,,les ,,dieux ,,et ,,les ,,demi-,,dieux ,,de ,,la ,,peinture ,,par ,,mm4 ,,th,,ophile ,,gautier1 ,,ars,,ne ,,houssaye ,,et ,,paul ,,de ,,saint-,,victor ,,illustrations ,,par ,m4 ,,calamatta ,,paris ,,morizot1 ,,libraire-,,diteur ,,rua ,,pav,e ,,saint-,,andr-,,des-,,arts1 #e #ahfd ,figure #a3 ,lda4 ,lonard de ,vinci ,,table ,introduction ,lonard de ,vinci ,fr ,giovanni da ,fiesole ,hemling ,raphal ,corrge ,michel-,ange ,giorgione ,titien ,paul ,vronse ,holbein ,rubens ,van ,dyck ,rembrandt ,don ,diego ,velasquez de ,silva ,esteban ,bartolome ,murillo ,nicolas ,poussin ,eustache ,le ,sueur ,david ,prudhon ,eugne ,delacroix ,sir ,joshua ,reynolds ,william ,hogarth ,,introduction ,ce livre n'est pas une histoire complte de l'art1--aucune histoire n'est complte1--chacun des noms illustres qui en remplissent les pages et ncessit un gros volume4 ,on a voulu seulement dresser un trne d'or aux douze grands dieux1 aux olympiens de la peinture et sur les marches d'ivoire de ces trnes1 poser un degr plus ou moins lev les demi-dieux qui mritent d'tre admis dans ce ciel d'un azur lumineux4 ,tous ont cherch le beau et l'ont trouv par des routes diverses2 peut-tre nul d'entre eux1 si grand qu'il soit1 n'a donn son rve tout entier1 car devant les efforts de l'artiste1 l'idal recule jusque dans l'absolu4 ,si l'idal n'tait pas au-dessus de toute ralisation1 il cesserait d'tre l'idal et de luire comme une toile au bout de cette perspective sans fin qu'on n'atteindra pas plus qu'on ne soulvera le voile sacr d',isis3 c'est l prcisment ce qui fait la gloire et la supriorit de l'art2 derrire ses types les plus purs1 les plus nobles1 les plus divins on sent un type plus pur1 plus noble1 plus divin encore qui se fait deviner comme un visage rayonnant travers la demi-transparence d'un voile4 ,la forme montre et cache la fois l'ide1 quelque perfection qu'elle atteigne2 elle a ses bonheurs et ses trahisons1 elle a aussi ses impossibilits4 ,pour s'lever l'expression du beau1 elle ne possde que les lignes et les couleurs fournies par la nature1 car l'invention d'une forme mme dans la chimre ne saurait se concevoir4 ,c'est donc la figure de l'homme1 qui est l'univers arriv se comprendre1 dont l'art se servira pour formuler son concept1 en relevant1 en l'purant1 en la dgageant de l'accidentel et du particulier4 ,les ,grecs l'avaient divinise avec leur religion anthropomorphique4 ,venus au monde1 dans la jeunesse de l'humanit1 en pleine fracheur et en pleine lumire1 eux-mmes beaux1 intelligents1 sereins1 ils s'taient approchs du type suprme dont ils taient voisins encore4 ,leur posie1 leur architecture1 leur statuaire1 sont restes les plus brillants tmoignages du gnie humain4 ,il devait en tre de mme de leur peinture dont malheureusement les sicles jaloux ont effac jusqu'au plus lger vestige4 ,sans nul doute ,apelles galait ,phidias4 ,puis vinrent les cataclysmes de la barbarie et les tnbres profondes du moyen ge1 et l'ide du beau se perdit pour reparatre la ,renaissance1 cette seconde aurore du monde avec les manuscrits grecs et les marbres antiques retrouvs sous les dcombres des civilisations ensevelies4 ,du premier coup1 le grand ,lonard de ,vinci rinventa tous les arts perdus et cra une formule du beau si rare1 si exquise1 si parfaite qu'on ne l'a jamais dpasse4 ,michel-,ange sans connatre ,phidias1 dont pourtant les chefs-d'uvre existaient intacts encore sur les frontons d',ictinus1 sut tre aussi grand que lui et mit le beau dans le terrible4 ,raphal1 baptisant l'art grec1 ressuscita1 avec ses madones1 la ,vnus de ,clomne plus belle et toujours vierge2 ,corrge fit sourire l'idal et le baigna mystrieusement dans les transparences argentes de son clair-obscur1 ,titien le dora de sa couleur d'ambre1 ,rubens l'empourpra de ses tons flamboyants1 ,paul ,vronse l'habilla de ses riches brocarts ramags1 ,rembrandt l'entoura de ses ombres fauves et le fit briller comme un microcosme1 au fond de ses tnbres magiques1 ,van ,dyck lui prta une lgance aristocratique1 ,poussin lui donna la philosophie1 ,le ,sueur la grce tendre et la mlancolie religieuse1 ,david la rigueur classique1 ,prudhon le charme voluptueux1 ,reynolds le satin et la fracheur de la sant anglaise1 ,hogarth infidle ses thories sur la ligne courbe1 la roideur puritaine et britannique trop proccupe de morale4 ,chaque pays1 depuis cette glorieuse poque1 tendit toujours vers ce noble but4 ,en ,espagne1 ,velasquez1 par le caractre1 dgagea le beau du rel2 ,murillo l'aperut dans une vision cleste et osa le faire descendre sur la terre4 ,bien avant1 l',ange de ,fiesole l'avait dessin sur le fond d'or de l'art gothique2 ,holbein l'avait fix par son dessin d'une exactitude si nave et si savante1 ,hemling l'enluminait de ses tons fins et purs dans ses tableaux pieusement lgendaires4 ,tous ces grands artistes ont reprsent une face de l'idal que nul ne peut voir tout entier1 et cela suffit leur gloire4 ,d'autres points de vue se rvleront peut-tre avec le temps1 et le beau de l'avenir se fera entrevoir sous d'autres masques1 dposs tour tour2 car il faut l'treindre comme ,prote d'une treinte bien vigoureuse1 pour le forcer se montrer sous sa vritable forme4 ,aprs une longue lutte1 parfois le gnie vient bout de dompter ce fuyant adversaire4 ,il court son chevalet1 il saisit sa palette1 il regarde1 mais dj le modle a disparu4 ,heureusement il parvient en esquisser de mmoire quelques traits sur la toile1 et les sicles tonns admirent cette glorieuse image qui n'est pourtant qu'une ombre et qu'un reflet4 ,dans ce livre1 on a essay par une figure choisie1 qui accompagne chaque lgende de peintre1 d'exprimer et de rsumer l'idal qu'il poursuivait1 la forme favorite o sa pense et son amour s'incarnaient le plus frquemment1 et qui fait reconnatre son uvre1 comme une tte grave sur l'onyx d'un cachet1 dsigne1 sans mme qu'on ouvre la lettre1 la main qui l'a crite4 ,figure #b3 ,roxane--,peint par ,sodoma ,l,,onard ,,de ,,vinci ,les ,grecs avaient atteint le beau en toute chose1 et le rocher sacr de l',acropole1 charg de temples et de sculptures1 resta debout comme l'autel du gnie humain au milieu des solitudes et des ruines qu'avaient faites la barbarie plus que le temps1 mais ignor en quelque sorte1 et donnant des leons perdues4 ,sans vouloir tre injuste envers les efforts et les tentatives des civilisations postrieures1 on peut dire qu'une longue nuit suivit ce jour clatant1 et que le sens du beau disparut pendant bien des sicles dans les cataclysmes d'empires et le chaos du moyen ge4 ,la sculpture et la peinture1 entranes par la chute du polythisme1 s'clipsent totalement2 treize sicles s'coulent depuis l'avnement de ,jsus-,christ jusqu' ,andr ,taffi et ,cimabu1 qui ne font gure que reproduire les vieux poncifs byzantins2 il faut encore cent ou deux cents ans pour sortir de l'imagerie fonds d'or1 et de la sculpture enfantine1 digne des ,chinois et des sauvages4 ,mais enfin arrive ce merveilleux seizime sicle1 o l'esprit de l'homme se rveille en sursaut1 comme d'un long rve1 et reprend possession de lui-mme4 ,ce fut un moment plein de grce et de charme1 et qu'exprime on ne peut mieux le mot ,renaissance1 employ pour dsigner cette poque climatrique3 aprs les longues et opaques tnbres1 hantes de cauchemars1 de terreurs et d'angoisses1 se levait enfin l'aurore nouvelle4 ,la beaut1 oublie si longtemps1 apparaissait radieuse et enchantait le monde de son jeune clat4 ,quelques manuscrits dchiffrs travers la gothique criture des moines1 quelques fragments de marbres antiques sortis de terre comme par miracle avaient suffi pour oprer cette rvolution4 ,ces lampes de la vie1 que1 suivant le beau vers de ,lucrce1 des coureurs se remettent l'un l'autre1 s'taient rallumes l'tincelle antique1 et brillaient joyeusement dans des mains qui ne devaient plus les laisser teindre4 ,un de ceux dont la lampe jeta le plus vif rayon1 ce fut ,lonard de ,vinci4 ,sa flamme1 bien que voile par la fume noire du temps1 luit encore comme une toile2 et quand un des tableaux du matre se trouve dans une galerie1 quelque sombre et rembruni qu'il soit1 elle en est tout claire4 ,lonard de ,vinci1 enfant naturel d'un messer ,pietro1 notaire de la rpublique1 naquit en #adeb1 dans un petit chteau1 dont les ruines existent encore non loin de ,florence1 prs du lac ,fucecchio1 au milieu d'un horizon charmant4 ,tout devait tre joie1 grce et sourire pour cet enfant de l'amour1 qui devint bientt le plus beau des hommes3 la ,nature1 comme revendiquant pour elle seule son plus parfait ouvrage1 ne voulut pas qu'il et de famille lgitime1 et sans appeler les fes son berceau1--elles y vinrent d'elles-mmes1--le doua de tous les dons imaginables4 ,on et dit que1 par une sorte d'amour-propre1 elle se justifiait ainsi de ses avortements et de ses bauches imparfaites#a4 ,contrairement la loi ordinaire1 ,lonard de ,vinci ne connut ni les luttes1 ni les difficults des commencements3 l'admiration le prit tout jeune et ne le quitta plus4 ,il mourut entre les bras d'un roi1 et1 si l'rudition moderne a contest cette lgende1 elle est tellement vraisemblable comme couronnement de cette vie heureuse et honore1 que tout le monde y dut croire4 ,enfant1 ses premiers dessins excitrent la surprise et l'incrdulit4 ,mis l'cole du ,verrocchio1 bon sculpteur et bon peintre1 il y fit preuve d'une supriorit si prcoce1 que l'lve fut bientt le matre3 on sait qu'il peignit dans un tableau de son professeur une tte d'ange si belle1 d'un got si rare et si neuf1 qu'elle effaait tout le reste de l'uvre1 et prsageait l',italie une gloire sans rivale4 ,en effet1 nul n'est suprieur ,lonard1 ni ,raphal1 ni ,michel-,ange1 ni ,corrge3 on a pu s'asseoir ct de lui sur son sommet1 mais qui jamais a mont plus haut8 ,notez qu'il est le premier en date1 et qu'il mena tout de suite l'art un degr de perfection qui n'a pas t dpass depuis4 ,cette gloire semble suffisante pour un homme1 et pourtant la peinture n'tait qu'une des aptitudes du ,vinci3 galement dou dans tous les sens1 il et pu faire aussi bien toute autre chose4 ,c'tait un gnie universel1 encyclopdique2 il possdait toutes les connaissances de son temps1 et1 qualit plus rare1 il voyait directement la nature4 ,pour bien se rendre compte du gnie de ,lonard1 il faut se dire qu'il travaillait en quelque sorte sans modle et inventait mesure de sa production4 ,c'tait mme l sa plus grande jouissance2 il ne tenait pas comme certains peintres multiplier ses uvres4 ,il se contentait en toutes choses d'avoir atteint le but1 et une fois l'idal ralis1 il abandonnait ou ddaignait4 ,il tait homme faire des tudes immenses pour un seul tableau1 sauf ne plus s'en servir aprs et passer d'autres exercices4 ,sa curiosit satisfaite1 rien ne l'amusait plus4 ,le modle fait1 l'preuve tire1 il brisait le moule1 il avait le sens de l'exquis1 du rare1 de l'absolu4 ,chaque tableau n'tait qu'une exprience heureuse1 un desideratum accompli qu'il trouvait inutile de renouveler4 ,dans chaque voie de l'art1 il a laiss sa trace ineffaable1 et son pied se voit empreint sur toutes les hautes cimes1 mais il semble n'y tre mont que pour le plaisir de l'ascension3 il en redescend aussitt et va ailleurs4 ,il ne parat pas avoir le dessein de s'illustrer ou de s'enrichir par une supriorit acquise1 mais de se prouver seulement lui-mme qu'il est suprieur4 ,ainsi il a fait le plus beau portrait1 le plus beau tableau1 la plus belle fresque1 le plus beau carton3 c'est assez2 et il pense autre chose1 modeler un cheval gigantesque1 faire le canal du ,naviglio1 fortifier des villes1 trouver des engins de guerre1 inventer des scaphandres1 des machines voler1 et autres imaginations plus ou moins chimriques4 ,il souponne presque la vapeur1 il pressent le ballon1 il fabrique des oiseaux qui volent et des animaux qui marchent4 ,il joue d'une lyre d'argent en forme de tte de cheval dont il est le facteur1 et se compose une criture rebours1 de droite gauche1 qu'on ne peut lire que dans un miroir1 chiffre dont tous les secrets n'ont pas encore t pntrs encore2 il tudie l'anatomie1 non pas comme ,michel-,ange1 pour en faire parade1 mais pour la savoir1 et dessine d'admirables myologies dont il ne se sert pas1 car nulles figures ne sont plus enveloppes que les siennes4 ,outre l'artiste1 il contient un philosophe presque gal ,bacon1 ennemi de la scolastique1 ne croyant qu' l'exprience et demandant la seule nature la solution de ses doutes4 ,il fait tout1 jusqu' ses enduits et ses couleurs2 avec cela1 vous vous tromperiez trangement1 si vous vous imaginiez une sorte de pdant rogne1 ou d'alchimiste hermtique soufflant dans un atelier chang en laboratoire3 personne ne fut plus humain1 plus aimable1 plus sduisant que ,lonard de ,vinci2 il avait l'esprit1 la grce1 l'adresse1 la force ce point qu'il pliait en deux un fer de cheval1 et avec cela une beaut parfaite1 une beaut d',apollon4 ,il tait si doux1 si tendre1 si sympathique1 si li de cur la nature1 si compatissant aux moindres souffrances1 qu'il achetait des oiseaux en cage pour les rendre la libert1 tout joyeux de les voir monter perdument dans l'azur2 qualit rare en ce temps froce et rude1 o1 loin d'avoir piti des animaux1 on tait presque indiffrent pour la vie humaine4 ,lonard aimait les chevaux2 il tait excellent cuyer1 et sur les montures les plus rebelles et les plus fringantes1 il se plaisait des sauts de haies et de fosss1 des voiles et des courbettes qui remplissaient les spectateurs d'admiration et d'pouvante4 ,mais ce n'est que de l'artiste que nous avons nous occuper4 ,quelque grand qu'il soit1 le peintre chez ,lonard n'est qu'un des cts de l'homme4 ,l'art ne l'absorba pas tout entier2 il lutta avec lui et resta le plus fort1 sans avoir le jarret dessch1 comme ,jacob dans son combat contre l'ange4 ,quelles furent ses ressources8 ,on ne le sait1 mais on voit jusqu' trente ans ,lonard mener grand train ,florence1 il avait chevaux1 domestiques1 beaux habits1 tous les luxes du temps4 ,la fortune1 aveugle d'ordinaire1 avait t son bandeau pour lui1 et le favorisait comme s'il en tait indigne4 ,jamais le malheur1 comme nous l'avons dit1 n'osa approcher cette belle vie et lui faire payer sa gloire4 ,tout en menant une existence splendide1 il peignait travers beaucoup d'occupations et de fantaisies1 car son esprit multiple se portait partout avec ardeur1 ne ddaignant mme pas des plaisanteries de physicien1 comme de combiner des gaz infects et de gonfler des vessies dont la dilatation forait les assistants s'enfuir de la salle4 ,sa premire manire rappelle encore celle du ,verrocchio1 son matre2 il rend la nature par un moyen emprunt1 mais dj l'accent original est reconnaissable4 ,cette manire est plus archaque1 plus sche de dessin1 plus claire de ton1 moins puissante de model que celle qu'il adoptera plus tard1 lorsqu'il pourra rendre la nature avec son sentiment propre et sans moyen intermdiaire4 ,ce qui caractrise1 en effet1 ,lonard1 c'est l'tude constante1 attentive1 approfondie1 intime de la nature1 non pas la faon brutale des ralistes d'aujourd'hui1 mais avec une dlicatesse1 une patience1 une comprhension et un choix merveilleux4 ,il est la fois vrai et fantasque1 exact et visionnaire1 il mle ensemble la ralit et le rve dans une proportion surprenante4 ,ses ouvrages vous fascinent par une sorte de pouvoir magique2 ils vivent d'une vie profonde et mystrieuse1 presque alarmante1 quoique depuis longtemps la carbonisation des couleurs leur ait t toute possibilit d'illusion4 ,on sait l'histoire de ce bouclier demand par un paysan de ,vinci1 et sur lequel ,lonard devait peindre quelque emblme effrayant4 ,pendant plusieurs mois1 on vit notre artiste la chasse de couleuvres1 de reptiles1 de lzards1 de crapauds1 de chauves-souris1 l'aide desquels il composa un monstre hybride d'une grande vraisemblance zoologique et d'un effet terrible2 vous pensez bien que le paysan n'eut pas son bouclier1 qui fut vendu trois cents ducats ,galas1 duc de ,milan4 ,ces tudes servirent probablement ,lonard pour le masque de ,mduse1 qu'on voit au muse de ,florence3 autour de la tte coupe et d'une pleur exsangue s'entortille hideusement la verte chevelure1 dont chaque crin siffle et se tord4 ,les reptiles ont plus d'importance que le visage1 dessin en raccourci1 comme pour drober l'il les convulsions de la mort2 car ,lonard n'aimait pas les expressions extrmes1 et partageait l-dessus les ides de l'art antique4 ,mais cela sans doute l'amusait de faire voir comme il peignait bien les serpents4 ,l',enfant au berceau qu'on voit ,bologne1 les ,saintes ,madeleines des palais ,pitti et ,aldobrandini1 les ,saintes ,familles4 ,hrodiades et ,ttes de saint ,jean-,baptiste1 dont s'enorgueillissent quelques galeries1 ne sont pas encore tout fait de ,lonard1 quoiqu'on ne puisse gure mettre en doute leur authenticit3 ce ne fut que plus tard1 sa seconde poque1 qu'il trouva sa manire absolue et dfinitive4 ,l'idal du ,vinci1 quoiqu'il ait la puret1 la grce et la perfection de l'antique1 est tout moderne par le sentiment1 il exprime des finesses1 des suavits et des lgances inconnues aux anciens3 les belles ttes grecques1 dans leur irrprochable correction1 sont sereines seulement2 celles du ,vinci sont douces1 mais d'une douceur particulire1 qui vient plutt d'une indulgente supriorit que d'une faiblesse d'me2 il semble que des esprits d'une autre nature que la ntre nous regardent comme travers les trous d'un masque par ces yeux cercls d'ombres1 avec un air de tendre commisration qui n'est pas sans quelque malice4 ,et quel sourire il fait jouer sur ces lvres flexibles1 qui se perdent dans des commissures veloutes1 spirituellement tordues par la volupt et l'ironie6 ,nul n'a pu encore dchiffrer l'nigme de son expression3 il raille et attire1 refuse et promet1 enivre et rend pensif4 ,a-t-il rellement voltig sur des bouches humaines1 ou est-il pris aux sphinx moqueurs qui gardent le palais du ,beau8 ,plus tard1 ,corrge le retrouvera ce sourire2 mais1 en lui donnant plus d'amour1 il lui tera son mystre4 ,ludovic le ,maure appela ,lonard de ,vinci ,milan4 ,notre artiste russit beaucoup cette cour2 sans avoir rien de servile dans l'humeur1 il aimait le faste1 l'lgance1 la politesse4 ,les palais des rois ou des princes taient son milieu naturel4 ,disert1 excellent musicien1 ordonnateur de ftes plein d'imagination1 recherch dans ses habits1 galant1 la mode le prit sous son aile1 quoique homme de gnie1 et il obtint l les mmes succs qu' ,florence4 ,il fit le portrait des deux matresses du prince1 ,ccile ,galerani et ,lucrce ,crivelli1 que ,stendhal croit reconnatre dans le portrait de femme du ,louvre en corsage rouge galonn d'or1 et qu'on nomme vulgairement la belle ,ferronnire1 cause du diamant qu'elle porte au front4 ,il commena modeler pour la statue questre de ,ludovic un cheval aussi grand que le cheval de ,troie1 et dans la fonte duquel devaient entrer deux cent mille livres de mtal2 excuta ses merveilleux travaux d'hydraulique1 et prpara1 pour le rfectoire de ,sainte-,marie des ,grces1 le carton de la ,cne1 dont il peignit d'abord les ttes sparment1 en manire d'tude1 l'huile et au pastel4 ,arm d'un petit album1 il parcourait les rues de ,milan1 les promenades1 les marchs1 et surtout le ,borghetto1 espce de cour des miracles o se rassemblait la canaille1 cherchant un type de coquin pour son ,judas1 dont la tte resta longtemps en blanc sur la muraille1 car il ne trouvait pas de physionomie assez perfide1 assez basse1 assez sclrate1 pour l'aptre apostat qui vendit au prix d'argent son ,dieu1 son matre1 et son ami4 ,il rencontra enfin ce qu'il voulait1 et l'uvre fut termine aprs plusieurs abandons et reprises4 ,le travail de ,lonard tait tout intellectuel2 il ne peignait que lorsqu'il voyait son ide bien nette1 et ne laissait rien au hasard du pinceau2 on le voyait souvent accourir du bout de la ville1 donner deux ou trois touches sa peinture et se retirer4 ,d'autres fois seulement1 il la regardait en silence et n'y touchait pas4 ,selon lui1 ce n'taient pas les jours o il travaillait le moins4 ,la ,cne n'est pas une fresque1 malheureusement1 car elle aurait encore presque tout son clat1 comme celle de ,montorfano1 place en face4 ,elle est peinte avec des couleurs l'huile1 dgraisses par un procd particulier de l'invention de ,lonard1 sur un enduit peu solide3 aucun outrage ne lui a t pargn1 et cependant son ombre seule suffit pour clipser tous les chefs-d'uvre4 ,nous avons eu le bonheur de voir ,milan la ,cne de ,lonard4 ,qu'on nous permette de reproduire ici la page crite dans notre voyage d',italie1 sous l'impression immdiate de l'uvre divine4 ,il est inutile d'en varier purilement les mots1 elle contient toute notre pense sur ,lonard4 ,la ,cne de ,lonard de ,vinci occupe le mur du fond du rfectoire4 ,l'autre paroi est couverte par un ,calvaire de ,montorfano1 dat de #adie4 ,il y a quelque talent dans cette peinture4 ,mais qui peut se soutenir devant ,lonard de ,vinci8 ,certes1 l'tat de dgradation o se trouve ce chef-d'uvre du gnie humain est jamais regrettable1 pourtant il ne lui nuit pas autant qu'on pourrait croire4 ,lonard de ,vinci est par excellence le peintre du mystrieux1 de l'ineffable1 du crpusculaire2 sa peinture a l'air d'une musique en mode mineur4 ,ses ombres sont des voiles qu'il entr'ouvre ou qu'il paissit pour faire deviner une pense secrte4 ,ses tons s'amortissent comme les couleurs des objets au clair de lune1 ses contours s'enveloppent et se noient comme derrire une gaze noire1 et le temps1 qui te aux autres peintres1 ajoute celui-ci en renforant les harmonieuses tnbres o il aime se plonger4 ,la premire impression que fait cette fresque merveilleuse tient du rve3 toute trace d'art a disparu2 elle semble flotter la surface du mur1 qui l'absorbe comme une vapeur lgre4 ,c'est l'ombre d'une peinture1 le spectre d'un chef-d'uvre qui revient4 ,l'effet est peut-tre plus solennel et plus religieux que si le tableau mme tait vivant3 le corps a disparu1 mais l'me survit tout entire4 ,le ,christ occupe le milieu de la table1 ayant sa droite saint ,jean1 l'aptre bien-aim4 ,saint ,jean1 dans l'attitude d'adoration1 l'il attentif et doux1 la bouche entrouverte1 le visage silencieux1 se penche respectueusement1 mais affectueusement1 comme le cur appuy sur le matre divin4 ,lonard a fait aux aptres des figures rudes1 fortement accentues2 car les aptres taient tous pcheurs1 manuvriers et gens du peuple4 ,ils indiquent1 par l'nergie de leurs traits1 par la puissance de leurs muscles1 qu'ils sont l'glise naissante4 ,jean1 avec sa figure fminine1 ses traits purs1 sa carnation d'un ton fin et dlicat1 semble plutt appartenir l'ange qu' l'homme2 il est plus arien que terrestre1 plus potique que dogmatique1 plus amoureux encore que croyant2 il symbolise le passage de la nature humaine la nature divine4 ,le ,christ porte empreinte sur son visage la douceur ineffable de la victime volontaire2 l'azur du paradis luit dans ses yeux1 et les paroles de paix et de consolation tombent de ses lvres comme la manne cleste dans le dsert4 ,le bleu tendre de sa prunelle et la teinte mate de sa peau1 dont un reflet semble avoir color le ple ,charles ,ier de van ,dyck1 rvlent les souffrances de la croix intrieure porte avec une rsignation convaincue4 ,il accepte rsolment son sort1 et ne se dtourne point de l'ponge de fiel dans ce dernier et libre repas4 ,on sent un hros tout moral et dont l'me fait la force1 dans cette figure d'une incomparable suavit3 le port de la tte1 la finesse de la peau1 les attaches dlicatement robustes1 le jet pur des doigts1 tout dnote une nature aristocratique au milieu des faces plbiennes et rustiques de ses compagnons4 ,jsus-,christ est le fils de ,dieu2 mais il est aussi de la race des rois de ,juda4 une religion tonte spirituelle ne fallait-il pas un rvlateur doux1 lgant et beau1 dont les petits enfants pussent s'approcher sans effroi8 la place de ,jsus1 assoyez ,socrate celle cne suprme1 le caractre changera aussitt3 l'un demandera qu'on sacrifie un coq ,esculape2 l'autre s'offrira lui-mme pour hostie1 et la beaut de l'art grec serait ici vaincue par la srnit de l'art chrtien4 ,notre muse du ,louvre est riche en peintures de ,vinci1 ce matre rare qui un petit nombre de chefs-d'uvre ont suffi pour conqurir le premier rang4 ,peu de galeries en runissent autant et d'une telle authenticit4 ,c'est en vain que le muse de ,madrid se flatte de possder la ,joconde2 l'original est bien chez nous4 ,la ,vierge aux rochers1 dont la gravure est si connue1 appartient la seconde manire de ,lonard et peut en tre considre comme le type2 le model est poursuivi avec un soin que n'ont pas les peintres auxquels l'bauchoir n'est pas familier4 ,la rondeur des corps obtenue par la dgradation des teintes1 l'exactitude des ombres et la parcimonieuse rserve de la lumire1 trahit dans ce tableau sans pareil des habitudes de sculpteur4 ,on sait que ,lonard l'tait1 et il disait souvent3 ,ce n'est qu'en modelant que le peintre peut trouver la science des ombres4 ,on a conserv longtemps des figures de terre dont il s'aidait pour son travail4 ,l'aspect de la ,vierge aux rochers est singulier1 mystrieux et charmant4 ,une espce de grotte basaltique abrite le divin groupe pos sur la rive d'une source qui laisse transparatre travers son eau limpide les cailloux de son lit4 ,l'arcade de la grotte dcouvre un paysage rocheux clair-sem d'arbres grles et que traverse une rivire au bord de laquelle s'lve un village3 tout cela d'une couleur indfinissable comme celle des contres chimriques que l'on parcourt en rve1 et merveilleusement propre faire ressortir les figures4 ,quel adorable type que celui de la ,madone6 ,il est tout particulier ,lonard et ne rappelle en rien les vierges de ,prugin ni celles de ,raphal3 le haut de la tte est sphrique1 le front dvelopp2 l'ovale des joues s'amenuise pour se clore par un menton d'une courbe dlicate2 les yeux1 aux paupires baisses1 se cerclent de pnombres2 le nez1 quoique fin1 n'est pas rectiligne avec le front1 comme celui des statues grecques2 ses narines se dcoupent et ses ailes frmissent comme si la respiration les faisait palpiter4 ,la bouche1 un peu grande1 a ce sourire vague1 nigmatique et dlicieux que le ,vinci donne ses figures de femmes2 une lgre malice s'y mle l'expression de la puret et de la bont4 ,les cheveux longs1 dlis1 soyeux1 descendent en mches crespeles sur des joues baignes d'ombres et de demi-teintes et les accompagnent avec une grce incomparable4 ,c'est la beaut lombarde idalise par une excution admirable1 dont le seul dfaut serait peut-tre une perfection trop absolue4 ,et quelles mains6 surtout celle qui1 tendue en avant1 prsente les doigts en raccourci4 ,m4 ,ingres seul a pu renouveler ce tour de force dans la figure de la ,musique couronnant ,cherubini4 ,l'ajustement des draperies est de ce got exquis et prcieux qui caractrise le ,vinci4 ,une agrafe en forme de mdaillon retient sur la poitrine les bouts du manteau que les bras relvent en leur imprimant des plis pleins de noblesse et d'lgance4 ,l'ange qui montre du doigt l',enfant ,jsus au petit saint ,jean est la tte la plus suave1 la plus fine et la plus fire que jamais le pinceau ait fixe sur la toile4 ,elle appartient1 si l'on peut s'exprimer ainsi1 la plus haute aristocratie cleste4 ,on dirait un page de grande naissance habitu poser le pied sur les marches du trne4 ,une chevelure annele et boucle foisonne autour de sa tte1 d'un dessin si pur et si dlicat qu'il dpasse la beaut fminine et donne l'ide d'un type suprieur tout ce que l'homme peut rver2 ses yeux ne sont pas tourns vers le groupe qu'il dsigne1 car il n'a pas besoin de regarder pour voir1 et il n'aurait pas d'ailes aux paules qu'on ne se tromperait pas sur sa nature4 ,une indiffrence divine se peint sur sa figure charmante1 qui daigne peine sourire du coin des lvres4 ,il accomplit la commission donne par l'ternel avec une srnit impassible4 ,assurment aucune vierge1 aucune femme n'eut un plus beau visage2 mais l'esprit le plus mle1 l'intelligence la plus dominatrice brillent dans ces yeux noirs fixs vaguement sur le spectateur cherchant pntrer leur mystre4 ,on sait combien il est difficile de peindre des enfants4 ,les formes peu arrtes du premier ge se prtent malaisment l'expression de l'art4 ,lonard de ,vinci1 dans le petit saint ,jean de la ,vierge aux rochers1 a rsolu ce problme avec sa supriorit accoutume4 ,la position ramasse de l'enfant1 qui prsente plusieurs portions de son corps en raccourci1 est pleine de grce1 d'une grce cherche et rare comme tout ce que fait le sublime artiste1 mais cependant naturelle4 ,il est impossible de rien voir de plus finement model que cette tte aux joues rebondies troues de fossettes1 que ces petits bras ronds et potels1 que ce torse grassement travers de plis1 et que ces jambes demi replies sur le gazon4 ,l'ombre s'avance vers la lumire par des dgradations d'une dlicatesse infinie et donne un relief extraordinaire la figure4 demi envelopp d'une gaze claire1 le divin ,bambino s'agenouille en joignant les mains1 comme s'il avait dj conscience de sa mission et comprenait le geste que le petit saint ,jean rpte d'aprs l'ange4 ,quant au coloris1 si1 en s'enfumant1 il a perdu sa valeur propre1 il a gard une harmonie prfrable1 pour les dlicats1 la fracheur et l'clat des nuances4 ,les tons se sont amortis dans un rapport si parfait1 qu'il en rsulte une sorte de teinte neutre1 abstraite1 idale1 mystrieuse1 qui revt les formes comme d'un voile cleste et les loigne des ralits terrestres4 ,nous trouvons un autre aspect de ,lonard dans la ,vierge assise sur les genoux de sainte ,anne4 ,ici l'ombre est moins grise et moins violtre2 le peintre n'a sans doute pas employ pour ce tableau le noir de son invention qui a tant repouss dans ses autres peintures4 ,la couleur est reste plus blonde et plus chaude4 ,au milieu d'un paysage entreml de rochers et de petits arbres dont les feuilles se comptent1 sainte ,anne tient sur ses genoux la ,vierge1 qui se penche avec un mouvement adorable vers le petit ,jsus4 ,l',enfant lutine son agneau qu'il tire doucement par l'oreille1 action purile et charmante qui ne dtruit en rien la noblesse de la composition et lui te toute froideur4 ,quelques jolies rides coupent le front de sainte ,anne et rayent ses joues1 mais ne lui enlvent pas sa beaut1 car ,lonard de ,vinci rpugne aux ides tristes1 et il ne voudrait pas affliger l'il par le spectacle de la dcrpitude4 ,la tte de la ,vierge1 prise un peu en dessous1 a des finesses exquises de lignes2 elle irradie la grce virginale et la passion maternelle2 les yeux sont presque noys1 et la bouche1 demi-souriante1 a cette indfinissable expression dont ,lonard a gard le secret4 ,elle est peinte1 comme le reste du tableau1 avec un flou1 une morbidezza que l'artiste lui et peut-tre enlevs en la finissant davantage4 ,une tradition veut que ce tableau ait t peint d'aprs le carton de ,lonard et sur son dessin par ,bernardino ,luini4 ,c'est possible2 mais1 coup sr1 le pinceau du matre a pass par l4 ,nous n'en voulons d'autres preuves que les uvres de ,luini lui-mme1 quelques charmantes qu'elles soient d'ailleurs4 ,puisque nous en sommes aux saintes familles de ,lonard1 transcrivons ici une page de ,henry ,beyle sur la ,madone1 qui se trouve ,saint-,ptersbourg1 la plus fine perle enchsse dans la galerie de l',ermitage4 ,ce qui arrte devant ce tableau1 c'est la manire de ,raphal employe par un gnie tout diffrent4 ,ce n'est pas que ,lonard ait song imiter quelqu'un1 tout son caractre s'y oppose2 mais1 en cherchant le sublime de la grce et de la majest1 il se rencontra tout naturellement avec le peintre d',urbin4 ,s'il avait t en lui de chercher l'expression des passions profondes et d'tudier l'antique1 je ne doute pas qu'il n'et reproduit ,raphal en entier2 seulement il lui et t suprieur par le clair-obscur4 ,dans l'tat des choses1 cette ,sainte ,famille de ,saint-,ptersbourg est1 mon sens1 ce que ,lonard a jamais fait de plus beau4 ,ce qui la distingue des madones de ,raphal1 outre la diffrence extrme d'expression1 c'est que toutes les parties sont trop termines4 ,il manque un peu de facilit et d'amnit dans l'excution matrielle4 ,c'tait la faute du temps4 ,raphal lui-mme a t surpass par le ,corrge4 ,il faut que ,vinci apprcit lui-mme son ouvrage1 car il y plaa son chiffre1 les trois lettres ,d4 ,l4 ,v4 entrelaces ensemble1 signature dont on ne connat qu'un autre exemple dans le tableau de ,m4 ,sanvitali1 ,parme4 ,quant la partie morale de la ,madone de l',ermitage1 ce qui frappe d'abord1 c'est la majest et une beaut sublime2 mais si1 dans le style1 ,lonard s'est rapproch de ,raphal1 jamais il ne s'en est loign davantage pour l'expression4 ,marie est vue de face1 elle regarde son fils avec fiert4 ,c'est une des figures les plus grandioses qu'on ait attribues la mre du ,sauveur4 ,l'enfant1 plein de gaiet et de force1 joue avec sa mre2 derrire elle1 la gauche du spectateur1 est une jeune femme occupe lire4 ,dans le tableau1 cette figure1 pleine de dignit1 prend le nom de sainte ,catherine1 mais c'est probablement le portrait de la belle-sur de ,lon ,x4 ,du ct oppos est un saint ,joseph1 la tte la plus originale du tableau4 ,saint ,joseph sourit l'enfant et lui fait une petite mine affecte de la grce la plus parfaite4 ,cette ide est tout entire ,lonard4 ,il tait bien loin de son sicle de songer mettre une figure gaie dans un sujet sacr1 et c'est en quoi il fut le prcurseur du ,corrge4 ,l'expression sublime de ce saint ,joseph tempre la majest du reste1 et carte toute ide de lourdeur et d'ennui4 ,cette tte singulire se retrouve souvent chez les imitateurs du ,vinci3 par exemple1 dans un tableau de ,luini1 au muse ,brra4 ,chose bizarre6 ,lonard de ,vinci1 qui possdait une si profonde science anatomique1 ne peignit presque jamais de figure nue4 ,nous n'en connaissons1 pour notre part1 d'autre exemple que la ,lda1 dont la tte1 dessine par ,calamatta et grave sous sa direction1 accompagne cet article4 ,elle est debout1 dans une pose quilibre avec une eurythmie digne des plus belles statues grecques1 auxquelles cependant elle ne ressemble pas1 car le ,vinci1 original en tout1 puisait la beaut sa source mme1 dans la nature4 ,aux pieds de la ,lda1 nobles et purs comme s'ils taient taills dans du marbre de ,paros1 jouent1 parmi les coquilles de leurs ufs briss1 les gracieux enfants du cygne divin2 la jeune femme a cette expression de gaiet railleuse et suprieure qui est comme le cachet de ,lonard2 ses yeux ptillants de malice rient entre leurs paupires lgrement brides2 la bouche se retrousse vers les coins1 creusant des fossettes aux joues1 avec des sinuosits si molles1 si voluptueuses et en mme temps si fines1 qu'elles en sont presque perfides4 ,m4 ,baudry a su mettre un reflet de ce sourire dans sa dlicieuse petite ,lda1 si remarque quand elle parut au ,salon1 et son tableau en tait tout illumin4 ,le seul reproche qu'on puisse adresser cette charmante figure1 c'est une perfection pousse trop loin1 un fini de pinceau qui sent encore les premiers efforts de l'art se cherchant lui-mme4 ,lonard1 dans le ,saint ,jean-,baptiste qui se trouve au muse du ,louvre1 nous semble avoir abus de ce sourire2 d'un fond d'ombres tnbreuses1 la figure du saint se dgage demi2 un de ses doigts montre le ciel2 mais son masque1 effmin jusqu' faire douter de son sexe1 est si sardonique1 si rus1 si plein de rticences et de mystres1 qu'il vous inquite et vous inspire de vagues soupons sur son orthodoxie4 ,on dirait un de ces dieux dchus de ,henri ,heine qui1 pour vivre1 ont pris de l'emploi dans la religion nouvelle4 ,il montre le ciel1 mais il s'en moque1 et semble rire de la crdulit des spectateurs4 ,lui1 il sait la doctrine secrte1 et ne croit nullement au ,christ qu'il annonce2 toutefois il fait pour le vulgaire le geste convenu et met les gens d'esprit dans la confidence par son sourire diabolique4 ,nous concevons que l'on ait accus ,lonard d'avoir une religion particulire1 une philosophie occulte peu en rapport avec la foi gnrale4 ,il suffisait d'une figure comme le ,saint ,jean-,baptiste pour motiver de tels soupons4 ,athe8 certes ,lonard ne le fut pas2 panthiste8 peut-tre1 mais sans le savoir2 il mourut dans les sentiments d'un bon catholique1 avec tous les sacrements de l'glise1 comme on le voit par une lettre de ,franois ,melzi1 son lve1 qui l'avait suivi en ,france4 ,une sorte de fatalit semble s'tre attache poursuivre les grandes uvres de ,lonard4 ,le cheval gigantesque auquel il avait travaill pendant plus de seize annes a t dtruit2 de la ,cne il ne reste plus que l'ombre1 mais une telle ombre fait plir bien des soleils6 ,luini1 ,sala1 ,melzi1 ,beltraflio et d'autres ont peint1 dans la manire du ,vinci1 une foule d',hrodiades1 de madones et de ,madeleines qui1 sur les catalogues1 portent le nom du matre1 et parfois ne sont pas indignes d'un tel honneur2 nous-mme1 ,burgos1 dans la sacristie de la cathdrale1 nous avons vu une ,madeleine inonde de longs cheveux soyeux et fins1 ombre de demi-teintes admirablement mnages1 qu'on attribuait1 non sans vraisemblance1 ,lonard1 mais qui n'tait pas de lui1 car le sublime paresseux a peu produit4 quoi bon1 lorsqu'on a atteint la perfection1 se rpter inutilement8 ,comment croire toutes ces uvres8 ,lonard mit quatre ans faire le portrait de la ,monna ,lisa1 qu'il ne regarda jamais comme fini2 il se pressait si peu que1 pendant son sjour ,rome1 ayant reu une commande de ,lon ,x1 il commena par distiller des plantes pour composer un vernis destin au tableau qu'il devait faire1 et ne fit pas1 selon son habitude2 il lui suffisait de s'tre prouv lui-mme1 par quelques uvres1 qu'il tait un grand peintre4 ,peut-tre mme tirait-il plus vanit de ses talents d'ingnieur1 d'hydraulicien et de compositeur de musique4 ,qui s'imaginerait que ce beau ,lonard1 si lgant1 si noble1 si rare1 si exquis1 possdt au suprme degr le don de la caricature8 ,en ce genre1 comme en tout autre1 il a du premier coup atteint la perfection4 ,avec quelle force comique1 quelle raillerie magistrale1 quelle puissance grotesque il dcouvre l'angle singulier1 le dtail caractristique1 le ct exorbitant1 le tic imprieux de chaque physionomie6 ,comme il fait sortir le monstre cach dans tout homme1 et comme d'un coup de crayon pareil un coup de griffe il dtache le visage pour laisser voir le masque cach dessous6 ,il amne les passions1 les vices1 les folies1 les ridicules la peau et les fait saillir par quelque prodigieuse exagration anatomique4 ,ses caricatures1 qu'il ramassait dans les rues de ,milan sur un calepin1 ou qu'il griffonnait de mmoire sur les marges de ses manuscrits1 ont t recueillies et graves par ,carlo ,giuseppe ,gerli3 elles ont un caractre bizarre et grandiose1 une sorte de jovialit terrible2 un peu plus ces mascarons burlesques seraient effrayants1 tant les os1 les muscles1 les veines s'accentuent avec une puissante difformit1 les mchoires infrieures avancent d'un pied1 les nez se courbent comme des becs1 les orbites se creusent en votes profondes o battent comme des ailes de chauve-souris les paupires flasques1 les lvres se plissent ou se renversent1 montrant les gencives dentes ou hrisses de crocs4 ,les pommettes prsentent des anfractuosits de rocher1 le profil s'gueule ou s'brche1 ouvrant ou diminuant son angle facial avec une incroyable puissance de ridiculisation4 ,derrire une vague apparence humaine dfile la hideuse mnagerie des bestialits et des vices3 le mufle1 le museau1 la hure1 le grouin1 le bec de livre prtent des masques difformes la mchancet1 la gourmandise1 la luxure1 la paresse1 l'idiotisme2 mais ce qu'il y a de merveilleux1 c'est que chacune de ces ttes si pittoresquement monstrueuses1 encadre de quelque feuillage ou de quelque volute d'ornement1 ferait un superbe mascaron crachant l'eau d'une fontaine1 mchant un marteau de porte1 ouvrant son rictus la clef d'une vote4 ,une puissance formidable torture ces contours1 creuse ces cavits1 fait saillir ces muscles1 amne du fond des chairs ces muscles la peau1 accuse le squelette travers l'enveloppe1 exagre les plthores ou les maigreurs dans un but caricatural2 c'est la jovialit cruelle mais irrsistible d'entranement d'un dieu jeune et beau qui se moque de la difformit humaine4 ,on dirait que l'artiste a voulu faire une espce de cours de tratologie entendu dans le sens large de ,geoffroy de ,saint-,hilaire1 et prouver la beaut par la laideur1 la norme par le dsordre4 ,la caricature1 telle que les modernes l'ont entendue1 n'a aucun rapport avec ces dessins dont la fantaisie a toujours pour point de dpart la plus profonde science et qui sont en quelque sorte une arabesque anatomique ayant des muscles pour rinceaux4 ,ce sont l des jeux de ,titan auxquels ne sauraient s'amuser1 malgr toute leur valeur1 ni ,hogarth1 ni ,cruikshank1 ni ,gavarni1 ni ,daumier1 car le ,vinci est aussi prodigieux1 dans ces croquis faits avec la griffe du lion trempe dans l'encre1 que dans ses peintures les plus acheves4 ,s'il l'et voulu1 ,lonard de ,vinci et pu tre ,michel-,ange1 comme il et t ,raphal2 il fut lui1 c'est assez4 ,la grce le sduisait plus que la force1 quoiqu'il ft capable d'tre fort3 son carton de la bataille d',anghiera balana celui de ,michel-,ange2 malheureusement il disparut dans les troubles de ,florence1 et il n'en reste qu'un fragment grav par ,edelinck d'aprs un dessin de ,rubens4 ,assurment ,rubens est un grand matre1 mais jamais gnie ne fut plus contraire celui de ,lonard1 et dans l'estampe on sent que le peintre d',anvers a fait ronfler les contours la flamande1 alourdi les croupes des chevaux1 et vulgaris sa faon les figures tranges des cavaliers4 ,la douceur1 la srnit1 la grce1 une grce fire et tendre la fois1 telles furent les qualits dominantes de ,lonard4 ,il inventa ou plutt trouva dans la nature une beaut aussi parfaite que la beaut grecque1 mais sans aucun rapport avec elle4 ,c'est le seul artiste qui ait pu tre beau sans tre antique4 ,en cela consiste son mrite suprme2 car tous ceux qui ont ignor ces types ternels1 ces canons de l'idal1 ou qui s'en loignent1 restent entachs de barbarie ou marchent la dcadence4 ,lonard de ,vinci a gard la finesse gothique en l'animant d'un esprit tout moderne4 ,comme nous l'avons dj dit ailleurs1 car si ,virgile est l'auteur de ,dante1 ,lonard est notre peintre1 les figures du ,vinci semblent venir des sphres suprieures se mirer dans une glace ou plutt dans un miroir d'acier bruni o leur reflet reste ternellement fix par un secret pareil celui du daguerrotype4 ,on les a dj vues1 mais ce n'est pas sur cette terre1 dans quelque existence antrieure peut-tre dont elles vous font souvenir vaguement4 ,comment expliquer d'une autre manire le charme singulier1 presque magique1 qu'exerce le portrait de ,monna ,lisa sur les natures les moins enthousiastes6 ,est-ce sa beaut8 bien des figures de ,raphal et d'autres peintres sont plus correctes4 ,elle n'est mme plus jeune1 et son ge doit tre l'ge aim de ,balzac1 trente ans2 travers les finesses caressantes du model on devine dj quelque fatigue1 et le doigt de la vie a laiss son empreinte sur cette joue de pche mre4 ,le costume1 par la carbonisation des couleurs1 est devenu presque celui d'une veuve3 un crpe descend avec les cheveux le long du visage1 mais le regard sagace1 profond1 velout1 plein de promesse1 vous attire irrsistiblement et vous enivre1 tandis que la bouche sinueuse1 serpentine1 retrousse aux coins1 sous des pnombres violtres1 se raille de vous avec tant de douceur1 de grce et de supriorit1 qu'on se sent tout timide comme un colier devant une duchesse4 ,aussi cette tte aux ombres violettes1 qu'on entrevoit comme travers une gaze noire1 arrte-t-elle pendant des heures la rverie accoude aux garde-fous des muses et poursuit-elle le souvenir connue un motif de symphonie4 ,sous la forme exprime1 on sent une pense vague1 infinie1 inexprimable1 comme une ide musicale2 on est mu1 troubl2 des images dj vues vous passent devant les yeux1 des voix dont on croit reconnatre le timbre vous chuchotent l'oreille de langoureuses confidences2 les dsirs rprims1 les esprances qui dsespraient s'agitent douloureusement dans une ombre mle de rayons1 et vous dcouvrez que vos mlancolies viennent de ce que la ,joconde accueillit1 il y a trois cents ans1 l'aveu de votre amour avec ce sourire railleur qu'elle garde encore aujourd'hui4 ,pendant que la ,monna ,lisa del ,giocondo posait1 et elle posa longtemps1 car ,lonard n'tait pas homme se dpcher avec un tel modle1 des virtuoses excutaient des concertos dans l'atelier4 ,le matre par la musique et les joyeux propos voulait retenir sur ces belles lvres le sourire prt s'envoler pour le fixer jamais sur sa toile4 ,ne trouvez-vous pas qu'il y a dans le portrait de la ,joconde1 sans vouloir jouer sur les tons et les notes1 comme un cho d'impression musicale8 l'effet est doux1 voil1 tendre1 plein de mystre et d'harmonie1 et le souvenir de cette adorable figure vous poursuit comme un de ces motifs de ,mozart que l'me se chante tout bas pour se consoler d'un malheur inconnu4 ,tous ces dieux de la peinture s'emparent ainsi de notre me et y jouent tout jamais la divine musique1 cho du monde radieux1 surhumain o nous voyons apparatre le ,beau4 ,note #a3 ,en publiant ces tudes sur les dieux de la peinture1 notre intention n'est pas d'crire les biographies des grands matres de l'art4 ,leur vie physique est partout1 et nous ne voulons pas copier des anecdotes connues de tout le monde1 d'aprs ,vasari1 ,lomazzo1 ,baldinucci1 l'abb ,lanzi1 ,felibien1 ,cochin1 de ,piles1 ,decamps1 ,reynolds2 nous voulons seulement analyser dans leur uvre ces artistes suprmes1 et retrouver la route par laquelle ils ont cherch le beau4 ,,fr ,,giovanni ,,da ,,fiesole ,il est un peintre qui apparat au seuil de la ,renaissance1 comme l'ange de l',annonciation de la peinture1 la flamme au front1 le lis la main1 messager de divins mystres4 ,l'art l'a canonis comme l'glise1 en le surnommant l',anglique2 il a allum sur sa mmoire l'aurole2 il a plac son uvre sur un autel4 ,ce ,saint de la peinture est le bienheureux ,fr ,giovanni da ,fiesole2 il est pour elle ce que sainte ,ccile est pour la musique3 un idal1 une transfiguration1 une toile4 ,fr ,beato ,angelico da ,fiesole se nommait ,guido dans le sicle1 suivant cette belle et profonde expression monastique qui tire entre le monde et le clotre1 la dmarcation du dsert1 le rivage de l'ternit2 il y a de l'horoscope et du couronnement dans la constellation de ces noms si purs groups sur le front du saint artiste4 ,presque tous les grands peintres de l',italie ont du reste des noms ou des surnoms qui s'accordent leur gnie1 et l'accompagnent1 en quelque sorte1 comme des instruments d'harmonie et de consonance4 ,leonardo da ,vinci1 ce son voil de mlodie nocturne ne convient-il pas au mystrieux musicien des srnades du clair-obscur8 ,tintoretto1 n'entendez-vous pas grincer la fanfare rauque et stridente de la couleur vhmente8 ,buonarotti dtache en relief1 d'un clatant coup de ciseau1 sur le marbre la grandiose originalit qu'il dsigne4 ,allegri petille comme un sourire ivre de volupt joyeuse sur la mmoire du divin ,corrge4 ,l',albane6 le jardin d',armide tout entier soupire dans cette note de flte pastorale4 ,on pourrait parcourir jusqu'au bout la gamme de ces affinits2 mais prenons garde3 le symbolisme du son a la profondeur illusoire du coquillage maritime3 l'oreille qui s'y colle croit couter la voix de la mer2 elle n'entend que son propre bourdonnement4 ,il est des vies de saintet et d'humilit qui montent invisibles1 vers le ciel1 comme des fumes d'encens4 ,celle d',angelico n'a laiss dans les lgendes mmes de son ordre qu'une vague odeur de vnration4 ,quelques souvenirs de vertus et d'extases composent toute son histoire4 ,le clotre est le vestibule de l'ternit2 il participe de son silence et de son mystre4 ,ce fut en #achg1 l'ge de vingt ans1 qu'il entra dans le couvent des dominicains de ,fiesole4 ,on ne sait rien de ses premires annes2 mais il est probable que sa jeunesse ne fut pour lui que le noviciat de la vie religieuse2 il naquit prtre2 sa robe de moine fut sans couture comme celle du ,christ4 ,dieu a deux manires d'appeler lui les mes qu'il se rserve3 la vocation et la conversion4 ,la conversion a quelque chose du rapt et de l'enlvement2 elle s'embusque sur le chemin de ,damas1 elle attaque1 elle foudroie1 elle renverse1 elle dpouille le vieil homme avec la violence d'un dchirement1 mais l'me qu'elle a vaincue emporte dans sa vie nouvelle l'incurable plaie du souvenir4 ,les fantmes nus des volupts romaines poursuivent saint ,jrme au dsert2 ils se glissent jusque dans le lit de sable1 o le vieil ascte roule son corps meurtri4 ,la vocation1 au contraire1 a la douce fatalit d'une attraction4 ,les tres qu'elle a choisis semblent prolonger en s'veillant la vie un ravissement antrieur4 ,ils la traversent dans un tat de somnambulisme cleste4 ,des ailes invisibles veillent sur le sommeil de leurs sens2 des pes de flammes s'interposent entre les ombres du monde et la srnit de leur cur4 ,leur puret native ressemble cette flamme du diamant aussi inaccessible aux souillures que celle des toiles1 et qui est la substance mme de la pierre qu'elle fait rayonner4 ,dans l'histoire de la peinture1 ,fr ,angelico prsente peut-tre l'unique phnomne de cette innocence immacule applique aux formes d'un art terrestre4 ,fr ,bartolomeo1 lui aussi1 fut un moine et un saint4 ,son uvre passe pour une des plus graves et des plus profondes expressions du gnie catholique4 ,un jour1 cependant1 il peignit pour l'glise du couvent de ,saint-,marc un saint ,sbastien qui1 peine expos1 troubla la chastet du sanctuaire4 ,le jeune martyr renvoyait les flches de son supplice en effluves de volupt au cur des femmes prosternes devant lui4 ,sa chapelle devint un srail de rves et de dsirs profanes2 la prire s'y noyait dans le soupir1 l'agenouillement y languissait de mollesse4 ,on fut forc d'enlever bien vite l'image idoltre2 elle tidissait l'encens1 elle corrompait l'autel4 ,le ,frate n'tait certes pas complice de sa tentation d'artiste1 lui1 un des pourvoyeurs de cet effrayant auto-da-f plastique allum par ,savonarole1 o la ,renaissance1 dans un accs de mysticisme indien1 se jeta sur un bcher de tableaux et de statues1 et faillit brler tout entire4 ,mais il avait travers la vie et ses passions2 il avait appris l'art l'cole semi-paenne de ,lonard2 le clotre n'tait pas son berceau1 mais son refuge1 et il y apportait malgr lui les souvenirs et les reflets de son passage travers le monde4 ,ce rapprochement n'est qu'un exemple pris au hasard2 en tudiant l'un aprs l'autre les matres les plus asctiques de l'art chrtien1 nous surprendrions en chacun d'eux le point qui le rattache la terre4 ,dans ces premires messes de la peinture qui se clbrent l'ombre des cathdrales et des basiliques1 ,angelico seul a consacr et transsubstanti la forme en l'levant vers le ciel4 ,lui seul a accompli le mystre du corps fait me sans macration et sans fltrissure4 quoi attribuer ce miracle1 si ce n'est la candeur d'une nature sans tache1 qui purifiait la matire en la refltant4 ,quelques historiens donnent pour matre ,fiesole1 ,gherardo ,starnina1 l'initiateur de l',espagne au style italien2 mais rien ne confirme cette conjecture incertaine4 ,j'ai sous les yeux deux petits tableaux de ,starnina dont le coloris fonc et la familiarit tudesque ne rappellent nullement la manire idale et lgre du peintre anglique4 ,la tradition la plus sre est qu'un frre de son couvent lui enseigna l'art tout claustral de la miniature1 et qu'il dbuta par peindre des missels1 des livres d'heures1 jusqu' des vignettes de reliquaires et de cierge pascal4 ,la peinture1 au moyen ge1 s'tait rfugie dans le manuscrit sacr1 comme dans la chrysalide de sa formation4 ,elle y attendait l'heure du rveil1 au milieu des rves d'azur et d'or de la fantaisie catholique4 ,elle prludait ses immenses crations par de dlicats opuscules4 ,fiesole sortit peintre de ce naf apprentissage1 mais il transporta1 dans ses tableaux en dtrempe1 le zle1 la clart1 la scrupuleuse minutie de la miniature2 il garda les colorations limpides1 et la sainte simplicit de son pinceau qui joue avec les moindres dtails du sujet1 comme la main d'un enfant avec les mouches et les brins d'herbes4 ,il n'appartient pas son sicle2 il plane sur son cole1 il ne marche pas avec elle3 il y apparat entre ,masaccio et ,ghirlandajo1 sans leur donner la main4 ,tandis qu'autour de lui les artistes florentins se passent en courant le flambeau hardi du naturalisme1 lui continue peindre la lueur de l'astre mystique qui brilla sur ,assise1 cette crche de l'art chrtien4 cette poque1 l'cole florentine prpare tumultueusement la technique de la ,renaissance4 ,tout est recherches1 inventions1 dcouvertes1 activit inquite1 changes hermtiques1 dans cet atelier de la forme en travail4 ,la peinture treint la sculpture et ressort en relief de cet nergique embrassement2 le dessin imite les sinuosits de l'orfvrerie et en reproduit les artes2 le gomtre taille avec son compas le crayon de l'artiste1 et lui rvle les lois de la profondeur et de la distance4 ,paolo ,ucello vient de soulever le ciel d'or byzantin1 et de dcouvrir les horizons enchants de la perspective2 ,masolino de ,panicale moule son model sur les saillies du bronze1 et le trempe hardiment dans le clair-obscur3 ,masaccio rsume tous ces progrs dans un admirable style3 il dompte le raccourci1 treint le nu1 largit la couleur et fonde l'aplomb des figures2 ,filippo ,lippi dploie les magnifiques exagrations du grandiose et de l'hrosme plastique4 ,seul au milieu des agitations de l'art1 ivre des premiers secrets de la nature1 ,fr ,angelico reste dans sa cellule1 fidle1 comme des vux1 aux chastes procds de l'cole ombrienne3 il la perptue en la perfectionnant2 il est pour ainsi dire1 la vestale de son toile vacillante aux grands souffles d'un sicle nouveau4 ,le ,couronnement de la ,vierge1 de ,fiesole1 que possde le ,muse du ,louvre1 est une de ses plus pures merveilles4 ,arrtons-nous un moment devant ce tableau1 comme devant la rosace centrale de son uvre4 ,le ,christ1 assis sur un trne damass d'or1 pose la couronne du ciel sur la tte voile de la ,vierge4 ,marie1 agenouille1 croise sur sa poitrine ses mains immobiles4 ,son profil faible et mince comme un relief d'hostie1 transparat de lucidit4 ,elle tient peine la marche du trne par la frange de sa robe diaphane1 dont le pli fuyant dcrit la courbe des gnuflexions extatiques4 ,tout en elle exprime l'adoration assouvie1 recueillie1 muette1 plonge dans sa plnitude connue dans un sommeil4 ,le ,christ resplendit de paix et de gravit2 son geste immuable plane sur l'infini du temps4 ,on sent que le peintre n'a pas voulu reprsenter dans le ,couronnement de la ,vierge une crmonie phmre du ,ciel1 mais une des apparitions fixes de la vision des lus1 un des mystres permanents de l'ternit4 ,sur les gradins parallles qui entourent le trne1 abondent les anges des ,churs et des ,hirarchies4 ,les uns soufflent dans ces longues trompettes d'or perpendiculaires1 dont l'imagination croit entendre les sons purs1 fins1 clairs1 prolongs de sphre en sphre en rpons de douceur et de psalmodie2 les autres jouent de la viole1 du psaltrion1 de la cithare ou d'autres instruments de gloire et de louange1 dont la forme inconnue semble exprimer l'ineffable son4 ,fr ,angelico est en famille au milieu des anges2 il les connat tous1 depuis l'enfant ail qui jonche de sa tte rieuse la nimbe des ,assomptions1 jusqu'au ,sraphin brlant qui prend feu la prsence de ,dieu et se consume d'ardeur devant sa face4 ,comment aurait-il trouv1 sans une surnaturelle intuition1 ces ttes ravissantes qui figurent l'aspiration1 l'lan1 la prire1 et corporisent les parfums de l'me dans leurs armes les plus subtils1 dans leurs plus silencieuses manations8 ,les anges de ,raphal paratraient lourds auprs de ces cratures ariennes1 dont le sexe cleste flotte entre la vierge et l'adolescent4 ,chacun d'eux a son caractre et sa physionomie distincte1 si l'on peut appeler de ces mots humains les nuances du bonheur4 ,il en est un qui embouche sa trompette en gonflant ses joues roses1 avec l'allgresse d'un phbe grec sonnant un triomphe4 ,d'autres rvent1 s'tonnent1 admirent1 ou sourient navement la beaut du paradis4 ,au-dessous des churs angliques se groupent les patriarches1 les saints1 les docteurs1 les martyrs2 ranges clatantes de tuniques1 de robes1 de chasubles1 de scapulaires1 de camails1 d'o sortent des ttes rayonnantes de batitude4 ,la procession aboutit un vque splendide barbe byzantine1 qui tale1 comme l'envergure de son extase1 une vaste chape1 o la ,passion1 peinte dans l'toffe1 se droule en versets d'carlate4 ,ainsi drap dans l'vangile1 genoux sur le parvis1 la crosse en main1 la mitre en tte1 dans l'attitude du pontificat triomphant1 il fixe en plein le sacre de la ,vierge4 ,vous diriez un mage catholique adorant le ,soleil de justice et de vrit4 ,mais c'est au groupe des saintes que l'anglique pinceau a rserv ses plus douces caresses4 ,il en est une--celle qui tient un agneau dans ses bras tranquilles--d'une beaut si translucide1 d'une grce si vapoureuse1 que l'on croit voir cette femme qui apparut dans la lune1 au pote de la ,divine ,comdie comme une perle sur un front blanc4 ,elle prie et elle rve1 attentive au choral des anges4 ,sa bouche s'entr'ouvre amoureusement connue pour aspirer l'hostie d'une communion invisible2 ses yeux dorment dans leur lumire1 son visage baigne dans sa flicit2 on dirait que l'me extravase a rpandu sa ferveur sur ses joues diaphanes4 ,les anciens parlent d'un vent tiss1 la robe rose qui languit sur elle semble faite avec de la pudeur4 ,auprs d'elle1 sainte ,catherine1 appuye sur sa roue et comme peine rveille de son martyre1 regarde curieusement la blonde extatique4 ,elle semble la questionner sur les choses du ciel1 et engager avec elle une de ces conversations angliques qui1 selon ,swedenborg1 s'engagent et se poursuivent par la seule palpitation des paupires4 ,derrire1 une jeune reine lance1 pour mieux voir1 son doux profil sur un cou mince comme l'attache d'une fleur4 l'air prcieux de sa jolie tte1 vous diriez qu'elle reprsente1 au milieu de ces effusions et de ces ardeurs1 l'lgance de la saintet1 l'aristocratie du paradis4 ,la premire impression de ce tableau sraphique est toute d'enchantement4 ,l'il respire dlicieusement la puret de ces douces figures3 elle lui arrive comme le parfum des palmes et des lis d'une flore inconnue4 ,mais fixez-en l'ensemble par les yeux de l'me1 et bientt le charme tout-puissant de foi qu'il recle produira sur vous l'effet d'une rvlation4 ,les dogmes catholiques se dgageront de ces ttes thologiques de prtres et de docteurs1 frappes du reflet de la vrit qu'elles reoivent2 les spiritualits religieuses exprimes par ces formes psychiques d'anges et de saintes--veilleuses transparentes des feux invisibles--vous pntreront de leurs suaves influences2 les rayonnements des tiares1 des mitres1 des couronnes1 des auroles1 des ors merveilleux et vagues qui jonchent ces vtements sublimes1 prendront sous votre regard la splendeur du ciel toil1 et vous vous sentirez emport1 par cercles d'ascensions insensibles1 jusqu' cette rgion de souffles1 de battements d'ailes1 de splendeurs dansantes1 de lueurs vocales1 de phosphorescences mlodieuses1 d'apparitions et de disparitions enflammes1 o ,dante1 cet aigle du mysticisme1 a pu seul ravir la parole4 ,un des prestiges de la peinture de ,fiesole est sa couleur1 dont la puret radieuse n'a d'quivalent dans la manire d'aucun autre artiste4 ,n'y cherchez ni les jeux des reflets1 ni les prestiges des ombres1 ni les illusions de la chair1 mais je ne sais quelle suavit virginale4 ,il peint toujours la dtrempe2 l'outremer est la base et comme le firmament de ses tableaux2 les roses et les ors y abondent4 ,les teintes y semblent souffles plutt qu'appliques4 ,l'effet est d'un indicible enchantement4 ,si l'on me demandait le secret de cette couleur cleste1 j'irais le chercher dans les tabernacles qu'habitait son me1 et je recomposerais sa palette sur l'autel mme de son sacerdoce4 ,la vie religieuse projette autour d'elle une nimbe d'clats et de rayonnements4 ,l'glise n'est pas seulement un difice1 c'est un climat sacr qui rflchit la nature au miroir ardent du symbole1 pour en faire jaillir une flamme plus digne d'tre offerte son ,crateur4 ,elle a l'ostensoir pour soleil1 les cierges pour toiles1 la fume des encensoirs pour atmosphre4 ,la lumire se transfigure au feu du vitrail1 comme l'me au creuset de la foi avant d'entrer dans son enceinte4 ,les montagnes de diamants de ses chasses1 les fleurs sidrales de ses reliquaires1 les arbres enflamms de ses candlabres1 idalisent la nature en la rappelant4 ,un cycle de ftes triomphales1 revtues des blancheurs du lin1 des embrasements de la pourpre et des orfrois du brocart1 y figure la rvolution du ,soleil mystique1 parcourant les signes de son zodiaque ternel4 ,les vases de ses sacrifices empruntent un clat surnaturel la lucidit de leur mtal1 aux reflets des flambeaux qui les illuminent1 aux gestes mystrieux et lents des prtres qui les lvent ou qui les abaissent4 ,le calice rayonne1 la patne miroite1 le ciboire clate1 les burettes scintillent4 ,les chants liturgiques roulent dans leurs strophes des flots de pierreries merveilleuses2 le bryl1 le sardonyx1 la sardoine1 incessamment nomms par l',apocalypse et par les ,prophtes1 jettent des feux blouissants dans l'imagination des fidles4 ,quand le ,christ1 incarn dans l',eucharistie1 s'lve entre les mains du prtre la cime de l'autel flamboyant et vaporeux1 il y apparat1 comme ,dieu au dsert1 travers un buisson ardent4 ,fiesole vivait dans l'glise3 ce fut de ses splendeurs qu'il composa sa palette4 ,le jour de son atelier vient du paradis4 ,l'art1 pour ,angelico1 continuait la prire2 c'est assez dire qu'il remplit sa vie4 ,vasari s'tonnait1 en #aeej1 du nombre prodigieux de peintures qu'il avait laisses ,florence4 ,la plupart ont disparu1 et cependant celles qui restent tmoignent d'une assiduit toute monastique au travail4 ,le couvent de ,saint-,marc1 qu'il habita aprs celui de ,fiesole1 est encore rempli de ses fresques2 il en a couvert les dortoirs1 les corridors1 les cellules4 ,il a1 pour ainsi dire1 emparadis le monastre1 en droulant sur ses murailles le ciel qu'il avait en lui4 ,entre tant de chefs-d'uvre1 notre prfrence serait peut-tre pour l',annonciation1 qui dcore la galerie suprieure4 ,marie1 incline en avant1 coute la parole de l'ange dans l'attitude de la rsignation qui se livre4 ,son visage est empreint d'une mlancolie pensive1 ses yeux regardent par del l'ange lui-mme1 dans l'avenir qu'il lui annonce4 ,on sent qu'elle y voit poindre la croix du ,calvaire1 et que le mystre de l',incarnation s'accomplit dans son sein en le dchirant4 ,les muses de ,florence renferment un grand nombre des tableaux de ,fiesole1 mais il faut le chercher surtout l',acadmie des beaux-arts1 qui conserve huit grands tableaux en trente-cinq compartiments reprsentant la vie de ,jsus-,christ3 ils dcoraient autrefois les volets de la sacristie de la chapelle de la ,nunziata4 ,c'est l qu'on peut admirer1 dans tout l'ensemble de son gnie1 l'artiste bienheureux dont l'excution mme a la beaut d'une vertu4 ,je n'hsite pas1 pour ma part1 y reconnatre les types de dessin les plus lgants et les plus purs que l'art italien ait produits avant ,raphal4 ,la composition des groupes et des scnes n'affecte pas la symtrie pdantesque des ,byzantins2 sa paix n'est point une lthargie1 sa lenteur n'a rien d'immobile2 ses personnages s'entendent par signes1 pour ainsi dire1 mais par signes d'une finesse exquise1 plus expressive que la parole4 ,les figures s'lancent sans roideur1 et entrelacent les inflexions d'un mouvement toujours choisi et bienvenu aux lignes dlies des formes ogivales4 ,leurs draperies suivent le contour du geste et de la pose1 mais avec le lointain1 le vague et le flottant du voile4 ,ne leur demandez pas de profanes caresses1 ni de matriels embrassements2 le peintre touche au corps avec les mains vierges du prtre3 il l'abrge1 il l'effile1 il l'vanouit1 il n'en exprime que la tte3 on sent qu'il voudrait le vaporiser et donner son buste1 au moyen du tissu idal dont il l'enveloppe1 l'innocence de la tige d'une fleur ou le mystre d'une nue4 ,cette glorification qui devance les mtamorphoses de l'ternit1 ,fiesole l'accomplit surtout par cette couleur dont nous avons dj signal la candide splendeur4 ,il la rpand sur ses carnations en teintes blondes et claires dont le fondu ne peut se comparer qu'au trouble de ces tons dors qui naissent et expirent confusment la racine des jeunes chevelures4 ,presque toujours il cerne l'iris des yeux d'un cercle noir excessivement fin1 ce qui donne au regard une inexprimable tendresse4 ,les fonds de ses tableaux ont cet aspect mystique que l'cole ombrienne prte la nature4 ,angelico donne ses paysages des horizons de parabole2 il y creuse des valles rmitiques1 il y lve des montagnes o ,jsus pourrait enseigner1 il y dessine des sentiers que l'on dirait frays par les sandales des anachortes1 et qui semblent conduire aux grottes des ,pres du ,dsert4 ,comme ,giotto1 il cisle en clair les feuilles de ses arbres1 et donne leur svelte tige l'lancement d'une aspiration vers le ,ciel2 comme lui encore1 il profile1 dans ses perspectives1 des difices d'une dlicatesse fantastique1 qui semblent exprimer par la tnuit et de leurs lignes le dtachement de la terre et la vanit des uvres de l'homme4 ,mais la merveille de cet vangile histori1 c'est l'me qui le comprend1 l'imagination qui le devine1 et qui semble avoir pour les choses divines le don d'empreinte d'un saint ,suaire2 c'est la succession d'ides innocemment sublimes qui s'y dploie sans effort1 avec l'effusion d'une belle me4 ,fiesole a du gnie plein les mains1 parce qu'il a de la saintet plein le cur2 son inspiration n'est que la seconde vue de sa foi4 ,quelle surprenante ide que celle d'avoir reprsent la ,cne sous la forme d'une communion3 le ,christ1 sacrificateur de son sacrifice1 clbrant sa propre messe1 et distribuant aux aptres1 de sa main de chair1 le pain qui l'incarne et le multiplie6 ,les scnes de la ,passion sont peintes comme de la main d'un stigmatis4 ,on sait qu'il fondait en larmes chaque fois qu'il avait les retracer1 et qu'on le surprit souvent dfaillant d'angoisse et de douleur au pied du tableau commenc4 ,mais il n'est pas seulement le voyant1 il est encore le pote de l'vangile4 la reproduction textuelle du livre sacr il ajoute presque toujours des paraphrases d'une grce ou d'une mlancolie pntrantes4 ,ainsi1 dans la descente de ,jsus aux limbes1 il reprsentera les saints de l'ancienne loi se pressant en foule au-devant du ,sauveur arm de l'tendard de sa victoire sur la mort4 ,une mince cloison spare les limbes de l'enfer2 une me--on dirait celle d'une femme1 tant elle est svelte et frle--est accourue au bruit4 ,elle s'lance1 elle crie grce1 elle voudrait briser le mur qui la spare du pardon1 de la dlivrance1 du ciel peut-tre6 ,oh6 si le ,christ pouvait l'entendre6 mais un dmon la retient dans son treinte1 la pauvre me se dbat toute palpitante2 elle renverse en arrire sa tte perdue4 ,il y a dans le jet frmissant de cette figure un sentiment de la damnation morale--de celle que sainte ,thrse plaignait sublimement de ne pouvoir aimer--plus poignant que toutes les tortures de l'enfer dantesque4 ,dans ses ,jugements derniers#b--son motif de prdilection--il se passe entre les mes lues et leurs anges gardiens des scnes de reconnaissance ravie1 d'expansions ingnues1 de caresses sonorales1 d'entrelacements ails1 de baisers fondus1 d'treintes insolubles1 qui vous rvlent toutes les volupts des cieux4 ,n'est-ce pas encore une ide de gnie que celle de figurer toujours l'enfant ,jsus planant sur les genoux de sa mre1 qui ne le touche jamais1 et le berce les mains jointes4 ,ce qui nous frappe encore dans l'uvre de ,fiesole1 c'est une impuissance absolue reproduire les mouvements et les expressions du mal4 ,les enfers de ses ,jugements sont d'adorables caricatures de sainte ignorance et de purile bont4 ,les damns font des mines d'une contrition touchante2 les dmons ont beau dresser leurs cornes et fendre leur bouche jusqu'aux oreilles1 ils n'en sont pas moins au fond de bons diables qui ne demandent qu' s'attendrir4 ,ne pouvant les faire terribles1 ,angelico les fait gras4 ,l'obsit devait tre la suprme laideur pour le matre des mortifications et des lancements de la forme4 ,en somme1 ils rappellent assez ces types joufflus et ventrus de moines luxurieux que le moyen ge accouplait drisoirement aux gargouilles de ses gouttires4 ,les instruments de torture dont ils poursuivent les rprouvs1 au milieu de minces flammes de cierges1 semblent les plus anodins du monde4 ,ce sont des serpents doux comme des lzards1 des fouets pareils des disciplines de dvotes1 des chanes aux anneaux de rosaire4 ,la tendresse du pinceau qui caresse ces jolis supplices en diminue encore la terreur4 ,cependant1 les anges1 assis sur les nues1 les regardent d'un air de piti ineffable4 ,ils se contiennent pour ne pas pleurer3 une seule de leurs larmes teindrait l'tincelle de ces doux enfers4 ,de mme1 dans ses ,passions et dans ses ,martyres1 le bienheureux ne donne jamais aux figures des perscuteurs le caractre de l'impnitence finale4 ,ils font les mchants2 mais tout espoir n'est pas perdu3 peut-tre se convertiront-ils un jour4 ,bien de plus charmant1 comme exemple de cette incorrigible mansutude1 que le ,massacre des ,innocents1 de l',acadmie de ,florence4 ,de jeunes bourreaux1 serrs comme des pages dans leurs cottes de mailles1 gorgillent les ,innocents dans les bras de leurs mres4 ,un carnage de boutons de roses o la rose1 ce sang des fleurs1 coulerait flots1 ne serait pas plus gracieusement cruel4 ,les petits enfants sont bien sages1 et laissent couper leurs ttes blondes sans crier et sans faire la moue4 ,les mres se dbattent bien un peu1 mais d'un air si pos1 par gestes si tranquilles6 ,il en est une qui s'esquive pas menus de la bagarre1 en cachant son nourrisson dans le pli de son manteau bleu4 ,pourvu que l'enfant ne se rveille pas6 l'trange placidit de cette scne de meurtre1 vous diriez une rptition joue par les anges1 dans le ciel en fte1 de la tragdie de l'vangile4 ,on pourrait prendre ,hrode1 qui regarde de sa terrasse1 majestueux et calme1 pour ,dieu le pre1 contemplant1 du haut de son trne1 les jeux de ses ,chrubins4 ,imperfection sublime6 gaucherie touchante d'une main virginale qui ne savait que bnir6 ,on sourit d'abord1 bientt on admire4 ,cette puret parfaite vous blouit comme un phnomne du monde spirituel4 ,on se demande de quelle argile est ptrie la nature des saints1 et si le ,ciel n'envoie pas des anges sur la terre4 ,en dehors de ses innombrables tableaux de petite dimension1 ,fiesole a laiss des fresques qui dmontrent une haute aptitude aux grandes conceptions de la peinture monumentale4 ,le pape ,nicolas ,v l'appela ,rome sous son pontificat1 et le chargea de dcorer au ,vatican la chapelle qui porte son nom4 ,il y peignit la vie de saint tienne et de saint ,laurent dans un style austre et doux1 auguste et naf qui agrandit1 sans les altrer1 les types de ses compositions habituelles4 ,le mme pape lui fit peindre fresque la chapelle del ,sacramento1 qui fut plus tard dtruite par ,paul ,,iii4 ,l'anne mme de sa mort1 en #adee1 il bauchait sur la vote d'une chapelle de la cathdrale d',orvieto des figures de prophtes qui ont1 depuis1 t termines par ,luca da ,cortona4 ,nous n'avons rien dit de la vie d',angelico2 il n'a pas d'histoire1 il n'a qu'une lgende3 ce fut une vierge faite homme1 l',imitation de ,jsus-,christ sous forme humaine4 ,l'artiste disparaissait tout entier sous l'humilit du moine4 ,pour lui1 la peinture n'tait qu'une des fonctions de louange et de prire de la vie claustrale4 ,il ne s'enorgueillissait pas plus des chefs-d'uvre de son pinceau1 que le cnobite de la natte de joncs tresse sous le palmier de sa cellule4 ,il n'entreprenait aucun tableau sans la permission de son prieur1 et jamais il ne voulut en recevoir de prix3 il aurait cru trafiquer des dons de son ,dieu en vendant ses inspirations4 ,pendant son sjour ,rome1 le pape ,nicolas ,v voulut le nommer l'archevch de ,florence4 ,angelico le supplia de le laisser dans son clotre4 ,il dsigna lui-mme pour le remplacer un religieux de son couvent1 qui fut depuis saint ,antonin4 ,il peignit jusqu' son dernier jour1 crant par milliers les saints1 les aptres1 les sraphins1 les martyrs1 avec la fcondit bnie de ces patriarches de la ,bible qui engendraient des tribus sacres4 ,sa vie fut une chelle de ,jacob dresse vers le ,ciel2 il en peupla d'anges chaque degr1 comme pour les envoyer ,dieu au-devant de lui1 en messagers d'offrande et d'aspiration4 ,si ,dante l'avait suivi1 au lieu de le prcder1 dans quelle nuance limpide de son ,paradis il aurait enchss l'me du saint artiste6 ,quelle canonisation d'effets de lumire et de scintillements toils il aurait faite au coloriste du ,ciel6 ,l'art catholique avait donn en ,fiesole son enthousiaste et suprme effort2 il s'arrta aprs l'avoir produit4 ,son plus pur disciple1 le croissant de cet astre virginal1 est ,benozzo ,gozzoli1 le peintre du ,campo ,santo4 ,autour de sa tradition se grouprent encore ,domenico di ,michelino1 ,zanobio ,strozzi et quelque autres3 ple constellation qu'absorbe bientt l'clatant soleil du seizime sicle4 ,plus tard1 la ,renaissance1 dans ses intervalles de pit1 vint s'agenouiller parfois1 comme un prie-,dieu1 devant l'uvre du peintre anglique2 elle en rapporta quelques tincelles des premires ferveurs de l'art italien4 ,son dernier reflet vient expirer en chastes sourires sur les lvres des ,vierges de ,raphal2 il s'y est teint pour jamais4 ,on rallume les flammes de la terre1 on ne rallume pas les toiles teintes4 ,note #b3 ,entre les ,jugements derniers si souvent rpts par ,fiesole1 nous citerons ceux du muse de l',acadmie des beaux-arts de ,florence1 du muse de ,berlin1 et celui qui faisait partie de la galerie du cardinal ,fesch4 ,,hemling ,hemling n'a pas d'histoire4 ,peintre des lgendes chrtiennes1 il est lui-mme une lgende4 ,on peut dire qu'il a travers la vie1 invisible et anonyme comme un ange4 ,son nom mme est rest vague1 comme s'il n'avait t transmis que par un cho4--,l',allemagne l'appelle ,hemling1 la ,belgique dit ,memling1 quelques-uns crivent ,hemmeling1 d'autres prononcent ,memmelinck4--,la tradition le poursuit comme un tre ail qui chappe la preuve et qui ne se rvle que par ses miracles4 ,on croit qu'il fut peintre de ,charles le ,tmraire2 on prsume qu'il accompagna en ,italie son matre ,rogier2 il en est qui le font mourir en ,espagne1 la ,chartreuse de ,miraflores4 ,vestiges indcis et presque effacs4 ,l'artiste mystique a si peu pes sur la terre qu'elle n'a point conserv sa trace4--,la tradition la moins douteuse le reprsente bless la bataille de ,murat et se tranant par les chemins au milieu d'un pre hiver jusqu' ,bruges1 son pays natal1 o il fut admis l'hpital de ,saint-,jean4 ,son long sjour dans cette maison des pauvres et des malades est le seul fait avr de sa furtive existence4 ,ce fut l que1 pour reconnatre l'hospitalit des moines1 il peignit la ,chsse de sainte ,ursule et quelques-uns de ses plus dlicats chefs-d'uvre--,tel ce ,christ des lgendes qui1 sous la figure d'un mendiant1 frappe aux portes1 la nuit1 pour prouver la charit des hommes4--,le matin il se transfigure1 et laisse la maison qui l'a reu pleine de sa lumire4 ,ce fut donc pendant sa convalescence que ,hemling composa ces divines peintures4 ,elles trahissent l'influence de cet tat particulier de la vie4 ,qui n'a ressenti ou observ les phnomnes qui accompagnent la convalescence6 ,le corps1 attnu par la souffrance1 se spiritualise en quelque sorte2 sa trame grossire prend la finesse et la posie d'un voile2 ses organes se raffinent en se ravivant2 le pas est plus lger1 le regard plus lucide1 l'odorat plus exquis1 l'oreille plus subtile3 les nerfs frmissent lgrement des sensations qui nagure ne les auraient pas effleurs4 ,d'une autre part1 l'me1 chappe des ombres de la mort1 renat la vie avec une innocence enfantine4 ,de la tombe1 dont il a effleur les premiers degrs1 le malade l'apporte une mlancolie religieuse mle la joie de l'existence reconquise4 ,ce monde qu'il a cru quitter lui apparat color des teintes de l'den4 ,l'attendrissement qu'il prouve en le revoyant l'idalise ses yeux4 ,il fait doux1 pour lui1 dans les couleurs1 comme dans l'air1 comme dans les bruits4 ,il jouit de la lumire comme le premier homme dut admirer la premire aurore4 ,le repos l'initie aux dlices de la contemplation4 ,le chant d'un oiseau1 la plainte d'une source1 la grce d'une fleur1 le vol d'un insecte1 la forme d'un nuage1 le plongent dans une sereine rverie4 ,les visages aims ou compatissants qui ont entour son lit de douleur se revtent d'une anglique expression2 les indiffrents mme lui semblent sympathiques2 son me leur prte la bienveillance dont elle est remplie3 il rentre dans le monde et dans la nature avec la reconnaissance d'un exil auquel on a rouvert sa patrie4 ,l'uvre entire d',hemling est empreinte de cette douce influence4 ,la convalescence semble l'tat normal de ce pur gnie4 ,ses sveltes figures sont1 pour ainsi dire1 purifies du corps4 ,la douleur a pass sur leurs chastes formes1 non pour les fltrir1 mais pour les allger4 ,il les pure et il les macre pour mieux rvler leur me1 comme on amincit l'albtre des lampes pour que la flamme reluise travers4 ,leurs airs de tte n'expriment que des joies surnaturelles ou des penses idales4 ,leurs draperies coulantes et diaphanes rappellent ces vtements de clart que l'criture promet aux lus4 ,les paysages qui les encadrent mlent les teintes dores de l'automne l'azur du ciel des visions4 ,un silence mystique rgne dans ses tableaux4 ,n'y cherchez ni les effets du contraste1 ni les mouvements de la passion1 ni les splendeurs de la beaut matrielle3 tout y est calme1 recueillement1 abstraction de la terre et vie intrieure4 ,dante n'emploie pour peindre son ,paradis que des teintes et des dgradations de lumire2 ,hemling compose sa peinture des nuances les plus clestes de la saintet et de la vertu4 ,les matres s'expliquent et se commentent par leurs uvres4--,arrtons-nous devant cette ,chsse de sainte ,ursule1 qui1 par sa beaut et sa forme mme1 peut passer pour le monument d',hemling4--,la lgende de sainte ,ursule et des onze mille vierges est un des plus gracieux romans chrtiens du moyen ge4 ,on dirait la vie des saintes crite par une fe4 ,il y a de la chevalerie et de la ferie dans cette croisade de vierges commande par la fille d'un roi1 qui1 du fond de l',irlande1 s'achemine vers ,rome1 y reoit le baptme et s'y dvoue au martyre4 ,saint ,cyriaque1 un pape imaginaire1 accueille et baptise ces amazones de la foi1 et descend du trne de saint ,pierre pour se faire l'aumnier de leur chaste arme4 ,guides par lui1 les onze mille vierges reviennent mourir ,cologne sous les flches et les haches des ,huns4 ,l'art chrtien a souvent reproduit les aventures de cette chevalerie fminine4 ,hemling en a fait un pome qu'on pourrait appeler l',odysse du martyre4 ,la chsse de ,bruges1 comme beaucoup de reliquaires de l'poque1 a la structure d'une maison gothique4 ,sur ses parois1 divises en quatre compartiments1 le peintre a reprsent les pisodes du voyage d',ursule et de ses compagnes4 ,les deux pignons encadrent les images de la ,vierge et de la sainte4 ,sur le toit1 il a peint son couronnement au milieu de la cour cleste4 ,c'est d'abord le dbarquement d',ursule ,cologne1 la tte de son arme virginale4 ,elle descend du lourd navire1 soutenue par ses compagnes4 ,la troupe sacre dfile dj par la porte de la ville1 qui dcoupe sur le clair du ciel les nefs de ses glises et le clocher de sa cathdrale4 ,on croit voir entrer dans la ,jrusalem cleste les vierges qui suivent l',agneau partout o il va4--,les madones de l',italie paratraient sensuelles auprs de ces saintes du ,nord4 ,la froideur particulire leur race s'illumine d'une puret divine2 c'est de la neige mle de la lumire4 ,leur beaut n'a rien de plastique3 les joues sont rondes1 les pommettes saillantes2 les fronts ont cette largeur qui dfigurerait les desses paennes1 mais qui convient des saintes4--,l'art chrtien fait rgner le front sur le corps2 il l'lve comme une ogive sur ce temple du ,saint-,esprit4--,le charme des vierges d',hemling est d'une qualit presque incorporelle1 leurs yeux clairs ont la fixit distraite de l'extase2 leurs tailles dlies s'lancent avec la rectitude des grands lis2 leurs gestes et leur maintien respirent une modestie solennelle4 ,rien n'gale la bizarre lgance de leurs costumes et de leurs coiffures4 ,ces saintes1 qui vont au martyre1 semblent des fes partant pour un bal sur la bruyre ou sur la nue4 ,le second tableau nous les montre entasses dans le vaisseau qui aborde ,ble4 ,leurs ttes blondes et candides1 que la virginit confond dans une charmante ressemblance1 apparaissent serres l'une contre l'autre1 comme des fruits au fond d'une corbeille4 ,la reine s'lance de cette agglomration de beauts1 pareille aux ,vierges des ,assomptions planant sur un bouquet de ttes d'anges4 ,dans le tableau suivant1 l'artiste a reprsent la jeune phalange arrivant ,rome4 ,le pape s'avance pour la recevoir sous le pristyle d'une glise4 ,sa physionomie et son attitude sont empreintes de la gravit de l'piscopal4 ,ce n'est point le pontife royal et magnifique de la ,renaissance2 c'est le rigide reprsentant de l'orthodoxie et du dogme4 ,je ne me figure pas autrement ce pape flamand qui1 entrant au ,vatican aprs ,lon ,x1 se signait la vue des statues antiques4 ,les cardinaux qui l'entourent n'ont rien non plus de l'altire lgance des princes de la cour romaine4 ,vraies ttes thologiques1 blanchies dans les mditations de la foi1 on dirait les bourgmestres et les chevins de l'glise4--,ursule1 agenouille et voile1 met ses mains jointes dans la main du pape1 et la ferveur de son geste est telle1 qu'on sent qu'elle y dpose son cur et son me4 ,sa douce figure1 hardiment fixe sur le visage du vieillard1 respire l'exaltation du sacrifice accept4 ,elle se livre1 en sa personne1 au ,dieu des martyrs4 ,derrire elle s'aligne le ravissant cortge de ses surs4 ,leurs physionomies dociles et placides refltent1 avec d'imperceptibles variantes1 la rsignation de leur reine4 ,l'expression d',ursule va s'attnuant de figure en figure1 comme un cri d'enthousiasme qui se rpercute d'cho en cho1 affaibli1 mais non altr4 ,il dcrot1 il s'amoindrit1 il s'efface444 le dernier n'est plus qu'un soupir4 ,le pape1 suivant la lgende1 voulut guider lui-mme les onze milles vierges au martyre2 il se fit le ptre de ce troupeau virginal pour le conduire la mort4 ,le peintre l'a reprsent1 dans le tableau suivant1 assis entre deux cardinaux1 dans la barque qui va descendre le ,rhin4 sa droite sigent des vques pensifs comme sur les bancs d'un concile2 sa gauche prient les saintes inclines sur la proue du navire1 comme sur le bord d'un prie-,dieu4 ,cette simple scne prend1 sous le pinceau d',hemling1 la majest d'un symbole4 ,le bateau s'agrandit aux proportions de l'glise4 ,on croit voir la barque de ,pierre parlant pour l'ternit4 ,le martyre des onze mille vierges remplit les deux derniers compartiments de la chsse4 ,ce sont les plus faibles au point de vue de l'art1 mais les plus touchants aux yeux de l'esprit4 ,hemling ne sait exprimer ni la violence ni la haine4 ,sa main1 si habile exprimer les moindres nuances de la tendresse et de la piti1 devient comme celle de ,fiesole d'une gaucherie charmante lorsqu'elle veut reproduire les mouvements du mal4 ,cette belle inaptitude que nous avons dj signale dans le gnie du peintre anglique1 est le privilge de presque tous les matres des premires coles4 ,hemling1 comme ,fiesole1 ne sait que bnir4 ,son doux gnie rpugne aux expressions de la cruaut et aux angoisses de l'agonie matrielle4 ,dans le premier tableau1 deux archers tirent l'arbalte sur le colombier de saintes groupes1 dans le vaisseau1 autour de leur reine4 ,les unes reoivent le trait de la mort avec ravissement1 et comme elles recevraient l'hostie du viatique4 ,d'autres se pment ou se cachent la tte dans leurs mains1 avec de gracieux mouvements d'enfants effrays4 ,plus loin1 ,ursule1 vise bout portant par l'arc d'un soldat1 attend la flche mortelle1 la bouche ouverte et les bras tendus1 dans un recueillement qui ressemble au sommeil extatique des stigmatises4 ,des ,barbares1 en habits de ,sarrasins1 groups sur le devant de leur tente1 les voient mourir avec la jovialit dbonnaire de bourgeois flamands regardant des arbaltriers tirer l'oiseau1 un jour de kermesse4 ,on peut ranger la chsse de sainte ,ursule1 parmi les merveilles de la main humaine3 la dlicatesse du pinceau gaie l'idalit de la pense4 ,ces deux cents figurines1 dont les plus grandes ont un pied et les plus petites six lignes de hauteur1 sont d'une finesse radieuse1 qui n'a d'analogie que dans la manire de ,fiesole4 ,c'est un mlange ineffable d'clat et de suavit1 l'ardeur du vitrail tempre par la transparence de la miniature4 ,en crant ce monde surnaturel1 ,hemling l'a envelopp de son atmosphre4 ,les marines1 les paysages1 les villes que traverse le chaste cortge se colore du reflet de son innocence4 ,tout y est simple1 lumineux1 candide4 ,les fleuves roulent des eaux de cristal2 les navires rappellent l'arche primitive2 les montagnes ont quelque chose d'arien et d'immacul2 les difices semblent construits pour la clture et pour la prire4 ,jamais le monde n'a t contempl par un regard si bienveillant et si doux4 ,tout se transfigure sous son pinceau1 les visages1 les corps1 les vtements1 les difices1 les eaux1 les arbres et l'air mme4 ,en voquant dans ses tableaux les vierges et les saints1 ,hemling semble faire descendre avec eux le paradis sur la terre4 ,figure #c3 ,la ,fornarina d'aprs ,raphal ,,rapha,l ,la ,vierge est la divinit de l'art italien4 ,on peuplerait des mondes avec les madones de ses six coles4 ,c'est le ,miracle des roses de la peinture que cette multiplication merveilleuse du type unique de la ,virginit-,mre ainsi reproduite sous des milliers de formes diverses4 ,depuis dix-huit cents ans la ,vierge voyage1 pour ainsi dire1 travers les enveloppes changeantes de la beaut terrestre1 pareille ces mes du ciel indien qui1 dans le cycle infini de leurs mtempsycoses1 prennent1 essayent et rejettent1 comme des vtements progressifs1 toutes les splendeurs et toutes les grces de la nature1 depuis l'toile jusqu' la gazelle1 depuis la femme jusqu' la fleur4 ,ce serait un curieux plerinage faire que de suivre l'itinraire de la ,madone dans le monde de l'art4 ,sa plus antique image1 rcemment dcouverte dans une crypte des catacombes1 nous la montre sous les traits sillonns et durs d'une parque chrtienne4 ,grossire et grandiose bauche que l'on dirait raye dans la pierre par le pouce sanglant d'un martyr6 ,elle sue l'amertume1 elle respire la mort2 elle s'harmonise avec l'horreur sacre du labyrinthe spulcral2 elle y prside du fond de son abrupte chapelle aux deuils1 aux lamentations1 aux funrailles de l'glise4 ,ce type primitif se transforme peine1 lorsque l'glise dlivre fait sortir la ,vierge avec elle du spulcre et l'installe solennellement sous le plein cintre des basiliques4 ,seulement sa vieillesse s'arrte1 se momifie1 s'endurcit et devient de l'ternit4 ,la ,vierge byzantine n'a pas d'ge2 sa face impassible1 prise dans les linaments rigides de la mosaque comme dans la dfinition d'un dogme invariable1 n'exprime que l'inflexibilit de la foi4 ,jamais un sourire ne descelle ses lvres d'mail1 jamais un regard d'amour ou de charit n'attendrit ses yeux lapidaires4 ,entre elle et le fidle agenouill sur les pavs de l'glise1 aucun autre rapport que celui d'une adoration lointaine4 ,la duret mme de la matire sur laquelle elle est empreinte1 la splendeur sombre et complique des ors vitrifis qui l'embotent1 la magnificence mystrieuse de sa dalmatique1 lui donnent l'air d'une de ces impratrices de ,byzance constelles d'agates1 fleuronnes de cabochons1 incrustes d'maux1 qui sigeaient inaccessibles et placides au centre d'une cour bizarre et d'une thologique tiquette4 ,giovanni ,cimabu1 le rude prcurseur de la ,renaissance1 humanise un peu1 mais sans l'embellir1 cette ,vierge terrible2 elle garde dans ses fresques et dans ses tableaux le profil aigu1 les angles ronds1 les yeux hagards1 les pieds et les genoux en pointe1 la physionomie chagrine et morne de son effigie orientale4 ,giotto1 enfin1 la revt de grce et de jeunesse2 il la dgage du moule crasant du plein cintre et la modle sur la forme svelte de l'ogive2 il lance sa taille1 il arrondit ses contours1 il claire ses yeux1 il rpand sur ses traits la vie de l'expression1 la pudeur du coloris et la lumire du sourire2 il la dlivre des maigres treintes de la robe tombante et l'enveloppe des caresses et des claircies du voile4 partir de ce moment1 la ,madone italienne est cre2 la ,vierge apparat la terre sous une forme digne de sa beaut morale4 ,pendant un sicle encore1 les coles de ,florence1 de ,sienne et de l',ombrie reproduisent et interprtent1 selon le gnie de leurs peintres1 ce portrait d'amour d'un art juvnil3 de ,giotto ,pinturrichio1 la ,vierge ne cesse de crotre en grce1 en noblesse1 en amnit2 cependant son type accompli et dfinitif n'est pas trouv encore4 ,les images que tracent d'elle ces matres primitifs ralisent plutt l'idal de la foi que celui de l'art4 ,l'anglique pudeur qui prside leurs conceptions ressemble la lune du ciel visible1 son divin emblme2 elle estompe ou elle mousse les lignes plastiques et les contours extrieurs4 ,dans la plupart de ces tableaux1 ,marie nous apparat comme une me divine peine enveloppe des apparences d'un corps spirituel4 ,ce n'est plus une femme1 ce n'est plus une mre1 c'est une essence de virginit contenue dans une forme plus vague que l'opale et plus fragile que l'albtre4 ,cette macration surnaturelle l'efface du monde extrieur2 elle dlie tous les liens terrestres qui la rattachaient aux enfants des hommes4 ,la ,vierge de ,fiesole1 par exemple1 avec sa tnuit subtile et sa coloration d'hostie claire par un cierge1 n'offre aucune prise au regard humain4 ,les frles linaments qui la dessinent semblent plutt les initiales d'un mystre sacr que les dlimitations d'une substance4 ,d'autres1 parmi ces peintres des premiers temps de la ,renaissance1 tombent dans l'excs contraire3 ils donnent la ,vierge le type local de leur ville ou de leur province2 ils l'affublent de leur costume1 ils lui font prendre droit de bourgeoisie parmi ses jeunes filles et ses matrones4 ,privaut touchante1 mais purile1 que les grces de l'art enfant peuvent seules ennoblir4 ,il tait rserv ,raphal d'accomplir la ,madone1 effleure ou bauche seulement jusqu' lui1 d'accorder en elle les sublimits religieuses du catholicisme aux plus parfaites harmonies de la beaut physique1 et de la faire planer1 en quelque sorte1 dans une assomption pondre1 gale distance du ciel et de la terre1 d'un idal trop mystique ou d'une ralit trop vulgaire4 ,mme aprs ses travaux piques du ,vatican1 on peut dire que la ,vierge est reste sa cration suprme4 ,ce fut sur elle qu'il porta tout l'effort et tous les progrs de son art4 ,ses ,madones ressemblent ces ,heures qu'il a peintes plus robustes ou plus dlicates1 selon qu'elles s'loignent ou s'avoisinent du soleil2 elles redoublent de force1 d'expression et de plnitude1 mesure qu'elles approchent du midi de son gnie1 de ce midi qui n'eut pas de couchant4 ,de la ,vierge ,condestabili de ,prouse la ,madone de ,saint-,sixte1 ,marie parcourt dans son uvre tout un firmament de beaut4 ,suivons cette gravitation idale1 dmlons au milieu des mille images diverses dont il a revtue4 ,celle que l'glise appelle l'toile du matin1 l'astre distinctif qui marque chaque constellation nouvelle4 ,la ,belle ,jardinire peut compter1 par le sentiment1 sinon par la date1 parmi les plus jeunes ,vierges de ,raphal4 ,peinte en #aejg ,prouse1 au moment o il allait quitter ,florence pour venir ,rome prendre possession de tout son gnie1 cette anglique idylle est comme un ex voto reconnaissant du divin jeune homme l'cole de l',ombrie1 o s'tait forme son enfance4 ,sur le point d'abandonner pour jamais les naves traditions de l'art mystique1 il semble qu'il ait voulu les rsumer dans une fleur de grce et de saintet4 ,marie1 assise au milieu des champs1 serre entre ses bras le ,fils de ,dieu1 debout sur son pied nu qui se dessine chastement sur l'herbe4 ,elle incline sur lui ses grands yeux limpides recueillis sous le voile baiss des paupires4 ,cette contemplation est si pieuse1 si ingnue et si douce1 qu'elle tient de la tranquillit du reflet1 et que l'image du divin ,enfant semble se rflchir dans leur ple azur1 comme dans la clart d'une belle eau dormante4 ,comment dire la candeur de ce visage ovale et pur comme une perle parfaite1 la noble coupe de ce front si doucement bomb1 la mollesse d'or souffl de ces blonds cheveux onds et nous en tresses ngligentes1 l'exquise formation du nez1 la finesse presque invisible des sourcils1 la courbe ingnue des lvres1 pareilles au calice d'une fleur entr'ouverte2 la sainte modestie de cette robe unie1 au corsage rouge1 autour de laquelle le manteau bleu de la tradition flotte et se dploie comme un morceau de ciel6 ,quel charme ineffable dans la pose de l',enfant ,jsus dressant vers sa mre sa tte ravie et nave6 ,le spectateur croit retrouver sa propre impression dans l'extase du petit saint ,jean1 genoux devant le groupe maternel6 ,le jeune ,prcurseur s'appuie sur une croix rustique qu'il vient de faire avec deux joncs enlacs2 mais ,marie ne comprend pas encore ce navrant symbole1 et la croix enfantine n'attriste pas plus la cleste glogue que la houlette d'un pasteur4 ,autour de la sainte ,famille s'arrondit1 comme une terrestre aurole1 un de ces mystiques paysages o il semble que ,raphal ait voulu purifier la terre1 et lui rendre quelque chose de l'innocence de l'den4 ,le lis chant par les psaumes1 la rose au cur virginal1 la mauve1 qui recle une vertu secrte dans ses humbles feuilles1 croissent et fleurissent aux pieds de ,marie4 ,plus loin s'lancent deux de ces arbres sveltes1 minces1 monds1 dont la cime1 peine garnie de quelques feuilles transparentes1 veille en l'me1 par une relation mystrieuse1 l'ide de jeunes ttes moissonnes par des ciseaux sacrs4 ,dans le fond1 au sein de collines arrondies et bleutres1 on aperoit une petite ville aux toits en pointe et au campanile lanc4 ,rien n'indique les travaux et les agitations de l'activit humaine dans cette cit toute symbolique et toute spirituelle4 ,l1 sans doute1 on n'entend d'autre bruit que le chant des hymnes et le son de l'orgue2 l se promnent par les rues claires des hommes vtus de blanc qui portent des palmes2 l se penchent aux fentres tailles en ogives des ttes extatiques1 pareilles celles qui se montrent1 embrases de couleurs ferventes1 aux vitraux des vieilles cathdrales4 ,figure #d3 ,muse4 ,peint par ,raphal ,tout est printemps1 fracheur1 jeunesse1 prmices de gnie1 vnust de style1 dans cette douce peinture2 elle est traite selon cette manire pure et prcieuse laquelle il semble que les vieux matres aient attach une vertu morale4 ,la pleur dore de son coloris rpand sur elle je ne sais quelle clart d'aurore3 on dirait la rverbration lointaine du fond d'or vanoui des anciennes coles4 ,les poses1 les draperies1 les gestes1 les airs de tte de la grande manire raphalesque1 commencent s'y rvler1 mais seulement l'tat de prludes et de douces promesses4 ,cette jeune ,vierge1 demi rustique1 assise parmi les plantes et les fleurs de la solitude1 ,raphal l'emmnera ,rome avec lui4 ,elle va s'y dvelopper1 s'y amplifier1 s'y grandir2 elle va s'entourer d'anges1 de saints1 de donataires1 de lampes1 de rideaux1 de colonnes1 d'architectures magnifiques2 elle va rgner du haut des cieux entr'ouverts sur des compositions grandioses inspires par les ftes de l'glise triomphante2 mais1 quels que doivent tre ses accroissements de force et de majest1 elle n'en reste pas moins1 dans ce tableau1 sinon la plus belle1 du moins la plus jeune et la plus aimable de ses madones4 ,de la ,belle ,jardinire la ,vierge au ,voile1 quelle transformation dj et quelle diffrence6 ,le matre a vu ,rome1 et son style se ressent des influences de la ville ternelle4 ,si la ,vierge a gard le candide ovale et la blonde modestie de ses surs anes1 le geste de son bras1 qui soulve le voile du lit de ,jsus1 celui de sa main pose sur l'paule du petit saint ,jean1 la molle effusion de son agenouillement1 dveloppent les belles lignes de la statuaire antique4 ,sa robe1 transforme en draperie1 embrasse avec de chastes caresses les formes qu'elle suivait peine autrefois4 ,son front porte le diadme de la royaut cleste1 et le voile qui s'en panche affecte des plis d'une imposante lgance4 ,dans le fond se dressent les murs pendants et la vote croule d'une ruine romaine1 et cette perspective d'antiquit sublime rpond de loin1 comme une harmonie1 au groupe qu'elle encadre4 ,la ,vierge la ,chaise1 portrait idalis d'une jeune patricienne de ,florence1 se ressent de son origine4 ,elle semble faite pour trner sur sa belle seggiola aux colonnettes ciseles1 dans une de ces glises de marbre et d'or du seizime sicle1 qui sont comme les salons du paradis4 ,elle est peut-tre la plus populaire de toutes les madones de ,raphal2 elle renouvelle1 en les sanctifiant dans l',italie catholique1 les miracles de sduction de cette ,vnus de ,guide dont la ,grce paenne devint amoureuse4 ,ce qui la distingue entre toutes ses surs1 c'est la grce3 ,ave1 ,maria1 gratia plena4 ,une grce demi-cleste1 demi-mondaine1 o la puret de la vierge1 la tendresse de la mre et l'amabilit de la femme1 se mlangent avec des nuances et des harmonies de perle dans un parfait ovale de beaut4 ,la noble finesse de ses traits1 la clart sereine de ses beaux yeux bienveillants1 l'lgance du voile qui s'enroule autour de ses tempes1 l'ajustement exquis du fichu brod qui voile ses paules et redouble de plis autour de sa poitrine1 la tranquille treinte de ses bras croiss autour de l',enfant1 tout en elle respire une courtoisie divine1 une amnit accessible et je ne sais quelle surnaturelle distinction de grande dame cleste4 ,elle fait penser ces saintes italiennes de la ,divine ,comdie qui conservent1 jusque dans le feu des toiles et des auroles1 l'air fin et spirituel de la civilisation toscane et l'accent du beau pays o le si rsonne4 ,quelle douce affabilit dans le mouvement de sa belle tte qui se retourne vers le spectateur comme pour l'clairer de sa plnitude6 ,on dirait qu'elle vient de cder aux angliques instances qui dcidrent ,batrix se dvoiler ,dante3 ,volgi1 ,beatrice1 volgi li occhi santi2 ,era la sua canzone2 al tuo fedele ,che per vederti ha mossi passi tanti4 ,per grazia fa noi grazia che disvele ,a lui la bocca tua1 s che discerna ,la seconda bellezza che tu cele4 ,tourne1 ,batrix1 tourne tes yeux saints1--ainsi chantait leur canzone1--vers ton fidle qui a fait tant de pas pour le voir6 ,de grce1 fais-nous la grce de lui dvoiler ta bouche1 afin qu'il distingue la seconde beaut que tu caches4 ,la ,vierge de la maison d',albe1 peinte dans la mme anne peut-tre1 reluit1 entre les autres madones de ,raphal1 comme une larme parmi des perles4 ,assise sur le gazon d'un frais paysage1 elle contemple avec une mlancolie rveuse la croix de roseau que le petit saint ,jean1 genoux1 vient de prsenter son fils4 ,sa main pose sur l'paule du ,prcurseur semble l'inviter dtourner le fatal prsage2 mais ,jsus a dj saisi la croix prophtique1 et fixe sur elle des yeux rsigns4 ,raphal n'aborde jamais qu'avec pudeur l'ide de la mort2 aussi l'motion de cette scne muette est-elle effleure plutt qu'exprime4 ,elle circule avec la lgret du pressentiment travers les gestes1 les airs de tte et les attitudes sympathiques de la jeune famille4 ,le ,calvaire vient de lui apparatre1 mais comme l'ide de la mort apparat la jeunesse1 voile1 douce1 indistincte1 presque efface par l'loignement4 ,il n'y a qu'un nuage en l'air2 il monte au-dessus de la tte de l',enfant ,jsus2 et il est si faible et si pur1 que l'imagination lui donne le sens d'un phnomne symbolique4 ,on dirait qu'il vient de prendre l'empreinte de cette ombre de tristesse qui voile les visages de la sainte ,famille1 pour la dissiper dans le ,ciel4 ,les caresses de l'excution dissimulent encore ce vague fond de deuil4 ,jamais ,raphal n'a peint d'enfants plus gracieux1 de ,vierge plus juvnile1 de campagne plus ombreuse et plus pacifique2 jamais son dessin n'a dploy de plus attiques lgances4 ,vous diriez le ,stabat ,mater recl sous la forme exquise d'un beau sonnet de ,ptrarque4 ,jusqu'ici nous sommes rests dans le cycle terrestre des ,vierges de ,raphal2 mais il est une autre sphre purement idale1 au sein de laquelle il s'est plu transporter souvent la ,mre de ,dieu4 ,l1 ,marie n'appartient plus la terre3 elle ne lui apparat qu' travers les incalculables distances de son ,assomption4 ,elle ne se dtache plus sur d'humbles fonds de campagne ou d'intrieur domestique1 mais sur l'azur ternel1 o pleuvent les rayons1 o neigent les ttes d'anges4 ,elle ne s'assoit plus parmi les fleurs de la prairie ou sur la chaise taille par la hache de ,joseph2 elle plane sur des nues1 elle rgne sur des trnes d'une magnificence biblique et d'une architecture triomphale4 ,sa famille humaine a fait place la cour des bienheureux et des anges4 ,son visage s'claire et se transfigure2 les sourires fminins et maternels s'effacent de ses lvres3 la srnit immuable1 la paix ternelle1 la flicit impassible1 sont les seuls sentiments qu'expriment dsormais ses traits agrandis4 ,la ,vierge aux ,candlabres est la premire en date de cette srie suprieure4 ,calme1 grandiose1 presque svre1 elle brille entre les deux flambeaux de ses angliques acolytes1 comme une toile fixe de beaut4 ,ses yeux s'abaissent lgrement1 sans doute pour exaucer d'en haut une adoration lointaine1 et sur l'inclinaison seule de ces yeux sublimes l'esprit mesure la hauteur idale o l'a transporte le gnie du peintre4 ,l',enfant glorieux et joyeux qui joue sur son sein ne distrait pas son recueillement solennel2 on sent qu'il ne tient plus elle par les liens de sang de la maternit terrestre1 mais par les liens plus subtils d'une filiation toute mystique4 ,de mme1 les deux anges qui portent les candlabres ne sourient ici ni ,jsus1 ni la ,madone3 ils paraissent absorbs par le sentiment de leur propre gloire4 ,on dirait que1 runis pour une crmonie de la cour cleste1 chacun des personnages continue sa surnaturelle existence1 et reste isol1 au sein mme d'une action commune1 dans sa sphre d'extase et de dignit4 ,plus imposante encore1 la ,vierge au ,poisson forme1 avec l'enfant majestueux que ses mains soulvent1 un groupe tout auguste et tout idal qui rappelle la sculpture plutt que la vie4 ,elle reoit les adorations du jeune ,tobie que l'ange lui prsente avec la noble froideur d'une statue sacre donnant audience aux fidles1 du fond d'un sanctuaire4 ,la nave timidit de l'adolescent1 l'ardeur de l'ange qui l'entrane vers sa reine avec un radieux enthousiasme1 rehaussent1 par le contraste1 cette rserve fire et presque imprieuse4 ,sursum corda6 montons plus haut encore1 jusqu' cette cime extrme du sublime o plane la ,madone de saint ,sixte1 la dernire ,vierge de ,raphal4 ,les rideaux symboliques de l'apparition viennent de s'entr'ouvrir4 ,marie1 porte sur des nuages et tenant l',enfant dans ses bras1 apparat solennellement la terre4 ,un voile1 tremp dans la pourpre des nues1 cerne les blonds bandeaux de son front royal et redescend sur ses paules avec la palpitation d'une grande aile4 ,sa robe bleue1 chasse par le vent1 imprime sa dmarche suspendue les lignes flottantes de l'existence thre4 ,ses yeux sont fixes1 srieux1 vaguement gars2 sa physionomie respire un trouble ineffable4 ,par quels mots humains expliquer ce mystre d'motion et de ravissement8 ,est-ce l'enivrement des flicits clestes1 ou la rvlation subite de sa gloire8 ,n'est-ce pas plutt l'effroi sacr de son divin ,fils8 ,on dirait qu'elle vient de comprendre pour la premire fois que l'enfant qu'elle porte est le ,dieu des colres en mme temps que le ,dieu des misricordes1 et qu'elle tremble pour la terre en le prsentant devant elle4 ,l',enfant semble justifier cette saillie pouvante4 ,ce n'est plus l'humble nouveau-n de ,bethlem1 ni le doux bambino des jardins de ,nazareth2 c'est le ,trs-,haut1 le ,tout-,puissant1 l'ternel1 condens dans un corps puril et rendu plus grandiose encore par cette rduction de substance4 ,le ,christ vengeur de ,michel-,ange est moins effrayant peut-tre que cet enfant jupitrien4 ,ses cheveux pars et hrisss comme des flammes1 l'obliquit terrible de ses yeux pensifs1 la structure puissante de son corps compacte et ramass comme un abrg de la force1 le geste olympien de sa main tendue sur sa jambe robuste1 la couleur de feu presque fonce1 tant elle est profonde1 qui l'enveloppe comme d'un mystrieux hle d'aurole1 tout en lui excite la crainte1 le respect1 le tremblement religieux4 ,au-dessous de la ,vierge1 sainte ,barbe agenouille sur les nues1 les mains croises1 le pied suspendu1 oscillante et flottante dans la draperie orange qui l'enlace de ses longues bandes d'arc-en-ciel1 abaisse vers la terre sa belle tte blonde dont le ton ardent semble exprimer la ferveur4 ,l'ajustement1 le tour1 l'attitude de cette adorable figure1 peuvent compter parmi les merveilles de l'art accompli4 ,c'est la ,grce chrtienne incarne sous la forme d'une des ,charits de la ,grce1 la draperie de ,phidias enfle et souleve par les brises du ciel1 la beaut de la ,desse et la pudeur de la ,vierge s'unissant et se confondant dans un chef-d'uvre plastique4 ,en face de sainte ,barbe1 saint ,sixte1 drap dans sa chape1 dresse vers la ,vierge sa tte chauve1 qu'ombrage la barbe orientale d'un ,pre de l'glise2 au bas du tableau1 deux petits anges accouds sur une balustrade attendent et regardent sans tonnement1 sans surprise1 avec l'insouciance familire d'enfants de la maison cleste4 ,c'est un prodige que ce tableau2 on peut dire qu'il en prsente les signes extrieurs4 ,command ,raphal par les bndictins de ,plaisance1 pour servir de bannire aux processions du couvent1 il fut peint d'un jet1 sans bauche1 et comme improvis sur la toile4 ,on n'a retrouv trace1 en effet1 ni de ses tudes ni de ses esquisses4 ,d'ailleurs1 il suffit de l'entrevoir pour tre frapp de cette spontanit cratrice3 aucun effort1 aucune retouche1 aucun artifice1 mais partout une excution la fois ingnue et sublime2 et les rehauts de l'ombre et les magies du clair-obscur1 carts1 comme des lments profanes1 de la vision virginale4 ,les lignes du dessin serpentent la faon des veines de la vie1 sous la transparente coloration des figures2 cependant ces figures sortent de la toile avec un relief tonnant4 ,le coloris sobre1 limpide1 gal1 compos plutt que ml de teintes blondes1 rouges et roses1 qui s'assortissent sans se confondre1 a l'clat ardent et doux de ces soires extraordinaires1 dont les crpuscules sont des phnomnes4 ,on n'y sent nulle part l'empreinte de la touche1 la marque du pinceau1 le vestige de la main humaine2 il tient la fois de la clart de la fresque et de la lgret du pastel2 il semble avoir coul des sources de la lumire pour revtir les tres divins qui viennent d'en descendre4 ce monde de l'infini qu'il nous rvle1 ,raphal ravit la fois la divinit de ses types et le jour incorruptible qui les claire4 ,cette toile sacre est le dernier voile du sanctuaire3 l finit la beaut visible4 ,derrire1 il n'y a plus rien1 rien que la ,beaut ternelle1 rien que cet ternel fminin dont parle ,gthe1 et qu'il a pos la fin de son pome1 comme le mot suprme de la vie3 ,das ewig ,weibliche4 ,figure #e3 ,dana d'aprs ,corrge ,,corr,,ge ,il se forme1 on ne sait comment1 autour des artistes clbres1 une lgende qu'il est bien difficile de ramener l'histoire1 mme quand sa fausset en est depuis longtemps reconnue4 ,en entendant prononcer ce nom du ,corrge1 on ne peut s'empcher de recevoir une impression triste1 et de songer avec mlancolie la fin misrable de ce grand homme4 ,on maudit un peu les moines qui lui payrent un chef-d'uvre en monnaie de billon dont le poids1 car il n'tait pas assez riche pour louer une voiture ou un cheval1 le fatigua tellement sur la route1 qu'il en prit une fluxion de poitrine1 et mourut peu de jours aprs4 ,c'est une chose douce de consoler1 par une tardive admiration1 l'ombre d'un gnie malheureux pendant son sjour sur la terre1 et sa gloire1 entoure de ces ombres1 rayonne avec plus de splendeur4 ,cette opinion1 chose bizarre1 fut celle de gens contemporains du peintre1 ou du moins assez rapprochs de l'poque o il vivait pour avoir su la vrit1 s'ils avaient voulu se donner la peine de la chercher2 mais ce roman plaisait davantage4 ,corrge ne fut pas si pauvre qu'on le prtend2 son pre tait un honnte marchand qui possdait quelque aisance et le fit bien lever4 ,giovanni ,berni1 de ,plaisance1 et ,marastoni1 de ,modne1 l'instruisirent dans les lettres1 et il eut pour matre de philosophie ,g4 ,b4 ,lombardi1 de ,corrge1 clbre mdecin1 qui avait t dj professeur ,bologne et ,ferrare4 ,cela n'a rien qui sente la misre4 vingt-six ans il pousa une jeune fille de son pays1 ge de quinze ans1 ,girolama ,merlini1 dont il eut quatre enfants1 trois filles1 dont deux moururent en bas ge1 et un fils1 ,pomponio1 qu'il destina la peinture4 ,voil donc la nombreuse famille que l'infortun ,corrge avait tant de peine nourrir et pour laquelle il s'extnuait de travail considrablement rduite4 ,deux enfants ne sont pas une telle charge qu'on ne puisse la supporter1 mme sans avoir le talent de l'auteur de l',antiope et du ,mariage de sainte ,catherine4 ,le ,carteggio de ,tiraboschi contient plusieurs actes relatifs des maisons et des proprits du ,corrge4 ,sa femme1 en outre1 lui avait apport une belle dot4 ,certes1 il ne mena pas l'existence princire d'un ,raphal1 d'un ,michel-,ange ou d'un ,titien1 recherchs des empereurs1 des papes et des cardinaux1 mais il ne connut jamais l'troite pauvret1 et la ncessit ne le fora pas l'avarice comme on le prtend4 ,jamais1 au contraire1 artiste ne mit plus de luxe dans l'excution matrielle4 ,toutes ses peintures sont sur cuivre1 sur panneau de cdre ou sur toile de choix2 il y prodigue les couleurs les plus chres1 l'outremer1 les laques1 les verts riches2 il les empte sans mnagement et n'pargne rien pour assurer la conservation de ses tableaux4 ,quoiqu'il ait le pinceau facile1 il y revient1 les reprend1 les fait scher au soleil1 et ne livre son uvre que lorsqu'il la croit parfaite1 conscience que n'eurent pas toujours des matres en grande rputation et qui1 de louable1 deviendrait admirable1 si le ,corrge et t effectivement aussi dnu de ressources qu'on le reprsente4 ,les travaux ne lui manqurent pas2 ds sa plus tendre jeunesse1 car il eut le talent prcoce1 on le voit charg de commandes2 on lui donna peindre la coupole de l'glise ,saint-,jean1 et ensuite le dme de ,parme1 ouvrages considrables assez bien pays4 ,pour la coupole1 il reut quatre cent soixante-douze ducats d'or1 et pour le dme1 trois cent cinquante4 ,il eut de la ,nuit1 quarante sequins d'or1 du ,saint ,jrme1 quarante-sept1 chose digne de remarque1 il ne travailla gure pour les souverains2 on ne cite de lui que deux tableaux faits pour le duc de ,mantoue2 mais sans valoir ,rome1 ,florence ou ,venise1 ,parme offrait l'artiste des moyens suffisants pour se dvelopper et une sphre convenable d'activit4 ,peut-tre mme y fut-il plus libre1 moins influenc dans son originalit1 qu'il ne l'et t dans un de ces grands centres d'art1 o des modles illustres entranent l'imitation et o il est difficile de ne pas cder aux sductions du style en vogue4 ,il fut1 ,parme1 matre souverain et fondateur d'cole1 et la lettre d',annibal ,louis ,carrache est certes entache d'exagration4 ,je m'indigne et je pleure eu dedans de moi-mme1 quand je pense l'infortune de ce pauvre ,antoine3 un si grand homme1 si c'est un homme et non pas un ange revtu d'un corps1 se perdre de la sorte dans un pays o il tait mconnu et o il aurait d tre port aux toiles1 et y finir par une mort misrable6 ,mais il importe peu1 en somme1 que ,corrge ait t riche ou pauvre1 heureux ou malheureux1 avare ou prodigue4 ,dans le milieu o il se trouvait1 il a pleinement exprim son idal1 un idal nouveau1 et il a inscrit sa signature dans un de ces cercles d'toiles qui entourent les dieux de l'art4 ,antonio ,allegri naquit ,corrge1 d'o lui vient son surnom1 vers l'an #adid1 la date n'est pas bien certaine1 de ,pellegrino ,allegri et de ,bernardina ,piazzoli4 ,selon la tradition du pays1 il reut les premiers lments de l'art de son oncle ,laurent1 et ensuite il frquenta ,modne l'cole de ,francesco ,bianchi1 dit le ,frari4 ,il apprit en mme temps modeler en terre1 et il travailla avec ,begarelli ce groupe de la ,pit1 dans l'glise de ,sainte-,marguerite1 dont les trois plus belles figures lui sont attribues4 ,de ,modne on le faisait aller ,mantoue chez ,andrea ,mantegna1 mais1 comme on l'a dcouvert depuis1 le ,mantgne est mort en #aejf1 ce qui dtruit cette supposition1 matriellement du moins1 car un artiste n'a pas besoin d'tre vivant pour former des disciples3 ses uvres enseignent sa place1 et souvent d'une faon plus loquente que n'auraient pu le faire ses paroles4 ,aussi admettons-nous trs-bien ,mantegna comme un des matres du ,corrge1 quoique les dates s'opposent un enseignement direct4 ,corrge s'inspira de ,mantegna avec la libert du gnie1 en perfectionnant ce dont il s'emparait1 et en le mlant1 par un amalgame intime1 ses qualits naturelles4 ,c'est un rare bonheur de trouver dans ce monde de la forme qui semble limit1 et dont le corps humain est le thme ternel1 une inflexion particulire1 une ligne inconnue encore1 un charme rvl pour la premire fois4 ,ce bonheur1 ,corrge l'a eu au plus haut degr4 ,il a su dgager de la femme et de l'enfant une grce qu'on ne souponnait pas1 grce tendre1 amoureuse et souriante1 et qu'on ne saurait mieux dsigner que par le nom mme du peintre1 tourn en pithte3 grce corrgienne4 ,rien n'en donne l'ide1 ni avant ni aprs4 ,ce n'est pas la grce mystrieuse1 profonde1 presque inquitante et surnaturelle de ,lonard de ,vinci1 ni la grce calme1 virginale et cleste de ,raphal2 c'est une volupt indfinissable1 une caresse perptuelle1 une sduction irrsistible1 o il n'y a rien de lascif cependant2 la nudit mme1 chez ,corrge1 a la candeur ingnue de l'enfance2 comme ve avant d'avoir pch1 elle ignore qu'elle est sans voiles4 ,nous insistons sur cette grce1 parce qu'elle est le caractre distinctif de l'artiste1 le charme qui attire lui les mes et les relient4 ,mais il ne faudrait pas s'imaginer que ,corrge soit un peintre exclusivement proccup du joli1 de l'aimable et du riant2 il y a en lui un artiste dont les audaces et les fierts musculaires rivalisent avec ,michel-,ange2 et pour s'en convaincre il suffit de regarder la coupole de ,saint-,jean et le dme de ,parme4 ,ce suave et dlicieux ,corrge possde l'instruction pittoresque la plus solide et sait fond la gomtrie et la perspective1 ce qui lui permet d'excuter mathmatiquement ces raccourcis dont la hardiesse tonne4 ,cette science cre le style de son dessin1 en variant l'infini les mouvements et les points de vue4 ,lorsque la plupart des peintres se contentent de rendre les figures comme elles s'offrent hauteur d'il1 ,corrge prend toujours ses ttes de bas en haut ou de haut en bas2 elles plafonnent ou se penchent1 les lignes descendent ou remontent avec des flexions et des sinuosits inattendues1 qui rvlent dans le contour des aspects d'une nouveaut trange et charmante2 il en est de mme des corps1 dont cette science de raccourci et de perspective dgage des attitudes1 des formes et des profils1 que ni le crayon1 ni le pinceau n'ont exprims encore4 ,l'habitude de modeler en terre donne au ,corrge ce sentiment parfait du relief qu'on admire chez lui4 ,les figures ne sont pas enfermes dans un trait rigide2 elles sont peintes1 pour ainsi dire1 en ronde bosse1 se dessinant par la lumire et l'ombre1 en faisant saillir leurs milieux4 ,comme les objets dans l'atmosphre1 elles nagent dans des contours fluides1 effums1 vaporeux1 qui les baignent1 les enveloppent et laissent tourner autour d'elles4 ,le pinceau1 dans sa main1 est une sorte d'bauchoir modelant par masses et poursuivant travers la pte comme travers l'argile les rondeurs des formes4 ,souvent mme il peint d'aprs une maquette de terre1 pour se mieux rendre compte des raccourcis et de la projection des ombres1 procd qu'employait le divin ,lonard4 ,on a conserv quelques-unes des figurines qui lui servirent quand il travaillait aux fresques du ,dme1 et qui expliquent1 par leur suspension1 ces attitudes impossibles imaginer ou copier d'aprs nature4 ,seulement1 tout ce savoir est revtu de grce2 jamais l'effort ne s'y fait sentir1 mme dans les outrances et les tours de force2 une harmonie divine l'enveloppe comme une souple et lgre draperie qui flotte autour d'un beau corps4 ,un critique italien appelle ,corrge un ,lonard clarifi4 ,cette observation ne manque pas de justesse4 ,le peintre de ,parme comme le peintre de ,milan conduit l'ombre la lumire par des dgradations d'une dlicatesse infinie1 mais la qualit de cette ombre n'est pas la mme4 ,noire ou violette1 ou tout au moins neutre de ton chez le ,vinci1 l'ombre chez le ,corrge est argente1 transparente1 illumine de reflets1 et pourrait servir de lumire d'autres peintres2 l'artiste a pouss jusqu'aux derniers prestiges la magie du clair-obscur1 magie dont il est en quelque sorte l'inventeur1 car1 avant lui1 la palette ne connaissait pas ces merveilleuses ressources4 ,mais ces lueurs de l'ombre1 ces clarts de l'obscur n'enlvent rien la solidit des corps4 ,elles jouent leur surface et ne les pntrent pas4 ,elles ont mme une intensit relative qui laisse toute leur valeur aux parties touches par le jour4 ,le ton local des objets s'y poursuit et s'y retrouve1 mais sans attirer l'il4 ,les blancheurs des chairs ne sont pas ctoyes de ces zones bistres ou couleur de bois qui trop souvent reprsentent l'ombre dans des tableaux admirables d'ailleurs et remplis de qualits sublimes4 ,cette homognit parfaite des parties claires et des parties sombres donne aux figures de ,corrge une rare puissance de relief2 elles se dtachent d'un bloc du fond tendu derrire elles et viennent l'il avec les apparences de la vie comme les objets aperus dans un miroir4 ,aux approches du crpuscule1 lorsque les toiles des galeries s'teignent les unes aprs les autres et ne prsentent plus que des taches confuses1 les tableaux du ,corrge gardent la lumire et semblent s'clairer eux-mmes2 les personnages prennent une vie intense et mystrieuse2 on dirait qu'ils vont sortir du cadre comme ces figures des tableaux vivants1 quand l'effet est produit1 et qu'il faut prendre de nouvelles poses pour un autre groupe4 ,comme sur les hautes montagnes le soleil luit encore lorsque depuis longtemps la nuit baigne la valle1 le jour abandonne avec peine ces hauts sommets de l'art4 ,on a dit que le ,corrge tait triste1 mlancolique1 rong d'inquitude et avait le travail pnible4 ,cette humeur atrabilaire ne semble pas s'accorder avec cette peinture aimable comme un sourire1 frache comme un bouquet o sont runies1 pour le plaisir des yeux1 les grces de la femme1 l'ingnuit de l'enfance se jouant parmi les fleurs et les riches attributs1 sur des fonds de paysages ou d'architecture embellis de tout ce que peut rver une imagination riante4 ,mais l'uvre d'un artiste n'est pas toujours le reflet de son me2 c'en est souvent le desideratum4 ,watteau1 le peintre des ftes galantes1 qui conduit avec un frou-frou de soie et un bourdonnement de guitare son ternelle mascarade italienne et qui embarque si joyeusement pour ,cythre les plerins d'amour aux camails orns de coquilles1 n'tait-il pas1 dans la vie prive1 d'une tristesse funbre et obsd par un essaim de papillons noirs8 ,cependant nous pensons que le ,corrge tait heureux4 ,sa peinture est trop saine1 trop bien portante1 trop gaie1 pour qu'il n'et pas lui-mme la sant morale2 il devait travailler d'une manire tranquille1 prompte et libre1 comme un matre qui domine ses moyens d'expression1 et d'avance a rsolu les difficults4 ,la grce n'tait pour lui qu'un jeu1 car il avait la force et la science2 mais qu'il ft triste ou joyeux1 c'est l vraiment une question psychologique peu importante4 ,corrge alla-t-il ou n'alla-t-il pas ,rome8 ,problme obscur longtemps1 et qui s'est rsolu par la ngative d'aprs les recherches de la critique moderne qui1 cette fois1 donne raison ,vasari4 ,ce grand matre ne sortit jamais de la ,lombardie4 ,est-il besoin pour avoir du talent d'abandonner sa patrie1 de rompre ces filaments qui vous attachent au sol natal1 de quitter cette atmosphre o l'on a bu les premires gorges de la vie1 de rompre cette harmonie de la crature et du milieu1 de renoncer ces aspects familiers ds l'enfance1 ce naf tonnement des choses1 cet blouissement de la lumire1 cette sympathie pour des types particuliers1 qui sont comme la physionomie et le visage de la mre sacre1 alma parens8 ,ce dpaysement ne trouble-t-il pas les aptitudes naturelles et les originalits profondes fruit du climat1 de l'air ambiant1 du caractre gologique et de la concentration mme de l'intelligence dans un cercle troit1 mais bien connu8 ,un ciel plus chaud1 une clart plus intense1 une coloration diverse1 des contours plus arrts1 un costume diffrent1 des types d'une tranget saisissante1 un idal plac ailleurs1 des modes de style peuvent faire dvier l'organisation la moins susceptible de s'garer4 ,nous pouvons donc regarder comme un bonheur que ,corrge n'ait jamais visit ,rome4 ,d'ailleurs1 un gnie comme le sien il suffit du moindre indice pour deviner tout et s'approprier ce qui est assimilable sa nature sans en altrer l'essence4 ,il y avait chez ,begarelli des pltres et des surmoulages qui dispensaient notre artiste sdentaire d'tudier les marbres antiques2 il avait pu voir ,mantoue et ,parme des tableaux de ,raphal et dire3 ,moi aussi je suis peintre6 et pour les altitudes grandioses1 les musculatures savantes1 le style outr et fier1 il ne doit rien ,michel-,ange1 le ,jugement dernier de la chapelle ,sixtine1 n'ayant t peint qu'en #aeda1 sept ans aprs la mort de ,corrge4 ,paris et ,dresde possdent en grande partie l'uvre du grand matre lombard1 du moins ce qui peut se dtacher de lui1 car lorsqu'on n'a pas vu ses fresques on ne le connat pas tout entier4 ,on en peut dire autant de presque tous les illustres matres italiens dont la peinture murale a gard le meilleur4 ,quand on entre dans ce salon carr qui est comme la ,tribune du ,louvre1 le regard est invinciblement attir par l',antiope1 un de ces chefs-d'uvre qui semblent un rve de posie fig dans un miroir magique1 une fugitive postulation de l'me rendue ternelle par le gnie4 ,devant cette merveille chacun croit que le tableau a t fait pour lui4 ,on s'imagine que personne1 hors vous1 n'en a compris le vrai sens1 la porte intime4 ,ce beau corps dor de lumire1 rafrachi d'ombres bleutres1 tendu si mollement sur le gazon de velours o il s'panouit dans sa blancheur comme un lis humain1 avec des souplesses1 des lassitudes et des abandons faire descendre les immortels de l',olympe1 est une des plus miraculeuses crations de l'art4 ,que ,jupiter a bien fait de quitter sa revche ,junon pour venir admirer1 sous le dguisement d'un satyre1 cette beaut dont ,vnus mme serait jalouse6 ,nous profitons1 nous autres pauvres humains1 de l'audace du dieu qui soulve le voile et dcouvre ces blancs trsors1 ce torse de marbre souple et chaud1 baign par les moiteurs de la vie1 palpitant au souffle rgulier du sommeil1 attendri d'un rve voluptueux4 ,et le satyre1 comme il est noble et beau6 comme il conserve1 malgr les pieds de bouc1 l'aristocratie olympienne6 ,comme on sent bien que ce n'est pas l un de ces vulgaires gipans moiti dieux1 moiti btes1 populace de la mythologie1 qui poursuivent les nymphes1 travers les bois1 de leur salacit importune6 ,auprs d',antiope1 l',amour dort d'un sommeil hypocrite1 prt venir en aide au dieu si par hasard la jeune vierge rsistait4 ,le ,mariage de sainte ,catherine n'est pas moins tonnant4 ,c'est encore un ,dieu qui pouse une fille de la terre1 mais ici le mariage est tout spirituel4 ,le petit ,jsus1 assis sur les genoux de sa divine mre1 passe avec un srieux enfantin l'anneau de fianailles au doigt que lui tend d'un air de modestie charmant et rougissant de pudeur la belle sainte en habits de noces4 ,elle sera fidle son bambin d'poux cette belle vierge qui pour les filles doit devenir la patronne du clibat2 fidle jusque dans les supplices et la mort car1 prs d'elle1 on voit la roue aux dents d'acier qui sera son lit nuptial4 ,le tmoin de son mariage est un jeune saint ,sbastien1 d'une beaut anglique1 tenant en main1 comme un faisceau de palmes1 les flches retires de son corps4 ,au fond1 s'bauchent vaguement des scnes de martyres1 des bourreaux se ruant au carnage6 ,le type de la sainte est particulier au ,corrge2 elle a1 dans sa beaut1 un air d'enfance1 une candeur qui se fait srieuse et qui sourirait si volontiers6 ,ses yeux se baissent virginalement1 mais les coins de sa bouche remontent2 elle contient cette joie intime qu'ont toutes les figures du peintre6 ,la main de la sainte est baiser sur la toile comme une main de reine un jour de gala4 ,quelle blancheur1 quelle finesse de pulpe1 quelle lgance de port et quelle fiert patricienne6 ,chaque doigt de cette main est comme une personne1 il a sa vie particulire1 sa signifiance spciale1 sa physionomie reconnaissable2 spars de la paume on les reconnatrait partout ces merveilleux doigts de sainte ,catherine6 ,c'est ,dresde que se trouve ce prestigieux tableau si improprement appel la ,nuit du ,carrge1 et auquel le nom d',aurore conviendrait mieux4 ,rien dans cette toile radieuse ne fait venir l'ide des tnbres2 l'aube se lve derrire les montagnes lointaines qu'on entrevoit travers la porte de l'table1 construite en charpentes appuyes aux ruines d'un ancien difice2 et tout ce tableau est clair par la lumire surnaturelle qui mane du corps de l',enfant ,jsus4 ,ce nouveau-n jette un tel clat dans le giron de ,marie1 qu'il illumine comme le soleil les objets qui l'entourent4 ,le visage de la ,vierge1 amoureusement pench vers lui1 en reoit des reflets argents d'une transparence et d'une fracheur idales4 ,un sourire de mre heureuse fait onduler sa ligne rose dans une blancheur de nacre1 de lait et d'opale1 o les longs cils de ses yeux baisss tracent peine une ombre lgre4 ,touche par cette clart cleste1 l'humble paille de la crche brille comme les fils d'or d'une aurole4 ,la clart rejaillit sur la jolie bergre qui apporte une couple de tourterelles dans un panier et fait un geste d'admiration nave devant le nourrisson divin2 elle claire le jeune ptre qui1 une main sur le bord de la crche et l'autre sur le dos d'un grand chien1 lve extatiquement la tte et semble d'un il visionnaire contempler le groupe des anges se balanant dans son nuage au plafond de l'table2 et enfin1 elle arrive jusqu' ce vieux pasteur de structure herculenne tenant un bton pareil une massue ou un arbre dracin et se grattant la tte d'un air embarrass comme un manant en prsence d'un roi4 ,on ne saurait imaginer avec quel art miraculeux cette lumire1 partant d'un foyer unique1 est conduite1 dgrade et fondue du centre jusqu'au bord du tableau4 ,toutes ces figures y baignent comme dans une atmosphre de paradis4 ,jamais coloriste ne se joua plus magistralement d'une difficult si grande1 et ce n'est pas un vain tour de force1 c'est l'expression russie d'une ide toute charmante1 toute potique et pleine de tendresse qui ne pouvait venir qu' l'heureux gnie de ,corrge4 ,ce faible1 ce petit1 ce bambino1 vagissant sur la paille et jetant dj dans l'table cette lueur dont l'irradiation clairera le monde6 ,la ,vierge ne s'en tonne pas1 n'en voit rien peut-tre2--tout enfant resplendit pour sa mre6--et d'une caresse passionne1 lui faisant de ses bras un berceau1 elle le serre contre son cur4 ,au coin vers le sommet du tableau1 les anges allgrement voltigent dans ces poses plafonnes et raccourcies qu'affectionne le ,corrge et qui n'tent rien leur grce cleste4 ,ils se soutiennent par leur lgret mme et pourraient oublier d'agiter leurs ailes sans craindre pour cela de tomber4 ,les nuages flocons bleutres ne leur servent nullement de point d'appui1 mais leur forment une atmosphre et les sparent des personnages humains4 ,au second plan1 saint ,joseph empoigne l'ne la crinire pour l'amener vers la crche4 ,plus loin1 deux jeunes garons tirent le buf par les cornes4 ,ne faut-il pas que la cration muette ait ses deux tmoins la nativit du ,sauveur6 ,bonnes et douces btes attendries dans leur me obscure qui rchaufferont l'enfant de leur souffle4 ,ce dtail familier et tendre1 de pur naturalisme1 donne la scne un air de vie relle sans nuire au ct divin4 ,rien de tendu1 rien de guind1 point de fausse grandeur1 partout la grce la plus aimable4 ,la ,madeleine de ,corrge ne ressemble pas ces spectres hagards1 dcharns1 livides1 n'ayant plus rien de la femme1 que les peintres espagnols1 farouchement catholiques1 logent dans les trous de la pierre et la caverne de la maigreur1 pour nous servir d'une expression de la ,bible4 ,son tendre gnie rpugnerait ces reprsentations hideuses de poitrines dvastes1 d'paules osseuses sillonnes coups de discipline2 de masques blafards aux paupires rougies faisant pleuvoir d'intarissables larmes sur l'ivoire d'un crne4 ,des barbaries propres frapper les imaginations grossires lui feraient horreur4 ,la pnitence qu'il impose la pcheresse repentie n'est pas si rude4 ,d'abord il lui laisse sa beaut1 une beaut plus parfaite que celle qu'elle eut jamais sans doute2 ensuite il ne la revt pas d'un rude sayon en poil de chvre ou d'une natte en sparterie4 ,le dsert o il la confine est un bois ou plutt un bocage plus propice l'amour qu' la mortification4 ,il n'est personne1 mme parmi les tres les moins sensibles la posie de l'art1 qui ne se soit arrt tout rveur devant cette ,madeleine et n'en ait gard un long souvenir1 soit qu'il ne l'ait vue qu'en gravure1 soit qu'il connaisse l'original du muse de ,dresde4 ,enveloppe d'une draperie bleue qui laisse nu son buste1 la ,madeleine allonge son beau corps1 dont on devine sous l'toffe les suaves ondulations1 sur un pais gazon maill de fleurettes4 ,une main noye dans ses cheveux blonds1 elle s'appuie sur le coude et de l'autre main elle soutient un livre ouvert4 ,comme elle est couche plat ventre1 ses beaux seins1 d'une ferme rondeur1 posent sur les pages du livre comme des fruits de marbre4 ,sa poitrine1 son col1 son charmant visage pench sont illumins de toutes les magies du clair-obscur4 ,les pages du volume leur envoient un clair de blancheur qui argente doucement les tons d'ambre de l'ombre et l'or ruisselant des cheveux4 ,au fond1 les verdures assoupies des arbres versent le calme1 le silence et la fracheur4 ,jamais lit plus moelleux1 retraite plus discrte et plus profonde ne furent prpars la rverie4 ,sans la buire de parfums place ct d'elle1 cette belle figure serait aussi bien une muse de la solitude1 une pensierosa qu'une ,madeleine4 ,que lit-elle ainsi8 les critures8 ,non2 plutt quelque beau pome1 ou quelque tendre trait mystique o l'amour divin emploie le langage bridant et passionn de l'amour terrestre4 ,la suavit d'excution1 la morbidezza de pinceau ne sauraient aller plus loin4 ,nous doutons que1 mme au temps de ses plus jolis pchs1 la ,madeleine ait t si sduisante4 ,ce qu'il y a de singulier chez ,corrge1 c'est la rapidit de l'volution accomplie dans sa trop courte existence 7quarante ans peine74 ,il semble qu'il ait travers une priode immense de l'art4 ,ses premires uvres ont encore quelque chose de la symtrie et de la scheresse gothique2 elles rappellent un peu fr ,bartholomeo1 avant que le peintre moine et assoupli son style par l'tude de ,raphal4 ,on peut voir la galerie de ,dresde un tableau appartenant cette premire priode3 une ,vierge entoure d'anges et bnissant du haut de sa gloire quatre saints en adoration3 saint ,franois1 saint ,antoine de ,padoue1 saint ,jean-,baptiste et sainte ,catherine1 trs-beau sans doute1 mais qui semble appartenir une poque bien antrieure aux ouvrages o ,corrge accuse dcisivement son originalit4 ,dans les dernires uvres1 la perfection est atteinte2 au del1 il n'y a plus de progrs possible1 le manirisme va paratre1 et la dcadence commencer2 ce sera le rgne de peintres prodigieusement habiles1 mais remplaant l'tude par la pratique et le gnie par la facilit4 ,un des plus tonnants tableaux de ,corrge1 et il semble tel ct de la ,nuit1 c'est le cadre qu'on devrait appeler le ,jour1 tant la lumire y rayonne pure et brillante1 et qu'on dsigne sous le nom de la ,madone au saint ,georges1 parce que ce saint chevalier y occupe une place importante4 ,cette admirable peinture fut faite1 d'aprs ,vasari1 pour la confrrie de ,saint ,pierre martyr4 ,primitivement elle s'encadrait dans deux colonnes d'ordre ionique1 surmontes d'un fronton qui se reliait l'architecture feinte1 servant de fond aux figures1 disposition qui devait tre plus favorable qu'un vulgaire cadre d'or4 ,ce tableau est sur bois2 sa grande dimension l'a fait traiter dans une manire plus large que les ouvrages de chevalet et qui se rapproche de la fresque1 mais en conservant toute la fleur1 tout le velout et tout le charme de l'huile4 ,la ,vierge1 assise sur un trne support par deux petits anges d'or1 occupe le centre de la composition1 qu'elle domine2 derrire elle1 l'ouverture d'une arcade laisse voir un paysage vague et bleutre4 ,est-ce la terre1 est-ce le paradis8 on ne sait2 mais le lieu o la dame du ciel donne audience ses fidles est magnifique2 sur la corniche demi-circulaire1 des enfants1 en ronde-bosse1 soutiennent des guirlandes de fruits et de fleurs1 des marbres rares pavent le sol4 ,jamais l'art n'a produit un type plus lgant1 plus fier1 plus noble et plus martialement beau que le saint ,georges1 ce chevalier errant de la ,lgende dore1 ce ,perse chrtien qui dlivra la reine de ,lydie du monstre dont elle devait tre la victime4 ,il est camp superbement une main sur la hanche1 le pied sur la tte du dragon vaincu1 dans une attitude de ddaigneux triomphe2 son corps nerveux et robuste est revtu d'une cuirasse qui modle les formes du torse2 des espces de cnmides antiques moulent ses jambes2 quant la tte1 tourne demi sur l'paule1 car saint ,georges se prsente presque de dos1 elle est dsarme et boucle de cheveux soyeux et courts4 ,on ne saurait avoir plus grand air et plus haute mine1 et il n'est pas surprenant que plusieurs ordres de chevalerie aient pris le saint guerrier pour patron4 ,divine purilit1 des anges enfants jouent avec les armes du saint2 l'un trane de tout son effort la grande pe trop lourde pour ses petites mains2 l'autre soulve grand'peine le pesant casque2 tels les ,amours aux pieds de ,mars2 on s'y tromperait aisment1 tant les anges sont beaux1 tant le saint est fier6 ,un peu en arrire de saint ,georges1 saint ,gminien1 vque et patron de ,modne1 offre la ,vierge le modle en relief de l'glise qu'il lui consacre et qu'un chrubin1 d'une grce cleste1 l'aide soutenir4 ,le petit ,jsus1 par un dlicieux mouvement de curiosit enfantine1 tend les mains vers la mignonne glise qu'il prend pour un joujou4 ,vis--vis du groupe1 et lui faisant symtrie1 on voit saint ,jean-,baptiste et saint ,pierre le ,dominicain4 ,saint ,jean-,baptiste est reprsent sous la figure d'un jeune garon de seize ou dix-sept ans2 il a pour vtement une sorte de sayon fendu sur le ct1 et du doigt il dsigne ,jsus dont il a t le prcurseur4 ,un sourire la ,corrge1 ce sourire sinueux qui retrousse les commissures des lvres1 arrondit les joues et rend les yeux obliques par le dplacement des lignes1 donne une expression trange son masque4 ,sous la dvotion du saint il y a comme une malice de faune2 il est rest un peu de l'hallucination du dsert sur ce visage1 riant avec des yeux fous2 d'ailleurs1 il est beau comme ,ganymde1 ce jeune saint demi-nu6 ,derrire lui saint ,pierre le ,dominicain prsente1 en joignant ses maigres doigts contracts nerveusement dans un spasme d'extase1 une tte macre1 bate1 dlirante1 illumine par le haschisch du jene et l'blouissement de la vision4 ,la cleste volupt des mortifications rayonne sur sa face blme2 aucune figure1 mme celle des moines de ,zurbaran1 n'exprime ce degr l'ardeur1 la foi1 l'amour1 nous dirions presque la sensualit de la pnitence1 la volupt mystique du sacrifice4 ,la tte de la madone est d'une beaut enivrante4 ,sans cesser d'tre virginale elle est pourtant plus fminine qu'aucun artiste ait jamais os la reprsenter2 elle a toutes les tendresses humaines dans son sourire divin2 c'est la mre heureuse dont on adore le fils et qui laisse voir navement sa joie4 ,pour les saints c'est un dieu1 mais pour elle c'est toujours un enfant2 ,jsus n'est pas devenu le ,christ4 ,comme nous l'avons dit1 le ton gnral du tableau est mat1 tenant un peu de la fresque ou de la dtrempe2 mais dans cette vive lumire pourtant1 le clair de lune de ,corrge jette ses ombres et ses reflets argents1 baigne les contours et les estompes d'une moelleuse vapeur sans rien ter au grand style et l'aspect superbe4 ,le ,saint ,jrme de ,parme est encore une bien admirable chose2 la force et la grce de ,corrge s'y trouvent dans le mme cadre4 ,le saint dploie dans ses musculatures1 mises nu par la maigreur de l'anachorte1 une vigueur toute michelangesque2 il est grandiose1 trange et farouche2 les ongles de ses pieds se courbent comme les griffes de son lion4 ,mais que la ,madeleine agenouille de l'autre ct baise avec une humilit amoureuse et charmante le petit pied rose de l'enfant ,jsus assis sur les genoux de sa mre et qui un grand ange1 beau comme un phbe grec1 montre un livre ou un papier de musique6 ,nous ne pouvons dcrire une une toutes les variations que le ,corrge a brodes sur cet inpuisable thme de la ,madone et de l',enfant ,jsus4 ,nous citerons le tableau dsign sous cette lgende3 ,quem genuit adoravit4 ,la ,vierge1 agenouille dans une attitude de profond ravissement1 adore son enfant qu'elle a pos1 avec un peu de paille1 sur le pli de son manteau2 elle a les bras colls au corps par la tension de l'toffe et ses mains ouvertes sortent de la draperie1 faisant un geste d'ineffable batitude4 ,il est impossible de peindre d'une faon plus tendre et plus chrtienne l'humilit de celle qui se glorifiait d'tre la servante de ,dieu1 ancilla ,domini4 ,la mre mortelle s'abme devant la divinit du fils4 ,la ,madone dite della ,scodella 7la ,vierge l'cuelle7 reprsente un pisode de la fuite en gypte4 ,la sainte famille a fait halte sous un palmier dont saint ,joseph courbe les branches pour cueillir des dattes4 ,des anges invisibles pour les saints voyageurs l'aident dans cette besogne2 la ,vierge1 tenant l'enfant ,jsus dans son giron1 recueille avec une cuelle l'eau d'une source jaillissante4 ,un peu en arrire1 demi masqu par des broussailles1 un enfant couronn de fleurs1 qu'on pourrait prendre pour un petit gnie tellurique1 lve sa tte tonne et craintive l'aspect de l',enfant ,jsus4 ,on dirait qu'il devine1 dans ce frle nourrisson1 le ,dieu qui doit chasser les dieux4 ,quelle dlicieuse chose encore que cette ,vierge endormie sous un palmier6 comme son chaste corps s'abandonne an sommeil avec une gracieuse fatigue1 protgeant encore son petit ,jsus6 ,rassur par l'immobilit de la mre et de l'enfant1 parmi l'herbe1 un lapin s'avance1 et regarde curieux4 ,il broche des babines1 dresse les oreilles1 pressentant le surnaturel avec le sr et profond instinct de l'animal4 ,rien de plus charmant que ces naves familiarits de ,corrge1 introduisant un dtail de nature dans un sujet sacr4 ,cette gaiet tendre te toute froideur4 ,dans cette autre ,sainte ,famille o le petit ,jsus1 sur les genoux de sa mre1 du fond de l'humble atelier de ,nazareth1 fait le geste de bnir le monde1 saint ,joseph1 courb sur un tabli1 rabote une planche en ouvrier laborieux4 ,la ralit se mle au divin avec une mesure parfaite4 ,quoi de plus touchant que le futur sauveur des hommes dans cette boutique de menuiserie et de charpente6 ,dsignons seulement l',incoronata qui nous montre le ,christ devenu grand1 et posant sur le front de sa mre un diadme d'toiles4 ,mais arrtons-nous plus longtemps devant cette ,madone qui de ses doigts blancs presse son beau sein sur les lvres de l'enfant ,jsus avec une maternit si virginale6 ,nous n'avons encore esquiss ,corrge que sous un aspect2 nous n'avons rien dit de ses tableaux mythologiques1 chefs-d'uvre o l'art antique s'attendrit de toutes les grces1 de toutes les volupts et de toutes les dlicatesses de l'art moderne1 o le clair-obscur enveloppe de ses mystres transparents des chairs souples et modeles comme des marbres grecs4 ,la ,vnus aile qui se penche demi dans l'ducation de l',amour1 auquel ,mercure montre lire1 vaut la ,vnus de ,cnide2 sa blancheur dore1 se dtachant de contours vagues avec le puissant relief de la vie1 n'a rien envier au ,paros ni au ,pentlique1 ,bien que sa beaut vous trouble par cette volupt secrte insparable du ,corrge1 elle est chaste cependant2 ce n'est pas la ,vnus adorablement puise de ,gthe1 mais la ,vnus ,uranie1 celle qui exalte l'esprit par l'amour et l'entrane vers les hautes sphres comme le font comprendre les ailes palpitant ses paules4 ,le ,mercure a toute la beaut fire et svelte d'un jeune dieu hellnique1 et l'enfant ,amour est bien le fils de sa mre4 ,la ,lda avec son triple sujet1 o le cygne divin attaque1 triomphe et s'envole1 exprime l'extase de l'amour d'une faon si tendre1 si voluptueuse et si ardente1 que le pieux ,louis d',orlans en fit effacer la tte1 repeinte depuis trs-heureusement par ,schlesinger4 ,io pme sous l'treinte de ce nuage qui renferme ,jupiter1 eut un sort pareil1 et ,prudhon lui redonna de son plus moelleux pinceau ce profil demi-perdu1 cet il noy1 cette joue colore d'une vapeur rose1 ces cheveux dnous sur la nuque et cette beaut qu'une main brutale avait fait disparatre1 comme si un chef-d'uvre n'tait pas toujours pur6 ,prudhon devait bien cela au grand matre de ,parme1 lui qui est n d'un reflet et d'un sourire du ,corrge4 ,la ,dana de la galerie ,borghse1 plus heureuse1 a conserv son adorable tte si dlicieusement enfantine1 qui regarde d'un air de curieuse surprise la pluie blonde tomber sur son lit1 sans se douter que cet or est un dieu monnay4 ,si la tte est d'un enfant1 le corps est d'une jeune fille aux contours arrondis et parfaits4 ,corrge emploie souvent ce piquant contraste3 innocence de visage1 volupt d'attitude2 l'me ne semble pas avoir conscience des sductions de la forme4 ,cependant un grand amour1 pareil l'ros grec1 se glisse vers la couche de ,dana comme pour prparer le triomphe du matre des dieux1 tandis que de petits ,amours1 sur une pierre1 aiguisent des flches4 ,dans cette merveilleuse toile1 la grce1 le charme1 la couleur1 semblent avoir dit leur dernier mot4 ,une mondaine abbesse d'un de ces couvents d',italie1 dont la clture n'tait pas si stricte que l'art n'y pt entrer1 fit peindre ,corrge une salle appele la ,chambre de ,saint ,paul1 o il reprsenta une suite de sujets mythologiques4 ,au fond de la salle on voit ,diane1 grande1 svelte1 lgre1 le croissant au front1 l'arc la main1 entr'ouvrant un voile1 et debout sur un char que tranent des chevaux dont on n'aperoit que la croupe4 ,sur les murailles1 un treillage feint1 o s'enlacent des verdures sombres et des fleurs1 se dcoupe en lunettes et encadre des groupes d'enfants jouant avec des attributs de chasse1 chiens1 trompes1 javelots1 d'une varit de pose et d'intention inpuisable4 ,le soubassement de ce treillage est orn de figures en grisaille telles que les ,grces1 les parques1 les vestales sacrifiant1 un satyre sonnant du cornet bouquin1 ,junon1 toute nue1 suspendue entre le ciel et la terre1 une enclume aux pieds1 comme ,homre la dpeint au quinzime livre de l',illiade1 une femme portant un enfant1 ,minerve casque1 un flambeau la main1 et autres sujets bien profanes pour un clotre4 ,mais l'abbesse de ,saint-,paul1 donna ,giovanna di ,piazenza1 qui commanda ces admirables peintures1 tait abbesse vie1 ne relevait pas de l'vque1 avait juridiction sur des terres et des chteaux1 vivait sans clture et presque sculirement4 ,grces lui soient rendues d'avoir lgu aux sicles un tel chef-d'uvre6 ,corrge1 dit-on1 pour le choix des motifs et l'rudition mythologique1 fut guid dans son travail par ,giorgio ,anselmi1 clbre littrateur1 qui avait une fille chez les religieuses4 ,arrivons enfin ces tonnantes coupoles de l'glise ,saint-,jean et du dme de ,parme1 qui font de ,corrge le prdcesseur et le rival de ,michel-,ange4 ,dans ces sublimes peintures1 la science du raccourci1 qu'il peut dire invente par ce grand matre1 a t1 du premier coup1 pousse aux dernires limites4 ,avant ,corrge1 on divisait en compartiments le plafond dcorer1 et l'on y peignait des figures semblables celles des tableaux4 ,avec sa science profonde d'anatomie et de dessin1 son habilet de modeleur qui lui permettait de ptrir des maquettes en terre ou en cire pour se rendre compte des mouvements ascensionnels1 ,corrge fit hardiment plafonner ses personnages et les reprsenta de bas en haut1 comme doivent apparatre des figures volantes ou soutenues une plus ou moins grande distance du sol par des membres d'architecture1 corniches1 arcades1 pendentifs1 tympans1 pntrations1 lunettes4 ,c'tait une rvolution et une rvlation dans l'art qui ouvrait la forme des horizons infinis et changeait1 pour ainsi dire1 la face du dessin4 ,la perspective du corps humain tait trouve1 et non-seulement la perspective linaire1 mais encore la perspective arienne avec ses dgradations et ses fuites vaporeuses4 ,la coupole de l'glise ,saint-,jean a pour sujet l'ascension de ,notre-,seigneur vers son ,pre4 ,le ,sauveur remonte1 travers une atmosphre d'or1 au sein de l'ternel1 dans un mouvement de raccourci d'une hardiesse inconcevable qui semble percer la coupole disparue4 ,des essaims d'anges voltigent diverses profondeurs dans l'air lumineux comme des nuages qui flottent par leur lgret1 formant cortge au triomphe du ,sauveur4 ,ces anges1 pour la plupart1 sont vus par la plante des pieds1 et n'occupent1 quoiqu'ils paraissent droits et de grandeur naturelle sur la courbe de la vote1 qu'une place fort restreinte4 ,leur dimension apparente n'est qu'un prestige de perspective4 ,ces positions tranges1 ces raccourcis violents1 ces aspects si contraires aux points de vue habituels ne les empchent pas d'tre d'une beaut idale1 cleste1 au-dessus du rve humain4 ,dans les pendentifs1 le peintre a plac les quatre vanglistes1 figures du style le plus grandiose et le plus majestueux1 et d'une sublimit que personne n'a dpasse encore4 ,chaque figure repose1 comme sur un socle1 sur un nuage que soutient un grand ange d'une beaut incomparable2 deux anges plus jeunes s'accoudent sur les nervures des pendentifs avec des poses d'une grce superbe4 ,la fresque du dme de ,parme reprsente l'assomption de la ,vierge2 un sujet presque identique1 sauf la figure principale1 et que ,corrge a trait avec la nouveaut la plus fconde4 ,dans le bas de la coupole1 prs de la corniche1 des groupes d'aptres en adoration regardent s'lever au ciel la mre du ,sauveur dj bien loin de la terre1 et des anges thurifraires raniment la flamme des cassolettes4 ,la ,vierge1 lgre comme une vapeur1 s'enlve dans un tourbillon de draperies volantes1 parmi des palpitations d'ailes1 des pluies de rayons1 des nuages d'anges jouant de la harpe1 du thorbe et de la viole d'amour1 agitant des encensoirs1 et s'empressant comme des pages autour de la ,reine du paradis4 ,cette coupole est vraiment le ciel ouvert4 ,malheureusement1 ,parme n'est gure sur la ligne des touristes4 ,le troupeau admiratif suit l'itinraire oblig1 ,florence1 ,rome et ,naples1 et les deux sublimes fresques du ,corrge s'effacent lentement dans l'abandon et dans l'oubli4 ,la gloire1 qui a ses caprices1 oubliant que ,corrge a gal ,michel-,ange pour la science et la force du dessin1 en a fait le type de la grce tendre--une part assez belle--et de l'irrsistible sduction4 ,qui n'aime pas ,corrge n'a pas d'me1 prtend ,stendhal1 passablement sec lui-mme cependant4 ,nous sommes de cet avis4 ,on peut admirer davantage d'autres matres1 mais comme l',algarotti devant le ,saint ,jrme1 en pensant au ,corrge1 nous disons tout bas dans notre cur ,tu solo mi piaci6 ,toi seul me plais6 ,figure #f3 ve d'aprs ,michel-,ange ,,michel-,,ange ,la vie de ,michel-,ange1 c'est l'histoire de ses crations4 ,ce qui le rend1 en effet1 presque autant que son multiple et effrayant gnie1 le vrai modle1 le type souverain du grand artiste1 c'est cette absorption complte et continue de sa pense dans la mise en uvre du grandiose et du beau4 ,toutes ses heures1 toutes ses forces1 tout son amour1 toutes les sollicitudes de sa longue existence1 tous les rves1 toutes les ambitions de son intelligence1 tout en lui vit d'une seule et mme me3 l'art seul est pour lui l'instrument1 le moyen et le but2 mais ce n'est pas l'art dans sa matrialit1 l'art sans vise suprieure et sans philosophie3 ,michel-,ange voit le culte dans le temple1 sent ,dieu dans la nature2 et1 comme d'un nimbe cleste1 toutes ses crations sont couronnes d'idal4 ,sous ce rapport1 les recueillements1 les aspirations de sa noble pense1 condenss en sonnets et en cantilnes2 ces lyriques soupirs1 qu'on a souvent ddaigns1 au milieu du splendide bagage de sa gloire1 ont une valeur d'interprtation que nous nous garderons de ngliger4 ,ses posies montrent en lui les deux soucis divins1 les deux proccupations ternelles et sublimes3 ,dieu et l'idal6 ,dieu et l'idal1 voil le secret de son immortalit4 ,l'antique maison des comtes de ,canosse avait longtemps tenu un rang illustre ,reggio1 et plus tard en ,toscane4 ,un comte ,boniface de ,canosse avait t seigneur de ,mantoue4 ,plusieurs de ses descendants1 venus ,florence1 y occuprent successivement les grandes charges de l'tat4 ,la plupart d'entre eux avaient port le nom de ,buonarroti1 et ce nom1 de la sorte inscrit honorablement dans les fastes de la rpublique1 finit par se substituer entirement celui des anctres4 ,or1 la fortune de cette famille n'tait plus au niveau de son illustration1 et ,ludovic1 fils de ,buonarroti de ,simoni1 ne conservant des grandeurs de sa race qu'un orgueil intraitable et une austre fiert1 remplissait les modestes fonctions de podestat de ,caprse et ,chinsi1 lorsque ,francesca di ,neri1 sa femme1 lui donna au chteau de ,caprse1 le #f mars #adgd1 l'enfant qui fut ,michel-,ange4 ,les particularits merveilleuses n'ont pas manqu pour les chroniqueurs dans cette grande naissance4 ,francesca di ,neri1 aux derniers temps de sa grossesse voyageant cheval1 avait t violemment jete sous les pieds de sa monture1 sans qu'un accident fcheux s'en ft suivi4 ,on s'est plu avoir dans ce fait une sollicitude toute spciale du ciel1 comme on trouva plus tard1 dans le nom d'archange du nouveau-n1 une prdestination pour l'immortalit4 ,les fonctions du podestat expirant alors1 la famille revint ,florence1 et l'enfant fut plac en nourrice ,settignano1 bourg voisin de la ville1 o se trouvaient les biens des ,buonarroti4 ,la nourrice tait fille1 sur1 femme de tailleurs de pierres2 d'o ,michel-,ange se plaisait dire qu'il n'y avait rien d'tonnant ce qu'il et tant de got pour la pierre1 ayant suc cet amour au sein de sa nourrice4 ,mais le patricien de race antique ne devait pas voir sans protestation son fils tourner vers les arts toutes les ambitions de sa jeune pense4 ,il en voulait faire un lettr1 un personnage1 un podestat sans doute4 ,l'enfant fut donc envoy de bonne heure chez ,franois d',urbino1 grammairien renomm4 ,malheureusement1 les dessins1 les croquis1 les pochades au charbon1 au crayon1 la plume1 le captivaient bien plus que la grammaire4 ,il apprenait trs-peu1 et dessinait dj d'une faon surprenante4 ,les deux frres ,ghirlandajo1 ,dominique et ,david1 tenaient alors cole de peinture ,florence4 ,un de leurs plus jeunes lves1 ,franois ,granacci1 suivait aussi les leons de ,franois d',urbino4 ,michel-,ange eut promptement devin un ami4 ,granacci commena par lui procurer en secret des modles1 et le conduisit bientt dans l'atelier mme de ses matres4 ,l1 ,michel-,ange donna de telles preuves de sa supriorit1 que son pre dut enfin cder1 contre-cur toutefois1 au courant de cette irrsistible vocation4 ,l'enfant1 g de quatorze ans1 fut plac pour trois ans en apprentissage dans l'atelier o l'entranait l'instinct de son gnie2 mais ses matres1 loin de lui demander aucune rtribution1 consentirent1 au contraire1 lui accorder d'anne en anne une rmunration progressive de six1 huit et dix florins4 ,ds lors1 en effet1 ,michel-,ange avait plutt donner qu' recevoir des exemples4 ,on cite quelques faits qui en sont des preuves surabondantes4 ,tantt1 c'est l'uvre de ses matres eux-mmes qu'il corrige en leur absence1 et les matres admirent2 tantt c'est une remarquable estampe d'un ,hollandais clbre1 ,martin ,shn1 un ,saint ,antoine flagell par des dmons1 qu'il copie la plume1 qu'il modifie d'une main puissante1 qu'il enrichit d'une couleur fantastique1 qu'il complte1 qu'il rend plus trange et plus saisissante encore par des inventions magistrales1 au point d'en faire un chef-d'uvre4 ,un autre jour enfin1 c'est une copie qu'il restitue en place du modle3 la copie vaut l'uvre originale2 une couche de fume donne la toile neuve l'aspect et l'harmonie des vieilles peintures1 elles matres s'y trompent2 et ,michel-,ange se dit sans doute qu'il n'a plus rien apprendre des leons de ceux-l1 qu'il n'tudiera dsormais que les immortels chefs-d'uvre et la sublime nature4--,en lui le grand peintre est trouv4 ,dominique ,ghirlandajo avait1 du reste1 non sans un dpit jaloux1 mais qui n'excluait pas la franchise1 fait la juste part de chacun4 ,l'enfant1 s'tait-il cri1 en sait plus que nous tous6 ,laurent de ,mdicis1 dit le ,magnifique1 pote et homme d'tat suprieur1 protecteur clair des lettres et des arts1 gouvernait alors ,florence avec un rare gnie4 ,ses grandes manires1 son loquence entranante1 cette cour de nobles esprits qu'il avait su se crer1 et la prosprit matrielle assure par ses habiles efforts sa patrie glorieuse encore1 faisaient presque oublier la libert perdue4 ,quelques grands curs soupiraient dans l'ombre2 mais ,savonarola1 l'imptueux aptre1 de sa voix prophtique et superbe1 tonnait seul1 au nom des antiques murs1 contre les corruptions du prsent asservi2 et1 les chanes caches sous des fleurs ne blessant trop personne1 la cit supportait sans se plaindre un joug que le souverain savait allger propos4 ,florence tait grande du moins par l'esprit4 ,cette grandeur semblait lui suffire4 ,or1 parmi les tablissements de ,laurent qui1 de son temps1 exercrent une large influence sur le dveloppement des beaux-arts1 il faut signaler surtout l'cole de peinture et de sculpture qu'il avait fonde dans son propre palais1 sous la direction de matre ,bertoldi1 sculpteur renomm4 ,les jardins du prince servaient d'ateliers aux statuaires2 des profusions de marbres dgrossis1 de merveilleux modles ou de prcieux dbris de l'antique1 appelaient les jeunes artistes l'uvre1 ou leur prodiguaient les meilleures leons4 ,michel-,ange et son ami ,granacci s'taient aventurs dans ce muse en action4 ,michel-,ange1 ptrissant1 ds le premier jour1 la glaise au gr de son gnie1 tonnant bientt de ses terres cuites le professeur lui-mme1 n'hsita pas davantage s'attaquer au marbre1 et1 le ciseau en main1 comme il s'tait devin peintre1 il se sentit sculpteur4 ,un jour donc1 il lui prit fantaisie de copier une tte de faune1 fragment incomplet et mutil de l'antique4 ,le jeune audacieux reconstitue l'ensemble en lui donnant une expression trange et naturelle la fois4 ,le vieux faune revit2 son front rid s'anime1 et sa face s'panouit dans un clat de rire grimaant et joyeux4--,au dernier coup de ciseau1 un tmoin tait survenu2 il contemplait l'uvre improvise par l'enfant2 il admirait dj4 ,mais1 dit enfin le nouveau venu1 c'est bien un vieux faune que vous avez voulu faire8--,apparemment1 reprit l'artiste tonn4--,eh bien6 jeune homme1 o donc avez-vous vu des vieillards qui rient et laissent voir une bouche orne de toutes ses dents8 ,laurent de ,mdicis 7car c'tait lui7 s'loigna alors sans en dire plus long1 et ,michel-,ange aussitt de briser deux dents son faune2 puis1 voulant une vrit plus complte encore1 il creusa la gencive pour imiter l'alvole d'o la dent tait tombe4--,laurent1 revenu sur ses pas1 fut alors si frapp de cette ingniosit rapide et merveilleuse1 il trouva d'ailleurs de telles promesses dans ce morceau1 o le sentiment de l'antique1 traduit plus qu'imit1 vivait dans une inspiration toute moderne et dans un mouvement pleinement original1 qu'il adopta aussitt par la pense tout le glorieux avenir entrevu4 ,il emmena donc avec lui ,michel-,ange1 l'tablit dans son palais comme un membre de la famille1 et l'admit chaque jour sa table1 dans les conditions d'une honorable galit1 sans permettre qu'on fit dsormais nulle diffrence entre l'artiste et ses propres enfants4 dater de ce jour1 le vieux ,buonarroti commena penser que son fils n'infligerait peut-tre pas au nom de l'antique race des comtes de ,canosse l'indigne dchance dont il avait cru ce nom menac4 ,laurent avait d'ailleurs tendu jusqu'au pre la faveur dont il entourait le fils1 et1 en demandant au rigide patricien qu'il laisst ,michel-,ange la cour1 il lui avait accord pour lui-mme une place modeste1 il est vrai1 mais qui suffisait ses dsirs4 ,toutefois1 la prosprit avait fait aussi des jaloux au jeune et dj clbre artiste4 ,il avait eu des rivaux qui ne consentaient pas encore l'accepter pour ce qu'il devait tre1 l'accepter pour le suzerain de l'art4 ,un jour qu'ils tudiaient plusieurs les admirables peintures que le ,masaccio venait d'achever dans la chapelle del ,carmine1 sur un mot vif peut-tre du jeune ,michel-,ange1 un de ses camarades1 robuste et brutal compagnon1 ,torregiano de ,torrigiani1 lui assna poing ferm au milieu du visage un coup si violent1 que l'os en fut bris et les cartilages crass4 ,on emporta ,michel-,ange sans connaissance au palais4 ,il devait garder toute sa vie la trace de cette odieuse brutalit1 qui ne demeura pas1 du reste1 impunie3 ,torregiano fut chass pour quelque temps de ,florence4 ,la cour du ,mdicis tait1 nous l'avons dit1 une sorte d'acadmie lgante1 o les lettrs et les potes1 aussi bien que les artistes1 recevaient la plus gracieuse hospitalit4 ,parmi les plus clbres1 et entre beaucoup d'autres1 on remarquait ,marsile ,ficin1 ,pic de la ,mirandole1 bien jeune encore1 et surtout ,ange ,politien1 le plus illustre littrateur de son temps1 que ,laurent avait charg de l'ducation de ses fils4 ,politien avait promptement apprci les promesses de gnie de ,michel-,ange4 ,il lui prodiguait les conseils et les hautes leons4 ,on peut supposer que1 dans l'intimit du pote savant1 le jeune artiste complta avec bonheur son instruction1 mal commence chez le grammairien ,franois4 ,on ne voit pas1 en effet1 dans quelle autre priode de sa vie il et tudi fond les lettres1 la mythologie1 et surtout les saintes critures1 l',ancien et le ,nouveau ,testament1 dont son pinceau devait plus tard si savamment traduire les immortelles pages4 ,sous la dicte de ,politien1 pour ainsi dire1 il excuta alors1 en demi-relief1 le ,rapt de ,djanire et le ,combat des ,centaures4 ,c'tait en se rappelant cette uvre1 qui lui rvla lui-mme toute sa puissance de statuaire1 que ,michel-,ange se reprochait plus tard d'avoir fait autre chose que de la sculpture4 ,sa modestie ne voulait pas comprendre qu'il avait trois royaumes remplir de sa gloire4 ,l'heureux sjour de ,michel-,ange dans la familiarit de ,laurent de ,mdicis et de son glorieux entourage avait dur trois ans4 ,la mort du prince vint tout coup interrompre cette noble vie d'art et d'tude4 ,laurent expira1 jeune encore1 entre les bras de ses amis les plus chers1 ,politien et ,pic de la ,mirandole4 ,il voulut aussi1 pour bien mourir1 recevoir le svre adieu de ,savonarola lui-mme1 dont il avait toujours support sans colre les foudroyantes censures4 ,pierre de ,mdicis1 l'an des fils de ,laurent1 avait succd son pre4 ,il se sentait aussi du penchant pour ,michel-,ange1 mais il subissait les captations du gnie sans tre digne de le comprendre4 ,au dire des chroniqueurs1 son affection se partageait1 avec une galit peu intelligente1 entre l'artiste dj matre et un certain bretteur espagnol1 grand1 beau1 bien fait1 bien dcoupl1 dont les mrites corporels charmaient le jeune prince autant au moins qu'auraient fait des chefs-d'uvre4 ,michel-,ange trouvait sans doute les sympathies de son second protecteur1 en de telles conditions1 peu flatteuses4 ,pierre d'ailleurs1 oublieux des exemples de son illustre pre1 ne prodiguait plus les blocs nouveaux venus de ,carrare ou les antiques dbris de ,paros3 rien tailler1 rien tudier dsormais dans la maison des ,mdicis4 ,un jour cependant1 le jeune prince s'avisa de songer que la main de ,michel-,ange tait puissante ptrir la matire et mouler des colosses4 ,c'tait en dcembre2 pendant la nuit1 la neige avait couvert d'une couche paisse les cours du palais4 ,on vient chercher ,michel-,ange1 et le nouveau souverain de ,florence lui ordonne d'riger sa gloire une immense statue de neige4 ,l'artiste comprit qu'il fallait chercher ailleurs des encouragements et du travail2 il fit donc1 la demande du prieur de ,saint-,esprit1 temple renomm dans ,florence1 un christ en bois presque aussi grand que nature4 ,le prieur fut enthousiasm de l'uvre et de l'artiste4 ,michel-,ange devint le commensal du monastre2 il dut peut-tre cette heureuse circonstance une des rares perfections de son talent4 ,le prieur s'occupait d'anatomie3 ,michel-,ange s'associa ses travaux avec une ardeur sans gale4 ,plein de l'amour de la science et de l'art1 il tudia pniblement le cadavre1 il chercha passionnment la vrit du dessin dans la ralit mme de la nature2 et ce fut de ce moment qu'il arriva cette audace suprme1 cette certitude absolue du trait1 qui lui permettait de faire tous les croquis de ses tableaux1 non pas au crayon1 mais la plume4 ,or1 le crayon a le droit d'hsiter quelquefois1 s'il supporte une correction facile1 le trait de plume1 on le sait1 est dfinitif1 on n'y corrige rien1 et ceux-l seuls s'y hasardent qui marchent coup sur dans leur art1 traant d'une main rsolue la ligne irrvocable4 ,cependant ,florence se lassait d'un despotisme sans gloire4 ,pierre avait continu1 exagr les pouvoirs absolus de son pre2 il n'imitait rien de sa grandeur4 ,les signes prcurseurs des chutes de princes se manifestaient de toutes parts4 ,ces pressentiments populaires1 ces vagues prophties1 ces prdictions contagieuses qui s'emparent superstitieusement de la pense publique1 et les nobles tout bas1 et le peuple demi-voix1 et ,savonarola voix haute1 tout murmurait1 annonait1 proclamait l'affranchissement futur4 ,une lite rpublicaine s'exaltait aux grands souvenirs2 un peuple libre allait renatre aux nobles esprances4 ,et alors1 prvoyant les orages1 sentant combien ses tudes et son art avaient besoin de calme1 ,michel-,ange jugea prudent de s'loigner4 ,il partit donc pour ,venise1 o il ne trouva ni accueil ni travail2 de l1 pour ,bologne1 que gouvernait assez rudement ,jean ,bentivoglio4 ,en ce temps1 les trangers ne devaient pas entrer dans la ville sans s'tre fait apposer1 sur l'ongle du pouce1 un cachet de cire rouge4 ,michel-,ange tait en contravention avec cette loi1 qu'il ignorait sans doute2 il se vil donc traduit devant le juge et condamn une amende de cinquante livres bolonaises4 ,or1 cette condamnation n'ayant pas consult les modestes dimensions de son petit pcule1 il allait immdiatement subir l'hospitalit force de la prison1 si un gentilhomme de l'assistance1 ,jean-,franois ,aldovrandi1 qui peut-tre avait dj entendu parler de son prcoce talent1 n'et rpondu pour lui et fait rformer la peine4 ,messer ,aldovrandi ne s'en tint pas ce beau procd3 il sut vaincre les premiers refus de l'artiste1 et lui fit1 avec grce1 accepter sa maison et sa table4 ,l1 ,michel-,ange se fit une vie selon ses gots d'tude3 il donnait le jour l'art2 le soir1 il lisait haute voix1 devant son hte1 ,ptrarque1 ,boccace et surtout ,dante4 ,le digne gentilhomme bolonais trouva mme un travail assez important pour son protg4 ,michel-,ange eut excuter1 pour l'glise de ,saint-,dominique1 une statue de saint ,ptrone et un ange de demi-grandeur agenouill devant l'autel4 ,ces deux marbres furent promptement achevs1 puis inaugurs la satisfaction de tous1 en exceptant toutefois un sculpteur bolonais qui avait longtemps espr tre charg de cette tche4 ,celui-ci prtendit qu'on l'avait indignement frustr au profit d'un tranger1 et fit mme savoir ,michel-,ange qu'il lui prparait un mauvais parti pour le jour o il le rencontrerait propos4 ,michel-,ange ne se sentit pas suffisamment en sret dans un pays o1 pour une seule protection1 il devait trouver toutes sortes de haines1 surtout s'il s'efforait de sculpter ou de peindre2 il songea donc rentrer dans sa patrie4 ,l1 du reste1 les pressentiments populaires n'avaient pas tard se raliser4 ,florence insurge1 sans lutte et presque sans effort1 venait de chasser ,pierre de ,mdicis et ses frres4 ,savonarola1 l'aptre rpublicain1 rgnait par l'enthousiasme et gouvernait par la parole4 ,un calme austre succdait dj aux premiers orages4 ,michel-,ange ne dut pas se dplaire au milieu de cette atmosphre d'indpendance2 mais le gouvernement avait sauvegarder tout d'abord des intrts plus pressants que ceux de l'art1 et les grands travaux allaient encore se faire attendre4 ,toutefois l'inactivit tait1 pour le noble artiste1 un insupportable fardeau2 il fut bientt la tche4 ,c'est en ce temps qu'il sculpta un ,amour endormi1 dont on sait l'histoire4 ,la statue1 mise d'abord en terre et pare1 pour ainsi dire1 d'une vtust artificielle1 fut envoye ,rome1 o on la vendit1 comme antique1 au cardinal de ,saint-,georges4 ,la supercherie s'bruita1 et le cardinal1 irrit d'avoir t pris pour dupe1 envoya un de ses gentilshommes ,florence pour s'assurer de la fraude4 ,michel-,ange ne s'en dfendit pas2 et1 pour prouver au contraire que lui seul pouvait avoir le droit d'une telle audace1 il dessina d'un trait cette main clbre dont la hardiesse semblait donner la statue le contre-seing du gnie4 ,le gentilhomme1 domin par cette fire franchise1 proposa soudain l'artiste de l'emmener ,rome1 en lui promettant la protection du cardinal4 ,michel-,ange accepta2 mais il n'eut pas beaucoup se louer de son nouveau patron1 et ne fit rien pour lui4 ,ce n'est pas cependant dire que le vaillant artiste dt rester sans ouvrage4 ,il fit d'abord1 pour un gentilhomme distingu1 ,jacques ,galli1 ce merveilleux ,bacchus qui devait plus tard enrichir le muse de ,florence1 et qui suffit alors tablir sa renomme dans ,rome4 ,aprs le ,bacchus1 il dut excuter1 pour le mme1 un nouveau ,cupidon1 et bientt ensuite il entrait de plain-pied dans sa gloire en livrant l'admiration gnrale le magnifique groupe de ,notre-,dame de ,piti1 pour qui l'enthousiasme et l'loge durent inventer de nouvelles formules4 ,condivi1 le respectueux lve et le biographe passionn de ,michel-,ange1 nous a transmis quelques paroles du matre qui expliquent sa pense tout entire sur celle cration1 et qui tmoignent aussi combien la foi1 combien l'amour divin1 combien les aspirations leves d'un glorieux spiritualisme sublimifiaient1 pour ainsi dire1 l'me des artistes souverains1 quand leur main domptait et transfigurait la matire4 ,condivi demandait aprs beaucoup d'autres1 son matre1 pourquoi1 sans souci de l'ge et sans calcul des annes1 il avait prodigu tant de jeunesse et de fracheur au front de la ,vierge4 ,cette critique est ma gloire1 repartait ,michel-,ange2 la chastet fait l'ternel printemps des vierges1 et l'inspiration d'en haut est glorieusement visible dans mon uvre1 puisqu'il m'est donn d'y manifester ainsi la puret virginale de la mre de ,dieu4 ,j'ai fait tout autrement pour son fils1 parce qu'il a voulu revtir toute l'infirmit de la nature humaine4 ,tu ne dois donc pas t'tonner que j'aie donn ,marie l'immortalit d'une virginale jeunesse1 tandis que le ,christ1 volontairement soumis aux lois du temps1 porte1 comme tout homme1 les traces de l'ge4 ,la mre s'lve au-dessus de l'humanit1 tandis que le fils s'y confond et s'y plonge4 ,des soins domestiques rappelrent ,michel-,ange ,florence4 ,sa rputation lui avait prpar1 dans sa patrie1 un digne et sympathique accueil4 ,on le regardait dj comme le premier des modernes et le rival des anciens4 ,il n'avait pas vingt-six ans4 ,on lui donna bientt un vaste bloc de marbre que nul n'avait os attaquer depuis ,simon de ,fiesole1 qui1 cent ans auparavant1 avait en vain essay d'en tirer une colossale figure4 ,michel-,ange y trouva1 coups de ciseau1 un admirable ,david1 et la gigantesque statue fut place la porte du palais de la ,seigneurie4 ,le marbre ne lui suffisant dj plus1 il se familiarisa avec le bronze2 il coula1 en ce temps1 plusieurs remarquables ouvrages2 il peignit aussi quelques tableaux1 parmi lesquels une ,sainte ,famille1 qu'on admire ,florence4 ,mais ce fut surtout le carton de la ,guerre de ,pise1 compos pour les peintures excuter dans la salle du grand conseil de la ,seigneurie1 qui crasa toute rivalit et montra1 en ,michel-,ange1 la puissance du dessin suprieure tout ce que le monde des arts avait jamais pu ou devait jamais glorifier4 ,ce dessin fut fait pour une sorte de concours ouvert entre ,michel-,ange et ,vinci4 ,l'uvre du grand ,lonard1 suivant ,benvenuto ,cellini1 tait sublime1 mais celle du divin ,buonarroti fut le dernier mot de l'art1 et ni les anciens ni les modernes n'ont jamais rien fait qui pt atteindre celle hauteur4 ,tant que ces cartons existrent1 ajoute le merveilleux ciseleur1 ils furent l'tude de tous les jeunes peintres d'avenir et l'cole du monde4 ,c'est l1 en effet1 que le doux gnie de ,raphal but l'audace et la force la coupe du gant ,michel-,ange2 et l'enthousiasme de tous les crivains du temps1 acclamant d'une seule voix ce prodige1 confirme suffisamment pour nous le dire de ,benvenuto4 ,malheureusement1 l'envie guetta patiemment le chef-d'uvre4 ,le jour o les ,mdicis rentraient ,florence1 au milieu du tumulte et de l'meute1 l'envieux1 un homme qui n'tait pas sans mrite pourtant1 mais qui ne voulait et ne savait pas admirer1 qui1 ne pouvant pas tre au premier rang1 ne se rsignait pas marcher au second1 l'envieux ,baccio ,bandinelli1 un lche indigne de son propre talent1 se glissait furtivement jusqu'au palais de la ,seigneurie1 rampait sans bruit dans l'ombre jusqu'au dessin sublime1 et1 d'un couteau impie1 larron sacrilge de la gloire d'autrui1 hachait en morceaux l'admiration de ses contemporains4 ,l'imptueux ,jules ,,ii venait de monter sur le trne pontifical4 ,il avait connu ,michel-,ange ,florence3 ces deux fortes1 rudes et fires natures devaient se convenir1 parce qu'elles pouvaient se comprendre4 ,les souverains d'une irrsistible volont aiment surtout qui leur rsiste4 ,cette raret les tonne2 cette audace leur va4 ,le pape fit venir le sculpteur prs de lui4 ,le gnie de l'art mettait propos en prsence deux penses qui se complaisaient remuer de grandes choses2 ce fut1 entre ces deux hommes1 un vritable assaut d'immenses projets et de plans gigantesques4 ,d'un souffle ils difiaient des colosses2 d'un mot ils craient des forts de statues dans d'impossibles glises4 ,c'tait si beau1 que ce fut trop beau2 il en fallut rabattre4 ,quelle que ft sa puissance1 et bien qu'il eut trois fois du gnie1 ,michel-,ange n'avait que deux bras2 son me et anim trois mondes1 mais sa main trouvait des limites qu'ignorait sa pense4 ,enfin1 dans le chaos de projets splendides1 il fallait commencer par un commencement4 ,le commencement que voulut le pontife1 ce fut son tombeau4 ,un tombeau tel qu'aucun souverain de la terre n'ose en rver un pareil1 dit-il ,michel-,ange1 un tombeau digne de ,jules ,,ii et de ,buonarroti4--,ce sera cher1 fit l'artiste aprs avoir rflchi et vu grandir dans son inspiration toute une pope de marbre pour le panthon d'un seul homme4--,combien donc8--,cent mille cus au moins4--,deux cent mille1 et l'uvre6 ,et ,michel-,ange indique larges traits comment il comprend le tombeau d'un grand pape4 ,la base du monument1 massif isol1 en forme de paralllogramme1 aura dix-huit brasses de long et douze de large4 ,aux quatre faces1 quatre esclaves debout et enchans4 ,entre eux1 des victoires places dans des niches foulant du pied des vaincus4 ,au-dessus d'une corniche qui couronnera cet ordre1 huit figures de prophtes et de vertus seront majestueusement assises4 ,au milieu d'elles1 le sarcophage du pontife4 ,sur le tout enfin1 une haute pyramide1 et1 son sommet1 un ange debout portant le globe dans sa main4 ,en tout1 quarante statues1 sans compter les emblmes1 les figurines1 les bas-reliefs pisodiques et les dtails d'ornement4 ,voil le rve dont ,michel-,ange peut faire une ralit4 l'uvre6 l'uvre6 s'crie encore le pontife enthousiasm4 ,michel-,ange1 voil de l'or1 donne-moi du marbre6 ,aux carrires6 puise ,carrare6 ,souviens-toi de ma gloire4 ,va6 ,michel-,ange partit1 fut aux carrires1 s'attaqua aux rochers1 ventra la montagne1 couvrit le sol de colossales ruines1 amoncela les normes dcombres1 entassa les superbes dbris4 ,son gnie et sa force se jouaient des rbellions de la pierre4 ,une seule de ses ides suffit le peindre3 un roc gant se penchait en surplomb sur la mer2 tailler la montagne en statue1 donner au roc une figure et la vie de l'art1 cela devait sduire le pre des colosses4 ,la lutte tait sa taille2 il y songea rellement4 ,le temps seul lui manqua pour se mesurer ainsi avec la nature4 ,les envois de marbre le prcdaient ,rome2 il en embarrassait les places publiques4 ,jules ,,ii1 que l'artiste avait fanatis par les premires indications du projet1 ,jules ,,ii le rappelait en hte4 ,les dessins que lui prsenta ,michel-,ange achevrent de conqurir le pape3 il voulut que l'artiste s'installt prs de lui4 ,un pont fut jet d'une fentre l'autre1 pour qu' tout heure du jour l'impatience du pontife put surexciter l'ardeur du statuaire4 ,les deux insatiables esprits en vinrent alors se demander quel serait l'emplacement du vaste mausole4 ,sous le pontifical de ,nicolas ,v1 il avait t question de rebtir l'glise de ,saint-,pierre4 ,michel-,ange proposa son hardi patron d'y loger sa tombe4 ,le pape saisit au vol cette ambitieuse pense2 il voulut lui-mme reprendre par le pied la cration de la basilique nouvelle1 et le tombeau passa bientt au second plan1 dans les engouements aussi ardents que mobiles du pontife4 ,or1 l'envie piait la faveur dont ,michel-,ange avait eu quelque temps l'heureux monopole4 ,bramante1 l'architecte favori de ,jules ,,ii1 ,bramante1 depuis quelque temps nglig1 saisit avec bonheur cette occasion d'imprimer une diversion aux sympathies de son matre4 ,il prconisa assidment l'glise construire1 discrdita la pense du tombeau4 ,michel-,ange ne vit plus venir l'hte illustre dans l'atelier encombr4 ,l'argent aussi fut ailleurs1 et les ouvriers rests sans salaire1 et les marbres qui n'taient pas pays1 commencrent peser lourdement au statuaire oubli4 ,il voulut s'expliquer et se plaindre4 ,sans plus se soucier que d'habitude de l'tiquette et des valets1 il marcha donc droit au cabinet de travail o ,jules ,,ii le recevait d'ordinaire2 mais un camrier lui barra le passage4 ,l'orgueilleux artiste s'arrta en foudroyant du regard les courtisans1 qui croyaient pouvoir rire4 ,quand votre matre me demandera1 dit-il firement1 un secrtaire du pontife1 vous lui direz que ,michel-,ange est absent4 ,de retour chez lui1 il donna ordre de vendre tout ce qu'il ne pouvait emporter1 et partit sur l'heure mme pour ,florence4 ,mais ,jules ,,ii ne l'entendait pas de la sorte4 ,toutes les gloires du sicle taient1 selon lui1 le fief de sa pense4 ,le gnie de ,michel-,ange lui appartenait comme le plus orgueilleux fleuron de la tiare4 ,il dpche donc courrier sur courrier1 un d'abord1 puis deux1 puis trois1 jusqu' six4 ,il faut qu'on lui ramne son sculpteur soumis et vivant2 mais ,michel-,ange tait aussi de la trempe des ,jules ,,ii4 ,c'tait fiert pour fiert1 audace contre audace4 ,quand les gens du pontife voulurent s'emparer de lui1 il leur montra ses armes4 ,violences ni prires1 rien ne put le flchir4 ,le pape puisa trois mois en vaines ngociations4 ,des menaces contre l'artiste il avait pass aux menaces contre la ,rpublique4 ,il adressa la ,seigneurie trois brefs comminatoires pour qu'on lui renvoyt son glorieux rfractaire4 ,la ,seigneurie avait peur2 ,soderini1 le gonfalonier perptuel1 ami de ,michel-,ange1 le suppliait mains jointes de ne pas brouiller son gouvernement avec le vhment et superbe pontife4 ,les prires de ,soderini taient aussi impuissantes que les violences crites de ,jules ,,ii4 ,rien n'y fit4 ,buonarroti1 pouss bout1 dclara qu'il irait plutt chez le ,turc1 o on l'appelait pour jeter quelque chose comme un pont gigantesque de ,constantinople ,pera2 mais qu'il ne savait pas oublier une insulte1 qu'il avait t insult1 et qu'il ne se soumettrait pas4 ,cependant ,soderini finit par trouver un moyen de le rapprocher de ,jules ,,ii sans que le retour et l'air d'une soumission4 ,il confra son intraitable ami le titre d'ambassadeur et l'envoya1 au nom de la ,seigneurie1 porter l'hommage de la ,rpublique au pape4 ,le pape tait alors ,bologne1 o il venait de pntrer par les armes4 la vue de ,michel-,ange1 il s'emporta sans se contraindre4 ,ainsi1 tu devais venir nous1 s'cria-t-il1 et tu as attendu que nous vinssions toi4 ,le cardinal ,soderini voulut excuser ,michel-,ange1 en rejetant son tort sur le peu de savoir-vivre des artistes4 ,mais alors ce fut une autre affaire4 ,la colre du pape changea d'objet4 ,tu injuries mon statuaire2 je ne l'aurais pas fait1 moi1 dit-il au prlat4 ,mais1 ajouta-t-il1 c'est toi qui es l'ignorant1 et1 s'il y a ici un imbcile1 ce n'est pas ,michel-,ange4 ,va-t'en6 ,on voit que le pontife et le rebelle n'avaient pas beaucoup faire pour redevenir les meilleurs amis du monde4 ,le pape avait d'ailleurs besoin de ,michel-,ange1 bien plus que ,michel-,ange n'avait besoin du pape4 ,le vainqueur de ,bologne avait l'intention d'y laisser sa statue en souvenir de la victoire2 par quel autre et-il voulu se voir couler en bronze et traduire en gant8--,l'artiste se mit l'uvre1 et le pontife1 avant de retourner ,rome1 put voir une premire bauche4 ,un livre dans ma main8 dit-il au statuaire4--,non1 ce n'est pas cela4 ,je suis ici par l'pe4 ,michel-,ange comprit4 ,quelques jours aprs1 le pontife revint encore4 ,la statue gigantesque avait une main tendue devant elle2 l'action en tait vhmente3 ,est-ce que cette main-l donnerait la bndiction1 par hasard8--,elle dit au peuple de ,bologne d'tre sage1 repartit ,michel-,ange4--,bien6 fit le pape1 tu m'as compris4 ,et il fit promettre au statuaire de le venir rejoindre ,rome1 sans retard1 ds que la statue serait debout sur son pidestal4 ,au bout de seize mois1 la statue tait faite2 mais elle ne devait pas longtemps menacer la ville conquise2 et le peuple1 devant elle1 ne se tint pas plus sage4 ,elle fut brise quand les ,bentivogli1 chasss par ,jules ,,ii1 parvinrent rentrer dans ,bologne1--le bronze fut fondu1 et on en fit une pice d'artillerie1 qu'en l'honneur du pape on baptisa la ,julienne4 ,de retour ,rome1 ,michel-,ange allait trouver des embches nouvelles4 ,il s'attendait reprendre le grand travail du tombeau2 mais ,bramante en dcidait autrement dans les conciliabules de l'envie4 ,bramante enviait1 il est vrai1 son ennemi1 moins les dons de la gloire que la faveur du pape et les lucratives commandes2 mais1 quel que ft son motif1 il avait prpar son pige avec beaucoup d'art4 ,il tenait en rserve ,raphal1 son parent1 pour en faire propos un rival dangereux en peinture2 et il chercha longtemps quelle redoutable preuve il pouvait faire infliger au statuaire tant jalouse6 ,celui-ci n'avait jamais peint fresque4 ,bramante s'effora de persuader au pontife que rien ne serait plus beau que la grande vote de la chapelle ,sixtine couverte de peintures2 que la fresque seule convenait ce travail1 et qu'il y fallait sans tarder employer ,michel-,ange4 ,jules ,,ii croyait qu'on ne peut faire au gnie trop de hautains dfis4--,notre ,corneille1 dont l'me habitait aussi les hauteurs sublimes1 a dit depuis1 dans un vers magnifique3 ,il est beau de tenter des choses inoues4 ,le pape devait souffler quelque chose dans le sens de ce vers l'oreille de celui qu'il aimait d'un cur rudement paternel4 ,or1 ,michel-,ange1 qui devinait le pige1 rsista longtemps de tout son pouvoir2 mais enfin1 accabl par d'imprieuses supplications1 il se laissa vaincre1 il promit2 il osa regarder en face la gigantesque entreprise4 ,et peut-tre1 en sondant sa force1 put-il encore sourire des projets de ,bramante1 misrable avorton de la haine4 ,il ne perdit pas de longs jours couler sa peur4 ,il fit aussitt venir de ,florence quelques peintres habiles qui pratiquaient la fresque1 pour tudier leurs procds et se faire aider dans sa tche4 ,mais1 aprs les avoir vus travailler quelque temps1 matre du secret de leur art1 et plus confiant en lui dsormais qu'en personne1 il les congdia tous ensemble1 et fit effacer tout ce qu'ils avaient commenc4 ,alors c'est le gnie humain dans toute la grandeur de son rle et de sa cration4 ,il s'enferme seul dans la chapelle1 il en refuse l'entre tout le monde1 au pape lui-mme1 aussi bien qu' ses humbles lves4 ,il gche le mortier1 il enduit la vote1 il prpare ses couches1 il broie ses couleurs2 il est maon1 chimiste1 broyeur1 prparateur et peintre4 ,il est pote aussi1 car il est le gant ,michel-,ange1 et de sa brosse invincible il crit sur la fresque le plus vaste pome de peinture qui saisira jamais le regard1 le pome de l'humanit sanctifie en ,dieu4 ,nous n'essayerons pas de dcrire cette mise en scne sublime de la ,bible1 gale en grandeur et en majest au texte lui-mme4--,qui dcrirait en quelques pages un monde8 ,la stupeur de l',italie entire1 dans ce grand sicle1 le plus grand de l'histoire de l'art1 est le seul loge la hauteur de l'uvre4 ,il faut se borner dire que l'homme et ,dieu se touchent dans cette composition une et puissante1 et que l'homme s'lve sans que ,dieu descende4 ,lorsqu'au bout de vingt mois seulement ,jules ,,ii1 ne pouvant plus y tenir et voulant officier dans la ,sixtine le jour de la ,toussaint1 fit1 malgr ,michel-,ange1 jeter bas tous les chafaudages et livra le chef-d'uvre l'admiration haletante de la ,rome des arts1 ce ne fut qu'une acclamation1 un seul cri de surprise4 ,l'envie dut faire silence et mcher son fiel2 l'admiration se tut aussi1 ne trouvant plus que dire4 ,l',italie s'mut1 ,raphal lui-mme se fit lve et revint l'cole3 son sicle l'y suivit2 tandis que le grand vieillard ,jules ,,ii appelait ,michel-,ange son fils et le serrait noblement sur son cur4 dater de ce jour1 ,michel-,ange marche sans rival dans sa force et sa gloire4 ,chez lui1 la main1 le gnie et le cur sont gaux en puissance4 ,il est1 plus que tout autre1 crateur et matre4 ,plus que le divin ,raphal1 plus que le grand ,lonard1 il a cette grandeur et cette divinit du gnie3 rien ne lui pse4 ,la cration1 c'est pour lui1 comme pour ,dieu mme1 un effort sans fatigue1 un acte sans effort1 et1 pour ainsi parler1 l'exercice d'une fonction naturelle4 ,aussi1 au gr et quelquefois au caprice des puissants de la terre1 sa volont prend toutes les expressions de l'art4--,c'est qu'il ne faut pas voir en lui seulement un penseur qui cherche fixer1 sous une forme plus ou moins prcise1 son rve plus ou moins russi2 ce n'est pas non plus l'artiste prudent qui mdite avec une sage lenteur1 pour savoir quelle ide suffisamment mrie il va prter son art1 son instrument1 son faire4 ,non1 ni cela1 ni cela4 ,michel-,ange1 c'est une me grandiose ayant son service trois idiomes clatants1 tous trois pour elle galement familiers1 dociles1 assouplis4--,le pinceau1 le ciseau ou l'querre1 qu'importe8 que sa foi vive au front radieux de la statue1 dans les formes hardies d'une immense peinture1 ou dans les masses majestueuses d'un temple1 que lui fait lui8 ,sculpteur1 il aura du marbre et son ciseau2 peintre1 son pinceau et sa toile2 architecte1 de la pierre et l'espace1 l'espace large alentour1--illimit dans le ciel1 o il peut suspendre la hauteur qu'il lui plat la coupole1 le dme et la croix4 ,et puis1 pour celui-ci1 la loi commune du repos n'existe pas4 ,suivons-le un moment dans l'austre demeure d'o sortent les chefs-d'uvre4 ,il y vit solitaire1 sobre et silencieux comme un anachorte4 ,il a tremp dans un vin robuste le pain qui suffit son repas4 ,il est debout2 il rve2 il contemple le bloc informe et le fouille du regard pour y chercher quelque chose que lui seul peut voir1 pour y chercher1 pour y sentir une me4 ,oh6 qu'on ne trouble pas ces rares instants d'une inaction qui dompte la matire1 qui commande la vie4 ,son rve achev1 l',hercule du marbre1 le ,vulcain du bronze1 le ptrisseur de dieux1 va engendrer coups de marteau1 incruster coups de ciseau l'immortalit dans la pierre4 ,voyez-le dans ses colres fougueuses1 dans ses fureurs fcondes6 il attaque l'auguste ,carrare avec un acharnement qui fait peur4 ,il frappe1 il brise1 il fait voler au loin les larges clats4 ,il a dj mouss les angles rebelles1 dgrossi1 diminu1 rduit1 pulvris la masse brute et superbe4 ,vous diriez d'un iconoclaste insens qui s'en prend follement aux pans du roc impassible4 ,mais le roc est vaincu1 le ,titan a trouv son matre1 ,jupiter a terrass ,briare4 ,la masse va se fondre1 s'annihiler1 s'vanouir1 plus rien6--,non6 tout n'a pas disparu2 du nuage de poudre et de dbris jaillit dj une altire figure4 ,la statue se dresse1 elle est debout1 la voil6 elle a l'tranget d'une explosion soudaine1 quelque chose de spontan1 d'abrupt1 d'imprieux1 d'irrsistible l'gal d'un dfi3 elle a l'audace et la force1--comme son pre2 elle a le prime-saut et la grandeur1--comme son pre6 ,ainsi venue d'un seul jet1 sortie tout arme d'une seule pense1 tonne d'tre1 elle est4 ,elle veut vivre1 elle vit1 et1 comme un reflet de race1 son front qui flamboie elle porte un rayon sacr1--le sceau du gnie6 ,telle est1 tout entire1 ensemble ou dtail1 l'uvre sculpturale du fier ,buonarroti4 ,sa peinture1 nous l'avons vu1 a les mmes audaces et la mme puissance4 ,et plus tard1 quand on voudra faire de lui le maon des immortelles btisses1 ses moyens seront aussi hardis que ses ides seront grandes4 ,dans l'intervalle enfin1 entre deux chefs-d'uvre1 il appelle au fond de sa solitude l'austre posie4 ,sur le croquis d'une statue derrire un plan d'glise1 au coin d'un carton de ses mles peintures1 il crit1 en mle langage1 un sonnet qui se souvient de ,dante1 une lgie d'amour qui glorifie le cur1 une pieuse stance qui monte jusqu' ,dieu4 ,voil sa vie2 telle est sa tche auguste sous le ciel4 ,et chaque jour qui nat ressemble celui qui s'teint4 ,chaque jour1 ds l'aube1 il entend dans son me une voix qui murmure3 ,allons1 peintre1 tes fresques6 ,allons1 statuaire1 au marbre6 ,allons1 architecte vainqueur1 au pome de pierre6 ,allons1 chrtien1 penseur1 pote6 amant chaste et mystique6 voici la nuit venue4 ,tout se tait2 les plus ardents mme entre les plus jeunes1 tous tes rivaux d'autrefois1 tous tes lves d'aujourd'hui1 ont laiss d'une main fatigue s'chapper le pinceau4 ,le marteau fait silence au poing du statuaire4 ,le maon dort2 la pierre elle-mme se repose2 ,rome sommeille4 ,michel-,ange avait atteint sa trente-neuvime anne4 ,il s'tait remis aux statues du tombeau4 ,il y travaillait avec passion1 lorsque ,jules ,,ii mourut4 ,il semblait que1 prcisment alors1 la grande entreprise dt tre pieusement continue4 ,mais ,lon ,x1 qui allait rgner pour la gloire de tant d'autres bien plus que pour celle de ,michel-,ange1 ,lon ,x en dcidait autrement4 ,le gnie de ,raphal rpondait d'ailleurs aux aspirations de ,lon1 comme l'audace de ,michel-,ange avait violemment charm les ambitions fougueuses de ,jules4 ,el si le peintre de la ,sixtine et eu encore quelque chose faire pour s'assurer son rang suprme1 il lui et fallu tristement ajourner sa gloire4 ,le nouveau pape1 qui devait donner son nom au plus grand sicle des arts1 ne voulait cependant point priver son rgne d'un si merveilleux concours4 ,mais il ne maintint pas le grand artiste son lgitime tat de matre sans rival4 ,aussi1 songeant donner sa patrie un souvenir digne d'elle1 lorsqu'il envoya ,michel-,ange prparer ,florence les plans de la faade de ,saint-,laurent1 le pontife ouvrit-il la lice tous les prtendants4 ,les projets d',antoine ,san ,gallo1 de ,baccio d',agnolo1 des deux ,sansovini1 de ,raphal lui-mme1 purent se produire la fois2 et ce ne fut qu' son crasante supriorit que le plan de ,michel-,ange dut d'tre prfr4 ,sur le terrain des belles choses1 il tait donc toujours le premier2 malheureusement1 il n'avait rien de ce qu'il fallait pour lutter aussi1 avec quelque avantage1 dans la nuit de l'intrigue4 ,ses vaincus ne se rsignaient pas sans peine1 et cherchaient toujours prendre1 par les armes honteuses de l'envie1 la revanche de leurs dfaites dans l'art4 ,michel-,ange tait parti pour ,carrare2 il y exploitait dj les marbres ncessaires la construction projete1 lorsqu'on persuada ,lon ,x qu'on trouverait ,saravezza1 en ,toscane1 des marbres galement beaux et d'extraction plus facile4 ,prtant l'austre et rigide ,buonarroti les calculs misrables de leur propre cupidit1 les jaloux insinuaient que ,carrare n'tait par lui prfr qu'en raison prcisment des grandes dpenses qu'y ncessitait l'exploitation1 et il restait sous-entendu que ces dpenses permettaient l'architecte de raliser sans contrle d'normes bnfices4 ,le noble artiste1 sans se douter mme de ces machinations honteuses1 reut l'ordre de quitter ,carrare1 et de se rendre ,saravezza4 ,il obit regret2 perdant de la sorte1 pour son installation aux nouvelles carrires1 un temps que rien ne peut payer1 quand il s'agit des travaux d'un tel homme4--,les facilits tant promises ne se ralisrent pas4 ,saravezza tait encore plus pnible fouiller que ,carrare4 ,la muse consolait sans doute l'artiste au milieu des ennuis d'une besogne ingrate4 ,il dut aussi1 dans sa solitude1 resserrer son intime commerce avec les potes de sa prdilection4 ,il relisait ,ptrarque2 il retrouvait sans livre1 au fond de sa vaste mmoire1 toute la ,divine ,comdie1 qu'il savait depuis longtemps par cur tout entire4 ,et c'est peut-tre alors que1 demandant ,dante le secret de terreur que devaient rvler plus tard tous les yeux les peintures du ,jugement dernier1 c'est peut-tre alors qu'il traduisit1 dans son dessin superbe1 presque toutes les pages du pome sacr4 ,malheureusement1 cette interprtation d'un gnie par l'autre ne devait pas arriver jusqu' nous4 ,l'ouvrage entier prit dans une traverse fatale1 avec tous les bagages d'un riche ,florentin1 ,antonio ,montanti1 qui ,michel-,ange l'avait confi4 ,l'admiration des contemporains pour ces dessins nous dit assez quelle perte c'est l4 ,en ce temps 7#aeba7 mourut ,lon ,x4 ,huit ans s'taient passs sans qu'il et t donn ,michel-,ange de mettre la main une de ces grandes choses qu'il savait faire4 ,les fondations de ,saint-,laurent de ,florence avaient seules t commences2 l'argent manqua1 et la construction resta inacheve4 ,un beau projet1 qui tait aussi une noble rparation1 avait pourtant vivement sduit la pense de ,michel-,ange4 ,l',acadmie de ,florence1 pendant le dernier sjour qu'avait fait l'artiste dans sa ville1 adressa ,lon ,x une longue supplique pour que le pontife1 intervenant auprs de ,ravenne1 obtint que les cendres de ,dante ,alighieri fussent restitues sa patrie repentante4 ,parmi les noms illustres qui figurent sur cette pice1 on distingue entre tous celui de ,michel-,ange4 ,la note suivante prcde la glorieuse signature3 ,moi1 ,michel-,ange ,buonarroti1 adressant ,sa ,saintet la mme prire1 je m'offre excuter pour le ,,divin pote ,alighieri un tombeau convenable1 dans un lieu honor de notre cit4 ,on aime cette respectueuse et fidle admiration d'un artiste comme ,michel-,ange pour un pote comme ,dante2 mais on regrette que ,lon ,x1 si digne cependant de comprendre tout ce qu'il y avait de grandeur dans la rencontre de ces deux noms1 n'ait pas saisi avec empressement l'occasion d'associer le sien au mme souvenir4 ,adrien ,,vi1 qui succda ,lon ,x1 tait un ,allemand rigide1 un savant morose1 quelque peu iconoclaste dans l'me4 ,il fut bien pour quelque chose dans le tribut d'immenses regrets que le monde des arts paya la mort de ,lon ,x4 ,une seule de ses fantaisies suffit le peindre3 il eut l'ide farouche de faire gratter les peintures de la ,sixtine1 parce qu'il y trouvait trop de nudits1 et que le plafond1 plein de vivantes figures1 ressemblait1 selon lui1 moins la vote d'un temple qu' une salle de bain4 ,qu'on juge des sublimes fureurs de ,michel-,ange4 ,si sa pit respectait le pontife1 son juste orgueil devait avoir grand'peine ne pas vouer aux gmonies le barbare4 ,d'autres soucis vinrent encore1 en ce temps1 l'assaillir4 ,les hritiers de ,jules ,,ii exigeaient que le tombeau de leur glorieux oncle s'achevt1 mais ils ne voulaient pas donner d'argent1 prtendant que1 de son vivant1 le pontife avait pay bien plus de travail que n'en avait fait ,michel-,ange4 ,ils passaient dj des injonctions la menace1 et le grand artiste prouvait encore plus d'indignation que de crainte2 heureusement un nouveau ,mdicis1 le cardinal ,jules1 allait monter son tour sur le trne pontifical sous le nom de ,clment ,,vii4 ,clment ,,vii avait hte de possder tout lui le temps et le gnie de ,michel-,ange4 ,aussi se fit-il intermdiaire et arbitre entre l'artiste et le duc d',urbin1 le plus intraitable des hritiers de ,jules ,,ii4 ,sous de tels auspices1 une nouvelle convention fut arrte4 ,le projet primitif du grand tombeau fut amoindri1 et1 sur le plan nouveau1 ,michel-,ange dut l'achever dans un dlai raisonnable4 ,le pape1 en attendant1 l'envoya immdiatement ,florence pour y construire la bibliothque de ,saint-,laurent et la nouvelle sacristie de l'glise du mme nom4 ,michel-,ange se mit l'uvre2 il acheva ce monument1 qui passe pour une de ses plus belles crations architecturales1 et o plus tard il devait se surpasser encore en difiant les magnifiques tombeaux de ,julien et de ,laurent de ,mdicis4 ,pour se rappeler au souvenir de ,rome1 pour donner satisfaction aux impatiences de ,clment ,,vii1 au milieu de ses travaux d'architecture1 il excuta un ,christ embrassant sa croix1 l'un des plus admirables chefs-d'uvre de son ciseau4 ,cet ouvrage1 envoy au pape1 fut plac dans l'glise de la ,minerve1 o l'admiration ne se lassa jamais devant lui4 ,cependant le jour des grandes calamits tait proche4 ,en #aeab1 avec l'aide puissante de ,jules ,,ii1 le gonfalonier ,soderini1 reprsentant de la forme rpublicaine1 avait t renvers1 et l'autorit des ,mdicis rtablie ,florence4 ,c'tait l que la tiare tait alle chercher le cardinal ,jean1 fils de ,laurent le ,magnifique1 pour en faire ,lon ,x1 et plus tard le cardinal ,jules1 fils de ,julien ,ier1 pour en faire ,clment ,,vii4 ,en ce temps1 en #aebg1 le jeune ,hippolyte1 fils de ,julien ,,ii1 et ,alexandre1 btard d'un ,mdicis quelconque1 on ne sait trop lequel1 reprsentaient le nom des ,mdicis au pouvoir4 ,les cardinaux ,cibo et de ,cortone gouvernaient pour eux ,florence4 ,les vieux rpublicains supportaient impatiemment le joug2 une explosion tait toujours imminente2 aussi1 lorsque l'arme du conntable de ,bourbon1 avide de sang et de dpouilles1 se prcipita sur la ville ternelle1 ,florence s'arma contre ses matres1 tout en prparant contre l'tranger sa dfense4 la nouvelle de la prise de ,rome1 les deux vieux cardinaux et les jeunes ,mdicis fuyaient en hte2 le gouvernement rpublicain se rorganisait presque sans lutte1 et le peuple exalt offrait le serment de la mort la libert reconquise4 ,michel-,ange ne pouvait pas soustraire son grand cur la contagion du patriotique enthousiasme4 ,lorsque ,clment ,,vii1 plus oublieux de son affront que de sa haine1 s'empressa de dtourner sur ,florence l'avalanche de barbarie qui s'tait abattue sur ,rome1 l'architecte des monuments superbes1 transform en stratgiste1 et nomm commissaire gnral des fortifications1 avait dj fourni au gnie militaire des plans de dfense1 restaur les remparts1 entour ,san ,miniato de travaux de guerre1 habilement garanti tous les points d'attaque les plus exposs4 ,ses travaux furent cependant critiqus2 on lui refusa les moyens de les poursuivre en insinuant qu'il s'exagrait le danger4 ,les chroniqueurs remarquent ici que le plus vif de ses agresseurs dans la querelle expia cruellement cette injustice passionne4 ,au retour des ,mdicis1 celui-l fut le premier dont on trancha la tte4 ,quoi qu'il en ft1 ,michel-,ange qui sentait venir la trahison et qui avait os le dire2 ,michel-,ange1 indign qu'on l'accust de pusillanimit parce qu'il voyait clair dans les hommes et regardait rsolument dans les choses1 sortit une nuit par une des portes que son titre lui pouvait faire ouvrir1 et fut cacher ,venise son ressentiment et sa douleur4 ,mais quand le danger fut devenu visible1 mme pour les moins clairvoyants1 la ,seigneurie commena regretter son ingnieur4 ,tout le monde comprit et approuva les projets qu'on avait honnis d'abord1 et plusieurs envoys durent aller1 de la part du gouvernement1 faire amende honorable auprs du boudeur sublime4 ,il rsista longtemps4 ,il rpondit1 avec une humilit superbe1 qu'il y avait sans doute au pouvoir des hommes bien plus capables que lui de dcider toutes ces grandes questions sur lesquelles son avis n'avait pu prvaloir2 mais lorsque1 cessant de lui parler au nom de tel ou tel magistrat1 au nom d'un conseil ou d'un homme1 on lui dit que c'tait la patrie qui avait besoin de lui1 la patrie qui rclamait son gnie1 il pensa sans doute que la patrie ne doit pas supplier1 qu'elle veut tre obie des plus tiers1 qu'elle peut commander aux plus grands3 il revint ,florence4 ,alors on s'effora de lui faire oublier les premires entraves qu'on avait imposes d'abord sa direction suprme2 on accepta toute sa volont2 on l'honora lui-mme des titres les plus levs4 ,on le nomma prieur honorifique4 ,il fut charg d'achever promptement la chapelle spulcrale de ,saint-,laurent et les tombeaux des ,mdicis4 ,ces tombeaux sont encore des plus grands parmi les chefs-d'uvre du matre4 ,la figure de ,laurent1 c'est la vie dans la pense2 celle de ,julien1 c'est la vie dans l'action4 ,l'un a t nomm le pensieroso3 l'me est visible dans le marbre2 l'autre n'a pas de nom3 elle va agir4 ,les deux figures de l',aurore et de la ,nuit compltent le contraste4 ,la ,vierge et son fils1 groupe inachev1 reste nanmoins digne de l'ensemble et vit aussi dans les rgions sublimes4 ,michel-,ange savait1 avant tous et plus que tous1 combien la statuaire1 si essentiellement tangible et saisissable1 a besoin de s'lever par l'idal2 combien le marbre glac1 si semblable la mort dans sa pleur rigide1 a besoin de s'animer par le sentiment1 de puiser la vie dans la pense4 ,aussi1 jamais sculpture n'atteindra un plus haut degr l'idal et la vie1 le style et l'originalit1--toute grandeur6 ,de retour ,rome1 il se remit avec ardeur travailler au mausole de ,jules ,,ii2 se conformant1 comme nous l'avons dit1 un plan nouveau1 moins vaste que le premier1 et o d'autres statuaires devaient l'aider pour partie1 il acheva1 dans l'espace d'une anne1 le tombeau tel qu'on le voit aujourd'hui dans l'glise de ,saint-,pierre-aux-,liens4 ,nul n'ignore que c'est l qu'on admire la puissance sculpturale de ,michel-,ange1 splendidement visible et comme personnifie dans la statue de ,mose4 ,l'tranget superbe1 la majest fulgurante de cette figure1--pose sublime et comme inbranlable1 altitude olympienne1 geste de demi-dieu1 front inspir1 baign de gnie1 inond de grandeur et1 pour ainsi parler1 resplendissant de victoire4 ,tout1 et ce regard qui semble commander la terre1 et jusqu' ces deux cornes naissantes1 ces deux cornes de bouc1 qui traduisent littralement l',apocalypse2 tout1 et mme l'excs dans la force1 l'exubrance dans le relief1 dans l'accent1 dans l'nergie1 dans l'audace1 tout ce qui mme a t signal comme imperfection ou dfaut1 tout est1 partout1 sign ,michel-,ange2 tout crase les uvres du pass et dfie l'avenir4 ,cependant ,clment ,,vii tait mort1 aprs avoir montr au peintre1 comme un repos pour le statuaire1 les deux parois latrales de la chapelle ,sixtine couvrir encore de gigantesques peintures4 ,on a judicieusement remarqu que1 durant cette grande vie d'un artiste sans gal1 chaque rgne de pontife recevait de lui sa date sublime par un chef-d'uvre nouveau4 ,la marche toujours ascendante de sa gloire arrivait cette fois un apoge que nul n'atteindra dsormais1 et que lui-mme ne pouvait dpasser1 puisque ,dieu n'a pas abdiqu pour l'homme4--,paul ,,iii1 succdant ,clment ,,vii1 livra pour l'uvre projete la ,sixtine l'artiste4 ,michel-,ange aborde enfin cette page du ,jugement dernier1 qui et demand tout autre une vie entire1 o lui1 le gant au vol d'aigle1 il mit neuf pleines annes de la sienne4 ,ce serait certainement folie nous d'essayer de dcrire ici ce rve de ,titan1 ce chaos sublime1 ce pome de la forme et de la force1 cette ,divine ,comdie en action1 o ,michel-,ange pouse avec un filial amour1 avec un respectueux orgueil1 la pense de son grand aeul ,dante4--tonnements1 stupeurs1 peurs1 frissons et terreurs1 toutes les motions crasantes tombent pour ainsi dire1 par avalanche1 de ces grandes images4 ,l'me qui regarde commence par la surprise pour aller s'abmer dans l'pouvante4 ,aussi1 cela se sent et ne se raconte pas4 ,d'ailleurs1 comme nous l'avons dit1 ,dante n'a-t-il pas d'avance expliqu ,michel-,ange8 ,on pense bien qu'au milieu de l'admiration gnrale la critique ne consentit pas encore se taire4 ,l'envie ne se dessaisit jamais de la dernire poigne de boue qu'elle destine au triomphateur4 ,michel-,ange couta1 impassible1 tout ce bruit d'en bas et sourit4 ,cependant1 quand l'injustice lui parut trop criante1 il pensa qu'un chtiment lui tait d1 et1 par un procd familier au pote de l',enfer1 il donnait quelque damn bien affreux la figure de l'imprudent qui l'avait outrag4 ,or1 c'tait l un arrt irrvocable comme la mort2 et ,paul ,,iii1 un jour invoqu comme arbitre1 dclara lui-mme qu'il n'y pouvait rien1 tant il connaissait ,michel-,ange4 ,ce pontife1 du reste1 n'avait pas laiss les conseils de l'envie pntrer et altrer ses sympathies pour l'artiste4 ,la ,sixtine acheve1 il avait voulu1 lui aussi1 crer sa chapelle2 il avait donc encore livr ,michel-,ange les votes de la ,pauline4 ,ces peintures1 o ,michel-,ange vivait pourtant encore tout entier1 s'clipsrent dans l'vnement triomphal1 dans l'effet croissant toujours qu'avait produit le ,jugement dernier4 ,une autre immense tche appelait d'ailleurs ,michel-,ange1 et les peintures de la chapelle ,pauline furent le dernier effort de son pinceau4 ,aprs le ,mose1 aprs le ,jugement1 prt complter sa gloire et son immortel dfi toute renomme passe ou future1 il allait mettre la main de son gnie la basilique de ,saint-,pierre1 pour qu' peu prs au mme temps1 peintre1 statuaire et architecte1 il et ralis trois prodiges4--,il avait alors soixante-dix ans2 mais pour ce type de force c'tait encore l'ge de la maturit fconde4 ,comme dans ses uvres1 il avait dans sa robuste nature ce que l'homme a le moins1 le droit de la dure4 ,depuis la mort de ,bramante1 la direction des constructions de ,saint-,pierre avait t livre toutes sortes d'incertitudes4 ,nous ne ferons pas1 aprs tant d'autres1 l'historique de ces travaux1 o le nom de ,raphal se rencontre aprs celui de ,bramante1 et avant celui de ,michel-,ange4 ,le dernier des architectes alors clbres1 ,san ,gallo1 venait son tour de mourir3 le pape exigea imprieusement que ,michel-,ange portt la lumire dans le chaos de projets et de dtails o la pense de ,bramante s'tait dj perdue4 ,le vieux et austre gnie pratiquait la justice pour tous4 ,il rendait hommage la conception primitive de ,bramante2 mais il constatait que la puissance de ralisation avait manqu plusieurs fois lui comme ses successeurs4 ,or1 sentant bien sa force1 et sr d'excuter toujours le plan qu'aurait adopt sa pense1 il ne mit pas1 comme d'autres1 son orgueil touffer la trace de la premire inspiration4 ,dans le projet auquel il s'arrta1 il se rapprocha au contraire des conditions de grandeur et de simplicit qu'on avait trop oublies depuis longtemps4 ,alors1 avec une ardeur juvnile1 on le voit en peu de jours excuter en bois tous les modles de dtail ou d'ensemble4 ,tout s'anime de son zle1 il ravive la fois tous les travaux1 il appuie et consolide les bases qui n'eussent jamais support leur fardeau2 et l'difice grandit dans sa force et dans sa majest1 sous le regard du glorieux octognaire4--,pendant dix-sept ans1 en effet1 ,michel-,ange donna toute sa vie de chaque jour1 la pense de toute son me la cration sans rivale2 et ,rome vit enfin la vaste coupole dominer1 comme un diadme ternel1 vingt sicles1 reprsents dans son sein par cent gnrations de chefs-d'uvre4 ,pendant ces dix-sept ans1 ,michel-,ange n'avait voulu recevoir aucun traitement4 ,c'tait pour lui-mme1 pensait-il sans doute1 c'tait pour son nom qu'il travaillait4 ,c'tait sa propre gloire qu'il difiait le plus grandiose des monuments o l'homme ait fait habiter ,dieu4 ,certes1 il avait enfin cette fois acquis le droit d'un saint et majestueux repos3 il ne se reposa pourtant pas4 ,beaucoup de ses uvres d'architecture sont de la mme poque4 ,il avait donn les plans du ,capitole2 une aile entire du palais fut excute sous sa direction mme4 ,et non-seulement ,jules ,,iii1 successeur de ,paul ,,iii1 malgr les intrigues1 malgr les insinuations des jaloux1 avait confirm au grand vieillard les pouvoirs suprmes dans les travaux de ,saint-,pierre2 mais1 pour sa propre maison de campagne1 le nouveau pontife avait exig que tous les plans fussent faits par ,michel-,ange4 ,les dessins du palais ,farnse lui furent aussi demands alors2 au mme temps1 le roi de ,france et le grand-duc de ,florence le disputaient1 par leurs pressantes sollicitations1 aux sympathies jalouses du pape et de ,rome entire4 ,venise le rclamait aussi1 non pour lui demander des ouvrages1 mais seulement pour s'honorer elle-mme1 en lui offrant une hospitalit digne de son nom4 ,michel-,ange s'excusa sur son ge1 sur ses infirmits1 sur la ncessit de sa prsence ,saint-,pierre1 et refusa modestement toutes ces honorables avances4 ,sa patrie tenait pourtant toujours une grande place dans son cur3 ,florence1 ayant form le projet d'lever une glise somptueuse saint ,jean1 patron des ,florentins1 n'en appela pas en vain son patriotisme et son gnie4 ,il se mit l'uvre avec cette vivacit superbe qui ne l'abandonna jamais1 et en peu de jours il eut excut cinq projets diffrents1 gradus suivant les dpenses qu'ils pouvaient exiger4 ,les ,florentins1 appels choisir1 se dcidrent pour le plus magnifique2 et ,michel-,ange1 reconnaissant1 leur assura1 avec un juste orgueil pour lui-mme1 qu'en ralisant son plan ,florence possderait un temple tel que les ,grecs et les ,romains n'auraient jamais eu rien d'gal4 ,les malheurs de ,florence nous ont privs de ce dernier et glorieux spcimen du gnie de ,michel-,ange4 ,l'argent manqua ds les premires constructions1 et les travaux furent jamais arrts4 ,cette vie pleine de jours et de gloire approchait pourtant de sa fin2 depuis longues annes dj le vieillard sublime avait senti planer sur son me toutes les tristesses de cette solitude infinie qui se fait autour de ce qui dure4 ,se rappelant peut-tre et s'appliquant lui-mme ce vers de ,dante3 ,dsert et dsol comme chose ternelle1 il attendait maintenant1 d'un front rassrn1 le baiser maternel de la mort2 il souriait aux mlancolies de la tombe2 et sa grande joie1 c'tait de travailler avec pit1 avec ferveur1 au marbre sous lequel il voulait dormir4 ,il avait1 dans sa belle vieillesse1 conserv toujours une vigueur rare4 ,cette vigueur baissa tout coup2 il fut atteint d'une fivre irrgulire qui dgnra bientt en langueur4 ,sentant sa fin prochaine1 il fit venir son neveu ,lonard ,buonarroti1 et lui dicta1 en quelques lignes1 sa volont dernire4 ,il abandonnait1 disait-il1 son me ,dieu1 son corps la terre1 son bien ses proches2 puis1 laissant enfin retomber sans vie cette large main qui avait cr tant de choses1 le #ag fvrier #aefd1 l'ge de quatre-vingt-dix ans accomplis1 il rendit ,dieu son me pleine de foi1 d'esprance et d'amour4 ,michel-,ange repose au milieu des funbres grandeurs de l'glise de ,santa-,croce1 panthon de ,florence1 o manque seul le grand ,alighieri4 ,la vie de ,michel-,ange est crite1 date par date1 dans l'historique de ses travaux4 ,on voit1 en le suivant pas pas dans ses crations successives1 combien l'art fut1 pour lui1 toute une destine bien remplie2 pas un moment de tideur en son culte passionn2 sa vie1 ce sont ses uvres4 ,disons pourtant ici un mot de l'homme mme4 ,il avait la tte vaste1 ronde1 puissamment conforme4 ,le front spacieux et carr4 ,les tempes et l'arcade de l'il en saillie4 ,le sourcil peu touffu1 les yeux moyens1 d'un ton brun1 mouchet de jaune et de bleu2 le nez large1 et gardant1 dans son crasement1 l'empreinte du coup de poing brutal de ,torregiani2 la lvre mince et le menton dlicat4--,le bas du visage n'avait aucune de ces vultuosits paisses1 aucun de ces reliefs charnus qui1 dans les fortes natures1 accusent les apptits terrestres2 toute la puissance de cette tte nergique et rare vivait dans les sommets1 dans le front1 dans le crne1 dans la solide vote qu'habite le cerveau4--,il avait de larges paules2 le corps robuste1 bien fait1 sec1 muscl1 nerveux2 le temprament vigoureux et sain1 une complexion toute preuve4 ,on peut dire qu'il ne fut jamais malade2 un accident grave1 une chute qu'il fit en visitant un chafaud dans les travaux de ,saint-,pierre1 et sur ses vieux jours1 les douleurs de la gravelle1 le forcrent seuls interrompre deux fois les rudes besognes de l'art4 ,il avait vcu toujours comme un sage1 parfois mme1 dans le fort de ses travaux1 comme un anachorte1 se nourrissant1 le plus souvent alors1 de pain et d'un peu de vin gnreux4 ,quand la fortune lui eut prodigu ses faveurs1 il fut bon1 secourable1 attentionn aux autres1 rude ou insouciant pour lui-mme4 ,ascanio mio1 disait-il ,candivi1 son lve1 quoique riche1 j'ai1 ma foi1 vcu comme un pauvre6 et peine s'en tait-il aperu4 ,il dormait peu2 souvent il ne se dshabillait mme pas4 ,le travail de nuit n'tait qu'un jeu pour cette organisation prodigieuse4 ,cette austrit1 cette simplicit1 cette philosophie stoque1 qui lui faisait accomplir son uvre et mpriser sa gloire1 il l'avait trouve dans l'amour de l'art1 dans un penchant sans effort1 dans sa nature mme2 mais il l'avait aussi complte dans sa vertu4 ,il ne fit jamais une action mauvaise4 ,le vice1 la lchet1 la bassesse1 et aussi le stupide orgueil de l'ignorance1 purent seuls susciter ses gnreuses colres4 ,il n'eut pas1 il est vrai1 grand mrite n'envier personne2 qui pouvait-il envier8 ,mais il fut loyal pour tous1 impartial pour ses rivaux1 juste pour ses ennemis4 ,les jaloux du second rang1 plus1 certes1 que ,raphal lui-mme1 voulurent1 dans la gloire de ce dernier1 faire oublier un moment celle de ,michel-,ange3 ,michel-,ange n'en rendit pas moins tmoignage au gnie de ,raphal4 ,bramante employa sa vie et son crdit gner l'essor du jeune rival que lui envoyait ,florence4 ,michel-,ange se plut toujours reconnatre la beaut du plan primitif que ,bramante avait conu pour ,saint-,pierre4 ,rien de plus touchant que son attachement fidle et ses inconsolables regrets pour son vieux serviteur ,urbin2 on sait comme il le pleura1 comme il se dsesprait de ne l'avoir pas prcd dans la tombe4 ,la mort d'un frre bien-aim avait t aussi quelque temps auparavant pour lui une amre douleur4--,ses actes de gnrosit pour les petits1 de dvouement aux plus humbles1 galent seuls sa hautaine raideur vis--vis des puissants de la terre4 ,de ces derniers1 beaucoup auraient pu dire1 et avaient durement appris1 s'il avait l'me d'un courtisan1 s'il savait humblement courber le front1 ou supporter un outrage4 ,il se sentait grand2 il avait lui-mme le respect de sa grandeur1 et eut ainsi toujours le secret1 comme le droit1 d'imposer ce respect aux autres4 ,sa repartie1 suivant l'occasion1 sortait du fond de son cur1 ou tombait du haut de son orgueil4 ,on aime le voir se rvler lui-mme dans ces deux mots de dialogue3 ,quand je serai mort1 disait-il son vieil ,urbin1 que deviendras-tu1 mon pauvre ami8--,il me faudra bien chercher un autre matre444--,et tu crois que je le souffrirai8 tiens6 voil deux mille cus444--,voici le contraste3 ,le pape ,paul ,,iv se plaignait des nudits du ,jugement dernier1 et fit demander ,michel-,ange de les voiler4 ,allez dire au pape1 rpondit le rude matre1 qu'il s'occupe un peu moins de rformer mes peintures1 chose facile1 et que je ferai quand je voudrai2 mais qu'il songe un peu plus rformer les hommes1 ce qui est sa tche1 et n'est pas ais4 ,ses ides sur l'art taient aussi leves1 aussi fires que son excution tait puissante4 ,il aimait1 de passion1 le beau en toutes choses3 un beau cheval1 un beau chien1 une belle fleur1 un arbre majestueux1 une montagne grandiose2 tout ce qui est beau dans l'art et beau dans la nature le charmait1 le saisissait1 l'inspirait4 ,il cherchait la beaut travers la cration1 comme la mouche cherche son doux nectar en volant du calice de la rose aux grappes du marronnier en fleur1 du bouton du lis au chaton du cdre4 ,il prisait par-dessus tout l'originalit2 il et sans doute conseill tout artiste de faire moins bien suivant sa propre nature que mieux dans l'ornire d'un autre4 ,celui qui s'habitue suivre1 disait-il1 n'ira jamais devant4--,il avait du trait dans l'pigramme1 et y et certainement excell si son cur ne l'et arrt propos4 ,la vanit des mdiocres l'irritait bien quelquefois1 mais il finissait par en rire1 et1 en tout cas1 il lui rservait pour chtiment une raillerie innocente4 ,un peintre ignorant1 ,bugiardini1 lui demandait son avis sur un portrait3 ,ah6 trs-bien1 fit ,michel-,ange1 mais vous lui avez plac l'il au milieu de la tempe1 c'est du nouveau4 ,le peintre rsiste et prtend que son portrait est l'image exacte du modle3 ,c'est possible1 reprend alors ngligemment ,michel-,ange1 ce sera la faute de la nature4 ,il rencontre un jour un enfant au visage idalement beau1 et lui demande son nom4 ,c'tait le fils du peintre bolonais ,francia1 qui n'avait jamais eu le don de charmer le peintre de la ,sixtine4 ,ah6 ma foi1 mon garon1 dit le matre l'enfant1 ton pre fait dcidment bien mieux en ralit qu'en peinture4--,on regrettait enfin devant lui qu'il ne se ft pas mari et qu'il dt mourir sans postrit4 ,j'ai eu l'art pour pouse1 rpondit-il1 et c'est encore trop d'avoir eu celle-l dans ma vie4 ,ma postrit1 c'est mon uvre2 elle me suffit bien4 ,ghiberti a laiss un vaste patrimoine et de nombreux enfants4 ,qui saurait aujourd'hui son nom s'il n'et pas fait les portes de bronze du baptistre de ,saint-,jean de ,florence8 ,le patrimoine est dissip1 les enfants sont morts2 le monument est debout6 ,une seule passion1 nous l'avons indiqu1 vint illuminer son me1 et la remplit1 jusqu' la mort1 du douloureux bonheur d'aimer4 ,ses posies sont la chaste et mlancolique confidence de durables ardeurs pour un objet digne d'un tel homme4 ,on connat le nom et l'histoire de ,vittoria ,colonna1 fille de ,fabricio ,colonna1 le plus grand capitaine de son temps1 marie trs-jeune ,fernand d',avaloz1 marquis de ,pescaire1 qui devait se faire aussi un nom fameux par une vie courte1 mais bien remplie4 ,vittoria1 rayonnante de beaut et de posie1 avait trouv dans cette union toutes les joies du cur et tout le prestige des belles renommes4 ,ivresses fugitives6 ,le marquis de ,pescaire succomba tout coup1 au milieu mme de ces rares flicits3 de nombreuses blessures et les fatigues de la guerre avaient rapidement mri1 pour la mort1 son hroque jeunesse4 ,vittoria tait alors aussi clbre par son esprit que par sa beaut4 ,tout ce qu'il y avait de plus illustre sollicita bientt sa main2 mais elle repoussa toutes les adorations1 s'enferma dans la solitude1 et voua son gnie tout entier la gloire de son poux1 au souvenir de leur amour bris4 ,ses posies1 pleines de charme et de cur1 douloureux soupirs d'un regret sans fin1 vastes aspirations d'une immortelle esprance1 se rpandirent bientt pour consoler et ravir toutes les mes tendres1 tous les curs prouvs4 ,c'est par ces posies que ,michel-,ange sentit l'amour envahir sa vie2 c'est ,vittoria ,colonna que sa grande me trouva seule la hauteur de l'idal sublime et du fantme ador de ses rves4 ,la pudique fidlit de ,vittoria pour son mort bien-aim ne put s'effaroucher de cette flamme1 si pure que les anges en eussent t volontiers complices4 ,et1 mesure que l'austre douleur de la noble veuve gagna en profondeur ce qu'elle perdait en cuisante amertume1 un doux commerce de posie1 une fire intimit de gnie1 l'hymen thr de deux mes1 rapprocha le grand archange de la peinture et la muse sraphique dont il vivait pris4 ,l'inspiration de ,vittoria se retrouve dans les plus potiques des uvres religieuses de ,michel-,ange4 ,ce souffle de femme a pass comme une brise bienfaisante sur la pense austre du rude ,toscan pour l'attendrir et la sanctifier4 ,la mort de ,vittoria1 son illustre dame1 sa ,batrix1 son doux gnie visible1 fut pour lui l'inconsolable dsespoir4 ,ses larmes ne furent pas perdues pour la postrit3 un soupir de la muse les cristallisa en beaux vers4 ,il nous reste ici dire encore quelque chose de ,michel-,ange pote4 ,mais1 par ce qu'on connat dj de son me1 on sait1 ds prsent1 vers quelles rgions du spiritualisme1 de l'amour et de la pit1 l'aile de l'aigle dut diriger son essor4 ,michel-,ange adorait ,dante et savait par cur la ,divine ,comdie2 il s'tait enivr des magnificences des saintes critures2 il savourait ,ptrarque aux heures de tendresse1 et souvent aussi l'loquence indompte de ,savonarola avait rpondu toutes les secrtes rvoltes de son noble cur4 ,il avait connu1 il avait aim le prophte de ,florence2 et de ce qu'il aimait1 ,michel-,ange gardait long souvenir4 ,c'est donc en ce milieu de posie et d'lvation contemplative qu'il nourrit d'une moelle sacre1 qu'il abreuva d'enivrements suprmes la sublime faim1 la divine soif de sa muse4 ,nous n'essayerons pas de rendre1 dans la pleur et dans la faiblesse de la traduction1 quelques-unes de ces belles et si nobles penses qui mritrent ,michel-,ange la quatrime couronne dont ,condivi1 son biographe1 voulait qu'on dcort son front4 ,on trouve dans ses sonnets1 dans ses pigrammes ou stances et dans ses canzone quatre inspirations galement trs-remarquables1 quatre amours1 quatre cultes3 celui de l'art1 celui de ,vittoria ,colonna1 celui de ,dante et celui de ,dieu4 ,,giorgione ,le pinceau de ,lonard de ,vinci et la palette de ,giorgione1 disait an matre2 mais ne sont-ils pas1 l'un comme l'autre1 le miracle de l'art8 ,giorgione voulait tre ,venise ce que ,lonard de ,vinci avait t ,florence et ,milan4 ,comme ,lonard de ,vinci1 il tait n chevaleresque1 dou de l'intelligence souveraine4 ,il avait la beaut et le charme1 la force et la grce1 l'autorit et la magnificence4 ,lui aussi1 il proclama l'art affranchi2 les coles gothiques furent fermes2 il dcrta que le seul matre tant la nature1 la seule inspiration tait le beau4 ,la foi en l',art levait son glise ct de la foi en ,dieu4 force de travail1 les peintres primitifs teignaient dans leurs uvres ce rayon du gnie qui1 chez les matres1 donne aux figures peintes je ne sais quelle me qui est dj la vie4 ,l'uvre de ,bellini et de son cole nous merveille par la patience2 l'uvre de ,giorgione et de son cole nous transporte par ses miracles4 ,l-bas1 ce n'est qu'une uvre d'art2 ici1 c'est une uvre de vie2 l-bas1 nous nous tonnons devant le labeur de l'atelier2 ici1 nous sommes surpris par ce don inou de cration3 le labeur se cache sous des prodiges de puissance4 ,giorgione et ses disciples1 tout en contenant leurs forces1 ont rpandu toutes les fortunes de l'art comme des enfants prodigues4 ,quelquefois mme le fleuve envahit ses rives2 mais avant l'arrive de ,vronse et de ,tintoret il ne dbordera pas4 ,les trois ,italiens1 les trois inspirateurs qui furent le mieux dous1 sont ,lonard de ,vinci1 ,raphal et ,giorgione2 il y a du ,dieu dans ces trois hommes4 ,voyez-les leur soleil levant1 ils se dpensent en ftes et en amours2 on ne sait pas o ils tudient1 tant la vie les appelle toutes ses aspirations4 ,l'atelier est bruyant1 on y fait des armes1 on y joue du violon1 on y dit des vers4 ,les matresses viennent1 les ,violantes et les ,fornarines2 elles aussi vont donner la vie au pinceau1 car elles ne poseront pas pour l'amour de ,dieu1 mais pour l'amour de l',amour4 ,et combien d'ateliers voisins o on ne s'amuse pas1 o on travaille gravement1 et o on ne trouve ni la ligne loquente ni la couleur divine6 ,c'est qu'il y a dans l'art les initis1 ceux-l qui savent tout sans avoir rien appris1 je me trompe1 s'ils savent tout1 c'est qu'ils ont eu le don de lire1 livre ouvert1 le livre de la vie1 l o les autres s'puisent l',a1 ,b1 ,c4 ,giorgione1 cet autre ,arioste1 qui crivait ses pomes avec un pinceau d'or1 tout en vivant cur ouvert1 tout en jetant sa jeunesse aux aventures et sa vie aux femmes1 garda toujours dans son uvre1 comme dans un tabernacle1 cette fleur d'intimit qu'il avait cueillie dans le jardin des vieux matres1 et qui rpand un si chaste et si sympathique parfum dans l'me du spectateur4 ,cette fleur-l1 ,titien la cueillit aussi1 mais elle s'est fane dans ses mains4 ,vronse1 qui fut ,titien ce que ,titien fut ,giorgione1 tait trop la surface pour s'inquiter des voix intrieures1 des posies caches1 des pomes invisibles4 ,on ne connat pas ,giorgione si on n'a pas un peu couru le monde4 ,on ne le retrouve gure ,venise1 o ,titien vous blouit chaque pas2 mais quand on s'est enivr du soleil de ,titien1 on cherche ,giorgione1 cette aurore dj dore1 mais gardant ces belles teintes roses qui se fondent si harmonieusement sur la palette du ciel quand le soleil les caresse4 ,giorgione voyait de plus loin et de plus haut que ,titien4 ,il regardait1 par-dessus les exemples de ,bellini1 les exemples de ,lonard de ,vinci et du ,corrge4 ,il ne voulut imiter ni l'un1 ni l'autre2 mais tout en gardant sa forte originalit1 il tudia le merveilleux clair-obscur de ,lonard de ,vinci4 ,il ne rechercha pas comme ce grand matre la posie des ombres1 mais c'est souvent par le mme travail qu'il arriva la posie de la lumire4 ,l o ,vinci songe1 ,giorgione parle4 ,le matre de ,milan se rfugie dans les solitudes mystrieuses de l'art3 le matre de ,venise aime les ftes bruyantes du pinceau1 mais des deux cts le cur bat au mme sentiment1 devant la posie de la ,nature4 ,pareillement il y a un monde et un trait d'union entre ,corrge et ,giorgione4 ,si ,corrge enseigne la grce fondante et le charme pntrant1 ,giorgione montre ces beaux airs humains que ne comprime plus la peur du pch1 ces libres expressions1 ces panouissements de l'me sur la figure1 qui sont aussi la marque de la beaut dans l'art4 ,giorgione vivait comme il peignait3 il jetait l'or pleines mains1--les jours o il en avait1--sur les pas de sa matresse4 ,les jours o il n'avait pas d'argent1 il ne se croyait pas plus pauvre pour cela4 ,il n'et jamais1 dans sa fiert1 sign les ptres de ,titien ,charles-,quint4 ,il disait qu'un peintre tait roi chez lui4 ,le duc de ,parme lui dpcha un gentilhomme pour l'amener sa cour1 o toutes les dames voulaient tre peintes par lui4 ,l'ambassadeur trouva le peintre de ,castel-,franco le pinceau la main devant une de ces ftes giorgionesques qui sont comme la premire preuve1 plus ferme et plus chaude1 des ftes galantes de ,watteau4--,vous allez partir avec moi1 dit le gentilhomme4--,demain1 dit ,giorgione4 ,l'ambassadeur attendit4 ,le lendemain il fallut attendre encore1 puis le surlendemain1 puis toute une semaine4 ,et comme le gentilhomme se fcha3 ,comment voulez-vous1 lui dit ,giorgione1 que je quitte ma cour pour aller celle d'un autre8 ,giorgione1 comme ,lonard de ,vinci1 ne se disait jamais vaincu4 ,pour lui la peinture tait l'art par excellence4 ,il disait3 ,je btis des palais1 je sculpte1 j'cris des pomes et je chante comme un musicien4 ,selon ,vasari1 dans le temps o le ,verruchio excutait son cheval de bronze1 ,giorgione se rencontra avec plusieurs artistes qui prtendaient que la sculpture avait sur la peinture l'avantage de montrer une figure de tous les cts1 pourvu qu'en tournant autour d'elle on changet le point de vue4 ,giorgione1 au contraire1 soutenait que la peinture pouvait offrir tous les aspects d'un corps et les faire embrasser d'un seul coup d'il sans qu'on et besoin de changer de place4 ,il s'engagea mme reprsenter une figure que l'on verrait des quatre cts la fois4 ,les pauvres sculpteurs se mirent la cervelle l'envers pour comprendre comment ,giorgione se tirerait d'une semblable entreprise4 ,il peignit un homme nu1 dont les paules sont tournes vers les spectateurs4 ,une fontaine limpide rflchit son visage1 tandis qu'un miroir et une brillante armure reproduisent ses deux profils3 uvre charmante et capricieuse qui justifia les prtentions du grand artiste4 ,comme ,lonard de ,vinci1 ,giorgione a tout tent4 ,selon la tradition1 ,giorgione a aim ,violante aussi2 mais c'est une autre femme1 une patricienne1 devenue sa matresse1 qui lui donna l'amour et la mort4 ,elle se passionna sous ses yeux pour un de ses disciples1 ,pietro ,luzzo1 de ,feltre1 un beau garon qu'il avait admis ses ftes de tous les jours4 ,sa matresse partit avec le disciple2 elle revint une fois comme pour mieux asservir ce pauvre cur dj dans l'enfer4 ,elle repartit et ne revint plus4 ,tout ses colres jalouses1 ,giorgione voulut jouer le ddain2 mais cette femme tait son me1 il mourut4 ,qui donc a crit ce beau sonnet sur la vie de ,giorgione et sur l'ombre aime qui errait avec lui8 ,j'ai peint dans le monde1 et il fut si grand le bruit ,de ma renomme dans cette contre et dans cette autre1 ,que ma gloire gale celle de ,zeuxis et d',apelles1 ,et que tout rivage loign retentit de mon nom4 ,dans mon jeune ge1 je quittai ailes dployes ,le nid paternel pour aller acqurir des grces nouvelles2 ,de l1 je m'envolai au ciel1 parmi les toiles d'or1 ,o j'ai une chambre meilleure et une demeure sre4 ,ici1 entre les mes ternelles et divines4 ,je prend1 pour les imiter1 des ides plus belles1 ,ornes de grces et ardentes de lumires4 ,et je continue le travail de mon pinceau1 ,et je vais errer avec l'ombre aime parmi les vivants1 ,tandis que je prends des formes divines dans le ciel4 ,giorgione et ,titien1 ns la mme heure1 eurent le mme ciel1 le mme matre1 presque le mme pinceau et peut-tre la mme matresse4 ,mais ,giorgione1 qui menaait d'enterrer toute sa gnration par sa force herculenne1 mourut comme un enfant d'une trahison de femme1 tandis que ,titien1 svelte et ple en sa jeunesse1 traversa les passions sans y laisser sa force4 ,giorgione avait un cur vaillant et tendre1 un cur d'or2 ,titien avait un cur de bronze4 ,chamfort disait3 ,il faut que le cur se brise ou se bronze4 ,giorgione eut le cur bris l o ,titien eut le cur bronz1 si l'on me permet ce jeu de mots qui peint si juste4 ,l'art et l'amour ont t toute la vie de ,giorgione4 ,des sa jeunesse il a reprsent1 dans son paysage de ,castelfranco1 avec le chteau sur le second plan et ses belles montagnes bleues l'horizon1 il a reprsent trois jeunes filles qu'il aimait1 comme on aime l'aube avec les rveries embrumes encore1--comme on aime avant la passion1 ce soleil qui dvore les dernires visions du matin4--,ces trois belles filles1 qui ont tout la fois le type des ,trvisanes et des ,vnitiennes1 cheveux onduleux et dors1 ovale mollement arrondi1 regards navement amoureux1 sont peintes toutes nues sous les frais rideaux de la rame4 ,et ainsi elles sont mtamorphoses en ces trois ,grces qui se soumettent au jugement de ,paris4 ,paris1 c'est un peu ,giorgione4 ,il les regarde si longtemps qu'il ne songe plus donner sa pomme4 ,ce curieux tableau1 de la premire manire du peintre1 indique encore l'atelier de ,bellini par quelques timidits de contour2 mais quelle merveille dj par les horizons1 le ciel1 les arbres6 ,le matre se rvle partout4 ,les figures mme1 toutes discrtes encore et comme enchanes dans leur pudeur1 ont un charme tout giorgionesque4 ,le beau ,paris est beau3 il a raison de garder la pomme4 ,giorgione s'est peint plus d'une fois4 ,on peut tudier ,venise et ,munich sa tte nergique et douce1 forte et tendre4 ,l'intelligence a largi ce front superbe1 l'amour a tempr par un sourire cette lvre fire4 ,c'est la beaut1 mais la beaut imprieuse qui n'est pas comprise par les femmes4 ,ce n'est pas le miroir coquette qui1 comme le miroir1 n'a qu'une surface polie4 ,giorgione1 par son aspect rude et mditatif1 ferait peur une petite-matresse2 mais une vraie femme s'y prendrait par le cur et par l'me4 ,figure #g3 ,flore d'aprs ,titien ,,titien ,e ,tizian che onora ,non men ,candor1 che quei ,venezia e ,urbino4 ,,ariosto4 ,il designo di ,michel ,angelo1 ,el coloristo di ,titiano4 ,,le ,,tintoret4 ,titien dtrna ,giorgione1 mais ce ne fut qu'aprs lui avoir pris ses armes4 ,il avait d'abord traduit mot mot la nature comme son matre ,bellini1 mais1 en voyant un portrait de ,giorgione1 ses yeux s'ouvrirent la vraie lumire1 comme lorsque le soleil rpand la vie l o l'aube ple encore ne donne pas l'accent souverain4 ,vasari constate que le premier portrait de ,titien1 si ,titien ne l'et pas sign1 et t infailliblement attribu au ,giorgione4 ,non-seulement il prit la manire de ,giorgione pour les portraits1 mais il la prit aussi pour les fresques4 ,giorgione avait peint ,venise la faade de l'entrept des ,allemands1 sur le ,grand ,canal2 ,titien1 par la protection de ,barbigo1 fut appel peindre la faade sur la ,merceria4 ,quand son travail fut dcouvert1 des patriciens1 de ceux-l qui avaient salu le rgne de ,giorgione1 lui dirent1 la premire rencontre1 qu'il venait de se surpasser dans la faade de la ,merceria2 ce quoi rpondit ,giorgione3 ,ce n'est pas moi qui ai peint cette faade1 c'est un jeune homme de ,cador4--,vous voulez nous tromper1 reprirent les amis de ,giorgione1 il n'y a que vous ,venise pour peindre avec cette belle libert de touche et cet clat de coloris4--,ce ,cadorin1 poursuivit ,giorgione1 a pris mes pinceaux et ma couleur1 aussi vais-je me croiser les bras4 ,et ,giorgione rentra chez lui1 bless au vif4 ,il fut quelque temps sans vouloir peindre1 disant qu'il voulait bien que ,titien lui ressemblt1 mais qu'il ne voulait pas ressembler ,titien4 ,je ne chercherai pas avec l'abb ,lanzi si ,titien choisissait ses couleurs ailleurs que chez les marchands de ,venise1 qui taient des fripons4 ,passeri a beau me dire que beaucoup de peintures de son temps taient rapidement altres1 parce que les marchands de ,venise vendaient de mauvaises couleurs2 j'aime mieux reconnatre qu'avec leur sentiment et leur science du coloris1 les peintres de ,venise avaient raison de prendre le fond blanc pour point de dpart 7car ils avaient coutume d'empltrer leurs panneaux47 ,sur ce fond blanc1 les teintes rpandues pendant la composition avaient une fleur de vie1 une transparence idale1 un clat magique que les empalements les plus savants ne produisent jamais sur un fond neutre4 ,rubens reconnaissait cette loi1 seulement il peignait sur fond rouge4 ,ce n'est jamais d'ailleurs par le mme chemin que deux coloristes se rencontrent2 que de fois1 pour arriver au but1 ou est parti d'un point oppos6 ,c'tait force de marier ses couleurs que ,titien tait coloriste1 tandis que ,rubens avait l'amour des couleurs vierges2 aussi les copistes patients ont-ils plus heureusement pastich le peintre de ,venise que le peintre d',anvers4 ,je dirai toujours au premier regard si tel tableau appartient l'uvre de ,rubens2 il m'arrivera comme tout le monde1 comme aux ,vnitiens eux-mmes1 de me tromper devant une copie de ,titien4 ,et pourtant1 comme ,zanetti1 j'ai longtemps mdit devant les chefs-d'uvre blouissants de ce pinceau d'or4 ,on a dit que ,titien tait un naturaliste1 on dit aujourd'hui un raliste4 ,aujourd'hui comme autrefois1 on se trompe4 ,il tait trop artiste1 trop dou1 trop crateur1 trop giorgonesque pour tomber dans l'imitation servile4 ,comme tous les matres1 il adorait la nature1 mais il y rpandait le rayonnement de l'art4 ,par exemple1 il esquiva les teintes heurtes1 les ombres fortes1 les reliefs accuss#c4 ,pour donner plus de fracheur et plus de volupt ses carnations1 il rpandait la vie pleine main2 mais c'tait surtout aux yeux et la bouche qu'il donnait l'me de sa palette4 ,en voyant un de ses chefs-d'uvre1 on sent que la vrit l'inspirait2 mais pourtant si on tudie le jeu des lumires et des ombres1 on s'aperoit qu'il peignait sous le jeu des lumires et des ombres de son esprit4 ,la vrit doit tre accentue2 c'est le triomphe de l'art de rpandre sur elle l'artifice et l'illusion pour lui donner plus de force et plus de relief4 ,titien ne veut pas1 d'ailleurs1 surprendre par les effets violents3 il est harmonieux et souriant2 ses miracles sont des miracles de lumire2 il a pris un rayon au soleil et il le rpand sur ses tableaux avec la magie du prisme4 ,il a horreur des tours de force2 il ne veut pas1 comme les matamores de la peinture1 marier les couleurs ennemies1 ou plutt violer les teintes pudiques par les teintes carlates4 ,sa maxime1 c'est la passion et non la violence2 il ne veut pas que l'artiste teigne son beau feu dans les dtails1 mais il recommande au pinceau le plus emport les caresses nonchalantes1 surtout quand le peintre donne la fleur de vie1 le duvet de pche1 le marbre1 l'or et la pourpre au corps de la femme4 ,il y a beaucoup de lgendes sur la ,violante1 qui1 au muse du ,louvre1 rpand ses cheveux rayonnants1 ces beaux cheveux que la nuit n'teint pas4 ,selon quelques historiens1 c'est ,lavinia1 la fille de ,titien4 ,nous sommes amoureux fou de ,violante1 la fille du ,titien1 et nous avons dj fait deux fois le voyage d',espagne pour mettre un baiser sur sa belle bouche entr'ouverte comme une grenade mre4 ,malheureusement elle a les bras trop occups soutenir sur un plat d'argent la tte de saint ,jean-,baptiste1 et n'a pu se jeter notre cou comme elle en avait envie1 on le voyait ses yeux4 ,c'est charmant2 mais pourquoi ,m4 ,thophile ,gautier1 qui sait si bien son histoire de l'art1 dit-il de ,violante la fille du ,titien8 ,quand ,violante posait cheveux pars et seins nus dans l'atelier du ,titien1 roi de ,venise1 ,titien avait trente ans4 ,selon quelques autres historiens1 c'est la matresse de ,titien2 selon la tradition vnitienne1 ,violante fut aussi la matresse du ,giorgione4 ,la plus vraie tradition1 c'est quelque belle fille qui perptue ,violante1 comme si le ,matre des matres se complaisait toujours ce masque radieux4 ,venise avant de voir les tableaux peints on les voit dj par les tableaux vivants4 ,pourquoi ne parlerais-je pas de cette ,violante aprs la lettre 7comme si ,dieu n'tait qu'un disciple de ,titien7 que j'ai rencontre un matin sur la ,giudecca1 en revenant de ,san ,giorgio ,maggiore8 ,oui1 dans une gondole rafale1 je vis apparatre une belle fille de vingt ans1 d'un clat inou1 d'une jeunesse exubrante4 ,la sant a aussi sa posie4 ,je reconnus du premier regard la ,flora de ,titien1 la fille de ,palme le ,vieux2 elle avait un bouquet la main1 bien moins clatant1 bien moins panoui que ses vingt ans4 ,elle se penchait nonchalamment sur la ,giudecca pour voir sa beaut1 tout en secouant sur ses lvres les fleurs dj fltries de son bouquet4 ,le gondolier qui la conduisait la place ,saint-,marc la regardait avec passion3 il chantait demi-voix les notes bizarres des bacchanales du ,lido4 ,c'tait un beau gondolier1 vtu de haillons1 mais dans le style vnitien4 ,on ne saurait avoir une ide de sa grce ramer sans l'avoir vu l'uvre4 ,la belle l'coutait avec le charme d'un vague souvenir d'amour4 ,aprs avoir vu le portrait vivant de ,violante1 je voulus revoir son portrait peint4 ,est-elle moins vivante dans l'uvre de ,titien1 sous sa couleur de vie8 ,on y reconnat la touche du matre1 mais le plus souvent1 il n'y donnait que le dernier coup de pinceau1--le plus difficile1 celui qui rvle le gnie4--,voici1 selon ,lanzi1 la raison de toutes ces ,violantes attribues ,titien3 ,son atelier tait un sanctuaire impntrable4 ,lorsque ce grand matre sortait1 il laissait ouverte la porte de son atelier1 afin que ses lves pussent copier furtivement les tableaux qu'il y laissait4 ,au bout de quelque temps il trouvait plusieurs de ces copies vendre1 il les achetait et les retouchait2 de sorte que ces copies devenaient les originaux4 ,il lui arrivait mme de les signer4 ,aprs cette affirmation de ,lanzi1 historien digne de foi1 on peut dire avec ,thophile ,gautier3 ,hormis les sept ou huit muses royaux ou princiers o la gnalogie des tableaux se conserve depuis qu'il sont sortis de la main du peintre1 toutes les toiles que l'on attribue aux grands peintres italiens ne sont que d'anciennes copies4 ,cependant tous les grands peintres italiens ont t si fertiles1 surtout les ,vnitiens6 ,les deux ,bellini peignaient encore quatre-vingt-dix ans2 ,mantegna1 ,palma et ,tintoretto taient vaillamment l'uvre quatre-vingts ans4 ,pour ,titien1 tout le monde sait qu'il mourut quatre-vingt-dix-neuf ans4 ,et il mourut de la peste6 ,pour connatre ,lavinia1 je traduis peu prs mot mot l'abb ,giuseppe ,cadorin qui a tudi cette grave question dans son in-quarto3 dell' ,amore dei ,veneziani per il ,tiziano#d4 ,lavinia naquit ,venise1 aprs ses frres1 sans doute vers #aecj4 ,on n'a aucun renseignement sur son ducation1 mais certainement elle devait tre srieuse1 car un jeune homme illustre et bien lev avait mis sur elle la pense de l'obtenir en mariage4 ,son pre l'aimait tendrement et tellement qu'il croyait revoir peut-tre en elle la jeune fille regrette qui lui fut enleve par la mort1 la fleur de ses ans1 et qui avait t tenue sur les fonts baptismaux par ,francesco ,zuccati1 le clbre mosaste4 ,lavinia tait belle de forme et gracieuse en ses manires4 ,titien peignit plusieurs fois en diverses attitudes cette aimable figure4 ,tantt de face et en vtement noir1 avec un collier de perles prcieuses au cou1 ceinte aux flancs d'une ceinture d'or et dans la main un ventail de plumes1 peinture qui illustre la galerie royale de ,dresde2 tantt il l'a reprsente soulevant une lgante cassette1 comme on la voit dans la royale galerie de ,paris4 ,plein dame est le caractre de la tte1 laquelle donne du brio le coloris le plus parfait et le plus naturel1 la grce et l'lgance des mouvements1 la vivacit de l'expression et la correction du dessin#e4 ,nous allons voir comment ,titien colloqua sa fille un mari3 ,le peintre ayant dans ces travaux donn l'essor son sentiment paternel1 voulut1 en excellent pre qu'il tait1 colloquer sa fille en un honorable mariage4 ,le #bj mars #aeee1 par les actes de ,giovanni ,alessandrino1 notaire de ,cadore1 fut fait le contrat avec ,comelio1 fils de ,marco ,sarcinelli et de ,colliope1 nobles de ,serravale4 ,titien assigna ,lavinia une dot considrable pour ce temps1 de deux mille quatre cents ducats1 et ce devoir fut en tout point rempli par le peintre4 ,le mariage fut fcond puisqu'il donna la lumire six enfants4 ,mais le ciel voulut1 aprs l'accouchement du dernier de ceux-ci1 appeler ,lavinia au repos ternel1 laissant plongs dans la douleur1 le mari1 le pre et les enfants2 ce malheur arriva environ vers #aefa4 ,si le bon ,titien avait d'abord1 dans ses peintures1 montr sa joie pour cette fille1 plus tard1 dans un autre travail1 il exprime l'amertume de sa douleur4 ,on voit1 dans ce tableau1 le peintre dj vieux se tenant tout afflig aux pieds de sa fille enceinte4 ,il lui touche la ceinture comme s'il voulait dire3 ,voil la cause de ton fatal destin6 ,elle1 occupe des plus graves penses1 des douleurs qui la tiennent en travail1 comme affaisse et manquant d'haleine1 elle appuie un bras sur une cassette qui montre1 cach dans l'intrieur1 un crne humain dcharn4 ,la peinture est vraiment mouvante4 ,mais cet trange symbole exprime trop trangement le malheur familial4 ,pour payer la dot de sa fille#f1 ,titien crivit ,charles-,quint1 se recommandant sa libralit pour obtenir la pension de deux cents scudi concde sur la ,chambre de ,milan et la pension de cinq cents scudi pour la naturalisation en ,espagne de son fils ,orazio4 ,si cette grce lui fut accorde1 on l'ignore2 ce qui est hors de doute1 c'est que ,titien fit honneur au contrat nuptial4 ,le #ai juin #aeee1 il compta ,sarcinelli une part de la dot en scudi d'or4 ,en #aeef il donna le surplus en un collier de perles et d'or et en deniers4 ,le contrat de dot comme le reu existent en originaux s mains du docteur ,pietro ,carnieluti de ,serravalle4 ,l'abb ,cadorin se trompe et va se contredire tout l'heure1 quand il affirmera l'existence de la matresse de ,titien4 ,si ,violante est la matresse de ,titien1 ce n'est pas ,lavinia que nous admirons1 ce n'est pas ,lavinia qui nous passionne au ,muse du ,louvre1 ,florence et partout4 ,d'ailleurs1 il est prouv que ,titien peignait ses ,violante et ses ,flora avant l'panouissement de la beaut de ,lavinia4 ,il les peignait1 il est vrai1 jusqu'en ses dernires annes1 mais dans la posie du souvenir et comme pour ressaisir sa jeunesse4 ,et aussi parce que cette adorable figure--symbole des volupts vnitiennes--lui tait toujours paye pleines mains4 ,mais tudions mot mot les rvlations de notre curieux historien4 ,je n'affirmerai pas que ,titien n'a pas aim1 car l'amour1 a dit le pote1 prend possession de toutes les mes nobles4 ,titien fut trs-noble1 mais il ne me parat pas qu'il ft capable d'tre dprav dans ses affections1 comme le dit mchamment le ,carpani dans les ,,lettres ,,majerianes4 ,a-t-il donc eu entre les mains toutes les preuves pour le juger ainsi8 ,l'assertion est chose aise1 la soutenir est plus difficile4 ,lorsque les crivains contemporains de ,vecellio et mme la langue licencieuse et mdisante de l',artin en font silence et le louent plutt de sa rserve dans ses transports avec les femmes 7,lettre de #aeec71 ce sont des songes de malade que de l'imaginer livr aux plaisirs jusqu' l'garement#g4 ,c'tait la coutume de ce sicle fortun qu'on et une amie ou relle ou imaginaire4 ,les vers insipides des pdants ptrarquesques en sont la preuve4 ,ils honoraient leur amie avec des noms moins dvots qu'ils ne sont prsent1 mais plus hroques1 tels que ceux de ,violante1 de ,cornlie1 de ,dlie1 de ,lavinie#h1 la manire des potes qui substituent aux noms vritables ceux de ,lesbie et d',irne4 ,je hasarde celle opinion que sous le nom de ,violante il faut voir celui de la femme de ,titien1 l'poque de son mariage n'tant pas loigne de celle o il l'a peinte dans les ,bacchanales pour le duc ,alphonse de ,ferrare4 ,mon ide paratra bizarre1 mais cependant elle est plus vraisemblable que toutes les raisons spcieuses qui soutiennent qu'elle tait fille de ,palma le ,vieux#i4 ,l'illogique abb1 aprs avoir reconnu la prsence relle de ,violante1 essaye de prouver qu'elle n'est pas fille de ,palma le ,vieux4 ,aprs beaucoup de preuves striles1 il revient cette tradition1 mais une condition1 c'est que ,violante fut la fois la femme et la matresse de ,titien2 c'est--dire qu'il aurait aim ,violante1 fille de ,palma1 et comme amante et comme pouse4 ,il ne faudrait voir dans ,violante matresse et femme qu'une seule et mme personne4 ,tel est le sens de la phrase ambigu3 ,e che doppio fosse l'affetto4 ,et aprs beaucoup d'autres contradictions1 l'abb ,giuseppe1 qui trouve le terrain glissant1 finit par cette opinion tmraire et orthodoxe3 ,si la ,violante enflamma notre artiste aprs la mort de sa femme1 je dirai que cet amour me parat avoir t plutt platonique qu'amoureux4 ,pourquoi1 monsieur l'abb8 ,le portrait de ,violante n'est pas un portrait de fantaisie1 donc ,violante a exist4 ,alexandre ,dumas1 qui a trs-bien mis en scne ,titien1 s'est tromp1 lui aussi1 quand il a dit de ,violante3 ,la fille de ,titien4 ,certes1 l'amour qui a inspir le peintre dans ce portrait n'est pas l'amour paternel1 c'est la volupt qui a guid sa main comme pour l'apothose de la beaut corporelle4 ,par l'esprit1 ,giorgione dpassait ,titien d'une belle coude4 ,je parle ici de ce6 esprit du cur#aj qui accentue le caractre et donne l'artiste je ne sais quoi de divin3 ,lonard de ,vinci1--,raphal1--,michel-,ange4--,titi en1 si fier devant lui-mme1 croyait aux grands de la terre1 et s'humiliait devant eux jusqu' se prosterner dans la poussire de leurs pieds#aa4 ,je lisais ses lettres1 ,venise1 avec un vrai chagrin#ab4 ,si ,charles-,quint ramassait le pinceau du ,titien1 ,titien n'en tait pas plus fier pour cela4 ,voyez3 ,,titien ,,vecelli1 ,,peintre1 ,l',,invincible ,,empereur ,,charles-,,quint #aeea4 ,prince invincible6 si la fausse nouvelle de ma mort a caus du chagrin ,votre ,majest1 j'en ai reu la consolation d'avoir encore une plus grande certitude que ,votre ,grandeur se rappelle mon dvouement pour son service2 ce qui me rend la vie doublement chre4 ,j'adresse ,dieu mes humbles prires1 afin qu'il me conserve la vie1 sinon longtemps1 du moins assez pour me donner le temps d'achever l'ouvrage que j'ai commenc pour ,votre ,majest3 il est assez avanc pour pouvoir paratre devant ,votre ,grandeur dans le mois de septembre prochain3 je m'incline1 en attendant1 en toute humilit1 en me recommandant avec rvrence ses bonnes grces4 ,cette seconde lettre dpasse la premire2 on dirait le ,renard qui parle au ,corbeau3 ,,au ,,prince ,d',,espagne ,,roi ,d',,angleterre #aeea4 ,prince srnissime1 j'ai reu de votre ambassadeur d',autriche un don plus digne de votre grandeur que de mes petits mrites2 il m'a t bien cher1 mais il me l'a t d'autant plus que c'est une grande richesse pour un dbiteur d'tre l'oblig d'un aussi grand souverain4 ,je voudrais1 par reconnaissance1 pouvoir faire l'image de mon cur1 dj dvou depuis longtemps ,votre ,altesse1 afin qu'elle pt voir1 dans la partie la plus parfaite de moi-mme1 sa ressemblance et sa valeur4 ,mais1 cela m'tant impossible1 je mets tous mes soins terminer la fable de ,vnus et ,adonis dans un tableau d'une forme semblable celui de ,dana que possde dj ,votre ,majest2 j'espre envoyer bientt celui-ci ,votre ,altesse1 puisqu'il est trs-avanc4 ,je me prpare travailler aux autres1 afin de les lui consacrer1 en regrettant que mon terrain strile ne puisse pas produire des fruits plus nobles et plus dignes d'elle4 ,je finirai en priant ,dieu d'accorder une longue flicit ,votre ,altesse1 et de me faire encore une fois la grce de la voir et de lui baiser humblement les pieds4 ,aprs avoir fait pinceau de velours aux majests1 ,titien s'occupe des seigneurs et des courtisans3 ,,au ,,tr,s-,,illustre ,,segneur ,d4 ,,jean ,b,n,,vides #aj septembre #aeeb4 ,je ne sais si monseigneur ,d4 ,jean ,bnvides sera devenu si fier1 cause du nouveau royaume qui augmente la grandeur de son roi1 qu'il ne veuille plus reconnatre les lettres1 ni la peinture du ,titien1 qu'il honorait de son amiti depuis si longtemps4 ,je crois au contraire qu'il verra celle-ci avec plaisir1 ainsi que celles que je lui crirai1 et qu'il s'en rjouira1 parce qu'un seigneur naturellement noble et trs-humain par croyance1 comme l'est ,votre ,seigneurie1 n'en est que plus digne et aime ses serviteurs avec d'autant plus de raison que son autorit et sa faveur s'accroissent avec le pouvoir d'tre utile aux autres4 ,j'espre donc que ma personne et mes affaires l'prouveront plus que jamais4 ,enfin1 je mets ma plus grande esprance dans le grand roi d',angleterre par le moyen de mon bon seigneur et aimable ,bnvides1 parce que je sais qu'il me veut du bien et peut m'tre utile4 ,je fais partir1 dans le moment1 la posie de ,vnus et ,adonis1 dans laquelle ,votre ,seigneurie verra quelle expression et quel amour je sais mettre dans les ouvrages que je fais pour ,sa ,majest4 ,sous peu de temps j'enverrai encore deux autres tableaux1 qui ne plairont pas moins que celui-ci2 ils seraient dj termins1 si je n'en avais t empch par la peinture de la ,trinit que j'ai faite pour ,sa ,majest l',empereur4 ,j'aurai bientt termin aussi1 comme c'est mon devoir1 un sujet de dvotion pour ,sa ,majest la reine1 laquelle je l'enverrai bientt4 ,n'ayant plus rien vous marquer1 je me recommande vos bonnes grces1 en vous baisant les mains1 d'o je suis4 ,mais ,titien aime mieux s'adresser au bon ,dieu qu' ses saints3 ,,au ,,roi ,d',,angleterre ,majest sacre6 mon gnie1 accompagn du tableau de ,vnus et ,adonis1 lequel1 je l'espre1 sera vu par ,votre ,grandeur avec la mme satisfaction qu'elle avait coutume de tmoigner son serviteur ,titien1 qui vient se rjouir avec ,votre ,majest du nouveau royaume que ,dieu lui a accord4 ,j'ai mis les figures de manire qu'elles soient opposes celles de la ,dana1 afin que l'appartement dans lequel elles seront places en soit plus agrable4 ,j'aurai bientt l'honneur d'envoyer ,votre ,majest la fable de ,perse et ,andromde1 qui aura une manire d'tre vue diffrente des deux autres4 ,il en sera ainsi de ,mde et ,jason1 que j'espre faire partir avec l'aide de ,dieu4 ,j'y joindrai un tableau de dvotion auquel je travaille depuis dix ans1 dans lequel j'espre que ,votre ,srnit verra toute la force de l'art dont est capable votre serviteur ,titien4 ,cependant il prie le nouveau grand roi d',angleterre de daigner se rappeler que son peintre indigne vit dans l'espoir d'tre le serviteur d'un si grand et si bon matre1 esprant avoir acquis de la mme manire les bonnes grces de la reine trs-chrtienne1 son auguste pouse4 ,que ,dieu conserve la reine avec ,votre ,majest pendant plusieurs sicles1 afin que les peuples1 gouverns et rgis par vos saintes et pieuses volonts1 se conservent heureux6 ,et maintenant ,titien trouve que son encre n'a pas assez de vertu3 on lui doit de l'argent et on ne le paye pas4 ,c'est une vieille habitude de roi d'tre magnifique et de ne pas payer3 ,,sa ,,majest ,,philippe ,,ii1 ,,madrid ,venise1 #e aot #aeed4 ,la ,cne de ,notre-,seigneur1 promise depuis longtemps ,votre ,sacre ,majest1 est termine1 par la grce de ,dieu1 aprs un travail de sept ans4 ,j'y ai presque travaill continuellement1 avec le dsir de laisser ,votre ,majest1 dans mes dernires annes1 le plus grand tmoignage que puisse jamais produire mon trs-ancien dvouement pour elle4 ,plaise ,dieu que cet ouvrage paraisse tel votre jugement exquis1 afin que l'on voie que j'ai fait du moins tous mes efforts pour le satisfaire6 ,je consignerai1 un de ces jours1 ce tableau pour ,votre ,majest1 dans les mains de son secrtaire ,garzia ,ernando1 ainsi que vous l'avez ordonn4 ,je supplie en attendant votre clmence infinie1 afin que1 si mes longs services ont pu jamais lui tre agrables en quelque chose1 elle daigne me faire la grce d'ordonner que je ne sois plus aussi longtemps fatigu par vos agents pour retirer mes appointements soit d',espagne ou de la chambre de ,milan1 et passer dsormais plus tranquillement ce peu de jours qui me reste consacrer votre service4 ,alors1 libre de mille soins continuels pour me procurer le peu d'aliments que j'en retire1 je pourrais employer tout mon temps travailler pour ,votre ,majest1 sans en perdre la plus grande partie1 comme je suis oblig de le faire1 crire et l vos divers chargs d'affaire2 ce qui m'occasionne beaucoup de dpenses souvent vaincs1 pour avoir ce peu d'argent que je puis peine retirer depuis tant de temps4 ,je puis assurer votre clmence que1 si ,votre ,majest connaissait ma peine1 votre piti infinie aurait compassion de moi1 et qu'elle voudrait m'en donner quelques marques4 ,quoique1 par une bont particulire1 ,votre ,majest donne les ordres de me payer1 jamais on ne le fait selon ses intentions et selon la forme usite4 ,voil la cause pour laquelle je suis oblig de recourir humblement aux pieds de mon catholique souverain1 en suppliant sa pit de pourvoir mon infortune2 et1 ne voulant pas le fatiguer plus longtemps de mes plaintes1 je lui baise les mains4 ,,titien4 ,pauvre ,titien6 ,aprs tout1 peut-tre cette lettre n'est-elle pas si mensongre que nous le croyons2 qui sait si les richesses que ,vasari et les vieux historiens accordent au roi des coloristes taient de vraies richesses8 ,il payait avec un collier de perles la dot de sa fille et habitait une petite maison sur une des rives les plus abandonnes de ,venise1 une maison qu'il voulut toujours acqurir et dont il ne fut jamais que le locataire4 ,je crois que ,titien a travers toutes les fortunes1 mme les mauvaises4 ,quand il peignit le fameux tableau de ,saint ,pierre le ,martyr1 il tait clbre et n'tait pas riche4 ,se plaignant souvent avec ,pietro ,aretino1 dont les crits sont si renomms1 ce fidle ami1 tchant de le servir1 employait sa plume publier son savoir et le faire connatre dans les cours des plus grands princes4 ,en #aecj1 quand ,charles-,quint alla ,bologne pour tre couronn par les mains du pape ,clment ,,vii1 l',artin--il tait pay pour cela--sut si bien faire valoir le mrite du ,titien par ses livres et par ses discours1 que l'empereur le fit venir la cour4 ,il n'y fut pas plutt arriv1 qu'il commena faire le portrait de l'empereur1 qui en fut tellement satisfait1 qu'il combla le ,titien de biens et d'honneurs4 ,et le vieil historien ajoute3 ,lorsque le pape ,paul ,,iii alla ,ferrare en l'an #aedc1 le ,titien fit son portrait1 et ds ce temps-l il aurait t ,rome1 comme le pape le souhaitait1 mais tant engag avec ,franois de la ,rovre1 duc d',urbin1 il diffra le voyage pour aller ,urbin4 ,enfin1 ayant t appel ,rome en #aedh1 il fit1 pour la seconde fois1 le portrait de ,paul ,,iii1 et le reprsenta assis et s'entretenant avec le duc ,octave et le cardinal ,farnse4 ,ce fut alors qu'il peignit cette belle ,dana que ,michel-,ange admira si fort1 avouant que1 pour la beaut des couleurs1 la peinture ne pouvait aller plus loin4 ,et ,michel-,ange eut tort de s'crier3 ,ah6 s'il savait dessiner6 ,titien avait le dessin de son coloris1 comme ,michel-,ange avait le coloris de son dessin4 ,le pape l'honora de plusieurs prsents1 et donna son fils ,pomponio un bnfice considrable1 et mme lui offrit l'vch de ,ceneda4 ,le pape voulut aussi donner au ,titien l'office de ,fratel del ,piombo1 vacant par la mort de fr ,sebastien1 pour l'engager demeurer ,rome2 mais il remercia le pape1 dsirant retourner en son pays pour y finir ses jours dans le repos et dans la compagnie de ses amis1 dont le ,sansovino tait des premiers4 ,c'est ici que se joue la fameuse scne du pinceau ramass par ,charles-,quint4 ,sur la fin de la mme anne1 il ne put se dispenser d'aller la cour de l'empereur1 auquel il porta quelques-uns de ses ouvrages1 et le peignit pour la troisime fois4 ,ce fut alors qu'en travaillant1 on dit qu'il lui tomba un pinceau de la main1 et que l'empereur l'ayant ramass1 le ,titien se prosterna aussitt pour le recevoir en disant ces mmes paroles3 ,sire1 non merita cotante honore un servo suo4 ,ce quoi l'empereur repartit3 ,e degno ,titiano essere servilo da ,cesare4 ,ce ne fut pas tout3 l'empereur lui ayant ordonn de faire plusieurs portraits des hommes illustres de la maison d',autriche1 pour en composer une espce de frise autour d'une chambre1 il voulut que le ,titien y ft aussi reprsent4 ,pour obir ce prince1 il se peignit lui-mme1 et par modestie plaa son portrait dans un endroit le moins en vue4 ,charles-,quint1 pour rcompenser avec plus d'honneur le mrite de ,titien et laisser la postrit des marques de l'estime particulire qu'il en faisait1 l'ennoblit avec toute sa famille et ses descendants2 il lui donna le titre de comte palatin1 et n'oublia rien de toutes les grces et faveurs qu'il pouvait lui faire4 ,il donna son fils ,pomponio un canonicat dans l'glise de ,milan1 et ,horace1 son autre fils1 une pension considrable4 ,mais c'tait la priode suprme4 ,le soleil va descendre et teindre ses rayons4 ,la vieillesse arrive avec sa neige sur les cheveux d'or1 avec sa mlancolie douce encore1 avec ses horizons nocturnes4 ,les fils de ,titien vont manger leur bl en herbe4 ,charles-,quint ne reviendra plus et oubliera de payer les pensions4 ,les lves de ,titien1 ,paris ,bordone entre autres1 disputent dj la gloire du matre4 ,on sait qu'il signe des tableaux qu'il ne peint pas et qu'il peint des tableaux qu'il ne signe pas4 ,l'heure du dclin a sonn son glas funbre4 ,c'est alors1 j'imagine1 que ,titien quitte son palais o il recevait le roi de ,france1 pour habiter cette petite maison--la maison de ,titien--qu'on montre aujourd'hui aux trangers4 son dernier jour1 il avait conserv toute la verdeur de ses vingt ans4 ,j'ai vu l',acadmie des ,beaux-,arts son premier et son dernier tableau1 qui sont placs dans la mme salle comme deux pages curieuses de son histoire4 ,le croira-t-on8 le tableau le plus hardi1 le plus vivant1 le plus lumineux1 c'est le dernier2 je dirai mme que pour moi c'est le plus beau tableau de ce peintre sculaire4 ,ainsi du gnie de ,rembrandt1 qui commena avec la sagesse et la patience1 qui finit par les liberts et les hardiesses de la vraie furia4 ,le miracle de la couleur1 c'est moins encore ,titien que ,giorgione4 ,mais tout ,titien n'est pas dans ,giorgione4 ,en tudiant avec sollicitude l'uvre des ,vnitiens1 on reconnatra bientt que ,titien a presque dvor trois matres3 ,zucati1 ,bellini et ,giorgione4 ,s'il a effac ,zucati1 a-t-il atteint la suavit de ,bellini1 la posie de ,giorgione8 ,la ,madeleine de ,titien gale-t-elle la ,madone de ,bellini8 ,la clbre ,assomption1 qui est trop humaine pour tre divine1 vaut-elle cette forte page de la ,bible1 le ,mose enfant8 ,la passion pour la palette ne domina point ,giorgione au point de l'blouir sur l'horizon1 comme il arriva pour ,titien4 ,sa symphonie est moins bruyante1 mais plus leve4 ,dans le ,mose enfant1 dans ses fresques grandioses et charmantes1 dans ses merveilleux tableaux1 il n'a mis en opposition qu'un petit nombre de couleurs toujours admirablement rompues par les ombres2 aussi son harmonie est-elle plus svre dans son clat que celle de ,titien4 ,c'est ,giorgione qui reconnut le premier que l'arc-en-ciel du peintre est compos de rouge1 de jaune et de bleu2 le rouge qui donne du relief aux objets1 le jaune1 qui prend les rayons de la lumire1 et le bleu1 si favorable aux grandes nappes d'ombre4 ,titien joua de ces trois couleurs franches sur toute la gamme de l'harmonie1 avec un art miraculeux4 ,mais il substitua souvent le noir au jeune avec la mme magie4 ,rubens lui-mme1 ,rubens1 qui avait tudi les secrets de ,titien et les secrets de l'arc-en-ciel1 ne s'leva pas cette musique des yeux1 parce qu'il sacrifia presque toujours une des trois couleurs matresses sans croire qu'ainsi il dtruisait l'quilibre des tons2 ,rubens blouit comme ,titien1 mais il ne marie jamais ses couleurs avec cette profonde et voluptueuse intimit qui est comme le ,cantique des cantiques de la palette4 ,note #c3 ,selon ,mengs1 qui parle un peu dans la ,babel allemande1 ,titien eut le gnie de donner la mme grce1 la mme clart de ton et la mme dignit de couleur l'ombre et aux demi-teintes qu'aux clairs4 ,aussi1 sait-il admirablement bien distinguer la transparence d'une peau fine et diaphane par la varit des demi-teintes1 l'humidit sanguine par un il bleutre1 une peau grossire par un mlange de jaune et de noir1 et une peau grasse par le jaune et le rouge mls ensemble4 ,il reconnut que ce qui est transparent est d'une couleur plus indcise que ce qui est opaque1 et que la lumire s'arrte et se repose sur ce qui n'est pas transparent4 ,note #d3 ,les prcieux documents sur ,titien qui se trouvaient dans la famille de ,lavinia ont t disperss et l4 ,on les retrouve par fragments ou par lambeaux chez les docteurs ,carnieluti1 ,taddeo ,jacobi1 ,alessandro ,vecelli1 colonel ,soldati1 chevalier ,koner1 et l'abb ,luigi ,celotti4 ,par la mort des descendants de ,lavinia s'est teinte la race de ,titien1 et les autres ,vecelli proviennent ou d'une autre souche ou d'une ligne collatrale des aeux de ,titien4 ,note #e3 ,ce tableau fut digne de la passion des plus fameux inciseurs1 et l'on en connat les admirables reproductions4 ,les nombreuses rptitions en peinture1 ou originaux ou copies1 en ont accru encore la clbrit4 ,finalement1 il plut ,vecellio de la reprsenter sous la figure de ,siringe enleve par ,pan1 pense1 la vrit1 capricieuse1 et autour de laquelle on pourrait philosopher1 mais je ne sais avec quel fruit4 ,vecellio aura eu sa raison4 ,malicieux est l'esprit de ce satyre1 et l'infortune jeune fille montre cet effroi qui est l'indice de la pudeur et de la surprise1 mais qui la rend plus belle et plus intressante4 ,cette peinture existe dans la galerie ,barbarigo1 et c'est une de celles qui1 aprs la ,madeleine1 la ,vnus1 la ,notre-,dame au ,bambino1 attire soi l'attention4 ,l'abb ,giuseppe ,cadorin4 ,note #f3 ,les fils de ,lavinia survcurent et eurent en don de ,pomponio1 leur oncle1 tous les biens qui1 sur les territoires de ,serravalle et de ,conegliano taient possds par ,titien1 except en cette dernire cit une petite maison dans le bourg de ,saint-,antoine4 ,par la suite du temps1 cette descendance devint moindre4 ,la noble famille ,filomena hrita des biens de celle de ,sarcinelli1 mais la race des ,filomena s'tant teinte aussi1 par la mort d'une dame1 arrive il n'y a pas beaucoup d'annes1 le palais de ,lavinia vint en la possession de la famille ,carnieluti1 par laquelle il est habit4 ,note #g3 ,boccherini en a ternis la mmoire1 la belle ,violante1 en louant le portrait qui se trouve dans la galerie ,serra1 ,venise1 avec les vers suivants--mot mot--en idiome vnitien3 ,ici est cette ,viola ou ,violante ,que aussi ,titien lui voulut donner du nez la bonne odeur4 ,du reste je m'en tais1 ,car il ne fut pas un voluptueux amant4 ,note #h3 ,selon l'inscription de la gravure de ,hollar3 ,joannina ,vecellia ,pictressa1 filia prima ,titiani1 il semblerait que ,titien aurait eu une autre fille peintre2 mais cette inscription est un mensonge1 car1 en tudiant la figure de l'estampe et la confrontant avec celle des autres graveurs1 ce n'est point une autre que ,lavinia qui soulve des fruits sur un bassin4 ,note #i3 ,v4 ,st di ,milano1 di ,pietro ,verri1 t4 ,v1 page #bji1 la note4 dition de ,milan1 in-#af1 #ahcj4 ,note #aj3 ,titien tait renomm par ses saillies toutes vnitiennes4 ,on citait ses mots jusqu'en ses derniers jours4 ,on lui rapporta que ,paris ,bordone trouvait dans le saint ,pierre martyr ses chaires trop rouges3 ,ils ne sont si rouges que par sa colre de voir tant de peintres qui n'ont pas de sang dans les veines critiquer les chefs-d'uvre4 ,note #aa3 ,titien s'inclinait mme devant ,artin4 ,il le peignait pour tre proclam grand artiste4 ,tintoret n'eut pas les mmes mnagements3 un jour il alla chez le pote et lui prit mesure avec un pistolet3 ,pierre ,artin1 vous avez trois de mes pistolets de haut1 lui dit-il4 ,le peintre tait bien nomm ,robusti4 ,note #ab3 ,ces lettres curieuses1 trouvaille rarissime1 sont des pages trop vivantes de l'histoire de l'art pour ne pas les imprimer ici4 ,figure #h3 ,portrait d'aprs ,paul ,vronse ,,paul ,v,,ron,,se ,la peinture de l'me avait fait son temps4 ,la peinture de ,paul ,vronse1 c'est la peinture des yeux3 c'est la premire page du carnaval de ,venise4 ,paul ,vronse fut le plus merveilleux des improvisateurs2 il y a de lui des tableaux dans tous les muses et dans tous les palais4 ,combien les trangers ont-ils achet de ses toiles ,venise8 et combien la ville des doges en possde-t-elle encore8 ,c'est l'infini4 ,si ,dieu lui et ordonn de crer un monde1 il ne l'eut pas fait en donnant la vie ,adam et ve1 il et1 dans sa journe1 mis au jour--et dans quel jour lumineux6--d'innombrables cratures2 mais c'et toujours t le mme homme et la mme femme1 un ,vnitien et une ,vnitienne2 princes ou ptres1 grandes dames ou paysannes1 il eut toujours accentu le mme type et donn le mme ton4 ,il y a des artistes que l'espace effraye1 ,paul ,vronse trouvait toujours sa toile trop petite2 il y avait en lui une telle efflorescence que la place manquait ses crations3 les hommes1 les femmes1 les enfants1 les festins1 les palais1 tout tombait de son pinceau comme par magie4 ,et quelle magnificence dans les toffes1 dans l'architecture1 dans les ornements6 ,paul ,vronse ouvre la troisime priode de l'art vnitien4 ,si j'avais peindre le tableau des peintres radieux de ce beau pays1 je choisirais un triptyque1 comme ceux des peintres primitifs4 ,sur le panneau central j'inscrirais en lettres de feu3 sicle d'or2 le premier volet1 je le consacrerais au sicle d'argent1 et le dernier au sicle d'alliage4 ,dans le premier volet1 au-dessous des matres mosastes1 qui sont l'enfance lumineuse de l'art1 dans les horizons perdus j'indiquerais les peintres primitifs domins par ,giotto1 ,jean de ,venise1 ,martinello1 ,pierano1 ,semtecolo2 je grouperais autour de ,giovanni ,bellini1 le peintre ineffable1 ,schiavoni1 qui drobait les anges ,dieu et les emparadisait dans son uvre2 ,carlo ,crivelli1 le mle pinceau2 ,gentile ,bellini1 touche virginale2 ,montegna1 un amoureux de la nature1 qui1 le premier1 ouvrit les yeux aux peintres vnitiens sur les pompeux paysages de la ,brenta2 le ,squarcione1 qui peignit de beaux tableaux par la main de ses lves2 ,vittore ,carpaccio1 qui rpandait son me sur ses figures2 ,benedetto ,diana et ,girolamo de ,santa ,croce1 aubes dj lumineuses de ,giorgione2 ,giam-,battista ,cima1 de ,conegliano1 qui rvle la nature par la vrit des airs de tte2 ,pellegrino1 main divine2 ,montagnana1 pinceau harmonieux2 le correct et savant ,francesca da ,ponti2 ,bartolomeo1 qui composait ses tableaux avec des feuilles d'or autant qu'avec des couleurs2 ,andrea di ,murano1 qui cache sa scheresse par certains airs de style antique2 les ,vivarini1 les clatants coloristes1 les peintres pieux et savants2 ,carlo ,crivelli1 le ,prugin exagr de ,venise2 le svelte et lgant ,marco ,basati2 enfin quelques figures moins dignes de l'histoire et que l'oubli a voiles dans les demi-teintes4 ,sur le panneau central nous voyons apparatre quatre groupes tout rayonnants4 ,c'est d'abord ,giorgione la touche hardie et dore2 ,pietro ,luzino1 son lve et son rival1 qui de la peinture cavalire tait tomb dans l'art des grotesques1 qui enleva la matresse de son matre et le tua par le chagrin2 ,sbastien del ,piombo1 autre disciple de ,giorgione1 qui1 la mort de ,raphal1 fut salu1 en face de ,jules ,romain1 le premier peintre de l',italie2 ,giovanni d',udine1 qui eut un instant la palette de ,giorgione et le pinceau de ,raphal2 ,francesco il ,moro1 qui avait la main pour excuter quand ,jules ,romain ou tout autre voulait bien penser pour lui2 ,lorenzo ,lotto1 qui temprait son pinceau vhment par le jeu des demi-teintes1 qui mourait les mains jointes devant une image de la ,vierge de sa cration1 digne des figures de ,lonard de ,vinci2 ,palma le ,vieux1 le pre de ,violante1 le matre de ,bonifacio1 ,palma1 qui avait l'air de cacher son pinceau dans ses adorables ttes de ,vierges inspires par la beaut de sa fille1 avant qu'elle et rencontr ,tiziano2 le rude et doux ,rocco ,marconi2 ,brusasorci1 le pote pique1 qui avait pris une palette au lieu d'une plume2 ,paris ,bordone1 plein de grces et de sourires2 le robuste1 le charmant1 le passionn ,pordenone1 qui rivalisa avec ,tiziano le pinceau la main et l'pe au ct4 ,c'est ensuite le groupe de ,tiziano1 le grand matre2 ,nicolo di ,stefano1 ,francesco1 ,orazio1 ,fabrizio1 ,cesare1 ,tommaso et ,marco ,vicelli2 ,tizianello et ,girolamo di ,tiziano1 tous de la famille du roi des coloristes1 font cercle autour de lui1 ainsi que ,bonifacio1 l'ombre de son corps2 ,campagnola l'rudit2 ,calislo ,piazza1 qui signait ses tableaux ,tiziano sans offenser personne1 pas mme ,tiziano4 ,au troisime groupe1 on voit rayonner sur un fond d'outremer un peu cendr la figure aux teintes vineuses du vhment et dlicat ,tintoretto1 qui1 chass de l'atelier du jaloux ,tiziano1 avait crit sur le mur de sa pauvre chambre3 ,le dessin de ,michel-,ange et le coloris de ,titien2 ,tintoretto1 qui et t un des plus grands peintres1 si1 dans beaucoup de ses tableaux1 il ne se ft trouv indigne de ,tintoretto4 ,prs de lui apparat ,domenico ,tintoretto1 qui suivit les traces de son pre1 comme ,ascagne suivit celles d'ne2 ,maria ,tintoretto1 l'ange de la maison1 qui fut belle par le cur1 par la figure et par le gnie1 la joie et la douleur de son pre1 qui avait souri son berceau et qui pleura toutes ses larmes sur son cercueil4 ,tout prs de ,tintoretto1 saluez1 dans cette clart douteuse1 mais d'un effet magique1 cette arche de ,no o ce gnie instinctif1 qui se nomme ,bassano1 s'amuse comme un enfant avec tous les animaux antdiluviens4 ,il est entour de ses quatre fils1 tous marqus du mme air de tte1 de ,jacopo ,apollonio et de ,jacquo ,guadagnini1 qui le rappellent de loin2 d',antonio ,luzzarini1 ce noble ,vnitien qui le reproduisit jusqu' l'illusion4 ,voici le quatrime groupe1 qui se dtache sur un fond transparent devant un palais sveltes colonnes1 portiques majestueux1 o l'on clbre quelque pieux festin avec une magnificence toute paenne4 ,reconnaissez-vous ce grand seigneur de la peinture son riant air de tte1 l'lgance de ses mouvements1 la splendeur thtrale de son costume8 ,c'est ,paolo ,vronse2 il s'appuie nonchalamment sur son frre ,benedetto1 le peintre des ornements et de la perspective1 il entrane sa suite ses deux fils3 ,carlo et ,gabriele1 qui ne furent que des enfants de grand homme2 ,parasio et del ,friso1 qui ont eu aussi une part d'hritage2 enfin tous les imitateurs serviles4 ,nous sommes au deuxime volet2 nos yeux1 blouis par tant d'clat1 tant de magie1 tant de rayonnement1 ne distinguent pas d'abord ces teintes grises touffes par l'ombre4 ,cependant nous voyons apparatre ,jacopo ,palma1 le matre des maniristes1 celui-l qui fut le dernier du sicle d'or et le premier du sicle d'alliage1 ce pinceau magique1 cette palette de fe1 ce gnie indcis qui allait de ,raphal ,vronse1 de ,michel-,ange ,tintoret1 grand matre1 si les tableaux de ces quatre matres n'existaient plus4 ,on voit aussi dans l'ombre se dessiner vaguement ,boschini1 qui peignait comme un matamore se bal2 ,corona le grandiose2 ,vincentio1 le peintre historien de la rpublique2 ,peranda1 le pote2 ,malombra1 le portraitiste2 le doux et gracieux ,pilotto4 ,plus loin encore1 on aperoit la secte des tnbreux qui vinrent1 au dix-septime sicle1 apporter ,venise le style de ,caravaggio1 comme ,triva1 ,saracini1 ,strozza1 ,berevensi1 ,ricchi4 ,l'il est attir par un groupe qui rappelle au premier aspect le beau rgne de la peinture vnitienne4 ,c'est ,contarino1 ,tiberio ,tinelli1 le lumineux et dlicat ,farabosco1 ,belleti1 ,carlo ,ridolfi1 ,vecchia4 ,mais voil que l'ombre se dchire comme la brume au soleil levant2 quelle est cette figure radieuse8 ,n'est-ce pas encore ,titien ou ,vronse8 ,c'est ,varotari le ,padouan4 ,quelle grce et quelle nergie6 quel amour du beau romanesque6 ,car1 le beau absolu n'est plus l4 ,comme l',arioste battrait des mains6 ,les femmes de ,titien et de ,vronse n'ont pas cette dsinvolture hroque et cette fracheur saisissante4 ,mais o est le dessin8 ,le ,padouan est entour de ses lves ,scaliger1 ,rossi et ,carpioni2 il laisse un peu de place ,liberi dans le gai cortge de ses amoureuses couronnes de roses2 au farouche et puissant ,piazetta1 qui tincelle dans l'ombre2 ,canaletti1 le paysagiste de ce pays o il n'y a pas un coin de terre2 l'imptueux et souriant ,tiepolo1 qui fut le dernier ,vnitien1 parce que ,rosalba tait une femme4 ,que de figures dignes de mmoire j'ai noyes dans le lointain nuageux de ce tableau6 ,et pourtant1 j'ai entass ,plion sur ,ossa1 confusion sur confusion4 ,la renomme est une paresseuse qui se contente de prononcer et l un beau nom et qui redit toujours le mme4 ,que de potes et d'artistes qui ont eu le gnie et qui n'ont pas eu la gloire6 ,ds mon arrive ,venise j'ai pens que l'idal tait une invention du ,nord2 le ,midi n'est jamais vaincu par l'art4 ,venise1 ni ,bellini1 ni ,giorgione1 ni ,titien1 ni ,vronse n'ont surpass dans leurs madones ou leurs courtisanes la beaut des filles de l',adriatique4 ,les matres vnitiens1 comme les matres flamands1 ont reproduit avec tant de vivante vrit l'uvre de ,dieu1 qu' chaque pas1 ,anvers ou ,venise1 on croit rencontrer un tableau ou un portrait4 ,on s'arrte tout merveill1 on croit d'abord saluer le peintre--,rubens ou ,vronse--c'est ,dieu qu'on salue4 ,mais ,venise semble tre encore aujourd'hui l'atelier de ,paul ,vronse4 ,le premier tableau qui frappa mes yeux1 quand je dbarquai dans la ville des ,doges1 fut un tableau vivant du peintre des ,noces de ,cana4 ,c'taient quatre jeunes filles blondes1--brunes reflets dors1--des filles du peuple vives et paresseuses1 la fois cherchant le soleil et le gondolier4 ,chaque fille du peuple1 ,venise1 a deux amants pareillement aims3 le soleil et le gondolier2 le rgne de l'un commence quand l'autre finit le sien4 ,en voyant passer dans leur nonchalance de reine et leur dsinvolture de courtisane ces belles filles lies pour tre belles et non pour le travail1 j'admirais tour tour ,dieu dans son uvre et ,paul ,vronse par le souvenir4 ,elles allaient peine vtues de l'air du temps4 ,elles n'ont ni bonnet1 ni chapeau1 ni aucune de ces horribles inventions des femmes du ,nord qui ont peur de s'enrhumer4 ,leurs cheveux abondants sont peine retenus par un peigne dor4 ,il y a toujours quelque touffe rebelle qui s'chappe bruyamment comme une gerbe d'or4 ,leur robe est peine agrafe2 leur corsage orgueilleux rappelle celui de la matresse du ,titien au muse du ,louvre2 il n'est pas beaucoup plus voil4 ,elles se drapent en chlamyde avec une majest orientale dans un chle de cent sous4 ,quelquefois elles se drapent sur la tte comme les ,espagnoles4 ,elles tranent avec beaucoup de grce des mules de bois ou de maroquin d'une jolie coupe1 haut talon#ac4 ,elles sont toutes coloristes2 elles cherchent les couleurs amies ou les oppositions harmonieuses4 ,il semble qu'elles aient t l'atelier des peintres vnitiens du sicle d'or4 ,c'est bien le mme effet violent1 le mme amour des teintes ardentes1 le mme style toff1 n'atteignant que et l au sublime1 mais clatant toujours en magnificences thtrales2 le style de ,vronse ,venise1 de ,rubens ,anvers1 de ,giordono ,naples et de ,delacroix ,paris4 ,cicron n'et pas aim les femmes de ,venise1 mais ,pline les et adores4 ,titien1 le roi des coloristes mme en face de ,rubens1 mme en face de ,vronse1 ne reconnaissait que trois couleurs1 le blanc1 le rouge et le noir2 il y trouvait ses ciels1 ses ,violantes1 ses doges1 ses arbres et ses rayons4 ,les femmes du peuple1 ,venise1 n'aiment que ces trois couleurs2 elles y trouvent toute la palette de leur coquetterie4 ,elles jouent de ces trois couleurs comme le paon joue de sa queue et comme la ,parisienne joue de son ventail4 ,le soleil achve et signe le tableau4 ,comme a si bien dit le prsident de ,brosses1 on pourrait appeler ,saint-,sbastien l'cole de ,paul ,vronse4 ,on y voit la gradation de son gnie1 de ses divers ouvrages et de toutes ses manires4 ,le plafond de la sacristie1 reprsentant le ,couronnement de la ,vierge1 par o il a commenc n'est qu'un commencement4 ,les plus belles peintures qu'il ait faites ,saint-,sbastien sont le plafond de l'glise1 reprsentant l',histoire d',esther2 les portes de l'orgue1 reprsentant au dehors la ,purification et la ,gurison du paralytique2 le tableau reprsentant ,saint-,sbastien devant le tyran1 celui de ,saint-,sbastien li un tronc d'arbre2 dans le rfectoire3 le ,grand ,festin de ,jsus-,christ chez ,simon le lpreux1 et surtout le ,martyre de saint ,marc et de saint ,marcellian1 ouvrage trs-bien compos1 o tout se rapporte au sujet1 chose rare dans les ordonnances de ,paul1 qui n'a pas mieux connu l'unit d'action que le costume4 ,quant ses quatre grands festins1 le premier de tous1 sans contredit1 est celui des ,noces de ,cana1 peint dans le rfectoire de ,saint-,georges2 celui chez le pharisien1 qui tait ci-devant aux ,servites1 et qui est prsent ,versailles1 dans le grand salon d',hercule2 puis celui chez le lvite1 peint l'glise des ,saints-,jean-et-,paul2 et enfin celui que l'on voit ici ,saint-,sbastien1 qui est le moindre des quatre4 ,paul ,vronse s'est beaucoup copi lui-mme dans tous ses ouvrages1 mais surtout dans ses quatre festins4 ,enfin ,san ,giorgio1 dans le fond du rfectoire1 les ,noces de ,cana de ,paul ,vronse1 tableau non-seulement de la premire classe1 mais des premiers de cette classe4 ,on peut le mettre en comparaison avec la bataille de ,constantin contre le tyran ,maxence1 peinte au ,vatican1 par ,raphal et par ,jules ,romain1 soit pour la grandeur de la composition1 soit pour le nombre infini des personnages1 soit pour l'extrme beaut de l'excution4 ,il y a bien plus de feu1 plus de dessin1 plus de science1 plus de fidlit de costume que dans la bataille de ,constantin2 mais dans celui-ci1 quelle richesse6 quel coloris1 quelle harmonie dans les couleurs6 quelle vrit dans les toffes6 quelle ordonnance et quelle machine tonnante dans toute la composition6 ,l'un de ces tableaux est une action vive1 et l'autre est un spectacle4 ,il semble dans celui-ci qu'on aille passer tout au travers des portiques1 et que la foule des gens qui y sont assembls vous fassent compagnie#ad4 ,pourquoi tous les peintres vnitiens sont-ils coloristes8 ,c'est que tous ont eu en naissant le spectacle de la couleur dans ses oppositions les plus vives4 ,ni ,rome1 ni ,florence ne produisent de pareils effets2 les teintes y sont plus fondues1 les aspects moins saisissants4 ,venise1 rien n'est tranquille2 la cit semble flotter doucement sur les vagues1 le ciel prend les tons les plus divers1 le mouvement du port1 les gondoles qui vont et viennent1 les silhouettes moresques et byzantines1 les marbres et les peintures des palais1 les jupes rouges des femmes du peuple1 les chles brods d'or des patriciennes1 les costumes varis de toutes les nations1 qui1 au seizime sicle1 se donnaient rendez-vous ,venise1 comme un steeple-chase du luxe1 formaient le tableau le plus clatant qui ft au monde4 ,et je ne parle pas de l'blouissant carnaval de ,venise6 ,les peintres vnitiens sont tous coloristes par une autre raison3 ils n'ont pas regard dans la vie avec les yeux de l'me2 ils n'ont pas ouvert les portes d'or de l'invisible et de l'infini2 ils se sont contents de sourire au monde prissable sans pressentir le monde immortel4 ,ils ont cueilli la fleur de la vie sans s'apercevoir que dans le calice il y avait une larme du ciel4 ,c'est la faute de la bruyante et folle ,venise o la mditation n'avait pas un refuge4 ,qu'il y a loin des rveries amoureuses du ,corrge aux nymphes charnelles de ,titien qui peignait au milieu de ses amis1 de ses disciples1 de ses matresses4 ,avec ,corrge qui vivait seul1 la volupt est toute en flammes1 mais elle a des ailes2 avec ,titien1 c'est une femme couche qui entr'ouvre un rideau4 ,venise n'a jamais ressenti les inquitudes de la pense2 elle a aim ,dieu sans s'lever jusqu' lui2 elle s'est enivre de la beaut rayonnante de ses femmes et des grappes dores de la ,lombardie4 ,la mer1 qui lui apportait1 comme une esclave jamais docile1 tous les trsors de l',asie1 tout le luxe et tout l'esprit de l',europe1 la mer1 aux heures de tempte ou de calme1 ne lui a jamais apport les solennelles mditations qui font les rveurs et les potes4 ,venise n'a lu1 pour ainsi dire1 que le roman de la vie2 elle coutait les folles chansons du banquet quand la philosophie lui voulait enseigner ses pres vrits1 ou bien elle attirait la philosophie au banquet1 et lui versait1 par la main d'une belle fille aux seins nus1 le meilleur vin de ,chypre qui et voyag sur la mer4 ,l'abb ,lanzi1 ce beau rhtoricien des arts plastiques1 convient que dans toute la rpublique de ,venise1 terre et mer1 bois et vagues1 palais et chaumires1 jusqu'aux pigeons de la place ,saint-,marc1 tout a un accent plus vif qu'ailleurs3 le soleil plus amoureux1 a dit un pote1 y colorant mieux la nature que dans les autres pays4 ,mais l'abb ,lanzi dcide du premier coup que le climat ne cre pas les coloristes4 ,les ,flamands et les ,hollandais1 qui vivent sous un ciel si froid1 sont d'aussi beaux coloristes que les ,vnitiens4 ,si l'abb ,lanzi et voyag en ,flandre et en ,hollande1 il n'aurait pas rsolu si lgrement cette question toujours juger4 ,comme ,venise1 et par d'autres effets1 la ,flandre et la ,hollande ont un accent plus vif au regard que les autres pays2 le ciel y est noir ou blanc1 ou la lumire clate ou l'ombre accentue les objets2 la terre est rouge ou brune1 quand elle n'est pas revtue de cette admirable robe verte tout emperle de rose4 ,les maisons de briques1 les toits d'ardoises1 les arbres luxuriants dcoupent vif leur silhouette sur les prairies1 sur les tangs1 sur les canaux2 les paysans1 des coloristes sans le savoir1 s'habillent de laine rouge2 les troupeaux de bufs et de vaches se dtachent en vigueur sur l'herbe claire par leurs poils roux tachets ou zbrs de blanc et de noir4 ,d'ailleurs1 ,amsterdam et ,anvers1 comme ,venise1 taient1 au sicle des peintres1 des ports de mer o passaient les quatre parties du monde1 tableau toujours clatant de l'imprvu4 ,les yeux des artistes n'avaient pas le temps de s'habituer aux teintes effaces de l'habitude2 les aspects nouveaux rveillaient les regards des artistes et passionnaient leur pinceau3 les ports de mer sont tous coloristes3--,rembrandt1 ,rubens et ,vronse1--,amsterdam1 ,anvers et ,venise4 ,cet enchanteur1 dont le pinceau tait la baguette des fes1 ne se reposait jamais4 ,il ne se reposa que dans la mort4 ,on sait comment il peignit sa ,famille de ,darius4 ,ses amis1 effrays de son labeur surhumain1 le conduisirent en partie de campagne dans une des belles villas qui se mirent sur la ,brenta4 ,l au moins1 disaient-ils1 il se croisera les bras1 et vivra de la vie des arbres et des fleurs4 tes-vous contents de moi8 demanda ,vronse ses amis aprs huit jours de far niente4--,oui1 nous sommes contents1 car te voil revenu toi4 ,tu serais mort la peine si nous ne t'avions arrach ton atelier4 ,or1 tout en jouant avec ses amis1 tour tour gai convive1 bon musicien1 intrpide chasseur1 il avait peint1 dans ses matines1 pendant que tout le monde dormait1 ce beau tableau de la ,famille de ,darius1 qu'il laissa comme souvenir ses htes4 ,venise1 toute pleine de ses chefs-d'uvre1 a-t-elle religieusement gard le souvenir de ,paul ,vronse8 ,aujourd'hui enfin on a taill le marbre du tombeau de ,titien1 mais on oublie ,paul ,vronse dans ,saint-,sbastien1 o l'araigne file silencieusement sa toile sur les uvres du grand coloriste4 ,j'ai pass tout seul une aprs-midi devant ces peintures radieuses4 ,il m'a pris peu peu une profonde tristesse la pense qu'il tait l1 seul1 dans la double nuit de la tombe1 celui qui avait vcu en si bruyante et si joyeuse compagnie1 celui qui avait si longtemps drob an soleil ses rayons et sa gaiet4 ,mais l'me de ,paul ,vronse est toute dans son uvre4 tudiez ses festins2 c'est l qu'il a vcu1 c'est l qu'il vit toujours4 ,comme ces palais1 son atelier tait peupl de patriciens1 de potes1 d'artistes et de femmes romanesques tour tour madones et courtisanes1 ,vierges et desses4 ,ces beaux chiens1 ces riches toffes1 ces ngrillons1 ces coupes1 ces fruits1 ces fleurs1 tout ce qui est le luxe des yeux1 c'tait son luxe4 ,je me trompe1 il avait un autre luxe3 le luxe des enfants4 ,sa femme tait belle et il l'adorait avec l'me de l'artiste et de l'amant4 ,aussi1 quand il mourut avant l'heure1 on pronona cette oraison funbre3 ,pourquoi est-il mort3 tout le monde l'aimait et il tait heureux6 ,ce jour-l on aurait pu inscrire sur son tombeau3 ,ci-gt le grand art vnitien4 ,note #ac3 ,elles sont d'assez belle taille cependant pour ne pas rappeler les vers de ,juvnal3 ,virgine ,pygmaea nullis ad'uta cothurnis1 ,breviorque videtur ,note #ad3 ,paul ,vronse a reprsent au naturel les plus fameux peintres vnitiens excutant un concert4 ,au-devant du tableau1 dans le vide de l'intrieur du triclinium1 le ,titien joue de la basse2 pour lui1 il joue de la viole3 le ,tintoret du violon1 et le ,bassan de la flte1 ,vronse a voulu faire allusion au feu brillant de son pinceau1 la profonde science et l'excution lente et sage du ,titien1 la rapidit du ,tintoret et la suavit du ,bassan4 ,remarquez l'attention que donne ,paul ,vronse un homme qui vient lui parler1 et la suspension de son archet4 ,une grande figure debout tenant une coupe la main1 vtue d'une toffe l'orientale1 blanche et verte1 est celle de ,benedetto1 son frre4 ,figure #i3 ,anne de ,boleyn d'aprs ,holbein ,,holbein ,rubens1 qui jugeait en matre1 disait de ,holbein3 ,c'est le peintre de la vrit qui parle et qui pense4 ,en effet1 ,holbein prenait la nature face face et ne dposait son pinceau qu'aprs l'avoir vaincue2 car ce n'tait pas seulement la nature visible qu'il jetait vaillamment sur la toile ou le panneau1 c'tait l'me de la nature4 ,quand on passe devant un portrait d',holbein1 sous l'corce souvent rude des hommes de son temps on voit transparatre1 comme le ciel travers les nues1 les ides et les passions du seizime sicle4 ,chez ce grand peintre l'art n'est pas le beau mensonge de la vrit1 c'est la vrit brle-pourpoint4 ,chez ,rembrandt le ralisme a des mirages de posie jusque dans ses brutalits2 le matre de ,leyde1 enivr par sa palette1 touche d'une main triomphante la gamme des tons2 il joue de la lumire avec tant d'amour1 qu'il dpasse les jeux de la lumire2 il arrive l'idal1 force de vrit1 comme d'autres y vont en fuyant la vrit4 ,holbein a moins de gnie que ,rembrandt2 il ne se passionne pas2 la raison le met en garde contre tous les cueils2 son soleil ne bride pas2 mais il n'y a pas de taches son soleil4 ,si j'ai parl de la raison d',holbein1 ce n'est pas pour lui nier la posie2 il tait l'ami de ce railleur philosophe qui crivait l'loge de la folie1 et il traduisait lui-mme ce chef-d'uvre avec la pointe vive et lumineuse d'un graveur familier au miracle de l'esprit4 ,quand il peignit ses fameuses fresques3 la ,danse de la ,vie1 et la ,danse de la ,mort sur les murs de la ,poissonnerie1 et sur les murs du cimetire ,ble il tait emport par ces belles inspirations qu'ont fcond les potes du moyen ge en ,france et les potes modernes en ,allemagne4 ,si on cherche la filiation ou les analogies1 on trouve qu'il n'y a pas loin de ,holbein ,matsys1 comme il n'y avait pas loin de ,matsys ,van ,eyck4 ,c'est le mme principe chez ces trois peintres3 ils sacrifient tout la figure humaine1 comme plus tard les peintres bruyants sacrifieront la figure humaine aux accessoires#ae4 ,holbein est n ,augsbourg en #adgh2 il tenait ce merveilleux quinzime sicle1 qui a cr presque tous les grands peintres1 ,lonard de ,vinci1 ,raphal1 ,michel-,ange1 ,giorgione1 ,titien1 ,corrge1 ,albert ,drer4 ,le pre d',holbein tait peintre lui-mme2 il eut deux frres qui peignirent aussi2 mais il est seul de sa race1 puisqu'il est le seul ,holbein qui et du gnie4 ,quand rasme vit ,holbein ,ble1 il jugea du premier coup d'il que ce grand artiste n'tait pas sur un thtre digne de lui2 en effet1 ,holbein avait conquis1 par ses premires uvres1 les plus curieuses sinon les plus capitales1 toute la renomme que peut donner un pareil pays4 ,mais ce ne fut pas la seule raison qui porta rasme conseiller l',angleterre ,holbein2 rasme tait entr familirement de gnie gnie dans l'intrieur du peintre de ,ble3 s'il avait trouv la sagesse de ,socrate en son ami1 il avait trouv en sa femme la mchancet de ,xanthippe4 ,l'orage grondait toujours de la cuisine jusqu' l'atelier2 la femme reprochait au mari ce pauvre mtier de peintre1 qui ne lui donnait ni bijoux1 ni dentelle1 elle1 qui aurait pu pouser un marchand d'or4 ,un des frres de ,holbein1 le clair de lune de ce soleil un peu tide1 habitait ,ble4 ,il se nommait ,sigismond1 un nom peine crit dans l'histoire de l'art4 ,holbein le pria de veiller sur sa femme1 disant3 ,je lui laisse tout ce que j'ai aujourd'hui1 mais je prends pour moi demain4 ,demain c'tait le meilleur lot1 c'tait la vraie fortune2 mais quand il eut les mains pleines d'or1 il les ouvrit pour sa femme4 ,il arriva ,londres avec une lettre de recommandation ,thomas ,morus2 cette lettre de recommandation1 c'tait tout simplement le portrait d'rasme que le peintre prsenta au chancelier4 ,c'est mon ami6 s'cria ,thomas ,morus en voyant le portrait4 ,et1 ne pouvant embrasser la peinture1 il embrassa le peintre4 ,puisque c'est vous qui avez fait un pareil chef-d'uvre1 vous tes vous-mme mon ami3 ma maison est la vtre1 mes gens sont vos gens1 vous aurez toujours une place ma table1 mais avec la libert d'aller dner o il vous plaira1 ma bourse la main4 ,holbein prit pied l'htel du chancelier2 un des salons tout peupl de chefs-d'uvre fut son atelier3 il y recevait ses nouveaux amis1 il y recevait les amis du chancelier2 mais comme il gardait ses vives allures et qu'il avait ses heures de misanthropie1 il fermait sa porte tout le monde1 mme ,thomas ,morus1 tantt aimant le bruit1 tantt aimant le silence4 ,il tait de toutes les ftes du chancelier qui lui avait donn les habits les plus magnifiques4 ,les blanches ladies1 qui se hasardaient jusque devant son chevalet1 ou qu'il courtisait au milieu des ftes1 le consolaient sans doute un peu de l'absence de sa femme4 ,ce beau train de vie dura trois annes2 ,holbein avait peint pour le chancelier un certain nombre de portraits et une petite rptition de la ,dame de la ,vie4 ,thomas ,morus invita le roi d',angleterre un grand festin1 o ,holbein ne fut pas oubli4 ,au sortir de table1 le chancelier conduisit ,henri ,,viii dans sa galerie1 o l'uvre d',holbein tait mieux claire que les autres peintures4 ,le roi1 frapp de la vrit des figures d',holbein1 qui reprsentaient toutes des hommes de sa cour1 demanda qui avait pu faire de si belles choses2 le chancelier lui indiqua le portrait d',holbein1 et comme le roi avait dj remarqu le peintre pendant le dner1 il le chercha des yeux1 alla droit lui et le complimenta4 ,aprs quoi il dit ,thomas ,morus que son peintre ordinaire tait le peintre d'un roi4 ,sire1 lui dit le chancelier1 tous ces portraits1 je voulais vous les offrir4--,non1 dit ,henri ,,viii1 gardez les portraits et donnez-moi le peintre4 ,ce fut dans cette royale priode qu',holbein peignit le beau portrait en pied du roi1 celui du prince douard1 celui des princesses ,marie et lisabeth1 celui des ministres1 et1 entre autres1 ,cromwell1 ,thomas ,morus et l'archevque de ,cantorbry4 ,il reproduisit plusieurs fois le portrait du chancelier1 tantt seul1 tantt avec sa femme et ses enfants4 ,l'or tombait de son pinceau1 et comme plus tard ,van ,dyck la cour de ,charles ,ier1 il vivait en grand seigneur1 aimant mieux tre riche au jour le jour que de thsauriser4 ,sa fiert naturelle prit encore un caractre plus absolu4 ,un jour qu'il s'tait enferm dans son atelier1 il lui arriva une aventure que je veux laisser conter navement par un de ses rares historiens3 ,un des premiers comtes d',angleterre voulut le voir travailler4 ,holbein s'excusa poliment2 mais le seigneur1 croyant qu'on devait tout son rang1 persista et voulut forcer la porte4 ,l'artiste1 irrit1 jeta le comte du haut de l'escalier en bas1 et se renferma d'abord dans son appartement2 mais1 pour chapper la fureur du seigneur et de sa suite1 il se sauva par une fentre dans une petite cour1 et fut se jeter aux pieds du roi1 en lui demandant sa grce sans dire son crime4 ,il l'obtint du monarque1 qui lui marqua sa surprise4 ,lorsque ,holbein lui eut racont1 ce qui s'tait pass1 il lui dit de ne pas paratre que cette affaire ne fut termine4 ,on apporta bientt le seigneur anglais tout meurtri et ensanglant3 il fit plainte au roi1 qui chercha le calmer1 en excusant la vivacit de son peintre4 ,le comte1 piqu alors1 ne mnagea point ses termes2 et le roi1 peu accoutum se voir manquer de respect1 lui dit3 ,monsieur1 je vous dfends sur votre vie d'attenter celle de mon peintre4 ,la diffrence qu'il y a entre vous deux est si grande1 que de sept paysans1 je peux faire sept comtes comme vous1 mais de sept comtes je ne pourrais jamais faire un ,holbein4 ,la fermet du roi et quelques autres menaces firent peur au seigneur anglais1 qui demanda pardon au roi et promit sur sa tte de ne tirer aucune vengeance de l'outrage que lui avait fait ,holbein4 ceux qui aiment les curiosits historiques je rappellerai qu'un autre grand peintre allemand1 ,albert ,drer1 qui mourut l'ge o mourut ,holbein1 et qui1 comme ,holbein1 fut mari une ,xanthippe qui l'obligea1 plus d'une fois1 courir le monde1 avait fait avec l'empereur ,maximilien la premire dition de cette lgende4 ,on sait1 en effet1 qu'un jour1 dessinant sur une muraille1 il avait toutes les peines du monde se tenir sur la pointe des pieds4 ,maximilien dit un gentilhomme de lui servir d'chelle pour un instant4 ,le gentilhomme reprsenta humblement qu'il tait prt obir1 mais qu'il trouvait cette position trop humiliante1 et que c'tait avilir la noblesse que de la faire servir de marchepied4--,albert ,drer1 rpondit l',empereur1 est plus noble que vous par ses talents2 d'un paysan je puis faire un noble1 mais d'un noble je ne pourrai jamais faire un tel artiste4 ,et1 sur-le-champ1 ,maximilien ennoblit ,albert ,drer4 ,holbein mourut de la peste comme ,titien4 ,il mourut ,londres1 peine g de cinquante-six ans1 mais combl de gloire et de biens1 dit le naf ,descamps4 ,combl de gloire1 voil qui est beau2 mais quoi bon tous ces biens aprs lui1 puisqu'il ne lui restait pas mme un enfant pour les recueillir4 ,sandrard raconte une conversation entre ,rubens et plusieurs peintres sur le gnie de ,holbein3 ,rubens tant venu voir ,honstrorst ,utrecht et poursuivant son chemin jusqu' ,amsterdam1 il fut accompagn de plusieurs artistes hollandais4 ,comme on parlait en chemin des ouvrages des habiles gens1 ,holbein entre autres1 ,rubens en fit l'loge et conseilla de bien regarder la ,danse des ,morts de ce peintre1 soit devant la fresque mme1 soit par les gravures de ,stimers4 ,le grand peintre d',anvers confessa qu'il avait1 dans sa jeunesse1 dessin toutes les figures de la ,danse des ,morts4 ,rubens avait raison2 chaque matre est une cole2 chaque matre rpand un rayon sur les routes nocturnes o s'garent les esprits mdiocres1 o1 seules1 les intelligences doues se retrouvent4 ,le gnie de ,holbein fut reconnu par les ,italiens comme par les ,flamands4 ,quand ,zuccaro1 qui tait venu l'appel du roi d',angleterre1 vit les portraits d',holbein1 il fit clater sa surprise et s'cria que toutes ces figures du peintre de ,ble ne pliraient pas devant ,raphal ni devant ,titien4--loge trop italien4-- ,holbein tait plus vari qu'il ne semble au premier abord4 ,quoiqu'il peignt de la main gauche1 il tait libre et vif2 tout tait triomphant dans sa main1 le pinceau1 le crayon et la plume4 ,il peignait fresque1 la gouache1 l'huile4 ,dans ses jours de patience1 c'tait un merveilleux miniaturiste de l'cole d',hemling4 ,il aimait les symboles1 il aimait les contrastes4 ,aprs avoir peint la ,danse des ,vivants et la ,danse des ,morts1 il cra ces deux belles pages qui sont presque aussi clbres3 les ,triomphes de la ,richesse et les ,misres de la ,pauvret1 o il y a des rehauts d'or travaills avec l'art de l'orfvrerie4 ,son gnie tait familier avec tous les genres4 ,la peinture religieuse lui doit huit pages loquentes de la ,passion de ,jsus-,christ4 ,toutefois1 il n'avait pas le style de l'histoire ni dans la composition ni dans les draperies2 il mettait son orgueil garder son caractre tudesque4 ,quand on lui parlait de l'antiquit1 cette fentre ouverte sur le beau1 il se rejetait sur la nature1 disant qu'il ne fallait pas aller si loin pour voir les modles4 ,c'tait l'opinion de ,rembrandt4 ,sans doute ils avaient raison tous les deux1 puisqu'ils ont bien fait ce qu'ils ont fait1 puisqu'ils ont cr leur momie et qu'ils vivent aprs plusieurs sicles par des crations qu'ils ont animes de leur me4 ,allez au ,louvre ou dans tout autre grand muse1 arrtez-vous devant les figures de ,rembrandt ou d',holbein1 voyez du mme regard celles des curieux qui s'y arrtent1 et1 aprs avoir tudi les unes et les autres1 dites-moi quelles sont les plus vivantes pour votre esprit1 tant il est vrai que les grands artistes1 commentaires humains des merveilles de la cration1 continuent l'uvre de ,dieu4 ,chez ,holbein1 quoiqu'il soit toujours coloriste1 le dessin domine la couleur4 ,dans sa premire manire il est sec et dur comme s'il gravait avec son pinceau2 il a peur de la ligne ondoyante1 qui est le gnie de ses contemporains1 ,corrge et ,titien4 ,il est trop correct1 il est trop exact pour tenter les mirages de l'art1 aussi reste-t-il le plus souvent froid dans la vrit2 il ne voit pas que la nature est moins prcise que lui1 parce qu'elle est plus libre4 ,mais dans sa seconde manire1 un sang plus gnreux court en lui1 un vif rayon tombe sur sa palette jusque-l tide et morne4 ,ses portraits sont plus vivants4 ,il avait peur de la pte1 il y gare son pinceau et y trouve plus de transparence et plus d'clat4 ,il avait1 comme par miracle1 donn des reliefs en pleine lumire1 il s'aventure dans les demi-teintes et accuse les ombres4 ,il y a tout un monde entre ,holbein1 du muse du ,louvre1 et ,holbein1 de la galerie de ,hampton-,court4 ,au muse du ,louvre1 c'est la mme note grave et froide2 ,hampton-,court1 il varie sa gamme2 s'il ne se passionne pas tout fait1 son rythme a plus de mouvement et de chaleur4 ,voyez plutt sa ,madeleine au tombeau du ,christ1 le ,bouffon d',henri ,,viii1 ,bataille de ,pavie1 la ,revue de ,franois ,ier et d',henri ,,viii4 ,c'est donc ,londres et ,ble qu'il faut tudier ,holbein4 ,londres1 pour les portraits et les tableaux1 ,ble1 pour les fresques4 ,ble1 la ,danse des ,morts et la ,danse des ,vivants montrent le peintre du pass1 le peintre lgendaire dans le cortge des visions du moyen ge4 ,londres1 c'est l'historien du seizime sicle1 historien exact et svre1 qui dit la vrit mme aux rois1 puisqu'il les peint comme ils sont et non comme ils voudraient tre4 ,comme tous les grands matres1 ,holbein a cela de beau qu'il a sign sa page dans l'histoire4 ,un historien qui crirait les vnements du seizime sicle sans consulter ,holbein1 se priverait de prcieux documents4 ,l'homme d',holbein est bien l'homme de ce temps-l4 ,holbein est le plus savant des peintres nafs2 au premier aspect on croit qu'il n'a que le secret du pass2 mais si on l'tudie de prs1 on reconnat que l'art n'a pas de secret pour lui2 il sait tout fond2 il a mdit sur la peinture comme son ami rasme sur la folie humaine1--j'allais dire la philosophie4 ,note #ae3 ,je ne doute pas qu',holbein n'ait vu ses dbuts des tableaux de ,matsys4 ,j'en ai la preuve dans sa peinture d'abord1 mais surtout dans la visite qu'il lui fit ,anvers son premier voyage en ,angleterre4 ,figure #aj3 ,la fille de ,rubens4 ,peint par ,rubens ,,rubens ,rubens est un gnie pique comme ,homre et ,zeuxis1 comme ,dante et ,michel-,ange4 ,ce qu'a dit ,cicron d',homre1 ce qu'a dit ,aristote de ,zeuxis peut quelquefois s'appliquer au souverain artiste des ,flandres4 ,oui1 celui-l aussi avait les yeux et les ailes de l'aigle2 il prfrait le surhumain vraisemblable au vrai clou sur le sol2 avec les hommes il faisait des dieux1 parce qu'il savait voir la nature travers les splendeurs du monde idal#af4 ,l'art est l'image du monde3 il a ses luttes et ses sommeils1 ses aspirations et ses dsespoirs4 ,il est ptrifi quand il ne change pas1 a dit madame de ,stal4 ,l'art se renouvelle par les conqutes modernes ou par les dcouvertes anciennes1 deux vastes horizons qui l'appellent toujours4 ,mais le plus souvent le gnie1 n'est-ce pas le don de rpandre la vie et la jeunesse sur des ides et des formes dj connues8 ,quiconque est n fort1 quiconque est l'inspir des ,dieux vient ramener le printemps dans le monde de l'art4 ,rubens est apparu l'heure de la dcadence pour la peinture4 ,l',italie n'avait plus que des matres secondaires2 les ,carrache croyaient succder ,michel-,ange1 l',albane s'imaginait continuer l'uvre du ,vinci1 le ,guide prononait devant ses tableaux le divin nom de ,raphal4 ,une dernire et glorieuse priode allait pourtant s'annoncer comme la sve d'aot4 ,rubens1 ,murillo1 ,poussin1 ,rembrandt1 ,claude ,lorrain1 devaient faire la gloire du dix-septime sicle2 mais ,rubens domine tous ces matres par le caractre grandiose de ses crations1 par les formes magistrales de son gnie4 ,d'o venait-il1 ce gnie ardent et aventureux qui semait la vie pleines mains8 ,est-il l'hritier suprme des ,flamands1 ou1 comme tant d'autres1 ,rubens est-il le fils de ses uvres8 ,qu'il nous soit permis de jeter un regard rapide sur les sicles dj parcourus4 ,dans la premire priode de la peinture gothique1 le sentiment du beau idal se rvle et l1 mais travers de sombres nuages4 ,l'cole de ,van ,eyck ennoblit la ralit par l'clat du coloris1 par le sentiment de l'art1 qui1 lui seul1 est dj quelquefois le beau2 d'ailleurs1 avant la science parfaite1 les peintres primitifs avaient l'expression nave1 la simplicit pittoresque et souvent sublime1 la svrit adoucie par le calme2 mais ce n'tait pas l',idal trouv par ,raphal comme par ,phidias4 ,en vain1 dans le sicle qui suivit1 les lvres tourmentes de cette soif ardente du ,beau qui dvore tant de nobles curs1 les peintres des ,pays-,bas allrent demander ,rome1 ,florence et ,venise le secret des uvres monumentales1 le secret de ce rayon qui tombe de si haut pour illuminer d'une lumire toute divine la page immortelle d'un artiste2 ils russirent imiter les lignes et les nuances1 mais songrent-ils que c'est dans l'me que le peintre1 s'il est dou1 doit puiser la vie intrieure de son uvre8 ,il faut bien avouer qu'il y eut dgnrescence dans l'cole flamande et hollandaise aprs ,hemling et ,lucas de ,leyde4 ,on vit s'panouir plus d'uvres remarquables1 on ne signa presque plus de pages immortelles4 ,le gnie avait soutenu ces deux matres dans les hauteurs inaccessibles2 ils ne s'taient pas contents de peindre1 ils avaient pens4 ,ainsi ,hemling tait un pote et un historien4 ,quelle savante navet6 quelle posie sublime en ces tableaux o il reprsente dans les lointains les vnements qui ont prcd ou qui vont suivre l'action principale6 ,lucas de ,leyde tait un pote et un philosophe4 ,il traduisait la ,bible avec un profond sentiment biblique et l'interprtait librement comme un penseur4 ,comme les matres de ,cologne1 comme les ,van ,eyck1 comme ,matsys1 ,hemling et ,lucas de ,leyde peignaient d'aprs leur imagination et non d'aprs celle des peintres trangers4 ,van ,orley1 ,cocxie1 ,mabuse1 ,schoorel1 ,hemskerke1 ,franc ,floris1 ,otto ,venius sont de grands artistes proccups de la ligne italienne1 mais non du sentiment de ,raphal ni de la grandiosit de ,michel-,ange1 ni de la posie robuste du ,titien4 ,ils se contentaient de leur drober un certain air de famille qui frappait les yeux2 mais le cur1 mais la pense ne les voulaient pas reconnatre pour des frres ou des fils de ces grands matres4 ,rubens apparut1 qui secoua d'une main libre et fire les mauvaises traditions qui allaient ruiner l'art des ,pays-,bas4 ,ce grand peintre recueillit l'hritage de ses devanciers1 mais il l'agrandit encore par des conqutes hardies et inespres4 ,rubens tait emport par une ardente et orageuse imagination jusqu'aux dbauches de la pense et de la palette4 ,avait-il compris que les ,flandres1 dj trop berces par les volupts matrielles1 les ,flandres depuis longtemps endurcies par la religion de l'or1 ne seraient dsormais mues que par les pages grand fracas1 les drames chrtiens o ruisselle le sang1 les sauvages ripailles de la kermesse1 les altiers tourbillons de la fte de village1 les allgories clatantes1 le faste bruyants des grands seigneurs et la beaut luxuriante des grandes dames8 ,ou bien1 en crant ce pompeux pome de la chair1 du mouvement et du bruit1 o la nature s'lve si haut qu'elle parvient jusqu' voiler le ciel1 ,rubens obissait-il sa nature toute paenne8 ,au seul nom de ,rubens1 une vie clatante se droule fastueusement sous les yeux4 ,on voit apparatre le palais colonnes et cariatides4 ,la sculpture dploie sur la faade toutes ses merveilles panouies1 ses pampres ruisselants1 ses grappes d',amours lascifs1 ses chimres audacieuses4 ,le regard va de la surprise l'blouissement4 ,dans les cours de ce palais1 devant ce perron couvert de statues1 les chevaux piaffent et hennissent d'impatience2 sont-ce des quipages de princes et d'archiducs8 c'est l'quipage de ,rubens lui-mme1 qui va descendre de son atelier pour aller la cour4 ,mais la vraie cour n'est-elle pas chez lui8 ,n'est-ce pas dans son atelier que se rencontrent tous les grands seigneurs et tous les grands artistes8 ,n'est-ce pas dans son atelier que sont rpandues d'une main prodigue toutes les saintes et folles richesses cres pour les yeux3 les belles femmes qui posent en ,madeleines1 en courtisanes1 en naades2 les toffes de velours et de soie1 d'or et d'argent2 les tapisseries feriques1 les tableaux de matres1 les armes ciseles1 les miroirs de ,venise1 les girandoles de ,murano1 les livres images8 ,la ,grce a hsit entre les douze patries d',homre1 la ,belgique et l',allemagne revendiquent ,rubens parmi leurs illustres enfants4 ,rubens est n ,cologne1 mais ,rubens est flamand par l'origine comme par le gnie4 ,en effet1 il tait le fils d'un chevin d',anvers que les proscriptions religieuses avaient chass de son pays4 ,d'ailleurs1 il n'avait pas huit ans1 il n'tait pas encore n pour l'art quand il suivit ,anvers sa famille1 qui revint habiter son ancienne maison1 ds que le duc de ,parme eut remis la ville d',anvers sous la domination espagnole4 ,pierre-,paul ,rubens naquit donc ,cologne#ag le #bi juin #aegg1 dans la mme maison o soixante-cinq ans plus tard1 par un de ces hauts caprices de la destine1 ,marie de ,mdicis1 jamais immortelle par la palette de ,rubens1 mourait abandonne1 presque sans pain4 ,qui ne s'est arrt tout mu et tout pensif devant cette maison jamais clbre dans la comdie humaine6 ,rubens tait fils de ,jean ,rubens1 professeur en droit1 et de ,marie ,pipelings4 ,son aeul tait originaire de la ,styrie4 ,son pre1 qui le destinait aux belles-lettres1 lui fit aimer la langue latine4 peine tait-il entr srieusement dans l'tude1 que ,marguerite de ,ligne1 comtesse de ,lelaing1 le prit chez elle en qualit de page4 ,la dame aimait les beaux adolescents2 ,rubens avait une figure charmante1 douce1 pensive et spirituelle4 ,le gnie tumultueux qui enflamma sa vie ne rayonnait pas encore sur son front4 ,il parat mme que les soupers licencieux de la comtesse de ,lelaing ne furent pas longtemps du got de ,rubens1 car il vint un jour tout rougissant appuyer son front sur le sein de sa mre en lui confiant qu'il ne voulait plus retourner dans un htel o l'on vivait comme dans un cabaret4 ,mon pauvre enfant1 ton pre est mort2 o iras-tu sans appui8--,chez ,tobie ,verhaegt4--,tobie ,verhaegt8--,oui4 ,c'est un paysagiste que j'ai vu chez la comtesse4 ,rubens ne fut pas peintre en naissant1 comme tant d'autres qui apprennent dessiner avant d'apprendre crire2 quand il prit un pinceau1 il s'imagina qu'il tait n paysagiste4 ,les fortes natures se mettent presque toujours en route sans connatre encore leur chemin4 ,tobie ,verhaegt tait un artiste original1 qui reproduisait la nature avec un certain caractre de grandeur1 sans toutefois abandonner le sentiment naf des paysagistes du ,brabant2 ,rubens n'eut pas lieu de se repentir des tudes qu'il avait faites avec cet excellent artiste4 ,ce fut surtout avec lui qu'il apprit la science des tons ariens2 il reconnut bientt que ce n'taient pas seulement des ciels et des rivires1 des prairies et des montagnes1 des fleurs et des forts qui devaient tomber du chaos de sa palette1 mais des hommes et des femmes1 des penses et des sentiments4 ,il entra l'atelier d',adam ,van ,oort1 gnie aventureux dont la hardiesse sduisit de prime abord le jeune homme4 ,adam ,van ,oort tait n ,anvers4 ,son pre1 peintre et architecte1 fut son matre4 ,il puisa tout son gnie dans les traditions nationales2 il voulut tre franchement de son pays1 comme ,abraham ,janssens1 que nous allons voir apparatre4 ,la bonne ville d',anvers n'avait plus de murs depuis que la guerre avait profan ses glises1 depuis que les grands seigneurs avaient banni l'humble vertu du foyer1 depuis que les grandes dames enseignaient l'amour leurs pages4 ,adam ,van ,oort1 trop tt aveugl par son gnie1 n'tudia bientt que dans les tavernes enfumes1 au milieu des filles de joie et des pots de vin4 ,rubens avait t attir son atelier par un instinct secret pour ces dbauches de chair et de pampre1 mais surtout parce que tous les talents en germe taient disciples d',adam ,van ,oort1 tmoin ,jordaens1 ,sbastien ,franck et ,van ,balen4 ,au temps o clata le gnie de ,rubens1 les ,pays-,bas comptaient encore1 sans parler des ,franck1 des ,breughel et d',adam ,van ,oort1 plus d'un grand artiste1 comme ,gaspard de ,crayer1 ,jacques ,jordaens1 ,otto ,venius4 ,,ii ,otto ,venius1 qui aprs ,coexie et ,floris fut le ,raphal flamand1 venait d'arriver ,anvers avec une grande renomme4 ,c'tait un savant historien1 un fervent artiste1 un peintre pris du style3 ,rubens alla lui4 ,on admire l'art dans les tableaux d',otto ,venius1 mais on n'y trouve pas l'expression intime de la nature4 ,tout en quittant les rgions du simple et du vrai1 il ne s'lve pas l'idal4 ,il a plus d'ampleur1 plus d'clat1 plus de varit que ses devanciers2 c'est bien la prface de ,rubens1 mais on cherche encore quand on a longtemps tudi son uvre4 ,sainte simplicit flamande1 o es-tu8 ,c'en est fait de toi1 nous ne le retrouverons plus dans les grandes pages4 ,sneyders lui-mme donnera ses btes le caractre pique#ah4 l'atelier d',otto ,venius1 ,rubens eut d'abord un rival srieux dans ,nicolas de ,liemacker1 surnomm ,roose1 qui avait l'instinct des grandes compositions4 ,rubens admira sans jalousie son talent grouper les figures1 le got savant de son dessin1 la hardiesse de son coloris4 ,plus tard1 ,rubens1 dj reconnu le plus grand peintre de son sicle1 demeura fidle cette admiration pour ,roose4 ,il fut appel ,gand1 o s'tait tabli son condisciple1 pour peindre au retable d'un autel la chute des anges rebelles4 ,messieurs1 dit-il aux membres de la confrrie1 quand on possde une rose si belle1 on peut bien se passer de fleurs trangres4 ,le peintre de ,gand se montra digne de ces paroles2 sa ,chute des ,anges rebelles pourrait sans affront porter la signature de ,rubens4 ,tout en reconnaissant la science et le style d',otto ,venius1 ,rubens1 dj pntr du naturalisme flamand1 eut le bon esprit de ne pas sacrifier ce nouveau matre les uvres robustes et originales d',adam ,van ,oort4 ,otto ,venius1 mme dans ses hardiesses1 avait des timidits aux yeux de ,rubens1 mme dans son ampleur il avait de la scheresse1 mme dans son clat il tait brumeux4 ,et puis ,otto ,venius avait le tort de tous les rudits1 dans les arts comme dans les lettres3 il peignait trop de par tel peintre vnitien ou tel peintre bolonais1 comme un savant qui indique ses auteurs chaque page4 ,rubens sentait en lui-mme trop de sources vives jaillissantes dj pour aller puiser d'une main timide aux sources trangres4 ,rubens quitta son dernier matre peine g de vingt-trois ans1 soit qu'il craignt de trop subir l'influence d',otto ,venius1 soit que celui-ci lui conseillt de voyager4 ,rubens eut encore un matre1 matre souverain dont il faut parler ici4 ,ce grand matre1 ce fut son temps1 ce seizime sicle tout plein des fougues1 des colres1 des orages de la guerre civile et de la fureur religieuse4 ,dieu sme le gnie dans le sang des rvolutions2 aprs les grandes actions viennent les grands artistes4 ,dieu dispose le tableau1 le peintre n'a plus qu' le fixer sur la toile4 ,les uns ont la nature pour souverain matre1 ils vivent dans son silence loquent et dans ses joies agrestes1 dans la posie de ses mtamorphoses et de ses horizons3 c'est ,claude ,lorrain1 c'est ,ruysdal4 ,les autres1 comme ,ostade ou ,metzu1 ont pour souverain matre le gnie du foyer1 parce qu'ils ont vcu les pieds dans l'tre1 l'il distrait par le roman familier de l'intrieur4 ,ceux-ci1 ,raphal ou ,lesueur1 ont pour les guider le ,dieu qui parle en eux-mmes1 le divin sentiment qui fleurit dans leur me4 ,ceux-l1 ,michel-,ange ou ,rubens1 ont emprunt la fougue1 le bruit1 la fureur et l'clat de leurs compositions aux rvolutions qui les ont bercs4 ,aprs avoir quitt ,otto ,venius et avant de partir pour l',italie1 ,rubens1 peut-tre incertain encore sur son gnie1 passa quelque temps courir le monde4 ,il baucha les portraits de ses amis1 tous gentilshommes flamands ou espagnols4 ,albert et ,isabelle accueillirent la cour ce jeune peintre1 dj gentilhomme parle talent comme par la naissance4 ,selon ,sandrart1 ,rubens n'alla en ,italie que charg d'une mission par l'archiduc d',autriche pour le duc de ,mantoue1 ,vincent de ,gonzague4 ,ce qui est hors de doute1 c'est que ,rubens demeura prs de huit ans la cour du duc de ,mantoue4 ,mais1 beaucoup plus artiste que courtisan4 toute heure et en tout lieu il ne cessait d'tudier tantt les anciens potes1 tantt la nature qui passait devant ses yeux1 tantt l'uvre des grands matres4 ,il peignait d'ailleurs une galerie pour le duc de ,mantoue4 ,un jour qu'il reprsentait le combat de ,turnus et d'ne1 il rcitait haute voix1 pour animer son gnie1 ces vers de ,virgile3 ,ille etiam patriis agmen ciet444 ,le duc1 qui l'avait cout1 entra en riant et lui parla latin1 croyant qu'il n'entendait pas cette langue4 ,mais quelle fut sa surprise1 lorsque le peintre lui rpondit1 en style digne du sicle d'or6 ,il comprit surtout alors qu'il avait dans son palais un gentilhomme accompli qui pouvait le servir par son esprit comme par son talent4 ,il lui donna bientt une mission pour ,philippe ,,iii1 roi d',espagne4 ,la mission du peintre fut sans doute de faire des portraits1 car il peignit ,madrid le roi et toute sa cour2 seulement les cent mille piastres qu'il y gagna furent bien pour lui et non pour son seigneur et matre4 ,rubens fut si hautement renomm ,madrid1 que le duc de ,bragance1 qui allait devenir roi de ,portugal1 crivant un seigneur de la cour1 le supplia d'amener avec lui l'ambassadeur du duc de ,mantoue ,villaviciosa1 o le duc faisait sa rsidence et mritait dj le surnom de protecteur des sciences et des arts4 ,rubens1 n pour la pompe des rois1 n pour le luxe et le fracas1 prit la route de ,villaviciosa avec un train considrable1 qui mit en rumeur toute la province4 ,la reine de ,saba allant visiter ,salomon n'tala gure plus de faste et de splendeur4 ,le duc de ,bragance1 dit ,descamps1 effray de la dpense qu'un tel hte pourrait occasionner1 dpcha un gentilhomme au-devant de l'artiste1 qui n'tait plus qu' une journe de sa cour1 pour le prier de remettre sa visite un autre temps4 ,ce compliment tait accompagn d'une bourse de cinquante pistoles1 pour ddommager ,rubens de sa dpense et des heures qu'il avait perdues4 ,rubens rpondit qu'il ne recevrait pas ce prsent et qu'il visiterait le duc de ,bragance4 ,je ne suis point venu peindre1 mais pour m'amuser pendant une semaine ,villaviciosa4 ,que voulez-vous que je fasse de cinquante pistoles8 ,j'en ai apport mille pour les dpenser pendant mon sjour4 peine de retour ,mantoue1 le duc1 qui voulait avoir une immense galerie due ,rubens1 l'envoya copier ,rome les tableaux des grands matres4 ,jusque-l cependant ,rubens1 qui avait quitt les ,flandres pour aller s'enivrer de lumire devant l'cole de ,venise1 n'avait pu tudier les matres de la couleur italienne4 ,de ,rome il alla ,venise4 ,quand il se vit en face des ,titien1 des ,tintoret et des ,vronse1 il sentit plus que jamais qu'il tait n peintre et jura de ne plus parpiller son gnie dans les plaisirs frivoles des cours4 ,il quitta peu peu son royal protecteur pour tudier en toute libert les anciennes coles d',italie4 ,il n'avait pas pris le temps de vivre seul dans les rayonnantes extases de la pense4 ,il vcut dsormais seul1 traversant comme un vieux plerin ,venise1 ,rome1 ,gnes1 ,florence4 ,l'art tait devenu son dieu2 il ne l'avait aim d'abord que par caprice2 son culte devenait plus grave4 ,ce qui acheva surtout de mrir son esprit1 ce qui vint l'heure dcisive donner son gnie un caractre plus solennel1 ce fut la mort de sa mre4 la premire nouvelle de la maladie1 il tait parti en toute hte1 mais il n'arriva que pour pleurer sur un tombeau4 ,sa douleur fut si profonde1 qu'il se retira dans l'abbaye de ,saint-,michel d',anvers1 presque dcid n'en jamais sortir4 ,l'amour btit sur la mort3 l'anne mme o il s'agenouilla tant de fois sur une tombe aime1 il devint follement pris de cette belle ,isabelle ,brandt dont il a laiss tant de portraits4 ,tout amoureux qu'il ft cependant1 il voulait d'abord retourner ,mantoue4 ,en vain l'archiduc ,albert lui fit dire qu'il ne souffrirait qu'avec peine que ,mantoue enlevt la ,flandre espagnole son prcieux ornement4 ,mais quand ,isabelle ,brandi lui dit ces simples paroles en le regardant avec une nave tendresse3 ,vous partirez8 il demeura4 ,en pousant ,isabelle1 il ralisa un des mille rves de sa jeunesse4 ,sa femme tait belle1 il en fit une reine3 il ne la mit point dans une maison1 mais dans un palais3 il lui donna des chevaux et des laquais1 les plus lches toffes1 les plus rares parures4 ,si la chambre d',isabelle semblait l'uvre des fes1 l'atelier de ,rubens tait l'uvre d'un artiste achev3 c'tait un cabinet en rotonde clair par en haut1 orn de vases de porphyre et d'agate les plus merveilleusement sculpts1 de bustes antiques et modernes du plus haut style4 ,toutes les coles de peinture avaient l leur reprsentant dans quelque uvre prcieuse4 ,cette collection envie par tous les princes1 ,rubens la cda plus tard1 bien regret1 au duc de ,buckingham1 qui1 en lui comptant soixante mille florins1 croyait bien qu'il ne la payait pas2 mais le duc lui donna son amiti1 qui fut inpuisable4 ,quoiqu'il vcut comme un prince1 ,rubens vivait heureux4 ,il avait le luxe1 mais il avait la libert4 ,et puis1 s'il travaillait1 c'tait avec la religion de l'art2 ses loisirs taient ceux d'un esprit intelligent qui s'en va butiner comme l'abeille gourmande sur toutes les fleurs de la science4 ,en un mot1 son temps tait lui1 voil tout le secret4 ,l'or tombait de sa palette comme par enchantement3 ses moindres bauches taient recherches dans les quatre royaumes de l'art4 ,il comprenait si bien que le temps est une richesse qui passe1 qu'il ne voulait pas perdre une heure4 ,il dormait peu2 il courait beaucoup pied ou cheval1 tantt le monde1 tantt les bois4 ,il avait son lecteur ordinaire3 il ne saisissait jamais sa palette sans que celui-ci vnt avec deux ou trois auteurs1 tantt sacrs1 tantt profanes4 ,il n'avait pas besoin d'ailleurs de la science des autres2 tous les potes lui taient familiers2 il parlait sept langues et connaissait fond toutes les thologies et toutes les histoires#ai4 ,cependant peu peu la paresse vint saisir cet esprit clatant4 ,comme l'amour de l'or et du luxe ne s'altrait pas chez lui1 il choisit sept huit de ses lves et les mit l'uvre1 non pour eux1 mais pour lui4 ,il devint pour ainsi dire un trs-intelligent chef d'orchestre4 ,il avait une estrade dans son atelier1 il y montait avec des livres1 il traait quelques lignes et commandait haute voix4 ,comme il avait choisi les talents les plus varis1 les sept ou huit lves pouvaient travailler au mme tableau2 l'un traitait le nu1 l'autre la draperie1 celui-ci le paysage1 celui-l les animaux1 enfin le matre venait son tour par achever l'uvre4 ,en quelques coups de palette il avait l'art de rpandre la vie et d'imprimer son style4 ,il pouvait signer en toute conscience1 c'tait bien l'uvre de ,rubens2 il avait donn l'inspiration1 il avait trac le dernier mot4 ,cependant quelques-uns des lves se confirent un jour que ,rubens avait tout l'argent et toute la gloire4 ,de l rvolte ouverte4 ,ils rpandirent le bruit que sans le secours de ses disciples ,rubens serait un pauvre paysagiste1 un mauvais peintre de kermesse et un plus mauvais peintre d'animaux4 ,rubens rpondit la critique1 comme tous les grands artistes1 par de nouveaux chefs-d'uvre4 ,en quelques semaines il peignit une kermesse clatante1 des animaux et des paysages d'une grande manire et d'un grand effet4 ,ceux qui s'taient le plus acharns contre sa gloire ne se tinrent pas pour battus2 ,abraham ,jeanssens entre autres1 tmraire dans sa fureur de combattre1 osa proposer ,rubens un dfi de peinture4 ,rubens se contenta de lui rpondre3 ,quand vous serez ma taille1 j'accepterai le dfi4 ,,iii ,la reine ,marie de ,mdicis avait appris de bonne heure1 par tradition de famille1 que les beaux-arts autant que les belles actions immortalisent un nom royal4 ,le gnie de la statuaire1 de la peinture et de la posie n'a-t-il pas rpandu plus d'clat sur les grandes figures de l'histoire que l'histoire elle-mme8 ,en #afbj1 ,rubens tait seul le grand artiste qui parut digne ,marie de ,mdicis d'imprimer sur la toile l'ternit de sa gloire4 ,rubens fut donc choisi par elle pour peindre le clbre pome pique du ,luxembourg1 pome en vingt-quatre chants1 comme ceux d',homre4 ,rubens1 pourquoi ne pas le dire8 s'est montr dans cette uvre moins grand artiste que profond courtisan2 car on peut contester le got de ses allgories1 roman historique1 histoire romanesque1 o le sacr coudoie le profane dans un petit cercle1 qui prend des airs de grandeur par la seule magie du pinceau4 ,il faut dire aussi que l'inspiration n'tait pas favorable au gnie4 ,la vie de ,marie de ,mdicis n'a offert qu'une page potique l'histoire3 cette page1 ,rubens ne l'a pas vue2 c'est celle o1 par l'ingratitude de ,richelieu1 la reine-mre alla mourir de misre ,cologne1 dans la maison mme o tait n ,rubens4 ,s'est-elle rappel son lit de mort le pome menteur du grand peintre1 qui avait entour son berceau de destins et de gnies prdisant pour elle un avenir splendide4 ,winckelmann admire beaucoup trop les allgories de ,rubens4 ,rubens a cherch reprsenter ,henri ,,iv comme un vainqueur humain et pacifique1 qui tmoigna de l'indulgence et de la bont mme envers ceux qui s'taient rendus coupables de rbellion et de lse-majest4 ,il reprsenta son hros sous la figure de ,jupiter1 qui ordonne aux dieux de punir les vices et de les plonger dans l'abme4 ,apollon et ,minerve dcochent leurs flches sur ces vices1 reprsents par les figures allgoriques de monstres qui tombent tumultueusement par terre4 ,mars en fureur veut tout dtruire2 mais ,vnus1 comme emblme de l',amour1 retient doucement le bras du dieu de la guerre4 ,l'expression de ,vnus est si grande qu'on croit entendre cette desse adresser ces paroles ,mars3 ,que la colre ne vous emporte pas contre les vices2 ils sont assez punis4 ,et ,winckelmann s'vertue pntrer des intentions profondes l o ,rubens n'a song qu' des effets de palette4 ,je reconnais avec ,winckelmann que la peinture tend son empire sur les ides1 sur le monde de l'me comme sur le monde qui frappe les yeux4 ,nous sommes gouverns par des allgories2 la religion et la philosophie ne sont peuples que de symboles4 ,les arts surtout vivent par le symbole1 mais je n'aime pas les nigmes dans l'art4 ,je ne puis admettre avec ,platon que la posie soit nigmatique4 ,homre1 le grand matre1 ne rpand jamais d'ombres sur ses ides2 il est clair comme le ciel du matin4 ,dans ses tableaux immortels1 l'allgorie apparat sans nuages1 fire et belle comme la vrit4 ,n'est-ce pas un tableau tout fait que cette allgorie des ,prires3 ,apprenez1 ,achille6 que les ,prires sont filles de ,jupiter2 elles sont devenues courbes force de se prosterner2 l'inquitude et les rides profondes sont graves sur leur visage2 elles forment le cortge de la desse ,at4 ,cette desse passe d'un air fier et ddaigneux1 et1 parcourant d'un pied lger tout l'univers1 elle afflige et tourmente les humains2 elle tche d'viter les ,prires qui la poursuivent sans cesse1 et qui s'occupent gurir les plaies qu'elle a faites4 ,ces filles de ,jupiter1 ,achille6 versent leurs bienfaits sur celui qui les honore4 ,il y a1 dans toutes les allgories antiques1 une grandeur et une simplicit qui fait leur lumire2 les allgories modernes1 plus ingnieuses que grandes1 sont souvent confuses1 presque jamais simples4 ,si les anciens avaient peindre la mort d'une jeune fille1 ils la reprsentaient enleve dans les bras de l',aurore1 symbole d'une grce adorable qu'ils devaient leur posie panthiste1 et non pas1 comme a dit ,vinckelmann1 plus savant que pote1 la coutume d'inhumer les enfants la pointe du jour4 ,or1 demandez un symbole aux peintres modernes sur la mort d'une jeune fille6 ,rubens a t forc de ne prendre aux anciens1 lui qui tait un gnie de premier ordre1 que des allgories surannes2 ce qu'il fallait ce fier pinceau1 ce pote pique1 ce savant artiste1 c'tait l'allgorie renfermant dans sa figure sublime le sens mystrieux de la fable1 et non le symbole des vertus et des vices4 ,la galerie du ,luxembourg de ,rubens est un pome qui ne vaut gure mieux que la ,henriade1 excution part1 car ,voltaire pote pique n'a ni verve ni couleur4 ,mais1 si ,rubens n'a cherch que des prtextes pour dployer toutes les hardiesses de son pinceau et tout le luxe de sa palette1 applaudissons ce chef-d'uvre clatant1 sinon profond4 ,rubens vint achever ce chef-d'uvre ,paris1 o la reine l'avait plus d'une fois appel4 ,marie de ,mdicis prit un vrai plaisir le voir peindre1 car il couvrait une grande toile comme par magie4 ,il fut retenu en ,france par toute la cour qui voulait poser devant lui4 ,sa carrire diplomatique commena son retour en ,flandre4 ,il connaissait les hommes de longue date par l'tude des passions2 il tait grand physionomiste2 il jugeait vite et jugeait bien4 ,son grand il pntrant1 quoique enivr de lumire1 allait au fond des curs4 ,l'infante ,isabelle eut de graves entretiens avec lui sur la situation des ,pays-,bas4 ,elle comprit que c'tait le seul homme de haute intelligence qui ft sa cour2 elle ne le nomma point ambassadeur1 mais elle lui confia la mission d'aller en ,espagne confrer avec le roi sur les dangers d'une guerre plus longue en ,brabant4 ,il fut accueilli la cour d',espagne par le roi1 par le duc d',olivars et le marquis de ,spinola1 comme un ambassadeur en titre4 ,il fit mieux que de peindre l'tat des ,flandres1 il donna d'excellents conseils pour l'avenir4 ,le roi d',espagne lui donna comme preuve de son contentement six chevaux andalous1 un diamant de prix et la charge de secrtaire du conseil priv avec la survivance de cette charge pour son fils4 peine de retour en ,flandre1 ,isabelle l'envoya en ,hollande1 toujours avec la mission d'arriver la paix4 ,la ngociation allait arriver bonne fin1 quand mourut le prince de ,nassau4 ,ce fut alors que le roi d',espagne confia ,rubens la mission d'aller en ,angleterre1 toujours dans le mme but4 ,le peintre passa en ,grande-,bretagne comme un simple voyageur2 il visita son ancien ami le duc de ,buckingham1 et demanda tre prsent au roi4 ,il fut accueilli la cour avec toute sorte de bonne grce4 ,il dplora la guerre entre l',espagne et l',angleterre4 ,qui sait8 dit-il avec un sourire1 peut-tre le roi d',espagne et le roi d',angleterre ne seraient pas fchs de consentir la paix8--,qui sait8 dit le roi devenu pensif4 ,rubens comprit que le moment tait favorable2 il dplia ses lettres de crance et demanda la paix au nom du roi son matre4 ,charles ,ier1 pour donner cet ambassadeur extraordinaire une preuve de haute estime1 lui passa au cou l'instant mme le cordon de son ordre4 ,peu de jours aprs il le cra chevalier en plein parlement et lui remit l'pe qui venait de lui servir pour la crmonie4 ,rubens n'tait pas aux termes de ses missions diplomatiques2 nous ne le suivrons pas plus longtemps dans cette rgion fatale au gnie1 car le gnie aime la solitude qui inspire4 ,il regretta bientt lui-mme de s'tre un peu trop attard dans ces vanits de cour qui dvoraient le meilleur de son temps1 mais qui du moins l'avaient dtourn peu peu de sa douleur la mort de sa femme4 ,il prit la fin la ferme rsolution de vivre dsormais pour l'art et pour lui-mme4 ,il se renferma ,anvers dans cette royale maison peuple de souvenirs o il avait pass ses plus belles heures2 mais il n'y retrouva ni sa jeunesse ni l'amie de sa jeunesse4 ,il n'eut pas la force de vivre seul4 ,il y avait ,anvers une jeune fille d'une rare beaut1 ,hlne ,formann1 qui comptait seize ans peine2 il l'pousa1 tout en reconnaissant la folie d'un pareil hymne4 ,c'tait d'ailleurs une belle folie qui et entran les plus raisonnables4 ,rubens a immortalis ,hlne ,formann comme ,isabelle ,brandt4 ,depuis son second mariage jusqu' sa mort1 il peignit toutes ses vierges sur le modle de sa jeune femme4 ,il y a au muse de ,munich deux portraits de ,rubens peints par lui-mme4 ,dans le premier1 il s'est reprsent dans tout l'clat de sa luxuriante jeunesse1 donnant la main ,isabelle ,brandt2 dans le second1 c'est un homme dj mr1 qui se promne avec une femme et un enfant2 cette autre femme1 c'est ,hlne ,formann4 ,dans la fameuse ,descente de ,croix1 la ,vierge et la ,madeleine ne rappellent-elles pas la nature et l'expression de ces deux femmes de ,rubens8 ,rubens1 frapp de la goutte1 mourut l'ge de soixante-deux ans et onze mois1 le #cj mai #afdj1 laissant ses deux fils et sa fille un nom glorieux et une grande fortune4 ,il mourut vaillamment1 le pinceau la main4 ,son gnie lui tait demeur fidle compagnon2 jamais grand artiste n'avait cr tant d'uvres immortelles4 ,il fut enterr dans l'glise ,saint-,jacques d',anvers1 derrire le chur4 ,ses funrailles furent celles d'un prince4 ,on porta devant son cercueil une couronne d'or sur un carreau de velours noir4 ,la noblesse1 le clerg1 les artistes1 les gens du peuple1 vinrent en foule saluer cette couronne et s'agenouiller devant son cercueil#bj2 mais c'tait au dix-neuvime sicle qu'il tait rserv d'lever une statue ,rubens en pleine place d',anvers1 comme pour un roi4 ,quel roi oserait lui disputer la place#ba8 ,,iv ,rubens peignait comme ,homre et ,thocrite chantaient2 il avait la grandiosit dans le gnie4 ,les luxuriantes et naves ,flamandes lui rappelaient les formes hroques des femmes de ,sparte1 de ,lacdmone et de ,syracuse4 ,il est d'un grand aspect comme la mer1 les temptes et les montagnes4 ,il passe rapide comme la foudre1 sans s'arrter aux ciselures ni aux mosaques4 ,sous son pinceau la mer jaillit tout entire et non vague par vague1 les montagnes s'lvent par grandes lignes et non par rochers et par touffes d'herbes4 ,rubens1 quelque tableau qu'il fit1 conservait1 mme son insu1 ce style d'apparat qu'il avait emprunt l'cole de ,venise1 mais surtout ,paul ,vronse4 ,il faut bien avouer qu'il y a un peu de mouvement thtral dans son talent2 il n'est pas jusqu'au paysage qu'il n'ait trop anim par la mise en scne4 ,ainsi1 chez lui1 la nature est toujours aux prises avec l'orage ou la tempte2 il parvient sans cesse altrer cette nave et sublime simplicit dont ,dieu l'a revtue4 ,dans les nues1 il jette un arc-en-ciel2 sur la prairie1 il prcipite une cascade2 dans la fort1 il chasse un coup de vent4 ,comme l'a remarqu ,reynolds1 tout est en harmonie chez ,rubens4 ,s'il et t plus parfait1 ses ouvrages n'auraient pas eu cette perfection d'ensemble qu'on y trouve4 ,par exemple1 s'il avait mis plus de puret et de correction dans le dessin1 son manque de simplicit dans la composition1 dans la couleur et dans le jet des draperies1 nous frapperait davantage2 mais la richesse de sa composition et l'harmonie de sa palette blouissent tel point la vue1 qu'on s'incline devant ses dfauts comme devant ses beauts4 ,il y a trois espces d'harmonie3 la premire a pour exemple la ,transfiguration2 c'est la manire romaine2 les couleurs en sont fortes et fires4 ,la seconde est la manire milanaise2 elle est produite par la rupture des couleurs#bb4 ,avant les ,hollandais1 ,lonard de ,vinci a enseign l'art de cacher sa palette1 semblable au grand crivain qui ne dtourne jamais l'attention du sujet pour l'attirer sur lui-mme4 ,la troisime manire a pour exemple les ,vnitiens et les ,anversois4 ,c'est l'alliance des couleurs fires et tendres dans un ensemble clatant4 ,rubens est le vrai reprsentant de cette manire4 ,il peignait d'un seul coup1 en traits de feu2 de l le charme tout virginal de son coloris4 ,il savait trop bien qu'il perdrait cette magie en fatiguant ses couleurs4 ,quoique le gnie de ,rubens ft surtout dans sa palette1 il avait aussi l'art de cacher sa palette1 comme ,lonard de ,vinci4 ,quelle fracheur de ton6 quel clat6 quelle nergie6 ,c'est le rayon qui joue sur la rose4 ,rubens est toujours harmonieux comme un bouquet de fleurs dans ses bouquets de chairs#bc2 il allie merveilleusement les couleurs fires aux couleurs tendres4 ,il a l'art de les distribuer1 de les fondre et de les rendre amies4 ,rubens est une des plus puissantes individualits qui aient marqu dans les arts4 ,sa grande figure est empreinte du caractre olympien4 ,non-seulement il a rgn souverainement dans les ,flandres1 mais il a partag la couronne des plus radieux artistes4 ,il a quelquefois saisi la grce adorable de ,raphal et la grandiosit terrible de ,michel-,ange1 l'nergie robuste de ,titien et la suavit voluptueuse du ,corrge4 ,il a lutt avec la nature et n'a pas t vaincu par elle4 ,rien n'arrtait ce fier et vaillant pinceau1 qui passait1 victorieux toujours1 de l'allgorie au bouquet de fleurs1 de l'histoire sacre la kermesse1 du portrait au paysage#bd4 ,c'est surtout dans la ,monte an ,calvaire1 dans les grandes pages allgoriques1 dans l',adoration des ,mages#be1 que le gnie de ,rubens clate jusqu' la fureur4 ,quelle force orgueilleuse6 quelle sublimit6 quelle splendeur et quelle magnificence6 ,la ,descente de croix1 ce miracle de la cathdrale d',anvers o l'on va comme un plerinage d'art de tous les coins du globe1 est la page o ,rubens a fondu le plus harmonieusement toutes les richesses de sa palette1 toute la fiert de sa main1 tout le sentiment de son me4 ,jamais on n'a t plus expressif et plus douloureux1 jamais cette page sublime du pome de la ,passion n'a t traduite par un art plus divin2 la ,vierge n'est plus une femme1 c'est la mre de ,dieu2 ,jsus n'est plus un homme1 c'est le ,fils de ,dieu4 ,quoique la couleur clate sur cette toile comme dans toutes les uvres de ,rubens1 elle n'y touffe pas la ligne et le sentiment4 ,rubens est l tout entier4 ,et l du moins on sent bien que la main profane d'un lve n'est pas venue refroidir l'inspiration du matre4 ,ce grand gnie1 qui voulait tre le dernier mot de l',italie et de la ,flandre1 a un peu abus de ses forces2 il a pris quelquefois la fureur pour l'inspiration ou la verve4 ,dans sa fougueuse nergie1 il a et l dpass le but1 car tout ce tumulte1 tout ce fracas1 toutes ces splendeurs1 frappent souvent plus les yeux que la pense4 ,ne s'adressent-elles pas aussi quelques-unes des uvres de ,rubens1 ces paroles de ,shakespeare3 ,une fable conte par un fou1 pleine de redondances et de grands mots#bf8 ,avec un peu moins d'clat et un peu plus de potique grandeur1 qu'et-il manqu ,rubens8 ,au lieu d'adorer ,venise le style un peu thtral des coloristes1 que n'a-t-il ador ,rome la ligne loquente des dessinateurs8 ,comme ,michel-,ange1 ,rubens fut le peintre du mouvement2 il aimait le mouvement jusqu'au dsordre3 aussi ses attitudes sont-elles un peu outres dans leur nergie4 ,la chaleur et l'enthousiasme l'entranaient trop loin1 mme dans la peinture hroque1 hormis pourtant dans ces admirables chefs-d'uvre1 la ,chute des ,anges rebelles et le ,combat des ,amazones4 ,ses hommes sont toujours des hommes par la force et par la grandeur2 mais1 dans sa manire trop large et trop puissante1 les femmes qu'il cre ne sont plus assez des femmes4 ,rubens a dignement lutt avec ,michel-,ange dans son ,jugement dernier2 il n'atteint pas la sauvage mlancolie ni la science de dessin du peintre de la chapelle ,sixtine2 mais ,rubens1 avec la posie du symbole1 avec la magie du clair-obscur et toutes les pompes du coloris1 s'lve la hauteur de ,michel-,ange4 ,les critiques1 qui ne veulent jamais de taches au soleil1 reprochent ,rubens de n'avoir rien compris cette ligne svre1 idal du sculpteur antique reconquis par ,raphal1 de ne pas s'tre passionn pour le contour pur1 si correct et si expressif d',euphranor1--,euphranor1 qui reprsentait la fois dans ,paris le juge des desses1 l'amant d',hlne et le vainqueur d',achille1 sans les ressources d'un beau coloris1 avec la ligne seule1 qui est une langue complte4 ,rubens a tout compris1 mais il a dit que la couleur aussi tait une langue complte4 ,quand donc acceptera-t-on le gnie avec ses dons divins et ses imperfections humaines8 ,nos dfauts sont les ombres de nos vertus4 ,ce qui a surtout frapp ,rubens1 c'est l'clat et la grandiosit4 ,comme ,michel-,ange1 il a oubli que les ,grces ne sont pas des ,amazones4 ,mais qu'importe1 s'il est arriv victorieusement jusqu'au sommet de l'art8 ,tout en ngligeant trop les leons des matres de l'antiquit1 il a saisi la nature des beauts qu'eux-mmes1 peut-tre1 n'avaient pas dcouvertes4 ,le gnie n'est-il pas souvent le don de voir l'uvre de ,dieu sous un aspect nouveau8 ,le caractre du gnie humain est d'tonner par des beauts et non pas d'tre sans dfaut4 ,saluons sans critique celui qui1 comme ,dieu1 crait son monde en six jours4 ,il avait la rapidit de la foudre1 non pour dtruire1 mais pour rpandre la vie dans ses tableaux#bg4 ,saluons ,rubens1 inclinons-nous devant son sceptre1 car celui-l fut un roi1 le roi glorieux des ,flandres4 ,quel est celui qui1 en s'levant sur son trne1 pourrait atteindre sa taille8 ,note #af3 ,cependant ,rubens1 tout imprgn de naturalisme1 peut-tre son insu1 car la nature tait chez lui plus forte encore que la science1 a trop charg ses figures de chair4 ,zeuxis1 d'aprs l'exemple d',homre1 donnait ses femmes une certaine forme hroque2 mais il possdait au mme degr la force et la grce4 ,aussi1 tout hroques qu'elles fussent1 ses femmes taient toujours des femmes1 et mme1 selon les tmoignages de l'antiquit1 les plus belles de la ,grce4 ,thocrite a cr son ,hlne d'aprs ces majestueux modles4 ,note #ag3 ,il naquit ,cologne et mourut ,anvers1 comme pour toucher la fois au berceau et la tombe de l'art flamand4 ,h4 ,,fortoul4 ,note #ah3 ,bien que ,sneyders ait tudi comme ,van ,dyck sous ,van ,balen1 on peut dire qu'il fut son matre lui-mme1 car ,van ,balen lui enseignait la peinture historique1 lorsqu'un jour il reconnut qu'il n'tait pas n pour peindre des hommes1 mais pour peindre des btes4 ,il dbuta par une chasse au cerf qui fit sa fortune4 ,jusque-l on n'avait jamais reprsent avec tant d'clat et tant de vie les meutes ardentes et les chevaux perdus4 ,philippe ,,iii ayant vu ce tableau voulut avoir vingt chasses de ,sneyders2 l'archiduc ,albert le nomma son premier peintre1 et ,rubens1 l'empereur de la peinture1 l'appela pour peindre les animaux et les fruits de ses tableaux1 dclarant qu'il saurait bien le payer en monnaie d'artiste4 ,en effet1 ,rubens peignit presque toutes les figures des tableaux de ,sneyders4 ,ces uvres faites deux semblent1 par leur admirable harmonie1 appartenir au mme matre2 c'est que ,rubens et ,sneyders avaient la mme touche libre et fire1 riche et varie1 la mme couleur ferme1 chaude et dore4 ,sneyders vivait sans doute familirement avec les animaux2 il les a prsents dans leurs passions1 dans leurs fureurs1 dans leurs larmes4 ,quelle vrit nave et saisissante6 ,ses combats de chiens et de sangliers1 ses duels de lions et de tigres1 respirent une nergie sauvage qui vous monte la tte4 ,ses forts rpandent je ne sais quelle amre et verte odeur qui rvle un paysagiste vivement pris de la nature4 ,il a laiss quelques figures1 entre autres son portrait1 qui tmoignent que sans ,rubens il aurait pu faire un tableau complet4 ,il avait accept la collaboration de ,jordaens et de quelques autres aux conditions faites par ,rubens4 ,mais pourtant ses plus beaux sont ceux dont ,rubens a peint les figures1 tmoin celui de l'ancien archevch de ,bruges1 o une femme enceinte touche des fruits avec plus d'avidit encore qu've1 sa premire mre4 ,on ne saurait dire o est le chef-d'uvre4 ,les fruits sont admirables3 la rose la plus frache a roul sur eux ses perles embaumes1 le soleil le plus doux les a dors et empourprs2 mais cette femme qui les touche est si vivante1 que dj on voit jaillir le lait de ses mamelles fcondes4 ,sneyders ne quitta point ,anvers4 ,il y tait n en #aegi1 il y mourut en #afeg4 ,dans ses portraits gravs on le reprsente entre un chien qui le regarde avec intelligence et une hure de sanglier4 ,sneyders porte un beau front et une barbe inculte4 ,note #ai3 ,il a commenc plus d'un livre1 il a crit un ouvrage sur la ,peinture et les couleurs1 qui n'est point imprim1 quoi qu'en disent l'abb ,ponce de ,lon et le ,dictionnaire de ,morri1 qui ont confondu avec le manuscrit de ,rubens un livre intitul3 ,rubenius1 de ,re ,vestiaria 7de l',art de peindre les draperies71 ,conversations de de ,piles1 page #baf1 et ,abrg des vies des ,peintres1 page #cia4 ,il a aussi paru dans les journaux une lettre sur ce sujet1 crite d',anvers le #ae septembre #agfi4 ,note #bj3 ,entre autres pitaphes1 on a remarque celle du chevalier ,bullart3 ,ipsa suos ,iris1 ddit ipsa ,aurora colores1 ,nox umbras1 ,titan lumina clara tiui4 ,das te ,rubenius vitam1 mentemque figuris4 ,et per te vivit lumen1 et urubra1 color2 ,quid te1 ,rubeni1 nigro mors funere volvit8 ,vivit1 victa tuo1 picta colore rubet4 ,c'est surtout la modeste glise ,saint-,jacques que doivent se rendre en pieux plerinage les admirateurs du grand peintre d',anvers4 ,l se trouvent son tombeau1 son portrait et l'un de ses chefs-d'uvre4 ,le tombeau1 dessin d'aprs ,rubens lui-mme1 remplit une petite chapelle derrire le chur de l'glise4 ,son corps repose au centre de cette chapelle1 sous une vaste pierre tumulaire que foulent aux pieds les dvots et les touristes1 et qu'on a surcharge d'une longue inscription latine o sont rappels en style lapidaire tous les noms1 titres et mrites du dfunt1 tandis qu'il suffisait d'inscrire ce seul mot3 ,rubens4 ,le tableau qui orne l'autel prsente1 sous prtexte d'une ,sainte ,famille1 toute la famille du peintre4 ,saint ,george le guerrier est ,rubens lui-mme1 saint ,jrme son pre1 le ,temps son grand-pre1 un ange son fils1 ,marthe et ,madeleine ses deux femmes4 ,quant la ,vierge1 on croit que c'est une demoiselle ,lunden1 qui lui servit de modle en plusieurs occasions1 et qu'on appelait communment le chapeau de paille1 depuis que ,rubens l'avait peinte avec la coiffure qu'indique ce surnom4 ,cette prtendue ,sainte ,famille1 qui1 par le nombre des personnages1 sort beaucoup des dimensions ordinaires1 est un tableau magnifique1 d'une composition ingnieuse et facile1 d'une couleur incomparable1 d'un effet ravissant et d'une conservation parfaite4 ,de toutes les uvres de ,rubens que j'ai vues dans les ,flandres1 en ,france1 en ,angleterre1 en ,italie1 en ,espagne1 je n'en connais pas de suprieure cette simple runion de portraits4 ,cependant ,rubens ne mit que dix-sept jours la peindre4 ,c'tait quinze ans avant sa mort1 arrive en #afdj4 ,l4 ,,viardot4 ,note #ba3 ,au muse d',anvers on montre sa chaise1--un trne--conserve sous verre vieux meuble que son souvenir a rendu sacr4 ,elle est garnie en cuir et pique de clous dors1 avec des dorures en relief1 comme sur les reliures4 ,elle annonce un grand tat4 ,on a mis sur le sige une couronne d'immortelles fltries1 symbole d'immortalit moins solide que la sienne4 ,c'est sur cette chaise que le merveilleux coloriste s'est assis4 ,pourquoi n'y fait-on pas asseoir tous les jeunes peintres laurats1 comme ,montpellier on fait endosser tous les docteurs en mdecine la prtendue robe de ,rabelais8 ,le contact de la vieille relique leur donnerait peut-tre1 sinon le gnie de ,rubens1 du moins le respect de l'art1 qui est dj du talent4 ,d4 ,,nisard4 ,note #bb3 ,expression des anciens4 ,on les rompt jusqu' ce qu'il y ait une harmonie gnrale dans les tons1 sans qu'on y remarque rien qui rappelle la palette du peintre4 ,,reynolds4 ,note #bc3 ,ses chairs1 on l'a dit1 ressemblent la couleur vermeille des doigts de la main quand on les tient vers le soleil4 ,note #bd3 ,il existe de fort beaux paysages de ,rubens3 j'en ai vu un tout couvert de vaches que ,sneyders seul aurait oser sign avec ,rubens4 ,le grand peintre se faisant paysagiste cherchait toujours animer la nature par quelque idylle flamande1 comme une fenaison trouble par l'orage1 une fort pendant la chasse1 des pcheurs sur le lac4 ,les deux grands paysages du palais ,pitti sont des chefs-d'uvre o il a imprim l'art et la vie4 ,note #be3 ,quelques critiques prfrent l',adoration des ,mages1 mme l',assomption de la ,vierge et la ,descente de croix4 ,la ,vierge est droite1 tourne vers la gauche1 o se tiennent les mages4 ,il y a un de ces mages qui dpasse toute imagination1 et je n'ai jamais vu dans aucun tableau une figure si trange et si majestueuse4 ,il est debout1 le corps de profil1 la tte presque de face et un peu incline4 ,il est envelopp d'un manteau carlate1 couleur de founiaise1 avec quelques toiles d'or4 ,l'toffe de cette draperie est paisse et lourde1 et fait quelques grands plis svres4 ,un des pans trane sur le sol1 mais on voit cependant les jambes nues du colosse et les pieds aux vigoureuses articulations1 chausss de sandales noues la cheville par des cothurnes4 ,la tte est effrayante1 un crne nu et ferme comme le roc2 sous la caverne des sourcils1 qui s'avancent comme des broussailles au bord d'un prcipice1 un regard perant et inflexible2 un nez d'aigle et une cascade de barbe blanche qui bouillonne jusque sur sa poitrine4 ,oh6 le beau ,jupiter ,olympien pour branler le monde a la seule ride de son front6 ,le ,mose de ,michel-,ange n'est pas si terrible que le mage de ,rubens4 ,t4 ,,thor4 ,au palais ,pitti1 un des tableaux qui m'ont le plus frapp est la clbre allgorie1 ,mars partant pour la guerre4 ,rubens donne ainsi l'explication de son uvre dans une de ses lettres3 ,le principal personnage est ,mars1 qui sort du temple de ,janus4 ,le dieu des combats1 arm de l'pe sanglante et du bouclier1 menace les peuples des plus grands dsastres2 il rsiste aux instances de ,vnus qui1 accompagne des ,amours1 s'efforce de le retenir par de tendres caresses4 ,la furie ,alecto1 le flambeau la main1 entraine ,mars aux combats2 elle est prcde de deux monstres1 qui dsignent la peste et la famine1 compagnes insparables de la guerre1 etc4 ,mais la prose du peintre n'a pas l'loquence de sa palette2 ,homre seul tait digne d'expliquer ce tableau qui vous attire et vous pouvante1 o l'on entend les bruits de la guerre1 o l'on voit les palpitations du beau sein de ,vnus4 ,c'est l'art1 c'est la vie4 ,note #bf3 ,a tale told by an idiot1 full of sound and fury1 signifying nothing4 ,note #bg3 ,c'tait la vie qui faisait battre son cur plutt que sa vie qui entranait son imagination2 aussi ses hyperboles habitaient toujours la terre4 ,un certain accent humain semble tre ncessaire pour donner l'apparence de la vie4 ,la reprsentation de nos pareils dans le ,jugement dernier de ,michel-,ange1 ou dans la ,chute des ,damns de ,rubens1 nous inspire plus d'horreur que si ces tres taient peints sous les formes imaginaires que ,milton leur prte4 ,dans les rgions de la fiction et de l'allgorie1 cette vrit de reprsentation est d'autant plus essentielle1 qu'elle porte les images l'esprit avec plus de force2 par exemple1 les satyres1 les ,silnes et les faunes de ,rubens semblent avoir exist en effet1 tellement ils paraissent tre vrais en tout ce qui constitue les passions sensuelles1 effrnes et mauvaises de la nature humaine quand elle est prive d'intelligence4 ,,van ,,geel4 ,,van ,,dyck ,ce qui forme le caractre de l'cole de ,rubens1 c'est la sant1 c'est la force1 c'est l'exubrance4 ,dans son atelier1 les disciples sont taills en ,hercule2 ils secouent leurs cheveux dors comme un lion secoue sa crinire2 un sang gnreux coule dans leurs veines et les colore comme le vin qui va jaillir de la grappe empourpre4 ,reynolds rapporte ces paroles sur ,rubens3 ,on a dit qu'il tait envoy du ciel pour apprendre aux hommes l'art de peindre4 ,comme ,raphal1 ,rubens veilla le gnie de ses disciples par la hardiesse4 ,quand il les faisait peindre dans ses tableaux3 ,allez1 disait-il1 n'oubliez pas que le disciple qui peint mal accuse son matre4 ,quelle belle1 fconde et glorieuse poque pour ,anvers1 que le rgne de ,rubens6 ,cette ville1 comme une mre heureuse1 suspendait son sein des enfants sublimes1 non-seulement dans la peinture1 mais encore dans la statuaire et dans la gravure4 ,lucas ,vorsterman naissait temps pour graver sous les yeux de ,rubens la ,descente de ,croix1 la ,chute des ,anges rebelles et le ,combat des ,amazones4 ,l'cole flamande s'tait condamne1 par son principe1 descendre toujours de l'idal au rel1 de la posie la vrit4 ,si cette tendance fut fatale aux grandes pages produites ,bruges1 ,anvers et ,bruxelles1 ne peut-on pas affirmer qu'elle fut favorable l'uvre de ,van ,dyck8 ,en effet1 si le naturalisme doit rgner en toute force et en toute libert1 n'est-ce pas dans le portrait1 pourvu que le peintre sache1 comme ,van ,dyck1 y rpandre la lumire du soleil et la lumire de l'intelligence8 ,les portraits sont la plus sre page de l'histoire2 pour tudier les caractres et les passions d'une poque1 je conseillerais plutt une galerie de portraits qu'une bibliothque2 depuis quatre sicles1 il s'est cr peu peu une galerie de portraits o l'on retrouve toutes les grandes physionomies qui ont domin le monde nouveau4 ,le peintre a pu se tromper1 mais il est plus fidle encore que le plus fidle historien4 ,si cette tte qu'il vous montre est celle d'un roi quelconque1 roi par l'hrosme1 le gnie1 la naissance1 vous verrez peu peu briller sur son front ou dans son regard l'aurole de cette royaut4 ,l'me de tout homme fort passe sans cesse sur sa figure2 il a beau faire pour la masquer1 elle se fait jour et l son insu4 ,mais1 pour saisir cette me au passage1 pour la fixer sur la toile par la magie de la couleur1 il ne faut rien moins qu'un matre souverain de premier ordre1 ,titien1 ,van ,dyck1 ,velasquez1 ,rembrandt1 ,raphal1 qui ait le don de la cration4 ,pour un pareil crateur de l'cole de ,dieu1 que de portraitistes inintelligents qui copient l'enveloppe matrielle sans souci de la pense qui habile le front6 ,le temps1 qui dvore tout1 n'a pas atteint l'uvre de ,van ,dyck2 ses portraits ont conserv toute leur lumire et toute leur fracheur2 peut-tre mme le temps a-t-il rpandu sur ces toiles immortelles cette harmonieuse poussire1 cette magique trame qui donne aux vieilles peintures l'aspect mystrieux d'uvres consacres o l'on ne reconnatrait pas la main des hommes4 ,antoine ,van ,dyck1 originaire de ,bois-le-,duc1 naquit ,anvers en la dernire anne du seizime sicle4 ,selon ,houbraeken1 son pre tait peintre sur verre et sa mre excellait broder au petit point4 ,dj la peinture sur verre tait en pleine dcadence1 on n'levait plus de cathdrales1 le protestantisme ruinait la sculpture et la peinture gothique2 sans doute l'art de broder au petit point contribua plus lever ,van ,dyck que l'art dj perdu du peintre-verrier4 ,van ,dyck eut d'abord son pre pour matre2 mais celui-ci1 reconnaissant bientt qu'on ne pouvait faire un peintre sur toile avec les principes de la peinture sur verre1 conduisit son fils chez ,van ,balen1 qui tait son ami4 ,van ,balen avait fait le voyage de ,rome et de ,venise2 il avait tudi toutes les traditions2 il tait savant artiste autant que bon peintre4 ,un disciple intelligent comme ,van ,dyck pouvait sortir de son atelier avec un talent achev4 ,mais ,van ,dyck avait vu des tableaux de ,rubens2 ses yeux1 ,van ,balen tait un peintre digne de renomme1 mais ,rubens tait le roi de la peinture4 ,il alla frapper sa porte3 ,qui va l8--,un enfant4 ,rubens reconnut le mme jour que c'tait un enfant de gnie4 ,il ne tarda pas le faire peindre dans ses tableaux4 ,il arriva mme que ,van ,dyck peignit de grandes pages signes ,rubens1 quoique le matre y et peine donn quelques touches4 ,dans l'illustre ,descente de croix1 la joue et le menton de la ,vierge sont de la main de ,van ,dyck2 mais ici ,rubens n'avait pas song se servir du talent de son lve4 ,voici l'anecdote1 qui appartient l'histoire de l'art4 ,rubens sortait tous les jours vers quatre heures pour se promener pied ou cheval4 ,son domestique le trahissait1 comme cela arrive toujours1 c'est--dire que1 moyennant un tribut annuel1 il ouvrait la porte du cabinet de ,rubens tous ses disciples1 qui tudiaient dans un atelier du voisinage4 ,ils allaient ainsi prendre une bonne leon1 car ils voyaient1 par les bauches1 comment ce fier gnie se mettait l'uvre4 ,depuis longtemps ils n'avaient pas pntr dans le cabinet2 cependant ils savaient que ,rubens avait promis un chef-d'uvre pour ,notre-,dame d',anvers4 ,un soir1 la curiosit fut plus vive et plus bruyante que de coutume4 ,jordaens et ,diepenbecke se prcipitrent en avant1 pousss par les autres1 ds que la porte du cabinet fut ouverte4 ,on voit par l que les coles de peinture renfermaient1 comme aujourd'hui1 toutes les folies de la jeunesse4 ,diepenbecke ne put s'arrter temps2 il tomba sur la ,vierge1 lui enlevant le bras1 la joue et le menton4 ,tout le monde se regarda avec terreur4 ,on voulait fuir1 car ,rubens avait la colre d'un ,jupiter ,olympien4 ,van ,hoeck prit la parole3 ,mes chers camarades1 il faut1 sans perdre de temps1 risquer le tout pour le tout2 nous avons encore environ trois heures de jour1 que le plus digne d'entre nous 7ce n'est pas moi7 prenne la palette et essaye de rparer ce qui est effac4 ,je donne ma voix ,van ,dyck4 ,ainsi parla ,van ,hoeck4 ,van ,dyck eut toutes les voix1 moins la sienne4 ,cependant1 soit pour obir ses amis1 soit par pressentiment du triomphe1 il se mit hroquement l'uvre4 ,le lendemain1 ,rubens convia tout l'atelier au spectacle de sa ,descente de croix4 ,pas un de ses lves ne le suivit sans plir2 ,van ,dyck tait tout dfaillant4 ,rubens parlait de son gnie avec un naf orgueil2 il expliqua ses disciples toutes les beauts de l'uvre nouvelle4 ,arriv la ,vierge3 ,voil1 dit-il tout coup1 un bras et une tte qui ne sont pas ce que j'ai fait hier de moins bien4 ,rubens apprit1 on ne dit pas comment1 ce qui s'tait pass4 ,il y a ici deux versions3 selon les uns1 il effaa tout et ordonna ,van ,dyck de voyager2 selon les autres1 il respecta les coups de pinceau de ,van ,dyck et lui dit qu'il tait le vice-roi de la peinture flamande4 ,on peut bien admettre1 pour l'amour de la vrit1 que ,rubens fut jaloux de ,van ,dyck2 tous les dominateurs dans les arts ont t jaloux2 mais on n'admettra jamais qu'un homme d'esprit comme ,rubens1 un diplomate achev1 ait laiss percer sa jalousie par la vengeance4 ,s'il faut en croire les conteurs d'anecdotes1 ,rubens tait jaloux de ,van ,dyck pour une autre raison4 ,ils assurent que le jeune peintre tait aim d',isabelle ,brandt4 ,van ,dyck1 sans avoir la beaut adore par les ,grecs1 avait peut-tre1 avec sa physionomie fire et tendre1 chevaleresque et amoureuse1 la beaut idale de son pays et de son sicle2 car1 il faut le dire1 la beaut change de caractre selon les sicles et les pays#bh4 ,comme ces passions-l ne sont crites que sur le vent ou peintes sur les flots1 on ne peut rien affirmer ici1 mais on ne peut pas nier non plus4 ,ce qui est hors de doute1 c'est que ,van ,dyck quitta son matre vers ce temps-l2 mais leurs adieux furent ceux de deux frres d'armes1 et non de deux ennemis4 ,van ,dyck offrit ,rubens1 comme marque de haute et profonde reconnaissance1 ses tableaux qu'il aimait le plus1 un ,ecce ,homo1 un ,christ au jardin des ,oliviers et un portrait d',isabelle ,brandt4 ,peut-tre ce portrait fut-il fait avec passion2 mais ce qui donna peu de crance au bruit dj rpandu que ,van ,dyck adorait cette femme1 c'est que ,rubens plaa lui-mme ce portrait dans son salon et le montra comme un chef-d'uvre tous les visiteurs comme tous ses amis4 ,si vous n'alliez pas voyager1 dit ,rubens ,van ,dyck1 je vous conduirais dans mon cabinet et je vous dirais3 ,choisissez4 ,mais quoi bon vous donner des tableaux1 puisque vous allez en ,italie1 le pays des chefs-d'uvre2 j'aime mieux vous offrir le meilleur cheval de mon curie4 ,van ,dyck partit2 son pre1 sa mre et cent amis le conduisirent sur la route4 ,quoique son cheval ft impatient de dvorer l'espace1 il se retournait toute seconde pour voir les derniers signes d'adieu de sa mre1 qui avait voulu aller plus loin que ses amis4 ,enfin il ne vit plus que la flche de la cathdrale d',anvers4 ,moi aussi1 dit-il avec un saint enthousiasme1 je ferai un jour ma ,descente de croix4 peine eut-il fait deux lieues que1 voyant un village1 il y fit halte pour boire une pinte de bire4 ,il remonta cheval1 mais la destine l'attendait l4 ,une jeune fille1 une paysanne1 plus frache1 plus blanche et plus rose que toutes ses visions de vingt ans1 apparat sur le seuil du cabaret et lui dit1 avec un sourire qui montrait des dents blanches comme celles d'un jeune loup3 ,et le coup de l'trier1 monseigneur8 ,van ,dyck retient la bride de son fougueux compagnon de voyage4 ,le coup de l'trier8 dit-il2 je ne partirai pas4 ,il mit pied terre pour admirer de plus prs cette nave beaut1 si clatante et si inattendue1 qui devait tre son troisime matre4 ,elle tait presque vtue de l'air du temps2 elle allait pieds nus1 jupe courte1 brassire mal agrafe1 cheveux au vent1 gorge au soleil4 ,van ,dyck rentra au cabaret4 ,o alliez-vous1 monseigneur8--,en ,italie2 mais si vous voulez je n'irai pas si loin4 ,en effet1 qu'allait-il faire en ,italie8 ,voir les femmes de ,raphal et de ,titien4 ,sont-elles donc plus belles que ne l'tait cette meunire de ,saventhem8 ,dans la vie et dans le talent de ,van ,dyck1 le cur devait jouer un plus grand rle que la tte4 ,toute paysanne qu'elle ft1 cette meunire de ,saventhem ralisait l'idal de ,van ,dyck4 ,puisqu'il avait trouv son idal1 il ne voulait pas quitter le pays4 ,il s'installa bravement dans la famille de sa matresse4 ,ainsi ,van ,dyck1 dj clbre1 habitu aux belles manires1 n avec l'instinct des grandeurs1 se contenta pour atelier de quelque hangar rustique l'ombre d'un moulin1 comme plus tard ,rembrandt4 ,sa matresse1 voulant se faire pardonner l-haut leurs joies amoureuses1 le pria de peindre pour l'glise paroissiale deux tableaux religieux4 ,sans doute la passion de ,van ,dyck tait srieuse1 puisqu'il obit sa matresse4 ,tout autre1 sa place1 se ft content de peindre deux fois la belle meunire1 une fois pour elle et une fois pour lui1 aprs quoi il et continu sa route en riant de l'aventure2 mais ,van ,dyck tait aussi fervent amoureux que fervent artiste4 ,il peignit les deux tableaux pour l'glise de ,saventhem4 ,le premier reprsentait ,saint ,martin donnant la moiti de son manteau au pauvre4 ,le saint ,martin tait ,van ,dyck4 ,comme il s'tait reprsent cheval1 il avait peint son compagnon de voyage1 qui1 quoique pturant comme un vrai cheval de meunier1 n'avait rien perdu de ses allures hroques4 ,dans le second tableau1 la ,famille de la ,vierge1 il reprsenta le vieux meunier1 la vieille meunire et leur fille4 ,tous ceux qui ont vu ce tableau assurent que la paysanne y justifie assez1 par sa beaut1 les attentions du jeune peintre4 ,c'est ,descamps qui parle ainsi#bi4 ,cependant le bruit s'tait rpandu de ,saventhem jusqu' ,bruxelles1 de ,bruxelles jusqu' ,anvers1 qu'un jeune peintre partant pour ,rome s'tait arrt en route pour les beaux yeux d'une meunire de vingt ans qui lui inspirait des chefs-d'uvre4 ,rubens crut reconnatre ,van ,dyck2 il se mit en route pour ,saventhem4 son arrive1 il entendit hennir le cheval qu'il avait donn son disciple4 ,il surprit ,van ,dyck sur les marches du moulin1 nonchalamment couch aux pieds de sa matresse4 ,je croyais1 lui dit-il en souriant1 que vous vous seriez dsormais pass de matre8 ,van ,dyck s'tait dj jet au cou de ,rubens4 ,et ,rome et ,florence1 et ,venise1 et ,raphal1 et ,michel-,ange1 et ,titien8--,je partirai demain1 rpondit ,van ,dyck avec un soudain enthousiasme4 ,il partit4 ,ce roman de sa vie se dnoue cette page4 ,ses historiens ne disent pas s'il se consola bientt4 ,que devint la jolie meunire1 sa plus frache inspiration8 ,un autre vint-il essuyer ses larmes8 ,elle tait faite pour aimer3 elle se consola4 ,van ,dyck alla droit ,venise2 il tudia avec passion les tons dors1 les airs de tte et les draperies de ,titien1 mais sans perdre de vue la nature2 il corrigeait la vrit par l'art1 sans jamais touffer la vrit sous les ornements4 ,de ,venise il alla ,gnes1 o il s'arrta longtemps4 ,de ,gnes il alla ,rome1 o le cardinal de ,bentivoglio l'avait appel pour son portrait4 ,il y avait alors ,rome une colonie de peintres flamands qui avaient abdiqu leur gnie primitif1 c'est--dire la sve1 l'clat et l'exubrance1 pour copier servilement les matres italiens4 ,van ,dyck croyait d'abord trouver des amis parmi ses compatriotes2 mais tous le dcrirent avec violence1 quand ils reconnurent dans ses portraits la touche hardie et lumineuse de ,rubens4 ,ils ne voulaient pas admettre1 ces ,flamands italianiss qui avaient reni le gnie national pour l'imitation servile1 qu'un peintre flamand nourri aux principes robustes de l'cole flamande arrivt ,rome avec un talent qui pt faire ombre au leur4 ,peut-tre ,van-,dyck se ft-il fait pardonner1 s'il et consenti mener en leur compagnie la vie folle et dsordonne des cabarets et des lupanars2 mais il avait pris l'cole de ,rubens de plus nobles habitudes4 ,la colonie flamande organisa contre lui une cabale si puissante1 qu'il abandonna1 presque son arrive1 la cit ternelle4 ,il passa en ,sicile o il fit1 entre autres portraits1 celui de ,philibert de ,savoie2 de ,palerme il retourna ,gnes2 enfin1 de ,gnes il revint ,anvers1 o il retrouva des ,flamands plus ,flamands que ceux de ,rome4 ,seul1 aprs ,rubens1 il vit inscrire son nom en majestueux caractres sur les tables de la corporation de ,saint-,luc4 ,cependant1 malgr les tmoignages de ,rubens1 il lui fallut longtemps encore lutter avec passion pour faire connatre son gnie4 ,selon ,descamps les chanoines de ,courtray lui demandrent un tableau d'autel4 ,van ,dyck peignit un ,christ en croix d'un beau caractre4 ,il appela les chanoines quand son tableau fut dans l'glise1 comptant sur leur admiration2 mais le chapitre tout entier1 regarda le tableau et le peintre avec mpris4 ,quel barbouillage6 quel barbouilleur6 ,van ,dyck voulut dfendre son tableau2 mais les chanoines prirent tous en mme temps la parole4 ,il rsulta de toute leur loquence que le ,christ en croix n'tait qu'une ignoble mascarade4 ,van ,dyck resta seul avec un menuisier et quelques sacristains2 ces hommes crurent le consoler1 en lui conseillant d'emporter son tableau et en l'assurant que tout ne serait pas perdu1 que sa toile pouvait tre employe faire des paravents4 ,mais ,van ,dyck connaissait sa force2 il ordonna firement au menuisier de placer son tableau4 ,le lendemain1 il retourna chez les chanoines et leur dit qu'ils avaient mal vu son ,christ4 ,tous lui rpondirent qu'ils ne voulaient pas le voir une seconde fois2 ils le payrent pour viter le scandale1 mais ce fut avec tant de mauvaise grce1 que l'artiste en fut profondment indign4 ,cependant quelques connaisseurs1 passant par ,courtray1 dirent hautement que le ,christ en croix de ,van ,dyck tait un chef-d'uvre4 ,le bruit s'en rpandit de proche en proche2 on vint en foule l'admirer3 alors ,van ,dyck publia l'aventure4 ,on traita d'ignorants les chanoines1 pithte trop modre1 dit le naf ,descamps entre parenthse4 ,les chanoines convoqurent un chapitre1 dans le dessein de rparer leur tort4 ,sance tenante1 ils crivirent ,van ,dyck pour le prier de leur peindre d'autres tableaux4 ,van ,dyck leur rpondit3 ,vous avez assez de barbouilleurs dans ,courtray et aux environs2 pour moi1 j'ai pris la rsolution de ne peindre dsormais que pour des hommes et non pour des nes4 ,on prtend1 ajoute ,descamps1 que ce dernier mot formalisa un peu le chapitre#cj4 ,selon ,houbracken1 ,rubens offrit alors sa fille ane ,van ,dyck4 ,van ,dyck refusa la fille1 parce qu'il aimait encore passionnment la mre4 ,l'imagination des conteurs d'anecdotes est sans doute pour beaucoup dans cette histoire4 ,van ,dyck ne fit gure qu'une halte ,anvers3 ,rubens y prenait trop de place au soleil des autres4 ,il partit pour ,la ,haye1 o le prince d',orange1 ,frdric de ,nassau1 ne le paya pas en monnaie de religieux4 ,il fut log la cour et y peignit plus de vingt portraits de princes1 de ducs1 d'ambassadeurs4 ,de ,la ,haye il passa en ,angleterre et d',angleterre en ,france1 plus tourment alors par l'amour du gain que par l'amour de l'art4 ,mais il tait crit que mille obstacles se jetteraient sous la roue de sa fortune2 ,londres et ,paris1 il passa comme un inconnu1 sans rencontrer personne qui se soucit de son talent4 ,il fut forc1 le croira-t-on8 de revenir ,anvers peindre encore pour les religieux4 ,heureusement que l'ordre des ,capucins lui fut plus hospitalier que l'ordre des ,augustins4 ,les mauvais jours allaient cependant finir pour lui4 peine avait-il quitt l',angleterre que plusieurs des portraits qu'il avait peints la cour du prince d',orange passrent la cour de ,londres4 ,charles ,ier s'enthousiasma du beau caractre des portraits de ,van ,dyck2 il lui envoya un ambassadeur4 ,mais ,van ,dyck n'oubliant pas qu' son premier voyage la ,grande-,bretagne lui avait t inhospitalire1 jura d'abord de n'y jamais retourner4 ,cependant le chevalier ,digby l'emmena ,londres et le prsenta au roi4 ,charles ,ier l'accueillit avec autant de bonne grce et de dfrence que si c'et t ,rubens4 ,il lui donna son portrait garni de diamants1 suspendu une chane d'or2 il le cra ensuite chevalier du ,bain1 et1 voulant que l',angleterre ft sa seconde patrie1 il lui assura une pension considrable et lui donna deux logements1 un d'hiver et un d't4 ,il lui dit que toute sa cour se ferait peindre par lui et taxa lui-mme le prix des portraits3 cent livres sterling pour les portraits en pied et cinquante livres sterling pour les portraits mi-corps4 ,ce fut le bon temps de sa vie4 ,comme ,rubens1 il eut une royaut1 la plus haute et la plus douce1 celle de perptuer l'uvre de ,dieu4 ,les plus belles femmes de la ,grande-,bretagne venaient1 comme une fte1 poser devant sa palette1 toute charge pour elles de roses immortelles4 ,les blondes chevelures se rpandaient pour lui en gerbes ruisselantes2 les fraches paules plus blanches que la cime des ,alpes1 se dcouvraient devant son pinceau4 ,comme le marchal de ,richelieu1 il pouvait se dire un peu le mari de toutes les femmes4 ,quand la belle princesse de ,brignolles1 moiti nue1 posait si complaisamment dans son atelier1 quand ,dyck peignait d'une main toute agite cette gorge blouissante1 qui tait le chef-d'uvre de la nature1 ne pensait-il pas que le grand matre avait cr cette gorge pour lui8 ,van ,dyck vcut en familiarit intime avec ,charles ,ier4 ,il tait insatiable2 il cotait au roi plus cher qu'un premier ministre4 ,un jour que ,charles ,ier posait devant le peintre 7peut-tre pour cet admirable portrait que la gravure a immortalis71 le roi1 qui venait de parler au duc de ,norfolk du mauvais tat de ses finances1 se tourna vers ,van ,dyck et lui dit en riant3 ,et vous1 chevalier1 savez-vous ce que c'est que d'avoir besoin de cinq ou six mille guines8--,oui1 oui1 sire2 un artiste qui tient table ouverte ses amis et bourse ouverte ses matresses ne sent que trop souvent le vide de son coffre-fort#ca4 ,van ,dyck s'tait jet dans d'effroyables dpenses2 il enrichissait ses matresses et ses domestiques1 mais il ruinait peu peu son talent et sa sant4 ,dans ses fureurs de luxe1 il ne fit point btir un palais comme ,rubens1 il fit btir un laboratoire1 car il tait tomb dans le prestige des alchimistes3 tout l'or qu'il avait cr comme par magie avec son pinceau1 il le vit bientt s'vaporer par le creuset4 ,c'tait son ami1 le duc de ,buckingham1 qui l'avait entran la folie du grand-uvre4 ,l'orgueilleux favori de ,charles ,ier1 voyant qu'il avait presque ruin ,van ,dyck1 voulut rparer ses torts1 d'ailleurs involontaires4 ,il l'arracha ses matresses et le maria la fille de lord ,ruthven1 seigneur cossais4 ,c'tait une des plus belles femmes de l',angleterre1 mais elle ne lui apporta en dot que son nom illustre et sa beaut dj clbre4 ,van ,dyck1 peine mari1 ramassa les dbris de sa fortune et partit pour ,anvers1 esprant enfin y tre accueilli avec enthousiasme4 ,mais dcidment sa gloire n'tait pas l4 ,une seconde fois il fit le voyage de ,paris2 on lui avait dit qu'il y rtablirait sa fortune en peignant la galerie du ,louvre1 mais le ,poussin tait arriv avant lui4 ,une seconde fois il quitta la ,france inhospitalire2 il retourna en ,angleterre1 mais c'en tait fait de lui2 il avait abus de ses forces3 jeune encore1 il n'avait plus ni sve ni courage4 ,il tomba malade et ne se releva point4 ,sa femme lui avait donn une fille2 cette fille tant morte deux ou trois ans1 ce fut un dernier coup pour son cur4 ,il mourut1 sans trop de regrets1 quarante-deux ans1 avec la funbre et sainte esprance d'aller reposer o dj reposait sa fille1 dans l'glise ,saint-,paul4 ,marie ,ruthven se remaria1 mais ne lui survcut gure#cb4 ,van ,dyck n'a t que le ,virgile de ,rubens3 moins de gnie et plus de charme1 moins de grandiosit et plus de noblesse1 moins enthousiaste et plus parfait4 ,il faut dire qu'il est mort jeune et qu'il a jet sa vie l'aventure1 toujours amoureux1 parlant toujours fou4 ,du reste1 n'tait le parti pris de toujours mettre l'lve l'ombre du matre1 on aurait souvent pour ,van ,dyck1 devant ses grandes compositions1 la mme ferveur que pour ,rubens4 ceux qui lui refusent le gnie on peut rpondre par son fameux tableau de ,saint ,martin1 excut vingt ans dans le pauvre village de ,saventhem1 o il tait seul1 sans matre et sans tradition4 ,il a laiss en ,italie des pages admirables qui ne plissent pas devant celles de ,titien4 ,il avait1 comme ,rubens1 la posie de la couleur2 son accent est moins vif1 mais il est plus harmonieux encore2 son clair-obscur est le triomphe de l'art1 puisque l'art ne s'y montre pas4 ,ce qu'il faut surtout admirer en ,van ,dyck1 c'est sa touche ferme1 large et fondue1 qui n'exclut pas un fini merveilleux4 ,on comprend d'autant moins cette perfection1 qu'il peignait une tte du premier coup et de la mme palette4 ,la plupart du temps1 il commenait un portrait le matin1 il retenait le modle dner et terminait dans la soire4 ,on voit que ceux qui posaient ne s'ennuyaient pas chez lui4 ,en effet1 ,van ,dyck avait sa disposition des comdiens1 des jongleurs1 des musiciens1 des danseuses1 tout ce qui fait du bruit1 tout ce qui jette de l'clat#cc4 ,en exagrant les ombres et les lumires avec la hardiesse du matre1 ,van ,dyck arrivait toujours un effet grand et simple4 ,il ne prenait la nature que ce que demande la vrit2 il y ajoutait la pompe de l'art4 ,ses ttes ont un tel relief1 un tel degr de vie1 qu'on oublie presque1 en les voyant1 que ce sont des portraits4 ,van ,dyck1 comme portraitiste1 est la hauteur de ,raphal1 d',holbein1 de ,velasquez et de ,rembrandt4 ,la vie clate dans tous ses portraits2 il saisissait la vrit au moment o l'me rayonne sur la figure2 de l cette fleur d'idal1 mme dans la prcision4 ,du reste1 quand l'me ne parlait pas sur la figure1 ,van ,dyck faisait courir la sienne au bout de son pinceau2 aussi retrouve-t-on quelquefois son air de tte dans sa galerie pourtant si vante4 ,van ,dyck est peut-tre le peintre qui a le plus navement compris le beau idal de son sicle2 ses portraits lumineux1 frapps du reflet de cette aube nouvelle qui se levait sur le monde1 ont tous1 avec leur fiert intelligente1 un accent de posie espagnole et romanesque4 ,on peut dire aussi qu'ils rappellent les hros du ,tasse1 qui sont plus amoureux que sanguinaires2 tous sont marqus d'un certain accent chevaleresque4 ,on sent que le roman de leur vie a travers leur cur4 ,aussi les portraits de ,van ,dyck1 outre qu'ils sont des chefs-d'uvre1 sont encore anims par leur air de tte4 ,ceux-l ont toujours une famille4 ,que de fois mme un portrait d'aeul a t dcroch de la place d'honneur pour un portrait peint par ,van ,dyck6 ,titien seul est peut-tre suprieur ,van ,dyck comme portraitiste2 il est plus svre et plus magistral4 ,il faut dire que ,van ,dyck ne peignait que des ,flamands et des ,anglais1 tandis que ,titien peignait des ,italiens3 si le peintre d',anvers trouvait plus de motifs pour sa palette1 le peintre de ,venise trouvait naturellement plus de vigueur et plus de caractre#cd4 ,si ,van ,dyck a eu beaucoup d'imitateurs1 il a eu peu d'lves4 ,on ne cite gure1 parmi ceux qui ont tudi dans son atelier1 que ,fouchier1 de ,berg-op-,zoom1 qui imita tour tour ,van ,dyck1 ,tintoret et ,brauwer2 ,hanneman1 de ,la ,haye1 qui avait saisi la touche de son matre aprs quatre ou cinq leons seulement2 ,reyn1 de ,dunkerque1 qui aidait le grand portraitiste dans les ajustements2 ,boek1 de ,delft1 qui fut recherch dans toutes les cours d',europe4 ,il avait une telle rapidit de pinceau1 que ,charles ,ier1 se faisant peindre par lui1 s'cria3 ,parbleu1 ,boek1 je crois que vous peindriez cheval et en courant la poste4 ,quoique ,gonzalez ,coques ft lve de ,david ,rikaert1 on peut dire que son vrai matre fut ,van ,dyck4 ,dans quelques-uns de ses portraits1 c'est la mme fiert1 le mme got et presque la mme touche4 ,mais le vrai disciple de ,van ,dyck fut ,lely qui lui succda dans les bonnes grces de la cour d',angleterre4 ,il avait comme ,van ,dyck une table de douze couverts et un concert de douze musiciens pendant ses repas4 ,mais il ne se ruina pas comme ,van ,dyck1 parce qu'il eut moins de matresses et qu'il ne donna pas dans les folies de l'alchimie4 ,il est beaucoup moins riche dans la postrit2 cependant ,lely est un vrai portraitiste1 plein de tournure et d'clat4 ,il a t tour tour peintre ordinaire de ,charles ,ier1 de ,cromwell et de ,charles ,,ii4 ,il mourut subitement1 empoisonn1 dit un de ses historiens1 par les succs de ,kneller la cour de ,londres2 empoisonn1 dit un autre1 avec plus de raison1 par une mprise de son mdecin4 ,van ,dyck ferme le cycle des grands peintres de son pays4 ,la nature des ,flandres s'est puise en enfants sublimes4 ,le gnie du ,nord va s'exiler plus loin dans les brumes2 il va fleurir ,leyde1 ,harlem1 ,amsterdam4 ,l'cole de ,rubens se disperse et s'teint peu peu4 ,aprs cette moisson splendide1 nous retrouvons et l quelques vertes pousses2 aprs cette lumire clatante1 nous apercevons1 sous la nuit qui tombe1 les traces du soleil qui disparat3 le couchant conserve quelque temps encore ses teintes de pourpre et de flamme1 peu peu on ne voit plus que des toiles au ciel de l'art4 ,mais demain le soleil va se lever en ,hollande et s'appellera ,rembrandt4 ,note #bh3 ,en ,france1 le beau idal des raffins ne ressemblait gure au beau idal de la cour de ,louis ,,xiv4 ,quelle distance entre ,botrou et ,racine1 qui tous deux ont t jugs beaux6 ,quel rapport existe-t-il entre les jolis coureurs de ruelles de #agdj et les ples rveurs de #ahdj8 ,le masque se modifie selon les passions d'une poque2 aussi1 au ,x,v,i,i,ie sicle1 on avait ,vanloo et ,la ,tour2 cent ans aprs nous avions ,delacroix et ,scheffer4 ,note #bi3 ,la ,famille de la ,vierge a disparu depuis plus d'un sicle de l'glise de ,saventhem2 le ,saint ,martin avait disparu aussi en faveur du ,louvre2 mais1 en #ahae1 ,saventhem a revu son chef-d'uvre4 ,note #cj3 ,van ,dyck n'eut jamais se louer des communauts religieuses4 ,il avait peint un ,saint ,augustin pour les ,augustins d',anvers2 quand il s'agit de le payer1 ils lui dclarrent qu'il avait mal habill leur saint1 qu'ils le voulaient vtu de noir et non vtu de blanc4 ,van ,dyck1 dans l'espoir d'tre pay1 changea l'habit du saint2 mais les religieux lui dirent alors qu'ils n'avaient pas d'argent4 ,cependant1 hasarda timidement l'un d'eux1 si vous nous donniez un ,christ de votre main1 nous trouverions de quoi vous payer le ,saint ,augustin4 ,van ,dyck leur donna le ,christ pour tre pay du saint4 ,note #ca3 ,la reine ,marguerite de ,bourbon1 fille de ,henri ,,iv1 posait un jour devant lui4 ,comme il s'arrtait longtemps aux mains de la princesse 7il excellait peindre les extrmits71 elle lui demanda d'un air enjou pourquoi il caressait plus ses mains que sa tte3 ,madame1 c'est que j'espre de ces belles mains une rcompense digne de celle qui les porte4 ,descamps cite cette rponse comme une rponse heureuse4 ,nous esprons1 pour l'honneur de ,van ,dyck1 que c'est encore l une anecdote btie sur le vent4 ,un autre mot de ,van ,dyck prouverait un peu de sans-faon dans son caractre4 ,on lui reprochait de peindre quarante ans plus ngligemment qu' vingt3 ,autrefois1 rpondit-il1 j'ai travaill pour ma renomme2 aujourd'hui je travaille pour ma fortune4 ,note #cb3 ,le roi l'avait toujours beaucoup aim1 malgr sa soif de l'or et ses prodigalits2 pendant la maladie du peintre1 il promit trois cents guines son mdecin s'il gurissait ,van ,dyck4 ,note #cc3 ,le peintre ,van ,dyck1 ruineux pur la rputation bien mrite qu'il s'est acquise dans son art1 tait parvenu par la libralit de plusieurs princes1 et par les sommes considrables qu'il tirait de ses tableaux1 un degr d'opulence que ceux qui cultivent la peinture1 mme avec le plus grand succs1 n'ont pas connu3 il avait une troupe de comdiens1 de musiciens1 et un quipage de chasse lui4 ,il vivait en grand seigneur et se faisait payer de mme4 ,l',,ann,e ,,litt,,raire4 ,note #cd3 ,joshu ,reynolds1 le grand portraitiste anglais1 le salue connue le premier peintre de portraits4 ,le marquis d',argens le salue comme le premier peintre du monde4 ,figure #aa3 ,vnus4 ,peint par ,rembrandt ,,rembrandt ,la vie et la couleur clatent dans ,rubens2 dans ,rembrandt1 ce qui clate1 c'est la pense et la lumire4 ,rubens est un plus blouissant artiste1 ses pomes sont des merveilles qui enivrent les yeux2 ,rembrandt est plus mditatif2 il veut surprendre l'esprit tout en tonnant le regard4 ,on peut dire que1 comme nation1 la ,hollande naquit de la ,rforme4 ,en vain ,philippe ,,ii voulut touffer sous son pied les semences prospres4 ,quand la raison a pntr dans l'esprit d'un peuple1 les forces brutales ne font que la rpandre et la semer encore4 ,en vain ,philippe ,,ii mit en uvre l'inquisition2 non-seulement avec l'inquisition il perdit la foi catholique1 mais encore la ,hollande4 ,aprs quinze annes de luttes et de supplices1 l'hrosme et la raison triomphrent1 les ,bataves se dclarrent affranchis du joug4 ,leur rpublique ne tarda pas s'lever au rang des premiers royaumes4 ,on ne saurait trop admirer ce peuple perdu sur la mer1 luttant sans cesse contre l',espagne et contre la mer elle-mme4 ,la libert enfante des prodiges1 quand elle est fconde par l'amour de la patrie4 ,l'histoire de la philosophie ira consulter l'uvre de ,rembrandt comme l'un de ses documents les plus prcieux4 ,un rayon de libert couronne les ttes de ce grand matre4 ,ces hommes-l respirent firement sur la terre comme dans un royaume qui leur appartient2 ils ont tous leur part de royaut2 ils ont perdu1 il est vrai1 les visions extatiques qui entranent l'me aux pieds de ,dieu1 mais ils sont dlivrs des chanes de la papaut et des craintes de l'inquisition4 ,la ,hollande n'a jamais t rigoureusement papiste2 la ,rforme l'a trouve toute rforme4 ,c'est vers le nord que l'aube s'est leve4 ,la scolastique seule1 la scolastique1 ce dsert inhabitable pour la raison fcondante1 mais parsem de loin en loin de vertes oasis1 avait lutt et l contre l'envahissement des papistes4 ,ce que ,dante et ,ptrarque furent pour la posie1 ,lonard de ,vinci1 ,michel-,ange et ,raphal pour les arts1 ,bacon et ,descartes pour la philosophie1 ,copernic et ,galile pour l'astronomie1 ,colomb et ,gama pour la science du globe1 ,luther le fut pour la religion4 ,or si ,rembrandt a eu un matre1 ce fut ,luther4 ,rembrandt avait trs-srieusement foi en ,luther4 ,c'tait pour lui mi rformateur comme ,mahomet1 ,jsus-,christ et ,mose4 ,il pensait que le catholicisme1 par ses pompes et ses volupts1 n'tait plus qu'une autre mythologie4 ,dieu1 l'image invisible1 tait cach par les images des saints4 ,rembrandt rendait grce ,luther1 qui avait indiqu aux ,hollandais les premiers rayons du jour nouveau1 qui leur avait inspir l'esprit de rvolte1 qui avait fait de ses frres des hommes libres et forts4 ,dieu est avec eux1 mais ils osent respirer et s'panouir sous le ciel qui leur sourit4 ,l'esclave s'est fait homme4 ,quel merveilleux temps pour la raison1 pour les penseurs1 pour les philosophes6 ,c'est une priode exubrante de gnie3 ,agrippa1 ,bacon1 ,cherbury1 ,descartes1 ,spinoza1 ,gassendi1 ,pascal1 ,locke1 ,leibnitz1 ,wolf4 ,mais la philosophie passait par le martyre pour arriver la gloire4 ,on brlait vifs1 ,bruno ,rome en #afjj1 ,vanini ,toulouse en #afai2 on allait bientt brler ,kuhlmann ,moscou2 les autres mouraient de faim ou d'ennui dans l'exil4 ,rembrandt fut un peintre philosophe qui tudia l'art et la vie dans la nature et dans la cration1 peu ou point dans les livres et dans les muses4 ,il ne devint pas1 comme on le pense trop1 un grand peintre sans le savoir2 il disait trs-bien que celui qui imite ,homre n'imite pas l',iliade4 ,il ddaignait de devenir illustre dans le chemin de ses devanciers3 il voulait monter sur l'pre montagne par un point inconnu4 ,il tudia les principes et la philosophie des arts3 chez les ,italiens1 c'est l'imagination et le sentiment qui les emportent jusqu'au gnie2 chez ,rembrandt1 c'est la pense et l'analyse4 ,les ,italiens sont plus loquents1 ,rembrandt est plus profond#ce4 ,rembrandt#cf naquit le #ae juin ou le #ae juillet #afjf1 trente ans aprs ,rubens1 entre les villages de ,leyerdorp et de ,koukerck1 prs de la ville de ,leyde1 de ,hermann ,gerretz et de ,cornlie ,van ,zuitbroeck4 ,tout le monde sait que son pre tait meunier#cg sur les bords du ,rhin3 de l le surnom de ,van ,rhin4 ,comme le pre de ,breughel le ,drle 7ces exemples sont trop rares pour ne pas s'y arrter71 le meunier de ,leyde voulut que son fils ft un savant ou un artiste4 ,il l'envoya tudier le latin ,leyde4 ,aprs quelques annes d'tudes presque striles1 le jeune homme1 qui n'aimait ni l'cole ni les pdants1 obtint de son pre qu'il serait peintre et non point savant4 ,dj il avait prouv par ses dessins charbonns sur tous les murs de la maison paternelle1 crayonns sur tous ses livres1 qu'il tait n pour l'art4 ,le meunier plaa son fils chez un peintre sans gnie1 ,jakob ,van ,zwaanenburg1 qui lui enseigna du moins l'alphabet de la peinture2 aprs trois ans passs l'atelier de ,jakob ,van ,zwaanenburg1 ,rembrandt alla ,amsterdam demander des leons ,lastman d'abord1 ,pinas ensuite4 ,dans la ,description de la ville de ,leyde1 ,simon ,leeven veut que ,george ,van ,schooten ait t le vrai matre de ,rembrandt4 ,ce n'est pas trop la peine de discuter sur ce point3 ,rembrandt n'a eu qu'un matre1 ce fut ,rembrandt4 ,en effet1 bientt fatigu de toutes ces leons contradictoires qu'il avait subies sans trop se plaindre ,leyde et ,amsterdam1 il revint au moulin de son pre1 dclarant qu'il n'aurait plus d'autre atelier4 ,il aimait cette tour lgante aux ailes rapides ou paresseuses2 il comprenait que pour les hommes d'une forte trempe la nature est seule loquente4 ,ce fut donc dans cet atelier qu'il commena drober au ciel cette lumire magique qui est l'me de sa peinture4 ,celui qui devint avare jusqu'au ridicule fut d'abord un artiste amoureux de son art1 sans songer l'or qui tomberait bientt de sa palette4 ,il peignait pour peindre1 sans autre passion4 l'ge o tant d'autres se htent d'attirer les yeux sur leur talent1 il trouvait de la volupt vivre seul loin de tous1 adonn aux lois austres de l'art4 ,mais un homme de gnie est-il seul en face de l'uvre de ,dieu8 ,n'est-ce pas plutt les hommes qui lui font la solitude8 ,pendant qu'il tudiait par les yeux et par la pense1 tantt errant sur les rives embrumes du ,rhin en contemplation devant les trames invisibles du drame ternel1 tantt dans l'intrieur du meunier1 s'amusant des jeux-de la lumire sur les rudes et franches figures de sa famille1 tantt1 la palette en main1 rpandant la vie avec clat1 les peintres de ,leyde et d',amsterdam1 qui avaient devin son gnie1 le proclamaient d'avance comme une nouvelle toile au ciel de l'art4 ,rembrandt ne croyait pas encore lui-mme1 pareil aux matres srieux1 qui considrent le gnie avec respect et avec effroi4 ,un peintre1 on ne dit pas son nom1 voyant un de ses tableaux#ch1 lui conseilla d'aller le vendre la ,haye1 pour lui prouver que son talent serait apprci4 ,rembrandt alla la ,haye pied1 son tableau sous le bras1 doutant encore de ses forces4 ,il se prsenta chez un amateur1 qui lui offrit premire vue cent florins4 ,rembrandt prit avec surprise les cent florins et retourna en toute hte au moulin raconter sa fortune4 ,ds ce jour1 il faut bien le dire1 l'amour de l'argent vint passer dans ses rves d'artiste4 ,sa famille tait pauvre4 ,sans doute il enviait un peu le sort des beaux gentilshommes de ,leyde1 qui venaient se promener sous son moulin en pourpoint de velours1 coiffs d'un feutre plumes1 portant des armes d'or et d'argent4 ,peut-tre songea-t-il secourir son pre et sa mre1 donner l'un le repos1 l'autre quelque dentelle ou toffe de prix1 peut-tre aussi aima-t-il d'abord l'argent pour l'argent4 ,pourtant il tait dj riche par les tableaux qu'il allait faire quand il pousa une jeune paysanne de ,rarep ou de ,ransdorp1 qui n'avait rien que sa beaut1 sa fracheur et sa gaiet4 ,ce n'est point l le mariage d'un avare4 ,aprs avoir peint trois portraits pour laisser au moulin1--son portrait1 celui de sa mre et celui de sa femme1--il alla s'tablir ,amsterdam2 il y ouvrit bientt un atelier silencieux o chaque lve avait un cabinet4 ,sa manire d'enseigner tait nouvelle ,amsterdam3 devant l'colier qui n'avait pas encore dessin1 il plaait un modle vivant et lui disait3 ,voil ton matre1 tire-toi de l comme tu pourras4 ,il conserva toujours ses allures et son langage rustiques4 ,en vain il se couvrait d'armures et de chapeaux plumes1 l'altier paysan des bords du ,rhin ne se masquait jamais ou se trahissait toujours4 ,il faut qu'ici-bas chacun ait sa folie2 c'est une loi divine qui frappe ternellement l'humanit4 ,rembrandt eut donc la folie de l'argent4 ,cette folie1 qui n'eut d'abord que des airs de caprice et de bizarrerie1 devint peu peu sombre et srieuse4 ,on a tent de rvoquer en doute l'avarice de ,rembrandt2 par amour du paradoxe1 on a mme voulu prouver qu'il tait prodigue comme le sont presque tous les artistes4 ,on s'est appuy sur l'autorit de ,houbraeken1 qui affirme n'avoir jamais entendu dire que ,rembrandt et laiss un grand bien4 ,mais ,houbraeken lui-mme1 parlant des repas de ,rembrandt et du prix de ses tableaux1 ne montre que trop ses contradictions4 ,en effet1 selon lui1 le grand peintre de ,leyde dnait assis sur un escabeau1 tantt avec un hareng sal1 tantt avec un fromage4 ,on peut juger1 d'aprs les portraits et les tableaux qu'il a laisss de sa femme et de son intrieur1 qu'il n'avait de luxe que dans son talent4 ,il fuyait le monde avec effroi2 en vain le bourgmestre ,six cherchait lui prouver qu'il tait n pour les honneurs1 qu'une gloire telle que la sienne perdait se tenir cache dans l'ombre de l'intrieur2 il amassait l'or avec volupt1 il persistait ne s'amuser qu'en la compagnie des gens du peuple1 plus merveill d'un trait naf ou spirituel1 parti du cur ou du cabaret1 que des discours loquents appris dans les livres4 ,il tait du peuple1 il ne respirait la libert qu'avec le peuple4 ,on lui a fait un reproche de sa faon de vivre4 ,si son talent tait tous1 sa vie tait lui-mme2 il ne devait compte que de son talent4 ,on lui a reproch de n'avoir pas voulu sortir de son pays4 ,tous ses contemporains regrettaient de ne pas le voir faire un plerinage en ,italie4 ,ce reproche n'est pas injuste comme l'autre1 il est ridicule#ci4 ,est-ce qu'en saluant le gnie de ,rembrandt on a le droit de le vouloir plus parfait1 quand ,lonard de ,vinci1 ,michel-,ange1 ,raphal1 ,corrge et ,titien avaient pour ainsi dire ferm tout espoir aux peintres futurs8 ,rembrandt avait voulu arriver au gnie sans s'appuyer sur le gnie des autres4 ,il avait runi sur les murs de son atelier des armures1 des turbans1 des toffes persanes1 des armes de prix1 des pierres prcieuses3 ,ce sont l mes antiques1 disait-il4 ,esprit bizarre et libre1 il n'tait esclave de qui que ce ft1 pas mme de sa passion pour l'or4 ,un jour qu'il peignait une famille noble dans un seul tableau1 on vint lui annoncer la mort d'un singe qu'il aimait beaucoup4 ,il ne peut contenir sa douleur2 il s'irrite contre le sort1 il dit que c'en est fait de lui4 ,tout en sanglotant1 il trace grands traits la figure du singe sur le tableau de famille4 ,on lui fait des remontrances1 on lui dit que son singe est dplac au milieu de graves personnages2 toute la famille s'indigne et lui ordonne d'effacer l'animal4 ,il continue pleurer et peindre son singe4 ,le chef de la famille lui demande d'un ton svre si c'est le portrait des siens ou d'un singe qu'il prtend faire4 ,c'est le portrait du singe1 rpond ,rembrandt4--,eh bien donc6 vous garderez le tableau4--,j'y compte bien1 rplique le peintre#dj4 ,il riait lui-mme de sa folie pour l'argent4 ,il ne se fchait pas quand d'autres1 en riaient4 ,ainsi1 on raconte que ses lves ont peint des pices de monnaie sur des cartes rpandues1 comme par mgarde1 dans l'atelier4 ,rembrandt s'y laissait prendre1 et tendait la main avec une avidit comique et furieuse4 ,cependant1 pour assouvir sa passion1 il perdait toute noblesse2 il avait un fils2 il l'obligeait vendre ses estampes1 comme s'il les lui eut drobes2 il le condamnait aller dans les ventes publiques surenchrir sur ses tableaux3 singulire et triste ducation du fils d'un homme de gnie6 ,il jouait comme ,tniers1 comme beaucoup d'autres1 la comdie de la mort pour ranimer le zle des amateurs1 ou bien il simulait un long voyage3 il parlait de s'exiler aux ,grandes-,indes1 ou bien encore il changeait quelques traits une gravure pour la vendre ceux qui dj l'avaient achete4 ,ainsi vivait cet homme si original et si fort1 le vrai roi de la ,hollande1 comme ,rubens est le vrai roi de la ,flandre4 ,on a quelque peine se reprsenter un pareil gnie1 perdu1 pour ainsi dire1 dans une mine d'or1 vivant dans son intrieur et tranger aux joies de l'intrieur4 ,van ,dyck demandait la fortune l'alchimie1 ,rembrandt demandait l'or l'or lui-mme4 ,ironie de l'esprit souverain qui avait laiss tomber sur eux un rayon de sa gloire6 ,dans la vie de chaque grand artiste1 on pourrait trouver l'amour de l'or4 ,zeuxis ne faisait-il pas payer tous les curieux qui venaient voir la fameuse ,hlne#da8 ,,ii ,rembrandt travailla jusqu' son dernier jour1 en #afgd2 il mourut1 comme on voit1 g de soixante-huit ans1 laissant un fils1 ,titus ,rembrandt1 qui n'hrita point de son gnie4 ,du moulin de son pre au tombeau1 la vie de ,rembrandt ne fut gure varie4 ,il vivait enferm en lui-mme1 bloui de ses uvres1 parcourant le monde inconnu qu'il avait dcouvert dans l'art4 ,sans doute1 enivr de gloire et d'or1 il ne retrouva pas ,amsterdam un seul des beaux jours que ,dieu lui avait donns vingt ans dans le potique moulin aux ailes lgres qui tait sa salle d'orchestre au grand drame de la cration2 mais1 dans sa simplicit nave1 sa femme lui fut toujours aimable4 ,il respirait autour d'elle le parfum doucement agreste des prairies de la maison natale4 ,chez ,rembrandt1 le style c'est l'homme4 ,la pense de ,buffon s'appliquerait plus volontiers aux peintres qu'aux potes4 ,il y a dans la tte de ,rembrandt quelque chose de sombre et de lumineux1 d'abrupt et de fier1 de naf et de ddaigneux1 une ligne douteuse1 mais une couleur splendide4 ,il est toff comme son talent2 il aime les chanes d'or1 les pendants d'oreilles1 les pierres prcieuses1 les dentelles et les guipures1 le velours et la soie1 tout ce qui sduit les yeux4 ,il est le plus souvent coiff d'une toque de velours qui rpand l'ombre sur son front3 cette ombre1 c'est la pense4 ,il portait ses moustaches un peu sauvages et ses cheveux boucls#db1 laissant la nature tous ses droits comme dans ses tableaux4 ,rembrandt est l'une des plus robustes individualits qui aient pass dans le monde des arts4 ,on peut dire qu'il n'est pas mme de son pays4 ,il est grand ct de ,rubens et ne le rappelle jamais4 ,thophile ,thor1 qui a tudi sur le vif ces deux matres souverains1 les oppose avec beaucoup de vrit3 ,il n'y a pas dans toutes les coles deux peintres qui diffrent plus l'un de l'autre que ,rembrandt et ,rubens2 ce sont prcisment les contraires3 l'un est peintre concentr1 l'autre est un peintre tal2 l'un cherche la simplicit caractristique1 l'autre une somptuosit ambitieuse2 l'un mnage ses effets1 l'autre les prodigue aux quatre coins de ses toiles2 l'un est tout en dedans1 l'autre tout en dehors2 l'un est mystrieux1 profond1 insaisissable1 et vous fait replier sur vous-mme3 toute peinture de ,rembrandt1 mme connue d'avance par des descriptions ou des estampes1 cause toujours1 quand on la voit pour la premire fois1 une indfinissable surprise2 ce n'est jamais ce quoi on s'attendait2 on ne sait que dire2 on se tait et on rflchit2--l'autre est expansif1 entranant1 irrsistible1 et vous fait panouir3 toute peinture de ,rubens communique la joie1 la sant1 une exubrance extrieure de la vie4 ,devant ,rembrandt on se recueille1 devant ,rubens on s'exalte4 ,grands magiciens tous les deux1 mais par des procdes absolument inverses1 ils sont l'un l'autre ce que sont chez les ,italiens le ,vinci et le ,vronse4 ,pour qui connat fond ,rembrandt1 ce n'est point un paradoxe de dire qu'il a certaines qualits du ,vinci2 que son tourment1 comme celui de ,lonard1 est l'expression de la physionomie intime2 que ce caractre significatif il l'a cherch1 trouv et grav sur les types du ,nord1 comme ,lonard sur les beaux types de l',italie4 ,par ce ct-l1 incontestablement1 il a quelque chose du peintre de la ,joconde4 ,ses analogues dans l'cole italienne1 on en peut convenir volontiers1 sont cependant plutt ,corrge1 ,giorgione et ,titien1 que ,lonard1 de mme que1 dans l'cole espagnole1 celui qui se rapproche le plus de lui1 c'est ,velasquez4 ,quant ,rubens1 il est le frre de ,paul ,vronse1 sauf aussi la diffrence des types4 ,leurs instincts1 leurs mthodes1 leurs rsultats1--leurs gnies1--sont les mmes4 ,on n'a jamais remarqu que ,rembrandt et ,rubens n'ont eu aucune relation ensemble1 quoique contemporains2 car1 s'il y avait trente ans de distance entre leurs ges1 ,rembrandt cependant conquit la clbrit presque ds son arrive ,amsterdam en #afej1 ou du moins ds #afeb1 aprs la ,leon d'anatomie1 et ,rubens ne mourut qu'en #afdj4 ,les deux matres qui n'taient pas bien loin l'un de l'autre1 d',amsterdam ,anvers1 auraient pu se connatre4 ,il y avait une circulation assez frquente de l'cole d',anvers celle d',amsterdam et rciproquement4 ,jean ,lyvensz entre autres1 le condisciple1 l'ami et le sectateur de ,rembrandt1 a aussi tudi sous l'influence de ,rubens4 ,il ne parait pas toutefois que le matre flamand et le matre hollandais aient chang aucun tmoignage de sympathie4 ,rembrandt1 il est vrai1 dans sa prcieuse collection1 avait un carton d'esquisses de ,rubens et un choix de gravures d'aprs ,rubens1 parmi ses uvres de ,raphal1 de ,michel-,ange et des autres grands artistes2 mais ,rubens qui possdait pourtant quelques ,hollandais ct de ses ,vronse et de ses ,titien1 n'avait pas le moindre croquis de ,rembrandt4 ,peut-tre le ,flamand semi-italianis l'estimait-il pas sa juste valeur son naf et sauvage compre des ,provinces affranchies4 ,si la peinture n'et t dcouverte1 ,rembrandt l'aurait invente4 ,venu aprs la priode des chefs-d'uvre italiens et flamands1 un homme moins fort se fut content d'expliquer1 pour ainsi dire1 quelque matre connu4 ,il voulut son tour possder la clef d'or du gnie4 ,la vrit fut sa religion1 la lumire sa posie4 ,il fut vrai et rayonnant4 ,hardi dans son art jusqu' l'insolence1 il avait banni les rgles consacres par l'exemple des matres1 il peignit sa fantaisie1 tantt commenant par o les autres finissent1 tantt finissant par o les autres commencent4 ,ses portraits magiques ont un si grand relief parce qu'il semblait plutt modeler que peindre4 ,on cite de lui une tte o le nez tait presque aussi saillant que celui du modle4 ,cette faon de faire n'tait pas du got de tout le monde2 ,rembrandt s'en embarrasse fort peu2 il dit un jour quelqu'un qui approcha de trs-prs pour voir ce qu'il peignait3 ,un tableau n'est pas fait pour tre flair2 l'odeur de la couleur est malsaine4 ,il disait aussi ceux qui lui reprochaient de faire de la peinture raboteuse3 ,je suis peintre et non teinturier4 ,ces deux mots sont deux leons immortelles4 ,par son admirable science du clair-obscur1 il a produit dans chacun de ses tableaux quelque effet clatant4 ,il tait si sr de son pinceau et de sa palette1 qu'il plaait chaque ton sa vraie place1 d'un seul coup1 sans tre oblig d'y revenir et de le foudre avec d'autres4 ,de l cette fleur si frache de coloris4 ,il se contentait1 pour adoucir les teintes et lier les lumires aux ombres1 de quelques glacis lgers qui faisaient l'harmonie sans altrer la virginit des couleurs4 ,tout penseur qu'il ft1 il tait souvent sans lvation4 ,quelques-uns de ses tableaux d'histoire ne sont que de suprmes mascarades3 c'tait ,vronse et ,basan en ,hollande4 ,cependant il ne faudrait pas ici prononcer un jugement absolu3 ainsi la ,descente de ,croix1 ,tobie prostern devant l'ange1 la ,rsurrection de ,lazare1 le ,triomphe de ,mardoche1 l',adoration des ,mages1 ,jsus ,emmas1 sont de srieux chefs-d'uvre anims de lueurs exquises1 clairs et l d'un rayon divin4 force de vrit1 ,rembrandt devient sublime comme d'autres force d'lvation et d'idal4 ,j'ai vu ,venise#dc une ,madeleine de ce matre qui est un chef-d'uvre d'expression et qui contraste singulirement avec toutes les ,madeleines des matres italiens4 ,c'est une belle et simple ,hollandaise2 mais pour ce sublime pote n'y a-t-il pas des modles dans tous les pays8 ,si elle n'est pas belle par la grandeur des lignes1 elle est belle par la douleur et par le repentir 7douleur et repentir de la premire fille venue2 mais pourquoi faire toujours de ,madeleine une femme trop illumine des splendeurs du ,christ1 un pote par le cur1 une ,sapho chrtienne chantant ses pchs plutt qu'elle ne les pleure87 ,cette ,madeleine de ,rembrandt1 on voit bien qu'avant de lever les yeux au ciel elle a aim les hommes de la terre2 on voit bien qu'elle a pleur de joie avant de rpandre ces belles larmes que le gnie a cristallises4 ,elle n'est pas nue comme ses surs2 on la voit mi-corps et de face1 habille en ,hollandaise2 elle montre une main admirable comme les faisait ,rembrandt en ses jours de bonne volont#dd4 ,elle vit encore de la vie humaine par le cur qui est l'orage de la crature2 toutes les passions qui l'ont agite sur la mer des dangers sont peine assoupies dans son sein4 ,la ,vnus du muse du ,louvre pourrait servir de pendant cette ,madeleine4 ,c'est toujours une ,hollandaise habille des pieds la tte 7,rembrandt habillait mme les anges74 ,elle est belle par l'clat de la vie1 par la sve et par la force2 elle est mme belle1 si on peut parler ainsi1 par la beaut4 ,dieu n'en a pas cr de plus victorieuses dans toute la ,hollande4 ,elle a un ,amour auprs d'elle2 on lui en donnerait vingt sans puiser ses lvres ardentes et savoureuses4 ,dans la recherche du beau1 il n'y a pas seulement la svrit de la ligue et la grce du contour4 ,le vase d'or le mieux sculpt n'est-il pas celui de l'autel d'o s'chappe un jet des flammes divines8 ,l'histoire de ,promthe drobant le feu du ciel n'est encore qu'une sublime allgorie4 ,la beaut se forme de divers lments1 parce qu'elle est la beaut plastique1 la beaut morale et la beaut intellectuelle1 parce que l'artiste a d tour tour caresser avec la mme ferveur les muscles d',hercule1 les lvres savoureuses de ,vnus ou de ,madeleine#de1 la tristesse potique de ,psych et le front pensif de ,minerve4 ,rembrandt caressait tour tour le front de ,minerve et les lvres savoureuses de ,madeleine ou de ,vnus4 ,sa beaut idale1 c'tait la pense et le rayonnement3 l'homme qui pense1 la femme qui s'panouit4 ,ce grand peintre aimait trop perdument les jeux de la lumire dans l'obscurit4 ,munich1 il a un ,crucifiement par un temps orageux1 une ,mise au tombeau sous une sombre vote1 une ,rsurrection au milieu de la nuit1 une ,nativit devant une lampe1 une ,ascension qu'illuminent les rayonnements du ,christ2 mais ces effets de clair-obscur1 ces magiques oppositions de jour et de nuit1 ne font pas tout le gnie du peintre4 ,ceux qui nient son expression et son style1 s'ils taient demeurs contemplatifs devant ces uvres tranges1 auraient senti que son gnie ne triomphait pas seulement par la magie de l'excution4 ,son me n'est-elle pas visible dans sa couleur8 ,il y a toujours sous un masque brutal1 un profond sentiment humain4 ,il est loin de l'idal chrtien1 des figures dtaches des fonds d'or du ,giotto ou des paysages austres du ,prugin2 mais il a sa foi comme les artistes les plus pieux du moyen ge et de la ,renaissance4 ,il aime la nature sous quelque face qu'elle se prsente4 ,elle est horrible2 qu'importe6 c'est la nature1 une chose sainte et sacre4 ,s'il a perdu la posie de l'esprit1 n'a-t-il pas celle du cur8 ,il proteste par l'clat et l'exubrance contre la tombe entr'ouverte o les chrtiens nous enterrent mme dans la vie4 ,le panthisme doit reconnatre ,rembrandt pour son peintre souverain4 ,aprs l'idal antique1 aprs l'idal chrtien1 il trouva l'idal terrestre1 l'idal de la raison qui voit par l'il simple4 ,dans l'uvre de ,rembrandt on dirait qu'il a voulu supprimer le ciel2 il a pris du limon ses pieds1 et1 comme un autre crateur1 il a sculpt la personnalit humaine avec respect et avec amour#df4 ,oui1 il y a loin de l aux fonds d'or des ,byzantins qui fuyaient la terre et craignaient d'y mettre le pied6 ,c'est un nouveau monde1 un monde dans les tnbres3 la lumire de ,rembrandt n'est-elle pas celle qui jaillit des tnbres8 ,c'est l'aube encore douteuse d'un jour nouveau qui sera clair par les orages du doute4 ,quel pome plein de terreur et de mystre6 ,la pense humaine qui se reconnat libre et va se briser aux temptes futures6 ,les sombres philosophes de ,rembrandt1 ceux qu'il a anims de ses rves et de ceux de ,luther1 sont plus tristes que les martyrs de ,ribeira4 ,ils ont l'avenir1 ils y vont librement1 ils sont matres du monde2 mais que trouveront-ils dans l'avenir et que leur rserve le monde8 ,ils ont bris leurs chanes2 mais c'taient des chanes d'amour1 des chanes de lis et de roses tombes du rivage sacr4 ,les philosophes de ,rembrandt1 tous ns du protestantisme1 semblent se dire tristement3 ,je suis libre1 mais je ne suis qu'un homme4 ,je puis aller1 mais o vais-je8 ,rembrandt trouva presque en mme temps son gnie de portraitiste1 de graveur et de paysagiste4 vingt-cinq ans1 il avait toute sa force2 depuis cet ge jusqu' sa mort1 il changea et l sa manire1 mais tout en conservant sa chaude et vigoureuse empreinte4 ,soit que son travail ft trs-tudi1 soit qu'il peignt avec la rapidit de la foudre1 soit qu'il crt un philosophe ou une paysanne1 un intrieur hollandais ou un tableau biblique1 c'tait toujours le mme gnie viril1 solide1 clatant4 ,rembrandt fut aussi grand coloriste dans la gravure que dans la peinture4 ,sa pointe1 c'tait encore son pinceau tout baign d'ombre et de lumire4 ,on reconnat la mme touche et le mme esprit4 ,il n'a pas plus imit les graveurs ses devanciers qu'il n'avait fait des peintres2 aussi est-il plus vigoureux et plus chaud#dg4 ,on peut hardiment parler des teintes de sa pointe4 ,ses descentes de croix1 ses portraits1 ses sujets religieux et profanes1 ses paysages1 sont d'un effet magique par l'expression1 l'nergie et la couleur4 ,on peut admirer ,rembrandt dans tous les muses d',europe1 mais c'est la ,haye et ,amsterdam qu'il faut aller saluer son gnie4 ,la ,leon d'anatomie#dh et la ,ronde de nuit 7qui est une ronde de jour71 sont l'expression la plus vive et la plus loquente de ses deux manires4 vingt-cinq ans1 il peignit la ,leon d'anatomie avec la science1 la sobrit1 la prcision1 la touche cache d'un matre qui n'a plus rien apprendre de l'art4 ,c'est un chef-d'uvre dont nul dtail ne trahit une main de vingt-cinq ans4 ,plus de douze ans aprs1 le jeune homme s'tait fait homme1 il peignit la ,ronde de nuit4 ,alors il dploya toute la fougue1 toute la tmrit1 toute l'exubrance de la jeunesse4 ,il rebroussa chemin l'ge o tant d'autres continuent marcher devant eux4 ,il ressaisit sa jeunesse et la jeta tout tincelante1 pleine de vie fconde1 audacieuse1 comme un lion qui secoue sa crinire4 ,corrge et ,velasquez eussent t blouis devant ce chef-d'uvre tout rayonnant4 ,rembrandt est un pote sombre1 trange1 hardi1 bizarre1 romanesque4 ,il joue ses drames sur un fond noir2 il aime le mystrieux jusqu' la fantasmagorie4 ,c'est un pote n de son temps1 comme ,shakespeare#di4 ,il aime mieux les hardiesses insenses que les beauts connues4 ,la vie tombait de sa palette comme le bl sous la faux1 comme l'eau jaillit du rocher1 comme la lumire ruisselle du soleil4 ,il prenait la nature corps corps et luttait avec elle en intrpide4 ,il osait tre trivial1 presque monstrueux4 ,la posie est partout pour le pote4 ,il ne reculait devant aucune laideur vivante2 mais sous sa main fconde tout prenait une expression fantasque et grandiose4 ,oui1 celui-l a son idal et son style dans le monde de l'art4 ,il est vrai de point en point1 mais avec un accent loquent4 ,oui1 il a son idal familier1 visible dans le caractre formidable de sa peinture1 dans la profondeur pensive de ses ttes1 dans la bizarrerie de ses ajustements1 qui ne sont d'aucun temps ni d'aucun pays1 dans ses effets de clair-obscur1 dans sa touche magistrale couronne de chaudes vapeurs d'or et d'argent1 dans sa manire hardie de distribuer l'ombre et la lumire4 ,winckelmann1 qui pleurait d'admiration devant l',apollon du ,belvdre1 demeurait rveur tout un jour devant un tableau de ,rembrandt4 ,le gnie de ce grand artiste est presque inexplicable2 il est la fois brutal et dlicat1 heurt et harmonieux1 farouche et tendre4 ,quel chaos1 mais quelle lumire6 quel tumulte1 mais quelle gravit6 quelle crinire flamboyante de lion1 mais quels sourires de paix6 ,quel amour voluptueux des tnbres et des rayons6 quelle audace aveugle et quelle sagesse raisonne6 quelle modration dans la force6 ,il est fougueux jusqu' la furie1 original jusqu' l'extravagance2 mais comme au milieu de toutes ces fantaisies et de toutes ces tmrits il demeure en pleine vrit1 le pied clou sur la terre1 dans sa fiert ddaigneuse et sauvage6 ,rembrandt a gal la puissance de la nature2 comme elle1 il a rpandu d'une main large et fconde la vie sur ses uvres4 ,il n'a pas imit par l'imitation1 mais par la cration2 il s'est lev jusqu'au prodige4 ,ne pourrait-on pas comparer ,rembrandt un comdien qui arrive l'improviste sur le thtre1 affubl d'un costume invraisemblable1 comme pour jouer la comdie8 ,on le trouve si original1 si franc1 si bizarre1 qu'on sourit et qu'on se promet de rire beaucoup de sa comdie4 ,mais peu peu sa figure s'claire d'un rayon magique1 on l'coute1 on ne rit plus3 ce n'est pas la comdie1 c'est le drame qu'il joue1 un drame sombre et gai1 le drame humain1 comme ,shakespeare4 ,il est si loquent dans ses haillons1 si trivial sous sa toque de velours1 si potique et si pittoresque dans son franc parler tout sem d'images bibliques et plbiennes1 qu'il vous tonne1 vous transporte et vous donne le vertige4 ,l'inspiration1 c'est le rayon sacr qui part du sein de ,dieu et qui va frapper le cur ou l'esprit des potes et des artistes4 ,ce rayon a travers les brumes du pays de ,leyde pour illuminer ,rembrandt et son uvre4 ,comme ,michel-,ange1 ,rembrandt1 le ,michel-,ange de la ,hollande1 a pntr dans le monde des penseurs2 mais1 au lieu de lever ses yeux blouis vers les cimes inaccessibles1 il est demeur religieusement attach la terre1 sa vraie patrie4 ,note #ce3 ,les ,flandres ont autant servi l'art que l',italie2 ,raphal n'a pas cr un peintre et en a dsespr mille3 chez lui1 c'est le monde connu1 c'est le dernier mot1 c'est le couronnement de l'uvre2 chez ,rembrandt1 l'intrpide et magique coloriste1 c'est encore le commencement du monde4 ,note #cf3 ce prnom ,rembrandt si l'on ajoute1 selon la coutume hollandaise1 le nom paternel ,hermans-zoon 7,hermansz par abrviation7 et le nom topographique van ,rijn1 on a le nom complet1 consign1 sauf les variantes d'orthographe1 dans les actes et les crits du temps3 ,,rembrandt ,,hermansz ,,van ,,rijn4--,w4 ,,berger4 ,note #cg3 ,cette famille de meuniers du ,rhin tait fort l'aise et trs-honorable4 ,meuniers1 bateliers1 boulangers1 sont1 en ce pays-l1 de bons bourgeois1 ayant pignon sur rue1 voiles au vent sur les canaux1 et du pain sur la planche2 riches souvent1 et quelquefois intresss dans les oprations des pays d'outre-quateur2 mls1 comme tout le monde en ,hollande1 aux administrations municipales et aux affaires publiques3 donnant de l'ducation leurs enfants et les tenant la hauteur des classes les plus leves--,w4 ,,berger4 ,note #ch3 ,on croit qu'il reprsentait la ,femme adultre4 ,vers le mme temps1 il peignit une ,fuite en gypte dans un admirable paysage1 d'un grand effet jusque-l inconnu4 ,note #ci3 ,rembrandt aurait t un plus grand peintre si ,rome avait t sa patrie ou s'il en avait fait le voyage2 il n'a d son talent qu' la nature et son instinct1 et il aurait appris trouver1 sans se mprendre1 le beau dont il s'est toujours cart4 ,s'il en a quelquefois approch1 'a t moins par rflexion que par hasard4 ,,descamps4 ,note #dj3 ,la vie de ,rembrandt est seme de pages pittoresques4 ,il avait une servante extrmement babillarde3 aprs avoir peint son portrait1 il l'exposa une fentre o elle faisait souvent de longues conversations4 ,les voisins prirent le tableau pour la servante mme1 et vinrent aussitt dans le dessein de discourir avec elle2 mais tonns de lui parler pendant plusieurs heures1 sans qu'elle rpondit un seul mot1 ils trouvrent ce silence fort singulier et s'aperurent enfin de leur erreur4 ,c'est toujours l'histoire des oiseaux qui allaient becqueter les raisins du peintre grec4 ,note #da3 ,on sait qu'elle fut surnomme la courtisane1 parce que tout le monde la voyait pour de l'argent4 ,note #db3 ,dans la gravure d',eisen1 il est encadr entre un portrait d'ami et un philosophe qui mdite dans le demi-jour4 ,on voit d'un ct sa palette1 de l'autre sa pointe sur une eau-forte bauche4 ,qui n'a vu l'eau-forte o il s'est gaiement reprsent lui-mme avec sa femme8 ,note #dc3 ,couvent de ,sainte-,marie du ,salut4 ,note #dd3 ,il sentait si bien son incapacit dessiner les mains1 qu'il les cachait le plus qu'il pouvait4 ,ainsi parle ,descamps4 ,c'est d'une grande injustice1 quand ,rembrandt faisait un portrait1 c'tait le plus souvent en toute hte4 ,pourquoi se ft-il attard en peignant des mains inutiles8 ,s'il cachait les mains1 c'tait par paresse et non par impuissance4 ,du reste1 ,descamps se contredit1 selon sa coutume3 ,j'ai vu de ses tableaux o quelques traces de brosse qu'on ne distingue pas trop de prs reprsentent1 une certaine distance1 des mains peu dcides1 mais qui font autant d'effet que si le peintre y eut mis plus de sollicitude4 ,note #de3 ,cette ,vnus n'est pas le portrait de sa femme1 mais la rappelle4 ,du reste1 sa femme posait habituellement pour ses ,vnus et ses ,madeleine4 ,note #df3 ,les cinquante portraits qu'il a laisss de lui-mme ne prouvent-ils pas tout son zle proclamer l'uvre du ,crateur1 la royaut de l'homme8 ,c'tait l sa religion4 ,du reste1 quand il met en scne la sublime tragdie du christianisme1 n'a-t-il pas une loquence toute biblique8 ,note #dg3 ,rembrandt n'a jamais voulu graver devant personne2 son secret tait un trsor et il tait avare4 ,on n'a jamais devin de quelle manire il commenait et finissait ses planches2 tout ce qu'on a su1 c'est qu' peine avait-il fait le trait et donn quelques ombres qu'il faisait tirer un nombre d'preuves4 ,il mettait de nouveau le vernis sur sa planche et en augmentait le travail2 cela se faisait jusqu' trois ou quatre fois4 ,lorsque la planche tait use1 il barbait les fonds et changeait les effets1 en sorte que la partie qui avait t ombre devenait claire3 cette dernire transposition n'a pas toujours russi2 les preuves de quelques-unes en sont grises1 approchant de la manire noire4 ,il ne calquait gure ses dessins1 de peur d'en refroidir l'esprit4 ,,descamps4 ,note #dh3 ,la ,leon d'anatomie reprsente le docteur ,tulp devant un cadavre baign d'ombre et de lumire1 entour de sept personnages distingus qui l'coutent avec une attention suprme4 ,bien n'est plus simple1 rien n'est plus saisissant4 ,ce corps blanc comme le marbre des tombeaux1 ces hommes vtus de noir1 barbe blonde1 figure intelligente1 se gravent pour jamais dans l'esprit4 ,la ,ronde de nuit est une simple convocation de la garde civique pour recevoir le prince d',orange4 ,le tambour surprend ces bons ,hollandais4 ,pour animer cette scne1 ,rembrandt a choisi l'instant o ils s'lancent demi habills1 l'un boulonnant son pourpoint1 celui-ci mettant ses gants4 ,c'est le triomphe du mouvement et du dsordre4 ,parmi les chefs-d'uvre de ,rembrandt il faut citer aussi sa ,descente de croix1 la ,rsurrection de ,lazare1 les ,vendeurs chasss du temple1 l',adoration des ,mages1 la ,mort de la ,vierge4 ,note #di3 ,un gnie pntrant1 le sorcier hollandais ,rembrandt1 qui sut tout deviner1 dans son tableau lugubre1 date de la grande joie du trait de ,westpbalie 7#afdh71 a parl mieux que tous les politiques1 tous les historiens 7le ,christ ,emmas que nous avons au ,louvre74 ,on oublie la peinture4 ,on entend un soupir4 ,soupir profond1 et tir de si loin6 ,les pleurs de dix millions de veuves y sont entrs1 et cette mlodie funbre flotte et pleure dans l'il du pauvre homme1 qui rompt le pain du peuple4--,il est bien entendu que la tradition du moyen ge est finie et oublie1 dj cent lieues de ce tableau4 ,une autre chose dj est la place1 un ocan dans la petite toile4 ,et quoi8444--,l'me moderne4--,la merveille1 dans cette uvre profonde d'attendrissement et de piti1 c'est qu'il n'y a rien pour l'esprance4 ,seigneur1 dit-il1 multipliez ce pain6444 ,ils si sont affams6 ,mais il ne l'attend gure1 et tout indique ici que la faim durera4--,ce misrable poisson sec qu'apporte le fivreux htelier n'y fera pas grand'chose4 ,c'est la maison du jene1 et la table de la famine4 ,dessous rit1 grince et gronde un affreux dogue1 le diable1 si l'on veut1 une bte robuste1 aussi forte1 aussi grasse que ces pauvres gens-l sont maigres4 ,il a sujet de rire1 carie monde lui appartient4--,,michelet4 ,figure #ab3 ,portrait4 ,peint par ,velasquez ,,don ,,diego ,,velasquez ,,de ,,silva ,de tous les grands matres1 don ,diego ,velasquez de ,silva est peut-tre le moins rellement connu1 quoique sa rputation soit universelle et inconteste4 ,l',espagne jalouse a gard l'uvre presque tout entier de son peintre favori1 et les autres muses n'en possdent que des fragments d'une importance mdiocre et souvent d'une authenticit douteuse4 ,ses tableaux sont rests au palais de ,madrid1 l',escurial1 au ,prado et autres rsidences royales1 accrochs au clou mme o on les avait suspendus d'abord1 pour venir1 longues annes aprs1 prendre place immuablement au ,muse royal4 ,autrefois1 un voyage en ,espagne tait chose difficile et prilleuse2 la chane des ,pyrnes de sa haute arte sparait bien vritablement la ,france de la ,pninsule4 ,le mot de ,louis ,,xiv n'tait pas devenu encore une vrit4 ,il fallait faire une route longue et mal trace1 dos de mulet1 en galre ou dans quelque lourd coche aux durs coussins1 entre une double haie de croix sinistres indiquant des meurtres ou des accidents1 n'ayant pour gte que des ventas1 coupe-gorges nullement perfectionns depuis don ,quichotte1 et plus hospitalires aux btes qu'aux personnes4 ,rares taient les voyageurs qui franchissaient les monts1 moins qu'ils n'y fussent forcs par de srieux motifs de position1 d'intrigue ou de diplomatie4 ,parmi ceux-l on comptait peu d'amateurs de peinture4 peine jetaient-ils sur les toiles du matre1 trop profondment espagnol pour tre got premire vue des trangers1 ce regard vague1 distrait1 banalement admiratif de l'homme qui n'y entend rien et a bien d'autres choses en tte4 ,cependant ,velasquez1 pour ainsi dire ignor de l',europe1 n'en voyait pas moins son nom cit ct de ,titien1 de ,vronse1 de ,rubens1 de ,rembrandt et de tous les rois de la couleur4 ,il rayonnait tranquillement dans sa gloire lointaine1 rvr sur parole comme ces monarques invisibles leurs sujets et dont la majest est faite de mystre4 ,on peut maintenant admirer ,velasquez sur place4 ,il est plus facile aujourd'hui d'aller ,madrid qu'autrefois ,corinthe1 et ce n'est pas par vain amour-propre de touriste que nous nous prvaudrons1 pour parler du grand matre1 de deux voyages faits en ,espagne une poque o une telle entreprise offrait encore quelque danger4 ,sans imiter sir ,david ,wilkie qui1 dans son fanatisme1 analysait chaque jour un pouce carr du tableau des ,borrachos1 nous avons soigneusement tudi le grand don ,diego ,velasquez de ,silva au ,museo real1 o se trouvent runies ses uvres les plus clbres2 les ,menines1 les ,forges de ,vulcain1 la ,reddition de ,brda ou tableau des lances1 les ,filleuses1 les ,buveurs1 les portraits questres de ,philippe ,,iii1 de ,philippe ,,iv1 de doa ,isabelle de ,bourbon1 de ,marguerite d',autriche1 de l'infant d',espagne1 du comte-duc d',olivars et autres toiles de la plus riche couleur et du caractre le plus original4 ,avant de commencer la description et la critique de ces chefs-d'uvre1 il serait bon1 pour n'y plus revenir1 d'esquisser en quelques traits la physionomie biographique de ce matre souverain4 ,l'exact ,cean-,bermudez nous servira de guide4 ,don ,diego ,velasquez de ,silva1 qu'il vaudrait mieux appeler ,d4 ,diego ,rodriguez de ,silva y ,velasquez1 puisque son pre se nommait ,juan ,rodriguez et sa mre doa ,geronima ,velasquez1 naquit ,sville1 en #aeii1 et non en #aeid1 comme le dit ,palomino4 ,il fut baptis le #f juin l'glise ,saint-,pierre1 ainsi que les registres de la paroisse en font foi4 ,ses anctres paternels1 venus de ,portugal1 s'taient tablis dans cette ville1 et ses parents le destinrent l'tude du latin et de la philosophie2 mais1 remarquant chez l'enfant1 qui couvrait de bons-hommes les marges de ses livres et de ses cahiers1 une inclination dcide pour le dessin1 ils le mirent l'atelier d',herrera le ,vieux4 ,c'tait un terrible homme que cet ,herrera6 ,homme de gnie aprs tout1 mais d'un gnie violent1 bizarre et froce4 ,une fougue effrne d'excution suffisait peine aux emportements de sa pense4 ,il dessinait avec des morceaux de charbon attachs an bout d'un appui-main et faisait lancer par une vieille servante des baquets de couleur contre une toile4 ,de ce chaos il tirait son uvre1 peignant avec des balais1 des ponges1 des dos de cuillers1 la lame du couteau palette1 tout ce qui lui tombait sous la main2 souvent avec le pouce1 comme s'il modelait dans l'argile4 ,cette faon sauvage tait nouvelle ,sville1 dont les peintres cherchaient la grce et le fini1 mais elle s'imposait par sa truculence magistrale4 ,il existe la galerie du ,louvre un superbe chantillon d',herrera3 c'est un saint ,basile prsidant un concile d'vques et de moines2 on dirait ,satan haranguant le ,pandmonium1 tant les figures sont farouches1 sinistres1 et diaboliques4 ,une mchancet infernale crispe ces ttes convulses et le ,saint-,esprit qui secoue ses ailes effares au-dessus du saint a l'air du corbeau d',odin ou d'un oiseau de proie qui veut lui manger la cervelle2 tout cela est enlev avec une rage de brosse inimaginable et semble comme flamboyant d'un reflet d'auto-da-f4 ct de ce frntique1 le ,caravage1 l',espagnolet et ,salvator sont des peintres l'eau de rose4 ,le caractre rpondait au gnie4 ,le paroxysme de la fureur tait l'tat habituel d',herrera4 ,les lves pouvants fuyaient1 quelque dsir qu'ils eussent de ses savantes leons2 d'autres leur succdaient qui bientt n'y pouvaient tenir4 ,l'atelier restait dsert et ne contenait plus que l'artiste dmoniaque s'escrimant contre ses tableaux comme s'il et eu affaire des ennemis mortels4 ,son fils se sauva emportant l'pargne paternelle1 et ne se crut en sret qu' ,rome4 ,sa fille se fit religieuse4 ,on pense bien que ,velasquez ne put se plaire bien longtemps sous une tyrannie pareille1 et quoique le matre ft grand dessinateur1 savant anatomiste1 comme il le fit bien voir dans son ,jugement dernier de l'glise ,saint-,bernard ,sville1 plein d'invention1 de gnie et de feu1 il passa sous la direction de ,pacheco1 moins grand artiste sans doute1 mais dont l'humeur aimable convenait mieux son temprament paisible et doux4 ,pacheco1 qui tait littrateur autant que peintre1 et qui a crit un livre estim sur l'art de la peinture1 lui apprit les prceptes et les rgles et tout ce que peut enseigner un bon professeur4 ,cependant1 le jeune ,velasquez1 tout en profitant des leons de son nouveau matre1 se disait que le meilleur enseignement est encore celui que donne la nature1 et1 ds lors1 il fit vu de ne jamais rien dessiner ou peindre qu'il n'et l'objet devant les yeux1 c'est--dire de travailler toujours d'aprs le vif1 ad vivum4 ,aussi avait-il sans cesse prs de lui un jeune garon apprenti1 qui lui servait de modle en diverses actions et postures1 soit riant1 soit pleurant1 dans les altitudes les plus difficiles1 et il fit1 d'aprs lui1 beaucoup de ttes au crayon noir avec rehauts de crayon blanc sur papier bleu1 ainsi que d'aprs d'autres personnes4 ,par cette tude persistante1 il arriva exceller si bien dans les ttes que peu d',italiens l'galrent4 ,ses rivaux mmes en convenaient et disaient que l se bornait son mrite4 quoi il rpondait avec une noble fiert3 ,ils me font beaucoup d'honneur1 car moi je ne connais personne qui sache bien peindre une tte4 ,en ce temps-l1 les artistes ne cherchaient plus l'idal potique ou religieux4 ,c'tait le rgne des naturalistes 7nous dirions aujourd'hui ralistes74 ,caravage1 le ,guerchin1 le ,calabrse se contentaient de rendre avec une nergie intense le modle qu'ils avaient devant les yeux2 mais comme c'taient1 aprs tout1 de grands peintres1 par la force du rendu1 la violence de l'effet1 la singularit du type1 ils arrivaient malgr eux une sorte d'idal1 car la nature prise au hasard ne prsente pas cet aspect clatant et sombre4 ,elle n'offre pas1 moins qu'on ne la mette sous un jour particulier1 ces vives lumires1 ces intenses tnbres4 ,il y a dans les tableaux les plus vrais de ces matres le choix de l'effet1 l'angle d'incidence1 l'outrance du rendu qui font monter la ralit jusqu' l'art4 ,velasquez partageait ces principes4 ,son gnie exact1 lucide et mathmatique avait besoin de certitude1 et quelle meilleure pierre de touche que la nature toujours consulte et copie8 ,avec elle1 point d'erreurs1 point de fausse route4 ,si elle ne possde pas le beau absolu1 elle contient le vrai1 et c'est assez4 ,aussi le jeune artiste1 qui devait devenir un si grand matre1 ne donne-t-il jamais un coup de crayon sans l'aide et le contrle de cette infaillible institutrice4 ,quelquefois il arrive aux jeunes lves qui se sont attards dans l'tude du dessin de ne pouvoir se rendre matres du pinceau et de la palette4 ,cet art du coloris leur reste longtemps de difficile accs4 ,quelques-uns y chouent entirement et font dire de leurs tableaux qu'on prfrerait des cartons ou des grisailles4 ,aussi1 pour s'exercer1 ,velasquez peignait-il des fruits1 des lgumes1 des citrouilles1 du poisson1 du gibier et autres sujets de nature morte1 groups de manire former ce que les ,espagnols appellent un bodegon4 ,ces tudes ne semblaient pas au-dessous de lui au jeune matre2 il y apportait dj cette simplicit souveraine et cette largeur grandiose qui forment le fond de sa manire ddaigneuse de tout dtail inutile4 ,ainsi traits1 ces fruits auraient pu tre poss dans un plat d'or1 sur une crdence royale2 ces victuailles1 d'un srieux historique1 figurer aux noces de ,cana et remplacer les mets que ,paul ,vronse a oubli de servir ses convives4 ,ces modles1 d'une immobilit complaisante1 se prtaient plus ce genre d'tudes ayant pour but de s'assimiler la couleur et de s'assurer le libre maniement de la brosse1 que le corps humain avec sa structure complique et profonde1 ses trpidations de vie et ses reflets de passions intrieures1 ce qui ne veut pas dire que ,velasquez ngliget le nu1 cette base de tout art plastique4 ,son ,christ en croix1 pass du couvent de ,saint-,placide au ,muse royal1 ses ,forges de ,vulcain et sa ,tunique de ,joseph1 montrent assez qu'il savait faire autre chose que des ttes et des toiles4 ,s'il ne cherche pas la beaut comme les grands artistes d',italie1 ,velasquez ne poursuit pas la laideur idale comme les ralistes de nos jours3 il accepte franchement la nature telle qu'elle est1 et il la rend dans sa vrit absolue avec une vie1 une illusion et une puissance magiques1 belle1 triviale ou laide1 mais toujours releve par le caractre et l'effet4 ,comme le soleil qui claire indiffremment tous les objets de ses rayons1 faisant d'un tas de paille un monceau d'or1 d'une goutte d'eau un diamant1 d'un haillon une pourpre1 ,velasquez panche sa radieuse couleur sur toutes choses et1 sans les changer1 leur donne une valeur inestimable4 ,touche par ce pinceau1 vraie baguette de fe1 la laideur elle-mme devient belle2 un nain difforme1 au nez camard1 la face crase et vieillotte1 vous fait autant de plaisir regarder qu'une ,vnus ou qu'un ,apollon4 ,lorsque ,velasquez rencontre la beaut1 comme il sait l'exprimer sans fade galanterie1 mais en lui conservant sa fleur1 son velout1 sa grce1 son charme et en l'augmentant d'un attrait mystrieux1 d'une force dlicate et suprme6 ,faites poser devant lui la ,perfection1 il la peindra avec une aisance de gentilhomme et ne sera pas vaincu par elle4 ,rien de ce qui existe ne saurait dsormais mettre sa brosse en dfaut4 ,grce ces fortes tudes il fera les rois1 les reines1 les infants galopant sur les genets d',espagne en costume de chasse ou de gala1 aussi bien que les nains1 les philosophes et les ivrognes2 la tte ple et dlicate1 dont la blancheur blafarde se colore peine du sang d'azur 7sangre azul7 des races royales dgnres1 ne lui cotera pas plus de peine que la trogne hle et vineuse du soudard1 ou le teint sordide du mendiant2 sa brosse rendra l'orfroi des brocarts constells de pierreries1 comme les rugosits du haillon de toile4 ,ce luxe ne lui cotera pas plus que celle misre2 il ne s'tonnera pas de l'un1 il ne mprisera pas l'autre2 son aise dans le palais comme dans la chaumire2 fidle la nature1 il sera partout chez lui4 ,pour se rompre la main1 il lit ensuite des figures vtues1 des sujets familiers et domestiques la manire de ,david ,tniers1 des bambochades dans le got des peintres flamands et hollandais4 ,ces tableaux1 malgr leur mrite par l'imitation trop exacte1 trop littrale et trop minutieuse de la nature1 avaient un peu de scheresse et de duret4 cette priode1 qui forme la premire manire de ,velasquez1 peuvent se rapporter l',aguador de ,sville qui est au muse de ,madrid1 une ,nativit1 appartenant jadis au comte d',aguila1 et quelques autres toiles dont on a perdu la trace4 ,tout en travaillant1 il profitait de la conversation des lettrs et des potes qui frquentaient alors son matre ,pacheco2 il entendait leurs discours enthousiastes1 leurs raisonnements philosophiques1 leurs dissertations rudites sur les beaux-arts1 et il apprenait1 dans cette acadmie du bon got1 ce qu'un peintre doit savoir pour tre autre chose qu'un praticien vulgaire4 ,il lisait aussi les bons livres dont tait compose la bibliothque de l'artiste-littrateur1 et il se prparait sa fortune future4 ,velasquez passa cinq ans dans cette cole1 qu'on pouvait vraiment appeler une acadmie des beaux-arts1 et ,pacheco fut si content de la douceur de caractre1 de la rgularit de murs et des brillantes dispositions que montrait son lve1 qu'il lui donna en mariage sa fille doa ,juana4 ,il venait en ce temps-l ,sville beaucoup de peintures de ,flandre1 d',italie et de ,madrid1 dont le jeune artiste se fit un sujet d'tude1 mais aucunes ne lui firent autant d'impression que celles de don ,luis de ,tristan4 ,il trouvait chez ce matre un coloris analogue sa propre manire de voir1 une grande vivacit de conception et une faon de dgrader les teintes qui le satisfaisait compltement2 ds lors il se dclara l'admirateur de ,tristan1 copia ses toiles et quitta1 pour un faire gras1 large et souple1 le style un peu sec qu'il avait suivi jusque-l et qu'il tenait de ,pacheco4 dater de cette poque1 il tait entr en possession de son originalit1 il possdait la plnitude de son talent2 c'tait dj le ,velasquez que la postrit devait regarder bon droit comme un des souverains de la peinture4 ,arriv ce point1 il eut le dsir de voir ,madrid1 et1 au printemps de l'anne #afbb1 il partit de ,sville4 ,il trouva dans la capitale un accueil cordial et une protection efficace chez ses compatriotes1 don ,luis et don ,melchor de ,alcazar1 et surtout chez don ,juan de ,fonseca y ,figueroa1 amateur distingu qui peignait pour son agrment et lui facilita les moyens d'tudier les chefs-d'uvre des collections de ,madrid1 du ,prado et de l',escurial4 ,fonseca voulait procurer son protg les portraits des personnes royales2 mais1 quelque mal qu'il se donnt1 quoique bien en cour1 o il avait une charge1 et frre du marquis d',orellana1 il n'y put1 cette fois1 parvenir4 ,cependant ,velasquez peignit le portrait du clbre pote don ,luis de ,gongora1 que ,pacheco l'avait charg de faire1 et regagna ,sville1 laissant ,madrid un protecteur qui remuait pour lui ciel et terre4 ,l'anne suivante1 il revint ,madrid en vertu d'une lettre du comte-duc d',olivars1 ministre d'tat et favori de ,philippe ,,iv1 qui lui accordait cinquante ducats pour frais de route4 ,son beau-pre l'accompagna pour tre tmoin d'une gloire qu'il pressentait4 ,ils reurent l'hospitalit dans la maison de ,fonseca1 dont ,velasquez lit aussitt le portrait2--ce portrait1 un chef-d'uvre qui dcida la fortune du peintre1 fut port au palais et1 en une heure1 vu du roi1 de la famille royale1 des grands de service1 et lou de tous1 mais particulirement de ,sa ,majest1 qui prit ,velasquez son service en qualit de peintre1 avec vingt ducats d'appointements par mois4 ,notre artiste1 entr en fonctions1 fit1 sur l'ordre du roi1 le portrait du cardinal infant1 bien qu'il et prfr peindre le roi lui-mme1 retenu alors par de graves occupations4 ,malgr la difficult d'obtenir des sances1 il acheva1 le #cj aot de la mme anne1 le portrait du monarque dont il devait1 tant de fois retracer la face ple4 ,le succs de cette admirable peinture fut tel que le comte-duc d',olivars dclara publiquement que personne n'avait jamais si bien russi le roi1 encore que ,bartholom et ,vincent ,carducho1 ,caxes et ,nardi s'y fussent essays4 ,comme ,alexandre1 qui ne voulut plus tre peint par d'autres qu',apelles1 ,philippe ,,iv donna le privilge de reproduire son effigie royale au seul ,velasquez4 ,dans ce portrait le roi est reprsent cheval1 arm1 le bton de commandement la main1 avec une fiert d'attitude et une majest d'expression incomparables4 ,on permit l'artiste d'exposer son tableau dans la calle ,mayor1 en face de ,saint-,philippe du ,roi1 un jour de fte1 de sorte qu'il ft vu et admir de tout le peuple4 ,les peintres faillirent crever d'envie1 mais personne n'couta leurs critiques intresses1 et les potes composrent une multitude de sonnets en l'honneur de ,velasquez4 ,on a conserv celui que rima ,pacheco1 son beau-pre4 ,de plus en plus charm1 le roi lui ordonna de s'tablir ,madrid1 d'y faire venir sa famille1 et lui accorda pour le voyage une indemnit de trois cents ducats2 il lui fit1 en outre de ses appointements mensuels1 une pension de trois cents ducats1 ses ouvrages pays part et lui accorda l'usage gratuit du mdecin et du chirurgien de la cour4 ,accapar tout jeune par ce fin connaisseur1 ,velasquez ne travailla presque que pour son royal ,mcne1 dans le palais mme o il avait un atelier1 dont le monarque possdait une clef double afin de venir visiter1 quand cela lui plaisait1 son peintre bien-aim4 ,cette longue faveur se maintint jusqu' la mort de l'artiste1 sans caprice1 intermittence1 ingratitude ou fatigue4 ,velasquez avait alors de vingt-trois vingt-quatre ans1 et il en vcut soixante et un4 ,il fut peintre du roi1 huissier de chambre1 marchal des logis1 chevalier de ,santiago2 mais ces charges et ces honneurs ne nuisirent en rien son talent4 ,son pinceau conserva toute sa franchise et sa puissance4 ,l'artiste1 sous les yeux du roi1 sut se prserver de la froideur officielle et manifester librement son gnie4 ,jamais la cour ne lui fit oublier la nature4 ,cet amour de la nature ne l'empchait pas d'tudier les chefs-d'uvre de l'art et d'en discuter la thorie4 ,il tait en correspondance rgle avec ,rubens1 et quand le grand peintre d',anvers vint ,madrid ce fut ,velasquez qui lui en fit les honneurs3 les deux matres visitrent ensemble les tableaux des rsidences royales et les discours de ,rubens ne tirent que renouveler le dsir qu'avait le pensionnaire de ,philippe ,,iv1 de visiter l',italie1 ce rve de sa jeunesse4 ,rien approvisionn d'argent1 de lettres de recommandation1 accrdit comme un ambassadeur1 ,velasquez partit de ,barcelone le #aj aot #afbi1 et aborda ,venise o les peintures de ,titien1 de ,tintoret1 de ,vronse1 lui firent une vive impression4 ,tout le temps de son sjour il ne cessa de dessiner et de copier d'aprs ces matres1 particulirement d'aprs le ,crucifiement1 de ,tintoret1 dont il reproduisit un tableau qu'il donna au roi1 son retour4 ,rome1 le pape ,urbain ,,viii lui accorda un logement au ,vatican et lui fit offrir la clef de certaines pices rserves pour qu'il put travailler en toute libert4 ,avec toute l'ardeur d'un lve1 ,velasquez copia au crayon et au pinceau une grande partie du ,jugement universel1 des ,prophtes et des ,sibylles1 de ,michel-,ange1 dans la chapelle ,sixtine1 et diffrentes figures et groupes de la ,thologie1 de l'cole d',athnes1 du ,parnasse et de l',incendie du ,borgo et autres fresques de ,raphal4 ,pendant son sjour ,rome1 ,velasquez1 outre ces utiles tudes1 peignit son propre portrait qu'il envoya son beau-pre1 la ,forge de ,vulcain et la ,tunique de ,joseph4 ,il eut bien voulu rester encore1 mais ,philippe ,,iv ne pouvait pas se passer plus longtemps de son peintre et le rappelait1 et il retourna en ,espagne vers le commencement de #afca1 aprs avoir embrass ,joseph ,ribera en passant ,naples o il fit le portrait de la reine de ,hongrie4 ,ce voyage ne changea en rien sa manire2 il sut admirer les grands matres1 profiter de leurs leons muettes sans leur sacrifier son originalit4 ,chose singulire pour un artiste espagnol et bon catholique1 comme il l'tait sans doute1 ,velasquez ne s'est pas adonn la peinture religieuse2 on ne connat de lui qu'un trs-petit nombre de tableaux de saintet4 ,le mysticisme n'allait pas cette nature robuste et positive3 la terre lui suffisait2 peut-tre se ft-elle gare dans le ciel o ,murillo se jouait d'un essor si libre et si facile travers les gloires1 les auroles et les guirlandes de petits sraphins4 ,velasquez n'aimait pas peindre de pratique2 et comme les anges ne posrent pas devant lui1 il ne put faire leur portrait4 ,il s'en ddommagea en faisant vivre jamais dans ses cadres les hommes et les femmes de son temps4 ,mais c'tait l une prfrence et non une impuissance4 ,pour s'en convaincre1 il suffit de regarder le magnifique ,christ en croix pass du couvent de ,saint-,placide au muse de ,madrid3 une figure pale la chevelure pendante projetant sur son masque l'ombre de la couronne d'pines1 et se dtachant1 raye de pourpre1 d'un fond d'paisses tnbres4 ,rien de plus mouvant et de plus sinistre que ce corps exsangue1 d'une beaut douloureuse1 tendant ses bras morts sur ces nues sombres1 comme un christ d'ivoire jauni sur son fond de velours noir4 ,par cette simplicit terrible1 ,velasquez1 dans ce tableau1 s'est lev au plus haut pathtique4 ,le ,couronnement de la ,vierge1 sans tre d'un profond sentiment religieux1 a toute la noblesse et la gravit que rclame le sujet4 demi agenouills sur des nuages1 le ,pre ternel et ,jsus-,christ tiennent une couronne suspendue au-dessus de la ,vierge qui monte vers eux sur une nue soutenue par des ttes de chrubins4 ,dominant tout le groupe1 le ,saint-,esprit souffle son effluve lumineuse et complte la ,trinit4 ,la tte de la ,vierge est d'une beaut humaine1 il est vrai1 mais si rare et si parfaite qu'elle peut bien passer pour cleste4 ,le ,christ et ,jhovah sont peints d'une faon si magistrale1 dans une attitude si digne et si srieuse et d'une si splendide couleur1 qu'on oublie qu'ils ressemblent peut-tre un peu trop des hommes4 ,dans la ,visite de saint ,antoine saint ,paul l',ermite1 ,velasquez1 d'aprs une libert encore permise alors1 a reprsent son sujet sous trois aspects divers4 la droite du tableau on voit saint ,antoine qui frappe la porte de l'ermitage que le saint s'est creus dans le roc4 ,au milieu1 les deux vnrables personnages1 aprs s'tre difis dans une pieuse conversation1 attendent la ration quotidienne1 que le corbeau apporte double cette fois1 puisque le saint a un hte hberger4 gauche1 saint ,antoine enterre saint ,paul avec l'aide de deux lions1 tranges et miraculeux fossoyeurs qui creusent le sable de leurs ongles4 ,le paysage a l'pret svre et grandiose d'un paysage historique du ,poussin1 et les figures s'y dessinent avec une singulire puissance de relief4 ,par son temprament raliste ,velasquez ne comprenait gure l'antiquit ni la mythologie2 il l'vita comme la peinture religieuse4 ,il n'avait pas vu les dieux de l',olympe et n'avait pas le secret de les faire descendre son atelier4 ,la ,forge de ,vulcain1 malgr la mythologie de son titre1 n'a rien qui rappelle l'idalit antique4 ,apollon vient trouver ,vulcain sa forge et l'avertir de sa msaventure conjugale4 ,cette dnonciation de mouchard olympien et solaire qui rien n'chappe ne fait pas grand honneur au frre de ,diane1 et le pauvre dieu forgeron1 tout noir de limaille1 dessine en l'coutant une assez laide grimace4 ,les cyclopes dressent l'oreille1 suspendant leur travail1 tout rjouis d'ailleurs de l'infortune de leur matre4 ,rien n'est moins grec et moins homrique assurment4 ,mais quelles chairs jeunes1 souples et vivantes que celles de l',apollon demi drap de son manteau de pourpre6 quelle vrit dans l'altitude de ,vulcain et le geste des cyclopes6 quelle pittoresque rencontre de la lumire blanche du jour et du reflet rouge de la forge6 quelle science de model et de couleur6 quelle inimitable force de rendu1 quels torses et quels dos6 et comme ceux qui prtendaient que ,velasquez ne savait pas peindre le nu devaient rester confus devant cette merveilleuse toile6 ,argus et ,mercure est un tableau compos1 sans tre beaucoup plus grec1 avec beaucoup de sentiment pittoresque et d'effet4 ,argus1 vaincu par les sons de la flte de ,mercure1 s'est endormi enfin4 ,son corps1 adoss un tertre1 flotte dans le sommeil1 ses bras ballants pendent terre et son attitude affaisse indique une somnolence surnaturelle4 ,ne croyez pas que ,velasquez lui ait donn les cent yeux et la forme hroque du prince argien qu'on nommait ,panopts parce qu'il voyait tout4 ,il en fait tout bonnement un jeune berger espagnol vtu d'une souquenille2 mais comme il dort et que le mouvement de ,mercure1 se soulevant demi et s'approchant avec prcaution pour lui couper la tte est admirablement saisi6 ,quel accent froce prennent sur le ciel orageux les deux ailes du ptase dont est coiff ,mercure et qui semblent les ailes d'un oiseau de proie s'abattant sur sa victime6 ,io1 sous la forme de gnisse o ,jupiter l'a cache1 attend que ,mercure l'emmne avec une impassibilit bovine4 ,oubliez les noms mythologiques et ne voyez l qu'un vol de btail1 et vous aurez un chef-d'uvre de l'art4 ,le tableau connu sous le nom de las ,hilanderas 7les ,fileuses7 est une toile de genre grandie aux proportions historiques4 ,des dames de la cour visitent une fabrique de tapisserie comme on le ferait maintenant de la manufacture des ,gobelins4 ,ce sujet1 si simple qu'il ne semble pas mme offrir matire peinture1 est dispos par ,velasquez de la manire la plus ingnieuse4 ,les premiers plans1 baigns d'une ombre lgre et transparente1 montrent une sorte d'atelier o travaillent des ouvrires qui1 pour tre plus l'aise1 n'ont gard que leur jupon et leur chemise1 comme en usent encore les cigarreras la manutention des tabacs1 ,sville4 ,dans l'angle1 gauche1 une jeune fille relve avec un geste plein de naturel le pan d'un rideau rouge2 au milieu1 une vieille fait mouvoir du pied un rouet2 droite1 une jeune ouvrire1 tournant vers le spectateur une paule que laisse dcouvert la chemise glisse1 dvide distraitement un cheveau de laine1 car son attention est occupe par la prsence de ces personnes de haut parage4 ,il est impossible de peindre des chairs plus souples1 plus fraches et plus vivantes que ce dos et cette nuque o se tordent des cheveux bruns4 ,on y devine jusqu' la moiteur perle produite par la chaleur d',espagne4 ,au fond1 l'atelier s'ouvre sur une galerie que garnissent les hautes et basses lisses exposes4 ,une tapisserie1 reprsentant un sujet allgorique1 occupe les regards des visiteurs2 tout le jour mnag au reste du tableau illumine d'une vive lumire cette partie de la toile et produit un effet vraiment magique4 ,on entrerait dans le cadre comme dans une chambre relle1 tant la perspective arienne est bien observe1 tant l'air circule autour des personnages1 les sparant les uns des autres et les mettant leur plan rciproque4 ,c'est l un des mrites de ,velasquez2 il n'oublie jamais l'atmosphre ambiante1 et personne mieux que lui n'a peint l'air1 cet lment insaisissable4 ,nulle part cette qualit n'est plus visible que dans le clbre tableau des ,mnines1 que ,luca ,giordano appelait la thologie de la peinture1 pour marquer que l taient la vrit1 le dogme1 l'orthodoxie1 et que s'en loigner c'tait devenir un hrsiarque de l'art4 ,en effet1 devant ce cadre1 l'illusion est complte1 toute trace de travail a disparu2 il semble qu'on voie la scne mme reproduite par une glace2 les ,mnines reprsentent1 comme on sait1 ,velasquez en train de faire le portrait de l'infante doa ,marguerite4 ,il est son chevalet1 dont la toile ne montre au spectateur que son envers2 pour distraire la petite infante1 immobile sons sa raide parure1 les ,mnines lui font la conversation1 et l'une d'elles lui offre boire dans un bucaro ou vase des ,indes1 qui a la proprit de tenir l'eau frache4 ,la dame qui offre le bucaro est doa ,maria ,agustina1 menine de la reine et fille de don ,diego ,sanniento2 celle qui parle1 doa ,isabel de ,velasco1 fille du comte de ,fuensalida4 ,au premier plan1 ,nicolasito ,pertusano et ,mari ,borbola1 nains de cour1 lutinent un grand chien qui se laisse faire2 un peu en arrire du groupe principal1 plus vers le fond de l'appartement1 on voit doa ,maria d',ulloa1 dame d'honneur1 et un garde1 et tout au bout1 une porte ouverte sur un escalier laisse apercevoir dans une vive lumire ,josef ,nieto1 aposentador de la reine4 ,tout dans ce cadre est peint d'aprs nature1 jusqu'aux tableaux qui ornent les parois de la galerie et au miroir qui reflte le roi et la reine assis en face1 contre la paroi de la chambre1 que le peintre a d abattre pour en montrer l'intrieur4 ,ainsi leur image1 sinon leur personne1 assiste la scne4 ,la chambre noire1 dont ,velasquez d'ailleurs se servait beaucoup1 ne donnerait pas une perspective plus exacte1 une dgradation de teintes mieux suivie1 une lumire aussi douce et aussi fondue1 une impression plus forte de nature4 ,en face des ,mnines1 on est tent de dire3 ,o donc est le tableau8 ,en examinant ce chef-d'uvre en dtail1 vous apercevrez sur le pourpoint noir de ,velasquez une croix rouge de forme particulire2 c'est celle de chevalier de ,saint-,jacques4 ,il existe sur cette croix une petite lgende qui n'est peut-tre pas plus vraie que l'historiette de ,charles-,quint ramassant le pinceau du ,titien1 et de ,franois ,ier recevant le dernier soupir de ,lonard de ,vinci1 mais elle est la forme synthtique de l'admiration gnrale1 et1 ce juste titre1 elle a sa valeur4 ,quand ,velasquez eut achev sa toile1 le roi lui dit qu'il y manquait une chose essentielle1 et passant au pouce la palette1 et prenant un pinceau1 comme pour donner la touche suprme1 il traa sur la poitrine du peintre1 reprsent dans le tableau1 cette croix de cinabre qu'on y voit encore aujourd'hui4 ,certes1 c'tait une gracieuse et noble faon de rcompenser le talent1 et le roi se montrait ainsi digne de l'artiste4 ,par malheur1 sans infirmer tout fait la lgende1 des recherches savantes prsentent les choses sous un autre jour4 ,philippe ,,iv1 en effet1 par cdule royale date du ,buen-,retiro1 le #ab juin #afeh1 accorda l'habit de chevalier ,velasquez1 qui se prsenta au conseil de l'ordre avec sa gnalogie1 pour faire ses preuves1 dont l'insuffisance ncessita une dispense que le roi obtint du pape ,alexandre ,,vii1 aprs quoi ,velasquez fut reu et prit l'habit dans l'glise des religieuses de la ,carbonera4 ,les ,buveurs1 plus connus sous le nom de los ,borrachos 7les ivrognes71 sont une des merveilles de la peinture4 ,c'est une sorte de bacchanale1 sans mythologie et entendue la faon raliste4 ,un jeune drle1 nu jusqu' la ceinture1 couronn de pampres1 ayant un tonneau pour trne1 coiffe d'une guirlande en feuilles de vignes comme s'il lui confrait un ordre de chevalerie bachique1 un soudard dvotement agenouill devant lui2 ses pieds s'arrondit une cruche large panse et roule une coupe vide4 ,un gaillard demi-nu aussi et tenant un verre la main s'accoude nonchalamment1 sur un tertre derrire le prses de la crmonie4 ,au coin1 gauche1 un autre personnage assis terre enveloppe amoureusement de ses bras une jarre qui n'est pas pleine d'eau1 coup sr2 ces deux confrres ont tous deux la couronne de pampres2 ils sont reus comme biberons mrites dans l'ordre de la dive bouteille4 ,derrire le soudard se tiennent trois postulants qu'il serait bien injuste de ne pas admettre2 car ils ont l'air de francs ivrognes et de parfaites canailles2 arms d'cuelles et de gobelets ils sont tout prts officier4 ,plus loin1 un gueux dguenill et dont la souquenille laisse voir une poitrine sans linge1 contemple la scne avec extase et la main sur son cur2 il est un peu dlabr pour se mler ces nobles seigneurs1 mais il a tant de zle1 une soif si inextinguible6 ,au fond1 un mendiant1 voyant des gens rassembls1 profile de l'occasion et1 soulevant son feutre avachi1 tend la main pour quter une aumne4 ,ce n'est pas l1 comme on pourrait se l'imaginer1 un simple tableau de chevalet la manire flamande1 les figures sont de grandeur naturelle et ont la proportion qu'on nomme historique4 ,ce sujet vulgaire a sembl ,velasquez aussi important que le triomphe de ,bacchus1 l'ivresse de ,silne1 la danse des ,mnades1 ou toute autre fiction prise de l'antiquit2 il avait mme pour lui l'avantage d'tre vrai4 ,il y a donc mis1 avec un srieux profond1 tout son art1 toute sa science et tout son gnie4 ,le torse du jeune garon1 dont la blancheur contraste avec la teinte bistre des visages qui l'entourent1 forme la composition le plus heureux centre de lumire2 aucun pinceau ne fit chairs plus souples1 mieux modeles et si vivantes2 l'il a la molle hbtude et la bouche le vague sourire de l'ivresse4 ,quant aux ttes des autres compagnons hales1 tannes1 fauves1 comme du cuir de ,cordoue1 montrant de longues dents d'un apptit froce1 faisant luire dans des pattes d'oie de rides le regard mouill des convoitises bachiques1 elles rappellent les types caractriss de la ,tuna1 cette bohme espagnole si amusante1 si pittoresque et si ardemment colore4 ,l',espagne1 malgr son amour du faste1 son tiquette et son orgueil1 n'a jamais eu le mpris du haillon2 dans son art souvent d'un spiritualisme si thr les gueux ont toujours t les bienvenus4 ,il y a toute une littrature picaresque consacre retracer les exploits et les aventures des pauvres diables la recherche d'un dner problmatique2 ,rinconete et ,cortadillo des nouvelles exemplaires de ,cervantes1 ,guzman d',alfarache1 ,lazarille de ,tormes1 ,el gran ,tacao reprsentent tout un monde famlique1 dguenill et hasardeux1 d'une amusante misre4 ,dans ce pays si fier1 nul ddain pour la pauvret4 ,aprs tout1 ce compagnon au feutre roussi tombant sur les yeux1 au manteau d'amadou dchiquet1 qui de sa main cache gratte sa poitrine est peut-tre un gentilhomme1 un descendant de ,plage1 un chrtien de la vieille roche4 ,son galion a chou2 il a t captif en ,alger1 bless dans les ,flandres1 sa requte a t repousse par la cour4 ,qui n'a pas ses malheurs6 ,murillo lui-mme le suave1 le vaporeux1 l'anglique1 ne ddaigne pas les loques du petit pouilleux et de cet enfant cherchant sa vermine au soleil1 il fait un chef-d'uvre6 ,velasquez bien qu'il et son atelier au palais parcourait les quartiers perdus et s'il trouvait au ,rastro ou ailleurs un gredin farouchement dguenill1 un mendiant superbement crasseux1 souquenille effiloche1 barbe inculte1 il le peignait avec le mme amour1 la mme maestria que s'il et eu pour modle un roi ou un infant1 sauf crire dans le coin du cadre pour donner un air philosophique la chose1 sope ou ,mnippe4 ,les nains avec leurs difforme laideur1 ne le rebutaient pas2 il leur prtait la beaut de l'art et les revtait de sa puissante couleur comme d'un manteau royal2 il acceptait mme les phnomnes de la nature1 les monstruosits montrer en foire4 ,el nio de ,vallecas 7l'enfant de ,vallecas7 est un de ces tours de force auxquels se plaisait ,velasquez4 ,c'tait un enfant prodige1 d'une grandeur tonnante pour son ge et n avec toutes ses dents2 aussi ,velasquez1 dans son tableau1 l'a-t-il reprsent la bouche ouverte pour laisser voir cette denture prmature1 objet de la curiosit publique4 ,eh bien6 ce phnomne est un merveille de vie1 de couleur et de relief2 ces bizarreries plaisaient aux peintres naturalistes2 ,ribera ne fit-il pas le portrait d'une femme barbe8 ,cependant ce n'tait pas la clientle illustre qui manquait ,velasquez4 ,il suffisait peine aux rois1 aux reines1 aux infants et aux infantes1 aux papes1 aux princes1 aux ministres et aux grands dsireux d'avoir un portrait de sa main4 ,la ,reddition de ,brda1 plus connue sous le nom de tableau des lances1 mle dans la proportion la plus exacte la ralit la grandeur4 ,la vrit pousse jusqu'au portrait1 n'y diminue en rien la fiert du style historique4 ,un vaste ciel ar de lumire et de vapeur1 richement peint en pleine ple d'outremer1 fond son azur avec les lointains bleutres d'une immense campagne o luisent des nappes d'eau tranes par des luisants argents4 et l des fumes d'incendie montent du sol et vont rejoindre les nuages du ciel en tourbillons fantasques4 ,au premier plan1 de chaque ct1 se masse un groupe nombreux3 ici les troupes flamandes2 l1 les troupes espagnoles laissant libre pour l'entrevue du gnral vaincu et du gnral vainqueur un espace dont ,velasquez a fait une troue lumineuse1 une fuite vers les profondeurs o brillent les rgiments et les enseignes indiqus en quelques touches savantes4 ,le marquis de ,spinola1 tte nue1 le chapeau et le bton de commandement la main1 revtu de son armure noire damasquine d'or1 accueille avec une courtoisie chevaleresque1 affable et presque caressante1 comme cela se pratique entre ennemis gnreux et faits pour s'estimer1 le gouverneur de ,brda1 qui s'incline et lui offre les clefs de la ville dans une attitude noblement humilie4 ,des drapeaux cartels de blanc et d'azur dont le veut tourmente les plis rompent heureusement les lignes droites des lances tenues hautes par les ,espagnols4 ,le cheval du marquis se prsentant presque en raccourci du ct de la croupe en retournant la tte1 est d'une habile invention pour dissimuler la symtrie militaire1 si peu favorable la peinture4 ,on ne saurait rendre par des paroles la fiert chevaleresque et la grandesse espagnole qui distinguent les ttes des officiers formant l'tat-major du gnral4 ,elles expriment la joie calme du triomphe1 le tranquille orgueil de race1 l'habitude des grands vnements4 ,ces personnages n'auraient pas besoin de faire leurs preuves pour tre admis dans les ordres de ,santiago et de ,calatrava4 ,ils seraient reus sur la mine1 tant ils sont naturellement hidalgos4 ,leurs longs cheveux1 leurs moustaches retrousses1 leur royale taille en pointe1 leurs gorgerins d'acier1 leurs corselets ou leurs justes de buffle en font d'avance des portraits d'anctres suspendre1 blasonns d'armoiries au coin de la toile1 dans la galerie des chteaux4 ,personne n'a su1 comme ,velasquez1 peindre le gentilhomme avec une familiarit superbe et pour ainsi dire d'gal gal4 ,ce n'est point un pauvre artiste embarrass qui ne voit ses modles qu'au moment de la pose et n'a jamais vcu avec eux4 ,il les suit dans les intimits des appartements royaux1 aux grandes chasses1 aux crmonies d'apparat4 ,il connat leur port1 leur geste1 leur attitude1 leur physionomie2 lui-mme est un des favoris du roi 7privados del rey74 ,comme eux et mme plus qu'eux1 il a les grandes et les petites entres4 ,la noblesse d',espagne ayant ,velasquez pour portraitiste1 ne pouvait pas dire comme le lion de la fable3 ,ah6 si les lions savaient peindre4 ,velasquez se place naturellement entre ,titien et ,van ,dyck comme peintre de portraits4 ,sa couleur est d'une harmonie profonde et solide1 d'une richesse sans faux luxe et qui n'a pas besoin d'blouir4 ,sa magnificence est celle des vieilles fortunes hrditaires4 ,elle est tranquille1 gale1 intime4 ,point de grands tapages de rouges1 de verts et de bleus1 point de scintillement neuf1 point de fanfreluches brillantes4 ,tout est rompu1 amorti1 mais d'un ton chaud comme de l'or ancien ou d'un ton gris comme l'argent mal d'une vaisselle de famille4 ,les choses voyantes et criardes sont bonnes pour les parvenus et don ,diego ,velasquez de ,silva est trop bon gentilhomme pour se faire remarquer de la sorte1 et aussi1 disons-le1 trop excellent peintre4 ,quoique naturaliste1 il apporte dans son art une largeur hautaine1 un ddain du dtail inutile1 une entente du sacrifice qui montrent bien le matre souverain4 ,ces sacrifices n'taient pas toujours ceux qu'un autre peintre aurait faits4 ,velasquez choisit pour le mettre en vidence ce qui parfois semblait devoir tre laiss dans l'ombre4 ,il teint et il allume avec un caprice apparent1 mais l'effet lui donne toujours raison4 ,sa justesse de coup d'il tait telle1 qu'en prtendant ne faire que copier1 il amenait l'me la peau et peignait en mme temps l'homme intrieur et l'homme extrieur4 ,ses portraits racontent mieux que tous les chroniqueurs les ,mmoires secrets de la cour d',espagne4 ,qu'il les reprsente en habit de gala1 chevauchant des genets1 en costume de chasse1 une arquebuse la main1 un lvrier aux pieds1 on reconnat dans ces figures blafardes de rois1 de reines et d'infants la face ple1 la lvre rouge1 au menton massif1 la dgnrescence de ,charles-,quint et l'abtardissement des dynasties puises4 ,quoique peintre de cour1 il ne les a pas flatts ses royaux modles6 ,cependant1 malgr l'hbtation du type1 la qualit de ces hauts personnages ne saurait tre douteuse4 ,ce n'est pas qu'il ne st peindre le gnie2 le portrait du comte-duc d',olivars1 si noble1 si imprieux et si plein d'autorit le prouve d'une faon irrcusable4 ,ne pouvant prter de la flamme ces tristes sires1 il leur donnait la majest froide1 la dignit ennuye1 le geste et la pose d'tiquette1 et il enveloppait le tout dans sa couleur magnifique2 c'tait bien payer la protection de son ami couronn4 ,m4 ,paul de ,saint-,victor a nomm quelque part ,victor ,hugo le grand d',espagne de la posie2 qu'il nous permette1 en dtournant un peu son mot1 d'appeler ,velasquez le grand d',espagne de la peinture4 ,nulle qualification ne saurait mieux lui convenir4 ,comme nous l'avons dit1 ,velasquez tait marchal des logis de la cour1 et ce fut lui qui fut charg de prparer les logements du roi dans le voyage que ,philippe ,,iv fit ,iran1 pour remettre l'infante doa ,maria ,teresa au roi de ,france1 ,louis ,,xiv1 qui la devait pouser4 ,ce fut encore lui qui fit dresser et orner1 dans l'le des ,faisans1 le pavillon o l'entrevue des deux rois eut lieu4 ,velasquez se distingua parmi la foule des courtisans par la dignit de sa personne1 l'lgance1 la richesse et le bon got de ses costumes1 sur lesquels il plaait avec art les diamants et les joyaux1 prsents des souverains2 mais1 son retour ,madrid1 il tomba malade de fatigue et mourut le #g aot #affj4 ,sa veuve doa ,juana ,pacheco ne lui survcut que de sept jours et fut enterre prs de lui1 dans la paroisse de ,saint-,jean4 ,les funrailles de ,velasquez avaient t splendides2 de grands personnages1 les chevaliers des ordres militaires1 la maison du roi1 les artistes y assistaient tristes et soucieux1 comme s'ils sentaient qu'avec ,velasquez ils enterraient l'art espagnol4 ,figure #ac3 ,l',assomption d'aprs ,murillo ,,esteban ,,bartolome ,,murillo ,murillo est avec ,velasquez l'expression complte de l'art espagnol la fois raliste et mystique3 ,velasquez ne reprsenta que les hommes1 ,murillo peignit les anges4 l'un la terre1 l'autre le ciel4 ,chacun prit son empire et y rgna en souverain4 ,la rputation de ,murillo est plus rpandue que celle du peintre de ,philippe ,,iv2 cela vient de ce que son uvre ne fut pas absorb tout entier par un royal patron qui le garda jalousement2 il n'avait pas d'atelier au palais1 ne possdait aucune charge de cour et n'tait dcor d'aucun ordre de chevalerie4 ,sa position moins leve1 mais aussi moins circonscrite1 le mettait en rapport direct avec le public1 dont il acceptait les commandes1 et qu'il avait peine satisfaire avec un travail acharn qui absorba sa vie4 ,sans doute1 il laissa souvent courir trop vite sa brosse expditive et ne put apporter le mme soin tous ses tableaux2 mais la ncessit1 qui a ses inconvnients1 a aussi ses avantages3 elle force l'artiste mettre tout son talent dehors1 et dveloppe chez lui des ressources inconnues4 ,pour le peintre1 elle multiplie les chances d'avenir et de clbrit par le nombre de toiles qui vont1 se rpandant travers l',europe1 dans les muses et les galeries4 ,si l'admiration est due au matre dont l'uvre se compose de quelques morceaux rares1 exquis1 achevs1 marqus du sceau de la perfection1 il y a cependant lieu d'admirer plus encore l'artiste fcond qui1 avec la profusion du gnie1 sme d'une main facile les belles choses comme si elles ne lui cotaient rien4 ,c'est l le cas de ,murillo4 ,dresser le catalogue de ses uvres serait une tche difficile1 sinon impossible4 ,la liste seule de ses chefs-d'uvre est encore bien longue4 ,l'histoire de la vie de ,murillo n'offre pas d'incidents dramatiques et se peut raconter en quelques lignes4 ,il naquit ,sville o il fut baptis en la paroisse de ,sainte-,marie-,magdeleine1 le #a;er janvier #ajah1 et non dans la ville de ,pilas1 comme le croyait ,palomino1 dont l'erreur venait sans doute de ce que la femme de ,murillo tait de cette ville et y possdait quelque bien4 ,son pre s'appelait ,gaspar ,esteban ,murillo1 et sa mre ,maria ,perez4 ,comme tous les ascendants de cette famille avaient port le nom d',esteban1 on pense que c'tait l le nom gnrique de la race4 ,l'instinct de la peinture se manifesta de bonne heure chez ,esteban4 ,l'artiste perait sous l'enfant1 et quand il eut l'ge convenable1 son pre le mit l'atelier de ,juan del ,castillo pour qu'il y apprt son art4 ,comme ce ,castillo tait bon dessinateur1 il lui fit faire de ce ct de fortes tudes et ensuite il lui transmit son coloris sec qui tenait un peu de l'cole florentine1 introduite ,sville par ,luis de ,vargas1 ,pedro de ,villegas1 et autres professeurs4 ,tels furent les commencements de ,murillo1 dont les progrs rapides tonnrent son matre1 car il tait merveilleusement dou et prdestin pour la peinture4 ,comme ,juan de ,castillo s'tait tabli ,cadix1 ,murillo commena peindre seul1 pour la foire1 tout ce dont le chargeaient les marchands de tableaux4 ,il acquit dans ce travail une grande pratique et un coloris plus agrable quoique manir4 ,on conservait ,sville trois de ses tableaux faits cette poque3 le premier dans un angle du clotre du collge de ,regina1 l'autre dans un coin du grand clotre du couvent de ,saint-,franois1 et le troisime sur l'autel de la chapelle de ,notre-,dame du ,rosaire1 au collge de ,saint-,thomas4 ,il n'avait que vingt-quatre ans quand passa par ,sville le peintre ,pedro de ,moya1 allant de ,londres ,grenade avec le grand got et le beau coloris qu'il avait appris de ,van ,dyck4 ,esteban admira fort cette largeur de style et cette suavit de manire qu'il se proposa d'imiter4 ,mais ,pedro de ,moya ne fit pas long sjour ,sville1 et le jeune artiste retomba dans ses incertitudes1 hsitant sur la voie qu'il devait suivre pour devenir un grand matre4 ,il voulait aller ,londres1 mais il apprit que ,van ,dyck venait de mourir4 ,l',italie s'offrait son imagination avec toutes les richesses d'art et l'enseignement de ses chefs-d'uvre1 mais c'taient l des voyages longs et coteux qu'il ne pouvait rver d'entreprendre1 manquant de protecteurs et de ressources pcuniaires4 la fin il trouva un moyen terme que son courage et sa rsolution lui donnrent la force d'excuter4 ,il acheta une pice de toile1 la coupa en morceaux qu'il imprima lui-mme et peignit dessus des sujets de saintet qu'il vendit aux pacotilleurs en assez grand nombre ,sville1 qui faisaient ce commerce avec les ,indes4--,si parfois dans quelque glise d',amrique le voyageur surpris s'arrte devant un tableau d'autel1 devant une madone dont la tte sublime se dtache d'une composition hte1 parmi des personnages peints d'une brosse sommaire1 c'est1 sans doute1 un ,murillo inconnu1 un des morceaux de la pice de toile illumin d'un clair de gnie4 ,arriv ,madrid1 il alla voir son compatriote ,velasquez et lui dit les motifs qui l'avaient fait partir de ,sville et son dsir de se perfectionner dans l'tude de la peinture4 ,velasquez1 que sa haute position ne rendait ni orgueilleux ni inaccessible1 accueillit ,murillo merveille1 lui ouvrit les collections du roi et lui procura la permission de copier l',escurial les tableaux qui lui plairaient4 ,le jeune artiste en profita et passa deux annes tudier1 dessiner et peindre d'aprs les uvres de ,titien1 ,rubens1 ,van ,dyck1 ,ribera et ,velasquez4 ,par le rsultat on peut deviner le travail et l'application qu'y put apporter l'lve en train de devenir un matre4 ,de retour ,sville1 en #afde1 il tonna les artistes par les tableaux qu'il peignit l'anne suivante pour le petit clotre de ,saint-,franois2 on ne comprenait pas o et avec qui il avait pu prendre ce style neuf1 magistral et inconnu1 dont il n'existait ni modle ni matre4 ,il fit voir dans ses peintures les trois professeurs qu'il s'taient propos d'imiter ,madrid3 la ,cuisine des ,anges rappelle ,ribera1 la ,mort de sainte ,claire1 ,van ,dyck1 le ,san ,diego avec les pauvres1 ,velasquez2 mais avec un accent d'originalit irrcusable4 ,ce travail lui acquit une rputation inconteste et lui valut de nombreuses commandes publiques et particulires4 ,du premier coup il tait pass chef de l'cole de ,sville1 et cette position1 nul ne la lui a prise encore2 avec la gloire1 l'aisance lui vint1 et il put songer s'tablir4 ,il pousa doa ,batrix de ,cabrera y ,sotomayor de la ville de ,pilas1 parti en tous points convenable3 ce mariage se fit en #afdh4 dater de cette poque1 soit par suite de l'extrme facilit que lui donna une pratique continue1 soit par dsir de complaire au public1 il changea son style soutenu et fort pour une manire plus franche1 plus tendre et plus agrable mme aux yeux des connaisseurs1 dans laquelle il peignit les principales et les plus estimes des toiles de sa main qu'on admire ,sville4 ,tels sont le ,saint ,landre et le ,saint ,isidore1 plus grands que nature1 en habits pontificaux1 assis et placs dans la grande sacristie de la cathdrale4 ,d'un manuscrit du temps il rsulte que le ,saint ,landre est le portrait du licenci ,alonzo de ,herrera1 chef de chur1 et le ,saint ,isidore1 celui du licenci ,juan ,lopez ,talavan4 ,ces tableaux furent peints en #afee1 sur la commande de l'archidiacre de ,carmona don ,juan ,federigui1 qui en fit don au chapitre4--,c'est de l'anne suivante que date le fameux ,saint ,antoine de ,padoue1 le chef-d'uvre de ,murillo peut-tre1 plac sur l'autel du baptistre de la cathdrale4 ,nous avons vu ,sville cette merveilleuse toile que le duc de ,wellington1 pendant les guerres d',espagne1 offrit au fier chapitre1 qui refusa1 de couvrir entirement d'onces d'or1 si on voulait la lui laisser emporter4 ,cela devait faire une somme norme1 car le tableau est trs-grand4 ,honneur aux braves chanoines pour avoir plus estim un chef-d'uvre qu'un monceau de mtal6 ,qu'on nous permette d'emprunter notre ,voyage en ,espagne ces quelques lignes crites sous l'impression du moment3 ,jamais la magie de la peinture n'a t pousse plus loin4 ,le saint en extase est genoux au milieu de sa cellule1 dont tous les pauvres dtails sont rendus avec cette ralit vigoureuse qui caractrise l'cole espagnole4 travers la porte entr'ouverte on aperoit un de ces longs clotres blancs1 si favorables la rverie4 ,le haut du tableau1 noy d'une lumire blonde1 transparente1 vaporeuse1 est occup par des groupes d'anges jouant d'instruments de musique1 d'une beaut vraiment idale4 ,attir par la force de la prire1 l',enfant ,jsus descend de nue en nue et va se placer entre les bras du saint personnage1 dont la tte est baign d'effluves rayonnantes1 et se renverse dans un spasme de volupt cleste4 ,nous mettons ce tableau divin au-dessus de la ,sainte lisabeth de ,hongrie pansant un teigneux1 qu'on voit l',acadmie royale de ,madrid1 au-dessus du ,mose1 au-dessus de toutes les ,vierges et de tous les ,enfants ,jsus du matre1 si beaux1 si purs qu'ils soient4 ,qui n'a pas vu le ,saint ,antoine de ,padoue ne connat pas le dernier mot du peintre de ,sville4 ,c'est comme ceux qui s'imaginent connatre ,rubens et qui n'ont pas vu la ,madeleine d',anvers6 ,il n'y a rien d'exagr dans cette impression si vive4 ,murillo a montr l qu'il tait l'gal des plus grands4 ,avec un seul personnage il remplit ce vaste cadre1 comme s'il et eu sa disposition des groupes nombreux4 ,la pieuse hallucination du saint devient sensible pour le spectateur2 ce qu'il rve1 on le voit1 les cieux s'ouvrent pour vous comme pour lui4 ,les murs de l'humble cellule disparaissent1 et dans l'atmosphre argente et bleutre de la vision s'agitent1 comme des ondes lumineuses1 des tres ails vraiment surnaturels1 d'une immatrialit qu'on ne croirait pas la peinture susceptible de rendre4 ,le petit ,jsus est adorable de navet enfantine et caressante4 ,il tend1 comme un nourrisson sa mre1 ses jolis bras ronds au saint ,antoine extasi1 mais on sent bien que ce n'est pas un enfant ordinaire4 ,la lumire incre brille dans sa chair dlicate ptrie avec les lis et les roses du paradis4 ,ce tableau d'un mysticisme si thr vous enivre comme une fume d'encens4 ,cette facilit de traduire le merveilleux d'une manire sensible se fait remarquer dans les tableaux qu'il peignit en #affe1 aux frais du fervent prbend1 don ,justino ,neve1 pour l'glise de ,sainte-,marie-la-,blanche4 ,ces deux toiles qui s'ajustaient sans doute dans des tympans1 sont arrondies la partie suprieure et nous les avons vues l',acadmie royale de ,madrid4 ,la premire reprsente la vision du patricien romain et de sa femme touchant l'dification de ,sainte-,marie-,majeure1 ,rome2 la seconde1 les poux racontant leur vision au pape4 ,dans une salle d'architecture sobre et toute baigne d'ombre dont un pan coup laisse discerner le ciel gris du soir au-dessus d'un vague paysage1 le patricien romain et sa femme se sont endormis d'un sommeil surnaturel1 car ils sont tout habills et n'ont pas eu le temps de gagner leur lit4 ,le mari dort accoud une table recouverte d'un tapis rouge1 o sont jets ngligemment un livre et un bout de linge blanc2 sa tte repose sur sa main1 grave et recueillie1 illumine par le reflet de la vision4 ,on comprend1 quoique ses paupires soient fermes1 qu'il voit avec l'il de l'me1 une apparition cleste4 ,son pourpoint de couleur sombre1 sa simarre noire dont il retient les plis de sa main reste libre s'teignent en tons savamment amortis pour faire valoir le visage4 ,un peu plus vers le fond de la pice sa femme sommeille1 la tte au bord du lit et la joue sur un mouchoir1 dans une pose gracieusement affaisse4 ,elle a un corsage marron garni d'paulettes crevs1 laissant passer une manche bleue et sur le bord de sa jupe d'un rouge glac de laque repose un petit chien de la ,havane1 inconscient de ce qui se passe4 ,au pied d'un pilastre1 une corbeille de travail contient des toffes roses et blanches4 ,rien de plus calme1 de plus silencieux1 de plus dormant que toute cette partie du tableau qu'on pourrait nommer terrestre cause de sa ralit nave et presque familire1 mais dans la partie suprieure1 vers la gauche1 rayonne dans tout son clat la vision rvlatrice4 ,la vierge entoure d'une aurole et supporte par de lgers nuages imprgns de lumire1 descend avec l',enfant ,jsus1 et de sa main tendue vers la campagne semble dsigner la place o doit s'lever la future glise4 ,ce groupe arien est d'une grce et d'une couleur surprenante1 idale sans pour cela cesser d'tre vraie4 ,on ne saurait trop admirer l'art avec lequel ,murillo a su remplir au moyen de trois personnages seulement cette toile d'une dimension considrable o il n'a rien admis qui n'ait rigoureusement trait au sujet4 ,la composition du second tableau n'est pas moins ingnieuse4 ,au premier plan1 gauche1 sur un trne exhauss par une estrade et surmont d'un dais en velours cramoisi1 on voit le pape ,liberio pos de profil et1 dans la demi-teinte1 qui coute avec une pose admirative le rcit de la vision que lui font les poux4 ,prs de lui1 une table tapis de velours violet crpin d'or1 sur laquelle sont poses une sonnette et une buire1 forme un vigoureux repoussoir4 ,la lumire glisse derrire le pape et tombe sur la dame vtue d'une robe rose1 glace de paille1 d'une couleur dlicieuse6 ,pour venir chez ,sa ,saintet1 la femme du patricien a mis ses habits de gala2 un fil de perles orne son col1 une coiffure gracieuse relve sa beaut plus andalouse peut-tre que romaine mais d'un charme incomparable4 ,agenouille prs de son mari elle semble confirmer le rcit de la vision4 ,le patricien en justaucorps de velours tann1 en manteau noir1 la toque la main1 un genou pli1 explique comment la sainte ,vierge lui est apparue et lui a indiqu l'endroit o doit se fonder le nouveau temple4 ,entre le pape et ce groupe1 sur un fond d'architecture trs-clair1 on aperoit un vieux prlat camail blanc et robe blanche1 s'aidant de sa bquille et ajustant des besicles son nez pour ne rien perdre de la scne2 un moine brun est plac derrire lui et le fait valoir par l'opposition4 ,ce n'est pas l tout le tableau1 ainsi qu'on pourrait le croire2 connue dans ces plans o l'on prsente la coupe d'un difice1 ,murillo a tranch le mur de la salle qui renferme l'action principale et spar par une lgante colonne l'action secondaire4 ,au dehors de la salle on aperoit la campagne o se droule la procession montant jusqu' la place couverte de neige que la ,vierge montre du haut du ciel et qui dsigne l'emplacement du temple4 ,on admire beaucoup la perfection avec laquelle est rendue la dgradation successive des personnages mesure qu'ils s'loignent du spectateur et que leur double file s'enfonce l'horizon du tableau4 ,l'clat du ciel pulvrulent de lumire est rendu avec une intensit de chaleur qui fait ressortir encore le miracle de la neige non fondue par cet t ardent4 ,on admettait encore ces doubles actions dans le mme tableau que depuis un art plus svre a proscrites3 elles ne nous choquent nullement pour notre compte1 surtout lorsque l'artiste sait1 comme ,murillo1 les juxtaposer sans les confondre ni les isoler trop absolument4 ,ici1 la procession se subordonne au sujet principal dont elle est la consquence1 et se tient discrtement au second et au troisime plan4 ,le foyer du tableau est la dame romaine avec sa tte charmante et sa robe rayonnante de lumire rose2 elle attire d'abord les yeux qui se reportent vers son poux pour aller ensuite au pape et suivre1 quand ils ont tout vu1 la foule processionnelle jusqu' ce qu'elle se perde dans le lointain4 ,dans cette mme glise de ,marie la ,blanche1 ,murillo avait peint deux autres tableaux1 de forme cintre1 placs dans les autres nefs et toujours aux frais de don ,justino ,neve1 une ,conception1 du ct de l'vangile et une ,foi1 du ct de l'ptre4 ,le tableau connu sous ce nom bizarre1 la ,cuisine des ,anges1 qui faisait partie de la collection du marchal ,soult1 et qu'on admire maintenant au muse du ,louvre1 est un exemple de plus de la facilit qu'avait ,murillo de mlanger sans discordance le miraculeux au rel4 ,sa foi vive le servait en cela2 il n'apportait aucune critique l'introduction du divin dans le positif4 ,la forme oblongue de la toile a oblig l'artiste diviser sa composition en trois groupes principaux1 habilement relis les uns aux autres4 ,on sait l'anecdote1 ou1 pour parler plus religieusement1 le miracle bizarre reprsent dans cette peinture4 ,la catholique ,espagne1 o le soin de l'me fait si bien oublier le corps1 a t de tout temps le pays de la faim4 ,chez les mondains mme1 l'tranger s'tonne d'une sobrit qui serait ailleurs le jene le plus austre4 ,les contes rabelaisiens1 sur les repues franches des moines1 n'y sont gure de mise4 ,aussi les frres du couvent o ,murillo a plac sa scne manquaient le plus souvent des choses ncessaires la vie4 ,le saint4441--son nom nous chappe1--se mettait en prire1 et1 soulev par les ailes de l'extase1 se tenait genoux en l'air1 comme sainte ,madeleine dans la ,baume1 implorant la piti cleste pour la communaut famlique4 ,des anges descendaient1 apportant des provisions aux pauvres moines4 ,avec sa foi profonde et srieuse1 ,murillo n'a pas craint de traiter toute cette partie de sa composition de la faon la plus relle1 ou1 comme on dirait aujourd'hui2 la plus raliste4 ,deux grands anges1 aux ailes azures et roses1 dont le duvet frissonne encore des souffles du paradis1 portent1 l'un un lourd cabas de victuailles1 l'autre un quartier de viande qu'on croirait dtach l'instant d'un tal de boucher4 ,d'autres anges1 marmitons divins1 la grande surprise du cuisinier1 pilent l'ail dans le mortier1 ravivent le feu du fourneau1 veillent sur la olla podrida1 rangent les assiettes1 font reluire les vases de cuivre avec une grce nave et noble que ,murillo seul tait capable de rendre4 ,au premier plan1 des chrubins tiennent une corbeille remplie de concombres1 d'oignons1 de tomates1 de piments rouges et de tous ces lgumes des pays chauds dont nous admirions les couleurs vives aux talages des marchs pendant notre voyage en ,espagne4 l'angle de la toile brillent des bassines1 des polons1 des casseroles1 toute une batterie de cuisine rendre jaloux cet art hollandais qui se mire dans un chaudron1 mais peinte avec une largeur historique et magistrale4 l'autre bout du tableau1 un moine1 le suprieur du couvent sans doute1 introduit avec prcaution un hidalgo1 chevalier de ,saint-,jacques et de ,calatrava1 qu'il veut rendre tmoin du miracle4 ,derrire le chevalier s'avance un personnage dont la tte ressemble beaucoup celle de ,murillo et qui pourrait tre le peintre lui-mme4 ,ces trois ttes1 celle du moine surtout1 sont merveilleuses4 ,elles vivent1 elles sortent de la toile et vous racontent par leurs types profondment espagnols toute une croyance1 tout un pays1 toute une civilisation4 ,la ,nativit de la ,vierge est un tableau charmant1 d'une familiarit pieuse et tendre qui arrte le sourire sur les lvres des incrdules1 s'il pouvait s'en trouver devant un cadre de ,murillo4 ,c'est toujours ce mlange ais du surnaturel et du vrai1 ce rapport facile du ciel et de la terre qui distinguent le matre de ,sville des autres peintres religieux4 ,au centre de la composition1 comme un bouquet de fleurs illumin d'un rayon de soleil1 la petite ,vierge nage en pleine lumire2 une vieille matrone1 la tia1 comme disent les ,espagnols1 soutient le berceau avec un geste caressant4 ,pour regarder la frle crature1 une belle fille vtue de lilas1 de vert tendre et de jaune paille se penche curieusement et montre un bras blanc1 satin1 fouett au coude d'une touche vermeille2 mais ce qu'il y a de plus merveilleux dans le groupe1 c'est un ange adolescent1 model avec rien1 une vapeur rose glace d'argent qui incline coquettement la plus adorable tte faite de trois coups de pinceau1 et appuie contre sa poitrine une main longue et fine noye dans les plis de l'toffe comme dans les ptales d'une fleur4 ,prs de la chaise place la gauche du spectateur1 on remarque un petit chien1 un bichon de la ,havane1 longs poils soyeux1 blanc comme neige1 de race pure et digne d'tre port dans le manchon d'une marquise4 ,paul ,vronse ne manque jamais de mler un lvrier ses compositions4 ,murillo1 quand les convenances ne s'y opposent pas trop1 aime y faire jouer ou dormir un bichon havanais4 ,ces petits dtails familiers empchent l'ennui4 ,au-dessus du berceau de la ,vierge enfant plane une gloire d'anges rpandue dans la chambre comme une fume lumineuse dont les flocons seraient de dlicieuses ttes souriantes4 ,au fond1 dans la pnombre1 on distingue vaguement le lit courtines o repose l'accouche4 ,il est impossible de rien voir de plus frais1 de plus tendre1 de plus aimable que cette peinture brosse avec la hardiesse lgre d'un talent sr de lui-mme et rendant sans effort les ides charmantes qui lui viennent4 ,il y a sur cette toile heureuse comme un sourire de grce andalouse4 ,et que dire de cette merveille qu'on appelle tout simplement la ,vierge de ,murillo1 et qui s'panouit comme un lis de blancheur et de puret dans le grand salon carr du ,louvre1 au milieu de ce bouquet de chefs-d'uvre choisis parmi les plus belles fleurs de l'art4 ,la ,vierge1 le pied sur le croissant de la lune1 vtue d'une tunique blanche comme la lumire1 drape d'un manteau bleu qui semble un pan du ciel1 s'lve dans les splendeurs de l',assomption1 lgre1 immatrielle1 colore de rose comme une vapeur de l'aurore1 accompagne de chrubins qui s'gayent et voltigent autour d'elle1 nacrs1 vermeils1 transparents1 dans toutes les poses que peuvent prendre des tres ariens devant qui cde l'impalpable ther4 ,avec la ,sainte lisabeth de ,hongrie1 nous redescendons dans la ralit la plus triviale4 ,des anges nous passons aux teigneux1 mais l'art comme la charit chrtienne ne se dgote de rien4 ,tout ce qu'il touche devient pur1 noble1 divin1 et1 avec ce sujet rebutant1 ,murillo a fait un chef-d'uvre4 ,la pieuse reine a la tte enveloppe d'une sorte de voile blanc qui encadre le pur ovale de son visage de plis asctiques et s'arrange sur la poitrine en guimpe de religieuse4 la cour1 autant qu'elle le peut1 elle mne la vie du clotre1 mais sur le voile demi-monastique scintille une mignonne couronne qui dsigne la reine et s'arrondit une aurole qui dsigne la sainte4 ,debout1 au seuil du palais1 elle accueille sa clientle de pauvres1 de malades1 d'infirmes3 c'est l'heure du pansement4 ,sur un escabeau pose un large bassin d'argent rempli d'eau vers lequel se penche un pauvre enfant dont les guenilles insuffisantes laissent voir l'paule maigre et le torse souffreteux4 ,il prsente son crne damass de crotes1 saigneux1 dnud par la teigne1 aux belles mains royales de la sainte1 blanches comme des hosties1 qui pongent ces plaies immondes avec une prcaution respectueuse1 car ce petit misrable1 c'est peut-tre ,jsus-,christ lui-mme4 ,mais1 pour tre sainte1 on n'en est pas moins reine1 on n'en est pas moins femme2 femme dlicate et charmante1 avec des aversions1 des rpugnances1 des dgots4 ,l'aspect hideux de ces ulcres1 leur odeur ftide1 inspirent sainte lisabeth une horreur qu'elle combat victorieusement4 ,son visage cleste exprime la rvolte de la nature et le triomphe de la charit4 ,cette double expression si fminine et si chrtienne est un trait de gnie de ,murillo4 ,un peintre moins sincrement catholique que lui ne l'aurait pas trouve4 ,une tte de cette sublimit efface toutes les misres et toutes les laideurs4 ,deux jeunes filles accompagnent la reine et l'assistent dans ses pieuses occupations4 ,l'une d'elles tient un plateau charg de buires1 de botes d'onguent1 de charpie4 ,l'autre penche une aiguire de vermeil pour renouveler l'eau du bassin d'argent4 ,rien d'assez beau pour les pauvres6 ,sur la premire marche du perron est assise une vieille femme en baillons1 dont le profil brch se dcoupe avec une singulire hardiesse sur le velours violet de la robe que porte la reine4 ,au premier plan1 tout prs du cadre1 un mendiant rajuste des linges autour de sa jambe1 tandis qu'au fond un estropi se hte et arrive appuy sur ses bquilles4 ,au dernier plan1 travers une architecture la ,vronse1 on aperoit la reine et ses femmes qui servent des pauvres attabls4 ,lazare est le bienvenu dans ce palais hospitalier4 ,comme on le voit1 chez les artistes espagnols le spiritualisme le plus thr n'empche nullement le ralisme1 et le mme pinceau qui vient de faire rayonner l'extase dans l'aurole1 d'ouvrir le ciel et d'en montrer les profondeurs peuples d'anges1 n'a pas honte de peindre un petit mendiant cherchant sa vermine dans un bouge4 ,n'a-t-il pas une me1 ce pouilleux de ,murillo8 ,qu'un rayon de soleil glisse sur le mur qui l'abrite et lui envoie un reflet1 et il vaudra toutes les ples imitations de l'antiquit4 ,il existe ,sville un hpital de la ,charit o repose le fameux don ,juan de ,marana1 qui n'est pas un personnage fabuleux1 comme on pourrait le croire1 sous cette inscription3 ,ci-gt le pire homme qui fut jamais4 ,on y voit encore plusieurs toiles trs-importantes de ,murillo1 quoique la ,piscine de ,jricho et le ,retour de l'enfant prodigue soient passs dans la galerie du marchal ,soult4 ,la ,multiplication des pains et ,mose frappant le rocher1 vastes toiles animes d'une multitude de figures1 le ,saint ,jean de ,dieu portant un mort n'ont pas quitt la place qu'ils occupaient1 mais l',ange qui dlivre saint ,pierre de la prison1 ,abraham adorant les trois anges1 ,sainte lisabeth de ,hongrie1 sont alls orner des muses ou des galeries4 ,le ,saint ,jean de ,dieu1 succombant sous la charge du cadavre auquel il va donner la spulture et que le dmon s'amuse rendre plus lourd pour lui faire pice1 est d'un effet fantastique et puissant4 ,la magie du clair-obscur ajoute la terreur de la scne et fait rayonner le bel ange accouru au secours du saint cras sous le faix de cette croix lugubre4 ,murillo1 malgr la suavit de son style1 la grce de son pinceau1 la fracheur de son coloris1 sait tre terrible quand il le faut4 ,l'horreur ne l'effraye pas plus que la trivialit4 ,il n'est besoin d'autre preuve1 pour qui n'a pas vu le ,saint ,jean de ,dieu1 que le ,saint ,bonaventure revenant aprs sa mort achever ses mmoires1 un des plus tranges tableaux du muse espagnol1 rapport par le baron ,taylor et le peintre ,dauzats4 ,dans cette peinture1 ,murillo lutte de posie sinistre avec le sombre ,valdes ,lal1 dont les tableaux1 la ,mort et les ,deux cadavres1 font frissonner tous ceux qui visitent l'hpital de la ,charit4 ,ce fantme aux yeux atones1 la pleur livide1 dont la main crit en ttonnant sur un parchemin moins jaune qu'elle1 produit un effet qu'on n'oublie plus et vous donne la sensation de l'autre monde4 ,nous marquons cette note1 bien qu'elle soit rare chez ,murillo1 mais elle est trop profondment espagnole et catholique pour l'omettre4 ,chaque grand peintre a son style de madone o il incarne en l'purant son rve de beaut4 ,la ,vierge1 comme ,murillo la reprsente1 est une jolie ,andalouse1 idalise sans doute1 mais dont on rencontrerait encore aujourd'hui des modles la ,cristina ou la promenade del ,duque2 ce n'est pas un reproche1 car rien n'est plus charmant qu'une femme de ,sville avec ses veux pleins de lumire1 son teint clatant et ses lvres vermeilles4 ,il ne faut pas grand travail un peintre de gnie pour en faire une crature tout fait cleste et pour empcher cette beaut d'tre trop aimable1 trop gracieuse1 trop sduisante en un mot1 il suffit d'une paupire modestement baisse et d'un pli dvoil ramen propos4 ,d'autrefois c'est une expression de pit fervente1 extatique1 qui met son rayon dans ces beaux yeux noirs levs vers le ciel1 et qui fait de la femme une sainte et de la mre une vierge4 ,l',enfant ,jsus est trait par ,murillo avec une adoration caressante1 et il trouve pour le peindre des tons qui ne semblent pas appartenir la palette terrestre4 travers les grces1 les sourires et les navets de l'enfance1 il lui conserve toujours le regard d'un dieu4 ,on voit tout de suite que ce frais nourrisson1 debout sur les genoux de sa mre1 n'est pas de notre race1 et que la forme humaine l'enveloppe comme un voile transparent4 ,qu'il soit montr aux bergers1 vtus de peaux de btes et suivis de leurs chiens fauves1 qu'il accueille le petit saint ,jean qui lui tend les bras1 qu'il fasse aboyer le chien du logis aprs l'oiseau qu'il cache dans sa main ou qu'il s'endorme sur la croix1 futur instrument de son supplice1 il a toujours un rayonnement qui dnonce le ,fils de ,dieu4 ,quelle pense mlancolique et prcoce dans ce ,jsus au mouton et quelle grce noble dans le ,saint ,jean et ,jsus6 ,le fils de ,marie fait boire1 dans un coquillage rempli d'eau1 avec une bont affable1 son petit compagnon pntr de reconnaissance2 on dirait un enfant de roi qui s'intresse un humble ami4 ,l',annonciation1 du muse de ,madrid1 est une pure merveille de couleur4 ,la sainte ,vierge et l'ange agenouill devant elle ont pour fond un chur d'anges aussi lumineux que le soleil1 et sur ce fond1 comme un lancement stellaire1 rayonne le ,saint-,esprit1 plus vif1 plus blanc1 plus tincelant encore1 clart ayant pour ombre la clart4 ,toutes les glises et tous les couvents de ,sville regorgeaient des chefs-d'uvre de ,murillo2 on reste effray lire dans ,can-,bermudez la liste de ces toiles innombrables4 ,il y en a dans la cathdrale1 la paroisse ,saint-,andr1 ,saint-,thomas1 la ,reine-des-,anges1 ,saint-,franois1 ,sainte-,marie-la-,blanche1 la ,merced-,calzada1 aux ,capucins1 la ,charit1 aux ,vnrables1 au palais de l',archevch1 la ,chartreuse1 sans compter les uvres dissmines dans les glises de ,carmona1 de ,cordoue1 de ,grenade1 de ,rioseco1 de ,madrid1 de ,vitoria1 dans le palais neuf1 ,saint-,ildefonse et l',escurial4 ,une facilit si prodigieuse1 une fcondit si intarissable confondent l'imagination4 ,ces uvres acheves1 ,murillo se rendit ,cadix afin de peindre un mariage de sainte ,catherine1 composition importante pour le grand autel des ,capucins de cette ville4 ,pendant ce travail il fit de son chafaudage une chute qui le blessa assez grivement et l'obligea de retourner ,sville1 o il passa le reste de sa vie toujours souffrant4 ,il demeurait alors prs de la paroisse de ,sainte-,croix1 et souvent1 dit-on1 il restait1 dans cette glise1 de longues heures en prire devant la clbre ,descente de croix de ,pedro ,campaa1 et comme le sacristain lui demandait un jour pourquoi il restait si longtemps dans cette chapelle1 il rpondit3 ,j'attends que ces saints personnages aient achev de descendre ,notre-,seigneur de la croix4 ,peu de temps aprs son tat s'aggrava2 il reut les sacrements et mourut1 le #c avril #afhb1 entre les bras de son ami et disciple don ,pedro ,nunez de ,villavicencio1 chevalier de l'ordre de ,saint-,jean4 ,il fut enterr dans cette mme chapelle dont nous parlions tout l'heure1 sous le tableau de la ,descente de croix qu'il admirait tant6 ,murillo tait d'un caractre aimable et bienveillant2 il s'intressait ses lves et ne leur cachait rien des secrets de son art4 ,il fonda une acadmie de peinture ,sville4 ,pour l'tablir1 il sut apprivoiser l'orgueil farouche de ,valds ,lal1 faire taire l'envie de ,franois ,herrera le jeune et des autres artistes de la ville et les dterminer seconder ses efforts de leur argent et de leur exprience4 ,c'est ainsi qu'il constitua l'cole de ,sville reconnaissable son style aimable et naturel1 son coloris d'une chaleur frache1 ses contours grassement noys1 ses gracieux types de femmes et d'enfants o sourit la gentillesse andalouse4 ,quant lui1 malgr ses imitateurs1 il resta inimitable2 qu'on voult copier sa manire froide1 sa manire chaude ou sa manire vaporeuse1 car les ,espagnols dsignent ainsi les trois styles qu'il mlange souvent dans le mme tableau2 ce qu'on ne copia jamais1 ce fut son gnie4 ,figure #ad3 ,cne4 ,peint par ,poussin ,,nicolas ,,poussin ,et ego in ,arcadia6 ,telle est1 pour l'ternit1 la vritable pitaphe du ,poussin1 qui le peint tout entier1 et mieux que le beau quatrain de ,bellori1 inscrit sur sa tombe dans l'glise de ,saint-,laurent#ej4 ,oui1 il a vcu dans l',arcadie1 mais dans une ,arcadie qu'il a lui-mme cre1 calme1 apaise1 grandiose1 et toute pleine du souffle des dieux4 ,l'uvre du ,poussin1 posie visible et tangible1 c'est la nature inerte1 conquise par la pense cratrice2 c'est l'uvre des ,grecs continue et complte par une transposition d'une audace trange1 car ce sourire humain qu'ils avaient su imposer leur architecture1 le peintre des ,andelys le donne aux vastes frondaisons1 aux solitudes1 aux larges aspects des campagnes silencieuses4 quelle contre sont-ils emprunts ces asiles verdoyants coups de grandes masses d'arbres1 ombrags de chnes centenaires1 surplombs de montagnes tranquilles o le gant ,polyphme rve assis sur le sommet des rocs1 o ,diogne jette sa tasse en voyant un berger boire dans le creux de sa main1 o voyagent1 dans l'ivresse de leur joie1 le faune1 le satyre1 l'enfant qui porte un syrinx1 l'hamadryade chevele8 nulle contre relle qu'ait claire en effet le soleil de ,dieu1 car1 pareil tous les grands inventeurs1 ,poussin a cr son monde qui n'appartient qu' lui1 et qui pourtant est plus vrai que la vrit1 puisqu'il a reu une existence immortelle4 ,ce monde1 c'est une ,grce1 sans doute1 une patrie de hros et de dieux1 o1 au pied de l'arbre mu dont les rameaux s'ouvrent comme des bras tutlaires1 les nymphes aux draperies flottantes nourrissent ,jupiter enfant du miel des abeilles et du lait de la chvre ,amalthe que vient de traire le corybante couronn de feuillages4 ,c'est une ,grce1 mais non pas la ,grce gographique borne par l',ullyrie et la ,msie1 par la ,thrace et par une ceinture de mers2 c'est une de ces terres idales o le navigateur n'abordera jamais sans doute1 mais o les mes des penseurs voyageront et demeureront pendant l'ternit4 ,comme ,vigneul de ,marville demandait un jour au ,poussin par quelle voie il tait arriv la perfection1 le grand homme rpondit modestement3 ,je n'ai rien nglig4 ,rponse ingnue et charmante1 mais qui prouve quel point le ,poussin se connaissait peu lui-mme et connaissait peu la porte de son uvre4 quoi lui eussent servi ses profondes tudes d'anatomie1 de draperie1 de paysage2 sa religion pour ,raphal1 sa longue intimit avec les chefs-d'uvre antiques2 quelle utilit et-il retir de ses vastes recherches1 que lui importait enfin de connatre les moindres dtails des feuillages et d'avoir mesur l',antinos1 s'il n'avait eu en lui son univers qui voulait vivre et qu'il lui fallut bien raliser sous l'imprieuse obsession de son gnie6 ,que le ,poussin n'ait vu aucun des pays o il place la scne de ses compositions merveilleuses1 que la ,jude lui soit reste inconnue comme la ,grce et qu'il les ait rves toutes les deux travers l'imposante austrit de la campagne de ,rome1 ce serait certes un des plus grands bonheurs de cette vie privilgie1 si le hasard entrait pour quelque chose dans de telles existences1 et si le doigt de ,dieu n'en avait d'avance rgl toutes les phases pour rendre possible l'closion des uvres qui causeront jamais l'tonnement et l'admiration de l'humanit4 ,quand on l'envisage1 cette vie si simple1 si austrement voue connatre et crer1 on voit que rien n'y et pu tre chang impunment1 et qu'elle obit une logique invincible4 ,poussin devait tre sdentaire et non voyageur1 puisque le monde qu'il avait peindre tait en lui2 il fallait qu'il naqut pauvre pour que le luxe et la vie bruyante ne fussent pas un obstacle entre lui et l'idale rgion de la posie2 enfin ne devait-il pas vivre comme il vcut1 toujours bless1 souffrant du corps1 mais l'me sereine et vivace1 pour ne rien donner aux amours matriels1 aux blouissements de la couleur1 tout ce que suscite en nous la furie du sang1 et pour pouvoir se livrer tout entier aux sereines et pures volupts de la pense8 ,poussin1 on le sait1 naquit gentilhomme et d'une famille qui s'tait appauvrie au service de nos rois4 ,ce dtail n'est pas sans importance1 car ,poussin1 destin tre non pas un brillant ouvrier de l'art1 mais un initiateur1 un pote agissant1 devait natre avec ce ddain de la richesse et des biens positifs qui ne saurait s'associer avec une naissance vile4 ,ses commencements sont difficiles et pnibles1 exempts pourtant de toute incertitude2 ses croquis crayonns sur les marges de ses cahiers d'colier taient dj des croquis du ,poussin1 et ,quintin ,varin n'eut pas besoin d'un grand effort d'imagination pour deviner une vocation qui s'affirmait elle-mme4 ,toutefois1 ,poussin1 contrari dans ses projets1 dut quitter en fugitif la maison paternelle4 ,arriv ,paris1 il demande des leons des matres qui ne pouvaient rien lui apprendre1 rien1 ou bien peu de chose1 ,georges ,lallemant1 de ,nancy1 qui dessinait des tapisseries histories1 ,ferdinand ,elle1 venu de ,malines pour peindre le portrait4 ,mais il n'tait pas rserv ces artistes mdiocres d'tre les instituteurs du ,poussin4 ,un jeune gentilhomme du ,poitou1 dont il devint l'ami1 lui fit connatre un mathmaticien du roi1 ,courtois1 qui possdait des dessins de ,raphal et de ,jules ,romain1 et une collection de gravures de ,marc-,antoine4 ,la vue de ces gravures fut la rvlation qu'attendait ,poussin4 ,ds lors il n'a plus qu'une ide1 aller ,rome4 ,alors1 comme aujourd'hui1 tout chemin y conduisait2 mais le chemin qui y mne les artistes pauvres fut1 de tout temps1 le plus long et le plus difficile de tous4 ,il fallait d'abord vivre4 ,le jeune seigneur poitevin qui1 le premier1 avait encourag et secouru ,poussin1 tant rappel prs de sa mre1 emmne son ami dans l'espoir qu'il sera employ comme peintre1 mais la dame ignorante veut ployer ce gnie des occupations domestiques4 ,cette fois encore ,poussin s'enfuit1 n'emportant que sa misre1 tout bris1 va se refaire chez ses parents1 aux ,andelys1 et1 son retour1 part enfin pour ,rome vers #afbc4 ,cette fois1 il ne peut aller que jusqu' ,florence4 ,il regagne ,paris1 se loge au collge de ,laon1 et fait la connaissance de ,philippe de ,champagne1 puis celle du cavalier ,marini4 vnement important dans la vie du ,poussin6 ,que ,marini1 si clbre alors et tout vivant portant son laurier1 ait trop sacrifi l'emphase1 aux concetti1 tout le faux luxe potique d'alors1--qu'il faut pourtant prfrer la platitude1--c'est ce qui ne saurait faire aujourd'hui l'ombre d'un doute4 ,mais le ,poussin1 esprit grave1 profondment sens1 ne risquait pas d'tre envahi par le clinquant du pote italien1 et1 en lui lisant son ,adonis1 ,marin lui rvlait un monde1 le vrai monde de la posie1 ces dieux grecs clatant d'amour1 de jeunesse et de force1 cette patrie enchante1 ces les heureuses1 ces porteurs de lyres et de thyrses sans lesquels1 en fait d'art1 il n'y a pas de salut4 ,cette illustration du pome d',adonis 7car ,poussin fit de merveilleux dessins pour l'uvre de son ami7 devait avoir sur le peintre des ,andelys une influence dcisive1 car1 en ralit1 ce pre de l'cole franaise1 ce peintre de sujets sacrs1 cet mule parfois heureux de ,raphal1 ne peignit jamais que des hros4 ,c'est ce que lui reprochrent amrement ses ennemis de ,france quand il eut achev1 pour les ,jsuites1 son ,martyre de saint ,franois ,xavier4 ,dans ce tableau1 disaient-ils1 le ,christ avait plus l'air d'un ,jupiter ,tonnant que d'un ,dieu de misricorde4 ,critique trs-juste1 que le ,poussin ne voulut pas accepter4 ,l'art est paen1 et dans ses chefs-d'uvre les plus levs ne peut aller plus loin que la reprsentation idale de l'homme4 ,mais finissons vite avec la biographie2 celle du ,poussin n'est rien1 et pour apprcier dignement ses ouvrages immortels1 il faudrait pouvoir crire des volumes4 ,quand les uns cherchent pour moyen d'expression la ligne abstraite1 les autres l'harmonie enivrante de la couleur1 quand ceux-ci demandent leur effet la disposition thtrale des personnages1 ceux-l dans la vrit des attitudes ou l'expression des ttes1 ,poussin osa se proposer comme but1 la perfection1 vouloir mener de front toutes les parties de son art1 montrer l'homme dans la nature1 lui calme et ternelle comme elle2 elle est divine et pensante comme lui2 et1 par un effort inou de gnie et d'amour 7mais cet effort ne s'arrta pas et prit toute sa vie71 il put se montrer fidle ce programme surhumain6 ,retenu ,paris par la promesse qu'il avait faite la communaut des ,orfvres de ,paris de peindre pour elle une ,mort de la ,vierge1 ,poussin ne put partir avec ,marini pour ,rome1 o il arriva seulement au printemps de #afbd1 au moment o le pote d',adonis s'en allait ,naples pour y mourir4 ,marini avait recommand le ,poussin son vieil ami le cardinal ,barberini2 mais celui-ci fut forc lui-mme de quitter ,rome pour une lgation1 et laissa le peintre entirement livr sa pauvret et sa solitude4 ,amres nourrices1 bonnes pourtant au penseur1 qui elles donnent l'pre1 l'inexorable libert4 ,la solitude6 quelle fut complte pour le ,poussin1 qui ne trouva pas mme des frres de sa pense et de son dsir6 ,ni ,guerchin1 ni ,valentin1 ni ,manfredi1 ni ,ribeira1 et toute la farouche postrit du ,caravage1 ni l',albane et le ,guide1 enivrs de leur rve charmant1 ne savaient le mot que cherchait ,poussin4 qui donc le demandera-t-il8 ,pas mme ,raphal ou ,michel-,ange1 mais l'antique1 source de toute inspiration hautaine et libre4 ,tandis que ,claude ,lorrain1 ,stella et ,valentin se groupent autour de lui1 il se lie avec un sculpteur flamand1 ,franois ,duquesnoy1 et eux deux ils moulent des antiques1 vivant du produit de ce travail qui1 en mme temps1 leur donnait la science1 l'intelligence de tout4 ,puis1 avec l',algarde1 ,poussin mesure la ,niob1 le ,laocoon1 l',hercule ,commode1 l',antinos4 ,en mme temps1 il tudiait la nature dans la campagne de ,rome1 simple1 lumineuse1 grandiose1 la fois enflamme et calme1 o il semble que les ,csars enfuis laissent traner un reflet de la pourpre impriale4 ,tout occup des grands effets de masses d'arbres1 des verdures1 des accidents de lumire1 cependant il ramassait et apportait dans son mouchoir1 pour en savoir tous les dtails1 des pierres1 les plus humbles mousses1 et1 sur son chemin1 esquissait les poses1 les attitudes1 les expressions diverses des passants1 la fois apprenant1 devinant tout et se devinant lui-mme1 contemplant l'homme1 la terre1 le ciel1 et s'armant de toutes pices pour crer coup sr des uvres o serait partout l'idale beaut4 ,en effet1 ds son retour ,rome1 le cardinal ,barberini songe au ,poussin1 et celui-ci1 du premier coup1 lui donne1 quoi8 cette merveilleuse cration d'un gnie son apoge1 la ,mort de ,germanicus4 ,puis ce chef-d'uvre succdent sans interruption la ,prise de ,jrusalem par ,titus1 la ,peste des ,philistins1 le ,saint rasme de ,saint-,pierre1 les tableaux des ,sacrements1 peints pour le chevalier del ,pozzo6 ,calme1 heureux1 mari la sur de ,gaspard ,dughet1 qui avait soign sa sant chancelante1 en pleine possession de sa gloire1 entour de tout ce qu'il aimait1 des antiques et des ,raphal1 compris par quelques amis chers et prcieux1 ,poussin ne dsirait rien tant que de rester ,rome4 ,on sait pourtant comment le dsir de ,louis ,,xiii fit de lui un peintre du roi et l'appela en ,france1 o il fut si malheureux malgr la faveur du roi et les dlices de la petite maison dans le jardin des ,tuileries4 ,la commande du tableau de la ,cne1 sujet redoutable1 o il avait lutter avec ,lonard de ,vinci1 l'amiti de ,m4 de ,chanteloup et de ,m4 des ,noyers1 le bruit fait autour de son nom1 sa gloire grandissante enfin1 le consolaient mal de son temps dpens dessiner des cartons pour les tapisseries et des fers de reliures4 ,ses dmls avec ,feuquires1 ,simon ,vouet et ,lemercier1 propos de la dcoration de la grande galerie du ,louvre1 l'achevrent4 ,il ne tarda pas solliciter la permission d'aller chercher sa femme malade ,rome pour la ramener ,paris4 ,il n'y devait jamais revenir1 malgr ses promesses et malgr les esprances qu'il laissait concevoir ce sujet4 ,bientt la mort de ,richelieu et celle de ,louis ,,xiii lui rendirent toute sa libert2 mais lors mme que ces grands vnements ne fussent pas venus dgager sa parole1 il est douteux que ,poussin ft jamais revenu en ,france4 ,gnie trop franais1 c'est--dire trop plein de bon sens1 de justesse et de logique pour pouvoir se plaire dans la ,france d'alors1 artiste trop amoureux de la pure beaut pour tre un serviteur commode des souverains2 sa vraie patrie tait sa petite maison du monte ,pincio1 entre les ,dughet et les ,stella et devant la nature inspiratrice6 ,en quittant la ,france1 il se vengea de ses ennemis mieux qu'il ne l'avait fait dans ses lettres magistrales1 et pour touffer les calomnies1 rpondre aux injures1 affirmer sa gloire1 peignit cette page loquente1 le ,triomphe de la ,vrit4 ,triomphe tout abstrait et moral1 car pendant sa longue1 obstine et brillante carrire jusqu'au jour o la mort le prend soixante et onze ans1 le #ai novembre #affe1 ,poussin ne fut rellement compris que de lui-mme6 ,c'est piti de le voir dfendre ses tableaux pied pied1 expliquer dans ses lettres ,m4 de ,chanteloup que sa nouvelle srie des ,sacrements excute pour ce seigneur1 vaut au moins les tableaux peints primitivement sur les mmes sujets pour le commandeur del ,pozzo2 et enfin chercher une justification pour les uvres de son gnie4 ,c'est piti et c'est justice1 car tout artiste qui n'est pas mconnu n'a pas t un crateur1 et nul mieux que ,poussin ne mrita ce nom plus grand que tous les mots humains4 ,en effet1 mme aprs ,rubens1 mme aprs ,raphal1 il est1 si l'on veut parler d'une faon essentielle1 le seul crateur de la peinture d'histoire4 ,seul il a eu le courage1 l'pre volont1 le dtachement suprme de tout subordonnera l'ide qu'il veut rendre2 il ne s'est jamais permis l'ineffable volupt de peindre pour peindre1 de s'enivrer d'un jeu de couleur ou de draperie4 ,pas un pli1 pas un regard1 pas une attitude qui ne concoure svrement l'effet gnral4 ,il suffit1 disait-il1 d'une demi-figure de trop pour gter un tableau1 et sa recherche d'une dominante1 son application la peinture des modes dorien1 phrygien1 lydien1 ionique1 explique tout l'homme4 chapper la matire1 tre tout me et pense dans un art plastique et matriel1 tel fut le problme insondable qu'il se proposa et qu'il rsolut1 de sorte que l'accomplissement de l'impossible fut sa vie de toutes les heures et son travail quotidien4 ,voyez1 la composition est irrprochable1 mesure1 rythmique1 le dessin est pur1 exquis2 la couleur sobre1 sans pauvret1 vit dans de solides et calmes harmonies1 la nature autour des personnages est vraie1 toujours grande2 les expressions appropries au sujet concourent toutes au mme et unique effet3 devant ces tableaux si varis1 si diffrents entre eux et dont la perfection constitue pour ainsi dire la seule parent1 quelle impression reoit-on8 ,une impression toute religieuse1 et j'oserais dire religieusement paenne1 car ,poussin peint l'homme cet tat d'enthousiasme et de grandeur morale o il va se transfigurer en hros1 la nature ce point d'panouissement et de grandeur silencieuse o elle peut tre foule par les pas des dieux4 ,ses ptres sont dj des hros et ses saints ne sont que des hros4 ,poussin tait digne d'tre un ,grec2 mais1 que dis-je1 il le fut2 sa ,grce est nous comme elle est lui1 elle ne sera pas ravage comme l'autre1 les barbares et le temps ne pourront dtruire ses ombrages et desscher ses fontaines murmurantes4 ,l',arcadie6 elle verdit et fleurit1 demeure de nos mes2 elle est la rcompense et le refuge des esprits qui n'ont pas voulu d'autre richesse et d'autre volupt que celles de la pense4 ,le jour o le cavalier ,marini prsenta ,poussin au cardinal ,barberini3 ,vous verrez1 lui dit-il1 un jeune homme qui a une fougue extraordinaire4 ,fougue qui1 tempre par la raison1 par l'pre tude1 par la sobrit voulue1 devint l'clatante1 la prestigieuse fcondit dont nous restons blouis4 ,bible1 histoire1 mythologie1 ,adonis1 ,vnus1 ,salomon1 ,mose1 faisant jaillir la fontaine sacre1 la mort de ,phocion1 la clmence de ,coriolan1 ,germanicus mourant1 la ,femme adultre pardonne1 ,armide en furie piant le sommeil de ,renaud1 que n'a pas peint1 comment1 transfigur l'infatigable gnie du ,poussin8 quelle lgende sacre1 quelle histoire1 quel rcit1 quel pome a manqu son invention que rien n'puise8 ,quelle grandeur1 quelle majest tragique dans le ,testament d',eudamidas6 ,dans sa maison nue o la pauvret habite avec lui1 le guerrier est couch1 prt rendre le dernier soupir4 ,le mdecin garde une main appuye sur le cur du mourant pour savoir quel instant il aura cess de battre4 ct du lit1 le notaire est assis2 il finit d'crire le testament sublime que lui a dict ,eudamidas3 ,je lgue ma mre ,art1 pour la nourrir et en avoir soin dans sa vieillesse2 ma fille ,charixne1 pour la marier avec une dot aussi forte qu'il pourra la lui donner2 et cependant1 si l'un d'eux vient mourir1 j'entends que le legs revienne au survivant4 ,la mre du guerrier1 dj vieille1 instruite la rsignation par de longues souffrances1 tourne le dos ce cruel spectacle2 mais la jeune fille1 assise sur un escabeau sur lequel repose le pied de sa grand'mre1 s'abandonne sans rserve sa douleur2 sa tte est pose sur son bras1 qui1 appuy sur le pied du lit1 retombe inerte2 toute son attitude morne1 dsespre1 ses yeux en larmes1 son front pench1 le grand dessin de ses draperies remplissent l'me d'une religieuse piti4 ,par une pense hautaine et charmante1 la pauvre demeure o ,eudamidas expire n'a d'autres ornements que son pe et son bouclier pendus la muraille3 le guerrier a le droit de choisir pour ses lgataires ,art et ,charixne6 ,qui dira la fougue du tableau des ,sabines1 tapage des couleurs1 tant de personnages qui courent en sens divers1 les femmes cheveles et folles de terreur se dbattant contre leurs ravisseurs aux mines violentes et farouches1 l'clat des armes1 les chevaux cabrs1 les draperies envoles1 tout ce tumulte que domine ,romulus majestueux et calme levant avec gravit un pan de son manteau6 ,qui dira la grce du ,mose expos sur le ,nil1 du ,mose sauv des eaux1 du tableau d'lizer et ,rbecca8 ,jeune1 nave1 ingnue1 ,rebecca jette un regard ravi sur les prsents que lui offre lizer2 autour d'elle1 parmi ses compagnes si finement drapes la grecque1 quelle varit de sentiments6 ,la femme envieuse accoude immobile sur la margelle du puits1 les deux surs embrasses1 la curieuse qui laisse tomber l'eau de sa cruche1 l'indiffrente qui s'loigne1 la jeune fille1 qui portant dj une urne sur sa tte1 se baisse pour en soulever une autre1 sont d'une simplicit attendrissante et digne de l'pope4 ,ces quatorze tableaux des ,sacrements o chaque composition1 recommence deux fois1 affirme une pense si robuste1 scnes merveilleuses1 les unes1 comme le ,baptme empruntes la vie mme du ,christ1 les autres reproduisant les pompes de l'glise catholique1 cette apothose enthousiaste intitule le ,ravissement de saint ,paul1 tant d'autres tableaux de saintet3 le ,repos de la sainte famille1 la ,cne1 l',apparition de la ,vierge1 ,jsus gurissant les aveugles1 l',adoration des ,mages nous montrent le gnie du ,poussin sous ses aspects les plus pompeux et les plus svres2 mais n'est-il pas lui davantage dans ces paysages inimitables o la campagne est surprise et connue toutes les heures du jour2 o1 ombrages1 rayons du soleil1 grandes perspectives1 plans tags1 ruissellement des eaux1 cieux infinis1 rien n'a de secrets pour lui2 o la vrit des branches1 du feuill1 o la perfection dans l'excution matrielle de chaque dtail n'empchent jamais la grande tournure et le sentiment hroque8 ,dans ces campagnes1 il peint1 et d'une main cratrice1 cho et ,narcisse1 ,diogne1 ,polyphme1 les faunes1 les hamadryades1 ,pan et ,syrius1 ,apollon et ,daphn2 mais lors mme qu'il ne les y montre pas1 les hros et les dieux y sont prsents1 et leurs pieds seuls peuvent fouler ces gazons olympiens1 leurs seules mains peuvent carter ces nobles branches1 sillonnes par la foudre ou courbes par le souffle de ,jupiter6 ,le ,poussin est lui surtout dans ce tableau des ,bergers d',arcadie1 o d'heureux pasteurs1 demi-nus1 couronns de feuillages1 promnent leurs amours travers la riante contre ouverte sur les montagnes neigeuses et sur les horizons infinis4 ,tout en eux est joie1 posie1 bonheur de vivre4 ,cependant1 au pied d'un bouquet d'arbres1 l'un d'eux vient de dcouvrir un tombeau avec celle inscription demi-efface3 ,et ego in ,arcadia6 ,cette joie tout coup assombrie1 cette voix venue de la tombe pour rsonner dans le paysage enchant1 la subite rverie de ces jeunes hommes beaux comme des dieux1 la mlancolie veille sur le visage de cette bergre-muse appuye sur son amant dans une pose noble et pensive1 c'est toute l'me du ,poussin4 ,mais quoi6 dans son uvre immense1 varie1 innombrable1 fconde en surprises et cependant toujours semblable elle-mme1 il n'est pas une page qui ne le raconte tout entier4 ,et le temps et-il ananti dtruit son uvre imprissable1 ne trouverait-on pas toute l'histoire du pote de la peinture rien qu'en regardant le radieux portrait o il se reprsenta lui-mme1 tte forte1 rsolue1 rsigne1 ple1 pensive1 aux regards lumineux sous des sourcils nets et droits1 au nez nergique1 la moustache mince1 au front puissant et droit sous deux ondes gales de cheveux noirs8 ,naturellement et sans recherche1 il est drap dans son manteau comme une figure antique1 et sa belle main lgante et virile est appuye sur le portefeuille qui contient ses tudes1 imposante et unique occupation de toute sa vie4 ,sur cette tte on lit l'enthousiasme du pote1 la patience de l'artiste1 la bravoure du soldat1 la rsignation du martyr4 ,poussin a eu dans la postrit la double apothose de sa pauvret et de sa gloire2 initiateur1 il a suscit par tout l'univers des fils de sa pense1 et nous sommes forcs de permettre aux peuples nos rivaux de rclamer eux aussi comme un citoyen du monde celui qui reste pour nous le matre1 le fondateur et le soldat toujours militant de la glorieuse cole franaise4 ,note #ej3 ,parce piis lacrymis3 vivit ,pussinus in urna ,vivere qui dederat1 nescius ipse mori4 ,hic tamen ipse silet4 ,si vis audire loquentem1 ,mirum est1 in tabulis vivit et eloquitur4 ,figure #ae3 ,muse4 ,peint par ,le ,sueur ,,eustache ,,le ,,sueur ,cet homme si doux1 si rsign1 si profondment religieux1 capable d'un amour unique1 d'une pense immuable1 et qui mourut du chagrin d'avoir perdu sa femme1 fut un rvolutionnaire en art4 ,ses contemporains purent s'y tromper1 mais non pas les souverains1 qui ne lui confirent jamais de travaux1 non pas ,lebrun1 disant aux obsques mmes de ,le ,sueur1 que la mort venait de lui ter une grande pine du pied1 non pas le grand ,poussin1 qui tout de suite avait reconnu en lui un frre d'inspiration et de pense4 ,la vie de ce suave artiste est de celles qui prouvent irrvocablement que l'art est immortel1 puisqu'il a1 comme la nature1 le don de se reproduire et de se renouveler jamais par des contrastes violents1 prodigieux1 inattendus1 o le doigt de ,dieu clate1 faisant sortir du rocher1 frapp de mort1 la source frache et jaillissante4 ,de la hideuse dcomposition de la matire quelque chose s'lance2 ce quelque chose a le parfum divin1 la couleur exquise1 la vie pleine de grce2 c'est une fleur portant en elle tout un paradis de joie et d'amour4 ,ainsi1 aux poques o l'art touff sous la matire1 sous les procds factices1 sous l'imitation de l'imitation1 a cr autour de lui l'blouissement et le dgot1 soudain un homme surgit1 nouveau1 inconnu1 ne devant rien ses prdcesseurs ni ce qui l'entoure1 et qui rapporte dans son uvre le pur et primitif parfum de la pense humaine2 cet homme1 c'est la ,fontaine1 c'est ,poussin1 c'est ,le ,sueur1 et son arrive providentielle blesse les yeux de ses contemporains aussi douloureusement que le rayon du jour filtrant parmi les rayons des lampes et l'orgie4 ,fatalement1 tant les yeux des hommes sont aveugles1 nous en venons toujours adorer quelque brutal et grossier carnaval qui1 fatalement aussi1 s'efface et tombe en poussire sous le premier regard de cette desse toujours insulte et nue1 la sainte ,vrit4 ,le ,sueur fut1 je le rpte1 un des rvolutionnaires1 un des initiateurs qui font le jour dans un chaos et qui1 la place de la convention toute-puissante1 viennent apporter la vie et la lumire4 ,quel fut son procd8 ,nul que l'imitation puisse reproduire1 car1 plus sincre1 plus idal encore que ,poussin1 il puise dans son me les moyens d'mouvoir4 ,les vingt-deux tableaux de la ,vie de saint ,bruno1 peints pour le clotre des ,chartreux de ,paris1 sont l'uvre toujours jeune et triomphante de notre ,raphal1 mais d'un ,raphal plus spiritualiste1 plus dgag de la matire et qui ddaigne les pompes de l'art comme les pompes de la vie1 possdant1 comme par une grce spciale1 la navet1 la puret ineffable1 l'intensit du sentiment1 la grandeur de conception qui prside aux crations simples4 ,regardez ces tableaux o toute une pope est clairement et dlicieusement crite1 depuis la lgende du frre ,raymond le ,tartufe1 qui sert d'introduction celle du saint1 jusqu' la grande page o sa mort est raconte avec tant de ferveur6 ,suivez cette srie d'une harmonie si douce et si imprieuse1 le recueillement1 la prire1 la vocation du saint mu par les frissonnements du monde surnaturel1 la distribution de ses richesses aux pauvres1 la prise d'habit1 la lecture du bref du pape2 quel charme invincible vous retient l toujours plus captif1 toujours plus attir dans le cercle de l'enchantement sacr8 ,c'est celui qui dplace les montagnes et rend possibles tous les miracles3 une foi profonde6 ,foi dans l'art1 foi dans la religion1 et mme le peintre a eu la grce d'une sorte de crdulit enfantine1 adorable cette poque o aprs le ,rosso1 aprs ,primatice1 aprs ,frminet1 aprs l'clectisme mondain et strile de ,simon ,vouet1 il est si doux de respirer cette fleur sauvage4 ,mpris de tout ce qui est terrestre1 apptit des seuls biens ternels1 dtachement des choses1 ardeur d'embrasser le rel infini1 telle est la seule ide exprime dans les vingt-deux tableaux de la ,vie de saint ,bruno1 et n'est-ce pas un miracle vingt-deux fois renouvel que d'avoir pu faire comprendre l'aide d'un art fait pour les sens1 cet apptit qui n'est pas des sens1 ce dsir extra-humain et hyperphysique dont le vol nous transporte en dehors de nous1 cette soif de l'invisible que rien ici-bas ne peut tromper ni rassasier8 ,par quel miracle dj quand l',italie tait encore fanatise tantt par les excs des successeurs de ,michel-,ange1 tantt par des ractions impuissantes contre sa manire1 quand la tentative des ,carrache n'avait abouti qu'aux violences du ,caravage et au chimrique idalisme de ,jospin1 la conscience un peu strile du ,dominiquin et la systmatique suavit du ,guide1 quand chez nous1 aprs les travaux sans originalit des ,dubreuil1 des ,ambroise ,dubois1 des ,leramberg et des ,jean de ,brie1 ,frminet renouvelait l'exagration la ,michel-,ange et les tons noirtres du ,caravage1 par quel heureux don1 par quel bienfait du ciel ,le ,sueur avait-il trouv en lui-mme des lments pour crer de toutes pices un art nouveau8 ,que le got lui indiqut1 en des sujets comme ceux qu'il avait traduire1 la ncessit d'viter tout tumulte1 toute symphonie bruyante de couleur1 toute magnificence thtrale1 cela se comprend de reste1 mais une fois qu'il s'tait priv volontairement de tout ce qui1 pour ses contemporains1 constituait la peinture mme1 une fois qu'il avait renonc aux procds de l',italie comme ceux de ,rubens1 l'affectation anatomique comme au prestige de la lumire colore1 qu'allait-il lui rester pour donner ses tableaux la vie de l'art1 charme qui sduit1 la beaut durable8 ,je l'ai dit1 rien que lui-mme et sa propre foi4 ,dgag de tout1 il couta la voix silencieuse qui nous parle1 regarda sa propre pense1 et dans des altitudes exaltes et cependant tranquilles1 dans une couleur sereine1 peignit son me4 ,quant aux moyens de se traduire1 cet lve de ,simon ,vouet ne les avait demands qu' deux matres1 ,poussin son ami1 et aussi ,raphal1 auquel tout d'abord s'adressent toujours ceux qui cherchent la vrit1 car il n'apprend qu' tre sincre1 qu' trouver le beau en soi et dans la nature1 voir sur le front de l'humanit le sceau divin dont elle est marque irrmissiblement et qui pour l'il fidle du penseur1 reste visible malgr les nuages passagers qui l'effacent ou le voilent4 ,eustache ,le ,sueur fut1 comme le ,poussin1 un des fils bnis de la pauvret4 ,son pre1 mdiocre sculpteur1 originaire de ,montdidier1 en ,picardie1 ne mconnut pas ses dispositions pour le dessin et le conduisit chez le peintre du roi1 chez le clbre et triomphant ,simon ,vouet4 ,dj dans ce mme atelier1 un jeune homme nomm ,pierre ,mignard1 un enfant nomm ,charles ,lebrun1 venaient s'initier l'art4 ,mais comme chaque destine est semblable elle-mme1 ,lebrun tait entr chez matre ,vouet comme plus tard il entra partout1 par la grande porte4 ,la protection assure du chancelier ,sguier en faisait dj un personnage1 tandis que ,le ,sueur tait admis obscurment et par grce4 ,bientt l',italie1 alors le but et la terre promise de tous les jeunes artistes1 enleva ,simon ,vouet ,mignard et peu aprs ,lebrun4 ,seul1 ,le ,sueur1 dont la grande destine tait crite d'avance1 fut retenu ,paris par sa bonne marraine1 la ,misre4 ,oh6 combien nous devons la bnir1 cette tutlaire martre6 ,si ,le ,sueur et par malheur possd les quelques pistoles qui lui manqurent alors1 l',italie nous prenait le plus original1 le plus sincre de nos peintres2 un simple hasard supprimait le ,saint ,paul prchant phse1 la ,vie de saint ,bruno1 le ,martyre de saint ,gervais et de saint ,protais1 la ,descente de ,croix1 des chefs-d'uvre sans nombre et nous aurions eu un peintre thtral de plus1 quelque ,carrache de seconde main1 quelque ,vnitien de convention1 ou tout au plus un grand artiste imposant et align comme les tragdies de ,racine et comme les jardins de le ,ntre4 ,mais un tel hasard n'est pas possible supposer dans la vie des grands hommes2 ,dieu les mne par la main et sait o il les mne4 ,le ,sueur n'eut-il pas l'me enflamme et tendre des potes destins mourir avec les premires fleurs de la jeunesse8 ,nous ne saurions pas nous le figurer vieux1 non plus que ,raphal1 non plus que tous ces tres angliques1 la fois homme et femme1 qui ont gard en eux la double nature4 ,par la virginit de son talent1 par cette me privilgie1 candide1 qui lui fit retrouver l'inspiration nave des plus beaux temps de l'art1 il mritait le prcieux privilge d'apparatre sous la figure d'un jeune matre1 non-seulement pendant son voyage mortel1 mais travers les ges4 ,toujours comme le ,poussin1 car il devait y avoir plus d'une similitude dans les existences de ces deux aptres de l'art1 ce fut une circonstance fortuite qui rvla ,le ,sueur sa vocation4 ,il suivait docilement les conseils de ,simon ,vouet1 quand le marchal de ,crqui1 revenant en #afcd de ses ambassades ,rome et ,venise1 rapporta ,paris une riche collection de tableaux italiens4 ,tandis que tous les visiteurs couraient au ,guide1 l',albane1 au ,guerchin1 ,le ,sueur se sentait attir involontairement vers d'autres tableaux placs sans honneur au fond de la salle3 c'taient des peintures de quelques matres du quinzime sicle1 et aussi des copies de ,raphal excutes sous ses yeux3 un ,andr del ,sarto1 un ,francia4 ,de ce moment1 ,le ,sueur comprit ce qui s'agitait au dedans de lui-mme2 l'art qu'il avait rv1 celui vers lequel s'agitaient ses aspirations1 tait l sous ses yeux1 vivant1 ralis4 ,il avait souponn la vrit2 maintenant elle tait l sous ses yeux1 brillante1 lumineuse1 invincible4 ,il ne faut pas croire pourtant que l'lve de ,vouet et alors le droit d'embrasser son idal et de se dgager des liens o il tait garrott2 oblig de travailler aux tableaux de son matre de plus en plus accabl de commandes1 il fallait qu'il se conformt sans murmurer aux procds rapides adopts par le peintre du roi1 car on ne devait pas voir la trace de deux mains diffrentes sur ces toiles si rapidement couvertes4 ,ainsi1 le malheureux ,le ,sueur se sentait chaque jour envahir davantage par l'imitation1 et une grave inquitude le tourmentait4 ,pourrait-il en effet s'affranchir de ces mthodes lches1 presque mcaniques1 le jour o1 rendu la libert1 il travaillerait pour son propre compte et tenterait de dgager l'artiste cach en lui sous le modeste et docile ouvrier4 ,l'vnement nous a prouv qu'il s'alarmait en vain1 mais coup sr il y avait l un lgitime sujet d'pouvante4 ,ce qu'il apprenait sans s'en douter1 l'cole de ,simon ,vouet1 c'tait l'humilit1 la rsignation chrtienne4 ,le ,sueur avait environ vingt ans quand se prsenta1 pour la premire fois1 l'occasion si ardemment souhaite de faire acte de pense1 d'tre lui-mme4 ,charg de faire huit grands tableaux destins tre excuts en tapisserie1 et dont les sujets devaient tre tirs du pome de ,franois ,colonna1 dominicain1 intitul3 le ,songe de ,polyphile1 ,vouet abandonna compltement cette tche ,le ,sueur1 qui en deux ans acheva les huit compositions4 ,une seule nous reste1 et par sa grce lgante1 par l'heureuse disposition des figures1 laisse deviner dj le peintre du ,salon de l',amour et du ,cabinet des ,muses4 ,toutefois1 ne nous affligeons pas trop de la perte de ces tableaux2 ,le ,sueur1 sans doute1 n'tait pas encore l1 il ne devait tre lui-mme qu'aprs sa rencontre providentielle avec le ,poussin4 peine arriv en ,france1 ce grand homme tait en butte un dnigrement systmatique1 des sarcasmes implacables1 des attaques sans nombre4 ,seul1 parmi les lves de ,simon ,vouet dtrn1 ,le ,sueur refusa de s'associer la haine dont on poursuivait le nouveau venu4 ,sans songer qu'il s'exposait passer pour un courtisan de la faveur royale1 ,eustache ,le ,sueur osa admirer tout haut les uvres du peintre des ,andelys4 ,ce style noble1 svre1 si courageusement pur et nouveau1 si exempt de toute manire1 l'avait conquis et gagn du premier coup4 ,poussin apprit par hasard qu'un jeune homme avait os le dfendre contre tous1 et voulut voir ce ,caton enfant qui ne tenait pas tre du parti des dieux4 ,est-il besoin de dire que l'esprit charmant et candide de ,le ,sueur gagna tout de suite ,poussin1 cet homme antique4 ,une amiti grave1 fconde1 s'tablit entre eux1 et1 de la part du matre1 fut une vritable paternit spirituelle4 sa voix ,le ,sueur1 encourag et fortifi1 sortait des langes de l'ducation1 se sentait libre1 osait laisser paratre sa fiert longtemps contenue4 ,qu'elles durent tre belles ces longues causeries o les deux grands hommes1 l'un son aurore1 l'autre dj en possession de tout son gnie1 se confiaient leurs projets1 leurs dsirs1 leurs communes aspirations6 ,le grand1 l'ternel sujet de conversation1 on le devine1 c'tait l'art des anciens4 la voix de son nouveau matre1 ,le ,sueur pntrait avec dlices dans ce monde1 sa vraie patrie1 jusqu'alors ferm pour lui2 il ne se lassait pas de parcourir1 de feuilleter sans cesse les cahiers de croquis innombrables que ,poussin avait rapports de ,rome3 prcieux1 inpuisable trsor1 o il s'enivrait la coupe mme de l'idal4 ,pendant toute une anne1 non-seulement il et sans cesse sa disposition la prcieuse collection des croquis1 non-seulement il jouit sans cesse des conseils et des enseignements du ,poussin1 mais il eut la rare fortune de lui voir peindre la ,sainte ,cne et le ,miracle de saint ,franois ,xavier4 ,lui-mme il excuta sous les yeux du matre son tableau de rception l',acadmie de ,saint-,luc1 ,saint ,paul imposant les mains aux malades1 page o l'influence du ,poussin est visible1 et dont la gravure nous a conserv du moins le noble et imposant caractre4 ,hlas6 le moment de la sparation tait venu4 ,ces deux artistes1 si dignes de s'apprcier1 de se deviner1 de se complter l'un et l'autre1 ne devaient plus se revoir en ce monde4 ,nous avons dit ailleurs comment ,poussin1 las des intrigues1 abreuv de dgots1 quitta la ,france pour n'y plus revenir4 ,compromis1 perdu pour ainsi dire par sa dvotion l'homme de gnie insult1 ,eustache ,le ,sueur restait seul1 vingt-cinq ans1 sans protecteur1 sans appui1 sans autres amis que ,stella et ,philippe de ,champagne4 ,s'il ne suivit pas en ,italie le matre qui volontairement s'exilait et retournait tout meurtri sa maison du monte ,pincio1 si ,le ,sueur demeura priv1 pour ainsi dire1 de la meilleure moiti de lui-mme1 c'est que l'amour1 un de ces amours purs1 exclusifs1 ternels1 comme ceux qui naissent dans de telles mes1 venait de disposer de sa vie4 ,quelque temps aprs1 ,le ,sueur pousait cette jeune fille1 pleine de pit et de vertus1 frle et souffrante1 pauvre comme lui4 ,hlas6 elle devait descendre bien jeune dans la tombe1 emportant bientt avec elle la vie de son poux1 irrvocablement unie la sienne4 ,ce beau mariage chrtien est encore un des traits qui peignent ,le ,sueur2 enthousiaste et pensif comme les premiers aptres1 il devait aimer comme eux1 mourir comme eux1 avant d'avoir senti s'appesantir sur lui la froide main de la vieillesse4 ,mais alors il lui restait encore parcourir treize annes de luttes et de gloire4 ,uni mademoiselle ,goulay1 il entrait srieusement dans la bataille de la vie2 jusque-l1 il avait t uniquement occup de ses tudes1 il lui fallut alors songer son foyer et travailler pour le pain quotidien4 ,mais cette imprieuse ncessit ne devait pas le faire descendre au-dessous de lui-mme4 ,quelque travail qu'il entreprt1 ,le ,sueur resta le digne lve de ,poussin1 et ne sut faire que des chefs-d'uvre4 ,on ne peut refuser ce nom aux vignettes qu'il fut oblig de composer pour la librairie1 aux frontispices de la ,doctrine des ,murs1 des uvres de ,tertullien1 de la ,vie du duc de ,montmorency1 et celui qui1 grav pour un office l'usage des ,chartreux1 reprsente une ,adoration de la ,vierge1 non plus qu'au portrait de la ,vierge soutenue par des anges et la belle composition pour la thse de ,m4 ,claude ,bazin1 de ,champigny4 ,dans ce dernier tableau1 les quatre figures qui forment l'encadrement sont d'un dessin noble et svre qu'on admire et qu'on est heureux d'admirer4 ,de mme le portrait de la ,vierge1 tte chaste1 sacre1 et d'une jeunesse ineffable1 laisse cette impression saine qu'on reoit des uvres d'art o rien n'est surprise1 embche pour le spectateur1 o ce qui vient de l'me va directement l'me4 ,l1 comme dans toutes les circonstances de la courte vie d',eustache ,le ,sueur1 nous pensons que la pauvret fut pour lui une bonne conseillre1 une digne inspiratrice2 ces vignettes1 qui ne le cdent comme style aucune peinture1 sont assures du moins d'une longue dure matrielle2 elles auront la presque ternit de ce qui est typographie et gravure1 tandis que les tableaux du clotre des ,chartreux sont dj si cruellement mutils par le temps et par des restaurations successives4 ,la galerie du duc de ,devonshire1 o l'on voit de ,le ,sueur plusieurs ,saintes ,familles1 la ,reine de ,saba devant ,salomon1 la ,nuit des noces de ,tobie1 le ,mose abandonn sur les eaux1 l',agar chasse par ,abraham1 celles de lord ,besborough1 de lord ,houghton1 renferment presque tous les tableaux qu'il peignit cette poque1 tout en menant fin ces travaux pour la librairie qui tablissent entre sa vie et celle de ,poussin une similitude de plus1 car1 pendant son court sjour en ,france1 le ,raphal franais n'avait pas refus de dessiner des vignettes et mme des reliures pour les ditions de l'imprimerie royale4 ,enfin1 l'heure de la gloire1 l'heure de la justice arrivait3 le prieur des ,chartreux faisait restaurer le petit clotre de son couvent1 et les peintures fresque restaures pour la premire fois eu #aejh1 ne pouvaient subsister dans les arrangements nouveaux2 il fut convenu qu'on en ferait de nouvelles1 et le prieur les demanda ,le ,sueur1 que sa grande pit et sa rputation d'artiste dj grandissante lui recommandaient doublement4 ,eustache ,le ,sueur put donc entreprendre l'uvre qui1 entre toutes1 devait l'immortaliser4 uvre de foi1 uvre de pauvret1 car la modicit du prix dont elle fut paye ajoute encore sa saintet1 sa grandeur et surtout prouve que la commande des tableaux de la ,vie de saint ,bruno ne fut pas1 comme l'a cru tort ,la ,fert1 une faveur royale4 ,il est des hommes qui leur destine sublime rserve la gloire de n'tre jamais rcompenss de leur vivant1 et de rester des bienfaiteurs envers qui les tats ne tentent mme pas de s'acquitter4 ,le ,sueur fut un de ces hommes1 et si modeste d'ailleurs1 qu'il prtendait n'avoir fait que des bauches2 sa modestie1 son humilit relle ne purent cependant pas dsarmer l'envie des contemporains1 ni endormir la jalousie de ,lebrun qui1 son retour d',italie1 devina en ,le ,sueur non pas un rival 7il n'aurait peut-tre pas eu peur d'un rival71 mais un vainqueur dont les travaux devaient primer les siens devant le tribunal de la postrit4 ,ds lors commena entre les deux artistes une lutte ardente1 acharne1 si l'on peut donner le nom de lutte une guerre o ,le ,sueur ne faisait que se dfendre et ne se dfendait qu' force de gnie4 ,cette guerre1 laquelle la ,france dut tant de pages merveilleuses1 ne devait pas tre longue pourtant en enlevant si prmaturment le peintre des ,chartreux1 la mort se pronona pour ,charles ,lebrun1 et comme ,lebrun l'avait douloureusement prvu l'immortalit donna raison ,eustache ,le ,sueur4 ,mais disons en quelques mots quelle fut sa fin cette noble carrire o croyance1 vie1 travaux1 mort mme1 tout brilla d'une si profonde et si sainte unit4 ,lebrun revoyait ,paris en triomphateur1 ft de la reine mre1 du cardinal ,mazarin1 de ,fouquet lui-mme qui lui donnait douze mille livres de pension pour dcorer le chteau de ,vaux4 ,il entrait de plain-pied et ds le premier jour dans tous ces palais qui devaient tre toujours ferms pour son ancien camarade l'atelier de ,simon ,vouet1 pour son nouveau collgue l',acadmie royale de peinture et de sculpture4 ,l'organisation rcente de ce corps avait port le dernier coup nos coles provinciales1 et tandis que ,le ,sueur1 quoique si peu compris encore1 n'tait choisi que par une sorte de pudeur pour faire partie des anciens1 ,charles ,lebrun promoteur ardent de la cration nouvelle obtenait du chancelier la prsentation de l'homologation de l'arrt et en faisait pour ainsi dire son affaire personnelle1 comme s'il et eu le pressentiment de la tyrannique domination qui devait plus tard mettre dans ses mains la toute-puissance de ,louis ,,xiv4 ,si ,le ,sueur se sentit mu et troubl ce fut1 non pas en voyant que tant d'honneurs taient dcerns ,lebrun1 mais en apprenant qu' ,rome1 ,poussin l'avait encourag de ses loges et de son amiti4 ,si la jalousie et pu entrer dans cette me exempte de faiblesses1 c'et t ce propos seulement4 ,mais ,le ,sueur tait de ceux que la douleur inspire1 fortifie et rend plus ardents au travail4 ,en quelques annes il peint son ,may1 le ,saint ,paul prchant phse1 qui balance le succs du ,saint ,andr de ,lebrun1 puis l'htel ,lambert o ,lebrun n'avait voulu se charger que de la galerie d',hercule1 dix-sept tableaux1 le ,salon de l',amour1 le ,cabinet des ,muses et d',apollon1 les ,camaeux de l'appartement des bains1 et divers tableaux pour l'abbaye de ,marmoutier et pour les glises de ,saint-,gervais et de ,saint-,germain-l',auxerrois4 ,on sait qu' l'htel du prsident de ,thorigny1 et en prsence du nonce du pape1 ,le ,sueur remporta une victoire complte4 ,pour deviner1 en ce temps o la mythologie n'tait qu'une mascarade1 ce que le paganisme grec renferme de divin et d'idal1 ne fallait-il pas un chrtien et un mystique comme ,le ,sueur8 ,alors1 il ne s'arrtait plus1 peignait le jour1 passait les nuits dessiner1 dvorait sa vie1 pris tout entier par la fivre de l'art4 ,la mort de sa bien-aime compagne le terrassa1 et il ne put achever son dernier plafond l'htel ,lambert4 ,il voulut mourir prs de ces chartreux qui il avait donn le plus pur de sa pense2 il s'endormit les mains jointes entre les mains du grand prieur au commencement de mai #afee4 ,en mourant1 il laissait place libre ,lebrun qui devait rgner et cder le sceptre ,mignard2 il n'y aurait pas eu de rle pour un gnie indpendant dans cette splendide et pompeuse reprsentation qui fut la gloire de ,louis ,,xiv4 ,pour protester au nom de la pense contre l'autocratie morale du grand roi1 ,le ,sueur n'aurait trouv en lui ni la profonde ironie de ,racine1 ni la ruse exquise de la ,fontaine4 ,il n'eut pas mme une feuille de ce laurier banal qui fut prodigu un peu plus tard si libralement tous les figurants du grand sicle1 mais ne devons-nous pas supposer que cette me tendre et blesse trouva enfin l'apaisement1 la joie infinie1 et ces palmes que le ciel garde aux humbles et sincres gnies qui ont su ddaigner tout ici-bas1 mme le laurier8 ,,david ,on peut dire de ,louis ,david qu'il fut rvolutionnaire son atelier comme au club des ,jacobins ou la tribune de la ,convention4 ,c'tait un ,spartiate et un ,romain de ,paris4 ,il avait rapport1 en #aghj1 de son voyage au del des ,alpes1 la patrie de ,lycurgue et de ,brutus la semelle de ses souliers4 ,il n'a jamais compris ni l'art national ni le sentiment national4 ,il tait ,spartiate et ,romain2 il n'a jamais t ,franais1 hormis dans son exil4 ,il a presque mis en relief cette ide de l'abb ,galiani1 que l'histoire moderne n'est que de l'histoire ancienne sous d'autres noms4 ,buonarotti1 ce descendant de ,michel-,ange1 qui tait venu apporter ses agitations aux flammes vives de la rvolution franaise1 disait ,david3 ,ce n'est pas moi qui suis le petit-fils de ,michel-,ange1 c'est toi4 ,en effet1 c'est un peu la mme passion pour l'ide1 la mme vie inquite jete dans la tourmente des rvolutions2 mais dans sa pleur de touche1 ,michel-,ange est brlant encore1 son excution garde toute la flamme inspiratrice2 celle de ,david est conduite par la raison arme d'un compas4 ,david se croyait chef d'cole comme s'il eut invent l'art antique4 ,est-ce parce qu'il avait protest contre la peinture franaise du dix-huitime sicle1 les ftes galantes de ,watteau1 les rminiscences vnitiennes de ,raoux1 les nymphes court vtues de ,boucher1 les drames familiers de ,greuze8 ,david ne s'est-il pas aperu une seule fois qu'il n'tait que le disciple savant du ,poussin et le continuateur de ,lebrun8 ,qui n'avait1 avant lui1 recherch les panouissements de l'art jusqu' son origine8 ,winckelmann a eu des prcurseurs sans nombre4 ,est-ce qu'on avait attendu la naissance de ,david pour reconnatre que les ,grecs sont les matres par excellence1 qu'ils ont crit la grammaire de l'art1 que leurs uvres sont les seules infaillibles dans tous les sicles1 parce qu'elles sont cres par la pense et par le style1 parce que le beau idal tait un culte chez les artistes d',athnes et de ,sicyone1 comme le culte des dieux chez les hommes1 comme le culte du soleil chez les sauvages8 ,d'ailleurs1 en plein dix-huitime sicle1 avant ,david1 ,vien avait protest3 or ,vien a t le matre de ,david4 ,c'est lui qui lui a enseign les sources vives de l'art4 ,aprs les bruyants soupers et les galantes orgies de ,boucher1 il fallait bien retremper sa peinture moiti ivre dans quelque fleuve aux rives idales1 o ,diane chasseresse seule s'tait baigne4 ,aprs les folies du festin et les chansons des courtisanes1 l'enfant prodigue n'avait plus pour planche de salut que la maison natale4 ,la maison natale de l'art1 c'est la ,grce4 ,c'est toujours l qu'on retrouve sa famille et qu'on tue le veau gras4 ,david n'a paru un rformateur qu'au del du dix-huitime sicle4 ,en de1 tous les artistes saluaient ,vien comme le matre nouveau4 ses derniers jours1 ,vien disait avec malice3 ,j'ai entrouvert la porte2 ,david l'a pousse4 ,c'est toujours l'histoire de ,christophe ,colomb et d',amric ,vespuce4 ,seulement ici le nouveau monde dcouvert avait plus de tombeaux que de forts vierges4 ,au dix-huitime sicle1 on disait3 ,vien2 sous l',empire1 on disait3 ,david2 aujourd'hui nous disons3 ,prudhon4 ,voil le vrai fils des ,grecs4 ,celui-l leur ressemble d'autant plus1 qu'il a moins voulu les imiter4 ,david est n ,paris1 en #agej1 sur le quai de la ,mgisserie4 ,son pre1 qui tait mercier1 fut tu dans un duel invraisemblable4 ,david1 n'ayant encore que neuf ans1 tomba sous la tutelle d'un oncle qui le destina l'architecture4 ,mais1 pour une intelligence passionne1 l'architecture est un art glacial qui passe tout un sicle pour excuter un rve4 ,la peinture1 au contraire1 c'est un art de feu qui1 comme ,dieu1 cre son monde en six jours4 ,david avait vu plus d'une fois son cousin ,boucher1 le peintre des courtisanes royales2 un jour1 il le fut trouver son atelier1 et1 le voyant l'uvre1 perdu dans l'horizon bleu d'un paysage ferique1 encadrant quelque ,cythrenne au nez retrouss1 ,david s'cria3 ,voil les pays o je veux vivre6 ,david ne se connaissait pas encore4 ,boucher fut son premier matre4 ,ce mauvais matre avait voyag dans la ville ternelle sans enthousiasme pour ,raphal ni pour ,michel-,ange4 ,raphal1 c'est une femme2 ,michel-,ange1 c'est un monstre4 ,l'un est le paradis1 l'autre est l'enfer2 ce sont des peintres d'un autre monde2 c'est une langue morte qu'on ne parle plus aujourd'hui4 ,nous autres1 nous sommes les peintres de notre sicle2 nous n'avons pas le sens commun1 mais nous sommes charmants4--,et pourtant6 dit ,david d'un air pensif en regardant des gravures d'aprs l'antique et d'aprs la ,renaissance4--,aprs cela1 reprit ,boucher1 il y a prs d'ici un homme de talent qui s'est tourn vers les vieux en croyant que le soleil se levait par l4 ,je crois que la lumire qui l'attire c'est la lampe des morts2 mais1 aprs tout1 il a peut-tre raison4 ,et ,boucher conduisit ,david l'atelier de ,vien2 car ,boucher tait un noble artiste1 qui croyait aux autres comme lui-mme4 ,l',envie aux yeux louches n'avait jamais hant sa maison4 ,le cousin de ,boucher alla donc chez ,vien apprendre mpriser-- trop mpriser--la palette du peintre de madame de ,pompadour4 ,il concourut bientt pour le grand prix de ,rome1 ce fameux grand prix qui n'a jamais cr un peintre et qui en a dsespr mille4 ,il choua4 ,pour la premire fois1 il douta de ses forces2 pauvre et seul1 il se laissa aller au dcouragement1 peut-tre mme et-il abandonn la peinture1 si les dieux ne lui fussent venus en aide sous la figure d'une desse de l',opra1 mademoiselle ,guimard4 ,il concourut donc une seconde fois4 ,mais une seconde fois il choua4 ,au lieu d'aller se consoler aux pieds de ,guimard1 il rsolut de se laisser mourir de faim4 ,il habitait le ,louvre1 dans l'appartement de ,sedaine1 secrtaire de l',acadmie d'architecture4 ,il s'enferma dans sa chambre1 brisa son dernier pinceau1 jeta ses couleurs par la fentre1 se croisa les bras et s'endormit sur un fauteuil4 son rveil1 il dompta sa faim avec une force d'me toute romaine4 ,il passe ainsi deux jours1 niant la vie vingt ans1 aux beaux jours de septembre1 o le pampre dvoile la grappe provocante4 ,puisqu'il nie la vie1 il nie la douleur4 ,pas un mot1 pas un cri4 ,l'orgueil est l qui touffe ses regrets et ses plaintes4 ,cependant ,sedaine pense qu'il n'a pas vu ,david depuis trois jours1 ,david qui a subi une nouvelle dfaite l',acadmie4 ,il court sa chambre4 ,il trouve ,doyen sur le seuil1 qui frappe la porte4 ,eh bien8--,eh bien1 savez-vous s'il est l8 ils l'ont tu l',acadmie4--,david6 cria ,sedaine de plus en plus inquiet4 ,le jeune homme1 reconnaissant la voix du vieux pote1 rpondit qu'il tait mort1 d'une voix spulcrale4 ,doyen l'appela son tour4 ,celui-l1 du moins1 m'a donn sa voix1 murmura ,david4 ,et il se trana le long du mur jusqu' la porte4 ,ils ne m'empcheront pas de mourir1 et j'emporterai l-haut leurs adieux4 ,il ouvrit la porte4 ,doyen et ,sedaine furent effrays par celle apparition du tombeau4 ,c'tait la ,mort aux yeux caves et aux joues marbres4 ,ils portrent ,david au soleil1 et1 selon l'expression de ,sedaine1 le sauvrent des bras de la mort1 non sans beaucoup de luttes1 car ,david n'en voulait pas dmordre4 ,doyen1 furieux contre ses confrres de l',acadmie1 alla les apostropher en pleine sance4 ,messieurs1 souvenez-vous que ce jeune homme1 un jour1 vous tirera les oreilles tous tant que vous tes4 ,une troisime fois ,david concourut pour le grand prix2 une troisime fois il choua4 ,mais l',acadmie1 reconnaissant son injustice1 lui accorda une place l'cole de ,rome4 l'atelier de ,vieil1 quoique ,david se ft imprgn des principes de rforme1 il n'avait pas rpudi tout fait le got de son temps4 ,il avait pris quelque plaisir peindre le ,temple de ,terpsichore et le salon du banquier ,perregaux4 ,son plus fameux tableaux de concours1 la ,mort des fils de ,niob1 tait dans la tradition des ,van ,loo1 ces peintres qui avaient trouv le secret d'tre charmants sans science1 sans dessin et sans style1 comme ,delille tait alors un pote sans posie1 comme madame de ,pompadour tait une belle courtisane sans amour4 ,quand ,david partit pour ,rome1 il disait avec je ne sais quel regret pour le monde impossible de son cousin ,boucher3 ,l'antique ne me sduira pas2 l'antique manque d'action et ne remue point4 ,et1 en effet1 aprs les premires heures d'blouissement devant les murailles du ,vatican1 que fit ,david8 ,il copia avec amour la belle scne de son compatriote ,valentin4 ,ensuite1 il peignit la ,peste qui est au lazaret de ,marseille1 sans parti pris bien visible1 domin tour tour par le souvenir de l'cole franaise et par l'exemple des bas-reliefs antiques4 ,l',italie1 qui avait revu le soleil dans ,cimabu et les matres florentins1 tait son dernier rayonnement4 ,la nuit couvrait dj la voie sacre2 le gnie national allait descendre au tombeau pour la seconde fois4 ,il n'allait plus rester qu'un sculpteur1 ,canova1 pour tailler un mausole l'art italien4 ,ne comptant plus sur l'avenir1 le dieu invisible qui se repose quand sa semaine est finie1 on se tourna vers le pass1 comme si la science pouvait remplacer l'inspiration4 ,montfaucon avait dvoil l'antiquit1 ,winckelmann s'y agenouilla pieusement1 et ,mengs s'cria3 ,c'est l que sont les dieux4 ,david passa une anne ,rome sans prendre un pinceau1 pris de la seule loquence de la ligne1 qui est une langue complte1 comme le disait ,euphanor l'antique4 ,il dessinait tout et partout3 statues mutiles1 fragments de bas-reliefs1 fresques devenues invisibles4 ,il dessinait tout1 moins la nature vivante4 ,aussi1 quand il se remit peindre1 il ne trouva que dans l'histoire ancienne des sujets dignes de son gnie4 son retour ,paris1 il exposa ,blisaire et les ,funrailles de ,patrocle1 donnant raison ces paroles de ,boucher3 ,les figures antiques manquent de mouvement et de vie2 elles ne remuent pas4 ,mais tout ,paris s'inclina avec respect devant ces morts illustres sortis du tombeau sous le souffle de ,david4 ,la rvolution tait faite dans l'art comme elle le fut dans l'humanit peu d'annes aprs1 quand ,mirabeau1 ,danton et ,saint-,just1 ces autres ,romains de ,paris1 ensevelirent le vieux monde sous le flot temptueux de leur loquence4 ,david1 qui avait voulu mourir de faim1 eut un triomphe inespr4 ,l'ancienne peinture franaise ne fut plus admise que sur les portes et sur les paravents4 ,van ,loo disait en mourant qu'il ne croyait plus ,satan1 ses pompes1 ses uvres4 ,les nouveaux venus brisrent les dieux de la veille comme des idoles surannes1 indignes d'un grand peuple4 ,on commenait1 par pressentiment1 prendre au srieux le mot peuple4 ,david avait ouvert une cole toute jonche de marbres1 de mdailles et de dbris de vases trusques4 ,girodet1 ,drouet1 ,fabre et mademoiselle ,leroux-,laville 7l'milie des ,lettres de ,demoustier7 furent ses premiers lves4 ,il ne tourmentait pas ses lves par sa science3 il avait compris que le temps seul est le grand matre2 il se contentait de leur dire souvent3 ,apprenez faire un ,grec qui ne soit pas un ,romain1 et un ,romain qui ne soit pas un ,grec4 ,de la ,france1 il n'tait jamais question4 ,ses lves auraient pu lui dire quelquefois3 ,matre1 vous-mme1 vous faites des ,grecs qui sont des ,romains4 ,en effet1 si ,david avait vcu avec ,lucrce et avec ,cicron1 il n'avait qu'entrevu ,aspasie et ,platon4 ,il connaissait le ,forum et non le ,sunium#ea4 ,cependant l',acadmie l'avait reu par acclamation1 le roi l'avait nomm son premier peintre1--le roi ,louis ,,xvi1 dont le tribun ,david vota la mort6--,enfin la fortune lui tait venue sous la figure d'une belle fille qui avait une dot4 ,toutes les pages de la jeunesse de ,david taient crites pour marquer dans l'histoire4 ,il fut repouss trois fois par l',acadmie4 ,il faillit mourir de faim4 ,enfin il fut port en triomphe4 ,c'tait en #aghj2 il avait envoy son ,blisaire l'exposition4 ,un jour1 perdu dans la foule1 il coulait le bruit public sur son uvre4 ,tout coup il fut reconnu2 tout le monde le voulut fliciter2 les plus enthousiastes le saisirent et le portrent dans leurs bras en criant de toute leur force3 ,david6 ,david6 ,david6 ,il ne s'opposa point cette ovation2 sans doute il la trouvait toute naturelle dans son naf orgueil4 ,ce qui doit l'excuser un peu1 c'est qu'ayant aperu son ami ,sedaine qui levait les bras avec des larmes dans les yeux1 il carta le flot d'enthousiastes et s'lana vers le vieux pote4 ,la vie de ,david tait toute de labeur4 ,minuit le surprenait souvent remuant les dbris du monde ancien4 ,il se levait presque toujours avec le soleil1 et s'enfermait dans son atelier sans permettre aux oisifs d'y perdre leur temps4 ,il y en a qui aiment la vie deux1 il aimait la vie un4 ,j'oubliais3 il avait un ami1 c'tait son violon1--ami srieux1 qu'il n'a jamais permis de railler1--ami de tous les instants1 confident de toutes les joies et de toutes les douleurs4 ,david aurait eu une autre posie s'il et senti l'antiquit par l'me comme par l'aspect visible1--contraste ,prudhon6--,la figure de ,sapho1 l'ardente amoureuse1 tenta son gnie2 mais il ne vit la deuxime ,muse qu' travers la traduction de ,boileau3 ,heureux qui1 prs de toi1 pour toi seule soupire4 ,il la reprsenta assise et inspire4 ,phaon protg par ,vnus1 tient suspendue ,sapho et lui passe la main sur les yeux4 ,elle laisse tomber sa lyre d'argent4 ,l',amour est l qui la saisit et qui chante l'hymne ,vnus4 ,le tableau est savamment compos4 ,on applaudit la manire originale dont ,david a peint le visage de ,sapho sous les doigts de son amant4 ,c'est un chef-d'uvre de dessin4 ,mais pourtant l'hymne de ,sapho devait passionner tout autrement ,david1 qui1 sans doute1 n'a jamais chant l'hymne ,vnus ou qui n'a jamais lu ,sapho4 ,il y a au ,louvre1 dans la galerie franaise1 un portrait de femme1 madame ,rcamier1 qui n'a gure arrt la critique et qui symbolise le gnie de ,david4 ,c'est une figure o tout est sacrifi la ligne4 ,le pinceau est austre jusqu' la pleur4 ,pas un ornement1 pas un rayon1 pas un battement de cur4 ,et pourtant cette figure1 ainsi teinte dans la pleur d'une touche glaciale1 a un attrait indicible comme la posie de l'inconnu4 ,les yeux1 enivrs des somptuosits des coloristes1 s'arrtent l1 devant cet horizon tout imprgn de neige1 avec un sourire de surprise4 ,david a pouss l'austrit de la touche dans ce portrait jusqu' la fantaisie1 jusqu' la volupt1 jusqu' la passion1 comme sainte ,thrse1 qui fuyait la terre d'un pied haineux pour retrouver dans le ciel les joies coupables de l'extase amoureuse1--ou comme ,sapho1 qui se jetait avec un frmissement d'amour dans la mer ,ionienne o l'attendait la mort4 ,louis ,,xvi et son premier peintre semblrent conspirer ensemble contre la monarchie franaise4 ,le roi commanda ,david un tableau d'un enseignement svre1 pris dans l'histoire romaine1 pour retremper un peu tous ces marquis dsuvrs qui faisaient de la tapisserie aux pieds de quelque ,ariane ennuye1 et qui ne pouvaient plus tirer l'pe que pour dfendre le bichon fanfreluche de leur matresse4 ,tous ces brins de muguet1 comme disait le duc de ,coigny1 qui1 depuis la bataille de ,rosbach1 avaient abdiqu tout sentiment national4 ,david repartit pour ,rome et y peignit le ,serment des ,horaces4 ,les ,italiens de ,rome s'y reconnurent sans doute dans leurs anctres1 car le tableau du peintre franais y fut bruyamment applaudi#eb4 ,quand le tableau fut ,paris1 ,m4 d',angevilliers parut alarm qu'un artiste et os dpasser la mesure du compas royal4 ,david s'cria brusquement3 ,eh bien6 qu'on prenne des ciseaux et qu'on le rogne4 ,le succs1 ,paris1 fut ml de surprise et d'enthousiasme4 ,il y avait longtemps qu'on n'avait vu apparatre ces mles figures de l'histoire4 ,c'est encore la tragdie1 dirent les libertins4--,oui1 rpondirent les derniers encyclopdistes1 mais c'est la tragdie de ,corneille4--,c'tait plutt celle de ,crbillon2 seulement on ne la jouait plus en paniers4 ,on salua ,david grand peintre1 mais surtout grand archologue#ec4 ,pour ,david1 l'humanit n'avait pas fait un pas depuis la mort de ,socrate4 ,pour lui1 le soleil s'tait couch dans le tombeau de cette mort loquente4 ,il ne comprenait rien aux splendeurs visibles ou invisibles du christianisme4 ,la ,bible et l'vangile taient pour lui deux livres de plus dans une bibliothque4 ,jsus le crucifi1 le divin matre1 ne lui avait jamais rien enseign4 ,il le relguait au calendrier1 avec les saints4 ,la duchesse de ,noailles1 croyant qu'un artiste si srieux pouvait seul lui peindre un ,christ digne de rappeler la ligne svre et l'onction des uvres religieuses1 lui commanda un tableau reprsentant un ,christ couronn d'pines4 ,comment voulez-vous1 madame1 que je peigne le ,christ8 je ne le connais pas4 ,socrate1 si vous voulez4 ,madame de ,noailles insista4 ,david promit d'obir4 ,peu de jours aprs1 il lui envoya un ,christ sous les traits et sous les habits d'un soldat aux gardes franaises4 ,voltaire tait dpass6 ,et pourtant1 au sacre de l',empereur1 ce fut ,david qu'on choisit pour le portrait de ,pie ,,vii4 ,on l'avertit que1 selon la tradition1 il fallait que l'artiste ft agenouill pour peindre un pape4 ,il s'assit firement devant ,pie ,,vii1 l'pe au ct pour tout signe de respect4 ,le pape avait trop voyag pour se plaindre4 ,aussi ce pape de ,david est le premier ,italien venu vtu de pourpre4 ,point d'idal et point de flamme intrieure4 ,ce front ne porte pas le tabernacle de la foi4 ,peut-tre est-ce la faute de ,pie ,,vii1 peut-tre est-ce la faute du peintre1 qui1 n'ayant pas au cur la religion chrtienne1 n'a pu donner cette belle figure le rayonnement de l'aptre4 ,david tait un philosophe du ,portique1 ne croyant qu' ,socrate4 ,aussi1 quand il peignit la ,mort de ,socrate1 il n'eut qu' se souvenir1 car il lui sembla qu'il avait1 avec ,platon1 assist cette tragdie paenne1--tragdie sans bruit et sans larmes visibles1 tragdie aux lignes grecques1 o la grce antique se rvle jusque dans la mort4 ,david avait d'abord peint ,socrate tenant la coupe que lui prsentait l'esclave attendri3 ,non1 non1 lui dit ,andr ,chnier1 qui tait ,grec comme ,david tait ,romain1 ,socrate ne prendra la coupe que lorsqu'il aura fini de parler#ed4 ,david entra toute bride dans la ,rvolution1 qui1 selon lui1 n'alla jamais assez vite ni assez loin4 ,il se signala aux ,jacobins par son loquence brutale4 ,ses amis ,collot d',herbois et ,marat n'taient pas plus exalts4 ,il fut nomm la ,convention par la section du ,musum4 ,le peintre du roi habitait toujours le ,louvre4 ,ce pauvre ,louis ,,xvi fut1 pour ainsi dire1 dcapit deux fois par ,david4 ,au #aj aot1 comme il ne reconnaissait aucune figure amie parmi les conventionnels1 il aperut tout coup son premier peintre3 ,eh bien6 ,david1 lui demanda-t-il d'une voix mue1 quand finissons-nous mon portrait8--,je ne finis pas le portrait d'un tyran1 rpondit ,david avec une cruaut sans gale dans l'histoire4 ,le tyran baissa la tte et ne rpliqua pas4 ,quand ,david vota la mort du roi1 il le tua pour la seconde fois4 ,david a t rvolutionnaire en art1 en religion et en politique4 ,quand on recherche les causes de la rvolution de #aghi1 on doit ne pas perdre de vue les tableaux de ,david4 ,tout son uvre est l'expression de cette ide#ee4 ,le fameux tableau de ,brutus1 dat de #aghi1 pressentiment de la ,rvolution1 avait d'ailleurs t command ,david par le roi de ,france1 comme le ,serment des ,horaces4 ,la rvolution tait dans tous les esprits1 mme ,versailles3 ,rome n'est pas dans ,rome1 elle est toute ,paris6 ,brutus est une uvre secondaire1 sans motion1 parlant sans vraie grandeur4 ,brutus est l pourtant avec sa douleur contenue2 mais o tes-vous1 filles de ,brutus1 surs dsoles8 ,je ne vous reconnais pas dans ces marbres antiques qui s'vanouissent avec tant de science et tant de grce4 ,c'est la douleur du thtre et non celle du foyer4 ,et pourtant ,david avait eu mieux qu'un modle d'atelier pour peindre la sur vanouie4 ,tout le monde alors se voulait montrer citoyen1 mme les femmes1 mme les marquises de la cour4 ,une demoiselle de qualit tait venue1 toute dvoile l'amour de l'art et l'amour de la patrie1 avec sa gouvernante1 poser pour une des filles de ,brutus l'atelier de ,david4 ,on raconte mme qu' force de poser dans l'expression cherche1 elle s'vanouit srieusement dans les bras de sa gouvernante4 ,monsieur6 monsieur6 elle se trouve mal pour tout de bon6--,taisez-vous1 dit ,david voix basse1 attendez encore2 ne voyez-vous pas qu'elle est admirable ainsi8 ,et il continua froidement saisir l'expression4 ,tout autre1 mieux inspir1 se ft prcipit aux pieds de la jeune fille1 l'et prise avec passion dans ses bras et eut trouv ensuite dans son souvenir l'expression idale4 ,mais on l'a dj trop vu1 ,david manquait de chaleur d'me4 ,cependant la pense le passionnait4 ,son ,serment du ,jeu de paume1 qui est du mme temps1 est tout un pome radieux o se trahit le dsordre de l'enthousiasme1 o la pense domine le flux populaire avec sa grande altitude4 ,il y a l du ,michel-,ange4 ,c'est le grand historien qui va jusqu' la prophtie4 ,en effet1 la foudre qui frappe la chapelle royale ne crie-t-elle pas en passant3 #ba janvier #agic6 ,la passion rvolutionnaire1 la seule passion de cet trusque rveill parmi nous lui inspira son chef-d'uvre3 ,marat assassin dans sa baignoire4 ,ce tableau sera beau partout1 mme dans la tribune du vieux palais de ,florence4 ,c'est la vrit dans toute sa rudesse1 le ralisme dans toute sa brutalit2 mais la mort est l qui rpand sur cette triste tte de ,marat non pas seulement le sommeil oublieux1 mais le rayonnement d'une me qui s'envole et claire en passant d'un dernier adieu le front1 les yeux et la bouche4 ,voil un chef-d'uvre d'excution4 ,l'amiti a donn jusqu'au dernier coup la chaleur d'me ce pinceau presque toujours teint qui a si souvent trahi l'inspiration4 ,ce ,marat mort1 si laid dans la vie1 est presque devenu beau dans le miroir de l'art4 ,on sent que le peintre lui tait sympathique4 ,et pourtant c'est toujours la vrit qui parle4 ,c'est bien l cette bte froce de la bont qui aurait volontiers supprim la moiti du monde pour le bien de l'autre moiti2 qui signait un bon de guillotine avant d'entrer dans le bain1 mais qui crivait en mourant1 ainsi que le tmoigne le tableau de ,david3 ,vous donnerez cet assignai cette mre de sept enfants dont le mari est mort pour la dfense de la patrie#ef4 ,aprs ,thermidor1 ,david fut emprisonn cinq mois durant au ,luxembourg4 ,thibaudeau1 ,chnier et ,boissy d',anglas le sauvrent de l'exil1 peut-tre de la mort4 ,son exaltation dmagogique s'tait calme en prison4 ,dans ses nuits solitaires il tait descendu en lui-mme et s'tait jug svrement4 ,ah6 pourquoi n'tait-il rest le premier de la rpublique des arts dans ce royal atelier1 tout peupl de chefs-d'uvre8 ,pourquoi s'tait-il aventur sur cette mer des temptes qui1 plus d'une fois avait jet sur lui des vagues de sang8 il avait d'ailleurs le pressentiment que ,robespierre et ,saint-,just avaient enseveli la ,rvolution avec eux4 ,il se sentait impuissant dans l'avenir2 il ne devait plus vivre que pour les arts1 laissant l'humanit en roule ou en droute4 ,ds qu'il fut libre1 il se remit l'uvre2 il peignit les ,sabines1 uvre de matre1 mais tableau thtral sans tumulte1 sans motion1 quoique la pense qui le lui inspira l'et saisi au cur3 il avait appris dans sa prison que sa femme1 qui1 on l'a dit1 n'tait plus sa femme depuis longtemps1 s'puisait en dvouement pour le sauver4 ,pour peindre ce dvouement1 il trouva tout simple de la reprsenter parmi les ,sabines2 toujours ,romain1 mme aprs la ,rvolution1 toujours fidle ce paradoxe de l'abb ,galiani3 ,l'histoire moderne n'est que l'histoire ancienne sous d'autres noms4 ,david s'tait trangement mpris sur son talent en peignant ce grand tableau4 ,c'tait moins du style que de la verve qu'il fallait l4 ,un peu de barbarie et de primitivit dans l'excution et mieux valu que cette exquise politesse des contours1 des mouvements et des chevelures4 force d'art1 l'art lui-mme est banni4 ,une fois libre1 ,david ne songea qu' s'oublier lui-mme et faire oublier ses violences montagnardes4 ,mais oublia-t-il sans peine tant d'amis et tant d'ennemis morts sur la guillotine1--ces ennemis politiques qui vous disent du fond du tombeau3 ,nous nous sommes tous tromps6 et l1 en prenant sa palette et en broyant ses couleurs1 ne vit-il pas des gouttes du sang de ,danton et de ,camille8 ,en #agie1 l'ombre de ,danton le poursuivant encore1 il dessina1 avec la seule force du souvenir1 un beau portrait du grand rvolutionnaire pour son ami ,m4 ,saint-,albin4 ,tiens1 dit ,david en contemplant la figure puissante qu'il avait retrouve dans son cur1 c'est ,jupiter ,olympien que je te donne4 ,c'est peut-tre le seul portrait sign ,david qui porte1 par le style1 une date rvolutionnaire4 ,il est vrai que les ,montagnards de ,david ne sont pas effrayants1 parce qu'il a teint leur passion sous la correction glaciale de son pinceau4 ,napolon1 qui voulait gouverner avec l'clat de son gnie et avec le rayonnement du gnie des hommes de son temps1 alla ,david comme un historien qui devait parler tous les yeux4 ,il lui donna cent quatre-vingt mille francs pour ses deux grandes toiles3 la ,distribution des aigles et le ,couronnement1 qui sont au muse de ,versailles4 ,david a rpt le ,couronnement pour que cette uvre court le monde1 quand l',empereur tait emprisonn ,sainte-,hlne4 ,c'tait une loquente protestation4 ,on l'a vue expose jusqu'en ,amrique4 ,aprs avoir tant voyag1 cette toile1 venue ,paris en #ahdb et mise en vente publique1 a t adjug quinze cents francs6 flux et reflux de l'opinion humaine6 ,dans ce tableau du ,couronnement1 ,david1 enlev par l'enthousiasme public1 monta jusqu'aux sommets inaccessibles de l'idal4 ,son ,napolon est beau de gnie1 la tte de ,josphine a un rayonnement d'amour et de jeunesse4 ,vous avez peint ,josphine plus belle qu'elle n'est1 dit ,david un grand dignitaire de l',empire4--,allez le lui dire1 rpondit-il brusquement4 ,le pape tait d'abord un simple spectateur dans cette comdie hroque du sacre4 ,il regardait ,napolon1 qui1 aprs s'tre couronn lui-mme1 va poser la couronne sur le front radieux et triste de ,josphine4 ,mais ,napolon dit au peintre3 ,je n'ai pas fait venir le pape de si loin pour ne rien faire4 ,faites-lui lever la main en signe de bndiction#eg4 ,david1 exil1 vivait en ,flandre par le corps1 mais son esprit avait choisi la ,grce4 ,il ranimait sa vieillesse ce soleil sans nuages de la mre patrie des arts4 ,les visions de sa jeunesse1 ,eucharis1 ,psych1 l',aurore1 ,vnus1 ,achille1 les trois ,grces1 ,apollon et ,campaspe1 vinrent le visiter ses derniers jours2 ou plutt ,david n'a jamais t ni jeune ni vieux4 ,son pinceau de vingt ans n'accuse ni fougue ni vrit2 son pinceau de soixante-quinze ans n'indique ni faiblesse ni dfaillance1 tant il est vrai que la tte d'un artiste est1 comme l'a dit le pote1 un ternel printemps par des moissons et des vendanges4 ,titien peignait quatre-vingt-dix-neuf ans avec toute la chaleur de ton de ses jeunes annes4 ,david1 qui en #aghi avait peint ,brutus comme par pressentiment1 peignait en #ahad les ,thermopyles ,ce fut sa dernire page d'histoire en ,france1 page loquente et froide comme un discours de grand matre de l',universit4 ,hroque pense sculpte sur la toile au moment o les allis envahissaient la ,france1 dit ,thophile ,thor4 ,au #i thermidor1 il faillit suivre sur la guillotine ,robespierre1 dont il fut le premier peintre2 la chute de l',empire il fut exil comme l',empereur1 dont il tait le premier peintre4 ,il n'alla pas si loin1 il se rfugia ,bruxelles4 ,vainement1 ,m4 de ,humboldt tenta de l'emmener ,berlin avec le titre de ministre des arts du roi de ,prusse2 vainement ses enfants1 ses amis1 ses lves1 le prirent d'adresser une simple requte la ,restauration pour fouler encore le sol natal4 ,la ,restauration ne voulait ni de ,david vivant ni de ,david mort4 ,elle ne voyait qu'un rgicide de plus1 dans le matre de ,gros1 de ,grard et de ,girodet1 dans le peintre de la ,mort de ,socrate4 ,quand on tudie l'uvre de ,david1 on se prend regretter qu'il n'ait pas imprim sa pense sur le marbre4 ,il tait n sculpteur1 avec l'amour de la ligne et la passion de l'ide2 il n'a jamais rien compris aux ftes du soleil1 ses yeux ne se sont jamais enivrs de lumire4 ,il disait de la couleur comme ,boileau disait de la rime3 ,une esclave qui ne doit qu'obir4 ,si ,m4 ,thiers a savamment interprt la pense de ,david dans son ,salon de #ahbb1 ,m4 ,guizot1 dans son ,salon de #ahaj1 a protest avec une souveraine raison contre cette cole de ,david4 ,quand on tudie avec quelque sollicitude l'uvre des peintres du dix-huitime sicle1 on voit que l'art franais n'est pas arriv au style de ,david sans transition4 ,de toute cette cole clbre1 qu'est-il rest8 ,mes disciples1 disait ,david1 ont tous la lettre du gnie3 ,girodet1 ,gurin1 ,grard1 ,gros4 ,ce dernier seul a survcu1 parce que sa forte nature l'a emport au-dessus des leons de ,david4 ,les trois autres sont des statuaires qui n'ont pas suivi leur vocation4 ,des lves secondaires1 qui sait aujourd'hui les noms8 ,david tait n grand peintre1 puisqu'il a reconnu ses vrais matres dans ,phidias et ,michel-,ange1 puisqu'il a compris qu'en vivant dans l'intimit de leurs uvres1 il arriverait aux lois ternelles du beau4 ,nul peintre au monde n'a plus dessin d'aprs ,phidias et ,michel-,ange4 ,david a conserv jusqu' sa mort cinq volumes in-folio d'tudes faites ,rome2 c'tait sa grammaire4 ,il l'emportait partout1 il l'ouvrait toute heure4 ,mais ,phidias et ,michel-,ange n'avaient pas eu besoin d'une grammaire1 pour parler en toute loquence la langue de l'art4 ,avec la grammaire1 on craint de s'aventurer dans les rgions de l'infini2 on a toujours un pied sur la terre2 on ne s'envole jamais au del des nues4 ,on fait des uvres3 on ne fait pas des chefs-d'uvre4 ,note #ea3 ,un jour qu'il peignait le ,supplice des enfants de ,brutus1 il sortit tout coup mcontent de lui1 pour une jeune fille de ,rome vingt fois peinte et vingt fois efface4 ,il va se promener1 sachant bien que la figure cherche lui apparatra dans le souvenir de son voyage ,rome4 son retour1 la jeune fille tait peinte4 ,qui avait os jouer ce jeu8 ,autrefois ,van ,dyck avait repeint une figure de ,rubens1 mais ,van ,dyck tait lui-mme un autre ,rubens4 ,le coupable vint demander son chtiment3 c'tait mademoiselle ,leroux-,laville1 la muse inspiratrice de ,demoustier6 ,cela est bien peint1 dit ,david1 mais vous m'avez fait une ,grecque4 ,note #eb3 ,david crivait au marquis de ,bivre 7toujours dc contrastes6 ,david est d'abord disciple de ,boucher1 quand lui-mme est un matre2 son premier disciple est la matresse de ,demoustier1 et s'il a un ami1 cet ami c'est le marquis de ,bivre671 ,david crivait donc au marquis de ,bivre3 ,les ,romains se sont rendus de bon cur1 et il y a un concours de monde mon tableau presque aussi nombreux qu' la comdie du ,sducteur4 ,quel plaisir ce serait pour vous1 qui m'aimez1 d'en tre le tmoin6 ,au moins1 je dois vous en faire la description4 ,d'abord1 les artistes trangers ont commenc1 ensuite les ,italiens1 et1 par les loges outrs qu'ils en ont faits1 la noblesse en a t avertie4 ,elle s'y est transporte en foule1 et l'on ne parle plus que du peintre franais et des ,horaces4 ,ce matin1 j'ai rendez-vous avec l'ambassade de ,venise2 les cardinaux veulent voir cet animal rare et se transportent tous chez moi4 ,mais il manque mon bonheur de savoir s'il sera bien expos ,paris4 ,pour la grandeur de mon tableau1 j'ai outre-pass la mesure que l'on m'avait donne pour le roi1 qui tait de dix sur dix1 mais ayant tourn ma composition de toutes les manires1 voyant qu'elle perdait de son nergie1 j'ai abandonn de faire un tableau pour le roi1 et je l'ai fait pour moi4 ,on voit que dj ,david ne prenait pas beaucoup le roi au srieux4 ,note #ec3 ,le got du temps1 dit ,charles ,blanc1 ne tarda pas lui emprunter toutes les modifications de l'ameublement et du costume4 ,c'est depuis l'exposition du ,serment des ,horaces que les ornements antiques devinrent la mode4 ,on voulut voir le mobilier de ,tarquin le ,superbe1 boire dans les patres d',herculanum1 que sais-je8 s'clairer par les lampes de la villa ,albani4 ,les robes des femmes furent tailles en chlamydes1 leurs souliers se changrent en cothurnes4 ,david1 consult par les comdiens1 se contenta de leur donner des vases trusques4 ,les comdiens jetrent les hauts cris4 ,la tragdie subit une rude secousse4 ,aucune femme n'y voulait plus jouer4 ,j'ai toujours pens qu'on avait trop d'esprit railleur et pas assez de sentiment antique au dix-huitime sicle pour prendre la tragdie au srieux4 ,elle n'tait admise qu'avec des babils et des jupes la franaise1 comme une savante curiosit de carnaval4 ,les ,franais ont toujours aim l'anachronisme en littrature4 ,aussi1 depuis qu'on a restitu la tragdie son pplum majestueux1 on n'a pas fait une seule uvre immortelle4 ,parmi les lves de ,david il ne faut pas oublier le ,kain ni ,talma4 ,ce fut dans l'atelier du matre qu'ils apprirent le style des mouvements et le style des habits4 ,note #ed3 ,dans son ,salon de #ahbb1 ,m4 ,thiers revient sur cette composition avec tout le respect qu'inspire un chef-d'uvre3 ,socrate dans sa prison1 assis sur un lit1 montre le ciel1 ce qui indique la nature de son intention2 reoit la coupe1 ce qui rappelle sa condamnation2 ttonne pour la saisir1 ce qui annonce sa proccupation philosophique et son indiffrence pour la mort4 ,pour la composition1 ce tableau est un chef-d'uvre que ,poussin seul1 de tous les peintres modernes1 aurait pu trouver2 mais ,david1 sentant qu'il avait sous la main un chef-d'uvre1 s'y complut trop et oublia cette autre maxime1 qu'il faudrait inscrire a la porte de tous las ateliers3 ,le fini ne finit pas4 ,note #ee3 ,il commena montrer ses forces au ,salon de #agha4 ,il y exposa ,blisaire reconnu par un soldat qui avait servi sous lui1 au moment o une femme lui fait l'aumne4 ,au salon de #aghc1 il reparut avec son tableau de rception l',acadmie3 la ,douleur et les regrets d',andromaque sur le corps d',hector1 et le dessin d'une frise dans le got antique4 ,au ,salon de #aghe1 il exposa le ,serment des ,horaces et une petite rptition du ,blisaire4 ,au salon de #aghg3 ,socrate au moment de prendre la cigu1 et une rptition des ,horaces que ,girodet aurait pu signer si le disciple signait les tableaux du matre quand il les peint4 ,au salon de #aghi 7la ,rvolution allait s'annonant partout1 jusque dans les ateliers73 #a ,brutus1 premier consul1 de retour en sa maison aprs avoir condamn ses deux fils qui s'taient unis aux ,tarquins et avaient conspir contre la libert romaine2 des licteurs rapportent leurs corps pour leur donner la spulture2 #b les ,amours de ,pris et d',hlne2 #c une ,vestale2 #d ,psych abandonne2 #e ,louis ,,xvi entrant l',assemble constituante2 #f le ,serment du ,jeu de ,paume1 dessin la plume lav au bistre1 uvre capitale4 ,note #ef3 ,ceux qui n'ont pas vu le tableau s'imaginent que c'est la reprsentation d'un odieux spectacle4 ,en effet1 il y a l1 dans une pice nue et grise1 le couteau ensanglant et le billot de bois1 l'critoire de plomb et la plume brise4--,cette plume plus terrible qu'un seing royal du moyen ge4--,par terre1 le billet de ,charlotte est ouvert3 ,il suffit que je sois bien malheureuse pour avoir droit votre bienveillance4--#ae juillet #agjc4--;,deux #ac4 --,charlotte ,marat4 ,et comme contraste1 au-dessous3 ,david ,marat4 ,eh bien1 cet odieux spectacle est beau dans ce chef-d'uvre de ,david que nous admirions tous hier encore1 une fte du prince ,napolon1 entre un bataille d',yvon et une page antique de ,grme4 ,quand ,robespierre avait la dictature politique1 ,david tait le dictateur des arts4 ,note #eg3 ,david laissait le temps de compter ses uvres4 ,il tait trop savant pour tre fcond4 ,j'ai indiqu tous ses tableaux jusqu' la ,rvolution2 je vais indiquer ses uvres depuis #aghi jusqu' l',empire1 depuis l',empire jusqu' son exil1 et depuis son exil jusqu' sa mort4 ,david signa1 en #agic1 #a les ,derniers moments de ,lepelletier de ,saint-,fargeau2 #b portrait de mademoiselle ,lepelletier1 fille adoptive de la nation franaise2 #c ,marat assassin dans sa baignoire2 #d la ,mort du jeune ,barra2 #e portraits de ,grgoire1 de ,robespierre1 de ,saint-,just1 de ,boissy d',anglas1 de ,jean ,bon ,saint-,andr1 de ,prieur 7de la ,marne71 de ,bailly1 de ,marie-,joseph ,chnier4 ,au ,salon de #agie1 nous voyons le citoyen ,david exposer le portrait d'une ,femme et son enfant4 ,de #agie au ,salon de #ahjh1 le citoyen ,david peignit3 #a une rptition de ,sapho et ,phaon2 #b une variante des ,sabines1 avec un autre fond2 #c un portrait quatre fois rpt du ,premier ,consul gravissant le ,saint-,bernard2 #d les portraits de madame ,verninhac1 de madame de ,pastoret1 de madame de ,trudaine1 une bauche de madame ,rcamier2 #e ,pie ,,vii et le ,cardinal ,caprara2 #f le portrait de ,pie ,,vii4 ,au ,salon de #ahjh1 ,david1 premier peintre de l',empereur1 exposa3 #a le ,couronnement2 #b le portrait en pied de l',empereur2 #c les ,sabines4 ,au ,salon de #ahaj3 #a la ,distribution des aigles au ,champ de ,mars2 #b l',empereur debout1 dans son cabinet4 ,au ,salon de #ahad3 #a les ,thermopyles2 #b portraits des gendres de ,david1 les gnraux ,meunier et ,jeannin1 de madame ,daru1 de ,franais de ,nantes4 ,dans l'exil de #ahaj #ahbd1 ,david a peint3 #a l',amour quittant ,psych au lever de l'aurore2 #b ,tlmaque et ,eucharis2 #c la ,colre d',achille contre ,agamemnon2 #d ,bohmienne disant la bonne aventure une jeune fille2 #e ,mars dsarm par ,vnus et les ,grces2 #f ,apelles peignant ,campaspe devant ,alexandre2 #g des portraits1 celui de ,david1 ceux de quelques-uns de ses compagnons d'exil1 comme ,sieys2 #h des dessins4 ,,prudhon ,le ,monde est le rve de ,dieu1 a dit un philosophe4 ,ne pourrait-on pas dire avec plus de raison3 ,dieu1 ayant cr le monde et le voyant imparfait1 mais ne daignant pas recommencer son uvre1 rva un autre monde plus beau1 plus blouissant1 plus digne de lui-mme1 nouveau paradis terrestre1 o la posie1 ve avant et aprs le pch1 se promne dans toute sa beaut splendide8 ,l'art est ce rve de ,dieu4 ,l'artiste ou le pote est donc une crature privilgie1 qui a la mission de raliser cet autre monde qui nous console du premier4 ,l'artiste potiquement dou ne doit pas seulement tudier sous la lumire du soleil1 il doit couter cette voix idale qui rpand sur la nature ses prestiges et ses enchantements4 ,a-t-on jamais rencontr sur la terre la divine beaut des ,madones de ,raphal8 ,les masques de pltre mouls vif atteindront-ils jamais l'lvation des ttes de ,michel-,ange8 ,les printemps que nous traversons en ,france1 en ,italie1 en ,grce1 sont-ils doux et parfums comme les idylles d',andr ,chnier8 ,la nature1 toute belle qu'elle soit1 manque un peu d'accent et d'harmonie2 l'art achve le pome imparfait de ,dieu1 avec le vague souvenir du ciel d'o il est descendu1 quand l'art s'appelle ,raphal1 ,corrge ou ,prudhon4 ,au dix-septime sicle1 deux peintres luttent ardemment pour arriver la royaut de la peinture3 l'un n'a que son talent1 mais celui-ci est un esprit hardi1 toujours sur la brche1 prt dominer1 prt prendre la place de vive force3 vous avez reconnu ,lebrun4 ,l'autre a son gnie pour lutter1 mais celui-l est un esprit timide et discret1 recherchant avec amour la solitude qui inspire et le silence qui lve3 c'est un homme simple et naf1 qui aime la peinture et non la gloire1 qui demande ,dieu les joies caches de l'artiste1 et non les fanfares de la renomme4 ,c'est un grand peintre2 et pourtant il est vaincu par son rival1 vaincu dans la vie1 vaincu ,versailles1 vaincu jusqu'au jour o le temps remet tout le monde sa place3 vous avez reconnu ,le ,sueur4 la fin du dix-huitime sicle1 la mme lutte se reproduit4 ,aprs les paysages bleus et roses de ,boucher1 quand la peinture1 conduite par ,david1 s'est retrempe dans le sol romain1 ne voit-on pas les apparences du gnie surprendre et frapper tout le monde sous le pinceau svre de ce matre souvent gar1 tandis que le vrai gnie demeure mconnu dans l'humble atelier de ,prudhon8 ,david1 comme ,lebrun1 s'tait fait le peintre de son temps2 lui les sombres figures de #agic et la pompe impriale de #ahab2 lui tout ce qui rappelle les ,romains qu'il veut ranimer1 les vertus rpublicaines et les vertus hroques3 ,joseph ,chnier est son pote1 ,napolon est son hros1 la libert est son dieu4 ,prudhon1 comme ,le ,sueur1 inspir de plus haut1 s'tait fait le peintre de tous les temps et de tous les pays4 ,le vrai gnie n'a pas d'ge et il a le monde pour patrie2 que lui importe lui1 ce timide et doux ,prudhon1 tout ce bruit qui se faisait alors8 ,saturnales de la gloire1 saturnales de la libert6 disait-il en fermant sa fentre4 ,certes1 comme tout cur national1 il tait fier de voir l'hrosme franais choisir l',europe pour champ de bataille et proclamer la libert tous les coins du monde2 mais ct de ,prudhon homme1 il y avait ,prudhon artiste3 or1 pour l'artiste1 il y avait sous le soleil bien des choses avant ,bonaparte ou ,saint-,just1 il y avait l'amour et le beau2 il y avait ,dieu2 il y avait les enfants qui jouent sur le sein de leur mre1 et les amoureux qui rvent aux pieds de leur matresse2 il y avait l'antiquit1 cette muse toujours nouvelle4 ,le champ qu'il aimait le mieux1 ce n'tait pas le champ de bataille1 c'tait la valle bnie du ciel1 o la gerbe rpand son or sur la faux2 le pr bord de saules1 o les bufs s'parpillent2 la vigne rougie1 courbe sous la grappe1 qu'gaye encore le chant des vendanges4 ,ce qu'il aimait1 c'tait la nature dans sa force1 dans son sourire1 dans sa douleur1 vue par le prisme de l'art1 qui est la seconde nature4 ,on peut pousser le parallle plus loin4 ,lebrun et ,david avaient tudi les matres2 ils avaient puis d'une main confiante toutes les sources consacres2 ils taient devenus peintres force de voir comment les grands peintres l'taient devenus4 ,par contraste1 voyez ,le ,sueur et ,prudhon3 ils tudient seuls1 ne suivent aucune trace et arrivent au gnie sans presque le savoir4 ,lebrun a t le peintre de ,louis ,,xiv1 ,david a t le peintre de ,napolon2 ,le ,sueur et ,prudhon ont t les peintres de la nature ternelle1 n'ayant d'autre inspiration que celle qui vient de ,dieu4 ,ds les premires annes de ,prudhon1 on voit que ce fut l un peintre prdestin4 ,comme ,rubens1 il s'appelait ,pierre-,paul4 ,il est n en avril #agfj1 ,cluny1 presque dans le mme pays o tait n ,greuze4 ,celui-ci tait fils d'un architecte1 celui-l tait fils d'un maon4 ,rien ne serait triste comme l'enfance de ,prudhon1 s'il n'y avait sa mre pour rpandre l'amour sur son berceau3 ainsi de ,greuze4 ,prudhon tait n le treizime enfant du maon2 son pre1 finit par succomber en pleine bataille d'une vie de labeur et de sacrifice2 il mourut la peine1 ne laissant sa veuve dsole que ,dieu seul pour appui4 ,dieu prit bien sa part du testament2 il fit un peu de place au soleil tous ces pauvres orphelins4 ,ce fut surtout sur ,prudhon que tomba sa bont2 mais donner le gnie un homme1 est-ce de la bont divine8 ,n'est-ce pas plutt le soumettre aux plus rudes preuves8 ,n'est-ce pas montrer le ciel l'oiseau qui a perdu ses ailes8 ,en effet1 ce fut par un rude chemin1 par un autre calvaire1 que ,prudhon porta la croix du gnie4 ,prudhon puisa sa force dans les larmes de sa mre4 ,le premier tableau que vit ce peintre fut une mre dsole qui aime ses enfants1 et qui n'a souvent leur donner que l'amour de son cur et les larmes de ses yeux4 ,prudhon vit donc s'ouvrir la route dans l'ombre1 la route du pauvre avec ses horizons sur la misre2 mais1 du moins1 dans ce triste tableau1 il y avait une mre dont la douce et tendre figure se dtachait sur une aurole divine4 ,cette figure de mre fut toujours la plus suave inspiration du peintre2 c'est dans le souvenir de son enfance qu'il puisa cette douceur ineffable et cette anglique tendresse qui est l'me de son gnie4 ,de bonne heure1 ,prudhon alla l'cole des moines de ,cluny4 ,ds les premires leons d'criture1 le voil1 comme ,callot1 dessinant mille profils fantastiques2 au lieu d'apprendre crire1 il apprend dessiner4 ,ce n'est point avec les lettres de l'alphabet qu'il exprimera sa pense1 qu'il parlera aux yeux3 au lieu de l'art ingnieux chant par ,boileau1 il s'exprimera avec l'art divin de ,raphal4 ,revenu la maison1 fuyant les jeux de son ge1 il prend une aiguille et sculpte la passion de ,notre-,seigneur sur une pierre4 ,comme il a une charmante figure1 les moines de l'abbaye le distinguent et s'attachent lui2 il a le privilge de les suivre partout2 l'heure de l'cole1 il lui est permis de s'garer dans les vastes dpendances du monastre4 ,il passe des journes en contemplation devant quelque sculpture brche1 devant quelque peinture o l'araigne file sa toile4 ,le monde est l pour lui2 l'uvre de ,dieu n'est pas ce qui le surprend1 car rien n'est impossible ,dieu1 c'est l'uvre de cette pauvre crature qui ne fait que montrer sa faiblesse ici-bas4 ,un jour un moine1 voyant son colier en extase devant une ,descente de croix de quelque peintre ignor1 lui dit1 sachant qu'il aime dessiner3 ,tu ne russiras pas1 toi1 car cela est peint l'huile4 ,prudhon ne rpond pas2 il sort du monastre et court les champs1 tout en se demandant quelle est la manire de peindre l'huile4 ,et d'abord il faut de la couleur1 il faut mille teintes varies pour reproduire ce ciel1 ces figures1 ces draperies et ces paysages4 ,dans la prairie1 il y a des primevres et des scabieuses2 dans le seigle ondoyant1 des coquelicots et des bluets2 sur le sentier1 des marguerites et des glantines4 ,voil mes couleurs trouves6 s'crie ,prudhon4 ,il cueille des fleurs et des plantes1 il s'en va butinant partout2 il rentre la maison joyeux et riche comme l'abeille la ruche2 il exprime le jus de ses bouquets2 il cherche1 il se trompe1 il essaye1 il se dsespre2 il retourne dans les champs1 il rapporte une autre moisson3 la maison de sa mre est tout un laboratoire4 ,on se moque de lui1 on le poursuit de quolibets2 que lui importe8 il est dans le chaos1 mais il trouvera la lumire4 ,en effet1 au bout de quelques jours1 ,prudhon avait dcouvert lui seul le secret de peindre l'huile4 ,il avait treize ans1 l'ge de ,pascal dcouvrant les mathmatiques4 ,prudhon rentra victorieux l'abbaye1 les mains pleines d'bauches4 ,cela est peint l'huile1 dit-il au moine surpris de cet clair de gnie4--,comment as-tu donc fait1 mon enfant8--,j'ai cherch1 j'ai trouv4 ,le moine parla de ,prudhon son vque3 c'tait au beau temps o chaque grand seigneur tait n protecteur des arts4 ,l'vque de ,mcon enleva l'enfant sa mre pour le confier un peintre de province1 ,des ,vosges1 dont le nom n'est arriv jusqu' nous que parce qu'il eut ,prudhon pour lve4 ,du reste1 ce brave homme fut digne de sa mission3 il eut le bon esprit d'tre fier de guider le pinceau de l'enfant2 il comprit que ce serait l son uvre4 ,prudhon1 libre dsormais de toute autre tude1 prit le vol de l'aigle dans ce domaine de l'art4 ,ce fut un disciple souvent rebelle aux leons du matre2 il avait ses ides lui1 il comprenait la beaut sa manire1 il avait une certaine faon de rendre la vrit qui lui semblait plus fire et plus douce que la faon des autres2 aussi1 plus d'une fois1 ce fut le matre qui prit une leon4 ,prudhon passait tout son temps dans l'atelier2 quand il prenait un jour de repos1 c'tait pour voler vers sa mre1 sa mre toujours tendre1 toujours triste1 toujours inquite2 sa mre qui voyait alors sa nombreuse couve dserter le nid et fuir1 au hasard1 la grce de ,dieu1 le sr abri de ses ailes4 ,la pauvre femme vivait de peu1 comme tout ce qui souffre ici-bas2 un rayon de soleil1 le parfum des prs et des bois1 quelques miettes d'une fortune depuis longtemps dissmine1 l'amour de ses enfants1 voil sa vie4 ,le jour o ,prudhon tombait chez elle sans se faire annoncer tait un jour de joie2 on s'embrassait1 on pleurait1 on se consolait4 ,ce jour-l1 le souper tait presque gai2 le lendemain1 avant de partir1 on djeunait encore ensemble1 mais le repas s'attristait4 ,et pourtant rien n'tait plus agrable que ce frugal djeuner servi la fentre par une main maternelle1 en regard des vignes rougies4 ,mais il fallait partir6 ,en s'loignant1 le fils se retournait tout mu1 dj presque consol par le tableau saisissant des belles campagnes du pays4 ,de loin1 au dtour du sentier1 il voyait sa mre penche la fentre1 immobile comme une statue1 perdue dans son amour et dans sa tristesse4 ,prudhon se rappela toujours avec un charme ineffable ses potiques visites sa mre2 le voyage et le retour1 l'arrive soudaine1 la surprise silencieuse1 le tendre babil du souper1 le feu qui s'allumait dans l'aire1 cet aire bni1 o ,dieu1 passant sur la terre1 et aim se reposer4 ,il se rappelait surtout les tristesses du dpart1 ce djeuner qui n'tait pour lui que le signal de l'adieu1 enfin1 le sentier sinueux d'o il voyait encore sa mre4 ,ce fut vers ce temps-l que1 voulant peindre une figure de fantaisie1 il fut tout d'un coup surpris et joyeux de reconnatre sa mre1 sa mre dans l'attitude qu'elle prenait la fentre4 ,c'tait un vrai portrait qui ressemblait pour les yeux et pour le cur3 c'tait la ligne1 c'tait le sentiment4 ,le pauvre ,prudhon1 ravi de son uvre et n'ayant pas de quoi acheter un cadre1 trouva plus simple d'encadrer au pinceau cette figure tant aime dans la fentre de la maison natale4 ,jusque-l ,prudhon1 g de seize ans1 n'avait aim que deux choses3 la peinture et sa mre1 amour bni du ciel1 joie sainte et glorieuse1 dlices matinales d'un cur peine ouvert4 ,un troisime amour vint tout gter4 ,il prit une matresse sans l'aimer1 et croyant chapper ce despotisme1 il pousa sa matresse4 ,voil la prose qui vient1 avec ses souliers ferrs1 fouler le vert gazon de sa posie4 peine fut-il mari d'un an qu'il compta deux enfants dans son atelier4 ,ces enfants1 mal nipps1 ne venaient pas inspirer bien potiquement leur pre2 cependant ils lui servirent de modles pour ces jolis groupes dignes des fresques de ,pompi4 ,malgr les soucis souvent rougeurs et les devoirs quelquefois desschants de la famille1 ,prudhon demeura tendre1 gnreux1 enthousiaste4 ,les tats de ,bourgogne avaient tabli un concours pour un grand prix de peinture2 ils envoyaient tous les ans ,rome le laurat de la province4 ,prudhon qui concourait tait l'uvre connue de coutume avec une noble ardeur4 ,un jour1 travers la cloison qui le spare de son voisin1 il entend des sanglots3 un lve se dsesprait et s'indignait contre son inspiration4 ,prudhon sourit d'abord1 il s'attendrit ensuite1 et1 s'oubliant lui-mme1 il dtache une planche1 pntre dans la loge voisine et achve la composition de son camarade4 ,la gnrosit lui donna plus de talent qu'il n'en avait eu jusque-l3 aussi son camarade obtint le prix2 mais honteux de sa victoire1 il avoua qu'il la devait ,prudhon4 ,les tats de ,bourgogne rparrent l'erreur3 un cri d'admiration se rpandit avec clat2 ses rivaux l'embrassrent et le portrent en triomphe par toute la ville4 ,il partit pour ,rome1 laissant sa femme et ses enfants la garde de sa mre et de ,dieu1 esprant revenir de la ville ternelle1 sinon riche1 du moins avec assez de talent pour le devenir2 il partit heureux de retrouver sa libert1 bloui par cet horizon de chefs-d'uvre qu'il allait tudier4 ,arriv ,rome1 il trouva un ami dans ,canova2 cette amiti fut la plus belle1 la plus noble1 la plus sainte de sa vie3 tout s'y trouva1 jusqu'au sacrifice3 elle consola ,prudhon de l'amour4 ,il y a trois hommes ici1 lui dit un jour ,canova1 dont je suis jaloux4--,je ne connais et je n'aime que vous1 lui rpondit ,prudhon4--,et ,raphal2 et ,lonard de ,vinci1 et le ,corrge6 reprit ,canova2 vous passez tout votre temps avec eux1 vous les coutez1 vous leur confiez vos rves1 vous allez de l'un l'autre1 de celui-ci celui-l1 vous n'avez jamais fini d'admirer ce qu'ils disent4 ,si ,prudhon et cout ,canova1 il et pass sa vie ,rome1 loin de la ,france qui lui fut ingrate1 loin de sa femme qui lui fut infidle4 ,le proverbe dit que les absents ont tort2 ils ont quelquefois tort de revenir4 ,pour les imaginations potiques1 les absents ont raison3 le souvenir ne garde en amour que le ct charmant2 c'est un miroir magique o les mauvais tableaux ne se refltent jamais4 ,or1 ,prudhon avait aim sa patrie et sa femme3 par les prismes du lointain1 il revoyait avec un charme infini les beaux paysages de la ,bourgogne2 sa femme elle-mme avait repris1 grce l'absence1 je ne sais quel attrait perdu de sa premire jeunesse4 ,et puis il avait laiss l-bas un autre amour plus grave1 sa vieille mre qui l'attendait pour mourir4 ,malgr les instances de ,canova1 il partit1 lui promettant de revenir bientt4 ,ils ne se revirent pas1 mais ils furent fidles l'amiti1 fidles ce point1 qu'ils moururent en mme temps1 comme pour se revoir l-haut dans l'immortelle galerie du roi des artistes4 ,quand il revint en ,france1 sa mre venait de mourir2 sa femme tait1 comme d'habitude1 d'humeur peu conjugale2 la ,france n'tait plus un royaume et n'tait pas encore une patrie2 les premires rumeurs de la ,rvolution soufflaient sur le pays comme un vent d'orage2 on tait en #aghi3 c'tait l'heure de l'exil pour les arts4 ,prudhon1 qui se rsignait toujours1 se rsigna4 ,aprs avoir embrass sa femme et ses enfants1 il partit pour ,paris1 croyant qu'en tout temps1 mme en rvolution1 c'tait encore le meilleur pays pour chercher fortune4 ,il arriva ,paris en fort mince quipage2 il prit un gte dans un pauvre htel plus ou moins garni1 en attendant qu'il put louer un atelier4 ,il ne trouva rien faire1 partant rien manger4 ,ce train de vie ne pouvait le mener bien loin2 il foula aux pieds sa fiert2 il ouvrit boutique1 ce pauvre grand peintre2 il fit des portraits en miniature1 il historia des ttes de lettres1 des billets de concert1 des factures de commerce2 il enjoliva des cartes d'adresse et des botes bonbons4 ,je fais1 disait-il avec un triste sourire1 tout ce qui concerne mon tat4 ,c'tait l un labeur plein d'angoisses2 il sentait bien qu' ce mtier il perdait son temps le plus prcieux1 ce temps bni du ciel que la jeunesse rpand de ses mains fleuries4 ,pour se consoler1 il vivait de peu et envoyait sa famille le reste de son gain4 force de portraiturer des hros de pacotille dix ou vingt francs par tte1 il finit1 au bout de deux trois ans1 par amasser un millier d'cus1 destins lui permettre de redevenir artiste4 ,dj l'horizon se rouvrait pour lui moins sombre et moins froid2 la gloire1 qu'il avait perdue de vue1 recommenait lui sourire4 ,il reprenait sa vie familire avec le ,corrge1 ,raphal et ,leonard de ,vinci2 il crivait ,canova pour lui confier ses douleurs2 ,canova lui envoyait l'esprance dans ses rponses4 ,greuze aussi lui disait d'esprer2 ,greuze avait de bonne foi et de bon cur reconnu le gnie de ,prudhon4 ,celui-l1 disait-il souvent1 ira plus loin que moi 7et ,greuze croyait1 avec raison1 aller plus loin que ,david et ,girodet72 il enfourchera les deux sicles avec des bottes de sept lieues4 ,mais le millier d'cus tait le pot au lait de ,perrette4 ,madame ,prudhon1 apprenant vaguement que son mari commentait faire fortune1 se mit en route pour le joindre avec ses enfants2 il fallut bien la recevoir1 il fallut bien vivre en communaut de cur et d'argent3 tant qu'il y eut de l'argent1 c'est--dire pendant trois mois1 tout alla bien2 mais quand la misre vint reprendre sa place au foyer1 tout alla mal4 ,madame ,prudhon aimait briller1 comme toutes les femmes qui ne sont pas belles4 ,le pauvre peintre fut rduit bercer et amuser ses enfants4 ,il en eut bientt six1 six bouches impitoyables qui demandaient toujours4 ,souvent ,greuze a surpris ,prudhon bauchant un tableau au milieu de ses six enfants1 deux sur ses genoux1 un sur le dossier de son fauteuil1 les autres ses pieds4 ,il ne se plaignait point2 il accueillait tous ces cris1 toutes ces gambades1 tous ces caprices par ce beau sourire de rsignation qu'il avait appris de bonne heure4 ,cependant le temps1 loin de calmer l'humeur altire et vagabonde de madame ,prudhon1 l'irrita davantage4 ,la bourrasque soufflait toujours sur le feu2 dpite de perdre en vieillissant les grces maussades qu'elle avait reues de la nature1 n'ayant ni la vertu1 ni l'esprit1 ni la maternit pour refuge1 elle devint encore plus acaritre et plus mchante1 toute hrisse d'pines1 disait ,prudhon4 ,aprs dix-huit ans d'une pareille communaut1 il prit une rsolution violente3 il se spara de corps et de biens de madame ,prudhon4 ,c'tait sparer le paradis de l'enfer4 ,comme c'tait un galant homme1 il fit une pension sa femme et se voulut charger de tous les enfants4 ,le dirai-je8 le suicide l'avait souvent tent2 plus d'une fois il avait t prs d'en finir avec toutes ses misres4 ,il s'tait toujours rsign vivre pour ses enfants4 ,spar de sa femme1 il respira2 le ciel lui sembla plus pur1 la nature plus souriante et les hommes meilleurs2 il va sans dire que les femmes y gagnrent aussi4 ,la fortune elle-mme lui fut ds ce jour moins rebelle2 elle vint plus d'une fois sinon s'asseoir1 du moins se reposer sa porte4 ,il n'avait pas encore sa vraie place au soleil1 mais il n'tait plus dans la nuit3 son gnie commenait poindre l'horizon1 non pas encore dans un horizon sans nuages4 ,tous les ennemis du vrai talent1 les mdiocrits de toute sorte1 les avortons et les sots tentaient d'obscurcir ce soleil levant4 ,ceux-ci1 parce qu'il tait svre1 lui niaient la grce2 ceux-l1 parce qu'il tait gracieux1 lui niaient la svrit4 ,il y avait si longtemps qu'on n'avait vu en ,france un peintre la fois svre et gracieux6 ,malgr les envieux1 ,prudhon en tait arriv ce point de la route o tout ce qui se fait pour ou contre un talent lui ajoute de l'clat4 ,mais la gloire et la fortune arrivaient bien tard pour un homme de gnie qui avait pli jusqu' plus de quarante ans dans la misre et l'obscurit1 dans les soucis de famille et les douleurs conjugales4 ,quoique jeune encore1 ,prudhon ne sentait plus la jeunesse autour de lui2 son cur tait sombre et dvast2 c'tait le dsert dans la nuit2 pas un rayon1 pas une fleur2 l'esprance mme1 cette herbe qui pousse jusque sur les tombeaux1 ne verdoyait plus pour lui4 ,mais ,dieu1 touch sans doute de ses larmes et de son labeur1 lui rendit la jeunesse4 ,il lui fut permis comme par miracle1 d'esprer et de sourire encore1 de retrouver un long printemps d'amour1 ou plutt de traverser un automne plein de fleurs et de rayons1 d'ombrages et de sentiers4 ,greuze tait mort2 on tait en #ahje2 sa meilleure lve1 mademoiselle ,mayer1 voulant retrouver les grces de son matre1 alla droit l'atelier de ,prudhon1 qui ne consentit qu' regret aller donner des leons l'lve de son vieil ami4 ,cependant mademoiselle ,mayer avait beaucoup de sduction3 c'tait une brune enjoue1 enthousiaste1 toujours souriante1 toujours passionne4 ,elle tait loin d'avoir la beaut que ,prudhon donnait ses figures de vierges ou de nymphes2 mais1 malgr son teint basan et ses pommettes saillantes1 elle avait un attrait qui frappait les plus philosophes4 ,ses yeux et ses lvres rpandaient du feu2 si sa figure n'tait pas faite par les ,grces1 on voyait que l',amour y avait mis la main4 ,prudhon1 plus insensible que tous les autres1 ne put se dfendre de prime abord d'un certain plaisir secret la vue de cette physionomie ardente et expressive1 que la religion de l'art ennoblissait4 ,peu peu les leons devinrent plus longues2 ,prudhon ne s'en doutait point1 mademoiselle ,mayer ne s'en plaignait point4 ,bientt l'amour fut de la partie2 tantt donnant1 tantt prenant la leon1 l'amour n'tait pas le plus mauvais matre4 ,enfin le peintre et son colire s'aimrent1 l'un avec une tendresse rajeunie1 l'autre avec toute l'ardeur des vingt ans4 ,vers ce temps-l1 mademoiselle ,mayer1 ayant perdu son pre1 se rfugia chez ,prudhon1 ne croyant pas1 dans la puret de son cur1 qu'il y et grand mal devant ,dieu remplacer une mauvaise femme1 qui n'avait laiss sur ses pas qu'abme et dvastation4 ,elle avait un peu de fortune1 elle en abandonna presque tous les revenus aux enfants de ,prudhon4 ,parmi ces enfants1 il y avait une fille de vingt ans1 qui devint l'amie insparable de cette seconde mre4 ,le monde1 qui ne voit jamais d'un bon il une nouvelle faon d'exercer la vertu chrtienne1 surtout quand on brave les lois qu'il a faites1 ne trouva pas une pigramme contre mademoiselle ,mayer4 ,c'est qu'elle n'avait pas rougi en entrant chez ,prudhon1 c'est qu'elle avait franchi le seuil le front haut1 le cur plein1 avec la vertu pour compagne4 ,la vertu des femmes n'est pas toujours la vaine pudeur2 quelquefois c'est l'humble charit4 ,mademoiselle ,mayer recueillit bientt plus de preuves d'estime que bien des dames de qualit maries par-devant notaire et par-devant l'glise4 ,on comprit dans le monde qu'il y avait entre elle et ,prudhon plus qu'un serment et une feuille de papier timbr4 ,on les rencontra au bal1 au concert1 la promenade1 avec la figure des gens qui sont heureux et fiers de vivre ensemble4 ,on allait eux1 on les ftait sans hypocrisie1 on leur demandait sans malice des nouvelles de la jeune famille4 ,mademoiselle ,mayer tait la vraie mre des enfants de ,prudhon2 car n'est-ce pas l'amour qui fait la mre8 ,enfin ce mariage d'un nouveau genre parut lgitime tout le monde1 mme ,napolon2 ainsi1 quand les artistes furent dlogs du ,louvre1 ,prudhon et mademoiselle ,mayer obtinrent chacun un appartement la ,sorbonne2 plus tard1 le jour o ,napolon plaa de sa main royale une croix sur le cur de ,prudhon1 deux jolis tableaux anacrontiques de mademoiselle ,mayer furent achets1 par une galanterie dlicate1 au nom de l',empereur4 ,prudhon fit le portrait de ,josphine et donna des leons de peinture ,marie-,louise4 ,il a laiss plusieurs portraits du roi de ,rome et de ,m4 de ,talleyrand4 ,le fameux diplomate ne se lassait pas do poser dans l'atelier du peintre1 pourvu qu'il trouvt s'gayer avec l'esprit de mademoiselle ,mayer4 ,plus d'une fois ,prudhon eut enregistrer bien des mots charmants lancs de part et d'autre2 aussi disait-il en finissant le portrait3 ,il n'y manque que l'esprit#eh4 ,prudhon1 arriv lentement au bonheur aprs les plus rudes preuves1 se dtacha de jour en jour des vanits humaines3 l'clat et le bruit l'importunaient2 il aimait mieux le ptillement du feu1 le soir1 quand la voix argentine de mademoiselle ,mayer arrivait son cur avec la voix de ses enfants1 que toutes les fanfares de la gloire4 ,il adorait la peinture pour la peinture3 aussi1 le jour de sa nomination l'institut1 tout proccup par une figure de nymphe qu'il venait de crer1 il conduisit un de ses amis devant la toile avec l'orgueil naf d'un enfant4 ,mais1 lui dit le visiteur1 n'avez-vous donc pas t nomm l',institut8--,ah6 c'est vrai1 dit ,prudhon avec quelque surprise1 j'oubliais de vous l'apprendre4 ,son bonheur tait de ceux qui aiment l'ombre1 le silence1 la mlancolie4 ,c'tait un bonheur voil par le souvenir et par le pressentiment4 ,selon un pote arabe1 le bonheur le plus pur est un ciel de printemps travers de lgers nuages4 ,celui qui est sous le ciel du bonheur ne cherche voir que des nuages2 il les suit du nord au midi1 de l'orient l'occident1 esprant sans cesse que le ciel va devenir pur1 mais sans cesse l'horizon chasse d'autres nuages4 ,comme tous les hommes1 ,prudhon1 quoique philosophe1 voyait les nuages plutt que le ciel4 ,entre l'horizon de l'avenir et l'horizon du pass1 ,dieu1 mademoiselle ,mayer1 ses enfants1 lui montraient en vain l'azur o vivent les bienheureux3 il persistait voir les nues4 ,malgr sa gaiet native1 mademoiselle ,mayer aussi finit par se couvrir peu peu du voile de ,prudhon4 ,il y avait prs de vingt ans que ces deux amants vivaient des mmes ides et des mmes ardeurs4 ,vingt ans d'amour6 ,de la gaiet foltre1 mademoiselle ,mayer passa la mlancolie qui sourit encore2 de la mlancolie la tristesse il n'y a qu'un pas2 en franchissant ce pas1 mademoiselle ,mayer1 qui mettait de l'ardeur tout1 alla jusqu' la dsesprance4 ,elle se mit cultiver avec une joie funbre les ples fleurs de la mort4 ,en vain on lui demandait raison de sa tristesse4 ,elle ne rpondait pas2 s'il me fallait rpondre pour elle1 je dirais que1 le jour o elle vit la jeunesse qui fuyait avec les ,grces moqueuses1 un fantme vint la visiter et lui parler de la tombe1 la tombe qui ensevelit les rides et les cheveux blancs4 ,ce fantme1 qui tourmenta les premires gnrations du dix-neuvime sicle1 nous l'appelons le suicide4 ,il parla longtemps de sa voix funbre mademoiselle ,mayer2 il ne lui fit pas grce d'une anne2 il l'appela mademoiselle d'un air railleur1 tout en lui parlant de ses quarante ans4 ,elle eut le vertige2 durant trois jours elle vcut cte cte avec la mort1 quoique ,prudhon demeurt avec elle4 ,l'abme venait de s'ouvrir1 elle ne put qu'y tomber4 ,ici1 j'en suis fch pour cette histoire1 qui finirait mieux par une page de posie1 je n'ai plus qu' reproduire une page de la ,gazette des ,tribunaux4 ,le matin du #f mars #ahba1 mademoiselle ,mayer tait seule dans son appartement2 elle n'avait ce jour-l vu que son mdecin et une jeune lve4 ,la veille1 elle avait dit bonsoir ,prudhon avec des larmes dans la voix4 ,un bruit sourd appelle les gens du voisinage2 on accourt1 on se prcipite1 on trouve la pauvre femme baigne dans son sang1 sous une glace o sans doute elle avait tudi la mort4 ,en un mot1 elle s'tait coup la gorge avec le rasoir de ,prudhon4 ,pourquoi faut-il le dire8 ,pourquoi faut-il expliquer la triste fin de cette vie toute de grce et de cur1 d'art et d'amour8 ,prudhon ne survcut gure ce coup terrible1 seulement son agonie fut lente4 ,jusqu'au dernier moment il tint firement son pinceau1 disant qu'il voulait mourir sur la brche4 ,quand la mort le prit1 il s'abandonnait cette belle inspiration qu'il a laisse dans son ,christ mourant4 ,la mort est venue deux ou trois jours trop tt1 mais je l'attendais1 disait-il ses amis4 ,en effet1 il avait achet les six pieds de terre o il repose au ,pre-,lachaise1 vis--vis de la spulture de mademoiselle ,mayer4 ,il allait souvent1 dans ses derniers jours1 rver sur ces deux tombes#ei4 ,il mourut le #af fvrier #ahbe2 ,gricault tait mort en #ahbd4 ,en moins d'un an la ,france perdit peut-tre ses deux plus grands peintres4 ,prudhon et mademoiselle ,mayer ont eu le dessein sans cesse renaissant de faire leur portrait l'un par l'autre3 il n'en fut rien4 ,seulement1 un jour de distraction1 seuls l'atelier1 se reposant des uvres srieuses1 ils prirent chacun une mchante feuille de papier1 et1 dans la mme sance1 ,prudhon fit un charmant croquis de mademoiselle ,mayer1 tandis que celle-ci dessinait grands traits la noble et douce figure de son ami4 ,prudhon1 dans son croquis1 avec une simple estompe releve de blanc1 a saisi tout l'attrait et tout le feu de cette physionomie de crole4 ,il a habill sa matresse avec un costume de l',empire2 mais1 grce au peintre1 le costume est charmant3 on voit bien qu'elle est coiffe par lui2 ses cheveux1 s'chappant du bandeau la grecque1 retombent sur ses joues en touffes abondantes2 ,homre n'et pas mieux coiff ,diane la chasseresse3 toute la grce antique est l4 ,malheureusement1 mademoiselle ,mayer a affubl ,prudhon du costume de l',empire3 c'est presque de la caricature4 ,mais elle a bien saisi le caractre de cette figure qu'elle aimait jusqu' l'enthousiasme4 ,cette figure1 trs-accentue1 est triste1 douce et svre2 la pense veille sur le front1 un sourire adoucit les lvres1 mais c'est bien l le sourire de rsignation d'un cur bless qui se cache4 ,ce qui caractrise surtout ,prudhon1 c'est l'exquise posie3 il est pote autant qu'il est peintre1 car il peint pour l'me comme pour les yeux2 tout en retraant les plus gracieuses ondulations des formes humaines1 il rpand avec onction le sentiment qui vient du cur illuminer le front1 les yeux et les lvres4 ,un matrialiste disait1 en voyant une des adorables figures de femmes cres par ,prudhon3 ,il serait capable de me faire croire l'immortalit de l'me#fj4 ,prudhon n'avait pas seulement la divination de l'art1 il en avait la science4 ,on se souvient qu'il trouva la couleur1 treize ans1 dans les herbes et dans les fleurs4 ,il ne s'est pas born l3 il a laiss dans ses lettres des pages dignes d'tre reproduites1 qui prouvent que ce n'tait pas l un de ces artistes ignorants qui arrivent au gnie sans savoir pourquoi4 ,la nature donne l'exemple de la plus riche varit1 et1 si elle a model le genre humain sur un type semblable1 n'en a-t-elle pas modifi l'infini la couleur1 les formes et la figure8 ,et vous voulez que1 tmoin journalier de ses variations1 j'adopte pour exprimer ce que je vois un style tranger leur nature 7c'tait l une pigramme contre l'cole de ,david78 ,autant vaudrait dans un tableau adopter la mme figure et le mme sentiment pour tous les hommes1 et la mme beaut pour toutes les femmes4 ,je ne puis ni ne veux voir par les yeux des autres3 leurs lunettes ne me vont point4 ,la libert1 c'est la force des arts4 ,parce que ,racine et ,corneille ont fait des chefs-d'uvre1 faut-il ne plus parler et ne plus crire qu'en vers alexandrins8 ,on a dit de ,prudhon1 ce fils du ,corrge1 qu'il tait le frre d',andr ,chnier4 ,mais dans le gnie de ,prudhon il y a l'alliance de la grce antique et du sentiment chrtien1 que ne connut pas ,andr ,chnier4 ,l'imagination de ,prudhon voyageait au pays d',homre1 mais son cur habitait la contre que le ,christ a fconde de son sang4 ,il a ses jours de foi o il peint des crucifiements1 ses jours de charit o il peint la ,famille malheureuse1 ses jours d'esprance o il peint l'me s'envolant au ciel4 ,et quand ,prudhon est paen1 il l'est avec toute son me4 ,prudhon a dpass ,david1 comme ,andr ,chnier a dpass ,marie-,joseph ,chnier#fa4 ,avec ,david1 on se rveille dans la ,rome politique4 ,avec ,prudhon1 on se rveille dans l'antiquit des potes3 je me trompe1 on sommeille et on rve dans l',olympe4 ,c'est la nuit1 c'est le crpuscule1 c'est le soleil voil4 ,les desses descendent des nuages toutes nues1 amoureuses mais pudiques4 ,non loin des desses1 voici les demi-desses qui symbolisent les passions humaines dans leurs potiques aspirations4 ,n'entendez-vous pas le chant lointain des bacchantes dans les vignes brles8 ,ne voyez-vous pas se jouer devant vous1 sous les rames voluptueuses1 ces ,amours et ces ,zphyrs qui ondulent dans les demi-teintes en grappes d'or et de pourpre8 ,quel pote et quel musicien que ce peintre6 tout chante en lui et autour de lui4 ,son crayon1 c'est une mlodie arienne2 son pinceau1 c'est une harmonie matinale4 ,note #eh3 ,prudhon avait le gnie de l'allgorie4 ,j'aime le palais diaphane1 disait-il4 ,la ville de ,paris lui demanda les dessins du berceau pour le roi de ,rome4 ,il est curieux1 aujourd'hui1 de voir ce berceau o l'artiste avait en quelque sorte prdit l'avenir4 ,il s'lve sur quatre cornes d'abondance2 il est appuy sur la ,force et la ,justice2 des abeilles d'or le parsment2 ses pieds1 un aiglon est prt prendre son vol4 ,il est ombrag d'un rideau de dentelles sem d'toiles4 ,deux bas-reliefs ornent les cts3 d'un ct1 la nymphe de la ,seine1 couche sur son urne1 reoit l'enfant de la main des dieux2 de l'autre ct on voit le ,tibre1 et prs de lui la louve de ,romulus3 le dieu soulve sa tte couronne de roseaux1 pour voir l'horizon un astre nouveau qui doit rendre ses rives leur splendeur antique4 ,aprs avoir peint le berceau1 il peignit l'enfant2 il le peignit dormant dans un bosquet de palmes et de lauriers1 clair par la gloire1 protg par deux tiges de la fleur impriale4 ,le roi de ,rome1 mme sous le pinceau de ,prudhon1 est tout simplement un joli marmot bouffi et gourmand qui tend la main vers le sein de sa nourrice4 ,note #ei3 ,aux amis qui assistaient sa mort il disait1 avec un sourire de rsign3 ,ne pleurez point1 je ne vais pas mourir2 je vais partir4 ,cette lettre1 qui est un dernier adieu1 nous le montre tendant les liras la mort4 ,oh6 que la chane de la vie est pesante6 ,seul sur la terre1 qui m'y relient encore8 ,je n'y tenais que par les liens du cur3 la mort a tout dtruit4 ,ma vie est le nant2 l'esprance ne dissipe point l'horreur des tnbres qui m'environnent4 ,elle n'est plus1 celle qui devait me suivre6 ,la mort que j'attends viendra-t-elle bientt me donner le calme o j'aspire8 ,c'est ta tombe1 mon amie1 que s'attachent toutes mes penses4 ,on le voit1 malgr son gnie1 ,prudhon crivait dans le style des littrateurs de l',empire2 on est toujours de son temps par un ct quelconque4 ,prudhon appartenait cette triste priode qui dnaturait ,ossian et ,voltaire2 mais s'il tenait mal la plume1 qu'importe8 il tait un homme de gnie le pinceau la main4 ,note #fj3 ,un tableau de ,prudhon1 les ,divinits de l',olympe1 m'a offert le curieux spectacle d'un homme qui cherche dans la nuit encore la lumire du talent4 ,dans ce tableau1 ,prudhon s'est peint lui-mme en gnie4 ,sa tte est belle et intelligente2 c'est presque ,apollon3 sans doute le peintre s'est flatt4 ,il n'avait alors que vingt ans2 on voit qu'il tait domin par le got de son temps2 c'est la couleur de ,greuze1 c'est le dessin de ,doucher2 pourtant il y a dj dans cette uvre le pressentiment du gnie1 certaine finesse1 certaine fracheur1 certaine grce que ,prudhon seul avait apprises ou plutt trouves sans autre matre que la nature4 ,il peignait alors d'un pinceau timide1 plutt en faon de miniature qu'en faon de croquis4 ,note #fa3 ,supprimez un instant ,david4 ,que va-t-il arriver8 ,prudhon1 longtemps mconnu1 sera salu sa premire uvre et tiendra le sceptre4 ,les nouveaux venus1 au lieu de copier le bronze ou la pierre des statues et des bas-reliefs1 au lieu d'aller l'cole de ,socrate1 copieront des hommes tels que ,dieu les a faits4 ,ce sera l'cole d',homre et de ,thocrite4 ,nous n'aurons pas de philosophes1 mais des potes en peinture4 ,prudhon ne sera pas seulement un grand peintre1 ce sera un grand matre4 ,,eug,,ne ,,delacroix ,j'ai connu ,eugne ,delacroix de loin et de prs4 ,je l'ai tudi dans ses uvres1 je l'ai aim dans sa vie4 ,je conserve prcieusement ses lettres1 je garde avec religion son souvenir4 ,la premire fois que je l'ai vu1 c'tait un souper de mademoiselle ,rachel4 ,l'amiti colora nos mes1 comme un vin gnreux empourpre les coupes4 ,il y a deux ans1 j'crivais dans ,l',artiste1 le lendemain d'un dner chez le peintre de la ,barque du ,dante3 ,eugne ,delacroix est tout aussi beau convive chez lui que chez les autres4 ,sa table est exquise2 le tour de sa table1 qui n'est pas grande1 est tout un ,olympe en habits noirs de demi-dieux de l'art3 peintres1 sculpteurs1 potes et musiciens4 ,par malheur1 beaucoup de demi-dieux ont des cheveux blancs4 ,la gloire aime cela4 ,comme la ,muse de l'intimit y verse aux convives d'une main familire le vin pur des vieilles amitis toujours jeunes6 ,ces festins o le rti est toujours bien dor1 ces heures qui rpandent des roses comme les heures de ,raphal la ,farnsine1 ce qui retournent en perles grenes dans l'ocan de l'infini1 qui les retrouvera8 ,la mort ne permet pas aux mmes convives de revenir la mme table3 il faut que le style de l'histoire les grave dans le souvenir de ceux qui restent4 ,je me souviens d'une de ces ftes3 ,eugne ,delacroix1 ,victor ,hugo1 ,alfred de ,musset1 ,pradier1 mademoiselle ,rachel1 madame de ,girardin1 qui encore8 ,de tous ces vivants immortels1 ,delacroix seul reste debout ,paris1 toujours vaillant1 sans avoir blanchi d'un cheveu4 ,que les dieux ne l'appellent qu'aprs sa journe faite1 ce travailleur indompt qui serait si dsol de perdre ses heures de soleil6 ,hlas6 le soleil1 son matre1 celui qu'il osait peindre face face dans son char de feu la galerie d',apollon1 le soleil revient indiffrent tous les matins son atelier de ,paris et de ,chamrosay1 mais ,eugne ,delacroix ne lui prend plus ses rayons4 ,la nuit ternelle s'est rpandue sur le grand peintre de la lumire4 ,en quelques annes la ,france a vu tomber1 le ciseau ou le pinceau la main1 d'illustres artistes3 ,pradier1 ,david d',angers1 ,simart1 ,ary ,scheffer1 ,paul ,delaroche1 ,decamps1 ,horace ,vernet et ,eugne ,delacroix1 le plus grand de tous4 ,je suis revenu de loin pour les funrailles d',eugne ,delacroix4 ,j'avais vu les funrailles de ,gros1 et j'avais foi encore en cette vaillante jeunesse qui avait arrach au corbillard le cercueil du peintre de la ,peste de ,jaffa pour le porter pieusement jusqu'au cimetire4 ,mais je n'ai pas retrouv ce noble enthousiasme4 ,les jeunes de #ahed ont aujourd'hui les cheveux blancs1 les jeunes de #ahfe n'ont-ils donc pas vingt ans8 ,ils ont laiss l',institut tout l'honneur des funrailles du plus grand des peintres contemporains1--l',institut reprsent peine par une douzaine des siens6 ,o tait donc la ,france ce jour-l8 'a t l'histoire des funrailles d',alfred de ,musset3 un peloton de garde nationale1 quelques acadmiciens1 de rares amis1 trois ou quatre femmes qui pleuraient4 ,mais la vraie douleur de quelques hommes hors ligne n'est-ce pas le deuil de la ,france8 ,seront-ils moins grands le lendemain ce peintre et ce pote de notre jeunesse8 ,les grands hommes politiques des grands journaux1 qui consacrent tous les jours un premier-,paris parler de tout et de rien1 qui se garderaient bien d'omettre un nuage diplomatique1 n'ont pas jug que la mort d',eugne ,delacroix ft un vnement digne d'tre enregistr4 ,c'est pour les natures violentes comme ,eugne ,delacroix que le mot gnie a t cr3 en effet1 le mot talent ne convient pas ce matre impatient1 fivreux1 emport1 qui dit que le fini c'est l'infini4 ,le talent1 c'est la placidit de ,grard ,dow2 le gnie1 c'est la furia de ,michel-,ange2 le talent s'applique au pinceau qui s'puise parachever une tulipe1 comme celui de ,van ,huysum2 le gnie1 c'est le pinceau qui cre des mondes1 qui dvore l'espace1 qui jette feu et flamme1 qui traduit par la grandeur et par la beaut l'uvre de ,dieu4 ,c'est ,eugne ,delacroix4 ,eugne ,delacroix tait un peintre hroque4 ,il appartenait la grande famille des matres absolus1 des despotes1 des tyrans4 ,c'tait un artiste de grande race1 sa main tait fire1 son me rayonnait4 ,ce que j'admire en lui1 c'est que la science n'a pas tempr l'audace3 il cherchait toujours les aventures comme s'il avait toujours eu vingt ans2 mais n'a-t-il pas eu vingt ans toute sa vie8 tudiez sa figure1 c'est le masque de l'intelligence4 ,ce front cherche et se heurte aux nues2 ces cheveux1 toujours noirs1 toujours abondants1 marquent la persistante jeunesse2 ces yeux profonds1 ombrags de cils et de paupires1 dfient les rayons du soleil2 ce nez fin1 bien attach1 bat des narines avec impatience2 cette bouche est ddaigneuse1 mais cache la bont4 ,les joues sont battues et plies par les passions du gnie4 ,l'me est recueillie1 mais au moindre choc elle va clater comme le tonnerre4 ,ce portrait n'a qu'un dfaut3 il reprsente l'artiste au repos4 ,eugne ,delacroix1 l'homme de l'action1 ne s'asseyait que pour se mettre table4 ,il pensait debout1 il parlait debout1 il travaillait debout4 ,je me rappelle qu'il n'y avait pas un banc dans son jardin4 ,le peintre avait ses jours de rverie1 mais non de rverie oisive4 ,avant ,eugne ,delacroix1 on n'avait jamais qu'entrevu le pays radieux irrvl avant lui4 ,comme ,rembrandt1 comme ,watteau1 il a cr son monde dans les arts au temps o l'on croyait que tous les matres avaient dit leur dernier mot4 ,les grands sicles de l'antiquit et de la ,renaissance ne renatront pas avec leurs peuplades d'hommes de gnie1 mais la ,france n'est pas encore infconde2 ses mamelles sont toujours pleines de lait1 et plus d'une bouche aime des dieux1 comme dit le pote1 ira y puiser la soif de l'immortalit4 ,il ne faut pas dire d',eugne ,delacroix que c'tait un coloriste1 il faut dire que c'tait le coloriste4 ,vronse avait le coloris clatant1 ,rembrandt le coloris magique1 ,eugne ,delacroix tait tour tour clatant et magique2 il jouait de la couleur comme ,paganini jouait du violon1 toujours matre de sa gamme et ne dtonnant jamais4 ,la critique lui conseillait d'oser faire des sacrifices et de ne pas si souvent touffer la ligne sous le prisme2 mais dans sa lumineuse ivresse il tait si loquent qu'il enivrait tout le monde1 mme la critique4 ,celui qui reproche ,eugne ,delacroix de n'avoir pas l'amour de la ligne est celui qui reproche ,m4 ,ingres de n'avoir pas l'amour de la palette4 ,m4 ,ingres a ses raisons pour ne pas touffer son beau dessin sous la couleur2 son loquence est dans la ligne3 il veut dominer par l4 ,m4 ,ingres est parti du bas-relief antique1 ,m4 ,eugne ,delacroix est parti de la passion moderne4 ,qu'importe1 puisqu'ils sont1 le premier dans la rgion sereine1 le second dans la zone orageuse1 l'honneur de notre cole moderne6 ,diderot se promenant avec ,chardin devant les tableaux du ,salon de #agfe1 disait son ami3 ,tout cela est trs-bien1 mais o est le dmon8 ,qui de nous n'a fait vingt fois la mme remarque devant les uvres contemporaines3 ,tout cela est trs-bien2 poses acadmiques1 tudes d'aprs nature1 sages compositions1 couleurs grand orchestre2 tout cela est trs-bien1 mais o est l'me8 ,quand on s'approche d'un tableau d',eugne ,delacroix1 c'est l'me qui vous saisit d'abord4 ,pour lui1 le grand secret n'est pas de faire tout btement ce qu'il voit par l'il simple1 c'est de rpandre sur sa toile les lumires de l'inspiration1 c'est d'y montrer son me tour tour panouie ou crucifie4 ,le vrai ralisme n'est pas de faire vrai pour les yeux1 mais de faire vrai pour l'esprit4 ,pour ce grand peintre de la passion1 la vie a t une lutte quotidienne1 la lutte du gnie contre l'opinion4 ,quand il tait enfant1 un fou lui tira son horoscope4 ,sa gouvernante l'avait conduit la promenade1 un homme lui prend la main1 l'examine trait par trait1 et dit en hochant la tte4 ,cet enfant deviendra un homme clbre1 mais sa vie sera des plus laborieuses et des plus tourmentes4 ,eugne ,delacroix1 qui n'avait pas oubli les paroles du fou1 disait souvent3 ,voyez1 je travaille toujours1 et je suis toujours contest4 ,ce fou tait un devin4 ,eugne ,delacroix pourtant voulant se donner des jours de paresse1 s'tait donn une maison de campagne2 mais1 dans sa mauvaise habitude de travail1 il y avait tabli un atelier4 ,le rien faire de ces mes de feu effrayerait les ouvriers les plus robustes1 ceux-l qui demandent toujours le droit au travail4 ,mais l'homme de gnie est condamn aux travaux forcs perptuit4 ,quelle bonne fortune pour celui qui l'arrachait sa palette et le tenait sa table deux heures durant6 car ,eugne ,delacroix tait l'hte le plus gai1 le plus imprvu1 le plus lumineux qu'on pt avoir4 ,de mme qu'il tait artiste sans cesser d'tre homme du monde1 il tait homme du monde sans cesser d'tre artiste4 ,tel tait ,rubens1 tel tait ,van ,dyck1 tels les matres ,vnitiens4 ,il parlait de tout comme un homme qui a voyag non pas sur la terre classique ou dans les forts vierges1 mais par tous les mondes de l'imagination4 ,il n'est pas un grand pote1 depuis ,homre jusqu' ,byron1 dont il n'ait eu l'intimit1 pas un philosophe dont il n'ait habit les chteaux de cartes1 pas un artiste dont il n'ait travers l'atelier4 ,l'idal ne le dominait pas au point qu'il ne descendt des fiers sommets aux simples actions humaines4 ,il a vu de loin1 il a vu de prs4 ,il savait la vie4 ,il avait tudi les hommes et les choses hors de son atelier4 ,il y a des artistes qui ne sont suprieurs que dans leur atelier4 ,eugne ,delacroix tait partout suprieur4 ,il et discut pied pied avec le prince de ,melternich4 ,l'empereur l'a appel aux conseils de la ville de ,paris3 ,napolon ,,iii aurait pu l'appeler tout autre conseil4 ,son pre tait ministre3 comme son pre1 il avait le sens pratique4 ,il jugeait un homme sans appel en un clin d'il4 ,son esprit tait subtil ce point qu'il vous comprenait au premier mot4 ,si vous tiez un fcheux1 il ne vous laissait pas achever2 si vous parliez bien1 il vous laissait dire1 car il aimait l'loquence pour l'loquence1 comme il aimait les roses sans lendemain4 ,il savait tout et savait oublier1 ce qui est le sublime de la science1 car il faut au gnie les heures nocturnes3 le soleil est plus beau parce qu'il se couche tous les jours4 ,il me faudrait prciser comme la ,bruyre pour dire en peu de mots tout le charme et tout l'esprit de ce beau convive des dners parisiens1 qui tait tour tour svre comme l'art et gai comme l'esprit4 ,madame de ,maintenon faisait oublier le rti1 il et fait oublier madame de ,maintenon4 ,que dirai-je de la vie d',eugne ,delacroix8 il a tant vcu dans ses uvres que je me demande s'il a pris le temps de vivre ailleurs4 ,mais les grandes natures vivent partout et toujours4 ,elles dvorent vingt sicles en un sicle3 elles vivent du pass et du prsent4 ,pour vivre ainsi1 il faut avoir t tremp dans l'acier du ,styx4 ,si ,eugne ,delacroix et vcu cent ans1 on ne l'aurait pas accus d'avoir t avare de ses jours comme ,fontenelle qui n'osait ni rire ni pleurer1 qui touffait en son me tout amour et toute haine4 ,eugne ,delacroix est mort dans sa dernire motion quand ses bras n'avaient plus la force de retenir son me volcanique4 ,eugne ,delacroix est n ,saint-,maurice1 presque ,charenton1 presque ,paris1 en la dernire anne du dix-huitime sicle1 le #bf avril2 mais son vrai pays natal est ,bordeaux1 puisque c'est ,bordeaux1 en voyant peindre des camaeux1 qu'il sentit natre un peintre en lui4 ,son pre1 ,charles ,delacroix1 avait t1 tour tour1 conventionnel1 ministre du ,directoire et prfet de l',empire4 ,suivant les fortunes diverses de son pre1 il eut une enfance trs-accidente4 ,je ne sais pas si une bonne fe a prserv son berceau1 mais un jour les flammes l'ont envahi1 l'ont caress1 l'ont presque dvor4 ,un peu plus tard1 il s'empoisonne avec du vert-de-gris destin laver des cartes gographiques4 ,un peu plus tard1 il tombe dans le port de ,marseille1 et n'est sauv que par un miracle4 ,est-ce tout8 ,non1 il s'trangle avec un grain de raisin1 comme le pote antique4 ,je ne le suivrai pas au lyce1 o il rencontra ,gricault1 ni l'atelier ,gurin1 o il tudia ,rubens4 ,je ne soulverai pas d'une main indiscrte le voile du pass rpandu comme un chaste linceul sur les premires passions4 ,j'arrive de plain-pied au ,salon de #ahbb1 o se rvla ,eugne ,delacroix peine g de vingt-trois ans4 ,pour cette grande rvlation1 il fallait un grand historien3 en #ahbb1 ,m4 ,thiers faisait la critique du ,salon dans le ,constitutionnel4 ,le futur homme d'tat reconnut du premier regard un peintre dans l'inconnu qui exposait ,dante et ,virgile aux enfers4 ,on peut y remarquer ce jet de talent1 cet lan de la supriorit naissante qui ranime nos esprances un peu dcourages par le mrite trop modr de tout le reste4 ,le pinceau large et ferme1 la couleur simple et vigoureuse1 quoique un peu crue4 ,l'auteur a1 outre cette imagination potique qui est commune au peintre comme l'crivain1 cette imagination de l'art1 qu'on pourrait appeler en quelque sorte l'imagination du dessin1 et qui est tout autre que la prcdente4 ,il jette ses figures1 les groupe1 les plie volont avec la hardiesse de ,michel-,ange et la fcondit de ,rubens4 ,je ne sais quel souvenir des grands artistes me saisit l'aspect de ce tableau2 je retrouve cette puissance sauvage1 ardente1 mais naturelle1 qui cde sans effort son propre entranement4 ,je ne crois pas m'y tromper1 ,m4 ,delacroix a reu le gnie4 ,n'est-il pas beau de voir l'historien faire ainsi l'histoire du lendemain8 ,n'est-il pas beau de voir ,m4 ,thiers son aurore saluer ,eugne ,delacroix son premier soleil8 ,david avait appris la ligne l'atelier de ,boucher4 ,eugne ,delacroix apprit le coloris l'atelier de ,gurin4 ,en sortant de l'atelier1 ,eugne ,delacroix a os se montrer coloriste jusqu' la violence4 ,tout amoureux qu'il ft de la renomme1 il lui fallut la prendre par force1 comme aux jours de pillage4 ,venu au soleil couchant de ,david1 ce soleil plus clair que brlant2 venu quand dj le romantisme montrait son disque embrum au-dessus des tnbres du moyen ge1 il ne fut ni grco-romain ni franco-gaulois2 il fut lui1--il fut contemporain de lui-mme1 homme de son sicle4--,pendant que d'autres interrogeaient les statues de la ,grce antique1 il peignait1 en trouvant des larmes dans sa palette1 la ,grce moderne1 o mourait ,byron3 le ,massacre de ,scio1 c'est la seule histoire qui nous reste de l'hroque renaissance de ce peuple perdu4 ,paralllement ,victor ,hugo1 il faisait sa rvolution4 ,on avait ador la ligne jusqu' l'aller tudier dans le dessin linaire1 il osa prouver par le style du coloris que la ligne n'existait pas4 ,supprimez la couleur1 supprimez le rayon1 que restera-t-il de l'uvre de ,dieu8 ,une uvre sans style1 une nature sans me4 ,cette rvolution fit plir encore l'cole de ,david4 ,malheureusement elle mit au monde une myriade de coloristes chevels qui s'imaginrent1 tudiant mal le matre1 que toute l'loquence de la peinture tait dans la palette4 ,ce fut l'invasion des barbares4 ,mais un peu de barbarie fconde les civilisations malades4 ,la queue de l'cole davidienne1 a dit ,m4 ,thophile ,gautier1 tranait alors ses derniers anneaux dans la poussire acadmique1 et ses tableaux n'taient plus que de faibles copies de bas-reliefs grecs ou romains4 ,les tons de pltre du modle se reproduisaient si exactement dans les contre-preuves peintes1 qu'il eut mieux valu faire franchement de la grisaille comme ,m4 ,abel de ,pujol4 ,aussi1 lorsque parurent la ,barque du ,dante et le ,massacre de ,scio1 les yeux habitus ces couleurs crpusculaires furent-ils singulirement offusqus par cette intensit ardente et cet clat superbe4 ,on poussa des cris de hibou devant le soleil1 et les plus comiques fureurs se donnrent libre carrire3 l'art tait perdu6 c'en tait fait des saines traditions6 ,attila approchant de ,rome sur son petit cheval tous crins ne produisit pas plus d'horreur1 de tumulte et d'pouvante4 ,cependant le coup tait port1 et chaque ,salon diminuait le nombre des ,oreste en proie aux ,furies1 des ,ajax insultant les dieux1 des ,achille supplis par ,priam4 ,shakespeare1 ,gthe1 ,byron1 les lgendes du moyen ge1 fournissaient des thmes neufs au peintre audacieux qui secouait le joug de l'cole pour n'couter que son gnie4 ,jamais artiste plus fougueux1 plus chevel1 plus ardent1 ne reproduisit les inquitudes et les aspirations de son poque2 il en a partag toutes les fivres1 toutes les exaltations et tous les dsespoirs2 l'esprit du dix-neuvime sicle palpitait en lui4 ,mais il en cote toujours cher pour faire une rvolution1 mme sans le vouloir1 car ,eugne ,delacroix ne songeait pas faire cole4 ,il ne voulait que faire triompher sa personnalit1 comme nagure ,david4 ,ce qui et bien tonn ses ennemis alors1 c'est qu'il avait dans son atelier1 ct d'une esquisse de ,gricault et d'une copie de ,rubens par ,delacroix--que j'achterais bien pour un ,rubens--un portrait de ,david qu'il admirait beaucoup1 un chef-d'uvre2 car1 maintenant qu'il n'y a plus ni classiques ni romantiques1 reconnaissons que ,david fut un grand peintre4 ,eugne ,delacroix admirait ,david et ne voulait pas l'imiter1 fidle cet axiome1 que celui qui imite l',iliade n'imite pas ,homre4 ,il lui en cota cher pour rpudier tout air de famille avec ses contemporains4 ,le duc de la ,rochefoucauld1 intendant des ,beaux-,arts1 tenta de le ramener dans les voies consacres1 mais il se cabra4 ,qui prouve que ce n'est pas moi qui vois juste8--,tout le monde4--,eh bien1 tout le monde voit faux4 ,ce ne fut qu' l',exposition de #ahee1 un tiers de sicle aprs ces paroles1 que le roi ,tout le monde prit enfin les yeux d',eugne ,delacroix4 ,mais avant ce lgitime triomphe1 la vie de ce grand artiste fut une lutte de tous les jours4 ,priv de travaux par le duc de la ,rochefoucauld1 il fut rduit faire des lithographies1 comme ,prudhon1 trente ans plus tt1 qui dessinait pour vivre des ttes de lettres4 ,c'tait le vaillant soldat qui avive son hrosme en escarmouches4 ,selon ,m4 ,thophile ,silvestre1 qui l'a peint en relief vigoureux3 ,la premire des deux collections1 qu'il publia de #ahbe #ahbh1 est une srie d'interprtations de reliefs1 de mdailles et de pierres graves antiques de la collection de ,m4 le duc de ,blacas4 ,ces lithographies1 devenues trs-rares1 rsument absolument le ct pratique du gnie de ,delacroix et donnent la clef de son uvre1 dont le principe1 du reste1 loin d'avoir vari1 n'a fait que se fortifier par la suite4 ,il est bien certain que si les ouvrages de sa jeunesse n'galent pas en intensit ceux de son ge mr1 si l',entre des ,croiss ,constantinople surpasse le ,massacre de ,scio1 tout ,delacroix est dans l'un comme dans l'autre tableau avec ses motions profondes1 sa manire firement personnelle1 son cachet inimitable4 ,la seconde srie de lithographies est une illustration de ,faust3 ,je retrouve dans ces images1 disait le vieux ,gthe1 toutes les impressions de ma jeunesse4 ,la rvolution de #ahcj vit natre dans son atelier cette libert toute moderne sortie des entrailles du peuple et non dtache des bas-reliefs ou des fresques antiques4 ,l'heure du peintre allait sonner2 on lui permit enfin de marquer son gnie aux plafonds et aux parois des palais4 ,il peignit pour ,versailles1 il peignit pour les muses1 il tendit partout ses conqutes4 ,la ,chambre des dputs1 le palais du ,luxembourg1 le ,louvre1 l',htel de ville1 ont enfin leur ,rubens et leur ,vronse4 ,dans l'uvre d',eugne ,delacroix1 l'unit et la varit se donnent harmonieusement une main amie4 ,c'est toujours le mme pinceau1 mais avec les belles ressources d'une fertile imagination4 ,le peintre est inpuisable1 quel que soit l'horizon4 ,l'unit rpand sur ses ciels1 ses paysages1 ses mers1 ses architectures1 ses personnages1 le mme caractre2 la varit rpand la vie universelle et tmoigne du sentiment de l'infini3 il remue tout un monde4 ,ne soyons pas de cette cole de critiques mot mot1 qui s'acharnent aux dfauts lilliputiens d'une uvre gigantesque4 ,il faut au gnie de libres allures2 les dfauts qu'un petit esprit signale avec bonheur ne font souvent que donner plus de relief aux beauts1 sa peinture a sept dieux3 ,michel-,ange1 ,lonard de ,vinci1 ,raphal1 ,corrge1 ,titien1 ,rubens1 ,rembrandt4 ,quel est le plus parfait8 c'est peut-tre le plus imparfait3 ,michel-,ange4 ,grard ,dow est parfait1 mais qu'est-ce que ,grard ,dow quand ,rubens est l8 ,eugne ,delacroix1 qui appartient la grande famille des matres1 ne doit pas tre jug sur ses bauches de chevalet4 ,o il faut le voir1 c'est1 dans ses plafonds1 dans ses chefs-d'uvre du muse du ,luxembourg1 dans ses batailles du muse de ,versailles4 ,l il respire l'air vif et se montre dans sa force4 ,il est abondant1 vari1 harmonieux1 hardi1 toujours nouveau1 toujours vivant4 ,il meuble ses tableaux avec magnificence1 il peuple les salles qu'il peint4 ,la nuit1 les figures doivent reprendre l'entretien familier4 ,le peintre du ,massacre de ,scio est dramatique comme ,shakespeare2 comme ,shakespeare1 c'est l'homme des temps nouveaux4 ,s'il a vcu dans l'antiquit par des existences antrieures1 il ne veut pas que son souvenir s'y attarde trop longtemps4 ,quand il est forc d'tre mythologique1 il l'est avec tant de libert qu'il transfigure l',olympe dans l'esprit moderne4 ,les dieux de la fable deviennent nos dieux2 ils symbolisent nos rves1 nos ides1 nos sentiments4 ,il fait des desses les ,muses nouvelles4 ,pour lui1 ,minerve est la sagesse1 mais c'est aussi la pense4 ,sa ,vnus n'est pas copie d'aprs les statues antiques2 c'est la ,volupt inquite qui a travers les vagues furieuses4 ,ainsi des autres4 ,les grandes personnalits reforment le monde l'image de leur me4 ,eugne ,delacroix a tent l'universalit3 il a os tre peintre d'histoire1 peintre de batailles1 peintre religieux2 quoi encore8 peintre de fleurs4 ,il a compris tous les pays et tous les sicles avec le caractre hroque et l'esprit intime de chaque gnration4 ,grec ancien dans ses plafonds1 ,grec moderne dans ses tableaux d'histoire1 comme le ,massacre de ,scio1 paen dans sa ,sibylle ou sa ,mde1 chrtien dans ses ,piet1 oriental avec ses ,croiss et ses ,fantasia1 pote avec ,virgile1 ,dante et ,byron1 romancier avec ,walter ,scott1 historien ,versailles1 peintre partout4 ,familier tous les arts1 il a prouv que1 toujours pote1 il savait tour tour tre musicien pour faire chanter les harmonies de sa couleur et architecte pour dcorer les palais dans le style consacr4 ,et comme il est toujours fcond6 comme il jette la vie pleines mains6 comme ses figures respirent6 comme ses draperies s'agitent6 comme ses accessoires font la fte des yeux6 ,j'ai dit qu',eugne ,delacroix avait1 comme tous les grands matres1 cr son monde4 ,les demi-grands matres s'arrtent mi-chemin dans leurs uvres2 l l'originalit1 l le style4 ,ils ne crent leur monde qu'avec des dbris pars des mondes connus1 noyant leur personnalit dans celle des devanciers ou des contemporains3 cette figure est ,raphal1 ce torse ,michel-,ange1 cette draperie ,vronse1 ces ombres ,prudhon1 ces lumires ,eugne ,delacroix4 ,c'est peine si le peintre se montre un peu sous l'habit d',arlequin4 ,il a beau dguiser ses emprunts par le masque de l'originalit1 le moins savant sait dnouer le masque4 ,eugne ,delacroix est tout un1 est tout lui4 ,il ne marche pas dans les souliers d'un mort illustre1 il ne boit pas dans le verre d'un dieu reconnu4 ,si son verre est si beau1 c'est qu'il boit dans son verre1 dirait ,alfred de ,musset4 ,une simple rose peinte par ,eugne ,delacroix1 je la reconnatrais comme les plus distraits reconnaissent du premier regard ses figures et ses draperies4 ,tout ce qu'il peint a son style2 ses roses comme ses lions1 ses palais comme ses dserts1 ses dieux paens comme ses dieux chrtiens4 ,on peut dire aussi que pour lui l'ordre1 c'est le dsordre1 parce que le dsordre1 c'est la vie4 ,il ne mesure pas les tnbres avec un compas1 mais avec une torche enflamme4 ,dans son expression comme dans son dsordre1 il ne viole pas la loi du beau4 ,il a toujours un air de grandeur et un accent de posie qui le maintiennent dans les rgions surhumaines4 ,il est le plus trange et le plus harmonieux des peintres2 un peu moins1 il ne serait qu'un grand artiste hors de sa voie2 mais comme il a franchi victorieusement la ligne invisible qui spare le gnie du talent1 il a le droit de tout oser4 ,eugne ,delacroix a voulu par son testament la simple tombe antique sur la colline la plus solitaire du ,pre-,lachaise1 l o le soleil seul vient son couchant4 ,on a dit de ,poussin que c'tait le philosophe des peintres et le peintre des philosophes4 ,on pourrait graver sur le marbre d',eugne ,delacroix3 ,ci-git le peintre des potes et le pote des peintres4 ,,sir ,,joshua ,,reynolds ,reynolds possde le don de la grce2 il sait rendre avec toute leur dlicatesse la beaut de la femme et la fracheur de l'enfant1 et1 comme ayant conscience de cette facult prcieuse1 il se plat les reprsenter4 ,aussi1 pour le peindre et le caractriser1 mettrons-nous sous les yeux du lecteur un cadre o se trouvent runis un enfant et une femme1 le portrait de la vicomtesse ,galway et de son fils4 ,reynolds1 avec une hardiesse de grand matre1 n'a pas plant ses modles immobiles au centre de la toile4 ,ils y entrent par le bord du cadre1 continuant une action commence au dehors1 en laissant vide devant eux1 contrairement aux rgles1 un assez large espace4 ,la vicomtesse1 portant sur son paule son fils g de trois ou quatre ans1 fait irruption dans le tableau qu'elle va traverser4 ,tout l'heure on ne la voyait pas encore1 tout l'heure on ne la verra plus4 ,elle ne pose pas1 elle passe1 et l'artiste semble l'avoir saisie au vol4 ,c'est une jeune femme peine panouie1 gardant beaucoup de la vierge et de l'ange1 une rose d'hier avec un seul bouton4 ,sa tte1 de profil ou plutt de trois quarts perdus1 se dtache1 comme la veine laiteuse d'un came de la tranche fauve de l'agate1 d'un feuillage chaudement roussi par l'automne2 ses cheveux1 que cendre un il de poudre1 se relvent la mode de l'poque1 dcouvrant leurs racines2 un bout de gaze lame d'or gracieusement nou en mentonnire forme la coiffure4 ,de derrire l'oreille1 rose et nacre comme un coquillage1 s'chappe cette longue boucle nomme repentir dans le bizarre langage de la toilette du temps2 n'ayant pas reu la neige parfume ou l'ayant secoue1 elle est plus brune que les cheveux et fait admirablement valoir les blancheurs d'albtre du col et les blancheurs roses de la joue3 des rveillons vermeils animent la bouche et la narine de ce profil opalin o les longs cils des paupires font seuls palpiter leur ombre4 ,le costume est charmant de frache simplicit3 une robe de mousseline blanche1 une casaque ou pardessus de taffetas rose4 ,par-dessus l'paule1 la vicomtesse de ,galwey tend son baby1 pour le maintenir1 une main fine1 diaphane1 de la plus aristocratique lgance1 pleine de vie dans sa pleur patricienne et telle qu'un grand coloriste comme ,reynolds pouvait seul la peindre4 ,l'enfant est une merveille4 ,nimb d'un chapeau de paille qui lui fait une aurole comme un petit ,jsus1 il appuie le menton sur l'paule maternelle avec l'air tonn et ravi d'un enfant port4 ,une lumire satine lustre son front qu'obombrent de naissants cheveux blonds4 ,dans sa petite face vermeille et ronde1 ses yeux d'azur ressemblent deux bluets piqus dans un bouquet de roses4 ,le reste de la toile est rempli par un fond de parc o les rougeurs du couchant se mlent1 sous les rameaux1 aux teintes chaudes et sourdes de la palette automnale4 ,comme on pourrait le croire1 ,reynolds n'arrive pas cette grce dlicate par le fini et le blaireautage4 ,il peint au contraire en pleine pte1 du premier coup1 avec une brosse dont le libre maniement apparat4 ,il est robuste1 presque violent dans le tendre et l'exquis4 ,presque partout ses tons sont vierges1 plaqus hardiment avec la dcision rapide du grand matre prompt saisir la nature2 les accessoires1 les fonds tiennent1 pour la ngligence spirituelle1 de l'esquisse et du dcor4 ,nulle part un travail de polissage n'efface la touche1 cette signature du gnie4 ,quel adorable portrait que celui de la princesse ,sophie-,mathilde enfant6 ,la petite princesse1 sans le moindre souci de sa dignit1 est couche plat ventre sur l'herbe1 les genoux ramens1 les pieds nus1 une main appuye terre et l'autre jouant dans les poils soyeux d'un griffon qu'elle tient par le col1 l'tranglant un peu1 et qui se laisse faire avec cette patience amicale que les chiens montrent aux tout petits enfants1 sans doute parce qu'ils vont quatre pattes comme eux et qu'ils les prennent pour des frres4 ,une robe blanche1 ceinture rose1 un bonnet de mousseline agrment d'une faveur de mme nuance que la ceinture1 composent tout le costume de la gentille princesse4 ,le peintre1 voulant la reprsenter avec les grces naves de l'enfance1 a dfendu sans doute tout colifichet1 tout oripeau1 tout apparat4 ,rien n'est plus charmant que la tte1 avec son front blanc ombr sur le contour par le poil follet de ces premiers cheveux qui semblent le duvet d'une aurole sraphique tombe rcemment1 ses joues poteles1 fouettes de rose1 troues de fossettes1 et ses grands yeux fixes1 profonds1 limpides1 nageant dans la lumire bleue o l'blouissement des choses simule le rve et la pense4 ,le portrait de la princesse ,sophie-,mathilde tiendrait sa place ct de l'infante ,marguerite de ,velasquez4 ,le tableau connu sous le nom de l'ge d'innocence est une nouvelle preuve de l'aptitude de ,reynolds rendre le charme pur des enfants qui n'ont encore bu que le lait de la vie4 ,l'ge d'innocence est reprsent par une petite fille de quatre ou cinq ans1 accroupie sur ses talons1 croisant ses menottes grasses1 roses et souples1 avec un joli mouvement puril1 et dcoupant son profil chiffonn et mutin sur un losange d'azur du ciel orageux servant de fond la figure4 ,les cheveux1 traverss d'un ruban rose ple1 sont de ce roux anglais qui1 sous le pinceau de ,reynolds1 vaut le roux vnitien4 ,une mche folle se dtache et jette l'ombre de sa spirale alanguie sur les fracheurs printanires de la joue que font ressortir encore les tons vigoureux placs sous le menton2 car ce n'est pas par un fade mlange de lis et de roses que l'artiste obtient ces carnations idales qu'on ne voit qu'en ,angleterre1 o l'enfant est cultiv comme une fleur4 ,il y mle une blonde lumire1 et les blancs de ses robes sont dors comme les linges du ,titien1 qui il ressemble encore par le grand got et la richesse de ton des paysages qu'il donne ordinairement pour fonds ses portraits4 ,nous prfrons peut-tre l'ge d'innocence1 qui est un tableau clbre du matre1 le portrait de miss ,boothby enfant3 un chef-d'uvre de simplicit1 de naturel et de couleur4 ,c'est une petite fille assise1 les mains croises et gantes de mitaines1 au pied d'une charmille laissant voir par une troue un bout de ciel au coin du tableau4 ,elle a une robe blanche dont la large ceinture noire forme brassire1 un haut bonnet cercl d'un ruban noir4 ,ses cheveux1 d'un blond fauve1 sont coups carrment sur le front baign d'une demi-teinte argente et transparente1 et deux boucles qui s'allongent accompagnent les joues2 les yeux1 de ce gris o se fondent l'azur du ciel et le vert glauque de la mer1 ont une expression indfinissable de quitude1 d'ingnuit et de rverie4 ,jamais carnations enfantines ne furent rendues par une pte plus fine1 plus souple et plus nourrie1 par des couleurs si suaves et si solides en mme temps4 ,toute la figure est d'une localit gris-de-perle rchauffe d'ambre1 avive de rose1 d'une harmonie enchanteresse4 ,la critique la plus mticuleuse ne trouverait reprendre qu'un peu de lourdeur dans les blancs4 ,simplicity1 portrait de lady ,gatwyn enfant1 ne vaut pas celui que nous venons de dcrire1 mais il a encore bien du charme4 ,quel beau parti pris de lumire dans cette fillette vtue de blanc1 le buste de face et la tte de profil1 dont les petites mains jouent avec une rose et qui s'enlve en clair sur un fond obscur orageux et chaud brouill d'arbres et de nuages6 ,il est bien dlicieux aussi le portrait de miss ,rice1 une bergerette de neuf ou dix ans1 qui conduit ses moutons dans un parc orn de vases de marbre1 en robe rose retrousse et bouffante sur un jupon de taffetas bleu1 en souliers de satin blanc toffs de rosettes4 ,le travestissement pastoral n'te rien la candeur de la petite fille toute ravie de ce costume4 ,mentionnons aussi ce cadre o1 sous le titre de ttes d'anges1 l'artiste a runi les enfants de lady ,londonderry voltigeant dans un ciel bleu1 cravats d'ailes de chrubin4 ,ce sont en effet des ttes clestes1 et le tableau est comme une gracieuse apothose de l'enfance1 si belle1 si choye et si adore en ,angleterre4 ,nous en avons dit assez maintenant pour dmontrer que sir ,joshua ,reynolds sait peindre le premier ge2 arrivons ses portraits de femme4 ,un des plus singuliers et des plus attirants est celui de ,nelly ,o',brien4 ,il arrte tout d'abord le regard pour le retenir longtemps par la gamme trange de tons qu'a choisie l'artiste pour le peindre4 ,c'est une toile presque monochrome ou plutt compose de teintes neutres qui fait penser la ,monna ,lisa1 de ,lonard de ,vinci4 ,la tte1 d'une pleur argente1 est baigne d'ombres grises2 le col1 tout en clair obscur1 a des reflets de nacre o luisent vaguement les perles d'un collier2 la poitrine dcouverte reoit une lumire blanche1 et les chairs se confondent sous cette lumire avec les plis bouillonnants de la gorgerette4 ,des bracelets toils de grenats sombres cerclent aux poignets et aux biceps des bras dont le ton hsite entre le marbre et l'ivoire4 ,il serait difficile de dire quelle est la teinte de la robe ou plutt de la draperie qui enveloppe le reste du corps4 ,c'est une couleur indfinissable1 un ton qu'on ne sait pas1 comme on dit3 en termes d'atelier1 une prparation en grisaille glace de rose mauve1 de violet et de feuille-morte avec une patine anticipe4 ,nelly ,o',brien s'accoude une sorte de mur d'appui dans lequel s'encastre un bas-relief indistinctement bauch4 ,ce socle est gris fauve4 ,le fond se compose d'arbres d'un roux sourd1 touff1 assoupi1 faisant ressortir par leur obscurit vigoureuse la tte presque blafarde de l'actrice4 ,l'expression de ce beau visage est presque inquitante4 ,une malice nigmatique tincelle dans les yeux voils d'ombre1 et les commissures des lvres sont retrousses par un sourire mystrieux o l'esprit semble se moquer de l'amour4 ,cependant la volupt domine1 mais une volupt redoutable comme la beaut du sphinx4 ,dans un autre portrait1 qui est plutt une tude1 ,reynolds1 encore proccup du ,vinci1 a reprsent une femme portant un enfant nu sur l'paule4 ,ces deux figures1 d'une couleur superbe1 ont ces ombres rembrunies1 ce model fin et ce long sourire de faune1 avec ce regard profond1 qui caractrisent les rares chefs-d'uvre du matre inimitable4 ,dans l'colier qui tient des livres sous le bras1 la chaleur intense du ton1 la magie du clair-obscur1 la brusquerie des rehauts trahissent l'tude de ,rembrandt et de ses procds4 ,quoique ,reynolds et un vrai temprament de peintre1 il possdait cependant l'esthtique de son art1 et il en raisonnait les principes1 sauf les oublier le pinceau la main4 ,l'influence de plusieurs matres est visible dans sa peinture1 dont heureusement les reflets lointains n'altrent pas l'originalit4 ,qu'il essaye d'imiter ,lonard de ,vinci1 ,rembrandt ou ,murillo1 il reste toujours ,anglais4 ,quoi de plus anglais1 par exemple1 que le portrait de lady ,charlotte ,spencer en amazone8 ,coiffe de boucles courtes bouriffes par le vent de la course1 les joues animes1 les yeux levs vers le ciel1 sa bouche de cerise entr'ouverte1 elle caractrise bien une hrone du sport4 ,une cravate de mousseline pointes brodes se noue ngligemment autour de son col1 sa veste rouge galonne d'or dcouvre un gilet de piquet blanc4 ,des gants de daim protgent ses mains1 dont l'une tient un lgant chapeau de feutre1 et l'autre1 amicalement passe sous le col du cheval1 flatte et encourage la bonne bte prs de laquelle elle a mis pied terre1 dans une alle de la fort indique par des troncs de htre satins et velouts de mousse4 ,ce n'est pas1 proprement parler un portrait1 questre1 car on ne voit gure que la tte et le poitrail du cheval1 et le cadre coupe la femme la hauteur du genou4 ,miss lizabeth ,forster1 avec sa coiffure en hrisson1 image de poudre1 son il vif et malin1 son nez spirituellement taill au bout par une brusque facette1 sa large collerette la ,mezzetin1 sa robe blanche manches de gaze1 serre la taille d'une ceinture bleu noir1 est encore un trs-piquant portrait et se dtache franchement d'un de ces fonds sombres qu'affectionne ,reynolds4 ,un charmant caprice a prsid l'arrangement de ,kitty ,fisher en ,cloptre4 ,la chose n'a rien d'antique cependant1 et la couleur locale gyptienne y est traite avec un sans-faon d'anachronisme la ,paul ,vronse4 ,la ,cloptre anglaise1 sans doute pour dpasser en prodigalit quelque ,antoine de la ,chambre des lords1 jette1 en faisant le plus gracieux mouvement de doigts qu'une coquette qui a une jolie main puisse imaginer1 une grosse perle dans une coupe d'une riche orfvrerie4 ,son costume1 tout de fantaisie1 est gris et blanc1 orn de dcoupures1 de nuds et de boutons4 ,la tte se prsente en petit trois-quarts2 des sourcils noirs surmontant des yeux d'un vague azur1 pleins d'esprit1 de flamme et de sduction1 font valoir un teint d'une blancheur blonde et rose1 qui ne s'obtiendrait qu'avec le maquillage partout ailleurs qu'en ,angleterre1 ce pays du beau sang4 ,il n'est pas besoin de parler du ,samuel enfant4 ,tout le monde connat cette dlicieuse figure agenouille que la gravure a rendue populaire4 ,comme portrait d'apparat1 celui de lady ,giorgiana ,spencer a toutes les qualits requises3 lgance1 grand air1 excution brillante4 ,la belle lady1 coiffe en pouf avec des plumes blanches et roses1 farde en roue de carrosse1 vtue d'une magnifique robe de cour en satin blanc frang d'or1 descend un riche escalier balustres d'un air la fois dgag et majestueux4 ,le geste de la main qui cherche la jupe pour la relever un peu est tout charmant et tout fminin4 ,dans le genre qu'on pourrait appeler histori1 le portrait de mistress ,siddons en ,muse de la tragdie est fort remarquable4 ,l'illustre actrice en robe de brocart1 drape d'un crpe1 est assise sur un trne de thtre1 dans l'action de dclamer4 ,derrire elle1 travers les ombres du fond1 on distingue vaguement des larves tragiques3 la ,peur et la ,piti4 ,nous retrouvons sur une autre toile1 mais cette fois dans la familiarit de la vie domestique1 cette fastueuse lady ,giorgiana ,spencer1 duchesse de ,devonshire4 ,vtue de noir1 poudre1 dessinant son profil sur un rideau de damas rouge rebrass1 la duchesse agace du doigt sa petite fille debout sur ses genoux et levant en l'air1 comme pour se dfendre1 ses jolis bras roses et potels4 ,l'enfant est habille d'une robe blanche ceinture noire4 ,le fond se compose d'une colonne o s'enroule le rideau1 d'un vase de marbre et d'un appui en forme de fentre1 festonn de quelques brindilles de lierre1 et laissant voir un pan de ciel4 ,il y a dans ce portrait vie1 lumire et couleur4 ,van ,dyck1 aprs quelques retouches1 pourrait le signer4 ,nous avons beaucoup insist sur les portraits d'enfants et de femmes de ,reynolds1 parce qu'il nous a sembl que l taient son vrai gnie et son intime originalit3 ce qui ne veut pas dire qu'il ne peigne aussi fort bien les hommes2 il ne faut1 pour s'en convaincre1 que jeter un coup d'il sur le groupe de portraits reprsentant ,dunningcol1 ,barr et ,baring1 runis autour d'une table verte1 le vicomte ,althorp1 le marquis de ,rockingham et le marquis de ,hastings1 tous traits d'une manire libre1 magistrale et grande4 ,reynolds a peint aussi l'histoire1 mais nous n'avons pas eu l'occasion de voir beaucoup de tableaux de sa main en ce genre4 ,le ,cymon et ,iphignie1 sujet mythologique dont le sens nous chappe1 est une toile des plus remarquables4 ,sous les rameaux d'un bois que le soleil crible de ses flches d'or1 une nymphe s'est endormie dans le costume de l',antiope du ,corrge4 ,guid par un ,amour1 un jeune homme qui semble tre un chasseur s'approche de la belle et contemple ses charmes avec un trouble plein d'amour2 le torse de la nymphe couche est d'une couleur magnifique et titianesque1 et l'effet de lumire est un des plus hardis que jamais peintre ait risqus4 ,nous aimons moins les ,grces dcorant une statue de l',hymen taille en ,herms4 ,ces ,grces1 probablement des portraits1 suspendent des guirlandes de fleurs1 et sont vtues comme les ,grces dcentes1 mais la mode anglaise du temps1 ce qui leur te un peu de leur charme4 ,arrtons l cette tude sur ,reynolds1 et contentons-nous des spcimens superbes que nous venons de dcrire4 ,nous pourrions rendre sans doute notre travail plus complet1 mais ce que nous avons dit suffit1 nous l'esprons1 pour caractriser ce matre1 honneur de l'cole britannique4 ,,william ,,hogarth ,s'il a jamais exist un peintre absolument original1 c'est coup sr ,hogarth4 ,quelle que soit l'apprciation qu'on fasse de son talent1 on ne peut lui refuser cette qualit4 ,chez lui1 nul souvenir des nobles formes antiques1 aucun reflet des grands matres d',italie1 ni mme1 chose plus tonnante1 des matres de ,flandre et de ,hollande1 qui1 par la familiarit de leurs sujets et leur ralisme1 sembleraient se rapprocher de son genre4 ,de mme que ,pascal1 enfant1 inventait les mathmatiques1 on dirait que ,hogarth a invent la peinture sans avoir vu de tableaux1 par la force intrinsque de son esprit1 et cela non pas sous le charme d'un pur contour ou d'un lumineux chatoiement de couleur observ dans la nature1 mais philosophiquement1 pour donner un vtement plastique des conceptions intrieures qu'il aurait pu aussi bien crire que peindre4 ,le dessin et le coloris sont ses yeux de purs moyens graphiques1 et1 proccup de l'ide exprimer1 il ne cherche jamais la beaut ni la grce1 ni mme l'agrment4 ,cette austrit logique1 ce dsintressement de l'art dans l'art mme1 cette poursuite du caractre aux dpens de la beaut1 produisent une individualit profonde4 ,l'homme physique n'est presque rien pour ,hogarth1 l'homme moral est tout1 et la socit l'emporte sur la nature4 ,mettre en jeu les passions1 faire ressortir les ridicules1 chtier les vices aprs les avoir promens travers leurs phases de dgradation1 tel est le but que se propose le peintre1 moraliste et dont il ne s'cartera pour aucun rgal de palette1 pour aucun lazzi de brosse4 ,tout1 dans ses tableaux1 est significatif1 observ1 voulu4 ,le moindre dtail a sa porte4 ,la pendule1 la chaise1 la table1 sont celles qui doivent tre l et point ailleurs1 et il serait impossible d'en meubler une autre chambre4 ,quant aux figures1 elles sont toutes typiques d'une espce2 leurs traits1 chargs exprs1 ne permettent pas de s'y mprendre2 parfois mme elles sont caricaturales et grimes comme se les font les acteurs pour caractriser leur emploi1 et l'on pourrait croire de certaines toiles du matre qu'elles ont t peintes d'aprs des pices inconnues joues par d'excellents comdiens1 plutt encore que copies directement d'aprs nature1 tant la mise en scne est savante et bien calcule au point de vue thtral6 ,si ,hogarth se soucie peu de la forme comme l'entendaient les ,grecs1 il excelle dans l'expression et la mimique4 ,ses gestes1 d'une justesse intime1 trahissent le mouvement intrieur et partent du cerveau sous l'impulsion d'un sentiment dtermin2 il ne les combine pas pour des angles1 des rondeurs1 des contrastes ou des alternances de lignes4 ,tant pis1 si un vice1 une passion1 une laideur caractrielle1 une difformit idiosyncratique convulsent1 empilent ou ravinent les traits d'une physionomie2 ,hogarth ne vous fera grce ni d'une ride1 ni d'un pli1 ni d'une bouffissure1 ni d'une lividit1 ni d'une couperose4 ,il ne tient pas plaire aux yeux1 car ce n'est pas un peintre pittoresque1 qu'on nous permette ce plonasme1 mais bien un essayiste1 un philosophe1 un auteur comique qui peint4 ,quel humour1 quelle causticit1 quelle verve satirique6 ,il ne faudrait pas s'imaginer cependant que ,hogarth soit1 comme excutant1 un artiste sans valeur4 ,son dessin1 quoique dnu de style1 ne manque pas de correction1 et sa couleur1 souvent opaque et terne1 a une certaine harmonie sourde dans ses localits grises1 parfois brusquement rchauffes de rouge4 ,les modes de l'poque1 qui affublent ses personnages1 prsentent un caractre outr d'exactitude1 dont le temps coul fait ressortir l'ironie1 et puis1 comme il est ,anglais6 comme il a la saveur du pays6 comme il en possde le sens intime et familier6 chacune de ses toiles porte dans le plus minime dtail la signature britannique4 ,il ne sera pas hors de propos1 avant de dcrire l'uvre d',hogarth1 de parler du portrait du peintre trac de sa propre main4 ,hogarth est assis devant son chevalet1 la palette au pouce1 et regarde un panneau o l'on distingue une figure de ,thalie1 la craie1 avec ce recueillement d'un artiste qui va attaquer une uvre4 ,ses traits sont assez vulgaires1 mais une certaine finesse caustique en relve la trivialit4 ,les cheveux dj gris et coups ras pour la facilit de la perruque1 s'argentent sur les tempes4 ,un bonnet de couleur violette1 ngligemment pos1 les recouvre demi4 ,le costume se compose d'un habit vert et d'une culotte rouge4 ,au pied du chevalet un volume porte le titre du trait esthtique de ,hogarth sur la beaut4 ,pour fond1 une muraille de teinte neutre4 ,le dessin est lourd1 le coloris opaque1 la touche appuye1 l'ensemble peu agrable4 ,pourtant on sent le matre dans ce petit tableau1 il donne bien l'ide physique et morale du peintre4 ,le ,mail1 ou pour parler plus intelligiblement la promenade1 est une des rares toiles de ,hogarth qui ne contiennent pas une moralit directe et se contentent1 sans leon1 de reproduire le spectacle de l'activit humaine4 ,des arbres d'un feuill bleutre qui forment des alles et laissent voir au bout de la perspective des tours semblables celles de ,westminster1 ombragent une multitude de figurines offrant un chantillon complet et prcieux des modes de l'poque4 ,les unes se promnent isoles1 les autres en groupes4 ,celles-ci s'abordent avec des saints1 celles-l causent familirement4 ,on voit je mange des coquettes1 les entreprises des galantins1 les feux des enfants1 l'insouciance des maris ennuys d'une promenade conjugale2 des ,highlanders en plaid et le jupon court1 des ,hongrois en costume national mlent un lment pittoresque aux robes paniers et aux habits la franaise4 ,au premier plan1 une marchande de bire dbite de l'ale et du porter4 ,une femme se baisse pour remettre sa jarretire4 ,il faut que du temps de ,hogarth les femmes eussent le genou bien glissant ou que les lastiques ne fussent pas inventes1 car cette attitude revient souvent dans son uvre4 ,le ,mail rappelle les parcs de ,watteau pour le dploiement des toilettes fminines1 et les places publiques de ,callot pour le fourmillement ingnieux et dtaill des groupes1 le tout1 bien entendu1 avec un accent anglais trs-marqu1 sans l'lgance aristocratique de l'un et le caprice picaresque de l'autre4 ,dans le ,dpart des gardes pour ,finlay1 ,hogarth a racont avec une puissance comique et une verve bouffonne trs-amusantes les pisodes d'un changement de garnison4 ,si les hommes ne sont pas fchs de voir s'loigner ces beaux soldats rouges1 les femmes se montrent inconsolables4 ,une ,ariane taille plus que rondelette s'accroche au bras d'un ,thse parements blancs qu'une rivale tiraille de l'autre ct en faisant valoir ses droits avec force injures4 ,l'heureux drle a la contenance de ,don ,juan entre ,charlotte et ,mathurine2 seulement il semble plus flatt encore qu'embarrass1 car il n'a plus rien dsirer de ses deux conqutes1 et il s'en va444 par ordre suprieur4 ,dnoment commode aux intrigues multiples6 ,un peu en avant1 vers l'angle du tableau1 un tambour bat sa caisse avec une insouciance philosophique des criailleries d'une femme entre deux ges1 quelque htesse1 sans doute1 rclamant son du4 l'autre coin1 pour avoir trop cd l'attendrissement des adieux et bu plus que de raison le coup de l'trier1 un soldat avin a roul sur le bord d'une marc1 et ses compagnons1 un peu moins ivres que lui1 cherchent lui entonner une dernire mesure de whisky4 ,le reste de la colonne suit un peu en dsordre derrire le drapeau1 s'arrachant aux baisers perdus1 aux enlacements de bras qui ne veulent pas se dnouer2 sur le passage de la troupe1 la population fminine est aux fentres1 lchant au moins d'accompagner du regard1 aussi loin que possible ce beau rgiment qu'elle voudrait bien suivre1 et qui trane tous les curs aprs lui4 ,une grosse matrone ne dissimule pas son dsespoir1 clate franchement en sanglots4 ,heureusement1 la prochaine garnison la consolera4 ,cette scne pathtico-burlesque est rendue avec une vraie puissance comique4 ,hogarth traduit sa faon le ferrum est quod amant du satirique latin1 et sa version ne manque ni de sel ni de gaiet4 ,l'esprit est satisfait si les yeux ne sont pas toujours contents2 c'est le mrite et le dfaut de toutes ses peintures4 ,the ,rake's progress est un de ces romans en huit ou dix chapitres1 o l'artiste dmontre les inconvnients d'un vice1 oubliant qu'un tableau n'est pas un sermon et qu'il empite ainsi sur les attributions des prdicateurs et des philosophes4 ,l'art tient dans les sphres intellectuelles une place assez haute pour tre un but et non pas un moyen1 et c'est le mconnatre que de le faire servir exprimer d'une manire subordonne telle ou telle vrit morale4 ,l'utilit directe et pratique n'est pas de son ressort4 ,l'art lve l'me en lui donnant la pure sensation du beau1 en l'arrachant aux plaisirs matriels1 en satisfaisant aux postulations de ses rves1 en la rapprochant plus ou moins de l'idal4 ,en ce sens1 le torse de la ,vnus de ,milo contient plus de moralit que toute l'uvre de ,hogarth2 dans sa blanche nudit luit la splendeur du vrai cl rayonne le plus divin concept de la forme qu'ait jamais ralis la main humaine4 ,sans doute1 nous ne commettrons pas la folie de demander la beaut grecque au brave artiste londonien1 mais nous ne pouvons nous empcher de trouver qu'il souligne trop ses leons1 et se donne beaucoup de peine pour prouver des vrits que personne ne conteste2 il est bon d'omettre quelquefois la moralit la fin des fables et de laisser au lecteur le soin de conclure1 et c'est ce que ,hogarth ne fait jamais4 ,le progrs ou plutt la progression du libertin se compose de huit tableaux3 l',hritage1 la ,toilette du dbauch1 l',orgie1 l',arrestation1 le ,mariage1 la ,maison de jeu1 la ,prison pour dettes1 ,bedlam4 ,l'nonc seul des titres suffit indiquer les phases principales et pour ainsi dire les points culminants d'une vie de dsordre4 ,surpris par une succession inattendue1 le jeune homme quitte la maison honnte et tranquille o il a vcu jusqu'alors sans un regret1 sans un mot de tendresse pour ceux qui ont partag sa mauvaise fortune1 il a dj le cur gt4 ,le voil bientt son lever entre les mains des valets1 entour de matres de toutes sortes1 comme le bourgeois gentilhomme1 et se livrant aux recherches outres d'un luxe extravagant4 ,ainsi par comme l'enfant prodigue1 il va chez les courtisanes qui profitent de son ivresse pour lui voler sa bourse et sa montre4 ,avec une telle vie1 ne soyez pas tonn si dans le tableau suivant les records1 des lettres de change protestes aux mains1 le font descendre de sa chaise porteurs1 et si pour leur chapper il se marie avec une vieille douairire2 un homme ruin qui pouse une femme en ruines1 c'est une union bien assortie4 ,pour chapper aux tendresses surannes de madame1 monsieur court les maisons de jeu1 parpillant sur le tapis vert les guines1 prix de son mariage infme et ridicule2 il perd1 bien entendu1 car les ds sont pips1 les cartes biseautes1 et le cercle se compose de grecs1 de filles perdues1 de chevaliers d'industrie et de spadassins4 ,de la maison de jeu la prison de ,fleet il n'y a qu'un pas et ce pas est bientt fait1 et de ,fleet-prison ,bedlam1 c'est--dire du dsespoir la folie1 la pente est glissante4 ,cette srie qui fonda la rputation de ,hogarth a plutt un mrite philosophique que pittoresque4 ,l'artiste n'est pas encore bien matre de ses moyens d'excution2 il crit ses ides avec le pinceau4 ,plus tard dans le ,mariage la mode1 il les peindra4 ,ces tableaux renferment les plus curieux dtails de murs1 et il serait facile1 leur aide1 de restituer dans un roman la socit de l'poque4 ,au lever du libertin assistent des matres d'armes1 de boxe1 de danse et de musique1 de la tournure la plus caractristique3 un jockey apporte un vase d'argent1 prix d'une course gagne par le cheval du jeune dissipateur4 ,une longue bandelette de papier contenant la liste des prsents faits ,farinelli1 le clbre chanteur1 pend du dos d'un fauteuil jusqu' terre1 attendant une nouvelle signature4 ,des portraits de coqs clbres sont appendus la tapisserie4 ,on voit que notre jeune homme est devenu bien vile un sportsman accompli1 et qu'il galope fond de train sur le turf de la dissipation4 ,l'orgie a lieu la taverne de la ,rose1 un endroit clbre alors pour ces sortes de parties4 ,il rgne un certain luxe dans la salle4 ,la table1 les chaises et les buffets sont en bois de mahogoni4 ,les portraits des douze ,csars1 une grande carte1 contenant les deux hmisphres1 avec cette inscription3 ,totus mundus1 des glaces de ,venise1 des appliques et des torchres dcorent les murailles4 ,il y a longtemps que le festin dure1 car les convives semblent fort chauffs4 ,une fille monte sur une chaise met1 avec une bougie1 le feu la mappemonde dans un joyeux dlire de destruction1 comme si la mission de la courtisane tait de saccager l'univers4 ,dj les glaces ont vol en clats au choc des verres et des bouteilles4 ,accoude la table1 une des bacchantes lance une fuse de vin de ,champagne au visage d'une de ses compagnes4 ,une autre happe mme un bol de punch dont elle verse la moiti dans sa gorge4 ,quant notre dissipateur1 la cravate dnoue1 la veste ouverte1 les jarretires dfaites1 en proie l'hbtement d'une ivresse malsaine1 il chavire sur son sige et se laisse dpouiller de sa bourse1 de sa montre et de son mouchoir par deux nymphes aux doigts agiles1 qui font semblant de le caresser4 ,un laquais apporte un immense plat de cuivre1 dessert de la dbauche1 dans lequel doit tre servie nue1 au milieu de la table1 une courtisane dj dbarrasse de son corps de baleine et qui s'apprte tirer ses bas3 des bas d'azur coins d'or1 dont ,hogarth1 toujours moraliste1 mme quand il en a le moins l'air1 a malicieusement rompu quelques mailles pour montrer la misre et la paresse sous le faux luxe4 ,dans la prison pour dettes1 le libertin1 bout de ressources1 a eu l'ide de recourir la littrature4 ,il a fait une pice de thtre pour ,hay-,market ou ,covent-,garden1 et la lettre du directeur1 qui la refuse avec enthousiasme1 gt tout ouverte ct du prisonnier4--,n'est-ce pas l une plaisante et satirique imagination8 travers cette histoire1 ,hogarth a fait circuler adroitement un intrt sentimental et bourgeois bien fait pour toucher les mes tendres4 ,la pauvre fille trompe1 et ne pouvant plus cacher sa faute1 que nous voyons au premier tableau indignement abandonne1 reste fidle de cur ce mauvais sujet4 ,quand il est arrt dans sa chaise par les records1 c'est elle qui les apaise en leur offrant la bourse qui contient ses modestes conomies4 ,on l'aperoit encore1 son enfant dans les bras1 la grille de l'glise o se fait ce triste mariage4 ,elle apparat dans la prison comme un ange consolateur1 faisant contraste avec la vieille pouse transforme en mgre4 ,quand de chute en chute son ancien amant est tomb ,bedlam1 elle prodigue la folie des soins qui n'ont mme pas la rcompense d'tre compris4 ,quoique ,hogarth ait crit une analyse de la beaut et dissert philosophiquement sur la grce de la ligne courbe ou plutt serpentine1 son penchant naturel l'entrane vers la caricature1 et il semble se rjouir avec une verve diaboliquement satirique au milieu des monstrueuses hideurs qu'il voque4 ,pour la faire entrer dans la dure tte de l'humanit1 il pousse la leon jusqu'aux dernires limites de l'outrance1 et c'est en cela qu'il est un matre4 ,la plate copie de la ralit ne donna jamais ce titre4 ,ses tableaux au nombre de quatre1 reprsentant des scnes d'lection1 sont excessivement curieux1 et conservent de bizarres dtails de murs que l'histoire nglige dans sa nonchalance altire4 ,le premier nous montre le ,rgal aux lecteurs4 ,la vieille corruption y apparat avec toute sa navet bestiale3 une salle de taverne est le lieu du banquet4 ,les lecteurs1 gorgs de viande1 crevs de boisson1 se pressent autour d'une table charge de brocs1 de victuailles et de cadeaux4 ,l'amphitryon-candidat1 oblig de rpondre tous les toasts1 se renverse sur sa chaise1 gonfl1 apoplectique1 le visage vultueux1 tendant le bras la saigne et dans un tal pitoyable4 ,au fond1 une virago grimpe sur une chaise scie grands coups d'archet les cordes d'un mchant violon2 dans un coin1 des commres usent de tous leurs moyens de sduction pour entraner un lecteur incertain4 ,sur le devant1 un agent du candidat panse le crne d'un homme abm dans la bagarre et qui tient sous son pied un papier o sont crits ces mots dont le sens allusif nous chappe3 ,give us our eleven days4 ,parmi d'autres paperasses parpills prs de lui1 figure drisoirement l'acte contre la corruption lectorale4 ,non loin de l1 un personnage tournure ignoble tient la main un mandat dat du #a;er avril #afed1 et ainsi conu3 ,je promets de payer ,abel ,squat la somme de cinquante livres1 six mois aprs ce jour2 valeur reue3 ,,richard ,,slim4 ,vous voyez comme on observe l'dit4 ,tout fait au premier plan1 un petit garon remplit de gin un tonnelet qui sera bientt tari par l'inextinguible soif des volants4 ,dans le second tableau1 qu'on pourrait appeler la ,prparation des votes1 des colporteurs juifs offrent des marchandises2 un ptissier coupe des galettes et le candidat tient sa bourse ouverte pour payer les achats des lecteurs4 ,au second plan1 des hommes agitent les mandats qu'ils ont reus4 ,tout au fond1 des meutiers assigent le bureau de perception des impts et on leur tire des coups de fusils par la fentre4 ,devant la taverne de ,porto-,bello1 deux gaillards fument et boivent1 aux dpens du candidat1 prs d'un lion chimrique en bois ou en carton1 qui1 avec un effroyable rictus1 tient1 entre ses crocs1 une fleur de lis qu'il semble vouloir avaler4 ,du balcon de la taverne se penchent vers la rue1 pour regarder cet amusant spectacle1 deux femmes d'une attitude gracieuse et d'une couleur charmante3 deux fleurs que l'artiste a jetes l fort propos pour dlasser l'il de toutes ces laideurs que ,polichinelle parodie en posant sur la pancarte de sa baraque comme candidat pour ,guzzledown4 ,le troisime cadre1 intitul the ,polling 7le vote71 pousse jusqu'au paroxysme ce comique froce dont les ,anglais tirent des effets si chargs1 et que1 littrairement1 ,swift possdait au plus haut degr4 ,hogarth s'en est donn ici cur joie avec une absence de got formidable4 ,il n'a recul devant rien1 et cette tribune au vote est aussi lugubrement caricaturale que la cave des momies dans la tour ,saint-,michel1 ,bordeaux4 ,on a convoqu le ban et l'arrire-ban des lecteurs2 les manchots1 les boiteux1 les paralytiques1 les malades mme1 arrachs de leur grabat dans des couvertures1 viennent agoniser la tribune et dposer leur vote au milieu d'un rle4 ,il y a l des figures effrayantes1 cadavreuses1 spectrales2 des tres hybrides1 moiti chair1 moiti bois1 chafauds de potences1 agitant des moignons4 ,n'est-il pas mort1 ce corps inerte la face livide1 aux traits convulss qu'on hisse le long des gradins8 ,n'est-on pas all le chercher dans la tombe1 parmi les vers1 pour faire nombre8 ,au quatrime tableau1 le candidat a triomph4 ,on le porte sur une chaise comme sur un pavois1 trne chancelant1 dont les oscillations l'alarment4 ,son chapeau est dj tomb terre1 et sa gloire rcente pourrait bien prendre un bain de fange4 ,des saltimbanques1 montreurs de btes1 se rangent pour laisser passer le triomphateur4 ,une laie et ses quatre cochons1 effrays du tumulte se prcipitent dans l'gout o l'lu risque de les aller rejoindre1 car des hommes arms de flaux attaquent le cortge1 la grande frayeur d'une jeune femme qu'on aperoit au-dessus d'une terrasse et qui sa dugne fait respirer des sels2 au fond1 la troupe victorieuse agite des btons et balance un drapeau la devise true blue 7les vrais bleus74 ,esprons que l'honorable ,robert ,slim rentrera vivant chez lui4 ,dans the ,harlot's ,progress 7les ,aventures d'une ,fille de joie71 ,hogarth prend1 la descente du coche d',yorkshire1 l'innocente jeune fille que le ,minotaure de la dbauche doit dvorer2 et il la conduit plus loin que la mort1 car il la montre dans son cercueil1 objet de curiosits profanes1 et ne commandant mme pas le respect qu'inspire aux plus endurcis ce lugubre spectacle4 ,l'un des tableaux de cette srie nous fait voir cette nouvelle paysanne pervertie parmi les splendeurs du vice lgant2 elle est richement vtue1 elle habite un appartement somptueux4 ,un homme entre deux ges1 d'apparence opulente1 djeune prs d'elle une petite table2 mais la fantasque crature a donn un coup de pied au guridon1 et le plateau se renverse avec un grand fracas de porcelaine et d'argenterie4 ,un petit groom ngre1 portant une thire1 s'arrte stupfait de cette quipe1 et un sapajou coiff d'un bonnet se sauve en glapissant d'effroi4 ,ce tapage a un motif2 il sert dtourner l'attention de milord protecteur et dissimuler la fuite d'un amant fort en dsordre1 qui se sauve son pe sous le bras1 les jarretires dnoues1 tandis que ses souliers sont emports par une soubrette experte protger les galants4 la planche suivante1 le chtiment commence dj2 il ne se fait jamais attendre longtemps chez ,hogarth4 la suite de quelque dml avec la police1 l'hrone de ce roman pictural trop vridique a t enleve et mise dans une maison de pnitence4 ,elle n'a encore descendu que le premier chelon de la dcadence4 ,elle porte un coquet tablier de taffetas rouge sur une jupe de damas jaune fleurs2 une fanchon de dentelles se noue sous son menton2 un collier de perles entoure encore son col1 et c'est avec des gants longs qu'elle soulve contre cur le maillet destin teiller le chanvre pos devant elle sur un billot2 mais il n'y a pas faire la paresseuse ou la dlicate4 ,un surveillant1 arm d'une cravache1 fait un geste menaant accompagn d'une grimace significative4 ,ranges en file1 cinq ou six malheureuses1 divers tals de dgradation1 s'occupent nonchalamment du mme travail4 ,au coin1 sur le devant1 une fille rattache son bas largement toil de trous1 et une autre poursuit dans son corsage un ennemi dont elle tire une vengeance espagnole4 ,sous le rapport de l'ide et de la composition1 il n'y a rien critiquer dans ces peintures1 mais elles sont beaucoup moins satisfaisantes envisages au point de vue de l'art4 ,le dessin en est lourd1 et la couleur1 peut-tre bonne autrefois1 s'est altre et rembrunie de manire rendre certains dtails difficilement perceptibles4 ,elles ont aussi le dfaut1 comme beaucoup d'autres du peintre1 de prsenter des personnages vils et des scnes d'abjection1 ce qui fit accuser ,hogarth de ne pouvoir peindre les gens comme il faut1 par manque de distinction1 de grce et d'lgance4 ,sensible ce reproche1 il prouva qu'il n'tait pas fond en faisant paratre cette srie intitule le ,mariage la mode1 ce qui est son chef-d'uvre4 ,le sujet tait pris1 cette fois1 dans la vie du monde1 et l'artiste y dmontra victorieusement que1 lui aussi1 pouvait tre1 lorsque cela lui plaisait1 un artiste fashionable1 ou1 comme on dit aujourd'hui1 de high life4 ,cette suite1 compose de six tableaux1 est d'une conservation parfaite1 due1 sans doute1 aux glaces qui les protgent4 ,nous allons analyser l'une aprs l'autre chacune de ces toiles1 o un vif sentiment d'art se mle l'intention morale et la peinture curieuse des murs d'une poque4 ,un grand seigneur1 ayant besoin de redorer son blason1 a bien voulu condescendre l'union de son fils avec la fille d'un riche alderman de ,londres1 dsireux d'un titre4 ,la comdie ou1 si vous l'aimez mieux1 le drame s'ouvre par la signature du contrat1 qui en forme l'exposition4 ,nous sommes chez le trs-honorable lord ,squanderfield1 dans un riche salon orn avec un fastueux mauvais got4 ,un portrait1 chamarr d'ordres trangers1 se prlasse1 au milieu d'un tourbillon de draperies volantes que des vents contraires semblent se disputer1 dans une pose emphatiquement ridicule4 ,un canon dont le boulet est visible lui part entre les jambes4 ,au plafond1 on distingue en perspective ,pharaon se noyant au passage de la mer ,rouge4 ,les tableaux qui tapissent les murailles sont d'un choix bizarre et farouche1 d'o un esprit superstitieux tirerait aisment des prsages funestes4 ,ce sont3 ,david vainqueur de ,goliath1 ,promthe et le ,vautour1 le ,massacre des ,innocents1 ,judith et ,holopherne1 ,saint ,sbastien perc de flches1 ,can tuant ,abel1 ,saint ,laurent sur le gril4 ,les appliques des bougies reprsentent des ttes de ,mduse surmontes de couronnes comtales4 travers la fentre1 on aperoit un htel en construction1 mais dj en ruine derrire ses chafaudages4 ,l'ignorance opinitre du lord s'y rvle par le porte faux des colonnes et autres bvues d'architecture grossires4 ,l'alderman1 assis prs d'une table au milieu du salon1 le nez chevauch de besicles1 tient le contrat de mariage2 son caissier prsente au lord une leve d'hypothques obtenue des cranciers1 et1 sur le tapis1 s'entassent les guines et les billets de banque1 car ce n'est qu' prix d'or que l'altier seigneur consent une pareille msalliance4 ,superbement vtu d'un habit nacarat dont les broderies font disparatre le velours1 coiff d'une majestueuse perruque blanche1 une main au jabot1 il dsigne de l'autre un arbre gnalogique des plus touffus dont la racine plonge dans le ventre de ,guillaume1 duc de ,normandie4 ,quelques branches coupes s'en dtachent1 sans doute pour dsigner les prtendants que l'illustre famille ddaigne ou ne reconnat pas4 ,son pied goutteux emmaillot de linges repose sur un tabouret1 ses bquilles armories s'appuient son fauteuil1 derrire lequel s'lve un dais somm d'une couronne de comte aux pointes burlesquement exagres4 ,le lord est un de ces hommes infatus de leur noblesse qui disent tout propos3 ma race1 mon titre1 mon blason4 l'autre bout de la chambre1 sur une espce de sopha1 les futurs1 ddaignant de s'occuper de ces dtails matriels1 sont assis l'un ct de l'autre1 mais ils ne semblent pas bien violemment pris4 ,ils se tournent presque le dos4 ,le mari1 jeune fat de constitution chtive1 portant au col comme une mouche malsaine la tache noire de la maladie originelle1 allonge ses maigres jambes dans des bas de soie blancs coins d'or1 ouvre en dehors comme un danseur les pointes de ses souliers talons rouges1 et puise avec des grces de marquis franais une prise de tabac d',espagne1 tout en retournant la tte pour jeter un coup d'il de satisfaction la glace4 ,il est difficile de rendre d'une faon plus spirituelle1 plus lgante et plus vraie le dlabrement aristocratique et l'nervation prcoce d'une nature distingue1 et de mieux faire sentir le gentilhomme sous le libertin us de dbauches4 ,son teint ple1 sa poitrine troite1 ses mains maigres et blanches1 ses jambes en fuseaux1 ne manquent pas de grce sous ce velours1 ces broderies et ces dentelles1 et personne1 en voyant le vicomte de ,squanderfield1 n'lvera de doute sur sa qualit4 ,la jeune fille en robe de satin blanc broche d'or1 sans poudre1 coiffe de dentelles et de fleurs1 coute en jouant1 pour se donner une contenance1 avec les bouts d'un mouchoir pass dans une bague1 les galanteries que lui chuchote l'oreille le conseiller ,silver-,tongue 7langue d'argent71 un lgiste galantin1 qui jouera un grand rle dans le roman du mariage la mode4 ,cette figure de femme est une des plus jolies qu'ait peintes ,hogarth1 qui ne sacrifie pas souvent aux grces4 ,elle a de la jeunesse1 du charme1 la beaut du diable et une certaine fracheur plbienne4 ,c'est un meurtre d'unir cette crature pleine de vie ce frle cadavre musqu4 ,sa gaucherie1 la faon timide dont elle s'assoit sur le bord du sopha sont intressantes4 ,vers l'angle du tableau1 au premier plan1 deux chiens enchans1 l'un de race et estamp d'une couronne1 l'autre d'origine vulgaire1 se sparent autant que leur laisse le permet4 ,au second tableau1 le mariage est fait1 on pourrait mme dire qu'il commence se dfaire4 la suite d'une soire qui s'est prolonge jusqu'au matin1 les invits partis1 les deux poux1 fatigus et billant qui mieux mieux1 se sont jets sur des fauteuils chaque coin de la chemine1 o s'croule un feu de charbon prs de s'teindre4 ,le comte1 il peut porter ce titre maintenant1 car son pre est all rejoindre ses illustres aeux1 le comte1 le chapeau sur la tte1 la veste ouverte1 le linge bouffant1 les mains enfonces dans les goussets1 s'affaisse sous l'hbtement de l'ivresse2 il n'a point pass la soire avec sa femme1 il revient d'une orgie ou mme d'un lieu pire encore1 car un griffon1 innocemment dlateur1 lui tire demi de la poche un bonnet de femme chiffonn4 ,l'pe du comte1 casse dans le fourreau1 gt sur le tapis et dcle une nuit orageuse4 ,madame1 en jupe de soie rose-mauve1 en corset de taffetas blanc1 un bout de mousseline coquettement tourn autour de la tte1 comme une personne qui s'est mise son aise1 tire ses bras avec un joli mouvement fminin plein de lassitude voluptueuse2 elle tient1 dans une de ses petites mains crispes au-dessus de sa tte1 un objet qu'il n'est pas facile de dterminer2 une bonbonnire ou plutt une bote portrait4 ,ses paupires1 ensables de sommeil1 se ferment sur un regard ddaigneux lanc son mari4 ,prs d'elle un guridon supporte un plateau avec des tasses4 ,plus loin1 une chaise renverse les quatre fers en l'air1 des cartes jouer parpilles1 des tuis d'instruments1 des papiers de musique1 le trait de ,hoyle sur le whist1 tmoignent que la comtesse n'a pas attendu seule son mari4 ,dans le second salon1 qu'on aperoit travers une haie en arcade supporte par des colonnes de marbre1 un domestique somnolent arrange les chaises prs des tables de jeu4 ,des tableaux reprsentant des aptres et des saints ornent les murailles2 mais dans un coin1 un cadre voil de rideaux verts mal tirs qui laissent voir le pied d'une nudit mythologique1 trahit les penchants licencieux du matre1 de mme que l'trange pendule place dans le premier salon1 prs de la chemine1 atteste son got baroque4 ,un chat y domine gravement un cadran support par un singe faisant la grimace au centre d'un buisson touffu de rinceaux o nagent des poissons de ,chine4 ,des bibelots de mauvais choix1 statuettes1 magots1 idoles1 potiches chargent le manteau de la chemine2 un buste antique nez de rapport1 prside ce petit monde de figurines monstrueuses1 et1 derrire lui1 dans un cartel1 un ,amour moqueur joue d'une musette dont les tuyaux font les cornes4 ,si le comte n'est pas encore enrl dans le rgiment jaune du ,minotaure1 cela ne lardera gure4 ,ce n'est pas une maison bien ordonne que celle o le matin voit les bougies fumer en s'teignant sur les lustres et les chandeliers4 ,le vieil intendant fidle1 croyant de bonne heure trouver son matre jeun1 est venu1 arm d'une liasse de notes1 prsenter ses comptes et tcher d'obtenir une rduction de dpenses2 mais le ple gentilhomme1 bris par les fatigues nocturnes1 n'est pas en tat de l'entendre1 et le pauvre serviteur afflig se retire en haussant les paules avec un geste de piti impuissante4 ,il faut abandonner dsormais cette belle fortune au torrent de la ruine4 ,ici ,hogarth mrite tout fait le nom de peintre qu'on lui refuse parfois et fort injustement4 ,la figure du jeune comte ananti dans son fauteuil a une valeur d'excution trs-remarquable4 ,la tte ple1 extnue1 morbide1 trahissant les rvolte de la nature contre les exigences de la dbauche1 se dtache du chambranle gristre de la chemine avec une prodigieuse finesse de ton4 ,le model du masque o il s'agissait de conserver l'apparence de la jeunesse et de la distinction travers la snilit et l'hbtement prcoces du libertinage est d'une justesse vraiment merveilleuse4 ,quant au chapeau plumes1 au linge1 l'habit1 aux dtails du vtement1 il faudrait aller jusqu' ,meissonnier pour rencontrer quelque chose d'gal en fermet1 en prcision1 en couleur1 et encore l'avantage serait-il du ct du peintre anglais1 car chacune de ces touches1 outre qu'elle rend absolument la nature1 exprime le caractre du personnage et concourt l'effet4 ,la femme est d'une couleur charmante4 ,rien de plus dlicat que le mauve ple de sa jupe se fondant avec les blancheurs du corset4 ,la tte1 dans son nuage de mousseline1 nuance sa fatigue d'une animation rose qu'un fin coloriste pouvait seule trouver sur sa palette4 ,le fond est trait de la faon la plus magistrale comme perspective arienne et linaire4 ,le ton en est sobre1 tranquille et chaud2 aucun dtail n'y papillote et n'y tire l'il2 et cependant ils ne sont pas sacrifis1 car tous ont leur signification et doivent tre lus clairement4 ,c'est un tableau excellent et qui subirait sans y perdre les plus redoutables voisinages4 ,on voit que ,hogarth tenait prouver qu'il tait capable d'tre autre chose qu'un humoriste en caricature et qu'il pouvait peindre avec art des sujets relativement levs4 ,voici les deux premiers chapitres du roman ou les deux premiers actes de la comdie qui bientt va tourner au drame aprs un intermde sinistrement bouffon4 ,le troisime tableau de la srie porte ce titre3 ,the ,visit to the quack doctor1 que l'on pourrait traduire la ,visite au charlatan4 ,figurez-vous un cabinet de mdecin1 un laboratoire de chimiste1 un atelier de mcanicien fondant ensemble leurs capharnams3 ttes de mort1 cornues1 alambics1 squelettes1 prparations d'anatomie1 monstruosits1 roues dents1 appareils d'une complication bizarre1 bocaux1 fioles1 bouquins1 paperasses1 et tout ce qui peut meubler l'antre d'un ,faust de contrebande4 ,le docteur1 en perruque in-folio1 debout prs d'une table sur laquelle pose un crne vermicul de trous1 signature d'un remde pire que la maladie1 nettoie d'un air goguenard les verres de ses besicles et parat s'apprter1 en ricanant d'un rire de faune1 quelque scabreux examen mdical4 ,sur un fauteuil1 un personnage que sa physionomie lgamment dlabre et la mouche noire de son cou font tout de suite reconnatre pour le comte1 s'tale sans le moindre embarras et comme habitu de pareilles msaventures4 ,il montre au charlatan une petite bote de pilules qui probablement n'ont pas produit grand effet4 ,non loin du comte est debout1 l'air timide et souffrant1 une jeune fille de quatorze ou quinze ans au plus3 d'une main elle tient aussi une bote et de l'autre elle porte un mouchoir ses yeux4 ,elle est jolie2 ses traits doux et fins conservent encore un reflet de candeur enfantine1 mais elle a dj perdu l'innocence4 ,sa mise est plus riche qu'il ne convient son ge4 ,un camail de velours bleu passement d'or couvre ses paules4 ,une robe de brocart ramages laisse voir sa jupe de mousseline2 une montre pend sa ceinture2 la fanchon de dentelles qui entoure son dlicat visage est sans doute destine remplacer le bonnet que le chien griffon1 dans le tableau prcdent1 lirait de la poche du comte4 ,mais que signifie cette femme ou plutt cette mgre au visage constell de mouches1 la poitrine tatoue des lettres ,f4 ,g41 mise d'une faon voyante et cossue1 en vaste jupe noire bouffante sur laquelle se dcoupe un court tablier de taffetas rouge2 qui1 arme d'un couteau ouvert1 semble menacer le comte fort peu alarm1 du reste1 de ses injures8 ,est-ce une ,fillon anglaise dfendant l'honneur de sa maison contre une pratique dont elle aurait se plaindre8 ,nous ne saurions le dire4 ,les commentateurs prtendent que les lettres ,f4 ,c4 dsignent ,fanny ,cox1 la fille d'un crieur avec qui ,hogarth avait eu des dmls4 ,d'autres voient un ,e dans l',f et indiquent un nom diffrent2 mais au fond1 tout cela importe peu4 ,ce qu'il y a de sr1 c'est que la jeune fille est charmante1 le comte plein de dsinvolture1 le docteur rus1 spirituel et moqueur comme un masque de ,voltaire1 et que les innombrables accessoires dont le fond du tableau est encombr restent leur plan1 discernables pourtant dans leur pnombre1 discrets mais ne sacrifiant aucun dlai6 caractristique1 rsultat qu'un matre seul pouvait obtenir et que ,hogarth1 souvent moins bien inspir1 n'atteint pas toujours4 ,dans le quatrime tableau1 ,hogarth nous fait assister une matine musicale chez la comtesse4 ,le jeune mnage mne toujours grand train1 malgr les reprsentations de l'intendant fidle4 ,madame est sa toilette devant une table charge d'un miroir et de tout l'arsenal de la coquetterie2 son costume se compose d'une robe de satin jaune fort dcollete1 sur laquelle est jet un peignoir4 ,un perruquier1 dont les traits offrent l'exagration caricaturale du type franais tel que l',angleterre le comprenait au sicle dernier1 met des papillotes la comtesse1 qui coute1 sans se proccuper beaucoup du concert1 les propos galants du conseiller ,silver-,tongue1 devenu l'ami de la maison1 car son portrait figure effrontment parmi les tableaux appendus la muraille4 ,silver-,tongue propose la comtesse un billet de bal masqu4 ,on voit que le mnage est en plein dsordre1 et que1 depuis la scne du contrat1 le galant homme de loi a fait bien du chemin4 ,sur le devant du tableau1 un clbre sopraniste du temps1 le signor ,carestini1 dont l'embonpoint colossal fait penser celui de ,lablache1 chante un morceau qu'accompagne un joueur de flte allemand1 trs en vogue alors4 ,carestini est vtu d'une faon magnifique1 tout brod d'or1 tout inond de dentelles1 des bagues tous les doigts2 il a un air d'assurance et de satisfaction1 une fatuit nonchalante qui sentent le virtuose gt par le succs4 ,une dame habille de blanc1 les bras tendus comme pour prendre les notes au vol1 se livre des pmoisons admiratives les plus ridicules du monde4 ,encore un peu1 elle va donner du nez en terre4 ,heureusement1 un ngre en livre verte la secoue de son extase pour lui offrir une tasse de chocolat4 ,sur le parquet1 au premier plan1 un petit ngre ramasse un lot de curiosits achetes la vente aux enchres4 ,parmi ces bibelots de mauvais got1 figure une statuette d',acton dj cerf par la tte4 ,le symbole est transparent4 ,des cartes d'invitation1 des billets d'excuses gisent confusment terre1 et renseignent sur les habitudes de la maison4 ,il faut remarquer aussi que la scne ne se passe pas au salon1 mais dans une chambre coucher dont le fond est occup par un lit de parade surmont d'une couronne de comte1 ce qui indique une imitation des murs franaises4 ,aucun dtail n'est insignifiant dans ,hogarth4 ,le cinquime tableau prouve d'une manire tragique et sinistre quels rsultats peut aboutir une union mal assortie4 ,on n'a pas oubli le billet de bal masqu que ,silver-,tongue prsente lady ,squanderfield dans la scne prcdente4 ,grce aux facilits du dguisement1 le couple adultre s'est esquiv du bal4 ,un bagno1 honteux asile des amours furtives ou criminelles1 leur a fourni son abri hasardeux4 ,le lieu est assez sinistre d'aspect1 et il faut tout l'emportement de la passion pour ne pas frmir en mettant le pied sur le seuil4 ,une vieille tapisserie d',arras reprsentant le massacre des ,innocents1 figur avec une barbarie gothique1 recouvre les murailles2 le portrait d'une courtisane clbre y est clou d'une faon si trange que les jambes d'un satellite d',hrode1 se bifurquant sous le cadre1 semblent appartenir la donzelle4 ,l'ombre des pincettes adosses au chambranle d'une chemine enleve avec le mur que l'artiste a d abattre idalement pour faire plonger le regard du spectateur dans ce triste rduit1 s'allonge sur le plancher1 dessinant la silhouette d'un vague spectre4 ,prs d'un fagot destin aux feux impromptu que ncessite l'arrive des couples1 gt le corset de la comtesse4 ,faut-il voir1 dans ce rapprochement du fagot et du corset1 une allusion injurieuse aux charmes de la jeune lady1 ainsi que le prtendent certains commentateurs8 ,nous prfrons y lire la hte et le trouble d'un rendez-vous dangereux4 ,une crinoline cercles d'acier1 exactement pareille celles que les femmes portent de nos jours1 ballonne non loin de l4 ,sur une chaise tranent un domino et un masque4 ,dans l'angle1 des rideaux de serge entr'ouverts trahissent le dsordre d'un lit quitt brusquement4 ,voil une plantation de dcor qui ne promet rien de bon4 ,aussi la scne est-elle digne du fond qui l'encadre4 ,lord ,squanderfield1 sans doute prvenu par quelque lettre anonyme ou quelque domestique chass1 a suivi les amants1 attendu le flagrant dlit et forc la porte4 ,un combat s'en est suivi entre le mari et l'amant1 combat funeste au pauvre comte qui1 le jabot tach de sang1 la pleur de la mort sur la figure1 laissant glisser son pe de ses doigts inertes1 chancelle et va tomber pour ne se relever jamais4 ,la coupable1 perdue1 nu-pieds1 en manteau de nuit et en chemise1 se trane aux genoux du comte qui ne l'entend dj plus1 criant grce et merci6 ,au fond1 dans la baie d'une fentre guillotine1 s'enchsse avec un raccourci lugubrement grotesque1 la fuite du conseiller ,silver-,tongue1 en costume adamique4 ,rien de plus effrayant que cette tte effare1 livide1 spectrale1 jetant par-dessus l'paule un regard de suprme horreur l'asile de la dbauche devenu le thtre du crime4 ,l'assassinat commis1 le coupable vad1 la justice au pied lent qui n'abandonne jamais le criminel1 arrive1 sa lanterne la main1 sous la figure de deux agents de police1 l'un gras et l'autre maigre4 ,il y a une vraie terreur dans cette toile aux tons sombres encore rembrunis par le temps4 ,les figures s'en dtachent vagues1 blafardes et terribles comme des fantmes4 ,vous croyez peut-tre le drame fini et la leon suffisante8 ,nullement2 il y a encore un acte intitul la ,mort de la comtesse4 ,aprs cette tragique aventure et le scandaleux clat qui s'en est suivi1 ,lady ,squanderfield1 devenue veuve1 a d se rfugier dans la maison paternelle1 chez l'alderman1 au sein de la ,cit4 ,par la fentre entr'ouverte1 on aperoit le pont de ,londres tout couvert de maisons1 comme il tait alors4 ,l'intrieur de la chambre contraste avec les lgants salons o se passaient les premires scnes du drame4 ,quelques grossires images colles au mur1 un rtelier de pipes communes1 quelques livres d'arithmtique1 de jurisprudence et de commerce1 s'paulent les uns contre les autres sur les tablettes des encoignures formant l'ameublement4 ,la table est encore couverte des dbris d'un djeuner plus que frugal3 un uf la coque tenu en quilibre au milieu d'un tas de sel1 moyen auquel ,christophe n'avait pas song1 une tte de veau qu'emporte un chien1 profitant du trouble produit par la catastrophe1 voil tout4 ,ce n'est pas misre1 mais avarice4 ,au milieu de la chambre1 renverse sur son fauteuil1 son corsage dfait comme une personne qui suffoque1 le visage masqu d'une pleur exsangue1 le nez dj tir1 l'il vitreux1 la comtesse exhale son dernier soupir4 ,une vieille domestique soulve entre ses bras1 pour le baiser suprme1 le fruit malsain de cette triste union1 un pauvre enfant de quatre cinq ans1 blafard1 scrofuleux1 rachitique1 marqu du stigmate noir1 comme son pre4 ,ses petites jupes1 demi-souleves1 laissent voir les brodequins orthopdiques1 tuteurs de ses jambes noues4 ,l'alderman arrache au doigt de la comtesse un anneau que sa main roidie par la mort retiendrait peut-tre plus tard4 ,c'est une valeur qu'il est inutile d'ensevelir avec la dfunte4 ,un peu en arrire de ce groupe1 un apothicaire aux formes trapues secoue par sa cravate une espce de valet imbcile1 jocrisse de la domesticit1 enseveli dans une souquenille trop grande pour lui1 qui lui descend jusqu'aux talons4 ,quelle bvue1 quelle faute peut avoir commis cet animal8 ,regardez cette fiole de laudanum jete terre aux pieds de la comtesse4 ,c'est le valet qui l'est all chercher4 ,arme de ce poison1 lady ,squanderfield s'est dbarrasse d'une vie insupportable dsormais4 ,si vous voulez savoir la cause de cette rsolution dsespre1 baissez-vous et lisez cette feuille volante tombe prs de la fiole4 ,c'est la cause ct de l'effet4 ,ce canard a tu la comtesse4 ,une potence lui sert de vignette4 ,l'imprim contient le discours prononc sur l'chafaud par le conseiller ,silver-,tongue1 que cette fois sa langue d'argent n'a pu disculper4 ,le mdecin1 appel trop tard1 s'esquive silencieusement4 ,la ,facult n'aime pas se trouver en face de la mort4 ,ce tableau est un des meilleurs de ,hogarth4 ,la figure de la comtesse expirante effraye par la vrit de l'agonie physique1 sous laquelle transparat l'agonie morale1 plus douloureuse encore4 ,hogarth a touch l presque au sublime1 et le pinceau n'a pas fait dfaut l'ide4 ,les autres personnages sont tous admirablement caractriss1 et les fonds touchs avec une sobrit chaude digne de ,tniers ou d',ostade4 ,nous avons analys longuement cette suite4 ,elle est1 comme pense et comme excution1 l'uvre la plus parfaite de ,hogarth4 ,l'artiste s'y montre l'gal du philosophe4 ,ce n'est pas tout ,hogarth1 mais c'est assez pour que1 dsormais1 aucun tableau du matre ne vous apprenne rien de nouveau sur lui1 pas mme ses tableaux d'histoire1 genre qui n'tait pas le sien1 et dans lequel il ne s'est heureusement pas obstin4 ,le mrite de ,hogarth est d'avoir t intimement et profondment ,anglais1 ,anglais jusque dans la moelle de ses os4 ,il a tir son art de son temps1 chose difficile1 et nul artiste n'a fait preuve d'une originalit plus absolue dans ses dfauts comme dans ses qualits4 ,,fin