,,maurice ,,maeterlinck ,,la ,,mort ,,paris ,,biblioth,,que-,,charpentier ,,eug,,ne ,,fasquelle1 ,,diteur #aa1 ,,rue ,,de ,,grenelle1 #aa #aiac ,tous droits de reproduction1 de traduction et d'adaptation rservs pour tous pays4 ,copyright by ,,eug,,ne ,,fasquelle1 #aiac ,,ouvrages ,,de ,,maurice ,,maeterlinck ,,la ,,sagesse ,,et ,,la ,,destin,e 7#ej;e mille74 7,fasquelle1 dit47 #c fr4 #ej ,,la ,,vie ,,des ,,abeilles 7#fa;e mille74 7,fasquelle1 dit47 #c fr4 #ej ,,le ,,temple ,,enseveli 7#bd;e mille74 7,fasquelle47 #c fr4 #ej ,,le ,,double ,,jardin 7#ah;e mille74 7,fasquelle1 dit47 #c fr4 #ej ,l',,intelligence ,,des ,,fleurs 7#bi;e mille74 7,fasquelle1 dit47 #c fr4 #ej ,,le ,,tr,,sor ,,des ,,humbles 7#fd;e dition74 7,mercure de ,france7 #c fr4 #ej ,,joyzelle1 pice en #e actes 7#aj;e mille74 7,fasquelle1 dit47 #c fr4 #ej ,,monna ,,vanna1 pice en #c actes 7#cf;e mille74 7,fasquelle1 dit47 #b fr4 ,,monna ,,vanna1 drame lyrique en #d actes et #e tableaux4 ,musique de ,henry ,fvrier4 7#f;e mille74 7,fasquelle1 dit47 #a fr4 ,l',,oiseau ,,bleu1 ferie en #e actes et #aj tableaux 7#cj;e mille74 7,fasquelle1 dit47 #c fr4 #ej ,,la ,,trag,,die ,,de ,,macbeth1 de ,william ,shakespeare4 ,traduction nouvelle avec une ,introduction et des ,notes 7#d;e mille7 #c fr4 #ej ,,th,,atre4 7,lacomblez1 diteur ,bruxelles1 ,belgique7 #c vol4 #c fr4 #ej ,,serres ,,chaudes 7posies74 7,lacomblez1 dit47 #c fr4 ,l',,ornement ,,des ,,noces ,,spirituelles1 de ,ruysbroeck l',admirable1 traduit du flamand et prcd d'une ,introduction4 7,lacomblez1 dit47 #e fr4 ,,les ,,disciples ,a ,,sa,s ,,et ,,les ,,fragments ,,de ,,novalis1 traduits de l'allemand et prcds d'une ,introduction4 7,lacomblez1 dit47 #e fr4 ,,album ,,de ,,douze ,,chansons4 7,stock1 dit47 puis4 ,,il ,a ,t ,,tir ,,de ,,cet ,,ouvrage3 #bj exemplaires numrots sur papier du ,japon2 #ajj exemplaires numrots sur papier de ,hollande4 ,,la ,,mort ,,chapitre ,,premier ,,notre ,,injustice ,,envers ,,la ,,mort ,i ,on l'a dit admirablement3 ,la mort6 c'est encore elle seule qu'il faut consulter sur la vie1 et non je ne sais quel avenir et quelle survivance o nous ne serons pas4 ,elle est notre propre fin et tout se passe dans un intervalle d'elle nous4 ,qu'on ne me parle pas de ces prolongements illusoires qui ont sur nous le prestige enfantin du nombre2 qu'on ne me parle pas1 moi qui mourrai tout entier1 des socits et des peuples4 ,il n'y a de ralit1 il n'y a de dure vritable qu'entre un berceau et une tombe4 ,le reste est grossissement1 spectacle1 optique vaine6 ,ils m'appellent un matre cause de je ne sais quel prestige de ma parole et de mes penses1 mais je suis un enfant perdu devant la mort6#a4 #a ,marie ,lenru4 ,les ,affranchis1 acte ,,iii1 scne ,,iv4 ,,ii ,voil o nous en sommes4 ,il n'y a pour nous1 dans notre vie et dans notre univers qu'un vnement qui compte1 c'est notre mort4 ,elle est le point o se runit et conspire contre notre bonheur1 tout ce qui chappe notre vigilance4 ,plus nos penses s'vertuent s'en carter1 plus elles se resserrent autour d'elle4 ,plus nous la redoutons1 plus elle est redoutable1 car elle ne se nourrit que de nos craintes4 ,qui cherche l'oublier en comble sa mmoire1 qui tente de la fuir ne rencontre plus qu'elle4 ,elle offusque tout de son ombre4 ,mais si nous y pensons sans cesse1 c'est notre insu et sans apprendre la connatre4 ,nous contraignons notre attention lui tourner le dos1 au lieu d'aller elle visage lev4 ,nous puisons1 en loigner notre volont1 toutes les forces qui pourraient l'affronter4 ,nous la livrons aux mains obscures de l'instinct et ne lui accordons pas une heure de notre intelligence4 ,est-il tonnant que l'ide de la mort1 qui devrait tre la plus parfaite et la plus lumineuse de nos ides1 tant la plus assidue et la plus invitable de toutes1 en demeure la plus infirme et la seule arrire8 ,comment connatrions-nous l'unique puissance que nous ne regardons jamais en face8 ,comment aurait-elle profit de clarts qui ne s'allument que pour la fuir8 ,pour sonder ses abmes1 nous attendons les minutes les plus dbiles1 les plus saccages de la vie4 ,nous ne pensons elle que lorsque nous n'avons plus la force1 je ne dis pas de penser1 mais de respirer4 ,un homme d'un autre sicle1 revenant parmi nous1 ne reconnatrait pas sans peine1 au fond d'une me d'aujourd'hui1 l'image de ses dieux1 de son devoir1 de son amour ou de son univers2 mais la figure de la mort1 quand tout est chang autour d'elle1 et que mme ce qui la compose et dont elle dpend s'est vanoui1 il la retrouverait presque intacte1 telle qu'elle fut bauche par nos pres1 il y a des centaines1 voire des milliers d'annes4 ,notre intelligence devenue si hardie1 si active1 n'y a point travaill1 n'y a1 pour ainsi dire1 fait aucune retouche4 ,si nous ne croyons plus aux supplices des damns1 toutes les cellules vitales du plus incrdule d'entre nous baignent encore dans l'effroyable mystre du ,chol des ,hbreux1 de l',hads des paens ou de l'enfer chrtien4 ,s'il n'est plus clair de flammes trop prcises1 le prcipice s'ouvre toujours au bout de l'existence et moins connu n'en est que plus redoutable4 ,aussi1 quand se dtache l'heure qui pendait sur nous et vers laquelle nous n'osions pas lever les yeux1 tout nous manque la fois4 ,les deux ou trois penses incertaines sur lesquelles nous comptions nous appuyer1 sans les avoir examines1 cdent comme des roseaux sous le poids des dernires minutes4 ,nous cherchons vainement un refuge parmi des rflexions qui s'affolent ou nous sont trangres et ne connaissent pas les chemins de notre coeur4 ,personne ne nous attend sur le dernier rivage o rien n'est prt1 o rien n'est demeur debout que l'pouvante4 ,,iii ,il n'est pas digne d'un chrtien 7ajoutons d'un homme71 dit quelque part ,bossuet1 le grand pote du tombeau1 il n'est pas digne d'un chrtien de ne s'vertuer contre la mort qu'au moment qu'elle se prsente pour l'enlever4 ,il serait salutaire que chacun de nous en prpart l'ide dans la clart des jours et dans la force de son intelligence et apprt s'y tenir4 ,il dirait la mort3 ,je ne sais qui tu es1 sinon je serais ton matre2 mais aux jours o mes yeux y voyaient plus haut qu'aujourd'hui1 j'ai appris ce que tu n'es pas2 c'est assez pour que tu ne deviennes pas le mien4 ,il porterait ainsi1 grav dans la mmoire1 une image prouve contre laquelle ne prvaudraient point les dernires angoisses et o s'iraient rassurer les regards assaillis de fantmes4 ,au lieu de l'effrayante prire des agonisants1 qui est la prire des abmes1 il dirait sa propre prire1 celle des sommets de sa vie o seraient runies1 comme des anges de paix1 les penses les plus nettes1 les plus lucides de son existence4 ,n'est-ce pas la prire par excellence8 ,qu'est-ce1 au fond1 qu'une vritable et digne prire1 sinon l'effort le plus ardent et le plus dsintress pour atteindre et saisir l'inconnu8 ,,iv ,il y a longtemps1 disait ,napolon1 que les mdecins et les prtres rendent la mort douloureuse4 ,pompa mortis magis terret quam mors ipsa1 selon le mot de ,bacon4 ,apprenons donc la regarder telle qu'elle est en soi1 c'est--dire dgage des horreurs de la matire et dpouille des terreurs de l'imagination4 ,chassons d'abord tout ce qui la prcde et qui n'est pas elle4 ,nous lui imputons ainsi les tortures de la dernire maladie3 et ce n'est pas juste4 ,les maladies n'ont rien de commun avec ce qui les termine4 ,elles appartiennent la vie et non point la mort4 ,nous oublions facilement les plus cruelles souffrances qui nous rendent la sant1 et le premier soleil de la convalescence efface les plus insupportables souvenirs de la chambre d'amertume4 ,mais que vienne la mort1 l'instant on l'accable de tout le mal fait avant elle4 ,pas une larme qui ne soit retrouve et qu'on ne lui reproche1 pas un cri de douleur qui ne devienne un cri d'accusation4 ,elle porte seule le poids des erreurs de la nature ou de l'ignorance de la science qui ont inutilement prolong des supplices au nom desquels on la maudit parce qu'elle y met un terme4 ,v ,en effet1 si les maladies appartiennent la nature ou la vie1 l'agonie1 qui semble propre la mort1 est tout entire aux mains des hommes4 ,or1 ce que nous redoutons le plus1 c'est l'abominable lutte de la fin1 et surtout la suprme1 la terrible seconde de rupture que nous verrons peut-tre s'avancer durant de longues heures impuissantes1 et qui tout d'un coup nous prcipitera1 nus1 dsarms1 abandonns de tous et dpouills de tout1 dans un inconnu qui est le lieu des seules pouvantes invincibles qu'ait jamais prouves l'me humaine4 ,il y a double injustice imputer la mort les supplices de cette seconde4 ,nous verrons plus loin de quelle faon un homme d'aujourd'hui1 s'il veut rester fidle ses penses1 doit se reprsenter l'inconnu o elle nous jette4 ,occupons-nous ici du dernier combat4 ,a mesure que progresse la science1 se prolonge l'agonie qui est le moment le plus affreux1 et1 tout au moins pour ceux qui y assistent 7car souvent la sensibilit de celui qui est aux abois de la mort1 selon l'expression de ,bossuet1 dj trs mousse1 ne peroit plus que la rumeur lointaine des souffrances qu'elle parat endurer71 le sommet le plus aigu de la douleur et de l'horreur humaines4 ,tous les mdecins estiment que le premier de leurs devoirs est de mener aussi loin que possible les convulsions les plus atroces de l'agonie la plus dsespre4 ,qui donc1 au chevet d'un mourant1 n'a voulu vingt fois et n'a jamais os se jeter leurs pieds pour leur demander grce8 ,ils sont pleins d'une telle certitude1 et le devoir auquel ils obissent1 laisse si peu de place au moindre doute1 que la piti et la raison1 aveugles par les larmes1 rpriment leurs rvoltes et reculent devant une loi que tous reconnaissent et vnrent comme la plus haute loi de la conscience humaine4 ,,vi ,un jour ce prjug nous paratra barbare4 ,ses racines plongent aux craintes inavoues qu'ont laisses dans le coeur des religions mortes depuis longtemps dans la raison des hommes4 ,c'est pourquoi les mdecins agissent comme s'ils taient convaincus qu'il n'est point de torture connue qui ne soit prfrable celles qui nous attendent dans l'inconnu4 ,ils semblent persuads que toute minute gagne parmi les souffrances les plus intolrables est drobe des souffrances incomparablement plus redoutables que rservent aux hommes les mystres d'outre-tombe2 et de deux maux1 pour viter celui qu'ils savent imaginaire1 choisissent le seul rel4 ,au surplus1 s'ils retardent ainsi la fin d'un supplice1 laquelle est1 comme le dit le bon ,snque1 ce que ce supplice a de meilleur1 ils ne font que cder l'erreur unanime qui renforce chaque jour le cercle o elle s'enferme2 la prolongation de l'agonie accroissant l'horreur de la mort1 et l'horreur de la mort exigeant la prolongation de l'agonie4 ,,vii ,de leur ct1 ils disent ou pourraient dire qu'en l'tat prsent de la science1 deux ou trois cas excepts1 il n'y a jamais certitude de mort4 ,ne pas soutenir la vie jusqu'aux dernires limites1 ft-ce au prix de tourments insoutenables1 c'est peut-tre tuer4 ,sans doute n'y a-t-il pas une chance sur cent mille que le malade rchappe4 ,il n'importe1 si cette chance existe1 qui ne donnera dans la plupart des cas que quelques jours1 ou tout au plus quelques mois d'une vie qui ne sera plus la vraie vie1 mais bien plutt1 comme disait le latin1 une mort tendue1 ces cent mille tourments inutiles n'auront pas t vains4 ,une seule heure drobe la mort vaut toute une existence de tortures4 ,ici sont en prsence deux valeurs qui ne se peuvent comparer2 et1 si l'on entend les peser dans la mme balance1 il faut entasser sur le plateau qu'on voit tout ce qui nous reste1 c'est--dire toutes les douleurs imaginables1 car l'heure dcisive c'est le seul poids qui compte et qui soit assez lourd pour faire remonter de quelques lignes l'autre plateau qui plonge dans ce qu'on ne voit pas et que charge l'paisse tnbre d'un autre monde4 ,,viii ,accrue de tant d'horreurs trangres1 l'horreur de la mort devient telle que1 sans raisonner1 nous leur donnons raison4 ,il est pourtant un point sur lequel ils commencent de cder et se mettre d'accord4 ,ils consentent peu peu1 lorsqu'il ne reste plus d'espoir1 sinon endormir1 du moins assoupir les suprmes angoisses4 ,nagures1 aucun d'eux ne l'et os faire2 et encore aujourd'hui1 beaucoup hsitent1 comptent en avares et goutte goutte la clmence et la paix qu'ils dtiennent et devraient prodiguer1 apprhendant d'affaiblir les dernires rsistances1 c'est--dire les plus inutiles et les plus pnibles sursauts de la vie qui ne veut pas cder la place au repos qui s'avance4 ,il ne m'appartient pas de dcider si leur piti pourrait tre plus audacieuse4 ,il suffit de constater une fois de plus que tout cela ne regarde pas la mort4 ,cela se passe en avant et au-dessous d'elle4 ,ce n'est pas l'arrive de la mort1 c'est le dpart de la vie qui est pouvantable4 ,ce n'est pas sur la mort1 mais sur la vie que nous devons agir4 ,ce n'est pas la mort qui attaque la vie2 c'est la vie qui rsiste injurieusement la mort4 ,les maux1 de toutes parts1 accourent son approche1 mais non son appel2 et s'ils se ramassent autour d'elle1 ils ne venaient pas avec elle4 ,accusez-vous le sommeil de la fatigue qui vous accable si vous ne lui cdez point8 ,toutes ces luttes1 ces attentes1 ces alternatives1 ces maldictions tragiques se trouvent encore sur le versant o nous nous accrochons et non point de l'autre ct4 ,elles sont d'ailleurs accidentelles et provisoires et n'manent que de notre ignorance4 ,tout ce que nous savons ne nous sert qu' mourir plus douloureusement que les animaux qui ne savent rien4 ,un jour viendra o la science se retournera contre son erreur et n'hsitera plus accourcir nos disgrces4 ,un jour viendra o elle osera et agira coup sr2 o la vie assagie s'en ira silencieusement son heure1 sachant son terme atteint1 comme elle se retire silencieusement chaque soir1 sachant sa tche faite4 ,il n'y aura1 quand le mdecin et le malade auront appris ce qu'ils doivent apprendre1 aucune raison physique ou mtaphysique pour que la venue de la mort ne soit pas aussi bienfaisante que celle du sommeil4 ,peut-tre mme1 n'y ayant plus rien mnager1 sera-t-il possible de l'entourer d'ivresses plus profondes et de songes plus beaux4 ,en tout cas1 et ds aujourd'hui1 disculpe de ce qui la prcde1 il sera plus facile de l'envisager sans crainte et d'claircir ce qui la suit4 ,,ix ,telle que nous nous la reprsentons d'habitude1 deux effrois se dressent derrire elle3 le premier sans visage et sans forme1 qui envahit tout l'espace de notre esprit2 l'autre plus prcis1 plus rduit1 mais presque aussi puissant1 qui frappe tous nos sens4 ,occupons-nous d'abord de celui-ci4 ,de mme que nous imputons la mort tous les maux qui la prcdent1 nous joignons l'effroi qu'elle inspire tout ce qui se passe derrire elle1 lui faisant au dpart mme injustice qu' l'arrive4 ,est-ce elle qui creuse nos tombeaux et nous ordonne d'y garder ce qui est fait pour disparatre8 ,si nous ne pouvons songer sans horreur ce qu'y devient l'tre aim1 est-ce elle ou nous qui l'y avons mis8 ,parce qu'elle emporte l'esprit en un lieu que nous ignorons1 lui reprocherons-nous ce que nous faisons de la dpouille qu'elle nous abandonne8 ,elle descend parmi nous pour dplacer une vie ou en changer la forme2 jugeons-la sur ce qu'elle fait et non point sur ce que nous faisons avant qu'elle ne vienne ou lorsqu'elle n'est plus l4 ,et dj elle est loin quand commence l'effrayant travail que nous nous efforons de faire durer le plus longtemps possible1 persuads1 dirait-on1 qu'il est notre seule assurance contre l'oubli4 ,je sais bien que d'un autre point de vue que l'humain ce travail est fort innocent2 et que1 regarde d'assez haut1 la chair qui se dcompose n'est pas plus rpugnante qu'une fleur qui se fane ou une pierre qui s'effrite4 ,mais enfin1 il abuse nos sens1 tonne notre mmoire1 abat notre courage2 alors qu'il serait si facile d'viter la malfaisante preuve4 ,purifi par le feu1 le souvenir vit dans l'azur comme une belle ide2 et la mort n'est plus qu'une naissance immortelle dans un berceau de flammes4 ,c'est ce qu'ont bien compris les peuples les plus sages et les plus heureux de l'histoire4 ,ce qui se passe dans nos tombes empoisonne nos penses en mme temps que nos corps4 ,la figure de la mort1 dans l'imagination des hommes1 dpend avant tout de la forme de la spulture2 et les rites funraires ne rglent pas seulement le sort de ceux qui partent1 mais encore le bonheur de ceux qui demeurent1 car ils dressent tout au fond de la vie la grande image sur laquelle viennent s'apaiser ou se dsesprer leurs yeux4 ,x ,il n'est donc qu'un seul effroi propre la mort3 celui de l'inconnu o elle nous prcipite4 ,en l'affrontant1 ne nous attardons pas carter de notre esprit tout ce qu'y ont laiss les religions positives4 ,rappelons-nous seulement que ce n'est pas nous de prouver qu'elles ne sont point prouves2 mais elles d'tablir qu'elles sont vraies4 ,or il n'en est pas une qui nous apporte une preuve devant laquelle puisse s'incliner une intelligence de bonne foi4 ,encore ne suffirait-il pas qu'elle se pt incliner2 il faudrait1 pour que l'homme pt lgitimement croire et borner ainsi sa recherche infinie1 que la preuve ft irrsistible4 ,le ,dieu que nous offre la meilleure et la plus puissante d'entre elles1 nous a donn notre raison pour nous en servir dans sa loyaut et sa plnitude2 c'est--dire pour tcher d'atteindre1 avant tout1 en toutes choses1 ce qui lui parat tre la vrit4 ,peut-il exiger que nous acceptions malgr elle une croyance dont les plus sages et les plus ardents dfenseurs ne nient pas1 du point de vue humain1 l'incertitude8 ,il ne nous propose qu'une histoire des plus douteuses1 qui1 mme scientifiquement tablie1 ne serait qu'une belle leon de morale et qu'tayent des prophties et des miracles non moins incertains4 ,faut-il rappeler ici que ,pascal1 pour dfendre cette croyance dj chancelante alors qu'elle semblait son apoge1 a vainement tent une dmonstration dont l'aspect suffirait dtruire les derniers restes de foi dans une me hsitante8 ,si une seule des preuves habituelles que nous offrent les thologiens et qu'il connaissait mieux que nul autre1 en ayant fait l'tude exclusive des dernires annes de sa vie1 si une seule de ces preuves avait pu rsister l'examen1 son gnie1 l'un des trois ou quatre gnies les plus profonds et les plus lucides qu'ait possds l'humanit1 lui et donn une force sans doute irrsistible4 ,mais il ne s'attarde pas ces arguments dont il sent trop la faiblesse2 il les carte avec ddain1 il tire gloire et une sorte de joie de leur inanit3 ,qui blmera donc les chrtiens de ne pouvoir rendre raison de leur crance1 eux qui professent une religion dont ils ne peuvent rendre raison8 ,ils dclarent en l'exposant au monde que c'est une sottise1 stultitiam2 et puis vous vous plaignez de ce qu'ils ne la prouvent pas6 ,s'ils la prouvaient1 ils ne tiendraient pas parole2 c'est en manquant de preuves qu'ils ne manquent pas de sens4 ,son argument unique1 le seul auquel il se raccroche et consacre toutes les puissances de son gnie1 c'est la condition mme de l'homme dans l'univers1 mlange inconcevable de grandeur et de misre1 qui ne peut s'expliquer que par le mystre de la chute originelle2 car l'homme est plus inconcevable sans ce mystre que ce mystre n'est inconcevable l'homme4 ,il est donc rduit tablir la vracit des critures par un argument tir de ces critures mmes qui sont en question2 et1 ce qui est plus grave1 expliquer un large et grand mystre incontestable1 par un mystre troit1 petit et barbare1 qui ne repose que sur la lgende qu'il s'agit de prouver4 ,et1 soit dit en passant1 c'est chose trs funeste que de remplacer un mystre par un mystre moindre4 ,dans la hirarchie de l'inconnu1 l'humanit monte toujours du plus petit au plus grand4 ,au contraire1 descendre du plus grand au plus petit1 c'est retourner la sauvagerie primitive o l'on va jusqu' remplacer l'infini par un ftiche ou une amulette4 ,la grandeur de l'homme se mesure celle des mystres qu'il cultive ou devant lesquels il s'arrte4 ,pour revenir ,pascal1 il sent donc que tout crole1 et1 dans la droute de la raison humaine1 il nous propose enfin le monstrueux pari qui est l'aveu suprme de la faillite et du dsespoir de sa foi4 ,dieu1 dit-il1 c'est--dire son ,dieu et la religion chrtienne avec tous ses prceptes et toutes ses consquences1 ,dieu existe ou n'existe pas4 ,nous ne pouvons1 par arguments humains1 prouver qu'il existe ou qu'il n'existe pas4 ,s'il y a un ,dieu1 il est infiniment incomprhensible1 puisque n'ayant ni parties ni bornes1 il n'a nul rapport nous4 ,nous sommes donc incapables de connatre ni ce qu'il est ni s'il est4 ,il est ou n'est pas4 ,mais de quel ct pencherons-nous8 ,la raison n'y peut rien dterminer4 ,il y a un chaos infini qui nous spare4 ,il se joue un jeu l'extrmit de cette distance infinie1 o il arrivera croix ou pile4 ,que gagerez-vous8 ,par raison1 vous ne pouvez faire ni l'un ni l'autre2 par raison1 vous ne pouvez dfendre nul des deux4 ,le juste serait de ne point parier4--,oui1 mais il faut parier3 cela n'est pas volontaire1 vous tes embarqu4 ,ne pas parier que ,dieu existe1 c'est parier qu'il n'existe pas1 de quoi il vous punira ternellement4 ,que risquez-vous donc parier1 tout hasard1 qu'il existe8 ,s'il n'est pas1 vous perdez quelques pauvres plaisirs1 quelques misrables aises de cette vie1 puisque vos petits sacrifices ne seront pas rcompenss2 s'il existe1 vous gagnez une ternit de bonheurs indicibles4--,il est vrai1 mais malgr tout1 je suis fait d'une telle sorte que je ne puis croire4--,qu' cela ne tienne1 suivez la manire par o ont commenc ceux qui croient et qui d'abord ne croyaient pas non plus3 ,c'est en faisant tout comme s'ils croyaient1 en prenant de l'eau bnite1 en faisant dire des messes1 etc4 ,naturellement1 mme cela vous fera croire et vous abtira4--,mais c'est ce que je crains4--,et pourquoi8 qu'avez-vous perdre8 ,prs de trois sicles d'apologtique n'ont pas ajout un argument valable cette page terrible et dsespre de ,pascal4 ,c'est donc l tout ce qu'a trouv l'intelligence humaine pour nous forcer de croire4 ,si le ,dieu qui exige notre foi ne veut pas que nous nous dcidions d'aprs notre raison1 d'aprs quoi donc faut-il que se fasse notre choix8 ,d'aprs l'usage8 d'aprs les hasards de la race ou de la naissance2 d'aprs on ne sait quelle pile ou face esthtique ou sentimentale8 ,ou bien a-t-il mis en nous une autre facult plus haute et plus sre devant laquelle doive cder l'entendement8 ,o se trouve-t-elle8 ,quel est son nom8 ,si ce ,dieu nous punit pour n'avoir pas aveuglment suivi une foi qui ne s'impose pas irrsistiblement l'intelligence qu'il nous a donne1 s'il nous chtie pour n'avoir pas fait devant la grande nigme qu'il nous impose un choix que rprouve ce qu'il a mis en nous de meilleur et de plus semblable lui-mme1 nous n'avons plus rien rpondre2 nous sommes les dupes d'un jeu cruel et incomprhensible1 nous sommes les victimes d'un effroyable pige et d'une immense injustice2 et quels que soient les supplices dont celle-ci nous accable1 ils seront moins intolrables que l'ternelle prsence de celui qui en est l'auteur4 ,,chapitre ,,ii ,l',,an,,antissement ,i ,nous voici devant l'abme4 ,il est vide de tous les songes dont l'avaient peupl nos pres4 ,ils croyaient savoir ce qui s'y trouve2 nous savons seulement ce qui ne s'y trouve point4 ,il s'est tendu de tout ce que nous avons appris ignorer4 ,en attendant qu'une certitude scientifique y interrompe les tnbres--car l'homme a le droit d'esprer ce qu'il ne conoit pas encore1--le seul point qui nous intresse1 parce qu'il se trouve dans le petit cercle que trace au plus noir de la nuit notre intelligence actuelle1 est de savoir si l'inconnu o nous allons nous sera oui ou non redoutable4 ,hors des religions1 quatre solutions1 sans plus1 sont imaginables3 l'anantissement total1 la survivance avec notre conscience d'aujourd'hui1 la survivance sans aucune espce de conscience1 enfin la survivance dans la conscience universelle ou avec une conscience qui ne soit pas la mme que celle dont nous jouissons en ce monde4 ,l'anantissement total est impossible4 ,nous sommes prisonniers d'un infini sans issue o rien ne prit1 o tout se disperse1 mais o rien ne se perd4 ,ni un corps ni une pense ne peuvent tomber hors de l'univers1 hors du temps et de l'espace4 ,pas un atome de notre chair1 pas une vibration de nos nerfs n'iront o ils ne seraient plus1 puisqu'il n'est pas de lieu o rien n'est plus4 ,la clart d'une toile teinte depuis des millions d'annes erre encore dans l'ther o nos yeux la rencontreront peut-tre ce soir1 tandis qu'elle poursuit sa route sans terme4 ,il en est ainsi de tout ce que nous voyons comme de tout ce que nous ne voyons point4 ,pour pouvoir anantir une chose1 c'est--dire la jeter au nant1 il faudrait que le nant pt exister2 et s'il existe1 sous quelque forme que ce soit1 il n'est plus le nant4 ,ds que nous tentons de l'analyser1 de le dfinir ou de le comprendre1 les expressions et les penses nous manquent ou crent ce qu'elles s'vertuent nier4 ,il est aussi contraire la nature de notre raison et vraisemblablement de toute raison imaginable1 de concevoir le nant que de concevoir des limites l'infini4 ,il n'est au surplus qu'un infini ngatif1 une sorte d'infini de tnbres oppos celui que notre intelligence s'efforce d'clairer1 ou plutt1 il n'est qu'un nom d'enfant dont elle a baptis ce qu'elle n'avait pas tent d'embrasser2 car nous appelons nant tout ce qui chappe nos sens ou notre raison et existe notre insu4 ,mais1 dira-t-on peut-tre1 si l'anantissement de tous les mondes et de toutes choses est impossible1 il est moins certain que leur mort le soit2 et pour nous1 quelle diffrence entre le nant et la mort ternelle8 ,ici encore notre imagination et les mots nous induisent en erreur4 ,non plus que le nant1 nous ne pouvons concevoir la mort4 ,nous couvrons de ce terme les petites parties du nant que nous croyons comprendre2 mais1 en y regardant de prs1 nous devons reconnatre que l'ide que nous nous faisons de la mort est trop purile pour qu'elle puisse contenir la moindre vrit4 ,elle n'est pas plus haute que notre propre corps et ne peut mesurer les destines de l',univers4 ,nous appelons mort tout ce qui a une vie un peu diffrente de la ntre4 ,ainsi faisons-nous pour un monde qui nous parat immobile et glac1 comme la ,lune par exemple1 parce que nous sommes persuads que toute existence animale ou vgtale y est jamais teinte4 ,mais nous avons appris depuis quelques annes que la matire la plus inerte en apparence est anime de mouvements si puissants et si furieux que toute vie animale ou vgtale n'est plus que sommeil et immobilit au regard des tourbillons vertigineux et de l'nergie incommensurable que renferme une pierre du chemin4 ,there is no room for death6 ,il n'y a pas de place pour la mort6 s'crie quelque part la grande ,emily ,bront4 ,mais alors mme que dans la suite infinie des sicles1 toute matire deviendrait rellement inerte et immobile1 elle n'en subsisterait pas moins sous une forme ou sous une autre2 et subsister1 ft-ce dans l'immobilit totale1 ne serait en dfinitive qu'une forme enfin stable et silencieuse de la vie4 ,tout ce qui meurt tombe dans la vie2 et tout ce qui nat a le mme ge que ce qui meurt4 ,si la mort nous portait au nant1 la naissance nous tirerait donc de ce mme nant8 ,pourquoi ceci serait-il plus impossible que cela8 ,plus s'lve et s'accrot la pense humaine1 moins le nant et la mort deviennent comprhensibles4 ,en tout cas1 et c'est ce qui importe ici1 si le nant tait possible1 ne pouvant tre quoi que ce soit1 il ne saurait tre redoutable4 ,,chapitre ,,iii ,,la ,,survivance ,,de ,,la ,,conscience ,i ,vient ensuite la survivance avec notre conscience actuelle4 ,j'ai abord cette question dans un essai sur l',immortalit1 dont je reproduirai quelques passages essentiels1 me bornant les tayer de considrations nouvelles4 ,de quoi donc se compose ce sentiment du moi qui fait de chacun de nous le centre de l',univers1 le seul point qui importe dans l'espace et le temps8 ,est-il form de sensations de notre corps ou de penses indpendantes de celui-ci8 ,notre corps aurait-il conscience de lui-mme sans notre pense1 et d'autre part1 notre pense sans notre corps1 que serait-elle8 ,nous connaissons des corps sans pense1 mais non point de pense sans corps4 ,une intelligence qui n'aurait aucun sens1 aucun organe pour la crer et l'alimenter1 il est peu prs certain qu'elle existe2 mais il est impossible d'imaginer que la ntre puisse exister ainsi tout en demeurant pareille celle qui tirait de notre sensibilit tout ce qui l'animait4 ,ce moi1 tel que nous le concevons quand nous songeons aux suites de sa destruction1 n'est donc ni notre esprit ni notre corps1 puisque nous reconnaissons qu'ils sont l'un et l'autre des flots qui s'coulent et se renouvellent sans cesse4 ,est-ce un point immuable qui ne saurait tre la forme ni la substance1 toujours en volution1 ni la vie1 cause ou effet de la forme et de la substance8 ,en vrit1 il nous est impossible de le saisir ou de le dfinir1 de dire o il rside4 ,lorsqu'on veut remonter jusqu' sa dernire source1 on ne trouve gure qu'une suite de souvenirs1 une srie d'ides d'ailleurs confuses et variables1 se rattachant au mme instinct de vivre2 un ensemble d'habitudes de notre sensibilit et de ractions conscientes ou inconscientes contre les phnomnes environnants4 ,en somme1 le point le plus fixe de cette nbuleuse est notre mmoire1 qui semble d'autre part une facult assez extrieure1 assez accessoire1 en tout cas1 une des plus fragiles de notre cerveau1 une de celles qui disparaissent le plus promptement au moindre trouble de notre sant4 ,cela mme1 a dit trs justement un pote anglais1 qui demande grands cris l'ternit1 est ce qui prira en moi4 ,,ii ,il n'importe2 ce moi si incertain1 si insaisissable1 si fugitif et si prcaire1 est tellement le centre de notre tre1 nous intresse si exclusivement1 que toutes les ralits s'effacent devant ce fantme4 ,il nous est indiffrent que1 durant l'ternit1 notre corps ou sa substance connaisse tous les bonheurs et toutes les gloires1 subisse les transformations les plus magnifiques et les plus dlicieuses1 devienne fleur1 parfum1 beaut1 clart1 ther1 toile2--et il est certain qu'il les devient et que ce n'est point dans nos cimetires mais dans l'espace1 la lumire et la vie que nous devons chercher nos morts1--il nous est pareillement indiffrent que notre intelligence s'panouisse jusqu' se mler l'existence des mondes1 la comprendre et la dominer4 ,nous sommes persuads que tout cela ne nous touchera point1 ne nous fera aucun plaisir1 ne nous arrivera pas1 moins que cette mmoire de quelques faits1 presque toujours insignifiants1 ne nous accompagne et ne soit tmoin de ces bonheurs inimaginables4 ,il m'est gal1 se dit ce moi born et but ne rien comprendre1 il m'est gal que les parties les plus hautes1 les plus libres1 les plus belles de mon esprit soient ternellement vivantes et lumineuses dans les suprmes allgresses2 elles ne sont plus moi1 je ne les connais plus4 ,la mort a tranch le rseau de nerfs ou de souvenirs qui les rattachait je ne sais quel centre o se trouve le point que je sens tre tout moi-mme4 ,dlies ainsi et flottant dans l'espace et le temps1 leur sort m'est aussi tranger que celui des plus lointaines toiles4 ,tout ce qui advient n'existe pour moi qu' la condition que je le puisse ramener cet tre mystrieux1 qui est je ne sais o et prcisment nulle part et que je promne comme un miroir par ce monde dont les phnomnes ne prennent corps qu'autant qu'ils s'y soient reflts4 ,,iii ,ainsi1 notre dsir d'immortalit se dtruit en se formulant1 attendu que c'est sur une des parties accessoires et des plus fugaces de notre vie totale1 que nous fondons tout l'intrt de notre survivance4 ,il nous semble que si notre existence ne se continue pas avec la plupart des misres1 des petitesses et des dfauts qui la caractrisent1 rien ne la distinguera de celle des autres tres2 qu'elle deviendra une goutte d'ignorance dans l'ocan de l'inconnu1 et que ds lors1 tout ce qui s'en suivra ne nous regarde plus4 ,quelle immortalit peut-on promettre aux hommes qui presque ncessairement la conoivent ainsi8 ,qu'y faire8 nous dit un instinct puril mais profond4 ,toute immortalit qui ne trane pas travers l'ternit1 comme le boulet du forat que nous fmes1 cette bizarre conscience forme durant quelques annes de mouvement1 toute immortalit qui ne porte pas ce signe indlbile de notre identit1 est pour nous comme si elle n'tait point4 ,la plupart des religions l'ont bien compris1 qui ont tenu compte de cet instinct qui dsire et dtruit en mme temps la survie4 ,c'est ainsi que l'glise catholique1 remontant jusqu'aux esprances les plus primitives1 nous garantit non seulement le maintien intgral de notre moi terrestre1 mais mme la rsurrection dans notre propre chair4 ,voil le centre de l'nigme4 ,cette petite conscience1 ce sentiment d'un moi spcial1 presque enfantin et en tout cas extraordinairement born1 infirmit probable de notre intelligence actuelle1 exiger qu'il nous accompagne dans l'infini des temps pour que nous comprenions celui-ci1 que nous en jouissions1 n'est-ce pas vouloir percevoir un objet l'aide d'un organe qui n'est pas destin cette perception8 ,n'est-ce pas demander que notre main dcouvre la lumire ou que notre oeil soit sensible aux parfums8 ,n'est-ce pas1 d'autre part1 agir comme un malade qui1 pour se retrouver1 tre sr qu'il est bien lui-mme1 croirait qu'il est ncessaire de continuer sa maladie dans la sant et dans la suite illimite des jours8 ,la comparaison est d'ailleurs plus exacte que ne l'est d'habitude une comparaison4 ,reprsentez-vous un aveugle en mme temps paralytique et sourd4 ,il est en cet tat depuis sa naissance et vient d'atteindre sa trentime anne4 ,qu'auront brod les heures sur le tissu sans images de cette pauvre vie8 ,le malheureux doit avoir recueilli au fond de sa mmoire1 dfaut d'autres souvenirs1 quelques chtives sensations de chaud et de froid1 de fatigue et de repos1 de douleurs physiques plus ou moins vives1 de soif et de faim4 ,il est probable que toutes les joies humaines1 toutes les esprances et tous les songes de l'idal et de nos paradis1 se rduiront pour lui au bien-tre confus qui suit l'apaisement d'une douleur4 ,voil donc la seule armature possible de cette conscience et de ce moi4 ,l'intelligence n'ayant jamais t sollicite du dehors1 dormira profondment en s'ignorant elle-mme4 ,nanmoins1 le misrable aura sa petite vie quoi il tiendra par des liens aussi troits1 aussi ardents que le plus heureux des hommes4 ,il redoutera la mort2 et l'ide d'entrer dans l'ternit sans y emporter les motions et les souvenirs de son grabat1 de ses tnbres et de son silence1 le plongera dans le dsespoir o nous plonge la pense d'abandonner pour les glaces et la nuit de la tombe une vie de gloire1 de lumire et d'amour4 ,,iv ,supposons qu'un miracle anime tout coup ses yeux et ses oreilles1 lui rvle1 par la fentre ouverte au chevet de son lit1 l'aurore sur la campagne1 le chant des oiseaux dans les arbres1 le murmure du vent dans les feuilles et de l'eau sur les rives1 l'appel transparent des voix humaines parmi les collines matinales4 ,supposons encore que le mme miracle1 achevant son oeuvre1 lui donne l'usage de ses membres4 ,il se lve1 il tend les bras ce prodige qui pour lui n'a pas encore de vraisemblance ni de nom3 la lumire6 ,il ouvre la porte1 chancelle parmi les blouissements et tout son corps se fond en toutes ces merveilles4 ,il entre dans une vie indicible1 dans un ciel qu'aucun rve n'avait su pressentir2 et1 par un caprice fort admissible en ces sortes de gurisons1 la sant en l'introduisant dans cette existence inconcevable et inintelligible1 efface en lui tout souvenir des jours passs4 ,quel sera l'tat de ce moi1 de ce foyer central1 rceptacle de toutes nos sensations1 lieu o converge tout ce qui appartient en propre notre vie1 point suprme1 point gotique de notre tre1 si l'on peut hasarder ce nologisme8 ,la mmoire abolie1 retrouvera-t-il en lui quelques traces de l'homme antrieur8 ,une force nouvelle1 l'intelligence1 s'veillant et dployant soudain une activit inoue1 quel rapport cette intelligence gardera-t-elle avec le germe inerte et sombre d'o elle s'est leve8 ,a quels angles de son pass se raccrochera-t-il pour se continuer8 ,subsistera-t-il en lui quelque sentiment ou quelque instinct1 indpendant de la mmoire1 de l'intelligence et de je ne sais quelles autres facults1 qui lui fera reconnatre que c'est bien en lui que vient d'clater le miracle librateur1 que c'est bien sa vie et non celle de son voisin1 transforme1 mconnaissable1 mais substantiellement identique1 qui1 sortie des tnbres et du silence1 se prolonge dans la lumire et l'harmonie8 ,pouvons-nous imaginer le dsarroi1 les flux et reflux de cette conscience affole8 ,savons-nous de quelle faon le moi d'hier s'unira au moi d'aujourd'hui1 et comment le point gotique1 le point sensible de la personnalit1 le seul que nous tenions conserver intact1 se comportera dans ces dlires et ces bouleversements8 ,essayons d'abord de rpondre avec une prcision suffisante cette question qui est du domaine de notre vie actuelle et visible2 et si nous ne pouvons le faire1 comment esprer de rsoudre l'autre problme qui se dresse devant tout homme l'instant de la mort8 ,v ,ce point sensible o se rsume tout le problme1 car il est le seul en question2 et la rserve de ce qui le concerne1 l'immortalit est certaine1 ce point mystrieux1 auquel1 en prsence de la mort1 nous attachons un tel prix1 il est assez trange que nous le perdions tout moment dans la vie1 sans prouver la moindre inquitude4 ,non seulement chaque nuit il s'anantit dans notre sommeil1 mais mme l'tat de veille1 il est la merci d'une foule d'accidents4 ,une blessure1 un choc1 une indisposition1 quelques verres d'alcool1 un peu d'opium1 un peu de fume suffit l'altrer4 ,mme quand rien ne le trouble1 il n'est pas constamment sensible4 ,il faut souvent un effort1 un retour sur nous-mmes pour le ressaisir1 pour prendre conscience que tel ou tel vnement nous advient4 ,a la moindre distraction1 un bonheur passe ct de nous sans nous toucher1 sans nous livrer le plaisir qu'il renferme4 ,on dirait que les fonctions de cet organe par quoi nous gotons la vie et la rapportons nous-mmes1 sont intermittentes1 et que la prsence de notre moi1 except dans la douleur1 n'est qu'une suite rapide et perptuelle de dparts et de retours4 ,ce qui nous tranquillise1 c'est qu'au rveil1 aprs la blessure1 le choc1 la distraction1 nous nous croyons srs de le retrouver intact1 au lieu que nous nous persuadons1 tant nous le sentons fragile1 qu'il doit jamais disparatre dans l'effroyable secousse qui spare la vie de la mort4 ,,vi ,une premire vrit1 en en attendant d'autres que l'avenir dvoilera sans doute1 c'est qu'en ces questions de vie ou de mort1 notre imagination est demeure bien enfantine4 ,presque partout ailleurs1 elle prcde la raison2 mais ici elle s'attarde encore aux jeux des premiers ges4 ,elle s'entoure des rves et des dsirs barbares dont elle berait les craintes et les esprances de l'homme des cavernes4 ,elle demande des choses impossibles1 parce qu'elles sont trop petites4 ,elle rclame des privilges qui1 obtenus1 seraient plus redoutables que les plus normes dsastres dont nous menace le nant4 ,pouvons-nous penser sans frmir une ternit enferme tout entire en notre infime conscience actuelle8 ,et voyez comme en tout ceci nous obissons aux caprices illogiques de celle qu'on appelait autrefois la folle du logis4 ,qui de nous1 s'il s'endormait ce soir avec la certitude scientifique et exprimentale de se rveiller dans cent ans1 tel qu'il est aujourd'hui et dans son corps intact1 mme la condition de perdre tout souvenir de sa vie antrieure 7ces souvenirs ne seraient-ils pas inutiles871 qui de nous n'accueillerait ce sommeil sculaire avec la mme confiance que le doux et bref sommeil de chaque nuit8 ,il n'y aurait cependant entre la mort vritable et ce sommeil que la diffrence de ce rveil attard d'un sicle1 rveil aussi tranger celui qui s'tait endormi que le serait la naissance d'un enfant posthume4 ,ou bien1 supposez1 dit peu prs ,schopenhauer quelqu'un qui ne veut pas admettre une immortalit o il n'emporterait point sa conscience1 supposez que pour vous arracher quelque insupportable douleur1 on vous garantisse le rveil et le retour la conscience aprs un sommeil totalement inconscient de trois mois8--,je l'accepterais volontiers4--,mais si1 les trois mois couls1 on vous oubliait1 et qu'on ne vous rveillt qu'au bout de dix mille ans1 qu'en sauriez-vous8 ,et le sommeil commenc1 que vous importe qu'il dure trois mois ou toujours8 ,,vii ,considrons donc que tout ce qui compose notre conscience vient d'abord de notre corps4 ,notre pense ne fait qu'organiser ce qui lui est fourni par nos sens2 et les images et les mots1--qui ne sont au fond que des images-- l'aide desquels elle s'efforce de s'arracher ces sens et de nier leur royaut lui sont encore prts par eux4 ,comment cette pense pourrait-elle demeurer ce qu'elle tait1 quand il ne lui restera rien de ce qui la formait8 ,lorsqu'elle n'aura plus de corps1 qu'emportera-t-elle dans l'infini pour s'y reconnatre1 elle qui ne se connaissait que grce ce corps8 ,quelques souvenirs d'une vie commune8 ,est-ce que ces souvenirs1 qui dj s'effaaient en ce monde1 suffiront la sparer jamais du reste de l'univers1 dans l'espace sans bornes et le temps sans limites8 ,mais1 dira-t-on1 dans notre moi il n'y a pas seulement ce qu'y dcouvre notre intelligence4 ,il y a en nous beaucoup de choses que nos sens n'y ont pas mises2 il s'y cache un tre suprieur celui que nous connaissons4 ,c'est probable1 voire certain2 la part de l'inconscient1 c'est--dire de ce qui reprsente l',univers1 est norme et prpondrante4 ,mais comment le moi que nous connaissons et dont seule nous importe la destine1 reconnatra-t-il toutes ces choses et cet tre suprieur qu'il n'a jamais connus8 ,que fera-t-il en prsence de cet tranger8 ,si l'on me dit que cet tranger c'est moi-mme1 je veux bien l'accorder2 mais ce qui sur cette terre ressentait et mesurait mes joies et mes douleurs et faisait natre les quelques souvenirs et penses qui me restent1 tait-ce cet inconnu immobile et invisible qui existait en moi sans que je m'en doutasse1 comme je vais probablement vivre en lui sans qu'il s'occupe d'une prsence qui ne lui apportera que la misrable mmoire d'une chose qui n'est plus8 ,maintenant qu'il a pris ma place en dtruisant pour acqurir une plus vaste conscience tout ce qui formait ma petite conscience d'ici-bas1 n'est-ce pas une autre vie qui commence1 dont les bonheurs ou les malheurs passeront par-dessus ma tte sans effleurer de leurs ailes nouvelles ce que je me sens tre aujourd'hui8 ,,viii ,enfin1 comment expliquer qu'en cette conscience qui devrait nous survivre1 l'infini qui prcde notre naissance n'ait pas laiss de trace8 ,n'avions-nous aucune conscience dans cet infini1 ou l'aurions-nous perdue en venant sur terre2 et la catastrophe qui fait toute la terreur de la mort se serait-elle produite l'instant de notre naissance8 ,on ne saurait nier que cet infini ait sur nous les mmes droits que celui qui suit notre dcs4 ,nous sommes les enfants du premier comme du second et nous participons ncessairement des deux4 ,si vous soutenez que vous serez toujours1 vous devez admettre que vous tes depuis toujours2 on ne peut imaginer l'un sans tre forc d'imaginer l'autre4 ,si rien ne finit1 rien ne commence1 attendu que ce commencement serait la fin de quelque chose4 ,or1 bien que j'existe depuis toujours1 je n'ai aucune conscience de mon existence antrieure1 tandis qu'il me faudra porter jusqu'aux horizons sans bornes des sicles sans fin1 la petite conscience acquise durant le moment qui s'coule entre ma naissance et ma mort4 ,mon moi vritable1 qui va devenir ternel1 ne daterait donc que de mon court passage sur cette terre2 toute l'ternit antrieure1 qui vaut exactement celle qui suivra1 puisque c'est la mme1 ne compterait donc pas et serait jete au nant8 ,d'o vient ce privilge trange accord quelques jours insignifiants sur une plante sans importance8--,parce qu'en cette ternit antrieure nous n'avions aucune conscience8--,qu'en savons-nous8 ,cela semble bien improbable4 ,pourquoi cette acquisition de conscience serait-elle un phnomne unique dans une ternit qui eut sa disposition d'innombrables milliards de hasards1 parmi lesquels1-- moins de mettre un terme l'infini des sicles1--il est impossible de concevoir que les milliers de concidences qui formrent ma conscience actuelle ne se rencontrrent pas maintes fois4 ,ds qu'on plonge le regard dans les mystres de cette ternit o tout ce qui arrive doit tre arriv1 il semble au contraire bien plus croyable que nous ayons eu des consciences sans nombre que nous voile notre vie d'aujourd'hui4 ,si ces consciences ont exist1 et si1 notre mort1 une conscience doit survivre1 les autres doivent survivre aussi1 car il n'y a pas de raison pour octroyer celle que nous avons acquise ici-bas1 une faveur aussi exorbitante4 ,et si toutes survivent et se rveillent en mme temps1 que deviendra1 submerge dans ces existences ternelles1 une petite conscience de quelques minutes terrestres8 ,au surplus1 alors mme qu'elle oublierait toutes ses existences antrieures1 qu'y deviendrait-elle parmi les assauts1 l'afflux et les apports sans fin de son ternit posthume2 lot minuscule et friable que rongeraient sans trve deux ocans illimits8 ,elle ne s'y maintiendrait1 chtive et si prcaire1 qu' la condition de ne plus rien acqurir1 de demeurer jamais close1 isole et borne1 impntrable et insensible tout1 au milieu des mystres inous1 des trsors et des spectacles fabuleux qu'il lui faudrait ternellement parcourir sans plus rien voir ni entendre2 et ce serait bien la pire mort et le pire destin qui pussent nous atteindre4 ,de toutes faons nous voil donc pousss vers les hypothses de la conscience universelle ou de la conscience modifie que nous allons examiner4 ,,chapitre ,,iv ,l',,hypoth,,se ,,th,,osophique ,i ,mais1 avant d'aborder ces questions1 il conviendrait1 peut-tre1 d'tudier deux solutions intressantes1 sinon nouvelles1 du moins renouveles1 du problme de la survivance personnelle4 ,j'entends parler des thories no-thosophiques et no-spirites1 qui sont les seules1 je pense1 qu'on puisse srieusement discuter4 ,la premire est presque aussi vieille que l'homme2 mais un mouvement d'opinion1 assez intense en certains pays1 a rajeuni et remis en lumire la doctrine de la rincarnation ou de la transmigration des mes4 ,on ne saurait nier que de toutes les hypothses religieuses1 la rincarnation est la plus plausible et celle qui choque le moins notre raison4 ,elle a pour elle1 ce qui n'est pas ngligeable1 l'appui des religions les plus anciennes et les plus universelles1 celles qui ont incontestablement fourni l'humanit la plus grande somme de sagesse et dont nous n'avons pas encore puis les vrits et les mystres4 ,en ralit1 toute l',asie1 d'o nous vient presque tout ce que nous savons1 a toujours cru et croit encore la transmigration des mes4 ,il n'est pas1 dit fort justement ,annie ,besant1 l'aptre remarquable de la ,thosophie nouvelle1 il n'est pas une doctrine philosophique qui ait derrire elle un pass aussi magnifique1 aussi charg d'intellectualit que la doctrine de la rincarnation4 ,il n'en est pas qui1 autant qu'elle1 ait pour elle le poids de l'opinion des hommes les plus sages2 il n'en est pas1 comme l'a dclar ,max ,mller1 sur laquelle se soient aussi compltement accords les plus grands philosophes de l'humanit4 ,tout cela est parfaitement exact4 ,mais1 pour emporter aujourd'hui nos dfiantes convictions1 il faudrait d'autres preuves4 ,j'en ai vainement cherch une seule parmi les meilleurs crits de nos modernes thosophes4 ,tout se borne des affirmations ritres et premptoires qui flottent dans le vide4 ,le grand1 le principal et1 pour tout dire1 le seul argument qu'ils invoquent n'est qu'un argument sentimental4 ,ils soutiennent que leur doctrine o l'esprit1 dans ses vies successives1 se purifie et s'lve plus ou moins rapidement selon ses efforts et ses mrites1 est la seule qui satisfasse l'irrsistible instinct de justice que nous portons en nous4 ,ils ont raison1 et1 ce point de vue1 leur justice d'outre-tombe est incomparablement suprieure celle du ciel barbare et du monstrueux enfer des chrtiens o sont ternellement rcompenses ou punies des fautes ou des vertus le plus souvent puriles1 invitables ou fortuites4 ,mais ce n'est l1 je le rpte1 qu'un argument sentimental1 qui1 dans l'chelle des preuves1 n'a qu'une valeur minime4 ,,ii ,on peut reconnatre que certaines de leurs hypothses sont assez ingnieuses2 et ce qu'ils disent du rle des ,coques1 par exemple1 ou des lmentals1 dans les phnomnes spirites1 vaut peu prs nos maladroites explications fluidiques ou nerveuses4 ,peut-tre1 sans doute mme1 ont-ils raison quand ils soutiennent que tout autour de nous est plein de formes et de types vivants et divers1 intelligents et innombrables1 aussi diffrents entre eux qu'un brin d'herbe et un tigre1 et qu'un tigre et un homme1 qui nous coudoient sans cesse et travers lesquels nous passons sans nous en apercevoir4 ,nous allons de l'un l'autre extrme4 ,si toutes les religions ont surpeupl le monde d'tres invisibles1 nous l'avons peut-tre trop compltement dpeupl1 et il est fort possible qu'on reconnaisse un jour que l'erreur n'tait pas du ct que l'on croit4 ,comme le dit fort bien ,sir ,william ,crookes1 dans une page curieuse3 ,il n'est pas improbable qu'il existe d'autres tres pourvus de sens dont les organes ne correspondent pas avec les rayons de lumire auxquels notre oeil est sensible1 mais qui soient capables de percevoir d'autres vibrations qui nous laissent indiffrents4 ,de tels tres vivraient en ralit dans un monde qui ne serait pas semblable au ntre4 ,figurez-vous1 par exemple1 quelle ide nous nous ferions des objets qui nous entourent1 si nos yeux1 au lieu d'tre sensibles la lumire du jour1 ne l'taient qu'aux vibrations lectriques et magntiques4 ,le verre et le cristal deviendraient alors des corps opaques1 les mtaux seraient plus ou moins transparents1 et un fil tlgraphique suspendu dans l'air paratrait un trou long et troit1 traversant un corps d'une solidit impntrable4 ,une machine lectro-dynamique en action ressemblerait un incendie1 tandis qu'un aimant raliserait le rve des mystiques du moyen ge et deviendrait une lampe perptuelle1 brlant sans se consumer et sans qu'il faille l'alimenter de quelque manire que ce soit4 ,tout cela1 et tant d'autres choses qu'ils affirment1 serait1 sinon acceptable1 tout le moins digne d'attention1 si ces suppositions taient prsentes pour ce qu'elles sont1 c'est--dire de trs anciennes hypothses qui remontent aux premiers ges de la thologie et de la mtaphysique humaines2 mais ds qu'on les transforme en affirmations catgoriques et doctrinales1 elles deviennent promptement insupportables4 ,ils nous promettent1 d'autre part1 qu'en exerant notre esprit1 en raffinant nos sens1 en subtilisant notre corps1 nous pourrons vivre avec ceux que nous appelons morts et avec les tres suprieurs qui nous entourent4 ,le tout ne semble pas mener grand'chose et repose sur des bases bien fragiles1 sur des preuves trop vagues tires du sommeil hypnotique1 des pressentiments1 de la mdiumnit1 des phantasmes1 etc4 ,il est assez surprenant que ceux d'entre eux qui s'appellent ,clairvoyants1 qui prtendent tre en communication avec ce monde de dsincarns et avec d'autres mondes plus proches de la divinit1 ne nous apportent rien de probant4 ,nous demandons autre chose que les thories arbitraires de la triade immortelle1 des trois mondes1 du corps astral1 de l'atome permanent ou du ,kama-,loka4 ,puisque leur sensibilit est plus aigu1 leur perception plus subtile1 leur intuition spirituelle plus pntrante que la ntre1 pourquoi ne poussent-ils pas leurs investigations du ct des phnomnes encore trop pars1 contests mais acceptables de la mmoire prnatale1 par exemple1 que je cite1 au hasard1 entre tant d'autres4 ,nous ne demandons pas mieux que de nous laisser convaincre1 car tout ce qui ajoute quelque chose l'importance1 l'tendue1 la dure de l'homme doit tre accueilli avec satisfaction#b4 #b ,pour connatre l'exacte vrit sur le mouvement et les premires manifestations no-thosophiques1 lire le trs remarquable rapport rdig1 aprs une impartiale mais rigoureuse enqute1 par le ,dr ,hodgson1 spcialement envoy aux ,indes par la ,s4 ,p4 ,r4 ,il y dvoile magistralement les fraudes videntes et souvent grossires de la clbre ,mme ,blavatsky et de tout l'tat-major no-thosophique4 7,proceedings1 t4 ,,iii4 ,hodgson's ,report on ,phenomena connected with ,theosophy1 p4 #bja-djj47 ,,chapitre ,v ,l',,hypoth,,se ,n,o-,,spirite ,,les ,,apparitions ,i ,en dehors de la thosophie1 des recherches purement scientifiques ont t faites dans ces rgions dconcertantes de la survivance et de la rincarnation4 ,le no-spiritisme1 ou psychisme ou spiritualisme exprimental1 est n en ,amrique en #ahgj4 ,sir ,william ,crookes1 l'homme de gnie qui ouvrit la plupart des routes au bout desquelles on dcouvrit avec stupfaction des proprits et des tats inconnus de la matire1 ds l'anne suivante organisait les premires expriences rigoureusement scientifiques2 et dj1 en #ahgc-gd1 obtenait avec l'aide du mdium ,miss ,cook1 des phnomnes de matrialisation qu'on n'a gure dpasss4 ,mais c'est surtout de la fondation de la ,society for ,psychical ,research 7,s4 ,p4 ,r471 que date le vritable essor de la nouvelle science4 ,cette socit cre ,londres il y a vingt-huit ans1 sous les auspices des plus illustres savants de l',angleterre1 a entrepris1 comme on sait1 une tude mthodique et rigoureuse de tous les faits de psychologie et de sensibilit supra-normales4 ,cette tude ou cette enqute1 dirige par ,gurney1 ,myers et ,podmore1 et continue par leurs successeurs1 est un chef-d'oeuvre de patience et de conscience scientifiques4 ,aucun fait n'y est admis qui ne soit corrobor par des tmoignages irrcusables1 des preuves crites1 des concordances convaincantes2 en un mot1 on ne peut gure contester la vracit matrielle de la plupart d'entre eux1 moins de dnier d'avance et de parti pris toute valeur probante au tmoignage humain et de rendre impossible toute conviction1 toute certitude qui y prend sa source#c4 ,parmi ces manifestations surnormales1 tlpathie1 tlergie1 prvisions1 etc41 nous ne retiendrons que celles qui se rapportent la vie d'outre-tombe4 ,on peut les diviser en deux catgories3 #a les apparitions relles1 objectives et spontanes ou manifestations directes2 #b les manifestations obtenues par l'intermdiaire de mdiums1 qu'il s'agisse d'apparitions provoques1 que nous carterons pour l'instant cause de leur caractre souvent suspect#d1 ou de communications avec les morts par le langage ou l'criture automatique4 ,nous nous arrterons un moment ces communications extraordinaires4 ,elles ont t longuement tudies par des hommes tels que ,myers1 le docteur ,hodgson1 ,sir ,oliver ,lodge1 le philosophe ,william ,james1 le pre du ,pragmatisme2 elles les ont profondment impressionns et presque convaincus1 et mritent donc de retenir notre attention4 #c ,la rigueur de ces enqutes est telle que la ,s4 ,p4 ,r4 se trouve sans cesse en butte aux attaques de la presse spirite qui l'appelle couramment3 ,socit pour la suppression des faits1 ,pour la gnralisation des accusations d'imposture1 ,pour le dcouragement des sensitifs1 et pour le rejet de toute rvlation du genre de celles qui1 disait-on1 s'imposent l'humanit1 du haut des rgions de la lumire et de la connaissance4 #d ,il serait cependant injuste d'affirmer que toutes ces apparitions sont suspectes4 ,il est1 par exemple1 impossible de contester la ralit de la clbre ,katie ,king1 le double de ,miss ,cook1 dont un homme comme ,william ,crookes tudia et contrla svrement1 durant trois ans1 les faits et gestes4 ,mais au point de vue des preuves de la survivance1 et bien que ,katie ,king se donnt pour une morte revenue sur terre afin d'expier certaines fautes1 ses manifestations ont moins de valeur que les communications obtenues depuis4 ,en tout cas1 elles n'apportent aucune rvlation sur l'existence d'outre-tombe2 et ,katie1 si jeune1 si vivante1 dont on pouvait compter les pulsations1 dont on entendait battre le coeur1 qu'on a photographie1 qui distribuait aux assistants les boucles de sa chevelure1 qui rpondait toutes les questions1 n'a pas dit un mot au sujet des secrets de l'autre monde4 ,pour ce qui concerne les manifestations de la premire catgorie1 il est naturellement impossible de rapporter ici1 mme trs sommairement1 les plus frappantes d'entre elles1 et je renvoie le lecteur aux collections des ,proceedings4 ,il suffira de rappeler que de nombreuses apparitions de dfunts ont t constates et tudies par des savants comme ,sir ,w4 ,crookes1 ,r4 ,wallace1 ,r4 ,dale-,owen1 ,aksakof1 ,paul ,gibier1 etc4 ,gurney1 l'un des classiques de cette science nouvelle1 cite deux cent trente et un cas de ce genre2 et depuis1 le ,journal de la ,s4 ,p4 ,r4 et les revues spciales n'ont cess d'en enregistrer de nouveaux4 ,il parat donc tabli1 autant qu'un fait peut l'tre1 qu'une forme spirituelle ou nerveuse1 une image1 un reflet attard de l'existence1 est capable de subsister durant quelque temps1 de se dgager du corps1 de lui survivre1 de franchir en un clin d'oeil d'normes distances1 de se manifester aux vivants et1 parfois1 de communiquer avec eux4 ,au reste1 il faut reconnatre que ces apparitions sont trs brves4 ,elles n'ont lieu qu'au moment prcis de la mort ou la suivent de prs4 ,elles ne semblent pas avoir la moindre conscience d'une vie nouvelle ou supra-terrestre et diffrente de celle du corps dont elles manent4 ,au contraire1 leur nergie spirituelle1 l'instant qu'elle devrait tre toute pure puisqu'elle est dbarrasse de la matire1 parat fort infrieure ce qu'elle tait lorsque la matire l'enveloppait4 ,ces phantasmes1 plus ou moins ahuris1 frquemment tourments de soucis insignifiants1 bien qu'ils viennent d'un autre monde1 ne nous ont jamais apport1 sur ce monde dont ils ont franchi le seuil prodigieux1 une seule rvlation topique4 ,bientt ils s'vaporent et disparaissent pour toujours4 ,sont-ils les premires lueurs d'une autre existence ou les dernires de celle-ci8 ,les morts usent-ils ainsi1 faute de mieux1 du suprme lien qui les unit et les rend perceptibles nos sens8 ,continuent-ils ensuite vivre autour de nous1 mais ne parviennent-ils plus1 malgr leurs efforts1 se faire connatre ni nous donner une ide de leur prsence parce que nous n'avons pas l'organe ncessaire pour les percevoir2 de mme que tous nos efforts ne russiraient point donner un aveugle-n la moindre notion de la lumire et des couleurs8 ,nous n'en savons rien2 et nous ignorons encore si1 de tous ces phnomnes incontestables1 il est permis de tirer quelque conclusion4 ,ils ne prendraient vraiment d'importance que s'il tait possible de constater ou de provoquer des apparitions d'tres dont la mort remontt un certain nombre d'annes4 ,on aurait enfin la preuve matrielle1 toujours lude1 que l'esprit ne dpend pas du corps1 qu'il est cause et non pas effet1 qu'il peut subsister1 se nourrir1 fonctionner sans organes4 ,la plus grande question que se soit pose l'humanit serait ainsi1 sinon rsolue1 du moins dbarrasse de quelques tnbres2 et du coup1 la survivance personnelle1 tout en demeurant captive des mystres de l'origine et de la fin1 deviendrait dfendable4 ,mais nous n'en sommes pas l4 ,en attendant1 il est curieux de constater qu'il y a rellement des revenants1 des spectres et des fantmes4 ,une fois de plus la science vient confirmer ici une croyance gnrale de l'humanit et nous apprendre qu'une croyance de ce genre1 si absurde que d'abord elle paraisse1 mrite toujours d'tre examine avec soin4 ,,chapitre ,,vi ,,les ,,communications ,,avec ,,les ,,morts ,i ,les spirites communiquent1 ou croient communiquer avec les morts1 par ce qu'ils appellent la parole et l'criture automatiques4 ,celles-ci s'obtiennent par l'intermdiaire d'un mdium#e en tat d'extase ou plutt de trance ou entranc1 pour nous servir du vocabulaire de la nouvelle science4 ,cet tat n'est pas le sommeil hypnotique1 ne semble pas une manifestation hystrique et s'allie souvent1 comme chez le mdium ,piper1 la plus parfaite sant1 au plus complet quilibre intellectuel et physique4 ,c'est plutt l'mergence1 plus ou moins facultative1 de l'une des personnalits ou consciences secondes ou subliminales du sujet2 ou encore1 si l'on admet la thorie spirite1 sa prise de possession1 son invasion psychique1 dit ,myers1 par des forces d'un autre monde4 ,chez le sujet entranc1 la conscience et la personnalit normales sont entirement abolies1 et il rpond automatiquement1 parfois par la parole1 plus souvent par l'criture1 aux questions qu'on lui pose4 ,il arrive qu'il parle et crive en mme temps2 la voix tant prise par un esprit et la main par un autre1 qui mnent deux conversations indpendantes4 ,plus rarement1 la voix et les deux mains sont simultanment possdes1 et l'on a trois communications diffrentes4 ,il est vident que de pareilles manifestations prtent aux fraudes et aux simulations de tout genre2 et la mfiance est d'abord invincible4 ,mais il en est qui se prsentent entoures de telles garanties de bonne foi et de sincrit1 si souvent1 si longuement et si rigoureusement contrles par des savants d'un caractre1 d'une autorit incontests et d'un scepticisme d'abord intraitable1 qu'il devient difficile de nourrir un dernier soupon#f4 ,je ne puis malheureusement entrer ici dans les dtails de certaines de ces sances purement scientifiques1 celles de ,mme ,piper1 par exemple1 le clbre mdium avec lequel ,myers1 le docteur ,hodgson1 le professeur ,newbold1 de l',universit de ,pensylvanie1 ,sir ,oliver ,lodge et ,william ,james travaillrent durant nombre d'annes4 ,d'autre part1 c'est prcisment l'accumulation1 les concidences1 la nature anormale de ces dtails qui peu peu font natre et affermissent la conviction qu'on se trouve devant un phnomne entirement nouveau1 invraisemblable mais authentique et qu'il est parfois difficile de classer parmi les phnomnes exclusivement terrestres4 ,il faudrait consacrer ces communications une tude spciale qui dborderait le cadre de cet essai2 je me bornerai donc renvoyer ceux qui seraient curieux d'en savoir davantage1 au livre de ,sir ,oliver ,lodge3 ,the ,survival of ,man1 rcemment traduit en franais sous ce titre3 ,la ,survivance humaine2 et surtout aux vingt-cinq gros volumes des ,proceedings ,s4 ,p4 ,r41 particulirement aux dclarations et commentaires de ,william ,james au sujet des sances ,piper-,hodgson 7tome ,,xxiii71 ainsi qu'au tome ,,xiii1 o ,hodgson examine et analyse les faits et arguments qu'on peut invoquer pour ou contre l'intervention des morts2 et enfin1 l'ouvrage capital de ,myers3 ,human ,personality4 #e ,ceux qui abordent l'tude de ces manifestations surnormales1 se demandent gnralement3 pourquoi des mdiums1 pourquoi ces intermdiaires souvent suspects1 toujours insuffisants8--,parce que jusqu'ici1 on n'a pas trouv le moyen de s'en passer4 ,si l'on admet la thorie spirite1 les esprits dsincarns qui de toutes parts nous entourent et sont spars de nous par la cloison tanche et mystrieuse de la mort1 cherchent1 pour communiquer avec nous1 la ligne de moindre rsistance entre les deux mondes2 et la trouvent dans le mdium1 sans qu'on sache pourquoi1 de mme qu'on ignore pour quelles raisons un courant lectrique passe le long d'un fil de cuivre et se trouve arrt par un godet de verre ou de porcelaine4 ,si1 d'autre part1 on admet la thorie tlpathique1 qui est la plus probable1 on constate que les penses1 les intentions ou les suggestions1 dans la plupart des cas1 ne se transmettent pas de subconscient subconscient4 ,il faut un organisme en mme temps rcepteur et transmetteur2 cet organisme se rencontre dans le mdium4 ,pourquoi8 ,encore une fois1 on n'en sait absolument rien1 de mme qu'on ne sait pas pourquoi tel corps ou tel agencement de corps est affect par les ondes concentriques dans la tlgraphie sans fil1 tandis que tel autre n'y est pas sensible4 ,on ttonne ici1 comme d'ailleurs on ttonne presque partout1 dans le domaine obscur des faits incontests mais inexplicables4 ,ceux qui voudraient avoir sur la thorie de la mdiumnit des notions plus prcises1 liront avec fruit l'admirable discours prononc le #bi janvier #ahig1 par ,william ,crookes1 en qualit de prsident de la ,s4 ,p4 ,r4 #f ,ces questions de fraude et de simulation sont naturellement les premires qui se posent quand on aborde l'tude de ces phnomnes4 ,il suffit de s'tre quelque peu familiaris avec la vie1 les habitudes1 les procds des trois ou quatre grands mdiums dont nous allons parler1 pour que le moindre soupon ne vous effleure mme plus4 ,de toutes les explications imaginables1 celle qui n'invoquerait que l'imposture et la supercherie serait1 sans contredit1 la plus extraordinaire et la moins vraisemblable4 ,on peut1 du reste1 se rendre compte1 en lisant le rapport de ,richard ,hodgson1 ,observations of certain phenomena of trance 7,proceedings1 tome ,,viii2 et le rapport de ,j4-,h4 ,hyslop1 tome ,,xiii71 des prcautions prises1 allant jusqu' l'emploi de dtectives spciaux1 pour s'assurer que ,mme ,piper1 par exemple1 ne pouvait1 normalement et humainement1 avoir aucune connaissance des faits qu'elle rvlait4 ,je le rpte1 ds qu'on a pris pied dans cette tude1 les soupons se dissipent sans laisser de traces1 et l'on est bientt convaincu que ce n'est pas du ct de la fraude que se trouve le mot de l'nigme4 ,toutes les manifestations de la personnalit muette1 mystrieuse et opprime qui se cache en chacun de nous subissent tour tour la mme preuve2 et celles qui se rapportent la baguette divinatoire1 pour n'en pas citer d'autres1 passent en ce moment par la mme crise d'incrdulit4 ,il n'y a pas cinquante ans1 la plupart des phnomnes hypnotiques1 aujourd'hui scientifiquement classs1 taient galement tenus pour frauduleux4 ,il semble que l'homme rpugne reconnatre qu'il recle bien plus de choses qu'il ne l'imaginait4 ,,ii ,les mdiums entrancs sont envahis ou possds par divers esprits familiers auxquels on donne1 dans la nouvelle science1 le nom assez impropre et amphibologique de ,contrles4 ,ainsi1 ,mme ,piper est successivement visite par ,phinuit1 ,george ,pelham ou ,p4 ,g41 ,imprator1 ,doctor et ,rector4 ,mme ,thompson1 autre mdium trs clbre1 est surtout habite par ,nelly1 tandis que des personnages plus illustres et plus graves s'emparent du clergyman ,stainton ,moses4 ,chacun de ces esprits garde jusqu'au bout un caractre bien tranch1 qui ne se dment pas1 et qui d'ailleurs n'a le plus souvent aucun rapport avec celui du mdium4 ,parmi eux1 ,phinuit et ,nelly sont incontestablement les plus sympathiques1 les plus originaux1 les plus vivants1 les plus actifs et surtout les plus loquaces4 ,ils centralisent en quelque sorte les communications1 ils vont1 viennent1 font les empresss1 et si1 dans l'assistance1 quelqu'un dsire se mettre en rapports avec l'me d'un parent1 d'un ami dcd1 ils volent la recherche de celle-ci1 la retrouvent dans la foule invisible1 la ramnent1 annoncent sa prsence1 parlent en son nom1 transmettent et1 pour ainsi dire1 traduisent les demandes et les rponses2 car il semble qu'il soit trs difficile aux morts de communiquer avec les vivants1 qu'il leur faille des aptitudes spciales et un concours de circonstances extraordinaires4 ,n'examinons pas encore ce qu'ils ont nous rvler2 mais1 les voir s'agiter ainsi parmi la multitude de leurs frres et soeurs dsincarns1 ils nous donnent1 de l'autre monde1 une premire impression qui n'est gure rassurante1 et l'on se dit que nos morts d'aujourd'hui ressemblent trangement ceux qu',ulysse voquait1 il y a trois mille ans1 dans la nuit cimmrienne2 ples et vaines ombres effares1 inconsistantes1 puriles1 et frappes de stupeur1 pareilles des songes1 plus nombreuses que les feuilles tombes de l'automne et qui tremblent comme elles aux souffles inconnus des grands espaces de l'autre monde4 ,elles n'ont mme plus assez de vie pour tre malheureuses et paraissent traner1 on ne sait o1 une existence prcaire et dsoeuvre1 errer sans but1 rder autour de nous1 sommeiller ou bavarder entre elles des petites affaires de la terre2 et quand une fissure se produit dans leur nuit1 accourir1 s'empresser de toutes parts1 comme des tourbillons d'oiseaux affams1 avides de lumire et d'une voix humaine2 et l'on se rappelle malgr soi les sinistres paroles du fantme d',achille1 mergeant de l'rbe1 dans l',odysse3 ,ne me parle point de la mort1 ,ulysse6 ,j'aimerais mieux tre un laboureur et servir1 pour un salaire1 un homme pauvre et pouvant peine se nourrir1 que de commander tous les morts qui ne sont plus6 ,,iii ,ces morts d'aujourd'hui1 qu'ont-ils nous dire8 ,il est d'abord remarquable qu'ils paraissent s'intresser aux vnements d'ici-bas beaucoup plus qu' ceux du monde o ils se trouvent4 ,ils semblent avant tout jaloux d'tablir leur identit1 de prouver qu'ils existent encore1 qu'ils nous reconnaissent1 qu'ils savent tout2 et1 pour nous en convaincre1 avec une prcision1 une perspicacit et une prolixit extraordinaires1 ils entrent dans les dtails les plus minutieux1 les plus oublis4 ,ils sont aussi extrmement habiles dmler la parent complique de celui qui les interroge1 d'une personne prsente la sance ou mme d'un inconnu qui entre dans la salle4 ,ils rappellent les petites infirmits de celui-ci1 les maladies de celui-l1 les manies ou les aptitudes d'un troisime4 ,ils peroivent les vnements distance1 ils voient1 par exemple1 et dcrivent leurs auditeurs de ,londres1 un pisode insignifiant qui se droule au ,canada4 ,en un mot1 ils disent et font peu prs toutes les choses dconcertantes et inexplicables qu'on obtient parfois d'un mdium de premier ordre2 peut-tre mme vont-ils un peu plus loin1 mais de tout cela n'mane point je ne sais quelle odeur1 quelle lueur d'outre-mort qu'on nous avait promise et que nous attendions4 ,on dira que les mdiums ne sont visits que par des esprits infrieurs1 incapables de s'arracher aux soucis terrestres et de s'lever des ides plus vastes et plus hautes4 ,il est possible1 et sans doute avons-nous tort de croire qu'un esprit dpouill de son corps soit subitement transform et devienne1 en un instant1 l'gal de ce que nous imaginons2 mais ne pourraient-ils tout au moins nous apprendre o ils se trouvent1 ce qu'ils prouvent1 ce qu'ils font8 ,,iv ,depuis les expriences dont nous parlons1 il semble que la mort elle-mme ait voulu rpondre l'objection2 en effet1 ,myers1 le docteur ,hodgson et le professeur ,william ,james qui1 si souvent et durant de longues heures passionnes1 interrogrent les mdiums ,piper et ,thompson et obligrent ceux qui ne sont plus parler par leur bouche1 les voici1 leur tour1 parmi les ombres1 de l'autre ct du rideau de tnbres4 ,eux du moins savent exactement ce qu'il faut faire pour venir jusqu' nous1 ce qu'il faut rvler pour apaiser l'inquitude et la curiosit des hommes4 ,myers notamment1 le plus ardent1 le plus convaincu1 le plus impatient du voile qui le sparait des ralits ternelles1 a formellement promis ceux qui continuent son oeuvre de faire l-bas1 dans l'inconnu1 tous les efforts imaginables afin de leur prter une aide dcisive4 ,il tient parole4 ,un mois aprs sa mort1 ,sir ,oliver ,lodge1 interrogeant ,mme ,thompson entrance1 ,nelly1 l'esprit familier de celle-ci1 dclare tout coup qu'elle a vu ,myers1 qu'il n'est pas encore bien veill1 mais qu'il compte venir1 vers neuf heures du soir1 communiquer avec son vieil ami de la ,socit ,psychique4 ,on suspend la sance1 on la reprend huit heures et demie1 et l'on obtient enfin la communication ,myers4 ,on le reconnat1 ds les premiers mots1 c'est bien lui2 il n'a pas chang4 ,fidle sa manie terrestre1 il insiste tout de suite sur la ncessit de prendre des notes4 ,mais il semble ahuri4 ,on lui parle de la ,socit des ,recherches ,psychiques1 unique souci de sa vie4 ,il ne s'en souvient plus4 ,puis la mmoire renat peu peu2 et ce sont de vritables potins d'outre-tombe1 au sujet de la prsidence de la socit1 de l'article ncrologique du ,times1 de lettres qu'on devait publier1 etc4 ,il se plaint qu'on ne lui laisse pas de repos1 de tous les coins de l',angleterre1 on l'interpelle1 on veut communiquer avec lui4 ,appelez ,myers1 amenez ,myers6 ,il lui faudrait le temps de se ressaisir1 de rflchir4 ,il se plaint aussi de la difficult faire passer sa pense travers les mdiums3 ils la traduisent comme un colier qui fait sa premire version de ,virgile4 ,quant sa situation prsente1 il a cherch son chemin comme travers des ruelles1 avant de savoir qu'il tait mort4 ,il lui semblait qu'il s'garait dans une ville inconnue2 et quand il apercevait des gens qu'il savait dcds1 il croyait n'avoir que des visions4 ,c'est1 parmi bien d'autres bavardages qui ne sont pas plus significatifs1 peu prs tout ce que donna le contrle ou la personnification ,myers1 dont on avait espr mieux4 ,cette communication et plusieurs autres qui ressuscitent1 d'une faon frappante1 parat-il1 les habitudes1 la manire de penser1 de parler et le caractre de ,myers1 auraient quelque valeur si aucun de ceux par qui et qui elles furent faites n'avait connu celui-ci quand il tait encore au nombre des vivants4 ,telles qu'elles se prsentent1 elles ne sont fort probablement que des rminiscences d'une personnalit secondaire du mdium ou d'inconscientes suggestions de l'interrogateur ou des assistants4 ,v ,une communication plus importante et plus troublante1 cause des noms qui s'y rattachent1 est celle que l'on dsigne sous le nom3 ,mrs4 ,piper's ,hodgson ,control4 ,le professeur ,william ,james lui consacre dans le ,tome ,,xxiii des ,proceedings un rapport de plus de cent vingt pages4 ,le docteur ,hodgson avait t1 de son vivant1 le secrtaire de la branche amricaine de la ,s4 ,p4 ,r4 dont ,william ,james tait vice-prsident4 ,durant de longues annes1 il s'tait consacr au mdium ,piper1 travaillant avec lui trois fois par semaine1 et accumulant ainsi1 au sujet des phnomnes posthumes1 une masse norme de documents dont on n'a pas encore puis les richesses4 ,comme ,myers1 il avait promis de revenir aprs sa mort2 et1 de caractre jovial1 il avait plus d'une fois affirm ,mme ,piper que1 lorsqu'il la visiterait son tour1 ayant plus d'exprience que les autres esprits1 les sances prendraient une tournure plus dcisive1 et que l'affaire serait chaude4 ,il revint en effet huit jours aprs son dcs et se manifesta par l'criture automatique 7c'est le mode de communication le plus habituel du mdium ,piper7 durant plusieurs sances auxquelles assistait ,william ,james4 ,je voudrais donner une ide de ce rapport4 ,mais1 comme le fait trs justement remarquer le clbre professeur de l',universit d',harward1 le compte rendu stnographique d'une sance de ce genre en altre dj compltement la physionomie4 ,on y recherche en vain l'motion prouve se trouver ainsi en face d'un tre invisible mais vivant qui non seulement rpond vos questions1 mais devance vos penses1 comprend demi-mot1 saisit une allusion et y oppose une autre allusion grave ou riante4 ,la vie du mort1 qui durant une heure trange1 vous avait pour ainsi dire environn et pntr1 semble s'teindre une seconde fois4 ,la stnographie1 dpouille de toute motion1 fournit sans nul doute les meilleurs lments d'une conclusion logique2 mais il n'est pas certain qu'ici1 comme en bien d'autres cas o prdomine l'inconnu1 la logique soit la seule route qui conduise la vrit4 ,quand j'entrepris1 dit ,william ,james1 de collationner cette srie de sances et de faire le prsent rapport1 je prvoyais que mon verdict serait dtermin par la pure logique4 ,je pensais que tels menus incidents devaient1 d'une faon dcisive1 valoir pour ou contre la survivance de l'esprit4 ,mais me regarder moi-mme peser les donnes du problme1 je me convaincs que l'exacte logique ne joue ici qu'un rle prparatoire dans l'laboration de nos conclusions2 et que le dernier mot1 s'il en est un1 doit tre prononc par notre sens gnral des probabilits dramatiques1 sens qui va et vient de l'une l'autre hypothse1--tout au moins dans mon cas1--d'une manire plutt illogique4 ,si l'on s'attache aux dtails1 on en tirera une conclusion anti-spirite2 si l'on envisage la signification de l'ensemble1 on penchera peut-tre vers l'interprtation spirite#g4 #g ,proceedings1 t4 ,,xxiii1 p4 #cc4 ,et1 la fin de son travail1 il conclut en ces termes3 ,quant moi1 j'ai l'impression qu'il y avait probablement l une volont extrieure2 c'est--dire qu'en vertu de mes connaissances acquises au sujet de l'ensemble de ces phnomnes1 je doute que l'tat de rve de ,mme ,piper1 mme en y ajoutant les facults tlpathiques1 puisse expliquer tous les rsultats obtenus4 ,mais lorsqu'on me demande si la volont de communiquer est celle d',hodgson ou de quelque esprit imitateur d',hodgson1 je demeure indcis et j'attends d'autres faits1 qui peut-tre ne nous mneront pas une conclusion nette avant une cinquantaine ou une centaine d'annes#h4 #h ,proceedings1 t4 ,,xxiii1 p4 #abj4 ,on voit que ,william ,james est assez branl2 et il y a1 dans son rapport1 certains endroits o il parat l'tre encore davantage et o il dit formellement que les esprits ont a finger in the pie1 mot mot1 un doigt dans le pt4 ,ces hsitations d'un homme qui a renouvel notre psychologie et qui possdait un cerveau aussi merveilleusement organis et quilibr que celui de notre ,taine1 par exemple1 sont significatives4 ,docteur en mdecine et professeur de philosophie1 trs sceptique et scrupuleusement fidle aux mthodes exprimentales1 il avait trois et quatre fois qualit pour mener bien de telles expriences4 ,il n'est pas question de se laisser branler son tour par le prestige de ces hsitations2 mais elles montrent1 en tout cas1 qu'il s'agit l d'un problme srieux1 le plus grave peut-tre1 si les donnes en taient indiscutables1 que nous ayons eu rsoudre depuis l'avnement du ,christ2 et qu'il ne suffit pas1 pour s'en dbarrasser1 d'un haussement d'paules ou d'un clat de rire4 ,,vi ,je suis forc1 faute de place1 de renvoyer au texte mme des ,proceedings1 ceux qui voudraient se faire1 sur le cas ,piper-,hodgson1 une opinion personnelle4 ,ce cas1 du reste1 est loin d'tre l'un des plus frappants2 il faudrait plutt le classer1 n'tait la qualit des interlocuteurs1 parmi les russites moyennes de la srie ,piper4 ,hodgson1 selon l'invariable coutume des esprits1 tient d'abord se faire reconnatre2 et l'invitable et fastidieux dfil des petites rminiscences recommence vingt fois de suite et remplit des pages et des pages4 ,comme d'habitude1 en pareille occurrence1 les souvenirs communs l'interrogateur et l'esprit qui est cens rpondre1 sont voqus dans leurs dtails les plus circonstancis1 les plus insignifiants1 les plus cachs aussi1 avec une avidit1 une exactitude1 une vivacit surprenantes4 ,et remarquez que le mort qui parle puise tous ces dtails1 avec une facilit invraisemblable1 et de prfrence1 dirait-on1 mme les trsors les plus oublis et les plus inconscients de la mmoire du vivant qui l'coute4 ,il ne fait grce de rien2 il se raccroche tout avec une satisfaction purile et une ardeur anxieuse1 moins pour persuader aux autres que pour se prouver soi-mme qu'il existe toujours4 ,et l'obstination de ce pauvre tre invisible qui s'vertue se manifester travers les portes1 jusqu'ici sans fissures1 qui nous sparent de nos destines ternelles1 est la fois ridicule et tragique4--,te rappelles-tu1 ,william1 qu'tant la campagne1 chez un tel1 nous avons1 avec les enfants1 jou tels et tels jeux1 et qu'tant dans telle pice1 o se trouvaient tels et tels meubles1 j'ai dit ceci et cela8--,en effet1 ,hodgson1 je me rappelle4--,bonne preuve1 n'est-ce pas1 ,william8--,excellente1 ,hodgson6 ,et ainsi de suite1 indfiniment4 ,parfois1 un incident plus significatif et qui semble dpasser la simple transmission de pense subliminale4 ,on s'occupe1 par exemple1 d'un mariage manqu1 qui fut toujours entour d'un grand mystre1 mme pour les amis les plus intimes d',hodgson4--,te rappelles-tu1 ,william1 une doctoresse de ,new-,york1 membre de notre socit8--,non1 je ne m'en souviens pas2 mais qu'y a-t-il son sujet8--,son mari s'appelait ,blair1 je crois4--,veux-tu parler de ,mme ,blair-,thaw8--,justement6 ,demande donc ,mme ,thaw si1 un dner1 je ne lui ai pas parl de la demoiselle en question8--,james crit ,mme ,thaw1 qui dclare qu'en effet1 il y a une quinzaine d'annes1 ,hodgson lui avait parl d'une jeune fille dont il avait demand la main1 qu'on lui avait du reste refuse4 ,mme ,thaw et le docteur ,newbold taient les seules personnes au monde qui connussent ce dtail4 ,mais revenons aux sances qui continuent4 ,on y discute1 entre autres points1 la situation financire de la branche amricaine de la ,s4 ,p4 ,r41 situation qui1 la mort du secrtaire ou plutt du factotum ,hodgson1 n'tait gure brillante4 ,et voici1 spectacle assez trange1 divers membres de l'association qui examinent1 avec leur secrtaire dfunt1 les affaires de la socit4 ,faut-il dissoudre8 fusionner8 envoyer en ,angleterre les matriaux accumuls1 dont la plupart appartiennent ,hodgson8 ,on consulte le mort1 il rpond1 donne de sages avis1 semble parfaitement au courant de toutes les complications1 de toutes les perplexits4 ,un jour1 du vivant d',hodgson1 la socit se trouvant en dficit1 un donateur anonyme envoie la somme ncessaire pour la remettre d'aplomb4 ,hodgson1 sur terre1 ignorait quel tait le donateur2 mais ,hodgson1 sous terre1 le dcouvre parmi les assistants1 l'interpelle et le remercie publiquement4 ,ailleurs1 ,hodgson1 comme tous les esprits1 se plaint de l'extrme difficult qu'il prouve transmettre sa pense travers l'organisme tranger du mdium4 ,je suis1 dit-il1 comme un aveugle qui cherche son chapeau4 ,mais quand1 aprs tant d'histoires oiseuses1 ,william ,james lui pose enfin les questions essentielles qui nous brlent les lvres3 ,hodgson1 qu'as-tu nous dire au sujet de l'autre vie8 le mort devient vasif et ne cherche plus que des chappatoires3 ,ce n'est pas une vague fantaisie1 mais une ralit1 rpond-il4--,hodgson1 insiste ,mme ,william ,james1 vivez-vous comme nous1 comme les hommes8--,que dit-elle8 fait l'esprit1 qui feint de n'avoir pas compris4--,vivez-vous comme nous8 rpte ,william ,james4--,avez-vous des vtements1 des maisons8 ajoute sa femme4--,oui1 oui1 des maisons1 mais pas de vtements4 ,non1 c'est absurde6 ,attendez un moment1 il faut que je m'en aille4--,mais tu reviendras8--,oui4--,il est all reprendre haleine1 remarque un autre esprit nomm ,rector1 qui intervient subitement4 ,il n'tait peut-tre pas inutile de reproduire ici la physionomie et l'allure gnrales d'une de ces sances qu'on peut considrer comme exemplaire4 ,j'y ajouterai1 pour donner une ide des points extrmes qu'il est possible d'atteindre1 le fait suivant1 rapport et contrl par ,sir ,oliver ,lodge4 ,il remet ,mme ,piper entrance une montre d'or que vient de lui envoyer un de ses oncles et qui avait appartenu un autre oncle mort depuis plus de vingt ans4 ,en possession de cette montre1 ,mme ,piper1 ou plutt ,phinuit1 l'un de ses esprits familiers1 rvle1 au bout de quelque temps1 une foule de dtails relatifs l'enfance de ce dernier oncle1 remontant plus de soixante-six ans1 et naturellement ignors de ,sir ,oliver ,lodge4 ,peu aprs1 l'oncle survivant1 qui n'habite pas la mme ville1 confirme par lettre l'exactitude de la plupart de ces dtails qu'il avait compltement oublis1 et qui ne lui ont t remis en mmoire que par les rvlations mmes du mdium2 tandis que ceux dont il ne peut retrouver nul souvenir1 sont postrieurement dclars conformes la vrit par un troisime oncle1 un vieux capitaine au long cours1 habitant la ,cornouailles1 et du reste ignorant pour quelles raisons on lui pose d'aussi bizarres questions4 ,je ne cite pas ce fait parce qu'il a une valeur exceptionnelle ou dcisive2 mais simplement1 je le rpte1 titre d'exemple1 car avec celui de ,mme ,thaw1 mentionn plus haut1 il marque assez exactement les points extrmes o1 grce l'intervention des esprits1 on a1 jusqu' ce jour1 pntr dans l'inconnu4 ,il convient d'ajouter que les cas o l'on dpasse aussi manifestement les limites prsumes de la tlpathie la plus tendue1 sont assez rares4 ,,vii ,maintenant1 que penser de tout ceci8 ,faut-il avec ,myers1 ,newbold1 ,hyslop1 ,hodgson et tant d'autres qui ont longuement tudi le problme1 conclure l'incontestable intervention de forces et d'intelligences qui reviennent de l'autre rive du grand fleuve que l'on croyait infranchissable8 ,faut-il reconnatre avec eux qu'il est des cas de plus en plus nombreux o il n'est plus possible d'hsiter entre l'hypothse tlpathique et l'hypothse spirite8 ,je ne le crois pas4 ,je n'ai nul parti pris1-- quoi bon en avoir dans ces mystres8--aucune rpugnance admettre la survivance et l'intervention des morts2 mais il est sage et ncessaire1 avant de quitter le plan terrestre1 d'puiser toutes les suppositions1 toutes les explications qu'on y peut dcouvrir4 ,nous avons opter entre deux inconnus1 deux miracles1 si l'on veut1 dont l'un est situ dans le monde que nous habitons et l'autre dans une rgion qu' tort ou raison nous croyons spare de nous par des espaces sans nom1 qu'aucun tre1 vivant ou mort1 n'a traverss jusqu' ce jour4 ,il est donc naturel que nous demeurions chez nous1 dans notre monde1 tant que nous y pourrons tenir1 tant que nous n'en serons pas impitoyablement expulss par une srie de faits irrsistibles et irrcusables1 issus de l'abme voisin4 ,la survivance d'un esprit n'est pas plus invraisemblable que les prodigieuses facults que nous sommes obligs d'attribuer aux mdiums si nous les enlevons aux morts2 mais l'existence du mdium1 au rebours de celle de l'esprit1 est incontestable2 c'est donc l'esprit ou ceux qui s'en rclament1 de prouver d'abord qu'il existe4 ,les phnomnes extraordinaires dont nous venons de parler3 transmission de pense d'inconscient inconscient1 vision distance1 clairvoyance subliminale1 se produisent-ils quand les morts ne sont pas en scne1 quand les expriences se font exclusivement entre personnages vivants8 ,on ne saurait1 de bonne foi1 le contester4 ,sans doute1 on n'a jamais obtenu entre vivants des sries de communications ou de rvlations pareilles celles des grands mdiums spirites3 ,piper1 ,thompson et ,stainton ,moses1 ni rien qui1 sous le rapport de la continuit et de la perspicacit1 puisse leur tre compar4 ,mais si la qualit des phnomnes ne supporte pas la comparaison1 il est indniable que leur nature intime est identique4 ,il est logique d'en infrer que ce n'est pas la source d'inspiration1 mais la valeur propre1 la sensibilit1 la puissance du mdium qui en est la vritable cause4 ,du reste1 ,j4-,g4 ,piddington1 qui a consacr ,mme ,thompson une tude trs documente1 a nettement constat chez elle1 alors qu'elle n'tait pas entrance et qu'il n'tait nullement question d'esprits1 des manifestations infrieures1 il est vrai1 mais absolument analogues celles o les morts sont mls#i4 ,il plat ces mdiums1 de trs bonne foi d'ailleurs et probablement leur insu1 de donner leurs facults subconscientes1 leurs personnalits secondaires1 ou d'accepter1 pour celles-ci1 des noms qui furent ports par des tres passs de l'autre ct du mystre2 c'est affaire de vocabulaire ou de nomenclature qui n'enlve ou n'ajoute rien la signification intrinsque des faits4 ,or1 en examinant ces faits1 quelque tranges et vraiment inous que soient certains d'entre eux1 je n'en rencontre pas un seul qui sorte franchement de ce monde ou vienne indubitablement de l'autre4 ,ce sont1 si l'on veut1 de prodigieux incidents de frontire2 mais on ne peut pas affirmer que la frontire ait t viole4 ,dans l'histoire de la montre de ,sir ,oliver ,lodge1 par exemple1 qui est une des plus caractristiques et des plus avances1 il faut attribuer au mdium des facults qui n'ont plus rien d'humain4 ,il doit1 soit par vision distance1 transmission de pense de subconscient subconscient ou clairvoyance subliminale1 se mettre en rapport avec les deux frres survivants du possesseur dcd de la montre2 et dans l'inconscient de ces deux frres lointains et que personne n'a prvenus1 il lui faut retrouver une foule de circonstances oublies par eux-mmes1 et sur quoi se sont accumules la poussire et les tnbres de soixante-six annes4 ,il est certain qu'un phnomne de ce genre fait craquer tous les cadres de l'imagination1 et qu'on lui refuserait sa crance si d'abord il n'tait certifi et contrl par un homme de la valeur de ,sir ,oliver ,lodge et si1 par surcrot1 il ne faisait partie d'un groupe de faits quivalents1 qui montrent bien qu'il ne s'agit point l d'un miracle absolument unique ou d'un inesprable concours de concidences sans secondes4 ,il s'y agit simplement de vision distance1 de clairvoyance subliminale et de tlpathie pousses la dernire puissance2 et ces trois manifestations des profondeurs inexplores de l'homme sont aujourd'hui scientifiquement constates et classes2 ce n'est pas dire qu'elles soient expliques1 mais ceci est une autre question4 ,quand1 propos d'lectricit1 on parle de positif1 de ngatif1 d'induction1 de potentiel et de rsistance1 on met galement des mots conventionnels sur des faits ou des phnomnes dont on ignore entirement l'essence intime2 et il faut bien qu'on s'en contente en attendant mieux4 ,il n'y a1 j'y insiste1 de ces manifestations extraordinaires celles que nous offre un mdium qui ne parle pas au nom des morts1 qu'une diffrence du plus au moins1 une diffrence d'tendue ou de degr et nullement une diffrence spcifique4 #i ,voir sur ces faits qui nous entraneraient trop loin1 ,j4-,g4 ,piddington3 ,phenomena in ,mrs4 ,thompson's ,trance1 ,proceedings1 tome ,,xviii1 p4 #ahj et suivantes2 et tome ,,xxiii1 p4 #bhf et suivantes1 l'tude du professeur ,a4-,c4 ,pigou sur la ,cross correspondence sans l'intervention des esprits4 ,,viii ,il faudrait1 pour que l'preuve ft plus dcisive1 que personne1 ni le mdium1 ni les tmoins1 n'et jamais connu l'existence de celui dont le mort rvle le pass2 c'est--dire que tout lien vivant ft supprim4 ,je ne crois pas que le fait se soit produit jusqu' ce jour1 ni mme qu'il soit possible2 en tout cas1 le contrle en deviendrait fort malais4 ,quoi qu'il en soit1 le docteur ,hodgson1 qui a consacr une partie de sa vie rechercher des phnomnes spcifiques1 o les bornes de la puissance mdiumnique fussent nettement outrepasses1 croit les avoir dcouverts dans certains cas1 parmi lesquels1--les autres tant peu prs de mme nature1--je ne citerai que l'un des plus frappants#aj4 ,en d'excellentes sances1 assist du mdium ,piper1 il communique avec divers amis dcds qui lui rappellent une foule de souvenirs communs4 ,le mdium1 les esprits et lui-mme semblent merveilleusement disposs1 et les rvlations sont abondantes1 exactes et faciles4 ,dans cette atmosphre extrmement favorable1 il est mis en rapport avec l'me d'un de ses meilleurs amis1 mort il y a un an1 et qu'il nomme simplement3 ,a4 ,a41 qu'il a connu plus intimement que la plupart des esprits qui l'ont prcd1 au rebours de ceux-ci1 tout en tablissant son identit d'une faon indubitable1 ne fournit que des rponses incohrentes4 ,or ,a41 dans les dernires annes de sa vie1 avait souffert de troubles crbraux qui confinaient l'alination mentale proprement dite4 #aj ,proceedings1 tome ,,xiii1 p4 #cdi-ej et #cge4 ,le mme phnomne parat se reproduire chaque fois que des troubles semblables ont prcd la mort1 ainsi qu'en cas de suicide4 ,si l'on se tient uniquement l'explication tlpathique1 fait observer le savant amricain1 si l'on prtend que toutes les paroles des dsincarns ne sont que des suggestions de mon subconscient1 il est incomprhensible qu'aprs avoir obtenu des rsultats satisfaisants avec des morts que j'avais moins connus et moins aims que ,a41 avec lesquels j'avais par consquent bien moins de souvenirs communs1 je ne tire de ce dernier1 dans les mmes sances1 que des rponses incohrentes4 ,il faut donc croire que mon subconscient n'est pas seul en scne et qu'il a devant lui une personnalit bien vivante1 bien relle qui se trouve encore dans l'tat d'esprit o elle tait au moment de la mort1 y demeure indpendante1 n'y subit aucune influence1 n'coute nullement ce que je lui suggre mon insu1 et tire de son propre fonds ce qu'elle me rvle4 ,l'argument n'est pas ngligeable1 mais il n'aurait pleine valeur que s'il tait certain qu'aucun de ceux qui assistaient la sance n'et connu la folie de ,a42 sinon l'on peut soutenir que l'ide de folie ayant pntr dans le subconscient de l'un d'eux1 elle y agit en consquence et donne aux rponses suggres un tour conforme l'tat d'esprit qu'elle prsume chez le mort4 ,,ix ,a vrai dire1 en tendant ainsi l'extrme la puissance des mdiums1 nous nous munissons d'explications qui prviennent presque tout1 barrent toutes les routes et enlvent peu prs compltement aux esprits la facult de se manifester de la manire qu'ils paraissent avoir choisie4 ,mais pourquoi choisissent-ils cette manire-l8 ,pourquoi se restreignent-ils ainsi8 ,pourquoi se cantonnent-ils aussi obstinment dans l'troite bande de terrain que la mmoire occupe aux confins des deux mondes1 et d'o ne peuvent nous venir que des tmoignages indcis ou suspects8 ,ils n'ont donc point d'autres issues ni d'autres horizons8 ,pourquoi s'attardent-ils vgter autour de nous dans leur petit pass1 alors que dbarrasss de la chair ils devraient pouvoir errer librement dans les tendues vierges de l'espace et du temps8 ,ignorent-ils encore que ce n'est pas parmi nous mais chez eux1 de l'autre ct de la tombe1 qu'ils trouveront le signe qui nous attestera qu'ils survivent8 ,pourquoi s'en reviennent-ils les mains et les paroles vides8 ,est-ce l ce qu'on trouve quand on baigne mme l'infini8 ,tout est-il nu1 sans forme et sans lumire par del notre dernire heure8 ,s'il en est ainsi1 qu'ils le disent2 et le tmoignage des tnbres aura du moins une grandeur qui manque trop ces faons de procureur et ces procds de juge d'instruction4 ,a quoi bon mourir si toutes les petitesses de la vie continuent8 ,est-ce vraiment la peine d'avoir pass par les dfils effrayants qui dbouchent dans les champs ternels1 pour nous rappeler que notre grand-oncle portait le nom de ,pierre et que ,paul1 notre cousin germain1 tait afflig de varices et d'une maladie d'estomac8 ,a ce compte1 j'aimerais mieux pour ceux que j'aime1 la solitude auguste et glace du nant4 ,s'il leur est difficile1 comme ils s'en plaignent1 de se faire entendre travers un organisme tranger et profondment endormi1 ils nous disent sur le pass assez de choses minutieuses et prcises pour nous prouver qu'ils en pourraient rvler d'analogues1 sinon sur l'avenir qu'ils ne connaissent peut-tre pas encore1 du moins sur de moindres secrets qui nous entourent de toutes parts et que seul notre corps nous empche d'approcher4 ,il y a mille choses1 grandes ou petites et de nous ignores1 qu'on doit apercevoir lorsque des yeux infirmes n'arrtent plus le regard4 ,c'est dans ces rgions dont un rien nous spare1 et non point parmi d'imbciles ragots d'autrefois qu'ils trouveraient enfin la vritable et claire preuve qu'ils paraissent chercher avec tant de passion4 ,sans exiger un grand miracle1 il semble cependant qu'on ait le droit d'attendre d'une intelligence que plus rien ne contraint1 d'autres propos que ceux qu'elle vitait quand elle tait encore soumise la matire4 ,,chapitre ,,vii ,,la ,,correspondance ,,crois,e ,i ,on en tait l quand1 ces dernires annes1 les mdiums1 les spirites ou plutt les esprits eux-mmes1 parat-il1--car on ne sait au juste qui l'on a affaire1--peut-tre mcontents de n'tre pas plus nettement reconnus et compris1 afin de prouver plus efficacement leur existence1 imaginrent ce qu'on a appel la correspondance croise1 ou ,cross correspondence4 ,ici1 la situation est retourne2 il ne s'agit plus d'esprits divers et plus ou moins nombreux qui se rvlent par l'intermdiaire d'un mme mdium1 mais d'un esprit unique qui se manifeste presque simultanment travers plusieurs mdiums souvent fort loigns les uns des autres1 et sans entente pralable entre ceux-ci4 ,chacun de ces messages1 pris isolment1 est le plus souvent inintelligible1 et ne rvle un sens que lorsqu'il est laborieusement combin avec tous les autres4 ,comme le dit ,sir ,oliver ,lodge1 ,le but de ces efforts ingnieux et compliqus est1 clairement1 de prouver que ces phnomnes sont l'oeuvre de quelque intelligence bien dfinie1 distincte de celle de l'un quelconque des automatistes4 ,la transmission par fragments d'un message ou d'une allusion littraire qui sera inintelligible pour chacun des crivains pris sparment exclut la possibilit d'une communication tlpathique entre eux4 ,ainsi1 on carte ou l'on essaye d'carter celle1 de toutes les hypothses semi-normales1 que les membres de la ,s4 ,p4 ,r4 ont considre comme la plus troublante et la plus difficile liminer4 ,ces efforts ont encore un autre objet3 ils tendent videmment prouver1 dans la mesure du possible1 par la substance et la qualit du message1 que celui-ci est caractristique de la personnalit particulire de qui semble maner la communication1 et de nulle autre#aa4 #aa ,la survivance humaine4 ,trad4 du ,dr ,h4 ,bourbon1 p4 #bee4 ,l'exprience n'en est qu'au dbut2 et les derniers volumes des ,proceedings lui sont consacrs4 ,bien que la masse de documents recueillis soit dj considrable1 il n'est pas encore possible d'en tirer une conclusion2 en tout cas1 quoi qu'en disent les spirites1 la suspicion tlpathique ne semble nullement carte4 ,c'est un exercice littraire assez bizarre et1 intellectuellement1 trs suprieur aux manifestations habituelles des mdiums2 mais il n'y a1 jusqu'ici1 aucune raison d'en situer le mystre dans l'autre monde plutt qu'en celui-ci4 ,on a voulu y voir la preuve que s'tend quelque part1 dans le temps ou l'espace1 ou bien hors de ceux-ci1 une sorte d'immense rservoir cosmique de connaissances o vont librement puiser les esprits4 ,mais ce rservoir1 s'il existe1 ce qui est fort possible1 rien ne nous dit que ce ne soient pas plutt les vivants que les morts qui s'y rendent4 ,il est bien trange que ceux-ci1 s'ils ont vraiment accs l'incommensurable trsor1 n'en rapportent qu'une espce de puzzle purilement ingnieux4 ,il doit cependant s'y entasser des myriades de connaissances et d'acquisitions oublies et perdues1 accumules depuis des millnaires en des abmes o notre pense alourdie par le corps ne peut plus pntrer1 mais que rien ne parat fermer aux investigations d'activits plus subtiles et plus libres4 ,ils sont videmment entours de mystres innombrables1 de vrits insouponnes et formidables qui surplombent de toutes parts4 ,la plus petite rvlation astronomique ou biologique1 le moindre secret d'autrefois1 par exemple celui de la trempe du cuivre que possdrent les anciens1 un dtail archologique1 un pome1 une statue1 un remde retrouv1 un lambeau de l'une de ces sciences inconnues qui fleurirent en gypte ou dans l',atlantide1 serait un argument autrement premptoire que des centaines de rminiscences plus ou moins littraires4 ,pourquoi nous parlent-ils si rarement de l'avenir1 et pour quelles raisons1 lorsqu'ils s'y aventurent1 se trompent-ils avec une rgularit dcourageante8 ,il semble cependant1 qu'aux regards d'un tre dlivr du corps et du temps1 les annes1 qu'elles soient passes ou futures1 doivent s'taler toutes sur le mme plan#ab4 ,on peut donc dire que l'ingniosit de la preuve se retourne contre elle4 ,en somme1 comme dans les autres tentatives1 et notamment celles du fameux mdium ,stainton ,moses1 c'est la mme impuissance caractristique nous apporter ne ft-ce qu'une parcelle de n'importe quelle vrit ou connaissance dont on ne trouverait pas trace dans un cerveau vivant1 ou dans un livre crit sur cette terre4 ,et cependant1 il n'est pas admissible qu'il n'existe point quelque part d'autres vrits ou d'autres connaissances que celles que nous possdons ici-bas4 ,le cas de ce ,stainton ,moses1 dont nous venons de prononcer le nom1 est1 sous ce rapport1 trs frappant4 ,stainton ,moses tait un clergyman amricain1 dogmatique1 consciencieux1 et1 l'tat normal1 son instruction1 au dire de ,myers1 ne dpassait pas celle d'un matre d'cole ordinaire4 ,mais peine se trouvait-il entranc1 que certains esprits de l'antiquit ou du moyen ge1 qui ne sont gure connus que des rudits1 entre autres saint ,hippolyte1 vque d',ostie1 ,plotin1 ,athnodore1 prcepteur de ,tibre1 et surtout ,grocyn1 ami d'rasme1 prenaient possession de sa personne et se manifestaient par son intermdiaire4 ,or1 ,grocyn1 par exemple1 donna sur rasme divers renseignements qu'on crut d'abord recueillis dans l'autre monde1 mais qui furent postrieurement retrouvs en des livres oublis1 mais nanmoins accessibles4 ,d'autre part1 la probit de ,stainton ,moses ne fut jamais mise en doute par ceux qui le connurent2 il est donc permis de le croire lorsqu'il affirme n'avoir pas lu les livres en question4 ,ici encore1 le mystre1 pour inexplicable qu'il soit1 semble bien se cacher au milieu de nous4 ,c'est de la rminiscence inconsciente1 si l'on veut1 de la suggestion distance1 de la lecture subliminale2 mais non plus que dans la correspondance croise1 il n'est indispensable d'avoir recours aux morts et de les faire entrer toute force dans l'nigme2 celle-ci1 vue du ct de la tombe o nous sommes1 est dj suffisamment paisse et passionnante4 ,au surplus1 n'insistons pas davantage sur cette correspondance croise4 ,n'oublions pas qu'il s'agit d'une exprience peine commence1 et que les morts ont l'air de comprendre assez pniblement les exigences des vivants4 #ab ,on trouve cependant1 dans cet ordre d'ide1 deux ou trois faits assez troublants1 notamment1 dans une runion provoque par ,william ,stead1 la prdiction du meurtre du roi ,alexandre et de la reine ,draga1 avec les dtails les plus circonstancis4 ,on fit de cette prdiction un procs-verbal sign d'une trentaine de tmoins2 et ,stead alla le lendemain supplier le ministre de ,serbie ,londres1 de prvenir le roi du danger qui le menaait4 ,quelques mois aprs1 l'vnement s'accomplissait tel qu'il avait t annonc4 ,mais la prcognition n'exige pas ncessairement l'intervention des morts2 et puis1 chaque fait de ce genre1 avant d'tre dfinitivement accept1 demanderait une longue et minutieuse tude4 ,,ii ,les spirites propos de cette exprience1 comme des autres1 rptent volontiers3 ,si vous n'admettez pas l'intervention des esprits1 la plupart de ces phnomnes sont absolument inexplicables4 ,d'accord1 aussi ne prtendons-nous point les expliquer2 car presque rien n'est explicable sur cette terre1 mais simplement les attribuer l'incomprhensible puissance des mdiums1 qui n'est pas plus invraisemblable que la survivance des morts1 et a l'avantage de ne pas sortir de la sphre que nous occupons et de s'apparenter un grand nombre de faits analogues qui se passent entre personnages vivants4 ,ces singulires facults ne nous dconcertent que parce qu'elles sont encore sporadiques et qu'il y a fort peu de temps qu'on les a scientifiquement constates4 ,au fond1 elles ne sont pas plus merveilleuses que celles dont nous nous servons chaque jour sans nous merveiller3 notre mmoire1 par exemple1 notre pense1 notre imagination1 que sais-je8 ,elles font partie du grand miracle que nous sommes2 et le miracle admis1 ce n'est pas tant son tendue que ses limites qui doivent nous tonner4 ,nanmoins1 et pour clore ce chapitre1 je ne suis point du tout d'avis qu'il faille rejeter1 pour n'y plus revenir1 l'hypothse spirite2 ce serait injuste et prmatur4 ,jusqu'ici1 tout demeure en suspens4 ,on peut dire que les choses en sont encore peu prs au point que marquait ,sir ,william ,crookes1 en #ahgd1 dans un article du ,quarterly ,journal of ,sciences3 ,la diffrence entre les partisans de la force psychique et ceux du spiritualisme 7ou spiritisme7 consiste en ceci3--que nous soutenons qu'on n'a encore prouv que d'une manire insuffisante qu'il existe un agent de direction autre que l'intelligence du mdium1 et qu'on n'a donn aucune espce de preuve que ce sont les esprits des morts2 tandis que les spirites acceptent1 comme article de foi1 que ce sont les esprits des morts qui sont les seuls agents de tous les phnomnes4 ,ainsi la controverse se rduit une pure question de fait1 qui ne pourra se rsoudre que par une laborieuse suite d'expriences et par la runion d'un grand nombre de faits psychologiques4 ,ce sera l le premier devoir qu'aura remplir la socit de psychologie qui s'organise en ce moment4 ,en attendant1 c'est dj beaucoup que de rigoureuses recherches scientifiques n'aient pas dtruit de fond en comble une thorie qui bouleverse aussi radicalement l'ide que nous nous faisions de la mort4 ,nous verrons plus loin pour quelles raisons1 au point de vue de nos destines d'outre-tombe1 il n'y aurait pas lieu de s'attarder trop longtemps autour de ces apparitions ou de ces rvlations1 alors mme qu'elles seraient rellement incontestables et topiques4 ,elles ne sembleraient1 tout prendre1 que les manifestations incohrentes et prcaires d'un tat transitoire4 ,elles prouveraient au plus1 s'il fallait les admettre1 qu'un reflet de nous-mmes1 une arrire-vibration nerveuse1 un faisceau d'motions1 une silhouette spirituelle1 une image falote et dsempare ou1 plus exactement1 une sorte de mmoire trononne ou dracine1 peut1 aprs notre mort1 s'attarder et flotter dans un vide o rien ne l'alimente plus1 o elle s'anmie et s'teint peu peu1 mais qu'un fluide spcial1 man d'un mdium extraordinaire1 parvient galvaniser par moments4 ,peut-tre existe-t-elle objectivement1 peut-tre ne subsiste et ne se ravive-t-elle que dans le souvenir de certaines sympathies4 ,il serait en somme assez vraisemblable que la mmoire qui nous reprsente pendant toute notre vie1 continut de le faire durant quelques semaines ou mme quelques annes aprs notre dcs4 ,ainsi s'expliquerait le caractre vasif et dcevant de ces esprits qui1 n'ayant qu'une existence mnmonique1 ne peuvent naturellement s'intresser qu'aux choses de leur ressort4 ,de l leur nergie agaante et maniaque se cramponner aux moindres faits1 leur hbtude somnolente1 leur incurie1 leur ignorance incomprhensibles1 et toutes les bizarreries misrables que nous avons plus d'une fois remarques4 ,mais1 je le rpte1 il est bien plus simple d'attribuer ces bizarreries au caractre spcial et aux difficults encore mal connues des communications tlpathiques4 ,les suggestions inconscientes du plus intelligent de ceux qui prennent part l'exprience1 passant par l'intermdiaire obscur du mdium1 s'y altrent1 s'y disjoignent1 s'y dpouillent de leurs principales vertus4 ,il se peut qu'elles s'garent et s'insinuent en certains recoins oublis que ne visite plus l'intelligence et en rapportent des trouvailles plus ou moins surprenantes2 mais la qualit intellectuelle de l'ensemble sera toujours infrieure ce que donnerait une pense consciente4 ,du reste1 encore une fois1 il n'est pas l'heure de conclure4 ,ne perdons pas de vue qu'il s'agit d'une science ne d'hier et qui cherche ttons ses outils1 ses sentiers1 ses mthodes et son but dans une nuit plus obscure que celle de la terre4 ,ce n'est pas en trente ans que se btit le pont le plus hardi qu'on ait entrepris de jeter sur le fleuve de la mort4 ,la plupart des sciences ont derrire elles des sicles d'efforts ingrats et d'incertitudes striles2 et parmi les plus jeunes1 il en est peu1 je pense1 qui puissent montrer comme celle-ci1 ds les premires heures1 les promesses d'une moisson qui n'est peut-tre point celle qu'elle croyait avoir seme2 mais o dj s'annoncent bien des fruits inconnus et curieux#ac4 #ac ,il faudrait1 pour puiser cette question de la survivance et des communications avec les morts1 parler des rcentes recherches du ,dr ,hyslop faites avec l'aide des mdiums ,smead et ,chenoweth 7,communications avec ,william ,james74 ,il faudrait galement mentionner le fameux bureau de ,julia1 et surtout les extraordinaires sances de ,mme ,wriedt1 le mdium trompette1 qui non seulement obtient des communications o les morts parlent des langues qu'elle-mme ignore compltement1 mais provoque des apparitions qu'on dit extrmement troublantes4 ,il faudrait enfin examiner les faits exposs par le ,prof4 ,porro1 le ,dr ,venzano1 ,m4 ,rozanne et bien d'autres choses2 car dj l'exprience et la littrature spirites entassent volumes sur volumes4 ,mais je n'ai pas eu l'intention ni la prtention de faire une tude complte du spiritisme scientifique4 ,j'ai tenu simplement ne rien omettre d'essentiel1 et donner une ide gnrale mais exacte de cette atmosphre d'outre-tombe1 qu'aucun fait rellement nouveau et dcisif n'est venu bouleverser depuis les manifestations dont nous avons parl4 ,,chapitre ,,viii ,,la ,r,,incarnation ,i ,voil pour la survivance proprement dite4 ,mais certains spirites vont plus loin et tentent de prouver scientifiquement la palingnsie et la transmigration des mes4 ,je passe leurs arguments d'ordre moral ou sentimental1 et ceux qu'ils trouvent dans les rminiscences prnatales d'hommes illustres ou autres4 ,ces rminiscences1 souvent troublantes1 il est vrai1 sont encore trop rares1 trop sporadiques1 si l'on peut dire2 et ne furent pas toujours suffisamment contrles1 pour qu'il soit prudent d'en faire tat4 ,je ne m'arrte pas davantage aux preuves tires des aptitudes innes du gnie ou de certains enfants prodiges1 aptitudes assez inexplicables1 mais qu'on peut nanmoins attribuer des lois inconnues de l'hrdit4 ,je me contenterai de rappeler sommairement les rsultats de quelques expriences assez dconcertantes du colonel de ,rochas4 ,le colonel de ,rochas1 il convient de le faire tout d'abord remarquer1 est un savant qui ne cherche que la vrit objective avec une rigueur et une probit scientifiques qui ne furent jamais mises en doute4 ,il endort certains sujets exceptionnels et l'aide de passes longitudinales leur fait remonter tout le cours de leur existence4 ,il les ramne ainsi successivement la jeunesse1 l'adolescence et jusqu'aux extrmes limites de l'enfance4 ,a chacune de ces tapes hypnotiques1 le sujet retrouve la conscience1 le caractre et l'tat d'esprit qu'il avait l'tape correspondante de sa vie4 ,il retraverse les mmes vnements1 leurs bonheurs et leurs peines4 ,s'il a t malade1 il repasse par sa maladie1 sa convalescence et sa gurison4 ,s'il s'agit1 par exemple1 d'une femme qui fut mre1 elle redevient grosse et prouve nouveau les angoisses et les douleurs de l'accouchement4 ,ramen l'ge o il apprenait crire1 le sujet crit comme un enfant1 et l'on peut confronter son criture celle de ses cahiers d'colier4 ,c'est dj bien extraordinaire1 mais1 comme le dit le colonel de ,rochas3 ,jusqu' prsent nous avons march sur un terrain ferme2 nous avons observ un phnomne physiologique difficilement explicable1 mais que des expriences et des vrifications nombreuses permettent de considrer comme certain4 ,nous entrons maintenant dans une rgion o nous attendent de plus surprenantes nigmes4 ,prenons1 pour prciser1 un des cas les plus simples4 ,le sujet est une jeune fille de #ah ans1 nomme ,josphine4 ,elle habite ,voiron1 dans l',isre4 ,la voici ramene par des passes longitudinales l'tat de tout petit enfant allait par sa mre4 ,les passes continuent et le conte de fes se poursuit4 ,josphine ne peut plus parler2 et c'est le grand silence de l'enfance auquel semble succder un autre silence plus mystrieux encore4 ,josphine ne rpond plus que par signes2 elle n'est pas encore ne1 elle flotte dans le noir4 ,on insiste1 le sommeil devient plus pais2 et tout coup1 du fond de ce sommeil1 s'lve la voix d'un autre tre1 une voix inattendue et inconnue1 une voix de vieillard bourru1 mfiant et mcontent4 ,on l'interroge4 ,d'abord1 il refuse de rpondre1 disant qu'il est l1 puisqu'il parle1 qu'il ne voit rien et qu'il est dans le noir4 ,on redouble les passes1 on gagne peu peu sa confiance4 ,il s'appelle ,jean-,claude ,bourdon2 il est vieux1 couch dans son lit et malade depuis longtemps4 ,il fait le rcit de sa vie4 ,il est n ,champvent1 dans la commune de ,polliat1 en #ahab4 ,il a t l'cole jusqu' #ah ans1 il a fait son service militaire au #g;e d'artillerie ,besanon1 et il raconte ses quipes tandis que la jeune fille endormie fait le geste de friser une moustache imaginaire4 ,de retour au pays1 il ne se marie pas1 mais prend une matresse4 ,il vieillit solitaire 7j'abrge71 et meurt #gj ans1 aprs une longue maladie4 ,maintenant1 c'est le mort qui parle2 et ses rvlations d'outre-tombe ne sont pas sensationnelles1 ce qui1 du reste1 n'est pas une raison suffisante pour douter de leur ralit4 ,il se sent sortir de son corps2 mais il y reste attach pendant un temps assez long4 ,son corps fluidique d'abord diffus reprend une forme plus compacte4 ,il vit dans l'obscurit qui lui est pnible1 mais il ne souffre pas4 ,enfin les tnbres o il est plong sont sillonnes de quelques lueurs4 ,il a l'ide de se rincarner et s'approche de celle qui doit tre sa mre 7c'est--dire la mre de ,josphine74 ,il l'entoure jusqu' ce que l'enfant vienne au monde1 et alors1 entre peu peu dans le corps de cet enfant4 ,jusque vers la septime anne1 il y avait autour de ce corps une sorte de brouillard flottant o il voyait beaucoup de choses qu'il n'a plus revues depuis4 ,il s'agit prsent de remonter au del de ,jean-,claude4 ,une magntisation de prs de trois quarts d'heure1 sans s'attarder aucune tape1 ramne le vieillard mort l'tat de tout petit enfant4 ,nouveau silence1 nouveaux limbes2 puis1 tout coup1 autre voix et personnage inattendu4 ,cette fois1 c'est une vieille femme qui a t trs mchante2 aussi souffre-t-elle beaucoup4 7,elle est morte pour le moment1 car dans ce monde renvers1 on prend les vies rebours et elles commencent naturellement par la fin47 ,elle est dans des tnbres paisses1 entoure de mauvais esprits4 ,elle parle d'une voix faible1 mais rpond toujours d'une faon prcise aux questions qu'on lui pose1 au lieu d'ergoter tout instant1 comme le faisait ,jean-,claude4 ,elle s'appelle ,philomne ,carteron4 ,en approfondissant encore le sommeil1 ajoute le colonel de ,rochas que je cite ici textuellement1 je provoque les manifestations de ,philomne vivante4 ,elle ne souffre plus1 parat trs calme1 rpond toujours trs nettement et d'un ton sec4 ,elle sait qu'elle n'est pas aime dans le pays1 mais personne n'y perdra rien et elle saura bien se venger l'occasion4 ,elle est ne en #agjb2 elle s'appelait ,philomne ,charpigny quand elle tait fille2 son grand-pre maternel s'appelait ,pierre ,machon et habitait ,ozan4 ,elle s'tait marie en #agcb1 ,chevroux1 avec un nomm ,carteron1 dont elle a eu deux enfants qu'elle a perdus4 ,avant son incarnation1 ,philomne avait t une petite fille1 morte en bas ge4 ,auparavant1 elle avait t un homme qui avait tu2 c'est pour cela qu'elle a beaucoup souffert dans le noir1 mme aprs sa vie de petite fille o elle n'avait pas eu le temps de faire du mal1 afin d'expier son crime4 ,je n'ai pas jug utile de pousser plus loin le sommeil1 parce que le sujet paraissait puis et faisait mal voir dans ses crises4 ,mais1 d'autre part1 j'ai fait une observation qui tendrait prouver que les rvlations de ces mdiums reposent sur une ralit objective4 ,a ,voiron1 j'ai pour spectatrice habituelle de mes expriences une jeune fille d'esprit trs pos1 trs rflchi1 et nullement suggestible1 ,mlle ,louise1 qui possde un trs haut degr la proprit 7relativement commune un degr moindre7 de percevoir les effluves humains et1 par suite1 le corps fluidique4 ,quand ,josphine ravive la mmoire de son pass1 on observe autour d'elle une aura lumineuse perue par ,louise4 ,or1 aux yeux de ,louise1 cette aura devient sombre quand ,josphine se trouve dans la phase qui spare deux existences4 ,dans tous les cas1 ,josphine ragit vivement quand je touche des points de l'espace o ,louise me dit percevoir l'aura1 qu'elle soit lumineuse ou sombre4 ,,ii ,j'ai tenu reproduire peu prs in extenso le procs-verbal d'une de ces expriences1 parce que les partisans de la palingnsie y trouvent le seul argument apprciable qu'ils possdent4 ,le colonel de ,rochas les a plus d'une fois renouveles sur diffrents sujets2 parmi ceux-ci1 je ne citerai qu'une jeune fille3 ,marie ,mayo1 dont l'histoire est plus complique que celle de ,josphine1 et dont les rincarnations successives nous font remonter jusqu'au ,x,v,i,ie sicle et nous transportent brusquement ,versailles1 au milieu des personnages historiques qui voluent autour du grand roi4 ,ajoutons que le colonel de ,rochas n'est pas le seul magntiseur qui ait obtenu des rvlations de ce genre4 ,il est permis de les classer dornavant parmi les faits acquis de l'hypnotisme4 ,je ne mentionne que les siennes parce qu'elles offrent1 tous les points de vue1 les plus srieuses garanties4 ,que prouvent-elles8 ,il faut d'abord1 comme dans toutes les questions de cet ordre1 se mfier du mdium4 ,il est entendu que tous les mdiums sont1 de par la nature mme de leurs facults1 enclins la simulation1 la supercherie4 ,je sais que le colonel de ,rochas1 comme le ,dr ,richet1 comme ,lombroso1 comme tous ceux qui ont affaire aux mdiums1 fut parfois mystifi4 ,ce sont l mcomptes inhrents aux intermdiaires par lesquels on est bien forc de passer2 et les expriences de ce genre n'auront jamais la valeur scientifique de celles qu'on fait dans un laboratoire de physique ou de chimie4 ,mais ce n'est pas une raison pour leur dnier1 a priori1 toute espce d'intrt4 ,en fait1 la simulation et la supercherie sont-elles possibles ici8 videmment1 bien que les expriences soient trs rigoureusement contrles4 ,si complique qu'elle soit1 le sujet peut avoir appris sa leon et viter adroitement les piges qu'on lui tend4 ,la meilleure garantie1 c'est1 en dernire analyse1 sa bonne foi et sa moralit1 que seuls les exprimentateurs sont mme d'prouver et de connatre2 il faut donc leur faire confiance sur ce point4 ,ils prennent d'ailleurs toutes les prcautions ncessaires pour que la simulation devienne trs difficile4 ,aprs avoir fait remonter au sujet le cours de sa vie1 par des passes transversales1 on l'oblige de redescendre ce mme cours2 et les mmes vnements se droulent en sens inverse4 ,les preuves et les contre-preuves rptes1 donnent toujours des rsultats identiques2 et jamais le mdium n'hsite et ne s'gare dans le ddale des noms1 des dates et des faits#ad4 #ad ,notons1 pour ne rien cacher et mettre sous les yeux toutes les pices du procs1 que le colonel de ,rochas1 aprs enqute1 a constat que sur plusieurs points1 les rvlations des sujets1 relatives leurs vies antrieures taient inexactes4 ,les rcits faits par eux taient de plus pleins d'anachronismes1 qui rvlaient l'introduction de souvenirs normaux dans des suggestions d'origine inconnue4 ,il n'en reste pas moins un fait parfaitement certain1 c'est celui de visions se produisant avec les mmes caractres chez un assez grand nombre de gens inconnus les uns aux autres4 ,il faudrait du reste que ces mdiums--d'intelligence gnralement mdiocre1--devinssent subitement des potes de gnie1 pour crer ainsi1 de toutes pices1 une srie de caractres absolument diffrents les uns des autres1 o tout se tient3 geste1 voix1 humeur1 morale1 penses1 sensibilit2 et toujours prts rpondre1 conformment leur nature la plus intime1 aux questions les plus imprvues4 ,on a dit que tout homme est un ,shakespeare dans ses rves2 mais ici1 ne s'agit-il pas de rves qui par leur constance ressemblent trangement la ralit8 ,je crois donc qu'il est permis1 jusqu' preuve contraire1 d'carter la simulation4 ,on pourrait encore objecter1 comme on l'a fait propos des fantmes de ,myers1 l'insignifiance de leurs rvlations d'outre-tombe4 ,j'y verrais plutt un argument en faveur de leur bonne foi4 ,a ceux dont l'imagination est assez riche pour crer les merveilleux personnages que nous voyons vivre dans leur sommeil1 il ne serait sans doute pas bien difficile d'inventer1 au sujet de l'autre monde1 quelques dtails fantaisistes mais plausibles4 ,pas un n'y songe4 ,ils sont chrtiens1 ils ont donc au plus profond d'eux-mmes la terreur atavique de l'enfer1 l'effroi du purgatoire1 et la vision d'un paradis plein d'anges et de palmes4 ,ils n'y font jamais allusion4 ,bien qu'ils ignorent le plus souvent les thories de la rincarnation1 ils se conforment strictement l'hypothse thosophique ou no-spirite et1 inconsciemment fidles celle-ci1 ils ne prcisent pas2 ils parlent vaguement de l'obscurit1 du noir o ils se trouvent4 ,ils ne disent rien1 parce qu'ils ne savent rien4 ,il leur est apparemment impossible de rendre compte d'un tat qui ne s'est pas encore clairci4 ,en effet1 il est fort probable1 si nous admettons l'hypothse de la rincarnation et de l'volution d'outre-tombe1 que la nature1 ici comme ailleurs1 ne procde point par bonds4 ,il n'y a aucune raison spciale pour qu'elle en fasse un prodigieux et inimaginable entre la vie et la mort4 ,il n'y a pas le coup de thtre qu'on est1 avant rflexion1 assez port demander4 ,l'esprit est d'abord dconcert d'avoir perdu son corps et toutes ses habitudes2 il ne se ressaisit que peu peu4 ,il reprend conscience lentement4 ,cette conscience1 par la suite1 se purifie1 s'lve1 s'tend graduellement et indfiniment1 jusqu' ce que1 gagnant d'autres sphres1 le principe de vie qui l'anime ne se rincarne plus et perde tout contact avec nous4 ,ainsi s'expliquerait que nous n'ayons jamais que des rvlations infrieures et lmentaires4 ,tout ce qui concerne cette premire phase de la survivance est assez vraisemblable1 mme pour ceux qui n'admettent pas la rincarnation4 ,du reste1 nous verrons plus loin que les solutions qu'on y croit trouver1 dplacent simplement la question et sont insuffisantes et provisoires4 ,,iii ,venons l'objection la plus srieuse3 celle de la suggestion4 ,le colonel de ,rochas affirme que lui et tous les autres exprimentateurs qui se sont livrs cette tude ont non seulement vit tout ce qui pouvait mettre le sujet sur une voie dtermine1 mais ont souvent cherch en vain l'garer par des suggestions diffrentes4 ,j'en suis convaincu1 il ne saurait tre question de suggestion volontaire4 ,mais ne savons-nous pas qu'en ces domaines1 la suggestion inconsciente et involontaire est souvent plus puissante et efficace que l'autre8 ,dans l'exprience banale et assez purile de la table tournante1 par exemple1 qui n'est en somme que de la tlpathie primitive et lmentaire1 c'est presque toujours la suggestion inconsciente d'un oprateur ou d'un simple assistant qui dicte les rponses#ae4 ,il faudrait donc tout d'abord s'assurer que ni le magntiseur1 ni les assistants1 ni le sujet lui-mme1 n'ont jamais entendu parler d'aucun des personnages rincarns4 ,il suffira1 dira-t-on1 de prendre dans les contre-preuves un autre oprateur et d'autres assistants qui ignorent les rvlations antrieures4--,oui1 mais le sujet ne les ignore point2 et il se peut que la premire suggestion ait t si profonde qu'elle demeure jamais grave dans l'inconscient1 et reproduise indfiniment les mmes incarnations1 dans le mme ordre4 #ae ,qu'on me permette de citer1 ce propos1 un fait personnel4 ,un soir1 l'abbaye de ,saint-,wandrille1 o je passe mes ts1 des htes rcemment arrivs s'amusrent faire tourner un guridon4 ,je fumais paisiblement dans un coin du salon1 assez loin de la petite table1 ne prenant aucun intrt ce qui se passait autour d'elle et pensant tout autre chose4 ,aprs s'tre fait prier comme il sied1 la table rpondit qu'elle reclait l'esprit d'un moine du ,x,v,i,ie sicle1 enterr dans la galerie est du clotre1 sous une dalle qui portait la date de #afic4 ,aprs le dpart du moine qui1 tout coup1 sans raison apparente1 refusa de poursuivre l'entretien1 il nous prit fantaisie d'aller1 une lampe la main1 la recherche de la tombe4 ,nous finmes par dcouvrir1 au bout de la galerie orientale1 une pierre funraire1 en trs mauvais tat1 brise1 use1 crase1 effrite1 sur laquelle on pouvait dchiffrer avec peine1 en l'examinant de trs prs1 l'inscription3 ,a4 ,d4 #afic4 ,or1 au moment de la rponse du moine1 il n'y avait au salon que mes htes et moi4 ,aucun d'eux ne connaissait l'abbaye2 ils y taient arrivs le soir mme1 quelques minutes avant le dner et1 aprs le repas1 la nuit tant compltement tombe1 avaient remis au lendemain la visite du clotre et des ruines4 ,la rvlation1 moins de croire aux ,coques ou aux lmentals des thosophes1 ne pouvait donc venir que de moi4 ,je croyais cependant absolument ignorer l'existence de cette pierre tombale1 une des moins lisibles entre une vingtaine d'autres1 toutes du ,x,v,i,ie sicle qui pavent cette partie du clotre4 ,tout ceci ne veut pas dire que les phnomnes de la suggestion ne soient pas1 eux aussi1 surchargs de mystres2 mais c'est l une autre question4 ,on le voit1 pour l'instant1 le problme est presque insoluble et le contrle impraticable4 ,en attendant1 puisqu'il faut choisir de la rincarnation ou de la suggestion1 il convient de se tenir d'abord celle-ci1 selon les principes que nous avons suivis dans les expriences de parole et d'criture automatiques4 ,entre deux inconnus1 le bon sens et la prudence ordonnent d'aller d'abord celui qui confine certains faits plus souvent constats et o se retrouvent quelques lueurs familires4 puisons le mystre de notre vie avant d'y renoncer en faveur de celui de notre mort4 ,dans toute l'tendue de ces contres couvertes de fondrires1 il importe1 jusqu' nouvelles preuves1 de ne point s'carter de cette rgle inflexible3 il y a transmission de pense1 ds qu'il n'est pas absolument et matriellement impossible que le sujet ou quelque personne de l'assistance ait connaissance du fait en question2 que cette connaissance soit consciente ou non1 oublie ou prsente4 ,cette garantie mme est insuffisante1 car il est encore possible1 comme nous l'avons vu dans l'exprience de la montre de ,sir ,oliver ,lodge1 que quelqu'un qui n'assiste pas la sance1 qui en est mme fort loign1 mis en communication d'une faon inconnue avec le mdium1 le suggestionne distance et son insu4 ,enfin1 pour tout prvoir1 avant que d'admettre l'entre en scne de la mort1 il serait ncessaire de s'assurer que la mmoire atavique ne joue pas un rle inattendu4 ,un homme ne peut-il1 par exemple1 garder latent au plus profond de son tre1 le souvenir d'vnements qui se rapportent l'enfance d'un ascendant qu'il n'a jamais vu1 et les communiquer au mdium par suggestion inconsciente8 ,ce n'est pas invraisemblable4 ,nous portons en nous tout le pass1 toute l'exprience de nos anctres2 pourquoi1 si l'on pouvait magiquement clairer les prodigieux trsors de la mmoire subconsciente1 n'y retrouverait-on pas les vnements et les faits1 sources de cette exprience8 ,avant de nous tourner vers l'inconnu d'outre-tombe1 vidons jusqu'au fond toutes les possibilits de l'inconnu terrestre4 ,il est au surplus remarquable mais incontestable1 que1 malgr la rigueur de cette loi qui semble exclure toute autre explication1 malgr l'tendue presque sans limites et probablement excessive1 donne au domaine de la suggestion1 il reste nanmoins quelques faits pour lesquels il faudra peut-tre songer autre chose4 ,mais revenons la rincarnation1 et reconnaissons1 en passant1 qu'il est fort regrettable que les arguments des thosophes et des no-spirites ne soient pas premptoires2 car il n'y eut jamais croyance plus belle1 plus juste1 plus pure1 plus morale1 plus fconde1 plus consolante et1 jusqu' un certain point1 plus vraisemblable que la leur4 ,seule1 avec sa doctrine des expiations et des purifications successives1 elle rend compte de toutes les ingalits physiques et intellectuelles1 de toutes les iniquits sociales1 de toutes les injustices abominables du destin4 ,mais la qualit d'une croyance n'en atteste pas la vrit4 ,bien qu'elle soit la religion de six cent millions d'hommes1 la plus proche des mystrieuses origines1 la seule qui ne soit pas odieuse et la moins absurde de toutes1 il lui faudra faire ce que ne firent pas les autres3 nous apporter d'irrcusables tmoignages2 et ce qu'elle nous a donn jusqu'ici n'est que la premire ombre d'un commencement de preuve4 ,,iv ,et puis1 ce ne serait pas encore la fin de l'nigme4 ,en principe1 la rincarnation est1 tt ou tard1 invitable1 puisque rien ne peut se perdre ni s'immobiliser4 ,ce qui n'est nullement dmontr1 et demeurera peut-tre indmontrable1 c'est la rincarnation de l'individu entier et identique1 malgr l'abolition de la mmoire4 ,que lui importe du reste cette rincarnation s'il ignore qu'il est toujours lui-mme8 ,tous les problmes de la survivance consciente se redressent2 et tout est recommencer4 ,mme scientifiquement tablie1 la doctrine de la rincarnation1 tout comme celle de la survivance1 ne mettrait pas un terme nos questions4 ,elle ne rpond ni aux premires ni aux dernires1 celles de l'origine et de la fin1 les seules essentielles4 ,elle les dplace simplement1 les recule de quelques sicles1 de quelques millnaires1 esprant peut-tre de les perdre ou de les oublier dans le silence et l'espace4 ,mais elles reviennent du fond des plus prodigieux infinis2 et ne se contentent pas d'une solution dilatoire4 ,assurment1 il m'intresse d'apprendre ce qui m'attend1 ce qui m'arrivera immdiatement aprs ma mort2 vous me dites3 l'homme dans ses incarnations successives expiera par la douleur1 se purifiera1 pour s'lever de sphre en sphre jusqu' ce qu'il retourne au principe divin d'o il est sorti4 ,je le veux croire1 bien que tout cela porte encore le sceau assez suspect de notre petite terre et de ses vieilles religions2 je le veux croire1 mais aprs8 ,ce qui m'importe1 ce n'est pas ce qui sera quelque temps1 mais toujours2 et votre principe divin ne me semble point du tout infini ni dfinitif4 ,il me parat mme fort infrieur celui que j'imagine sans votre aide4 ,or1 ft-elle fonde sur des milliers de faits1 une religion qui amoindrit le ,dieu que conoit ma pense la plus haute1 ne saurait subjuguer ma conscience4 ,votre infini ou votre ,dieu1 tout en tant encore plus inintelligible que le mien1 est cependant moins grand4 ,si je rentre en lui1 c'est que j'en tais sorti2 si j'en ai pu sortir1 c'est qu'il n'est pas infini2 et s'il n'est pas infini1 qu'est-il donc8 ,il faut accepter l'un ou l'autre3 ou il me purifie parce que je suis hors de lui et il n'est pas infini2 ou1 tant infini1 s'il me purifie1 il y avait en lui quelque chose d'impur1 puisque c'est une partie de lui-mme qu'il purifie en moi4 ,au surplus1 comment admettre que ce ,dieu qui existe depuis toujours1 qui a derrire lui le mme infini de millnaires que devant soi1 n'ait pas encore trouv le temps de se purifier et de terminer ses preuves8 ,ce qu'il n'a pu faire dans l'ternit antrieure au moment o je suis1 il ne le pourra faire dans l'ternit postrieure1 car les deux sont gales4 ,et la mme question se pose en ce qui me concerne4 ,mon principe de vie1 comme le sien1 existe de toute ternit1 car ma sortie du nant serait plus inexplicable que mon existence sans commencement4 ,j'ai ncessairement eu1 d'innombrables reprises1 occasion de m'incarner2 et je l'ai probablement fait1 attendu qu'il n'est gure vraisemblable que cette ide ne me soit venue qu'hier4 ,toutes les chances d'arriver o je tends me furent donc offertes dans le pass2 et toutes celles que je rencontrerai dans l'avenir n'ajouteront rien un nombre qui dj tait infini4 ,il y a peu de chose rpondre ces interrogations qui surgissent de partout ds qu'on atteint l'une d'elles du bout de la pense4 ,en attendant1 j'aime mieux savoir que je ne sais rien que de me nourrir d'affirmations illusoires et inconciliables4 ,j'aime mieux me tenir un infini dont l'incomprhensible est sans limites1 que de me restreindre un ,dieu dont l'incomprhensible est born de toutes parts4 ,rien ne vous force parler de votre ,dieu1 mais si vous entreprenez de le faire1 il est ncessaire que vos explications soient suprieures au silence qu'elles rompent4 ,v ,il est vrai que les spirites scientifiques ne se hasardent pas jusqu' ce ,dieu2 mais alors1 troitement serrs entre les deux grandes nigmes de l'origine et de la fin1 ils n'ont presque rien nous dire4 ,ils suivent nos morts durant quelques instants1 dans un monde o les instants ne comptent plus2 et puis les abandonnent dans les tnbres4 ,je ne le leur reproche point1 puisqu'il s'agit ici de choses que probablement nous ne saurons pas encore lorsque nous croirons tout savoir4 ,je ne leur demande pas de me rvler le secret de l',univers1 car je ne crois pas1 comme un enfant1 que ce secret puisse tenir en trois mots1 ni pntrer dans mon cerveau sans le faire clater4 ,je suis mme persuad que des tres qui seraient plusieurs millions de fois plus intelligents que le plus intelligent d'entre nous1 ne le possderaient pas encore2 ce secret devant tre aussi infini1 aussi insondable1 aussi inpuisable que l',univers mme4 ,il n'en reste pas moins que cette impuissance dpasser de quelques annes la vie d'outre-tombe1 enlve beaucoup l'intrt de leurs expriences et de leurs rvlations2 ce n'est1 au mieux1 qu'un peu de temps gagn1 et nullement dans ces jeux sur le seuil que se fixe notre sort4 ,je passe volontiers sur ce qui m'adviendra dans le petit intervalle que ces rvlations occupent1 comme je passe dj sur ce qui m'advint dans la vie2 l n'est point mon destin ni mon port4 ,je ne doute pas que les faits rapports ne soient vrais et prouvs2 mais ce qui est encore bien plus indubitable1 c'est que les morts1 s'ils survivent1 n'ont pas grand'chose nous apprendre1 soit qu'au moment o ils peuvent nous parler1 ils n'aient encore rien nous dire2 soit qu'au moment o ils auraient quelque chose nous rvler1 ils ne le puissent plus faire1 s'loignent jamais et nous perdent de vue dans l'immensit qu'ils explorent4 ,,chapitre ,,ix ,,le ,,sort ,,de ,,la ,,conscience ,i ,essayons1 en nous passant de leur aide incertaine1 d'aller seuls par del le tombeau4 ,il semble donc1 pour revenir l'hypothse que nous examinions avant ces digressions ncessaires1 que la survivance avec notre conscience actuelle soit peu prs aussi impossible et incomprhensible que l'anantissement4 ,au surplus1 ft-elle admissible1 elle ne saurait tre redoutable4 ,il est certain que le corps disparaissant1 toutes les souffrances physiques disparatront en mme temps1 car on ne peut imaginer un esprit souffrant dans un corps qu'il n'a plus4 ,avec elles s'en ira du mme pas tout ce que nous appelons souffrances spirituelles ou morales1 vu que toutes1 les bien examiner1 naissent des habitudes et des attachements de nos sens4 ,notre esprit ressent le contre-coup des souffrances de notre corps ou des corps qui entourent celui-ci2 il ne peut souffrir en lui-mme ni par lui-mme4 ,affections mconnues1 amours brises1 dceptions1 impuissances1 dsespoirs1 trahisons1 humiliations personnelles1 aussi bien que les chagrins et la perte de ceux qu'il aime1 n'acquirent l'aiguillon qui l'atteint qu'en passant au travers du corps qu'il anime4 ,hormis sa douleur propre1 qui est la douleur de ne point connatre1 libr de sa chair1 il ne pourrait souffrir qu'au souvenir de celle-ci4 ,il est possible qu'il s'attriste encore aux peines de ceux qu'il a laisss sur cette terre4 ,mais aux regards de qui ne compte plus les jours1 ces peines sembleront si brves qu'il n'en saisira pas la dure2 et1 sachant ce qu'elles sont1 et sachant o elles mnent1 il n'en verra plus la rigueur4 ,l'esprit est insensible tout ce qui n'est pas le bonheur4 ,il n'est fait que pour la joie infinie qui est la joie de connatre et de comprendre4 ,il ne peut s'affliger qu'en apercevant ses limites2 mais apercevoir ses limites1 quand on n'est plus li par l'espace et le temps1 c'est dj les outrepasser4 ,,ii ,maintenant1 il s'agit de savoir si cet esprit1 l'abri de toute douleur1 demeurera lui-mme1 se sentira et se reconnatra au sein de l'infini et jusqu' quel point il importe qu'il s'y reconnaisse4 ,nous voil devant les problmes de la survivance sans conscience ou de la survivance avec une conscience diffrente de celle d'aujourd'hui4 ,la survivance sans conscience semble d'abord la plus probable4 ,au point de vue des maux ou des biens qui nous attendent de l'autre ct de la tombe1 elle quivaut l'anantissement4 ,il est donc loisible1 ceux qui prfrent la solution la plus facile et la plus conforme l'tat prsent de la pense humaine1 de borner l leur inquitude4 ,ils n'ont rien redouter2 car toute crainte1 s'il en restait quelqu'une1 bien examine1 se fleurirait d'espoirs4 ,le corps se dissout et ne peut plus souffrir2 la pense1 spare de la source des joies et des peines1 s'teint1 se disperse et se perd dans l'obscurit sans limites2 et c'est le grand repos si souvent implor1 le sommeil sans mesure1 sans rveil et sans rve4 ,mais ce n'est l qu'une solution qui berce la paresse4 ,ceux qui parlent de survivance sans conscience1 si on les pousse1 on s'aperoit qu'ils n'entendent que leur conscience actuelle2 car l'homme n'en conoit point d'autre1 et nous venons de voir qu'il est peu prs impossible qu'une telle conscience se maintienne dans l'infini4 ,a moins qu'ils ne veuillent nier toute espce de conscience1 mme celle de l',univers dans laquelle tombera la leur4 ,mais c'est trancher bien promptement et bien aveuglment1 d'un coup d'pe dans la nuit1 la question la plus haute et la plus mystrieuse qui se puisse dresser dans le cerveau d'un homme4 ,,iii ,il est vident que du fond de notre pense borne de toutes parts1 nous ne pourrons jamais nous faire la moindre ide de la conscience de l'infini4 ,il y a mme entre les deux termes3 conscience et infini1 une antinomie essentielle4 ,qui dit conscience1 entend ce qu'il peut concevoir de plus dfini dans le fini2 la conscience c'est proprement le fini qui se ramasse sur lui-mme pour reconnatre et tter ses limites les plus troites1 afin d'en jouir le plus troitement possible4 ,d'autre part1 il nous est impossible de sparer l'ide d'intelligence de l'ide de conscience4 ,toute intelligence qui ne parat pas apte se transformer en conscience devient pour nous un phnomne mystrieux auquel nous donnons des noms plus mystrieux encore1 pour ne pas avouer que nous n'y comprenons plus rien4 ,or1 sur notre petite terre qui n'est qu'un point dans l'espace1 nous voyons qu' tous les degrs de la vie 7rappelons1 par exemple1 les combinaisons et les organismes merveilleux du monde des insectes7 se dpense une somme d'intelligence telle que notre intelligence humaine ne peut mme pas songer l'valuer4 ,tout ce qui existe1 et l'homme tout le premier1 puise sans cesse mme ce rservoir inpuisable4 ,nous sommes donc invinciblement ports nous demander si cette intelligence universelle n'est pas l'manation d'une conscience infinie1 ou ne doit pas1 tt ou tard1 en laborer une4 ,et nous voil ballotts entre deux impossibilits irrductibles4 ,le plus probable1 c'est qu'ici encore nous jugeons tout des plaines basses de notre anthropomorphisme4 ,au sommet de notre minuscule vie1 nous n'apercevons que l'intelligence et la conscience1 extrme pointe de la pense2 et nous en infrons qu'aux sommets de toutes les vies1 il ne saurait y avoir autre chose qu'intelligence et conscience2 alors qu'elles n'occupent peut-tre1 dans la hirarchie des possibilits spirituelles ou autres1 qu'une place infrieure4 ,,iv ,la survivance absolument dnue de conscience ne serait donc possible que si l'on niait la conscience de l',univers4 ,ds qu'on admet celle-ci1 sous quelque forme que ce soit1 nous y devons prendre part2 et la question se confond jusqu' un certain point avec celle de la conscience plus ou moins modifie4 ,il n'y a1 pour l'instant1 nul espoir de la rsoudre2 mais il est permis d'en tter les tnbres dont l'paisseur n'est peut-tre pas gale sur tous les points4 ,ici commence la pleine mer4 ,ici commence l'admirable aventure1 la seule qui soit gale la curiosit humaine1 la seule qui s'lve aussi haut que son plus haut dsir4 ,accoutumons-nous considrer la mort comme une forme de vie que nous ne comprenons pas encore2 apprenons la voir du mme oeil que la naissance1 et l'attente bienheureuse qui salue celle-ci suivra bientt notre pense pour s'asseoir avec elle sur les marches du tombeau4 ,supposez que l'enfant1 dans le sein de sa mre1 soit dou de quelque conscience2 que des jumeaux1 par exemple1 y puissent d'une faon obscure1 changer leurs impressions et se communiquer leurs craintes et leurs esprances4 ,n'ayant jamais connu que les tides ombres maternelles1 ils ne s'y sentiraient pas l'troit ni malheureux4 ,ils n'auraient probablement d'autre ide que de prolonger le plus longtemps possible cette vie d'abondance sans soucis et de sommeil sans surprises4 ,mais si1 comme nous savons que nous devons mourir1 ils n'ignoraient pas qu'ils doivent natre1 c'est--dire quitter brusquement l'abri de ces douces tnbres1 abandonner sans retour cette existence captive mais paisible1 pour tre prcipits dans un monde absolument diffrent1 inimaginable et sans bornes1 quelles ne seraient point leurs inquitudes et leurs pouvantes6 ,il n'y a cependant aucune raison pour que nos inquitudes et nos pouvantes soient plus justifies et moins ridicules4 ,le caractre1 l'esprit1 les intentions1 la bienveillance ou l'indiffrence de l'inconnu auquel nous sommes soumis1 ne se transforment point de notre naissance notre mort4 ,nous demeurons toujours dans le mme infini1 dans le mme ,univers4 ,il est tout fait raisonnable et lgitime de se persuader que la tombe n'est pas plus redoutable que le berceau4 ,il serait mme lgitime et raisonnable de n'accepter le berceau qu'en faveur de la tombe4 ,si1 avant que de natre1 il nous tait permis de choisir entre le grand repos du nant et une vie que ne terminerait point l'heure magnifique de la mort1 qui de nous1 sachant ce qu'il devrait savoir1 admettrait l'inquitant inconnu d'une existence qui n'aboutirait pas au rassurant mystre de sa fin8 ,qui de nous souhaiterait descendre en un monde qui ne lui apprendra que peu de chose1 s'il ne savait qu'il est ncessaire d'y entrer pour tre mme d'en sortir et d'en apprendre davantage8 ,le meilleur de la vie1 c'est qu'elle nous prpare cette heure2 c'est qu'elle est l'unique chemin qui nous mne l'issue ferique et dans cet incomparable mystre o malheurs et souffrances ne seront plus possibles1 puisque nous aurons perdu l'organe qui les laborait2 o le pire qui nous puisse advenir1 c'est le sommeil sans rves que nous comptons au nombre des plus grands bienfaits de la terre1 o enfin il est presque inimaginable qu'une pense ne survive pour se mler la substance de l',univers2 c'est--dire l'infini qui1 s'il n'est pas une mer d'indiffrence1 ne saurait tre qu'un ocan de joie4 ,v ,avant de sonder cet ocan1 faisons remarquer ceux qui aspirent maintenir leur moi1 qu'ils exigent les souffrances qu'ils redoutent4 ,qui dit moi1 dit limites4 ,le moi ne peut subsister qu'autant qu'il soit spar de ce qui l'entoure4 ,plus le moi sera fort1 plus ses limites seront troites et plus sera nette la sparation4 ,plus aussi elle sera pnible1 car l'esprit1 s'il demeure tel que nous le connaissons1--et nous ne sommes pas mme de l'imaginer diffrent1--n'aura pas plus tt vu ses limites qu'il les voudra franchir2 et plus il se sentira spar1 plus il aura dsir de se joindre ce qui est hors de lui4 ,il y aura donc lutte ternelle entre son existence et ses aspirations4 ,et vraiment il n'aurait de rien servi de natre et de mourir pour n'aboutir qu' ces combats sans issue4 ,n'est-ce pas encore une preuve que notre moi1 tel que nous le concevons1 ne saurait subsister dans l'infini o il faut qu'il aille puisqu'il ne peut aller ailleurs8 ,il importe donc de nous dgager d'imaginations qui n'manent que de notre corps1 comme les vapeurs qui nous voilent le jour n'manent que des lieux bas4 ,pascal l'a dit une fois pour toutes3 ,le peu que nous avons d'tre nous cache la vue de l'infini4 ,,vi ,d'autre part1--car il faut tout dire1 remuer les tnbres contraires que l'on croit le plus proches de la vrit et n'avoir aucune prfrence1--d'autre part1 on peut accorder ceux qui tiennent demeurer eux-mmes1 qu'il suffirait qu'un rien leur survct pour les recommencer au sein d'un infini dont leur corps ne les spare plus4 ,s'il parat impossible que quelque chose1 mouvement1 vibration1 radiation1 s'arrte ou disparaisse1 pourquoi donc la pense se perdrait-elle8 ,il en subsistera sans doute plus d'une assez puissante pour amorcer le moi nouveau1 pour se nourrir et s'accrotre de tout ce qu'elle trouvera dans ce milieu qui n'aura plus de fond1 comme l'autre moi1 sur cette terre1 se nourrissait et s'accroissait de tout ce qu'il y rencontrait4 ,puisque nous avons su acqurir notre conscience prsente1 pourquoi nous serait-il impossible d'en acqurir une autre8 ,car ce moi qui nous est si cher et que nous croyons possder1 il ne s'est pas fait en un jour2 ce qu'il est prsent1 il ne l'tait pas l'heure de notre naissance4 ,il y est entr bien plus de hasard que de volont et bien plus de substance trangre qu'il ne s'y trouvait de substance inne4 ,il n'est qu'une longue suite d'acquisitions et de transformations dont nous ne tenons compte qu' partir de l'veil de notre mmoire2 et son noyau dont nous ignorons la nature est peut-tre plus immatriel et moins consistant qu'une pense4 ,si le milieu nouveau o nous entrons au sortir du sein de notre mre nous transforme tel point qu'il n'y a pour ainsi dire aucun rapport entre l'embryon que nous avons t et l'homme que nous sommes devenus1 n'est-il pas penser que le milieu bien plus nouveau1 plus inconnu1 plus vaste et plus fcond o nous repntrons au sortir de la vie1 nous transformera davantage8 ,on peut voir dans ce qui nous arrive ici une figure de ce qui nous attend ailleurs2 et fort bien admettre que notre tre spirituel1 dlivr de son corps1 s'il ne se mle pas d'emble l'infini1 s'y dveloppe peu peu1 y choisisse sa substance et1 n'tant plus entrav par l'espace et le temps1 ne finisse point de grandir4 ,il est fort possible que nos plus hauts dsirs d'aujourd'hui deviennent la loi de notre croissance future4 ,il est fort possible que nos meilleures penses nous accueillent sur l'autre rive1 et que la qualit de notre intelligence dtermine celle de l'infini qui se cristallise autour d'elle4 ,toutes les hypothses sont permises et toutes les questions1 pourvu qu'elles interrogent le bonheur2 car le malheur ne peut plus nous rpondre4 ,il ne trouve plus place dans l'imagination humaine qui explore mthodiquement l'avenir4 ,et quelle que soit la force qui nous survive et prside notre existence dans l'autre monde1 cette existence1 supposer le pire1 ne saurait tre moins grande ni moins heureuse que celle de ce jour4 ,elle n'aura d'autre carrire que l'infini2 et l'infini n'est rien1 s'il n'est point la flicit4 ,en tout cas1 il semble assez certain que nous passons ici le seul moment troit1 avare1 obscur et douloureux de notre destine4 ,,vii ,nous avons dit que la douleur propre de l'esprit est la douleur de ne pas connatre ou de ne pas comprendre1 qui renferme la douleur de ne pas pouvoir2 car qui connat les causes suprmes1 n'tant plus paralys par la matire1 se confond et agit avec elles2 et qui comprend finit par approuver1 sinon l',univers serait une erreur1 ce qui n'est pas possible2 une erreur infinie n'tant pas concevable4 ,je ne crois pas qu'on puisse imaginer une autre douleur de la pense pure4 ,la seule qui avant rflexion paraisse admissible et qui ne serait en tout cas qu'phmre1 natrait au spectacle des peines et des misres qui demeurent sur la terre quitte4 ,mais cette douleur1 au fond1 ne serait qu'un aspect et un moment insignifiant de la douleur de ne pas pouvoir ou de ne pas comprendre4 ,quant celle-ci1 bien qu'elle se trouve non seulement hors du domaine de notre intelligence1 mais encore d'infranchissables distances de notre imagination1 on en peut dire qu'elle ne serait intolrable que si elle tait sans espoir2 il faudrait que l',univers renont se connatre ou admt en lui un objet qui y demeurt jamais tranger4 ,ou la pense n'apercevra pas ses limites et1 partant1 n'en souffrira point1 ou elle les outrepassera mesure qu'elle les apercevra2 car1 comment l',univers aurait-il des parties ternellement condamnes ne point faire partie de lui-mme et de sa connaissance8 ,en sorte qu'on ne comprend point que le tourment de ne pas comprendre1 supposer qu'il existe un instant1 ne finisse par se confondre avec l'tat de l'infini1 qui1 s'il n'est pas le bonheur tel que nous l'entendons1 ne saurait tre qu'une indiffrence plus haute et plus pure que la joie4 ,,chapitre ,x ,,les ,,deux ,,aspects ,,de ,l',,infini ,i ,portons-y nos penses4 ,le problme dborde l'humanit et embrasse toutes choses4 ,on peut1 je crois1 envisager l'infini sous deux aspects bien distincts4 ,voyons le premier de ceux-ci4 ,nous sommes plongs dans un ,univers qui n'a pas plus de limites dans le temps que dans l'espace4 ,il ne peut avancer ni reculer4 ,il n'a pas d'origine4 ,il n'a jamais commenc comme il ne finira jamais4 ,il a derrire lui autant de myriades d'annes qu'il en dcouvre devant lui4 ,il est depuis toujours au centre sans bornes des jours4 ,il ne saurait avoir un but1 car s'il en avait un1 il l'et atteint dans l'infini des ans qui nous prcde2 d'ailleurs ce but se trouverait hors de lui1 et s'il y avait quelque chose hors de lui il serait born par cette chose et cesserait d'tre l'infini4 ,il ne va pas vers quelque chose1 car il y serait arriv2 par consquent1 tout ce que font les mondes dans son sein1 tout ce que nous y faisons nous-mmes1 ne peut avoir sur lui nulle influence4 ,tout ce qu'il fera1 il l'a fait4 ,tout ce qu'il n'a pas fait1 c'est qu'il ne le pourra jamais faire4 ,s'il n'a pas de pense1 il n'en acquerra point4 ,s'il en a une1 elle est depuis toujours son apoge et y demeurera1 immuable1 immobile4 ,il est aussi jeune qu'il le fut et aussi vieux qu'il le sera4 ,il a tent dans le pass tous les efforts et toutes les expriences qu'il tentera dans l'avenir2 et1 toutes les combinaisons possibles tant puises depuis ce que nous ne pouvons mme pas appeler l'origine1 il ne semble pas que ce qui n'a pas eu lieu dans l'ternit qui s'tend avant notre naissance se puisse produire dans celle qui suivra notre mort4 ,s'il n'a pas pris conscience1 il ne la prendra jamais1 s'il ne sait ce qu'il veut1 il l'ignorera sans espoir1 sachant tout ou ne sachant rien et se trouvant aussi prs de sa fin que de son commencement4 ,c'est la pense la plus noire que puisse atteindre l'homme4 ,je ne crois pas qu'on l'ait jusqu'ici suffisamment approfondie4 ,si elle tait vraiment irrfutable1--et l'on peut soutenir qu'elle l'est1--si elle renfermait rellement le mot suprme de la grande nigme1 il serait presque impossible de vivre dans son ombre4 ,seule la certitude que nos conceptions du temps et de l'espace sont illusoires et absurdes1 peut clairer l'abme o sombrerait toute esprance4 ,,ii ,cet ,univers ainsi conu serait sinon intelligible1 du moins acceptable notre raison2 mais en lui flottent des milliards de mondes borns par l'espace et le temps4 ,ils naissent1 meurent et renaissent4 ,ils font partie du tout1 et l'on voit donc qu'il y a des parties de ce qui n'a commencement ni fin1 qui commencent et finissent4 ,nous ne connaissons mme que ces parties1 et elles sont en nombre tellement infini qu' nos yeux elles occupent tout l'infini4 ,ce qui ne va nulle part est plein de ce qui semble aller vers quelque chose4 ,ce qui sait ce qu'il veut depuis toujours ou jamais ne l'apprendra1 parat faire ternellement des expriences plus ou moins malheureuses4 ,o veut-il en venir1 lui qui est arriv8 ,tout ce que nous dcouvrons dans ce qui ne saurait avoir un but a l'air d'en poursuivre un avec une ardeur inconcevable2 et l'esprit qui anime ce que nous voyons dans ce qui devrait tout savoir et se possder parat tout ignorer et se chercher sans trve4 ,ainsi tout ce qui tombe sous nos sens dans l'infini contrarie ce que notre raison est oblige de lui prter4 ,a mesure que nous l'approfondissons1 nous comprenons davantage la profondeur de notre incomprhension1 et plus nous nous efforons de pntrer les deux incomprhensibles qui s'affrontent1 plus ils se contredisent4 ,,iii ,que deviendrons-nous dans tout cet inintelligible8 ,quitterons-nous le fini que nous habitons pour tre engloutis dans l'un ou l'autre infini8 ,en d'autres termes1 finirons-nous par nous confondre avec l'infini que conoit notre raison ou demeurerons-nous ternellement dans celui que voient nos yeux1 c'est--dire en des mondes sans nombre1 changeants et phmres8 ,ne sortirons-nous jamais de ces mondes qui semblent devoir ternellement mourir et renatre1 pour entrer enfin dans ce qui de toute ternit n'a pu natre ni mourir et existe sans avenir comme sans pass8 chapperons-nous quelque jour1 avec tout ce qui nous environne1 aux expriences malheureuses1 pour pntrer enfin dans la paix1 la sagesse1 la conscience immuable et sans limite1 ou dans l'inconscience sans espoir8 ,aurons-nous le sort que prvoient nos sens ou celui qu'exige notre intelligence8 ,ou bien sens et intelligence ne sont-ils qu'illusions1 petits outils1 vaines armes d'une heure qui ne furent jamais destins scruter ou braver l',univers8 ,s'il y a vraiment contradiction1 est-il sage de s'y arrter et de juger impossible ce que nous ne comprenons point1 vu que nous ne comprenons presque rien8 ,la vrit n'est-elle pas d'incommensurables distances de ces contrarits qui nous paraissent normes et irrductibles1 et sans doute n'ont pas plus d'importance que la pluie qui tombe sur la mer8 ,,iv ,mais mme notre pauvre entendement de ce jour1 la contradiction entre l'infini de notre raison et celui de nos sens est peut-tre plus apparente que relle4 ,quand nous disons que dans un ,univers qui existe de toute ternit1 toutes les expriences1 toutes les combinaisons possibles ont t faites1 quand nous affirmons qu'il n'y a nulle chance pour qu'ait lieu dans l'innombrable avenir ce qui n'eut pas lieu dans l'innombrable pass1 notre imagination accorde peut-tre l'infini du temps une prpondrance qu'il ne peut possder4 ,en vrit1 tout ce que contient l'infini doit tre aussi infini que le temps dont il dispose2 et les hasards1 rencontres et combinaisons qui s'y trouvent n'ont pas t puiss dans l'ternit qui nous a prcds1 non plus qu'ils ne sauraient l'tre en celle qui nous suivra4 ,l'infini du temps n'est pas plus vaste que l'infini de la substance de l',univers4 ,les vnements1 les forces1 les chances1 les causes1 les effets1 les phnomnes1 les mlanges1 les combinaisons1 les concidences1 les harmonies1 les unions1 les possibilits1 les vies1 y sont reprsents par des numros innombrables qui remplissent entirement un abme sans fond ni bords o ils sont agits depuis ce que nous appelons l'origine d'un monde qui n'eut pas d'origine2 o ils seront remus jusqu' la fin d'un monde qui n'aura pas de fin444 ,il n'y a donc point d'apoge1 d'immobile ni d'immuable4 ,il est probable que l',univers se cherche et se dcouvre chaque jour1 qu'il n'a pas pris entirement conscience et ignore encore ce qu'il veut4 ,il est possible que son idal soit encore voil par l'ombre de son immensit2 il est galement possible que les expriences et les hasards se poursuivent en des mondes inimaginables1 au prix desquels tous ceux que nous voyons par les nuits toiles ne sont qu'une pince de poudre d'or1 au creux de l',ocan4 ,enfin1 si l'un est vrai1 il l'est galement que nous-mmes ou ce qu'il en demeurera1 il n'importe1 profiterons quelque jour de ces expriences et de ces hasards4 ,ce qui n'advint pas encore1 peut soudain survenir2 et le meilleur tat1 ainsi que la sagesse suprme qui le reconnatront et le sauront fixer1 sont peut-tre prts jaillir du choc des circonstances4 ,il ne serait nullement tonnant que la conscience de l',univers1 pour se former1 n'et pas encore rencontr le concours de chances ncessaires1 et que la pense humaine appuyt l'une de ces chances dcisives4 ,il y a l un espoir4 ,si petit que paraisse l'homme et sa pense1 il a exactement la valeur des plus normes forces qu'ils puissent imaginer1 vu que rien n'est grand ni petit dans ce qui n'a point de mesure2 et notre corps atteindrait la taille de tous les mondes qu'aperoivent nos yeux1 qu'il aurait au regard de l',univers le mme poids et la mme importance qu'aujourd'hui4 ,seule la pense occupe peut-tre dans l'infini un espace que les comparaisons ne rduisent pas rien4 ,v ,au reste1 s'il faut tout dire1 quitte se contredire sans cesse et sans pudeur dans les tnbres2 et pour en revenir la premire hypothse1 cette ide de progrs possible1 il est fort probable que c'est encore une de ces maladies puriles de notre cerveau qui nous empchent de voir ce qui est4 ,il est tout aussi vraisemblable1 nous l'avons constat plus haut1 qu'il n'y eut1 qu'il n'y aura jamais aucun progrs1 puisqu'il ne saurait y avoir de but4 ,tout au plus pourra-t-il se produire quelques combinaisons phmres qui1 nos pauvres yeux1 sembleront plus heureuses ou plus belles que d'autres4 ,c'est ainsi que nous trouvons que l'or est plus beau que la boue de la rue1 ou la fleur d'un magnifique jardin plus heureuse que le caillou au fond de l'gout2 mais tout cela1 videmment1 n'a aucune importance1 ne rpond aucune ralit et ne prouve pas grand'chose4 ,plus on y rflchit1 plus s'affirme l'infirmit de notre intelligence qui ne parvient pas concilier l'ide le progrs et mme l'ide d'expriences avec l'ide suprme de l'infini4 ,bien que1 sous nos yeux1 la nature se rpte sans cesse et reproduise sans se lasser1 depuis des milliers d'annes1 les mmes arbres et les mmes animaux1 nous n'arrivons pas comprendre pourquoi l',univers recommence indfiniment des expriences qui furent faites des milliards de fois4 ,il est invitable que dans les innombrables combinaisons qui se firent et se font dans le temps sans limites et l'espace sans rives1 il y eut1 il y a encore des millions de plantes et par consquent des millions d'humanits exactement semblables la ntre1 ct de myriades d'autres qui en diffrent plus ou moins4 ,ne nous disons pas qu'il faudrait un inimaginable concours de circonstances pour reproduire un globe en tout pareil notre terre4 ,ne perdons pas de vue que nous sommes dans l'infini2 et que ce concours inimaginable doit ncessairement avoir lieu dans l'innombrable que l'on ne peut imaginer4 ,s'il faut des milliers de milliards de cas pour que deux traits concident1 ces milliers de milliards n'encombreront pas plus l'infini que ne ferait un cas unique4 ,mettez un nombre infini de mondes dans un nombre infini de circonstances infiniment diverses1 il s'en prsentera toujours un nombre infini pour lesquels ces circonstances se trouveront pareilles2 sinon nous poserions des bornes notre ide de l',univers qui du coup deviendrait encore plus incomprhensible4 ,ds que nous insistons suffisamment sur cette pense1 nous arrivons ncessairement de telles conclusions4 ,si jusqu'ici elles ne nous frapprent point1 c'est que nous n'allons jamais au bout de notre imagination2 or1 le bout de notre imagination n'est que le commencement de la ralit et ne nous donne qu'un petit ,univers purement humain qui1 si vaste qu'il paraisse1 danse comme une pomme sur la mer1 dans l',univers rel4 ,je le rpte1 si nous n'admettons pas que des milliers de mondes1 en tout semblables au ntre1 malgr des milliards de chances contraires1 ont toujours exist et existent encore aujourd'hui1 nous sapons par les fondements la seule conception possible de l',univers ou de l'infini4 ,,vi ,or1 ces millions d'humanits exactement pareilles1 qui depuis toujours souffrent ce que nous avons souffert et ce que nous souffrons1 comment se fait-il que nous n'en profitions en rien1 que toutes leurs expriences1 toutes leurs coles1 n'aient eu aucune influence sur nos dbuts et que tout soit sans cesse refaire et recommencer8 ,on le voit1 les deux hypothses se balancent4 ,il est bon d'acqurir peu peu l'habitude de ne rien comprendre4 ,il nous reste la facult de choisir la moins noire ou de nous persuader que les tnbres de l'autre ne se trouvent que dans notre cerveau4 ,comme l'a dit l'trange visionnaire ,william ,blake1 ,il n'est pas possible la pense de connatre plus grand qu'elle-mme4 ,ajoutons qu'il ne lui est pas possible de connatre autre chose qu'elle-mme4 ,ce que nous ignorons serait suffisant pour recrer le monde2 et ce que nous savons ne peut prolonger d'un instant la vie d'une mouche4 ,qui sait si notre principal tort n'est pas de croire qu'une intelligence1 ft-ce une intelligence des millions de fois plus vaste que la ntre1 dirige l',univers8 ,c'est peut-tre une force d'une tout autre mature2 une force qui diffre autant de celle dont se glorifie notre cerveau1 que l'lectricit1 par exemple1 diffre du vent qui souffle sur la route4 ,c'est pourquoi il est assez probable que notre pense1 si puissante qu'elle devienne1 ttonnera toujours dans le mystre4 ,s'il est certain que tout ce qui se trouve en nous doit se trouver dans la nature1 puisque tout nous vient d'elle1 si la pense et toutes les logiques qu'elle a mises au point culminant de notre tre1 dirigent ou semblent diriger tous les actes de notre vie1 il ne s'ensuit nullement qu'il n'y ait pas dans l',univers une force trs suprieure la pense1 une force n'ayant avec celle-ci aucun rapport imaginable1 qui anime et gouverne toutes choses selon d'autres lois1 et dont on ne trouve en nous que des traces presque insaisissables1 de mme qu'on ne trouve dans les plantes ou les minraux que des traces presque insaisissables de pense4 ,en tout cas1 il n'y a pas l de quoi perdre courage4 ,c'est ncessairement l'illusion humaine du mal1 du laid1 de l'inutile et de l'impossible qui a tort4 ,il faut attendre non point que l',univers se transforme1 mais que notre intelligence s'panouisse ou prenne part l'autre force2 et entretenir notre confiance en un monde qui ignore nos notions de but et de progrs parce qu'il a sans doute des ides dont nous n'avons nulle ide et qui1 au surplus1 ne saurait se vouloir du mal lui-mme4 ,,vii ,ce sont l spculations assez vaines1 dira-t-on volontiers4 ,qu'importe au fond l'ide que nous nous faisons de ces choses qui appartiennent l'inconnaissable2 puisque l'inconnaissable1 fussions-nous mille fois plus intelligents1 nous tant jamais ferm1 l'ide que nous nous en faisons n'aura jamais aucune valeur4 ,il est vrai2 mais il y a des degrs dans l'ignorance de l'inconnaissable1 et chacun de ces degrs marque une conqute de l'intelligence4 ,apprcier de plus en plus compltement l'tendue de ce qu'il ignore est tout ce que le savoir de l'homme peut esprer4 ,notre ide de l'inconnaissable fut et sera toujours sans valeur1 je l'accorde1 mais elle n'en est et n'en demeurera pas moins l'ide la plus importante de l'espce humaine4 ,toute notre morale1 tout ce qu'il y a de plus profond et de plus noble dans notre existence fut toujours fond sur cette ide sans valeur vritable4 ,aujourd'hui comme hier1 encore qu'il soit possible de reconnatre plus clairement qu'elle ne saurait avoir de relle valeur1 si incomplte1 si relative qu'elle demeure1 il est ncessaire de la porter aussi haut1 aussi loin que l'on peut4 ,elle seule cre la seule atmosphre o puisse vivre le meilleur de nous-mmes4 ,oui1 c'est l'inconnaissable o nous n'entrerons point2 mais ce n'est pas une raison pour se dire3 ,je ferme toutes les portes et toutes les fentres2 je ne m'occupe plus de rien que des choses dont mon intelligence de tous les jours peut faire entirement le tour4 ,ces choses seules auront le droit d'agir sur mes actes et sur mes penses4 ,o irions-nous ainsi8 ,de quelles choses mon intelligence peut-elle faire le tour8 ,en est-il une en ce monde qui ne tienne tout l'inconcevable8 ,puisqu'il n'y a nul moyen d'liminer celui-ci1 il est raisonnable et salutaire d'en tirer le meilleur parti possible et pour cela de l'imaginer aussi prodigieusement vaste que l'on peut4 ,le plus grave reproche qu'on puisse faire aux religions positives et notamment au christianisme1 c'est qu'elles ont trop souvent1 sinon en thorie1 tout au moins en pratique1 favoris ce rtrcissement du mystre de l',univers4 ,en l'tendant1 nous tendons l'espace o se mouvra notre pense4 ,il est pour nous ce que nous le faisons2 formons-le donc de tout ce que nous pouvons atteindre l'horizon de nous-mmes4 ,quant lui1 nous ne l'atteindrons jamais1 c'est entendu2 mais nous avons bien plus de chance de nous en rapprocher en lui faisant face1 en allant o il nous attire1 qu'en lui tournant le dos pour revenir o nous savons bien qu'il n'est plus4 ,ce n'est pas en diminuant nos penses que nous diminuerons la distance qui nous spare des dernires vrits2 c'est en les grandissant le plus possible que nous avons la certitude de nous tromper le moins possible4 ,et plus s'lve notre ide de l'infini1 plus s'allge et se purifie l'atmosphre spirituelle dans laquelle nous vivons1 plus s'amplifie et s'approfondit l'horizon sur lequel se dtachent nos penses et nos sentiments qui se nourrissent de cet horizon qu'ils animent4 ,perptuellement difier des ides qui requirent le suprme effort de nos facults1 a dit ,herbert ,spencer1 et perptuellement reconnatre que ces ides doivent tre abandonnes comme imaginations futiles1 nous montre mieux que ne le ferait tout autre moyen1 la grandeur de ce que nous tentons vainement de saisir4 ,en cherchant continuellement connatre et en tant continuellement rejet en arrire avec la conviction de plus en plus profonde de l'impossibilit de connatre1 nous entretenons vivante la conscience que c'est la fois notre plus haute sagesse et notre plus haut devoir de regarder comme ,inconnaissable ce par quoi existent toutes choses4 ,,viii ,quelle que soit la vrit dernire1 que nous admettions l'infini abstrait1 absolu et parfait1 l'infini immobile1 immuable1 arriv et qui sait tout1 o tend notre raison2 ou que nous prfrions celui que nous offre le tmoignage1 ici-bas irrcusable de nos sens1 l'infini qui se cherche1 volue et ne s'est pas encore fix2 ce qu'avant tout il nous importe d'y prvoir1 c'est notre sort qui1 d'ailleurs1 dans l'un et l'autre cas1 doit se confondre avec cet infini mme4 ,,chapitre ,,xi ,,notre ,,sort ,,dans ,,ces ,,infinis ,i ,le premier infini1 l'infini idal est le plus conforme aux exigences de notre raison1 ce qui n'est pas une raison pour lui donner la prfrence4 ,il nous est impossible de prvoir ce que nous y deviendrons1 puisqu'il semble exclure tout devenir4 ,il ne nous reste donc qu' interroger le second1 celui que nous voyons et imaginons dans le temps et l'espace4 ,au surplus1 il se peut qu'il prcde le premier4 ,quelque absolue que soit notre conception de l',univers1 nous avons vu qu'on peut toujours admettre que ce qui n'eut pas lieu dans l'ternit d'avant1 adviendra dans celle d'aprs nous2 et que rien1 sinon d'innombrables hasards1 ne s'oppose ce que l',univers1 s'il ne la possde pas encore1 n'acquire enfin la conscience intgrale qui le fixe son apoge4 ,,ii ,nous voici dans l'infini de ces mondes1 dans l'infini stellaire1 dans l'infini des cieux qui nous masque assurment autre chose1 mais ne saurait tre une illusion totale4 ,il ne nous parat peupl que d'objets1 plantes1 soleils1 toiles1 nbuleuses1 atomes1 fluides impondrables qui s'agitent1 s'unissent et se sparent1 se repoussent et s'attirent1 s'affaissent et s'panouissent1 se dplacent sans cesse et n'arrivent jamais1 mesurent l'espace dans ce qui n'a pas de borne et computent les heures dans ce qui n'a pas de terme4 ,en un mot1 nous voici dans un infini qui parat avoir peu prs le mme caractre1 les mmes habitudes que cette puissance au sein de laquelle nous respirons et que sur notre terre nous appelons la nature ou la vie4 ,qu'y deviendrons-nous8 ,il n'est pas vain de se le demander1 alors mme que nous nous y mlerions aprs avoir perdu toute conscience1 toute notion du moi1 alors mme que nous n'y serions plus qu'un peu de substance sans nom1 me ou matire1 on ne le saurait dire1 en suspens dans l'abme galement sans nom qui remplace l'espace et le temps4 ,il n'est pas vain de se le demander1 car c'est de l'histoire des mondes ou de l',univers qu'il s'agit2 et cette histoire1 bien plus que celle de notre petite existence1 est notre propre et grande histoire1 o peut-tre quelque chose de nous-mmes ou d'incomparablement meilleur et plus vaste que nous1 finira par nous retrouver quelque jour4 ,,iii ,y serons-nous malheureux8 ,nous ne sommes gure rassurs lorsque nous songeons aux habitudes de la nature et considrons que nous faisons partie d'un ,univers qui n'a pas encore rassembl sa sagesse4 ,nous avons vu1 il est vrai1 qu'heur et malheur n'existent que par rapport notre corps1 et qu'ayant perdu l'organe des souffrances1 nous ne retrouverons plus aucune des douleurs de la terre4 ,mais l ne se borne point l'inquitude2 et notre pense devant laquelle s'arrtent toutes nos douleurs d'autrefois1 roulant1 dsempare1 de mondes en mondes1 inconnue elle-mme dans de l'inconnaissable qui se cherche sans espoir1 ne connatra-t-elle pas ici l'effroyable torture dont nous avons dj parl et qui1 sans doute1 est la dernire que l'imagination puisse toucher de l'aile8 ,enfin1 quand il n'y aurait plus rien de notre corps et notre pense1 il resterait la matire et l'esprit 7ou du moins l'nergie videmment unique laquelle nous donnons ce double nom7 qui les composrent et dont le sort ne nous doit pas tre plus indiffrent que notre propre sort2 car1 rptons-le1 partir de notre mort1 l'aventure de l',univers devient notre aventure4 ,ne nous disons donc point3 ,qu'importe1 nous n'y serons plus4 ,nous y serons toujours1 puisque tout y sera4 ,,iv ,ce tout dont nous serons1 en un monde qui se cherche toujours1 continuera-t-il d'tre en proie des expriences nouvelles1 incessantes et peut-tre pnibles8 ,puisque la partie que nous y fmes s'y trouva malheureuse1 pourquoi la partie que nous y serons y aurait-elle meilleure chance8 ,qui nous assure que ces combinaisons et ces essais1 qui ne finiront point1 ne seront pas plus douloureux1 plus maladroits et plus funestes que ceux dont nous sortons1 et comment expliquer que ceux-ci aient pu se produire aprs tant de millions d'autres qui auraient d ouvrir les yeux du gnie de l'infini8 ,on a beau se persuader1 comme le veut la sagesse hindoue1 que nos douleurs ne sont qu'illusions et apparences1 il n'en est pas moins vrai qu'elles nous rendent trs rellement malheureux4 ,l',univers a-t-il ailleurs une conscience plus complte1 une pense plus juste et plus sereine que sur cette terre ou dans les mondes que nous apercevons8 ,et s'il est vrai qu'il ait atteint en quelque autre lieu cette pense meilleure1 pourquoi celle qui prside aux destines de notre terre n'en profite-t-elle point8 ,aucune communication ne serait-elle possible entre des mondes qui doivent tre ns de la mme ide et s'y trouvent plongs8 ,quel serait le mystre de cet isolement8 ,faut-il croire que la terre marque l'tape la plus avance et l'exprience la plus favorise8 ,qu'aurait donc fait la pense de l',univers et contre quelles tnbres lui aurait-il fallu lutter pour n'en tre que l8 ,mais1 d'un autre ct1 ces tnbres ou ces obstacles1 qui ne natraient que d'elle-mme1 ne pouvant surgir de nulle autre part1 eussent-ils pu l'arrter8 ,qui donc aurait pos l'infini ces problmes insolubles1 et de quel endroit plus recul et plus profond que lui-mme seraient-ils sortis8 ,il faut pourtant que quelqu'un sache ce qu'ils demandent2 et comme derrire l'infini ne peut se trouver personne qui ne soit l'infini mme1 il est impossible d'imaginer une mauvaise volont dans une volont qui ne laisse autour d'elle aucun point qu'elle n'occupe tout entier4 ,ou bien1 les expriences commences dans les astres se continuent-elles mcaniquement1 en vertu de la force acquise1 sans gard leur inutilit et leurs consquences pitoyables1 selon la coutume de la nature qui ignore notre parcimonie et gaspille les toiles dans l'espace comme les semences sur la terre1 sachant que rien ne se peut perdre8 ,ou encore1 toute la question de notre repos et de notre bonheur1 comme celle de la destine des mondes1 se rduit-elle savoir si l'infini des tentatives et des combinaisons est ou n'est pas gal celui de l'ternit8 ,ou enfin1 pour en venir au plus probable1 est-ce nous qui nous trompons1 ignorons tout1 ne voyons rien et estimons imparfait ce qui peut-tre est sans dfaut2 nous qui ne sommes qu'un infime fragment de l'intelligence que nous jugeons l'aide des petits dbris de pense qu'elle a bien voulu nous prter8 ,v ,comment pourrions-nous rpondre1 comment nos penses et nos regards pntreraient-ils l'infini et l'invisible1 nous qui ne comprenons et ne voyons mme pas la chose par laquelle nous voyons et qui est la source de toutes nos penses8 ,en effet1 ainsi qu'on l'a fait trs justement observer1 l'homme ne voit pas la lumire elle-mme4 ,il ne voit que la matire ou plutt la petite partie des grands mondes qu'il connat sous le nom de matire1 touche par la lumire4 ,il n'aperoit les immenses rayons qui parcourent les cieux qu' l'instant qu'ils sont arrts par un objet conforme l'un de ceux que son oeil est accoutum de voir sur cette terre2 sinon tout l'espace peupl de soleils innombrables et d'une puissance sans limites1 au lieu d'tre l'abme d'absolues tnbres qui absorbe et teint les faisceaux de clarts qui de toutes parts le traversent1 ne serait qu'un prodigieux1 un insoutenable ocan de fulgurations4 ,et si nous ne voyons pas la lumire1 du moins en croyons-nous connatre quelques traits ou quelques reflets2 mais nous ignorons absolument tout de ce qui1 sans doute1 est la seule loi essentielle de l',univers3 la gravitation4 ,qu'est-ce donc que cette force1 de toutes la plus puissante et la moins visible1 insaisissable1 sans forme1 sans couleur1 sans temprature1 sans consistance1 sans saveur et sans voix1 mais si formidable qu'elle suspend et meut dans l'espace tous les mondes que nous voyons et tous ceux que nous n'apercevrons jamais8 ,plus rapide1 plus subtile1 plus spirituelle que la pense1 elle rgne tel point sur tout ce qui existe1 de l'infiniment grand l'infiniment petit1 qu'il n'est pas un grain de sable sur notre terre1 une goutte de sang dans nos veines1 qui1 pntr1 travaill1 anim par elle1 n'agisse tout instant sur la plus lointaine plante du dernier systme solaire que nous nous efforons d'imaginer par del les bornes de notre imagination4 ,voici longtemps que le mot fameux de ,shakespeare3 ,il y a plus de choses sur terre et dans les cieux que n'en peut rver notre philosophie1 est tout fait insuffisant4 ,il n'y a pas plus de choses que n'en peut rver ou imaginer notre philosophie2 il n'y a que des choses qu'elle ne peut rver1 il n'y a que de l'inimaginable2 et si nous ne voyons mme pas la lumire1 qui est la seule chose que nous croyions voir1 on peut dire qu'il n'y a tout autour de nous que de l'invisible4 ,nous nous agitons dans l'illusion de voir et de connatre ce qui est strictement indispensable notre petite vie4 ,tout le reste1 qui est peu prs tout1 nos organes nous en dfendent non seulement l'accs1 la vision ou la perception1 mais nous interdisent mme de souponner ce qu'il est1 comme ils nous empcheraient d'y rien comprendre si une intelligence d'un autre ordre s'avisait de nous le rvler ou de nous l'expliquer4 ,le nombre et le volume des mystres est aussi illimit que l',univers4 ,si l'humanit se rapprochait un jour de ceux qui lui semblent aujourd'hui les plus grands et les plus inaccessibles2 par exemple1 l'origine et le but de la vie2 derrire ceux-ci1 comme des montagnes ternelles1 elle en verrait immdiatement surgir d'autres qui seraient aussi grands et aussi insondables2 et ainsi indfiniment4 ,par rapport ce qu'il faudrait savoir pour tenir la cl de ce monde1 elle se trouverait toujours au mme point d'ignorance centrale4 ,il en irait encore de mme si nous possdions une intelligence plusieurs millions de fois plus vaste et plus pntrante que la ntre4 ,tout ce que dcouvrirait sa puissance miraculeusement accrue rencontrerait des limites non moins infranchissables qu' prsent4 ,tout est sans bornes dans ce qui n'a pas de bornes4 ,nous serons les prisonniers ternels de l'infini4 ,il nous est donc impossible d'apprcier en quoi que ce soit1 ft-ce sur le plus petit point imaginable1 l'tat prsent de l',univers1 et de dire1 tant que nous serons hommes1 s'il suit une ligne droite ou s'il dcrit un cercle sans mesure1 s'il devient plus sage ou plus insens1 s'il s'avance vers l'ternit qui n'aura pas de fin ou revient sur ses pas vers celle qui n'a pas eu de commencement4 ,tout ce qui nous est accord dans notre minuscule enceinte1 c'est de nous y vertuer vers ce qui nous parat tre le mieux et d'y demeurer hroquement convaincus que rien de ce que nous y faisons ne s'y peut perdre4 ,,vi ,mais que toutes ces questions insolubles ne nous poussent pas vers la crainte4 ,au point de vue de notre avenir d'outre-tombe1 il n'est nullement ncessaire que nous ayons rponse tout4 ,que l',univers ait trouv sa conscience1 la trouve un jour ou la cherche ternellement1 il ne saurait exister pour tre malheureux et souffrir1 non plus dans son ensemble que dans une seule de ses parties2 peu importe que celle-ci soit invisible ou incommensurable1 attendu que le plus petit est aussi grand que le plus grand dans ce qui n'a terme ni mesure4 ,torturer un point1 c'est mme chose que torturer les mondes2 et s'il torture les mondes1 c'est sa propre substance qu'il torture4 ,son sort mme1 o nous prenons place1 nous protge2 car nous ne sommes que de l'infini4 ,il tient en nous comme nous tenons en lui4 ,son souffle est notre souffle1 son but est notre but et nous portons en nous tous ses mystres4 ,nous y participons de toutes parts4 ,il n'y a rien en nous qui lui chappe2 il n'y a rien en lui qui ne nous appartienne4 ,il nous prolonge1 nous remplit1 nous traverse de tous cts4 ,dans l'espace et le temps1 et dans ce qui1 par del l'espace et le temps1 n'a pas encore de nom1 nous le reprsentons et le rsumons tout entier avec toutes ses proprits et tout son avenir2 et si son immensit nous effraie1 nous sommes aussi effrayants que lui-mme4 ,si donc nous devions y souffrir1 nos souffrances n'y seraient qu'phmres1 et rien n'importe qui n'est pas ternel4 ,il est possible1 bien qu'assez incomprhensible1 que des parties se trompent et s'garent2 mais il est impossible que la douleur soit une de ses lois durables et ncessaires2 car il aurait port cette loi contre lui-mme4 ,aussi bien est-il et doit-il tre sa propre loi et son unique matre2 sinon la loi ou le matre auquel il devrait obir serait seul l',univers1 et le centre d'un mot que nous prononons sans pouvoir en saisir l'tendue serait simplement dplac4 ,s'il est malheureux1 c'est qu'il veut son malheur2 s'il veut son malheur1 il est fou1 et s'il nous parat fou1 c'est que notre raison fonctionne au rebours de tout et des seules lois possibles puisqu'elles sont ternelles2 ou1 plus humblement1 c'est qu'elle juge ce qu'elle ne comprend point4 ,,vii ,il faut donc que tout finisse ou peut-tre que tout soit dj1 sinon dans le bonheur1 du moins dans un tat exempt de toute souffrance1 de toute inquitude1 de tout malheur durable2 et qu'est-ce au fond que notre bonheur sur cette terre1 sinon l'absence de douleur1 d'inquitude et de malheur8 ,mais il est puril de parler de bonheur et de malheur quand il s'agit de l'infini4 ,l'ide que nous avons du bonheur et du malheur est si spciale1 si humaine1 si fragile1 qu'elle ne dpasse pas notre taille et tombe en poussire ds que nous la sortons de sa petite sphre4 ,elle provient entirement de quelques hasards de nos nerfs qui sont faits pour apprcier de minimes incidents1 mais auraient pu sentir tout au rebours et se rjouir de ce qui les peine4 ,je ne sais si l'on se rappelle la saisissante page de ,sir ,william ,crookes1 o l'illustre savant dmontre qu'aux yeux d'un homme microscopique1 presque tout ce que nous tenons pour lois essentielles de la nature se trouverait dmenti2 tandis que des forces que nous ignorons peu prs1 telles que la tension superficielle1 la capillarit1 les mouvements ,browniens1 deviendraient prpondrantes4 ,il se promnerait1 par exemple1 sur une feuille de chou1 l'heure de la rose1 et la voyant constelle d'normes globes de cristal1 il en conclurait que l'eau est un corps solide qui s'arrondit et monte dans les airs4 ,a quelques pas de l1 s'approchant d'une mare1 il constaterait que ce mme corps1 au lieu de s'lever1 parat s'incliner partir du bord1 en une immense courbe concave4 ,s'il essayait1 avec l'aide de ses amis1 d'y jeter une de ces normes barres d'acier que nous appelons aiguilles1 il verrait celle-ci creuser la surface du liquide une sorte de lit et y flotter tranquillement4 ,il tirerait naturellement de ces expriences et de mille autres qu'il pourrait faire1 des thories diamtralement contraires celles sur quoi repose toute notre vie4 ,il en irait de mme dans l'hypothse de ,william ,james1 o il s'agit d'altrations possibles dans le sens de la dure4 ,supposons-nous capables1 dans l'espace d'une seconde1 de noter distinctement dix mille vnements au lieu de dix1 comme aujourd'hui2 si notre vie ne devait contenir que le mme nombre d'impressions1 elle pourrait tre mille fois plus courte4 ,nous vivrions moins d'un mois et1 par exprience personnelle1 ne saurions rien du changement des saisons4 ,si nous tions ns en hiver1 nous croirions l't comme nous croyons maintenant aux chaleurs de la priode carbonifre4 ,les mouvements des tres organiss seraient si lents que nous ne les verrions pas et ne les connatrions que par induction4 ,le soleil demeurerait immobile dans les cieux1 la lune n'aurait pas de phases et ainsi de suite4 ,renversons maintenant l'hypothse et supposons un tre n'ayant que la millime partie des sensations que nous avons dans un temps donn2 il vivrait mille fois plus longtemps que nous4 ,les ts et les hivers lui sembleraient des quarts d'heure4 ,les champignons et les autres plantes croissance rapide surgiraient si brusquement qu'elles lui apparatraient comme des productions instantanes2 les plantes annuelles s'lveraient et tomberaient1 sans relche1 pareilles aux bouillons d'une source minrale4 ,les mouvements des animaux seraient aussi invisibles que le sont1 pour nous1 les mouvements des balles et des boulets2 le soleil traverserait le ciel comme un mtore en laissant derrire lui une trane de flammes1 etc4 ,qui nous dit que rien de pareil n'existe dans le monde animal8 ,,viii ,nous ne croyons voir sur notre tte que catastrophes1 morts1 tourments et dsastres1 nous frissonnons la seule pense des grands froids et des formidables et noires solitudes interplantaires et nous nous imaginons que les mondes qui roulent dans l'espace sont aussi malheureux que nous parce qu'ils se glacent1 se dsagrgent1 se heurtent et se consument en d'indicibles flammes4 ,nous en infrons que le gnie de l',univers est un tyran atroce1 en proie une monstrueuse dmence1 qui ne se complat qu'au supplice de soi-mme et de tout ce qu'il porte4 ,a des millions d'toiles1 qui sont plusieurs milliers de fois plus grandes que notre soleil1 des nbuleuses dont aucun chiffre1 aucun mot de nos langues ne peut exprimer la nature et les dimensions1 nous prtons notre sensibilit d'un instant1 le petit agencement phmre de nos nerfs2 et nous sommes convaincus que la vie doit tre impossible ou pouvantable en ces mondes1 parce que nous y aurions trop chaud ou trop froid4 ,il serait bien plus sage de nous dire qu'il et suffi d'un rien1 de quelques papilles de plus ou de moins sur notre piderme1 de quelques ramifications dplaces dans l'oeil et l'oreille1 pour que la temprature1 le silence et les tnbres de l'espace devinssent un printemps dlicieux1 une musique inoue1 une lumire divine4 ,rien n'est trop merveilleux pour tre vrai1 a dit ,faraday4 ,il serait bien plus raisonnable de nous persuader que les catastrophes que nous y croyons voir sont la vie mme1 la joie et l'une ou l'autre de ces immenses ftes de la matire et de l'esprit1 auxquelles la mort1 cartant enfin nos deux ennemies1 l'heure et la distance1 nous permettra bientt de prendre part4 ,a chaque monde qui se dissout1 s'teint1 s'miette1 se consume ou qu'un autre monde rencontre et pulvrise1 c'est une exprience magnifique qui commence1 un espoir merveilleux qui s'approche1 et peut-tre un bonheur inconnu puis mme l'inpuisable inattendu4 ,qu'importe qu'ils glent ou s'embrasent1 se ramassent ou se dispersent1 se poursuivent ou se fuient2 la matire et l'esprit1 quand ils ne sont plus runis par le mme hasard misrable qui les joignit en nous1 se doivent rjouir de tout ce qui advient2 car tout n'est que naissance et renaissance1 dpart dans l'inconnu peupl d'admirables promesses et peut-tre pressentiment de quelque ineffable arrive444 ,,chapitre ,,xii ,,conclusions ,i ,afin de garder de tout ceci une image plus vive et un souvenir plus prcis1 embrassons d'un dernier coup d'oeil le chemin parcouru4 ,nous avons cart1 pour les motifs que nous avons dits1 les solutions religieuses et l'anantissement total4 ,l'anantissement est matriellement impossible2 les solutions religieuses occupent une citadelle sans portes ni fentres o la raison humaine ne pntre point4 ,vient ensuite l'hypothse de la survivance de notre moi1 dlivr de son corps1 mais gardant pleine et intacte conscience de son identit4 ,nous avons vu que cette hypothse1 en ses strictes limites1 n'est que fort peu probable et mdiocrement dsirable1 bien que1 par l'abandon du corps1 source de tous nos maux1 elle semble moins redoutable que notre existence actuelle4 ,d'autre part1 ds qu'on essaye de l'tendre ou de l'lever1 afin qu'elle paraisse moins barbare ou moins nave1 on rejoint l'hypothse de la conscience universelle ou de la conscience modifie1 qui1 avec celle de la survivance sans aucune espce de conscience1 ferme le champ toutes les suppositions et puise ce que l'imagination peut prvoir4 ,la survivance sans aucune espce de conscience quivaudrait pour nous l'anantissement pur et simple et1 par consquent1 ne serait pas plus redoutable que celui-ci1 c'est--dire qu'un sommeil sans rve et sans rveil4 ,l'hypothse est1 sans contredit1 plus acceptable que celle de l'anantissement1 mais prjuge de faon trs tmraire les questions de la conscience universelle et de la conscience modifie4 ,,ii ,avant de rpondre celles-ci1 il faut choisir son ,univers1 car nous avons le choix4 ,il s'agit de savoir de quelle manire nous envisagerons l'infini4 ,sera-ce l'infini immobile1 immuable1 de toute ternit parfait et son apoge et l',univers sans but que doit1 l'extrme pointe de nos penses1 concevoir notre raison8 ,croyons-nous qu' notre mort1 l'illusion de mouvement et de progrs que nous voyons du fond de cette vie s'vanouira brusquement8 ,il est invitable1 alors1 qu' l'instant de notre dernier soupir1 nous serons absorbs dans ce que1 faute de mieux1 nous appelons la conscience universelle4 ,au contraire1 sommes-nous persuads que la mort nous rvlera que l'illusion ne se trouve pas dans nos sens1 mais dans notre raison1 et qu'en un monde incontestablement vivant1 malgr l'ternit antrieure notre naissance1 toutes les expriences n'ont pas t faites1 c'est--dire que le mouvement et l'volution continuent et ne s'arrteront nulle part ni jamais2 il nous faudra ds lors admettre la conscience modifie ou progressive4 ,les deux aspects1 au fond1 sont galement inintelligibles1 mais dfendables1 et1 bien qu'inconciliables1 s'accordent sur un point1 savoir que la douleur sans terme et le malheur sans esprance en sont galement et jamais exclus4 ,,iii ,l'hypothse de la conscience modifie n'exige pas la perte de la petite conscience acquise dans notre corps2 mais elle rend celle-ci presque ngligeable1 la jette1 la noie et la dissout dans l'infini4 ,il est naturellement impossible d'tayer cette hypothse de preuves satisfaisantes2 mais il n'est pas facile de la ruiner comme les prcdentes4 ,s'il tait permis de parler de vraisemblance1 quand notre seule vrit est que nous ne voyons pas la vrit1 elle est la plus vraisemblable des hypothses d'attente1 et ouvre de magnifiques portes aux rves les plus plausibles1 les plus varis et les plus sduisants4 ,notre moi1 notre me1 notre esprit1 ou quel que soit le nom dont nous appellerons ce qui nous survivra pour demeurer nous-mmes1 retrouvera-t-il au sortir de notre corps les innombrables vies qu'il doit avoir vcues depuis les millnaires qui n'eurent pas de commencement8 ,continuera-t-il de s'accrotre en s'assimilant tout ce qu'il rencontrera dans l'infini1 durant des millnaires qui n'auront pas de fin8 ,s'attardera-t-il quelque temps autour de notre terre1 y menant1 dans des rgions invisibles notre oeil1 une existence de plus en plus haute et heureuse1 comme le veulent les thosophes et les spirites8 ,ira-t-il vers d'autres systmes plantaires1 migrera-t-il en d'autres mondes dont nos sens ne souponnent mme pas l'existence8 ,tout semble permis dans ce grand songe1 hormis ce qui pourrait en arrter l'essor4 ,nanmoins1 ds qu'il s'aventure trop loin dans les espaces d'outre-tombe1 il se heurte d'tranges obstacles et s'y brise les ailes4 ,si nous admettons que notre moi ne demeure pas ternellement tel qu'il tait l'instant de notre mort1 nous ne pouvons plus imaginer qu' un moment donn il s'arrte1 cesse de s'tendre et de s'lever1 atteigne sa perfection et sa plnitude1 pour n'tre plus qu'une sorte d'pave immuable en suspens dans l'ternit et une chose finie dans tout ce qui ne finira jamais4 ,ce serait bien la seule et vritable mort2 et d'autant plus affreuse qu'elle mettrait un terme une vie et une intelligence sans gales1 ct desquelles celles que nous possdons ici-bas ne pseraient mme pas ce que pse une goutte d'eau en face de l',ocan ou un grain de sable en contrepoids d'une chane de montagnes4 ,en un mot1 ou nous croyons que notre volution s'arrtera un jour2 et c'est une fin incomprhensible et une sorte de mort inconcevable2 ou nous admettons qu'elle n'aura pas de terme1 et ds lors1 tant infinie1 elle prend tous les caractres de l'infini et doit se perdre et se confondre en lui4 ,c'est du reste quoi aboutissent la thosophie1 le spiritisme et toutes les religions o l'homme1 dans son bonheur suprme1 est absorb par ,dieu4 ,et c'est encore une fin incomprhensible1 mais du moins c'est la vie4 ,et puis1 incomprhensible pour incomprhensible1 aprs avoir fait tout ce qui est humainement possible pour comprendre l'une ou l'autre nigme1 jetons-nous de prfrence dans la plus vaste et partant la plus vraisemblable1 celle qui contient toutes les autres et aprs laquelle il ne reste plus rien4 ,sinon les questions se redressent chaque tape et les rponses sont toujours diffres4 ,et questions et rponses nous mnent au mme abme invitable4 ,puisqu'il faut tt ou tard l'aborder1 pourquoi n'y pas aller tout de suite8 ,tout ce qui nous arrive dans l'intervalle1 nous intresse sans nul doute1 mais ne nous retient pas1 n'tant pas ternel4 ,,iv ,nous voici donc devant le mystre de la conscience universelle4 ,bien que nous soyons incapables de comprendre l'acte d'un infini qui se replierait sur soi pour se sentir1 par consquent se dfinir et se sparer d'autre chose1 ce n'est pas une raison suffisante pour le dclarer impossible2 car1 si nous rejetions toutes les ralits et impossibilits que nous ne comprenons point1 il ne nous resterait plus de quoi vivre4 ,si cette conscience existe sous cette forme dont nous avons l'ide1 il est vident que nous nous y trouverons et y prendrons part4 ,s'il y a conscience en quelque lieu1 ou quelque chose qui remplace la conscience1 nous serons dans cette conscience ou cette chose1 puisque nous ne pouvons tre ailleurs4 ,et cette conscience ou cette chose o nous nous trouverons1 ne pouvant tre malheureuse1 puisqu'il est impossible que l'infini n'existe que pour son malheur1 nous n'y serons pas malheureux non plus4 ,enfin1 si l'infini o nous serons lancs n'a aucune espce de conscience ni rien qui en tienne lieu1 c'est que la conscience ou ce qui la pourrait remplacer1 n'est pas indispensable au bonheur ternel4 ,v ,voil1 je pense1 peu prs1 ce qu'il est permis d'affirmer1 pour l'instant1 l'me inquite devant l'espace insondable o la mort va bientt la jeter4 ,elle y peut esprer tout ce qu'elle y rvait2 elle y craindra peut-tre moins ce qu'elle y redoutait4 ,si elle prfre demeurer dans l'attente et n'admettre aucune des hypothses que j'ai exposes de mon mieux et sans parti pris1 il semble cependant difficile de ne pas accueillir1 tout au moins1 cette grande assurance que l'on retrouve au fond de chacune d'elles3 savoir que l'infini ne saurait nous vouloir du mal1 attendu que s'il tourmentait ternellement le moindre d'entre nous1 il tourmenterait quelque chose qu'il ne peut arracher de soi1 et partant tout lui-mme4 ,je n'ai rien ajout tout ce qu'on savait4 ,j'ai simplement tent de sparer ce qui peut tre vrai de ce qui certainement ne l'est point2 car1 si l'on ignore o se trouve la vrit1 on apprend nanmoins connatre o elle ne se trouve pas4 ,et peut-tre1 en recherchant cette introuvable vrit1 aurons-nous accoutum nos yeux percer1 en la regardant fixement1 l'pouvante de la dernire heure4 ,il reste sans nul doute1 dire bien des choses que d'autres diront avec plus de force et d'clat4 ,mais n'esprons pas que quelqu'un prononce sur cette terre le mot qui mette un terme nos incertitudes4 ,il est au contraire fort probable que personne en ce monde1 ni peut-tre dans l'autre1 ne dcouvrira le grand secret de l',univers4 ,et1 pour peu qu'on rflchisse1 il est trs heureux qu'il en soit ainsi4 ,nous avons non seulement nous rsigner vivre dans l'incomprhensible1 mais nous rjouir de n'en pouvoir sortir4 ,s'il n'y avait plus de questions insolubles ni d'nigmes impntrables1 l'infini ne serait pas infini2 et c'est alors qu'il faudrait jamais maudire le sort qui nous aurait mis dans un ,univers proportionn notre intelligence4 ,tout ce qui existe ne serait plus qu'une prison sans issues1 un mal et une erreur irrparables4 ,l'inconnu et l'inconnaissable sont et seront peut-tre toujours ncessaires notre bonheur4 ,en tout cas1 je ne souhaiterais pas mon pire ennemi1 sa pense ft-elle mille fois plus haute et plus puissante que la mienne1 d'tre ternellement condamn habiter un monde dont il aurait surpris un secret essentiel et auquel1 tant homme1 il aurait commenc comprendre quelque chose4 ,,table ,,des ,,chapitres ,notre injustice envers la mort #a ,l'anantissement #cc ,la survivance de la conscience #ci ,l'hypothse thosophique #fg ,l'hypothse no-spirite4 ,les apparitions #gg ,les communications avec les morts #he ,la correspondance croise #aca ,la rincarnation #adg ,le sort de la conscience #agi ,les deux aspects de l'infini #bjc ,notre sort dans ces infinis #bbi ,conclusions #beg ,b--#hhdd4--,l4-,impr4 run41 #g1 rue ,saint-,benot1 ,paris4