,,maurice ,,maeterlinck ,,les ,,sentiers ,,dans ,,la ,,montagne ,,quinzi,,me ,,mille ,,paris ,,biblioth,,que-,,charpentier ,,eug,,ne ,,fasquelle1 ,,diteur #aa1 ,,rue ,,de ,,grenelle1 #aa #aiai ,tous droits rservs4 ,copyright in the ,united ,states of ,america by ,dodd1 ,mead and ,co1 ,inc41 #aiai4 ,all rights reserved4 ,,ouvrages ,,de ,,maurice ,,maeterlinck ,,eug,,ne ,,fasquelle1 diteur ,,dans ,,la ,,biblioth,,que ,,charpentier ,a #c ,,fr4 #ej ,,le ,,volume ,la ,sagesse et la ,destine 7#fi;e mille7 #a vol4 ,la ,vie des ,abeilles 7#hc;e mille7 #a vol4 ,le ,temple ,enseveli 7#bh;e mille7 #a vol4 ,le ,double ,jardin 7#bb;e mille7 #a vol4 ,l',intelligence des ,fleurs 7#cf;e mille7 #a vol4 ,la ,mort 7#ej;e mille7 #a vol4 ,les ,dbris de la ,guerre 7#ag;e mille7 #a vol4 ,l',hte ,inconnu 7#bc;e mille7 #a vol4 ,,th,,tre ,thtre1 ,tome ,i4--,la ,princesse ,maleine1 ,l',intruse1 ,les ,aveugles #c fr4 #ej ,tome ,,ii4--,pellas et ,mlisande 7#ahib71 ,alladine et ,palomides 7#ahid71 ,intrieur 7#ahid71 ,la ,mort de ,tintagiles 7#ahid7 #c fr4 #ej ,tome ,,iii4--,aglavaine et ,slysette 7#ahif71 ,ariane et ,barbe-bleue 7#aija71 ,soeur ,batrice 7#aija7 #c fr4 #ej ,joyzelle1 pice en #e actes 7#ac;e mille7 #c fr4 #ej ,monna ,vanna1 pice en #c actes 7#ab;e mille7 #b fr4 ,monna ,vanna1 drame lyrique en #d actes et #e tableaux1 livret 7musique de ,henry ,fvrier7 7#i;e mille7 #a fr4 ,l',oiseau ,bleu1 ferie en #f actes et #ab tableaux 7#dj;e ,mille7 #c fr4 #ej ,la ,tragdie de ,macbeth1 de ,w4 ,shakespeare4 ,traduction nouvelle avec une ,introduction et des ,notes 7#f;e mille7 #c fr4 #ej ,marie-,magdeleine1 drame en #c actes 7#f;e mille7 #c fr4 #ej ,,chez ,,divers ,,diteurs ,le ,trsor des ,humbles 7#if;e dition74 7,mercure de ,france7 #c fr4 #ej ,serres ,chaudes 7posies74 7,lacomblez1 dit47 #c fr4 ,l',ornement des ,noces spirituelles1 de ,ruysbroeck l',admirable1 traduit du flamand et prcd d'une ,introduction4 7,lacomblez1 dit47 #e fr4 ,les ,disciples ,sas et les ,fragments de ,novalis1 traduits de l'allemand et prcds d'une ,introduction4 7,lacomblez1 dit47 #e fr4 ,album de douze ,chansons4 7,stock1 dit47 puis4 ,,il ,a ,t ,,tir ,,de ,,cet ,,ouvrage #bj exemplaires numrots sur papier du ,japon2 #hj exemplaires numrots sur papier de ,hollande ,,les ,,sentiers ,,dans ,,la ,,montagne ,i ,,la ,,puissance ,,des ,,morts ,dans un petit livre qui est une sorte d'trange chef-d'oeuvre3 la ,ville enchante1 une romancire anglaise1 ,mrs ,oliphant1 nous montre les morts d'une ville de province qui tout coup1 indigns de la conduite et des moeurs de ceux qui habitent la cit qu'ils fondrent1 se rvoltent1 envahissent les maisons1 les rues et les places publiques1 et sous la pression de leur multitude innombrable1 toute-puissante quoique invisible1 refoulent les vivants1 les poussent hors des portes1 et faisant bonne garde1 ne leur permettent de rentrer dans leurs murs qu'aprs qu'un trait de paix et de pnitence a purifi les coeurs1 rpar les scandales et assur un avenir plus digne4 ,il y a sans nul doute sous cette fiction1 qui nous semble pousse un peu loin1 parce que nous ne voyons que les ralits matrielles et phmres1 une grande vrit4 ,les morts vivent et se meuvent parmi nous beaucoup plus rellement et plus efficacement que ne le saurait peindre l'imagination la plus aventureuse4 ,il est fort douteux qu'ils restent dans leurs tombes4 ,il parat mme de plus en plus certain qu'ils ne s'y laissrent jamais renfermer4 ,il n'y a sous les dalles o nous les croyons prisonniers qu'un peu de cendres qui ne leur appartiennent plus qu'ils ont abandonnes sans regrets et dont1 probablement1 ils ne daignent plus se souvenir4 ,tout ce qui fut eux-mmes demeure parmi nous4 ,sous quelle forme1 de quelle faon8 aprs tant de milliers1 peut-tre de millions d'annes1 nous ne le savons pas encore1 et aucune religion n'a pu nous le dire avec une certitude satisfaisante1 bien que toutes s'y soient vertues2 mais on peut1 de certains indices1 esprer de l'apprendre4 99 99 99 ,sans considrer davantage une vrit puissante mais confuse qu'il est pour l'instant impossible de prciser ou de rendre sensible1 tenons-nous ce qui n'est pas contestable4 ,comme je l'ai dit ailleurs1 quelle que soit notre foi religieuse1 il est en tout cas un lieu o nos morts ne peuvent pas prir1 o ils continuent d'exister aussi rellement et parfois1 plus activement que lorsqu'ils taient dans la chair3 c'est en nous que se trouve cette vivante demeure et ce lieu consacr qui pour ceux que nous avons perdus devient le paradis ou l'enfer selon que nous nous rapprochons ou nous loignons de leurs penses et de leurs voeux4 ,et leurs penses et leurs voeux sont toujours plus hauts que les ntres4 ,c'est donc en nous levant que nous irons eux4 ,nous devons faire les premiers pas2 ils ne peuvent plus descendre1 tandis qu'il nous est toujours possible de monter2 car les morts1 quels qu'ils aient t dans leur vie1 deviennent meilleurs que les meilleurs d'entre nous4 ,les moins bons1 en dpouillant leur corps1 ont dpouill ses vices1 ses petitesses1 ses faiblesses qui abandonnent bientt notre mmoire aussi2 et l'esprit seul demeure qui est pur en tout homme et ne peut vouloir que le bien4 ,il n'y a pas de mauvais morts1 parce qu'il n'y a pas de mauvaises mes4 ,c'est pourquoi1 mesure que nous nous purifions1 nous redonnons la vie ceux qui n'taient plus et transformons en ciel notre souvenir qu'ils habitent4 99 99 99 ,et ce qui fut toujours vrai de tous les morts1 l'est bien davantage aujourd'hui que les meilleurs seuls sont choisis pour la tombe4 ,dans la rgion que nous croyons souterraine1 que nous appelons le royaume des ombres et qui est en ralit la rgion thre et le royaume de la lumire1 il y a eu des perturbations aussi profondes que celles que nous avons prouves la surface de notre terre4 ,les jeunes morts l'ont envahie de toutes parts2 et1 depuis l'origine de ce monde1 ne furent jamais aussi nombreux1 aussi pleins de force et d'ardeur4 ,alors que dans le cours habituel des annes1 le sjour de ceux qui nous quittent ne recueille que des existences lasses et puises1 il n'en est pas un seul dans cette foule incomparable qui1 pour reprendre l'expression de ,pricls1 ne soit sorti de la vie au plus fort de la gloire4 ,il n'en est pas un seul qui ne soit1 non pas descendu mais mont vers la mort1 tout couvert du plus grand sacrifice que l'homme puisse faire une ide qui ne peut pas mourir4 ,il faudrait que tout ce que nous avons cru jusqu' ce jour1 tout ce que nous avons tent d'atteindre par del nous-mmes1 tout ce qui nous a levs au point o nous sommes1 tout ce qui a surmont les mauvais jours et les mauvais instincts de la nature humaine1 n'et t qu'illusions et mensonges1 pour que de tels hommes1 un tel amas de mrite et de gloire1 fussent rellement anantis1 jamais disparus1 jamais inutiles et sans voix1 jamais sans action1 sur un monde auquel ils ont donn la vie4 99 99 99 ,il est peine possible qu'il en soit ainsi au point de vue de la survivance extrieure des morts2 mais il est absolument certain qu'il en est autrement au point de vue de leur survivance en nous-mmes4 ,ici rien ne se perd et personne ne prit4 ,nos souvenirs sont aujourd'hui peupls d'une multitude de hros frapps dans la fleur de leur ge et toute diffrente de la ple cohorte alanguie de nagure1 presque uniquement compose de malades et de vieillards qui dj n'taient plus avant que de quitter la terre4 ,il faut nous dire que maintenant1 dans chacune de nos maisons1 dans nos villes comme dans nos campagnes dans le palais comme dans la plus sombre chaumire1 vit et rgne un jeune mort dans l'clat de sa force4 ,il emplit d'une gloire qu'elle n'et jamais os rver1 la plus pauvre1 la plus noire demeure4 ,sa prsence constante1 imprieuse et invitable1 y rpand et y entretient une religion et des penses qu'on n'y connaissait point1 consacre tout ce qui l'environne1 force les yeux regarder plus haut et l'esprit ne plus redescendre1 purifie l'air qu'on y respire1 les propos qu'on y tient et les ides qu'on y rassemble2 et de proche en proche1 comme jamais on n'en avait eu d'exemple aussi vaste1 ennoblit1 anoblit et relve tout un peuple4 99 99 99 ,de pareils morts ont une puissance aussi profonde1 aussi fconde et moins prcaire que la vie4 ,il est terrible que cette exprience ait t faite1 car c'est la plus impitoyable et la premire en masses aussi normes que l'humanit ait subie2 mais prsent que l'preuve est passe1 on en recueillera bientt les fruits les plus inattendus4 ,on ne tardera pas voir s'largir les diffrences et diverger les destines entre les nations qui ont acquis tous ces morts et toute cette gloire et celles qui en furent prives1 et l'on constatera avec tonnement que celles qui ont le plus perdu sont celles qui ont gard leur richesse et leurs hommes4 ,il est des pertes qui sont des gains inestimables et des gains o se perd l'avenir4 ,il est des morts que les vivants ne sauraient remplacer et dont la pense fait des choses que les corps ne peuvent accomplir4 ,il est des morts dont l'lan dpasse la mort et retrouve la vie2 et nous sommes presque tous cette heure les mandataires d'un tre plus grand1 plus noble1 plus grave1 plus sage et plus vivant que nous4 ,avec tous ceux qui l'accompagnent1 il sera notre juge1 s'il est vrai que les morts psent l'me des vivants et que de leur sentence dpend notre bonheur4 ,il sera notre guide et notre protecteur2 car c'est la premire fois depuis que l'histoire nous rvle ses malheurs que l'homme sent planer au-dessus de sa tte et parler dans son coeur une telle multitude de tels morts4 ,,ii ,,messages ,d',,outre-,,tombe ,sir ,oliver ,lodge est un illustre physicien anglais1 un des savants les plus considrables de ce temps4 ,il est en outre l'un des chefs les plus anciens et les plus actifs de la clbre ,society for ,psychical ,research1 fonde en #ahhb1 qui depuis trente-sept ans s'applique tudier avec une rigueur scientifique irrprochable1 tous les phnomnes merveilleux1 inexplicables1 occultes et surnaturels qui ont toujours troubl et troublent encore l'humanit4 ,a ct de ses travaux scientifiques1 dont je ne parle pas1 n'ayant pas qualit pour les juger1 il est l'auteur de livres extrmement remarquables2 entre autres3 l',homme et l',univers1 l'ther de l',espace1 la ,survivance humaine1 o les spculations mtaphysiques les plus hautes et les plus hardies sont sans cesse contrles par le bon sens le plus prudent1 le plus avis1 le plus inbranlable4 ,sir ,oliver ,lodge1 qui est donc ensemble un philosophe et un savant positif et pratique1 rompu aux mthodes scientifiques qui ne lui permettent pas aisment de s'garer1 qui est en un mot l'un des cerveaux les mieux quilibrs qu'on puisse rencontrer1 est convaincu que les morts ne meurent pas et peuvent communiquer avec nous4 ,il a essay de nous faire partager cette conviction dans son livre3 la ,survivance humaine4 ,je ne crois pas qu'il y ait compltement russi4 ,il nous donne1 il est vrai1 un certain nombre de faits extraordinaires1 mais qui peuvent1 la rigueur1 s'expliquer par l'intervention inconsciente d'intelligences autres que celles des morts4 ,il ne nous apporte pas la preuve irrfragable1 comme le serait1 par exemple1 la rvlation d'un incident1 d'un dtail1 d'une connaissance tel point inconnue de tout tre vivant1 qu'elle ne pourrait provenir que d'un esprit qui n'est plus de ce monde4 ,accordons du reste qu'une telle preuve est1 comme il le dit1 aussi difficile concevoir qu' fournir4 99 99 99 99 99 ,le plus jeune des fils de ,sir ,oliver ,lodge1 nomm ,raymond1 n en #ahhi1 tait ingnieur et s'engagea pour la dure de la guerre en septembre #aiad4 ,il fut envoy en ,belgique au commencement du printemps de #aiae1 et le #ad septembre de la mme anne1 devant ,ypres1 tandis que la compagnie qu'il commandait quittait une tranche de premire ligne1 un clat d'obus le frappait au flanc gauche2 et il mourait quelques heures aprs4 ,c'tait1 comme nous le montre une photographie1 un de ces jeunes et admirables soldats anglais1 types parfaits d'une humanit vigoureuse1 frache1 heureuse1 innocente et splendide1 dont la mort semble d'autant plus cruelle et plus incroyable qu'elle anantit plus de force1 d'esprances1 de beaut4 ,son pre vient de lui consacrer un gros volume sous ce titre3 ,raymond1 or ,life and ,death2 et chose d'abord assez dconcertante1 ce n'est pas1 comme on s'y attendait1 un livre de plaintes1 de regrets1 de sanglots2 mais le rapport prcis1 volontairement impassible1 presque heureux par moments1 du savant qui refoule sa douleur pour voir clair devant lui1 lutte nergiquement contre l'ide de la mort et regarde se lever l'aube d'un immense et trs trange espoir4 ,je ne m'arrterai pas la premire partie du volume qui s'attache nous faire connatre le jeune homme4 ,on y trouve une quarantaine de lettres crites dans les tranches1 des tmoignages de ses compagnons d'armes qui l'adoraient1 des dtails sur sa mort1 etc4 ,ces lettres1 soit dit en passant1 sont charmantes1 pittoresques et d'un enjouement dlicat et dlicieux qui ne songe qu' rassurer ceux qui sont en sret4 ,je n'ai pas le temps de m'y attarder et ce n'est pas ce qui nous intresse ici4 ,mais la seconde partie que ,sir ,oliver ,lodge intitule3 ,supernormal ,portion1 abandonne la vie qui s'agite la surface de notre terre1 et nous introduit dans un monde tout diffrent4 ,ds les premires lignes1 l'auteur nous rappelle sa conviction1 savoir1 et en ses propres termes3 que non seulement la personnalit persiste aprs la mort1 mais que son existence continue s'enlace la vie quotidienne beaucoup plus troitement qu'on ne se l'imagine2 qu'il n'y a pas de vritable solution de continuit entre le mort et le vivant2 qu'en rponse aux demandes urgentes de l'affection1 des moyens de communication peuvent tre tablis par-dessus ce qui semble tre un gouffre et qu'en fait1 comme ,diotime le disait ,socrate1 dans le ,symposium1 l'amour jette un pont sur l'abme4 ,sir ,oliver ,lodge est donc persuad que son fils quoique mort n'a pas cess d'exister et ne s'est pas loign de ceux qui l'aiment4 ,raymond1 en effet1 onze jours aprs son dcs1 cherche dj communiquer avec son pre4 ,on sait que ces communications1 ou soi-disant communications d'outre-tombe1--ne prjugeons pas pour l'instant1--se font par l'intermdiaire d'un mdium qui est ou se croit inspir ou possd par le mort ou par un esprit familier qui parle au nom du mort et rapporte ce que ce dernier lui rvle1 soit de vive voix1 soit par l'criture automatique ou encore1 bien que trs rarement dans le cas qui nous occupe1 par les tables parlantes4 ,mais je passe sur ces prliminaires qui nous entraneraient trop loin1 pour arriver tout de suite la communication qui est1 je pense1 la plus tonnante de toutes2 et peut-tre la seule qui ne soit pas explicable1 ou du moins qui soit le plus difficilement explicable1 par l'intervention des vivants4 ,vers la fin du mois d'aot #aiae1 c'est--dire peu de jours avant sa mort1 le jeune hros1 qui se trouvait1 comme nous l'avons vu1 aux environs d',ypres1 avait t photographi avec les officiers de son bataillon1 par un photographe ambulant4 ,le #bg septembre suivant1 au cours d'une sance avec le mdium ,peters1 l'esprit qui parlait par la bouche de celui-ci1 dit tout coup et textuellement3 ,vous avez plusieurs photographies de ce jeune homme4 ,avant son dpart1 on a fait un bon portrait de lui1 deux1--non1 trois4--,deux o il est seul1 et un o il se trouve au milieu d'un groupe d'autres hommes4 ,il tient beaucoup ce que je vous dise cela4 ,sur l'une des preuves vous verrez sa canne4 ,or1 ce moment1 dans l'entourage de ,sir ,oliver ,lodge1 on ignorait absolument l'existence de ce groupe4 ,on n'attacha du reste pas grande importance cette rvlation2 mais dans des sances subsquentes1 notamment le #c dcembre1 avant l'arrive des preuves1 avant que personne les et vues1 les dtails se prcisent4 ,d'aprs les dclarations de l'esprit1 il s'agit bien d'un groupe d'une douzaine d'officiers1 ou peut-tre plus d'une douzaine1 pris en plein air1 devant une sorte de hangar4 7,le mdium trace avec le doigt des lignes verticales dans l'espace47 ,les uns sont assis1 les autres debout1 dans le fond4 ,raymond est assis1 quelqu'un s'appuie sur lui4 ,plusieurs preuves ont t prises4 ,le #g dcembre1 les photographies arrivent ,mariemont1 rsidence de ,sir ,oliver ,lodge4 ,ce sont trois preuves lgrement diffrentes du mme groupe de vingt et un officiers1 sur trois rangs1 le dernier rang debout1 les deux autres assis4 ,le groupe est pris devant une sorte de hangar en planches1 dont le toit prsente des lignes verticales trs apparentes4 ,raymond est assis au premier rang2 ses pieds1 se trouve la canne dont on avait parl dans la premire rvlation1 et1 dtail extrmement frappant1 dans tout le groupe1 il est le seul sur l'paule de qui1 dans deux preuves1 quelqu'un appuie la main1 et dans la troisime1 la jambe4 ,cette manifestation est une des plus remarquables qu'on ait obtenues jusqu'ici1 parce qu'elle exclut presque entirement toute ingrence tlpathique1 c'est--dire toute communication de subconscient subconscient1 parmi les personnes prsentes la sance1 qui toutes ignoraient absolument l'existence des photographies4 ,si l'on se refuse admettre l'intervention du mort1--qui ne doit1 j'en conviens1 tre admise qu' la dernire extrmit1--il faut1 pour expliquer la rvlation1 supposer que le subconscient du mdium ou de l'un des assistants1 travers les ddales et les dserts immenses de l'espace et parmi des millions d'mes trangres1 se soit mis en rapport avec le subconscient d'un des officiers ou des personnes qui avaient vu ces preuves dont rien ne faisait souponner l'existence4 ,c'est possible1 mais tellement hasardeux1 tellement prodigieux1 que la survivance et l'intervention du dfunt1 sembleraient presque1 en l'occurence1 moins surnaturelles et plus vraisemblables4 99 99 99 99 99 ,je n'entrerai pas dans le dtail de nombreuses sances qui prcdrent ou suivirent celle-ci1 et n'entreprendrai pas non plus de les rsumer4 ,il faut1 pour en partager l'motion1 lire les procs-verbaux qui reproduisent fidlement ces tranges dialogues des vivants et des morts4 ,on a l'impression que l'enfant qui n'est plus se rapproche chaque jour de la vie et s'entretient de plus en plus aisment1 de plus en plus familirement avec tous ceux qui l'ont aim avant les tnbres de la tombe4 ,il rappelle chacun mille petits incidents oublis4 ,il demeure parmi les siens1 comme s'il ne les avait jamais quitts4 ,il est toujours prsent et prt leur rpondre4 ,il se mle si bien toute leur existence que personne ne songe le pleurer4 ,on l'interroge sur sa situation1 on lui demande o il est1 ce qu'il est1 ce qu'il fait4 ,il ne se fait pas prier2 il se dclare d'abord tonn de l'invraisemblable ralit de ce monde nouveau4 ,il y est trs heureux1 il se reforme1 se condense1 pour ainsi dire1 et se ressaisit peu peu4 ,l'existence de l'intelligence et de la volont1 dbarrasse du corps1 est plus libre1 plus lgre1 plus tendue1 plus diffuse1 mais se continue peu prs pareille ce qu'elle tait dans la chair4 ,le milieu n'est plus physique mais spirituel2 et c'est une transposition sur un autre plan plutt que la rupture1 le bouleversement de fond en comble1 les transformations inoues que nous nous plaisons imaginer4 ,aprs tout1 n'est-ce pas assez plausible1 et n'avons-nous pas tort de croire que la mort change tout1 du jour au lendemain1 et qu'il y ait1 entre l'heure qui prcde le dcs et celle qui la suit1 un abme subit et inconcevable8 ,est-ce conforme aux habitudes de la nature8 ,le principe de vie que nous portons en nous1 et qui sans doute ne peut s'teindre1 est-il ce point modifi et opprim par notre corps1 qu'au sortir de celui-ci1 il devienne1 en un clin d'oeil1 tout fait diffrent et mconnaissable8 ,mais il faut que j'abrge2 il faut mme1 pour ne pas dpasser les bornes de cette tude1 que je nglige deux ou trois rvlations moins frappantes que celle de la photographie1 mais qui n'en sont pas moins assez tranges4 videmment1 ce n'est pas la premire fois que de telles manifestations se produisent2 mais celles-ci sont vraiment d'une qualit plus haute que celles qui encombrent plusieurs volumes des ,proceedings4 ,apportent-elles la preuve que nous demandons8 ,je ne le crois pas2 mais cette preuve premptoire sera-t-on jamais mme de nous la fournir8 ,que peut faire l'esprit dsincarn qui veut tablir qu'il continue d'exister8 ,s'il nous parle des incidents les plus secrets1 les plus intimes d'un pass commun1 nous lui rpondons que c'est nous1 en nous-mmes1 qui retrouvons ces souvenirs4 ,s'il entend nous convaincre par la description de son monde d'outre-tombe1 tous les tableaux les plus sublimes1 les plus inattendus qu'il en pourrait tracer1 ne valent rien comme preuve1 n'tant pas contrlables4 ,si nous lui demandons de s'attester par une prdiction de l'avenir1 il nous avoue qu'il ne le connat pas beaucoup mieux que nous2 ce qui est assez vraisemblable1 attendu qu'une telle connaissance supposerait une sorte d'omniscience et partant d'omnipotence qui ne doit pas pouvoir s'acqurir en un instant4 ,il ne lui reste donc que les petites chappes1 les prcaires commencements de preuve du genre de ceux que nous trouvons ici4 ,ce n'est pas suffisant1 j'en conviens1 puisque la psychomtrie1 c'est--dire une manifestation de clairvoyance analogue1 entre subconsciences vivantes1 donne des rsultats presque aussi tonnants4 ,mais ici comme l1 ces rsultats montrent tout au moins qu'il y a autour de nous des intelligences errantes1 dj affranchies des lois troites et pesantes de l'espace et de la matire1 qui parfois savent des choses que nous ne savons pas ou ne savons plus4 manent-elles de nous1 ne sont-elles que des manifestations de facults encore inconnues2 ou sont-elles extrieures1 objectives et indpendantes de nous8 ,sont-elles seulement vivantes au sens o nous l'entendons pour nos corps1 ou appartiennent-elles des corps qui ne sont plus8 ,c'est ce que nous ne pouvons pas encore dcider2 mais il faut convenir que ds qu'on admet leur existence1 qui n'est plus gure contestable1 il est bien moins difficile d'accepter qu'elles appartiennent des morts4 ,en tout cas1 si de telles expriences ne dmontrent pas1 de faon premptoire1 que les morts peuvent directement1 manifestement et presque matriellement se mler notre existence et rester en contact avec nous1 elles prouvent qu'ils continuent de vivre en nous beaucoup plus ardemment1 plus profondment1 plus personnellement1 plus passionnment qu'on ne l'avait cru jusqu'ici2 et c'est dj bien plus qu'on n'osait esprer4 ,,iii ,,les ,,mauvaises ,,nouvelles ,durant plus de quatre ans1 sur prs de la moiti de la terre habitable1 ont chemin nuit et jour les mauvaises nouvelles4 ,depuis qu'existe notre monde1 on ne les vit jamais se rpandre en foules aussi denses1 aussi affaires1 aussi imprieuses4 ,au temps heureux de la paix1 on rencontrait et l les sombres visiteuses1 s'en allant par monts et par vaux1 presque toujours isoles1 quelquefois deux par deux1 rarement trois par trois1 discrtes1 intimides1 s'efforant de passer inaperues et se chargeant humblement des plus petits messages de douleur que leur confiait le destin4 ,maintenant1 elles marchent la tte haute1 elles sont presque arrogantes2 et1 enfles de leur importance1 ngligent tous les malheurs qui ne sont pas mortels4 ,elles encombrent les routes1 franchissent les fleuves et les mers1 envahissent les rues1 n'oublient pas les ruelles1 gravissent les sentiers les plus pres et les plus rocailleux4 ,il n'est pas une masure tapie dans le faubourg le plus obscur et le plus ignor d'une grande ville1 il n'est pas une cabane dissimule dans le repli du plus misrable village de la plus inaccessible montagne qui chappe leurs investigations et vers laquelle l'une d'elles1 dtache de la sinistre troupe1 ne se hte de son petit pas press1 assur et impitoyable4 ,chacune a son but dont rien ne peut la dtourner4 ,a travers le temps et l'espace1 travers les rochers et les murs1 elles progressent ainsi1 obstines et rapides1 aveugles et sourdes tout ce qui voudrait les retarder1 ne pensant qu' remplir leur devoir qui est d'annoncer au plus tt au coeur le plus sensible et le plus dsarm la plus grande douleur qui le puisse frapper4 99 99 99 ,nous les regardons passer comme les missaires du destin4 ,elles nous semblent aussi fatales que le malheur mme dont elles ne sont que les porte-voix1 et nul ne songe leur barrer la route4 ,ds que l'une d'elles arrive inopinment parmi nous1 nous quittons tout1 nous nous prcipitons au-devant1 nous nous rassemblons autour d'elle4 ,une sorte de crainte religieuse l'environne1 nous chuchotons respectueusement et nous ne nous inclinerions pas plus bas en prsence d'un envoy de ,dieu4 ,non seulement personne n'oserait la contredire1 lui donner un conseil1 la prier de prendre patience1 d'accorder quelques heures de rpit1 de se cacher dans l'ombre ou de faire un dtour2 c'est qui1 au contraire1 lui offrira son zle et ses humbles services4 ,les plus compatissants1 les plus pitoyables sont les plus empresss1 les plus obsquieux1 comme s'il n'y avait pas de devoir moins discutable ni d'acte de charit plus mritoire que de conduire le plus directement et le plus promptement possible1 au coeur qu'elle doit atteindre1 la noire messagre4 99 99 99 ,une fois de plus1 nous confondons ici ce qui appartient au destin avec ce qui nous appartient en propre4 ,le malheur tait peut-tre invitable2 mais une bonne partie des douleurs qui le suivent reste en notre pouvoir4 ,c'est nous de les mnager1 de les diriger1 de les asservir1 de les dsarmer1 de les retarder1 de les dtourner et parfois mme de les arrter net4 ,en vrit1 nous en sommes encore ignorer presque compltement la psychologie de la douleur1 aussi profonde1 aussi complexe1 aussi digne d'intrt que celle des passions auxquelles nous avons consacr tant de loisirs4 ,dans la vie ordinaire1 il est vrai1 les grandes dtresses1 si elles n'taient pas aussi rares qu'on l'et souhait1 taient nanmoins trop espaces pour qu'il ft facile de les tudier avec suite4 ,aujourd'hui1 hlas6 elles forment tout le fond de nos mditations2 et nous apprenons enfin qu'autant que l'amour1 le bonheur ou la vanit1 elles ont leurs secrets1 leurs habitudes1 leurs illusions1 leur casuistique1 leurs recoins obscurs1 leurs labyrinthes et leurs abmes2 car l'homme1 qu'il aime1 qu'il se rjouisse ou qu'il pleure1 est toujours semblable lui-mme4 ,il n'est pas vrai1 comme nous l'acceptons trop volontiers1 que le malheur devant tre connu tt ou tard1 le seul devoir soit de le divulguer au plus tt2 car il y a une grande diffrence entre un malheur encore flagrant et celui que le temps a dj amorti4 ,il n'est pas vrai1 comme nous l'admettons sans conteste1 que tout vaille mieux que l'ignorance ou l'incertitude et qu'il y ait une sorte de lchet ne pas annoncer aussitt1 ceux qu'elle doit atterrer1 la mauvaise nouvelle que l'on connat4 ,il y a lchet1 tout au contraire1 s'en dbarrasser au plus vite et n'en point porter seul et secrtement tout le poids aussi longtemps que possible4 ,quand survient la mauvaise nouvelle1 le premier devoir est de l'isoler1 de l'empcher de se rpandre1 de s'en rendre matre1 comme d'un malfaiteur ou d'une maladie contagieuse1 de fermer toutes les issues1 de monter la garde autour d'elle et de la mettre dans l'impossibilit de sortir et de nuire4 ,il ne s'agit pas seulement1 comme le croient les meilleurs et les plus prudents d'entre nous1 de l'introduire1 avec mille prcautions1 petits pas feutrs1 obliques et mesurs1 par la porte de derrire1 dans la demeure qu'elle doit dvaster2 il s'agit de lui en interdire formellement l'entre et d'avoir le courage de l'enchaner dans notre propre demeure qu'elle remplira de reproches et de rcriminations injustes et insupportables4 ,au lieu de nous faire l'cho complaisant de ses cris1 ne pensons plus qu' touffer sa voix4 ,chaque heure que nous passons ainsi dans un tte--tte impatient et pnible avec l'odieuse prisonnire est une heure de larmes que nous prenons notre compte et que nous pargnons la victime du destin4 ,il est presque certain que la malfaisante recluse finira par chapper notre vigilance2 mais ici les minutes mmes ont leur importance et il n'est pas de gain1 si minime soit-il1 que nous ayons le droit de ngliger4 ,l'horloge qui mesure les phases de la douleur est bien plus exacte et plus scrupuleuse que celle qui marque les tapes du plaisir4 ,le temps qui passe entre la mort d'un tre aim et le moment qu'on apprend cette mort1 emporte autant de peine que de jours4 ,ce qui est craindre par-dessus tout1 c'est le premier coup du malheur2 c'est alors que le coeur se dchire et reoit une blessure qui ne gurira plus4 ,mais ce coup n'a sa force clatante et quelquefois mortelle que s'il frappe l'instant sa victime et pour ainsi dire au sortir mme de l'vnement4 ,toute heure qui s'interpose en mousse l'aiguillon1 en brise l'efficace4 ,une mort qui remonte quelques semaines n'a plus le mme aspect que celle qu'on annonce le jour mme qu'elle eut lieu2 et si quelques mois la recouvrent1 ce n'est plus une mort et dj c'est un souvenir4 ,qu'ils s'coulent avant qu'on l'apprenne ou aprs qu'on la connat1 les jours qui nous en sparent agissent presque pareillement4 ,ils loignent d'avance des regards et du coeur l'aveuglante horreur de la perte1 ils la reculent prventivement1 hors de porte de la folie1 dans un lointain semblable celui qu'adoucit le regret4 ,ils forment une sorte de souvenir rtroactif qui opre dans le pass comme le vritable oprera dans l'avenir et apporte d'emble tout ce que ce dernier et donn peu peu1 heure par heure1 durant les longs mois qui sparent du premier dsespoir1 la douleur qui s'assagit1 se rsigne et se reprend esprer4 ,,iv ,l',,ame ,,des ,,peuples ,dans l'admirable et touchant crit o ,octave ,mirbeau nous lgue sa dernire pense1 le grand ami que viennent de perdre tous ceux qui en ce monde ont faim et soif de la justice1 s'merveille de dcouvrir aux suprmes moments de sa vie combien l'me collective du peuple franais diffre de l'me de chacun des individus qui la composent4 ,il avait consacr la meilleure partie de son oeuvre rechercher1 dissquer1 mettre en aveuglante et parfois insupportable lumire et stigmatiser avec une loquence et une virulence qu'on n'a pas gales1 les faiblesses1 l'gosme1 les mesquineries1 la sottise1 la vanit1 les bas instincts de lucre1 le manque de conscience1 de probit1 de charit1 de dignit1 les tares honteuses de ses compatriotes2 et voici qu' l'heure urgente du devoir1 de ce bourbier qu'il avait si longtemps remu avec un pre et gnreux dgot1 s'lve tout coup1 comme dans une ferie1 le plus pur1 le plus noble1 le plus patient1 le plus fraternel1 le plus total esprit d'hrosme et de sacrifice que la terre ait connu1 non seulement aux jours les plus glorieux de son histoire1 mais aux temps mme de ses plus invraisemblables lgendes qui n'taient que de magnifiques rves qu'elle n'avait jamais espr de raliser4 ,j'en pourrais dire autant d'un autre peuple que je connais bien1 puisqu'il habite le sol o je suis n4 ,les ,belges non plus1 tels que nous les montrait la vie de tous les jours1 ne semblaient pas nous promettre une grande me4 ,ils nous paraissaient borns1 troits1 assez vulgaires1 mesquinement honntes1 sans idal1 sans penses gnreuses1 uniquement proccups de leur petit bien-tre matriel1 de leurs petites querelles sans horizon2 et pourtant1 lorsque sonna pour eux la mme heure du devoir1 plus menaante1 plus formidable que celles des autres peuples1 parce qu'elle les prcdait toutes dans un effroyable mystre2 ayant tout gagner et rien perdre1 fors l'honneur1 s'ils se montraient infidles la parole donne1 ds le premier appel de leur conscience rveille dans un coup de foudre1 sans hsitation1 sans un regard sur ce qu'ils allaient affronter et subir1 d'un lan unanime et irrsistible1 ils tonnrent l'univers par un choix qu'aucun peuple n'avait fait et sauvrent le monde tout en sachant qu'eux-mmes ne pouvaient pas tre sauvs2 ce qui est bien le plus beau sacrifice que les hros et les martyrs qui semblaient jusqu' ce jour les professionnels du sublime puissent accomplir sur cette terre4 ,d'autre part1 ceux d'entre nous qui avaient eu l'occasion de frquenter des ,allemands1 avaient sjourn en ,allemagne et croyaient en connatre les moeurs et la littrature1 il paraissait incontestable que le ,bavarois1 le ,saxon1 le ,hanovrien1 l'habitant des bords du ,rhin1 malgr certaines fautes d'ducation plutt que de caractre1 qui nous choquaient un peu1 possdait des qualits1 notamment une bonhomie1 un srieux1 une application au travail1 une constance1 une rsignation1 une simplicit familiale1 un sentiment du devoir1 une faon d'accepter consciencieusement la vie1 que nous avions toujours ignors ou que nous achevions de perdre4 ,aussi1 en dpit des avertissements de l'histoire1 fmes-nous frapps de stupeur et d'abord incrdules au rcit des premires atrocits1 non pas accidentelles1 comme en toute guerre1 mais voulues1 prmdites1 systmatiques et allgrement perptres par tout un peuple qui se mettait dlibrment1 avec une sorte d'orgueil sadique1 au ban de l'humanit et se transformait tout coup en une horde de dmons plus redoutable et plus dvastatrice que toutes celles que l'enfer avait jusqu' prsent vomies sur notre plante4 99 99 99 99 99 ,nous savions dj1 et le docteur ,gustave ,le ,bon nous l'avait curieusement dmontr1 que l'me d'une foule ne ressemble en rien aux mes qui la constituent4 ,selon les chefs et les circonstances qui la mnent1 elle est parfois plus haute1 plus juste1 plus gnreuse1 le plus souvent plus instinctive1 plus crdule1 plus cruelle1 plus barbare1 plus aveugle4 ,mais une foule n'a qu'une me provisoire et momentane qui ne survit pas l'vnement presque toujours violent et bref qui la fit natre1 et sa psychologie alatoire et fugitive ne peut gure clairer la faon dont se forme l'me profonde1 sculaire et pour ainsi dire immortelle d'un peuple4 99 99 99 99 99 ,il est assez naturel qu'un peuple ne se connaisse point et que ses actes le plongent dans un tonnement dont il ne revient qu'aprs que l'histoire les lui a plus ou moins expliqus4 ,chacun des hommes qui le composent ne se connat pas soi-mme et connat moins encore les autres hommes4 ,aucun de nous ne sait au juste ce qu'il est et ne peut rpondre de ce qu'il fera dans une conjoncture inattendue et un peu plus grave que celles qui forment le tissu habituel de l'existence4 ,nous passons notre vie nous interroger et nous explorer2 nos actes nous rvlent nous-mmes autant qu'aux autres2 et plus nous approchons de notre fin1 plus s'allonge l'tendue de ce qui nous reste dcouvrir4 ,nous ne possdons que la plus petite partie de nous-mmes2 le surplus1 qui est presque tout1 ne nous appartient point et baigne dans le pass et l'avenir et dans d'autres mystres plus inconnus que le pass et l'avenir4 ,ce qui est vrai de chacun de nous1 l'est bien plus forte raison d'un grand peuple compos de millions d'hommes4 ,il reprsente un avenir et un pass incomparablement plus tendus que ceux d'une simple vie humaine4 ,on admet et rpte satit que ses morts le conduisent4 ,il est certain que les morts continuent de vivre en lui beaucoup plus activement qu'on ne croit et le mnent son insu2 de mme qu' l'autre bout des sicles1 l'avenir1 c'est--dire tous ceux qui ne sont pas encore ns et qu'il porte en soi comme ses morts1 prennent ses rsolutions une part aussi importante que ces derniers4 ,mais dans son prsent mme1 dans la minute o il vit et agit sur cette terre1 outre la puissance de ceux qui ne sont plus et de ceux qui ne sont pas encore1 il y a hors de lui1 hors de l'ensemble des corps et des intelligences qui le constituent1 une foule de forces et de facults qui n'y ont pas trouv ou n'y ont pas voulu prendre place1 ou qui n'y sjournent pas constamment1 et nanmoins lui appartiennent aussi essentiellement et le dirigent aussi efficacement que celles qui s'y trouvent contenues4 ,ce que renferme notre corps o nous nous croyons circonscrits1 est peu de chose au regard de ce qu'il ne renferme pas2 et c'est dans ce qu'il ne renferme pas que parat rsider la partie la plus haute et la plus puissante de notre tre4 ,n'oublions pas qu'il se confirme chaque jour davantage que nous ne mourons ni ne naissons tout entiers1 qu'en un mot nous ne sommes pas intgralement incarns et que1 d'autre part1 il y a dans notre chair beaucoup plus que nous-mmes4 ,or1 ce sont toutes ces forces flottantes1 bien plus profondes et plus nombreuses que celles qui semblent fixes dans le corps et l'esprit1 qui composent l'me relle d'un peuple4 ,elles ne se montrent pas dans les petits incidents de la vie quotidienne qui n'intressent que l'troite et chtive enveloppe qui le couvre2 mais elles se runissent1 se concertent1 se passionnent aux heures graves et tragiques o le sort ternel est en jeu4 ,elles imposent alors des dcisions qu'enregistre l'histoire et dont la grandeur1 la gnrosit et l'hrosme tonnent ceux-l mmes qui les ont prises plus ou moins leur insu et souvent malgr eux et qui se manifestent leurs yeux comme une rvlation d'eux-mmes1 inattendue1 magnifique et incomprhensible4 ,v ,,les ,m,,res ,elles ont port la grande douleur de cette guerre4 ,dans nos rues1 sur nos places1 par les routes1 dans nos glises1 dans nos villes et nos villages1 dans toutes nos maisons1 nous coudoyons des mres qui ont perdu leur fils ou vivent dans une angoisse plus cruelle que la certitude de la mort4 ,essayons de comprendre leur perte4 ,elles savent ce qu'elle est1 mais ne le disent pas aux hommes4 ,on leur prend leur fils au moment le plus beau de la vie1 au dclin de la leur4 ,quand ils meurent en bas ge1 il semble que l'me des enfants ne s'loigne gure et attende1 autour de celle qui la mit au monde1 l'heure de revenir sous une forme nouvelle4 ,la mort qui visite les berceaux n'est pas la mme que celle qui rpand l'pouvante sur la terre4 ,mais un fils qui meurt vingt ans ne revient point et ne laisse plus d'espoir4 ,il emporte avec lui tout ce qui restait d'avenir sa mre1 tout ce qu'elle lui donna1 tout ce qu'il promettait3 les peines1 les angoisses et les sourires de la naissance et de l'enfance1 les joies de la jeunesse1 la rcompense et les moissons de l'ge mr1 l'aide et la paix de la vieillesse4 ,il emporte bien plus que lui-mme3 ce n'est pas sa vie seule qui finit1 ce sont des jours sans nombre qui se terminent brusquement1 toute une ligne qui s'teint1 une foule de visages1 de petites mains caressantes1 de rires et de jeux qui tombent du mme coup sur le champ de bataille1 disent adieu au soleil et rentrent dans la terre qu'ils n'auront pas connue4 ,tout cela1 les yeux de nos mres l'aperoivent sans qu'elles s'en rendent compte1 et c'est ce qui fait que nul d'entre nous ne peut1 certaines heures1 soutenir le poids et la tristesse de leurs regards4 ,pourtant1 elles ne pleurent pas comme celles des autres guerres4 ,tous leurs fils disparaissent un un1 et on ne les entend pas se plaindre et gmir comme jadis1 o les grandes douleurs1 les grands massacres et les grandes catastrophes s'enveloppaient des clameurs et des lamentations des femmes4 ,elles ne s'assemblent pas sur les places publiques1 ne rcriminent pas1 n'accusent personne1 ne se rvoltent point4 ,elles ravalent leurs sanglots et crasent leurs larmes1 comme si elles obissaient un mot d'ordre qu'entre elles elles se sont transmis1 sans que les hommes en aient eu connaissance4 ,on ne sait ce qui les soutient et leur donne la force de supporter les restes de leur vie4 ,quelques-unes ont d'autres enfants2 et l'on comprend qu'elles reportent sur eux l'amour et l'avenir que la mort a rompus4 ,beaucoup n'ont pas perdu ou tchent retrouver la foi aux promesses ternelles2 et l'on comprend encore qu'elles ne dsesprent pas1 car les mres des martyrs ne dsespraient pas non plus4 ,mais tant d'autres1 dont la demeure est jamais dserte et dont le ciel n'est peupl que de ples fantmes1 gardent le mme espoir que celles qui esprent toujours4 ,qu'est-ce donc qui maintient ce courage qui tonne nos regards8 ,quand les meilleurs1 les plus pitoyables1 les plus sages d'entre nous rencontrent une de ces mres qui vient furtivement de s'essuyer les yeux1 afin que son malheur n'offense pas ceux qui sont heureux1 et tandis qu'ils cherchent les mots qui1 dans l'aveuglante vrit de la plus effroyable douleur qui puisse atteindre un coeur1 ne sonnent pas comme des mensonges odieux ou drisoires1 ils ne trouvent presque rien lui dire4 ,ils lui parlent de la justice et de la beaut de la cause pour laquelle est tomb le hros1 du sacrifice immense et ncessaire1 de la mmoire et de la reconnaissance des hommes1 du nant de la vie qui ne se mesure pas l'tendue des jours1 mais la hauteur du devoir et de la gloire4 ,ils ajoutent peut-tre que les morts ne meurent point1 qu'il n'y a pas de morts1 que ceux qui ne sont plus vivent plus prs de nos mes que lorsqu'ils taient dans la chair2 et que tout ce que nous aimions en eux subsiste dans nos coeurs1 tant que notre souvenir l'y visite et que le ranime notre amour444 ,mais mesure qu'ils parlent1 ils sentent le vide de ce qu'ils disent4 ,ils comprennent que tout cela n'est vrai que pour ceux que la mort n'a pas prcipits dans l'abme o les mots ne sont plus que des bruits purils1 que le plus ardent souvenir ne remplace pas une chre ralit que l'on touche des mains ou des lvres1 que la pense la plus haute ne vaut pas les alles et venues familires1 la prsence aux repas1 le baiser du matin et du soir1 les embrassements du dpart et l'ivresse du retour4 ,elles le savent et le sentent mieux que nous2 et c'est pourquoi elles ne rpondent pas nos consolations1 elles les coutent en silence et trouvent en elles-mmes d'autres raisons de vivre et d'esprer que celles que nous cherchons leur apporter du dehors en fouillant vainement tout l'horizon des certitudes et des penses humaines4 ,elles reprennent le fardeau de leurs jours sans nous dire o elles puisent leurs forces1 sans nous apprendre le secret de leur sacrifice1 de leur rsignation et de leur hrosme4 ,,vi ,,trois ,h,,ros ,,inconnus ,le gouvernement belge a publi l'anne dernire une ,rponse au ,livre ,blanc allemand du #aj mai #aiae4 ,cette ,rponse rfute de faon premptoire et une une1 toutes les allgations du ,livre ,blanc1 au sujet des francs-tireurs1 des agressions de la population civile et de la cruaut des femmes belges envers les prisonniers et les blesss allemands4 ,elle a recueilli sur les sacs et les massacres d',andenne1 de ,dinant1 de ,louvain et d',aerschot1 un ensemble de tmoignages authentiques et accablants1 qui d'ores et dj permettent l'histoire de prononcer son verdict1 avec plus de certitude que ne le ferait le plus scrupuleux jury de cours d'assises4 ,des effroyables pisodes que rapportent ces rcits de tmoins oculaires1 je ne veux retenir aujourd'hui que deux de ceux qui marqurent le sac d',aerschot2 non qu'ils soient plus odieux ou plus cruels que les autres2--au contraire1 ct des assassinats sans excuse et des excutions en masse d',andenne1 de ,dinant1 de ,louvain1 dont rien ne saurait dpasser l'horreur1 ils semblent presque bnins2--mais je les choisis justement parce qu'ils montrent mieux qu'en ses plus grands excs la psychologie pour ainsi dire normale de l'arme allemande et ce qu'elle fait d'abominable quand elle se croit juste1 modre et humaine4 ,je les choisis surtout1 parce qu'ils nous font voir1 dans une terrible preuve1 l'admirable et touchant tat d'me d'une petite cit belge1 innocente entre toutes les victimes de cette guerre1 et offrent nos mditations des traits d'hroque et simple sacrifice1 dont on n'a pas parl et qu'il est bon de mettre en lumire1 car ils sont aussi beaux que les plus beaux exemples des plus belles pages de ,plutarque4 99 99 99 ,aerschot 7prononcez3 ,arschot7 tait une humble et heureuse petite ville du ,brabant flamand1 une de ces modestes agglomrations inconnues que1 comme ,dixmude1 jamais regrettable et ensevelie dans le pass1 personne ne visitait1 parce qu'elles ne renfermaient aucun monument remarquable1 mais qui n'en conservaient et n'en reprsentaient que mieux1 du fond de leur silence et de leur isolement sans tristesse1 la vie flamande dans ce qu'elle a de plus spcial1 de plus intime1 de plus calme1 de plus recueilli1 de plus amne et de plus traditionnel4 ,dans ces petites villes demi campagnardes1 il n'y a gure d'industrie3 une ou deux malteries1 une minoterie1 une huilerie1 une fabrique de chicore4 ,la vie y est presque agricole2 et les gens aiss vivent du produit ou du revenu de leurs champs1 de leurs prs et de leurs bois4 ,toute la semaine1 la grand'place1 dont les maisons sont cossues1 plus ou moins cubiques1 et virginalement blanches1 portes cochres ornes de cuivres tincelants1 toute la semaine la grand'place est presque dserte et ne s'anime que le jour du march et le dimanche matin1 l'heure de la grand'messe4 ,en un mot1 c'est la paix1 l'attente des repas et du repos dans le repos1 l'existence lente et facile2 et peut-tre le bonheur1 si le bonheur consiste tre heureux dans un demi-sommeil sans ambitions qui dpassent le clocher1 sans passions trop vives et sans rves trop ardents4 ,c'est dans ce paisible sjour d'une tranquillit immmoriale1 que la guerre mme n'avait jusqu'ici troubl qu' la surface1 que le #ai aot #aiad1 #i heures du matin1 aprs la retraite des derniers soldats belges1 la grand'place est soudain envahie par le flot dense et intarissable des troupes allemandes4 ,le fils du bourgmestre1 un enfant de quinze ans1 se hte de fermer les persiennes de la maison paternelle et est bless la jambe par une des balles que les vainqueurs envoient tort et travers dans les fentres1 ,a #aj heures1 le commandant allemand fait appeler l'htel de ville le bourgmestre1 ,m4 ,tielemans4 ,on l'y reoit grossirement1 on le brutalise1 on le traite de ,schweinhund1 c'est--dire de chien mtin de cochon1 espce d'animal qui1 apparemment1 ne se trouve qu'en ,allemagne4 ,puis1 le colonel ,stenger1 commandant la #h;e brigade d'infanterie1 et ses deux aides de camp s'installent dans la maison du bourgmestre1 sur la grand'place2 et1 soit dit en passant1 cambriolent immdiatement tous les tiroirs de leurs appartements2 aprs quoi1 du haut du balcon1 ils assistent au dfil de leurs troupes4 ,vers quatre heures de l'aprs-midi1 hants par l'ide fixe d'imaginaires francs-tireurs1 des soldats pris de panique se mettent tirailler dans les rues4 ,le colonel1 au balcon1 est atteint par une balle allemande et tombe4 ,un des aides de camp descend quatre quatre en hurlant3 ,le colonel est mort1 il me faut le bourgmestre6 ,celui-ci se sent perdu et dit sa femme3 ,ceci est grave pour moi4 ,elle lui serre la main en lui disant3 ,du courage6 ,le bourgmestre est arrt1 maltrait par les soldats4 ,sa femme fait vainement remarquer au capitaine que son mari et son fils ne peuvent avoir tir puisqu'ils ne possdent aucune arme4 a ne fait rien1 rpond le soudard1 il est responsable4 ,en outre1 ajoute-t-il1 il me faut votre fils4 ,ce fils est l'enfant de quinze ans qui vient d'tre bless la jambe4 ,comme il marche difficilement1 cause de sa blessure1 il est brutalis sous les yeux de sa mre et conduit1 coups de pied1 l'htel de ville1 prs de son pre4 ,cependant1 le mme capitaine1 soutenant toujours qu'on a tir sur ses hommes1 exige que ,mme ,tielemans visite avec lui la maison de la cave aux greniers4 ,il est oblig de constater que toutes les chambres sont vides et toutes les fentres fermes4 ,durant cette perquisition1 il tient constamment la malheureuse femme sous la menace de son revolver4 ,la fille de celle-ci se met entre sa mre et le sinistre personnage4 ,il ne comprend pas4 ,arrivs dans le vestibule1 la mre lui dit3 ,qu'allons-nous devenir8--,froidement1 il rpond3 ,vous serez fusille ainsi que votre fille et vos domestiques4 ,maintenant1 commencent le pillage et l'incendie mthodiques de la ville4 ,toutes les maisons du ct droit de la place sont en feu4 ,de temps en temps1 les soldats interpellent les femmes en s'criant3 ,on va vous fusiller1 on va vous fusiller6--,a ce moment1 dit textuellement ,mme ,tielemans dans sa dposition1 les soldats sortaient de chez nous1 les bras chargs de bouteilles de vin4 ,on ouvrait les fentres de nos appartements et tout ce qui s'y trouvait tait enlev4 ,je me dtournai pour ne pas voir ce pillage4 ,a la lueur sinistre des incendies1 mes yeux rencontrrent mon mari1 mon fils et mon beau-frre1 accompagns d'autres messieurs que l'on conduisait au supplice4 ,jamais je n'oublierai ce spectacle et le regard de mon mari cherchant une dernire fois sa maison et se demandant o taient sa femme et sa fille2 et moi1 pour ne pas lui enlever son courage1 je ne pouvais pas lui crier3 je suis ici6 ,les heures passent4 ,les femmes sont chasses de la ville et1 par une route jonche de cadavres1 menes comme un troupeau1 dans une prairie lointaine o on les parque jusqu'au matin4 ,les hommes sont arrts4 ,on leur lie les poignets derrire le dos1 l'aide de fils de cuivre si cruellement serrs que le sang gicle4 ,on les groupe et on les force de se coucher sur le sol1 de faon que la tte touche terre et qu'ils ne puissent faire aucun mouvement4 ,la nuit s'coule ainsi1 tandis que la ville se consume et que le pillage et l'orgie continuent4 ,entre cinq et six heures du matin1 l'autorit militaire dcide de commencer les excutions1 et que l'un des principaux groupes de prisonniers1 compos d'une centaine de civils1 assistera la mise mort du bourgmestre1 ainsi qu' celle du fils et du frre de celui-ci4 ,un officier annonce au bourgmestre que son heure est venue4 ,en entendant ces mots1 un citoyen d',aerschot1 nomm ,claes van ,nuffel1 s'avance vers l'officier et le supplie d'pargner la vie du chef de la cit1 il offre de mourir sa place1 ajoutant qu'il est l'adversaire politique du bourgmestre1 mais qu'il estime qu'en ce moment celui-ci est ncessaire la ville4 ,l'officier rpond schement3 ,non1 c'est le bourgmestre qu'il nous faut4--,le bourgmestre se lve1 remercie ,m4 van ,nuffel1 ajoute qu'il mourra tranquille1 qu'il a pass son existence faire tout le bien qu'il pouvait1 qu'il n'implore pas sa grce1 mais demande celle de ses concitoyens et de son fils1 un enfant de quinze ans1 dernire consolation de sa mre4--,l'officier ricane et ne rpond pas4 ,a son tour1 le frre du bourgmestre demande grce1 non pour soi1 mais pour son frre et son neveu4 ,on ne l'coute pas4 ,l'enfant se lve alors et va se placer entre son pre et son oncle4 ,a dix mtres1 six soldats les couchent en joue2 l'officier fait un geste du sabre1 et1 comme le dit la veuve de l'hroque magistrat1 ce qu'il y avait de meilleur en ce monde avait vcu4 99 99 99 ,on plaa ensuite les autres civils par rangs de trois1 nous dit dans sa dposition ,m4 ,gustave ,nys1 tmoin oculaire de l'horrible drame dont il faillit tre l'une des victimes4 ,celui qui avait le numro #c devait sortir du rang et s'aligner derrire les cadavres1 pour tre fusill4 ,tous les civils avaient les mains lies derrire le dos4 ,mon frre et moi tions voisins2 j'eus le n #b1 mon frre ,omer1 g de vingt ans1 eut le n #c4 ,je demandai alors l'officier3 ,puis-je remplacer mon frre8 ,pour vous1 peu importe qui tombe sous vos balles2 pour ma mre qui est veuve1 mon frre1 qui a termin ses tudes1 est plus utile que moi4 ,encore une fois1 il reste insensible cette prire4--,que le n #c sorte du rang6--,nous nous embrassons1 et mon frre ,omer se joint aux autres4 ,ils sont une trentaine1 aligns4 ,alors se passe une scne horrible3 les soldats allemands avancent le long du rang1 et lentement1 en tuent trois chaque dcharge commande chaque fois par l'officier4 99 99 99 ,de pareils traits passeraient inaperus si l'on ne prenait la peine de les rechercher et de les recueillir pieusement dans l'norme amas de drames qui durant plus de quatre ans a boulevers et ravag les malheureux pays que torturait l'envahisseur4 ,s'ils se fussent rencontrs dans l'histoire de la ,grce ou de ,rome1 ils auraient pris place parmi les grandes actions qui honorent notre terre et mritent de vivre jamais dans la mmoire des hommes4 ,il est de notre devoir de les mettre un instant en lumire et de graver dans notre souvenir les noms de ceux qui en furent les hros4 ,rsums ainsi1 simplement1 schement1 comme il convient la vrit historique1 d'aprs des dpositions faites sous serment et qu'un greffier anonyme dpouilla de tout ornement littraire ou sentimental1 ils ne donnent d'abord qu'une bien ple ide de l'intensit de la tragdie et de la valeur du sacrifice4 ,il ne s'agit pas ici d'une glorieuse mort affronte dans l'ivresse de la lutte1 sur un vaste champ de bataille4 ,il ne s'agit pas non plus d'une menace imprcise ou longue chance ou d'un danger incertain1 loign et peut-tre vitable4 ,il s'agit d'une mort obscure1 solitaire1 affreuse et imminente1 au fond d'un foss2 et les six canons de fusil sont l1 braqus presque bout portant1 qui1 sur un signe du chef qui accepte votre offre1 feront de vous1 en un clin d'oeil1 un tas de chairs sanglantes et vous enverront dans la rgion inconnue et terrible que l'homme redoute d'autant plus qu'il est encore plus plein de forces et de jours4 ,il n'y a pas une seconde d'intervalle ni d'espoir entre la question et la rponse1 entre la vie et son bonheur et le nant et son horreur4 ,il n'y a pas d'encouragements1 pas de paroles ou de gestes qui soulvent ou entranent1 pas de rcompense2 en un instant tout est donn pour rien2 et c'est le sacrifice dans sa nudit1 sa puret si pure qu'on s'tonne que mme des ,allemands n'aient pas t vaincus par sa beaut4 ,il n'y avait pour eux qu'une faon de s'en tirer sans se dshonorer2 c'tait de faire grce aux deux victimes3 ou bien1-- supposer ce qui n'tait pas1 ce qui n'est jamais le cas1--qu'une mort ft absolument ncessaire1 il y avait une deuxime solution qui tait d'accepter l'offre et d'excuter le martyr qu'ils eussent d adorer genoux4 ,de cette manire ils n'eussent agi que comme les pires des barbares4 ,mais ils en ont trouv une troisime que seuls1 avant eux1 les ,carthaginois eussent sans doute invente et adopte4 ,ils ont du reste dpass les plus barbares des barbares et gal l'abominable morale punique1 dans un autre cas qui rappelle celui de ,rgulus et qui sera le troisime trait d'hrosme civil que je veux rappeler ici4 99 99 99 ,quelques jours aprs les scnes que je viens de rapporter1 le #bc aot de la mme anne1 avaient lieu ,dinant des massacres en masse qui firent exactement six cent six victimes1 parmi lesquelles onze enfants au-dessous de cinq ans1 vingt-huit gs de dix quinze ans et soixante et onze femmes4 ,rien ne saurait donner une ide de l'horreur et de l'infamie de ces massacres2 et dans la longue et monstrueuse histoire des hontes de la ,germanie1 c'est une des pages les plus honteuses et les plus terribles4 ,mais je n'ai pas1 pour l'instant1 l'intention d'en parler4 ,il y aurait trop dire4 ,je n'en veux aujourd'hui dtacher qu'un pisode dont le hros de ,dinant la ,wallonne est digne de prendre place ct de ses deux frres d',aerschot la ,flamande4 ,a l'entre de ,dinant1 prs du fameux ,rocher ,bayard1 gloire lgendaire de la jolie et riante petite cit1 les ,allemands occupent la rive droite de la ,meuse et commencent la construction d'un pont4 ,les ,franais1 dissimuls dans les broussailles et les replis de la rive gauche tirent sur les pontonniers4 ,leur feu est assez peu nourri2 et les ,allemands en infrent1 sans aucune raison1 qu'il provient de francs-tireurs qui du reste n'ont jamais1 dans toute cette campagne de ,belgique1 exist que dans leur imagination4 ,quatre-vingts otages1 pris parmi la population de ,dinant1 sont ce moment rassembls et gards vue1 au pied du rocher4 ,l'officier allemand envoie l'un d'eux1 ,m4 ,bourdon1 greffier adjoint au tribunal1 sur la rive gauche1 pour annoncer l'ennemi que si le feu continue1 tous les otages seront l'instant fusills4 ,m4 ,bourdon traverse la ,meuse1 accomplit sa mission1 puis1 repassant le fleuve1 revient magnanimement se reconstituer prisonnier et dclare l'officier qu'il a pu se convaincre qu'il n'y a pas de francs-tireurs1 et que seuls les soldats franais de l'arme rgulire prennent part la dfense de l'autre rive4 ,quelques balles tombent encore1 et1 sur-le-champ1 l'officier fait passer par les armes les quatre-vingts otages et d'abord1 pour le punir comme il sied de son hroque fidlit la parole donne1 le malheureux greffier1 sa femme1 sa fille et ses deux fils1 dont l'un est un enfant de quinze ans4 ,,vii ,,beaut,s ,,perdues ,i ,sous les ciels gris et les pluies dcourageantes de ce juillet d'automne je songe la lumire abandonne4 ,je l'ai laisse l-bas aux rives maintenant dsertes de la ,mditerrane et me demande en vain pourquoi je m'en suis spar4 ,pourtant je fus l'un des derniers lui rester fidle4 ,tous les autres la quittent vers les premires journes d'avril1 rappels par les lgendaires souvenirs des fallacieux printemps du ,nord1 sans se douter qu'ils perdent un grand bonheur4 ,il est bon1 il est sage de fuir parmi l'azur les mois glacs de nos hivers1 noirs comme des chtiments2 mais ces mois1 s'ils sont l-bas plus tides1 et surtout plus lumineux que les ntres1 ne nous vengent pas assez des tnbres et des frimas du lieu natal4 ,les heures les plus claires1 les plus chaudes1 y garderont malgr tout un arrire-got de neige et de nuage2 elles sont belles mais timides1 et promptes et effares1 se htent vers la nuit4 ,or1 il faut l'homme n du soleil1 comme toutes choses1 sa part hrditaire de chaleur primitive et de clart totale4 ,il y a en lui d'innombrables et profondes cellules qui gardent la mmoire des jours blouissants de l'origine et deviennent malheureuses quand elles ne peuvent faire leur moisson de rayons4 ,l'homme peut vivre dans l'ombre mais y perd la longue le sourire et la confiance ncessaires4 ,en prsence de nos ts crpusculaires1 il devient indispensable de rtablir l'quilibre entre l'obscurit et la lumire1 et de chasser parfois les froids et les tnbres qui nous envahissent jusqu' l'me par de magnifiques excs de soleil4 ,,ii ,il rgne l1 quelques heures de nous1 l'incomparable soleil fixe que nous ne voyons plus4 ,ceux qui s'en vont avant la mi-juin ne savent pas ce qui se passe quand ils ne sont plus l4 ,comme s'ils avaient attendu le dpart de tmoins importuns et railleurs1 voici que surgissent de tous cts les vritables acteurs de l'admirable ferie4 ,durant l'hiver1 devant les htes officiels1 on ne joue qu'un prologue du genre tempr1 un peu ple1 un peu lent1 un peu craintif et compass4 ,mais maintenant clatent tout coup sur la terre enivre les grands actes lyriques4 ,le ciel ouvre ses perspectives jusqu'aux dernires limites de l'azur1 jusqu'aux extrmes altitudes o s'ploient la gloire et le bonheur de ,dieu1 et toutes les fleurs dchirent les jardins1 les rochers et les plaines pour s'lever et se prcipiter vers l'abme de joie qui les aspire dans l'espace4 ,les anthmis1 devenus fous1 tendent durant six semaines1 d'invisibles fiances1 d'normes bouquets ronds comme des boucliers de neige ardente4 ,l'carlate et tumultueux manteau des bougainvilles aveugle les maisons dont les fentres blouies clignent parmi les flammes4 ,les roses jaunes revtent les collines de voiles safrans1 les roses roses1 du beau rose innocent des premires pudeurs1 inondent les valles1 comme si les divins rservoirs de l'aurore o s'labore la chair idale des femmes et des anges avaient dbord sur le monde4 ,d'autres grimpent aux arbres1 escaladent les piliers1 les colonnes1 les faades1 les portiques1 s'lancent et retombent1 se relvent et se multiplient1 se bousculent et se superposent1 grappes d'ivresses qui fermentent1 silencieux essaims de ptales passionns4 ,et les parfums innombrables1 divers et imprieux qui coulent parmi cette mer d'allgresse1 comme des fleuves qui ne se confondent pas et dont on reconnat la source chaque inspiration6 ,voici le torrent vert et froid du granium-rosa1 le ruissellement de clous de girofle de l'oeillet1 la claire et loyale rivire de la lavande1 le rsineux bouillonnement de la pinde et la grande nappe tale et sucre aux douceurs presque vertigineuses de la fleur d'oranger1 qui1 sous l'odeur immense1 illimite et enfin reconnue de l'azur1 submerge la campagne4 ,,iii ,je ne crois pas qu'il y ait au monde chose plus belle que ces jardins et ces valles de la ,provence maritime durant les six ou sept semaines o le printemps qui s'loigne mle encore ses verdures aux premires ardeurs de l't qui s'installe4 ,mais ce qui donne cette miraculeuse joie de la nature une mlancolie qu'on ne retrouverait en nul autre lieu1 c'est la solitude inhumaine et presque douloureuse o elle s'panouit4 ,il y a l1 dans le dsert1 dans le silence et pour ainsi dire dans le vide1 des treilles aux terrasses1 des terrasses aux portiques de mille villas abandonnes1 une mulation de beaut qui va jusqu' la souffrance aigu de l'ardeur1 jusqu' l'puisement de toutes forces1 de toutes formes1 de toutes couleurs4 ,il y a l une sorte de prodigieux mot d'ordre1 comme si toutes les puissances de grce et de splendeur que recle la nature s'taient coalises pour donner la mme minute1 un tmoin que ne connaissent pas les hommes1 une preuve unique et dcisive de la batitude et des magnificences de la terre4 ,il y a l une sorte d'attente inoue1 solennelle et insupportable qui1 par-dessus les haies1 les grilles et les murs1 guette l'approche d'un grand dieu2 un silence d'extase qui exige une prsence surnaturelle1 une impatience exaspre et insense qui de toutes parts s'extravase sur les routes o ne passe plus que le cortge muet et transparent des heures4 ,,iv ,hlas6 que de beauts se perdent en ce monde6 ,voici de quoi nourrir nos yeux jusqu' la mort6 ,voici de quoi cueillir des souvenirs qui soutiendraient nos mes jusqu'au tombeau6 ,voici de quoi fournir des milliers de coeurs le suprme aliment de la vie6 ,au fond1 lorsqu'on y songe1 tout ce qu'il y a de meilleur en nous-mme1 tout ce qu'il y a de pur1 d'heureux et de limpide dans notre intelligence et dans nos sentiments1 prend sa source en quelques beaux spectacles4 ,si nous n'avions jamais vu de belles choses1 nous n'aurions que de pauvres et sinistres images pour vtir nos ides et nos motions qui priraient de froid et de misre comme celles des aveugles4 ,la grande route qui s'lve des plaines de l'existence aux sommets clairs de la conscience humaine1 serait si morne1 si nue et si dserte1 que nos penses perdraient bientt la force et le courage d'y passer2 et l o ne passent plus les penses ne tardent point reparatre les ronces et l'horreur de la fort barbare4 ,un beau spectacle que nous aurions pu voir1 qui nous appartenait1 qui semblait nous appeler et que nous avons fui1 ne se remplace point4 ,rien ne crot plus aux lieux o il nous attendait4 ,il laisse dans notre me un grand cercle strile o nous ne trouverons que des pines1 le jour o nous aurons besoin de roses4 ,nos penses et nos actions puisent leur nergie et leur forme dans ce que nous avons contempl4 ,entre le geste hroque1 le devoir accompli1 le sacrifice noblement accept et le beau paysage autrefois contempl1 il y a bien souvent des liens plus troits et plus vivants que ceux qu'a retenus notre mmoire4 ,plus nous voyons de belles choses1 plus nous devenons aptes en faire de bonnes4 ,il faut1 pour que prospre notre vie intrieure1 un magnifique amas d'admirables dpouilles4 ,,viii ,,le ,,monde ,,des ,,insectes ,i ,j4-,h4 ,fabre1 tout le monde le sait aujourd'hui1 est l'auteur d'une dizaine de volumes bien nourris o1 sous le titre de ,souvenirs entomologiques1 il a consign les rsultats de cinquante ans d'observations1 d'tudes et d'expriences sur les insectes qui nous semblent le plus connus et le plus familiers3 diverses espces de gupes et d'abeilles sauvages1 quelques cousins1 mouches1 scarabes et chenilles2 en un mot1 toutes ces petites vies vagues1 inconscientes1 rudimentaires et presque anonymes qui nous entourent de toutes parts et sur lesquelles nous jetons un regard amus1 mais qui dj pense autre chose1 quand nous ouvrons notre fentre pour accueillir les premires heures du printemps1 ou lorsque1 dans les jardins et les plaines1 nous allons nous baigner aux jours bleus de l't4 99 99 99 ,on prend au hasard l'un des copieux volumes1 et l'on s'attend naturellement y trouver d'abord les trs savantes et assez arides nomenclatures1 les trs mticuleuses et fort bizarres spcifications de ces vastes et poudreuses ncropoles que forment presque exclusivement tous les traits d'entomologie jusqu'ici parcourus4 ,on ouvre donc le livre1 sans ardeur et sans exigence2 et voici qu'immdiatement1 d'entre les feuillets dplis1 s'lve et se droule1 sans hsitation1 sans interruption et presque sans flchissement jusqu'au bout des quatre mille pages1 la plus extraordinaire des feries tragiques qu'il soit possible l'imagination humaine1 non point de crer ou de concevoir1 mais d'admettre et d'acclimater en elle4 ,en effet1 il ne s'agit pas ici d'imagination humaine4 ,l'insecte n'appartient pas notre monde4 ,les autres animaux1 les plantes mme1 en dpit de leur vie muette et des grands secrets qu'ils nourrissent1 ne nous semblent pas totalement trangers4 ,malgr tout1 nous sentons en eux une certaine fraternit terrestre4 ,ils surprennent1 merveillent souvent1 mais ne bouleversent point de fond en comble notre pense4 ,l'insecte1 lui1 apporte quelque chose qui n'a pas l'air d'appartenir aux habitudes1 la morale et la psychologie de notre globe4 ,on dirait qu'il vient d'une autre plante1 plus monstrueuse1 plus nergique1 plus insense1 plus atroce1 plus infernale que la ntre4 ,on le croirait n de quelque comte dsorbite et morte folle dans l'espace4 ,il a beau s'emparer de la vie avec une autorit1 une fcondit que rien n'gale ici-bas1 nous ne pouvons nous faire l'ide qu'il est une pense de cette nature dont nous nous flattons d'tre les enfants privilgis et probablement l'idal o tendent tous les efforts de la terre4 ,seul l'infiniment petit nous dconcerte davantage2 mais l'infiniment petit1 qu'est-ce au fond qu'un insecte que nos yeux ne voient point8 ,il y a sans doute dans cet tonnement et cette incomprhension je ne sais quelle instinctive et profonde inquitude que nous inspirent ces existences incomparablement mieux armes1 mieux outilles que la ntre1 ces sortes de comprims d'nergie et d'activit en qui nous pressentons nos plus mystrieux adversaires1 nos rivaux des dernires heures et peut-tre nos successeurs4 ,,ii ,mais il est temps de pntrer1 sous la conduite d'un admirable guide1 dans les coulisses de notre ferie1 afin d'en voir de prs les acteurs et les figurants1 immondes ou magnifiques1 grotesques ou sinistres1 hroques ou pouvantables1 gniaux ou stupides1 et toujours invraisemblables et inintelligibles4 ,et voici tout d'abord1 au hasard des premires rencontres1 l'un de ces personnages1 frquents dans le ,midi1 o l'on peut le voir rder autour de l'abondante manne que le mulet rpand avec indiffrence le long des chemins blancs et des sentes pierreuses3 c'est le ,scarabe ,sacr des gyptiens1 ou plus simplement le ,bousier1 frre de nos ,gotrupes du ,nord1 et gros ,coloptre tout de noir habill1 qui a pour mission en ce monde de faonner les parties les plus savoureuses de la trouvaille en une norme boule qu'il s'agit ensuite de rouler jusqu' la salle manger souterraine o doit s'panouir l'incroyable aventure4 ,mais le destin jaloux de tout bonheur trop pur1 avant de lui cder l'accs de ce lieu de dlices1 impose au grave et probablement sententieux scarabe1 des tribulations sans nombre1 que complique toujours l'arrive d'un malencontreux parasite4 ,a peine donc a-t-il1 grands efforts du chaperon et des pattes bancales1 commenc de rouler reculons la dlicieuse sphre1 qu'un collgue indlicat1 qui guettait la fin du travail1 se prsente en offrant hypocritement ses services4 ,l'autre1 sachant fort bien que1 ici1 aide et services1 au demeurant fort inutiles1 seront bientt partage et expropriation1 accepte sans entrain la collaboration qui s'impose4 ,mais invariablement1 pour bien marquer les droits respectifs1 le lgitime propritaire garde sa place primitive1 c'est--dire qu'il pousse du front la boule1 tandis que l'invitable invit1 de l'autre ct1 la tire soi4 ,et ainsi elle chemine entre les deux compres1 parmi d'interminables pripties1 des chutes ahuries1 des culbutes grotesques1 jusqu'au lieu choisi pour devenir le rceptacle du trsor et la salle du festin4 ,arrivs l1 le propritaire se met creuser le rfectoire1 pendant que le pique-assiette a l'air de s'endormir innocemment au sommet de la pilule4 ,l'excavation s'largit et s'approfondit vue d'oeil2 et bientt le premier bousier y plonge tout entier4 ,c'est l'instant que guettait le sournois auxiliaire4 ,il descend prestement de la bienheureuse minence1 et la poussant avec toute l'nergie que donne une mauvaise conscience1 s'efforce de gagner le large4 ,mais l'autre1 assez mfiant1 interrompt un moment ses laborieuses fouilles1 regarde par-dessus bord1 voit le rapt sacrilge et bondit hors du trou4 ,pris sur le fait1 l'effront et malhonnte associ s'vertue donner le change1 contourne l'orbe inestimable1 et l'embrassant et s'arcboutant en des efforts fallacieusement hroques1 feint de la retenir perdument sur une pente qui n'existe point4 ,on s'explique en silence1 on gesticule abondamment des tarses et des mandibules2 puis d'un commun accord1 on ramne la pelote au terrier4 ,il est jug suffisamment spacieux et confortable4 ,on introduit le trsor1 on ferme l'entre du corridor2 et maintenant1 parmi les tnbres propices et la tide moiteur o trne seul le magnifique globe stercoral1 s'attablent enfin face face1 les deux convives rconcilis4 ,alors1 loin des clarts et des soucis du jour1 et dans le grand silence de l'ombre hypogenne1 commence solennellement le plus fabuleux des festins dont l'imagination du ventre ait jamais voqu les absolues batitudes4 ,durant deux mois entiers ils demeurent clotrs1 et la panse chancrant mesure l'inpuisable sphre1 archtypes dfinitifs et souverains symboles des dlices de la table et des liesses de la bedaine1 ils mangent sans discontinuer1 sans s'interrompre une seconde ni de jour ni de nuit2 et tandis qu'ils se gorgent1 derrire eux1 posment1 d'un mouvement d'horloge saisissable et constant1 raison de trois millimtres par minute1 se droule et s'allonge un interminable cordon sans rupture qui fixe le souvenir et compute les heures1 les jours et les semaines de la prodigieuse bombance4 ,,iii ,aprs le ,bousier1 ce pitre de la bande1 saluons encore dans l'ordre des ,coloptres1 le mnage modle du ,minotaure ,typhe1 assez connu et extrmement dbonnaire malgr son nom terrible4 ,la femelle creuse un immense terrier qui a souvent plus d'un mtre cinquante de profondeur et qui se compose d'escaliers en spirales1 de paliers1 de couloirs et de nombreuses chambres4 ,le mle charge les dblais sur la fourche trois dents qui surmonte sa tte1 et les porte l'entre de la demeure conjugale4 ,ensuite1 il va qurir dans la campagne les innocents vestiges qu'y laissent les brebis1 les descend au premier tage de la crypte et1 l'aide de son trident1 se met en devoir de les moudre2 cependant que la mre1 tout au fond1 recueille la farine et la ptrit en normes pains cylindriques qui deviendront plus tard la nourriture des petits4 ,trois mois durant1 jusqu' ce que les provisions soient juges suffisantes1 sans aucun aliment1 le malheureux poux s'puise cette besogne de gant4 ,enfin1 sa mission accomplie1 sentant sa fin prochaine1 pour ne pas encombrer la maison d'un dbris misrable1 il use ses dernires forces sortir du terrier1 se trane pniblement et1 solitaire et rsign1 se sachant dsormais inutile1 s'en va mourir au loin parmi les pierres4 ,voici1 d'autre part1 d'assez tranges chenilles1 les ,processionnaires1 qui ne sont pas rares1 et dont prcisment un monme long de cinq ou six mtres1 descendu de mes pins parasols1 se droule en ce moment dans les alles de mon jardin1 tapissant de soie transparente1 selon les coutumes de la race1 le chemin parcouru4 ,sans parler des appareils mtorologiques d'une sensibilit inoue qu'elles portent sur l'chine1 ces chenilles1 on le sait1 ont ceci de remarquable qu'elles ne voyagent qu'en bande2 la queue leu leu1 comme les aveugles de ,breughel ou de la parabole1 chacune d'elles suivant obstinment1 indissolublement1 celle qui la prcde2 si bien que notre auteur ayant un matin rang la file sur le rebord d'un grand vase de pierre1 le circuit se trouvant ferm1 durant huit jours entiers1 durant une atroce semaine1 par le froid1 par la faim1 et la lassitude sans nom1 la malheureuse troupe1 de sa ronde tragique1 sans relche1 sans repos1 sans merci1 parcourut jusqu' l'arrive de la mort le cercle impitoyable4 ,,iv ,mais je m'aperois que nos hros sont infiniment trop nombreux et qu'il est impossible de s'attarder les dcrire4 ,tout au plus1 dans l'numration des plus considrables et des plus familiers1 sera-t-il permis d'accorder chacun d'eux une pithte htive1 la faon du vieil ,homre4 ,citerai-je1 par exemple1 le ,leucospis1 parasite de l',abeille ,maonne1 qui1 afin de massacrer dans leurs berceaux ses frres et ses soeurs1 s'arme d'un casque de corne et d'une cuirasse barbele1 quitts aussitt aprs l'extermination1 sauvegarde d'un affreux droit d'anesse8 ,dirai-je la merveilleuse science anatomique du ,tachyte1 du ,cerceris1 de l',ammophile1 du ,sphex ,languedocien et de tant d'autres1 qui1 selon qu'il s'agit de paralyser ou de tuer la proie ou l'adversaire1 savent exactement1 sans se tromper jamais1 quels ganglions doivent atteindre le dard ou les mandibules8 ,parlerai-je de l'art de l',eumne qui transforme sa forteresse en un vritable muse orn de grains de quartz translucide et de coquillages2 de la magnifique mue du ,criquet ,cendr1 de l'instrument de musique du ,grillon dont l'archet compte cent cinquante prismes triangulaires qui branlent la fois les quatre tympanons de l'lytre8 ,faut-il clbrer la ferique naissance de la nymphe de l',onthophage1 monstre transparent1 mufle de taureau et qui semble sculpt dans un bloc de cristal8 ,voulez-vous assister la sortie de terre de la ,mouche bleue1 la vulgaire mouche viande1 fille de l'asticot8 coutez notre auteur3 ,elle se disloque la tte en deux moitis mobiles qui1 boursoufles de leur gros oeil rouge1 tour tour s'loignent et se rapprochent4 ,dans l'intervalle surgit et disparat1 disparat et surgit1 une volumineuse hernie hyaline4 ,lorsque les deux moitis s'cartent1 un oeil refoul vers la droite et l'autre vers la gauche1 on dirait que l'insecte se fend la bote cranienne pour en expulser le contenu4 ,alors la hernie surgit1 obtuse au bout et renfle en grosse tte de clou4 ,puis le front se renferme1 la hernie rentre1 ne laissant visible qu'une sorte de vague mufle4 ,en somme1 une sorte de poche frontale1 palpitations profondes d'instant en instant renouveles1 est l'outil de dlivrance1 le pilon l'aide duquel le diptre nouvellement clos choque le sable et le fait crouler4 ,a mesure1 les pattes refoulent en arrire les boulis et l'insecte progresse d'autant vers la surface4 ,v ,et les monstres qui passent1 tels que ,bosch et ,callot n'en conurent jamais6 ,la larve de la ,ctoine qui1 bien qu'elle ait des pattes sous le ventre1 marche toujours sur le dos1 le ,criquet ailes bleues1 plus malheureux encore que la mouche viande et ne possdant1 pour perforer le sol1 s'vader de la tombe et gagner la lumire1 qu'une vessie cervicale1 une ampoule de glaire1 et l',empuse qui1 avec son ventre en volute1 ses gros yeux saillants1 ses pattes genouillres armes de couperets1 sa hallebarde1 sa mitre interminable1 serait bien le plus diabolique fantme qu'ait port la terre1 si ct d'elle la ,mante ,religieuse n'tait si effroyable que son seul aspect immobilise ses victimes quand devant celles-ci elle prend ce que les entomologistes ont appel la pose spectrale4 99 99 99 99 99 ,on ne peut mentionner1 mme en passant1 les industries sans nombre et presque toutes passionnantes qui s'exercent dans le roc1 sous terre1 dans les murs1 sur les branches1 les herbes1 les fleurs1 les fruits et jusque dans le corps des sujets tudis2 car on trouve parfois1 comme chez les ,mlos1 une triple superposition de parasites2 et l'on voit l',asticot lui-mme1 le sinistre convive des suprmes festins1 nourrir de sa substance une trentaine de brigands4 ,parmi les ,hymnoptres qui1 dans le monde que nous tudions1 reprsentent la classe la plus intellectuelle1 le gnie btisseur de notre merveilleuse abeille domestique est certainement gal1 en d'autres ordres d'architectures1 par celui de plus d'une abeille sauvage et solitaire2 notamment par le ,mgachile ,tailleur1 petite mouche qui ne paie pas de mine1 et qui fabrique1 pour y loger ses oeufs1 des pots miel forms d'une multitude de disques et d'ellipses taills avec une prcision mathmatique dans les feuilles de certains arbres4 ,l'espace faisant dfaut1 je ne puis1 mon grand regret1 citer les belles et claires pages que ,j4-,h4 ,fabre1 avec sa conscience habituelle1 consacre l'tude approfondie de cet admirable travail2 nanmoins1 puisque l'occasion s'en prsente1 coutons-le lui-mme ne ft-ce qu'un instant et sur un seul dtail3 ,avec les pices ovales1 la question change d'aspect4 ,quel guide a le ,mgachile pour tailler en belles ellipses la fine toffe du robinier8 quel modle idal conduit ses ciseaux8 quel mtrique lui dicte les dimensions8 ,volontiers1 on se figurerait que l'insecte est un compas vivant1 apte tracer la courbe elliptique par certaine flexion du corps1 de mme que notre bras trace le cercle en pivotant sur l'appui de l'paule4 ,un aveugle mcanisme1 simple rsultat de l'organisation1 serait seul en cause dans sa gomtrie4 ,cette explication me tenterait si les pices ovales de grandes dimensions n'taient accompagnes1 pour en combler les vides1 d'autres pices bien moindres1 mais pareillement ovales4 ,un compas qui de lui-mme change de rayon et modifie le degr de courbure d'aprs les exigences d'un plan me parat mcanisme sujet bien des doutes4 ,il doit y avoir mieux que cela4 ,les pices rondes du couvercle nous le disent4 ,si par la seule flexion inhrente sa structure1 la tailleuse de feuilles arrive dcouper des ovales1 comment parvient-elle dcouper des ronds8 ,pour le nouveau trac1 si diffrent de configuration et d'ampleur1 admettons-nous d'autres rouages la machine8 ,du reste1 le vrai noeud de la difficult n'est pas l4 ,ces ronds s'adaptent1 pour la plupart1 l'embouchure de l'outre avec une prcision presque rigoureuse4 ,la cellule termine1 l'abeille s'envole des centaines de pas plus loin1 elle va faonner le couvercle4 ,elle arrive sur la feuille o doit se dcouper la rondelle4 ,quelle image1 quel souvenir a-t-elle du pot qu'il s'agit de couvrir8 ,mais aucun1 elle ne l'a jamais vu2 elle travaille sous terre1 dans une profonde obscurit4 ,tout au plus peut-elle avoir les renseignements du toucher1 non actuels1 bien entendu1 le pot n'tant plus l1 mais passs et sans efficacit dans une oeuvre de prcision4 ,cependant la rondelle dcouper doit tre d'un diamtre dtermin3 trop grande1 elle ne pourrait entrer2 trop troite1 elle fermerait mal1 elle toufferait l'oeuf en descendant jusqu'au miel4 ,comment lui donner1 sans modle1 les justes dimensions8 ,l'abeille n'hsite pas un instant4 ,avec la mme clrit qu'elle mettrait dtacher un lobe informe bon pour la clture1 elle dcoupe son disque1 et ce disque1 sans autres soins1 se trouve de la grandeur du pot4 ,explique qui voudra cette gomtrie1 inexplicable mon avis1 mme en admettant des souvenirs fournis par le tact et la vue4 ,ajoutons que l'auteur a compt qu'il fallait1 pour former les cellules d'un ,mgachile congnre1 le ,mgachile ,soyeux1 exactement mille soixante-quatre de ces ellipses et de ces disques1 qui doivent tre recueillis et faonns au cours d'une existence qui dure quelques semaines4 ,qui donc imaginerait que le ,pentatome1 d'autre part1 la pauvre et malodorante ,punaise des bois1 a invent pour sortir de l'oeuf un appareil vraiment extraordinaire8 ,et tout d'abord1 constatons que cet oeuf est une merveilleuse petite bote d'albtre que notre auteur dcrit ainsi3 ,le microscope y reconnat une surface burine de fossettes semblables celles d'un d coudre et disposes avec une dlicieuse rgularit4 ,en haut et en bas du cylindre1 large ceinture d'un noir mat2 sur les flancs1 ample zone blanche avec quatre gros points noirs symtriquement distribus4 ,le couvercle1 entour de cils neigeux et cercl de blanc au bord1 se tumfie en calotte noire avec cocarde centrale blanche4 ,en somme1 urne de grand deuil par l'opposition brusque du noir charbon et du blanc de l'ouate4 ,la vaisselle des funrailles trusques aurait trouv l superbe modle4 ,la petite punaise dont le front est trop mou1 se coiffe1 pour soulever le couvercle de la bote1 d'une mitre forme de trois tringles en tridre qui se trouve toujours au fond de l'oeuf1 au moment de la dlivrance4 ,ses membres tant engains comme ceux d'une momie1 elle n'a1 pour actionner ses tringles1 que les pulsations que produit l'afflux rythmique de son sang dans son crne et qui agissent la manire d'un piston4 ,les rivets du couvercle cdent peu peu1 et1 aussitt libre1 l'insecte se dbarrasse de son casque mcanique4 ,une autre espce de punaise1 le ,rduve ,masqu1 qui vit surtout dans les cabinets de dbarras o il se tient l'afft envelopp d'un flocon de poussire1 a invent un systme d'closion plus tonnant encore4 ,ici1 le couvercle de l'oeuf n'est pas riv1 comme chez les ,pentatomes1 mais simplement coll4 ,au moment de la libration1 ce couvercle se soulve et l'on voit merger de la coquille une vsicule sphrique1 qui petit petit s'amplifie1 pareille la bulle de savon souffle au bout d'une paille4 ,de plus en plus refoul par l'extension de cette vessie1 le couvercle tombe4 ,alors la bombe clate1 c'est--dire que1 gonfle au del des limites de sa rsistance1 l'ampoule se dchire au sommet4 ,cette enveloppe1 membrane d'extrme tnuit1 reste ordinairement adhrente au bord de l'orifice1 o elle forme une haute et blanche margelle4 ,d'autres fois l'explosion la dtache et la projette hors de la coquille4 ,dans ces conditions c'est une subtile coupe1 demi-sphrique1 bords dchirs1 qui se prolonge dans le bas en un dlicat pdicule tortueux4 ,maintenant1 comment se produit cette explosion miraculeuse8 ,j4-,h4 ,fabre suppose que trs lentement1 mesure que l'animalcule prend forme et grossit1 ce rservoir ampullaire reoit les produits du travail respiratoire accompli sous le couvert de la tunique gnrale4 ,au lieu de se dissiper au dehors travers la coque de l'oeuf1 le gaz carbonique1 incessant rsultat de l'oxydation vitale1 s'accumule dans cette espce de gazomtre1 le gonfle1 le distend et fait pression sur l'opercule4 ,lorsque la bestiole est mre1 sur le point d'clore1 un surcrot d'activit dans la respiration achve le gonflement1 qui se prpare peut-tre ds la premire volution du germe4 ,enfin1 cdant la pousse croissante de l'ampoule gazeuse1 l'opercule se descelle4 ,le poulet dans sa coque a sa chambre air2 le jeune ,rduve a sa bombe de gaz carbonique2 il se libre en respirant4 ,,vi ,on ne se lasserait pas de puiser pleines mains ces inpuisables trsors4 ,pour avoir vu si frquemment leurs toiles s'taler en tous lieux1 nous croyons1 par exemple1 possder des notions suffisantes sur le gnie et les mthodes de nos araignes familires4 ,il n'en est rien2 les ralits d'une observation scientifique exigent un volume entier o s'accumulent des rvlations dont nous n'avions aucune ide4 ,je citerai simplement1 au hasard1 l'harmonieuse demeure arcades de l'araigne ,clotho1 l'tonnante envole funiculaire des petits de notre araigne des jardins1 la cloche plongeur de l',argyronte1 le vritable fil tlphonique qui relie la toile la patte de l'peire cache dans sa cabane et l'avertit que l'agitation de ses piges provient de la capture d'une proie ou d'un caprice de la brise4 ,il est donc impossible1 moins de disposer de pages illimites1 d'effleurer autrement que du bout des phrases1 les miracles de l'instinct maternel1 qui d'ailleurs se confondent avec ceux de la haute industrie et forment le centre lumineux de la psychologie de l'insecte4 ,il faudrait de mme disposer de plusieurs chapitres pour donner une ide sommaire des rites nuptiaux qui constituent les plus bizarres et les plus fabuleux pisodes de ces mille et une nuits inconnues4 ,le mle de la ,cantharide1 entre autres1 l'aide de son abdomen et de ses poings1 commence par battre frntiquement son pouse1 aprs quoi1 les bras en croix et frmissants1 il se tient longtemps en extase4 ,les ,osmies fiances claquent effroyablement des mandibules1 comme s'il s'agissait plutt de s'entre-dvorer2 par contre1 le plus gigantesque de nos papillons1 le ,grand ,paon qui a la taille d'une chauve-souris1 ivre d'amour1 voit sa bouche si compltement s'atrophier qu'elle n'est plus qu'un vague simulacre4 ,mais rien n'gale le mariage de la sauterelle verte dont je ne peux parler ici1 car il est douteux que le latin mme possde les mots ncessaires pour le dcrire comme il faudrait4 ,au rsum1 les moeurs conjugales sont pouvantables1 et1 au rebours de ce qui se passe dans tous les autres mondes1 c'est ici la femelle qui dans le couple reprsente la force et l'intelligence en mme temps que la cruaut et la tyrannie qui en sont1 parat-il1 l'invitable consquence4 ,presque toutes les noces se terminent par la mort violente et immdiate de l'poux4 ,frquemment1 la fiance mange d'abord un certain nombre de prtendants4 ,le type de ces unions bizarres pourrait nous tre fourni par les ,scorpions languedociens1 qui portent1 comme on sait1 des pinces de homard et une longue queue munie d'un aiguillon dont la piqre est extrmement dangereuse4 ,ils prludent la fte par une promenade sentimentale1 les pinces dans les pinces2 puis1 immobiles1 les doigts toujours saisis1 se contemplent avec batitude1 interminablement1 et le jour passe sur leur extase1 puis la nuit1 tandis qu'ils demeurent face face1 ptrifis d'admiration4 ,ensuite1 les fronts se rapprochent1 se touchent1 les bouches--si l'on peut appeler bouche l'orifice monstrueux qui s'ouvre entre les pinces--se joignent dans une sorte de baiser2 aprs quoi1 l'union s'accomplit1 le mle est transperc d'un aiguillon mortel et la terrible pouse le croque et le dguste avec satisfaction4 ,mais la ,mante1 l'insecte extatique aux bras toujours levs en attitude d'invocation suprme1 l'horrible ,mante religieuse ou ,prie-,dieu1 fait bien mieux3 elle mange ses poux 7car insatiable elle en consomme parfois sept ou huit d'affile71 pendant que ceux-ci la serrent passionnment contre leur coeur4 ,ses inconcevables baisers dvorent1 non pas mtaphoriquement1 mais d'une faon pouvantablement relle1 le malheureux lu de son me ou de son estomac4 ,elle commence par la tte1 descend au thorax et ne s'arrte qu'arrive aux pattes postrieures juges trop coriaces4 ,elle repousse alors les restes infortuns1 tandis qu'un nouvel amoureux1 qui attendait tranquillement la fin du monstrueux festin1 s'avance hroquement pour subir le mme sort4 ,,vii ,j4-,h4 ,fabre est vraiment le rvlateur de ce monde nouveau1 car1 si trange que paraisse l'aveu une poque o nous croyons connatre tout ce qui nous entoure1 la plupart de ces insectes minutieusement dcrits dans les nomenclatures1 savamment classifis et barbarement baptiss1 on ne les avait presque jamais observs sur le vif1 ni interrogs jusqu'au bout dans toutes les phases de leurs apparitions vasives et brves4 ,il a consacr surprendre leurs petits secrets qui sont le revers des plus grands mystres1 cinquante annes d'une existence solitaire1 mconnue1 pauvre1 souvent voisine de la misre1 mais illumine chaque jour de la joie qu'apporte une vrit1 qui est la joie humaine par excellence4 ,petites vrits1 dira-t-on1 que celles que nous offrent les moeurs d'une araigne ou d'une sauterelle4 ,il n'y a plus de petites vrits2 il n'en existe qu'une dont le miroir1 nos yeux incertains1 semble bris1 mais dont chaque fragment1 qu'il reflte l'volution d'un astre ou le vol d'une abeille1 recle la loi suprme4 ,et ces vrits ainsi dcouvertes avaient le bonheur de tomber dans une pense qui savait comprendre ce qu'elles ne peuvent dire qu' mots couverts1 interprter ce qu'elles sont obliges de taire et saisir en mme temps la tremblante beaut1 presque invisible la plupart des hommes1 qui rayonne un instant autour de tout ce qui existe1 surtout autour de tout ce qui demeure encore trs prs de la nature et sort peine du sanctuaire des origines4 ,pour faire de ces longues annales l'abondant et dlicieux chef-d'oeuvre qu'elles sont et non point le monotone et glacial rpertoire de minuscules descriptions et d'actes insignifiants qu'elles menaaient d'tre1 il fallait bien des dons divers et pour ainsi dire ennemis4 ,a la patience1 la prcision1 la minutie scientifique1 l'ingniosit multiforme et pratique1 l'nergie d'un ,darwin en face de l'inconnu2 la facult d'exprimer ce qu'il faut1 avec ordre1 clart et certitude1 le vnrable solitaire de ,srignan joint plusieurs de ces qualits qui ne s'acquirent point1 certaines de ces vertus innes de bon pote qui font de sa prose souple1 sre1 bien qu'un peu provinciale1 un peu vieillotte1 un peu primaire1 une des bonnes proses de ce temps1 une de ces proses qui ont leur atmosphre propre1 o l'on respire avec reconnaissance1 avec tranquillit et qu'on ne trouve qu'autour des grandes oeuvres4 ,il fallait enfin--et ce n'tait pas la moindre exigence de ce travail--une pense toujours prte tenir tte toutes les nigmes qui1 parmi ces petits objets1 se dressent chaque pas1 aussi dmesures que celles qui peuplent les cieux et peut-tre plus imprieuses1 plus nombreuses1 plus tranges1 comme si la nature avait donn ici plus libre cours ses dernires volonts et plus facile issue ses penses secrtes4 ,il n'est ingal aucune de ces interrogations sans bornes que nous posent obstinment tous les habitants de ce monde minime o les mystres se superposent plus compacts1 plus dconcertants qu'en nul autre4 ,il rencontre et affronte ainsi1 tour tour1 les redoutables questions de l'instinct et de l'intelligence1 de l'origine des espces1 de l'harmonie ou des hasards de l'univers1 de la vie prodigue aux abmes de la mort2 sans compter les problmes non moins vastes1 mais plus humains1 si l'on peut dire1 et qui1 dans l'infini des autres1 s'inscrivent la porte1 sinon la disposition1 de notre intelligence3 la parthnognse1 la prodigieuse gomtrie des gupes et des abeilles1 la spirale logarithmique de l'escargot1 le sens antennal1 la force miraculeuse qui1 dans l'isolement absolu1 sans que rien du dehors s'y puisse introduire1 dcuple sur place le volume de l'oeuf du minotaure et nourrit1 durant sept neuf mois1 d'un aliment invisible et spirituel1 non point la lthargie1 mais la vie active du scorpion et des petits de la lycose et de l'araigne ,clotho4 ,il ne tente pas de les expliquer l'aide d'un de ces systmes tout faire1 comme le transformisme par exemple1 qui d'ailleurs se borne dplacer le plan des tnbres1 et qui1 pour le dire en passant1 sort assez mutil de ces confrontations svres avec d'incontestables faits4 ,,viii ,en attendant qu'un hasard ou un dieu nous claire1 il sait garder en prsence de l'inconnu le grand silence religieux et attentif qui rgne seul dans les meilleures mes d'aujourd'hui4 ,a ceux qui lui disent3 ,maintenant que vous avez cueilli ample moisson de dtails1 vous devriez l'analyse faire succder la synthse1 et gnraliser1 en une vue d'ensemble1 la gense des instincts4 ,il rpond1 avec l'humble et magnifique loyaut qui illumine toute son oeuvre3 ,parce que j'ai remu quelques grains de sable sur le rivage1 suis-je en tat de connatre les abmes ocaniques8 ,la vie a des secrets insondables4 ,le savoir humain sera ray des archives du monde avant que nous ayons le dernier mot d'un moucheron4 ,le succs est aux bruyants1 aux affirmatifs imperturbables2 tout est admis la condition de faire un peu de bruit4 ,dpouillons ce travers et reconnaissons qu'en ralit nous ne savons rien de rien1 s'il faut creuser fond les choses4 ,scientifiquement1 la nature est une nigme sans solution dfinitive pour la curiosit de l'homme4 ,a l'hypothse succde l'hypothse1 les dcombres des thories s'amoncellent et la vrit fuit toujours4 ,savoir ignorer pourrait bien tre le dernier mot de la sagesse4 videmment1 c'est esprer trop peu4 ,dans l'effroyable gouffre1 dans l'entonnoir sans fond o tourbillonnent tous ces faits contradictoires qui se rsolvent en obscurit1 nous en savons tout juste autant que notre anctre des cavernes2 mais du moins nous savons que nous ne savons pas4 ,nous parcourons toute la face noire des nigmes1 nous essayons de calculer leur nombre1 d'ordonner leurs tnbres1 d'acqurir une ide de leur situation et de leur tendue4 ,c'est dj quelque chose en attendant le jour des premires lueurs4 ,en tout cas1 c'est faire en prsence des mystres tout ce qu'y peut faire aujourd'hui l'intelligence de bonne foi et c'est aussi ce qu'y fait1 avec plus de confiance qu'il n'en avoue1 l'auteur de cette incomparable ,iliade4 ,il les regarde attentivement4 ,il puise sa vie surprendre leurs secrets les plus minutieux3 il leur prpare dans ses penses et dans les ntres l'espace ncessaire leurs volutions4 ,il grandit leur taille la conscience de son ignorance et apprend comprendre plus profondment qu'ils sont incomprhensibles4 ,,ix ,,la ,m,,disance ,ne vois pas1 n'entends pas1 ne dis pas le mal1 enseignent les trois singes sacrs sculpts au-dessus de la porte du temple bouddhique de ,jysyasu ,nikko4 ,nous disons tous du mal les uns des autres4 ,personne1 remarque ,pascal1 ne parle de nous en notre prsence comme il en parle en notre absence4 ,l'union qui est entre les hommes n'est fonde que sur cette mutuelle tromperie2 et peu d'amitis subsisteraient1 si chacun savait ce que dit son ami lorsqu'il n'y est pas1 quoiqu'il en parle alors sincrement et sans passion4 ,je mets en fait que1 si tous les hommes savaient ce qu'ils disent les uns des autres1 il n'y aurait pas quatre amis dans le monde4 ,supprimez la mdisance1 vous supprimerez les trois quarts de la conversation1 et un silence insupportable planera sur toutes les runions4 ,la mdisance ou la calomnie1--il est bien difficile de sparer les deux soeurs1 et1 au fond1 toute mdisance est moiti calomnie1 attendu que nous connaissons autrui encore moins que nous-mmes1--la mdisance qui alimente tout ce qui dsunit les hommes et empoisonne leurs relations1 est nanmoins le principal motif qui les rassemble et leur fait goter les joies de la socit4 ,mais les ravages qu'elle exerce autour de nous sont trop connus et ont t trop souvent signals1 pour qu'il soit ncessaire d'en retracer la peinture4 ,n'envisageons ici que le mal qu'elle fait celui qui s'y adonne4 ,elle l'habitue ne voir que les petits cts des tres et des choses2 elle lui masque peu peu les grandes lignes1 les grands ensembles1 les hauteurs et les profondeurs o sont les seules vrits qui comptent et qui demeurent4 ,en ralit1 le mal que nous trouvons aux autres et que nous en disons1 c'est en nous qu'il se tient1 de nous que nous le tirons et sur nous qu'il retombe4 ,nous n'apercevons bien que les dfauts que nous possdons ou que nous sommes sur le point d'acqurir4 ,c'est en nous que s'allume la mauvaise flamme dont nous dcouvrons le reflet sur autrui4 ,chacun dpiste dans son entourage le vice ou la faute qui rvle aux clairvoyants le vice ou la faute qui l'asservit lui-mme4 ,il n'y a pas de confession plus intime et plus ingnue2 comme il n'y a pas de meilleur examen de conscience que de se demander3 quel est le mal que j'impute de prfrence mon prochain8--,soyez assur que c'est celui que vous penchez le plus commettre et que vous voyez d'abord ce qui se passe dans les bas-fonds vers lesquels vous descendez vous-mme4 ,qui parle mal des autres ne mdit en somme que de soi2 et la mdisance n'est1 au fond1 que l'histoire transpose ou anticipe de nos propres chutes4 99 99 99 99 99 ,nous nous entourons de tout le mal que nous attribuons aux victimes de nos bavardages4 ,il prend corps aux dpens de nous-mmes1 il vit et se nourrit du meilleur de notre substance2 il s'accumule autour de nous1 il peuple et encombre notre atmosphre de fantmes d'abord falots1 inconsistants1 dociles1 timides et phmres1 qui peu peu s'affirment1 se raffermissent1 grandissent1 haussent la voix1 deviennent des entits trs relles et bientt imprieuses qui ne tardent pas donner des ordres et s'emparer de la direction de la plupart de nos penses et de nos actes4 ,nous sommes de moins en moins matres chez nous1 nous sentons notre caractre s'effriter et nous nous trouvons un beau jour enferms dans une sorte de cercle enchant qu'il est presque impossible de rompre1 o nous ne savons plus si nous diffamons nos frres parce que nous devenons aussi mauvais qu'eux1 ou si nous devenons mauvais parce que nous les diffamons4 99 99 99 99 99 ,nous devrions nous accoutumer juger tous les hommes comme nous jugeons les hros de cette guerre4 ,il est certain que si quelqu'un avait le triste courage de dnigrer ceux-ci1 il trouverait dans un de leurs groupes presque autant de vices1 de petitesses1 ou de tares qu'en n'importe quel groupe humain pris au hasard dans n'importe quelle ville ou village4 ,il vous dirait qu'il s'y rencontrait des alcooliques incorrigibles1 des dbauchs sans scrupules1 des paysans grossiers1 borns et avides1 de petits boutiquiers mesquins et rapaces1 des ouvriers flemmards1 bousilleurs et carottiers1 des employs triqus et envieux1 des fils de famille paresseux1 injustes1 gostes et vaniteux4 ,il ajouterait que beaucoup ne firent leur devoir que parce qu'il n'y avait pas moyen de faire autrement1 qu'ils allrent malgr eux braver une mort laquelle ils espraient d'chapper1 parce qu'ils savaient bien qu'ils n'chapperaient pas celle qui les menaait s'ils refusaient d'affronter la premire4 ,il pourrait dire tout cela et bien d'autres choses qui paratraient plus ou moins vraies2 mais ce qui est bien plus vrai1 ce qui est la grande et magnifique vrit qui enveloppe et soulve tout le reste1 c'est ce qu'ils ont rellement fait1 c'est qu'ils se sont tout de mme offerts la mort pour accomplir ce qu'ils considraient comme un devoir4 ,il n'y a pas le nier2 si tous ceux qui avaient des vices1 des tares et la volont de se soustraire au danger1 avaient refus d'accepter le sacrifice1 aucune force au monde n'et pu les y obliger2 car ils reprsentaient une force au moins gale celle qui et tent de les contraindre4 ,il faut donc croire que ces tares1 ces vices et ces volonts basses taient bien superficiels et1 en tout cas1 incomparablement moins profonds et puissants que le grand sentiment qui a tout emport4 ,et c'est pourquoi1 juste raison1 quand nous pensons ces morts ou ces hros mutils1 les petites penses que j'ai dites ne nous viennent mme pas l'esprit4 ,elles ne comptent pas plus1 dans l'ensemble hroque1 que les gouttes d'une averse ne comptent dans l'ocan4 ,tout a t transport et galis par le sacrifice1 la douleur et la mort dans la mme beaut sans souillure4 ,mais n'oublions pas qu'il en va peu prs de mme de tous les hommes2 et que ces hros n'taient pas d'une autre nature que ce prochain que nous vilipendons sans cesse4 ,la mort les a purifis et consacrs2 mais nous sommes tous1 tous les jours en prsence du sacrifice1 de la douleur et surtout de la mort qui nous purifiera et nous consacrera notre tour4 ,nous sommes peu prs tous soumis aux mmes preuves qui pour tre moins ramasses et moins clatantes1 n'en font pas moins appel aux mmes vertus profondes2 et si tant d'hommes pris au hasard parmi nous se sont montrs dignes de notre admiration1 c'est qu'aprs tout nous sommes sans doute meilleurs que nous ne paraissons1 car tandis qu'ils se trouvaient encore mls notre vie1 ils ne paraissaient pas meilleurs que nous4 ,x ,,le ,,jeu ,paulo minora4--,on ne trouvera ici1 bien entendu1 que des notes prises avant la guerre et mises en ordre au moment o la victoire permet d'oublier un instant le grand drame o se jourent les destines du genre humain4 ,le sujet1 du reste1 pour frivole qu'il semble d'abord1 touche parfois1 ou parat toucher1 des problmes qu'il n'est pas indcent d'examiner1 ne ft-ce que pour reconnatre qu'ils sont peut-tre illusoires4 ,en outre1 il est malheureusement probable que la paix rtablie1 nos allis visiteront en foules trop nombreuses et trop confiantes les paradis suspects o nous allons pntrer4 ,je n'ai pas la prtention de leur servir de guide ou de leur apprendre lutter contre les fantaisies du sort2 mais il est possible que quelques-uns d'entre eux trouvent en ces lignes1 sinon d'utiles renseignements ou des conseils avantageux1 du moins une demi-douzaine d'observations ou de rflexions qui prcderont ou faciliteront leurs propres expriences4 99 99 99 99 99 ,approchons-nous donc une dernire fois d'une de ces tables vertes qui s'talent en ce lieu assez mal fam qu'ailleurs j'ai appel le ,temple du ,hasard4 ,aujourd'hui1 je dirais plutt l',usine du ,hasard1 car voici plus d'un demi-sicle que chaque jour1 sans rpit1 sans connatre de vacances1 de dimanches ni de ftes1 de dix heures du matin minuit1 les croupiers se relayant sans cesse1 on y fabrique obstinment de l'ala1 on y interroge opinitrment le dieu sans forme et sans visage qui recle dans son ombre la chance et la malchance4 99 99 99 99 99 ,on ne sait pas encore ce qu'il est ni ce qu'il veut2 on n'est mme pas sr qu'il existe1 mais ne serait-il pas tonnant que cet immense effort1 le plus gigantesque1 le plus dispendieux1 le plus mthodique qu'on ait jamais tent aux bords de cet abme de tnbres1 ne serait-il pas surprenant que tout ce travail forcen1 si peu srieux1 si malsain et inutile qu'il paraisse1 n'et pas produit un rsultat quelconque et ne nous et rien appris sur l'nigme irritante laquelle il s'attache8 99 99 99 99 99 ,en tout cas1 comme partout o se rencontrent des passions exaspres1 on peut faire autour de ces tables d'intressantes remarques et1 entre autres spectacles1 y saisir sur le vif et en raccourcis violents et brutalement clairs1 certains aspects de la lutte que l'homme1 durant toute sa vie1 mne contre l'inconnu4 ,le drame qui d'habitude est diffus1 qui se prolonge dans l'espace et le temps et se dissout parmi des circonstances qui chappent aux regards1 ici se ramasse1 se met en boule et tient1 pour ainsi dire1 dans le creux de la main2 mais pour tre prompt1 saccad et rduit l'extrme1 demeure aussi complexe1 aussi mystrieux que ceux qui s'tendent l'infini4 ,tant que la bille d'ivoire1 qui roule et sautille autour de la cuvette1 n'est pas tombe dans sa case rouge ou noire1 l'inconnu qui voile son choix ou son destin est aussi impntrable que celui qui nous drobe le choix ou le destin des astres4 ,il l'est mme davantage4 ,on calcule une seconde prs la marche des plantes2 mais nulle opration mathmatique ne peut mesurer ni prdire la course de la petite boule blanche4 ,aussi bien1 les plus savants joueurs y ont-ils renonc4 ,aucun d'eux ne compte plus srieusement sur l'intuition1 les pressentiments1 la double vue1 la tlpathie1 les forces psychiques ou le calcul des probabilits pour tenter de prvoir ou de dterminer la chute d'un destin qui n'est pas plus gros qu'une noisette4 ,toute la partie scientifique du savoir humain y a chou2 et tout le ct occulte et magique de ce mme savoir y a pareillement failli4 ,les mathmaticiens1 les prophtes1 les devins1 les sorciers1 les sensitifs1 les mdiums1 les psychomtres1 les spirites qui appellent leur aide les morts1 demeurent aveugles1 interdits et impuissants devant le cylindre aux trente-sept cases fatidiques4 ,ici1 le hasard rgne en matre1 et jusqu' prsent1 bien que tout se passe sous nos yeux1 se reproduise satit et tienne1 je le rpte1 dans le creux de la main1 on n'a pu fixer une seule de ses lois4 ,pourtant1 il semble qu'il y en ait1 et des milliers de joueurs se sont ruins suivre leurs apparitions ou leurs traces vasives et dcevantes4 ,prenons une liasse de ces permanences qui se publient ,monte-,carlo et donnent chaque jour la liste de tous les numros sortis l'une des tables de la roulette ou du trente-et-quarante4 ,on sait que ces numros y sont aligns en longues colonnes parallles1 les noirs gauche1 les rouges droite4 ,quand on considre une de ces feuilles qui comptent en gnral une dizaine de colonnes dont chacune se compose de soixante-cinq chiffres1--chiffres morts prsent et inoffensifs1 mais qui furent si dangereux1 ont emport tant d'espoirs et peut-tre provoqu plus d'un malheur1--on remarque qu'un quilibre assez sensible tend se maintenir entre la rouge et la noire4 ,le plus souvent les deux chances s'affrontent1 isoles ou par petits groupes3 une rouge1 une noire2 deux noires1 trois rouges2 trois noires1 deux rouges1 etc4 ,lorsqu'on rencontre une srie de cinq1 six1 sept1 huit1 parfois1 neuf1 dix1 onze1 douze noires conscutives1 on est presque assur de trouver non loin d'elle une srie compensatrice de cinq1 six1 sept1 huit ou dix rouges4 ,il y a l un rythme trs rel1 une sorte de respiration ou de va-et-vient cadenc de la bte nigmatique que nous appelons le hasard4 ,ce rythme ou cet quilibre est du reste confirm par les statistiques finales de la journe1 o nous voyons que sur un total de six cents et quelques boules1 l'cart de la noire la rouge dpasse assez rarement deux ou trois dizaines2 cet cart est encore moindre sur le total de la semaine1 c'est--dire sur prs de cinq mille boules1 et se rduit1 en gnral1 quelques units4 99 99 99 99 99 ,la bte monstrueuse a d'autres habitudes tranges4 ,on remarque par exemple qu'il n'est pas rare qu'un numro sorte deux fois de suite1 et il est incontestable que dans chaque sance1 deux ou trois numros sont manifestement favoriss1 en sorte qu'au contraire de ce qui serait logique1 on peut affirmer qu'un numro a d'autant plus de chances de reparatre qu'il est plus frquemment sorti4 ,ceci semble aller contre la loi de l'quilibre que nous avons constate2 mais il faut observer que cet quilibre se retrouvera plus tard1 qu' la fin de la semaine les carts ne seront plus trs grands et deviendront presque nuls l'expiration du mois4 ,l'quilibre est plus lent parce qu'il faut multiplier par dix-huit et demi le nombre des sries pour atteindre les proportions des chances simples4 ,les joueurs notent encore une loi qui du reste n'est qu'un corollaire de l'habitude prcdente mais a je ne sais quoi d'humain1 c'est que les chances retardataires mettent un plus grand empressement regagner le terrain perdu1 dans le moment qui suit plus ou moins immdiatement une halte1 comme si elles avaient repris leur souffle aprs un instant de repos sur un palier4 ,ajoutons tout de suite qu'il est prudent de se mfier de ces habitudes flottantes et de ces bauches de lois4 ,on a vu1 par exemple1 la rouge1 au cours d'une journe1 l'emporter de soixante-dix pour cent sur la noire4 ,la noire1 d'autre part1 on s'en souvient encore ,monte-,carlo1 est un jour sortie vingt-neuf fois de suite1 et la deuxime douzaine vingt-huit fois sans interruption4 ,le hasard n'a pas nos nerfs2 il n'a pas hte comme nous de rparer sa perte ou d'emporter son gain4 ,il prend son temps1 attend son heure et ne marche point du pas de notre vie humaine4 99 99 99 99 99 ,les joueurs1 d'ordinaire1 attribuent ces habitudes ou ces fantaisies au tour de main du croupier4 ,ce n'est gure dfendable4 ,on sait1 au demeurant1 comment se passent les choses4 ,la bille tombe dans sa case1 le croupier annonce1 par exemple3 #ac1 noir1 impair et manque4 ,on ratisse les pertes1 on paie les gains1 les joueurs regarnissent le tableau1 on discute parfois1 on change la monnaie1 etc42 la dure de ces oprations est fort ingale1 et pendant tout ce temps1 le disque qui porte la bille fait des centaines de tours4 ,le croupier l'arrte enfin1 saisit la bille1 imprime au disque un mouvement contraire celui qui l'animait et lance la bille en sens inverse4 ,il est impossible que dans de telles conditions son tour de main particulier puisse avoir une influence quelconque4 ,d'ailleurs1 on remarque facilement sur le graphique des permanences que le changement de croupier n'altre pas sensiblement le rythme des chances simples4 ,ce rythme domine rellement l'homme auquel on l'attribue4 ,ces bauches de lois dans ce qui semble la ngation de toute loi1 ces efforts du hasard pour sortir de son propre domaine et organiser son chaos1 ce dieu qui se nie et cherche se dtruire de ses mains1 ces balbutiements incomprhensibles1 ces efforts maladroits pour prendre la parole et pour prendre conscience1 sont1 il faut en convenir1 assez curieux4 ,c'est du reste ces efforts1 ces vellits d'quilibre1 ce rythme embryonnaire qui font l'heur et le malheur des joueurs4 ,si le hasard tait simplement le hasard tel que nous le concevons a priori1 on jouerait n'importe quoi1 n'importe quand et n'importe comment4 ,je sais bien que d'aprs les plus savants thoriciens de la roulette1 chaque coup est indpendant de tous les autres1 commence comme si rien ne s'tait pass avant1 comme si rien ne devait se passer aprs1 comme si la table sortait de la boutique de l'bniste1 le cylindre de l'atelier du mcanicien et le croupier des mains de ,dieu4 ,en thorie1 c'est parfaitement juste2 mais nous venons de voir qu'en fait il ne semble pas qu'il en soit ainsi4 ,il parat d'ailleurs impossible d'expliquer pourquoi2 les joueurs se contentent de le constater1 avec une tendance dangereuse mais trs humaine exagrer la porte et la certitude de leurs constatations4 ,ils prennent trop volontiers pour des lois ce qui n'est qu'un amas de concidences aussi mobiles que les nuages4 ,il faut bien que les rouges et les noires1 successivement sorties du nant1 se placent quelque part et se groupent d'une certaine faon2 et s'il est assez surprenant qu' la fin du mois leur nombre s'gale peu prs1 il serait non moins surprenant que l'une des couleurs l'emportt de beaucoup sur l'autre4 ,il est parfaitement vrai qu'au premier coup d'oeil1 la rouge et la noire semblent s'quilibrer sur les feuilles des permanences2 mais il est galement vrai qu' y regarder de plus prs1 il n'est pas rare qu'une srie de cinq ou six rouges1 par exemple1 interrompue par une ou deux noires1 recommence une nouvelle carrire2 et le malheur voudra que1 ce moment1 le joueur1 la recherche de l'quilibre1 pontera sur la noire et verra disparatre en quelques coups tout le gain lentement et pniblement arrach au hasard1 avare quand on gagne1 et trs gnreux1 pour la banque1 quand on perd4 ,il aura du reste les mmes dceptions s'il joue sur l'cart1 c'est--dire contre l'quilibre et prouvera trop souvent que ces lois1 lorsqu'il y met sa confiance1 sont crites sur l'eau1 et semblent graves dans l'airain ds qu'elles le trahissent4 99 99 99 99 99 ,afin de profiter de ces lois sans doute fallacieuses et en tout cas perfides1 et pour se prmunir contre leurs trahisons1 il a imagin une foule de systmes ingnieux qui parfois lui permettent de gagner1 mais le plus souvent ne font que retarder sa ruine4 ,mais avant de parler de ces systmes1 disons d'abord que nous ne nous occuperons ici que des chances simples1 rouge ou noire1 pair ou impair1 passe ou manque4 ,elles sont dj assez compliques et posent des problmes qui suffiraient puiser toute la sagacit d'une existence humaine4 ,quant aux chances multiples3 en plein1 cheval1 transversales1 carrs1 douzaines1 etc41 en thorie et en pratique1 elles chappent tout contrle1 tout calcul1 toute explication4 ,quel que soit le systme adopt1 le joueur joue toujours pile ou face contre la banque4 ,il a une chance pour lui1 elle a une chance pour elle2 mais il a contre lui l'impt du zro qui1 trs bnin en apparence1--puisque pour la rouge et la noire1 sur trente-six chances1 la banque n'a qu'une demi-chance de plus que le joueur1--finit par devenir fatalement ruineux4 ,afin d'chapper la brutalit d'une dcision qui1 s'il plaait tout son avoir sur la rouge ou la noire1 terminerait la partie d'un seul coup1 il subdivise son enjeu1 de manire pouvoir affronter un grand nombre de chances1 esprant que grce une progression savamment gradue1 il finira par rencontrer une srie favorable o le gain l'emportera sur la perte4 ,c'est le principe de tous les systmes qui ne sont jamais que des martingales plus ou moins ingnieuses1 prudentes et compliques4 ,il n'y en a pas1 il n'y en aura jamais d'autres1 moins d'un miracle qui ne s'est pas encore produit1 d'une intuition qui voie d'avance ce que dcidera la bille ou d'une force inconnue qui l'oblige de faire ce qu'on dsire4 99 99 99 99 99 ,je n'ai pas l'intention de passer en revue tous ces systmes qui sont innombrables et de valeur ingale1 depuis le paroli pur et simple1 naf et violent1 qui mne droit au dsastre1 en passant par la d',alembert et toutes ses variantes1 les progressions descendantes1 les mthodes diffrentielles1 la montante belge1 les parolis intermittents1 la boule de neige1 la photographie1 le jeu masse gale sur certains groupes de chances simples1 qui est un casse-tte chinois et demande1 avant l'attaque1 plusieurs jours d'observations patientes2 et tant d'autres que j'oublie1 depuis les plus classiques jusqu'aux plus mystrieux1 qu'aux joueurs novices et crdules on vend trs cher1 sous enveloppes cachetes qui ne renferment que le secret de polichinelle1 et que l'obligeance d'un joueur rudit m'a permis de connatre tous1 ou peu s'en faut4 ,on trouvera le dtail des plus usits dans le trait d',albigny 7les ,martingales modernes71 la ,thorie des systmes gomtriques de ,gaston ,vessillier1 le ,trait des jeux dits de hasard d',hulmann1 la ,thorie scientifique nouvelle des jeux de la roulette1 trente-et-quarante1 etc41 de ,tho d',alost1 et surtout dans la ,revue de ,monte-,carlo1 qui depuis sa fondation1 c'est--dire depuis une quinzaine d'annes1 donne une mthode par numro4 ,occultes ou patents1 ces systmes offrent peu prs les mmes dangers1 tant tous fonds sur les sables mouvants de l'quilibre et de l'cart4 ,s'ils sont trs prudents1 la perte est minime1 mais le gain est encore plus petit2 s'ils sont tmraires1 le gain est gros1 mais la perte est dix ou vingt fois plus grosse4 ,les meilleurs entranent1 pour continuer de dfendre une mise modique et ce qu'on lui a dj sacrifi1 risquer sur le tapis1 un moment donn1 tous les gains antrieurs1 que suivent bientt les sommes qu'on tenait en rserve4 ,c'est l'invitable revanche de la banque1 qu'on croyait impunment grignoter1 qui soudain ouvre ses larges mchoires1 et comme un crocodile aveugle et somnolent1 engloutit d'un seul coup bnfices et capital4 99 99 99 99 99 ,les joueurs1 pour se donner du coeur1 se disent qu'ils ont sur la banque un avantage incontestable4 ,ils entrent dans le jeu1 ils attaquent1 comme ils veulent1 quand ils veulent et se retirent quand il leur plat2 au lieu que la banque est force de jouer sans arrt1 d'accepter toutes les mises1 de tenir tous les coups jusqu' la limite du maximum1 qui est1 comme on sait1 de six mille francs pour les chances simples4 ,cet avantage est rel si le joueur1 aprs un gain considrable1 s'en va et ne reparat plus4 ,mais le ponte heureux1 plus ncessairement encore que celui qui n'a pas de chance1 viendra se rasseoir la table enchante1 et perd ainsi la seule arme efficace qu'il avait contre son ennemie4 ,attaquer quand on veut n'est qu'un privilge illusoire1 puisque tout1 n'importe quel moment1 est galement mobile et incertain et qu'on ne sait jamais d'avance quand reparatra la loi prcaire et dcevante de l'quilibre4 ,aprs une longue squence de noires1 on mise sur une belle srie de rouges qui s'annonce solide1 mais peine a-t-on attaqu1 que la srie rend l'me et que l'implacable noire reprend son cours dvastateur2 ou l'on fait le contraire1 on s'attache la noire1 et c'est la rouge qui s'installe4 ,quel que soit l'instant de l'attaque1 c'est toujours rouge contre noire1 c'est--dire un contre un qu'on lutte4 ,encore une fois1 le seul avantage bien rel1 c'est qu'on peut s'en aller quand on veut2 mais quel est le joueur1 qu'il perde ou qu'il gagne1 qui sache s'en aller et ne plus revenir8 99 99 99 99 99 ,tous ces systmes1 en dernire analyse1 ne font donc que couper en petits morceaux le bloc crasant et brutal de la chance4 ,ils matelassent le hasard1 ils attnuent la gravit de ses coups4 ,ils prolongent la vie ou l'agonie du joueur4 ,ils permettent aux bourses modestes de ponter aussi souvent que le milliardaire qui se bornerait doubler indfiniment ses mises1 s'il n'tait arrt par la barrire mortelle du maximum4 ,mais toutes les oprations mathmatiques1 toutes les combinaisons de chiffres1 s'agitent et s'vertuent comme des captifs aveugles entre des murs de bronze4 ,ils ont beau faire1 la paroi rouge1 la paroi noire demeure inattaquable1 inbranlable1 et tout se passe l'intrieur de la prison4 99 99 99 99 99 ,est-ce dire qu'il n'existe pas de mthode qui soit dfendable et que les plus savants calculs n'aient pas trouv moyen de vaincre le hasard8 ,je ne crois pas que1 en thorie1 les calculs1 qui n'ont ici aucun point d'appui1 puissent faire quelque jour ce qu'ils ne firent pas jusqu' prsent4 ,il n'en est pas moins vrai que1 en pratique1 on en rencontre qui luttent assez avantageusement contre la malchance4 ,un de mes amis1 un officier anglais1 par exemple1 en possde une qu'il emploie depuis longtemps et qui donne des rsultats surprenants4 ,c'est1 naturellement1 une progression1 dont toute la vertu rside en une clef ingnieuse et trs simple qui semble agir comme une sorte de talisman4 ,je n'ai trouv cette mthode dans aucun des traits classiques ou marrons4 ,elle a ses dangers comme les autres1 elle a ses moments difficiles1 o1 pour sauver le bnfice escompt et les mises antrieures1 il faut risquer une assez forte somme4 ,mais en arrtant prudemment le jeu dans les squences trop obstinment hostiles1 en laissant passer l'orage1 comme elle s'tend sur un grand nombre de chances1 on finit par obtenir le redressement ncessaire4 ,en tout cas1 elle ne l'a jamais srieusement trahi jusqu'ici4 ,nanmoins1 il ne faudrait pas croire qu'il n'y ait qu' en user aveuglment1 automatiquement4 ,comme avec les autres systmes1 une certaine science1 une certaine exprience1 un certain doigt sont indispensables4 ,bien que la science et l'exprience soient ici alatoires1 fugitives et vasives1 elles ne sont nullement illusoires4 ,le joueur exerc et prudent sait solliciter et seconder la chance ou du moins ne pas la contrarier4 ,il devine l'approche et la fin d'une srie favorable4 ,il pressent les alternances et les intermittences1 et s'il ne parvient pas saisir leur rythme1 aime mieux s'abstenir que de les prendre contre-temps4 ,il se trompe plus d'une fois1 mais bien moins souvent que ceux qui1 fidles la trs scientifique thorie de l'indpendance absolue des coups1 pontent sur n'importe quelle couleur n'importe quel moment4 ,il ne se roidit pas dans sa logique1 il ne se bande pas contre le sort1 il ne brave pas l'acharnement de la fortune4 ,il ne s'obstine jamais4 ,il ne lutte point1 hargneusement1 jusqu' sa dernire pice contre une squence inique1 afin d'acqurir l'amre satisfaction de connatre le fond de sa malchance et de l'injustice du destin4 ,il n'a pas d'amour-propre1 il n'a pas d'ide fixe ni de pense inflexible4 ,il est docile1 souple1 complaisant4 ,sans fausse honte et en souriant1 il abandonne ses prtentions et courtise la veine4 ,il revient sur ses pas et se rtracte quand il sied4 ,il s'arrte1 il repart1 il obit1 il louvoie1 il se laisse porter par le flot et arrive bon port2 alors que le pilote arrogant1 tmraire et ttu1 s'effondre dans l'abme4 99 99 99 99 99 ,avant tout1 il tudie le caractre et l'humeur de la table o il s'asseoit2 car chaque table a sa psychologie1 ses habitudes1 son histoire1 qui varie de jour jour1 et cependant forme au bout de l'anne un ensemble homogne o toutes les erreurs passagres1 les anomalies et les injustices se trouvent rpares4 ,il s'agit de savoir quelle page de cette histoire il se dispose prendre part4 ,il ne le saura pas tout de suite4 ,il aura beau consulter du coin de l'oeil les notes et les permanences des joueurs qui l'ont prcd4 ,il faut le contact immdiat et le souffle du dieu qui se dissimule4 ,mais dj celui-ci tressaille1 s'anime1 prend forme et visage1 murmure1 indique ses intentions1 parle1 approuve ou condamne1 et la lutte tragique s'engage1 entre le joueur trs petit et le hasard norme et tout-puissant4 ,maintenant que le combat est commenc1 qu'il a fait ce qu'il a pu pour appeler et accueillir la chance1 il ne lui reste plus qu' l'attendre1 car1 en fin de compte1 elle demeure la suprme puissance qui juge en dernier ressort1 l'inconnue redoutable et invitable de toute combinaison4 ,le meilleur systme ne peut vaincre une dveine anormale et impitoyable qui sans rmission vous fait ponter sur la couleur perdante4 ,une telle dveine1 sans intermittences favorables1 est fort rare1 mais toujours possible4 ,elle rpond du reste aux coups de veine extraordinaires qui ne semblent plus frquents que parce qu'ils attirent davantage l'attention4 ,on voit1 en effet1 de temps en temps1 un joueur1 ou plutt une joueuse1--car ce sont presque toujours les femmes qui ont ces inspirations1--s'approcher de la table et miser sans hsitation et d'autorit1 en plein ou cheval1 ou sur une transversale1 ou sur un carr et gagner coup sur coup1 comme si elle voyait d'avance le point o tombera la bille4 ,ces instants d'intuition sont toujours trs brefs1 et si la joueuse insiste et s'obstine1 elle reperd bientt ce qu'elle a gagn4 ,il n'en est pas moins vrai qu'en observant ce phnomne si net et si frappant1 on se demande s'il n'y a pas l quelque chose de plus que de simples concidences4 ,la chance1 tout prendre1 peut-elle tre autre chose qu'une intuition passagre et fulgurante de ce qui aura lieu et clatera tous les yeux1 une seconde plus tard8 ,la case qui n'a pas encore la petite bille1 mais qui1 dans un instant va la happer et la retenir1 n'est-elle pas dj du prsent et mme du pass quelque part8 ,mais ce sont l des questions qui nous entraneraient trop loin dans l'espace et le temps4 99 99 99 99 99 ,quoi qu'il en soit1 et pour en revenir au systme dont nous parlions1 il me serait permis d'en divulguer le secret que je ne le ferais point4 ,sans tre un moraliste bien austre1 et tout en considrant le jeu comme un de ces maux profondment humains qu'on ne pourra jamais draciner et qui1 malgr tous les efforts1 reparatra toujours sous une forme nouvelle1 le moins qu'on puisse faire1 c'est de ne pas l'encourager4 ,le joueur1 j'entends le joueur invtr1 presque professionnel1 n'est pas intressant4 ,c'est d'abord un dsoeuvr et presque toujours une pave sans excuse4 ,s'il est riche1 il fait de son argent l'emploi le plus sot1 le plus morne qu'on puisse imaginer4 ,s'il est pauvre1 il est moins pardonnable encore2 il aurait mieux faire qu' sacrifier une chimre son existence et trop souvent le bien-tre et la tranquillit des siens4 ,au fond du joueur1 il y a d'habitude un paresseux1 un impuissant1 un goste sans nergie1 avide de jouissances vulgaires et immrites1 un mcontent et un rat4 ,le jeu est l'aventure sdentaire1 abstraite1 mesquine1 sche1 schmatique et sans beaut de ceux qui ne surent point rencontrer ou faire natre les aventures relles1 ncessaires et bienfaisantes de la vie4 ,il est l'activit fbrile et malsaine de l'oisif4 ,il est l'effort inutile et dsespr des nervs qui n'ont plus ou n'eurent jamais le courage et la patience de faire l'effort honnte1 persvrant1 sans coups1 sans clat qu'exige toute existence humaine4 ,il y a aussi beaucoup de vanit purile dans le cas du joueur4 ,en somme1 c'est un enfant qui cherche encore sa place dans l'univers4 ,il ne s'est pas encore rendu compte de sa situation4 ,il se croit hors de pair en face du destin4 ,infatu de soi1 il attend que l'inconnu ou l'inconnaissable fasse pour lui ce qu'il ne fait pas pour n'importe qui4 ,il l'attend d'ailleurs sans raison1 uniquement parce qu'il est soi et que les autres n'ont pas ce privilge4 ,il est pouss interroger sans cesse1 rapidement1 anxieusement le sort1 dans je ne sais quel vain et prtentieux espoir d'apprendre se connatre ailleurs qu'en lui-mme4 ,quelle que soit la dcision de la fortune1 il y trouvera matire se faire valoir4 ,s'il n'a pas de chance1 il sera flatt d'tre spcialement perscut par elle2 s'il est heureux1 il s'estimera davantage raison des dons exceptionnels que le hasard lui octroie4 ,du reste1 il n'a nul besoin de croire qu'il mrite ces dons2 au contraire1 moins il y aura droit1 plus il en sera fier et leur injuste et manifeste gratuit fera le meilleur de la satisfaction vaniteuse qu'il en saura tirer4 99 99 99 99 99 ,il serait bien surprenant1 disais-je1 en commenant1 que cette infatigable et gigantesque enqute sur le hasard1 poursuivie depuis plus de cinquante ans1 n'et pas donn un rsultat quelconque4 ,je me demande1 la fin de cette tude1 quel est ce rsultat4 ,au prix d'un gaspillage insens d'argent1 de temps1 de forces physiques1 nerveuses et morales et de fluides peut-tre plus prcieux1 elle nous a appris que le hasard est en somme le hasard1 c'est--dire un ensemble d'effets dont nous ignorons les causes4 ,nous le savions dj et l'acquisition est assez drisoire4 ,nous avons entrevu certains fantmes de lois ou d'habitudes1 dont quelques joueurs semblent tirer un avantage d'ailleurs toujours prcaire4 ,mais ces fantmes de lois qui ont l'obscure et inconstante vellit de mettre un peu d'ordre dans le hasard1 ne sont1 comme le hasard lui-mme1 que d'inconsistantes et phmres condensations de causes inconnues4 ,au total1 nous n'avons rien appris1 sinon1 peut-tre1 que nous avons tort d'attacher ces manifestations du destin plus d'importance qu'elles n'en ont4 ,il n'y a1 y regarder de plus prs1 au fond de tous ces drames et de tous ces mystres de la chance1 que les drames et les mystres que nous y mettons4 ,nous lions notre sort au sort d'une petite bille qui n'en est pas responsable2 et parce que nous la chargeons un instant de notre fortune1 nous nous imaginons avec fatuit que des puissances morales et mystrieuses vont diriger et terminer sa course au bon ou au mauvais moment4 ,elle n'en sait rien1 et la vie de milliers d'hommes dpendrait de sa chute droite ou gauche de son point d'arrt qu'elle n'en aurait cure4 ,elle a ses lois elle1 auxquelles il faut qu'elle obisse et qui sont si complexes que nous n'essayons mme pas de les dbrouiller4 ,elle n'est qu'une petite boule qui cherche honntement le petit trou rouge ou noir o elle ira dormir et qui n'a pas grand'chose nous apprendre sur les secrets d'une chance ou d'un destin qui ne se trouve qu'en nous-mmes4 ,m,,ditations ,,xi ,l',,nigme ,,du ,,progr,s ,i ,cette guerre1 qui est une guerre telle qu'on n'en avait pas encore fait sur notre terre1 nous ramne la grande question de l'avenir de l'humanit4 ,est-il permis d'esprer que celle-ci renonce un jour d'aussi monstrueuses folies et qu'elles deviennent tout fait impossibles8 ,je ne vois cette interrogation1 si l'on veut l'atteindre sa source1 d'autre rponse que celle que j'y ai faite ailleurs et que je rsume et complte ici3 savoir que nous sommes engloutis dans un univers qui n'a pas plus de limites dans le temps que dans l'espace1 qui n'a pas plus commenc qu'il ne finira1 et qui a derrire lui autant de myriades de myriades d'annes qu'il en dcouvre devant lui4 ,l'tendue de l'ternit d'hier et celle de l'ternit de demain sont identiques4 ,tout ce que fera cet univers1 il doit dj l'avoir fait1 attendu qu'il a eu autant d'occasions de le faire qu'il en aura jamais4 ,tout ce qu'il n'a pas fait1 c'est qu'il ne le pourra jamais faire1 puisque rien dans l'espace et le temps ne viendra s'ajouter ce qu'il y possdait4 ,il a ncessairement tent dans le pass tous les efforts et toutes les expriences qu'il tentera dans l'avenir2 et tout ce qui a prcd1 ayant eu les mmes chances1 est forcment gal tout ce qui suivra4 99 99 99 99 99 ,il est donc probable qu'il y eut autrefois une infinit de mondes semblables au ntre1 comme il est vraisemblable qu'il y a prsentement1 l'infini de l'espace tant comparable celui du temps1 une infinit de mondes pareillement semblables4 ,ces concidences1 quelque peine que nous ayons les envisager1 doivent fatalement avoir lieu et se reproduire sans cesse dans l'innombrable et le sans bornes o nous sommes plongs2 moins que l'infini des combinaisons possibles ne soit aussi illimit que ceux de l'espace et du temps4 ,ici s'arrte ce que nous sommes capables d'imaginer2 car il nous est plus facile de nous reprsenter l'infini de l'espace et du temps que celui des combinaisons4 ,pour nous faire quelque ide de ce dernier1 il nous faudrait connatre la substance1 les lois1 les forces1 et1 en un mot1 toute l'nigme de tout4 ,il n'en reste pas moins que cet infini possible des combinaisons est notre seul espoir2 sinon1 il n'y aurait plus rien attendre d'un univers qui aurait videmment tout tent et tout puis avant notre venue4 ,mais si le nombre des combinaisons est rellement infini1 on peut se dire que la terre est une exprience qui n'avait pas encore t faite2 et une exprience manque1 puisque le mal et la douleur l'emportent sur le bien et le bonheur4 ,si l'exprience est manque1 nous en sommes victimes2 mais il n'est pas interdit d'esprer que nos efforts changeront quelque chose des combinaisons qui seront meilleures en d'autres lieux ou dans un autre temps4 ,si l'exprience est manque1 il n'en dcoule pas que d'autres n'aient point russi et1 en ce moment mme1 ne soient pas plus heureuses en des mondes diffrents4 ,il est mme permis de supposer que dans l'infini de ces combinaisons et de ces expriences1 les plus heureuses tendent se fixer1 se cristalliser et que1 vu l'infinit de leur nombre1 elles russiront dans l'avenir ce qu'elles n'ont pu russir dans le pass4 ,c'est une lueur hasardeuse2 mais je doute qu'il s'en dcouvre d'autres qui nous puissent maintenir au-dessus du dsespoir4 ,,ii ,supposons un instant que l'exprience de la terre ne soit pas manque comme elle l'est1 que notre esprit1 qui1 depuis l'origine1 lutte pniblement contre la matire et ne remporte que quelques victoires incertaines1 brves et prcaires1 soit un million de fois plus puissant et mieux arm4 ,il aurait sans doute triomph de tout ce qui nous accable et nous retient ici et se serait dbarrass des chanes apparemment illusoires de l'espace et du temps4 ,il n'est pas draisonnable d'admettre que parmi les myriades de mondes qui peuplent l'infini1 il en est o se trouvent ralises ces conditions meilleures4 ,peut-tre1 au demeurant1 serait-il impossible d'imaginer quelque chose qui ne soit pas quelque part en ralit1 car on peut fort bien soutenir que nos imaginations ne sauraient tre que des reflets gars de ce qui existe4 ,or1 si nous habitions un de ces mondes et que nous vissions1 comme il nous serait peut-tre loisible de le faire1 ce qui se passe en ce moment sur celui que nous occupons et sur d'autres qui sont peut-tre pires et plus malheureux1 il nous semble que nous n'aurions ni repos ni cesse que nous ne fussions intervenus et n'eussions aid le rendre meilleur1 plus sage et plus habitable4 99 99 99 99 99 ,il n'est d'ailleurs pas dit qu'il n'en soit pas ainsi2 et que toutes nos conqutes spirituelles1 tout ce qui parat certaines heures nous acheminer vers un avenir moins affreux que le pass1 tous les bons courants mystrieux qui parcourent parfois notre terre1 tout ce qui nous attend aprs la mort1 ne soit pas d l'intervention d'un de ces mondes4 ,il est vrai que nous ne voyons pas et ne ressentons gure ces interventions2 mais il est galement vrai que ces tres d'un monde suprieur1 tant ncessairement plus dpouills de matire1 plus spiritualiss que nous1 nous demeurent forcment invisibles4 ,dans l'infini du firmament1 nous dcouvrons des myriades de mondes qui sont des mondes matriels comme le ntre2 et nous ne pouvons dcouvrir que ceux-l1 attendu que tout ce qui ne ressemble pas plus ou moins notre terre1 nous chappe invitablement4 ,mais l'espace qui nous parat vide entre les toiles est infiniment plus vaste que celui qu'elles occupent2 et il serait assez trange qu'il ne ft pas peupl de mondes que nous n'apercevons point2 ou plutt ne ft pas lui-mme tout un monde que nos yeux sont incapables de saisir4 ,il est au surplus vraisemblable que si nous ne voyons pas ces autres mondes1 ceux-ci1 n'tant plus matriels1 ne voient plus la matire1 et1 par consquent1 nous ignorent autant que nous les ignorons2 car nous pensons1 sans doute tort1 qu'tant visibles les uns aux autres1 nous le sommes ncessairement tous les autres tres4 ,il est1 au contraire1 prsumer que ces tres spirituels passent travers nous sans se douter de notre prsence et que n'tant sensibles et attentifs qu' ce qui mane de l'esprit1 ils ne souponnent et ne dcouvrent notre existence qu' proportion que nous nous rapprochons de l'tat o ils sont4 ,,iii ,considrez la terre son origine3 d'abord nbuleuse informe qui se condense peu peu1 ensuite globe de feu1 rocs en fusion qui tourbillonnent dans l'espace durant des millions d'annes1 sans autre but que de se ramasser et de se refroidir2 incandescence inimaginable1 dont aucune de nos sources de chaleur ne peut nous donner une ide1 strilit essentielle1 scientifique1 absolue et qui s'annonait irrmdiable et ternelle4 ,qui et dit que de ces torrents de matire en bullition qui semblaient avoir jamais dtruit toute vie et tout germe de vie1 allaient sortir toutes les formes de la vie1 depuis les plus normes1 les plus robustes1 les plus rsistantes1 les plus fougueuses et les plus abondantes1 jusqu'aux plus tnues1 aux plus invisibles1 aux plus prcaires1 aux plus phmres1 aux plus subtiles8 ,qui surtout et os prvoir qu'allait en natre ce qui parat le plus tranger aux rocs et mtaux liqufis ou pteux qui formaient seuls la surface1 le noyau et le tout de notre globe1 je veux dire l'intelligence et la conscience humaine8 99 99 99 99 99 ,est-il possible de concevoir volution et aboutissement plus inattendus8 ,qu'est-ce qui pourrait nous tonner aprs un tel tonnement et que ne sommes-nous en droit d'esprer d'un monde qui a produit ce que nous voyons et ce que nous sommes aprs avoir t ce qu'il fut8 ,s'il est parti d'une sorte de ngation de la vie1 de la strilit intgrale et de pire que le nant pour aboutir nous1 o n'aboutira-t-il pas en partant de nous8 ,si sa naissance et sa formation laborrent de tels prodiges1 quels prodiges ne nous rservent pas son existence1 sa prolongation indtermine et sa dissolution8 ,il y a une distance incommensurable et des transformations inconcevables de l'effroyable et unique matire des premiers jours1 la pense humaine de ce moment2 il y aura sans doute une pareille distance et des transformations aussi peu concevables de la pense de ce moment ce qui lui succdera dans l'infini des temps4 ,il semble qu'au commencement1 notre terre ne savait que faire de sa matire et de ses forces qui s'entre-dvoraient4 ,dans l'immense vide enflamm o elle se consumait1 elle n'avait pas encore l'ombre d'un but ou d'une ide2 aujourd'hui1 elle en a tant que nos savants usent en vain leur existence les rechercher et sont dbords par le nombre de ses combinaisons mystrieuses et inpuisables4 ,elle ne disposait alors que d'une seule force1 la plus destructrice que nous connaissions3 le feu4 ,si tout est n du feu1 qui lui-mme ne paraissait n que pour dtruire1 que ne natra-t-il pas de ce qui ne parat n que pour produire1 engendrer et se multiplier8 ,si elle a su tirer un tel parti des laves et des cendres ignes qui taient les seuls lments qu'elle possdt1 quel parti ne tirera-t-elle pas de tout ce qu'elle possde enfin8 ,,iv ,il est bon de nous dire parfois que nous habitons1 sinon un univers1 tout au moins une terre qui n'a pas encore puis son avenir et ses surprises et qui est bien plus prs de son commencement que de sa fin4 ,elle est ne d'hier et vient peine de dbrouiller son chaos4 ,elle est au dbut de ses espoirs et de ses expriences4 ,nous croyons qu'elle va vers la mort2 au contraire1 tout son pass nous dmontre qu'il est beaucoup plus vraisemblable qu'elle s'avance vers la vie4 ,en tout cas1 mesure que s'coulent ses annes1 la quantit et surtout la qualit de la vie qu'elle engendre et entretient augmente et s'amliore4 ,elle ne nous a donn que les prmices de ses miracles2 et il n'y a probablement pas plus de rapport de ce qu'elle est ce qu'elle fut qu'il n'y en a de ce qu'elle est ce qu'elle sera4 ,sans doute1 quand clateront ses plus grandes merveilles1 n'aurons-nous plus notre vie d'aujourd'hui2 mais sous une autre forme1 nous serons toujours l1 nous existerons toujours quelque part1 sa surface ou dans ses profondeurs1 et il n'est pas tout fait invraisemblable qu'un de ses derniers prodiges ne nous atteigne dans notre poussire1 ne nous rveille et ne nous ressuscite pour nous attribuer enfin la part de bonheur que nous n'avions pas eue et nous apprendre que nous avions eu tort de ne plus nous intresser1 par del nos tombes1 aux destines de cette terre dont nous n'avions pas cess d'tre les fils immortels4 ,,xii ,,les ,,deux ,,lobes ,un soldat m'crit1 du front1 la lettre que voici3 ,il y a des fondrires et des squelettes dans la fort4 ,j'y ai dcouvert et admir des dieux en ruines sous la vgtation toujours vivante et admirable3 leur me s'est vapore4 ,l'odeur du ,christ ne me sduit gure2 j'aime mieux celle du ,bouddha4 ,ce que j'adore en lui1 c'est la contradiction fondamentale qui cherche nous assurer notre immortalit en nous dmontrant notre fatal anantissement4 ,il enseignait dans le mme souffle l'illusion du ,moi et sa rincarnation priodique2 absurdit apparente qui implique la connaissance de la vrit la plus profonde1 de la nature mme de l'tre1 la fois et alternativement collective et individuelle4 ,cette dcouverte1 qu'il n'a pas formule1 aurait d le conduire ailleurs qu'au ,nirvna1 ce paradis des fruits trop verts444 ,l'homme est membr de faon n'apercevoir qu'une moiti de l'univers1 et l'esprit de structure ordinaire ne peroit gure qu'un hmisphre de vrit4 ,afflige d'une migraine congnitale1 l'humanit ne pense qu'avec une moiti de son cerveau1 avec le lobe oriental ou occidental1 antique ou moderne2 son esprit se mord la queue2 les antinomies s'y poursuivent en un cercle sans fin1 que ,kant crut dcouvrir1 mais que le ,bouddha avait tent d'ouvrir4 ,il possdait les vertus complmentaires2 il fut religieux et rationnel2 en mme temps qu'il rsumait le mysticisme oriental1 il fut le plus scientifique des esprits anciens1 une poque o la science n'existait pas mais se fondait dans la sagesse4 ,les modernes qui ont voulu condenser en philosophie l'effort collectif et peine commenc de la science1 ont piteusement chou1 parce qu'ils pensaient seulement en occidentaux1 emptrs dans la contradiction d'aspirations idalistes et de raisonnements matrialistes2 tandis que la formule du ,bouddha pourrait encore1 et presque sans craquer1 contenir sans l'entraver cet effort gigantesque4 ,depuis la mort du prince-penseur1 jusqu' l'essor de la science contemporaine1 la vritable philosophie n'a pas fait un pas en avant2 le spiritualisme arabe ou chrtien1 et son ractif le matrialisme positiviste ou scientifique1 sont des reculs en directions contraires1 de faux monismes qui1 prenant l'extrme pour le suprme1 veulent fixer le centre de gravit sur la circonfrence de la roue4 ,les explorateurs d'au-del devront partir du carrefour de la synthse religieuse et de l'analyse scientifique1 et entraner par la main ces soeurs rivales4 ,la vrit brille au centre d'un cercle de spectateurs1 et il faut franchir sa flamme pour reconnatre un frre dans l'adversaire d'en face4 ,il faut s'tendre au centre de l'espace pour percevoir l'identit de ses points cardinaux3 ,totum et ,nihil1 ,alter et ,ego4 ,le souci de convertir autrui doit cder au besoin de complter et d'quilibrer notre propre point de vue4 ,dans la fort sacre o des pionniers ont pntr de toutes parts et en tous temps1 les plus hardis doivent ncessairement se rapprocher les uns des autres4 ,mme s'ils ne peuvent se joindre1 ils peuvent s'entendre et s'encourager mutuellement4 ,l'aboi le plus modeste peut tre bienvenu dans la solitude et le silence o mrit la vrit de l'avenir444 ,j'ai tenu recueillir cette page4 ,elle pose1 en un raccourci remarquable1 mais peut-tre trop prompt1 deux ou trois des grands problmes1 qui au fond n'en sont qu'un1 auxquels1 moins de renoncer tout1 nous devons essayer de rpondre3 immortalit ou anantissement1 flux et reflux1 existence alternativement collective et individuelle1 extriorisation et intriorisation1 qui forment le grand rythme cosmique1 dont notre vie et notre mort ne sont que d'infimes pulsations4 99 99 99 99 99 ,mais remarquons d'abord que la contradiction fondamentale qui cherche assurer notre immortalit en nous dmontrant notre fatal anantissement1 ne se trouve pas dans le ,bouddha1 et qu'il n'est pas exact de dire qu'il enseigne dans le mme souffle l'illusion du moi et sa rincarnation priodique4 ,la doctrine de la rincarnation n'est point du ,bouddha4 ,il l'avait trouve toute faite1 elle existait avant lui1 si profondment enracine dans son peuple qu'il ne songe mme pas la contester4 ,au point de vue exotrique1 il veut seulement la dsarmer1 lui enlever son aiguillon1 la rendre inoffensive4 ,il veut rduire la vie tel point qu'elle ne trouve plus de quoi se rincarner4 ,selon la doctrine exotrique1 qui n'est qu'une prparation la vrit sotrique1 la vie n'est que souffrances et son seul but est la rdemption ou l'extinction de la souffrance4 ,cette extinction se trouve dans le ,nirvna1 qui n'est pas l'annihilation mais l'absorption de l'individu dans le ,tout4 ,la mort ordinaire1 cause de la rincarnation perptuelle du mme individu1 ne peut pas supprimer la souffrance4 ,il faut donc trouver une sorte de surmort1 qui rende impossible toute rincarnation1 et cette surmort ne peut tre obtenue que par l'homme qui se sera efforc de mourir durant toute sa vie et aura volontairement coup tous les liens qui le rattachent l'existence3 tout amour1 tout espoir1 tout dsir1 toute possession4 ,lorsqu'au terme de cette surmort systmatique et volontaire1 viendra la mort relle1 elle ne trouvera plus un germe vivant qui puisse se rincarner4 ,cette surmort1 ainsi obtenue1 devancera de plusieurs sicles ou millnaires la purification1 la rdemption finale et l'absorption en l'unique absolu4 ,on a dit que c'tait exactement le contre-pied de la doctrine du ,christ4 ,chez le ,bouddha la vie ne serait que l'entre dans la mort2 tandis que chez le ,christ1 la mort est l'entre dans la vie4 ,au fond1 c'est la mme chose et tout se termine par l'absorption en la divinit1 car la doctrine du ,christ n'est qu'une branche mutile du grand tronc de la religion mre4 ,voil la solution que nous propose le cerveau le plus prodigieux1 le plus grand sage de l'humanit et qui savait des choses que nous ne savons plus et ne retrouverons peut-tre jamais4 ,voil le fond de la religion d'un demi-milliard d'hommes4 ,il n'est peut-tre rien qui soit plus prs de la dernire vrit4 99 99 99 99 99 ,remarquons cependant que le problme3 immortalit ou anantissement1 ne devrait pas tre pos en ces termes1 le mot anantissement ne pouvant s'employer que mtaphoriquement pour dsigner une vie que nous ne comprenons plus1 attendu que le nant est la seule chose dont l'existence soit absolument impossible et l'inexistence absolument certaine4 ,quant l'immortalit1 ici encore il y a quivoque1 puisque le nant ne pouvant exister1 l'immortalit est invitable1 et la seule question qui reste rsoudre est de savoir si cette immortalit sera ou non accompagne d'une prolongation quelconque de notre conscience actuelle4 ,mais s'il est probable que le problme de l'immortalit plus ou moins accompagn de conscience restera longtemps en suspens1 la rponse la question de la migraine1 ou plutt de l'hmiplgie congnitale1 est sans doute plus facile trouver4 ,en tout cas1 elle demeure dans un domaine que nos investigations immdiates sont mme d'explorer4 ,c'est1 somme toute1 une question historique et gographique4 ,il semble1 en effet1 qu'il y ait1 dans le cerveau humain1 un lobe oriental et un lobe occidental1 qui n'ont jamais fonctionn en mme temps4 ,l'un produit ici la raison1 la science et la conscience2 l'autre scrte l-bas l'intuition1 la religion1 la subconscience4 ,l'un ne reflte que l'infini et l'inconnaissable2 l'autre ne s'intresse qu' ce qu'il peut limiter1 ce qu'il peut esprer de comprendre4 ,ils reprsentent1 par une image peut-tre illusoire1 la lutte entre l'idal matriel et l'idal moral de l'humanit4 ,ils ont plus d'une fois essay de se pntrer1 de se mler et de travailler de concert2 mais le lobe occidental1 tout au moins sur l'tendue la plus active de notre globe1 a jusqu'ici paralys et presque annihil les efforts de l'autre4 ,nous lui devons d'extraordinaires progrs dans toutes les sciences matrielles1 mais aussi des catastrophes telles que celles que nous subissons aujourd'hui et qui1 si nous n'y prenons garde1 ne seront pas les dernires ni les pires4 ,il est temps1 semble-t-il1 de rveiller le lobe paralys1 mais nous l'avons tellement nglig que nous ne savons plus au juste ce qu'il peut faire4 ,,xiii ,,espoir ,,et ,d,,sespoir ,i ,le mme soldat1 devenu mon filleul de guerre1 m'crit encore3 ,j'prouve une joie ineffable rester l'homme moyen et professer le vide4 ,j'ai senti la grande paix descendre en moi1 le jour o je me suis rsign au sort commun1 c'est--dire l'ignorance et la mort4 ,j'ai trouv la vie en y renonant1 et me sens trs riche depuis que je ne suis plus rien4 ,ne me tentez pas vers cette subtile vanit spirituelle qui constitue l'un des plus formidables obstacles la dernire libration du moi4 ,orgueilleux1 certes1 je le fus1 et ne le suis que trop encore1 mais nous ne pouvons extraire des vertus que de nos vices4 ,avec plus d'ardeur que je n'ai embrass le fantme d'une supriorit individuelle1 je tends les bras vers l'galit dans l'homogne1 vers la plnitude du vide444 ,il a raison1 mais il pense ici avec le lobe oriental de son cerveau1 le lobe asiatique1 et la pense de ce lobe ne conseille que l'inaction1 le renoncement1 l'enchantement du dsenchant1 comme disait ,renan1 ou plutt la satisfaction du dsespoir4 ,il est certain que tout ce que nous voyons1 tout ce que nous sentons1 tout ce que nous savons1 nous engage dans ce dsespoir1 que nos mditations--surtout celles de ce mme lobe asiatique--peuvent du reste rendre trs vaste1 aussi beau et presque aussi habitable que l'espoir4 ,mais que savons-nous1 au regard de ce que nous ne savons pas8 ,nous ignorons tout ce qui nous prcde et tout ce qui nous suit1 et1 en un mot1 le tout de l'univers4 ,notre dsespoir1 qui parat d'abord le dernier mot et le dernier effort de la sagesse est donc fond sur ce que nous savons1 qui n'est rien1 tandis que l'espoir de ceux que nous croyons moins sages peut se fonder sur ce que nous ignorons1 qui est tout4 ,encore qu'il s'y mle1 si nous voulons tre tout fait justes1 plus d'une raison d'esprer que nous ne rappellerons pas ici2 admettons donc qu'en ce rien que nous savons ne se trouve que le dsespoir1 et que l'espoir ne soit qu'en ce tout que nous ignorons4 ,mais au lieu de n'couter que notre lobe oriental qui nous conseille d'accepter cette ignorance inactive et d'y ensevelir notre existence1 n'est-il pas plus raisonnable de faire travailler en mme temps notre lobe occidental qui cherche dcouvrir ce tout8 ,il est possible qu'il y trouve aussi1 en fin de compte1 le dsespoir1 mais c'est peu probable1 car on ne saurait imaginer un univers qui ne serait qu'un acte de dsespoir4 ,or1 si l'univers n'est pas un acte de dsespoir1 rien de ce qui s'y trouve n'a de raisons de dsesprer4 ,en tout cas et en attendant1 cette recherche nous permettra sans doute d'esprer aussi longtemps qu'existera cet univers4 ,,ii ,une des plus dangereuses tentations qui assaillent celui qui se penche sur la nature et qui voit1 mesure qu'il avance1 les mystres se multiplier et s'tendre en tous sens1 l'infini1 c'est le dcouragement devant la tche impossible et le renoncement4 ,il laisse tomber les armes4 ,surtout au dernier versant de la vie1 il est trop enclin se rsigner1 ne pas aller plus avant1 ne plus faire d'effort1 s'endormir dans l' quoi bon81 ne plus rien apprendre1 puisqu'il a appris qu'il ne saura jamais rien4 ,il prouve dj ce dsir de se rendre merci1 quand il envisage la plus humble1 la plus petite des sciences4 ,que sera-ce quand il tentera de les embrasser toutes8 ,l'esprit se perd1 a le vertige et demande fermer les yeux4 ,il ne faut pas les fermer4 ,c'est la plus basse trahison que puisse commettre l'homme4 ,nous n'avons pas autre chose faire en cette vie qu' chercher savoir o nous sommes4 ,nous ne nous trouvons pas d'autre raison d'tre1 nous n'avons pas d'autre devoir4 ,ne pas savoir n'est qu'un dsagrment2 ne plus chercher savoir est le malheur suprme et sans remde1 la dsertion inexcusable4 ,pourtant1 sans renoncer1 il est bon de ne pas se nourrir de trop petites illusions4 ,ayons toujours devant les yeux certaines vrits qui nous remettent notre place4 ,il est certain que nous ne saurons jamais tout1 et tant que nous ne saurons pas tout1 nous serons comme si nous ne savions rien4 ,il est fort possible1 comme l'insinue le ,rig-,vda1 que ,dieu lui-mme1 ou la cause premire ne sache pas tout4 ,il est galement possible que l'univers n'ait encore1 en aucune de ses parties1 pris conscience de soi1 ignore d'o il vient et o il va1 ce qu'il fut et ce qu'il sera1 ce qu'il a fait comme ce qu'il veut faire2 et1 d'autre part1 il est probable que s'il ne l'a pas appris1 il ne l'apprendra jamais1 attendu1 ainsi que je l'ai dj dit1 qu'il n'y a aucune raison pour qu'il puisse faire dans l'infini des temps qui nous suivra ce qu'il n'a pu faire dans l'infini des temps qui nous prcda4 ,s'il y a une conscience de l'univers ou un ,dieu1 il sait tout ce qu'il doit savoir ou ne le saura jamais4 ,et s'il le sait1 pourquoi a-t-il fait ce qu'il a fait1 qui ne peut mener rien2 attendu qu'il nous aurait dj mens o il faudrait aller8 ,pourquoi n'a-t-il pas prfr le nant ou du moins ce que nous appelons le nant1 seule forme du bonheur stable1 immuable1 incontestable et comprhensible8 ,nous comprendrions peut-tre1 et encore serait-ce bien difficile1 un univers immobile1 immuable1 ternel1 un univers arriv2 nous ne pouvons comprendre un univers en mouvement ou dont1 tout au moins1 toutes les parties que nous voyons sont sans cesse en mouvement et en volution travers l'espace et le temps1 un univers se prcipitant des vitesses vertigineuses vers un but qu'il n'atteindra jamais puisqu'il ne l'a pas encore atteint4 ,on peut dire1 pour se consoler1 que tout dsespoir ne vient que de l'troitesse de notre vue1 mais il convient d'ajouter qu'il en est de mme de tout espoir4 ,,xiv ,,macrocosme ,,et ,,microcosme ,les biologistes constatent que l'embryon humain rcapitule--trs rapidement durant les premiers mois de son volution1 plus lentement dans les derniers--toutes les formes de vie qui ont prcd l'homme sur cette terre4 ,la tache arrondie qu'est le germe devient une sphre creuse1 une sorte de sac paroi double1 qu'on appelle ,gastrula et dont l'orifice d'invagination resserr prend le nom de ,blastopore4 ,c'est la vie protozoaire1 le dbut1 encore glatineux1 de la vie animale1 laquelle succde1 la suite de transformations qu'il serait trop long d'numrer1 la vie polypenne4 ,puis1 de chaque ct de la tte1 apparaissent les arcs branchiaux1 qui correspondent aux branchies des poissons4 ,a la fin du premier mois1 les membres ne sont encore que de simples bourgeons2 par contre1 l'embryon est pourvu d'une queue qui1 replie1 lui touche presque le front4 ,il a alors l'aspect d'un ttard et vit d'une vie toute aquatique1 baign dans le liquide amniotique qui reprsente pour lui l'eau dans laquelle voluent librement les embryons des poissons et des batraciens4 ,il s'agit maintenant de prendre une rsolution et de savoir ce qu'on en fera4 ,il se trouve peu prs dans la situation o se trouvait la vie l'origine des espces2 et la nature1 comme pour humilier l'homme ou s'humilier elle-mme en se remmorant ses erreurs et ses hsitations1 recommence ses ttonnements1 ses impairs1 ses repentirs et ses expriences rates4 ,des formes bauches1 comme la corde dorsale1 se rsorbent1 les reins primitifs disparaissent pour faire place aux reins dfinitifs qui sont gigantesques et remplissent la plus grande partie de la cavit pritonale4 ,gigantesque est aussi le foie qui envahit presque toute la cavit viscrale1 gigantesque la tte presque aussi grosse que le reste du corps2 et dans cette gigantesque tte se forment les vsicules oculaires primitives qui sont galement normes1 comme est norme la vsicule ombilicale4 ,c'est la priode incohrente et monstrueuse qui correspond l'poque de dmence et de gigantisme o la nature1 encore inexprimente1 bauchait aveuglment des tres incertains1 formidables1 htroclites1 dsquilibrs1 la fois oiseaux1 crocodiles1 lphants et poissons1 comme si elle n'avait pas encore pris son parti1 opr ses classifications1 dgag ses lois et acquis le sens des proportions1 de la mesure et des conditions essentielles au maintien de la vie qu'elle crait4 99 99 99 99 99 ,voil1 en gros1 la rcapitulation qui se passe sous nos yeux2 mais dont1 sans doute1 beaucoup d'incidents nous chappent ou ne fixent pas assez notre attention1 car il est possible qu'ils reproduisent des formes que nous ne connaissons pas1 qui n'ont mme pas laiss de traces gologiques1 attendu que le nombre des espces disparues est infiniment plus grand que celui des espces que nous connaissons4 ,le docteur ,hlan ,jaworski peut donc trs justement affirmer que la priode embryonnaire correspond la priode gologique4 ,et de mme que dans la grande volution terrestre1 nous voyons disparatre peu peu les poissons cuirasss1 les monstrueux reptiles1 les gigantesques mammifres1 dans la petite volution embryonnaire1 nous voyons se dissoudre le rein primitif1 la corde dorsale1 la vsicule ombilicale1 le foie diminuer1 la disproportion de la tte au reste du corps s'amoindrir1 en un mot la nature s'assagir1 reconnatre ses torts1 profiter de son exprience1 rparer de son mieux ses erreurs et1 peu peu1 acqurir le sens de l'quilibre1 de l'conomie et de la mesure4 ,entre la priode gologique qui correspond l'apparition de l'homme sur la terre et la naissance de l'enfant1 le docteur ,jaworski trouve d'autres analogies ingnieuses mais un peu plus risques4 ,l'accouchement est1 en effet1 prcd d'un dluge en miniature caus par le dchirement des enveloppes foetales qui laissent chapper le liquide amniotique4 ,puis1 l'enfant1 au moment o il entre dans la vie1 connat brusquement une sorte de priode glaciaire4 ,il passe1 en effet1 d'un milieu o rgne une temprature de plus de trente-sept degrs1 l'air extrieur qui en compte peine seize ou dix-huit4 ,l'impression de froid est si terrible qu'elle arrache au nouveau-n son premier cri de douleur4 99 99 99 99 99 ,quelle est la signification de cette trange rcapitulation8 ,le docteur ,jaworski est d'avis que si la petite volution embryonnaire qui prpare la naissance de l'homme1 rpte la grande volution terrestre1 cette dernire ne serait de son ct qu'une vaste priode embryonnaire qui prparerait une naissance qu'on ne peut pas encore imaginer4 ,je ne sais s'il russira tayer suffisamment cette gigantesque hypothse4 ,s'il y parvient1 il nous aura rellement fait faire1 ainsi qu'il le promet1 un pas dans l'essence des choses4 ,en attendant1 par ses travaux prparatoires1 il nous aura toujours fait faire un autre pas trs utile1 vers une vrit1 incontestable1 cette fois1 qui1 pour tre moins inattendue n'a jamais t mise en lumire avec autant de patience et n'est pas moins grosse de consquences4 99 99 99 99 99 ,le docteur ,jaworski entreprend donc de dmontrer que le corps de l'homme runit en lui1 nettement reconnaissables1 tous les tres vivants qui existent actuellement sur cette terre et qui y ont exist depuis l'origine de la vie4 ,en d'autres termes1 chaque tre rsume en lui tous ceux qui l'ont prcd2 et l'homme1 le dernier venu1 renferme l',arbre biologique tout entier1 tel point que si l'on dissociait son corps1 si l'on pouvait sparer chacun de ses organes et les maintenir isolment en vie1 on parviendrait reconstituer toutes les formes existantes1 repeupler la terre de toutes les espces qu'elle a portes1 depuis le protoplasme primitif jusqu' cette synthse1 cet aboutissement que nous sommes4 ,on pourrait aller plus loin et affirmer1 comme le font les occultistes orientaux1 que nous renfermons galement en nous1 en germe ou l'tat d'bauche1 tous les tres1 toutes les formes qui viendront aprs nous4 ,mais ici nous quitterions la science proprement dite pour nous garer dans une hypothse naturellement invrifiable4 99 99 99 99 99 ,ainsi donc1 ce n'est pas seulement au figur1 comme le pressentait le langage courant quand il parle de l'arbre vasculaire1 des rameaux nerveux1 de la grappe ovarienne1 ce n'est pas seulement par analogie mais au pied de la lettre et dans toute la rigueur scientifique que notre coeur n'est au fond qu'une mduse1 que nos reins sont des ponges1 que nos intestins reprsentent les polypes et notre squelette les polypiers1 que nos organes reproducteurs sont des vers ou des mollusques1 que la colonne vertbrale et la moelle pinire remplacent les chinodermes1 tandis que les brachiopodes et les ctnophores renatraient de notre oeil1 que les reptiles se retrouveraient dans notre appareil digestif et les oiseaux dans notre appareil respiratoire2 et ainsi de suite4 ,je le rpte1 il ne s'agit pas ici de mtaphores et de correspondances plus ou moins approximatives1 lastiques et plausibles1 mais de constatations rigoureusement et mticuleusement tablies4 ,je ne puis naturellement vous mettre sous les yeux les dtails de la dmonstration du docteur ,jaworski4 ,elle ne saurait admettre la moindre solution de continuit1 et1 travers les trois volumes publis jusqu'ici1 nous mne des conclusions qu'il est bien difficile de contester4 ,on affirmait sans trop y croire et sans y regarder de trop prs que l'homme est un microcosme4 ,il semble bien prouv aujourd'hui que ce n'est pas seulement littrairement dfendable1 mais scientifiquement exact4 ,nous sommes une colonie prhistorique1 immense et innombrable1 une agglomration vivante de tout ce qui vit1 a vcu et probablement vivra sur la terre4 ,nous ne sommes pas seulement les fils ou les frres des vers1 des reptiles1 des poissons1 des batraciens1 des oiseaux1 des mammifres ou de n'importe quel monstre qui a souill ou pouvant la surface du globe2 nous les portons en nous1 nos organes ne sont qu'eux1 nous en nourrissons tous les types1 ils n'attendent qu'une occasion pour s'vader de nous1 reparatre1 se reconstituer1 se dvelopper et nous replonger dans la terreur4 ,a leur propos1 aussi justement qu' propos des penses secrtes1 des vices et des fantmes qui nous peuplent1 on pourrait rpter le mot que le vieillard d',emerson disait ses enfants affols par une trange figure dans la sombre entre3 ,mes enfants1 vous ne verrez jamais rien de pire que vous-mmes6 ,si toutes les espces disparaissaient et que seul l'homme subsistt1 aucune ne serait perdue et toutes pourraient renatre de son corps1 comme si elles sortaient de l',arche de ,no1 depuis le protozoaire presque invisible1 jusqu'aux formidables colosses d'avant le dluge qui lcheraient les toits de nos maisons4 ,il est donc assez probable que toutes ces espces prennent part notre existence1 nos instincts1 tous nos sentiments1 toutes nos penses2 et nous voici une fois de plus ramens aux grandes religions de l',inde qui avaient pressenti toutes les vrits que nous dcouvrons peu peu et1 il y a des milliers d'annes1 nous affirmaient dj que l'homme est tout et doit reconnatre son essence en tout tre vivant4 ,,xv ,l',h,r,,dit ,,et ,,la ,,pr,,existence ,il y a dans la loi de l'hrdit qui veut que les descendants souffrent des fautes et profitent des vertus de leurs anctres des vrits qui ne sont plus contestes4 ,elles clatent tous les yeux4 ,le fils d'un alcoolique portera toute sa vie1 de sa naissance sa mort1 dans sa chair et dans son esprit1 le poids du vice paternel4 ,on dirait que par cet exemple irrcusable1 la nature a voulu affirmer et manifester avec ostentation le caractre implacable de sa loi2 comme pour nous faire entendre qu'elle ne tient aucun compte de nos notions du juste et de l'injuste et agit selon le mme principe dans toutes les tnbreuses circonstances o nous ne pouvons suivre les inextricables dtours de sa volont4 ,il n'y aurait que cet exemple1 qu'il suffirait marquer d'infamie cette volont inhumaine4 ,il n'y a pas de loi qui rpugne davantage notre raison1 notre sens des responsabilits1 qui altre plus profondment notre confiance l'univers et l'esprit inconnu qui le dirige4 ,de toutes les injustices de la vie1 voici la plus criante1 la moins comprhensible4 ,nous trouvons des excuses ou des explications la plupart des autres2 mais qu'un enfant qui vient de natre1 qui n'a pas demand natre1 soit1 ds la premire gorge d'air qu'il aspire1 frapp d'une dchance irrmdiable1 d'une condamnation froce1 irrvocable et de maux qu'il tranera jusqu'au tombeau1 il nous semble qu'aucun des tyrans les plus odieux que l'histoire ait maudits n'aurait os faire ce que la nature fait paisiblement chaque jour4 ,mais portons-nous vraiment le poids de la faute des morts8 ,d'abord1 est-il bien sr que les morts soient rellement morts et ne demeurent plus en nous8 ,il est certain que nous les prolongeons1 que nous sommes la partie durable de ce qu'ils furent4 ,nous ne saurions nier que nous subissons encore leur influence1 que nous reproduisons leurs traits et leur caractre1 que nous les reprsentons presque tout entiers1 qu'ils continuent de vivre et d'agir en nous2 il est donc assez naturel qu'ils continuent galement de supporter les consquences d'une action ou d'une faon de vivre que leur dpart n'a pas interrompue4 ,mais1 dira-t-on1 je n'ai pas particip cette action1 cette habitude1 ce vice que je paie aujourd'hui4 ,je n'ai pas t consult1 je n'ai pas eu l'occasion d'lever la voix1 de retenir sur la pente fatale mon pre ou mon aeul qui se perdait4 ,je n'tais pas n1 je n'existais pas encore4--,qu'en savons-nous8--,n'y aurait-il pas1 dans l'ide que nous nous faisons de l'hrdit1 une erreur fondamentale8 ,a l'un des bouts du flau de la balance que nous accusons d'injustice1 pend l'hrdit2 mais l'autre bout pse autre chose dont on n'a jamais tenu compte1 car elle n'a pas encore de nom1 qui est le contraire de l'hrdit1 qui plonge dans l'avenir au lieu de sortir du pass et qu'on pourrait appeler la prexistence ou la prnatalit4 ,de mme que nos morts vivent toujours en nous1 nous vivons dj dans nos morts4 ,il n'y a aucune raison de croire que l'avenir1 qui est plein de vie1 soit moins actif et moins puissant que le pass qui est plein de morts4 ,au lieu de le descendre1 ne faudrait-il pas remonter le cours des ans pour retrouver la source de nos actes8 ,nous ignorons de quelle faon ceux qui1 jusqu'aux dernires gnrations1 natront de nous1 vivent dj en nous2 mais il est certain qu'ils y vivent4 ,quel que soit1 dans la suite des ges1 le nombre de nos descendants1 quelles que soient les transformations que leur fassent subir les lments1 les climats1 les terroirs et les sicles1 ils garderont intacts1 travers toutes les vicissitudes1 le principe de vie qu'ils ont tir de nous4 ,ils ne l'ont pas pris ailleurs ou ne seraient pas ce qu'ils sont4 ,ils sont rellement sortis de nous2 et s'ils en sont sortis1 c'est que d'abord ils s'y trouvaient4 ,que faisaient donc en nous ces innombrables vies accumules8 ,est-il permis de prtendre qu'elles y demeuraient absolument inactives8 ,quelles taient leurs fonctions1 leur puissance8 ,qu'est-ce qui les sparait de nous8 ,o commencions-nous1 o finissaient-elles8 ,a quel point se mlaient aux ntres leurs penses et leur volont8 ,elles n'avaient pas encore de cerveau1 direz-vous1 comment pouvaient-elles penser et agir en nous8 ,il est vrai1 mais elles avaient le ntre4 ,les morts sont galement privs de cerveau2 nanmoins personne ne conteste qu'ils continuent de penser et d'agir en nous4 ,ce cerveau dont nous sommes si fiers1 n'est pas la source1 mais le condensateur de la pense et de la volont4 ,comme la bouteille de ,leyde ou la bobine de ,rhumkorff1 il n'existe et ne s'anime que durant le temps qu'y passe ou qu'y rside le fluide lectrique de la vie4 ,il ne produit pas ce fluide1 il le recueille2 ce qui importe1 ce n'est point ses circonvolutions1 comparables aux fils d'une bobine d'induction1 mais la vie qui le parcourt2 et que peut tre cette vie1 sinon le total de toutes les existences que nous accumulons en nous1 qui ne s'teignent pas notre mort1 commencent avant notre naissance et nous prolongent1 en avant et en arrire1 dans l'infini du temps8 ,on a parfois1 dans des tudes ou des romans1 essay de mettre en scne ces vies diverses que nous hbergeons2 et chacun de nous1 s'il s'interroge sincrement et profondment1 dcouvrira en soi deux ou trois types trs nets1 qui n'ont de commun que le corps o ils sjournent1 ne s'entendent gure entre eux1 luttent sans cesse pour avoir le dessus et s'arrangent comme ils peuvent afin d'aller jusqu'au bout d'une existence dont l'ensemble forme notre moi4 ,ce moi sera bon ou mauvais1 remarquable ou insignifiant1 plus ou moins goste ou gnreux1 inquiet ou tranquille1 pacifique ou belliqueux1 hroque ou pusillanime1 hsitant ou dcid et entreprenant1 sauvage ou raffin1 fourbe ou loyal1 actif ou paresseux1 chaste ou lubrique1 modeste ou vaniteux1 fier ou obsquieux1 ingal ou constant1 selon l'autorit que saura prendre sur les autres le type qui s'emparera des meilleures positions du coeur ou du cerveau4 ,mais mme dans l'existence en apparence la plus stable1 la plus une1 la mieux quilibre1 cette autorit ne sera jamais inconteste ni dfinitive4 ,le type dominant se verra toujours discut1 attaqu1 inquit1 circonvenu1 harcel1 contrari1 sollicit1 tromp1 trahi et parfois sournoisement dtrn par un des types rivaux ou subalternes1 dont il ne se mfiait pas ou qu'il ne surveillait plus assez troitement4 ,il y a des coalitions inattendues1 des compromis bizarres1 des dfections regrettables1 des comptitions1 des intrigues incessantes1 de vritables coups d'tat1 notamment aux ges critiques et chaque vnement important2 et toute cette tragdie intime et prodigieuse ne s'arrte un moment qu' l'instant de la mort4 ,mais encore une fois1 pourquoi chercher uniquement dans le pass et parmi les anctres1 les acteurs de ce drame qui est le drame humain par excellence8 ,qu'est-ce qui nous permet de supposer que les morts seuls y tiennent tous les rles8 ,pourquoi ceux dont nous sommes sortis auraient-ils plus d'influence que ceux qui sortiront de nous8 ,les premiers sont loin de notre corps1 d'insondables mystres les en sparent1 et leur survivance peut tre mise en doute2 les autres habitent notre chair et leur existence ne saurait tre conteste4 ,nous venons de voir que l'argument que l'on tire de l'absence de tout cerveau n'est pas invincible4 ,mais1 ajoutera-t-on peut-tre1 comment voulez-vous que1 n'ayant pas encore vcu1 ils puissent avoir des habitudes1 des vertus et des vices1 des prfrences et une exprience1 en un mot1 tout ce qui constitue un caractre et ne s'acquiert qu'au contact de la vie8 ,mais la mme objection1 dans la plupart des cas1 pourrait tre faite au sujet des anctres4 ,en gnral1 quand nous sommes sortis d'eux1 ils taient encore jeunes1 ils n'taient pas encore ce qu'ils sont devenus et ce que nous devenons d'aprs eux4 ,ils n'avaient pas encore pris les habitudes1 la manire de penser ou de sentir1 cultiv les vertus ou les vices que nous reproduisons4 ,le petit bourgeois maniaque1 conome1 circonspect et mesquin que nous sentons en nous1 tait peut-tre encore un jeune homme prodigue1 ardent et inconsidr2 le dbauch tait peut-tre chaste1 le voleur n'avait jamais vol et l'assassin pouvait avoir horreur du sang4 ,tout est peu prs galement immatriel1 et virtuel dans les deux cas2 il ne s'agit ici que de tendances et de forces amorphes auxquelles le cerveau que nous tenons des uns1 que nous passons aux autres1 donne une forme4 ,il est donc fort possible que le petit bourgeois1 le dbauch1 le voleur ou l'assassin1 loin d'tre morts1 ne soient pas encore ns et prennent une part aussi active que nos anctres aux agitations et parfois la direction de notre vie4 ,c'est ce qu'ont toujours pressenti ou rvl1 le tenant peut-tre d'une source inconnue et plus haute1 les religions les plus anciennes et les plus vnrables de l'humanit1 dont le christianisme et son dogme du pch originel ne sont qu'une rplique incomplte4 ,aujourd'hui encore1 plus de six cents millions d'hommes croient la prexistence des mes1 aux vies successives et la rincarnation4 ,aux yeux de ces religions1 le petit bourgeois qui nous procra1 il y a plusieurs sicles1 est le mme qui1 un peu moins mesquin1 un peu moins born1 amlior par sa vie antrieure et le passage travers les mystres de la mort1 attend en nous le moment de renatre et1 en l'attendant1 se mle nos instincts1 nos sentiments1 nos penses4 ,il n'y attend pas seul2 il n'est qu'une vie dans la foule des vies qui nous ont prcds et viennent revivre en nous2 et toutes ces vies passes et futures forment l'ensemble de la ntre4 ,nous ne discuterons pas ici cette doctrine des existences successives et de la rincarnation expiatrice et purificatrice1 qui est l'explication la plus haute et1 jusqu' ce jour1 la seule acceptable qu'on ait trouve aux injustices de la nature4 ,en l'tat prsent de nos connaissances1 elle ne peut tre qu'une hypothse magnifique ou une affirmation qu'il est impossible de prouver4 ,ne quittons pas le terrain incontestable o se trouvent l'hrdit et la prexistence4 ,l'hrdit est un fait acquis1 une vrit exprimentale1 la prexistence est une ncessit logique4 ,on ne saurait1 en effet1 concevoir que ce qui natra de nous1 dj n'existe pas en nous1 en fait1 en principe1 en germe1 en essence ou en puissance2 et1 ds lors qu'il existe d'une faon probablement plus spirituelle que matrielle1 il est bien moins surprenant qu'il porte plus ou moins la responsabilit de penses et d'actes auxquels il ne saurait tre entirement tranger4 ,en tout cas1 l'hrdit incontestable et la prexistence ncessaire nous rappellent une fois de plus que chacun de nous n'est pas un tre unique1 isol1 permanent1 hermtiquement clos1 indpendant des autres et spar de tout dans l'espace et le temps1 mais un vase poreux plong dans l'infini1 une sorte de carrefour o se croisent toutes les routes du pass1 du prsent et de l'avenir1 une auberge au bord des chemins ternels1 o se runissent1 pour y passer quelques jours1 toutes les vies qui forment notre vie4 ,nous nous croyons morts quand elles quittent l'auberge1 et nous nous imaginons qu'elles prissent aussi4 ,il est plus vraisemblable qu'il n'en est rien4 ,elles abandonnent simplement l'htellerie dlabre pour s'installer dans une maison nouvelle et plus habitable4 ,elles y emportent leurs crances et leurs dettes1 y emmnagent leurs habitudes1 leurs instincts1 leurs ides1 leurs passions1 leurs mrites1 leurs fautes1 leurs acquisitions et leurs souvenirs4 ,la maison est change1 mais les htes sont les mmes et l'existence d'autrefois reprendra son cours dans la demeure nouvelle1 peut-tre un peu plus haute1 peut-tre un peu plus belle1 peut-tre un peu plus claire444 ,,xvi ,,la ,,grande ,r,v,,lation ,i ,nous dsesprons de connatre jamais l'origine de l'univers1 son but1 ses lois1 ses intentions1 et nous finissons par douter qu'il en ait4 ,il serait plus sage de trs humblement nous dire que nous ne sommes pas mme de les concevoir4 ,il est probable que s'il nous livrait demain la clef de son nigme1 nous serions1 autant qu'un chien qui l'on montre la clef d'une horloge1 incapable d'en comprendre l'usage4 ,en nous rvlant son grand secret1 il ne nous apprendrait presque rien1 ou du moins cette rvlation n'aurait qu'une influence insignifiante sur notre vie1 notre bonheur1 notre morale1 nos efforts et nos esprances4 ,elle planerait de telles hauteurs que personne ne l'apercevrait2 tout au plus dbarrasserait-elle le ciel de nos illusions religieuses1 ne laissant1 la place qu'elles y occupaient1 que le vide infini de l'ther4 99 99 99 99 99 ,il n'est pas dit1 du reste1 que nous ne possdions pas cette rvlation4 ,il est fort possible que les religions de peuples disparus1 ,lmures1 ,atlantes et beaucoup d'autres1 l'aient connue2 et que nous en retrouvions les dbris dans les traditions sotriques parvenues jusqu' nous4 ,il ne faut pas oublier1 en effet1 qu' ct de l'histoire extrieure et scientifique1 existe une histoire secrte de l'humanit qui tire sa substance de lgendes1 de mythes1 d'hiroglyphes1 de monuments tranges1 d'crits mystrieux1 du sens cach des livres primitifs4 ,il est certain que si l'imagination des interprtes de cette histoire occulte est souvent hasardeuse1 tout ce qu'ils affirment n'est pas ddaigner et mriterait d'tre un jour examin plus srieusement qu'on ne l'a fait jusqu'ici4 ,l'essentiel de cette rvlation sotrique est fort bien rsum par ,m4 ,marc ,saunier1 disciple de ,fabre d',olivet et de ,saint-,yves d',alveydre1 dans son livre3 la ,lgende des ,symboles4 ,les ,initis1 dit-il1 ont toujours considr chaque continent comme un tre soumis aux mmes lois que l'homme4 ,pour eux1 les minraux en constituent l'ossature1 la flore1 la chair1 la faune1 les cellules nerveuses1 et les races humaines1 la substance grise du cerveau4 ,ce continent ne serait lui-mme qu'un organe de la terre dont chaque homme serait une cellule pensante1 et dont la totalisation des penses humaines exprimerait la pense4 ,la terre elle-mme ne serait qu'un organe du systme solaire considr son tour comme individu1 et notre systme solaire ne serait lui aussi qu'un organe d'un autre tre de l'infini1 dont l'toile ,alpha du ,blier manifesterait le coeur4 ,et enfin1 par une dernire synthse1 on arrive au ,cosmos qui exprime la totalisation gnrale de tout1 en un tre dont le corps est le monde1 et la pense1 l'intelligence universelle1 divinise par les religions4 99 99 99 99 99 ,le fond de leur doctrine est nettement volutionniste4 ,chaque continent n'a fait que transformer son heure1 et selon son idal1 les germes issus des terres hyperborennes1 et l'homme n'est que le rsultat d'une volution animale4 ,ils l'empruntent d'ailleurs presque totalement aux ,hindous et prcdent ainsi de plusieurs milliers d'annes les dernires hypothses de notre science actuelle4 ,mais1 sans nous attarder dans ces sables mouvants1 allons directement aux sources claires et sres4 ,nous possdons1 en effet1 dans les livres sacrs et secrets de l',inde1 dont nous ne connaissons d'ailleurs qu'une infime partie1 une cosmogonie qu'aucune pense europenne n'a jamais dpasse4 ,il ne serait pas juste de dire que du premier coup elle atteignit les dernires limites o l'intelligence de l'homme puisse se hasarder sans se dissoudre dans l'infini1 car elle est l'oeuvre de sicles dont nous ne savons pas le nombre2 mais il est incontestable qu'elle prcde toutes les autres1 que sa naissance est antrieure tout ce que nous connaissons1 et qu' l'origine de tout1 elle est alle au del de tout ce que nous avons appris et de tout ce que nous pouvons imaginer de plus grand4 99 99 99 99 99 ,la premire1 par exemple1 bien avant nos temps historiques1 elle a su nous donner une ide concrte et vertigineuse de l'infini du temps4 ,le livre de ,manou nous apprend que douze mille annes des mortels ne reprsentent pour les dieux qu'un jour et une nuit2 leur anne compose de trois cent soixante jours compte donc quatre millions trois cent mille ans4 ,mille annes des dieux ne forment leur tour qu'un seul jour de ,brahma1 c'est--dire quatre milliards trois cent vingt millions d'annes humaines1 reprsentant la vie totale de notre globe2 et la nuit de ,brahma est d'gale dure4 ,trois cent soixante de ces jours et nuits font une anne de ce dieu1 et cent de ces annes constituent une de ses vies1 c'est--dire la dure de l'univers reprsente par le chiffre formidable de trois cent onze mille et quarante milliards d'annes4 ,aprs quoi1 il recommence une autre vie4 ,en ce moment1 nous n'avons pas encore atteint le midi du jour actuel de ,brahma1 ni la moiti de la vie de notre globe terrestre4 ,pour complter cette esquisse de l'immense chronologie vdique1 je continue de me servir des notes que veut bien me confier mon filleul de guerre qui possde fond cette science trop nglige4 ,on verra du reste que chronologie et cosmogonie sont ici intimement lies4 ,la journe de ,brahma 7quatre milliards trois cent vingt millions d'annes7 se dcompose en quatorze vies de ,manou1 dont sept ,manvantaras et sept ,pralayas alternatifs4 ,le mot ,manvantara veut dire intervalle entre deux ,manous3 l'un de ceux-ci apparat l'aurore et l'autre au crpuscule de cette priode d'activit terrestre4 ,le ,manou matinal donne son nom au ,manvantara1 et le ,manou vespral prside au ,pralaya1 c'est--dire la priode de dissolution1 ou de statu quo ngatif1 mort1 sommeil ou inertie selon le cas1 qui spare deux vagues de vie4 ,l'volution universelle est une chane sans commencement ni fin dont chaque anneau apparat et disparat tour tour dans notre champ de conscience4 ,brahma lui-mme ne meurt que pour renatre4 ,mais pour le souverain des mondes comme pour un astre quelconque ou pour le dernier des tres organiques1 il n'y a de mort et de dissolution qu'au point de vue individuel4 ,l'obscurit est la ranon de la lumire1 le soir compense le matin1 la vieillesse est le prix de la jeunesse et la mort le revers de la vie4 ,en ralit cependant1 toute volution est continuelle en mme temps que discontinue2 les ,manvantaras et ,pralayas sont la fois simultans et successifs2 chaque vie individuelle est engendre par son double lmental et engendre son double rsidual4 ,tout dclin de vie dans un lieu donn concide avec une croissance d'tre dans un lieu correspondant et se poursuit par une renaissance en un lieu nouveau4 ,au fond1 il n'y a pas de vie individuelle4 ,nous sommes la fois nous-mme et un autre1 nous-mme et plusieurs autres1 nous-mme et tous les autres1 nous-mme et l'univers1 nous-mme et l'infini4 ,l'volution de notre globe terrestre est un cycle infinitsimal de cette volution universelle1 correspondant seulement un jour et une nuit de ,brahma et se divise en quatorze cycles composs chacun d'un ,manvantara et d'un ,pralaya4 ,le cycle de l'volution organique sur notre globe solidifi reprsente une seule de ces subdivisions1 c'est--dire que le rayon de la sphre organique n'est qu'un quatorzime du rayon de la sphre minrale4 ,l'volution minrale est videmment continue1 de la formation la dissolution du globe4 ,si1 entre les priodes d'activit gologiques1 il existe un ,pralaya quelconque1 celui-ci1 en dpit de l'tymologie du mot1 doit tre1 non pas une dissolution parfaitement inconcevable au point de vue logique et scientifique1 mais une priode d'inertie ou de ralentissement1 dont l'hypothse est trs admissible1 et dont les priodes glaciaires survenues au cours mme du ,manvantara actuel nous offrent un exemple4 ,dans les cycles antrieurs de ,manou1 la terre a pass successivement par les divers tats de condensation que la science considre comme igns et qui correspondent l'volution lmentaire1 thre1 gazeuse et liquide4 ,pendant ces longues priodes1 la vie actuelle existait en potentialit dans l'me de la terre et en ralit sur d'autres globes que le ntre4 ,mais ne poussons pas plus loin cette esquisse dont la complication deviendrait inextricable4 ,rappelons simplement cette magnifique doctrine de la rincarnation qui1 toutes les questions du juste et de l'injuste1 immortelle torture des mortels1 est la rponse la plus ancienne1 la seule dcisive et sans doute la plus plausible2 et son corollaire1 cette loi du ,karma comme le dit si bien mon filleul1 la plus admirable des dcouvertes morales3 elle reprsente la libert abstraite1 et suffit affranchir la volont humaine de tout tre suprieur ou mme infini4 ,nous sommes nos propres crateurs et les seuls matres de notre destin2 nul autre que nous-mme ne nous rcompense ou ne nous punit2 il n'y a pas de pch1 mais seulement des consquences2 il n'y a pas de morale1 mais seulement des responsabilits4 ,or1 le ,bouddha enseignait qu'en vertu mme de cette loi souveraine1 l'individu doit renatre pour moissonner ce qu'il a sem3 cette certitude de renaissance suffisait neutraliser l'horreur de la mort4 99 99 99 99 99 ,tout cela n'est-il qu'imaginaire1 rves de cerveaux plus ardents que les ntres1 hallucinations d'asctes qu'tourdissent le jene et l'immobilit ou chos de traditions immmoriales laisses par d'autres races ou des tres antrieurs l'homme et plus spirituels8 ,il est impossible de s'en rendre compte1 mais quelle qu'en soit l'origine1 il est certain que le monument1 dont nous n'avons entrevu qu'un angle de la base1 est prodigieux et n'a pas l'air humain4 ,tout ce qu'on peut dire1 c'est que nos sciences modernes1 notamment l'archologie1 la gologie et la biologie1 confirment plus qu'elles n'infirment l'une ou l'autre de ces rvlations4 99 99 99 99 99 ,mais l n'est pas1 pour l'instant1 la question4 ,admettons que l'une d'elles1 celle des livres sacrs de l',inde1 par exemple1 soit vraie1 incontestable et scientifiquement tablie par nos recherches1 ou qu'une communication interplantaire ou une dclaration d'un tre surhumain ne permette plus de douter de son authenticit3 quelle influence une telle rvlation aura-t-elle sur notre vie8 ,qu'y transformera-t-elle1 quel lment nouveau apportera-t-elle notre morale1 notre bonheur8 ,sans doute fort peu de chose4 ,elle passera trop haut1 elle ne descendra pas jusqu' nous1 elle ne nous touchera point1 nous nous perdrons en son immensit1 et1 au fond1 sachant tout1 nous ne serons ni plus heureux ni plus savants que lorsque nous ne savions rien4 ,ne pas savoir ce qu'il est venu faire sur cette terre1 voil le grand et l'ternel tourment de l'homme4 ,or1 il faut bien se dire que la vrit vraie de l'univers1 si nous l'apprenons quelque jour1 sera probablement assez semblable l'une ou l'autre de ces rvlations qui1 ayant l'air de nous apprendre tout1 ne nous apprennent rien4 ,elle aura du moins le mme caractre inhumain4 ,il faudra bien qu'elle soit aussi illimite dans l'espace et le temps1 aussi abyssale1 aussi trangre nos sens et notre cerveau4 ,plus la rvlation sera immense et haute1 plus elle aura chance d'tre vraie2 mais plus aussi elle s'loignera de nous1 moins elle nous intressera4 ,nous ne pouvons gure esprer de sortir de ce dilemme dcourageant3 les rvlations1 les explications ou les interprtations trop petites ne nous satisferont point parce que nous les pressentirons insuffisantes1 et celles qui seront trop grandes passeront trop loin de nous pour nous atteindre4 ,,ii ,il serait cependant souhaitable que cette rvlation des livres sacrs de l',inde ft authentique et que notre science encore si troite1 si petite1 si timide et si incohrente1 confirmt peu peu1 comme du reste elle le fait chaque jour son insu1 certains points pars dans l'immensit sans bornes de cette immmoriale vrit4 ,elle aurait en tout cas1 mme si elle ne parvenait pas nous atteindre directement1 l'avantage d'largir l'infini notre horizon plus born qu'on ne croit2 de jalonner cet infini de repres magnifiques1 de l'animer1 de le peupler1 de lui donner d'admirables visages1 de le rendre vivant1 sensible et presque comprhensible4 ,nous savons tous que nous vivons dans l'infini2 mais cet infini pour nous n'est qu'un mot sec et nu1 un vide noir et inhabitable1 une abstraction sans forme1 une expression morte que notre imagination ne ranime un moment qu'au prix d'un effort fatigant1 solitaire1 inhabile1 inassist1 ingrat et infructueux4 ,en fait1 nous nous tenons cantonns dans notre monde terrestre et dans nos petits temps historiques1 et tout au plus levons-nous parfois les yeux vers les plantes de notre systme solaire et poussons-nous notre pense1 d'avance dcourage1 jusqu'aux poques nbuleuses qui prcdrent l'arrive de l'homme sur notre globe4 ,de plus en plus1 dlibrment1 nous tournons sur nous-mmes toute l'activit de notre intelligence et1 par une regrettable illusion d'optique1 plus elle rtrcit son champ d'action1 plus nous croyons qu'elle l'approfondit4 ,nos penseurs et nos philosophes1 de crainte de s'garer comme leurs prdcesseurs1 ne s'intressent plus qu'aux aspects1 aux problmes1 aux secrets les moins contestables2 mais s'ils sont les moins contestables1 ils sont aussi les moins hauts1 et l'homme1 en tant qu'animal terrestre1 devient le seul objet de leurs tudes4 ,les savants1 d'autre part1 accumulent de petits faits1 de petites observations sous lesquelles ils touffent et qu'ils n'osent plus soulever ou entr'ouvrir pour y faire circuler l'air d'une loi gnrale ou d'une hypothse salutaire1 tant celles qu'ils hasardrent jusqu' ce jour furent successivement et pitoyablement dmenties ou bafoues par l'exprience4 ,nanmoins1 ils ont raison d'agir comme ils font et de continuer leurs investigations1 selon leurs troites et svres mthodes2 mais il est permis de constater que plus ils croient s'approcher d'une vrit qui fuit1 plus augmentent leurs incertitudes et leur dsarroi1 plus les assises sur lesquelles ils fondaient leur confiance leur semblent prcaires1 imaginaires et insuffisantes1 et mieux ils se rendent compte de l'incommensurable distance qui les spare encore du moindre secret de la vie4 ,il semble1 comme l'a prophtis l'un des plus illustres d'entre eux1 le physicien anglais sir ,william ,grove1 que le jour approche rapidement o l'on confessera que les forces que nous connaissons ne sont que les manifestations phnomnales de ralits au sujet desquelles nous ne savons rien1 mais que les anciens connaissaient et auxquelles ils vouaient un culte4 ,,iii ,voil1 en effet1 ce qu'on ne peut s'empcher de penser quand on tudie quelque peu cette rvlation primitive1 la sagesse d'autrefois et ce qui en a dcoul4 ,l'homme a su plus qu'il ne sait4 ,il ignorait peut-tre l'norme masse de petits dtails que nous avons observs et classs et qui nous ont permis de domestiquer certaines forces dont il ne songeait pas tirer parti2 mais il est probable qu'il en connaissait mieux que nous la nature1 l'essence et l'origine4 ,la haute civilisation de l'humanit que l'histoire1 en ttonnant1 reporte cinq ou six mille ans avant ,jsus-,christ1 est peut-tre beaucoup plus ancienne1 et sans admettre1 comme on l'a affirm1 que les gyptiens aient conserv des archives astronomiques durant une priode de six cent trente mille ans1 on peut considrer comme tabli que leurs observations embrassaient deux cycles de prcession1 deux annes sidrales1 soit cinquante et un mille sept cent trente-six ans4 ,or1 eux-mmes n'taient pas des initiateurs1 mais des initis1 et tiraient tout ce qu'ils savaient d'une source plus ancienne4 ,il en est de mme des ,juifs1 en ce qui concerne leurs livres primitifs et leur ,kabbale2 et des ,grecs1 parmi lesquels tous ceux qui rellement nous apprirent quelque chose sur l'origine1 et la constitution de l'univers et de ses lments1 sur la nature de la divinit1 de la matire et de l'esprit1 tels qu',orphe1 ,hsiode1 ,pythagore1 ,anaxagore1 ,platon et les ,no-,platoniciens1 taient galement des initis1 c'est--dire des hommes qui1 ayant pass par l'gypte ou par l',inde1 avaient puis la mme source unique et immmoriale4 ,nos religions prhistoriques1 scandinaves ou germaniques et le druidisme celte1 celles de la ,chine et du ,japon1 du ,mexique et du ,prou1 malgr de nombreuses dformations1 en drivaient pareillement2 de mme que notre grande mtaphysique occidentale1 d'avant le matrialisme actuel1 dont la vue est un peu basse1 notamment les mtaphysiques de ,leibnitz1 de ,kant1 de ,schelling1 de ,fichte1 de ,hegel1 s'en rapprochent et s'y abreuvent plus ou moins leur insu4 99 99 99 99 99 ,il est donc certain que par les ,grecs1 par la ,bible1 par le ,christianisme qui en est un dernier cho1 car l'auteur de l',apocalypse et saint ,paul taient des initis1 nous sommes tout imprgns de cette rvlation1 qu'il n'y en a pas1 qu'il n'y en eut jamais d'autre1 qu'elle est la grande rvlation humaine ou surhumaine1 et que par consquent il serait juste et salutaire de l'tudier plus attentivement et plus profondment qu'on ne l'a fait jusqu' ce jour4 ,,iv ,o est la source de cette rvlation8 ,nous la situons en ,orient parce que c'est dans les livres sacrs de l',inde que se trouve presque tout ce que nous en connaissons4 ,mais il est peu prs certain qu'elle est d'origine occidentale ou plutt hyperborenne et remonte ces merveilleux peuples disparus1 les ,atlantes1 dont les dernires colonies ,protosythes florissaient il y a plus de onze mille ans et dont l'existence n'est plus niable4 ,on n'a pas oubli la page clbre de ,platon3 ,un jour que ,solon s'entretenait avec les prtres de ,sas sur l'histoire des temps reculs1 l'un d'eux lui dit3 ,o ,solon1 vous autres ,grecs1 vous tes toujours enfants4 ,il n'en est pas un seul parmi vous qui ne soit novice dans la science de l'antiquit4 ,vous ignorez ce que fit la gnration de hros dont vous tes la faible postrit444 ,ce que je vais vous raconter remonte neuf mille ans4 ,nos fastes rapportent que votre pays a rsist aux efforts d'une puissance formidable qui1 sortie de la mer ,atlantique1 avait envahi une grande partie de l',europe2 car1 pour lors1 cette mer tait navigable4 ,prs de ses bords tait une le1 vis--vis de l'embouchure que vous nommez les colonnes d',hercule4 ,on dit que de cette le1 plus tendue que la ,lydie et que l',asie1 il tait facile de se rendre sur le continent4 ,dans cette ,atlantide1 il y avait des rois clbres par leur puissance qui s'tendait sur les les adjacentes et sur une partie du continent4 ,ils rgnaient1 outre cela1 d'un ct sur la ,lydie jusqu' l'gypte1 et du ct de l',europe jusqu' la ,tyrrhnie444 ,mais il survint des tremblements de terre et des inondations2 et dans l'espace de vingt-quatre heures1 l',atlantide disparut4 ,ce passage du ,time est la premire lueur que l'histoire proprement dite ait projete sur l'immense chaos des temps antdiluviens4 ,les recherches et les dcouvertes modernes l'ont confirm point par point4 ,comme le dit ,roisel1 qui a consacr aux ,atlantes un livre remarquable1 moins connu que ceux de ,scott ,elliot et de ,rudolf ,steiner1 et qui ne permet plus le moindre doute1 il est prouv que bien avant les sicles historiques1 les ,atlantes avaient acquis une science merveilleuse dont l'humanit commence peine reconstituer les lments et dont les puissantes paves se retrouvent dans les ,gaules1 l'gypte1 la ,perse1 les ,indes et la partie centrale du continent amricain4 ,plus de dix mille ans avant notre re1 ils connaissaient la prcession des quinoxes1 les modifications si lentes que plusieurs astres prouvent dans leur cours et les mille secrets de la nature4 ,ils avaient des procds dont l'industrie moderne n'a pas encore pntr les mystres4 ,il ressort de ces tudes que l'humanit n'prouva jamais dsastre comparable la disparition de l',atlantide4 ,il lui faudra peut-tre des milliers d'annes pour rparer cette perte et remonter au niveau d'une civilisation qui avait sur l'origine et les mouvements de l'univers1 sur l'nergie de la matire1 sur les forces inconnues de ce monde et des autres1 sur la vie d'outre-tombe1 sur l'organisation sociale et l'conomie politique1 comparables celle des abeilles1 des certitudes dont nous glanons pniblement les dbris disperss4 ,rien ne prouverait mieux l'inutilit de l'effort de l'homme que cette perte ingale1 si l'on ne s'efforait d'esprer malgr tout4 ,peuple de mtallurgistes prodigieux qui avaient dcouvert la trempe du cuivre que nous cherchons encore1 peuple d'ingnieurs fabuleux dont la gomtrie1 au dire du professeur ,smyth1 commenait l o finit celle d',euclide1 ils soulevaient et transportaient d'normes distances1 par des moyens mystrieux1 des rochers de quinze cents tonnes et semaient par le monde ces fantastiques pierres mouvantes1 appeles pierres folles1 pierres de vrit1 blocs de cinq cent mille kilos1 si habilement couches sur un de leurs angles qu'un enfant peut les mouvoir du doigt1 tandis que la pousse de deux cents hommes serait incapable de les renverser et qui1 gologiquement1 n'appartiennent jamais au sol sur lequel elles se trouvent4 ,peuple d'explorateurs qui avaient parcouru et colonis toute la surface de la terre1 peuple de savants1 de calculateurs1 d'astronomes2 ils semblent avoir t avant tout des rationalistes et des logiciens implacables1 au cerveau pour ainsi dire mtallique1 dont les lobes latraux taient beaucoup plus dvelopps que les ntres4 ,ils n'appliquaient leurs aptitudes incomparables qu' l'tude des sciences exactes2 et le seul but de leurs efforts tait la conqute du vrai4 ,mais l'tude de l'invisible1 et de l'infini1 sous leurs puissants regards devient elle-mme une science exacte2 et l'ide mre de leur cosmogonie1 en vertu de laquelle tout sort de l'ocan de la matire cosmique ou des flots sans limites de l'ternel ther pour y rentrer bientt et pour en ressortir1 dfigure et surcharge de mythes innombrables par l'imagination de leurs descendants ou de leurs colons dgnrs1 est la base de toutes les religions2 et il est peu probable que l'homme en dcouvre jamais une qui la vaille et la puisse remplacer4 ,v ,c'est dans les livres sacrs de l',inde que nous trouvons les traces les plus sres et les plus abondantes de cette cosmogonie ou de cette rvlation4 ,il y a moins d'un sicle1 on ignorait peu prs totalement l'existence de ces livres4 ,leurs interprtes ont pris deux routes diffrentes4 ,d'un ct1 des savants1 qu'on pourrait appeler officiels1 ont donn la traduction d'un certain nombre de textes qu'on pourrait galement qualifier d'officiels1 textes qu'ils ne comprennent pas toujours et que leurs lecteurs comprennent encore moins4 ,de l'autre1 des initis ou soi-disant tels1 avec le concours d'adeptes d'une fraternit occulte1 ont propos1 de ces mmes textes ou d'autres plus secrets1 une interprtation nouvelle et plus impressionnante4 ,ils inspirent encore1 tort ou raison1 quelque mfiance4 ,on doit admettre l'authenticit et l'antiquit de certaines traditions1 de certains crits primitifs et essentiels1 bien qu'il soit impossible de leur assigner une date approximative1 tant ils se perdent dans les brumes de la prhistoire4 ,mais ils sont peu prs incomprhensibles sans clefs et sans commentaires1 et c'est ici que commencent les doutes et les hsitations4 ,un grand nombre de ces commentaires sont galement trs anciens et1 leur tour1 ont besoin de clefs1 d'autres paraissent plus rcents1 d'autres enfin semblent contemporains et le dpart est souvent malais entre ce qui se trouve en puissance dans l'original et ce que les interprtes croient y trouver ou y ajoutent plus ou moins volontairement4 ,or1 le plus frappant1 le plus grandiose et1 en tout cas1 le plus clair de la doctrine rside souvent dans les commentaires4 ,il y a ensuite1 comme je viens de le dire1 la question des clefs1 intimement lie la prcdente4 ,ces clefs sont plus ou moins maniables1 s'imposent plus ou moins1 paraissent parfois chimriques ou arbitraires1 ne sont livres qu'avec d'tranges prcautions1 une une et parcimonieusement1 et peuvent ouvrir plusieurs sens superposs4 ,et tout cela s'accompagne de rticences bizarres1 de secrets soi-disant dangereux ou terribles1 retenus au moment dcisif1 de rvlations qu'on prtend incommunicables avant bien des sicles4 ,des portes qu'on allait franchir se referment brusquement l'instant qu'on entrevoyait enfin un horizon longtemps promis1 et derrire chacune d'elles se cache un initi suprme1 un ,matre encore vivant1 gardien sacr des derniers arcanes1 qui sait tout mais ne veut ou ne peut rien dire4 ,notez1 en outre1 qu'une foule d'illumins plus ou moins intelligents1 de jeunes filles et de vieilles dames dsquilibres1 de nafs qui adoptent d'emble et aveuglment ce qu'ils ne comprennent pas1 de mcontents1 de rats1 de vaniteux1 de roublards qui pchent en eau trouble1 en un mot la tourbe habituelle et suspecte qui s'agglomre autour de toute doctrine1 de toute science1 de tout phnomne un peu mystrieux1 a discrdit ces premires interprtations sotriques1 dont la source mme n'est pas trs claire4 ,ajoutez enfin que l'incendie de la fameuse bibliothque d',alexandrie1 o s'tait entasse toute la science de l',orient1 l'anantissement1 au ,x,v,ie sicle1 sous le rgne mongol d',akbar1 de milliers d'oeuvres sanscrites1 la destruction systmatique et impitoyable1 surtout aux premiers sicles de l'glise et durant le ,moyen ,age1 de tout ce qui se rapportait ou faisait allusion cette rvlation gnante et redoute1 nous ont enlev nos meilleurs moyens de contrle4 ,les adeptes1 il est vrai1 affirment1 d'autre part1 que les textes vritables1 ainsi que les vieux commentaires qui seuls les rendent comprhensibles1 existent encore dans des cryptes secrtes1 dans des bibliothques souterraines du ,thibet ou de l',himalaya1 aux livres plus innombrables que tous ceux que nous possdons en ,occident1 et qu'ils reparatront dans un ge plus clair4 ,c'est possible1 mais en attendant ils ne nous sont d'aucun secours4 ,,vi ,quoi qu'il en soit1 ce que nous avons suffit troubler profondment1 et le contrle que permettent les fragments sauvs de l'antiquit historique carte absolument1 quant aux lments essentiels1 tout soupon de fraude ou de mystification plus ou moins rcente4 ,au surplus1 une fraude ou une mystification de ce genre ne parat gure possible et serait tellement gniale qu'il faudrait l'admirer comme un phnomne presque gal celui dont elle voudrait donner l'illusion1 et convenir que jamais l'esprit de l'homme ne plongea plus avant dans l'infini du temps et de l'espace1 dans l'origine des choses et ne s'leva de pareilles hauteurs4 ,elle aurait profit1 cette rvlation1 de tout l'acquis de la science et de la pense d'aujourd'hui1 qu'elle n'aurait pu1 sur le rythme des ternits1 sur le va-et-vient du toujours devenir1 sur le cycle sans fin et les existences priodiques du moi1 sur la naissance1 le mouvement et l'volution des mondes1 sur les souffles divins de l'intelligence qui les animent1 sur ,maya1 l'ternelle illusion de l'ignorance1 sur la lutte pour la vie1 la slection naturelle1 le dveloppement graduel et la transformation des astres et des hommes1 sur les fonctions et les nergies de l'ther1 sur la justice immortelle et infaillible1 sur l'activit intermolculaire et fantastique de la matire1 sur la nature de l'me et sur l'existence de l'immense puissance innommable qui gouverne l'univers1 en un mot sur toutes les nigmes qui nous assaillent et tous les mystres qui nous accablent1 nous donner des hypothses plus satisfaisantes1 plus logiques1 plus cohrentes1 plus plausibles1 plus synthtiques1 plus dignes de l'infini qu'elles cherchent embrasser et que bien souvent elles semblent treindre4 99 99 99 99 99 ,mais1 htons-nous de le rpter1 il ne saurait tre srieusement question de fraude1 puisque les textes ou les traditions qu'on pourrait suspecter se trouvent corrobors par d'autres textes1 les inscriptions sacres de l'gypte1 par exemple1 que nul ne songe contester4 ,tout au plus1 rencontrera-t-on quelques passages antidats par le zle imprudent d'adeptes ou de commentateurs1 quelques interpolations qui ne font qu'enguirlander les grandes lignes4 ,il s'agit bien1 dans l'ensemble1 d'une rvlation qui remonte infiniment plus haut que tout ce que nous avons appel la prhistoire1 et ds lors il est lgitime que notre tonnement n'ait plus de bornes4 ,,vii ,fort bien1 dira-t-on1 cette interprtation de l'univers1 cette anthropo-cosmognse est la plus haute1 la plus vaste1 la plus admirable1 la plus inattaquable qu'on ait jamais conue2 elle dborde de toutes parts l'imagination et la pense de l'homme2 mais sur quoi tout cela repose-t-il8 ,il n'y a l1 en fin de compte1 que de magnifiques hypothses audacieusement travesties en affirmations magistrales1 premptoires et dogmatiques1 mais qui sont toutes invrifiables4 ,c'est l'objection que j'ai faite moi-mme1 un peu htivement1 dans un des premiers chapitres de la ,mort4 ,il est1 en effet1 incontestable que nous ne connatrons pas de si tt1 que nous ne connatrons peut-tre jamais la vrit sur l'origine et la fin de l'univers ni sur tous les autres problmes que ces affirmations rsolvent4 ,seulement1 il est curieux de constater que la science1 chaque jour1 se rapproche1 malgr elle1 de l'une ou l'autre de ces affirmations1 et qu'elle ne peut en carter ou dmentir aucune4 ,il y a telle tude du chimiste ,crookes1 par exemple1 sur la gense des lments qui1 son insu1 devient nettement occultiste1 tandis que la dcouverte de la radio-activit de la matire reproduit exactement la thorie des tourbillons de l'initi ,anaxagore4 ,il en est de mme1 mutatis mutandis1 du rle attribu l'ther1 dernier et indispensable postulat de nos savants4 ,il en est de mme des fonctions souveraines et essentielles de certaines glandes minuscules dont la mdecine moderne commence peine retrouver l'importance et qui reclent probablement les secrets primordiaux de la vie3 la glande thyrode qui prside la croissance et l'intelligence1 la glande surrnale qui rgente ce muscle inconscient qu'est le coeur et la glande pinale1 la plus mystrieuse de toutes1 qui nous met en rapport avec les mondes inconnus4 ,il en est encore de mme en astronomie o l'insuffisance manifeste de nos soi-disant lois cosmiques1 notamment celle de la gravitation et de la formation des nbuleuses1 pose une foule de questions auxquelles rpond seule la cosmogonie orientale4 ,mais ceci demanderait une longue tude que je n'ai pas qualit pour entreprendre4 ,au demeurant1 rien ne nous oblige accepter ces affirmations comme des dogmes4 ,il ne s'agit pas ici d'une religion qui nous impose sa foi aveugle1 son ,credo quia absurdum4 ,il nous est parfaitement loisible de les considrer comme de simples hypothses1 d'immenses1 d'incomparables pomes antdiluviens1 dont la gense de ,mose n'est qu'un fragment dfigur4 ,mais1 en tant qu'hypothses ou pomes1 il faut convenir qu'elles sont prodigieuses1 que nous n'avons rien de meilleur1 rien de plus vraisemblable leur opposer et1 qu'tant donne leur antiquit indiscutable1 leur origine prhistorique1 elles semblent rellement surhumaines4 ,faut-il admettre1 comme le prtendent les occultistes1 qu'elles nous viennent d'tres suprieurs l'homme1 d'entits plus spirituelles vivant dans des conditions inconnues1 qui occupaient notre terre ou les plantes voisines1 avant notre venue2 d'une civilisation lmuro-atlantenne qui a laiss en la mmoire des peuples et sur le sol de notre globe1 dans ses monuments mgalithiques1 des traces indlbiles8 ,c'est fort possible1 mais ici encore nous sommes libres d'attendre les confirmations de l'archologie hindoue1 gyptienne1 chaldenne1 assyrienne et persane1 qui1 sur ce point1 comme sur tant d'autres1 n'a pas dit son dernier mot4 ,,viii ,je sais bien que cette rvlation1 comme apparemment toutes celles qu'on pourra faire dans la suite des temps1 remonte et aboutit l'inconnaissable1 l'insoluble mystre de la divinit1 de l'tre ou de l'existence1 et forcment s'arrte net devant cet inconnaissable aussi impntrable1 aussi inattaquable qu'une falaise de toutes parts infinie et forme d'un seul bloc de diamant noir4 ,il n'y a rien faire1 il n'y a qu' s'arrter2 il n'y a pas essayer de la tourner1 de la prendre revers2 le revers1 si l'on pouvait l'atteindre1 tant ncessairement pareil l'avers1 attendu que l'inexistence de tout serait exactement aussi inexplicable1 aussi incomprhensible que son existence4 ,il est vrai que dans les replis secrets de la doctrine1 l',univers et tout ce qu'il renferme est appel ,maya1 c'est--dire l'illusion ternelle1 et qu'ainsi1 les deux mystres inconciliables s'unissent en un mystre plus haut dont l'intelligence de l'homme ne peut plus approcher4 ,au fond1 l'nigme primitive1 le mystre primordial n'tant pas clairci1 tout le reste n'claire que des degrs qui mnent de la connaissance relative l'ignorance absolue4 ,il est probable qu'il en sera de mme pour toutes les rvlations qui s'adressent l'intelligence de l'homme tant qu'il vivra sur cette plante2 car cette intelligence a des limites qu'aucun effort ne pourra reculer4 ,mais en attendant1 il est certain que ces degrs1 qui ne mnent rien1 l'ont nanmoins1 d'emble et ds les premiers jours1 conduite au plus haut point qu'elle ait atteint1 qu'elle puisse esprer d'atteindre4 ,l'explication la plus ancienne embrasse du premier coup tous les essais d'explications proposs jusqu'ici4 ,elle concilie le positivisme scientifique avec l'idalisme le plus transcendantal1 elle admet la matire et l'esprit1 elle accorde l'impulsion mcanique des atomes et des mondes avec leur direction intelligente4 ,elle nous donne une divinit inconditionne1 cause sans cause de toutes les causes1 digne de l'univers qu'elle est elle-mme et dont celles qui lui ont succd dans toutes nos religions ne sont que des membres pars1 mutils et mconnaissables4 ,elle nous offre enfin1 par sa loi de ,karma1 en vertu de laquelle chaque tre porte dans ses vies successives les consquences de ses actes et se purifie peu peu1 le principe moral le plus haut1 le plus juste1 le plus inattaquable1 le plus fcond1 le plus consolant1 le plus charg d'espoirs qu'il soit possible de proposer l'homme4 ,il semble que tout cela mrite qu'on l'examine1 qu'on la respecte et qu'on l'admire4 ,,ix ,cette admiration et ce respect n'empchent pas d'ailleurs que nous ne soyons libres de choisir1 de rejeter beaucoup de choses ou de les rserver en attendant d'autres clarts4 ,quand on nous dit1 par exemple1 que le ,cosmos est guid par une srie infinie de hirarchies d'tres sensibles1 ayant chacun une mission remplir et qui sont les agents des lois karmiques et cosmiques2 quand on ajoute que chacun de ces tres a t un homme dans un ,manvantara prcdent ou se prpare le devenir dans le ,manvantara actuel ou dans un ,manvantara futur1 qu'ils sont des hommes perfectionns ou des hommes naissants et que dans leurs sphres suprieures et moins matrielles1 ils ne diffrent moralement des tres humains terrestres qu'en ce qu'ils ne possdent pas le sentiment de la personnalit et de la nature motionnelle humaine2 quand on affirme enfin que ce que nous appelons la ,nature inconsciente est1 en ralit1 un ensemble de forces manipules par des tres semi-intelligents 7lmentals71 dirigs par les hauts esprits plantaires 7,dhyan-,chohans71 dont le total forme le ,verbe manifest du ,logos non manifest et constitue1 en mme temps1 l'intelligence de l'univers et sa loi immuable2 nous pouvons rendre hommage l'ingniosit de ces spculations comme celles de milliers d'autres qui peut-tre serrent la vrit de plus prs que nos meilleures et nos plus rcentes hypothses scientifiques2 nous sommes libres d'en prendre et d'en laisser ce qui nous plat4 ,tout cela1 je l'accorde1 n'est nullement prouv1 n'est vrifi ou ne sera vrifiable qu'en certains dtails1 tandis que les grandes lignes fondamentales chapperont probablement toujours au contrle de notre intelligence dsarme4 ,mais ce que nous devons1 je le rpte1 admirer sans rserve1 c'est le prodigieux difice spirituel qu'offre l'ensemble de cette rvlation1 l'immense effort intellectuel qui1 ds l'aube de l'humanit1 tenta de dbrouiller l'insondable chaos de l'origine1 de la structure1 de la marche1 de la direction et de la fin de l'univers1 et semble y avoir russi de faon telle que jusqu'ici on n'a rien trouv qui l'gale1 ne s'en inspire ou1 souvent son insu1 n'y retourne4 ,x ,je disais1 dans la premire partie de cette tude1 qu'une rvlation trop haute1 ft-elle incontestable1 n'aurait gure d'influence sur notre vie1 y transformerait peu de chose1 passerait trop loin de nous dans l'immensit de l'espace et ne descendrait pas dans notre pense et notre coeur4 ,en alla-t-il ainsi de celle dont nous parlons1 qui est la seule vraiment surhumaine et encore acceptable et presque inattaquable que nous ayons eue8 ,oui et non1 selon le point de vue o l'on se place4 ,tout ce qu'il y a en elle de trop grand1 except sa notion de l'ternit1 n'a pas rellement modifi nos ides1 n'a pas imprgn nos moeurs4 ,elle n'a mme pas atteint profondment les peuples qui nous l'ont transmise et qui1 renonant la comprendre1 l'ont transforme en un polythisme anthropomorphe1 barbare et monstrueux4 ,il en est peu prs de mme partout ailleurs4 ,toutes les religions1 du paganisme1 en passant par la ,chine et le ,japon1 la ,gaule et la ,germanie1 le ,mexique et le ,prou1 jusqu'au christianisme avec ses variantes et ses surgeons1 en sont issues2 mais toutes n'ont pu vivre et rgner sur les hommes1 qu'en la dfigurant1 en la mutilant1 en la rapetissant la plus petite taille des mes de leur temps1 en la rendant mconnaissable4 ,il est donc assez probable qu'il en irait pareillement de toute autre plus grande1 s'il tait possible1 et-elle tous les caractres d'une rvlation divine1 directe1 authentique1 indubitable1 irrfutable1 irrcusable2 en un mot1 de celle que nous attendons encore sans oser l'esprer4 ,,xvii ,,le ,,silence ,n,,cessaire ,les occultistes orientaux nous affirment que dans les solitudes de l',himalaya et du ,thibet1 vivent certains ,initis1 certains ,matres1 hritiers de la sagesse des ,fils de la ,lumire ou des ,sept ,primordiaux1 qui possdent les sept clefs qui permettent de comprendre les textes sacrs prhistoriques4 ,ils seraient les silencieux dpositaires du secret de forces intermolculaires ou interthriques1 l'aide desquelles des races d'tres qui prcdrent l'homme sur cette terre transportrent d'normes distances des monolithes de plus de cinq cent mille kilos1 qui n'ont aucun rapport avec les pierres qui les entourent1 et dont la disposition1 l'orientation1 astronomiquement rgle1 trahit videmment une intervention intelligente et mme trs savante4 ,ces monolithes sont parfois sculpts1 comme les fameux colosses de ,bamian1 dans l',asie centrale1 dont l'un a #fj mtres de haut2 ou comme les cinq cent cinquante monstres de l',ile de ,pques1 dans la ,polynsie1 qui1 pour le dire en passant1 demeurent une des plus insolubles1 des plus troublantes nigmes de ce monde4 ,tailles dans le basalte1 couches ou debout sur des plates-formes1 ces sculptures1 dont l'une a #bi mtres1 sont incontestablement les plus antiques effigies humaines qu'on puisse trouver sur notre globe4 ,les savants officiels leur reconnaissent une origine antdiluvienne1 tandis que les traditions sotriques y voient les portraits de gants de la dernire race atlantenne1 dgnre et sombre dans la sorcellerie1 peu avant la disparition du mystrieux continent dont l',ile de ,pques ne serait que l'un des plus hauts sommets qui mergent aujourd'hui des solitudes du ,pacifique4 ,j'ai en ce moment sous les yeux les photographies de quelques-uns de ces hallucinants colosses1 et je ne crois pas que dans nos plus lourds cauchemars il soit possible d'imaginer figures plus redoutables1 plus insensibles1 plus impassibles1 plus ternellement froces1 plus froidement hautaines1 plus impitoyablement ddaigneuses1 plus glacialement toutes-puissantes4 ,sont-ils ,slnites ou ,martiens1 avec leur bouche serre et implacable1 leurs yeux creux comme des abmes de maldictions1 ou protubrants et cercls de lunettes d'aviateur8 ,nullement simiesques1 comme on le pourrait croire1 ils reprsentent plutt des entits dmoniaques et abstraites1 tels que le ,mal1 l',inluctable et la ,fatalit4 ,ils semblent moins inhumains que pr- ou posthumains et rpondent effroyablement certains souvenirs ancestraux endormis au fond de nos moelles1 qui nous avertissent que de pareils visages ont irrcusablement exist4 99 99 99 99 99 ,mais revenons nos grands ,initis4 ,ils seraient1 parat-il1 dtenteurs de l'irrsistible et incommensurable force sidrale1 qui est celle qui soutient et dirige les mondes1 capable1 s'il en tait fait mauvais usage1 de dtruire en un instant toute l'espce humaine1 tout ce qui vit sur cette terre et la terre mme2 mais susceptible aussi1 si elle tait sagement domestique1 d'assurer l'homme une royaut dfinitive1 peut-tre l'accs d'autres toiles et1 en tout cas1 une puissance telle que l',age d',or qui exista jadis1 grce l'asservissement de cette force1 refleurirait sur notre plante4 ,il est possible1 et1 pour l'instant1 nous n'avons pas l'examiner4 ,mais que possdant1 transmis d',hirophante ,candidat1 ou1 comme ils disent1 de bouche oreille1 le secret de cette force et de beaucoup d'autres1 ils ne la livrent pas et ne la mettent point au service de l'humanit1 c'est le grand reproche que l'on fait aux occultistes2 et pour tous ceux qui ne savent pas que le but de l',initiation n'est pas la puissance et le bonheur matriels1 mais la sagesse1 l'volution et l'ascension de l'tre intrieur1 c'est la meilleure preuve qu'ils sont des mystificateurs et des imposteurs4 ,il se peut que1 mis au pied du mur1 ils se taisent parce qu'ils n'ont rien dire2 mais l'argument n'est pas aussi premptoire que le croient ceux qui s'en prvalent4 ,on le verra peut-tre avant peu4 ,il n'est1 en effet1 pas impossible que1 un jour1 un hasard de la science ne mette l'un ou l'autre de nos savants dans une situation analogue celle de ces ,matres ou de ces ,initis4 ,pour lui aussi se posera alors la terrible question du silence ncessaire4 ,nous venons de constater dans cette guerre l'usage insens et dmoniaque que l'homme a fait de certaines inventions4 ,qu'adviendra-t-il si on lui met entre les mains d'autres nergies bien plus formidables1 qu'on semble sur le point de dcouvrir et de librer8 ,il n'est pas prt pour en savoir plus qu'il n'en sait4 ,il y va du salut de l'espce4 ,l'humanit qui sort peine de l'enfance ou vient tout juste d'atteindre l'ge dangereux de l'adolescence 7elle aurait peu prs seize ou dix-sept ans d'aprs le paralllisme historique trs document et trs impressionnant du docteur ,jaworski71 l'humanit a dj dpass la limite des inventions qu'elle peut s'assimiler ou supporter sans pril de mort4 ,presque toutes1 partir de la domestication de la vapeur et de l'apprivoisement encore suspect de l'lectricit1 lui ont fait incomparablement plus de mal que de bien4 ,les explosifs1 par exemple1 qui l'ont aide construire quelques routes1--ce que les ,romains d'ailleurs faisaient aussi bien que nous1-- exploiter quelques mines1 percer quelques tunnels1 lui ont cot des millions de jeunes vies4 ,peut-tre est-il temps1 non pas d'arrter les recherches de la science1 mais de contrler ses dcouvertes et de rserver1 comme le firent sagement les occultistes1 une lite d',initis rigoureusement prouvs et lis par des serments inviolables1 le secret d'nergies trop dangereuses autour desquelles nous tournons1 qui vont se manifester et tomber dans le domaine public4 ,notre volution morale retarde de plusieurs sicles sur notre volution scientifique2 et il est plus que probable que celle-ci1 trop htive et trop intensive1 entrave regrettablement la premire4 ,il ne servira de rien d'aller en trois heures de ,paris ,pking1 de ,pking ,new-,york et de ,new-,york ,calcutta1 si ces voyages ritrs et miraculeux laissent l'arrive ceux qui les effectuent dans le mme tat d'me qu'au dpart4 ,nous nous trouvons tous plus ou moins dans la situation de la ,russie1 qui n'a pas eu l'esprit et le coeur assez solides et assez fermes pour porter ce que la tte avait trop rapidement et trop artificiellement emmagasin4 ,rien ne se rpand plus vite1 ne s'assimile plus facilement que les rsultats de la science2 rien1 au contraire1 n'est plus lent1 plus pnible1 plus prcaire que l'volution morale2 et cependant1 on s'en rend de mieux en mieux compte1 c'est uniquement de celle-ci que dpendent le bonheur et l'avenir de l'homme4 ,,xviii ,,karma ,i ,dpouill de ses innombrables et inextricables complications orientales1 qui rpondent peut-tre des ralits mais sont invrifiables1 ,karma1 l'infaillible ,loi de ,rtribution1 est en somme ce que nous appelons plus vaguement1 et sans trop y croire1 la ,justice immanente4 ,notre ,justice immanente est une ombre assez vaine4 ,elle se manifeste frquemment1 il est vrai1 la suite d'actes monstrueux1 de grands vices1 de grands forfaits1 de grandes iniquits2 mais nous avons rarement l'occasion de constater qu'elle agit dans les mille petites injustices1 cruauts1 dfaillances1 malhonntets1 infamies de l'existence habituelle1 quoique le poids total de ces mfaits mesquins1 mais incessants1 puisse tre plus lourd que celui du crime le plus retentissant4 ,en tout cas1 son action tant plus parse1 plus diffuse1 plus lente et plus souvent morale que matrielle1 chappe presque toujours notre observation2 et comme1 d'autre part1 elle semble s'arrter l'instant de la mort1 elle n'a presque jamais le temps d'exiger ce qui lui est d1 et1 gnralement1 arrive trop tard au chevet d'un malade ou d'un agonisant qui a perdu conscience ou n'a plus le loisir d'expier4 ,karma est donc1 si l'on veut1 la ,justice immanente2 seulement1 ce n'est plus une desse inconstante1 inconsistante1 incohrente1 impuissante1 erratique1 capricieuse1 inexacte1 oublieuse1 timide1 inattentive1 endormie1 vasive1 insaisissable et borne par la tombe1 mais un ,dieu norme et invitable comme le ,destin1 un ,dieu qui bouche toutes les issues1 tous les horizons1 tous les interstices de toutes les existences1 omniprsent1 omniscient1 omnipotent1 infaillible1 impassible et incorruptible4 ,il est en nous comme nous sommes en lui4 ,il est nous-mmes4 ,il est plus que nous3 il est ce que nous sommes1 tout en tant encore ce que nous fmes et dj ce que nous deviendrons4 ,nous sommes petits1 vanescents et phmres2 il est grand1 imperturbable1 inbranlable1 ternel4 ,rien ne lui chappe de ce qui nous chappe et sans doute nous chappera toujours par del la tombe4 ,pas une action1 pas une vellit1 pas une pense1 pas l'ombre d'une intention1 qui ne soit pese plus rigoureusement qu'elle ne l'tait par les quarante-deux juges posthumes qui attendaient l'me sur l'autre rivage dont parle l'un des plus anciens textes de ce monde3 le ,livre des ,morts gyptien4 ,tout est enregistr1 dat1 estim1 vrifi1 class1 mis au compte du doit ou de l'avoir1 de la rcompense ou de l'expiation1 au rpertoire immense et ternel des clichs astraux4 ,il ne peut rien ignorer puisqu'il a pris part tout ce qu'il juge2 et il ne nous juge point du fond de notre ignorance prsente1 mais du haut de tout ce que nous apprendrons beaucoup plus tard4 ,il n'est pas seulement notre intelligence et notre conscience d'aujourd'hui qui s'veillent peine et ne comptent plus leurs erreurs2 il est ds maintenant1 dj vivantes en nous quoique inactives1 impuissantes1 muettes et aveugles1 notre intelligence et notre conscience venir1 alors qu'elles auront atteint1 dans la suite des sicles1 des volutions1 des expiations et des ascensions innombrables1 les derniers sommets de la ,sagesse et de la ,clairvoyance4 ,a l'heure de notre mort1 le compte semble clos2 mais il dort simplement et nous ressaisira4 ,nous sommeillerons peut-tre des centaines1 voire des milliers d'annes en ,dvachan1 c'est--dire en l'tat d'inconscience qui prpare une incarnation nouvelle2 mais au rveil1 nous retrouverons1 irrvocablement totaliss1 l'actif et le passif2 et notre ,karma prolongera simplement la vie que nous avons quitte4 ,il continuera d'y tre nous-mmes et d'y assister l'panouissement des consquences de nos fautes et de nos mrites et d'y voir ensuite fructifier d'autres causes en d'autres effets1 jusqu' la consommation des temps o toute pense ne sur cette terre finit par le perdre de vue4 ,,ii ,karma1 on le voit1 est1 en somme1 l'entit immortelle que l'homme forme par ses actes et ses penses et qui le suit ou plutt l'enveloppe et l'absorbe travers ses vies successives et se modifie comme il se modifie sans cesse1 mais en conservant toutes les empreintes antrieures4 ,les penses1 dit trs justement la doctrine1 construisent le caractre1 les actions font l'entourage4 ,ce que l'homme a pens1 il l'est devenu2 ses qualits1 ses dons naturels s'attachent lui comme les rsultats de ses ides4 ,il est1 en toute vrit1 cr par lui-mme4 ,il est1 dans le sens le plus complet du mot1 responsable de tout ce qu'il est4 ,il se trouve envelopp dans le filet de tout ce qu'il a fait4 ,il ne peut ni dfaire ni dtruire le pass2 mais1 autant que les effets en sont encore venir1 il lui est possible de modifier ceux-ci ou de les retourner par des forces nouvelles4 ,rien ne peut le toucher qu'il n'ait mis en mouvement1 aucun mal ne peut lui tre fait qu'il ne l'ait mrit4 ,dans le droulement infini des ternits1 il ne rencontrera jamais d'autre juge que lui-mme4 ,,iii ,il est certain que l'ide de ce juge suprme qui est la conscience sans rupture travers les sicles et les millnaires1 qui est chacun de nous de plus en plus clair1 de plus en plus incorruptible et infaillible1 mne la morale la plus leve1 la plus sincre et la plus pure qu'il soit possible de concevoir et de sanctionner ici-bas4 ,le juge et l'accus ne se trouvent pas face face1 ils sont l'un dans l'autre et ne forment qu'une seule et mme personne4 ,ils ne peuvent rien se cacher et ont tous deux le mme intrt urgent dcouvrir la moindre faute1 l'ombre la plus lgre et se purifier le plus promptement1 le plus compltement possible pour mettre un terme aux rincarnations et vivre enfin dans l'tre unique4 ,les meilleurs1 les plus saints sont prs d'y parvenir ds cette existence2 mais dtachs de tout1 il ne cessent d'agir pour le bien de tous1 car dj ils se sentent tout4 ,ils vont plus loin que le mystique chrtien qui attend une rcompense du dehors2 ils sont leur propre rcompense4 ,ils vont plus loin que ,marc-,aurle1 le grand dsenchant1 qui continue d'agir sans esprer que son action puisse profiter aux autres2 ils savent que rien n'est inutile1 que rien ne peut se perdre2 c'est quand ils n'ont plus aucun besoin qu'ils travaillent avec la plus sereine ardeur4 ,au rebours de ce qu'on croit trop gnralement1 cette morale1 qui conduit au repos absolu1 prconise l'activit4 coutez ce sujet les grands enseignements du ,bhagavad ,gita1 le ,chant du ,seigneur1 qui est peut-tre1 comme le pensent1 non sans raison1 ses traducteurs1 le plus beau1 c'est--dire le plus haut livre qui soit actuellement connu3 ,notre affaire n'est que l'action1 et jamais son fruit4 ,ceux-l sont plaindre qui travaillent pour le fruit4 ,il faut accomplir l'action en communion avec le divin1 c'est--dire en visant le ,soi partout1 en renonant tout attachement aux choses1 galement balanc entre le succs et le revers4 ,ce n'est pas en s'abstenant d'agir qu'on se libre de l'activit ncessaire1 ni en renonant simplement l'action qu'on s'lve la perfection4 ,il faut accomplir l'action qui convient1 parce que l'action est suprieure l'inaction et qu'en restant inactif on ne maintiendrait mme pas l'existence du corps4 ,le monde est soutenu par toute action qui n'a que le sacrifice1 c'est--dire le don volontaire de soi1 pour objet2 c'est dans ce don volontaire1 sans attachement aux formes que l'homme doit accomplir l'action4 ,il faut accomplir l'action seule fin de servir les autres4 ,celui qui voit l'inaction dans l'action et l'action dans l'inaction1 est un sage parmi les hommes2 il est harmonis aux vrais principes1 quelque action qu'il fasse4 ,un tel homme1 ayant abandonn tout attachement au fruit de l'action1 toujours content1 ne dpendant de personne1 bien que faisant des actions1 est comme s'il n'en faisait pas4 ,le ,sage1 donc1 heureux de tout ce qui lui advient1 libr des contraires1 sans envie1 gal dans le plaisir et dans la peine1 dans le succs et l'insuccs1 peut agir sans tre li2 parce que n'tant plus attach quoi que ce soit1 toutes ses penses empreintes de sagesse et tous ses actes faits de sacrifices sont comme vapors444 ,n'oublions pas que ceci1 qui fait partie du ,mahabharata1 le plus gigantesque pome de la terre1 fut crit il y a quatre ou cinq mille ans4 ,,iv ,quelle que soit la plausibilit de la doctrine ou de la rvlation1 il est incontestable que cette morale et cette justification de la justice est la plus antique en mme temps que la plus belle et la plus rassurante que l'homme ait imagine4 ,mais elle est fonde sur un postulat que nous sommes peut-tre trop enclins refuser aveuglment4 ,elle demande1 en effet1 qu'on admette avant tout que notre existence ne finisse pas l'heure de notre mort et que l'esprit ou le souffle vital1 qui ne prit point1 cherche un asile et reparaisse en d'autres corps4 ,au premier moment1 le postulat semble norme1 inacceptable2 mais1 l'examiner de plus prs1 son aspect devient beaucoup moins trange1 moins arbitraire et moins draisonnable4 ,il est d'abord certain que si tout se transforme1 rien ne prit ou n'est ananti dans un univers qui n'a pas de nant et o le nant seul demeure absolument inconcevable4 ,ce que nous appelons nant ne saurait donc tre qu'un autre mode d'existence1 de persistance et de vie2 et si l'on ne peut admettre que le corps qui n'est que matire1 soit ananti dans sa substance1 il est non moins difficile d'accepter que1 s'il tait anim par un esprit1--ce qu'il n'est gure possible de contester1--cet esprit disparaisse sans laisser aucune trace4 ,voil le premier point du postulat1 et le plus important1 ncessairement accord4 ,reste le second3 les rincarnations successives4 ,ici1 il est vrai1 nous n'avons que des hypothses et des probabilits4 ,il faut bien que cet esprit1 cette me1 ce principe ou ce souffle de vie1 cette pense1 cette substance immatrielle1 peu importe le nom qu'on lui donne1 s'en aille ou rside quelque part1 fasse ou devienne quelque chose4 ,il peut errer dans l'infini de l'espace et du temps1 s'y dissoudre1 s'y perdre et y disparatre1 ou du moins s'y mler1 s'y confondre avec ce qu'il y rencontre et finalement tre absorb dans l'immense nergie spirituelle ou vitale qui parat animer l'univers4 ,mais de toutes les hypothses1 la moins vraisemblable n'est pas celle qui nous dit qu'au sortir d'un corps devenu inhabitable1 au lieu de s'vader et s'garer dans l'illimit qui l'pouvante1 il cherche autour de soi un sjour analogue celui qu'il vient de quitter4 videmment1 ce n'est qu'une hypothse2 mais1 dans notre ignorance totale et terrible1 elle se prsente avant toute autre4 ,nous n'avons pour l'appuyer que la plus ancienne tradition de l'humanit1 une tradition peut-tre prhumaine et en tout cas tout fait gnrale2 et l'exprience tend dmontrer qu'au fond de ces traditions et de ces consentements universels1 il y a presque toujours une grande vrit et qu'il convient de leur accorder plus d'importance et de valeur qu'on ne l'a fait jusqu'ici4 ,v ,quant aux preuves1 ou plutt aux prodromes de commencements de preuve1 on n'a gure que les expriences du colonel de ,rochas qui1 au moyen de passes magntiques1 est parvenu faire remonter quelques mdiums exceptionnels1 non seulement tout le cours de leur existence actuelle1 jusqu' leur petite enfance1 mais encore celui d'un certain nombre d'existences antrieures4 ,il est incontestable que ces expriences trs srieuses1 trs scientifiquement conduites1 sont fort troublantes2 mais le danger de la suggestion inconsciente ou de la tlpathie n'en est pas et sans doute n'en sera jamais suffisamment cart pour qu'elles deviennent rellement probantes4 ,on trouve encore1 dans le mme ordre d'ides1 certains cas de rincarnation1 comme celui d'une des fillettes du docteur ,samona1 relat dans le numro de juillet #aiac des ,annales des ,sciences psychiques4 ,ce cas1 presque indubitable1 est trs curieux2 mais s'il n'est pas unique1 ceux qui s'en rapprochent sont trop rares pour qu'on en puisse faire tat4 ,restent enfin ce qu'on appelle les rminiscences prnatales4 ,il arrive assez souvent qu'un homme transport dans un pays inconnu1 dans une ville1 un palais1 une glise1 une maison1 un jardin qu'il n'avait jamais visits1 y prouve l'trange et trs nette impression du dj vu4 ,il lui semble tout coup que ces paysages1 ces votes1 ces salles1 jusqu'aux meubles1 aux tableaux qu'il y rencontre1 lui sont familiers et qu'il en reconnat tous les atres1 tous les recoins1 tous les dtails4 ,qui de nous1 ne ft-ce qu'une fois dans sa vie1 n'a vaguement prouv une impression analogue8 ,mais souvent les rminiscences sont si nettes que celui1 en qui elles se rveillent1 peut servir de guide dans la maison ou le parc qu'il n'avait jamais parcouru et dcrire d'avance ce qu'on trouvera dans telle pice ou au dtour de telle alle4 ,est-ce rellement souvenir d'existences antrieures1 phnomne tlpathique ou mmoire ancestrale et hrditaire8 ,la mme question se pose au sujet de certaines aptitudes ou facults innes1 en vertu desquelles on voit des enfants de gnie1 musiciens1 peintres1 mathmaticiens ou simples artisans1 connatre d'emble presque tous les secrets de leur art ou de leur mtier avant de les avoir appris4 ,qui oserait en dcider8 ,voil peu prs tout ce qu'on peut invoquer en faveur de la rincarnation4 ,ce n'est pas suffisant pour emporter la balance4 ,mais toutes les autres suppositions1 thories ou religions1 hors le spiritisme1 qui du reste s'accorde parfaitement avec les existences successives1 ont de moins solides tais et mme1 dire le vrai1 n'en possdent point du tout4 ,ils auraient donc mauvaise grce de reprocher celle que nous examinons la fragilit de ses arguments4 ,encore une fois1 qu'il serait souhaitable que tout cela ft vrai6 ,il n'y aurait plus d'incertitudes morales1 plus d'inquitude de la justice4 ,et c'est si beau1 si parfait1 que c'est peut-tre rel4 ,un tel rve1 fait depuis si longtemps1 depuis l'origine du monde1 par tant de milliards d'hommes et qui1 malgr des dformations nombreuses et profondes1 fut en somme l'unique rve de l'humanit1 il est bien difficile d'admettre que d'un bout l'autre il soit faux4 ,il n'est pas possible d'tablir qu'il est fond2 mais au rebours de la plupart des religions qui en drivent1 il n'est pas possible non plus de dmontrer qu'il est imaginaire et fabriqu de toutes pices2 et1 dans le doute1 pourquoi ne serait-il pas permis la raison qu'il ne froisse jamais1 de l'accepter1 et au coeur d'esprer et d'agir comme s'il tait vrai1 en attendant que la science le confirme ou l'infirme ou nous en donne un autre qu'elle ne sera peut-tre jamais mme d'laborer8 ,ce qui rebute d'abord beaucoup de ceux qui l'tudient1 c'est l'affirmation trop assure et arbitraire de mille petits dtails1 interpolations probables1 comme en toutes religions1 d'esprits infrieurs anims d'un zle troit et maladroit4 ,mais ces dtails1 regards d'un peu haut1 n'altrent en rien les grandes lignes qui demeurent incommensurables1 admirables et pures4 ,,vi ,du reste1 que la rincarnation soit admise ou rejete1 il y a srement survivance1 puisque la mort et le nant ne se peuvent concevoir3 et tout se rduit une fois de plus au problme de l'identit continue4 ,mme dans la rincarnation1 cette identit1 notre point de vue actuel et born1 n'aurait qu'un intrt relatif1 attendu que toute mmoire des existences antrieures tant abolie1 elle nous chapperait forcment4 ,demandons-nous1 au surplus1 si cette question de la personnalit sans solution de continuit a rellement l'importance que nous y attachons2 et si cette importance n'est pas une erreur1 un aveuglement passagers de notre gosme1 de notre intelligence terrestres4 ,toujours est-il que nous l'interrompons et la perdons chaque nuit sans nous en inquiter4 ,il nous suffit d'tre assur que nous la retrouverons au rveil pour nous tranquilliser4 ,mais supposons que ce ne soit pas le cas et qu'un soir on nous avertisse que nous ne la rcuprerons point1 qu'au matin suivant nous aurons oubli toute notre existence passe et recommencerons une vie nouvelle sans aucun souvenir qui nous rattache l'ancienne4 ,aurions-nous la mme pouvante1 le mme dsespoir que si nous avions t prvenu que nous ne nous rveillerions point et serions prcipit dans la mort8 ,je ne le crois pas1 je pense mme que nous en prendrions assez allgrement notre parti4 ,peu nous chaudrait que nous eussions perdre la mmoire d'un pass1 ml comme tous les passs1 de plus de maux que de biens1 pourvu que la vie continut4 ,ce ne serait plus notre vie1 elle n'aurait plus rien de commun avec celle de la veille2 nanmoins nous ne croirions pas la perdre et nous garderions je ne sais quel espoir de retrouver ou de reconnatre quelque chose de nous-mme dans l'existence venir4 ,nous aurions soin de prparer celle-ci1 de la mettre l'abri du malheur et de la misre1 de la rendre d'avance aussi agrable1 aussi heureuse que possible4 ,il pourrait1 il devrait en tre de mme1 non seulement si nous croyons la rincarnation1 parce que le cas serait peu prs identique1 mais encore si nous n'y croyons pas1 puisqu'une survivance quelconque est presque certaine et que l'anantissement total est rellement inconcevable4 ,,vii ,peut-tre1 avec un peu de courage et de bonne volont1 nous serait-il possible1 ds cette existence1 de regarder plus haut et plus loin1 de dpouiller un instant cet troit et morne gosme qui ramne tout soi1 de nous dire que l'intelligence ou le bien que nos penses et nos efforts rpandent dans des sphres spirituelles n'est pas entirement perdu1 mme quand il n'est pas certain que le petit noyau de mesquines habitudes et de mdiocres souvenirs que nous sommes en jouisse exclusivement4 ,si les bonnes actions que nous avons faites1 les intentions ou les penses hautes ou simplement honntes que nous avons eues1 s'attachent et profitent une existence o nous ne reconnatrons pas la ntre1 ce n'est pas une raison suffisante pour les estimer inutiles et leur dnier toute valeur4 ,il est bon de nous rappeler parfois que nous ne sommes rien si nous ne sommes tout1 et d'apprendre ds maintenant nous intresser quelque chose qui ne soit pas uniquement nous-mme et vivre dj de la vie plus vaste1 moins personnelle1 moins goste qui bientt1 et sans aucun doute1 quelle que soit notre foi1 sera notre vie ternelle1 la seule qui compte et la seule laquelle il soit sage de nous prparer4 ,,viii ,si l'on n'admet pas la rincarnation1 ,karma n'en subsiste pas moins2 un ,karma mutil1 il est vrai1 court1 sans ampleur1 dont l'horizon est born par la mort1 qui commence sa besogne et fait de son mieux dans le peu de temps qu'il a devant soi2 mais moins ngligeable1 moins impuissant1 inactif et dsarm qu'on ne croit4 ,en agissant dans son troite sphre1 il nous donne une ide assez exacte1 bien que fort incomplte de ce qu'il ferait dans la grande que nous lui refusons4 ,mais ceci nous ramnerait la question trs discutable de la justice en ce monde4 ,elle est peu prs insoluble1 parce que ses oprations dcisives1 tant intrieures et secrtes1 chappent l'observation4 ,aprs bien d'autres qui du reste l'avaient fait mieux que moi1 j'en ai parl ailleurs1 notamment dans ,sagesse et ,destine et dans le ,mystre de la ,justice2 mais1 comme dirait la sultane ,schhrazade1 il n'y a pas d'utilit le rpter4 ,,ix ,revenons donc au ,karma proprement dit1 au ,karma idal4 ,il rcompense le bien et punit le mal dans la suite infinie de nos vies4 ,mais d'abord1 se demandera-t-on1 qu'est-ce que ce bien1 qu'est-ce que ce mal1 qu'est-ce que la pire ou la meilleure de nos petites penses1 de nos petites intentions1 de nos petites actions phmres1 au regard de l'immensit sans bornes du temps et de l'espace8 ,n'y a-t-il point disproportion absurde entre l'normit du salaire ou du chtiment et l'exigut de la faute ou du mrite8 ,pourquoi mler les mondes1 les ternits et les dieux des choses qui1 monstrueuses ou admirables d'abord1 ne tardent pas1 mme dans les drisoires limites de notre vie1 perdre peu peu toute l'importance que nous leur accordions1 s'effacer1 disparatre dans l'oubli8 ,il est vrai1 mais il faut bien parler des choses humaines en tres humains et l'chelle humaine4 ,ce que nous appelons mal ou bien1 est ce qui nous fait du mal ou du bien1 ce qui nuit ou profite nous-mme ou aux autres2 et tant que nous vivrons sur cette terre1 peine de disparatre1 il nous faudra bien y attacher une importance qu'en eux-mmes ils n'ont point4 ,les plus hautes religions1 les plus altires spculations mtaphysiques1 ds qu'il s'agit de morale1 d'volution et d'avenir humains1 furent toujours obliges de se rduire aux proportions humaines1 de devenir anthropomorphes4 ,il y a l une ncessit irrductible1 en vertu de laquelle1 malgr les horizons qui tentent de toutes parts1 il convient de borner ses penses et ses regards4 ,x ,bornons-les donc et demandons-nous encore1 en demeurant cette fois dans notre sphre1 ce qu'est en somme ce mal que punit ,karma8 ,si l'on va tout au fond des choses1 le mal provient toujours d'un dfaut d'intelligence1 d'un jugement erron1 incomplet1 obscurci ou born de notre gosme qui ne nous fait voir que les avantages prochains ou immdiats d'un acte nuisible nous-mme ou aux autres1 en nous cachant les consquences lointaines mais invitables qu'un tel acte finit toujours par engendrer4 ,toute l'thique1 en dernire analyse1 ne repose que sur l'intelligence2 et ce que nous appelons coeur1 sentiments1 caractre1 n'est en fait que de l'intelligence accumule1 cristallise1 acquise ou hrite1 devenue plus ou moins inconsciente et transforme en habitudes ou en instincts4 ,le mal que nous faisons1 nous ne le faisons que par un gosme qui se trompe1 qui voit trop prs de soi les limites de son tre4 ,ds que l'intelligence lve le point de vue de cet gosme1 les limites s'tendent1 s'largissent1 finissent par disparatre4 ,le terrible1 l'insatiable moi qui nous cache la face de l'abme perd son centre d'attraction et d'avidit1 se reconnat1 se retrouve et s'aime en toutes choses4 ,ne croyons pas aveuglment l'intelligence des mchants qui russissent1 au bonheur dans le crime4 ,il faudrait voir l'envers1 c'est--dire la ralit souvent affreuse de ces succs2 et puis1 cette intelligence1 sous forme d'habilet1 de ruse1 de dloyaut1 est de l'intelligence spcialise1 canalise dans un troit circuit et1 comme un jet d'eau trangl1 trs puissante sur un point2 mais non pas de l'intelligence vritable et gnrale1 large et gnreuse4 ,ds que s'ouvre celle-ci1 il y a ncessairement honntet1 justice1 indulgence1 amour et bont1 parce qu'il y a horizon1 altitude1 expansion1 plnitude2 parce qu'il y a connaissance instinctive ou consciente des proportions humaines1 de l'ternit de l'existence et de la brivet de la vie1 de la situation de l'homme dans l'univers1 des mystres qui l'enveloppent et des liens secrets qui le rattachent tout ce qu'on voit comme tout ce qu'on ne voit pas sur la terre et dans les cieux4 ,,xi ,karma punirait donc le dfaut d'intelligence8 ,et d'abord pourquoi pas8 ,c'est le seul mal rel sur cette terre2 et si tous les hommes taient souverainement intelligents1 il n'y aurait plus de malheureux4 ,mais o serait la justice8 ,nous possdons l'intelligence que la nature nous a donne2 c'est elle et non point nous qui devrait tre responsable4 ,entendons-nous4 ,karma ne punit pas proprement parler2 il nous met simplement1 aprs nos existences et nos sommeils successifs1 au plan o notre intelligence nous avait laisss1 entours de nos actes et de nos penses4 ,il constate et enregistre4 ,il nous prend tels que nous nous sommes faits1 nous donne l'occasion de nous refaire1 d'acqurir ce qui nous manque et de nous lever aussi haut que les plus hauts4 ,nous nous lverons forcment1 mais la lenteur ou la rapidit de notre ascension ne dpend que de nous4 ,en fin de compte1 l'injustice apparente qui accorde aux uns plus d'intelligence qu'aux autres1 n'est qu'une question de date1 une loi de croissance1 d'volution1 qui est la loi fondamentale de toutes les vies que nous connaissons1 depuis l'infusoire jusqu'aux astres4 ,nous ne pourrions nous plaindre que d'tre venus plus tard que les autres2 mais les autres leur tour1 avec plus de raison1 pourraient se plaindre d'avoir t appels trop tt1 de n'avoir pu profiter tout de suite de tout ce qui depuis leur naissance fut acquis4 ,il et donc fallu1 pour viter nos rcriminations1 que d'emble nous fussions tous sur le mme plan1 que nous fussions tous ns en mme temps4 ,mais alors1 l'univers et t parfait1 complet1 immuable2 immobile depuis le premier moment de son existence et de la ntre4 ,c'et peut-tre t prfrable1 mais il n'en est pas1 il n'est sans doute pas possible qu'il en soit ainsi2 en tout cas1 aucune mtaphysique1 aucune religion1 pas mme la premire1 la plus grande1 la plus haute1 mre de toutes les autres1 n'a eu l'ide d'carter l'indiscutable1 l'indubitable loi du mouvement infini1 de l'ternel devenir2 et il faut convenir que tout semble lui donner raison4 ,il est probable que rien ne serait s'il en tait autrement2 et que quelque chose ne peut tre qu' condition de devenir meilleur ou pire1 de monter ou de descendre1 de se composer pour se dcomposer et se recomposer1 et que le mouvement est plus essentiel que l'tre ou la substance4 ,il en est ainsi parce qu'il en est ainsi4 ,il n'y a rien faire1 rien dire1 il n'y a qu' constater4 ,nous sommes dans un monde o la matire prirait et disparatrait plutt que le mouvement2 ou plutt o matire1 espace1 dure1 existence et mouvement ne sont qu'une seule et mme chose4 ,,xii ,mais nous vivons aussi dans un monde o notre raison ne rencontre que l'impossible1 l'insoluble et l'incomprhensible4 ,les interprtations suprmes ne font que dplacer l'nigme1 pour nous permettre d'entrevoir de plus haut l'immensit sans bornes o nous nous dbattons4 ,donc1 ct des explications puriles1 qu' la suite de dformations successives toutes les religions ont tires de la religion source1 trois hypothses finales s'offrent notre choix3 d'une part1 le nant1 l'inertie et la mort absolus qui sont inconcevables2 d'une autre1 le hasard et ses ternels recommencements sans modifications1 sans espoir1 sans but et sans fin1 ou qui1 s'ils mnent quelque chose1 mneraient soit l'anantissement inconcevable1 soit la troisime hypothse2 le meilleur devenir infini1 jusqu' l'absorption totale dans l'imperfectible1 l'immuable1 l'immobile qui1 comme je l'ai dit ailleurs1 devrait dj avoir eu lieu dans l'ternit qui nous prcde1 attendu qu'il n'y a aucune raison pour que ce qui n'a pu se faire dans cette ternit se puisse faire dans l'ternit venir1 laquelle n'est pas plus infinie1 n'a pas plus d'tendue1 n'offre pas plus de chances et n'est pas d'une autre nature que l'ternit passe4 99 99 99 99 99 ,la religion mre elle-mme1 la seule qui soit encore acceptable1 rende compte de tout et qui ait tout prvu1 ne sort pas de cette dernire impasse en tendant des milliards d'annes la dure d'un jour de ,brahma1 c'est--dire la priode d'volution1 d'expiration1 d'extriorisation et d'activit1 et un nombre gal de milliards d'annes la dure d'une nuit de ce dieu1 c'est--dire la priode d'involution1 d'inspiration1 d'intriorisation1 de sommeil ou d'inertie1 pendant laquelle tout est rabsorb dans la divinit ou l'unique absolu4 ,elle n'en sort pas davantage en multipliant ensuite ces jours et ces nuits par cent annes qui forment une vie et cette vie par cent vies qui mnent des chiffres qui ne sont plus exprimables2 aprs quoi1 un autre univers recommence4 ,il y aurait donc galement ici ou recommencement ternel sans espoir et sans but1 ou1 si progression il y a1 perfection finale et immobilit qui devraient dj tre atteintes4 ,que chacun tire de tout ceci les conclusions qu'il voudra1 qu'il pourra1 ou s'incline1 une fois de plus1 en silence1 devant l',inconnaissable4 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,pages4 ,i4--,la puissance des morts #a ,,ii4--,messages d'outre-tombe #aa ,,iii4--,les mauvaises nouvelles #bg ,,iv4--,l'me des peuples #cg ,v4--,les mres #dg ,,vi4--,trois hros inconnus #ec ,,vii4--,beauts perdues #ga ,,viii4--,le monde des insectes #ha ,,ix4--,la mdisance #aag ,x4--,le jeu #abe ,m,,ditations ,,xi4--,l'nigme du progrs #aei ,,xii4--,les deux lobes #agc ,,xiii4--,espoir et dsespoir #ahc ,,xiv4--,macrocosme et microcosme #aia ,,xv4--,l'hrdit et la prexistence #bjc ,,xvi4--,la grande rvlation #bag ,,xvii4--,le silence ncessaire #bfc ,,xviii4--,karma #bga ,b--#aadd4--,l4-,imp4 run41 #g1 rue ,st-,benot1 ,paris4