,au lecteur4 ,l'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise1 mais les erreurs clairement introduites par le typographe ou l'impression ont t corriges1 et quelques endroits la ponctuation a t corrige4 ,les mots en gras dans l'original sont marqus ainsi4 ,,le ,,petit ,,art ,d',,aimer ,,du ,m,,me ,,auteur ,les ,farces de mon ami ,jacques4 7#are srie de la ,vie pour rire47 ,les ,malheurs du commandant ,laripte4 7#b;e srie de la ,vie pour rire47 ,le ,filleul du ,docteur ,trousse-,cadet1 suivi des ,nouveaux ,malheurs du ,commandant ,laripte4 7#c;e srie de la ,vie pour rire47 ,les ,mmoires d'un ,galopin1 suivis de ,petite ,histoire naturelle4 7#d;e srie de la ,vie pour rire47 ,madame ,dandin et ,mademoiselle ,phryn4 7#e;e srie de la ,vie pour rire47 ,les ,btises de mon ,oncle4 7#f;e srie de la ,vie pour rire47 ,les merveilleux ,rcits de l'amiral ,le ,kelpudubec4 7#g;e srie de la ,vie pour rire47 ,les veilles de ,saint-,pantalon4 7#h;e srie de la ,vie pour rire47 ,tous droits de traduction et de reproduction rservs pour tous les pays1 y compris la ,sude et la ,norvge4 ,s'adresser1 pour traiter1 ,m4 ,,paul ,,ollendorff1 diteur1 #bh bis1 rue de ,richelieu1 ,paris4 ,,armand ,,silvestre ,le ,petit ,art d',aimer ,,en ,,quatorze ,,chapitres ,vignettes de ,,lucien ,m,,tivet ,logo de l'diteur ,,paris ,,paul ,,ollendorff1 ,,diteur #bh bis1 ,,rue ,,de ,,richelieu1 #bh bis #ahig ,tous droits rservs4 ,,il ,a ,t ,,tir ,a ,,part #be exemplaires sur papier vlin1 numrots la presse4 ,,chacun ,,de ,,ces ,,exemplaires ,,comprend ,une suite des dessins hors texte aquarells par ,,lucien ,m,,tivet ,a ,,mon ,,ami ,,georges ,,hecq ,son dvou et son reconnaissant1 ,a4 ,s4 ,i ,,du ,,choix ,d',,un ,,amant ,du choix d'un amant ,i ,ce n'est pas la premire fois qu'une des aimables personnes qui me veulent bien poser des cas d'esthtique amoureuse1 me confie que la solitude lui est pesante et qu'elle souhaiterait d'avoir un amant4 ,il fut un temps o j'aurais trouv une rponse immdiate ce genre de lettre1 et sans avoir besoin de tremper ma plume dans mon critoire4 ,je n'ai plus la fatuit de croire aujourd'hui qu'on me demande une rponse purement mime et que c'est tout bonnement une entre en relations qu'on me propose4 ,c'est une ide qui ne viendrait plus une demoiselle simplement sense4 ,je ne vais plus en ville aprs y avoir t beaucoup--pas assez encore1 puisque c'est le meilleur temps de la vie que celui qu'on passe en ces villgiatures du cur4--,en ce temps-l j'crivais seulement quand j'tais fatigu de mes visites4 ,l'amour tait la pice1 et la littrature n'en tait que les entr'actes4 ,encore me bornais-je1 pour faire uvre d'crivain1 runir en volume les vers que j'avais faits pour mes bonnes amies4 ,maintenant la pice c'est la littrature1 et l'amour c'est les entr'actes4 ,mon spectacle dans un fauteuil--et mme sur un canap--y a beaucoup perdu4 ,mais pourquoi rcriminerais-je8 ,j'aime encore la femme de la mme passion sans le lui prouver par la mme loquence4 ,j'ai beau mettre1 comme ,dmosthne1 des cailloux dans ma bouche1 il est certain que mon dfaut de prononciation s'aggrave de jour en jour4 ,mais je ne bgaye pas encore4 ,tout au plus zzay-je un peu4 ,ce n'est vraiment pas la peine de m'exposer avaler des cailloux4 ,illustration ,donc1 maintenant1 c'est sans y chercher un bnfice personnel que je rponds1 aussi srieux qu'un candidat qu'on trille1 aux interrogations du genre de celle qui m'est pose aujourd'hui encore1 avec une franchise laquelle je veux rendre hommage avant tout4 ,vous n'y allez pas par quatre chemins1 ,madame4 ,vous me confessez que vous trouvez votre lit trop large et que vous y voulez un compagnon4 ,c'est la fois limpide et perspicace4 ,mais vous me demandez comment il faut choisir celui-ci1 et cela n'est pas aussi ais que vous le semblez croire4 ,je conviens cependant que votre cas est un des plus simples du monde1 puisque vous tes seule intresse dans cette dlicate aventure1 et que vous n'avez pas satisfaire les gots d'un mari en mme temps que les vtres1 ce qui rend la chose difficile quelquefois4 ,car les couples se mettent rarement d'accord1 en cette matire1 sur un idal commun4 ,certains hommes tiennent absolument tre faits cocus suivant certains rites et d'une certaine faon1 c'est--dire seulement par des gens qui leur conviennent eux-mmes1--ce qui est bien le moins--qui1 par exemple1 fassent1 tous les soirs1 leur whist ou leur domino1 ou bien les mnent gratuitement au spectacle1 ou encore leur donnent quelque argent pour leurs menus plaisirs et leurs dplacements4 ,mais laissons de ct ces sybarites ou ces indlicats1 et ne pensons qu' vous1 ,madame4 ,vous tes libre1 me dites-vous1 et je ne saurais vraiment trop vous en fliciter4 ,c'est une condition adorable pour se forger d'agrables chanes4 ,car la ,libert1 dont les politiciens veulent faire une force1 est tout simplement un milieu1 comme la ,foi qui n'est qu'un fait et dont les chrtiens veulent faire une vertu4 ,c'est l'air respirable et l'espace ouvert devant nos mouvements1 voil tout4 ,c'est l'atmosphre viable du caprice et de la fantaisie1 seuls biens que nous ayons au monde4 ,la ,libert1 c'est cette forme de la sagesse qui nous permet de faire une btise4 ,je vais vous y aider de mon mieux1 crature libre et confiante4 ,,ii ,apprenez d'abord1 ,madame1 si vous ne le savez dj1 qu'au point de vue de l',amour les hommes se peuvent classer en deux catgories--non pas ceux qui le paient et ceux qui ne le paient pas1 car j'en veux laisser de ct le point de vue commercial--mais ceux pour qui l',amour est l'unique chose de la vie1 le summum omnino bonum du moine ,a4 ,kempis 7excusez1 ,madame1 ce latin de saintet1 mais vous n'tes pas1 je l'espre1 libre-penseuse71 et ceux pour qui il n'est qu'une aimable distraction1 un passe-temps comme le loto et le billard4 ,des ,grieux1 si vous voulez1 d'un ct2 et l'empereur ,napolon1 de l'autre1 qui en faisait un simple intermde entre deux victoires4 ,tous deux furent tromps2 mais ,des ,grieux tait1 du moins aim1 ce qui est bien une consolation444 ,je n'ai pas besoin de vous dire que la seconde srie1 celle du vainqueur d',austerlitz1 ne mrite mme pas votre attention2 car votre dsir ne me parat pas prcisment d'tre impratrice4 ,ce n'est pas au trne d',occident que vous pensez1 mais votre lit1 sur lequel nous avons infiniment plus de chance1 d'ailleurs1 de nous rencontrer4 ,car1 moi non plus1 je ne tiens pas pour l'aigle et la couronne1 et lui prfre un bon cent de baisers de telles lvres que je sais bien4 ,reste donc reconnatre les lus qui constituent la premire classe1 les seuls que ma conscience me permette de vous recommander4 numrons-en donc les signes de race4 ,illustration ,au physique tout d'abord4 ,eh bien6 ce sera un certain air nglig qui1 si je ne vous mettais pas en garde contre vous-mme1 prviendrait d'abord1 contre eux1 vos penchants raffins et vos gots naturellement dlicats4 ,celui qui aime vraiment la femme et qui l'aime uniquement--seule faon de l'aimer--ne se proccupe jamais d'tre1 lui-mme1 joli4 ,c'est parfaitement illogique de sa part1 puisqu'il perd ainsi un moyen de plaire un tas de pronnelles et de charmantes btes qu'il est tout prt trouver spirituelles3 mais c'est ainsi4 ,illustration ,l'abngation est au fond de tout culte sincre4 ,pour ceux que la beaut de la femme affole vraiment1 tout disparat1 au monde1 devant elle1 et eux-mmes par-dessus le march4 ,leur idal est plus haut qu'eux1 purement objectif1 et ils ne demandent qu' tre une poussire vivante sur le chemin que foulent les pas adors4 ,vous pouvez m'en croire1 ,madame3 le ,monsieur1 sduisant d'ailleurs et bnolent1 qui aura pass quatre heures sa toilette avant de paratre devant vous1 n'est pas votre fait4 ,mais le malhonnte qui ne l'aurait pas faite du tout ne l'est pas non plus4 ,car si la contemplation intrieure de sa belle ne permet pas1 l'amant parfait que je vous souhaite1 de se regarder soi-mme1 le respect lui interdit de se prsenter1 devant elle1 dans une tenue qui lui fasse horreur4 ,les femmes bien organises sont1 avant tout1 des tres de juste milieu--je n'en dirai pas autant des hommes6--,montrez votre perspicacit en cette matire1 ,madame1 et aussi votre juste milieu1 en en prenant et en en laissant ce que je vous dis4 ,,iii ,passons au moral1 maintenant1 s'il vous plat4 ,l1 par exemple1 j'ai mon sentiment absolu et je vous donne1 comme certain1 mon diagnostic4 ,l'amour n'a ici-bas qu'un ennemi srieux3 l'amour-propre4 ,c'est contre lui que vous devez diriger toutes les preuves auxquelles vous soumettez le nophyte avant de l'admettre dans le temple 7je crois que l'image est noblement tourne7 ou de prononcer le3 ,dignus1 dignus es intrare6 de la comdie1 soit pour citer heureusement ,molire4 ,proposez-lui de faire1 hardiment1 pour obtenir de vous une faveur--oh6 mon ,dieu1 la moindre6--une faveur grande comme votre petit doigt1 la plus petite des faveurs6 une fleur1 par exemple1 qui sera tombe de votre corsage et que votre joli pied aura meurtrie1 proposez-lui de faire1 dis-je1 un acte de stupidit crasante et qui doive le rendre grotesque aux yeux de l',univers tout entier4 ,s'il hsite un seul instant1 flanquez-le la porte4 ,il y en a1 tous les jours1 qui n'hsitent pas1 et ce sont les vrais amants6 ,tout ceci est pour le ct srieux des biens que vous attendez du vtre4 ,mais n'allez pas ngliger les cts plus purement aimables de la question4 ,gardez-vous prcieusement d'un amant jaloux4 ,contrairement l'avis gnral1 ce n'est pas l',amour que prouve la jalousie1 mais son plus implacable ennemi1 l',amour-propre4 ,c'est le fait des tempraments gostes et avares4 ,j'ai vu trs srieusement jalouses de leurs maris des femmes qui les trompaient la journe--car ce n'est que les amants qu'on trompe la nuit--en vertu de ce monstrueux sentiment1 trs commun chez la femme1 que tout lui est d et qu'elle ne doit rien au reste de l'humanit1 mme des excuses pour nous avoir fait mettre la porte du ,paradis6 ,mais il est aussi des hommes de cette farine4 ,il les faut fuir comme la peste4 ,prenez-moi un brave tre doux et confiant et qui ne croie pas que l',infini se partage1 et qui a joliment raison4 ,car tous nous pouvons dire la femme que nous avons aime1 avec le pote3 ,ce que j'aimais en vous1 c'tait ma propre ivresse6 ,et cette ivresse-l1 toutes les infidlits du monde ne sauraient nous la voler4 ,a celui qui vous donnez1 ,madame1 l'immense joie de l',amour1 qui pourrait se flatter d'en voler quelque chose1 puisque ce bonheur est fait d'impressions qui lui sont absolument personnelles et que la femme est comme un instrument d'o chacun tire l'air qu'il lui plat8 ,illustration ,ne prenez pas davantage un gourmand qu'un jaloux4 ,la bonne chre est aussi une ennemie de l',amour4 ,la robustesse passionnelle est aux sobres et aux temprants4 ,c'est une vieille sottise accrdite1 par les chansons1 que ,bacchus et ,vnus font bon mnage4 ,l'amant ayant quelque ferveur se veut appliquer tout entier la possession consciente de la matresse aime2 entre elle et lui1 il ne veut pas de vaines fumes1 mais que seulement monte1 vers elle1 l'encens qui brle dans son cur4 ,illustration ,mais par-dessus tout1 ,madame1 ne prenez pas non plus pour amant un politicien4 ,vous me reviendriez avant huit jours si cruellement dsenchante qu'il me faudrait me remettre l'uvre1 et franchement je ne puis passer tout mon temps meubler votre couche4 ,un politicien1 pauvre femme6 ,dieu vous garde de cette dplaisante bte particulire au temps o nous vivons1 de ce hanneton bourdonnant qui n'a pas mme la circonstance attnuante de n'tre d'une seule saison4 ,conservez1 pour les sonores abeilles du baiser1 vos floraisons panouies et bonne chance1 maintenant6 ,illustration ,,ii ,,qui ,,aime ,,le ,,plus ,qui aime le plus ,i ,il me faudrait citer1 dans son entier1 pour y bien rpondre1 la lettre qui m'inspire cette glose nouvelle sur le seul sujet qui m'ait intress dans la vie4 ,aussi bien le lecteur n'y perdrait rien4 ,car1 ainsi qu'il en pourra juger par quelques passages1 elle est de forme bien franaise1 claire et lgante1 trs prcise1 d'ailleurs1 dans ses questions4 ,celle qui l'a crite y dialogue1 avec son amant1 sur des subtilits amoureuses empruntes leur propre tendresse4 ,je me mfie un peu d'une passion qui philosophe4 ,il s'agit de savoir lequel aime l'autre davantage4 ,je vais vous le dire tout de suite1 ,mademoiselle4 ,c'est celui qui1 le premier1 interrompt cette dissertation1 en fermant1 de ses lvres1 les lvres de son interlocuteur et en l'treignant de ses bras4 ,le vritable et unique langage de l',amour1 c'est le baiser4 ,rien n'est moins bavard que les gens vraiment pris4 ,les lassitudes ncessaires que la possession nous impose1 les vrais amants les occupent plutt par de muettes contemplations et des adorations silencieuses que par de jolis discours4 ,celui de vous deux qui aime le plus est celui qui se drobe le premier ces conversations inutiles4 ,illustration ,je cite maintenant3 ,il me dit3 tu m'accuses d'aimer moins que toi parce que je te montre les dangers de notre liaison secrte1 dangers que je mprise force d'amour1 mais que je connais et que je mesure444 ,le jeune soldat1 ignorant du pril1 qui se prcipite dans la mle1 est-il aussi mritant que le vieux brave qui marche au feu1 sachant bien qu'on y reoit des blessures et qu'on y meurt quelquefois4 ,je sais aussi que les amours les plus ardentes ont la fragilit de toutes les choses d'ici-bas et qu'un jour viendra fatalement o nous chrirons moins4--,a ceci je rponds3--,mon amour est plus grand puisqu'il m'empche de voir le danger2 je ne le veux point connatre et j'en dtourne les yeux lorsque tu cherches me faire apercevoir son noir fantme et jamais la pense cruelle d'une fin ne hante douloureusement mes rves4 ,vous auriez pu lui rpondre encore1 ,mademoiselle--3 ,je t'aime plus parce que le danger que tu voques et1 qu'au demeurant nous bravons tous les deux1 n'existe1 en ralit1 que pour moi4 ,quand une liaison secrte se dcouvre1 l'homme y peut perdre un peu de sa tranquillit2 mais la jeune fille y perd certainement son honneur et le respect de toute sa vie4 ,le jeu n'est vraiment pas gal et un ,monsieur qui parle de ses risques personnels1 en telle occurrence1 prte quelque peu rire4 ,a moins qu'il ne soit de telle conscience et de telle probit intime que le plus grand malheur qu'il redoute soit d'avoir compromis une autre destine que la sienne4 ,mais ceux-l sont rares1 et encore ont-ils pris leurs prcautions pour ne rien dcliner de leur responsabilit et se sacrifier1 au besoin1 leur tour4 ,car les actes sont indiffrents1 en morale intime1 et le seul crime1 vis--vis de nous-mme1 est la lchet qui en fuit les consquences prvues4 ,il n'y a rien dire un homme qui1 sduisant une fille1 est rsolu l'pouser sans aucun motif d'intrt2 qui1 faisant un enfant1 est prt l'lever2 qui1 tuant1 est prt lui-mme mourir4 ,l'argument de votre amoureux me touche davantage quand il parle du courage qu'il faut pour aimer encore1 quand on a aim dj1 c'est--dire mesur les abmes grands ouverts que laisse au cur l'amour aprs soi1 compt les larmes qu'il cote et ce grand effeuillement d'illusions qu'il emporte comme une tempte4 ,mais cela n'est que spcieux4 ,car1 s'il a appris que l'amour n'est pas une chose ternelle1 il sait aussi que l'amour est la seule chose qui vaille qu'on brave tout pour elle et1 sans laquelle1 vivre n'est plus possible quand on a aim4 ,alors le beau mrite de l'affronter encore quand on ne s'en pourrait plus passer6 ,c'est comme un homme qui se croirait hroque parce qu'il respire1 bien que l'air nous donne quelquefois des fluxions de poitrine6 ,aprs avoir souffert1 il faut souffrir encore4 ,il faut aimer encore aprs avoir aim6 s'est cri un des potes qui ont le plus et le plus mal souffert de l',amour4 ,subis donc la fatalit que tu sais inexorable1 sans prendre pour cela des airs de matamore1 toi qui sais bien que tu ne saurais te drober au combat o tu es1 par avance1 vaincu6 ,ne te compare pas au bouillant ,ajax pour te ruer encore en une mle o les flches sont la pointe rose des seins nus et les blessures la pourpre des lvres pmes4 ,je t'en flanquerai de l'hrosme1 mon gaillard1 ce prix-l6 ,c'est vous qui avez raison1 ,mademoiselle1 et l'homme mme1 souvent du1 n'aime vraiment que lorsqu'il a oubli sa propre exprience1 s'imagine que1 cette fois-ci1 a durera toujours1 que tout ce qu'il a vcu n'tait que les prludes de sa vie et croit aimer navement pour la premire fois4 ,ah6 celui-l aime vraiment plus que la matresse1 moins savante1 dont le mrite est moins grand ne pas se souvenir4 ,mais ce n'est pas le cas de votre amoureux1 puisqu'il doute4 ,illustration ,,ii ,je continue citer3 ,tu me reproches d'aimer moins que toi1 dit encore mon amant1 parce que je me dbats dans les liens qui m'enserrent davantage2 qui font peu peu1 du caprice du dbut1 un sentiment profond o se prend tout mon cur1 o se perdra ma raison444 ,j'avais jur de me soustraire toujours un amour puissant1 et me voil portant des chanes que je devrais briser et dont je ne peux et ne veux1 hlas6 me dgager4 ,tu vois bien que c'est moi qui aime le plus et le mieux1 puisque1 en dsirant t'oublier1 je t'adore davantage6--,n'est-ce pas1 dis-je mon tour1 aimer moins dj que de sentir l'esclavage de notre amour8 ,ma tendresse1 moi1 n'est-elle pas plus forte1 puisque ses chanes ne me psent point et que l'troite prison1 dans laquelle je me suis volontairement claustre1 me semble un paradis dont je ne voudrais jamais tre chasse6 ,illustration ,je vous rpondrai1 ,mademoiselle1 par un petit bout de mauvais latin tir d'un livre o vous avez lu peut-tre quelquefois1 au temps de vos purets virginales1 l',imitation de ,jsus-,christ4 ,on y lit ces mots3 ,magna res est amor1 magnum omnino bonum quod leve facit omne onerosum4 ,nam onus sine onere portat4 ,je traduis3 l',amour est la grande chose1 la plus grande de toutes2 car il rend lger tout ce qui est pesant et ne sent pas le poids des fardeaux4 ,j'avoue que ce texte est pour vous donner absolument raison4 ,et vous n'avez pas cependant raison tout fait4 ,peu galamment1 un peu cyniquement mme1 mon avis1 votre amant vous avoue que vous n'avez t1 pour lui1 au dbut1 qu'un caprice4 ,ce n'tait pas assez pour lui cder1 ,mademoiselle1 si vous aviez quelque souci de votre vertu4 ,on ne se lance pas dans une liaison secrte1 et1 parat-il1 dangereuse1 pour aussi peu4 ,je suis sre que vous mritiez davantage et l'auriez certainement trouv4 ,enfin1 ce brave garon a la franchise1 d'ailleurs parfaitement inutile1 de vous le dire1 et qu'il n'entendait vous compromettre que pour une simple amourette4 ,dans ce cas1 il est fort illogique de lui dire qu'il aime dj moins1 parce qu'il sent son esclavage4 ,au contraire1 il commence seulement aimer et il l'oubliera seulement le jour o il aimera davantage encore4 ,quant au serment qu'il s'tait fait lui-mme de se soustraire toujours un amour vritable1 il est d'un homme beaucoup moins savant dans la vie qu'il ne croit l'tre4 ,je puis mme vous affirmer qu'il n'y entend rien et en sait beaucoup moins que vous4 ,sans cette ignorance1 il se serait aperu que1 dans le monde passionnel1 on ne se soustrait rien du tout1 que tout y est fatalit1 et que se jurer qu'on n'aimera plus est pour faire s'esclaffer les ivrognes eux-mmes qui connaissent le nant de ces paroles-l4 ,on n'aime pas quand on le veut seulement2 et c'est votre excuse1 vous qui me semblez avoir aim un peu la lgre4 ,c'est une loi qu'on subit et qu'on aurait tort d'accuser4 ,car elle est douce4 ,vous avez tort1 ,monsieur1 de vouloir briser vos chanes4 ,celles que les bras blancs des femmes nouent autour des ntres sont ce que je sais de meilleur dans la vie1 et l'invisible filet1 dont nous enlace leur chevelure1 fait une lente et subtile caresse de cet emprisonnement dlicieux4 ,,iii ,illustration ,je cite encore3 ,et1 pour finir1 quel est le sentiment qui a le plus de valeur8 ,son amour1 avec toutes ses ardeurs1 mais ses raisonnements1 sa petite pointe de scepticisme voulu1 que donne l'exprience444 ou le mien1 avec les infinis abandons1 les aveugles et reconnaissantes tendresses d'un premier amour qui1 de la froide jeune fille d'hier1 a fait aujourd'hui la femme au cur tout vibrant de sensations dlicieusement nouvelles et inconnues8 ,il faut tre un rude orfvre1 ,mademoiselle1 pour doser le titre d'un sentiment et en apprcier la valeur4 ,je crois cependant que nos sentiments valent d'autant plus que l'gosme y est plus tranger et qu'il y entre une plus grande part de sacrifice4 ,la moralit des actes m'a toujours paru pouvoir se dfinir par le rapport entre ce qu'ils nous donnent de satisfaction et ce qu'ils en sacrifient un idal plus haut que nous-mmes4 ,lequel de vous deux apporte le plus de dsintressement dans sa tendresse8 ,voil ce qu'il faudrait savoir pour vous rpondre4 ,actuellement vous y trouvez1 tous les deux1 votre compte4 ,vous1 jeune fille d'hier1 en savourant l'ivresse de sensations dlicieusement nouvelles et inconnues4 ,vous1 jeune homme d'autrefois1 en exhalant comiquement les plaintes d'un martyre dont vous ne voudriez1 pour rien au monde1 tre soulag4 ,car c'est de charmants instruments de supplice qu'une bouche rose et frache qui vous baise1 qu'un panouissement de tendresses ingnues qui vous treignent1 qu'une floraison de caresses qui s'ouvre pour vous seul et vous ouvre le ciel4 ,on envie plus qu'on ne plaint ceux qui sont supplicis de cette faon et vous avez choisi l un genre de mort intermittente qui fait tout fait honneur votre got4 ,tant que vous en serez cet change d'enchantements1 je ne vous dirai pas ce que vaut votre amour1 l'un et l'autre4 ,j'attends que quelque traverse y mette l'preuve vos deux curs4 ,alors je saurai ce que pse ce scepticisme1 faux peut-tre1 et ce que cette reconnaissance1 actuellement toute sensuelle1 a de vivace4 ,vous n'en tes encore qu'au jeu de l'amour4 ,son grand combat vous attend o se mesurent vraiment les mes4 ,les dangers que celui-ci brave avec quelque ostentation purile1 que celle-l oublie par enfantillage peut-tre plus que par passion1 se feront ralits4 ,celui qui aime le plus est celui qui apportera1 la lutte1 le plus de courage et surtout d'abngation1 celui qui sera fidle la douleur comme la joie1 celui qui sera heureux de souffrir plutt que d'oublier6 ,illustration ,,iii ,,ce ,,qu',,il ,,faut ,,entendre ,,par ,,le ,c,,ur ,ce qu'il faut entendre par le cur ,i ,ces chrubins nous font voir dans leurs poses ,ce que ,boufflers intitule le cur1 dit une chanson plus que lgre4 ,ce n'est pas de celui-l certainement que vous me parlez1 ,madame1 vous qui m'crivez une lettre dont je devine merveille le sentiment1 mais dont les expressions un peu troublantes1 dans leur vague1 me rendent la rponse difficile4 ,il est clair que vous me plaignez de mes proccupations trop exclusivement plastiques1 en amour1 et m'y voudriez voir mler quelques lments de morale4 ,vous pensez1 je crois1 que l'estime est ncessaire en amour4 ,baudelaire vous aurait rpondu1 avec sa gniale brutalit3 ,maudit soit jamais le rveur inutile ,qui voulut1 le premier1 dans sa stupidit1 ,s'prenant d'un problme insoluble et strile1 ,aux choses de l'amour mler l'honntet6 ,il est juste que vous ajoutez n'entendre parler que de l'amour vrai4 ,vous me ferez bien plaisir en me disant quel est l'autre8 ,l'amour dont on souffre1 l'amour dont on meurt est-il vrai8 ,croyez-vous que l'amour d',antoine pour ,cloptre1 celui de ,des ,grieux pour ,manon--car les personnages de l'histoire et du roman sont pareils devant la synthse passionnelle--fussent des amours vrais8 ,il ne me semble pas qu'ils aient eu prcisment pour fondement l'estime4 ,vous me reprochez aussi visiblement d'envisager le ,beau toujours par le mme ct4 ,c'est qu'en amour le ,beau1 comme le ,vrai1 ne me semble sujet aucune mprise4 ,il est ou il n'est pas4 ,je vous concderai qu'il peut tre quelquefois dans la physionomie autant que dans la rgularit des traits4 ,mais c'est seulement pour quelques lus4 ,et puis cette physionomie elle-mme1 que vous considrez comme un fidle miroir de l',ame1 peut tre menteuse4 ,je tiens donc que le plus sr est l'harmonie plastique des formes et du visage1 la splendeur des chairs1 l'opulence des cheveux1 le beau dessin des lvres et de la gorge1 toutes choses qui ne sont pas sujettes mentir4 ,le regard et le sourire peuvent tre imposteurs1 non pas la couleur des yeux et la courbe de la bouche4 ,illustration ,mais il est entendu que vous cherchez1 pour aimer1 au del de la ,beaut4 ,je vous trouve difficile et je me demande o vous trouvez cet au-del4 ,car la ,beaut me semble le dernier mot1 la suprme raison de tout ce qui existe4 ,ce qu'il vous faut1 c'est le cur4 ,illustration ,voil le mot qui m'inquite4 ,en amour je n'en vois pas d'autre dfinition que celle que je vous donnais tout l'heure4 ,le cur1 c'est par quoi l'on souffre4 ,or1 le choix en nous1 de cette souffrance divine1 n'est pas libre et nous n'avons pas en approfondir les fatalits4 ,que vous feriez troite et mesquine la grande loi passionnelle qui rgit l'humanit1 depuis l'origine des mes1 en la restreignant des slections volontaires1 en l'abaissant aux scrupules de la raison et aux rvoltes de la conscience6 ,vous lui teriez vraiment tout ce qu'elle a de divin et de mystrieux et nous1 les vrais amants1 nous repousserions cette souffrance qui ne nous viendrait pas de plus haut que nous1 du sommet mme des autels o les encens paens fument toujours1 rouges encore du sang des victimes humaines aux pieds du spectre immortel de l'unique ,beaut6 ,ah6 laissez-nous1 du moins1 la grandeur douloureuse du plus sublime de ces rves1 nous qui ne cherchons1 dans les caresses1 que les dlices de l'anantissement4 ,,ii ,vous dites encore3 la femme qui est seulement belle444 ,seulement6 ,c'est cruel dire3 mais seulement celle-l a une raison d'tre1 mme au point de vue de la dignit des races1 dans la reproduction4 ,il faudrait que toutes les mres de famille fussent belles pour que l'humanit ne dcht pas6 ,leur ventre ne doit pas tre seulement un sillon o le grain germe1 mais un moule auguste o le cerveau prend son empreinte1 o se modlent les muscles pour les rudes travaux de la vie4 ,vous voyez donc que celui-l est un vertueux et un sage qui recherche la beaut noblement physique dans la femme4 ,ne demandez pas une autre cause le prestige des mariages d'amour1 devant la conscience obscure1 mais au fond sagace des foules et le mpris1 insuffisant mon gr1 qui s'attache aux mariages d'argent4 ,car ceux-l sont des malfaiteurs qui jettent des avortons par le monde1 mme habills de soie et de velours4 ,ils crachent dans les sources de la vie o viennent boire toutes les forces de l'avenir4 ,aimer la femme pour sa beaut est le premier des devoirs1 ,madame4 ,l',amour qui s'attache aux splendeurs plastiques est tout simplement le sauveur de la souche humaine et en retarde l'abtardissement4 ,ah6 vous tes gnreuse en convenant que la femme seulement belle peut inspirer de la ,passion6 ,mais vous avez tort d'ajouter qu'elle ne saurait inspirer l',amour vrai1 et de corroborer cette monstruosit par le commentaire suivant3 ,c'est pour cela que des femmes de cur ne se donnent pas1 dans la crainte de n'tre aimes que pour des charmes fragiles et sujets passer avec l'ge4 ,illustration ,oh6 ,madame1 comme je trouve que la vraie morale est de mon ct6 ,sous le prtexte que vos charmes sont fragiles1 vous en refusez la joie qui vous aime et1 parce qu'ils passeront1 vous jugez inutile d'en user dans leur fleur4 ,vous tes1 la fois1 goste pour les autres et cruelle pour vous-mme4 ,est-ce donc une folie de respirer aujourd'hui la rose parce qu'elle ne sera demain qu'un effeuillement1 et ignorez-vous le dlicieux parfum que gardent encore les roses dfleuries8 ,ainsi1 pour qui vous a aimes1 femmes1 dans l'panouissement de votre jeunesse et de votre beaut1 un arome subtil de vos charmes dfunts demeure un aveuglement trs doux o s'effacent vos rides1 o vos lvres reprennent les carmins longuement baiss d'autrefois6 ,le souvenir est un magicien dont vous ignorez le pouvoir et les ingnieux mensonges4 ,mais1 en dehors mme des amants passs1 pour les amants des autres et qui passent seulement1 mais qui ont au cur des ferveurs pareilles1 la femme qui a t vraiment belle conserve un prestige indlbile1 un glorieux stigmate devant lesquels s'agenouillent tous les respects4 ,j'oserai dire qu'une femme qui a t vraiment belle l'est toujours4 ,c'est mme cela que se mesure la vritable beaut4 ,ne soyez donc pas si conome1 ,madame1 de ce qui ne s'use pas d'ailleurs autant que vous le croyez4 ,vous ignorez l'essence mme de l'amour1 si vous ne savez pas qu'elle est dans l'abandon1 dans le sacrifice incessant de tout son tre1 dans le dsir de s'abmer perdument en un tre plus beau1 en l'idal vivant que dresse devant nous la ,beaut6 ,la femme qui aime vraiment craint toujours1 au contraire de vous1 de ne se pas donner assez4 ,elle ne se voudrait plus belle encore que pour accorder davantage1 davantage et jamais4 ,car ce n'est pas aimer que de se garder pour d'autres amours4 ,,iii ,ah6 le cur4 ,ce cur dont vous parlez tant2 ce cur qu'il vous faut1 pour l'amour vrai que vous souhaitez1 mais il est fait de ces tortures que vous repoussez par un souci impie de votre tranquillit4 ,il est fait de ces terreurs et de ces dsespoirs devant l'irrmdiable nant humain1 mais aussi du courage joyeux dont on les savoure et dont on les brave4 ,il est fait des battements dont l'approche du bien-aim ou de l'amante emplit notre poitrine1 et le sang qui le soulve1 en rythmes tumultueux1 est celui dont nous voudrions rougir les pieds divins de la ,beaut4 ,ceux-l ont aim vraiment qui ont aim ainsi1 dans le rve d'une mort trs douce parce qu'elle rchauffait1 pour ainsi parler1 une autre vie et que le dernier souffle en tait bu par des lvres adores4 ,si vous n'avez t jaloux de ce qui meurt pour celle que vous aimez1 vous ignorez de quels dsirs perdus1 monstrueux et fous1 est fait le vritable amour1 celui sous lequel la splendeur plastique nous crase1 envieux de l'insecte qu'un pied de femme foule dans le sable6 ,illustration ,les sens6 vous appelez cela3 les sens6 ,mais trouvez-moi donc d'autres moyens de vivre1 c'est--dire d'aimer1 que par et pour eux6 ,nous sommes en cela dupes de la grossiret des mthodes qui ne nous en reconnaissent que cinq1 quand tout prouve aujourd'hui que nous en possdons une infinit d'absolument subtils1 dfiant le temps et l'espace4 ,c'est de ceux-l que s'entretiennent1 sans doute1 les mouvements de notre cur4 ,car il est une certaine immatrialit de la matire indniable maintenant4 ,mais demeurons dans le domaine de la philosophie pure1 celle que nous enseignent l'exemple des autres hommes et nos propres tourments4 ,vous abaissez l'amour1 ,madame1 en croyant le grandir par je ne sais quels soucis d'estime et de moralit4 ,il est fort au-dessus de nos honntets humaines et est cependant susceptible d'une honntet suprieure toutes les autres3 celle par laquelle on se donne tout entier et sans rien retenir de soi-mme4 ,sa grandeur rside dans l'absolu de cet abandon1 dans cette abngation sublime de tous les intrts1 dans cette immolation sans merci4 ,ce fut la loi des plus glorieux amants et ce sera celle de tous les amants venir dignes de ce nom4 ,mais n'en cherchez pas ailleurs la sanction que dans le pouvoir infini de la ,beaut1 source de toutes les joies1 absolution de tous les crimes1 culte ternel de toutes les grandes mes6 ,blank ,page ,,iv ,,le ,,jeu ,,dangereux ,le jeu dangereux ,i ,sur l'oreiller mouill des doubles larmes du repentir et du pardon1 les deux ttes1 exsangues de plaisir se cherchent encore des lvres1 et ces baisers bauchs y meurent sans se rencontrer1 cependant que1 jusqu'au bout des doigts inertes1 passe le frisson des chairs absentes1 et qu'entre les yeux aussi1 se dresse une barrire1 un voile impntrable o se brise le vol trop court des regards4 ,c'est l'anantissement dlicieux qui suit les jouissances trop fortes1 ce semblant de mort qui nous jette au seuil du ,paradis4 ,il semble qu'elle ne se soit jamais si bien donne1 dans un abandon plus complet2 que jamais ses caresses n'aient eu cette acuit dsespre2 qu'on ait franchi la porte d'un monde nouveau de caresses inconnues4 ,ce n'a pas t seulement le plaisir que la possession donnait toujours1 mais un plaisir doubl par la cessation d'une douleur4 ,de tout ce qu'on a souffert1 par le doute ou par quelque autre cause1 s'est accrue l'immense joie1 et l'impression de monter plus haut nous est venue de monter du fond d'un abme4 ,tout ce qui n'tait plus qu'un croulement s'est relev comme un palais de ferie1 avec des ombres plus douces et plus fraches4 ,l'immense contraste entre l'tat douloureux o l'me tait plonge et l'extase d'o elle sort nous crase1 comme un excs de bonheur4 ,si la jalousie--et c'est le cas le plus frquent--avait t le motif de la querelle1 la jouissance s'est exaspre encore d'une impression malsaine1 des piqres d'un aiguillon infme et c'est comme la flicit froce de l'avare qui a retrouv son trsor4 ,quoi qu'il en soit1 tous ceux qui ont pardonn ont pass par cette extase farouche d'un moment o les facults d'aimer physiquement sont incontestablement dcuples4 ,aussi ai-je entendu bien des femmes dire qu'il tait bon de se fcher quelquefois1 pour les joies infinies de la rconciliation1 et j'en sais mme qui amnent volontairement des bouderies pour le plaisir du rapprochement qui les suit4 ,illustration ,fcheuse mthode1 en amour1 et dont je veux ici signaler les dangers4 ,,ii ,il est certain qu'en amour nous arrivons1 l'un l'autre1 avec une certaine somme d'illusions rciproques4 ,entendons-nous ce sujet4 ,il ne s'agit pas d'illusions sur la somme de plaisir que nous recevrons l'un de l'autre4 ,j'estime1 qu'en cette matire1 le rve est souvent trs infrieur la ralit4 ,la possession de l'tre longtemps souhait1 dont la beaut a dompt1 en nous1 tout autre dsir1 est un bonheur d'une essence si absolue1 si parfaite1 que tout ce qu'on a pu imaginer nous semble ordinairement n'avoir t rien4 ,cela tient la raison bien simple que nous sommes les vrais ouvriers de notre propre joie et que celle que nous tentons d'y associer1 dans une communaut de corps et d'me1 n'en est jamais que l'occasion4 ,c'est ce que j'ai fait observer dj1 en montrant le nant de la jalousie1 puisqu'un tranger ne saurait rien nous prendre1 au fond1 de notre bonheur intime1 pas plus qu'un musicien ne vole ,beethoven en jouant un morceau de sa composition sur un violon lui ayant appartenu4 ,ce que nous aimons1 c'est l'amour1 dans un tre qui nous en fournit le motif4 ,donc1 les illusions dont je parle1 et qu'il faut absolument garder1 ne tiennent pas au rle purement physique des liaisons nouvelles4 ,l nous sommes srs de trouver notre compte1 parce que nous le portons en nous1 comme le sage ,bias toute sa fortune4 ,illustration ,ce qui nous est illusions1 c'est les qualits d'adaptation de l'instrument qui se livre nous1 la faon dont son tre moral se prtera notre rve physique4 ,c'est l'approfondissement mystrieux de la nature qui va nous imposer sa compagnie1 qui constitue un fragile et dlicat lment de bonheur et de dure4 ,eh bien1 ne nous penchons que timidement au bord de l'abme et ne cherchons pas trop deviner le fin des fins4 ,contentons-nous d'tre heureux de tout ce que la beaut nous donne et n'interrogeons pas trop la ,femme dans l',amante4 ,nous aurions souvent sujet de nous en repentir4 ,on dira tout ce qu'on voudra4 ,mais entre les mes fminines et les ntres1 il existe un ternel malentendu et nous ne parlons pas la mme langue1 celles que nous aimons et nous4 ,gardons donc nos lvres pour les baisers plutt que pour la didactique passionnelle4 ,nous nous apercevrions bien vite que nous ne nous comprenons pas4 ,voil ce qui nous doit gurir1 comme d'une chose inutile1 de toute tentation de dispute4 ,la conscience n'est1 aprs tout1 que l'aptitude considrer certains faits comme permis et certains autres comme dfendus4 ,c'est sur la nature mme de ces faits que les femmes diffrent1 d'ordinaire1 de conception avec nous4 ,ah6 ce bonheur tant souhait1 qui vous a paru plus que la vie1 conquis par toutes les soumissions de votre me1 par tous les respects perdus de votre pense1 par l'abandon de toutes vos autres joies1 par des mlancolies immenses et par des patiences infinies1 si vous saviez comme il est fragile1 au fond4 ,il risque fort de s'crouler le jour o1 vous remmorant la somme de vos sacrifices vous aurez l'trange fantaisie de vous demander si l'tre qu'ils visaient en tait moralement digne6 ,fuyez ce jour-l2 car sa menteuse lumire n'apporterait1 dans vos curs1 qu'une inexorable nuit4 ,,iii ,cette misricorde que vous gardez pour les fautes dcouvertes1 exercez-la1 tous les jours1 sans trve1 ne les pas dcouvrir4 ,ayez le respect de votre rve4 ,mme lorsqu'il s'appelle ,musset1 j'ai horreur de l'homme qui se complat salir ce qu'il a ador4 ,le beau mrite de proclamer1 mme ses propres yeux1 qu'on a t une dupe6 ,et puis1 ce n'est pas vrai4 ,je plains celui qui1 ayant possd celle qu'il aimait1 mme tort 7comme si on pouvait avoir tort d'aimer67 trouve qu'il a t dupe4 ,de quels sens glacs tait donc faite son ivresse qu'il n'en a pas gard comme un parfum de l',infini8 ,c'est le souvenir de cette heure inoubliable1 de cette heure sacre qui doit nous rendre clments les uns aux autres1 et plus doux que des ,christs pardonnant mme l'adultre4 ,le plus grand mrite de ,jsus a t qu'il n'avait rien obtenu de la femme coupable1 en l'absolvant4 ,le premier baiser qu'une femme souhaite nous donne devrait emporter le pardon de tous ceux mme qu'elle nous volera4 ,et ne croyez pas que je vous prche l une morale lche4 ,ce n'est jamais une lchet que savoir souffrir4 ,qui met de la dignit en amour1 est bien prs de ne plus aimer4 ,et c'est l le seul malheur qu'il faut redouter en cette vie4 ,quand la femme vient vous1 vos vux enfin exaucs1 elle est tout mystre et c'est un sphinx qui vous attire autant qu'une ,beaut qui vous charme4 ,qu'elle demeure telle pour vous1 aussi longtemps que cela sera possible4 ,vous imaginez-vous que vous atteindrez jamais au fond de ce gouffre qui est sa pense8 ,non1 n'est-ce pas8 ,eh bien alors1 pourquoi vous pencher au-dessus1 dans l'espoir douloureux d'y voir se reflter quelque toile que votre ciel ne connat pas8 ,celui-l n'a jamais regard dans les yeux d'une femme qui ignore quelles profondeurs habitent les intimits de son rve1 de quels lointains constells elle nous pie sans que nous l'y puissions surprendre nous-mmes4 ,c'est terrible et c'est charmant4 ,et nous vivons de cette inquitude autant que de notre bonheur4 ,illustration ,l'amante ne doit tre1 pour nous1 qu'un hte que nous traitons de notre mieux1 que nous tentons de garder le plus longtemps possible4 ,il est de pratique physique que nous n'arrivons aux vraies joies que l'amour comporte1 que par la coutume l'un de l'autre1 par une certaine habitude des caresses que rien ne remplace4 ,sa bouche tait la mesure de la mienne1 a dit un crivain charmant4 ,ce n'est pas du premier baiser que se fait cette commune mesure4 ,voil ce qui nous doit enseigner la constance1 comme le plus honnte des raffinements en matire de volupt4 ,vous me direz que beaucoup d'hommes aiment le changement4 ,vous me permettrez de vous rpondre que ce sont des amants mdiocres1 des gens courte vue passionnelle1 des mes manquant de porte4 ,qui ne sait s'attacher une femme est certainement un mle mal dou1 j'entends superficiellement1 un amoureux de la quantit plutt que de la qualit4 ,ceci bien tabli1 quel encouragement la condescendance volontaire en amour1 laquelle1 seule1 permet les liaisons durables1 celles que paye un rel courant de volupt6 ,quelle raison de ne se point chercher de dfauts1 de ne se pas chagriner inutilement4 ,le temps de la possession ne doit se ressembler en rien avec l'autre et doit tre exempt de toute coquetterie4 ,mais1 me direz-vous1 cette joie perdue de la rconciliation8 ,eh bien6 il faut en faire le sacrifice6 ,c'est d'ailleurs un mot seulement qu'on sacrifie4 ,et le pardon aussi est un mot4 ,allons au fond des choses4 ,pardonner quelqu'un1 est-ce oublier l'offense qu'il vous a faite8 ,pas le moins du monde6 ,vous n'tes pas matre de votre mmoire4 ,c'est s'engager simplement ne lui pas tenir compte1 dans la suite1 de la peine qu'il vous a cause1 pour lui en causer une pareille4 ,eh bien6 vous avez beau tre de bonne foi1 cette magnanimit1 en amour du moins1 ne reprsente non plus absolument rien4 ,trs inconsciemment1 avec la volont du contraire1 vous tiendrez compte de la faute pardonne1 parce que votre tendresse sera diminue d'autant4 ,dans ce baiser du pardon1 dans cette treinte du retour1 ce n'est pas nos rancunes qui s'en vont de nous1 moins que nous ne les changions4 ,le spasme dlicieux pass1 l'oubli de nous-mme1 le sommeil d'un instant o toute notion nous fut perdue1 dissips1 nous nous retrouvons face face avec le souvenir4 ,que nous le voulions ou non1 une pierre est tombe de l'difice de notre ,rve1 une pine a cr dans le buisson qui spare les deux routes1 tout emperl de notre sang4 ,les querelles frquentes et volontaires sont un abaissement de l',amour et ne lui laissent plus la gloire cruelle de s'crouler avec quelque grandeur1 en laissant derrire lui une grande image4 ,nous ne sommes plus le bcheron qui renverse l'arbre gant d'un rude coup de sa cogne1 mais l'insecte honteux qui en ronge l'corce et met des lpres l o s'panouissaient les frondaisons4 ,or donc1 amants pour qui j'cris1 je vous devais cette page de franchise4 ,contentez-vous de vous aimer pleine me et pleine bouche sans demander de douloureuses surprises au ,destin4 ,peuplez le jardin de votre me1 non pas de fleurs dlicieusement vnneuses1 mais laissez-y s'panouir largement les roses au cur loyal et aux lvres toujours parfumes6 ,illustration ,v ,,faut-,,il ,,tre ,,jaloux8 ,faut-il tre jaloux8 ,i ,je ne crois jamais avoir assez parl des choses de l',amour--du moins avec le srieux qu'elles comportent4 ,oui1 trop souvent je me reproche de laisser sans rponse les lettres o me sont soumis des cas de morale passionnelle1 non que le got de traiter ce genre de questions soit moins vif chez moi4 ,mais je sais qu'il est un public qui prfre les contes joyeux4 ,pour les lecteurs moins pris de verve gauloise que de sentimentalit1 je veux cependant poursuivre mes courtes tudes1 et mes correspondances d'autrefois peuvent librement mettre l'preuve une exprience que quelques annes ont faite plus respectable encore4 ,car je suis au temps de la vie o1 s'il n'est plus permis d'aimer autant1 on peut davantage se souvenir4 ,sous le fouet sanglant des pres destines1 ,du terrestre chemin j'ai franchi la moiti1 ,et j'atteins le sommet des viriles annes ,que du temps l',amour mesure la piti4 ,j'ai mont jusqu'ici2 bientt je vais descendre1 ,tranant des jours vcus le nant et le bruit1 ,a l'ternel bcher portant mon lot de cendre ,et ma part d'me errante aux souffles de la nuit4 ,de mon double horizon le voile mes yeux tombe2 ,enveloppant mon sort d'un regard triste et sr2 ,dj loin du berceau1 dj prs de la tombe1 ,j'en mesure la route gale sous l'azur4 ,illustration ,et1 de ce mlancolique retour au pass1 la seule impression qui me demeure est que j'ai perdu tout le temps que je n'ai pas donn l',amour2 et1 de ce coup d'il inquiet sur l'avenir1 rien ne reste en moi1 que la crainte de ne plus assez aimer4 ,pour les amants qui viendront je veux1 du moins1 crire ce que m'ont appris mes propres joies et mes propres tourments1 leur montrer1 sur le chemin1 les fleurs qu'ils oublieraient peut-tre de cueillir1 en arracher les pines qui1 sans doute1 dchireraient leurs pieds4 ,cette science est l'unique hritage que m'aient laiss les anciennes tendresses1 avec le trsor de mes souvenirs4 ,je n'en saurais plus faire grand'chose pour moi-mme et ce m'est une pense douce que d'autres1 plus heureux1 pour qui le printemps des baisers se lve1 en profiteront4 ,elle ne leur apprendra d'ailleurs rien autre chose que ce que ,la ,fontaine a si bien dit dans ce seul vers de ,psych3 ,aimez6 aimez6 tout le reste n'est rien6 ,,ii ,faut-il tre jaloux8 me demande1 avec un admirable srieux1 un chapp de collge4 ,prenez garde1 jeune homme4 ,vous m'interrogez sur le point de la philosophie passionnelle o je crains le plus de penser autrement que mes contemporains4 ,illustration ,je ne parle pas1 au moins1 des jurys qui font communment de la jalousie l'excuse de l'assassinat4 ,car tout est aujourd'hui excuse au meurtre1 et principalement le plaisir qu'on a pu prendre le commettre4 ,n'tre pas d'accord1 sur cela1 avec la magistrature de mon pays1 me serait fort indiffrent4 ,elle s'entend au respect de la vraie morale comme moi la rdaction des encycliques4 ,non1 ce n'est pas l'opinion des gens de prtoire qui m'inquite4 ,c'est celle de ce groupe bien autrement respectable et intressant des ,amants de profession1 mes confrres4 ,donc1 pour ceux-l seulement1 je me demande aussi ,faut-il tre jaloux8 ,que ce soit un sentiment de nature que subissent1 l'origine1 ceux-l mmes qui avaient rsolu de le railler ou de s'y soustraire1 voil qui est certain4 ,car il n'est pas de dchirement plus affreux au cur que celui que nous fait la dcouverte de n'tre pas aim4 ,que je voie celle dont la bouche me semble le seuil du paradis1 tendre1 dans l'ombre1 ses lvres tant souhaites un autre1 j'en conois une pouvantable douleur1 celle d'un rve qui s'croule1 celle d'un bonheur dont les ruines crasent le cur4 ,mais contre qui et contre quoi se rvolter1 je vous prie8 ,contre la femme qui vous a menti8 ,et1 n'tes-vous pas1 aussi bien qu'elle et souvent plus qu'elle1 l'auteur de vos propres illusions1 l'artisan de vos espoirs soudain dsesprs6 ,pourquoi avez-vous cru trop vite et sans une raison suffisante de croire8 ,qui sait d'ailleurs si cette perfidie native n'est pas un des charmes les plus cruels1 mais les plus vivaces de notre dlicieux bourreau dans cette vie8 ,illustration ,alors contre celui qui en a reu la sournoise et rapide caresse8 ,ce serait absolument manquer de fiert1 et d'ailleurs parfaitement inutile que lui disputer un bien dont il est certainement plus prs que vous maintenant4 ,contre cette fatalit de l'inconstance8 ,ah6 s'il nous fallait maudire toutes les lois qui1 loin de rfrner nos passions1 les aiguisent pour la douleur1 l'existence ne serait plus qu'un continuel blasphme4 ,nanmoins1 si c'est la jalousie qui vous cause cette torture pouvantable je n'y vois qu'un remde3 la retraite immdiate si vous tes vraiment un homme2 le pardon1 hlas6 si vous tes homme au point d'tre lche1 en tous cas le plus douloureux des sacrifices ou la plus humiliante des abngations4 ,un meurtre1 jamais6 ,celui que la jalousie fait commettre est le moins excusable de tous1 puisqu'il ne sert de rien1 ne rendant mme pas1 celui qui le commet1 l'amour4 ,,iii ,il n'y a pas demander de logique d'ailleurs un sentiment qu'il faut tuer1 en soi1 pour qu'il ne vous emporte pas tuer vous-mme4 ,j'ai vu des hommes jaloux du pass d'une femme et lui jetant la face des liaisons qu'ils connaissaient merveille quand ils s'en sont pris4 ,j'ai entendu des imbciles appeler ce comble de la folie un comble de l'amour6 ,si vous n'avez pas cru1 ne ft-ce qu'un moment1 que l'amour1 que vous espriez inspirer1 a tout renouvel dans le cur de la femme comme celui que vous avez ressenti pour elle a tout renouvel dans votre propre cur1 vous n'avez pas le droit de parler au nom de l'amour qui est1 avant tout1 ce sublime renouveau1 cette admirable et constante mtamorphose1 ce feu divin qui nous fait sans cesse renatre de nos propres cendres4 ,jaloux du pass8 ,je me demande ce que cela peut bien vouloir dire pour un homme ayant gard la puissance virile d'aimer4 ,illustration ,mais la jalousie du prsent1 la seule admissible8 ,j'arrive ici un point dlicat4 ,car nous vivons dans une socit pleine de compromissions o la puret idale de liens uniques et ternels n'est permise qu' quelques privilgis4 ,le plus souvent1 ceux qui se rencontrent1 assoiffs de tendresses nouvelles1 ont les pieds et les mains1 sinon le cur1 retenus par mille entraves4 ,la vrit est qu'il faut s'aimer comme on peut1 dans un monde o l'on ne s'aime pas comme on veut4 ,tout briser pour se jeter hroquement dans les bras l'un de l'autre8 ,c'est sublime1 mais souvent difficile--ce qui ne serait rien1 les intrts matriels ne comptant pas dans les hautes rvoltes de l',ame--c'est crne1 mais c'est presque toujours odieusement criminel4 ,ces chanes que vous rompez avec dlices1 elles tenaient d'autres curs que vous dchirez en les brisant4 ,avec leurs anneaux vous jetez1 au vent1 des lambeaux vivants et qui saignent4 ,chose horrible et absolument coupable6 ,ce n'est pas vous que vous sacrifiez4 ,ce sont les autres6 ,ce n'est pas vos douleurs que vous offrez en holocauste sur un nouvel autel1 mais les douleurs d'tres qui vous aimaient et dont ce n'est pas la faute si vous ne les aimez plus6 ,versez tout le sang de votre poitrine si cela vous convient1 aux pieds de l'idole1 c'est votre droit6 mais pas une larme d'autrui4 ,c'est un crime4 ,ah6 cela vous parat dur1 jeune homme1 qu'il faille aimer seulement comme on peut2 et c'est cependant la loi des sages et de ceux qui vraiment croient l'amour4 ,demandez-vous alors ce que devient la jalousie dans ces rsignations ncessaires1 lesquelles sont peut-tre une perversit de notre nature mais non une perversit dont nous soyons responsables4 ,un meilleur tat social nous pourrait-il ramener des murs plus dignes8 ,nous en sommes si loin que je ne saurais en prjuger1 l'abaissement des murs semblant s'accentuer au contraire4 ,mais prenons-les comme elles sont4 ,trs lgitime la douleur du mari quand il dcouvre l'existence de l'amant1 trs lgitime et trs logique4 ,mais1 s'il chtie1 c'est au nom de l'honneur1 et non pas au nom de l'amour qui ne renat pas dans le sang vers4 ,,iv ,illustration ,et les cocasses aventures que nous voyons ct du drame de la jalousie conjugale6 ,il y a aussi des amants qui sont jaloux des maris4 ,je mets part les tempraments qui font de l'amour un dlassement purement hyginique1 une gymnastique de sant comme l'hydrothrapie1 et je voudrais mme que l',acadmie franaise1 qui nous doit bien un petit service aprs plusieurs sicles d'existence1 trouvt un nom moins noble que celui d',amour pour ces singuliers amoureux4 ,je parle de ceux qui y apportent1 avant tout1 un sentiment psychique lev1 et qui y cherchent un sentiment plutt que de simples sensations4 ,eh bien1 mais8 ,il est certainement le prfr--c'est--dire le plus aim--cet amant qui demeure relativement fidle1 dans la possibilit de son tat1 une femme qui ne lui a rien jur et qui ne lui doit rien4 ,qu'est-ce qui lui manque8 qu'est-ce qu'on lui prend8 ,la mme femme ne donnant jamais deux impressions identiques deux hommes diffrents--car c'est en nous1 et non dans la femme1 qu'est la source des impressions qu'elle en fait seulement jaillir1--celui-ci ne vole jamais rien celui-l4 ,amant ou mari1 aimer comme on peut1 c'est une devise mlancolique1 mais la seule qui convienne notre temps4 ,nous sommes enfants d'un sicle dchu des anciennes extases dont le ciel et la terre1 la mer et les toiles1 taient pris tmoins4 ,mais le besoin d'aimer est rest l1 dans notre tre1 violent mais non pas touff par l'absurdit des conventions sociales1 dtourn de son cours fleuri mais non pas dessch4 ,ce n'est plus un fleuve superbe qui coule1 refltant l'azur constell1 mais une source obscure1 qui se disperse en mille bras o tremble pourtant1 encore1 l'image des astres d'or4 ,bien que dpar de sa splendeur originelle1 il demeure cependant ce qu'il y a de plus beau ici-bas et seul1 y porte1 en soi1 les reflets clestes de l',infini4 ,a ceux qui se rencontrent le cur grand ouvert et les mains tendues1 il faut dire3 ,aimez-vous6 ,aimez-vous sans savoir ce que vous avez t ni mme ce que vous tes6 ,ce que vous tes8 ,des malheureux dont les lvres sont sches et altres de baisers1 les victimes du printemps ternel4 ,aimez-vous1 mme dans le semblant d'opprobre de votre rve croul et de vos illusions perdues1 comme dans une ombre cruellement tutlaire4 ,aimez-vous1 mme en ayant perdu le droit sublime d'tre jaloux6 ,illustration ,,vi ,,des ,,diff,,rentes ,,fa,,ons ,d',,tre ,,belle ,des diffrentes faons d'tre belle4 ,i ,scrupuleux1 comme toujours1 des textes que je commente1 en ces rapides tudes1 je transcris dans ces termes mmes la question qui m'est pose et laquelle je tenterai de rpondre aujourd'hui4 ,ce que je dsespre d'en reproduire1 c'est le griffonnage subjectif4 ,j'ai reu rcemment1 de son auteur lui-mme1 un trait de graphologie1 et1 avec une sincrit parfaite1 j'essaye d'en appliquer les principes aux critures des femmes qui me font l'honneur de m'crire4 ,je n'en ai pas rencontr encore une seule qui ne ft inquitante et qui m'inspirt l'ide d'une vie tranquille avec celle qui l'avait trace4 ,comme les peuples heureux1 les femmes enviables n'ont pas d'histoire4 ,quel tat d'me bizarre peut pousser mes correspondantes me consulter sur des points o l'avis d'un homme ne leur peut tre qu'une curiosit1 la faon de penser et de sentir1 ayant1 avant tout1 un sexe1 et le cur ne parlant pas la mme langue chez l'homme et chez la femme8 ,cette fois-ci1 cependant1 c'est une opinion masculine avant tout qu'on me demande et je l'entends donner avec une parfaite sincrit4 ,illustration ,vaut-il mieux pour l'honneur--mari ou amant1 n'importe6--7comme vous avez raison1 ,madame67 et au point de vue de son bonheur sensuel 7merci de tant de sollicitude67 d'avoir une femme correctement belle comme tte1 mais cachant sous les artifices de sa toilette--si grands1 hlas6 aujourd'hui6--plus d'un dfaut de structure plastique1 ou une femme malplaisante de figure1 mais bien faite et largement pourvue des dtails que vous vous complaisez dcrire8 ,j'entends fort bien1 ,madame1 les dtails dont vous parlez et qui sont de ceux qu'on assied dans un fauteuil4 ,que voulez-vous6 ,j'ai la folie des grosseurs1 ce point de vue1 comme d'autres ont celle des grandeurs4 ,vous me permettrez de la trouver moins dangereuse4 ,mais que vous m'embarrassez1 dans ma ferme intention d'tre vridique avec moi-mme1 en ajoutant3 ,je suis forcment intresse dans la question1 un de ces deux cas tant le mien4 ,illustration ,dans lequel des deux vous trouvez-vous1 ,madame8--,voulez-vous parier1 avec moi1 que c'est dans le second1 celui des femmes mieux dotes du corps que du visage8 ,sans cela pourquoi mdiriez-vous de la toilette8 ,c'est une singularit rserve aux personnes qui auraient avantage se montrer toutes nues4 ,mes compliments6 ,si je me trompais cependant8 ,une femme est rarement assez modeste pour qualifier1 elle-mme1 sa figure de dplaisante4 ,avez-vous de beaux yeux et de belles dents8 ,alors vous exagrez4 ,on n'est jamais absolument laide avec du ciel dans le regard et de la fracheur dans le baiser4 ,d'ailleurs vous avez plu quelqu'un--mari ou amant n'importe6--puisque vous vous demandez ce que vaut son lot4 ,il est vrai que nous vivons en un temps o les hommes sont moins difficiles1 en matire de beaut1 que ceux des grands sicles o les courtisanes belles taient traites en desses4 ,allons6 je ne sais toujours pas si c'est le nez que vous avez trop grand ou le sant trop petit4 ,pardonnez ma franchise mon ignorance1 si elle a quelque chose de blessant pour vous4 ,,ii ,rien n'est plus doulx qu'un doulx visaige a dit un vieux pote franais dont je consentirais volontiers tre le petit-fils4 ,mais un autre a crit1 dont j'aimerais mieux encore tre le filleul3 ,corps fminin qui tant est tendre1 ,polly1 souf et prtieulx6 ,illustration ,un premier point connatre1 ,madame1 et vous ne pouvez le ngliger1 parce que vous vous dites personnellement intresse dans la question1 c'est quel est l'homme dont il s'agit d'assurer le bonheur sensuel4 ,car cela dpend1 avant tout1 de la dlicatesse plus ou moins grande de ses sens4 ,un hasard malheureux 7on devrait bien avoir le droit de choisir la date de sa naissance7 m'a fait le contemporain d'un monde de btes politiques pour lesquelles je professe un mpris cordial1 surtout parce qu'elles n'apportent aux choses de la passion--les seules intressantes ici-bas--aucune proccupation artistique4 ,dans mon for intrieur1 je prfre infiniment1 ces animaux parlementaires1 les ruminants et les fauves qui choisissent leurs femelles avec une libert autrement dsintresse4 ,oui1 ,madame1 j'en fais l'aveu humiliant1 mais les hommes d'aujourd'hui manquent absolument1 en gnral1 de got et de dlicatesse en matire de beaut4 ,ils manquent surtout de ce noble emportement qui1 dans les races suprieures1 prosternait1 aux pieds de la femme divinise1 l'or vivant des lauriers et le sang rouge des victoires4 ,dans ce temps-l1 qui tait le beau1 on brlait ,ilion pour ,hlne4 ,c'est maintenant pour des questions de douanes qu'on incendie les cits4 ,avouez1 avec moi1 que ces goujats n'ont pas le droit d'tre bien difficiles4 ,a un vague besoin de reproduction1 qu'ils partagent avec les bacilles en leur demeurant infrieurs dans l'espce1 ils ajoutent une pointe d'amour-propre qui en fait des citoyens4 ,une femme d'une structure quelconque1 avec un visage qui fasse dire aux imbciles qu'elle est jolie1 est tout ce qu'il leur faut4 ,ce n'est pas1 je le suppose1 de cette racaille passionnelle que vous voulez assurer le bonheur4 ,non6 vous n'avez pas cette modestie et il s'agit d'un homme--mari ou amant--comme il en est peu d'ailleurs aujourd'hui1 c'est--dire ayant un temprament sincre1 un amour vrai de la femme et une me1 au moins inconsciente1 d'artiste4 ,celui-l vaut seul que sa flicit sensuelle vous intresse un instant4 ,eh bien6 pour celui-l1 la beaut suprme du corps est une compensation plus que suffisante des irrgularits du visage et son choix1 s'il est vraiment libre et clair1 n'hsitera jamais4 ,l'abus scandaleux des vtements nous a conduits cet tat singulier de n'apprcier dans la femme1 que la tte4 ,mais1 en ralit1 celle-ci n'a qu'une importance 7l'anatomie dans les ateliers la fixe un septime de l'ensemble7 proportionne la place qu'elle occupe4 ,tout le reste est susceptible1 non seulement de beaut1 cela va sans dire1 mais de physionomie4 ,victor ,hugo a lyriquement dit qu'il y avait des ventres tragiques4 ,il y en a aussi d'idylliques et de sublimes4 ,j'ai connu des jambes qui taient tellement spirituelles qu'on regrettait que leurs propritaires ne s'en servissent pas pour crire4 ,le nombril est un il mlancolique comme celui du nnuphar4 ,chaque fossette de la croupe1 des reins et des paules est creuse par un invisible1 mais caressant sourire4 ,tout regarde1 tout attire1 dans la femme4 ,tout est vivant4 ,l'attraction mystrieuse des lvres est un pome o l'esprit s'lve davantage que par les plus nobles entretiens4 ,la splendeur des formes fait plus1 pour la srnit de nos esprits1 que l'inutile musique des mots et la fume des penses4 ,la femme est vraiment l'unique livre de ceux qui ne conoivent que dans l'amour la destine de notre me4 ,illustration ,ah6 vous doutez de ma sincrit4 ,eh bien1 j'ai connu beaucoup d'hommes qui recherchaient l'obscurit presque complte pour leurs plaisirs4 ,mais je ne suis pas de leur got que je trouve offensant pour leurs matresses4 ,j'adore la lumire qui prodigue mes yeux la beaut de celle qui repose entre mes bras4 ,si j'avais t roi1 j'aurais voulu fonder ma dynastie au milieu du bouquet d'un feu d'artifice4 ,mais je sais que cette impatience du soleil1 l o l'ombre est plus gnralement apprcie1 m'est une particularit de nature1 un atavisme amoureux dans les cultes lointains de ,zoroastre4 ,pour ceux qui estiment1 comme les matous1 que la nuit est le meilleur temps pour aimer1--et encore les chats ddommagent leurs oreilles de ce que ne voient pas leurs yeux--la question que vous posez1 ,madame1 se rsout videmment d'elle-mme4 ,le visage1 qu'il soit beau ou dfectueux1 disparat2 mais1 sous le toucher1 la perfection savoureuse du corps demeure2 la source des joies infinies et des impressions ineffables ne se tarit pas dans les tnbres2 le sentiment divin des formes triomphantes ne s'abolit pas dans l'ombre4 ,c'est l vraiment qu'est la victoire de la femme dont les reliefs tentants ne sont ni des illusions ni des mensonges4 ,la main tremblante fait revivre tous les souvenirs des yeux charms1 en grainant le rosaire des admirations mystiques et des ferventes caresses4 ,joies sublimes d',homre aveugle s'acharnant au seul pome immortel1 l',iliade des fminines grces4 ,,iii ,illustration ,vous le voyez1 mon parti est bien pris1 ,madame4 ,je souhaite qu'il soit dans le sens o vos intrts amoureux sont le mieux servis4 ,dans la pratique1 il est souvent difficile prendre1 parce que la bgueulerie contemporaine ne permet pas de s'clairer sur toutes les pices du procs4 ,on reconnat immdiatement une femme laide de visage4 ,mais une femme belle de corps ne se rvle1 sans se livrer1 qu' certains dlicats1 sachant du premier coup dshabiller la femme1 sans toucher une agrafe de son corset ni un cordon de ses jupons4 ,c'est un art suprme1 mais qui demande une exprience longue et souvent coteuse acqurir4 ,ce que les femmes vous font payer ces leons de choses6 ,mais passons4 ,la morale--il y en a toujours une dans mes prcieuses dissertations--est qu'il ne faut jamais condamner une femme sur son visage et la proclamer laide parce qu'elle a les traits peu plaisants4 ,un chercheur consciencieux1 un rudit sincre1 un magistrat intgre s'efforce de lui faire montrer le reste avant de la juger4 ,c'est une faon de procs qui n'a rien de dplaisant instruire1 une jurisprudence dont on se farcit sans ennui1 une mthode de continuer ,cujas que je conseille aux amateurs d'agrables surprises4 ,on n'y saurait trop reproduire la scne du crime4 ,cultivez1 mes enfants1 ces ,pandectes-l6 ,illustration ,,vii ,,le ,,bon ,,parjure ,le bon parjure ,i ,si quelque chose pouvait exprimer combien l',amour est au-dessus des choses de l'humanit1 c'est son indpendance absolue de cette vrit tout humaine1 toute contingente qui est celle des faits4 ,il relve d'une vrit plus haute1 laquelle n'est que l'expression de ses droits immuables1 infiniment suprieurs4 ,odieux dans toutes les autres choses1 le mensonge peut y tre sublime4 ,justement fltri1 dans toutes les autres circonstances de la vie1 le parjure y peut tre un devoir4 ,illustration ,je n'entends pas parler ici des serments d'amour que tous les gens de sens et d'exprience prennent pour ce qu'ils sont1 une politesse navement sincre1 mais rien de plus qu'une politesse4 ,comme on n'aime pas vraiment quand on ne croit pas qu'on aimera toujours1 il est tout naturel de le dire4 ,c'est mme du sous-entendu2 mais la folie serait d'y croire et la mauvaise foi d'avoir l'air1 un jour1 d'y avoir cru4 ,formules de langage1 voil tout4 ,mais il est un ordre de mensonges vraiment pieux et dont les mes d'lite sont seules capables1 ceux qui prolongent l'illusion des tres qu'on n'aime plus1 ceux qui leur vitent toute souffrance4 ,il est tel cas o la franchise serait un crime1 un assassinat4 ,dites-moi donc le fait ou le scrupule de conscience dont l'intrt prime celui-l6 ,quand1 dans un vers admirable1 ,baudelaire s'indigne qu'on veuille mler l'honntet aux choses de l',amour1 c'est de cette honntet bourgeoise-l qu'il me convient de l'entendre1 de cette honntet stupide qui s'interdit de juger1 par del les actes1 les consquences qu'ils peuvent avoir4 ,c'est cependant bien ravaler l'me humaine1 dans son libre arbitre1 que de lui refuser ce jugement1 plus haut que les apparences1 inspir par une conception souveraine de ce qui est juste ou injuste4 ,croyez-vous que tous les serments du monde1 devant les prtoires les plus augustes1 me feraient dire le mot d'o dpend une tte1 ce mot ft-il la vrit1 si je jugeais1 part moi1 que l'intress ne mrite pas la mort8 ,ce qu'on ferait pour cette chose misrable qu'on appelle la vie1 comment ne le ferait-on pas plus encore pour cette chose divine qui s'appelle l',amour6 ,ah6 tous ceux qui ont aim savent le respect que mritent ses moindres douleurs et combien il les faut pargner ceux qui vous aiment6 ,c'est une doctrine toute d'humanit que celle-l1 mais non pas une doctrine de lchet1 comme certains puristes l'osent dire4 ,c'est par des souffrances personnelles inoues1 par d'abominables sacrifices de ses propres joies qu'on arrive cette force de mensonge d'o dpend le bonheur fragile d'une autre me4 ,il y faut beaucoup de courage4 ,lches1 ceux qui mentent ainsi1 allons donc6 ,leur vaillante imposture ne prend rien d'ailleurs leur nouvelle et relle tendresse4 ,que fait1 qui se sent aim1 ce qu'on peut jurer aux autres8 tant plus haut que la vrit1 l'amour est1 encore bien plus1 au-dessus du mensonge4 ,illustration ,je ne sais pas de plus terrible drame dans l'histoire contemporaine que le drame intime dont un crivain remarquable de ce temps fut la victime douloureuse4 ,aveugle1 il avait auprs de lui une compagne dvoue qui lui faisait croire une tendresse absolue4 ,par amour de la vrit1 un ami lui apprit qu'elle le trompait1 et il en mourut4 ,connaissez-vous un assassinat plus pouvantable que celui-l8 ,quelle leon pour ceux qui se croient le droit de dfendre notre honneur contre nous-mme6 ,,ii ,mais o le parjure devient un devoir absolu1 c'est quand il s'agit de l'honneur d'une femme4 ,prenons le cas le plus frquent3 celui o un mari demande l'amant de lui jurer qu'il ne l'a pas outrag4 ,vous voyez ce que la situation a de cruel et d'inexorable4 ,faire le serment demand1 c'est se drober une lgitime colre1 c'est encourir le soupon de lchet4 ,aussi vous dirai-je d'abord3 ,soyez assez homme de cur et ayez fait suffisamment vos preuves pour n'avoir pas redouter ce supplice1 craindre seulement pour ceux dont la bravoure peut tre mise en doute4 ,l est le point essentiel4 ,mais vous courez un autre pril3 l'homme qui vous interroge en sait peut-tre beaucoup plus qu'il n'en laisse paratre4 ,il peut avoir des preuves et vous tendre un pige4 ,il peut1 fort de faits irrcusables1 vous cracher ensuite votre parjure la face4 ,or1 cela est terrible1 en vrit4 ,nous n'en devons pas moins tre prts le subir1 il n'y a pas se le dissimuler3 c'est bien l'honneur qui reste en jeu1 l'honneur viril qui tout mensonge est une tache4 ,mais croyez-vous que cet honneur du mle se trouverait beaucoup mieux d'avoir trahi le plus saint des secrets8 ,l'honneur1 on nous l'apprend et c'est vrai1 doit nous tre plus cher que la vie1 mais pas que la vie des autres pourtant4 ,oui1 c'est votre honneur d'homme que vous sacrifiez1 en cette circonstance1 mais vous le sacrifiez celle qui vous eussiez mieux aim cent fois donner votre vie1 et on ne vous a pas laiss le choix6 ,faites donc l'holocauste digne d'elle et digne de votre amour4 ,comme les antiques bouchers qui1 dans les ftes paennes1 paraient les victimes pour les rendre plus agrables aux dieux1 ayez mis1 en toute autre chose1 votre honneur si haut que vous ayez1 au moins1 la joie amre et profonde de jeter1 avec lui1 des pieds adors1 le meilleur de vous-mme et les fleurs mme de votre me6 ,illustration ,et je dis cela au nom de la vraie morale--car il y en a deux1 n'en dplaise aux godelureaux qui ont conspu autrefois le naf acadmicien ,nisard pour avoir hasard cette vrit de feu ,la ,palisse4--,il y a la morale qui a pour sanction1 non pas seulement la gendarmerie1 mais l'estime publique1 deux choses que je mets absolument sur le mme plan1--au second4 ,mais il y a l'autre1 la grande1 la vraie1 celle qui ne demande1 qu' la conscience1 une approbation ou un blme2 celle qui touche des faits que ne pourraient juger ni les cours d'assises1 ni mme les passants2 celle qui n'admet d'lments que les intimits profondes de l'me4 ,celle-l a vraiment de tout autres subtilits1 de tout autres dlicatesses4 ,autant il est simple de proclamer qu'on doit toujours dire la vrit1 autant il est malais de dfinir le cas o c'est un devoir absolu de ne pas la dire4 ,mais la relle supriorit de cette seconde morale--l'autre ne me paraissant ncessaire qu'aux gens enclins au meurtre et aux goujats--c'est que c'est la seule1 au fond1 qui s'occupe de respecter ce qu'on appelle dans la loi3 les droits des tiers4 ,or1 en amour1 les tiers jouent un rle considrable4 ,le tiers dans l'espce1 c'est la malheureuse femme que peut perdre un mot de son amant4 ,celle-l1 la loi s'en fiche assurment1 mais non pas la morale que je prche et qui a1 pour unique axiome1 pour idal humain et divin tout ensemble1 le sacrifice constant de l'intrt personnel1 l'anantissement de cette chose hassable qu'on appelle le moi1 l'abngation profonde et absolue devant cette grande loi de l',amour qui nous met d'autant plus haut que nous nous humilions davantage devant elle4 ,en elle est le vrai royaume des cieux1 o les premiers seront les derniers et o ,des ,grieux passera fort avant ,napolon1 parce qu'il sut mieux aimer4 ,non6 le parjure n'est qu'un vain mot quand il s'agit de l'honneur d'une femme4 ,et si ce devoir du parjure tait bien crit1 non pas dans les codes1 mais dans le manuel d'honneur pratique dont les vrais honntes gens se proccupent bien davantage1 les maris s'viteraient une question ridicule1 car ils en sauraient la rponse l'avance1 et les nafs ne se laisseraient plus prendre ce mot mlodramatique qui n'a de sens honteux que quand c'est pour soi-mme qu'on ment6 ,,iii ,illustration ,c'est1 vrai dire1 une des heures les plus terribles de la vie que celle o un homme qui vous a donn la main1 que vous estimez souvent et que vous avez tromp1 vous dit tout haut ses doutes1 piant un aveu sur la pleur mme de votre visage4 ,certes1 c'est l une des plus rudes preuves de la vie irrgulire4 ,a vous1 jeunes gens1 de l'attendre avec une fermet convaincue et la volont parfaite de tout souffrir1 mme l'insulte1 plutt que de trahir une femme qui s'est donne vous4 ,car volontiers je vous blmerais1 si je ne savais la fatalit de nos tendresses1 de n'avoir pas choisi un coquin ou un complaisant pour le tromper4 ,ce n'est pas ce qui manque dans le monde6 ,mais si vous n'avez pas eu la chance de vous mal apparenter de la main gauche1 si c'est un homme de bien que vous avez essay de ridiculiser malhonntement1 votre faute n'a qu'une excuse possible3 un amour vrai et capable de tous les sacrifices4 ,illustration ,si vous n'avez pas aim vraiment1 de toute la ferveur de votre cur1 vous tes de simples drles de vous tre jets travers l'honneur d'un gentilhomme4 ,il faut mme que la femme que vous avez choisie soit digne de ce magnifique holocauste si vous voulez que je vous absolve et mme que je vous loue4 ,mais ft-elle la dernire des dernires1 que votre devoir n'en resterait pas moins absolu1 celui de nier1 non pas seulement devant le mari1 mais devant le monde tout entier1 si le monde avait l'impertinence de se mler de vos affaires4 ,ah6 vous voulez un point absolu de morale8 eh bien1 je vais vous le fournir4 ,un homme d'honneur1 en quelque circonstance que ce soit1 ne convient jamais des faveurs qui lui furent accordes1 celles-ci vinssent-elles mme d'une crature banale qui le droit reste toujours de vous avoir personnellement ddaign1 rendt-elle tout le reste de l'univers heureux4 ,ce sont choses dont un homme de quelque dlicatesse ne se vante jamais1 s'agt-il d'une fille4 ,les lvres qui le racontent ne sont pas dignes du baiser4 ,le secret des caresses donnes et reues doit demeurer au plus profond des pudeurs de l'me4 ,le mensonge la matresse qui aime encore1 le parjure au mari qui interroge1 le silence la foule qui espionne3 voil le devoir triplement et nettement formul4 ,vous me direz que la vrit n'y trouve gure son compte4 ,qu'importe si l',amour1 qui est l'unique ,vrit1 l'unique ,lumire et l'unique ,joie1 y trouve le sien6 ,illustration ,,viii ,,ce ,,qu',,est ,,la ,,femme ,,pour ,,qui ,l',,aime ,,vraiment ,ce qu'est la femme pour qui l'aime vraiment ,i ,il parat que1 de mes humbles crits sur l',amour1 se dgage un mpris absolu de la ,femme4 ,c'est1 au moins1 l'opinion d'une ,dame qui ne me l'envoie pas dire1 mais charge la poste de m'en informer4 ,comme compliment de ,jour de l',an c'est mdiocre4 ,je ne connais pas la donataire de ce gnreux aphorisme1 mais ce me serait un grand dsespoir d'apprendre qu'elle est un miracle de ,jeunesse et de ,beaut4 ,quant sa perspicacit j'ai1 sur elle1 mon opinion faite4 ,elle n'entend rien ce qu'elle dit4 ,suis-je assez pusillanime6 ,je fus si troubl1 au premier abord1 pour ne pas dire douloureusement surpris de cette opinion sur mon compte1 que je descendis1 sincrement1 rsolument1 au fond de ma conscience4 ,mais je n'y rencontrai qu'une protestation indigne contre ce singulier jugement1 et je me demande encore comment je l'ai pu encourir4 ,illustration ,est-ce pour avoir insinu1 timidement d'ailleurs1 que nos terrestres compagnes n'taient pas des modles de fidlit8 ,je n'ai jamais song leur en faire un reproche1 ne trouvant pas que l'homme mrite qu'elles lui donnent davantage1 estimant qu'il ne mrite pas toujours le soin discret qu'elles mettent le tromper4 ,leur plt-il de ne pas mme prendre cette peine et de ne lui viter aucune torture1 qu'il n'aurait pas encore le courage de se dtourner d'un supplice qui est sa vie1 et qu'il tendrait lchement1 l'affront1 une tte rsigne4 ,dans un monde o les impressions d'autrui se mesurent mes impressions propres1 la ,femme m'apparat comme l'tre mystrieux qui noue et dnoue les destines1 suscite les hrosmes ou les rfrne1 prcipite les chtiments1 apaise les colres1 console les dsespoirs et joue1 sous une forme vivante1 le rle implacable et divin de l'antique fatalit4 ,je me la reprsente1 comme ,hlne sur les ruines d',ilion1 un pied sur l'humanit vaincue1 le front dans la caresse des lumires et des parfums1 levant1 seule1 devant l'ternelle beaut des choses1 le spectre d'une beaut suprieure toutes les autres4 ,en son corps vit le rythme puissant des lignes et la loi dlicate des harmonies2 le secret des dominations superbes1 o s'affirment les droits sacrs de la faiblesse1 habite son esprit2 son cur est l'abme de misricorde et de piti o le pardon attend nos misres4 ,elle est1 par sa fragilit mme1 l'image du ,rve que nous portons en nous3 rve de splendeurs abolies1 de ,paradis ferms1 de destins glorieux entrevus4 ,elle est1 dans notre vie1 comme un hte du ciel que nous devons traiter en matre4 ,sarpejeu1 ,madame1 si tout cela est du mpris1 je me demande o commencent l'admiration et le respect8 ,,ii ,est-ce donc que le dsir que nous levons vers la femme est un outrage8 ,illustration ,si vous saviez de quelle humilit profonde est faite ce culte en apparence grossier1 quel trouble religieux est au fond de cette ferveur sensuelle1 vous ne daigneriez pas en tre offense pour celles que vous en dfendez444 contre moi1 du moins4 ,n'ai-je pas assez souvent et assez mlancoliquement mdit sur l'immense disproportion des dlices qui nous viennent de la femme et du peu que nous osons lui offrir en change8 ,son amour est fait de condescendance et le ntre d'audace folle4 ,je l'ai proclam cent fois4 ,est-ce que la reconnaissance de mes souvenirs n'est pas1 ce point de vue1 le plus loquent des aveux8 ,c'est en ralit la femme qui fait1 en descendant vers nous1 le chemin que nous croyons parcourir les pieds saignants1 pour monter jusqu' elle4 ,la terre nous mord au talon et jamais l'espace qui nous spare ne serait franchi si elle n'avait1 elle-mme1 des ailes4 ,je plains sincrement l'homme qui n'a pas ce sentiment de notre indignit1 en qui le respect dompteur de la beaut n'teint pas1 un instant du moins1 les fivres de la chair1 qui ne tremble pas1 comme au seuil d'un temple1 devant la couche o l'attend le premier baiser6 ,celui qui n'a pas connu ces terreurs dlicieuses1 ces hontes mortelles1 savour cette humiliation intime dans l'extase d'un autre tre1 celui-l ne sait pas les joies les plus secrtes et les plus profondes de l',amour4 ,comme un voyageur qui1 parvenu au sommet des pics neigeux1 promne un regard vide sur les immensits bantes1 sans songer regarder1 ses pieds1 l'obscur paysage des vallons1 il ignore la hauteur de son bonheur4 ,dans ce que ma tendresse perdue pour la femme a de moins quintessenci1 c'est--dire dans l'ardeur mme de possession qu'elle m'inspire1 je ne trouve donc que craintifs hommages et je cherche en vain le mpris4 ,,iii ,illustration ,dans l'amertume mme de mes dceptions je n'ai jamais rencontr la haine4 ,je ne suis pas du mme sang qu',ajax injuriant les dieux4 ,a l'homme seul j'ai rserv mes colres1 pour tout ce que j'ai vu de vil en lui1 et jamais elles ne furent plus vibrantes que devant le spectacle hideux que m'inspirent mes contemporains4 ,en dehors mme des fanges o son ambition et sa cupidit le plongent1 alors mme qu'il souffre par la femme--indigne qu'il en est souvent--c'est sa lchet seule que j'en veux et non aux instincts admirables de torture de son bourreau4 ,loin de moi l'ide de rvoltes inutiles4 ,la gloire du soleil se rit du vol ensanglant de nos blasphmes4 ,ainsi la ,beaut plane fort au-dessus de nos plaintes et de nos rbellions4 ,tout est excuse pour les crimes de la femme et ses faiblesses portent1 en elles1 leur pardon4 ,non pas qu'elle ne mrite d'tre traite comme un tre moral--il y aurait1 dans un tel jugement1 quelque chose de ddaigneux--mais parce que la morale rigide1 dont s'accommode la brutalit de notre nature1 est force de s'assouplir pour elle et de s'ingnier aux dlicatesses de son temprament et de son esprit4 ,elle a droit1--et elle le sait-- certaines inconsciences1 parce que sa mission est la fois cruelle et douce1 et c'est ces inconsciences d'ailleurs que nous devons1 le plus souvent1 ses bonts4 ,il y aurait donc1 de notre part1 grande injustice nous en plaindre4 ,on a beaucoup discut sur la faiblesse de la femme et la facilit de ses chutes4 ,mais on n'a pas assez lou ses admirables facults de relvement4 ,l'homme dchu s'enlise dans les fanges et y disparat4 ,c'est l'exprience de tous les jours et jamais elle ne se prodigue autant1 sous nos yeux1 qu'en ces heures troubles o l'honneur flotte comme un vaisseau dsempar sur les abmes et menace de ne plus tre que le nom d'une chose jamais engloutie4 ,mais que de femmes tombes nous avons revues debout1 purifies par quelque noble sentiment1 courtisanes devenues pouses loyales1 pouses infidles devenues mres sublimes6 ,rien de plus frquent1 pour qui sait regarder autour de soi1 que ces magnifiques sursauts de la ,femme vers l'idal longtemps dsert1 et ces rsurrections de l'me engourdie1 ce rveil de la conscience sont1 chez elles1 spectacle commun4 ,illustration ,dans un monde dont l'impeccabilit n'est pas prcisment le fait1 il me semble que cela seul suffit constituer une faon de supriorit morale4 ,mais1 au moment mme du plus grand abaissement1 entre le drle qui se parjure pour tre nomm dput et la fille qui se donne pour avoir du pain1--voire mme des bijoux1--je n'ai jamais hsit un instant4 ,d'autant que ce qu'ils vendent1 l'un et l'autre1 est diantrement plus prcieux chez celle-ci que chez celui-l4 ,,iv ,illustration ,en ai-je assez dit pour me dfendre d'une accusation qu'un homme1 ayant exerc loyalement la profession d'amant1 trs suprieure toutes les autres carrires1 ne saurait accepter6 ,ce n'est vraiment pas ma faute si je n'ai jamais pu entrer dans la conception chrtienne qui nous reprsente la ,femme comme la sur de l',homme4 ,ce fut ma premire pierre d'achoppement sur le chemin o m'clairait la ,foi des aeux1 allume l'toile mme qui guida les mages4 ,par un atavisme bizarre qui me ramne irrvocablement une tradition plus ancienne1 la grecque1 celle du paganisme o s'affirme la plus parfaite closion de l'esprit humain1 je considre1 malgr moi1 la ,femme comme un tre d'essence diffrente que les civilisations vraiment avances mettaient fort au-dessus de l'homme1 que les barbaries contemporaines s'obstinent ignoblement encore mettre au-dessous4 ,ce que je ne puis admettre1 est cette fausse fraternit que je trouve humiliante pour nos matresses1 c'est cette parent menteuse qui ferait1 de l',amour1 un continuel inceste4 ,mais c'est mon admiration mme pour la ,femme qui me les fait repousser2 c'est la piti grecque et non pas le ddain musulman4 ,si j'ai quelquefois parl lgrement de mon idole1 c'est la faon des ,athniens qui1 pour plaisanter leurs ,dieux en d'immortelles comdies1 n'en taient pas moins assidus aux sacrifices4 ,je n'ai jamais song nier1 chez la femme1 l'tre moral1 mais je crois sa morale absolument diffrente de la ntre1--moins humaine puisqu'elle s'accommode fort bien de nous faire souffrir--plus divine puisqu'elle participe des impassibles fatalits et repose sur une fatalit mme1 la ,beaut dont nul n'vite le pouvoir4 ,nos notions d'honntet dont il se fait1 en ce moment mme1 une si belle confusion1 sont1 pour elle1 lettre morte2 mais jamais nous n'avons eu moins de raison d'en tre fiers4 ,car sa probit passionnelle est souvent suprieure la ntre parce qu'elle ne conoit la rivalit d'aucun autre sentiment4 ,mprisable1 non6 mais assurment redoutable1 trop loin de nous1 et trop haut1 pour qu'il nous soit permis de la juger1 faite pour nos admirations extasies et non pas pour notre inutile estime4 ,illustration ,,ix ,,de ,,la ,,plastique ,,en ,,amour ,de la plastique en amour ,i ,c'est dans le monde qu'on entend surtout les jeunes filles dire que l'homme n'a pas besoin d'tre beau pour plaire1 et c'est une thorie que les hommes du monde acceptent avec une modestie qui leur fait honneur4 ,je n'ai pas d'ailleurs la combattre quand il ne s'agit que du mariage1 c'est--dire d'une institution o le ct arrangement tient infiniment plus de place1 aujourd'hui1 que le ct passion4 ,ceux que nous voyons courir l'hymne1 en ce temps-ci1 avec le plus d'ardeur1 sont les comdiens1 qui en ont si peu besoin1 et les gens dans les affaires qui ne peuvent gure s'en passer4 ,chez les premiers1 cette manie est un reste de protestation contre leur renomme bohme d'autrefois4 ,ils tiennent faire constater1 urbi et orbi--et mme au risque d'tre cocus--qu'ils appartiennent bien la vie rgulire1 la vie bourgeoise4 ,mon ,dieu1 ils seraient plus sages en se contentant1 pour cela1 de la croix qu'on met maintenant1 de leur vivant1 sur leur poitrine1 et qu'on plante dans les cimetires sur leur tombeau1 double absolution de la socit laque et du monde religieux l'endroit de leur mtier4 ,quant aux seconds1 ils trouvent1 dans le mariage1 un moyen lgal1 presque honor1 de demeurer riches1 tout en ruinant les autres1 ce qui est le fin du fin de leur tat4 ,l'admirable sparation de biens est l1 pour leur permettre de garder la prcieuse aisance1 pour eux1 pendant qu'ils sment1 autour d'eux1 la ruine1 ce qui est videmment une consquence honnte et un commentaire moral des justes noces1 comme dit le ,code4 ,dans une profession qui tient la fois du cabotinage et des affaires1 celle des directeurs de thtre1 vous trouverez1 pour le mariage1 un enthousiasme deux fois justifi4 ,ils sont rares ceux qui ont la probit de demeurer clibataires6 ,je ferme1 ici1 cette parenthse sur un sujet o l'amour a trop rarement affaire1 pour parler simplement des liaisons1 lgitimes ou non1 mais infiniment plus srieuses1 o l',amour est tout4 ,car notez que je ne dfends pas aux maris d'tre des amants4 ,au contraire6 ,seulement je constate qu'ils en ont rarement l'occasion4 ,dans les unions o l'me tient vraiment une place1 par ses nobles cts1 la femme est-elle sage de faire mpris1 chez l'homme1 de la beaut du visage et de la vigueur du corps8 ,je ne le crois pas1 et surtout je ne crois pas que ce mpris puisse tre sincre1 par tant d'esprit et de belle ducation que nous remplacions la plastique qui nous manque4 ,illustration ,prenons un monde pour lequel j'cris encore moins que pour les poux1 mais qui a pour lui l'avantage d'tre sincre jusqu'au cynisme2 nous ne trouvons nullement que ce ddain soit au fond de la femme contemporaine4 ,ce n'est qu'en apparence que les courtisanes prfrent les banquiers ridicules aux commis de magasin bien tourns4 ,que ces dames ne ngligent pas les exigences financires de leur profession1 j'en suis d'accord avec vous4 ,une courtisane qui ne se ferait pas payer serait la honte de son tat4 ,c'est si vrai que l'impratrice ,messaline1 qui avait plus soif de vice que d'amour et d'ignominie que de baiser1 avait grand soin d'exiger1 des passants1 le mme salaire que ses compagnes1 pour ne pas dshonorer l'antre de ,vnus ,meretrix4 ,mais1 derrire le patricien ventripotent1 ,forain nous montrera toujours le robuste ouvrier de la dernire heure1 celle qui ne se vend pas4 ,celui-l est le plus souvent une brute et reprsente cependant l'idal dans ces existences trs logiquement infmes4 ,comme on demandait un jour1 une de ces maraudeuses de la vie1 pourquoi elle s'obstinait demeurer avec un chenapan qui la battait1 quand sa beaut1 elle1 lui assurait des amants bien appris et1 qui sait8 peut-tre respectueux1 elle rpondit ce mot sublime3 ,mais si je n'aime rien1 je ne suis rien6 ,et elle avait raison4 ,sans vouloir prendre ma leon dans le ruisseau1 je conviens que cette concession brutale et rsigne un lment de torture souvent1 la beaut physique dans sa vigueur1 m'meut et me semble presque plus noble que l'indiffrence o je le vois tenu dans un monde social plus raffin1 indiffrence que je veux croire une pose1 chez le plus grand nombre1 ou une consolation la laideur4 ,mais1 dans le monde passionnel1 lequel ne vit que de sincrit1 d'intimit profonde et de pntration sensuelle rciproque1 je ne vois vraiment pas ce que viennent faire l'aumne et la charit4 ,illustration ,chez la femme1 comme chez l'homme1 quelles que soient les perversions que l'ducation a mises en elle1 l'amour devrait venir avant tout du sentiment et de l'adoration de la ,beaut4 ,ne trouvez-vous pas1 comme moi1 que la laideur accepte y met comme un abaissement1 le soupon de plaisirs trs complexes et puiss surtout dans une dpravation de l'esprit8 ,moi1 je tiens pour l'hroque sant dans ces choses d'o dpendent le salut de l'idal et la gloire des races4 ,je demeure perdument dans la tradition paenne qui mettait l'harmonie extrieure des formes1 la belle pondration des lignes et la splendeur des chairs portant en soi la lumire1 au-dessus de tout1 comme le sceau mme d'une immortelle origine4 ,c'est s'abaisser soi-mme que de ne pas chercher1 la conscience de ses propres dfectuosits1 la sublime compensation d'aimer un tre plus beau que soi4 ,,ii ,ce got apparent des femmes d'aujourd'hui pour la maturit uniquement intelligente2 sa tolrance inique quelquefois pour la vieillesse caduque mais socialement honore1 pourraient bien leur tre imposs par notre propre exemple1 et peut-tre ne sont-elles ainsi que pour se mettre notre porte1 et ne nous pas humilier en se montrant trop suprieures nous4 ,quelles sont donc les femmes que les amoureux de presque tous les mondes recherchent aujourd'hui8 ,les plus belles8 ,allons donc6--,j'ai dit que je ne parlais pas du mariage1 peu d'hommes l'excusant aujourd'hui par le seul argument qui le justifie3 l'impossibilit de possder1 autrement qu'en l'pousant1 une femme qu'on aime4--,mais1 dans les liaisons qu'un double choix amne et resserre1 avez-vous remarqu que le culte de la ,beaut1 lequel devrait tre cependant la loi suprme de la vie1 entrt pour quelque chose6 ,les courtisanes les plus chres sont-elles les courtisanes les mieux doues plastiquement8 ,je vous montrerai1 quand vous le voudrez1 d'admirables filles qui crvent la faim et d'abominables gothons ruisselantes de pierreries1 dans des huit-ressorts o leur figure donne envie de regarder le derrire de leurs valets de pied4 ,cette vieille garde1 qui a sur celle de ,napolon ,ier le dsavantage de ne pas mourir1 et devant qui ,cambronne ne se serait pas content de parler1 est entretenue par ce que nos cercles contiennent de plus jeune et de plus lgant2 ,hippolyte ne redit plus les charmes d',aricie2 il soupire comme ,marius 7non pas comme ,cambronne7 le long des ruines4 ,il baise celui des deux pieds de ces dames qui n'est pas encore dans la tombe4 ,illustration ,mais1 paix ces vieilles aux dents d'ivoire1 aux chignons de paille que les nes sont tents de brouter4 ,quelques-unes furent belles1 sous le rgne de ,louis-,philippe1 et peut-tre n'auraient-elles qu' ne se plus farder pour tre belles encore4 ,car la vraie beaut traverse1 triomphante1 tous les ges et semble quelquefois revtir l'immortalit du marbre avec la blancheur des cheveux4 ,mais les dbutantes1 celles que ces messieurs lancent1 les clbrits de demain1 les glorieuses en chantier1 regardez-les un peu66 ,des minois chiffonns comme de vieux mouchoirs1 des nez retrousss1 des tailles de gupes qui je ne me chargerais pas de fournir l'aiguillon1 des pieds et des mains canailles1 un refrain d',yvette ,guilbert sur les lvres peintes1 par dessus le march1 voil ce qui suffit des protecteurs souvent jeunes et ayant le droit d'tre infiniment plus difficiles4 ,aucun souci de la noblesse des types1 des empreintes de la race1 de tout ce qui mle la fiert d'un idal la fivre du dsir6 ,illustration ,durant qu'ils habillent coteusement ces poupes difformes1 les sculpteurs1 les peintres1 voire les potes qui peignent et sculptent dans leur cerveau1 s'arrtent1 mus et recueillis1 devant les superbes cratures qui1 comme d'un double mont ,aventin1 descendent de ,montmartre ou de ,belleville1 foutues comme quatre sous mais faites pour rveiller l'ombre auguste de ,phidias4 ,car on devine1 l'instinctif orgueil de leur dmarche et sous leur robe grossire1 l'harmonie vibrante des formes et la puissante palpitation des chairs4 ,les imbciles riches les rencontrent bien aussi quelquefois1 mais du diable si un d'eux s'criera jamais3 ,voil la matresse que je veux6 ,,iii ,amants fervents et pensifs1 pour qui j'cris d'ordinaire1 pardonnez-moi cette incursion mlancolique dans un monde o ne fleurissent pas les sincres tendresses1 celles qui se cachent pour tre heureuses4 ,vous tes les htes du rve immortel d'o je voudrais exiler tout ce qui rappelle les laideurs de la vie4 ,pour chasser loin de vous1 comme un air mauvais1 les tristesses de cette prose attarde d'inutiles ralits1 laissez-moi vous dire1 avant que le printemps nous quitte1 une chanson de printemps faite pour vous3 ,c'est l'me des beaux jours qui nous fait le ciel bleu2 ,qui chante1 au bord des eaux1 dans le frisson des saules1 ,et le soleil dj change1 en perles de feu1 ,les pleurs que le matin secoue ses paules4 ,l'esprit des fleurs s'veille au caprice de l'air ,et porte1 sur nos fronts1 de troublantes caresses4 ,enferme en toi1 mon cur1 l'universelle ivresse4 ,voici le temps d'aimer sous le ciel doux et clair6 ,voici le temps de croire aux mensonges du rve1 ,de souffrir la langueur des vux inapaiss2 ,de mler1 sous le vol charmeur de l'heure brve1 ,au nant des serments la douceur des baisers4 ,voici le temps d'attendre au seuil des portes closes1 ,implorant la piti des bonheurs interdits1 ,le cur plein de sanglots1 les mains pleines de roses1 ,qu'un sourire nous ouvre encor le ,paradis6 ,voici le temps de fuir vers les routes ombreuses ,o l'on marche pas lents1 et la main dans la main1 ,amoureux perdus et blanches amoureuses1 ,le temps de n'avoir plus deux qu'un seul chemin6 ,tous les tres pris se cherchent dans l'espace1 ,blesss du mme mal dont nul ne veut gurir4 ,l'esprit des fleurs s'veille au vent lger qui passe4 ,voici venir le temps d'aimer et d'en mourir6 ,illustration ,x ,,subtilit,s ,,passionnelles ,subtilits passionnelles ,i ,grand ,roi1 cesse de vaincre ou je cesse d'crire4 ,amoureux1 cessez de m'interroger ou je brise ma plume1 image qui ne m'a jamais paru aussi terrible que le supposent ceux qui l'emploient4 ,briser une pe1 passe encore4 ,mais une plume6 ,le beau mrite1 ma foi4 ,ah6 l'inpuisable sujet que celui o j'ai dj promen tant d'coles buissonnires1 comme en un champ dont on ne rencontre jamais le bout6 ,comme les bls d'or par les pavots1 il est constell de rouges blessures et c'est le plus pur du sang de nos curs qui y fait perler ces toiles de pourpre4 ,comme les bls d'or aussi il porte1 en soi1 la vie1 et le pain de l'me y germe en de douloureux sillons4 ,c'est la plaine1 fconde en joies et en douleurs1 o nos pas s'attachent comme mystrieusement enliss4 ,illustration ,ah6 plutt que d'y revenir encore1 comme j'aimerais mieux vous dire l'admirable spectacle que j'ai sous les yeux1 les montagnes s'tageant l'infini1 vers des horizons bleuissants1 sous le vol circonflexe des grands oiseaux de proie1 et1 mes pieds1 les torrents roulant1 sous la poussire de verdure des tamarins1 leur eau d'argent bavard comme celui des poches pleines2 le recueillement mystrieux qui descend1 en moi1 de cette chevauche lointaine dont les nuages sont comme des cavaliers qui quelquefois s'arrtent pour planter1 en un sol conquis1 la blancheur des oriflammes4 ,quel renouveau ternel la nature apporte en nous6 ,pourquoi faut-il que nous y trouvions1 comme des btes blesses1 cette flche de l'amour dont l'aiguillon semble encore s'y aviver8 ,le penseur perdu se demande quelquefois o il pourrait fuir la femme4 ,et l'infini se droule1 devant son rve1 sans rencontrer ce point obscur de la ,dlivrance o il se retrouverait seul en face de lui-mme1 dans l'austre isolement de sa propre pense4 ,force fut au doux ,orphe de suivre ,eurydice jusque sur le seuil des ,enfers4 ,si loin qu'on soit all1 si loin du vacarme citadin de la vie coutumire1 on n'a rien oubli1 tant qu'on n'a pas oubli la source des tortures ternelles et le chemin qui y mne et qu'on reconnat1 comme le petit ,poucet du conte1 ce qu'on y a laiss de soi-mme4 ,tel le mouton qui retrouve sa route l'pine des buissons4 ,et je n'en veux pas ceux qui abusent des facilits postales o se dbat aujourd'hui notre libert1 pour me poursuivre jusqu'au bord des gaves pyrnens avec des questions1 la bouche1 touchant encore aux choses de l',amour4 ,en ralit1 ce n'est pas eux qui m'y ramnent1 mais moi-mme qui y reviens par une habitude incorrigible de mon esprit4 ,je crois me surprendre en maraude quand je pense autre chose4 ,quidquid tentabam scribere versus erat1 disait1 de lui-mme1 ,ovide4 ,tout ce que je tente d'crire n'est qu'un commentaire de ce que j'ai crit dj4 ,cette fois-ci1 c'est un homme qui me soumet une situation d'esprit laquelle je ne puis que fraternellement compatir4 ,car elle est dlicate et douloureuse la fois1 et je ne la puis mieux exprimer que par ses propres paroles3 ,il m'arrive souvent1 dit-il1 de faire longtemps la cour une femme1 mais une cour assidue1 et je n'ai pas plutt obtenu ce que je croyais en souhaiter qu'un sentiment d'aversion immdiat succde la fougue de mes dsirs4 ,aversion me parat un peu dur1 monsieur4 ,laissez-moi plaider pour le sentiment de vague reconnaissance que mrite toujours le plaisir accord1 et qui est1 je crois1 chez toutes les natures de quelque gnrosit4 ,ce que je croyais souhaiter me semble aussi une expression risque4 ,le moins est qu'on en soit sr avant de le demander4 ,je suis curieux de voir ce que vous rpondrait la dame qui vous diriez1 aprs1 en toute franchise3 ,eh bien1 non1 ce n'est dcidment pas a dont j'avais envie4 ,parions qu'elle vous flanquerait un bon soufflet1 et laissez-moi vous dire qu'elle aurait raison4 ,,ii ,et maintenant1 causons en bons amis4 ,j'imagine que vous tes auprs de moi1 sur ce coin de rocher mousseux d'o monte une odeur sauvage1 d'o l'on entend la clochette des troupeaux tintinnabulant dans les lointains pturages4 ,il existe un proverbe latin auquel je pourrais vous renvoyer3 ,omne animal triste prter gallum vel monacum--gratis fornicantem 7a ajout la malice irreligieuse des aeux74 ,je n'en avais pas besoin pour tre convaincu que vous n'tes ni un coq ni un carme en exercice de garenne amoureuse4 ,moi non plus4 ,illustration ,tout le monde1 ces deux exceptions prs1 a1 j'imagine1 pass par ces croulements subits d'une passion satisfaite1 mais tout le monde n'en garde pas la mme amertume que vous4 ,vous n'estimez pas1 monsieur1 l'amour physique son vrai prix4 ,la minute que vous venez de passer vaut1 elle seule1 un sicle de prvenances1 de prires1 tout le temps perdu que vous semblez regretter1 et cela tort3 car je vous dfie de m'en trouver un plus agrable emploi4 ,vous voil vraiment bien malheureux pour avoir rv1 espr1 soupir6 ,je vous dis1 moi1 que vous tes trs bien pay de votre peine4 ,car si vous n'avez pas su vous payer1 tant pis pour vous6 ,permettez-moi de vous dire en effet que cela tait surtout affaire vous4 ,rduit cette simple question d'extase sensuelle1 l'amour est ce qu'on le fait soi-mme par l'intensit d'ardeur qu'on y apporte4 ,l'objet aim n'en est que l'occasion4 ,on peut faire de trs mauvaise musique sur un authentique ,stradivarius4 ,,iii ,certes1 il y a quelque chose d'amer--dans la jeunesse surtout-- constater ce nant subit des tendresses les plus exaltes4 ,on s'en veut1 un instant1 d'avoir pris le simple dsir pour de l'amour et de s'tre si cruellement dup sur ses propres sentiments4 ,mais la maturit vient et aussi l'indulgence1 qui nous fait moins svres cette erreur dont il ne faut pas exagrer la porte4 ,je ne vois plaindre vraiment1 dans tout cela1 que celle qui a pu croire qu'elle tait vraiment et durablement adore4 ,peut-tre y a-t-il d'ailleurs de sa faute4 ,car toutes les femmes ne savent pas se donner4 ,beaucoup1 en voulant se faire trop longtemps souhaiter1 dpassent le but et transforment le dsir qu'elles nous inspiraient en une faon d'obstination et d'impatience rageuses toutes charges de rancunes venir4 ,c'est dans cet ordre d'ides surtout qu'il y a vraiment un moment psychologique4 ,les hommes1 en qui domine l'amour-propre1 ne se rebutent pas1 mais mditent dj les vengeances de la victoire4 ,moi qui ne mets aucune vanit dans ces choses1 il m'est arriv de renoncer tout simplement aux drages tenues trop hautes1 de me lasser et de fermer moi-mme ma porte au bonheur venu trop tard4 ,mais1 croyez-moi1 vous avez laiss passer1 l'un ou l'autre1 l'heure opportune1 laquelle ne laisse jamais que d'aimables souvenirs4 ,de vos expriences malheureuses1 monsieur1 il rsulte tout simplement que vous n'avez pas encore aim4 ,illustration ,n'en dplaise d'ailleurs l'cole platoniquement imbcile du bon ,werther1 dont j'aime surtout1 je crois1 la musique de ,massenet1 tout ce qui prcde l'preuve dont vous vous plaignez n'est que l'avant-propos du livre immortel de l',amour4 ,ceux-l sont dans la plus lamentable folie que je connaisse1 dont je lis les suicides dans les journaux1 et qui se sont tus de dsespoir avant d'avoir t l'un l'autre4 ,il ne leur tait pas permis de juger1 en effet--et vous en tes la vivante preuve1--si ce qui les sparait inexorablement tait vraiment un malheur4 ,l'amour rel1 l'amour dont on a vraiment le droit de mourir1 c'est celui dont on a mesur les ivresses1 celui qui a si fortement riv vos chairs d'autres chairs1 qu'on ne saurait plus les en arracher sans ouvrir au cur la source mystrieuse par o s'enfuit notre sang4 ,cet amour-l se fait lentement de tous les bonheurs que la possession absolue comporte4 ,chaque caresse est comme un ciment qui en durcit l'difice3 il s'accrot de chaque baiser et son insatiabilit mme lui est un gage de dure4 ,il vous enlace de mille liens obscurs dont chaque dchirement vous brise une fibre1 parfums subtils et profondment personnels1 contacts aux douceurs jusque-l inconnues1 esclavage absolu de tous les sens1 tyrannie dlicieuse d'un tre dont votre tre est domin4 ,mais il est clair1 monsieur1 que cela vous est parfaitement inconnu4 ,c'est tant pis et tant mieux la fois pour vous4 ,mais o vous atteignez le parfait comique1 c'est quand vous me demandez1 en matire de conclusion1 si vous vous devez marier4 ,demandez donc cela ,rabelais6 ,peut-tre vous conseillerai-je personnellement1 si1 comme ,panurge1 vous redoutez le cocuage1 d'attendre que vous soyez plus sr de votre fait dans l'preuve primordiale du mariage4 ,en attendant1 laissez-vous vivre1 sans souhaiter de trop vite souffrir4 ,la ,nature est faite pour ces bercements dlicieux de la pense dans des impressions vagues1 non dfinies1 n'ayant pas l'action immdiate pour consquence4 ,ce sont de meilleurs conseillers de la vie que nous1 les grands monts assoupis sous leur casque de neige1 gardiens des ternelles srnits1 laissant gronder leurs pieds les torrents inutilement sonores1 comme le bruit des batailles lointaines dj pour nous1 auxquelles vos impatiences aspirent et d'o l'on revient avec plus d'une blessure au cur6 ,,xi ,,de ,l',,illusion ,,en ,,amour ,de l'illusion en amour ,i ,avouez1 me dit-elle1 que vous ne me trouvez que des dfauts4 ,alors pourquoi continuez-vous de me voir et de faire profession de m'aimer8 ,et sa jolie bouche avait des retroussis ironiques semblant s'entr'ouvrir1 comme pour une morsure1 sur la nacre des dents4 --,vous exagrez1 infiniment1 ma chre1 mon opinion sur vous1 me contentai-je de lui rpondre avec tranquillit1 mais vous vous trompez moins en parlant de la fidlit de mes sentiments4 --,convenez cependant que1 si vous m'aviez connue telle que je suis maintenant pour vous1 vous ne m'auriez pas aime6 ,illustration --,je vous demande pardon et je vous aurais suppose pire que1 trs vraisemblablement1 je vous aurais aime tout de mme4 ,car ce n'est jamais la perfection que j'ai eu l'intention d'aimer en vous1 et je ne suis plus de ces imbciles qui s'imaginent toujours1 quand ils commencent un nouvel amour1 qu'ils l'ont rencontre1--et qui trs srieusement prennent leur prurit sensuel pour un hommage moral la vertu6 ,cette navet n'est permise qu' l'extrme jeunesse1 qu'aux ferveurs ingnues d'une sant dbordante1 qu'au dsir inconscient qui nous pousse alors vers toutes les femmes avec de faciles admirations4 ,elle devient ridicule chez celui qui a dj vcu1 qui sait bien que ce n'est pas en parlant de la ,femme que ,platon a crit que le ,beau tait toujours la splendeur du ,bien4 ,dieu merci6 l',amour n'a rien de commun avec l',acadmie qui dcerne les prix ,montyon4 ,o serait sa grandeur s'il se confondait avec la ,logique et ne nous entranait jamais qu' des attachements raisonnables8 ,ce n'est pas un teneur de livres mais un pote qui emprisonne les curs dans sa fantaisie souvent cruelle4 ,il ne cueille pas sagement des bouquets dans les jardins1 mais il saccage des moissons entires et se couronne volontiers des ronces o se sont ensanglantes nos mains4 ,c'est ignorer le poids despotique dont il pse sur nos mes que de lui vouloir donner pour pidestal un peu de cette neige candide1 si fragile fondre et ternir1 qui s'appelle l'estime4 ,m'avez-vous jamais entendu dire autre chose que du bien de mes anciennes matresses8 ,non6 ,eh bien pensez-vous que je les trouvasse plus parfaites que vous8 ,ceux qui prtendent avoir cess d'aimer une femme parce qu'ils lui ont dcouvert1 l'usage1 une quantit de dfauts1 ne l'ont jamais aime4 ,tout nous devient charme dans l'tre dont nous sommes vraiment pris1 ou1 du moins1 tout s'excuse l'excs1 au point que nous ne pourrions peut-tre plus nous en passer sans en souffrir4 ,socrate s'est-il spar de ,xantippe8 ,et je laisse l de ct l'impression malsaine qui nous vient quelquefois d'aimer perdument celle qui nous en semble la moins digne1 avec la conscience douloureuse et dlicieuse la fois de notre lchet4 ,l'amour est1 avant tout1 un sublime et imbcile besoin de sacrifice4 ,credo quia absurdum6 disait follement saint ,paul4 ,amo quia absurdum6 peut dire sagement l'amant vritable4 ,ce qui est fait pour rvolter l'esprit peut tre fait pour enchanter le cur4 ,oh6 cette rvolte mal touffe1 cette indignation contre soi-mme1 cette pointe de haine qui est au fond de tout amour vraiment sensuel1 celui qui ne les a pas connues1 celui qui ne les a pas rageusement savoures ne peut se vanter d'avoir aim4 ,je n'ose mme1 tout en les plaignant d'une piti confinant au mpris1 condamner ceux qui la perfidie de l'amante est un ragot d'amour et qui tirent1 des exasprations de la jalousie1 un redoublement de tendresse honteuse et assouvie d'opprobre4 ,c'est un phnomne morbide1 l'excs du sentiment de tolrance perdue qui est au fond de tout amour vritable1 un abaissement de la vraie passion1 l'oubli de toute dignit1 l'abdication des plus pures noblesses de l'me4 ,mais cela est et j'en sais peu que ce chatouillement infme n'ait effleurs6 ,,ii ,elle m'avait cout patiemment1 trs occupe qu'elle tait de remettre1 en son sens1 un frison de son admirable chevelure noire4 ,alors elle me dit tranquillement comme pour rsumer sa propre esthtique3 --,moi1 pour aimer1 il me faut de l'illusion4 ,ah6 que j'ai dj entendu de femmes me dire cette btise6 ,l'illusion1 ma chre1 mais c'est la ngation mme de l'amour6 ,illustration ,l'illusion sur quoi8 ,pas sur les plaisirs qu'il donne toujours4 ,car on peut dire1 qu'en amour1 les premires expriences physiques sont gnralement gtes par les maladresses1 par la timidit et par une gaucherie d'autant plus grande qu'on est plus pris1 gaucherie qui va parfois jusqu'au ridicule4 ,il y a1 au point de vue du renouveau sensuel1 un apprentissage faire l'un de l'autre1 apprentissage dlicat et qu'il faut subir sans violence1 sans dcouragement4 ,l'me divine du violon ne se rveille pas toujours immdiatement sous la caresse de l'archet4 ,c'est un rythme trouver1 un accord rsoudre1 le mme la se mettre dans444 l'oreille4 ,on peut jouer fort longtemps avant d'atteindre la relle et dfinitive harmonie4 ,mais1 une fois celle-ci atteinte1 tout devient progrs et le dilettantisme se dveloppe1 et l'acuit sensuelle s'affine et chacun des amants dcouvre enfin1 dans l'autre1 comme dans une ,golconde intarissable1 des trsors pressentis mais longtemps jaloux d'eux-mmes1 cette magie de caresses1 qui ne nous laisse plus vivre que pour notre rve vivant4 ,venez donc nous parler de dsillusion morale dans cet tat divin1 surhumain1 temporairement hlas6 sraphique de l'me6 ,pas plus que sur l'estime l'amour ne saurait reposer sur l'illusion4 ,j'imagine1 ma chre1--ce qui n'est pas tout fait exact--que je vous dcouvre1 tous les jours1 une nouvelle vertu4 ,alors1 voulez-vous me dire un peu le beau mrite que j'ai de vous aimer8 ,le contraire est infiniment plus concluant4 ,il faut aimer1 non pas pour ceci ou pour cela1 mais quand mme1 ou ne s'en pas mler4 ,mais parce qu'on aime quand mme1 on n'est pas forc de devenir imbcile4 ,on parle souvent de l'aveuglement de l',amour1 et on admire la sagesse antique qui lui mettait un bandeau sur les yeux4 ,n'en dplaise la sagesse antique1 c'est une btise4 ,je n'ai pas besoin du tout d'tre aveugle pour continuer d'aimer4 ,je n'abdique jamais le droit de juger qui j'aime1 et peut-tre mon jugement est-il d'autant plus svre qu'il est plus approfondi1 mieux assis sur une observation journalire4 ,mais ce jugement-l ne m'empche pas d'aimer4 ,je n'ai jamais cru un instant qu'un ange ft descendu du ciel tout exprs pour moi4 ,et c'est ainsi qu'il faut aimer pour aimer vraiment1 pour aimer durablement1 non pas en se contentant d'une vritable erreur sur la personne1 mais en l'affrontant visiblement telle qu'elle est1 ce qui est douloureux parfois mais ncessaire4 ,o je me retrouve d'accord avec la sagesse antique1 c'est en regardant l',amour comme une fatalit laquelle il est impie de vouloir se drober1 sous laquelle nous devons ployer sans rvolte1 et plus haute infiniment que les opinions que nous pouvons nous faire les uns des autres4 ,illustration ,en aucun cas1 je ne crois que les hommes aient le droit de se juger et de se condamner4 ,c'est par une fiction sociale1 ncessaire peut-tre une socit n'ayant encore qu'un idal grossier de la ,justice1 que nous laissons les magistrats fouiller dans les mes4 ,c'est l'instinct de conservation1 dans ce qu'il a de plus crment goste1 qui arme la main du bourreau1 et le droit n'a rien faire dans cet acte de dfense4 ,mais c'est dans l'ordre passionnel1 en amour surtout1 que la prtention de juger et de condamner est monstrueuse tout fait4 ,o est notre critrium1 je vous prie8 ,o est cette mesure laquelle se mesureront les consciences8 ,je peux dire ce qui1 dans un tre1 me rvolte ou me dplat2 mais1 comme cela mme fait partie de sa logique1 de quel droit lui demanderai-je compte de la pondration1 de l'quilibre mme de ses dfauts et de ses qualits8 ,s'il m'a enchan de cette chane divine des caresses partages et profondment ressenties1 s'il m'a envelopp du charme o mes chairs trouvent la seule joie1 s'il m'a donn1 en un mot1 l'ineffable1 l'absolue1 l'infinie joie d'aimer1 en quoi ai-je besoin d'illusion1 pour continuer1 en somme1 tre heureux du seul bonheur qui soit ici-bas8 ,,iii ,l',illusion ncessaire l',amour6 ,horace1 qui1--n'en dplaise au souvenir exquis de ,lydie--ne fut pas1 comme les deux ,catulle et comme ,properce1 un des grands potes de l',amour1 la ralisait par un moyen monstrueux dont il a eu tort1 pour sa mmoire1 de nous vanter la dcouverte4 ,dans les bras de la premire courtisane venue1 il fermait les yeux et voquait l'image de l',amante qu'il ne pouvait ainsi possder que de loin1 par une ruse de l'esprit1 par la plus avilissante des procurations4 ,voil1 si je ne me trompe1 le triomphe de l',illusion4 ,le malheur est que celle-l n'est possible qu' ceux qui n'ont jamais vraiment aim4 ,est-ce que le parfum d'une certaine chair1 d'un certain baiser1 l'habitude d'une certaine caresse se peuvent ainsi confondre avec un autre arome1 avec une autre saveur1 avec une autre mignardise8 ,allons donc6 ,c'est de la personnalit imprieuse de tout cela qu'est fait l'amour4 ,son exclusivisme naturel1 quand il est profond et sincre1 est fait de la possession de ces lments introuvables ailleurs que dans une certaine treinte1 sur certaines lvres1 en certaines poses familires4 ,et ne croyez pas que je le rende trop uniquement physique ainsi4 ,tel grain de beaut qui n'est au fond qu'une dlicieuse petite verrue1 tel coin de la joue ou du ventre1 nous devient une ncessit1 l'ultima ratio de nos enchantements amoureux4 ,au moral1 certaines cruauts1 dont l'accoutumance nous est devenue douce1 ne sont peut-tre pas moins ncessaires4 ,et puis1 la charmante chose vraiment dire une femme3 ,madame1 je vous adore parce que je me plais vous croire tout fait autre que vous n'tes en ralit6 ,illustration ,j'aime mieux1 plus virilement et plus loyalement1 vous dire3 ,ma chre me1 je vous aime telle que vous tes1 et c'est parce que je vous aime sans me faire1 sur votre compte1 la moindre illusion1 que je suis sr de vous aimer vraiment et durablement4 ,je m'aperus qu'elle dormait1 tant parvenue remettre son frison dans le bon chemin1 quand j'achevai ce discours4 ,mais comme je n'avais pas la prtention de la convertir1 la femme tant1 de nature1 immuable1 comme ,dieu1 je n'en fus pas moins satisfait d'avoir1 au moins pour moi-mme1 bien parl selon mes sentiments4 ,illustration ,,xii ,,le ,,tr,,sor ,,de ,,la ,,morale ,le trsor de la morale ,i ,maudit soit jamais le rveur inutile ,qui voulut le premier1 dans sa stupidit1 ,s'prenant d'un problme insoluble et strile1 ,aux choses de l'amour mler l'honntet4 ,illustration ,ainsi parle ,delphine dans un admirable pome de ,baudelaire1 et ceux qui connaissent les ,femmes damnes savent en quel sens ,delphine emploie le mot3 honntet4 ,malgr les objurgations vhmentes que le pote lui adresse ensuite1 elle n'a dit qu'une sublime navet4 ,honntet se confondrait presque ici avec convenance4 ,l'amour purement physique n'a aucune raison pour reculer devant son rve4 ,le trahit sua quemque voluptas virgilien est sa devise lgitime4 ,la morale n'a vraiment rien voir cela4 ,la vrit est que la morale ordinaire s'exerce dans un autre domaine que l'amour4 ,s'ensuit-il que celui-ci ne comporte aucune morale8 ,je ne le crois pas3 mais une morale infiniment plus dlicate1 plus leve1 et dont je vais tenter la tche malaise de dfinir les grandes lignes4 ,si l'on va au fond des choses1 en effet1 on trouvera que la vrit est le but unique o tend la morale ordinaire4 ,il n'est1 au demeurant1 qu'un crime1 le mensonge1 puisque c'est le seul qui dcline la responsabilit du chtiment4 ,je ne saurais trouver criminel un homme qui accepte1 par avance1 toutes les consquences d'un acte commis librement4 ,la socit est immdiatement arme contre lui1 ce qui suffit pour qu'il ne soit pas dangereux4 ,un homme n'est coupable de suborner une fille que s'il ne l'pouse pas ensuite1 de lui faire un enfant que s'il n'lve pas celui-ci4 ,je ne vois ici-bas de vraiment hassables que le mensonge et la lchet4 ,en amour1 le but est plus haut1 c'est la ,beaut4 ,duss-je choquer bien des gens1 je dirai que tous ceux qui prennent une femme ou une matresse pour autre chose sont immdiatement1 et par ce fait seul1 hors la loi4 ,la ,femme a le droit d'tre aime pour sa beaut1 et je crois bien qu'elle n'en a pas d'autres4 ,et je m'entends4 ,elle a1 ce point de vue1 droit une parfaite probit de notre part4 ,inutile de dire que nous laissons1 en dehors de l'amour1 les liaisons d'un instant qui n'ont d'autre objet immdiat que la satisfaction d'un besoin4 ,encore un homme1 ayant quelque estime de soi-mme1 y apporte-t-il un sentiment de slection et ne ravale-t-il pas trop bas son plaisir par une indiffrence parfaite l'endroit de celle qui le lui donne4 ,il n'y a pas dire1 c'est encore les seuls instants de la vie o tienne un peu d'infini4 ,mais j'entends parler de vritables amants qui vont l'un l'autre pour se donner davantage4 ,la premire condition d'honntet pour eux est d'tre guids1 dans leur choix1 par une certaine admiration physique4 ,l'amour est1 avant tout1 une religion1 un culte4 ,il ne doit adresser son encens et ses prires qu' une idole qui en soit digne et ne les ridiculise pas4 ,tout est avantageux dans cette recherche du ,beau vivant4 ,vous me direz qu'une matresse belle vous expose infiniment plus tre tromp qu'une autre4 ,d'abord1 ce n'est pas vrai4 ,j'ai connu des laiderons merveilleusement infidles4 ,et puis1 quelle dignit et quel orgueil dans ce sentiment qu'on possde exclusivement une femme parce que les autres n'en veulent pas8 ,que diriez-vous d'un homme qui se priverait de tout mets succulent dans la crainte que son cuisinier ft port davantage en garder un morceau8 ,j'ai dit d'ailleurs1 autrefois1 ce que je pensais de la jalousie et comment son essence mme ne souffrait pas l'analyse1 chacun portant1 en soi-mme1 la somme d'impressions qui constituent sa vie passionnelle et la mme femme ne faisant que la dvelopper d'une faon absolument diffrente chez chacun1 si bien que1 dans cette communaut1 nul ne peut se vanter d'avoir vol quelque chose l'autre4 ,la jalousie n'en existe pas moins1 comme une des preuves les plus flagrantes de l'illogisme humain1 comme une des tortures dont le cur soit le plus profondment atteint et dchir4 ,mais qui dira de quel besoin mystrieux de souffrance se compliquent les dlices d'aimer et si ce martyre n'est pas souvent le secret1 quelquefois honteux1 souvent sublime1 des durables amours8 ,je n'y vois pas1 comme beaucoup de moralistes trop svres1 un aiguillon malpropre au dsir1 mais une soumission touchante cette grande loi naturelle qui veut qu'il y ait toujours une douleur au fond de la volupt4 ,illustration ,o jeunes gens dont l'ge n'est plus1 pour moi1 qu'un souvenir si lointain1 jeunes gens qui1 seuls1 me faites dsirer quelquefois de recommencer ma vie1 en abjurant toutes mes expriences pour votre admirable navet1 choisissez donc vos matresses parmi les plus belles6 ,n'ayez d'orgueil que dans tout ce qui fait leur beaut1 dans l'clat lilial de leur front1 dans la flamme bleue ou sombre de leur regard1 dans la fiert souveraine de leur sourire1 dans leur fidlit aux nobles types fminins qui ont cr la peinture et la statuaire4 ,d'abord vous repousserez ainsi votre part de responsabilit dans l'uvre mauvaise de l'abtardissement de la race4 ,et puis c'est genoux1 croyez-moi1 que la femme mme possde dj doit tre adore et servie4 ,il n'est pas joie si grande et si profonde que de s'abmer dans la contemplation d'un tre plus beau que soi-mme1 si intime que de s'y absorber dans son dsir fou d'ennoblissement4 ,l'amour est une religion avant d'tre une morale4 ,mais le premier point de celle-ci1 celui qui nous montre le chemin des dlices les plus grandes et les plus lgitimes est cette recherche de la ,beaut dont les conomistes seuls1 pris de repopulation1 ont le droit de se distraire1 mais qui doit tre le constant souci de ceux qui veulent tre d'honntes amants4 ,et comme ce mot honnte grandit par cet ordre de considration6 ,il implique la sincrit dans les formules de tendresse1 laquelle semblait1 sans cela1 une humiliante ironie4 ,car dire une femme qu'on l'aime1 c'est lui dire qu'on la trouve belle1-- tort ou raison d'ailleurs1--et si la vrit n'est pas le but des recherches en amour1 il n'en est pas moins vrai qu'il faut y mentir le moins possible4 ,il implique aussi la dure de la tendresse laquelle l'me volontairement se voue4 ,car une femme qui a t vraiment belle est belle toujours4 ,elle demeure belle de la splendeur naturelle de ses traits que l'ge est impuissant dformer2 elle demeure belle encore pour celui qui l'a possde jeune1 de toute cette magie des souvenirs qui sont comme les feuilles du chne que l'hiver ne fait pas tomber de l'arbre1 mais rouille d'or seulement4 ,illustration ,,ii ,tout cela constitue la morale des amours leur dbut et comme triomphantes4 ,celle des amours leur dclin est infiniment plus mritoire et douloureuse1 mais elle constitue une garantie douce et ncessaire ceux qui aiment les derniers4 ,c'est encore une preuve de notre fragilit et de notre impuissance au bonheur qu'on puisse cesser de souhaiter une femme qu'on avait cependant choisie belle et qui le plus souvent1 comme je l'ai dit tout l'heure1 l'est reste4 ,c'est ici que nous allons voir combien la morale d'amour diffre de celle qui n'a pour idal que la vrit4 ,je sais qu'il en est qui conseillent1 dans ce cas1 comme un devoir1 la plus brutale franchise1 et volontiers les femmes qui ont des doutes nous disent qu'elles la prfreraient4 ,gardez-vous de les croire6 ,si vous sentez qu'elles vous aiment encore vraiment1 mfiez-vous d'une loyaut qui pourrait tre mortelle4 ,on a vu rcemment au thtre une figure de femme qui croyait de sa dignit de dire en face1 un mari qui l'adorait et qui ne lui demandait rien1 qu'elle l'avait tromp et qui le poursuivait de son abominable confession4 ,c'tait simplement un monstre4 ,en admettant mme que sa conscience et besoin de cet aveu1 pour se soulager1 n'aurait-elle pas d faire passer1 mme son salut ternel1 aprs le bonheur et le repos d'un tre innocent de son crime8 ,ah6 la merveilleuse probit qui1 pour s'assurer la tranquillit morale soi-mme1 immole tout ce qui l'approche6 ,le devoir tait pourtant bien trac cette crature1 s'il tait vrai qu'elle se repentt3 s'humilier dans un mensonge sans trve1 se damner1 au besoin1 par le parjure1 pour souffrir seule du mal qu'elle avait fait4 ,comme j'avais raison de dire que le crime gt uniquement dans la fuite des responsabilits douloureuses qu'il implique6 ,ce n'tait pas son adultre qui avait t coupable1 c'est la rvlation qu'elle en faisait son mari sous le prtexte odieusement goste de garder l'estime de soi-mme6 ,illustration ,o vous pour qui j'cris1 n'obissez jamais cette honntet cruelle4 ,vous avez eu le courage de tromper4 ,ayez celui de mentir maintenant et de soutenir votre rle4 ,vous reprocher votre trahison6 ,parbleu6 je n'en ai nulle envie1 convaincu que nous ne faisons jamais1 en amour1 que subir des destines4 ,avons-nous mme le droit de nous drober ces tentations qui nous viennent de la ,beaut8 ,je n'en suis pas1 pour ma part1 convaincu1 et je laisse saint ,antoine son hrosme que je trouve absolument ridicule4 ,mais ce qui est hors de doute1 c'est que nous n'avons pas celui de faire souffrir qui nous aime encore de nos propres faiblesses1 si tant est qu'il y ait faiblesse dans ces lgitimes emportements4 ,c'est1 j'en conviens1 un art douloureux que celui de tromper1 pour certaines mes1 au moins1 dont le fond est demeur transparent comme des eaux limpides4 ,il vous le faudra apprendre cependant1 quand le jour sera venu1 vous qui ne fut pas dvolue cette grce d'tat des ternelles fidlits4 ,il en faudra subir la honte avec des rsignations souriantes et tous vos instants1 tous vos soucis suffiront peine cette tche difficile d'viter un rayon de lumire1 ou une larme1 aux yeux dont vous baiserez encore1 avec une fausse conviction et une menteuse ferveur1 les paupires fermes4 ,c'est une autre forme des tortures de l'amour et qui1 celle-l1 porte des compensations dans les joies1 coupables aux yeux des sots seulement1 de la trahison dlicieuse et maudite la fois4 ,illustration ,vous le voyez1 il y a une morale en amour1 faite de toutes les dlicatesses de l'me et1 en dehors de laquelle1 il n'en demeure qu'un pass sans dignit ou une institution prolifique1 et c'est dans l'observance de trs hautes lois1 d'une esthtique irrprochable et d'une humanit raffine1 qu'est toute la noblesse du sentiment o se juge le mieux la valeur relle des hommes parce que ceux-l seulement mritent qu'on les aime qui savent aimer6 ,illustration ,,xiii ,,valses ,,sans ,,musique ,valses sans musique ,i ,je suis comme les btes qui1 nonchalamment tendues aux pieds d',orphe1 gotaient1 l'entendre1 bien plus sans doute la douceur du rythme que les secrets plus dlicats de la mlodie1 inconscientes du charme qui nous vient seulement du mouvement enferm dans une cadence4 ,tout est danse1 autour de nous1 danse mystrieuse qu'un invisible archet conduit et dont nous n'entendons mme pas la musique4 ,a quel obscur chef d'orchestre obissent les toiles dans leur tournoiement majestueux8 ,la voix lointaine du rossignol monte-t-elle vers leur splendeur dore8 ,indpendamment de l'volution lente qui entrane les constellations sur leur route d'azur toujours pareille1 je vous jure que les astres ont des tressaillements que nous saisissons surtout1 quand au rveil de quelque songe o passait la bien-aime1 nous la voyons travers nos larmes4 ,illustration ,tout est valse dans la douceur souveraine des cieux constells et faussement immobiles1 et la griserie qui nous en vient est d'tre entrans dans cette ronde o des bras subtils1 ariens1 nous enveloppent d'obscures treintes1 o des chevelures d'or se dnouent quand les comtes s'effarent et succombent1 emportes1 dans l'espace1 par de mystrieux amants4 ,a nos pieds1 le long des grves1 les vagues s'enlacent aussi1 voluptueusement enchanes1 avec des fleurs de feu dans leur crinire qu'y met le scintillement nocturne du ciel4 ,et1 dans les jardins encore1 un mme souffle rapproche les tiges des roses1 comme vers le baiser furtif qu'on prend aux lvres de la danseuse perdue4 ,mais c'est aux choses du ciel qu'il faut mler nos mes1 l o des souffles plus hauts nous apprennent des tendresses ternelles1 comme l'ternel voyage des astres que de constants retours ramnent sur les chemins parcourus dj1 qui se poursuivent et s'atteignent1 sans doute1 quand l'aube fait passer la blancheur d'un voile entre nos regards lasss et leurs amours assouvies4 ,tournez1 tournez1 toiles d'or1 sur le chemin de l',infini6 ,,ii ,nous sommes en pleine fte printanire1 dans l'blouissement des roses1 dans la gloire des frondaisons4 ,mais que le bonheur est difficile ceux qui ont dj vcu6 ,qui nous rendra l'motion du premier printemps qui nous apparut1 sans que s'y mlt le souvenir de l'hiver8 ,la joie immense et sans ombre qui nous faisait croire une ternit de fleurs et de soleil bleu8 ,illustration ,maintenant1 nous savons quel rideau s'abaissera sur cette apothose4 ,dans ces fracheurs de brise1 nous devinons dj les poussires d'or dont l'automne enveloppe toutes les choses1 cette poussire d'or sombre que roulent ses perfides tideurs4 ,comme elle s'attache aux verdures dont elle ronge lentement la couleur1--tel un baiser mortel qui brle les lvres o il se prend6 ,sous son poids invisible les tiges s'inclinent et1 les sves se desschant1 les feuilles1 aujourd'hui grandes ouvertes comme les pages d'un beau livre1 se recroquevillent comme des mains de petites vieilles1 toutes sillonnes de veines o le sang ne court plus4 ,on dirait aussi des ailes d'oiseaux que le froid a figes dans l'immobilit d'un vol sans chemin vers le ciel4 ,et c'est un cliquetis de squelettes minuscules quand le vent passe dans les branches1 une plainte innombrable o chante l'ironie des joies mortes et des esprances trahies4 ,c'est tous les rayons perdus du soleil que l',automne a tisss ainsi en un linceul couleur de lumire1 un linceul la fois resplendissant et mlancolique1 fait pour le sommeil de tout ce qui fut une gloire printanire1 une splendeur1 une musique1 un parfum6 ,illustration ,cependant son haleine1 charge d'ondes et de nuages tourmente et secoue ces dbris sonores qui se choquent avec un bruit sec de crotales1 et les voil soudain qui s'envolent comme pour fuir ce souffle des ouragans1 qui s'envolent au hasard1 ple-mle1 perdus4 ,et c'est un grand tournoiement sur le velours mouill des gazons et sur le sable craquant des avenues1 une ronde aux rythmes capricieux1 une danse de fantmes1 des mandres qui suivent je ne sais quelle fantaisie prisonnire d'elle-mme1 avec des retours et de nouveaux chocs dsesprs4 ,c'est dans un cycle mystrieux que s'agitent ces rvoltes1 et1 comme ceux des constellations1 ces petits astres ples tombs de la cime des chnes et des peupliers1 suivent1 un instant1 la grande loi des gravitations circulaires4 ,c'est qu'un ciel est descendu sur la terre1 en effet2 un firmament s'est croul1 celui que forment encore1 au-dessus de nos ttes1 les verdoyantes votes d'o descendent1 sur nos fronts1 la srnit hospitalire de l'ombre1 la fracheur caressante du repos4 ,tournez1 tournez1 feuilles mortes1 sur le chemin du ,nant6 ,,iii ,comme ils se sentaient trs petits1 ils se sont gonfls pour paratre plus considrables4 ,illustration ,comme ils ne se sentaient pas d'ailes aux flancs pour monter vers le ciel de la pense1 ils se sont emplis1 comme des ballons1 en tirant parti de leur vide mme pour engloutir plus de fume4 ,la politique est un gaz qui fait cette double merveille de rendre majestueuse la sottise humaine1 en l'arrondissant1 et de lui donner une envole superficielle dont s'amuse la curiosit des badauds4 ,ils composent ainsi un peuple de petites outres1 un microcosme de vessies qui ballottent1 comme on en voit aux longs btons des paillasses dans les foires4 ,les imbciles les prennent pour des lanternes et s'imaginent qu'ils en sont clairs4 ,aucun de ces ,icares du ,louvre ne sera jamais brl au soleil2 ils ne peuvent gure monter plus haut que le vol des oies1 ce qui suffit la foule pour les charger de sauver les ,capitoles en dtresse4 ,seulement les oies1 qui vont galement en troupes1 fendent vraiment l'espace de leur vol triangulaire et y enfoncent un rel chemin4 ,eux font seulement semblant de se mouvoir vers un but2 mais1 au demeurant1 ils flottent seulement2 ils flottent1 tout en tournant1 comme d'ariennes toupies1 avec un bruit ronflant qui est la musique du creux4 ,c'est dans un cercle de mots1 chrysalides ouvertes d'ides envoles1 qu'ils font ce travail de hannetons4 ,cela ne les empche pas de tenir1 dans la socit1 une place considrable1 bien que les hannetons1 les autres1 y soient dtruits4 ,a eux s'en vont droit les honneurs1 comme les chardons semblent se dresser d'eux-mmes1 devant le nez rose des baudets4 ,leur seul tort1 est1 au fond1 de prendre ces chardons pour des palmes et de croire qu'ils broutent le sol de l',immortalit4 ,ils prennent pour les hauteurs de leur front celle de leurs oreilles4 ,ah6 mes petites outres chries1 mes mignons petits ballonnets4 ,si vous saviez comme le firmament o plane l'me des amants1 des artistes et des potes est loin du plafond de papier bleu o se collent vos modestes chimres et vos ambitions essouffles1 en attendant qu'elles y crvent comme des bulles de savon6 ,illustration ,tournez1 tournez1 pauvres ambitieux1 vers le chemin de l',oubli6 ,,iv ,il n'est qu'un amour dans la vie1 mais un amour fait souvent de plusieurs tendresses4 ,nous naissons avec un idal immuable de la ,femme1 mais qu'elles se mettent gnralement plusieurs raliser4 ,c'est comme un fruit vivant que nous portons en nous et qu'il nous faut souvent une douleur pour en arracher1 comme l'enfant que la femme avait au ventre4 ,la fable de la cte d',adam ne veut pas dire autre chose4 ,oui1 nous naissons prisonniers d'une image1 esclaves d'un type1 et nous sommes1 par avance1 les vaincus d'une certaine beaut4 ,toutes les fatalits de l',amour tiennent dans ce secret4 ,nous aussi1 nous nous dbattons dans un cercle inflexible1 nous sommes enferms dans un monde invisible1 comme mystrieusement enchans la sphre d'une plante par l'aveugle loi de nos dsirs4 ,illustration ,et nous gravitons1 nous gravitons autour de l'idole1 avec des litanies de baisers sur la bouche1 psalmodiant l'hymne monotone et sublime des caresses dans l'encens vague des extases1 tombant souvent aux pieds de faux dieux que nous brisons ensuite avec colre4 ,heureux celui qui rencontre enfin l'immortelle ,divinit de son rve2 celle en qui se ralisent les muettes aspirations de sa pense antrieure2 au front de qui ses anciens dsirs1 devenus des bonheurs1 s'allument resplendissants et clairs comme des toiles6 ,il ne se doit plus plaindre d'avoir vcu1 d'avoir souffert2 il ne se doit plus rsigner aux posthumes consolations d'une ternit problmatique4 ,il eut sa part1 ds ce monde4 ,car l'ternit peut tenir1 dans une minute1 par l'infini des joies4 ,le temps est une abstraction1 une hypothse1 une simple mesure de nos plaisirs ou de nos douleurs4 ,heureux celui qui a rencontr l'immortelle et immuable ,bien-,aime6 ,c'est une ronde aussi que les pieds ails des amoureux tracent sur les fleurs qu'ils ne meurtrissent pas1 une ronde sans fin dont la musique leur vient du ciel4 ,tournez1 tournez1 curs bien pris1 sur le chemin sacr de l',amour6 ,illustration ,,xiv ,,consolations ,consolations ,i ,d'aucuns m'ont1 assez cruellement1 fait comprendre que j'avais pass l'ge de parler encore des choses de la volupt et qu'il convient de laisser ce sujet ceux qui sont en pleine maturit de jeunesse4 ,il pourra sembler naf1 moi1 de ne pas partager leur avis2 mais c'est cependant en toute sincrit1 sinon en tout dsintressement4 ,ce n'est pas1 j'imagine1 emport par le grand torrent passionnel qui nous conduit jusqu' la quarantime anne1 que l'homme peut noter ses impressions d'amour au passage1 comme les touristes en ,suisse4 ,c'est alors1 sinon pour les sots1 le temps de vivre et non pas d'crire4 ,j'admire ceux qui gardent1 en cette tempte1 la facult d'analyser ce qu'ils ressentent et qui se plantent1 la lumire des clairs1 leur plume en plein cur comme dans une critoire4 ,cet orage peut arracher des cris de douleur au pote1 mais non pas inspirer la mditation du philosophe4 ,ce n'est que lorsqu'il est pass qu'un relatif silence permet celui-ci de se recueillir4 ,illustration ,a quel moment de la priode1 qui prcde1 le ferait-il8 ,est-ce au dbut de sa carrire d'amant1 quand les sens s'merveillent toute rencontre1 ne laissant venir encore qu'un frisson jusqu'au cur1 printemps fait de tendresses lgres1 d'clectismes infinis et fougueux1 d'lans fous vers un idal incertain flottant sous des chevelures brunes et blondes1 tincelant dans des yeux noirs ou bleus1 renaissant toutes les lvres qui sourient1 toutes les chairs qui attisent le caprice1 tous les regards qui implorent une caresse8 ,mais c'est une course folle travers les baisers et les illusions1 une envole se heurtant tous les azurs terrestres1 comme celle des oiseaux1 au sortir du nid1 ivres d'espace et inconscients encore de la puissance de leur ailes1 et cet panouissement aveugle du dsir1 dans tous les sens1 en broussailles perdues1 n'est pas pour nous permettre une halte au pays de la sagesse et de l'tude4 ,a peine laisse-t-il de durables impressions qui ne se creusent pas1 en nous1 comme la blessure d'un couteau1 mais qui s'y figent la surface seulement pour se fondre1 comme des fleurs de glace aux vitres1 aux chaleurs du soleil qui se lve4 ,et ce n'est pas quand celui-ci1 celui des tendresses moins hasardeuses et plus profondes1 nous a pntr jusqu'aux moelles de ses brlures1 que nous nous sentons la force de disserter sur nos propres tortures4 ,c'est que le vrai temps d'aimer est venu qui ne nous laisse ni le temps1 ni le souhait d'autre chose4 ,toutes ces images qui flottaient1 comme une poussire1 devant le mystre d'un type immortel qu'elles cachaient encore1 en attendant que notre me ft mre aux aspirations sans retour et aux grandes douleurs1 se sont vanouies4 ,telle1 aussi1 la fume de l'encens se dissipe au pied d'un autel1 l'heure du sacrifice4 ,l',idole est debout maintenant1 sous nos yeux1 et nos genoux se ploient en des adorations infinies4 ,mais ce ne sera pas encore le grand et religieux repos qui permet d'exhaler1 en hosannas1 ces extases4 ,ce n'est pas sur un seul front que fleurit le type immortel1 ni en une seule grce1 ni en un unique sourire4 ,pour tre plus limites1 les incertitudes du dsir n'en sont que plus violentes1 n'en comportent qu'une plus grande somme d'intensit de souffrance4 ,c'est le moment des infidlits pleines de remords1 des jalousies qui se fondent en des pardons furieux1 immrits1 de toutes les angoisses de la vie passionnelle son apoge1 en pleine conscience des volupts souveraines1 mais qu'un besoin menteur et impossible assouvir d'au-del entrane encore des luttes o les amants se dchirent1 comme des ennemis1 en des combats o ils s'adorent4 ,ce n'est pas l que gt le repos que nous fait un ,dieu pour chanter comme ,tityre et raisonner comme ,mlibe4 ,et ce n'est pas davantage quand nous sommes vaincus par la dfinitive charmeuse1 par la sirne qui1 blottie sous quelque roche de nacre1 nous attendait et nous guettait1 dans cette mer furieuse1 pour nous faire siens en une prison que ferme seul1 devant nous1 le pouvoir tout-puissant de ses charmes4 ,en cette captivit bien douce1 c'est un alanguissement infini de notre tre par une douceur de possession complte que nous avions ignore jusque-l1 par la joie subtile d'un abandon o nous ne gardons plus rien de nous-mmes1 que nous viennent la force d'aimer sans merci1 le dsir fou de nous recueillir et de nous anantir dans un tre revtu de beaut plus grande1 dont la vue a mis une me d'esclave en nous4 ,ce n'est pas encore l'esprit perdu dans ce rve qu'il faut demander des axiomes et de la mathmatique passionnelle4 ,,ii ,mais alors ne peut-on donc parler d'amour que de souvenir1 et les choses qu'on en crit ne peuvent-elles tre que des mmoires1 pour ainsi parler1 d'outre-tombe8 ,je ne le crois pas1 parce que je ne crois pas que vieillir soit ncessairement cesser d'aimer4 ,c'est aimer autrement1 voil tout4 ,en des vers exquis1 ,andr ,chnier a souhait cette tranquillit de la vieillesse dont les jeunes filles caressent les cheveux blancs4 ,j'avoue ne pas m'lever encore jusqu'au dsir de cette platonique joie et ce n'est pas ceux qui en sont l que je m'adresse2 mais ceux qui1 virils encore1 souvent autant qu'ils l'ont t jamais1 n'oublient pas cependant qu'ils ont fait les premiers pas dans le dclin de la vie4 ,je voudrais leur dire1 en toute sincrit1 les devoirs difficiles qui incombent leur conscience d'amants1 comme les joies qui leur sont permises encore4 ,avant tout1 selon moi1 doivent-ils renoncer faire la cour1 j'entends aller aux femmes qui ne sont pas visiblement portes vers eux1 ce qui sera1 j'en conviens1 de plus en plus rare1 mais arrive cependant quelquefois des hommes qui ne sont plus jeunes depuis longtemps et qui ont grand'raison d'tre fiers de ces succs spontans4 ,j'entends que l'homme1 en admettant qu'il ait t beau--hypothse plus rare encore1--doit avoir conscience qu'il ne l'est plus1 et que ce n'est pas une chose tentante1 physiquement parlant1 proposer que sa conqute4 ,or notre fiert doit tre de ne jamais rien devoir1 en amour1 la piti4 ,plus vous avez largement festoy la table des viriles tendresses1 moins vous tes excusable de vouloir recueillir les miettes de votre propre repas4 ,soyez-vous donc1 vous-mme1 un impitoyable mauvais riche1 et mourez de faim plutt que de demander l'aumne4 ,je ne puis concevoir l'homme arriv ce degr d'abaissement d'accepter qu'une femme se donne lui1 avec le soupon que c'est pour elle un sacrifice4 ,qui a connu les passionnes1 doit ddaigner lui-mme les gnreuses4 ,ne demandez donc rien qu'on ne vous doive1 par avance1 que ce qu'on veut vous donner1 et encore mfiez-vous d'tre simplement un objet de curiosit et non pas de tendresse4 ,illustration ,je sais qu'on invoque1 comme une loi naturelle1 comme l'expression d'un quilibre hasardeux entre les ges1 comme un fait rmunrateur des annes1 que les jeunes filles se donnent souvent assez volontiers aux gens d'un ge trs mr et semblent mme prouver1 pour eux1 une certaine tendresse4 ,tout tre de quelque fiert naturelle se refusera aussi profiter de cette illusion aveugle1 se faire complice d'une vritable monstruosit1 exploiter cette incertitude des sens chez un tre imparfaitement nubile4 ,il ne s'exposera pas surtout la haine et la rvolte dont il deviendrait certainement l'objet1 de la part de celle qui1 dans des bras plus jeunes1 et sous des lvres plus fraches1 aura appris enfin le secret des divines volupts4 ,de toutes les profanations il n'en est pas une qui m'indigne davantage que celle de cette ignorance sacre1 et je ne sais rien qui me rpugne plus1 dans la ,bible o les sujets d'horreur ne manquent cependant pas1 que ce vieux roi ,david condamnant une vierge au contact rpugnant de son corps snile pour boire un peu de la chaleur de sa chair6 ,pouah6 ,,iii ,rsolus ne plus courtiser les belles1 comme on disait au vieux temps1 et ne pas abuser des candeurs de l'innocence1 que nous reste-t-il1 nous que ,molire qualifiait de barbons1 ds l'ge de quarante ans1 comme on peut en juger par les indications de personnages qui sont en tte des premires ditions de ses pices8--,mais d'abord celle que nous aimons d'une dfinitive tendresse1 puis les amies d'autrefois--si nous avons eu l'esprit de rester leurs amis--et d'en avoir beaucoup1 et si la fidlit absolue--ce merle blanc en amour--n'est pas encore devenue dans nos moyens1 ce qui d'ailleurs est quelquefois humiliant pour celle qui en est l'objet1 une fidlit trop complte pouvant tre un hommage rebours4 ,elles-mmes ont1 comme nous1 pris des annes1 les pauvres6 mais une illusion tout fait touchante nous permet de les voir encore telles que nous les avons aimes1 par un mirage concordant au souvenir4 ,pourquoi n'aurions-nous pas joui1 vis--vis d'elles1 du mme privilge et leur paratre tels qu'elles nous ont connus1 ou peu prs8 ,en tout cas1 la mmoire qu'elles ont garde des antiques vaillances ne leur permet pas le mpris de ce que nous sommes maintenant4 ,n'ont-elles pas dlicieusement contribu faire les ruines que nous sommes8 ,cette constance n'a rien de ridicule et ne constitue pas une relle infidlit l'idal dont elle nous rappelle seulement le chemin4 ,c'est toujours une douceur1 pour ceux du moins qui y ont pass sans remords1 de revivre la vie vcue et c'est le mme sentiment trs mlancolique et trs doux qui nous conduit encore1 comme des plerinages1 aux lieux o nous avons souffert1 comme ceux o nous avons t heureux4 ,car le temps ne fait qu'une mme chose trs douce de nos joies et de nos douleurs passes quand nous les rveillons de l'oubli6 ,c'est que ce que nous appelons3 joie et douleur1 est toujours le fait de l'tat premier de notre me et que le mme crpuscule enveloppe les aurores et les couchants de notre pense1 dernire ressource enfin aux obstins du dsir3 ,venus ,meretrix1 qui n'est pas seulement indulgente aux adolescents6 ,illustration ,voil1 mon trs humble avis1 et dans ma volont personnelle1 en quelle dignit doivent vieillir ceux qui ont t de vritables amants1 de fervents amoureux1 avec un orgueil du pass qui les dfende des dfaillances de l'avenir1 en renonant mme aux victoires encore faciles mais dont les combats sont dloyaux1 en gardant le respect perdu de la femme dans le respect de soi-mme1 le mme amour de la femme1 mais discret1 silencieux et rsign1 s'en cachant1 au besoin1 comme d'un crime4 ,car je vous le dis1 en vrit1 ce qui peut arriver de pire1 un homme ayant eu vraiment un idal viril de l',amour1 c'est de devenir1 sur le tard1 ce qu'on appelle en province1 o ils ne manquent pas3 un vieux cochon4 ,illustration ,table4 ,i4 ,du choix d'un amant #a ,,ii4 ,qui aime le plus #ai ,,iii4 ,ce qu'il faut entendre par le cur #cg ,,iv4 ,le jeu dangereux #ec ,v4 ,faut-il tre jaloux #ga ,,vi4 ,des diffrentes faons d'tre belle #hi ,,vii4 ,le bon parjure #ajg ,,viii4 ,ce qu'est la femme pour qui l'aime vraiment #abe ,,ix4 ,de la plastique en amour #adc ,x4 ,subtilits passionnelles #afa ,,xi4 ,de l'illusion en amour #agg ,,xii4 ,le trsor de la morale #aie ,,xiii4 ,valses sans musique #bac ,,xiv4 ,consolations #bbi ,,vreux1 ,,imprimerie ,,de ,,charles ,h,,rissey 99 99 99 99 99 ,corrections4 ,page #db3 je je remplac par je 7,en amour je n'en vois pas74 ,page #ee3 exangues remplac par exsangues 7exsangues de plaisir se cherchent encore74 ,page #fb3 le jour1 o vous remmorant remplac par le jour o1 vous remmorant4 ,page #gd3 sons remplac par sous 7la route gale sous l'azur74 ,page #aii3 dangeureux remplac par dangereux 7pour qu'il ne soit pas dangereux 74 ,page #bag3 haut remplac par hauts 7l o des souffles plus hauts74 ,page #bbd3 plu remplac par plus 7ne peuvent gure monter plus haut74