,,uvres ,,compl,,tes ,,de ,,laurent ,,sterne4 ,,nouvelle ,,dition ,,avec ,,xvi ,,gravures4 ,,tome ,,quatri,,me4 ,a ,,paris1 ,chez ,,jean-,,fran,,ois ,,bastien4 ,,an ,,xi4--#ahjc4 ,ce volume contient ,la quatrime partie des ,opinions de ,tristram ,shandy4 ,,vie ,,et ,,opinions ,,de ,,tristram ,,shandy4 ,,chapitre ,,premier4 ,le pauvre et son chien4 ,dtestant1 comme je l'ai dit1 de faire des mystres pour rien1 je dis mon secret au postillon1 ds que nous emes quitt le pav4 ,il rpondit ma confiance1 en appuyant un grand coup de fouet ses chevaux3 si bien qu'au grand trot de son limonier 7son porteur galopant sur trois jambes71 nous gagnmes en assez peu de temps ,ailly-le-haut-,clocher1 ville jadis fameuse par les plus beaux carillons du monde4--,mais nous la traversmes sans musique2 tous les carillons tant drangs1 non-seulement l1 mais bien encore ailleurs4 ,illustration ,faisant donc toute la diligence possible1 d',ailly-le-haut-,clocher1 je gagnai ,flixcourt2 de ,flixcourt1 ,pquigny1 puis enfin ,amiens1--,amiens1 o la belle ,jeanneton avoit fait son apprentissage1 mais o ,jeanneton n'toit plus1 et o par consquent rien n'toit digne de m'arrter4-- ,mais en arrivant la poste1 on dtela ma chaise1 et l'on tablit mes brancards sur des trteaux4--,quelle est cette mode1 dis-je8 prtend-on par-l me faire aller plus vte8--,j'appris que le courrier d'une berline qui alloit arriver1 avoit retenu tous les chevaux1 et que je ne pourrois partir qu'aprs que les miens auroient mang l'avoine4 ,mais si monsieur veut descendre en attendant8-- ,monsieur prfra de rester dans sa chaise4--,mais pour l'amour de ,dieu1 garon1 qu'on se dpche4--444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,je n'ai rien1 mon bon-homme1 lui dis-je4--,c'toit un vieillard couvert de haillons1 qui s'toit avanc jusqu' deux pas de la portire1 son bonnet de laine rouge la main4--,son geste et ses yeux demandoient1 sa bouche ne parloit pas4--,il avoit un chien qui tenoit1 ainsi que son matre1 ses yeux fixs sur moi1 et qui sembloit aussi solliciter ma charit4-- ,je n'ai rien1 dis-je une seconde fois4--,c'toit -la-fois un mensonge et un acte de duret4--,je rougis de l'avoir dit4--,mais1 pensai-je en moi-mme1 ces pauvres sont si importuns6--,celui-l ne le fut pas4--,dieu vous conserve1 dit-il2--et il se retira humblement4 ,ho-h1 ho-h6--vte--les chevaux4--,c'toit la berline qui venoit d'arriver4 ,les postillons coururent4 ,le bon vieillard et son chien s'approchrent1 n'obtinrent rien1 et se retirrent sans murmure4 ,celui qui vient d'avoir un tort1 seroit fch de rencontrer quelqu'un qui1 sa place1 ne l'auroit pas eu4 ,si les voyageurs de la berline eussent donn au pauvre1 je crois que j'en aurois senti quelque peine4--,aprs tout1 dis-je1 ces gens-l sont plus riches que moi2 et puisque444 ,bon ,dieu6 m'criai-je1 leur duret excuseroit-elle la mienne8 ,cette rflexion me mit mal avec moi-mme4--,je cherchai des yeux le pauvre1 comme si j'eusse voulu le rappeller4--,il s'toit assis sur un banc de pierre1 son chien vis--vis de lui1 et la tte appuye entre les genoux de son matre1 qui le flattoit de la main1 sans lever les yeux de mon ct4 ,sur le mme banc je vis un soldat1 que ses souliers poudreux annonoient pour un voyageur4 ,il avoit pos son havresac sur le banc1 entre le pauvre et lui1 et par-dessus son havresac il avoit mis son pe et son chapeau4--,il s'essuyoit le front avec la main1 et paroissoit reprendre haleine pour continuer sa route4--,son chien 7car il avoit aussi son chien7 toit assis par terre ct de lui1 regardant les passans d'un air fier4 ,ce second chien me fit mieux remarquer le premier1 qui toit noir1 fort laid et moiti pel2 et je m'tonnois que le vieillard1 rduit la dernire misre1 voult ainsi partager avec lui une subsistance rare et souvent incertaine4--,l'air dont ils se regardoient tous deux1 m'claira sur-le-champ4--,o de tous les animaux le plus aimable et le plus justement aim1 m'criai-je en moi-mme6--,c'est toi qui es le compagnon de l'homme1--son ami1--son frre4--,toi seul lui restes fidle dans le malheur6--,toi seul ne ddaignes pas le pauvre444 ,si l'habitude de vivre auprs du riche ne t'a pas corrompu6--,ce bon vieillard mpris1 dlaiss1 rebut par le monde entier1 trouve en toi un ami qui l'accueille1 et qui lui sourit3--et sur le lit de paille qu'il partage avec toi1 sa misre lui parot moins affreuse1 il n'est pas seul au monde tant que tu lui restes encore4 ,en ce moment une glace de la berline se baissa1 et il en tomba quelques dbris de viandes froides1 avec lesquelles les voyageurs venoient de djener4 ,les deux chiens s'lancrent4--,la berline partit3 un seul chien fut cras4--,c'toit celui du pauvre4 ,le chien jetta un cri1--ce fut le dernier4 ,son matre s'toit prcipit sur lui4--,son matre dans le plus sombre dsespoir6 ,il ne pleuroit point4 ,hlas6 il ne pouvoit pleurer4--,mon bon-homme1 lui criai-je4--,il retourna douloureusement la tte4 ,je lui jettai un cu de six francs4--,l'cu roula ct de lui sans qu'il s'en mt en peine4 ,il ne me remercia que par un mouvement de tte affectueux2 et il reprit son chien dans ses bras4--,hlas6 son chien toit mort4-- ,mon ami1 dit le soldat1 en lui tendant la main1 avec les six francs qu'il avoit ramasss1--ce brave gentilhomme ,anglois vous a donn de l'argent4 ,il est bienheureux6 ,il est riche6--,mais tout le monde ne l'est pas4--,je n'ai qu'un chien2 vous avez perdu le vtre2--celui-ci est vous4--,en mme-temps il attacha son chien avec une petite corde qu'il mit dans la main du pauvre1 et il s'loigna aussi-tt4 ,o monsieur le soldat1 s'cria le bon vieillard en lui tendant les bras6--,le soldat s'loignoit toujours1 laissant le pauvre dans l'extase de la surprise et de la reconnoissance4 ,mais les bndictions du pauvre1 mais les miennes le suivront par tout4--,brave et galant homme1 m'criai-je6 ,eh6 qui suis-je auprs de toi8 ,je n'ai donn ce malheureux que de l'argent3 tu viens de lui rendre un ami4-- ,mais1 ciel6 suis-je confin ,amiens pour le reste de ma vie8 ,le sommeil me gagne4--,oh6 garon6--,le garon amenoit mes chevaux4 ,,chapitre ,,ii4 ,sommeil drang4 ,dans cette multitude de petits chagrins auxquels un voyageur est sans cesse expos1 il en est un plus pnible mon gr que tous les autres2 et celui-l1 moins que n'ayez un courrier qui vous prcde1 je vous dfie de l'viter4--,et quel est ce chagrin8--,le voici4 ,c'est que--fussiez-vous dans la disposition la plus heureuse pour dormir2--courussiez-vous dans le plus beau pays1--sur la plus belle route1--et dans la voiture la plus douce possible2--fussiez-vous assur de pouvoir dormir l'espace de vingt lieues sans ouvrir l'il une seule fois3--bien plus--vous ft-il dmontr aussi clairement qu'une proposition d',euclide1 que vous seriez1 tous gards1 aussi bien1 et peut-tre mieux endormi qu'veill2--l'obligation de payer1 qui revient chaque poste1 et la ncessit de fouiller dans votre poche1 pour en tirer1 sou par sou1 trois livres quinze sous1 sans compter les guides1--s'opposent tellement l'envie que vous auriez1 que 7quand il iroit du salut de votre ame7 il vous est impossible de dormir plus de deux lieues de suite1 ou de trois tout au plus1 en supposant qu'il y ait poste et demie4 ,parbleu6 dis-je1 je vois un moyen4 ,je mettrai la somme prcise dans un morceau de papier1 et je la tiendrai dans ma main pendant tout le chemin4--,l-dessus1 je m'arrangerai pour dormir4--,je n'aurai1 dis-je1 autre chose faire qu' glisser doucement mon argent dans le chapeau du postillon1 sans profrer un seul mot4 ,bon6--,il lui faut deux sous de plus pour boire6--,ou bien il y a une pice de douze sous du temps de ,louis ,,xiv1 qui ne passera pas4--,ou bien1 il y a une livre et quelques sous1 que ,monsieur redoit de la dernire poste1 et que ,monsieur a oubli4--,on ne sauroit disputer en dormant1 et cette altercation vous rveille4--,cependant1 on peut encore retrouver son sommeil2 la partie animale peut peser sur la partie intellectuelle1 et il y a moyen de revenir de cette secousse4-- --,mais quoi encore8--,ciel6 vous n'avez pay que pour une poste1 tandis qu'il y a poste et demie6 ,cela vous oblige sortir votre livre de poste1--et l'impression en est si petite1 qu'il faut bien ouvrir les yeux1 que vous le vouliez ou non4 ,alors monsieur le cur vous offre une prise de tabac1--un pauvre soldat vous montre sa jambe estropie1--un ,p4 ,laurent vous prsente sa bourse1 et vous expose la misre de son couvent4--,ou bien la prtresse de la citerne veut arroser vos roues2--elles n'en ont que faire1--mais elle jette l'eau sur les roues de derrire1 et jure sur sa prtrise que le feu alloit y prendre4--,un pauvre homme qui a tous ces points discuter et considrer dans son esprit1 rveille malgr lui toutes ses facults intellectuelles1--et qu'il retrouve ensuite son sommeil1 s'il le peut6 ,sans un accident de cette espce qui m'arriva1 je passois tout de bout ,chantilly sans voir les curies4-- ,mais le postillon1 affirmant d'abord1 et osant ensuite me soutenir en face1 que la pice de deux sous n'toit pas bien marque1--j'ouvris les yeux pour m'en assurer3--et voyant la marque aussi clairement que son nez1 je sautai de ma chaise tout en colre1 et je visitai ,chantilly malgr moi4 ,je n'avois plus que trois postes et demie faire4 ,mais je suis convaincu que le meilleur principe en voyageant1 c'est de faire diligence4 ,or1 un homme de cette humeur trouve peu d'objets sur sa route dignes de le dtourner1 et il ne s'arrte gure4--,c'est ce qui fit que je passai tout au travers de ,saint-,denis1 sans retourner seulement la tte du ct de l'abbaye4--,tous les diamans que l'on y montre sont faux4 ,ce trsor si vant n'est rempli que d'oripeaux ridicules3 et je ne donnerois pas trois sous de tout ce qu'il renferme1 si ce n'est de la lanterne de ,judas4--,encore est-ce1 parce qu'il fait nuit1 et qu'elle pourroit m'clairer en entrant ,paris4 ,,chapitre ,,iii4 ,entre ,paris4 ,clic-clac--clic-clac--clic-clac4 ,voil donc ,paris1 dis-je1 en ouvrant de grands yeux6--,c'est-l ,paris6--diable6 ,paris1 m'criai-je1 rptant le nom une troisime fois6 ,la premire1 la plus belle1 la plus brillante444 ,les rues sont pourtant bien sales4-- ,mais je suppose qu'elles n'en sont pas moins belles4 ,clic-clac--clic-clac4--,quel train tu fais6 ,comme s'il importoit ces bonnes gens d'tre avertis qu'un homme ple et vtu de noir a l'honneur d'entrer ,paris1 vers les neuf heures du soir1 conduit par un postillon en veste bleue avec des revers de calemande rouge6--,clic-clac--clic-clac4--,je voudrois que ton fouet444 ,mais c'est le gnie de la nation3 ainsi claque1 claque ton aise4 ,ah6 personne ne cde le haut du pav6--,mais si le haut du pav est le plus sale1 ft-ce dans l'cole mme de la politesse1 comment en agiroit-on autrement8--,et je te prie1 quand allume-t-on les lanternes8--,quoi6 jamais dans les mois d't6--,ah6 c'est le temps des salades4 ,on veut pargner l'huile4 ,mais quelle barbarie6 ,comment ce fier cocher moustaches peut-il profrer de pareilles ordures contre ce cheval efflanqu qui ne sauroit se ranger6--,ne vois-tu pas1 l'ami1 que la rue est si misrablement troite1 qu'une brouette pourroit peine y tourner8--,oh6 dans la plus belle ville de l'univers1 il n'y auroit pas de mal que les rues fussent un peu plus larges1 et que l'on et de quoi s'y chapper de droite ou de gauche4 ,ciel6 que de boutiques de traiteurs6 ,que de boutiques de perruquiers6--,il semble que tous les cuisiniers et barbiers de la terre se soient donn rendez-vous ,paris4 ,les premiers auront dit3 les ,franois aiment la bonne chre1--ils sont gourmands2--allons ,paris3 nous y aurons un rang distingu4 ,et comme la perruque fait l'homme1 et que le perruquier fait la perruque1--,sandis6 ont dit les barbiers1 nous y serons encore mieux traits4--,nous aurons un rang au-dessus de vous4--,nous serons au moins capitouls4--,caddis6 nous porterons l'pe4 ,,chapitre ,,iv4 ,description de ,paris4 ,je ne sais si c'est la faute des ,franois ou la ntre1 s'ils s'expliquent mal1 ou si nous ne les comprenons pas bien4--,mais quand il nous disent que qui a vu ,paris a tout vu1 il m'est vident qu'ils se trompent4--,du moins1 s'ils entendent parler de ce qu'on voit la lueur des lanternes4--,car on ne voit rien4 ,en plein jour la chose est diffrente4 ,paris est perc de mille douze cents rues4--,quand vous les aurez toutes suivies1 quand vous aurez vu ses portes1 ses ponts1 ses places1 ses statues2 quand vous aurez visit ses quatre palais et toutes ses glises1 parmi lesquelles vous vous garderez d'oublier ,saint-,roch et ,saint-,sulpice1-- ,alors vous aurez vu444 ,mais que sert de vous le dire8 ,lisez-le vous-mme crit en ces mots sur le portique du ,louvre3 ,non orbis gentem1 non urbem gens habet ullam1 ,ulla parem4-- ,on peut le traduire ainsi pour l'intelligence du lecteur3 ,cette nation est unique parmi les nations2 ,cette ville est unique parmi les villes3 ,chanter et rire1--rire et mourir4-- ,il faut convenir que le ,franois a une manire joviale de traiter tout ce qui est grand4 ,,chapitre ,v4 ,dpart de ,paris4 ,en prononant le mot jovial1 comme j'ai fait la fin du dernier chapitre1 j'ai rveill en moi l'ide de ,splen4--,non par aucune analogie1 ni par aucun ordre chronologique ou gnalogique4--,je sais qu'il n'y a pas entre ces deux mots plus de rapport et de parent1 qu'entre le jour et la nuit1 ou entre toutes autres choses antipathiques de leur nature4--,mais de mme qu'un habile politique tche d'entretenir une heureuse harmonie parmi les hommes1 ainsi un habile crivain travaille rapprocher les mots les plus opposs1 pouvant tout moment se trouver dans le cas de les employer ensemble4 ,ainsi donc1 tout vnement1 aprs avoir parl de l'humeur joviale des ,franois1 j'cris ici en gros caractres3 ,,spl,,en4 ,en partant de ,chantilly1 j'ai dclar que le meilleur principe en voyageant toit de faire diligence2--mais ceci est purement une affaire d'opinion1 et je n'ai prtendu ramener personne mon sentiment4--,d'ailleurs1 l'exprience me manquoit alors1 et je ne savois pas tous les inconvniens qu'il y avoit aller si grand train4--,aujourd'hui j'abandonne mon systme1 et le laisse qui voudra le prendre4--,il a drang ma digestion1 et m'a valu une diarrhe bilieuse1 qui m'a ramen au triste tat d'o j'tois peine sorti4--,c'est pour le coup que je dcampe1 et que je me sauve sur les bords de la ,garonne4-- ,quant ces gens-ci1 leur gnie1-- leurs manires1-- leurs coutumes1 leurs lois1--leur religion1 leur gouvernement1--leurs manufactures1--leur commerce1--leurs finances1 leurs ressources et les ressorts cachs qui les font mouvoir1--quoique j'aie pass deux jours et trois nuits parmi eux1 quoique j'aie tudi et mdit cette matire avec toute l'attention dont je suis capable1--n'attendez pas que je vous en dise un seul mot4 --,allons1 allons6 ,il faut que je parte4--,la route est pave1--les postes sont courtes1 les jours sont longs1--il n'est pas plus de midi3--je serai ,fontainebleau avant le roi4-- ,mais1 ,monsieur1 est-ce que le roi va ,fontainebleau8--,non pas que je sache4 ,,chapitre ,,vi4 ,comment m'y prendre8 ,s'il existe dans le monde une plainte absurde et ridicule1 surtout dans la bouche d'un voyageur1 c'est celle que j'entends faire tous les jours1 que la poste ne va pas en ,france aussi vte qu'en ,angleterre3--tandis que1 tout bien considr1 elle y va beaucoup plus vte4--,en effet1 si l'on calcule la pesanteur des voitures franoises1 avec l'norme quantit des bagages dont on les charge dessus1 devant et derrire1--si l'on considre ensuite les petites haridelles qui les tranent1 et le peu que ces haridelles ont manger1--il y a de quoi s'tonner que l'on avance de quelques pas4 ,le traitement des chevaux en ,france est indigne d'un peuple chrtien1 et pour moi1 il m'est dmontr qu'un cheval de poste de ce pays-l ne seroit pas en tat de faire un pas1 sans la vertu toute-puissante de deux mots nergiques1 qu'on ne cesse de lui rpter avec une complaisance infatigable4--,il trouve dans ces deux mots autant de substance que dans un picotin d'avoine4--,enfin1 c'est une ressource prcieuse1 et une ressource qui ne cote rien4--,c'est pour cela mme1 que je meurs d'envie de l'apprendre au lecteur4 --,mais c'est ici la question4--,quand on donne une recette1 elle doit tre claire et intelligible2 autrement elle est inutile4 ,et cependant si je m'exprime trop au naturel1 je m'expose tre dchir belles dents dans le public1 par ceux mmes d'entre les gens d'glise qui pourroient en avoir ri entre leurs rideaux4 --,comment m'y prendre8--,c'est en vain que j'y songe4--,mon imagination ne me fournit rien4--,comment glisser sur la prononciation de deux mots si tranges8 ,comment les amener de manire ce que le lecteur n'en perde rien1 et de manire1 en mme-temps1 ce que l'oreille la plus dlicate n'en soit pas blesse8-- ,ma plume m'entrane1--mon encre me brle les doigts2--je vais essayer4 ,et ensuite444 ,ensuite6 je crains qu'il n'arrive pis4 ,je crains que l'encre ne brle le papier4 --,non4--,je n'oserai jamais4-- ,mais si vous dsirez de savoir comment l'abbesse des ,andouillettes et une novice de son couvent se tirrent d'affaire en semblable rencontre1--promettez-moi seulement un peu d'indulgence1 et je vous la raconterai sans le moindre scrupule4 ,,chapitre ,,vii4 ,histoire de l'abbesse des ,andouillettes4 ,l'abbesse des ,andouillettes1 dont le couvent est situ dans ces montagnes qui sparent la ,bourgogne de la ,savoie1 comme on peut le voir dans les nouvelles cartes de l'acadmie des sciences de ,paris1--l'abbesse des ,andouillettes se trouvoit en danger d'un anchylose au genou1 la sinovie s'en tant dessche par son assiduit de trop longues matines4 ,vainement elle avoit tent tous les remdes4--,premirement des prires et des actions de graces ,dieu4--,puis des neuvaines1 d'abord tous les saints indistinctement1 ensuite chaque saint dont le genou avoit t anchylos avant le sien4--,les neuvaines n'oprant pas1 elle avoit eu recours toutes les reliques du couvent1 et principalement l'os de la cuisse du boiteux de ,lystra4--,on appliquoit tour tour chaque relique sur le mal2 on passoit dessus le rosaire en croix1 et enveloppoit le tout avec le voile de madame1 qui se mettoit au lit dans ce saint appareil4 ,enfin1 lasse de tant d'essais inutiles1 madame s'toit livr au bras sculier4--,il falloit voir combien d'huiles et de graisses mollientes1--combien de fomentations adoucissantes et rsolutives1--combien de frictions anodines6--,tantt des cataplasmes de mauve1 de guimauve et de bonhenry1 auxquels on ajoutoit des oignons de lys et du sngr2--tantt la vapeur de certains bois1 dont on dirigeoit la fume sur la cuisse de madame1 qui tenoit dessus son scapulaire en croix2--tantt enfin des dcoctions de chicore sauvage1 de cresson d'eau1 de cerfeuil1 de cochlaria et de myrrhe4-- ,mais tous les remdes furent sans effet1 et la facult dcida enfin que l'on essayeroit des eaux thermales de ,bourbon4--,on obtint au pralable du rvrend pre visiteur les permissions ncessaires1 et tout fut ordonn pour le voyage4 ,marguerite1 novice d'environ dix-sept ans1 qui1 pour avoir tremp son doigt trop frquemment dans les cataplasmes bouillans de madame l'abbesse1 avoit gagn un mal d'aventure1 ,marguerite1 dis-je1 avoit inspir tant d'intrt que1 sans s'inquiter d'une vieille religieuse perdue de sciatique1 et que les bains de ,bourbon auroient peut-tre gurie radicalement1 la petite novice fut choisie pour compagne de voyage4 ,une vieille calche1 double de velours d',utrecht verd1 et appartenant madame l'abbesse1 revit le soleil aprs vingt ans d'obscurit4--,le jardinier du couvent fut cr muletier1 et fit sortir les deux vieilles mules pour leur rogner les crins de la queue4--,deux surs converses s'employrent l'une reprendre les trous de la doublure1 l'autre recoudre les bords du galon jaune que la dent du temps avoit rongs4--,le garon jardinier repassa le chapeau du muletier dans de la lie de vin chaud2--et un tailleur vers dans le plein-chant1 s'assit sous un auvent1 en face de l'abbaye1 pour assortir quatre douzaines de sonnettes pour les harnois1 sifflant un air chaque sonnette1 mesure qu'il l'attachoit avec une courroie4 ,le marchal et le charron des ,andouillettes tinrent conseil sur les roues1 et ds le lendemain sept heures du matin1 tout fut rpar1 tout se trouva prt1 et fut rendu la porte du couvent4--,deux files de malheureux y toient rassembles une heure auparavant4 ,l'abbesse des ,andouillettes1 soutenue par ,marguerite1 sa novice1 s'avana lentement vers la calche1 toutes deux vtues en blanc1 avec leurs rosaires noirs pendant sur leur poitrine4 ,il y avoit dans ce contraste de couleurs1 je ne sais quoi de modeste et de solemnel4 ,elles montrent dans la calche4--,les religieuses1 dans le mme uniforme 7doux emblme de l'innocence67 se tinrent leurs fentres1 et quand l'abbesse et ,marguerite levrent les yeux sur elles1 chacune1 la pauvre religieuse la sciatique excepte1--chacune relevant le bout de son voile avec sa main de lys1 envoya le dernier baiser et le dernier adieu4--,la bonne abbesse et ,marguerite croisrent saintement leurs mains sur leur poitrine1--levrent les yeux au ciel1--les portrent sur les religieuses1--et ce double regard vouloit dire3 ,dieu vous bnisse1 mes chres surs6 ,je dclare que cette histoire m'intresse4--,j'aurois voulu tre l4-- ,le jardinier1 que dsormais j'appellerai muletier1 toit un bon compagnon trapu1 carr1 de joyeuse humeur1 aimant jaser1 et surtout boire4--,les pourquoi et les comment de la vie ne le troubloient nullement4--,il avoit sacrifi un mois de ses gages pour se procurer une outre1 ou tonneau de cuir qu'il avoit rempli du meilleur vin de l'endroit1 plac derrire la calche1 et couvert d'une grosse casaque brune1 pour le garantir du soleil4 ,le fouet rsonne1--les mules s'branlent1--on part1--on est parti4-- ,il faisoit chaud4--,le muletier qui ne craignoit pas de se fatiguer1 alloit et venoit sans cesse autour de la voiture1 rarement sur sa mule1 et presque toujours pied4--,il avoit combattre l'occasion et le penchant4--,il n'en falloit pas tant pour le faire succomber4--,bref1 il tomba si souvent sur l'arrire-garde des quipages1 il fit tant d'alles et de venues1 qu'avant la moiti de la journe tout le vin de l'outre s'toit enfui1 sans qu'il s'en ft perdu une seule goutte4 ,l'homme est un animal d'habitude4--,il avoit fait tout le jour une chaleur touffante2--la soire toit dlicieuse1--le vin du pays excellent4 ,le cteau de ,bourgogne qui le produisoit toit escarp4--,au pied de ce cteau1 la porte d'une cabane frache1 pendoit un petit bouchon sduisant1 dont la vue rveilloit le dsir4--,a travers le feuillage murmuroit un doux bruit qui sembloit dire3 ,venez1 venez beau muletier4 ,muletier altr1 entrez ici4 ,le muletier toit enfant d',adam4 ,ce seul mot le dsigne assez4--,il donna un bon coup de fouet chacune de ses mules1 en regardant l'abbesse et ,marguerite1 comme pour leur dire me voil4--,il donna un second coup de fouet1 comme pour dire ses mules allez toujours4--,et s'chappant par derrire1 il se glissa dans le cabaret qui toit au pied de la montagne4 ,le muletier1 tel que je l'ai dpeint1 toit un bon vivant1 sans soucis1 sans affaires1 songeant peu au lendemain1 et ne se souciant gure de ce qui avoit t avant lui1 ou de ce qui seroit aprs4--,pourvu qu'il et avec du vin1 un visage qui parler1 il toit content4--,il entra aussi-tt en conversation2 et tout en buvant chopine1 il se mit raconter l'aubergiste comme quoi il toit jardinier en chef du couvent des ,andouillettes1 etc4--et comment1 par amiti pour madame l'abbesse et pour mademoiselle ,marguerite1 laquelle n'toit encore qu' son noviciat1 il les avoit amenes depuis les frontires de la ,savoie4--,comment madame avoit gagn une enflure au genou par l'excs de sa dvotion2--et comment1 lui jardinier1 avoit fourni une lgion d'herbes pour adoucir cette tumeur2 mais le tout en vain2--et que1 si les eaux de ,bourbon ne gurissoient pas cette jambe1 madame pourroit bien boiter de l'autre avant qu'il ft peu4-- ,tandis que le muletier brochoit ainsi son histoire1 il en oublioit l'hrone1--et avec elle1 la petite novice1--et avec la novice1 les deux mules2 ce qui toit pis que tout le reste4 ,or1 les mules sont des animaux qui n'ont pas t assez bien traits par leurs parens1 pour se croire tenues la reconnoissance envers le public4--,prives d'une facult commune aux hommes1 aux femmes et aux autres btes1 ne pouvant s'acquitter envers la nature1 ni se rendre utiles aux gnrations venir1--elles servent la gnration prsente du pis qu'elles peuvent2 allant1 venant1 tranant1 montant1 descendant1 plus souvent leur fantaisie qu' celle de leur conducteur4--,c'est ce que les philosophes et les moralistes n'ont jamais bien considr2 et comment le pauvre muletier1 du fond de son cabaret1 s'en seroit-il dout8--,il n'y songea pas le moins du monde4--,mais il est temps que nous y songions pour lui4 ,laissons-le donc au milieu de son lment1 le plus heureux et le plus insouciant des mortels2 et occupons-nous un moment des mules1 de l'abbesse et de la douce ,marguerite4 ,par la vertu des deux derniers coups de fouet1 les deux mules suivant tranquillement leur chemin1 avoient -peu-prs atteint la moiti de la montagne1 quand la plus ge1 qui toit maligne comme un vieux diable1 jetant un coup-d'il par derrire au bout d'un angle1 n'aperut point de muletier4 ,par ma figue1 dit-elle en jurant1 je n'irai pas plus loin4--,et si je fais un pas de plus1 dit l'autre1 je consens qu'il fasse un tambour de ma peau4-- ,les deux mules s'arrtrent d'un commun accord4-- ,,chapitre ,,viii4 ,suite de l'histoire de l'abbesse des ,andouillettes4 ,allons1 allons1 dit l'abbesse4--,hue6 hue6 cria ,marguerite4-- ,k't--,k't--,k't--dit l'abbesse4-- ,dia-hue6--,dia-hue6 dit ,marguerite1 avanant ses douces lvres1 et les ramassant en plis comme une bourse4-- ,pan-pan-pan6 s'cria l'abbesse des ,andouillettes1 en frappant du bout de sa canne pomme d'or contre le fond de la calche4-- ,la vieille mule fit un pet4 ,,chapitre ,,ix4 ,suite de l',histoire de l',abbesse des ,andouillettes4 ,nous sommes perdues1 mon enfant1 dit l'abbesse ,marguerite4--,nous passerons la nuit ici4--,nous serons voles4--,nous serons violes4-- ,oh6 dit ,marguerite1 il est trs-sr que nous serons violes4-- ,sainte ,marie1 s'cria l'abbesse1 7sans ajouter l'interjection 17 eh6 qu'toit-ce qu'un anchylose6 ,pourquoi ai-je quitt le couvent des ,andouillettes8--,vierge sainte1 pourquoi n'as-tu pas permis que ta servante descendt impollue dans la tombe8-- ,o mon doigt1 mon doigt6 s'cria ,marguerite1 prenant feu au mot de servante6--,pourquoi ne me suis-je pas contente de le fourrer ici et l1 et enfin par tout ailleurs que dans ce dfil8-- ,dfil1 mon enfant1 s'cria l'abbesse6-- ,dfil1 ma chre mre1 dit la novice4-- ,la frayeur leur avoit tourn la tte4 ,l'une ne savoit ce qu'elle disoit1 ni l'autre ce qu'elle rpondoit4 ,o ma virginit1 ma virginit1 s'crioit l'abbesse6-- ,virginit--ginit1 disoit la novice en sanglottant4-- ,,chapitre ,x4 ,suite de l',histoire de l',abbesse des ,andouillettes4 ,ma chre mre1 dit enfin la novice revenant un peu elle1--on m'a parl de deux certains mots1 qui sont d'une nergie toute puissante4 ,par leur vertu1 il n'est point de cheval1 d'ne1 ni de mulet1 qui1 bon gr1 malgr1 n'escalade la plus haute montagne4 ,quelque rtif1 quelque obstin qu'il soit1 peine les a-t-il entendus1 qu'il obit4--,ce sont des mots magiques1 s'cria l'abbesse saisie d'horreur4--,non1 dit froidement ,marguerite2 mais ce sont des mots que l'on ne sauroit prononcer sans pch4--,quels sont-ils1 dit l'abbesse en l'interrompant8--,ils sont criminels au plus haut degr1 rpondit ,marguerite2 ce sont des pchs mortels3--si nous sommes violes1 et que nous mourions sans avoir reu l'absolution de ces deux vilains mots1 c'est fait de nous4--,mais1 dit l'abbesse des ,andouillettes1 ne pouvez-vous me les dire8--,oh6 ma chre mre1 dit la novice1 il est impossible de les prononcer4--,il y auroit de quoi faire monter au visage tout le sang que l'on auroit dans le corps4--,mais au moins1 dit l'abbesse1 vous pouvez bien me les glisser dans l'oreille4-- ,dieu tout-puissant6 n'as-tu pas quelque ange gardien que tu puisses envoyer dans ce cabaret au bas de la montagne8 ,tous tes esprits gnreux et bienfaisans sont-ils occups8 ,n'est-il dans la nature aucun agent que tu puisses employer8 aucun frisson qui1 se glissant le long de l'artre qui le conduiroit au cur1 iroit rveiller le muletier qui s'oublie au milieu des pots8--,nul doux instrument ne lui rappellera-t-il l'ide de l'abbesse1 de ,marguerite1 et de leurs rosaires noirs8-- ,eveille1 veille-toi1 muletier6--,mais il est trop tard2 les horribles mots sont prononcs4 ,jeune et belle lectrice1 vous brlez de les apprendre6--,mais comment oserai-je vous les dire8--,o vous6 muse chaste1 qui savez parler de toutes les choses existantes sans souiller vos lvres1 instruisez-moi1 secourez-moi4 ,,chapitre ,,xi4 ,fin de l',histoire de l',abbesse des ,andouillettes4 ,tous les pchs quelconques1 dit l'abbesse1 7devenue casuiste par la dtresse o elle se trouvoit7--tous les pchs1 ma chre fille1 sont partags en deux classes2 mortels et vniels4--,telle est la division tablie par le saint directeur de notre couvent2 et il n'y en a pas d'autre4--,or1 un pch vniel tant dj par lui-mme le plus lger et le moindre de tous1--il est certain que si vous le sparez en deux1 prenant une moiti et laissant l'autre1--ou si vous le partagez l'amiable entre une autre personne et vous1--ce pch1 qui toit dj peu de chose1 se rduira bientt rien4 ,or1 je ne vois aucun pch dire bou cent fois1 mille fois de suite2 de mme qu'il n'y a rien de malhonnte prononcer la seconde syllabe isole1 ft-ce depuis les matines jusqu'aux vpres4--,ainsi1 ma chre fille1 continua l'abbesse des ,andouillettes1 je dirai bou1 tu me rpondras1 je reprendrai2 et ainsi de suite alternativement4--,et comme il n'y a pas plus de mal dire fou qu' dire bou1--tu entonneras fou1 et moi j'acheverai le mot en guise de rpons1 comme aux versets de nos complies4----,l'abbesse toussa1 donna le ton1 ,marguerite suivit2 et il en rsulta le plus trange duo dont les fastes monastiques aient jamais fait mention4 ,bou--bou--bou--bou1 disoit l'abbesse4-- ,il n'est personne un peu instruite qui ne sache ce que rpondoit ,marguerite4 ,fou--fou--fou--fou1 disoit ,marguerite4-- ,je lis dans vos yeux1 mademoiselle1 qu'au besoin vous auriez pu achever le mot pour l'abbesse4 ,a peine l'abbesse et ,marguerite eurent-elles commenc leur psalmodie1 que les deux mules1 croyant reconnotre une musique qui leur toit familire1 remurent la queue1 mais sans avancer d'un pas4--,la recette opre1 dit la novice4--,il faut recommencer1 dit l'abbesse2--et le duo reprit444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 --,l'abbesse--b--b--b--b-- --,marguerite g--g--g--g-- ,plus vte1 dit ,marguerite4 --,marguerite--f--f--f--f4 --,l'abbesse--t--t--t--t4 ,plus vte encore1 dit ,marguerite2--f-f-f-f-f4 --,l',abbesse--t-t-t-t-t4 ,encore plus vte1--prestissim1 ma chre mre444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,o ciel6 je n'en puis plus1 dit l'abbesse toute essouffle4 ,le ,seigneur ait piti de nous6--les maudites btes ne nous entendent pas1 dit ,marguerite en soupirant4--,mais le diable nous a entendues1 dit l'abbesse des ,andouillettes4 ,,chapitre ,,xii4 ,ballet4 ,bon ,dieu6 quelle tendue de pays j'ai parcourue6 de combien de degrs je me suis rapproch d'un soleil plus chaud6--que de belles villes j'ai traverses1--pendant le temps1 madame1 que vous avez mis lire et commenter cette histoire6 ,j'ai vu ,fontainebleau1 ,sens1 ,joigny1 ,auxerre2--et ,dijon1 capitale de la ,bourgogne1 et ,chlons sur ,sane2 et ,mcon1 capitale du ,mconais1 et peut-tre vingt autres villes et villages qui se trouvent sur la route de ,paris ,lyon2--mais je ne suis plus en tat de vous en parler1 que des villes de la lune4--,ainsi1 quelque chose que je fasse1 voil un chapitre1 et peut-tre deux entirement perdus4 --,sans mentir1 ,tristram1 votre histoire des ,andouillettes est originale4-- ,ajoutez1 madame1 qu'elle a distrait votre attention pour ce qui va suivre4--,si c'et t quelque pieuse mditation sur la croix1--quelque trait sur la paix1 l'humilit1 la religion chrtienne1--si j'avois crit sur le mpris des choses terrestres1 sur l'aliment cleste de l'ame1 ce pain des lus et des sages1 cette saintet1 cette contemplation1 dont l'esprit de l'homme1 une fois spar de son corps1 doit se nourrir jamais2--je conois1 madame1 que vous m'auriez vu finir1 avec plus de plaisir1 et recommencer avec plus d'intrt4 ,au lieu que cette abbesse444 ,je voudrois n'en avoir jamais parl4--,mais le mal est fait2 et comme je n'efface jamais rien1 voyons si je trouverai quelque expdient pour vous ter cette ide de la tte444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 --,avec votre permission1 madame1444 je crains que vous ne soyiez assise dessus4--,c'est mon bonnet et ma marotte que je cherche4-- ,votre marotte1 ,tristram6--il y a plus d'une heure que vous la tenez4-- ,oui6--en ce cas1 madame1 laissez-moi faire deux ou trois cabrioles1 danser la fricasse1 et chanter lanturlu2--et je reviens vous plus sage et plus pos que jamais4 ,,chapitre ,,xiii4 ,auxerre4 ,tout ce qu'il y a vous dire sur ,fontainebleau1 en cas que vous le demandiez1 c'est qu'il est situ au milieu d'une vaste fort1 quinze lieues au sud de ,paris4--,la ville a un certain air de grandeur2 le chteau est antique et noble4--,le roi a coutume d'y passer les automnes avec toute sa cour1 pour le plaisir de la chasse4 ,l1 tout ,anglois d'une certaine faon1 et surtout1 milord1 s'il est fait comme vous 7pourvu qu'il ait deux ou trois coureurs7 peut prendre sa part de ce divertissement1 avec la seule attention de ne pas courir plus vte que le roi4 ,il y a pourtant deux raisons pour que vous ne rptiez pas bien haut ce que je viens de vous dire4 ,l'une1 c'est que cela pourroit faire renchrir les chevaux de chasse en ,angleterre4-- ,l'autre1 c'est qu'il n'y a pas un mot de vrai4 ,continuons4-- ,a l'gard de ,sens1 on peut l'expdier en un seul mot3 ,c'est un sige archipiscopal4 ,quant ,joigny1 je crois que le moins que l'on puisse en dire est le mieux4 ,mais pour ,auxerre6--je pourrois en parler jusqu' demain4 ,je n'en finirois pas si je voulois4--,lorsque je fis mon grand tour de l',europe1 sous la conduite de mon pre1 qui ne voulut s'en fier qu' lui-mme pour m'accompagner1 et qui se fit suivre de mon oncle ,tobie1 de ,trim et d',obadiah1 et de presque toute la famille1 except de ma mre2--nous nous arrtmes ,auxerre deux jours entiers4--,mais1 monsieur1 pourquoi madame votre mre ne fut-elle pas du voyage8--,monsieur1 c'est qu'elle avoit entrepris de tricoter pour mon pre un grand pantalon de laine grise1 et qu'elle avoit cur d'achever sa tche4-- ,mon pre qui faisoit la sienne de tirer parti des choses les plus ingrates1 et qui trouvoit partout faire son profit1 m'en a laiss de reste dire sur ,auxerre4--,dans tous ses voyages1 mais principalement dans celui dont je parle1 il suivoit une route si diffrente de celles que tous les autres voyageurs avoient parcourues avant lui2--il voyoit les rois et les cours1 et toute leur magnificence1 sous un point de vue si original2--ses remarques sur les caractres1 les murs et les coutumes des pays que nous traversions1 toient si opposes celles de tous les autres hommes1 et particulirement celles de mon oncle ,tobie et du caporal1 pour ne rien dire des miennes1--les hasards et les accidens qui nous arrivoient1 ou que les systmes et son opinitret nous attiroient journellement1 toient d'un genre si vari1 si trange1 si tragi-comique2--en un mot1 l'ensemble de ses aventures et de ses rflexions1 forme un tout si diffrent de tout ce qu'on a jamais vu dans aucun rcit de voyageur1--que ce sera ma faute1 et uniquement ma faute1 si les voyages de mon pre ne sont pas lus et relus par tout voyageur et tout amateur de voyages1 tant qu'il y aura des voyages et des voyageurs4 ,mais ce riche ballot ne doit pas s'ouvrir encore4 ,je ne veux en tirer que ce qui m'est ncessaire pour dbrouiller le mystre de notre sjour ,auxerre4--,je vois l'impatience du lecteur1 et je m'empresse de la satisfaire4 --,frre ,tobie1 dit mon pre1 voulez-vous1 en attendant le dner1 que nous allions voir ces messieurs dont monsieur ,sguier a parl avec tant d'loge8--,j'irai voir qui vous voudrez1 dit mon oncle ,tobie1 dont la complaisance toit inpuisable4--,mais ces messieurs sont des momies1 reprit mon pre4--,est-il ncessaire de se raser1 dit mon oncle ,tobie8--,non1 parbleu6 frre1 s'cria mon pre1--au contraire1 une longue barbe nous donnera un air de famille tout--fait convenable4-- ,l-dessus nous nous mmes en marche1 mon oncle ,tobie1 appuy sur le caporal1 et formant l'arrire-garde1 et nous nous acheminmes vers l'abbaye de ,st4-,germain4 --,tout ce que nous voyons1 dit mon pre au sacristain1 qui toit un jeune frre de l'ordre de ,st4-,benot1 est vraiment trs-beau1 et trs-riche1 et trs-magnifique4--,mais ce n'est pas l le but de notre curiosit4 ,nous voudrions voir ces corps desquels monsieur ,sguier a donn au public une description si exacte4 ,le moine s'inclina1 et prenant dans la sacristie une torche consacre cet usage1 il nous conduisit au tombeau de ,st4-,hrhald4--,voici1 dit le sacristain1 en posant la main sur la tombe1--voici un prince clbre de la maison de ,bavire1 qui1 sous les rgnes successifs de ,charlemagne1 de ,louis le ,dbonnaire et de ,charles le ,chauve1 jouit d'une grande autorit dans le gouvernement4 ,il contribua1 plus que personne1 rtablir partout l'ordre et la discipline4--,il faut donc1 dit mon oncle ,tobie1 qu'il ait t aussi grand dans le champ de ,mars que dans le cabinet4 ,c'toit1 coup sr1 quelque preux et vaillant chevalier4--,c'toit un moine1 dit le sacristain4 ,mon oncle ,tobie et ,trim se regardrent pour chercher quelque consolation dans les yeux de l'un de l'autre2--ils n'en trouvrent point4--,mon pre frappa des deux mains sur ses cuisses2 c'toit son geste ordinaire quand il voyoit ou qu'il entendoit quelque chose de trs-plaisant4--,il ne pouvoit souffrir les moines1 ni tout ce qui y avoit rapport2 mais la rponse du sacristain portant plus -plomb sur mon oncle ,tobie et sur ,trim que sur lui1 ce fut pour lui un triomphe relatif qui le mit de la plus belle humeur du monde4 --,et comment1 je vous prie1 appelez-vous ce gentilhomme-ci1 demanda mon pre en riant8--,cette tombe1 dit le jeune bndictin1 en baissant les yeux1 contient les os de ,ste4-,maxime1 qui vint de ,ravenne exprs pour toucher le corps444--,de ,ste4-,maxime1 dit mon pre1 coupant la parole au sacristain6--,ce sont1 ajouta mon pre1 les deux plus grands saints de tout le martyrologe4--,excusez-moi1 dit le sacristain2--c'toit pour toucher les os de ,st4-,germain1 fondateur de l'abbaye4--,et qu'est-ce qu'elle gagna par-l1 dit mon oncle ,tobie8--,parbleu6 dit mon pre1 ce qu'une femme gagne ordinairement quand elle va en plerinage4--,elle gagna le martyre1 rpliqua le jeune bndictin1 en s'inclinant jusqu' terre1 et disant ce peu de mots d'un ton de voix -la-fois si modeste et si assur1 que mon pre en fut dsarm pour un moment4--,on croit1 continua le bndictin1 que ,ste4-,maxime repose dans cette tombe depuis quatre cents ans2 et il n'y en a que deux cents qu'elle est canonise4--,on est long-temps faire son chemin1 frre ,tobie1 dit mon pre1 dans cette arme de martyres4--,hlas6 dit ,trim6 dans quelque corps que ce soit1 quand un pauvre diable n'a pas le moyen d'acheter444 ,pauvre ,sainte-,maxime1 dit mon oncle ,tobie demi-voix1 en s'loignant de sa tombe6--,elle toit1 continua le sacristain1 une des plus belles et une des plus grandes dames de ,france et d',italie4--,mais qui diable est enterr-l1 ct d'elle1 dit mon pre1 montrant du bout de sa canne une grande tombe prs de laquelle il passoit8--,c'est ,st4-,prosper1 monsieur1 rpondit le sacristain4--,peste6 dit mon pre1 ,st4-,prosper est fort bien plac l4--,et quelle est l'histoire de ,st4-,prosper1 continua-t-il8--,st4-,prosper1 rpliqua le sacristain1 toit vque4--,par le ciel6 s'cria mon pre en l'interrompant1 je m'en doutois4--,st4-,prosper6 l'heureux nom6--,comment ,st4-,prosper et-il manqu d'tre vque ou cardinal8--,il tira son journal de sa poche1 le sacristain tenant sa torche pour l'clairer1 et il crivit ,st4-,prosper1 comme un nouvel appui son systme sur les noms de baptme4--,et j'oserai dire que1 vu le dsintressement qu'il apportoit dans la recherche de la vrit1 il auroit trouv un trsor dans le tombeau de ,st4-,prosper1 qu'il ne se seroit pas cru si riche4 ,c'toit la visite la plus heureuse1 la plus utile qu'on et jamais rendue la mort4 ,enfin1 mon pre fut si charm de sa dcouverte1 qu'il se dcida sur-le-champ passer un jour de plus ,auxerre4 ,je verrai demain le reste de ces bonnes gens1 dit mon pre1 comme nous traversions la place4--,et pendant ce temps-l1 frre ,shandy1 dit mon oncle ,tobie1 le caporal et moi nous visiterons les remparts4 ,,chapitre ,,xiv4 ,je ne sais plus o j'en suis4 ,me voici pour le coup dans un labyrinthe tout--fait inextricable4--,dans l'un 7c'est celui que j'cris maintenant7 j'en suis dehors depuis long-temps4--,dans l'autre 7c'est celui que je dois crire un jour7 je n'en suis pas encore tout--fait sorti4-- ,il y a en toutes choses un certain degr de perfection2 et en voulant aller au-del1 je me suis mis dans une situation o jamais voyageur ne s'est trouv avant moi4--,car en ce mme instant je suis sur la place d',auxerre1 avec mon pre et mon oncle ,tobie1 regagnant l'auberge et le dner4--,j'entre en mme-temps dans la ville de ,lyon1 avec ma chaise de poste rompue en mille pices2--et pour complter l'extravagance1 je me trouve 7toujours au mme instant7 sur les bords de la ,garonne1 dans un joli pavillon bti par ,pringello1 que monsieur ,salignac m'a prt1 et dans lequel j'cris cette rapsodie4 --,laissez-moi me recueillir un peu1 et reprendre ensuite le fil de mon voyage4 ,,chapitre ,,xv4 ,lyon4 ,aprs tout1 dis-je1 j'en suis bien aise2--c'toit au moment o j'entrois pied dans la ville de ,lyon1 suivant pas lents une charrette qui portoit ple-mle mon bagage et les dbris de ma chaise4--,oui1 continuai-je1 je suis charm qu'elle soit rompue1 et j'y vois un profit tout clair4--,il ne m'en cotera pas plus de sept francs pour descendre par eau jusqu' ,avignon1 ce qui m'avancera de quarante lieues3 l1 dis-je1 en continuant mon calcul conomique1 il me sera facile de louer deux mules1 ou mme deux nes si je l'aime mieux1 7d'autant que je ne suis connu de personne7--et je traverserai les plaines du ,languedoc presque pour rien4 ,il est clair que l'accident de ma chaise me vaudra au moins quatre cents livres1 et du plaisir6--du plaisir pour deux fois autant4--,avec quelle rapidit1 continuai-je1 en frappant des mains1 je vais descendre le ,rhne1 laissant le ,vivarais droite et le ,dauphin gauche6 la vtesse du fleuve me laissera voir peine les anciennes villes de ,vienne1 de ,valence et de ,viviers4 ,quelle nouvelle flamme ptillera dans mes esprits1 lorsque j'arracherai une grappe pourpre sur les cteaux de l',hermitage et de ,cte-rotie1 en passant au pied de ces vignobles6 et comme mon sang se trouvera rafrachi et ranim l'aspect de ces anciens chteaux1 sems sur les bords du ,rhne1--de ces chteaux fameux1 d'o partoient jadis de courtois chevaliers pour redresser les torts et protger la beaut6 quand je verrai ces gouffres1 ces rochers1 ces montagnes1 ces cataractes1 et tout ce desordre de la nature1 dont elle-mme s'entoure au milieu de ses plus beaux ouvrages6 ,a mesure que je faisois ces rflexions1 il me sembloit que ma chaise qui1 au moment de son naufrage1 avoit encore assez belle apparence1 diminuoit insensiblement de valeur4--,la peinture avoit perdu sa fracheur1 et la dorure son lustre2--et le tout ensemble me paroissoit si pauvre1 si mesquin1 si pitoyable1 en un mot si fort au dessous de la calche mme de l'abbesse des ,andouillettes1--que1 j'ouvrois dj la bouche pour donner ma chaise tous les diables444 quand un petit sellier qui traversoit la rue pas prcipits1 vint me demander d'un air effront3 ,si monsieur ne vouloit pas faire raccommoder sa chaise4 ,non parbleu1 dis-je d'un ton d'humeur4--,monsieur aimeroit peut-tre mieux la vendre4--,oh6 de tout mon cur1 lui dis-je2--il y a du fer pour quarante francs1 les glaces peuvent valoir autant1 et je vous donne le reste par-dessus le march4 ,que d'argent cette chaise m'aura rapport1 dis-je1 pendant qu'il me comptoit la somme6 ,c'est ma mthode ordinaire d'enregistrer les petits accidens de la vie2 je les estime un sou chacun1 de quelque nature qu'ils soient4 ,dis1 ma chre ,jenny1--dis ces messieurs comment je me suis conduit dans un accident de l'espce la plus accablante qui puisse arriver un homme aussi fier de son sexe que je le suis et qu'on doit l'tre4-- --,c'est assez1 me dis-tu1 en te rapprochant de moi1 tandis que je me tenois debout1 les yeux baisss1 mes jarretires la main1 et que je rflchissois sur l'vnement qui devoit avoir et qui n'avoit pas eu lieu4--,c'est assez1 ,tristram1 me dis-tu4--,j'ai vu ta bonne volont1 et je suis contente4-- --,un autre et voulu s'abymer dans les entrailles de la terre4-- ,a quelque chose malheur est bon1 rpliquai-je1 et l'on ne peut tirer parti de tout4 --,j'irai passer six semaines dans le pays de ,galles1 et j'y boirai du lait de chvre1 et mon accident me vaudra sept annes de vie4-- ,oh6 j'ai le plus grand tort de me plaindre de la fortune1 de lui reprocher ses rigueurs1 et cette foule de petits chagrins dont elle n'a cess de m'accabler6--,si j'ai quelque reproche fond lui faire1 c'est de ne m'avoir pas plus maltrait encore4 ,suivant ma manire de compter1 une vingtaine de malheurs bien conditionns m'auroient rapport plus qu'une pension de cent guines3--or cent guines ou -peu-prs1 c'est quoi se borne mon ambition4 ,je ne me soucie pas d'avoir payer les retenues d'une somme plus considrable4 ,,chapitre ,,xvi4 ,vexation4 ,pour ceux qui se connoissent en vexations1 et qui les appellent par leur nom1 il ne sauroit y en avoir une pire que de passer presque tout un jour ,lyon1 la ville de ,france la plus opulente1 la plus commerante1 la plus riche en restes prcieux de l'antiquit1--et ne pouvoir la visiter1--en tre empch par quelque cause que ce soit1 c'est dj une vexation2 mais en tre empch par une vexation1 c'est ce que tout philosophe appellera bon droit3 vexation sur vexation4 ,j'avois pris mes deux tasses de caf au lait1 7ce qui1 par parenthse1 est excellent pour la consomption2 mais il faut que le caf et le lait aient bouilli ensemble1--autrement ce n'est que du caf et du lait47--,il toit huit heures du matin1 le bateau ne partoit qu' midi1 et j'avois le temps de voir et de connotre ,lyon1 assez pour en fatiguer mon retour les oreilles de tous les amis que je puis avoir dans le monde4-- --,j'irai d'abord la cathdrale1 dis-je1 en regardant ma liste1 et je verrai le mcanisme merveilleux de la fameuse horloge de ,lippius de ,ble4-- ,il faut que j'avoue ici mon ignorance4 ,de toutes les choses du monde1 7desquelles il y a fort peu que je comprenne7 celle que je comprends le moins1 c'est la mcanique4--,mon esprit1 mon got1 mon imagination1 tout s'y refuse3 et mon cerveau est si entirement bouch pour tout ce qui y a rapport1 que je dclare solemnellement que je n'ai jamais pu concevoir le mcanisme d'une cage d'cureuil1 ni de la roue d'un gagne-petit1 quoique j'aie tudi l'une plusieurs reprises avec la plus grande attention1 et que je me sois tenu auprs de l'autre des heures entires avec une patience anglique4 --,n'importe1 dis-je1 je verrai le jeu surprenant de cette fameuse horloge1 et c'est par-l que je commencerai4 ,j'irai ensuite visiter la grande bibliothque des ,jsuites1 et je tcherai de voir1 s'il est possible1 les trente volumes de l',histoire de la ,chine1 crite1 7non en langue tartare7 mais en langue chinoise1 et avec des caractres chinois4 ,or1 j'entends tout aussi peu la langue chinoise que le mcanisme de la sonnerie de ,lippius2--et je laisse aux curieux expliquer pourquoi ces deux articles se trouvoient les premiers sur ma liste4--,c'est encore ici un des problmes de la nature1 une des bizarreries de cette dame capricieuse2--et ses vrais amateurs ont le mme intrt que moi en deviner la source4 ,quand nous aurons vu ces deux curiosits1 dis-je1 de manire tre entendu du valet de place qui se tenoit derrire moi1--il n'y aura pas de mal que nous allions l'glise de saint ,irne1 pour voir le pilier auquel ,jsus-,christ fut attach2--et nous verrons ensuite la maison o demeuroit ,ponce-,pilate4--,ces deux choses-ci1 dit le valet de place1 ne se voient qu' la ville voisine1-- ,vienne4--,tant mieux1 dis-je1 en me levant brusquement de ma chaise1 et me promenant dans ma chambre avec des enjambes deux fois plus grandes que mon pas ordinaire4--,je verrai d'autant plutt le tombeau des deux amans4-- ,je pourrois de mme laisser deviner aux curieux quelle fut la cause de ce mouvement prcipit1 et pourquoi je fis de grandes enjambes en prononant ces mots2 mais comme cela ne regarde en rien le mcanisme de la sonnerie1 il vaut autant pour le lecteur que je lui explique moi-mme4 ,,chapitre ,,xvii4 ,les deux amans4 ,oh6 il y a dans la vie de l'homme une poque charmante4--,c'est lorsque son cerveau tant encore tendre et flexible1 et toutes ses sensations promptes et faciles1--l'histoire de deux amans passionns1 spars l'un de l'autre par de cruels parens1 et par une destine plus cruelle encore444 ,paulin1 c'est l'amant2 ,pauline1 c'est son amante3 ,chacun ignorant le sort de l'autre444 ,lui-- l'est2--l'autre-- l'ouest4-- ,paulin fait esclave par les ,turcs1 et men la cour de l'empereur de ,maroc1 o la princesse de ,maroc devenant perdument amoureuse de lui1 le retient vingt ans en prison1 ne pouvant vaincre sa constance pour ,pauline4-- ,elle1 7,pauline7 pendant tout ce temps errant pieds nuds1 les cheveux pars1 sur les rochers et les montagnes pour chercher son amant3--,paulin6 cher ,paulin6--,et faisant redire son nom aux chos des collines et des valles3--,paulin6--,paulin6 ,noye dans les larmes1 abyme dans le dsespoir1--assise la porte de chaque ville1 de chaque village3--,mon cher amant1 mon cher ,paulin a-t-il pass l8 ,personne n'a-t-il vu mon cher ,paulin8 ,et parcourant ainsi tout ce vaste univers3 jusqu' ce qu'enfin un hasard inespr les ramenant tous deux1 quoique par diffrens cts1 au mme instant de la nuit1 une des portes de ,lyon1 leur patrie commune1 et chacun d'eux s'criant -la-fois avec un accent trop bien connu3 ,mon cher ,paulin1--ma chre ,pauline1--vit-il1 vit-elle--encore8 ,ils se reconnoissent sans se voir1 ils volent dans les bras l'un de l'autre1 et meurent de joie en s'embrassant4 --,il y a1 dis-je1 une poque charmante dans la vie de tout homme sensible4--,c'est quand une pareille histoire lui plait1 le touche1 l'intresse davantage1 que tous les rogatons1 bribes et fragmens de l'antiquit1 qu'il rencontre en foule chez tous les voyageurs4 ,c'toit tout ce qui m'avoit frapp en lisant les dtails que ,spon et les autres nous ont laisss sur la ville de ,lyon4 ,mais ce qui acheva de me charmer1 fut ce que je trouvai depuis dans un autre voyageur1 7,dieu sait lequel7 qui rapporte qu'un tombeau fut rig la fidlit de ,paulin et de ,pauline2 et plac prs de cette mme porte qu'ils avoient consacre par leur mort touchante4--,et sur ce tombeau1 ajoute l'auteur1 les amans vont encore aujourd'hui voquer leurs ombres1 et les prendre tmoin de leurs sermens4-- ,je doute qu'en aucun temps de ma vie j'eusse pu me soumettre un tel genre d'preuves2--mais ce tombeau des amans revenoit sans cesse mon imagination4 ,je ne pouvois parler de ,lyon1 ou seulement y penser1--que dis-je8 je ne pouvois voir une toffe de ,lyon1 sans que ce prcieux monument de fidlit antique me revnt l'ide4--,et j'ai souvent dit dans ma manire libre de m'exprimer 7peut-tre mme avec quelque irrvrence7 que ce tombeau1 tout nglig qu'il toit1 me sembloit d'un aussi grand prix que celui de la ,mecque1 et mme que la ,santa ,casa de ,lorette1 la richesse prs4--,je m'tois mme promis1 quoique je n'eusse aucune affaire ,lyon1 de ne pas mourir sans avoir fait le plerinage4-- ,ainsi1 quoique sur la liste des choses que j'avois voir ,lyon1 cet article ft le dernier2 on peut voir qu'il n'toit pas le moins intressant pour moi4 ,en ruminant ce projet dans ma tte1 je fis donc dans ma chambre une douzaine ou deux d'enjambes plus longues que de coutume2 je descendis ensuite froidement dans la cour1 dans le dessein de sortir3--,incertain si je retournerois mon auberge1 je demandai ma carte l'hte1 je le payai2 je donnai1 de plus1 dix sous la fille2 et je recevois les derniers complimens de monsieur le ,blanc1 qui me souhaitoit un heureux voyage1 quand je fus arrt la porte4-- ,,chapitre ,,xviii4 ,l',ane4 ,c'toit un pauvre ne avec de grands paniers sur le dos1 qui ramassoit1 comme par charit1 des feuilles de raves et des trognons de choux4--,il toit indcis1--ses deux pieds de devant sur le seuil1 et moiti engags dans la porte1--ses deux pieds de derrire dans la rue2--et ne sachant pas bien s'il entreroit ou non4 ,illustration ,or1 un ne est pour moi une espce d'animal sacr4 ,quelque press que je sois1 il m'est impossible de le frapper4 ,la patience avec laquelle il endure les mauvais traitemens1 est crite d'une manire si naturelle sur sa physionomie et dans tout son maintien6 elle plaide si puissamment pour lui6--qu'elle me dsarme toujours1 tellement que je ne saurois mme lui parler brutalement4 ,au contraire1--quelque part que je le rencontre1 la ville ou la campagne1 la charrette ou sous des paniers1 en esclavage ou en libert1 j'ai toujours quelque chose d'honnte lui dire3--et comme un mot en amne un autre1 s'il est aussi dsuvr que moi1 j'entre en conversation avec lui4 ,srement mon imagination n'est jamais plus srieusement occupe que lorsqu'elle m'aide traduire ses rponses d'aprs sa contenance4 ,et si sa contenance ne s'explique pas assez clairement1 je descends au fond de mon cur et ensuite au fond du sien1 pour y trouver ce que1 suivant l'occasion1 il est naturel1 soit un homme1 soit un ne de penser4 --,de toutes les espces qui sont au-dessous de moi1 c'est1 en vrit1 la seule avec laquelle je puisse converser ainsi4 ,quant aux perroquets et aux autres oiseaux jaseurs1 je n'ai jamais un mot leur dire3 non plus qu'aux singes1 et par la mme raison4--,les uns parlent1 les autres agissent par routine2 et tous me rendent galement silencieux4 ,bien plus6 mon chien et mon chat444 je les aime beaucoup1 et mon chien1 surtout1 qui est au dsespoir de ne pouvoir parler4--,mais quelle qu'en soit la raison1 il est certain que ni l'un ni l'autre ne possdent le talent de la conversation4--,la mienne avec eux1 7de mme que celles de mon pre avec ma mre dans ses lits de justice17 ne sauroit aller plus loin qu'une demande1 une rponse et une rplique2 une fois ces trois choses dites1 le dialogue finit4-- ,mais avec un ne6 je causerois toute ma vie4 ,viens1 honnte animal1 lui dis-je1 voyant qu'il m'toit impossible de passer entre la porte et lui1--veux-tu entrer8 ou veux-tu sortir8-- ,l'ne courba son cou1 et tourna la tte du ct de la rue4-- ,eh6 bien1 rpliquai-je1 nous attendrons ton matre une minute4 ,il ramena sa tte d'un air pensif1 et regarda fixement de l'autre ct4-- ,je t'entends parfaitement1 rpondis-je1--si tu fais un seul pas mal--propos1 tu seras battu impitoyablement4 ,aprs tout1 une minute n'est qu'une minute1 et elle ne sera pas perdue1 si elle me sert viter la bastonade un de mes frres4-- ,pendant cette conversation il mangeoit une tige d'artichaut1 et se trouvant press entre son apptit d'une part1 et l'amertume de la plante de l'autre1 il l'avoit laiss tomber six fois de sa bouche1 et six fois il l'avoit ramasse4--,dieu te soit en aide1 pauvre animal1 dis-je6 tu fais l un djener bien amer6 et le travail rend tous tes jours amers1 et bien amre1 je crois1 est ta rcompense6--,chacun mne la vie qu'il peut2 mais dans la tienne1 tout444 tout est amertume4--,ta bouche en ce moment doit tre amre comme la suie444 7il avoit enfin rejet sa tige d'artichaut47 ,et dans le monde entier1 peut-tre1 tu n'as pas un ami qui te donne un macaron6 ,disant cela1 je tirai de ma poche un cornet de macarons que je venois d'acheter1 et je lui en donnai un4--,mais en ce moment o je me rappelle cette action1 mon cur me reproche qu'elle partoit plutt de l'ide plaisante que je me faisois de voir comment un ne s'y prendroit pour manger un macaron1 que d'un vritable principe de bienveillance4 ,quand l'ne eut mang son macaron1 je le pressai d'entrer4--,le pauvre animal toit horriblement charg2 ses jambes sembloient trembler sous lui2--il rsistoit et portoit son poids en arrire4--,je le tirai par son licol1--le licol se cassa dans ma main4--,l'ne me regarda d'un air inquiet3--,au nom du ciel ne me frappez pas6 cependant444 si vous le voulez1444 vous le pouvez4--,moi6 te frapper1 dis-je1 j'aimerois mieux tre damn4 ,le mot n'toit encore prononc qu' moiti1 comme avoit t celui de l'abbesse des ,andouillettes2--ainsi le pch n'toit pas consomm1 quand un homme qui vouloit entrer fit pleuvoir une grle de coups sur la croupe de la pauvre bte1 ce qui mit fin la crmonie4 ,au diable1 m'criai-je6 ,l'ne se prcipita pour entrer2 et dans la violence de son mouvement1 il me froissa rudement contre la muraille1 tandis qu'un bout d'osier qui dpassoit le tissu de son panier accrocha la poche de ma culotte1 et la dchira dans la direction la plus dsastreuse que vous puissiez imaginer4-- ,au diable1 avois-je dit6 --,je ne m'adressois point l'ne1--et pourtant ce fut peut-tre ce qui le fit entrer2--peut-tre aussi fut-ce les coups de bton4--,c'est un point qui n'a pas t clairci1 et que je laisse dcider messieurs de la socit royale4--,et j'ai rapport mes culottes tout exprs pour les en faire juges4 ,,chapitre ,,xix4 ,le ,commis4 ,quand tout fut rpar1 je descendis une fois dans la cour avec mon valet de place1 dans le dessein de sortir pour aller visiter le tombeau des deux amans et le reste4--,mais je fus encore arrt la porte1 non par l'ne1 mais par celui qui l'avoit battu1 et qui par une suite naturelle de sa victoire1 s'toit empar du champ de bataille4-- ,c'toit un commis de la poste qui venoit me demander six livres et quelques sous4-- ,et propos de quoi1 lui dis-je8--,c'est de la part du roi1 me dit le commis1 en levant les paules4-- ,mon bon ami1 lui dis-je1 tout comme je suis moi1--et que vous tes vous444-- ,eh6 qui tes-vous1 me dit-il8--,que vous importe1 lui dis-je8 ,,chapitre ,,xx4 ,grande dispute4 ,qui que je sois1 continuai-je1 en m'adressant au commis1 il est trs-indubitable que je ne dois rien au roi de ,france1--si ce n'est bienveillance et respect4--,c'est un trs-honnte homme1 et je lui souhaite toute sorte de joie et de sant4-- ,pardonnez-moi1 reprit le commis1 vous lui devez six livres quatre sous1 pour la prochaine poste d'ici ,saint-,fons1 sur la route d',avignon o vous allez2 laquelle tant une poste royale1 vous payez double1 tant pour les chevaux que pour le postillon3 autrement vous en auriez t quitte pour trois livres deux sous4-- ,mais1 lui dis-je1 je ne vais point par terre4--,il ne tient qu' vous1 dit le commis4-- ,vous tes bien bon1 lui dis-je1 en faisant une profonde rvrence6 ,le commis me rendit ma rvrence avec toute la politesse et le srieux d'un homme bien lev4 ,jamais rvrence ne m'a autant dconcert4-- ,le diable emporte la gravit de ces gens-l1 dis-je part6--ils ne comprennent non plus l'ironie que444 ,la comparaison toit encore ct de nous avec ses paniers sur le dos4--,mais je n'aime pas dire des vrits trop dures4 ,au moment o je regardois l'ne1 sa bonhomie me rendit la mienne1 et arrta ma langue2--je n'achevai pas la comparaison4 --,monsieur1 dis-je aprs m'tre un peu recueilli1--mon intention n'est pas de prendre la poste4-- ,mais il ne tient qu' vous1 dit-il1 persistant dans sa premire rponse4--,personne ne s'oppose ce que vous preniez la poste4--,ma volont1 dis-je1 s'y oppose4-- ,eh bien6 celle du roi est que vous n'en payiez pas moins4-- ,bont du ciel1 m'criai-je6-- ,mais je voyage par eau1--je m'embarque sur le ,rhne midi1--mon bagage est dans le bateau1--je viens de payer neuf francs pour mon passage4-- ,c'est gal2 c'est tout un1 dit le commis4-- ,bon ,dieu6 quoi6 payer pour la route que je prends et pour celle que je ne prends pas6-- ,c'est gal1 rpondit le commis4-- ,c'est le diable1 dis-je4--,mais j'aime mieux tre enferm dans dix mille ,bastilles que de444 ,o ,angleterre1 ,angleterre1 m'criai-je1 en tombant genoux1 comme je commenois l'apostrophe6 tu es le pays de la libert et le climat du bon sens2 tu es la plus tendre des mres1 et la meilleure des nourrices6-- ,le directeur de la conscience de madame ,leblanc survenant en ce moment1 et voyant un homme vtu de noir1 aussi ple que la mort1 paroissant plus ple encore par le contraste de son habit1 et dans l'attitude d'un homme qui prie1 me demanda si je n'avois pas besoin des secours de l'glise4-- ,hlas1 dis-je6 j'ai besoin des secours de la justice1 et je vois bien que je ne les obtiendrai jamais avec cet homme-ci4 ,,chapitre ,,xxi4 ,la paix est faite4 ,voyant que le commis de la poste vouloit dcidment avoir ses six livres quatre sols1 tout ce qui me restoit faire toit de lui dire quelque chose d'assez piquant pour valoir -peu-prs mon argent4 ,voici donc comment je m'y pris4 ,dites-moi1 de grace1 monsieur le commis1 par quelle courtoisie1 et en vertu de quelle loi1 vous traitez un pauvre tranger sans dfense tout justement rebours d'un ,franois8-- ,j'en suis bien loign1 me dit-il4-- ,pardonnez-moi1 dis-je1 monsieur1 vous avez commenc par dchirer mes culottes1 et -prsent vous me demandez mes poches4--,au lieu que si vous aviez d'abord pris mes poches1 et que vous m'eussiez ensuite laiss aller sans culottes1 je n'aurois rien dire4-- ,mais la faon dont on me traite est contraire la loi de nature1--contraire la loi de raison1--contraire la loi de l'vangile4-- ,mais non pas contraire ceci1 dit-il1 en me prsentant un papier imprim4 ,,de ,,par ,,le ,,roi4 ,voil1 dis-je1 un prambule touchant6 ,et je me mis lire444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 444 ,j'entends1 dis-je1 aprs avoir parcouru sa pancarte2--c'est--dire1 qu'un homme qui part de ,paris en chaise de poste1 est oblig de voyager ainsi tout le reste de sa vie1 ou de payer l'amende4--,excusez-moi1 dit le commis2 ce n'est pas l l'esprit de l'ordonnance4 ,mais que si vous partez avec le projet d'aller en poste de ,paris ,avignon1 vous ne pouvez changer d'avis ni prendre une autre manire de voyager1 sans payer au pralable aux fermiers des postes plus loin que celle o le repentir vous prend1 et cela est fond1 continua-t-il1 sur ce qu'il ne faut pas que les revenus du roi souffrent de votre lgret4-- ,oh6 par le ciel1 m'criai-je6 si on taxe la lgret en ,france1 ce que j'ai de mieux faire c'est de conclure avec vous la meilleure paix que je pourrai4 ,et la paix fut ainsi faite4-- ,et si elle ne vaut rien1 comme c'est ,tristram ,shandy qui en a rdig les articles1 ,tristram ,shandy mrite seul d'tre pendu4 ,,chapitre ,,xxii4 ,tablettes perdues4 ,quoique je sentisse bien que tout ce que j'avois dit au commis pouvoit valoir ses six livres quatre sols1 j'tois pourtant dtermin faire note de cet impt sur mes tablettes avant que de quitter la place4--,ainsi1 je mis la main dans la poche de mon habit pour chercher mes tablettes4--,mon aventure peut servir d'avis aux voyageurs venir de prendre un peu plus garde aux leurs444 les miennes n'y toient plus4-- ,jamais aucun voyageur dsol n'a fait pour ses tablettes autant de train et de carillon que j'en fis pour les miennes4 --,ciel6 terre6 mer6 feu6 m'criai-je1 appelant tous les lmens mon secours1 on m'a vol mes tablettes6--que vais-je devenir8--,monsieur le commis1 de grace1 mes tablettes o toient mes remarques1 ne les ai-je pas laisses chapper tandis que nous causions ensemble8-- ,quant aux remarques1 dit-il1 vous en avez laiss chapper un bon nombre de fort extraordinaires4--,bon6 dis-je1 vous n'avez rien vu4--,il n'y en avoit que pour six livres quatre sous4--,mais les autres8--7il secoua la tte74 ,monsieur ,leblanc1 madame ,leblanc1--n'avez-vous pas vu mes papiers8--,la fille1 courez dans ma chambre4--,franois1 suivez-la4 ,il faut que j'aie mes tablettes4--,ce sont1 m'criai-je1 les tablettes les plus prcieuses1 les plus sages1 les plus ingnieuses4--,que faut-il que je fasse8--de quel ct dois-je tourner8-- ,sancho ,pana1 quand il perdit ses provisions et son ne1 ne s'affligea pas plus amrement4 ,,chapitre ,,xxiii4 ,elles sont trouves4 ,quand les premiers transports furent passs1 et que les registres de ma cervelle furent un peu revenus de l'horrible confusion o le choc de tant d'accidens runis les avoit jets1 il me revint en mmoire que j'avois laiss mes tablettes dans la poche de ma chaise2 et qu'en vendant ma chaise au sellier1 je lui avois aussi vendu mes tablettes4 99 99 99 99 99 --,ici je laisse trois lignes en blanc1 pour que le lecteur puisse y placer le jurement qui lui est le plus familier4 ,quant moi1 je pense que s'il m'est jamais chapp un jurement bien complet1 bien marqu1 ce fut en cette occasion4 9999999999999999996 m'criai-je1 ainsi donc1 mes remarques si pleines d'esprit1 et qui valoient quatre cents guines6 j'ai t les vendre un sellier pour quatre louis d'or6--et1 par le ciel6 je lui ai donn par-dessus le march une chaise qui en valoit six6--encore si c'et t quelque libraire clbre1 qui1 en quittant son commerce1 et eu besoin d'une chaise de poste1 ou qui1 en le commenant1 et eu besoin de mes remarques1 j'y aurois moins de regrets4--,mais un sellier6 ,franois1 m'criai-je1 mne-moi chez lui tout--l'heure4 ,franois mit son chapeau1 et marcha devant moi4 ,j'tai mon chapeau en passant devant le commis1 et je suivis ,franois4 ,,chapitre ,,xxiv4 ,papillotes4 ,quand nous arrivmes chez le sellier1 nous trouvmes sa maison ferme1 aussi bien que sa boutique4--,c'toit le huit septembre1 jour de la ,nativit de la bienheureuse vierge ,marie1 mre de ,dieu4 ,on avoit plant le mai1 et tout le monde y couroit2 toutes les musettes toient en l'air2--c'toit des sauts1--des cabrioles3--on dansoit1--on chantoit2--personne ne s'embarrassoit de moi ni de mes tablettes4--,je m'assis la porte sur un banc1 et je me mis philosopher sur le malheur de ma position4--,par un hasard plus heureux que je n'ai coutume d'en rencontrer1 il n'y avoit pas une demi-heure que j'attendois1 quand la matresse entra1 pour ter ses papillottes avant d'aller au mai4 ,il est bon que vous sachiez que les ,franoises aiment les mais la folie1444 presque autant que leurs petits chiens4 ,donnez-leur un mai1 n'importe en quel mois ce soit1--elles y courront1 elles y oublieront le boire1 le manger et le dormir4--,et si nous avions la politique1 en temps de guerre1 de leur envoyer une cargaison de mais1 7d'autant que le bois commence devenir rare en ,france7--les femmes les planteroient d'abord1 ensuite hommes et femmes se mettroient danser l'entour1 et laisseroient le pays notre discrtion4 ,la femme du sellier rentra1 comme je vous l'ai dit1 pour ter ses papillotes4--,la toilette est pour les dames la premire occupation de la vie4 ,tout en ouvrant la porte1 la femme du sellier ta sa coiffe1 et commena jetter ses papillotes3--une d'elles tomba mes pieds2--je reconnus mon criture4-- ,o dieux6 m'criai je1 madame1 vous avez toutes mes remarques sur la tte4--,j'en suis bien mortifie1 dit-elle4--,il est bien heureux pour elles1 pensai-je1 qu'elles se soient arrtes la superficie4 ,pour peu qu'elles eussent pntr plus avant1 elles auroient mis une caboche femelle1 et surtout franoise1 dans une telle confusion1 que mieux auroit fallu pour elle demeurer toute l'ternit sans tre frise4-- --,tenez1 dit-elle4--,et sans avoir la moindre ide de la nature de mes souffrances1 elle ta ses papillotes1 et les mit gravement l'une aprs l'autre dans mon chapeau4 ,l'une toit tortille d'une faon1 l'autre tortille de l'autre4--,et par ma foi1 dis-je1 si elles sont jamais publies1 on verra bien un autre tortillage4 ,,chapitre ,,xxv4 ,la colique4 ,allons voir l'horloge1 dis-je1 de l'air d'un homme que les difficults n'arrtent pas1--allons voir l',histoire de la ,chine et le reste4 ,rien ne sauroit prsent m'en empcher1--si ce n'est le temps1 dit ,franois2 car il est prs d'onze heures4--,il n'y a qu' marcher plus vte1 dis-je4 ,et nous prmes le chemin de la cathdrale4 ,dans la vrit de mon cur1 je ne puis dire que j'aie prouv la moindre peine1 quand un sacristain que je rencontrai sur la porte1 me dit que la fameuse horloge de ,lippius toit toute dtraque1 et qu'elle n'alloit plus depuis plusieurs annes4 ,j'en aurai plus de temps1 me dis-je moi-mme1 pour parcourir l',histoire de la ,chine2 et d'ailleurs1 je suis plus en tat de rendre compte de l'horloge depuis qu'elle ne va plus1 que si elle et t dans son tat florissant4 ,ainsi donc je m'acheminai au collge des ,jsuites4 ,il en est du projet que j'avois de voir cette ,histoire de la ,chine1 comme de beaucoup d'autres que je pourrois citer1 qui ne frappent l'imagination que de loin2 car mesure que je m'approchois de l'objet1 mon sang se rfroidissoit2 peu peu ma fantaisie passa1 tellement que je n'aurois pas donn une obole pour la satisfaire4--,la vrit toit1 qu'il me restoit peu de temps1 et que mon cur m'entranoit au tombeau des deux amans4--,je prie le ciel1 dis-je1 en saisissant le marteau pour frapper1 que la clef de la bibliothque ne se trouve point4 ,il en arriva autrement2 mais la chose revint au mme4 ,tous les ,jsuites avoient la colique1 et une colique telle qu'ils n'en sont pas encore guris4 ,,chapitre ,,xxvi4 ,le tombeau des amans4 ,je connoissois le tombeau des amans1 comme si j'eusse demeur vingt ans ,lyon4--,je savois qu'il falloit tourner main droite en sortant de la porte qui conduit au faubourg de ,vse4--,j'envoyai ,franois au bateau1 afin de pouvoir rendre l'hommage que j'avois si long-temps diffr sans tmoin de ma foiblesse4--,j'tois transport de joie pendant tout le chemin4 ,quand j'aperus la porte qui me droboit la vue du tombeau1 je sentis mon cur embrs4 ,tendres et fidles esprits1 m'criai-je1 en parlant ,paulin et ,pauline1--long-temps1--trop long-temps j'ai tard verser cette larme sur votre tombeau4--,je viens444 je viens444 ,quand je fus venu1 je ne trouvai point de tombeau sur lequel je pusse verser de larmes4 ,que n'aurois-je pas donn pour que mon oncle ,tobie et pu me prter en ce moment son lilaburello8 ,,chapitre ,,xxvii4 ,je suis sur le pont d',avignon4 ,du tombeau des amans1--ou plutt du lieu o il devoit tre1 et o je n'en trouvai pas vestige1 je volai pour rejoindre le bateau1 o j'eus peine le temps d'arriver4--,nous partmes2 et ds que nous emes parcouru une centaine de toises1 le ,rhne et la ,sane se runirent1 et nous firent voguer le plus agrablement du monde4 ,mais mon voyage sur le ,rhne a t dcrit d'avance4 ,me voici ,avignon2--et comme cette ville n'offre rien d'intressant qu'une vieille maison o a demeur le duc d',ormond1 et ne me donne lieu qu' une seule remarque qui sera faite en peu de mots1--dans trois minutes vous allez me voir traverser le pont d',avignon1 affourch sur une mule1--,franois me suivant cheval avec mon porte-manteau en croupe1--et devant nous1 entamant firement le chemin1 un homme en gutres1 avec une longue carabine sur l'paule et une grande rapire sous le bras4 ,c'est celui qui nous a lou nos montures1 et qui sans doute est bien aise de s'assurer de nous et d'elles4 ,a dire vrai1 si vous eussiez vu mes culottes quand j'entrai dans ,avignon2 si vous les eussiez vues1 surtout quand je voulus enjamber ma mule1 vous n'auriez pas trouv la prcaution de l'homme si dplace1 et vous n'auriez pu intrieurement lui en savoir mauvais gr4 ,quant moi1 je trouvai son procd tout naturel2 et voyant bien que l'tat dlabr de mes culottes pouvoit l'avoir port s'armer ainsi de toutes pices1 je me promis de lui en faire cadeau quand nous serions au terme de notre voyage4 ,mais avant d'aller plus loin1 souffrez que je me dbarrasse de la remarque que je vous ai promise sur ,avignon1 et que voici3--,quoi6 parce que le vent aura fait voler le chapeau de dessus la tte d'un homme en entrant ,avignon1 cet homme se croira fond dire et soutenir1 qu',avignon est la ville de ,france la plus expose au vent2 rien n'est plus absurde1 et pour moi1 je ne tins aucun compte de cet accident1 jusqu' ce que mon hte1 que je consultai l-dessus1 m'et assur qu'en effet ,avignon toit extrmement sujet aux coups de vent1 et que cela mme avoit pass en proverbe4--,j'en fais la remarque1 surtout afin que les savans puissent m'expliquer la cause de ce phnomne2 quant la consquence1 je la vis d'abord4--,ils sont tous ,avignon1 comtes1 ducs et marquis2 le menu peuple est baron4--,on ne sauroit s'en faire entendre1 pour peu qu'il y ait de vent4 ,oh6 l'ami1 fais-moi le plaisir de tenir ma mule pour un moment4--,il faut que j'te une de mes bottes qui me blesse le pied4 ,l'homme se tenoit les bras croiss la porte de l'auberge2 et moi1 persuad qu'il avoit quelque emploi dans la maison ou dans l'curie1 je lui mis la bride de ma mule dans la main4 ,je raccommodai ma botte1 et quand j'eus fini1 je me retournai pour reprendre ma mule1 et remercier monsieur le marquis4-- ,monsieur le marquis toit dj rentr4 ,,chapitre ,,xxviii4 ,plaines sans fin4 ,j'avois alors tout le midi de la ,france1 des rives du ,rhne aux bords de la ,garonne1 traverser tout mon aise sur ma mule4 ,je dis1 tout mon aise1 car j'avois laiss la mort bien loin derrire moi1 et ,dieu1 et ,dieu tout seul1 sait quelle distance4 ,j'ai poursuivi plus d'un homme en ,france1 dit-elle1 mais jamais un train si enrag4 ,cependant elle me poursuivoit toujours1 toujours je la fuyois2 mais je la fuyois gament3 elle me poursuivoit encore1 mais comme celui qui poursuit sa proie sans esprance de l'atteindre4 ,elle s'amusoit en chemin1 et chaque pas qu'elle perdoit la rendoit plus traitable4 ,eh6 pourquoi1 m'criai-je1 me presserois-je si fort8 ,ainsi1 malgr ce que m'avoit dit le commis de la poste1 je changeai encore une fois mon allure2 et aprs une course aussi rapide1 aussi prcipite que celle que je venois de faire1 je pensai avec dlices au plaisir que j'allois avoir de traverser les riches plaines du ,languedoc1 aussi lentement que ma mule voudrait laisser tomber son pied4-- ,rien n'est plus agrable pour un voyageur1 ni plus fcheux pour un homme qui crit son voyage1 qu'une plaine vaste et riche1 surtout si elle ne prsente ni pont ni grande rivire1 et si elle n'offre l'il que le tableau d'une abondance monotone4--,aprs nous avoir dit que le pays est superbe1 charmant1--que le sol est fertile1 et que la nature y tale tous ses trsors1--il lui reste ternellement sur les bras une grande plaine inutile1 et dont il ne sait que faire4 ,il arrivera enfin quelque ville4--,foible ressource6 ,au sortir de la ville1 il retrouvera une plaine1 et puis encore une autre4-- ,quel supplice6--voyons si je viendrai bout de m'y faire soustraire4-- ,,chapitre ,,xxix4 ,nannette4 ,je n'avois pas encore fait trois lieues et demie1 que l'homme au fusil commena regarder son amorce4-- ,j'avois dj fait trois pauses diffrentes1 dont chacune m'avoit fait perdre un demi-mille au moins4 ,la premire avec un marchand de tambours2 la seconde avec deux ,franciscains2 la troisime avec une vendeuse de figues de ,provence4 ,je voulois acheter son panier2 le march fut conclu quatre sols1 et l'affaire alloit tre consomme sur-le-champ2 mais il survint un cas de conscience4--,quand j'eus pay les figues1 il se trouva dans le fond du panier deux douzaines d'ufs recouverts avec des feuilles de vignes4 ,je n'avois pas eu l'intention d'acheter des ufs1 ainsi je n'y avois aucun droit4 ,j'aurois pu rclamer la place qu'ils occupoient2 mais quoi bon cette chicanne8 j'avois bien assez de figues pour mon argent4 ,la difficult toit que je voulois avoir le panier1 et que la marchande vouloit le garder4--,sans le panier elle ne savoit que faire de ses ufs1--sans le panier1 je n'avois que faire de mes figues2--d'autant que celles-ci toient dj trop mres1 et que la plupart toient creves par le ct4 ,il s'leva l-dessus une petite contestation1 et aprs diffrens biais proposs1 voici le parti dont nous convnmes4-- ,ah6 je devine444--,vous devinez1 monsieur4 ,oh6 je vous dfie1 tout habile que vous tes1--je dfierois le diable lui-mme1 7 moins qu'il ne se soit ml de cette affaire1 ce que je croirois assez17 de former une seule conjecture approchante de la vrit1 sur l'espce de trait que nous conclmes pour nos ufs et nos figues4--,vous le saurez un jour1 mais non pas de sitt4 ,il faut que je revienne bien vte aux amours de mon oncle ,tobie4 ,vous le saurez si vous venez jamais lire la relation des aventures qui me sont arrives en traversant cette plaine1--aventures que pour cette raison j'intitule3 ,histoires de la plaine4 ,on peut croire que je ne m'y suis pas trouv moins embarrass que tous les autres crivains2 et que ma plume a eu une aussi rude besogne que la leur4--,cependant les impressions qui me restent de ce voyage1 et qui en ce moment se prsentent toutes mon souvenir1 me disent que c'est l'poque de ma vie o j'ai t le plus occup1 et le plus utilement occup4--,en effet1 comme mes conventions avec l'homme au fusil ne fixoient point le temps o je lui rendrois sa mule1 j'avois conserv une libert entire2 et ,dieu sait comme j'en profitois6 ,m'arrtant et causant avec tous ceux qui n'alloient pas au grand trot1 joignant ceux qui cheminoient devant moi1 attendant ceux qui venoient derrire1--hlant ceux qui traversoient mon chemin1--arrtant toute espce de mendians1 plerins1 moines1 ou chanteurs de rue1--ne passant pas auprs d'une femme juche sur un mrier sans lui faire un compliment sur sa jambe1 et sans lui offrir une prise de tabac pour entrer en conversation2--bref1 en saisissant ainsi les occasions de toute espce que le hazard m'offrit dans ce voyage1 je vins bout de peupler ma plaine1 et d'y vivre comme au milieu d'une ville4--,j'y eus toujours une socit aussi nombreuse que varie2 et comme ma mule aimoit la socit autant que moi1 et qu'elle avoit toujours de son ct quelque chose dire chaque bte qu'elle rencontroit1--je suis assur que nous aurions pass un mois entier dans ,palmall1 ou dans ,jame's ,street1 sans y trouver autant d'aventures1 et sans voir d'aussi prs la nature humaine4-- 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,o que j'aime cette franchise aimable1 cette vivacit foltre1 qui fait tomber -la-fois tous les plis du vtement d'une ,languedocienne6--,sous ce vtement je crois trouver1 je crois reconnotre cette innocence1 cette simplicit de l'ge d'or1 de cet ge tant clbr par nos potes4--,je m'abuse peut-tre2 mais il est doux de s'abuser ainsi4-- --,j'tois entre ,nismes et ,lunel4--,c'est-l que crot le meilleur muscat de ,france2 lequel1 par parenthse1 appartient aux honntes chanoines de ,montpellier4 ,ils vous le donnent de si bonne grace6--,malheur celui qui en auroit b leur table1 et qui pourroit leur en envier une seule goutte6-- ,le soleil toit couch4--,tous les ouvrages toient finis2--les ,nymphes avoient rattach leurs cheveux2--et les bergers se disposoient pour la danse4--,ma mule fit une pointe4--,qu'as tu1 lui dis-je8 ce n'est qu'un fifre et un tambourin4--,je n'oserois passer1 dit-elle4--,ne vois-tu pas1 lui dis-je1 en lui donnant un coup d'peron1 qu'ils courent la cloche du plaisir4--,par ,saint-,ignace1 dit ma mule1 en prenant la mme rsolution que celle de l'abbesse des ,andouillettes2--par ,saint-,ignace de ,loyola1 et tous ses suppots1 je n'irai pas plus loin4--,a la bonne heure1 dis-je1 mademoiselle4--,je ne veux de ma vie avoir rien dmler avec vous et les vtres4 ,en mme-temps je sautai terre1 et jetant une botte dans un foss1 une botte dans un autre1 attendez-moi l1 lui dis-je1 car je prtends prendre ma part de la danse4 ,une jeune paysanne1 brle du soleil1 se leva et vint moi comme je m'avanois vers le groupe4--,ses cheveux chtains foncs1 tirant un peu sur le noir1 toient renous sur sa tte en une seule tresse4 ,il nous faut un cavalier1 me dit-elle1 en me prenant les deux mains1 comme si je les lui eusse offertes4--,et un cavalier vous aurez1 lui dis-je1 en prenant les siennes mon tour4-- ,si tu avois1 ,nannette1 t attife comme une duchesse6 ,mais ce maudit trou ton jupon6 ,nannette ne s'en soucioit gure4 --,sans vous1 dit-elle1 nous n'aurions pu danser4 ,en quittant une de mes mains1 avec cette politesse que donne la nature1 elle me conduisit avec l'autre4 ,un jeune homme boiteux1 qu',apollon avoit gratifi d'une flte1 et qui s'toit appris jouer du tambourin1 prludoit doucement en s'asseyant sur la butte4 ,rattachez-moi bien vte cette tresse1 me dit ,nannette1 en me mettant un cordon dans la main4 ,elle me fit oublier que j'tois tranger4--,toute la tresse se dfit2 il y avoit sept ans que nous nous connoissions4-- ,le jeune homme commena enfin avec le tambourin2--la flte suivit3--nous nous mmes en danse4--,maudit soit ce trou ton jupon6 --,la sur du jeune homme1 avec la voix qu'elle avoit reue du ciel1 chantoit alternativement avec son frre4--,c'toit une ronde gasconne1 dont le refrain toit3 ,vive la joie1 ,et nargue du chagrin4 ,les bergres chantoient l'unisson1 et les bergers les accompagnoient une octave plus bas4 --,j'aurois donn un cu pour le voir recousu6--,nannette n'auroit pas donn deux sous4--,vive la joie toit sur ses lvres2 vive la joie toit dans ses yeux4--,une tincelle rapide d'amiti franchit l'espace qui nous sparoit2 elle me regardoit d'un air charmant4-- --,dieu tout-puissant1 que ne puis-je vivre et finir mes jours ainsi6--,juste dispensateur de nos plaisirs et de nos peines1 m'criai-je1--qui empcheroit un homme de se fixer ici au sein du contentement8 d'y danser1 d'y chanter1 de t'y rendre ses hommages1--et d'aller au ciel avec cette charmante brune8 ,la petite capricieuse se mit alors danser en penchant sa tte de ct1 et n'en fut que plus sduisante4--,il est temps d'aller danser ailleurs1 dis-je4 ,ainsi1 changeant seulement de partenaires et de tons1 je dansai de ,lunel ,montpellier1 de-l ,pznas et ,beziers2 je dansai tout au travers de ,narbonne1 de ,carcassonne et de ,castelnaudary2--jusqu' ce qu'enfin je dansai tout seul dans le pavillon de ,perdrillo1 o tirant un papier ray afin de pouvoir aller droit1 sans digression ni parenthse dans les amours de mon oncle ,tobie4 ,je commenai ainsi3 ,,chapitre ,,xxx4 ,la ,chose impossible4 ,oui1 je voulois aller droit2--mais le pourrai-je8--,dans ces plaines riantes1 et sous ce soleil qui invite au plaisir1 o dans ce moment on n'entend que des fltes1 musettes et chansons1 o le peuple court la vendange en dansant1 o chaque pas que l'on fait le jugement est surpris par l'imagination4--,dans ces plaines1 dis-je1 je dfie1 malgr tout ce qui a t dit sur les lignes droites en divers endroits de ce livre1--je dfie le meilleur planteur de choux1 soit qu'il plante en avant ou en arrire2 7ce qui revient -peu-prs au mme1 moins qu'il n'ait une prfrence secrte pour une des deux mthodes7--je lui dfie de planter ses choux froidement1 posment et rgulirement1 un par un1 en droite ligne1 et distances gales1--sans aller de guingois et perdre chaque pas son alignement444 surtout si ces maudits trous de jupes ne sont pas recousus4--,en ,frize-,lande1 en ,finlande1 en ,islande1 et dans quelques autres pays que je sais bien1 la chose seroit peut-tre plus facile4-- --,mais dans ce beau climat1 o tout parle aux sens et l'imagination1--o l'on est sans cesse matris par ses ides1--dans ce pays1 mon cher ,eugne1--dans ce fertile pays de romans et de chevalerie1 o je me trouve en ce moment1 ouvrant mon critoire pour crire les amours de mon oncle ,tobie1 tandis que de ma fentre je vois dans la plaine les tours et dtours que parcourt ,julie pour retrouver son cher ,digo1--si tu ne viens pas mon secours1 si tu n'es pas mon guide4-- ,quelle espce d'ouvrage sortira-t-il de mes mains8-- ,essayons cependant4 ,,chapitre ,,xxxi4 ,ma mthode en crivant4 ,il en est de l'amour comme du cocuage444 --,mais quoi6--je vais commencer un nouveau livre1 tandis que j'ai depuis si long-temps une chose communiquer au lecteur6 une chose1 qui1 si elle ne lui est pas communique en ce moment1 ne le sera peut-tre de ma vie1 au lieu que ma comparaison de l'amour lui sera explique quelque heure du jour4--,il faut que je me dbarrasse de cette chose1 aprs quoi je commencerai tout de bon4 ,or1 voici cette chose4 ,c'est que de toutes les manires de commencer un livre1 qui sont maintenant pratiques dans tout le monde connu1 je suis persuad que la mienne est la meilleure2--je suis sr du moins qu'elle est la plus religieuse2--car j'cris d'abord la premire phrase1 et je m'abandonne la ,providence pour la seconde4 ,c'est ce qui devroit gurir pour jamais tout critique du soin et de la folie d'ouvrir sa porte1 et d'appeller son aide ses voisins1 ses amis1 ses parens1 et le diable et son train1 pour examiner avec lui comment une de mes phrases en suit une autre1 et comment le tout se lie ensemble4-- ,je voudrois que vous me vissiez cramponn sur le bras de mon fauteuil1 et moiti soulev1--les yeux au plancher1--l'air confiant1--attrapant une pense1 souvent lorsqu'elle n'est encore qu' moiti chemin pour venir moi4-- ,je crois1 en conscience1 que j'en ai intercept plus d'une1 que le ciel destinoit quelque autre4 ,,chapitre ,,xxxii4 ,moins que rien4 ,j'allois encore faire une digression sur ,pope1 sur les critiques1 sur les tartuffes4--,j'allois faire valoir ma modration1 ma bonhomie4--,j'allois retarder encore l'histoire des amours de mon oncle ,tobie4--,mais par le vieux masque de velours noir de ma tante ,dinach1--ce n'est pas l le cas4 --,je reviens ma comparaison4 ,,chapitre ,,xxxiii4 ,mon oncle ,tobie reparot4 ,il en est de l'amour comme du cocuage4--,la partie souffrante est au plutt la troisime1 et presque toujours la dernire personne instruite de la maison4--,cela vient1 comme tout le monde sait1 de ce que nous avons une demi-douzaine de mots pour une seule chose1 et de ce que nos impressions varient suivant le lieu o elles prennent naissance4--,ce qui est de l'amour dans telle partie du corps humain1 devient presque de la haine dans telle autre1--du sentiment1 quelques pieds plus haut1--et du galimathias4--,non1 madame1 non pas l1 s'il vous plat1--c'est dans la tte que je veux dire4--,tant que les choses1 dis-je1 iront ainsi1 quel fil aurons-nous pour nous conduire dans ce labyrinthe8 ,de tous les tres crs et incrs qui ont jamais fait des soliloques sur ce sujet mystique1 mon oncle ,tobie toit certainement le moins propre dmler la vritable sensation travers tant de sensations diffrentes4--,aussi s'en seroit-il remis la ,providence et au temps1 pour dbrouiller un tel chaos1 ainsi que nous faisons pour les vnemens dont nous craignons l'issue1--si l'avis donn par ,brigitte ,susanne1 et les manifestes rpandus par celle-ci dans le public1 n'avoient la fin forc mon oncle ,tobie prendre la chose en considration4 ,,chapitre ,,xxxiv4 ,sur les buveurs d'eau4 ,les phisiologistes anciens et modernes nous ont bien et dment expliqu d'o vient que les tisserands1 les jardiniers1 les gladiateurs1 et ceux dont une jambe s'est dessche la suite de quelque mal au pied1--d'o vient1 dis-je1 que tous ces gens-l ont toujours quelque nymphe dont le tendre cur brle en secret pour eux4-- ,et bien6 un buveur d'eau1 7pourvu qu'il le soit de profession1 sans fraude ni supercherie7 est prcisment dans la mme catgorie4 ,non qu'au premier coup-d'il on y aperoive aucune consquence1 aucune logique4--,en effet1 dire qu'un ruisseau d'eau froide1 tombant goutte goutte dans mon estomac1 allumera une torche en l'honneur de ma ,jenny4 ,cette proposition ne frappe personne2 au contraire1 elle semble diamtralement oppose au cours ordinaire des effets et des causes4-- ,mais c'est ce qui montre la foiblesse et l'insuffisance de la raison humaine4-- ,et vous ne laissez pas1 monsieur1 de jouir d'une parfaite sant8-- ,la plus parfaite1 madame1 que l'amiti mme puisse me dsirer4-- ,quoi1 monsieur6 ne buvant rien1 absolument rien que de l'eau6-- --,imptueux fluide6 au moment que tu presses contre les cluses du cerveau1 vois comme elles cdent ta puissance6-- ,la curiosit parot la nage1 faisant signe ses compagnes de la suivre6 elles plongent au milieu du courant4-- ,l'imagination s'assied en rvant sur la rive4--,elle suit le torrent des yeux1 et change les brins de paille et de jonc en mts de misaine et de beau-pr4--,a peine la mtamorphose est-elle faite1 que le desir1 tenant d'une main sa robe retrousse jusqu'au genou1 survient1 les voit et s'en empare4-- ,o vous1 buveurs d'eau6 est-ce donc par le secours de cette source enchanteresse que vous avez tant de fois tourn et retourn le monde votre gr8--,foulant aux pieds l'impuissant1 crasant son visage1--et changeant mme quelquefois la forme et l'aspect de la nature6-- ,si j'tois ,eugne1 disoit ,yorick1 je voudrois boire plus d'eau4--,et moi aussi1 dit ,eugne1 si j'tois ,yorick4-- ,c'est ce qui prouve que tous deux avoient lu leur ,longin4 --,quant moi1 je suis rsolu ne lire de ma vie d'autre livre que le mien4 ,,chapitre ,,xxxv4 ,je m'embrouille4 ,je voudrois que mon oncle ,tobie et t buveur d'eau1 on auroit compris pourquoi1 du premier moment que la veuve ,wadman le vit1 elle sentit quelque chose en sa faveur4-- ,quelque chose peut-tre au-dessus de l'amiti1 au-dessous de l'amour1 pourtant1--quelque chose1--n'importe quoi1--n'importe o1--je ne donnerois pas un seul crin de la queue de ma mule1 7qui franchement n'en a gure perdre7 pour tre mis dans le secret4-- ,mais mon oncle ,tobie n'toit rien moins que buveur d'eau4 ,il ne la buvoit ni pure1 ni mle1 ni d'aucune manire1 ni en aucun lieu1--except peut-tre dans quelque poste avanc o l'on ne pouvoit avoir de meilleur liqueur4 ,peut-tre aussi dans le temps de sa blessure1 lorsque le chirurgien ne cessant de lui dire qu'il falloit dtendre ses fibres1 et que la runion de la plaie s'en feroit plus vte2--mon oncle ,tobie consentoit en boire pour l'amour de la paix4 --,tout le monde sait que dans la nature il n'y a point d'effet sans cause4--,et l'on sait galement que mon oncle ,tobie n'toit ni tisserand1 ni jardinier1 ni gladiateur1 moins que vous prtendiez que capitaine soit l'quivalent de gladiateur2 mais il toit simplement capitaine d'infanterie4 ,d'ailleurs1 ceci est une explication force4--,nous n'avons donc rien supposer que cette malheureuse jambe4 ,mais dans la prsente hypothse1 elle ne nous serviroit qu'autant que son accident auroit t la suite de quelque mal au pied2 mais la jambe de mon oncle ,tobie n'avoit maigri par l'effet d'aucun dsordre dans le pied4--,que dis-je8 ,la jambe de mon oncle ,tobie n'avoit pas maigri du tout4 ,elle toit un peu roide et sans grce1 ce qui pouvoit venir du dfaut total d'exercice1 o elle toit reste1 pendant les trois ans que mon oncle ,tobie avoit passs la ville dans la maison de mon pre2 mais elle toit forte1 nerveuse1 et au total c'toit une jambe aussi bien faite et d'aussi bon augure que toute autre4-- ,je dclare que je ne me rappelle aucune occasion1 aucun passage du livre que j'cris1 o je me sois trouv aussi embarrass qu'au cas prsent1 faire joindre les deux bouts1 et faire cadrer de force le chapitre que j'crivois au chapitre qui devoit suivre4--,on diroit que j'ai pris plaisir rassembler les difficults de toute espce1 uniquement pour voir comment je pourrois en sortir4-- --,insens que tu es6 quoi6 ces dtresses invitables qui n'ont cess de t'affliger comme homme et comme auteur2--ces dtresses1 ,tristram1 ne te suffisent pas6 et tu veux te jetter dans de nouveaux embarras6-- --,n'est-ce pas assez que tu sois endett de tous cts8 ,n'as-tu pas dix tombereaux chargs des premiers volumes de ton ,tristram1 qui ne sont pas encore vendus8 ,et n'es-tu pas presque bout de ton esprit pour trouver le moyen de t'en dfaire8-- --,n'es-tu pas l'heure qu'il est1 tourment de ce maudit asthme que tu as gagn en ,flandre en patinant contre le vent8--,il n'y a pas plus de deux mois1 qu' force de rire de la posture ridicule d'un cardinal1 tu te rompis un vaisseau dans la poitrine1 et en deux heures tu perdis tant de sang1 qu' en croire les mdecins1 si l'hmorrhagie et dur une fois autant1 tu en aurois perdu plus de quatre pintes6-- ,,chapitre ,,xxxvi4 ,qu'on ne m'interrompe plus4 ,bon ,dieu6 ne se taira-t-on jamais8 ne pourra-t-on me laisser raconter mon histoire de suite et sans dviation6--,elle est si dlicate1 si complique1 qu'elle peut peine soutenir la transposition d'une seule syllabe2--et vous ne cessez de me dtourner mal--propos6--,il faut cependant bien que je tche de retrouver mon chemin4-- ,mais1 de grce1 ne distrayez plus mon attention4 ,,chapitre ,,xxxvii4 ,j'entre tout de bon en matire4 ,mon oncle ,tobie et le caporal1 dans le dessein o ils toient d'entrer en campagne aussitt que le reste des allis1 s'toient enfuis de la ville avec tant de chaleur et de prcipitation1 pour prendre possession du petit terrein dont nous avons si souvent parl1 qu'ils avoient oubli un des articles les plus ncessaires leur projet4 ,ce n'toit1 comme on peut croire1 ni une pioche1 ni une pelle1 ni une bche de pionnier4 --,c'toit un lit pour se coucher4--,tellement que1 comme le chteau de ,shandy n'toit pas alors meubl1 et que la petite auberge o mourut le pauvre ,lefvre n'toit pas encore btie1--mon oncle ,tobie fut contraint d'accepter un lit pour une nuit ou deux chez ,mistriss ,wadman1--en attendant que le caporal ,trim1 7qui1 aux talens d'un excellent laquais1 valet-de-chambre1 cuisinier1 chirurgien et ingnieur1 joignoit celui d'un excellent tapissier17 en et mont un dans la maison de mon oncle ,tobie1 l'aide d'un menuisier et d'une ou de deux couturires4-- ,une fille d',eve4442 car telle toit la veuve ,wadman1 et tout ce que je compte dire de son caractre1 c'est qu'elle toit3 ,femme dans toute l'tendue du mot4-- ,une fille d',eve et t mieux place cinquante lieues de-l1 chaudement tendue dans son lit1 jouant avec l'tui de son couteau1 jouant mme avec toute autre chose1--que les yeux tmoins et l'esprit occup d'un homme log1 meubl1 et dfray par elle4 ,par tout ailleurs ce n'est rien4--,une femme 7hors de chez elle7 peut1 physiquement parlant1 regarder un homme au grand jour1 et mme le voir sous un plus grand jour qu'un autre4--,mais ici1 sous quelque jour qu'elle le vt1 elle ne pouvoit s'empcher de mler son ide quelque chose de sa propre chevance1 de le confondre pour ainsi dire avec son bien1--jusqu' ce que1 par des actes ritrs de cette dangereuse combinaison1 elle le comprt tout--fait dans son inventaire4 ,et alors gare la sagesse4 --,mais ceci n'est pas la matire d'un systme1 je l'ai dclar d'avance4--,ni d'un brviaire2 car je ne me mle du credo de personne que du mien4--,ce n'est pas une matire de fait non plus1 au moins que je sache2--mais une matire purement charnelle1 et qui sert d'introduction ce qui va suivre4 ,,chapitre ,,xxxviii4 ,adieu l'tiquette4 --,je ne parle pas l'gard de leur grosseur1 ni de leur finesse1 ni de la forme de leurs goussets2 mais je vous prie1 madame1--vos chemises de nuit ne diffrent-elles pas de vos chemises de jour en cette particularit1 aussi-bien qu'en plusieurs autres2--savoir1 qu'elles excdent tellement les autres en longueur1 que lorsque vous les avez mises1 elles tombent presqu'aussi bas au-dessous de vos pieds1 qu'il s'en faut que vos chemises de jour ne descendent jusqu' vos pieds4--,c'est du moins sur ce modle que les chemises de nuit de la veuve ,wadman avoient t coupes2 d'o je prsume que telle toit la mode sous les rgnes du roi ,guillaume et de la reine ,anne4 ,et si elle a chang 7comme en ,italie1 o on ne porte point de chemise la nuit7 tant pis pour le public4-- --,on leur donnoit alors deux aunes et demie de ,flandre de longueur4 ,ainsi en supposant la taille ordinaire d'une femme deux verges1 il lui en restoit une demi-aune pour en disposer sa fantaisie4 ,une veuve1 qui l'est surtout depuis sept ans1 trouve les nuits de dcembre bien longues et bien froides2 et il n'est rien dont elle ne s'avise pour suppler la chaleur qui lui manque4--,une petite douceur en amne une autre2 et peu--peu1 et d'essais en essais1 ,mistriss ,wadman s'toit forme l'habitude que voici2 l'habitude qui1 depuis deux ans1 toit devenue une rgle invariable de son coucher4 ,aussitt que la veuve ,wadman toit au lit1 et qu'elle avoit tendu ses jambes dans toute leur longueur1 elle appeloit ,brigitte2--et ,brigitte1 avec toute la dcence convenable1 soulevoit la couverture des pieds du lit1 prenoit la demi-aune excdente de laquelle nous avons parl1 la tiroit doucement avec les deux mains pour lui donner toute l'extension possible1 et la plissoit lgrement dans sa longueur2--puis prenant sur sa manche une grosse pingle1 dont elle tournoit la pointe vers elle1--elle rattachoit tous les plis ensemble peu de distance de l'ourlet2 aprs quoi elle retroussoit le tout sous les pieds du lit1 et souhaitoit sa matresse une bonne nuit4-- ,tout cela s'observoit rgulirement et avec une mthode constante et invariable4 ,seulement ,brigitte1 en dtroussant les pieds du lit pour s'acquitter de son devoir1 ne consultant d'autre thermomtre que la disposition de son humeur1--elle faisoit sa besogne debout1 genoux1 ou accroupie1--suivant les diffrens degrs de foi1 d'esprance et de charit1 qu'elle se sentoit cette nuit-l pour sa matresse4--,ainsi1 il n'y avoit de varit que dans l'attitude de ,brigitte4 ,a tout autre gard1 l'tiquette toit sacre1 et auroit pu le disputer aux tiquettes les plus rigides de toutes les chambres coucher de la chrtient4-- ,le premier soir1 aussitt que le caporal eut conduit mon oncle ,tobie au haut de l'escalier1 ce qu'il fit vers les dix heures1--,mistriss ,wadman se jeta dans son fauteuil1 et croisant son genou droit sur son genou gauche1 ce qui lui faisoit un point d'appui pour son coude1 elle pencha sa joue sur la paume de sa main1 et s'appuyant dessus1 elle rumina jusqu' minuit sur les deux cts de la question4-- ,le second soir elle alla son bureau2 et ayant dit ,brigitte de lui apporter d'autres chandelles1 et de les laisser sur la table1 elle tira son contrat de mariage et le lut deux fois avec grande attention4-- ,et le troisime soir1 qui toit le dernier du sjour de mon oncle ,tobie1 quand ,brigitte aux pieds du lit eut tir la chemise de nuit1 et qu'elle essaya de la rattacher avec la grosse pingle4-- ,d'un coup de pied donn des deux talons -la-fois1 mais en mme-temps du coup de pied le plus naturel que l'on pt donner dans sa position1 elle fit sauter l'pingle des doigts de ,brigitte4--,l'tiquette1 qui toit attache l'pingle1 tomba avec elle1 et en tombant par terre1 fut brise en mille atomes4 ,de tout cela1 il toit clair que la veuve ,wadman toit amoureuse de mon oncle ,tobie4 ,,chapitre ,,xxxix4 ,amours de mon oncle ,tobie avec la veuve ,wadman4 ,mais la tte de mon oncle ,tobie toit alors occupe de bien d'autres affaires2 tellement qu'il n'eut pas le loisir de songer celle-ci1 jusqu' ce que la dmolition de ,dunkerque et t consomme1 et que les droits respectifs de toutes les puissances de l',europe eussent t rgls4 ,cela fit un armistice1 pour parler le langage de mon oncle ,tobie1 ou1 pour parler celui de ,mistriss ,wadman1 un chmage de prs de onze ans4--,mais comme dans les cas de cette nature c'est toujours le second coup1 7 quelque distance qu'il soit du premier7 qui tablit le combat1 j'appelle ces amours1 les amours de mon oncle ,tobie avec la veuve ,wadman1 plutt que les amours de la veuve ,wadman avec mon oncle ,tobie4 ,et cette distinction n'est pas imaginaire4 ,il n'en est pas de ceci comme de bonnet blanc et blanc bonnet1 et de toutes autres choses de ce genre1 sur lesquelles on dispute tous les jours au parlement3--dans ce cas-ci il y a une diffrence dans la nature des choses1--et 7souffrez que je vous le dise1 messieurs7 une grande diffrence4 ,,chapitre ,,xl4 ,je bats la campagne4 ,au moment dont je parle1 comme ainsi soit que la veuve ,wadman aimoit mon oncle ,tobie1 et que mon oncle ,tobie n'aimoit pas encore la veuve ,wadman1--la veuve ,wadman n'avoit que deux partis prendre2 ou d'aller en avant et de continuer aimer mon oncle ,tobie1 ou de se tenir en repos4-- --,la veuve ,wadman ne vouloit ni l'un ni l'autre4-- ,bont du ciel6--,mais j'oublie que je suis moi-mme un peu du caractre de la veuve ,wadman4 ,car toutes les fois qu'il m'arrive 7ce qui avient quelquefois vers les quinoxes7 que quelque divinit champtre m'occupe1 m'intresse1 me tourmente au point que je perds pour elle le boire et le manger2--tandis que la cruelle ne daigne pas s'informer si je bois ou si je mange4-- ,maldiction sur elle6 je l'envoie en ,tartarie1 et de la ,tartarie la terre de ,feu1 et de la terre de ,feu tous les diables4--,bref1 il n'y a pas un recoin en enfer o je ne place ma desse1 et o je ne la loge4-- ,mais comme le cur est foible1 et que les mares de nos passions montent et descendent dix fois par minute1--je ramne bien vte ma divinit2 et comme je suis extrme en tout1 je la place au beau milieu de la voie lacte4 --,o la plus brillante des toiles1--rpands1 rpands ton influence444 ,maudite soit l'toile et son influence6 par tout ce qui est hriss et en guenilles1 m'criai-je1 en tant mon bonnet fourr1 et le regardant d'un air de colre1--je ne donnerois pas six sous pour en avoir douze de cette espce6-- ,mais c'est pourtant un excellent bonnet1 dis-je1 en le mettant sur ma tte et l'enfonant jusqu'aux oreilles2--il est bien chaud1 bien doux1--surtout si vous couchez le poil avec la main4-- ,eh6 que m'importe1 rpliquai-je1 en suis-je moins malheureux8--,ici ma philosophie m'abandonne encore4 ,non1 je ne toucherai jamais ce pt1 7je change encore de mtaphore7 ni la crote1 ni la mie1--ni au-dedans1 ni au-dehors1 ni au-dessus1--ni au-dessous2--je le dteste1--je le hais1--je le rpudie3--la vue seule m'en rend malade4-- ,il est tout poivre1 tout ail1 tout pice1 tout sel1 toutes drogues du diable4 ,par le grand archi-cuisinier des cuisiniers1 qui ne fait1 je pense1 uvre de ses dix doigts du matin au soir1 et qui passe son temps inventer pour nous les ragots les plus chauffans1 je n'y toucherois pas pour le monde entier4-- ,o ,tristram6 ,tristram6 s'crie ,jenny4 ,o ,jenny6 ,jenny6 lui dis-je1 et cela me conduit au quarante et unime chapitre4 ,,chapitre ,,xli4 ,rien4 ,non1 pour le monde entier1 je n'y toucherois pas1 lui dis-je4-- ,mon dieu6 quel point cette mtaphore m'a chauff l'imagination6 ,,chapitre ,,xlii4 ,diatribe contre l',amour4 ,c'est ce qui montre1 7que la robe et l'glise en disent tout ce qu'elles voudront2--qu'elles en disent2444 car1 quant penser1 tout ce qui pense1 pense -peu-prs de mme sur cet article et sur bien d'autres7--c'est ce qui montre1 dis-je1 que l'amour est certainement1 7au moins alphabticalement parlant7 l'affaire de la vie la plus ,a gitante1 la plus ,b izarre1 la plus ,c onfuse1 la plus ,d iabolique2 ,et de toutes les passions humaines1 la passion la plus ,e xtravagante1 la plus ,f antasque1 la plus ,g rossire1 la plus ,h onteuse1 la plus ,i nconsquente 7le ,k manque71 et la plus ,l unatique2-- ,et en mme-temps la chose la plus ,m israble1 la plus ,n iaise1 la plus ,o iseuse1 la plus ,p urile1 la plus ,q uinteuse1 la plus ,s uranne1 et la plus ,r idicule2 ,quoique dans la rgle l',r et d marcher avant l',s4-- ,enfin c'est une chose telle1 que mon pre1 la fin d'une longue dissertation sur ce sujet1 disoit un jour mon oncle ,tobie3 ,vous ne sauriez jamais1 frre ,tobie1 combiner deux ides sur cette matire sans faire un hypallage4--,eh6 bon ,dieu1 qu'est-ce qu'un hypallage1 s'cria mon oncle ,tobie8-- ,c'est mettre la charrue devant les bufs1 dit mon pre4-- ,et que peuvent-ils faire dans cette posture1 s'cria mon oncle ,tobie8 ,ou bien aller en avant1 dit mon pre1 ou bien se tenir en repos4 --,or je vous ai dj dit que la veuve ,wadman ne vouloit faire ni l'un ni l'autre4-- --,elle se tint cependant harnache et caparaonne de tout point1 pour guetter une occasion favorable4 ,,chapitre ,,xliii4 ,description topographique4 ,les destines1 qui avoient certainement prvu tout ce qui concernoit les amours de la veuve ,wadman et de mon oncle ,tobie1 avoient depuis la cration de la matire et du mouvement1 7et mme avec plus de courtoisie qu'elles n'ont coutume d'en mettre en pareil cas17 avoient1 dis-je1 tabli une chanes de causes et d'effets lis si troitement ensemble1 qu'il toit presque impossible que mon oncle ,tobie et habit et occup une autre maison et un autre jardin dans tout le monde entier1 que la maison qui touchoit la maison1 et le jardin qui touchoit au jardin de mistriss ,wadman4--,ce voisinage1 joint la commodit d'un gros arbre creux et touffu1 plac dans le jardin de la veuve1 et sur la palissade de mon oncle ,tobie1 fournissoit l'aimable veuve toutes les occasions que son got pour les oprations militaires pouvoit dsirer4 ,elle pouvoit observer tous les mouvemens de mon oncle ,tobie1 et assister ses conseils de guerre4--,et mon oncle ,tobie1 dont le cur toit sans dfiance1 ayant permis au caporal 7 la sollicitation de ,brigitte7 de pratiquer en osier une porte de communication pour prolonger les promenades de mistriss ,wadman1--mistriss ,wadman se trouvoit matresse de pousser ses approches jusqu' la porte de la gurite1 et quelquefois mme1 7par pure reconnoissance du procd de mon oncle ,tobie17 de former son attaque et d'assaillir mon oncle ,tobie au fond mme de sa gurite4 ,,chapitre ,,xliv4 ,diverses faons de brler une chandelle4 ,c'est une vrit triste1 mais qui n'en est pas moins constante4--,il est prouv par toutes les observations journalires qu'un homme peut1 ainsi qu'une chandelle1 tre brl par l'un ou par l'autre bout2--j'entends pourvu qu'il ait une mche suffisante1 sinon tout est dit4--,j'entends encore1 qu'on ne l'allumera pas en bas2 car comme en ce cas la flamme s'teint ordinairement d'elle-mme1 tout est encore dit4-- ,quant moi1 comme je ne saurois supporter l'ide d'tre brl comme un sot1 si l'on me laissoit le choix sur la manire d'tre brl1 je voudrois qu'on m'allumt par en haut1 afin de pouvoir brler dcemment jusqu' la bobche2--c'est--dire de la tte au cur1 du cur au foie1 du foie aux entrailles1 et de-l1 par les veines et les artres msentriques1 travers toutes les sinuosits et les insertions latrales des intestins et de leur tunique1 jusqu'au boyau que l'on appelle aveugle ou ccum4 ,je vous prie1 docteur ,slop1 dit mon oncle ,tobie1 7en l'interrompant au moment qu'il prononoit le mot ccum1 le soir que ma mre accoucha de moi17--je vous prie1 dit mon oncle ,tobie1 apprenez-moi ce que c'est que le ccum2 car tout vieux que je suis1 j'avoue que je ne sais pas encore o il est situ4 ,le ccum1 rpondit le docteur ,slop1 est situ entre l'ilium et le colum4-- ,dans un homme1 dit mon pre8-- ,et dans une femme aussi1 dit le docteur ,slop4-- ,je ne m'en doutois pas1 dit mon pre4 ,,chapitre ,,xlv4 ,attaques de la veuve ,wadman4 ,et pour s'assurer des deux systmes1 mistriss ,wadman se promit de n'allumer mon oncle ,tobie ni par en haut ni par en bas1 mais de le brler1 s'il toit possible1 par les deux bouts -la-fois1 comme la chandelle du prodigue4 ,or1 mistriss ,wadman1 aide de ,brigitte1 auroit pu bouleverser pendant sept ans entiers1 tous les magasins et arsenaux1 depuis celui de ,venise jusqu' la tour de ,londres4--,elle auroit pu choisir dans tout l'attirail de guerre et dans tous les ustensiles militaires destins1 soit l'infanterie1 soit la cavalerie1--sans y trouver blinde ni mantelet aussi propre servir son dessein1 que l'expdient que le hasard1 joint l'invention de mon oncle ,tobie1 avoit plac sous sa main4-- ,je ne crois pas vous l'avoir dit2--mais je ne voudrois pas en rpondre2 il se pourroit que si444 ,quoi qu'il en soit1 c'est une des choses qu'il vaut mieux recommencer que de s'amuser disputer contre4 ,il y a beaucoup de choses de ce genre4--,vous saurez donc que quelque ville ou forteresse que le caporal et excuter pendant le cours des campagnes de mon oncle ,tobie1 mon oncle ,tobie commenoit par en mettre le plan en dedans de la gurite main gauche2 l ce plan s'attachoit par en haut avec deux ou trois pingles1 et restoit flottant par en bas1 pour donner la facilit de le rapprocher des yeux quand il toit ncessaire4 ,si bien que ds que l'attaque fut rsolue de la part de mistriss ,wadman1 les moyens en furent trouvs4 ,en effet1 une fois avance jusqu' la porte de la gurite1 mistriss ,wadman1 en tendant la main droite et glissant le pied gauche par le mme mouvement1 n'avoit qu' saisir la carte ou le plan1 et l'avancer vers elle en allongeant le cou1 comme pour aller sa rencontre2--mon oncle ,tobie prenoit feu sur-le-champ2--sa passion favorite se rveilloit2--il se htoit de prendre l'autre coin de la carte avec sa main gauche1 et du bout de sa pipe qu'il tenoit dans sa main droite1 il entamoit une dmonstration4 ,si-tt que l'attaque en toit ce point1 mistriss ,wadman1 en gnral habile1 et par une seconde manuvre1 dont tout le monde sentira les raisons1 faisoit tomber la pipe des mains de mon oncle ,tobie tout le plutt possible4--,elle se servoit pour cela de plusieurs prtextes1 dont le plus commun toit le besoin de dsigner plus clairement sur la carte quelque redoute ou quelque parapet4--,mais1 soit d'une manire1 soit d'une autre1 il n'toit pas possible mon pauvre oncle ,tobie de parcourir plus de dix toises avec sa pipe4-- ,mon oncle ,tobie toit alors oblig de faire usage de son premier doigt4-- ,et voyez la diffrence qui en rsultoit pour l'attaque6 en promenant son doigt sur la carte 7comme dans le premier cas7 vis--vis le bout de la pipe de mon oncle ,tobie1 la veuve ,wadman auroit parcouru toutes les lignes de ,dan ,bershabe 7si les lignes de mon oncle ,tobie se fussent prolonges si loin7 sans produire aucun effet4 ,le bout de la pipe n'ayant ni artre1 ni chaleur vitale1 n'toit susceptible d'aucune sensation1 et ne pouvoit ni communiquer la chaleur par attouchement1 ni la recevoir par sympathie4 ,tout se passoit en fume4-- ,mais avec le doigt de mon oncle ,tobie1 tout changeoit de face4 ,la veuve1 en le suivant de prs avec le sien travers tous les petits dtours et les zigzags des ouvrages1--le touchant de temps en temps par ct1--passant quelquefois sur l'ongle1--et quelquefois s'y accrochant1--le rencontrant tantt droite1 tantt gauche2--enfin1 le harcelant sans cesse1 la veuve ne pouvoit manquer d'exciter au moins un certain je ne sais quoi4 ,ces escarmouches1 quoique lgres et encore assez distantes du corps de la place1 ne laissoient pas que d'y conduire4 ,si au milieu de ces escarmouches la carte se dtachoit et venoit glisser le long de la gurite1 mon oncle ,tobie1 simple comme la colombe1 posoit aussitt sa main dessus et plat1 pour contenir la carte1 en continuant son explication2 et mistriss ,wadman1 par une manuvre aussi prompte que la pense1 plaoit sa main tout ct de celle de mon oncle ,tobie4 ,par ce moyen1 elle tablissoit une communication suffisante pour laisser passer et repasser toute sensation connue de toute personne un peu verse dans la partie lmentaire et pratique de la galanterie4 ,alors elle recommenoit promener son doigt ct de celui de mon oncle ,tobie2 le jeu de ce premier doigt amenoit celui du pouce2--et sitt que le pouce toit engag1 toute la main s'en mloit bientt4--,la tienne1 cher oncle ,tobie1 ne pouvoit rester en place4 ,mistriss ,wadman1 par les efforts les mieux mnags1 par les pressions les plus quivoques1 par les sensations les plus lgres qu'une main puisse employer pour en dranger une autre1 essayoit sans cesse de dplacer celle de mon oncle ,tobie1 ne ft-ce que de l'paisseur d'un cheveu4 ,pendant tout ce mange1 la jambe de la veuve glisse au fond de la gurite1 appuyoit contre le mollet de mon oncle ,tobie2 et la veuve ne ngligeoit rien pour empcher mon oncle ,tobie d'attribuer cette pression toute autre cause4 ,voil la chandelle allume par les deux bouts2--voil mon oncle ,tobie attaqu et pouss vigoureusement dans ses deux ales2--est-il surprenant que son centre ft chaque instant mis en dsordre8 ,c'est le diable qui s'en mle1 disoit mon oncle ,tobie4 ,,chapitre ,,xlvi4 ,relique de mon oncle ,tobie4 ,on conoit aisment que mistriss ,wadman varioit ses attaques1 l'exemple de tous les gnraux dont l'histoire fourmille2 et par les mmes motifs qu'eux3--un observateur de l'ordre commun auroit eu peine les reconnotre pour des attaques relles2 ou tout au moins n'en auroit pas senti les diffrences2 mais ce n'est pas pour ces gens-l que j'cris4-- ,je reviendrai un jour ces attaques2 mais ce ne sera pas de quelques chapitres2 et alors je verrai mettre un peu plus d'exactitude dans mes descriptions4 ,tout ce que j'ai dire en ce moment sur ce sujet1 c'est que dans une liasse de papiers originaux et de dessins que mon pre avoit rassembls1 il y a un plan de ,bouchain parfaitement conserv1 et que je conserverai soigneusement1 tant que je serai en tat de conserver quelque chose4--,sur un des coins d'en-bas1 et main droite1 on voit encore les marques de tabac d'un pouce et d'un premier doigt3 or1 il y a tout parier que ce pouce et ce premier doigt sont ceux de la veuve ,wadman1 d'autant que le coin oppos1 qui sans doute toit celui de mon oncle ,tobie1 est sans la moindre tache4--,c'est assurment l un acte authentique d'une de ces attaques4 ,on aperoit vers le haut de la carte les vestiges de deux trous presque effacs1 mais encore visibles3 or1 ces trous sont videmment ceux des pingles qui attachoient la carte dans la gurite4 ,par tout ce qu'il y a de sacr1 j'estime plus cette prcieuse relique avec ses stigmates1 que toutes les reliques souvent apocryphes qu'on montre aux badauds2--exceptant toujours1 lorsque j'cris sur ces matires1 les pointes qui entrrent dans la chair de sainte ,radegonde dans le dsert2 pointes merveilleuses1 que les religieuses de ,cluny font voir tous les passans1 pour l'amour de ,dieu4 ,,chapitre ,,xlvii4 ,hlas4 ,voil1 dit ,trim1 tout ce que j'y peux faire4--,les fortifications sont entirement rases1 et le bassin de ,dunkerque est de niveau avec le mle4 ,avec la permission de ,monsieur1 je pense que tout est fini4--,je le pense de mme1 rpondit mon oncle ,tobie1 avec un soupir demi touff2--mais va1 ,trim1 va dans la salle chercher les articles du trait2 ils doivent tre sur la table4-- ,ils y ont t pendant plus de six semaines1 dit le caporal2 mais ce matin la servante les a pris pour allumer le feu4-- ,tout est donc fini1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie6 la cour n'a plus besoin de nos services6--,o ciel1 dit le caporal1 tout est fini6 ,en disant ces mots1 il jette sa bche dans la brouette avec l'air du dsespoir le plus expressif qui puisse s'imaginer2 puis se retournant lentement1 il ramasse sa pioche1 sa pelle1 ses piquets1 et tout le reste de ses ustensiles militaires2 et il se disposoit emporter le tout hors du boulingrin1--quand un hlas partit de la gurite1 et se glissant travers une petite fente du sapin1 vint frapper son oreille du son le plus lamentable2--il s'arrta tout court4 ,non1 dit le caporal en lui-mme1 je n'en ferai rien l'heure qu'il est2--il vaut mieux attendre demain matin1 avant que monsieur soit lev1 pour que monsieur n'en voie rien4 ,le caporal prit sa bche dans sa brouette1 avec un peu de terre dessus1 comme s'il et eu combler un petit trou au pied du glacis1 mais rellement pour se rapprocher de son matre et tcher de le distraire4--,il leva une motte ou deux1 les tailla1 les faonna avec sa bche2--enfin il s'assit aux pieds de mon oncle ,tobie1 et commena ainsi4 ,illustration ,,chapitre ,,xlviii4 ,amours de ,trim4 ,n'est-ce pas1 monsieur1 une grande piti8444 ,mais je crains que ce que je vais dire monsieur ne soit une sottise dans la bouche d'un soldat4-- ,et pourquoi1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie1 un soldat seroit-il plus exempt d'en dire qu'un homme de lettres8--,il en a moins d'occasions1 rpondit le caporal4 ,mon oncle ,tobie fit un signe de tte4 --,n'est-ce donc pas une grande piti1 dit le caporal1 en jetant les yeux sur ,dunkerque et sur le mle1--comme ,servius ,sulpicius1 son retour d',asie et de sa traverse d',egine ,mgare1 jetoit les siens sur ,corinthe et le ,pire4 ,n'est-ce pas1 dis-je1 une grande piti1 sauf le respect de monsieur1 d'avoir dtruit de si beaux ouvrages8 ,et n'en seroit-ce pas une toute aussi grande1 de les avoir laiss subsister8-- ,tu as raison1 ,trim1 dans les deux cas1 dit mon oncle ,tobie4--,aussi1 poursuivit le caporal1 monsieur a pu remarquer que depuis le commencement de la dmolition jusqu' la fin1 je n'ai pas une seule fois siffl1 ni chant1 ni ri1 ni pleur1 ni parl de nos anciennes guerres1 ni racont monsieur une seule histoire1 bonne ou mauvaise4-- ,tu es1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie1 rempli d'excellentes qualits2 et je ne regarde pas comme la moindre 7tant conteur d'histoires comme tu l'es7 d'avoir su au travers de toutes celles que tu m'a dites1 soit pour me divertir dans mes travaux1 soit pour me distraire dans mes chagrins1 d'avoir su1 dis-je1 ne m'en raconter presque jamais que de bonnes4-- ,avec la permission de monsieur1 c'est qu' l'exception du roi de ,bohme et de ses sept chteaux1 il n'y en a pas une qui ne soit vraie2 car elles me regardent toutes4 ,c'est ce qui fait1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie1 que je les aime davantage4--,mais quelle est cette nouvelle histoire8 tu viens d'exciter ma curiosit4 ,je vais1 dit le caporal1 la raconter monsieur4--,pourvu1 dit mon oncle ,tobie1 en regardant tristement ,dunkerque et le mle1--pourvu que ce ne soit pas une histoire enjoue2 car des histoires de ce genre1 il faut que l'auditeur apporte avec lui la moiti du plaisir1--et la disposition o je me trouve en ce moment nuiroit toi1 ,trim1 et ton histoire4--,il n'y a1 dit le caporal1 rien d'enjou dans mon histoire4--,je ne voudrois pas non plus1 ajouta mon oncle ,tobie1 qu'elle ft trop triste4--,elle ne l'est pas non plus1 rpliqua le caporal2--en un mot elle convient parfaitement monsieur4--,eh bien6 je t'en remercie de tout mon cur1 s'cria mon oncle ,tobie1 et tu me feras plaisir de la commencer4-- ,le caporal fit la rvrence4--,quoi qu'il ne soit pas aussi ais que le monde l'imagine1 d'ter avec grace un bonnet de housard qui n'a point de consistance1--ni moins difficile1 mon avis1 quand on est assis par terre1 de faire une rvrence aussi remplie de respect que les rvrences ordinaires du caporal1--cependant en faisant glisser la paulme de sa main droite1 laquelle toit du ct de son matre2 en la faisant glisser1 dis-je1 en arrire sur le gazon1 et un peu plus loin que son corps1 pour donner celle-ci plus de courbure1--saisissant en mme-temps son bonnet sans effort avec le pouce et les deux premiers doigts de la main gauche1 ce qui rduisoit insensiblement le diamtre du bonnet1 lui faisoit perdre sa rondeur1 et l'applatissoit presqu'entirement1--le caporal satisfit tout beaucoup mieux que sa posture ne sembloit le promettre4--,et1 ayant crach deux fois1 pour chercher la clef sur laquelle son histoire iroit le mieux1 et plairoit davantage son matre1--il jeta sur lui un regard de tendresse qui lui fut rendu1 et il commena ainsi4 ,histoire du roi de ,bohme et des sept chteaux4 ,il toit une fois un certain roi de ,bo--h4-- ,le mot ,bohme n'toit pas encore tout--fait prononc1 que mon oncle ,tobie obligea le caporal faire halte pour un moment4--,le caporal avoit commenc son histoire nue tte1 ayant laiss son bonnet par terre depuis qu'il l'avoit t la fin du dernier chapitre4-- ,l'il de la bont pie tout4--,le caporal n'avoit pas achev les quatre premiers mots de son histoire1 que mon oncle ,tobie avoit dj touch son bonnet deux fois du bout de sa canne1 comme pour dire3 pourquoi1 ,trim1 n'est-il pas sur votre tte8--,trim le ramassa avec la plus respectueuse lenteur2 puis jetant un coup-d'il humili sur la broderie de devant1 laquelle toit terriblement ternie1 et mme use dans les parties les plus apparentes1 il posa de nouveau son bonnet ses pieds pour moraliser son sujet4-- ,je t'entends trop bien1 s'cria mon oncle ,tobie6 et tout ce que tu dis-l n'est que trop vrai4--,mais1 ,trim1 rien n'est fait en ce monde pour toujours durer4-- ,o mon cher ,tom6 s'cria ,trim1--quand ces gages de ton amour et de ton souvenir seront tout--fait uss1 que dirai-je8-- ,il n'y a1 ,trim1 rpliqua mon oncle ,tobie1 autre chose dire que ce que je t'ai dit2 rien n'est fait en ce monde pour toujours durer4 ,on se creuseroit la cervelle jusqu'au jour du jugement1 qu'on ne trouveroit rien de mieux4 ,le caporal reconnut que mon oncle ,tobie avoit raison1 et qu'il seroit inutile1 quelque esprit qu'on et1 de chercher tirer de son bonnet une morale plus saine4 ,il mit donc son bonnet sur sa tte sans chercher davantage2 et1 passant la main sur son front pour effacer une ride pensive que le texte et le commentaire y avoient fait natre1 il retourna1 avec le mme regard et le mme son de voix1 son histoire du roi de ,bohme et de ses sept chteaux4 ,suite de l'histoire du roi de ,bohme et de ses sept chteaux4 ,il toit une fois un certain roi de ,bohme444--,mais sous quel rgne8 c'est ce que je ne saurois dire monsieur4-- ,je ne te le demande en aucune sorte1 s'cria mon oncle ,tobie4-- ,c'toit1 sauf le respect de monsieur1 un peu avant le temps o les gans cessrent d'engendrer4--,mais en quelle anne de notre ,seigneur c'toit8444-- ,je ne donnerois pas deux sous pour le savoir1 dit mon oncle ,tobie4-- ,seulement1 n'en dplaise monsieur1 cela donne meilleur air une histoire4-- ,c'est ton affaire1 ,trim1 de l'embellir ta mode2--et choisis1 continua mon oncle ,tobie1 choisis dans tout le monde entier la date que tu voudras1 et applique-la ton histoire1 c'est celle-l que je prfrerai4 ,le caporal s'inclina d'un air pntr de reconnoissance4--,en effet1 depuis la cration du monde jusqu'au dluge de ,no1--depuis le dluge jusqu' la naissance d',abraham1 depuis les patriarches et leur plerinage jusqu' la sortie d',egypte des ,isralites2--de-l travers toutes les dynasties1 olympiades1 villes fondes et dtruites1 et autres poques mmorables de chaque peuple1 jusqu' la venue de ,jsus-,christ1--et de cette venue au moment o ,trim racontoit son histoire2--chaque sicle1 chaque anne1 chaque mois1 chaque heure1 chaque minute2--mon oncle ,tobie mettoit aux pieds du caporal le vaste empire des temps et tous ses abmes4 ,mais comme la modestie touche peine du bout du doigt ce que la libralit lui prsente les mains ouvertes1 le caporal se contenta de ce qu'il y avoit de plus mauvais dans tout le paquet2--et pour que nos seigneurs du parti ministriel et de celui de l'opposition ne se mangent pas le blanc des yeux en disputant sur l'poque choisie par le caporal1 je la leur dirai sans me faire prier4 ,il prit l'anne de notre ,seigneur mil sept cent douze1 qui fut celle o le duc d',ormond se comporta si mal en ,flandre2 et il reprit ainsi son expdition de ,bohme4 ,suite de l'histoire du roi de ,bohme et de ses sept chteaux4 ,en l'an de notre ,seigneur mil sept cent douze1 il toit1 comme je le disois monsieur444-- ,a te dire vrai1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie1 toute autre date m'auroit plu davantage2 non-seulement cause de la tache honteuse qui souille notre histoire de cette anne-l1 quand nos troupes se dbandrent1 et refusrent de couvrir le sige du ,quesnoy1 o ,fayel cependant poussoit les ouvrages avec une vigueur incroyable2--mais encore1 ,trim1 pour l'intrt mme de ton histoire2 parce que s'il y a 7et ce qui t'est chapp ce sujet m'en laisse quelque soupon7--s'il y a1 dis-je1 quelques gans444-- ,en vrit1 monsieur1 il n'y en a qu'un4--,c'est tout comme vingt1 s'cria mon oncle ,tobie6--mais alors tu aurois d te reculer de quelque sept ou huit cents ans1 pour te mettre hors de la porte des critiques4 ,et je te conseille1 pour l'honneur de ton histoire1 si tu dois jamais la raconter encore444-- ,si je peux l'achever une bonne fois1 dit ,trim1 je jure monsieur que je ne la raconterai de ma vie1 ni homme1 ni femme1 ni enfant4 ,a d'autres1 s'cria mon oncle ,tobie6 mais d'un ton de voix si bon1 si encourageant1 que le caporal reprit son histoire avec plus d'allgresse que jamais4-- ,suite de l'histoire du roi de ,bohme et de ses sept chteaux4 ,il toit1 sauf le respect de monsieur1 dit le caporal1 en levant la voix et frottant joyeusement les deux paumes de ses mains l'une contre l'autre1--il toit une fois un certain roi de ,bohme444-- ,laisse la date entirement1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie1 en se penchant vers le caporal1 et appuyant doucement sa main sur son paule pour adoucir la petite peine qu'il pouvoit lui faire en l'interrompant1--laisse la date entirement1 ,trim4 ,une histoire passe merveille sans tant de prcision2 et moins qu'on n'en soit bien sr444--,bien sr1 dit le caporal1 en secouant la tte6--,j'en conviens1 rpondit mon oncle ,tobie4--,il n'est pas ais1 ,trim1 qu'un homme comme toi et moi1 nourri dans les armes1 qui a rarement regard devant lui plus loin que le bout de son fusil1 et derrire lui au-del de son havresac1 en sache beaucoup sur cette matire4 ,morbleu1 dit ,trim1 vaincu par la manire de raisonner de mon oncle ,tobie1 autant que par le raisonnement lui-mme6--un soldat a bien autre chose faire2--car1 sans parler des batailles1 des marches1 ni du service de garnison1 n'a-t-il pas son fusil claircir1--son habit ntoyer1--ses moustaches cirer2 lui-mme enfin raser et tenir propre1 de manire parotre toujours comme la parade8--,quel besoin1 ajouta le caporal1 d'un air triomphant1 quel besoin1 7je le demande monsieur7--un soldat peut-il avoir de savoir un seul mot de gographie8-- ,tu devois dire1 chronologie1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie2 car pour la gographie1 elle est pour lui d'un usage indispensable4 ,il faut qu'il connoisse parfaitement tous les pays o son mtier l'entrane1 et les confins de ces pays2--il faut qu'il en connoisse chaque ville1 village1 bourg1 hameau1 avec les routes1 les canaux et les chemins creux qui y aboutissent4--,s'il passe une rivire ou un ruisseau1 il faut1 ,trim1 qu' la premire vue il puisse en dire le nom1--dans quelle montagne il prend sa source1--quel est son cours1-- quelle distance il est navigable1--o il est guable1 o il ne l'est pas4--,il faut que le sol de chaque valle lui soit aussi connu qu'au laboureur qui la cultive1 et qu'il soit en tat1 si le cas le requiert1 de donner un plan exact de toutes les plaines et dfils1 des forts1 des collines1 des bois et des marais1 travers lesquels son arme doit marcher4--,il faut enfin qu'il connoisse leurs produits1 leurs plantes1 leurs minraux1 leurs eaux thermales1 leurs animaux1 leurs saisons1 leurs climats1 leurs degrs de froid et de chaud1 leurs habitans1 leurs coutumes1 leurs langages1 leur politique1 et mme leur religion4--,autrement1 caporal1 continua mon oncle ,tobie1 se levant dans la gurite1 et commenant s'chauffer cet endroit de son discours1--concevroit-on comment ,malborough a pu faire marcher son arme1 des bords de la ,meuse ,belbourg1 de ,belbourg ,kerpenord1--7,il fut impossible au caporal de rester assis plus long-temps7 de ,kerpenord1 ,trim1 ,kalsaken1 de ,kalsaken ,newdorf1 de ,newdorf ,laudenbourg1 de ,laudenbourg ,mildenheim1 de ,mildenheim ,elchingen1 d',elchingen ,gingen1 de ,gingen ,belmerchoffen1 de ,belmerchoffen ,skellenbourg1--o il fondit sur les retranchemens des ennemis1 les fora passer le ,danube1 traversa la ,lech1 poussa ses troupes jusques dans le cur de l'empire1--et marchant leur tte par ,fribourg1 ,hokenwert et ,schonevelt1 il arriva aux plaines de ,blenheim et d',hochstet4--,ce grand homme1 caporal1 malgr tout son talent1 n'auroit pas fait un pas ni un seul jour de marche1 sans le secours de la gographie4 ,car pour la chronologie1 j'avoue1 ,trim1 continua mon oncle ,tobie1 en se rasseyant froidement dans sa gurite1 que de toutes les sciences1 il me semble que c'est celle dont un soldat peut le mieux se dispenser2-- moins que ce ne soit pour les claircissemens qu'il peut un jour en retirer1 relativement l'poque de l'invention de la poudre2 car les terribles effets de cette composition1 pareille la foudre et renversant tout devant elle1 l'ont rendue pour nous une espce d're militaire4 ,elle a si totalement chang la nature de l'attaque et de la dfense1 soit pour la guerre de terre1 soit pour la guerre de mer1 elle a tellement tendu les bornes de l'art et de la science militaire1 qu'on ne sauroit tre trop exact fixer le temps prcis de sa dcouverte1 et trop soigneux rechercher le nom de son inventeur1 et les circonstances qui lui ont donn naissance4 ,je suis loin de contester1 continua mon oncle ,tobie1 ce dont les historiens conviennent2 savoir qu'en l'an de ,notre ,seigneur treize cent quatre-vingt1 sous le rgne de ,vinceslas1 fils de ,charles ,,iv1 un certain prtre1 nomm ,schwartz1 apprit aux ,vnitiens l'usage de la poudre dans leurs guerres contre les ,gnois4 ,mais il est certain qu'il ne fut pas le premier2--car si nous en croyons dom ,pdre1 vque de ,lon444--,bon ,dieu1 dit ,trim1 qu'est-ce que des prtres et des vques avoient faire de se creuser la tte pour la poudre canon8--,dieu le sait1 dit mon oncle ,tobie1 sa providence opre le bien par qui il lui plat4--,dom ,pdre donc affirme1 en sa chronique du roi ,alphonse1 lequel subjugua ,tolde1 qu'en l'an treize cent quarante-trois1 7c'est--dire trente-sept avant l'autre poque17 le secret de la poudre toit bien connu1 et qu'elle toit ds-lors employe avec succs1 tant par les ,maures que par les ,chrtiens1 non-seulement sur mer1 mais dans plusieurs de leurs siges les plus mmorables en ,espagne et en ,barbarie4--,et tout le monde sait que le moine ,bacon a crit expressment sur la poudre canon1 et en a gnreusement donn la recette au public1 plus de cent cinquante ans avant la naissance de ,schwartz4--,mais1 ajouta mon oncle ,tobie1 ce qui nous embarrasse bien davantage1 et ce qui confond toutes nos relations1 ce sont les ,chinois qui prtendent avoir connu la poudre plusieurs centaines d'annes avant ,bacon4-- ,je gage1 s'cria ,trim1 qu'il n'y a pas un mot de vrai4-- ,je croirois volontiers qu'ils se trompent1 reprit mon oncle ,tobie2 du moins si l'on peut en juger par le misrable tat de leur tactique actuelle1 surtout en ce qui regarde les fortifications4--,les leurs ne consistent que dans un foss revtu d'un mur de brique1 et entirement dpourvu de flancs4 ,quant ce qu'ils placent dans les angles1 et qu'ils nous donnent pour des bastions1 ils sont construits d'une manire si barbare1 qu'on les prendroit444--pour un de mes sept chteaux1 interrompit le caporal4-- ,mon oncle ,tobie1 quoique embarrass lui-mme trouver une comparaison1 ne fut pas content de celle de ,trim4 ,mais ,trim lui disant qu'il lui restoit en ,bohme une demi-douzaine de chteaux pareils1 dont il ne savoit comment se dfaire4 ,mon oncle ,tobie fut si touch de la plaisanterie nave du caporal1 qu'il cessa sa dissertation sur la poudre canon1 et pria le caporal de continuer son histoire du roi de ,bohme et de ses sept chteaux4 ,suite de l'histoire du roi de ,bohme et de ses sept chteaux4 ,ce malheureux roi de ,bohme1 dit ,trim444-- ,il toit donc malheureux1 dit mon oncle ,tobie6 ,car ses dissertations sur la poudre canon et sur les autres parties de l'art militaire1 l'avoient rudement embrouill2 et quoiqu'il et pri le caporal de poursuivre son histoire1 les frquentes interruptions qu'il avoit faites ne lui avoient pas laiss ses ides assez prsentes pour expliquer l'pithte4-- ,il toit donc malheureux1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie1 d'un ton pathtique8 ,le caporal qui auroit voulu que le mot et tous ses synonimes fussent tous les diables1 commena repasser dans son esprit les principaux vnemens de l'histoire du roi de ,bohme1 lesquels prouvoient tous que jamais homme n'avoit t plus heureux que lui4--,le pauvre caporal se trouva alors dans un embarras extrme2 et ne se souciant pas de rtracter son pithte1 encore moins de l'expliquer1--et moins que tout cela d'riger son conte en systme la manire des savans1--il regarda mon oncle ,tobie1 esprant qu'il viendroit son secours2 mais voyant que mon oncle ,tobie restoit assis en attendant un explication1 il hsita un moment et continua ainsi3 ,monsieur me permettra de lui dire que le roi de ,bohme toit malheureux1 en ce qu'aimant la navigation et tout ce qui y a rapport1 il ne se trouvoit pas un seul port de mer dans toute la ,bohme4-- ,et comment diable y en auroit-il eu1 ,trim1 s'cria mon oncle ,tobie8--,la ,bohme ne touchant la mer d'aucun ct1 cela ne pouvoit tre autrement4--,cela se pouvoit1 dit ,trim1 si ,dieu l'avoit voulu4 --,mon oncle ,tobie ne parloit jamais de l'essence de ,dieu et de ses attributs1 qu'avec respect et retenue4-- ,je ne le crois pas1 rpliqua mon oncle ,tobie1 aprs une pause2--car ne touchant la mer d'aucun ct1--ayant la ,silsie et la ,moravie l'est1--la ,lusace et la ,haute-,saxe au nord1--la ,franconie l'ouest1 et la ,bavire au sud2--la ,bohme ne pouvoit se rapprocher de la mer sans cesser d'tre ,bohme2 et la mer d'un autre ct1 ne pouvoit arriver la ,bohme sans couvrir une grande partie de l',allemagne1 et noyer des millions de malheureux habitans qui se seroient trouvs sans dfense contre un tel dluge4--,a ,dieu ne plaise1 s'cria ,trim6--,un tel dluge1 ajouta mon oncle ,tobie avec bont1 montreroit un tel manque de compassion dans celui qui est notre pre commun1 que je pense1 ,trim1 qu'il toit rellement impossible que la ,bohme et des ports de mer4 ,le caporal fit sa rvrence en homme intimement convaincu1 et continua4 ,or1 il arriva que par une belle soire d't1 le roi de ,bohme sortit avec la reine et ses courtisans4--,tu as raison1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie1 de dire qu'il arriva2 car le roi de ,bohme1 ainsi que la reine1 pouvoient galement sortir ou rester chez eux4--,et c'est l une matire de futur contingent1 qui peut arriver ou ne pas arriver1 suivant que le hasard en ordonne4-- ,le roi ,guillaume1 dit ,trim1 avoit l-dessus une opinion particulire4 ,il pensoit qu'il ne nous arrivoit rien en ce monde qui ne ft arrt de toute ternit4 ,aussi1 disoit-il souvent ses soldats3 que chaque balle avoit son billet4--,c'toit un grand homme1 dit mon oncle ,tobie6--,et je crois prsent1 continua ,trim1 que le coup qui me mit hors de combat ,landen ne fut vis mon genou1 que pour m'ter du service du roi et me mettre celui de monsieur1 o je serai srement mieux soign dans ma vieillesse4--,tu peux y compter1 ,trim1 s'cria mon oncle ,tobie avec la dernire vivacit4 ,le cur du matre et celui du valet toient galement sujets ces panchemens imprvus4--,le caporal voulut parler1 il voulut remercier son matre2--les larmes l'inondrent1--il resta sans parole1 sans mouvement2--il resta les yeux fixs sur mon oncle ,tobie2 mais son visage exprimoit sa reconnoissance1 et payoit les marques de bont de son matre4 ,une larme alors coula sur la joue de mon oncle ,tobie1 et paya l'attachement du serviteur4-- ,cette scne fut suivie d'un long silence4--,trim le rompit le premier1 et s'efforant de prendre un ton plus gai pour tcher de distraire son matre3--,d'ailleurs1 monsieur1 dit-il1 sans cette blessure que j'ai reue ,landen1 je n'aurois jamais t amoureux8-- ,tu as donc t amoureux1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie en souriant8-- ,amoureux1 dit le caporal1 par-dessus la tte4--,et je te prie1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie1 o1 quand et comment cela s'est-il pass8--tu ne m'en as jamais dit un mot4--,j'ose dire monsieur1 rpondit ,trim1 qu'il n'y avoit pas dans tout le rgiment un tambour ni un fils de sergent qui ne st cette histoire4--,et comment ne la sais-je pas encore1 dit mon oncle ,tobie8-- ,monsieur doit se rappeller1 et srement avec douleur1 dit le caporal1 notre droute totale ,landen1 et la confusion horrible du camp et de l'arme4 ,il fallut que chacun songet soi2 et sans les rgimens de ,wyndham1 de ,lumley et de ,galway qui couvrirent la retraite sur ,neerspeeken1 le roi lui-mme auroit eu de la peine gagner le pont4--,il fut press vivement1 comme monsieur le sait mieux que moi4-- ,vaillant prince1 s'cria mon oncle ,tobie avec enthousiasme6 au moment o tout est perdu1 je le vois passer devant moi toute bride4--,il court la gauche chercher le reste de la cavalerie angloise1 et revient avec elle pour soutenir la droite1 et arracher1 s'il en est encore temps1 le laurier des mains de ,luxembourg4--,je le vois avec son charpe flottante ranimant le courage de ce pauvre rgiment de ,galway4 ,je le vois courant le long de la ligne1 se retournant aussi-tt1 et chargeant ,conti la tte des siens4--,brave1--brave prince1 s'cria mon oncle ,tobie6 par le ciel1 il mrite la couronne6--,comme un voleur mrite la corde1 s'cria ,trim4 ,mon oncle ,tobie connoissoit la loyaut du caporal1 autrement la comparaison n'auroit pas t de son got4 ,mais le caporal n'y avoit pas song en la faisant4--,au reste1 il n'y avoit pas moyen de revenir sur ses pas2 ce que le caporal avoit de mieux faire toit de continuer son rcit4 ,le nombre des blesss toit prodigieux2 chacun ne pensoit qu' sa propre sret4--,cependant1 dit mon oncle ,tobie1 ,talmash fit la retraite de l'infanterie avec beaucoup d'ordre4--,je n'en restai pas moins sur le champ de bataille1 dit le caporal4--,misrable garon1 rpliqua mon oncle ,tobie6--,tellement qu'il toit midi du lendemain1 continua le caporal1 avant que je fusse chang et mis dans une charrette avec trente ou quarante autres blesss1 pour tre conduit notre hpital4 ,il n'y a aucune partie du corps1 sauf le respect de monsieur1 o une blessure cause une douleur plus insupportable qu'au genou4-- ,except l'ane1 dit mon oncle ,tobie4--,avec la permission de monsieur1 rpliqua le caporal1 le genou1 mon avis1 doit tre plus sensible1--ayant beaucoup plus de tendons et de tout ce qu'ils appellent444 qu'il appellent444-- ,c'est pour cette raison1 dit mon oncle ,tobie1 que l'ane est infiniment plus sensible2 non-seulement parce qu'elle a autant de tendons1 et de ces autres choses dont je ne sais pas plus le nom que toi2 mais parce que444-- ,ici la veuve ,wadman1 qui s'toit tenue cache dans son arbre pendant toute la conversation1 retint son haleine1 dtacha sa coiffe de dessous son menton1 se tint le corps en avant port sur une jambe1 et prta l'oreille plus attentivement que jamais4-- ,la dispute se soutint amicalement et forces gales pendant quelque temps entre mon oncle ,tobie et ,trim1--jusqu' ce qu'enfin ,trim se ressouvenant qu'il avoit souvent pleur pour les souffrances de son matre et jamais pour les siennes1 abandonna son opinion4 ,mais mon oncle ,tobie n'accepta pas son dsistement2 cela ne prouve autre chose1 ,trim1 que la bont de ton cur4 ,tellement qu'on ne sait pas encore si la douleur d'une blessure l'ane est plus forte1 toutes choses gales d'ailleurs1 que la douleur d'une blessure au genou4-- ,ou si la douleur d'une blessure au genou est plus forte que la douleur d'une blessure l'ane4 ,,chapitre ,,xlix4 ,la ,bguine4 ,la douleur de mon genou1 continua le caporal1 toit excessive en elle-mme1 mais les cahots de la charrette sur un chemin extrmement raboteux1 la rendoient encore plus vive1 et chaque pas toit la mort pour moi2--le sang que je perdois1 le manque de soin1 la fivre que je sentois venir444--,pauvre garon6 dit mon oncle ,tobie6--,c'en toit plus1 dit le caporal1 que je n'en pouvois supporter4 ,je racontois mes souffrances une jeune femme1 dans une maison de paysan o notre charrette qui toit la dernire de la ligne avoit fait halte1 et o l'on m'avoit fait entrer4--,la jeune femme avoit tir un cordial de sa poche1 en avoit vers quelques gouttes sur du sucre1 et voyant que cela me ranimoit1 elle m'en avoit donn deux ou trois fois4--,je lui racontois donc la violence de la douleur que je sentois2 elle est si poignante1 lui disois-je1 que j'aimerois mieux ne jamais me relever de ce lit que je vois dans le coin de la chambre1 et y mourir tranquillement1 que de faire un pas de plus dans la maudite charrette4 ,elle essaya de me conduire ce lit que je lui montrois2 mais je m'vanouis dans ses bras4--,elle avoit un excellent cur1 comme monsieur pourra le voir1 dit le caporal en essuyant ses yeux4-- ,je croyois l'amour une chose joyeuse1 dit mon oncle ,tobie4-- ,n'en dplaise monsieur1 c'est quelquefois la chose la plus srieuse du monde4 ,a la persuasion de la jeune femme1 la charrette et les autres blesss toient partis sans moi2 elle avoit assur que j'expirerois en y rentrant4 ,tellement que lorsque je revins moi1 je me trouvai dans une cabane tranquille et paisible1 o il n'y avoit plus que la jeune femme1 le paysan et la femme du paysan4 ,j'tois couch en travers sur le lit qui toit dans le coin de la chambre2 ma jambe blesse reposoit sur une chaise1 et la jeune femme ct de mon lit tenoit d'une main sous mon nez le coin de son mouchoir imbib de vinaigre1 et de l'autre m'en frottoit les tempes4 ,je la pris d'abord pour la fille du paysan2 car ce n'toit pas une auberge2--et je lui offris une petite bourse o il y avoit dix-huit florins4--,c'toit encore un gage1 continua ,trim1 en essuyant ses yeux1 que ce pauvre ,tom en partant pour ,lisbonne m'avoit envoy par un soldat de recrue4 ,je n'avois jamais fait ces tristes dtails monsieur4 ,trim essuya ses yeux une troisime fois4-- ,la jeune femme appella le vieillard et sa femme1 et leur montra l'argent1 sans doute pour m'obtenir d'eux un lit et toutes les petites choses dont je pourrois avoir besoin1 jusqu' ce que je fusse en tat d'tre transport l'hpital4--,allons1 dit-elle ensuite en serrant la petite bourse1 je serai votre banquier2 mais comme cette charge ne remplira pas tout mon temps1 je serai aussi votre garde-malade4 ,a la manire dont elle me parla1 et son habillement que je commenai regarder alors plus attentivement1 je vis que la jeune femme ne pouvoit pas tre la fille du paysan4 ,elle toit vtue de noir de la tte aux pieds1 et ses cheveux toient cachs sous une bande de batiste qui serroit son front4 ,c'toit une de ces religieuses dont monsieur sait qu'il y a un grand nombre en ,flandre1 et qui ne sont pas clotres4-- ,d'aprs ta description1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie1 je juge que c'toit une jeune bguine4--,c'est une espce de religieuse qui ne se trouve qu'en ,flandre et ,amsterdam4 ,elles diffrent des religieuses ordinaires1 en ce qu'elles peuvent quitter le clotre pour se marier4 ,leur profession est de visiter et de soigner les malades2 j'aimerois mieux1 je l'avoue1 que ce ft leur inclination4-- ,celle-ci m'a souvent dit1 rpliqua ,trim1 qu'elle me rendoit tous ces soins pour l'amour de ,jsus-,christ4--,je n'aimois pas cela4--,j'aurois voulu que ce ft un peu pour l'amour de moi4--,je crois1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie1 que nous pourrions bien avoir tort tous les deux2 nous le demanderons ce soir ,m4 ,yorick1 chez mon frre ,shandy2 n'oublie pas1 ,trim1 de m'en faire souvenir4-- ,la jeune bguine1 continua le caporal1 m'avoit peine dit qu'elle seroit ma garde-malade1 qu'elle se mit en devoir d'en remplir les fonctions4 ,elle sortit1 et au bout de quelques minutes qui me parurent bien longues1 elle me rapporta des flanelles et des drogues pour mon genou1 qu'elle bassina et fomenta pendant une couple d'heures2 puis elle me prpara une cuelle de gruau pour mon souper2 et quand je l'eus prise1 elle me promit de revenir de grand matin1 et me souhaita une bonne nuit4-- ,en dpit de son souhait1 ma nuit fut bien mauvaise4--,la fivre fut trs-violente2--la figure de la bguine ne cessa de me tourmenter4--,a chaque instant j'aurois voulu partager le monde en deux1 et lui en donner la moiti4--,a chaque instant je m'criois3 ,pourquoi n'ai-je qu'un havresac et dix-huit florins partager avec elle6--,tant que la nuit dura1 je vis la belle bguine comme un ange bienfaisant1 se tenir prs de mon lit1 en soulever les rideaux1 et m'offrir des potions cordiales4 ,je ne fus tir de mon songe que par la belle bguine elle-mme1 qui revint auprs de moi l'heure promise1 et qui me rendit en ralit les mmes services dont je venois de rver4--,en vrit elle me quittoit peine2 et je m'accoutumai tellement recevoir la vie de ses mains1 que je plissois et que mon cur dfailloit quand elle sortoit de la chambre4--,et cependant1 continua le caporal1 en faisant la rflexion du monde la plus trange1444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 444 je n'tois pas amoureux4--,car pendant les trois semaines qu'elle fut auprs de moi1 nuit et jour occupe panser mon genou1 et me rendre tous les soins les plus familiers2 je puis bien dire monsieur que je ne sentis pas une seule fois ce que j'entends par amour4-- ,cela est trs-singulier1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie4-- ,trs-tonnant1 dit la veuve ,wadman4-- ,rien n'est cependant plus vrai1 dit le caporal4-- ,,chapitre ,l4 ,trim s'enflamme4 ,il n'y a pourtant pas tant de quoi s'tonner1 continua le caporal1 voyant que mon oncle ,tobie faisoit des rflexions mentales sur ce sujet4--,l'amour1 monsieur le sait mieux que moi1 l'amour est comme la guerre4 ,un soldat ne peut-il pas chapper trois semaines de suite en montant la tranche dans la nuit du samedi1 et cependant tre tu le dimanche matin8--,c'est prcisment ce qui m'arriva2 avec la seule diffrence que ce fut le dimanche au soir2--l'amour me vint tout d'un coup2 il tomba sur moi comme une bombe1 sans me donner presque le temps de dire3 ,dieu me bnisse4-- ,je ne croyois pas1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie1 que l'amour pt venir si brusquement4-- ,mais1 rpliqua ,trim1 quand on y est dj prpar6-- ,je te prie1 dit mon oncle ,tobie1 raconte-moi comment cela t'arriva4-- ,de tout mon cur1 dit le caporal faisant sa rvrence4 ,,chapitre ,,li4 ,trim succombe4 ,jusques-l1 continua le caporal1 j'avois rsist l'amour2 ou plutt je lui avois chapp2 et j'aurois continu ainsi jusqu'au bout1 si la providence n'en avoit dcid autrement4--,mais qui peut viter sa destine8 ,c'toit un dimanche aprs midi1 comme je le disois monsieur4 ,le vieillard et sa femme toient sortis4 ,il n'toit rest personne dans la maison ni dans la cour2--pas un chien1 pas un chat1 pas un canard4 ,tout y toit tranquille et calme comme minuit4 ,je vis entrer la belle bguine4 --,ma blessure commenoit se gurir2 l'inflammation avoit disparu1 mais il lui avoit succd une dmangeaison1 surtout au-dessus et au-dessous du genou1 qui m'toit insupportable1 et qui m'empchoit de fermer l'il de toute la nuit4 ,laissez-moi voir l'endroit1 dit-elle1 en s'agenouillant tout contre mon lit1 et soulevant le drap pour visiter la plaie1--cela ne demande dit la bguine qu' tre un peu gratt4--,aussitt ayant ramen la couverture par-dessus1 elle commena gratter le dessous de mon genou avec le premier doigt de la main droite1 qu'elle avoit passe sous la flanelle qui enveloppoit tout l'appareil4 ,au bout de cinq ou six minutes1 je sentis lgrement le bout de son second doigt qui arrivoit1 et qui peu--peu se plaa ct de l'autre2 elle1 continuant toujours de gratter4--,il commena me venir en pense que je pourrois bien devenir amoureux4 ,je rougis en voyant l'extrme blancheur de sa main4--,je puis bien dire monsieur que de ma vie je ne verrai une main aussi blanche4-- ,du moins la mme place1 dit mon oncle ,tobie4 ,quoique ce ft la chose du monde la plus srieuse pour le caporal1 il ne put s'empcher de sourire4 ,la jeune bguine1 continua-t-il1 voyant que de me gratter avec deux doigts me faisoit le plus grand bien1 commena me gratter avec trois2 jusqu' ce qu'enfin le quatrime doigt et puis le pouce1 vinrent se placer ct des autres2 et alors elle me gratta avec toute sa main4--,je n'ose plus rien dire sur les mains depuis que monsieur m'a plaisant2 mais en vrit celle-l toit plus douce que du satin4-- ,vante-la tant qu'il te plaira1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie1 je t'assure que je t'coute avec le plus grand plaisir4 ,le caporal remercia son matre2 mais n'ayant rien de nouveau dire sur la main de la bguine1 il en vint ses effets4 ,la belle bguine1 dit le caporal1 continua de me gratter avec toute sa main au-dessous du genou4--,je craignis la fin que son zle ne vnt la fatiguer4--,bon ,dieu6 dit-elle1 j'en ferois mille fois plus pour l'amour de ,jsus-,christ4--,en disant cela elle glissa sa main par-dessous la flanelle jusqu'au dessus du genou1 o j'avois senti aussi de la dmangeaison3 et l elle recommena gratter4 ,je commenai alors m'apercevoir tout de bon que je devenois amoureux4 ,comme elle continuoit gratter1 je sentis l'amour1 qui1 de dessous sa main1 se rpandoit dans toutes les parties de mon corps4 ,plus elle grattoit1 plus ses grattemens toient prolongs1 et plus le feu s'allumoit dans mes veines2--jusqu' ce qu'enfin deux ou trois grattemens ayant dur plus long-temps que les autres1 mon amour se trouva son comble4 ,je saisis sa main444-- ,eh bien6 ,trim1 dit mon oncle ,tobie1 tu la portas tes lvres1 et tu fis ta dclaration8444-- ,il importe peu de savoir si les amours de ,trim se terminrent prcisment de la manire que mon oncle ,tobie avoit imagine4 ,il suffit qu'on y trouve l'essence de tous les amours de roman qui aient jamais t crits depuis le commencement du monde4-- ,,chapitre ,,lii4 ,la veuve ,wadman change son plan d'attaque4 ,aussitt que le caporal eut fini l'histoire de ses amours1 ou plutt1 ds que mon oncle ,tobie l'eut finie pour lui1 ,mistriss ,wadman sortit sans bruit de son arbre1 rattacha sa coffe1 franchit la petite porte de communication1 et s'avana lentement vers la gurite de mon oncle ,tobie4--,la disposition d'esprit dans laquelle ,trim avoit d mettre mon oncle ,tobie1 toit une occasion trop favorable pour la laisser chapper4--,l'attaque avoit t rsolue d'aprs la circonstance2 et mon oncle ,tobie en avoit encore applani le chemin1 en ordonnant au caporal d'emporter la pelle1 la bche1 la pioche1 les piquets1 et tous les autres ustensiles de guerre1 qui gisoient pars sur le terrein o avoit t ,dunkerque4 ,au signal de mon oncle ,tobie1 le caporal avoit march2 tout avoit disparu4-- ,or1 considrez1 monsieur1 quelle sottise c'est d'agir d'aprs un plan1 soit en combattant1 soit en crivant1 soit en faisant toute autre chose1 et mme des vers6--,car si jamais plan1 indpendamment de toutes les circonstances1 a mrit d'tre plac1 en lettres d'or1 7au moins dans les archives des fous7 ce fut certainement le plan d'attaque de la veuve ,wadman contre mon oncle ,tobie dans sa gurite1 et par le moyen de ses plans4--,mais le plan qui toit attach tant celui de ,dunkerque1 et ,dunkerque ne prsentant plus l'esprit que des ides de repos et de paix1 il en seroit rsult un effet tout diffrent de celui que ,mistriss ,wadman vouloit produire4--,d'ailleurs1 le moyen qu'elle continua sur le mme pied qu'auparavant1 les petites manuvres de ses doigts et de sa main dans son attaque de la gurite1 avoient tellement t surpasses par celles des doigts et de la main de la belle bguine dans l'histoire de ,trim1 que1 quoique les siennes lui eussent toujours russi jusques-l1 elles toient devenues aussi insipides que manuvres puissent tre4-- ,oh6 rapportez-vous-en aux femmes sur ce point4--,mistriss ,wadman toit peine sortie de son arbre1 que son gnie se jouoit dj du nouveau tour qu'avoient pris les circonstances4--,elle changea son plan d'attaque en un moment4 ,,chapitre ,,liii4 ,prends garde1 ,oncle ,tobie6 ,je suis comme une folle1 capitaine ,shandy1 dit ,mistriss ,wadman1 en portant son mouchoir son il gauche1 au moment qu'elle s'approchoit de la gurite2--une paille1 un moucheron1 je ne sais quoi m'est entr dans l'il4--,regardez1 je vous prie2 n'est-ce pas dans le blanc8 ,en disant cela1 ,mistriss ,wadman s'toit glisse tout contre mon oncle ,tobie1 et s'toit assise ct de lui sur le coin du banc1 pour lui donner la facilit de regarder dans son il sans se lever4--,mais regardez donc1 dit elle4 ,honnte ,tobie6 tu regardois dans son il dans toute la simplicit de ton cur1 et avec l'innocence d'un enfant qui regarde dans une lanterne magique4 ,ce seroit un pch de te causer le moindre mal4-- ,beaucoup de gens regardent dans l'il d'une femme sans se faire prier2 je n'ai rien leur dire4-- --,mais mon oncle ,tobie1 madame1 toit plus rserv4 ,il auroit t ct de vous1 sur votre sopha1 dans votre boudoir1 depuis le mois de juin jusqu'au mois de janvier1 ce qui comprend les mois les plus chauds et les plus froids de l'anne1--qu'il n'auroit pas t1 au bout de ce temps1 en tat de dire si vous aviez les yeux noirs ou les yeux bleus4 ,la grande difficult toit donc d'engager mon oncle ,tobie y regarder4-- ,elle fut surmonte4-- ,et je vois l mon bon oncle ,tobie1 sa pipe la main1 dont les cendres s'chappent1 regardant1 et regardant2 puis se frottant les yeux1 et regardant encore avec deux fois plus d'attention et de bonhomie1 que ,galile n'en a jamais mis regarder les taches du soleil4-- ,le tout en vain4--,par toutes les puissances qui animent nos organes1 l'il gauche de ,mistriss ,wadman brille en ce moment autant que son il droit4 ,il n'y a ni paille1 ni moucheron1 ni poussire1 ni ftu d'aucune espce2--il n'y a rien1 mon cher oncle1 il n'y a rien qu'un feu dlicieux qui s'y glisse furtivement1 et qui de l se rpand dans toutes les parties de ton existence4 ,prends garde1 oncle ,tobie6 fuis le danger2--loigne-toi3--si tu regardes un moment de plus dans l'il de cette charmante veuve1 tu es perdu6 ,,chapitre ,,liv4 ,il n'y voit rien4 ,un il a cela de commun avec un canon1 que ce n'est pas tant l'il et le canon en eux-mmes1 que le jeu de l'il et le jeu du canon1 qui les met l'un et l'autre en tat de produire de si grands effets4--,je ne trouve pas la comparaison si mauvaise2 d'autres gens de meilleur got ne seront peut-tre pas de mon avis3 cependant1 comme je l'ai faite et place la tte du prsent chapitre1 autant pour l'usage que pour l'ornement1 elle y restera2 et tout ce que je dsire en retour1 c'est que vous vouliez bien vous la rappeler toutes les fois que je parlerai des yeux de la veuve ,wadman4-- ,je vous proteste1 madame1 dit mon oncle ,tobie1 que je n'aperois rien dans votre il4 ,ce n'est donc pas dans le blanc1 dit ,mistriss ,wadman8 ,mon oncle ,tobie regarda dans la prunelle de toute sa puissance4 ,or1 de tous les yeux qui jamais aient t crs--depuis les vtres1 madame1 jusqu' ceux de ,vnus1 qui toient certainement aussi fripons qu'il y en ait jamais eu1--il n'y eut jamais d'il aussi propre ravir le repos de mon oncle ,tobie1 que l'il dans lequel il regardoit4--,ne croyez pas1 madame1 que ce ft un il coquet1 ni veill1 ni libertin2--il n'toit ni tincelant1 ni ptulant1 ni imprieux2--ce n'toit pas un de ces yeux qui annoncent de grandes prtentions1 ou une grande exigence3--un tel il n'auroit pas eu d'empire sur une ame de la trempe de celle de mon oncle ,tobie1 forme de tout ce que la nature a de plus doux4--,l'il de ,mistriss ,wadman toit rempli de doux propos et de douces rponses1 parlant1 non comme une trompette bruyante1 qui tonne l'oreille sans lui plaire1 mais parlant au cur2--ou plutt1 formant je ne sais quels doux sons1 semblables aux derniers accens d'un prdestin2--un il qui sembloit dire3 ,comment pouvez-vous1 capitaine ,shandy1 vivre ainsi sans consolation8 sans un sein sur lequel vous puissiez reposer votre tte1 et dans lequel vous puissiez dposer vos chagrins8 ,c'toit un il444 ,mais l'amour me gagnera moi-mme1 si j'en dis encore un mot4 ,c'toit l'il qu'il falloit mon oncle ,tobie4 ,,chapitre ,,lv4 ,un clou ne chasse pas l'autre4 ,rien ne fait voir les caractres de mon pre et de mon oncle ,tobie sous un point-de-vue plus plaisant1 que leur diffrente manire d'agir dans les mmes accidens4 ,j'appelle l'amour accident et non pas malheur1 dans l'opinion o l'on sait que je suis qu'il rend toujours le cur d'un homme meilleur4--,grand ,dieu6 comment devoit tre le cur de mon oncle ,tobie quand il toit amoureux1--tant dj si parfaitement bon quand il ne l'toit pas8 ,mon pre1 comme il parot par quelques-uns des papiers qu'il a laisss1 toit trs-sujet cette passion avant son mariage4 ,mais c'toit toujours avec une sorte d'impatience originale1 et mme un peu acide2 et quand l'accident lui arrivoit1 au lieu de s'y soumettre en bon chrtien1 il enrageoit1 se dmenoit1 tapoit des pieds1 faisoit le diable quatre2 et crivoit contre l'objet de sa passion la diatribe la plus amre dont il pt s'aviser4 ,j'en ai retrouv une en vers1 qui s'adresse je ne sais quel il qui avoit troubl son repos pendant deux ou trois nuits4 ,dans le premier transport de son ressentiment1 voici comme il commence3 ,maudit il que l'enfer confonde6 il n pour le malheur du monde6 ,qui mets les gens en pire tat1 ,que payen1 turc ou rengat6444 ,en un mot1 tout le temps que duroit le paroxisme1 mon pre n'avoit la bouche qu'injures1 qu'imprcations1 et presque des maldictions4--,seulement il toit trop imptueux pour suivre la mthode d',ernulphe1 pour suivre mme sa rserve4 ,mon pre qui toit de l'esprit le plus intolrant1 ne se contentoit pas de maudire sans exception tout ce qui sous le ciel pouvoit entretenir ou exciter son amour2 jamais il n'achevoit sa litanie de maldictions sans se maudire lui-mme son tour1 comme un des fous et des imbcilles les plus fieffs1 disoit-il1 qui et jamais t lch dans le monde4 ,mon oncle ,tobie au contraire prit le tout comme un agneau2 il s'assit tranquillement1 et laissa le poison travailler dans ses veines sans rsistance4--,dans les douleurs les plus aigus de sa blessure 7comme au temps de celle qu'il avoit reue l'ane7 il ne lui chappa pas une expression chagrine ou de mcontentement2 il ne s'en prit ni au ciel ni la terre2 il ne pensa ni ne parla mal de qui que ce soit4 ,pensif et solitaire1 il s'assit1 sa pipe la bouche1 les yeux fixs sur sa jambe boiteuse1 poussant de temps autre quelque soupir sentimental1--qui1 ml avec les bouffes de tabac1 ne pouvoit incommoder personne4 ,je le rpte1 il prit le tout comme un agneau4-- ,a la vrit1 il commit d'abord une mprise4--,le matin de cette mme journe1 il avoit mont cheval avec mon pre1 pour tcher de sauver un petit bois charmant1 que le doyen et le chapitre de ,shandy faisoient abattre pour en donner le profit aux pauvres 7d'esprit1 certainement1 car l'argent en fut partag entre le doyen et les chanoines47--,le dit bois se trouvoit en vue de la maison de mon oncle ,tobie1 et lui toit du plus grand secours pour sa description de la bataille de ,wynendale2--aussi avoit-il couru avec empressement pour le sauver4 ,il avoit t au grand trot1--sur un cheval dur1--avec une selle incommode4--,bref1 il toit arriv que la partie sreuse du sang avoit pntr entre cuir et chair1 et avoit caus un apostme aux pays bas de mon oncle ,tobie4--,lorsque ce clou 7car c'en toit un7 commena pousser1 mon oncle ,tobie qui avoit peu d'exprience en amour1 se persuada que c'toit l un des symptmes et une des parties constituantes de sa passion2--mais l'apostme venant crever1 et l'amour restant le mme1 mon oncle ,tobie comprit bien que sa blessure n'toit pas blessure superficielle1 et qu'elle avoit pntr jusqu' son cur4 ,,chapitre ,,lvi4 ,confidence4 ,le monde rougiroit d'avoir un penchant vertueux4--,mon oncle ,tobie connoissoit peu le monde2 et quand il s'aperut qu'il toit amoureux1 il n'imagina pas devoir en faire plus de mystre que si la veuve ,wadman l'avoit bless par mgarde avec son couteau4 ,mais quand il auroit cru devoir taire ce secret tout autre1 accoutum regarder ,trim comme un humble ami1 et trouvant chaque jour de nouvelles raisons pour le traiter ainsi1 cela n'auroit rien chang la manire dont il lui confia l'affaire4 ,je suis amoureux1 caporal1 dit mon oncle ,tobie4 ,,chapitre ,,lvii4 ,plan de campagne4 ,amoureux1 s'cria le caporal6--monsieur se portoit si bien il y a deux jours1 quand je lui racontois l'histoire du roi de ,bohme6 ,l'histoire du roi de ,bohme1 dit mon oncle ,tobie6444 7,il rva quelque temps7444 ,qu'est devenue son histoire8-- ,nous l'avons perdue je ne sais comment1 dit le caporal4--,mais alors monsieur n'toit non plus amoureux que moi4--,cela me vint1 dit mon oncle ,tobie1 lorsque tu me quittas avec la brouette et les outils4 ,je restai seul avec ,mistriss ,wadman4 ,le trait qu'elle m'a laiss est encore l1 ajouta-t-il en montrant sa poitrine4-- ,eh6 bien1 dit le caporal1 il n'y a qu' marcher4--,monsieur sait bien qu'elle n'est non plus en tat de soutenir un sige que de voler4-- ,mais comme nous sommes voisins1 dit mon oncle ,tobie1 ne seroit-il pas mieux que je l'informasse civilement444-- ,si j'osois1 dit le caporal1 tre d'un avis diffrent de monsieur6 ,parle librement1 dit avec bont mon oncle ,tobie4 ,eh6 bien1 dit le caporal6 sauf le respect de monsieur1 je tomberois brusquement sur elle comme un tonnerre1 pour rpondre ses petites attaques tratresses2 et ensuite je lui parlerois civilement4--,car si elle s'aperoit la premire que monsieur est amoureux d'elle444--,dieu soit son aide1 dit mon oncle ,tobie6 en ce moment1 ,trim1 elle ne s'en doute non plus que l'enfant qui n'est pas encore n4-- ,o mon bon oncle6-- ,il y avoit dj vingt-quatre heures que la veuve ,wadman avoit tout dit ,brigitte1 sans omettre une seule circonstance2 et en ce moment elles tenoient ensemble un petit conciliabule1 touchant certains doutes1 certains scrupules1 relatifs l'issue de l'affaire1 et que le diable qui ne dort jamais avoit fait natre dans l'esprit de la veuve1 avant mme qu'elle n'et achev son ,te ,deum4-- ,si je l'pouse1 disoit la veuve ,wadman1 j'ai bien peur1 ,brigitte1 que le pauvre capitaine ne jouisse pas d'une bonne sant4--,il a reu une si terrible blessure l'ane6-- ,bon1 madame1 rpliqua ,brigitte6 elle n'est pas si considrable que vous pensez4 ,d'ailleurs1 ajouta-t-elle1 je la crois bien gurie4-- ,je voudrois en tre sre1 dit la veuve ,wadman2--mais uniquement par rapport lui4 ,si madame le dsire1 dit ,brigitte1 j'en saurai tout le dtail avant qu'il soit huit jours4--,car tandis que le capitaine lui rendra des soins1 il est certain que monsieur ,trim me fera sa cour2 et c'est mon affaire1 ajouta-t-elle1 de le traiter de sorte qu'il ne me cache rien de tout ce que nous avons intrt de savoir4 ,elles prirent donc ainsi leurs mesures2 et mon oncle ,tobie et le caporal prenoient les leurs de leur ct4-- ,maintenant1 dit le caporal1 en posant sa main gauche sur sa hanche1 et animant son geste de la main droite1 avec un air qui garantissoit presque le succs1--si monsieur veut me laisser faire1 et me confier la conduite de l'attaque444-- ,de tout mon cur1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie4 ,et comme je prvois que dans toute cette guerre tu me serviras d'aide-de-camp1 voici dj une couronne pour t'aider arroser ton brevet4-- ,eh6 bien1 dit le caporal1 faisant d'abord une rvrence pour son brevet1 il faut prendre dans le grand coffre les habits galonns de monsieur2--il faut raccommoder les manches de celui qui est bleu et or4--,je retaperai monsieur sa perruque la ,ramillies1 et j'aurai un tailleur pour retourner ses culottes d'carlate4-- ,j'aimerois mieux celles de pluche rouge1 dit mon oncle ,tobie4--,monsieur n'y pense pas1 dit le caporal4 ,,chapitre ,,lviii4 ,il n'omet rien4 ,tu mettras un peu de blanc d',espagne mon pe1 et avec une brosse444--,que monsieur ne s'embarrasse de rien1 rpliqua le caporal4 ,,chapitre ,,lix4 ,la toilette sera complte4 ,je repasserai neuf les deux rasoirs de monsieur2--je rajusterai un peu mon bonnet de housard1 et je prendrai l'uniforme du pauvre lieutenant ,lefvre1 que monsieur m'a ordonn de porter pour l'amour de lui2--et aussi-tt que monsieur sera ras1 et qu'il aura pris sa chemise1 son habit bleu et or1 et ses culottes de fine carlate2--enfin quand sa toilette sera acheve et que tout sera prt1--nous marcherons firement1 comme l'attaque d'un bastion4--,or1 tandis que monsieur engagera le combat avec mistriss ,wadman dans le salon droite1 je livrerai bataille ,brigitte dans la cuisine gauche2 et au moyen de cette disposition1 je rponds monsieur1 dit le caporal1 en faisant claquer ses doigts au-dessus de sa tte1--je lui rponds de la victoire4-- ,je dsire que tout cela russisse1 dit mon oncle ,tobie2 mais je dclare1 caporal1 que j'aimerois mieux marcher l'ennemi sur le revers d'une tranche4-- ,une femme est bien autre chose1 dit le caporal4--,je le suppose ainsi1 dit mon oncle ,tobie4 ,,chapitre ,,lx4 ,l'ne et le califourchon4 ,de tout ce que pouvoit dire mon pre1 si quelque chose toit capable de dsoler mon oncle ,tobie1 7surtout pendant la dure de ses amours7 c'toit l'usage continuel et perfide que faisoit mon pre d'une expression d',hilarion l'hermite1 lequel en parlant de ses jenes1 de ses veilles1 de ses flagellations1 et de toutes les macrations pratiques dans la religion1--disoit1 7quoiqu'un peu plus gaiment1 ce me semble1 qu'il ne convenoit un hermite7 qu'il employoit tous ces moyens pour empcher son ne de regimber2 voulant dire3 pour rprimer l'aiguillon de la chair4-- ,mon pre toit enchant de cette expression1 non pas seulement cause de son laconisme1 mais parce qu'elle ravaloit les dsirs et les apptits de la partie de nous-mmes la plus grossire4--,il adopta donc cette mtaphore1 et il s'en servit constamment pendant plusieurs annes de sa vie4 ,il ne prononoit plus le mot passions1 c'toit toujours ne qu'il mettoit la place4 ,si bien que pendant tout le temps que sa manie dura1 l'on pouvoit dire qu'il toit toujours cheval sur son ne ou sur l'ne d'un autre4 ,ici1 messieurs1 je vous prie d'observer la diffrence de l'ne de mon pre mon dada1 ou1 si vous voulez1 mon califourchon2 le tout pour qu'il ne vous arrive jamais de les confondre dans votre esprit4 ,mon dada1 si vous l'avez un peu observ1 n'est pas une mchante bte2 il ne pratique de l'ne en rien1--non1 messieurs1 en rien4--,mon dada6--,eh6 c'est celui de tout le monde2 c'est la petite niaiserie du moment2 c'est la folie du jour3 un magot1 un papillon1 un pantin1 le boulingrin de mon oncle ,tobie4--,mon dada6--,eh6 c'est celui que vous montez vous-mme1 madame1 quand vous avez un moment d'humeur1 de vapeurs1 d'ennui de votre mari2--en un mot1 c'est l'animal le plus utile que je connoisse2 et je ne sais pas ce que le monde deviendroit sans lui4-- ,mais l'ne de mon pre1 messieurs6--montez-le1 je vous prie1 montez le2--de grace1 montez-le2--ou plutt1 messieurs1 ne le montez pas4--,c'est un animal concupiscent2 et malheur celui qui ne l'empche pas de regimber4 ,,chapitre ,,lxi4 ,coq--l'ne4 ,ds que mon pre eut appris l'amour de mon oncle ,tobie3--,eh bien1 mon cher ,tobie1 lui dit-il en le revoyant1 comment va ton ne8 ,mon oncle ,tobie1 plus occup de sa blessure que de la mtaphore d',hilarion1 s'imagina que mon pre1 par une sollicitude toute fraternelle1 lui demandoit des nouvelles de son aine4 ,une imagination proccupe1 vous le savez1 messieurs1 n'a pas moins de pouvoir sur le son des mots que sur la forme des choses2 et un homme dans cette disposition1 entend moins la chose qu'on lui dit que celle quoi il pense4 ,cependant la question tonna mon oncle ,tobie1--d'autant qu'il aperut les coins des lvres de ma mre demi-relevs1 et tout son visage dispos au sourire4 ,le docteur ,slop avoit aussi je ne sais quoi de malin rpandu sur sa physionomie4--,enfin1 mon pre lui-mme1 en faisant cette question1 n'avoit point ce regard de l'amiti qui interroge la souffrance4-- ,un autre que mon oncle ,tobie n'auroit pas rpondu1 ou auroit rpondu avec embarras4-- ,mon aine1 frre ,shandy1 rpondit mon oncle ,tobie1 va beaucoup mieux4 ,a ce mot1 tout le monde clata de rire1 hors mon pre1 qui avoit beaucoup espr de son ne1 et qui1 fch de la mprise de mon oncle ,tobie1 auroit bien voulu revenir la charge4 ,mais mon pauvre oncle ,tobie avoit l'air si dconcert1 si embarrass1 que si vous eussiez t l1 madame1 avec le cur que je vous connois1 vous seriez venue son secours4--,c'est ce que fit ma mre4 ,tout le monde1 dit ma mre1 assure que vous tes amoureux1 frre ,tobie2 et nous esprons que cela est vrai4-- ,je suis amoureux1 ma sur1 rpliqua mon oncle ,tobie2 et plus mme1 je crois1 qu'on ne l'est communment4--,ouais6 dit mon pre4--,et depuis quand le savez-vous1 dit ma mre8-- ,depuis que mon clou a perc1 dit mon oncle ,tobie4 ,cette rponse mit mon pre de bonne humeur2 et il entreprit encore une fois mon pauvre oncle ,tobie4 ,,chapitre ,,lxii4 ,les deux amours4 ,les anciens1 dit mon pre1 ont reconnu1 frre ,tobie1 deux sortes d'amour1 trs-distinctes l'une de l'autre1 suivant la partie du corps o elles prennent naissance1 la cervelle ou le foie4 ,ainsi1 quand un homme devient amoureux1 il doit considrer o est le sige du mal4-- ,et qu'importe1 frre ,shandy1 rpliqua mon oncle ,tobie1--qu'importe d'o l'amour vienne1 quand on ne veut que se marier1 aimer sa femme1 et lui faire quelques enfans8-- ,quelques enfans1 s'cria mon pre1 en sautant de sa chaise les yeux fixs sur ma mre1 et passant brusquement entre son fauteuil et celui du docteur ,slop6--,quelques enfans1 s'cria mon pre1 en rptant les mots de mon oncle ,tobie1 et continuant se promener avec agitation6 ,ce n'est pas1 frre ,tobie1 dit mon pre en revenant lui1 et se rasseyant derrire le fauteuil de mon oncle ,tobie1--ce n'est pas que je fusse fch de t'en voir une vingtaine2 au contraire1 j'en serois charm2 et j'aimerois chacun d'eux1 ,tobie1 autant que si j'tois son pre4 ,mon oncle ,tobie passa sa main derrire sa chaise1 sans tre aperu1 pour serrer celle de mon pre4-- ,mon pre prit la main de mon oncle ,tobie4-- ,bien plus1 mon cher frre1 continua mon pre1--form comme tu l'es de tout ce qu'il y a de plus doux dans la nature humaine1 ayant si peu de ses asprits1 c'est une piti que la terre ne soit pas toute peuple d'habitans qui te ressemblent4--,et si j'tois monarque d',asie1 ajouta mon pre1 en s'chauffant pour ce nouveau projet1 je t'obligerois 7pourvu que la chose ne ft pas au-dessus de tes forces1 et ne desscht pas trop promptement ton humide radical1--pourvu enfin que cet exercice ne ft aucun tort ton imagination ni ta mmoire1 ce qui arrive quand on s'y livre inconsidrment7 oui1 frre ,tobie1 je te procurerois les plus belles femmes de mon empire1 et je t'obligerois1 nolens et volens1 de me faire un sujet tous les mois4-- ,tous les mois1 dit ma mre1 en prenant une prise de tabac6-- ,je ne voudrois pas1 dit mon oncle ,tobie1 faire un enfant1 nolens et volens1 ce qui signifie1 je crois1 que je le voulusse ou non1 pour plaire au plus grand prince de la terre4-- ,j'avoue1 dit mon pre1 qu'il y auroit de ma part un peu de cruaut t'y contraindre4--,mais c'est une supposition que j'ai faite1 frre ,tobie1 pour te montrer que ce n'est pas sur ton projet de faire des enfans 7en cas que tu en sois capable7 mais sur les systmes que tu as sur l'amour et le mariage1 que je veux te redresser4 ,mais1 dit ,yorick1 il y a beaucoup de raison et de bons sens dans l'opinion que le capitaine ,shandy se forme de l'amour2 et dans les heures perdues de ma vie1 dont je rendrai compte un jour2 j'ai lu beaucoup de potes et de rhteurs1 desquels je n'aurois jamais pu en extraire autant4-- ,je voudrois1 ,yorick1 dit mon pre1 que vous eussiez lu ,platon1 il vous auroit appris qu'il y a deux amours4--,je sais1 dit ,yorick1 qu'il y avoit deux religions parmi les anciens2 l'une pour le peuple1 et l'autre pour les savans4 ,mais je pense qu'un seul amour pouvoit suffire aux uns et aux autres4--,point du tout1 dit mon pre1 et par les mmes raisons2--car de ces deux amours1 suivant le commentaire de ,ficinus sur ,velasius1 l'un est spirituel1 l'autre est matriel4 ,le premier est le plus ancien1 n'a point eu de mre1 et n'a rien dmler avec ,vnus2 le second est engendr de ,jupiter et de ,dion4-- ,de grace1 frre1 dit mon oncle ,tobie1 qu'est-ce qu'un homme qui croit en ,dieu a besoin de tout cela8 ,mon pre ne s'arrta point lui rpondre1 de crainte de perdre le fil de son discours4 ,ce dernier1 continua-t-il1 participe entirement de la nature de ,vnus4 ,le premier est la chane d'or qui lie le ciel la terre1 c'est lui qui nous excite l'amour hroque1 lequel renferme et fait natre le dsir de la philosophie et de la vrit2 le second excite seulement le dsir4-- ,je crois1 dit mon oncle ,tobie1 que la procration des enfans est bien aussi utile au monde1 que la dcouverte des moyens de dterminer les longitudes en mer4-- ,il est certain1 dit ma mre1 que l'amour entretient la paix dans le monde4-- ,et qu'il la dtruit dans les familles1 s'cria mon pre4-- ,c'est lui qui peuple la terre1 dit ma mre4-- ,et qui dpeuple le ciel1 dit mon pre4-- ,c'est la virginit1 dit ,slop d'un air triomphant1 qui peuple le paradis4-- ,propos de nonne1 rpliqua mon pre4-- ,,chapitre ,,lxiii4 ,chacun va se coucher4 ,mon pre1 dans toutes ses disputes1 avoit un genre d'escarmouche si tranchant1 si aigre1 si peu mnag1--poussant droite1 sabrant gauche1 et tombant sur tout le monde indistinctement1--que s'il y avoit vingt personnes dans un cercle1 en moins d'une demi-heure il toit sr de les avoir toutes contre lui2 ce qui ne contribuoit pas peu le laisser ainsi sans allis1 c'est que s'il y avoit un poste tout--fait intenable1 c'est-l qu'il alloit se jeter4--,mais il faut lui rendre justice4 ,une fois qu'il y toit tabli1 il s'y dfendoit si vaillamment1 que tout brave et galant homme ne l'en voyoit chasser qu'avec peine4 ,aussi ,yorick en l'attaquant1 ce qui lui arrivoit souvent1 se gardoit bien d'employer toute sa force4-- ,mais la remarque du docteur ,slop sur les vierges1 la fin du dernier chapitre1 avoit rang ,yorick du ct de mon pre2 et il commenoit dsoler le pauvre docteur par l'numration de tous les couvens de la chrtient1--quand le caporal ,trim entra dans la salle1 et raconta mon oncle ,tobie que ses culottes d'carlate ne pourroient servir1 comme ils l'avoient projet1 pour l'attaque de la veuve ,wadman1 attendu que le tailleur1 en les dcousant1 s'toit aperu qu'elles avoient dj t retournes4 ,eh bien6 qu'il les retourne encore1 dit brusquement mon pre2 car on les retournera encore plus d'une fois avant que l'affaire soit finie4--,elles n'en valent pas la faon1 dit le caporal4--,alors1 frre1 dit mon pre1 il faut ncessairement que vous en commandiez d'autres4 ,car quoique je sache1 continua-t-il1 en s'adressant la compagnie1 que la veuve ,wadman aime mon frre ,tobie depuis longtemps1 et qu'elle a mis en usage toute l'adresse et tous les artifices d'une femme pour s'en faire aimer1--maintenant qu'elle l'a enrl1 sa passion n'est plus aussi vive4 ,elle a obtenu ce qu'elle vouloit4-- ,sous ce rapport1 continua mon pre2 sous ce rapport1 auquel je suis persuad que ,platon n'a jamais pens1 vous voyez que l'amour est moins un sentiment qu'un tat1 une condition1 et qu'on s'y engage 7-peu-prs1 diroit mon frre ,tobie1 comme dans un rgiment74--,or1 ds qu'un homme est aggrg un corps1 soit qu'il aime le service ou non1 il se comporte comme s'il l'aimoit1 et cherche partout se montrer homme de courage4 ,cette hypothse1 comme toutes celles de mon pre1 toit assez plausible2 et mon oncle ,tobie n'avoit qu'une seule objection y faire4 ,trim se tenoit prt le seconder2 mais mon pre n'avoit pas encore tir sa conclusion4 ,c'est pourquoi1 continua mon pre1 reprenant sa supposition1 quoique tout le monde sache que mistriss ,wadman et mon frre ,tobie se plaisent l'un l'autre1 et se conviennent rciproquement1--quoique je ne connoisse dans la nature aucun obstacle qui puisse empcher les violons de jouer ds ce soir1--je rpondrois que ce ne sera pas d'un an que leurs instrumens se mettront l'unisson4-- ,je crains que nous n'ayions mal pris nos mesures1 dit mon oncle ,tobie1 en regardant ,trim1 comme pour lui demander son avis4-- ,je gagerois1 dit ,trim1 mon bonnet de housard4--7,son bonnet de housard1 comme je vous l'ai dit1 toit son enjeu ordinaire2 mais ayant t rajust et presque remis neuf pour l'attaque projete1 l'enjeu devenoit plus important4--7 ,je gagerois1 avec la permission de monsieur1 mon bonnet de housard contre un schelling444 si j'osois1 continua ,trim1 faisant une rvrence1 gager contre monsieur4-- ,il n'y a point de mal cela1 dit mon pre2 car en disant que tu gagerois ton bonnet1 tout ce que tu entends par-l1 c'est que tu crois444 ,qu'est-ce que tu crois8-- ,je crois que la veuve ,wadman1 sauf le respect de monsieur1 n'est pas en tat de tenir dix jours4-- ,et o diantre1 s'cria ,slop1 d'un air goguenard1 o diantre1 l'ami1 as-tu si bien appris connotre les femmes8-- ,dans mes amours avec une religieuse1 dit ,trim4--,ce n'toit qu'une bguine1 dit mon oncle ,tobie4 ,le docteur ,slop toit trop en colre pour couter cette distinction2 et mon pre profitant de l'occasion pour tomber sur les religieuses d'estoc et de taille1 en les traitant de folles1 le docteur ,slop ne put y tenir4--,mon oncle ,tobie avoit encore quelques mesures prendre pour ses culottes1 et ,yorick pour la seconde partie de son prochain sermon2 toute la compagnie se spara4 ,et comme il restoit une demi-heure avant le temps de se mettre au lit1 mon pre qui toit demeur seul1 demanda une plume1 de l'encre et du papier1 et se mit crire pour mon oncle ,tobie l'instruction suivante en forme de lettre4 ,mon cher frre ,tobie4 ,ce que je vais te dire a rapport la nature des femmes1 et la manire de leur faire l'amour4 ,et peut-tre est-il heureux pour toi 7quoiqu'il ne le soit pas autant pour moi7 que l'occasion se soit offerte1 et que je me sois trouv capable de t'crire quelques instructions sur ce sujet4-- ,si c'et t le bon plaisir de celui qui distribue nos lots1 et qu'il t'et dparti plus de connoissances qu' moi1 j'aurois t charm que tu te fusses assis ma place1 et que cette plume ft entre tes mains2--mais puisque c'est moi t'instruire1 et que madame ,shandy est l auprs de moi1 se disposant se mettre au lit1--je vais jeter ensemble et sans ordre sur le papier des ides et des prceptes concernant le mariage1 tels qu'ils me viendront l'esprit1 et que je croirai qu'ils pourront tre d'usage pour toi2 voulant en cela te donner un gage de mon amiti1 et ne doutant pas1 mon cher ,tobie1 de la reconnoissance avec laquelle tu le recevras4-- --,en premier lieu1 l'gard de ce qui concerne la religion dans cette affaire--7quoique le feu qui me monte au visage me fasse apercevoir que je rougis en te parlant sur ce sujet2--quoique je sache1 en dpit de ta modestie qui nous le laisseroit ignorer1 que tu ne ngliges aucune de ses pieuses pratiques71 il en est une cependant que je voudrois te recommander d'une manire plus particulire1 pour que tu ne l'oubliasses point1 du moins pendant tout le temps que dureront tes amours4--,cette pratique1 frre ,tobie1 c'est de ne jamais te prsenter chez celle qui est l'objet de tes poursuites1 soit le matin1 soit le soir1 sans te recommander auparavant la protection du ,dieu tout puissant1 pour qu'il te prserve de tout malheur4-- ,tu te raseras la tte1 et tu la laveras tous les quatre ou cinq jours1 et mme plus souvent1 si tu le peux1 de peur qu'en tant ta perruque dans un moment de distraction1 elle ne distingue combien de tes cheveux sont tombs sous la main du temps1 et combien sous celle de ,trim4-- ,il faut1 autant que tu le pourras1 loigner de son imagination toute ide de tte chauve4-- --,mets-toi bien dans l'esprit1 ,tobie1 et suis cette maxime comme sre3 ,toutes les femmes sont timides4--,et il est heureux qu'elles le soient2 autrement1 qui voudroit avoir affaire avec elles8-- --,que tes culottes ne soient ni trop troites ni trop larges1 et ne ressemblent pas ces grandes culottes de nos anctres4 ,un juste medium prvient tous les commentaires4-- ,quelque chose que tu aies dire1 soit que tu aies peu ou beaucoup parler1 modre toujours le son de ta voix4 ,le silence et tout ce qui en approche grave dans la mmoire les mystres de la nuit4 ,c'est pourquoi1 si tu peux l'viter1 ne laisse jamais tomber la pelle ni les pincettes4-- ,dans tes conversations avec elle1 vite toute plaisanterie et toute raillerie2 et autant que tu pourras1 ne lui laisse lire aucun livre jovial4 ,il y a quelques traits de dvotion que tu peux lui permettre1 7quoique j'aimasse mieux qu'elle ne les lt point17 mais ne souffre pas qu'elle lise ,rabelais1 ,scarron1 ou ,dom-,quichotte4 ,tous ces livres excitent le rire2 et tu sais1 cher ,tobie1 que rien n'est plus srieux que les fins du mariage4-- --,attache toujours une pingle ton jabot avant d'entrer chez elle4-- ,si elle te permet de t'asseoir sur le mme sopha1 et qu'elle te donne la facilit de poser ta main sur la sienne1 rsiste cette tentation4--,tu ne saurois toucher sa main1 sans que la temprature de la tienne lui fasse deviner ce qui se passe en toi4 ,laisse-l toujours dans l'indcision sur ce point et sur beaucoup d'autres4--,en te conduisant ainsi1 tu auras au moins sa curiosit pour toi2 et si ta belle n'est pas encore entirement soumise1 et que ton ne continue regimber1 7ce qui est fort probable7 tu te feras tirer quelques onces de sang au-dessous des oreilles1 suivant la pratique des anciens ,scythes1 qui gurissoient par ce moyen les apptits les plus dsordonns de nos sens4 ,avicenne est d'avis que l'on se frotte ensuite avec de l'extrait d'ellbore1 aprs les vacuations et purgations convenables2--et je penserois assez comme lui4 ,mais surtout ne mange que peu1 ou point de bouc ni de cerf2--et abstiens-toi soigneusement1 c'est--dire1 autant que tu le pourras1 de paons1 de grues1 de foulques1 de plongeons1 et de poules d'eau4 ,pour ta boisson1 je n'ai pas besoin de te dire que ce doit tre une infusion de verveine et d'herbe hana1 de laquelle ,elien rapporte des effets surprenans4--,mais si ton estomach en souffroit1 tu devrois en discontinuer l'usage1 et vivre de concombres1 de melons1 de pourpier et de laitue4-- ,il ne se prsente pas pour le moment autre chose te dire4 ,a moins que la guerre venant se dclarer444 ,ainsi1 mon cher ,tobie1 je desire que tout aille pour le mieux2 ,et je suis ton affectionn frre1 ,gauthier ,,shandy4 ,,chapitre ,,lxiv4 ,les trous de serrure4 ,a l'heure mme o mon pre crivoit son instruction fraternelle1 mon oncle ,tobie et le caporal de leur ct disposoient tout pour l'attaque4 ,comme ils avoient renonc faire retourner les culottes d'carlate1 au moins pour le moment1 rien ne pouvoit les engager remettre leur visite plus tard qu'au lendemain matin4 ,la rsolution fut prise en consquence1 et le dpart fix onze heures4 ,allons1 ma chre1 dit mon pre ma mre1 il convient1 qu'en bon frre et en bonne sur1 nous nous rendions chez mon frre ,tobie1 pour protger et favoriser son attaque4 ,il y avoit dj quelque temps que le caporal et lui toient habills1 quand mon pre et ma mre arrivrent2 et l'horloge venant sonner onze heures1 c'toit le moment de se mettre en marche4 ,mon pre n'eut que le temps de glisser sa lettre d'instruction dans la poche d'habit de mon oncle ,tobie1 et il se joignit ma mre pour lui souhaiter un heureux succs4 ,je voudrois1 dit ma mre1 les voir par le trou de la serrure4--,mais uniquement par curiosit4-- ,appelez chaque chose par son nom1 dit mon pre2--et regardez ensuite par le trou de la serrure tant qu'il vous plaira4 ,,chapitre ,,lxv4 ,jugement tmraire4 ,je prends tmoin toutes les puissances du temps et du hasard qui sans cesse nous arrtent dans notre carrire1 que mon esprit toit bout1 et que je ne savois comment poursuivre l'histoire des amours de mon oncle ,tobie1 lorsque ma mre1 par curiosit1 disoit-elle1 7mon pre lui souponnoit un autre motif17 dsira pouvoir les regarder par le trou de la serrure4 ,appelez chaque chose par son nom1 dit mon pre2 et regardez ensuite par le trou de la serrure tant qu'il vous plaira4 ,c'toit uniquement la fermentation de cette humeur un peu acide1 qui entroit dans le temprament de mon pre1 et de laquelle j'ai souvent parl1 qui donna lieu une pareille insinuation de sa part4 ,cependant comme il toit naturellement franc et gnreux1 et toujours ouvert la conviction1 il eut peine lch le dernier mot de cette rplique peu obligeante1 que sa conscience lui en fit un reproche4 ,ma mre avoit en ce moment son bras gauche conjugalement pass dans le bras droit de mon pre1 de telle sorte que sa main appuyoit sur la sienne4--,elle leva les doigts et les laissa retomber4 ,on auroit pu difficilement prononcer si c'toit l un coup ou une caresse2--le casuiste le plus habile auroit t bien embarrass dcider si ce geste signifioit un reproche ou un aveu4 ,mon pre qui toit rempli de sensibilit de la tte aux pieds1 n'y vit que l'expression d'une femme timide et faussement accuse4--,les reproches de sa conscience redoublrent2--il dtourna la tte4--,ma mre pensa que son corps alloit suivre1 et que son projet toit de reprendre le chemin de sa maison2 aussitt en croisant sa jambe droite par-dessus sa gauche qui ne bougea pas1 elle se trouva en face de mon pre1 qui1 en ramenant sa tte1 rencontra subitement les yeux de ma mre4-- --,nouvelle confusion6-- ,tout dtruisoit le premier soupon qu'il avoit form4--,tout augmentoit ses remords4 ,un cristal mince1 bleu1 calme et brillant1 sans tache1 sans eau1 et tellement tranquille1 qu'on auroit pu appercevoir jusqu'au fond la moindre particule ou la moindre expression de desir1 s'il en et exist chez ma mre2--mais il n'y en avoit pas le plus lger vestige4 ,et je ne sais comment il arrive que moi1 son fils1 form de son sang1 je me trouve si enclin la bagatelle1 surtout vers les quinoxes de printemps et d'automne4-- ,ma mre1 madame1 n'toit telle en aucune saison de l'anne1 ni par nature1 ni par ducation1 ni par imitation4 ,un sang doux et sage circuloit paisiblement dans ses veines1 en tout temps1 le jour et la nuit1 dans les occasions mme les plus critiques4 ,son imagination calme et paisible n'toit point chauffe par ces pratiques asctiques1 par ces lectures mystiques1 qui n'ayant aucun sens en elles-mmes1 forcent l'esprit se replier dans la nature pour leur en trouver un4 ,et quant mon pre1 il toit si loin de chercher enflammer ses ides l-dessus1 que son plus grand soin toit d'loigner de sa tte toute image ou propos de ce genre4 ,au reste1 la nature avoit fait tous les frais de la sagesse de ma mre1 et rendu superflues les prcautions de mon pre4 ,et mon pre le savoit6--,et mon pre n'en continuoit pas moins ses prcautions6--,et moi1 ,tristram ,shandy1 me voil assis en gillet brun et en pantoufles jaunes1 sans perruque ni bonnet1 ce douze aot mil sept cent soixante six1 accomplissant une de ses prdictions les plus tragi-comiques2 savoir que je ne penserois ni n'agirois en rien comme les autres enfans des hommes4-- ,la mprise de mon pre vint de ce qu'il attaqua le motif de ma mre1 au lieu de l'action elle-mme2 car certainement les trous de serrures ne sont pas destins servir de lorgnettes2 et en considrant l'action de ma mre comme tendant nier une vrit reconnue1 et faire qu'un trou de serrure ne ft pas un trou de serrure1 l'action alors toit une violation de la nature des choses1 et comme telle assez criminelle4 ,c'est pourquoi1 n'en dplaise aux prdicateurs1 les trous de serrure sont l'occasion de plus de pchs1 je dis mme de pchs normes1 que tous les autres trous du monde4 ,c'est ce qui me ramne aux amours de mon oncle ,tobie4 ,,chapitre ,,lxvi4 ,parure de mon ,oncle ,tobie4 ,quoique le caporal et tenu parole en retapant de son mieux la grande perruque la ,ramillies de mon oncle ,tobie1 il avoit eu trop peu de temps1 et tous ses soins n'avoient produit qu'un effet assez mince4 ,cette fameuse perruque avoit pass plusieurs annes applatie dans le fond d'une vieille armoire2 et comme les mauvais plis ne s'effacent pas aisment1 et que l'usage des bouts de chandelle n'est pas toujours sr1 l'entreprise du caporal n'toit pas une chose aussi facile qu'on pourroit le croire4 ,il s'employoit pourtant de son mieux2--il pomadoit1--il crpoit1--il retapoit1--puis se reculoit d'un air joyeux1 et les deux bras tendus vers la perruque1 comme pour l'engager prendre un meilleur air4--,mais le tout en vain2 elle frisoit en dpit du caporal1 par tout o le caporal ne vouloit pas qu'elle frist2 et quand une boucle ou deux auroient pu l'embellir1 chaque cheveu s'applatissoit comme s'il et t tremp dans l'eau bouillante4 ,la desse du ,splen elle-mme n'auroit pu la voir sans sourire4 ,telle toit la perruque de mon oncle ,tobie1--ou plutt telle elle auroit paru sur tout autre front que le sien4 ,mais le front de mon oncle ,tobie toit le sige aimable de la douceur et de la bont2 et ce charme se rpandoit sur tout ce qui l'environnoit4--,d'ailleurs1 monsieur1 la nature avoit dans toute sa personne trac le mot gentilhomme en si beaux caractres1 que jusqu' son chapeau bord en vieux point d',espagne tout terni1 et surmont d'une large cocarde de taffetas frip2--ce chapeau1 dis-je1 qui en lui-mme ne valoit pas quatre sols1 acquroit de l'importance1 ds qu'il toit sur la tte de mon oncle ,tobie4 ,on et dit qu'une ,fe elle-mme l'avoit compos de sa main1 pour mieux aller l'air de son visage4 ,rien n'auroit mieux prouv ce que j'avance1 que l'habit bleu et or de mon oncle ,tobie1 si1 quelques gards1 la proportion n'toit pas ncessaire la grce2 mais depuis quinze ou seize ans qu'il toit fait1 depuis que l'inactivit de mon oncle ,tobie 7dont les promenades toient presque bornes son boulingrin17 avoit doubl son embonpoint1--son habit bleu et or toit devenu si misrablement troit1 que ce n'toit qu'avec la plus grande peine que le caporal avoit pu l'y faire entrer2 et le raccommodage des manches n'avoit servi de rien2--il toit cependant galonn en plein1 et sur toutes les coutures1 et devant et derrire1 comme au temps du roi ,guillaume2 et pour finir la description1 il jetoit tant d'clat au soleil1 il avoit un air si mtallique et si guerrier1 que si le projet de mon oncle ,tobie et t d'attaquer la veuve en armure1 il auroit pu lui-mme s'y mprendre4 ,quant aux culottes d'carlate1 on sait que le tailleur les avoit dcousues et les avoit abandonnes4 ,on auroit pu la rigueur s'en accommoder1 mais c'toit assez que le soir d'auparavant on les et dclares incapables de servir1 et comme il n'y avoit point d'alternative dans la garderobe de mon oncle ,tobie1 mon oncle ,tobie sortit en culottes de pluche rouge4-- ,le caporal avoit endoss l'uniforme du pauvre ,lefvre4 ,il avoit retrouss ses cheveux sous son bonnet de housard1 lequel1 comme on sait1 avoit t remis presque neuf4--,il suivoit son matre trois pas de distance4--,sa chemise1 renfle son jabot et autour de ses poignets1 annonoit l'orgueil de son ancienne profession2 et son bton1 suspendu par un petit cordon de cuir noir1 dont les deux bouts renous ensemble finissoient par un gland1 balanoit au-dessous de son poignet gauche4--,mon oncle ,tobie portoit sa canne comme une hallebarde4 ,vraiment1 dit mon pre en lui-mme1 ils ont assez bon air4 ,,chapitre ,,lxvii4 ,il tremble4 ,mon oncle ,tobie retourna la tte plus de dix fois1 pour voir si le caporal se tenoit prt le soutenir2 et autant de fois le caporal fit un petit moulinet de son bton1 non pas d'un air avantageux1 mais avec l'accent le plus doux du plus respectueux encouragement1 comme pour dire son matre3 ne craignez rien4 ,son matre se mouroit de peur4-- ,il ne savoit pas distinguer1 ainsi que mon pre le lui avoit reproch1 le bon ct d'une femme de son mauvais ct4 ,aussi n'avoit-il jamais t son aise auprs d'aucune d'elles2--sauf dans les momens d'affliction4 ,car alors sa piti toit extrme2 et le chevalier le plus courtois de la chevalerie errante n'auroit pas fait plus de chemin que mon oncle ,tobie1 tout boiteux qu'il toit1 pour essuyer une larme de l'il d'une femme4--,et cependant1 except l'occasion o ,mistriss ,wadman avoit abus de sa bonne foi1 il n'avoit jamais os arrter ses regards sur l'il d'aucune femme4 ,il disoit souvent mon pre1 dans l'admirable simplicit de son cur1 que fixer une femme1 c'toit presque 7sinon tout--fait7 la mme chose que de lui tenir un propos obscne4 --,et quand cela seroit1 disoit mon pre4 ,,chapitre ,,lxviii4 ,il hsite4 ,elle ne peut pas1 caporal1 dit mon oncle ,tobie1 faisant halte quand ils furent vingt pas de la porte de ,mistriss ,wadman1--elle ne peut pas s'en offenser4-- ,non plus1 dit le caporal1 que la veuve du ,juif ,lisbonne ne s'offensa de la visite de mon frre ,thomas4-- ,et comment la prit-elle1 dit mon oncle ,tobie1 se retournant vers le caporal8-- ,monsieur connot1 rpliqua le caporal1 les malheurs de ,tom2 mais ceci n'y a aucun rapport3 sinon que le pauvre ,tom n'avoit pas pous la veuve1 ou si ,dieu et permis qu'aprs leur mariage ils n'eussent mis dans leurs saucisses que de la chair de porc1 le malheureux n'auroit pas t enlev dans son lit et tran l'inquisition4--,c'est une pouvantable chose que l'inquisition1 ajouta le caporal2 quand une fois un pauvre homme y est renferm1 monsieur sait bien que c'est pour sa vie4-- ,hlas6 oui1 dit mon oncle ,tobie d'un air rveur1 et les yeux fixs sur la porte de la veuve ,wadman4-- ,et qu'y a-t-il d'aussi affreux qu'une ternelle prison8--,qu'y a-t-il d'aussi doux que la libert8--,rien au monde1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie toujours d'un air rveur4 ,tant qu'un homme est libre1 s'cria le caporal444 ,et en mme-temps il fit avec son bton le moulinet par-dessus sa tte1 -peu-prs en cette manire3 ,illustration --,un million de syllogismes les plus subtils de mon pre1 n'en auroit pas dit davantage en faveur du clibat4 --,mon oncle ,tobie jeta un regard pensif vers sa chaumire et son boulingrin4-- ,le caporal1 avec sa baguette1 avoit imprudemment voqu l'esprit de calcul2 il se dpcha de le conjurer1 en poursuivant son histoire en manire d'exorcisme1 lequel ne se trouve dans aucun rituel que je connoisse4 ,,chapitre ,,lxix4 ,amours de ,tom et de la ,juive4 ,la place de ,tom lui valoit de l'argent1 et lui donnoit peu de besogne4--,le climat de ,lisbonne est chaud4--,c'est ce qui lui donna la fantaisie de se marier4 ,or1 il arriva vers ce temps-l qu'un ,juif1 qui vendoit des saucisses dans la mme rue o ,tom demeuroit1 tomba malade d'une rtention d'urine1 et mourut4 ,sa veuve resta en possession d'une boutique bien achalande2 et1 comme ,lisbonne1 ainsi qu'ailleurs1 chacun est pour soi1 ,tom pensa qu'il n'y auroit point de mal d'aller se prsenter la veuve1 pour lui offrir d'aider continuer son commerce4 ,tom en consquence1 se dcida l'aller trouver4--,il pensa d'abord comment il se feroit annoncer chez elle4--,la manire la plus simple toit de feindre d'y aller acheter une aune de saucisses2 ce fut celle qu'il choisit4 ,et voici comme il raisonnoit3 ,si je suis mal reu1 il ne m'en cotera jamais qu'une aune de saucisses1 et le malheur n'est pas grand4--,si au contraire les choses tournent bien1 je puis gagner1 non-seulement une aune1 mais une boutique entire de saucisses1 et une femme par-dessus le march4 ,toute la maison1 du plus grand jusqu'au plus petit1 souhaita ,tom un heureux succs1 et il partit4--,sauf le respect de monsieur1 je m'imagine le voir en veste et culottes de bazin1 le chapeau sur l'oreille1--marchant lgrement dans la rue1 agitant sa canne en l'air1--souriant et abordant d'un air gai tous ceux qu'il rencontroit4--,mais1 hlas6 ,tom1 tu ne souris plus2 tu ne souriras plus1 s'cria le caporal en dtournant la tte1 les yeux fixs terre1 comme s'il et apostroph son frre au fond de son cachot4---- ,pauvre garon1 dit mon oncle ,tobie1 d'un air touch6-- ,je puis bien dire monsieur1 dit le caporal1 que c'toit le meilleur garon1 et le plus honnte qu'on et jamais vu4-- ,il te ressembloit donc1 ,trim1 rpliqua vivement mon oncle ,tobie6 ,le caporal rougit jusqu'au bout des doigts4--,l'embarras de l'homme modeste qui s'entend louer1--la reconnoissance d'un serviteur affectionn que son matre exalte1--la douleur d'un frre sensible au souvenir d'un frre malheureux1--tout cela se peignit -la-fois sur le visage du caporal1 et les larmes coulrent le long de ses joues4 ,ce spectacle mut mon oncle ,tobie4 ,il prit le caporal par son habit1 qui avoit t celui de ,lefvre1 et s'appuya sur lui1 en apparence1 pour soulager sa jambe boiteuse1 mais rellement pour donner au caporal une nouvelle marque de bont4--,il resta en silence une minute et demie2 ensuite1 il retira sa main1 et le caporal s'inclinant1 reprit l'histoire de son frre ,tom et de la veuve du juif4 ,,chapitre ,,lxx4 ,la ngresse4 ,lorsque ,tom arriva la boutique1 il n'y trouva qu'une pauvre ngresse1 occupe chasser les mouches avec une touffe de plumes blanches qu'elle avoit attaches au bout d'un bton4 ,mais1 tout en les chassant1 elle prenoit garde de les blesser4--,touchant tableau1 s'cria mon oncle ,tobie6 la malheureuse avoit beaucoup souffert2 et elle avoit appris compatir4-- ,c'toit1 sauf le respect de monsieur1 une excellente crature aussi bien qu'une excellente ouvrire4 ,il y a1 continua ,trim1 dans l'histoire de cette pauvre malheureuse1 des circonstances qui attendriroient un cur de roche2 et dans quelqu'une de nos soires d'hiver1 quand monsieur sera dispos les entendre1 je les raconterai monsieur1 avec le reste de l'histoire de ,tom1 dont elles font partie4-- ,ne l'oublie donc pas1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie4-- ,mais1 monsieur1 dit le caporal1 avec un air de doute1 un ngre a-t-il une ame8-- ,je suis peu vers1 caporal1 dit mon oncle ,tobie1 dans les choses de cette nature4 ,mais je suppose que ,dieu n'auroit pas voulu laisser un ngre sans ame1 plutt que toi ou que moi4-- ,ce seroit une affreuse injustice1 dit le caporal4-- ,assurment1 dit mon oncle ,tobie4-- ,pourquoi donc1 oserois-je demander monsieur1 traite-t-on plus mal une servante noire qu'une blanche8-- ,je ne puis t'en donner aucune raison1 dit mon oncle ,tobie4-- ,c'est sans doute qu'elle n'a point d'amis1 dit le caporal en secouant la tte1 ni personne pour prendre sa dfense4-- ,trim1 dit mon oncle ,tobie1 c'est-l ce qui devroit lui assurer1 ainsi qu' ses frres1 notre protection4--,c'est le hasard de la guerre qui les a mis en notre pouvoir1 qui a plac la verge dans nos mains4--,o elle sera ensuite1 le ciel le sait2 mais en quelques mains qu'elle tombe1 ,trim1 le brave homme n'en usera pas d'une manire barbare4-- ,le ciel l'en prserve1 dit le caporal6-- ,amen1 rpondit mon oncle ,tobie1 en posant la main sur son cur4-- ,le caporal reprit son histoire pour la continuer2 mais avec une espce d'embarras1 dont le lecteur ne devine peut-tre pas la cause4-- ,par toutes ces transitions soudaines1 et la plupart touchantes1 dont le caporal avoit entre-ml son rcit1 il avoit perdu la clef sur laquelle il l'avoit commenc4 ,son projet avoit t de distraire son matre1 et son matre s'attendrissoit4 ,deux fois il toussa1 deux fois il essaya de se remettre sans pouvoir y parvenir2 enfin il rappela ses esprits1 replaa sa main gauche sur sa hanche1 le coude relev en arc d'un air vainqueur2 et conservant la libert de son bras droit1 pour aider son dbit par ses gestes1 il se rapprocha autant qu'il put du ton qu'il avoit perdu4--,et dans cette attitude1 il continua son histoire4 ,,chapitre ,,lxxi4 ,les saucisses4 ,tom qui n'avoit rien dmler avec la ngresse1 passa dans la chambre qui toit au-del de la boutique pour parler la veuve du juif--de son amour444 et de son aulne de saucisses4--,c'toit1 comme je l'ai dit monsieur1 un garon honnte et de joyeuse humeur1 et il portoit ce caractre crit sur toute sa personne4 ,il prit donc une chaise1 il se plaa prs d'elle et contre la table1 et s'assit sans plus de crmonie1 mais avec la plus grande politesse4 ,pour un galant1 c'est la plus sotte chose du monde1 s'il m'est permis de le dire monsieur1 que de dbuter auprs d'une femme qui fait des saucisses4--,en effet1 quelle fleurette lui conter8--,tom dbuta gravement1 en demandant d'abord la veuve comment se faisoient les saucisses1--quelle espce de viande1 quelles herbes1 quelles pices y entroient4--,ensuite1 d'un ton un peu plus gai1 avec quels boyaux1--si les plus gros toient les meilleurs1--s'ils ne crevoient jamais1--etc48 ,ayant seulement l'attention de rester plutt en arrire que de trop s'avancer1 et de ne rien risquer sans tre -peu-prs assur du succs4-- ,c'est pour avoir nglig cette prcaution1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie en s'appuyant sur l'paule du caporal1 que le comte de la ,motte perdit la bataille de ,wynendale4 ,il s'avana imprudemment dans le bois2 et sans cela ,lille ne seroit pas tomb dans nos mains1 non plus que ,gand et ,bruges1 qui suivirent son exemple4 ,l'anne toit si avance1 continua mon oncle ,tobie1 et la saison devint si mauvaise1 que si les choses n'avoient pas tourn comme elles firent1 nos troupes auroient pri en pleine campagne4-- ,mais1 dit ,trim1 ne seroit-ce pas que les batailles1 ainsi que les mariages1 sont crites dans le ciel8 ,mon oncle ,tobie rva4 ,sa religion l'engageoit dire d'une faon4--,sa haute ide de l'art militaire le poussoit dire d'une autre4--,ne pouvant les accorder ensemble1 mon oncle ,tobie prfra de ne rien dire2 et le caporal acheva son histoire4 ,tom1 s'apercevant qu'il gagnoit un peu de terrein1 et que tout ce qu'il avoit dit sur les saucisses avoit t bien reu de la belle1 se hasarda lui offrir de l'aider un peu4 ,d'abord il prit l'entonnoir1 et le tint1 pendant que la veuve avec son pouce faisoit entrer la viande dans le boyau2 ensuite il coupa des attaches de longueur convenable1 et les tint dans sa main pendant qu'elle les prenoit une une2--aprs cela il les mit dans la bouche de la veuve1 o elle pouvoit les prendre selon le besoin2--enfin1 peu--peu il en vint lier les saucisses son tour1 tandis que la veuve en tenoit le bout dans ses dents4 ,or1 monsieur saura qu'une veuve tche toujours de choisir son second mari entirement diffrent du premier4--,si bien que l'affaire toit d'-moiti rgle dans l'esprit de la juive1 avant que ,tom et parl de rien4 ,elle feignit pourtant de vouloir se dfendre1 et se saisit d'une saucisse1 mais ,tom l'instant se saisit d'une autre444 ,monsieur comprend bien que la veuve ne fut pas la plus forte4 ,elle signa la capitulation1 ,tom la ratifia1 et l'affaire fut finie4 ,,chapitre ,,lxxii4 ,contre-marche4 ,toutes les femmes1 continua ,trim1 en commentant son histoire1 depuis la premire jusqu' la dernire1 aiment la plaisanterie4 ,la difficult est de savoir celle qui leur convient2 et pour le connotre1 il n'y a d'autre moyen que de faire quelques essais2 de mme qu'avec une pice d'artillerie on lve ou on rabaisse la culasse1 jusqu' ce qu'on donne dans le blanc4 ,je gote cette comparaison1 dit mon oncle ,tobie1 encore plus que la chose mme4 ,parce que monsieur1 dit le caporal1 aime mieux la gloire que le plaisir4-- ,j'espre1 ,trim1 rpondit mon oncle ,tobie1 que j'aime l'humanit au-dessus de tout2--et comme la science des armes tend videmment au bonheur et au repos des hommes1--et que la branche1 surtout de cet art1 dans laquelle nous nous sommes exercs ensemble au boulingrin1 n'a pour but que d'arrter les entreprises de l'ambition1 et de retrancher la vie et la fortune du plus foible1 contre l'invasion et le pillage du plus fort2--toutes les fois que le tambour se fera entendre1 je me flatte1 caporal1 que l'un et l'autre nous aimons trop l'humanit et nos frres1 pour ne pas nous armer et voler leur secours4-- ,en disant ces mots1 mon oncle ,tobie se retourna1 et marcha firement comme la tte de sa compagnie4--,et le fidle caporal1 portant son bton l'paule et frappant de la main sur le pan de son habit pour marcher en seconde ligne derrire son matre1 le long de l'avenue qui les ramenoit chez eux4-- ,que diantre se passe-t-il dans leurs deux caboches1 s'cria mon pre ma mre8 ,sur ma parole ils assigent mistriss ,wadman en forme2 et ils font le tour de sa maison pour marquer la ligne de circonvallation4-- ,j'ose dire1 rpliqua ma mre444 ,mais un moment1 mon cher monsieur4 ,ce que ma mre osa dire1 ce que mon pre osa lui rpondre1 enfin leurs demandes1 leurs rponses et leurs rpliques1 seront certainement lues1 relues1 discutes1 commentes1 paraphrases par la postrit2--mais dans un chapitre part4 ,je dis3 par la postrit1 et je le rpte4--,qu'a fait mon livre pour ne pas surnager sur l'abyme des temps avec l',eloge de la ,folie1 le ,comte du ,tonneau1 et tant d'autres8 ,mais pourquoi jeter de si loin les yeux sur l'avenir8--,ah6 fermons-les bien plutt4--,le temps vole et dtruit tout4--,chacune des lettres que je trace1 me dit avec quelle rapidit la vie suit ma plume4--,nos journes et nos heures1 7plus prcieuses1 ma chre ,jenny1 que ces rubis qui brillent ton cou7 s'envolent sur nos ttes comme ces nuages lgers1 que chasse l'aquilon et qui ne reviennent plus4--,tout disparot1--tout se dtruit4--,ces cheveux que tu prends soin d'arranger sur ton front2444 regarde1444 ils blanchissent sous ta main4--,et chaque baiser que je te donne en te quittant1 chaque absence qui le suit1 est le prlude de cette sparation ternelle qui nous attend bientt4-- ,ciel6 ciel6 prends piti de ma ,jenny1--prends piti de celui qui l'aime4-- ,,chapitre ,,lxxiii4 ,le qu'en dira-t-on4 ,mais que pensera le monde de cette exclamation8--,tout ce qu'il voudra4 ,,chapitre ,,lxxiv4 ,l',attente4 ,ma mre1 toujours le bras gauche pass dans le bras droit de mon pre1 toit arrive avec lui jusqu' l'angle fatal de la vieille muraille du jardin1 o le docteur ,slop devoit un jour tre renvers par ,obadiah mont sur un cheval de carosse2 lequel angle toit directement en face de la maison de ,mistriss ,wadman4--,l1 mon pre1 jetant un coup-d'il par derrire1 aperut mon oncle ,tobie et le caporal qui n'toient plus qu' dix pas de la porte4 ,il se retourna aussitt4 ,arrtons-nous un moment1 dit mon pre2 et voyons un peu de quel air mon frre ,tobie et son valet ,trim feront leur premire entre4 ,cela ne nous retardera pas d'une minute4--,quand ce seroit de dix1 dit ma mre6--,non pas d'une demi-minute1 dit mon pre4 ,c'toit prcisment l'instant o le caporal entamoit l'histoire de son frre ,tom et de la veuve du ,juif4--,l'histoire commena1--continua1--elle eut des pisodes1--on revint sur ses pas1--on continua1--on poursuivit1--l'histoire ne finissoit pas2--le lecteur l'a trouve bien longue4-- ,le ciel ait piti de mon pre6 il jura cinquante fois2 chaque attitude nouvelle le dsesproit4 ,il donna le bton du caporal1 et ses moulinets1 et toutes ces gentillesses1 autant de diables qu'il en crut de disposs accepter le cadeau4-- ,quand l'issue des vnemens pareils ceux qui tenoient mon pre dans l'attente1 reste ainsi suspendue dans les mains des destines1 l'esprit a1 par bonheur1 trois espces de situations parcourir2 sans quoi il lui seroit impossible de tenir jusqu'au bout4 ,le premier moment est donn la curiosit1--le second justifier cette curiosit4--,quant aux troisime1 quatrime1 cinquime1 et ctera1 jusqu'au jour du jugement4--,ils sont de l'empire du point d'honneur4 ,je sais que beaucoup de moralistes mettent le tout sur le compte de la patience4 ,mais cette vertu a1 ce me semble1 un dpartement suffisant1 et dans lequel elle peut s'exercer1 sans venir usurper le peu de places dmanteles que l'honneur a conserves sur la terre4-- ,mon pre1 l'aide de ces trois auxiliaires1 attendit du mieux qu'il put la fin de l'histoire de ,trim4 ,il tint bon pendant le pangyrique1 que mon oncle ,tobie dbita sur la profession des armes dans le chapitre d'aprs2 mais voyant ensuite qu'au lieu de marcher vers la maison de madame ,wadman1 tous deux1 aprs s'tre retourns1 reprenoient le chemin diamtralement oppos1 et confondoient ainsi son attente1--pour le coup mon pre ne put y tenir2 et il clata brusquement1 en vertu de cette disposition d'humeur acidule1 qui1 dans certaines occasions1 distinguoit entirement son caractre de celui des autres hommes4 ,,chapitre ,,lxxv4 ,le premier ,dimanche du mois4 ,que diantre se passe-t-il dans leurs caboches1 s'cria mon pre8-- ,j'ose dire1 rpondit ma mre1 qu'ils font des fortifications4 ,quoi6 sur le terrein de ,mistriss ,wadman1 s'cria mon pre en reculant d'un pas6-- ,je suppose que non1 dit ma mre4-- ,je voudrois1 dit mon pre en levant la voix1 que la science des fortifications ft tous les diables1 avec toutes leurs fadaises de sapes1 de mines1 de blindes1 de gabions1 de cunettes1 et de fausses brayes4-- ,ce sont des fadaises1 dit ma mre4 ,or ma mre1 tolrante1 7comme je voudrois que le fussent certains personnages du clerg1 m'en et-il cot mon gillet brun et mes pantoufles jaunes7--ma mre1 dis-je1 toit toujours de l'avis de mon pre1 quoique la plupart du temps elle n'en comprt pas un mot1 et qu'elle n'et pas la premire ide du sens des mots et des termes de l'art1 sur lesquels il faisoit rouler l'opinion ou le systme du moment4 ,elle se contentoit d'accomplir la lettre les promesses que son parrain et sa marraine avoient faites pour elle1 mais rien de plus4 ,elle se seroit servi d'un mot ou d'un verbe pendant vingt ans1 et l'auroit employ dans tous ses temps et dans tous ses modes1 sans s'embarrasser le moins du monde d'en demander la signification4 ,j'ai dj dit que cette insouciance dsoloit mon pre2 c'toit pour lui une source ternelle de chagrins3 la contradiction la plus opinitre lui auroit t moins sensible4 ,c'toit ce qui tordoit le cou leurs meilleurs dialogues ds la premire phrase4--,ma mre ne connoissoit rien aux cunettes ni aux fausses brayes2 elle fut de l'avis de mon pre4 ,ce sont des fadaises1 dit ma mre4-- ,oh6 surtout les cunettes1 s'cria mon pre4 ,il crut avoir dit un bon mot4--,il jouit de son triomphe et poursuivit4 ,non que ce soit1 proprement parler1 le terrein de la veuve ,wadman1 dit mon pre1 en se reprenant un peu2 car elle n'en a que l'usufruit4-- ,cela fait une grande diffrence1 dit ma mre4-- ,aux yeux des sots1 rpliqua mon pre4-- ,a moins qu'il ne leur arrive d'avoir des enfans1 dit ma mre4-- ,mais auparavant1 dit mon pre1 il faut qu'elle persuade mon frre ,tobie de lui en faire4-- ,sans doute1 monsieur ,shandy1 dit ma mre4-- ,si elle y parvient1 dit mon pre1--que le ciel ait piti d'eux6-- ,amen1 dit ma mre1 piano6-- ,amen1 s'cria mon pre1 fortissim6-- ,amen1 rpta ma mre2 mais avec une cadence1 un soupir1 un accent de piti1 qui pntra jusqu'au cur de mon pre1 et ramollit toutes ses fibres4 ,il prit son almanach2444 mais avant qu'il l'et ouvert1 la procession d',yorick1 venant sortir de l'glise1 claircit une partie de ses doutes2 et ma mre acheva de les lever1 en lui disant que c'toit le premier dimanche du mois4--,il remit son almanach dans sa poche4-- ,le premier lord de la trsorerie1 occup trouver des moyens et des expdiens1 ne seroit pas rentr chez lui d'un air plus embarrass4 ,,chapitre ,,lxxvi4 ,reprenons haleine4 ,aprs un chapitre comme celui qu'on vient de voir1 et surtout aprs la manire dont il finit1 il faut ncessairement insrer quatre ou cinq pages de matires htrognes1 pour maintenir une juste balance entre la sagesse et la folie4 ,sans cette prcaution1 un livre ne vivroit pas au-del de l'anne4--,mais une digression lourde et tranante n'est pas ce qu'il faut4 ,il vaudroit autant aller son grand chemin4--,une digression1 dans une circonstance comme celle-ci1 doit tre lgre1 enjoue1 et sur un sujet qui le soit aussi4--,ce n'est pas tout1 il faut que le califourchon et celui qui le monte1 ne s'y montrent qu' la drobe4-- ,la difficult est de trouver des agens convenables la nature de ce service4 ,l'imagination est capricieuse2--l'esprit ne veut pas tre recherch3--quoique la plaisanterie soit une bonne fille1 elle ne vient pas toujours quand on l'appelle4 ,il sembleroit que la meilleure faon pour un auteur ft de dire ses prires2 mais si elles ne servent qu' lui rappeler ses infirmits et ses dfauts1 tant de corps que d'esprit1 il se trouvera plus bte aprs que devant1 7quoique meilleur1 religieusement parlant47 ,quant moi1 il n'y a pas un moyen sous le ciel1 du genre physique ou du genre moral1 qui ne me soit venu l'esprit1 et dont je n'aie essay4 ,quelquefois m'adressant mon ame1 et disputant avec elle sur les moyens d'tendre ses facults4-- ,je ne les augmentois pas d'une ligne4 ,alors1 changeant de systme1 j'ai essay ce que pourroient faire sur le corps la temprance1 la sobrit et la chastet4--,elles sont bonnes en elles-mmes1 disois-je1 elles sont bonnes dans le sens absolu et dans le sens relatif2 elles sont bonnes pour la sant1 bonnes pour le bonheur dans ce monde-ci et dans l'autre4-- ,enfin1 elles sont bonnes pour tout1444 except pour ce qui me manque4--,l1 elles ne servent rien qu' laisser l'esprit comme elles l'ont trouv4--,quant aux vertus thologales1--la foi et l'esprance pourroient peut-tre donner un peu de verve2--mais pour cette vertu fade qu'on appelle charit1 elle vous te ce que ses surs vous avoient donn4-- ,dans les occasions ordinaires1 je n'ai rien trouv qui m'ait mieux russi1 que la mthode dont je vais vous faire part4-- --,certainement1 si la logique n'est pas une science frivole1 et si je ne suis pas aveugl par mon amour-propre1--certainement dis-je1 il y a quelque chose en moi qui tient du vrai gnie2 et ce qui me le persuade1 c'est de voir combien je suis tranger la jalousie et l'envie3 ce symptme ne sauroit tre quivoque4--,jamais je n'ai fait une dcouverte1 que j'aie cru propre perfectionner l'art d'crire1 que je ne me sois empress de la publier1 dsirant sincrement que tout le monde pt crire aussi-bien que moi4-- ,c'est ce qu'on fera1 quand on voudra s'y donner aussi peu de peine4 ,,chapitre ,,lxxvii4 ,demandez ma blanchisseuse4 ,je dis donc que dans les occasions ordinaires1--c'est--dire1 quand je me trouve stupide1 que mes ides s'enfantent psamment1 et se dbrouillent avec peine4-- ,ou que je me trouve1 je ne sais comment1 dans une veine de licence et de libertinage1 et que je fais de vains efforts pour en sortir4-- ,dans tous ces cas et autres semblables1 je ne dispute pas un moment avec ma plume4--,si une prise de tabac1 si un tour ou deux par la chambre ne me suffisent pas1--je prends mon rasoir1 j'en essaie le tranchant sur la paume de ma main1 je me savonne le menton1 et sans plus de crmonie je me fais la barbe2 et si par malheur je laisse un poil1 j'ai soin du moins que ce n'en soit pas un blanc4--,cela fait1 je passe ma chemise1 je change d'habit1 je mets ma perruque1 je prends ma bague de topaze2 en un mot1 je m'habille de la tte aux pieds4-- ,or1 il faut que le diable s'en mle1 si je n'y gagne rien4--,car considrez1 monsieur1 que tout le monde voulant tre prsent quand on le rase1 7quoiqu'il n'y ait aucune rgle sans exception7 et personne ne voulant se raser sans miroir1 crainte d'accident1--cette situation1 comme toute autre1 laisse ncessairement des impressions particulires sur le cerveau4-- ,oui1 je le maintiens4 ,les ides d'un homme dont la barbe est forte1 deviennent sept fois plus nettes et plus fraches sous le rasoir2--et si cet homme pouvoit1 sans inconvnient1 se raser du matin au soir1 ses ides parviendroient au plus haut degr du sublime4--,je ne sais comment ,homre a pu si bien crire avec une barbe de capucin2--mais comme son talent contredit mon systme1 je ne veux pas m'y arrter1 et je retourne ma toilette4 ,louis de ,sorbonne dit que la toilette n'est qu'une affaire de corps2 mais il se trompe4 ,l'ame et le corps ne sauroient se sparer2 un homme ne sauroit s'habiller1 sans que ses ides se portent sur son habillement2 et s'il se met en gentilhomme1 ses ides s'ennoblissent2 de sorte qu'il n'a qu' prendre la plume et se peindre dans son style4 ,ainsi1 messieurs1 quand vous voudrez savoir si ce que j'cris peut se lire1 et si rien n'a sali ma plume1 voyez le mmoire de ma blanchisseuse2 c'est comme si vous lisiez mon livre4--,il y a un certain mois o je suis en tat de prouver que j'ai sali trente et une chemises4 ,on ne sauroit pousser la propret plus loin4--,eh bien6 j'ai t plus maudit1 plus vex1 plus critiqu1 pour ce que j'ai crit dans ce mois-l1 que par tout ce que j'ai crit dans le reste de l'anne4 ,mais je n'avois pas montr ces messieurs les mmoires de ma blanchisseuse4 ,,chapitre ,,lxxviii4 ,les ,critiques4 ,au reste1 ne prenez pas ceci pour une digression2 je ne fais encore que m'y prparer1 en attendant le soixante-dix-neuvime chapitre2 et je puis employer celui-ci ce qu'il me plaira4--,voyons2--j'ai vingt sujets pour un3--je pourrois crire mon chapitre des boutonnires1--ou mon chapitre des fi1 qui doit le suivre immdiatement4-- ,ou mon chapitre des nuds1 sous le bon plaisir du clerg2 mais tout cela pourroit mal tourner pour moi4 ,ce que j'ai de mieux faire1 c'est de suivre la mthode de quelques savans1 et de me faire moi-mme des objections contre ce que j'ai crit2 quoique je dclare d'avance que je ne sais pas plus que mes pantoufles comment y rpondre4 ,o que de critiques vont pleuvoir sur mon livre6 ,c'est une satyre enrage1 dira quelqu'un1 aussi noire que l'encre dont l'auteur se sert1 et digne en tout de ,thersite4--,c'est un libelle atroce1 et tous les blanchissages et savonnages du monde n'y font rien4--,d'ailleurs1 plus le drle est dguenill1 plus les sarcasmes viennent en foule au bout de sa plume4 ,a cela je n'ai qu'une rponse prte1 au moins pour le moment4--,c'est que l'archevque de ,bnvent composa son indcent roman de ,galathe en habit violet1 veste et culottes violettes2 ce qui prouve que l'habit ne fait pas tout4-- ,mais1 dit le critique1 vous ne pouvez pas nier que la recette du rasoir que vous indiquez n'ait un grand dfaut1--le manque d'universalit4 ,la loi invariable de la nature rend ce secret inutile toute une moiti du genre humain4-- ,tout ce que je puis dire l-dessus1 c'est que les crivains femelles1 ,angloises et ,franoises1 feront bien d'aller sans barbe4-- ,quant aux ,espagnoles1 elles iront comme elles voudront4 ,,chapitre ,,lxxix4 ,elle est faite4 ,le voici enfin arriv ce soixante-dix-neuvime chapitre6--que produira-t-il8 ,rien1--qu'une triste rflexion sur la vtesse avec laquelle nos plaisirs nous chappent en ce monde4 ,car1 l'gard de ma digression1--je dclare la face du ciel qu'elle est faite4-- ,revenons mon oncle ,tobie4 ,,chapitre ,,lxxx4 ,il frappe la porte4 ,quand mon oncle ,tobie et le caporal furent arrivs au bout de l'avenue1 ils s'apperurent qu'ils tournoient le dos la maison de la veuve2 ils firent volte-face1 et marchrent droit la porte de ,mistriss ,wadman4-- ,monsieur peut m'en croire et marcher en assurance1 dit le caporal1 qui porta la main son bonnet1 en passant devant son matre pour aller frapper la porte4 ,mon oncle ,tobie1 dmentant en ce moment sa manire invariable de traiter son fidle domestique1 ne lui rpondit rien4--,la vrit toit qu'il n'avoit pas encore bien rdig toutes ses ides4 ,il auroit dsir une autre confrence avec ,trim4 ,et tandis que le caporal montoit les trois marches qui toient devant la porte1 mon oncle ,tobie cracha deux fois4--,a chaque fois le caporal s'arrta par une sorte d'instinct2--il resta une minute le marteau de la porte suspendu dans sa main2--il hsitoit sans savoir pourquoi4-- ,cependant ,brigitte1 morfondue force d'attendre1 faisoit sentinelle en dedans1 le pouce et le premier doigt appuys sur le loquet4 ,mistriss ,wadman1 assise derrire le rideau de sa fentre1 retenoit son souffle1 et guettoit leur approche4--,on lisoit dans ses yeux le prsage de sa dfaite4 ,trim1 dit mon oncle ,tobie6--,mais comme il ouvroit la bouche1 la minute expira1 et ,trim laissa tomber le marteau4 ,mon oncle ,tobie1 voyant qu'il ne pouvoit plus reculer1 se mit siffler son lilla-burello4 ,,chapitre ,,lxxxi4 ,on ouvre4 ,brigitte avoit1 comme nous l'avons dit1 le premier doigt et le pouce sur le loquet2 et le caporal ne fut pas oblig de frapper aussi long-temps que votre tailleur1 milord1 que vous faites peut-tre souvent attendre4--,mais je pouvois ne pas aller chercher ma comparaison si loin2 car1 je soussign1 reconnois devoir mon tailleur au moins une guine2 et je m'tonne souvent de la patience du maraud4--,ceci au reste n'intresse personne4 ,mais il faut convenir que c'est une cruelle chose que d'tre endett4 ,il semble que ce soit une fatalit pour le trsor de quelques pauvres diables1 au moins de ceux de notre famille4 ,l'conomie ne parvient point relier leurs coffres avec ses cercles de fer4 ,quant moi1 je suis sr qu'il n'y a aucun prince1 prlat1 pape1 ni potentat1 petit ou grand1 qui desire plus que moi dans son cur de remplir fidlement ses engagemens1 ou qui prenne plus de moyens pour y parvenir4--,je ne donne jamais plus d'une demi-guine2--je ne me promne point en bottes1 de crainte de les user3--je n'achte pas un cure-dent2--et je ne dpense pas un schelling par an en tabatires2--et quant aux six mois que je passe la campagne1 j'y mne un si petit train1 que ,jean-,jacques1 avec toute sa modration1 ne sauroit atteindre ma parcimonie2--car je n'ai chez moi ni homme1 ni garon1 ni cheval1 ni vache1 ni chien1 ni chat1 ni rien qui mange ou qui boive4 ,je ne me permets qu'une pauvre et chtive vestale1 seulement pour entretenir mon feu2 et la pauvre fille est en vrit aussi sobre que je puisse le desirer4 ,mais si1 d'aprs cela1 vous me croyez philosophe1--je ne donnerois pas1 mes bonnes gens1 une obole de votre jugement4 ,la vraie philosophie1 messieurs444 ,mais ce n'est pas ici le moment d'en raisonner4 ,voil mon oncle ,tobie qui finit de siffler son lilla-burello2--souffrez que j'entre avec lui chez ,mistriss ,wadman4 ,,chapitre ,,lxxxii4 ,,chapitre ,,lxxxiii4 ,,chapitre ,,lxxxiv4 ,vous l'allez voir4 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99-- --99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99444 ,je vais vous le montrer1 madame1 dit mon oncle ,tobie4-- ,mistriss ,wadman rougit1--regarda vers la porte1--plit1--rougit encore lgrement1--puis reprit son teint naturel1 et finit par rougir plus fort que jamais4--,ce que je traduis ainsi pour l'amour du lecteur3 ,bon ,dieu1 je n'y regarderai pas6 ,que diroit le monde1 si j'y regardois6 ,je m'vanouirai si j'y regarde4 ,je voudrois pouvoir y regarder2 ,il ne sauroit y avoir de pch y regarder4 --,j'y regarderai4-- ,tandis que l'imagination de ,mistriss ,wadman travailloit ainsi1 mon oncle ,tobie s'toit lev du sopha1 et avoit t ouvrir la porte l'autre bout de la salle1 pour donner ses ordres ,trim dans le passage4-- 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99 99--,je crois1 dit mon oncle ,tobie1 qu'elle est dans le grenier4--,je l'y ai vue encore ce matin1 rpondit ,trim4--,eh6 bien1 ,trim1 cours-y promptement1 dit mon oncle ,tobie1 et rapporte-la moi dans la salle4--,bon ,dieu1 dit le caporal6 ,le caporal toit loin d'approuver un tel ordre1 et ne le remplit pas moins avec joie4--,il n'toit pas matre de son approbation1 il l'toit de son obissance4--,il mit son bonnet sur sa tte1 et partit aussi vte que son genou put le permettre2 mon oncle ,tobie rentra dans la salle1 et fut se rasseoir sur le sopha4 ,vous mettrez le doigt dessus1 dit mon oncle ,tobie4--,sainte ,vierge1 je n'y toucherai pas1 dit en elle-mme ,mistriss ,wadman6 ,ceci demande une nouvelle traduction2 et nous montre combien d'erreurs les mots nous induisent4 ,il faut toujours remonter leur source pour les entendre4 ,or1 pour claircir le brouillard qui rgne sur les trois dernires pages1 j'ai besoin d'tre moi-mme aussi clair qu'il me sera possible4-- ,frottez-vous le front par trois fois1 mes bons amis2--toussez1--crachez1--mouchez-vous2 --bon6--ternuez1 mes enfans2-- merveille1 ,dieu vous bnisse6 ,maintenant1 aidez-moi si vous le pouvez4 ,,chapitre ,,lxxxv4 ,la ,revue4 ,comme il y a cinquante motifs diffrens1 tant de l'ordre civil que de l'ordre religieux1 pour lesquels une femme peut prendre un mari1 elle commence par les considrer et les peser soigneusement tous ensemble2 ensuite elle les distingue1 les spare1 et cherche dmler dans son esprit lequel de tous ces motifs est le sien4 ,ensuite1 par propos1 enqutes1 raisonnemens1 inductions1 elle cherche s'assurer si elle a choisi le bon4 ,enfin1 elle essaie1 elle prouve1 elle veut voir si elle ne s'est pas trompe4-- ,l'allgorie de ,slawkenbergius sur ce sujet1 au commencement de sa troisime dcade1 est si originale1 et mon respect pour les dames est si profond1 que jamais je n'oserai la leur dire2 et c'est dommage1 car elles en riroient4 ,elle arrte le premier ne1 dit ,slawkenbergius1 et le tient par le licou1 de crainte qu'il ne lui chappe2 puis elle plonge sa main jusqu'au fond du panier pour y chercher444 et quoi8--,ma foi1 dit ,slawkenbergius1 ce n'est pas le moyen de l'apprendre que de m'interrompre4-- ,je n'ai rien1 ma bonne dame1 dit l'ne2 je porte des bouteilles vides4 ,et moi de vieilles guenilles1 dit le second4 ,ta charge vaut un peu mieux1 dit-elle au troisime1 tu portes des pantoufles et de vieilles culottes4-- ,elle passe ainsi en revue le quatrime1 le cinquime ne1 et tout le reste de la file l'un aprs l'autre1 jusqu' ce qu'elle ait trouv celui qui porte ce qu'elle cherche4--,alors elle renverse le panier1--tale la marchandise1--regarde1--l'examine1--la mesure1--l'tend1--la mouille1--la sche1--la tourne1--la retourne1--1 et puis l'emporte4 --,mais pour l'amour de ,dieu1 quelle marchandise8 ,toutes les puissances de la terre1 rpond ,slawkenbergius1 ne me feroient pas dire mon secret4 ,,chapitre ,,lxxxvi4 ,prestige du dmon4 ,nous vivons dans un monde o tout est nigme et mystre2 ainsi1 nous y sommes accoutums4 ,autrement1 il sembleroit trange que la nature1 qui fait chaque chose si conforme sa destination1--qui ne se trompe jamais ou presque jamais1 moins qu'elle n'ait le projet de s'amuser1--qui dispose si bien les formes et les proprits de la matire qu'elle emploie1 soit qu'elle en veuille faire une charrue1 un vilebrequin ou une perruque2--qui modle chaque crature1 ft-ce un oison1 de manire qu'il ne lui manque rien2--il sembleroit trange1 dis-je1 que cette nature1 si habile en toute autre chose1 ne ft que des balourdises quand il s'agit d'une affaire aussi simple que celle d'assortir un homme et une femme4 ,cela viendroit-il du choix de l'argile1 qui se gte souvent au feu8 d'o il rsulte qu'un homme a trop d'un ct ce qui lui manque de l'autre1 et pche par trop ou par trop peu de chaleur4--,cette grande ouvrire donneroit-elle trop peu d'attention ces petits dtails platoniques de la moiti de l'espce pour laquelle elle a fabriqu l'autre8--,peut-tre aussi que souvent elle ne sait pas quelle espce de mari on lui demande4 ,mais laissons ces hypothses2 nous en raisonnerons aprs souper4-- ,il suffit que l'observation en elle-mme1 et les raisonnemens auxquels elle donne lieu1 loin de rien expliquer1 ne servent qu' tout embrouiller4 ,en effet1 considrer attentivement mon oncle ,tobie1 y avoit-il jamais eu quelqu'un mieux taill pour le mariage8 ,la nature l'avoit ptri de son argile la plus pure et la plus douce2--elle avoit rempli ses vaisseaux de lait2--elle avoit anim ses poumons du souffle le plus pur2--tout en lui toit bon1 humain1 gnreux4--,la vrit et la confiance habitoient dans son cur1 dont toutes les avenues toient une communication toujours ouverte1 toujours active des services les plus obligeans1 des bienfaits les plus tendres4--,enfin la nature1 en le comblant de ses dons1 n'avoit point oubli pour quelles fins le mariage toit institu4--,en consquence444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 --444-- ,et la blessure de mon oncle ,tobie n'avoit point annull la donation4-- ,cependant ce dernier article avoit je ne sais quoi de louche et d'apocryphe4 ,or le diable qui1 comme on sait1 est l'ennemi de la foi1 avoit lev ce sujet quelques scrupules dans l'esprit de ,mistriss ,wadman2 et d'un autre ct 7en vrai diable qu'il toit7 il avoit chang aux yeux de la veuve les autres vertus de mon oncle ,tobie en bouteilles vides1 en vieilles guenilles1 en pantoufles et en vieilles culottes4-- ,,chapitre ,,lxxxvii4 ,ne t'en fie qu' toi seul4 ,mistriss ,brigitte avoit engag tout le petit fonds d'honneur que peut avoir une soubrette1 qu'elle sauroit tout le dtail de l'affaire avant qu'il ft huit jours2 et elle se fondoit sur une supposition qui toit en soi trs-probable4 ,trim1 avoit-elle dit1 ne manquera pas de me faire sa cour1 tandis que le capitaine fera la sienne madame2 et je le traiterai de sorte qu'il me dira tout4 ,l'amiti a deux vtemens2 l'un de dessus et l'autre de dessous4 ,brigitte servoit les intrts de sa matresse avec l'un1 et faisoit la chose qui lui plaisoit le plus avec l'autre4 ,le diable lui-mme n'auroit pas eu plus beau jeu qu'elle a s'assurer de la blessure de mon oncle ,tobie4-- ,pour ,mistriss ,wadman1 elle n'avoit qu'un moyen1 mais il toit sr4 ,de sorte que 7sans rejetter l'offre de ,brigitte1 ni mpriser ses talens7 elle se dtermina jouer son jeu elle-mme4 ,elle n'avoit pas besoin de tout son talent4 ,un enfant auroit tromp mon oncle ,tobie au jeu4 ,il connoissoit peine les cartes1--et laissoit voir son jeu tant qu'on vouloit4--,le pauvre homme vint se livrer lui-mme la veuve en se plaant sur son sopha1 mais tellement sans dfense et sans dfiance1 qu'un cur gnreux auroit rougi d'en abuser4 ,mais quittons la mtaphore4 ,,chapitre ,,lxxxviii4 ,marie4 ,ma foi quittons l'histoire aussi1 s'il vous plat4 ,car quoique j'aie eu la plus grande hte d'arriver cet endroit de mon ouvrage2 quoique je l'aie annonc et que je le regarde encore comme le morceau le plus exquis que j'aie donner au public1 maintenant que m'y voil1 je voudrois que quelqu'un prt la plume et achevt l'histoire ma place4 ,je vois toutes les difficults qui se prsentent1 et je sens la foiblesse de mon talent4-- ,j'ai pourtant une petite ressource4--,c'est que l'on m'a tir cette semaine vingt-quatre onces de sang1 cause d'une fivre terrible dont j'ai t attaqu en commenant ce chapitre2 de sorte qu'il me reste quelques esprance que ma cervelle se trouvant plus dgage1 mes vaisseaux moins tendus444 ,dans tous les cas1 une invocation ne sauroit nuire4 ,je m'abandonne donc entirement celui que j'invoque2 c'est lui m'inspirer ou m'injecter ce qu'il croira de meilleur4 ,,invocation4 ,aimable et doux gnie1 qui conduisis jadis la plume de mon ami ,cervantes2--toi qui te glissois par sa jalousie1 et qui1 par ta prsence1 changeois en un beau jour le crpuscule de sa retraite2--toi qui versois le nectar des dieux ce charmant auteur qu'ils avoient anim de leur esprit2--toi enfin qui le couvris de tes ales pendant qu'il traoit le portrait de ,sancho et de son aventureux matre1--et qui veillas constamment pour le dfendre contre la pauvret et les autres misres de cette vie2--coute-moi1 je t'en conjure6 regarde1--vois ces culottes1--ce sont les seules que je possde2 et cette dchirure me fut faite ,lyon par un ne4 ,vois mes chemises1--en quel tat elles sont6 une partie en est reste en ,lombardie2 je n'en ai rapport que les dbris2 je n'en avois que six1 et une maudite blanchisseuse de ,milan m'en a rogn cinq2 elle croyoit avoir ses raisons1-- la bonne heure4-- ,cependant malgr ces accidens1 malgr un fourreau de pistolet qui me fut vol ,sienne2 malgr deux ufs que l'on m'a fait payer cinq paules1 l'un ,raddicossini1 et l'autre ,capoue1 je ne trouve pas qu'un voyage de ,france et d',italie soit une chose aussi effrayante que beaucoup de gens voudroient le persuader4 ,il y a par-ci par-l un peu de mal1 mais ce n'est pas trop acheter le plaisir de parcourir ces campagnes riantes1 que la nature semble taler devant vous pour le plaisir de vos yeux4--,il est ridicule de penser que l'on vous prsentera pour rien des voitures1 que l'on expose tre brises par vous et pour vous4--,ce sont les deux sols que vous donnez cet homme qui graisse vos roues1 qui le mettent en tat d'avoir du beurre sur son pain4--,nous sommes en vrit trop exigeans4 ,eh quoi6 pour trente ou quarante sols que l'on vous demandera de trop pour votre souper et votre lit1 votre philosophie sera dconcerte6 ,qu'est-ce donc qu'un schelling et quelques sols6 ,payez1--pour l'amour de ,dieu et pour le vtre2 payez1--et payez les deux mains ouvertes1 plutt que de laisser le mcontentement s'asseoir sur le front de votre belle htesse et de ses demoiselles1 qui se tiendront d'un air afflig sur la porte de l'auberge au moment de votre dpart4--,d'ailleurs1 mon cher monsieur1 le baiser fraternel que chacune d'elles vous auroit donn1 ne valoit-il pas mieux que vos vingt sols8-- mon gr du moins4-- ,pendant mes voyages j'avois la tte remplie des amours de mon oncle ,tobie4 ,c'toit comme si j'eusse t amoureux moi-mme4--,j'tois dans un tat parfait de bont et de bienveillance2 chaque mouvement de ma chaise je sentois en moi la vibration dlicieuse de la plus douce harmonie4 ,il m'toit indiffrent que la route ft unie ou raboteuse2 tout ce que je voyois1 tout ce que j'entendois1 touchoit toujours quelque ressort secret de sentiment ou de plaisir4-- ,un soir2--c'toit les plus doux sons que j'eusse jamais entendus4--,je baissai ma glace pour les mieux entendre4 ,c'est ,marie#a1 me dit le postillon1 observant que j'coutois4--,pauvre ,marie1 continua-t-il1 en se penchant de ct1 parce que son corps m'empchoit de la voir6 ,elle est assise sur un banc1 jouant son hymne du soir sur son chalumeau1 et sa petite chvre ct d'elle4 #a ,dans la traduction du ,voyage ,sentimental1 le traducteur a chang le nom de ,marie en celui de ,juliette2 il a transport la scne de ,moulins ,amboise4 ,on a conserv la pauvre ,marie son nom et son pays1 que ,sterne appelle dans son ,voyage ,sentimental1 la plus douce partie de la ,france4 7,note de l'diteur74 ,en me parlant de ,marie1 le postillon avoit l'air si touch1 le son mme de sa voix annonoit un cur si compatissant1 que je me promis de lui donner une pice de vingt-quatre sous en arrivant ,moulins4-- ,et qui est la pauvre ,marie1 lui dis-je8-- ,l'amour et la piti de tous les villages d'alentour1 dit le postillon4--,il y a trois ans que le soleil ne luit plus pour cette fille si belle1 si aimable1 si spirituelle4--,sa raison est gare4--,pauvre ,marie1 rpta-t-il1 tu mritois un meilleur sort6 ,devois-tu voir ainsi tes bans arrts par les intrigues du vicaire de ta paroisse8 ,il alloit continuer1 quand ,marie1 aprs un moment de silence1 reprit son chalumeau1 et recommena son air4--,c'toit les mmes sons2 pourtant ils toient dix fois plus doux4--,c'est l'hymne de la ,vierge1 dit le jeune homme2 c'est celle qu'elle chante tous les soirs4 ,mais d'o la sait-elle8 ,mais qui lui a montr jouer du chalumeau8 ,c'est ce que nous ne savons pas2 nous croyons que le ciel qui la protge lui a mnag cette foible consolation4--,depuis qu'elle n'a plus l'usage de sa raison1 c'est la seule qui lui reste4 ,elle ne quitte jamais son chalumeau2 et jour et nuit elle joue cette prire que vous entendez4 ,le postillon me raconta tout cela d'un air si honnte1 avec une loquence si naturelle1 que malgr moi1 je crus appercevoir en lui quelque chose au-dessus de son tat2 et j'aurois voulu savoir sa propre histoire1 si la pauvre ,marie ne s'toit pas entirement empare de moi4-- ,cependant nous approchions du banc o ,marie toit assise4 ,elle toit vtue de blanc2 ses cheveux relevs en deux tresses1 et rattachs sous un rseau de soie1 avec quelques feuilles d'olivier places sur le ct d'une manire assez bizarre4--,elle toit belle2 et si j'ai jamais prouv dans toute sa force la douleur d'un cur honnte1 ce fut en voyant la pauvre ,marie4 ,le ciel ait piti d'elle1 dit le postillon6 pauvre fille6 ,on a fait dire plus de cent messes dans toutes les paroisses et tous les couvens d'alentour2 mais sans effet4--,comme sa raison lui revient par petits intervalles1 nous esprons encore qu' la fin la sainte ,vierge la gurira4 ,mais ses parens1 qui en savent plus que nous1 sont tout--fait sans esprance1 et croient que sa raison est perdue pour toujours4 ,comme le postillon parloit1 ,marie fit une cadence si mlancolique1 si tendre1 si plaintive1--que je m'lanai de ma chaise pour courir elle1 je me trouvai assis entre elle et sa chvre1 avant d'tre revenu de mon extase4 ,marie me fixa attentivement1--puis regarda sa chvre1--et puis revint moi1--et puis sa chvre1--et continua ainsi pendant quelque temps4 ,eh bien6 ,marie1 lui dis-je doucement1 quelle ressemblance trouvez-vous8 ,je supplie le candide lecteur de croire que je ne fis cette question1 que d'aprs l'humble conviction o je suis1 que l'homme n'est pas si loign de l'animal qu'on le pense4--,je le supplie de croire surtout1 que1 pour tout l'esprit de ,rabelais1 je n'aurois pas voulu laisser chapper une plaisanterie dplace en la vnrable prsence de la misre4--,et cependant1--mon cur m'a reproch cette question faite ,marie1 quand je me la suis rappele4--,il me l'a reproche si vivement1 que j'ai jur de ne vivre dsormais que pour la sagesse1 et de ne prononcer le reste de mes jours que de graves sentences4--,et jamais1 jamais1 quelque ge que je parvienne1 il ne m'chappera de dire une plaisanterie devant homme1 femme1 ni enfant4 --,quant en crire6--oh6 je crois que j'ai fait une rserve exprs2 j'en prends le public pour juge4 ,adieu1 ,marie1--adieu1 pauvre infortune4--,un temps viendra1 mais non pas aujourd'hui1 que je pourrai entendre tes malheurs de ta propre bouche444 ,je me trompois4--,en ce moment mme elle prit son chalumeau1 et m'apprit une suite de malheurs et de dtails si touchans1 que je regagnai ma chaise d'un pas incertain et chancelant1 sans avoir la force de l'couter davantage4-- --,il y a1 ma foi1 ,moulins une excellente auberge4--,arrtez-vous y cependant le moins que vous pourrez4 ,,chapitre ,,lxxxix4 ,quand nous serons la fin de ce chapitre1 et non pas plutt1 nous reviendrons sur nos pas pour reprendre ces deux chapitres en blanc1 qui me font saigner le cur depuis une demi-heure4--,mais auparavant1 souffrez que j'te une de mes pantoufles jaunes1 et que je la lance de toute ma force l'autre bout de ma chambre1 en dclarant3 ,qu'il est trs-incertain que ce que je vais crire ressemble ce que j'ai dj crit4-- ,c'est -peu-prs comme l'cume du cheval de ,protogne4 ,je jette ma pantoufle comme il jeta son ponge4--,il en arrive ce qui peut4--,d'ailleurs1 messieurs1 je regarde avec respect un chapitre en blanc4 ,je songe qu'il y en a d'infiniment plus mauvais2--je remarque que la satyre ne peut trouver y mordre4-- ,est-ce pour cela que vous en avez saut deux sans les remplir8 ,non4 ,ici1 je m'attends tre trait de sot1 de fou1 d'imbcille1 recevoir les pithtes les plus injurieuses1 les plus mprisantes2 mais je les pardonne mes critiques4 ,pouvoient-ils prvoir en effet que j'tois dans la ncessit force d'crire mon quatre-vingt-neuvime chapitre avant le quatre-vingt-deuxime8 ,ainsi1 je ne me fche point contre ces messieurs4 ,tout ce que je dsire1 c'est que ceci puisse servir de leon1 et qu' l'avenir on laisse les gens conter leurs histoires leur mode4 ,,chapitre #hb4 ,dclaration d'amour4 ,le caporal avoit peine laiss tomber le marteau1 que la porte s'ouvrit2 et mon oncle ,tobie fit son entre dans la salle si brusquement1 que mistriss ,wadman n'eut que le temps de sortir de derrire le rideau1 de poser une bible sur la table1 et de faire deux ou trois pas au-devant de lui4 ,mon oncle ,tobie salua mistriss ,wadman1 de la manire dont les hommes saluoient les femmes en l'an de notre ,seigneur mil sept cent treize4--,ensuite il se releva1 et1 marchant de front avec elle1 il la conduisit jusqu'au sopha2--et non pas aprs qu'elle fut assise1 ni avant qu'elle s'asst1 mais pendant qu'elle s'asseyoit1 il lui dit en trois mots1 qu'il toit amoureux4--,on ne pouvoit assurment presser davantage une dclaration4-- ,mistriss ,wadman baissa les yeux sans affectation1 et regarda quelque temps une reprise qu'elle venoit de faire son tablier1 en attendant ce qui alloit suivre4--,mais mon oncle ,tobie toit absolument sans talent pour l'amplification2 et1 de toutes les matires1 l'amour toit celle o il toit le moins vers4 ,quand il eut dit une fois la veuve ,wadman qu'il toit amoureux1 il s'en tint-l1 et attendit paisiblement que la chose oprt4-- ,mon oncle ,tobie n'a jamais compris ce que mon pre vouloit dire par-l4 ,pour moi1 je n'en parle que pour combattre une erreur que je sais tre extrmement rpandue1--surtout en ,france1 o l'on est presque aussi persuad que de la prsence relle1 que parler d'amour1 c'est le faire4 --,je demandois un jour un certain marquis1 comment il s'y prendroit pour faire du pouding avec la mme recette8-- ,mais poursuivons4--,mistriss ,wadman s'assit1 en attendant que mon oncle ,tobie continut2 et resta ainsi quelques minutes1 jusqu' ce qu'enfin le silence de part et d'autre1 devenant en quelque sorte indcent1 elle se rapprocha un peu de lui1 leva les yeux en rougissant demi1 et ramassa le gant1--ou1 si vous l'aimez mieux1 elle reprit le discours1 et rpondit ainsi mon oncle ,tobie4 ,les soins et les inquitudes de l'tat du mariage1 dit mistriss ,wadman1--sont souvent extrmes4--,je les suppose tels1 dit mon oncle ,tobie4--,et quand on est aussi son aise que vous1 continua mistriss ,wadman1--aussi heureux1 capitaine ,shandy1 et par vous-mme1 et par vos amis1 et par vos amusemens1--je ne conois pas en vrit quelles raisons peuvent vous engager changer d'tat4-- ,ces raisons1 dit mon oncle ,tobie1 se trouvent tout au long dans un livre de prires4 ,jusques-l mon oncle ,tobie s'avanoit avec ordre1 tenant la pleine mer1 et laissant mistriss ,wadman louvoyer sur le golphe4-- ,quant aux enfans1 dit mistriss ,wadman1 quoique ce soit peut-tre la fin principale du sacrement1 et sans doute le dsir naturel de tous les parens1--cependant il faut convenir que les peines qu'ils nous causent sont assures1 et les consolations qu'ils nous promettent incertaines4--,eh6 comment1 mon cher monsieur1 nous paient-ils de tous les maux d'une grossesse8 ,quelle compensation ses vives et tendres alarmes1 peut esprer la mre souffrante et foible qui les met au monde8--,je dclare1 dit mon oncle ,tobie1 mu de piti1 je dclare que je n'en connois aucune1 si ce n'est le plaisir de faire une chose agrable ,dieu4-- ,babiole1 dit la veuve ,wadman6-- ,,chapitre #hc4 ,proposition de mariage4 ,or1 il y a une infinit de notes1 de tons1 de dialectes1 de chants1 d'airs1 de mines et d'accens1 dans lesquels le mot babiole peut tre prononc1--toujours sur un sujet du genre de celui-ci1 et toujours avec des sens aussi diffrens l'un de l'autre que le jour l'est de la nuit2--il y a1 dis-je1 tant de varits dans la prononciation de ce mot1 que les casuistes 7car ils en font une affaire de conscience7 n'en comptent pas moins de vingt mille1 qui peuvent tre ou innocentes ou criminelles4 ,la manire dont mistriss ,wadman pronona babiole1 fit monter le feu aux joues modestes de mon oncle ,tobie4 ,il sentit qu'il avoit dit une sottise1 quoiqu'il ne st pas trop laquelle4 ,il s'arrta tout court1 et sans discuter davantage les peines et les plaisirs du mariage1 il posa la main sur son cur1 et offrit la veuve de les prendre tels qu'ils toient1 et de les partager avec elle4-- ,quand mon oncle ,tobie eut fait sa proposition1 il crut en avoir assez dit2 il jeta les yeux sur la bible que mistriss ,wadman avoit pose sur sa table2 il l'ouvrit machinalement1 et tombant 7le cher homme7 sur le passage1 qui1 de tous les passages de l'criture1 pouvoit l'intresser davantage1--sur le sige de ,jricho2--il se mit le lire d'un bout l'autre1 laissant oprer sa proposition de mariage1 comme il avoit fait sa dclaration d'amour4-- --,or1 sa proposition n'opra ni comme astringent1 ni comme l'opium1 ou le quinquina1 ou le mercure1 ou la manne1 ou toute autre drogue dont la nature a fait prsent l'homme4--,elle n'opra pas du tout2--et cela par la raison que quelqu'autre chose avoit dj opr4 ,babillard que je suis6 je cours toujours au-devant de mon sujet2--j'anticipe tous les vnemens2--mais me voici dans la chaleur de l'action1 il faut aller4 ,,chapitre ,,xc4 ,au fait4 ,il est trs-naturel un tranger qui va de ,londres ,edimbourg1 de s'informer avant de partir quelle distance est ,york1 qui fait -peu-prs la moiti du chemin4 ,on ne s'tonnera mme pas s'il pousse ses questions plus loin1 et s'il demande des dtails sur la force1 la grandeur1 la population1 et les ressources de cette ville1 par laquelle il doit ncessairement passer4 ,de mme il toit naturel la veuve ,wadman1 dont le premier mari toit afflig d'une sciatique continuelle1 de desirer connotre quelle distance l'ane se trouve de la hanche1 et si elle avoit plus gagner qu' perdre entre la blessure de mon oncle ,tobie et la sciatique de son premier mari4-- ,en consquence elle avoit lu l'anatomie de ,drake d'un bout l'autre2 elle avoit parcouru le trait de ,warton sur la moelle alonge2 et avoit mme emprunt l'ouvrage de ,graaf sur les os et sur les muscles2 mais tout cela sans fruit4 ,elle avoit fait des raisonnemens perte de vue1--pos des principes1--tir des consquences1--elle avoit toujours chou la conclusion4 ,pour mieux s'claircir1 elle avoit demand deux fois au docteur ,slop si le pauvre capitaine ,shandy avoit quelque esprance de gurison4 ,il est guri1 disoit le docteur ,slop4-- ,quoi6 tout--fait8-- ,tout--fait1 madame4-- ,mais qu'entendez-vous par guri1 disoit la veuve ,wadman8 ,le docteur ,slop toit le plus pauvre homme du monde pour les dfinitions2 ainsi elle ne put tirer de lui aucune connoissance certaine4--,il ne lui restoit plus qu'une ressource1 c'toit de s'adresser mon oncle ,tobie lui-mme4 ,il y a pour les questions de cette nature un accent d'humanit qui endort le soupon2 et je suis presque sr que ce fut cet accent que le serpent employa dans sa conversation avec ,eve4 ,car la propension qu'a le sexe se laisser tromper1 ne sauroit tre si grande1 que notre bonne mre et eu l'effronterie de caqueter avec le diable1 si le diable n'y et pas mis de l'adresse4-- ,mais il y a un accent d'humanit1--comment le dcrirai-je8 ,c'est un accent qui couvre tout d'un voile1 et qui donne le droit de faire des questions1 avec autant de dtails et de particularits qu'un chirurgien4-- ,n'y avoit-il point de relche8--,en souffroit-il moins au lit8--,se couchoit-il galement sur les deux cts8--,pouvoit-il monter cheval8--,le mouvement lui toit-il contraire8--etc4-- ,tout cela toit dit si tendrement1 tout cela toit si bien dirig vers le cur de mon oncle ,tobie1 que chacune de ces remarques y pntroit dix fois plus avant que sa blessure elle-mme n'avoit jamais fait4--,mais quand ,mistriss ,wadman prit la route de ,namur pour arriver l'ane de mon oncle ,tobie2--quand elle le conduisit l'attaque de la pointe de la contrescarpe avance1--et bientt l'pe la main1 ple-mle avec les ,hollandois1 s'emparant de la contre-garde du bastion de ,saint-,roch2--lorsqu'enfin1 avec le son de voix le plus tendre1 elle le sortit tout sanglant de la tranche1 le tenant par la main1 et s'essuyant les yeux tandis qu'on le ramenoit dans sa tente444--ciel6 terre6 mer6 tout s'anima en lui1--les sources de la nature s'levrent au-dessus de leur niveau1--l'ange de la piti s'assit ct de lui sur le sopha1 son cur toit embrs1--il regrettoit de n'en avoir pas mille1 pour les mettre tous aux pieds de ,mistriss ,wadman4-- ,il y a des explications qui veulent tre prcises2 et ,mistriss ,wadman ne pouvoit souffrir les rponses vagues4-- ,et en quel endroit1 mon cher monsieur1 dit-elle1 retes-vous cette maudite blessure8 ,en faisant cette question1 ses yeux se portrent sur les culottes de pluche rouge de mon oncle ,tobie1 et la hauteur de la ceinture1---peu-prs vers la rgion de l'ane2 s'attendant1 avec assez de vraisemblance1 que mon oncle ,tobie1 pour tre plus prcis dans sa rponse1 alloit lui dsigner la place avec son doigt4 ,il en arriva autrement2 car mon oncle ,tobie1 qui avoit reu sa blessure devant la porte ,saint-,nicolas1 dans une des traverses de la tranche1 vis--vis l'angle saillant du demi-bastion de ,saint-,roch1--et qui pendant trois ans1 avoit tudi cette position sur la grande carte de ,namur1--toit parvenu pouvoir volont ficher une pingle sur la motte mme de terre o il avoit reu l'clat de pierre4 ,ce fut l ce qui frappa sur le champ le sensorium de mon oncle ,tobie4 ,il se rappela en mme-temps sa grande carte de la ville et citadelle de ,namur et de ses environs1 qu'il avoit achete et colle sur toile l'aide du caporal pendant sa longue maladie4--,il se ressouvint que depuis sa convalescence il l'avoit place dans son grenier avec quelques autres meubles militaires444 ,je vais vous le montrer1 madame1 dit mon oncle ,tobie4 --,il dpcha le caporal pour aller chercher sa carte4 ,mon oncle ,tobie1 avec les ciseaux de ,mistriss ,wadman1 mesura trente toises depuis le retour de l'angle devant la porte ,saint-,nicolas1 et posa le doigt de la veuve sur l'endroit fatal1 avec une modestie si virginale1 que la desse de la dcence 7si elle se trouva l1 sinon ce fut son image7 que la desse1 dis-je1 de la dcence admira tant de retenue1 et passant son doigt sur ses yeux1 fit signe la veuve de ne pas relever la mprise de mon oncle ,tobie4 ,malheureuse6 trois fois malheureuse madame ,wadman6-- ,il n'y avoit qu'une apostrophe qui pt sauver la langueur de la fin de ce chapitre4--,mais une apostrophe dans un moment si critique1 ne seroit-elle pas une insulte dguise8--,ciel6 plutt que de faire la plus lgre insulte une femme dans la dtresse1 je donnerois ce chapitre et tout l'ouvrage au diable1--pourv que mes damns de critiques1 qui montent la garde sa porte1 n'allassent pas s'en emparer4 ,,chapitre ,,xci4 ,qu'on l'emporte4 ,la carte de mon oncle ,tobie fut reporte dans la cuisine4 ,,chapitre ,,xcii4 ,aye1 aye1 aye ,brigitte4 ,et voil la ,meuse1 et ceci est la ,sambre1 dit le caporal1 en montrant de la main droite1 et appuyant sa main gauche sur l'paule de ,brigitte1 mais non pas sur l'paule qui toit de son ct4--,et cela1 dit-il1 c'est la ville de ,namur1 et ceci la citadelle4--,l toient les ,franois1 et ici j'tois avec monsieur2--et c'est dans cette maudite tranche1 mademoiselle ,brigitte1 dit le caporal en prenant sa main1 qu'il reut la blessure qui lui fracassa la partie que voici4 ,en disant ces mots1 il appuya lgrement sur la partie qu'il dsignoit1 le dos de la main de ,brigitte1 qu'il laissa aussitt retomber4-- ,nous pensions1 monsieur ,trim1 dit ,brigitte1 que le coup avoit port plus au milieu4-- ,mon ,dieu1 dit le caporal6 nous aurions t perdus sans ressource4-- ,et ma pauvre matresse aussi1 dit ,brigitte4 ,le caporal l'embrassa pour toute rponse4 ,allons1 allons1 dit ,brigitte1 nous savons ce que nous savons4 ,en mme-temps1 tendant sa main gauche horisontalement1 elle fit passer et repasser dessus plusieurs reprises les doigts de sa main droite1 ce qui ne pouvoit se faire que sur un corps absolument plat et sans la moindre protubrance4--,cela est faux1 entirement faux1 s'cria le caporal1 sans lui donner le temps d'achever4-- ,c'est un fait1 dit ,brigitte2 et nous avons sur cela des tmoignages srs4-- ,sur mon honneur1 dit le caporal1 posant sa main sur sa poitrine1 et rougissant par l'effet d'un juste ressentiment1--c'est une histoire1 mademoiselle ,brigitte1 aussi fausse que l'enfer4--,ce n'est pas1 dit ,brigitte1 en l'interrompant1 que ma matresse ou moi y mettions la moindre importance2 mais comme chacun le sien n'est pas trop1 on est bien aise1 quand on se marie1 de trouver quelqu'un qui il ne manque rien4 ,le caporal crut sans doute qu'une partie du reproche tomboit sur lui2 car il s'en justifia aussitt1 et vengea en mme-temps son matre de la manire la plus complette4--,mais aussi pourquoi mademoiselle ,brigitte avoit-elle commenc par un jeu de main4 ,,chapitre ,,xciii4 ,il n'est point d'ternelles douleurs4 ,de mme que dans une matine d'avril on ne sait souvent s'il faut attendre la pluie ou le soleil1--de mme ,brigitte ne sut si elle devoit rire ou pleurer4-- ,elle prit un gros rouleau qu'elle trouva sous sa main4--,la disproportion de cette arme la fit rire4 ,elle posa le rouleau1 et se mit pleurer4 ,et si une seule de ses larmes et t mle d'amertume1 le cur honnte du caporal la lui auroit vivement reproche4 ,mais le caporal connoissoit les femmes trois fois mieux que son matre1 et il s'toit conduit suivant ses principes4 ,je sais1 mademoiselle ,brigitte1 dit le caporal1 en lui donnant le baiser le plus respectueux1 je sais que tu es naturellement bonne et modeste2 et tu as d'ailleurs tant de noblesse et de gnrosit1 que si je te connois bien1 tu ne voudrois pas blesser un insecte1 et encore moins l'honneur d'un si digne et si galant homme que mon matre1 quand tu serois sre d'tre comtesse4--,mais1 ma chre ,brigitte1 on t'aura conseille1 et tu auras t trompe1--comme il arrive souvent aux femmes de l'tre1 quand elles se sacrifient pour d'autres4-- ,la rflexion du caporal fit verser quelques larmes ,brigitte4 ,dis-moi donc1 ma chre ,brigitte1 continua le caporal en prenant sa main1 qui pendoit son ct sans mouvement1 et en lui donnant un second baiser1--qui t'a pu donner un soupon aussi faux8 ,brigitte sanglotta encore un moment2--et puis elle ouvrit ses yeux1 que le caporal essuya avec le bas de son tablier4--,enfin elle lui ouvrit son cur1 et lui raconta tout4-- ,,chapitre ,,xciv4 ,discrtion de ,trim4 ,mon oncle ,tobie et le caporal avoient pouss leurs oprations2 chacun de leur ct1 pendant presque toute la campagne1 avec aussi peu de communication entre eux1 et avec une parfaite ignorance de leurs marches respectives1 que s'ils eussent t spars par la ,meuse ou la ,sambre4 ,mon oncle ,tobie se prsentoit tous les jours chez ,mistriss ,wadman1 tantt avec son habit rouge et argent1 tantt avec son habit bleu et or2 et dans cet quipage il soutenoit des attaques sans fin de la part de la veuve1 sans s'appercevoir seulement que ce fussent des attaques2 ainsi il n'avoit rien communiquer4 ,mais ,trim avoit pris la place d'assaut2 ce qui lui donnoit un avantage infini1 et il auroit eu beaucoup dire2 mais la nature de ses avantages1 et la manire dont il les avoit remports1 demandoient un historien plus prcis que ,trim n'auroit os l'tre4--,et quelque pris qu'il ft de la gloire1 il auroit mieux aim rester toute sa vie la tte nue et dpouille de lauriers1 que de blesser un seul moment la modestie de son matre4-- ,o le meilleur et le plus honnte des serviteurs6 mais je crois l'avoir dj apostroph4--,il ne me reste plus que ton apothose faire1 et je la ferois l'instant mme1 si je ne craignois de faire souffrir ta modestie4 ,,chapitre ,,xcv4 ,tout se dcouvre4 ,un soir mon oncle ,tobie1 aprs avoir pos sa pipe sur la table1 comptoit en lui-mme1 et sur le bout de ses doigts1 en commenant par le pouce1 toutes les perfections de ,mistriss ,wadman une par une4--,mais soit qu'il en omt toujours quelqu'une1 soit qu'il en comptt d'autres deux fois1 il s'embrouilloit tellement dans son calcul1 qu'il ne pouvoit aller au-del du troisime doigt2 ce qui le mettoit dans un embarras extrme4 ,trim1 dit-il1 en reprenant sa pipe1 apporte-moi1 je te prie1 une plume et de l'encre4 ,trim apporta aussi du papier4-- ,prends-en une grande feuille1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie1 lui faisant signe en mme-temps avec sa pipe d'avancer une chaise1 et de s'asseoir prs de la table4--,le caporal obit1 plaa le papier devant lui1--prit une plume et la trempa dans le cornet4-- ,elle a mille vertus1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie4-- ,monsieur veut-il que je les crive toutes1 dit le caporal8-- ,mais il faut les prendre par ordre1 rpliqua mon oncle ,tobie4--,de toutes ces vertus1 ,trim1 celle qui me touche davantage1 et qui me garantit toutes les autres1 c'est la tournure compatissante et l'humanit singulire de son caractre4--,je proteste1 ajouta mon oncle ,tobie1 levant les yeux1 et fixant la corniche de son appartement1 je proteste1 ,trim1 que quand je serois mille fois son frre1 elle ne m'auroit pas fait des questions plus touchantes et plus rptes sur ma blessure2 quoique la vrit depuis quelque temps elle ne m'en parle plus4-- ,le caporal laissa passer la protestation de son matre1 et se contenta de tousser une fois ou deux4 ,il trempa une seconde fois sa plume dans le cornet2 et mon oncle ,tobie lui montrant du bout de sa pipe l'extrmit suprieure du coin gauche de sa feuille de papier1--le caporal crivit en gros caractres3 ,,humanit4 ,ds qu'il eut trac ce mot1 caporal1 dit mon oncle ,tobie1 combien de fois1 je te prie1 ,brigitte s'est-elle informe de la blessure que tu as reue au genou la bataille de ,landen8-- ,pas une fois1 dit le caporal4-- ,caporal1 dit mon oncle ,tobie1 d'un ton aussi triomphant que la bont de son naturel pouvoit le permettre1--cela seul te montre la diffrence du caractre de la matresse et de la suivante4--,si les hasards de la guerre m'avoient valu une blessure pareille la tienne1 ,mistriss ,wadman m'en auroit dj demand chaque circonstance plus de cent fois4--,en ce cas1 dit ,trim1 il faut qu'elle ait fait rpter plus de mille fois monsieur les dtails de sa blessure l'ane4--,pourquoi1 ,trim1 dit mon oncle ,tobie1 la douleur tant la mme aux deux endroits1 la compassion doit tre gale4-- ,bont du ciel6 dit le caporal1 qu'est-ce que la compassion d'une femme peut avoir dmler avec une blessure au genou8 ,celui de monsieur s'en seroit all en mille esquilles la bataille de ,landen1 que ,mistriss ,wadman ne s'en seroit non plus inquite1 que mademoiselle ,brigitte ne s'est inquite du mien4-- ,et la raison1 dit mon oncle ,tobie1 se levant moiti de sa chaise1 et s'appuyant sur la table avec ses deux poignets8--,c'est1 monsieur1 dit le caporal1 en baissant la voix1 7mais articulant trs-distinctement7 que le genou est une grande distance du corps de la place2 au lieu que l'ane1 comme monsieur le sait trs-bien1 est place exactement sur la courtine4 ,mon oncle ,tobie se rassit en poussant un long soupir1--mais si bas1 qu' peine pouvoit-il s'entendre travers la table4 ,le caporal s'toit avanc trop loin pour reculer2 il dit le reste son matre en trois mots4 ,mon oncle ,tobie posa sa pipe sur la table1 aussi doucement que s'il et t fil d'une toile d'araigne4 ,allons trouver mon frre ,shandy1 dit mon oncle ,tobie4 ,,chapitre ,,xcvi4 ,mon ,pre est indign4 ,tandis que mon oncle ,tobie et le caporal sont sur le chemin du chteau de ,shandy1 il convient d'apprendre au lecteur que ,mistriss ,wadman1 quelque temps auparavant1 avoit fait sa confidence ma mre1 et que ,brigitte1 qui avoit porter le double fardeau du secret de sa matresse et du sien1 s'toit heureusement dbarrasse de l'un et de l'autre en faveur de ,suzanne derrire le mur du jardin4 ,ma mre ne vit rien dans tout cela qui mritt de faire tant de bruit4--,mais ,suzanne avoit toutes les qualits requises pour divulguer un secret de famille4 ,elle fit entendre celui-ci par signe ,jonathan2 et ,jonathan trouva aussi le moyen de le faire comprendre la cuisinire1 pendant que celle-ci prparoit des queues de mouton2 la cuisinire le vendit au postillon avec quelques rogatons du souper1 moyennant quatre patards2 et celui-ci le troqua contre la fille de journe1 pour la mme valeur -peu-prs4--,et quoique le march se ft conclu dans le grenier foin1 la renomme s'en toit saisie1 et l'avoit fait retentir sur le tot de sa maison avec la trompette d'airain4 ,en un mot1 il n'y eut pas de commre dans tout le village de ,shandy1 ni cinq milles la ronde1 qui ne st les difficults du sige qu'avoit entrepris mon oncle ,tobie1 et les articles secrets qui retardoient la capitulation4 ,il ne se passoit aucun vnement dans le monde1 qui ne fournt mon pre le sujet d'une hypothse4 ,aussi jamais homme ne crucifia la vrit comme lui4--,on venoit justement de lui apprendre tous les dtails qu'il avoit ignors jusques-l1 au moment que mon oncle ,tobie se mit en marche pour l'aller trouver4 ,au rcit de l'affront fait son frre1 il prit feu2 et1 sans gard pour ma mre qui toit-l prsente1 il s'effora de dmontrer ,yorick1 que non-seulement les femmes avoient le diable au corps1 et toient toutes libertines au fond de l'ame2--mais encore que1 depuis la premire chute d',adam jusqu' celle de mon oncle ,tobie inclusivement1 tous les maux et tous les dsordres arrivs en ce monde1 de quelque genre ou nature qu'ils pussent tre1 avoient toujours pour principe1 avou ou cach1 ce mme apptit drgl d'un sexe pour l'autre4 ,yorick s'efforoit d'adoucir l'hypothse rigoureuse de mon pre1 quand mon oncle ,tobie fit son entre dans la chambre4--,la bienveillance et le pardon toient crits sur son visage4--,cette vue ne fit que rallumer la bile de mon pre2 et comme il n'toit pas dlicat sur le choix de ses expressions quand il toit en colre1 aussitt que mon oncle ,tobie se fut assis prs du feu1 et qu'il eut rempli sa pipe1 mon pre clata en ces termes4 ,,chapitre ,,xcvii et dernier4 ,la ,femme et la ,vache4 ,tout ce bagage1 dira-t-on1 est ncessaire pour continuer l'espce d'une crature aussi grande1 aussi sublime1 aussi divine que l'homme6 ,je le sais1--j'en conviens1--je suis loin de le nier2--mais un philosophe dit hardiment sa pense2 quant moi1 je persiste croire et soutenir que c'est une piti qu'il faille que notre race se perptue par les moyens d'une passion qui ravale toutes nos facults1 fait chouer notre sagesse1 et anantit toutes les oprations et les combinaisons de notre ame4--,d'une passion1 ma chre1 continua mon pre en s'adressant ma mre1 qui runit et assimile les sages avec les fous2 et qui nous fait sortir de nos cavernes et de nos retraites plutt comme des satyres et des animaux1 que comme des hommes4 ,je sais que l'on me dira1 continua mon pre1 employant la prolepsie1 qu'en lui-mme et dpouill de ses accessoires1 ce besoin est comme la faim1 la soif1 le sommeil1 et ne peut tre regard comme bon ni comme mauvais1 comme honteux ni autrement4--,mais pourquoi donc la dlicatesse de ,diogne et de ,platon s'en est-elle si fort rvolte8 ,pourquoi n'osons-nous nous y livrer que dans les tnbres8 ,pourquoi ses mystres1 ses prparations1 ses instrumens1 enfin tout ce qui y a rapport1 ne peut-il tre dcemment exprim par aucun langage1 aucune traduction1 aucune priphrase quelconque8 ,l'action de tuer un homme et de le dtruire1 continua mon pre1 en haussant la voix et s'adressant mon oncle ,tobie1--cette action1 vous le savez1 passe pour glorieuse4 ,les armes que nous y employons sont honorables2 nous les portons firement sur l'paule2 nous les laissons pendre orgueilleusement notre ct2 nous les dorons2 nous les gravons2 nous les cizelons2 nous les enrichissons4--,eh quoi6 nous prodiguons des ornemens la culasse mme d'un coquin de canon4 ,mon oncle ,tobie posa sa pipe pour tcher d'obtenir une meilleure pithte2 et ,yorick se levoit pour battre en ruine toute l'hypothse de mon pre4-- ,quand ,obadiah entra brusquement dans la salle1 se plaignant amrement1 et demandant grands cris qu'on voult bien l'entendre sur-le-champ4 ,voici l'aventure4 ,mon pre1 soit par les anciennes coutumes de l'endroit1 soit comme possesseur de dixmes considrables1 toit oblig d'entretenir un taureau pour le service de la paroisse2 or ,obadiah avoit men sa vache rendre une visite audit taureau1 je ne sais quel jour de l't prcdent4-- ,je dis1 je ne sais quel jour2 mais le hasard avoit voulu que ce ft le mme o il avoit pous la servante de mon pre2 ainsi une poque servoit rappeler l'autre4 ,donc quand la femme d',obadiah accoucha1 ,obadiah rendit graces ,dieu4-- --,a prsent1 dit ,obadiah1 j'aurai bientt un veau4 ,et tous les jours ,obadiah rendoit visite sa vache4-- ,elle fera veau lundi ou mardi1--ou mercredi au plus tard4 ,la vache ne fit point de veau4 ,ce sera donc pour la semaine prochaine2 ma vache tarde furieusement long-temps6 --,jusqu' la fin de la sixime semaine les soupons d',obadiah1 qui toit bon homme1 tombrent sur le taureau4 ,a dire la vrit1 comme la paroisse toit fort tendue1 la vigueur du taureau de mon pre n'toit pas proportionne son dpartement4 ,il avoit cependant1 je ne sais comment1 obtenu la confiance publique2 et comme il s'acquittoit de son devoir avec beaucoup de gravit1 mon pre en avoit la plus haute opinion4 ,sauf le respect que je dois monsieur1 dit ,obadiah1 tout le monde dit ici que c'est la faute de son taureau4-- ,la vache ne seroit-elle pas strile1 dit mon pre1 en se tournant vers le docteur ,slop8-- ,cela seroit sans exemple1 dit le docteur ,slop4--,mais il seroit possible que sa femme ft accouche avant terme4--,dis-moi1 l'ami1 ajouta le docteur ,slop1 ton enfant a-t-il des cheveux sur la tte8-- ,comme moi1 dit ,obadiah4--,il y avoit trois semaines que le coquin n'avoit t ras4 --,ouais1 dit le docteur ,slop6 ,eh bien6 ne voil-t-il pas1 s'cria mon pre1 mon taureau1 frre ,tobie1 mon pauvre taureau1 qui est aussi bon taureau qu'il y en ait jamais eu1 et qui au temps jadis et t le fait de la belle ,europe8--,mon taureau1 qui1 s'il et eu deux jambes de moins1 auroit p tre reu docteur1 ce maraud-l1 plutt que de s'en prendre sa femme444-- ,mon ,dieu1 dit ma mre6 qu'est-ce donc que toute cette histoire8-- ,celle d'une femme qui accouche trop-tt1 dit ,yorick1 et d'une vache qui accouche trop tard2 et une des meilleures en ce genre que j'aie jamais entendues4 ,fin du ,tome quatrime4 ,,table ,,des ,,chapitres ,contenus dans ce ,volume4 ,chap4 ,i4 ,le pauvre et son chien4 ,page #a ,chap4 ,,ii4 ,sommeil drang4 #f ,chap4 ,,iii4 ,entre ,paris4 #aj ,chap4 ,,iv4 ,description de ,paris4 #ab ,chap4 ,v4 ,dpart de ,paris4 #ac ,chap4 ,,vi4 ,comment m'y prendre8 #ae ,chap4 ,,vii4 ,histoire de l'abbesse des ,andouillettes4 #ag ,chap4 ,,viii4 ,suite de l',histoire de l'abbesse des ,andouillettes4 #be ,chap4 ,,ix4 ,suite de l',histoire de l'abbesse des ,andouillettes4 ibid4 ,chap4 ,x4 ,suite de l',histoire de l'abbesse des ,andouillettes4 #bg ,chap4 ,,xi4 ,fin de l',histoire de l'abbesse des ,andouillettes4 #bi ,chap4 ,,xii4 ,ballet4 #ca ,chap4 ,,xiii4 ,auxerre4 #cc ,chap4 ,,xiv4 ,je ne sais plus o j'en suis4 #dj ,chap4 ,,xv4 ,lyon4 #da ,chap4 ,,xvi4 ,vexation4 #dd ,chap4 ,,xvii4 ,les deux amans4 #dg ,chap4 ,,xviii4 ,l',ane4 #ea ,chap4 ,,xix4 ,le ,commis4 #ef ,chap4 ,,xx4 ,grande dispute4 #eg ,chap4 ,,xxi4 ,la paix est faite4 #ei ,chap4 ,,xxii4 ,tablettes perdues4 #fb ,chap4 ,,xxiii4 ,elles sont trouves4 #fc ,chap4 ,,xxiv4 ,papillotes4 #fe ,chap4 ,,xxv4 ,la colique4 #fg ,chap4 ,,xxvi4 ,le tombeau des amans4 #fi ,chap4 ,,xxvii4 ,je suis sur le pont d',avignon4 #gj ,chap4 ,,xxviii4 ,plaines sans fin4 #gb ,chap4 ,,xxix4 ,jeannette4 #gd ,chap4 ,,xxx4 ,la chose impossible4 #ha ,chap4 ,,xxxi4 ,ma mthode en crivant4 #hc ,chap4 ,,xxxii4 ,moins que rien4 #hd ,chap4 ,,xxxiii4 ,mon oncle ,tobie reparot4 #he ,chap4 ,,xxxiv4 ,sur les buveurs d'eau4 #hf ,chap4 ,,xxxv4 ,je m'embrouille4 #hh ,chap4 ,,xxxvi4 ,qu'on ne m'interrompe plus4 #ia ,chap4 ,,xxxvii4 ,j'entre tout de bon en matire4 #ib ,chap4 ,,xxxviii4 ,adieu l'tiquette4 #id ,chap4 ,,xxxix4 ,amours de mon oncle ,tobie avec la veuve ,wadman4 #ih ,chap4 ,,xl4 ,je bats la campagne4 #ii ,chap4 ,,xli4 ,rien4 #aja ,chap4 ,,xlii4 ,diatribe contre l'amour4 #ajb ,chap4 ,,xliii4 ,description topographique4 #ajd ,chap4 ,,xliv4 ,diverses faons de brler une chandelle4 #aje ,chap4 ,,xlv4 ,attaques de la veuve ,wadman4 #ajg ,chap4 ,,xlvi4 ,relique de mon oncle ,tobie4 #aab ,chap4 ,,xlvii4 ,hlas4 #aac ,chap4 ,,xlviii4 ,amours de ,trim4 #aae ,chap4 ,,xlix4 ,la ,bguine4 #acf ,chap4 ,l4 ,trim s'enflamme4 #ada ,chap4 ,,li4 ,trim succombe4 #adb ,chap4 ,,lii4 ,la veuve ,wadman change son plan d'attaque4 #adf ,chap4 ,,liii4 ,prends garde1 oncle ,tobie6 #adh ,chap4 ,,liv4 ,il n'y voit rien4 #aej ,chap4 ,,lv4 ,un clou ne chasse pas l'autre4 #aeb ,chap4 ,,lvi4 ,confidence4 #aee ,chap4 ,,lvii4 ,plan de campagne4 #aef ,chap4 ,,lviii4 ,il n'omet rien4 #aei ,chap4 ,,lix4 ,la toilette sera complte4 #afj ,chap4 ,,lx4 ,l'ne et le califourchon4 #afa ,chap4 ,,lxi4 ,coq--l'ne4 #afc ,chap4 ,,lxii4 ,les deux amours4 #afe ,chap4 ,,lxiii4 ,chacun va se coucher4 #afi ,chap4 ,,lxiv4 ,les trous de serrure4 #agh ,chap4 ,,lxv4 ,jugement tmraire4 #agi ,chap4 ,,lxvi4 ,parure de mon ,oncle ,tobie4 #ahc ,chap4 ,,lxvii4 ,il tremble4 #ahf ,chap4 ,,lxviii4 ,il hsite4 #ahh ,chap4 ,,lxix4 ,amours de ,tom et de la ,juive4 #aia ,chap4 ,,lxx4 ,la ngresse4 #aib ,chap4 ,,lxxi4 ,les saucisses4 #aie ,chap4 ,,lxxii4 ,contre-marche4 #aih ,chap4 ,,lxxiii4 ,le qu'en dira-t-on4 #bja ,chap4 ,,lxxiv4 ,l',attente4 ibid4 ,chap4 ,,lxxv4 ,le premier ,dimanche du mois4 #bjc ,chap4 ,,lxxvi4 ,reprenons haleine4 #bjf ,chap4 ,,lxxvii4 ,demandez ma blanchisseuse4 #bji ,chap4 ,,lxxviii4 ,les ,critiques4 #baa ,chap4 ,,lxxix4 ,elle est faite4 #bac ,chap4 ,,lxxx4 ,il frappe la porte4 ibid4 ,chap4 ,,lxxxi4 ,on ouvre4 #bae ,chap4 ,,lxxxii4 #bag ,chap4 ,,lxxxiii4 ibid4 ,chap4 ,,lxxxiv4 ,vous l'allez voir4 #bah ,chap4 ,,lxxxv4 ,la ,revue4 #bbj ,chap4 ,,lxxxvi4 ,prestige du dmon4 #bbb ,chap4 ,,lxxxvii4 ,ne t'en fie qu' toi seul4 #bbd ,chap4 ,,lxxxviii4 ,marie4 #bbf ,chap4 ,,lxxxix4 #bcc #hb ,dclaration d'amour4 #bce #hc ,proposition de mariage4 #bch ,chap4 ,,xc4 ,au fait4 #bdj ,chap4 ,,xci4 ,qu'on l'emporte4 #bde ,chap4 ,,xcii4 ,aye1 aye1 aye ,brigitte4 ibid4 ,chap4 ,,xciii4 ,il n'est point d'ternelles douleurs4 #bdg ,chap4 ,,xciv4 ,discrtion de ,trim4 #bdi ,chap4 ,,xcv4 ,tout se dcouvre4 #bej ,chap4 ,,xcvi4 ,mon ,pre est indign4 #bed ,chap4 ,,xcvii et dernier4 ,la ,femme et la ,vache4 #bef ,fin de la ,table du ,tome quatrime4 ,note du transcripteur ,on a conserv l'orthographe de l'original1 avec ses incohrences 7par ex4 dsir_/desir1 jeter_/jetter1 abme_/abyme1 aine_/ane1 etc474 ,les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 ,les passages en italique sont indiqus entre caractres souligns4