,,maurice ,,maet]l9k ,l',,intellig5ce ,,des ,,fleurs ,,deuxi,,me ,,mille ,,p>is ,,biblio?,,que-,,*>p5ti] ,,eug,,ne ,,fasquelle1 ,,diteur #aa1 ,,rue ,,de ,,gr5elle1 #aa #aijg ,l',,intellig5ce ,,des ,,fleurs ,,ouvrages ,,du ,m,,me ,,auteur ,,le ,,tr,,sor ,,des ,,humbles 7,m]cure de ,france74 7#ac dition7 #c fr4 #ej ,,la ,,sagesse ,,et ,,la ,,de/9,e 7#bf mille74 7,fasquelle1 dit47 #c fr4 #ej ,,la ,,vie ,,des ,,abeilles 7#cb mille74 7,fasquelle1 dit47 #c fr4 #ej ,,monna ,,vanna1 pice en #c actes 7#bd mille74 7,fasquelle1 dit47 #b fr4 ,,joyzelle1 pice en #e actes 7#aj mille74 7,fasquelle1 dit47 #c fr4 #ej ,,le ,,temple ,,enseveli 7#af mille74 7,fasquelle74 #c fr4 #ej ,,?,,tre4 7,lacomblez1 diteur ,bruxelles1 ,belgique7 #c vol4 #c fr4 #ej ,l',,ornem5t ,,des ,,noces ,,spirituelles1 de ,ruysbrck l',admirable1 traduit du flam& et prcd d'une ,introduction4 7,lacomblez1 dit47 #e fr4 ,,les ,,disciples ,a ,,sa,s ,,et ,,les ,,fragm5ts ,,de ,,novalis1 traduits de l'allem& et prcds d'une ,introduction4 7,lacomblez1 dit47 #e fr4 ,,s]res ,,*audes 7posies74 7,lacomblez1 dit47 #c fr4 ,,album ,,de ,,d\ze ,,*ansons4 7,/ock1 dit47 #aj fr4 ,,le ,,d\ble ,,j>d9 7#ab mille74 7,fasquelle7 #c fr4 #ej ,b--#fibj4--;,impr4 ,,mott]oz et ,,m>t9et1 #g1 rue ,sa9t-,b5ot1 ,p>is4 ,t\s droits rs]vs4 ,il a t tir de cet #ae exemplaires numrots sur papi] du ,japon et #de exemplaires numrots sur papi] de ,holl&e4 ,l',,intellig5ce ,,des ,,fleurs ,i ,je veux simplem5t rappel] ici quelques faits connus de t\s les botani/es4 ,je n'ai fait aucune dc\v]te1 et mon mode/e apport se rduit quelques obs]vations lm5taires4 ,je n'ai pas1 cela va sans dire1 l'int5tion de pass] en revue t\tes les preuves d'intellig5ce que n\s donn5t les plantes4 ,ces preuves sont innombrables1 cont9uelles1 surt\t p>mi les fleurs1 o se conc5tre l'ef=t de la vie vgtale v]s la lumire et v]s l'esprit4 ,s'il se r5contre des plantes et des fleurs maladroites ou mal*anceuses1 il n'en e/ po9t qui soi5t entirem5t dnues de sagesse et d'+niosit4 ,t\tes s'v]tu5t l'accomplissem5t de leur uvre2 t\tes ont la magnifique ambition d'envahir et de conqurir la surface du globe en y multipliant l'inf9i la =me d'exi/5ce qu'elles reprs5t5t4 ,p\r atte9dre ce b1 elles ont1 raison de la loi qui les en*ane au sol1 va9cre des difficults bi5 plus gr&es que celles qui s'oppos5t la multiplication des animaux4 ,aussi1 la plup>t ont-elles rec\rs des ruses1 des comb9aisons1 une ma*9]ie1 des piges1 qui1 s\s le rapport de la mcanique1 de la bali/ique1 de l'aviation1 de l'obs]vation des insectes1 p> exemple1 prcdr5t s\v5t les inv5tions et les connaissances de l'homme4 ,,ii ,il s]ait sup]flu de retrac] le tableau des gr&s sy/mes de la fcondation florale3 le jeu des tam9es et du pi/il1 la sduction des p>fums1 l'appel des c\leurs h>monieuses et clatantes1 l'laboration du nect>1 absolum5t inutile la fleur1 et qu'elle ne fabrique que p\r attir] et ret5ir le librateur trang]1 le messag] d'am\r1 abeille1 b\rdon1 m\*e1 papillon1 phalne1 qui doit lui apport] le bais] de l'amant lo9ta91 invisible1 immobile444 ,ce monde vgtal qui n\s p>at si paisible1 si rsign1 o t\t semble acceptation1 sil5ce1 obissance1 recueillem5t1 e/ au contraire celui o la rvolte contre la de/9e e/ la plus vhm5te et la plus ob/9e4 ,l'organe ess5tiel1 l'organe n\rrici] de la plante1 sa rac9e1 l'atta*e indissolublem5t au sol4 ,s'il e/ difficile de dc\vrir1 p>mi les gr&es lois qui n\s accabl5t1 celle qui pse le plus l\rdem5t nos paules1 p\r la plante1 il n'y a pas de d\te3 c'e/ la loi qui la condamne l'immobilit depuis sa naissance jusqu' sa mort4 ,aussi sait-elle mieux que n\s1 qui disp]sons nos ef=ts1 contre quoi d'abord s'insurg]4 ,et l'n]gie de son ide fixe qui monte des tnbres de ses rac9e p\r s'organis] et s'pan\ir dans la lumire de sa fleur1 e/ un spectacle incomp>able4 ,elle se t5d t\t entire dans un mme desse93 *app] p> le haut la fatalit du bas2 lud]1 transgress] la l\rde et sombre loi1 se dlivr]1 bris] l'troite sphre1 inv5t] ou invoqu] des ailes1 s'vad] le plus lo9 possible1 va9cre l'espace o le de/9 r5f]me1 se rappro*] d'un autre rgne1 pntr] dans un monde m\vant et anim444 ,qu'elle y p>vi5ne1 n'e/-ce pas aussi surpr5ant que si n\s russissions vivre hors du temps qu'un autre de/9 n\s assigne1 ou n\s introduire dans un univ]s libr des lois les plus pesantes de la matire8 ,n\s v]rons que la fleur donne l'homme un prodigieux exemple d'ins\mission1 de c\rage1 de p]svrance et d'+niosit4 ,si n\s avions mis s\lev] div]ses ncessits qui n\s cras5t1 celles1 p> exemple1 de la d\leur1 de la vieillesse et de la mort1 la moiti de l'n]gie qu'a dploye telle petite fleur de nos j>d9s1 il e/ p]mis de croire que notre sort s]ait trs diffr5t de ce qu'il e/4 ,,iii ,ce beso9 de m\vem5t1 cet apptit d'espace1 *ez la plup>t des plantes1 se manife/e la fois dans la fleur et dans le fruit4 ,il s'explique aism5t dans le fruit2 ou1 en t\t cas1 n'y dcle qu'une expri5ce1 une prvoyance mo9s complexe4 ,au reb\rs de ce qui a lieu dans le rgne animal1 et cause de la t]rible loi d'immobilit absolue1 le premi] et le pire ennemi de la gra9e1 c'e/ la s\*e pat]nelle4 ,n\s sommes dans un monde biz>re1 o les p>5ts1 incapables de se dplac]1 sav5t qu'ils sont condamns affam] ou t\ff] leurs rejetons4 ,t\te sem5ce qui tombe au pi$ de l'arbre ou de la plante e/ p]due ou g]m]a dans la misre4 ,de l l'imm5se ef=t p\r sec\] le j\g et conqurir l'espace4 ,de l les m]veilleux sy/mes de dissm9ation1 de propulsion1 d'aviation1 que n\s tr\vons de t\tes p>ts dans la =t et dans la pla9e2 entre autres1 p\r ne cit] en passant que quelques-uns des plus curieux3 l'hlice ari5ne ou sam>e de l'rable1 la bracte du ,tilleul1 la ma*9e plan] du ,*>don1 du ,piss5lit1 du ,salsifis2 les ressorts dtonnants de l',euphorbe1 l'extraord9aire poire gicl] de la ,momordique1 les cro*ets la9e des riophiles2 et mille autres mcanismes inatt5dus et /upfiants1 c> il n'e/1 p\r a9si dire1 aucune sem5ce qui n'ait inv5t de t\tes pices quelque procd bi5 elle p\r s'vad] de l'ombre mat]nelle4 ,on ne saurait croire1 en effet1 si l'on n'a quelque peu pratiqu la ,botanique1 ce qu'il se dp5se d'imag9ation et de gnie dans t\te cette v]dure qui rj\it nos yeux4 ,reg>dez1 p> exemple1 la jolie m>mite gra9es du ,m\ron r\ge1 les c9q valves de la ,balsam9e1 les c9q capsules dt5te du ,granium1 etc4 ,n'oubliez pas d'exam9]1 l'occasion1 la vulgaire tte de ,pavot qu'on tr\ve *ez t\s les h]bori/es4 ,il y a1 dans cette bonne grosse tte1 une prud5ce1 une prvoyance dignes des plus gr&s loges4 ,on sait qu'elle r5f]me des milli]s de petites gra9es noires extrmem5t m5ues4 ,il s'agit de dissm9] cette sem5ce le plus adroitem5t et le plus lo9 possible4 ,si la capsule qui la conti5t se f5dait1 tombait ou s'ouvrait p> le bas1 la prcieuse p\dre noire ne =m]ait qu'un tas inutile au pi$ de la tige4 ,mais elle ne peut sortir que p> des ouv]tures p]ces t\t en haut de l'enveloppe4 ,celle-ci1 une fois mre1 se p5*e sur son pdoncule1 enc5se au mo9dre s\ffle et sme1 littralem5t1 avec le ge/e mme du semeur1 les gra9es dans l'espace4 99 99 99 99 99 ,p>l]ai-je des gra9es qui prvoi5t leur dissm9ation p> les oiseaux et qui1 p\r les t5t]1 se blottiss5t1 comme le ,gui1 le ,g5vri]1 le ,sorbi]1 etc41 au fond d'une enveloppe sucre8 ,il y a l un tel raisonnem5t1 une telle ent5te des causes f9ales1 qu'on n'ose gure insi/] de peur de r5\vel] les naves erreurs de ,b]n>d9 de ,sa9t-,pi]re4 ,p\rtant les faits ne s'expliqu5t pas autrem5t4 ,l'enveloppe sucre e/ aussi inutile la gra9e que le nect>1 qui attire les abeilles1 l'e/ la fleur4 ,l'oiseau mange le fruit p>ce qu'il e/ sucr et avale en mme temps la gra9e qui e/ indige/ible4 ,l'oiseau s'envole et r5d peu prs1 telle qu'il l'a reue1 la sem5ce db>rasse de sa ga9e et prte g]m] lo9 des dang]s du lieu natal4 ,,iv ,mais rev5ons des comb9aisons plus simples4 ,cueillez au bord de la r\te1 dans la premire t\ffe v5ue1 un br9 d'h]be quelconque2 et v\s surpr5drez l'uvre une petite intellig5ce indp5dante1 inlassable1 imprvue4 ,voici deux pauvres plantes rampantes que v\s avez mille fois r5contres dans vos prom5ades1 c> on les tr\ve en t\s lieux et jusque dans les co9s les plus +rats o s'e/ g>e une p9ce d'humus4 ,ce sont deux v>its de ,luz]nes 7,m$icago7 sauvages1 deux mauvaises h]bes au s5s le plus mode/e de ce mot4 ,l'une porte une fleur r\getre1 l'autre une h\ppette jaune de la grosseur d'un pois4 ,a les voir se gliss] et se dissimul] dans le gazon1 p>mi les orgueilleuses gram9es1 on ne se cl\t]ait jamais qu'elles ont1 bi5 avant l'illu/re gomtre et physici5 de ,syracuse1 dc\v]t et t5t d'appliqu]1 non pas l'lvation des liquides1 mais l'aviation1 les tonnantes proprits de la vis d',ar*imde4 ,elles log5t donc leurs gra9es en de lgres spirales1 trois ou quatre rvolutions1 admirablem5t con/ruites1 comptant bi5 a9si ral5tir leur *ute et1 p> consqu5t1 avec l'aide du v5t1 prolong] leur voyage ari54 ,l'une d'elles1 la jaune1 a mme p]fectionn l'app>eil de la r\ge en g>nissant les bords de la spirale d'un d\ble rang de po9tes1 dans l'int5tion vid5te de l'accro*] au passage1 soit aux vtem5ts des prom5eurs1 soit la la9e des animaux4 ,il e/ clair qu'elle espre jo9dre les avantages de l'riophilie1 c'e/--dire de la dissm9ation des gra9es p> les m\tons1 les *vres1 les lap9s1 etc41 ceux de l'anmophilie ou dissm9ation p> le v5t4 ,le plus t\*ant1 dans t\t ce gr& ef=t1 c'e/ qu'il e/ inutile4 ,les pauvres ,luz]nes r\ges et jaunes se sont trompes4 ,leurs rem>quables vis ne leur s]v5t de ri54 ,elles ne p\rrai5t fonctionn] que si elles tombai5t d'une c]ta9e hauteur1 du fate d'un gr& arbre ou d'une altire gram9e2 mais1 con/ruites au ras de l'h]be1 pe9e ont-elles fait un qu>t de t\r1 qu'elles t\*5t dj t]re4 ,n\s avons l un curieux exemple des erreurs1 des ttonnem5ts1 des expri5ces et des petits mcomptes1 assez frqu5ts1 de la nature3 c> il faut ne l'avoir gure tudie p\r affirm] que la nature ne se trompe jamais4 ,rem>quons1 en passant1 que d'autres v>its de ,luz]nes1 sans p>l] du ,trfle1 autre lgum9euse papilionace qui se confond presque avec celle dont n\s n\s occupons ici1 n'ont pas adopt ces app>eils d'aviation1 et s'en ti5n5t la m?ode primitive de la g\sse4 ,*ez l'une d'elles1 la ,m$icago aurantiaca1 on saisit trs nettem5t la transition de la g\sse cont\rne l'hlice4 ,une autre v>it1 la ,m$icago scutellata1 arrondit cette hlice en =me de b\le1 etc4 ,il semble donc que n\s assi/ions au passionnant spectacle d'une espce en travail d'inv5tion1 aux essais d'une famille qui n'a pas encore fix sa de/9e et *]*e la meilleure faon d'assur] l'av5ir4 ,n'e/-ce peut-tre pas au c\rs de cette re*]*e1 qu'ayant t due p> la spirale1 la ,luz]ne jaune y aj\ta les po9tes ou cro*ets la9e1 se disant1 non sans raison1 que puisque son feuillage attire les brebis1 il e/ 9vitable et ju/e que celles-ci assum5t le s\ci de sa desc5dance8 ,et n'e/-ce pas1 enf91 grce ce n\vel ef=t et cette bonne ide que la ,luz]ne fleurs jaunes e/ inf9im5t plus rp&ue que sa plus robu/e c\s9e qui porte des fleurs r\ges8 ,v ,ce n'e/ pas seulem5t dans la gra9e ou la fleur1 mais dans la plante entire1 tiges1 feuilles1 rac9es1 que l'on dc\vre1 si l'on veut bi5 s'incl9] un in/ant sur leur humble travail1 ma9tes traces d'une intellig5ce avise et vivante4 ,rappelez-v\s les magnifiques ef=ts v]s la lumire des bran*es contr>ies1 ou l'+nieuse et c\rageuse lutte des arbres en dang]4 ,p\r moi1 je n'oubli]ai jamais l'admirable exemple d'hrosme que me donnait l'autre j\r1 en ,prov5ce1 dans les sauvages et dlicieuses gorges du ,l\p1 t\t embaumes de violettes1 un norme ,lauri] c5t5aire4 ,on lisait aism5t sur son tronc t\rm5t et p\r a9si dire convulsif1 t\t le drame de sa vie t5ace et difficile4 ,un oiseau ou le v5t1 matres des de/9es1 avait port la gra9e au flanc du roc tombant pic comme un rideau de f]2 et l'arbre tait n l1 deux c5ts mtres au-dessus du torr5t1 inaccessible et solitaire1 p>mi les pi]res ard5tes et /riles4 ,ds les premires heures1 il avait envoy les aveugles rac9es la longue et pnible re*]*e de l'eau prcaire et de l'humus4 ,mais ce n'tait que le s\ci hrditaire d'une espce qui connat l'aridit du ,midi4 ,la jeune tige avait rs\dre un problme bi5 plus grave et plus inatt5du3 elle p>tait d'un plan v]tical1 en sorte que son front1 au lieu de mont] v]s le ciel1 p5*ait sur le g\ffre4 ,il avait donc fallu1 malgr le poids croissant des bran*es1 r$ress] le premi] lan1 c\d]1 op9itrem5t1 au ras du roc1 le tronc dconc]t1 et ma9t5ir a9si1--comme un nageur qui r5v]se la tte1--p> une volont1 une t5sion1 une contraction incessantes1 t\te droite dans l'azur1 la l\rde c\ronne de feuilles4 ,ds lors1 aut\r de ce nud vital1 s'tai5t conc5trs t\tes les proccupations1 t\te l'n]gie1 t\t le gnie consci5t et libre de la plante4 ,le c\de mon/rueux1 hyp]trophi1 rvlait une une les inquitudes successives d'une sorte de p5se qui savait pr(it] des av]tissem5ts que lui donnai5t les pluies et les temptes4 ,d'anne en anne1 s'al\rdissait le dme de feuillage1 sans autre s\ci que de s'pan\ir dans la lumire et la *aleur1 t&is qu'un *ancre obscur rongeait pr(ondm5t le bras tragique qui le s\t5ait dans l'espace4 ,alors1 obissant je ne sais quel ordre de l'in/9ct1 deux solides rac9es1 deux cbles *evelus1 sortis du tronc plus de deux pi$s au-dessus du c\de1 tai5t v5us am>r] celui-ci la p>oi de granit4 ,avai5t-ils vraim5t t voqus p> la dtresse1 ou bi51 att5dai5t-ils1 peut-tre prvoyants1 depuis les premi]s j\rs1 l'heure aigu du pril p\r r$\bl] leur aide8 ,n'tait-ce qu'un has>d heureux8 ,quel il huma9 assi/]a jamais ces drames muets et trop longs p\r notre petite vie,a8 ,,vi ,p>mi les vgtaux qui donn5t les preuves les plus frappantes d'initiative1 les plantes qu'on p\rrait appel] animes ou s5sibles aurai5t droit une tude dtaille4 ,je me cont5t]ai de rappel] les eff>\*em5ts dlicieux de la ,s5sitive1 la ,mimosa pudique que n\s connaissons t\s4 ,d'autres h]bes m\vem5ts spontans sont plus ignores2 les ,hdys>es1 notamm5t1 entre lesquelles l',hdys>ium gyrans ou ,sa9fo9 oscillant1 s'agite d'une faon bi5 surpr5ante4 ,cette petite lgum9euse1 orig9aire du ,b5gale1 mais s\v5t cultive dans nos s]res1 excute une sorte de danse p]ptuelle et complique en l'honneur de la lumire4 ,ses feuilles se divis5t en trois folioles1 l'une l>ge et t]m9ale1 les deux autres troites et plantes la naissance de la premire4 ,*acune de ces folioles e/ anime d'un m\vem5t propre et diffr5t4 ,elles viv5t dans une agitation ry?mique1 presque *ronomtrique et incessante4 ,elles sont tellem5t s5sibles la cl>t que leur danse s'al5tit ou s'acclre selon que les nuages voil5t ou dc\vr5t le co9 de ciel qu'elles contempl5t4 ,ce sont1 comme on voit1 de vritables photomtres2 et bi5 avant l'inv5tion de ,crook1 des o?oscopes naturels4 ,,vii ,mais ces plantes1 auxquelles il faudrait aj\t] les ,rossolis1 les ,diones et bi5 d'autres1 sont dj des tres n]veux dpassant un peu la crte my/rieuse et probablem5t imag9aire qui sp>e le rgne vgtal de l'animal4 ,il n'e/ pas ncessaire de mont] jusque-l1 et l'on tr\ve autant d'intellig5ce et presque autant de spontanx visible1 l'autre extrmit du monde qui n\s occupe1 dans les bas-fonds o la plante se di/+ue pe9e du limon ou de la pi]re3 j'ent5ds p>l] de la fabuleuse tribu des ,cryptogames1 qu'on ne peut tudi] qu'au microscope4 ,c'e/ p\rquoi n\s la pass]ons s\s sil5ce1 bi5 que le jeu des spores du ,*ampignon1 de la ,f\gre et surt\t de la ,prle ou ,queue-de-rat1 soit d'une dlicatesse1 d'une +niosit incomp>able4 ,mais p>mi les plantes aquatiques1 habitantes des vases et des b\es orig9elles1 s'opr5t de mo9s secrtes m]veilles4 ,comme la fcondation de leurs fleurs ne peut se faire s\s l'eau1 *acune d'elles a imag9 un sy/me diffr5t p\r que le poll5 puisse se dissm9] sec4 ,a9si les ,zo/res1 c'e/--dire le vulgaire ,v>e* dont on fait des matelas1 r5f]m5t soigneusem5t leur fleur dans une vritable clo*e plongeur2 les ,nnuph>s envoi5t la leur s'pan\ir la surface de l'tang1 l'y ma9ti5n5t et l'y n\rriss5t sur un int]m9able pdoncule qui s'allonge ds que s'lve le niveau de l'eau4 ,le faux ,nnuph> 7,vill>sia nymphoides71 n'ayant pas de pdoncule allongeable1 l*e t\t simplem5t les si5nes qui mont5t et crv5t comme des bulles4 ,la ,macre ou ,*taigne d'eau 7,trapa natans7 les munit d'une sorte de vessie gonfle d'air2 elles mont5t1 s'ouvr5t1 puis1 la fcondation accomplie1 l'air de la vessie e/ remplac p> un liquide mucilag9eux plus l\rd que l'eau1 et t\t l'app>eil r$esc5d dans la vase o mriront les fruits4 ,le sy/me de l',utriculaire e/ encore plus compliqu4 ,voici comme le dcrit ,m4 ,h4 ,bocquillon dans ,la ,vie des ,plantes3 ,ces plantes1 communes dans les tangs1 les fosss1 les m>es1 les flaques d'eau des t\rbires1 ne sont pas visibles en hiv]2 elles repos5t sur la vase4 ,leur tige allonge1 grle1 tranante1 e/ g>nie de feuilles rduites des filam5ts ramifis4 ,a l'aisselle des feuilles a9si trans=mes1 on rem>que une sorte de petite po*e pyri=me1 dont l'extrmit suprieure et aigu e/ munie d'une ouv]ture4 ,cette ouv]ture porte une s\pape qui ne peut s'ouvrir que du dehors en d$ans2 les bords en sont g>nis de poils ramifis2 l'intrieur de la po*e e/ tapiss d'autres petits poils scrteurs qui lui donn5t l'aspect du vel\rs4 ,lorsque le mom5t de la floraison e/ arriv1 les petites outres axillaires se rempliss5t d'air2 plus cet air t5d s'*app]1 mieux il f]me la s\pape4 ,en df9itive1 il donne la plante une gr&e lgret spcifique et l'amne la surface de l'eau4 ,c'e/ alors seulem5t que s'pan\iss5t ces *>mantes petites fleurs jaunes qui simul5t de biz>res petits museaux aux lvres plus ou mo9s r5fles1 dont le palais e/ /ri de lignes oranges ou f]rug9euses4 ,p5dant les mois de ju91 juillet1 aot1 elles montr5t leurs fra*es c\leurs au milieu des dtritus vgtaux1 s'levant gracieusem5t au-dessus de l'eau b\rbeuse4 ,mais la fcondation s'e/ effectue1 le fruit se dveloppe1 les rles *ang5t2 l'eau ambiante pse sur la s\pape des utricules1 l'enfonce1 se prcipite dans la cavit1 al\rdit la plante et la =ce r$esc5dre dans la vase4 ,n'e/-il pas curieux de voir ramasses en ce petit app>eil immmorial quelques-unes des plus fcondes et des plus rc5tes inv5tions huma9es3 le jeu des valves ou des s\papes1 la pression des liquides et de l'air1 le pr9cipe d',ar*imde tudi et utilis8 ,comme le fait obs]v] l'auteur que n\s v5ons de cit]1 l'+nieur qui le premi] atta*a au btim5t c\l fond un app>eil de flottage1 ne se d\tait gure qu'un procd analogue tait en usage depuis des milli]s d'annes4 ,dans un monde que n\s croyons inconsci5t et dnu d'intellig5ce1 n\s n\s imag9ons d'abord que la mo9dre de nos ides cre des comb9aisons et des rapports n\veaux4 ,a exam9] les *oses de plus prs1 il p>at inf9im5t probable qu'il n\s e/ impossible de crer quoi que ce soit4 ,d]ni]s v5us sur cette t]re1 n\s retr\vons simplem5t ce qui a t\j\rs exi/2 n\s refaisons comme des enfants m]veills la r\te que la vie avait faite avant n\s4 ,il e/ du re/e =t naturel et rcon=tant qu'il en soit a9si4 ,mais n\s revi5drons sur ce po9t4 ,,viii ,n\s ne p\vons quitt] les plantes aquatiques sans rappel] brivem5t la vie de la plus romanesque d'entre elles3 la lg5daire ,vallisnre ou ,vallisnrie1 une ,hydro*>ide dont les noces =m5t l'pisode le plus tragique de l'hi/oire am\reuse des fleurs4 ,la ,vallisnre e/ une h]be assez insignifiante1 qui n'a ri5 de la grce trange du ,nnuph> ou de c]ta9es *evelures s\s-m>9es4 ,mais on dirait que la nature a pris plaisir mettre en elle une belle ide4 ,t\te l'exi/5ce de la petite plante se passe au fond de l'eau1 dans une sorte de demi-sommeil1 jusqu' l'heure nuptiale o elle aspire une vie n\velle4 ,alors1 la fleur femelle dr\le l5tem5t la longue spirale de son pdoncule1 monte1 m]ge1 vi5t plan] et s'pan\ir la surface de l'tang4 ,d'une s\*e vois9e1 les fleurs mles qui l'entrevoi5t trav]s l'eau ensoleille1 s'lv5t leur t\r1 ple9es d'espoir1 v]s celle qui se balance1 les att5d1 les appelle dans un monde magique4 ,mais arrives mi-*em91 elles se s5t5t brusquem5t ret5ues3 leur tige1 s\rce mme de leur vie1 e/ trop c\rte2 elles n'atte9dront jamais le sj\r de lumire1 le seul o se puisse accomplir l'union des tam9es et du pi/il4 ,e/-il dans la nature inadv]tance ou preuve plus cruelle8 ,imag9ez le drame de ce dsir1 l'inaccessible que l'on t\*e1 la fatalit transp>5te1 l'impossible sans ob/acle visible6444 ,il s]ait insoluble comme notre propre drame sur cette t]re2 mais voici que s'y mle un lm5t inatt5du4 ,les mles avai5t-ils le press5tim5t de leur dception8 ,t\j\rs e/-il qu'ils ont r5f]m dans leur cur une bulle d'air1 comme on r5f]me dans son me une p5se de dlivrance dsespre4 ,on dirait qu'ils hsit5t un in/ant2 puis1 d'un ef=t magnifique1--le plus surnaturel que je sa*e dans les fa/es des insectes et des fleurs1--p\r s'lev] jusqu'au bonheur1 ils romp5t dlibrm5t le li5 qui les atta*e l'exi/5ce4 ,ils s'arra*5t leur pdoncule1 et d'un incomp>able lan1 p>mi des p]les d'allgresse1 leurs ptales vi5n5t crev] la surface des eaux4 ,blesss mort mais radieux et libres1 ils flott5t un mom5t aux cts de leurs ins\cieuses fiances2 l'union s'accomplit1 aprs quoi les sacrifis s'en vont prir la drive1 t&is que l'p\se dj mre clt sa corolle o vit leur d]ni] s\ffle1 enr\le sa spirale et r$esc5d dans les pr(ondeurs p\r y mrir le fruit du bais] hroque4 ,faut-il t]nir ce joli tableau1 rig\reusem5t exact mais vu du ct de la lumire1 en le reg>dant galem5t du ct de l'ombre8 ,p\rquoi pas8 ,il y a p>fois du ct de l'ombre des vrits t\t aussi intressantes que du ct de la lumire4 ,cette dlicieuse tragdie n'e/ p>faite que lorsqu'on considre l'intellig5ce1 les aspirations de l'espce4 ,mais si l'on obs]ve les individus1 on les v]ra s\v5t s'agit] maladroitem5t et contre-s5s dans ce plan idal4 ,tantt les fleurs mles mont]ont la surface qu& il n'y a pas encore de fleurs pi/illes dans le vois9age4 ,tantt1 lorsque l'eau basse leur p]mettrait de rejo9dre aism5t leurs compagnes1 elles n'en rompront pas mo9s1 ma*9alem5t et inutilem5t1 leur tige4 ,n\s con/atons ici1 une fois de plus1 que t\t le gnie rside dans l'espce1 la vie ou la nature2 et que l'individu e/ peu prs /upide4 ,*ez l'homme seul il y a mulation relle entre les deux intellig5ces1 t5dance de plus en plus prcise1 de plus en plus active une sorte d'quilibre qui e/ le gr& secret de notre av5ir4 ,,ix ,les plantes p>asites n\s (frirai5t galem5t de s+uli]s et malicieux spectacles1 telle cette tonnante ,gr&e ,cuscute qu'on appelle vulgairem5t ,teigne ou ,b>be de mo9e4 ,elle n'a pas de feuilles1 et pe9e sa tige a-t-elle atte9t quelques c5timtres de longueur1 qu'elle ab&onne volontairem5t ses rac9es1 p\r s'enr\l] aut\r de la victime qu'elle a *oisie et dans laquelle elle enfonce ses suoirs4 ,ds lors1 elle vit exclusivem5t aux dp5s de sa proie4 ,il e/ impossible de tromp] sa p]spicacit1 elle refus]a t\t s\ti5 qui ne lui plat pas1 et ira *]*]1 assez lo9 s'il le faut1 la tige de ,*anvre1 de ,h\blon1 de ,luz]ne ou de ,l9 qui convi5t son tempram5t et ses gts4 ,cette ,gr&e ,cuscute appelle naturellem5t notre att5tion sur les plantes grimpantes1 qui ont des murs trs rem>quables et dont il faudrait dire un mot4 ,du re/e1 ceux d'entre n\s qui ont quelque peu vcu la campagne ont eu ma9tes fois l'occasion d'admir] l'in/9ct1 la sorte de vision qui dirige les vrilles de la ,vigne vi]ge ou du ,volubilis1 v]s le man*e d'un rteau ou d'une b*e pos contre un mur4 ,dplacez le rteau1 et le l5dema9 la vrille se s]a compltem5t ret\rne et l'aura retr\v4 ,s*op5hau]1 dans son trait3 ,ueb] d5 ,will5 9 d] ,natur1 au *apitre consacr la physiologie des plantes1 rsume sur ce po9t et sur plusieurs autres une f\le d'obs]vations et d'expri5ces qu'il s]ait trop long de rapport] ici4 ,j'y r5voie donc le lecteur2 il y tr\v]a l'indication de nombreuses s\rces et rfr5ces4 ,ai-je beso9 d'aj\t] que depuis c9quante ou soixante ans1 ces s\rces se sont trangem5t multiplies et qu'au surplus1 la matire e/ presque 9puisable8 ,entre tant d'inv5tions1 de ruses1 de prcautions div]ses1 citons encore1 titre d'exemples1 la prud5ce de l',hyosride rayonnante 7,hyos]is radiata71 petite plante fleurs jaunes1 assez semblable au ,piss5lit1 et qu'on tr\ve frquemm5t sur les vieux murs de la ,rivi]a4 ,af9 d'assur] la fois la dissm9ation et la /abilit de sa race1 elle porte en mme temps deux espces de gra9es3 les unes se dta*5t facilem5t et sont munies d'ailes p\r se livr] au v5t1 t&is que les autres qui en sont dp\rvues1 demeur5t prisonnires dans l'infloresc5ce et ne sont libres que lorsque celle-ci se dcompose4 ,le cas de la ,lamp\rde p9euse 7,xan?ium sp9osum7 n\s montre quel po9t sont bi5 conu et russiss5t effectivem5t c]ta9s sy/mes de dissm9ation4 ,cette ,lamp\rde e/ une affreuse mauvaise h]be hrisse de po9tes b>b>es4 ,il n'y a pas bi5 longtemps1 elle tait inconnue dans l',europe occid5tale1 et p]sonne1 naturellem5t1 n'avait song l'y acclimat]4 ,elle doit ses conqutes aux cro*ets qui g>niss5t les capsules de ses fruits et qui s'agriff5t la toison des animaux4 ,orig9aire de la ,russie1 elle n\s e/ arrive dans les ballots de la9e imports du fond des /eppes de la ,moscovie1 et l'on p\rrait suivre sur la c>te les tapes de cette gr&e migratrice qui s'annexa un n\veau monde4 ,la ,silne d',italie 7,sil5e ,italica71 petite fleur blan*e et nave qu'on tr\ve en abondance s\s les olivi]s1 a fait travaill] sa p5se dans une autre direction4 ,app>emm5t trs cra9tive1 trs susceptible1 p\r vit] la visite d'insectes incommodes et indlicats1 elle g>nit ses tiges de poils gl&uleux d'o su9te une liqueur visqueuse et o se pr5n5t si bi5 les p>asites que les paysans du ,midi utilis5t la plante comme attrape-m\*es dans leurs maisons4 ,c]ta9es espces de ,silnes ont d'ailleurs +nieusem5t simplifi le sy/me4 ,comme c'e/ surt\t les f\rmis qu'elles r$\t5t1 elles ont tr\v qu'il suffisait1 p\r les emp*] de pass]1 de dispos] s\s le nud de *aque tige un l>ge anneau gluant4 ,c'e/ exactem5t ce que font les j>d9i]s qu& ils trac5t aut\r du tronc des pommi]s af9 d'arrt] l'asc5sion des *5illes1 un anneau de g\dron4 ,ceci n\s mn]ait tudi] les moy5s de df5se des plantes4 ,m4 ,h5ri ,c\p91 dans un excell5t livre de vulg>isation3 ,les ,plantes orig9ales1 auquel je r5voie le lecteur qui dsire de plus amples dtails1 exam9e quelques-unes de ces armes biz>res4 ,il y a d'abord la passionnante "q des p9es1 au sujet desquelles un lve de la ,sorbonne1 ,m4 ,lo!li]1 a fait de trs curieuses expri5ces1 qui pr\v5t que l'ombre et l'humidit t5d5t supprim] les p>ties piquantes des vgtaux4 ,p> contre1 plus le lieu o elle crot e/ aride et brl de soleil1 plus la plante se hrisse et multiplie ses d>ds1 comme si elle compr5ait que presque seule survivante p>mi les rocs ds]ts ou sur le sable calc91 il e/ ncessaire qu'elle r$\ble n]giquem5t sa df5se contre un ennemi qui n'a plus le *oix de sa proie4 ,il e/ en outre rem>quable que1 cultives p> l'homme1 la plup>t des plantes p9es ab&onn5t peu peu leurs armes1 remettant le so9 de leur salut au protecteur surnaturel qui les adopte dans son clos,b4 ,c]ta9es plantes1 entre autres les ,borrag9es remplac5t les p9es p> des poils trs durs4 ,d'autres1 comme l',ortie1 y aj\t5t le poison4 ,d'autres1 le ,granium1 la ,m5!1 la ,rue1 etc41 p\r c>t] les animaux1 s'imprgn5t d'odeurs =tes4 ,mais les plus tranges sont celles qui se df5d5t mcaniquem5t4 ,je ne cit]ai que la ,prle qui s'ent\re d'une vritable armure de gra9s de ,silex microscopiques4 ,du re/e1 presque t\tes les ,gram9es1 af9 de dc\rag] la gl\tonn]ie des limaces et des esc>gots1 introduis5t de la *aux dans leurs tissus4 ,x ,avant d'abord] l'tude des app>eils compliqus que ncessite la fcondation croise1 p>mi les milli]s de crmonies nuptiales en usage dans nos j>d9s1 m5tionnons les ides +nieuses de quelques fleurs trs simples o les p\x naiss5t1 s'aim5t et meur5t dans la mme corolle4 ,on connat suffisamm5t le type du sy/me3 les tam9es,c ou organes mles1 gnralem5t frles et nombreuses1 sont ranges aut\r du pi/il robu/e et pati5t4 ,m>iti et uxores uno eodemque ?alamo gaud5t1 dit dlicieusem5t le gr& ,l9n4 ,mais la disposition1 la =me1 les habitudes de ces organes v>i5t de fleur en fleur1 comme si la nature avait une p5se qui ne peut encore se fix]1 ou une imag9ation qui se fait son po9t d'honneur de ne jamais se rpt]4 ,s\v5t le poll51 qu& il e/ mr1 tombe t\t naturellem5t du haut des tam9es sur le pi/il2 mais1 bi5 s\v5t aussi1 pi/il et tam9es sont de mme taille1 ou celles-ci sont trop loignes1 ou le pi/il e/ deux fois plus gr& qu'elles4 ,ce sont alors des ef=ts inf9is p\r se jo9dre4 ,tantt1 comme dans l',ortie1 les tam9es1 au fond de la corolle1 se ti5n5t accr\pies sur leur tige4 ,au mom5t de la fcondation1 celle-ci se dt5d telle qu'un ressort1 et l'an?re ou sac poll5 qui la surmonte lance un nuage de p\ssire sur le /igmate4 ,tantt1 comme *ez l'p9e-v9ette1 p\r que l'hym5 ne puisse s'accomplir que durant les belles heures d'un beau j\r1 les tam9es1 loignes du pi/il1 sont ma9t5ues contre les p>ois de la fleur p> le poids de deux gl&es humides2 le soleil p>at1 vapore le liquide1 et les tam9es dle/es se prcipit5t sur le /igmate4 ,ailleurs c'e/ autre *ose3 a9si *ez les ,primevres1 les femelles sont t\r t\r plus longues ou plus petites que les mles4 ,dans le ,lis1 la ,tulipe1 etc41 l'p\se1 trop lance1 fait ce qu'elle peut p\r recueillir et fix] le poll54 ,mais le sy/me le plus orig9al et le plus fantaisi/e e/ celui de la ,rue 7,ruta graveol5s71 une h]be mdic9ale assez malodorante1 de la b&e mal fame des emmnagogues4 ,les tam9es1 tranquilles et dociles dans la corolle jaune1 att5d5t1 ranges en c]cle aut\r du gros pi/il trapu4 ,a l'heure conjugale1 obissant l'ordre de la femme qui fait app>emm5t une sorte d'appel nom9al1 l'un des mles s'appro*e et t\*e le /igmate1 puis vi5n5t le troisime1 le c9quime1 le septime1 le neuvime mle1 jusqu' ce que t\t le rang impair ait donn4 ,ensuite1 c'e/ dans le rang pair1 le t\r du deuxime1 du quatrime1 du sixime1 etc4 ,c'e/ bi5 l'am\r au comm&em5t4 ,cette fleur qui sait compt] me p>aissait si extraord9aire que je n'en ai pas cru1 d'abord1 les botani/es et que j'ai t5u vrifi] plus d'une fois son s5tim5t des nombres avant d'os] le confirm]4 ,j'ai con/at qu'elle se trompe assez r>em5t4 ,il s]ait abusif de multipli] ces exemples4 ,une simple prom5ade dans les *amps ou les bois p]mettra de faire sur ce po9t mille obs]vations aussi curieuses que celles que rapport5t les botani/es4 ,mais1 avant de clore ce *apitre1 je ti5s signal] une d]nire fleur2 non qu'elle tmoigne d'une imag9ation bi5 extraord9aire1 mais p\r la grce dlicieuse et facilem5t saisissable de son ge/e d'am\r4 ,c'e/ la ,nigelle de ,damas 7,nigella damasc5a7 dont les noms vulgaires sont *>mants3 ,*eveux de ,vnus1 ,diable dans le buisson1 ,belle aux *eveux dn\s1 etc41 ef=ts heureux et t\*ants de la posie populaire p\r dcrire une petite plante qui lui plat4 ,on la tr\ve1 cette plante1 l'tat sauvage1 dans le ,midi1 au bord des r\tes et s\s les olivi]s1 et dans le ,nord on la cultive assez s\v5t dans les j>d9s un peu dmods4 ,la fleur e/ d'un bleu t5dre1 simple comme une fleurette de primitif1 et les ,*eveux de ,vnus1 les *eveux dn\s1 sont les feuilles emmles1 tnues et lgres qui ent\r5t la corolle d'un buisson de v]dure vaporeuse4 ,a la naissance de la fleur1 les c9q pi/ils1 extrmem5t longs1 se ti5n5t troitem5t gr\ps au c5tre de la c\ronne d'azur1 comme c9q re9es vtues de robes v]tes1 altires1 inaccessibles4 ,aut\r d'elles se presse sans espoir la f\le innombrable de leurs amants1 les tam9es1 qui n'arriv5t pas la hauteur de leurs g5\x4 ,alors1 au se9 de ce palais de turquoises et de saphirs1 dans le bonheur des j\rs d't1 comm5ce le drame sans p>oles et sans dn\em5t que l'on puisse prvoir1 de l'att5te impuissante1 inutile1 immobile4 ,mais les heures s'c\l5t1 qui sont les annes de la fleur2 l'clat de celle-ci se t]nit1 des ptales se dta*5t1 et l'orgueil des gr&es re9es1 s\s le poids de la vie semble enf9 s'infl*ir4 ,a un mom5t donn1 comme si elles obissai5t au mot d'ordre secret et irrsi/ible de l'am\r qui juge l'preuve suffisante1 d'un m\vem5t conc]t et symtrique1 comp>able aux h>monieuses p>aboles d'un qu9tuple jet d'eau qui retombe dans sa vasque1 t\tes ensemble se p5*5t la r5v]se et vi5n5t gracieusem5t cueillir1 aux lvres de leurs humbles amants1 la p\dre d'or du bais] nuptial4 ,,xi ,l'imprvu1 comme on voit1 abonde ici4 ,il y aurait donc crire un gros livre sur l'intellig5ce des plantes1 comme ,romanes en fit un sur l'intellig5ce des animaux4 ,mais cette esquisse n'a nullem5t la prt5tion de dev5ir un manuel de ce g5re2 j'y veux simplem5t attir] l'att5tion sur quelques vnem5ts intressants qui se pass5t ct de n\s1 dans ce monde o n\s n\s croyons un peu trop vaniteusem5t privilgis4 ,ces vnem5ts ne sont pas *oisis1 mais pris titre d'exemples1 au has>d des obs]vations et des circon/ances4 ,au demeurant1 j'ent5ds1 en ces brves notes1 m'occup] avant t\t de la fleur1 c> c'e/ en elle qu'clat5t les plus gr&es m]veilles4 ,j'c>te p\r l'in/ant les fleurs c>nivores1 ,drosras1 ,np5?s1 ,s>racnies1 etc41 qui t\*5t au rgne animal et dem&]ai5t une tude spciale et dveloppe1 p\r ne m'atta*] qu' la fleur vraim5t fleur1 la fleur proprem5t dite1 que l'on croit ins5sible et inanime4 ,af9 de sp>] les faits des ?ories1 p>lons d'elle comme si elle avait prvu et conu la manire des hommes1 ce qu'elle a ralis4 ,n\s v]rons plus lo9 ce qu'il faut lui laiss]1 ce qu'il convi5t de lui repr5dre4 ,en ce mom5t1 la voil seule en scne1 comme une pr9cesse magnifique d\e de raison et de volont4 ,il e/ indniable qu'elle en p>at p\rvue2 et p\r l'en dp\ill]1 il faut avoir rec\rs de bi5 obscures hypo?ses4 ,elle e/ donc l1 immobile sur sa tige1 abritant dans un tab]nacle clatant les organes reproducteurs de la plante4 ,il semble qu'elle n'aie qu' laiss] s'accomplir1 au fond de ce tab]nacle d'am\r1 l'union my/rieuse des tam9es et du pi/il4 ,et beauc\p de fleurs y cons5t5t4 ,mais p\r beauc\p d'autres se pose1 gros d'affreuses m5aces1 le problme1 normalem5t insoluble1 de la fcondation croise4 ,a la suite de quelles expri5ces innombrables et immmoriales ont-elles reconnu que l'auto-fcondation1 c'e/--dire la fcondation du /igmate p> le poll5 tomb des an?res qui l'ent\r5t dans la mme corolle1 entrane rapidem5t la dgnresc5ce de l'espce8 ,elles n'ont ri5 reconnu1 ni pr(it d'aucune expri5ce1 n\s dit-on4 ,la =ce des *oses lim9a t\t simplem5t et peu peu les gra9es et les plantes affaiblies p> l'auto-fcondation4 ,bi5tt1 ne subsi/r5t que celles qu'une anomalie quelconque1 p> exemple la longueur exagre du pi/il inaccessible aux an?res1 emp*ait qu'elles se fcondass5t elles-mmes4 ,ces exceptions survivant seules1 trav]s mille pripties1 l'hrdit fixa f9alem5t l'uvre du has>d1 et le type normal disp>ut4 ,,xii ,n\s v]rons plus lo9 ce qu'clair5t ces explications4 ,p\r le mom5t1 sortons encore une fois dans le j>d9 ou dans la pla9e1 af9 d'tudi] de plus prs deux ou trois inv5tions curieuses du gnie de la fleur4 ,et dj1 sans n\s loign] de la maison1 voici1 hante des abeilles1 une t\ffe odorante qu'habite un mcanici5 trs habile4 ,il n'e/ p]sonne1 mme p>mi les mo9s ru/iques1 qui ne connaisse la bonne ,sauge4 ,c'e/ une ,labie sans prt5tion2 elle porte une fleur trs mode/e qui s'ouvre n]giquem5t1 comme une gueule affame1 af9 de happ] au passage les rayons du soleil4 ,on en tr\ve d'ailleurs un gr& nombre de v>its1 qui1 dtail curieux1 n'ont pas t\tes adopt ou p\ss la mme p]fection le sy/me de fcondation que n\s allons exam9]4 ,mais je ne m'occupe ici que de la ,sauge la plus commune1 celle qui rec\vre en ce mom5t1 comme p\r clbr] le passage du ,pr9temps1 de drap]ies violettes1 t\s les murs de mes t]rasses d'olivi]s4 ,je v\s assure que les balcons des gr&s palais de m>bre qui att5d5t les rois1 n'eur5t jamais dcoration plus luxueuse1 plus heureuse1 plus odorante4 ,on croit saisir les p>fums mmes des cl>ts du soleil lorsqu'il e/ le plus *aud1 lorsque sonne midi444 ,p\r en v5ir aux dtails1 le /igmate ou organe femelle e/ donc r5f]m dans la lvre suprieure1 qui =me une sorte de capu*on1 o se tr\v5t galem5t les deux tam9es ou organes mles4 ,af9 d'emp*] qu'elles ne fcond5t le /igmate qui p>tage le mme pavillon nuptial1 ce /igmate e/ deux fois plus long qu'elles1 de sorte qu'elles n'ont aucun espoir de l'atte9dre4 ,du re/e1 p\r vit] t\t accid5t1 la fleur s'e/ faite protn&re1 c'e/--dire que les tam9es mriss5t avant le pi/il1 si bi5 que lorsque la femelle e/ apte concevoir1 les mles ont dj disp>u4 ,il faut donc qu'une =ce extrieure int]vi5ne p\r accomplir l'union en transportant un poll5 trang] sur le /igmate ab&onn4 ,un c]ta9 nombre de fleurs1 les anmophiles1 s'en remett5t au v5t de ce so94 ,mais la ,sauge1 et c'e/ le cas le plus gnral1 e/ entomophile1 c'e/--dire qu'elle aime les insectes et ne compte que sur la collaboration de ceux-ci4 ,du re/e1 elle n'ignore po9t1--c> elle sait bi5 des *oses1--qu'elle vit dans un monde o il convi5t de ne s'att5dre aucune sympa?ie1 aucune aide *>itable4 ,elle ne p]dra donc pas sa pe9e faire d'inutiles appels la complaisance de l'abeille4 ,l'abeille1 comme t\t ce qui lutte contre la mort sur notre t]re1 n'exi/e que p\r soi et p\r son espce1 et ne se s\cie nullem5t de r5dre s]vice aux fleurs qui la n\rriss5t4 ,comm5t l'oblig] d'accomplir malgr elle1 ou du mo9s son insu1 son (fice matrimonial8 ,voici le m]veilleux pige d'am\r imag9 p> la ,sauge3 t\t au fond de sa t5te de soie violette1 elle di/ille quelques g\ttes de nect>2 c'e/ l'appt4 ,mais1 b>rant l'accs du liquide sucr1 se dress5t deux tiges p>allles1 assez semblables aux arbres pivotants d'un pont-levis holl&ais4 ,t\t en haut de *aque tige se tr\ve une grosse amp\le1 l'an?re1 qui dborde de poll52 en bas1 deux amp\les plus petites s]v5t de contrepoids4 ,qu& l'abeille pntre dans la fleur1 p\r atte9dre le nect>1 elle doit p\ss] de la tte les petites amp\les4 ,les deux tiges1 qui pivot5t sur un axe1 bascul5t aussitt1 et les an?res suprieures vi5n5t t\*] les flancs de l'insecte qu'ils c\vr5t de p\ssire fcondante4 ,aussitt l'abeille sortie1 les pivots =mant ressorts ramn5t le mcanisme sa position primitive1 et t\t e/ prt fonctionn] lors d'une n\velle visite4 ,cep5dant1 ce n'e/ l que la premire moiti du drame3 la suite se dr\le dans un autre dcor4 ,en une fleur vois9e1 o les tam9es vi5n5t de se fltrir1 entre en scne le pi/il qui att5d le poll54 ,il sort l5tem5t du capu*on1 s'allonge1 s'incl9e1 se rec\rbe1 se bifurque1 de manire b>r] son t\r l'entre du pavillon4 ,allant au nect>1 la tte de l'abeille passe librem5t s\s la f\r*e susp5due1 mais celle-ci vi5t lui frl] le dos et les flancs1 exactem5t aux po9ts que t\*r5t les tam9es4 ,le /igmate bifide absorbe avidem5t la p\ssire arg5te et l'imprgnation s'accomplit4 ,il e/ du re/e facile1 en introduisant dans la fleur un br9 de paille ou le b\t d'une allumette1 de mettre en branle l'app>eil et de se r5dre compte de la comb9aison et de la prcision t\*antes et m]veilleuses de t\s ses m\vem5ts4 ,les v>its de la ,sauge sont trs nombreuses1 on en compte environ c9q c5ts1 et je v\s fais grce de la plup>t de leurs noms sci5tifiques qui ne sont pas t\j\rs lgants3 ,salvia ,prat5sis1 ,(fic9alis 7celle de nos potag]s71 ,horm9um1 ,horm9oides1 ,glut9osa1 ,scl>ea1 ,rm]i1 ,azurea1 ,pit*]i1 ,spl5d5s 7la magnifique ,sauge c>late de nos corbeilles71 etc4 ,il ne s'en tr\ve peut-tre pas une seule qui n'ait modifi quelque dtail du mcanisme que n\s v5ons d'exam9]4 ,les unes1 et c'e/1 je crois1 un p]fectionnem5t discutable1 ont d\bl1 p>fois tripl la longueur du pi/il1 de telle faon qu'il sort non seulem5t du capu*on1 mais vi5t amplem5t se rec\rb] en pana*e devant l'entre de la fleur4 ,elles vit5t a9si le dang]1 la rigueur possible1 de la fcondation du /igmate p> les an?res loges dans le mme capu*on1 mais1 p> contre1 il se peut faire1 si la protn&rie n'e/ pas rig\reuse1 que l'abeille1 au sortir de la fleur1 dpose sur ce /igmate le poll5 des an?res avec lesquelles il cohabite4 ,d'autres1 dans le m\vem5t de bascule1 font div]g] davantage les an?res1 qui1 de cette manire1 frapp5t avec plus de prcision les flancs de l'animal4 ,d'autres enf9 n'ont pas russi ag5c]1 aju/] t\tes les p>ties de la mcanique4 ,je tr\ve1 p> exemple1 non lo9 de mes ,sauges violettes1 prs du puits1 s\s une t\ffe de ,lauri]s-roses1 une famille fleurs blan*es te9tes de lilas ple4 ,on n'y dc\vre ni projet ni trace de bascule4 ,les tam9es et le /igmate encombr5t ple-mle le milieu de la corolle4 ,t\t y semble livr au has>d et dsorganis4 ,je ne d\te pas qu'il ne soit possible1 qui runirait les trs nombreuses v>its de cette ,labie1 de recon/itu] t\te l'hi/oire1 de suivre t\tes les tapes de l'inv5tion1 depuis le dsordre primitif de la ,sauge blan*e que j'ai s\s les yeux1 jusqu'aux d]ni]s p]fectionnem5ts de la ,sauge (fic9ale4 ,qu'e/-ce dire8 ,le sy/me e/-il encore l'tude dans la tribu aromatique8 ,en e/-on t\j\rs la priode de la mise au po9t et des essais1 comme p\r la vis d',ar*imde dans la famille du ,sa9fo98 ,n'y a-t-on pas encore unanimem5t reconnu l'excell5ce de la bascule automatique8 ,t\t ne s]ait donc pas immuable et prtabli1 on discut]ait1 on exprim5t]ait donc dans ce monde que n\s croyons fatalem5t1 organiquem5t r\t9i],d8 ,,xiii ,quoi qu'il en soit1 la fleur de la plup>t des ,sauges (fre donc une lgante solution du gr& problme de la fcondation croise4 ,mais de mme que1 p>mi les hommes1 une inv5tion n\velle e/ aussitt reprise1 simplifie1 amliore p> une f\le de petits *]*eurs infatigables1 dans le monde des fleurs qu'on p\rrait appel] mcaniques1 le brevet de la ,sauge a t t\rn et1 en ma9ts dtails1 trangem5t p]fectionn4 ,une assez vulgaire ,scr(ul>9e1 la ,pdiculaire des bois 7,p$icul>is sylvatica71 que v\s avez srem5t r5contre dans les p>ties ombrages des boqueteaux et des bruyres1 y a apport des modifications extrmem5t +nieuses4 ,la =me de la corolle e/ peu prs p>eille celle de la ,sauge2 le /igmate et les deux an?res sont t\s trois logs dans le capu*on suprieur4 ,seule la petite b\le humide du /igmate dpasse le capu*on1 t&is que les an?res y demeur5t /rictem5t prisonnires4 ,dans ce tab]nacle soyeux1 les organes des deux sexes sont donc trs l'troit1 et mme en contact immdiat2 nanmo9s1 grce un dispositif t\t diffr5t de celui de la ,sauge1 l'auto-fcondation e/ absolum5t impossible4 ,en effet1 les an?res =m5t deux amp\les ple9es de p\dre2 ces amp\les qui n'ont *acune qu'une ouv]ture sont juxtaposes de manire que ces ouv]tures concidant1 s'obtur5t rciproquem5t4 ,elles sont ma9t5ues de =ce l'intrieur du capu*on1 sur leurs tiges replies qui =m5t ressort1 p> deux sortes de d5ts4 ,l'abeille ou le b\rdon qui pntre dans la fleur p\r y puis] le nect>1 c>te ncessairem5t ces d5ts2 aussitt libres1 les amp\les surgiss5t1 se projett5t au dehors et s'abatt5t sur le dos de l'insecte4 ,mais l ne s'arrt5t pas le gnie et la prvoyance de la fleur4 ,comme le fait obs]v] ,h4 ,mll]1 qui le premi] tudia compltem5t le prodigieux mcanisme de la ,pdiculaire1 si les tam9es frappai5t l'insecte en cons]vant leur disposition relative1 pas un gra9 de poll5 n'en sortirait1 puisque leurs orifices se b\*5t rciproquem5t4 ,mais un artifice aussi simple qu'+nieux vi5t b\t de la difficult4 ,la lvre infrieure de la corolle1 au lieu d'tre symtrique et horizontale1 e/ irrgulire et oblique1 au po9t qu'un ct e/ plus haut que l'autre de quelques millimtres4 ,le b\rdon pos dessus ne peut avoir lui-mme qu'une position incl9e4 ,il en rsulte que sa tte ne heurte que l'une aprs l'autre les saillies de la corolle4 ,c'e/ donc successivem5t aussi que se produit le dcl5*em5t des tam9es1 et l'une1 puis l'autre1 vi5n5t frapp] l'insecte1 leur orifice libre1 et l'asp]g] de p\ssire fcondante4 ,qu& le b\rdon passe ensuite une autre fleur1 il la fconde 9vitablem5t1 c>1 dtail omis desse91 ce qu'il r5contre t\t d'abord en p\ssant sa tte l'entre de la corolle1 c'e/ le /igmate qui le frle1 ju/e l'endroit o il va1 l'in/ant d'aprs1 tre atte9t p> le *oc des tam9es1 l'endroit prcism5t o l'ont dj t\* les tam9es de la fleur qu'il vi5t de quitt]4 ,,xiv ,on p\rrait multipli] indf9im5t ces exemples1 *aque fleur a son ide1 son sy/me1 son expri5ce acquise qu'elle met pr(it4 ,a exam9] de prs leurs petites inv5tions1 leurs procds div]s1 on se rappelle ces passionnantes expositions de ma*9es-outils1 o le gnie mcanique de l'homme rvle t\tes ses ress\rces4 ,mais notre gnie mcanique date d'hi]2 t&is que la mcanique florale fonctionne depuis des milli]s d'annes4 ,lorsque la fleur fit son app>ition sur notre t]re1 il n'y avait aut\r d'elle aucun modle qu'elle pt imit]2 il a fallu qu'elle tirt t\t de son propre fond4 ,a l'poque o n\s en tions encore la massue1 l'arc1 au flau d'armes1 aux j\rs relativem5t rc5ts o n\s imag9mes le r\et1 la p\lie1 le palan1 le bli]1 au temps1--c'tait p\r a9si dire l'anne d]nire1--o nos *efs-d'uvre tai5t la catapulte1 l'horloge et le mti] tiss]1 la ,sauge avait faonn les arbres pivotants et les contrepoids de sa bascule de prcision1 et la ,pdiculaire ses amp\les obtures comme p\r une expri5ce sci5tifique1 les dcl5*em5ts successifs de ses ressorts et la comb9aison de ses plans incl9s4 ,qui donc1 il y a mo9s de c5t ans1 se d\tait des proprits de l'hlice que l'rable et le ,tilleul utilis5t depuis la naissance des arbres4 ,qu& p>vi5drons-n\s con/ruire un p>a*ute ou un aviateur aussi rigide1 aussi lg]1 aussi subtil et aussi sr que celui du ,piss5lit8 ,qu& tr\v]ons-n\s le secret de taill] dans un tissu aussi fragile que la soie des ptales1 un ressort aussi puissant que celui qui projette dans l'espace le poll5 dor du ,g5t d',espagne8 ,et la ,momordique ou ,pi/olet de ,dames dont je citais le nom au comm5cem5t de cette petite tude1 qui n\s dira le my/re de sa =ce miraculeuse8 ,connaissez-v\s la ,momordique8 ,c'e/ une humble ,cucurbitace1 assez commune le long du littoral mdit]ranen4 ,son fruit *>nu qui ressemble un petit concombre e/ d\ d'une vitalit1 d'une n]gie inexplicables4 ,si peu qu'on le t\*e1 au mom5t de sa maturit1 il se dta*e subitem5t de son pdoncule p> une contraction convulsive1 et lance trav]s l'ouv]ture produite p> l'arra*em5t1 ml de nombreuses gra9es1 un jet mucilag9eux1 d'une si prodigieuse puissance qu'il emporte la sem5ce quatre ou c9q mtres de la plante natale4 ,le ge/e e/ aussi extraord9aire que si n\s p>v5ions1 proportion g>de1 n\s vid] d'un seul m\vem5t spasmodique et envoy] t\s nos organes1 nos viscres et notre sang un demi-kilomtre de notre peau ou de notre squelette4 ,du re/e1 un gr& nombre de gra9es us5t en bali/ique de procds et utilis5t des s\rces d'n]gie qui n\s sont plus ou mo9s inconnues4 ,rappelez-v\s1 p> exemple1 les crpitem5ts du ,colza et du ,g5t2 mais l'un des gr&s matres de l'artill]ie vgtale c'e/ l'purge4 ,l'purge e/ une ,euphorbiace de nos climats1 une gr&e mauvaise h]be assez ornem5tale1 qui dpasse s\v5t la taille de l'homme4 ,en ce mom5t1 j'ai sur ma table1 trempant dans un v]re d'eau1 une bran*e d'purge4 ,elle porte des baies trilobes et v]dtres qui r5f]m5t les gra9es4 ,de temps en temps1 une de ces baies clate avec fracas1 et les gra9es d\es d'une vitesse initiale prodigieuse frapp5t de t\s cts les meubles et les murs4 ,si l'une d'elles v\s atte9t au visage1 v\s croirez tre piqu p> un insecte1 tant e/ extraord9aire la =ce de pntration de ces m9uscules sem5ces grosses comme des ttes d'p+le4 ,exam9ez la baie1 *]*ez les ressorts qui l'anim5t1 v\s ne tr\v]ez pas le secret de cette =ce2 elle e/ aussi invisible que celle de nos n]fs4 ,le ,g5t d',espagne 7,sp>tium ,junceum7 a non seulem5t des cosses1 mais des fleurs ressort4 ,peut-tre avez-v\s rem>qu l'admirable plante4 ,c'e/ le plus sup]be reprs5tant de cette puissante famille des ,g5ts1 pre la vie1 pauvre1 sobre1 robu/e1 que ne rebute aucune t]re1 aucune preuve4 ,il =me le long des s5ti]s et dans les montagnes du ,midi1 d'normes b\les t\ffues1 p>fois hautes de trois mtres1 qui de mai ju91 se c\vr5t d'une magnifique floraison d'or pur1 dont les p>fums mls ceux de son habituel vois91 le ,*vrefeuille1 tal5t s\s la fureur d'un soleil calcaire1 des dlices qu'on ne peut df9ir qu'en voquant des roses cle/es1 des s\rces lysennes1 des fra*eurs et des transp>5ces d'toiles au creux de grottes bleues444 ,la fleur de ce ,g5t1 comme celle de t\tes les ,lgum9euses papilionaces1 ressemble la fleur des pois de nos j>d9s2 et ses ptales infrieurs s\ds en p]on de galre enf]m5t h]mtiquem5t les tam9es et le pi/il4 ,tant qu'elle n'e/ pas mre1 l'abeille qui l'explore la tr\ve impntrable4 ,mais ds qu'arrive p\r les fiancs captifs l'heure de la pub]t1 s\s le poids de l'insecte qui se pose1 l'p]on s'abaisse1 la *ambre d'or clate voluptueusem5t1 projetant au lo91 avec =ce1 sur le visiteur1 sur les fleurs pro*a9es1 un nuage de p\dre lum9euse1 qu'un l>ge ptale dispos en auv5t1 rabat1 p> surcrot de prcautions1 sur le /igmate qu'il s'agit d'imprgn]4 ,,xv ,ceux qui v\drai5t tudi] fond t\s ces problmes1 je les r5voie aux ouvrages de ,*ri/ian-,konrad ,spr5gel1 qui le premi]1 et ds #agic1 dans son curieux travail3 ,das entdeckte ,geheimniss d] ,natur1 analysa les fonctions des diffr5ts organes *ez les ,or*ides2 puis aux livres de ,*>les ,d>w91 du docteur ,h4 ,mll] de ,lipp/adt1 de ,hildebr&t1 de l',itali5 ,delp9o1 de ,hook]1 de ,rob]t ,br[n et de bi5 d'autres4 ,c'e/ p>mi les ,or*ides que n\s tr\v]ons les manife/ations les plus p>faites et les plus h>monieuses de l'intellig5ce vgtale4 ,en ces fleurs t\rm5tes et biz>res1 le gnie de la plante atte9t ses po9ts extrmes et vi5t p]c] d'une flamme insolite la p>oi qui sp>e les rgnes4 ,du re/e1 il ne faut pas que ce nom d',or*ides n\s g>e et n\s fasse croire qu'il ne s'agit ici que de fleurs r>es et prcieuses1 de ces re9es de s]res qui sembl5t rclam] les so9s de l'orfvre plutt que ceux du j>d9i]4 ,notre flore indigne et sauvage1 qui compr5d t\tes nos mode/es ,mauvaises h]bes1 compte plus de v+t-c9q espces d',or*ides1 p>mi lesquelles1 ju/em5t1 se r5contr5t les plus +nieuses et les plus compliques4 ,c'e/ elles que ,*>les ,d>w9 a tudies dans son livre3 ,de la ,fcondation des ,or*ides p> les insectes1 qui e/ l'hi/oire m]veilleuse des plus hroques ef=ts de l'me de la fleur4 ,il ne saurait tre "q de rsum] ici1 en quelques lignes1 cette abondante et ferique biographie4 ,nanmo9s1 puisque n\s n\s occupons de l'intellig5ce des fleurs1 il e/ ncessaire de donn] une ide suffisante des procds et des habitudes m5tales de celle qui l'emporte sur t\tes dans l'art d'oblig] l'abeille ou le papillon faire exactem5t ce qu'elle dsire1 dans la =me et le temps prescrits4 ,,xvi ,il n'e/ pas facile de faire compr5dre1 sans figures1 le mcanisme extraord9airem5t complexe de l',or*ide2 j'essay]ai nanmo9s d'en donn] une ide suffisante1 l'aide de comp>aisons plus ou mo9s approximatives1 t\t en vitant autant que possible l'emploi des t]mes te*niques1 tels que rt9acle1 labellum1 ro/ellum1 poll9ies1 etc41 qui n'voqu5t aucune image prcise *ez les p]sonnes peu familires avec la ,botanique4 ,pr5ons l'une des ,or*ides les plus rp&ues dans nos contres1 l',or*is maculata1 p> exemple1 ou plutt1 c> elle e/ un peu plus gr&e et p> consqu5t d'obs]vation plus facile1 l',or*is latifolia1 l',or*is l>ges feuilles1 vulgairem5t appele ,p5tecte4 ,c'e/ une plante vivace qui atte9t de tr5te soixante c5timtres de hauteur4 ,elle e/ assez commune dans les bois et les prairies humides1 et porte un ?yrse de petites fleurs rostres qui s'pan\iss5t en mai et en ju94 ,la fleur type de nos ,or*ides reprs5te assez exactem5t une gueule fanta/ique et bante de dragon *9ois4 ,la lvre infrieure trs allonge et p5dante1 en =me de tabli] d5tel ou d*iquet1 s]t de pi$--t]re ou de reposoir l'insecte4 ,la lvre suprieure s'arrondit en une sorte de capu*on qui abrite les organes ess5tiels2 t&is qu'au dos de la fleur1 ct du pdoncule1 s'abaisse une espce d'p]on ou de long cornet po9tu qui r5f]me le nect>4 ,*ez la plup>t des fleurs1 le /igmate ou organe femelle e/ une petite h\ppe plus ou mo9s visqueuse qui1 pati5te1 au b\t d'une tige fragile1 att5d la v5ue du poll54 ,dans l',or*ide1 cette in/allation classique e/ dev5ue mconnaissable4 ,au fond de la gueule1 la place qu'occupe la luette dans la gorge1 se tr\v5t deux /igmates troitem5t s\ds1 au-dessus desquels s'lve un troisime /igmate modifi en un organe extraord9aire4 ,il porte son sommet une sorte de po*ette1 ou plus exactem5t de demi-vasque qu'on appelle le ro/ellum4 ,cette demi-vasque e/ ple9e d'un liquide visqueux1 dans lequel tremp5t deux m9uscules b\lettes d'o sort5t deux c\rtes tiges *>ges leur extrmit suprieure d'un paquet de gra9s de poll5 soigneusem5t ficel4 ,voyons ma9t5ant ce qui se produit lorsqu'un insecte pntre dans la fleur4 ,il se pose sur la lvre infrieure1 tale p\r le recevoir1 et1 attir p> l'odeur du nect>1 *]*e atte9dre1 t\t au fond1 le cornet qui le conti5t4 ,mais le passage e/1 desse91 trs rtrci2 et sa tte en s'avanant heurte =cm5t la demi-vasque4 ,aussitt celle-ci1 att5tive au mo9dre *oc1 se d*ire suivant une ligne conv5able1 et met nu les deux b\lettes enduites du liquide visqueux4 ,ces d]nires en contact immdiat avec le crne du visiteur s'y atta*5t et s'y coll5t solidem5t1 de faon que1 lorsque l'insecte quitte la fleur1 il les emporte et1 avec elles1 les deux tiges qu'elles s\ti5n5t et que t]m95t les paquets de poll5 ficels4 ,voil donc l'insecte coiff de deux cornes droites1 en =me de b\teille ,*ampagne4 ,artisan inconsci5t d'une uvre difficile1 il visite une fleur vois9e4 ,si ses cornes demeurai5t rigides1 elles irai5t simplem5t frapp] de leurs paquets de poll5 les paquets de poll5 dont les pi$s tremp5t dans la vasque vigilante1 et du poll5 qui se ml]ait au poll5 ne natrait aucun vnem5t4 ,ici clate le gnie1 l'expri5ce et la prvoyance de l',or*ide4 ,elle a m9utieusem5t calcul le temps ncessaire l'insecte p\r pomp] le nect> et se r5dre la fleur pro*a9e et elle a con/at qu'il lui fallait en moy5ne tr5te secondes4 ,n\s avons vu que les paquets de poll5 sont ports sur deux c\rtes tiges qui s'insr5t dans les b\lettes visqueuses2 or1 aux po9ts d'ins]tion se tr\v5t1 s\s *aque tige1 un petit disque membraneux dont la seule fonction e/1 au b\t de tr5te secondes1 de contract] et de repli] *acune de ces tiges1 de manire qu'elles s'incl95t en dcrivant un arc de #ij4 ,c'e/ le rsultat d'un n\veau calcul1 non plus dans le temps1 cette fois1 mais dans l'espace4 ,les deux cornes de poll5 qui coiff5t le messag] nuptial1 sont ma9t5ant horizontales et po9t5t en avant de sa tte1 si bi5 que1 qu& il entr]a dans la fleur vois9e1 elles iront exactem5t frapp] les deux /igmates s\ds que surplombe la demi-vasque4 ,ce n'e/ pas t\t1 et le gnie de l',or*ide n'e/ pas encore au b\t de sa prvoyance4 ,le /igmate qui reoit le *oc du paquet de poll5 e/ enduit d'une sub/ance visqueuse4 ,si cette sub/ance tait aussi n]giquem5t adhsive que celle que r5f]me la petite vasque1 les masses poll9iques1 leur tige rompue1 s'y englu]ai5t et y demeur]ai5t fixes t\t entires1 et leur de/9e s]ait close4 ,il ne faut pas que cela arrive2 il importe de ne pas puis] en une seule av5ture les *ances du poll51 mais de les multipli] autant que possible4 ,la fleur qui compte les secondes et mesure les lignes1 e/ *imi/e p> surcrot et di/ille deux espces de gommes3 l'une extrmem5t agrippante et durcissant immdiatem5t au contact de l'air1 p\r coll] les cornes poll5 sur la tte de l'insecte1 l'autre trs dilue1 p\r le travail du /igmate4 ,celle-ci e/ ju/e assez pr5ante p\r dn\] ou drang] un peu les fils tnus et la/iques qui envelopp5t les gra9s de poll54 ,quelques-uns de ces gra9s y adhr5t1 mais la masse poll9ique n'e/ pas dtruite2 et qu& l'insecte visit]a d'autres fleurs1 elle cont9u]a presque indf9im5t son uvre fcondante4 ,ai-je expos t\t le miracle8 ,non1 il faudrait encore appel] l'att5tion sur ma9t dtail nglig2 entre autres sur le m\vem5t de la petite vasque qui1 aprs que sa membrane s'e/ rompue p\r dmasqu] les b\lettes visqueuses1 relve immdiatem5t son bord infrieur1 af9 de g>d] en bon tat1 dans le liquide gluant1 le paquet de poll5 que l'insecte n'aurait pas emport4 ,il y aurait lieu de not] aussi la div]g5ce trs curieusem5t comb9e des tiges poll9iques sur la tte de l'insecte1 a9si que c]ta9es prcautions *imiques1 communes t\tes les plantes1 c> de trs rc5tes expri5ces de ,ga/on ,bonni] sembl5t pr\v] que *aque fleur1 af9 de ma9t5ir intacte son espce1 scrte des tox9es qui dtruis5t ou /rilis5t t\s les poll5s trang]s4 ,c'e/1 peu prs1 t\t ce que n\s voyons2 mais ici1 comme en t\tes *oses1 le vritable et gr& miracle comm5ce o s'arrte notre reg>d4 ,,xvii ,je vi5s de tr\v] l'in/ant1 dans un co9 inculte de l'olivaie1 un sup]be pi$ de ,loroglosse odeur de b\c 7,loroglossum hirc9um71 v>it que1 je ne sais p\r quelle cause 7peut-tre e/-elle extrmem5t r>e en ,anglet]re71 ,d>w9 n'a pas tudie4 ,c'e/ assurm5t de t\tes nos ,or*ides indignes1 la plus rem>quable1 la plus fanta/ique1 la plus /upfiante4 ,si elle avait la taille des ,or*ides amrica9es1 on p\rrait affirm] qu'il n'exi/e pas de plante plus *imrique4 ,figurez-v\s un ?yrse1 dans le g5re de celui de la ,jac9!1 mais un peu plus haut4 ,il e/ symtriquem5t g>ni de fleurs h>gneuses1 trois cornes1 d'un blanc v]dtre po9till de violet ple4 ,le ptale infrieur orn sa naissance de c>oncules bronzes1 de m\/a*es mrov+i5nes1 et de bubons lilas de mauvais augure1 s'allonge int]m9ablem5t1 follem5t1 invraisemblablem5t1 en =me de ruban tire-b\*onn1 de la c\leur que pr5n5t les noys aprs un mois de sj\r dans la rivire4 ,de l'ensemble1 qui voque l'ide des pires maladies et p>at s'pan\ir dans on ne sait quel pays de cau*em>s ironiques et de malfices1 se dgage une affreuse et puissante odeur de b\c empoisonn qui se rp& au lo9 et dcle la prs5ce du mon/re4 ,je signale et dcris a9si cette nausabonde ,or*ide1 p>ce qu'elle e/ assez commune en ,france1 qu'on la reconnat aism5t et qu'elle se prte =t bi51 en raison de sa taille et de la nettet de ses organes1 aux expri5ces que l'on v\drait faire4 ,il suffit en effet d'introduire dans la fleur1 en la p\ssant soigneusem5t jusqu'au fond du nectaire1 la po9te d'une allumette1 p\r voir se succd]1 l'il nu1 t\tes les pripties de la fcondation4 ,frle au passage1 la po*ette ou ro/ellum s'abaisse1 dc\vrant le petit disque visqueux 7le ,loroglosse n'en a qu'un7 qui supporte les deux tiges poll54 ,aussitt ce disque agrippe violemm5t le b\t de bois1 les deux loges qui r5f]m5t les b\lettes de poll5 s'ouvr5t longitud9alem5t1 et qu& on retire l'allumette1 son extrmit e/ solidem5t coiffe de deux cornes div]g5tes et rigides que t]m95t des b\les d'or4 ,malheureusem5t1 on ne j\it pas ici1 comme dans l'expri5ce avec l',or*is latifolia1 du joli spectacle qu'(fre l'incl9ation graduelle et prcise des deux cornes4 ,p\rquoi ne s'abaiss5t-elles po9t8 ,il suffit de p\ss] l'allumette coiffe dans un nectaire vois9 p\r con/at] que ce m\vem5t s]ait inutile1 la fleur tant beauc\p plus gr&e que celle de l',or*is maculata ou latifolia1 et le cornet nect> dispos de telle sorte que1 lorsque l'insecte *>g des masses poll9iques y pntre1 ces masses arriv5t exactem5t la hauteur du /igmate qu'il s'agit d'imprgn]4 ,aj\tons qu'il importe1 p\r que l'expri5ce russisse1 de *oisir une fleur bi5 mre4 ,n\s ignorons qu& elle l'e/2 mais l'insecte et la fleur le sav5t1 c> celle-ci n'invite ses htes ncessaires1 en leur (frant une g\tte de nect>1 qu'au mom5t o t\t son app>eil e/ prt fonctionn]4 ,,xviii ,voil le fond du sy/me de fcondation adopte p> l',or*ide de nos contres4 ,mais *aque espce1 *aque famille en modifie1 en p]fectionne les dtails selon son expri5ce1 sa psy*ologie et ses conv5ances p>ticulires4 ,l',or*is ou ,anacamptis pyramidalis1 p> exemple1 une des plus intellig5tes1 a aj\t sa lvre infrieure ou labellum1 deux petites crtes qui guid5t la trompe de l'insecte v]s le nectaire et la =c5t d'accomplir exactem5t t\t ce qu'on att5d d'elle4 ,d>w9 comp>e trs ju/em5t cet +nieux accessoire l'in/rum5t dont on se s]t p>fois p\r guid] un fil dans le tr\ d'une aiguille4 ,autre amlioration intressante3 les deux petites b\les qui port5t les tiges poll5 et tremp5t dans la demi-vasque sont remplaces p> un seul disque visqueux1 en =me de selle4 ,si l'on introduit dans la fleur1 en suivant le *em9 que doit suivre la trompe de l'insecte1 une po9te d'aiguille ou une soie de porc1 on con/ate trs nettem5t les avantages de ce dispositif plus simple et plus pratique4 ,ds que la soie a effleur la demi-vasque1 celle-ci se rompt suivant une ligne symtrique1 dc\vrant le disque en =me de selle qui s'atta*e in/antanm5t la soie4 ,retirez vivem5t cette soie1 et v\s aurez t\t ju/e le temps de surpr5dre le joli m\vem5t de la selle qui1 assise sur la soie ou l'aiguille1 replie ses deux ailes infrieures de faon enlac] troitem5t l'objet qui la s\ti5t4 ,ce m\vem5t a p\r b d'aff]mir l'adhr5ce de la selle1 et surt\t d'assur] avec plus de prcision que *ez l',or*ide l>ges feuilles1 la div]g5ce indisp5sable des tiges poll54 ,aussitt que la selle a embrass la soie1 et que les tiges poll5 qui y sont implantes1 entranes p> sa contraction1 div]g5t =cm5t1 comm5ce le second m\vem5t des tiges qui s'incl95t v]s le b\t de la soie1 de la mme manire que dans l',or*ide que n\s avons prcdemm5t tudie4 ,ces deux m\vem5ts comb9s s'effectu5t en tr5te ou tr5te-quatre secondes4 ,,xix ,n'e/-ce pas exactem5t a9si1 p> des ri5s1 p> des reprises1 des ret\*es successives que progress5t les inv5tions huma9es8 ,n\s avons t\s suivi1 dans la plus rc5te de nos indu/ries mcaniques1 les p]fectionnem5ts m9imes mais incessants de l'allumage1 de la c>buration1 du dbrayage1 du *angem5t de vitesse4 ,on dirait vraim5t que les ides vi5n5t aux fleurs de la mme faon qu'elles n\s vi5n5t4 ,elles ttonn5t dans la mme nuit1 elles r5contr5t les mmes ob/acles1 la mme mauvaise volont1 dans le mme inconnu4 ,elles connaiss5t les mmes lois1 les mmes dceptions1 les mmes triomphes l5ts et difficiles4 ,il semble qu'elles ont notre pati5ce1 notre p]svrance1 notre am\r-propre2 la mme intellig5ce nuance et div]se1 presque le mme espoir et le mme idal4 ,elles lutt5t comme n\s1 contre une gr&e =ce indiffr5te qui f9it p> les aid]4 ,leur imag9ation inv5tive suit non seulem5t les mmes m?odes prud5tes et m9utieuses1 les mmes petits s5ti]s fatigants1 troits et cont\rns1 elle a aussi des bonds inatt5dus qui mett5t t\t c\p au po9t df9itif1 une tr\vaille inc]ta9e4 ,c'e/ a9si qu'une famille de gr&s inv5teurs1 p>mi les ,or*ides1 une trange et ri*e famille amrica9e1 celle des ,catastides1 a1 d'une p5se h>die1 brusquem5t b\lev]s un c]ta9 nombre d'habitudes qui lui semblai5t sans d\te trop primitives4 ,d'abord1 la sp>ation des sexes e/ absolue2 *acun d'eux a sa fleur p>ticulire4 ,ensuite1 la poll9ie ou1 en d'autres t]mes1 la masse ou le paquet de poll51 ne trempe plus sa tige dans une vasque ple9e de gomme1 y att5dant1 un peu in]te1 et en t\s cas prive d'initiative1 le bon has>d qui doit la fix] sur la tte de l'insecte4 ,elle e/ replie sur un puissant ressort1 dans une sorte de loge4 ,ri5 n'attire spcialem5t l'insecte du ct de cette loge4 ,aussi bi5 les sup]bes ,catastides n'ont-elles pas compt1 comme les ,or*ides vulgaires1 sur tel ou tel m\vem5t du visiteur2 m\vem5t dirig et prcis1 si v\s v\lez1 mais nanmo9s alatoire4 ,non1 ce n'e/ plus seulem5t dans une fleur admirablem5t ma*9e1 c'e/ dans une fleur anime et1 au pi$ de la lettre1 s5sible1 que pntre l'insecte4 ,a pe9e s'e/-il pos sur le magnifique p>vis de soie cuivre1 que de longues et n]veuses ant5nes qu'il doit =cm5t effleur] port5t l'al>me dans t\t l'difice4 ,aussitt se d*ire la loge o e/ ret5ue captive1 sur son pdicelle repli que s\ti5t un gros disque visqueux1 la masse de poll51 divise en deux paquets4 ,brusquem5t dgag1 le pdicelle se dt5d comme un ressort1 entranant les deux paquets de poll5 et le disque visqueux1 qui sont violemm5t projets au dehors4 ,a la suite d'un curieux calcul bali/ique1 le disque e/ t\j\rs lanc en avant1 et va frapp] l'insecte auquel il adhre4 ,celui-ci1 t\rdi du *oc1 ne p5se plus qu' quitt] au plus vite la corolle agressive et se rfugi] dans une fleur vois9e4 ,c'e/ t\t ce que v\lait l',or*ide amrica9e4 ,,xx ,signal]ai-je aussi les simplifications curieuses et pratiques qu'apporte au sy/me gnral une autre famille d',or*ides exotiques1 les ,cypripdies8 ,rappelons-n\s t\j\rs les circonvolutions des inv5tions huma9es2 n\s en avons ici une contre-preuve amusante4 ,a l'ateli]1 un aju/eur1 au laboratoire1 un prp>ateur1 un lve1 dit un j\r au patron3 ,si n\s essayions de faire t\t le contraire8--,si n\s r5v]sions le m\vem5t8--,si n\s int]v]tissions le mlange des liquides8--,on t5te l'expri5ce2 et de l'inatt5du sort t\t c\p de l'inconnu4 ,on croirait volonti]s que les ,cypripdies ont t5u entre elles des propos analogues4 ,n\s connaissons t\s le ,cyprip$ium ou ,sabot de ,vnus2 c'e/1 avec son norme m5ton en galo*e1 son air h>gneux et v5imeux1 la fleur la plus c>actri/ique de nos s]res1 celle qui n\s semble l',or*ide-type1 p\r a9si dire4 ,le ,cyprip$ium a bravem5t supprim t\t l'app>eil compliqu et dlicat des paquets de poll5 ressort1 des tiges div]g5tes1 des disques visqueux1 des gommes savantes1 etc4 ,son m5ton en sabot et une an?re /rile en =me de b\cli] b>r5t l'entre de manire =c] l'insecte de pass] sa trompe sur deux petits tas de poll54 ,mais l n'e/ pas le po9t important2 ce qui e/ t\t fait inatt5du et anormal1 c'e/ qu'au reb\rs de ce que n\s avons con/at *ez t\tes les autres espces1 ce n'e/ plus le /igmate1 l'organe femelle qui e/ visqueux2 mais le poll5 lui-mme1 dont les gra9s1 au lieu d'tre pulvrul5ts1 sont revtus d'un enduit si gluant qu'on peut l'tir] et l'allong] en fils4 ,quels sont les avantages et les inconvni5ts de cette disposition n\velle8--,il e/ cra9dre que le poll5 transport p> l'insecte ne s'atta*e t\t autre objet que le /igmate2 p> contre1 le /igmate e/ disp5s de scrt] le fluide de/9 /rilis] t\t poll5 trang]4 ,en t\t cas1 ce problme dem&]ait une tude p>ticulire4 ,il y a a9si des brevets dont on ne saisit pas immdiatem5t l'utilit4 ,,xxi ,p\r en f9ir avec cette trange tribu des ,or*ides1 il n\s re/e dire quelques mots d'un organe auxiliaire qui met en branle t\te la mcanique3 le nectaire4 ,il a d'ailleurs t1 de la "p du gnie de l'espce1 l'objet de re*]*es1 de t5tatives1 d'expri5ces aussi intellig5tes1 aussi v>ies que celles qui modifi5t sans cesse l'conomie des organes ess5tiels4 ,le nectaire1 n\s l'avons vu1 e/ en pr9cipe1 une sorte de long p]on1 de long cornet po9tu qui s'ouvre t\t au fond de la fleur1 ct du pdoncule1 et fait plus ou mo9s contrepoids la corolle4 ,il conti5t un liquide sucr1 le nect>1 dont se n\rriss5t les papillons1 les coloptres et d'autres insectes1 et que l'abeille trans=me en miel4 ,il e/ donc *>g d'attir] les htes indisp5sables4 ,il s'e/ con=m leur taille1 leurs habitudes1 leurs gts3 il e/ t\j\rs dispos de telle sorte qu'ils ne puiss5t y introduire et en retir] leur trompe qu'aprs avoir scrupuleusem5t et successivem5t accompli t\s les rites prescrits p> les lois organiques de la fleur4 ,n\s connaissons dj suffisamm5t le c>actre et l'imag9ation fantasques des ,or*ides1 p\r prvoir qu'ici1 comme ailleurs1 et mme plus qu'ailleurs1 c> l'organe plus s\ple s'y prtait davantage1 leur esprit inv5tif1 pratique1 obs]vateur et ttillon1 se donne libre c\rs4 ,l'une d'elles p> exemple1 le ,s>can?us t]etifolius1 ne p>v5ant probablem5t pas labor]1 p\r coll] le paquet de poll5 sur la tte de l'insecte1 un liquide visqueux qui durct assez vite1 a t\rn la difficult1 en s'appliquant ret>d] autant que possible la trompe du visiteur dans les troits passages qui mn5t au nect>4 ,le labyr9! qu'elle a trac e/ tellem5t compliqu1 que ,bau]1 l'habile dess9ateur de ,d>w91 dut s'av\] va9cu et r5ona le reproduire4 ,il en e/ qui1 p>tant de l'excell5t pr9cipe1 que t\te simplification e/ p]fectionnem5t1 ont bravem5t supprim le cornet nect>4 ,elles l'ont remplac p> c]ta9es excroissances *>nues1 biz>res et videmm5t succul5tes1 que rong5t les insectes4 ,e/-il beso9 d'aj\t] que ces excroissances sont t\j\rs disposes de telle sorte que l'hte qui s'en rgale doit ncessairem5t mettre en branle t\te la mcanique poll58 ,,xxii ,mais1 sans n\s att>d] mille petites ruses trs v>ies1 t]m9ons ces contes de fes p> l'tude des appts du ,coryan!s macran?a4 ,en vrit1 n\s ne savons plus exactem5t quelle sorte d'tre n\s avons affaire4 ,la /upfiante ,or*ide a imag9 ceci3 sa lvre infrieure ou labellum =me une espce de gr& godet dans lequel des g\ttes d'une eau presque pure1 scrte p> deux cornets situs au-dessus1 tomb5t cont9uellem5t2 qu& ce godet e/ demi ple91 l'eau s'c\le d'un ct p> une g\ttire4 ,t\te cette in/allation hydraulique e/ dj =t rem>quable2 mais voici o comm5ce le ct inquitant1 je dirai presque diabolique de la comb9aison4 ,le liquide que scrt5t les cornets et qui s'accumule dans la vasque de sat91 n'e/ pas du nect>1 et n'e/ nullem5t de/9 attir] les insectes2 il a une mission bi5 plus dlicate1 dans le plan rellem5t ma*iavlique de l'trange fleur4 ,les insectes nafs sont invits p> les p>fums sucrs que rp&5t les excroissances *>nues dont n\s avons p>l plus haut1 pr5dre place dans le pige4 ,ces excroissances se tr\v5t au-dessus du godet1 en une sorte de *ambre o donn5t accs deux ouv]tures latrales4 ,la grosse abeille visiteuse1--la fleur tant norme ne sduit gure que les plus l\rds hymnoptres1 comme si les autres pr\vai5t quelque honte pntr] en d'aussi va/es et somptueux salons1--la grosse abeille se met rong] les sav\reuses c>oncules4 ,si elle tait seule1 son repas t]m91 elle s'en irait tranquillem5t1 sans mme effleur] le godet ple9 d'eau1 le /igmate et le poll53 et ri5 n'arriv]ait de ce qui e/ requis4 ,mais la sage ,or*ide a obs]v la vie qui s'agite aut\r d'elle4 ,elle sait que les abeilles =m5t un peuple innombrable1 avide et affair1 qu'elles sort5t p> milli]s aux heures ensoleilles1 qu'il suffit qu'un p>fum vibre comme un bais] au seuil d'une fleur qui s'ouvre1 p\r qu'elles acc\r5t en f\le au fe/9 prp> s\s la t5te nuptiale4 ,voici donc deux ou trois but9euses dans la *ambre sucre2 le lieu e/ exigu1 les p>ois sont glissantes1 les invites brutales4 ,elles se press5t1 se b\scul5t1 si bi5 que l'une d'elles f9it t\j\rs p> *oir dans le godet qui l'att5d s\s le repas p]fide4 ,elle y tr\ve un ba9 inatt5du2 y m\ille consci5cieusem5t ses belles ailes diaphanes1 et malgr d'imm5ses ef=ts1 ne p>vi5t plus repr5dre son vol4 ,c'e/ bi5 l que la guette la fleur a/ucieuse4 ,il n'exi/e1 p\r sortir du godet magique1 qu'une seule ouv]ture1 la g\ttire qui dv]se au dehors le trop-ple9 du rs]voir4 ,elle e/ t\t ju/e assez l>ge p\r livr] passage l'insecte dont le dos t\*e d'abord la surface gluante du /igmate1 puis les gl&es visqueuses des masses de poll5 qui l'att5d5t le long de la vote4 ,il s'*appe a9si1 *>g de la p\dre adhsive1 entre dans une fleur vois9e1 o recomm5ce le drame du repas1 de la b\sculade1 de la *ute1 de la baignade et de l'vasion1 qui met =cm5t en contact avec l'avide /igmate le poll5 import4 ,voil donc une fleur qui connat et exploite les passions des insectes4 ,on ne saurait prt5dre que t\t ceci n'e/ qu'int]prtations plus ou mo9s romanesques2 non1 les faits sont d'obs]vation prcise et sci5tifique1 et il e/ impossible d'expliqu] d'autre faon l'utilit et la disposition des div]s organes de la fleur4 ,il faut accept] l'vid5ce4 ,cette ruse incroyable et efficace e/ d'autant plus surpr5ante1 qu'elle ne t5d pas satisfaire ici le beso9 de mang]1 immdiat et urg5t1 qui aiguise les plus obtuses intellig5ces3 elle n'a en vue qu'un idal lo9ta93 la propagation de l'espce4 ,mais p\rquoi1 dira-t-on1 ces complications fanta/iques qui n'ab\tiss5t qu' gr&ir les dang]s du has>d8 ,ne n\s htons pas de jug] et de rpondre4 ,n\s ignorons t\t des raisons de la plante4 ,savons-n\s les ob/acles qu'elle r5contre du ct de la logique et de la simplicit8 ,connaissons-n\s1 au fond1 une seule des lois organiques de son exi/5ce et de sa croissance8 ,quelqu'un qui n\s v]rait du haut de ,m>s ou de ,vnus n\s v]tu] la conqute de l'air1 se dem&]ait de mme3 p\rquoi ces app>eils in=mes et mon/rueux1 ces ballons1 ces aroplanes1 ces p>a*utes1 qu& il s]ait si simple d'imit] les oiseaux et de munir les bras d'une paire d'ailes suffisantes8 ,,xxiii ,a ces preuves d'intellig5ce1 la vanit un peu purile de l'homme oppose l'objection traditionnelle3 oui1 elles crent des m]veilles1 mais ces m]veilles demeur5t t]nellem5t les mmes4 ,*aque espce1 *aque v>it a son sy/me1 et1 de gnrations en gnrations1 n'y apporte nulle amlioration s5sible4 ,il e/ c]ta9 que depuis que n\s les obs]vons1 c'e/--dire depuis une c9quanta9e d'annes1 n\s n'avons pas vu le ,coryan!s macran?a ou les ,catastides p]fectionn] leur pige2 c'e/ t\t ce que n\s p\vons affirm]1 et c'e/ vraim5t insuffisant4 ,avons-n\s seulem5t t5t les expri5ces les plus lm5taires1 et savons-n\s ce que f]ai5t au b\t d'un sicle les gnrations successives de notre tonnante ,or*ide baigneuse places dans un milieu diffr5t1 p>mi des insectes insolites8 ,du re/e1 les noms que n\s donnons aux g5res1 espces et v>its f9iss5t p> n\s tromp] n\s-mmes1 et n\s crons a9si d'imag9aires types que n\s croyons fixs1 alors qu'ils ne sont probablem5t que les reprs5tants d'une mme fleur qui cont9ue de modifi] l5tem5t ses organes selon de l5tes circon/ances4 ,les fleurs prcdr5t les insectes sur notre t]re2 elles dur5t donc1 qu& ceux-ci app>ur5t1 adapt] aux murs de ces collaborateurs imprvus t\te une ma*9]ie n\velle4 ,ce fait seul1 gologiquem5t inconte/able1 p>mi t\t ce que n\s ignorons1 suffit tablir l'volution1 et ce mot un peu vague ne signifie-t-il pas1 en d]nire analyse1 adaptation1 modification1 progrs intellig5t8 ,du re/e1 p\r ne pas rec\rir cet vnem5t prhi/orique1 il s]ait facile de gr\p] un gr& nombre de faits qui dmontr]ai5t que la facult d'adaptation et de progrs intellig5ts n'e/ pas exclusivem5t rs]ve l'espce huma9e4 ,sans rev5ir sur les *apitres dtaills que j'ai consacrs ce sujet dans ,la ,vie des ,abeilles1 je rappell]ai simplem5t deux ou trois dtails topiques qui s'y tr\v5t cits4 ,les abeilles1 p> exemple1 ont inv5t la ru*e4 ,a l'tat sauvage et primitif et dans leur pays d'orig9e1 elles travaill5t l'air libre4 ,c'e/ l'inc]titude1 l'inclm5ce de nos saisons sept5trionales qui leur donna l'ide de *]*] un abri dans le creux des ro*]s ou des arbres4 ,cette ide de gnie r5dit au but9age et aux so9s du c\va9 les milli]s d'ouvrires autrefois immobilises aut\r des rayons af9 d'y ma9t5ir la *aleur ncessaire4 ,il n'e/ pas r>e1 surt\t dans le ,midi1 que durant les ts exceptionnellem5t d\x1 elles ret\rn5t ces murs tropicales de leurs anctres,e4 ,autre fait3 transporte en ,au/ralie ou en ,cali=nie1 notre abeille noire *ange compltem5t ses habitudes4 ,ds la seconde ou la troisime anne1 ayant con/at que l't e/ p]ptuel1 que les fleurs ne font jamais dfaut1 elle vit au j\r le j\r1 se cont5te de rcolt] le miel et le poll5 indisp5sables la consommation quotidi5ne1 et son obs]vation rc5te et raisonne l'emportant sur l'expri5ce hrditaire1 elle ne fait plus de provisions4 ,dans le mme ordre d'ides1 ,b*n] m5tionne un trait qui pr\ve galem5t l'adaptation aux circon/ances1 non pas l5te1 sculaire1 inconsci5te et fatale1 mais immdiate et intellig5te3 la ,b>bade1 au milieu des raff9]ies o p5dant t\te l'anne elles tr\v5t le sucre en abondance1 elles cess5t compltem5t de visit] les fleurs4 ,rappelons enf9 l'amusant dm5ti qu'elles donnr5t deux savants entomologi/es anglais3 ,kirby et ,sp5ce4 ,montrez-n\s1 disai5t-ils1 un seul cas o1 presses p> les circon/ances1 elles ai5t eu l'ide de sub/itu] l'argile ou le morti] la cire et la propolis1 et n\s convi5drons qu'elles sont capables de raisonn]4 ,a pe9e avai5t-ils exprim ce dsir assez arbitraire1 qu'un autre naturali/e1 ,&r ,knight1 ayant enduit d'une espce de cim5t fait de cire et de trb5?9e l'corce de c]ta9s arbres1 obs]va que ses abeilles r5onai5t entirem5t rcolt] la propolis et n'usai5t plus que de cette sub/ance n\velle et inconnue qu'elles tr\vai5t t\te prp>e et en abondance aux environs de leur logis4 ,au surplus1 dans la pratique apicole1 qu& il y a disette de poll51 il suffit de mettre leur disposition quelques p9ces de f>9e1 p\r qu'elles compr5n5t immdiatem5t que celle-ci peut leur r5dre les mmes s]vices et tre employe aux mmes usages que la p\ssire des an?res1 bi5 que la saveur1 l'odeur et la c\leur soi5t absolum5t diffr5tes4 ,ce que je vi5s de rappel] au sujet des abeilles1 p\rrait1 je p5se1 mutatis mut&is1 se vrifi] dans le royaume des fleurs4 ,il suffirait probablem5t que l'admirable ef=t volutif des nombreuses v>its de la ,sauge1 p> exemple1 ft s\mis quelques expri5ces et tudi plus m?odiquem5t que n'e/ capable de le faire le pr(ane que je suis4 ,en att5dant1 p>mi bi5 d'autres indices qu'il s]ait facile de runir1 une curieuse tude de ,bab9et sur les crales n\s appr5d que c]ta9es plantes1 transportes lo9 de leur climat habituel1 obs]v5t les circon/ances n\velles et en tir5t p>ti1 exactem5t comme font les abeilles4 ,a9si1 dans les rgions les plus *audes de l',asie1 de l',afrique et de l',amrique1 o l'hiv] ne le tue pas annuellem5t1 notre bl r$evi5t ce qu'il devait tre l'orig9e2 une plante vivace comme le gazon4 ,il y demeure t\j\rs v]t1 s'y multiplie p> la rac9e et n'y porte plus d'pis ni de gra9es4 ,qu&1 de sa patrie tropicale et primitive1 il e/ v5u s'acclimat] dans nos contres glaces1 il lui a donc fallu b\lev]s] ses habitudes et inv5t] un n\veau mode de multiplication4 ,comme le dit excellemm5t ,bab9et1 l'organisme de la plante1 p> un inconcevable miracle1 a sembl press5tir la ncessit de pass] p> l'tat de gra9e1 p\r ne pas prir compltem5t p5dant la saison rig\reuse4 ,,xxiv ,en t\s cas1 p\r dtruire l'objection dont n\s p>lions plus haut et qui n\s a fait faire ce long dt\r1 il suffirait que l'acte de progrs intellig5t ft con/at1 ne s]ait-ce qu'une seule fois hors de l'humanit4 ,mais "p le plaisir qu'on pr\ve rfut] un argum5t trop vaniteux et prim1 que cette "q de l'intellig5ce p]sonnelle des fleurs1 des insectes ou des oiseaux a donc1 au fond1 peu d'importance6 ,que l'on dise1 propos de l',or*ide comme de l'abeille1 que c'e/ la ,nature et non po9t la plante ou la m\*e qui calcule1 comb9e1 orne1 inv5te et raisonne1 quel intrt cette di/9ction peut-elle avoir p\r n\s8 ,une "q bi5 plus haute et plus digne de notre att5tion passionne dom9e ces dtails4 ,il s'agit de saisir le c>actre1 la qualit1 les habitudes et peut-tre le b de l'intellig5ce gnrale d'o man5t t\s les actes intellig5ts qui s'accompliss5t sur cette t]re4 ,c'e/ ce po9t de vue que l'tude des tres1--les f\rmis et les abeilles entre autres1--o se manife/5t le plus nettem5t1 hors de la =me huma9e1 les procds et l'idal de ce gnie1 e/ une des plus curieuses que l'on puisse entrepr5dre4 ,il semble1 aprs t\t ce que n\s v5ons de con/at]1 que ces t5dances1 ces m?odes intellectuelles soi5t au mo9s aussi complexes1 aussi avances1 aussi saisissantes *ez les ,or*ides que *ez les ,hymnoptres sociaux4 ,aj\tons qu'un gr& nombre de mobiles1 qu'une p>tie de la logique de ces insectes agits et d'obs]vation difficile1 n\s *app5t encore1 au lieu que n\s saisissons sans pe9e t\s les motifs sil5cieux1 t\s les raisonnem5ts /ables et sages de la paisible fleur4 ,,xxv ,or qu'obs]vons-n\s1 en surpr5ant l'uvre la ,nature1 l',intellig5ce gnrale1 ou le ,gnie univ]sel 7le nom n'importe gure7 dans le monde des fleurs8 ,bi5 des *oses1 et1 p\r n'en p>l] qu'en passant1 c> le sujet prt]ait une longue tude1 n\s con/atons t\t d'abord que son ide de beaut1 d'allgresse1 que ses moy5s de sduction1 ses gts e/htiques1 sont trs pro*es des ntres4 ,mais sans d\te s]ait-il plus exact d'affirm] que les ntres sont con=mes aux si5s4 ,il e/ en effet bi5 inc]ta9 que n\s ayons inv5t une beaut qui n\s soit propre4 ,t\s nos motifs ar*itecturaux1 musicaux1 t\tes nos h>monies de c\leur et de lumire1 etc41 sont directem5t emprunts la ,nature4 ,sans voqu] la m]1 la montagne1 les ciels1 la nuit1 les crpuscules1 que ne p\rrait-on dire1 p> exemple1 sur la beaut des arbres8 ,je p>le non seulem5t de l'arbre considr dans la =t1 qui e/ une des puissances de la t]re1 peut-tre la pr9cipale s\rce de nos in/9cts1 de notre s5tim5t de l'univ]s1 mais de l'arbre en soi1 de l'arbre solitaire1 dont la v]te vieillesse e/ *>ge d'un milli] de saisons4 ,p>mi ces impressions qui1 sans que n\s le sa*ions1 =m5t le creux limpide et peut-tre le trfonds de bonheur et de calme de t\te notre exi/5ce1 qui de n\s ne g>de la mmoire de quelques beaux arbres8 ,qu& on a dpass le milieu de la vie1 qu& on arrive au b\t de la priode m]veille1 qu'on a puis peu prs t\s les spectacles que peuv5t (frir l'art1 le gnie et le luxe des sicles et des hommes1 aprs avoir pr\v et comp> bi5 des *oses1 on en revi5t de trs simples s\v5irs4 ,ils dress5t l'horizon purifi1 deux ou trois images innoc5tes1 inv>iables et fra*es1 qu'on v\drait emport] dans le d]ni] sommeil1 s'il e/ vrai qu'une image puisse pass] le seuil qui sp>e nos deux mondes4 ,p\r moi1 je n'imag9e pas de p>adis1 ni de vie d'outre-tombe si spl5dide qu'elle devi5ne1 o ne s]ait po9t sa place tel magnifique ,htre de la ,sa9te-,baume1 tel ,cyprs ou tel ,p9-p>asol de ,flor5ce ou d'un humble ermitage vois9 de ma maison1 qui donn5t au passant le modle de t\s les gr&s m\vem5ts de rsi/ance ncessaire1 de c\rage paisible1 d'lan1 de gravit1 de victoire sil5cieuse et de p]svrance4 ,,xxvi ,mais je m'loigne trop2 j'ent5dais simplem5t rem>qu]1 propos de la fleur1 que la ,nature1 lorsqu'elle veut tre belle1 plaire1 rj\ir et se montr] heureuse1 fait peu prs ce que n\s f]ions si n\s disposions de ses trsors4 ,je sais qu'en p>lant a9si1 je p>le un peu comme cet vque qui admirait que la ,provid5ce ft t\j\rs pass] les gr&s fleuves proximit des gr&es villes2 mais il e/ difficile d'envisag] ces *oses d'un autre po9t de vue que l'huma94 ,or donc1 de ce po9t de vue1 considrons que n\s connatrions bi5 peu de signes1 bi5 peu d'expressions de bonheur si n\s ne connaissions pas la fleur4 ,p\r bi5 jug] de sa puissance d'allgresse et de beaut1 il faut habit] un pays o elle rgne sans p>tage1 comme le co9 de ,prov5ce1 entre la ,siagne et le ,l\p1 o j'cris ces lignes4 ,ici1 vraim5t elle e/ l'unique s\v]a9e des valles et des coll9es4 ,les paysans y ont p]du l'habitude de cultiv] le bl1 comme s'ils n'avai5t plus qu' p\rvoir aux beso9s d'une humanit plus subtile qui se n\rrirait d'odeurs suaves et d'ambroisie4 ,les *amps ne =m5t qu'un b\quet qui se r5\velle sans cesse1 et les p>fums qui se succd5t sembl5t dans] la ronde t\t aut\r de l'anne azure4 ,les ,anmones1 les ,gir(les1 les ,mimosas1 les ,violettes1 les illets1 les ,n>cisses1 les ,jac9!s1 les ,jonquilles1 les ,rsdas1 les ,jasm9s1 les ,tubreuses envahiss5t les j\rs et les nuits1 les mois d'hiv]1 d't1 de pr9temps et d'automne4 ,mais l'heure magnifique app>ti5t aux ,roses de ,mai4 ,alors1 p]te de vue1 du p5*ant des coteaux aux creux des pla9es1 entre des digues de vignes et d'olivi]s1 elles c\l5t de t\tes p>ts comme un fleuve de ptales d'o m]g5t les maisons et les arbres1 un fleuve de la c\leur que n\s donnons la jeunesse1 la sant et la joie4 ,l'arome la fois *aud et frais1 mais surt\t spacieux qui entr'ouvre le ciel1 mane1 croirait-on1 directem5t des s\rces de la batitude4 ,les r\tes1 les s5ti]s sont taills dans la pulpe de la fleur1 dans la sub/ance mme des ,p>adis4 ,il semble que1 p\r la premire fois de sa vie1 on ait une vision satisfaisante du bonheur4 ,,xxvii ,t\j\rs de notre po9t de vue huma91 et p\r p]svr] dans l'illusion ncessaire1 la premire rem>que aj\tons-en une autre un peu plus t5due1 un peu mo9s has>deuse1 et peut-tre l\rde de consqu5ces3 savoir que le ,gnie de la ,t]re1 qui e/ probablem5t celui du monde enti]1 agit1 dans la lutte vitale1 exactem5t comme agirait un homme4 ,il use des mmes m?odes1 de la mme logique4 ,il atte9t au b p> les moy5s que n\s emploi]ions1 il ttonne1 il hsite1 il s'y repr5d plusieurs fois1 il aj\te1 il lim9e1 il reconnat et r$resse ses erreurs comme n\s le f]ions sa place4 ,il s'v]tue1 il inv5te pniblem5t et petit petit1 la faon des ouvri]s et des +nieurs de nos ateli]s4 ,il lutte1 a9si que n\s1 contre la masse pesante1 norme et obscure de son tre4 ,il ne sait pas plus que n\s o il va2 il se *]*e1 se dc\vre peu peu4 ,il a un idal s\v5t confus1 mais o l'on di/+ue nanmo9s une f\le de gr&es lignes qui s'lv5t v]s une vie plus ard5te1 plus complexe1 plus n]veuse1 plus spirituelle4 ,matriellem5t1 il dispose de ress\rces inf9ies1 il connat le secret de prodigieuses =ces que n\s ignorons2 mais intellectuellem5t1 il p>at /rictem5t occup] notre sphre1 n\s ne con/atons pas1 jusqu'ici1 qu'il outrepasse ses limites2 et s'il ne va ri5 puis] p> del1 n'e/-ce pas dire qu'il n'y a ri5 hors de cette sphre8 ,n'e/-ce pas dire que les m?odes de l'esprit huma9 sont les seules possibles1 que l'homme ne s'e/ pas tromp1 qu'il n'e/ ni une exception ni un mon/re1 mais l'tre p> qui pass5t1 en qui se manife/5t le plus int5sm5t les gr&es volonts1 les gr&s dsirs de l',univ]s8 ,,xxviii ,les po9ts de repre de notre connaissance m]g5t l5tem5t1 p>cimonieusem5t4 ,peut-tre l'image fameuse de ,platon1 la cav]ne aux murs de laquelle se reflt5t des ombres inexpliques1 n'e/-elle plus suffisante2 mais1 si l'on v\lait lui sub/itu] une image n\velle et plus exacte1 elle ne s]ait gure plus consolante4 ,imag9ez cette cav]ne agr&ie4 ,jamais n'y pntr]ait un rayon de cl>t4 ,except la lumire et le feu1 on l'aurait soigneusem5t p\rvue de t\t ce que comporte notre civilisation2 et des hommes s'y tr\v]ai5t prisonni]s depuis leur naissance4 ,ils ne regrett]ai5t po9t la lumire1 ne l'ayant jamais vue2 ils ne s]ai5t pas aveugles1 leurs yeux ne s]ai5t pas morts1 mais n'ayant ri5 reg>d]1 devi5drai5t probablem5t l'organe le plus s5sible du t\*]4 ,af9 de n\s reconnatre en leurs ge/es1 reprs5tons-n\s ces malheureux dans leurs tnbres1 au milieu de la multitude d'objets inconnus qui les ent\r5t4 ,que de biz>res mprises1 de dviations incroyables1 d'int]prtations imprvues6 ,mais qu'il p>atrait t\*ant et s\v5t +nieux le p>ti qu'ils aurai5t tir de *oses qui n'avai5t pas t cres p\r la nuit6444 ,combi5 de fois aurai5t-ils r5contr ju/e1 et quelle ne s]ait pas leur /upfaction1 si t\t c\p1 la cl>t du j\r1 ils dc\vrai5t la nature et la de/9ation vritables d'outils et d'app>eils qu'ils aurai5t de leur mieux appropris aux inc]titudes de l'ombre8444 ,p\rtant1 au reg>d de la ntre1 leur situation semble simple et facile4 ,le my/re o ils ramp5t e/ born4 ,ils ne sont privs que d'un s5s1 au lieu qu'il e/ impossible d'e/im] le nombre de ceux qui n\s manqu5t4 ,la cause de leurs erreurs e/ unique et l'on ne peut compt] celles des ntres4 ,puisque n\s vivons dans une cav]ne de ce g5re1 n'e/-il pas intressant de con/at] que la puissance qui n\s y a mis1 agit s\v5t et sur quelques po9ts importants1 comme n\s agissons n\s-mmes8 ,ce sont des lueurs dans notre s\t]ra9 qui n\s montr5t que n\s ne n\s sommes pas tromps sur l'usage de t\s les objets qui s'y tr\v5t2 et quelques-unes de ces lueurs n\s y sont apportes p> les insectes et les fleurs4 ,,xxix ,n\s avons mis longtemps un assez sot orgueil n\s croire des tres miraculeux1 uniques et m]veilleusem5t =tuits1 probablem5t tombs d'un autre monde1 sans atta*es c]ta9es avec le re/e de la vie1 et1 en t\t cas1 d\s d'une facult insolite1 incomp>able1 mon/rueuse4 ,il e/ bi5 prfrable de n'tre po9t si prodigieux1 c> n\s avons appris que les prodiges ne t>d5t pas disp>atre dans l'volution normale de la nature4 ,il e/ bi5 plus consolant d'obs]v] que n\s suivons la mme r\te que l'me de ce gr& monde1 que n\s avons mmes ides1 mmes esprances1 mmes preuves et presque1--n'tait notre rve spcifique de ju/ice et de piti1--mmes s5tim5ts4 ,il e/ bi5 plus tranquillisant de s'assur] que n\s employons1 p\r amlior] notre sort1 p\r utilis] les =ces1 les occasions1 les lois de la matire1 des moy5s exactem5t p>eils ceux dont elle use p\r clair] et ordonn] ses rgions ins\mises et inconsci5tes2 qu'il n'y en pas d'autres1 que n\s sommes dans la vrit1 que n\s sommes bi5 notre place et *ez n\s dans cet univ]s ptri de sub/ances inconnues1 mais dont la p5se e/ non pas impntrable et ho/ile1 mais analogue ou con=me la ntre4 ,si la nature savait t\t1 si elle ne se trompait jamais1 si p>t\t1 en t\tes ses entreprises1 elle se montrait d'emble p>faite et infaillible1 si elle rvlait en t\tes *oses une intellig5ce incomm5surablem5t suprieure la ntre1 c'e/ alors qu'il y aurait lieu de cra9dre et de p]dre c\rage4 ,n\s n\s s5tirions la victime et la proie d'une puissance trangre1 que n\s n'aurions aucun espoir de connatre ou de mesur]4 ,il e/ bi5 prfrable de se conva9cre que cette puissance1 t\t au mo9s au po9t de vue intellectuel1 e/ troitem5t p>5te de la ntre4 ,notre esprit puise aux mmes rs]voirs que le si54 ,n\s sommes du mme monde1 presque entre gaux4 ,n\s ne frayons plus avec des dieux inaccessibles1 mais avec des volonts voiles et frat]nelles1 qu'il s'agit de surpr5dre et de dirig]4 ,,xxx ,il ne s]ait pas1 j'imag9e1 trs tmraire de s\t5ir qu'il n'y a pas d'tres plus ou mo9s intellig5ts1 mais une intellig5ce p>se1 gnrale1 une sorte de fluide univ]sel qui pntre div]sem5t1 selon qu'ils sont bons ou mauvais conducteurs de l'esprit1 les organismes qu'il r5contre4 ,l'homme s]ait1 jusqu'ici1 sur cette t]re1 le mode de vie qui (frirait la mo9dre rsi/ance ce fluide que les religions appelr5t div94 ,nos n]fs s]ai5t les fils o se rp&rait cette lectricit plus subtile4 ,les circonvolutions de notre c]veau =m]ai5t en quelque sorte le bob9e d'induction o se multipli]ait la =ce du c\rant1 mais ce c\rant ne s]ait pas d'une autre nature1 ne provi5drait pas d'une autre s\rce que celui qui passe dans la pi]re1 dans l'a/re1 dans la fleur ou l'animal4 ,mais voil des my/res qu'il assez oiseux d'int]rog]2 att5du que n\s ne possdons pas encore l'organe qui puisse recueillir leur rponse4 ,cont5tons-n\s d'avoir obs]v1 hors de n\s1 c]ta9es manife/ations de cette intellig5ce4 ,t\t ce que n\s obs]vons en n\s-mmes e/ bon droit suspect2 n\s sommes la fois juge et p>tie1 et n\s avons trop d'intrt peupl] notre monde d'illusions et d'esprances magnifiques4 ,mais que le mo9dre indice extrieur n\s soit *] et prcieux4 ,ceux que les fleurs vi5n5t de n\s (frir sont probablem5t bi5 m9imes1 au reg>d de ce que n\s dirai5t les montagnes1 la m] et les toiles1 si n\s surpr5ions les secrets de leur vie4 ,ils n\s p]mett5t nanmo9s de prsum] avec plus d'assurance que l'esprit qui anime t\tes *oses ou se dgage d'elles e/ de la mme ess5ce que celui qui anime notre corps4 ,s'il n\s ressemble1 si n\s lui ressemblons a9si1 si t\t ce qui se tr\ve en lui1 se retr\ve en n\s-mmes1 s'il emploie nos m?odes1 s'il a nos habitudes1 nos proccupations1 nos t5dances1 nos dsirs v]s le mieux1 e/-il illogique d'espr] t\t ce que n\s esprons in/9ctivem5t1 inv9ciblem5t1 puisqu'il e/ presque c]ta9 qu'il l'espre aussi8 ,e/-il vraisemblable1 qu& n\s tr\vons p>se dans la vie une telle somme d'intellig5ce1 que cette vie ne fasse pas uvre d'intellig5ce1 c'e/--dire ne p\rsuive une f9 de bonheur1 de p]fection1 de victoire sur ce que n\s appelons le mal1 la mort1 les tnbres1 le nant1 qui n'e/ probablem5t que l'ombre de sa face ou son propre sommeil8 ,,les ,,p>fums ,aprs avoir assez longuem5t p>l de l'intellig5ce des fleurs1 il sembl]a naturel que n\s disions un mot de leur me qui e/ leur p>fum4 ,malheureusem5t ici1 de mme que p\r l'me de l'homme1 p>fum d'une autre sphre o baigne la raison1 n\s t\*ons t\t de suite l'inconnaissable4 ,n\s ignorons peu prs entirem5t l'int5tion de cette zone d'air fri et invisiblem5t magnifique que les corolles rp&5t aut\r d'elles4 ,il e/ en effet =t d\teux qu'elle s]ve pr9cipalem5t attir] les insectes4 ,d'abord1 beauc\p de fleurs1 p>mi les plus odorantes1 n'admett5t pas la fcondation croise1 de sorte que la visite de l'abeille ou du papillon leur e/ indiffr5te ou importune4 ,ensuite1 ce qui appelle les insectes1 c'e/ uniquem5t le poll5 et le nect>1 qui gnralem5t1 n'ont pas d'odeur s5sible4 ,aussi les voyons-n\s nglig] les fleurs les plus dlicieusem5t p>fumes1 telles que la ,rose et l'illet1 p\r assig] en f\le celles de l'rable ou du ,c\dri]1 dont l'arome e/ p\r a9si dire nul4 ,av\ons donc que n\s ne savons pas encore en quoi les p>fums sont utiles la fleur1 de mme que n\s ignorons p\rquoi n\s les p]cevons4 ,l'odorat e/ effectivem5t le plus inexpliqu de nos s5s4 ,il e/ vid5t que la vue1 l'oue1 le t\*] et le gt sont indisp5sables notre vie animale4 ,seule1 une longue ducation n\s appr5d j\ir avec ds9tressem5t des =mes1 des c\leurs et des sons4 ,du re/e1 notre odorat ex]ce aussi d'importantes fonctions s]viles4 ,il e/ le g>di5 de l'air que n\s respirons1 il e/ l'hygini/e et le *imi/e qui veille soigneusem5t sur la qualit des alim5ts (f]ts1 t\te manation dsagrable dcelant la prs5ce de g]mes suspects ou dang]eux4 ,mais1 ct de cette mission pratique1 il en a une autre qui ne rpond app>emm5t ri54 ,les p>fums sont en t\t po9t inutiles notre vie physique4 ,trop viol5ts1 trop p]man5ts1 ils peuv5t mme lui dev5ir ho/iles4 ,nanmo9s1 n\s possdons une facult qui s'en rj\it et n\s en apporte la bonne n\velle avec autant d'en?\siasme et de conviction que s'il s'agissait de la dc\v]te d'un fruit ou d'un breuvage dlicieux4 ,cette inutilit mrite notre att5tion4 ,elle doit ca*] un beau secret4 ,voici la seule occurr5ce o la nature n\s procure un plaisir gratuit1 une satisfaction qui n'orne pas un pige de la ncessit4 ,l'odorat e/ l'unique s5s de luxe qu'elle n\s ait octroy4 ,aussi bi5 semble-t-il presque trang] notre corps1 ne pas t5ir =t troitem5t notre organisme4 ,e/-ce un app>eil qui se dveloppe ou s'atrophie1 une facult qui s'endort ou s'veille8 ,t\t porte croire qu'il volue de pair avec notre civilisation4 ,les anci5s ne s'occupai5t gure que des bonnes odeurs les plus brutales1 les plus l\rdes1 les plus solides1 p\r a9si dire1 musc1 b5jo91 myrrhe1 enc5s1 etc41 et l'arome des fleurs e/ bi5 r>em5t m5tionn dans les pomes grecs et lat9s et dans la littrature hbraque4 ,auj\rd'hui1 voyons-n\s nos paysans1 mme dans leurs plus longs loisirs1 song] respir] une ,violette ou une ,rose8 ,n'e/-ce pas1 au contraire1 le premi] ge/e de l'habitant des gr&es villes qui dc\vre une fleur8 ,il y a donc quelque sujet d'admettre que l'odorat soit le d]ni] n de nos s5s1 le seul peut-tre1 qui ne soit pas en voie de rgression1 comme dis5t pesamm5t les biologi/es4 ,c'e/ une raison p\r n\s y atta*]1 l'int]rog] et cultiv] ses possibilits4 ,qui dira les surprises qu'il n\s rs]v]ait s'il galait1 p> exemple1 la p]fection de l'il1 comme il fait *ez le *i5 qui vit autant p> le nez que p> les yeux8 ,il y a l un monde inexplor4 ,ce s5s my/rieux qui1 au premi] abord1 p>at presque trang] notre organisme1 le mieux considr] e/ peut-tre celui qui le pntre le plus intimem5t4 ,ne sommes-n\s pas1 avant t\t1 des tres ari5s8 ,l'air ne n\s e/-il pas l'lm5t le plus absolum5t et le plus promptem5t indisp5sable1 et l'odorat n'e/-il pas ju/em5t l'unique s5s qui en p]oive quelques p>ties8 ,les p>fums qui sont les joyaux de cet air qui n\s fait vivre1 ne l'orn5t pas sans raison4 ,il ne s]ait pas surpr5ant que ce luxe incompris rpondt quelque *ose de trs pr(ond et de trs ess5tiel1 et plutt1 comme n\s v5ons de le voir1 quelque *ose qui n'e/ pas encore1 qu' quelque *ose qui n'e/ plus4 ,il e/ =t possible que ce s5s1 le seul qui soit t\rn v]s l'av5ir1 saisisse dj les manife/ations les plus frappantes d'une =me ou d'un tat heureux et salutaire de la matire qui n\s rs]ve bi5 des surprises4 ,en att5dant1 il en e/ encore aux p]ceptions les plus viol5tes1 les mo9s subtiles4 ,c'e/ pe9e s'il s\ponne1 en s'aidant de l'imag9ation1 les pr(onds et h>monieux effluves qui envelopp5t videmm5t les gr&s spectacles de l'atmosphre et de la lumire4 ,comme n\s sommes sur le po9t de saisir ceux de la pluie ou du crpuscule1 p\rquoi n'arriv]ions-n\s pas dml] et fix] le p>fum de la neige1 de la glace1 de la rose du mat91 des prmices de l'aube1 du sc9tillem5t des toiles8 ,t\t doit avoir son p>fum1 encore inconcevable1 dans l'espace1 mme un rayon de lune1 un murmure de l'eau1 un nuage qui plane1 un s\rire de l'azur444 99 99 99 99 99 ,le has>d1 ou plutt le *oix de la vie1 m'a ram5 ces temps-ci aux lieux o naiss5t et s'labor5t presque t\s les p>fums de l',europe4 ,en effet1 comme *acun sait1 c'e/ sur la b&e de t]re lum9euse qui s't5d de ,cannes ,nice1 que les d]nires coll9es et les d]nires valles de fleurs vivantes et s9cres s\ti5n5t une hroque lutte contre les grossires odeurs *imiques d',allemagne1 lesquelles sont exactem5t aux p>fums naturels ce que sont aux futaies et aux pla9es de la vraie campagne1 les futaies et les pla9es pe9tes d'une salle de spectacle4 ,le travail du paysan y e/ rgl sur une sorte de cal5dri] uniquem5t floral1 o dom95t1 en mai et en juillet1 deux adorables re9es3 la ,rose et le ,jasm94 ,aut\r de ces deux s\v]a9es de l'anne1 l'une c\leur d'aurore1 l'autre vtue d'toiles blan*es1 dfil5t1 de janvi] dcembre1 les innombrables et promptes ,violettes1 les tumultueuses ,jonquilles1 les ,n>cisses nafs1 l'il m]veill1 les ,mimosas normes1 le ,rsda1 l'illet *>g de prcieuses pices1 le ,granium imprieux1 la fleur d',orang] tyranniquem5t virg9ale1 la ,lav&e1 le ,g5t d',espagne1 la trop puissante ,tubreuse et la ,cassie qui e/ une espce d',acacia et porte une fleur p>eille une *5ille orange4 ,il e/ d'abord assez dconc]tant de voir les gr&s ru/res pais et bal\rds1 que la dure ncessit dt\rne p>t\t ailleurs des s\rires de la vie1 pr5dre a9si les fleurs au srieux1 mani] soigneusem5t ces fragiles ornem5ts de la t]re1 accomplir une besogne d'abeille ou de pr9cesse et ploy] s\s le faix des ,violettes ou des ,jonquilles4 ,mais l'impression la plus frappante e/ celle de c]ta9s soirs ou de c]ta9s mat9s de la saison des ,roses ou du ,jasm94 ,on croirait que l'atmosphre de la t]re vi5t de subitem5t *ang]1 qu'elle a fait place celle d'une plante inf9im5t heureuse1 o le p>fum n'e/ plus1 comme ici-bas1 fugitif1 imprcis et prcaire1 mais /able1 va/e1 ple91 p]man5t1 gnreux1 normal1 inalinable4 99 99 99 99 99 ,on a plus d'une fois trac--du mo9s je l'imag9e--en p>lant de ,grasse et de ses al5t\rs1 le tableau de cette indu/rie presque ferique qui occupe t\te une ville laborieuse1 pose au flanc d'une montagne1 comme une ru*e ensoleille4 ,on doit avoir dit les magnifiques *>retes de ,roses roses dv]ses au seuil des fumantes us9es1 les va/es salles o les trieuses nag5t littralem5t dans le flot des ptales1 l'arrive mo9s encombrante mais plus prcieuse des ,violettes1 des ,tubreuses1 de la ,cassie1 du ,jasm91 en de l>ges corbeilles que les paysannes port5t noblem5t sur la tte4 ,on doit avoir dcrit les procds div]s p> lesquels on arra*e aux fleurs1 selon leur c>actre1 p\r les fix] dans le cri/al1 les secrets m]veilleux de leur cur4 ,on sait que les unes1 les ,roses p> exemple1 sont ple9es de complaisances et de bonne volont et livr5t leur arme avec simplicit4 ,on les entasse en d'normes *audires1 aussi hautes que celles de nos locomotives1 o passe de la vapeur d'eau4 ,peu peu leur huile ess5tielle1 plus coteuse qu'une gele de p]les1 su9te g\tte g\tte en un tube de v]re troit comme une plume d'oie1 au bas de l'alambic p>eil quelque mon/re qui donn]ait pniblem5t naissance une l>me d'ambre4 ,mais la plup>t des fleurs laiss5t mo9s facilem5t emprisonn] leur me4 ,je ne p>l]ai pas ici de t\tes les tortures inf9im5t v>ies qu'on leur inflige p\r les =c] d'ab&onn] enf9 le trsor qu'elles ca*5t dsesprm5t au fond de leur corolle4 ,il suffira1 p\r donn] une ide de la ruse du b\rreau et de l'ob/9ation de c]ta9es victimes1 de rappel] le supplice de l'enfleurage froid que subiss5t1 avant de rompre le sil5ce1 la ,jonquille1 le ,rsda1 la ,tubreuse et le ,jasm94--,rem>quons en passant que le p>fum du ,jasm9 e/ le seul qui soit inimitable1 le seul qu'on ne puisse obt5ir p> le savant mlange d'autres odeurs4 ,on tale donc un lit de graisse pais de deux doigts sur de gr&es plaques de v]re1 et le t\t e/ abondamm5t rec\v]t de fleurs4 ,a la suite de quelles papel>des manuvres1 de quelles onctueuses promesses1 la graisse obti5t-elle d'irrvocables confid5ces8 ,t\j\rs e/-il que bi5tt les pauvres fleurs trop confiantes n'ont plus ri5 p]dre4 ,*aque mat9 on les enlve1 on les jette aux dbris1 et une n\velle jon*e d'+nues les remplace sur la c\*e insidieuse4 ,elles cd5t leur t\r1 s\ffr5t le mme sort1 d'autres et d'autres les suiv5t4 ,ce n'e/ qu'au b\t de trois mois1 c'e/--dire aprs avoir dvor quatre-v+t-dix gnrations de fleurs1 que la graisse avide et captieuse1 sature d'ab&ons et d'aveux embaums1 refuse de dp\ill] de n\velles victimes4 ,la ,violette1 elle1 rsi/e aux in/ances de la graisse froide2 il faut qu'on y joigne le supplice du feu4 ,on *auffe donc le sa9d\x au ba9-m>ie4 ,a la suite de ce b>b>e traitem5t1 l'humble et suave fleur des r\tes pr9tanires p]d peu peu la =ce qui g>dait son secret4 ,elle se r5d1 elle se donne2 et son b\rreau liquide1 avant d'tre repu1 absorbe quatre fois son poids de ptales1 ce qui fait que l'ignoble torture se prolonge durant t\te la saison o les ,violettes s'pan\iss5t s\s les ,olivi]s4 ,mais le drame n'e/ pas t]m94 ,il s'agit ma9t5ant1 qu'elle soit *aude ou froide1 de faire r5dre gorge cette graisse av>e qui ent5d ret5ir1 de t\tes ses n]gies in=mes et vasives1 le trsor absorb4 ,on y russit non sans pe9e4 ,elle a des passions basses qui la p]d5t4 ,on l'abreuve d'alcool1 on l'enivre1 elle f9it p> l*] prise4 ,a prs5t c'e/ l'alcool qui possde le my/re4 ,a pe9e le dti5t-il qu'il prt5d1 lui aussi1 n'en faire "p p]sonne1 le g>d] p\r soi seul4 ,on l'attaque son t\r1 on le rduit1 on l'vapore1 on le cond5se2 et la p]le liquide1 aprs tant d'av5tures1 pure1 ess5tielle1 9puisable et presque imprissable1 e/ enf9 recueillie dans une amp\le de cri/al4 ,je n'numr]ai pas les procds *imiques d'extraction3 aux !rs de ptrole1 au sulfure de c>bone1 etc4 ,les gr&s p>fumeurs de ,grasse1 fidles aux traditions1 rpugn5t ces m?odes artificielles et presque dloyales1 qui ne donn5t que d'acres armes et froiss5t l'me de la fleur4 ,,la ,,mesure ,,des ,,heures ,l't e/ la saison du bonheur4 ,qu& revi5n5t p>mi les arbres1 dans la montagne ou sur les plages1 les belles heures de l'anne2 celles qu'on att5d et qu'on espre du fond de l'hiv]1 celles qui n\s ouvr5t enf9 les portes dores du loisir1 appr5ons en j\ir ple9em5t1 longuem5t1 voluptueusem5t4 ,ayons p\r ces heures privilgies une mesure plus noble que celle o n\s rp&ons les heures ord9aires4 ,recueillons leurs bl\issantes m9utes dans des urnes inacc\tumes1 glorieuses1 transp>5tes et faites de la lumire mme qu'elles doiv5t cont5ir2 comme on v]se un v9 prcieux non dans les v]r]ies vulgaires de la table quotidi5ne1 mais dans la plus pure c\pe de cri/al et d'arg5t que recle le dressoir des gr&es ftes4 99 99 99 99 99 ,mesur] le temps6 ,n\s sommes a9si faits que n\s ne pr5ons consci5ce de celui-ci et ne p\vons n\s pntr] de ses tri/esses ou de ses flicits qu' la condition de le compt]1 de le pes] comme une monnaie que n\s ne v]rions po9t4 ,il ne pr5d corps1 il n'acqui]t sa sub/ance et sa valeur que dans les app>eils compliqus que n\s avons imag9s p\r le r5dre visible1 et1 n'exi/ant pas en soi1 il emprunte le gt1 le p>fum et la =me de l'in/rum5t qui le dt]m9e4 ,c'e/ a9si que la m9ute d*iquete p> nos petites montres n'a pas mme visage que celle que prolonge la gr&e aiguille de l'horloge du beffroi ou de la ca?drale4 ,il convi5t donc de n'tre pas indiffr5t la naissance de nos heures4 ,de mme que n\s avons des v]res dont la =me1 la nuance et l'clat v>i5t selon qu'ils sont appels (frir nos lvres le bordeaux lg]1 le b\rgogne opul5t1 le rh9 frais1 le porto l\rd ou l'allgresse du *ampagne1 p\rquoi nos m9utes ne s]ai5t-elles pas dnombres selon des modes appropris leur mlancolie1 leur in]tie1 leur joie8 ,il si$1 p> exemple1 que nos mois laborieux et nos j\rs d'hiv]1 j\rs de tracas1 d'affaires1 de hte1 d'inquitude1 soi5t /rictem5t1 m?odiquem5t1 prem5t diviss et enregi/rs p> les r\ages1 les aiguilles d'aci]1 les disques maills de nos p5dules de *em9e1 de nos cadrans lectriques ou pneumatiques et de nos m9uscules montres de po*e4 ,ici1 le temps maje/ueux1 matre des hommes et des dieux1 le temps1 imm5se =me huma9e de l't]nit1 n'e/ plus qu'un insecte op9itre qui ronge mcaniquem5t une vie sans horizon1 sans ciel et sans repos4 ,t\t au plus1 aux mom5ts de dt5te1 le soir1 s\s la lampe1 durant la trop brve veille drobe aux s\cis de la faim ou de la vanit1 s]a-t-il p]mis au l>ge balanci] de cuivre de l'horloge cau*oise ou flam&e d'al5tir et de sol5nis] les secondes qui prcd5t les pas de la nuit grave qui s'avance4 99 99 99 99 99 ,d'autre "p1 p\r nos heures non plus indiffr5tes mais rellem5t sombres1 p\r nos heures de dc\ragem5t1 de r5oncem5t1 de maladie et de s\ffrances1 p\r les m9utes mortes de notre vie1 regrettons l'antique1 le morne et sil5cieux sabli] de nos anctres4 ,il n'e/ plus auj\rd'hui qu'un inactif symbole sur nos tombes ou sur les t5tures funraires de nos glises2 mo9s que1 pitoyablem5t d*u1 on ne le retr\ve qui prside encore1 dans quelque cuis9e de prov9ce1 la cuisson mticuleuse de nos ufs la coque4 ,il ne subsi/e plus comme in/rum5t du temps1 bi5 qu'il figure encore1 ct de la faux1 dans ses armoiries surannes4 ,p\rtant il avait ses mrites et ses raisons d'tre4 ,aux j\rs attri/s de la p5se huma9e1 dans les clotres btis aut\r de la demeure des trpasss1 dans les c\v5ts qui n'entr'ouvrai5t leurs portes et leurs f5tres que sur les lueurs indcises d'un autre monde1 plus r$\table que le ntre1 il tait1 p\r les heures dp\illes de leurs joies1 de leurs s\rires1 de leurs surprises heureuses et de leurs ornem5ts1 une mesure que nulle autre n'aurait pu remplac] sans disgrce4 ,il ne prcisait pas le temps1 il l't\ffait dans la p\dre4 ,il tait fait p\r compt] un un les gra9s de la prire1 de l'att5te1 de l'p\vante et de l'ennui4 ,les m9utes y c\lai5t en p\ssire1 isoles de la vie ambiante du ciel1 du j>d91 de l'espace1 recluses dans l'amp\le de v]re comme le mo9e tait reclus dans sa cellule1 ne m>quant1 ne nommant aucune heure1 les ensevelissant t\tes dans le sable funbre1 t&is que les p5ses dsuvres qui veillai5t sur leur *ute incessante et muette s'en allai5t avec elles s'aj\t] la c5dre des morts4 99 99 99 99 99 ,entre les magnifiques rives de l't de flamme1 il semble meilleur de gt] l'ard5te succession des heures dans l'ordre o les m>que l'a/re mme qui les pan*e sur nos loisirs4 ,en ces j\rs plus l>ges1 plus ouv]ts1 plus p>s1 je n'ai foi et ne m'atta*e qu'aux gr&es divisions de la lumire que le soleil me nomme l'aide de l'ombre *aude de l'un de ses rayons sur le cadran de m>bre qui l1 dans le j>d91 prs de la pice d'eau1 reflte et inscrit en sil5ce1 comme s'il faisait une *ose insignifiante1 le p>c\rs de nos mondes dans l'espace plantaire4 ,a cette transcription immdiate et seule au!ntique des volonts du temps qui dirige les a/res1 notre pauvre heure huma9e1 qui rgle nos repas et les petits m\vem5ts de notre petite vie1 acqui]t une noblesse1 une odeur d'inf9i imprieuse et directe qui r5d plus va/es et plus salutaires les mat9es bl\issantes de rose et les aprs-midi presque immobiles du bel t sans ta*e4 ,malheureusem5t1 le cadran solaire qui seul savait noblem5t suivre la m>*e grave et lum9euse des heures immacules1 se fait r>e et disp>at de nos j>d9s4 ,on ne le r5contre plus gure que dans la c\r d'honneur1 aux t]rasses de pi]re1 sur le mail1 aux qu9conces de quelque vieille ville1 de quelque vieux *teau1 de quelque anci5 palais1 o ses *iffres dors1 son disque et son /yle s'effac5t s\s la ma9 du dieu mme dont ils devai5t p]ptu] le culte4 ,nanmo9s1 la ,prov5ce1 c]ta9es b\rgades itali5nes sont demeures fidles la cle/e horloge4 ,on y voit frquemm5t s'pan\ir1 au pignon ensoleill de la ba/ide la plus allgrem5t dlabre1 le c]cle pe9t la fresque o les rayons mesur5t soigneusem5t leur m>*e ferique4 ,et des devises pr(ondes ou naves1 mais t\j\rs significatives p> la place qu'elles occup5t et la "p qu'elles pr5n5t une norme vie1 s'ef=c5t de ml] l'me huma9e d'incomprh5sibles phnomnes4 ,l'heure de la ju/ice ne sonne pas aux cadrans de ce monde1 dit l'inscription solaire de l'glise de ,t\rette-sur-,l\p1 l'extraord9aire petit village presque africa91 vois9 de ma demeure1 et qui semble1 p>mi l'b\lem5t des rocs et l'escalade des agaves et des figui]s de b>b>ie1 une ,tolde en m9iature1 rduite aux os p> le soleil4 ,a lum9e motus4 ,je suis mue p> la lumire1 proclame firem5t une autre horloge rayonnante4 ,amydd/ ye fl[res1 ,i tell ye h\res6 ,je compte les heures p>mi les fleurs1 rpte une antique table de m>bre au fond d'un vieux j>d94 ,mais l'une des plus belles ex]gues e/ c]tes celle que dc\vrit un j\r aux environs de ,v5ise1 ,hazlitt1 un essayi/e anglais du comm5cem5t de l'autre sicle3 ,horas non num]o nisi s]5as4 ,je ne compte que les heures claires4 ,quel s5tim5t de/ructeur des s\cis6 ,t\tes les ombres s'effac5t au cadran qu& le soleil se voile1 et le temps n'e/ plus qu'un gr& vide1 mo9s que son progrs ne soit m>qu p> ce qui e/ joyeux1 t&is que t\t ce qui n'e/ pas heureux desc5d dans l'oubli6 ,et la belle p>ole qui n\s appr5d ne compt] les heures que p> leurs bi5faits1 n'atta*] d'importance qu'aux s\rires et nglig] les rigueurs du de/91 compos] notre exi/5ce des mom5ts brillants et amnes1 n\s t\rnant t\j\rs v]s le ct ensoleill des *oses et laissant pass] t\t le re/e trav]s notre imag9ation oublieuse ou inatt5tive6 99 99 99 99 99 ,la p5dule1 le sabli]1 la clepsydre p]due donn5t des heures ab/raites1 sans =me et sans visage4 ,ce sont les in/rum5ts du temps anmi de nos *ambres1 du temps esclave et prisonni]2 mais le cadran solaire n\s rvle l'ombre relle et palpitante de l'aile du gr& dieu qui plane dans l'azur4 ,aut\r du plateau de m>bre qui orne la t]rasse ou le c>ref\r des l>ges av5ues et qui s'h>monise si bi5 aux escali]s maje/ueux1 aux balu/rades ployes1 aux murailles de v]dure des *>milles pr(ondes1 n\s j\issons de la prs5ce fugitive mais irrcusable des heures radieuses4 ,qui sut appr5dre les disc]n] dans l'espace1 les v]ra t\r t\r t\*] t]re et se p5*] sur l'autel my/rieux p\r faire un sacrifice au dieu que l'homme honore mais ne peut pas connatre4 ,il les v]ra s'avanc] en robes div]ses et *angeantes1 c\ronnes de fruits1 de fleurs ou de rose3 d'abord celles encore diaphanes et pe9e visibles de l'aube2 puis leurs surs de midi1 ard5tes1 cruelles1 respl5dissantes1 presque implacables1 et enf9 les d]nires du crpuscule1 l5tes et somptueuses1 que ret>de1 dans leur m>*e v]s la nuit qui s'appro*e1 l'ombre emp\rpre des arbres4 99 99 99 99 99 ,seul il e/ digne de mesur] la spl5deur des mois v]ts et dors4 ,de mme que le bonheur pr(ond1 il ne p>le po9t4 ,sur lui1 le temps m>*e en sil5ce1 comme il passe en sil5ce sur les sphres de l'espace2 mais l'glise du village vois9 lui prte p> mom5ts sa voix de bronze1 et ri5 n'e/ h>monieux comme le son de la clo*e qui s'accorde au ge/e muet de son ombre m>quant midi dans l'ocan d'azur4 ,il donne un c5tre et des noms successifs la batitude p>se et anonyme4 ,t\te la posie1 t\tes les dlices des environs1 t\s les my/res du firmam5t1 t\tes les p5ses confuses de la futaie qui g>de la fra*eur que lui confia la nuit comme un trsor sacr1 t\te l'int5sit bi5heureuse et tremblante des *amps de from5t1 des pla9es1 des coll9es livres sans df5se la dvorante magnific5ce de la lumire1 t\te l'indol5ce du ruisseau qui c\le entre ses rives t5dres1 et le sommeil de l'tang qui se c\vre des g\ttes de sueur que =m5t les l5tilles d'eau1 et la satisfaction de la maison qui ouvre en sa faade blan*e ses f5tres avides d'aspir] l'horizon1 et le p>fum des fleurs qui se ht5t de f9ir une j\rne de beaut embrase1 et les oiseaux qui *ant5t selon l'ordre des heures p\r leur tress] des guirl&es d'allgresse dans le ciel1--t\t cela1 avec des milli]s de *oses et des milli]s de vies qui ne sont pas visibles1 se donne r5dez-v\s et pr5d consci5ce de sa dure aut\r de ce miroir du temps o le soleil1 qui n'e/ qu'un des r\ages de l'imm5se ma*9e qui subdivise en va9 l't]nit1 vi5t m>qu] d'un rayon complaisant le trajet que la t]re1 et t\t ce qu'elle porte1 accomplit *aque j\r sur la r\te des toiles4 ,l',,inqui,,tude ,,de ,,notre ,,morale ,i ,n\s sommes un mom5t de l'volution huma9e qui ne doit gure avoir de prcd5ts dans l'hi/oire4 ,une gr&e p>tie de l'humanit1 et ju/em5t cette p>tie qui rpond celle qui cra jusqu'ici les vnem5ts que n\s connaissons avec quelque c]titude1 quitte peu peu la religion dans laquelle elle vcut durant prs de v+t sicles4 ,qu'une religion s'teigne1 le fait n'e/ pas n\veau4 ,il doit s'tre accompli plus d'une fois dans la nuit des temps2 et les annali/es de la f9 de l'empire roma9 n\s font assi/] la mort du paganisme4 ,mais1 jusqu' prs5t1 les hommes passai5t d'un temple qui cr\lait1 dans un temple qu'on difiait1 ils sortai5t d'une religion p\r entr] dans une autre2 au lieu que n\s ab&onnons la ntre p\r n'all] nulle "p4 ,voil le phnomne n\veau1 aux consqu5ces inconnues1 dans lequel n\s vivons4 ,,ii ,il e/ inutile de rappel] que les religions ont t\j\rs eu1 p> leurs promesses d'outre-tombe et p> leur morale1 une influ5ce norme sur le bonheur des hommes1 bi5 qu'on en ait vu1 et de trs importantes1 comme le paganisme1 qui n'apportai5t ni ces promesses1 ni une morale proprem5t dite4 ,n\s ne p>l]ons pas des promesses de la ntre1 puisqu'elles priss5t d'abord avec la foi2 au lieu que n\s vivons encore dans les monum5ts levs p> la morale ne de cette foi qui se retire4 ,mais n\s s5tons que1 malgr les s\ti5s de l'habitude1 ces monum5ts s'entr'ouvr5t sur nos ttes1 et que dj en ma9ts endroits1 n\s n\s tr\vons sans abri s\s un ciel imprvu qui ne donne plus d'ordres4 ,aussi1 assi/ons-n\s l'laboration plus ou mo9s inconsci5te et fbrile d'une morale htive p>ce qu'on la s5t indisp5sable1 faite de dbris recueillis dans le pass1 de conclusions empruntes au bon s5s ord9aire1 de quelques lois entrevues p> la sci5ce1 et enf9 de c]ta9es intuitions extrmes de l'intellig5ce dsori5te1 qui revi5t1 p> un dt\r dans un my/re n\veau1 d'anci5nes v]tus que le bon s5s ne suffit pas tay]4 ,peut-tre e/-il curieux de t5t] de saisir les pr9cipaux rflexes de cette laboration4 ,l'heure semble sonn] o beauc\p se dem&5t si1 en cont9uant de pratiqu] une morale haute et noble dans un milieu qui obx d'autres lois1 ils ne se ds>m5t po9t trop navem5t et ne j\5t pas le rle +rat de dupes4 ,ils veul5t savoir si les motifs qui les atta*5t encore de vieilles v]tus ne sont pas purem5t s5tim5taux1 traditionnels et *imriques2 et ils *]*5t assez va9em5t en eux-mmes les appuis que la raison peut encore leur prt]4 ,,iii ,mettant "p le havre artificiel o se rfugi5t ceux qui demeur5t fidles aux c]titudes religieuses1 les hauts c\rants de l'humanit civilise oscill5t en app>5ce entre deux doctr9es contraires4 ,d'ailleurs1 ces deux doctr9es1 p>allles mais inv]ses1 ont de t\t temps1 trav]s1 comme des fleuves ennemis1 les *amps de la morale huma9e4 ,mais jamais leur lit ne fut aussi nettem5t1 aussi rigidem5t creus4 ,ce qui n'tait autrefois que de l'altruisme et de l'gsme in/9ctifs1 diffus1 aux flots s\v5t mls1 e/ dev5u rcemm5t l'altruisme et l'gsme absolus et sy/matiques4 ,a leurs s\rces1 non pas r5\veles mais remues1 se tr\v5t deux hommes de gnie3 ,tol/o et ,nietzs*e4 ,mais1 comme je l'ai dit1 ce n'e/ qu'en app>5ce que ces deux doctr9es se p>tag5t le monde de l'?ique4 ,ce n'e/ nullem5t l'un ou l'autre de ces po9ts trop extrmes que se j\e le vritable drame de la consci5ce mod]ne4 ,ils ne m>qu5t gure1 p]dus dans l'espace1 que deux buts *imriques1 auxquels p]sonne ne songe arriv]4 ,l'une de ces doctr9es reflue violemm5t v]s un pass qui n'exi/a jamais tel qu'elle se le reprs5te2 l'autre b\illonne cruellem5t v]s un av5ir que ri5 ne fait prvoir4 ,entre ces deux rves1 les enveloppant d'ailleurs et les dbordant de t\tes p>ts1 passe la ralit dont ils n'ont po9t t5u compte4 ,c'e/ dans cette ralit dont *acun de n\s porte en soi l'image1 que n\s devons tudi] la =mation de la morale qui s\ti5t auj\rd'hui notre vie4 ,ai-je beso9 d'aj\t] qu'en employant le mot morale je n'ent5ds po9t p>l] des pratiques de l'exi/5ce quotidi5ne qui ressortiss5t aux usages et la mode1 mais des gr&es lois qui dt]m95t l'homme intrieur8 ,,iv ,c'e/ dans notre raison1 consci5te ou non1 que se =me notre morale4 ,on p\rrait1 ce po9t de vue1 y m>qu] trois rgions4 ,t\t au bas1 la p>tie la plus l\rde1 la plus paisse et la plus gnrale1 que n\s appell]ons le s5s commun4 ,un peu plus haut1 s'levant dj aux ides d'utilit et de j\issance immatrielles1 ce qu'on p\rrait nomm] le bon s5s1 et enf91 au sommet1 admettant1 mais contrlant aussi svrem5t que possible les rev5dications de l'imag9ation1 des s5tim5ts et de t\t ce qui relie notre vie consci5te l'inconsci5te et aux =ces inconnues du d$ans et du dehors1 la p>tie indt]m9e de cette mme raison totale laquelle n\s donn]ons le nom de raison my/ique4 ,v ,il n'e/ pas beso9 d'expos] longuem5t la morale du s5s commun1 du bon gros s5s commun qui se tr\ve en *acun de n\s1 dans les meilleurs comme dans les pires2 et qui s'difie spontanm5t sur les ru9es de l'ide religieuse4 ,c'e/ la morale du quant soi1 de l'gsme pratique et cubique1 de t\s les in/9cts et de t\tes les j\issances matrielles4 ,qui "p du s5s commun1 considre qu'il n'a qu'une c]titude3 sa propre vie4 ,dans cette vie1 allant au fond des *oses1 il n'e/ que deux maux rels3 la maladie et la pauvret2 et deux bi5s vritables et irrductibles3 la sant et la ri*esse4 ,t\tes les autres ralits1 heureuses ou malheureuses1 en dc\l5t4 ,le re/e1 joies et pe9es qui naiss5t des s5tim5ts1 des passions1 e/ imag9aire1 puisqu'il dp5d de l'ide que n\s n\s en faisons4 ,notre droit j\ir n'e/ limit que p> le droit p>eil de ceux qui viv5t en mme temps que n\s2 et n\s avons respect] c]ta9es lois tablies dans l'intrt mme de notre paisible j\issance4 ,a la rs]ve de ces lois1 n\s n'admettons aucune contra9te2 et notre consci5ce1 lo9 d'entrav] les m\vem5ts de notre gsme1 doit1 au contraire1 appr\v] leurs triomphes1 att5du que ces triomphes sont ce qu'il y a de plus con=me aux devoirs in/9ctifs et logiques de la vie4 ,voil la premire assise1 le premi] tat1 de t\te morale naturelle4 ,c'e/ un tat que beauc\p d'hommes1 aprs la mort complte des ides religieuses1 ne dpass]ont plus4 ,,vi ,le bon s5s1 lui1 un peu mo9s matriel1 un peu mo9s animal1 reg>de les *oses d'un peu plus haut et voit p> consqu5t un peu plus lo94 ,il rem>que bi5tt que l'av>e s5s commun mne dans sa coquille une vie obscure1 troite et misrable4 ,il obs]ve que l'homme1 non plus que l'abeille1 ne saurait demeur] solitaire2 et que la vie qu'il p>tage avec ses semblables1 p\r s'pan\ir librem5t et compltem5t1 ne se peut rduire une lutte sans ju/ice et sans piti1 ni un simple *ange de s]vices prem5t comp5ss4 ,dans ses rapports avec autrui1 il "p encore de l'gsme2 mais cet gsme n'e/ plus purem5t matriel4 ,il considre encore l'utilit1 mais l'admet dj spirituelle ou s5tim5tale4 ,il connat des joies et des pe9es1 des affections et des antipa?ies dont les objets peuv5t se tr\v] dans l'imag9ation4 ,a9si ent5du1 et capable de s'lev] une c]ta9e hauteur au-dessus des conclusions de la logique matrielle1--sans p]dre de vue son intrt1--il p>at l'abri de t\tes les objections4 ,il se flatte d'occup] solidem5t t\s les sommets de la raison4 ,il fait mme quelques concessions ce qui n'e/ pas s5siblem5t du doma9e de celle-ci1 je veux dire aux passions1 aux s5tim5ts et t\t l'inexpliqu qui les ent\re4 ,il faut bi5 qu'il les fasse1 s9on1 les caves obscures o il s'enf]m]ait ne s]ai5t gure plus habitables que celles o s'abtit le morne s5s commun4 ,mais ces concessions mmes appell5t l'att5tion sur l'illgitimit de ses prt5tions s'occup] de morale ds que celle-ci dpasse les pratiques ord9aires de la vie quotidi5ne4 ,,vii ,en effet1 que peut-il y avoir de commun entre le bon s5s et l'ide /oci5ne du devoir1 p> exemple8 ,ils habit5t deux rgions diffr5tes et presque sans communications4 ,le bon s5s1 qu& il prt5d promulgu] seul les lois qui =m5t l'homme intrieur1 devrait r5contr] les mmes df5ses et les mmes ob/acles que ceux o il se heurte dans l'une des r>es rgions qu'il n'a pas encore rduites l'esclavage3 l'e/htique4 ,il y e/ trs heureusem5t consult sur t\t ce qui conc]ne le po9t de d"p et c]ta9es gr&es lignes1 et trs imprieusem5t pri de se taire ds qu'il s'agit de l'a*vem5t et de la beaut suprme et my/rieuse de l'uvre4 ,mais au lieu qu'en e/htique il se rsigne assez facilem5t au sil5ce1 en morale il veut t\t rg5t]4 ,il import]ait donc de le remettre une fois p\r t\tes sa place lgitime dans l'ensemble des facults qui con/itu5t notre p]sonne huma9e4 ,,viii ,un des traits de notre temps1 c'e/ la confiance de plus en plus gr&e et presque exclusive que n\s accordons ces p>ties de notre intellig5ce que n\s v5ons d'appel] le s5s commun et le bon s5s4 ,il n'en fut pas t\j\rs a9si4 ,autrefois l'homme n'asseyait sur le bon s5s qu'une portion assez re/re9te et la plus vulgaire de sa vie4 ,le re/e avait ses fondem5ts en d'autres rgions de notre esprit1 notamm5t dans l'imag9ation4 ,les religions1 p> exemple1 et avec elles le plus clair de la morale dont elles sont les s\rces pr9cipales1 s'levr5t t\j\rs une gr&e di/ance de la m9uscule ence9te du bon s5s4 ,c'tait excessif2 il s'agit de savoir si l'excs actuel et contraire n'e/ pas aussi aveugle4 ,l'norme dveloppem5t qu'ont pris dans la pratique de notre vie c]ta9es lois mcaniques et sci5tifiques1 n\s fait accord] au bon s5s une prpondrance quoi il re/e pr\v] qu'il ait droit4 ,la logique app>emm5t irrductible1 mais peut-tre illusoire1 de quelques phnomnes que n\s croyons connatre1 n\s fait oubli] l'illogisme possible de millions d'autres phnomnes que n\s ne connaissons pas encore4 ,les lois de notre bon s5s sont le fruit d'une expri5ce insignifiante qu& on la comp>e ce que n\s ignorons4 ,il n'y a pas d'effet sans cause1 dit notre bon s5s1 p\r pr5dre l'exemple le plus banal4 ,oui1 dans le petit c]cle de notre vie matrielle1 cela e/ inconte/able et suffisant4 ,mais ds que n\s sortons de ce c]cle infime1 cela ne rpond plus ri51 att5du que les notions de cause et d'effet sont l'une et l'autre inconnaissables dans un monde o t\t e/ inconnu4 ,or1 notre vie1 ds qu'elle s'lve un peu1 sort *aque in/ant du petit c]cle matriel et exprim5tal1 et p> consqu5t du doma9e du bon s5s4 ,mme dans le monde visible qui lui s]t de modle en notre esprit1 n\s n'obs]vons po9t qu'il rgne sans p>tage4 ,aut\r de n\s1 dans ses phnomnes les plus con/ants et les plus famili]s1 la nature n'agit pas t\j\rs selon notre bon s5s4 ,quoi de plus ins5s que ses gaspillages d'exi/5ces8 ,quoi de plus draisonnable que ces milli>ds de g]mes aveuglm5t prodigus p\r arriv] la naissance has>deuse d'un seul tre8 ,quoi de plus illogique que l'innombrable et inutile complication de ses moy5s 7p> exemple dans la vie de c]ta9s p>asites et la fcondation des fleurs p> les insectes71 p\r arriv] aux buts les plus simples8 ,quoi de plus f\ que ces milli]s de mondes qui priss5t dans l'espace sans accomplir une uvre8 ,t\t cela dpasse notre bon s5s et lui montre qu'il n'e/ pas t\j\rs d'accord avec la vie gnrale1 et qu'il se tr\ve peu prs isol dans l'univ]s4 ,il faut qu'il raisonne contre lui-mme et reconnaisse que n\s n'avons pas lui donn]1 dans notre vie qui n'e/ pas isole1 la place prpondrante o il aspire4 ,ce n'e/ pas dire que n\s l'ab&onn]ons l o il n\s e/ utile2 mais il e/ bon de savoir qu'il ne peut suffire t\t1 n'tant presque ri54 ,de mme qu'il exi/e hors de n\s un monde qui le dpasse1 il en exi/e un autre en n\s qui le dborde4 ,il e/ sa place et fait une humble et sa9e besogne dans son petit village2 mais qu'il ne prt5de pas dev5ir le matre des gr&es villes et le s\v]a9 des m]s et des montagnes4 ,or1 les gr&es villes1 les m]s et les montagnes occup5t en n\s inf9im5t plus d'espace que le petit village de notre exi/5ce pratique4 ,il e/ l'accord ncessaire sur un c]ta9 nombre de vrits infrieures1 p>fois d\teuses mais indisp5sables et ri5 de plus4 ,il e/ une *ane plutt qu'un s\ti54 ,s\v5ons-n\s que presque t\s nos progrs se sont faits en dpit des s>casmes et des maldictions avec lesquels il accueillit les hypo?ses draisonnables mais fcondes de l'imag9ation4 ,p>mi les flots m\vants et t]nels d'un univ]s sans bornes1 ne n\s atta*ons donc po9t notre bon s5s comme l'unique roc de salut4 ,lis ce roc immobile trav]s t\s les ges et t\tes les civilisations1 n\s ne f]ions ri5 de ce que n\s devrions faire2 n\s ne devi5drions ri5 de ce que n\s p\vons peut-tre dev5ir4 ,,ix ,jusqu'ici1 cette "q d'une morale limite p> le bon s5s n'avait pas gr&e importance4 ,elle n'arrtait pas le dveloppem5t de c]ta9es aspirations1 de c]ta9es =ces qu'on a t\j\rs considres comme les plus belles et les plus nobles qui se tr\v5t dans l'homme4 ,les religions a*evai5t l'uvre int]rompue4 ,auj\rd'hui1 s5tant le dang] de ses bornes1 la morale du bon s5s qui v\drait dev5ir la morale gnrale1 *]*e s't5dre autant que possible du ct de la ju/ice et de la gnrosit1 tr\v]1 dans un intrt suprieur1 des raisons d'tre ds9tresses1 af9 de combl] une p>tie de l'abme qui la sp>e de ces =ces et de ces aspirations inde/ructibles4 ,mais il y a des po9ts qu'elle ne saurait outrepass] sans se ni]1 sans se dtruire dans sa s\rce mme4 ,a p>tir de ces po9ts o comm5c5t prcism5t les gr&es v]tus inutiles1 quel guide n\s re/e-t-il8 ,x ,n\s v]rons t\t l'heure s'il e/ possible de rpondre cette "q4 ,mais en admettant mme que p> del les pla9es de la morale du bon s5s1 il n'y ait plus1 qu'il ne doive plus jamais y avoir de guide1 ce ne s]ait pas une raison p\r n\s inquit] de l'av5ir moral de l'humanit4 ,l'homme e/ un tre si ess5tiellem5t1 si ncessairem5t moral1 que1 lorsqu'il nie t\te morale1 cette ngation mme e/ dj le noyau d'une morale n\velle4 ,la morale e/1 peut-on dire1 sa folie spcifique4 ,a la rigueur1 l'humanit n'a pas beso9 de guide4 ,elle m>*e un peu mo9s vite1 mais presque aussi srem5t p> les nuits que p]sonne n'claire4 ,elle porte en elle sa lumire dont les orages tord5t mais raviv5t la flamme4 ,elle e/1 p\r a9si dire1 indp5dante des ides qui croi5t la conduire4 ,il e/1 au demeurant1 curieux et facile de con/at] que ces ides priodiques ont t\j\rs eu assez peu d'influ5ce sur la somme de bi5 et de mal qui se fait dans le monde4 ,ce qui a seul une influ5ce vritable1 c'e/ le flot spirituel qui n\s porte1 qui a des flux et des reflux1 mais qui semble gagn] l5tem5t1 conqurir on ne sait quelle *ose dans l'espace4 ,ce qui importe plus que l'ide1 c'e/ le temps qui s'c\le aut\r d'elle2 c'e/ le dveloppem5t d'une civilisation1 qui n'e/ que l'lvation de l'intellig5ce gnrale un mom5t donn de l'hi/oire4 ,si dema91 une religion n\s tait rvle1 pr\vant sci5tifiquem5t et avec une c]titude absolue1 que *aque acte de bont1 de sacrifice1 d'hrosme1 de noblesse intrieure1 n\s apporte immdiatem5t aprs notre mort une rcomp5se indubitable et inimag9able1 je d\te que le mlange de bi5 et de mal1 de v]tus et de vices au milieu de quoi n\s vivons1 subisse un *angem5t que l'on puisse apprci]4 ,faut-il n\s rappel] un exemple probant8 ,au moy5 ge1 il y eut des mom5ts o la foi tait absolue et s'imposait avec une c]titude qui rpond exactem5t nos c]titudes sci5tifiques4 ,les rcomp5ses promises au bi51 comme les *tim5ts m5aant le mal1 tai5t1 dans la p5se des hommes de ce temps1 p\r a9si dire aussi tangibles que le s]ai5t ceux de la rvlation dont je p>lais plus haut4 ,p\rtant1 n\s ne voyons pas que le niveau du bi5 se soit lev4 ,quelques sa9ts se sacrifiai5t p\r leurs frres1 portai5t c]ta9es v]tus1 *oisies p>mi les plus discutables1 jusqu' l'hrosme2 mais la masse des hommes cont9uait se tromp]1 m5tir1 =niqu]1 vol]1 s'envi]1 s'entre-tu]4 ,la moy5ne des vices n'tait pas infrieure celle d' prs5t4 ,au contraire1 la vie tait incomp>ablem5t plus dure1 plus cruelle et plus inju/e1 p>ce que le niveau de l'intellig5ce gnrale tait plus bas4 ,,xi ,essayons ma9t5ant de jet] quelques lueurs sur le troisime tat de notre morale4 ,ce troisime tat1 ou1 si l'on veut1 cette troisime morale embrasse t\t ce qui s't5d depuis les v]tus du bon s5s1 ncessaires notre bonheur matriel et spirituel1 jusqu' l'inf9i de l'hrosme1 du sacrifice1 de la bont1 de l'am\r1 de la probit et de la dignit intrieure4 ,il e/ c]ta9 que la morale du bon s5s1 bi5 que de quelques cts1 du ct de l'altruisme1 p> exemple1 elle puisse s'avanc] assez lo91 manqu]a t\j\rs un peu de noblesse1 de ds9tressem5t1 et surt\t de je ne sais quelles facults capables de la mettre directem5t en rapport avec le my/re inconte/able de la vie4 ,s'il e/ probable1 comme n\s l'avons ins9u1 que notre bon s5s ne rpond qu' une portion m9ime des phnomnes1 des vrits et des lois de la nature1 s'il n\s isole assez tri/em5t dans ce monde1 n\s avons en n\s d'autres facults m]veilleusem5t adaptes aux p>ties inconnues de l'univ]s1 et qui sembl5t n\s avoir t donnes t\t exprs p\r n\s prp>]1 s9on les compr5dre1 du mo9s les admettre et en subir les gr&s press5tim5ts3 c'e/ l'imag9ation et le sommet my/ique de notre raison4 ,n\s avons beau faire et beau dire1 n\s n'avons jamais t1 n\s ne sommes pas encore une sorte d'animal purem5t logique4 ,il y a en n\s1 au-dessus de la p>tie raisonnante de notre ent5dem5t1 t\te une rgion qui rpond autre *ose1 qui se prp>e aux surprises de l'av5ir1 qui att5d les vnem5ts de l'inconnu4 ,cette p>tie de notre esprit que j'appell]ai imag9ation ou raison my/ique1 dans les temps o n\s ne savions p\r a9si dire ri5 des lois de la nature1 n\s a prcds1 a devanc nos connaissances imp>faites2 et n\s a fait vivre moralem5t1 socialem5t et s5tim5talem5t un niveau bi5 suprieur celui de ces connaissances4 ,a prs5t que n\s avons fait faire ces d]nires quelques pas dans la nuit1 et qu'en ces c5t annes qui vi5n5t de s'c\l] n\s avons dbr\ill plus de *aos qu'en mille sicles antrieurs1 prs5t que notre vie matrielle semble sur le po9t de se fix] et de s'assur]1 e/-ce une raison p\r que cette facult cesse de n\s prcd] ou p\r la faire rtrograd] v]s le bon s5s8 ,n'y aurait-il pas1 au contraire1 de trs srieux motifs de la p\ss] plus avant1 af9 de rtablir les di/ances normales et l'avance proportionnelle8 ,e/-il ju/e que n\s p]dions confiance en elle8 ,peut-on dire qu'elle ait emp* un progrs huma98 ,peut-tre n\s a-t-elle plus d'une fois tromps2 mais ses erreurs fcondes1 en n\s =ant faire du *em91 n\s ont rvl plus de vrits1 dans le dt\r1 que n'en et jamais s\ponn le pit9em5t sur place du bon s5s trop timide4 ,les plus belles dc\v]tes1 en biologie1 en *imie1 en mdec9e1 en physique1 sont presque t\tes p>ties d'une hypo?se f\rnie p> l'imag9ation ou la raison my/ique1 hypo?se que confirmr5t les expri5ces du bon s5s1 mais que celui-ci1 adonn d'troites m?odes1 n'et jamais entrevue4 ,,xii ,dans les sci5ces exactes1 o il semble qu'elles devrai5t tre d'abord dtrnes1 l'imag9ation et la raison my/ique1 c'e/--dire cette p>tie de notre raison qui s'tale au-dessus du bon s5s1 ne conclut pas et fait une "p norme et lgitime aux hsitations et aux possibilits de l'inconnu1 notre imag9ation1 dis-je1 et notre raison my/ique ont encore une place d'honneur4 ,en e/htique1 elles rgn5t peu prs sans p>tage4 ,p\rquoi faudrait-il leur impos] sil5ce dans la morale1 qui occupe une rgion int]mdiaire entre les sci5ces exactes et l'e/htique8 ,il n'y a pas se le dissimul]1 si elles cess5t de v5ir en aide au bon s5s1 si elles r5onc5t prolong] son uvre1 t\t le sommet de notre morale s'affaisse brusquem5t4 ,a p>tir d'une c]ta9e ligne que dpass5t les hros1 les gr&s sages et mme la plup>t des simples g5s de bi51 t\t le haut de notre morale e/ le fruit de notre imag9ation et app>ti5t la raison my/ique4 ,l'homme idal1 tel que le =me le bon s5s le plus clair et le plus t5du1 ne rpond pas encore1 ne rpond mme pas du t\t l'homme idal de notre imag9ation4 ,celui-ci e/ inf9im5t plus haut1 plus gnreux1 plus noble1 plus ds9tress1 plus capable d'am\r1 d'abngation1 de dv\em5t et de sacrifices ncessaires4 ,il s'agit de savoir lequel a tort ou raison1 lequel a le droit de survivre4 ,ou plutt1 il s'agit de savoir si quelque fait n\veau n\s p]met de n\s faire cette dem&e et de mettre en "q les hautes traditions de la morale huma9e4 ,,xiii ,ce fait n\veau1 o le tr\v]ons-n\s8 ,p>mi t\tes les rvlations que la sci5ce vi5t de n\s faire1 en e/-il une seule qui n\s autorise retran*] quelque *ose de l'idal que n\s proposait ,m>c-,aurle1 p> exemple8 ,le mo9dre signe1 le mo9dre indice1 le mo9dre press5tim5t veille-t-il le s\pon que les ides mres qui jusqu'ici ont conduit le ju/e1 doiv5t *ang] de direction2 et que la r\te des bonnes volonts huma9es soit une fausse r\te8 ,quelle dc\v]te n\s annonce qu'il e/ temps de dtruire en notre consci5ce t\t ce qui dpasse la /ricte ju/ice1 c'e/--dire ces v]tus innommes qui1 p> del celles qui sont ncessaires la vie sociale1 p>aiss5t des faiblesses et font cep5dant du simple honnte homme le vritable et pr(ond homme de bi58 ,ces v]tus-l1 n\s dira-t-on1 et une f\le d'autres qui ont t\j\rs =m le p>fum des gr&es mes1 ces v]tus-l s]ai5t sans d\te leur place dans un monde o la lutte p\r la vie ne s]ait plus aussi ncessaire qu'elle ne l'e/ actuellem5t sur une plante o ne s'e/ pas encore a*eve l'volution des espces4 ,en att5dant1 la plup>t d'entre elles ds>m5t ceux qui les pratiqu5t en face de ceux qui ne les pratiqu5t po9t4 ,elles entrav5t le dveloppem5t de ceux qui devrai5t tre les meilleurs1 au pr(it des mo9s bons4 ,elles oppos5t un idal excell5t1 mais huma9 et p>ticuli]1 l'idal gnral de la vie2 et cet idal plus re/re9t e/ =cm5t va9cu d'avance4 ,l'objection e/ spcieuse3 d'abord1 cette soi-disant dc\v]te de la lutte p\r la vie1 o l'on *]*e la s\rce d'une morale n\velle1 n'e/ au fond qu'une dc\v]te de mots4 ,il ne suffit pas de donn] un nom inacc\tum une loi immmoriale p\r lgitim] une dviation radicale de l'idal huma94 ,la lutte p\r la vie exi/e depuis qu'exi/e notre plante2 et pas une de ses consqu5ces ne s'e/ modifie1 pas une de ses nigmes ne s'e/ claircie1 le j\r que l'on crut en pr5dre consci5ce en l'ornant d'une appellation qu'un caprice du vocabulaire *ang]a peut-tre avant un demi-sicle4 ,ensuite1 il convi5t de reconnatre que si ces v]tus n\s ds>m5t p>fois devant ceux qui n'en ont pas la notion1 elles ne n\s ds>m5t qu'en de bi5 misrables combats4 ,c]tes1 l'homme trop scrupuleux s]a tromp p> celui qui ne l'e/ pas2 l'homme trop aimant1 trop indulg5t1 trop dv\ s\ffrira p> celui qui l'e/ mo9s2 mais e/-ce cela qui peut s'appel] une victoire du second sur le premi]8 ,en quoi cette dfaite atte9t-elle la vie pr(onde du meilleur8 ,il y p]dra quelque avantage matriel2 mais il p]drait bi5 plus laiss] en fri*e t\te la rgion qui s't5d p> del la morale du bon s5s4 ,qui enri*it sa s5sibilit enri*it son intellig5ce2 et ce sont l les =ces proprem5t huma9es qui f9iss5t t\j\rs p> avoir le d]ni] mot4 ,,xiv ,du re/e1 si quelques p5ses gnrales p>vi5n5t m]g] du *aos de demi-dc\v]tes1 de demi-vrits qui halluc95t l'esprit de l'homme mod]ne1 l'une de ces p5ses n'affirme-t-elle pas que la nature a mis en *aque espce d'tres vivants t\s les in/9cts ncessaires l'accomplissem5t de ses de/9es8 ,et de t\t temps1 n'a-t-elle pas mis en n\s un idal moral qui1 *ez le sauvage le plus primitif1 comme *ez le civilis le plus raff91 g>de1 sur les conclusions du bon s5s1 une avance proportionnelle s5siblem5t gale8 ,le sauvage1 de mme que le civilis dans une sphre plus leve1 n'e/-il pas d'ord9aire inf9im5t plus gnreux1 plus loyal1 plus fidle sa p>ole que ne le conseill5t l'intrt et l'expri5ce de sa misrable vie8 ,n'e/-ce pas grce cet idal in/9ctif que n\s vivons dans un milieu o1 malgr la prpondrance pratique du mal1 qu'excus5t les dures ncessits de l'exi/5ce1 l'ide du bi5 et du ju/e rgne de plus en plus s\v]a9em5t1 o la consci5ce publique qui e/ la =me s5sible et gnrale de cette ide1 devi5t de plus en plus puissante et sre d'elle-mme8 ,n'e/-ce pas grce au mme idal que la morale d'une f\le 7au ?tre1 p> exemple7 e/ inf9im5t suprieure la morale des units qui la compos5t8 ,,xv ,il convi5drait de s'ent5dre une fois p\r t\tes sur les droits de nos in/9cts4 ,n\s n'admettons plus que l'on conte/e ceux de n'importe quels in/9cts infrieurs4 ,n\s savons les lgitim] et les ennoblir en les ratta*ant quelque gr&e loi de la nature2 p\rquoi c]ta9s in/9cts plus levs1 aussi inconte/ables que ceux qui ramp5t t\t au bas de nos s5s1 n'aurai5t-ils pas les mmes prrogatives8 ,doiv5t-ils tre nis1 suspects ou traits de *imres p>ce qu'ils ne se rapport5t pas deux ou trois ncessits primitives de la vie animale8 ,du mom5t qu'ils exi/5t1 n'e/-il pas probable qu'ils sont aussi indisp5sables que les autres l'accomplissem5t d'une de/9e dont n\s ignorons ce qui lui e/ utile ou inutile1 puisque n\s n'en connaissons pas le b8 ,et1 ds lors1 n'e/-il pas du devoir de notre bon s5s1 leur ennemi inn1 de les aid]1 de les enc\rag] et d'enf9 s'av\] que c]ta9es p>ties de notre vie *app5t sa compt5ce8 ,,xvi ,n\s devons avant t\t n\s ef=c] de dvelopp] en n\s les c>actres spcifiques de la classe d'tres vivants laquelle n\s app>t5ons2 et de prfr5ce ceux qui n\s diffr5ci5t le plus de t\s les autres phnomnes de la vie environnante4 ,p>mi ces c>actres1 l'un des plus notoires1 e/ peut-tre mo9s notre intellig5ce que nos aspirations morales4 ,une p>tie de ces aspirations mane de notre intellig5ce2 mais une autre a t\j\rs prcd celle-ci1 en a t\j\rs p>u indp5dante1 et ne tr\vant pas en elle de rac9es visibles1 a *]* ailleurs1 n'importe o1 mais surt\t dans les religions1 l'explication d'un my/rieux in/9ct qui la p\ssait plus outre4 ,auj\rd'hui que les religions n'ont plus qualit p\r expliqu] quelque *ose1 le fait n'en demeure pas mo9s2 et je ne crois pas que n\s ayons le droit de supprim] d'un trait de plume t\te une rgion de notre exi/5ce intrieure1 seule f9 de donn] satisfaction aux organes raisonneurs de notre ent5dem5t4 ,du re/e1 t\t se ti5t et s'entr'aide1 mme ce qui semble se combattre1 dans le my/re des in/9cts1 des facults et des aspirations de l'homme4 ,notre intellig5ce pr(ite immdiatem5t des sacrifices qu'elle fait l'imag9ation lorsque celle-ci c>esse un idal que celle-l ne tr\ve pas con=me aux ralits de la vie4 ,notre intellig5ce1 depuis quelques annes1 e/ trop porte croire qu'elle peut se suffire elle-mme4 ,elle a beso9 de t\tes nos =ces1 de t\s nos s5tim5ts1 de t\tes nos passions1 de t\tes nos inconsci5ces1 de t\t ce qui e/ avec elle comme de t\t ce qui lui ti5t tte1 p\r s't5dre et fleurir dans la vie4 ,mais l'alim5t qui lui e/ plus que t\t ncessaire1 ce sont les hautes inquitudes1 les graves s\ffrances1 les nobles joies de notre cur4 ,elles sont vraim5t p\r elle1 l'eau du ciel sur les lis1 la rose du mat9 sur les roses4 ,il e/ bon qu'elle sa*e s'incl9] et pass] en sil5ce devant c]ta9s dsirs et devant c]ta9s rves de ce cur qu'elle ne compr5d pas t\j\rs1 mais qui r5f]me une lumire qui l'a plus d'une fois conduite v]s des vrits qu'elle *]*ait en va9 aux po9ts extrmes de ses p5ses4 ,,xvii ,n\s sommes un t\t spirituel indivisible2 et c'e/ seulem5t p\r les beso9s de la p>ole que n\s p\vons sp>]1 lorsque n\s les tudions1 les p5ses de notre intellig5ce1 des passions et des s5tim5ts de notre cur4 ,t\t homme e/ plus ou mo9s victime de cette division illusoire4 ,il se dit1 dans sa jeunesse1 qu'il y v]ra plus clair qu& il s]a plus g4 ,il s'imag9e que ses passions1 mme les plus gnreuses1 voil5t et tr\bl5t sa p5se1 et se dem&e1 avec je ne sais quel espoir1 jusqu'o ira cette p5se qu& elle rgn]a seule sur ses rves et ses s5s apaiss4 ,et la vieillesse vi5t2 l'intellig5ce e/ claire1 mais elle n'a plus d'objet4 ,elle n'a plus ri5 faire1 elle fonctionne dans le vide4 ,et c'e/ a9si que dans les doma9es o les rsultats de cette division sont le plus visibles n\s con/atons qu'en gnral l'uvre de la vieillesse ne vaut pas celle de la jeunesse ou de l'ge mr1 qui cep5dant a bi5 mo9s d'expri5ce et sait bi5 mo9s de *oses1 mais n'a pas encore t\ff les my/rieuses =ces trangres l'intellig5ce4 ,,xviii ,si l'on n\s dem&e ma9t5ant quels sont enf9 les prceptes de cette haute morale dont n\s avons p>l sans la df9ir1 n\s rpondrons qu'elle suppose un tat d'me ou de cur plutt qu'un code de prceptes /rictem5t =muls4 ,ce qui con/itue son ess5ce1 c'e/ la s9cre et =te volont de =m] en n\s un puissant idal de ju/ice et d'am\r qui s'lve t\j\rs au-dessus de celui qu'labor5t les p>ties les plus claires et les plus gnreuses de notre intellig5ce4 ,il y aurait cit] mille exemples2 je n'en pr5drai qu'un seul1 celui qui e/ au c5tre de t\tes nos inquitudes1 et ct duquel t\t le re/e n'a plus d'importance1 celui qui1 lorsque n\s p>lons a9si de morale haute et noble et de v]tus p>faites1 n\s int]pelle comme des c\pables p\r n\s dem&] brusquem5t3 ,et l'inju/ice dans laquelle v\s vivez1 qu& y mettrez-v\s f98 ,oui1 n\s t\s qui possdons plus que les autres1 n\s t\s qui sommes plus ou mo9s ri*es1 contre ceux qui sont t\t fait pauvres1 n\s vivons au milieu d'une inju/ice plus pr(onde que celle qui provi5t de l'abus de la =ce brutale1 puisque n\s abusons d'une =ce qui n'e/ mme pas relle4 ,notre raison dplore cette inju/ice1 mais l'explique1 l'excuse et la dcl>e 9vitable4 ,elle n\s dmontre qu'il e/ impossible d'y apport] le remde efficace et rapide que *]*e notre quit2 que t\t remde trop radical amn]ait 7surt\t p\r n\s7 des maux plus cruels et plus dsesprs que ceux qu'il prt5drait gurir2 elle n\s pr\ve enf9 que cette inju/ice e/ organique1 ess5tielle et con=me t\tes les lois de la nature4 ,notre raison a peut-tre raison2 mais ce qui a bi5 plus pr(ondm5t1 bi5 plus srem5t raison qu'elle1 c'e/ notre idal de ju/ice qui proclame qu'elle a tort4 ,alors mme qu'il n'agit pas1 il e/ bon1 s9on p\r le prs5t1 du mo9s p\r l'av5ir1 que cet idal ress5te vivem5t l'iniquit2 et1 s'il n'entrane plus de r5onciations ni de sacrifices hroques1 ce n'e/ po9t qu'il soit mo9s noble ou mo9s sr que l'idal des meilleures religions1 c'e/ qu'il ne promet d'autres rcomp5ses que celles du devoir accompli2 et que ces rcomp5ses sont prcism5t celles que seuls quelques hros comprir5t jusqu'ici1 et que les gr&s press5tim5ts qui flott5t au del de notre intellig5ce *]*5t n\s faire compr5dre4 ,,xix ,au fond1 il n\s faut si peu de prceptes6444 ,peut-tre trois ou quatre1 t\t au plus c9q ou six1 qu'un enfant p\rrait n\s donn]4 ,il faut avant t\t les compr5dre2 et compr5dre tel que n\s l'ent5dons1 c'e/ pe9e1 d'habitude1 le comm5cem5t de la vie d'une ide4 ,si cela suffisait1 t\tes les intellig5ces et t\s les c>actres s]ai5t gaux2 c> t\t homme d'intellig5ce mme trs mdiocre e/ apte compr5dre1 ce premi] degr1 t\t ce qu'on lui explique avec une cl>t suffisante4 ,il y a autant de degrs dans la faon de compr5dre une vrit1 qu'il y a d'esprits qui la croi5t compr5dre4 ,si je dmontre1 p> exemple1 tel vaniteux intellig5t ce qu'il y a de puril dans sa vanit1 tel g/e capable de consci5ce ce qu'il y a d'excessif et d'odieux dans son gsme1 ils en convi5dront volonti]s1 ils r5*riront mme sur ce que j'aurai dit4 ,il n'e/ donc pas d\teux qu'ils ai5t compris2 mais il e/ peu prs c]ta9 qu'ils cont9u]ont d'agir comme si l'extrmit de l'une des vrits qu'ils vi5n5t de reconnatre n'avait mme pas effleur leur c]veau4 ,au lieu que dans tel autre elles entr]ont un soir1 ces vrits1 c\v]tes des mmes mots1 et pntrant s\da91 p> del ses p5ses1 jusqu'au fond de son cur1 b\lev]s]ont son exi/5ce1 dplac]ont t\s les axes1 t\s les levi]s1 t\tes les joies1 t\tes les tri/esses1 t\s les buts de son activit4 ,il a compris plus pr(ondm5t1 voil t\t2 c> n\s ne p\vons n\s flatt] d'avoir compris une vrit1 que lorsqu'il n\s e/ impossible de n'y pas con=m] notre vie4 ,,xx ,p\r rev5ir l'ide c5trale de t\t ceci1 et p\r la rsum]1 reconnaissons qu'il e/ ncessaire de ma9t5ir l'quilibre entre ce que n\s avons appel le bon s5s et les autres facults et s5tim5ts de notre vie4 ,au reb\rs de ce que n\s faisions autrefois1 n\s sommes auj\rd'hui trop encl9s rompre cet quilibre en faveur du bon s5s4 ,c]tes1 le bon s5s a le droit de contrl] plus /rictem5t que jamais t\t ce qui dpasse la conclusion pratique de son raisonnem5t1 t\t ce que lui apport5t d'autres =ces2 mais il ne peut emp*] celles-ci d'agir que lorsqu'il a acquis la c]titude qu'elles se tromp5t2 et il se doit lui-mme1 au respect de ses propres lois1 d'tre de plus en plus circonspect dans l'affirmation de cette c]titude4 ,or1 s'il peut avoir acquis la conviction que ces =ces ont commis une erreur en attribuant une volont1 des ordres div9s et prcis1 la plup>t des phnomnes qui se manife/5t en elles1 s'il a le devoir de r$ress] les erreurs accessoires qui dc\l5t de cette erreur initiale1 en lim9ant1 p> exemple1 de notre idal moral une f\le de v]tus /riles et dang]euses1 il ne saurait ni] que les mmes phnomnes subsi/5t1 soit qu'ils vi5n5t d'un in/9ct suprieur1 de la vie de l'espce1 inf9im5t plus puissante en n\s que la vie de l'individu1 ou de t\te autre s\rce in9telligible4 ,en t\t cas1 il ne saurait les trait] de *imres1 c>1 ce compte1 n\s p\rrions n\s dem&] si ce juge suprme1 dbord et contr$it de t\s cts p> le gnie de la nature et les inconcevables lois de l'univ]s1 n'e/ pas plus *imrique que les *imres qu'il aspire anantir4 ,,xxi ,p\r t\t ce qui t\*e notre vie morale1 n\s avons encore le *oix de nos *imres2 le bon s5s mme1 c'e/--dire l'esprit sci5tifique1 e/ oblig d'en conv5ir4 ,donc1 *imres p\r *imres1 accueillons celles d'en haut plutt que celles d'en bas4 ,les premires1 aprs t\t1 n\s ont fait p>v5ir o n\s sommes2 et lorsqu'on envisage notre po9t de d"p1 l'effroyable cav]ne de l'homme prhi/orique1 n\s leur devons quelque reconnaissance4 ,les secondes *imres1 celles des rgions infrieures1 c'e/--dire du bon s5s1 n'ont fait leurs preuves jusqu'ici qu'accompagnes et s\t5ues p> les premires4 ,elles n'ont pas encore m>* seules4 ,elles font leurs premi]s pas dans la nuit4 ,elles n\s mn5t1 dis5t-elles1 un bi5-tre rguli]1 assur1 mesur1 exactem5t pes1 la conqute de la matire4 ,soit1 elles ont *>ge de ce g5re de bonheur4 ,mais qu'elles ne prt5d5t pas que p\r y arriv] il soit ncessaire de jet] la m]1 comme un poids dang]eux1 t\t ce qui =mait jusqu'ici l'n]gie hroque1 s\rcilleuse1 infatigable1 av5tureuse de notre consci5ce4 ,laissez-n\s quelques v]tus de luxe4 ,accordez un peu d'espace nos s5tim5ts frat]nels4 ,il e/ =t possible que ces v]tus et ces s5tim5ts qui ne sont pas /rictem5t indisp5sables au ju/e d'auj\rd'hui1 soi5t les rac9es de t\t ce qui s'pan\ira qu& l'homme aura fait le plus dur de l'tape de la lutte p\r la vie4 ,il faut aussi que n\s t5ions en rs]ve quelques v]tus somptueuses1 af9 de remplac] celles que n\s ab&onnons comme inutiles2 c> notre consci5ce a beso9 d'ex]cice et d'alim5ts4 ,dj n\s avons dp\ill bi5 des contra9tes assurm5t nuisibles1 mais qui du mo9s entret5ai5t l'activit de notre vie intrieure4 ,n\s ne sommes plus *a/es1 depuis que n\s avons reconnu que l'uvre de la *air1 maudite durant v+t sicles1 e/ naturelle et lgitime4 ,n\s ne sortons plus la re*]*e de la rsignation1 de la mortification1 du sacrifice1 n\s ne sommes plus humbles de cur ni pauvres d'esprit4 ,t\t cela e/ =t lgitime1 att5du que ces v]tus dp5dai5t d'une religion qui se retire2 mais il n'e/ pas bon que la place re/e vide4 ,notre idal ne dem&e plus crer des asctes1 des vi]ges1 des m>tyrs2 mais bi5 qu'elle pr5ne une autre r\te1 la =ce spirituelle qui animait ceux-ci doit demeur] intacte et re/e ncessaire l'homme qui veut all] plus lo9 que la simple ju/ice4 ,c'e/ p> del cette simple ju/ice que comm5ce la morale de ceux qui espr5t en l'av5ir4 ,c'e/ dans cette p>tie peut-tre ferique mais non pas *imrique de notre consci5ce que n\s devons n\s acclimat] et n\s complaire4 ,il e/ encore raisonnable de n\s p]suad] qu'en le faisant n\s ne sommes pas dupes4 ,,xxii ,la bonne volont des hommes e/ admirable4 ,ils sont prts r5onc] t\s les droits qu'ils croyai5t spcifiques1 ab&onn] t\s leurs rves et t\tes leurs esprances de bonheur2 comme beauc\p d'entre eux ont dj ab&onn1 sans se dsespr]1 t\tes leurs esprances d'outre-tombe4 ,ils sont d'avance rsigns voir leurs gnrations se succd]1 sans b1 sans mission1 sans horizon1 sans av5ir1 si telle e/ la volont c]ta9e de la vie4 ,l'n]gie et la fi]t de notre consci5ce se manife/]ont une d]nire fois dans cette acceptation et dans cette adhsion4 ,mais avant d'en v5ir l1 avant d'abdiqu] aussi lugubrem5t1 il e/ ju/e que n\s dem&ions des preuves2 et jusqu'ici1 elles sembl5t se t\rn] contre ceux qui les apport5t4 ,en t\t cas1 ri5 n'e/ dcid4 ,n\s sommes encore en susp5s4 ,ceux qui assur5t que l'anci5 idal moral doit disp>atre p>ce que les religions disp>aiss5t1 se tromp5t trangem5t4 ,ce ne sont po9t les religions qui ont =m cet idal2 mais bi5 celui-ci qui a donn naissance aux religions4 ,ces d]nires affaiblies ou disp>ues1 leurs s\rces subsi/5t qui *]*5t un autre c\rs4 ,t\t compte fait1 la rs]ve de c]ta9es v]tus factices et p>asites qu'on ab&onne naturellem5t au t\rnant de la plup>t des cultes1 il n'y a encore ri5 *ang] notre vieil idal ary5 de ju/ice1 de consci5ce1 de c\rage1 de bont et d'honneur4 ,il n'y a qu' s'en rappro*] davantage1 le s]r] de plus prs1 le ralis] plus efficacem5t2 et1 avant de le dpass]1 n\s avons encore une longue et noble r\te p>c\rir s\s les toiles4 ,,loge ,,de ,,la ,,boxe ,il convi5t1 p>mi nos s\cis intellectuels1 de s'occup] p>fois des aptitudes de notre corps et spcialem5t des ex]cices qui augm5t5t le plus sa =ce1 son agilit et ses qualits de bel animal sa91 r$\table et prt faire face t\tes les exig5ces de la vie4 ,je me s\vi5s1 ce propos1 qu'en p>lant nagure de l'pe1 entran p> mon sujet1 je fus assez inju/e env]s la seule arme spcifique que la nature n\s ait donne3 le po+4 ,je ti5s rp>] cette inju/ice4 ,l'pe et le po+ se complt5t et peuv5t faire1 s'il e/ gracieux de s'exprim] a9si1 =t bon mnage ensemble4 ,mais l'pe n'e/ ou ne devrait tre qu'une arme exceptionnelle1 une sorte d'ultima et sacra ratio4 ,il n'y faudrait avoir rec\rs qu'avec de sol5nelles prcautions et un crmonial quival5t celui dont on ent\re les procs qui peuv5t ab\tir une condamnation mort4 ,au contraire1 le po+ e/ l'arme de t\s les j\rs1 l'arme huma9e p> excell5ce1 la seule qui soit organiquem5t adapte la s5sibilit1 la rsi/ance1 la /ructure (f5sive et df5sive de notre corps4 99 99 99 99 99 ,en effet1 n\s bi5 exam9]1 n\s devons n\s rang]1 sans vanit1 p>mi les tres les mo9s protgs1 les plus nus1 les plus fragiles1 les plus friables et les plus flasques de la cration4 ,comp>ons-n\s1 p> exemple1 avec les insectes1 si =midablem5t outills p\r l'attaque et si fanta/iquem5t cuirasss6 ,voyez1 entre autres1 la f\rmi sur laquelle v\s p\vez accumul] dix ou v+t mille fois le poids de son corps sans qu'elle en p>aisse incommode4 ,voyez le hanneton1 le mo9s robu/e des coloptres1 et pesez ce qu'il peut port] avant que craqu5t les anneaux de son v5tre1 avant que fl*isse le b\cli] de ses lytres4 ,quant la rsi/ance de l'esc>bot1 elle n'a p\r a9si dire pas de limites4 ,n\s sommes donc1 p> rapport eux1 n\s et la plup>t des mammifres1 des tres non solidifis1 encore glat9eux et t\t pro*es du protoplasme primitif4 ,seul1 notre squelette1 qui e/ comme l'bau*e de notre =me df9itive1 (fre quelque consi/ance4 ,mais qu'il e/ misrable1 ce squelette que l'on dirait con/ruit p> un enfant6 ,considrez notre p9e dorsale1 base de t\t le sy/me1 dont les v]tbres mal embotes ne ti5n5t que p> miracle2 et notre cage ?oracique qui n'(fre qu'une srie de porte faux qu'on ose pe9e t\*] du b\t des doigts4 ,or c'e/ contre cette molle et incohr5te ma*9e qui semble un essai manqu de la nature1 c'e/ contre ce pauvre organisme d'o la vie t5d s'*app] de t\tes p>ts1 que n\s avons imag9 des armes capables de n\s anantir mme si n\s possdions la fabuleuse cuirasse1 la prodigieuse =ce et l'incroyable vitalit des insectes les plus inde/ructibles4 ,il y a l1 il faut en conv5ir1 une bi5 curieuse et bi5 dconc]tante ab]ration1 une folie initiale1 propre l'espce huma9e1 qui1 lo9 de s'am5d]1 va croissant *aque j\r4 ,p\r r5tr] dans la logique naturelle que suiv5t t\s les autres tres vivants1 s'il n\s e/ p]mis d'us] d'armes extraord9aires contre nos ennemis d'un ordre diffr5t1 n\s devrions1 entre n\s1 hommes1 ne n\s s]vir que des moy5s d'attaque et de df5se f\rnis p> notre propre corps4 ,dans une humanit qui se con=m]ait /rictem5t au vu vid5t de la nature1 le po+1 qui e/ l'homme ce que la corne e/ au taureau et au lion la griffe et la d5t1 suffirait t\s nos beso9s de protection1 de ju/ice et de v5geance4 ,s\s pe9e de crime irrmissible contre les lois ess5tielles de l'espce1 une race plus sage int]dirait t\t autre mode de combat4 ,au b\t de quelques gnrations on p>vi5drait rp&re a9si et mettre en vigueur une sorte de respect panique de vie huma9e4 ,et quelle slection prompte et dans le s5s exact des volonts de la nature amn]ait la pratique int5sive du pugilat1 o se conc5tr]ai5t t\tes les esprances de la gloire militaire6 ,or la slection e/1 aprs t\t1 la seule *ose rellem5t importante dont n\s ayons n\s proccup]2 c'e/ le premi]1 le plus va/e et le plus t]nel de nos devoirs env]s l'espce4 99 99 99 99 99 ,en att5dant1 l'tude de la boxe n\s donne d'excell5tes leons d'humilit et jette sur la d*ance de quelques-uns de nos in/9cts les plus prcieux une lumire assez inquitante4 ,n\s n\s ap]cevons bi5tt qu'en t\t ce qui conc]ne l'usage de nos membres1 l'agilit1 l'adresse1 la =ce musculaire1 la rsi/ance la d\leur1 n\s sommes tombs au d]ni] rang des mammifres ou des batraci5s4 ,a ce po9t de vue1 dans une hir>*ie bi5 comprise1 n\s aurions droit une mode/e place entre la gr5\ille et le m\ton4 ,le c\p de pi$ du *eval de mme que le c\p de corne du taureau ou le c\p de d5t du *i5 sont mcaniquem5t et anatomiquem5t imp]fectibles4 ,il s]ait impossible d'amlior]1 p> les plus savantes leons1 l'usage in/9ctif de leurs armes naturelles4 ,mais n\s1 les hom9i5s1 les plus orgueilleux des primates1 n\s ne savons pas donn] un c\p de po+6 ,n\s ne savons mme pas quelle e/ au ju/e l'arme de notre espce6 ,avant qu'un matre ne n\s l'ait laborieusem5t et m?odiquem5t enseigne1 n\s ignorons totalem5t la manire de mettre en uvre et de conc5tr] dans notre bras la =ce relativem5t norme qui rside dans notre paule et dans notre bass94 ,reg>dez deux *>reti]s1 deux paysans qui en vi5n5t aux ma9s3 ri5 n'e/ plus pitoyable4 ,aprs une copieuse et dilatoire borde d'injures et de m5aces1 ils se saisiss5t la gorge et aux *eveux1 j\5t des pi$s1 du g5\1 au has>d1 se mord5t1 s'gratign5t1 s'emptr5t dans leur rage immobile1 n'os5t pas l*] prise1 et si l'un d'eux p>vi5t dgag] un bras1 il en porte1 l'aveuglette et le plus s\v5t dans le vide1 de petits c\ps prcipits1 triqus1 br$\ills2 et le combat ne f9irait jamais si le c\teau flon1 voqu p> la honte du spectacle incongru1 ne surgissait s\da91 presque spontanm5t1 de l'une ou l'autre po*e4 ,contemplez d'autre "p deux boxeurs3 pas de mots inutiles1 pas de ttonnem5ts1 pas de colre2 le calme de deux c]titudes qui sav5t ce qu'il faut faire4 ,l'attitude a?ltique de la g>de1 l'une des plus belles du corps viril1 met logiquem5t en valeur t\s les muscles de l'organisme4 ,aucune p>celle de =ce qui de la tte aux pi$s puisse encore s'g>]4 ,*acune d'elles a son ple dans l'un ou l'autre des deux po+s massifs sur*>gs d'n]gie4 ,et quelle noble simplicit dans l'attaque6 ,trois c\ps1 sans plus1 fruits d'une expri5ce sculaire1 puis5t ma?matiquem5t les mille possibilits inutiles o s'av5tur5t les pr(anes4 ,trois c\ps syn?tiques1 irrsi/ibles1 imp]fectibles4 ,ds que l'un d'eux atte9t fran*em5t l'adv]saire1 la lutte e/ t]m9e la satisfaction complte du va9queur qui triomphe si inconte/ablem5t qu'il n'a nul dsir d'abus] de sa victoire1 et sans dang]eux dommage p\r le va9cu simplem5t rduit l'impuissance et l'inconsci5ce durant le temps ncessaire p\r que t\te rancune s'vapore4 ,bi5tt aprs1 ce va9cu se relv]a sans av>ie durable1 p>ce que la rsi/ance de ses os et de ses organes e/ /rictem5t et naturellem5t proportionne la puissance de l'arme huma9e qui l'a frapp et t]rass4 99 99 99 99 99 ,il peut sembl] p>adoxal1 mais il e/ facile de con/at] que l'art de la boxe1 l o il e/ gnralem5t pratiqu et cultiv1 devi5t un gage de paix et de mansutude4 ,notre n]vosit agressive1 notre susceptibilit aux aguets1 la sorte de p]ptuel qui-vive o s'agite notre vanit s\ponneuse1 t\t cela vi5t1 au fond1 du s5tim5t de notre impuissance et de notre infriorit physique qui pe9e de son mieux en impos]1 p> un masque fi] et irritable1 aux hommes s\v5t grossi]s1 inju/es et malveillants qui n\s ent\r5t4 ,plus n\s n\s s5tons ds>ms en face de l'(f5se1 plus n\s t\rm5te le dsir de tmoign] aux autres et de n\s p]suad] n\s-mmes que nul ne n\s (f5se impunm5t4 ,le c\rage e/ d'autant plus *at\illeux1 d'autant plus intraitable que l'in/9ct effray1 tapi au fond du corps qui recevra les c\ps1 se dem&e avec plus d'anxit comm5t f9ira l'alg>ade4 ,que f]a-t-il1 ce pauvre in/9ct prud5t1 si la crise t\rne mal8 ,c'e/ sur lui que l'on compte1 l'heure du pril4 ,a lui sont dvolus le s\ci de l'attaque1 le so9 de la df5se4 ,mais on l'a si s\v5t1 dans la vie quotidi5ne1 loign des affaires et du conseil suprme1 qu' l'appel de son nom il sort de sa retraite comme un captif vieilli qu'bl\irait s\da9 la lumire du j\r4 ,quel p>ti pr5dra-t-il8 ,o faudra-t-il frapp]1 aux yeux1 au v5tre1 au nez1 aux tempes1 la gorge8 ,et quelle arme *oisir1 le pi$1 la d5t1 la ma91 le c\de ou les ongles8 ,il ne sait plus2 il erre dans sa pauvre demeure qu'on va dtrior]1 et durant qu'il s'affole et les tire p> la man*e1 le c\rage1 l'orgueil1 la vanit1 la fi]t1 l'am\r-propre1 t\s les gr&s seigneurs magnifiques1 mais irresponsables1 env5im5t la qu]elle rcalcitrante1 qui ab\tit enf91 aprs d'innombrables et grotesques dt\rs1 l'inhabile *ange de horions cri>ds1 aveugles1 hybrides et pleur>ds1 piteux et purils et indf9im5t impuissants4 ,au contraire1 celui qui connat la s\rce de ju/ice qu'il dti5t en ses deux ma9s f]mes n'a ri5 se p]suad]4 ,une fois p\r t\tes il sait4 ,la longanimit1 comme une fleur paisible1 mane de sa victoire idale mais c]ta9e4 ,la plus grossire insulte ne peut plus altr] son s\rire indulg5t4 ,il att5d1 pacifique1 les premires viol5ces1 et peut dire avec calme t\t ce qui l'(f5se3 ,v\s irez jusque-l4 ,un seul ge/e magique1 au mom5t ncessaire1 arrte l'insol5ce4 ,a quoi bon faire ce ge/e8 ,on n'y songe mme plus tant l'efficace e/ sre4 ,et c'e/ avec la honte de frapp] un enfant sans df5se1 qu' la d]nire extrmit on se rs\t enf9 lev] contre la plus puissante brute1 une ma9 s\v]a9e qui regrette d'avance sa victoire trop facile4 ,a ,,propos ,,du ,,roi ,,le> ,il e/ facile de con/at] qu'en ces d]nires annes1 notamm5t p>tir de la gr&e priode romantique1 le royaume de la posie1--auquel on n'avait gure t\* depuis la p]te df9itive des va/es mais inhabitables prov9ces du pome pique1--s'e/ graduellem5t rtrci et se voit actuellem5t rduit quelques petites villes isoles dans la montagne4 ,elle y demeur]a vraisemblablem5t vivace et inexpugnable1 et y gagn]a en puret et en int5sit ce qu'elle a p]du p> ailleurs en t5due et en abondance4 ,elle s'y dp\ill]a peu peu de ses va9s ornem5ts didactiques1 descriptifs et n>ratifs1 p\r n'tre bi5tt qu'elle-mme2 c'e/--dire la seule voix qui n\s puisse rvl] ce que le sil5ce n\s ca*e1 ce que la p>ole huma9e ne dit plus et ce que la musique n'exprime pas encore4 99 99 99 99 99 ,il y aura t\j\rs une posie lyrique2 elle e/ immortelle tant ncessaire4 ,mais quel sort l'av5ir et mme le prs5t rs]ve-t-il1 je ne dis pas au dramaturge ou au dramati/e1 mais au pote tragique proprem5t dit1 celui qui s'ef=ce de ma9t5ir un c]ta9 lyrisme dans son uvre en y reprs5tant des *oses plus gr&es et plus belles que celles de la vie relle8 ,il e/ c]ta9 que la tragdie lyrique des ,grecs1 la tragdie classique telle que la conur5t ,corneille et ,rac9e1 le drame romantique des ,allem&s et de ,victor ,hugo1 puis5t leur posie des s\rces df9itivem5t t>ies4 ,le gr& drame des f\les1 au se9 duquel on croyait avoir dc\v]t une s\rce inconnue et 9puisable1 n'a donn jusqu'ici que des rsultats assez mdiocres4 ,et les my/res n\veaux de notre vie mod]ne1 qui ont remplac t\s les autres et du ct desquels ,ibs5 a t5t quelques f\illes1 sont depuis trop peu de temps en contact direct avec l'homme1 p\r qu'ils lv5t et dom95t visiblem5t et efficacem5t les p>oles et les actes des p]sonnages d'une pice4 ,et cep5dant1 il n'y a pas se le dissimul]1 et l'in/9ct potique de l'humanit l'a t\j\rs press5ti1 un drame n'e/ rellem5t vrai que lorsqu'il e/ plus gr& et plus beau que la ralit4 99 99 99 99 99 ,voyons1 en att5dant que les potes sa*5t de quel ct dirig] leurs pas1 l'un des plus fameux modles de ces drames qui l>giss5t la vrit sans la fauss]1 l'un des r>es qui1 aprs plus de trois sicles1 demeure encore v]t et vivant en t\tes ses p>ties3 j'ent5ds p>l] du ,roi ,le> de ,%akespe>e4 ,on peut affirm]1 disais-je nagure1--en exagrant un peu1 comme il e/ impossible de ne le po9t faire dans le lg] et dlicieux accs de fivre qui saisit t\s les f]v5ts de ,%akespe>e au mom5t o l'on ressuscite un de ses *efs-d'uvre1--on peut affirm]1 aprs avoir p>c\ru les littratures de t\s les temps et de t\s les pays1 que la tragdie du vieux roi con/itue le pome dramatique le plus puissant1 le plus va/e1 le plus m\vant1 le plus int5se qui ait jamais t crit4 ,si l'on n\s dem&ait du haut d'une autre plante quelle e/ la pice reprs5tative et syn?tique1 la pice ar*type du ?tre huma91 celle o l'idal de la plus haute posie scnique e/ le plus ple9em5t ralis1 il me semble c]ta9 qu'aprs en avoir dlibr t\s les potes de notre t]re1 les meilleurs juges en l'occurr5ce1 dsign]ai5t unanimem5t le ,roi ,le>4 ,ils ne p\rrai5t mettre un in/ant en balance que deux ou trois *efs-d'uvre du ?tre grec2 ou bi51 c> au fond ,%akespe>e n'e/ comp>able qu' lui-mme1 l'autre miracle de son gnie3 la tragique hi/oire d',hamlet1 pr9ce de ,danem>k4 99 99 99 99 99 ,prom?e1 l',ore/ie1 dipe roi1 ce sont des arbres m]veilleux mais isols1 au lieu que le ,roi ,le>1 c'e/ une =t m]veilleuse4 ,conv5ons que le pome de ,%akespe>e e/ mo9s net1 mo9s visiblem5t h>monieux1 mo9s pur de lignes1 mo9s p>fait1 au s5s assez conv5tionnel de ce mot2 accordons qu'il a des dfauts aussi normes que ses qualits1--il n'en re/e pas mo9s qu'il l'emporte sur t\s les autres p> le nombre1 l'acuit1 la d5sit1 l'tranget1 la mobilit1 la prodigieuse masse des beauts tragiques qu'il r5f]me4 ,je sais bi5 que la beaut totale d'un ouvrage ne s'e/ime pas au poids ni au volume2 que les dim5sions d'une /atue n'ont po9t un rapport ncessaire sa valeur e/htique4 ,nanmo9s on ne saurait conte/] que l'abondance1 la v>it et l'ampleur aj\t5t la beaut des lm5ts vitaux et inacc\tums2 qu'il e/ plus facile de russir une /atue unique1 de gr&eur mdiocre et d'un m\vem5t calme1 qu'un gr\pe de v+t /atues de taille surhuma9e1 aux ge/es passionns et cep5dant coordonns2 qu'il e/ plus ais d'crire un acte tragique et puissant o se meuv5t trois ou quatre p]sonnages1 que d'en crire c9q o s'agite t\t un peuple et qui ma9ti5n5t une hauteur gale1 durant un temps c9q fois plus long1 ce mme tragique et cette mme puissance2 or1 au reg>d du ,roi ,le>1 les plus longues tragdies grecques ne sont gure que des pices en un acte4 ,d'autre "p1 si l'on ent5d le comp>] ,hamlet1 il e/ probable que la p5se y e/ mo9s active1 mo9s aigu1 mo9s pr(onde1 mo9s frmissante1 mo9s prophtique4 ,en revan*e1 combi5 le jet de l'uvre p>at plus n]gique1 plus massif et plus irrsi/ible6 ,c]ta9es aigrettes1 c]ta9s filets de lumire sur l'esplanade d',els5eur atteign5t et clair5t un in/ant1 comme des lueurs d'outre-tombe1 de plus inaccessibles tnbres2 mais ici la colonne de fume et de flammes illum9e d'une faon p]man5te et uni=me t\t un pan de la nuit4 ,le sujet e/ plus simple1 plus gnral et plus normalem5t huma91 la c\leur plus monotone1 mais plus maje/ueusem5t et plus h>monieusem5t gr&iose1 l'int5sit plus con/ante et plus t5due1 le lyrisme plus cont9u1 plus dbordant et plus halluc9ant1 et cep5dant plus naturel1 plus prs des ralits quotidi5nes1 plus familirem5t m\vant1 cause qu'il ne sort po9t de la p5se1 mais de la passion2 qu'il enveloppe une situation qui1 bi5 qu'exceptionnelle1 e/ t\tefois univ]sellem5t possible1 qu'il ne ncessite po9t un hros mtaphysici5 comme ,hamlet1 mais qu'il t\*e immdiatem5t l'me primitive et presque inv>iable de l'homme4 99 99 99 99 99 ,hamlet1 ,macbe?1 ,prom?e1 l',ore/ie1 dipe app>ti5n5t une classe de pomes plus augu/es que les autres p>ce qu'ils se dr\l5t sur une sorte de montagne sacre ent\re d'un c]ta9 my/re4 ,c'e/ ce qui1 dans la hir>*ie des *efs-d'uvre1 met inconte/ablem5t ,hamlet au-dessus d',o!llo1 p> exemple1 bi5 qu',o!llo soit aussi passionnm5t1 aussi pr(ondm5t et sans d\te plus normalem5t huma94 ,ils doiv5t cette montagne qui les porte entre ciel et t]re le meilleur de leur sombre et sublime puissance4 ,or1 si l'on exam9e de quoi e/ =me cette montagne1 on se r5d compte que les lm5ts qui la compos5t sont emprunts un surnaturel v>iable et arbitraire2 c'e/ de l'au-del s\s une espce et une app>5ce conte/ables1 religieuses ou sup]/itieuses1 p> consqu5t transitoires et locales4 ,mais--et c'e/ ce qui lui fait une place "p p>mi les quatre ou c9q gr&s pomes dramatiques de la t]re--dans le ,roi ,le> il n'y a pas de surnaturel proprem5t dit4 ,les dieux1 les habitants des gr&s mondes imag9aires ne se ml5t pas l'action1 la ,fatalit mme y e/ t\t intrieure1 elle n'e/ que de la passion affole2 et cep5dant l'imm5se drame dveloppe ses c9q actes sur une cime aussi haute1 aussi sur*>ge de pre/iges1 de posie et d'inquitudes insolites que si t\tes les =ces traditionnelles des cieux et de l'enf] avai5t rivalis d'ardeur p\r en surlev] les pics4 ,l'absurdit de l'anecdote primitive 7presque t\s les gr&s *efs-d'uvre1 devant reprs5t] des actions types =cm5t outres1 exclusives et excessives1 sont fonds sur une anecdote plus ou mo9s absurde7 disp>at dans la gr&iose magnific5ce de l'altitude o elle volue4 tudiez de prs la /ructure de cette cime3 elle e/ uniquem5t =me d'normes /ratifications huma9es1 de gigantesques blocs de passion1 de raison1 de s5tim5ts gnraux et presque famili]s1 b\lev]ss1 accumuls1 sup]poss p> une tempte =midable1 mais pr(ondm5t propre ce qu'il y a de plus huma9 dans la nature huma9e4 ,c'e/ p\rquoi le ,roi ,le> demeure la plus jeune des gr&es uvres tragiques1 la seule o le temps n'ait ri5 fltri4 ,il faut un ef=t de notre bonne volont1 un oubli de notre situation et de nos c]titudes actuelles p\r que n\s puissions s9crem5t et compltem5t n\s m\voir au spectacle d',hamlet1 de ,macbe? ou d'dipe4 ,au contraire1 la colre1 les rugissem5ts de d\leur1 les maldictions prodigieuses du vieill>d et du pre baf\ sembl5t sortir de notre cur et de notre raison d'auj\rd'hui1 s'lev] s\s notre propre ciel1 et s\s le rapport de t\tes les vrits pr(ondes qui =m5t l'atmosphre spirituelle et s5tim5tale de notre plante1 il n'y a ri5 d'ess5tiel y aj\t] ou retran*]4 ,%akespe>e rev5ant p>mi n\s sur la t]re ne p\rrait plus crire ,hamlet ou ,macbe?4 ,il s5tirait que les sombres et augu/es ides mres sur quoi repos5t ces pomes ne les port]ai5t plus2 t&is qu'il n'aurait pas modifi] une situation ni un v]s du ,roi ,le>4 99 99 99 99 99 ,la plus jeune1 la plus inaltrable des tragdies e/ aussi le pome dramatique le plus organiquem5t lyrique qui ait jamais t ralis2 le seul au monde o la magnific5ce du langage ne nuise pas une seule fois la vraisemblance1 au naturel du dialogue4 ,aucun pote n'ignore qu'il e/ presque impossible d'alli]1 au ?tre1 la beaut des images au naturel de l'expression4 ,on ne saurait le ni]2 t\te scne1 dans la plus haute tragdie comme dans la plus banale comdie1 n'e/ jamais1 a9si que le faisait obs]v] ,alfr$ de ,vigny1 qu'une conv]sation entre deux ou trois p]sonnages runis p\r p>l] de leurs affaires4 ,ils doiv5t donc p>l]1 et p\r n\s donn] ce qui e/ au ?tre l'illusion la plus ncessaire1 l'illusion de la ralit1 il faut qu'ils s'c>t5t le mo9s possible du langage employ dans la vulgaire vie de t\s les j\rs4 ,mais dans cette vie assez lm5taire n\s n'exprimons presque jamais p> la p>ole ce que peut avoir d'clatant ou de pr(ond notre exi/5ce intrieure4 ,si nos p5ses habituelles se ml5t aux gr&s et beaux spectacles1 aux plus hauts my/res de la nature1 elles demeur5t en n\s l'tat lat5t1 l'tat de songes1 d'ides1 de s5tim5ts muets qui1 t\t au plus1 se trahiss5t p>fois p> un mot1 p> une phrase plus ju/es et plus nobles que ceux de la conv]sation vraisemblable et usuelle4 ,or le ?tre ne p\vant presque ri5 exprim] qui ne s'exprim]ait pas dans la vie1 il s'ensuit que t\te la p>tie suprieure de l'exi/5ce y demeure in=mule1 s\s pe9e de d*ir] le voile de l'illusion indisp5sable4 ,le pote a donc *oisir3 il s]a lyrique ou simplem5t loqu5t1 mais irrel 7et c'e/ l'erreur de notre tragdie classique1 du ?tre de ,victor ,hugo et de t\s les romantiques franais et allem&s1 quelques scnes de ,g! exceptes71 ou bi5 il s]a naturel mais sec1 prosaque et plat4 ,%akespe>e n'a pas *app aux dang]s de ce *oix4 ,dans ,romo et ,juliette1 p> exemple1 et dans la plup>t de ses pices hi/oriques1 il v]se dans la rhtorique1 sacrifie sans cesse la spl5deur1 l'abondance des mtaphores1 la prcision et la banalit imprieusem5t ncessaires des tirades et des rpliques4 99 99 99 99 99 ,p> contre1 dans ses gr&s *efs-d'uvre il ne se trompe po9t2 mais la manire mme dont il surmonte la difficult dvoile t\te la gravit du problme4 ,il n'y arrive qu' l'aide d'une sorte de subt]fuge auquel il a t\j\rs rec\rs4 ,comme il semble acquis qu'un hros qui exprime sa vie intrieure dans t\te sa magnific5ce ne peut demeur] vraisemblable et huma9 sur la scne qu' la condition qu'il soit reprs5t comme f\ dans la vie relle 7c> il e/ ent5du que les f\s seuls y exprim5t cette vie ca*e71 ,%akespe>e branle sy/matiquem5t la raison de ses protagoni/es1 et ouvre a9si la digue qui ret5ait captif l'norme flot lyrique4 ,ds lors1 il p>le librem5t p> leur b\*e1 et la beaut envahit le ?tre sans cra9dre qu'on lui dise qu'elle n'e/ pas sa place4 ,ds lors aussi1 le lyrisme de ses gr&es uvres e/ plus ou mo9s haut1 plus ou mo9s va/e1 proportion de la folie du hros c5tral4 ,a9si1 il e/ int]mitt5t et cont5u dans ,o!llo et dans ,macbe?1 p>ce que les halluc9ations du ?ane de ,cawdor et les fureurs du ,m de ,v5ise ne sont que des crises passionnelles2 il e/ l5t et p5sif dans ,hamlet1 p>ce que la folie du pr9ce d',els5eur e/ eng\rdie et mditative2 mais nulle "p comme dans le ,roi ,le> il ne dborde1 torr5tiel1 in9t]rompu et irrsi/ible1 entre-*oquant en d'imm5ses et miraculeuses images l'ocan1 les =ts1 les temptes et les toiles1 p>ce que la magnifique dm5ce du vieux mon>que dpossd et dsespr s't5d de la premire la d]nire scne4 ,,les ,,dieux ,,de ,,la ,,gu]re ,la gu]re (frit t\j\rs aux mditations des hommes un ?me magnifique et incessamm5t r5\vel4 ,il demeure1 hlas6 bi5 c]ta9 que la plup>t de nos ef=ts et de nos inv5tions conv]g5t t\j\rs v]s elle et en font une sorte de miroir diabolique o se reflte1 l'env]s et en creux1 le progrs de notre civilisation4 ,je ne veux auj\rd'hui l'envisag] qu' un seul po9t de vue1 af9 de con/at] une fois de plus qu' mesure que n\s conqurons quelque *ose sur les =ces inconnues1 n\s n\s livrons davantage celles-ci4 ,ds que n\s avons saisi dans la nuit ou le sommeil app>5t de la nature une lueur1 une s\rce d'n]gie n\velles1 n\s dev5ons s\v5t ses victimes et presque t\j\rs ses esclaves4 ,on dirait qu'en croyant n\s dlivr]1 n\s dlivrons de r$\tables ennemis4 ,il e/ vrai qu' la longue ces ennemis f9iss5t p> se laiss] conduire et n\s r5d5t des s]vices dont n\s ne saurions plus n\s pass]4 ,mais pe9e l'un d'eux a-t-il fait sa s\mission qu'en passant s\s le j\g il n\s met sur la trace d'un adv]saire inf9im5t plus dang]eux1 et notre sort devi5t a9si de plus en plus glorieux et de plus en plus inc]ta94 ,p>mi ces adv]saires1 il s'en tr\ve d'ailleurs qui sembl5t t\t fait indomptables4 ,mais peut-tre ne demeur5t-ils rebelles que p>ce qu'ils sav5t mieux que les autres faire appel de mauvais in/9cts de notre cur qui ret>d5t de plusieurs sicles sur les conqutes de notre intellig5ce4 99 99 99 99 99 ,il en va notamm5t a9si dans la plup>t des inv5tions qui se rapport5t la gu]re4 ,n\s l'avons vu en de rc5ts et mon/rueux conflits4 ,p\r la premire fois1 depuis l'orig9e de l'hi/oire1 des puissances entirem5t n\velles1 des puissances enf9 mres et dgages de l'ombre de sculaires expri5ces prp>atoires1 v9r5t supplant] les hommes sur le *amp de bataille4 ,jusqu'en ces d]nires gu]res1 elles n'tai5t desc5dues qu' mi-cte1 se t5ai5t l'c>t et agissai5t de lo94 ,elles hsitai5t s'affirm]1 et il y avait encore quelque rapport entre leur action insolite et celle de nos propres ma9s4 ,la porte du fusil ne dpassait pas celle de notre il1 et l'n]gie de/ructive du canon le plus meurtri]1 de l'explosif le plus r$\table g>dait des proportions huma9es4 ,auj\rd'hui1 n\s sommes dbords1 n\s avons df9itivem5t abdiqu1 notre rgne e/ f9i1 et n\s voil livrs1 comme des gra9s de sable1 aux mon/rueuses et nigmatiques puissances que n\s avons os appel] notre aide4 99 99 99 99 99 ,il e/ vrai que1 de t\t temps1 la "p huma9e des combats fut la mo9s importante et la mo9s dcisive4 ,dj1 aux j\rs d',homre1 les div9its de l',olympe se mlai5t aux mortels dans les pla9es de ,troie et1 presque invisibles mais efficaces dans leur nue d'arg5t1 dom9ai5t1 protgeai5t ou p\vantai5t les gu]ri]s4 ,mais c'tai5t des div9its encore peu puissantes et peu my/rieuses4 ,si leur int]v5tion p>aissait surhuma9e1 elle refltait la =me et la psy*ologie de l'homme4 ,leurs secrets se m\vai5t dans l'orbite de nos secrets troits4 ,ils manai5t du ciel de notre intellig5ce1 ils avai5t nos passions1 nos misres1 nos p5ses1 pe9e un peu plus ju/es1 plus hautes et plus pures4 ,puis1 mesure que l'homme s'avance dans le temps1 qu'il sort de l'illusion1 que sa consci5ce augm5te1 que le monde se dvoile1 les dieux qui l'accompagn5t gr&iss5t mais s'loign5t1 devi5n5t mo9s di/9cts mais plus irrsi/ibles4 ,a mesure qu'il appr5d1 mesure qu'il connat1 le flot de l'inconnu envahit son doma9e4 ,a proportion que les armes s'organis5t et s't5d5t1 que les armes se p]fectionn5t1 que la sci5ce progresse et ass]vit des =ces naturelles1 le sort de la bataille *appe au capita9e p\r obir au gr\pe des lois ind*iffrables qu'on appelle la *ance1 le has>d1 le de/94 ,voyez1 p> exemple1 dans ,tol/o1 l'admirable tableau1 qu'on s5t au!ntique1 de la bataille de ,borod9o ou de la ,moskova1 type de l'une des gr&es batailles de l',empire4 ,les deux *efs1 ,k\t\z( et ,napolon1 se ti5n5t une telle di/ance du combat1 qu'ils n'en peuv5t saisir que d'insignifiants pisodes et ignor5t presque t\t ce qui s'y passe4 ,k\t\z(1 en bon fatali/e slave1 a consci5ce de la =ce des *oses4 norme1 borgne1 somnol5t1 cr\l devant une cabane1 sur un banc rec\v]t d'un tapis1 il att5d l'issue de l'av5ture1 ne donne aucun ordre1 se cont5tant de cons5tir ou non ce qu'on lui propose4 ,mais ,napolon1 lui1 se flatte de dirig] des vnem5ts qu'il n'entrevoit mme pas4 ,la veille1 au soir1 il a dict les dispositions de la bataille2 or1 ds les premi]s engagem5ts1 p> cette mme =ce des *oses laquelle se livre ,k\t\z(1 pas une seule de ces dispositions n'e/ ni ne peut tre excute4 ,nanmo9s1 fidle au plan imag9aire que la ralit a compltem5t b\lev]s1 il croit donn] des ordres et ne fait que suivre1 en arrivant trop t>d1 les dcisions de la *ance qui prcd5t p>t\t ses aides de camp hag>ds et affols4 ,et la bataille suit son *em9 trac p> la nature1 comme un fleuve qui c\le sans se s\ci] du cri des hommes rassembls sur ses rives4 99 99 99 99 99 ,p\rtant ,napolon1 de t\s les gnraux de nos d]nires gu]res1 e/ le seul qui ma9ti5ne l'app>5ce d'une direction huma9e4 ,les =ces trangres qui secondai5t ses tr\pes et qui dj les dom9ai5t sortai5t pe9e de l'enfance4 ,mais auj\rd'hui que f]ait-il8 ,p>vi5drait-il ressaisir la c5time "p de l'influ5ce qu'il avait sur le sort des batailles8 ,c'e/ qu' prs5t les enfants du my/re ont gr&i1 et ce sont d'autres dieux qui surplomb5t nos rangs1 p\ss5t et disp]s5t nos escadrons1 romp5t nos lignes1 font *ancel] nos citadelles et c\l] nos vaisseaux4 ,ils n'ont plus =me huma9e1 ils m]g5t du *aos primitif1 ils vi5n5t de bi5 plus lo9 que leurs prdcesseurs1 et t\te leur puissance1 leurs lois1 leurs int5tions se tr\v5t hors du c]cle de notre propre vie et de l'autre ct de notre sphre intellig5te1 dans un monde absolum5t f]m1 le monde le plus ho/ile aux de/9es de notre espce1 le monde in=me et brut de la matire in]te4 ,or1 c'e/ ces inconnus aveugles et effroyables1 qui n'ont ri5 de commun avec n\s1 qui obiss5t des impulsions et des ordres aussi ignors que ceux qui rgiss5t les a/res le plus fabuleusem5t loigns1 c'e/ ces impntrables et irrsi/ibles n]gies que n\s remettons le so9 de tran*] ce qui e/ le plus proprem5t1 le plus exclusivem5t rs]v aux plus hautes facults de la =me de vie que n\s reprs5tons seuls sur cette t]re2 c'e/ ces mon/res inclassables que n\s confions la *>ge presque div9e de prolong] notre raison et de faire le d"p du ju/e et de l'inju/e444 99 99 99 99 99 ,a quelles puissances avons-n\s donc livr nos privilges spcifiques8--,je fais p>fois ce rve que l'un de n\s soit d\ d'un il qui saisisse t\t ce qui volue aut\r de n\s1 t\t ce qui peuple ces cl>ts o flott5t nos reg>ds et que n\s croyons transp>5tes et vides1 comme l'aveugle--si d'autres s5s ne le dtrompai5t po9t--croirait vides les tnbres qui ens]r5t son front4 ,imag9ons qu'il p]ce le ta9 de cette sphre de cri/al o n\s vivons et qui ne rfl*it jamais que notre propre face1 nos propres ge/es et nos propres p5ses4 ,imag9ons qu'un j\r1 trav]s t\tes les app>5ces qui n\s emprisonn5t1 n\s atteignions enf9 les ralits ess5tielles1 et que l'invisible qui de t\tes p>ts n\s enveloppe1 n\s abat1 n\s r$resse1 n\s p\sse1 n\s arrte ou n\s fait recul]1 dvoile subitem5t les images imm5ses1 affreuses1 inconcevables que revt5t srem5t1 dans un creux de l'espace1 les phnomnes et les lois de la nature dont n\s sommes les fragiles j\ets4 ,ne disons pas que ce n'e/ l qu'un songe de pote2 c'e/ ma9t5ant1 en n\s p]suadant que ces lois n'ont ni =me ni visage et en oubliant si facilem5t leur t\te-puissante et infatigable prs5ce1 c'e/ ma9t5ant que n\s sommes dans le songe1 dans le t\t petit songe de l'illusion huma9e2 et c'e/ alors que n\s entr]ions dans la vrit t]nelle de la vie sans limites o baigne notre vie4 ,quel spectacle crasant et quelle rvlation qui frapp]ait d'effroi et p>alys]ait au fond de son nant t\te n]gie huma9e6 ,voyez-v\s1 p> exemple1 entre tant d'autres triomphes illusoires de notre aveuglem5t1 voyez-v\s ces deux flottes qui se prp>5t au combat8--,quelques milli]s d'hommes1 aussi imp]ceptibles et inefficaces sur la ralit des =ces mises en jeu qu'une p9ce de f\rmis dans une =t vi]ge1 quelques milli]s d'hommes se flatt5t d'ass]vir et d'utilis]1 au pr(it d'une ide trangre l'univ]s1 les plus incomm5surables et les plus dang]euses de ses lois4 ,essayez de donn] *acune de ces lois un aspect ou une physionomie proportionne et approprie sa puissance et ses fonctions4 ,p\r ne pas v\s heurt] ds l'abord l'impossible1 l'inimag9able1 ngligez1 si v\s en avez peur1 les plus pr(ondes et les plus gr&ioses1 entre autres celle de la gravitation1 laquelle obiss5t les vaisseaux et la m] qui les porte1 et la t]re qui porte la m]1 et t\tes les plantes qui s\ti5n5t la t]re4 ,il v\s faudrait *]*] si lo91 dans de telles solitudes1 dans de tels inf9is1 p> del de tels a/res1 les lm5ts qui la compos5t1 que l'univ]s enti] ne suffirait pas lui prt] un masque1 ni aucun rve lui donn] une app>5ce plausible4 99 99 99 99 99 ,ne pr5ons donc que les plus limites1 s'il en e/ qui connaiss5t des limites1 les plus pro*es de n\s1 s'il en e/ qui soi5t pro*es4 ,bornons-n\s p\r l'in/ant celles que ces vaisseaux croi5t s\mises en leurs flancs1 celles que n\s croyons spcialem5t dociles et filles de nos uvres4 ,quelle mon/rueuse face1 quelle ombre gigantesque attribu]ons-n\s1 p\r ne p>l] que d'elle1 la puissance des explosifs1 dieux rc5ts et suprmes1 qui vi5n5t de dtrn]1 aux temples de la gu]re1 t\s les dieux d'autrefois8 ,d'o1 de quelles pr(ondeurs1 de quels abmes insonds surgiss5t-ils1 ces dmons qui jusqu'ici n'avai5t jamais atte9t la lumire du j\r8 ,a quelle famille de t]reurs1 quel gr\pe imprvu de my/res faut-il les ratta*]8--,ml9ite1 dynamite1 pancla/ite1 cordite et roburite1 lyddite et bali/ite1 spectres indescriptibles1 ct desquels la vieille p\dre noire1 p\vante de nos pres1 la gr&e f\dre mme1 qui rsumait p\r n\s le ge/e le plus tragique de la colre div9e1 sembl5t des bonnes femmes un peu bav>des1 un peu promptes la gifle1 mais presque in(f5sives et presque mat]nelles3 p]sonne n'a effleur le plus sup]ficiel de vos innombrables secrets1 et le *imi/e qui compose votre sommeil1 aussi pr(ondm5t que l'+nieur ou l'artilleur qui v\s rveille1 ignore votre nature1 votre orig9e1 votre me1 les ressorts de vos lans incalculables et les lois t]nelles auxquelles v\s obissez t\t c\p4 tes-v\s la rvolte des *oses immmorialem5t prisonnires8 la transfiguration fulgurante de la mort1 l'effroyable allgresse du nant qui tressaille1 l'ruption de la ha9e ou l'excs de la joie8 tes-v\s une =me de vie n\velle et si ard5te qu'elle consume en une seconde la pati5ce de v+t sicles8 tes-v\s un clat de l'nigme des mondes qui tr\ve une fissure dans les lois de sil5ce qui l'ens]r5t8 tes-v\s un emprunt tmraire la rs]ve d'n]gie qui s\ti5t notre t]re dans l'espace8 ,ramassez-v\s en un cl9 d'il1 p\r un bond sans gal v]s un de/9 n\veau1 t\t ce qui se prp>e1 t\t ce qui s'labore1 t\t ce qui s'accumule dans le secret des rocs1 des m]s et des montagnes8 tes-v\s me ou matire ou un troisime tat encore innom de la vie8 ,o puisez-v\s l'ardeur de vos dva/ations1 o appuyez-v\s le levi] qui f5d un cont95t et d'o "p votre lan qui p\rrait dpass] la zone des toiles o la t]re votre mre ex]ce sa volont8--,a t\tes ces que/ions1 le savant qui v\s cre rpondra simplem5t que votre =ce vi5t de la production brusque d'un gr& volume gazeux dans un espace trop troit p\r le cont5ir s\s la pression atmosphrique4 ,il e/ c]ta9 que cela rpond t\t1 que t\t e/ clairci4 ,n\s voyons l le fond du vrai1 et n\s savons ds lors1 comme en t\tes *oses1 quoi n\s en t5ir4 ,,le ,,p>don ,,des ,,injures ,il n'e/ pas inutile d'int]rog] de temps autre le s5s de c]ta9s mots qui c\vr5t d'un vtem5t inv>iable des s5tim5ts qui se sont trans=ms4 ,le mot p>donn]1 p> exemple1 qui p>at1 au premi] abord1 l'un des plus beaux de la langue1 a-t-il encore1 eut-il jamais le s5s d'amni/ie presque div9e que n\s lui accordons8 ,n'e/-il pas un de ces t]mes qui montr5t le mieux la bonne volont des hommes1 puisqu'il r5f]me un idal qui ne fut jamais ralis8--,qu& n\s disons qui n\s fit injure3 ,je v\s p>donne et t\t e/ oubli1 qu'y a-t-il de vrai au fond de cette p>ole8--,t\t au plus ceci1 qui e/ le seul engagem5t que n\s puissions pr5dre3 ,je ne *]*]ai po9t v\s nuire mon t\r4 ,le re/e1 que n\s croyons promettre ne dp5d pas de notre volont4 ,il n\s e/ impossible d'oubli] le mal qu'on n\s a fait1 p>ce que le plus pr(ond de nos in/9cts1 celui de la cons]vation1 e/ directem5t intress se s\v5ir4 ,l'homme qui1 un mom5t donn1 pntre dans notre exi/5ce1 n\s ne le connaissons jamais en soi4 ,il n'e/ p\r n\s qu'une image que lui-mme dess9e dans notre mmoire4 ,il e/ bi5 vrai que la vie qui l'anime a un visage rvlateur1 indf9issable1 mais puissant4 ,ce visage apporte une f\le de promesses qui sont probablem5t plus pr(ondes et plus s9cres que les p>oles ou les actes qui les dm5tiront bi5tt4 ,mais ce gr& signe n'a gure qu'une valeur idale4 ,n\s n\s tr\vons dans un monde o bi5 peu d'tres1 soit p> la =ce des circon/ances1 soit p> suite d'une erreur initiale1 viv5t selon la vrit que leur prs5ce fait press5tir4 ,a la longue1 l'expri5ce morose n\s appr5d ne plus t5ir compte de ce visage trop my/rieux4 ,un masque net et dur le rec\vre1 qui porte l'empre9te de t\s les faits et ge/es qui n\s atteignir5t4 ,les bi5faits l'enlum95t de c\leurs attrayantes et fragiles1 t&is que les (f5ses le creus5t pr(ondm5t4 ,en ralit1 c'e/ uniquem5t s\s ce masque model selon le s\v5ir d'agrm5ts ou d'ennuis que n\s ap]cevons celui qui n\s appro*e2 et lui dire1 s'il n\s a (f5s1 que n\s lui p>donnons1 c'e/ lui affirm] que n\s ne le reconnaissons po9t4 99 99 99 99 99 ,il s'agit de savoir quelle influ5ce cette reconnaissance 9vitable aura sur nos relations avec celui qui n\s fut injurieux4 ,ici1 comme sur tant d'autres po9ts1 ds que notre bonne volont se rveille1 ses premi]s pas1 encore inconsci5ts1 la ramn5t sur la vieille r\te de l'idal religieux4 ,au plus haut de cet idal1 on p\rrait rig]1 comme un symbole1 le gr\pe lg5daire de la *rti5ne ensevelissant1 au pril de ses j\rs1 les re/es excrs de ,nron4 ,il e/ inconte/able que le ge/e de cette femme e/ plus gr&1 surpasse davantage la raison huma9e1 que le ge/e d',antigone qui dom9e l'antiquit paenne4 ,nanmo9s1 il n'puise pas t\t le p>don *rti54 ,supposons que ,nron ne soit pas mort1 mais *ancelle aux d]nires limites de la vie1 o un hroque sec\rs puisse seul le sauv]4 ,la *rti5ne lui devra ce sec\rs1 encore qu'elle sa*e avec c]titude que la vie qu'elle r5d ramn]a en mme temps la p]scution4 ,elle peut encore mont] plus haut3 imag9ez qu'elle ait *oisir1 dans la mme angoisse1 entre son frre et l'ennemi qui la f]a prir1 elle n'atte9dra le suprme sommet que si elle prfre l'ennemi4 99 99 99 99 99 ,cet idal1 sublime malgr les rcomp5ses inf9ies qu'il escompte1 qu'en faut-il p5s] dans un monde qui n'att5d ri5 d'un autre monde8 ,auquel des trois mom5ts surhuma9s appell]ons-n\s f\ celui qui se jett]a dans l'un de ces trois abmes du p>don8 ,aut\r du premi]1 n\s tr\v]ons encore auj\rd'hui quelques traces de pas2 mais aut\r des deux autres1 p]sonne ne s'g>]a plus4 ,reconnaissons qu'il y a l une sorte de m>* hroque de la foi qui n'e/ plus possible2 mais1 la foi enleve1 il n'en re/e pas mo9s1 jusque dans la draison de cet idal1 quelque *ose d'huma9 qui e/ comme un press5tim5t de ce que l'homme v\drait faire si la vie n'tait pas si cruelle4 ,et ne croyons pas que des exemples de ce g5re1 pris aux extrmits de l'imag9ation1 soi5t oiseux ou absurdes4 ,l'exi/5ce n\s apporte sans cesse des quival5ts mo9s tragiques mais aussi difficiles2 et de l'esprit qui prside la solution des plus hauts cas de consci5ce dp5d celle des plus humbles4 ,t\t ce qu'on imag9e en gr& f9it un j\r p> se ralis] en petit2 et du *oix que n\s f]ions sur la montagne1 dp5d exactem5t celui que n\s f]ons dans la valle4 99 99 99 99 99 ,n\s p\vons d'ailleurs appr5dre p>donn] aussi compltem5t que le *rti54 ,non plus que lui n\s ne sommes prisonni]s de ce monde que n\s voyons avec les yeux de notre tte4 ,il suffit d'un ef=t analogue au si51 mais v]s d'autres portes1 p\r n\s en vad]4 ,le *rti51 t\t comme n\s1 n'oubliait pas l'injure1 il ne t5tait pas l'impossible1 mais il allait noy] d'abord dans l'inf9i div9 t\t dsir de rancune4 ,cet inf9i div91 le reg>d] d'un peu prs1 n'e/ pas bi5 diffr5t du ntre4 ,ils ne sont1 au fond1 l'un et l'autre1 que le s5tim5t de l'inf9i sans nom o n\s n\s dbattons4 ,la religion levait mcaniquem5t1 p\r a9si dire1 t\tes les mes sur les hauteurs que n\s devons atte9dre p> nos propres =ces4 ,mais comme la plup>t des mes qu'elle y entranait tai5t encore aveugles1 elle n'essayait pas inutilem5t de leur donn] une ide des vrits qu'on ap]oit de ces hauteurs4 ,elles ne les aurai5t pas comprises4 ,elle se cont5tait de leur dcrire des tableaux appropris et famili]s leur aveuglem5t et qui1 p> des causes trs diffr5tes1 produisai5t peu prs les mmes effets que la vision relle qui n\s frappe prs5t4 ,il faut p>donn] les (f5ses p>ce que ,dieu le veut et a donn lui-mme l'exemple du p>don le plus complet qu'on puisse imag9]4 ,cet ordre qu'on peut suivre sans ouvrir les yeux e/ exactem5t le mme que celui que n\s donn5t1 au mom5t o n\s les reg>dons d'une altitude suffisante1 les ncessits et l'innoc5ce pr(onde de t\te vie4 ,et si ce d]ni] ordre ne va pas comme le premi] jusqu' n\s p\ss] prfr] notre ennemi p>ce qu'il e/ notre ennemi1 ce n'e/ pas qu'il soit mo9s sublime1 c'e/ qu'il p>le des curs plus ds9tresss en mme temps qu' des intellig5ces qui ont appris ne plus apprci] uniquem5t un idal selon qu'il e/ plus ou mo9s difficile de l'atte9dre4 ,dans le sacrifice1 p> exemple1 dans la pnit5ce1 les mortifications1 il y a a9si t\te une srie de victoires spirituelles de plus en plus pnibles1 mais qui ne sont pas rellem5t hautes p>ce qu'elles ne s'lv5t po9t dans l'atmosphre huma9e1 mais dans le vide o elles brill5t non seulem5t sans ncessit1 mais s\v5t d'une faon trs dommageable4 ,l'homme qui jongle avec des b\les de feu sur la po9te d'un clo*] fait lui aussi une *ose trs difficile2 p\rtant nul ne song]a comp>] son c\rage inutile au dv\em5t1 presque t\j\rs mo9s prilleux1 de celui qui se jette l'eau ou dans les flammes p\r sauv] un enfant4 ,en t\t cas1 et peut-tre plus efficacem5t que l'autre1 l'ordre dont n\s p>lions dissipe t\te ha9e1 c> il ne desc5d plus d'une volont trangre1 il nat en n\s la vue d'un imm5se spectacle o les actions des hommes pr5n5t leur place et leur signification vritables4 ,il n'y a plus de mauvaise volont1 d'+ratitude1 d'inju/ice1 ni de p]v]sit1 il n'y a mme plus d'gsme dans la nuit magnifique et illimite o s'agit5t de pauvres tres m5s p> des tnbres que *acun d'eux suit de trs bonne foi en croyant remplir un devoir ou ex]c] un droit4 99 99 99 99 99 ,ne craignons pas que cette vision et tant d'autres plus gr&ioses et aussi exactes1 qui devrai5t tre t\j\rs prs5tes nos reg>ds1 n\s ds>me et fasse de n\s des victimes ou des dupes dans une vie de ralits mo9s va/es et plus dures4 ,il en e/ bi5 peu p>mi n\s qui ai5t r5=c] leurs moy5s de df5se1 aiguis] leur prud5ce1 leur mfiance ou leur gsme4 ,l'in/9ct et l'expri5ce de la vie n'y p\rvoi5t que trop l>gem5t4 ,ce n'e/ jamais du ct oppos nos petits intrts de *aque j\r qu'il y a dang] de p]dre l'quilibre4 ,t\s les ef=ts d'une p5se vigilante suffis5t gr&'pe9e n\s ma9t5ir droits4 ,mais il n'e/ pas indiffr5t1 p\r les autres et surt\t p\r n\s-mmes1 que nos ge/es d'attaque et de df5se se pr(il5t sur le fond morne de la ha9e1 du mpris1 du ds5*antem5t1 ou sur l'horizon transp>5t de l'indulg5ce et du p>don sil5cieux qui explique et compr5d4 ,avant t\t1 mesure que s'c\l5t nos annes1 g>dons-n\s des leons basses de l'expri5ce4 ,il y a dans ces leons une p>tie opaque et l\rde qui de droit app>ti5t l'in/9ct et desc5d aux limons ncessaires de la vie4 ,nul beso9 de s'en occup]2 elle g]me et multiplie prodigieusem5t dans l'inconsci5t4 ,mais il en e/ une autre plus pure et plus subtile que n\s devons appr5dre saisir et fix] avant qu'elle s'vapore dans l'espace4 ,t\t acte comporte autant d'int]prtations diffr5tes qu'il y a de =ces div]ses en notre intellig5ce4 ,les plus basses sembl5t d'abord les plus simples1 les plus ju/es et les plus naturelles1 p>ce qu'elles sont les premires v5ues1 celles du mo9dre ef=t4 ,si n\s ne luttons pas sans rpit contre leur envahissem5t s\rnois et famili]1 elles rong5t1 elles empoisonn5t peu peu t\tes les esprances1 t\tes les croyances dont notre jeunesse avait =m les rgions les plus nobles et les plus fcondes de notre esprit4 ,il ne n\s re/]ait bi5tt1 v]s la f9 de nos j\rs1 que les plus tri/es d*ets de la sagesse4 ,il importe donc que l'int]prtation la plus haute que n\s puissions donn] des faits qui n\s heurt5t t\t mom5t1 s'lve proportion que s'accumule le grossi] trsor du s5s pratique de l'exi/5ce4 ,a mesure que notre s5s de la vie s'accrot p> les rac9es dans l'humus1 il e/ indisp5sable qu'il monte dans la lumire p> les fleurs et les fruits4 ,il faut qu'une p5se t\j\rs en veil s\lve1 are et anime sans cesse le poids mort des annes4 ,du re/e1 cette expri5ce si positive1 si pratique1 si dbonnaire1 si tranquille1 si nave et si s9cre en app>5ce1 elle sait bi5 au fond qu'elle n\s ca*e quelque *ose d'ess5tiel2 et si l'on avait la =ce de la p\ss] jusqu'en ses plus secrets retran*em5ts1 on f9irait p> lui arra*] c\p sr l'aveu suprme qu'en d]nire analyse et au b\t de t\t compte1 l'int]prtation la plus haute e/ t\j\rs la plus vraie4 ,l',,accid5t ,a mesure que n\s ass]vissons les =ces de la nature se multipli5t nos *ances d'accid5ts1 de mme que croiss5t les dang]s du dompteur raison du nombre de fauves qu'il fait travaill] dans la cage4 ,autrefois1 n\s vitions autant que possible le contact de ces =ces2 auj\rd'hui elles sont admises dans notre dome/ique4 ,aussi1 malgr nos murs plus prud5tes et plus pacifiques1 n\s arrive-t-il plus s\v5t qu' nos pres de voir la mort d'assez prs4 ,il e/ donc probable que plusieurs de ceux qui liront ces notes auront pr\v les mmes motions et eu l'occasion de faire des rem>ques analogues4 99 99 99 99 99 ,une des premires que/ions qui se pos5t e/ celle du press5tim5t4 ,e/-il vrai1 comme beauc\p l'affirm5t1 que n\s ayons ds le mat9 une sorte d'intuition de l'vnem5t qui m5ace la j\rne8 ,il e/ difficile de rpondre1 att5du que notre expri5ce ne peut gure port] que sur des vnem5ts qui ne t\rnr5t pas mal ou qui1 t\t au mo9s1 n'eur5t pas de suites graves4 ,il p>at donc naturel que ces accid5ts qui ne devai5t pas avoir de consqu5ces n'ai5t po9t remu p> avance les eaux pr(ondes de notre in/9ct1 comme il e/ vrai1 je crois1 qu'ils ne les effleur5t mme pas4 ,quant aux autres1 qui entran5t une mort plus ou mo9s pro*a9e1 il e/ r>e que la victime ait la =ce ou la lucidit requise p\r satisfaire notre curiosit4 ,en t\t cas1 ce que peut recueillir sur ce po9t notre expri5ce p]sonnelle e/ =t inc]ta9 et l'int]rogation demeure4 99 99 99 99 99 ,n\s voil donc p>tis ds l'aurore d'un beau j\r1 en automobile1 bicyclette1 motocyclette1 en canot1 peu importe l'vnem5t qui se prp>e2 mais1 p\r prcis] les images1 pr5ons de prfr5ce l'automobile ou la motocyclette qui sont de m]veilleux in/rum5ts de dtresse et qui int]rog5t le plus prem5t la ,=tune au gr& jeu de la vie et de la mort4 ,t\t c\p1 sans motifs1 au dt\r du *em91 au beau milieu de la longue et l>ge r\te1 au db d'une desc5te1 ici ou l1 droite ou gau*e1 saisissant le fre91 la r\e1 la direction1 b>rant subitem5t t\t l'espace s\s l'app>5ce fallacieuse et p>faitem5t transp>5te d'un arbre1 d'un mur1 d'un ro*]1 d'un ob/acle quelconque1 voici face face1 surgissante1 imprvue1 norme1 immdiate1 indubitable1 9vitable1 irrvocable1 la ,mort qui f]me d'un dclic l'horizon qu'elle laisse sans issue444 ,aussitt comm5ce entre notre intellig5ce et notre in/9ct une passionnante1 une int]m9able scne qui ti5t en une demi-seconde4 ,l'attitude de l'intellig5ce1 de la raison1 de la consci5ce1 comme il v\s plaira de l'appel]1 e/ extrmem5t intressante4 ,elle juge in/antanm5t1 sa9em5t et logiquem5t que t\t e/ p]du sans ress\rce4 ,p\rtant elle ne s'affole ni ne s'p\vante4 ,elle se reprs5te exactem5t la cata/rophe1 ses dtails et ses consqu5ces1 et con/ate avec satisfaction qu'elle n'a pas peur et g>de sa lucidit4 ,entre la *ute et le *oc1 elle a du temps de re/e1 elle muse1 elle se di/rait1 elle tr\ve le loisir de p5s] t\te autre *ose1 d'voqu] des s\v5irs1 de faire des rappro*em5ts1 des rem>ques m9imes et prcises4 ,l'arbre qu'on voit trav]s la mort e/ un platane1 il a trois tr\s dans son corce diapre444 il e/ mo9s beau que celui du j>d9444 le ro*] sur lequel le crne s'cras]a a des ve9es de mica et de m>bre bi5 blanc444 ,elle s5t qu'elle n'e/ pas responsable1 qu'on n'a nul repro*e lui faire2 elle e/ presque s\riante1 elle gte je ne sais quelle volupt ambigu et att5d l'9vitable avec une rsignation ad\cie o se mle une prodigieuse curiosit4 99 99 99 99 99 ,il e/ vid5t que si notre vie n'avait compt] que sur l'int]v5tion de cet amateur indol5t1 trop logique et trop clairvoyant1 t\t accid5t f9irait fatalem5t en cata/rophe4 ,heureusem5t1 prv5u p> les n]fs qui t\rbillonn5t1 p]d5t la tte et criaill5t comme des enfante en dm5ce1 fru/e1 brutal1 nu1 musculeux1 b\sculant t\t et saisissant d'un ge/e irrsi/ible les dbris d'autorit et les *ances de salut qui lui tomb5t s\s la ma91 un autre p]sonnage bondit sur la scne4 ,on l'appelle l',in/9ct1 l',inconsci5t1 le ,subconsci5t1 que sais-je et qu'importe8--,o tait-il1 d'o sort-il8 ,il dormait quelque "p ou s'occupait d'obscures et +rates besognes au fond des cav]nes primitives de notre corps4 ,il en tait nagure le roi inconte/2 mais depuis quelque temps on le relgue dans les tnbres basses1 comme un p>5t pauvre1 mal lev1 mal t5u et mal emb\*1 tmo9 gnant et s\v5ir dsagrable de l'in=tune orig9elle4 ,on n'y p5se1 on n'y a plus rec\rs qu'aux secondes p]dues des suprmes angoisses4 ,p> bonheur il e/ brave homme1 sans am\r-propre et sans rancune4 ,il sait d'ailleurs que t\s ces ornem5ts du haut desquels on le mprise sont phmres1 peu srieux et qu'il e/ au fond le seul matre de la demeure huma9e4 ,d'un c\p d'il plus sr1 plus rapide que l'lan =midable du pril1 il juge la situation1 en dmle d'emble t\s les dtails1 t\tes les issues1 t\tes les possibilits1 et c'e/1 en un cl9 d'il1 un magnifique1 un in\bliable1 spectacle de =ce1 de c\rage1 de prcision1 de volont1 o la ,vie inva9cue saute au visage de la ,mort inv9cible4 99 99 99 99 99 ,au s5s le plus /rict1 le plus m9utieux du mot1 le *ampion de l'exi/5ce1 surgi comme le sauvage velu des lg5des au sec\rs de la pr9cesse dsespre1 opre des miracles4 ,avant t\t1 il a dans l'urg5ce une prrogative incomp>able3 il ignore la dlibration1 t\s les ob/acles qu'elle s\lve1 t\tes les impossibilits qu'elle impose4 ,il n'accepte jamais le dsa/re1 pas un in/ant n'admet l'9vitable1 et sur le po9t d'tre broy1 agit allgrem5t contre t\te esprance1 comme si le d\te1 l'inquitude1 la peur1 le dc\ragem5t tai5t des notions absolum5t trangres aux =ces primitives qui l'anim5t4 ,a trav]s un mur de granit1 il n'ap]oit que le salut1 p>eil un tr\ de lumire1 et =ce de le voir il le cre dans la pi]re4 ,il ne r5once pas arrt] une montagne qui se prcipite4 ,il c>te un ro*]1 il s'lance sur un fil de f]1 il se faufile entre deux colonnes qui ma?matiquem5t ne p\vai5t pas livr] passage4 ,p>mi les arbres il *oisit infailliblem5t le seul qui cd]a p>ce qu'un v] invisible a rong sa rac9e4 ,dans un f\illis de feuilles va9es il dc\vre l'unique bran*e =te qui surplombe l'abme1 et dans un *aos de porphyres aigus il sembl]a qu'il ait dress p> avance le lit de m\sses et de f\gres qui recevra le corps444 ,de l'autre ct du pril1 la raison /upfaite1 pantelante1 incrdule1 un peu dconc]te1 t\rne la tte p\r contempl] une d]nire fois l'invraisemblable2 puis elle repr5d1 de droit1 la direction1 t&is que le bon sauvage1 que nul ne songe rem]ci]1 r5tre en sil5ce dans sa cav]ne4 99 99 99 99 99 ,peut-tre n'e/-il pas tonnant que l'in/9ct n\s sauve des gr&s dang]s habituels et immmoriaux3 l'eau1 le feu1 la *ute1 le *oc1 l'animal4 ,il y a l videmm5t une acc\tumance1 une expri5ce atavique qui explique son habilet4 ,mais ce qui m'm]veille1 c'e/ l'aisance1 la promptitude avec lesquelles il se met au c\rant des inv5tions les plus complexes1 les plus insolites de notre intellig5ce4 ,il suffit de lui montr] une bonne fois le mcanisme de la ma*9e la plus imprvue1--quelque trangre et inutile qu'elle soit nos beso9s rels et primitifs1--il compr5d1 et dsormais1 dans la ncessit1 en connatra les d]ni]s secrets et le maniem5t mieux que l'intellig5ce qui la con/ruisit4 ,c'e/ p\rquoi1 si n\veau1 si rc5t ou si =midable qu'en soit l'in/rum5t1 on peut affirm] qu'en pr9cipe1 il n'y a pas de cata/rophe 9vitable4 ,l'inconsci5t e/ t\j\rs la hauteur de t\tes les situations imag9ables4 ,entre les m*oires de l'tau que ref]me la puissance de la m] ou de la montagne1 on peut1 on doit s'att5dre un m\vem5t dcisif de l'in/9ct qui a des ress\rces aussi 9puisables que l'univ]s ou la nature au creux desquels il puise mme4 99 99 99 99 99 ,p\rtant1 s'il faut t\t dire1 n\s n'avons plus t\s le mme droit de compt] sur son int]v5tion s\v]a9e4 ,il ne meurt1 il ne b\de1 il ne se trompe jamais2 mais bi5 des hommes le banniss5t de telles pr(ondeurs1 lui p]mett5t si r>em5t de revoir un rayon de soleil1 le p]d5t si totalem5t de vue1 l'humili5t si cruellem5t1 le g>rott5t si troitem5t que1 dans l'affolem5t de l'urg5ce1 ils ne sav5t plus o le tr\v]4 ,ils n'ont plus1 matriellem5t1 le temps de le prv5ir ou de le dlivr] au fond des oubliettes o ils l'ont en*an1 et qu& il monte enf9 la resc\sse1 ple9 de bonne volont1 ses outils la ma91 le mal e/ fait1 il e/ trop t>d1 la mort vi5t d'accomplir son uvre4 ,ces 9galits de l'in/9ct1 qui ti5n5t plutt1 je suppose1 la promptitude de l'appel qu' la qualit du sec\rs1 se manife/5t dans t\s les accid5ts4 ,mettez deux automobili/es en deux dang]s p>allles1 9luctables et exactem5t id5tiques1 un c\p de volant inexplicable1 on ne sait quel bond1 quelle torsion1 quel dt\r1 quelle immobilit1 quel pre/ige sauv]a l'un1 p5dant que l'autre ira normalem5t et misrablem5t se bris] sur l'ob/acle4 ,dans une voiture1 des six p]sonnes qui l'occup5t et qu'enveloppe /rictem5t le mme sort1 trois f]ont le seul m\vem5t possible1 illogique1 imprvu et ncessaire1 au lieu que les trois autres agiront trop intelligemm5t1 contre-s5s4 ,je fus tmo91 ou presque1--c> si j'arrivai aprs l'accid5t1 du mo9s en ai-je recueilli sur les lieux mmes et p>mi les r*apps1 les impressions encore palpitantes1--je fus un j\r tmo9 d'une de ces surpr5antes manife/ations de l'in/9ct4 ,c'tait la desc5te de ,g\rdon1 l'pre petit village bi5 connu des t\ri/es de ,cannes et de ,nice1 p]*1 p\r *app] aux ,b>b>esques1 sur un ro*] pic1 haut de plus de huit c5ts mtres4 ,il e/ de t\tes p>ts inaccessible1 nul *em9 n'y mne1 sauf une t]rible r\te en lacet qui dvale entre deux abmes4 ,une c>riole sur*>ge de huit p]sonnes p>mi lesquelles une femme portant son enfant g de quelques sema9es1 desc5dait la voie prilleuse1 qu& le *eval prit peur1 s'emballa et s'alla jet] dans le g\ffre4 ,les voyageurs se s5tir5t r\l] dans la mort1 et la femme1 d'un admirable ge/e d'am\r mat]nel1 v\lant sauv] l'enfant1 le lana1 au suprme mom5t1 de l'autre ct de la c>riole1 o il tomba sur la r\te1 t&is que t\s les autres disp>aissai5t dans le prcipice hriss de rocs meurtri]s4 ,or1 p> un miracle assez habituel qu& il s'agit de vies huma9es1 les sept victimes1 ret5ues des br\ssailles1 de vagues bran*ages1 n'eur5t que d'insignifiantes gratignures1 au lieu que le pauvre petit m\rait sur le c\p1 le crne dfonc p> une pi]re du *em94 ,deux in/9cts contraires avai5t ici lutt1 et celui o s'tait probablem5t ml une lueur de rflexion1 avait fait le ge/e le plus maladroit4 ,on p>l]a de *ance1 de guignon4 ,il n'e/ pas df5du d'voqu] ces mots my/rieux1 p\rvu qu'il demeure ent5du qu'ils s'appliqu5t aux my/rieux m\vem5ts de l'inconsci5t4 ,il e/ en effet prfrable1 *aque fois que la *ose e/ possible1 de report] en n\s la s\rce d'un my/re2 c'e/ re/re9dre d'autant le *amp nfa/e de l'erreur1 du dc\ragem5t1 de l'impuissance4 99 99 99 99 99 ,immdiatem5t1 dem&ons-n\s si n\s p\vons s9on p]fectionn] l'in/9ct1 que je crois t\j\rs p>fait1 du mo9s le rappel] plus prs de notre volont1 dess]r] ses li5s1 lui r5dre son aisance orig9elle4 ,cette "q exig]ait une tude spciale4 ,en att5dant qu'on l'entrepr5ne1 il p>at assez probable qu'en n\s rappro*ant habituellem5t1 sy/matiquem5t des =ces1 des faits matriels1 de t\t ce qu'en un mot qui dit d'normes *oses n\s nommons la nature1 n\s dim9uons d'autant1 *aque j\r1 la di/ance que l'in/9ct aura p>c\rir p\r n\s v5ir en aide4 ,cette di/ance1 encore inapprciable *ez les sauvages1 les simples et les humbles1 augm5te *aque pas que fait notre ducation1 notre civilisation4 ,je suis p]suad qu'on p\rrait tablir qu'un paysan1 un ouvri]1 mme mo9s jeune1 mo9s agile1 surpris dans la mme cata/rophe que son propritaire ou son patron1 a deux ou trois *ances de plus que celui-ci de s'en tir] indemne4 ,en t\t cas1 il n'e/ pas d'accid5t dont la victime n'ait1 a priori1 tort4 ,il convi5t qu'elle se dise1 ce qui e/ vrai au pi$ de la lettre1 que t\t autre1 sa place1 aurait r*app2 p> consqu5t1 la plup>t des has>ds qu'on se p]met aut\r d'elle lui demeur5t int]dits4 ,son inconsci5t qui se confond ici avec son av5ir n'e/ pas en =me4 ,elle doit dornavant se dfi] de sa *ance4 ,elle e/1 au po9t de vue des gr&s prils1 un m9us hab5s1 comme on disait en droit roma94 99 99 99 99 99 ,il n'emp*e1 qu& on considre l'inconsi/ance de notre corps1 la puissance dmesure de t\t ce qui l'ent\re et le nombre de dang]s o n\s n\s exposons1 que notre *ance comp>e celle des autres tres vivants n'app>aisse prodigieuse4 ,p>mi nos ma*9es1 nos app>eils1 nos poisons1 nos feux1 nos eaux1 t\tes les =ces plus ou mo9s ass]vies mais t\j\rs prtes la rvolte1 n\s risquons notre vie v+t ou tr5te fois plus s\v5t que le *eval1 p> exemple1 le buf ou le *i54 ,or1 dans un accid5t de la rue ou de la r\te1 dans une inondation1 un tremblem5t de t]re1 un orage1 un inc5die1 dans la *ute d'un arbre ou d'une maison1 l'animal s]a presque t\j\rs frapp de prfr5ce l'homme4 ,il e/ vid5t que la raison1 l'expri5ce et l'inconsci5t mieux avis de celui-ci le prs]v5t dans une l>ge mesure4 ,nanmo9s1 on dirait qu'il y a encore autre *ose4 ,t\s risques1 t\s has>ds gaux et les p>ts faites l'intellig5ce et l'in/9ct plus adroit et plus sr1 il re/e que la nature semble avoir peur de l'homme4 ,elle vite religieusem5t de t\*] ce corps si fragile2 elle l'ent\re d'une sorte de respect manife/e et inexplicable1 et lorsque1 p> notre faute imprieuse1 n\s l'obligeons de n\s bless]1 elle n\s fait le mo9s de mal possible4 ,,notre ,,devoir ,,social ,p>tons loyalem5t de la gr&e vrit3 il n'y a1 p\r ceux qui possd5t1 qu'un seul devoir c]ta93 qui e/ de se dp\ill] de ce qu'ils ont1 de faon se mettre en l'tat de la masse qui n'a ri54 ,il e/ ent5du1 en t\te consci5ce lucide1 qu'il n'en exi/e pas de plus imprieux1 mais on y reconnat en mme temps1 qu'il e/1 p> manque de c\rage1 impossible de l'accomplir4 ,du re/e1 dans l'hi/oire hroque des devoirs1 mme aux poques les plus ard5tes1 mme l'orig9e du *ri/ianisme et dans la plup>t des ordres religieux qui cultivr5t expressm5t la pauvret1 c'e/ peut-tre le seul qui n'ait jamais t entirem5t rempli4 ,il importe donc1 en s'occupant de nos devoirs subsidiaires1 de ne po9t oubli] que l'ess5tiel e/ sciemm5t lud4 ,que cette vrit n\s dom9e4 ,s\v5ons-n\s que n\s p>lons dans son ombre1 et que nos pas les plus h>dis1 les plus extrmes1 ne n\s conduiront jamais au po9t o il faudrait que n\s fussions d'abord4 99 99 99 99 99 ,puisqu'il p>at qu'il s'agit l d'une impossibilit absolue aut\r de laquelle il e/ oiseux de s'tonn] encore1 acceptons la nature huma9e telle qu'elle s'(fre4 ,*]*ons donc sur d'autres r\tes que la seule directe1--n'ayant pas la =ce de la p>c\rir1--ce qui1 en att5dant cette =ce1 peut n\rrir notre consci5ce4 ,il y a a9si1 p\r ne plus p>l] de la gr&e1 deux ou trois que/ions que se pos5t sans cesse les curs de bonne volont4 ,que faire en l'tat actuel de notre socit8 ,faut-il se rang]1 a priori1 sy/matiquem5t1 du ct de ceux qui la dsorganis5t ou dans le camp de ceux qui s'v]tu5t en ma9t5ir l'conomie8--,e/-il plus sage de ne po9t li] son *oix1 de df5dre t\r t\r ce qui semble raisonnable et opportun dans l'un et l'autre p>ti8 ,il e/ c]ta9 qu'une consci5ce s9cre peut tr\v] ici ou l de quoi satisfaire son activit ou b]c] ses repro*es4 ,c'e/ p\rquoi1 devant ce *oix qui s'impose auj\rd'hui t\te intellig5ce honnte1 il n'e/ pas inutile de pes] le p\r et le contre plus simplem5t qu'on ne le pratique d'habitude1 et comme le p\rrait faire l'habitant ds9tress de quelque plante vois9e4 99 99 99 99 99 ,ne repr5ons pas t\tes les objections traditionnelles1 mais seulem5t celles qui peuv5t tre assez srieusem5t df5dues4 ,n\s r5controns d'abord la plus anci5ne qui s\ti5t que l'9galit e/ 9vitable1 tant con=me aux lois de la nature4 ,il e/ vrai2 mais l'espce huma9e p>at assez vraisemblablem5t cre p\r s'lev] au-dessus de c]ta9es lois de la nature4 ,si elle r5onait surmont] plusieurs de ces lois1 son exi/5ce mme s]ait remise en pril4 ,il e/ con=me sa nature p>ticulire d'obir d'autres lois que celle de sa nature animale1 etc4 ,du re/e1 l'objection e/ ds longtemps classe p>mi celles dont le pr9cipe e/ ins\t5able et mn]ait au massacre des faibles1 des malades1 des vieill>ds1 etc4 ,on dit ensuite qu'il e/ bon1 p\r ht] le triomphe de la ju/ice1 que les meilleurs ne se dp\ill5t pas prmaturm5t de leurs armes dont les plus efficaces sont prcism5t la ri*esse et le loisir4 ,on reconnat suffisamm5t ici la ncessit du gr& sacrifice1 et l'on ne met en "q que son opportunit4 ,soit2 condition qu'il demeure bi5 conv5u que ces ri*esses et ce loisir s]v5t uniquem5t ht] les pas de la ju/ice4 ,un autre argum5t cons]vateur1 digne d'att5tion1 affirme que le premi] devoir de l'homme tant d'vit] la viol5ce et l'effusion du sang1 il e/ indisp5sable que l'volution sociale ne soit pas trop rapide1 qu'elle mrisse l5tem5t1 qu'il importe de la tempr] en att5dant que la masse s'claire et soit porte graduellem5t et sans dang]euses sec\sses v]s une lib]t et une plnitude de bi5s qui1 en ce mom5t1 ne d*an]ai5t que ses pires in/9cts4 ,il e/ encore vrai2 nanmo9s il s]ait intressant de calcul]1--puisqu'on n'arrive au mieux que p> le mal1--si les maux d'une rvolution brusque1 radicale et sanglante l'emport5t sur les maux qui se p]ptu5t dans l'volution l5te4 ,il convi5drait de se dem&] s'il n'y a pas avantage agir au plus vite2 si t\t compte fait1 les s\ffrances sil5cieuses de ceux qui att5d5t dans l'inju/ice ne sont pas plus graves que celles que subiront durant quelques sema9es ou quelques mois les privilgis d'auj\rd'hui4 ,on oublie volonti]s que les b\rreaux de la misre sont mo9s bruyants1 mo9s scniques1 mais inf9im5t plus nombreux1 plus cruels1 plus actifs que ceux des plus affreuses rvolutions4 99 99 99 99 99 ,enf91 d]ni] argum5t et peut-tre le plus tr\blant3 l'humanit1 dcl>e-t-on1 depuis plus d'un sicle p>c\rt les annes les plus fcondes1 les plus victorieuses1 les annes probablem5t climatriques de sa de/9e4 ,elle semble1 considr] le pass1 dans la phase dcisive de son volution4 ,on croirait1 c]ta9s indices1 qu'elle e/ prs d'atte9dre son apoge4 ,elle trav]se une priode d'inspiration laquelle nulle autre ne se peut hi/oriquem5t comp>]4 ,un ri51 un d]ni] ef=t1 un trait de lumire qui reli]a ou s\lign]a les dc\v]tes1 les intuitions p>ses ou en susp5s1 la sp>e seule peut-tre des gr&s my/res4 ,elle vi5t d'abord] des problmes dont la solution1 aux dp5s de l'ennemi hrditaire1 c'e/--dire du gr& inconnu de l'univ]s1 r5drait vraisemblablem5t inutiles t\s les sacrifices que la ju/ice exige des hommes4 ,n'e/-il pas dang]eux d'arrt] cet lan1 de tr\bl] cette m9ute prcieuse1 prcaire et suprme8 ,en admettant mme que ce qui e/ acquis ne se puisse plus p]dre comme dans les b\lev]sem5ts antrieurs1 il e/ nanmo9s cra9dre que l'norme dsorganisation exige p> l'quit mette brusquem5t f9 cette priode heureuse2 et il n'e/ pas indubitable qu'elle r5aisse de longtemps1 les lois qui prsid5t l'inspiration du gnie de l'espce tant aussi capricieuses1 aussi in/ables que celles qui prsid5t l'inspiration du gnie de l'individu4 ,c'e/ peut-tre1 comme je l'ai dit1 l'argum5t le plus inquitant4 ,mais1 sans d\te1 atta*e-t-il trop d'importance un dang] assez inc]ta94 ,au surplus1 il y aura cette brve int]ruption de la victoire huma9e1 de prodigieuses comp5sations4 ,p\vons-n\s prvoir ce qu'il advi5dra lorsque l'humanit entire pr5dra "p au labeur intellectuel qui e/ le labeur propre notre espce8 ,auj\rd'hui1 c'e/ pe9e si un c]veau sur c5t mille se tr\ve dans des conditions ple9em5t favorables son activit4 ,il se fait en ce mom5t un mon/rueux gaspillage de =ces spirituelles4 ,l'oisivet endort p> en haut autant d'n]gies m5tales que l'excs de travail manuel en te9t p> en bas4 ,inconte/ablem5t1 qu& il s]a donn t\s de se mettre la t*e prs5t rs]ve quelques lus du has>d1 l'humanit multipli]a des milli]s de fois ses *ances d'arriv] au gr& b my/rieux4 99 99 99 99 99 ,voil1 je p5se1 le meilleur du p\r et du contre1 les raisons les plus raisonnables que puiss5t invoqu] ceux qui n'ont po9t hte d'en f9ir4 ,au milieu de ces raisons se dresse l'norme monoli! de l'inju/ice4 ,il e/ inutile de lui prt] une voix4 ,il oppresse les consci5ces1 il borne les intellig5ces4 ,aussi ne saurait-il tre "q de ne le po9t dtruire2 on dem&e seulem5t ceux qui le veul5t r5v]s] quelques annes de pati5ce1 af9 qu'aprs avoir dblay ses ent\rs1 sa *ute entrane de mo9dres dsa/res4 ,faut-il accord] ces annes et p>mi ces motifs de hte ou d'att5te1 quel s]a donc le *oix de la meilleure foi8 99 99 99 99 99 ,les argum5ts qui dem&5t quelques annes de rpit v\s sembl5t-ils suffisants8 ,ils sont assez prcaires2 mais encore ne s]ait-il pas ju/e de les condamn] sans considr] le problme d'un po9t plus lev que la raison pure4 ,ce po9t doit t\j\rs tre re*]* ds qu'il s'agit de que/ions qui dbord5t l'expri5ce huma9e4 ,on p\rrait =t bi5 s\t5ir1 p> exemple1 que le *oix ne saurait tre le mme p\r t\s4 ,l'espce1 qui a probablem5t de ses de/9es une consci5ce inf9ie qu'aucun individu ne peut saisir1 aurait trs sagem5t rp>ti entre les hommes les rles qui leur convi5n5t dans le haut drame de son volution4 ,p\r des motifs que n\s ne compr5ons pas t\j\rs1 il e/ sans d\te ncessaire qu'elle progresse l5tem5t2 c'e/ p\rquoi l'norme masse de son corps l'atta*e au pass et au prs5t1 et de trs loyales intellig5ces peuv5t se tr\v] dans cette masse1 comme il e/ possible de trs mdiocres de s'en vad]4 ,qu'il y ait satisfaction ou mcont5tem5t ds9tress du ct de l'ombre ou de la lumire1 peu importe3 c'e/ s\v5t une "q de prde/9ation et de di/ribution de rles plutt que d'exam54 ,quoi qu'il en soit1 ce s]ait p\r n\s1 dont la raison juge dj la faiblesse des argum5ts du pass1 un motif n\veau d'impati5ce4 ,admettons-en1 p> surcrot1 la =ce trs plausible4 ,il suffit donc qu'auj\rd'hui ne n\s satisfasse po9t1 p\r que n\s ayons le devoir1 p\r a9si dire organique1 de dtruire t\t ce qui le s\ti5t1 af9 de prp>] l'arrive de dema94 ,alors mme que n\s v]rions =t nettem5t les dang]s et les inconvni5ts d'une trop prompte volution1 il e/ requis1 p\r que n\s remplissions fidlem5t la fonction assigne p> le gnie de l'espce1 que n\s passions outre t\te pati5ce1 t\te circonspection4 ,dans l'atmosphre sociale1 n\s reprs5tons l'oxygne1 et si n\s n\s y conduisons comme l'azote in]te1 n\s trahissons la mission que n\s a confie la nature1 ce qui1 dans l'*elle des crimes qui n\s re/5t1 e/ la plus grave et la plus imp>donnable des =faitures4 ,n\s n'avons pas n\s proccup] des consqu5ces s\v5t f*euses de notre hte2 cela n'e/ pas crit dans notre rle1 et en t5ir compte1 s]ait aj\t] ce rle des mots infidles qui ne se tr\v5t po9t dans le texte au!ntique dict p> la nature4 ,l'humanit n\s a dsigns p\r accueillir ce qui s'lve l'horizon4 ,elle n\s a donn une consigne qu'il ne n\s app>ti5t pas de discut]4 ,elle rp>tit ses =ces comme bon lui semble4 ,a t\s les c>ref\rs de la r\te qui mne l'av5ir1 elle a mis1 contre *acun de n\s1 dix mille hommes qui g>d5t le pass2 ne craignons donc po9t que les plus belles t\rs d'autrefois ne soi5t pas suffisamm5t df5dues4 ,n\s ne sommes que trop naturellem5t encl9s temporis]1 n\s att5drir sur des ru9es 9vitables2 c'e/ notre plus gr& tort4 ,le mo9s que puiss5t faire les plus timors d'entre n\s1--et ils sont dj bi5 prs de trahir1--c'e/ de ne po9t aj\t] l'imm5se poids mort que trane la nature4 ,mais que les autres suiv5t aveuglm5t l'lan intime de la puissance qui les p\sse plus outre4 ,qu& bi5 mme leur raison n'appr\v]ait aucune des mesures extrmes auxquelles ils pr5n5t "p1 qu'ils agiss5t et espr5t p> del leur raison2 c>1 en t\tes *oses1 cause de l'appel de la t]re1 il faut vis] plus haut que le b qu'on aspire atte9dre4 99 99 99 99 99 ,ne craignons pas d'tre entrans trop lo92 et que nulle rflexion1 quelque ju/e qu'elle soit1 ne brise ou tempre notre ardeur4 ,nos excs d'av5ir sont ncessaires l'quilibre de la vie4 ,assez d'hommes aut\r de n\s ont le devoir exclusif1 la mission trs prcise d'te9dre les feux que n\s allumons4 ,allons t\j\rs aux lieux les plus extrmes de nos p5ses1 de nos espoirs et de notre ju/ice4 ,ne n\s p]suadons pas que ces ef=ts ne sont imposs qu'aux meilleurs2 il n'en e/ ri51 et les plus humbles d'entre n\s qui press5t5t une aurore qu'ils ne compr5n5t pas1 doiv5t l'att5dre t\t au haut d'eux-mmes4 ,leur prs5ce sur ces sommets int]mdiaires remplira de sub/ance vivante l'int]valle dang]eux des premi]s aux d]ni]s et ma9ti5dra les communications indisp5sables entre l'avant-g>de et la masse4 ,songeons p>fois au gr& vaisseau invisible qui porte sur l't]nit nos de/9es huma9es4 ,il a1 comme les vaisseaux de nos ocans limits1 ses voiles et son le/4 ,si l'on cra9t qu'il r\le ou qu'il tangue au sortir de la rade1 ce n'e/ pas une raison p\r augm5t] le poids du le/ en desc5dant fond de cale les belles voiles blan*es4 ,elles ne fur5t pas tisses p\r moisir dans l'obscurit ct des pi]res du *em94 ,le le/1 on en tr\ve p>t\t2 t\s les caill\x du port1 t\t le sable des plages y e/ propre4 ,mais les voiles sont r>es et prcieuses2 leur place n'e/ po9t dans les tnbres des s5t9es1 mais p>mi la lumire des hauts mts o elles recueill]ont les s\ffles de l'espace4 99 99 99 99 99 ,ne n\s disons pas3 c'e/ dans la mesure1 dans l'honnte moy5ne que se tr\ve t\j\rs la meilleure vrit4 ,cela s]ait peut-tre vrai1 si la plup>t des hommes ne p5sai5t1 n'esprai5t beauc\p plus bas qu'il ne convi5t4 ,c'e/ p\rquoi il e/ ncessaire que les autres p5s5t et espr5t plus haut qu'il ne p>at raisonnable4 ,la moy5ne1 l'honnte moy5ne d'auj\rd'hui s]a pro*a9em5t ce qu'il y aura de mo9s huma94 ,je tr\ve1 au has>d d'une rc5te lecture1 dans la vieille *ronique flam&e de ,m>cus van ,w>newyck1 un curieux exemple de cette excell5te op9ion du bon s5s ou plutt du s5s commun et du ju/e milieu4 ,m>cus van ,w>newyck tait un ri*e b\rgeois de ,g&1 lettr et extrmem5t sage4 ,il n\s a laiss le j\rnal m9utieux de t\s les vnem5ts qui se dr\lr5t dans sa ville natale1 de #aeff #aefh1 c'e/--dire du premi] dlire des iconocla/es1 la t]rible rpression du duc d',albe4 ,ce qu'il convi5t d'admir] dans ce rcit au!ntique et sav\reux1 ce n'e/ pas tant la vive c\leur1 la prcision pittoresque des mo9dres tableaux3 p5daisons1 scnes de b*]s1 tortures1 meutes1 batailles1 pr*es1 etc41 p>eils des ,breughels1 que la s]e9e et limpide imp>tialit du n>rateur4 ,ca?olique f]v5t1 il blme d'une plume gale et modre les excs des ,r=ms et des ,espagnols4 ,il e/ le juge incorruptible1 le ju/e p> excell5ce4 ,il reprs5te vraim5t la suprme sagesse pratique et pondre1 la meilleure volont1 l'humanit la plus raisonnable1 la plus sa9e1 l'indulg5ce1 la piti la mieux quilibre1 la plus claire de son temps4 ,il se p]met p>fois de tr\v] regrettable que tant de supplices soi5t ncessaires4 ,il semble e/im]1 sans os] ouv]tem5t s\t5ir une op9ion aussi p>adoxale1 qu'il ne s]ait peut-tre pas indisp5sable de brl] un si gr& nombre d'hrtiques4 ,mais il ne p>at pas se d\t] un in/ant qu'il s]ait prfrable de n'en po9t brl] du t\t4 ,cette op9ion e/ si extravagante1 se tr\ve de telles extrmits de la p5se huma9e1 qu'elle ne lui vi5t mme pas l'esprit1 qu'elle n'e/ pas encore visible l'horizon ou aux sommets de l'intellig5ce de son poque4 ,c'e/ p\rtant l'humble op9ion moy5ne d'auj\rd'hui4 ,n'en va-t-il pas de mme1 en ce mom5t1 dans nos que/ions irrsolues du m>iage1 de l'am\r1 des religions1 de l'autorit1 de la gu]re1 de la ju/ice1 etc48 ,l'humanit n'a-t-elle pas encore assez vcu p\r qu'elle se r5de compte que c'e/ t\j\rs l'ide extrme1 c'e/--dire la plus haute1 celle du sommet de la p5se qui a raison8 ,en ce mom5t1 l'op9ion la plus raisonnable au sujet de notre "q sociale1 n\s invite faire t\t le possible af9 de dim9u] peu peu les 9galits 9vitables et rp>tir plus quitablem5t le bonheur4 ,l'op9ion extrme exige sur l'heure le p>tage intgral1 la suppression de la proprit1 le travail obligatoire1 etc4 ,n\s ne savons pas encore comm5t se ralis]ont ces exig5ces2 mais il e/ d'ores et dj c]ta9 que de trs simples circon/ances les f]ont p>atre un j\r aussi naturelles que la suppression du droit d'anesse ou des privilges de la noblesse4 ,il importe1 en ces que/ions d'une dure d'espce et non de peuple ou d'individu1 de ne po9t se limit] l'expri5ce de l'hi/oire4 ,ce qu'elle confirme et ce qu'elle dm5t s'agite dans un c]cle insignifiant4 ,la vrit ici se tr\ve bi5 mo9s dans la raison1 t\j\rs t\rne v]s le pass1 que dans l'imag9ation qui voit plus lo9 que l'av5ir4 99 99 99 99 99 ,que notre raison s'ef=ce donc de mont] plus haut que l'expri5ce4 ,c'e/ facile aux jeunes g5s1 mais il e/ salutaire que l'ge mr et la vieillesse appr5n5t s'lev] l'ignorance lum9euse de la jeunesse4 ,n\s devons1 mesure que s'c\l5t nos annes1 n\s prmunir contre les dang]s que font c\rir notre confiance1 le gr& nombre d'hommes malfaisants que n\s avons r5contrs4 ,cont9uons1 malgr t\t1 d'agir1 d'aim] et d'espr] comme si n\s avions affaire une humanit idale4 ,cet idal n'e/ qu'une ralit plus va/e que celle que n\s voyons4 ,les fautes des individus n'altr5t pas davantage la puret et l'innoc5ce gnrales1 que les vagues de la surface1 vues d'une c]ta9e hauteur1 ne tr\bl5t1 au dire des aronautes1 la limpidit pr(onde de la m]4 99 99 99 99 99 ,n'c\tons que l'expri5ce qui n\s p\sse en avant2 elle e/ t\j\rs plus haute que celle qui n\s reti5t ou n\s rejette en arrire4 ,rep\ssons t\s les conseils du pass qui ne n\s t\rn5t pas v]s l'av5ir4 ,c'e/ ce que comprir5t admirablem5t1 et p\r la premire fois peut-tre dans l'hi/oire1 c]ta9s hommes de la ,rvolution2 et c'e/ p\rquoi cette ,rvolution e/ celle qui fit les plus gr&es *oses et les plus durables4 ,ici1 cette expri5ce n\s enseigne qu'au reb\rs de ce qui a lieu dans les *oses de vie j\rnalire1 il importe avant t\t de dtruire4 ,en t\t progrs social1 le gr& travail1 et le seul difficile1 c'e/ la de/ruction du pass4 ,n\s n'avons pas n\s s\ci] de ce que n\s mettrons la place des ru9es4 ,la =ce des *oses et de la vie se *>g]a de recon/ruire4 ,elle n'a mme que trop de hte rdifi]1 et il ne s]ait pas bon de l'aid] dans sa t*e prcipite4 ,n'hsitons donc po9t us] jusqu' l'excs de nos =ces de/ructives3 les neuf diximes de la viol5ce de nos c\ps se p]d5t p>mi l'in]tie de la masse2 comme le *oc du plus l\rd m>teau se disp]se dans une grosse pi]re et devi5t p\r a9si dire ins5sible la ma9 de l'enfant qui s\ti5t celle-ci4 99 99 99 99 99 ,et ne r$\tons pas qu'on puisse all] trop vite4 ,si1 c]ta9es heures1 on semble brl] dang]eusem5t les tapes1 c'e/ p\r balanc] des ret>dem5ts inju/ifis et rattrap] le temps p]du durant des sicles inactifs4 ,l'volution de notre univ]s cont9ue p5dant ces priodes d'in]tie1 et il e/ probablem5t ncessaire que l'humanit se tr\ve tel po9t dt]m9 de son asc5sion au mom5t de tel phnomne sidral1 de telle crise obscure de la plante ou mme de la naissance de tel homme4 ,c'e/ l'in/9ct de l'espce qui dcide de ces *oses1 c'e/ son de/9 qui p>le2 et si cet in/9ct ou ce de/9 se trompe1 il ne n\s app>ti5t pas d'int]v5ir1 c> t\t contrle cesse2 n\s sommes au b\t et au sommet de n\s-mmes2 et plus haut1 il n'y a plus ri5 qui puisse corrig] notre erreur4 ,l',,immortalit ,i ,en cette re n\velle o n\s entrons et o les religions ne rpond5t plus aux gr&es que/ions de l'humanit1 un des problmes sur quoi l'on s'int]roge avec le plus d'inquitude e/ celui de la vie d'outre-tombe4 ,t\t f9it-il la mort8 ,y a-t-il une survie imag9able8 ,o allons-n\s1 que dev5ons-n\s8 ,qu'e/-ce qui n\s att5d de l'autre ct de l'illusion fragile qu'on appelle l'exi/5ce8 ,a la m9ute o s'arrte notre cur1 e/-ce la matire ou l'esprit qui triomphe1 la lumire t]nelle ou les tnbres sans f9 qui comm5c5t8 ,comme t\t ce qui exi/e1 n\s sommes imprissables4 ,n\s ne p\vons concevoir que quelque *ose se p]de dans l'univ]s4 ,a ct de l'inf9i1 il e/ impossible d'imag9] un nant o un atome de matire puisse tomb] et s'anantir4 ,t\t ce qui e/ s]a t]nellem5t1 t\t e/1 et il n'e/ ri5 qui ne soit po9t4 ,s9on1 il faudrait croire que notre c]veau n'a ri5 de commun avec l'univ]s qu'il s'ef=ce de concevoir4 ,il faudrait mme se dire qu'il fonctionne au reb\rs de celui-ci1 ce qui n'e/ gure probable1 puisqu'aprs t\t1 il n'en peut tre qu'une sorte de reflet4 ,ce qui semble prir ou du mo9s disp>atre et se succd]1 c'e/ les =mes et les modes s\s lesquels n\s p]cevons la matire imprissable2 mais n\s ignorons quelles ralits rpond5t ces app>5ces4 ,elles sont le tissu du b&eau qui1 pos sur nos yeux1 donne ceux-ci1 s\s la pression qui les aveugle1 t\tes les images de notre vie4 ,ce b&eau enlev1 que re/e-t-il8 ,entrons-n\s dans la ralit qui exi/e indubitablem5t p> del2 ou bi5 les app>5ces mme cess5t-elles p\r n\s d'exi/]8444 ,,ii ,que le nant soit impossible1 qu'aprs notre mort t\t subsi/e en soi et que ri5 ne prisse3 voil qui ne n\s intresse gure4 ,le seul po9t qui n\s t\*e1 en cette p]si/ance t]nelle1 c'e/ le sort de cette petite p>tie de notre vie qui p]cevait les phnomnes durant notre exi/5ce4 ,n\s l'appelons notre consci5ce ou notre moi4 ,ce moi1 tel que n\s le concevons qu& n\s rfl*issons aux suites de sa de/ruction1 n'e/ ni notre esprit ni notre corps1 puisque n\s reconnaissons qu'ils sont l'un et l'autre des flots qui s'c\l5t et se r5\vell5t sans cesse4 ,e/-ce un po9t immuable qui ne saurait tre la =me ni la sub/ance1 t\j\rs en volution1 ni la vie cause ou effet de la =me et de la sub/ance8 ,en vrit1 il n\s e/ impossible de le saisir ou de le df9ir1 de dire o il rside4 ,lorsqu'on veut remont] jusqu' sa d]nire s\rce1 on ne tr\ve gure qu'une suite de s\v5irs1 une srie d'ides d'ailleurs confuses1 et v>iables1 se ratta*ant au mme in/9ct de vivre2 une srie d'habitudes de notre s5sibilit et de ractions consci5tes ou inconsci5tes contre les phnomnes environnants4 ,en somme1 le po9t le plus fixe de cette nbuleuse e/ notre mmoire1 qui semble d'autre "p une facult assez extrieure1 assez accessoire1 en t\t cas1 une des plus fragiles de notre c]veau1 une de celles qui disp>aiss5t le plus promptem5t au mo9dre tr\ble de notre sant4 ,cela mme1 a dit trs ju/em5t un pote anglais1 qui dem&e gr&s cris l't]nit1 e/ ce qui prira en moi4 ,,iii ,il n'importe2 ce moi1 si inc]ta91 si insaisissable1 si fugitif et si prcaire1 e/ tellem5t le c5tre de notre tre1 n\s intresse si exclusivem5t1 que t\tes les ralits de notre vie s'effac5t devant ce fantme4 ,il n\s e/ absolum5t indiffr5t que durant l't]nit1 notre corps ou sa sub/ance connaisse t\s les bonheurs et t\tes les gloires1 subisse les trans=mations les plus magnifiques et les plus dlicieuses1 devi5ne fleur1 p>fum1 beaut1 lumire1 !r1 toile3 il n\s e/ p>eillem5t indiffr5t que notre intellig5ce s'pan\isse jusqu' se ml] la vie des mondes1 la compr5dre et la dom9]4 ,notre in/9ct e/ p]suad que t\t cela ne n\s t\*]a pas1 ne n\s f]a aucun plaisir1 ne n\s arriv]a pas n\s-mmes1 mo9s que cette mmoire de quelques faits1 presque t\j\rs insignifiants1 ne n\s accompagne et ne soit tmo9 de ces bonheurs inimag9ables4 ,il m'e/ gal que les p>ties les plus hautes1 les plus libres1 les plus belles de mon esprit soi5t t]nellem5t vivantes et lum9euses dans les suprmes allgresses2 elles ne sont plus moi1 je ne les connais plus4 ,la mort a tran* le rseau de n]fs ou de s\v5irs qui les ratta*ait je ne sais quel c5tre o se tr\ve le po9t que je s5s tre t\t moi-mme4 ,dlies a9si et flottant dans l'espace et le temps1 leur sort m'e/ aussi trang] que celui des plus lo9ta9es toiles4 ,t\t ce qui advi5t n'exi/e p\r moi qu' la condition que je puisse le ram5] en cet tre my/rieux1 qui e/ je ne sais o et prcism5t nulle "p2 que je promne comme un miroir p> ce monde dont les phnomnes ne pr5n5t corps qu'autant qu'ils s'y sont reflts4 ,,iv ,a9si1 notre dsir d'immortalit se dtruit en se =mulant1 att5du que c'e/ sur une des p>ties accessoires et des plus fugaces de notre vie totale1 que n\s fondons t\t l'intrt de notre survie4 ,il n\s semble que si notre exi/5ce ne se cont9ue pas avec la plup>t des misres1 des petitesses et des dfauts qui la c>actris5t1 ri5 ne la di/+u]a de celle des autres tres2 qu'elle devi5dra une g\tte d'ignorance dans l'ocan de l'inconnu1 et que ds lors1 t\t ce qui s'en suivra ne n\s reg>de plus4 ,quelle immortalit peut-on promettre aux hommes qui presque ncessairem5t la conoiv5t a9si8 ,qu'y faire8 n\s dit un in/9ct puril mais pr(ond4 ,t\te immortalit qui ne trane pas trav]s l't]nit1 comme le b\let du =at que n\s fmes1 cette biz>re consci5ce =me durant quelques annes de m\vem5t1 t\te immortalit qui ne porte pas ce signe indlbile de notre id5tit1 e/ p\r n\s comme si elle n'tait po9t4 ,la plup>t des religions l'ont bi5 compris1 qui ont t5u compte de cet in/9ct qui dsire et dtruit en mme temps la survie4 ,c'e/ a9si que l'glise ca?olique1 remontant jusqu'aux esprances les plus primitives1 n\s g>antit non seulem5t le ma9ti5 intgral de notre moi t]re/re1 mais mme la rsurrection dans notre propre *air4 ,voil le c5tre de l'nigme4 ,cette petite consci5ce1 ce s5tim5t d'un moi spcial1 presque enfant9 et en t\t cas extraord9airem5t born1 infirmit probable de notre intellig5ce actuelle1 exig] qu'il n\s accompagne dans l'inf9i des temps p\r que n\s compr5ions celui-ci1 que n\s en j\issions1 n'e/-ce pas v\loir p]cevoir un objet l'aide d'un organe qui n'e/ pas de/9 le p]cevoir8 ,n'e/-ce pas dem&] que notre ma9 dc\vre la lumire ou que notre il soit s5sible aux p>fums8 ,n'e/-ce pas1 d'autre "p1 agir comme un malade qui1 p\r se retr\v]1 tre sr qu'il e/ bi5 lui-mme1 croirait qu'il e/ ncessaire de cont9u] sa maladie dans la sant et dans la suite illimite des j\rs8 ,la comp>aison e/ d'ailleurs plus exacte que ne l'e/ d'habitude une comp>aison4 ,reprs5tez-v\s un aveugle en mme temps p>alytique et s\rd4 ,il e/ en cet tat depuis sa naissance et vi5t d'atte9dre sa tr5time anne4 ,qu'auront brod les heures sur le tissu sans images de cette pauvre vie8 ,le malheureux doit avoir recueilli au fond de sa mmoire1 dfaut d'autres s\v5irs1 quelques *tives s5sations de *aud et de froid1 de fatigue et de repos1 de d\leurs physiques plus ou mo9s vives1 de soif et de faim4 ,il e/ probable que t\tes les joies huma9es1 t\tes les esprances et t\s les songes de l'idal et de nos p>adis1 se rduiront p\r lui au bi5-tre confus qui suit l'apaisem5t d'une d\leur4 ,voil donc la seule armature possible de cette consci5ce et de ce moi4 ,l'intellig5ce n'ayant jamais t sollicite du dehors1 dormira pr(ondm5t en s'ignorant elle-mme4 ,nanmo9s1 le misrable aura sa petite vie quoi il ti5dra p> des li5s aussi troits1 aussi ard5ts que le plus heureux des hommes4 ,il r$\t]a la mort2 et l'ide d'entr] dans l't]nit sans y emport] les motions et les s\v5irs de son grabat1 de ses tnbres et de son sil5ce1 le plong]a dans le dsespoir o n\s plonge la p5se d'ab&onn] p\r les glaces et la nuit de la tombe une vie de gloire1 de lumire et d'am\r4 ,v ,supposons qu'un miracle anime t\t c\p ses yeux et ses oreilles1 lui rvle1 p> la f5tre ouv]te au *evet de son lit1 l'aurore sur la campagne1 le *ant des oiseaux dans les arbres1 le murmure du v5t dans les feuilles et de l'eau sur les rives1 l'appel transp>5t des voix huma9es p>mi les coll9es mat9ales4 ,supposons encore que le mme miracle1 a*evant son uvre1 lui donne l'usage de ses membres4 ,il se lve1 il t5d les bras ce prodige qui p\r lui n'a pas encore de vraisemblance ni de nom3 la lumire6 ,il ouvre la porte1 *ancelle p>mi les bl\issem5ts et t\t son corps se fond en t\tes ces m]veilles4 ,il entre dans une vie indicible1 dans un ciel qu'aucun rve n'avait su press5tir2 et1 p> un caprice =t admissible en ces sortes de gurisons1 la sant en l'introduisant dans cette exi/5ce inconcevable et in9telligible1 efface en lui t\t s\v5ir des j\rs passs4 ,quel s]a l'tat de ce moi1 de ce foy] c5tral1 rceptacle de t\tes nos s5sations1 lieu o conv]ge t\t ce qui app>ti5t en propre notre vie1 po9t suprme1 po9t gotique de notre tre1 si l'on peut has>d] ce nologisme8 ,la mmoire abolie1 retr\v]a-t-il en lui quelques traces de l'homme antrieur8 ,une =ce n\velle1 l'intellig5ce1 s'veillant et dployant s\da9 une activit in\e1 quel rapport cette intellig5ce g>d]a-t-elle avec le g]me in]te et sombre d'o elle s'e/ leve8 ,a quels angles de son pass se raccro*]a-t-il p\r se cont9u]8 ,et cep5dant1 ne subsi/]a-t-il pas en lui quelque s5tim5t ou quelque in/9ct1 indp5dant de la mmoire1 de l'intellig5ce et de je ne sais quelles autres facults1 qui lui f]a reconnatre que c'e/ bi5 en lui que vi5t d'clat] le miracle librateur1 que c'e/ bi5 sa vie et non celle de son vois91 trans=me1 mconnaissable1 mais sub/antiellem5t id5tique1 qui sortie des tnbres et du sil5ce1 se prolonge dans la lumire et l'h>monie8 ,p\vons-n\s imag9] le ds>roi1 les flux et reflux de cette consci5ce affole8 ,savons-n\s de quelle faon le moi d'hi] s'unira au moi d'auj\rd'hui1 et comm5t le po9t gotique1 le po9t s5sible de la p]sonnalit1 le seul que n\s t5ions cons]v] intact1 se comport]a dans ces dlires et ces b\lev]sem5ts8 ,essayons d'abord de rpondre avec une prcision suffisante cette "q qui e/ du doma9e de notre vie actuelle et visible2 et si n\s ne p\vons le faire1 comm5t espr] de rs\dre l'autre problme qui se dresse devant t\t homme l'in/ant de la mort8 ,,vi ,ce po9t s5sible o se rsume t\t le problme1 c> il e/ le seul en "q2 et la rs]ve de ce qui le conc]ne1 l'immortalit e/ c]ta9e1 ce po9t my/rieux1 auquel1 en prs5ce de la mort1 n\s atta*ons un tel prix1 il e/ assez trange que n\s le p]dions t\t mom5t dans la vie sans pr\v] la mo9dre inquitude4 ,non seulem5t *aque nuit il s'anantit dans notre sommeil1 mais mme l'tat de veille1 il e/ la m]ci d'une f\le d'accid5ts4 ,une blessure1 un *oc1 une indisposition1 quelques v]res d'alcool1 un peu d'opium1 un peu de fume suffit l'effac]4 ,mme qu& ri5 ne l'altre1 il n'e/ pas con/amm5t s5sible4 ,il faut s\v5t un ef=t1 un ret\r sur n\s-mmes p\r le ressaisir1 p\r pr5dre consci5ce que tel ou tel vnem5t n\s advi5t4 ,a la mo9dre di/raction1 un bonheur passe ct de n\s1 sans n\s t\*]1 sans n\s livr] le plaisir qu'il r5f]me4 ,on dirait que les fonctions de cet organe p> quoi n\s gtons la vie et la rapportons n\s-mmes1 sont int]mitt5tes1 et que la prs5ce de notre moi1 except dans la d\leur1 n'e/ qu'une suite rapide et p]ptuelle de dp>ts et de ret\rs4 ,ce qui n\s tranquillise1 c'e/ qu'au rveil1 aprs la blessure1 le *oc1 la di/raction1 n\s n\s croyons srs de le retr\v] intact1 au lieu que n\s n\s p]suadons1 tant n\s le s5tons fragile1 qu'il doit jamais disp>atre dans l'effroyable sec\sse qui sp>e la vie de la mort4 ,,vii ,une premire vrit1 en en att5dant d'autres que l'av5ir dvoil]a sans d\te1 c'e/ qu'en ces que/ions de vie et de mort1 notre imag9ation e/ demeure bi5 enfant9e4 ,presque p>t\t ailleurs1 elle prcde la raison2 mais ici elle s'att>de encore aux jeux des premi]s ges4 ,elle s'ent\re des rves et des dsirs b>b>es dont elle b]ait les cra9tes et les esprances de l'homme des cav]nes4 ,elle dem&e des *oses impossibles1 p>ce qu'elles sont trop petites4 ,elle rclame des privilges qui1 obt5us1 s]ai5t plus r$\tables que les plus normes dsa/res dont n\s m5ace le nant4 ,p\vons-n\s p5s] sans frmir une t]nit enf]me t\t entire en notre infime consci5ce actuelle8 ,et voyez comme en t\t ceci n\s obissons aux caprices illogiques de celle qu'on appelait autrefois la folle du logis4 ,qui de n\s1 s'il s'endormait ce soir1 avec la c]titude sci5tifique et exprim5tale de se rveill] dans c5t ans1 tel qu'il e/ auj\rd'hui et dans son corps intact1 mme la condition de p]dre t\t s\v5ir de sa vie antrieure 7ces s\v5irs ne s]ai5t-ils pas inutiles871 qui de n\s n'accueill]ait ce sommeil sculaire avec la mme confiance que le d\x et bref sommeil de *aque nuit8 ,lo9 de la r$\t]1 beauc\p n'acc\rrai5t-ils pas cette preuve avec une curiosit empresse8 ,ne v]rait-on pas bi5 des hommes assaillir de leurs prires le disp5sateur du sommeil ferique et implor] comme une grce ce qu'ils croirai5t un miraculeux prolongem5t de leur vie8 ,p\rtant1 durant ce sommeil1 que re/]ait-il1 et leur rveil1 que retr\v]ai5t-ils d'eux-mmes8 ,quel li51 au mom5t o ils f]m5t les yeux1 les ratta*]ait l'tre qui doit se rveill] sans s\v5irs1 inconnu1 dans un monde n\veau8 ,nanmo9s1 leur cons5tem5t et t\tes leurs esprances l'entre de la longue nuit1 dp5drai5t de ce li5 qui n'exi/]ait pas4 ,il n'y a1 en effet1 entre la mort vritable et ce sommeil que la diffr5ce de ce rveil ret>d d'un sicle1 rveil aussi trang] celui qui s'tait endormi que le s]ait la naissance d'un enfant po/hume4 ,,viii ,d'autre "p1 comm5t rpondons-n\s la "q qu& il ne s'agit plus de n\s1 mais de ce qui respire avec n\s sur la t]re8 ,avons-n\s s\ci1 p> exemple1 de la survie des animaux8 ,le *i51 le plus fidle1 le plus affectueux1 le plus intellig5t1 ds qu'il e/ mort1 n'e/ plus qu'un rpugnant dbris dont n\s n\s db>rassons au plus vite4 ,il ne n\s p>at mme pas possible de n\s dem&] si quelque *ose de la vie dj spirituelle que n\s avons aime en lui subsi/e ailleurs que dans notre s\v5ir1 et s'il exi/e un autre monde p\r les *i5s4 ,il n\s sembl]ait assez ridicule que le temps et l'espace cons]vass5t prcieusem5t1 durant l't]nit1 p>mi les a/res et dans les palais sans bornes de l'!r1 l'me d'un pauvre animal1 faite de c9q ou six habitudes t\*antes mais bi5 naves1 et du dsir de boire1 de mang]1 de dormir au *aud et de salu] ses p>eils de la manire que l'on sait4 ,que re/]ait-il d'ailleurs de cette me =me t\t entire de quelques beso9s d'un corps rudim5taire1 lorsque ce corps ne s]ait plus8 ,mais de quel droit imag9ons-n\s1 entre n\s et l'animal1 un abme qui n'exi/e mme pas du m9ral au vgtal1 du vgtal l'animal8 ,c'e/ ce droit n\s croire si lo91 si diffr5t de t\t ce qui vit sur la t]re2 c'e/ cette prt5tion n\s mettre dans une catgorie et dans un rgne o les dieux mmes que n\s avons crs n'aurai5t pas t\j\rs accs1 qu'il faudrait exam9] t\t d'abord4 ,,ix ,on ne saurait expos] t\s les p>alogismes de notre imag9ation sur le po9t qui n\s occupe4 ,a9si1 n\s n\s rsignons assez facilem5t la dissolution de notre corps dans le tombeau4 ,n\s ne t5ons nullem5t ce qu'il n\s accompagne dans l'inf9i des temps4 ,a y rfl*ir1 n\s s]ions mme *agr9 qu'il n\s y escortt avec ses 9vitables misres1 ses t>es1 ses laideurs1 et ses ridicules4 ,ce que n\s ent5dons y conduire1 c'e/ notre me4 ,mais que rpondrons-n\s qui n\s dem&e s'il e/ possible de concevoir que cette me soit autre *ose que l'ensemble de nos facults intellectuelles et morales1 jo9tes1 si l'on veut1 p\r faire ple9e mesure1 t\tes celles qui ressortiss5t l'in/9ct1 l'inconsci5t1 au subconsci5t8 ,or1 lorsqu'aux appro*es de la vieillesse1 n\s voyons s'affaiblir1 soit en n\s1 soit dans les autres1 ces mmes facults1 n\s ne n\s inquitons1 n\s ne n\s dsesprons pas plus que n\s ne n\s inquitons ou dsesprons qu& il s'agit de la l5te dcad5ce des =ces corporelles4 ,n\s g>dons intact notre espoir confus de survie4 ,il n\s semble t\t naturel que l'tat des unes dp5de de l'tat des autres4 ,lors mme que les premires sont compltem5t abolies dans un tre que n\s aimons1 n\s ne croyons pas l'avoir p]du1 ni qu'il ait1 lui1 p]du son moi1 sa p]sonnalit morale1 dont cep5dant ri5 ne subsi/e4 ,n\s ne pleur]ions pas sa p]te1 n\s ne croirions pas qu'il n'e/ plus1 si la mort cons]vait ces facults dans leur tat d'anantissem5t4 ,mais si n\s n'atta*ons pas une importance capitale la dissolution de notre corps dans la tombe1 ni la dissolution de nos facults intellectuelles durant la vie1 que dem&ons-n\s la mort d'p>gn]2 et de quel rve irralisable exigeons-n\s la ralisation8 ,x ,en vrit1 n\s ne p\vons1 du mo9s p\r l'in/ant1 imag9] une rponse acceptable la "q de l'immortalit4 ,p\rquoi s'en tonn]8 ,voici ma lampe sur ma table4 ,elle ne r5f]me aucun my/re2 c'e/ l'objet le plus anci51 le plus connu et le plus famili] de la maison4 ,j'y vois de l'huile1 une m*e1 une *em9e de v]re2 et t\t cela =me de la lumire4 ,l'nigme ne comm5ce qu'au mom5t o je me dem&e ce qu'e/ cette lumire1 d'o elle vi5t qu& je l'appelle1 o elle va qu& je l'te9s4 ,et t\t de suite1 aut\r de ce petit objet que je s\lve1 que je dmonte et que je p\rrais avoir faonn de mes ma9s1 l'nigme e/ insondable4 ,assemblez aut\r de ma table t\s les hommes qui viv5t sur cette t]re1 pas un seul ne p\rra n\s dire ce qu'e/ en soi cette flamme lgre qu' mon gr je fais natre ou m\rir4 ,et si l'un d'eux has>de une de ces df9itions appeles sci5tifiques1 *acun des mots de la df9ition multipli]a l'inconnu et ouvrira de t\tes p>ts des portes imprvues sur la nuit inf9ie4 ,si n\s ignorons t\t de l'ess5ce1 du de/91 de la vie d'un peu de cl>t familire dont t\s les lm5ts fur5t crs p> n\s1 dont la s\rce1 les causes pro*a9es et les effets ti5n5t dans une c\pe de porcela9e1 comm5t espr] de pntr] l'incompris d'une vie dont les lm5ts les plus simples sont situs des millions d'annes1 des milli>ds de lieues de notre intellig5ce8 ,,xi ,depuis qu'elle exi/e1 l'humanit n'a pas avanc d'un pas sur la r\te du my/re que n\s mditons4 ,t\te "q que n\s n\s posons son sujet1 ne t\*e plus1 p> aucun ct1 semble-t-il1 la sphre dans laquelle notre intellig5ce s'e/ =me et se meut4 ,il n'y a peut-tre aucun rapport possible ou imag9able entre l'organe qui pose la "q et la ralit qui devrait y rpondre4 ,les plus actives et les plus rig\reuses re*]*es de ces d]nires annes ne n\s ont ri5 appris4 ,de savantes et consci5cieuses socits psy*iques1 notamm5t en ,anglet]re1 ont runi un imposant ensemble de faits qui t5d5t pr\v] que la vie de l'tre spirituel ou n]veux peut cont9u] p5dant un c]ta9 temps aprs la mort de l'tre matriel4 ,admettons que ces faits soi5t inconte/ables et sci5tifiquem5t tablis2 ils dplac]ai5t simplem5t de quelques lignes1 de quelques heures1 le comm5cem5t du my/re4 ,si le fantme d'une p]sonne aime1 reconnaissable et app>emm5t si vivant que je lui adresse la p>ole1 entre ce soir dans ma *ambre la m9ute mme o la vie se sp>e du corps qui gt mille lieues de l'endroit o je me tr\ve1 cela1 sans d\te1 e/ bi5 trange dans un monde dont n\s ne compr5ons pas le premi] mot2 mais cela montre au plus que l'me1 l'esprit1 le s\ffle1 la =ce n]veuse et insaisissable de la p>tie la plus subtile de notre matire1 peut se dta*] de celle-ci et lui survivre un in/ant1 comme la flamme d'une lampe qu'on te9t se dta*e p>fois de la m*e et flotte un mom5t dans la nuit4 ,c]tes1 le phnomne e/ tonnant2 mais tant donne la nature de cette =ce spirituelle1 il devrait n\s tonn] bi5 davantage qu'il ne se produise pas frquemm5t et notre gr1 dans la plnitude de la vie4 ,en t\t cas1 il n'claire nullem5t la "q4 ,jamais un seul de ces phantasmes n'a p>u avoir la mo9dre consci5ce d'une vie n\velle1 d'une vie supra-t]re/re et diffr5te de celle que v5ait de quitt] le corps dont il manait4 ,au contraire1 leur vie spirituelle t\s1 ce mom5t o elle devrait tre pure puisqu'elle e/ db>rasse de la matire1 semble =t infrieure ce qu'elle tait lorsque la matire l'enveloppait4 ,la plup>t p\rsuiv5t ma*9alem5t1 dans une sorte d'hbtude somnambulique1 les plus insignifiantes de leurs proccupations habituelles4 ,l'un *]*e son *apeau oubli sur un meuble1 l'autre s'inquite d'une petite dette ou s'in=me de l'heure4 ,et t\s1 peu aprs1 alors que devrait comm5c] la survie vritable1 s'vapor5t et disp>aiss5t jamais4 ,j'en convi5s1 cela ne pr\ve ri5 ni p\r ni contre la survie possible4 ,n\s ne savons si ces brves app>itions sont les premires lueurs d'une autre exi/5ce ou les d]nires de celle-ci4 ,peut-tre que les morts us5t et pr(it5t a9si1 faute de mieux1 du d]ni] li5 qui les unit et les r5d encore s5sibles nos s5s4 ,peut-tre qu'ensuite ils cont9u5t de vivre aut\r de n\s1 mais ne p>vi5n5t plus1 malgr t\s leurs ef=ts1 se faire reconnatre1 ni n\s donn] une ide de leur prs5ce1 p>ce que n\s n'avons pas l'organe ncessaire p\r les p]cevoir2 de mme que t\s nos ef=ts ne russirai5t pas donn] un aveugle-n la mo9dre notion de la lumire ou des c\leurs4 ,en t\s cas1 il e/ c]ta9 que les enqutes et les travaux de cette sci5ce n\velle du ,bord]l&1 comme l'appell5t les ,anglais1 ont laiss le problme exactem5t au po9t o il se tr\vait depuis les orig9es de la consci5ce huma9e4 ,,xii ,dans l'ignorance inv9cible o n\s sommes1 notre imag9ation a donc le *oix de nos de/9es t]nelles4 ,or1 en exam9ant les possibilits div]ses1 on e/ =c de reconnatre que les plus belles ne sont pas les mo9s vraisemblables4 ,une premire hypo?se c>t] d'emble1 sans discussion1 n\s l'avons vu1 e/ celle de l'anantissem5t absolu4 ,une deuxime hypo?se1 ardemm5t c>esse p> nos in/9cts aveugles1 n\s promet la cons]vation plus ou mo9s intgrale1 trav]s l'inf9i des temps1 de notre consci5ce ou de notre moi actuel4 ,n\s avons galem5t tudi cette hypo?se1 un peu plus plausible que la premire1 mais au fond si troite1 si nave et si purile1 qu'on ne voit gure1 non plus p\r l'homme que p\r les plantes et les animaux1 le moy5 de la situ] raisonnablem5t dans l'espace sans bornes et le temps sans limites4 ,aj\tons que de t\tes nos de/9es possibles1 elle s]ait la seule vraim5t r$\table et que l'anantissem5t pur et simple lui s]ait mille fois prfrable4 ,re/e la d\ble hypo?se d'une survie sans consci5ce1 ou avec une consci5ce l>gie et trans=me1 dont celle que n\s possdons auj\rd'hui ne n\s peut donn] aucune ide1 qu'elle n\s emp*e plutt de concevoir1 de mme que notre il imp>fait n\s emp*e de concevoir une autre lumire que celle qui va de l'infra-r\ge l'ultra-violet2 alors qu'il e/ c]ta9 que ces lumires1 probablem5t prodigieuses1 bl\irai5t de t\tes p>ts1 dans la nuit la plus noire1 une prunelle autrem5t faonne que la ntre4 ,bi5 que d\ble au premi] abord1 l'hypo?se se ramne la simple "q de consci5ce4 ,dire1 p> exemple1 comme n\s sommes t5ts de le faire1 qu'une survie sans consci5ce quivaut l'anantissem5t1 c'e/ tran*] a priori et sans rflexion ce problme de la consci5ce1 le pr9cipal et le plus obscur de t\s ceux qui n\s intress5t4 ,il e/1 comme l'ont proclam t\tes les mtaphysiques1 le plus difficile qui soit1 att5du que l'objet de la connaissance e/ cela mme qui v\drait connatre4 ,que peut donc ce miroir t\j\rs en face de lui-mme1 s9on se reflt] indf9im5t et inutilem5t8 ,p\rtant1 en ce reflet impuissant sortir de sa propre multiplication1 dort le seul rayon capable d'clair] t\t le re/e4 ,que faire8 ,il n'e/ d'autre moy5 de s'vad] de sa consci5ce que de la ni]1 de la considr] comme une maladie organique de l'intellig5ce t]re/re1 maladie qu'il faut essay] de gurir p> un acte qui doit n\s p>atre un acte de folie viol5te ou volontaire2 mais qui1 de l'autre ct de nos app>5ces1 e/ probablem5t un acte de sant4 ,,xiii ,mais il e/ impossible de s'vad]2 et n\s rev5ons fatalem5t rd] aut\r de notre consci5ce fonde sur notre mmoire1 la plus prcaire de nos facults4 tant vid5t1 disons-n\s1 que ri5 ne peut prir1 n\s avons ncessairem5t vcu avant notre vie actuelle4 ,mais puisque n\s ne p\vons ratta*] cette exi/5ce antrieure notre vie prs5te1 cette c]titude n\s e/ aussi indiffr5te1 passe aussi lo9 de n\s1 que t\tes les c]titudes de l'exi/5ce po/rieure4 ,et voil1 avant la vie comme aprs la mort1 l'app>ition du moi mnmonique1 dont il convi5t1 une fois de plus1 de se dem&] si ce qu'il fait durant les quelques j\rs de son activit e/ vraim5t assez important p\r dcid] a9si1 son seul g>d1 du problme de l'immortalit4 ,de ce que n\s j\issons de notre moi s\s une =me exclusive1 si spciale1 si imp>faite1 si fragile1 si phmre1 s'ensuit-il qu'il n'y ait nul autre mode de consci5ce et nul autre moy5 de j\ir de la vie8 ,un peuple d'aveugles-ns1 p\r rev5ir la comp>aison qui s'impose puisqu'elle rsume le mieux notre situation p>mi la nuit des mondes1 un peuple d'aveugles-ns1 qui un unique voyant rvl]ait les allgresses de la lumire1 ni]ait non seulem5t que celle-ci soit possible1 mais mme imag9able4 ,p\r n\s1 n'e/-il pas peu prs c]ta9 qu'il n\s manque ici-bas1 entre mille autres s5s1 un s5s suprieur celui de notre consci5ce mnmonique1 p\r j\ir plus amplem5t et plus srem5t de notre moi8 ,ne p\rrait-on pas dire que n\s saisissons p>fois des traces obscures ou des vellxs de ce s5s en g]me ou atrophi1 en t\t cas opprim et presque supprim p> le rgime de notre vie t]re/re qui c5tralise t\tes les volutions de notre exi/5ce sur le mme po9t s5sible8 ,n'y a-t-il pas c]ta9s mom5ts confus1 o1 si impitoyablem5t1 si sci5tifiquem5t que l'on fasse la "p de l'gsme re*]* jusqu'en ses plus lo9ta9es et secrtes s\rces1 il demeure en n\s quelque *ose d'absolum5t ds9tress qui gte le bonheur d'autrui8 ,n'e/-il pas galem5t possible que les joies sans b de l'art1 la satisfaction calme et ple9e o n\s plonge la contemplation d'une belle /atue1 d'un monum5t p>fait1 qui ne n\s app>ti5t pas1 que n\s ne rev]rons jamais1 qui n'excite aucun dsir s5suel1 qui ne peut n\s tre d'aucune utilit2 n'e/-il pas possible que cette satisfaction soit la ple lueur d'une consci5ce diffr5te qui filtre trav]s une fissure de notre consci5ce mnmonique8 ,si n\s ne p\vons imag9] cette consci5ce diffr5te1 ce n'e/ pas une raison p\r la ni]4 ,je crois mme qu'il s]ait plus sage d'affirm] que c'e/ un motif de l'admettre4 ,t\te notre vie se pass]ait au milieu de *oses que n\s n'aurions pu imag9] si nos s5s1 au lieu de n\s tre donns t\s ensemble1 n\s tai5t accords un un et d'anne en anne4 ,au re/e1 un de ces s5s1 le s5s gnsique1 qui ne s'veille qu'aux appro*es de la pub]t1 n\s montre que la dc\v]te d'un monde imprvu1 le dplacem5t de t\s les axes de notre vie1 dp5d d'un accid5t de notre organisme4 ,durant l'enfance1 n\s ne s\ponnions po9t l'exi/5ce de t\t un univ]s de passions1 d'ivresses et de d\leurs qui agit5t les gr&es p]sonnes4 ,si d'av5ture1 quelque *o mutil de ces bruits arrivait nos innoc5tes et curieuses oreilles1 n\s ne p>v5ions pas compr5dre quelle espce de frnsie ou de folie s'emp>ait a9si de nos ans2 et n\s n\s promettions1 le mom5t v5u1 d'tre plus raisonnables1 jusqu'au j\r o l'am\r brusquem5t app>u drangeait le c5tre de gravit de t\s nos s5tim5ts et de la plup>t de nos ides4 ,on voit donc que concevoir ou ne pas concevoir1 ti5t trop peu de *ose p\r que n\s ayons le droit de d\t] de la possibilit de ce que n\s ne p\vons imag9]4 ,,xiv ,ce qui n\s int]dit et n\s int]dira longtemps encore les trsors de l'univ]s1 c'e/ la rsignation hrditaire avec laquelle n\s sj\rnons dans la morne prison de nos s5s4 ,notre imag9ation1 telle que n\s la m5ons auj\rd'hui1 s'accommode trop aism5t de cette captivit4 ,il e/ vrai qu'elle e/ la fille esclave de ces s5s qui l'alim5t5t seuls4 ,mais elle ne cultive pas assez en elle les intuitions et les press5tim5ts qui lui dis5t qu'elle e/ absurdem5t prisonnire et qu'elle doit *]*] des issues p> del mme les c]cles les plus gr&ioses et les plus inf9is qu'elle se reprs5te4 ,il importe qu'elle se dise de plus en plus srieusem5t que le monde rel comm5ce des milli>ds de lieues plus lo9 que ses songes les plus ambitieux et les plus tmraires4 ,elle n'eut jamais le droit ni le devoir d'tre plus follem5t audacieuse4 ,t\t ce qu'elle russit btir et multipli] dans l'espace et le temps les plus normes qu'elle soit capable de concevoir1 n'e/ ri5 au reg>d de ce qui exi/e4 ,les plus petites rvlations de la sci5ce dans l'humble vie quotidi5ne lui appr5n5t dj que mme en ce mode/e milieu elle ne peut t5ir tte la ralit1 qu'elle e/ con/amm5t dborde1 dconc]te1 bl\ie p> t\t ce qui se ca*e d'inatt5du dans une pi]re1 un sel1 un v]re d'eau1 une plante1 un insecte4 ,c'e/ dj quelque *ose que d'en tre conva9cu1 puisque cela met dans un tat d'esprit qui guette t\tes les occasions de rompre le c]cle magique de notre aveuglem5t2 puisque cela p]suade qu'il ne faut espr] dans ce c]cle nulle vrit df9itive2 et que t\tes sont situes plus outre4 ,l'homme1 p\r g>d] le s5s des proportions1 a beso9 de se dire t\s mom5ts que1 plac t\t c\p au milieu des ralits de l'univ]s1 il s]ait exactem5t comp>able une f\rmi qui1 ne connaissant que les troits s5ti]s1 les tr\s m9imes1 les abords et les horizons de sa f\rmilire1 se tr\v]ait s\da9 sur un ftu de paille au milieu de l',atlantique4 ,en att5dant que n\s soyons sortis d'une prison qui n\s emp*e de pr5dre contact avec les ralits d'outre-imag9ation1 il y a bi5 plus de *ance d'atte9dre p> has>d un fragm5t de vrit en imag9ant les *oses les plus inimag9ables1 qu'en s'v]tuant conduire p>mi l't]nit1 entre les digues de la logique et des possibilits actuelles1 les songes de cette imag9ation4 ,ef=ons-n\s donc d'c>t] de nos yeux1 *aque fois qu'un n\veau rve se prs5te1 le b&eau de notre vie t]re/re4 ,disons-n\s que p>mi t\tes les possibilits que n\s ca*e encore l'univ]s1 une des plus faciles ralis]1 des plus probables1 des mo9s ambitieuses et des mo9s dconc]tantes1 e/ c]tes la possibilit d'un mode de j\ir de l'tre1 plus haut1 plus l>ge1 plus p>fait1 plus durable et plus sr que celui qui n\s e/ (f]t p> notre consci5ce actuelle4 ,cette possibilit admise1 et il en e/ peu d'aussi vraisemblables1 le problme de notre immortalit e/1 en pr9cipe1 rsolu4 ,il s'agit ma9t5ant d'en saisir ou d'en prvoir les modes2 et p>mi les circon/ances qui n\s intress5t le plus1 de connatre la "p de nos acquisitions intellectuelles et morales qui pass]a dans notre vie t]nelle et univ]selle4 ,ce n'e/ po9t l'uvre d'auj\rd'hui ni de dema92 mais celle d'un autre j\r444 ,,f9 ,,table ,l',intellig5ce des ,fleurs #a ,les ,p>fums #aji ,la ,mesure des ,heures #abc ,l',inquitude de notre ,morale #acg loge de la ,boxe #ahc ,a propos du ,roi ,le> #aie ,les ,dieux de la ,gu]re #baa ,le ,p>don des ,injures #bbe ,l',accid5t #bcg ,notre ,devoir social #bee ,l',immortalit #bgg ,b--#fibj4--;,impr4 ,,mott]oz et ,,m>t9et1 #g1 rue ,sa9t-,b5ot1 ,p>is4 99 99 99 99 99 ,extrait du ,catalogue de la ,,biblio?,,que-,,*>p5ti] #c fr4 #ej le volume ,,eug,,ne ,,fasquelle1 ,,diteur1 #aa1 ,,rue ,,de ,,gr5elle ,,d]ni,,res ,,publications ,,alfr$ ,,capus ,hi/oires de ,p>isi5s 44444#a vol4 ,,georges ,,cl>etie ,d]ues1 l',empoisonneur44444#a vol4 ,,mi*el ,,corday ,la ,mmoire du ,cur44444#a vol4 ,l,,on ,,daudet ,les ,primaires44444#a vol4 ,,gu/ave ,,geffroy ,l',appr5tie44444#a vol4 ,,*>les ,g,,niaux ,le ,roman de la ,rivi]a44444#a vol4 ,p4-,b4 ,,gheusi ,le ,puits des ,ames44444#a vol4 ,,*>les-,,h5ry ,,hirs* ,p\pe fragile44444#a vol4 ,,jules ,,huret ,en ,amrique3 ,de ,new-,york la ,n\velle-,orlans44444#a vol4 -- ,de ,san ,francisco au ,canada44444#a vol4 ,,h5ry ,,ki/emaeck]s ,les ,my/rieuses44444#a vol4 ,,m>ius-,,ary ,,leblond ,l',ou$44444#a vol4 ,,pi]re ,,l\,s ,les ,av5tures du ,roi ,pausole 7,illu/r744444#a vol4 ,,maurice ,,maet]l9ck ,l',intellig5ce des ,fleurs44444#a vol4 ,,catulle ,,m5d,s ,sa9te ,?rse44444#a vol4 ,,octave ,,mirbeau ,sba/i5 ,ro* 7,illu/rations de ,h4-,g4 ,,ibels744444#a vol4 ,,eug,,ne ,,mont=t ,la ,turque44444#a vol4 ,,*4-,,l\is ,,philippe ,croquignole44444#a vol4 ,,d\>d ,,rod ,l',ombre s't5d sur la ,montagne44444#a vol4 ,,sonia ,j\rnal d'une trangre44444#a vol4 ,,jean ,,vignaud ,la ,t]re ensorcele44444#a vol4 ,,mile ,,zola ,correspondance4--,lettres de jeunesse44444#a vol4 ,,envoi ,,franco ,,p> ,,po/e ,,contre ,,m&at #cihh4--;,imp4 ,mott]oz et ,m>t9et1 rue ,sa9t-,b5ot1 #g1 ,p>is4 ,,notes3 ,a ,rappro*ons de ceci l'acte d'intellig5ce d'une autre rac9e dont ,br&is 7,ub] ,leb5 und ,pol>itat7 n\s rapporte les exploits4 ,elle avait1 en s'enfonant dans la t]re1 r5contr une vieille semelle de botte2 p\r trav]s] cet ob/acle qu'elle tait app>emm5t la premire de son espce tr\v] sur sa r\te1 elle se subdivisa en autant de p>ties qu'il y avait de tr\s laisss p> les po9ts de c\ture1 puis1 l'ob/acle fran*i1 elle runit et ress\da t\tes ses radicelles divises1 de manire re=m] un pivot unique et homogne4 ,b ,p>mi les plantes qui ne se df5d5t plus1 le cas le plus frappant e/ celui de la ,laitue4 ,a l'tat sauvage1 comme le fait rem>qu] l'auteur cit plus haut1 si l'on casse une tige ou une feuille1 on en voit sortir un suc blanc1 un latex1 corps =m de matires div]ses qui df5d vig\reusem5t la plante contre les atte9tes des limaces4 ,au contraire1 dans l'espce cultive qui drive de la prcd5te1 le latex fait presque dfaut2 aussi la plante1 au gr& dsespoir des j>d9i]s1 n'e/-elle plus capable de lutt] et se laisse-t-elle mang] p> les limaces4 ,il convi5drait cep5dant d'aj\t] que ce latex ne manque gure que *ez les jeunes plantes1 au lieu qu'il r$evi5t =t abondant qu& la ,laitue se met pomm] et qu& elle monte en gra9e4 ,or c'e/ au db de sa vie1 au mom5t de ses premires et t5dres feuilles1 qu'elle aurait surt\t beso9 de se df5dre4 ,on dirait que la plante cultive p]d un peu la tte1 si l'on peut s'exprim] a9si1 et qu'elle ne sait plus au ju/e o elle en e/4 ,c ,au db de cette tude qui p\rrait dev5ir le livre d'or des noces de la fleur 7dont je laisse le so9 plus savant que moi71 il n'e/ peut-tre pas inutile d'appel] l'att5tion du lecteur sur la t]m9ologie dfectueuse1 dconc]tante1 dont on use en ,botanique p\r dsign] les organes reproducteurs de la plante4 ,dans l'organe femelle1 le pi/il1 qui compr5d l'ovaire1 le /yle et le /igmate qui le c\ronne1 t\t e/ du g5re mascul9 et t\t semble viril4 ,p> contre1 les organes mles1 les tam9es1 que surmont5t les an?res1 ont un nom de jeune fille4 ,il e/ bon de se pntr] une fois p\r t\tes de cette antonymie4 ,d ,je p\rsuis depuis quelques annes une srie d'expri5ces sur l'hybridation des ,sauges1 fcondant artificiellem5t1 aprs les prcautions d'usage p\r c>t] t\te int]v5tion du v5t et des insectes1 une v>it dont le mcanisme floral e/ trs p]fectionn1 avec le poll5 d'une v>it trs arrire et inv]sem5t4 ,mes obs]vations ne sont pas encore suffisamm5t nombreuses p\r que j'en puisse donn] ici le dtail4 ,nanmo9s il semble qu'une loi gnrale comm5ce dj de s'en dgag]1 savoir que la ,sauge arrire adopte volonti]s les p]fectionnem5ts de la ,sauge avance1 au lieu que celle-ci pr5d r>em5t les dfauts de la premire4 ,il y aurait l une assez curieuse *appe sur les procds1 les habitudes1 les prfr5ces1 le gt du mieux de la ,nature4 ,mais ce sont des expri5ces qui sont =cm5t l5tes et longues1 cause du temps p]du runir les v>its div]ses1 des preuves et contre-preuves ncessaires1 etc4 ,il s]ait donc prmatur d'en tir] la mo9dre conclusion4 ,e ,je v5ais d'crire ces lignes1 qu& ,m4 ,e4-,l4 ,b\vi] fit l',acadmie des ,sci5ces 7,compte r5du du #g mai #aijf7 une communication au sujet de deux nidifications en ple9 air con/ates ,p>is1 l'une sur un ,sophora ,japonica1 l'autre sur un ,m>ronni] d',inde4 ,cette d]nire1 susp5due une petite bran*e munie de deux bifurcations assez vois9es1 tait la plus rem>quable1 cause de l'adaptation vid5te et intellig5te des circon/ances p>ticulirem5t difficiles4 ,les abeilles 7je cite le rsum de ,m4 de ,p>ville dans la ,revue des ,sci5ces des ,dbats1 #ca mai #aijf7 tablir5t des pili]s de consolidation et eur5t rec\rs des artifices vraim5t rem>quables de protection et f9ir5t p> trans=m] en un plafond solide la d\ble f\r*e du ,m>ronni]4 ,un homme +nieux et sans d\te fait mo9s bi54 ,p\r se df5dre contre la pluie1 elles avai5t in/all des cltures1 des paississem5ts1 et des /ores contre le soleil4 ,on ne peut se faire une ide de la p]fection de l'indu/rie des abeilles qu'en voyant de prs l'ar*itecture des deux nidifications qui sont auj\rd'hui au ,musum4