,,john ,,ruskin ,,pr,,terita ,souvenirs de ,jeunesse ,,traduction ,,de ,mme ,,gaston ,,paris ,,pr,,face ,,de ,r4 ,,de ,,la ,,sizeranne ,,paris ,librairie ,hachette et ,cie #gi1 ,,boulevard ,,saint-,,germain1 #gi #aiaa ,figure#ja ,,table ,,des ,,mati,,res ,chapitre ,i4 ,les sources de la ,wandel ,chapitre ,,ii4 ,herne ,hill4--,les amandiers en fleur ,chapitre ,,iii4 ,les rives de la ,tay ,chapitre ,,iv4 ,sous de nouveaux matres ,chapitre ,v4 ,le ,parnasse et le ,plynlimmon ,chapitre ,,vi4 ,schaffhouse et ,milan ,chapitre ,,vii4 ,papa et maman ,chapitre ,,viii4 ,vester1 ,camen ,chapitre ,,ix4 ,le col de la ,faucille ,chapitre ,x4 ,quem tu1 ,melpomene ,chapitre ,,xi4 ,le chur de ,christ ,church ,chapitre ,,xii4 ,la chapelle de ,roslyn ,chapitre ,,xiii4 ,majorit ,chapitre ,,xiv4 ,rome ,chapitre ,,xv4 ,cum ,chapitre ,,xvi4 ,fontainebleau ,,introduction ,voici un livre qui fera mieux aimer ,ruskin ceux qui l'aiment et qui le rendra encore un peu plus antipathique aux autres4 ,car il y a mis plus de lui-mme que dans ses grands ouvrages4 ,c'est toute une vie1 ou du moins toute une jeunesse raconte par le vieillard qui l'a vcue1 ce sont les choses passes de cette vie3 ,prterita444 ,ce rcit fut commenc en #ahhb1 sur les instances d'un ami de ,ruskin1 le professeur amricain ,charles-,eliot ,norton3 il ne fut jamais fini4 ,ruskin l'crivait morceau par morceau1 luttant contre le mal crbral qui le minait4 ,une premire atteinte en #ahgf1 d'autres en #ahha1 en #ahhb et en #ahhe1 l'avaient bris1 semblait-il4 ,il passait pour fou4 ,mais1 dans les intervalles de cette folie qui n'tait que de l'anmie1 c'est--dire dans les brefs regains de force clbrale1 il se remettait la besogne4 ,il suscitait des travaux chez ses jeunes confrres1 ditait leurs uvres1 faisait de nouveaux plans de rforme sociale1 enfin il racontait sa vie4 ,pendant l't de #ahhi1 tant ,seascale1 sur la cte de ,cumberland1 il crut bien qu'il pourrait terminer cette autobiographie4 ,il avait rsolu de la poursuivre jusqu' ce qu'elle ft parvenue l'anne #ahge4 ,il n'avait plus que neuf chapitres crire1 mais ses forces d'attention baissaient de jour en jour4 ,il lui fallut s'avouer lui-mme que la priode active de son existence touchait son terme4 ,il regagna sa petite habitation de ,brantwood1 dans les bois1 sur le lac de ,coniston1 et entra dans ce repos du corps qui devait durer onze ans avant que comment enfin1 pour lui1 ce que les croyants appellent le repos de l'me4 ,prterita demeura donc inachev1 comme ces portraits qu'on trouve dans l'atelier d'un matre1 aprs sa mort1 poss sur le chevalet1 entours de tout ce qui sert les faire1 avec le charme d'un secret dont la clef a t emporte bien loin4 ,il faut savoir gr ,mme ,gaston ,paris de nous avoir donn1 dans une traduction littrale et littraire la fois1 ce portrait1 tout nouveau pour nous1 de l'auteur des ,modern ,painters4 ,mme aprs les tudes si consciencieuses et si fouilles de ,m4 ,collingwood et beaucoup plus tard de ,m4 ,jacques ,bardoux1 il est rvlateur et1 mme si l'on n'a rien lu encore de ,ruskin ni sur ,ruskin1 il est attirant4 ,car la parfaite sincrit du narrateur est vidente et les souffrances ou les motions d'une me impressionnable l'excs1 ses purilits mme nous intressent toujours1 ds que la vraisemblance en est certifie et garantie par la seule chose qui certifie et garantit la vrit d'un portrait dont on n'a pas connu le modle3 la vie4 ,or1 ici1 la figure est bien vivante3 ses bizarreries se justifient toutes seules1 ses traits se rejoignent1 se balancent et s'expliquent les uns par les autres4 ,et dans cette bauche de visage qu'est l'enfance d'un homme1 nous trouvons dj le trait de dissemblance qui nous explique en quoi diffrera des autres la figure dfinitive trace plus tard par le burin des jours4 ,ce trait de dissemblance1 c'est la passion de la nature pour elle-mme1 en dehors de toute ide utilitaire1 ou morale1 ou religieuse1 ou expressment littraire4 ,ce grand trait a t souvent mconnu1 encore que trs visible1 parce que ,ruskin1 pour gagner les foules son enthousiasme1 a fait appel des sentiments auxiliaires infiniment plus rpandus1 chez ses compatriotes1 que le got de l'esthtique4 ,et1 comme il avait d'ailleurs t form1 tout jeune1 par une forte discipline religieuse et tory1 ce fut trs naturellement qu'il parla aux ,anglais de son temps la langue la plus propre les attirer sa religion4 ,mais cette religion tait bien celle du ,beau1 telle qu'un artiste l'prouve directement dans la nature4 ,ce fut bien l le ,dieu qui rjouit sa jeunesse et qui1 lorsqu'il ne crut plus aucun autre1 bnit encore son ge mr4 ,j'ai dit le ,beau et je n'ai pas dit l',art parce qu'en effet1 bien que ,ruskin ait crit sur l',art1 ce ne sont pas les uvres d'art qui l'attirrent tout d'abord1 et que ce ne fut jamais l'uvre d'art qui l'occupa tout entier4 ,il vaudrait mieux que tous les tableaux vinssent prir que si les oiseaux cessaient de faire leurs nids6 ,ce mot de lui le peint assez4 ,maintes fois1 on le vit plus touch par une belle loi morale que par une russite technique et moins proccup de la survie du buste que du bonheur de la cit4 ,jamais il n'et compris ni tolr qu'on dveloppt devant lui ce chtif paradoxe des droits de l',art1 suprieurs l'honntet et la droiture de la vie1 dont depuis si longtemps on nous rebat les oreilles4 ,et voil1 prcisment1 ce qui l'a fait considrer comme plus moraliste qu'artiste par une critique toujours prte confondre la ,beaut infinie et infiniment diverse de la ,nature avec les traductions et interprtations que nous en donne l',art2 lorsqu'au contraire1 s'il est un signe quoi l'on reconnaisse l'artiste et qui le distingue nettement de l'amateur d'art1 du collectionneur ou du critique1 c'est que celui-l dmle directement les nuances les plus subtiles et les caractres les plus essentiels de l'objet mme1 tandis que ceux-ci ont besoin qu'il les leur ait dmls et montrs pour les bien voir et pour les admirer6 ,ruskin n'eut jamais1 aucun moment1 besoin d'un paysagiste pour lui rvler un paysage4 ,tout enfant1 avant d'avoir couru les muses1 il se passionnait pour les couleurs2 pour les spalts sems de galne1 pour les formes des montagnes du pays de ,galles1 pour les jeux de lumire sur le velours cramoisi de la chaire o parlait le pasteur4 ,il ombrait en cobalt un cyanomtre pour mesurer le bleu du ciel3 il dessinait constamment1 en voyage1 prenant des croquis au vol4 ,il recherchait les causes de la couleur des eaux du ,rhin4 ,vieillard1 il renona aisment aux muses1 mais ne put jamais se passer du bois1 du lac1 de la montagne4 ,il vendit ses tableaux1 mais il garda sa fentre ouverte sur le tableau toujours changeant des matins et des soirs4 cette passion il sacrifia tout4 ,il est vrai qu'il prfra souvent une beaut morale un tableau de matre1 mais il prfra toujours un bel effet de soleil tous les traits de vertu et de morale qu'on a pu accumuler dans les rapports l',acadmie1 depuis la fondation du ,prix ,montyon4 ,cette passion tenait d'abord son temprament4 ,il tait n artiste1 d'une sensibilit aigu tous les phnomnes de la forme et de la couleur et d'une assez grande mdiocrit dans tout le reste3 ,ma mmoire n'tait que moyenne1 avoue-t-il1 et je n'ai jamais vu un enfant plus incapable de jouer la comdie ou de raconter une histoire2 d'autre part1 je n'en ai jamais connu un dont le got pour le fait1 la chose vue1 ft la fois aussi ardent et aussi mthodique4 ,il dit ailleurs2 ,une autre disposition1 trangement tenace chez moi1 c'est cette impossibilit de m'intresser une autre chose qu' des choses proches ou tout au moins visibles et prsentes4 ,de mme1 l'algbre l'ennuyait1 il ne put dpasser les quations du second degr1 mais la gomtrie le ravissait et il tait toujours prt transformer les raisonnements en figures tangibles ou1 au moins1 mesurables4 ,l'horreur de l'abstrait et de l'embrouill1 le besoin quasi-physique de la forme habillant l'ide1 la rapidit saisir les rapports esthtiques des choses entre elles1 tout cela l'inclinait vers les sciences naturelles ou vers les crations artistiques1 quelle que ft son ducation et si peu favorable que pt tre son milieu4 ,mais justement1 son ducation et son milieu furent favorables4 ,non pas au regard superficiel d'une biographie de dictionnaire ou d'encyclopdie4 tre ne prs d'un office de marchand de vins1 en pleine ,cit1 tre lev par une mre protestante rigide1 avec de la ,bible chaque jour1 et jamais d'excitation dramatique1 thtrale1 ni artistique d'aucune sorte1 peut paratre1 au premier abord1 comme la pire des prparations la vie esthtique4 ,et l'intrt de la prsente autobiographie est prcisment qu'elle nous montre comment1 du milieu le moins artiste de ,londres1 chez le peuple le moins artiste de l',europe1 l'poque la moins heureuse en artistes1 a pu sortir le plus pntrant visionnaire qui ait crit sur l',art4 ,c'est que la vraie formation de l'artiste n'est point du tout la pntration des uvres d'art1 mais l'observation enthousiaste et patiente de la ,nature1 et qu' vivre dans les muses1 il se forme1 dans l'homme1 un tact de collectionneur1 mais non pas une me de rvlateur de beaut4 ,ce qui fut favorable au dveloppement esthtique1 chez ,ruskin1 ce fut la vie sobre1 silencieuse et solitaire1 la campagne1 puis1 un peu plus tard1 les voyages attentifs et dpourvus de tout autre intrt que des sensations pures4 ,c'est une sensation particulirement dlicieuse1 dit-il1 que de parcourir les rues d'une ville sans comprendre un mot de ce qui s'y dit4 ,l'oreille conserve1 vis--vis de toutes les voix1 une impartialit absolue2 le sens des mots ne gne pas pour reconnatre si la voix est gutturale1 souple ou suave1 tandis que l'attitude1 le geste1 l'expression du visage prennent la valeur qu'ils ont dans la pantomime4 ,tout l'tre tait prpar pour vivement sentir4 ,je noterai1 dit-il1 une trs grande dlicatesse du palais et des autres sens3 odorat1 oue4 ,ce que je dois l'interdiction absolue de toute espce de gteaux1 vins1 sucreries444 ducation veut dire aussi exemple4 ,ruskin avait sous les yeux l'exemple de son pre1 la fois passionn de spectacles naturels1 curieux de les reproduire par le dessin et physiologiquement dou au point d'tre le meilleur dgustateur de crus rares et non pas simplement le plus grand importateur de ,xrs4 ,si la facult artistique ou esthtique tient bien plus des conditions physiologiques et un dveloppement des sens qu' une disposition intellectuelle et un remplissage de la mmoire1 on voit que ,ruskin tait bien mieux prpar sa tche par ses instincts de naturaliste et par son milieu bourgeois que le rat de bibliothque ou le policeman qui se promne dans la ,national ,gallery peuvent l'tre par ce qu'ils lisent ou ce qu'ils voient tous les jours4 ,aussi1 qu'on le note bien1 ne sont-ce pas du tout les tableaux et les statues qui l'attirent durant les voyages qu'il fait dans sa jeunesse1 mais les formes changeantes du ciel et de la terre qu'il tente de reproduire1 et tous ceux d'entre nous qui ont vu ses dessins savent avec quelle justesse1 quelle unit d'impression et quelle sobrit6 ,gnes1 il ne cherche mme pas voir les ,van ,dyck qui sont dans les palais1 mais il erre dans le ddale des petites rues et dessine l'amphithtre des maisons qui entourent la rade1 soutenues par leurs vieilles arches4 ,florence1 il n'est frapp par rien1 ne comprend rien1 n'prouve1 du fait de l'art1 qu'une commotion violente3 ,michel-,ange6 ,mais1 partout1 il est attentif aux moindres passages de tons et de couleurs1 et tente d'en dcouvrir les raisons4 ,c'est plus tard1 seulement1 que cette passion pour la chose vue l'amne tudier chez les grands artistes comment ceux-ci l'ont vue4 ,et ayant1 maintes et maintes fois1 observ dans la nature les effets de ,turner1 il se prend d'enthousiasme la premire fois qu'il dcouvre ce qu'en a tir ,turner4 ,mais sans ,turner et sans aucun artiste1 ,ruskin aurait t ,ruskin et aurait pu crive la plus grande partie des ,modern ,painters4 ,voil le grand trait de dissemblance qui le spare des autres crivains d'art4 ,leur vocation a t dcide par la vue d'uvres d'art qui parfois les ont amens observer1 et l1 les beauts de la ,nature4 ,sa vocation lui a t dcide par cette observation directe4 ,leurs dcouvertes n'ont jamais t que des dcouvertes dans les limites d'un cadre de tableau2 les siennes ont t des dcouvertes dans le domaine mme de la nature et il n'est pas ncessaire d'avoir visit un seul muse pour les contrler et pour s'en saisir4 ,parmi les circonstances favorables cette formation esthtique1 j'ai cit les voyages4 ,il ne s'agit pas du voyage tel que nous le connaissons et tel que le fait1 travers les espaces1 un boulet de canon1 mais de la promenade en chaise de poste1 avec tous ses imprvus1 ses dconforts1 mais aussi avec ses haltes frquentes1 ses changements d'itinraires possibles1 ses longues contemplations du mme horizon1 ses arrives par les vieilles portes ou au moins par les vieilles entres des villes4 ,courir la poste1 en ce temps-l1 tait si rpandu qu'aux relais1 dans quelque pays qu'on se trouvt1 aux cris de3 ,des chevaux6 des chevaux6 on voyait apparatre1 sous la porte cochre1 le postillon en bottes et en veste de couleur voyante1 mont sur ses chevaux caparaonns qui trottaient gaiement4 ,pas de sige par devant1 pas de cocher2 mais quatre larges vitres qui fermaient hermtiquement1 glissant l'une sur l'autre1 et qui se baissaient aussi sans la moindre peine4 ,ces glaces formaient un large cadre mouvant1 une sorte de fentre en saillie travers laquelle on pouvait voir la campagne444 toutes ces conditions de confort et d'agrment1 ajoute ,ruskin1 le moderne touriste la vapeur doit1 en imagination1 ajouter celle qui domine toutes les autres3 pouvoir partir de l'heure qu'on veut et1 si on est en retard1 faire attendre les chevaux444 ,le voyage1 ainsi dcrit1 et t anachronique pour un lecteur d'il y a vingt ans et les itinraires tracs par ,ruskin l'eussent intress mdiocrement4 ,ce sont des impressions tout actuelles pour le touriste d'aujourd'hui et les itinraires suivis par l'auteur des ,modern ,painters sont exactement ceux qu'ont recommenc de suivre les automobiles succdant1 sur les mmes routes1 aprs soixante ans d'interruption1 aux chaises de poste4 ,on ne crie plus3 ,des chevaux6 des chevaux6 en arrivant aux auberges4 ,on rclame d'autres moteurs du marchand d'essence1 debout sur le pas de sa porte1 entre ses bicyclettes et ses bidons4 ,le pittoresque a perdu1 sans doute1 dans l'intrieur de la ville4 ,mais1 en pleine campagne1 pourvu qu'on ne soit pas affol de vitesse1 on peut retrouver beaucoup des impressions du voyage en chaise de poste qui taient perdues depuis les chemins de fer4 ,on y sera aid en lisant ce livre4 ,des ombres voyageuses se lveront pour flotter avec nous sur la route solitaire1 lorsque l'cre parfum des herbes de la valle semble l'me errante de la nuit claire4 ,aventures de coches1 carrosses rencontrs1 chaises verses sous les balustres de la vieille terrasse1 torches sortant du chteau inconnu1 destines frles pendant une heure1 silhouettes entrevues et disparues jamais3 tout ce qu'voquait nos imaginations le voyage de nos pres vient repasser devant nos yeux1 aux lueurs rapides des fanaux de l'automobile4 ,les pages qu'on va lire taient oublies1 hier encore1 comme nos grandes vieilles routes de ,france1 depuis soixante ans abandonnes pour la voie ferre4 ,aujourd'hui1 les routes se remplissent nouveau et revivent4 ,ces pages aussi4 ,multa renascentur444 ,,robert ,,de ,,la ,,sizeranne4 ,,pr,,face ,j'ai runi ces souvenirs des efforts et incidents de ma vie passe pour mes amis et pour ceux qui ont aim mes livres4 ,je les ai donc crits simplement1 comme on cause1 m'tendant un peu longuement peut-tre sur les choses que j'avais plaisir me rappeler1 avec beaucoup de soin sur celles que je m'imagine pouvoir tre utiles aux autres2 au contraire1 passant sous silence les souvenirs qui n'avaient rien d'agrable1 et dont le rcit ne pouvait tre d'aucun profit pour le lecteur4 ,ma vie1 ainsi prsente1 m'a paru plus amusante que je n'avais pens lorsque j'ai commenc ressusciter tout ce long pass avec ses mthodes d'tude et ses principes de travail que je me crois en droit de recommander d'autres travailleurs--mthodes et principes que1 trs certainement1 les fidles lecteurs de mes ouvrages comprendront d'autant mieux qu'ils seront plus familiariss avec mon caractre4 ,jusqu'ici1 sans aucun parti pris de cachotterie1 je ne me suis jamais attach l'expliquer2 je trouvais mme1 je l'avoue1 un certain plaisir1 je mettais une certaine coquetterie courir le risque d'tre incompris4 ,je trace ces quelques lignes de prface le jour anniversaire de la naissance de mon pre1 dans la pice qui1 autrefois1 me servait de nursery1 dans la vieille maison o1 il y a juste soixante-deux ans1 il nous amenait1 ma mre et moi3 j'avais alors quatre ans4 ,ce qui1 sans cette pense1 pourrait1 dans les pages qui vont suivre1 sembler n'tre que le simple passe-temps d'un vieillard qui s'amuse cueillir des fleurs imaginaires dans les prairies de sa jeunesse1 a pris1 mesure que j'crivais1 la forme plus noble d'un respectueux hommage la mmoire de mes parents1 ces parents auxquels je dois ce qu'il y a de meilleur en moi1 et dont le cher souvenir enlve mme toute tristesse au dclin de mes jours--si doux m'est l'espoir de les rejoindre bientt4 ,herne ,hill1 #aj mai #ahhe4 ,,pr,,terita ,,souvenirs ,,de ,,jeunesse ,,chapitre ,i ,,les ,,sources ,,de ,,la ,,wandel ,je suis1 et mon pre le fut avant moi1 un enrag tory de la vieille cole2 j'entends de l'cole de ,walter ,scott et d',homre4 ,si je cite ces deux noms entre tant de grands crivains tories1 c'est que je les aime particulirement1 qu'ils ont t mes matres4 ,je lisais les romans de ,walter ,scott et l',iliade1 traduction ,pope1 d'un bout de la semaine l'autre1 quand j'tais enfant2 le dimanche1 par contre1 c'tait ,robinson ,cruso et le ,pilgrim's ,progress1 ma mre ayant dcid dans son cur de faire de moi un clergyman vanglique4 ,fort heureusement1 j'avais une tante1 encore plus vanglique que ma mre1 qui me faisait manger du gigot froid le dimanche1 et je ne l'aimais que chaud4 ,ce gigot froid a fait le plus grand tort aux ides du ,pilgrim's ,progress4 ,et voil pourquoi1 en fin de compte1 tout en m'appropriant le noble et potique enseignement de ,defoe et de ,bunyan1 je ne suis pas devenu un clergyman vanglique4 ,je recevais encore un meilleur enseignement1 que j'y fusse dispos ou non1 tous les jours de la semaine4 ,walter ,scott et ,homre1 c'tait les lectures de mon choix2 en mme temps1 ma mre m'obligeait apprendre par cur de longs chapitres de la ,bible4 ,de plus1 il me fallait lire haute voix1 en prononant chaque syllabe et en articulant les noms les plus rbarbatifs1 le ,livre ,sacr1 depuis la ,gense jusqu' l',apocalypse1 au moins une fois l'an4 ,c'est cette discipline--patiente1 trs exacte et trs ferme--que je dois non seulement une connaissance de la ,bible qui m'a souvent t prcieuse1 mais la facult que j'ai de me donner de la peine1 et aussi le meilleur de mon got en littrature4 ,des romans de ,walter ,scott1 j'eusse pu facilement1 mesure que j'avanais en ge1 tomber d'autres romans2 et ,pope aurait pu m'amener prendre l'anglais de ,johnson ou de ,gibbon comme type2 mais quand j'eus appris par cur1 non seulement le trente-deuxime chapitre du ,deutronome1 le ,c,x,v,i,i,ie psaume1 le ,x,ve chap4 de la ,ire aux ,corinthiens1 le ,sermon sur la ,montagne et la plus grande partie de l',apocalypse1 comme j'ai toujours aim me rendre compte par moi-mme de ce que les mots veulent dire1 il ne m'a plus t possible1 mme aux jours de ma plus folle jeunesse1 d'crire un anglais tout fait de surface ou de convention4 ,tout au plus aurais-je pu tomber dans l'innocente manie de pasticher le style de ,hooker ou de ,george ,herbert4 ,c'est donc mes matres prfrs1 ,scott et ,homre1 que je dois mon toryisme1 toryisme que toutes mes observations ultrieures et mon exprience n'ont servi qu' confirmer4 ,j'entends par l un amour sincre pour les rois et une horreur instinctive pour quiconque tentait de leur dsobir4 ,il est vrai qu',homre et ,scott me donnaient d'tranges ides sur les rois1 ides qui sont fort dmodes l'heure actuelle2 car il est bon de remarquer que l'auteur de l',iliade aussi bien que celui de ,waverley exigent de leurs rois et de leurs partisans les tches les plus hroques4 ,tyde ou ,idomne tuaient vingt ,troyens pour un1 et ,redgauntlet harponnait plus de saumons qu'aucun des pcheurs du ,solway2 qui plus est--et cela me remplissait d'admiration--non seulement ils accomplissaient plus de hauts faits que les autres hommes1 mais1 toute proportion garde1 ils en tiraient infiniment moins de profit2 que dis-je1 les meilleurs d'entre eux taient prts gouverner pour rien1 laissant leurs partisans le soin de se partager le butin4 l'heure actuelle1 il me semble que l'ide de roi a chang et que le devoir des hauts personnages a paru tre en gnral de gouverner moins et d'en tirer plus d'avantages4 ,si bien qu'il est fort heureux1 pour mes convictions1 qu'au temps de ma jeunesse je n'aie pu contempler la royaut que de loin4 ,la tante qui me faisait manger du gigot froid le dimanche tait une sur de mon pre2 elle habitait ,bridge-end1 dans la petite ville de ,perth1 et avait un jardin plein de groseilliers maquereau qui descendait en pente jusqu' la ,tay2 une petite porte ouvrait sur la rivire qui courait vive et claire4 ,le courant rapide1 les remous1 les tourbillons1 quel monde infini1 quel spectacle pour un enfant6 ,mon pre avait dbut dans le commerce des vins1 sans capitaux et avec un stock considrable de dettes que lui avait lgu mon grand-pre4 ,il accepta la succession et paya ce qui tait d1 jusqu'au dernier sou1 avant de songer rien mettre de ct1 ce qui le fit traiter d'imbcile par ses meilleurs amis4 ,pour moi1 sans porter un jugement sur ses ides que je savais en telles matires tre au moins aussi strictes que les miennes1 j'ai fait graver sur la plaque de granit de son tombeau qu'il fut un marchand intgre4 ,plus tard1 il se trouva en situation de louer une maison dans ,hunter ,street1 ,brunswick ,square1 dont les fentres1 fort heureusement pour moi1 donnaient sur un tonnant poste d'eau o les tonneaux d'arrosage venaient se remplir4 ,le nez coll aux vitres1 je voyais de merveilleuses petites trappes se soulever pour donner passage des tuyaux qui avaient des airs tranges de boas constrictors2 je n'tais jamais las de contempler ce mystre et le dlicieux ruissellement qui en rsultait4 ,les annes passant1 je pouvais avoir alors quatre cinq ans1 mon pre put se donner le luxe1 pendant les deux mois d't1 d'une chaise de poste deux chevaux pour faire la tourne chez ceux de ses clients qui habitaient la campagne1 ce qui tait pour ma mre et moi l'occasion d'un dlicieux petit voyage4 ,c'est ainsi1 au petit trot1 par les quatre fentres de la voiture qui encadraient le paysage la faon d'un panorama1 perch sur une petite banquette en avant 7car1 louant la chaise pour deux mois1 nous la faisions agencer et organiser notre gr71 que je vis les grandes routes et mme la plupart des routes transversales de l',angleterre1 du ,pays de ,galles1 la plus grande partie des lowlands d'cosse1 jusqu' ,perth o1 tous les deux ans1 nous passions l't4 ,je lisais l',abb ,kinross1 le ,monastre ,glen ,farg1 que je confondais avec ,glendearg1 et j'tais aussi sr que la ,dame ,blanche avait vcu sur les bords du petit ruisseau de la valle des ,ochils1 que la reine d'cosse dans l'le de ,loch ,leven4 ,c'est ainsi que1 pour mon plus grand profit1 pendant toute mon enfance et ma jeunesse1 je visitai les plus beaux chteaux de l',angleterre4 ,ces magnifiques demeures m'inspiraient un respect1 une admiration o il aurait t impossible de relever la plus lgre trace d'envie4 ,je m'aperus trs vite1 ds que je fus en ge de faire des observations philosophiques1 qu'il tait infiniment prfrable d'habiter une modeste petite maison et d'avoir la joie de visiter ,warwick et de l'admirer1 que d'habiter ,warwick et de ne s'tonner de rien2 en tous cas1 que ,brunswick ,square ne serait en rien plus agrable habiter1 si l'on dmolissait le chteau de ,warwick4 l'heure actuelle1 bien que j'aie reu les plus aimables invitations de venir visiter l',amrique1 il me serait impossible1 ft-ce pour deux ou trois mois1 de vivre dans un pays assez malheureux pour ne pas possder de chteaux4 ,quoi qu'il en soit1 toutes mes ides sur la royaut me venant surtout du ,fitz ,james de la ,dame du ,lac1 et mes ides sur la noblesse du ,douglas de la mme ,dame ou du ,douglas de ,marmion1 un tonnement pnible envahit mon cerveau d'enfant lorsque je dus constater que1 de nos jours1 les chteaux taient toujours inhabits4 ,tantallon tait toujours debout1 mais d',archibald d',angus1 point4 ,stirling n'avait pas chang1 mais on n'y rencontrait pas de chevalier de ,snowdon4 ,les galeries1 les parcs d',angleterre taient admirables1 mais ,sa ,seigneurie1 ,mme la ,duchesse1 toujours en ville2 c'tait du moins la rponse invariable des jardiniers ou des femmes de charge4 ,alors1 je faisais des vux passionns pour une ,restauration1 une vraie ,restauration1 car je sentais vaguement que la tentative de ,charles ,,ii1 ce n'tait pas cela1 bien que je portasse pieusement1 le #bi mai1 une pomme de chne dore ma boutonnire4 ,la ,restauration de ,charles ,,ii1 pour moi1 compare la ,restauration de mes rves1 tait ce que la pomme de chne dore tait une vraie pomme4 ,avec les annes1 la raison aidant1 l'envie de manger de bonnes reinettes bien sucres plutt que des pommes cres et de voir des rois vivants plutt que des rois morts m'apparut comme aussi raisonnable que romantique2 et depuis1 le principal objectif de ma vie a toujours t de cultiver des reinettes1 et mon esprance la plus chre1 de voir des rois#a4 ,j'ai eu beau chercher1 il m'a t impossible de donner ces ides1 ou prjugs1 une origine aristocratique2 car je ne sais rien de mes aeux1 soit du ct de mon pre1 soit du ct de ma mre1 si ce n'est que ma grand'mre maternelle tait la propritaire de la ,tte du ,vieux ,roi1 dans la rue du ,march ,croydon2 que n'est-elle encore de ce monde1 et que ne puis-je lui peindre1 comme enseigne1 la tte de ,roi de ,simone ,memmi6 ,mon grand-pre maternelle l'ai dj dit1 tait marin et il avait coutume de s'embarquer ,yarmouth1 comme ,robinson ,cruso2 il ne revenait que de loin en loin maison o il ramenait la gaiet et la joie4 ,j'ai quelque ide qu'il tait dans les harengs comme mon pre tait dans les vins1 mais je ne sais rien de positif cet gard1 ma mre se montrant toujours trs rserve ce sujet4 ,il gtait ma mre ainsi que sa cadette1 autant qu'il tait possible4 ,seule1 la moindre dissimulation--que dis-je8--la moindre exagration ne trouvait pas grce devant lui4 ,un jour qu'il avait pris ma mre en flagrant dlit de mensonge1 il envoya sur l'heure la servante acheter toute une poigne de ramilles neuves afin de la fustiger4 ,cela ne me fit pas aussi mal que s'il m'avait fouette avec une seule baguette1 dit ma mre1 mais cela me donna beaucoup rflchir4 ,mon grand-pre mourut trente-deux ans pour avoir voulu entrer ,croydon cheval plutt qu' pied4 ,il eut la jambe crase contre le mur2 la blessure s'tant envenime1 il en mourut4 ,ma mre avait alors sept ou huit ans1 elle allait chez ,mrs ,rice qui tenait un externat assez fashionable pour ,croydon4 ,elle y fut leve dans les principes vangliques et devint une petite fille modle2 tandis que ma tante1 que les principes vangliques faisaient cabrer1 fut bientt la fois l'enfant terrible et l'enfant gt de la maison4 ,ma mre1 qui avait beaucoup de moyens et une bonne dose d'amour-propre1 devenait tous les jours plus parfaite1 sans se laisser intimider par les railleries de sa cadette1 qui pourtant l'adorait4 ,cette petite sur avait beaucoup plus d'esprit1 infiniment moins d'orgueil et pas de sens moral4 ,lorsque ma mre fut devenue une mnagre accomplie1 on l'envoya en cosse pour diriger la maison de mon grand-pre paternel4 ,celui-ci tait alors fort occup se ruiner2 il ne tarda pas y parvenir et finit par en mourir4 ,c'est alors que mon pre partit pour ,londres2 il trouva un emploi dans une grande maison de commerce o1 pendant neuf ans1 il travailla sans prendre un seul jour de cong2 au bout de ce temps1 il commena les affaires son compte1 paya les dettes de son pre et pousa sa perfection de cousine4 ,l'autre petite cousine1 ma tante1 qui tait reste ,croydon1 avait pous un boulanger4 ,lorsque j'eus quatre ans--poque o mes souvenirs commencent se prciser--la situation commerciale de mon pre ,londres prenant tous les jours plus d'importance1 on et pu constater un lger1 oh6 trs lger embarras et tout fait inexplicable pour moi comme enfant1 entre notre maison de ,brunswick ,square et la boulangerie de la rue du ,march ,croydon4 ,ce qui n'empchait pas que chaque fois que mon pre tait malade--et les soucis et le travail l'avaient dj durement marqu de leur empreinte--nous nous en allions tous ,croydon pour nous faire gter par la bonne petite tante1 et courir sur la colline de ,duppas et dans les bruyres d',addington4 ,ma tante habitait une petite maison qui passe encore pour la plus belle de la rue du ,march1 avec deux fentres au second au-dessus de la boutique2 ce qui se passait dans ces rgions suprieures m'inquitait peu1 moins que mon pre n'y ft occup faire quelque dessin l'encre de ,chine1 auquel cas je m'asseyais prs de lui et je le regardais faire dvotement2 mais ce que je prfrais par-dessus tout1 c'tait la boutique2 le fournil et les pierres qui entouraient la petite source de cristal 7depuis longtemps1 hlas6 engloutie par l'gout moderne72 mon plus cher compagnon tait le chien de ma tante1 ,towzer1 qu'elle avait recueilli par piti1 transformant la pauvre bte errante1 hargneuse et affame1 en un brave et bon chien plein de cur3 procd dont elle usa toute sa vie l'gard de tous les tres vivants qu'elle croisa sur sa route4 ,pleinement satisfait d'avoir de loin en loin une vision des rivires du ,paradis1 je vcus jusqu' plus de quatre ans sans quitter pour ainsi dire ,hunter ,street2 l't1 et seulement pendant quelques semaines1 nous louions des chambres meubles dans de petits cottages la campagne 7de vrais cottages1 non des villas baptises du nom de chaumires71 soit aux environs d',hampstead1 soit ,dulwich1 chez ,mrs ,ridley1 la dernire maison au bout du petit chemin bord de haies qui conduit aux plaines de ,dulwich1 et qui lui-mme tait tout fleuri de boutons d'or au printemps et tout noir de mres l'automne4 ,mais les souvenirs les plus prcis qui me soient rests de cette poque sont ceux qui se rapportent ,hunter ,street4 ,le grand principe d'ducation de ma mre1 c'tait1 grce une troite surveillance1 de me prserver autant que possible de tout mal et de tout danger2 ceci admis1 je pouvais m'amuser ma guise1 condition de n'tre ni de mauvaise humeur1 ni ennuyeux4 ,la rgle tablie voulait qu'on ne s'occupt pas de m'amuser2 moi de trouver des jeux3 les joujoux mme taient d'abord dfendus2 et la commisration qu'excitait1 chez ma tante de ,croydon1 mon dnuement monastique cet gard tait sans borne4 l'occasion de mon jour de naissance1 une fois1 pensant faire revenir ma mre sur sa dtermination grce la splendeur du cadeau1 elle m'avait achet le plus beau polichinelle qu'elle et pu trouver au bazar3 un ,polichinelle et une mre ,gigogne presque aussi grands que nature1 vtus d'carlate et d'or1 et qui gesticulaient quand on les attachait au pied d'une chaise4 ,ces pantins m'ont fait une grande impression2 je les vois encore1 tandis que ma tante les faisait danser devant moi4 ,ma mre ne dit rien d'abord--qu'aurait-elle pu dire8--mais1 quelques heures plus tard1 tranquillement1 elle dclara qu'elle ne trouvait pas bon que j'eusse ces joujoux2 et je ne les ai jamais revus4 ,je jouais d'ordinaire avec un trousseau de clefs1 du moins tant que je trouvai plaisir regarder ce qui brille et faire tinter ce qui sonne2 plus tard1 j'eus une petite charrette et une balle2 vers cinq ou six ans1 on me donna deux botes de morceaux de bois1 bien lisses et bien taills4 ,avec ces modestes trsors1 qu' l'heure actuelle je considre encore comme absolument suffisants1 d'ailleurs fouett immdiatement ds que je pleurais1 que je dsobissais ou que je tombais dans l'escalier1 je ne tardai pas me crer de sres et sereines mthodes de vie et de mouvement4 ,je pouvais m'amuser toute la journe suivre le dessin et comparer les nuances de mon tapis1 examiner tous les nuds du parquet2 un autre divertissement tait de compter les briques des maisons d'en face2 et je ne parle pas des intermdes passionnants que me procurait le remplissage du tonneau d'arrosage au moyen de son serpent de cuir fix la colonne ruisselante de la pompe1 ou le procd plus admirable encore par lequel le cantonnier ouvrait avec sa grande clef de fer le robinet et faisait jaillir un immense jet d'eau au milieu de la rue4 ,mais le tapis1 et les dessins de toutes sortes des rideaux1 couvre-lits1 papiers de tenture1 taient mes plus prcieuses ressources2 l'intrt qu'ils m'inspiraient tait tel que1 lorsqu'on me conduisit chez ,mr ,northcote qui devait faire mon portrait--je pouvais avoir trois ans ou trois ans et demi--je n'tais pas avec lui depuis dix minutes que je m'intressais dj son tapis et que je lui demandais pourquoi il avait des trous4 ,le portrait en question reprsente un joli enfant aux cheveux blonds1 en robe blanche1 une robe de petite fille1 avec une large ceinture bleu de ciel1 et des souliers du mme bleu1 qui n'taient pas moins larges pour les pieds que la robe pour le corps4 ,on avait envoy au vieux peintre tous les objets de ma toilette1 afin qu'il n'y et rien de laiss au hasard2 mais s'ils taient leur place dans la nursery1 ils tonnaient dans un portrait o je suis reprsent courant dans un champ sur la lisire d'une fort4 ,les troncs des arbres coupent transversalement le fond du tableau la manire de ,sir ,joshua ,reynolds1 tandis que deux collines rondes1 du mme bleu que les souliers1 s'lvent l'horizon4 ,c'est sur ma demande que ,northcote avait mis ces collines2 j'avais dj t une fois1 peut-tre deux fois en cosse2 ma bonne1 une cossaise1 me chantait lorsque nous approchions de la ,tweed ou de l',esk3 ,for ,scotland1 my darling1 lies full in thy view1 ,with her barefooted lassies1 and mountains so blue#b4 ,et l'ide de collines dans un lointain bleu s'associait dans mon esprit aux plus pures joies de la vie1 c'est--dire au jardin de ma tante1 le jardin plein de groseilliers qui descendait en pente jusqu' la ,tay4 ,mais le simple fait que j'eusse rpondu au vieux ,mr ,northcote me demandant ce que j'aimerais qu'il peignt comme fond mon portrait 7et j'imagine qu'il dut tre fort tonn de la nettet de ma rponse71 le simple fait que j'eusse rpondu3 des collines bleues1 et non des groseilliers1 me parat--sans qu'il y ait l1 je crois1 aucune tendance morbide faire trop de cas de ma personnalit--suffisamment curieux et plein de promesses de la part d'un enfant de l'ge que j'avais alors4 ,j'ajouterai qu'ayant t1 ainsi que je l'ai dit dj1 rgulirement fouett toutes les fois que je me rendais insupportable1 l'habitude que j'avais prise de rester parfaitement tranquille enchantait le vieux peintre2 je pouvais en effet passer des heures immobile compter les trous du tapis ou le regarder presser ses tubes1 opration qui me remplissait d'admiration2 mais si j'aimais voir taler les couleurs sur la palette1 je ne me souviens pas de m'tre le moins du monde intress la manire dont ,mr ,northcote les posait sur la toile2 mes ides sur l'art et les joies qu'il pouvait procurer taient alors indissolublement lies la possession d'un immense pot de peinture du plus beau vert et un gros pinceau qui en sortait tout ruisselant4 ,ma tranquillit faisait donc les dlices du vieux peintre2 aussi supplia-t-il mon pre et ma mre de permettre que je posasse pour un de ses tableaux4 ,je reprsentais un enfant tendu sur une peau de lopard1 tandis qu'un homme des bois lui enlevait une pine qu'il s'tait enfonce dans le pied4 ,jusqu'ici les mthodes de mon ducation aussi bien que les circonstances ne pouvaient gure1 il me semble1 tre plus favorables1 tant donn un enfant de mon temprament2 mais la manire dont je fis mes dbuts dans les lettres me parat trs contestable1 et je n'introduirai pas cette mthode dans les coles de ,saint-,george sans y apporter de grandes modifications4 ,je me refusais absolument apprendre lire en sparant les syllabes1 tandis que j'apprenais facilement des phrases entires par cur1 montrant avec mon doigt et sans me tromper tous les mots de la page mesure que je les prononais4 ,seulement1 il ne fallait pas les changer de place4 ,ce que voyant1 ma mre renona aux leons de lecture1 esprant qu'avec le temps je consentirais adopter le systme rpandu de l'tude par syllabes4 ,je continuai donc m'amuser ma manire1 apprendre des mots entiers qui se gravaient dans ma tte comme des dessins4 ,l'effort que je faisais ainsi pour saisir les mots en bloc m'tait facilit par l'admiration profonde que m'inspiraient les caractres d'imprimerie que je me mis copier1 pour mon plaisir1 comme d'autres enfants auraient copi des chiens ou des chevaux4 ,l'inscription suivante1 qui est le fac-simile de la premire page de mes ,sept ,paladins du ,christianisme 7 remarquer le caractre original de la lettre ,l et la hauteur du ,g7 est1 je crois1 une de mes premires tentatives dans ce genre2 et comme le ,destin a voulu que les premires lignes de la lettre crite cinquante ans plus tard1 o je faisais mes recommandations ,mr ,burgess1 prsente quelques traits de ressemblance assez frappants1 j'ai pens qu'il serait intressant de les reproduire ensemble tels que4 ,figure #jb ,ma mre1 comme elle me l'a dit plus tard1 m'avait solennellement vou ,dieu ds avant ma naissance1 suivant en cela l'exemple d',anne1 la mre du prophte ,samuel4 ,on rencontre ainsi d'excellentes femmes disposes se dbarrasser prmaturment de leurs enfants3 sans doute1 dans l'ide que les fils de ,zbde ne devant pas tre assis la gauche et la droite du ,christ1 elles peuvent esprer que leurs propres fils pourront1 dans l'ternit1 occuper cette respectable situation1 surtout si elles le demandent trs humblement chaque jour au ,christ4 ,elles oublient1 hlas6 dans leur simplicit1 que la chose ne dpend pas uniquement de ,lui4 ,figure #jc3 ,fac-simil de l'criture de ,ruskin4--,,lettre ,,crite ,,en #ahhc4 ,vou ,dieu voulait dire1 pour ma mre1 autant qu'elle se comprenait1 m'envoyer l',universit1 faire de moi un clergyman3 je fus donc lev pour l'glise4 ,mon pre--que son me repose en paix6--qui avait la trs mauvaise habitude de s'incliner devant la volont de ma mre toutes les fois que les choses avaient de l'importance1 et de faire sa tte lorsqu'elles n'en avaient point1 souffrit sans mot dire que je fusse soustrait au commerce du vin de ,xrs1 comme tant chose impure2 peut-tre1 au fond1 les ambitions de ma mre mon gard le flattaient-elles4 ,car je me souviens que bien des annes plus tard1 causant avec un de nos amis1 un artiste1 grand admirateur de ,raphal1 qui se dsesprait que j'eusse eu l'audace d'exposer au public mes ides sur ,turner et ,raphal1 et s'criait3 ,quel dommage6 quel aimable clergyman il et fait4--,oui1 reprit mon pre les larmes aux yeux 7larmes les plus vraies1 larmes les plus tendres que jamais pre ait verses7 oui1 il serait devenu vque4 ,fort heureusement pour moi1 ma mre1 avec le sentiment qu'elle remplissait un devoir1 quels que fussent d'ailleurs ses secrets espoirs d'avenir1 me conduisit de trs bonne heure aux offices o1 en dpit de mes habitudes paisibles et du flacon d'or cisel de ma mre que l'on m'abandonnait dans ces grandes occasions1 je m'ennuyais affreusement4 ,je ne connaissais rien de plus triste que le banc de l'glise1 pas de jour plus lugubre que le dimanche1 pas d'endroit o il me semblait plus difficile de se tenir tranquille4 7,songez que1 ds le matin1 on me retirait les livres que j'aimais le plus47 ,aussi j'avais l'horreur du dimanche1 une horreur qui s'emparait de moi ds le vendredi et que l'clat du lundi et la perspective des sept jours qui nous sparaient du service dominical n'arrivaient pas contrebalancer4 ,il me restait pourtant dans l'esprit des bribes de sermons que j'accommodais ma faon et1 de temps en temps1 au retour1 je prchais1 accot aux coussins du grand divan rouge qui me servait de chaire2 dans ces occasions-l1 les amies les plus intimes de ma mre joignaient les mains avec attendrissement et dclaraient que cela dnotait des dispositions extraordinaires4 ,mon sermon1 j'imagine1 tait fort court1 ce qui tait d'un excellent exemple1 et empreint de la plus pure doctrine vanglique1 car je me souviens qu'il commenait par ces mots3 mes frres1 soyez bons6 ,mes parents recevaient rarement et je n'tais jamais autoris venir table1 mme au dessert4 ,je n'eus cette permission que bien des annes plus tard1 lorsque je sus casser proprement des noisettes4 ,ce fut moi alors qui fus charg de casser les noisettes des invits 7j'espre qu'ils ne jugeaient pas mon intervention indiscrte7 mais il m'tait dfendu d'en manger1 ft-ce une seule1 non plus d'ailleurs qu'aucune autre friandise4 ,je me souviens encore du jour o1 ,hunter ,street1 ma mre1 qui faisait des rangements dans la chambre aux provisions1 me donna trois grains de raisin sec1 et je n'oublierai jamais l'occasion o1 pour la premire fois1 je mangeai de la crme cuite4 ,c'tait dans le petit appartement meubl de ,norfolk ,street o nous nous tions rfugis pendant qu'on repeignait la maison4 ,mon pre1 qui dnait dans la pice du devant1 avait laiss un peu de crme sur son assiette et ma mre me l'apporta1 dans la pice du fond4 ,mais afin que le lecteur puisse suivre plus facilement les progrs de ma pauvre petite vie1 progrs sur lesquels il trouve peut-tre que je m'tends trop complaisamment1 il est ncessaire que je donne quelques renseignements sur la situation commerciale de mon pre ,londres4 ,la maison de commerce dont il tait le principal associ 7je ne doute pas que dans les vieilles maisons de la ,cit on ne s'en souvienne7 avait install ses bureaux dans un immeuble peu spacieux1 situ dans une petite rue de l'est de ,londres--,billiter ,street--l'artre principale qui relie ,leadenhall ,street ,fenchurch ,street4 ,les noms des trois associs brillaient sur la plaque de cuivre de la porte1 juste au-dessous de la sonnette3 ,ruskin1 ,telford ,domecq4 ,le nom de ,mr ,domecq1 en toute justice1 et d occuper le premier rang1 car1 en ralit1 mon pre et ,mr ,telford n'taient que ses agents4 ,il tait le seul propritaire du vignoble qui reprsentait la plus grosse partie du capital de la maison de commerce1 le vignoble de ,macharnudo1 la colline de toute la pninsule hispanique la plus rpute pour ses vins blancs4 ,c'tait la vendange de ,macharnudo qui fixait la qualit du vin de ,xrs--sec ou doux--depuis le temps de ,henry ,v jusqu' nos jours2 la marne invariable et unique de cette terre donnait au raisin une force que les annes ne taisaient qu'accrotre et enrichir1 sans jamais l'altrer4 ,mr ,pierre ,domecq1 espagnol de naissance1 je crois1 et d'ducation mi-partie franaise et mi-partie anglaise1 tait un homme plein de dlicatesse et du caractre le plus aimable4 tait-il d'origine noble8 je n'en sais rien2 comment tait-il devenu propritaire de son vignoble8 je n'en sais rien2 quelle tait sa situation dans la maison ,gordon1 ,murphy ,cie1 o mon pre tait employ8 je n'en sais rien4 ,je sais seulement qu'il avait vu mon pre l'uvre et que lorsque la ,socit ,murphy fut dissoute1 il lui demanda d'tre son reprsentant en ,angleterre4 ,mon pre savait qu'il pouvait avoir une confiance absolue dans la dlicatesse de ,mr ,domecq1 dans sa manire de traiter les affaires4 ,peut-tre avait-il moins de confiance dans son sens pratique et dans son activit2 en tous cas1 il insista1 bien que ne mettant pas de capitaux dans l'affaire et ne touchant que des commissions1 pour tre1 aussi bien en nom qu'en fait1 le chef de la maison4 ,mr ,domecq habitait le plus souvent ,paris2 il allait rarement en ,espagne1 mais il n'en faisait pas moins prvaloir ses ides1 lesquelles taient fort arrtes1 sur le mode de culture de ses vignobles4 ,il avait autant d'autorit sur ses paysans qu'un chef de clan sur ses hommes1 maintenait les vins au plus haut1 comme qualit et comme prix1 et laissait mon pre libre d'organiser la vente son gr4 ,le second associ1 ,mr ,henry ,telford1 avait mis dans l'affaire le capital ncessaire pour que la maison de ,londres pt marcher4 ,il possdait une jolie maison de campagne ,widmore1 prs de ,bromley4 ,c'tait le type accompli du gentilhomme campagnard anglais de fortune moyenne4 ,clibataire1 il vivait avec trois surs non maries1 extrmement cultives et raffines1 simples et bonnes en mme temps1 et qui1 dans leurs vies si heureuses et si bienfaisantes aux autres1 m'apparaissent comme des figures de roman1 les hrones d'un beau conte1 plutt que des tres rels4 ,mais ni dans les livres1 ni dans la ralit1 je n'ai jamais entendu parler1 ni vu personne qui ressemblt ,henry ,telford3 doux1 modeste1 affectueux1 plein de bon sens4 ,il adorait les chevaux1 sans qu'il y et en lui rien qui sentt1 ft-ce de trs loin1 le champ de courses ou l'curie4 ,je crois pourtant qu'il ne manquait pas une runion tant soit peu importante et qu'il passait la plus grande partie de sa vie cheval1 chassant tant que durait la saison de la chasse2 mais il ne pariait jamais1 n'avait jamais fait de chute srieuse et n'avait jamais bless un cheval4 ,entre mon pre et lui rgnait la confiance la plus absolue1 et toute l'amiti qui peut exister1 quand la manire de vivre est aussi diffrente4 ,mon pre tait trs fier de la position sociale de ,mr ,telford2 ,mr ,telford admirait la capacit de travail de mon pre1 son instinct commercial si sr4 ,le concours actif de ,mr ,telford se bornait1 en gnral1 deux mois de prsence au bureau1 les deux mois d't pendant lesquels mon pre prenait ses vacances2 il supplait aussi mon pre pendant quelques semaines au commencement de l'anne1 quand celui-ci faisait sa tourne chez les clients4 ,dans ces cas-l1 ,mr ,telford venait tous les matins de ,widmore ,londres cheval1 signait le courrier1 lisait les journaux et rentrait le soir cheval4 ,s'il y avait la moindre dcision prendre1 on en rfrait mon pre ou on attendait son retour4 ,tout le monde ,widmore et t dispos faire1 pour ma mre et pour moi1 les plus grands frais2 mais ma mre se tenait sur la rserve3 elle sentait trop1 dans ce milieu si cultiv--et elle avait trop de fiert pour ne pas en souffrir--tout ce qui avait manqu son ducation premire3 le rsultat en tait qu'elle n'aimait gure frayer qu'avec ceux qu'elle sentait lui tre1 en quelque sorte1 infrieurs4 ,quoi qu'il en soit1 ,mr ,telford1 si trange que cela paraisse1 eut une grande influence sur mon ducation4 ,c'est1 lui qui me fit cadeau1 sur le conseil de ses surs1 je crois1 de l',italie de ,rogers1 dition illustre1 au moment o elle parut4 ,et ce fut ce livre qui me donna l'occasion d'tudier attentivement le travail de ,turner2 je puis donc dire1 en toute justice1 que c'est ce cadeau qui a dcid ma vocation4 ,mais la grande erreur des biographes superficiels est de prendre l'accident pour la cause1 quand la cause seule a de l'importance4 ,le point essentiel noter et expliquer1 c'est que je fusse en tat de comprendre l'uvre de ,turner ds que je la vis1 et non par quel hasard1 ou en quelle anne1 je la vis pour la premire fois4 ,le pauvre ,mr ,telford1 en tout cas1 a toujours t tenu responsable1 par mon pre aussi bien que par ma mre1 de toutes les folies que m'a inspires ,turner4 ,il fut mon bienfaiteur plus directement encore4 ,car avant que mon pre ne se crt en droit de louer une voiture pour notre petit voyage de vacances1 ,mr ,telford nous prtait son chariot4 ,or1 le vieux chariot anglais1 cette voiture lgre deux places1 est1 sans contredit1 la plus confortable des voitures de voyage quand on est deux et mme trois1 surtout quand le troisime voyageur est un enfant de trois quatre ans4 ,haut suspendu1 ce chariot permettait de voir par-dessus les parapets de pierre et les haies qui bordent les routes3 il est vrai que1 pour y monter1 il fallait dplier un petit marche-pied capitonn qui rentrait l'intrieur de la portire4 ,ce marche-pied tait pour moi une des grandes joies du voyage1 le voir baisser et relever par les garons d'curie un dlice--joie et dlice1 il est vrai1 gts par le dsir1 dirai-je l'ambition1 de le baisser et le relever moi-mme4 ,cette ambition1 ai-je besoin de le dire1 ne fut jamais satisfaite1 ma mre craignant que je ne me pinasse les doigts4 ,le dickey 7je m'tonne de n'avoir jamais eu l'ide de rechercher l'origine de ce mot1 et aujourd'hui il m'est impossible d'y arriver71 est ce sige lev qui1 dans la malle-poste royale1 est occup par le conducteur de la diligence1 sige devenu lgendaire1 mme pour les amateurs de littrature moderne1 grce l'immortel colloque de ,bob ,sawyer et de ,sam2 le dickey1 trs en arrire dans la voiture de ,mr ,telford1 permettait d'allonger confortablement les jambes quand il vous prenait fantaisie de respirer l'air du dehors par un jour de beau temps4 ,sous le sige1 il y avait place encore pour un grand coffre o l'on fourrait au dernier moment quantit de petits paquets et de sacs4 ,ce dpartement des bagages tait confi aux soins d',anne1 ma bonne2 elle emballait1 surveillait1 aussi habile plier une robe qu' faire sauter des crpes4 ,je vous prierai de remarquer que la prcision et l'adresse demandent autant d'esprit que d'invention et que1 pour faire une malle1 comme pour diriger une bataille1 la prcision ne va pas sans prvoyance4 ,parmi tous ceux qui manquent l'appel1 combien y en a-t-il1 hlas6 quand on a pass la cinquantaine8 ,une des personnes que je regrette le plus1 aprs mon pre et ma mre 7je ne veux parler ici que des pertes srieuses1 non des imaginaires71 celle qui me manque1 encore tous les jours1 c'est cette ,anne1 la vieille bonne de mon pre et la mienne4 ,entre quinze ans la maison1 elle y passa sa vie et consacra tous ses talents nous servir4 ,anne avait un got naturel et la spcialit de faire les choses les plus dsagrables2 elle excellait dans le soin des malades et triomphait quand quelqu'un d'entre nous tait dans son lit4 ,mais ,anne avait non seulement la spcialit de faire les choses dsagrables1 elle avait encore celle de les dire2 on pouvait s'en rapporter elle4 ,elle commenait par voir tout au pire1 par le dclarer trs haut1 avant de rien faire pour y remdier4 ,elle avait1 de plus1 une rpugnance honorable et toute rpublicaine excuter les ordres tels qu'on les lui donnait1 si bien que1 lorsque ma mre et elle eurent vieilli ensemble1 qu'avec les annes ma mre fut devenue un peu exigeante1 qu'elle attachait une certaine importance ce que sa tasse de th ft pose tel endroit sur la petite table ronde1 ,anne avait toujours grand soin de la mettre du ct oppos4 ,aussi ma mre me dclarait-elle gravement tous les matins djeuner que1 s'il y avait femme au monde que l'esprit malin possdt1 c'tait bien la vieille ,anne4 ,en dpit de ces aspirations violentes mais brves vers la libert et l'indpendance1 la pauvre ,anne fut toute sa vie la femme la plus serviable2 elle n'eut d'autre occupation1 depuis l'ge de quinze ans jusqu' celui de soixante-douze1 que de faire la volont des autres1 de s'oublier elle-mme3 je n'ai pas entendu dire qu'elle ait jamais fait mal personne au monde1 si ce n'est peut-tre en conomisant quelques milliers de francs que ses hritiers se disputrent aprs sa mort2 la pauvre femme n'tait pas enterre qu'ils taient tous brouills4 ,le sige en question1 rserv ,anne1 tait assez large pour que mon pre pt y monter quand le temps tait beau et le paysage engageant4 ,la voiture toute charge1 bagages et le reste1 roulait aisment enleve par de bons chevaux sur les routes trs bien entretenues des malles-poste2 courir la poste1 en ce temps-l1 tait si rpandu qu'aux relais1 dans quelque pays qu'on se trouvt1 au cri de3 ,des chevaux6 des chevaux6 on voyait apparatre1 sous la porte cochre1 le postillon en bottes et en veste de couleur voyante1 mont sur ses chevaux caparaonns qui trottaient gaiement4 ,pas de sige par devant1 pas de cocher2 mais quatre larges vitres qui fermaient hermtiquement1 glissant l'une sur l'autre1 et qui se baissaient aussi sans la moindre peine4 ,ces glaces formaient un large cadre mouvant1 une sorte de fentre en saillie travers laquelle on pouvait voir la campagne4 ,de ma place1 la vue tait plus tendue encore4 ,j'tais assis sur la malle qui contenait mes vtements1 une petite caisse solide sur laquelle on avait fix un coussin1 et qui tait pose de champ1 devant mon pre et ma mre4 ,je ne les gnais pas et la vue de ce sige haut perch tait aussi tendue que possible4 ,lorsque le paysage n'offrait rien de particulirement intressant1 je trottais califourchon sur ma caisse1 suivant les mouvements du postillon2 le coussin me tenait lieu de selle et les jambes de mon pre1 de chevaux2 au dbut1 cela n'avait t qu'un simulacre1 mais mon pre m'ayant imprudemment fait cadeau d'un fouet de postillon manche d'argent1 la chose devint plus srieuse2 les jambes de papa pourraient le certifier4 ,ces vacances d't1 si dlicieuses grce la bont de ,mr ,telford1 commenaient en gnral vers le #ae mai--la fte de mon pre tait le #aj1 et nous ne pouvions partir avant que cette solennit ft accomplie4 ,ce jour-l1 on me permettait de cueillir les groseilles maquereau1 celles d'un certain groseillier contre le mur du nord1 avec lesquelles on faisait la premire tarte de l'anne--vacances1 si l'on veut1 qui consistaient en une tourne chez les clients pour prendre les commandes4 ,nous parcourions ainsi la moiti des comts de l',angleterre2 si c'tait les comts du ,nord1 nous poussions jusqu'en cosse pour voir ma tante4 ,notre manire de voyager tait aussi mthodique1 aussi rgle que notre vie ordinaire4 ,nous faisions de quarante cinquante milles par jour1 nous mettant en route d'assez bon matin afin d'arriver1 sans nous presser1 pour le dner de quatre heures4 ,en gnral1 nous partions vers six heures1 quand les prairies sont encore couvertes de rose et que les aubpines embaument l'air du matin4 ,si1 dans notre course d'aprs-midi1 on pouvait visiter quelque chteau1 surtout celui d'un lord ou mieux encore d'un duc1 mon pre faisait dteler et nous conduisait1 ma mre et moi1 travers les appartements de gala4 ,je nous vois1 dans ce cas1 parlant voix basse la femme de charge1 au majordome ou toute autre autorit en fonction et recueillant pieusement leurs rcits4 ,en analysant1 plus haut1 les impressions que m'ont laisses ces expditions1 j'ai t un peu vite1 j'ai anticip le rsultat1 savoir qu'il est infiniment prfrable de vivre dans une petite maison que dans une grande4 ,ce qui est certain c'est que1 jusqu' ce jour1 tandis qu'il m'est impossible de passer devant un cottage couvert de roses et de verdure sans dsirer en tre le propritaire1 je n'ai pas encore rencontr le chteau qui m'ait fait porter envie au chtelain4 ,et1 bien qu'au cours de ces plerinages pieux1 j'aie recueilli quantit de renseignements d'art et de nature qui m'ont t infiniment prcieux1 je constate qu'ils n'ont eu aucune influence sur mon caractre1 et que mon got personnel1 mon instinct naturel avaient reu une empreinte indlbile bien avant cette poque2 je restais attach aux scnes modestes et simples de ma petite enfance entrevues sous les toits rouges et bas de ,croydon1 au bord des petits cours d'eau pleins de cresson au fond duquel dansait le sable d'or et o filaient les vairons1 en amont des sources de la ,wandel4 ,note #a3 ,la ,cie de ,saint-,george a t fonde pour l'encouragement de la vie rurale1 au dtriment de la vie des villes2 je ne concevais de prosprit pour l',angleterre1 comme pour tout autre pays d'ailleurs1 quelle que ft la vie qu'on y ment1 que si l'on y savait dcouvrir des hommes capables d'exercer la ,souverainet royale1 et si l'on savait leur obir4 ,note #b3 ,car l'cosse1 mon chri1 est l devant tes yeux4 ,avec ses filles aux pieds nus et ses montagnes bleues4 ,,chapitre ,,ii ,,herne ,,hill4 ,,les ,,amandiers ,,en ,,fleur ,lorsque j'eus quatre ans1 mon pre se trouva en situation d'acheter une maison ,herne ,hill1 jolie colline verdoyante qui se trouve quatre milles au sud du ,standard in ,cornhill1 dont la solitude ombrage n'a pas chang de caractre1 au moins dans ses grandes lignes3 certaines splendeurs gothiques1 auxquelles quelques-uns de nos plus riches voisins se sont abandonns en ces dernires annes1 sont les seules innovations2 encore sont-elles si gracieusement dissimules par les beaux arbres de leurs parcs que le passant inoffensif n'en est pas offusqu2 et lorsque je me promne sur la route1 entre la taverne du ,renard et la station du chemin de fer1 je pourrais m'imaginer que j'ai encore quatre ans4 ,notre maison tait la dernire1 ct nord1 du petit groupe perch sur la crte mme de la colline1 l o le terrain s'aplatit et forme une sorte de plate-forme semblable celle o1 sur le sommet du ,mont-,blanc1 les neiges s'accumulent2 mais il redescend bientt par une pente rapide jusqu' notre valle de ,chamonix 7ou plutt de ,dulwich72 la descente du ct de ,cold ,harbour ,lane#c est beaucoup moins raide4 ,au sud1 la colline dvale travers un joli pays jusque dans le vallon de l',effra 7,effra pour ,effrena1 sans doute1 qui signifie dbride2 pauvre petite rivire que l'on a1 j'ai le regret de le dire1 tout rcemment canalise1 mure1 pour la plus grande commodit de ,mr ,biffin1 pharmacien1 et autres72 au nord1 au contraire1 elle se prolonge en pente douce sur une longueur d'un demi-mille1 prend sur la paroisse de ,lambeth le nom hroque de ,champion ,hill et finit par se perdre dans les plaines de ,peckham et la barbarie rurale de ,goose ,green4 ,le groupe dont faisait partie notre maison se composait de deux maisons jumelles couples avec jardins1 dpendances1 le tout absolument identique4 ,ce sont encore aujourd'hui les plus hautes2 on les aperoit de ,norwood2 si bien que de la maison1 une maison trois tages avec greniers1 on avait1 en ces jours bnis o les fumes n'obscurcissaient pas compltement le ciel1 une vue trs tendue sur les collines de ,norwood o le soleil se levait en hiver2 de l'autre ct s'tendait la valle de la ,tamise4 ,avec une longue-vue on pouvait apercevoir ,windsor dans le lointain et l'il nu ,harrow1 quand le temps tait clair1 l'heure du coucher du soleil4 ,devant la maison et derrire1 s'tendaient deux jardins de taille moyenne4 ,celui du devant tait plant d'arbustes feuilles persistantes1 de lilas et de faux bniers2 le jardin du fond1 qui pouvait avoir soixante mtres de long sur dix-huit de large1 tait renomm aux alentours pour ses poires et ses pommes1 lesquelles taient l'orgueil de notre prdcesseur 7honte moi1 j'ai oubli le nom d'un homme auquel je dois tant74 ,il y avait encore un vieux mrier trapu1 un grand cerisier qui donnait des cerises chair blanche1 un merisier du comt de ,kent1 et1 tout autour1 une haie ininterrompue de groseilliers grappes et de groseilliers maquereau4 ,surcharges quand venait la saison 7car le terrain tait excellent7 de fruits merveilleux que l'on voyait passer du vert le plus doux l'ambre dor et au rouge vermillon1 leurs branches pineuses s'inclinaient sous le poids des grappes de perles ou de rubis4 ,quelle joie de les dcouvrir sous leurs belles et larges feuilles1 qui rappelaient celles de la vigne6 ,la seule diffrence pour moi1 entre ce jardin et celui du ,paradis1 tel du moins que je me le reprsentais1 c'est que dans le jardin de ,herne ,hill1 tous les fruits taient dfendus1 et ensuite qu'il n'y avait pas d'animaux avec lesquels on pt lier amiti2 mais1 sous tous les autres rapports1 ce petit coin tait vraiment pour moi le ,paradis2 le climat 7tait-il plus clment alors87 me permettait d'y passer la plus grande partie de ma vie4 ,ma mre1 qui me faisait travailler1 s'arrangeait pour que1 si j'y mettais de la bonne volont1 toutes les leons fussent finies midi4 ,mais si je ne savais pas ma leon midi1 tant pis pour moi1 je restais jusqu' ce qu'elle ft sue2 en gnral1 et cela mme quand la grammaire latine vint s'ajouter aux ,psaumes1 j'tais libre avant le dner d'une heure et pour le reste de la journe4 ,ma mre1 qui adorait les fleurs1 jardinait1 taillait auprs de moi1 du moins s'il me convenait de rester avec elle4 ,mais1 si sa prsence n'tait pas pour moi une gne 7car jamais je n'aurais eu l'ide de faire en cachette quoi que ce soit que je n'eusse fait devant elle7 elle n'tait pas non plus un trs grand plaisir2 habitu vivre seul1 j'tais toujours occup par une foule de petites affaires personnelles2 sept ans1 j'avais dj une mentalit trop indpendante1 mme vis--vis de mon pre et de ma mre1 et comme1 en dehors d'eux1 personne ne s'occupait de moi1 je m'tais organis une petite vie trs goste1 trs heureuse1 dans une suffisance de jeune coq et l'indpendance solitaire d'un ,robinson ,cruso1 vie qui m'apparaissait 7comme il est naturel tout animal l'esprit gomtrique7 comme le centre de l'univers4 ,ceci tenait en partie l'extrme modestie de mon pre1 en partie son orgueil4 ,il avait une telle confiance dans le jugement de ma mre1 qu'il considrait1 dans les choses de ce genre1 comme trs suprieur au sien1 qu'il ne se serait jamais avis de la contrecarrer en rien au sujet de mon ducation2 d'autre part1 avec l'ide fixe de faire de moi un prlat aux grandes manires1 ayant accs dans les coteries les plus raffines1 les plus huppes1 aussi bien dans les milieux mondains que dans les milieux ecclsiastiques1 les visites ,croydon1 o j'tais tout le jour avec la chre et simple tante et les petits cousins boulangers1 se firent de plus en plus rares4 ,pour voisiner avec les habitants de la colline1 il et fallu risquer de troubler notre vie si doucement goste2 de sorte que1 somme toute1 il n'y avait pas un tre vivant qui j'eusse pu m'intresser de faon enfantine1 si ce n'est moi-mme1 quelques fourmilires que le jardinier drangeait sans cesse et un ou deux oiseaux demi apprivoiss1 car je n'ai jamais eu ni le talent1 ni la persvrance d'en apprivoiser un tout fait4 ,il est vrai de dire qu' peine y en avait-il un qui prenait assez confiance pour s'approcher1 les chats le happaient4 ,cet tat de choses donn1 tout ce que je pouvais avoir d'imagination se reportait sur les objets inanims3 ciel1 feuilles1 cailloux1 tout ce que l'on pouvait observer entre les murs du ,paradis2 ou encore1 sous les prtextes les plus futiles1 mon imagination s'lanait dans les rgions de la fiction1 du moins celles qui taient compatibles avec les ralits objectives de l'existence au ,x,i,xe sicle1 aux environs de ,camberwell ,green4 ,par bonheur1 je trouvai sur ce chapitre1 en mon pre1 un guide excellent1 et toujours dispos se prter ma fantaisie lorsqu'il pouvait le faire sans enfreindre aucune des rgles institues par ma mre4 ,un de mes grands plaisirs tait de le voir se raser2 j'avais la permission de monter dans sa chambre tous les matins 7celle qui est au-dessous de celle o j'cris l'heure actuelle71 et j'assistais1 immobile et muet1 cette grave opration4 ,je vois encore1 au-dessus de la toilette1 une aquarelle excute par mon pre sous la direction de ,nasmyth pre1 l'cole suprieure d'dimbourg1 je crois4 ,elle tait faite dans la manire primitive que le ,dr ,munro enseignait ,turner au moment mme o mon pre tait au ,high school2 c'est--dire dans ces demi-teintes base de bleu de ,prusse ou d'encre ordinaire1 et laves en couleurs vives dans les lumires4 ,elle reprsentait le chteau de ,conway l'embouchure de la rivire1 avec1 au premier plan1 une chaumire1 un pcheur et une barque amarre au bord de l'eau#d4 ,quand mon pre avait fait sa barbe1 il me racontait une histoire dont l'aquarelle fournissait le sujet4 ,pure affaire de hasard1 sans aucune prmditation de la part de mon pre1 la curiosit que m'inspirait ce pcheur n'tant jamais satisfaite4 ,habitait-il la petite maison8 ,o allait-il dans son bateau8 ,on tait convenu une fois pour toutes1 et pour avoir la paix1 qu'il demeurait dans la chaumire et qu'il allait pcher du ct du ,chteau4 ,l'histoire ensuite se corsait de souvenirs tirs de la tragdie de ,douglas et du ,chteau ,fantme1 deux pices que mon pre avait joues dans sa jeunesse dimbourg devant quelques amis et devant ma mre1 alors dans toute l'austrit de ses vingt ans et de son rle de housekeeper modle4 ,elle avait1 ce jour-l1 fait taire les pieuses prventions que lui inspiraient toutes espces de reprsentations thtrales1 et celle-ci lui avait laiss des souvenirs ineffaables2 elle ne se lassait pas1 quand je fus plus g1 de me dire combien mon pre tait beau dans son costume de ,montagnard avec la haute plume noire au bonnet4 ,mon pre rentrait de ses affaires tous les jours la mme heure4 ,il dnait quatre heures et demie dans le salon du devant4 ,ma mre1 assise ses cts1 se faisait raconter les vnements de la journe1 donnant son avis1 l'encourageant1 car mon pre tait de nature inquite et toujours prt se dcourager ds que les commandes de vin de ,xrs faiblissaient le moins du monde4 cette poque je restais confin dans la nursery1 je n'ai donc pas entendu les conversations de mon pre et de ma mre1 mais je les imagine facilement2 car1 entre quatre ans et six ans1 j'eusse commis la plus grave inconvenance si je m'tais seulement approch de la porte du salon6 ,plus tard1 le dner achev1 en t1 nous restions au jardin jusqu' la nuit1 et nous prenions le th sous le cerisier2 en hiver1 ou quand il faisait mauvais1 on servait le th six heures dans le salon4 ,on m'apportait1 moi1 une tasse de lait et une tartine de pain et de beurre que je mangeais dans un petit renfoncement ct de la chemine1 devant lequel on plaait une table2 c'tait mon sanctuaire4 ,je restais l toute la soire1 comme une idole dans sa niche1 pendant que ma mre tricotait et que mon pre faisait la lecture pour elle et pour moi1 s'il me plaisait d'couter4 ,la srie des romans de ,waverley1 qui touchait alors sa fin1 faisait les dlices de tous les milieux quelque peu littraires2 je ne puis pas plus me souvenir du temps o je ne les connaissais pas que du temps o je ne lisais pas la ,bible2 et je vois aussi nettement que si c'tait hier l'expression la fois chagrine et ddaigneuse avec laquelle mon pre laissa tomber le ,comte ,robert de ,paris1 aprs en avoir lu les trois ou quatre premires pages1 disant3 ,c'est la fin de ,walter ,scott2 sentiment trs complexe chez mon pre et trs amer3 mpris pour le livre lui-mme1 mais surtout pour les misrables qui tourmentaient et trafiquaient du pauvre cerveau malade2 mpris aussi1 s'il faut tout dire1 pour l'improbit1 cause premire de cette ruine4 ,mon pre n'a jamais pu pardonner ,scott de n'avoir pas avou son association avec ,ballantyne4 ,tels taient les purs plaisirs de ,herne ,hill4 ,mais il me faut dire aussi toute la reconnaissance que je dois ma mre pour ses leons inexorables1 grce auxquelles les moindres mots de la ,sainte criture chantaient familirement dans mon cur1 musique respecte en dpit de cette familiarit1 comme devant dominer toute pense et rgler toute action#e4 ,ma mre avait obtenu ce rsultat non par des discours ou en usant de son autorit personnelle1 mais en m'obligeant lire le livre fond1 moi-mme4 ,aussitt que je sus lire couramment1 nous commenmes une srie de lectures de la ,bible qui ne furent jamais interrompues1 jusqu'au jour de mon entre ,oxford4 ,alternativement1 elle et moi lisions un verset2 elle veillait sur ma faon de dire1 corrigeant chaque intonation fausse jusqu' ce que j'aie compris le sens du verset s'il tait ma porte1 que j'en aie bien senti toute la force4 ,il se pouvait que cela passt au-dessus de ma tte1 elle ne s'en inquitait pas1 elle savait que le jour o je comprendrais1 ce serait compris comme cela devait l'tre4 ,nous commenmes par la ,gense1 allant d'un bout l'autre jusqu'aux derniers versets de l',apocalypse--mots barbares1 chiffres1 loi ,lvitique1 et le reste--recommenant par la ,gense ds le jour suivant1 sans prendre le temps de respirer4 ,si on se heurtait un nom terrible1 tant mieux1 c'tait un excellent exercice de prononciation2 si le chapitre tait ennuyeux1 quelle admirable leon de patience6 ,s'il tait rpugnant1 quelle occasion d'exercer sa foi et de dire3 tout est prfrable au mensonge4 ,aprs la lecture des chapitres 7deux ou trois par jour selon leur longueur1 sance qui avait lieu tout de suite aprs le djeuner1 et que les domestiques ne devaient interrompre sous aucun prtexte2 s'il venait des amis cette heure1 ils devaient se rsigner couter ou attendre dans le salon2 en voyage seulement1 le rglement changeait7 je devais aussi apprendre quelques versets par cur1 et repasser ce que j'avais dj appris afin de ne pas l'oublier4 ,en mme temps1 il me fallait me mettre dans la tte toutes les belles et vieilles paraphrases cossaises1 de bons vers1 sonores et puissants1 auxquels1 sans parler de la ,bible elle-mme1 je dois l'ducation premire de mon oreille au point de vue du son4 ,ce qui est extraordinaire1 c'est qu'entre toutes les parties de la ,bible que j'appris ainsi avec ma mre1 celle que j'eus le plus de peine retenir1 celle qui choquait le plus mon imagination d'enfant--le ,c,x,v,i,i,ie psaume--est celle qui m'est devenue la plus prcieuse en raison de cet amour pour la ,loi de ,dieu dont il est plein1 en opposition avec l'abus que font les prdicateurs modernes de ce qu'ils se figurent tre ,son vangile4 ,ce n'est que par un effort de volont que j'voque le souvenir de ces longues matines de travail1 aussi rgulires que le lever du soleil1 de travail trs dur de part et d'autre1 pendant lesquelles1 annes aprs annes1 ma mre me forait apprendre paraphrases et chapitres 7le huitime du ,premier des ,rois entre autres2 essayez-en1 cher lecteur1 un jour que vous aurez une heure de loisir67 sans qu'il ft permis de changer ft-ce une syllabe2 me faisant rpter et rpter chaque phrase jusqu' ce que l'intonation lui donnt complte satisfaction4 ,je me souviens d'une lutte entre nous qui dura plus de trois semaines1 propos de l'accent sur le of de ces vers3 ,shall any following spring revive ,the ashes of the urn8#f ,je voulais par enttement1 mais pouss aussi par mon instinct naturel 7sans attacher d'ailleurs la moindre importance aux urnes1 ni leur contenu71 mettre l'accent sur de1 et ce ne fut1 comme je l'ai dit1 qu'au bout de trois semaines d'efforts que ma mre russit me le faire allger sur de et renforcer sur cendres4 ,mais et-il fallu trois ans1 elle y ft parvenue4 ,ne l'et-elle pas fait1 je ne sais trop ce qui serait arriv2 en tous cas1 je lui suis trs reconnaissant de sa persvrance4 ,je viens d'ouvrir ma ,bible1 la plus vieille1 celle dont je me sers de temps immmorial2 c'est un petit volume imprim trs fin1 trs serr1 dit dimbourg par ,sir ,d4 ,hunter ,blair#g et ,j4 ,bruce1 imprimeurs du ,roi1 en #ahaf4 ,toute jaunie maintenant par l'usage1 elle n'est ni salie1 ni dchire2 seuls les coins de pages du huitime chapitre du ,premier ,livre des ,rois et du ,x,x,x,i,ie du ,deutronome1 un peu noircis et affins1 tmoignent de la peine que j'ai eue me mettre ces deux chapitres dans la tte4 ,la liste des chapitres que j'ai appris ainsi par cur1 et sur lesquels ma mre posait les fondements de ma vie morale#h1 vient de s'chapper des feuillets jaunis du vieux livre4 ,je demande au lecteur1 que cela l'intresse ou non1 la permission de transcrire cette liste1 que le hasard remet ainsi sous mes yeux3 ,exode444444444444444444444 ,chapitre #ae;e et #bj;e4 ,samuel1 ,,ii4444444444444444 -- ,ier du #ag;e ,v4 la fin4 ,les ,rois1 ,i444444444444444 -- #h;e4 ,psaumes4444444444444444444 -- #bc;e #cb;e #ij;e #ia;e #ajc;e #aab;e #aai;e #aci;e4 ,proverbes44444444444444444 -- #b;e #c;e #h;e #ab;e4 ,isae444444444444444444444 -- #eh;e4 ,matthieu444444444444444444 -- #e;e #f;e #g;e4 ,actes444444444444444444444 -- #bf;e4 ,ire aux ,corinthiens4444444 -- #ac;e #ae;e4 ,saint ,jacques4444444444444 -- #d;e4 ,apocalypse4444444444444444 -- #e;e et #f;e4 ,en vrit1 si j'ai glan1 ici et l1 quelques connaissances supplmentaires en mathmatiques1 mtorologie ou autres1 dans le courant de ma vie1 si je dois beaucoup des matres excellents1 l'insistance maternelle me rendre cette littrature familire1 en pntrer mon esprit1 est ce qui m'apparat comme l'acquisition la plus prcieuse qu'il m'ait t donn de faire2 c'est1 sans contredit1 la partie essentielle de toute mon ducation4 ,peut-tre est-ce le moment de rcapituler ce qu'en bien et en mal les circonstances avaient pu1 jusqu' cet ge de sept ans1 laisser en moi de traces indlbiles4 ,commenons par les bienfaits 7ce qu'un ami1 qui ne manquait pas de sagesse1 me recommandait toujours1 tandis que j'ai la trs mauvaise habitude de me lamenter pour la plus petite pine que je m'enfonce dans le doigt1 au lieu de me dire qu'une pine est peu de chose1 et que j'aurais pu1 par exemple1 me casser la main74 ,parmi les plus pures et les plus prcieuses bndictions1 il me faut compter celle d'avoir appris connatre l'exacte signification du mot ,paix1 en pense1 en action1 en parole4 ,je n'avais jamais entendu entre mon pre et ma mre une discussion o ils eussent lev la voix2 je ne me souviens pas avoir jamais surpris un regard irrit1 ou seulement offens1 dans les yeux de l'un ou de l'autre4 ,je n'avais jamais entendu gronder ou rprimander svrement un domestique1 jamais observ le moindre dsordre dans les choses de la maison1 rien de fait la hte ou une heure o cela ne devait pas tre fait4 ,je ne souponnais pas l'existence d'un sentiment comme l'anxit4 ,les petits accs de mauvaise humeur de mon pre1 quand il rentrait avec une commande de douze ft alors qu'il avait compt sur une de quinze1 ne se manifestaient jamais devant moi2 simple question d'amour-propre d'ailleurs2 il s'agissait de savoir si son nom serait plus ou moins honorablement plac sur la liste annuelle des exportateurs de sherry2 car1 ne dpensant jamais plus de la moiti de son revenu1 il aurait support facilement une petite diminution dans ses bnfices4 ,je n'avais jamais fait le mal1 du moins consciemment1 si ce n'est parfois1 en omettant d'apprendre par cur quelque verset difiant pour observer une gupe sur le carreau de la fentre ou un oiseau dans le cerisier2 et je ne savais pas ce que c'tait que d'avoir du chagrin4 ,en mme temps que ce don inapprciable de la ,paix1 j'avais pntr le sens profond et de l',obissance et de la ,foi4 ,j'obissais au doigt et l'il2 un geste de mon pre ou de ma mre suffisait1 comme le navire rpond au gouvernail2 et non seulement sans l'ombre d'une rsistance1 mais avec le sentiment que cette direction faisait partie de ma vie1 tait ma force1 que c'tait une loi salutaire qui m'tait aussi ncessaire au point de vue moral que la loi de la pesanteur l'est quiconque saute4 ,quant mon exprience en matire de ,foi1 elle fut bientt complte3 jamais de promesses fallacieuses2 ce qui tait promis tait donn sur l'heure2 jamais de menaces vaines1 jamais de mensonges4 ,la paix1 l'obissance1 la foi1 tels taient les principaux bienfaits2 venait ensuite l'habitude de l'attention1 attention de l'esprit et attention des yeux1 mais je ne m'y arrterai pas ici1 cette facult tant certainement celle qui m'a t le plus utile dans le cours de ma vie1 celle qui faisait dire ,mazzini1 un ou deux ans avant sa mort--la conversation m'a t textuellement rapporte--que j'avais le cerveau le plus analytique d',europe4 ,opinion1 dans la mesure o je connais l',europe1 que je suis tout dispos partager4 ,je noterai1 enfin1 une trs grande dlicatesse du palais et des autres sens3 odorat1 oue4 ,ce que je dois l'interdiction absolue de toute espce de gteaux1 vins1 sucreries et mme1 sauf certaines circonstances exceptionnelles1 de fruits2 et au soin avec lequel taient prpars les plats que je mangeais4 ,j'estime que ce sont l les principales bndictions de mon enfance4 ,voyons maintenant quelles en ont t les plus grandes calamits4 ,premirement1 je n'avais rien aimer4 ,mes parents taient pour moi des puissances visibles de la nature2 je ne les aimais ni plus ni moins que le soleil ou la lune3 j'aurais seulement t extrmement ennuy ou embarrass si l'un ou l'autre s'tait clips1 teint 7je le sens cruellement aujourd'hui que tous deux ont disparu derrire un nuage74 ,j'aimais encore moins ,dieu2 non que je me fusse querell avec ,lui ou que j'en eusse peur1 mais uniquement parce que les devoirs qu'on me disait qu'il fallait ,lui rendre me paraissaient ennuyeux1 et parce que le livre que l'on me disait tre ,son livre ne m'amusait pas4 ,je n'avais aucun camarade avec qui me disputer1 personne aider et personne remercier4 ,les domestiques avaient ordre de ne jamais s'occuper de moi en dehors de leur service strict2 et pourquoi aurais-je tmoign de la reconnaissance la cuisinire pour faire la cuisine1 au jardinier pour s'occuper de son jardin1 quand l'une n'osait mme pas me donner une pomme de terre cuite au four sans permission1 et que l'autre ne pouvait pas laisser mes fourmis en repos sous le prtexte qu'elles abmaient les alles8 ,il n'arriva pas1 cependant1 ce qui aurait fort bien pu arriver1 que je devinsse goste1 sec1 peu affectueux4 ,seulement1 quand les sentiments tendres s'veillrent en moi1 ils me submergrent3 ce fut un vritable torrent que je fus incapable de matriser1 de diriger1 moi qui n'avais jusque-l rien eu diriger4 ,car 7seconde des grandes calamits7 je n'avais pas appris souffrir1 tout m'avait t pargn3 dangers1 douleurs m'taient galement inconnus2 jamais je n'avais occasion d'exercer ma force1 ni mon courage1 ni ma patience4 ,non que je fusse facilement effray3 ni les revenants1 ni le tonnerre1 ni les animaux ne me faisaient peur2 je me souviens mme que le jour o1 tout enfant1 je fus le plus tent de me rebeller contre l'autorit suprieure1 ce fut une fois que je voulais jouer avec les petits lionceaux de la mnagerie de ,wombwell4 ,troisimement4 ,on ne m'enseigna pas les bonnes manires1 les manires du monde2 il suffisait1 quand il y avait des invits la maison1 que je ne fusse pas gnant et que je rpondisse sans timidit quand on m'adressait la parole3 la timidit m'est venue plus tard et elle a augment mesure que j'ai pris conscience de ma gaucherie4 ,il me fut impossible de jamais acqurir aucune souplesse dans les exercices physiques1 aucune adresse aucun jeu et mme la moindre aisance dans l'ordinaire de la vie4 ,enfin1 et ce fut le plus grand de tous mes maux1 on ne s'appliqua jamais dvelopper en moi l'indpendance1 la volont d'agir#i1 ni le jugement sur ce qui est bien et ce qui est mal1 car on ne me dbarrassa jamais ni de la bride1 ni des illres4 ,les enfants devraient avoir1 comme les soldats1 des moments o ils ne seraient pas de service1 et1 l'habitude de l'obissance une fois donne1 l'enfant devrait1 trs jeune1 tre livr lui-mme1 certaines heures1 abandonn ses caprices1 oblig de se dbattre contre lui-mme et de se vaincre4 ,l'autorit qui a incessamment veill sur mes jeunes annes m'a longtemps rendu incapable2 et lorsque1 enfin1 je me suis trouv lanc dans le monde1 je n'ai pu faire autre chose que me laisser emporter par ses tourbillons4 ,le jugement qu' l'heure actuelle je serais tent de porter sur l'ensemble de mon ducation1 c'est d'avoir t la fois trop formaliste et trop luxueuse1 imprimant sa marque sur mon caractre1 mais au moment trs important o il se formait1 le laissant plutt comprim que disciplin3 si j'tais innocent1 c'tait par protection et non par vertu4 ,ma mre s'en rendit compte1 elle ne le vit que trop clairement par la suite1 et chaque fois qu'il m'arrivait de faire quelque chose d'injuste1 de stupide ou d'inhumain 7et souvent ce fut tout cela la fois7 elle ne manquait jamais de me dire3 ,c'est que vous tiez trop gt4 ,jusqu'ici1 sauf certaines omissions voulues1 je n'ai gure rimprim que ce que j'avais dj dit dans ,fors2 je crains que la suite du rcit n'ait point autant d'intrt4 ,ce qui me reste dire ne gagnera pas tre dvelopp et sera encore moins amusant4 ,dans ,fors1 j'ai tent de prsenter les choses de faon un peu piquante2 je tcherai au contraire1 ici1 que mon rcit soit aussi simple que possible4 ,suis-je arriv dans ,fors crire avec esprit8 ,je ne sais4 ,ce qui est certain1 c'est que j'ai t souvent fort obscur et que la description que j'ai donne plus haut de ,herne ,hill demande tre faite en termes moins exagrs4 ,la hauteur de la longue crte de ,herne ,hill1 au-dessus de la ,tamise ou plutt du niveau de la ,tamise1 ,camberwell ,green1 n'a pas1 j'imagine1 plus de cent cinquante pieds2 mais la descente sur les deux versants est rapide1 s'tageant sur un quart de mille du ct est1 aussi bien que du ct ouest1 travers une succession de parcs et de jardins2 route trs vite sche aprs l'averse1 et que les enfants dgringolaient en courant2 mais aussi quel courage il fallait pour remonter la pente avec son cerceau6 ,du sommet1 avant qu'il n'y et de chemins de fer1 la vue tait absolument dlicieuse2 vers le soir1 du ct du couchant1 elle tait mme grandiose1 embrassant une longue succession de pentes boises4 ,la ,tamise elle-mme se cachait derrire les arbres2 pas d'espaces libres1 pas de prairies1 si ce n'est directement au-dessous2 sur une tendue de vingt milles carrs1 rien que des frondaisons verdoyantes et des bosquets4 ,de l'autre ct1 vers l'est et le sud1 s'allongeaient les collines de ,norwood1 plantes de bouleaux et de chnes1 coupes de landes1 hrisses d'ajoncs et de ronces d'un vert sombre1 avec1 ici et l1 des pentes gazonnes qui faisaient deviner dj toute la beaut rurale du ,surrey et du ,kent et d'une ondulation si large qu'elles donnaient l'illusion de la montagne4 ,association d'ides qui parat absolument invraisemblable aujourd'hui que le ,palais de ,cristal1 sans parvenir suggrer l'ide de grandeur et sans avoir plus de majest lui-mme qu'une cloche melon pose entre deux tuyaux de chemines1 russit pourtant1 grce au voisinage de sa bte de masse creuse1 donner des airs de pygmes aux collines environnantes1 qui ressemblent aujourd'hui trois gros tas d'argile prts tre livrs un entrepreneur de construction4 ,mais1 en ce temps-l1 le ,norwood ou ,northwood1 comme on disait ,croydon1 par opposition avec le ,southwood des plateaux du ,surrey1 montait en demi-cercle sur une tendue de cinq milles autour de ,dulwich vers le sud1 coup ici et l par de petits sentiers rapides bords de haies tels que ,gipsy ,hill et autres2 du sommet1 le regard s'tendait dans la direction de ,dartford et sur la plaine de ,croydon4 ,c'est devant ce spectacle qu'un jour j'pouvantai ma mre1 en m'criant que je sentais mes yeux me sortir de la tte4 ,elle crut que j'avais attrap un coup de soleil4 ,herne ,hill tait au centre de cet amphithtre1 et l'un de ses principaux charmes consistait en ce qu'aprs avoir long le fate des collines1 en venant de ,londres1 au milieu des marronniers d',inde1 des lilas et des pommiers dont les branches pendaient au-dessus des palissades des deux cts1 le pays se dcouvrait soudain et on se trouvait l'extrmit d'une grande plaine qui dvalait vers le sud jusque dans la valle de ,dulwich1 prairie seme de boutons d'or o paissaient des vaches avec1 tout au fond1 les beaux pturages et les avenues sculaires de ,dulwich1 et l'horizon le demi-cercle des collines de ,norwood4 ,sur la gauche1 un sentier auquel on accdait par une barrire et qui tait si abrit que les convalescents venaient s'y promener ds le mois de mars2 il tait si paisible et si solitaire que1 lorsque j'tais en mal d'crire1 que j'avais besoin de calme et de rflexion1 j'y venais1 le prfrant au jardin4 ,de simples balises en bois1 hautes de quatre pieds1 sparaient la route de la prairie2 elles n'taient l que pour empcher les vaches de s'chapper4 ,hlas6 depuis le temps o j'allais mditer dans le petit sentier1 que de perfectionnements6 ,le besoin d'une nouvelle glise s'tant fait sentir1 on a bti1 en bordure de la prairie1 une pauvre glise gothique grle dont le clocher n'est l que pour l'ornement2 derrire1 s'lve le presbytre1 si bien que ces deux constructions bouchent les trois quarts de la vue4 ,ensuite1 ce fut le ,palais de ,cristal1 qui gte irrmdiablement tout le panorama d'o qu'on l'aperoive et qui1 les jours de fte1 attire une foule de pitons et de fumeurs dont le pauvre sentier gardait la trace toute la semaine4 ,puis ce fut le tour des chemins de fer qui vomissaient1 par chaque train de plaisir1 tous les voyous de ,londres1 et l'on sait que le plus grand plaisir de ces messieurs consiste dmolir les barrires1 effrayer les vaches et casser les pauvres branches fleuries qui ont l'imprudence de s'avancer au-dessus des cltures4 ,ce que voyant1 les propritaires en bordure firent lever un mur de briques pour se protger4 ,le joli sentier1 devenu intolrable de chaleur et de salet1 fut bientt abandonn aux rdeurs1 que l'on se contentait de faire surveiller de loin par un policeman plac l'entre4 ,enfin1 cette anne1 c'est le comble6 ,on a lev en face du mur une palissade en planches de deux mtres de haut1 si bien que le malheureux excursionniste est rduit goter de la campagne1 comme air et comme vue1 ce qui peut lui en arriver soit par-dessus le mur1 soit par-dessus la palissade2 il marche1 avec l'odeur d'un mauvais cigare en avant1 un autre en arrire1 un troisime dans la bouche4 ,je serais dsol que ce livre prt des allures maussades1 des airs grognons1 car ma disposition naturelle1 dont je voudrais qu'il ft l'cho1 est le plus souvent aimable--que l'on me pardonne cette apparence de fatuit--surtout quand on ne me contrarie pas4 ,je grognerai ailleurs1 quand il faudra absolument que je grogne1 et je note seulement en passant le tort fait aux habitants et aux promeneurs de ,herne ,hill1 parce que les questions de droit de passage sont l'ordre du jour et que1 dans la plupart des cas1 le passage est le moindre du vieux droit bien compris4 ,le droit devrait s'tendre la jolie vue et au bon air4 ,je tiens aussi faire remarquer que1 bien que l'on ait toujours en ,angleterre la ,grande ,charte la bouche1 il y a peu d',anglais qui sachent que l'une de ses principales clauses est l'interdiction de trafiquer#aj de la loi4 ,or1 il me semble que la loi anglaise pourrait conserver ,banstead et autres terrains aux pauvres de l',angleterre sans me faire payer1 comme elle vient de le faire1 deux mille cinq cents francs pour l'excution temporaire de ce devoir d'ailleurs gratuit4 ,il me faudra revenir plus tard sur ces annes d'enfance afin de combler quelques lacunes1 mais je tiens expliquer ici 7ce qui pourra paratre un peu fastidieux7 que lorsque j'ai dit que dans le jardin de ,herne ,hill tous les fruits taient dfendus1 j'ai simplement voulu dire3 dfendus en dehors de certaines circonstances1 car les cueillettes de fruits1 selon les saisons1 taient de vritables ftes1 et la dfense maternelle1 sous son apparente svrit1 avait de grands avantages3 la pche que ma mre me donnait quand elle tait certaine qu'elle ft mre point1 la tarte dont j'avais tri les cerises une une1 afin de m'assurer qu'elles taient bien rouges de tous les cts1 avaient pour moi une saveur qu'elles n'auraient pas eue pour un enfant habitu manger des fruits sa fantaisie2 mais le plaisir absolument pur1 le vrai bonheur tait de voir le verger en fleur2 je prfrais mille fois ses fleurs ses fruits4 ,quant aux jouissances gastronomiques1 pommes de terre bien rissoles1 petits pois fondants1 grosses fves ayant juste le degr d'amertume voulu1 et les bocaux de prunes de ,damas ou de groseilles1 pour le remplissage annuel desquels on comptait encore plus sur le fruitier que sur le jardinier1 me paraissaient d'une importance mille fois suprieure la douzaine de brugnons dont on me donnait quelques bribes1 ou aux deux ou trois boisseaux de poires que l'on gardait pour l'hiver4 ,si bien que1 de trs bonne heure1 mes rflexions sur les arbres m'avaient amen la conclusion donne cinquante ans plus tard dans ,proserpine1 savoir que graines et fruits n'taient l que pour les fleurs1 et non pas les fleurs pour les fruits4 ,c'taient les perce-neige qui me donnaient ma premire joie de l'anne2 la seconde1 la plus intense1 je la devais aux amandiers en fleur2 partir de ce moment1 c'tait chaque jour1 dans le jardin ou dans les bois1 des plaisirs varis1 une suite ininterrompue de fleurs brillantes ou de feuilles rougissantes2 et pendant de longues annes1 ce que j'ai demand au ,ciel avec le plus d'ardeur1 c'est qu' l'poque de la floraison la gele pargnt les amandiers6 ,note #c3 ,dans l',histoire de ,croydon1 on remarque que ce nom a longtemps embarrass les archologues2 on le retrouve souvent aux environs des anciens camps romains4 ,note #d3 ,ce dessin est encore au-dessus de la chemine de ma chambre coucher ,brantwood4 ,note #e3 ,comparer le #eb;e paragraphe du ,chapitre ,,iii de la ,bible d',amiens4 ,note #f3 ,un nouveau printemps ravivera-t-il ,les cendres de l'urne8 ,note #g3 ,cet diteur tant devenu ,lord ,provost 7maire7 d'dimbourg1 reut le titre de ,baronet 7,note du traducteur74 ,note #h3 ,cette expression dans ,fors a paru signifier quelques lecteurs que ma mre m'avait rendu trs vangliquement religieux4 ,il n'en tait rien4 ,j'ai voulu dire simplement qu'elle avait pos les fondements de ma vie venir1 fondements pratiques aussi bien que spirituels4 7,voir le paragraphe suivant47 ,note #i3 ,remarquez que je parle ici de l'action1 car en pense je n'tais que trop indpendant1 comme on a pu le voir plus haut4 ,note #aj3 ,to no one will ,we sell1 to no one will ,we deny or defer1 ,right or ,justice4 7,on ne vendra1 on ne refusera1 on ne dniera personne le droit ou la justice47 ,,chapitre ,,iii ,,les ,,rives ,,de ,,la ,,tay ,le lecteur a remarqu1 je l'espre1 que1 dans mon rcit1 j'ai surtout insist sur les circonstances favorables qui ont entour l'enfant dont j'ai entrepris de raconter l'histoire1 et sur la docilit1 la tranquillit de son temprament pourtant trs impressionnable4 ,je ne lui ai attribu aucun talent1 aucun don particulier2 car1 en ralit1 il n'en possdait pas1 en dehors de cette patience dans l'observation1 de cette prcision dans la sensation qui1 plus tard1 avec le travail1 a constitu ma facult d'analyse4 ,en dehors de ces dispositions1 je n'avais aucune de celles qui sont la condition du gnie4 ,ma mmoire n'tait que moyenne et je n'ai jamais vu un enfant plus incapable de jouer la comdie1 ou de raconter une histoire2 d'autre part1 je n'en ai jamais connu un dont le got pour le fait1 la chose vue1 ft la fois aussi ardent et aussi mthodique4 ,mais je m'aperois que1 dans le rcit qui prcde1 et que j'aurais voulu extrmement modeste1 je me vante assez sottement de mon got pour la grande littrature comme si elle avait t exclusivement l'objet de mes premires tudes4 ,j'aurais d dire que l',iliade et ce qui tait ma porte dans la ,gense et dans l',exode ne m'ont gure occup avant l'ge de dix ans4 ,ma littrature de lait1 si l'on peut dire1 n'tait pas toujours aussi austre4 ,je lisais la ,dame ,wiggins of ,lee1 ,the ,peacock at ,home et autres contes pour les enfants1 ou encore le ,frank et ,harry et ,lucy de ,miss ,edgeworth1 ou les ,dialogues scientifiques de ,joyce4 ,les premires tentatives1 marquant un mouvement quelconque des molcules de mon cerveau1 sont six pomes qui m'ont t inspirs par ces lectures2 entre le quatrime et le cinquime1 ma mre a crit3 janvier #ahbf4 ,cet opuscule1 commenc au mois de septembre ou d'octobre #ahbf1 a t termin en janvier #ahbg4 ,il tait crit en caractres d'imprimerie3 j'tais alors dans ma septime anne4 ,je vois encore le petit cahier rouge rgl en bleu1 et ses quarante ou cinquante pages crites au crayon de chaque ct2 le titre1 qui a t assez exactement reproduit la page suivante1 tait crit l'intrieur sur le cartonnage mme4 ,des quatre volumes annoncs1 il semble bien 7selon une habitude laquelle je suis rest fidle jusqu'ici7 que je n'en aie crit qu'un seul4 ,sur les quarante pages1 il y en avait deux consacres aux gravures1 dont celle qui avait la prtention de reprsenter la nouvelle route d',harry4 ,c'est1 je crois1 la premire fois que j'aie essay de dessiner une montagne4 ,le dernier paragraphe de ce premier volume me semble1 pour diffrentes raisons1 mriter d'tre conserv4 ,je l'imprime tel que1 avec ses interlignes et ses diffrents caractres4 ,quant la ponctuation1 nous la laisserons aux soins du lecteur4 ,les espaces1 on voudra bien le remarquer1 taient destins galiser les lignes1 non que l'on y soit jamais arriv2 et les interlignes ingaux concourent au mme effet4 ,,harry ,,and ,,lucy ,,fin ,,derni,,re ,,partie ,,de ,,premi,,res ,,le,,ons en quatre volumes vol ,i avec gravures ,,imprim et compos par un petit garon dessin par lui aussi4 ,figure #je ,harry savait trs bien ce que c'tait et continuait dessiner mais ,lucy l'appela bientt pour lui montrer un gros nuage noir qui semblait charg d'lectricit4 ,harry courut chercher un appareil lectrique que son pre lui avait donn1 et le nuage lectrisa l'appareil au positif1 puis vint un autre nuage qui l'lectrisa au ngatif1 suivi de nuages plus petits2 devant ce nuage s'levait une grosse nue de poussire qui courait aprs le nuage positif elle finit par prendre contact avec lui et quand l'autre nuage arriva on vit un clair traverser la nue sur laquelle le nuage ngatif s'tendait et se dissolvait en pluie ce qui bientt claircit le ciel4 ,le phnomne termin ,harry revenu de sa surprise se demanda comment il pouvait se faire qu'il y et de l'lectricit l o il y avait tant d'eau4 ,mais il aperut bientt un arc-en-ciel et l-dessus montait un brouillard o son imagination lui fit voir la silhouette d'une femme4 ,il pensa immdiatement la sorcire des ,alpes que l'on voquait en prenant#aa un peu d'eau dans le creux de la main que l'on rpandait en prononant des paroles inintelligibles#ab4 ,et bien que ce ne ft qu'un conte ,harry en fut impressionn lorsqu'il vit dans les nuages une forme qui y ressemblait4 fin de ,harry et ,lucy4 ,les raisons que j'ai donnes1 et qui m'ont dcid rimprimer ce morceau qui tait trop littralement une composition sont3 la premire1 que c'est un assez bon chantillon de mon orthographe l'ge de sept ans2 je dis assez bon1 car il tait rare que je fisse des fautes et qu'ici il y en a deux 7takeing et unintelligable7 que je ne peux m'expliquer que par la trs grande hte o j'tais de terminer mon volume2 la seconde1 que l'ide d'utiliser dans mon histoire des matriaux tirs la fois des ,dialogues scientifiques de ,joyce#ac et du ,manfred de ,byron est un exemple excellent du mlange bizarre que prsentait mon cerveau et qu'il a conserv2 ce qui fait que les lecteurs sottement entichs de science ont toujours tenu mes livres en suspicion parce qu'ils y rencontraient l'amour du beau1 et que les lecteurs sottement pris d'esthtique ne les prenaient pas au srieux parce qu'ils y rencontraient l'amour de la science2 la troisime1 enfin1 que la mthode de tout point raisonnable1 du jugement dfinitif1 au nom de laquelle je demande au lecteur sens d'excuser ces fragments incohrents1 ne peut trouver une meilleure dmonstration que dans le fait qu' sept ans1 aucune histoire1 si sduisante qu'elle ft1 ne pouvait faire d'impression sur ,harry1 tant qu'il n'avait pas vu--dans les nuages ou ailleurs--quelque chose qui y ressemblt4 ,des six pomes1 le premier clbre une machine vapeur et dbute ainsi3 ,when furious up from mines1 the water pours ,and clears from rusty moisture ail the ores2#ad et le dernier1 sur l',arc-en-ciel1 en vers blancs1 non rims en raison de son caractre didactique1 est accompagn de rflexions sur l'ignorance et la lgret de certains individus3 ,but those that do not know about that light ,reflect not on it2 and in ail that light ,not one of ail the colours do they know#ae4 ,l'anne de mes sept ans accomplie1 ma mre joignit une leon de latin la lecture de la ,bible et rgla dfinitivement les occupations que j'ai numres dans le chapitre prcdent4 ,mais1 ce qui m'tonne quand j'essaie pour mon propre plaisir1 si ce n'est pour celui du lecteur1 de mettre ces souvenirs au point1 c'est de ne pas me rappeler comment se passait la matine4 ,je sais seulement que je djeunais dans la nursery et que lorsque ,bridget1 ma cousine de ,croydon1 tait la maison1 nous nous querellions qui aurait les parties les plus rties du pain grill4 ,ceci mme doit tre postrieur1 car1 l'poque qui nous occupe1 je ne devais pas tre promu l'honneur de manger du pain grill4 ,je n'ai de souvenirs trs prcis sur les vnements de la journe qu' partir du moment o papa partait pour la ,cit4 ,il prenait la diligence1 et ma mre1 aprs avoir rapidement donn ses ordres1 m'appelait4 ,nous commencions nos leons neuf heures et demie par la lecture de la ,bible1 comme je l'ai dit plus haut1 aprs quoi j'apprenais par cur deux ou trois versets1 plus un verset de paraphrase2 et encore une dclinaison latine ou un temps de verbe et huit mots du vocabulaire de la grammaire latine d',adam1 la meilleure qu'il y ait jamais eu4 ,ceci fait1 j'tais libre le reste de la journe4 ,pour l'arithmtique1 elle fut salutairement remise beaucoup plus tard2 quant la gographie1 je l'appris trs facilement moi-mme ma faon2 mes notions d'histoire1 je les ai puises dans les ,contes raconts par un grand-pre1 de ,scott4 ,donc1 vers midi1 je descendais au jardin quand il faisait beau2 quand il pleuvait1 je passais le temps comme je pouvais4 ,j'ai dj parl des fameux cubes de bois qui1 ds que je pus me tranera quatre pattes1 furent mes compagnons de tous les instants2 et je suis impardonnable d'avoir oubli quel gnreux ami 7je souponne fort ma tante de ,croydon7 je dus1 un peu plus tard1 un pont deux arches1 impeccable quant aux voussures1 aux clefs de vote1 et l'ajustement de la maonnerie taille en biseau et assemble en queue d'aronde sur le modle du pont ,waterloo4 ,les cintres trs bien faits1 et une suite de marches en marqueterie qui descendaient jusqu' la rivire1 faisaient de ce petit modle quelque chose de vraiment instructif2 je ne me lassais pas de le btir1 de le dbtir 7il tait trop bien tabli pour qu'on pt le jeter bas1 il fallait toujours le dmonter7 et de le rebtir4 ,le plaisir que j'avais faire et refaire les mmes choses1 lire et relire les mmes livres1 a beaucoup contribu dvelopper cette facult1 qui m'a t si prcieuse1 d'aller au fond des choses4 ,quelques personnes diront certainement que ces joujoux1 donns par hasard1 dcidrent de mon got pour l'architecture2 mais je n'ai jamais entendu parler d'un autre enfant si passionnment pris de ses bois de construction1 si ce n'est le ,frank de ,miss ,edgeworth4 ,il est vrai qu' l'poque o nous vivons--ge d'universelle briqueterie s'il en fut--on ne donne plus aux enfants pour jouer de modestes morceaux de bois1 mais des locomotives2 et ces petits tres sont toujours prendre des billets1 monter et descendre aux stations sans jamais chercher s'expliquer le principe du puff-puff6 quoi cela leur servirait-il d'ailleurs1 moins qu'ils ne puissent apprendre en mme temps que jamais le principe du puff-puff ne remplacera celui de la vie8 ,moi1 au contraire1 avec ,harry et ,lucy non seulement j'ai compris le systme moteur du puff-puff1 mais1 grce mes briques de bois1 je connus bientt les lois de la stabilit en matire de tours et d'arceaux4 ,j'tais aid dans ces tudes par le got passionn que j'avais de voir travailler des ouvriers2 je pouvais rester des heures regarder maons1 briquetiers1 tailleurs de pierre1 paveurs1 quand ma bonne me permettait de m'arrter pendant nos promenades2 j'tais au comble du bonheur si1 de la fentre de l'auberge ou de l'htel1 quand nous voyagions1 je pouvais voir des ouvriers travailler2 la journe dans ce cas ne me paraissait jamais assez longue1 je restais l des heures1 en extase1 et rien ne pouvait me distraire4 ,le plus souvent1 au jardin1 quand le temps le permettait1 j'observais les habitudes des plantes1 sans qu'il me vnt l'ide de les cultiver ou de les soigner2 je n'aimais pas plus m'occuper des fleurs que des oiseaux1 des arbres1 du ciel ou de la mer1 mais je passais des heures les regarder1 les fouiller4 ,sans la moindre curiosit morbide1 mais avec une admiration tonne1 j'arrachais leurs ptales jusqu' ce qu'elles m'eussent livr leurs secrets1 du moins les secrets qui pouvaient intresser un enfant2 je faisais des collections de graines--elles me tenaient lieu de perles ou de billes--sans qu'il me vnt jamais la pense de les semer4 ,un vieux jardinier venait une fois par semaine ratisser les alles1 enlever les mauvaises herbes2 je n'aurais pas mieux demand que de l'aider1 mais je fus dcourag et humili un jour o1 sans rien dire1 je le vis revenir sur les endroits dj nettoys par moi4 ,mais ce que j'aimais par-dessus tout1 c'tait de creuser des trous1 forme de jardinage qui1 hlas6 n'avait pas l'approbation maternelle4 ,alors1 tout naturellement1 je retombais dans mes habitudes de contemplation2 neuf ans1 je commenai un pome intitul ,eudosia--d'o me venait ce nom1 que me reprsentait-il8--pome sur l',univers4 ,une ou deux strophes qui rappellent le dbut la fois de mon ,deucalion et de ma ,proserpine ne seront peut-tre pas dplaces au milieu de ces graves souvenirs1 d'autant que j'en puis donner la date exacte3 #bh septembre #ahbh4 ,le livre ,premier commence ainsi3 ,when first the wrath of heaven o'erwhelmed the world1 ,and o'er the rocks1 and hills1 and mountains1 hurl'd ,the waters' gathering mass2 and sea o'er shore-- ,then mountains fell1 and vales1 unknown before1 ,lay where they were4 ,far different was the ,earth ,when first the flood came down1 than at its second birth4 ,now for its produce6--,queen of flowers1 ,o rose1 ,from whose fair colored leaves such odor flows1 ,thou must now be before thy subjects named1 ,both for thy beauty and thy sweetness famed4 ,thou art the flower of ,england1 and the flow'r ,of ,beauty too--of ,venus odrous bower4 ,and thou wilt often shed sweet odors round1 ,and often stooping1 hide thy head on ground#af4 ,and then the lily1 towering up so proud1 ,and raising its gay head among the various crowd1 ,there the black spots upon a scarlet ground1 ,and there the taper-pointed leaves are found#ag4 ,en #bbj vers de cette valeur1 le premier livre s'lve de la rose au chne4 ,le second dbute-- ma grande surprise et contrairement toutes mes habitudes--par une apostrophe extatique quelque chose que je n'avais jamais vu3 ,i sing the ,pine1 which clothes high ,switzer's head1 ,and high enthroned1 grows on a rocky bed1 ,on gulphs so deep1 on cliffs that are so high1 ,he that would dare to climb them1 dares to die#ah4 ,mon enthousiasme ne se soutint pas longtemps2 aprs une description de la descente de l',alpnach1 imite de ,harry et ,lucy1 en #gf vers1 je m'arrte court4 l'autre bout et l'envers du cahier1 je fais observer que le cristal de roche est entour d'actinolithe1 d'axinite et d'pidote au ,bourg d',oisans en ,dauphin4 ,mais les mditations au jardin ne cessrent pas1 et qui pourrait dire si ces heures de rverie m'ont t profitables ou si ce fut un temps absolument perdu8 ,en tout cas1 il ne fut pas perdu pour mon agrment4 ,le bonheur que j'y trouvais rendait toutes les autres occupations du dehors insipides4 ,le lecteur pourra bien trouver que ces rveries improductives eussent pu facilement1 si ma mre l'et voulu1 servir de base de srieuses connaissances botaniques4 ,mais s'il y avait alors des livres de gologie et de minralogie ma porte1 les livres de botanique--et on a fait peu de progrs cet gard depuis--taient tous plus ardus encore que la grammaire latine4 ,je me bornai la minralogie et1 en fin de compte1 je crois que le temps pass au jardin n'aurait pas pu tre mieux employ1 si ce n'est peut-tre en sarclant les mauvaises herbes4 six heures1 le point sur l'aiguille1 je prenais le th avec mon pre et ma mre dans le salon1 ou plutt dans ma niche d'o il m'tait dfendu de sortir sous aucun prtexte4 ,j'ai dj parl de ce petit recoin ct la chemine1 bien clair par une fentre latrale en t1 par la lampe de la chemine en hiver1 prs du feu1 sans en tre gn et l'abri de tout courant d'air4 ,une grande table crire1 place devant moi1 m'enfermait2 on y posait mon assiette1 ma tasse1 et les livres avec lesquels je m'amusais4 ,quand il avait pris son th1 mon pre faisait la lecture ma mre1 sans se proccuper de moi4 ,j'coutais ou je lisais pour mon compte4 ,mon pre nous lut ainsi1 et plus d'une fois1 toutes les comdies de ,shakespeare1 ses drames historiques1 tout ,walter ,scott et ,don ,quichotte1 dont il raffolait4 ,j'en riais alors aux larmes2 aujourd'hui c'est pour moi un des livres les plus tristes et mme1 par endroits1 les plus choquants4 ,mon pre tait un merveilleux lecteur2 vers et prose3 ,shakespeare1 ,pope1 ,spenser1 ,byron et ,scott1 comme ,goldsmith1 ,addison et ,johnson4 ,pour la posie plus lgre1 il manquait peut-tre de la finesse d'oreille1 de la subtilit ncessaire2 mais le sentiment qu'il avait de la vigueur et de la sagesse d'une expression juste1 de la puissance des syllabes bien ordonnances1 donnait a sa manire dlir ,hamlet1 ,lear1 ,csar ou ,marmion une justesse et une grandeur harmonieuses2 il n'avait1 par contre1 aucune ide de la manire dont on doit moduler le refrain d'une ballade1 et la prciosit des sentiments exprims l'agaait4 ,ce qu'il aimait avant tout1 dans les uvres1 c'tait la volont1 une volont hroque et une haute raison2 il ne tolrait pas l'amour morbide de la souffrance et n'aurait jamais lu pour son plaisir ou pour mon instruction des ballades comme ,burd ,helen1 les ,twa ,corbies ou autres pomes ou contes dont tout l'intrt repose sur un amour sans espoir ou une mort strile4 ,mais une pure et noble douleur vint bientt mler sa note grave aux accents joyeux de ces jours de bonheur2 musique suave1 magnifique comme un beau chant de cathdrale4 ,ceci m'oblige revenir en arrire parler de choses qui m'ont t contes et dont cependant certaines sont aussi prcises que si je les avais vues de mes yeux4 ,c'est aux environs de #aghj que ma grand'mre1 ,catherine ,tweedale1 se fit enlever par mon grand-pre paternel2 elle n'avait pas encore seize ans2 ma tante ,jessie1 l'unique sur de mon pre1 tait ne l'anne suivante4 ,quelques semaines aprs cet vnement1 un ami entrant l'improviste dans la chambre de ma grand'mre l'avait surprise dansant le branle trois avec deux chaises comme partenaires1 n'ayant pas1 sur l'heure1 trouv d'autre moyen d'exprimer qu'elle trouvait la vie dlicieuse et toute pleine de bndictions et de promesses4 ,elles ne se ralisrent pas toutes par la suite2 tante ,jessie1 une dlicieuse crature1 aux yeux noirs1 les beaux yeux des ,highlands1 profondment pieuse1 douce et rsigne 7le ,destin1 hlas6 lui fut souvent contraire7 pousa un tanneur de ,perth quelque peu rude1 mais dont les affaires taient assez prospres4 ,lorsque je les vis pour la premire fois1 ma tante et mon oncle le tanneur habitaient une maison carre1 en pierre grise1 dans un faubourg de ,perth non loin du pont2 le jardin descendait en pente rapide jusqu' la ,tay qui tourbillonnait1 profonde et claire1 autour des marches o les servantes venaient remplir leurs seaux4 ,un de mes correspondants abus s'est plaint dans ,fors de la mauvaise habitude que j'avais de railler les gens qui n'ont point d'anctres4 ,je proteste l contre1 bien que je me sente1 il est vrai1 toujours un peu gn quand j'ai parler de mon oncle le boulanger ou de mon oncle le tanneur4 ,mes lecteurs peuvent m'en croire quand j'affirme--voquant aujourd'hui les rves faits jadis sous le toit de l'honnte boulanger de ,market ,street ,croydon1 ou chez ,pierre1 et non ,simon1 le tanneur1 dans la petite maison du bord de la rivire--que je n'changerais pas ces rves et encore moins les tendres ralits de ces jours de mon enfance pour ceux des plus beaux seigneurs ou des plus grandes dames ayant pour thtres des halls somptueux1 de beaux gazons1 des lacs1 au milieu de parcs ombreux et profonds comme des forts4 ,les belles pelouses1 les lacs ne manquaient pas dans le ,north-,inch de ,perth1 et les remous de la ,tay s'attardant devant ,rose ,terrace faisaient mes dlices2 c'est l que nous habitions 7aprs la mort de mon oncle1 enlev rapidement par une attaque d'apoplexie7 dans le calme des beaux jours d't cossais avec ma tante devenue veuve et ma petite cousine ,jessie1 l'heureuse petite ,jessie de six1 sept1 huit et neuf ans1 la petite ,jessie aux yeux de velours noir1 profondment noirs#ai4 ,jessie avait non seulement les yeux de sa mre1 elle avait sa pit2 et le dimanche soir1 elle et moi1 nous passions une sorte d'examen sur les critures4 ,c'tait qui rpondrait le mieux et nous tions fiers comme des paons1 quand les frres ans de ,jessie et sa sur ,marie taient recals1 et que ,jessie ou moi tions dux1 ce qui arrivait presque toujours4 ,nous avions dcid de nous marier444 ds que nous serions un peu plus gs1 il ne nous venait pas l'ide de dire plus raisonnables4 ,le hasard avait voulu que la bonne tout faire dans la maison de ,rose ,terrace ft une trs vieille ,mause qui avait t servante chez mon grand-pre dimbourg1 un vrai type1 le portrait frappant de la ,mause des ,puritains d'cosse#bj1 avec peut-tre une foi plus patiente encore1 plus solennelle et plus intrpide2 foi passe au crible1 de souffrances sans nom2 car ,mause avait cruellement souffert dans sa jeunesse1 souffert de la faim1 au point de ramasser des crotes de pain et des os dans les tas d'ordures4 ,aussi1 pour elle1 voir gcher le plus petit atome de nourriture1 c'tait un crime impardonnable1 comparable au blasphme4 ,oh1 ,miss ,margaret6 s'cria-t-elle avec indignation en voyant ma mre jeter par la fentre quelques miettes de pain restes sur une assiette1 j'aimerais mieux recevoir un coup de poing6 ,elle faisait son dner de tout ce que les autres servantes laissaient1 souvent de pelures de pommes de terre1 ayant donn son propre repas au premier pauvre venu2 et elle restait debout pendant tout l'office--bien qu'ge d'au moins soixante-dix ans et trs faible quand je la connus--lorsqu'elle avait pu dcider quelque dvoy1 rencontr dans la rue1 prendre sa place l'glise4 ,peut-tre sa vieille figure parchemine--fige dans une expression de rsolution et de patience1 qui ne savait pas sourire1 et dont le sourcil fronc nous faisait trembler1 ,jessie et moi1 lorsque nous osions redemander de la crme pour notre porridge1 ou que1 le dimanche1 nous faisions trop de bruit--est-elle en partie responsable de mon tant soit peu de prvention contre la religion vanglique1 prvention dont on retrouve la trace1 je l'avoue1 dans mes derniers ouvrages2 mais je ne pourrai jamais tre assez reconnaissant envers la ,providence d'avoir pu voir dans notre vieille ,mause l'esprit puritain cossais dans toute sa foi et toute sa vigueur1 et d'avoir t par consquent mme de tracer l'action de cet esprit dans la politique rformatrice de l'glise avec le respect et l'honneur qui lui sont dus4 ,ma tante1 vraie prtresse de ,dodone#ba dans les ,highlands1 si tant est qu'il y en ait jamais eu1 tait de nature infiniment plus douce2 nanmoins1 je n'osais l'approcher qu' distance respectueuse4 ,elle ne s'tait jamais console de la mort de trois petits enfants qu'elle avait perdus4 ,le petit ,pierre1 surtout1 tait la pierre angulaire de son difice1 l'amour sur lequel s'chafaudaient toutes ses autres tendresses4 ,il lui avait t enlev si rapidement1 d'une tumeur blanche au genou6 ,l'enfant souffrait beaucoup1 et il allait toujours s'affaiblissant1 mais il restait obissant1 tendre et doux4 ,un jour que sa mre voulait lui faire prendre quelques gouttes de porto et qu'elle l'avait pris sur ses genoux1 comme elle approchait le verre de ses lvres3 ,pas maintenant1 maman1 fit-il1 dans une minute1 et1 appuyant sa tte sur l'paule maternelle1 il avait pouss un grand soupir et tait mort4 ,puis 'avait t le tour de ,catherine2 et celui de 444444 j'oublie le nom de l'autre petite fille2 je ne les ai connues ni l'une ni l'autre1 mais ma mre m'en a souvent parl2 ,catherine tait sa prfre4 ,un soir que ma tante1 aprs une conversation srieuse avec son mari sur l'ducation de leurs deux enfants1 s'tait couche1 elle fut quelque temps avant de pouvoir s'endormir et1 comme elle s'agitait dans son lit1 elle vit tout coup la porte de sa chambre s'ouvrir et deux bches entrer et se poser au pied de son lit4 ,les deux enfants mouraient quelques jours plus tard2 je dis quelques jours1 car je ne suis pas sr de me rappeler exactement les paroles de ma mre4 l'poque o nous allions ,perth1 il y avait encore ,marie1 la fille ane1 qui tait charge de surveiller les enfants quand la vieille ,mause tait trop occupe2 ,james1 ,john1 ,william et ,andrew 7je ne sais plus qui tait le parrain de ,william1 le seul des garons qui n'et pas un nom d'aptre74 ,ils taient d'ailleurs tous au collge ou l',universit4 ,william et ,andrew1 quand ils taient la maison1 ne songeaient qu' nous taquiner1 ,jessie et moi1 et ils mangeaient les plus belles poires4 ,quant aux grands1 on ne les voyait jamais4 ,les petites filles et moi nous nous amusions notre manire1 qui tait toujours tranquille1 soit dans le ,north-,inch1 soit sur les bords du ,lead1 un bras de la ,tay qui1 passant devant ,rose ,terrace1 faisait tourner un moulin1 et que1 depuis1 on a combl4 ,alors1 il tait dlicieux et ses eaux cristallines taient un trsor de diamants1 pour nous autres enfants4 ,mary avait alors prs de douze ans2 c'tait une blonde aux yeux bleus1 presque jolie2 sa pit trs fervente n'tait point aussi agissante que celle de ,jessie4 ,mon pre1 le plus souvent1 profitait de notre sjour ,perth pour faire des excursions en cosse et1 chose trange1 ma mre elle-mme n'tait plus ,rose ,terrace qu'un personnage de second plan4 ,je ne m'explique pas pourquoi elle sortait si peu avec nous2 elle et ma tante conservaient1 en dpit de tout1 leurs habitudes retires4 ,mary1 ,jessie et moi avions la permission de faire tout ce que nous voulions dans le ,north ,inch2 je ne travaillais pas pendant ces sjours ,perth1 en dehors des concours pieux du dimanche4 ,si le hasard avait voulu qu'il se ft trouv l quelqu'un en tat de me donner des notions de botanique ou de minralogie1 quelle chance c'et t pour moi2 mais les choses tant ce qu'elles taient1 je passais mes journes un peu comme les chardons et les tanaisies du rivage1 regarder l'eau courir2 d'tranges inquitudes me venaient1 devant les remous de la ,tay1 o l'eau passait du brun au bleu presque noir1 et devant les prcipices de ,kinnoull2 horreur sacre cre en partie par mon imagination1 mais aussi par les airs mystrieux que prenaient les servantes quand nous gravissions le chemin de ,kinnoull et que je voulais rester en arrire1 pour regarder la petite source de cristal de ,bower's ,well4 ,vous dites pourtant que vous n'aviez peur de rien1 m'crit un ami qui s'inquite1 et qui ne voudrait pas que la vracit de ces souvenirs pt tre mise en doute4 ,en effet1 j'ai dit que je n'avais peur ni des revenants1 ni du tonnerre1 ni des animaux1 entendant par l les choses qui habituellement font la terreur des enfants4 ,mais chaque jour1 la vie m'apprenait qu'il est raisonnable d'avoir peur2 sans cela1 comment aurais-je pu1 dans les pages qui prcdent1 me prsenter comme la personne la plus sense que je connaisse8 ,c'est ainsi que jamais il ne m'est arriv1 mme en ces annes d'insouciance funeste1 de passer sans ressentir quelque moi devant les tourbillons noirs1 que ne trouble aucun flocon d'cume1 o la ,tay se recueille1 semblable ,mduse#bb1 et je ne dis pas non plus que je me promnerais dans un cimetire la nuit 7ni mme le jour7 comme si ses pierres tumulaires n'taient que des pavs mis debout4 ,tout au contraire4 ,mais il est trs important1 afin que le lecteur n'ait aucune inquitude au sujet de certains de mes crits qui ont paru extra-sensitifs et motifs1 qu'il sache bien que je n'ai jamais t sujet me crer des fantmes1 me faire des illusions1 peut-tre devrais-je dire avec regret que je n'en ai jamais t capable et que je n'ai jamais t sujet non plus avoir les nerfs branls par la surprise4 ,lorsque j'avais cinq ans1 nous avions ,herne ,hill un gros terre-neuve que j'aimais beaucoup4 ,revenant de voyage1 un t1 ma premire pense fut de courir dire bonjour ,lion4 ,ma mre me laissa aller l'curie avec notre unique domestique mle1 ,thomas1 lui recommandant bien de ne pas me laisser approcher du chien qui tait la chane4 ,thomas1 pour plus de sret1 me prit dans ses bras4 ,lion1 qui mangeait sa pte1 ne fit pas la moindre attention nous2 je demandai alors la permission de le caresser4 ,cet imbcile de ,thomas se baissa pour que je pusse toucher le chien qui se jeta sur moi1 m'enlevant un morceau de la lvre4 ,on me remonta par l'escalier de service1 saignant abondamment mais nullement effray1 et n'ayant qu'une crainte1 c'est qu'on ne se dbarrasst de ,lion4 ,il fallut en effet s'en sparer1 mais ma mre ne renvoya pas ,thomas1 elle lui pardonna car elle savait quel point il regrettait sa maladresse qu'elle se trouvait d'ailleurs seule blmer dans la circonstance4 ,la morsure du chien a laiss une trace qui ne s'est jamais efface1 dformant la bouche 7alors rellement jolie71 mais la blessure fut vite cicatrise4 ,je me souviens que les derniers mots que je prononai1 avant d'tre rduit par le ,dr ,aveline un silence qui devait durer quelques jours1 furent ceux-ci3 ,maman1 si je ne peux pas parler1 je peux jouer du violon4 ,on ne fut pas de cet avis la maison1 et je ne fis aucun progrs sur cet instrument1 digne pourtant de mon gnie4 ,cet accident ne diminua en rien mon amour pour les chiens1 et jamais ils ne m'inspirrent la moindre crainte4 ,je ne sais si je courus un vrai danger dans cette mme curie un jour o1 me trouvant seul1 je tombai la tte la premire dans une grande cuve pleine d'eau qui servait l'arrosage du jardin2 j'aurais t en assez mauvaise posture si je ne m'tais servi du petit arrosoir que je tenais la main pour toucher le fond et me donner un bon lan2 aprs quoi1 de la main gauche1 je saisis le bord de la cuve4 ,cet exploit me valut1 aprs coup1 de grands loges2 on vanta ma prsence d'esprit1 ma dcision4 ,en songeant aux rares occasions o j'ai eu faire preuve de sang-froid1 je constate que j'ai toujours trouv ma tte lucide quand j'en ai eu besoin1 et que je suis beaucoup plus expos me laisser troubler par un accs d'admiration soudain que par un danger imprvu4 ,les sombres profondeurs de la ,tay1 point de dpart de ce petit accs de vantardise1 se trouvaient sous la rive escarpe1 l'extrmit du ,north-,inch4 ,nous prenions rarement le sentier qui les ctoie1 si ce n'est au temps de la moisson1 quand1 pour nous amuser1 nous allions glaner dans les champs4 ,au retour1 ,jessie et moi nous crasions le grain des pis dans le moulin poivre de la cuisine et nous en faisions des gteaux au poivre qui n'auraient certainement pas trouv d'acheteurs4 ,si minutieux que puissent paratre ces dtails1 je m'lve avec toute l'indignation que permettent les bonnes manires contre l'imputation de partialit pour ces souvenirs4 ,ils ne me plaisent pas seulement parce qu'ils sont de ma jeunesse4 ,cependant1 j'hsite a enregistrer comme une vrit tablie l'impression que je garde de mes courses travers champs avec ,jessie la suite des glaneurs3 savoir que les gerbes d'cosse sont plus dores que celles de tous les autres pays du monde et qu'il n'y a nulle part des moissons qui font plus songer au froment du ,ciel que celles de ,strath-,tay et de ,strath-,earn4 ,note #aa3 ,ruskin avait ici commis deux fautes en crivant takeing pour taking 7prenant74 ,note du traducteur4 ,note #ab3 ,ruskin avait ici commis deux fautes en crivant unintelligable pour unintelligible 7inintelligible74 ,note du traducteur4 ,note #ac3 ,le passage original est comme suit1 vol4 ,,vi1 dit4 #ahba1 p4 #ach3 ,le ,dr ,franklin parle d'un phnomne trs remarquable que ,mr ,wilke1 le clbre lectricien1 a eu l'occasion d'observer4 ,le #bj juillet #ageh1 trois heures de l'aprs-midi1 il remarqua un gros nuage de poussire qui s'levait de terre2 ce nuage couvrait la plaine et une partie de la ville qu'il habitait alors4 ,il n'y avait pas un souffle de vent et la poussire flottait doucement vers l'est1 o l'on apercevait une nue noire qui impressionnait1 trs nettement1 son appareil lectrique dans le sens positif4 ,cette nue se dirigeait vers l'ouest1 le nuage de poussire la suivit et continua de monter plus haut1 toujours plus haut1 jusqu' former une paisse colonne ayant la forme d'un pain de sucre1 qui1 la fin1 sembla prendre contact avec la nue4 quelque distance1 venait un autre gros nuage1 suivi de plus petits1 qui lectrisa son appareil au ngatif2 lorsque ces nuages se trouvrent en contact avec le nuage positif1 on vit un clair traverser le nuage de poussire2 aprs quoi les nuages ngatifs couvrirent le ciel et se fondirent en pluie1 ce qui claircit l'atmosphre4 ,note #ad3 ,quand furieuse1 venant des mines1 l'eau s'chappe ,et dbarrasse de ses scories le minerai4 ,note #ae3 ,mais ceux qui ne connaissent pas cette lumire ,n'y songent pas2 et dans toute cette lueur ,ils ne distinguent pas une seule couleur4 ,note #af3 trange manire1 par besoin de la rime1 de dire que les roses sont souvent trop lourdes pour leurs tiges4 ,note #ag3 ,quand les colres du ciel envahirent le monde1 ,que rochers1 collines1 montagnes furent emports ,par les eaux montantes1 que les mers dbordrent-- ,alors les montagnes croulrent et des valles1 inconnues jusqu'ici1 ,prirent leur place4 ,combien diffrente la ,terre cette seconde naissance1 lorsque les flots se retirrent4 ,maintenant passons ses produits6 ,toi1 reine des fleurs1 rose6 ,dont les ptales tendrement colors rpandent un si suave parfum4 ,il faut te nommer devant tes sujets1 ,pour ta beaut1 pour ta douceur si connues4 ,tu es la fois la fleur de l',angleterre et la fleur ,de la beaut--celle du berceau embaum de ,vnus4 ,tu verseras tes parfums alentour1 ,et parfois te baissant1 tu cacheras ton visage contre terre4 ,puis c'est le lis1 qui se dresse si fier ,au-dessus de la foule bariole1 ,ici pointill de noir sur un fond carlate ,au milieu de ses feuilles acumines4 ,note #ah3 ,je chante le ,pin qui couronne la cime du pays suisse1 ,et souverainement s'lve sur son lit de rochers1 ,au-dessus de gouffres profonds1 de falaises si hautes ,que celui qui tenterait de les franchir dfierait la mort4 ,note #ai3 ,par opposition avec les yeux dont l'iris seul est noir1 ce qui les fait ressembler des cerises noires4 ,note #bj3 ,rien ne prouve mieux la dgnrescence du puritanisme moderne que l'incapacit o il est de comprendre les admirables portraits que ,scott nous a laisss des ,covenantaires4 ,rien que dans les ,puritains1 il y en a quatre d'absolument parfaits3 le plus typique1 ,elspeth1 pure et sublime2 le second1 ,ephram ,macbriar1 qui met en lumire le ct le plus connu du caractre3 l'exagration et la folie asctique2 le troisime1 ,mause1 si vivant1 qui prte un peu rire1 mais qui est si absolument sincre et pur4 ,enfin le dernier1 ,balfour1 d'un si puissant intrt1 o se rvle la foi puritaine dans toute sa sincrit1 greffe sur une disposition naturellement cruelle et basse4 ,si l'on ajoute ces quatre portraits1 dans ce seul roman1 ceux du ,heart of ,midlothian et ceux de ,nicol ,jarvie et d',andrew ,fairservice dans ,rob ,roy1 on aura une srie d'analyses thologiques qui dpassent de beaucoup en porte philosophique tout ce qui a jamais t crit1 ma connaissance1 n'importe quelle poque4 ,note #ba3 ,dodone1 en ,epire1 sanctuaire de ,zeus dont les prtresses taient appeles3 2 7colombes7 7,note du traducteur74 ,note #bb3 ,je me reprsente toujours la ,tay comme une desse et la ,greta comme une nymphe4 ,,chapitre ,,iv ,,sous ,,de ,,nouveaux ,,ma,,tres ,vers l'ge de huit ou neuf ans1 je fus assez gravement malade1 ,dunkeld4 ,je ne sais si cette fivre mit mes jours en danger1 mais je sais qu'elle me causa des malaises insupportables4 ,je me mis au lit au retour d'une longue promenade pendant laquelle j'avais cueilli quantit de digitales que je m'amusais effeuiller pour prendre les graines et les examiner4 ,on crut d'abord que je m'tais empoisonn1 ce qui tait absurde2 nanmoins l'impression que me faisaient les tourbillons de la rivire s'tendit aux clairires tapisses de digitales pourpres4 ,c'est vers cette poque que ma cousine ,jessie mourut4 ,j'eus beaucoup de chagrin2 moins cause de ce qu'une affection d'enfance peut avoir de force que parce que je sentais que les jours de bonheur suprme ,perth ne reviendraient plus jamais1 puisque ,jessie n'tait plus4 ,avant que sa maladie n'et pris une tournure inquitante1 avant mme1 je crois1 qu'elle ne se ft dclare1 ma tante avait eu un de ses rves prophtiques dont l'interprtation ne pouvait tre plus claire--vision si claire1 en tout cas1 qu'il tait impossible de ne pas comprendre4 ,ma tante s'apprtait traverser gu une rivire aux eaux sombres1 lorsque la petite ,jessie la rejoignit en courant et1 la dpassant1 passa la premire4 ,ma tante la suivit4 ,une fois de l'autre ct1 se retournant1 elle aperut quelque distance la vieille ,mause4 ,quelques jours plus tard1 ,jessie tombait malade et mourait2 une anne aprs1 c'tait le tour de ma tante1 puis1 deux ou trois ans plus tard1 celui de ,mause qui1 n'ayant plus rien faire en ce monde1 maintenant que sa matresse et ,jessie n'taient plus l1 pensa que le mieux tait d'aller les retrouver4 ,j'tais ,plymouth avec mon pre et ma mre lors de la mort de ma tante4 ,je me souviens que1 ce jour-l1 j'avais jou sur la petite colline qui1 du ct est de la ville1 domine le port et la jete4 ,en rentrant1 je trouvai mon pre qui sanglotait2 c'tait la premire fois que je le voyais ainsi4 ,sans doute1 cette mort de ma tante me causait de la peine1 mais cette poque 7et pendant de longues annes encore7 je vivais surtout dans le prsent1 comme un petit animal1 et je me souviens que le sentiment qui dominait en moi1 c'tait l'ennui1 tant ,plymouth1 de passer une soire si pnible6 ,ce fut la fin de nos sjours en cosse4 ,mary1 la seule cousine qui me restt1 vint vivre avec nous4 ,elle avait quatorze ans alors1 et moi dix4 ,les heureux jours de ,perth se terminent donc avec la premire dcade de ma vie4 ,mary tait une assez jolie fillette aux yeux bleus1 un peu lourde1 trs bonne1 trs affectueuse et trs douce4 ,elle n'avait pas des moyens exceptionnels1 mais beaucoup de bon sens1 des principes1 de la pit et une grande galit d'humeur1 sans rien1 il est vrai1 de cette grce1 de cette fantaisie qui font le charme des jeunes filles4 ,l'harmonie familiale se trouva1 grce elle1 enrichie d'une aimable teinte neutre1 rien de plus4 ,mary lisait la ,bible avec ma mre et moi1 le matin1 et1 dans l'aprs-midi1 elle allait comme externe dans une pension du voisinage4 ,en voyage1 elle jouait auprs de moi un rle de demi-institutrice4 ,on nous permettait de sortir ensemble sans bonne1 mais1 le plus souvent1 nous emmenions la vieille ,anne2 nous trouvions cela plus amusant4 ,il tait maintenant d'une certaine importance de faire un choix1 de dcider quelle glise j'irais1 le dimanche matin4 ,mon pre1 dont la sant demandait des mnagements1 ne pouvait assister au trs long office de l'glise d',angleterre et1 ma mre tant trs protestante1 le plus souvent mon pre se rsignait nous accompagner la chapelle de ,beresford1 ,walworth1 o le ,rv4 ,dr ,andrews faisait tous les dimanches un sermon ingnieux1 quelque peu exagr et grandiloquent1 mais qui ne l'ennuyait pas2 on lisait les prires de l'office anglican1 abrges1 et1 vu notre haute situation sociale1 nous tions autoriss1 au grand scandale des membres plus zls de l'assistance1 n'arriver que quand ces prires taient moiti dites4 ,dans l'aprs-midi1 ,mary et moi rdigions un court rsum de l'office4 ,ce n'tait point obligatoire1 mais ,mary le faisait par esprit de devoir1 et moi pour montrer que je pouvais le faire et le bien faire4 ,jamais nous ne retournions l'glise dans la journe ni le soir4 ,je me souviens encore d'avoir t tout fait abasourdi--comme d'une vision annonant le ,jugement ,dernier--en entrant1 un an ou deux plus tard1 pour la premire fois1 dans une glise claire1 le soir4 ,pas de prires en commun la maison1 ce qui n'empchait pas ma mre de veiller sur ses servantes avec sollicitude2 elle en avait trs soin1 ce qui n'est pas toujours le cas dans les maisons les plus religieusement dmonstratives4 ,elle les aimait jeunes1 et les choisissait de prfrence sortant de familles elle connues4 ,c'est ainsi que nous avons eu des sries de surs et jamais une mauvaise domestique4 ,le dimanche soir1 mon pre nous lisait quelque sermon de ,blair ou1 parfois1 nous avions dner un employ de la maison ou un client4 ,dans ce cas-l1 la conversation1 par politesse sans doute1 roulait toujours sur les vins en gnral1 et le sherry en particulier4 ,mary et moi1 nous passions la soire du dimanche comme nous pouvions avec le ,pilgrim's ,progress1 la ,holy ,war de ,bunyan1 les ,emblems de ,quarles1 le ,book of ,martyrs de ,foxe1 la ,lady of the ,manor1 livre terrifiant pour moi1 plein d'histoires de jeunes personnes dpraves qui1 aprs avoir t au bal1 taient incontinent emportes par une maladie1 et ,henry ,milner1 de ,mrs ,sherwood1 le ,youth' ,magazine1 ,alfred ,campbell1 the ,young ,pilgrim1 et encore1 concession la duret de nos curs1 la ,natural ,history de ,bingley4 ,personne de nous ne se souciait de chanter des cantiques ou des psaumes1 en tant que cantiques ou psaumes1 et nous tions trop honntes pour les chanter simplement pour la musique qui1 d'ailleurs1 ne nous semblait pas divertissante4 ,mon pre et ma mre1 tout en tmoignant au ,dr ,andrews leur intrt pour ses uvres sous forme de chques et1 ,nol1 leur admiration pour ses sermons et la puret de sa doctrine sous la forme de dindes et de botes de raisins secs1 n'avaient jamais essay d'entrer en relations avec leur pasteur et ne se souciaient pas du tout que1 au cours de visites pastorales1 on vnt s'enqurir de l'tat leur me4 ,nanmoins1 ,mary et moi nous subissions son charme1 mme distance1 et souvent nous nous promenions de long en large avec ,anne sur la route de ,walworth dans l'espoir de le voir passer4 ,un jour1 grce spciale de la ,providence1 nous le croismes2 trs press1 et se heurtant contre moi1 il faillit se jeter par terre4 ,anne1 tandis qu'il se remettait de son motion1 lui fit une profonde rvrence2 sur quoi il s'arrta1 demanda qui nous tions et se montra des plus gracieux4 ,nous rentrmes la maison fort surexcits1 annonant ma mre1 qui ne manifesta pas un grand enthousiasme1 que le docteur viendrait nous voir un de ces jours4 ,c'est ainsi que cette bienheureuse relation s'tablit4 ,je pouvais avoir onze ou douze ans4 ,miss ,andrews1 la sur ane de ,the ,angel in the ,house1 tait une jeune fille de dix-sept ans1 extrmement jolie2 elle chantait ,tambourgi1 ,tambourgi#bc avec beaucoup d'entrain et une voix magnifique2 au temps des mres1 elle venait en cueillir avec nous sur les haies de ,norwood1 et ses visites me laissaient sous l'impression que les jeunes filles sont des tres incomprhensibles mais trangement sduisants4 ,la sympathie que j'prouvais pour le docteur et la rputation de fin lettr qu'il avait 7 ,walworth7 dcidrent mon pre lui demander de me donner quelques notions de grec4 ,le docteur1 on s'en aperut plus tard1 ne savait pas beaucoup plus de grec que l'alphabet et les dclinaisons1 mais il savait en tracer fort joliment les caractres et son oreille tait trs sensible au rythme4 ,nous commenmes par les odes d',anacron1 qu'il me fit scander ainsi que mon ,virgile avec une extrme prcision4 ,de temps en temps1 pour me reposer1 il me rcitait des passages de ,shakespeare qu'il disait avec force et justesse4 ,le mtre anacrontique m'enchantait aussi bien que l'inspiration4 ,j'appris la moiti des odes par cur pour mon plaisir2 et je sus ainsi1 ce qui m'a t utile plus tard lorsque j'ai tudi l'art grec1 que les ,grecs aimaient les tourterelles1 les hirondelles et les roses1 autant que moi4 ,dans l'intervalle de ces leons qui ne me surmenaient pas1 je m'amusais crire de mchants vers1 dessiner des cartes ou copier les illustrations1 par ,cruikshank1 des ,contes de ,fes de ,grimm1 ce que je faisais avec une exactitude qui parat extraordinaire bien des gens4 ,le bonheur a voulu qu'une de ces copies1 faite lorsque j'avais onze ou douze ans1 ait t conserve4 ,quant moi1 je n'ai jamais vu travail d'enfant qui tmoigne d'aussi peu d'originalit4 ,j'tais incapable1 littralement1 de dessiner quoi que ce soit1 pas mme un chat1 une souris1 un bateau1 de tte2 et1 fort heureusement alors1 ni mes parents1 ni mon professeur n'avaient l'ide de me faire dessiner d'aprs la tte des autres4 ,cependant ,mary qui1 son externat1 prenait des leons de dessin comme toutes ses petites compagnes1 parlait avec enthousiasme de son professeur2 la facture libre et primesautire des dessins qu'il lui donnait copier intressa mon pre2 il fut encore plus content lorsque ,mary1 pendant une de ses absences1 eut copi au crayon1 mais de manire donner l'impression de la gravure l'eau-forte1 une petite aquarelle de ,prout qui reprsentait une chaumire au bord de la route1 et qui fut la premire de notre collection4 ,nous n'avions cette poque que cette seule aquarelle et deux miniatures sur ivoire4 ,lorsque je repense la bonne excution de cette tude de blanc et noir1 je me dis que ,mary serait arrive d'excellents rsultats avec son dessin si elle avait eu de bonnes leons et plus d'encouragement2 mais il ne fallait rien lui demander d'aprs nature4 ,cet t-l 7#ahbi7 ,matlock1 o nous tions installs1 tout ce qu'elle put faire1 ce fut un croquis du nouvel htel des ,bains4 ,dans le mme temps1 parmi le gravier tincelant1 les spaths sems de galne des alles du jardin1 dans les boutiques du joli village1 dans nos promenades1 je poursuivais avec dlices mes tudes minralogiques sur le fluor1 le carbonate de chaux1 le minerai de plomb2 ma joie ne connaissait pas de bornes quand je pouvais descendre dans une mine4 ,en me permettant ainsi de m'abandonner ma passion souterraine1 mon pre et ma mre tmoignaient d'une bont dont je ne pouvais me rendre compte alors2 car ma mre avait horreur de tout ce qui tait sale1 et mon pre1 trs nerveux1 rvait toujours d'chelles rompues1 d'accidents1 ce qui ne les empchait pas de me suivre partout o j'avais envie d'aller4 ,mon pre est mme venu avec moi dans la terrible mine de ,speedwell1 ,castleton1 o1 pour une fois1 je l'avoue1 je ne suis pas descendu sans motion4 ,de ,matlock1 nous dmes aller dans le ,cumberland1 car je retrouve cette inscription de la main de mon pre3 ,commenc le #bh novembre #ahcj1 termin le #aa janvier #ahcb sur la premire page de l',iteriad un pome en quatre livres que je composai cette poque et dont le sujet m'avait t inspir par notre voyage sur les lacs4 ,j'y reviendrai peut-tre plus tard4 ,ce doit tre au printemps de #ahcj que l'on prit l'importante rsolution de me donner un matre de dessin4 ,comme ,mary tait incapable de reproduire d'aprs nature le plus petit coin de paysage1 et que je m'en dsolais en voyage1 je manifestai le dsir d'apprendre moi-mme4 ,sur quoi1 l'aimable professeur de ,mary1 que mes parents eurent le bon sens de ne pas rendre responsable du peu de dispositions de leur nice1 fut pri de venir me donner une heure de leon par semaine4 ,pour qu'un professeur s'impose au public1 il faut sans doute qu'il ait une manire1 un genre1 qu'il s'y tienne et qu'il n'enseigne pas autre chose4 ,nanmoins1 je ne puis pardonner ,mr ,runciman de n'avoir pas dvelopp les dispositions vraiment extraordinaires que j'avais pour le dessin la plume4 ,tout ce que je fis dans ce genre fut seulement pour me divertir2 ,mr ,runciman n'a jamais su que me faire copier et recopier ses propres dessins manirs et imparfaits3 il m'a gt et la main et l'esprit4 ,il m'a pourtant appris beaucoup de choses1 suggr plus encore4 ,il m'a enseign la perspective trs consciencieusement et en mme temps trs simplement1 ce qui fut pour moi une acquisition d'une valeur incalculable4 ,c'est grce lui aussi que je suis arriv une dextrit de main qui m'a t prcieuse2 il est vrai que 'a t quelquefois au dtriment de la puissance1 de la fermet du trait4 ,il a dvelopp en moi1 je devrais plutt dire cr1 l'habitude de chercher d'abord les points essentiels1 de les dtacher de faon dcisive2 il m'a expliqu la signification et l'importance de la composition1 bien qu'il ft lui-mme incapable de rien composer4 ,les deux annes qui suivirent furent deux annes particulirement heureuses4 ,je dessinais au crayon1 cela va sans dire1 infiniment moins bien que ,mary2 chacun reconnaissait sa supriorit1 ce qui tait un juste hommage rendu sa persvrance et son travail4 ,comme1 toutefois1 elle ne composait pas de pomes en vers1 qu'elle ne collectionnait pas de minraux1 qu'elle ne montrait de dispositions extraordinaires dans aucun genre1 elle tait en train de tomber beaucoup trop bas dans l'estimation de mon orgueil4 ,mais1 pendant quelque temps1 je ne pus prtendre l'galer dans la copie et1 quant mes premiers essais d'aprs nature1 ils parurent chez nous trs peu faits pour flatter l'orgueil paternel4 ,je m'essayai en prvision d'un voyage ,douvres dont ma mre berait les ennuis d'une maladie que je fis en #ahbi2 je vois encore mon premier album de croquis1 un petit in-octavo tout en hauteur1 fort incommode1 couverture moire et flexible4 ,le papier en tait d'un blanc pur1 un peu grenu2 il est rempli d'bauches jetes au hasard sur le papier1 que j'ai gtes en essayant de les terminer1 des vues des chteaux de ,douvres et de ,tunbridge et aussi de la tour principale de la cathdrale de ,canterbury4 ,j'ai mis de ct pour les conserver ces croquis et une trs bonne tude de ,battle ,abbey#bd avec quelques parties de dtail spares2 le premier croquis que j'aie rellement fait d'aprs nature est celui de la premire maison d'une rue de ,sevenoaks4 ,ces tentatives me donnrent peu de satisfaction et ne me valurent aucun encouragement2 pourtant on y retrouve l'instinct inn de l'architecture et cela peut tre intressant noter pour ceux qui aiment remonter aux sources des choses4 ,j'ai donn deux petits dessins au crayon du porche sud et de la tour centrale de ,canterbury ,miss ,gale de ,burgate ,house1 ,canterbury1 et ce qui restait du carnet lui-mme a ,mrs ,talbot de ,tyn-y-,ffynon1 ,barmouth--deux de mes trs chres amies4 ,mais alors1 et avant tout1 mon plus grand bonheur tait de regarder la mer4 ,il m'tait dfendu d'aller en bateau1 surtout en bateau voile2 il m'tait mme dfendu de me promener seul sur le port4 ,de sorte que je n'appris alors1 des choses de la marine1 rien qui vaille2 mais je passais tous les jours quatre ou cinq heures1 plong dans une extase d'admiration et d'tonnement regarder les vagues1 occupation qui a fait mes dlices jusqu' ma quarantime anne4 ,sur une plage1 n'importe laquelle1 j'tais heureux2 il me suffisait de regarder les vagues monter en courant1 d'entendre leur voix1 d'aller au-devant d'elles ou de me sauver leur approche2 par contre1 je n'ai jamais pris got l'histoire naturelle des coquillages1 des crevettes1 des algues ou des mduses4 ,les galets1 quand il y en avait1 c'tait diffrent4 ,autrement1 je restais des heures suivre le va-et-vient puissant du flot ourl d'cume4 ,comme un serin1 ce qu'il me semble aujourd'hui1 j'ai gch les annes prcieuses de ma jeunesse dans la rverie et l'admiration bate2 peut-tre retrouverait-on l un certain accent byronien1 qui n'est pas sans signification sans doute2 mais que de temps perdu6 ,nous n'avons pas d nous absenter pendant l't de #ahcb1 car l'album suivant ne contient que des esquisses d'arbres1 des arbres de ,dulwich1 et la vue d'un pont sur l',effra1 aujourd'hui comble1 l'endroit o passait la route de ,norwood4 ,cette route1 d'o l'on suivait le cours de la jolie petite rivire1 forme maintenant une sorte de marcage fangeux1 en contre-bas du chemin de fer1 non loin de la station de ,herne ,hill4 ,ce croquis est le premier qui me valut quelques compliments de la part des miens4 ,mais c'est le jour de mes treize 787 ans1 le #h fvrier #ahcb1 que l'associ de mon pre1 ,mr ,henry ,telford1 m'ayant donn l',italie de ,rogers1 dcida de ma vie4 cette poque1 c'est peine si je connaissais le nom de ,turner2 je me souvenais pourtant avoir entendu dire ,mr ,runciman que le monde s'tait rcemment laiss blouir et dvoyer par quelques ides brillantes de ,turner4 ,mais je n'eus pas plutt jet les yeux sur les illustrations de ,rogers que je ne voulus plus avoir d'autre matre1 et je me mis les copier d'aussi prs que possible1 la plume4 ,j'ai racont cette histoire tant de fois que je ne sais plus au juste quelle date la situer1 et je regrette bien que ,mr ,telford n'ait pas mis mon nom en tte du livre2 c'est mon pre qui a crit sur la premire page3 ,donn par ,henry ,telford ,esq41 et il n'a pas1 ce qui est tout fait extraordinaire de sa part1 pens ajouter la date1 et1 une anne prs1 cela a peu d'importance4 ,ce qui est certain c'est que1 ds le printemps de #ahcc1 ,prout publiait ses croquis de ,flandre et d',allemagne4 ,je me vois encore entrant avec mon pre chez le libraire qui recevait les souscriptions1 et m'arrtant devant la gravure spcimen1 une fentre tourelle sur la ,moselle1 ,coblentz4 ,le volume nous arriva ,herne ,hill un peu avant l'poque o chaque anne nous partions en voyage2 et ma mre1 tmoin du plaisir que mon pre et moi prouvions devant ces paysages merveilleux1 suggra l'ide qu'il ne serait pas impossible d'aller les voir en ralit4 ,mon pre hsita un moment1 et puis1 les yeux brillants1 fit3 ,pourquoi pas8 ,il y eut alors deux ou trois semaines de prparatifs1 d'agitation dlicieuse4 ,je me souviens que1 le mme soir1 je descendis mon gros livre de gographie1 un de mes plus prcieux trsors encore l'heure actuelle1 7au moment o j'cris ces lignes1 je l'ouvre et1 pour la premire fois1 je pense mettre mes propres initiales sous le nom de mon pre1 la premire page71 que je regardai avec ,marie le contour du ,mont-,blanc d'aprs ,saussure1 et que je lus l'information trs curieuse sur les ,alpes que ce dessin sert illustrer4 ,ce qui prouve que la ,suisse1 ds le premier moment1 fut comprise dans le plan du voyage1 voyage qui s'accomplit bientt le plus heureusement du monde1 et qui eut les meilleures consquences1 grce ,dieu4 ,nous gagnmes ,cologne par ,calais et ,bruxelles2 puis nous remontmes le ,rhin jusqu' ,strasbourg2 ensuite1 par la ,fort-,noire1 ,schaffhouse2 puis1 traversant rapidement la ,suisse au nord par ,ble1 ,berne1 ,interlaken1 ,lucerne1 ,zurich1 jusqu' ,constance4 ,l1 nous suivmes de nouveau le ,rhin jusqu' ,coire2 et1 passant le ,splugen1 nous allmes ,cme1 ,milan et ,gnes1 avec l'intention1 je m'en souviens trs bien1 de pousser jusqu' ,rome4 ,mais la saison tait dj avance1 et la chaleur ,gnes nous avertit qu'il y aurait imprudence aller plus loin2 nous fmes volte-face et revnmes par le ,simplon jusqu' ,genve1 en visitant ,chamonix2 retour par ,lyon et ,dijon4 ,faire ce long voyage de la seule faon qui ft possible alors1 c'est--dire en chaise de poste et avec des bateaux rames pour la traverse des lacs1 exigeait que chaque jour l'tape ft minutieusement calcule4 ,mon pre aimait arriver de bonne heure l'endroit o nous devions passer la nuit1 et il ne permettait jamais que sous aucun prtexte on s'arrtt4 ,impossible donc de prendre le moindre croquis en cours de route 7le petit pourboire supplmentaire qu'il et fallu donner y tait aussi pour quelque chose74 ,je pris ainsi la trs mauvaise habitude1 qui a eu ses avantages quelquefois1 de tracer quelques lignes la hte1 de prendre des notes pendant que la voiture marchait et de les mettre au point le soir1 de mmoire4 ,j'arrivai ainsi1 pendant ce premier voyage1 noircir une trentaine de feuilles de papier3 c'tait presque toujours de petits croquis la plume ou l'encre de ,chine1 il en tenait quatre ou cinq sur la mme page4 ,quelques-uns ne manquaient pas de grce1 mais la plupart taient lourds1 tmoignaient d'un travail pnible et n'avaient ni varit1 ni esprit1 ni originalit4 l'aide de ces barbouillages pris la vole1 je faisais1 quand nous passions quelques heures dans une ville1 des dessins plus finis la plume ou au crayon1 dont cinq ou six1 tout au plus1 mritent d'tre conservs4 ,mon pre tait trs fier d'une tude que j'avais faite ainsi de l'glise ,renaissance de ,dijon1 tours jumelles4 ,elle est ,brantwood1 accroche ct d'un ,htel de ,ville de ,bruxelles1 encore plus laborieux4 ,le dessin du mme ,htel de ,ville1 qui est ,oxford1 est une copie de celui de ,prout que j'avais faite pour illustrer un volume o j'avais commenc1 en vers1 le rcit de notre voyage1 car ce voyage avait surexcit au plus haut point mes pauvres petites facults2 il m'a procur des jouissances dont l'essence doit tre absolument insaisissable pour ceux qui n'ont rien prouv d'analogue1 des joies plus nombreuses1 en trois mois1 que n'en ont got pendant toute leur vie la plupart des gens4 ,je tcherai de dire1 plus tard1 l'impression que me causrent les ,alpes que j'aperus pour la premire fois de ,schaffhouse et aussi ,milan et ,genve2 mais1 pour le moment1 il me faut poursuivre mon rcit4 ,l'hiver de #ahcc1 et les instants de loisir que je pus drober mes tudes en #ahcd1 furent consacrs rdiger1 mettre au net et dcorer de vignettes le fameux compte rendu potique de notre voyage1 l'imitation de l',italie de ,rogers4 ,les dessins1 sur feuilles spares1 taient colls dans les cahiers2 beaucoup ont t enlevs depuis1 d'autres y sont encore1 mais les vers qui devaient les expliquer n'ont jamais t crits1 car mon inspiration tait puise bien avant que nous eussions gagn les bords du ,rhin4 ,cette folie inacheve est aux mains de ,joanie1 afin qu'elle ne puisse tomber que sous des yeux amis4 ,mon pre et ma mre1 qui s'taient enfin aperus que le ,dr ,andrews ne pouvait pas plus me prparer l',universit qu'aux devoirs du ,haut ,sacerdoce1 m'envoyrent comme externe l'cole du ,rv4 ,thomas ,dale1 dans ,grove ,lane1 non loin de ,herne ,hill4 ,charg de mon sac de livres1 je trottinais aux cts de mon pre qui me conduisait chaque matin aprs le djeuner2 je revenais pour le dner d'une heure1 n'ayant plus1 le soir1 qu' prparer mes leons du lendemain4 ,dans ces conditions1 je voyais peu mes camarades de classe1 les deux fils de ,mr ,dale1 ,tom et ,james2 et trois pensionnaires3 le fils du colonel ,matson1 de ,woolwich1 le fils de l'alderman ,key1 de ,denmark ,hill1 et un beau garon plein d'entrain1 ,willoughby ,jones1 depuis ,sir ,w4441 qui vient de mourir1 ce qui m'a fait beaucoup de peine4 ,je passais aux yeux de ces garons pour un pur imbcile1 et ils me traitaient1 j'imagine1 comme ils auraient trait une petite fille4 ,ils ne me rossaient pas1 cela n'en valait pas la peine2 ils ne me blaguaient pas non plus1 ayant dcouvert1 ds le premier jour1 que la raillerie n'avait aucune prise sur moi4 ,le plus souvent1 je ne comprenais pas ou1 si je comprenais1 je n'y attachais pas d'importance3 la trs haute ide que j'avais de ma valeur1 dans le fond de mon cur1 me maintenait dans une srnit inaltrable1 me dfendait contre toute apprciation dfavorable1 qu'elle vint d'un professeur ou d'un camarade4 ,d'intelligence ouverte1 aimant les livres1 ayant de plus une mmoire prompte et sre1 je savais toujours admirablement mes leons et1 comme les autres lves n'en apprenaient jamais que le moins possible1 bien que je fusse trs en retard sur beaucoup de points1 j'avais presque toujours les meilleures notes4 ,j'ai dj racont dans le premier chapitre de ,fiction ,fair and ,foul que ,mr ,dale avait trait ma chre vieille grammaire latine si claire de vieillerie cossaise4 ,ce geste1 du mme coup1 m'loigna jamais de lui et1 de ce jour1 je n'appris les leons qu'il me donnait que par devoir4 ,en mme temps que je travaillais les lettres1 j'tudiais les mathmatiques avec un professeur que l'on avait dcouvert encore dans ce malencontreux ,walworth4 ,mr ,rowbotham tait de tout point mritant1 recommandable et instruit dans sa partie2 aid par sa femme1 et bien qu'encombr d'enfants1 il tenait une ,acadmie pour jeunes gens non loin de ,the ,elephant and ,castle dans une de ces maisons qui talent sur le bord de la route de ,walworth une petite bande de gazon pel derrire une grille de fer4 ,il savait la grammaire latine1 allemande1 franaise2 enseignait l'usage des sphres tout au moins dans la limite ncessaire une cole prparatoire1 et en fait de mathmatiques en savait bien plus qu'il n'en fallait pour me donner des leons4 ,en dehors de cela1 par exemple1 il ne fallait pas lui demander grand'chose4 ,il ne savait rien des hommes ni de leur histoire1 rien de la nature1 ne s'tant jamais demand si elle avait un sens2 au rsum1 un pauvre tre born et triste1 incapable de gaiet et de fantaisie1 considrant les mathmatiques comme la seule occupation digne d'un cerveau humain1 asthmatique au dernier degr et sujet des crises de suffocation que rien ne parvenait soulager4 ,avec cela1 pas le sou et aucun espoir de sortir de cette misre1 en dpit de tous ses efforts1 car1 son dur labeur de pion termin1 il passait encore toute sa soire rdiger des manuels d'algbre et d'arithmtique1 compiler des grammaires franaises et allemandes1 qui n'taient pour les diteurs qu'autant d'occasions de le voler1 ajoutant grand'peine au bout de l'anne1 parce travail supplmentaire1 quatre ou cinq cents francs son revenu4 ,jamais l',angleterre1 en ce sicle1 ne vit clore plus triste fleur dans la serre chaude de la mtropole1 crature plus misrable1 plus innocente1 plus patiente1 plus inerte1 plus insipide et plus malheureuse4 ,sous la direction de ,mr ,rowbotham1 deux fois par semaine1 le soir1 7on lui offrait toujours un th substantiel1 rconfort dont le pauvre asthmatique sentait la ncessit aprs avoir gravi la rude monte de ,herne ,hill71 je fis des progrs sensibles en franais4 ,j'en avais grand besoin4 ,jusque-l1 c'est peine si1 corchant un mot par ici ou par l1 j'arrivais demander mon chemin2 et je ne sais vraiment pas comment1 un jour ,paris1 allant au ,louvre avec ,salvador1 notre courrier1 je russis me tirer d'affaire4 ,je m'tais mis en tte de faire un croquis des ,disciples d',emmas1 de ,rembrandt4 ,salvador s'tait adress un gardien1 car il faut une permission spciale1 mais on lui avait rpondu que j'tais trop jeune pour qu'on pt me donner une carte1 quinze ans tant l'ge exig2 devant ma mine dconfite1 le brave homme ajouta que si j'allais moi-mme au ,bureau1 si je parlais au chef1 peut-tre obtiendrais-je l'autorisation4 ,je demandai tre men sur l'heure devant les autorits1 et le gardien1 me prenant sous sa protection1 m'introduisit2 l1 dans mon mauvais franais1 j'exposai ma requte quelques messieurs d'aspect trs grave4 ,j'obtins gain de cause et fis un croquis du ,souper d',emmas d'un sentiment vraiment assez juste1 dont je fus extrmement fier4 ,mais cette connaissance borne de la langue1 bien que suffisante en pareille affaire1 fut l'occasion pour moi d'un grand chagrin et d'une profonde humiliation au dner1 au fatal dner chez ,m4 ,domecq4 ,j'avais l'air fort piteux sans doute1 car la petite lise1 qui avait alors neuf ans1 et l'me compatissante1 ayant remarqu que ses grandes surs ne s'occupaient pas de moi1 fut touche de mon abandon2 elle traversa tout le salon1 s'assit ct de moi et1 posant familirement son coude sur mes genoux1 se mit gazouiller4 ,elle babilla ainsi pendant plus d'une heure1 ne demandant pas qu'on lui rpondt--elle voyait d'ailleurs que j'en aurais t incapable--parfaitement satisfaite de l'attention respectueuse et reconnaissante que je lui prtais et de l'intrt plein d'admiration qu'excitait en moi non peut-tre ce qu'elle disait1 mais la manire dont elle le disait4 ,elle me fit par le menu l'historique de sa pension1 me parla des matresses1 qui taient parfaitement dsagrables1 et de ses petites compagnes qui taient charmantes1 et des punitions qui pleuvaient1 mais aussi c'est si amusant de faire ce qui est dfendu1 et de revenir aux ,champs-lyses pendant les vacances et d'habiter ,paris1 un vrai paradis6 ,cette heure passa comme un rve et me laissa bien rsolu faire tout mon possible pour apprendre le franais4 ,et voil pourquoi1 ainsi que je l'ai dj dit1 je donnai entire satisfaction ,mr ,rowbotham1 sous ce rapport4 ,j'tudiai aussi avec lui les trois premiers livres d',euclide2 et1 en algbre1 j'arrivai jusqu' l'quation du second degr4 ,mais l1 je m'arrtai et pour toujours4 ,ds que j'en arrivai aux sommes des sries1 aux symboles qui expriment des relations1 et non la grandeur relle des choses--en partie parce que je n'tais pas dou1 en partie parce que cela me dgotait et que j'avais dj l'horreur saine des choses vtilleuses et vainement intangibles--je regimbai ou bien restai abasourdi4 ,plus tard1 ,oxford1 on me fit malgr moi passer par quelques sections coniques dont les figures dessines me furent prcieuses et qui m'apprirent autant de trigonomtrie que j'avais besoin d'en savoir pour dessiner les lvations et plans de mes montagnes4 ,en gomtrie lmentaire1 je russissais bien1 j'tais mme fort pour un colier2 et1 ma suffisance se dveloppant avec perversit mesure que je m'apercevais de la mdiocrit de mes professeurs1 je pris le parti de travailler ma faon2 pendant cette anne de #ahce1 je passai beaucoup de temps diviser un angle en trois parties gales4 ,que d'heures d'application ainsi gaspilles6 ,j'en avais dj le sentiment sans me rendre compte que j'aurais me reprocher par la suite des heures plus mal employes encore4 ,tandis que l'ducation faisait de moi un petit spcimen d'arbuste forc1 quelques coups de gele me dpouillaient des quelques rares fleurettes qui avaient pouss autour de moi1 pour mon plus grand bonheur4 ,note #bc3 ,mlodies hbraques4 ,note #bd3 ,battle ,abbey prs de ,hastings4 7,note du traducteur74 ,,chapitre ,v ,,le ,,parnasse ,,et ,,le ,,plynlimmon#be ,dans le chapitre prcdent1 je me suis complu rcapituler mes exploits d'enfant1 numrer mes talents1 et cela m'a entran au del des annes de mon enfance les plus fcondes en vnements bons et mauvais4 ,je ne me fais pas scrupule d'en faire l'historique1 car personne1 en dehors de moi1 ne pourrait le faire4 ,pour ce qui s'est pass plus tard1 mes amis1 certains gards1 me connaissent mieux que je ne me connais moi-mme4 ,la seconde dcade de ma vie se trouva coupe brusquement1 spare de l'heureux temps de mon enfance1 par la mort de ma tante de ,croydon1 morte de froid littralement en se livrant quelque savonnage domestique par un mchant vent d'est4 ,son grand pagneul brun tach de blanc1 ,dash1 resta couch sur son cercueil tant qu'on voulut bien l'y laisser1 aprs quoi on l'amena ,herne ,hill o il fut mon fidle et unique compagnon1 jusqu'au moment o ,mary vint vivre avec nous4 ,la mort de ma tante de ,croydon1 qui survint aux environs de mes dix ans1 mit un terme mes courses sur les bords de la ,wandel comme aussi sur les bords de la ,tay4 ,nous ne quittions gure ,herne ,hill que pour voyager et nous menions une vie sans grand horizon4 ,ma tante de ,croydon laissait quatre fils1 ,john1 ,william1 ,george et ,charles1 et deux filles1 ,margaret et ,bridget2 c'taient de beaux garons et de jolies filles2 mais ,margaret1 dans sa jeunesse1 avait t victime d'un accident1 et elle tait reste infirme4 ,intelligente1 spirituelle comme sa mre1 elle ne m'intressait cependant pas1 bien que j'eusse pour tous mes cousins de ,croydon des sentiments quasi fraternels4 ,mais je n'ai jamais beaucoup aim les malades--le got ne m'en est pas venu encore--et1 qui plus est1 ,margaret se coiffait en boucles1 ce que je n'ai jamais pu souffrir4 ,bridget ne ressemblait pas sa sur2 elle avait les yeux noirs ou1 pour parler plus exactement1 couleur de noisette fonce2 elle tait svelte1 trs anime1 avec des traits trop pointus pour tre tout fait jolie1 des articulations trop anguleuses pour tre tout fait gracieuse2 fantasque1 un peu personnelle1 mais pourtant assez agrable pour qu'on l'ait invite venir une ou deux fois ,perth pendant que nous y tions1 et passer quelques semaines ,herne ,hill2 sans toutefois qu'elle s'attacht beaucoup nous1 ni nous elle4 ,je la trouvais un peu encombrante la nursery qui tait devenue1 mesure que j'avais grandi1 ma salle d'tude2 et cela ne l'amusait pas de travailler avec moi dans le jardin1 ou peut-tre ne le lui permettait-on pas4 ,les quatre fils taient tous de bons garons1 srieux et travailleurs4 ,l'an1 ,john1 plus habitu aux affaires que les autres1 s'embarqua bientt pour l',australie4 ,il y russit4 ,le second1 ,william1 finit aussi par s'en tirer ,londres4 ,le troisime frre1 ,george1 qui tait le meilleur des enfants et des hommes1 n'avait pas beaucoup de moyens4 ,un type de ,george ,,iv rural3 belle sant1 bonne humeur1 en un mot l',anglais dans sa meilleure expression4 ,il tait entr dans les affaires de ,market ,street o il secondait son pre1 et tous deux nous tmoignaient une affection qui faisait notre joie4 ,d'une honntet scrupuleuse1 ils taient l'un et l'autre aussi incapables d'indlicatesse que d'habilet4 ,je les abandonnerai ici pour l'instant1 occups qu'ils sont traner gaiement leur charrette remplie de pains de quatre livres4 ,le quatrime1 le plus jeune1 ,charles1 tait1 comme dernier-n dans les contes de fes1 gai1 vermeil1 brillant1 ne manquant ni de sens commun ni de bon sens1 affectueux comme tous les autres membres de la famille4 lve modle l'cole1 il respectait les rgles de la grammaire et mme celles de la politesse2 aussi se trouvait-il trs son aise dans le cercle raffin de ,herne ,hill4 ,son frre an avait dirig son ducation de plus importantes matires encore3 tout enfant1 il lui avait fait enfourcher poil un poney avec1 pour toute recommandation1 la menace d'une bonne fesse s'il se laissait tomber2 aussi n'tait-il pas tomb4 ,mme procd pour la natation4 ,ds la premire leon1 ,john avait lanc le gamin1 comme une pierre1 au beau milieu du canal de ,croydon1 s'y jetant sa suite1 bien entendu2 mais l'enfant avait regagn la rive sans secours1 m'a-t-on dit4 ,il n'tait pas plus haut que cela qu'il tait dj pass matre dans l'art de l'quitation et de la natation4 ,ma mre prenait d'autant plus de plaisir conter ces deux histoires qu'elle-mme1 dans l'ducation de son fils1 avait sacrifi l'orgueil qu'elle et prouv le voir hroque la crainte de l'exposer au moindre danger3 dfense expresse d'approcher seulement du bord d'un tang ou d'entrer dans une prairie o il y aurait eu un poney en libert4 ,ma mauvaise toile avait voulu1 de plus1 qu'aux environs de la maison il n'y et pas la plus petite ferme1 pas la moindre mare qui aurait pu obliger modifier ces ordonnances4 ,mais j'ai dj not1 avec reconnaissance1 tout le bien que je devais l'tang aux ttards de ,croxted ,lane2 j'ai dit aussi qu'il y avait1 entre la maison et l'cole1 une prairie lysenne1 sorte de lande en friche4 ,et l'extrmit de cette lande1 il y avait un tang1 un grand tang1 dont jamais personne n'avait sond la profondeur1 cette profondeur allant1 mme en t1 jusqu' trois pieds au milieu2 la sombre couleur de ses eaux ajoutait du danger leur mystre4 ,au bord du grand tang1 sur la rive droite1 s'levait un orme majestueux4 ,on racontait que d'une de ses branches--et personne n'osait mettre en doute la vracit du rcit1 pieusement accept--un dimanche1 un mauvais petit garon tait tomb dans l'eau1 et que1 du mme coup1 son me tait tombe dans un gouffre plus noir et plus profond encore4 ,un des grands bonheurs de ma petite enfance1 c'tait lorsqu'il m'tait permis d'aller avec ma bonne contempler1 de la route1 l'tang vengeur4 ,la disparition de cet tang1 lorsque1 par mesure sanitaire1 on a converti la lande de ,camberwell en un square bien soign1 est encore1 pour moi1 un sujet de lamentation4 tant donn le rgime de prcaution dont j'ai parl plus haut1 il va de soi que1 lors de mes visites ,croydon1 il ne m'tait jamais permis de sortir avec mes cousins1 dans la crainte qu'ils ne m'entranassent mal1 et je ne connaissais pas de plaisirs plus aventureux que mes promenades1 avec ,anne ou ma mre1 sur la route l'endroit o le petit ruisseau qui sort de l'tang de ,scarborough la traverse ou1 dans les prairies de ,duppas ,hill1 que de regarder mon pre dessiner--je serais rest des heures ainsi--ou de contempler1 sans jamais me lasser1 la pompe et le ruisseau1 de l'autre ct de la rue ou plutt de la ruelle1 car il n'y avait certainement pas trois mtres d'un mur l'autre4 ,il n'est donc point tonnant--lorsqu'il fut dcid que ,charles viendrait ,londres et entrerait en apprentissage chez ,smith1 ,elder et ,cie1 avec l'insigne privilge de venir dner ,herne ,hill tous les dimanches--il n'est donc point tonnant que la prsence de mon cousin ,charles ft pour moi un sujet de vive surexcitation1 car c'tait1 en fait1 une rvlation1 la rvlation des activits de la jeunesse1 et je m'attachai sincrement lui4 ,je n'tais pas un enfant amusant pour un jeune homme1 ni mme pour personne1 en dehors de papa1 de maman et de ,mrs ,richard ,gray 7dont il sera parl ultrieurement71 car je n'tais1 en vrit1 rien de plus qu'un petit singe encombrant1 suffisant et sans intrt4 ,charles n'en fut pas moins trs gentil1 trs affectueux toujours2 il rpondait fraternellement l'admiration que j'avais pour lui4 ,chez ,smith et ,elder1 ce fut bientt1 au dire de tous1 un commis exemplaire2 il connaissait aussi bien ses livres que ses clients4 ,comme tout bon employ1 il s'enorgueillissait personnellement de tout ce qui se faisait dans la maison1 de tout ce qui en sortait4 ,il nous apportait1 le dimanche1 un volume ou deux1 spcimens des derniers parus2 choisissant1 de prfrence1 cause de moi1 des livres gravures4 ,c'est ainsi que je connus ,stanfield et ,harding bien avant de possder1 moi-mme1 une seule de leurs uvres2 mais le plus prcieux cadeau que j'aie reu cette poque1 celui dont l'effet a t le plus profond et le plus durable1 je le dois ma tante de ,croydon1 ce fut le ,forget me not1 de #ahbg1 avec la belle gravure d'aprs le ,tombeau de ,vrone de ,prout4 trange1 n'est-il pas vrai1 que la premire impulsion donne aux instincts les plus raffins de mon esprit me soit venue de cette sur de ma mre1 si bonne1 si droite1 mais sans aucune culture4 ,mais des rsultats plus magnifiques furent dus aux relations de ,charles avec la littrature1 grce l'intrt que nous portions tous au petit in-octavo1 reli de faon cossue et dor1 que ,smith et ,elder publiaient1 chaque anne1 sous le titre de ,friendship's ,offering4 ,il tait compos par un pieux missionnaire cossais et pote1 poeta minor1 trs minor1 ,thomas ,pringle1 dont il est parl1 une ou deux fois1 avec quelque loge1 dans la ,vie de ,scott1 de ,lockhart4 ,homme d'une conscience rigide1 d'une mthode inflexible1 mais de connaissances bornes1 avec toute la suffisance cossaise1 le got des voyages1 et le courage aventureux d'un ,park ou d'un ,livingstone2 avec aussi1 quelques jolies touches de romantisme1 des vellits philosophiques qui tempraient son austrit4 ,pringle tait admis1 bien qu'il n'y jout qu'un rle modeste1 dans les meilleurs cercles littraires et li--ne fallait-il pas1 pour composer le petit in-octavo dor sur tranche1 s'adresser toutes les personnalits littraires8--avec toutes sortes de gens du haut en bas de l'chelle1 jusqu' moi1 pauvre dernier petit chelon4 ,scott l'avait protg2 il tait en correspondance polie avec ,wordsworth et ,rogers1 en trs bons termes avec le ,berger d',ettrick#bf1 et avait1 lui-mme1 commis un livre en vers1 sur l',afrique1 dans lequel les antilopes taient appeles springboks1 et o les murs et coutumes de l',afrique taient soigneusement observes4 ,pour faire plaisir au gentil commis de chez ,smith1 si bon garon1 qui racontait des merveilles de son livresque petit cousin1 et aussi parce qu'il tait constamment la recherche de compositions lgres pour boucher les interstices de la maonnerie de l',offering1 le digne ,mr ,pringle vint nous voir ,herne ,hill4 ,mis au courant de ma vie littraire1 il voulut bien s'intresser ses progrs et1 de temps autre1 il emportait quelques vers de ma composition4 ,il fut le premier dclarer franchement mon pre et ma mre qu'il ne voyait1 jusqu' prsent1 aucune raison de penser que je ferais oublier ,milton ou ,byron2 aussi1 aucun de nous n'attachait-il grande importance son opinion4 ,mais il reconnut1 bien qu'oblitres souvent par la vanit paternelle1 les facults naturelles1 vritablement suprieures de mon pre1 la sensibilit d'un romantisme exquis dont il tait dou et aussi l'admirable foi de ma mre dans cet vangile qu'il avait choisi de prcher4 ,il devint un des convives les plus respects de nos dners du dimanche et l'on prenait toujours son avis dans les questions touchant mon ducation4 ,intress par l'amour vritable que j'avais pour la nature1 par ma facilit faire les vers1 il lut1 avec attention1 quelques-unes de mes lucubrations1 m'en dit le fort et le faible1 et un jour--vritable initiation ,eleusinienne1 plerinage ,delphique--il me prit par la main et me conduisit chez le pote ,rogers4 ,le grand homme1 pralablement averti des titres qui1 aux yeux de ,mr ,pringle1 me permettaient d'aspirer l'honneur d'une telle prsentation1 se montra suffisamment gracieux1 bien que les soins donner au gnie naissant n'aient jamais t regards par ,rogers comme une occupation agrable pour un gnie son znith4 ,il faut bien le dire aussi1 je fus trs maladroit dans le choix des rflexions que je crus pouvoir faire1 en rponse l'intrt qu'il voulut bien me tmoigner et dont j'essayais de me montrer digne4 ,je lui fis des compliments enthousiastes sur la beaut des gravures qui illustraient ses pomes1 sans peut-tre manifester un intrt suffisant pour les pomes eux-mmes4 ,le fait est que ,mr ,pringle dtourna la conversation de faon un peu brusque et se mit parler de l',afrique1 sujet plus fait pour intresser le raffin mnestrel de ,saint-,james's ,place4 ,ici1 nouvelle sottise1 je me laissai entirement absorber1 au point de ne pouvoir en dtacher mes yeux1 par les tableaux accrochs aux murs tendus de damas rouge4 ,ce dont ,mr ,pringle prit texte1 lorsque nous nous fmes retirs1 pour me conseiller l'avenir1 lorsque je me trouverais en prsence d'hommes suprieurs1 d'couter plus attentivement ce qu'il leur plairait de dire4 ,ces vnements littraires 7j'ai racont ailleurs la visite que nous fit ,james ,hogg1 amen par ,mr ,pringle7 ne me faisaient pas abandonner les tudes scientifiques qui me ravissaient et pour lesquelles j'avais un got naturel4 ,j'ai racont plus haut leurs dbuts pendant les promenades minralogiques de ,matlock2 les affaires de mon pre l'entranaient quelquefois aussi du ct de ,bristol2 dans ce cas-l1 il nous installait1 ma mre1 ,mary et moi1 ,clifton4 ,l'histoire de ,miss ,edgeworth1 ,lazy ,lawrence1 et la visite de ,harry et ,lucy ,matlock donnaient un charme romantique la minralogie dans ces valles2 et le morceau d'oxyde de fer diamant--sous le n #ea de la collection ,brantwood--fut1 je crois1 la pierre par laquelle dbutrent mes tudes sur la silice4 ,ses reflets s'clairent de mille associations encore1 car de ,clifton nous passions gnralement ,chepstow1 et j'avais le bonheur sans pareil d'aller en bateau4 ,la traverse ne durait pas plus d'une heure1 mais c'tait une heure de plaisir suprme o se concentraient toutes les joies que procure le canotage aux autres garons1 tout le long de l'anne4 ,nous revenions ensuite par ,tintern et ,malvern1 dont les collines dlicieuses par elles-mmes l'taient doublement pour moi2 on me permettait d'y courir librement1 car elles ne reclaient ni prcipices dans lesquels on pt tomber1 ni rivires dans lesquelles on pt se noyer4 ,elles avaient1 de plus1 le charme d'veiller mes souvenirs classiques travers le ,henry ,milner de ,mrs ,sherwood1 livre que j'ai ador1 lu et relu et pour lequel j'ai encore1 l'heure actuelle1 beaucoup de respect4 ,c'est ainsi que1 par un hasard assez trange1 en ces annes de jeunesse1 mon imagination trouvait toujours s'appuyer sur la ralit des choses et que la ralit se spiritualisait au contact plus brillant1 plus entranant de la fiction4 ,il y avait toutefois un district1 celui des lacs de ,cumberland1 qui n'avait pas besoin d'ajouter son charme rel ceux de l'association4 ,j'ai dit quelque part que mon premier souvenir est attach au ,friar's ,crag sur le ,derwentwater2 voulant dire par l1 je suppose1 la premire impression de choses qui me sont devenues par la suite particulirement prcieuses4 ,ce qui est certain1 c'est que je connaissais ,keswick avant de connatre ,perth1 et quand les jours de ,perth prirent fin1 ma mre et moi nous passions plusieurs semaines soit au ,chne ,royal1 soit l'auberge de ,lowwood1 ou encore ,coniston ,waterhead pendant que mon pre voyageait dans le ,nord pour ses affaires4 ,l'auberge de ,coniston tait situe l'extrmit suprieure du lac1 sur la route qui longe le bord de l'eau2 la vue de ce beau lac paisible1 avec sa ceinture de collines boises1 avait pour mon pre le charme plein de douceur qu'il gota plus tard sur les bords des lacs d',italie4 ,l'auberge de ,lowwood n'tait alors qu'un modeste cottage1 et ,ambleside un tout petit village2 mais la paix dlicieuse1 le silence1 la flicit dont on se sentait envelopp--pour peu qu'on et l'amour des collines vertes et des eaux profondes-- chaque tournant de rive et de rocher1 ne ressemblaient rien de ce qui m'tait connu ailleurs soit par la vue1 soit par la lecture4 ,la premire fois que j'eus devant les yeux un spectacle plus grandiose1 c'est dans le ,pays de ,galles2 j'ai dcrit1 trop longuement peut-tre1 toute cette route de ,hereford ,rhaiadyr1 et celle sous ,plynlimmon jusqu' ,pont-y-,monach1 les dlices d'une promenade avec mon pre1 une aprs-midi de dimanche vers ,hafod1 trouble seulement par le vague sentiment que ce n'tait pas bien d'tre aussi heureux1 de courir les champs quand on aurait d tre sa table occup copier un sermon4 ,car la prsence de mon pre1 et son attitude1 ne suffisaient pas me rassurer3 nous avions conscience l'un et l'autre d'tre des mes bien profanes et mme quelque peu rvolutionnaires1 compares celle de ma mre4 ,de ,pont-y-,monach1 nous nous dirigemes vers le nord1 ramassant des cailloux sur la plage d',aberystwith1 gravissant le ,cader ,idris sur des poneys4 ,le ,cader ,idris fut1 pendant des annes1 pour moi et juste titre1 le roi des monts4 ,puis1 ce fut ,harlech et ses sables1 ,festiniog1 la passe d',aberglaslyn1 le merveilleux dtroit de ,menai et son pont suspendu que je regardais--en digne lve de ,miss ,edgeworth--avec une grande admiration pour le gnie mcanique de l'homme4 ,je ne pensais pas alors1 pauvre innocent que j'tais1 l'usage que l'homme ferait de ce gnie dans l'espace d'un demi-sicle4 ,c'tait le pont du ,menai--notez-le bien1 cher lecteur1 non le tube--avec son chemin en planche qui se balanait entre des fils de fer aussi lgers que des fils de la ,vierge1 d'un pilier l'autre4 ,ainsi jusqu' ,llanberis1 et par le ,snowdon1 dont l'ascension demeure pour moi jamais mmorable2 c'est l que1 pour la premire fois de ma vie1 j'ai moi-mme trouv un vrai minerai1 un morceau de pyrite de cuivre6 ,mais l'impression que m'ont laisse1 ds le premier jour1 les formes des montagnes du ,pays de ,galles a t si nette et si claire que les voyages que j'y ai faits plus tard n'y ont rien chang et n'ont fait que la confirmer4 ,ah6 si seulement alors mon pre et ma mre avaient su discerner les vritables capacits et les faiblesses de leur petit ,john2 s'ils m'avaient mis sur le dos de quelque poney au poil rude1 laiss au soin d'un bon guide gallois1 et de sa femme pour le cas o j'aurais eu besoin d'tre dorlot et soign1 ils auraient fait de moi un homme qui et rjoui leur cur et qui ft devenu probablement le plus grand gologue de son poque4 ,si seulement6 mais cela leur tait aussi impossible que de me jeter1 comme mon cousin ,charles1 la tte la premire dans le canal de ,croydon1 en comptant sur l'instinct de la conservation pour me tirer d'affaire4 ,au lieu de cela1 nous rentrmes ,londres et mon pre1 si occup qu'il ft1 trouva le temps1 une fois ou deux par semaine1 de me conduire dans une sorte de prison entoure de planches1 claire par le haut1 et garnie d'une paisse couche de sciure de bois1 qu'on appelle un mange4 ,c'tait du ct de ,moorfields4 ,l'odeur seule1 quand nous passions la porte1 me remplissait d'horreur et de terreur2 l on me hissait sur de grands chevaux qui sautaient1 ruaient1 tournaient en rond1 s'en allaient toujours du ct qu'il ne fallait pas et me dposaient par terre le plus souvent1 au plus grand dsespoir de ma famille et ma plus grande confusion4 ,enfin1 m'tant un jour foul l'index de la main droite 7il est toujours rest un peu crochu depuis71 on renona au mange et mon pre m'acheta un poney des ,shetland1 trs sage1 avec lequel1 l'un portant l'autre1 nous allions sur les routes de ,norwood tenus en laisse par un professeur d'quitation4 ,je m'en tirais peu prs dans la ligne droite1 mais si par malheur j'avais des distractions et que survnt un tournant1 j'tais par terre4 ,peut-tre avec de la patience serais-je arriv me tenir peu prs en selle1 mais pour cela il n'aurait pas fallu que mes moindres chutes prissent aux yeux de ma mre la forme de vritables catastrophes4 ,comme cela1 je devenais tous les jours plus nerveux et plus maladroit4 ,il fallut renoncer faire de moi un cavalier2 mes parents se consolrent de cette dconvenue en se disant que l'impossibilit o j'tais d'apprendre monter cheval devait tre la marque d'un gnie particulier4 ,le reste de l'anne se passa en travaux sdentaires4 ,c'est vers cette poque que mon got pour la minralogie reut une impulsion nouvelle1 grce un ami qui1 depuis1 est devenu un des familiers de la maison1 mais dont je n'ai pas encore parl4 ,lorsque j'avais t malade ,dunkeld1 j'avais t soign par deux mdecins3 ma mre et le ,dr ,grant1 un tout jeune licenci4 ,o mes parents l'avaient-ils connu8 ,je n'en sais rien2 mais je sais que mon pre1 qui l'aimait beaucoup1 avait t mme de l'aider au dbut de sa carrire4 ,pre et mre n'en parlaient jamais qu'avec la plus vive tendresse1 regrettant qu'il ne st pas mettre en valeur tous les dons qu'il possdait4 ,pour moi1 le nom du ,dr ,grant est rest longtemps associ au souvenir d'une poudre brune1 rhubarbe ou autre1 cre1 amre1 qui raclait la gorge1 et qu'il fallait pourtant avaler4 ,son nom avait toujours pour mon oreille un son rude1 granuleux et ses visites me causaient une profonde terreur1 d'autant qu'il ne riait jamais1 qu'il avait un visage ple1 triste1 tann1 rid1 rhubarbesque en un mot4 part cela1 le meilleur et le plus consciencieux des hommes1 tendrement attach mon pre1 auprs duquel il assumait le rle de conseiller mdical aussi bien des dispositions psychiques que des dispositions physiques de son client4 ,ce fut sans doute en raison de sa situation de famille--il tait1 dans tous les sens du mot1 un parfait gentleman--que le ,dr ,grant fut nomm mdecin bord d'une des frgates de ,sa ,majest qui s'en allait faire une croisire sur la cte ouest de l',amrique du ,sud4 ,la sant du bord ayant trs heureusement laiss beaucoup de loisirs au docteur1 il put consacrer la plus grande partie de son temps l'tude de l'histoire naturelle de la cte du ,chili et du ,prou4 ,un des plus importants rsultats de cette expdition fut la prise du plus beau cerf-volant qu'on ait jamais vu4 ,il avait d'normes pinces trs curieuses--j'oublie ce que chiasos signifie en grec--mais sa mchoire tait chiasique4 ,il arriva la maison admirablement emball dans du coton1 et lorsqu'on ouvrit la bote1 il excita l'admiration de tous les assistants2 on l'appela le ,chiasognathos ,grantii4 ,autre rsultat de l'expdition3 la collection vritablement complte de toutes les espces de colibris de ,valparaiso dont il fit un choix et dont il offrit ma mre--merveilleuse envole de pourpre et d'or--de quoi remplir deux vitrines aussi grandes que celles de la collection ,gould au ,british ,museum4 ,elles firent l'ornement du salon de ,herne ,hill et me donnrent par la suite des modles parfaits de plumage1 souplesse et couleur4 ,elles sont maintenant la place d'honneur1 dans une des salles les mieux claires de l'cole paroissiale de ,coniston4 ,le troisime rsultat de l'expdition fut plus important encore4 ,de riches ,espagnols1 propritaires de mines importantes dans l',amrique du ,sud1 avaient offert au ,dr ,grant des chantillons trs curieux des plus beaux ,lions de ,copiapo4 ,ce fut pour moi1 alors dans toute l'ardeur de ma passion minralogique1 un vnement considrable que de voir la table du salon charge de lamelles d'argent et d'or arborescent4 ,ce ne fut pas seulement l'homme de science1 mais ce fut l'avare qui sommeillait en moi qui1 en une heure ou deux1 se dveloppa prodigieusement6 ,je comptais1 grain par grain1 mon trsor dans les fragments que le ,dr ,grant m'avait donns2 et je me souviens encore de l'indignation que j'prouvai en voyant que l'enthousiasme de mon cousin ,charles n'tait nullement au diapason du mien1 lorsque je l'informai que la mince couche suprieure d'un modeste spcimen1 et dont la grosseur pouvait quivaloir la seizime partie d'une pice de six pence1 tait de l'argent brut4 ,ce fut au retour de ce voyage que le ,dr ,grant s'installa ,richmond1 o il ne tarda pas se faire une bonne clientle4 ,de temps autre1 par une jolie matine d't1 ou par une aprs-midi ensoleille d'hiver1 nous traversions les landes de ,clapham et de ,wandsworth et nous allions1 papa1 maman1 ,mary et moi1 djeuner l'auberge du ,star and ,garter avec le ,dr ,grant4 ,djeuners qui faisaient poque dans ma vie1 non seulement en raison de la jolie vue que l'on avait des fentres de la salle manger1 mais surtout parce que1 en ces grandes circonstances1 on me permettait de manger du pain frais1 pain franais1 moi qui1 mme en voyage1 ne mangeais jamais que du gros pain rassis4 ,mais1 laissant le ,dr ,grant au milieu de ces agrables souvenirs1 il faut que j'en arrive aux amis qui1 en dehors de ma parent1 ont eu la plus grande influence sur ma vie d'enfant1 ,mr et ,mrs ,richard ,gray4 ,mon pre1 ses dbuts1 avait souvent habit l',espagne1 pour y apprendre les mthodes de fabrication du sherry et de la mise en cave2 il avait vcu ,xrs1 ,cadix ou ,lisbonne4 ,lisbonne1 il s'tait li avec un jeune cossais1 employ dans une maison de commerce espagnole1 mais qui n'avait rien de l'esprit rond-de-cuir4 ,au contraire1 ,richard ,gray renchrissait sur son ami en sentiment romantique et partageait cette passion pour la meilleure littrature qui s'alliait assez trangement avec les habitudes ranges de l'homme d'affaires qu'tait mon pre4 ,aussi nergique1 aussi actif1 aussi pur1 l'enthousiasme de ,mr ,gray flambait souvent sans profit1 surtout si on le comparait celui de mon pre2 on aurait pu dire de cette flamme ce que ,carlyle disait du feu des ,franais ,dettingen par opposition avec le feu des ,anglais1 que c'tait fagot contre anthracite4 ,je ne jurerais pas toutefois que mon pre ne se soit pas laiss entraner quelquefois par l'ardent ,richard dans quelque folle quipe ,cintra1 quelque fte de village et mme quelque course de taureau1 ce qui pourrait paratre en contradiction avec ce que j'ai dit plus haut1 savoir que1 pendant neuf annes1 mon pre n'avait pas pris un seul jour de cong6 ,toujours est-il que les deux jeunes gens s'taient lis d'une amiti trs tendre qui eut sur le caractre de mon pre une influence gayante et bienfaisante4 ,amiti vritablement fraternelle et qui ne fut en rien diminue lorsque1 peu temps avant de quitter l',espagne1 ,mr ,gray pousa une jeune cossaise aussi belle que bonne1 ,mary ,monro4 ,absolument bonne1 et bonne avec grce1 trs simple1 trs aimante et trs srieuse1 elle n'avait pas assez d'esprit pour tre mchante1 et trop de cur pour tre sotte4 ,enthousiaste1 elle l'tait presque autant que son mari4 ,tous deux d'une pit vanglique ardente qui n'tait jamais agressive2 tous deux religieusement autant que passionnment pris l'un de l'autre4 ,le mnage des ,gray est le mnage le mieux assorti qu'il ait t donn de voir en ce monde o l'on a la manie d'arranger les mariages4 ,hlas6 le destin a voulu qu'ils eussent le chagrin de ne pas avoir d'enfants4 ,aussi1 la principale occupation de ,mrs ,gray fut-elle bientt de me gter4 l'poque o j'tais en ge de l'tre1 ,mr ,gray1 qui avait fait d'assez bonnes affaires en ,espagne1 tait venu s'installer ,londres avec sa femme1 la mre de sa femme1 et la caniche blanche de la mre de sa femme1 ,mrs ,monro1 qui rpondait au nom de ,petite4 ,ils vivaient tous quatre dans une belle maison de ,camberwell ,grove4 ,l'heureuse famille6 ,la vieille ,mrs ,monro1 aussi charmante que sa fille1 avec un peu plus de sens pratique2 ,richard heureux entre elles et les aimant de tout son cur1 et enfin ,petite1 qui avait de bon sens elle seule plus que deux au moins des membres de la famille1 qui faisait leur joie et qu'ils adoraient qui mieux mieux4 ,leur maison tait situe au bout de l'avenue1 une avenue de beaux arbres en ce temps-l1 longue de prs de trois quarts de mille1 montant en pente rapide et offrant une admirable perspective1 telle la nef d'une cathdrale gothique2 les arbres1 ormes1 sycomores1 trembles1 mlaient leurs branches les plus leves1 qui s'entrecroisaient2 toutes les maisons de l'avenue avaient un chemin dall qui accdait au perron1 en passant entre de petits carrs de gazon frais tondu4 ,maisons de trois ou quatre tages1 le plus souvent groupes sur des plans en terrasses1 bties en briques d'un ton fonc avec des toits d'ardoise hauts et raides1 le tout bien conditionn1 bien tenu1 bien balay1 bourgeoisement cossu et vulgaire et un air parfaitement content de soi qui ne demande rien personne4 ,prs de deux kilomtres de route charmante sparaient ,berne ,hill du ,grove2 ,mrs ,gray et ma mre1 sous le moindre prtexte1 montaient ou descendaient l'une chez l'autre2 la maison de ,mr ,gray nous tait ouverte toutes les heures du jour ou de la nuit1 nous y tions chez nous4 ,je ne pourrais pas en dire autant de ,herne ,hill1 pour les ,gray1 notre demeure gardant toujours une sorte d'inviolabilit sacre4 ,cette distance observe et maintenue fait que1 durant toute mon enfance1 j'ai eu le sentiment que nous tions1 de faon ou d'autre1 des tres suprieurs nos amis ou nos parents2 nous les protgions plus on moins1 nous leur faisions la grce de leur donner des conseils1 nous les instruisions par notre exemple1 tout en tant tenus1 aussi bien par notre dignit que par la hirarchie sociale1 viter toute familiarit4 ,il y avait pourtant une exception2 et c'est l un souvenir que j'ai le plus grand plaisir voquer4 ,dans le premier chapitre de l',antiquaire1 l'aubergiste de ,queen's ,ferry offre un hte de distinction une bouteille du meilleur porto de ,robert ,cockburn2 porto dont ,robert ,cockburn ne laissait jamais manquer ,sir ,walter1 car il tait cette poque sinon le plus gros1 du moins le premier importateur des grands vins de ,portugal1 comme mon pre des grands vins d',espagne4 ,mr ,cockburn tait d'une des bonnes familles d'dimbourg et il avait fait acte de condescendance en entrant dans le commerce2 d'une grande intelligence1 d'un esprit vif et mordant1 il tait reu dans la meilleure socit d'dimbourg1 et se trouvait li mon pre par mille souvenirs de la vieille ville4 ,c'tait sans contredit le plus noble1 le plus important des convives de nos agapes marchandes4 ,mrs ,cockburn1 encore mieux ne1 le type de la grande dame cossaise de la vieille cole1 tait indulgente pourtant aux ides modernes4 ,on disait que ,lord ,byron l'avait aime1 qu'elle tait la premire de ses premires grandes passions1 la ,mary ,duff de ,lachin-y-,gair4 ,quand je l'ai vue pour la premire fois1 elle tait encore extrmement belle1 bien que d'un certain ge1 pleine de bon sens1 et1 en dpit d'une certaine austrit un peu hautaine1 parfaitement bonne4 ,les ,cockburn avaient deux fils1 ,alexandre et ,archibald1 tous deux dans les affaires de leur pre1 tous deux intelligents et nergiques1 mais tous deux parfaitement dcids--et en cela ils se conformaient au dsir de leurs parents-- tre avant tout des gentlemen1 des marchands ensuite2 disposition de tout point respectable et digne d'tre encourage de nos jours1 et o1 dans leur cas particulier1 il n'entrait ni orgueil1 ni pose4 ,ces deux ,cockburn taient bien de vrais gentilshommes1 ns gentilshommes1 et plus leur aise dans leurs montagnes qu' leur bureau o nanmoins ils s'occupaient en conscience de leurs affaires4 ,elles ne se dvelopprent pas cependant1 comme elles eussent pu le faire1 si elles eussent t entre des mains moins aristocratiques4 ,alexandre et ,archibald dnaient souvent chez nous4 ,le premier avait beaucoup de l'humour de son pre2 le second tait un beau et jeune ,highlander aux cheveux noirs1 que ma passion pour ,walter ,scott avait touch2 aussi tait-il toujours dispos causer pche et chasse avec moi4 ,car1 ds l'enfance1 j'ai aim les rcits d'aventures1 bien que je ne fusse rien moins qu'aventureux4 ,j'ai lu tous les romans du capitaine ,marryat1 sans que cela m'ait jamais inspir la moindre envie de m'embarquer2 j'ai visit le champ de bataille de ,waterloo sans songer un instant me faire soldat2 je me suis passionn pour les rcits de pche d',isaac ,walton sans avoir jamais jet la mouche2 je savais par cur le ,deerslayer et le ,pathfinder1 de ,cooper1 sans avoir jamais eu encre les mains autre chose qu'un pistolet bouchon et sans avoir dcouvert d'autres sentiers que ceux des solitudes de ,gipsy ,hill4 ,s'il m'est arriv de me raconter des histoires merveilleuses de batailles dont j'tais le gnral victorieux1 cavernes o je dcouvrais des filons d'or1 ce n'tait que jeux d'imagination1 rves sans rapport avec la ralit4 ,ds cette poque1 je redoutais de grandir1 de vieillir2 je n'aspirais pas tre plus sage4 ,quant aux projets d'avenir1 je n'en faisais pas plus qu'un jeune ver soie perdu au milieu de sa premire feuille de mrier4 ,note #be3 ,montagne du ,pays de ,galles4 7,note du traducteur47 ,note #bf3 ,james ,hogg1 pote cossais4 7,note du traducteur47 ,,chapitre ,,vi ,,schaffhouse ,,et ,,milan ,la visite au champ de bataille de ,waterloo1 laquelle il est fait allusion dans le chapitre prcdent1 eut lieu lorsque j'avais cinq ans1 l'occasion des ftes du couronnement de ,charles ,x4 ,nous passmes quelques semaines ,paris dans une pension de famille tranquille1 et ensuite quelques jours ,bruxelles1 mais je n'ai gard aucun souvenir des stations intermdiaires4 ,lorsque je reviens sur ces souvenirs lointains1 je m'aperois que j'tais lent mouvoir1 que mes impressions s'veillaient avec peine1 et que j'avais besoin de sjourner deux ou trois jours dans une ville pour en avoir la plus lgre ide2 il est vrai que l'ide une fois forme tait gnralement juste4 ,il m'est rarement arriv d'avoir modifier ces premires impressions1 et celles qui s'y ajoutaient n'taient pas aussi durables4 ,d'o1 ce que les gens appellent mes prjugs et qui seraient plutt des aprs-jugs1 c'est--dire tout le contraire4 7,je n'ai pas la prtention d'introduire le mot dans la langue1 mais il m'est commode pour l'instant2 il pargne du temps et de l'encre47 ,une autre disposition trangement tenace chez moi1 c'est cette impossibilit de m'intresser autre chose qu' des choses proches ou tout au moins visibles et prsentes4 ,j'imagine que les enfants sont souvent ainsi1 mais cette disposition est demeure chez moi et c'est un des traits de mon temprament d'homme fait4 ,de cette premire visite ,paris1 je garde surtout le souvenir des coussins de plume garnissant les fauteuils de velours rouge de l'htel1 que l'on n'arrivait pas aplatir mme lorsqu'on tait assis dessus depuis une demi-heure2 du parquet bien frott du salon et du brave ,boots1 de ,brosse pour parler plus correctement1 qui s'escrimait sur les dits parquets chaque matin si bien qu'ils taient aussi polis1 aussi luisants qu'une table d'acajou2 de la jolie cour plante de fleurs et d'arbustes sur laquelle s'ouvraient les fentres de notre rez-de-chausse2 du gentil petit groom ngre au service d'une autre famille qui attrapait le chat de la maison1 et me le mettait dans les bras2 et d'une non moins gentille femme de chambre1 trs bonne fille1 qui d'ordinaire me le reprenait dans la crainte que je ne lui fisse mal 7l'exprience qu'elle avait des garons1 et des garons anglais en particulier1 l'inclinant se mfier de la puret de mes intentions74 ,je me souviens de ces choses1 de certaines personnes1 des ,tuileries1 et des jardins de ,tivoli o mon pre me fit monter sur les montagnes russes et o j'ai vu le plus beau feu d'artifice du monde2 mais1 par contre1 j'ai parfaitement oubli la ,seine et ,notre-,dame1 et tout ce qui tient la ville ou aux environs1 except les moulins vent de ,montmartre4 ,de mme ,bruxelles j'ai perdu tout souvenir de l',htel de ,ville1 des rues spacieuses2 il ne semble pas que j'aie t mu de rien1 ni mme surpris1 tandis que je n'ai pas oubli un dtail de la course en voiture jusqu' ,waterloo et de la promenade pied travers la plaine4 ,on n'avait pas encore construit l'horrible leve de terre qui l'a dshonore2 neuf ans s'taient peine couls depuis la bataille1 et chaque monticule1 chaque pli du terrain racontait fidlement les charges en avant ou les mouvements en arrire4 ,grave dans mon esprit par des lectures postrieures1 cette vision de la terrible lutte est reste parfaitement distincte1 alors que le souvenir d'une visite plus rcente1 faite depuis la construction de la digue1 s'est pour ainsi dire effac4 noter aussi que le ravissement que m'avait caus une promenade en bateau vapeur1 et dont j'ai parl dans ma dernire lettre1 est plus rcent4 ,quand j'tais enfant1 je prfrais la vaste mer elle-mme la plage o venaient mourir les vagues1 et le sable fin o l'on pouvait creuser des trous4 ,il n'y a pas eu pour moi de premire vue de la mer2 je n'avais pas plus de trois ans quand1 pour aller en cosse1 nous nous embarquions sur le cutter du capitaine ,spinks1 qui faisait alors un service rgulier1 et que je jouais sur le pont comme si j'eusse t sur la terre ferme4 ,il faisait d'ailleurs toujours beau4 ,la grandeur de l',ocan1 je ne l'ai sentie pour ainsi dire que du dehors2 j'ai eu la vision du gant qui fait trembler la terre1 en entendant la voix des vagues rouler sur la grve1 ou soupirer sur le sable4 ,j'avais l'intention de consacrer ici quelques lignes au souvenir d'une autre pauvre parente1 ,nanny ,clowsley1 une bonne vieille crature toujours souriante1 qui vivait entre une horloge hollandaise et quelques tasses th brches1 dans une seule chambre alcve4 ,cette seule chambre tait au troisime tage d'une des maisons pignon qui faisaient partie de ce pt de vieilles constructions que l'on vient de dmolir prs du pont de ,battersea1 du ct de ,chelsea4 ,mieux vaut rserver ce que j'ai dire sur ,chelsea pour une autre fois1 grouper tous ces souvenirs4 ,seulement1 en parlant de galets1 je ne puis taire l'importance qu'a eue pour moi l'espce de vue de mer que l'on avait des fentres de ,nanny ,clowsley1 d'o l'on pouvait guetter le flux et le reflux de la ,tamise1 voir les barques danser avec le flot ou se coucher sec mare basse4 ,mais j'ai dj trop tard1 il faut en venir aux premires impressions que m'a donnes la vue de certaines choses4 ,j'ai dit que1 pour nos voyages en ,angleterre1 ,mr ,telford nous prtait le plus souvent sa voiture4 ,mais quand nous allions en ,suisse1 ,mary nous accompagnant toujours maintenant1 il nous fallait des roues plus solides et plus de place2 pour ce voyage et pour ceux qui suivirent1 il fallut donc1 premier bonheur1 choisir une voiture parmi celles que louait ,mr ,hopkinson1 de ,long ,acre4 ,les pauvres imbciles1 les pauvres esclaves modernes qui se laissent traner comme du btail ou du bois coup travers des pays qu'ils s'imaginent visiter1 ne peuvent se faire une ide des joies innombrables qui accompagnaient le choix et l'agencement d'une voiture de voyage autrefois4 ,il y avait d'abord les considrations techniques de force1 de bon roulement1 d'quilibre et de scurit pour les personnes et les bagages2 l'air cossu qui doit en imposer aux modestes passants2 l'habile disposition des coffres provisions sous les banquettes1 les tiroirs secrets sous les glaces de devant1 les poches invisibles dissimules sous les coussins capitonns l'abri de la poussire1 et auxquelles on ne pouvait atteindre que par des fentes imperceptibles ou des trappes dignes d'un sorcier ou d',aladin lui-mme2 l'assujettissement des coussins pour qu'ils ne glissent pas1 l'arrondi des coins qui permet un repos dlicieux2 le fonctionnement ais des stores1 le bon tat de leurs ressorts et cordons1 la fermeture hermtique des glaces1 mille choses dont le confort d'une voiture de voyage dpend2 l'installation de tous ces dtails1 pour le plus grand bien-tre de ceux qui doivent occuper cette petite bote1 et pendant cinq ou six mois en faire virtuellement leur home4 ,n'est-ce pas dj voyager en imagination1 avoir tous les plaisirs1 et aucun des ennuis du vrai voyage8 ,pour ce premier tour sur le continent1 qui devait durer au moins six mois1 on fit choix d'une voiture avec un sige par devant1 ou plutt on le fit ajouter1 sige destin mon pre et ,mary2 plus1 un autre sige par derrire assez grand1 pour qu',anne et le courrier pussent y tenir1 et encore quatre places l'intrieur3 celles du devant1 un peu exigus1 taient rserves papa et ,mary en cas de mauvais temps4 ,je me souviens que1 lorsque nous emes enfin arrt notre choix1 ,mr ,hopkinson1 le loueur1 un homme extrmement poli1 au fait sans doute de ma rputation littraire naissante1 me demanda 7 la plus grande joie de mon pre7 si je pouvais traduire la devise du prcdent propritaire de notre berline qui tait peinte sous l'cusson armori3 ,vix ea nostra voco4 ,j'y russis sans peine1 et j'eus l'esprit d'ajouter que si la devise appartenait de droit l'ancien propritaire1 elle pouvait plus justement encore s'appliquer nous4 ,une voiture de famille aussi vaste1 trs solidement construite1 avec les bagages et son chargement de six personnes1 exigeait1 cela va sans dire1 quatre chevaux2 on trouvait d'ailleurs tous les relais cinq ou six attelages de rechange4 ,le lecteur moderne a peut-tre autant de peine raliser ces mthodes de locomotion primitives--qui datent pourtant d'hier--que celles des ,saxons et des ,goths migrateurs1 et il ne se plaindra pas si j'entre dans quelques dtails4 ,les chevaux franais1 et en gnral tous ceux que l'on trouvait sur les grandes artres europennes1 taient de vigoureux chevaux de ferme1 trottant bien1 ayant du cur1 frustes de poil1 et portant la queue longue2 des chevaux gais1 hennissant1 toujours prts foltrer entre eux l'occasion2 part cela1 faisant trs sagement leur besogne1 obissant le plus souvent la voix1 la rne n'intervenant que pour prciser l'ordre2 le fouet1 qui ne les effleurait jamais1 ne servait par ses claquements retentissants qu' traduire l'orgueil professionnel du postillon1 faire garer les voitures qui encombraient la route et prvenir tous les habitants des villages que l'on traversait1 que des personnages de distinction leur faisaient l'honneur de visiter leur pays4 ,rgle gnrale1 les quatre chevaux taient mens par un seul postillon qui montait le limonier2 mais si les chevaux taient jeunes1 ou le postillon inexpriment1 un second postillon conduisait les chevaux de vole4 ,le plus souvent1 on n'avait qu'un homme pour quatre chevaux2 les chevaux taient paisibles1 l'homme qui s'enivrait rarement tait ordinairement un trs jeune homme1 les hommes faits trouvant un meilleur emploi de leurs forces2 un jeune cavalier1 tant soit peu adroit1 qui pouvait conduire de bonnes btes bien dresses1 avait encore l'avantage de ne pas les charger4 ,la moiti du poids du postillon1 si ce n'est plus1 tait dans ses bottes1 de larges bottes souvent jetes au travers de la selle comme deux seaux2 le postillon1 une fois les chevaux mis la voiture1 gagnait sa place par le timon et produisait ses jambes dans ses bottes4 ,un personnage non moins important que le postillon1 dans les voyages en poste1 tait le courrier ou1 pour parler correctement1 l'avant-courrier1 dont la fonction consistait prcder la voiture cheval1 et faire prparer les relais de faon perdre le moins de temps possible2 poste de toute confiance1 car c'tait le courrier qui passait les marchs1 payait les notes1 vitait ses matres mille soucis1 sans compter la peine et la honte de massacrer le franais ou toute autre langue4 ,un bon courrier savait quelle tait la meilleure auberge dans chaque ville1 et les chambres les plus confortables dans chaque auberge1 de sorte qu'il pouvait crire d'avance et les retenir il devait1 s'il tait intelligent1 savoir ce qu'il y avait d'intressant visiter dans les villes que l'on traversait1 et au besoin1 par des moyens lui1 faire voir des choses rares1 inaccessibles au vulgaire4 ,murray1 que le lecteur ne l'oublie pas1 n'existait pas dans ce temps-l2 le courrier tait un ,murray priv1 il devinait1 quand il avait de l'esprit1 ce qui devait vous intresser tout particulirement4 ,question de tact4 ,le courrier accompagnait les dames lorsqu'elles avaient des emplettes faire1 il les conduisait aux bons endroits1 marchandant lorsqu'il le jugeait ncessaire4 ,enfin1 il tait li avec tous les autres courriers sur la ligne et il pouvait vous nommer1 pour peu que vous en eussiez la curiosit1 les voyageurs de marque qui se trouvaient l'htel en mme temps que vous4 ,mon pre et considr comme rvolutionnaire1 c'et t1 ses yeux1 une sorte d'empitement sur les privilges de la noblesse de nous faire prcder par un courrier cheval2 trs large d'ailleurs pour tout ce qui regardait le confort et l'agrment1 il n'et jamais consenti1 par ostentation1 payer un cheval supplmentaire4 ,on faisait commander les chevaux d'avance1 quand c'tait possible1 par le postillon de quelque voiture partie avant nous1 sinon1 nous nous rsignions attendre le temps ncessaire pour qu'on les harnacht4 ,notre courrier donc montait sur le sige de derrire1 ct d',anne1 et il nous tait1 dans l'accomplissement de toutes ses autres fonctions1 aussi indispensable qu'agrable4 ,indispensable d'abord1 tant donn que nous ne parlions que trs peu le franais1 peine assez pour demander notre route2 lorsqu'il s'agissait de discuter des prix ou de demander des renseignements un peu dtaills1 nous ne pouvions pas nous en tirer1 mme en ,france2 en ,suisse et en ,italie1 je ne saurais nous comparer qu' un troupeau de moutons ou d'oies de passage4 ,indispensable aussi la tranquillit de mon pre qui1 quoique trs gnreux de temprament1 avait horreur d'tre surfait et refait4 ,il savait bien que le courrier touchait une commission1 mais il savait aussi que son courrier ne se laisserait pas mettre dedans et il avait toute confiance en lui4 ,non par vanit1 mais par got et aussi pour le plaisir d'un changement1 mon pre aimait les grandes chambres1 et ma mre1 fidle ses habitudes1 exigeait une propret scrupuleuse2 des chambres propres et spacieuses1 implique une bonne auberge1 et le premier tage4 ,mon pre tenait aussi la vue2 il disait avec raison3 quoi bon voyager1 si ce n'est pas pour en voir le plus possible1 ce qui voulait dire3 le premier sur le devant4 ,mon pre1 dlicat et trs petit mangeur1 avait besoin d'une cuisine soigne et ma mre n'admettait que la viande de premier choix2 ce qui signifiait le dner servi part1 rien du prix fixe1 bien entendu4 ,enfin1 mon pre1 bien que n'allant jamais dans le monde1 aimait ctoyer avec discrtion et sans s'imposer1 cela va sans dire1 les gens du monde1 j'entends de la noblesse1 car il mprisait les purs mondains1 et il prouvait un sensible plaisir se dire que ,lord et ,lady un tel habitaient sur le mme palier1 et qu' tout moment il tait expos les rencontrer et les croiser dans l'escalier4 ,salvador1 dment averti1 ou ayant avec finesse devin les petites faiblesses paternelles1 lesquelles d'ailleurs ne pouvaient que le flatter1 avait carte blanche pour tous les arrangements1 locations1 etc4 ,partout nous trouvions les meilleures chambres prpares1 de bons chevaux attendant1 et propritaires et garons chapeau bas l'arrive et au dpart4 ,salvador donnait son compte toutes les semaines1 et mon pre le rglait sans jamais faire la plus petite observation4 toutes ces conditions de confort et d'agrment1 le moderne touriste la vapeur doit1 en imagination ajouter celle qui domine toutes les autres1 ne jamais avoir se presser1 pouvoir partir l'heure qu'on veut1 et1 si on est en retard1 faire attendre les chevaux4 ,en gnral1 nous djeunions huit heures1 et neuf heures on se mettait en route4 ,entre neuf et trois de l'aprs-midi1 sept milles l'heure1 en comptant les relais et en ne nous pressant pas1 nous faisions nos quarante ou cinquante milles dans la journe2 nous dnions quatre heures et1 aprs dner1 j'avais encore le temps de faire une longue promenade solitaire et dlicieuse2 je rentrais exactement sept heures pour le th1 aprs quoi je mettais au point mes esquisses et1 neuf heures et demie1 au lit4 ,quand l'tape fournit tait particulirement longue1 on partait six heures du matin et on faisait ses vingt milles avant le djeuner1 mais on s'arrangeait toujours pour arriver pour le dner de quatre heures4 ,ce n'tait que tout fait exceptionnellement que nous faisions un second arrt2 alors nous dnions dans quelque jolie auberge de village et nous n'arrivions que pour le th1 aprs avoir fait quatre-vingt ou quatre-vingt-dix milles4 ,mais nous ne faisions ces longues trottes que lorsque nous voulions arriver pour le dimanche dans quelque ville-cathdrale ou quelque joli village des ,alpes4 ,jamais nous ne voyagions le dimanche2 mon pre et moi1 le plus souvent1 nous assistions--en philosophes-- une messe matinale1 et ma mre1 uniquement pour nous faire plaisir 7car j'ai rarement vu trace de curiosit fminine chez elle71 nous accompagnait l'aprs-midi dans quelque promenade en voiture sur le ,corso ou autre lieu profane4 ,mais ce que nous prfrions tout1 c'tait une promenade pied aux environs d'un village dans les ,alpes4 ,j'ai menac mon lecteur1 quelques pages plus haut1 d'un complment de dtails sur mes premires impressions en ,suisse et en ,italie en #ahcc4 ,j'aurai aussi parler de ,calais4 ,je note ici seulement que nous avons remont le ,rhin jusqu' ,strasbourg o1 en dpit de ses miracles d'architecture1 j'tais dj assez intelligent pour trouver que la cathdrale avait de la raideur1 comme si elle et t btie en fer2 ce qui me fit le plus d'impression1 ce furent les hauts toits et les riches faades de ses maisons de bois qui font dj pressentir la ,suisse et surtout de trouver encore intacte la vue si admirablement rendue par ,prout la #cf;e planche de ses ,flandres et ,allemagne4 ,c'est dans le salon de l'htel1 ,strasbourg1 que nous tnmes conseil avec ,salvador pour savoir si--c'tait un vendredi aprs-midi--le lendemain nous pousserions jusqu' ,schaffhouse ou jusqu' ,ble afin d'y passer le dimanche4 ,que de choses pour moi dpendaient de cette dcision1 si jamais quoi que ce soit dpende de quelque chose6 ,salvador inclinait prendre la route directe qui suit le ,rhin1 ce qui nous permettait d'arriver aux ,trois ,rois l'heure du coucher du soleil4 ,mais ,ble1 il fallait bien en convenir1 il n'y a ni vue sur les ,alpes1 ni bruit de chutes d'eau4 ,salvador1 pour tre juste1 nous avait honntement propos une autre magnifique combinaison qui permettait de gagner1 par la ,fort-,noire1 les portes de ,schaffhouse avant l'heure de leur fermeture4 ,la ,fort-,noire6 la chute du ,rhin ,schaffhouse6 la chane des ,alpes6 quelques heures4 ,nous y serions dimanche6 ,quel dimanche au lieu du dimanche ordinaire ,walworth et de la promenade dans les prairies de ,dulwich6 ,mes vhmentes supplications finirent par l'emporter et1 aux premires heures du jour1 nous traversions au trot gal de nos chevaux le pont de bateaux de ,kehl4 ,je vois encore dans la lumire grise du matin se dessiner la ligne sombre des montagnes de la ,fort-,noire qui se prcisaient et s'levaient mesure que nous traversions la plaine du ,rhin4 ,portes des ,collines qui s'ouvraient pour moi sur une vie nouvelle1 et qui ne devaient plus se fermer que lorsque s'ouvriraient les ,portes des ,collines d'o l'on ne revient pas4 ,nous atteignmes ainsi la partie basse de la ,fort-,noire1 et pntrmes dans un vallon qui montait en pente raide2 moins d'un quart d'heure plus tard1 nous apercevions le premier chalet suisse#bg4 ,quelle signification pour nous tous1 et pour moi quelle vision en quelque sorte prophtique6 ,il n'est pas un voyageur moderne qui puisse comprendre ce que cela voulait dire pour moi1 duss-je passer des annes le lui expliquer4 ,un hurlement de joie triomphante--semblable tous les sifflets de locomotive s'chappant la fois de la gare de jonction de ,clapham--s'est lev de toute l'imbcillit de l',europe pour applaudir la destruction de la lgende de ,guillaume ,tell4 ,pour nous1 chaque mot en tait vrai1 que dis-je6 mythiquement clair d'une vrit surnaturelle1 et l1 sous les bois sombres1 nous en retrouvions le tmoignage visible1 tangible et charmant sur le bois pourpre de mlze1 sculpt sous l'inspiration des joies de la vie rurale1 de cette vie toujours la mme1 toujours immuable l'ombre des grands pins sur le sol ancestral1 dans la bndiction ta sainte pauvret et la paix de ,dieu4 ,ah6 la lgende de ,guillaume ,tell est dtruite6 ,et vous avez creus un tunnel sous le ,gothard1 vous voulez combler la baie de ,uri--et c'est pour vous1 pour l'amour de vous1 que les grappes de raisin dans pressoir de ,saint-,jacob ont rendu des gouttes de sang et que la massue de bois a renvers cheval et heaume dans le vallon de ,morgarten8 ,il est difficile d'imaginer l'poque dj lointaine et bnie o la ,suisse appartenait aux ,suisses1 et o les ,alpes n'avaient t foules par le pied d'aucun mortel4 ,on ne connaissait pas encore la vapeur1 si ce n'est bord de certains bateaux qui ne s'aventuraient que lorsque le temps tait calme 7,y avait-il alors des paquebots qui traversaient l',atlantique8 ,je ne m'en souviens plus74 ,en tout cas1 les routes de terre n'taient point contamines2 et une fois que nous emes pntr dans ce paradis des montagnes1 nous circulmes au milieu de ses valles embaumes1 de ses chalets blottis au fond de prairies tincelantes de rose4 ,vers midi1 nous atteignions des hauteurs moins fertiles2 les ctes se faisaient plus abruptes2 une ou deux fois1 au relais1 nous dmes attendre les chevaux1 si bien qu'au coucher soleil1 il nous restait encore vingt milles faire pour gagner ,schaffhouse4 ,il tait plus de minuit lorsque nous arrivmes aux portes de la ville2 elles taient fermes1 mais le portier1 que nous dmes rveiller1 consentit les ouvrir1 les entr'ouvrir plutt1 car une de nos lanternes heurta la grille et fut brise en mille pices1 comme nous pntrions sous la vote4 ,heureux privilge que d'entrer ainsi1 comme en rve1 dans une ville du ,moyen ge1 ft-ce au prix d'une lanterne casse1 plutt que d'y arriver btement dans la bousculade d'une gare de chemin de fer4 ,je ne me souviens que trs vaguement de la matine du lendemain2 j'imagine que nous dmes assister au service dans une glise quelconque1 et trs certainement une partie de notre journe a d se passer admirer les fentres en saillie sur des rues d'une propret invraisemblable4 ,aucun de nous ne semble avoir eu l'ide qu'il ft possible d'apercevoir les ,alpes sans faire quelque ascension1 exercice trop profane pour un dimanche4 ,nous dnmes quatre heures comme d'ordinaire et1 la soire tant admirable1 nous sortmes pour faire un tour4 ,nous avions prolong notre promenade travers la ville1 le soleil tait prs de se coucher lorsque nous nous trouvmes dans une sorte de jardin public situ1 je crois1 l'ouest de la ville et d'o la vue embrasse tout le cours du ,rhin et la plaine au sud et l'ouest4 ,je regardais le pays dcouvert dont les larges ondulations se perdaient dans une brume bleue1 comme j'aurais regard de ,malvern1 par exemple1 les perspectives du ,worcestershire1 ou de ,dorking celles de ,kent quand1 tout coup1 que vis-je l'horizon6 ,nous n'emes pas un instant la pense que ce pouvait tre des nuages4 ,c'tait d'une puret de cristal1 cela se dtachait sur le ciel en fines artes dj teintes en rose par le soleil couchant4 ,cela dpassait tout ce que nous avions jamais pens ou rv4 ,les murs de l'den perdu n'auraient pas eu plus de beaut et les murs1 entourant le ciel1 de la ,mort sacre1 plus de solennit4 ,est-il possible d'imaginer1 pour un enfant d'un temprament comme le mien1 entre dans la vie plus bnie6 ,ce temprament1 il est vrai1 tenait l'poque4 ,quelques annes plus tt1 au sicle prcdent1 aucun enfant ne se serait intress aux montagnes comme je faisais1 ni aux hommes qui les habitaient4 ,avant ,rousseau1 l'amour sentimental de la nature n'existait pas2 et avant ,scott1 on n'avait pas l'ide d'un amour intelligent pour les hommes de toutes classes et de toutes conditions1 amour qui prend non seulement le cur1 mais la chair4 ,saint ,bernard de ,fontaine1 contemplant le ,mont-,blanc avec ses yeux d'enfant1 voit au sommet la ,madone4 ,saint ,bernard de ,talloires n'aperoit pas le lac d',annecy1 il n'a de penses que pour ceux qui sont morts entre ,martigny et ,aoste4 ,pour moi1 le pays des ,alpes tait galement beau par ses neiges ternelles et par le caractre de ses habitants et1 ni pour moi-mme1 ni pour eux1 je ne demandais la vue d'autres trnes dans le ciel que les rochers1 d'autres esprits dans le ciel que les nuages4 ,c'est ainsi--dans un parfait quilibre moral et physique1 le cur ardent1 mais sans nul dsir d'tre autre que je n'tais1 d'avoir plus que je n'avais2 ne connaissant des larmes que ce qu'il en faut pour faire de la vie une affaire srieuse1 sans en dtendre le ressort2 ayant la fois assez de science et de sentiment pour faire de cette premire vision des ,alpes non seulement la rvlation de la beaut sur la terre1 mais la premire page de son livre--que je quittai ce soir-l le jardin en terrasse de ,schaffhouse avec mon destin arrt1 au moins dans tout ce qu'il aura eu de sacr et d'utile4 ,c'est vers cette terrasse1 et vers la rive du lac de ,genve que1 jusqu' ce jour1 reviennent et mon cur et ma foi1 chaque lan qui les fait noblement vivre1 et chaque pense qui m'apporte secours ou consolation4 ,le matin qui suivit cette soire de dimanche ,schaffhouse fut admirable2 le ciel tait sans nuages et nous nous fmes conduire de bonne heure aux chutes4 ,dans la lumire du matin1 nous revmes la chane des ,alpes1 et nous connmes1 ,lauffen1 ce qu'est une rivire alpestre4 ,au sortir des gorges de ,balstall1 j'eus de nouveau une vision inoubliable de la chane des ,alpes1 et ces aspects lointains1 que le voyageur moderne ne souponne mme pas1 me firent apprendre et sentir plus que les merveilles vues de prs ,thun et ,interlaken4 ,ce fut aussi un grand bonheur pour moi1 que nous ayons pris1 pour passer en ,italie le plus majestueux des dfils1 et que la premire gorge des ,grandes ,alpes que j'aie vue ait t celle de la ,via ,mala1 le premier lac d',italie1 le lac de ,cme6 ,nous nous embarqumes ,chiavenna1 pour traverser le lac1 et le dimanche suivant nous trouva ,cadenabbia4 ,aprs cela1 de villa en villa jusqu' l'autre extrmit du lac1 et ensuite de ,cme ,milan par ,monza4 ,sans que la saison ft avance1 nous tions dj en plein t1 et je conseillerai toujours pour une premire visite en ,italie1 de choisir l't4 ,ce fut un bonheur aussi1 bien que mon cur me portt vers les paysans suisses1 que chez moi le got des choses artificielles et t form par ,turner dans l',italie de ,rogers4 ,le ,lac de ,cme1 les deux villas au clair de lune1 et l',adieu m'avaient prpar admirer ce qui vaut la peine de l'tre dans les jardins en terrasses1 les arcades de belles proportions1 les grands murs blancs ensoleills1 qui n'ont en gnral qu'attrait factice pour les imaginations anglaises4 ,chez moi1 ce got tait pour ainsi dire inn1 grce ,turner1 et tout cela1 ds le premier moment1 me fut familier2 j'admirais et je vnrais4 ,je n'avais aucune ide alors de l'lment mauvais1 l'lment ,renaissance1 qui pouvait s'y mler4 ,j'y retrouvais ce qu'on m'avait dit tre l'art divin de ,raphal et de ,lonard2 et mon ignorance des dates les associait aux personnages de ,shakespeare2 la villa de ,portia1 le palais de ,juliette devaient leur ressembler4 ,j'ai toujours eu aussi1 comme je l'ai not dans l'pilogue de la nouvelle dition du deuxime volume des ,modern ,pointers1 une perception trs exacte des grandeurs1 soit en fait de montagnes1 soit en fait de monuments1 une sorte d'exactitude joyeuse1 si bien que je saisis du premier coup d'il les vastes proportions des palais milanais1 de la montagne de marbre aux cent flches1 du ,dme1 et comme je ne faisais pas encore la distinction entre le bon gothique et le mauvais1 la richesse1 la dlicatesse des fines ciselures de dentelle qui se dtachaient sur le bleu du ciel me transportrent4 ,mais quelles extases lorsque1 grimpant1 et me promenant au milieu de ces merveilles1 j'aperus1 entre les pinacles1 le ,mont ,rose6 ,j'avais pourtant t prpar cette apparition par l'admirable reproduction qui en avait t donne ,londres un ou deux ans auparavant1 dans une exposition dont j'ai1 plus tard1 vivement regrett la disparition--le panorama de ,burford1 dans ,leicester ,square--tentative de la plus haute valeur ducative et qui aurait d tre soutenue par le ,gouvernement4 ,j'avais admir l un tableau charmant1 d'une facture exquise1 qui reprsentait le panorama vu du haut de la cathdrale de ,milan2 je ne pensais pas alors que je le verrais un jour et il m'avait ravi et tonn2 mais tre l aujourd'hui1 y tre rellement1 tenait du miracle4 ,nous emes encore le bonheur d'avoir un temps merveilleux tout le reste de la journe4 ,vers le soir1 nous allions en voiture au ,corso1 qui1 cette poque1 faisait le bonheur du beau monde de ,milan comme le ,parc chez nous1 et d'o1 avant la construction de la grande gare1 on avait la vue1 d'un ct1 de toute la chane des ,alpes1 et de l'autre1 de la belle cit domine par son ,dme blanc4 ,puis le retour1 en voiture dcouverte1 dans le calme du crpuscule1 travers les longues rues silencieuses2 la place du ,dme1 sur les larges dalles de laquelle les roues glissaient sans bruit1 augmentaient encore la sensation d'irralit et d'merveillement4 ,et cet air si pur1 ce silence1 la majest environnante des ,alpes que je venais de voir1 la perfection--elle m'apparaissait telle alors--et la puret de ce marbre immacul qui se dcoupait contre le ciel6 ,en ce monde toujours changeant1 pouvait-on demander davantage en fait de bien apparemment immuable8 ,j'essaie autant que possible de ne pas influencer mon lecteur et de le laisser juge des vnements que je m'efforce de raconter simplement2 mais ici1 l'on me pardonnera de souligner tout l'avantage que nous tirions de nos habitudes de sauvagerie pendant ce premier voyage sur le continent1 o notre solitude se trouvait augmente encore par notre ignorance des langues trangres1 et aussi par notre amour du confort4 ,c'est une sensation particulirement dlicieuse1 inconnue au touriste moderne plus ou moins frott d'allemand et de franais1 de parcourir les rues d'une ville sans comprendre un mot de ce qui s'y dit2 l'oreille conserve1 vis--vis de toutes les voix1 une impartialit absolue1 le sens des mots ne gne pas pour reconnatre si l'organe est dur1 souple ou suave2 tandis que l'attitude1 le geste1 l'expression du visage prennent la valeur qu'ils ont dans la pantomime2 le moindre petit incident se transforme pour vous en opra mlodieux ou bien en pittoresque de marionnettes langage inarticul4 ,songez aussi tout ce que ce calme a de prcieux4 ,la plupart des jeunes gens notre poque et mme des gens plus gs1 s'ils ont gard quelque curiosit1 sont plutt1 en voyage1 en qute d'aventures que d'informations4 ,les choses ne les intressent que dans leurs rapports avec leur moi4 ,en fait1 ils ne pensent qu' eux1 plus attirs par les gens de belle humeur que par les mlancoliques1 et trs occups de trs petites choses4 ,non que je prtende que notre isolement et rien de mritoire1 ni que je soutienne qu'il vaille mieux ne pas savoir d'autre langue que la sienne1 mais l'ignorance qui est humble a ces avantages4 ,nous ne voyagions pas pour courir les aventures1 pour faire de nouvelles connaissances1 mais pour voir avec nos yeux et sentir avec nos curs4 ,la sympathie fait dcouvrir dans l'humanit des profondeurs o il y a plus de vrit que dans les formules et les mots2 et mme dans mon propre pays1 j'ai constat que les choses qui m'ont caus le moins de dceptions sont encore celles que j'ai apprises en qualit de spectateur4 ,note #bg3 ,suisse de caractre et de construction3 les frontires politiques sont peu de choses4 ,,chapitre ,,vii ,,papa ,,et ,,maman ,les tudes1 dont j'ai parl plus haut1 auxquelles je me livrai pendant cette anne #ahcd1 encore sous l'impression des motions du voyage1 m'entranaient dans quatre directions diffrentes2 il et fallu1 alors1 bien peu de chose1 le plus petit encouragement1 pour fixer mon choix et m'engager dans l'une ou dans l'autre4 ,c'tait d'abord l'effort fait pour exprimer en vers des sentiments vritablement sincres en dpit de ce que leur expression accusait de vanit superficielle1 et d'une forme bien cadence quoique fort pauvre en ides4 ,il m'aurait t impossible d'expliquer le plaisir que je trouvais contempler la mer ou errer dans les landes1 mais j'prouvais une douceur infinie moduler une plainte qui rappelait le murmure des vagues ou jeter un cri comme celui du vanneau4 ,en second lieu1 j'avais une vraie passion pour la gravure et pour les effets de surface et d'ombre auxquels elle se prte4 ,je n'ai jamais vu de dessins d'adolescent d'une facture aussi consciencieuse et d'une telle dlicatesse de ligne2 il y avait certainement en moi l'toffe d'un bon graveur4 ,mais le destin en ayant dcid autrement1 je dplore la perte que ce fut pour l'art de la gravure1 moins toutefois que celle1 dj calcule ou plutt incalculable1 qu'avait faite en moi la gologie6 ,venait en troisime lieu l'instinct passionn de l'architecture1 bien que j'eusse t incapable de rien btir ou de rien sculpter1 n'ayant aucun don d'invention2 et je crois bien avoir fait dans cette branche tout ce que j'tais capable de faire4 ,enfin1 quatrimement1 il y avait l'instinct gologique toujours vivace1 toujours renaissant1 associ dsormais aux ,alpes4 ,pour mes quinze ans1 je demandai que l'on me ft cadeau de l'ouvrage de ,saussure1 ,voyages dans les ,alpes1 et je me mis mthodiquement la rdaction de mon dictionnaire minralogique l'aide des trois volumes de ,jameson 7un livre prcieux71 en comparant ses descriptions aux spcimens du ,british ,museum2 j'crivais les miennes1 infiniment plus loquentes et plus compltes1 en caractres stnographiques extrmement ingnieux et symboliques1 qui me demandaient beaucoup plus de temps que l'criture ordinaire1 et dont il me fut impossible1 plus tard1 de relire un seul mot4 ,voil les quatre points stratgiques qu'il et t facile de fortifier1 les dispositions qui ne demandaient qu' tre cultives2 et c'est le temps d'expliquer1 autant que je le pourrai1 avec les donnes que je possde1 le caractre assez particulier et le gnie de mes pre et mre dont l'influence sur moi1 dans ma jeunesse et pendant la plus grande partie de ma vie1 a t plus considrable que toutes les circonstances extrieures1 toutes les amitis1 toutes les directions1 l',universit ou dans le monde4 ,une des choses qui ont pes d'un poids immense et influ1 non seulement sur ma mthode de travail1 mais pense1 c'est que tandis que mon pre1 comme je l'ai dj dit1 me donnait le meilleur exemple de lecture potique--je dis bien lecture1 et non dclamation1 chose qu'il mprisait et qui me dplaisait fort--ma mre voulait m'enseigner 7elle avait tout ce qu'il fallait pour cela7 une justesse absolue de diction et la plus grande prcision d'accent en prose2 elle m'a appris1 ds que j'ai su parler1 ce dont j'ai essay plus tard de convaincre mes lecteurs3 que la justesse de la diction implique la justesse de la sensation1 et la prcision de l'accent1 la prcision du sentiment4 ,bien que ma mre et t leve en province chez ,mrs ,rice1 elle l'avait t dans les principes les plus svres de vrit1 de charit1 d'conomie domestique2 dans le respect scrupuleux de la langue anglaise qui1 dans le milieu o elle vivait1 tait loin d'avoir conserv la puret des eaux limpides de la ,wandel4 ,j'ai dj dit qu'elle tait la fille de la propritaire1 reste veuve toute jeune1 de l'auberge de la ,tte du ,roi1 qui1 au moins1 existait encore il y a un an ou deux4 ,l'un des cts de la maison donnait sur la place du ,march de ,croydon et la porte d'entre ouvrait sur une ruelle en pente1 impraticable aux voitures1 et qui relie la rue ,haute la ,ville basse4 leve en pleine agora de ,croydon1 entendant parler son dialecte1 ma mre1 telle que je la vois aujourd'hui1 devait tre1 dans sa jeunesse1 une jeune fille extrmement intelligente1 trs pratique et navement ambitieuse2 elle fut toujours sans effort la tte de sa classe et profita en conscience de tous les avantages que l'institution provinciale et sa modeste matresse pouvaient lui offrir4 ,je ne l'ai jamais1 aucune poque de sa vie1 entendue se plaindre1 tout au contraire1 de l'ducation qu'elle avait reue4 ,j'ignore pour quelles raisons ma mre alla vivre dimbourg avec mon grand-pre et ma grand'mre4 ,ils migrrent bientt aprs dans la maison de ,bower's ,well1 sur le versant de la colline de ,kinnoull1 au-dessus de ,perth4 ,j'ai t d'une indiffrence stupide l'gard de l'histoire de ma famille tant qu'il m'et t facile de la connatre2 et ce n'est gure que depuis la mort de ma mre que j'ai eu envie de savoir ce qu'elle seule aurait pu me dire6 ,ce changement de vie entrana certainement un changement de milieu2 en cosse1 ma mre se trouvait dans une sphre suprieure1 un monde de gentlemen et de ladies quelquefois un peu excentriques1 le plus souvent pauvres1 mais enfin1 de gentlemen et de ladies4 ,elle a d se dvelopper1 devenir une grande belle jeune fille au visage la fois doux et nergique1 une matresse de maison accomplie1 d'une tenue irrprochable1 et rserve jusqu' la pruderie1 mais une pruderie naturelle1 si l'on peut dire1 inviolable et jamais agressive4 ,je n'ai jamais entendu un mot rvlant un sentiment un peu vif1 ft-ce de simple admiration1 ayant troubl la srnit de son rgne en cosse4 ,pourtant1 j'ai remarqu qu'elle ne prononait pas sans un tant soit peu d'embarras devant mon pre1 et non sans plaisir devant les autres1 le nom du ,dr ,thomas ,brown4 ,que le ,dr ,brown1 professeur de philosophie morale1 hte assidu de ma grand'mre1 aimt causer avec ,miss ,margaret1 cela suffit prouver quelle place elle tenait dans le monde d'dimbourg2 mais elle ne ngligeait pas pour cela les devoirs de sa charge1 qu'elle ne remplissait que trop scrupuleusement4 ,un jour qu'habille pour le dner elle avait couru la cuisine jeter un dernier coup d'il1 la vieille ,mause1 qui tenait une pole la main1 avait1 par inadvertance1 ait une grosse tache sur la jolie robe blanche de sa jeune matresse2 et comme il parat que celle-ci la rprimanda avec trop peu de rsignation aux voies de la ,providence en cette matire1 ,mause s'tait crie en branlant la tte3 ,ah6 ,miss ,margaret1 vous tes comme ,marthe1 vous vous empressez et vous vous doublez dans le soin de beaucoup de choses#bh4 l'poque o ma mre1 dans la fleur de sa vie1 vingt ans1 tait une sorte de ,desdmone1 occupe la plus haute philosophie morale tout en ne ngligeant pas les affaires du mnage1 mon pre tait un adolescent de seize ans aux yeux noirs1 actif1 spirituel et vibrant4 ,margaret tait pour lui une sorte d'institutrice1 et une confidente rvre et admire sans mesure1 aime avec srnit1 laquelle il prouvait le besoin de dire ses secrets1 de conter ses grandes mais trs fugitives passions1 et laquelle il demandait conseil1 en toutes circonstances4 ,mon pre avait dcid1 ds cette poque1 d'entrer dans commerce1 sans pourtant abandonner ses tudes4 ,il avait appris le latin1 qu'il savait bien1 sous la noble direction d',adam l'cole suprieure d'dimbourg2 en mme temps1 sous l'influence alors vivante et prpondrante de ,sir ,walter ,scott1 tous les coins de sa ville natale s'idalisaient1 s'imprgnaient de pure posie des souvenirs historiques les plus nobles qui aient jamais sanctifi et hant les rues d'une brillante capitale4 ,je n'ai ni le temps1 ni le dsir d'allonger encore mon rcit en mettant sous les yeux du lecteur des lettres1 manie dtestable de nos biographes modernes qui se plaisent confondre la conversation par lettre avec le fait vivant4 ,cependant1 il faut lire cette lettre du ,dr ,thomas ,brown mon pre1 crite en une heure dcisive1 et qui tmoigne de la situation qu'il occupait dj parmi la jeunesse d'dimbourg4 ,elle souligne de faon bien saisissante certains cts de son caractre qui ont eu par la suite une grande importance pour lui et pour moi3 #h1 ,n4 ,st4 ,david's ,street1 ,edinburgh1 #ah fvrier #ahjg4 ,cher ,monsieur1 la date inscrite en tte de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'crire pour me demander conseil au sujet de vos tudes littraires1--conseils dont un proficient comme vous n'a gure besoin--me remplit de confusion4 ,il m'a t vraiment impossible d'y rpondre plus tt et je vous supplie de croire que ce retard ne vient pas d'un manque d'intrt pour vos progrs intellectuels4 ,vous n'tiez encore qu'un enfant que je me flicitais dj de votre jeune ardeur1 de vos progrs et1 autant pour vous que pour votre excellente mre1 je m'intressais vous1 persuad d'ailleurs que1 quelle que ft la profession que vous adopteriez1 vous vous y distingueriez4 ,vous semblez regretter1 et je crois que vous avez tort1 le temps que vous avez consacr aux lettres4 ,je ne le regrette pas4 ,vous avez senti1 j'en suis sr1 combien de telles tudes ajoutent au raffinement des manires et du cur2 c'est l1 pour l'homme qui ne tient pas tre1 avant tout1 un homme de science1 un des principaux bienfaits de la littrature4 ,n'oubliez pas qu'il est trs diffrent de travailler professionnellement ou simplement pour orner son esprit4 ,dans le monde o vous tes destin vivre1 vous entendrez nommer cinquante crivains pour un savant4 ,ces tudes ont encore le grand avantage1 moins vraiment qu'il n'y ait abus1 de ne vous faire jamais taxer de pdanterie2 et je ne saurais en dire autant des autres branches de la science4 ,et1 sans doute1 il y a quelque danger lire posie et romans avec gloutonnerie1 y consacrer les heures qui devraient tre rserves aux affaires1 mais je sais que vous n'tes pas homme perdre ainsi votre temps4 ,il existe pourtant une science1 la prfr et la plus grande de toutes pour les hommes en gnral1 et les hommes d'affaires en particulier3 c'est l'conomie politique4 ,vous devriez vous tourner ce ct4 ,c'est la science de votre profession1 science qui contre-balance les----7mot oblitr par le cachet7 et les habitudes mesquines que cette profession dveloppe quelquefois2 science laquelle il faut toujours faire appel lorsqu'il s'agit d'affaires1 ou commerciales1 ou financires4 ,un commerant qui connat bien l'conomie politique sera en tat de donner des impulsions nouvelles1 de diriger ses confrres2 sans connaissances en conomie politique1 il ne sera jamais qu'un vulgaire marchand4 ,ne perdez donc pas un jour pour vous y mettre1 procurez-vous un exemplaire la ,richesse des ,nations1 d',adam ,smith1 lisez et relisez cet ouvrage avec attention2 je suis sr que vous y trouverez le plus grand plaisir4 ,en vous donnant ce conseil1 je vous traite en marchand2 puisque telle doit tre votre profession dans la vie1 l'important1 tant donn qu'il s'agit d'un nouveau profit tirer1 c'est de voir s'il doit contribuer faire de vous un marchand distingu et honorable1 personnage considrable dans un pays comme le ntre4 votre point de vue1 dans le monde que vous tes destin frquenter1 les sciences physiques ne peuvent avoir1 pour vous1 qu'un intrt trs secondaire4 ,en dehors de la chimie1 elles demandent toutes une prparation mathmatique plus complte que celle que vous avez2 et encore la chimie exige-t-elle des travaux de laboratoire1 une srie d'tudes pratiques et mthodiques4 ,cependant1 si vous aviez occasion1 ,londres1 de suivre quelques cours de chimie1 ce serait excellent2 en ce cas1 je vous conseillerais de vous procurer soit l'ouvrage du ,dr ,thomson1 soit celui de ,mr ,murray1 cela vous prparerait l'enseignement du professeur4 ,mme de la physique il est bon d'avoir un aperu gnral1 quelque superficiel qu'il soit1 et bien que1 sans les mathmatiques1 vous ne puissiez aller bien loin1 je vous engage en acqurir quelques notions4 ,lisez l'conomie de nature1 de ,gregory2 ce n'est pas un trs bon livre1 il n'est pas sans erreurs1 mais c'est encore le meilleur ouvrage de vulgarisation que nous possdions et il est suffisamment exact pour ce que vous voulez en faire4 ,souvenez-vous1 toutefois1 que s'il vous est permis de n'tre qu'un philosophe de la nature superficiel1 il ne vous est pas permis de n'avoir pas de connaissances srieuses en conomie politique4 ,autre chose encore4 ,je vous supplie de ne pas ngliger l'tude des langues4 ,pour les langues modernes1 il n'y a pas grand danger1 vous serez forc de les entretenir1 ne fut-ce qu' cause de vos affaires2 mais les affaires commerciales ne se traitent pas en latin et vous pourriez l'oublier4 ,sans parler de la perte irrparable qu'il y aurait pour vous ne pas jouir des admirables crivains qui ont crit dans cette belle langue1 le latin est le complment ncessaire de la culture d'un gentleman et il a1 en lui-mme1 une valeur intellectuelle trop haute pour qu'on y renonce de gaiet de cur4 ,adieu1 mon cher ,monsieur4 ,recevez les compliments de tous les miens et croyez mon dsir de vous tre utile4 ,votre ami sincre1 ,t4 ,brown4 ,on peut aisment s'expliquer que le jeune homme auquel un homme dans la position de ,brown adressait une pareille lettre inspirt sa jeune cousine de ,croydon plus de respect que n'en accorde gnralement un colier une jeune fille de quelques annes plus ge que lui4 ,ces relations de cousinage et d'amiti se poursuivront ainsi sans que surgt1 ni d'un ct ni de l'autre1 la pense de liens plus intimes1 jusqu'au jour o mon pre1 alors g de vingt-deux ou vingt-trois ans1 aprs divers noviciats ,londres1 songea s'y fixer et commencer les affaires son compte4 ,il s'tait dit1 maintes fois1 que ,margaret1 car il n'en faisait nullement l'hrone d'un roman sentimental1 serait pour lui la meilleure des femmes1 et trs tranquillement1 mais trs rsolument aussi1 il lui demanda si elle pensait qu'ils pourraient tre heureux ensemble1 et si elle consentait attendre qu'il ft en situation de l'pouser4 ,la jeune institutrice d'antan ne dissimula pas la joie qu'elle ressentait2 elle ne dit pas1 comme l',agns ,wickfield1 de ,copperfield1 qu'elle l'avait aim toute sa vie1 mais convint qu'il tait trs doux qu'il lui ft permis de l'aimer aujourd'hui4 ,le sentiment que lord ,colambre prouve pour ,grace ,nugent dans l',absent1 de ,miss ,edgeworth1 ressemble beaucoup celui qu'prouvait mon pre pour ma mre1 avec cette diffrence que lord ,colambre tait un amant plus passionn4 ,mon pre a mis dans le choix de sa femme la mme espce de dcision1 de srnit calme que je l'ai vu mettre1 plus tard1 dans le choix de ses employs4 ,ce fut alors pour les deux jeunes gens une priode de bonheur trs doux2 ma mre tait1 sans contredit1 la plus prise des deux3 ,john s'appuyait sur elle avec confiance1 il comptait sur sa tendresse et sa raison4 ,mais ni l'un ni l'autre ne permirent jamais leurs sentiments de dgnrer en passion chagrine ou impatiente4 ,l'amour1 chez ma mre1 se manifestait surtout par ses efforts persvrants pour cultiver son esprit1 former ses manires1 se rendre digne d'tre la compagne d'un homme qu'elle jugeait trs suprieur elle2 chez mon pre1 par l'ardeur qu'il mettait au travail1 car son mariage dpendait du succs de son entreprise2 il fut un fianc exemplaire1 il pargna toujours ma mre toute anxit inutile et ne lui donna jamais le plus lger motif de dplaisir4 ,les fianailles se prolongrent ainsi pendant neuf annes2 au bout de ce temps1 les dettes paternelles tant payes et mon pre se trouvant la tte d'une maison de commerce qui prosprait1 les fiancs1 qui n'taient plus alors de trs jeunes fiancs1 se marirent ,perth un soir1 aprs souper1 sans que mme les servantes de la maison se doutassent de rien4 ,elles devinrent ce qui s'tait pass en voyant1 le lendemain1 ,john et ,margaret partir ensemble en voiture pour dimbourg4 ,lorsque je jette un coup d'il en arrire1 rien ne m'tonne plus que mon manque de curiosit l'gard de tout ce pass4 ,comment1 lorsque ma mre revenait avec complaisance sur les circonstances de ce mariage si soigneusement tenu secret1 n'ai-je jamais demand3 ,pourquoi tant de mystre1 mre1 pour un mariage attendu depuis si longtemps et que tous vos amis1 des deux cts1 dsiraient8 ,je n'avais1 jusqu'ici1 song rien crire sur moi ou les miens en dehors de quelques faits et dates consigns au jour le jour4 ,j'ai ainsi trs lgrement1 je dirais aujourd'hui trs irrespectueusement1 nglig les ditions de ma famille4 quoi bon8 me disais-je1 tous sommes ce que nous sommes1 et nous serons ce nous nous serons faits4 ,de mme1 jusqu'en ces derniers temps1 j'avais toujours considr que mes parents1 touchant leur bonheur et leur mariage1 avaient agi fort sagement et devaient tre imits4 ,cependant1 je ne voudrais pas que le lecteur s'imagint que ce que j'ai pu crire1 ici ou l1 sur les avantages des longues fianailles1 se rapportait celles1 particulires1 de mes pre et mre4 ,il m'est difficile de juger du degr d'hrosme et de patience que cette attente exigeait des deux cts2 je sais seulement que1 pour ce qui est de moi1 j'en eusse t incapable et je crois bien que ce n'tait pas trs raisonnable4 ,car1 pendant ces longues annes d'attente1 la sant de mon pre s'altra2 puis1 ayant commenc la vie si tard1 ils durent la quitter tous deux1 abandonnant leur enfant au moment o il commenait justifier les esprances que dans leur tendresse ils avaient conues pour lui4 ,si je me suis laiss aller conter ici le roman de mon pre et de ma mre et le peu que je sais des preuves et des vertus de leur jeune temps1 sans me soucier des dates1 c'est que j'imagine que mon rcit n'en sera que plus complet si j'cris mesure que les souvenirs me reviennent et sans m'astreindre l'ordre chronologique des faits4 ,j'y suis venu en cherchant m'expliquer comment ma mre avait acquis cet art consomm de lecture4 ,c'est que1 pendant ces longues fianailles1 elle ne s'tait jamais lasse de travailler perfectionner son ducation premire3 efforts seconds et infailliblement dirigs par une puret de cur et de conduite naturelle--ou1 par son intensit1 je pourrai bien dire surnaturelle--qui la portait toujours faire ses dlices du langage juste et clair dans lequel seul se traduisent les belles choses4 ,la foi absolue de ma mre dans la vrit littrale de la ,bible m'a mis1 ds que j'ai t capable de rflchir1 en prsence du monde invisible1 et a exerc mes facults d'analyse sur les questions de conscience1 de libre arbitre et de responsabilit que l'on tranche d'ordinaire sans hsiter dans l'innocence de la jeunesse et que1 plus tard1 l'homme hbt par les ides reues1 souill par les pchs du monde extrieur1 n'aborde que l'esprit prvenu4 ,la mlancolie mme du dimanche1 ses prohibitions1 les doctrines du ,pilgrim's ,progress1 de la ,holy ,war et des ,embruns1 qui pesaient si lourdement sur cette septime partie de mon temps1 me furent bienfaisantes1 car c'tait vraiment la seule contrainte1 la seule forme de vexation que j'eusse supporter2 bien lgres preuves1 compenses par la gaiet1 le calme d'un intrieur o la vie commune tait douce1 o tout se passait en joie et en paix4 ,la sant de mon pre1 altre par tant de dures annes de travail solitaire1 rclamait imprieusement le calme4 ,timide l'excs dans le monde1 et cela d'autant qu'il se sentait plus de moyens1 plus d'ides et qu'il avait trs nettement le sentiment de ne pouvoir les exprimer1 il tait1 au contraire1 plutt autoritaire et en tout cas trs son aise en affaires4 ,il allait son bureau tous les matins1 rservant l'aprs-midi au repos et la famille4 ,sa finesse1 sa dcision1 des principes inflexibles qui entranaient une manire de tout traiter en plein jour lui enlevaient toute inquitude1 de sorte que son travail tait plutt un amusement qu'un souci4 ,ses capitaux taient placs la ,banque ou aux entrepts de ,sainte-,catherine sous la forme de fts remplis du meilleur xrs et assurs aux compagnies les plus solides4 ,son associ1 ,mr ,domecq1 un fier ,espagnol1 d'une honorabilit scrupuleuse1 avait en lui la confiance la plus absolue se conformait exactement toutes ses indications en ce qui touchait le march de ,londres4 ,les lettres pour l',espagne indiquaient donc brivement que le public1 cette anne1 demandait du vin vieux ou jeune1 blond ou chaud2 les lettres aux clients n'taient pas moins brves3 on leur disait1 sans phrases1 que s'ils trouvaient redire au vin qu'on leur fournissait1 c'est qu'ils n'y entendaient rien1 et que s'ils rclamaient une prolongation de crdit il tait impossible de la leur accorder4 ,ce laconisme un peu rbarbatif tait compens par les soins que mon pre mettait excuter les ordres de ses correspondants et par la dfrence qu'il leur tmoignait en allant1 lui-mme1 prendre leurs commandes4 ,dans les visites aux clients1 il dployait infiniment de savoir-faire1 de tact1 de courtoisie et aussi beaucoup de patience2 et la confiance qu'il inspirait aux marchands au dtail de province tait d'autant plus grande qu'ils le voyaient plus juste1 plus sincre dans son apprciation du vin des maisons rivales de la sienne2 en mme temps la finesse de son palais lui permettait de triompher de toutes les preuves auxquelles le client le plus souponneux pouvait le soumettre4 ,il arrivait aussi1 lorsque de gros clients venaient en ville1 que mon pre ft trve nos habitudes de sauvagerie et les prit de venir dner ,herne ,hill4 ,tout gamin1 je dtestais dj ces agapes commerciales et je m'tais fait--en notant avec soin les conversations lorsque1 par hasard1 elles ne roulaient pas sur le vin--une assez pauvre opinion de la mentalit commerciale comme telle1 opinion que je n'ai jamais eu aucune raison de modifier depuis4 ,quant nos voisins de ,herne ,hill1 nous ne les voyions pas1 une exception prs1 dont j'aurai parler par la suite4 ,ils appartenaient pour la plupart au haut commerce de ,londres1 et avaient peu de sympathie pour les faons de vivre surannes de ma mre et encore moins pour les sentiments romantiques de mon pre4 ,autre raison1 sans doute1 pour que nous nous refusons frayer avec nos voisins1 c'est que pour la plupart ils taient beaucoup plus fortuns que nous et ports faire talage de leur richesse4 ,mes parents1 au contraire1 vivaient simplement1 n'avaient pas de domestiques mles#bi1 s'clairaient avec des chandelles dans des bougeoirs en plaqu1 et n'avaient ni jardinier1 ni chevaux1 ni voiture4 ,nos voisins1 tout boutiquiers ils taient1 avaient par contre une nombreuse suite de laquais1 de la vaisselle plate1 des jardins admirables1 des serres et des carrosses conduits par des cochers en perruque poudre4 ,quelques-uns de mes lecteurs se demanderont peut-tre si cette froideur dans nos relations tait uniquement de notre fait4 ,ce qui est certain1 c'est que mon pre avait trop d'orgueil pour accepter des invitations qu'il n'aurait pu rendre1 et que ma mre ne se souciait pas d'aller pied poser des cartes chez de belles dames qui venaient en calche sa porte4 ,protge par ces austrits monacales et cette fiert aristocratique contre les piges et les distractions du monde extrieur1 ma vie d'enfant tait aussi rgle que celle du petit oiseau qui sort du nid l'est par le lever et le coucher du soleil4 ,peut-tre mes lecteurs s'tonneront-ils que ce soient ces annes de calme monotone et de solitude qui m'aient laiss les meilleurs souvenirs6 ,l'arrive de ma cousine ,mary1 son installation la maison concida avec l'entre en scne des professeurs dont j'ai dj parl2 et ces changements dans l'emploi de mes journes1 s'ils en augmentaient l'intrt1 en troublaient aussi la quitude4 ,les succs au collge ou l'universit1 que mes matres faisaient briller mes yeux1 me semblaient d'assez tristes mobiles1 un peu bas mme1 compars aux reproches pleins de tristesse de ma mre1 ou un simple compliment tomb de ses lvres2 quant ,mary1 quoique d'une nature modrment enjoue et d'un caractre facile et aimable1 son deuil d'orpheline ne pouvait que jeter une certaine tristesse dans notre intrieur1 en troubler l'harmonie1 ne ft-ce que par la diffrence toute naturelle que l'on sentait dans la tendresse que ma mre portait son fils et celle qu'elle portait sa nice4 ,bien que je me sois tendu par reconnaissance sur les joies et les avantages de notre vie solitaire1 je prie mes lecteurs de ne pas croire que je prconise pour tous les enfants semblable ducation familiale aux portes de ,londres4 ,mais un autre bienfait que j'en ai tir et dont je n'ai pas encore parl1 c'est la perception subtile1 le sentiment intense de la beaut de l'architecture et du paysage du continent1 que je dois certainement cette habitude de trouver le bonheur entre les quatre murs de briques de notre petit jardin2 de subir avec rsignation ce qu'un faubourg et plus encore une chapelle non-conformiste de ,londres pouvait avoir d'esthtique4 ,celle du ,dr ,andrews tait d'un type aussi caractris dans son genre qu'une basilique romaine dans le sien--longue grange de forme rectangulaire au plafond plat1 avec des fentres cintres en briques et des petits carreaux enchsss dans du plomb1 qui rappelaient vaguement1 comme dessin1 une toile d'araigne2 de chaque ct1 une galerie soutenue par de grles piliers de fer2 des bancs1 spars les uns des autres par des cloisons de bois blanc bien fermes par des portes du mme bois1 loquets de cuivre4 ,les bancs occupaient toute la longueur de la grange1 l'exception de deux passages latraux o courait un tapis de paille fesse2 au milieu1 la chaire se dressait dans un sublime isolement1 presque au centre1 un peu en avant de la balustrade de l'autel1 lourde bote lambrisse1 porte trs haut sur quatre pieds et orne d'un pais coussin de velours cramoisi1 garni aux coins de glands d'or1 ce qui tait une source de grande distraction pour moi3 quand le sermon m'ennuyait par trop1 je m'amusais suivre le jeu des lumires1 les reflets et les ombres parmi les plis chatoyants du velours1 lorsque le pasteur1 dans l'ardeur de son argumentation1 l'enfonait coups de poing4 ,imaginez le changement de dcor1 d'un dimanche l'autre1 entre le service du matin dans cette btisse vulgaire1 au milieu des petits boutiquiers de ,walworth endimanchs3 la femme de notre plombier1 la bonne grosse ,mrs ,goad1 qui occupait le banc devant nous et qui prenait des airs svres quand nous arrivions et que le service tait commenc2 imaginez le changement entre cela et la grand'messe dans la cathdrale de ,rouen1 avec sa nef pleine de paysannes portant tous les types de coiffes blanches d'une bonne moiti de la ,normandie4 ,le contraste n'tait pas moins merveilleux1 moins enchanteur1 entre l'architecture bourgeoise qui m'tait familire et celle de ,flandre ou d',italie4 ,la maison de commerce de mon pre1 situe au centre de ,billiter ,street1 qui a t dmolie il y a quelques annes1 raye du plan cadastral aussi bien que de la mmoire des hommes1 tait un chantillon parfait de ce qu'il y avait de biensant dans une cit anglaise4 ,aujourd'hui les faades de nos maisons sont de vritables rclames1 nous dpensons des centaines de mille francs pour arborer un masque et dissimuler nos banqueroutes4 ,mais1 au temps de mon pre1 on faisait les affaires et on btissait encore honntement4 ,son office se composait d'une pice de cinq mtres sur six1 orne des tables-bureaux de ses deux employs et d'une petite armoire o l'on enfermait les chantillons de xrs2 en face1 une autre pice plus grande1 o l'on recevait les clients de distinction et o mon pre pouvait se faire servir une ctelette s'il tait retenu en ville4 ,le rez-de-chausse de la maison tait occup par ,,mm4 ,wardell et ,cie4 d'aimables gens qui faisaient aussi1 si je m'en souviens bien1 le commerce des vins1 mais au dtail4 ,pas d'autre avis qu'une plaque de cuivre discrte sous la sonnette3 ,ruskin1 ,telford ,domecq1 o les noms des trois associs brillaient1 dment astiqus par la seule servante de la maison1 la vieille ,maisie--diminutif affectueux1 je crois1 de ,marion 7en anglais ,marianne7 comme ,mause de ,mary--,le soin de toute la maison1 une maison trois tages avec des greniers1 lui incombait2 peut-tre se faisait-elle aider par une femme de journe pour les gros ouvrages1 mais en tout cas elle faisait la cuisine1 ouvrait la porte et introduisait les visiteurs de distinction1 les dits visiteurs tant tenus1 bien entendu1 de s'annoncer avec plus ou moins de fracas1 selon leur rang dans le monde4 ,les employs de la maison et leurs pareils tiraient la sonnette 7autour de laquelle l'astiquage journalier avait fait une belle coupe transversale travers les nombreuses couches annuelles de peinture1 me rappelant ainsi les stries de l'agate71 et le principal commis1 sans se dranger1 au moyen d'un mcanisme ingnieux soulevait le loquet4 ,ce modeste tablissement tait situ1 comme je l'ai dans ,billiter ,street1 une rue troite qui n'avait pas six mtres de large et o deux haquets de brasseur1 rasant la muraille1 avaient peine passer4 ,je me demande mme si ce miracle pouvait s'accomplir tout du long2 cette rue tait plutt une sorte de tranche entre des maisons trois tages1 en briques savamment ignes et jointoyes1 et qui n'offrait au passant d'autre avertissement que l'excellent briquetage des murs et des linteaux des fentres4 ,type reprsentatif1 je le rpte1 des constructions de ce quartier de ,londres1 du ,mansion ,house jusqu' la ,tour o le pittoresque du quartier bas m'tait entirement dfendu1 dans la crainte que je ne me pissasse choir dans les bassins des ,docks2 mais en y joignant les rues de ,fenchurch et de ,leadenhall ,street1 qui reprsentaient pour moi le grand genre du haut commerce britannique1 le lecteur peut s'imaginer l'effet que firent sur mon imagination les fantastiques pignons de ,gand ou les cours intrieures de ,gnes plantes d'orangers4 ,je ne m'explique pas par quel miracle de rsignation1 aprs les motions de nos courses l'tranger1 nous pouvions nous retrouver avec une joie tranquille1 mon pre son bureau en face du mur de briques de la brasserie1 et moi dans ma niche1 ct de la chemine du salon4 ,mais1 pour l'un comme pour l'autre1 les occupations rgulires1 la douce monotonie1 les rites sacrs du home nous taient plus prcieux encore que toutes les ferveurs de la dcouverte1 le ravissement en face de certaines scnes d'une incomparable beaut4 ,de trs bonne heure1 j'ai compris que le plaisir de la nouveaut est de peu de dure1 que la beaut1 inpuisable en elle-mme1 puise au bout d'un certain temps les joies et l'enthousiasme1 et que les philosophes ne nous ont pas dit assez au contraire que le home1 la maison1 la vie sainement rgle sont toujours pleins de dlices4 ,ah6 l'motion1 le frisson joyeux qui me faisait battre les tempes1 qui me bouleversait le cur lorsque1 aprs une absence1 ft-elle d'un mois ou deux1 j'apercevais le sommet de ,herne ,hill--et je guettais chaque tournant de la route1 chaque branche des arbres familiers--motion qui1 pour tre moins accablante1 moins profonde1 faisait vibrer de faon plus intime les fibres de mon me2 joies que je prfrais aux joies que me donnaient les pays trangers1 ou mme les parties de mon propre pays nouvelles pour moi4 ,pour ma mre1 les soins de sa maison1 ses lectures avec ,mary et moi1 une petite causette par-ci par-l avec ,mrs ,gray1 mais surtout les prparatifs pour le retour de mon pre1 et la douce perspective de la soire en famille1 valaient toutes les merveilles du monde1 des ples l'quateur4 ,c'est ainsi que nous rentrmes--tout pleins d'ides nouvelles1 mais toujours fidles aux anciennes--vers la fin de l'anne #ahcc1 pour goter en joie le repos du logis4 ,hlas6 un malheur que nous ne pouvions pas prvoir nous menaait4 ,tous les jours1 ,cornhill1 ,charles se faisait aimer davantage4 ,comment un garon1 qui vivait tout le long jour ,londres1 pouvait-il garder des joues si roses1 les cheveux boucls d'un jeune ,achille et toute la gat de sa mre1 la chre tante de ,croydon3 cela me parat inconcevable1 mais le fait est qu'il combinait dans une rare perfection l'entrain de ,jin ,vin avec srieux de ,tunstall2 son cur n'tait troubl par les charmes d'aucune ,margaret1 car son patron1 hlas6 n'avait pas de fille1 mais seulement un fils3 si bien que lorsque ,charles scrutait l'avenir1 comme tout bon apprenti doit le faire1 il ne voyait dans la maison d'autre perspective qu'une place de caissier ou de premier commis4 ,son frre an1 celui qui lui avait appris nager en le jetant la tte la premire dans le canal ,croydon1 russissait dans le commerce1 en ,australie et appelait pour l'associer ses affaires ce frre qui avait toujours t son prfr4 ,il fut donc dcid que ,charles partirait4 ,les vacances de ce ,nol de #ahcc se tranrent tristement1 car j'avais beaucoup de chagrin du dpart de ,charles et ,mary plus encore2 quant mon pre et ma mre1 bien qu'en vrit ils n'aimassent que moi au monde1 la pense que ,charles s'en allait au loin les attristait et ils ne s'y rsignaient que parce que trs sincrement1 croyaient que c'tait pour son bien4 ,toute l'affaire d'ailleurs fut dcide1 l'quipement de ,charles achet1 son passage pay1 les recommandations faites au capitaine en moins de quinze jours4 ,lui partit pour ,portsmouth rejoindre son btiment1 cur tout joyeux4 ,une lettre nous apprit bientt qu'il tait l'ancre au large de ,cowes1 mais que navire ne pouvait mettre la voile en raison du vent d'ouest4 ,et les courriers succdaient aux courriers1 le vent ne s'apaisait pas4 ,nous aimions le vent d'ouest1 c'est un vent dlicieux1 mais nous trouvions qu'il prolongeait tristement les adieux4 ,cependant ,charles crivait qu'il s'amusait beaucoup et nous savions par le capitaine qu'il tait dj au mieux avec tous les matelots du bord sans compter les passagers4 ,le vent soufflait toujours de l'ouest6 ,combien dura cette attente1 je ne m'en souviens plus2 dix1 quinze jours peut-tre4 ,enfin1 un jour ma mre et ,mary taient alles en ville avec mon pre pour faire quelques emplettes ou voir une exposition1 et j'tais rest la maison1 trs agrablement occup je ne sais plus quoi4 ,les entendant rentrer1 je courus au-devant d'eux et je commenais raconter combien je m'tais amus lorsque je les vis1 figs comme des statues1 mon pre et ma mre l'air trs grave2 ,mary regardait par la fentre la plus loigne de la porte4 ,comme je continuais mon rcit1 elle se retourna soudain1 le visage baign de larmes1 se baissa vers moi et j'entendis cette phrase coupe par un sanglot3 ,charles est parti4 ,le vent d'ouest avait continu de souffler et1 la veille1 il avait souffl en tempte3 il s'tait lev une forte brise comme celle qui chasse les nuages et fait cumer les vagues autour des rcifs dans le ,gosport de ,turner4 ,le navire envoyait son canot terre pour chercher de l'eau1 un petit ctre1 je crois1 en tout cas un bateau voile4 ,la mer tait grosse et les matelots1 avec un ou deux passagers1 avaient eu quelque difficult embarquer4 ,voulez-vous me permettre d'y aller aussi8 demanda ,charles au capitaine qui surveillait le dpart4--,vous n'avez pas peur8--,je n'ai jamais eu peur de rien1 fit ,charles1 et il sauta dans l'embarcation4 ,le canot n'tait pas cinquante mtres qu'il chavirait4 ,une flottille de petites barques l'entourait1 comme une nue de moucherons en t4 ,elles s'lancrent force de rames4 ,tout le monde fut sauv1 except ,charles qui coula comme une pierre 7#bb janvier #ahcd74 ,nous connmes ces dtails petit petit4 ,au premier moment1 nous nous refusions croire notre malheur1 nous esprions qu'il avait t recueilli par un bateau et emmen en pleine mer4 ,mais1 quelques jours plus tard1 on retrouvait son corps que les vagues avaient rejet sur la grve de ,cowes4 ,son pauvre pre alla lui rendre les derniers devoirs4 ,la triste crmonie termine1 quand il eut recueilli tous les dtails de l'affreuse aventure1 car le bateau tait toujours l'ancre1 il vint ,herne ,hill pour raconter petite tante ce qui s'tait pass4 7,le vieillard appelait toujours ma mre petite tante1 la petite tante de ,charles47 ,c'tait le matin1 dans la pice du devant2 ma mre tricotait sa place accoutume1 prs du feu2 moi1 je dessinais ou je lisais dans mon coin4 ,mon oncle raconta le tragique vnement avec ce calme1 ce ton tranquille1 qui est caractristique chez les gens du peuple en ,angleterre4 la fin seulement1 quand il eut tout dit1 il clata en sanglots4 ,je l'entends encore--j'entends ses derniers mots3 ,ils ont rattrap sa casquette1 sa casquette qui tait sur sa tte1 mais ils n'ont pas pu sauver4 ,note #bh3 ,s4 ,luc1 ,x1 #da1 ,l4 de ,sacy4 ,note #bi3 ,thomas nous avait quitt peu aprs l'accident qui m'tait survenu3 il ne pouvait1 je crois1 supporter la vue de ma lvre qui avait conserv la marque de la morsure du chien4 ,il ne fut pas remplac4 ,,chapitre ,,viii ,,vester1 ,,camen#cj ,aprs la mort de ,charles1 les portes de mon cur1 qui s'taient entr'ouvertes un instant1 se refermrent4 ,la vie monotone1 un peu personnelle1 de ,herne ,hill continua sans qu'il se passt cette anne-l rien qui mrite d'tre retenu1 encore moins d'tre racont4 ,cependant1 mes parents firent une nouvelle tentative pour me donner un camarade1 un bon camarade auquel je suis redevable de beaucoup plus de choses que je ne le croyais alors4 quelque six ou sept grilles de chez nous1 en descendant vers les champs et la vue 7vue dont le propritaire actuel1 ,mr ,sopper1 attendri par mes lamentions1 a bien voulu rendre la jouissance au public1 ce dont je le remercie sincrement7 la six ou septime grille1 donc1 ouvrait sur une jolie pelouse ombrage d'un cdre4 ,la maison1 trs soigne1 tait occupe par deux personnes aussi simples que mon pre et ma mre3 ,mr et ,mrs ,fall1 mais plus heureux qu'eux1 en ce sens qu'ils avaient non seulement un fils mais une fille4 ,richard ,fall tait d'un an plus jeune que moi1 mais il tait dj au ,collge ,shrewsbury et par consquent1 certains gards1 plus dvelopp que moi2 sa sur1 plus jeune1 tait une petite perfection qui ne quittait gure les jupes de sa mre4 ,aussi simples l'une que l'autre1 mais de principes svres et tout fait convaincues qu'elles possdaient la vritable religion comme toutes les connaissances ncessaires3 d'ailleurs1 le modle de toutes les vertus et de toutes les convenances ,herne ,hill et autres lieux4 ,je frmis encore au souvenir du regard que me jeta ,mrs ,fall un jour que j'avais prononc naivette pour navet4 ,ce doit tre en #ahcb que mon pre1 frapp de la tenue irrprochable de cette famille en toutes circonstances1 crivit en termes courtois ,mr ,fall pour lui demander1 lorsque ,richard serait la maison1 de permettre qu'il vnt jouer ou travailler avec moi4 ,l'offre de mon pre fut bien accueillie1 les deux garons s'y prtant1 et comme je venais d'tre jug digne d'avoir une salle d'tude particulire et que ,richard n'avait qu'une chambre qui n'tait pas toujours l'abri des incursions de sa petite sur1 le plus souvent1 quand ,richard n'tait pas au collge1 il arrivait vers dix heures et faisait ses devoirs la mme table que moi1 m'aidant quand je trouvais les miens difficiles4 ,nous sortions ensuite avec ,dash1 ,gipsy1 ou tel autre chien favori du jour4 ,je n'irai pas jusqu' prtendre que la neige de ,nol1 en ce temps-l1 ft plus blanche que celle d'aujourd'hui1 mais j'ai au moins de bonnes raisons de croire qu'elle restait plus longtemps blanche4 ,ce que j'affirme positivement1 c'est qu'il tombait plus de neige aux environs de ,londres1 cette poque1 que depuis vingt ou vingt-cinq ans4 ,il n'tait pas rare1 dans les vallons des collines de ,norwood1 de trouver les cltures des champs disparues sous des ondulations de neige1 tandis du haut des collines1 la moiti des comts de ,kent et de ,surrey luisait jusqu' l'horizon1 comme une mer arctique sans dangers et sans nuages4 ,richard ,fall tait un tout fait bon garon1 plein sens pratique4 ,s'il n'avait pas de gots trs personnels1 il avait un dgot marqu pour mon genre1 aussi bien artistique que littraire4 ,il refusait schement de se prononcer sur les mrites de mes uvres1 me blaguait1 prenait vis--vis de moi des airs d'indulgence et de protection au lieu de se montrer flatt d'avoir pour ami un auteur de grand avenir6 ,jamais malveillant1 mais se moquant de moi sans merci1 et se demandant pourquoi je m'obstinais crire du mauvais anglais1 pour le plaisir d'crire en vers--et des sottises aussi bien en prose qu'en vers4 ,en tout cas1 nous primes l'habitude de vivre ensemble et1 par la suite1 nous avons bni le hasard toutes les fois qu'il nous a rapprochs4 ,l'anne #ahcd s'coula sans grand mal1 mais sans grand profit dans les quatre tudes dont j'ai parl1 et que j'avais entreprises pour mon plaisir1 avec1 temps autre1 un petit effort du ct des tudes classiques1 pour lesquelles je n'avais pas grand got et dont je ne sentais pas la ncessit4 ,sans grand mal1 ai-je dit1 car il y avait un certain danger1 pour un enfant mme bien intentionn1 n'tre virtuellement soumis aucune discipline1 n'en faire jamais qu' sa tte1 sans que rien vnt lui faire sentir que sa manire de penser pouvait ne pas tre toujours la meilleure4 ,il me serait impossible de dire1 sans prendre une peine que1 sans doute1 mon lecteur trouverait disproportionne avec son objet1 le bien et le mal que j'ai tir de la littrature de troisime ou de quatrime ordre que je prfrais aux classiques latins4 ,le volume du ,forget me not1 auquel je dois la prcieuse gravure de ,vrone 7et par un hasard assez curieux une autre de ,prout1 de ,saint-,marc de ,venise71 tait quelque peu au-dessus des annuaires ordinaires comme impression typographique2 il contenait trois histoires3 ,the ,red-nosed ,lieutenant1 du ,rv4 ,georges ,croly1 ,hans in ,kelder1 de l'auteur des ,chronicles of ,london ,bridge et ,the ,comet1 d',henry ,neele ,esq4 qui1 toutes leur manire1 me firent une grande impression4 ,l'habitude enfantine1 quelque peu idiote1 que j'avais de regarder fixement les mmes objets pendant une journe entire1 je l'appliquais mes lectures2 j'tais capable de lire et de relire les mmes livres d'un bout l'autre de l'anne4 ,comme il m'et t parfaitement inutile de garder le souvenir de toutes ces histoires1 je me vantais plutt de la facult d'oubli qui me permettait de les goter nouveau2 et1 vers treize ou quatorze ans1 j'ai d lire ces livres prfrs et beaucoup d'autres du mme genre vingt fois de suite4 ,je m'tonne un peu que l'on m'ait laiss si longtemps dans mon coin en compagnie seulement de mon ,italie de ,rogers1 de mon ,forget me not1 de mon ,continental ,annual1 de mon ,friendship's ,offering1 pour livres de fonds2 et je m'tonne encore plus que mon pre1 qui se berait du fol espoir de me voir un jour crire comme ,byron1 n'ait jamais remarqu que la prcocit de ,byron tenait la lecture des matres dans toutes les branches de la littrature4 ,je doute mme que semblable richesse de lecture ait t jamais gale chez un jeune homme1 tudiant ou auteur4 ,j'eusse d'ailleurs t tout fait incapable d'un tel travail crbral1 et les dispositions relles que j'avais pour le dessin m'obligeaient y consacrer le meilleur mes forces4 ,je me reposais en lisant ,hans in ,kelder et ,the ,comet4 ,je ne me souviens pas du moment prcis o mon pre commena me lire du ,byron1 s'attendant bien ce que je l'aimerais4 ,mes premires motions littraires1 je les dois l',iliade et ,scott4 ,je devais avoir douze ou treize ans1 sans cela comment aurais-je oubli ma premire impression8 ,manfred avait d me frapper1 comme ,macbeth avec ses sorcires4 ,plusieurs changements1 d'ailleurs plus ou moins heureux1 eurent lieu vers cette anne-l dans la discipline monacale de ,herne ,hill4 ,j'eus la permission de boire du vin1 on me conduisit au thtre1 et il fut dcid que1 les jours de fte1 je dnerais avec mon pre et ma mre quatre heures4 ,c'est dans ces occasions solennelles1 au dessert1 que mon pre nous lisait les ,noctes ,ambrosian1 mesure qu'elles paraissaient et sans en passer un seul mot1 ft-ce le plus vif4 ,un soir1 il nous lut le ,naufrage dans ,don ,juan et fut si heureux de voir que je l'apprciais qu'il finit par lire presque tout le reste4 ,je vois encore le regard1 un peu inquiet1 que mon pre et ma mre changrent travers la table un jour l'on cherchait ce qu'on pourrait lire1 et que je demandai ,juan et ,haide4 ,mon choix ne fut pas ratifi et1 sentant que j'avais dit une sottise sans trop savoir laquelle1 je n'insistai pas et mme je balbutiai quelques excuses1 ce qui ne fit qu'aggraver les choses4 ,peut-tre m'accorda-t-on un morceau de ,childe ,harold1 que j'aimais presque autant cette poque4 ,d'ailleurs1 je ne tardai pas me lasser d',haide1 dont je trouvais l'histoire trop triste4 ,ce qui est certain c'est que1 vers la fin de #ahcd1 j'tais familier avec mon ,byron peu prs d'un bout l'autre1 l'exception de ,can1 ,werner1 le ,deformed ,transformed1 et la ,vision of ,judgment1 qui n'taient pas ma porte1 et que papa et maman trouvaient inutile de m'expliquer4 ,mon lecteur1 qui a de l'esprit1 je n'en doute pas1 s'tonne sans doute que ma mre se prtt ce genre de lectures4 ,il devient donc ncessaire d'expliquer certaines particularits de la pruderie maternelle1 qu'il aurait peine comprendre d'aprs ce qu'il sait d'elle4 ,et1 sans doute1 il a d se dire que puisqu'elle m'avait fait lire la ,bible plus de six fois d'un bout l'autre1 c'est qu'elle n'avait pas peur d'appeler les choses par leur nom2 mais ce dont il pourrait ne pas s'tre rendu compte1 c'est qu'nergique et passionne1 elle sentait les grandeurs et les beauts de ,byron aussi vivement que mon pre1 et que son puritanisme tait doubl d'assez de bon sens pour se dire que1 du moment que ,shakespeare et ,burns restaient ouverts sur la table toute la journe1 il n'y avait aucune raison pour me dfendre ,byron4 ,cependant1 ce ne fut que quelques annes plus tard que je fus autoris le lire moi-mme4 ,ma mre avait confiance dans mon honntet naturelle1 dans l'ducation que j'avais reue1 et ne redoutait pas plus de me voir devenir un ,corsaire ou un ,giaour qu'un ,richard ,,iii ou un ,salomon4 ,elle avait raison4 ,byron ne m'a jamais fait le moindre mal2 ce qui m'a fait du mal ce sont les vnements de la vie1 et les livres d'un genre plus bas1 y compris nombre d'uvres dont les auteurs passent pour tre de grands ducateurs1 depuis ,victor ,hugo jusqu'au ,dr ,watts4 ,je demanderai la permission de profiter de l'occasion pour expliquer ce que j'entends lorsque je dis que ma mre tait une prude inoffensive4 ,aussi stricte pour elle-mme qu',alice ,bridgenorth1 elle tait pntre du vrai esprit de sa religion et1 sans se frapper la poitrine1 sans faire parade de sa confession de misrable pcheresse1 elle savait que1 selon la doctrine de cette religion1 et probablement en fait1 ,madge ,wildfire n'tait pas plus pcheresse qu'elle-mme4 ,elle avait la charit universelle de sa sur4 ,sympathique toutes les passions comme toutes les vertus vritablement fminines1 peut-tre1 dans le fond de son cur1 aimait-elle autant la vraie ,margherita ,cogni que la femme idale de ,faliero4 ,autre trait du caractre de ma mre que je tiens affirmer ici1 afin de couper court une lgende qui menace de s'accrditer grce aux commentaires de certains journaux1 et d'aprs lesquels je la ferais ressembler la tante dvote d',esther dans ,bleak ,house4 ,tout au contraire1 il y avait chez ma mre une gat franche1 souvent un rire inextinguible et de bon aloi6 ,rire qui n'tait jamais sardonique1 mais qui avait bien quelque chose du rire de ,smollett1 ce qui fait qu'elle jouissait pleinement1 avec mon pre1 de leur ,humphrey ,clinker1 bien avant que je ne pusse1 quant moi1 en comprendre ni le sel1 ni la porte4 ,que dis-je1 une plaisanterie la ,smollett un peu grasse la mettait en joie4 ,je me souviens qu'un jour1 bien des annes plus tard1 lors d'une de nos traverses du ,simplon1 arrivs au sommet nous nous tions arrts pour jouir de la vue2 ,anne1 notre vieille ,anne1 s'tait assise pour se reposer sur une des balustrades qui bordent la route1 en face du monastre1 pic vers la valle4 ,en se retournant pour regarder le panorama1 ,anne perdit l'quilibre et roula tte en bas1 jambes en l'air1 sur la pente4 ,mon pre1 en riant1 ne put s'empcher de dire qu'elle l'avait fait exprs1 pour le plus grand plaisir des bons ,pres et1 depuis1 ni lui ni ma mre ne pouvaient faire allusion la performance d',anne1 comme ils disaient1 sans rire pendant un bon quart d'heure4 ,si1 toutefois1 une plaisanterie avait quoi que ce soit d'amer ou d'ironique1 ma mre ne la gotait pas1 tandis que mon pre et moi ne l'en aimions que davantage si elle tait juste2 et dans la mesure o je le comprenais1 je jouissais bien de tout le sarcasme de ,don ,juan4 ,mais la rsolution que je pris1 aprs la lecture des derniers chants de ,don ,juan1 de reconnatre ,byron pour mon matre en posie1 comme ,turner l'tait en peinture1 se dessina ds l'poque o le jeune oisillon1 disons plus poliment si vous voulez1 le jeune cygne1 essayait ses ailes sans avoir conscience des instincts plus profonds qui l'y poussaient2 je ne voyais nettement que deux choses1 c'est que son observation tait la plus exacte1 et son expression la plus concentre que j'eusse encore rencontre en littrature4 ,j'avais lu1 avec mon pre1 les deux premiers livres de ,tite-,live1 je savais donc ce que c'est qu'un style concis2 mais je m'tais dj rendu compte que ,tite-,live1 comme je m'en rendis compte plus tard pour ,horace et ,tacite1 tait volontairement1 souvent pniblement et quelquefois obscurment concis4 ,byron1 au contraire1 crit aussi aisment que l'pervier vole1 son style est aussi clair que les eaux claires d'un beau lac4 ,il dit la stricte vrit1 en aussi peu de mots que possible1 et non seulement la vrit exacte1 mais la vrit essentielle et centrale4 ,je ne pouvais alors1 cela va sans dire1 valuer les dons prodigieux de ,byron pas plus que ceux de ,turner2 mais je voyais que tous deux avaient raison dans toutes les choses o j'tais capable de distinguer le vrai de l'erreur1 et par consquent que je devais les pendre pour matres1 chacun dans son domaine propre4 ,le lecteur moderne1 pour ne pas dire l'rudit moderne1 est si compltement ignorant des qualits matresses de ,byron1 qu'il m'est difficile de raconter l'histoire de mon noviciat sans prciser l'aide de quelques exemples ce qui me paraissait absolument unique dans son uvre4 ,pour cela1 je choisirai sa prose plutt que ses vers1 d'autant que sa versification1 son rythme1 soulvent des questions diffrentes de celles qui nous occupent ici4 ,lisez par exemple1 pour commencer1 la phrase sur ,sheridan dans sa lettre ,thomas ,moore1 date de ,venise1 le ,ier juin 7ou #b juin l'aube7 #ahah3 ,les ,whigs l'outragent2 et nanmoins il leur reste fidle2 des imbciles de ce calibre ne mritent ni crdit ni piti4 ,quant ses cranciers1 n'oubliez pas que ,sheridan n'a jamais eu le sou et qu'il s'est jet avec des dons puissants et des passions ardentes dans la mle du monde1 qu'il s'est trouv au fate de la gloire1 sans fortune4 ,fox a-t-il jamais pay ses dettes8 ,sheridan s'est-il jamais prt une souscription son bnfice8 ,l'ivrognerie de444444 tait-elle plus excusable que la sienne8 ,ses aventures galantes taient-elles plus scandaleuses que celles de ses contemporains8 ,pourquoi faut-il que sa mmoire soit ternie1 quand on respecte les leurs8 ,ne vous laissez pas impressionner par les criailleries1 mais comparez-le comme principes avec ,fox le grand faiseur de coalitions1 avec ,burke le pensionn1 avec dix fois cent mille autres pour les ides personnelles4 ,quant au talent1 il n'est pas de comparaison possible1 aucun ne lui vient seulement la cheville4 ,sans fortune1 sans relations1 sans rputation 7ce qui n'tait peut-tre pas vrai au dbut1 et ce qui a pu ensuite le pousser au dsespoir et la folie7 il les a tous battus sur tous les terrains4 ,mais1 hlas6 pauvre nature humaine6 ,bonsoir1 ou plutt bonjour4 ,il est quatre heures1 l'aube blanchit le ,grand ,canal et le ,rialto sort des ombres4 ,remarquez-le1 ce passage a de la grandeur1 d'abord parce qu'il condense dans le moins de mots possible le plus de penses justes1 sages et gnreuses4 ,il n'est pas seulement grand et noble1 il est parfait2 tout ce qu'il veut dire est l1 sans concision artificielle ou complique2 c'est net1 c'est rapide1 c'est le coup de marteau du forgeron sur le fer rougi blanc2 et avec un choix de mots qui1 par leur position dans la phrase1 les fait dpasser de beaucoup la signification qu'ils ont dans le dictionnaire4 ,par exemple1 il emploie nanmoins 7however7 au lieu de toutefois 7yet71 parce que nanmoins est l pour quoi qu'ils fassent4 ,la mle du monde veut dire non seulement la foule mais la poussire1 le brouillard qui l'enveloppe2 dix fois cent mille1 pour un million ou mille fois mille1 afin d'enlever au nombre sa grandeur et nous faire sentir qu'il s'agit d'une quantit de nullits4 ,remarquez aussi la phrase entre parenthses3 ce qui n'tait peut-tre pas vrai4442 elle est obscure2 il serait impossible en effet d'tre clair sans s'arrter et perdre beaucoup de temps2 au lecteur de complter le sens et de dire3 il n'tait peut-tre pas vrai l'origine de dire qu'il n'avait pas de rputation1 etc444 ,enfin1 cette aube qui soulve les voiles diminue les ombres qui enveloppent le ,rialto1 mais elle ne l'claire pas comme elle clairerait une tendue d'eau4 ,prenons maintenant1 si vous le voulez bien1 les deux passages sur la posie dans les lettres ,murray du #ae septembre #ahag et du #ab avril #ahah2 7pour bien juger de la force collective de ces deux lettres1 comparez expos rflchi qu'il publia dans la rponse ,blackwood en #ahbj74 #ahag4 ,pour ce qui est de la posie en gnral1 je suis convaincu1 plus j'y rflchis1 que lui 7,moore7 et nous tous d'ailleurs1 ,scott1 ,southey1 ,wordsworth1 ,moore1 ,campbell et moi1 nous sommes dans l'erreur les uns comme les autres2 nous nous sommes engags dans une voie rvolutionnaire qui est mauvaise2 nos systmes potiques n'ont aucune valeur en eux-mmes1 seuls ,rogers et ,crabbe y ont chapp et les gnrations venir1 et mme la gnration actuelle1 leur donneront raison4 ,j'en suis convaincu depuis que j'ai relu quelques-uns de nos classiques1 et en particulier ,pope4 ,et voici comment j'en ai fait l'exprience4 ,j'ai pris les pomes de ,moore1 les miens et quelques autres2 je les ai lus en les comparant avec ceux de ,pope1 et j'ai t surpris 7je n'aurais pas d l'tre7 et mortifi de la distance immense qui nous spare--au point de vue de la raison1 du savoir de l'effet1 et mme de l'imagination1 de la passion et de l'invention--nous autres1 hommes du ,bas-,empire1 du petit homme du temps de la ,reine ,anne4 ,croyez-moi1 il y avait des ,horace en ce temps-l2 et maintenant on est des ,claudien1 et je vous assure qui si c'tait recommencer1 je m'arrangerais en consquence4 ,crabbe est bien l'homme2 seulement son sujet est impossible1 grossier et444444 c'est un retrait en demi-solde2 il fera bien d'en finir moins de faire comme il faisait autrefois4 #ahah4 ,j'avais pens crire une prface pour dfendre ,lord ,hervey contre les attaques de ,pope--mais ,pope lui-mme1 en tant que pote1 envers et contre tous1 car il est en butte d'inqualifiables attaques inaugures par ,warton et continues de nos jours par la nouvelle cole des critiques et des crivailleurs qui se croient potes parce qu'ils n'crivent pas comme ,pope4 ,ce mauvais got et cette damne blague m'exasprent2 notre gnration tout entire ne vaut pas un seul chant du ,rape of the ,lock1 de ,the ,essay on man1 de la ,dunciad1 ni aucune des choses qui lui appartiennent4 ,il n'y a rien qui ait besoin d'tre expliqu dans la brivet et les amnits de ces deux fragments1 si ce n'est1 dans le premier1 l'numration si prcise et si complte des qualits de la grande posie4 ,remarquez surtout l'ordre dans lequel il les met3 ,a4 ,la ,raison4 ,cela veut dire que la premire chose faire est de se demander si le soi-disant pote est un homme de bon sens1 un homme raisonnable2 il insiste l-dessus dans la rponse ,blackwood3 ,on l'appelle 7,pope7 le pote de la ,raison6 ,est-ce une raison pour qu'il ne soit pas pote8 ,b4 ,le ,savoir4 ,burns1 le laboureur d',ayrshire1 si richement dou qu'il soit1 ne saurait tre mis en parallle avec ,homre1 ,dante ou ,milton4 ,c4 ,l',effet4 ,son vers a-t-il de l'action1 de l'effet1 frappe-t-il instantanment l'oreille et l'esprit8 ,voyez l'effet sur l'auditoire des ottave de ,batrice la page #bhf des ,songs of ,toscany de ,miss ,alexander4 ,d4 ,l',imagination4 ,elle est relgue un rang aussi bas parce que beaucoup de romanciers et d'artistes qui ont de l'imagination ne sont pas potes pour cela1 et mme ne sont pas de grands romanciers1 pas de grands peintres1 car il leur manque la raison qui leur permettrait de s'en servir1 et l'art de l'amener l'effet4 ,e4 ,la ,passion4 ,la ,passion est place encore plus bas1 tous les braves gens en ayant autant qu'homme1 femme1 ou ,pote a besoin d'en avoir4 ,f4 ,l',invention4 ,enfin1 l'invention tout en bas de l'chelle1 car on peut tre un grand pote sans avoir aucune invention4 ,byron lui-mme n'en avait pour ainsi dire pas1 et ,scott1 qui en avait revendre1 n'a jamais pu crire une pice de thtre4 ,mais ce n'est ni la force1 ni la prcision1 ni la cadence de son style qui1 principalement1 m'ont fait prendre ,byron pour matre4 ,je savais par cur le ,cantique de ,mose1 le ,sermon sur la ,montagne et la moiti de l',apocalypse2 je n'avais donc pas besoin que l'on m'enseignt la majest et la simplicit dans l'usage des mots anglais et1 quant leur arrangement logique1 j'avais eu pour matre le propre matre de ,byron1 ,pope1 ds que j'avais su parler4 ,mais la chose absolument nouvelle et prcieuse que je dcouvrais chez ,byron1 c'tait cette vrit vivante et mesure1 mesure si on la compare celle d',homre1 et vivante si on la compare celle de tous les autres4 ,ma propre mesure1 mon inexorable baguette1 non la baguette du magicien1 mais celle du drapier ou de l'architecte rduisait nant toutes les hyperboles des potes que l'on a coutume de qualifier de sublimes4 ,il ne servait de rien qu',homre m'affirmt que ,plion s'levt au-dessus d',ossa1 je savais parfaitement que ,plion ne monterait pas sur ,ossa2 de rien que ,pope me dt que les arbres sur lesquels se reposaient les yeux de sa matresse se groupaient autour d'elle pour l'ombrager2 je savais parfaitement qu'ils ne pouvaient rien faire de la sorte4 ,que dis-je8 le monde tel que me le reprsentait la posie ou la thologie m'apparaissait tous les jours plus nbuleux et plus impossible4 ,les histoires de ,pallas1 de ,vnus1 d',achille et d'ne1 d'lie et de saint ,jean me ravissaient3 et sans mettre en doute1 dans le fond de mon cur1 qu'il existt de rels esprits de sagesse et de beaut1 des hros invincibles et des prophtes inspirs1 je sentais dj avec une tristesse mortelle et toujours grandissante que je ne rencontrais nulle part l'expression claire de ce qu'ils taient1 qu'il n'existait1 pour moi1 ni desses tutlaires1 ni matres prophtes2 et que les histoires potiques de ce monde ou de l'autre taient pour moi comme les nouvelles apportes aux disciples enferms1 des contes qu'ils ne pouvaient pas croire4 ,ici enfin je rencontrais un homme qui ne parlait que des choses qu'il avait vues1 connues2 et il en parlait sans exagration1 sans mystre1 sans rancune et sans ,les choses sont ainsi1 tirez-en ce que vous pourrez6 ,shakespeare nous dit que les ,alpes panchent leur rhume dans les valles1 ce qui est strictement vrai1 d'une vrit aussi dfinitive dans l'espce que celle de ,james ,forbes2 seulement il le dit sous une forme mythique1 et avec une dsagrable tendance britannique au malpropre4 ,mais ,byron disant que la froide et toujours mouvante masse du glacier s'avanait jour en jour1 dit simplement ce qu'il voit1 ce qu'il sait1 rien de plus4 ,de mme1 j'avais lu dans les ,mille et une nuits des histoires de voleurs qui vivaient dans des souterrains enchants1 de belles princesses qui luttaient dans les airs avec des gnies2 ,byron1 lui1 me racontait des histoires de voleurs avec lesquels il avait parcouru cheval les montagnes o ils rgnaient en matres1 de belles ,persanes ou de belles ,grecques qui avaient vcu et taient mortes sous le mme soleil que je voyais se lever sur mes collines de ,norwood4 ,dans le champ restreint mais sr de cette vrit1 pour ,byron comme pour moi1 l'amour apparaissait comme une chose bien fugitive1 la mort comme une chose bien terrible4 ,il n'essayait point de me consoler de la mort de ,jessie en me disant qu'elle tait plus heureuse au ,ciel2 qu'il y avait dans celle de ,charles une intention providentielle mon adresse6 ,il ne me disait pas que la guerre est la juste ranon de la gloire des grands capitaines1 ou que le meurtre1 commis au nom d'intrts nationaux1 n'est plus un crime4 ,il en appelait aux faits1 pour tout ce qui ne dpasse pas la porte de l'esprit humain1 et faisait avec quit la part des natures4 ,il est vrai qu'il et pu faire tout cela sans que je le reconnusse pour matre1 si nous n'avions communi dans un mme amour plein de vnration pour le beau1 dans une mme horreur pour le laid4 ,la sorcire du ,staubbach dans son arc-en-ciel voquait une vision qui m'tait mille fois plus agrable que celle de ,shakespeare qui est comme un rat sans queue1 ou celle de ,burns en haillons4 ,conrad1 le roi des mers1 me paraissait bien suprieur au vieux marin dcharn et tann de ,coleridge2 les gracieuses descriptions de la fort de ,windsor et de ses ruisseaux1 si honntement senties qu'elles fussent par ,pope1 n'taient pour moi que tintement de cymbale1 compares aux accents passionns de ,byron chantant ,lachin-y-,gair4 ,mais il me faut borner l cette recherche des raisons de son influence sur moi1 dans la crainte que le lecteur ne se mprenne et ne confonde l'analyse que j'en donne aujourd'hui avec les sentiments que j'tais capable d'prouver quinze ans4 ,la plupart taient pourtant en germe dans le bourgeon non dvelopp de mon intelligence1 tel l'or du crocus encore cach sous la terre2 et ,byron1 bien qu'il ne pt m'apprendre aimer les montagnes ou la mer plus que je ne les aimais dans mon enfance1 est le premier qui les ait animes pour moi d'un souffle humain plein de grandeur et de tristesse4 ,c'est grce lui que j'ai compris ,chillon et ,meillerie et que j'ai cherch tout d'abord ,venise les palais en ruines de ,foscari et de ,falieri4 ,remarquez-le1 l'impression qu'il faisait tait d'autant plus grande qu'il y avait dans ses histoires des personnages plus rels1 dans ses penses des principes plus fermes4 ,quant au romanesque1 je m'en tais imprgn1 j'en avais abus1 si je puis dire1 l'cole de ,scott1 dont la ,dame du lac tait aussi fabuleuse pour moi que sa ,dame blanche d',avenel2 tandis que ,rogers n'tait qu'un simple dilettante auquel il importait peu de dbarquer au point o ,tell avait abord ou sur le sol qu'avait foul ,saint-,preux4 ,la ,venise mme de ,shakespeare tait imaginaire2 et ,portia aussi irrelle que ,miranda4 ,c'est ,byron qui a anim1 qui a fait revivre pour moi les tres de chair et d'os dont les pieds ont us les dalles de marbre que je foulais aujourd'hui4 ,un mot encore1 quoiqu'il empite sur un sujet que je me rserve de traiter plus tard1 un mot sur le rythme de ,byron4 ,l'aisance naturelle de sa forme1 qui a souvent la simplicit de la prose1 m'intressait extrmement1 par opposition la fois avec les divisions symtriques de ,pope et les strophes contre-balances de la posie classique et hbraque4 ,mais bien que j'imitasse sa manire1 ds que je versifiais pour mon plaisir1 j'avais un tel respect pour la construction massive classique en opposition avec les formes modernes plus fluides1 que j'ai longtemps essay1 crivant en prose1 de garder la phrase cadence de ,pope et de ,johnson dans toutes les occasions o il fallait du srieux4 ,j'y tais encourag par le mpris que ,byron manifestait pour ses propres vers et aussi par l'instinct architectural inn en moi1 qui m'inclinait au principe de la pyramide4 ,je dirai aussi plus loin l'influence que ,johnson eut sur moi2 pour le moment1 il me faut revenir aux jours o le petit cours d'eau que j'tais1 chantait doucement en courant travers sa pauvre petite cressonnire de vie4 ,au printemps de #ahce j'eus une pleursie assez grave2 je crois que1 pendant trois ou quatre jours1 je fus en quelque danger4 ,ma mre et le vieux mdecin de la famille1 le ,dr ,walshman1 eurent grand'peine empcher qu'on me saignt blanc comme l'aurait voulut la sommit mdicale appele en consultation4 ,il n'a pas trop de tout le sang qu'il a dans les veines pour combattre la maladie1 disait notre vieux docteur1 qui finit par me tirer d'affaire4 ,je sortis de cette preuve assez faible pour ncessiter une quinzaine de soins et de gteries4 ,c'est pendant cette convalescence que je lus ,la ,jolie fille de ,perth1 que j'appris la chanson de ,pauvre ,louise et que je fis mes dlices du dessin de ,stanfield du ,mont-,saint-,michel reproduit dans la ,coast ,scenery2 de la ,santa ,saba1 du ,pool of ,bethesda et de la ,corinthe de ,turner1 dans sa srie biblique4 ,que n'ai-je pas appris en regardant ces quatre gravures1 et combien je suis heureux aujourd'hui de possder les originaux de ,bethesda et de ,corinthe6 ,je prparais aussi l'itinraire du voyage en ,suisse que nous devions faire ds que je serais rtabli4 ,j'ombrais en cobalt un cyanomtre qui devait me permettre de mesurer le bleu du ciel2 j'achetai aussi un carnet de notes pour y consigner mes observations gologiques1 ainsi qu'un grand in-quarto destin aux croquis d'architecture1 et sur lequel tait ingnieusement fixe une rgle plate4 ,je dcidai aussi que les incidents de ce voyage et les sentiments qu'il m'inspirerait feraient l'objet d'un journal potique crit dans le style de ,don ,juan1 habilement combin avec celui de ,childe ,harold4 ,j'crivis deux chants de cet ouvrage--la traverse de la ,france jusqu' ,chamonix--l1 je m'arrtai bout de souffle1 ayant puis pour le ,jura tous les termes descriptifs dont je disposais1 et m'tant aperu qu'il ne m'en restait plus pour les ,alpes4 ,j'essaierai1 dans le chapitre suivant1 de raconter cette partie de notre voyage dans un langage moins lev4 ,note #cj3 ,je suis vtre1 ,muses6 ,,chapitre ,,ix ,,le ,,col ,,de ,,la ,,faucille l'heure o1 dans la matine1 le voyageur moderne chic1 qui se rend ,paris1 ,nice1 ou ,monaco et qui a quitt ,charing ,cross parle train du matin1 commence se remettre des motions de la traverse et des luttes qu'il lui a fallu soutenir pour s'assurer un coin dans le train ,boulogne1 au moment o il consulte sa montre et se demande s'il approche d',amiens et de son buffet1 est prs de s'impatienter en voyant le train s'arrter encore2 la station lui semble sans intrt1 c'est ,abbeville4 ,lorsque la locomotive se remet en marche1 il pourrait1 s'il voulait un instant abandonner son journal1 apercevoir deux tours carres1 assez singulirement relies par un arceau meneaux1 qui dominent les peupliers et les saules du pays bas et marcageux qu'il est en train de traverser4 ,je doute qu'il le fasse et en tout cas qu'il ait envie d'en voir davantage1 et je crains de ne pouvoir faire comprendre1 mme au lecteur le mieux dispos1 l'influence que ces deux tours ont exerce sur ma vie4 ,la ville qui s'est groupe autour d'elles n'tait autrefois1 comme ,croyland1 qu'un simple asile pour les moines et les paysans 7le refuge1 comme on l'a appel74 ,perdue au milieu des marais de la ,somme1 elle reut vers l'an #fej le nom de ,abbatis ,villa 7j'allais crire ,abbot's ford72 manoir et village dpendaient du grand monastre fond par saint ,riquier sur la colline o il tait n1 cinq milles l'est de la ville actuelle4 ,pour ce qui regarde saint ,riquier1 je transcris l'article du ,dictionnaire des ,sciences ecclsiastiques qui1 tant donn les circonstances politiques actuelles1 intressera mes lecteurs pour des raisons plus puissantes que celles que pourrait lui inspirer ma petite personnalit naissante3 ,saint ,riquier1 en latin ,sanctus ,richarius1 n au village de ,centule1 deux lieues d',abbeville1 fut si touch par la grande pit de deux saints prtres venus d',irlande1 auxquels il avait donn l'hospitalit1 qu' leur exemple il embrassa la pnitence4 ,ayant t ordonn prtre1 il se voua la prdication et passa en ,angleterre4 ,de retour dans le ,ponthieu1 il devint1 par la grce de ,dieu1 puissant en uvres et en parole4 ,il prcha la ,cour de ,dagobert et1 peu de temps aprs la mort de ce prince1 fonda le monastre qui porte son nom et un autre appel ,forest-,moutier1 dans la fort de ,crcy1 o il acheva ses jours4 ,je trouve encore dans l',histoire ecclsiastique d',abbeville1 publie en #afdf par ,franois ,plican1 rue ,saint-,jacques1 l'enseigne du ,plican1 que saint ,riquier tait lui-mme de sang royal1 que saint ,angilbert1 le septime abb1 avait pous la seconde fille de ,charlemagne1 ,bertha1 qui se rendit aussi ,religieuse de l'ordre de ,saint-,benoist4 ,louis1 le onzime abb1 tait cousin germain de ,charles le ,chauve2 le douzime fut le fils de saint ,angilbert1 par consquent petit-fils de ,charlemagne2 ,raoul1 treizime abb1 tait le frre de l'impratrice ,judith2 et ,carloman1 seizime abb1 le fils de ,charles le ,chauve4 ,levez les yeux encore une fois1 cher lecteur1 au moment o le train reprend sa marche et vous apercevrez1 tincelant au soleil sur la colline1 le village tout blanc et son abbaye4 ,ce ne sont plus1 en vrit1 murs qui ont abrit ces princes et ces princesses--ceux-l se sont crouls depuis longtemps--ce sont ceux de l'abbaye encore belle construite sur leurs fondations par les moines de ,saint-,maur4 ,l'anne o l',histoire d',abbeville1 laquelle j'emprunte cette citation1 fut crite 7sans doute vers #afjj71 la ville que l'on appelait alors ,abbeville la ,fidle comprenait #dj4jjj mes qui vivaient en grande union et grande franchise1 craignant de faire tort leurs voisins2 les femmes taient modestes1 honntes1 pleines de foi et charit1 ornes des grces de la beaut et de l'innocence2 la noblesse tait nombreuse1 hardie et habile aux armes2 les maistrises d'art et de commerce possdaient d'excellents ouvriers dans toutes les professions1 sous la juridiction de soixante-quatre ,major-,bannerets ou chefs des corporations1 lesquels lisaient le maire de la ville1 gouverneur indpendant de grande probit1 autorit et sans reproche1 et avec lui quatre chevins de l'anne prsente1 et quatre de l'anne passe2 ayant foute autorit pour la justice1 la police et la guerre1 charge de surveiller et garder les poids et les mesures1 de punir ceux qui se permettraient de les falsifier1 de vendre faux poids1 ou de laisser passer des marchandises sans qu'elles portassent le sceau de la vile4 ,la ville contenait1 en dehors de la grande glise de ,saint ,wulfran1 treize glises paroissiales1 six monastres1 huit couvents de femmes et cinq hpitaux4 ,il me faut1 parmi les glises1 citer celle de ,saint-,georges qui fut commence par notre roi douard en #acfh1 le #aj janvier2 transfre1 puis consacre de nouveau en #adfi par l'vque de ,bethlem2 plus tard1 en #aecf1 agrandie par les ,marguilliers1 les ,paroissiens tant devenus si nombreux que beaucoup taient obligs de rester dehors les jours de fte4 ,ces constructions et reconstructions se faisaient vite et bien ,abbeville1 qui possdait non seulement des ouvriers excellents1 mais une pierre qui se travaillait facilement et un sol qui ne permettait que des fondations sur pilotis1 ce qui explique qu'il ne reste presque rien des btiments antrieurs au ,x,ve sicle4 ,saint ,wulfran1 ,saint ,riquier et tout ce qui subsiste des glises paroissiales 7seulement quatre1 je crois1 en dehors de ,saint ,wulfran7 sont de ce mme gothique flamboyant1 murailles et tours1 contemporain des maisons pignons de bois qui bordaient les rues principales1 lorsque je vins ,abbeville pour la premire fois4 ,il me faut ici1 par anticipation1 expliquer mes lecteurs que ma vie intellectuelle a eu1 en somme1 trois grands centres3 ,rouen1 ,genve et ,pise4 ,tout ce que j'ai fait ,venise a t fait en marge1 car son histoire trs falsifie1 tait ignore mme des gens du pays2 dans le monde de la peinture1 ,tintoret tait dlaiss1 ,vronse incompris1 et on ne connaissait mme pas le nom de ,carpaccio quand j'ai commenc m'en occuper4 ,peut-tre faut-il compter aussi pour quelque chose mon got pour les promenades en gondole6 ,mais ,rouen1 ,genve et ,pise m'ont appris tout ce que je sais1 elles furent des matresses adores et obies1 ds le jour o je passai leurs portes4 ,dans ce voyage de #ahce1 je vis pour la premire fois ,rouen et ,venise2 ,pise1 seulement en #ahdj2 mais je n'ai senti toute la beaut et la force de ces villes merveilleuses que beaucoup plus tard4 ,pour ,abbeville1 qui est comme la prface et l'interprtation de ,rouen1 j'tais tout prt ce #e juin et j'ai compris sur l'heure que c'tait une re de travail salutaire et de joies fcondes qui s'ouvrait pour moi4 ,car ici je trouvais de l'art local1 la religion et la vie humaine actuelle en parfaite harmonie4 ,ces glises aux fines sculptures ne connaissaient pas la solitude mortelle des six jours de la semaine1 le lourd ennui du septime2 pas de sacristain pour vous fermer la porte au nez1 pas de bedeau pour vous enfermer dans quelque banc4 ,je pouvais y errer toute heure1 m'imaginer que j'tais un revenant1 m'embusquer derrire leurs piliers comme ,rob ,roy1 m'y agenouiller sans scandaliser personne1 y dessiner sans doubler qui que ce soit4 ,au dehors1 la vieille ville fidle se groupait et se blottissait sous leurs contreforts comme de petits poussins sous les ailes de leur mre2 l'aristocratie1 calme et inoffensive1 des rues silencieuses du quartier neuf ne laissait qu'entrevoir la dignit de ses htels entre cour et jardin4 ,le quartier du commerce1 que coupait la grande rue1 ne comptait que des boutiques qui1 sans se faire concurrence1 taient ncessaires pour le dbit des denres du pays3 drap1 bonneterie1 toffes tisses sur place1 fromages de ,neufchtel1 tout proche1 fruits des jardins d'alentour2 pain du froment pouss dans les champs situs au-dessus des verts coteaux2 viande de leurs propres troupeaux et que le fer-blanc amricain n'avait pas gte2 tous les outils3 faux1 socs de charrue1 frapps au grand air sur l'enclume2 piceries fines1 caf que l'on brlait le plus souvent devant la porte et qui embaumait2 quant aux modistes1 peut-tre faisaient-elles venir un ou deux chapeaux de ,paris1 mais le reste tait du cru et les paysannes des environs et les belles dames du ,ponthieu s'en contentaient4 ,au-dessus de la boutique prospre1 sereinement active et bienfaisante1 il y avait l'habitation du matre1 la vieille maison habite de pre en fils avec ses sculptures aimables voir1 son toit fier et qui gardait son rang1 sans empiter ni par en bas1 ni par en haut1 depuis des sicles4 ,autour de la petite ville couraient les remparts sous de longues avenues rafrachies par la brise1 du haut desquels on apercevait ici et l1 toujours calme1 toujours claire1 la jolie rivire navigable et vive qui faisait tourner les roues des moulins1 la ,somme1 aux eaux vertes un peu laiteuses4 ,les joies les plus intenses que j'aie gotes1 c'est aux montagnes que je les dois4 ,mais rien ne me procurait un plaisir plus sain1 toujours renouvel1 que la vue d',abbeville lorsque1 par une belle aprs-midi d't1 je descendais de voiture dans la cour de l'htel de l',europe1 et que je me prcipitais pour revoir ,saint ,wulfran avant que le soleil n'et quitt ses tours6 ,souvenirs prcieux444 jamais4 ,pour ,rouen et sa cathdrale1 je dirai ce que j'ai en dire1 si ,dieu me prte vie1 dans ,nos ,pres nous ont dit4 ,la vue de la ville et des flches de sa cathdrale1 avec la journe du lendemain o nous remontmes la ,seine jusqu' ,paris1 et ensuite ,soissons et ,reims fixrent1 comme je l'ai dj dit1 le premier point central de mon travail venir4 ,au del de ,reims1 ,bar-le-,duc1 je me retrouvai dj sous l'influence des ,alpes et mon pre avait la bont de faire le crochet par ,plombires et ,dijon1 afin que je pusse en approcher par le passage du ,jura4 ,le lecteur me pardonnera si1 en racontant ce que je crois devoir l'intresser1 je mle ce qui est spcial ce voyage de #ahce et ce qui se rapporte ceux qui ont suivi2 il m'est extrmement difficile aujourd'hui de ne pas confondre ces diffrents voyages1 tant donn que nous descendions toujours dans les mmes htels1 o nous occupions tantt la chambre bleue1 tantt la chambre verte1 que nous voyions les mmes choses1 et que nous prouvions encore plus dplaisir les revoir qu' les voir pour la premire fois4 ,cette dernire partie de la route de ,paris ,genve1 si belle1 si adorablement riante et charmante1 m'est devenue par la suite si familire qu'il m'est trs doux s'attarder voquer tant de chers souvenirs4 ,le plus souvent nous quittions ,la ,cloche ,dijon vers sept heures du matin1 aprs avoir gaiement djeun4 ,le petit salon1 au premier sur le devant1 communiquait avec une chambre coucher d'o1 par les fentres du ct ouest1 on apercevait1 au-dessus d'une maison basse1 les flches de la cathdrale4 ,j'occupais toujours cette chambre4 ,je vois encore le lit dans l'alcve au fond1 spare seulement par une lgre cloison du passage qui conduisait par un balcon extrieur la chambre d',anne4 ,c'tait un bonheur pour ,anne1 qu'elle escomptait tout le long du voyage que d'ouvrir une petite porte dissimule dans ce passage1 qui donnait dans l'alcve juste au-dessus de ma tte1 et de venir me rveiller le matin4 ,je ne me souviens pas de nous tre jamais mis en route par la pluie1 sauf une seule fois4 ,le plus souvent1 le soleil matinal faisait une poussire de diamants avec l'eau de la fontaine du faubourg ,sud-,est et allongeait l'ombre des peupliers sur la route de ,genlis4 ,genlis1 ,auxonne1 ,dole1 ,mont-sous-,vaudrey1 trois tapes de douze ou quatorze kilomtres chacune1 deux de dix-huit1 en tout environ soixante-dix kilomtres des portes de ,dijon au pied du ,jura4 ,nous courions en droite ligne sur les montagnes1 djeunant de pruneaux et de pain4 ,le pays est plat et sans intrt jusqu' ,auxonne4 ,je m'tonnais que des cratures humaines pussent vivre ainsi en vue du ,jura1 sans y tre jamais alles4 ,auxonne1 on traverse la ,sane aux eaux d'meraude3 ce n'est encore qu'un torrent descendu de la montagne1 mais on devine qu'il est n dans le ,jura4 ,encore une heure de patience et enfin ,dole1 des coteaux coups de calcaire jaune1 on aperoit la houle bleue des pentes du ,jura qui se perdent dans le lointain vers le sud1 aussi loin que l'il peut les suivre4 ,au nord-est1 la chane se coupe brusquement et un bloc hardi se dtache du reste1 le escarpe qui s'lve comme un cueil formidable au-dessus de ,salins4 ,au del de ,dle1 c'est une succession de collines et de valles1 pays sauvage1 trange1 avec ses chaumires d'argile coiffes d'immenses toits de chaume hauts pignons4 ,je m'tonne de ne m'tre jamais inquit de savoir s'il y avait une raison pour construire des toits de cette forme2 je m'tonne aussi de n'tre jamais entr dans une de ces chaumires pour en visiter l'intrieur6 ,le village1 ou plutt la petite ville de ,poligny1 se compose de vieilles maisons de pierre solidement bties au milieu de jardins et de vergers2 elles se serrent au milieu pour former un semblant de rue1 et s'tagent entre les racines de la chane du ,jura1 l'entre d'une petite valle qui serait une gorge dans nos comts calcaires d',york et de ,derby1 au fond de laquelle coulerait entre des collines onduleuses un ruisseau babillard2 dans le ,jura1 c'est une longue succession de terrasses en amphithtre1 de petits bouts de champs1 de vergers1 qui s'accrochent au flanc de la montagne1 partout o il est possible de mettre le pied2 au fond1 un couvent avec sa flche arienne1 de jolies chaumires blotties dans des coins verdoyants ou perches sur des saillies de rochers4 ,pas de cours d'eau1 pour ainsi dire1 ni aucune source1 ni d'autre raison d'tre pour cette valle que la volont du ,crateur4 ,une longue succession1 ai-je dit1 c'est--dire1 un mille environ dans la montagne1 une coule qui permet la grande route de ,paris ,genve de serpenter capricieusement1 grce des travaux d'art primitifs1 se trouvant tout coup o elle n'avait nulle intention d'aller1 et se demandant comment elle pourra gagner l'endroit o il faut qu'elle passe4 ,si l'on se retourne1 on voit la plaine de ,bourgogne s'largissant mesure que l'on monte jusqu' ce que1 sous un dernier rocher escarp1 la route prenne le parti d'escalader le ravin et d'en sortir tout fait1 l o il se ferme aussi draisonnablement qu'il s'est ouvert2 et le voyageur tonn se trouve transport comme par magie au milieu d'une plaine qui semble appartenir un autre monde4 ,c'est ici une plaine unie au sol rocheux1 avec1 sa surface1 une terre jaune qui laisse pousser une herbe rare1 mais bonne4 et l1 on voit au loin une leve de pins toujours surmonte1 si le matin ou le soir est clair1 d'une petite vapeur argentine qui parat tre un nuage4 ,ces premires zones du ,jura sont plus riantes que les plaines crayeuses d',ingleborough1 auxquelles on pourrait les comparer en ,angleterre4 ,les landes du ,yorkshire1 plus leves1 sont souvent balayes par la pluie au gr des vents violents qui rgnent presque constamment dans la rgion4 ,ce sont dvasts tendues de schiste1 mlang d'argile et de sable provenant de la pierre meulire-sol qui nourrit une herbe grossire et forme par endroits des marcages4 ,aucun arbre n'y peut rsister aux vents de tempte1 s'il n'a eu la chance de rencontrer quelque coin abrit4 ,le ciel du ,jura1 au contraire1 est aussi calme et clair que celui du reste de la ,france1 et le soleil1 lorsqu'il brille dans la plaine1 fait tinceler les montagnes qui l'entourent2 les rochers du ,jura1 passant de la craie au marbre1 se fendent1 formant d'tranges replis1 des sillons profonds1 mais ils rsistent et se sont revtus1 depuis de longs sicles1 soit des fleurs de la fort1 soit d'un gazon ras et fin avec toutes les floraisons qui aiment le soleil4 ,l'air1 qui est si pur mme ces altitudes modres--un millier de pieds peine au-dessus du niveau de la mer--entretient leurs plus doux parfums et leurs plus vives couleurs et1 l'hiver leur donne un repos ininterrompu sous le calme de la neige4 ,la diffrence est plus grande encore et plus surprenante en ce qui touche les cours d'eau4 ,dans les moors du ,yorkshire1 ils ont beau se cacher1 paratre et disparatre1 on ne les perd jamais de vue entirement1 sait qu'ils taient l hier1 on connat les puits qu'ils viendront emplir la premire averse1 et un petit filet d'eau1 au fond d'un ravin escarp1 ou le bruit d'une cascade1 qui tombe du sommet d'un rocher1 vous fait toujours vous demander si celui-ci est une des sources de l',aire1 si celui-l est un des ruisselets du ,ribble1 ou du ,bolton ,strid1 ou bien l'un des fils d'argent qui1 tisss1 deviendront la ,tees4 ,mais ni soupir1 ni murmure1 ni caquet1 ni chanson de ruisseaux ne troublent le silence enchant du ,jura4 ,les nuages chargs de pluie treignent ses flancs1 flottent sur ses plaines1 les inondent2 ils passent1 et une heure plus tard les rochers sont secs1 il n'y parat plus4 ,quelques perles de rose seulement s'attardent1 suspendues aux feuilles des alchmilles1 mais de ruisseau1 point2 on n'en voit pas trace1 ni hier1 ni aujourd'hui1 ni demain4 travers d'invisibles fissures1 de mystrieuses crevasses1 les eaux de la plaine de la montagne se sont coules2 tout en bas seulement1 au plus profond de la valle principale1 coule la rivire1 la rivire puissante dj1 et que rien ne vient troubler dans son cours4 ,tels sont les premiers enseignements de la route4 ,entre ,poligny et ,champagnole1 deux relais sans monte1 sur un sol aride1 pas une flaque d'eau o puisse seulement pousser un brin de cresson1 o un ttard ait la place de remuer la queue2 ensuite1 par une route ombrage et sinueuse qui est la fois le parc et le boulevard du petit village pensif1 on gagne un pont d'une seule arche4 ,l',ain1 au-dessous1 semble dormir dans de belles profondeurs d'un vert tendre comme celui des jeunes feuilles d'avril2 puis1 tout coup1 il s'veille et s'lance avec fracas au milieu de tourbillons d'cume1 saute par-dessus des barrages1 forme des cascades naturelles ou artificielles1 se divise en une infinit de petits courants qui se glissent sous d'normes rochers mins par les eaux qui surplombent1 et d'o pendent des chevelures de verdure4 ,la seule merveille pour quiconque connat un peu la structure jurassique1 c'est qu'on puisse apercevoir les rivires1 que les rochers soient assez rsistants pour les mener ciel ouvert travers les valles1 sans ces pertes frquentes comme celles du ,rhne4 ,c'est ainsi qu'au-dessous du lac de ,joux1 l',orbe se perd pour reparatre six cent quatre-vingts pieds plus bas1 dans un site dont j'emprunte la description ,papa ,saussure3 ,un rocher demi-circulaire lev au moins de deux cents pieds1 compos de grandes assises horizontales tailles pic1 et entrecoupes par des lignes de sapins qui croissent sur les corniches que forment leurs parties saillantes1 ferme du ct du couchant la valle de ,valorbe4 ,des montagnes plus leves encore et couvertes de forts forment autour de ce rocher une enceinte qui ne s'ouvre que pour le cours de l',orbe1 dont la source est au pied de ce mme rocher4 ,ses eaux1 d'une limpidit parfaite1 coulent d'abord avec une tranquillit majestueuse sur un lit tapiss d'une belle mousse verte 7,fontinalis antipyretica71 mais1 bientt entran par une pente rapide1 le fil du courant se brise en cume contre des rochers qui occupent le milieu de son lit1 tandis que les bords1 moins agits1 coulant toujours sur un fond vert1 font ressortir la blancheur du milieu de la rivire2 et ainsi elle se drobe la vue1 en suivant le cours d'une valle profonde1 couverte de sapins1 dont la noirceur est rendue plus frappante par la brillante verdure des htres qui croissent au milieu d'eux444 ,ah si ,p,,trarque avait vu cette source1 et qu'il y et trouv sa ,,laure1 combien ne l'aurait-il pas prfre celle de ,vaucluse1 plus abondante peut-tre et plus rapide1 mais dont les rochers striles n'ont ni la grandeur1 ni la riche parure qui embellit la ntre4#ca ,je n'ai pas vu la source de l',orbe1 mais je recommande l'attention du lecteur les sources des grandes rivires4 ,comme elles sont belles lorsqu'elles surgissent1 s'lancent au pied des rochers1 au lieu de tomber1 comme on se l'imagine volontiers1 du haut d'une falaise ou d'une paroi de roc6 ,malham ,cove--une source qui rappelle celle de l',orbe--bouillonne pareillement au pied du rocher et semble sortir d'un rservoir intrieur plus profond4 ,le vieil htel de la ,poste1 ,champagnole1 tait situ juste au-dessus du pont de l',ain1 en face de la ville1 l'endroit o la route s'aplanit de nouveau avant de s'lancer vers ,genve4 ,ce doit tre en #ahdb que1 pour la premire fois1 en quittant ,dijon nous allmes tout d'une traite au del de ,poligny jusqu' ,champagnole2 mais1 de ce jour1 l'htel de la ,poste ,champagnole devint un arrt habituel1 une sorte de home4 l'aller1 nous y tions si joyeux et au retour nous y rapportions une si belle provision d'ides qu'il nous semblait qu'une large tranche de notre vie s'tait coule dans la paix du joli village de ,champagnole4 ,nous n'y rencontrions jamais personne1 mais il suffisait au bonheur du propritaire1 qui tait en mme temps cultivateur1 que quelques voyageurs s'y arrtassent de loin en loin4 ,ceux qui y couchaient par hasard repartaient le plus souvent pour ,genve le lendemain de grand matin4 ,nous1 dont la prochaine tape tait ,morez1 n'tions pas si presss4 ,au retour1 nous nous arrangions pour quitter ,genve le vendredi1 afin de passer la journe du dimanche ,champagnole4 ,c'tait un vrai bonheur pour moi1 arrivant de ,dijon par une belle soire de juin1 aprs avoir dn d'une truite et d'une ctelette vite accommodes1 de faire ma premire promenade au milieu des rochers et des pins4 ,en dpit de mes prventions ,tories 7mes principes1 devrais-je dire71 j'avoue que l'un des grands charmes de la ,suisse1 surtout de la ,suisse jurassique1 c'tait la libert dont on y jouissait3 non pas une libert seulement thorique1 mais une libert relle4 ,dans les montagnes plus leves1 on ne peut pas toujours aller o l'on veut3 si l'on dsire aller ici1 c'est trop escarp1 si l'on veut aller l1 c'est trop loign4 ,dans le ,jura1 chacun peut aller o bon lui semble et tre heureux partout4 ,quand j'avais le temps1 je grimpais le rocher isol au nord du village1 o sont les ruines d'un vieux chteau fort et les alles encore demi traces de son jardin1 pour voir si j'apercevrais l'horizon les blanches apparitions4 ,l1 dans le clair crpuscule1 j'ai revu1 d'annes en annes--et chaque fois ils me semblaient plus admirables--les derniers rochers et la calotte du ,mont-,blanc1 c'est--dire autant qu'on en peut apercevoir au del du dme du ,got1 de ,saint-,martin4 ,mais de ,champagnole1 il a tout autant d'importance quand on le voit s'embraser aux derniers feux du soir1 comme une pleine lune de septembre4 ,si je n'avais pas le temps de monter jusqu'aux ruines1 j'allais me promener dans les bois qui dominent l',ain1 pour cueillir mes premires fleurs des ,alpes4 ,quelle reconnaissance ne dois-je pas ce que ,herne ,hill avait de compass et mme de vulgaire1 ce qui1 par contraste1 m'a fait sentir si vivement la divine sauvagerie des forts du ,jura4 ,le lendemain1 nous traversions en voiture la haute valle de l',ain2 la route suit le cours sinueux de la rivire qui descend vers la plaine4 ,on se demande1 sans pouvoir se l'expliquer1 comment ces routes en lacets1 qui montent si lentement1 arrivent franchir de telles hauteurs4 ,je n'avais pas march une heure en suivant la voiture--une heure qui m'avait sembl une minute--que nous tions dj sur le haut plateau de ,saint-,laurent4 ,l'herbe du bord de la route se piquait de gentianes et l'horizon les grands pins se balanaient1 vaste ocan d'ombre4 ,toute la ,suisse tait l en esprance1 et ce qu'il y avait de moins grand que la ,suisse lui tait en quelque sorte suprieur dans sa douceur simple et sa puret saine4 ,les chaumires du ,jura ne sont pas aussi richement sculptes que celles du contour de ,berne2 elles n'ont pas la solidit1 les airs de forteresse de celles d',uri2 elles sont couvertes de pierres plates1 trs minces2 leurs grands toits en auvent tombent jusqu' terre comme pour mieux les garantir de la pluie1 et elles n'ont pour tout ornement1 sous les fentres1 que quelques lattes entrecroises4 ,il n'y a ni jardins fleurs1 ni basses-cours attenant ces bons petits chalets qui abritent d'autres occupations que celles du cultivateur--horlogerie et travaux du mme genre--bien que les gentianes bleues fleurissent jusqu'au seuil des maisons campes au milieu des prairies et que le muguet sauvage croisse sa guise dans les taillis voisins4 ,les joies que me donnait la vue de ces maisonnettes1 de ces vies actives et heureuses1 et le sentiment de solidarit humaine qui se dgageait de ces scnes paisibles et rurales taient certainement la base des motions que me faisait prouver leur beaut4 ,reportez-vous au passage des ,sept ,lampes1 crit beaucoup plus tard1 o je dis qu'il est naturel l'homme d'arriver l'admiration par la sympathie4 ,hlas6 j'ai eu1 depuis1 maintes fois l'occasion d'observer avec mlancolie combien nombreux1 au contraire1 sont ceux qui ne regardent les choses que dans leurs rapports avec eux-mmes4 ,mais le sentiment qui me donnait de si grandes joies alors1 qui m'en a donn tant d'autres par la suite1 tait bien diffrent1 par son caractre impersonnel1 de celui qu'prouvent pas mal de personnes mme parmi les plus aimables et les meilleures4 ,au dbut de la correspondance ,carlyle-,emerson1 publie par mon cher ami ,charles ,norton sans assez de commentaires1 je trouve la page #ah cette exclamation tout fait discutable et1 mon ide1 puisque indiscute1 trs blmable et indigne de mon matre1 savoir que ce n'est que lorsque nous sentons que l'on pense nous1 qu'on nous aime1 que la vaste terre devient un jardin habit4 ,mon ducation1 comme le lecteur a dj pu s'en apercevoir1 m'avait amen une conclusion toute contraire4 ,mes heures de bonheur taient celles o personne ne pensait moi1 et mes plus grands ennuis1 les obstacles apports mes projets1 mes expriences1 taient toujours dus l'intervention du public reprsent par ma mre et le jardinier4 ,le jardin ne me semblait pas dsert par la raison que je ne m'imaginais pas tre un objet d'intrt pour les fourmis ou les papillons1 et la seule ombre la joie absolue que j'prouvais lorsque je me promenais le soir1 ,champagnole ou ,saint-,laurent1 c'tait prcisment le sentiment que mon pre et ma mre pensaient moi1 et qu'ils s'inquiteraient si j'tais en retard pour le th4 ,non pas1 croyez-le bien1 que j'eusse pu me passer d'eux4 ,ils taient beaucoup plus pour moi que n'tait sa femme pour ,carlyle2 et si ,carlyle1 au lieu d'crire qu'il esprait qu',emerson penserait lui en ,amrique1 avait dit qu'il souhaitait que son pre et sa mre pensassent lui ,ecclefechan1 c'et t bien4 ,mais cette opinion3 que le fait de n'avoir pas d'admirateurs sufft transformer le monde en dsert1 m'apparat comme un misrable tat d'esprit1 et je serais tent1 pour une fois1 de me fliciter que ma solitude m'et inspir des sentiments tout contraires4 ,mon plus grand bonheur tait de pouvoir observer sans tre vu2 si j'avais pu rendre invisible1 j'aurais t ravi4 ,les hommes1 leurs murs m'inspiraient un intrt analogue celui que m'inspiraient les marmottes1 les chamois1 les msanges et les truites4 ,si seulement ils voulaient bien se tenir tranquilles1 me laisser les regarder1 ne pas s'envoler ou disparatre dans leurs trous6 ,ce monde dbordant de vie--vie des champs1 vie des nids--ces forces suprieures de l'air1 des rochers1 des eaux1 vivre au milieu de tout cela1 s'en rjouir et s'en merveiller1 heureux d'aider cette vie si c'tait en mon pouvoir1 plus heureux encore si elle n'avait pas besoin de mon secours1 voil comment je comprenais l'amour de la ,nature1 voil ce que je retrouve la racine de tout ce qui a pu se dvelopper en moi d'utile1 voil la lumire qui claire ce qu'il y a de meilleur en moi4 ,que nous passions la nuit ,saint-,laurent ou ,morez1 la matine du lendemain tait toujours fconde en vnements4 ,par beau temps1 la monte de ,morez aux ,rousses1 pied le plus souvent1 tait un pur enchantement2 et le djeuner1 et la moisson de gentianes franges aux ,rousses6 ,suivait une heure d'angoisse3 je tremblais de voir le ciel se couvrir2 car1 si tt que nous partions le matin1 il tait impossible d'arriver au ,col de la ,faucille avant deux heures1 et mme plus tard si les chevaux n'taient pas excellents2 et ds deux heures1 lorsqu'il y a des nuages sur le ,jura1 on peut tre certain qu'il y en aura sur les ,alpes4 ,il est intressant de faire remarquer1 car ,saussure lui-mme n'en dit rien1 que ce passage du ,jura--le plus important--trs diffrent en cela des principaux dfils des ,alpes1 se trouve au sommet le plus lev de la chane4 ,le col sparant les eaux de la ,bienne1 qui descend vers ,morez et ,saint-,claude1 de celles de la ,valsrine qui serpente travers le ,jura jusqu'au ,rhne ,bellegarde1 est un contrefort de la ,dle elle-mme4 ,au long de la chane1 la route continue encore sur un espace de six milles et arrive1 par une monte douce1 au ,col de la ,faucille1 o la chane s'ouvre brusquement1 et aprs cinq minutes de trot1 on aperoit le lac de ,genve et1 l'horizon1 sur une longueur de plus de cent milles1 la chane des ,alpes4 ,je n'ai vu parfaitement ce panorama merveilleux qu'une seule fois1 en #ahce1 quand je le dessinai avec exactitude1 dans ma manire d'alors1 et j'ai toujours eu plaisir regarder ce dessin1 qui tait pour moi le complment de cette premire apparition des ,alpes1 ,schaffhouse4 ,trs rares taient les voyageurs1 mme en ce temps-l1 qui jouissaient de ce spectacle2 fatigus par une longue journe de voyage--s'ils venaient de ,paris--lorsqu'ils atteignaient le col1 ils ne pensaient1 le plus souvent1 qu'au dner et au bon lit qui les attendaient ,genve2 les ,guides n'en parlaient pas1 et si les touristes regardaient comme un devoir de faire l'ascension du ,righi1 il ne venait l'ide de personne qu'il y et quelque chose regarder de la ,dle4 ,ces deux montagnes ont eu une norme influence sur ma vie1 mais tandis que mes impressions de la ,dle ont toujours t calmes et sereines1 celles du ,righi1 au contraire1 ont t souvent douloureuses1 comme on le verra4 ,le ,col de la ,faucille1 en ce beau jour de #ahce1 m'a ouvert les cieux4 ,j'ai entrevu--vision de terre promise--l'avenir de mon uvre1 ma vritable patrie en ce monde4 ,mes yeux s'ouvraient et mon cur en mme temps2 ils voyaient1 ils possdaient un royaume1 et quel royaume6 ,aussi loin que la vue pouvait s'tendre--tout ce pays et ses rivires tumultueuses et ses lacs calmes2 l',arve et ses portes ,cluse et les glaciers de sa source2 le ,rhne avec l'infini de son lac de saphir1 si calme au bord des prairies semes de narcisses de ,vevey1 si dangereux prs des promontoires de ,sierre--tout cela se dtachait sur le ciel et puis s'y fondait1 ciel de montagnes1 de neiges ternelles4 ,puis c'tait la plaine vivante1 bruissante de joie humaine1 une voie lacte de blanches demeures jetes travers l'azur de l'espace ensoleill4 ,note #ca3 ,voyages dans les ,alpes444 par ,horace-,bndict de ,saussure444 ,tome premier1 #aggi1 ,chapitre ,,xvi4 ,,chapitre ,x ,,quem ,,tu1 ,,melpom,,ne#cb ,il est impossible1 qu'il s'agisse de la biographie d'une nation ou de celle d'un individu1 de suivre1 de faon inflexible1 le cours des annes4 ,certaines dispositions s'affaiblissent quand d'autres se dveloppent1 la plupart se manifestent sans rgularit1 elles correspondent tantt des priodes d'exaltation1 tantt des moments de lassitude2 pour viter la confusion1 il faut passer des unes aux autres en ngligeant ce qui peut en mme temps se produire dans d'autres directions4 ,j'abandonnerai donc1 pour l'instant1 les tentatives potiques et artistiques de l'anne #ahce1 et je retournerai en arrire pour parler d'une autre branche de mes ludes qui et pu porter de meilleurs fruits4 ,je ne me rappelle pas exactement1 et peut-tre mon lecteur m'en saura-t-il gr1 sous quelles inspirations1 7,apollon s'en mla-t-il871 je dclarai mon pre et ma mre1 galement incrdules1 je dois l'avouer1 que si je ne pouvais pas parler1 du moins je pouvais jouer du violon4 ,aujourd'hui encore1 je ne me console pas d'avoir perdu l'occasion d'affirmer mes talents musicaux1 lors d'un grand dner militaire offert dans la salle des ftes de l'htel ,sussex ,tunbridge ,wells1 o nous passions quelques jours quand j'avais huit ou neuf ans4 ,nous respirions le bon air1 nous jouissions de la vue de la jolie fontaine et des promenades en voiture aux ,high ,rocks4 ,aprs le dner1 musique militaire et1 grce la connivence des domestiques1 ,anne et moi avions pu nous y faufiler au dessert4 ,j'tais plutt alors un joli petit garon2 je portais1 ce qui tait assez original1 une sorte de jaquette boutonne garnie de galons4 ,comme j'tais l1 bouche be1 regarder les musiciens1 mais surtout le tambour1 le colonel remarqua mon extase et1 amus1 envoya un sous-lieutenant me chercher4 ,il avait devin ma pense1 sans doute1 car il me dit que je pouvais aller demander au tambour de me prter ses jolies baguettes4 ,quelle tentation6 car je me croyais sr de pouvoir m'en servir4 ,mais ma stupide timidit l'emporta et je me contentai de secouer la tte tristement4 ,c'en tait fait de ma carrire musicale4 ,qui sait ce que j'aurais tir de ce tambour1 ou1 si mon pre1 par hasard1 m'avait emmen en ,espagne1 ce que j'aurais pu faire d'un tambourin4 ,ma mre1 occupe de choses plus graves1 n'avait jamais cultiv le peu qu'elle avait appris en musique1 bien qu'elle en jout extrmement4 ,mrs ,richard ,gray se mettait quelquefois au piano et c'tait pour moi une vraie fte2 mais comme chaque fois qu'il lui arrivait de faire une fausse note1 son mari se mettait courir tout autour de la chambre en faisant mille contorsions1 se bouchant les oreilles et criant3 ,oh6 ,mary1 ,mary1 je vous en prie6 elle s'arrtait1 intimide4 ,quant notre ,mary nous1 elle faisait consciencieusement ses gammes1 mais c'tait peu prs tout4 ,cependant je trouvais un grand encouragement auprs d'amis jeunes et artistes1 dont j'aurais d parler depuis longtemps1 si j'avais suivi avec rigueur l'ordre chronologique des faits4 ,en dcrivant1 plus haut1 l'office de mon pre1 j'ai parl d'un certain cordon au moyen duquel le premier commis ouvrait la porte sans se dranger4 ,ce premier commis ou1 plus simplement1 le premier des deux et seuls employs du bureau1 ,henry ,watson1 tenait une trs grande place dans la vie de mon pre et dans la mienne4 ,nos rapports1 quand j'y songe aujourd'hui1 doux et bienfaisants certains gards1 eurent d'assez malheureuses consquences pour lui comme pour nous4 ,un grave dfaut de mon pre1 une disposition fcheuse de son esprit 7je le dis en tout respect1 car il y avait1 en lui1 beaucoup plus admirer qu' blmer71 c'tait de ne supporter aucune supriorit4 ,il estimait leur valeur ses talents1 ses dons1 mais il savait aussi qu'il lui manquait l'nergie ncessaire pour en tirer tout le parti possible2 et c'tait une raison de plus pour ne pas admettre1 sur son propre terrain1 un semblant d'galit4 ,lorsqu'il choisissait un employ1 il lui demandait d'abord d'tre honnte et ensuite incapable4 ,je n'affirme pas qu'il et renvoy un commis intelligent1 si le hasard lui en avait fait rencontrer un1 mais ce qu'il exigeait de ses employs1 c'tait non d'avoir le gnie commercial1 mais d'tre des subordonns satisfaits de rester subordonns toute leur vie4 ,frdric le ,grand choisissait ses ministres d'aprs les mmes principes2 il est vrai que ses commis ne pouvaient rver de devenir roi1 tandis que les commis d'une maison de commerce rvent toujours de devenir les associs du patron et mme de lui succder4 ,il faut dire aussi que les commis de ,frdric taient d'admirables commis1 tandis que ceux de mon pre en taient de fort mdiocres4 ,mon pre1 qui ne cessait de se plaindre de leur incapacit1 ne faisait rien pour trouver des gens plus capables4 ,s'il envoyait ,henry ,watson faire une tourne chez les clients1 c'tait1 chaque fois1 pour dclarer qu'il avait fait plus de que de bien2 s'il laissait1 de temps autre1 ,henry ,ritchie crire une lettre d'affaires1 il lui fallait--et je crois que ce n'tait pas sans une certaine satisfaction en crire deux lui-mme1 pour en expliquer ou rparer les bvues4 ,il n'y avait pas de jour qu'il ne rentrt agac1 parce qu'on avait fait ceci ou qu'on n'avait pas fait cela4 ,et cependant1 ses deux commis sont rests avec lui jusqu' sa mort4 ,je parlerai de ,mr ,ritchie ultrieurement2 quant ,henry ,watson1 le premier commis1 l'homme de confiance1 il y a dj longtemps que j'aurais d m'en occuper4 ,il tait1 je crois1 le principal soutien d'une mre veuve et de trois surs1 jeunes filles aimables1 cultives1 et assez senses1 infiniment plus raffines qu'on ne l'tait1 en gnral1 dans leur monde1 et dsireuses1 non par sotte vanit1 de le dpasser4 ,non par vanit1 ai-je dit1 et pour le plaisir de voir de beaux quipages s'arrter devant leur porte1 mais parce qu'elles avaient le sentiment de ce qu'il y a de rellement bon dans la bonne socit de ,londres et dans ses usages4 ,elles aimaient1 aspirant leurs h1 causer avec des gens qui n'oubliaient pas les leurs2 elles aimaient se tenir au courant de ce qui se passait dans le monde lgant1 avoir leur entre telle ou telle agrable sauterie1 tel ou tel bon concert4 tant elles-mmes la fois de bonnes et agrables musiciennes 7ce qui ne se rencontre pas toujours parmi les musiciens71 cela ne leur tait pas difficile2 il est vrai que cela impliquait une maison dans un quartier la mode1 non loin du ,parc1 de jolies toilettes et mme quelques rceptions4 ,au total1 cela sous-entendait non seulement tout ce que gagnait ,henry1 mais encore ce que gagnaient1 dans quelques emplois plus ou moins hupps1 deux autres frres qui s'appelaient ,david et ,william4 ,ce dernier1 maintenant que j'y rflchis1 tait aussi dans le commerce des vins1 dans le ,west-,end2 il fournissait la noblesse de ,clos-,vougeot1 de ,hochheimer1 de champagne des plus grands crus1 et autres nectars qui ne viennent que des vignes des grands-ducs et des comtes de l',empire4 ,les ,watson vivaient largement sans faire d'conomies2 ces demoiselles s'amusaient1 apprenaient l'allemand--ce qui tait dans ce temps-l fort distingu et mme potique--chantaient avec grce1 s'habillaient ravir1 bien que d'une faon un peu particulire1 un peu vieillotte1 qui avait son charme2 toute la famille se piquait d'appartenir une lit1 lite de bon got1 de vertu4 ,lorsque ,henry ,watson entra chez mon pre1 seize ou dix-sept ans1 cela fut considr par toute la famille comme un vritable coup de fortune4 ,les ,watson1 dans leur reconnaissance1 auraient fait tout au monde pour tre agrables mes parents4 ,mais ces dames ne tardrent pas s'apercevoir qu'il n'tait pas facile de faire des frais pour ma mre2 bientt elles se montrrent surprises1 puis mcontentes de la faon dont les choses se passaient tant dans ,billiter ,street qu' ,herne ,hill4 ,au bureau1 beaucoup de travail1 la maison1 peu de rceptions2 les commis ne pouvaient1 sous aucun prtexte1 garden-party ou autre1 abandonner le travail avant l'heure1 et le soir on n'avait permission de s'clairer qu'avec des chandelles4 ,le fait que le ,patron habitt une moiti de maison1 au del du faubourg de ,camberwell1 tait fort humiliant pour tous ceux qui touchaient1 de prs ou de loin1 l',affaire6 ,que de plus1 chaque matin1 ,henry dt prendre un omnibus pour aller son travail du ct de ,billingsgate au lieu de traverser les quartiers lgants et d'avoir un bureau dans ,saint-,james ,street1 c'tait aussi pnible pour lui que dshonorant pour mon pre dont cela soulignait le peu dgot et le manque d'habitudes du monde4 ces dames1 en outre1 ma mre faisait l'effet d'un phnomne singulier et les rapports avec elle taient d'une difficult qui les attristait4 ,ne prenant elle-mme aucun intrt l'tude de l'allemand et se souciant fort peu de ce qui se passait ,mayfair et de ce qui s'y disait1 elle jugeait avec quelque svrit--une svrit o il se mlait peut-tre un peu jalousie--ce qu'elle appelait1 les prtentions de ces demoiselles2 de leur ct1 tout en rendant justice aux grandes qualits de ma mre--et avec le temps1 s'tant sincrement attaches elle--celles-ci n'taient pas disposes tenir compte des ides d'une femme qui ne savait pas d'autre langue que la sienne1 et se montraient peu disposes accueillir des tmoignages d'amiti qui1 souvent1 prenaient la forme de conseils4 ,en dpit de ces manires de voir trs diffrentes1 il existait des relations vraiment agrables et mme affectueuses entre ma mre et les misses ,watson4 ,avec ce got naturel pour la campagne qui rpond ce qu'il y a de meilleur dans la nature fminine1 ds le printemps1 ,fanny1 ,hlne1 la petite ,juliette1 la plus futile mais peut-tre aussi la mieux doue1 accouraient4 ,elles abandonnaient avec joie1 pour un jour ou deux1 l'lgance poussireuse de leur rue aristocratique de ,mayfair pour les lilas et les faux bniers de ,herne ,hill2 toujours prtes1 ainsi que leur frre ,henry1 rpondre au premier appel1 aider recevoir tel ou tel gros correspondant de la maison1 lui chanter les plus jolis airs de l'opra la mode1 sans ngliger pour cela1 les classiques allemands4 ,henry avait une trs belle voix de tnor et les trois surs1 bien qu'aucune n'et un vritable talent1 chantaient avec got et ensemble4 ,c'est ainsi que1 ds l'enfance1 j'eus l'occasion d'entendre beaucoup de bonne musique4 ,si le quatuor avait chant des glees anglais1 des ballades cossaises1 des chansons de marins2 ou si l'une surs avait t assez doue pour rendre dans toute sa splendeur la grande musique1 j'aurais sans doute quitt mes tudes gographiques ou minralogiques pour venir couter4 ,mais les compositions savantes des ,allemands me paraissaient simplement ennuyeuses et les jolies modulations italiennes1 dont je ne comprenais pas un mot1 me plaisaient seulement comme auraient pu me plaire les trilles des merles qui1 parfois venaient faire concurrence aux chanteurs quand1 par les belles soires de printemps1 on laissait les fentres ouvertes sur le jardin4 ,nanmoins1 l'ducation de mon oreille et de mon got se faisait sans que j'y pensasse4 ,je ne crois pas avoir entendu une excution musicale vraiment magistrale avant qu'un bon hasard me ft entendre la meilleure de toutes1 ce qui n'tait possible que durant quelques annes de ma jeunesse4 ,je n'ai pas suffisamment expliqu la phrase qui m'a chapp propos du fatal dner chez ,mr ,domecq1 lorsque j'avais quatorze ans4 ,l'associ espagnol de mon pre habitait aux ,champs-lyses avec sa femme1 une ,anglaise1 et ses cinq filles2 l'ane1 ,diana1 tait la veille d'pouser un des officiers de ,napolon1 le ,comte ,maison2 les quatre autres1 beaucoup plus jeunes1 se trouvaient par hasard ce jour-l la maison1 car elles taient leves au couvent4 ,aprs le dner1 un dner de famille1 maman1 les jeunes filles et un vieux monsieur franais dlicieux1 ,mr ,badell1 m'avaient fait jouer la toilette de madame2 malheureusement1 il m'tait impossible de me rappeler si j'tais le collier ou les jarretires4 ,la partie termine1 ,clotilde et ,ccile nous jourent ,les chos1 et toutes sortes de valses et de polkas1 seulement je ne savais pas danser2 la fin lise1 touche1 de ma dtresse1 s'occupa de moi comme j'ai dit4 ,les grandes personnes ne parlaient que de la mort de ,bellini1 du deuil o cette mort avait plong ,paris et de la faon admirable dont ,i ,puritani de ce matre taient chants par les quatre grands artistes en vogue alors1 et pour lesquels d'ailleurs ,bellini les avait crits#cc4 ,je ne m'explique pas que je n'aie gard aucun souvenir de ma premire soire l',opra1 ni1 quant cela1 de ma premire soire aucun thtre1 malgr que j'eusse bien douze ans lorsque j'y fus men2 et ds lors c'tait un ravissement d'un genre pas trs sublime d'tre men une pantomime4 l'heure actuelle1 j'aime encore beaucoup le thtre1 c'est un des plaisirs sur lesquels je suis le moins blas4 ,comment se fait-il donc que moi qui me souviens du rocher de ,friar's ,crag ,derwentwater1 que j'ai vu quand j'avais quatre ans1 qui vois encore la cour de l'htel ,paris1 o nous tions descendus quand j'en avais cinq1 je n'aie conserv aucun souvenir de ma premire soire au thtre8 tre men alors ,paris une reprsentation des ,puritains1 dont le livret n'a qu'un mdiocre intrt dramatique1 ne m'tait pas un trs grand plaisir1 mais j'entendais cette occasion1 ce qui n'est possible qu'une ou deux fois dans un sicle1 quatre trs grands artistes chanter ensemble avec le dsir sincre de s'aider1 non de s'clipser1 et de mettre en valeur1 non seulement leurs voix et leurs talents1 mais la musique qu'ils interprtaient6 ,le bonheur avait voulu1 qui plus est1 qu'une femme incomparable--la ,taglioni--danst2 cette femme1 doue de toutes les grces1 joignait la nature la plus pure1 l'ardeur la plus sincre1 le respect et la passion de son art4 ,ma mre1 bien qu'elle me laisst accompagner mon pre1 avait contre le thtre tous les prjugs puritains2 elle l'aimait pourtant et j'imagine que1 si elle se privait d'y venir avec nous1 c'tait dans une ide de sacrifice1 d'expiation3 la ranon pour ce qu'il pouvait y avoir de criminel dans la concession qu'elle nous faisait1 mon pre et moi4 ,cependant ma mre nous avait accompagns ce jour-l pour entendre ces artistes incomparables dont la renomm tait europenne2 et1 phnomne trange1 et bien touchant aussi1 sa puret si intransigeante fut conquise sur l'heure par la puret1 l'innocence1 la beaut de chacun des gestes de la divine artiste2 de ce jour1 ma mre ne se refusa jamais venir avec nous voir la ,taglioni4 ,il ne s'est gure pass de saison1 depuis1 que je n'aie entendu au moins deux ou trois fois ces quatre grands chanteurs4 ,ce sont eux qui m'ont initi la musique sans jamais la torturer1 sans jamais lui faire dire autre chose que ce qu'elle voulait dire4 ,combien je suis heureux aujourd'hui d'avoir entendu leur interprtation de ,mozart et de ,rossini6 ,c'est un bonheur qui n'arrive plus personne1 de nos jours1 o l'on a la manie de presser tous les mouvements4 ,grisi1 la ,malibran chantaient un tiers moins vite que n'importe laquelle de nos cantatrices modernes#cd2 et la ,patti1 la dernire fois que je l'ai entendue1 a massacr le rle de ,zerline dans ,l ci darem1 comme si le public et elle n'avaient d'autre but que d'en finir avec l'air de ,mozart le plus tt possible6 ,quelques annes plus tard 7 quoi bon retarder cette confession871 lorsque j'tais ,christ ,church1 les lves srieux avaient organis une socit musicale1 sous direction de l'organiste de la cathdrale1 ,mr ,marshall1 et cet excellent homme s'tait mis dans la tte de me faire chanter ,come mai posso vivere se ,rosina non m'ascolta1 et jouer ce que je pouvais dchiffrer des accompagnements d'autres romances sentimentales4 ,je ne suis jamais arriv dchiffrer de faon convenable1 mais j'avais de l'oreille1 le sens du rythme et1 de plus1 j'tais amoureux2 ce qui m'aida pntrer quelques principes d'art musical1 que je pourrai peut-tre exposer quelque jour pour le plus grand bien de ceux qui aiment la musique1 si seulement j'arrive au bout de cette autobiographie4 ,quel profit pourrais-je tirer de ,christ ,church8 ,o ces tudes me mneraient-elles8 ,c'est ce que ni mon pre ni ma mre n'avaient encore song se demander4 ,ma mre1 qui voyait se dvelopper en moi le got des sciences naturelles et du travail mthodique1 ne s'inquitait pas1 je crois2 elle tait convaincue qu'il y avait en moi l'toffe d'un autre ,white de ,selborne ou d'un ,vicaire de ,wakefield1 vainqueur de toutes les controverses1 whistoniennes et autres4 ,mon pre rvait peut-tre d'une carrire plus brillante1 mais ni l'un ni l'autre n'en parlait1 quelque importance qu'ils y attachassent au fond de leur cur2 et l'on me permit1 sans me tourmenter autrement1 de continuer mesurer le bleu du ciel1 regarder courir les nuages1 si bien que j'avais oubli presque tout le latin que j'aie jamais su et tout mon grec1 sauf l'ode la rose d',anacron4 ,en #ahcf1 cependant1 un lger effort fut tent pour me faire sortir de mon ornire3 on m'envoya entendre les confrences de ,mr ,dale ,king's ,college4 ,c'est lui qu'un jour1 dans la cour d'entre1 j'expliquai qu'un portique ne devrait jamais tre soutenu par des arcs4 ,c'tait le temps o j'avais une trs haute ide de moi1 parce que j'entrais par la mme porte que les tudiants en bonnet carr4 ,le sujet des confrences tait la littrature anglaise primitive1 et bien que je ne connusse rien1 que je n'eusse rien lu de plus ancien que ,pope1 je me croyais aussi bon juge en la matire que ,mr ,dale4 ,je n'ai jamais oubli sa citation3 ,knut the king came sailing by2 mais je crois bien que c'est tout ce que j'ai appris cet t-l4 ,car ma mauvaise toile avait voulu que ,mr ,domecq1 l'associ de mon pre1 en tourne chez ses clients d',angleterre1 et demand la permission de laisser ses filles ,herne ,hill pendant son voyage1 afin de leur donner l'occasion de voir les lions de la ,tour et autres curiosits4 ,pour comprendre comment nous avions pu les loger toutes ,herne ,hill1 il faudrait avoir le plan des trois tages4 ,l'installation1 il est vrai1 participait de l'arche de ,no et de la maison de poupe1 mais enfin on tenait4 ,clotilde1 quinze ans1 blonde1 le visage ovale et la tournure pleine de grce2 ,ccile1 treize ans1 brune1 avec un beau front et des traits parfaits2 lise1 une autre blonde1 ayant le visage rond d'une petite anglaise1 un trsor de bon naturel et de bon sens2 enfin la dernire1 ,caroline1 une trange et dlicate petite crature de onze ans4 ,nes sur le continent1 ,clotilde ,cadix1 elles taient leves au convent ,paris1 ce qui ne les empchait pas d'tre trs mondaines pendant les vacances4 ,le souvenir de notre premire rencontre aux ,champs-lyses tait rest profondment grav dans mon cur4 ,il est vrai de dire que c'taient les premires jeunes filles du monde1 les premires jeunes filles parfaitement bien leves et bien mises que je rencontrais ou tout au moins auxquelles je parlais4 ,j'entends naturellement par bien mises3 habilles simplement1 mais avec la coupe et l'ajustement parisiens4 ,elles taient toutes des catholiques bigotes1 comme disent les protestants1 convaincues1 comme ils devraient dire2 elles parlaient le franais et l'espagnol avec grce1 l'anglais correctement bien qu'avec une certaine peine1 et elles taient toutes quatre assez raisonnables1 ,clotilde avec un peu d'austrit et de raideur1 lise avec gat et bonne humeur1 ,ccile avec srnit1 ,caroline avec passion4 ,est-il possible d'imaginer pareille constellation1 runion d'toiles plus brillantes1 traversant tout coup le ciel obscur de mon faubourg de ,londres8 ,comment mes parents ont-ils pu laisser ma jeunesse expose sans dfense tous ces dangers1 c'est ce que le lecteur se demandera sans doute avec surprise et c'est ce que1 seules1 les ,parques pourraient dire2 il est vrai1 et c'est l sans doute leur excuse1 qu'ils ne m'avaient jamais vu jusqu'ici intress le moins du monde par les jeunes filles4 ,je fuyais systmatiquement1 au contraire1 les promenades de ,cheltenham1 de ,bath ou la plage de ,douvres2 bien mieux1 je grognais si l'on voulait m'y traner1 et je me sauvais ds que je pouvais m'chapper2 mes chers parents m'avaient1 qui plus est1 lev dans un torysme anglais si intransigeant et si orthodoxe1 dans un vanglisme plus orthodoxe encore1 qu'ils ne pouvaient imaginer le jeune homme pieux pris de science1 l'admirateur du roi ,george ,,iii que j'tais1 troubl dans son quilibre constitutionnel et penchant du ct du catholicisme franais6 ,je n'avais jamais parl de mes souvenirs des ,champs-lyses1 bien entendu6 ,j'tais lev plus svrement que les jeunes filles elles-mmes dans leur couvent2 je n'avais pas connu la douceur1 l'apaisement d'une affection fminine1 d'une amiti de sur4 ,et comme j'avais l'horreur de tous les sports1 o j'tais d'ailleurs extrmement maladroit1 rien ne vint contrebalancer ma disposition la rverie1 et je me trouvai jet pieds et poings lis1 avec toute la simplicit de mon innocence1 dans la fournaise1 expos au feu crois de ces quatre jeunes filles1 lesquelles1 cela va sans dire1 en moins de quatre jours1 ne laissrent de moi qu'un tas de cendres blanches4 ,quatre jours suffirent pour me rduire en cendres1 mais ce mercredi des ,cendres dura quatre annes4 ,rien de plus comique quant aux circonstances extrieures1 rien de plus tragique dans son essence n'et pu fournir matire au plus habile des dramaturges4 ,comme manire d'tre1 comme tat d'esprit1 j'offrais un trange mlange o il y avait la fois du ,mr ,traddles1 du ,mr ,toots et du ,mr ,winkle3 la fidlit pousse jusqu' l'ide fixe de ,mr ,traddles1 la conversation brillante de ,mr ,toots1 l'ambition hroque de ,mr ,winkle2 le tout clair par une imagination qui rappelait celle de ,copperfield a son premier dner de ,norwood4 ,la beaut de ,clotilde 7,adle-,clotilde1 en vrit2 ses surs l'appelaient ,clotilde en souvenir de la reine-sainte1 et moi ,adle parce que cela rimait avec plusieurs pithtes potiques7 brillait d'un clat incomparable1 rehausse encore par la beaut de ses surs2 tandis que ma timidit1 ma gaucherie ordinaires s'augmentent de toutes les prventions la fois patriotiques et protestantes dont j'avais t nourri1 et que ni la politesse ni la sympathie n'arrivaient modrer4 ,ds qu'il y avait du monde1 je restais assis dans mon coin1 rong de jalousie1 comme un stock-fish 7j'imagine que je devais assez ressembler la raie qui essaie de gravir la vitre d'un aquarium72 si le bonheur voulait que nous fussions seuls1 j'essayais d'exposer ma matresse1 sans tenir compte du sang espagnol qui coulait dans ses veines1 de son ducation parisienne et de son cur de catholique1 mes ides sur l'invincible ,armada1 la bataille de ,waterloo et la doctrine la ,transubstantiation4 ,et je n'avais garde1 en mme temps1 bien entendu1 d'oublier les petits talents que je croyais possder4 ,j'crivis1 en suant sang et eau et en me torturant l'imagination1 une histoire napolitaine 7notez que je n'avais jamais vu ,naples71 o1 dans le ,bandit ,leoni1 je traais le caractre idal du bandit--le bandit que j'aurais rv d'tre--et o je dotais la jouvencelle ,julietta de toutes les perfections de la bien-aime4 ,les relations que nous avions avec les diteurs1 ,,mm4 ,smith et ,elder1 me permirent de faire paratre cette petite histoire dans ,friendship's ,offering4 ,mais en la lisant1 ,adle fut prise d'un tel fou rire1 la chose lui parut si ridicule et si drle qu'elle ne songea pas une seconde mnager mon amour-propre d'auteur4 ,je souffris sans me plaindre3 c'tait dj du bonheur de la voir rire6 ,je n'avais jamais os lui adresser mes vers directement1 mais1 quand elle partit pour ,paris1 je lui crivis une lettre en franais1 sept pages in-quarto1 o je dcrivais la dsolation et la solitude de ,herne ,hill depuis qu'elle l'avait quitt4 ,je sus par lise ou par ,caroline qu'elle avait reu ma lettre1 qu'elle l'avait lue et qu'elle avait bien ri de mon franais4 lise et ,caroline1 par bont1 ne disaient pas qu'elle avait ri aussi du contenu4 ,mes parents ne voyaient pas grand mal ce petit roman1 et ,mr ,domecq1 qui tait trs bon et se connaissait en hommes1 avait un certain got pour moi2 il avait pu constater que j'tais d'humeur douce1 et que j'avais quelques ides dans la cervelle qui se dvelopperaient avec le temps3 dans l'intrt des affaires1 il aurait t dispos me donner celle de ses filles qui me plairait1 condition qu'elle-mme y ft dispose1 mais il ne trouvait pas que le moment ft encore venu d'en parler4 ,mon pre partageait son sentiment2 et de plus1 il avait t enchant de me voir imprim dans ,friendship's ,offering1 enchant de voir que je me plaisais dans la socit de jeunes filles distingues4 ,il esprait1 si j'crivais des vers sur elles1 et pour elles1 qu'ils seraient aussi beaux que ceux des ,hours of ,idleness de ,byron4 ,quant ma mre1 la pense que je pourrais pouser une catholique romaine lui paraissait tellement monstrueuse qu'il ne lui semblait pas possible que cela entrt dans les desseins de la ,providence2 elle ne s'en tourmentait donc pas1 mais trouvait toute cette affaire stupide et en tait ennuye1 comme elle l'et t si une de ses chemines s'tait mise fumer1 sans croire un moment que le feu tait la maison4 ,elle jugeai mieux que mon pre1 toutefois1 de la profondeur de mon amour1 mais sa tendresse maternelle rpugnait me faire souffrir par une opposition trop violente1 esprait1 une fois les ,domecq partis1 que le souvenir d',adle s'effacerait1 fondrait avec la neige du prochain hiver4 ,toutes ces indulgences aidant1 et bien que cruellement embarrass de mon personnage1 je n'tais en rien corrig de ma fatuit1 de ma folie qui1 cette fois1 avait pour base un sentiment trs rel et trs profond1 car il y avait l 7prenez-y bien garde1 cher lecteur71 une vritable et magnifique rvlation du miracle nouvellement entrevu par moi1 de l'amour humain1 l'amour exaltant la beaut du monde extrieur que je n'avais cherche jusqu'ici que pour elle-mme4 ,et c'est ainsi que1 dans ma dix-septime anne1 sous l'empire de cette passion amoureuse1 et dans un tat de majestueuse imbcillit1 je me mis crire une tragdie qui avait pour thtre ,venise et o toutes les douleurs de mon me devaient tre traduites en vers immortels4 ,bianca1 la belle hrone1 serait doue de toutes les perfections de ,desdmone1 de toutes les grces de ,juliette1 et je trouverais pour dcrire ,venise et l'amour des accents inconnus4 ,je note1 en passant1 qu'en voyant le ,palais ,ducal l'anne prcdente pour la premire fois1 j'avais annonc gravement mon pre et ma mre que j'allais en faire un dessin comme on n'en avait jamais vu4 ,dans cette intention1 j'avais pris des notes1 j'avais fait un ou deux croquis et j'avais mis le dessin au point ,trvise1 de chic4 ,ce dessin existe2 il est tout fait manqu comme perspective1 ce qui est assez tonnant1 mais j'tais alors si infatu de moi-mme que je ddaignais de m'astreindre aux rgles2 le quadrill rouge et blanc des marbres donne un effet de panneaux en relief4 ,aucune figure humaine ne vient troubler la sereine tranquillit de la ,riva et les gondoles--qui ont la forme de croissants1 le croissant turc renvers--flottent l'aventure sans le secours de gondoliers4 ,les autres souvenirs de cette anne #ahcf se sont effacs1 mais je me vois encore sous le grand mrier1 au fond du jardin1 crivant ma tragdie4 ,je ne sais plus si nous avons voyag1 ni comment se passait le reste de mes journes4 ,tout a disparu1 tout1 except ,venise et ,bianca1 et la route qui traversait ,shooter's ,hill1 o se portaient sans cesse mes regards1 la route de ,paris4 ,j'ai d lire du grec1 mais quoi6 je l'ai oubli4 ,j'ai d faire des mathmatiques1 car je savais la diffrence entre une racine carre et une racine cubique1 quand j'entrai ,oxford et que mon professeur me plongea dans ,hrodote qui me fournit la matire d'une chanson boire scythe l'imitation du ,giaour4 ,je crains fort que mon lecteur ne soit tent de mettre en doute ce que j'ai affirm plus haut1 savoir que ,byron ne m'a fait aucun mal4 ,qu'il se tranquillise2 et1 sans doute1 la forme que prit ma folie me fut inspire par lui1 mais cette forme tait la meilleure qu'elle pt prendre4 ,mon anglais a plus gagn se modeler sur le ,giaour et la ,fiance d',abydos qu'il n'et fait sous tout autre matre 7la tragdie1 cela va de soi1 tait shakespearienne71 et mon tat d'esprit--par sa faute et par celle des circonstances--n'tait pas celui de ,byron4 ,c'est dans cette mme anne1 #ahcf1 que je me mis tudier ,shelley et que je perdis des heures lire et relire ,the ,sensitive ,plant et ,epipsychidion4 ,shelley1 lui1 m'a fait beaucoup de mal2 car je me suis mis crire des vers comme ceux-ci3 prickly and pulpous and blistered and blue1 ou encore3 ,it was a little lawny islet by anemone and vi'let--like mosaic paven1 etc4 ,il est vrai que1 dans l'tat de dsquilibre o j'tais1 je ne pouvais tirer grand bien de quoi que ce soit4 ,la persvrance que j'ai mise aller jusqu'au bout de la ,rvolte de l',islam et de savoir 7je n'y suis jamais arriv7 qui s'tait rvolt1 et contre qui1 m'apparat toutefois comme un effort honorable2 et le ,promthe m'a certainement fait comprendre quelque chose d',eschyle4 ,et aprs tout1 tant donn ce que je devais tre par la suite1 je ne vois pas comment ces annes d'effervescence eussent pu se mieux passer2 c'tait1 en tout cas1 infiniment prfrable de les employer ainsi plutt qu' chasser courre ou tir1 fumer ou jouer4 ,la chose qui me parat la plus explicable1 quand je songe cette aventure amoureuse1 c'est le manque absolu chez moi de raisonnement1 de volont1 de projets arrts2 je n'avais ni la dcision ncessaire pour conqurir ,adle1 ni le courage de me passer d'elle1 et non plus la raison de me demander ce qui pouvait sortir de tout cela2 ni le bon sens de voir que je me rendais odieux tout mon entourage4 ,en vrit1 je n'avais pas plus d'intelligence qu'une petite chouette qui sort du nid1 ou qu'un chien de lait qui hurle dsesprment la lune4 ,je fus tir de mes rveries1 arrach mes contemplations sidrales par une lettre de ,christ ,church annonant qu'on pourrait m'y recevoir en janvier #ahcg2 d'ici l1 c'est--dire en octobre #ahcf1 je devais me faire immatriculer4 ,ce qui est trange1 c'est que mon pre n'avait pris aucun renseignement sur cette immatriculation2 le jour o il m'emmena ,oxford1 nous tions aussi novices l'un que l'autre4 ,son ide avait toujours t de me faire entrer dans le collge le plus aristocratique2 j'tais inscrit ,christ ,church depuis plusieurs annes1 mais il ne savait pas qu'il y et deux catgories d'tudiants3 la fashionable et la non-fashionable3 les ,gentlemen-,commoners et les ,commoners1 tudiants privilgis et tudiants ordinaires1 ceux-ci occupant une position intermdiaire entre les tudiants privilgis et les serviteurs4 ,ces odieuses distinctions ont d'ailleurs disparu depuis la rforme de l',universit2 mme lorsqu'on ne pose pas pour le gentilhomme1 on ne tient pas tre du commun et les parents qui demandent le plus nergiquement des bourses seraient furieux de penser que leur fils portt au collge la robe d'un servitor4 ,on pourra juger1 d'aprs mes crits1 dans quelle mesure je partage cet gard les nobles sentiments du citoyen britannique moderne2 mais ici1 sans me permettre le moindre commentaire1 je laisserai le lecteur juger du rsultat qu'eut pour moi un systme aboli4 ,mon pre n'aimait pas ce nom de commoner1 d'autant moins1 sans doute1 que tous nos parents taient plutt de braves gens un peu communs1 et aussi parce que1 tout en trouvant sa profession parfaitement honorable1 il avait dcouvert chez son fils des talents qui ne pouvaient se dployer l'aise dans le commerce du xrs4 ,il faisait d'autres rves pour moi4 ,il croyait mon gnie4 ,il me voyait dans la meilleure socit de l',universit1 y remportant tous les prix et1 la fin de mes tudes1 le grade de double first2 j'pousais lady ,clara ,vere de ,vere2 j'crivais des vers aussi parfaits que ceux de ,byron1 mais plus pieux2 je prchais des sermons aussi beaux que ceux de ,bossuet1 mais des sermons protestants2 quarante ans1 j'tais vque de ,winchester1 et cinquante1 ,primat d',angleterre4 ,en dpit de toutes ces esprances et de toutes ces tentations1 mon pre conservait le sentiment trs net des convenances et de ce qu'exigeait1 cet gard1 sa situation personnelle4 ,il s'en ouvrit franchement au ,dean#ce de ,christ ,church1 7,gaisford71 mon futur professeur1 ,mr ,walter ,brown1 et leur demanda si une personne dans sa position pouvait1 sans inconvenance1 faire entrer son fils ,oxford comme tudiant privilgi4 ,je n'assistais pas ces entretiens1 mais j'imagine que le vieux ,dean dut marmotter entre ses dents que mon pre avait bien le droit de faire de moi un gentleman-commoner si cela lui plaisait et s'il pouvait payer4 ,le professeur1 entrant plus avant dans les dtails et les conditions1 dut lui laisser entendre1 avec politesse1 que sans doute il serait avantageux pour le collge qu'il se rencontrt un travailleur parmi les gentlemen-commoners qui1 en rgle gnrale1 n'taient pas fort studieux2 mais il dut aussi insinuer qu'tant donn la manire dont j'avais travaill jusqu'ici1 il n'tait pas certain que je pusse passer l'examen d'entre auquel les tudiants non-privilgis taient astreints4 ,cette dernire considration fut dcisive4 ,il tait inadmissible que le fils qui devait rcolter tous les lauriers ft expos trbucher au premier obstacle4 ,je fus donc inscrit sans plus ample discussion comme gentleman-commoner et je me souviens encore1 comme si c'tait hier1 de l'orgueil qui me gonflait le cur le jour o1 pour la premire fois1 je quittai l',angel ,hotel et passai devant ,university ,college au bras de mon pre1 ayant coiff le bonnet de velours et revtu la robe de soie du gentleman-commoner4 ,eh oui1 cher lecteur1 la robe de soie et le bonnet de velours nous faisaient beaucoup d'impression1 et non seulement ma mre1 mais moi6 la maison1 ce qui avait fait pencher la balance et dcid notre choix1 c'tait que la robe du commoner n'tait que d'toffe grossire1 qu'elle ne formait pas de beaux plis2 que ce n'tait1 en somme1 qu'un mchant morceau d'toffe noire qu'on s'accrochait l'paule4 ,n'est-on pas trois fois un homme de robe quand on porte une robe flottante qui tombe avec noblesse8 ,je suis si loin1 aujourd'hui que mes cheveux ont blanchi1 de railler ces sentiments peu philosophiques1 qu'au lieu d'applaudir la suppression 7sauf pour les clubs de canotage7 de ces diffrences dans le costume l',universit1 je serais tout dispos les tendre toute la nation4 ,je suis d'avis que les duchesses seules devraient tre autorises porter des diamants1 qu'on devrait reconnatre un lord ses toiles1 d'une lieue de loin2 que chaque paysanne devrait arborer son bonnet ou son corsage un signe quelconque qui dirait quel comt elle appartient2 et que1 dans la rue1 on devrait distinguer immdiatement1 rien qu' la coupe de son casaquin1 un cabaretier d'un marchand de poisson4 ,cette promenade jusqu'aux ,schools1 l'attente devant la ,divinity ,school dont j'admirais le portail1 et la crmonie de l'immatriculation1 que de bons souvenirs6 ,la fin de l'anne s'est coule sans autres incidents4 ,au commencement de l'anne suivante1 nous partmes pour ,oxford1 ma mre et moi1 et nous y entrmes par cette admirable route d',henley4 ,nous tions un peu fatigus lorsque nous arrivmes au dernier relais ,dorchester1 et trs mus1 en dpit du bonnet de velours et de la robe de soie1 lorsqu'au crpuscule nous passmes sous les tours2 aprs une dernire nuit sous le toit tutlaire de l',ange1 je me trouvai1 le lendemain soir1 seul au coin de mon feu1 le matre de ma destine1 dans ma propre chambre de ,peckwater4 ,note #cb3 ,celui que tu ravis1 ,melpomne4 ,note #cc3 ,grisi1 ,rubini1 ,lablache1 ,tamburini1 sans doute4 7,note du tracteur47 ,note #cd3 ,quelle prtention1 de la part des musiciens1 de se dire scientifiques quand ils n'ont pu encore adopter une unit de temps6 ,note #ce3 ,dean-doyen4 ,,chapitre ,,xi ,,le ,,ch,,ur ,,de ,,christ ,,church ,seul1 au coin du feu1 dans la petite chambre de derrire qui donnait sur l'troite ruelle1 tout du long de laquelle il ne s'levait gure que des curies1 je rflchissais et me prparais ma vie de collge4 ,me prparer quoi1 me prmunir contre quoi8 ,j'tais aussi inexpriment quant au prsent1 aussi peu clair quant l'avenir que l'aurait t ma place ,davie ,gellatly4 ,encore ,davie m'tait-il suprieur1 car je ne savais ni danser1 ni chanter1 ni faire cuire des ufs4 ,le jeu n'offrait pas de dangers pour moi1 je n'avais jamais touch une carte de ma vie et je regardais les ds comme on regarde maintenant la dynamite2 j'tais l'abri de la femme trangre1 car n'tais-je pas amoureux et d'ailleurs il fallait tre rentr neuf heures et demie4 ,aucun risque de faire des dettes puisqu' ,oxford il n'y avait pas de ,turner acheter et que rien d'autre ne me tentait en fait d'objets matriels4 ,aucun danger de me tuer la chasse courre1 puisque j'tais incapable de monter le cheval le plus pacifique2 aucun danger de me ruiner aux courses3 je n'avais assist qu'une seule fois de ma vie une course et je ne trouvais pas amusant de gagner l'argent de mon prochain4 ,j'tais prpar ce qu'on se moqut de mon ingnuit1 mais j'tais trop infatu pour craindre le ridicule2 la seule chose qui m'inquitait1 et juste titre1 c'tait de savoir si j'aurais la persvrance d'aller jusqu'au bout1 c'est--dire de poursuivre pendant trois ans des tudes qui ne m'offraient pas le moindre intrt4 ,je pris toutefois la rsolution de faire mon possible pour faire honneur mes parents et1 aprs avoir pri ,dieu du fond du cur1 je me couchai plein d'esprance4 ,il me faut ici m'arrter un moment1 pour expliquer quel tait alors mon tat d'esprit au point de vue religieux4 ,autant que je puis m'en souvenir1 les lectures quotidiennes de la ,bible1 avec ma mre1 n'avaient pas t reprises aprs notre premier voyage sur le continent1 pendant lequel nous avions bien t forcs d'y renoncer4 ,en effet1 comment lire trois chapitres aprs le djeuner1 quand les chevaux s'impatientent la porte8 ,les trois chapitres furent donc remplacs par un seul que je lisais dans mon particulier1 le matin et le soir1 et auquel j'adjoignais naturellement l'oraison dominicale o je demandais au ciel tout ce qui pouvait convenir moi-mme et aux miens4 ,ceci fait1 je veillais ou je dormais1 ne m'occupant gure1 le jour comme la nuit1 que de mes affaires terrestres4 ,il ne m'tait jamais venu l'ide de mettre en doute la vrit de la ,bible1 bien que je me fusse rendu compte dj que la lettre pouvait en tre comprise tout autrement que ma mre ne me l'avait enseign2 mais plus j'y croyais1 semblait-il1 moins j'en retirais de bien4 ,quel mrite ,abraham avait-il faire ce que lui disait l',ange8 ,moi aussi1 j'obirais aux anges s'ils me parlaient2 mais aucun ange ne m'tait jamais apparu1 dont j'eusse connaissance1 mme sous la forme d',adle1 qui ne pouvait pas tre un ange puisqu'elle tait catholique4 ,de mme si j'avais vcu au temps du ,christ1 je ne doutais pas que je ne l'eusse suivi sur la montagne1 ou que je ne fusse mont avec ,lui dans la barque sur le lac de ,galile2 c'tait tout autre chose que d'aller la chapelle ,beresford1 ,walworth1 ou l'glise de ,sainte-,bride dans ,fleet ,street4 ,aussi1 tout en sentant que je devais1 en quelque sorte1 imiter le ,christian du ,pilgrim's ,progress1 je ne pouvais croire que ,billiter ,street1 ou le quai de la ,tour1 o tait l'entrept de mon pre1 ou le jardin fleuri de ,herne ,hill1 o ma mre empotait ses boutures1 taient des lieux que je dusse fuir comme la ,cit de ,perdition4 ,instinctivement1 j'tais virtuellement arriv cette conclusion1 d'aprs mes lectures de la ,bible1 que1 n'ayant jamais eu l'intention de faire le mal1 je n'tais pas en grand danger d'aller en enfer2 j'avais remarqu aussi que mme la crme de la crme des gens pieux n'taient nullement presss de monter au ciel4 ,somme toute1 il me semblait qu'on ne me demandait pas autre chose que de faire mes prires1 d'aller l'glise1 d'apprendre mes leons1 d'obir mes parents et de dner avec plaisir4 ,c'est dans ces dispositions d'esprit que1 par un sombre matin d'hiver1 debout la fentre de ma petite chambre d'tudiant1 je regardais le btiment de la bibliothque de ,christ ,church et le square bien sabl de ,peckwater1 un peu vex que ma fentre ne ft pas une tourelle en encorbellement et n'ouvrt pas sur une chapelle gothique1 mais sans avoir conscience du malheur qui s'tait abattu sur moi1 de tout ce que je perdais n'avoir pour tout horizon1 au printemps des deux plus belles annes de ma jeunesse1 que la bibliothque de ,christ ,church et un square sabl6 ,ce matin-l1 j'eus l'impression que l'ensemble1 bien que triste1 avait de la grandeur2 que l'architecture1 bien que ,renaissance1 tait hardie1 savante1 bien proportionne et diversement didactique4 ,en ralit1 on aurait aussi bien pu m'envoyer dans la prison de ,chillon1 sauf pour ce qui est de l'humidit1 si par la meurtrire j'avais pu apercevoir les trois petits arbres grles1 une belle vote et un beau pavage la place des hideux meubles modernes de ma chambre4 premire vue1 la chapelle du collge elle-mme me causa une dception1 aprs les vastes glises du continent2 ses votes troites1 il est vrai1 avaient d'autres fonctions remplir4 ,en somme1 parmi les difices o les mes anglaises venaient se sanctifier1 le chur de ,christ ,church tait1 cette poque de l'histoire d',angleterre1 virtuellement le cur et le foyer de la vie4 ,on y conservait la tradition non interrompue de la religion du temps d'lisabeth et des poques normandes et saxonnes1 le souvenir d'un pur loyalisme1 une science vritable2 et chaque matin venait s'y agenouiller1 par obissance sans doute1 mais aussi en toute sincrit de cur1 pour apprendre l les plus hautes vertus de dvouement au pays1 ce qu'il y avait de plus noble parmi la jeune noblesse de l',angleterre4 ,la plupart des pairs du ,royaume1 et en gnral ce qu'il y avait de mieux parmi ses squires1 passaient par ,christ ,church4 ,la cathdrale elle-mme tait un abrg de l'histoire d',angleterre4 ,chaque pierre1 chaque vitrail1 chaque panneau sculpt tait authentique1 de son poque2 rien de ces mensonges1 de ces restaurations truques dont s'enorgueillissent nos architectes4 ,le premier reliquaire de sainte ,frideswide1 il est vrai1 a t dtruit1 son corps mis en pices1 ses cendres disperses par les ,puritains2 mais la seconde chsse est encore trs belle dans son genre1 c'est un merveilleux travail anglais1 dans lequel un trs habile ouvrier a mis tout son cur4 ,les votes normandes1 celles du dessus1 sont du plus pur normand anglais2 un peu grossires1 un peu rudes1 il est vrai mais pouvions-nous esprer faire mieux1 livrs nos propres forces et sans l'aide des ,franais8 ,le plafond est de l'poque ,tudor1 un ,tudor exaspr1 mais ingnieusement construit et finement sculpt4 ,ce plafond et celui de l'escalier du hall proclament l'habilet des merveilleux ouvriers du ,x,ve sicle4 ,la fentre de l'ouest avec sa peinture maladroite1 l',adoration des ,bergers1 est un spcimen de cet art de transition qui relie la verrire la peinture et qui aboutit aux tableaux hollandais o l'on retrouve bien le troupeau1 mais o il n'y a plus ni bergers1 ni ,christ2 tout de mme1 c'est ce que les verriers de l'poque pouvaient faire de mieux4 ,et la boiserie simple des stalles reprsentait le dernier art qui ait fleuri en ,angleterre sous la forme d'un travail de menuiserie bien excut4 ,dans ce chur d'glise1 sur les murs duquel est grave pour ainsi dire jour par jour toute l'histoire du pays1 se rencontrait chaque matin le meilleur de ce que l',angleterre a produit1 cette fleur de jeunesse1 range comme l'quipage d'un navire de guerre1 sous le beau vaisseau de son temple2 chaque homme sa place1 selon son rang1 son ge1 son savoir--tout homme de bon sens et de cur reconnaissant qu'il est ici ou pour remplir1 ou pour apprendre remplir les plus hauts devoirs qui incombent un ,anglais4 ,un tranger instruit1 auquel il aurait t donn d'assister cet office du matin1 aurait pu juger1 d'un coup d'il1 tout ce que ce pays avait t dans le pass1 ce qu'il tait capable d'tre encore dans l'avenir2 une heure passe dans la chapelle de ,christ ,church lui en aurait appris plus que plusieurs mois de sjour la cour ou la ville4 ,assis dans sa stalle1 il aurait vu le plus grand thologien de l',angleterre1 et1 sous sa stalle d'honneur1 son plus grand rudit2 et parmi les tutors1 le ,dean actuel ,liddell1 et un homme de singulire puissance intellectuelle et de vertu sans prtention3 ,osborne ,gordon4 ,le groupe des gentilshommes comptait le marquis de ,kildare1 le comte de ,desart1 le comte d',emlyn et ,francis ,charteris1 maintenant lord ,wemyss1 les plus brillants chantillons de noble race et d'activit puissante4 ,henry ,acland et ,charles ,newton taient parmi les tudiants vtrans1 moi1 parmi les nouveaux4 ,que d'esprances en germe il y avait l6 ,aucun de nous alors ne rvait de rien changer tout cela1 n'en sentait la ncessit1 et1 moins que personne1 le chef intransigeant au front bomb1 aux yeux noirs1 qui conduisait d'une voix de tonnerre les repons en latin de la prire du matin4 ,aujourd'hui1 aprs tant d'annes passes1 mon cur est encore plein de reconnaissance pour tout ce que j'ai vu l1 pour toutes les penses qui me sont venues dans le chur de cette cathdrale4 ,l'influence qu'a eue sur moi l'autre beau btiment du collge1 le hall1 est toute diffrente et trangement mle4 ,si on ne l'et utilis1 comme cela et d se faire1 que comme rfectoire et dans les grandes occasions3 galas1 rceptions d'htes illustres1 discours solennels1 le hall1 comme la cathdrale1 ne m'et laiss que des impressions bienfaisantes et graves qui eussent sanctifi le pain de chaque jour2 de mme1 si notre ,dean et daign diner avec nous de temps autre1 le plat de venaison partag avec lui ne nous et sembl que meilleur4 ,mais avec ce comble de mauvais got1 7qui1 mon sens1 est le pch capital de notre temps1 la raison de notre got pour l'argent et de notre dgot pour tout ce que l'argent peut procurer de meilleur71 l',abb avait permis que le hall servt aux collections4 ,le mot seul me semble abominable1 soit qu'il se rapporte aux charits extorques l'glise pour les pauvres ou aux connaissances arraches de force aux malheureux candidats4 ,collections1 dans le langage du collge1 signifiait les examens trimestriels1 auxquels l',abb avait la mauvaise habitude d'assister comme grand inquisiteur1 lui qui n'aurait jamais eu1 ft-ce une fois1 l'ide de prsider notre dner4 ,il va sans dire que tout ce que les candidats1 mme les plus forts1 pouvaient savoir de grec1 lui paraissait absolument drisoire4 ,mprisant ds les premiers mots1 exaspr1 vindicatif et tonnant ensuite1 plus sombre et plus menaant mesure que la journe avanait1 glacial et ,gorgonien1 il allait et venait d'un bout l'autre de l'immense salle de torture1 aussi vaste que celle du ,grand ,conseil ,venise1 mais dshonore par les terreurs des malheureux candidats qui1 serrs les uns contre les autres comme de pauvres hirondelles transies1 ne pensaient qu' dissimuler leurs traductions lorsqu'approchait le terrible ,abb4 ,ce n'tait pas mon cas1 ai-je besoin de le dire8 ,mais j'imagine que le ,dean et prfr que je me servisse de cinquante traductions plutt que d'avoir l'air embarrass et malheureux que j'avais1 quelle que ft la question que l'on me posait4 ,et comme mes thmes latins taient les plus mauvais de toute l',universit1 que je n'ai jamais pu reconnatre un futur prsent d'un futur pass1 et que mme au bout de mes trois annes d',oxford1 il m'aurait t impossible de dire o vivaient les ,plasges et d'o sont venus les ,hraclides1 on peut imaginer de quel air le ,dean1 au moment de mon dpart1 me tendit le second et le troisime doigt de sa main droite1 et toutes les tortures que je souffrais lorsque mon pre et ma mre m'interrogeaient sur mes succs clatants au collge4 mesure que les annes passaient1 il m'tait toujours plus impossible de ne pas associer dans ma pense le hall du collge aux terreurs et aux humiliations des jours d'examen2 mais1 mme ds le premier jour1 l'tonnement et l'exaltation que j'prouvais dner dans cette vaste salle ne furent pas sans mlange4 ,il est certain que le contraste tait crasant entre la petite pice ,herne ,hill1 o nous mangions notre pudding1 ma mre1 ,mary et moi1 et un hall aussi grand que la nef de la cathdrale de ,canterbury1 dont l'extrmit se perd dans la brume1 tandis que son plafond est noy dans l'ombre1 et que les convives en longues files paraissent et disparaissent selon les caprices de la lumire3 spectacle qui me remplissait d'pouvante plus qu'il ne me mettait en apptit4 ,je fus d'ailleurs gn1 depuis le premier jour jusqu'au dernier1 par le sentiment que moi1 pauvre rustre1 je n'avais que faire ici4 ,dans la cathdrale1 n ou pas n1 je me sentais chez moi tout autant que ,monseigneur2 et mme1 certaines heures1 l'difice me semblait moi plus qu' lui-mme4 ,mais table1 cette foule de savants et de nobles convives1 ce service pompeux1 ce luxe m'taient trangers2 il y avait entre mes habitudes trs simples et ces splendeurs une distance infranchissable4 ,autour d'un gigot rti point1 garni de pommes de terre et servi dans l'arrire-boutique de ,market ,street1 autour de la marmite de quelque gipsy sur la colline d',addington 7non que j'eusse jamais soup avec une gipsy1 quelque dsir que j'en eusse71 ou d'un bon gteau d'avoine bien beurr--j'ai toujours t gourmand hlas6--dans la chaumire d'un berger d'cosse1 rgal partager avec le chien1 j'tais moi-mme1 je me sentais ma place2 mais la table des tudiants privilgis1 dans la salle manger du ,cardinal ,wolsey1 je fus de toutes faons1 et tout de suite1 moins que moi-mme3 des places o je n'aurais pas d tre1 jamais ma place4 ,autant conter ici une petite aventure qui m'arriva peu de temps aprs mon entre au ,collge et qui1 si insignifiante qu'elle ft1 n'en contribua pas moins me dgoter tout jamais du hall de ,christ ,church4 ,j'avais t reu comme un bon petit roquet sans prtention1 avec une condescendance un peu ddaigneuse1 par les chiens pedigree de la table des gentlemen-commoners2 mon professeur1 mes camarades de classe commenaient s'apercevoir que je lisais bien1 que j'avais l'air de comprendre ce que je lisais et mme que je posais parfois des questions embarrassantes au professeur1 au point qu'un jour1 la sortie1 je fus flicit par toute la classe pour la faon magistrale dont je l'avais coll4 ,je n'avais eu1 pauvre innocent que j'tais1 aucune intention de cette sorte2 le hasard avait voulu simplement que je lui eusse demand1 la grande joie de mes camarades1 quelque chose qu'il ne savait pas4 ,bien avant cela1 j'avais fait une tentative directe pour me faire remarquer1 qui avait eu moins de succs4 ,il tait de rgle au collge que1 chaque semaine1 un des tudiants crivt un essai philosophique sur un texte d',horace1 de ,juvnal ou autre4 ,on donnait lecture du meilleur travail1 le samedi aprs-midi1 dans le hall2 tous les tudiants taient obligs d'assister la lecture4 ,voil1 pensai-je1 une bonne occasion de dployer mes talents4 ,trs consciencieusement1 et d'ailleurs avec un rel plaisir1 j'crivis mon essai1 dans lequel je mis toute la pntration et toute l'loquence dont j'tais capable4 ,aussi1 si je fus flatt1 je ne fus pas surpris lorsque1 quelques semaines aprs mon arrive ,oxford1 mon professeur m'annona d'un air bienveillant que ce serait moi qui lirais le samedi suivant4 ,donc1 sans m'mouvoir1 car j'avais de srieuses raisons de compter sur mon talent de lecture1 et avec la gravit qui me paraissait convenir la circonstance1 je lus mon essai1 et j'ai tout lieu de croire que je le lus bien4 ,aussi1 descendant de la tribune1 je m'attendais recevoir les flicitations et les remerciements de mes camarades fiers d'avoir t si bien reprsents4 ,mais la pauvre ,clara1 aprs son premier bal1 recevant dans le vestiaire les compliments de son cousin1 ne fut pas plus surprise que je ne le fus de l'accueil que me firent mes cousins de la longue table4 ,ce n'tait pas de l'envie1 certes1 mais du ddain1 de la colre qui se donnaient carrire sous toutes les formes1 depuis le sarcasme olympien de ,charteris jusqu' la vole d'injures de ,grimston4 ,on m'expliqua que je m'tais rendu coupable de lse-majest vis--vis de l'ordre des ,gentlemen-,commoners2 que jamais l'essai d'un tudiant privilgi ne devait avoir plus de douze lignes1 et encore des lignes de quatre mots1 et que1 si dispos qu'on ft passer sur ma sottise1 ma suffisance1 mon manque de savoir-faire#cf1 l'inconvenance que j'avais commise en crivant un essai qui et le sens commun1 comme un vulgaire tudiant1 l'incurie et l'audace dont j'avais fait preuve en les tenant l pendant un grand quart d'heure1 pouvaient peut-tre se pardonner une fois un jeune serin tel que moi1 mais il fallait que j'y prisse garde3 si jamais je recommenais1 on m'enverrait tout droit ,coventry4 ,que dis-je8 ,coventry serait encore trop bon pour moi4 ,j'ai quelque plaisir1 au moins1 me rappeler que je tombai du haut de mes nuages sans me faire grand mal sans tmoigner un tonnement trop ridicule4 ,je reconnus la justesse des observations qui m'taient faites que cela me ft en rien modifier ma manire d'crire2 je ne me rappelle plus ce que j'avais dcid de faire1 au cas o j'aurais l'honneur de faire les frais d'une autre runion du samedi4 ,mes essais furent-ils moins heureux1 par la suite1 mes professeurs en taient-ils fatigus8 ,toujours est-il que je ne fus plus pri de lire4 ,j'aurais d faire observer que1 si ma prsentation aux jeunes gens de ma table s'tait faite si aisment1 c'tait grce un hasard qui avait voulu que1 pendant deux jours1 en #ahcd1 je me fusse trouv bloqu par le mauvais temps l'hospice du ,grimsel avec une trentaine de voyageurs de toutes les parties du monde1 et entre autres1 avec un des tudiants privilgis de ,christ ,church1 un ,mr ,strangways1 avec lequel j'avais joue aux checs et qui s'tait un peu intress la faon dont je dessinais les rochers de granit dans la neige4 la table de ,christ ,church1 il daigna me considrer comme un de ses semblables1 et le reste de sa bande ayant dcouvert qu'on pouvait tirer de moi quelque amusement sans que je m'en doutasse1 et reconnu aussi que je ne cherchais pas rformer les murs de mes camarades par esprit vanglique ou sous tout autre prtexte galement impertinent1 on m'accueillit avec bienveillance2 et1 au bout de quinze jours1 j'tais peu prs mme de choisir parmi les tudiants du collge les camarades qui me plaisaient le plus4 ,le bonheur voulut--un bonheur que je ne saurais rendre avec des mots--que ,henry ,acland1 d'un an ou deux mon an1 me choist pour ami2 il sentit qu'il y avait en moi certaines possibilits qui ne pouvaient se dvelopper toutes seules et il me prit affectueusement en main4 ,son appartement1 tout voisin de la porte nord de ,canterbury1 tait une cinquantaine de mtres du mien2 ce fut bientt le seul endroit o je me sentais heureux1 il m'enseigna avec srnit quelle devait tre la manire de vivre d'un jeune ,anglais de' bon sens1 de bonne famille et d'ducation large2 dj1 nous vivions tous deux dans un monde de penses qui s'tendait bien au del des murs du collge4 ,il m'entretenait des plaines de ,troie2 un ou deux ans plus tard1 je lui indiquai1 l'occasion de son voyage de noces1 le sentier qui gravit le ,montenvers4 ,l'amiti qui nous unit ne s'est jamais altre1 si ce n'est pour devenir plus profonde tous les jours4 ,j'avais encore d'autres amis1 dont quelques-uns furent trs gentils pour moi1 un college tutor de premier ordre1 et plus tard j'eus pour matre particulier le savant l'esprit si large et si droit dont j'ai dj parl1 ,osborne ,gordon4 l'angle du grand quadrilatre de ,christ ,church vivait aussi le ,dr ,buckland1 que j'ai toujours trouv prt m'aider dans mon travail1 ou1 faveur plus grande encore1 me laisser l'aider dans le sien1 en prparant les pures qui lui taient ncessaires pour ses confrences4 ,mon dessin des filons granitiques de ,trewavas ,head1 avec le petit cutter qui double la pointe1 au milieu de la rafale1 dessin dans le style de ,copley ,fielding1 est encore1 je crois1 dans les archives de la section gologique4 ,mr ,parker1 qui s'occupait alors de fonder la ,socit d'architecture1 et ,charles ,newton1 dj si profondment observateur1 me tmoignaient beaucoup de sympathie2 ils avaient devin mes gots et ils me faisaient travailler plus scientifiquement l'architecture4 ,la galerie de tableaux de ,blenheim#cg n'tait pas plus de huit milles4 ,un garon de mon ge pouvait-il se trouver dans de meilleures conditions8 ,que n'eut-il l'esprit de s'en rendre compte et la volont d'en profiter6 ,eh bien non1 j'tais l1 ne sachant quoi me dcider1 moiti par indcision1 moiti par btise4 ,rien parmi les humains et les btes ne peindrait mieux mon attitude d'alors que la description par la pauvre petite bergre ,agns du caneton fourvoy4 ,je note comme tant un peu mon honneur le fait que j'aie t heureux et non gn par la prsence de ma mre ,oxford4 ,elle tait venue s'y installer afin de veiller sur moi autant qu'il tait en son pouvoir4 ,pendant mes trois annes d',oxford1 elle habita des chambres meubles dans ,high ,street 7d'abord dans la jolie maison du ,x,v,ie sicle1 de ,mr ,adams1 aux boiseries sculptes72 mon pre restait seul ,herne ,hill toute la semaine1 spar la fois de sa femme et de son fils1 pour l'amour de ce fils4 ,le samedi il venait nous rejoindre1 et le dimanche nous allions en famille ,saint-,pierre pour le service du matin4 part cela1 jamais mes parents ne se montraient en public avec moi1 dans la crainte que mes camarades ne se moquassent de moi ou n'exerassent leur verve sur le brave ,mr ,ruskin1 marchand de vin de ,xrs1 et la bonne ,mrs ,ruskin1 aux toilettes surannes4 ,personne d'ailleurs1 pendant tout le temps que je fus au collge1 ne se permit de dire un mot malveillant ni sur l'un1 ni sur l'autre2 personne ne se moqua de l'habitude que j'avais de passer mes soires avec ma mre4 ,mais une fois que la sur ane d',adle tait venue avec son mari visiter ,oxford1 et que j'avais eu la sottise de dire dner1 fort inutilement j'en conviens1 que je la connaissais1 que c'tait la comtesse ,diane de ,maison1 mes camarades me blagurent sans merci un mois durant4 ,le lecteur voudra bien observer aussi que si ma mre m'avait suivi ,oxford1 ce n'tait nullement parce qu'elle ne pouvait pas se passer de moi1 encore moins parce qu'elle n'avait pas confiance en moi4 ,elle tait venue uniquement pour tre l en cas d'accident ou de maladie subite4 ,ma mre avait toujours t la fois mon mdecin et ma garde-malade et elle m'avait plusieurs reprises sauv la vie4 ,cette fois encore1 qu'aurais-je fait sans elle8 ,pendant les deux premires annes de ma vie d'tudiant1 je ne lui causai aucune inquitude2 et quelle douceur pour moi1 quand venait l'heure du th1 d'aller lui raconter ce que j'avais fait ou appris dans la journe6 ,ce qu'tait la routine journalire il n'est peut-tre pas inutile de le dire ici4 ,aprs une heure d'tude1 mme en hiver1 l'office du matin la chapelle1 auquel je ne manquais jamais2 petit djeuner neuf heures1 pendant lequel1 tout en savourant un petit pain au beurre1 je lisais un roman du capitaine ,marryat4 ,ensuite1 cours jusqu' une heure1 lunch et petite causette avec les uns ou les autres4 deux heures1 cours de ,buckland ou autres4 ,promenade jusqu' cinq heures1 dner dans le hall2 vin chez moi ou chez un autre tudiant1 cors d'une bonne causerie avec les piocheurs ou quelque fredaine avec mes camarades de table4 ,mais1 quoi qu'il arrivt1 je m'arrangeais toujours pour tre ,high ,street pour l'heure du th de ma mre1 c'est--dire sept heures1 et y rester jusqu' ce que ,tom#ch m'appelt4 ,je prenais alors mon galop1 et j'arrivais juste au moment o l'on fermait la porte de ,canterbury2 rentr chez moi1 je lisais encore jusqu' dix heures4 ,mais1 en somme1 tout cela ne donnait pas plus de six heures de vrai travail dans la journe2 ces six heures1 au moins1 je puis me rendre la justice de constater que je les ai toujours employes sans marchander4 ,j'ai bien appris1 toujours1 mon histoire d',hrodote et1 aujourd'hui encore1 je sens tout le prix de cette acquisition4 ,walter ,brown1 mon tutor auquel je m'tais attach1 tait arriv1 par la douceur1 me faire entrer quelques verbes grecs dans la tte4 ,pour les mathmatiques1 elles marchaient bien sous la direction d'un autre professeur1 ,mr ,hill2 j'avais d'ailleurs l'instinct gomtrique et ce que je savais1 dans cet ordre1 je le savais bien4 ,lors de mon little go#ci1 au printemps de #ahch1 on me remit un graphique des figures d',euclide1 comme il tait d'usage1 avec l'nonc des problmes4 ,je repoussai la feuille1 disant ddaigneusement l'examinateur3 ,je n'ai pas besoin de figures1 monsieur4--,vous ferez mieux de les garder1 me rpondit-il d'un air bnin2 ce que je fis puisqu'il m'en priait2 mais je pouvais alors et je puis encore dicter1 les yeux ferms1 la dmonstration de n'importe quel problme avec les lettres que l'on voudra tous les points4 ,je passai tout juste pour le latin l'crit1 mais je m'en tirai bien pour le reste et mon professeur fut content1 sans se rendre compte que1 pour cet examen1 j'avais donn peu prs tout ce que je pouvais donner dans ce genre4 ,pour mon malheur1 les deux professeurs suprieurs collge1 ,kynaston 7depuis ,principal de ,saint ,paul's71 qui enseignait le grec1 et ,hussey1 le censeur1 qui enseignait je ne sais plus quelle chose ennuyeuse1 m'taient antipathiques4 ,tous deux avaient d'ailleurs pour moi le ddain qu'inspire gnralement tout professeur l'enfant lev la maison4 ,de la part de ,kynaston ce n'tait pas sans raison1 car je ne savais pas assez de grec pour comprendre ce qu'il disait1 et quand un jour1 dans une bonne intention1 et pour me donner l'occasion de dployer mes talents1 il me mit en face 1 1 de l',iphignie en ,tauride1 et qu'il dcouvrit1 son grand tonnement et celui de toute la classe1 que je ne savais pas ce que c'tait qu'un triglyphe1 son mpris ne connut plus de bornes2 de ce jour1 lorsqu'il m'adressait la parole1 c'tait avec une sorte d'irritation1 de colre sourde4 ,cependant1 bien des annes plus tard1 l'occasion d'une fte ,saint ,paul's1 il me reut avec gards et bont4 ,seuls1 les trs bons lves trouvaient grce devant ,hussey4 ,c'tait le type du censeur-chien4 ,et de fait1 les murs du collge taient telles1 malheureusement1 qu'elles foraient le plus dbonnaire des censeurs devenir froce4 ,il avait1 de plus1 ainsi l'avait voulu le ciel dans sa justice1 une physionomie terrible2 ds le premier jour1 il fut pour moi une sorte de ,gorgone1 la ,gorgone ou l'rinnye de ,christ ,church1 dont le passage assombrissait non seulement le ciel mais la terre4 ,cela m'amuse1 quand je jette un coup d'il en arrire1 de voir que professeurs et camarades prenaient toujours mes yeux une forme esthtique2 je me les reprsentais comme dans un tableau et je me refusais de prime abord m'intresser ceux dont on n'aurait pas pu faire de beaux portraits4 ,mon idal de professeur1 c'tait l'rasme d',holbein ou le ,melanchthon de ,durer2 j'allais mme jusqu'aux doges du ,titien et aux vques de ,bonifazio4 ,mais je n'en rencontrais gure dans ,tom ou ,peckwater#dj4 ,le ,dr ,pusey1 lui-mme qui ne m'a jamais adress la parole1 n'avait rien de pittoresque ni de majestueux4 ,ce n'tait qu'un gentilhomme anglais1 un ecclsiastique maladif et assez dgingand qui ne vous regardait jamais en face et avait toujours l'air d'tre tomb de la lune4 ,quant mon professeur de collge1 il avait des yeux noirs1 il tait agrable et anim1 mais sans rien de particulirement impressionnant4 ,je le vois encore allant et venant d'un air important que nous trouvions assez ridicule4 ,kynaston avait une ressemblance comique avec un colier joufflu1 ,hussey1 renfrogn1 noir et sec1 aussi incapable de gat que d'enthousiasme2 part cela1 faisant son devoir consciencieusement4 ,c'tait un des membres les plus estimables du collge et de l',universit1 mais pour moi une calamit de tous les instants1 un homme dont l'influence me fut beaucoup plus pernicieuse que je ne pouvais l'imaginer alors4 ,enfin1 le ,doyen dont la droiture vidente1 la dignit morale1 la vritable puissance intellectuelle1 d'un genre un peu rude1 m'avaient inspir le respect ds le dbut3 mais son aspect gnral rappelait trop l'enseigne du ,cochon rouge que j'ai vu plus tard la foire de ,chartres et qu'un picier ingnieux avait reprsent en raisins secs1 avec des grains de cassis en guise d'yeux4 ,sa prsence en chair et en os1 ou seulement la crainte de voir apparatre son fantme1 m'inspirait une terreur qui allait jusqu' la torture2 pour moi1 c'tait l'anathme1 l'anathme sous la tiare et sous le dais4 ,pourtant1 il y avait un des professeurs1 avec lequel j'avais peu de relations1 qui approchait de mon idal1 sans raliser mes esprances en ce temps-l ni peut-tre les siennes depuis4 ,moi1 je m'imagine qu'il tait1 pour son malheur1 sous la domination de l'1 grecque1 reprsente par le ,doyen actuel4 ,c'tait1 c'est encore l'un des types les plus nobles de l',anglais distingu1 mais je souponne que ce ne fut passa bonne toile qui le fit natre ,anglais1 l'lment prosaque et pratique en lui ayant fini par l'emporter sur le sensitif4 ,c'tait le seul entre tous les professeurs de mon poque qui entendt quoi que ce soit l'art2 et cette rflexion trs fine qui lui chappa un jour1 en parlant ,turner1 qu'il s'acharnait sur un idal faux1 m'et t alors bien profitable s'il l'avait explique et appuye4 ,mais1 il ne trouvait pas1 je pense1 que je valusse la peine qu'il s'occupt de moi1 et1 ce qui est plus grave1 il ne voyait pas assez clair en lui-mme pour cultiver ses dispositions artistiques4 ,il y avait encore ,oxford1 dans le btiment de l'angle nord-ouest du square du ,cardinal1 un homme d'un grand esprit et d'un grand cur2 les mauvaises chances dont j'eus souffrir1 surtout par ma faute1 il faut bien le dire1 furent largement compenses par le trs grand avantage de le connatre1 avantage dont j'eus le bon esprit de profiter4 ,le ,dr ,buckland#da tait chanoine de la cathdrale2 lui1 sa femme1 ses enfants avaient de la gat1 de la bont et assez d'originalit pour donner de la vie et de la saveur au collge tout entier4 ,originalit qui tendait devenir un peu grotesque1 ce qui diminuait l'influence qu'il aurait pu avoir sans cela4 ,le ,docteur avait trop d'humour pour suivre longtemps le ct ennuyeux d'un sujet4 ,frank s'occupait trop de son ourson apprivois pour essayer de rprimer les instincts un peu ours de sa propre nature2 et il ne se passait gure de jour que ,mit ne commt quelque frasque qui indignait les filles des autres professeurs du collge1 lesquelles se piquaient de tenue4 ,mais ils taient tous bons1 intelligents1 ouverts1 anims et vivants au plus haut degr2 leur frquentation fut pour moi le meilleur des mdicaments1 elle me sauva4 ,le ,dr ,buckland faisait penser ,sydney ,smith2 il ne l'galait pas comme esprit1 mais c'tait la mme bonne humeur1 le mme bon sens1 la mme religion bienveillante et joyeuse4 ,je rencontrais sa table les matres de la science3 ,herschel et d'autres encore1 et souvent des trangers polis et intelligents auprs desquels le peu de franais que je savais1 et que mes conversations avec ,adle avaient sensiblement amlior1 me fut souvent utile4 ,autour de cette table hospitalire1 on se sentait toujours l'aise1 on s'amusait2 menus et service taient galement intressants4 ,je ne me suis jamais consol1 un jour que j'tais pris par un malencontreux rendez-vous1 d'avoir manqu une dlicate fricasse de souris2 et je me souviens avec ravissement d'avoir reu les bons offices1 par une touffante matine d't1 de deux gracieux petits lzards de la ,caroline qui taient chargs d'loigner les mouches4 ,j'ai dj dit le bonheur1 plus grand encore1 que j'eus d'tre adopt par ,acland mon arrive ,oxford4 ,sans lui j'eusse perdu la tte1 mais il me soutenait1 me rconfortait2 son ironie elle-mme tait douce4 ,je le trouvais toujours plein de sympathie pour ce qu'il y avait de meilleur en moi1 d'indulgence pour ce qu'il y avait de pire2 de plus1 il me donnait l'exemple d'une jeune et noble vie anglaise dans toute sa puret1 sa sagacit1 sa dignit1 son insouciance hardie et sa pit joyeuse2 sa fiert anglaise brillait gentiment travers tout cela comme celle d'une jeune fille heureuse de sa beaut4 ,c'est un sujet d'tude intressant pour moi de comparer l'orgueil silencieux de l',anglais1 conscient de ce qu'il est1 l'agitation impatiente du ,franais affam de gloire1 gloire qu'il devra acqurir au prix d'efforts douloureux pour devenir ce qu'il n'est pas4 ,un jour que la ,cherwell1 grossie par la pluie1 roulait ses flots imptueux au-dessus d'un dversoir glissant1 nous discutions1 ,acland et moi1 pour savoir s'il tait possible de passer4 ,j'avais dclar premptoirement que c'tait impossible4 ,sur quoi ,acland1 enlevant souliers et chaussettes1 traversa tranquillement1 puis revint me trouver4 ,il ne courait d'autre risque que celui de prendre un bain1 car c'tait un nageur de premier ordre3 et je crois d'ailleurs qu'il tait assez raisonnable pour ne pas tenter l'aventure si elle avait prsent un rel danger4 ,mais il l'aurait risque1 je pense1 car il possdait au plus haut degr la srnit anglaise l'heure du danger1 ce qui1 chez les sots1 dgnre en got du danger pour le danger1 mais ce qui1 chez les gens senss1 soldats ou mdecins1 est la raison du succs4 ,lorsque1 trente ans plus tard1 le ,dr ,acland fit naufrage sur le vapeur ,tyne1 non loin de la cte de ,dorset--le navire s'tant chou la nuit sur des rochers o il resta engag--et qu' l'aube on se rendit compte qu'on se trouvait environ un demi-mille de la terre mais spar d'elle par un dangereux ressac1 comme les officiers1 anxieux1 tenaient conseil1 que l'quipage s'agitait1 que les passagers pleuraient ou priaient1 on vit avec indignation le ,dr ,acland paratre la porte du salon1 tir quatre pingles dans sa toilette du matin1 et annoncer que le djeuner tait servi4 ,aux clameurs qui accueillirent cette apparente indiffrence il ne rpondit rien1 faisant remarquer simplement qu'il tait impossible qu'aucun canot gagnt la plage1 et encore plus impossible qu'un canot quittt la plage1 tant donn l'tat de la mer1 pour venir leur secours4 ,donc1 tout ce qu'on pouvait esprer1 c'tait qu'on pt haler les passagers l'aide de cordes jusque sur le rivage1 sauf ceux qui auraient le courage d'essayer de se sauver la nage4 ,en tout cas il serait sage1 mouills et gels comme ils l'taient pour la plupart1 de commencer la journe en djeunant comme d'habitude4 ,les cris cessrent1 l'agitation se calma1 chacun retrouva ses esprits dans la mesure du possible et l'on n'eut dplorer la mort de personne4 ,le fier et joyeux hrosme d',henry ,acland m'enchantait1 j'y prenais plaisir comme aux bats d'un lopard ou d'un faucon sans que cela affectt en rien ma disposition particulire et me donnt envie de l'imiter4 ,trop souvent1 je m'tais entendu rpter3 ,prends garde1 fais attention4 ,aussi1 n'ai-je jamais song le suivre sur les barrages glissants ou dans les canots de sauvetage au milieu des vagues blanches d'cume2 je le suivais plus volontiers dans les sentiers de l'art et de la science1 car il tait de plusieurs annes en avance sur moi2 dfaut d'autre chose1 ma sympathie l'encourageait4 ,avant mon entre l',universit1 il tait seul1 littralement seul1 s'intresser srieusement ces matires4 ,la gologie1 pour le ,dr ,buckland1 n'tait qu'une distraction2 mais la vie1 aprs tout1 tait-elle pour lui1 autre chose8 ,pour ,henry ,acland la physiologie tait un vangile1 la bonne parole dont il avait la garde1 qu'il devait prcher aux paens1 et dj1 dans sa petite chambre d'tudiant de ,canterbury ,college1 il esquissait le plan d'tudes qu'il a ralis plus tard dans son cabinet de consultation du quadrilatre de ,tom1 en y introduisant l'tude de la physiologie qui a fait de l',universit ce qu'elle est aujourd'hui4 ,la caractristique d',acland c'est que1 tout jeune1 il avait dj le jugement sr1 un but dtermin1 du talent2 s'il n'et pas1 en avanant en ge1 t cras par la routine de ses devoirs professionnels1 s'il n'et pas t heureux et pleinement satisfait dans une admirable vie de famille1 on ne peut dire quoi il serait arriv2 mais ceux qui l'aiment ne sauraient avoir aucun regret1 ils ne peuvent qu'tre reconnaissants qu'il ait t ce qu'il est4 ,aprs ,acland1 mais bien loin derrire lui1 parmi les idoles esthtiques de mon choix auxquelles je demandais d'abord1 quelque sexe qu'elles appartinssent1 d'tre avant tout de belle apparence1 venait ,francis ,charteris4 ,charteris1 pour moi1 tait l'idal de l'cossais1 le plus beau type de la race caucasienne qu'il m'ait t donn de voir2 son ironie dlicate et aise1 sans le moindre venin1 son sens pratique donnaient un air de hauteur1 d'ailleurs inoffensif1 sa beaut dlicate4 ,personne ne pouvait lui rsister1 du moins personne ayant quelque peu le sens de l'humour2 et quand1 un jour1 le vieux vice-doyen1 sortant du portail de ,canterbury1 croisa ,charteris qui descendait de cheval en habit rouge dfendu aux tudiants1 et que celui-ci1 le pied encore sur l'trier1 se tourna gaiement vers lui et lui dit qu'il avait suivi la meute du ,doyen1 le vieillard et le jeune homme avaient l'air aussi contents l'un que l'autre4 ,charteris1 toujours heureux dans tout ce qu'il entreprenait1 ne se troublait de rien4 ,naturellement bien dou1 plein d'activit1 il faisait tout en se jouant2 jamais il n'tait tomb de cheval la chasse1 jamais il n'avait t intimid en classe1 jamais il ne s'tait troubl un examen1 jamais il n'avait fait de sottises4 ,un seul point noir1 il tait de sant dlicate1 ce qui expliquerait qu'ait n'ait pas laiss de traces plus profondes4 ,le comte de ,desart1 aprs ,charteris1 tait celui de mes camarades de table qui m'intressait le plus4 ,trs bien dou aussi et d'un aimable caractre1 il avait moins d'activit et1 en sa qualit d',irlandais1 moins de sens pratique que l'cossais4 ,l',universit1 d'ailleurs1 ne fit rien pour lui en faire acqurir4 ,notre poque a mis tout son orgueil niveler les positions1 effacer distinctions entre nobles et serviteurs2 peut-tre et-il t plus sage1 au lieu d'effacer les distinctions1 d'intervertir les rles4 ,alors le droit d'entre au collge de l'humble tudiant et son entretien dpendaient de son application1 tandis que c'tait un des privilges des nobles de faire l',universit des dons princiers4 ,ils n'en attendaient rien en retour et achetaient1 pour des sommes qui dpendaient de leur situation sociale1 le privilge de ne rien apprendre et de vivre leur fantaisie4 ,il me semble trange--et cela ne me donne pas une trs haute ide du caractre anglais--de penser qu'il ne soit jamais venu l'esprit d'un vieux doyen ou d'un jeune duc l'ide que l'glise d',angleterre et la ,chambre des ,pairs auraient une tout autre situation dans le pays1 si l'examen d'entre1 au contraire1 avait t plus difficile pour les riches que pour les pauvres1 et si la naissance et les bonnes manires d'un tudiant avaient t proclames la fois par le blason de son sceau1 le gland de son bonnet1 l'excellence de sa conduite et la solidit de son rudition4 cet gard1 on reconnatra toujours un lve d',eton ou de ,harrow1 qu'il arrive quelque chose ou qu'il n'arrive rien4 ,mais combien des plus hautes qualits de la noblesse anglaise se trouvent perdues par l'incurie de son ducation universitaire6 ,hlas6 elle n'aura peut-tre que trop tt l'occasion de s'en apercevoir4 ,je n'ai pas grand'chose dire de mon camarade irlandais1 si ce n'est que je l'admirais beaucoup et que c'est lui qui a offert le souper o1 tudiant de premire anne1 mon entre au corps des tudiants privilgis fut solennellement ratifie4 ,j'eus soutenir le feu des regards curieux lors de l'preuve des toasts obligatoires1 mais mes amphitryons n'avaient pas souponn que je pouvais me connatre en vins autant qu'eux4 ,lorsque nous nous sparmes au petit jour1 j'aidai descendre le fils du doyen et je dus retraverser la cour de ,peckwater pour rentrer chez moi2 je me souviens que1 tout en marchant1 je me demandais si la trigonomtrie ne pouvait pas m'aider savoir si je me dirigeais en droite ligne sur le rverbre au-dessus de la porte4 partir de ce jour1 c'est--dire environ trois semaines aprs mon installation au collge1 on fut oblig de reconnatre que1 si empot1 si poule mouille que je fusse1 je savais l'occasion me faire respecter aussi bien qu'un autre1 et1 le trimestre suivant1 quand ce fut mon tour de rendre la politesse1 on admit que j'offrais d'excellent vin1 bien qu'il ne portt aucune tiquette rvlatrice1 et que je regardais sans mauvaise humeur apparente mes camarades lancer par la fentre aux enfants du concierge les fruits que j'avais fait venir de ,londres grands frais2 ce qui tait bien mieux encore1 que j'acceptais la plaisanterie sans me fcher1 quoique je ne pusse pas moi-mme plaisanter1 et que je m'intressais la conversation mme quand je n'en comprenais pas le premier mot1 au point qu'un jour ,bob ,grimston me fit l'honneur de m'emmener la taverne au del de ,magdalen ,bridge3 il voulait obtenir du landlord quelques renseignements sur les chevaux engags dans le ,derby1 chose fort dlicate laquelle on n'arrivait qu'en usant de diplomatie1 en s'asseyant sur le bout de la table de la cuisine et en causant d'un air dtach4 ,quelques-uns de mes camarades1 parmi les plus srieux1 s'intressaient mes dessins2 et deux d'entre eux--,scott ,murray et lord ,kildare--taient aussi exacts que moi-mme l'office quotidien2 nous avions sur la vie du collge et ses rsultats des ides communes4 ,cette seconde anne passa agrablement et mes parents purent s'imaginer que je prenais position l',universit4 ,je fus reu1 sans opposition1 du ,cercle de ,christ ,church qui tenait ses runions au coin d',oriel ,lane1 en face du beau portail de l'glise ,st-,mary4 ,les registres de la ,socit portaient les noms de la plupart des hommes du monde les plus distingus qui avaient pass par ,christ ,church dans les dix ou douze annes prcdentes4 ,dans ce milieu luxueux et honorable aux yeux du monde1 mon esprit1 qui avait recouvr sa tranquillit et son ressort1 acqurait insensiblement chaque jour un tant soit peu de sens pratique1 et je crois vraiment que pendant cette anne j'ai plus et mieux travaill que je ne le pensais alors4 ,il me semble aujourd'hui j'ai connu ,thucydide1 comme j'ai connu ,homre 7celui de ,pope71 ds que j'ai su lire4 ,en tous les cas le fait qu'un garon1 qui savait si peu de grec dix-sept st son ,thucydide sur le bout du doigt dix-huit1 implique un effort srieux4 ,l'honntet admirable du soldat grec1 sa haute ducation1 la profondeur de ses vues politiques1 le mpris qu'il avait de la forme--car il ne cherchait qu' dire avec force ce qu'il avait dire--tout m'intressait puissamment en lui comme crivain2 en mme temps son sujet1 la plus grande tragdie qui se soit joue dans le monde1 le suicide de la ,grce1 veillait en moi une sympathie qui dveloppait en mme temps mon cur et mon intelligence4 ,j'ouvre et je pose ct de moi1 pendant que j'cris le troisime volume si soigneusement conserv sur lequel j'ai tant pein4 ,je retrouve1 entre ses pages mes notes d'une fine criture serre2 et je lis avec une surprise pleine de reconnaissance la dernire phrase de la prface d',arnold date de ,fox ,how1 ,ambleside1 janvier #ahce3 ,les plus folles extravagances du nfaste athisme des temps modernes n'iront jamais plus loin que les sophistes de la ,grce ne sont alls4 ,tout ce que l'audace peut oser et inventer pour changer le sens des mots le bien et le mal1 on l'a essay au temps de ,platon2 mais grce son loquence1 sa sagesse1 sa foi inbranlable1 ils ont t confondus4 ,note #cf3 ,en franais dans le texte4 ,note #cg3 ,chteau du duc de ,marlborough4 7,note du traducteur47 ,note #ch3 ,j'essaie autant que possible de ne pas abuser des notes1 mais je dois expliquer ceux de mes lecteurs qui ne seraient pas ,anglais que ,tom est le nom de la grosse cloche d',oxford1 celle de la tour de l'ouest de ,christ ,church4 ,note #ci3 ,le premier examen du baccalaurat little go ou smalls terme usit ,cambridge et ,oxford4 7,note du traducteur47 ,note #dj3 ,cours ou quadrangles du grand collge de ,christ ,church4 7,note du traducteur74 ,note #da3 ,plus tard1 doyen de ,westminster1 clbre surtout comme gologue4 7,note du traducteur47 ,,chapitre ,,xii ,,la ,,chapelle ,,de ,,roslyn ,il me faut revenir1 avant de clore le rcit fort dcousu de ces vingt premires annes1 sur deux ou trois pisodes perdus au milieu de cette anne #ahcf1 car ils eurent de l'influence sur la suite de mes travaux4 ,il m'est impossible de retrouver quelle date mon pre fit l'acquisition de son premier ,copley ,fielding3 ,between ,king's ,house and ,inveroran1 ,argyllshire4 ,nous le paymes un prix extrmement lev pour nous1 douze cents francs2 le jour o on nous l'apporta il y eut fte la maison1 et1 encore bien des jours aprs1 nous passmes des heures l'admirer en nous figurant que collines1 pluie1 tout cela tait vrai4 ,mon pre et moi nous nous entendions merveille sur ,copley ,fielding et vraiment je regrette souvent de n'avoir pas vcu dans quelque coin perdu du monde sans avoir jamais vu d'autre peinture que celle de ,prout et la sienne4 ,nous n'emes plus qu'une ide1 aprs avoir achet notre ,fielding1 faire sa connaissance2 et combien cette amiti nous fut prcieuse1 car c'tait le plus modeste des prsidents1 le plus naf des peintres1 sans ombre de romantisme avec seulement un amour passionn pour le soleil du ,bon ,dieu et pour les collines natales4 ,tandis que ,stanfield ,harding et ,roberts voyageaient en ,italie1 en ,sicile1 en ,styrie1 en ,bohme1 en ,illyrie1 dans les ,alpes1 les ,pyrnes1 la ,sierra ,morena1 ,fielding n'allait mme pas jusqu' ,calais2 chaque anne1 il retournait ,saddleback et ,ben ,venue1 et souvent mme ,sandgate et les dunes de ,sussex lui suffisaient4 ,les dessins que j'excutai en #ahce taient rellement intressants1 mme pour des artistes2 ils indiquaient des dispositions suffisantes pour que mon pre ait jug utile de me faire passer de l'enseignement de ,mr ,runciman quelque chose de tout fait suprieur4 ,tout membre de la ,socit des aquarellistes faisait payer ses leons une guine2 il est vrai qu'en six leons1 on arrivait1 disait-on1 un bon talent d'aquarelliste amateur4 ,notre choix1 comme professeur1 tait fait d'avance1 et je ne saurais dire qui de moi ou de mon pre a le plus joui de ces six heures passes dans l'atelier de ,fielding4 ,l'admiration de mon pre touchait l'artiste1 qui trouvait le plus grand plaisir causer avec lui pendant que je prenais ma leon1 et cependant mon pre1 timide et rserv1 n'tait rellement lui-mme que la plume la main4 ,j'ai eu le bonheur de retrouver une lettre de #ahcj qui montre bien quelle valeur ,northcote attachait l'opinion de mon pre4 ,c'tait propos d'un ouvrage de critique demeur classique1 le meilleur qu'on ait fait jusqu'ici bas sur les principes de l'cole de ,reynolds3 ,cher ,monsieur1 j'ai reu votre lettre si aimable et si encourageante1 mais j'ai t dsol d'apprendre que vous aviez t malade2 j'espre que vous tes tout fait rtabli4 ,les loges que vous voulez bien faire de moi et du volume de ,conversations me font plus de plaisir que vous ne pouvez imaginer2 d'autant que le livre a paru sans mon autorisation1 et sous sa premire forme1 dans les ,revues1 sans mme que j'en eusse connaissance4 ,j'ai fait tout ce qui tait en mon pouvoir pour en arrter la publication parce qu'il s'y trouve quelques jugements trs svres sur des personnes1 que je n'aurais pas voulu voir imprims2 de plus1 ,hazlitt1 qui est un homme de beaucoup de talent1 a la dent fort dure et il a souvent exagr ce que je lui avais dit en confidence4 ,quoi qu'il en soit1 je bnis ,dieu que ce livre1 qui a t pour moi l'occasion de tant de trouble1 ait l'approbation d'un esprit comme le vtre4 ,cette approbation est un grand rconfort2 elle me met l'me en repos4 ,veuillez prsenter mes respectueux compliments ,mrs ,ruskin qui1 je l'espre1 est en bonne sant4 ,mes bons souvenirs votre fils4 ,toujours1 cher ,monsieur1 votre ami trs reconnaissant#db et trs humble serviteur4 ,,james ,,northcote4 ,argyll-,house1 #ac octobre #ahcj4 ,john ,j4 ,ruskin1 ,esq4 ,les six leons s'allongrent1 en devinrent huit ou neuf1 pendant lesquelles ,copley ,fielding m'apprit superposer des lavis de teintes diverses1 confectionner ainsi des ciels avec du cobalt1 de la garance et de l'ocre jaune1 faire les sommets de montagnes au moyen de touches brises1 ingales2 reprsenter un lac aux eaux calmes par de larges bandes d'ombre spares des intervalles de trois ou quatre millimtres par des lignes lumineuses2 faire les nuages noirs et la pluie l'aide de douze ou vingt lavis successifs1 et1 avec un pinceau sec1 saupoudrer de terre de ,sienne brle les feuillages et les premiers plans4 l'aide de ces principes1 je russis copier une aquarelle de #ab x #i de ,ben ,venue et des ,trosachs1 avec des vaches brunes sur les bords du ,loch ,achray1 que ,fielding fit devant moi4 ,j'tais si content de mon aquarelle que je l'accrochai au-dessus de la chemine de ma chambre2 je m'endormais le soir en la contemplant1 et1 le matin1 c'tait la premire chose que je voyais au rveil4 ,plaisir fait d'amour-propre satisfait sans doute1 mais aussi du sentiment que j'avais acquis quelque chose de nouveau4 ,je me sentais comme exalt1 soulev par un air plus lger et en mme temps plus fort4 ,hlas6 cette premire conqute ne fut pas suivie de beaucoup d'autres4 ,je m'tais attendu des progrs constants et rguliers1 il n'en fut rien4 ,mes pauvres lavis1 quelque soin que j'y misse1 n'arrivaient jamais au fondu de ,fielding1 et mes saupoudrages de terre brle1 toujours les mmes1 donnaient de la monotonie4 ,ce qui me dcouragea surtout1 c'tait l'impossibilit d'utiliser les procds de ,fielding pour les ,alpes4 ,mes touches brises1 ingales1 ne reprsentaient pas mieux des aiguilles que mes ombres rgulires les eaux du lac de ,genve4 ,j'abandonnai l'aquarelle avec l'ide1 que je ne formulais pas1 que je n'tais pas dou pour cet art--la vrit1 c'est que la composition en couleur n'tait pas dans mes cordes--et je me remis au dessin1 au pur dessin1 avec courage4 cette poque1 je n'avais pas encore vu une aquarelle de ,turner4 tait-ce lourdeur d'esprit ou prudence1 je continuais en toute tranquillit copier les reproductions dans le volume de ,rogers sans m'inquiter mme de savoir o taient les originaux4 ,ils taient enfouis au fond d'un vieux tiroir dans ,queen ,anne ,street1 aussi inaccessible pour moi que le fond de la mer2 si je les avais vus1 peut-tre cela n'et-il servi qu' me gter le plaisir que me donnaient les gravures4 ,mon indiffrence cet gard eut du bon1 et plus je songe mon manque de curiosit1 dont ce n'est l qu'un exemple1 plus j'prouve de reconnaissance et mme de respect pour cette habitude1 que j'ai conserve toute ma vie1 de travailler avec rsignation ce que j'ai sous la main1 tant que je peux le faire1 et regarder ce que j'ai sous les yeux tant que je peux le voir4 ,d'autre part1 pour les grands ,turner1 la pense de les imiter ne me venait mme pas et l'effet qu'ils ont produit sur moi avant #ahcf est fort ml2 plusieurs1 comme ,quillebuf ou ,les chargeurs de charbon1 taient peu agrables de couleur2 et la ,fontaine de l',indolence ou la ,branche d'or m'apparaissaient sans doute quelque peu fantastiques ct du naturalisme de ,landseer1 de l'motion humaine1 et de l'intelligibilit de ,wilkie4 ,mais en #ahcf1 ,turner exposa trois tableaux dans sa dernire manire et o son originalit se traduisait avec tout l'art dont il tait capable2 c'tait ,juliette avec sa nourrice1 ,rome vue du ,mont ,aventin1 et ,mercure et ,argus4 ,la fantaisie qui lui avait fait choisir comme cadre sa ,juliette ,venise au lieu de ,vrone1 les fantasmagories de l'clairage1 les feux d'artifice au travers desquels on reconnaissait peine ,venise1 furent l'occasion d'un article qui parut dans le ,blackwood's ,magazine et o le critique1 avec beaucoup de force mais sans aucun mnagement et encore moins de politesse1 exprimait les sentiments que suggraient aux lves de sir ,george ,beaumont ces vues de nature qui n'avaient rien d'orthodoxe4 ,cet article souleva en moi une sainte colre1 qui ne s'est jamais calme d'ailleurs1 et comme j'tais dj plein de confiance dans mes talents d'crivain1 que je sentais et pouvais expliquer le charme de l'uvre de ,turner1 j'crivis une rponse au ,blackwood dont je serais curieux aujourd'hui de retrouver quelques fragments4 ,mon pre jugea convenable de demander ,turner la permission de publier cette rponse4 ,je la recopiai donc de ma plus belle criture1 et l'envoyai au ,matre qui1 cette occasion1 m'crivit la lettre suivante3 #dg1 ,queen ,ann 7sic7 ,street ,west4 #f octobre #ahcf4 ,mon cher monsieur1 laissez-moi vous remercier de votre zle1 de votre amabilit et de la peine que vous avez prise au sujet des critiques que le ,blackwood's ,magazine d'octobre a faites de mes tableaux2 je ne m'agite pas pour si peu2 ces choses-l sont sans importance2 rpondre ne sert qu' aggraver le mal4 ,on a peur que mes ides ne fassent tourner la pte et que toute la provision de farine ne soit gte4 ,p4 ,s4--,si vous dsirez que je vous renvoie le manuscrit1 soyez assez aimable pour me le faire savoir4 ,sinon1 et avec votre permission1 je l'enverrai au possesseur du tableau de ,juliette4 ,la signature manque au bas de la lettre2 je l'ai coupe1 sans doute pour le plus grand bonheur d'un amateur d'autographes4 ,quelques annes plus tard1 les lettres de ,turner mon pre se terminaient par cette formule toujours la mme3 ,bien sincrement vtre1 celles qu'il m'adressait1 simplement par ,sincrement vtre4 ,le possesseur du tableau tait ,mr ,munro de ,novar1 qui ne m'a jamais parl de la faon dont le premier chapitre de ,modern ,pointers tait tomb entre ses mains1 et1 de mon ct1 je n'ai pas attach assez d'importance la chose pour lui en parler4 ,je continuai de travailler d'aprs les gravures de ,turner pendant un ou deux ans1 tout en mettant profit les procds de ,copley ,fielding1 chaque fois qu'en voyage1 pendant les vacances1 je faisais une tude en couleur4 ,nous fmes trois voyages1 trois ts de suite1 sans traverser la ,manche4 ,en #ahcg1 le ,yorkshire et les lacs2 en #ahch1 l'cosse2 en #ahci1 les ,cornouailles4 ,c'est pendant le voyage de #ahcg1 j'avais dix-huit ans1 que j'prouvai pour la dernire fois l'amour pur et enfantin de la nature1 o ,wordsworth1 bien lgrement1 voit une preuve de l'immortalit4 ,nous passmes par la ,north ,road1 comme nous en avions l'habitude2 le quatrime jour1 nous arrivions ,catterick ,bridge1 o le joli ruisseau clair1 qui court sur un lit de cailloux travers une valle entoure de collines1 fait pressentir les landes et les ravins de la partie montagneuse du ,yorkshire4 ,au bord du petit ruisseau1 je ressentis cette motion comme je ne l'ai plus retrouve depuis2 motion qui n'est possible que dans la jeunesse1 car tout souci1 tout regret1 la conscience du mal la dtruit3 elle veut une sensibilit intacte et l'esprance dans l'avenir2 non que je croie la jeunesse incapable de sentir ce qu'il y a de meilleur dans cet amour1 l'heure de la maladie et dans l'attente de la mort1 mais seulement si la mort lui semble un don de ,dieu4 ,ces motions1 quant moi1 je ne les ai jamais prouves que dans des lieux sauvages1 j'entends par l des endroits o la main de l'homme n'tait pas intervenue1 et en particulier au bord des rivires ou dans le voisinage de la mer4 ,le sentiment de la libert1 de la grandeur1 de la puissance non profane de la nature y tait un lment essentiel4 ,je jouissais d'une pelouse1 d'un jardin1 d'une prairie maille de pquerettes1 d'un tang paisible1 comme en jouissent les autres enfants2 mais sur les rives de la ,wandel1 sur les dunes de ,sandgate ou au bord d'un ruisseau dans un ravin du ,yorkshire1 je ne me sentais pas semblable aux autres enfants2 mais comment exprimer cette motion1 mme lorsqu'on l'a le plus fortement prouve8 ,l'expression de ,wordsworth3 j'en tais hant comme par une passion1 ne la traduit qu'imparfaitement3 ce n'est pas comme une passion1 qu'il faudrait dire1 car c'est une passion2 et la question1 question dlicate1 est prcisment de savoir en quoi elle diffre des autres passions2 quel est le sentiment humain1 humain au plus haut degr1 qui nous porte aimer une pierre pour l'amour de la pierre1 un nuage pour l'amour du nuage8 ,le singe aime le singe pour l'amour du singe1 il aime une noisette pour l'amande qu'elle renferme1 mais il n'aime pas une pierre pour une pierre4 ,les pierres taient pour moi du pain sans que le ,dmon y ft pour rien4 ,j'tais trs diffrent1 qu'on me permette de le redire encore une fois1 des autres enfants1 mme de ceux qui me ressemblaient le plus1 pas tant par la nature du sentiment que parle mlange et la diversit de ses lments4 ,ma petite cruche d'argile dbordait la fois1 si je puis dire1 de la vnration de ,wordsworth1 de la sensibilit de ,shelley1 et de la prcision de ,turner4 ,je voyais comme ,wordsworth dans un perce-neige une partie du ,sermon sur la ,montagne2 mais je n'aurais jamais adress de sonnets la chlidoine1 parce qu'elle est d'un jaune criard et de forme imparfaite4 ,comme ,shelley1 j'aimais le ciel bleu et les yeux bleus1 mais je n'ai jamais un instant confondu les cieux avec ma pauvre petite me4 ,la vnration et la passion gardaient leurs places respectives1 grce l'lment constructif1 la ,turner1 qu'il y avait en moi4 ,je ne m'puisais pas souhaiter qu'une pquerette pt se rjouir de la beaut de son ombre4 ,je m'appliquais tout bonnement dessiner exactement cette ombre4 ,mais les lois qui rgissaient ma nature taient si fermes1 si chimiquement inaltrables1 qu' l'heure actuelle1 #ahhf1 jetant un coup d'il en arrire1 sur les rives de ce cours d'eau1 vers ce ruisseau de #ahcg o je vois se drouler toute ma jeunesse1 je ne me trouve chang en rien4 ,quelques parties de moi-mme sont mortes1 mais d'autres1 plus nombreuses1 se sont fortifies4 ,j'ai appris certaines choses1 j'en ai oubli beaucoup2 au total1 je ne suis que le mme adolescent1 du et rhumatisant4 ,pour mieux faire comprendre cette opinitret de ma nature qui n'a rien du durcissement du bois par les annes1 mais tient plutt du tissu de la moelle1 que l'on me permette d'insister encore un instant sur l'trange plaisir que je ressentis en #ahcg revoir les lieux o1 colier1 j'avais err4 ,il n'est pas d'enfant qui ait ressenti une impression plus vive la vue de l',italie et des ,alpes2 il n'est pas d'enfant1 pas d'homme qui fit mieux la diffrence entre une chaumire du ,cumberland et un palais vnitien1 entre un ruisseau du ,cumberland et le ,rhne3 c'est ce dont on trouve une expression1 l'anne suivante1 dans ma premire tentative littraire qui donnt des esprances4 ,si grand1 toutefois1 qu'ait t mon enthousiasme1 si dlirantes les joies prouves sur le continent1 rien ne peut se comparer au bonheur que j'eus me retrouver sur les bords d'un ruisseau du ,yorkshire4 ,c'tait pour moi retrouver le ciel4 ,nous poussmes jusqu'au ,cumberland que nous connaissions dj si bien1 mon pre me faisant faire l'ascension du ,scawfell et de l',helvellyn avec un guide expriment de ,keswick1 ,mr ,wright1 qui se connaissait en minralogie2 et notre t se passa paisiblement et non sans profit4 ,un petit incident1 que je situe vers le commencement de #ahch1 prouve que j'avais recouvr ma tranquillit d'me et mon bon sens1 et que l'on aurait pu me dcider alors sans trop de peine me fixer dans une vie simple et saine1 mais il aurait fallu pour cela que mes parents sussent profiter de la chance qui se prsentait4 ,j'ai oubli de dire1 lorsque j'ai parl de nos amis ,mr et ,mrs ,richard ,gray1 que1 dans mon enfance1 ma mre avait aussi une autre amie1 qui habitait en haut de ,camberwell ,grove4 ,elle s'appelait ,mrs ,withers4 ,c'tait une excellente femme1 trs pieuse1 qui aidait ma mre dans ses charits4 ,mr ,withers1 gros ngociant en charbons1 fit plus tard de mauvaises affaires4 ,l'un et l'autre ne m'ont laiss qu'un souvenir effac4 ,mrs ,withers1 qui avait t trs mle la vie de ma mre1 avait disparu de notre horizon avant que je ne d'ge conserver fusse d'elle une impression nette4 ,au printemps de cette anne #ahch1 ,mr ,withers1 devenu veuf1 qui vivait retir la campagne1 tait venu ,londres pour affaires2 il avait amen sa fille unique afin de la prsenter ma mre2 et ma mre--comment expliquer un fait si contraire ses habitudes8--l'avait invite passer quelques jours avec nous pendant que son pre faisait une tourne d'affaires4 ,charlotte ,withers avait seize ans1 elle tait mignonne1 un peu frle1 dlicate1 impressionnable et blonde1 avec un teint charmant malgr des taches de rousseur1 et une grce naturelle qui rappelait celle d'une fleur des prs2 intelligente1 affectueuse1 l'me tout fait droite1 et d'une pit qui n'avait rien d'agressif4 ,en somme1 une petite crature douce1 un peu ordinaire1 pas jolie1 mais agrable regarder lorsque ses yeux se posaient sur les vtres et qu'elle n'tait pas distraite4 ,en moins d'une semaine1 nous tions devenus trs bons amis4 ,nous causions musique1 peinture2 j'crivis pour son dification un essai de neuf pages1 grand format1 sur beau papier1 o j'exposais triomphalement mes ides sans rien laisser subsister des siennes4 ,c'tait ma manire ordinaire de faire ma cour aux femmes4 ,charlotte ,withers fut trs flatte du grand honneur que je lui faisais1 et elle emporta mon essai comme un bon lve le prix qu'on vient de lui dcerner4 ,comme je le disais plus haut1 si mon pre et ma mre avaient voulu qu'elle prolonget son sjour d'un mois1 nous serions certainement tombs amoureux l'un de l'autre1 trs doucement1 en toute srnit2 il ne dpendait que d'eux de me faire pouser cette gentille petite femme1 et de m'installer1 tant donn mon got pour la gologie1 dans le commerce du charbon1 je n'aurais oppos aucune rsistance4 ,mais je ne crois pas que l'ide leur en soit seulement venue4 ,charlotte n'tait pas la femme qu'ils rvaient pour moi4 ,si bien que ,charlotte nous quitta la fin de la semaine au retour de son pre4 ,je l'accompagnai jusqu' ,cumberland ,green1 nous nous sparmes avec quelque tristesse de part et d'autre au coin de la ,new ,road1 et cette possibilit d'un bonheur paisible s'vanouit pour toujours4 ,peu aprs1 son pre ngocia pour elle un mariage avec un gros commerant de ,newcastle4 ,elle se soumit1 en fille obissante qu'elle tait4 ,traite par son mari peu prs comme un de ses sacs de charbon1 elle mourut au bout d'un ou deux ans de mariage4 ,ce petit incident me prouva1 et j'en fus humili1 que ma mre avait eu raison lorsque1 ma grande indignation1 elle m'avait assur qu',adle n'tait pas la seule jeune fille qu'il y et au monde2 et les joies que me donna le voyage que nous fmes cette anne-l dans les ,trosachs n'eurent pas les honneurs d'une description en vers byroniens2 j'avais aussi renonc la tragdie1 car1 aprs avoir dcrit une gondole1 un bravo1 la divine ,bianca et le clair de lune sur le ,grand ,canal1 j'avais trouv que je n'avais plus grand'chose dire4 ,le pays de ,scott me prit tout entier4 quoi bon dire au lecteur d'aujourd'hui que les bords du ,loch ,katrine1 l'extrmit est du lac1 taient encore tels que ,scott les a vus et dcrits3 ,onward1 amid the copse 'gan peep1 ,a narrow inlet1 still and deep#dc6 ,rien de plus vrai1 de plus adorablement exact4 ,au bord du sentier 7ce n'tait qu'un sentier7 qui serpentait travers les ,trosachs1 sombre et silencieux1 sous les myrtilles1 rvait un tang aux eaux limpides1 aux rives sinueuses1 un tang qui n'avait pas plus de cinq pieds de large sa naissance et qui refltait les herbes et les mousses entrelaces de ses bords sous une vote de feuillage si touffue qu' peine apercevait-on le bleu du ciel au travers4 ,ce petit bras du ,loch ,katrine est trange par lui-mme2 je n'ai vu nulle part rien qui y ressemblt4 ,c'est un mandre aux eaux profondes1 sans ruisseau apparent qui vienne l'alimenter1 phnomne qui n'est possible1 j'imagine1 qu'au milieu de ces amas de rochers bizarres des ,trosachs4 ,cette beaut trange1 cette merveille naturelle1 le plus beau des pomes que l'cosse ait chants au bord de ses cours d'eau l'a immortalise4 ,pourrait-on croire que tout ce que le ,x,i,xe sicle a su inventer pour honorer ce dlicieux coin de montagne1 cet hritage sacr1 'a t de permettre un bateau vapeur de venir y fourrer son nez1 de cacher ses myrtilles sous une plate-forme en planches et d'y faire courir au pas de charge des hordes de touristes8 ,c'et t un grand bienfait pour moi de faire l'ascension du ,ben ,venue et du ,ben ,ledi1 le marteau la main1 comme ,scawfell et ,helvellyn4 ,mais j'tais absorb alors par un travail littraire1 auquel la vue de ,roslyn et de ,melrose donnait encore plus d'intrt4 ,l'ide m'en tait venue pendant l't de #ahcg2 elle tait ne1 j'imagine1 du contraste1 qui m'avait vivement frapp1 entre les habitations rustiques du ,westmoreland et celles d',italie4 ,toujours est-il que le numro de novembre #ahcg de l',architectural ,magazine de ,loudon dbute par un article intitul3 ,introduction la posie de l',architecture1 ou l',architecture des ,nations de l',europe envisage dans ses rapports avec l'aspect naturel du pays et le caractre national1 par ,kataphusin4 ,il m'tait impossible de donner en moins de mots1 et en mots plus significatifs1 la dfinition de ce que je devais passer plus de la moiti de ma vie expliquer4 ,selon la nature disait l'esprit dans lequel je devais traiter ce sujet aussi bien que tous les autres4 ,que j'aie cru devoir prendre un nom de plume me semble indiquer 7comme aussi que je n'aie pas sign la premire dition des ,modern ,pointers7 une confiance dans mon jugement assez dplace chez un garon de dix-huit ans4 ,si mon pre ou mon professeur m'avait dit alors3 cris comme un jeune homme doit crire1 laisse au lecteur le soin de dcouvrir ce que tu sais1 amne-le doucement tes ides1 je n'aurais sans doute pas rougir de mes premiers essais4 ,m'eussent-ils dit plus svrement encore3 ,tais-toi1 attends le moment o tu n'auras plus besoin de t'excuser auprs de ton lecteur1 j'aurais t peut-tre1 plus tard1 satisfait de mon uvre4 ,tels qu'ils sont1 en dpit de leur prtention1 de leur peu de profondeur1 ces essais de ma jeunesse vont assez droit au but2 et ils se distinguent dj de la littrature de l'poque par l'ingniosit de la forme1 qualit que le public a bien voulu me reconnatre ds le dbut4 ,j'ai dit plus haut que c'tait la lecture assidue de la ,bible qui m'avait empch de modeler mon style entirement sur celui de ,johnson4 ,dans une certaine mesure1 c'est ce que j'ai fait2 et dans ces premiers essais je m'y suis appliqu1 en partie parce que je ne pouvais pas faire autrement1 en partie de propos dlibr4 ,lors de nos voyages l'tranger1 comme il tait important de ne pas augmenter inutilement le poids des bagages1 mon pre avait jug que quatre petits volumes de ,johnson--the ,idler et the ,rambler--sous des noms appropris aux circonstances1 contenaient autant de nourriture substantielle pour l'esprit qu'il tait possible d'en trouver sous une forme aussi rduite4 ,par consquent1 quand j'avais une heure de libert1 ou quand il pleuvait1 je lisais quelques pages dudit ,rambler ou dudit ,idler4 ,ces tournures de phrases qui revenaient ainsi sans cesse se gravrent dans mon esprit2 et il me fut impossible1 pendant de longues annes1 de me dbarrasser du rythme de la cadence johnsonienne1 phrases comme des coups de sabre1 propres fendre le cimier d'un ennemi ou comme des coups de pilon1 capables d'enfoncer les fondations d'un principe4 ,il ne m'est jamais venu l'ide1 ft-ce un instant1 de comparer ,johnson ,scott1 ,pope1 ,byron ou aucun des grands crivains vraiment grands que j'aimais1 mais j'avais ds le premier moment--et je n'ai point chang cet gard--toujours reconnu en lui un crivain absolument sincre1 apprciant les choses et les coutumes du monde leur juste valeur4 ,je prisais sa phrase1 non seulement en raison de sa symtrie1 mais aussi parce qu'elle tait juste et claire4 ,c'est un got qui n'est pas trs commun2 le public demande plus souvent un auteur d'exposer ses propres ides en termes lgants1 et on le trouve aussi dispos applaudir une phrase de ,macaulay1 qui peut trs bien ne rien dire du tout1 qu' faire fit d'une de celles de ,johnson1 si elle est hostile leurs prventions1 bien que la symtrie en ft celle de coups de tonnerre se rpondant d'un horizon l'autre4 ,ce fut un trs grand bonheur pour moi1 au cours de ces voyages sur le continent1 dans la surexcitation que me causaient tant de choses nouvelles1 que ,johnson ait t le seul auteur que j'aie eu sous la main4 ,aucun crivain ne pouvait mieux combattre les entranements de mon temprament la fois mtaphysique et sanguin4 ,il m'apprit prendre la mesure de la vie et me mfier de la fortune2 et il m'empcha par son bon sens solide comme le diamant de me laisser prendre aux toiles d'araignes de la mtaphysique germanique1 ou de m'embourber dans les marcages produits par son infiltration en ,angleterre4 ,tout en crivant ces lignes1 j'ouvre le plus gros des volumes de cet ,idler auquel je dois tant1 et aprs avoir feuillet quelques pages1 je tombe sur cette phrase que je copie1 afin de montrer au lecteur ce que j'y ai appris1 et1 relisant ces mots aujourd'hui1 j'y souscris nouveau4 ,que ceux qui aspirent mriter les mmes loges que ces savants imitent leur assiduit1 vitent leur excs de scrupule4 ,n'oublions jamais que la vie est courte1 que le savoir est un puits sans fond et qu'il est bien des doutes qui ne mritent pas d'tre claircis4 ,laissons ceux que la nature et le travail ont qualifis pour enseigner l'humanit nous dire ce qu'ils ont appris pendant qu'ils peuvent encore le faire sans se proccuper de leur rputation4 ,il m'est impossible aujourd'hui de savoir si mon sincre dsir de vrit1 et le sentiment mu de ce qui est immdiatement secourable aux malheureux qui prissent1 m'auraient amen cette conclusion1 si ,johnson n'avait pas t l pour me guider4 ,ce qui est certain1 c'est qu'il m'a mis dans la bonne voie ds le commencement1 et quelque temps que j'aie perdu en vains plaisirs ou en efforts striles1 il m'a sauv jamais des ides fausses et des spculations creuses4 ,je ne sais pourquoi1 car ,mr ,loudon n'tait certainement pas fatigu de ma collaboration1 les articles de ,kataphusin cessrent brusquement de paratre1 comme si je n'avais plus rien dire sur les formes suprieures de l'architecture civile et religieuse1 sans un mot d'excuse ni d'explication4 ,il est pourtant fait allusion une suite1 dans une phrase fort lourde de l'article sur la chaumire du ,westmoreland2 il y est dit que l'on verra1 lorsque nous abandonnerons l'humble valle pour le ravin profond1 et la colline verdoyante pour le gouffre hriss de rochers1 que si les architectes du continent ne savent pas orner d'humbles toits les pturages1 ils savent couronner la cime des rochers d'ternels crneaux4 ,ces belles promesses n'aboutirent rien444 un chapitre sur les chemines illustr1 ce que je vois ce matin avec surprise1 par un assez bon dessin du btiment sur lequel donne la fentre de mon cabinet de travail1 ,coniston ,hall4 ,au total1 ces articles1 crits dans le courant de l'anne #ahch marquent un progrs constant1 des ides nettes sur des sujets particuliers1 en dpit de l'engourdissement de chrysalide o j'tais4 ,en quittant les ,trosachs1 nous nous rendmes dimbourg3 et c'est quelque part sur la route1 aux environs de ,linlithgow1 que mon pre1 lisant son courrier du matin1 nous annona avec le plus grand calme1 ma mre et moi1 que ,mr ,domecq ramenait ses quatre filles en ,angleterre1 dans l'intention de les mettre en pension ,new ,hall1 prs de ,chelmsford1 pour achever leur ducation4 ,le reste du voyage ne m'a laiss aucun souvenir2 j'ai aussi oubli tout ce qui a suivi1 except notre course en voiture ,chelmsford4 ,pourquoi ma mre avait-elle jug bon1 de se faire accompagner par moi1 dans cette visite au couvent8 ,j'imagine que ce fut par bont qu'elle m'emmena1 ayant trouv que ce serait bien cruel de me laisser la maison4 ,les jeunes filles nous reurent au parloir1 et furent autorises venir passer leurs jours de cong ,herne ,hill4 ,ainsi s'ouvrit une seconde priode de cette partie de ma vie1 qui n'est pas digne de mmoire mais seulement du ,guarda e ,passa4 ,il y avait pour moi quelque adoucissement1 pendant mes tudes de l'automne1 me dire qu',elle tait en ,angleterre1 l1 tout prs1 que je pouvais1 de la fentre de mon cabinet de travail1 apercevoir le lambeau de ciel qui flottait au-dessus de ,chelmsford2 il ne me dplaisait pas non plus qu'elle ft au couvent1 que personne ne pt la voir1 ni lui parler1 except les religieuses4 ,cette vie monotone1 qui lui serait sans doute pnible1 lui ferait trouver de l'agrment celle de ,herne ,hill1 et j'esprais la trouver plus humaine4 ,je me demande ce qui serait advenu de moi si l'amour1 au lieu de m'tre contraire1 m'et t propice1 si j'avais connu les joies d'une tendresse partage1 et la force incalculable que donne la sympathie4 ,mais ce sont sans doute dlices dfendues ce bas monde4 ,les hommes capables de haute passion imaginative sont sans cesse ballotts sur une houle de feu1 ceux qui ne connaissent pas ces temptes sont d'une toute autre cole4 ,le second employ de mon pre1 ,mr ,ritchie1 crivait sans mnagement son pauvre collgue ,henry1 qui avait renonc au mariage par dvouement pour sa mre et pour ses surs3 ,si vous voulez connatre le bonheur1 mariez-vous1 ayez une douzaine d'enfants et venez habiter ,margate4 ,il est vrai que ,mr ,ritchie ne fut jamais qu'un monsieur bedonnant et important1 avec des yeux en boule de loto1 un affili de la religion ,irvingite4 ,je ne nie pas que les mariages d'inclination du type squire-anglais ne soient heureux2 cependant1 je constate que les squires anglais sacrifient une grande partie de leur vie1 si heureuse1 aux renards#dd4 ,il va sans dire que lorsque ,adle et ses surs vinrent passer la maison les quatre ou cinq semaines des vacances de ,nol1 les ides les plus folles1 les sentiments les plus passionns que j'avais dompts ou oublis revinrent avec un redoublement de violence4 ,je ne sais trop ce qui serait arriv si ,adle et t une jeune fille d'une beaut et d'une amabilit parfaites et si elle et eu le moindre got pour moi4 ,mais1 bien qu'elle et t d'une beaut exquise quinze ans1 ,adle dix-huit ans n'tait pas plus jolie que ne le sont en gnral les ,franaises de cet ge2 elle tait d'un caractre ferme et imptueux1 avec de grands principes1 mais1 comme on a dj pu s'en douter1 pas du tout aimable2 et bien qu'elle m'et pous si son pre l'et dsir1 en attendant1 elle tait toujours enchante de se dbarrasser de moi4 ,mais mon amour tait d'essence trop haute1 trop exalt pour changer3 je ne l'en aimais pas moins1 parce qu'elle tait moins jolie1 et que je le voyais clairement2 car aucun moment je n'ai t aveugl par l'amour4 ,rien ne pouvait entamer mon sens critique4 ,et les jours succdaient aux jours1 tisss de folie1 d'absurdits1 de chagrins1 d'erreurs1 de tendresses perdues1 d'inutiles demi-vertus2 souvenirs sur lesquels je ne veux pas m'appesantir1 que je voudrais carter coups de balai de ce que je puis me rappeler de meilleur pendant cette priode de ma vie1 avec l'espoir que le tas1 aussi petit que possible1 le tas de cendres finisse par tre enlev tout fait par le chiffonnier ,oubli4 ,j'ajouterai ici une rflexion d'ordre gnral sur l'attitude des enfants vis--vis de leurs parents1 et je dirai que l'obissance extrieure1 si complte qu'elle paraisse1 peut n'tre pas de l'obissance1 car l'obissance doit tre joyeuse et totale2 le dsir de dsobir est dj de la dsobissance4 cette poque1 bien que je fisse rellement quantit de choses qui me cotaient pour plaire mes parents1 je ne saurais en tirer la moindre consolation1 tant mon obissance tait mle de mauvaise humeur1 et tant cette maussaderie gtait les maigres sacrifices que je pouvais faire4 ,mais avant d'abandonner cette phase romanesque de mon existence1 que l'on me permette d'crire l'pitaphe de l'un de ses plus doux fantmes4 ,ceux qui ont connu le fantme m'en seront reconnaissants4 ,j'ai dj dit que le rez-de-chausse de la maison de ,billiter ,street tait occup par ,,mm4 ,wardell et ,cie4 ,le chef de la maison tait un homme dj g1 mais trs distingu et extrmement intelligent2 il portait de longs cheveux boucls1 il avait les yeux brillants1 l'air gracieux et aimable2 je ne sais s'il tait toujours d'une sagesse parfaite1 mais il tait toujours trs content de lui-mme1 et parfaitement heureux1 ayant le bonheur d'avoir une femme intelligente et une fille unique1 aussi bonne que charmante4--,pas toujours sage1 ai-je dit2 ce qui ne l'empchait pas d'tre un homme d'affaires consomm1 plus g et1 je suppose1 dj infiniment plus riche que mon pre4 ,il habitait une belle maison dans ,hampstead et n'pargnait rien pour l'ducation de sa fille4 ,ce doit tre vers #ahci1 ou #ahch1 que mon pre1 confiant ,mr ,wardell tous les soucis que je lui donnais au sujet d',adle1 celui-ci lui proposa1 pour faire diversion1 de m'inviter passer quelques jours chez lui4 ,mon pre n'avait pas encore renonc me faire pouser une lady ,clara ,vere de ,vere1 mais miss ,wardell tait dlicieuse2 et c'tait l'hritire d'une fortune gale1 sinon suprieure celle laquelle je pouvais prtendre plus tard4 ,les deux pres tombrent d'accord2 rien ne pouvait tre plus raisonnable1 plus dsirable qu'un tel arrangement4 ,je fus donc expdie ,hampstead2 je devais y passer l'aprs-midi et y rester dner4 ,pour un garon pas tout fait niais1 c'et t l'occasion de passer une aprs-midi dlicieuse4 ,miss ,wardell avait entendu parler de moi par son pre1 elle savait que j'tais un jeune homme de conduite exemplaire1 que j'avais dj quelque rputation littraire1 que j'tais l'auteur de la ,posie de l',architecture1 laurat du ,newdigate1 un premier prix en herbe de mon ,universit4 leve comme moi1 dans la retraite1 par des parents qui l'adoraient1 elle n'avait gure quitt la jolie villa des environs de ,londres1 le jardin fleuri o elle sautait la corde et cueillait des fleurs4 ,la principale diffrence entre nous1 c'est que ds son plus jeune ge1 miss ,wardell avait eu les meilleurs matres1 et qu'elle tait alors une dlicieuse enfant de dix-sept ans1 pleine de talents1 de grce et d'intelligence2 un peu dlicate peut-tre1 mais d'une dlicatesse qui ajoutait sa beaut l'intrt qu'inspire tout ce qui est fragile4 cette poque1 elle tait aussi bien portante que peut l'tre une enfant qui grandit vite2 elle tait brune1 fine et svelte1 avec les cheveux noirs de son pre1 qui jouaient en boucles folles autour d'un joli visage doux et un peu pensif qu'clairaient deux yeux d'un bleu gris4 ,je ne me rappelle rien de cette aprs-midi d',hampstead1 si ce n'est qu'il faisait beau et que nous nous promenmes dans le jardin4 ,maman s'tait fait un devoir de politesse de m'accompagner1 cette visite tant la premire que je faisais aux ,wardell2 combien il et t plus sage de nous laisser nous tirer d'affaire nous deux6 ,la jolie petite crature m'inspirait une admiration profonde1 et j'tais prt faire et dire tout ce qu'on aurait voulu pour lui plaire1 pour lui plaire au sens littral3 c'est toujours mon dsir1 vis--vis des jeunes filles1 en dpit de mes maladresses4 ,trs sincrement1 ma premire pense est toujours de me demander en quoi je pourrais leur tre utile1 comment je pourrais les rendre heureuses et si elles pouvaient se servir de moi comme d'une planche pour traverser un ruisseau1 ou comme d'un poteau pour accrocher une balanoire1 si je pouvais leur rendre quelque service analogue ne m'obligeant pas parler1 je serais parfaitement heureux auprs d'elles et ne demanderais qu' rester ternellement leur service4 ,ce dvouement trs sincre1 l'intense jouissance que me donnent la beaut ou la grce1 et une sympathie qu'augmente encore la confiance que j'ai dans la rectitude du jugement fminin1 tout cela fait que j'ai le plus souvent pas mal d'influence sur les jeunes filles1 bien que je ne me sois que trs rarement senti l'aise auprs d'elles4 ,aussi ai-je le sentiment1 pendant cette longue aprs-midi d',hampstead1 d'avoir plutt ennuy la pauvre petite4 ,de plus1 bien que j'admirasse miss ,wardell1 ce n'tait pas mon type de beaut4 ,j'aime les visages ovales1 les cheveux d'un blond translucide et plutt plats2 en tout cas peine onduls et tombant en longues nattes2 j'aime une dmarche lastique1 un pas ferme4 ,la grce brune1 un peu languissante1 de miss ,wardell m'impressionnait moins qu'elle ne m'intimidait4 ,je craignais quelle ne me trouvt ennuyeux4 ,je crois pourtant qu'au total1 je ne m'en tais pas trop mal tir1 car elle consentit peu aprs venir ,herne ,hill pour voir nos tableaux1 et je me souviens de son air un peu effarouch1 mais satisfait tout de mme1 lorsque je m'agenouillai devant elle pour soutenir un livre ou un dessin qu'elle regardait4 ,aprs cette seconde entrevue1 mon pre et ma mre m'ayant demand srieusement ce que j'en pensais1 je leur expliquai que1 tout en reconnaissant ses mrites1 sa beaut1 sa grce1 ce n'tait pas mon type4 ,les ngociations en restrent l pour le moment1 et elles ne furent jamais reprises4 ,hampstead1 on continuait accabler la dlicate petite crature sous les leons de l'allemand le plus transcendant1 du ,french of ,paris2 elle plissait sur la ,mtaphysique de ,kant1 sur les ,principes de ,newton2 aprs cela on lui fit visiter ,paris1 on lui fit tout voir1 sans merci1 tous les jours et toute la journe1 sans se rendre compte qu'il y avait l une fatigue extrme pour la petite solitaire d',hampstead2 aussi devenait-elle chaque jour plus faible et plus ple4 ,on finit par la ramener en ,angleterre au bord de la mer2 l elle fut prise de fivre4 ,ple1 tous les jours plus ple1 elle passa--avec1 dans ses yeux si doux1 l'ombre de la mort4 ,la pauvre petite ne devait jamais revoir les jardins fleuris d',hampstead6 ,comment ses parents--surtout le pauvre pre--ont-ils pu supporter un pareil malheur8 ,c'est ce que je me suis souvent demand2 mais ils avaient de solides principes religieux1 et ils n'avaient rien se reprocher1 si ce n'est de ne pas avoir compris4 ,le pre1 bien que son visage portt la trace de son chagrin1 n'abandonna pas ses affaires et il vcut mme fort g4 ,je ne suis sr ni de la date de la mort de miss ,withers1 si de celle de miss ,wardell2 celle de ,sibylla ,dowie1 que l'ai raconte dans ,fors1 et qui est encore plus triste1 leur est postrieure3 mais nous avions ressenti la perte de cette tendre petite me1 qui n'avait pu survivre celui qu'elle aimait1 avant l'poque qui m'occupe4 ,je n'avais1 quant moi1 jamais vu la mort de prs ni connu la douleur1 l'anxit de ces veilles auprs de malades chris1 pas plus que je n'avais vu1 ni mme imagin les horreurs de la misre prive de secours2 mais on m'avait accoutum de bonne heure la pense de la mort1 et celle de cratures jeunes1 que j'avais vues pleines de joie1 m'inspirait un sentiment d'immense piti pour elles1 plutt que de chagrin pour moi2 il se mlait aux penses qui1 au contact des grands tragiques1 ,homre1 ,eschyle1 ,shakespeare1 commenaient modifier la foi de mon enfance4 ,le bleu des montagnes prenait mes yeux un assombrissement de deuil2 les nuages qui se rassemblent autour du soleil couchant m'impressionnaient comme les accents d'un ,miserere1 et toutes les forces1 toute la charpente de mon esprit1 devenaient tnbreux comme les votes de ,roslyn quand un feu mystrieux vient clairer ses piliers enguirlands de feuillages et que1 dans la profondeur du crpuscule1 s'embrase chaque contrefort cisel de roses4 ,note #db3 ,en mmoire du doux vieillard qui nous honorait1 comme on le voit1 de son amiti1 et avec le sentiment que j'ai de leur valeur1 j'espre un jour faire rimprimer quelques fragments des ,conversations qu'il et aim conserver4 ,note #dc3 ,plus loin1 au milieu des taillis1 on voit paratre un filet d'eau calme et profond4 ,note #dd3 ,psaume ,,lxii4 ,,ii 7,vulgate7 ils deviendront le partage des renards4 7,note du traducteur47 ,,chapitre ,,xiii ,,majorit ,les chapitres suivants seront1 je le crains1 moins agrables au grand public auprs duquel j'ai trouv jusqu'ici un accueil si bienveillant2 non que je me lasse de conter1 mais parce que mes histoires deviendront de plus en plus personnelles4 mesure que je me regarde dans le miroir1 je me trouve plus curieux que je n'aurais cru1 plus diffrent des autres2 ainsi je m'imaginais que tout le monde aimerait les nuages et les rochers si seulement on forait chacun les regarder1 je m'aperois qu'il n'en est rien mme de nos jours2 et je sais de longue date que1 dans les temps anciens1 ces nuages et ces montagnes1 qui ont t ma vie1 n'taient qu'ennui et pouvante pour le commun des mortels4 ,j'ai dj dit les joies que j'avais connues ,clifton1 et les dbuts de mes tudes sur le quartz4 ,il est intressant de comparer mes motions enfantines avec le jugement que le mme site inspira au trs srieux ,john ,evelyn1 en #afed3 ,la ville 7de ,bristol71 uniquement commerante1 btie sur la clbre ,severne1 est aussi commodment situe pour faire le commerce avec l',irlande qu'avec le monde occidental4 ,c'est l que1 pour la premire fois1 j'ai vu raffiner le sucre1 le couler en pain1 et c'est l aussi que nous fmes une collation d'ufs cuits dans le four sucre#de1 et arross d'excellent vin d',espagne4 ,mais ce qui m'a surtout paru prodigieux1 c'est le rocher de ,saint-,vincent non loin de la ville2 sa paroi pic forme un prcipice d'une profondeur vertigineuse1 mme si on le compare avec les cataractes des ,alpes les plus effrayantes1 et la rivire coule ses pieds au fond d'un gouffre insondable4 ,nous y cherchmes des diamants et aussi1 aux environs1 les sources chaudes4 ,non loin de cette horrible 7horrid7 montagne1 il y a un endroit trs romantique3 nous regagnmes ,bath dans la soire4 ,sans doute1 ,evelyn emploie ici le mot horrid dans le sens latin2 mais il est certain qu'il prouve un sentiment de soulagement quand il se retrouve ,bath2 et bien que1 un peu plus loin1 il dcrive sans effroi la ville et le comt de ,nottingham1 qui semble ne former qu'un seul et mme rocher1 son indulgence pour cette bizarrerie s'explique par la fin de sa phrase3 un comt charmant1 trs bien habit4 ,quant ses impressions sur les prodigieux rochers de ,fontainebleau1 et les rudes habitants du ,simplon1 j'aurai y revenir plus tard4 ,sur ces points particuliers et sur d'autres1 l'esprit anglais-type1 aussi bien autrefois que de nos jours1 me semble tellement oppos au mien et celui de mes rares compagnons de route que j'prouve un intrt darwinien suivre l'volution de mon espce ds l'origine4 ,je ne veux donc pas prendre mon lecteur en tratre1 je lui demande pardon1 et je l'avertis que tandis qu'un homme modeste1 crivant sa biographie1 s'applique faire le portrait de tous les gens qu'il a rencontrs1 je ne puis1 tant donnes les limites de mon plan1 parler que de ceux qui ont eu une action vritable et bienfaisante en levant1 redressant ou laguant l'humble petit arbuste que je suis4 ,je reviens d'abord mon vrai professeur de mathmatiques1 le pauvre ,mr ,rowbotham4 ,il regretta vivement1 cela va sans dire1 ses soires de ,herne ,hill lorsque je partis pour ,oxford4 ,mais chaque fois que je revenais la maison il tait entendu que1 s'il se sentait assez bien1 il gravirait au moins tous les quinze jours la colline l'heure du th4 ,c'tait toujours avec ennui1 hlas6 que nous le voyions arriver2 mais le devoir1 un trs petit devoir1 tait clair3 supporter pendant une heure ou deux d'entendre le pauvre homme souffler et soupirer1 pour lui procurer un moment de repos1 bien rare dans sa misrable vie4 ,nous n'tions pas d'ailleurs sans avoir quelque affection pour lui4 ,son pauvre visage ravag avait une certaine noblesse due l'habitude de la souffrance patiente1 une sorte d'innocence tonne1 et quelques lignes fermes qui dnotaient la facult gomtrique4 ,il nous apportait les nouvelles du monde mathmatique et grammatical et avait toujours nous conter quelque dcouverte1 quelque trouvaille1 surtout s'il avait t voir son ami1 ,mr ,crawshay4 ,l'intrieur du pauvre professeur tait plus triste d'anne en anne1 jusqu'au jour o son cher petit ,peepy1 un enfant de dix ans1 s'trangla en avalant un tonton4 ,le pauvre pre nous raconta en pleurant les phases douloureuses de la lente agonie de l'enfant1 et puis il ajouta qu'il valait mieux qu'il en ft ainsi1 que ,dieu avait bien fait de le rappeler1 que c'tait une dlivrance aussi bien pour lui que pour ses parents4 ,la pauvre cervelle mathmatique avait videmment vu l la solution d'un des problmes qui lui avaient paru les plus difficiles rsoudre1 et le visage tir du malheureux pre avait1 ce soir-l1 une expression de calme qui ne lui tait pas habituelle4 ,je n'ai jamais oubli la leon1 ni mieux senti ce que c'tait que la vie dans les faubourgs de ,londres4 ,l'austre muse de ,mr ,pringle avait vers cette poque migr dans l',afrique ou1 esprons-le1 l',arabie heureuse de l'autre monde2 et les rnes de mon gnie potique avaient t confies l'aimable ,mr ,w4-,h4 ,harrison de ,vauxhall ,road1 dont il a t parl au premier chapitre de ,on the old ,road1 du moins suffisamment pour que nous n'ayons pas nous en occuper davantage pour le moment4 ,revenons aussi au ,dr ,grant1 le mdecin de mon pre et son ami trs cher4 ,sa clientle et sa rputation augmentant de pair1 il pousa ,mrs ,sidney1 une veuve qui avait quelque fortune et une bonne position ,richmond4 ,il devint le tuteur des deux filles de sa femme1 ,augusta et ,emma2 intelligentes et charmantes1 elles s'attachrent tendrement leur beau-pre4 ,toutes deux avaient de suite apprci les qualits de ma mre comme elles mritaient de l'tre1 et elles devinrent bientt des habitues de la maison2 la plus jeune1 ,emma1 avait du got1 elle dessinait agrablement et joignait ce talent une foule d'autres1 plus discrets les uns que les autres4 cette poque1 les djeuners du ,star and ,garter taient devenus rares1 ils n'avaient gure lieu qu' l'occasion des visites ,hampton ,court1 o la grande vigne et le labyrinthe taient pour moi des objets constants de dlices1 et o les cartons de ,raphal commenaient prendre mes yeux un aspect ennuyeux et presque de cauchemar1 qu'ils n'ont jamais perdu4 ,mes expditions avec cousine ,mary dans le labyrinthe 7et une fois1 au milieu d'alles dantesques1 dans la verdure phosphorescente d'un clair de lune1 avec ,adle et lise71 ont toujours eu quelque chose de l'enchantement d'un conte de fe3 je continuais dessiner des labyrinthes de plus en plus compliqus sur les marges de mes cahiers d'tude1 perdant1 je pense1 au moins autant de temps cette occupation la trisection de l'angle4 ,ce n'en est pas moins ces dlassements que je dois savoir mieux compris les monnaies de ,cnosse1 et les personnages de ,ddale1 de ,thse et du ,minotaure2 j'ai sur eux1 dans mes tiroirs1 quantit de manuscrits non imprims qui devaient trouver place dans ,ariadne ,florentina et autres volumes labyrinthesques1 mais dont il faudra bien que le monde essaie de se passer4 ,les annes s'coulaient et1 dans ,camberwell ,grove1 la vieille maman ,monro aux cheveux blancs1 et la petite chienne aux poils d'argent dormaient leur dernier sommeil4 ,la pauvre ,mrs ,gray n'avait plus le cur rien3 que lui importaient maintenant sa maison1 les arbres son avenue8 ,quant ,mr ,gray1 il se consolait avec ,don ,quichotte et s'intressait chaque jour davantage mes lucubrations potiques1 au point mme que ses affaires en souffraient4 la fin1 ils pensrent1 en bons cossais qu'ils taient1 qu'ils trouveraient la vie moins triste de l'autre ct de la frontire4 ,ils partirent donc pour ,glasgow1 o ,mr ,gray cra une sorte de commerce de vin et lut ,rob ,roy au lieu de ,don ,quichotte4 ,nous allmes les voir1 lors de notre voyage en cosse1 et nous emes le chagrin de constater que1 bien que rentrs au pays natal1 ils n'en continuaient pas moins descendre la pente4 ,afin de les distraire1 ma mre les invita venir ,oxford assister aux succs de leur cher ,johnnie2 le digne couple1 assis l'ombre de l'orgue de la cathdrale de ,christ ,church1 me vit entrer avec mes camarades3 nous dfilions en robe de soie tandis que ,mr ,marshall1 l'organiste1 prludait1 que les cierges mettaient des reflets la ,rembrandt sur les colonnes normandes et que mes vieux amis fondaient en larmes2 larmes de joie1 de respect attendri1 motion qui leur fit perdre la parole1 pour tout le reste de la soire4 ,il me faut dire aussi la bont constante que nous tmoignaient ,mr ,telford et ses surs1 trois femmes distingues1 sages sans svrit ni ostentation1 qui mettaient leurs talents au service de leurs voisins1 et donnaient l'exemple du bonheur familial et de l'amour fraternel le plus tendre4 ,la belle figure calme de ,henry ,telford1 un peu mlancolique peut-tre et nerveuse1 son teint bruni par le grand air et les courses cheval1 de ,bromley ,billiter ,street1 est pour moi une des physionomies les plus attirantes1 un des portraits les plus prcieux de ma galerie intime4 ,mr et ,mrs ,robert ,cockburn1 avec les annes1 devenaient de plus en plus aimables1 tout en blmant de plus en plus les habitudes monacales de ,herne ,hill2 ils se montraient svres aussi pour mes gots littraires qu'ils qualifiaient de bizarres1 pour ne pas dire pervers et dconcertants4 ,mrs ,cockburn prchait ma mre sur la ncessit de m'obliger aller dans le monde3 cela me dgrossirait1 disait-elle1 me donnerait de bonnes manires4 ,mais ma mre tait trs satisfaite de son fils tel qu'il tait et1 qui plus est1 n'tait pas dans les meilleurs termes avec ,mrs ,cockburn4 ,jamais elle n'avait voulu accepter d'y dner1 il aurait fallu pour cela rompre avec toutes ses habitudes et je crois mme qu'elle ne lui rendait pas trs exactement ses visites4 ,mrs ,cockburn--ce qui est trange de la part d'une femme de sens--au lieu de regretter simplement la sauvagerie de ma mre1 d'essayer de lui faire oublier qu'elles n'taient pas tout fait du mme monde1 s'en froissait4 ,c'est elle toutefois que j'ai d une des belles chances de ma vie3 dans dsir de faire de moi un homme du monde1 elle m'invita dner avec ,lockhart#df et sa fille1 une gracieuse petite campanule des prs4 ,mrs ,cockburn lui avait dit1 sans doute1 que j'tais un admirateur passionn de ,scott1 car je ne crois pas avoir eu1 pendant le dner1 l'occasion de manifester mes sentiments cet gard4 ,je souviens seulement qu'au dessert1 les dames s'tant tires1 j'avais essay de faire parade de mon orthodoxie ,oxonienne et de mon rudition1 au sujet de la fondation de l'glise1 et j'avais t surpris1 et quelque peu dconfit1 en m'apercevant que ,mr ,lockhart connaissait les mots grecs pour vque et ancien aussi bien que moi4 ,rentr au salon1 je fis de mon mieux pour gagner les bonnes grces de la petite ,charlotte aux yeux noirs1 et je fus dsol--mais je ne crois pas que l'enfant l'ait t--quand on l'envoya coucher4 ,mais l'un des dons les plus prcieux que me fit dame ,fortune1 en cette anne #ahci1 de m'envoyer ,herne ,hill1 comme prcepteur1 ,osborne ,gordon4 ,saisissant1 d'une main experte1 les fils embrouills de ma pense1 ceux qui pouvaient encore servir1 tre peigns et fils1 il commena y mettre de l'ordre2 ce ne fut pas sans peine au dbut1 mais il russit1 la fin1 leur donner toute la consistance dont ils taient capables4 ,et d'abord1 il s'opposa tout excs de travail ou de lecture4 ,sa maxime tait3 ,quand vous avez trop faire1 ne faites rien1 parole d'or1 que j'ai bien souvent rpte depuis1 mais laquelle je n'ai pas t assez fidle4 ,quant ,gordon lui-mme1 je me demande si sa maxime favorite lui a t avantageuse4 ,c'tait un homme exceptionnellement dou et il est difficile de dire quoi il serait arriv1 s'il l'avait voulu4 ,mais1 de bonne heure1 le sentiment intense1 qui n'excluait pas chez lui la bienveillance1 de l'absurdit du monde1 lui avait enlev toute envie de travailler son perfectionnement--peut-tre aurais-je d dire plutt l'opacit1 la non-mallabilit du monde1 que son absurdit4 ,gordon pensait qu'il n'y avait rien en faire et qu'aprs tout1 mieux valait le laisser s'en tirer lui tout seul4 l'automne1 quand nous arpentions ensemble les collines de ,norwood1 lui1 qui tait dj ou sur le point d'tre ordonn prtre1 il m'tonnait beaucoup en vitant-- quoi bon agiter des questions insolubles8--un sujet de conversation auquel je revenais sans cesse3 la torpeur des glises protestantes et le devoir1 tel qu'il m'apparaissait pour elles1 avant d'entreprendre des missions lointaines ou de s'tablir confortablement sur de bonnes paroisses en ,angleterre1 d'touffer dfinitivement le feu diabolique du papisme1 dans tous les pays catholiques4 ,car j'tais alors1 par ducation1 par rflexion1 par le peu d'expriences que j'avais pu faire1 le protestant le plus zl1 le plus agressif1 le plus querelleur1 le plus sr de soi qu'il ft possible de rencontrer1 et cela d'autant que je ne connaissais pas le premier mot de l'histoire du ,christianisme2 ensuite1 seconde raison de mon absolutisme--dont la responsabilit incombe l'glise de ,rome--tous les cantons catholiques de ,suisse1 y compris la ,savoie1 sont sales1 leurs habitants paresseux1 tandis que ceux des cantons protestants sont propres et actifs1 circonstances qui avaient vivement impressionn mon vanglique mre1 pour laquelle le premier devoir et le premier luxe de la vie taient la propret chez les personnes et dans les choses2 et1 ainsi que mon pre1 elle regardait la paresse comme absolument satanique4 ,ils ne manquaient donc jamais de dterminer soigneusement1 sur la carte1 le pont1 la valle1 le col qui sparaient les cantons protestants des cantons envelopps dans les tnbres du catholicisme2 il tait rare1 d'ailleurs1 que la premire ou la seconde ferme ou chaumire au del de la frontire ne justifit pas pleinement leur parti pris4 ,ils triomphaient alors et m'assuraient1 le cur plein d'indignation et aussi de tristesse1 que c'tait une consquence toute naturelle du papisme4 ,la troisime raison1 qui me rendait si absolu dans ma manire de voir cette poque1 est assez curieuse4 ,plus les crmonies religieuses l'tranger me donnaient de plaisir et d'motion1 plus j'tais en dfiance2 il me semblait que des sentiments religieux bass sur des motions douces ne pouvaient tre que faux4 ,je ne les mprisais pas sottement1 en tant qu'expression de la foi catholique1 mais je mprisais infiniment la sensualit qui s'y complait au point de faire dpendre une conversion des gmissements d'un orgue4 ,c'est ainsi que ma raison1 aussi bien que les plaisirs romantiques que je gotais sur le continent1 se combinaient pour rendre mon protestantisme plus ferm1 mais non malveillant ni sans gnrosit2 car jamais je n'ai accus les prtres catholiques de malhonntet ni dout de la puret de l'glise catholique d'autrefois4 ,j'tais le cavalier protestant1 non le protestait tte-ronde1 dsireux de conserver tout ce qu'il y a de noble et de traditionnel dans les coutumes religieuses4 ,je respectais la pit des paysans catholiques2 le feu diabolique que je voulais qu'on teignt1 c'tait seulement le catholicisme corrompu1 qui rendait possible les vices de ,paris et la salet de la ,savoie4 ,ces choses-l1 j'tais en droit de penser qu'il tait du devoir de tout prtre chrtien de les attaquer et de les dtruire4 ,osborne1 au contraire1 tait l'anglais pratique1 bien que du type le plus fin et le plus doux2 sa perspicacit lui faisait dcouvrir1 sur l'heure1 toutes les folies2 mais comme en mme temps toutes les erreurs humaines lui semblaient des folies1 il tait prt les excuser4 ,christ ,church tait tout pour lui6 ,toutes ses ambitions taient concentres l4 ,il avait dj la confiance du vieux ,doyen2 c'tait1 aprs lui1 l'homme d',oxford qui savait le plus de grec et celui qui tait le plus au courant de la routine universitaire4 ,l'glise d',angleterre1 pour ne parler que d',oxford1 lui semblait avoir assez faire1 si elle voulait corriger ses propres dfauts1 sans aller s'occuper de ceux des autres2 aussi1 dans nos promenades champtres1 cherchait-il plutt calmer mes haines protestantes1 accrotre mes connaissances en histoire ecclsiastique1 et ramener attention sur la chose prsente1 c'est--dire me faire jouir autant que possible de la promenade et me faire parler de nos lectures de la matine4 ,il tait impossible un professeur de montrer plus de zle et de patience4 ,c'tait un matre incomparable2 sa mmoire1 instrument indispensable tout grand rudit1 tait impeccable et facile en littrature2 son jugement tait sr et son sentiment sain2 son interprtation des vnements politiques toujours rationnelle et appuye sur une foule de renseignements tirs aux sources4 ,tout cela1 sans jamais s'enorgueillir de son rudition classique et sans chercher brider les tendances qui m'entranaient en d'autres directions4 ,il avait gagn les premiers honneurs aux examens sans donner toute sa mesure1 et il aurait fait bien davantage encore1 sans en tirer vanit4 ,il s'amusait de ma facilit pour la versification2 il reconnaissait en moi un vritable temprament de peintre1 et partageait mon got pour la campagne et les villes pittoresques1 mais toujours de faon reposante et calmante4 ,un jour1 quelques annes plus tard1 qu'agac de ne pouvoir lire facilement le grec1 j'avais manifeste l'intention de tout planter l pour m'y consacrer exclusivement4 ,je crois1 fit-il tranquillement1 que cela vous donnerait plus de peine que cela ne vaut4 ,une autre fois que je travaillais au dessin de ,chamonix dans le soleil d'aprs-midi1 que je lui avais promis 7et qui est maintenant chez sa sur71 comme je m'irritais de ne pouvoir mieux dessiner3 ,moi1 fit-il1 je serais dj enchant1 si je savais seulement dessiner4 ,c'est pendant le sjour de ,gordon la maison1 dans l'automne de #ahci1 que nous achetmes notre second ,turner4 ,ce qui est curieux1 c'est que j'ai tout fait oubli quand je vis le premier6 ,j'ai l'impression que le salon de ,mr ,windus ,tottenham m'a toujours t familier1 ds les premires annes de ,brunswick ,square4 ,mr ,godfrey ,windus tait un carrossier retir1 qui habitait une jolie villa1 compose au rez-de-chausse d'une suite de pices basses dont les murs taient couverts1 mais non encombrs1 de dessins de ,turner de la srie anglaise2 tandis que dans ses portefeuilles reposaient1 depuis leur sortie de chez les diteurs1 les sries entires des illustrations de ,scott1 de ,byron1 de la ,cte du ,sud1 et de la ,bible de ,finden4 ,personne en ,angleterre cette poque--,turner avait dj soixante ans--ne s'intressait vritablement ,turner1 si ce n'est le carrossier retir et moi6 ,il est vrai que le public n'avait jamais eu occasion de voir ses dessins et de les apprcier4 ,ceux de ,mr ,fawkes restaient enferms ,farnley2 ceux de ,sir ,peregrine ,acland moisissaient dans des corridors humides et ,mr ,windus achetait tous ceux qui taient destins la gravure ds que le graveur n'en avait plus besoin4 ,un jour par semaine1 toutefois1 il autorisait le public visiter ses collections2 mais moi1 j'avais la permission d'y venir autant que je le voulais4 ,bienfait inestimable pour ceux qui voulaient tudier ,turner2 pour moi1 ce fut ce qui me permit d'crire les ,modern ,pointers4 ,il peut tre intressant de noter que1 bien que j'eusse t attir d'abord vers ,turner par sa manire si vraie de rendre les montagnes dans l',italie de ,rogers1 lorsqu'il me fut donn de voir les dessins originaux1 je fus fascin1 l'exclusion de tout le reste1 par les pures qualits artistiques1 quel que ft le sujet4 ,et c'est pourquoi la beaut du ,llanberis ou du ,melrose de ,mr ,windus ne m'empcha pas d'tre parfaitement heureux le jour o mon pre me donna enfin1 non dans l'intention de commencer une collection de ,turner1 mais afin que j'aie un spcimen de sa manire1 le ,richmond ,bridge1 ,surrey4 ,rentrant la maison en triomphateurs1 mon pre et moi1 nous vantions notre acquisition1 o toutes les qualits de ,turner se trouvaient runies3 des arbres1 l'architecture1 de l'eau1 un ciel adorable et tout un groupe brillant de personnages4 ,de fait le ,richmond fut1 pendant plus de deux ans1 le seul ,turner en notre possession2 le second que nous ayons achet1 le ,gosport1 fit son entre la maison pendant le sjour de ,gordon4 ,on n'y retrouvait rien de la beaut dlicate de ,turner1 si ce n'est dans le ciel2 d'ailleurs1 ni moi1 ni mon pre1 n'tions le moins du monde choqus par les chapeaux ridicules des dames qui se promenaient sur le cutter1 ni du fait la tte du timonier ft mise l'envers4 ,le lecteur aurait tort1 me voyant parler si librement des dfauts de ,turner1 de penser que je les vois mieux et les juge plus svrement aujourd'hui4 ,je les voyais au moment de l'acquisition du ,richmond et du ,gosport1 aussi bien que quiconque1 mais je savais aussi ce que ces dfauts mmes rvlaient de puissance1 ce qui tait assez extraordinaire pour un gamin de mon ge4 ,mon plus grand bonheur alors1 quand j'avais ferm mes livres de grec ou de trigonomtrie et quitt la salle d'tude1 tait de descendre et de me repatre de mon ,gosport4 ,aprs ,nol1 je retournai ,oxford pour livrer le dernier assaut1 janvier #ahdj2 je fis de bonne besogne grce ,gordon1 dans le petit logement de la rue ,saint-,aldate#dg2 la pense que ma majorit approchait augmentait le sentiment de ma responsabilit4 ,c'est le jour de mes vingt et un ans que mon pre m'offrit l'aquarelle de ,winchelsea1 choix trange et de mauvaise augure4 ,le ciel menaant1 les vapeurs d'orage qui enveloppaient la vieille porte et l'glise peine visible1 n'taient que des symboles trop exacts des temps qui se prparaient pour nous2 mais ni lui ni moi n'tions adonn l'interprtation des prsages et nous ne les redoutions pas non plus4 ,mon pre avait sans doute t sduit par la vigueur du dessin1 et puis1 il aimait les soldats4 ,je fus dsappoint et je vis pour la premire fois clairement que le plaisir que ,rubens et sir ,joshua donnaient mon pre l'empchait d'tre sensible la touche microscopique de ,turner4 ,mais je n'tais pas moins profondment reconnaissant de l'intention1 et trs heureux d'avoir un dessin de ,turner de plus1 quel qu'il ft2 et comme la maison le ,gosport faisait les dlices de mes heures de rcration1 ,oxford le ,winchelsea me reposait des fatigues de l'tude4 ,ce cadeau d'un ,turner tait1 si je puis dire1 surrogatoire4 ,le mme jour1 mon pre transfrait1 mon nom1 un capital qui devait me rapporter pour le moins #e #jjj francs par an2 non sans se demander1 je crois1 avec une certaine inquitude1 quel usage j'allais faire du premier argent dont je pouvais disposer4 ,ce n'est pas qu'on m'et jamais rien refus2 ,oxford1 les principaux fournisseurs avaient ordre de me donner tout ce dont je pouvais avoir besoin1 et chaque semaine ils envoyaient leurs notes ma mre4 ,jamais il n'y eut de difficults1 de rcriminations ni d'un ct ni de l'autre4 ,il est vrai qu'en dehors des dpenses courantes1 il n'y avait rien ,oxford qui pt me tenter1 si ce n'est pourtant une gravure du tableau de ,turner1 le ,grand ,canal1 que j'avais achete et qui ornait le mur de ma chambre1 et ,monsieur ,jabot1 l'inimitable ,mr ,jabot1 dont je fis la connaissance un jour de migraine1 et qui est un des chefs-d'uvre du grand caricaturiste qu'est ,topffer4 ,pour tout ce qui touchait dignit ou mon confort1 mon pre tait infiniment moins raisonnable que moi2 seule1 ma passion minralogique l'inquitait1 et1 dans l't de l'anne prcdente1 mon pre avait t tout fait contrari et dconfit de ce que j'avais pay onze shillings un morceau de calcdoine de ,cornouaille4 ,mais le seul fait que je n'eusse pas l'ide d'acheter un caillou sans lui en dire le prix1 marque assez l'intimit qui existait entre nous4 ,malheureusement1 je perdais un peu de la confiance que j'avais eue jusqu'ici dans son jugement1 en raison de ces petites taquineries1 et je lui manifestai avec trop peu de mnagement la trs haute ide que j'avais du mien1 peu aprs le moment o il avait eu la bont d'assurer1 comme je l'ai dit1 mon indpendance4 ,les aquarelles de ,turner que nous avions achets jusqu' prsent1 ,richmond1 ,gosport1 ,winchelsea1 nous avaient tous t vendus par ,mr ,griffilhs1 un agent en qui ,turner avait la plus grande confiance1 et dont au contraire mon pre se mfiait4 ,ils se trompaient tous deux et leur erreur eut de fcheuses consquences4 ,si ,turner avait trait directement avec mon pre1 quel bonheur pour nous trois6 ,si mon pre n'avait pas t convaincu que ,mr ,griffilhs ne pensait qu' le mettre dedans1 il aurait pu cette poque acheter quelques-unes des plus adorables aquarelles que ,turner ait jamais faites1 des prix tout fait raisonnables4 ,mais la manire dont ,mr ,griffilhs faisait les affaires exasprait mon pre2 il laissa aller les meilleurs ,turner uniquement parce que ,mr ,griffilhs les lui recommandait1 et il acheta le ,winchelsea et le ,gosport en grande partie parce que ,mr ,griffilhs avait dclar qu'ils n'taient pas dignes de figurer dans notre collection4 ,parmi les plus belles aquarelles qui lui restaient alors en portefeuille1 il y en avait une que je dsirais passionnment1 le ,harlech4 ,on l'avait marchande1 discute2 tait-elle de vente ou non8 ,c'tait une aquarelle plus petite que celles de la srie anglaise ou de la srie de ,wales2 sur la place1 on trouvait le prix demand injustifiable4 ,le jour de l'exposition particulire de l',old ,watercolor ,society1 comme nous flnions1 mon pre et moi1 bras dessus1 bras dessous1 nous rencontrmes ,mr ,griffilhs2 au bout de quelques minutes de conversation btons rompus1 aprs nous avoir demand si l'exposition nous plaisait1 se tournant plus particulirement vers moi1 il me dit3 ,j'ai une bonne nouvelle vous annoncer4 ,on se dcide vendre le ,harlech4--,alors1 je l'achte1 fis-je1 sans mme jeter un coup d'il du ct de mon pre et sans en demander le prix4 ,avec un sourire o il entrait un peu d'ironie1 ,mr ,griffilhs continua3 ,pour soixante-dix guines4 ,le ton signifiait que c'tait l un prix tonnant de bon march1 un prix d'ami4 ,ce n'en tait pas moins trente guines plus cher que le ,winchelsea et vingt-quatre guines que le ,gosport4 ,mon pre tait convaincu1 cela va sans dire1 que ,mr ,griffilhs venait sur l'heure de majorer le prix4 ,il me jeta un regard triste o se mlait une ombre de mpris2 je compris que je lui avais manqu d'gards1 mais j'tais si press d'avoir mon ,harlech que je ne pris pas le temps de m'excuser4 ,il y eut ainsi entre nous une suite de malentendus1 invitables de son ct1 maladroits du mien4 ,j'ai peine comprendre aujourd'hui comment j'ai pu attacher autant d'importance l'acquisition de ce ,harlech1 surtout quand je songe que c'est ce mme hiver que le mariage d',adle tait en train de s'arranger ,paris4 ,ce mariage ne parat donc point m'avoir bris autant que je m'y attendais4 ,je retrouve cependant dans le bte de journal que je commenai rdiger peu aprs certaines phrases sur mon mpris gnral de la vie qui ne s'accordent pas trs bien avec la joie folle que me causait l'acquisition d'une aquarelle de seize pouces sur neuf2 mais les germes de tout ce qu'il y a de meilleur en moi se concentraient alors dans cette passion pour ,turner4 ,ce n'tait pas un simple morceau de papier colori que je venais de payer soixante-dix guines1 mais bien un chteau et un village gallois1 et le ,snowdon dans un nuage bleu4 ,tout ceci avait d se passer pendant les vacances de ,pques2 je rapportai le ,harlech la maison et l'accrochai au salon dans le panneau droite de la chemine1 qui faisait pendant ma niche d'idole2 aprs quoi je rentrai triomphalement la rue ,saint-,aldate et mon ,winchelsea4 ,en dpit des efforts de ,gordon1 qui cherchait modrer et rgler mon travail1 c'tait du surchauffage haute dose4 ,je travaillais de six heures du matin minuit sans prendre1 pour ainsi dire1 d'exercice ni de divertissement1 avec la pense trs dprimante que tout ce travail ne servirait jamais1 ni moi1 ni personne2 pendant ce temps1 les choses ,paris allaient tout droit la catastrophe4 ,un soir1 ,gordon venait de me quitter1 il pouvait tre dix heures1 lorsque je fus pris d'une petite toux sche1 accompagne d'une trange sensation dans la gorge1 et dans la bouche d'un got que je ne m'expliquais pas3 c'tait du sang4 ,cet accident avait d se produire un samedi ou un dimanche soir1 car mon pre et ma mre taient tous deux dans l'appartement de ,high ,street4 ,j'y courus et leur contai ce qui venait de m'arriver4 ,ma mre1 trs experte en pareille matire1 ne s'effraya pas autrement1 mais envoya immdiatement au doyennat demander la permission1 pour moi1 de ne pas rentrer coucher l',universit4 ,les mdecins1 consults le lendemain1 conseillrent de voir des spcialistes ,londres2 ceux-ci interdirent tout travail1 et le ,doyen fut oblig1 en grognant1 de m'autoriser remettre mon examen l'anne prochaine4 ,pendant les deux mois qui suivirent mon retour ,herne ,hill1 mon pre1 trs inquiet de ma sant1 n'eut pas le loisir de pleurer les succs universitaires qu'il avait rvs pour moi4 ,je fus repris une ou deux fois encore de quintes de toux1 accompagnes de ce mme got doucetre dans la bouche1 le got du sang2 mais c'tait peu de chose1 et ma mre soutint toujours qu'il n'y avait rien l de srieux1 que j'avais seulement besoin de repos et de grand air4 ,les mdecins l'unanimit--sauf pourtant sir ,james ,clarke--taient plus pessimistes4 ,sir ,james gaiement1 mais trs nergiquement1 ordonna le changement d'air et le continent4 ,emmenez-moi ce garon-l avant l'automne1 avait-il dit2 qu'il se promne le plus possible en voiture dcouverte et qu'il passe l'hiver en ,italie4 ,mr ,telford consentit remplacer mon pre au bureau1 et celui-ci1 que ses affaires n'intressaient qu' cause de moi1 les abandonna pour s'occuper exclusivement de ma sant4 ,mon pauvre pre cherchait autant que possible dissimuler ses inquitudes2 quant moi1 nerveux1 malade1 de mauvaise humeur1 je n'insiste pas sur le genre de sentiments que j'prouvais1 ou plutt le manque total de sentiments et d'intrt pour tout ce qui n'tait pas moi1 sauf sur un seul point4 ,j'tais toujours sensible la beaut de la nature1 j'aimais les arts1 les sciences qui lui servent d'interprtes4 ,c'est avec un certain entrain que je m'occupai des prparatifs du voyage2 ma mre tait toujours bravement1 calmement1 sereinement gaie2 quant mon pre1 qui adorait les voyages et en particulier les voyages de nature1 il tait heureux1 en dpit de ses inquitudes1 la pense de voir le ,sud de l',italie4 ,nous nous occupions de notre itinraire avec quelque chose de la bonne humeur de jadis4 ,afin d'viter ,paris1 nous dcidmes de descendre par ,rouen et la ,loire1 jusqu' ,tours2 ensuite de traverser l',auvergne1 et par le ,rhne de gagner ,avignon2 de l1 par la ,riviera et ,florence1 le ,sud de l',italie4 ,trs bien1 mais est-ce que nous n'entendrons plus parler d',oxford8 me demande ,froude d'un ton de doux reproche1 dans une lettre que je viens de recevoir propos de ces souvenirs4 ,froude tait ,oriel pendant que j'tais ,christ ,church1 et il ne trouvait pas que j'eusse puis la matire et donn une ide assez complte des tudes et des murs de l',oxford de notre temps4 ,eh bien6 non1 cher ami1 l'espace me manque ici pour m'tendre sur des avantages dont je n'ai pas profit1 et d'autre part1 je ne trouve pas que mon insuccs particulier me donne le droit de blmer1 en admettant que cela serve quelque chose1 un systme qui n'existe plus4 ,j'ai appris l',universit tout le grec et le latin qu'il m'tait possible d'apprendre1 et bien qu'on et pu m'y dire aussi que les fritillaires poussent dans les prs d',iffley1 il valait mieux1 aprs tout1 qu'elle me laisst faire cette dcouverte moi-mme plutt que de m'expliquer1 comme on le ferait certainement l'heure actuelle1 que leur jolie couleur ne sert qu' attirer les moucherons4 ,pour le reste1 mon esprit1 tout le temps que je passai l',universit1 rappelait beaucoup une cosse de lgumineux avant la formation des pois1 et il est demeur en cet tat1 j'ai le regret de le dire1 pendant un ou deux ans encore2 de sorte que1 en ce qui concerne ma vraie vie1 les petits racontars1 les vnements de cette priode de prparation1 de mitonnage1 ne nous avanceraient pas grand'chose4 ,il faut que j'arrive maintenant aux jours o la vue s'tend1 o le travail devient efficace1 une ducation plus noble que tous les hommes qui ouvrent largement leurs curs reoivent dans la ,suite des ,temps4 ,note #de3 ,sorte de divertissement qui ressemble celui qui est de mode aujourd'hui1 de faire cuire un beefsteak sur la pelle du chauffeur et de boire du porter dans les grandes brasseries de ,londres4 7,note de l'diteur d',evelyn en #ahbg47 ,note #df3 ,gendre et biographe de ,walter ,scott4 7,note du traducteur47 ,note #dg3 ,rue qui tire son nom de l'glise paroissiale et qui longe ,christ ,church1 en descendant vers la rivire4 ,la rgle ordinaire voulait qu'un ,gentleman-,commoner comment par rsider ,peckwater1 puis passt ,tom ,quad1 et finalement vct au dehors1 pendant le dernier trimestre4 ,je n'ai aucune ide1 pour l'instant1 de ,saint-,aldate4 ,que les visiteurs amricains sachent bien qu' ,oxford on leur demandera de prononcer ,saint-,old4 ,,chapitre ,,xiv ,,rome ,quoique chrement achete1 la permission de cesser tout travail intellectuel1 et de rserver ce que je pouvais avoir de forces pour mon dessin1 fut un grand stimulant pour les facults qui s'taient dveloppes en moi de faon latente2 aussi1 albums1 blocs1 compas1 crayons1 tout fut prpar en vue du voyage1 et prpar avec un luxe de mthode sans prcdent4 ,le hasard avait voulu que1 au printemps de cette mme anne1 ,david ,roberts et rapport et expos ses croquis d'gypte et de ,terre ,sainte4 ,c'tait les premires tudes consciencieuses faites par un peintre anglais1 non pour s'exhiber ou gagner de l'argent1 mais pour donner une ide fidle de scnes d'un intrt religieux et historique4 ,elles taient rendues avec une fidlit et une facture laborieuse qui dpassait de beaucoup tout ce que j'avais vu dans ce genre jusqu'ici4 ,je sentais aussi que cette mthode restreinte rentrait dans mes moyens et que je pourrais l'appliquer ce j'avais en vue4 ,les dfauts de ,roberts et sa manire personnelle n'importent pas ici4 ,il m'a appris et bien appris l'usage de la pointe fine2 le souci1 la minutieuse exactitude du dtail2 le moyen le plus simple pour faire la lumire et l'ombre sur un fond gris1 c'est--dire lavis plat pour les ombres profondes et rehaussement des lumires plus ou moins vives avec du blanc4 ,je fis l'essai de ces mthodes pour la premire fois dans la cour du ,chteau de ,blois1 et revins vers mon pre et ma mre en dclarant que ,prout se ferait couper les oreilles pour excuter un dessin comme celui-l4 ,j'aurais pu dire1 avec plus de vrit et de modestie1 qu'il aurait volontiers chang ses yeux contre les miens2 car ,prout a toujours t grandement gn par sa myopie4 ,ce croquis de ,blois tmoignait1 il faut bien le dire1 de certaines dispositions naissantes1 du sentiment des proportions1 il avait de la largeur2 c'tait la premire fois que j'arrivais rendre un sujet continental en lui conservant son caractre1 faire sentir l'paisseur1 la rondeur1 la solidit des piliers et des sculptures4 ,nous passmes agrablement les derniers beaux jours de l't ,amboise1 ,tours1 ,aubusson1 ,pont-,gibaud et ,le ,puy2 mais au moment o nous pntrmes dans la valle du ,rhne1 l'automne se fit sentir et sentir durement2 le voyage par ,valence jusqu' ,avignon fut lugubre1 travers un pays qui venait d'tre ravag par l'inondation2 ,montlimar l'eau avait envahi les rues1 laissant en se retirant une couche paisse de vase qui couvrait aussi les prairies sur une tendue que je ne saurais dterminer sans avoir l'air d'exagrer4 ,le ,rhne1 au milieu de ces vastes plateaux sablonneux1 n'tait qu'une masse fuyante d'eau trouble et dcolore2 de l'autre ct se dressaient les ,alpes1 dans le dpouillement de l'automne2 la neige avait fondu jusqu' mi-hauteur1 et les pics les plus levs disparaissent au milieu des nuages2 une bise aigre semblait dire3 prenez garde1 prenez garde1 vous ne savez pas combien le vent est mchant par ici4 ,peut-tre y tais-je plus sensible dans l'tat de ma sant et de mes nerfs4 ,ce qui est certain1 c'est que je n'ai jamais eu envie de revoir ce pays du bas ,rhne2 et de ce jour1 ma prfrence pour les chaumires sur les chteaux1 s'ajouta cet autre principe irrductible3 c'est qu'en cas de mtamorphose1 s'il tait permis de choisir son importance1 il serait infiniment plus agrable et plus prudent d'tre une rivire comme la ,tees ou la ,wharfe1 qu'un fleuve comme le ,rhne4 ,c'est ,frjus1 sur l',esterel et la ,riviera1 que1 pour la premire fois1 je distinguai quelques caractres nettement italiens1 trs diffrents de ceux de la ,lombardie3 l',italie des pins parasols1 des orangers et des palmiers1 des blanches villas1 et de la mer bleue3 elle me fit l'effet1 et je ne me trompai pas1 d'une ruine due une curie criminelle4 ,je ne crois pas avoir encore dit mon lecteur que j'avais hrit de ma mre un amour de l'ordre et de la propret pouss jusqu' la manie2 pour moi1 un des charmes les plus potiques de la ,suisse1 aprs ses neiges blanches1 c'tait les manches blanches de ses paysannes4 ,je tenais en mme temps de mon pre le got de tout ce qui est solide et vrai1 l'horreur du plaqu1 du truqu2 ici1 sur la ,riviera1 il y a bien des citrons et des palmiers1 mais des citrons ples qui n'ont pour ainsi dire que la peau2 des palmiers peine plus larges que des ombrelles2 la mer est d'un bleu admirable sans doute1 mais ses plages sont dgotantes2 des palais somptueux et prtentieux y abondent1 boucls et fards comme un clown1 menaant ruine aux extrmits1 avec en faade des entablements peints trompe-l'il au-dessus de fentres sans carreaux2 les rochers sont schisteux1 effrits1 le peuple sale2 et1 recouvrant le tout1 une couche de poussire blanche4 ,bah6 vous tiez de mauvaise humeur6 me dira-t-on4 ,n'empche que tout cela ne soit vrai1 et que la dernire fois que je suis all ,sestri1 les dames que j'accompagnais1 sinon moi1 ne voulurent et ne purent pas y rester cause de la salet de l'auberge4 ,je me souviens aussi que1 passant par ,gnes1 en #ahhb1 j'ai fait le tour des remparts1 uniquement pour voir quelles taient les vilaines plantes qui aimaient vivre dans la poussire1 et ramper comme des lzards entre les pierres disjointes des ruines4 ,c'est lors de ce voyage que je vis pour la premire fois1 ,gnes1 la ,piet en mdaillon de ,michel-,ange ce fut mon initiation l'art italien4 cette poque1 je n'entendais quoique ce soit la peinture italienne2 je ne connaissais que ,rubens1 ,van ,dyck et ,velasquez4 ,gnes1 je n'ai mme pas cherch les ,van ,dyck2 je me promenais dans le ddale des ruelles qui longent le port2 on voyait la mer alors1 car on n'avait pas encore construit le quai qui la cache2 je dessinai l'amphithtre de maisons qui entourent la rade1 portes sur leurs vieilles arches3 beau sujet1 et l'un des meilleurs croquis que j'aie faits de ma vie4 ,le voyage au del de ,gnes1 le long de la ,riviera orientale1 voyage trs agrable1 commena me remettre d'aplomb2 je reprenais courage4 ,je revois1 en crivant ces souvenirs1 la traverse de la ,magra et des autres ruisseaux qui descendent de la montagne2 combien tout cela est diffrent aujourd'hui6 ,cela me parat peine croyable quand j'y songe1 mais n'y avait alors sur les plus grandes rivires que d'troits ponts pour les mules1 qui reliaient entre eux les villages groups sur les rives opposes et enjambaient la rivire l'endroit o le courant se ralentit et o se fait sentir la barre de la mer4 ,il va sans dire que dans les grandes villes1 ,albenga1 ,savone1 ,vintimille1 etc41 il y avait des ponts convenables2 mais dans les villages de moyenne importance 7et les torrents autour de l'embouchure desquels ils s'taient forms taient souvent formidables71 les paysans comptaient sur le ralentissement du courant la barre1 et sur les moments o la rivire tait sec en t1 pour traverser dans leurs carrioles3 ils n'avaient ni l'ide1 ni les moyens de construire des ponts ,waterloo pour la plus grande commodit des voitures anglaises atteles de quatre chevaux4 ,la voiture anglaise se tirait du mauvais pas et des galets comme elle pouvait2 si les chevaux ne suffisaient pas1 tous les gamins du village s'attelaient devant et tiraient2 par mauvais temps1 quand l'eau tait haute en del de la barre1 et qu'il y avait des brisants bleus au del1 cela faisait songer aux roues ralenties des chars de ,pharaon4 ,or1 le malheur avait voulu qu'il et plu pendant deux jours quand nous dpassmes la ,riviera occidentale4 ,l'orage avait clat aprs une nuit d'une chaleur accablante4 ,nous tions ,albenga et je me souviens mon pre1 ne pouvant dormir1 avait compos fort irrvrencieusement une parodie de ,malheur moi1 ,alhama1 dont le refrain tait ,malheur moi1 ,albenga1 les minarets de la vieille ville et ses lgendes sarrasines lui ayant rappel1 je suppose1 le roi ,maure cheval qui passait et repassait4 ,la pluie tombait torrents1 le sirocco soufflait1 et non loin de ,savone1 sur le bord d'un de ces cours d'eau rapides1 nous nous demandions si la voiture pourrait passer4 ,charge comme elle l'tait1 il n'y fallait pas penser2 ordre fut donc donn tout le monde de descendre2 on traverserait les voyageurs dos1 et la voiture suivrait et se tirerait d'affaire comme elle pourrait4 ,tout le monde obit1 se soumettant en riant aux coutumes du pays1 except ma mre qui refusa premptoirement de se laisser porter dans les bras par un hros d'opra dguenill lui rappelant les bandits qui enlevaient la ,cerito ou la ,taglioni pouvantes4 ,aucune prire ne put la dcider quitter la voiture2 si la voiture passait1 elle passerait avec4 ,mon pre tait la fois inquiet et irrit1 mais comme le corps de ballet qui nous entourait ne paraissait pas prendre la chose au tragique1 voyant l plutt une occasion de baiocchi supplmentaires1 ma mre l'emporta4 ,un bon attelage de jeunes gars aux jambes nues se joignit aux chevaux1 et ma mre et la voiture entrrent dans l'eau au milieu de cris et de hurlements4 ,le lit de la rivire tait de sable mou1 on enfonait1 et1 aux deux tiers1 hommes et btes s'arrtrent pour reprendre haleine4 ,on parlementa de nouveau1 cette fois trs srieusement1 mon pre tout de bon en colre1 ma mre rsistant toujours4 ,nous tions tous trois un peu nerveux car1 nous croyant dans la baie de ,lancastre1 nous songions aux sables mouvants4 ,mais ma mre s'entta1 refusant de bouger2 les chevaux ayant souffl1 et les gamins aussi1 grand renfort de coups de fouet1 de cris1 d'claboussage1 voiture et dama ,inglese furent enfin victorieusement remorques sur la terre ferme2 l1 il y eut change de bons procds entre les deux nations4 ,je n'ai qu'un souvenir confus du passage de la ,magra1 quelques jours plus tard4 ,y avait-il peu d'eau ou beaucoup8 ,je me souviens seulement d'innombrables petites rigoles qui se creusaient un passage au milieu du galet et je sais que je pensais surtout aux montagnes de ,carrare qui se dressaient devant nous4 ,la plupart des cours d'eau se passaient gu3 pour les pitons1 on posait sur des pierres quelques planches1 l'on remplaait aprs chaque orage2 lorsqu'il s'agissait de rivires plus fortes1 qui n'avaient ni ponts ni gus1 on se servait de bacs trs primitifs1 et un jour ma mre n'eut d'autre alternative que de traverser pieds nus ou de se laisser porter4 ,elle subit cette ignominie avec l'ide sans doute que ce devait tre une des consquences de la ,rvolution franaise1 et en resta irrite et de mauvaise humeur tout le reste du voyage1 jusqu' ,carrare4 ,nous avions dcid de coucher ,massa1 mais auparavant nous emes le temps de monter par une route tincelante de blancheur jusqu' la premire carrire1 et de visiter un ou deux ateliers4 ,c'est l1 je crois1 qu'est n le mpris qui m'est toujours rest pour les ateliers4 ,cependant1 mon pre ayant jug qu'il tait convenable de rapporter une bagatelle de ,matlock et l'interprtation du sujet nous ayant paru ingnieuse1 nous achetmes un ,bacchus et ,ariane de deux pieds de haut1 la copie1 nous dit-on1 de je ne sais quel original que nous supposions antique1 et qui n'avait pas plus de valeur artistique que n'importe quelle pendule franaise4 ,le groupe orna longtemps la bibliothque de ,denmark ,hill1 mais il finit par devenir si noir1 cause des fumes de ,londres1 qu'il fallut l'exiler4 ,avec le passage de la ,magra et l'acquisition du ,bacchus et ,ariane1 monument symbolique de mon classicisme de deux pieds de haut1 se termine la phase de ma vie o toutes les ides que je pouvais avoir en sculpture ne dpassaient pas ,chantrey d'un ct1 et ,roubilliac de l'autre4 ,la ,magra traverse1 j'eus la sensation d'tre en ,italie1 la vraie ,italie2 ds le lendemain nous passions le pont de ,serchio et nous entrions ,lucques4 ,j'ai tort de dire que j'eus alors la sensation d'tre en ,italie4 ,ce n'est que beaucoup plus tard1 jetant un regard en arrire1 que je distinguai le moment o le courant qui m'entranait changea de direction4 ,jusqu'ici1 la signification de l'art chrtien primitif m'avait chapp1 je ne me doutais pas de ce qu'tait la sculpture1 la sculpture vivante2 j'tais en pleines tnbres2 elles ne commencrent se dissiper que pour me laisser dans une sorte d'tonnement vague et d'embarras respectueux en prsence du nouveau mystre qui m'entourait4 ,l'impression que j'eus de ,lucques1 cette premire fois1 se confond maintenant avec celle1 infiniment plus profonde1 que m'a laisse ma visite de #ahde4 ,ce fut tout le contraire pour ,pise4 premire vue1 la grandeur1 la puret de son architecture me firent une profonde impression1 surtout1 il est vrai1 travers ,byron et ,shelley4 ,dans la cathdrale de ,lucques1 j'eus ma premire rencontre avec un frre de la ,misricorde1 la tte couverte de la cagoule2 et la pense qu' chaque instant1 dans les rues ensoleilles1 on pouvait voir surgir ces sombres figures drapes1 surexcitait mon imagination et mes nerfs et ajoutait aux charmes de ces vieilles villes4 ,je dessinai la ,chapelle de l'pine auprs du ,ponte-a-,mare avec soin et succs2 mais la langueur de l',arno aux eaux troubles1 compar la ,reuss ou au ,rhne ,genve1 me rendit fort sceptique l'gard des descriptions enthousiastes1 soit modernes1 soit anciennes1 des rivires italiennes4 ,chose assez singulire1 ce n'est qu'en #ahhb que j'ai vu l',arno couler pleins bords et que j'ai compris que toutes les rivires d',italie sont des torrents de montagne4 ,c'est le cur plein de confusion que je relis1 et c'est par devoir que j'imprime le passage de mon journal o sont notes mes premires impressions sur ,florence3 #ac novembre #ahdj4--;,je viens de faire un tour1 j'ai fln sur la place aux statues3 l'air tait plein d'une douceur printanire et je n'oublierai jamais l'impression que m'a faite cette place domine par la masse norme du ,palazzo ,vecchio ni celle que m'a faite le ,duomo4 ,je ne m'attendais pas voir une glise de trs grande dimension1 mais plutt quelque chose d'lgant1 comme ,la ,salute ,venise4 ,dbouchant par l'angle du sud-est1 du ct o la galerie autour de la coupole est acheve1 je demeurai clou par la surprise1 et faillis me faire craser4 ,l'effet est prodigieux4 ,non que ce soit de la bonne architecture1 mme si on admet ce style barbare1 mais on est abasourdi1 on ne saurait expliquer ce qu'on prouve1 tant la richesse de tous ces marbres l'extrieur est confondante1 et la profusion des magnifiques sculptures en marbre et en bronze1 sur la grande place1 m'a vivement impressionn4 #ae novembre4--,je ne puis dmler encore mes impressions sur ,florence4 ,cependant1 ce qui domine1 c'est le dsappointement4 ,les galeries que j'ai parcourues hier sont sans doute curieuses2 mais comme agrment1 j'aimerais autant le ,british ,musum1 n'taient les ,raphals4 ,tout le reste est pour moi lettre morte1 je n'y comprends rien1 je ne comprends mme pas grand'chose aux ,raphals4 ,lors donc de cette premire visite ,florence1 les palais qui me rappelaient la prison de ,newgate m'taient juste titre odieux2 au contraire1 les vieilles rues1 les marchs en plein vent m'enchantaient2 l'intrieur du ,dme me semblait une horreur1 l'extrieur un casse-tte chinois4 ,tout l'art sacr1 fresques1 peinture la dtrempe1 que sais-je8 rien1 un zro1 ce que c'tait pour les ,italiens eux-mmes2 la campagne alentour1 des murs borgnes et des oliviers poussireux2 l'ensemble1 mystification et ennui sauf pour un matre3 ,michel-,ange4 ,je sentis du premier coup chez lui une motion1 une vie suprieures celle qu'on trouve chez les ,grecs1 et une svrit et une noblesse d'intention qui n'existait pas chez ,rubens4 ,comme j'entendais autour de moi dire et redire qu'il n'y avait rien de suprieur ,michel-,ange1 je fus trs fier de le goter2 la haute ide que j'avais de ma propre infaillibilit s'en trouva encore grandie2 avec l'aide de ,rogers pour la ,chapelle ,lorenzo et grce de longues stations devant le ,bacchus1 aux ,offices1 je fis de rapides progrs dans le sens ,michel-,angelesque4 ,par contre1 ds le premier jour1 je dclarai le ,rmouleur de la ,tribune vulgaire et assommant1 et je n'ai pas chang d'avis depuis2 la ,vnus de ,mdicis1 une petite personne sans intrt2 le ,saint ,jean de ,raphal d'une boursouflure pousse au noir1 et la collection des ,offices en gnral1 un mlange incongru1 l'uvre de gens qui ne s'y connaissaient pas1 n'entendaient rien l'art#dh1 ne s'en souciaient pas4 ,de fait1 lorsque je revis les ,offices en #ahhb--;je n'y suis pas retourn depuis--j'ai retrouv ma premire impression et j'ai prouv quelque fiert de ma perspicacit prcoce4 ,on ne pouvait gure s'attendre1 cette poque1 me voir aimer l',angelico ou ,botticelli2 y euss-je t dispos1 le corridor du haut des ,offices n'tait pas un endroit convenable pour y admirer la grande ,madone de l'un ou la ,vnus de l'autre4 ,elles taient alors toutes deux dans le passage extrieur qui conduit la ,tribune4 ,une fois que mes rflexions m'eurent amen l1 je m'installai au milieu du ,ponte ,vecchio et je fis un bon croquis1 trs exact1 de ses boutiques et des constructions que l'on a devant soi quand on regarde du ct du ,dme4 ,il semble que je n'aie eu ni le temps1 ni l'envie d'en faire plus ,florence2 le ,march ,vieux tait trop encombr pour qu'on y pt travailler et quant aux sculptures du ,dme1 elles taient insparables de la couleur4 ,dans l'espoir--espoir qui allait s'affaiblissant chaque jour--de trouver les choses plus notre got dans le ,sud1 nous quittmes ,florence par la ,porta ,romana4 ,sienne1 ,radicofani1 ,viterbe et1 le quatrime jour1 ,rome2 voyage lugubre avec des arrts plus lugubres encore4 ,j'avais un affreux mal de tte ,sienne et la cathdrale me parut le comble de l'absurde--sursculpte1 surbariole1 surdcoupe1 surleve de trop de pignons--une immense pice monte1 un monument de vanit1 sans le moindre sentiment religieux4 ,et c'est bien cela1 en somme3 la vraie beaut de ,sienne tait tout entire dans sa vieille cathdrale1 le ,westminster de son douard le ,confesseur4 ,les ruines1 au moins1 sont-elles encore respectes8 ,la solitude volcanique de ,radicofani1 l'orage qui grondait1 les hurlements du vent1 ses sifflements aigus travers les portes mal jointes et les trous de serrures de la plus misrable des auberges1 resta longtemps pour nous un vritable cauchemar4 ,viterbe1 j'tais moins souffrant et je fis un dessin du couvent qui est d'un sentiment juste et d'une bonne facture4 ,le quatrime jour1 papa et maman remarqurent avec une joie triomphante1 bien qu'ils souffrissent d'tre si cahots1 que plus on approchait de ,rome1 plus la route devenait mauvaise4 ,tout mon bagage scientifique1 ce qui devait m'aider comprendre la ,ville ternelle1 consistait dans les deux premiers livres de ,tite-,live1 que je n'avais jamais approfondis et quelques noms gographiques qui flottaient dans ma mmoire1 sans que j'eusse seulement regard o ils se trouvaient sur la carte3 ,juvnal1 une ou deux pages de ,tacite1 et1 dans ,virgile1 l'incendie de ,troyes1 l'histoire de ,didon1 l'pisode d',euryale et le dernier combat4 ,j'avais sans doute lu pour ainsi dire toute l'nide1 mais la majeure partie ne m'avait sembl que du fatras4 ,sur l'histoire romaine moins ancienne1 je n'avais lu que des auteurs anglais fort svres pour les vices impriaux1 et je n'tais pas loign de penser que la malaria de la campagne romaine tait une consquence naturelle de la papaut4 ,j'avais t lev dans l'ide qu'il ne pouvait pas plus y avoir un bon empereur romain qu'un bon pape2 je ne savais pas trop si ,trajan vivait avant le ,christ ou aprs1 et j'aurais t sincrement reconnaissant quiconque m'et dit que ,marc-,aurle tait un philosophe romain1 contemporain de ,socrate4 ,l'apparition du dme de ,saint-,pierre dans le lointain ne nous fit pas plus d'impression que si c'et t une borne kilomtrique1 nous annonant que nous avions encore une vingtaine de milles faire sur une route cahotante1 avant de nous reposer4 ,quand nous nous approchmes du ,tibre--le ,tibre nonchalant1 aux rives boueuses1 aux eaux paisses et jaunes--j'prouvai une sensation de dgot mle de tristesse4 ,quel contraste avec le flot montant de la ,tamise pouss par le vent1 que j'aimais regarder de la fentre de ,nanny ,clowsley6 ,la ,piazza del ,popolo m'tait aussi familire--je l'avais vue tant de fois reproduite--que ,cheapside1 et me paraissait beaucoup moins intressante4 ,nous descendmes1 cela va sans dire1 dans un des htels de la place d',espagne2 je me couchai fatigu et de mauvaise humeur de me trouver dans la rue bruyante d'une grande ville moderne avec rien dessiner et une foule de petits ennuis en perspective4 ,le lendemain matin1 en me rveillant bien repos1 je me dis comme ,mr ,rogers3 ,je suis ,rome1 et j'accompagnai papa et maman ,saint-,pierre1 avec un certain sentiment de curiosit1 j'en conviens4 ,voyageurs et livres m'avaient cri sur tous les tons que je serais dsappoint1 que la basilique ne me ferait pas l'effet de grandeur auquel je m'attendais2 mais je ne me suis pas vant en vain d'avoir le sentiment exact des proportions1 et le fait est que j'eus la conscience nette de son immensit4 ,mais ce quoi je ne m'attendais pas1 c'est la lourdeur1 l'ennui de la faade1 au mauvais got1 l'insipide distribution de l'intrieur4 ,nous en fmes le tour1 regardant les copies en mosaque de tableaux qui ne nous intressaient pas1 les tombeaux magnifiques de gens dont nous ne connaissions mme pas les noms2 enfin1 nous nous retrouvmes au grand air1 devant les fontaines1 avec un immense sentiment de soulagement4 ,aucun de nous n'a jamais remis les pieds ,saint-,pierre1 si ce n'est pour entendre de la musique1 ou pour voir des processions et des crmonies religieuses4 ,nous rentrmes djeuner et1 l'aprs-midi1 nous fmes en voiture le tour classique par le ,forum1 le ,colise1 et le reste6 ,je n'avais qu'une ide trs vague du ,forum1 de ce qu'il tait1 ou de ce qu'il avait t4 ,je ne comprenais pas ce que venaient faire l ces trois colonnes1 ou les sept1 et cet ,arc de ,svre sous lequel ne passe pas de route1 et surtout cette masse de constructions sordides qui se dressent au-dessus1 flanque d'une tour du ,x,v,i,i,ie sicle sans le moindre caractre4 ,un des grands avantages de mon ignorance tait1 en tout cas1 de me permettre de voir les choses ma manire1 comme elles taient2 et bien que mon ducation religieuse1 comme je l'ai dit plus haut1 m'inclint penser que la malaria de la campagne romaine tait une consquence de la papaut1 cela n'influait nullement sur la perception trs nette et trs claire que j'avais de la beaut de ligne du ,soracte1 tandis que les lignes des premiers plans1 en tuf et pouzzolane1 me semblaient dtestables1 que la pouzzolane ft papale ou protestante4 ,le rle du ,forum ou du ,capitole dans l'histoire ne m'importait utilement2 ce qui me frappait1 c'est que les colonnes du ,forum taient de petite dimension1 leurs chapiteaux sculpts sans finesse et que les maisons qui le dominaient taient beaucoup moins intressantes regarder que n'importe quelle close de l',auld toun d'dimbourg4 tant arriv ces conclusions sur la ville et ses ruines1 il me fallait commencer la visite des muses4 ,ai-je besoin de dire que la grande peinture religieuse3 le vestibule du ,prugin1 la chapelle d',angelico et tout le premier tage de la ,sixtine taient lettre morte pour moi8 ,personne ne m'avait conseill de les regarder1 et j'tais incapable1 moi tout seul1 de les dcouvrir4 ,tout le monde1 au contraire1 m'avait dit3 voyez le plafond de la chapelle ,sixtine2 je le trouvai trs beau2 tout le monde m'avait aussi recommand de voir la ,transfiguration de ,raphal et le ,saint ,jrme du ,dominicain2 ce que je fis trs attentivement et trs docilement1 aprs quoi je dclarai sans la moindre hsitation que le tableau du ,dominicain tait dtestable1 et celui de ,raphal fort laid2 de ce jour1 je ne fis plus aucune attention ce que me disaient les gens1 en fait de peinture1 moins qu'ils ne fussent de mon avis4 ,mais sir ,joshua n'tait pas tout le monde4 ,son opinion sur les ,stanze fit que je les tudiai longuement et soigneusement2 je vis tout de suite qu'il y avait l quantit de choses que je n'tais mme pas en tat de voir1 encore moins de comprendre2 mais en tout cas1 ce qui tait certain1 c'est qu'elles ne me procuraient aucun plaisir2 la religion1 d'ailleurs1 qui m'avait t enseigne ,walworth me rendait rfractaire ce mlange de paganisme et de papisme4 ,ces bases poses en vue de mes futures tudes1 je n'y revins plus et je n'ai pas eu1 depuis1 de raisons srieuses de les modifier4 ,je ne parle jamais du ,dominicain1 ou si j'en parle par dfrence pour sir ,joshua1 ce n'est que pour dire que c'est un peintre dtestable2 des ,stanze que comme ne pouvant satisfaire en quoi que ce soit un esprit sain1 quilibr1 dsireux de savoir quoi ressemblaient les ,sibylles1 ou comment un ,grec se reprsentait les ,muses2 et l'opposition entre le ,parnasse et la ,dispute prsente dans les ,stones of ,venise#di1 comme annonant la chute de la thologie catholique4 ,quand nous emes visit les principales curiosits de ,rome1 et pendant que nous explorions les choses de moindre importance1 nous pensmes que le moment tait venu d'utiliser la lettre d'introduction qu',henry ,acland m'avait donne pour ,mr ,joseph ,severn4 ,bien que1 dans le gros in-octavo qui contenait les uvres de ,coleridge1 de ,shelley et de ,keats1 et qui avait si souvent tran sur la table devant ma niche de ,herne ,hill1 la partie de ,keats ne m'et jamais attir 7elle me troublait plutt7 j'avais suffisamment conscience de sa valeur1 j'avais t trop mu par sa mort pour ne pas dsirer faire la connaissance de son fidle ami4 ,j'ai oubli o habitait ,mr ,severn2 tout ce dont je me souviens1 c'est que sa porte tait droite1 tout en haut d'un immense escalier carr1 aussi large qu'un de nos chemins anglais o deux carrioles peuvent passer cte cte1 un escalier monumental aux marches trs basses4 ,je montais lentement1 car le docteur m'avait surtout recommand de ne pas m'essouffler2 il me restait peut-tre une vingtaine de marches gravir lorsque la porte de ,mr ,severn s'ouvrit pour livrer passage deux messieurs1 et se referma sur eux avec un bruit sec qui paraissait dire au reste du monde3 on ne passe plus4 ,ces messieurs me croisrent sur la gauche4 ,l'un tait court1 le teint anim1 l'air rjoui2 l'autre petit aussi1 mais ple1 avec un beau front bien model et des yeux noirs la fois vifs et doux4 ,ils me regardrent1 mais par timidit1 et aussi parce que je trouve impoli d'arrter les gens et surtout de les empcher de sortir1 je ne fis pas un geste et les laissai descendre en paix4 ,je ralentis mme mon pas1 et ce ne fut que quelques minutes plus tard que je sonnai la porte de ,mr ,severn4 ,je laissai ma carte et ma lettre d'introduction au domestique qui me dit que ,monsieur venait de sortir4 ,le compagnon aux yeux noirs de ,severn tait ,george ,richmond1 pour lequel ,acland m'avait aussi donn un mot4 ,tous deux accoururent pour nous voir4 ,la manire d'tre simple1 rserve1 originale de mon pre et de ma mre les intressa d'abord1 leur plut ensuite1 et finalement les conquit au point que1 ,nol venu1 ils nous choisirent1 entre tous leurs amis de ,rome1 pour fter la ,nol4 ,et cela1 bien plus pour mon pre et ma mre que pour moi2 non qu'ils ne s'intressassent pas moi1 mais comme mes ides1 qui n'taient jamais celles de tout le monde1 taient plutt tapageuses1 qu' chaque instant j'allumais sous leurs pieds des ptards et des fuses1 qui ne les troublaient pas seulement au moment o ils clataient1 mais se continuaient en objections rflchies qu'ils ne pouvaient pas toujours rfuter--car je m'attaquais aux choses sacro-saintes1 aux matres incontests et aux splendeurs les plus authentiques de ,rome--nos conversations se terminaient le plus souvent par des conseils o se glissaient quelques reproches qu'ils jugeaient ncessaires2 ils avaient de longues confrences avec mon pre et ma mre1 parents et amis se demandaient ce qu'on pourrait bien faire pour me ramener des ides plus saines4 ,ds le premier moment1 tous deux avaient inspir mes parents une confiance absolue1 et cela uniquement1 je crois1 parce que1 lorsque nous nous tions croiss dans l'escalier1 ,mr ,severn avait dit mi-voix ,mr ,richmond en me regardant3 ,quelle physionomie potique6 et que ma rcente folie1 mon impardonnable enttement dans l'affaire du ,harlech1 jointe aux impertinences que je me permettais l'gard de ,raphal et du ,dominicain1 me donnaient1 aux yeux de mes parents1 des airs d',enfant prodigue4 ,la coalition contre laquelle j'avais lutter se trouva encore renforce par l'entre en scne d'un frre cadet de ,mr ,richmond1 ,tom1 que je trouvai1 lors d'une de nos premires visites l'atelier qu'ils occupaient en commun1 s'escrimant de tout son cur peindre un torse nu avec des ombres bleu de cobalt1 sur lesquelles1 ce qu'on voulut bien m'expliquer1 on devait passer un glacis qui leur donnerait le ton de la chair du ,titien4 ,comme1 cette poque1 je ne voyais rien de particulier dans la chair du ,titien1 et de plus que je ne pensais pas qu'on arrivt la rendre par ce procd1 l'abme qui nous sparait1 mes amis et moi1 se creusa encore davantage2 et de fait1 ces divergences firent que s'accrotre avec le temps et leur effet immdiat fut de dcider de la faon dont j'emploierais mon temps ,rome et en ,italie4 ,car1 ayant dclar une fois pour toutes que je ne pouvais pas plus comprendre la pense de ,raphal que la couleur du ,titien2 que les salles de sculpture du ,vatican m'ennuyaient1 que je n'y comprenais rien1 je pris le taureau par les cornes et me mis chercher ce que1 ,rome1 je pensais pouvoir dessiner ma manire1 choisissant pour commencer--et c'tait en quelque sorte un dfi jet ,raphal1 au ,titien1 l',apollon du ,belvdre tout ensemble--l'tude minutieuse de guenilles qui pendaient aux vieilles fentres du quartier juif4 ,la guerre dclare1 il ne restait plus aux deux ,richmond et mon pre qu' s'amuser autant qu'ils le pourraient de mes essais rvolutionnaires qui1 une fois mon point de dpart admis1 n'taient pas sans intrt4 ,je payai ma dette au ,forum1 en en dessinant avec le grand soin une vue d'ensemble2 je fis une tude des aqueducs vus de ,saint-,jean-de-,latran1 une autre du ,mont ,aventin prise du pont ,rotto1 toutes deux juges bonnes en gnral4 la fin1 ,richmond lui-mme s'adoucit au point de me demander un dessin de la ,trinit dei ,monte1 associe pour lui d'heureux souvenirs4 ,c'est alors qu'il se prsenta1 pour moi1 une occasion d'utiliser de faon pratique mes dispositions particulires1 en prenant de prcieuses notes sur les principales villes d',italie2 mais il tait dit que toutes les chances que j'avais d'tre autre chose que ce que je suis avorteraient les unes aprs les autres4 ,un hasard1 qui ne me sembla alors qu'un mirage moqueur1 fut1 bien des annes plus tard1 la source d'une des plus belles et des plus profondes motions de ma vie4 ,entre mon ,protestantisme et mon ,proutisme--comme l'appelait trs justement ,tom ,richmond--j'avais dclar sans intrt toute crmonie romaine2 je me refusais rien voir1 et je protestais avec mauvaise humeur1 toutes les fois que l'on me proposait d'entrer dans une glise1 dans un palais romain ou dans une galerie4 ,pourtant papa et maman s'aperurent que je ne me faisais jamais tirer l'oreille lorsqu'il s'agissait d'aller entendre de la musique sacre1 fallt-il pour cela subir les ennuis d'un office3 ce qu'ils attribuaient au got que j'avais toujours manifest pour le chant grgorien et l'intrt toujours croissant que m'inspirait la musique4 ,la vrit1 c'est qu' l'glise j'avais chance d'apercevoir1 au-dessus des ttes pieusement penches de la foule italienne--au moins un instant avant qu'elle s'inclint son tour--la gracieuse silhouette d'une anglaise blonde d'une grande beaut1 la reine de la colonie anglaise cet hiver-l1 ,rome1 et qui ralisait pour moi le type de la beaut fminine1 type rv jusqu'ici1 et rv en vain1 une beaut sculpturale1 mais pleine de vie1 et aussi de douceur et de grce4 ,je ne crois pas tre jamais parvenu l'approcher plus de quarante mtres1 mais ces apparitions1 si lointaines qu'elles fussent1 et les motions qu'elles me causaient n'en firent pas moins la joie et la consolation de mon hiver ,rome4 ,pendant ce temps1 mon pre1 que notre mdecin de ,rome avait compltement rassur sur mon tat1 reprenait sa gat et jouissait de tout en conscience4 ,avec ,marie qui1 quoique de nature peu enthousiaste1 tait une voyageuse infatigable1 il allait voir sans se lasser tout ce qu'il y avait voir4 ,jamais1 surtout1 il ne manquait une fte musicale1 et il tait radieux lorsque son maniaque de fils consentait 7pour l'amour de miss ,tollemache#ej1 mais chut67 les accompagner2 et tous les jours ,mr ,severn et ,george ,richmond se montraient plus affectueux et plus serviables4 ,aucun habitu du monde lgant de ,londres ne s'tonnera du plaisir que nous pouvions trouver pntrer toujours davantage dans l'intimit de ,george ,richmond4 ,mais je n'ai vu nulle part1 dans aucun monde ou ailleurs1 rien qui approche de la situation qu'avait alors ,rome1 ,mr ,joseph ,severn4 ,personne ne savait mieux que lui mettre les gens en valeur1 naturels du pays1 trangers1 laques ou ecclsiastiques4 ,il ne voyait dans chacun que le meilleur3 ce qui aurait excit la colre chez d'autres le disait simplement sourire4 ,comment s'tonner que le pape soit ,saint-,pierre1 qu'il y ait des mendiants sur les marches du ,pincio8 ,n'est-ce pas dans la nature des choses8 ,il pardonnait au ,pape son papisme1 respectait la longue barbe du mendiant et ne doutait pas que les marches du ,pincio1 celles de l',aracli aussi bien que celles du ,latran et du ,capitole conduisissent au ciel2 nous montions tous1 de faon ou d'autre1 et en attendant il fallait tcher d'tre heureux l o on se trouvait4 ,raisonnable avec lgret1 sage avec gaiet1 spirituel sans malice1 dlicatement sentimental1 il tenait conseil avec les cardinaux un jour1 et s'en allait le lendemain picniquer dans la ,campagne romaine avec les pins belles ,anglaises qui passaient l'hiver ,rome2 prenant les curs dans les mailles dores de sa bonne grce1 de sa sympathie ouverte1 comme si la vie n'tait pour lui que la mlodie ondoyante de sa chanson favorite1 ,gente1 qui l'uccellatore4 ,note #dh3 ,ils s'en souciaient1 mais rebours1 prisant surtout l'habilet des procds les plus mesquins et employs de la pire faon4 ,note #di3 ,j'ai autoris la nouvelle dition de ce livre dans sa forme primitive1 surtout en raison de la clart avec laquelle1 le lecteur en jugera1 j'tablis de faon incontestable que la thologie de la ,renaissance eut sur les arts en ,italie1 et sur la religion du monde1 une influence fatale4 ,note #ej3 ,qui pousa le philanthrope ,lord ,mount-,temple4 ,,chapitre ,,xv ,,cum ,pour tre fidle la rgle que je me suis trace de suivre l'ordre des faits en laissant au lecteur le soin de tirer ses conclusions1 j'ai pass un peu vite1 et il me semble qu'il ne serait point inutile de savoir1 ou tout au moins d'essayer de deviner ce que pense mon lecteur6 ,trouve-t-il que je suis un garon heureux ou malheureux8 ,a-t-il pour moi quelque estime1 ou le contraire8 ,pense-t-il que l'on avait raison de fonder sur moi quelque esprance8 ,ou les talents que je pouvais avoir taient-ils de ceux qui ne brillent au matin que pour se fltrir avant le soir8 ,si je le lui demande1 c'est que j'ai reu quelques lettres d'amis qui se disent enchants et me dclarent que ces souvenirs ont jet sur mon caractre des lumires toutes nouvelles1 que je leur plais ainsi beaucoup plus qu'auparavant4 ,voil un rsultat qui n'est nullement celui que je cherchais1 et qui est en contradiction avec l'impression que j'prouve moi-mme quand1 me retournant1 je me regarde face face4 ,je suis extrmement pein et humili lorsque je constate1 aujourd'hui que je suis un peu moins ignorant1 le peu que je valais alors1 et tout ce que je laissais perdre de temps1 d'occasions et de devoirs--un devoir manqu tant la pire des pertes--et je ne vois vraiment pas ce que mes amis ont pu trouver dans ces souvenirs d'enfance de plus aimable qu'ils n'eussent pu deviner chez l'auteur de ,time and ,tide ou de ,unto ,this ,last4 ,en vrit1 et quoi qu'ils en disent1 je n'tais alors1 et je le suis demeur encore un an ou deux1 qu'un petit ttard informe1 ruisselant1 glissant1 rien qu'un estomac avec une queue1 se gonflant1 s'aplatissant1 se tortillant au milieu des ondes de cristal et sur les sables purs des sources de la jeunesse4 ,mais fort heureusement j'ai toujours eu des yeux excellents et la bonne habitude de nager contre le courant2 et maintenant le temps tait venu o je commenais dsirer me mettre au service de belles princesses1 pour aller chercher leurs balles au fond de l'eau1 lorsque soudain je me vis sous ma vritable forme1 et cette vision me laissa effar et dcourag4 ,ceci se passait ,rome1 vers l'poque de ,nol4 ,parmi les objets d'art toujours de mode ,rome1 et dont les voyageurs de distinction ne devaient pas manquer d'emporter des spcimens1 taient ces cames taills dans de jolis coquillages roses4 ,afin de nous conformer l'usage1 nous achetmes un coquillage quelconque de ,dieux et de ,grces4 ,mais les artistes tailleurs de cames taient habiles aussi faire le portrait de simples mortels1 et mon pre et ma mre1 escomptant l'avenir1 rsolurent de faire graver pour la postrit le profil de leur futur grand homme4 ,ce que j'apercevais1 quand je me regardais dans le miroir1 me suffisait1 et je n'avais jamais song me demander de quel effet tait mon profil4 ,le came termin1 j'en admirai le travail1 mais l'image qu'elle donnait de moi ne me satisfaisait pas4 ,je ne l'ai pas analyse alors2 aujourd'hui1 si je cherchais la dcrire1 je dirais qu'elle rappelait un penny de ,george ,,iii1 avec un soupon de ,george ,,iv1 l'orgueil du ,grand ,turc et l'humeur de huit petits lucifers dchans4 ,et sans doute je savais que j'tais orgueilleux1 et depuis quelque temps maussade2 cependant ce n'tait ni l'orgueil ni la maussaderie qui taient les caractristiques de ma nature4 ,tout au contraire1 personne n'tait plus respectueux des choses rellement grandes que moi1 et personne n'tait d'humeur plus facile quand on me laissait faire ma tte4 ,que peut-on demander de plus la plupart des garons ou des animaux8 ,et il me semblait dur que l'on insistt surtout sur les dfauts passagers1 oubliant les qualits vritables1 et que ceux-ci demeurassent fixs jamais d'aprs le tmoignage un peu fantaisiste du came4 propos de ce came et d'autres portraits plus rcents de moi--est-ce vanit8--mais je tiens dire pour ceux qui les verraient et qui prouveraient quelque dception1 que ce qu'il y a de mieux dans mon visage1 comme ce qui m'a t le plus utile dans la vie1 ce sont les yeux1 et encore seulement quand on les voit de prs4 ,un ami trs cher et trs perspicace1 un ,franais1 m'a fait remarquer aussi1 mais bien des annes plus tard1 que la bouche--si elle n'tait pas digne d',apollon--avait de la bont3 quant au type ,george ,,iii et ,george ,,iv1 il tait trs marqu dans la famille et en particulier chez mon cousin ,george de ,croydon2 et pour la forme de la tte1 par devant et par derrire1 j'ai mes ides l-dessus1 mais ce n'est pas l'instant de les exposer4 ,le moment est venu1 par contre1 de dire plus en dtail non seulement ce qui m'arriva maintenant que j'tais majeur1 mais ce qu'il y avait en moi3 c'est dans ce but que je transcris ici un ou deux fragments de mon journal crits pour moi seul1 non pour faire plaisir mon pre ou pour tre imprims1 aprs corrections1 par ,mr ,harrison4 ,en feuilletant ces vieux cahiers1 je m'aperois que j'ai trop pouss au noir mes souvenirs de la ,riviera4 ,tmoin cette page sur un endroit que je voyais alors pour la premire fois et qui a jou un grand rle dans ma vie1 le promontoire de ,sestri di ,levante3 ,sestri1 #d novembre 7#ahdj74--,matine trs pluvieuse2 peine si nous avons pu franchir les quatre milles qui nous sparaient de cet adorable village2 les nuages1 emports comme de la fume le long des collines1 enveloppaient de guirlandes les glises blanches accroches aux pentes boises4 ,avons d attendre ici jusqu' trois heures2 le temps s'est clairci1 nous avons gravi le promontoire bois qui domine le village4 ,les nues s'levaient lentement au-dessus des ,apennins1 laissant ici et l des flocons lgers qui s'accrochaient au fond des ravins et s'enlevaient sur les parties ensoleilles comme autant de langues de feu2 l'horizon1 la ligne bleu fonc des montagnes1 pure comme le cristal1 se profilait nettement sur le ciel d'un vert ple2 le soleil touchait et l les verts prcipices1 et les villages blancs de la cte luisaient comme de l'argent au ,nord-,ouest2 c'tait ensuite la masse des hautes montagnes qui dvalaient dans les sombres valles plantes d'oliviers2 leurs cimes d'abord toutes grises dans la pluie se teintaient de bleu fonc1 lorsque les nues se dispersaient1 chasses par le vent4 ,puis tout coup le soleil reparaissait et ses rayons doraient les bois les plus proches1 faisaient flamboyer les troncs lisses des arbres1 les feuillages dj magnifiquement nuancs par l'automne1 les revtant d'une splendeur comme ,turner seul pourrait en imaginer une1 et que mettait en valeur le fond gris d'orage4 ,au sud1 c'tait la mer sur laquelle se refltaient et miroitaient quantit de petits nuages blancs venus des ,alpes1 entre de longues bandes du bleu le plus pur1 tandis que le soleil1 trs bas dj1 dardait de longs rayons obliques loin1 trs loin de l'horizon2 les vagues venaient se briser au milieu de panaches d'cume contre des rochers de marbre noir1 et de grandes masses floconneuses couraient1 pousses par la mare1 vers la pleine mer4 ,au-dessus de nos ttes1 un groupe sombre de pins d',italie et de chnes verts enveloppaient d'ombre un adorable coin de prairie1 tel qu'on en pourrait trouver dans les parties les plus fertiles des les de ,derwentwater4 ,cette ferie dura jusqu'au moment du coucher du soleil2 alors un double arc-en-ciel s'lana au-dessus des bois embrass1 puis mesure que le soleil baissait l'horizon1 les nues d'orage se revtirent de pourpre2 l'arc-en-ciel dont les nuances se fondaient1 semblait une large ceinture cramoisie au-dessus de laquelle les nuages flambaient2 magnifique spectacle qu'il n'est pas donn l'homme de contempler plus d'une ou deux fois dans sa vie4 ,je vois que nous sommes arrivs ,rome le samedi #bh novembre4 ,la note1 crite ds le lendemain matin1 mrite peut-tre d'tre conserve4 ,dimanche #bi novembre4--,la ville est en l'air parce que le ,pape officie la ,chapelle ,sixtine2 c'est aujourd'hui le premier jour de l',avent4 ,me suis fait bousculer1 touffer1 pour rien3 musique mdiocre1 sorte de mascarade avec le ,pape et des cardinaux mal tenus4 ,l'extrieur et la faade occidentale de ,saint-,pierre ont certainement beaucoup d'apparence2 l'intrieur conviendrait une salle de bal1 ou ne devrait servir qu' cela4 #cj novembre4--,mont en voiture au ,capitole place pleine d'immondices1 lugubre et dgotante2 descendu ensuite au ,forum1 trs bon sujet de tableau certainement4 ,puis march longtemps1 parmi des tas de briques et de dcombres1 jusqu' en avoir mal au cur4 cur1 ai-je voulu dire4 ,mais entre le #bj et le #be dcembre1 je fus rellement malade2 accs de fivre terrible1 c'est un miracle que je m'en sois tir4 ,le #cj1 j'tais sur pied2 je continue ainsi3 ,petite promenade de long en large sur le ,pincio2 je suis incapable de faire autre chose depuis cette maudite maladie4 ,pourquoi donc faut-il que toute joie s'affadisse si vite1 que les plus vives impressions si rapidement s'effacent8 ,rome tait l devant moi3 tours1 coupoles1 cyprs1 palais1 enchevtrs1 formant d'admirables groupes2 une petite brume de dcembre se mlait quelques lgres fumes de bois et cernaient d'une jolie ligne grise toutes les formes qui se dressaient entre moi et le soleil2 au del des admirables chnes verts des jardins ,borghse1 on apercevait les ,apennins d'o mergeait un grand pic couvert de neige1 semblable la trane lumineuse d'une comte4 ,ce n'tait pas le clair de lune1 ce n'tait pas la lumire du soleil1 c'tait quelque chose d'aussi doux que l'un1 d'aussi puissant que l'autre4 ,et j'tais l au milieu de ces magnificences1 et je ne le sentais pas6 ,je rentrais de ma promenade1 aussi las de mon devoir accompli que si j'tais sur la route de ,norwood4 ,des yeux1 je suivais une jeune fille qui promenait des enfants et dont le petit bonnet coquettement pos sur ses cheveux trs bien coiffs trahissait la nationalit3 j'tais fix1 bien avant de l'avoir entendu dire l'un des enfants qui jabotait en anglais avec une volubilit comparable seulement au murmure de la fontaine de l'autre ct de la route3 qu'elle n'en comprenait pas un mot#ea4 ,aprs deux ou trois alles et venues1 la jeune fille s'assit ct d'une autre bonne2 elles bavardaient1 elles riaient1 l'air parfaitement heureux1 ne pensant pas plus aux montagnes qui se dressaient derrire elles1 et la ville qui s'tendait sous leurs pieds1 qu'au ,grand ,turc2 tandis que moi1 emport par mes sentiments dans des sphres que je jugeais trs suprieures1 je souffrais cruellement1 en face d'un spectacle qui aurait d me procurer d'infinies jouissances1 de sentir les heures peser si lourdement sur mes paules4 ,voil bien l'orgueil1 cher lecteur1 et la maussaderie--dum pituita molestat--bien dment tablis4 ,mais faut-il tre bien orgueilleux pour se croire suprieur au point de vue du sentiment une petite bonne franaise8 ,trs sincrement1 je ne me croyais pas suprieur cette fille1 ni meilleur2 mais je savais qu'il existait entre moi et le lointain ,soracte1 ou mme entre moi et l'invisible ,vultur1 un lien qu'elle ne souponnait mme pas2 et que cela impliquait un horizon terrestre1 sinon cleste1 plus tendu2 nous n'tions pas ns sous la mme toile4 ,pendant ce temps1 au pied de la colline1 ma mre tricotait dans la grande chambre romaine1 aussi paisiblement que si elle et t chez elle--cette grande chambre qui avait sur les auberges de ,provence le mrite d'tre propre4 ,les jours passaient et l'heure vint de songer au voyage de ,naples1 avant qu'aucun de nous ne ft fatigu de ,rome4 ,cette bonne cousine ,mary1 laquelle je ne daignais jamais demander son avis sur rien1 tait celle d'entre nous qui avait le plus profit de ce sjour4 ,rellement trs bonne musicienne 7elle avait pris quelques leons de ,moscheles71 elle jouissait des matrises des glises1 lisait attentivement son guide1 savait toujours o elle tait et1 profondment religieuse1 tait arrive vaincre ses prjugs puritains au point de visiter avec une motion respectueuse le tombeau de saint ,paul et la maison de sainte ,ccile4 ,je crois mme qu'elle finit par monter genoux la ,scala ,santa1 comme toute bonne ,romaine4 ,l'hiver avait pass1 et le soleil du printemps rchauffait doucement l'atmosphre quand nous gravmes les monts ,albains pour descendre dans la valle au-dessous de ,la ,riccia1 que j'ai dcrite dans l'un des chapitres les plus souvent cits des ,modern ,painters4 ,mon journal dit3 ,un abme1 et sur la colline oppose un autre village haut perch1 avec le clocher et le toit de son glise formant un groupe trs russi4 ,un hrissement d'arbres descendait jusqu'au fond du ravin d'o s'lanait prs de moi1 en clair sur le fond d'ombre1 la paroi grise d'un rocher merveilleusement brod de lichens aux mille couleurs4 ,suivent encore quelques phrases du mme genre1 et puis une description des marais ,pontins o j'insiste beaucoup sur les taches mouvantes que mettent et l les grands troupeaux noirs1 les vols de mouettes blanches1 les cochons aux soies hrisses1 les oiseaux de toutes sortes1 chassiers et plongeurs en nombre incalculable4 ,il est extrmement intressant1 au moins pour moi1 de voir qu' cette poque o je ne faisais encore que des croquis au crayon1 c'tait surtout la couleur qui me frappait3 je voyais les choses d'abord en couleur1 comme elles doivent tre vues4 ,certains dtails du voyage de ,mola ,naples1 sur lesquels je me permets d'insister1 prouvent la constante proccupation d'exactitude qui fait le fond des principes que j'ai formuls1 plus tard1 dans ,modern ,pointers1 bien qu' cette poque je n'eusse pas la plus lgre ide d'crire ce livre1 ni aucun autre1 et que je prisse ces notes uniquement pour me souvenir de ce que je voyais1 et sans me proccuper de savoir si elles me serviraient autre chose4 ,naples1 #i janvier 7#ahda74--,pendant que je m'habillais hier ,mola auprs de la fentre1 j'ai vu le soleil se lever au milieu des brumes qui montaient de la mer2 le petit bois d'orangers qui descend en pente douce vers la plage rougissait sous ses caresses2 ,gate1 en face1 tincelait sur son promontoire4 ,j'ai couru la terrasse1 un petit toit de zinc orn d'orangers et de figuiers d',inde en pots4 ,au bord de la mer s'levaient des montagnes qui rappelaient celles du ,skiddaw1 avec des ravins semblables ceux du ,saddleback2 les hauts sommets tincelaient sous la neige frachement tombe1 le plus lev effleur par un blanc nuage lger et rapide#eb4 ,plus prs1 les montagnes s'amollissaient en masses vertes et unies comme les collines de ,malvern1 sauf que leurs sommets taient couverts d'oliviers et festonns de vignes2 on aperoit le village de ,mola avec ses murs blancs et ses toits plats1 au-dessus des oliviers1 dans de lgres vapeurs de fume bleue2 au loin1 une autre chane de montagnes court vers la mer4 ,l'air tait un peu frais1 mais si pur et si doux1 si charg de parfum d'orangers que l'on se serait cru au printemps1 non en janvier4 ,le temps menaait1 mais le soleil nous resta fidle pendant la traverse du village2 rues troites1 pittoresques et colores1 qui descendent vers la mer1 puis1 ctoyant un prcipice dont la neige tait blouissante sous le soleil qui montait1 et entre des haies de myrtes1 nous entrons dans la plaine de ,garigliano4 ,un gros nuage charg de pluie courait#ec aprs nous1 nous gagnant de vitesse1 s'abaissant petit petit1 couvrant bientt tout le bleu du ciel jusqu' ne plus laisser qu'une troite bande d'un bleu ambr#ed derrire les ,apennins2 les montagnes plus proches taient maintenant plonges dans une ombre profonde1 ombre de pourpre--les neiges au loin d'abord embrases et donnant la plus forte lumire du paysage1 puis sombres contre le ciel clair2 des masses grises au-dessus1 lugubres1 laves de pluie par endroits2 au-dessous1 un bouquet de saules qui se dtachaient contre un fond pourpre1 un peu jaune d',inde1 un peu tachet de rouge4 ,puis c'taient les ruines d'un aqueduc dont les murs portaient encore des traces de mosaque2 ses arches encadraient des collines et de belles prairies dont la verdure frache se mlait l'or des saules4 ,capoue1 nous perdmes du temps la ,douane1 maudite douane2 nous avions subi le mme ennui ,garigliano o des mendiants hurlants s'taient rus sur nous 7,caff del ,giglio d',oro74 ,je vois encore un gamin1 un vrai singe1 perch sur l'paule d'un autre gamin et qui faisait claquer ses mchoires en se donnant de grands coups de poing4 ,le pays1 partir de ,garigliano1 est absolument plat2 la voiture filait entre les festons de vigne accrochs aux ormes2 la route tait parfaitement droite et toute dchire par une pluie diluvienne4 ,la nuit venait1 j'tais horriblement fatigu2 de temps autre1 entre les nues orageuses qui fuyaient1 on apercevait un lambeau de ciel bleu ou encore deux ou trois pures toiles qui cherchaient percer les lourdes masses noires4 ,des clairs sillonnaient le ciel quand nous approchmes des portes de ,naples1 o nous fmes encore retards par la ,douane et le visa de nos passeports4 ,j'tais arriv un tel degr de fatigue1 si exaspr1 si transi1 que j'tais prs de pleurer4 ,ce n'tait pas ainsi que j'avais rv entrer ,naples6 ,aurais-je jamais pens1 lorsque1 assis dans mon coin familier de ,herne ,hill1 je soupirais aprs la neige lumineuse des montagnes1 aprs une feuille d'oranger1 que j'arriverais ,naples d'aussi mchante humeur que si j'avais pass ma journe a ,londres8 ,mille fois plus encore6 ,depuis plus de dix ans1 grce ma passion gologique1 je connaissais fond la structure et l'aspect du ,vsuve et du mont ,somma4 ,friendship's ,offering et ,forget me not1 l'poque de ,leoni le bandit1 m'avaient aussi donn d'utiles notions sur la baie de ,naples4 ,mais les formes admirables du mont ,saint-,ange et de ,capri taient toutes nouvelles pour moi1 et la pense que je me trouvais l1 en prsence de forces souterraines inconnues1 m'emplit d'une motion profonde2 pourtant le ,vsuve tait calme1 et les lentes volutions du nuage blanc suspendu au-dessus de son cratre ressemblaient celles d'un simple nuage d'orage4 ,la premire vue des ,alpes avait t pour moi la rvlation directe de la prsence d'une puissance cratrice bienfaisante4 ,mais depuis longtemps1 dans les forces volcaniques et destructrices1 ,homre m'avait appris reconnatre--et ma raison m'avait confirm dans cette pense--sinon l',esprit du mal en personne1 tout au moins le symbole du mal non rachet1 un monde en dehors des conditions atmosphriques1 orages1 chaleurs1 geles1 d'o dpend le cours normal de la vie organique4 ,et de mme que les neiges et les roses des ,alpes ,lauterbrunnen reprsentaient pour moi le ,paradis1 de mme cette valle de cendres1 cette gorge de lave tait l',enfer1 l',enfer visible4 ,et s'il se prsentait ainsi dans l'ordre naturel1 pourquoi serait-il autre dans l'ordre surnaturel8 ,je n'avais pas encore lu une seule ligne du ,dante4 ,ds que je connus ces vers3 ,vespero gi col dov' sepolto ,lo corpo dentro al quale io facea ombra3 ,napoli l'ha1 e da ,brandizio tolto#ee non seulement ,naples1 mais l',italie tout entire1 s'claira cette flamme sacre4 ,ds lors1 les quelques vers de ,virgile que je savais s'illuminrent tout coup2 j'en compris la vrit en voyant le lac sans oiseaux4 moi aussi la voix enseigna la loi de vie ternelle3 ,nec te ,nequidquam lucis ,hecate prfecit ,avernis ,les lgendes devenaient vrit--elles commenaient le devenir plutt1 devrais-je dire2 tout un cortge de penses se faisaient jour qui ne devaient prendre corps que quarante ans plus tard et qui1 dans leur premire closion1 ne m'apportaient que tristesse et dsappointement4 ,il y avait donc des endroits comme ceux-l1 et o les ,sibylles vivaient6 ,mais est-ce l tout8 ,horribles1 oui1 ces terrains convulss1 ce lac de soufre bouillant1 la grotte du ,chien avec son sol bas1 son air lourd1 empest1 si lourd qu'il semblait qu'on pt l'agiter avec la main4 ,horrible1 ignoble1 et quand on pense que c'est la ,delphes de l',italie6 ,les merveilles1 les splendeurs de ces les et de ces mers1 je les voyais1 comme c'tait dj mon habitude1 sans qu'un seul de leurs dfauts m'chappt4 ,le voyageur anglais ordinaire1 auquel il est donn de cueillir une grappe de raisin1 et auquel une jolie fille aux yeux noirs apporte sa bouteille de vin de ,falerne1 n'en demande pas davantage--en ce monde ou dans l'autre--et il dclare que ,naples est le ,paradis4 ,pour moi1 hlas6 ds que mes pieds foulrent les cendres volcaniques1 je compris qu'il n'y a pas de perfection possible1 de forme ou de couleur1 pour une montagne1 quand tout y est scories4 ,comment admirer une mer1 si bleue qu'elle soit1 quand elle vient mourir sur un sable noir8 ,je constatai aussi avec une colre bien lgitime l'pouvantable ngligence des pouvoirs publics--que ,mr ,gladstone avait signale propos des prisons napolitaines4 ,mais ni lui1 ni aucun autre ,anglais1 que je sache1 en dehors de ,byron et de moi1 ne virent que les ,apennins se dressaient comme un mur de prison et faisaient de la vie moderne en ,italie une honte et un crime3 crime la fois contre l'honneur de ses anctres et la bont de son ,dieu4 ,mais en mme temps que j'tais vivement frapp par les dfauts d'autrui une sorte d'clair volcanique1 grce ,dieu1 me rvla les miens4 ,le sentiment que ,naples et son beau golfe ne pouvaient rien me dire1 dans l'tat de maladie et de tristesse o je me trouvais1 me fut douloureux2 je me le reprochai2 l'enveloppe de la chrysalide commenait craquer de place en place1 non sans profit1 et je dis adieu aux derniers contours du mont ,saint-,ange qui disparaissait au sud1 en songeant vaguement m'amliorer l'avenir4 ,nous restmes une journe entire ,mola di ,gaeta afin de me permettre de dessiner le chteau d',itri4 ,on nous avait laiss entendre qu',itri n'avait pas bonne rputation2 mais nous nous tions refuss croire qu'un aussi joli endroit pt offrir quelque danger1 et nous nous y tions fait conduire pour y passer la journe4 ,pendant que je dessinais1 ma mre et ,mary erraient l'aventure2 ,mary savait maintenant quelques mots d'italien1 assez pour sympathiser avec toute ,contadine portant une jolie coiffe ou un beau baby4 ,les voyageurs taient rares ,itri1 je ne crois pas qu'on y et jamais vu d',anglaises2 aussi les ,contadines taient-elles enchantes et elles auraient fait tout au monde pour tre agrables maman et ,mary4 ,je fis un bon croquis et nous regagnmes les bois d'orangers de ,mola1 ravis4 ,nous apprmes plus tard que la population d',itri est tout entire compose de bandits2 de ce jour1 nous n'avons plus jamais eu peur des bandits4 ,nous passmes la journe du dimanche ,albano4 ,dans la matine nous fmes une longue promenade1 mon pre1 manire1 ,mary et moi1 dans les bois de chnes verts des alentours4 ,depuis plusieurs semaines dj1 je ne toussais plus1 je pouvais marcher sans fatigue2 je jouissais d'une scurit relative lorsque1 tout coup1 pendant cette promenade bien paisible pourtant1 la toux reprit et je constatai que le mouchoir que j'avais port mes lvres tait tach de sang6 ,je m'assis sur le talus1 au bord de la route1 et je vis devant moi mon pre trs ple4 ,nous regagnmes l'auberge pas lents et mon pauvre pre1 s'tant procur une sorte de carriole lgre1 se mit en route pour aller lui-mme ,rome chercher le docteur4 ,j'ai bien souvent song1 avec mlancolie1 aux motions douloureuses qui avaient d treindre le tendre cur paternel pendant cette longue course1 dix-huit milles travers la campagne romaine4 ,le bon ,dr ,gloag le rassura et revint avec lui4 ,mais il n'y avait pas grand'chose dire ou faire4 ,ces petites crises taient naturelles au printemps1 il fallait seulement redoubler de prudence4 ,ma mre ne perdit pas courage4 ,le lendemain1 nous rentrions ,rome2 et depuis ce temps la toux ne m'a plus incommod4 ,vers ,pques1 le temps fut admirable4 ,j'assistai la ,bndiction1 je m'assis la nuit tombante en face du chteau ,saint-,ange1 je vis le dme de ,saint-,pierre tinceler et le chteau tendre sur le ciel un grand voile de feu4 ,j'emportai de cette dernire vision de ,rome bien des penses qui ont mri lentement depuis2 des penses qui m'ont surtout convaincu que l'esprit protestant tait mesquinement et coupablement born1 ne comprenant rien la signification et au but de la splendeur de l'glise au moyen ge2 et que l'esprit catholique actuel tait mesquinement et coupablement born1 ignorant tout des moyens par lesquels il pourrait toucher l'me italienne plutt que ses yeux4 ,en rouvrant1 ces jours-ci1 le livre que mon professeur de ,christ ,church1 ,walter ,brown1 m'avait recommand comme le code le plus prcieux de la sagesse religieuse en ,angleterre1 l',histoire naturelle de l',enthousiasme1 je suis tomb par hasard sur ce passage qui a d1 j'imagine1 tre un des premiers branler la satisfaction confiante de mon puritanisme4 ,depuis1 j'ai lu un grand nombre de livres de thologie1 mais je n'ai trouv nulle part un exemple plus terrifiant d'absence la fois de charit et d'intelligence3 ,si l'on pouvait oublier un instant que chaque cloche1 chaque vase sacr1 chaque ornement du rite romain recle un pige tendu la libert et au bonheur de l'humanit1 que son or1 ses perles1 ses belles draperies sont des parures de mort ternelle2 et si l'on compare tout cet appareil aux horreurs et aux ignominies des anciens rites polythistes1 il semble que l'on puisse rendre grce ceux qui l'ont imagin4 ,posie1 effets scniques1 tout a t mis en uvre par le got et le gnie des artistes italiens pour composer un spectacle qui laisse les plus magnifiques crmonies du culte des idoles en ,grce et ,rome bien loin derrire lui4 ,et cependant1 je ne me souviens pas distinctement d'avoir t choqu par ce passage4 ,il me semble mme que certains points de ce livre m'avaient plu2 il est vrai que j'avais sur son auteur1 et sur tous les auteurs du mme genre1 l'avantage de savoir distinguer l'art sincre de l'art menteur1 une foi heureuse d'un insolent dogmatisme4 ,je savais que les voix qui chantaient la ,trinit di ,monte n'taient pas des voix de mensonge1 et que la multitude qui s'agenouillait devant le ,pontife se relevait meilleure et plus forte aprs avoir reu sa bndiction4 ,bien que j'eusse pu1 le beau temps aidant1 assister sans danger aux crmonies de la ,semaine ,sainte1 je j'avais pas retir grand bnfice1 comme sant1 de mon hiver ,rome4 ,j'tais trs dcourag et les premires tapes du retour par ,terni et ,foligno furent assez mlancoliques2 la nuit que nous passmes ,terni1 particulirement triste4 ,car vers le soir1 comme nous rentrions l'htel aprs avoir t jusqu'aux ,cascades1 le domestique d'un jeune ,anglais demanda nous parler4 ,il tait seul avec son matre qui brusquement tait tomb malade1 trs malade4 ,mon pre voudrait-il venir le voir8 ,mon pre y alla et se trouva en prsence d'un trs beau garon1 un cossais de vingt-trois ou vingt-quatre ans1 qui se mourait4 ,il mourut en effet dans la nuit et nous pmes rendre quelques services au malheureux serviteur qui tait au dsespoir4 ,j'oublie maintenant si nous avons jamais su qui tait ce jeune homme4 ,je trouve pourtant son nom inscrit dans mon journal1 ,farquharson1 mais rien de plus4 mesure que nous montions vers le nord et que nous quittions les rgions volcaniques1 je reprenais courage2 ,venise1 ,venise l'enchanteresse1 m'apparaissait dans le lointain avec toutes ses sductions4 ,je n'avais vu ,venise qu'une seule fois1 six ans auparavant1 quand je n'tais encore qu'un enfant4 ,que le conte de fe se ralist aujourd'hui1 je pouvais peine le croire1 et le dpart par la porte de ,padoue1 au matin1 avec la pense que ,venise--du moins des gens dignes de foi l'assuraient--tait l1 de l'autre ct1 dans la mer3 comment exprimer l'motion ressentie6 ,je n'imagine pas encore la rponse que le lecteur a pu faire la question que je lui posais au dbut de ce chapitre3 ,trouve-t-il que je sois un garon heureux ou malheureux8 ,s'il s'agit de la vie future1 en ce monde ou dans l'autre1 de la personnalit venir dans l'un comme dans l'autre1 il pourrait y avoir deux opinions cet gard1 et mme trois4 ,ce qui est certain1 c'est qu'en fait de bonheur j'accaparais moi seul la part de deux cent cinquante mille personnes ordinaires4 ,je dis personnes1 non pas garons4 ,je ne sais pas en quoi consiste le plaisir que trouvent les garons jouer au cricket1 canoter1 tuer des oiseaux coups de pierres ou coups de carabine4 ,mais pour les gens ordinaires1 marchands1 employs1 hommes de ,bourse et de ,club1 certainement il n'y avait pas de comparaison entre la somme de bonheur dont je jouissais et la leur2 bonheur suivi1 cela va sans dire1 de moments de lassitude ou de satit1 et en partie compens par des contrarits1 des dsespoirs propos de choses qui n'auraient certainement contrari personne d'autre que moi2 mais un bonheur incontestablement1 infiniment prcieux en soi et complet1 propos duquel on aurait pu dire ce que disait ,sydney ,smith ayant mang sa salade3 ,je suis l'abri des coups du ,destin2 j'ai dn aujourd'hui4 ,les deux chapitres dont l'un termine le premier et l'autre ouvre le second volume des ,stones of ,venice furent crits1 je m'en aperois en les relisant1 sous l'impression mlancolique des vnements de #aheb et avec le dsir d'indiquer trs honntement aux voyageurs ce qui mrite d'tre vu4 ,je n'essaie pas d'y retracer mes joies de #ahce et de #ahda1 alors qu'on ne songeait pas construire un pont de chemin de fer et que tout1 la marcageuse ,brenta1 la moindre villa1 une chausse poussireuse1 une plage de sable1 me ravissait1 par cette matine o nous vmes ,venise surgir devant nous2 et le noir chapelet des gondoles1 dans le canal de ,mestre1 tait mes yeux plus beau qu'un lever de soleil au milieu de nuages de pourpre et d'or4 ,mais comment l'exprimer8 ,comment mme me l'expliquer1 l'esprit anglais1 cultiv ou non1 tant incapable de sentir ce genre d'motion4 ,sir ,philippe ,sydney va ,venise et il n'a pas l'air de s'apercevoir que ,venise est dans la mer4 ,lady ,elisabeth ,craven1 en #aghi1 s'attendait trouver une jolie ville proprette avec des quais le long de ses canaux et fut extrmement dsappointe3 ,les maisons baignent dans l'eau1 elles sont sales et paraissent tout fait inconfortables2 les innombrables gondoles1 qui ont l'air de cercueils flottants1 ajoutent la tristesse de l'ensemble et1 je l'avoue1 ,venise1 l'arrive1 m'a fait une impression d'horreur plutt que de joie4 ,sur quoi elle s'en va aux ,cascine et se trouve parfaitement heureuse4 ,il ne semble pas qu'elle ait jamais lu ni le ,marchand1 ni ,othello4 ,evelyn ne les a pas lus davantage2 pourtant1 de son temps comme de celui de ,sidney1 la ,venise d',othello et d',antonio n'tait pas encore tout fait morte4 ,ma ,venise1 comme celle de ,turner1 c'tait surtout ,byron qui l'avait cre1 mais il s'y ajoutait encore pour moi la joie enfantine de voir des bateaux glisser sur des eaux claires4 ,j'prouvais un bonheur inexprimable regarder la pointe de la gondole pntrer sous la porte de ,danieli mare haute1 quand l'eau avait deux pieds de profondeur au bas de l'escalier1 et1 tout le long des rives du canal1 de vrais murs de marbre sortir de la mer1 couverts l'extrieur de milliers de petits crabes et l'intrieur de ,titiens4 ,du #f au #af mai1 je pris des notes sur des effets de lumire qui me servirent plus tard dans ,modern ,painters1 et j'excutai deux dessins au crayon1 ,ca ,contarini ,fasan et l',escalier des ,gants qui1 avec deux dessins faits ,bologne en passant1 et une demi-douzaine ,naples et ,amalfi sont--je puis le dire1 quarante ans plus tard--de trs bons dessins4 ,je n'avais aucune notion de l'architecture proprement dite1 je n'avais jamais dessin un plan1 une coupe1 un ornement2 mais j'adorais1 comme ,turner jusqu' la fin de ses jours1 tout ce qui tait gracieux et riche1 que ce ft ,gothique ou ,renaissance2 mon coup de crayon tait parfaitement sr et dlicat1 je dessinais avec une fidlit scrupuleuse1 mettant ma joie reproduire les choses telles qu'elles taient2 et c'est ce qui donne la vie un dessin1 ce qui fait qu'il est exact de point en point4 ,cela1 au moins1 tait dans mes moyens et je le fis ici pour la dernire fois4 ,l'anne suivante1 j'essayai de faire ce que je n'tais pas capable de faire1 et j'ai continu1 hlas6 usant la moiti de mes jours cette besogne ingrate4 ,je trouve une phrase dans mon journal du #f mai qui semble en contradiction avec ce que j'ai dit plus haut des centres de mon travail3 ,dieu soit bni1 je suis ici2 c'est le ,paradis444 ,venise et ,chamonix sont les deux bornes de la terre pour moi4 ,il est vrai qu'alors1 je ne connaissais ni ,rouen1 ni ,pise1 bien que j'eusse vu l'une et l'autre4 7,quand j'ai cit ,genve1 avec ,rouen et ,pise1 cela comprenait dans ma pense ,chamonix47 ,venise1 continue le journal1 est un mirage1 un miroir qui reflte des toiles4 ,ses clairs de lune sont capables de tourner la tte aux gens les plus sages quand ils laissent de longues tranes lumineuses sur les eaux grises4 ,de ,venise par ,padoue1 o ,saint-,antoine1 par ,milan o le ,dme taient encore pour moi de purs chefs-d'uvre2 puis ,turin1 et ,suse4 ,ma sant s'amliorait1 la vue seule des ,alpes me fit du bien et les brises qui en venaient semblaient me rendre mes forces4 ,nous passmes le ,mont ,cenis pour la premire fois4 ,je m'veillai d'un lourd sommeil1 le matin du #b juin #ahda1 dans une toute petite chambre de ,lans-le-,bourg1 vers six heures du matin2 au nord1 les aiguilles rouges se dtachaient sur le bleu du ciel1 l'immense pyramide couverte de neige s'tendait jusqu' la valle1 nappe blouissante4 ,je m'habillai en trois minutes1 je courus l'extrmit du village1 je traversai la rivire et je gravis la pente gazonne qui monte du ct sud jusqu'aux premiers pins4 ,je renaissais4 ,la vie s'ouvrait de nouveau devant moi avec tout ce qu'elle a de meilleur3 sentiment religieux1 amour1 admiration1 esprance2 tout ce que je savais1 tout ce qu'il y avait au plus profond de mon tre1 tressaillait cette heure2 et l'uvre que je voulais faire1 et que les hasards de ma vie venir ont servie1 se prcisa1 fut dtermine1 si je puis dire1 en cette minute4 ,plein de reconnaissance1 je rentrai1 j'allai trouver mon pre et ma mre et je leur dis que j'tais sr maintenant de gurir4 ,les docteurs s'taient absolument tromps sur mon cas4 ,j'avais surtout besoin de grand air1 d'un air vivifiant1 d'exercice1 de repos1 sans aucune excitation artificielle4 ,l'air de la campagne romaine tait dtestable pour moi et la vie de ,rome la plus mauvaise que je pusse mener4 ,les trois passages suivants de mon journal1 qui ont pris une grande signification par la suite1 peuvent servir de conclusion ce chapitre qui1 je le crains1 aura paru mon lecteur bien ennuyeux3 ,i4 ,genve1 #e juin4--,arriv hier de ,chambry2 un vent frais du nord chassait la poussire4 ,ravi de la grce d'une jeune femme1 la femme d'un confiseur1 dans une petite ville que nous traversions1 et laquelle je demandai une livre de biscuits de ,savoie4 ,mais1 ,monsieur1 une livre sera un peu volumineuse6 ,je vous en donnerai la moiti2 vous verrez si cela vous suffira444 ,ah6 ,louise 7ceci s'adressait une petite personne aux yeux brillants1 qui s'agitait dans l'arrire-boutique et exprimait son mcontentement de faon bruyante71 si tu n'es pas sage1 tu vas savoir#ef4 ,tout cela si gaiement1 si gentiment6--,arriv ici par une dlicieuse aprs-midi1 vers l'heure du coucher du soleil4 ,les prairies taient si vertes1 la ,salve si brillante1 le ,rhne si tumultueux1 le lointain ,jura si beau que j'tais prt faire le vu de ne jamais remettre les pieds en ,italie4 ,,ii4 #f juin4--,pluie verse toute la journe2 sermon improvis et pniblement dbit par un jeune homme qui n'avait pas de voix1 dans une petite chapelle dont les votes blanches s'emplissaient du bruit d'un orgue strident et de cantiques en mauvais vers4 ,que de fois1 le dimanche matin1 aux mmes heures1 j'ai t pris de remords1 j'ai dcid de secouer ma paresse et de faire un effort pour m'instruire de faon ou d'autre1 de me fortifier physiquement1 de me vouer quelque uvre utile au lieu de ne songer qu' passer agrablement le temps4 ,cette impression m'est venue trs intense aujourd'hui et je donnerais tout au monde pour qu'elle ne s'effat pas4 ,hlas6 ces motions ne sont jamais durables chez moi2 le lendemain1 je n'y pense plus4 ,,iii4 #aa dcembre #ahdb4--;,c'est bien trange1 mais j'ai prouv les mmes motions1 les mmes remords1 dans cette mme petite glise1 l'anne suivante1 et ce fut l'origine de mon travail sur ,turner4 ,note #ea3 ,en franais dans le texte4 ,note #eb3 remarquer que je voyais instantanment le pas du nuage--le travail de ,cli ,enarrant ayant t vraiment commenc longtemps auparavant4--,noter aussi1 un peu plus loin1 le nuage de pluie4 ,note #ec3 ,cette course1 cette chasse du nuage de pluie s'oppose dans mes dernires confrences sur le ciel1 la formation de la nue de pluie dans tout l'atmosphre sous l'influence du vent4 ,note #ed3 ,un bleu des plus ples1 transparent1 qui se fond en or4 ,note #ee3 ,c'est ,virgile qui parle et qui dit3 cette heure 7une heure aprs le lever du soleil au ,purgatoire7 il fait soir l-bas 7dans l',italie mridionale7 o est enterr mon corps1 l'intrieur duquel je faisais ombre 7sur la terre lorsque j'tais vivant74 ,naples le possde maintenant2 il y a t apport de ,brindisi4 ,virgile1 dit-on1 mourut ,brindisi et son corps1 par ordre d',auguste1 fut port ,naples4 ,purgatoire4 ,chant ,,iii4 7,note du traducteur47 ,note #ef3 ,en franais dans le texte4--,note du traducteur4 ,,chapitre ,,xvi ,,fontainebleau ,le #bi juin1 nous tions ,rochester2 nous passmes un mois la maison peser1 tudier ce qu'il y avait de mieux faire pour ma sant4 ,depuis cette matine de ,lans-le-,bourg1 j'tais convaincu que1 si je pouvais vivre ma guise en respirant l'air des montagnes1 je serais vite sur pied4 ,on prit l'avis des mdecins de ,londres2 il fut dcid que le mieux tait de me laisser faire et1 sous la seule condition d'emmener ,richard ,fall1 papa et maman consentirent ce premier voyage d'indpendance4 ,je me mis donc en route au commencement d'aot1 me dirigeant vers le ,pays de ,galles4 ,j'avais promis mes parents de passer par ,leamington pour y consulter une sommit mdicale1 le ,dr ,jephson2 la ,facult1 on le qualifiait volontiers de charlatan1 mais il nous avait t chaudement recommand par des amis en qui nous avions grande confiance4 ,jephson n'avait rien du charlatan3 c'tait un homme de la plus haute valeur1 qui possdait toutes les qualits qui font les grands mdecins4 ,ses dbuts avaient t modestes3 employ dans une pharmacie1 il avait fini1 grce un travail acharn joint une facult d'observation tout fait remarquable1 par devenir le premier mdecin de ,leamington2 et c'est1 je puis le dire1 le seul vrai mdecin que j'aie jamais connu avant ,sir ,william ,gull4 ,il m'examina1 m'ausculta pendant plus de dix minutes1 puis me dit3 ,installez-vous ici1 et dans six semaines1 si vous faites ce que je vous dis1 vous serez guri4 ,je lui dclarai qu'il n'tait nullement dans mes intentions de m'arrter ,leamington1 que j'allais dans le pays de ,galles1 mais que je ne demandais pas mieux de suivre1 l-bas1 les conseils qu'il lui plairait de me donner4 ,non1 non1 fit-il1 il faut que vous restiez ici1 sinon1 je ne m'occupe pas de vous4 ,ceci sentait un peu le charlatanisme2 je le saluai et continuai mon voyage aprs avoir crit la maison le rcit dtaill de mon entrevue4 ,pont-y-,monach1 je trouvai une lettre de mon pre m'ordonnant de retourner immdiatement ,leamington et de me mettre entre les mains du ,dr ,jephson4 ,en consquence1 ,richard s'en alla seul ,snowdon et moi je repris le premier courrier en sens inverse1 et me prsentai devant le docteur1 l'oreille basse4 ,il m'envoya loger dans un tout petit appartement o je menai pendant six semaines une vie toute nouvelle pour moi2 vie contre laquelle je pestais1 comme le prouve mon journal de l'poque1 mais qui1 en fin de compte1 ne m'a pas laiss de mauvais souvenirs4 ,l'eau sale des sources le matin1 du fer deux fois par jour2 au djeuner de huit heures1 du th aux herbes2 au dner d'une heure et au souper de six heures1 de la viande1 du pain et de l'eau1 seulement de l'eau2 poisson1 viande de boucherie ou volaille mon choix1 pourvu qu'il n'y et jamais qu'un plat de viande2 ni lgumes1 ni fruits4 ,une promenade le matin1 une l'aprs-midi et se coucher de bonne heure4 ,tel tait le rgime auquel j'tais condamn et qui contrastait avec mes habitudes plus sybaritiques4 ,je suivis docilement les ordonnances du docteur1 trouvant encore la vie bonne dans ces conditions1 et l'espoir de la voir se prolonger particulirement intressant4 ,la situation1 quoique grotesque et prosaque1 n'tait pas sans intrt4 ,j'habitais une maison meuble1 une petite maison de briques1 dans la rue4444 qui donnait sur une espce de pturage1 de terrain vague1 entour d'une palissade en mauvais tat2 de l'autre ct de l'enclos1 la ,leam coulait1 bourbeuse et somnolente1 garnie de ronces sur sa rive oppose2 le long de la rue1 c'tait d'abord toute une suite de boutiques misrables1 puis une picerie plus aristocratique1 un ou deux merciers1 et enfin le cabinet de lecture et la ,pump-,room4 ,aprs la baie de ,naples1 le ,mont ,aventin et la place ,saint-,marc1 c'tait comme un de ces changements de dcors tels qu'on en voit au thtre dans les feries4 ,ce qui est bizarre1 c'est que moi qui m'tais senti d'une tristesse mortelle en face du ,mont ,aventin1 je n'prouvais ici aucune disposition la mlancolie2 j'tais plutt amus1 et j'avais surtout le sentiment trs agrable qu'enfin les choses s'arrangeaient au moins pour moi1 bien que ce que j'avais sous les yeux ft loin d'tre aussi grandiose que ,peckwater ni aussi joli que la place ,saint-,marc4 ,mais je me retrouvais1 aprs tout1 mon niveau de ,croydon2 je pouvais faire ce qui me plaisait1 et je n'tais pas oblig de prparer des examens4 ,la premire chose que je fis fut d'aller chez le libraire prendre un livre1 car je voulais travailler4 ,aprs mre rflexion1 je me dcidai pour les ,poissons fossiles1 d',agassiz2 et je me mis compter des cailles1 apprendre par cur des noms impossibles1 avec l'ide que cela me ferait faire de grands progrs en gologie4 ,je me procurai aussi quelques ,marryat et quelques pains de couleur afin de finir un dessin dans la grande manire de ,turner1 le chteau d',amboise au coucher du soleil1 avec la lune qui se lve l'horizon et dont le sillage lumineux glisse sous l'arche d'un pont4 ,je n'ai pas fait une dpense inutile le jour o j'ai achet les ,poissons fossiles1 car ce livre m'a permis de constater1 aprs avoir pass de longues heures l'tudier1 qu',agassiz tait un pur imbcile d'avoir gaspill son argent faire dessiner1 et trs bien dessiner1 ces horreurs dont personne ne se souciait de savoir les noms4 ,si j'avais pens tirer de cette tude un profit quelconque1 c'et t du temps perdu2 ce fut au contraire du temps gagn que de me rendre compte que le temps pass un travail de ce genre tait perdu2 et que de pcher un gardon dans l',avon1 de l'accommoder au got d',isaac ,walton1 en admettant que son fumet pt monter jusqu'au ,paradis des pcheurs1 et t un rsultat prfrable celui de classer1 aprs six semaines de travail1 et de pouvoir nommer1 sans se tromper1 toutes les cailles rcoltes dans toutes les boues du monde4 ,grce ce livre1 j'ai eu la perception exacte des vritables rapports qui existent entre les artistes et ces messieurs de la science4 ,car il n'tait pas douteux pour moi que l'homme de gnie1 dans les ,poissons fossiles1 ne ft le lithographe1 point du tout le savant1 et que le livre aurait d porter le nom de l'artiste1 car ces poissons sont bien ses poissons1 dont ,mr ,agassiz1 en sous-ordre1 n'a fait que compter les cailles et inventer les noms saugrenus4 ,la seconde chose de quelque importance qui se soit accomplie dans le lodging de ,leamington1 c'est le dessin du chteau d',amboise dont j'ai dj parl1 dessin excut de tte et reprsentant le chteau environ sept cents pieds au-dessus de la rivire1 alors qu'il est en ralit quatre-vingts tout au plus1 baign dans la lumire d'un couchant la ,turner2 la lune se lve l'horizon1 une lune la ,turner2 des rampes1 des escaliers de marbre qui n'existent pas descendent jusqu' une rivire la ,turner2 mais la dentelure en pierre de la chapelle de ,saint-,hubert est trs soigneusement dessine ma manire1 que je trouvais sans doute suprieure celle de ,turner4 ,ce dessin1 qui devait illustrer un pome3 ,the ,broken ,chain1 aprs avoir t admirablement grav par ,goodall1 me fut1 ainsi que les vers1 extrmement salutaire en me donnant la preuve que1 sous le rapport de l'imagination1 j'tais un pire sot qu',agassiz lui-mme4 ,cependant1 les jours passaient1 de merveilleux jours d'automne2 les bls taient mrs et une fois que j'avais laiss derrire moi l'enclos1 le ,pump ,room et la ,parade1 j'tais en plein ,warwickshire1 ce ,warwickshire qui a tout le charme du paysage anglais4 ,les tours de ,warwick dominaient les bouquets d'arbres les plus proches2 je pouvais1 en me promenant1 aller jusqu' ,kenilworth ou1 dans une petite voiture attele d'un poney1 gagner en une heure ,stratford2 et1 tout alentour1 c'tait une admirable tendue de pays anglais avec ses collines et ses plaines1 de vraies plaines1 au travers desquelles les rivires coulent paresseusement et o les canaux n'ont que faire d'cluses4 ,c'est au cours de ces paisibles promenades que je me mis regarder attentivement les bluets1 les chardons1 les passe-roses4 ,je vois dans mes notes1 au #ae septembre1 que j'tais en train d'crire le ,king of the ,golden ,river1 que je lisais l',europe1 d',alison1 et la ,chimie de ,turner4 ,ce ,king of the ,river me fait penser1 et j'en rougis1 que je n'ai point encore parl de ,dickens1 dont la jeune gloire n'tait dj plus son aurore4 ,ds l'apparition des ,sketches1 mon pre et moi fmes conquis2 puis ce furent les livraisons de ,pickwick1 et celles de ,nickleby qui firent nos dlices2 nous les attendions avec impatience et1 quelles que fussent les proccupations du jour1 ennuis ou chagrins1 leur lecture nous procurait quelques heures de plaisir sans mlange4 ,dickens1 sans doute1 ne nous apprenait rien qui ne nous ft familier1 mais quel art dans la description6 ,nous connaissions aussi bien que lui les cochers et les valets d'curie et beaucoup mieux encore le ,yorkshire4 ,sa manie pour la caricature1 dans ses crits comme dans leurs illustrations1 l'a plac en dehors de la sphre des auteurs de premier ordre1 c'est pourquoi il n'a pas t dans ma vie un lment d'ducation1 mais seulement de plaisir et de rconfort4 ,le ,king of the ,golden ,river fut crit pour amuser une petite fille2 c'est une assez bonne imitation la fois de ,grimm et de ,dickens1 avec quelques impressions personnelles mles des souvenirs des ,alpes4 ,il a fait le bonheur des enfants1 des enfants sages1 et leur a t salutaire4 ,n'empche que la chose n'a aucune valeur4 ,hlas6 je suis aussi incapable d'crire une histoire que de composer un tableau4 ,jephson tint parole2 au bout de six semaines il me rendit ma libert1 disant--et il avait parfaitement raison--que ma sant tait entre mes mains4 ,il est certain que1 si j'avais continu manger du gigot1 prendre du fer1 si j'avais appris nager dans la mer que j'aimais1 si je m'tais consacr la gologie et la pche des poissons vivants plutt que des fossiles1 je me serais probablement noy1 comme ,charles1 ou que l'on m'aurait trouv un ou deux ans plus tard4 ,on a glacier1 half way up to heaven4 ,taking my final rest#eg4 ,que serait-il arriv8 ,seules les ,parques1 divinits mystrieuses et muettes1 pourraient le dire4 ,pour moi1 je sais seulement ce qui n'aurait pas d arriver2 je sais que1 rendu la libert aprs avoir quitt ,leamington1 je n'aurais pas d me remettre manger des pommes de terre frites et des tartes1 et1 au lieu d'apprendre nager et faire des ascensions1 recommencer crire des vers pathtiques ni1 cette crise trs absurde de ma vie1 essayer de peindre des crpuscules dans la manire de ,turner4 ,je n'tais pas assez sot pour tcher de l'imiter en plein jour1 mais je m'imaginais que je pourrais faire quelque chose dans le genre du ,chteau de ,kenilworth au coucher du soleil1 avec la laitire et la lune4 ,je n'ai point parl de ce que le lecteur considrera sans doute comme l'un des plus grands vnements de ma vie3 ma prsentation ,turner1 par ,mr ,griffilhs1 au dner de ,norwood1 le #bb juin #ahdj4 ,mon journal dit3 ,prsent aujourd'hui l'homme qui1 sans contredit1 est le plus grand homme de notre poque1 le plus grand par l'imagination1 par la science de la mise en scne#eh1 et en mme temps un grand peintre et un grand pote3 ,j4-,m4-,w4 ,turner4 ,on m'avait dit que l'homme tait commun1 bourru1 mme grossier1 pas le moins du monde intellectuel4 ,mais je savais que cela n'tait pas possible et1 en effet1 je me trouvai en prsence d'un homme quelque peu excentrique1 aux manires tranchantes1 le gentleman anglais positif2 de bonne humeur certes1 mais aussi de mauvais caractre1 dtestant les prtentions de toute sorte1 fin1 peut-tre un peu goste1 trs intellectuel1 avec de l'esprit1 mais un esprit qui ne cherche pas briller1 qui se trahit par un mot1 un regard4 ,portrait fort complet1 et trs exact1 si l'on songe qu'il fut crit le soir mme1 aussitt aprs cette premire entrevue4 ,par un hasard assez singulier1 ,kenilworth fut l'une des uvres du matre que ,mr ,griffilhs tira de son portefeuille aprs dner2 ce me fut l'occasion de dire quelques sottises1 de dclarer entre autres que c'tait une des plus puissantes de la srie anglaise1 ce qui dut dplaire ,turner1 car il n'y avait rien qu'il et en horreur comme de voir les gens s'exalter sur tel ou tel dessin particulier4 ,cela signifiait simplement1 pour lui1 qu'ils ne comprenaient rien aux autres4 ,quoi qu'il en soit1 il ne daigna pas ouvrir la bouche et la conversation gnrale se continua comme s'il n'avait pas t l4 ,cependant1 il me souhaita le bonsoir avec bienveillance1 et je ne le revis plus qu' mon retour de ,rome4 ,si seulement il m'et demand de venir le voir le lendemain1 s'il m'et montr un de ses croquis au crayon1 s'il m'et laiss voir comment il posait une teinte6 ,il m'et pargn dix ans de travail et ses dernires annes n'en eussent pas t moins heureuses4 ,mais que faire cela8 ,il n'y a qu' s'incliner et dire3 ,ce n'tait point crit4 ,chaque me a sa bataille livrer avec la malechance et doit dcouvrir pour elle-mme l'invisible4 ,je reviens ,leamington1 o j'essayais de peindre ,amboise dans le crpuscule et o je mditais sur les ,poissons fossiles et sur ,michel-,ange4 ,mon traitement termin1 j'allai passer quelques jours chez mon ancien professeur ,walter ,brown1 qui tait maintenant recteur de ,wendlebury1 petit village situ dans les plaines1 onze milles d',oxford4 ,je dis bien des plaines1 non des marais3 de beaux pturages salubres1 coups de haies avec ici et l une meule et une barrire4 ,le village se composait d'une douzaine de maisonnettes couvertes de chaume1 et du presbytre1 un btiment carr qui s'levait au milieu d'un jardin4 ,l'glise1 toute proche1 avait peine quatre mtres de haut sur vingt de long2 elle se terminait par une tour carre surmonte d'un coq qui servait de girouette4 ,le bon ,walter ,brown1 aprs avoir pous une femme excellente1 ni belle ni jeune mais pleine de vertus1 tait venu s'installera ,wendlebury pour travailler au salut de ses habitants2 point n'tait besoin1 pour cela1 de tant de science et de dons si rares6 ,il s'tait mis pourtant de tout cur l'ouvrage1 bchait lui-mme son jardin et prenait en pension un ou deux coliers qu'il prparait aux examens d',oxford4 ses moments perdus1 il tudiait l',histoire naturelle de l',enthousiasme2 il vcut ainsi heureux et satisfait jusqu' la fin de ses jours4 ,comme je le voyais trs fier de son glise et de son coq1 je lui en fis un dessin o je mis tous mes soins2 j'avais choisi l'heure du coucher du soleil et l'heure aussi o la lune se levait derrire l'glise4 ,il se rcria un peu d'abord1 dclarant que j'avais mis le ciel l'envers1 avec les teintes bleues les plus fonces en bas1 de manire bien faire ressortir l'glise2 mais1 pour une raison ou pour une autre1 je commenais avoir de l'autorit1 et on pensait qu'en fait de dessin on ne pouvait pas m'en remontrer4 ,ce bon ,brown avait la patience de m'couter pendant des heures prorer sur ,michel-,ange et expliquer la srie des gravures du ,jugement ,dernier que j'avais rapportes de ,rome1 o les muscles tracs sur le corps rappellent les lignes de chemin de fer sur une carte de gographie2 je m'en tonne aujourd'hui1 et cela me parat tenir du miracle4 cette heure o je sais quelque chose1 je ne rencontre plus de gens aussi doux ni aussi patients4 ,mr et ,mrs ,brown se montrrent1 tous gards1 excellents pour moi2 ils semblaient heureux de m'avoir4 ,peut-tre n'y avait-il l que de la politesse1 car je ne vois pas trop ce que l'on pouvait trouver d'agrable en moi cette poque1 si ce n'est le dsir que j'ai toujours eu de plaire1 autant que je pouvais le faire honntement1 et de dire ce qui pouvait faire plaisir mon interlocuteur4 ,en quittant ,wendlebury1 je rentrai la maison pour achever1 avec l'aide de ,gordon1 la prparation de mon examen du printemps4 ,je trouve dans mon journal cette note3 #af novembre #ahda1 ,herne ,hill4--,enfin1 j'ai termin mes rangements2 me voil rinstall1 je me remettrai au travail demain matin avec mthode1 mais sans excs4 ,m'installer1 arranger mon intrieur a toujours t pour moi1 tous les ges1 un trs grand plaisir2 mais1 hlas6 je ne suis jamais arriv maintenir1 pendant plus de trois jours1 l'ordre obtenu avec tant de peine4 ,le #ag novembre1 je relve ceci3 ,pourquoi la gele blanche se forme-t-elle en plus larges cristaux sur les nervures des feuilles et sur les bords que sur les autres endroits1 c'est--dire sur les autres parties de la feuille8 question que j'avais cru poser pour la premire fois dans mon tude de #ahgi sur la glace et qui n'a point encore reu de rponse4 ,la note du lendemain mrite aussi d'tre conserve3 ,suis dans l'admiration de ,clementina dans ,sir ,charles ,grandison2 n'ai jamais rien lu qui m'ait fait une si profonde impression2 pour le moment1 je suis tent de mettre cette uvre au-dessus de toutes les uvres de fiction que je connais4 ,c'est trs1 trs beau1 et il me semble que je n'ai jamais rien lu qui ait produit sur moi un effet plus salutaire4 ,c'est cette poque que je pris mes premires leons avec ,harding1 leons dlicieuses1 bien que je me rendisse compte de ce qui lui manquait4 ,mais c'tait charmant de le voir dessiner1 et jusqu' un certain point1 et certains gards1 c'tait la perfection4 ,il connaissait bien la structure1 la forme des arbres1 il les avait regards1 vus1 et bien vus1 et rendus avec sincrit et originalit4 ,il ne fallait pas1 par exemple1 lui parler de la vieille cole hollandaise1 il l'avait en horreur2 et c'est lui1 je crois1 qui le premier m'a dclar qu'il n'y avait l que des ivrognes1 des joueurs1 des dbauchs qui se plaisaient aux ralits de la taverne plus encore qu' leur reproduction4 ,ides toutes nouvelles1 qui m'ouvraient des horizons et ne pouvaient avoir sur moi qu'une trs salutaire influence4 ,ainsi commena l'anne #ahdb4 ,ses brumes matinales me rservaient bien des surprises4 ,c'est au printemps de #ahdb que s'opra dans l'esprit de ,turner une grande rvolution4 ,non seulement il tait dcid faire dsormais des aquarelles qui lui plussent1 mais encore qui pussent se vendre4 ,il remit ,mr ,griffilhs quinze esquisses dont il se proposait d'excuter les aquarelles4 ,il obtint neuf commandes2 parmi ces aquarelles1 mon pre m'avait autoris en choisir une4 ,ensuite1 force de cajoleries1 j'obtins qu'il me permt d'en prendre deux4 ,turner reut encore1 de tous les coins du monde1 des ordres pour sept autres4 ,aux croquis l'on avait joint quatre aquarelles acheves qui servaient d'chantillons et qui taient aussi vendre4 ,l'un de ces dessins1 le ,splugen1 me tentait extrmement4 ,j'esprais dcider mon pre l'acheter2 malheureusement il tait alors absent1 en voyage d'affaires4 ,je voulus1 par dfrence1 attendre son retour3 lorsqu'il revint1 le ,splugen tait vendu1 ainsi qu'un adorable ,lac de ,lucerne1 ,mr ,munro de ,novar4 ,la chose fut l'occasion pour moi de graves rflexions4 ,dans un roman de ,miss ,edgeworth1 le pre ft revenu point nomm1 et enlev le ,splugen des mains hsitantes de ,mr ,munro et l'et donn au fils soumis1 avec un autre par-dessus le march4 ,je dcouvris1 aprs de longues mditations1 que les voies de ,miss ,edgeworth ne sont pas toujours celles du monde ni de la ,providence4 ,je m'aperus1 et ce fut la leon que je tirai de l'aventure1 que lorsqu'on fait une sottise on en souffre toujours1 et qu'il importe peu1 en la faisant1 qu'on ait obi un bon sentiment ou un mauvais4 ,je savais1 n'en point douter1 que cette aquarelle tait la meilleure vue de ,suisse qui et jamais t faite1 qu'il tait tout naturel que ce ft moi qui l'eusse1 et mme qu'il tait tout fait inopportun qu'elle appartnt quelqu'un d'autre4 ,j'aurais d m'en assurer sur l'heure1 quitte aprs demander pardon bien tendrement mon pre de ma hardiesse4 ,il se serait fch peut-tre au premier moment1 il et t surpris1 pein1 mais il ne m'et pas moins aim pour cela2 en fin de compte1 il et reconnu que j'avais raison et et t enchant4 ,quant moi1 j'aurais t gn pendant quelques jours1 mais j'aurais redoubl de tendresse vis--vis de mon pre1 me sentant des torts envers lui2 et1 la chose tant bonne en soi1 j'aurais fini par tre heureux1 et mme content de moi4 ,au contraire1 le ,splugen fut ainsi de part et d'autre1 pendant des annes1 une cause de chagrin1 une pine douloureuse1 mon pre essayant toujours de le rattraper1 ,mr ,munro1 soutenu par les marchands1 faisant monter le tableau de quatre-vingts quatre cents guines1 jusqu' ce qu'excds1 nous y renonmes aprs avoir puis de part et d'autre les meilleurs sentiments4 ,mais1 me dira-t-on1 est-ce ainsi que vous observez le ,tu ne dsireras pas1 etc48 ,cher lecteur1 si vous voulez absolument trouver une rponse cette question1 consultez mes ouvrages philosophiques4 ,ici1 il n'y a place que pour des faits4 ,la loi est formelle3 si vous faites une sottise vous en souffrirez1 quel qu'ait pu tre votre mobile4 ,non que je prtende que le mobile1 en soi1 ne puisse tre puni ou rcompens selon son mrite4 ,en tout cas1 cette histoire ne nous procura qu'ennuis et chagrins4 ,j'essayais cependant de supporter avec courage ma dconvenue et de jouir des esquisses1 en attendant les aquarelles4 ,fort heureusement1 elles me fournissaient plus de sujets de rflexion encore que ma msaventure4 ,je vis que c'tait des impressions directes de nature1 sans rien d'artificiel1 comme dans les tableaux de ,carthage et de ,rome4 ,et je commenai me demander si dans l'art de ,turner il n'y avait pas plus de vrit encore que je n'en voyais4 ,j'tais1 cette poque1 trs averti dj1 j'avais tudi ses principes de composition1 mais il me semblait que1 dans ses derniers tableaux1 la nature elle-mme tait de connivence1 qu'elle les composait avec lui4 ,comme j'tais plong dans ces rflexions1 un jour que je me promenais sur la route de ,norwood1 j'aperus une petite tige de lierre qui s'enroulait autour d'une branche d'pine et qui1 si dispos la critique que je fusse1 ne me semblait pas mal compose4 ,je me mis sur l'heure la dessiner au crayon1 sur mon bloc de papier gris1 j'en fis une tude aussi minutieuse1 aussi serre que s'il se ft agi d'un morceau de sculpture et1 plus j'y travaillais1 plus ce travail me passionnait4 ,la chose termine1 je compris que j'avais absolument perdu mon temps depuis l'ge de douze ans1 puisque personne ne m'avait dit de dessiner les choses comme elles sont--le temps1 veux-je dire1 que j'avais consacr au dessin4 ,sans doute1 j'avais des souvenirs de tels ou tels endroits1 mais je n'avais su voir la beaut de rien1 pas mme la beaut d'une pierre1 encore moins celle d'une feuille6 ,cette dcouverte ne m'abattit ni me m'exalta comme elle et d le faire1 mais elle mit un terme aux jours chrysalidiques4 partir de ce moment1 mes progrs1 bien que lents1 furent rguliers4 ,ceci avait d se passer en mai2 une quinzaine de jours plus tard1 je dus subir mon examen1 mais je n'en trouve aucune trace dans mon journal4 ,il s'agissait de mon dernier examen de baccalaurat#ei1 mais j'tais si peu fort en latin qu'il y avait de grandes chances pour que je fusse refus6 ,mes examinateurs1 toutefois1 se montrrent indulgents2 les preuves en thologie1 en philosophie1 en mathmatiques ayant obtenu plus que la moyenne1 je fus gratifi d'un double fourth de faveur4 ,une fois sr du succs1 je m'en allai faire une bonne course dans les champs1 au nord de ,new ,college 7ces prairies ont t depuis englobes dans les ,parks72 j'tais tout heureux de me sentir libre1 sans trop savoir que faire de ma libert4 ,me voil donc1 vingt-deux ans1 nanti de telles et telles facults1 toutes de second ordre1 sauf la facult d'analyse qui tait encore1 comme le reste1 l'tat embryonnaire chez moi1 et que j'tais incapable d'valuer2 des gots auxquels je m'tais abandonn jusqu'ici1 non sans remords2 un sentiment vague de ce que je me devais moi-mme1 de ce que je devais mes parents1 et un sentiment de jour en jour plus vague d'une ,loi ternelle4 ,que ferais-je8 ,que deviendrais-je8 ,mon pre1 dans sa bont1 tait dispos me laisser agir ma guise2 j'tais sr de toujours trouver1 la maison1 la vie la plus confortable1 ou si je voulais voyager1 tout l'argent ncessaire4 ,mais je n'tais pas dpourvu de cur au point de dsirer m'en aller seul1 et peut-tre serait-il juste de m'accorder quelque mrite--oh6 trs lger--pour n'avoir jamais srieusement pens quitter mon pre et ma mre afin de courir le monde2 il est vrai de dire que1 si la crainte de leur faire de la peine dominait toutes mes penses1 je n'avais pas le moindre got pour les aventures4 ,j'aimais le confort et l'ordre1 j'aurais eu peine me passer1 quatre heures1 d'un dner en trois services1 et1 bien que je ne fusse pas plus lche qu'un autre lorsque l'accident se produisait1 j'avais l'horreur de l'inquitude1 du sentiment du danger1 en tant qu'lment habituel4 ,l',inde ne me tentait pas cause des tigres1 la ,russie cause des ours1 le ,prou cause des tremblements de terre2 enfin si ma tendresse pour mes parents n'tait ni aussi chaleureuse1 ni aussi reconnaissante qu'elle aurait d l'tre1 de mme qu'ils ne pouvaient se passer de moi je ne me sentais jamais tout fait mon aise sans eux4 ,aussi1 pour le moment1 nous contentions-nous de faire des projets4 ,nous passerions l't en ,suisse1 mais sans voyager2 nous nous installerions ,chamonix afin que j'eusse le bnfice de l'air des montagnes et l'occasion depuis longtemps rve d'tudier les rochers du ,mont-,blanc au point de vue gologique4 ,ma mre aidait ,chamonix presque autant que moi1 mais il fallait foute l'abngation de mon pre pour souscrire ce projet1 car il avait l'horreur de la neige et des chambres cloisons de bois4 ,toutefois1 comme il n'hsitait jamais me sacrifier ses propres prfrences1 il me laissa rgler l'itinraire1 fixer les arrts ,rouen1 ,chartres1 ,fontainebleau1 ,auxerre4 ,un ou deux croquis au crayon accusent d'abord chez moi lin certain trouble2 il semble bien que je n'avais plus confiance dans ma premire manire2 ce sont des efforts vers plus de lumire et d'ombre1 mais sans grande porte4 ,le pays si plat entre ,chartres et ,fontainebleau1 avec la pense dprimante qu'il y avait ,paris1 l1 au ,nord1 m'irritait2 j'tais d'une humeur massacrante1 presque malade1 en arrivant ,fontainebleau4 ,je passai une nuit agite et1 le lendemain matin1 je me sentais si mal en train qu'il et t imprudent de continuer le voyage4 ,j'tais convaincu que je couvais une maladie1 une vraie4 ,cependant1 vers midi1 les gens de l'auberge m'apportrent un panier de fraises des bois2 elles taient si fraches qu'elles me firent un bien infini4 ,je me levai et1 mettant mon album dans ma poche1 je sortis les jambes encore un peu chancelantes4 ,je gagnai en me tranant un chemin charretier bord de jeunes arbres1 o il n'y avait rien voir que le bleu du ciel travers les ramures fines des branches1 et je m'tendis sur le talus de la route pour essayer de dormir4 ,mais le sommeil ne vint pas et les branches des jeunes arbres1 qui se dtachaient sur le ciel bleu1 commencrent m'intresser2 elles se profilaient immobiles et me rappelaient les tiges des arbres de ,jess dans les vitraux4 ,peu peu1 mon malaise se dissipa1 et j'eus le sentiment que l'heure de ma mort n'avait point encore sonn1 qu'on ne m'enterrerait pas dans les sables de la fort4 ,je me redressai et me mis dessiner trs soigneusement un jeune tremble qui me faisait vis--vis4 ,comment je m'tais fourvoy dans ce chemin sans horizon1 lorsqu'il y avait aux alentours de beaux rochers1 les ,parques seules pourraient le dire4 ,le fait est que je n'ai jamais eu la chance1 tant ,fontainebleau1 de voir aucune des merveilles vantes par les artistes franais1 merveilles qui ont troubl l'esprit du pauvre ,evelyn1 autant que l'horrible ,alpe1 de ,clifton3 #g mars 7#ahdd74--;,je me mets en route1 avec quelques compagnons1 pour ,fontainebleau1 un somptueux palais royal1 comme pourrait tre chez nous ,hampton ,court4 ,pour y arriver1 il faut traverser une fort prodigieusement encombre de rochers hideux1 des rochers d'une pierre blanche et dure1 entasss les uns sur les autres des hauteurs prodigieuses et telles que je ne crois pas qu'on puisse voir ailleurs rien d'aussi affreux et d'aussi solitaire4 ,au sommet de l'un de ces lugubres prcipices1 au milieu d'arbres1 de broussailles1 et de hauts rochers qui surplombent et menacent chaque instant de rouler dans l'abme1 s'lve un ermitage4 ,ce passage me parat parfaitement caractristique de la disposition du pur esprit anglais l'gard des rochers4 ,un ,anglais ne demande un rocher que d'tre assez grand pour lui donner l'impression du danger2 il faut qu'il puisse se dire3 ,s'il se dtachait1 je serais cras net4 ,la gloriole moderne qui consiste les escalader est sans doute accompagne quelquefois du dsir de faire progresser la science gographique ou autre et il est certain que la jeunesse trouve un vrai plaisir grimper et djeuner sur l'herbe toile de primevres1 mais elle semble parfaitement satisfaite du moment que le pique-nique est russi et qu'on peut boire le champagne dont on a l'habitude4 ,les hideux rochers de ,fontainebleau n'ont1 j'ai le regret de le dire1 jamais t assez hideux pour me plaire4 ,ils me faisaient l'effet de ne pas tre trop grands pour tre emballs et emports comme chantillons minralogiques en admettant qu'ils valussent les frais du transport2 de plus1 mon aversion de sauvage pour les palais et les alles bien sables tait telle que je n'eus jamais le cur de chercher la fontaine1 la fameuse fontaine1 l'me de l'endroit4 ,et ce jour-l je ne vis ni rochers1 ni palais1 ni fontaine1 je restai tendu sur le talus d'un petit chemin creux1 sans autre perspective qu'un jeune tremble qui s'enlevait sur le ciel bleu4 ,et languissamment1 mais non paresseusement1 je me suis mis le dessiner1 et mesure que je dessinais1 ma langueur se dissipait3 les belles lignes pures voulaient tre traces sans faiblesse4 ,elles devenaient toujours plus belles1 mesure que1 l'une aprs l'autre1 elles se dtachaient de l'ensemble et prenaient place dans l'air4 ,avec un tonnement qui allait toujours grandissant1 je m'apercevais qu'elles se composaient d'elles-mmes1 qu'elles obissaient des lois plus dlicates qu'aucune de celles qui sont connues des hommes4 ,enfin1 je vis le jeune arbre se dresser devant moi1 vivant1 mais toutes mes thories antrieures sur les arbres taient mortes4 ,le lierre de ,norwood ne m'avait pas humili ce point2 j'avais toujours eu l'impression que le lierre tait fait pour tre dcoratif1 et m'tais attendu ce qu'il jout gentiment son rle l'occasion4 ,mais que tous les arbres de la fort--car je sentais clairement que mon jeune tremble n'tait qu'une unit au milieu d'une foule innombrable--fussent plus beaux que les plus fins rseaux gothiques1 que les dcors des vases grecs1 que les plus merveilleuses broderies de l',orient1 que les plus admirables peintures des plus grands matres de l',occident1 c'tait la fin de tout ce que j'avais pens jusque-l4 ,j'entrevoyais un monde nouveau1 le monde silvestre4 ,et non pas silvestre seulement4 ,les forts1 que je n'avais considres jusqu'ici que comme des solitudes sauvages1 obissaient dans leur beaut1 je le voyais maintenant1 aux mmes lois1 ces lois qui dirigeaient les nuages1 distribuaient la lumire1 et balanaient les vagues4 ,il a fait toute chose belle en son temps#fj4 ,de ce jour1 je vis l l'explication du lien mystrieux qui unit l'esprit humain toutes les choses visibles1 et je rentrai1 suivant en sens inverse la petite route sous bois1 avec le sentiment qu'elle m'avait men loin2 plus loin que l'imagination ne m'avait jamais entran1 bien au del de ce qu'on peut mesurer avec un thodolite4 ma grande surprise et mon trs grand regret1 je ne trouve rien dans mon journal qui se rapporte aux impressions ou aux dcouvertes de cette anne4 ,elles taient trop nombreuses1 trop ahurissantes pour pouvoir tre formules1 encore moins crites4 ,c'est peine si j'ai dessin2 les choses1 telles que je les voyais maintenant1 me paraissaient impossibles rendre2 je me remis cependant la botanique et le mois que je voulais consacrer tudier les rochers de ,chamonix se passa presque tout entier me demander ce que j'allais taire1 ce que je pouvais faire1 et o4 ,le hasard avait voulu qu'on m'et dvolu pour guide un brave garon trs ordinaire1 ,michel ,devouassoud1 qui connaissait les endroits les plus frquents par les touristes1 mais voil tout4 ,je fis des ascensions1 je humai le bon air1 et j'voquai nouveau mes penses de ,fontainebleau au bord de sources plus douces4 ,le passage cit plus haut1 du ii dcembre1 le seul o il soit question de ce voyage1 me semble particulirement intressant2 il montre que l'inspiration qui a donn une forme ces penses nouvelles dans ,modern ,painters m'est venue pendant que j'accomplissais le seul devoir dsagrable auquel je fusse fidle3 aller l'glise6--et cela deux annes de suite1 ,genve1 qui est bien en vrit ma mre patrie4 ,nous rentrmes en ,angleterre1 en #ahdb1 par le ,rhin et les ,flandres2 c'est ,cologne et ,saint-,quentin que je fis les derniers dessins excuts dans ma vieille manire4 ,celui de la ,grande ,place de ,cologne1 que j'ai donn ,osborne ,gordon1 est peut-tre encore chez sa sur1 ,mrs ,pritchard4 ,le ,saint-,quentin a disparu4 ,quelle joie1 au retour1 de nous retrouver ,herne ,hill et d'accrocher dans la petite salle manger les adorables aquarelles que ,turner avait faites pour moi3 ,ehrenbretstein et ,lucerne4 ,hlas6 les beaux jours de ,herne ,hill1 et bien des joies avec eux1 taient termins4 ,peut-tre ma mre avait-elle parfois-- ,hampton ,court1 ,chatsworth ou ,isola ,bella--permis son me paisible de rver d'un plus grand jardin4 ,de temps autre quelque camarade d',oxford gland d'or venait de ,cavendish ou de ,grosvenor ,square pour me voir2 dans ces cas-l1 nous n'avions lui offrir1 pour s'y laver les mains1 que la petite pice du fond1 en face de la nursery4 ,les affaires prosprant1 mon pre lui-mme vint penser que cela ferait bon effet1 sur les clients de la campagne1 si on leur offrait leur sherry dans une pice o ils eussent la place d'tendre leurs jambes4 ,et maintenant que j'tais majeur1 bachelier des arts d',oxford1 etc41 n'avais-je pas besoin1 moi aussi1 d'une installation plus importante8 ,eh bien6 non1 mon cher lecteur1 la maison me satisfaisait pleinement telle qu'elle tait2 mais depuis ma plus tendre enfance1 ds le jour o j'avais su me servir d'une bche1 j'avais rv de creuser un canal1 et d'y tablir des cluses comme ,harry1 dans ,harry et ,lucy4 ,or1 dans la prairie1 derrire la maison de ,denmark ,hill--heure de faiblesse1 heure de tentation--je voyais la possibilit de creuser un canal avec autant d'cluses que l'on voudrait dans la direction de ,dulwich4 voquant tous ces vieux souvenirs1 je constate avec surprise quel point j'tais enfant1 extraordinairement enfant2 je m'amusais d'un rien4 ,et en mme temps1 certains gards1 je voyais plus loin que tous les rois de ,naples et tous les cardinaux de ,rome4 ,nanmoins1 nous hsitmes longtemps1 pesant le pour et le contre1 discutant les avantages et les inconvnients de ,denmark ,hill4 ,ma mre1 trs sagement et un peu tristement1 disait que cela venait bien tard pour elle4 son ge1 pourrait-elle s'occuper d'un grand jardin8 ,et mon pre1 qui sentait qu' ct de trs bonnes raisons il y avait une question d'amour-propre1 tait presque aussi troubl que lorsqu'il s'tait agi d'acheter son premier ,copley ,fielding4 ,enfin1 le bail de la plus grande maison fut sign et chacun de s'crier que nous avions eu bien raison2 ma mre jouissait vraiment de ranger ses pots de fleurs sur les gradins de la serre1 et la vue des fentres de la salle manger1 sur de belles prairies verdoyantes1 tait adorable4 ,nous achetmes trois vaches2 nous crmions notre lait et faisions notre beurre4 ,il y avait aussi une curie et une cour de ferme avec une grande meule de foin et une table porcs2 et une loge1 si bien que le concierge pouvait arrter les indiscrets avant qu'ils ne vinssent sonner la porte4 ,hlas6 en dpit de toutes ces raisons d'tre heureux1 nous ne le fmes jamais autant qu' ,herne ,hill1 nous ne nous sentmes plus jamais at home4 ,champagnole1 au contraire1 comme ,chamonix1 l'htel de la ,cloche ,dijon1 l'htel du ,cygne ,lucerne1 nous tions chez nous4 ,c'tait encore un peu de notre vie d'autrefois4 ,bien que nous ayons connu de belles annes dans la maison de ,denmark ,hill1 notre nouvelle manire de vivre ne nous plaisait pas autant que l'ancienne3 les pches que l'on rcoltait pleins paniers n'avaient pas la mme saveur que les douze ou vingt pches du vieux jardin2 et toutes les pommes du grand verger ne valaient pas les quelques pommes de ,sibrie de ,herne ,hill4 ,et aprs tout1 je n'ai pas creus mon canal6 ,l'ide d',harry1 construisant des cluses lui tout seul1 m'avait toujours sembl trop grandiose1 inimitable1 sinon incroyable2 de plus je n'avais jamais1 jusqu'au jour o ce fut ncessaire1 essay de calculer le dbit de l'eau4 ,les jardiniers rclamaient pour la serre tout le contenu des rservoirs4 ,je vis que tout ce que je pourrais obtenir1 ce serait un foss sans eau1 incommode pour les vaches1 et j'y renonai1 mais l'ide sductrice continua de hanter mon cerveau et1 vingt ans plus tard1 je fis installer quelques jets d'eau l'instar de ,fontainebleau4 ,l'anne suivante1 il ne fut pas question de voyager2 nous nous contentmes d'arpenter en tous sens les alles de nos nouveaux jardins4 ,et puis1 pendant l'hiver1 je fus occup du premier volume des ,modern ,pointers et pendant l't1 je dus plusieurs reprises aller ,oxford3 ainsi le voulait le rglement4 ,rien dans mon journal de cette poque ne mrite d'tre relev1 si ce n'est un court passage sur le vitrail de l'glise de ,camberwell1 qui se rapporte des choses qui se sont passes beaucoup plus tard4 ,le premier volume des ,modern ,pointers a d paratre le jour de la fte de mon pre2 le succs en fut assur ds la fin de l'anne1 et le #a;er janvier #ahdd1 mon pre1 comme cadeau de jour de l'an1 m'offrit le ,slaver4 ,il n'hsitait plus maintenant1 il savait ce qui me ferait plaisir4 ,je l'accrochai au pied de mon lit ds le lendemain1 comme mon propre ,loch ,achray d'autrefois4 ,le plaisir que donne son auteur une premire uvre1 un premier tableau1 chacun peut le deviner2 mais les joies que me procurait un nouveau ,turner1 personne ne saurait les imaginer1 et je renonce les dcrire4 ,pour achever mon second volume 7qui n'tait nullement destin tre ce qu'il est devenu71 j'avais besoin de retourner ,chamonix4 ,ce voyage devait tre exclusivement un voyage de montagnes--dans les ,alpes centrales--et le ,ier juin #ahdd nous nous trouvions une fois de plus1 et avec quelle joie1 sur les bords du lac ,lman4 ,la jeunesse de ,ruskin est finie4 ,viendront ensuite les journes de son adolescence1 o sa pense continuera de se dvelopper1 o se prciseront ses thories d'esthtique1 et puis ce sera la vie4 ,mais1 tout entire1 cette vie se ressentira de la formation de sa sensibilit et de son intelligence dans la petite maison de ,herne ,hill1 sous les amandiers en fleurs du jardin1 ou dans la berline qui le mne vers les ,alpes1 ,rome1 ,venise1 le ,campo ,santo444 ,les annes de jeunesse sont celles qui contribuent pour la plus large part la formation du temprament et du caractre1 et ce rcit tout imprgn de fracheur1 d'veil passionn la vie1 nous fait comprendre le matre de ,brantwood mieux que ses livres les plus rputs4 ,contraste frappant3 c'est tout charg d'annes que ,ruskin crivit ces ,prterita qui se poursuivent par le rcit de son existence jusqu'aprs la mort de son pre4 ,et lorsque la plume lui tomba des mains1 en #aijj1 laissant inachev ce document prcieux pour tous ceux qui ont senti et compris le charme de cet esprit la fois si ingnieux1 si vaste et si original1 ,ruskin tait bien prs de fermer les yeux aux splendeurs des arts et de la nature qu'il avait tant aims4 ,note #eg3 ,sur un glacier1 mi-chemin du ciel1 ,dormant mon dernier sommeil4 ,note #eh3 ,voulant dire par l1 je suppose1 le sentiment de ce qui pouvait le mieux faire tableau4 ,note #ei3 ,on peut tre simplement reu son examen de baccalaurat ou en sortir avec des honours dont il y a plusieurs classes4 7,note du traducteur47 ,note #fj3 ,ecclsiaste1 ,,iii4 #aa4