemples incomplets et grossiers4 ,en voici deux ou trois qui sont lmentaires et sensibles3 autrefois1 s'il tait question1 un moment1 d'un pressentiment1 de l'impression trange d'une entrevue ou d'un regard1 d'une dcision qui tait prise du ct inconnu de la raison humaine1 d'une intervention ou d'une force inexplicable et cependant comprise1 des lois secrtes de l'antipathie ou de la sympathie1 des affinits lectives ou instinctives1 de l'influence prpondrante de choses qui n'taient pas dites1 on ne s'arrtait pas ces problmes1 qui1 d'ailleurs1 s'offraient assez rarement l'inquitude du penseur4 ,on ne semblait les rencontrer que par hasard4 ,on ne souponnait pas de quel poids prodigieux ils psent sans relche sur la vie2 et l'on se htait de revenir aux jeux habituels des passions et des vnements extrieurs4 ,ces phnomnes spirituels1 dont les plus grands1 les plus pensifs d'entre nos frres s'occupaient peine autrefois1 les plus petits s'en inquitent aujourd'hui2 et cela prouve une fois de plus que l'me humaine est une plante d'une unit parfaite1 et que toutes ses branches1 lorsque l'heure est venue1 fleurissent en mme temps4 ,le paysan qui le don d'exprimer ce qu'il y a dans son me serait brusquement accord1 exprimerait en ce moment des choses qui ne se trouvaient pas encore dans l'me de ,racine4 ,et c'est ainsi que des hommes d'un gnie bien infrieur celui de ,shakespeare ou de ,racine ont entrevu une vie secrtement lumineuse dont celle que ces matres avaient uniquement connue n'tait que le revers4 ,c'est qu'il ne suffit pas qu'une grande me isole s'agite et l1 dans l'espace ou le temps4 ,elle fera peu de chose si elle n'est pas aide4 ,elle est la fleur des multitudes4 ,il faut qu'elle arrive au moment o l'ocan des mes s'inquite tout entier1 et si elle est venue dans l'instant du sommeil1 elle ne pourra parler que des songes du sommeil4 ,hamlet1 afin de prendre un exemple illustre entre tous1 ,hamlet1 dans ,elseneur1 s'avance chaque instant jusqu'au bord du rveil1 et cependant1 malgr la sueur glaciale qui couronne son front ple1 il y a des mots qu'il ne parvient pas nous dire et qu'il pourrait sans doute prononcer aujourd'hui1 parce que l'me du vagabond lui-mme ou du voleur qui passe1 l'aiderait parler4 ,hamlet1 lorsqu'il regarde ,claudius ou sa mre1 apprendrait prsent ce qu'il ne savait pas1 parce qu'il semble que les mes ne s'enveloppent dj plus du mme nombre de voiles4 ,savez-vous bien--et c'est une vrit inquitante et trange--savez-vous bien que si vous n'tes pas bon1 il est plus que probable que votre prsence le proclame aujourd'hui cent fois plus clairement qu'elle ne l'et fait il y a deux ou trois sicles8 ,savez-vous bien que si vous avez attrist une seule me ce matin1 l'me de ce paysan avec qui vous allez vous entretenir de l'orage ou des pluies1 a t avertie avant mme que sa main ait entr'ouvert la porte8 ,assumez le visage d'un saint1 d'un martyr1 d'un hros1 l'oeil de l'enfant qui vous rencontre ne vous saluera pas du mme regard inaccessible si vous portez en vous une pense mauvaise1 une injustice ou les larmes d'un frre4 ,il y a cent ans1 son me et peut-tre pass1 ct de la vtre1 inattentive444 ,en vrit1 il devient difficile de nourrir dans son coeur1 l'abri des regards1 une haine1 de l'envie ou une trahison1 tant les mes les plus indiffrentes sont sans cesse sur leurs gardes tout autour de notre tre4 ,nos anctres ne nous ont pas parl de ces choses1 et nous constatons que la vie o nous nous agitons est absolument diffrente de la vie qu'ils ont peinte4 ,ont-ils tromp ou ne savaient-ils pas8 ,les signes et les mots ne servent plus de rien1 et presque tout se dcide dans les cercles mystiques d'une simple prsence4 ,l'ancienne volont1 elle aussi1 la vieille volont si bien connue et si logique1 se transforme son tour et subit le contact immdiat de grandes lois inexplicables et profondes4 ,il n'y a presque plus de refuges et les hommes se rapprochent4 ,ils se jugent par-dessus les paroles et les actes1 et jusque par-dessus les penses1 car ce qu'ils voient sans le comprendre est situ bien au del du domaine des penses4 ,et c'est l'une des grandes marques auxquelles on reconnat les priodes spirituelles dont je parlais tantt4 ,on sent de tous cts que les relations de la vie ordinaire commencent changer1 et les plus jeunes d'entre nous parlent et agissent dj tout autrement que les hommes de la gnration qui les prcde4 ,une foule de conventions1 d'usages1 de voiles et d'intermdiaires inutiles retombent aux abmes1 et presque tous1 sans le savoir1 nous ne nous jugeons plus que selon l'invisible4 ,si j'entre pour la premire fois dans votre chambre1 vous ne prononcerez point1 d'aprs les lois les plus profondes de la psychologie pratique1 la sentence secrte que tout homme prononce en prsence d'un homme4 ,vous ne parviendrez pas me dire o vous tes all pour savoir qui je suis1 mais vous me reviendrez1 charg du poids de certitudes ineffables4 ,votre pre1 peut-tre1 m'et jug autrement et se serait tromp4 ,il faut croire que l'homme va bientt toucher l'homme et que l'atmosphre va changer4 ,avons-nous fait1 comme le dit ,claude de ,saint-,martin1 le grand philosophe inconnu1 avons-nous fait un pas de plus sur la route instructive et lumineuse de la simplicit des tres8 ,attendons en silence2 peut-tre allons-nous percevoir avant peu le murmure des dieux4 ,,iii ,,les ,,avertis ,ils sont connus de la plupart des hommes et presque toutes les mres les ont vus4 ,ils sont peut-tre indispensables comme toutes les douleurs1 et ceux qui ne les ont pas approchs sont moins doux1 moins tristes et moins bons4 ,ils sont tranges4 ,ils semblent plus prs de la vie que les autres enfants et ne rien souponner1 et cependant leurs yeux ont une certitude si profonde1 qu'il faut qu'ils sachent tout et qu'ils aient eu plus d'un soir le temps de se dire leur secret4 ,au moment o leurs frres ttonnent encore autour d'eux entre la naissance et la vie1 ils se sont dj reconnus1 ils sont dj debout1 les mains et l'me prtes4 ,a la hte1 sagement et minutieusement1 ils se prparent vivre1 et cette hte est le signe que les mres1 leur insu discrtes confidentes de tout ce qui ne se dit pas1 osent peine regarder4 ,souvent1 nous n'avons pas le temps de les apercevoir2 ils s'en vont sans rien dire et ceux-l nous demeurent jamais inconnus4 ,mais d'autres s'attardent un peu1 nous regardent en souriant attentivement1 semblent sur le point d'avouer qu'ils ont tout compris1 et puis1 vers la vingtime anne1 s'loignent la hte1 en touffant leurs pas1 comme s'ils venaient de dcouvrir qu'ils s'taient tromps de demeure et qu'ils allaient passer leur vie parmi des hommes qu'ils ne connaissaient pas4 ,eux-mmes ne disent presque rien et s'entourent d'un nuage au moment o ils se sentent blesss et o l'homme est sur le point de les atteindre4 ,il y a quelques jours ils semblaient tre au milieu de nous1 et ce soir1 tout coup1 ils sont si loin que nous n'osons plus les reconnatre ni les interroger4 ,ils sont l1 presque de l'autre ct de la vie1 et l'on sent que c'est l'heure enfin d'affirmer une chose plus grave1 plus humaine1 plus relle et plus profonde que l'amiti1 la piti ou l'amour2 une chose qui bat mortellement de l'aile tout au fond de la gorge1 et qu'on ignore1 et qu'on n'a jamais dite1 et qu'il n'est plus possible de dire1 car tant de vies se passent se taire6444 ,et le temps presse2 et qui de nous n'a attendu ainsi jusqu'au moment o l'on ne pouvait plus lui rpondre8 ,pourquoi sont-ils venus et pourquoi s'en vont-ils8 ,ne naissent-ils que pour nous affirmer que la vie n'a pas de but8 ,a quoi sert-il d'interroger puisqu'on ne rpondra jamais8 ,j'ai t plusieurs fois tmoin de ces choses1 et un jour je les ai vues de si prs que je ne savais plus s'il s'agissait d'un autre ou de moi-mme444 ,un frre est mort ainsi4 ,on et dit que lui seul avait t prvenu1 sans le savoir1 tandis que nous savions peut-tre quelque chose sans avoir reu cet avertissement organique qu'il reclait depuis les premiers jours4 ,a quoi distingue-t-on les tres sur lesquels va peser un vnement trs grave8 ,rien n'est visible et cependant nous voyons tout4 ,ils ont peur de nous1 parce que nous les avertissons sans cesse et malgr nous2 et peine les avons-nous abords qu'ils sentent que nous ragissons contre leur avenir4 ,nous cachons quelque chose la plupart des hommes et nous ignorons nous-mmes ce que nous leur cachons4 ,il passe entre deux tres qui se rencontrent pour la premire fois1 d'tranges secrets de vie et de mort2 et bien d'autres secrets qui n'ont pas encore de nom1 mais qui s'emparent immdiatement de notre attitude1 de nos regards et de notre visage2 et lorsque nous serrons les mains d'un ami notre me a des indiscrtions qui ne s'arrtent peut-tre pas sur le seuil de cette vie4 ,il se peut qu'il n'y ait aucune arrire-pense entre deux hommes1 mais il y a des choses plus imprieuses et plus profondes que la pense4 ,nous ne sommes pas matres de ces dons inconnus et nous trahissons sans cesse le prophte qui ne sait pas parler4 ,nous ne sommes jamais avec les autres tels que nous sommes avec nous-mmes1 ni mme tels que nous sommes avec eux dans l'obscurit et nos regards se transforment selon le pass et l'avenir qu'ils aperoivent1 et c'est pourquoi nous vivons malgr nous sur nos gardes4 ,en rencontrant ceux qui ne vivront pas1 ce n'est pas eux que nous voyons1 mais ce qui va leur arriver4 ,ils voudraient nous tromper pour se tromper4 ,ils font tout pour nous drouter et cependant1 travers leur sourire et leur ardeur vivre1 l'vnement transparat dj comme s'il tait le soutien et la raison mme de leur existence4 ,une fois de plus1 la mort les a trahis1 et ils voient avec tristesse que nous avons tout vu et qu'il y a des voix qui ne peuvent se taire4 ,qui dira la force des vnements et s'ils sont nous-mmes ou si nous ne sommes qu'eux8 ,naissent-ils de nous1 ou bien naissons-nous d'eux8 ,les attirons-nous1 ou nous attirent-ils8 ,les transformons-nous ou nous transforment-ils8 ,ne se trompent-ils jamais8 ,pourquoi viennent-ils nous comme l'abeille la ruche et la colombe au colombier2 et o se rfugient ceux qui ne nous trouvent pas au rendez-vous8 ,d'o viennent-ils notre rencontre2 et pourquoi nous ressemblent-ils comme des frres8 ,agissent-ils dans le pass ou dans l'avenir et les plus puissants sont-ils ceux qui ne sont plus ou ceux qui ne sont pas encore8 ,est-ce hier ou demain qui nous transfigure8 ,qui de nous ne passe la plus grande partie de sa vie l'ombre d'un vnement qui n'a pas encore eu lieu8 ,j'ai vu ces graves attitudes1 cette marche qui semblait avoir un but trop prochain1 ce pressentiment des grands froids et cet oeil qui ne se laissait pas distraire1 en ceux mme dont la fin devait tre accidentelle et sur qui la mort allait s'abattre inopinment du dehors4 ,et cependant1 ils se htaient autant que leurs frres qui la portaient en eux4 ,ils avaient le mme visage4 ,a eux aussi la vie semblait plus srieuse qu' ceux qui doivent vivre4 ,ils agissaient avec la mme attention sre et silencieuse4 ,ils n'avaient plus de temps perdre1 ils devaient tre prts la mme heure2 tant cet vnement qu'un prophte n'aurait pu prvoir1 tait1 leur insu1 la vie mme de leur vie4 ,c'est notre mort qui guide notre vie et notre vie n'a d'autre but que notre mort4 ,notre mort est le moule o se coule notre vie et c'est elle qui a form notre visage4 ,il ne faudrait faire que le portrait des morts1 car eux seuls sont eux-mmes et se montrent un instant tels qu'ils sont4 ,et quelle vie ne s'claire dans la pure1 froide et simple lumire qui tombe sur l'oreiller des dernires heures8 ,est-ce cette mme lumire qui baigne dj ces visages d'enfants lorsqu'ils nous sourient fixement1 et qui nous impose un silence qui ressemble celui de la chambre o quelqu'un se tait pour toujours8 ,lorsque je me rappelle ceux que j'ai connus et que la mme mort menait tous par la main1 je vois une troupe d'enfants1 d'adolescentes et d'adolescents qui semblent sortir de la mme maison4 ,ils sont dj frres et soeurs1 et l'on dirait qu'ils se reconnaissent entre eux des marques que nous ne voyons pas1 et qu'ils se font1 au moment o nous ne les observons plus1 le signe du silence4 ,ce sont les enfants attentifs de la mort prcoce4 ,au collge nous les discernions obscurment4 ,ils semblaient se chercher et se fuir la fois comme ceux qui ont la mme infirmit4 ,on les voyait l'cart sous les arbres du jardin4 ,ils avaient la mme gravit sous un sourire plus interrompu et plus immatriel que le ntre1 et je ne sais quel air d'avoir peur de trahir un secret4 ,presque toujours ils se taisaient lorsque ceux qui devaient vivre s'approchaient de leur groupe4 ,parlaient-ils dj de l'vnement1 ou bien savaient-ils que l'vnement parlait travers eux et malgr eux1 et l'entouraient-ils ainsi afin de le cacher aux yeux indiffrents8 ,ils semblaient par moments nous regarder du haut d'une tour2 et bien qu'ils fussent plus faibles que nous1 nous n'osions pas les molester4 ,il est vrai que rien n'est cach2 et vous tous qui me rencontrez1 vous savez ce que j'ai fait et ce que je ferai1 vous savez ce que je pense et ce que j'ai pens2 vous savez exactement le jour o je dois mourir1 mais vous n'avez pas encore trouv le moyen de le dire1 ft-ce voix basse et votre propre coeur4 ,nous avons l'habitude de passer sous silence tout ce que notre main n'atteint pas1 et peut-tre saurions-nous trop de choses si nous savions tout ce que nous savons4 ,nous vivons ct de notre vritable vie et nous sentons que nos penses les plus intimes et les plus profondes mme ne nous regardent pas1 car nous sommes autre chose que nos penses et que nos rves4 ,et ce n'est qu' certains moments et presque par distraction que nous vivons selon nous-mmes4 ,quel jour deviendrons-nous ce que nous sommes8 ,en attendant1 nous tions devant eux comme devant des trangers4 ,ils intimidaient notre vie4 ,parfois ils se promenaient avec nous par les corridors et les cours1 et nous avions peine les suivre4 ,parfois ils se mlaient nos jeux1 et le jeu ne semblait plus le mme4 ,quelques-uns ne trouvaient pas leurs frres4 ,ils erraient seuls au milieu de nos cris et n'avaient pas d'amis parmi ceux qui n'allaient pas mourir4 ,et cependant nous les aimions1 et aucun visage n'tait plus amical que le leur4 ,qu'y avait-il entre eux et nous et qu'y a-t-il entre nous tous8 ,au fond de quelle mer de mystres vivons-nous8 ,ici rgnait aussi cet amour qui ne s'exprime plus parce qu'il ne participe pas la vie de ce monde4 ,il ne supporterait peut-tre aucune preuve1 il semble chaque instant trahi1 et la moindre amiti ordinaire a l'air de le vaincre1 et cependant sa vie est plus profonde que nous-mmes et peut-tre ne nous semble-t-il indiffrent que parce qu'il se sait rserv pour des temps plus longs et plus srs4 ,il ne parle pas ici parce qu'il sait qu'il parlera plus tard2 et ce n'est jamais ceux que nous embrassons que nous aimons le plus profondment4 ,il y a ainsi une part de la vie1--et c'est la meilleure1 la plus pure et la plus grande1--qui ne se mle pas la vie ordinaire1 et les yeux1 des amants eux-mmes1 ne percent presque jamais cette digue de silence et d'amour4 ,ou bien les laissions-nous seuls parce que1 quoique plus jeunes1 ils taient nos ans8444 ,savions-nous qu'ils n'avaient pas le mme ge et les redoutions-nous comme des juges8 ,leurs regards taient dj moins mobiles que les ntres1 et lorsqu'ils s'appuyaient1 par hasard1 sur nos agitations1 elles s'apaisaient sans raison1 et un silence incomprhensible s'tendait un instant4 ,nous nous retournions3 ils nous observaient et ils riaient srieusement4 ,je me rappelle le visage de deux d'entre eux qu'une mort violente attendait4 ,mais presque tous taient timides et tentaient de passer inaperus4 ,ils avaient je ne sais quelle pudeur mortelle et semblaient demander pardon d'une faute inconnue et prochaine4 ,ils s'avanaient1 nous changions un regard1 nous nous cartions sans rien dire et nous comprenions tout sans rien savoir4 ,,iv ,,la ,,morale ,,mystique ,il n'est que trop vrai que les penses que nous avons donnent une forme arbitraire aux mouvements invisibles des royaumes intrieurs4 ,il y a ainsi mille et mille certitudes qui sont les reines voiles qui nous guident travers l'existence et dont nous ne parvenons pas parler4 ,ds que nous exprimons quelque chose1 nous le diminuons trangement4 ,nous croyons avoir plong jusqu'au fond des abmes et quand nous remontons la surface1 la goutte d'eau qui scintille au bout de nos doigts ples ne ressemble plus la mer d'o elle sort4 ,nous croyons avoir dcouvert une grotte aux trsors merveilleux2 et quand nous revenons au jour1 nous n'avons emport que des pierreries fausses et des morceaux de verre2 et cependant le trsor brille invariablement dans les tnbres4 ,il y a quelque chose d'impermable entre nous-mmes et notre me1 et certains moments1 dit ,emerson1 nous en arrivons dsirer ardemment la souffrance dans l'espoir que l enfin nous trouverons de la ralit et sentirons les pointes aigus et les angles de la vrit4 ,j'ai dit ailleurs que les mes semblent se rapprocher3 et cela n'a d'autre valeur que la valeur que peut avoir une impression permanente1 mais obscure1 qu'il est bien difficile d'tayer sur des faits1 car les faits ne sont que les vagabonds1 les espions ou les tranards des grandes forces qu'on ne voit pas4 ,et pourtant1 l'on dirait que1 plus profondment peut-tre que nos pres1 nous sentons1 par instants que ce n'est pas en prsence de nous seuls que nous sommes4 ,ceux qui ne croient en aucun dieu aussi bien que les autres n'agissent pas en eux-mmes comme s'ils taient srs d'tre seuls4 ,il y a une surveillance gnrale qui s'exerce ailleurs que dans les tnbres indulgentes de la conscience de chaque homme4 ,est-il vrai que les vases spirituels soient moins strictement scells qu'autrefois et que les oscillations de la mer intrieure deviennent plus puissantes8 ,je ne sais2 tout au plus pouvons-nous constater que nous n'attachons plus la mme importance un certain nombre de fautes traditionnelles1 et c'est dj le signe d'une conqute spirituelle4 ,il semble que notre morale se transforme et qu'elle s'avance petits pas vers des contres plus hautes qu'on ne voit pas encore4 ,et c'est pourquoi le moment est peut-tre venu de se poser quelques questions nouvelles4 ,qu'arriverait-il1 par exemple1 si notre me devenait visible tout coup et qu'elle dt s'avancer au milieu de ses soeurs assembles1 dpouille de ses voiles1 mais charge de ses penses les plus secrtes et tranant sa suite les actes les plus mystrieux de sa vie que rien ne pouvait exprimer8 ,de quoi rougirait-elle8 ,que voudrait-elle cacher8 ,irait-elle1 comme une femme pudique1 jeter le long manteau de ses cheveux sur les pchs sans nombre de la chair8 ,elle les a ignors1 et ces pchs ne l'ont jamais atteinte4 ,ils ont t commis mille lieues de son trne2 et l'me du ,sodomite mme passerait au milieu de la foule sans se douter de rien1 et portant dans ses yeux le sourire transparent de l'enfant4 ,elle n'est pas intervenue1 elle poursuivait sa vie du ct des lumires1 et c'est de cette vie seule qu'elle se souviendra4 ,quels pchs et quels crimes ordinaires aura-t-elle pu commettre8 ,a-t-elle trahi1 a-t-elle tromp1 a-t-elle menti8 ,a-t-elle fait souffrir et a-t-elle fait pleurer8 ,o tait-elle tandis que celui-ci livrait son frre aux ennemis8 ,elle sanglotait peut-tre loin de lui1 et partir de ce moment1 elle sera devenue plus profonde et plus belle4 ,elle n'aura point honte de ce qu'elle n'a pas fait2 et elle peut rester pure au centre d'un grand meurtre4 ,souvent1 elle transforme en clarts intrieures tout le mal auquel il faut bien qu'elle assiste4 ,tout dpend d'un principe invisible et de l nat sans doute l'inexplicable indulgence des dieux4 ,et notre indulgence1 elle aussi4 ,nous ne pouvons nous empcher de pardonner2 et quand la mort1 la grande rconciliatrice1 a pass1 qui de nous ne tombe sur les genoux et ne fait en silence sur l'me dlaisse le geste du pardon8 ,si je viens me pencher sur le corps immobile de mon pire ennemi1 croyez-vous donc qu'en regardant ces lvres ples qui m'ont calomni1 ces yeux teints qui firent pleurer les miens1 et ces mains froides qui m'ont peut-tre tortur1 je songe encore la vengeance8 ,tout a t pay par la mort au passage4 ,l'me ne me doit plus rien et instinctivement je la mets au-dessus des torts les plus cruels et des fautes les plus graves4 7,que cet instinct est admirable et significatif67 ,et si je regrette quelque chose1 ce n'est pas de ne pouvoir faire souffrir mon tour1 mais peut-tre de n'avoir pas aim suffisamment ou pardonn plus tt444 ,on dirait que dj nous comprenons ces choses tout au fond de nous-mmes4 ,ce n'est pas sur leurs actes1 et ce n'est mme pas d'aprs leurs penses les plus secrtes que nous jugeons nos frres1 car les penses secrtes ne sont pas toujours illisibles2 et nous allons bien au del de l'illisible4 ,un homme aura commis tous les crimes rputs les plus vils sans que le plus grand de ces crimes altre un seul instant le souffle de fracheur et de puret immatrielle qui entoure sa prsence2 au lieu que l'approche d'un martyr ou d'un sage pourra couvrir notre me d'paisses et insupportables tnbres4 ,un hros ou un saint choisira son ami au milieu des visages sur lesquels se lit sans peine l'habitude de toutes les penses basses1 et ne se sentira pas dans une atmosphre fraternelle ou humaine ct d'un autre tre dont le front s'illumine des rves les plus hauts et les plus magnanimes4 ,qu'est-ce que cela signifie8 et quelles nouvelles ces choses apportent-elles8 ,il y a donc des lois plus profondes que celles qui prsident aux actes et aux penses8 ,que nous a-t-on appris et pourquoi agissons-nous toujours selon des rgles dont on ne parle pas et qui seules sont sres8 ,car l'on peut affirmer qu'ici1 malgr les apparences1 le hros et le saint ne se sont point tromps4 ,ils n'ont fait qu'obir1 et si le saint est trahi et vendu par l'homme qu'il a choisi1 quelque chose d'inbranlable restera cependant1 qui lui dira qu'il n'y eut pas d'erreur et qu'il n'a rien regretter4 ,l'me n'oubliera jamais que l'autre me tait claire444 ,tandis que l'on remue la pierre presque inconnue qui couvre ces mystres1 on respire l'odeur trop forte de l'abme et les mots en mme temps que les penses tombent autour de nous comme des mouches empoisonnes4 ,la vie intrieure elle-mme parat une petite chose auprs de ces profondeurs invariables4 ,serez-vous fier1 en prsence d'un ange1 d'tre celui qui n'a jamais eu tort et n'existe-t-il pas une innocence infrieure8 ,lorsque ,jsus lit les penses misrables des ,pharisiens qui entourent le paralytique de ,capharnam1 tes-vous sr qu'il juge aussi leur me d'un coup d'oeil analogue1 qu'il la condamne en mme temps et qu'il n'aperoive pas1 par del ces penses1 une clart peut-tre inaltrable8 ,et serait-il un ,dieu si sa condamnation tait irrvocable8 ,mais pourquoi parle-t-il comme s'il s'arrtait aux dehors8 ,la pense la plus basse ou l'ide la plus noble laissera-t-elle une trace sur le pivot de diamant8 ,quel ,dieu1 s'il est vraiment sur les hauteurs1 pourra s'empcher de sourire nos fautes les plus graves1 comme on sourit aux jeux des petits chiens sur le tapis8 et que serait un ,dieu qui ne sourirait pas8 ,croyez-vous que vous prendrez la peine1 si vous devenez vraiment pur1 de soustraire aux regards des anges assembls les petits mobiles de vos grandes actions8 ,et pourtant n'y a-t-il pas en nous plus d'une chose qui peut faillir aux yeux des dieux assis sur la montagne8 ,il est sr qu'il y en a1 et notre me n'ignore pas qu'elle aura des comptes rendre4 ,elle vit1 sans rien dire1 sous la main d'un grand juge dont nous ne parvenons pas saisir les sentences4 ,mais quels seront ces comptes8 ,o trouver la morale qui le dise8 ,y a-t-il une morale mystrieuse qui rgne en des rgions plus lointaines que celles de nos penses2 et un astre central que nous ne voyons pas et dont nos plus secrets dsirs ne sont que les plantes impuissantes8 ,existe-t-il1 au centre de notre tre1 un arbre transparent dont toutes nos actions et toutes nos vertus ne sont que les fleurs et les feuilles phmres8 ,au fond1 nous ignorons quel mal notre me peut commettre et nous ne savons pas encore de quoi nous rougirions devant une intelligence suprieure ou devant une autre me2 et cependant qui de nous se trouve pur et ne redoute pas un juge8 et quelle me n'a pas peur d'une autre me8 99 99 99 99 99 ,ici1 nous ne sommes plus dans les valles connues de la vie animale ou psychique4 ,nous arrivons aux portes de la troisime enceinte3 celle de la vie divine des mystiques4 ,ce n'est qu'en ttonnant qu'on en franchit le seuil4 ,et puis le seuil franchi1 o sont les certitudes8 ,o se cachent ces lois admirables que sans relche nous transgressons peut-tre sans que notre conscience le souponne1 bien que notre me soit avertie8 ,et d'o provenait donc l'ombre de ces transgressions mystrieuses qui s'tendait parfois sur notre vie et la rendait soudain si redoutable vivre8 ,quels sont les grands pchs spirituels que nous pouvons commettre8 ,aurons-nous honte d'avoir lutt contre notre me ou notre me lutte-elle invisiblement contre ,dieu8 ,et cette lutte est-elle silencieuse tel point que pas un soupir ne force les parois8 ,y a-t-il un moment o nous pouvons entendre la reine aux lvres closes8 ,elle se tait sans espoir dans tous les vnements de la surface1 mais n'en est-il pas d'autres que l'on remarque peine et qui touchent cependant des forces ternelles et profondes8 ,voici quelqu'un qui meurt1 qui regarde ou qui pleure2 un autre qui s'approche pour la premire fois ou votre ennemi qui passe2 n'est-ce point alors qu'elle chuchote peut-tre8 ,et si vous l'coutiez1 tandis que dj vous n'aimez plus dans l'avenir l'ami auquel vous souriez en ce moment8 ,mais tout cela n'est rien et n'approche mme pas des clarts extrieures de l'abme4 ,il n'est pas possible de parler de ces choses1 parce qu'on est trop seul4 ,actuellement1 dit ,novalis1 l'me ne bouge que et l2 quand donc remuera-t-elle entirement1 et quand l'humanit commencera-t-elle prendre conscience en masse8 ,c'est cette condition seulement que quelques-uns apprendront quelque chose4 ,il faut attendre patiemment que cette conscience suprieure se forme peu peu4 ,il se peut qu'alors l'un de ceux qui viendront parvienne exprimer ce que nous sentons tous de ce ct de l'me1 qui est comme la face de la lune qu'on n'a pas aperue depuis le commencement du monde4 ,v ,,sur ,,les ,,femmes ,en ces domaines aussi1 les lois sont inconnues4 ,au-dessus de nos ttes brille1 au centre du ciel1 l'toile de l'amour qui nous est destin2 et toutes nos amours natront1 jusqu' la fin1 dans les rayons et l'atmosphre de cette toile4 ,nous aurons beau choisir droite ou bien gauche1 sur les hauteurs ou bien dans les bas-fonds2 nous aurons beau1 pour sortir de ce cercle enchant que nous sentons autour de tous les actes de notre vie1 violer notre instinct et tenter de choisir contre le choix de notre toile1 nous lirons toujours la femme descendue de l'astre invariable4 ,et si1 comme don ,juan1 nous en embrassons mille et trois1 lorsque viendra le soir o les bras se dlient et o les lvres se sparent1 nous reconnatrons que c'est encore la mme femme1 la bonne ou la mauvaise1 la tendre ou la cruelle1 l'aimante ou l'infidle1 qui se tient devant nous444 ,en vrit1 nous ne sortons jamais du petit cercle de clart que notre destine trace autour de nos pas1 et l'on dirait que les hommes les plus loigns connaissent la nuance et l'tendue de cet anneau infranchissable4 ,c'est la teinte de ces rayons spirituels qu'ils aperoivent tout d'abord et qui fait qu'ils nous tendent la main en souriant ou qu'ils la retirent avec crainte4 ,nous nous connaissons tous dans une atmosphre suprieure1 et l'ide que je me fais d'un inconnu participe immdiatement une vrit mystrieuse et plus profonde que la vrit matrielle4 ,qui de nous n'a prouv ces choses qui se passent dans les rgions impntrables de l'humanit presque astrale8 ,si vous recevez une lettre venue du fond d'une le perdue dans le grand coeur des ocans1 et crite par une main dont vous ignoriez l'existence1 tes-vous bien sr que ce soit un inconnu qui vous crive et n'prouvez-vous pas1 dans le moment que vous lisez1 sur l'me qui vous rencontre ainsi--les dieux savent seuls dans quelles sphres1--des certitudes plus infaillibles et plus graves que toutes les certitudes ordinaires8 ,et1 d'un autre ct croyez-vous que cette me qui songeait la vtre1 au hasard de l'espace et du temps1 n'avait pas1 elle aussi1 des certitudes analogues8 ,il y a de toutes parts d'tranges reconnaissances1 et nous ne pouvons pas cacher notre existence4 ,rien ne semble jeter sur les liens subtils qui doivent exister entre toutes les mes un jour plus spcial que ces petits mystres qui accompagnent l'change de quelques lettres entre deux inconnus4 ,c'est peut-tre une des troites fentes1--misrable sans doute1 mais il en est si peu que nous devons nous contenter des lueurs les plus ples--c'est peut-tre une des troites fentes dans la porte de tnbres par o nous pouvons souponner un instant ce qui doit se passer dans la grotte des trsors qui ne furent jamais dcouverts4 ,examinez la correspondance passive d'un homme et vous y trouverez je ne sais quelle unit singulire4 ,je ne connais ni celui-ci ni celui-l qui m'interrogent ce matin1 et cependant je sais dj que je ne pourrai pas rpondre au premier de la mme manire que je vais rpondre au second4 ,j'ai vu quelque chose d'invisible4 ,et1 mon tour1 si quelqu'un m'crit que je n'ai jamais aperu1 je suis sr que sa lettre n'est pas exactement la mme que celle qu'il et crite l'ami qui me regarde en ce moment4 ,il y aura toujours une diffrence spirituelle insaisissable4 ,c'est le signe de l'me qui salue invisiblement une autre me4 ,il faut croire que nous nous connaissons dans des rgions que nous ne savons pas et que nous possdons une patrie commune o nous allons1 o nous nous retrouvons et d'o nous revenons sans peine4 ,c'est aussi dans cette patrie commune que nous choisissons nos amantes1 et c'est pourquoi nous ne nous trompons pas et nos amantes ne se trompent pas non plus4 ,le royaume de l'amour est avant tout le grand royaume des certitudes1 parce que c'est celui o les mes ont le plus de loisirs4 ,ici1 elles n'ont vraiment pas autre chose faire qu' se reconnatre1 s'admirer profondment et s'interroger1 les larmes dans les yeux1 comme de jeunes soeurs qui se retrouvent1 tandis que les bras s'entrelacent et que les lvres s'entre-croisent si loin d'elles444 ,elles ont enfin le temps de se sourire et de vivre un instant pour elles-mmes dans la trve de la vie dure et quotidienne2 et c'est peut-tre des hauteurs de ce sourire et de ces regards indicibles que se rpand1 sur les minutes les plus fades de l'amour1 le sel mystrieux qui conserve jamais le souvenir de la rencontre de deux bouches444 ,mais je ne parle ici que de l'amour prdestin et vritable4 ,lorsque nous retrouvons une de celles que le sort nous a rserves et qu'il a fait sortir du fond des grandes villes spirituelles o nous vivons sans le savoir1 pour l'envoyer au carrefour de la route par o nous devrons passer l'heure dite1 nous sommes avertis ds le premier regard4 ,quelques-uns tentent alors de violer le sort4 ,il se peut que nous mettions furieusement les mains sur les paupires pour ne plus voir ce qu'il a fallu voir et qu'en luttant de toutes nos petites forces contre des forces ternelles1 nous parvenions traverser la route pour aller vers une autre envoye qui n'est pas l pour nous4 ,mais nous aurons beau faire1 nous ne russirons pas agiter l'eau morte dans les grandes cuves de l'avenir4 ,il n'arrivera rien2 la force pure des hauteurs ne voudra pas descendre et ces baisers et ces heures inutiles refuseront de s'ajouter aux heures et aux baisers rels de notre vie444 ,la destine ferme parfois les yeux1 mais elle sait bien que nous lui reviendrons le soir1 et que c'est elle qui doit avoir le dernier mot4 ,elle peut fermer les yeux1 mais le temps qu'elle les ferme est du temps qui se perd444 ,il semble que la femme soit plus que nous sujette aux destines4 ,elle les subit avec une simplicit bien plus grande4 ,elle ne lutte jamais sincrement contre elles4 ,elle est encore plus prs de ,dieu et se livre avec moins de rserve l'action pure du mystre4 ,et c'est pour cette raison1 sans doute1 que tous les vnements o elle se mle notre vie paraissent nous ramener vers quelque chose qui ressemble aux sources mmes du ,destin4 ,c'est prs d'elles surtout que l'on a1 par moments1 en passant1 un clair pressentiment d'une vie qui ne semble pas toujours parallle la vie apparente4 ,elle nous rapproche des portes de notre tre4 ,qui sait si ce n'est pas dans un de ces instants profonds qu'ils dormirent sur son sein que les hros apprirent la force et la fidlit de leur toile1 et si l'homme qui n'a pas repos sur le coeur d'une femme aura jamais le sentiment exact de l'avenir8 ,nous entrons une fois de plus dans les cercles troubls de la conscience suprieure4 ,ah6 qu'il est vrai qu'ici aussi la soi-disant psychologie est une de ces larves qui ont usurp1 dans le sanctuaire1 la place rserve aux images vritables des dieux6 ,car il ne s'agit pas toujours de la surface2 il ne s'agit mme pas des arrire-penses les plus graves4 ,croyez-vous donc que dans l'amour il n'y ait que des penses1 des actes et des paroles1 et que les mes ne sortent pas de ces prisons8 ,ai-je besoin de savoir si celle que j'embrasse aujourd'hui est jalouse et fidle1 rieuse ou triste1 sincre ou bien perfide8 ,vous imaginez-vous que ces petits mots misrables vont monter jusqu'aux cimes o nos mes sont assises et o notre destin s'accomplit en silence8 ,que m'importe qu'elle me parle de pluie ou de bijoux1 de plumes ou d'aiguilles1 et qu'elle ait l'air de ne pas me comprendre2 croyez-vous que j'aie soif d'une parole sublime1 lorsque je sens qu'une me me regarde dans l'me1 et que je ne sache pas que les plus admirables penses n'ont pas le droit de relever la tte en face des mystres8 je suis toujours au bord de l'ocan2 et si j'tais ,platon1 ,pascal ou ,michel-,ange1 et que mon amante me parlt de ses pendants d'oreilles1 tout ce que je dirais1 tout ce qu'elle me dirait1 flotterait avec le mme aspect sur les profondeurs de la mer intrieure1 que nous contemplons l'un dans l'autre4 ,ma pense la plus haute ne psera pas plus dans les balances de la vie ou de l'amour que les trois petits mots que l'enfant qui m'aimait m'aura dits sur ses bagues d'argent1 sur son collier de perles ou de morceaux de verre444 ,c'est nous qui ne comprenons pas1 parce que nous sommes toujours dans les bas-fonds de notre intelligence4 ,il suffit de monter jusqu'aux premires neiges de la montagne1 et toutes les ingalits s'aplanissent sous la main purificatrice de l'horizon qui s'ouvre4 ,quelle diffrence y a-t-il alors entre une parole de ,marc-,aurle et la phrase de l'enfant qui constate qu'il fait froid8 ,soyons humbles et sachons distinguer l'accident de l'essence4 ,il ne faut pas que des btons flottants nous fassent oublier les prodiges de l'abme4 ,les penses les plus belles et les ides les plus basses n'altrent pas plus l'aspect ternel de notre me que les ,himalayas ou les gouffres ne modifient1 au milieu des toiles du ciel1 l'aspect de notre terre4 ,un regard1 un baiser1 et la certitude d'une prsence invisible et puissante3 tout est dit2 et je sais que je suis aux cts d'une gale444 ,mais l'gale est vraiment admirable et trange2 et1 ds qu'elle aime1 la dernire des filles possde quelque chose que nous n'avons jamais1 parce que1 dans sa pense1 l'amour est toujours ternel4 ,est-ce pour cette raison qu'elles ont toutes1 avec les puissances primitives1 des rapports qui nous sont interdits8 ,les meilleurs d'entre nous se trouvent presque toujours de grandes distances de leurs trsors de la seconde enceinte2 et1 lorsqu'un moment solennel de la vie exige un des joyaux de ce trsor1 ils ne se souviennent plus des sentiers qui y mnent1 et ils offrent en vain des bijoux faux de leur intelligence la circonstance imprieuse et qui ne se trompe pas4 ,mais la femme n'oublie point le chemin de son centre1 et1 que je la surprenne dans l'opulence ou la misre1 dans l'ignorance ou dans la science1 dans la honte ou la gloire2 si je lui dis un mot qui sorte rellement des gouffres vierges de mon me1 elle saura retrouver les sentiers mystrieux qu'elle n'a jamais perdus de vue1 et1 sans hsitations1 elle me rapportera simplement1 du fond des inpuisables rserves de l'amour1 une parole1 un regard ou un geste qui sera aussi pur que le mien4 ,on dirait que son me est toujours porte de sa main2 elle est prte1 jour et nuit1 rpondre aux plus hautes exigences d'une autre me2 et la ranon de la plus pauvre ne se distingue pas de la ranon des reines444 ,approchons-nous avec respect des plus petites et des plus fires1 de celles qui sont distraites et de celles qui songent1 de celles qui rient encore et de celles qui pleurent2 car elles savent des choses que nous ne savons pas1 et elles ont une lampe que nous avons perdue4 ,elles habitent au pied mme de l',invitable et en connaissent mieux que nous les chemins familiers4 ,et c'est pourquoi elles ont des certitudes tonnantes et des gravits admirables1 et l'on voit bien que1 dans leurs moindres actes1 elles se sentent soutenues par les mains sres et fortes des grands dieux4 ,tout l'heure1 j'affirmais qu'elles nous rapprochaient des portes de notre tre1 et vraiment l'on croirait que toutes nos relations avec elles ont lieu par l'entre-billement de cette porte primitive et dans les chuchotements incomprhensibles qui accompagnrent sans doute la naissance des choses1 alors qu'on ne parlait encore qu' voix basse1 de peur de ne pas entendre une dfense ou un ordre imprvu444 ,elle ne franchira pas le seuil de cette porte1 et elle nous attend du ct intrieur1 o se trouvent les sources4 ,et lorsque nous venons frapper1 du dehors1 et qu'elle ouvre1 sa main n'abandonne jamais la cl ni le vantail4 ,elle regarde un instant l'envoy qui s'approche1 et1 dans ce bref moment1 elle a appris tout ce qu'il faut apprendre1 et les annes futures ont tressailli jusqu' la fin des temps444 ,qui nous dira ce que contient le premier regard de l'amour1 cette baguette magique qui est faite d'un rayon de lumire brise1 rayon qui est sorti du foyer ternel de notre tre1 qui a transfigur deux mes et les a rajeunies de vingt sicles8 ,la porte s'ouvre encore ou se referme2 ne faites plus aucun effort1 car tout est dcid4 ,elle sait4 ,elle ne tiendra plus compte de vos actions1 de vos paroles1 de vos penses1 et si elle les surveille encore1 elle ne le fera plus qu'en souriant2 et elle rejettera1 sans le savoir1 tout ce qui ne vient pas confirmer les certitudes de ce premier regard4 ,et si vous croyez l'induire en erreur1 sachez bien qu'elle a raison contre vous-mme et que c'est vous seul qui errez1 car vous tes plus rellement ce que vous tes ses yeux que ce que vous croyez tre en votre me1 alors mme qu'elle se trompe sans cesse sur le sens d'un sourire1 d'un geste ou d'une larme444 ,trsors cachs1 qui n'ont mme pas de nom6444 ,je voudrais que tous ceux qui prouvrent qu'elles sont mauvaises le proclamassent leur tour et nous dissent leurs raisons1 et si ces raisons sont profondes1 nous serons tonns et nous irons bien loin dans le mystre4 ,elles sont vraiment les soeurs voiles de toutes les grandes choses qu'on ne voit pas4 ,elles sont vraiment les plus proches parentes de l'infini qui nous entoure et1 seules1 savent encore lui sourire avec la grce familire de l'enfant qui ne craint pas son pre4 ,elles conservent ici-bas1 comme un joyau cleste et inutile1 le sel pur de votre me2 et si elles s'en allaient1 l'esprit rgnerait seul sur un dsert4 ,elles ont encore les motions divines des premiers jours1 et leurs racines trempent bien plus directement que les ntres dans tout ce qui n'eut jamais de limites4 ,je plains vraiment ceux qui se plaignent d'elles1 car ils ne savent pas sur quelles hauteurs se trouvent les baisers vritables4 ,et cependant1 qu'elles semblent peu de chose quand les hommes les regardent en passant6 ,ils les voient s'agiter1 au fond de leurs petites demeures2 celle-ci se penche un peu2 l-bas1 l'autre sanglote2 une troisime chante1 et la dernire brode2 et pas un ne comprend ce qu'elles font6444 ,ils viennent les visiter1 comme on visite des choses qui sourient2 ils ne s'approchent d'elles que l'esprit aux aguets1 et l'me ne peut entrer que par le plus grand des hasards4 ,ils interrogent avec mfiance2 elles ne leur disent rien parce qu'elles savent dj2 et voici qu'ils s'en vont en haussant les paules1 persuads qu'elles ne comprennent pas444 ,mais qu'ont-elles besoin de comprendre ceci1 nous rpond le pote1 qui a toujours raison2 qu'ont-elles besoin de comprendre1 ces mes bienheureuses qui ont choisi la part la meilleure et qui1 telles qu'une pure flamme d'amour en ce monde terrestre1 ne resplendissent que sur le fate des temples ou la cime des navires errants1 en signe du feu cleste qui inonde toutes choses8 ,bien souvent1 ces enfants qui aiment surprennent1 en des heures sacres1 d'admirables secrets de la nature et les rvlent avec une ingnuit inconsciente4 ,le savant les suit la trace pour recueillir tous les joyaux qu'en leur innocence et leur joie elles ont sems par les routes4 ,le pote1 qui sent ce qu'elles sentent1 rend grce leur amour et cherche1 par ses chants1 transplanter cet amour1 germe de l'ge d'or1 en d'autres temps et en d'autres contres4 ,car ce qu'il a dit des mystiques s'applique surtout aux femmes qui nous ont conserv jusqu'ici le sens mystique sur notre terre444 ,,vi ,,ruysbroeck ,l',,admirable ,un grand nombre d'oeuvres sont plus rgulirement belles que ce livre de ,ruysbroeck l',admirable4 ,un grand nombre de mystiques sont plus efficaces et plus opportuns3 ,swedenborg et ,novalis1 entre plusieurs4 ,il est fort probable que ses crits ne rpondent que rarement aux besoins d'aujourd'hui4 ,d'un autre ct1 je connais peu d'auteurs plus maladroits que lui2 il s'gare par moments en d'tranges purilits2 et les vingt premiers chapitres de l',ornement des ,noces spirituelles1 bien qu'ils soient une prparation peut-tre ncessaire1 ne renferment gure que de tides et pieux lieux communs4 ,il n'a extrieurement aucun ordre1 aucune logique scolastique4 ,il se rpte souvent1 et semble parfois se contredire4 ,il joint l'ignorance d'un enfant la science de quelqu'un qui serait revenu de la mort4 ,il a une syntaxe ttanique qui m'a mis plus d'une fois en sueur4 ,il introduit une image et l'oublie4 ,il emploie mme un certain nombre d'images irralisables2 et ce phnomne1 anormal dans une oeuvre de bonne foi1 ne peut s'expliquer que par sa gaucherie ou sa hte extraordinaire4 ,il ignore la plupart des artifices de la parole et ne peut parler que de l'ineffable4 ,il ignore presque toutes les habitudes1 les habilets et les ressources de la pense philosophique2 et il est astreint ne penser qu' l'incogitable4 ,lorsqu'il nous parle de son petit jardin monacal1 il a de la peine nous dire suffisamment ce qui s'y passe2 il crit alors comme un enfant4 ,il entreprend de nous apprendre ce qui se passe en ,dieu1 et il crit des pages que ,platon n'aurait pu crire4 ,il y a de toutes parts une disproportion monstrueuse entre la science et l'ignorance1 entre la force et le dsir4 ,il ne faut pas s'attendre une oeuvre littraire2 vous n'apercevrez autre chose que le vol convulsif d'un aigle ivre1 aveugle et ensanglant au-dessus de cimes neigeuses4 ,j'ajouterai un dernier mot en manire d'avertissement fraternel4 ,il m'est arriv de lire des oeuvres qui passent pour fort abstruses3 ,les ,disciples ,sas et les ,fragments1 de ,novalis1 par exemple2 les ,biographia litteraria et l',ami1 de ,samuel ,taylor ,coleridge2 le ,time1 de ,platon2 les ,ennades1 de ,plotin2 les ,noms divins1 de ,saint ,denys l',aropagite2 l',aurora1 du grand mystique allemand ,jacob ,boehme1 avec qui notre auteur a plus d'une analogie4 ,je n'ose pas dire que les oeuvres de ,ruysbroeck soient plus abstruses que ces oeuvres1 mais on leur pardonne moins volontiers leur abstrusion1 parce qu'il s'agit ici d'un inconnu en qui nous n'avons pas confiance ds l'abord4 ,il me semblait indispensable de prvenir honntement les oisifs sur le seuil de ce temple sans architecture2 car cette traduction n'a t entreprise que pour la satisfaction de quelques platoniciens4 ,je crois que tous ceux qui n'ont pas vcu dans l'intimit de ,platon et des no-platoniciens d',alexandrie1 n'iront pas bien avant dans cette lecture4 ,ils croiront entrer dans le vide2 ils auront la sensation d'une chute uniforme dans un abme sans fond1 entre des rochers noirs et lisses4 ,il n'y a dans ce livre ni air ni lumire ordinaires1 et c'est un sjour spirituel insupportable ceux qui ne s'y sont pas prpars4 ,il ne faut pas y entrer par curiosit littraire2 il n'y a gure de bibelots1 et les botanistes de l'image n'y trouveront pas plus de fleurs que sur les banquises du ple4 ,je leur dis que c'est un dsert illimit1 o ils mourront de soif4 ,ils y trouveront fort peu de phrases que l'on puisse prendre en mains pour les admirer la manire des littrateurs2 ce sont des jets de flammes ou des blocs de glace4 ,n'allez pas chercher des roses en ,islande4 ,il se peut que quelque corolle attende entre deux icebergs1 et il y a1 en effet1 des explosions singulires1 des expressions inconnues1 des similitudes inoues1 mais elles ne paieront pas le temps perdu les venir cueillir de si loin4 ,il faut1 avant d'entrer ici1 tre dans un tat philosophique aussi diffrent de l'tat ordinaire que l'tat de veille diffre du sommeil2 et ,porphyre1 dans ses ,principes de la thorie des intelligibles1 semble avoir crit l'avertissement le plus propre tre mis en tte de cette oeuvre3 ,par l'intelligence1 on dit beaucoup de choses du principe qui est suprieur l'intelligence4 ,mais on en a l'intuition bien mieux par une absence de pense que par la pense4 ,il en est de cette ide comme de celle du sommeil1 dont on parle jusqu' un certain point l'tat de veille1 mais dont on n'acquiert la connaissance et la perception que par le sommeil4 ,en effet1 le semblable n'est connu que par le semblable1 et la condition de toute connaissance est que le sujet devienne semblable l'objet4 ,je le rpte1 il est bien difficile de comprendre ceci sans prparation2 et je crois que1 malgr nos tudes prparatoires1 une grande partie de ce mysticisme nous paratra purement thorique1 et que la plupart de ces expriences de psychologie surnaturelle ne nous seront accessibles qu'en qualit de spectateurs4 ,l'imagination philosophique est une facult d'ducation trs lente4 ,nous sommes ici1 tout coup1 aux confins de la pense humaine et bien au del du cercle polaire de l'esprit4 ,il y fait extraordinairement froid2 il y fait extraordinairement sombre1 et cependant1 vous n'y trouverez autre chose que des flammes et de la lumire4 ,mais ceux qui arrivent1 sans avoir exerc leur me ces perceptions nouvelles1 cette lumire et ces flammes sont aussi obscures et aussi froides que si elles taient peintes4 ,il s'agit ici de la plus exacte des sciences4 ,il s'agit de parcourir les caps les plus pres et les plus inhabitables du divin ,connais-toi toi-mme et le soleil de minuit rgne sur la mer houleuse o la psychologie de l'homme se mle la psychologie de ,dieu4 ,il importe de s'en souvenir sans cesse2 il s'agit ici d'une science trs profonde1 et il ne s'agit pas d'un songe4 ,les songes ne sont pas unanimes2 les songes n'ont pas de racines1 tandis que la fleur incandescente de la mtaphysique divine1 panouie ici1 a ses racines mystrieuses dans la ,perse et dans l',inde1 dans l'gypte et la ,grce4 ,et cependant1 elle semble inconsciente comme une fleur et ignore ses racines4 ,malheureusement1 il nous est peu prs impossible de nous mettre dans la position de l'me qui1 sans effort1 a conu cette science2 nous ne pouvons l'apercevoir ab intra et la reproduire en nous-mmes4 ,il nous manque ce qu',emerson appellerait la mme spontanit centrale4 ,nous ne pouvons plus transformer ces ides en notre propre substance2 et1 tout au plus1 nous est-il possible d'en approuver1 du dehors1 les prodigieuses expriences1 qui ne sont la porte que d'un trs petit nombre d'mes dans la dure d'un systme plantaire4 ,il n'est pas lgitime1 dit ,plotin1 de s'enqurir d'o provient cette science intuitive1 comme si c'tait une chose dpendant du lieu et du mouvement2 car cela n'approche pas d'ici1 ni ne part de l1 pour aller ailleurs2 mais cela apparat ou n'apparat pas4 ,en sorte qu'il ne faut pas le poursuivre dans l'intention d'en dcouvrir les sources secrtes1 mais il faut attendre en silence jusqu' ce que cela brille soudainement sur nous1 en nous prparant au spectacle sacr1 comme l'oeil attend patiemment le lever du soleil4 ,et ailleurs il ajoute3 ,ce n'est pas par l'imagination ni par le raisonnement1 oblig de tirer lui-mme ses principes d'ailleurs1 que nous nous reprsentons les intelligibles 7c'est--dire ce qui est l-haut73 c'est par la facult que nous avons de les contempler1 facult qui nous permet d'en parler ici-bas4 ,nous les voyons donc en veillant en nous1 ici-bas1 la mme puissance que nous devons veiller en nous quand nous sommes dans le monde intelligible4 ,nous ressemblons un homme qui1 gravissant le sommet d'un rocher1 apercevrait1 par son regard1 les objets invisibles pour ceux qui ne sont pas monts avec lui4 ,mais1 bien que tous les tres1 depuis la pierre et la plante1 jusqu' l'homme1 soient des contemplations1 ce sont des contemplations inconscientes1 et il nous est bien difficile de retrouver en nous quelque souvenir de l'activit antrieure de la facult morte4 ,nous sommes semblables ici l'oeil dans l'image no-platonicienne3 ,il s'loigne de la lumire pour voir les tnbres1 et1 par cela mme1 il ne voit pas2 car il ne peut voir les tnbres avec la lumire1 et cependant1 sans elle1 il ne voit pas2 de cette manire1 en ne voyant pas1 il voit les tnbres autant qu'il est naturellement capable de les voir4 ,je sais le jugement que la plupart des hommes porteront sur ce livre4 ,ils y verront l'oeuvre d'un moine hallucin1 d'un solitaire hagard et d'un ermite ivre de jene et consum de fivre4 ,ils y verront un rve extravagant et noir1 travers de grands clairs1 et rien de plus4 ,c'est l'ide ordinaire que l'on se fait des mystiques2 et on oublie trop souvent que toute certitude est en eux seuls4 ,au surplus1 s'il est vrai comme on l'a dit1 que tout homme est un ,shakespeare dans ses songes1 il faudrait se demander si tout homme1 dans sa vie1 n'est pas un mystique informul1 mille fois plus transcendental que tous ceux qui se sont circonscrits par la parole4 ,quelle est l'action de l'homme dont le dernier mobile n'est pas mystique8 ,et l'oeil de l'amant ou de la mre1 par exemple1 n'est-il pas mille fois plus abstrus1 plus impntrable et plus mystique que ce livre1 pauvre et explicable1 aprs tout1 comme tous les livres1 qui ne sont jamais que des mystres morts1 dont l'horizon ne se renouvelle plus8 ,si nous ne comprenons pas ceci1 c'est peut-tre que nous ne comprenons plus rien4 ,mais1 pour en revenir notre auteur1 quelques-uns reconnatront sans peine que1 loin d'tre affol par la faim1 la solitude et la fivre1 ce moine possdait1 au contraire1 un des plus sages1 des plus exacts et des plus subtils organes philosophiques qui aient jamais exist4 ,il vivait1 nous dit-on1 en sa cabane de ,groenendael1 au milieu de la fort de ,soignes4 ,c'tait l'entre de l'un des sicles les plus sauvages du moyen ge3 le quatorzime4 ,il ignorait le grec et peut-tre le latin4 ,il tait seul et pauvre4 ,et cependant1 au fond de cette obscure fort brabanonne1 son me1 ignorante et simple1 reoit1 sans qu'elle le sache1 les aveuglants reflets de tous les sommets solitaires et mystrieux de la pense humaine4 ,il sait1 son insu1 le platonisme de la ,grce2 il sait le soufisme de la ,perse1 le brahmanisme de l',inde et le bouddhisme du ,thibet2 et son ignorance merveilleuse retrouve la sagesse de sicles ensevelis et prvoit la science de sicles qui ne sont pas ns4 ,je pourrais citer des pages entires de ,platon1 de ,plotin1 de ,porphyre1 des livres ,zends1 des ,gnostiques et de la ,kabbale1 dont la substance presque divine se retrouve1 intacte1 dans les crits de l'humble prtre flamand4 ,il y a ici d'tranges concidences et des unanimits inquitantes4 ,il y a plus2 il semble1 par moments1 avoir exactement suppos la plupart de ses prdcesseurs inconnus2 et de mme que ,plotin commence son austre voyage au carrefour o ,platon effray s'est arrt et s'est agenouill1 on pourrait dire que ,ruysbroeck a rveill1 aprs un repos de plusieurs sicles1 non pas ce genre de pense1 car ce genre de pense ne sommeille jamais1 mais ce genre de parole qui s'tait endormi sur les montagnes o ,plotin bloui l'avait abandonn en se mettant les mains sur les yeux1 comme devant un immense incendie4 ,mais l'organisme de leur pense diffre trangement4 ,platon et ,plotin sont avant tout les princes de la dialectique4 ,ils arrivent au mysticisme par la science du raisonnement4 ,ils font usage de leur me discursive et semblent se dfier de leur me intuitive ou contemplative4 ,le raisonnement se contemple dans le miroir du raisonnement et s'efforce de demeurer indiffrent l'intrusion de tous les autres reflets4 ,il continue son cours comme un fleuve d'eau douce au milieu de la mer1 avec le pressentiment d'une absorption prochaine4 ,ici1 nous retrouvons au contraire les habitudes de la pense asiatique2 l'me intuitive rgne seule au-dessus de l'puration discursive des ides par les mots4 ,les fers du rve sont tombs4 ,est-ce moins sr8 ,nul ne saurait le dire4 ,le miroir de l'intelligence humaine est entirement inconnu dans ce livre2 mais il existe un autre miroir1 plus sombre et plus profond1 que nous reclons au plus intime de notre tre2 aucun dtail ne s'y voit distinctement et les mots ne peuvent se tenir sa surface2 l'intelligence le briserait si elle y refltait un instant sa lumire profane2 mais autre chose s'y montre par moments2 est-ce l'me8 est-ce ,dieu lui-mme8 ou l'un et l'autre la fois8 ,on ne le saura jamais2 et cependant ces apparitions presque invisibles sont les uniques et effectives souveraines de la vie du plus incrdule et du plus aveugle d'entre nous4 ,ici1 vous n'apercevrez autre chose que les miroitements obscurs de ce miroir2 et comme son trsor est inpuisable1 ces miroitements ne ressemblent aucun de ceux que nous avons prouvs en nous-mmes2 et1 malgr tout1 leur certitude parat extraordinaire4 ,et c'est pourquoi je ne sais rien de plus effrayant que ce livre de bonne foi4 ,il n'y a pas au monde une notion psychologique1 une exprience mtaphysique1 une intuition mystique1 si abstruses1 si profondes et si inattendues qu'elles puissent tre1 qu'il ne nous soit possible1 s'il le faut1 de reproduire et de faire vivre un instant en nous-mmes1 afin de nous assurer de leur identit humaine2 mais ici1 nous sommes semblables au pre aveugle qui ne peut plus se rappeler le visage de ses enfants4 ,aucune de ces penses n'a l'aspect filial ou fraternel d'une pense de la terre2 nous semblons avoir perdu l'exprience de ,dieu et cependant tout nous affirme que nous ne sommes pas entrs dans la maison des songes4 ,faut-il s'crier avec ,novalis que le temps n'est plus o l'esprit de ,dieu tait comprhensible et que le sens du monde est jamais perdu8 ,qu'autrefois tout tait apparition de l',esprit1 mais qu'aujourd'hui nous n'apercevons que des reflets morts que nous ne comprenons plus1 et que nous vivons uniquement sur les fruits de temps meilleurs8 ,je crois qu'il faut s'avouer humblement que la clef de ce livre ne se trouve pas sur les routes ordinaires de l'esprit humain4 ,cette clef n'est pas destine des portes terrestres et il faut la mriter en s'loignant autant que possible de la terre4 ,un seul guide se rencontre encore en ces carrefours solitaires et peut nous donner les dernires indications vers ces mystrieuses les de feu et ces ,islandes de l'abstraction et de l'amour2 c'est ,plotin qui s'est efforc d'analyser1 par l'intelligence humaine1 la facult divine qui rgne ici4 ,il a prouv1 ce que nous appelons d'un mot qui n'explique rien1 les mmes extases1 qui ne sont1 au fond1 que le commencement de la dcouverte complte de notre tre2 et au milieu de leurs troubles et de leurs tnbres1 il n'a pas ferm un instant l'oeil interrogateur du psychologue qui cherche se rendre compte des phnomnes les plus insolites de son me4 ,il est ainsi le dernier mle d'o nous puissions comprendre un peu les vagues et l'horizon de cette mer obscure4 ,il s'efforce de prolonger les sentiers de l'intelligence ordinaire1 jusqu'au coeur de ces dvastations1 et c'est pourquoi il faut y revenir sans cesse2 car il est le seul mystique analytique4 ,a ceux que tenteraient ces prodigieuses excursions1 je veux donner ici une des pages o il a essay d'expliquer l'organisme de cette facult divine de l'introspection4 ,dans l'intuition intellectuelle1 dit-il1 l'intelligence voit les objets intelligibles1 au moyen de la lumire que rpand sur eux le ,premier1 et1 en voyant ces objets1 elle voit rellement la lumire intelligible4 ,mais1 comme elle accorde son attention aux objets clairs1 elle ne voit pas bien nettement le principe qui les claire2 si1 au contraire1 elle oublie les objets qu'elle voit pour ne contempler que la clart qui les rend visibles1 elle voit la lumire mme et le principe de la lumire4 ,mais ce n'est pas hors d'elle-mme que l'intelligence contemple la lumire intelligible4 ,elle ressemble alors l'oeil qui1 sans considrer une lumire extrieure et trangre1 avant mme de l'apercevoir1 est soudain frapp par une clart qui lui est propre1 ou par un rayon qui jaillit de lui-mme et lui apparat au milieu des tnbres2 il en est de mme quand l'oeil1 pour ne rien voir des autres objets1 ferme ses paupires et tire de lui-mme sa lumire1 ou que1 press par la main1 il aperoit la lumire qu'il a en lui4 ,alors1 sans rien voir d'extrieur1 il voit2 il voit mme plus qu' tout autre moment1 car il voit la lumire4 ,les autres objets qu'il voyait auparavant1 tout en tant lumineux1 n'taient pas la lumire mme4 ,de mme1 quand l'intelligence ferme l'oeil en quelque sorte aux autres objets1 qu'elle se concentre en elle-mme1 en ne voyant rien1 elle voit non une lumire trangre qui brille dans des formes trangres1 mais sa propre lumire qui1 tout coup1 rayonne intrieurement d'une pure clart4 ,il faut1 nous dit-il encore1 que l'me qui tudie ,dieu s'en forme une ide en cherchant le connatre2 il faut ensuite que1 sachant quelle grande chose elle veut s'unir1 et persuade qu'elle trouvera la batitude dans cette union1 elle se plonge dans les profondeurs de la divinit1 jusqu' ce que1 au lieu de se contempler1 de contempler le monde intelligible1 elle devienne elle-mme un objet de contemplation et brille de la clart des conceptions qui ont l-haut leur source4 ,c'est peu prs tout ce que la sagesse humaine peut nous dire ici2 c'est peu prs tout ce que le prince des mtaphysiques transcendantales a pu exprimer2 quant aux autres explications1 il faut que nous les trouvions en nous-mmes dans les profondeurs o toute explication s'anantit dans son expression4 ,car ce n'est pas seulement au ciel et sur la terre1 c'est surtout en nous-mmes qu'il y a plus de choses que n'en peuvent contenir toutes les philosophies1 et ds que nous ne sommes plus obligs de formuler ce qu'il y a de mystrieux en nous1 nous sommes plus profonds que tout ce qui a t crit1 et plus grands que tout ce qui existe4 ,maintenant1 si j'ai traduit ceci1 c'est uniquement parce que je crois que les crits des mystiques sont les plus purs diamants du prodigieux trsor de l'humanit2 bien qu'une traduction soit peut-tre inutile1 car l'exprience semble prouver qu'il importe assez peu que le mystre de l'incarnation d'une pense s'accomplisse dans la lumire ou dans les tnbres2 il suffit qu'il ait eu lieu4 ,mais1 quoi qu'il en puisse tre1 les vrits mystiques ont sur les vrits ordinaires un privilge trange2 elle ne peuvent ni vieillir ni mourir4 ,il n'y a pas une vrit qui ne soit1 un matin1 descendue sur ce monde1 admirable de force et de jeunesse et couverte de la frache et merveilleuse rose propre aux choses qui n'ont pas encore t dites2 parcourez aujourd'hui les infirmeries de l'me humaine o toutes viennent mourir tous les jours1 vous n'y trouverez jamais une seule pense mystique4 ,elle ont l'immunit des anges de ,swedenborg qui avancent continuellement vers le printemps de leur jeunesse1 en sorte que les anges les plus vieux paraissent les plus jeunes2 et qu'elles viennent de l',inde1 de la ,grce ou du ,nord1 elles n'ont ni patrie ni anniversaire et partout o nous les rencontrons1 elles semblent immobiles et actuelles comme ,dieu mme4 ,une oeuvre ne vieillit qu'en proportion de son antimysticisme2 et c'est pourquoi ce livre ne porte aucune date4 ,je sais qu'il est anormalement noir1 mais je crois qu'un auteur sincre et de bonne foi n'est jamais obscur au sens ternel de ce mot1 parce qu'il se comprend toujours lui-mme et infiniment au del de ce qu'il dit4 ,les ides artificielles seules s'lvent en de relles tnbres et ne prosprent qu'aux poques littraires et dans la mauvaise foi de sicles trop conscients1 lorsque la pense de l'crivain demeure en de de ce qu'il exprime4 ,l1 c'tait l'ombre fconde d'une fort et ici c'est l'obscurit d'un caveau1 o n'closent que de sombres parasites4 ,il faut tenir compte aussi de ce monde inconnu que ses phrases devaient clairer travers les doubles et pauvres vitres de corne des mots et des penses4 ,les mots1 ainsi qu'on l'a fait remarquer1 ont t invents pour les usages ordinaires de la vie1 et ils sont malheureux1 inquiets et tonns comme des vagabonds autour d'un trne1 lorsque de temps en temps1 quelque me royale les mne ailleurs4 ,et1 d'un autre ct1 la pense est-elle jamais l'image exacte du je ne sais quoi qui l'a fait natre1 et n'est-ce pas toujours l'ombre d'une lutte que nous voyons en elle1 semblable celle de ,jacob avec l'ange1 et confuse en proportion de la taille de l'me et de l'ange8 ,malheur nous1 dit ,carlyle1 si nous n'avons en nous que ce que nous pouvons exprimer et faire voir6 ,je sais qu'il y a sur ces pages1 l'ombre porte d'objets que nous ne nous rappelons pas avoir vus1 dont le moine ne s'arrte pas lucider l'usage1 et que nous ne reconnatrons que lorsque nous verrons les objets eux-mmes de l'autre ct de la vie2 mais1 en attendant1 cela nous a fait regarder au loin1 et c'est beaucoup4 ,je sais encore que maintes de ses phrases flottent peu prs comme de transparents glaons sur l'incolore mer du silence1 mais elles existent2 elles ont t spares des eaux1 et c'est assez4 ,je sais enfin1 que les tranges plantes qu'il a cultives sur les cimes de l'esprit sont entoures de nuages spciaux1 mais ces nuages n'offensent que ceux qui regardent d'en bas1 et si l'on a le courage de monter1 on s'aperoit qu'ils sont l'atmosphre mme de ces plantes1 et la seule o elles pussent clore l'abri de l'inexistence4 ,car c'est une vgtation si subtile1 qu'elle se distingue peine du silence o elle a puis ses sucs et o elle semble encline se dissoudre4 ,toute cette oeuvre1 d'ailleurs1 est comme un verre grossissant1 appliqu sur la tnbre et le silence2 et parfois on ne discerne pas immdiatement l'extrmit des ides qui y trempent encore4 ,c'est de l'invisible qui transparat par moments1 et il faut videmment quelque attention guetter ses retours4 ,ce livre n'est pas trop loin de nous2 il est probablement au centre mme de notre humanit2 mais c'est nous qui sommes trop loin de ce livre2 et s'il nous parat dcourageant comme le dsert1 si la dsolation de l'amour divin y semble terrible et la soif des sommets insupportable1 ce n'est pas l'oeuvre qui est trop ancienne1 mais nous1 qui sommes trop vieux peut-tre1 et tristes et sans courage1 comme des vieillards autour d'un enfant2 et c'est un autre mystique1 ,plotin1 le grand mystique paen qui a probablement raison contre nous1 lorsqu'il dit ceux qui se plaignent de ne rien voir sur les hauteurs de l'introspection3 ,il faut d'abord rendre l'organe de la vision analogue et semblable l'objet qu'il doit contempler4 ,jamais l'oeil n'et aperu le soleil1 s'il n'avait d'abord pris la forme du soleil2 de mme l'me ne saurait voir la beaut1 si d'abord elle ne devenait belle elle-mme1 et tout homme doit commencer par se rendre beau et divin pour obtenir la vue du beau et de la divinit4 ,,vii ,,emerson ,une seule chose importe1 dit ,novalis1 c'est la recherche de notre moi transcendental4 ,ce moi1 nous l'apercevons par moments dans les paroles de ,dieu1 dans celles des potes et des sages1 au fond de quelques joies et de quelques douleurs1 dans le sommeil1 l'amour et les maladies1 et en des conjonctures inattendues1 o de loin il nous fait signe et nous montre du doigt nos relations avec l'univers4 ,quelques sages ne s'attachrent qu' cette recherche et ils crivirent ces livres o ne rgne que l'extraordinaire4 ,qu'y a-t-il qui vaille dans les livres1 dit notre auteur1 si ce n'est le transcendental et l'extraordinaire8 ,ils taient comme des peintres s'efforant de saisir une ressemblance dans les tnbres4 ,les uns tracrent des images abstraites1 trs grandes mais presque indistinctes4 ,les autres parvinrent fixer une attitude ou un geste habituel de la vie suprieure4 ,plusieurs imaginrent des tres tranges4 ,il n'existe pas un grand nombre de ces images4 ,elle ne se ressemblent jamais4 ,quelques-unes sont trs belles1 et ceux qui ne les ont pas vues sont pareils toute leur vie des hommes qui ne seraient jamais sortis vers le milieu du jour4 ,il en est dont les lignes sont plus pures que les lignes du ciel2 et alors1 ces figures nous paraissent si lointaines que nous ignorons si elles vivent ou si elles furent transcrites selon nous-mmes4 ,elles sont l'oeuvre des mystiques purs et l'homme ne s'y reconnat pas encore4 ,d'autres1 qu'on nomme les potes1 nous parlrent indirectement de ces choses4 ,une troisime classe de penseurs1 levant d'un degr le vieux mythe des centaures1 nous a donn de cette identit occulte une image plus accessible en mlant les lignes de notre moi apparent celles de notre moi suprieur4 ,le visage de notre me divine y sourit par moments par dessus l'paule de sa soeur1 l'me humaine1 incline aux humbles besognes de la pense2 et ce sourire qui nous fait entrevoir en passant tout ce qu'il y a par del la pense importe seul dans les oeuvres des hommes444 ,ils ne sont pas nombreux ceux qui nous montrrent que l'homme est plus grand et plus profond que l'homme1 et qui parvinrent fixer ainsi quelques-unes des allusions ternelles que nous rencontrons chaque instant par la vie1 dans un geste1 dans un signe1 dans un regard1 dans une parole1 dans un silence et dans les vnements qui nous entourent4 ,la science de la grandeur humaine est la plus trange des sciences4 ,nul d'entre les hommes ne l'ignore2 mais presque tous ne savent pas qu'ils la possdent4 ,l'enfant qui me rencontre ne sera pas capable de dire sa mre ce qu'il a vu2 et cependant1 ds que son oeil a touch ma prsence1 il sait tout ce que je suis1 tout ce que j'ai t1 tout ce que je serai1 aussi bien que mon frre et trois fois mieux que moi-mme4 ,il me connat immdiatement dans le pass et l'avenir1 dans ce monde-ci et dans les autres1 et ses yeux leur tour me rvlent le rle que je joue dans l'univers et dans l'ternit4 ,les mes infaillibles se sont entrejuges2 et ds que son regard a admis mon regard1 mon visage1 mon attitude1 et tout l'infini qui les entoure et dont ils sont les interprtes1 il sait quoi s'en tenir2 et bien qu'il ne distingue pas encore la couronne d'un empereur de la besace d'un mendiant1 il m'a connu1 un moment1 aussi exactement que ,dieu4 ,il est vrai que nous agissons dj comme des dieux1 et toute notre vie se passe au milieu de certitudes et d'infaillibilits infinies4 ,mais nous sommes des aveugles qui jouons avec des pierreries le long des routes2 et cet homme qui frappe ma porte1 dpense1 au moment o il me salue d'aussi merveilleux trsors spirituels que le prince que j'aurais arrach la mort4 ,je lui ouvre2 et en un instant il voit ses pieds1 comme du haut d'une tour1 tout ce qui a lieu entre deux mes4 ,la paysanne qui je demande le chemin1 je la juge aussi profondment que si je lui demandais la vie de ma mre1 et son me m'a parl aussi intimement que celle de ma fiance4 ,elle remonta en hte1 jusqu'aux plus grands mystres1 avant de me rpondre2 puis elle m'a dit tranquillement1 sachant tout coup ce que j'tais1 qu'il fallait prendre gauche le sentier du village4 ,si je passe une heure au milieu d'une foule1 j'ai jug mille fois sans rien dire et sans y songer un moment1 les vivants et les morts1 et lequel de ces jugements sera rform au dernier jour8 ,il y a dans cette chambre cinq ou six tres qui parlent de la pluie et du beau temps2 mais au dessus de cette conversation misrable1 six mes ont un entretien dont nulle sagesse humaine ne pourrait approcher sans danger2 et bien qu'elles parlent travers leurs regards1 leurs mains1 leur visage et toute leur prsence1 ils ignoreront toujours ce qu'elles ont dit4 ,il faut cependant qu'ils attendent la fin de l'insaisissable dialogue1 et c'est pourquoi ils ont je ne sais quelle joie mystrieuse dans leur ennui1 sans connatre ce qui coute en eux toutes les lois de la vie1 de la mort et de l'amour qui passent comme des fleuves intarissables autour de la maison4 ,il en est ainsi partout et toujours4 ,nous ne vivons que selon notre tre transcendental1 dont les actions et les penses percent chaque instant l'enveloppe qui nous entoure4 ,je vais voir aujourd'hui un ami que je n'ai jamais vu1 mais je connais son oeuvre et je sais que son me est extraordinaire et qu'il a pass sa vie la manifester aussi exactement que possible selon le devoir des intelligences suprieures4 ,je suis plein d'inquitudes et c'est une heure solennelle4 ,il entre2 et toutes les explications qu'il nous a donnes durant un grand nombre d'annes tombent en poussire au mouvement de la porte qui s'ouvre sur sa prsence4 ,il n'est pas ce qu'il croit tre4 ,il est d'une autre nature que ses penses4 ,une fois de plus nous constatons que les missaires de l'esprit sont toujours infidles4 ,il a dit sur son me des choses trs profondes2 mais en ce petit instant qui spare le regard qui s'arrte du regard qui s'loigne1 j'ai appris tout ce qu'il ne pourra jamais dire et tout ce qu'il ne pourra jamais faire vivre en son esprit4 ,il m'appartient dsormais sans retour4 ,autrefois nous tions unis par la pense4 ,aujourd'hui1 une chose mille et mille fois plus mystrieuse que la pense nous livre l'un l'autre4 ,il y a des annes et des annes que nous attendions ce moment2 et voil que nous sentons que tout est inutile1 et1 pour ne pas avoir peur du silence1 nous qui nous tions prpars nous montrer des trsors secrets et prodigieux1 nous nous entretenons de l'heure qui sonne ou du soleil qui se couche1 afin de donner nos mes le temps de s'admirer et de s'treindre dans un autre silence que le murmure des lvres et de la pense ne pourra pas troubler444 ,au fond1 nous ne vivons que d'me me et nous sommes des dieux qui s'ignorent4 ,s'il m'est impossible ce soir de supporter ma solitude1 et si je descends parmi les hommes1 ils me diront que l'orage vient d'abattre leurs poires ou que les dernires geles ont ferm le port4 ,est-ce pour cela que je suis venu8 ,et cependant1 je m'en irai tantt1 l'me aussi satisfaite et aussi pleine de forces et de trsors nouveaux que si j'avais pass ces heures avec ,platon1 ,socrate et ,marc-,aurle4 ,ce que disait leur bouche ne s'entendait pas ct de ce que proclamait leur prsence1 et il est impossible l'homme de n'tre pas grand et admirable4 ,ce que pense la pense n'a aucune importance ct de la vrit que nous sommes et qui s'affirme en silence2 et si1 aprs cinquante ans de solitude1 ,epictte1 ,goethe et saint ,paul abordaient en mon le1 ils ne pourraient me dire que ce que me dirait en mme temps et plus immdiatement peut-tre le petit mousse de leur navire4 ,en vrit1 ce qu'il y a de plus trange dans l'homme1 c'est sa gravit et sa sagesse caches4 ,le plus frivole ne rit jamais rellement parmi nous1 et malgr ses efforts ne parvient pas perdre une minute1 car l'me humaine est attentive et ne fait rien d'inutile4 ,ernst ist das ,leben1 la vie est grave et au fond de notre tre notre me n'a pas encore souri4 ,de l'autre ct de nos agitations involontaires1 nous menons une existence merveilleuse1 immobile et trs pure et trs sre1 laquelle font sans cesse allusion les mains qui se tendent1 les yeux qui s'ouvrent1 les regards qui se rencontrent4 ,tous nos organes sont les complices mystiques d'un tre suprieur1 et ce n'est jamais un homme1 c'est une me que nous avons connue4 ,je n'ai pas vu ce pauvre qui implorait l'aumne sur les marches de mon seuil2 mais j'apercevais autre chose3 en nos yeux deux destines identiques se saluaient et s'aimaient1 et1 au moment o il tendait la main1 la petite porte de la maison s'entr'ouvrait un instant sur la mer4 ,dans mes rapports avec mon enfant1 dit ,emerson1 le grec1 le latin1 tout ce que je sais1 tout l'or que je possde ne me servent de rien2 ce que j'ai d'me importe seul4 ,si j'ai une volont1 il oppose sa volont la mienne1 une contre une1 et me laisse1 si je veux1 la honte d'abuser de ma force en le frappant2 mais si je renonce ma volont1 et si j'agis au nom de l'me1 la plaant comme arbitre entre nous deux1 travers ses jeunes yeux regarde la mme me2 il rvre et il aime avec moi4 ,mais s'il est vrai que le dernier d'entre nous ne peut faire le moindre geste sans tenir compte de l'me et des royaumes spirituels o elle rgne1 il est vrai aussi que les plus sages ne songent presque jamais l'infini que dplace une paupire qui s'ouvre1 une tte qui s'incline1 une main qui se ferme4 ,nous vivons si loin de nous-mmes que nous ignorons presque tout ce qui se passe l'horizon de notre tre4 ,nous errons au hasard dans la valle1 sans nous douter que tous nos gestes sont reproduits et acquirent leur signification sur le sommet de la montagne1 et il faut par moments que quelqu'un vienne nous dire3 ,levez les yeux1 voyez ce que vous tes1 voyez ce que vous faites2 ce n'est pas ici que nous vivons2 c'est l-haut que nous sommes4 ,ce regard chang dans l'ombre2 ces paroles qui n'avaient pas de sens au pied de la montagne1 voyez ce qu'ils deviennent et ce qu'ils signifient par del la neige des cimes2 et comme nos mains que nous croyons si faibles et si petites atteignent ,dieu1 chaque instant1 sans le savoir4 ,quelques-uns sont venus nous frapper ainsi sur l'paule en nous montrant du doigt ce qui se passe sur les glaciers du mystre4 ,ils ne sont pas nombreux4 ,il y en a trois ou quatre en ce sicle4 ,il y en a cinq ou six dans les autres2 et tout ce qu'ils ont pu nous dire n'est rien au regard de ce qui a lieu et de ce que notre me n'ignore pas4 ,mais qu'importe8 ,ne sommes-nous pas semblables un homme qui a perdu les yeux dans les premires annes de son enfance8 ,il a vu le spectacle innombrable des tres4 ,il a vu le soleil1 la mer et la fort4 ,maintenant1 ces merveilles se trouvent jamais dans sa substance2 et si vous en parlez1 que pourrez-vous lui dire1 et que seront vos pauvres mots ct de la clairire1 de la tempte et de l'aurore qui vivent encore au fond de son esprit et de sa chair8 ,il vous coutera1 cependant1 avec une joie ardente et tonne et bien qu'il sache tout1 et que vos paroles reprsentent ce qu'il sait plus imparfaitement qu'un verre d'eau ne reprsente un grand fleuve1 les petites phrases impuissantes qui tombent de la bouche des hommes illumineront un instant l'ocan1 la lumire et les sombres feuillages qui dormaient au milieu des tnbres1 sous ses paupires mortes4 ,les faces de ce moi transcendental dont parle ,novalis1 sont probablement innombrables et aucun des moralistes mystiques n'est parvenu tudier la mme4 ,swedenborg1 ,pascal1 ,novalis1 ,hello et quelques autres examinent nos rapports avec un infini abstrait1 subtil et trs lointain4 ,ils nous mnent sur des montagnes dont tous les sommets ne nous semblent pas naturels et habitables et o nous respirons souvent avec peine4 ,goethe accompagne notre me sur les rivages de la mer de la ,srnit4 ,marc-,aurle la fait asseoir au penchant des collines humaines de la bont parfaite et lasse1 et sous les feuillages trop lourds de la rsignation sans espoir4 ,carlyle1 le frre spirituel d',emerson1 qui en ce sicle nous avertit l'autre extrmit de la valle1 fait passer comme des clairs1 les seuls moments hroques de notre tre1 sur le fond d'ombre et d'orage d'un inconnu sans cesse monstrueux4 ,il nous mne comme un troupeau affol par les temptes vers les pturages ignors et sulfureux4 ,il nous pousse au plus profond des tnbres qu'il a dcouvertes avec joie1 et qu'claire seule l'toile intermittente et violente des hros et nous y abandonne1 avec un mauvais rire1 aux vastes reprsailles des mystres4 ,mais en mme temps1 voici ,emerson1 le bon pasteur matinal des prs ples et verts d'un optimisme nouveau1 naturel et plausible4 ,il ne nous conduit pas du ct des abmes4 ,il ne nous fait pas sortir de l'humble clos familier1 parce que le glacier1 la mer1 les neiges ternelles1 le palais1 l'table1 le pole teint du pauvre et le lit du malade1 tout est situ sous le mme ciel1 purifi par les mmes astres et soumis aux mmes puissances infinies4 ,il est venu pour plusieurs au moment o il fallait venir et l'instant o ils avaient mortellement besoin d'explications nouvelles4 ,les heures hroques sont moins apparentes1 celles de l'abngation ne sont pas encore revenues2 il ne nous reste plus que la vie quotidienne1 et cependant nous ne pouvons pas vivre sans grandeur4 ,il a donn un sens presque acceptable cette vie qui n'avait plus ses horizons traditionnels1 et peut-tre a-t-il pu nous montrer qu'elle est assez trange1 assez profonde et assez grande pour n'avoir besoin d'autre but qu'elle-mme4 ,il n'en sait pas plus que les autres2 mais il affirme avec plus de courage1 et il a confiance dans le mystre4 ,il faut vivre1 vous tous qui traversez des jours et des annes1 sans actions1 sans penses1 sans lumire1 parce que votre vie1 malgr tout1 est incomprhensible et divine4 ,il faut vivre parce que nul n'a le droit de se soustraire aux vnements spirituels des semaines banales4 ,il faut vivre parce qu'il n'y a pas d'heures sans miracles intimes et sans significations ineffables4 ,il faut vivre parce qu'il n'y a pas un acte1 pas un mot1 pas un geste qui chappe des revendications inexplicables en un monde o il y a beaucoup de choses faire1 et peu de choses savoir4 ,il n'y a ni grande ni petite vie1 et l'action de ,rgulus ou de ,lonidas n'a aucune importance lorsque je la compare un moment de l'existence secrte de mon me4 ,elle pouvait faire ce qu'ils ont fait ou ne pas le faire1 ces choses ne l'atteignent pas2 et l'me de ,rgulus1 lorsqu'il s'en retournait ,carthage1 tait probablement aussi distraite et aussi indiffrente que celle de l'ouvrier qui s'en va vers l'usine4 ,elle est trop loin de toutes nos actions2 elle est trop loin de toutes nos penses4 ,elle vit seule1 au fond de nous1 une vie qu'elle ne dit pas2 et des hauteurs o elle rgne1 la varit des existences ne se distingue plus4 ,nous marchons accabls sous le poids de notre me et il n'y a pas de proportion entre elle et nous4 ,elle ne songe peut-tre jamais ce que nous faisons et cela se lit sur notre visage4 ,si l'on pouvait demander une intelligence d'un autre monde quelle est l'expression synthtique de la face des hommes1 elle rpondrait1 sans doute1 aprs les avoir vus dans leurs joies1 dans leurs douleurs et dans leurs inquitudes3 ,ils ont l'air de songer autre chose4 ,soyez grand1 soyez sage et loquent2 l'me du pauvre qui tend la main au coin du pont ne sera pas jalouse1 mais la vtre lui enviera peut-tre son silence4 ,le hros a besoin de l'approbation de l'homme ordinaire1 mais l'homme ordinaire ne demande pas l'approbation du hros et il poursuit sa vie sans inquitude1 comme celui qui a tous ses trsors en lieu sr4 ,lorsque parle ,socrate1 dit ,emerson1 ,lysis et ,mnxne n'prouvent aucune honte de leur silence4 ,eux aussi ils sont grands4 ,et ,socrate s'en rfre eux et les aime tandis qu'il parle1 parce que tout homme renferme et est la vrit mme qu'articule un homme loquent4 ,mais en l'homme loquent1 cause de cela mme qu'il peut l'articuler1 il semble que cette vrit rside dj moins2 et c'est pourquoi il se tourne vers ces silencieux admirables1 avec une dfrence et un respect plus grands4 ,l'homme est avide d'explications4 ,il faut qu'on lui montre sa vie4 ,il se rjouit lorsqu'il trouve quelque part l'interprtation exacte d'un petit geste qu'il a fait il y a vingt-cinq ans4 ,ici1 il n'y a pas de petit geste2 il y a la plupart des attitudes de notre me quotidienne4 ,vous n'y trouverez pas le caractre ternel de la pense de ,marc-,aurle4 ,mais ,marc-,aurle c'est la pense par excellence4 ,d'ailleurs1 qui de nous mne la vie de ,marc-,aurle8 ,ici1 c'est l'homme et rien de plus4 ,il n'est pas arbitrairement agrandi2 seulement1 il est plus prs de nous que d'habitude4 ,c'est ,jean qui taille ses arbres2 c'est ,pierre qui btit sa maison1 c'est vous qui me parlez de la moisson1 c'est moi qui vous donne la main2 mais nous sommes mis au point o nous touchons aux dieux et nous sommes tonns de ce que nous faisons4 ,nous ne savions pas que toutes les puissances de l'me taient prsentes1 nous ne savions pas que toutes les lois de l'univers attendaient autour de nous2 et nous nous retournons1 et nous nous regardons sans rien dire comme des gens qui ont vu un miracle4 ,emerson est venu affirmer avec simplicit cette grandeur gale et secrte de notre vie4 ,il nous a entours de silence et d'admiration4 ,il a mis un trait de lumire sous les pas de l'artisan qui sort de l'atelier4 ,il nous a montr toutes les forces du ciel et de la terre1 occupes soutenir le seuil sur lequel deux voisins parlent de l'eau qui tombe ou du vent qui s'lve1 et au dessus de deux passants qui s'abordent1 il nous fait voir le visage d'un ,dieu qui sourit au visage d'un ,dieu4 ,il est plus prs que nul autre de notre vie habituelle4 ,il est l'avertisseur le plus attentif1 le plus assidu1 le plus probe1 le plus mticuleux1 le plus humain peut-tre4 ,il est le sage des jours ordinaires1 et les jours ordinaires sont en somme la substance de notre tre4 ,plus d'une anne s'coule sans passions1 sans vertus1 sans miracles4 ,apprenez-nous vnrer les petites heures de la vie4 ,si j'ai pu agir ce matin1 selon l'esprit de ,marc-,aurle1 ne venez pas souligner mes actions1 car je sais1 moi aussi1 qu'il est arriv quelque chose4 ,mais si je crois avoir perdu ma journe en misrables entreprises2 et si vous pouvez me prouver que j'ai vcu cependant aussi profondment qu'un hros1 et que mon me n'a pas perdu ses droits2 vous aurez fait plus que si vous m'aviez persuad de sauver aujourd'hui mon ennemi1 car vous avez augment en moi1 la somme1 la grandeur et le dsir de la vie2 et demain1 peut-tre1 je saurai vivre avec respect4 ,,viii ,,novalis#a #a ,fragment de la prface la traduction des ,disciples ,sas4 ,les hommes marchent par des chemins divers2 qui les suit et les compare verra natre d'tranges figures1 dit notre auteur4 ,j'ai choisi trois de ces hommes dont les routes nous mnent sur trois cimes diffrentes4 ,j'ai vu miroiter l'horizon des oeuvres de ,ruysbroeck les pics les plus bleutres de l'me1 tandis qu'en celles d',emerson les sommets plus humbles du coeur humain s'arrondissaient irrgulirement4 ,ici1 nous nous trouvons sur les crtes aigus et souvent dangereuses du cerveau2 mais il y a des retraites pleines d'une ombre dlicieuse entre les ingalits verdoyantes de ces crtes1 et l'atmosphre y est d'un inaltrable cristal4 ,il est admirable de voir combien les voies de l'me humaine divergent vers l'inaccessible4 ,il faut suivre un moment les traces des trois mes que je viens de nommer4 ,elles sont alles1 chacune de son ct1 bien au del des cercles srs de la conscience ordinaire1 et chacune d'elles a rencontr des vrits qui ne se ressemblent pas et que nous devons cependant accueillir comme des soeurs prodigues et retrouves4 ,une vrit cache est ce qui nous fait vivre4 ,nous sommes ses esclaves inconscients et muets1 et nous nous trouvons enchans tant qu'elle n'a point paru4 ,mais si l'un de ces tres extraordinaires1 qui sont les antennes de l'me humaine innombrablement une1 la souponne un instant1 en ttonnant dans les tnbres1 les derniers d'entre nous1 par je ne sais quel contre-coup subit et inexplicable1 se sentent librs de quelque chose2 une vrit nouvelle plus haute1 plus pure et plus mystrieuse prend la place de celle qui s'est vue dcouverte et qui fuit sans retour1 et l'me de tous1 sans que rien le trahisse au dehors1 inaugure une re plus sereine et clbre de profondes ftes o nous ne prenons qu'une part tardive et trs lointaine4 ,et je crois que c'est de la sorte qu'elle monte et s'en va vers un but qu'elle est seule connatre4 ,tout ce que l'on peut dire n'est rien en soi4 ,mettez dans un plateau de la balance toutes les paroles des grands sages1 et dans l'autre plateau la sagesse inconsciente de cet enfant qui passe1 et vous verrez que ce que ,platon1 ,marc-,aurle1 ,schopenhauer et ,pascal nous ont rvl ne soulvera pas d'une ligne les grands trsors de l'inconscience1 car l'enfant qui se tait est mille fois plus sage que ,marc-,aurle qui parle4 ,et1 cependant1 si ,marc-,aurle n'avait pas crit les douze livres de ses ,mditations1 une partie des trsors ignors que notre enfant renferme ne serait pas la mme4 ,il n'est peut-tre pas possible de parler clairement de ces choses1 mais ceux qui savent s'interroger assez profondment et vivre1 ne ft-ce que le temps d'un clair1 selon leur tre intgral1 sentent que cela est4 ,il se peut que l'on dcouvre un jour les raisons pour lesquelles1 si ,platon1 ,swedenborg ou ,plotin n'avaient pas exist1 l'me du paysan qui ne les a pas lus et n'en a jamais entendu parler ne serait pas ce qu'elle est infailliblement aujourd'hui4 ,mais quoi qu'il en puisse tre1 aucune pense ne se perdit jamais pour aucune me1 et qui dira les parties de nous-mmes qui ne vivent que grce des penses qui ne furent jamais exprimes8 ,notre conscience a plus d'un degr1 et les plus sages ne s'inquitent que de notre conscience peu prs inconsciente parce qu'elle est sur le point de devenir divine4 ,augmenter cette conscience transcendantale semble avoir t toujours le dsir inconnu et suprme des hommes4 ,il importe peu qu'ils l'ignorent1 car ils ignorent tout1 et cependant ils agissent en leur me aussi sagement que les plus sages4 ,il est vrai que la plupart des hommes ne doivent vivre un moment qu' l'instant o ils meurent4 ,en attendant1 cette conscience ne s'augmente qu'en augmentant l'inexplicable autour de nous4 ,nous cherchons connatre pour apprendre ne pas connatre4 ,nous ne nous grandissons qu'en grandissant les mystres qui nous accablent1 et nous sommes des esclaves qui ne peuvent entretenir en eux le dsir de vivre qu' condition d'alourdir1 sans se dcourager jamais1 le poids sans piti de leurs chanes444 ,l'histoire de ces chanes merveilleuses est l'unique histoire de nous-mmes2 car nous ne sommes qu'un mystre1 et ce que nous savons n'est pas intressant4 ,elle n'est pas longue jusqu'ici2 elle tient en quelques pages1 et l'on dirait que les meilleurs ont eu peur d'y songer4 ,combien peu osrent s'avancer jusqu'aux extrmits de la pense humaine6 et dites-nous les noms de ceux qui y restrent quelques heures444 ,plus d'un nous l'a promise et quelques autres l'entreprirent un moment1 mais peu aprs ils perdaient tour tour la force qu'il faut pour vivre ici1 ils retombaient du ct de la vie extrieure et dans les champs connus de la raison humaine1 et tout flottait de nouveau1 comme autrefois1 devant leurs yeux4 ,en vrit1 c'est qu'il est difficile d'interroger son me et de reconnatre sa petite voix d'enfant au milieu des clameurs inutiles qui l'entourent4 ,et1 cependant1 que les autres efforts de l'esprit importent peu quand on y songe1 et comme notre vie ordinaire se passe loin de nous6 ,on dirait que l-bas n'apparaissent que nos semblables des heures vides1 distraites et striles2 mais1 ici1 c'est le seul point fixe de notre tre et le lieu mme de la vie4 ,il faut s'y rfugier sans cesse4 ,nous savons tout le reste avant qu'on nous l'ait dit2 mais1 ici1 nous apprenons bien plus que tout ce qu'on peut dire2 et c'est au moment o la phrase s'arrte et o les mots se cachent1 que notre regard inquit rencontre tout coup1 travers les annes et les sicles1 un autre regard qui l'attendait patiemment sur le chemin de ,dieu4 ,les paupires clignent en mme temps1 les yeux se mouillent de la rose douce et terrible d'un mystre identique1 et nous savons que nous ne sommes plus seuls sur la route sans fin444 ,mais quels livres nous parlent de ce lieu de la vie8 ,les mtaphysiques vont peine jusqu'aux frontires1 et celles-ci dpasses1 en vrit que reste-t-il8 ,quelques mystiques qui semblent fous1 parce qu'ils reprsenteraient probablement la nature mme de la pense de l'homme1 s'il avait le loisir ou la force d'tre un homme vritable4 ,parce que nous aimons avant tout les matres de la raison ordinaire3 ,kant1 ,spinoza1 ,schopenhauer et quelques autres1 ce n'est pas un motif pour repousser les matres d'une raison diffrente qui est une raison fraternelle1 elle aussi1 et qui sera peut-tre notre raison future4 ,en attendant1 ils nous ont dit des choses qui nous taient indispensables4 ,ouvrez le plus profond des moralistes ou des psychologues ordinaires1 il vous parlera de l'amour1 de la haine1 de l'orgueil et des autres passions de notre coeur2 et ces choses peuvent nous plaire un instant1 comme des fleurs dtaches de leur tige4 ,mais notre vie relle et invariable se passe mille lieues de l'amour et cent mille lieues de l'orgueil4 ,nous possdons un moi plus profond et plus inpuisable que le moi des passions ou de la raison pure4 ,il ne s'agit pas de nous dire ce que nous prouvons lorsque notre matresse nous abandonne4 ,elle s'en va aujourd'hui2 nos yeux pleurent1 mais notre me ne pleure pas4 ,il se peut qu'elle apprenne l'vnement et qu'elle le transforme en lumire1 car tout ce qui tombe en elle irradie4 ,il se peut aussi qu'elle l'ignore2 et ds lors quoi sert d'en parler8 ,il faut laisser ces petites choses ceux qui ne sentent pas que la vie est profonde4 ,si j'ai lu ,la ,rochefoucauld ou ,stendhal ce matin1 croyez-vous que j'aie acquis des penses qui me fassent homme davantage et que les anges dont il faut s'approcher jour et nuit me trouveront plus beau8 ,tout ce qui ne va pas au-del de la sagesse exprimentale et quotidienne ne nous appartient pas et n'est pas digne de notre me4 ,tout ce qu'on peut apprendre sans angoisse nous diminue4 ,je sourirai pniblement si vous parvenez me prouver que je fus goste jusque dans le sacrifice de mon bonheur et de ma vie2 mais qu'est-ce que l'gosme au regard de tant d'autres choses toutes-puissantes que je sens vivre en moi d'une vie indicible8 ,ce n'est pas sur le seuil des passions que se trouvent les lois pures de notre tre4 ,il arrive un moment o les phnomnes de la conscience habituelle1 qu'on pourrait appeler la conscience passionnelle ou la conscience des relations du premier degr1 ne nous profitent plus et n'atteignent plus notre vie4 ,j'accorde que cette conscience soit souvent intressante par quelque ct1 et qu'il soit ncessaire d'en connatre les plis4 ,mais c'est une plante de la surface1 et ses racines ont peur du grand feu central de notre tre4 ,je puis commettre un crime sans que le moindre souffle incline la plus petite flamme de ce feu2 et1 d'un autre ct1 un regard chang1 une pense qui ne parvient pas clore1 une minute qui passe sans rien dire1 peut l'agiter en tourbillons terribles au fond de ses retraites et le faire dborder sur ma vie4 ,notre me ne juge pas comme nous2 c'est une chose capricieuse et cache4 ,elle peut tre atteinte par un souffle et ignorer une tempte4 ,il faut chercher ce qui l'atteint2 tout est l1 car c'est l que nous sommes4 ,ainsi1 et pour en revenir cette conscience ordinaire qui rgne de grandes distances de notre me1 je sais plus d'un esprit que la merveilleuse peinture de la jalousie d',othello1 par exemple1 n'tonne plus4 ,elle est dfinitive dans les premiers cercles de l'homme4 ,elle demeure admirable1 pourvu que l'on ait soin de n'ouvrir ni portes ni fentres1 sans quoi l'image tomberait en poussire au vent de tout l'inconnu qui attend au dehors4 ,nous coutons le dialogue du ,more et de ,desdmone comme une chose parfaite1 mais sans pouvoir nous empcher de songer des choses plus profondes4 ,que le guerrier d',afrique soit tromp ou non par la noble ,vnitienne1 il a une autre vie4 ,il doit se passer dans son me et autour de son tre1 au moment mme de ses soupons les plus misrables et de ses colres les plus brutales1 des vnements mille fois plus sublimes1 que ses rugissements ne peuvent point troubler1 et travers les agitations superficielles de la jalousie se poursuit une existence inaltrable que le gnie de l'homme n'a montre jusqu'ici qu'en passant4 ,est-ce de l que nat la tristesse qui monte des chefs-d'oeuvre8 ,les potes ne purent les crire qu' la condition de fermer leurs yeux aux horizons terribles et d'imposer silence aux voix trop graves et trop nombreuses de leur me4 ,s'ils ne l'avaient pas fait1 ils eussent perdu courage4 ,rien n'est plus triste et plus dcevant qu'un chef-d'oeuvre1 parce que rien ne montre mieux l'impuissance de l'homme prendre conscience de sa grandeur et de sa dignit4 ,et si une voix ne nous avertissait que les plus belles choses ne sont rien au regard de tout ce que nous sommes1 rien ne nous diminuerait davantage4 ,l'me1 dit ,emerson1 est suprieure ce qu'on peut savoir d'elle et plus sage qu'aucune de ses oeuvres4 ,le grand pote nous fait sentir notre propre valeur1 et alors nous estimons moins ce qu'il a ralis4 ,la meilleure chose qu'il nous apprenne1 c'est le ddain de tout ce qu'il a fait4 ,shakespeare nous emporte en un si sublime courant d'intelligente activit1 qu'il nous suggre l'ide d'une richesse ct de laquelle la sienne semble pauvre1 et alors nous sentons que l'oeuvre sublime qu'il a cre1 et qu' d'autres moments nous levons la hauteur d'une posie existant par elle-mme1 n'appartient pas plus profondment la nature relle des choses que l'ombre fugitive du passant sur un rocher4 ,les cris sublimes des grands pomes et des grandes tragdies ne sont autre chose que des cris mystiques qui n'appartiennent pas la vie extrieure de ces pomes ou de ces tragdies4 ,ils jaillissent un instant de la vie intrieure et nous font esprer je ne sais quoi d'inattendu et que nous attendons cependant avec tant d'impatience6 jusqu' ce que les passions trop connues les recouvrent encore de leur neige444 ,c'est en ces moments-l que l'humanit s'est mise un instant en prsence d'elle-mme1 comme un homme en prsence d'un ange4 ,or il importe qu'elle se mette le plus souvent possible en prsence d'elle-mme pour savoir ce qu'elle est4 ,si quelque tre d'un autre monde descendait parmi nous et nous demandait les fleurs suprmes de notre me et les titres de noblesse de la terre1 que lui donnerions-nous8 ,quelques-uns apporteraient les philosophes sans savoir ce qu'ils font4 ,j'ai oubli quel autre a rpondu qu'il offrirait ,othello1 le ,roi ,lear et ,hamlet4 ,eh bien1 non1 nous ne sommes pas cela6 et je crois que notre me irait mourir de honte au fond de notre chair1 parce qu'elle n'ignore pas que ses trsors visibles ne sont pas faits pour tre ouverts aux yeux des trangers et ne contiennent que des pierreries fausses4 ,le plus humble d'entre nous1 aux instants solitaires o il sait ce qu'il faut que l'on sache1 se sent le droit de se faire reprsenter par autre chose qu'un chef-d'oeuvre4 ,nous sommes des tres invisibles4 ,nous n'aurions rien dire l'envoy cleste ni rien lui faire voir1 et nos plus belles choses nous paratraient subitement pareilles ces pauvres reliques familiales qui nous semblaient si prcieuses au fond de leur tiroir et qui deviennent si misrables lorsqu'on les sort un instant de leur ombre pour les montrer quelque indiffrent4 ,nous sommes des tres invisibles qui ne vivent qu'en eux-mmes1 et le visiteur attentif s'en irait sans se douter jamais de ce qu'il et pu voir1 moins qu'en ce moment notre me indulgente n'intervienne4 ,elle fuit si volontiers devant les petites choses1 et l'on a tant de peine la retrouver dans la vie1 qu'on a peur de l'appeler l'aide4 ,et1 cependant1 elle est toujours prsente et jamais ne se trompe ni ne trompe une fois qu'elle est mise en demeure4 ,elle montrerait l'missaire inattendu les mains jointes de l'homme1 ses yeux si pleins de songes qui n'ont mme pas de nom et ses lvres qui ne peuvent rien dire2 et peut-tre que l'autre1 s'il est digne de comprendre1 n'oserait plus interroger444 ,mais s'il lui fallait d'autres preuves1 elle le mnerait parmi ceux dont les oeuvres touchent presque au silence4 ,elle ouvrirait la porte des domaines o quelques-uns l'aimrent pour elle-mme1 sans s'inquiter des petits gestes de son corps4 ,ils monteraient tous deux sur les hauts plateaux solitaires o la conscience s'lve d'un degr et o tous ceux qui ont l'inquitude d'eux-mmes rdent attentivement autour de l'anneau monstrueux qui relie le monde apparent nos mondes suprieurs4 ,elle irait avec lui aux limites de l'homme2 car c'est l'endroit o l'homme semble sur le point de finir que probablement il commence2 et ses parties essentielles et inpuisables ne se trouvent que dans l'invisible1 o il faut qu'il se guette sans cesse4 ,c'est sur ces hauteurs seules qu'il y a des penses que l'me peut avouer et des ides qui lui ressemblent et qui sont aussi imprieuses qu'elle-mme4 ,c'est l que l'humanit a rgn un instant1 et ces pics faiblement clairs sont peut-tre les seules lueurs qui signalent la terre dans les espaces spirituels4 ,leurs reflets ont vraiment la couleur de notre me4 ,nous sentons que les passions de l'esprit et du coeur1 aux yeux d'une intelligence trangre1 ressembleraient des querelles de clochers2 mais dans leurs oeuvres1 les hommes dont je parle sont sortis du petit village des passions1 et ils ont dit des choses qui peuvent intresser ceux qui ne sont pas de la paroisse terrestre4 ,il ne faut pas que notre humanit s'agite exclusivement au fond de soi comme un troupeau de taupes4 ,il importe qu'elle vive comme si un jour elle devait rendre compte de sa vie des frres ans4 ,l'esprit repli sur lui-mme n'est qu'une clbrit locale qui fait sourire le voyageur4 ,il y a autre chose que l'esprit1 et ce n'est pas l'esprit qui nous allie l'univers4 ,il est temps qu'on ne le confonde plus avec l'me4 ,il ne s'agit pas de ce qui se passe entre nous1 mais de ce qui a lieu en nous1 au-dessus des passions et de la raison4 ,si je n'offre l'intelligence trangre que ,la ,rochefoucauld1 ,lichtenberg1 ,meredith ou ,stendhal1 elle me regardera comme je regarde1 au fond d'une ville morte1 le bourgeois sans espoir qui me parle de sa rue1 de son mariage ou de son industrie4 ,quel ange demandera ,titus pourquoi il n'a pas pous ,brnice et pourquoi ,andromaque s'est promise ,pyrrhus8 ,que reprsente ,brnice1 si je la compare ce qu'il y a d'invisible dans la mendiante qui m'arrte ou la prostitue qui me fait signe8 ,une parole mystique peut seule1 par moments1 reprsenter un tre humain2 mais notre me n'est pas dans ces autres rgions sans ombres et sans abmes2 et vous-mmes1 vous y arrtez-vous aux heures graves o la vie s'appesantit sur votre paule8 ,l'homme n'est pas dans ces choses1 et cependant ces choses sont parfaites4 ,mais il faut n'en parler qu'entre soi1 et il est convenable de s'en taire si quelque visiteur frappe le soir notre porte4 ,mais si ce mme visiteur me surprend au moment o mon me cherche la clef de ses trsors les plus proches dans ,pascal1 ,emerson ou ,hello1 ou1 d'un autre ct1 dans quelques-uns de ceux qui eurent l'inquitude de la beaut trs pure1 je ne fermerai pas le livre en rougissant2 et peut tre que lui-mme y prendra quelque ide d'un tre fraternel condamn au silence1 ou saura1 tout au moins1 que nous ne fmes pas tous des habitants satisfaits de la terre4 ,,ix ,,le ,,tragique ,,quotidien ,il y a un tragique quotidien qui est bien plus rel1 bien plus profond et bien plus conforme notre tre vritable que le tragique des grandes aventures4 ,il est facile de le sentir mais il n'est pas ais de le montrer parce que ce tragique essentiel n'est pas simplement matriel ou psychologique4 ,il ne s'agit plus ici de la lutte dtermine d'un tre contre un tre1 de la lutte d'un dsir contre un autre dsir ou de l'ternel combat de la passion et du devoir4 ,il s'agirait plutt de faire voir ce qu'il y a d'tonnant dans le fait seul de vivre4 ,il s'agirait plutt de faire voir l'existence d'une me en elle-mme1 au milieu d'une immensit qui n'est jamais inactive4 ,il s'agirait plutt de faire entendre par dessus les dialogues ordinaires de la raison et des sentiments1 le dialogue plus solennel et ininterrompu de l'tre et de sa destine4 ,il s'agirait plutt de nous faire suivre les pas hsitants et douloureux d'un tre qui s'approche ou s'loigne de sa vrit1 de sa beaut ou de son ,dieu4 ,il s'agirait encore de nous montrer et de nous faire entendre mille choses analogues que les potes tragiques nous ont fait entrevoir en passant4 ,mais voici le point essentiel3 ce qu'ils nous ont fait entrevoir en passant ne pourrait-on tenter de le montrer avant le reste8 ,ce qu'on entend sous le roi ,lear1 sous ,macbeth1 sous ,hamlet par exemple1 le chant mystrieux de l'infini1 le silence menaant des mes ou des ,dieux1 l'ternit qui gronde l'horizon1 la destine ou la fatalit qu'on aperoit intrieurement sans que l'on puisse dire quels signes on la reconnat1 ne pourrait-on par je ne sais quelle interversion des rles1 les rapprocher de nous tandis qu'on loignerait les acteurs8 ,est-il donc hasardeux d'affirmer que le vritable tragique de la vie1 le tragique normal1 profond et gnral1 ne commence qu'au moment o ce qu'on appelle les aventures1 les douleurs et les dangers sont passs8 ,le bonheur n'aurait-il pas le bras plus long que le malheur et certaines de ses forces ne s'approcheraient-elles pas davantage de l'me humaine8 ,faut-il absolument hurler comme les ,atrides pour qu'un ,dieu ternel se montre en notre vie et ne vient-il jamais s'asseoir sous l'immobilit de notre lampe8 ,n'est-ce pas la tranquillit qui est terrible lorsqu'on y rflchit et que les astres la surveillent2 et le sens de la vie se dveloppe-t-il dans le tumulte ou le silence8 ,n'est-ce pas quand on nous dit la fin des histoires ,ils furent heureux que la grande inquitude devrait faire son entre8 ,qu'arrive-t-il tandis qu'ils sont heureux8 ,est-ce que le bonheur ou un simple instant de repos ne dcouvre pas des choses plus srieuses et plus stables que l'agitation des passions8 ,n'est-ce pas alors que la marche du temps et bien d'autres marches plus secrtes1 deviennent enfin visibles et que les heures se prcipitent8 ,est-ce que tout ceci n'atteint pas des fibres plus profondes que le coup de poignard des drames ordinaires8 ,n'est-ce pas quand un homme se croit l'abri de la mort extrieure que l'trange et silencieuse tragdie de l'tre et de l'immensit ouvre vraiment les portes de son thtre8 ,est-ce tandis que je fuis devant une pe nue que mon existence atteint son point le plus intressant8 ,est-ce toujours dans un baiser qu'elle est la plus sublime8 ,n'y a-t-il pas d'autres moments o l'on entend des voix plus permanentes et plus pures8 ,votre me ne fleurit-elle qu'au fond des nuits d'orage8 ,on dirait qu'on l'a cru jusqu'ici4 ,presque tous nos auteurs tragiques n'aperoivent que la vie violente et la vie d'autrefois2 et l'on peut affirmer que tout notre thtre est anachronique et que l'art dramatique retarde du mme nombre d'annes que la sculpture4 ,il n'en est pas de mme de la bonne peinture et de la bonne musique1 par exemple1 qui ont su dmler et reproduire les traits plus cachs1 mais non moins graves et tonnants de la vie d'aujourd'hui4 ,elles ont observ que cette vie n'avait perdu en surface dcorative que pour gagner en profondeur1 en signification intime et en gravit spirituelle4 ,un bon peintre ne peindra plus ,marius vainqueur des ,cimbres ou l'assassinat du duc de ,guise1 parce que la psychologie de la victoire ou du meurtre est lmentaire et exceptionnelle1 et que le vacarme inutile d'un acte violent touffe la voix plus profonde1 mais hsitante et discrte1 des tres et des choses4 ,il reprsentera une maison perdue dans la campagne1 une porte ouverte au bout d'un corridor1 un visage ou des mains au repos2 et ces simples images pourront ajouter quelque chose notre conscience de la vie2 ce qui est un bien qu'il n'est plus possible de perdre4 ,mais nos auteurs tragiques1 de mme que les peintres mdiocres qui s'attardent la peinture d'histoire1 placent tout l'intrt de leurs oeuvres dans la violence de l'anecdote qu'ils reproduisent4 ,et ils prtendent nous divertir au mme genre d'actes qui rjouissaient des barbares qui les attentats1 les meurtres et les trahisons qu'ils reprsentent taient habituels4 ,tandis que la plupart de nos vies se passent loin du sang1 des cris et des pes1 et que les larmes des hommes sont devenues silencieuses1 invisibles et presque spirituelles444 ,lorsque je vais au thtre1 il me semble que je me retrouve quelques heures au milieu de mes anctres1 qui avaient de la vie une conception simple1 sche et brutale1 que je ne me rappelle presque plus et laquelle je ne puis plus prendre part4 ,j'y vois un mari tromp qui tue sa femme2 une femme qui empoisonne son amant1 un fils qui venge son pre1 un pre qui immole ses enfants1 des enfants qui font mourir leur pre1 des rois assassins1 des vierges violes1 des bourgeois emprisonns1 et tout le sublime traditionnel1 mais1 hlas6 si superficiel et si matriel1 du sang1 des larmes extrieures et de la mort4 ,que peuvent me dire des tres qui n'ont qu'une ide fixe et qui n'ont pas le temps de vivre parce qu'il leur faut mettre mort un rival ou une matresse8 ,j'tais venu dans l'espoir de voir quelque chose de la vie rattache ses sources et ses mystres par des liens que je n'ai l'occasion ni la force d'apercevoir tous les jours4 ,j'tais venu dans l'espoir d'entrevoir un moment la beaut1 la grandeur et la gravit de mon humble existence quotidienne4 ,j'esprais qu'on m'aurait montr je ne sais quelle prsence1 quelle puissance ou quel dieu qui vit avec moi dans ma chambre4 ,j'attendais je ne sais quelles minutes suprieures que je vis sans les connatre au milieu de mes plus misrables heures2 et je n'ai le plus souvent dcouvert qu'un homme qui m'a dit longuement pourquoi il est jaloux1 pourquoi il empoisonne ou pourquoi il se tue4 ,j'admire ,othello1 mais il ne me parat pas vivre de l'auguste vie quotidienne d'un ,hamlet1 qui a le temps de vivre parce qu'il n'agit pas4 ,othello est admirablement jaloux4 ,mais n'est-ce peut-tre pas une vieille erreur de penser que c'est aux moments o une telle passion et d'autres d'une gale violence nous possdent que nous vivons vritablement8 ,il m'est arriv de croire qu'un vieillard assis dans son fauteuil1 attendant simplement sous la lampe1 coutant sans le savoir toutes les lois ternelles qui rgnent autour de sa maison1 interprtant sans le comprendre ce qu'il y a dans le silence des portes et des fentres et dans la petite voix de la lumire1 subissant la prsence de son me et de sa destine1 inclinant un peu la tte1 sans se douter que toutes les puissances de ce monde interviennent et veillent dans la chambre comme des servantes attentives1 ignorant que le soleil lui-mme soutient au-dessus de l'abme la petite table sur laquelle il s'accoude1 et qu'il n'y a pas un astre du ciel ni une force de l'me qui soient indiffrents au mouvement d'une paupire qui retombe ou d'une pense qui s'lve1--il m'est arriv de croire que ce vieillard immobile vivait en ralit d'une vie plus profonde1 plus humaine et plus gnrale que l'amant qui trangle sa matresse1 le capitaine qui remporte une victoire ou l'poux qui venge son honneur4 ,on me dira peut-tre qu'une vie immobile ne serait gure visible1 qu'il faut bien l'animer de quelques mouvements et que ces mouvements varis et acceptables ne se trouvent que dans le petit nombre de passions employes jusqu'ici4 ,je ne sais s'il est vrai qu'un thtre statique soit impossible4 ,il me semble mme qu'il existe4 ,la plupart des tragdies d',eschyle sont des tragdies immobiles4 ,je ne parle pas de ,promthe et des ,suppliantes o rien n'arrive2 mais toute la tragdie des ,chophores1 qui est cependant le plus terrible drame de l'antiquit1 pitine comme un mauvais rve devant le tombeau d',agamemnon1 jusqu' ce que le meurtre jaillisse1 comme un clair1 de l'accumulation des prires qui se replient sans cesse sur elles-mmes4 ,examinez ce point de vue quelques autres des plus belles tragdies des anciens3 ,les ,eumnides1 ,antigone1 ,electre1 ,o,edipe ,colone4 ,ils ont admir1 dit ,racine dans sa prface de ,brnice1 ils ont admir l',ajax de ,sophocle1 qui n'est autre chose qu',ajax qui se tue de regret cause de la fureur o il est tomb aprs le refus qu'on lui a fait des armes d',achille4 ,ils ont admir le ,philoctte1 dont tout le sujet est ,ulysse qui vient pour surprendre les flches d',hercule4 ,l',o,edipe mme1 quoique tout plein de reconnaissances1 est moins charg de matire que la plus simple tragdie de nos jours4 ,est-ce autre chose que la vie peu prs immobile8 ,d'habitude1 il n'y a mme pas d'action psychologique1 qui est mille fois suprieure l'action matrielle et qui semble indispensable1 mais qu'ils parviennent nanmoins supprimer ou rduire d'une faon merveilleuse1 pour ne laisser subsister d'autre intrt que celui qu'inspire la situation de l'homme dans l'univers4 ,ici1 nous ne sommes plus chez les barbares1 et l'homme ne s'agite plus au milieu de passions lmentaires qui ne sont pas les seules choses intressantes qu'il y ait en lui4 ,on a le temps de le voir en repos4 ,il ne s'agit plus d'un moment exceptionnel et violent de l'existence1 mais de l'existence elle-mme4 ,il est mille et mille lois plus puissantes et plus vnrables que les lois des passions2 mais ces lois lentes1 discrtes et silencieuses1 comme tout ce qui est dou d'une force irrsistible1 ne s'aperoivent et ne s'entendent que dans le demi-jour et le recueillement des heures tranquilles de la vie4 ,lorsqu',ulysse et ,noptolme viennent demander ,philoctte les armes d',hercule1 leur action en elle-mme est aussi simple et aussi indiffrente que celle d'un homme de nos jours qui entre dans une maison pour y visiter un malade1 d'un voyageur qui frappe la porte d'une auberge ou d'une mre qui attend au coin du feu le retour de son enfant4 ,sophocle marque en passant d'un trait rapide le caractre de ses hros4 ,mais ne peut-on pas affirmer que l'intrt principal de la tragdie ne se trouve pas dans la lutte qu'on y voit entre l'habilet et la loyaut1 entre le dsir de la patrie1 la rancune et l'enttement de l'orgueil8 ,il y a autre chose2 et c'est l'existence suprieure de l'homme qu'il s'agit de faire voir4 ,le pote ajoute la vie ordinaire un je ne sais quoi qui est le secret des potes1 et tout coup elle apparat dans sa prodigieuse grandeur1 dans sa soumission aux puissances inconnues1 dans ses relations qui ne finissent pas1 et dans sa misre solennelle4 ,un chimiste laisse tomber quelques gouttes mystrieuses dans un vase qui ne semble contenir que de l'eau claire3 et aussitt un monde de cristaux s'lve jusqu'aux bords et nous rvle ce qu'il y avait en suspens dans ce vase1 o nos yeux incomplets n'avaient rien aperu4 ,ainsi dans ,philoctte1 il semble que la petite psychologie des trois personnages principaux ne forme que les parois du vase qui contient l'eau claire1 qui est la vie ordinaire dans laquelle le pote va laisser tomber les gouttes rvlatrices de son gnie444 ,aussi1 n'est-ce pas dans les actes1 mais dans les paroles que se trouvent la beaut et la grandeur des belles et grandes tragdies4 ,est-ce seulement dans les paroles qui accompagnent et expliquent les actes qu'elles se trouvent8 ,non2 il faut qu'il y ait autre chose que le dialogue extrieurement ncessaire4 ,il n'y a gure que les paroles qui semblent d'abord inutiles qui comptent dans une oeuvre4 ,c'est en elles que se trouve son me4 ,a ct du dialogue indispensable il y a presque toujours un autre dialogue qui semble superflu4 ,examinez attentivement et vous verrez que c'est le seul que l'me coute profondment parce que c'est en cet endroit seulement qu'on lui parle4 ,vous reconnatrez aussi que c'est la qualit et l'tendue de ce dialogue inutile qui dtermine la qualit et la porte ineffable de l'oeuvre4 ,il est certain que dans les drames ordinaires le dialogue indispensable ne rpond pas du tout la ralit2 et ce qui fait la beaut mystrieuse des plus belles tragdies1 se trouve tout juste dans les paroles qui se disent ct de la vrit stricte et apparente4 ,elle se trouve dans les paroles qui sont conformes une vrit plus profonde et incomparablement plus voisine de l'me invisible qui soutient le pome4 ,on peut mme affirmer que le pome se rapproche de la beaut et d'une vrit suprieure1 dans la mesure o il limine les paroles qui expliquent les actes pour les remplacer par des paroles qui expliquent non pas ce qu'on appelle un tat d'me mais je ne sais quels efforts insaisissables et incessants des mes vers leur beaut et vers leur vrit4 ,c'est dans cette mesure aussi qu'il se rapproche de la vie vritable4 ,il arrive tout homme dans la vie quotidienne1 d'avoir dnouer par des paroles une situation trs grave4 ,songez-y un instant4 ,est-ce toujours en ces moments1 est-ce mme d'ordinaire ce que vous dites ou ce qu'on vous rpond qui importe le plus8 ,est-ce que d'autres forces1 d'autres paroles qu'on n'entend pas ne sont pas mises en jeu qui dterminent l'vnement8 ,ce que je dis compte souvent pour peu de chose2 mais ma prsence1 l'attitude de mon me1 mon avenir et mon pass1 ce qui natra de moi1 ce qui est mort en moi1 une pense secrte1 les astres qui m'approuvent1 ma destine1 mille et mille mystres qui m'environnent1 et vous entourent1 voil ce qui vous parle en ce moment tragique et voil ce qui me rpond4 ,sous chacun de mes mots et sous chacun des vtres1 il y a tout ceci1 et c'est ceci surtout que nous voyons1 et c'est ceci surtout que nous entendons malgr nous4 ,si vous tes venu1 vous l'poux outrag l'amant tromp la femme abandonne dans le dessein de me tuer2 ce ne sont pas mes supplications les plus loquentes qui pourront arrter votre bras4 ,mais il se peut que vous rencontriez alors l'une de ces forces inattendues et que mon me qui sait qu'elles veillent autour de moi1 vous dise un mot secret qui vous dsarme4 ,voil les sphres o les aventures se dcident1 voil le dialogue dont il faudrait qu'on entendt l'cho4 ,et c'est cet cho qu'on entend en effet1--extrmement affaibli et variable il est vrai1--dans quelques-unes des grandes oeuvres dont je parlais tantt4 ,mais ne pourrait-on pas tenter de se rapprocher davantage de ces sphres o tout se passe en ralit8 ,il semble qu'on veuille le tenter4 ,il y a quelque temps1 propos du drame d',ibsen o l'on entend le plus tragiquement ce dialogue du second degr1 propos de ,solness le ,constructeur1 j'essayais plus maladroitement encore de percer ces secrets4 ,pourtant1 ce sont des traces analogues de la main du mme aveugle sur le mme mur et qui se dirigent aussi vers les mmes lueurs4 ,dans ,solness1 disais-je1 qu'est-ce que le pote a ajout la vie pour qu'elle nous apparaisse si trange1 si profonde et si inquitante sous sa purilit extrieure8 ,il n'est pas facile de le dcouvrir et le vieux matre garde plus d'un secret4 ,il semble mme que ce qu'il a voulu dire ne soit que peu de chose au regard de ce qu'il lui a fallu dire4 ,il a donn la libert certaines puissances de l'me qui n'avaient jamais t libres et peut-tre a-t-il t possd par elles4 ,voyez-vous1 ,hilde1 s'exclame ,solness1 voyez-vous6 ,il y a de la sorcellerie en vous tout comme en moi4 ,c'est cette sorcellerie qui fait agir les puissances du dehors4 ,et il faut s'y prter4 ,qu'on le veuille ou non1 il le faut4 ,il y a de la sorcellerie en eux comme en nous tous4 ,hilde et ,solness sont1 je pense1 les premiers hros qui se sentent vivre un instant dans l'atmosphre de l'me1 et cette vie essentielle qu'ils ont dcouverte en eux1 par del leur vie ordinaire1 les pouvante4 ,hilde et ,solness sont deux mes qui ont entrevu leur situation dans la vie vritable4 ,il y a plus d'une manire de connatre un homme4 ,je prends1 par exemple1 deux ou trois tres que je vois peu prs tous les jours4 ,il est probable que longtemps je ne les distinguerai que par leurs gestes1 leurs habitudes extrieures1 ou intrieures1 leur manire de sentir1 d'agir et de penser4 ,mais1 en toute amiti un peu longue1 il arrive un moment mystrieux o nous apercevons1 pour ainsi dire1 la situation exacte de notre ami par rapport l'inconnu qui l'entoure1 et l'attitude de la destine envers lui4 ,c'est partir de ce moment qu'il nous appartient vritablement4 ,nous avons vu une fois pour toutes de quelle faon les vnements se conduiront son gard4 ,nous savons que celui-ci aura beau se retirer au fond de ses demeures et se tenir aussi immobile que possible dans la crainte d'agiter quelque chose dans les grands rservoirs de l'avenir1 sa prudence ne servira de rien1 et les vnements innombrables qui lui sont destins le dcouvriront en quelque endroit qu'il se cache et frapperont successivement sa porte4 ,et d'un autre ct1 nous n'ignorons pas que celui-l sortira inutilement la recherche de toutes les aventures4 ,il s'en reviendra toujours les mains vides4 ,une science infaillible semble ne sans raison dans notre me le jour o nos yeux se sont ouverts de la sorte1 et nous sommes srs que tel vnement qui parat tre cependant porte de la main de tel homme ne pourra pas lui arriver4 ,de cet instant1 une partie spciale de l'me rgne sur l'amiti des tres les plus inintelligents et les plus obscurs mme4 ,il y a une sorte de transposition de la vie4 ,et lorsque nous rencontrerons par hasard l'un de ceux que nous connaissons ainsi1 tout en nous entretenant de la neige qui tombe ou des femmes qui passent1 il y a en chacun de nous une petite chose qui se salue1 s'examine1 s'interroge notre insu1 s'intresse des conjonctures et parle d'vnements qu'il ne nous est pas possible de comprendre444 ,je crois qu',hilde et ,solness se trouvent dans cet tat et s'aperoivent de cette faon4 ,leurs propos ne ressemblent rien de ce que nous avons entendu jusqu'ici1 parce que le pote a tent de mler dans une mme expression le dialogue intrieur et extrieur4 ,il rgne dans ce drame somnambulique je ne sais quelles puissances nouvelles4 ,tout ce qui s'y dit cache et dcouvre la fois les sources d'une vie inconnue4 ,et1 si nous sommes tonns par moments1 il ne faut pas perdre de vue que notre me est souvent1 nos pauvres yeux1 une puissance trs folle1 et qu'il y a en l'homme bien des rgions plus fcondes1 plus profondes et plus intressantes que celles de la raison ou de l'intelligence444 ,x ,l',,toile ,on pourrait dire que de sicle en sicle1 un pote tragique a parcouru1 la torche de la posie la main1 les labyrinthes du destin4 ,ils ont fix de cette faon1 chacun selon les forces de son heure1 l'me des annales humaines2 et ils ont fait ainsi de l'histoire divine4 ,c'est en eux seuls que l'on peut suivre les variations sans nombre de la grande puissance immuable4 ,et il est intressant de les suivre2 car le plus pur de l'me des peuples se trouve peut-tre au fond de l'ide qu'ils se sont faite de cette puissance4 ,elle ne mourut jamais entirement mais il y a des moments o elle s'agite peine et dans ces moments-l1 on remarque que la vie n'est ni trs forte ni trs profonde4 ,elle ne fut adore qu'une seule fois sans partage4 ,elle tait alors pour les dieux mmes1 un pouvantable mystre4 ,il est assez trange de constater que l'poque o la divinit sans visage parut la plus terrible et la plus incomprhensible1 fut l'poque la plus belle de l'humanit2 et que ce fut le plus heureux des peuples qui se reprsenta le destin sous l'aspect le plus redoutable4 ,il semble qu'il y ait une force secrte en cette ide2 ou que cette ide soit le signe d'une force4 ,est-ce que l'homme grandit dans la mesure o il reconnat la grandeur de l'inconnu qui le domine2 ou est-ce l'inconnu qui grandit en proportion de l'homme8 ,aujourd'hui1 l'on dirait que l'ide du destin se rveille4 ,peut-tre n'est-il pas inutile d'aller sa recherche4 ,mais o le trouve-t-on8 ,aller la recherche du destin1 n'est-ce pas aller la recherche des tristesses humaines8 ,il n'y a pas de destin de la joie2 il n'y a pas d'toile heureuse4 ,celle qu'on appelle ainsi est une toile qui patiente4 ,il importe d'ailleurs que nous sortions parfois la recherche de nos tristesses1 afin de les connatre et de les admirer1 alors mme que la grande masse informe de notre destine ne serait pas au bout4 ,c'est la manire la plus efficace de sortir la recherche de soi-mme2 car on peut dire que nous ne valons que ce que valent nos inquitudes et nos mlancolies4 ,a mesure que nous avanons1 elles deviennent plus profondes1 plus nobles et plus belles1 et ,marc-,aurle est le plus admirable des hommes1 parce que mieux qu'un autre il a compris ce que notre me a mis dans le pauvre sourire rsign qu'elle doit avoir au fond de nous4 ,il en est de mme des tristesses de l'humanit4 ,elles suivent une route qui ressemble celle de nos tristesses2 mais elle est plus longue et plus sre et doit mener des patries que les derniers venus connatront seuls4 ,elle part aussi de la douleur physique2 elle vient de passer par la crainte des dieux et s'arrte aujourd'hui autour d'un nouveau gouffre dont les meilleurs d'entre nous n'ont pas encore sond les profondeurs4 ,chaque sicle aime une autre douleur2 parce que chaque sicle voit un autre destin4 ,il est certain que nous ne nous intressons plus comme autrefois aux catastrophes des passions2 et les plus tragiques chefs-d'oeuvre du pass sont d'une qualit de tristesse infrieure celle de nos tristesses d'aujourd'hui4 ,il ne nous atteignent plus qu'indirectement et par ce que nos rflexions et la noblesse nouvelle que la douleur de vivre a acquise en nous-mmes1 ajoutent aux simples accidents de la haine ou de l'amour qu'ils reproduisent devant nous4 ,il semble1 par moments1 que nous soyons au bord d'un pessimisme nouveau1 mystrieux et peut-tre trs pur4 ,les sages les plus terribles1 ,schopenhauer1 ,carlyle1 les ,russes1 les ,scandinaves1 et le bon optimiste ,emerson1 lui aussi1 7car rien n'est plus dcourageant qu'un optimiste volontaire7 ont pass sans expliquer notre mlancolie4 ,nous sentons qu'il y a sous toutes les raisons qu'ils ont essay de nous dire bien d'autres raisons plus profondes qu'ils n'ont pu dcouvrir4 ,la tristesse de l'homme1 qui depuis leur venue paraissait dj belle1 peut s'ennoblir encore infiniment1 jusqu' ce qu'un tre de gnie profre enfin le dernier mot de la douleur qui nous purifiera peut-tre entirement444 ,en attendant1 nous sommes entre les mains de puissances tranges1 et nous sommes sur le point de souponner leurs intentions4 ,au temps des grands tragiques de l're nouvelle1 au temps de ,shakespeare1 de ,racine et de ceux qui les suivent1 on croit que les malheurs viennent tous des passions diverses de notre coeur4 ,la catastrophe ne flotte pas entre deux mondes3 elle vient d'ici pour aller l2 et l'on sait d'o elle sort4 ,l'homme est toujours le matre4 ,au temps des ,grecs il l'tait beaucoup moins1 et la fatalit rgnait sur les hauteurs4 ,mais elle tait inaccessible et nul n'osait l'interroger4 ,aujourd'hui1 c'est elle qu'on interpelle1 et c'est peut-tre l le grand signe qui marque le thtre nouveau4 ,on ne s'arrte plus aux effets du malheur1 mais au malheur lui-mme1 et l'on veut savoir son essence et ses lois4 ,ce qui tait la proccupation inconsciente des premiers tragiques et ce qui formait l'ombre solennelle qui entourait leur insu les gestes secs et violents de la mort extrieure1 la nature mme du malheur1 est devenue le point central des drames les plus rcents et le foyer aux lueurs quivoques autour duquel tournent les mes des hommes et des femmes4 ,et l'on a fait un pas du ct du mystre pour regarder en face les terreurs de la vie4 ,il serait intressant de rechercher sous quel angle nos derniers tragiques semblent envisager le malheur1 qui est le fond de tous les pomes dramatiques4 ,ils le voient de plus prs que les ,grecs et le pntrent davantage dans les tnbres fcondes de son cercle intrieur4 ,c'est peut-tre une divinit identique4 ,mais ils l'ignorent plus intimement4 ,d'o vient-il1 o va-t-il et pourquoi descend-il8 ,les ,grecs le demandaient peine4 ,est-il inscrit en nous ou nat-il en mme temps que nous-mmes8 ,est-ce celui qui s'avance notre rencontre ou bien est-il appel par des voix que nous nourrissons tout au fond de notre tre et qui sont de connivence avec lui8 ,il faudrait pouvoir observer des cimes d'un autre monde les allures d'un homme auquel doit arriver quelque grande douleur2 et quel homme ne travaille sans le savoir forger la douleur qui sera le pivot de sa vie8 ,les paysans cossais ont un mot qui pourrait s'appliquer toutes les existences4 ,dans leurs lgendes ils appellent ,fey l'tat d'un homme qu'une sorte d'irrsistible impulsion intrieure entrane1 malgr tous ses efforts1 malgr tous les conseils et les secours1 vers une invitable catastrophe4 ,c'est ainsi que ,jacques ,ier1 le ,jacques de ,catherine ,douglas1 tait ,fey en allant1 malgr les prsages terribles de la terre1 de l'enfer et du ciel1 passer les ftes de ,nol dans le sombre chteau de ,perth1 o l'attendait son assassin1 le tratre ,robert ,graeme4 ,qui de nous1 s'il se rappelle les circonstances du malheur le plus dcisif de sa vie1 ne s'est senti possd de la sorte8 ,il est bien entendu que je ne parle ici que de malheurs actifs1 de ceux qu'il et t possible d'viter2 car il est des malheurs passifs1 comme la mort d'un tre ador1 qui nous rencontrent simplement et sur lesquels nos mouvements ne sauraient avoir aucune influence4 ,souvenez-vous du jour fatal de votre vie4 ,qui de nous n'a t prvenu2 et bien qu'il nous semble aujourd'hui que toute la destine et pu tre change par un pas qu'on n'aurait point fait1 une porte qu'on n'aurait pas ouverte1 une main qu'on n'aurait pas leve1 qui de nous n'a lutt vainement sans force et sans espoir sur la crte des parois de l'abme1 contre une force invisible et qui paraissait sans puissance8 ,le souffle de cette porte que j'ai ouverte1 un soir1 devait teindre jamais mon bonheur1 comme il aurait teint une lampe dbile2 et maintenant1 lorsque j'y songe1 je ne puis pas me dire que je ne savais pas444 ,et cependant1 rien d'important ne m'avait amen sur le seuil4 ,je pouvais m'en aller en haussant les paules1 aucune raison humaine ne pouvait me forcer frapper au vantail444 ,aucune raison humaine2 rien que la destine444 99 99 99 99 99 ,cela ressemble encore la fatalit d',o,edipe1 et pourtant c'est dj autre chose4 ,on pourrait dire que c'est cette fatalit aperue ab intra4 ,il y a des puissances mystrieuses qui rgnent en nous-mmes et qui semblent d'accord avec les aventures4 ,nous portons tous des ennemies dans notre me4 ,elles savent ce qu'elles font et ce qu'elles nous font faire2 et lorsqu'elles nous conduisent l'vnement1 elles nous prviennent demi-mots1 trop peu pour nous arrter sur la route1 mais assez pour nous faire regretter1 lorsqu'il sera trop tard1 de n'avoir pas cout plus attentivement leurs conseils indcis et moqueurs4 ,o veulent-elles en venir1 ces puissances qui dsirent notre perte comme si elles taient indpendantes et ne prissaient pas avec nous1 encore qu'elles ne vivent qu'en nous8 ,qu'est-ce qui met en mouvement tous les complices de l'univers qui se nourrissent de notre sang8 ,l'homme pour qui a sonn l'heure malheureuse est pris dans un tourbillon que l'on n'aperoit pas1 et depuis des annes ces puissances combinent les innombrables incidents qui doivent l'amener la minute ncessaire1 au point prcis o les larmes l'attendent4 ,rappelez-vous tous vos efforts et vos pressentiments4 ,rappelez-vous les secours inutiles4 ,rappelez-vous aussi les bonnes circonstances apitoyes qui ont tent de vous barrer la route et que vous avez repousses comme des mendiantes importunes4 ,c'taient1 pourtant1 de pauvres soeurs timides qui voulaient vous sauver et qui se sont loignes sans rien dire2 trop faibles et trop petites pour lutter contre les choses dcides1 ,dieu sait o444 ,le malheur est peine accompli que nous avons la sensation trange d'avoir obi une loi ternelle2 et je ne sais quel soulagement mystrieux1 au sein des plus grandes douleurs1 nous rcompense de notre obissance4 ,nous ne nous appartenons jamais plus intimement qu'au lendemain d'une catastrophe irrparable4 ,il semble alors que nous nous soyons retrouvs et que nous ayons reconquis une partie inconnue et ncessaire de notre tre4 ,il se fait un apaisement singulier4 ,depuis des jours1 et presque notre insu1 tandis que nous pouvions sourire aux visages et aux fleurs1 les forces rebelles de notre me luttaient terriblement sur le bord de l'abme1 et maintenant que nous sommes au fond1 tout respire librement4 ,elles luttent ainsi1 sans rpit1 en chacune de nos mes2 et nous voyons parfois1 mais sans y prendre garde1 car nous n'ouvrons les yeux qu'aux choses sans importance1 l'ombre de ces combats o notre volont ne peut intervenir4 ,si je suis avec des amis1 il se peut qu'au milieu des paroles et des clats de rire1 une chose qui n'est pas de ce monde ordinaire passe soudain sur la face de l'un d'eux4 ,un silence sans motif rgnera tout coup3 et tous regarderont1 sans le savoir1 l'espace d'un instant1 avec les yeux de l'me4 ,aprs quoi1 les sourires et les mots1 qui avaient disparu comme les grenouilles effrayes d'un grand lac1 remonteront1 plus violents1 la surface4 ,mais l'invisible1 ici comme en tout lieu1 a peru son tribut4 ,quelque chose a compris qu'une lutte tait finie1 qu'une toile se levait ou tombait et qu'une destine venait de se fixer444 ,elle tait peut-tre fixe2 et qui sait si la lutte n'est pas un simulacre8 ,si je pousse aujourd'hui la porte de la maison o je dois rencontrer les premiers sourires d'une tristesse qui ne finira plus1 je fais ces choses depuis plus longtemps qu'on ne croit4 ,a quoi sert-il de cultiver un moi sur lequel nous n'avons presque aucune influence8 ,c'est notre toile qu'il nous faut observer4 ,elle est bonne ou mauvaise2 elle est ple ou puissante2 et toutes les forces de la mer n'y pourraient rien changer4 ,quelques-uns qui peuvent avoir confiance en elle jouent avec elle comme avec une boule de verre4 ,ils la lancent et la risquent o ils veulent2 elle reviendra toujours1 fidle1 dans leurs mains4 ,ils savent bien qu'elle ne peut se briser4 ,mais il en est tant d'autres qui ne peuvent lever un regard vers la leur sans qu'elle se dtache du firmament et qu'elle tombe en poussire leurs pieds444 ,mais il est dangereux de parler de l'toile4 ,il est mme dangereux d'y songer2 car souvent c'est le signe qu'elle est sur le point de s'teindre444 ,nous nous trouvons ici dans les abmes de la nuit et nous y attendons ce qui doit arriver4 ,il ne s'y agit plus de volont1 nous sommes mille lieues au-dessus d'elle1 et dans une rgion o la volont mme est le fruit le plus mr du destin4 ,il ne faut pas s'en plaindre2 nous savons dj quelque chose1 et nous avons dcouvert quelques-unes des habitudes du hasard4 ,nous attendons comme l'oiseleur qui observe les moeurs des oiseaux migratoires et quand un vnement est signal l'horizon1 nous n'ignorons pas qu'il n'y restera pas solitaire et que ses frres vont s'abattre par bandes au mme endroit4 ,nous avons appris vaguement qu'ils semblent attirs par certaines penses et par certaines mes et qu'il y a des tres qui dtournent leur vol1 comme il y en a d'autres qui les font accourir des quatre coins du monde4 ,nous savons surtout que certaines ides sont extrmement dangereuses1 qu'il suffit de se croire un instant l'abri pour appeler la foudre1 et que le bonheur forme un vide dans lequel ne tardent pas se prcipiter les larmes4 ,au bout de quelque temps1 nous discernons aussi leurs prfrences4 ,nous remarquons bientt que si nous faisons quelques pas sur la route de la vie1 ct de l'un de nos frres1 les habitudes du hasard ne seront plus les mmes2 tandis qu'avec cet autre1 des vnements d'une nature invariable viendront rgulirement la rencontre de notre existence4 ,nous prouvons qu'il y a des tres qui protgent dans l'inconnu2 et d'autres qui y mettent en pril1 qu'il y en a qui endorment et d'autres qui rveillent l'avenir4 ,nous souponnons encore que les choses naissent faibles d'abord1 puisent en nous leur force1 et qu'en toute aventure il y a une brve minute o notre instinct nous avertit que nous sommes encore les matres du destin4 ,enfin1 quelques-uns osent nous affirmer qu'on peut apprendre tre heureux1 qu' mesure que nous devenons meilleurs nous rencontrons des hommes qui s'amliorent1 qu'un tre qui est bon attire irrsistiblement des vnements aussi bons que lui-mme1 et qu'en une me belle1 le hasard le plus triste se transforme en beaut444 ,qui donc n'a prouv que la bont fait signe la bont1 et que ce sont toujours les mmes pour qui l'on se dvoue et les mmes qu'on trahit8 ,si la mme douleur frappe deux portes qui se touchent1 agira-t-elle de faon identique dans la maison du juste et dans celle de l'injuste2 et si vous tes pur1 vos malheurs ne seront-ils pas purs8 ,n'est-ce pas dominer l'avenir que d'avoir su transformer le pass en quelques sourires un peu tristes8 ,et ne semble-t-il pas que dans l'invitable mme nous puissions retarder quelque chose8 ,est-ce que de grands hasards ne dorment pas1 qu'un mouvement trop brusque rveille l'horizon1 et ce malheur serait-il arriv aujourd'hui1 si des penses en fte n'avaient fait trop de bruit dans votre me ce matin8 ,est-ce l tout ce que notre sagesse a pu glaner dans ces tnbres8 ,qui donc oserait dire qu'il y a dans ces rgions des vrits plus fermes8 ,en attendant1 il faut savoir sourire1 il faut savoir pleurer dans le silence d'une bont trs humble4 ,au dessus de ces choses s'lve peu peu la face inacheve du destin d'aujourd'hui4 ,une petite partie du voile qui la couvrait jadis a t carte1 et dans la partie dcouverte1 nous avons reconnu1 non sans inquitude1 d'un ct1 la puissance de ceux qui ne vivent pas encore1 et de l'autre ct1 la puissance des morts4 ,au fond1 il n'y a l qu'un loignement nouveau du mystre4 ,nous avons agrandi la main de glace du destin2 et voici que les mains de nos fils qui ne sont pas encore ns se joignent dans son ombre aux mains de nos anctres4 ,il y avait un acte que nous croyions l'asile de toutes nos liberts1 et l'amour demeurait le suprme refuge de tous ceux qui sentaient trop durement les chanes de la vie4 ,ici du moins1 nous disions-nous1 et dans l'isolement de ce temple secret personne n'entre avec nous4 ,ici1 nous pouvons respirer un instant2 ici1 notre me rgne enfin et elle a choisi librement dans ce qui est le centre de la libert mme4 ,mais maintenant1 on est venu nous dire1 que ce n'est pas pour notre propre compte que nous aimons4 ,on est venu nous dire que dans le temple mme de l'amour nous obissons aux ordres invariables d'une foule invisible4 ,on est venu nous dire que nous sommes mille sicles de nous-mmes1 quand nous choisissons notre amante et que le premier baiser du fianc n'est que le sceau que des milliers de mains qui demandent natre1 imposent sur la bouche de la mre qu'ils dsirent4 ,et d'un autre ct nous savons que les morts ne meurent pas4 ,nous savons prsent que ce n'est plus autour de nos glises1 mais dans toutes nos maisons1 dans toutes nos habitudes qu'ils se trouvent4 ,qu'il n'y a pas un geste1 une pense1 un pch1 une larme ou un atome de la conscience acquise qui se perde dans les profondeurs de la terre2 et qu'au plus insignifiant de nos actes1 nos anctres se lvent1 non pas dans leurs tombeaux o ils ne bougent plus1 mais au fond de nous-mmes o ils vivent toujours444 ,nous sommes mens ainsi par le pass et l'avenir4 ,et le prsent qui est notre substance tombe au fond de la mer comme une petite le que rongent sans rpit deux ocans irrconciliables4 ,hrdit1 volont1 destine1 tout se mle bruyamment dans notre me2 mais malgr tout et au-dessus de tout c'est l'toile silencieuse qui rgne4 ,on met des tiquettes provisoires sur les vases monstrueux qui contiennent l'invisible2 et les mots ne disent presque rien de ce qu'il faudrait dire4 ,l'hrdit ou le destin lui-mme n'est qu'un rayon perdu de cette toile dans la nuit mystrieuse4 ,et tout a bien le droit d'tre plus mystrieux encore4 ,nous appelons destin tout ce qui nous limite1 a dit un des grands sages de ce temps2 et c'est pourquoi il nous faut savoir gr tous ceux qui ttonnent en tremblant du ct des frontires4 ,si nous sommes brutaux et barbares1 ajoute-t-il1 la fatalit prend une forme brutale et barbare4 ,quand nous nous raffinons1 nos checs se raffinent aussi4 ,si nous nous levons une culture spirituelle1 l'antagonisme prend une forme spirituelle4 ,il est peut-tre vrai que notre me1 mesure qu'elle s'lve1 purifie le destin2 bien qu'il soit vrai aussi que les mmes tristesses nous menacent1 qui menacent les sauvages4 ,mais nous en avons d'autres qu'ils ne souponnent pas2 et l'esprit ne s'lve que pour en dcouvrir d'autres encore1 tous les horizons4 ,nous appelons destin tout ce qui nous limite4 ,tchons que le destin ne soit pas trop troit4 ,il est beau d'augmenter ses tristesses puisque c'est largir sa conscience qui est l'unique endroit o l'on se sente vivre4 ,et c'est aussi le seul moyen de remplir son suprme devoir envers les autres mondes2 puisque c'est probablement nous seuls qu'il incombe d'augmenter la conscience de la ,terre4 ,,xi ,,la ,,bont ,,invisible ,c'est une chose1 me dit un soir ce sage que j'avais rencontr par hasard au bord de l'ocan qu'on entendait peine1 c'est une chose que l'on n'aperoit pas et sur laquelle personne n'a l'air de compter2 et cependant je crois que c'est l'une des forces qui conservent les tres4 ,les dieux dont nous sommes ns1 se manifestent en nous de mille faons diverses2 mais cette bont secrte qu'on n'a pas remarque et dont nul n'a parl assez directement est peut-tre le signe le plus pur de leur vie ternelle4 ,on ne sait d'o elle vient4 ,elle est l simplement qui sourit sur le seuil de nos mes2 et ceux en qui elle sourit le plus profondment ou le plus frquemment1 nous feront souffrir jour et nuit s'ils le veulent1 sans qu'il nous soit possible de ne plus les aimer444 ,elle n'est pas de ce monde et cependant se mle la plupart de nos agitations4 ,elle ne se donne mme pas la peine de se montrer dans un regard ou une larme4 ,elle se cache au contraire pour des raisons qu'on ne devine pas4 ,on dirait qu'elle a peur d'user de sa puissance4 ,elle sait que ses mouvements les plus involontaires feront natre autour d'elle des choses immortelles2 et nous sommes avares des choses immortelles4 ,pourquoi donc craignons-nous ainsi d'puiser le ciel qui est en nous8 ,nous n'osons pas agir selon le ,dieu qui nous anime4 ,nous redoutons ce qui ne s'explique pas par un geste ou un mot2 et nous fermons les yeux sur ce que nous faisons malgr nous dans l'empire o les explications sont superflues4 ,d'o vient donc la timidit du divin dans les hommes8 ,on dirait vraiment que plus un mouvement de l'me s'approche du divin1 plus nous mettons de soin le dissimuler aux regards de nos frres4 ,l'homme ne serait-il pas autre chose qu'un dieu qui aurait peur8 ou bien nous est-il dfendu de trahir des puissances suprieures8 ,tout ce qui n'appartient pas ce monde trop visible a l'humilit tendre de la fillette infirme que sa mre n'appelle pas lorsque des trangers entrent dans la maison4 ,et c'est pourquoi1 notre bont secrte n'a jamais franchi jusqu'ici les portes silencieuses de notre me4 ,elle vit en nous comme une prisonnire qui l'on a dfendu d'approcher des barreaux4 ,du reste1 il ne faut pas qu'elle en approche4 ,il suffit qu'elle soit l4 ,elle a beau se cacher1 ds qu'elle lve la tte1 qu'elle dplace un anneau de ses chanes ou qu'elle ouvre la main1 la prison s'illumine1 les soupiraux s'entr'ouvrent la pression des clarts intrieures1 il y a tout coup un abme plein d'anges agits entre les paroles et les tres1 tout se tait1 les regards se dtournent un instant et deux mes s'embrassent en pleurant sur le seuil444 ,ce n'est pas une chose qui vient de notre terre2 et toutes les descriptions ne serviraient de rien4 ,il faut que ceux qui veulent me comprendre aient aussi en eux-mmes1 le mme point sensible4 ,si vous n'avez jamais prouv dans la vie la puissance de votre bont invisible1 n'allez pas plus avant2 ce serait inutile4 ,mais en est-il vraiment qui n'aient pas prouv cette puissance2 et les pires d'entre nous ne furent-ils jamais invisiblement bons8 ,je ne sais2 il y a tant d'tres en ce monde qui ne songent pas autre chose qu' dcourager le divin dans leur me4 ,il suffit d'un instant de rpit1 cependant1 pour que le divin se redresse1 et les plus mchants mme ne sont pas sans cesse sur leurs gardes2 et c'est pourquoi1 sans doute1 tant de mchants sont bons sans qu'on le voie1 tandis que bien des sages et bien des saints ne sont pas invisiblement bons444 ,j'ai fait souffrir plus d'une fois1 ajouta-t-il1 comme tout tre fait souffrir autour de lui4 ,j'ai fait souffrir parce que nous sommes dans un monde o tout se tient par des fils invisibles1 dans un monde o personne n'est seul2 et que le geste le plus doux de la bont ou de l'amour blesse souvent tant d'innocence nos cts6--,j'ai fait souffrir aussi1 parce que les meilleurs et les plus tendres ont quelquefois besoin de rechercher je ne sais quelle partie d'eux-mmes dans la douleur d'autrui4 ,il y a vraiment des graines qui ne germent en notre me que sous la pluie des larmes que l'on rpand cause de nous2 et cependant ces graines produisent de bonnes fleurs et des fruits salutaires4 ,que voulez-vous8 c'est une loi que nous n'avons pas faite2 et je ne sais si j'oserais aimer l'homme qui n'aurait fait pleurer personne4 ,bien souvent ceux qui aimrent le mieux firent souffrir le plus1 car on ne sait quelle cruaut attendrie et timide est d'ordinaire la soeur inquite de l'amour4 ,l'amour cherche en tout lieu des preuves de l'amour et ces premires preuves1 qui n'est enclin les trouver d'abord dans les pleurs de l'aime8 ,la mort mme ne pourrait pas suffire rassurer l'amant s'il osait couter les exigences de l'amour2 car l'instant de la mort semble trop bref l'intime cruaut de l'amour2 par del la mort1 il y a place encore pour une mer de doutes2 et ceux qui meurent ensemble ne meurent peut-tre pas sans inquitudes4 ,il faut ici de longues et lentes larmes4 ,la douleur est le premier aliment de l'amour2 et tout amour qui ne s'est pas nourri d'un peu de douleur pure1 meurt comme le nouveau-n que l'on voudrait nourrir comme on nourrit un homme4 ,aimerez-vous de la mme faon celle qui toujours vous fit sourire et celle qui parfois vous fit pleurer8 ,il faut1 hlas6 que l'amour pleure1 et bien souvent1 c'est dans le moment mme o les sanglots s'lvent que les chanes de l'amour se forgent et se trempent pour la vie444 ,j'ai fait souffrir ainsi parce que j'aimais1 poursuivit-il1 j'ai fait souffrir aussi parce que je n'aimais plus4 ,mais1 quelle diffrence entre les deux douleurs6 ,ici1 les lentes larmes de l'amour prouv1 semblaient savoir dj1 tout au fond d'elles-mmes1 qu'elles arrosaient en nos deux mes jointes1 quelque chose d'indicible1 et l ces pauvres larmes savaient de leur ct qu'elles tombaient seules sur un dsert4 ,mais c'est dans ces moments o l'me est vraiment tout oreille ou tout me plutt1 que j'ai reconnu la puissance d'une bont invisible qui savait accorder aux malheureuses larmes de l'amour qui mourait les illusions divines de l'amour qui va natre4 ,n'etes-vous jamais un de ces tristes soirs o les baisers dcourags ne pouvaient plus sourire et o l'me sentait enfin qu'elle s'tait trompe8 ,les paroles ne sonnaient plus qu' grand peine dans l'air froid de la sparation dfinitive2 vous alliez vous loigner pour toujours1 et les mains presque inanimes se tendaient vers l'adieu des dparts sans retour1 lorsque l'me1 tout coup1 faisait sur elle-mme un mouvement insaisissable4 ,l'me voisine s'veillait l'instant sur les sommets de l'tre1 quelque chose naissait bien plus haut que l'amour des amants fatigus1 et les corps avaient beau s'carter1 les mes dsormais n'allaient plus oublier qu'elles s'taient regardes un instant par dessus des montagnes qu'elles n'avaient jamais vues1 et que l'espace d'un clin d'oeil1 elles avaient t bonnes d'une bont qu'elles ne connaissaient pas encore444 ,quel est donc ce mouvement mystrieux dont je ne parle ici qu' propos de l'amour1 mais qui peut avoir lieu dans les plus petites circonstances de la vie8 ,est-ce je ne sais quel sacrifice ou quel embrassement intrieur1 le dsir trs profond d'tre me pour une me1 ou le sentiment sans cesse attendri de la prsence d'une vie invisible et gale la ntre8 ,est-ce tout ce qu'il y a d'admirable et de triste dans le fait seul de vivre1 et l'aspect de la vie une et indivisible qui dans ces moments-l inonde tout notre tre8--,je l'ignore1 mais c'est vraiment alors que l'on sent qu'il y a quelque part une force inconnue1 que nous sommes les trsors de je ne sais quel ,dieu qui aime tout1 que pas un geste de ce ,dieu ne passe inaperu1 et que l'on est enfin dans la rgion des choses qui ne trahissent pas444 ,il est vrai que de la naissance la mort nous ne sortons jamais de cette rgion dfinitive1 mais nous errons en ,dieu comme de pauvres somnambules1 ou comme des aveugles qui cherchent perdument le temple dans lequel ils se trouvent4 ,nous sommes l1 dans la vie1 homme contre homme1 me contre me1 et les jours et les nuits se passent sous les armes4 ,nous ne nous voyons pas1 nous ne nous touchons pas4 ,nous ne voyons jamais que des boucliers et des casques et nous ne touchons rien que le fer et le bronze4 ,mais qu'une petite circonstance venue de la simplicit du ciel fasse un instant tomber les armes1 n'y a-t-il pas toujours des larmes sous le casque1 des sourires d'enfant derrire le bouclier et n'aperoit-on pas une autre vrit8 ,il rflchit encore2 puis il reprit plus tristement3 ,une femme1 je croyais vous le dire tout l'heure2 une femme que j'ai fait souffrir malgr moi1--car les plus attentifs rpandent sans le savoir tout autour d'eux de la souffrance--une femme que j'ai fait souffrir malgr moi1 m'a rvl un soir la puissance souveraine de cette invisible bont4 ,il faut avoir souffert pour tre bon2 mais peut-tre faut-il que l'on ait fait souffrir pour devenir meilleur4 ,je l'prouvai ce soir4 ,je me sentais arriv seul en cette triste zone des baisers o il semble que l'on visite dj les cabanes des pauvres1 tandis que l'amante attarde sourit encore dans les palais des premiers jours4 ,l'amour selon les hommes se mourait entre nous comme un enfant frapp d'un mal qui vient on ne sait d'o et qui ne peut avoir piti4 ,nous ne nous sommes rien dit4 ,je ne pourrais mme plus me rappeler quoi je songeais en ce moment si grave4 ,a des choses sans doute insignifiantes4 ,au dernier visage rencontr1 la clart tremblante d'une lanterne au coin du quai dsert et cependant1 tout a eu lieu dans une lumire mille fois plus pure et mille fois plus haute que si toutes les forces de la piti et de l'amour auxquelles je commande dans mes penses et dans mon coeur fussent intervenues4 ,nous nous sommes quitts sans rien dire1 mais nous avons compris en mme temps notre pense inexprimable4 ,nous savons maintenant qu'un autre amour est n qui n'a plus besoin des paroles1 des petits soins et des sourires de l'amour ordinaire4 ,nous ne nous sommes plus revus1 nous ne nous reverrons peut-tre plus avant des sicles4 ,il nous faudra1 sans doute1 oublier bien des choses1 en apprendre bien d'autres1 travers tous les mondes par lesquels nous aurons passer1 avant de nous retrouver dans le mme mouvement d'me qui a eu lieu ce soir2 mais nous avons le temps d'attendre444 ,aussi1 depuis ce jour1 ai-je salu en tout lieu1 et jusqu'au fond des moments les plus pres1 la prsence bienfaisante de cette puissance merveilleuse4 ,il suffit qu'on l'ait vue clairement une seule fois1 pour qu'on ne puisse plus viter son visage4 ,vous la verrez sourire bien souvent dans les dernires retraites de la haine et jusqu'au fond des plus cruelles larmes4 ,et cependant elle ne se montre pas aux yeux de notre corps4 ,ds qu'elle se manifeste par un acte extrieur1 elle change de nature2 et nous ne sommes plus dans la vrit selon l'me1 mais dans une sorte de mensonge selon les hommes4 ,la bont et l'amour qui ne s'ignorent pas n'ont aucune action sur les mes parce qu'ils sont sortis des royaumes o elles vivent2 mais tant qu'ils sont aveugles ils pourraient attendrir jusqu'au ,destin lui-mme4 ,j'ai connu plus d'un homme qui accomplissait toutes les oeuvres de bont et de misricorde sans atteindre une seule me2 et j'en ai connu d'autres qui semblaient vivre dans le mensonge et l'injustice sans carter ces mmes mes et sans faire natre un seul instant l'ide qu'ils ne fussent pas bons4 ,il y a plus2 ceux mmes qui ne vous connaissent point et qui l'on rapporte simplement vos actes de bont et vos oeuvres d'amour1 si vous n'tes pas bon selon la bont invisible1 se douteront de quelque chose2 et ne seront jamais atteints dans les profondeurs de leur tre4 ,comme s'il y avait quelque part un endroit o tout se pse en prsence des esprits2 ou bien1 l-bas1 de l'autre ct de la nuit1 un rservoir de certitudes o le troupeau muet des mes va s'abreuver chaque matin4 ,peut-tre ne sait-on pas encore ce que veut dire le mot aimer4 ,il y a en nous des vies o nous aimons sans le savoir4 ,aimer ainsi1 ce n'est pas seulement avoir piti1 se sacrifier intrieurement1 vouloir aider et rendre heureux1 c'est une chose mille fois plus profonde que les mots humains les plus suaves1 les plus agiles et les plus forts ne peuvent pas rejoindre4 ,on dirait par moments que c'est un souvenir furtif mais extrmement pntrant de la grande unit primitive4 ,il y a dans cet amour une force laquelle rien ne peut rsister4 ,qui de nous1 s'il s'interroge du ct des lumires que d'ordinaire on ne regarde pas1 qui de nous ne retrouve en lui-mme le souvenir de certaines oeuvres tranges de cette force8 ,qui de nous1 tout coup1 aux cts d'un tre indiffrent peut-tre1 n'a senti survenir quelque chose que personne n'appelait8 tait-ce l'me ou bien la vie qui se retournait sur elle-mme comme un dormeur qui se rveille8 ,je ne sais2 vous ne le saviez pas non plus et personne n'en parlait2 mais vous ne vous spariez pas comme si rien n'tait arriv4 ,aimer ainsi c'est aimer selon l'me2 et il n'y a pas d'me qui ne rponde cet amour4 ,car l'me humaine est un convive affam depuis des sicles2 et il ne faut jamais qu'on l'appelle deux fois au festin nuptial4 ,toutes les mes de nos frres rdent sans cesse autour de nous1 en qute d'un baiser et n'attendent qu'un signe4 ,mais combien d'tres n'ont jamais os faire un de ces signes dans leur vie6 ,c'est le malheur de toute notre existence1 que nous vivions ainsi l'cart de notre me1 et que nous ayons peur de ses moindres mouvements4 ,si nous lui permettions de sourire franchement dans son silence et sa lumire1 nous vivrions dj d'une vie ternelle4 ,il suffit de considrer un instant ce qu'elle parvient faire dans les rares minutes o nous ne songeons pas l'enchaner comme une folle2 dans l'amour par exemple1 o nous la laissons quelquefois s'approcher des grillages de la vie extrieure4 ,et ne faudrait-il pas1 selon la vrit premire1 que dans la vie1 tous les tres se sentissent en face de nous comme l'amante en face de l'amant8 ,cette invisible et divine bont dont je ne parle ici que parce qu'elle est un des signes les plus srs et les plus proches de l'activit incessante de notre me1 cette invisible et divine bont1 ennoblit d'une faon dfinitive tout ce qu'elle a touch sans le savoir4 ,que tous ceux qui se plaignent d'un tre1 descendent en eux-mmes et se demandent s'ils furent jamais bons en prsence de cet tre4 ,quant moi1 je n'ai jamais rencontr quelqu'un ct de qui j'aie senti s'mouvoir ma bont invisible1 qui ne soit devenu1 l'instant mme1 meilleur que moi-mme4 ,soyez bons dans les profondeurs et vous verrez que ceux qui vous entourent deviendront bons jusqu'aux mmes profondeurs4 ,rien ne rpond plus infailliblement au cri secret de la bont que le cri secret de la bont voisine4 ,tandis que vous tes bon activement dans l'invisible1 tous ceux qui vous approchent feront sans le savoir des choses qu'ils ne pourraient pas faire ct d'un autre homme4 ,il y a l une force qui n'a pas de nom2 une rivalit spirituelle qui est irrsistible4 ,on dirait que c'est exactement ici que se trouve le point le plus sensible de nos mes2 car il y a de ces mes qui semblent avoir oubli qu'elles existent2 et avoir renonc tout ce qui lve un tre2 mais quand elles sont atteintes en cet endroit1 elles se redressent toutes2 et dans les champs divins de la bont secrte1 la plus humble des mes ne supporte pas la dfaite4 ,et cependant1 il est possible que rien ne change dans la vie que l'on voit2 mais est-ce cela seul qui importe1 et n'existons-nous vraiment que par des actes que l'on peut prendre en main comme les cailloux de la grand'route8 si vous vous demandez comme il faut nous dit-on se le demander chaque soir3 ,qu'ai-je fait d'immortel aujourd'hui8 ,est-ce toujours du ct des choses que l'on peut compter1 peser et mesurer sans erreur1 qu'il vous faut chercher tout d'abord8 ,il est possible que vous rpandiez des larmes extraordinaires1 que vous remplissiez un coeur de certitudes inoues1 et que vous rendiez la vie ternelle une me sans que personne s'en aperoive1 sans que vous-mme vous le sachiez4 ,il est possible que rien ne change2 il est possible qu' l'preuve tout s'croule et que cette bont cde la moindre crainte4 ,il n'importe4 ,quelque chose de divin a eu lieu2 et notre ,dieu doit avoir souri quelque part4 ,n'est-ce peut-tre pas le but suprme de la vie de faire renatre ainsi l'inexplicable en nous2 et savons-nous ce que nous ajoutons nous-mmes lorsque nous rveillons un peu de l'incomprhensible qui dort dans tous les coins8 ,ici1 vous avez rveill l'amour qui ne se rendort plus4 ,l'me que votre me a regard et qui a vers avec vous les saintes larmes de la joie solennelle que l'on n'aperoit pas1 ne vous en voudra pas au milieu des tortures4 ,elle n'aura mme pas besoin de pardonner4 ,elle est si sre d'on ne sait quoi que rien ne pourra dsormais effacer ou plir son sourire intrieur2 car rien ne pourra sparer deux mes qui durant un instant ont t bonnes ensemble4 ,,xii ,,la ,,vie ,,profonde ,il est bon de rappeler aux hommes que le plus humble d'entre eux a le pouvoir de sculpter1 d'aprs un modle divin qu'il ne choisit pas1 une grande personnalit morale1 compose en parties gales et de lui et de l'idal2 et que ce qui vit avec une pleine ralit1 assurment c'est cela4 ,il faut que tout homme trouve pour lui-mme une possibilit particulire de vie suprieure dans l'humble et invitable ralit quotidienne4 ,il n'y a pas de but plus noble notre vie4 ,ce qui nous distingue les uns des autres1 ce sont les rapports que nous avons avec l'infini4 ,le hros n'est plus grand que le misrable qui marche ses cts1 que parce qu' un certain moment de son existence il a eu une conscience plus vive1 de l'un de ces rapports4 ,s'il est vrai que la cration ne s'arrte pas l'homme et que des tres suprieurs et invisibles nous entourent1 ces tres ne nous sont suprieurs que parce qu'ils ont avec l'infini des rapports que nous ne pouvons mme pas souponner4 ,il nous est possible de multiplier ces rapports4 ,dans la vie de tout homme il y a eu un jour o le ciel s'est ouvert de lui-mme1 et c'est presque toujours de cet instant que date la vritable personnalit spirituelle d'un tre4 ,c'est en cet instant que s'est form sans doute l'invisible et l'ternel visage que nous montrons sans le savoir aux anges et aux mes4 ,mais pour la plupart des hommes le ciel ne s'ouvre ainsi que par hasard4 ,il n'ont pas choisi le visage par o les anges les reconnaissent dans l'infini1 et ils ne savent pas ennoblir et purifier ces traits4 ,ils ne sont ns que d'une joie1 d'une tristesse1 d'une terreur ou d'une pense accidentelle4 ,nous naissons vritablement le jour o pour la premire fois nous sentons profondment qu'il y a quelque chose de grave et d'inattendu dans la vie4 ,les uns constatent tout coup qu'ils ne sont pas seuls sous le ciel4 ,les autres en donnant un baiser ou en versant une larme s'aperoivent brusquement que la source de tout ce qu'il y a de meilleur et de saint1 depuis l'univers jusqu' ,dieu est cach derrire une nuit pleine d'toiles trop lointaines2 un troisime a vu une main divine s'tendre entre sa joie et son malheur2 et un autre a compris que les morts ont raison4 ,un autre a eu piti1 un autre a admir et un autre a eu peur4 ,bien souvent il ne faut presque rien2 un mot1 un geste1 une petite chose qui n'est mme pas une pense4 ,auparavant je t'aimais comme un frre1 dit un hros de ,shakespeare devant un acte qu'il admire2 auparavant je t'aimais comme un frre1 mais prsent je te respecte comme mon me4 ,il est probable que ce jour-l un tre vint au monde4 ,nous pouvons natre ainsi plus d'une fois2 et chacune de ces naissances nous nous rapprochons un peu de notre ,dieu4 ,mais presque tous nous nous contentons d'attendre qu'un vnement plein d'une lumire irrsistible pntre violemment dans nos tnbres et nous claire malgr nous4 ,nous attendons je ne sais quelle concidence heureuse1 o les yeux de notre me sont ouverts par hasard dans le moment o quelque chose d'extraordinaire nous arrive4 ,mais il y a de la lumire dans tout ce qui arrive2 et les plus grands des hommes n'ont t grands que parce qu'ils avaient l'habitude d'ouvrir les yeux toutes les lumires4 ,est-il donc ncessaire que votre mre agonise dans vos bras1 que vos enfants prissent dans un naufrage et que vous-mme vous passiez ct de la mort pour que vous appreniez enfin que vous tes dans un monde incomprhensible o vous vous trouvez pour toujours1 et o un ,dieu qu'on ne voit pas demeure ternellement seul avec ses cratures8 ,est-il donc ncessaire que votre fiance meure dans un incendie ou qu'elle disparaisse sous vos yeux dans les profondeurs vertes de l',ocan1 pour que vous entrevoyiez un instant que les dernires limites du royaume de l'amour vont peut-tre bien au-del des flammes presque invisibles de ,mira1 d',altar et de la ,chevelure de ,brnice8 ,si vous aviez ouvert les yeux1 n'auriez-vous pas pu voir dans un baiser ce que vous apercevez aujourd'hui dans une catastrophe8 ,faut-il que la douleur rveille ainsi coups de lance les souvenirs divins qui dorment dans nos mes8 ,le sage n'a pas besoin de ces secousses4 ,il regarde une larme1 le geste d'une vierge1 une goutte d'eau qui tombe2 il coute une pense qui passe1 presse la main d'un frre1 s'approche d'une lvre1 les yeux ouverts et l'me ouverte aussi4 ,il y peut voir sans cesse ce que vous n'avez entrevu qu'un instant2 et un sourire lui apprendra sans peine ce qu'une tempte et la main mme de la mort ont d vous rvler4 ,car1 qu'est-ce1 au fond1 que tout ce qu'on appelle ,sagesse ,vertu ,hrosme et les heures sublimes1 et les grands moments de la vie1 si ce n'est les moments o l'on est sorti plus ou moins de soi-mme1 et o l'on a pu s'arrter1 ne ft-ce qu'une minute1 sur le pas de l'une des portes ternelles d'o l'on voit que le plus petit cri1 la pense la plus ple et le geste le plus faible ne tombent pas dans le nant2 ou bien que s'il y tombent1 cette chute mme est si immense qu'elle suffit donner un caractre auguste notre vie8 ,pourquoi attendez-vous que le firmament s'ouvre au fracas de la foudre8 ,il faut tre attentif aux minutes heureuses o il s'ouvre en silence2 et il s'ouvre sans cesse4 ,vous cherchez ,dieu dans votre vie1 et ,dieu n'apparat pas1 nous dites-vous4 ,mais quelle vie n'a pas des milliers d'heures semblables l'heure de ce drame o tous attendent l'intervention divine1 et o personne ne l'aperoit1 jusqu' ce qu'une pense invisible qui a retourn la conscience d'un mourant se manifeste tout coup1 et qu'un vieillard s'crie en sanglotant de joie et d'pouvante3 ,mais ,dieu1 le voil1 ,dieu6444 ,faut-il toujours que l'on nous avertisse et ne pouvons-nous tomber genoux que si quelqu'un est l pour nous dire que ,dieu passe8 ,si vous avez aim profondment1 personne n'a d vous faire remarquer que votre me tait quelque chose d'aussi grand que les mondes1 que les astres1 les fleurs1 les vagues de la nuit et celles de la mer n'taient pas solitaires1 que rien ne finissait et que tout commenait au seuil des apparences2 et que les lvres mmes que vous baisiez appartenaient un tre bien plus haut1 bien plus beau1 bien plus pur que celui que vos bras enlaaient4 ,vous avez vu alors ce que l'on ne voit pas dans la vie sans ivresse4 ,mais ne peut-on pas vivre comme si l'on aimait toujours8 ,les hros et les saints n'ont pas fait autre chose4 ,ah6 vraiment1 nous attendons un peu trop dans l'existence1 comme les aveugles de la lgende qui avaient fait un long voyage pour venir couter leur ,dieu4 ,ils s'taient assis sur les marches1 et quand quelqu'un leur demandait ce qu'ils faisaient sur le parvis du sanctuaire3 ,nous attendons1 rpondaient-ils1 en secouant la tte1 et ,dieu n'a pas encore dit un seul mot4 ,mais ils n'avaient pas vu que les portes d'airain du temple taient fermes et ils ne savaient pas que la voix de leur ,dieu remplissait l'difice4 ,notre ,dieu ne cesse point un instant de parler2 mais personne ne songe entr'ouvrir les portes4 ,et cependant1 si l'on voulait y prendre garde1 il ne serait pas difficile d'couter propos de tout acte1 le mot que ,dieu doit dire4 ,nous vivons tous dans le sublime4 ,dans quoi donc voulez-vous que nous vivions8 ,il n'y a pas d'autre lieu de la vie4 ,ce qui nous manque1 ce ne sont pas les occasions de vivre dans le ciel1 c'est l'attention et le recueillement2 et c'est un peu d'ivresse d'me4 ,si vous n'avez qu'une petite chambre1 croyez-vous que ,dieu ne soit pas l aussi2 et qu'il soit impossible d'y mener une vie un peu haute8 si vous vous plaignez d'tre seul1 que rien ne vous arrive1 que personne ne vous aime1 que vous n'aimiez personne1 croyez-vous que les mots ne trompent pas8 qu'il soit possible d'tre seul1 que l'amour soit une chose que l'on sait1 une chose que l'on voit2 et que les vnements se psent comme l'or et l'argent des ranons8 ,est-ce qu'une pense vivante1--qu'elle soit altire ou pauvre1 peu importe1 ds qu'elle vient de votre me elle est grande pour vous2--est-ce qu'un haut dsir ou simplement un moment d'attention solennelle la vie1 ne peuvent pas entrer dans une petite chambre8 ,et si vous n'aimez pas ou qu'on ne vous aime pas1 et que pourtant vous puissiez voir avec une certaine force que mille choses sont belles1 que l'me est grande et que la vie est grave presque indiciblement1 n'est-ce pas aussi beau que si l'on vous aimait ou que si vous aimiez8 ,et si le ciel lui-mme vous est cach2 le grand ciel toil1 dit le pote1 ne s'tend-il pas malgr tout sur votre me sous la forme de la mort8444 ,tout ce qui nous arrive est divinement grand et nous sommes toujours au centre d'un grand monde4 ,mais il faudrait s'habituer vivre comme un ange qui vient de natre1 comme une femme qui aime ou comme un homme qui va mourir4 ,si vous saviez que vous mourrez ce soir ou simplement que vous allez vous loigner pour toujours1 verriez-vous une dernire fois les tres et les choses comme vous les avez vus jusqu' ce jour8 et n'aimeriez-vous pas comme vous n'avez jamais aim8 ,est-ce la bont ou la mchancet des apparences qui grandirait autour de vous8 ,est-ce la beaut ou la laideur des mes que vous auriez le don d'apercevoir8 ,est-ce que tout1 jusqu'au mal mme et aux souffrances1 ne se transforme pas alors en un amour plein de larmes trs douces8 ,est-ce que chaque occasion de pardonner1 comme l'a dit un sage1 n'enlve pas quelque chose l'amertume du dpart ou celle de la mort8 ,et cependant1 dans ces clarts de la tristesse ou de la mort1 est-ce vers la vrit ou vers l'erreur que l'on a fait les derniers pas qu'il soit permis de faire8 ,sont-ce les vivants ou les mourants qui savent voir et ont raison8 ah6 bienheureux ceux qui ont pens1 ceux qui ont parl1 ceux qui ont agi de manire recevoir l'approbation de ceux qui vont mourir ou qu'une grande douleur a rendus clairvoyants6 ,il n'y a pas de rcompense plus douce pour le sage que personne n'coutait dans la vie4 ,si vous avez vcu dans la beaut obscure ne vous inquitez pas4 ,une heure de suprme justice finit toujours par sonner dans le coeur de tout homme2 et le malheur ouvre des yeux qui ne s'ouvraient jamais4 ,qui sait si vous ne passez pas en ce moment sur l'me d'un mourant comme l'ombre de celui qui connaissait dj la vrit8 ,n'est-ce peut-tre pas sur le lit des agonisants que se tresse la vritable et la plus prcieuse couronne du sage1 du hros et de tous ceux qui ont su vivre gravement dans les hautes1 pures et discrtes tristesses de la vie selon l'me8 ,la ,mort1 dit ,lavater1 n'embellit pas seulement notre forme inanime2 mais la seule pense de la mort donne une forme plus belle la vie elle-mme4 ,et de mme1 toute pense infinie comme la mort1 embellit notre vie4 ,mais il ne faut pas qu'on s'y trompe4 ,tout homme a de nobles penses qui passent comme de grands oiseaux blancs sur son coeur4 ,hlas6 elles ne comptent pas2 ce sont des trangres que l'on est tonn de voir et qu'on carte d'un geste importun4 ,elles n'ont pas le temps d'atteindre notre vie4 ,pour que notre me devienne grave et profonde comme celle des anges1 il ne suffit pas d'entrevoir un instant l'univers dans l'ombre de la mort ou de l'ternit1 dans la lumire de la joie ou dans les flammes de la beaut et de l'amour4 ,tout tre a eu de ces moments qui n'ont laiss en lui qu'une poigne de cendres inutiles4 ,il ne suffit pas d'un hasard2 il faut une habitude4 ,il faut apprendre vivre dans la beaut et dans la gravit coutumires4 ,dans la vie1 les tres les plus bas distinguent parfaitement quelle est la chose noble et belle qu'il faudrait faire2 mais cette chose noble et belle n'a pas assez de force en eux4 ,c'est cette force invisible et abstraite que nous devons tcher d'augmenter par avance4 ,et cette force ne s'augmente qu'en ceux qui ont pris l'habitude de s'asseoir plus souvent que les autres sur les sommets o la vie gagne l'me et d'o l'on voit que tout acte et que toute pense est infailliblement lie quelque chose de grand et d'immortel4 ,regardez les hommes et les choses selon la forme et le dsir de votre oeil intrieur1 mais n'oubliez jamais que l'ombre qu'ils projettent en passant sur la colline ou sur le mur n'est que l'image passagre d'une ombre plus puissante qui s'tend comme l'aile d'un cygne imprissable sur toute me qui s'approche de leur me4 ,ne croyez pas que de telles penses soient simplement des ornements et qu'elles n'aient aucune influence sur la vie de ceux qui les admettent4 ,il importe bien moins de transformer sa vie que de l'apercevoir1 car elle se transforme d'elle-mme ds qu'elle a t vue4 ,ces penses dont je parle forment le trsor secret de l'hrosme et le jour o la vie nous oblige ouvrir ce trsor1 nous sommes tonns de n'y plus trouver d'autres forces que celles qui nous poussent vers la beaut parfaite4 ,il ne faut plus1 alors1 qu'un grand roi meure pour nous rappeler que le monde ne finit pas aux portes des maisons2 et la plus petite chose suffit ennoblir une me chaque soir4 ,mais ce n'est pas en vous disant que ,dieu est grand et que vous vous mouvez dans sa clart1 que vous vivrez dans la beaut et dans les profondeurs fcondes o vcurent les hros4 ,il est possible que vous vous rappeliez matin et soir que les mains de toutes les puissances invisibles s'agitent comme une tente aux plis sans nombre au-dessus de votre tte1 sans que vous aperceviez jamais le moindre geste de ces mains4 ,il faut tre efficacement attentif2 et il vaut mieux veiller sur la place publique que de s'endormir dans le temple4 ,il y a de la beaut et de la grandeur en toute chose2 puisqu'il suffit d'une circonstance inattendue pour nous les faire voir4 ,la plupart le savent1 mais ils ont beau le savoir1 ce n'est que sous le fouet du sort ou de la mort qu'ils rdent autour du mur de l'existence la recherche des crevasses sur ,dieu4 ,ils n'ignorent pas qu'il y a des crevasses ternelles dans les pauvres parois d'une cabane et que les plus petites vitres n'enlvent pas une ligne ou une toile l'immensit des espaces clestes4 ,mais il ne suffit pas de possder une vrit1 il faut que la vrit nous possde4 ,et cependant1 nous sommes en un monde o les moindres vnements assument sans efforts une beaut de plus en plus pure et de plus en plus haute4 ,rien ne se mle plus aisment que la terre et le ciel2 et si vous avez regard les toiles avant d'embrasser votre amante vous ne l'embrasserez pas de la mme manire que si vous aviez regard les murs de votre chambre4 ,soyez sr que le jour o vous vous tes attard suivre un rayon de lumire travers l'une des fentes de la porte de la vie1 vous avez fait quelque chose d'aussi grand que si vous aviez pans les blessures d'un ennemi1 car dans ce moment l vous n'aviez plus d'ennemi4 ,il faut vivre l'afft de son ,dieu1 car ,dieu se cache2 mais ses ruses1 une fois qu'on les a reconnues semblent si souriantes et si simples6 ,un rien1 ds lors1 nous rvle sa prsence1 et la grandeur de notre vie tient si peu de chose6 ,on trouve ainsi1 dans les potes1 un vers qui et l1 au milieu des humbles vnements de nos jours ordinaires1 semble entr'ouvrir soudain quelque chose d'norme4 ,aucun mot solennel n'a t prononc et l'on dirait que rien n'a t appel2 et cependant1 pourquoi une face ineffable nous a-t-elle fait signe derrire les larmes d'un vieillard1 pourquoi toute une nuit peuple d'anges s'tend-elle autour du sourire d'un enfant1 et pourquoi1 propos d'un oui ou d'un non balbuti par une me qui chante en travaillant autre chose1 nous sommes nous dit soudain en retenant un instant notre souffle3 ici1 c'est la maison de ,dieu1 et voici l'une des entres du ciel8 ,c'est parce que ces potes taient plus attentifs que nous l'ombre interminable444 ,au fond1 la posie suprme n'est que cela1 et elle n'a d'autre but que de tenir ouvertes les grandes routes qui mnent de ce qu'on voit ce qu'on ne voit pas4 ,mais c'est aussi le but suprme de la vie1 et il est bien plus facile de l'atteindre dans la vie que dans les plus nobles pomes1 car les pomes ont d abandonner les deux grandes ailes du silence4 ,il n'y a pas de jours petits4 ,il faut que cette ide descende dans notre vie et qu'elle s'y transforme en substance4 ,il ne s'agit pas d'tre triste4 ,petites joies1 petits sourires et grandes larmes1 tout cela occupe le mme point dans l'espace et le temps4 ,vous pouvez jouer dans la vie aussi innocemment qu'un enfant autour du lit d'un mort et ce n'est pas les pleurs qui sont indispensables4 ,les sourires aussi bien que les larmes ouvrent les portes de l'autre monde4 ,allez1 venez1 sortez1 vous trouverez ce qu'il vous faut dans les tnbres1 mais n'oubliez jamais que vous tes prs des portes4 99 99 99 99 99 ,aprs ce long dtour1 j'en reviens mon point de dpart1 savoir qu'il est bon de rappeler aux hommes que le plus humble d'entre eux a le pouvoir de sculpter1 d'aprs un modle divin qu'il ne choisit pas1 une grande personnalit morale1 compose en parties gales et de lui et de l'idal4 ,or cette grande personnalit morale ne s'est jamais sculpte que dans les profondeurs de la vie2 et la rserve de l'idal ncessaire ne s'augmente que grce d'incessantes rvlations au divin4 ,tout homme peut parvenir en esprit aux sommets de la vie vertueuse et savoir tout moment ce qu'il faudrait faire pour agir comme un hros ou un saint4 ,mais ce n'est pas cela qui importe4 ,il faut que l'atmosphre spirituelle se transforme tel point autour de nous qu'elle finisse par ressembler l'atmosphre des beaux pays du sicle d'or de ,swedenborg o l'air ne permettait pas au mensonge de sortir de la bouche4 ,il arrive alors un instant o le moindre mal que l'on voudrait faire tombe nos pieds comme une balle de plomb sur un disque de bronze1 et o presque tout se change notre insu1 en beaut1 en amour et en vrit4 ,mais cette atmosphre n'enveloppe que ceux qui ont eu soin d'arer assez souvent leur vie en entr'ouvrant parfois les portes de l'autre monde4 ,c'est prs de ces portes que l'on voit4 ,c'est prs de ces portes que l'on aime4 ,car aimer son prochain ce n'est pas seulement se donner tout lui1 servir1 aider et secourir les autres4 ,il est possible que vous ne soyez ni bon1 ni beau1 ni noble au milieu des plus grands sacrifices1 et la soeur de charit qui meurt au chevet d'un typhique a peut-tre une me rancunire1 petite et misrable4 ,aimer son prochain dans les profondeurs stables1 c'est aimer ce qu'il y a d'ternel dans les autres1 car le prochain par excellence c'est ce qui se rapproche le plus de ,dieu1 c'est--dire de ce qu'il y a de pur et de bon dans les hommes2 et c'est seulement en vous tenant toujours autour des portes dont je parlais tantt que vous dcouvrirez ce qu'il y a de divin dans les mes4 ,alors vous pourrez dire avec le grand ,jean-,paul3 ,lorsque je veux aimer trs tendrement une personne chre1 et lui pardonner toute chose1 je n'ai plus qu' la regarder quelque temps en silence4 ,il faut apprendre voir pour apprendre aimer4 ,j'avais vcu durant plus de vingt ans aux cts de ma soeur1 me disait un jour un ami1 et je l'ai vue pour la premire fois au moment de la mort de notre mre4 ,il avait fallu qu'ici aussi la mort ouvrt violemment une porte ternelle1 pour que deux mes s'aperussent dans un rayon de la lumire primitive4 ,en est-il un seul parmi vous qui ne soit pas environn de soeurs qu'il n'a pas vues8 ,heureusement1 en ceux-l mmes qui voient le moins1 il y a toujours quelque chose qui agit en silence comme s'ils avaient vu4 ,il est possible qu'tre bon ce ne soit qu'tre en un peu de clart1 ce que tous sont dans les tnbres4 ,voil pourquoi1 sans doute1 il est utile que l'on s'efforce d'lever sa vie et que l'on tende vers les sommets o l'on atteint l'impossibilit de mal faire4 ,voil pourquoi il est utile d'habituer son oeil regarder les vnements et les hommes dans une atmosphre divine4 ,mais cela mme n'est pas indispensable2 et que la diffrence aux yeux d'un ,dieu1 doit paratre petite6 ,nous sommes dans un monde o la vrit rgne au fond des choses et o ce n'est pas la vrit mais le mensonge qui a besoin d'tre expliqu4 ,si le bonheur de votre frre vous attriste1 ne vous mprisez pas2 vous n'aurez pas un long chemin parcourir pour trouver en vous-mme quelque chose qu'il n'attristera pas4 ,et si vous ne parcourez pas le chemin1 peu importe2 quelque chose ne s'est pas attrist444 ,ceux qui ne songent rien ont la mme vrit que ceux qui songent ,dieu2 elle est un peu moins prs du seuil1 et voil tout4 ,mme dans la vie la plus vulgaire1 dit ,renan1 la part de ce que l'on fait pour ,dieu est norme4 ,l'homme le plus bas aime mieux tre juste qu'injuste1 tous nous adorons1 nous prions bien des fois par jour sans le savoir4 ,et l'on est tonn lorsqu'un hasard nous rvle soudain l'importance de cette part divine4 ,il y a tout autour de nous des milliers et des milliers de pauvres tres qui n'ont rien vu de beau dans toute leur existence2 ils vont1 ils viennent1 dans l'obscurit2 on croit que tout est mort2 et personne n'y prend garde4 ,et puis voil qu'un jour une simple parole1 un silence imprvu1 une petite larme qui vient des sources mmes de la beaut1 nous apprennent qu'ils ont trouv moyen d'lever dans l'ombre de leur me1 un idal mille fois plus beau que les plus belles choses que leurs oreilles ont entendues et que leurs yeux ont vues4 ,o nobles et ples idaux du silence et de l'ombre6 ,c'est vous surtout qui rveillez le sourire des anges et qui montez directement vers ,dieu6 ,dans quelles cabanes innombrables1 dans quelles chambres de misre1 dans quelles prisons peut-tre1 ne vous nourrit-on pas en ce moment1 des larmes et du sang le plus pur d'une pauvre me qui n'a jamais souri2 de mme que les abeilles1 alors que toutes les fleurs sont mortes autour d'elles1 offrent encore celle qui doit tre leur reine1 un miel mille fois plus prcieux que le miel qu'elles donnent leurs petites soeurs de la vie quotidienne444 ,qui de nous n'a rencontr plus d'une fois1 le long des routes de la vie1 une me abandonne qui n'avait cependant pas perdu le courage d'allaiter ainsi dans les tnbres1 une pense plus divine et plus pure que toutes celles que tant d'autres avaient eu l'occasion d'aller choisir dans la lumire8 ,ici aussi1 c'est la simplicit qui est l'esclave favorite de ,dieu2 et il suffit peut-tre que quelques sages n'ignorent point ce qu'il faut faire1 pour que le reste agisse comme s'il savait galement444 ,,xiii ,,la ,,beaut ,,int,,rieure ,il n'y a rien au monde qui soit plus avide de beaut1 il n'y a rien au monde qui s'embellisse plus aisment qu'une me4 ,il n'y a rien au monde qui s'lve plus naturellement et s'ennoblisse plus promptement4 ,il n'y a rien au monde qui obisse plus scrupuleusement aux ordres purs et nobles qu'on lui donne4 ,il n'y a rien au monde qui subisse plus docilement l'empire d'une pense plus haute que les autres4 ,aussi1 bien peu d'mes sur la terre rsistent-elles la domination d'une me qui se laisse tre belle4 ,on dirait vraiment que la beaut est l'aliment unique de notre me2 elle la cherche en tout lieu et mme dans la vie la plus basse elle ne meurt pas de faim4 ,c'est qu'il n'y a pas de beaut qui passe compltement inaperue4 ,il se peut qu'elle ne passe jamais que dans l'inconscience1 mais elle agit aussi puissamment dans la nuit qu' la clart du jour4 ,elle y procure une joie moins saisissable et c'est l la seule diffrence4 ,examinez les hommes les plus ordinaires1 lorsqu'un peu de beaut vient frler leurs tnbres4 ,ils sont l1 rassembls n'importe o2 et lorsqu'ils se trouvent runis1 sans qu'on sache pourquoi1 il semble que leur premier soin soit de fermer d'abord les grandes portes de la vie4 ,chacun d'eux cependant1 lorsqu'il tait seul1 a vcu plus d'une fois selon son me4 ,il a aim peut-tre2 il a souffert sans doute4 ,il a entendu lui aussi1 invitablement les sons de la contre lointaine des ,splendeurs et des ,terreurs et a su bien des soirs s'incliner en silence devant des lois plus profondes que la mer4 ,mais quand ils sont ensemble ils aiment s'enivrer de choses basses4 ,ils ont je ne sais quelle peur trange de la beaut2 et plus ils sont nombreux1 plus ils en ont peur1 comme ils ont peur du silence ou d'une vrit trop pure4 ,et cela est si vrai1 que s'il arrivait que l'un d'eux et fait dans la journe une chose hroque1 il tcherait de l'excuser en attribuant son acte des mobiles misrables1 des mobiles qu'il prendrait dans la rgion infrieure o ils sont runis4 coutez cependant3 une parole haute et fire a t prononce qui a rouvert en quelque sorte les sources de la vie4 ,une me a os se montrer un instant1 telle qu'elle est dans l'amour1 dans la douleur1 devant la mort ou dans la solitude en prsence des toiles de la nuit4 ,il y a de l'inquitude et les faces s'tonnent ou sourient4 ,mais n'avez-vous jamais senti en ces moments1 avec quelle force unanime toutes les mes admirent et comme la plus faible approuve indiciblement au fond de sa prison la parole qu'elle a reconnue semblable elle-mme8 elles revivent brusquement dans leur atmosphre primitive et normale2 et si vous aviez les oreilles des anges vous entendriez1 j'en suis sr1 des applaudissements tout puissants dans le royaume des lumires admirables o elles vivent entres elles4 ,croyez-vous que si une parole analogue tait prononce chaque soir1 les mes les plus craintives ne s'enhardiraient pas2 et que les hommes ne vivraient pas plus vritablement8 ,il ne faut mme pas qu'une parole analogue revienne4 ,quelque chose de profond a eu lieu qui laissera des traces trs profondes4 ,l'me qui a prononc cette parole sera reconnue chaque soir par ses soeurs2 et sa seule prsence va mettre dsormais je ne sais quoi d'auguste sous les propos les plus insignifiants4 ,il y a eu en tout cas un changement que l'on ne peut dterminer4 ,les choses infrieures n'auront plus la mme force exclusive et les mes effrayes savent qu'il y a quelque part un refuge444 ,il est certain que les relations naturelles et primitives d'me me sont des relations de beaut4 ,la beaut est le seul langage de nos mes4 ,elles n'en comprennent pas d'autres4 ,elles n'ont pas d'autre vie1 elles ne peuvent produire autre chose1 elles ne peuvent pas s'intresser autre chose4 ,et c'est pourquoi1 toute pense1 toute parole1 tout acte grand et beau est immdiatement applaudi par l'me la plus opprime et la plus basse mme1 s'il est permis de dire qu'il y ait des mes basses4 ,elle n'a pas d'organe qui la relie un autre lment et elle ne peut juger que selon la beaut4 ,vous le voyez chaque instant dans votre vie2 et vous mme qui avez reni plus d'une fois la beaut1 vous le savez aussi bien que ceux qui la cherchent sans cesse dans leur coeur4 ,si un jour vous avez profondment besoin d'un autre tre1 irez-vous celui qui a souri d'un sourire misrable quand la beaut passait8 ,irez-vous celui qui a souill d'un hochement de tte un acte gnreux ou simplement une tendance pure8 ,peut-tre tiez-vous de ceux qui l'approuvrent2 mais dans ce moment grave o c'est la vrit qui frappe votre porte1 vous vous tournerez vers cet autre qui a su s'incliner et aimer4 ,votre me avait jug dans ses profondeurs2 et c'est son jugement silencieux et infaillible1 qui trente annes aprs peut-tre1 remonte la surface1 et vous envoie vers une soeur qui est plus vous que tout vous-mme parce qu'elle a t plus prs de la beaut4 ,il faut si peu de chose pour encourager la beaut dans une me4 ,il faut si peu de chose pour rveiller les anges endormis4 ,il ne faut peut-tre pas rveiller--il suffit simplement de ne pas endormir4 ,ce n'est peut-tre pas s'lever mais descendre qui demande des efforts4 ,est-ce qu'il ne faut pas un effort pour ne songer qu' des choses mdiocres devant la mer ou en face de la nuit8 ,et quelle me ne sait pas qu'elle est toujours devant la mer et toujours en prsence d'une nuit ternelle8 ,si nous avions moins peur de la beaut nous arriverions ne plus trouver autre chose dans la vie2 car en ralit1 sous tout ce que l'on voit il n'y a que cela qui existe4 ,toutes les mes le savent1 toutes les mes sont prtes1 mais o sont celles qui ne cachent pas leur beaut8 ,il faut bien cependant que l'une d'elles commence4 ,pourquoi ne pas oser tre celle qui commence8 ,toutes les autres sont l1 avides autour de nous1 comme des petits enfants devant un palais merveilleux4 ,ils se pressent sur le seuil1 ils chuchotent1 ils regardent par les fentes1 mais n'osent pas pousser la porte4 ,ils attendent qu'une grande personne vienne ouvrir4 ,mais la grande personne ne passe presque jamais4 ,et cependant que faudrait-il pour devenir la grande personne qu'on espre8 ,presque rien4 ,les mes ne sont pas exigeantes4 ,une pense presque belle que vous ne dites pas et que vous nourrissez en ce moment vous claire comme un vase transparent4 ,elles la voient et vous accueilleront d'une tout autre manire que si vous songiez tromper votre frre4 ,on s'tonne quand certains hommes nous disent qu'ils n'ont jamais rencontr de laideur vritable et qu'ils ne savent pas encore ce que c'est qu'une me basse4 ,mais cela n'est pas tonnant4 ,ils avaient commenc4 ,c'est parce qu'eux-mmes taient beaux les premiers qu'ils appelaient eux toute beaut qui passait1 comme un phare appelle les navires des quatre coins de l'horizon4 ,il en est qui se plaignent des femmes1 par exemple1 et qui ne songent pas que la premire fois que vous rencontrez une femme1 il suffit d'une seule parole1 d'une seule pense qui nie ce qui est beau et ce qui est profond pour empoisonner jamais votre existence dans son me4 ,pour moi1 me dit un jour un sage1 je n'ai pas connu une seule femme qui ne m'ait apport quelque chose de grand4 ,il tait grand d'abord1 c'tait l son secret4 ,il n'y a qu'une chose que l'me ne pardonne jamais2 c'est d'avoir t oblige de regarder1 de coudoyer1 de partager1 une action1 une parole ou une pense laide4 ,elle ne peut pas le pardonner1 car pardonner ici c'est se nier soi-mme4 ,et cependant1 pour la plupart des hommes1 tre ingnieux1 tre fort1 tre habile1 n'est-ce pas loigner avant tout son me de sa vie1 n'est-ce pas carter avec soin toutes les tendances trop profondes8 ,ils agissent ainsi jusque dans l'amour mme2 et c'est pourquoi la femme qui est encore plus proche de la vrit1 n'a presque jamais un instant de vie vritable avec eux4 ,on dirait qu'on a peur de rejoindre son me et l'on a soin de se tenir mille lieues de sa beaut4 ,il faudrait au contraire1 qu'on tentt de marcher devant soi4 ,pensez ou dites en ce moment des choses qui sont trop belles pour tre vraies en vous2 elles seront vraies demain si vous avez tent de les penser ou de les dire ce soir4 ,tchons d'tre plus beaux que nous-mmes2 nous ne dpasserons pas notre me4 ,on ne se trompe pas quand il s'agit de beaut silencieuse et cache4 ,du reste il importe assez peu qu'un tre se trompe ou ne se trompe pas1 du moment que la source intrieure est bien claire4 ,mais qui donc songe faire le moindre effort qu'on ne voit pas8 ,et pourtant1 nous nous trouvons ici dans un domaine o tout est efficace parce que tout attend4 ,toutes les portes sont ouvertes2 il n'y a qu' les pousser2 et le palais est plein de reines enchanes4 ,bien souvent il suffit d'un seul mot pour balayer des montagnes d'ordures4 ,pourquoi n'avoir pas le courage d'opposer une question basse une rponse noble8 ,croyez-vous qu'elle passe compltement inaperue ou qu'elle n'veille que de l'tonnement8 ,croyez-vous que cela ne se rapproche pas davantage du dialogue naturel de deux mes8 ,on ne sait pas ce que cela encourage ou dlivre4 ,mme celui qui repousse cette rponse1 fait un pas1 malgr lui1 vers sa propre beaut4 ,une chose belle ne meurt pas sans avoir purifi quelque chose4 ,il n'y a pas de beaut qui se perde4 ,il ne faut pas avoir peur d'en semer par les routes4 ,elles y demeureront des semaines1 des annes1 mais elles ne se dissolvent pas plus que le diamant et quelqu'un finira par passer1 qui les verra briller1 qui les ramassera et s'en ira heureux4 ,pourquoi donc arrter en vous-mmes une parole belle et haute parce que vous croyez que les autres ne vous comprendront pas8 ,pourquoi donc entraver un instant de bont suprieure qui naissait parce que vous pensez que ceux qui vous entourent n'en profiteront pas8 ,pourquoi donc rprimer un mouvement instinctif de votre me vers les hauteurs parce que vous tes parmi les gens de la valle8 ,est-ce qu'un sentiment profond perd son action dans les tnbres8 ,est-ce qu'un aveugle n'a pas d'autres moyens que les yeux pour discerner ceux qui l'aiment de ceux qui ne l'aiment pas8 ,est-ce que la beaut a besoin d'tre comprise pour exister1 et d'ailleurs croyez-vous qu'il n'y ait pas en tout homme quelque chose qui comprenne bien au-del de ce qu'il a l'air de comprendre1 bien au-del aussi de ce qu'il croit comprendre8 ,mme aux plus misrables1 me disait un jour l'tre le plus haut que j'aie eu le bonheur de connatre1 mme aux plus misrables je n'ai jamais le courage de rpondre une chose laide ou mdiocre4 ,et j'ai vu que cet tre que j'ai suivi bien longtemps dans sa vie avait sur les mes les plus obscures1 les plus fermes1 les plus aveugles1 les plus rebelles mme1 une puissance inexplicable4 ,car nulle bouche ne peut dire la puissance d'une me qui s'efforce de vivre en une atmosphre de beaut1 et qui est activement belle en elle-mme4 ,et n'est-ce pas1 d'ailleurs1 la qualit de cette activit qui rend la vie misrable ou divine8 ,si l'on pouvait aller au fond des choses1 il n'est pas dit que l'on ne dcouvrirait pas que c'est la puissance de quelques mes belles qui soutient les autres dans la vie4 ,n'est-ce pas l'ide que chacun se fait de quelques tres choisis qui est la seule morale vivante et efficace8 ,mais dans cette ide quelle est la part de l'me lue et quelle est la part de celui qui l'lit8 ,est-ce que cela ne se mle pas trs mystrieusement et cette morale idale n'atteint-elle pas des profondeurs que la morale des plus beaux livres ne pourra jamais effleurer8 ,il y a l une influence d'une tendue dont les bornes sont bien difficiles fixer2 et une source de force laquelle chacun de nous va boire plus d'une fois par jour4 ,est-ce qu'une dfaillance dans un de ces tres que vous considriez comme parfaits et que vous aimiez dans la rgion de la beaut1 ne diminue pas immdiatement votre confiance dans la grandeur universelle des choses et votre admiration pour elles8 ,et d'un autre ct1 je ne crois pas que rien au monde embellisse une me plus insensiblement1 plus naturellement1 que l'assurance qu'il y a quelque part1 non loin d'elle1 un tre pur et beau qu'elle peut aimer sans arrire-pense4 ,lorsqu'elle s'est approche vritablement d'un tel tre1 la beaut cesse d'tre une belle chose morte qu'on montre aux trangers2 mais elle prend soudain une vie imprieuse1 et son activit devient si naturelle que plus rien ne rsiste4 ,c'est pourquoi songez-y2 on n'est pas seul2 il faut que les bons veillent4 ,plotin au livre ,,viii de la cinquime ,ennade1 aprs avoir parl de la beaut intelligible c'est--dire divine1 conclut ainsi3 ,pour nous1 nous sommes beaux lorsque nous nous appartenons nous-mmes2 et laids quand nous nous abaissons une nature infrieure4 ,nous sommes beaux encore quand nous nous connaissons et laids quand nous nous ignorons4 ,or1 ne l'oublions pas1 nous sommes ici sur des montagnes o s'ignorer n'est pas tout simplement ne pas savoir ce qui arrive en nous quand nous sommes amoureux ou jaloux1 timides ou envieux1 heureux ou malheureux4 ,s'ignorer o nous sommes c'est ignorer ce qui se passe de divin dans les hommes4 ,nous sommes laids quand nous nous loignons des dieux qui sont en nous2 et nous devenons beaux mesure que nous les dcouvrons4 ,mais nous ne trouverons le divin dans les autres qu'en leur montrant d'abord le divin dans nous-mmes4 ,il faut que l'un des dieux fasse signe l'autre dieu2 et tous les dieux rpondent au plus imperceptible signe4 ,on ne saurait le redire trop souvent2 il ne faut qu'une fissure peu prs invisible pour que les eaux du ciel pntrent dans une me4 ,toutes les coupes sont tendues vers la source inconnue2 et nous sommes en un lieu o l'on ne songe qu' la beaut4 ,si l'on pouvait demander un ange ce que nos mes font dans l'ombre1 je crois qu'il rpondrait1 aprs avoir regard de longues annes peut-tre1 bien au del de ce qu'elles ont l'air de faire aux yeux des hommes1 ,elles transforment en beaut les petites choses qu'on leur donne4 ,ah6 il faut avouer que l'me humaine a un courage singulier6 ,elle se rsigne travailler toute une vie dans les tnbres o la plupart d'entre nous la relguent et o personne ne lui parle4 ,elle y fait ce qu'elle peut sans se plaindre2 et s'efforce d'arracher aux cailloux qu'on lui jette1 le noyau de lumire ternelle qu'ils renferment peut-tre4 ,et tandis qu'elle s'applique1 elle guette le moment o elle pourra montrer une soeur plus aime ou par hasard plus proche1 les trsors laborieux qu'elle a amoncels4 ,mais il y a des milliers d'existences o nulle soeur ne la visite2 et o la vie l'a rendue si timide qu'elle s'en va sans rien dire1 et sans avoir pu se parer une seule fois des plus humbles joyaux de son humble couronne444 ,et malgr tout1 elle veille toutes choses dans son ciel invisible4 ,elle avertit1 elle aime1 elle admire1 elle attire1 elle repousse4 ,a chaque vnement nouveau1 elle remonte la surface en attendant qu'on l'oblige descendre1 parce qu'elle passe pour importune et folle4 ,elle erre comme ,kassandra sous le porche des ,atrides4 ,elle y dit sans cesse des paroles dont la vrit mme n'est que l'ombre et personne ne l'coute4 ,si nous levons les yeux1 elle attend un rayon de soleil ou d'toile1 dont elle veut faire une pense ou bien une tendance inconsciente et trs pure4 ,et si nos yeux ne lui rapportent rien1 elle saura transformer sa pauvre dception en quelque chose d'ineffable qu'elle cachera jusqu' la mort4 ,si nous aimons1 elle s'enivre de lumire derrire la porte close1 et tout en esprant1 elle ne perd pas les heures2 et cette lumire qui filtre par les fentes devient de la bont1 de la beaut ou de la vrit pour elle4 ,mais si la porte ne s'ouvre pas1 7et dans combien d'existences s'ouvre-t-elle87 elle s'en retourne en sa prison et son regret sera peut-tre une vrit plus haute qu'on ne verra jamais1 car nous sommes dans le lieu des transformations indicibles2 et ce qui n'est pas n de ce ct-ci de la porte n'est pas perdu1 mais ne se mle pas cette vie444 ,je disais tout--l'heure qu'elle transforme en beaut les petites choses qu'on lui donne4 ,il semble mme1 mesure qu'on y songe1 qu'elle n'ait pas d'autre raison d'tre2 et que toute son activit s'emploie a runir au fond de nous un trsor de beaut qu'on ne peut pas dcrire4 ,est-ce que tout ne se changerait pas naturellement en beaut si nous ne venions pas troubler sans cesse le travail obstin de notre me8 ,est-ce que le mal mme ne devient pas prcieux lorsqu'elle en a extrait le diamant profond du repentir8 ,est-ce que les injustices que vous avez commises et les larmes que vous avez fait rpandre ne finissent pas un jour par devenir1 elles aussi1 dans votre me1 de la lumire et de l'amour8 ,avez-vous jamais regard en vous-mme dans ce royaume des flammes purificatrices8 ,on vous a fait un grand mal aujourd'hui2 les gestes taient petits1 l'acte tait bas et triste1 et vous avez pleur dans la laideur4 ,pourtant1 venez jeter un coup d'oeil dans votre me quelques annes aprs2 et dites-moi si vous ne voyez pas sous le souvenir de cet acte quelque chose qui est dj plus pur qu'une pense1 je ne sais quelle force qu'on ne peut pas nommer1 qui n'a aucun rapport avec les forces ordinaires de ce monde1 je ne sais quelle source d'une autre vie laquelle vous pourrez boire sans l'puiser1 jusqu' vos derniers jours4 ,et cependant vous n'avez pas aid la reine infatigable2 et vous songiez autre chose tandis que l'acte se purifiait votre insu dans le silence de votre tre1 et venait augmenter l'eau prcieuse de ce grand rservoir de vrit ou de beaut1 qui n'est pas agit comme le rservoir moins profond des penses vraies ou belles1 mais demeure pour toujours l'abri du souffle de la vie4 ,il n'y a pas un fait1 pas un vnement dans notre existence1 dit ,emerson1 qui tt ou tard ne perdra pas sa forme inerte1 adhsive et qui ne nous tonnera pas en prenant son essor1 du fond de notre corps1 dans l',empyre4 ,et cela est vrai un degr plus haut encore qu',emerson ne l'avait peut-tre prvu1 car mesure qu'on s'avance en ces lieux1 on dcouvre des sphres plus divines4 ,on ne sait pas assez ce qu'elle est1 cette activit silencieuse des mes qui nous entourent4 ,vous avez dit une parole pure un tre qui ne l'a pas comprise4 ,vous l'avez crue perdue et vous n'y songiez plus4 ,mais un jour1 par hasard1 la parole remonte avec des transformations inoues1 et l'on peut voir les fruits inattendus qu'elle a ports dans les tnbres2 puis tout retombe dans le silence4 ,mais qu'importe8 on apprend que rien ne se perd dans une me et que les plus petites ont aussi leurs instants de splendeur4 ,il n'y a pas s'y tromper2 les plus malheureux mme et les plus dnus ont en dpit d'eux-mmes1 tout au fond de leur tre1 un trsor de beaut qu'ils ne peuvent appauvrir4 ,il s'agit simplement d'acqurir l'habitude d'y puiser4 ,il faut que la beaut ne demeure pas une fte isole dans la vie mais devienne une fte quotidienne4 ,il ne faut pas un grand effort pour tre admis parmi ceux dans les yeux desquels la terre en fleurs et les cieux clatants n'entrent plus par parties infinitsimales1 mais en masses sublimes et je parle de fleurs et de cieux plus durables et plus purs que ceux qu'on aperoit4 ,il y a mille canaux par lesquels la beaut de notre me peut monter jusqu' notre pense4 ,il y a surtout le canal admirable et central de l'amour4 ,n'est-ce pas dans l'amour que se trouvent les plus purs lments de beaut que nous puissions offrir l'me8 ,il existe des tres qui s'aiment ainsi dans la beaut4 ,aimer ainsi1 c'est perdre peu peu le sens de la laideur2 c'est devenir aveugle toutes les petites choses et ne plus entrevoir que la fracheur et la virginit des mes les plus humbles4 ,aimer ainsi c'est ne plus mme avoir besoin de pardonner4 ,aimer ainsi1 c'est ne plus rien pouvoir cacher parce qu'il n'y a plus rien que l'me toujours prsente ne transforme en beaut4 ,aimer ainsi c'est ne plus voir le mal que pour purifier l'indulgence et pour apprendre ne plus confondre le pcheur avec son pch4 ,aimer ainsi1 c'est lever en soi tous ceux qui nous entourent sur des hauteurs o ils ne peuvent plus faillir et d'o une action basse doit tomber de si haut qu'en rencontrant la terre elle livre malgr elle son me de diamant4 ,aimer ainsi1 c'est transformer sans qu'on le sache1 en mouvements illimits1 les intentions les plus petites qui veillent autour de nous4 ,aimer ainsi1 c'est appeler tout ce qu'il y de beau sur la terre1 dans le ciel et dans l'me au festin de l'amour4 ,aimer ainsi c'est exister devant un tre tel qu'on existe devant ,dieu4 ,aimer ainsi c'est voquer au moindre geste la prsence de son me et de tous ses trsors4 ,il ne faut plus la mort1 des malheurs ou des larmes pour que l'me apparaisse2 il suffit d'un sourire4 ,aimer ainsi1 c'est entrevoir la vrit dans le bonheur aussi profondment que quelques hros l'entrevirent aux clarts des plus grandes douleurs4 ,aimer ainsi1 c'est ne plus distinguer la beaut qui se change en amour de l'amour qui se change en beaut4 ,aimer ainsi1 c'est ne plus pouvoir dire o finit le rayon d'une toile et o commence le baiser d'une pense commune4 ,aimer ainsi1 c'est arriver si prs de ,dieu que les anges vous possdent4 ,aimer ainsi1 c'est embellir ensemble la mme me qui devient peu peu l'ange unique dont parle ,swedenborg4 ,aimer ainsi1 c'est dcouvrir chaque jour une beaut nouvelle en cet ange mystrieux1 et c'est marcher ensemble dans une bont de plus en plus vivante1 et de plus en plus haute4--,car il y a aussi une bont morte qui n'est faite que de pass2 mais l'amour vritable rend inutile le pass et cre son approche un inpuisable avenir de bont sans malheurs et sans larmes4 ,aimer ainsi1 c'est dlivrer son me et devenir aussi beau que son me dlivre4 ,si dans l'motion que doit te causer ce spectacle1 dit propos de choses analogues le grand ,plotin qui de toutes les intelligences que je connais est celle qui s'approcha le plus prs de la divinit1 si dans l'motion que doit te causer ce spectacle tu ne proclames pas qu'il est beau1 et si1 plongeant ton regard en toi-mme1 tu n'prouves pas alors le charme de la beaut1 c'est en vain que dans une pareille disposition tu chercherais la beaut intelligible2 car tu ne la chercherais qu'avec ce qui est impur et laid4 ,voil pourquoi1 les discours que nous tenons ici ne s'adressent pas tous les hommes4 ,mais si tu as reconnu en toi la beaut1 lve-toi la rminiscence de la beaut intelligible444 ,,table ,pages4 ,le ,silence #g ,le ,rveil de l',ame #bi ,les ,avertis #di ,la ,morale ,mystique #fe ,sur les ,femmes #ha ,ruysbroeck l',admirable #aja ,emerson #aca ,novalis #aee ,le ,tragique quotidien #agi ,l'toile #bje ,la ,bont invisible #bca ,la ,vie ,profonde #bec ,la ,beaut intrieure #bhc ,,achev ,d',,imprimer le six fvrier mil huit cent quatre-vingt seize ,,par ,l',,imprimerie ,vve ,,albouy ,,pour ,,le ,,mercvre ,,de ,,france