,,hi/oire ,d',,un ,,ruisseau ,,p> ,,lis,e ,,reclus ,,neuvi,,me ,,dition ,j ,h ,,biblio?,,que ,d',,ducation ,,et ,,de ,r,,cr,,ation ,j4 ,,hetzel ,,et ,,cie1 #ah1 ,,rue ,,jacob ,,p>is ,t\s droits de traduction et de reproduction rs]vs #idje4--,,p>is1 ,,imprim]ie ,a4 ,,lahure #i1 ,rue de ,fleurus1 #i ,illu/ration3 ,,collection ,,hetzel ,,hi/oire ,d',,un ,,ruisseau ,,*apitre ,i ,,la ,,s\rce ,l'hi/oire d'un ruisseau1 mme de celui qui nat et se p]d dans la m\sse1 e/ l'hi/oire de l'inf9i4 ,ces g\ttelettes qui sc9till5t ont trav]s le granit1 le calcaire et l'argile2 elles ont t neige sur la froide montagne1 molcule de vapeur dans la nue1 blan*e cume sur la crte des flots2 le soleil1 dans sa c\rse j\rnalire1 les a fait respl5dir des reflets les plus clatants2 la ple lumire de la lune les a vaguem5t irises2 la f\dre en a fait de l'hydrogne et de l'oxygne1 puis d'un n\veau *oc a fait ruissel] en eau ces lm5ts primitifs4 ,t\s les ag5ts de l'atmosphre et de l'espace1 t\tes les =ces cosmiques ont travaill de conc]t modifi] incessamm5t l'aspect et la position de la g\ttelette imp]ceptible2 elle aussi e/ un monde comme les a/res normes qui r\l5t dans les cieux1 et son orbite se dveloppe de cycle en cycle p> un m\vem5t sans repos4 ,t\tefois notre reg>d n'e/ po9t assez va/e p\r embrass] dans son ensemble le circuit de la g\tte1 et n\s n\s bornons la suivre dans ses dt\rs et ses *utes depuis son app>ition dans la s\rce jusqu' son mlange avec l'eau du gr& fleuve ou de l'ocan4 ,faibles comme n\s le sommes1 n\s t*ons de mesur] la nature notre taille2 *acun de ses phnomnes se rsume p\r n\s en un petit nombre d'impressions que n\s avons ress5ties4 ,qu'e/ le ruisseau1 s9on le site gracieux o n\s avons vu son eau s'enfuir s\s l'ombrage des trembles1 o n\s avons vu se balanc] ses h]bes s]p5t9es et frmir les joncs de ses lots8 ,la b]ge fleurie o n\s aimions n\s t5dre au soleil en rvant de lib]t1 le s5ti] s9ueux qui borde le flot et que n\s suivions pas l5ts en reg>dant le fil de l'eau1 l'angle du ro*] d'o la masse unie plonge en cascade et se brise en cume1 la s\rce b\illonnante1 voil ce qui dans notre s\v5ir e/ le ruisseau presque t\t enti]4 ,le re/e se p]d dans une brume indi/9cte4 ,la s\rce surt\t1 l'endroit o le filet d'eau1 ca* jusque-l1 se montre s\da91 voil le lieu *>mant v]s lequel on se s5t inv9ciblem5t attir4 ,que la fonta9e semble dormir dans une prairie comme une simple flaque entre les joncs1 qu'elle b\illonne dans le sable en jonglant avec les paillettes de qu>tz ou de mica1 qui mont5t1 desc5d5t et rebondiss5t en un t\rbillon sans f91 qu'elle jaillisse mode/em5t entre deux pi]res1 l'ombre discrte des gr&s arbres1 ou bi5 qu'elle s'lve avec bruit d'une fissure de la ro*e1 comm5t ne pas se s5tir fasc9 p> cette eau qui vi5t d'*app] l'obscurit et reflte si gaiem5t la lumire8 ,en j\issant n\s-mmes du tableau ravissant de la s\rce1 il n\s e/ facile de compr5dre p\rquoi les ,arabes1 les ,espagnols1 les montagn>ds pyrnens et tant d'autres hommes de t\te race et de t\t climat ont vu dans les fonta9es des yeux p> lesquels les tres enf]ms dans les ro*es tnbreuses vi5n5t un mom5t contempl] l'espace et la v]dure4 ,dlivre de sa prison1 la nymphe joyeuse reg>de le ciel bleu1 les arbres1 les br9s d'h]bes1 les roseaux qui se balanc5t2 elle reflte la gr&e nature dans le clair saphir de ses eaux1 et s\s ce reg>d limpide n\s n\s s5tons pntr] d'une my/rieuse t5dresse4 ,de t\t temps la transp>5ce de la s\rce fut le symbole de la puret morale2 dans la posie de t\s les peuples1 l'innoc5ce e/ comp>e au clair reg>d des fonta9es1 et le s\v5ir de cette image1 transmis de sicle en sicle1 e/ dev5u p\r n\s un attrait de plus4 ,sans d\te1 cette eau se s\ill]a plus lo92 elle pass]a sur des ro*es en dbris et sur des vgtaux en putrfaction2 elle dlay]a des t]res limoneuses et se *>g]a des re/es impurs dv]ss p> les animaux et les hommes2 mais ici1 dans sa vasque de pi]re ou son b]ceau de joncs1 elle e/ si pure1 si lum9euse1 que l'on dirait de l'air cond5s3 les reflets *angeants de la surface1 les b\illonnem5ts s\da9s1 les c]cles conc5triques des rides1 les cont\rs indcis et flottants des caill\x imm]gs rvl5t seuls que ce fluide si clair e/ bi5 de l'eau1 comme le sont nos gr&s fleuves b\rbeux4 ,en n\s p5*ant sur la fonta9e1 en voyant nos visages fatigus et s\v5t mauvais se rfl*ir dans cette onde si limpide1 il n'e/ aucun d'entre n\s qui ne rpte in/9ctivem5t1 et mme sans l'avoir appris1 le vieux *ant que les ,gubres enseignai5t leur fils3 ,appro*e-toi de la fleur1 mais ne la brise po9t6 ,reg>de et dis t\t bas3 ,ah6 si j'tais aussi beau6 ,dans la fonta9e de cri/al ne lance po9t de pi]re6 ,reg>de et p5se t\t bas3 ,ah6 si j'tais aussi pur6 ,qu'elles sont *>mantes1 ces ttes de naades1 la *evelure c\ronne de feuilles et de fleurs1 que les arti/es hellnes ont bur9es sur leurs mdailles1 ces /atues de nymphes qu'ils ont leves s\s les colonnades de leurs temples6 ,combi5 sont aimables ces images lgres et vaporeuses que ,g\jon a su nanmo9s fix] p\r les sicles dans le m>bre de ses fonta9es6 ,qu'elle aussi e/ gracieuse voir1 cette s\rce que le vieil ,+res a saisie et qu'il a presque sculpte de son p9ceau6 ,ri51 semble-t-il1 n'e/ plus fugitif1 plus indcis que l'eau jaillissante entrevue s\s les joncs2 on se dem&e comm5t une ma9 huma9e peut s'enh>dir figur] la s\rce avec des traits prcis dans le m>bre ou sur la toile2 mais1 /atuaire ou pe9tre1 l'arti/e n'a qu' reg>d] cette eau transp>5te1 il n'a qu' se laiss] pntr] p> le pur s5tim5t qui l'envahit p\r voir app>atre devant lui l'image la fois la plus gracieuse et la plus f]me de cont\rs4 ,la voil1 belle et nue1 s\riant la vie1 fra*e comme l'onde1 o son pi$ baigne encore2 elle e/ jeune et ne saurait vieillir2 duss5t les gnrations s'c\l] devant elle1 ses =mes s]ont t\j\rs aussi suaves1 son reg>d t\j\rs aussi limpide1 l'eau qui s'pan*e en p]les de son urne brill]a t\j\rs du mme clat s\s le soleil4 ,qu'importe si la nymphe innoc5te1 qui n'a pas connu les misres de la vie1 ne semble po9t r\l] dans sa tte t\t un flot de p5ses6 ,elle-mme1 heureuse1 songe peu2 mais s\s son d\x reg>d1 on songe d'autant plus1 on se promet d'tre s9cre et vrai comme elle1 et l'on aff]mit sa v]tu contre le monde hideux du vice et de la calomnie4 ,numa ,pompilius1 n\s dit la lg5de roma9e1 avait p\r conseillre la nymphe grie4 ,seul1 il pntrait dans les pr(ondeurs des bois1 s\s l'ombrage my/rieux des *nes2 il s'appro*ait avec confiance de la grotte sacre1 et p\r sa vue1 l'eau pure de la cascade1 la robe ourle d'cume1 au voile flottant de vapeurs irises1 pr5ait l'aspect d'une femme belle entre t\tes et s\riante d'am\r4 ,il lui p>lait comme un gal1 lui1 le *tif mortel1 et la nymphe rpondait d'une voix cri/all9e1 laquelle le murmure du feuillage et t\s les bruits de la =t se mlai5t comme un *oeur lo9ta94 ,c'e/ a9si que le lgislateur appr5ait la sagesse4 ,nul vieill>d la b>be blan*ie n'et su prononc] des p>oles semblables celles qui tombai5t des lvres de la nymphe1 immortelle et t\j\rs jeune4 ,que n\s dit cette lg5de1 s9on que la nature seule1 et non pas le tumulte des f\les1 peut n\s initi] la vrit2 que p\r scrut] les my/res de la sci5ce il e/ bon de se retir] dans la solitude et de dvelopp] son intellig5ce p> la rflexion8 ,numa ,pompilius1 grie ne sont que des noms symboliques rsumant t\te une priode de l'hi/oire du peuple roma9 aussi bi5 que de *aque socit naissante3 c'e/ aux nymphes1 ou p\r mieux dire1 c'e/ aux s\rces1 aux =ts1 aux montagnes1 qu' l'orig9e de t\te civilisation les hommes ont d leurs moeurs et leurs lois4 ,et qu& bi5 mme il s]ait vrai que la discrte nature et pu donn] a9si des conseils aux lgislateurs1 trans=ms bi5tt en oppresseurs de l'humanit1 combi5 plus n'a-t-elle pas fait en faveur des s\ffrants de la t]re1 p\r leur r5dre le c\rage1 les consol] dans leurs heures d'am]tume1 leur donn] une =ce n\velle dans la gr&e bataille de la vie6 ,si les opprims n'avai5t pu retremp] leur n]gie et se refaire une me p> la contemplation de la t]re et de ses gr&s paysages1 depuis longtemps dj l'initiative et l'audace euss5t t compltem5t t\ffes4 ,t\tes les ttes se s]ai5t c\rbes s\s la ma9 de quelques despotes1 t\tes les intellig5ces s]ai5t re/es prises dans un inde/ructible rseau de subtilits et de m5songes4 ,dans nos coles et nos lyces1 nombre de pr(esseurs1 sans trop le savoir et mme croyant bi5 faire1 *]*5t dim9u] la valeur des jeunes g5s en enlevant la =ce et l'orig9alit leur p5se1 en leur donnant t\s mme discipl9e et mme mdiocrit6 ,il e/ une tribu des ,peaux-,r\ges o les mres essay5t de faire de leurs enfants1 soit des hommes de conseil1 soit des gu]ri]s1 en leur p\ssant la tte en avant ou en arrire p> de solides cadres de bois et de =tes b&elettes2 de mme des pdagogues se v\5t l'oeuvre fatale de ptrir des ttes de fonctionnaires et de sujets1 et malheureusem5t il leur arrive trop s\v5t de russir4 ,mais1 aprs les dix mois de *ane1 voici les heureux j\rs des vacances3 les enfants repr5n5t leur lib]t2 ils revoi5t la campagne1 les peupli]s de la prairie1 les gr&s bois1 la s\rce dj p>seme des feuilles jaunies de l'automne2 ils boiv5t l'air pur des *amps1 ils se font un sang n\veau et les ennuis de l'cole s]ont impuissants faire disp>atre de leur c]veau les s\v5irs de la libre nature4 ,que le collgi5 sorti de la prison1 sceptique et blas1 appr5ne suivre le bord des ruisseaux1 qu'il contemple les rem\s1 qu'il c>te les feuilles ou s\lve les pi]res p\r voir jaillir l'eau des petites s\rces1 et bi5tt il s]a r$ev5u simple de coeur1 jovial et c&ide4 ,ce qui e/ vrai p\r les enfants et les jeunes g5s ne l'e/ pas mo9s p\r t\tes les nations1 encore dans leur priode d'adolesc5ce4 ,p> milli]s et p> milli]s1 les pa/eurs des peuples1 p]fides ou ple9s de bonnes int5tions1 se sont arms du f\et et du sceptre1 ou1 plus habiles1 ont rpt de sicle en sicle des =mules d'obissance af9 d'ass\plir les volonts et d'abtir les esprits2 mais heureusem5t1 t\s ces matres qui v\lai5t ass]vir les autres hommes p> la t]reur1 l'ignorance ou l'impitoyable r\t9e n'ont po9t russi crer un monde leur image1 ils n'ont pas su faire de la nature un gr& j>d9 de m&>9 *9ois avec des arbres torturs en =me de mon/res et de na9s1 des bass9s taills en figures gomtriques et des rocailles au d]ni] gt2 la t]re1 p> la magnific5ce de ses horizons1 la fra*eur de ses bois1 la limpidit de ses s\rces1 e/ re/e la gr&e ducatrice1 et n'a cess de rappel] les nations l'h>monie et la re*]*e de la lib]t4 ,telle montagne dont les neiges ou les glaces se montr5t en ple9 ciel au-dessus des nuages1 telle gr&e =t dans laquelle mugit le v5t1 tel ruisseau qui c\le dans les prairies ont s\v5t plus fait que des armes p\r le salut d'un peuple4 ,c'e/ l ce qu'ont s5ti les ,basques1 ces nobles desc5dants des ,ibres1 nos aeux3 af9 de re/] libres et fi]s1 ils ont t\j\rs bti leurs demeures au bord des fonta9es1 l'ombre des gr&s arbres1 et plus encore que leur c\rage1 leur am\r de la nature a longtemps sauveg>d leur indp5dance4 ,nos autres anctres1 les ,ary5s d',asie1 *rissai5t aussi les eaux c\rantes et leur r5dai5t un vritable culte ds l'orig9e des ges hi/oriques4 ,vivant l'issue des belles valles qui desc5d5t de ,pamir1 le toit du monde1 ils savai5t utilis] t\s les torr5ts d'eau claire p\r les divis] en d'innombrables canaux et trans=m] a9si les campagnes en j>d9s2 mais s'ils invoquai5t les fonta9es1 s'ils leur (frai5t des sacrifices1 ce n'e/ po9t seulem5t p>ce que l'eau fait p\ss] les gazons et les arbres1 abreuve les peuples et les tr\peaux1 c'e/ aussi1 disai5t-ils1 p>ce qu'elle r5d les hommes purs1 p>ce qu'elle quilibre les passions et calme les dsirs drgls4 ,c'e/ l'eau qui leur faisait vit] les ha9es et les colres ins5ses de leurs vois9s1 les ,smites du ds]t1 c'e/ elle qui les avait sauvs de la vie errante en fcondant leurs *amps et en n\rrissant leurs cultures2 c'e/ elle qui leur avait p]mis de pos] d'abord la pi]re du foy]1 puis le mur de la ville et d'agr&ir a9si le c]cle de leurs s5tim5ts et de leurs ides4 ,leurs fils1 les ,hellnes1 compr5ai5t quel avait t1 l'orig9e des socits1 le rle initiateur de l'eau1 lorsque plus t>d ils btissai5t un temple et dressai5t la /atue d'un dieu au bord de *acune de leurs fonta9es4 ,mme *ez n\s1 arrire-desc5dants des ,ary5s1 un re/e de l'antique adoration des s\rces subsi/e et l4 ,aprs la fuite des anci5s dieux et la de/ruction de leurs temples1 les populations *rti5nes cont9ur5t en ma9ts endroits de vnr] les eaux jaillissantes3 c'e/ a9si qu'aux s\rces du ,cphise1 en ,botie1 on voit ct les unes des autres se dress] les ru9es de deux nymphes grecques aux colonnes lgantes1 et les l\rdes con/ructions d'une *apelle du moy5 ge4 ,dans l',europe occid5tale aussi1 des glises1 des c\v5ts ont t btis au bord de quelques fonta9es2 mais1 en plus d'endroits encore1 les sites *>mants o les premires eaux s'lanc5t joyeusem5t du sol1 ont t maudits comme des lieux hants p> les dmons4 ,p5dant les d\l\reux sicles du moy5 ge1 la frayeur avait trans=m les hommes2 elle leur faisait voir des figures grimaantes l o les anctres avai5t surpris le s\rire des dieux2 elle avait *ang en anti*ambre de l'enf] cette t]re joyeuse qui p\r les ,hellnes tait la base de l',olympe4 ,les noirs magici5s1 compr5ant d'in/9ct que la lib]t p\rrait r5atre de l'am\r de la nature1 avai5t v\ la t]re aux gnies inf]naux2 ils avai5t livr aux dmons et aux fantmes les *nes qu'habitai5t jadis les dryades et les fonta9es o s'tai5t baignes les nymphes4 ,c'e/ au bord des eaux jaillissantes que les spectres des morts rev5ai5t p\r ml] leurs sanglots au frmissem5t pla9tif des arbres et au murmure t\ff de l'eau contre les pi]res2 c'e/ l que les btes fauves se rassemblai5t le soir et que le s9i/re l\p-g>\ se t5ait en embuscade d]rire un buisson p\r s'lanc] d'un bond sur le dos d'un passant et en faire sa monture4 ,en ,france1 que de fonts du diable et de g\rgs d'enf]1 vits p> le paysan sup]/itieux1 et p\rtant ce qu'il tr\vait d'inf]nal dans ces fonta9es r$\tes c'tait seulem5t la sauvage maje/ du site ou la glauque pr(ondeur des eaux4 ,dsormais c'e/ t\s les hommes qui aim5t la fois la posie et la sci5ce1 t\s ceux aussi qui veul5t travaill] de conc]t au bonheur commun1 qu'il app>ti5t de lev] le sort jet sur les s\rces p> le prtre ignorant du moy5 ge4 ,il e/ vrai1 n\s n'ador]ons plus1 comme nos anctres ary5s1 smites ou ibres1 l'eau qui jaillit en b\illonnant du sol2 p\r la rem]ci] de la vie et des ri*esses qu'elle disp5se aux socits1 n\s ne lui btirons po9t de nymphes et ne lui v]s]ons po9t de libations sol5nelles2 mais n\s f]ons plus en l'honneur de la s\rce4 ,n\s l'tudi]ons dans son flot1 dans ses rides1 dans le sable qu'elle r\le et la t]re qu'elle diss\t2 malgr les tnbres1 n\s en remont]ons le c\rs s\t]ra9 jusqu' la premire g\tte qui su9te trav]s le ro*]2 s\s la lumire du j\r1 n\s la suivrons de cascade en cascade1 de m&re en m&re jusqu' l'imm5se rs]voir de la m] o elle va s'eng\ffr]2 n\s connatrons le rle imm5se que p> son travail incessant elle j\e dans l'hi/oire de la plante4 ,en mme temps1 n\s appr5drons l'utilis] d'une manire complte p\r l'irrigation de nos campagnes et p\r la mise en oeuvre de nos ri*esses1 n\s saurons la faire travaill] p\r le s]vice commun de l'humanit1 au lieu de la laiss] ravag] les cultures et s'g>] dans les m>cages pe/il5tiels4 ,qu& n\s aurons enf9 compris entirem5t la s\rce et qu'elle s]a dev5ue notre associe fidle dans l'oeuvre d'embellissem5t du globe1 alors n\s en apprci]ons d'autant mieux le *>me et la beaut2 nos reg>ds ne s]ont plus ceux d'une admiration enfant9e4 ,l'eau1 comme la t]re qu'elle anime1 doit n\s sembl] de j\r en j\r plus belle1 depuis que la nature s'e/ releve1 non sans pe9e1 de sa longue maldiction4 ,les traditions de nos prcurseurs1 les citoy5s hellnes1 qui reg>dai5t avec tant d'am\r le pr(il des monts1 le jaillissem5t des eaux1 les cont\rs des rivages1 ont t reprises p> les arti/es p\r la t]re entire comme p\r la s\rce1 et grce ce ret\r v]s la nature1 l'humanit fleurit de n\veau dans sa jeunesse et dans sa joie4 ,lorsque la r5aissance des peuples europens eut comm5c1 un my! trange se propagea p>mi les hommes4 ,on se racontait que lo91 bi5 lo9 p> del les bornes du monde connu1 il exi/ait une fonta9e m]veilleuse1 runissant t\tes les v]tus des autres s\rces2 non-seulem5t elle gurissait1 mais elle rajeunissait aussi et r5dait immortel4 ,des multitudes crur5t cette fable et se mir5t la re*]*e de l'eau pure de ,j\v5ce1 esprant la tr\v]1 non po9t l'entre des enf]s1 comme l'onde noire du ,/yx1 mais1 au contraire1 dans un p>adis t]re/re1 au milieu des fleurs et de la v]dure1 s\s un t]nel pr9temps4 ,aprs la dc\v]te du ,n\veau ,monde1 des soldats espagnols1 p> c5ta9es et p> milli]s1 s'av5turai5t avec un c\rage in\ au milieu des t]res inconnues1 trav]s =ts1 m>cages1 rivires et montagnes1 trav]s les ds]ts sans ress\rces1 et les rgions peuples d'ennemis2 ils m>*ai5t1 et *acune de leurs tapes tait m>que p> la *ute de plusieurs d'entre eux2 mais ceux qui re/ai5t avanai5t t\j\rs1 comptant tr\v] enf91 en rcomp5se de leurs fatigues1 cette eau m]veilleuse dont le contact leur f]ait va9cre la mort4 ,encore auj\rd'hui1 dit-on1 des p*eurs desc5dus des premi]s conqurants espagnols rd5t aut\r des les dans les dtroits des ,bahamas1 esprant voir sur quelque plage b\illonn] l'eau m]veilleuse4 ,et d'o vi5t que des hommes1 j\issant d'ailleurs de t\t leur bon s5s et de leur =ce d'me1 *]*ai5t avec tant de passion la s\rce div9e qui devait r5\vel] leurs corps et s'exposai5t joyeusem5t t\s les dang]s dans l'espoir de la tr\v]8 ,c'e/ que ri5 ne p>aissait plus impossible ceux qui avai5t vu s'accomplir les m]veilles de la ,r5aissance4 ,en ,italie1 des savants avai5t su ressuscit] le monde grec avec ses p5seurs et ses arti/es2 dans la brumeuse ,g]manie1 des magici5s avai5t tr\v le moy5 de faire crire le bois et le mtal2 les livres s'imprimai5t t\t seuls1 et le doma9e sans f9 des sci5ces s'ouvrait a9si la masse du peuple1 jadis condamne aux tnbres2 enf91 les navigateurs gnois1 vniti5s1 espagnols1 portugais avai5t fait surgir1 comme une seconde plante atta*e la ntre1 un cont95t n\veau avec ses plantes1 ses animaux1 ses peuples et ses dieux4 ,l'imm5se r5\vellem5t des *oses avait enivr les esprits2 le possible seul p>aissait *imrique4 ,le moy5 ge s'enfuyait dans le g\ffre des sicles c\ls1 et1 p\r les hommes comm5ait une n\velle re1 plus heureuse et plus libre4 ,ceux d'entre eux qui tai5t affran*is p> l'tude compr5ai5t que la sci5ce1 le travail1 l'union frat]nelle peuv5t seuls accrotre la puissance de l'humanit et la faire triomph] du temps2 mais les soldats grossi]s1 hros contre-s5s1 allai5t *]*] dans le pass lg5daire cette gr&e re du r5\veau qui s'ouvrait prcism5t p> les conqutes de l'obs]vation et p> la ngation du prodige2 ils avai5t beso9 d'un symbole matriel p\r croire au progrs1 et ce symbole tait celui de la fonta9e o les membres du vieill>d retr\v5t la =ce et la beaut4 ,l'image qui se prs5tait naturellem5t leur esprit tait celle de la s\rce jaillissant la lib]t du fond du sol tnbreux et faisant natre aussitt sur ses rivages les feuilles1 les fleurs et la jeunesse4 ,,*apitre ,,ii ,l',,eau ,,du ,d,,s]t ,p\r bi5 compr5dre de quelle importance ont t les s\rces et les ruisseaux dans la vie des socits1 il faut se transport] p> la p5se dans les pays o la t]re av>e ne laisse jaillir que de r>es fonta9es4 t5dus mollem5t sur l'h]be de la prairie1 au bord de l'eau qui s'*appe en b\illonnant1 il n\s s]ait facile de n\s ab&onn] la volupt de vivre1 et de n\s cont5t] des *>mants horizons de nos climats2 mais laissons notre esprit vagu] bi5 plus lo9 que les bornes o s'arrte le reg>d4 ,voyageons notre aise au del des t\ffes de gram9es qui se balanc5t ct de n\s1 au del des l>ges troncs des aunes qui ombrag5t la s\rce et des sillons qui ray5t le flanc de la coll9e1 au del des ondulations vaporeuses des crtes qui m>qu5t les frontires de la valle et des blancs flocons de nues qui frang5t l'horizon4 ,suivons dans son vol p> del les montagnes et les m]s l'oiseau qui s'enfuit v]s un autre cont95t4 ,la fonta9e en reflte un in/ant la rapide image2 mais bi5tt il disp>at dans l'espace4 ,ici1 dans nos ri*es valles de l',europe occid5tale1 l'eau c\le en abondance2 les plantes1 bi5 arroses1 se dvelopp5t dans t\te leur beaut2 les tiges des arbres1 l'corce lisse et t5due1 sont gonfles de sve2 l'air tide e/ rempli de vapeurs4 ,p> l'appel du contra/e1 il e/ donc t\t naturel de p5s] aux contres mo9s heureuses1 o l'atmosphre ne laisse po9t tomb] de pluies1 o le sol1 trop aride1 n\rrit seulem5t une maigre vgtation4 ,c'e/ l que les populations sav5t apprci] l'eau sa ju/e valeur4 ,dans l'intrieur de l',asie1 dans la ,pn9sule arabique1 dans les ds]ts du ,sah>a et de l',afrique c5trale1 sur les plateaux du ,n\veau ,monde1 mme dans c]ta9es rgions de l',espagne1 *aque s\rce e/ plus que le symbole de la vie1 c'e/ la vie elle-mme3 que cette eau devi5ne plus abondante et la prosprit du pays s'accrot en mme temps2 que le jet dim9ue ou qu'il t>isse compltem5t et les populations s'appauvriss5t ou meur5t3 leur hi/oire e/ celle du petit filet d'eau prs duquel se btiss5t leurs cabanes4 ,les ,ori5taux1 lorsqu'ils rv5t de bonheur1 se voi5t t\j\rs au bord des eaux ruisselantes1 et leurs *ants clbr5t surt\t la beaut des fonta9es4 ,t&is que dans notre ,europe bi5 arrose1 on s'aborde b\rgeoisem5t en se dem&ant des n\velles de la sant ou des affaires1 les ,gallas de l',afrique ori5tale se dis5t en s'incl9ant3 ,z-tu tr\v de l'eau8 ,en ,ind\/an le s]viteur *>g de rafra*ir les demeures en asp]geant le sol1 s'appelle le p>adisiaque4 ,sur les ctes du ,pr\ et de la ,bolivie1 o l'eau pure e/ aussi des plus r>es1 c'e/ avec une sorte de dsespoir que l'on reg>de s\v5t l't5due sans bornes des vagues sales4 ,la t]re e/ aride et jaune1 le ciel e/ bleu ou d'une c\leur d'aci]4 ,p>fois il arrive qu'un nuage se =me dans l'atmosphre3 aussitt la population s'assemble p\r suivre des yeux la gracieuse vapeur qui s'effrange trop tt dans l'espace sans se cond5s] en pluie4 ,cep5dant aprs des mois et des annes d'att5te1 un heureux rem\s des v5ts fait enf9 crev] la nue au-dessus de la cte4 ,quelle joie que celle de voir s'cr\l] cette onde6 ,les enfants s'lanc5t hors des maisons p\r recevoir l'av]se sur leur dos nu1 et se baign5t dans les flaques avec des cris de joie2 les p>5ts n'att5d5t que la f9 de l'orage p\r p>tir aussi et j\ir du contact des molcules humides qui flott5t encore dans l'atmosphre4 ,la pluie qui vi5t de tomb] va rejaillir de t\tes p>ts1 non pas en s\rces1 mais p> la m]veilleuse *imie du sol1 en v]dure et en fleurs clatantes3 p5dant quelques j\rs1 le ds]t se *ange en prairie4 ,p> malheur1 ces h]bes se dess*5t en peu de sema9es1 la t]re se calc9e de n\veau et les habitants altrs sont obligs d'envoy] *]*] l'eau ncessaire sur les lo9ta9s plateaux c\v]ts d'effloresc5ces sal9es4 ,l'eau e/ v]se dans de gr&es j>res1 et l'on aime s'y mir] de mme que s\s nos heureux climats n\s reg>dons notre image dans le cri/al des fonta9es4 ,l'trang] qui s'g>e dans c]ta9s villages de l',aragon1 haut p]*s comme des crtes de ro*]s cr\lants sur les contre-=ts des ,pyrnes1 e/ surpris la vue du morti] r\ge qui cim5te les pi]res brutes des masures4 ,il p5se d'abord que ce morti] e/ =m de sable r\ge2 mais non1 les con/ructeurs1 av>es de leur eau1 ont prfr se s]vir de v94 ,la rcolte de l'anne prcd5te a t bonne1 les celli]s sont remplis1 et si l'on veut faire place la n\velle v5dange1 on n'a qu' les vid] p>tiellem5t4 ,p\r all] *]*] de l'eau1 bi5 lo9 dans la valle au pi$ des coll9es1 il faudrait p]dre des j\rnes entires et *>g] des c>avanes de mules4 ,quant se s]vir de l'eau de la fonta9e qui s'*appe en r>es g\ttelettes des flancs du ro*] vois91 ce s]ait l un sacrilge auquel p]sonne ne peut p5s]4 ,cette eau1 les femmes1 qui vont y remplir leur cru*es p\r le repas de *aque j\r1 la recueill5t p]le p]le avec un am\r religieux4 ,combi5 plus vive encore doit tre l'admiration p\r l'eau transp>5te et limpide *ez le voyageur qui trav]se les ds]ts de ro*es ou de sable1 et qui ne sait pas s'il aura la *ance de tr\v] un peu d'humidit dans quelque puits1 aux p>ois =mes d'ossem5ts de *ameaux6 ,il arrive l'endroit indiqu2 mais la d]nire g\tte a t bue p> le soleil1 et va9em5t il creuse le sol de sa lance1 la fonta9e qu'il *]*ait ne revi5dra que p5dant la saison des pluies4 ,comm5t s'tonn] alors que sa p5se1 t\j\rs obsde de la vision des s\rces1 t\j\rs t5due v]s l'image des eaux1 les lui fasse app>atre s\da98 ,le mirage n'e/ pas seulem5t1 a9si que le dit la physique mod]ne1 une illusion du reg>d produite p> la rfraction des rayons du soleil trav]s un milieu 9galem5t *auff1 c'e/ aussi bi5 s\v5t une halluc9ation du voyageur altr4 ,p\r lui le comble du bonheur s]ait de voir s't5dre devant lui un lac d'eau fra*e dans lequel il p\rrait en mme temps se plong] et s'abreuv]1 et telle e/ l'int5sit de son dsir qu'elle trans=me son rve en une image visible4 ,le beau lac que sa p5se lui dpe9t incessamm5t1 ne le voil-t-il pas au lo9 qui rfl*it la lumire du soleil et dveloppe p]te de vue ses gracieux rivages ombrags de palmi]s8 ,dans quelques m9utes1 il s'y baign]a voluptueusem5t1 et ne p\vant j\ir de la ralit1 il j\it du mo9s de l'illusion4 ,quel heureux mom5t que celui o le guide de la c>avane1 d\ d'un reg>d plus p]ant que celui de ses compagnons1 ap]oit l'extrme limite de l'horizon le po9t noir qui lui rvle la vritable oasis6 ,il l'indique du doigt ceux qui le suiv5t1 et t\s s5t5t l'in/ant dim9u] leur lassitude3 la vue de ce petit po9t presque imp]ceptible a suffi p\r rp>] leurs =ces et *ang] leur accablem5t en gaiet2 les montures ht5t le pas1 c> elles aussi sav5t que l'tape va bi5tt f9ir4 ,le po9t noir grossit peu peu2 ma9t5ant c'e/ une sorte de nuage indcis1 contra/ant p> sa te9te sombre avec la surface imm5se du ds]t1 d'un r\ge clatant2 puis ce nuage s't5d et s'lve3 c'e/ une =t1 au-dessus de laquelle on comm5ce disc]n] et l les fuses de v]dure des palmi]s1 semblables des voles d'oiseaux gigantesques4 ,enf91 les voyageurs pntr5t s\s le joyeux ombrage1 et cette fois1 c'e/ bi5 de l'eau1 de l'eau vraie qu'ils voi5t ruissel] et qu'ils ent5d5t murmur] au pi$ des arbres4 ,aussi quel so9 religieux les habitants de l'oasis mett5t-ils utilis] *aque g\tte du prcieux liquide6 ,ils divis5t la s\rce en une multitude de filets di/9cts1 af9 de rp&re la vie sur la plus gr&e t5due possible et trac5t t\tes ces petites ve9es d'eau le *em9 le plus direct v]s les plantations d'arbres et les cultures4 ,a9si employe jusqu' la d]nire g\tte1 la s\rce ne va po9t se p]dre en ruisseau dans le ds]t3 ses limites sont celles de l'oasis elle-mme3 l o croiss5t les d]ni]s arbu/es1 l aussi les d]nires artrioles de l'eau s'arrt5t dans les rac9es p\r se *ang] en sve4 trange contra/e des *oses6 ,p\r ceux qui l'habit5t1 l'oasis e/ presque une prison2 p\r ceux qui la voi5t de lo9 ou qui la connaiss5t seulem5t p> l'imag9ation1 elle e/ un p>adis4 ,assige p> l'imm5se ds]t o le voyageur g> ne peut tr\v] que la faim1 la soif1 la folie1 la mort peut-tre1 la population de l'oasis e/ en outre dcime p> les fivres qui s'lv5t de l'eau corrompue la base des palmi]s4 ,lorsque les emp]eurs roma9s1 modles de t\s ceux qui les ont suivis1 v\lai5t se dfaire de leurs ennemis sans avoir v]s] le sang1 ils se bornai5t les exil] dans une oasis1 et bi5tt ils avai5t le plaisir d'appr5dre que la mort avait promptem5t r5du le s]vice att5du4 ,et p\rtant ce sont ces oasis meurtrires qui1 grce leurs eaux murmurantes et leur contra/e avec les solitudes arides1 font surgir *ez t\s les hommes l'ide d'un lieu de dlices et sont dev5ues le symbole mme du bonheur4 ,dans leurs voyages de conqurants trav]s le monde1 les ,arabes1 dsireux de se refaire une patrie dans t\tes les contres o les m5ai5t l'am\r de la conqute et le fanatisme de la foi1 ont essay de crer p>t\t de petites oasis4 ,que sont en ,&al\sie ces j>d9s enf]ms entre les tri/es murailles des alcaz>s maures1 s9on des m9iatures d'oasis1 rappelant celles du ds]t8 ,du ct de la ville et de ses rues p\dreuses1 les hauts remp>ts crnels p]cs et l de quelques ouv]tures troites1 (fr5t un aspect t]rible2 mais qu& on e/ entr dans l'ence9te et qu'on a dpass les votes1 les corridors1 les arcades1 voici le j>d9 ent\r de colonnes lgantes qui rappell5t les troncs lancs des palmi]s4 ,les plantes grimpantes s'atta*5t aux fts de m>bre1 les fleurs empliss5t l'espace troit de leurs p>fums pntrants1 et l'eau1 peu abondante1 mais di/ribue avec le plus gr& art1 ruisselle en p]les sonores dans les vasques des fonta9es4 ,a ct des aimables s\rces de nos climats dont l'eau pure n\s abreuve et n\s enri*it1 n\s p\vons n\s dem&] quel e/1 p>mi les gr&s ag5ts naturels de la civilisation1 celui qui a fait le plus p\r le dveloppem5t de l'humanit4 ,e/-ce la m] avec ses eaux pullulantes de vie1 avec ses plages qui fur5t les premi]s *em9s des hommes1 et sa nappe inf9ie conviant le b>b>e voyag] de rive en rive8 ,e/-ce la montagne avec ses hautes cimes1 qui sont la beaut de la t]re1 ses valles pr(ondes o les peuplades tr\v5t un abri1 son atmosphre pure donnant ceux qui la respir5t une me de hros8 ,ou s]ait-ce plutt l'humble fonta9e1 fille des montagnes et de la m]8 ,oui1 l'hi/oire des nations n\s montre la s\rce et le ruisseau contribuant directem5t aux progrs de l'homme plus que l'ocan et les monts et t\te autre p>tie du gr& corps de la t]re4 ,moeurs1 religions1 tat social dp5d5t surt\t de l'abondance des eaux jaillissantes4 ,d'aprs un anci5 rcit de l',ori5t1 c'e/ au bord d'une fonta9e du ds]t que les anctres lg5daires des trois gr&es races de l',anci5 ,monde ont cess d'tre frres et sont dev5us ennemis4 ,t\s les trois1 fatigus p> la m>*e trav]s les sables1 prissai5t de *aleur et de soif4 ,ple9s de joie la vue de la s\rce1 ils s'lancr5t p\r s'y plong]4 ,le plus jeune1 qui l'atteignit le premi]1 en sortit comme r5\vel2 sa peau1 noire comme celle de ses frres avant de t\*] l'eau de la fonta9e1 avait pris une c\leur d'un blanc ros1 et des *eveux blonds brillai5t sur ses paules4 ,mais dj le flot tait demi t>i1 le second frre ne put s'y baign] en enti]2 t\tefois il s'enfona dans le sable humide1 et sa peau se teignit d'une nuance dore4 ,a son t\r le d]ni] v5u plonge dans le bass91 mais il n'y re/e plus une g\tte d'eau4 ,l'in=tun *]*e va9em5t boire1 s'humect] le corps2 seulem5t les plantes de ses pi$s et les paumes de ses ma9s presses contre le sable en exprimr5t un peu d'humidit1 qui les blan*it lgrem5t4 ,cette lg5de relative aux habitants des trois cont95ts de l',anci5 ,monde raconte peut-tre s\s une =me voile quelles sont les vritables causes de la prosprit des races4 ,les nations de l',europe sont dev5ues les plus morales1 les plus intellig5tes1 les plus heureuses1 non p>ce qu'elles port5t en elles-mmes un g]me quelconque de prm95ce1 mais p>ce qu'elles j\iss5t d'une plus gr&e ri*esse de rivires et de fonta9es et que leurs bass9s fluviaux sont plus heureusem5t di/ribus4 ,l',asie1 o nombre de peuples1 de la mme orig9e ary5ne que les pr9cipales nations d',europe1 ont une hi/oire beauc\p plus anci5ne1 a fait cep5dant mo9s de progrs en civilisation et en puissance sur la nature p>ce qu'elle e/ mo9s bi5 arrose et que de va/es ds]ts sp>5t les unes des autres ses f]tiles valles4 ,enf9 l',afrique1 cont95t in=me ce9t de ds]ts1 de plateaux1 de pla9es brles p> la *aleur1 de m>cages1 a longtemps t la t]re d%rite1 cause du manque de fleuves et de fonta9es4 ,mais1 en dpit des ha9es et des gu]res qui dur5t encore1 les peuples devi5n5t de plus en plus solidaires1 ils appr5n5t de j\r en j\r se communiqu] leurs privilges p\r en faire un patrimo9e commun2 grce la sci5ce et l'indu/rie qui se propag5t1 ils sav5t ma9t5ant faire jaillir de l'eau l o nos anctres n'aurai5t su la tr\v]1 et mettre en communication rapide les bass9s fluviaux trop loigns les uns des autres4 ,les trois premi]s hommes se sont sp>s ennemis prs de la fonta9e de ,discorde2 mais1 aj\te la lg5de1 ils se retr\v]ont un j\r prs de la s\rce de l'galit1 et dsormais re/]ont frres4 ,dans les rgions aimes du soleil o my!s et traditions vont *]*] l'orig9e de la plup>t des civilisations nationales1 c'e/ aut\r de la s\rce1 condition premire de la vie1 que devai5t ncessairem5t se gr\p] les hommes4 ,au milieu du ds]t1 la tribu e/ comme emprisonne dans l'oasis2 =cm5t agricole1 elle a p\r limites de son t]ritoire les d]ni]s filets d'eau sortis de la fonta9e et les d]ni]s arbres qu'elle arrose4 ,les /eppes h]beux1 plus faciles trav]s] que le ds]t1 ne reti5n5t po9t en captivit les populations1 et les pa/eurs nomades1 p\ssant leurs tr\peaux devant eux1 voyag5t suivant les saisons1 de l'une l'autre extrmit de la m] des h]bes2 mais leurs po9ts de ralliem5t sont t\j\rs les fonta9es1 et c'e/ de la plus ou mo9s gr&e abondance des s\rces que dp5d la puissance de la tribu4 ,l'in/itution du patri>cat1 *ez les ,smites de l',asie occid5tale et *ez tant d'autres races du monde1 tait due surt\t la r>et des eaux jaillissantes4 ,la fire cit grecque1 et avec elle cette admirable civilisation des ,hellnes1 qui de t\t temps re/]a l'bl\issem5t de l'hi/oire1 s'expliqu5t aussi en gr&e p>tie p> la =me de l',hellade1 o de nombreux bass9s que sp>5t les uns des autres des coll9es leves et des montagnes1 ont *acun leur petite famille de ruisselets et de rivires4 ,peut-on s'imag9] ,sp>te sans l',eurotas1 ,olympie sans l',alphe1 ,a?nes sans l',illyssus8 ,d'ailleurs les potes grecs ont su reconnatre ce que devait leur patrie ces faibles c\rs d'eau qu'un sauvage de l',amrique ne daign]ait pas mme reg>d]4 ,l'aborigne du ,n\veau ,monde mprise le ruisseau p>ce qu'il voit r\l] dans leur t]rible maje/ des fleuves comme le rio ,madeira1 le ,tapajoz ou le c\rant des ,amazones2 mais ces normes masses d'eau1 il ne les compr5d pas mme assez p\r en clbr] la puissance3 en les contemplant1 il re/e dans une sorte de /upeur4 ,le ,grec1 au contraire1 ple9 de gratitude env]s le mo9dre filet d'eau1 le difiait comme une =ce de la nature2 il lui btissait des temples1 lui levait des /atues1 frappait des mdailles en son honneur4 ,et l'arti/e qui gravait ou sculptait ces traits div9iss1 compr5ait si bi5 les v]tus intimes de la s\rce1 qu'en en voyant l'image1 les citoy5s acc\rus la reconnaissai5t aussitt4 ,combi5 sont gr&s les noms des ruisselets de l',hellade et de l',asie ,m9eure a9si transfigurs p> les sculpteurs et les potes6 ,qu& le voyageur db>que de l',hellespont sur la plage o les compagnons d',ulysse et d',a*ille avai5t mis sec leurs vaisseaux1 qu& il ap]oit le plateau qui portait autrefois les murs de ,troie et voit sa propre image se reflt]1 soit dans les s\rces fameuses du ,scam&re1 soit dans l'eau du petit fleuve ,simos1 o faillit prir le vaillant ,ajax1 bi5 pauvre e/ son imag9ation1 bi5 rebelle e/ son coeur s'il ne se s5t pr(ondm5t mu la vue de ces flots que le vieil ,homre a *ants6 ,et que doit-il pr\v] en visitant ces fonta9es de ,grce1 aux noms h>monieux1 ,callirho1 ,mnmosyne1 ,hippocrne1 ,ca/alie8 ,l'eau qui s'en c\lait et qui s'en *appe encore e/ celle que les potes reg>dai5t avec am\r comme si l'inspiration s'tait lance du sol en mme temps que les s\rces2 c'e/ ces filets transp>5ts qu'ils allai5t boire en rvant d'immortalit1 en *]*ant lire les de/9es de leurs oeuvres dans les rides du bass9 et les vaguelettes de la cascatelle4 ,quel e/ le voyageur qui n'aime report] sa p5se v]s ces s\rces clbres1 s'il a eu le bonheur de les contempl] un j\r6 ,quant moi1 je me rappelle encore avec une vritable motion les heures et les in/ants o j'ai pu1 discret amant des fonta9es1 baign] mon reg>d dans l'eau si pure des s\rces de la ,sicile grecque et surpr5dre leur joyeuse app>ition s\s la lumire du soleil les clairs torr5ts d',acis et d',am5anos1 les b\illons transp>5ts de ,cyane et d',ar?use4 ,c]tes t\tes ces fonta9es sont belles1 mais je les tr\vais mille fois plus *>mantes la p5se que des millions d'hommes1 auj\rd'hui disp>us1 les avai5t admires comme moi3 une sorte de pit filiale me faisait p>tag] les s5tim5ts de t\s ceux qui1 depuis le sage ,ulysse1 s'tai5t arrts au bord de ces eaux p\r y tan*] leur soif ou seulem5t p\r en contempl] la pr(ondeur bleue et le ruissellem5t cri/all94 ,le s\v5ir des populations qui s'tai5t amasses en f\le aut\r de ces fonta9es1 et dont les palais et les temples avai5t jet leurs reflets tremblants dans la nappe ride1 se mlait p\r moi au murmure de la s\rce bondissant hors de sa prison de lave ou de calcaire4 ,les peuples ont t massacrs2 des civilisations div]ses se sont succd avec leurs flux et leurs reflux de progrs et de dcad5ce2 mais de sa voix claire1 l'eau ne cesse de racont] l'hi/oire des antiques cits grecques3 plus encore que la grave hi/oire1 les fables dont les potes ont orn la description des s\rces s]v5t ma9t5ant suscit] devant n\s les gnrations d'autrefois4 ,le petit fleuve ,acis1 que c\rtisai5t ,gala?e et les nymphes des bois et que le gant ,polyphme ensevelit demi s\s les ro*es1 n\s p>le d'une antique ruption de l',etna1 le gant t]rible1 au reg>d de feu allum sur le front comme l'oeil fixe du ,cyclope2 ,cyane ou l',azure1 qui se c\ronnait de fleurs qu& le noir ,pluton v9t saisir ,pros]p9e sur l'h]be p\r s'eng\ffr] avec elle dans les cav]nes de l'enf]1 n\s fait app>atre les jeunes dieux l'poque de leurs fianailles avec la t]re vi]ge encore2 la *>mante ,ar?use1 que la lg5de n\s dit tre v5ue de la ,grce en nageant trav]s les flots de la m] ,ioni5ne1 dans le sillage des vaisseaux dori5s1 n\s raconte les migrations des colons hellnes et la m>*e graduelle de leur civilisation v]s l'oue/4 ,alphe1 le fleuve d',olympie1 plongeant la p\rsuite de la belle ,ar?use1 avait aussi fran*i la m] et ml son onde1 sur les rivages de la ,sicile1 l'onde *rie de la fonta9e4 ,p>fois1 dis5t les m>9s1 on voit encore ,alphe jaillir de la m] gros b\illons1 t\t prs des quais de ,syracuse1 et dans son c\rant t\rbillonn5t les feuilles1 les fleurs et les fruits des arbres de la ,grce4 ,la nature t\t entire1 avec ses eaux et ses plantes1 avait suivi l',hellne dans sa n\velle patrie4 ,plus prs de n\s1 dans le midi de la ,france1 mais encore sur ce v]sant mdit]ranen qui1 p> ses ro*]s blancs1 sa vgtation1 son climat1 ressemble plus l',afrique et la ,syrie qu' l',europe tempre1 une fonta9e1 celle de ,nimes1 n\s raconte les bi5faits imm5ses des eaux de s\rce4 ,en dehors de la ville1 s'ouvre un amphi?tre de ro*]s revtus de p9s1 dont les tiges suprieures sont incl9es p> le v5t qui desc5d de la t\r ,magne3 c'e/ au fond de cet amphi?tre1 entre des murailles blan*es aux balu/res de m>bre1 que s't5d le bass9 de la fonta9e4 ,a l'ent\r sont p>s quelques re/es de con/ructions antiques4 ,au bord se dress5t les ru9es d'un temple des nymphes que l'on croyait jadis avoir t consacr ,diane1 la *a/e desse1 sans d\te cause de la beaut des nuits1 alors que sur les eaux1 l'orbe de la lune se reflte en une longue trane frmissante4 ,au-dess\s de la t]rasse du temple1 un d\ble hmicycle de m>bre borde la fonta9e1 et ses m>*es1 o les jeunes filles v5ai5t autrefois puis] l'eau1 desc5d5t s\s le flot transp>5t4 ,la s\rce elle-mme e/ d'un azur insondable au reg>d4 ,jaillissant du fond d'un g\ffre ouv]t en entonnoir1 la g]be d'eau s'pan\it en montant et s'tale circulairem5t la surface4 ,comme un norme b\quet de v]dure qui se reploie hors d'un vase1 les h]bes aquatiques aux feuilles arg5tes qui croiss5t aut\r de l'abme et les algues limoneuses aux longs cordages enguirl&s cd5t la pression de l'eau qui s'pan*e et se rec\rb5t en dehors v]s le p\rt\r du bass92 trav]s leurs c\*es paisses le c\rant s'ouvre de l>ges dtroits aux rives flottantes et s]p5t9es4 ,en *appant au bass9 de la s\rce1 le ruisseau vi5t de natre2 il s'enfuit au lo9 s\s des votes sonores1 s'pan*e en cascatelles entre des colonnades ombrages de gr&s m>ronni]s1 puis1 enf]m dans un canal de pi]re1 trav]se la cit dont il e/ l'artre de vie1 et dont plus lo91 *>g de dbris impurs1 il devi5t l'g\t4 ,sans la fonta9e qui l'alim5te1 ,nimes n'aurait po9t t fonde2 que les eaux t>iss5t1 et la ville cess]a mme d'exi/]2 dans les annes de s*]esse1 alors que de l'entonnoir jaillit seulem5t un maigre filet1 les habitants s'en vont en f\le4 ,sans d\te les ,nimois p\rrai5t am5] de lo9 sur leurs places beauc\p d'autres fonta9es et mme y faire c\l] un bras de l',ard*e ou du ,rhne2 mais combi5 de travaux futiles ne song5t-ils pas avant de se procur] l'indisp5sable1 c'e/--dire de l'eau en abondance apportant avec elle la propret et le bi5-tre6 ,comme s'ils avai5t v\lu se moqu] avec grce de leur propre incurie1 les ,nimois ont mme dress sur leur place la plus aride et la plus blan*e de p\ssire un gr\pe magnifique de fleuves arms des trid5ts et de rivires c\ronnes de nnuph>s2 mais en dpit de ce fa/e sculptural1 leur unique ress\rce e/ t\j\rs la fonta9e vnre1 belle et pure comme aux j\rs o l'anctre gaulois v9t btir la premire cabane ct de son onde4 ,dans nos pays du ,nord1 presque t\s arross avec la plus gr&e abondance p> fonta9es1 ruisseaux et fleuves1 les s\rces n'ont po9t conc5tr sur elles comme les fonta9es du ,midi la posie des lg5des et l'att5tion de l'hi/oire4 ,b>b>es qui voyons seulem5t les avantages du trafic1 n\s admirons les fleuves surt\t en proportion du nombre de sacs ou de tonneaux qu'ils transport5t dans l'anne1 et n\s n\s s\cions mdiocrem5t des c\rs d'eau secondaires qui les =m5t et des s\rces qui les alim5t5t4 ,p>mi les millions d'hommes qui habit5t les bords de *acun de nos gr&s c\rs d'eau de l',europe occid5tale1 quelques milli]s pe9e daign5t1 dans une prom5ade ou dans un voyage1 se dt\rn] de quelques pas p\r all] contempl] l'une des s\rces pr9cipales du fleuve qui arrose leurs campagnes1 met leurs us9es en m\vem5t et porte leurs emb>cations4 ,telle fonta9e1 admirable p> la cl>t de ses eaux et p> le *>me des paysages environnants e/ mme compltem5t ignore p> les b\rgeois de la ville vois9e1 qui1 fidles la vogue1 n'en vont pas mo9s *aque anne1 se saup\dr] sur les gr&es r\tes des cits la mode4 ,vivant d'une vie artificielle1 ils ont p]du de vue la nature1 ils ne sav5t pas mme ouvrir leurs yeux p\r contempl] l'horizon1 ils ne se baiss5t mme pas p\r reg>d] leurs pi$s4 ,que n\s importe6 ,ce qui les ent\re e/-il mo9s beau p>ce qu'ils y sont indiffr5ts8 ,p>ce qu'ils ne les ont jamais rem>ques1 sont-elles donc mo9s *>mantes1 la petite fonta9e qui ruisselle au milieu des fleurs et la puissante s\rce qui s'*appe b\illons des cav]nes du ro*]8 ,,*apitre ,,iii ,,le ,,torr5t ,,de ,,la ,,montagne ,p>mi les innombrables ruisseaux qui c\r5t la surface de la t]re et se jett5t dans l'ocan ou se runiss5t p\r =m] rivires ou gr&s fleuves1 celui dont n\s allons suivre le c\rs n'a ri5 qui le signale p>ticulirem5t l'att5tion des hommes4 ,il ne sort po9t des hautes montagnes *>ges de glaces2 ses bords n'(fr5t po9t une spl5deur exceptionnelle de vgtation2 son nom n'e/ po9t clbre dans l'hi/oire4 ,c]tes1 il e/ *>mant2 mais quel ruisseau ne l'e/ pas1 mo9s qu'il ne c\le trav]s des m>cages r5dus ftides p> les g\ts des villes1 ou que ses rivages n'ai5t t gts p> une culture sans art8 ,les monts d'o s'pan*5t les premires eaux du ruisselet sont d'une lvation moy5ne3 v]ts jusqu'aux sommets1 ils sont vel\ts de prairies dans t\s les vallons1 t\ffus de =ts sur t\s les contre-=ts1 et des pturages1 demi-voils p> les vapeurs bleutres de l'air1 tapiss5t les hautes p5tes4 ,une cime aux l>ges paules dom9e les autres sommets1 qui s'align5t en une longue range en projetant des *anons de coll9es entre t\tes les valles latrales4 ,les brusques esc>pem5ts1 les promontoires avancs ne p]mett5t pas de compr5dre d'un reg>d l'ordonnance du paysage3 on ne voit d'abord qu'une sorte de labyr9! o dpressions et hauteurs alt]n5t sans ordre3 mais si l'on planait comme l'oiseau1 ou si l'on se balanait dans la nacelle d'un ballon1 on v]rait que les limites du bass9 s'arrondiss5t aut\r de t\tes les s\rces du ruisseau comme un amphi?tre et que t\s les vallons ouv]ts dans la va/e rondeur s'incl95t en conv]geant l'un v]s l'autre et se runiss5t en une valle commune4 ,la *ane pr9cipale des hauteurs =me le bord le plus lev du cirque2 deux autres cts sont des *anons latraux qui s'abaiss5t graduellem5t en s'loignant de la gr&e arte1 et quelques coll9es basses se rappro*5t p\r f]m] le cirque p>alllem5t aux montagnes2 mais elles laiss5t une issue1 celle p> laquelle *appe le ruisseau4 ,diffr5ts p> la hauteur1 les monts le sont aussi p> la nature des t]ra9s1 le pr(il1 l'aspect gnral4 ,le sommet le plus lev1 qui semble le pa/eur de t\t ce tr\peau de montagnes1 e/ un l>ge dme aux puissants contre-=ts3 la masse de granit ca*e s\s la v]dure se rvle p> le m\vem5t sup]be du relief4 ,d'autres cimes plus humbles montr5t dans le vois9age leurs longues crtes en d5ts de scie et leurs dclivits rapides2 ce sont des assises s*i/euses que le noyau de granit a r$resses en se s\levant4 ,plus lo9 app>aiss5t des hauteurs calcaires c\pes pic1 et se cont9uant p> de va/es plateaux faiblem5t arrondis4 ,*aque sommet a sa vie propre1 dirait-on2 comme un tre di/9ct1 il a son ossature p>ticulire et sa =me extrieure correspondante2 *aque ruisselet qui dc\le de leurs flancs a son c\rs et ses accid5ts propres1 son babil1 son murmure ou son grondem5t lui4 ,la s\rce qui nat la plus gr&e hauteur et f\rnit la plus longue c\rse jusqu' la valle1 e/ celle du pic le plus lev4 ,bi5 s\v5t1 dans les j\rnes pluvieuses1 ou mme lorsqu'un beau soleil clairait les campagnes d'en bas1 n\s avons vu1 d'une di/ance de plusieurs lieues1 la fonta9e se =m] dans les hauteurs de l'air4 ,une nue blan*e s'lve comme une fume de la cime lo9ta9e1 elle gr&it1 enveloppe les pturages et s'effrange en flocons p\r*asss du v5t4 ,la montagne met son *apeau1 dit le paysan1 et ce *apeau de nuages n'e/ autre *ose que la s\rce s\s une autre =me3 aprs avoir t nuage1 br\ill>d1 pluie tranante1 elle va rep>atre fonta9e quelques c5ta9es de mtres plus bas1 dans une crevasse de ro*]s ou dans un lg] pli de t]ra94 ,en hiv] et mme au pr9temps1 c'e/ comme neige que le v5t dpose sur les hauteurs l'eau qui doit rejaillir du sol en s\rce p]man5te4 ,les nues gristres qui s'atta*5t au sommet ne s'vapor5t po9t sans avoir laiss de traces de leur passage2 l'endroit o l'on voyait d'en bas le v]t des ptis s't5d ma9t5ant une nappe bl\issante de neiges4 ,cette blan*e c\*e de flocons1 c'e/ encore s\s une n\velle =me le nuage de vapeurs qui se cond5sait dans l'espace1 ce s]a bi5tt le ruisseau qui s'lance joyeusem5t v]s la pla9e4 ,t&is que la surface de la neige tombe se glace et durcit dans la froide atmosphre de l'hiv]1 surt\t p5dant les nuits1 un s\rd travail s'accomplit au-dess\s du gr& laboratoire de la montagne3 les g\ttelettes que le soleil a fondues p5dant le j\r pntr5t dans le sol jusqu'au ro*] et de gra9 de sable gra9 de sable1 de cri/al de qu>tz molcule d'argile1 desc5d5t imp]ceptiblem5t le long des p5tes2 elles se rappro*5t1 elles devi5n5t g\ttes1 puis1 se runissant les unes aux autres1 ce sont des filets liquides qui gliss5t s\t]ra9em5t au-dess\s des rac9es du gazon ou mme dans les fissures de la ro*e s\s-jac5te4 ,puis qu& vi5n5t les premires *aleurs de l'anne1 la neige se fond rapidem5t en eau p\r gonfl] les ruisselets ca*s1 et l'h]be que l'on dirait torrfie p> un inc5die1 rep>at la lumire et v]doie de n\veau4 ,si la montagne tait fracture de lz>des pr(ondes1 les eaux s'eng\ffr]ai5t dans ces f5tes et ne rejaillirai5t que bi5 lo9 dans la pla9e1 ou mme elles ne ressortirai5t po9t de la t]re2 mais non1 la ro*e e/ compacte et f5dille seulem5t la surface1 l'eau c\rante ne s'y enfonce pas1 et voici que1 t\t c\p1 dans une dpression du sol1 on la voit surgir en petits b\illons qui s\lv5t les paillettes du sable f9 et balanc5t mollem5t les feuilles v]tes du cresson4 ,c]tes1 elle e/ peu abondante1 la jeune s\rce1 surt\t p5dant les *aleurs de l't1 alors qu'il ne re/e plus dans le sol que l'humidit des pluies et des br\ill>ds2 en se c\*ant p> t]re p\r boire la fonta9e mme1 on la voit dim9u] s\s ses lvres2 mais la vasque du ruisselet1 demi t>ie1 se remplit aussitt1 et son eau pure dborde sur la p5te des pturages p\r comm5c] son gr& voyage dans le monde extrieur4 ,la plus haute s\rce et le gazon qui l'ent\re1 c'e/ l sur t\tes les montagnes1 le lieu dlicieux p> excell5ce6 ,on se tr\ve sur la limite entre les deux mondes2 d'un ct1 p> del les promontoires boiss1 se montre la ri*e valle avec ses cultures1 ses maisons1 ses eaux paisibles1 et la brume indi/9cte qui pse au lo9 sur la ville2 de l'autre ct1 s't5d5t les pturages solitaires et le pic baign dans la bleue pr(ondeur des cieux4 ,l'air e/ =tifiant et lg]3 on plane de haut dans l'espace1 et qu& on voit au lo9 l'aigle port sur ses =tes ailes1 on se dem&e presque si l'on ne p\rrait comme lui vol] au-dessus des campagnes et des coll9es1 en laissant tomb] de haut sa vue sur les petites oeuvres des hommes4 ,que de fois1 bi5 plus encore p\r la volupt de voir que p\r la d\ceur du repos1 je me suis acc\d prs de la s\rce de la montagne1 en reportant mes reg>ds de la discrte fonta9e ce gr& monde infrieur qui se p]dait au lo9 dans le c]cle inf9i de l'horizon6 ,de la vasque de la s\rce s'pan*e un petit filet d'eau qui et l disp>at dans une ra9ure du sol entre les t\ffes de gazon2 il se montre et se ca*e t\r t\r3 on dirait une srie de fonta9es sup]poses4 ,a *aque n\vel lan1 le ruisselet pr5d une autre physionomie2 il se heurte sur une saillie de ro*] et rebondit en p>aboles de p]les2 il s'g>e entre les pi]res1 puis s'tale dans un petit bass9 sablonneux2 ensuite1 il s'lance en cascatelle et baigne les h]bes de ses g\ttes p>ses4 ,d'autres s\rces1 v5ues de droite et de gau*e1 se ml5t au filet pr9cipal1 et bi5tt la masse liquide e/ assez abondante p\r c\l] sans cesse la surface3 qu& elle arrive sur une ro*e incl9e1 elle s'tale l>gem5t en une va/e nappe1 que l'on peut mme voir de la pla9e des kilomtres de di/ance4 ,cette eau glissante1 qui brille au soleil1 app>at de lo9 comme une gr&e plaque de mtal4 ,desc5dant1 desc5dant t\j\rs1 le ruisseau1 qui grossit incessamm5t1 devi5t aussi plus tapageur3 prs de la s\rce1 il murmurait pe9e2 mme1 en c]ta9s endroits1 il fallait coll] son oreille contre t]re p\r ent5dre le frmissem5t de l'eau contre ses rives et la pla9te des br9s d'h]be froisss2 mais voici que le petit c\rant p>le d'une voix claire1 puis il se fait bruyant1 et qu& il bondit en rapides1 et s'lance en cascatelles1 son fracas rveille dj les *os des ro*es et de la =t4 ,plus bas encore1 ses cascades s'cr\l5t avec un bruit tonnant1 et mme dans les p>ties de son c\rs o son lit e/ presque horizontal le ruisseau mugit et gronde contre les saillies des b]ges et du fond4 ,il ne p\ssait d'abord que de petits gra9s de sable2 puis1 dev5u plus vig\reux1 il mettait en m\vem5t des caill\x2 ma9t5ant il r\le dans son lit des blocs de pi]re qui s'entre-*oqu5t avec un s\rd fracas1 il m9e la base les p>ois de ro*] qui le bord5t1 fait b\l] les t]res et les pi]railles1 et drac9e p>fois les arbres qui l'ombrag5t4 ,a9si1 le filet liquide presque imp]ceptible s'e/ *ang en ruisselet1 puis en vrai ruisseau4 ,il se grossit d'un n\veau c\rs d'eau l'issue de *acun des vallons tributaires1 et bruyant1 imptueux1 il *appe enf9 ses dfils des montagnes p\r c\l] avec plus de l5teur et de calme dans une l>ge valle que dom95t seulem5t des coteaux arrondis4 ,l'intrpide m>*eur qui l'a suivi dans la p>tie suprieure1 depuis la haute s\rce des pturages jusqu' l'uni=me surface de la valle1 a vu1 durant sa c\rse de desc5te1 et l dang]euse1 les plus brusques 9galits du sol1 les diffr5ces de p5te les plus s\da9es3 aux plans o l'eau semble s'endormir succd5t les prcipices p]p5diculaires d'o elle s'lance avec fureur2 abmes1 dclivits plus ou mo9s =tes1 surfaces horizontales alt]n5t sans ordre app>5t1 et cep5dant lorsque le gographe1 ngligeant les dtails1 calcule et trace sur le papi] la c\rbe dcrite p> le ruisseau jusqu' la v]doyante valle1 il tr\ve que cette ligne e/ d'une rgul>it presque p>faite3 le torr5t1 travaillant sans rel*e se creus] un lit son gr1 abattant les saillies1 emplissant de sables et d'argile les petits creux de la ro*e1 a f9i p> se dvelopp] en une p>abole rgulire1 analogue celle d'un *> desc5dant du haut d'une montagne russe4 ,,*apitre ,,iv ,,la ,,grotte ,au-dess\s d'un promontoire la base esc>pe1 la cime arrondie et revtue de gr&s arbres1 le torr5t de la montagne vi5t se heurt] contre un autre ruisseau1 presque aussi abondant et lanc comme lui sur une p5te trs-incl9e4 ,les eaux de l'afflu5t1 qui se ml5t ceux du c\rant pr9cipal en l>ges t\rbillons bords d'cume1 sont d'une puret cri/all9e2 aucune molcule d'argile n'en tr\ble la transp>5ce1 et sur le fond de roc nu1 ne glisse pas mme un gra9 de sable4 ,c'e/ que le flot n'a pas encore eu le temps de se salir en dmolissant ses b]ges et en se mlant aux b\es qui su9t5t du sol2 il vi5t de jaillir du se9 mme de la coll9e et1 tel qu'il c\lait dans son lit tnbreux de ro*]s1 tel il bondit ma9t5ant s\s la lumire joyeuse4 ,la grotte d'o jaillit le ruisseau n'e/ pas loigne du conflu5t3 pe9e a-t-on fait quelques pas et dj l'on voit1 trav]s le bran*age entre-crois1 la porte norme et noire qui donne accs dans le temple s\t]ra94 ,le seuil en e/ rec\v]t p> l'eau qui s'pan*e en rapides sur les blocs entasss2 mais en sautant de pi]re en pi]re1 on peut entr] dans la cav]ne et gagn] ct du c\rant une troite et glissante corni*e o l'on se has>de1 non sans dang]4 ,quelques pas ont suffi1 et l'on e/ dj transport dans un autre monde4 ,on se s5t t\t c\p saisi p> le froid et p> un froid humide2 l'air /agnant1 o les rayons bi5 aims du soleil ne pntr5t jamais1 a je ne sais quoi d'aigre1 comme s'il ne devait pas tre aspir p> des p\mons huma9s2 la voix de l'eau se rp]cute en longs *os dans les cavits sonores1 et l'on croirait ent5dre les ro*es elles-mmes p\ss] des clameurs1 les unes ret5tissant au lo91 les autres s\rdes et glissant comme des s\pirs dans les gal]ies4 ,t\s les objets pr5n5t des proportions fanta/iques3 le mo9dre tr\ que l'on voit s'ouvrir dans la pi]re semble un abme1 le p5d5tif qui s'abaisse de la vote a l'app>5ce d'une montagne r5v]se1 les concrtions calcaires entrevues et l pr5n5t l'aspect de mon/res normes2 une *auve-s\ris qui s'envole n\s donne un frisson d'horreur4 ,ce n'e/ po9t l le palais fanta/ique et spl5dide que n\s dcrit le pote arabe des ,mille et une ,nuits2 c'e/ au contraire un antre sombre et s9i/re1 un lieu t]rible4 ,n\s le s5tirons surt\t1 si p\r j\ir en arti/e de la s5sation d'effroi qui saisit mme l'homme brave son entre dans les cav]nes1 n\s osons y pntr] sans guide et sans compagnons3 privs de l'mulation que donne la socit d'amis1 de l'am\r-propre qui =ce pr5dre une attitude audacieuse1 de l'enivrem5t factice que produis5t les exclamations1 les *os des voix1 la lueur des tor*es nombreuses1 n\s n'osons plus m>*] qu'avec le sa9t effroi du ,grec entrant dans les enf]s4 ,de temps en temps n\s jetons les reg>ds en arrire p\r revoir la d\ce lumire du j\r4 ,comme en un cadre1 le paysage vaporeux et s\riant de lumire app>at entre les sombres p>ois1 franges l'entre de li]re et de vigne vi]ge4 ,mais le faisceau lum9eux dim9ue graduellem5t mesure que n\s avanons3 s\da91 une saillie de ro*] n\s le ca*e et seulem5t quelques lueurs blaf>des s'g>5t encore sur les pili]s et les murs de la cav]ne2 bi5tt mme1 n\s entrons dans le noir sans fond des tnbres et p\r n\s guid] n\s n'avons plus que la lueur inc]ta9e et capricieuse des tor*es4 ,le voyage e/ pnible et semble long cause de l'horreur de l'inconnu qui remplit les g\ffres et les gal]ies4 et l on ne peut avanc] qu'avec la plus gr&e pe9e3 il faut entr] dans le lit du ruisseau et se t5ir en quilibre sur les pi]res gluantes2 plus lo91 la vote s'abaisse p> une c\rbe s\da9e et ne laisse plus qu'un troit passage dans lequel il faut se gliss] en rampant2 on en sort s\ill de b\e1 et l'on vi5t se heurt] sur des ro*]s aux troites corni*es que l'on escalade en tremblant4 ,les salles aux votes imm5ses succd5t aux dfils1 et les dfils aux salles2 des amas de blocs tombs du plafond se dress5t en monticules au milieu de l'eau4 ,le ruisselet1 t\j\rs div]s et *angeant1 bondit ici sur les ro*es2 ailleurs1 il s't5d en une lagune tranquille1 que tr\ble seulem5t la *ute des g\ttelettes tombes des fissures de la vote4 ,plus haut il e/ ca* s\s une assise de pi]re1 on n'en ent5d plus mme le bruit2 mais un dt\r s\da91 il se montre de n\veau1 sautillant et rapide1 jusqu' ce qu'enf91 on arrive devant une ouv]ture troite d'o l'eau s'*appe en cascade comme de la b\*e d'un canon4 ,c'e/ l que s'arrte =cm5t notre voyage le long du ruisseau4 ,t\tefois1 la grotte se ramifie l'inf9i dans les pr(ondeurs de la montagne4 ,a droite1 gau*e1 s'ouvr5t comme des gueules de mon/res les noires av5ues des gal]ies latrales4 ,t&is que dans le libre vallon1 le ruisseau1 c\lant sans cesse la lumire1 a successivem5t dmoli et dblay les c\*es de pi]re qui remplissai5t autrefois l'norme espace laiss vide entre les deux artes p>allles des monts1 l'eau des cav]nes qui s'attaquait des ro*es dures1 mais en se s]vant de l'acide c>bonique p\r les diss\dre et les =] peu peu1 s'e/ creus et l des gal]ies1 des bass9s1 des tunnels1 sans faire cr\l] les assises de l'imm5se difice4 ,sur des c5ta9es de mtres en hauteur et des lieues de longueur1 la masse des ro*]s e/ p]ce dans t\s les s5s p> d'anci5s lits que le ruisseau s'e/ frays1 puis qu'il a dlaisss aprs avoir tr\v quelque n\velle issue3 les salles sont sup]poses aux dfils et les dfils aux salles2 des *em9es1 vides dans le roc p> d'antiques cascades1 s'ouvr5t au plafond des votes2 on s'arrte avec horreur au bord de ces puits s9i/res o les pi]res qui s'eng\ffr5t ne laiss5t ent5dre le bruit de leur *ute qu'aprs des secondes et des secondes d'att5te4 ,malheur celui qui s'g>]ait dans le labyr9! inf9i des grottes p>allles et ramifies1 asc5dantes et desc5dantes3 il ne lui re/]ait plus qu' s'asseoir sur un banc de /alagmites1 reg>d] sa tor*e qui s'te9t et s'te9dre d\cem5t lui-mme1 s'il a la =ce de m\rir sans dsespoir4 ,et p\rtant ces cav]nes sombres1 o mme en compagnie d'un guide et s\s les reflets lo9ta9s du j\r1 n\s avons la poitr9e s]re p> une sorte de t]reur1 c'tai5t les retraites de nos anctres4 ,dans notre rvr5ce du pass1 n\s n\s r5dons en pl]9age aux ru9es des villes mortes et n\s contemplons avec motion d'uni=mes tas de pi]res1 c> n\s savons que s\s ces dbris gis5t les ossem5ts d'hommes qui ont travaill comme n\s et s\ff]t p\r n\s1 amassant pniblem5t dans la misre et dans les combats ce prcieux hritage d'expri5ces qui e/ l'hi/oire4 ,mais si la reconnaissance env]s les gnrations des anci5s j\rs n'e/ pas un va9 s5tim5t1 avec combi5 plus de respect encore n\s faut-il p>c\rir ces cav]nes o vivai5t nos premi]s aeux1 les b>b>es initiateurs de t\te civilisation6 ,en *]*ant bi5 dans la grotte1 en f\illant les dpts calcaires1 n\s p\vons retr\v] les c5dres et les *>bons de l'antique foy] o se gr\pait la famille naissante2 ct sont des os rongs1 dbris des fe/9s qui ont eu lieu des diza9es ou des c5ta9es de milli]s d'annes2 puis1 dans un co91 gis5t les squelettes des fe/oyants eux-mmes ent\rs de leurs armes de pi]re1 ha*es1 massues et javelots4 ,sans d\te1 p>mi ces re/es huma9s mls ceux des rh9ocros1 des hynes et des ours1 aucun n'enf]mait le c]veau d'un ,es*yle ou d'un ,hipp>que2 mais ,hipp>que ni ,es*yle n'euss5t exi/ si les premi]s troglodytes1 div9iss p> les ,grecs s\s les traits d',h]cule1 n'avai5t d'abord conquis le feu sur le tonn]re ou sur le volcan1 s'ils n'avai5t taill des armes p\r nettoy] la t]re de ses mon/res1 et s'ils n'avai5t a9si1 p> une imm5se bataille qui dura des sicles et des sicles1 prp> p\r leurs desc5dants les heures de rpit p5dant lesquelles s'labore la p5se4 ,rude tait le labeur de ces anctres2 ple9e de t]reurs tait leur vie3 sortis de la grotte p\r all] la re*]*e du gibi]1 ils rampai5t trav]s les h]bes et les rac9es af9 de surpr5dre leur proie1 ils se battai5t corps corps avec les btes froces2 p>fois aussi1 ils avai5t lutt] contre d'autres hommes1 =ts et agiles comme eux2 la nuit1 craignant la surprise1 ils veillai5t l'entre des cav]nes p\r lanc] le cri d'al>me l'app>ition de l'ennemi et donn] le temps leurs familles de s'enfuir dans le ddale des gal]ies suprieures4 ,cep5dant1 ils devai5t1 eux aussi1 avoir leurs mom5ts de repos et de joie4 ,qu& ils rev5ai5t de la *asse ou de la bataille1 ils pr5ai5t plaisir reconnatre le fracas du ruisseau et la pla9te de la g\tte qui tombe2 comme le b*]on retr\vant sa cabane1 ils reg>dai5t avec pit ces pili]s l'ombre desquels reposai5t leurs femmes et ces lits de pi]re o leurs enfants tai5t ns4 ,quant ceux-ci1 ils c\rai5t et gambadai5t le long du ruisseau s\t]ra91 dans les lacs glacs1 s\s la d\*e des cascades2 ils j\ai5t se ca*] dans les corridors de la grotte comme n\s auj\rd'hui dans les av5ues des =ts2 peut-tre dans leurs pr\esses joyeuses1 grimpai5t-ils aux p>ois p\r y saisir les *auves-s\ris dans ces grappes noires et gr\illantes susp5dues la vote4 ,c]tes1 n\s n'osons po9t dire que de nos j\rs la vie e/ dev5ue mo9s pnible p\r t\s les hommes4 ,des multitudes d'entre n\s1 de%rits encore1 viv5t dans les g\ts sortis des palais de leurs frres plus heureux2 des milli]s et des millions d'individus p>mi les civiliss habit5t des caves et des rduits humides1 grottes artificielles bi5 plus insalubres que ne le sont les cav]nes naturelles o se rfugiai5t nos anctres4 ,mais1 si n\s considrons la situation dans son ensemble1 il n\s faut reconnatre combi5 gr&s sont les progrs accomplis4 ,l'air1 la lumire entr5t dans la plup>t de nos demeures2 le soleil y projette p> les f5tres ses faisceaux de rayons2 trav]s les arbres qui se p5*5t1 n\s voyons brill] de lo9 les p]les liquides du ruisseau2 l'espace app>ti5t notre reg>d jusqu' l'imm5se horizon4 ,il e/ vrai1 le m9eur habite p5dant la plus longue "p de sa vie les gal]ies s\t]ra9es qu'il a creuses lui-mme1 mais ces ombres t]ribles d'o su9te le feu gris\ ne sont po9t sa patrie2 s'il y travaille1 sa p5se e/ ailleurs1 l-haut sur la t]re joyeuse1 au bord du frais ruisseau qui gaz\ille dans les prairies et s\s les aunes4 ,p>fois1 qu& on n\s raconte les gu]res lo9ta9es1 d'effrayants pisodes n\s rappell5t quelle tait la vie de nos anctres troglodytes1 quelle s]ait la ntre s'ils ne n\s avai5t prp> des j\rs plus heureux que les leurs4 ,des tribus p\rsuivies se sont rfugies dans la cav]ne qui s]vait de demeure commune leurs aeux1 et ceux qui les traquai5t1 b>b>es ou prt5dus civiliss1 noirs ou blancs1 vtus de peaux de btes ou d'uni=mes brods de dcorations1 n'ont tr\v ri5 de mieux que d'enfum] les fuy>ds en allumant de gr&s feux l'entre de la grotte4 ,ailleurs1 les malheureux enf]ms ont d se repatre les uns des autres1 puis m\rir de faim en essayant de rong] quelque re/e d'ossem5t4 ,p> c5ta9es1 les cadavres sont re/s t5dus sur le sol1 et p5dant de longues annes on a pu voir grimac] leurs squelettes1 avant que l'eau tombe des votes ne les et ca*s s\s un manteau de blancs /alagmites4 ,symbole du temps qui modifie t\tes *oses1 la g\tte1 *>ge de la pi]re qu'elle a diss\te1 fait disp>atre peu peu les traces de nos crimes4 ,les grottes elles-mmes cess5t d'exi/] p> l'action du temps4 ,la pluie qui tombe sur les montagnes et pntre dans les troites fissures de la ro*e se *>ge con/amm5t de molcules calcaires4 ,qu&1 aprs un voyage plus ou mo9s long1 elle vi5t trembl] en g\ttelettes la vote des cav]nes1 une p>tie du liquide s'vapore dans l'air1 et une petite pellicule de pi]re1 allonge comme la g\tte qui la t5ait en dissolution1 se susp5d au ro*]4 ,une autre g\ttelette dpose une deuxime corce sur la premire1 puis il s'en =me une troisime et des milli]s et des millions l'inf9i4 ,comme des arbres de pi]re1 les /alactites croiss5t p> c\*es conc5triques durcissant peu peu4 ,au-dess\s d'elles1 sur le sol de la grotte1 l'eau tombe s'vapore galem5t1 laisse sa place d'autres concrtions calcaires qui1 de feuillet en feuillet1 s'lv5t p> degrs v]s la vote4 ,a la longue1 les p5d5tifs d'en haut et les cnes d'en bas f9iss5t p> se rejo9dre2 ils devi5n5t des pili]s1 puis s'tal5t en murs dans t\te la l>geur de la gal]ie1 et la grotte ob/rue se tr\ve p>tage en une srie de salles di/9ctes4 ,dans l'intrieur de la montagne1 les su9tem5ts et les filets d'eau qui s'associ5t p\r =m] le ruisseau accompliss5t a9si deux travaux inv]ses3 d'un ct1 ils l>giss5t les fissures1 p]c5t les ro*es1 se creus5t de l>ges lits2 de l'autre1 ils ref]m5t les f5tes de la montagne1 pos5t des colonnes s\s les votes1 et rempliss5t de pi]re les normes vides qu'ils ont eux-mmes =s des milli]s d'annes aup>avant4 ,d'ailleurs1 les /alactites1 comme t\tes *oses dans la nature1 v>i5t l'inf9i1 suivant la =me des grottes1 la disposition des fissures1 l'abondance plus ou mo9s gr&e des g\ttes qui dpos5t les enduits calcaires4 ,malgr l'horreur des tnbres qui les empliss5t1 des multitudes de cav]nes sont a9si *anges en de m]veilleux palais s\t]ra9s4 ,des rideaux de pi]re aux innombrables plis1 et l colors p> l'ocre en r\ge et en jaune1 se dploi5t comme des drap]ies aux portes des salles2 l'intrieur se succd5t jusqu' p]te de vue les colonnes aux s\bassem5ts et aux *apiteaux orns de reliefs biz>res2 des mon/res1 *imres et griffons1 se tord5t en gr\pes fanta/iques dans les nefs latrales2 de hautes /atues de dieux se dress5t isoles1 et p>fois la lueur des tor*es1 on dirait que leur reg>d s'anime et que1 d'un ge/e t]rible1 leur bras s't5d v]s v\s4 ,ces drap]ies de pi]re1 ces colonnades1 ces gr\pes d'animaux1 ces figures d'hommes ou de dieux1 c'e/ l'eau qui les sculpte1 et *aque j\r1 *aque seconde1 elle e/ l'oeuvre p\r aj\t] quelque trait gracieux l'imm5se ar*itecture4 ,,*apitre ,v ,,le ,,g\ffre ,non lo9 de la cav]ne1 gr& laboratoire de la nature o l'on voit un ruisselet se =m] g\tte g\tte1 s'ouvre un vallon tranquille au fond duquel jaillit une autre s\rce4 ,c'e/ aussi du ro*] qu'elle sort2 mais ce ro*] ne se dresse po9t pic comme celui de la gr&e cav]ne2 il s'e/ affaiss la suite de quelque cr\lem5t2 du gazon1 des plantes sauvages1 quelques arbres croiss5t sur ses p5tes2 sa base1 aut\r de la claire fonta9e1 se sont assembls de gr&s arbres dont le bran*age entreml se balance d'un mme m\vem5t h>monieux et rhy?m1 s\s la pression de la brise4 ,t\t e/ calme et *>mant dans ce petit reco9 de l'univ]s4 ,le bass9 e/ transp>5t1 presque sans rides1 et l'eau1 sortie d'une arcade de quelques p\ces de hauteur1 s'y pan*e sans bruit4 ,p5* sur cette eau qui sc9tille au soleil1 je *]*e pntr] du reg>d l'ombre d'o elle jaillit1 et j'envie la petite araigne d'eau qui s'lance en pat9ant et va furet] dans le creux du ro*]4 ,a l'entre1 je vois encore quelques saillies du fond1 des caill\x blancs1 un peu de sable qui se meut l5tem5t s\s le flot rapide2 plus lo91 je di/+ue les plissem5ts des vaguelettes et les petites colonnes de pi]re qui support5t la vote2 claires vaguem5t p> le reflet des rayons g>s1 elles p>aiss5t tremblot] dans l'ombre3 on dirait qu'un rseau de soie flotte sur elles en lgres ondulations4 ,au del t\t e/ noir2 le ruisseau s\t]ra9 ne se rvle que p> son murmure t\ff4 ,quelles sont les s9uosits de l'eau p> del le dt\r o le premi] reflet de lumire vi5t la c>ess]8 ,ces c\rbes du ruisseau1 je *]*e les retr\v] p> l'imag9ation4 ,dans mes rves d'homme veill1 je me fais t\t petit1 haut de quelques p\ces pe9e1 comme le gnome des lg5des1 et sautant de pi]re en pi]re1 m'ins9uant au-dess\s des protubrances de la vote1 je dpasse t\s les conflu5ts des ruisselets en m9iature1 je remonte les imp]ceptibles filets d'eau1 jusqu' ce que1 dev5u moi-mme un simple atome1 j'arrive enf9 l'endroit o la premire g\ttelette su9te trav]s le ro*]4 ,p\rtant1 sans n\s trans=m] en gnies1 comme le faisai5t nos pres aux temps de la fable1 n\s p\vons en n\s prom5ant au milieu de la campagne1 reconnatre la surface du sol des indices qui rvl5t le c\rs de notre ruisseau ca*4 ,un s5ti] tortueux qui comm5ce au bord de la s\rce monte sur le flanc de la coll9e en cont\rnant les troncs des arbres1 puis disp>at s\s l'h]be dans un pli du t]ra91 et gagne le plateau c\v]t de *amps de bl4 ,bi5 s\v5t1 qu& j'tais un coli] sauvage1 je montais la c\rse1 puis je r$esc5dais ce s5ti] en quelques bonds2 p>fois aussi1 je m'av5turais une c]ta9e di/ance sur le plateau jusqu' p]dre de vue le bosquet de la s\rce2 mais un angle du *em91 je m'arrtais c\rt1 n'osant all] plus avant4 ,a mes cts1 je voyais s'ouvrir un abme en =me d'entonnoir rempli de br\ssailles et de ronces entremles4 ,de grosses pi]res jetes p> les passants ou bi5 entranes sur la dclivit p> les =tes pluies1 pesai5t et l sur le feuillage p\dreux et meurtri2 au fond1 se croisai5t quelques rameaux2 mais entre leurs feuilles v]tes1 je di/+uais le noir effrayant d'un g\ffre4 ,un bruit s\rd s'en *appait incessamm5t comme la pla9te d'un animal enf]m4 ,auj\rd'hui j'aime revoir le ,gr&-,tr\2 je me has>de mme y desc5dre1 au risque d'effray] les c\leuvres qui dr\l5t pre/em5t leurs anneaux entre les pi]res2 mais jadis1 avec quelle t]reur1 n\s t\s petits enfants1 n\s reg>dions ce puits s9i/re au bord duquel v5ait s'arrt] la *>rue6 ,un soir1 p> un beau clair de lune1 il me fallut1 seul1 pass] prs de l'endroit fatal4 ,j'en frissonne encore3 le g\ffre me reg>dait1 il m'attirait1 mes g5\x ployai5t s\s l'ef=t et les tiges des arbu/es s'avanai5t comme des bras p\r m'entran] dans l'ouv]ture bante4 ,je passai p\rtant en frappant bruyamm5t de mes talons le sol cav]neux2 mais d]rire moi un long gant fait de vapeurs surgit t\t c\p3 il se p5*a p\r me saisir et le murmure de l'abme me p\rsuivit comme un rire de ha9e et de triomphe4 ,ce g\ffre1 je le sais ma9t5ant1 c'e/ un s\pirail ouv]t au-dessus du ruisseau1 et le bruit s\rd qui s'en *appe e/ l'*o lo9ta9 de l'eau clapotant contre les pi]res4 ,a une poque inconnue1 mme avant que les premi]s docum5ts de proprit n'euss5t t rdigs p> les notaires du pays1 une des assises de ro*]s qui rec\vr5t la valle s\t]ra9e s'tait effondre dans le lit du ruisseau1 puis les t]res1 manquant de base1 avai5t t graduellem5t entranes v]s la pla9e2 peu peu le ,gr&-,tr\ s'tait creus1 et les pluies1 c\rant le long de ses p5tes1 lui avai5t donn la =me d'un entonnoir peu prs rguli]4 ,les paysans des environs1 qui p5s5t t\j\rs leurs rcoltes1 l'appell5t le ,boit-t\t1 p>ce qu'il boit en effet t\tes les pluies1 t\tes les av]ses qui p\rrai5t f]tilis] leurs *amps4 ,l'eau surabondante tombe sur le plateau s'pan*e dans le tr\ en filets jaune d'argile p\r rep>atre ensuite dans la s\rce1 dont elle tr\ble p5dant quelques heures la puret de cri/al4 ,le g\ffre qui m'effrayait tant dans mon enfance n'e/ pas le seul qui se soit ouv]t au-dessus des gal]ies pr(ondes4 ,en suivant la p>tie la plus basse d'une sorte de plissem5t du sol dans le plateau1 on passe ct de plusieurs autres cavits1 qui indiqu5t aux prom5eurs le c\rs s\t]ra9 des eaux4 ,ils diffr5t t\s de =me et de gr&eur4 ,les uns sont d'normes puis>ds o des fleuves disp>atrai5t en cat>actes1 les autres sont de simples affaissem5ts du sol1 *>mants petits nids bi5 tapisss de gazon1 o l'on aime se *auff] au soleil p> les belles j\rnes d'automne1 sans cra9te du v5t dj froid qui passe en sifflant sur les h]bes frissonnantes du plateau4 ,quelques-uns de ces tr\s s'ob/ru5t et se combl5t graduellem5t2 mais il en e/ aussi que n\s voyons se creus] et qui1 *aque anne1 s'appr(ondiss5t s\s nos yeux4 ,telle troite ouv]ture qui n\s semblait une retraite de s]p5t et dans laquelle1 de cra9te d'tre mordus1 n\s n'osions mettre le bras1 tait un comm5cem5t d'abme3 les pluies et les cr\lem5ts intrieurs l'ont l>gie d'anne en anne2 c'e/ ma9t5ant un prcipice aux flancs d'argile r\ge1 rav9 p> les av]ses4 ,de ces puits naturels1 le plus pittoresque e/ prcism5t le plus loign de la s\rce4 ,en cet endroit1 le plateau1 dev5u plus 9gal1 s'arrte brusquem5t au pi$ d'une muraille ro*euse1 de l'autre ct de laquelle s'ouvre une valle dv]sant ses eaux dans un fleuve loign4 ,les ro*]s dress5t haut en ple9 ciel leurs beaux frontons dors p> la lumire2 mais leur base e/ ca*e p> un bosquet de *nes et de *taigni]s2 grce la v]dure et la v>it du feuillage1 le contra/e trop dur que =m]ait l'abrupte p>oi des ro*]s avec la surface horizontale du plateau se tr\ve ad\ci4 ,c'e/ au plus pais de ce bosquet que s'ouvre le gr& abme4 ,sur ses bords1 quelques arbu/es incl95t leurs tiges v]s la tr\e d'azur ouv]te entre les longues bran*es des *nes2 seulem5t un b\leau laisse retomb] au-dessus du g\ffre ses rameaux dlicats4 ,il faut pr5dre g>de ici1 c> le sol se drobe s\da9 et le puits n'a po9t de m>gelle comme ceux que creus5t les +nieurs6 ,n\s n\s avanons en rampant1 puis c\*s sur le v5tre1 appuys sur nos ma9s1 n\s plongeons du reg>d dans le vide4 ,les murs du g\ffre circulaire1 et l noircis p> l'humidit qui su9te trav]s la ro*e1 desc5d5t v]ticalem5t2 pe9e quelques corni*es 9gales se projett5t-elles en dehors des p>ois4 ,des t\ffes de f\gres1 des scolop5dres jailliss5t des anfractuosits les plus hautes2 mais au-dess\s la vgtation disp>at1 mo9s qu'une plaque r\ge entrevue l-bas dans l'ombre1 sur une saillie du roc1 ne soit une trane d'algues inf9im5t petites4 ,au fond1 t\t n'e/ d'abord que tnbres2 mais nos yeux s'acc\tum5t peu peu l'obscurit1 et n\s di/+uons ma9t5ant une nappe d'eau claire sur un lit de sable4 ,du re/e1 on peut desc5dre dans le puits1 et je suis mme de ceux qui se sont donn ce plaisir4 ,c]tes1 l'av5ture (fre un c]ta9 agrm5t1 puisqu'elle e/ un voyage d'exploration2 mais en elle-mme1 elle n'a ri5 de =t sduisant et nul de ceux qui ont fait cette desc5te aux enf]s ne ti5t beauc\p la r5\vel]4 ,une longue corde1 prte p> les paysans des environs1 e/ atta*e solidem5t un tronc de *ne1 et plongeant jusqu'au fond du g\ffre1 oscille d\cem5t s\s l'impulsion du filet d'eau dans lequel trempe l'extrmit libre4 ,le voyageur ari5 saisit =tem5t la corde la fois des ma9s1 des g5\x et des pi$s et se laisse gliss] avec l5teur dans la b\*e tnbreuse du puits4 ,malheureusem5t1 la desc5te n'e/ pas t\j\rs facile3 on t\rnoie sur soi-mme avec la corde1 on s'emb>rasse dans les t\ffes de f\gres1 que brise le poids du corps1 on se heurte ma9tes fois contre la ro*e hrisse d'asprits et l'on essuie de ses vtem5ts l'eau glace qui su9te des failles de la p>oi4 ,enf9 on aborde sur une corni*e1 puis1 aprs s'tre repos un in/ant p\r repr5dre l'hale9e et l'quilibre1 on se lance de n\veau dans le vide et bi5tt on db>que sur le fond solide4 ,je me rappelle sans joie mon sj\r de quelques in/ants dans le g\ffre4 ,j'avais les pi$s dans l'eau2 l'air tait humide et froid2 la ro*e tait c\v]te d'une sorte de pte gluante consi/ant en argile dlaye2 une ombre s9i/re m'ent\rait2 je ne sais quelle lueur blaf>de1 vague reflet du j\r1 me rvlait seulem5t quelques =mes indcises1 une grotte1 des p5d5tifs biz>res1 un l>ge pili]4 ,malgr moi1 mes yeux se reportai5t v]s la zone clatante qui s'arrondissait au-dessus du g\ffre2 je reg>dais avec am\r la guirl&e de v]dure qui s'pan\issait la m>ge du puits1 les gr&es bran*es au feuillage tal que dorai5t joyeusem5t les rayons1 et les oiseaux lo9ta9s planant en lib]t dans le ciel bleu4 ,j'avais hte de revoir la lumire2 je p\ssai le cri d'appel et mes compagnons me hissr5t hors du tr\1 t&is que je les aidais en p\ssant de mon pi$ les saillies de la ro*e4 ,naf jeune homme1 je me considrais comme une sorte de hros p\r avoir opr ma petite desc5te aux enf]s1 tr5te mtres de pr(ondeur pe9e1 je *]*ais dans ma tte quelques rimes sur le pote qui se has>de au fond des abmes p\r y surpr5dre le s\rire d'une nymphe emprisonne1 et je ne songeais pas aux vrais hros1 ces intrpides m9eurs1 qui1 sans jamais rcit] de v]s sur leurs entrevues h>dies avec les div9its s\t]ra9es1 conv]s5t avec elles p5dant des j\rnes et des sema9es entires6 ,ce sont eux qui connaiss5t bi5 le my/re des eaux ca*es4 ,a ct de leurs ttes1 la g\ttelette1 susp5due aux /alactites de la vote1 brille comme un diamant l'clat des lampes1 puis tombe dans une flaque et rejaillit avec un bruit sec1 rp]cut au lo9 dans les gal]ies ret5tissantes4 ,des ruisselets =ms de t\s ces su9tem5ts de g\ttes1 c\l5t s\s leurs pi$s et se dv]s5t de rigole en rigole jusque dans le bass9 de rception1 o la ma*9e vapeur1 semblable un colosse en*an1 plonge alt]nativem5t ses deux gr&s bras de f]1 en gmissant *aque ef=t4 ,au bruit des eaux de la m9e se mle p>fois le s\rd grondem5t des eaux extrieures qu'un c\p de pio*e malheureux p\rrait faire s'cr\l] en dluge dans les gal]ies4 ,il e/ mme des m9eurs qui n'ont pas cra9t de p\ss] leurs travaux de sape jusqu'au-dess\s de la m] et qui ne cess5t d'ent5dre le t]rible ocan r\l] des blocs de granit sur la vote qui les abrite4 ,p5dant les j\rs d'orage1 c'e/ quelques mtres d'eux que les navires vi5n5t se fracass] contre les falaises4 ,,*apitre ,,vi ,,le ,,rav9 ,en desc5dant le c\rs du ruisseau1 dans lequel vi5n5t s'unir le torr5t tapageur de la montagne1 le ruisselet de la cav]ne1 l'eau paisible de la s\rce1 n\s voyons droite et gau*e vallon succd] vallon1 et *acun d'eux1 diffr5t des autres p> la nature de ses t]ra9s1 p> la p5te1 l'aspect gnral1 la vgtation1 se di/+ue aussi p> la quantit des eaux qu'il apporte au lit commun de la valle4 ,presque en face d'un petit torr5t babill>d qui bondit avec joie de pi]re en pi]re p\r se ml] la masse dj considrable du ruisseau1 s'ouvre un rav9 trs-incl91 le plus s\v5t sec4 ,il e/ probable que ce rav91 creus dans un sol poreux1 e/ sup]pos un lit s\t]ra9 o c\le un ruisseau p]man5t2 mais il n'e/ lui-mme p>c\ru des eaux qu'aprs les av]ses d'orage ou les longues pluies4 ,comme t\s les vallons latraux1 il e/ tributaire de la valle c5trale1 mais tributaire int]mitt5t4 ,d'ailleurs1 il e/ d'autant plus curieux visit]1 c> en se prom5ant sur le lit dess*1 on peut tudi] t\t son aise l'action de l'eau c\rante4 ,un petit s5ti]1 que les sillons du lab\reur dtruis5t *aque automne et que le pi$ des passants ne t>de pas trac] de n\veau1 s]p5te ct de la b]ge du rav94 ,il e/ vrai que des bran*es de buisson1 plantes p> le propritaire jal\x1 df5d5t le passage2 mais ces br\ssailles1 humble simulacre du r$\table dieu ,t]me1 n'ont ri5 qui t]rifie les paysans des environs1 et le *em91 fray sans d\te p\r la premire fois p> les hommes de l'ge de pi]re1 ne cesse de se re=m] d'anne en anne4 ,il s]ait donc facile de remont] le rav9 dans t\te sa longueur sans avoir se s]vir de ses ma9s p\r une seule escalade2 t\tefois1 celui qui aime la nature de prs mprise le s5ti] battu et se glisse avec joie dans l'troit espace ouv]t entre les b]ges4 ,ds les premi]s pas1 il se tr\ve comme sp> du monde4 ,en arrire1 un dt\r de la gorge lui ca*e le ruisseau et les prairies qu'il arrose2 en avant1 l'horizon e/ brusquem5t limit p> une srie de grad9s d'o l'eau1 qu& il en c\le1 desc5d en cascatelles2 au-dessus1 les bran*es des arbres qui bord5t le dfil se rec\rb5t et s'entre-crois5t en vote2 les bruits du dehors ne pntr5t pas dans cette sauvage alle presque s\t]ra9e4 ,c'e/ une gr&e joie de se retr\v] a9si dans la nature inviole quelques pas des *amps lab\rs en sillons p>allles et d'tre oblig de se fray] un *em9 trav]s ro*]s et br\ssailles1 non lo9 de l'honnte b\rgeois qui se promne avec placidit1 contemplant ses rcoltes4 ,a *aque dt\r du tortueux rav91 l'incl9aison et la =me du lit *ang5t brusquem5t3 dfils et bass9s se succd5t en contra/ant de la manire la plus trange4 ,en amont d'un petit f\rr d'arbu/es entremls de ronces que l'eau envahit seulem5t dans ses plus =tes crues1 s't5d une prairie en m9iature1 l>ge de quelques mtres et frquemm5t noye p> des inondations d'une heure4 ,aut\r de la prairie et du f\rr se dveloppe en demi-c]cle une plage de sable blanc dont t\s les matriaux1 tnus ou grossi]s1 se sont dposs en ordre suivant la =ce du c\rant qui les entranait4 ,le mode/e lit fluvial1 d'o l'eau a disp>u1 e/ encore tel que l'a model le torr5t phmre1 et rvle d'autant mieux les lois de sa =mation que plus une seule flaque d'eau ne le rec\vre4 ,une sorte de fosse1 remplie de vase et de feuilles en dcomposition1 montre qu'en cet endroit le ruisseau tait tranquille et presque sans c\rant2 plus lo91 le lit e/ pe9e creus cause de la rapidit de l'eau qui fuyait sur la =te p5te2 ailleurs les artes p>allles d'assises ro*euses trav]s5t obliquem5t le fond d'une rive l'autre1 =mant autant de petits b>rages sur lesquels le flot se brisait en vaguelettes4 ,un gros bloc de pi]re a dt\rn le c\rs du ruisselet qui s'e/ rejet v]s la b]ge p> un brusque m&re et s'y e/ graduellem5t creus un lit sa taille2 plus haut1 des bran*es entranes1 des h]bes1 quelques pi]res ont s]vi de po9t d'appui la =mation d'un ou de plusieurs lots1 qu'ent\r5t des lits s9ueux1 remplis de sable d'une blan*eur clatante4 ,a dix pas de l1 l'aspect du rav9 e/ encore *ang4 ,l1 le fond n'e/ plus qu'une ra9ure scie p> l'eau dans une dure argile presque ro*euse2 c'e/ gr&'pe9e si je p>vi5s pass] dans le dfil en m'accro*ant quelques bran*es qui se balanc5t au-dessus de ma tte4 ,le filet ou la colonne liquide qui1 suivant la =ce du ruisseau temporaire1 murmure d\cem5t ou gronde avec fracas dans l'troit corridor a gliss en rapides p> une succession de degrs1 puis au pi$ de la *ute1 elle a excav une sorte de cuve1 l>ge bass9 o les pi]res r\les t\rnoyai5t s\s la pression des eaux4 ,aprs avoir dpass le dfil1 je tr\ve encore ce qui fut autrefois des les1 des m&res1 des rapides1 des cascades3 je vois mme jusqu' des s\rces puises ma9t5ant et reconnaissables l'humidit du sable et des fissures ro*euses4 ,le rebord d'o s'lance une des cascades e/ =m p> deux rac9es entre-croises1 engages seulem5t p> un ct dans l'paisseur de l'argile4 ,ce rav91 dans lequel n\s pntrons avec tant de bonheur p\r y contempl] en un troit espace le tableau de la nature libre et p\r *app] l'ennui de cultures monotones et b>b>es1 une multitude d'animaux et de be/ioles1 rfractaires comme n\s1 s'y gliss5t af9 d'y tr\v] un abri contre l'homme1 le gr& p]scuteur2 malheureusem5t1 l'pre *asseur les suit aussi dans cette retraite1 en dpit des ronces et des rac9es4 ,des t]res fra*em5t remues1 des tr\s noirs ouv]ts dans les b]ges n\s rvl5t les ca*ettes des lap9s et des r5>ds2 notre appro*e1 les c\leuvres enr\les dvelopp5t pre/em5t leurs anneaux et disp>aiss5t dans les f\rrs2 des lz>ds plus rapides1 s'*app5t en faisant bruire les feuilles tombes2 les insectes sautill5t sur le sable et se balanc5t aux h]bes2 on entrevoit des nids d'oiseaux dans l'paisseur des br\ssailles3 t\t un monde de fugitifs e/ dans cet asile1 o il tr\ve la fois la n\rriture et l'abri4 ,c'e/ qu'en effet1 dans ce petit rav91 l>ge de quelques mtres pe9e1 la vgtation e/ des plus v>ies2 une multitude de plantes1 d'orig9e et d'attitude div]ses1 s'y r5contr5t1 t&is que dans les *amps vois9s l'uni=mit du t]ra9 de lab\r laisse g]m] seulem5t1 outre les sem5ces jetes p> le cultivateur1 les gra9es de quatre ou c9q mauvaises h]bes1 banal ornem5t de t\s les sillons4 ,dans cette troite fissure1 invisible de lo91 sauf p> la v]dure de ses bords1 t\tes les qualits du sol1 t\s les contra/es de s*]esse et d'humidit1 t\tes les diffr5ces d'ombre et d'insolation sont brusquem5t juxtaposes et p> suite nombre de plantes1 bannies des vulgaires t]ra9s de culture1 tr\v5t dans ce co9 respect p> l'homme un milieu propice o elles se dvelopp5t avec joie4 ,le sable tamis p> les eaux a ses h]bes spciales1 de mme que les amas de caill\x b\ls et l'argile ocreuse et les int]/ices de la ro*e dure4 ,les t]res vgtales mlanges en div]ses proportions ont aussi leur flore ou leur florule2 la p5te rapide expose au soleil du midi e/ revtue d'h]bes et d'arbu/es qui se plais5t dans un t]ra9 sec1 le fond humide o ne d>de jamais un rayon de soleil a t\t une autre vgtation1 la vase o l'eau sj\rne encore se di/+ue aussi dans ce monde vgtal p> des reprs5tants qui lui sont propres4 ,et p\rtant nul dsordre dans cette tonnante div]sit6 ,au contraire1 les plantes gr\pes librem5t1 suivant leurs aff9its secrtes et la nature du t]ra9 qui les porte1 con/itu5t p> leur ensemble un spectacle emplissant l'me d'une impression s+ulire d'h>monie et de paix4 ,l1 ri5 d'artificiel ni d'impos comme dans un rgim5t de soldats au ge/e mcanique1 au co/ume uni=me1 mais le pittoresque1 le *>me potique1 la lib]t d'attitude et d'allure1 comme dans une f\le d'hommes de t\s les pays o *acun se rappro*e des si5s4 ,il e/ vrai1 dans ce rav9 aussi bi5 que sur la t]re entire1 la bataille de la vie p\r la j\issance de l'air1 de l'eau1 de l'espace et de la lumire ne cesse pas un in/ant entre les espces et les familles vgtales2 mais cette lutte n'a pas encore t rgul>ise p> l'int]v5tion de l'homme1 et l'on croirait1 au milieu de ces plantes si div]ses et si gracieusem5t associes1 se tr\v] dans une rpublique fdrative o *aque exi/5ce e/ sauveg>de p> l'alliance de t\tes4 ,mme les colonies de plantes trangres la nature libre sont respectes1 du mo9s p\r un temps3 sur une corni*e de t]re qui s'e/ affaisse et qui re/e susp5due au flanc de la b]ge1 je vois se balanc] les hampes flexibles d'une t\ffe d'avo9e1 humble colonie d'esclaves fugitifs av5turs dans un monde de libres hros b>b>es4 ,aussi bi5 que le ruisseau de la valle et les gr&s fleuves de la pla9e1 le petit rav9 a ses bords ombrags d'arbres4 ,le tremble s'lve ct du htre et du *>me2 les feuilles si f9em5t dc\pes du frne se montr5t entre deux l>ges ormeaux au bran*age tal2 le tronc blanc du b\leau respl5dit ct de la rugueuse et sombre corce du *ne4 ,v]s le haut de la p5te1 l o le rav9 n'e/ plus gure qu'un plissem5t du sol1 des p9s l'air grave1 au feuillage presque noir1 se sont assembls comme p\r un concile4 ,aut\r d'eux1 la t]re sans vgtation a disp>u s\s une c\*e paisse d'aiguilles c\leur de r\ille1 t&is que non lo9 de l1 un joyeux mlze1 la claire v]dure1 ne jaillit que p> la cime1 firem5t drape de clmatite1 hors d'un f\rr d'arbu/es et de br\ssailles4 ,a cause de l'extrme v>it des conditions du sol1 l'troit rideau e/ bi5 plus ri*e en espces div]ses d'arbres que des =ts entires rec\vrant de va/es t]ritoires4 ,d'ailleurs1 en ma9t endroit1 les troncs sont tellem5t rappro*s que d'une b]ge l'autre1 on ne voit pas se gliss] un seul rayon de lumire2 du fond des g\ffres1 les arbres s'lanc5t comme les colonnes presses d'un difice1 puis au niveau des b]ges1 les bran*es s'tal5t l>gem5t1 envelopp5t de leur v]dure les troncs qui croiss5t sur la b]ge et vont avidem5t *]*] leur n\rriture d'air libre au-dessus des *amps lab\rs4 ,illu/ration3 ,,s\s ,,ces ,,v\tes ,d',,ombre4 7,,page #ig7 ,s\s ces votes d'ombre1 dans les pr(ondeurs du rav91 la temprature e/ t\j\rs fra*e1 mme au plus =t de l't2 les rameaux entre-croiss emp*5t l'atmosphre humide de s'*app] dans l'espace et1 grce la moite vapeur1 les f\gres aux gr&es feuilles retombantes1 les *ampignons gr\ps frat]nellem5t en petites assembles croiss5t et prospr5t sur t\tes les b]ges4 ,l'air e/ tellem5t pntr d'humidit qu'il suffit de f]m] les yeux p\r se croire au bord d'un ruisseau glissant sil5cieusem5t dans son lit4 ,d'ailleurs1 l'eau e/ en effet bi5 l2 c'e/ en app>5ce seulem5t qu'elle a disp>u4 ,les m\sses qui tapiss5t le fond du rav9 et rec\vr5t les rac9es des arbres se sont gonfles de liquide p5dant la d]nire inondation3 dilates comme des ponges1 elles g>d5t longtemps cette humidit n\rricire1 puis1 la mo9dre pluie1 elles se rempliss5t de n\veau en absorbant avidem5t les g\ttelettes tombes4 ,a9si de m\sse en m\sse et de plante en plante1 dans la multitude inf9ie des cellules organiques1 se retr\ve encore le flot cont9u du ruisseau1 de l'orig9e l'issue du rav94 ,sans d\te on ne le voit pas1 on ne l'ent5d po9t murmur]1 mais on le dev9e et l'on j\it de la d\ce fra*eur qu'il rp& dans l'atmosphre4 ,*ose admirable et qui m'en*ante t\j\rs6 ce ruisselet e/ pauvre et int]mitt5t2 mais son action gologique n'en e/ pas mo9s gr&e2 elle e/ d'autant plus puissante relativem5t que l'eau c\le en plus faible quantit4 ,c'e/ le m9ce filet liquide qui a creus l'norme fosse1 qui s'e/ ouv]t ces entailles pr(ondes trav]s l'argile et la ro*e dure1 qui a sculpt les degrs de ces cascatelles1 et1 p> l'b\lem5t des t]res1 a =m ces l>ges cirques dans les b]ges4 ,c'e/ aussi lui qui entreti5t cette ri*e vgtation de m\sses1 d'h]bes1 d'arbu/es et de gr&s arbres4 ,e/-il un ,mississipi1 un fleuve des ,amazones qui proportionnellem5t sa masse d'eau1 accomplisse la surface de la t]re la millime p>tie de ce travail8 ,si les rivires puissantes tai5t les gales en =ce du ruisselet temporaire1 elles ras]ai5t des *anes de montagnes1 se creus]ai5t des abmes de plusieurs milli]s de mtres de pr(ondeur1 n\rrirai5t des =ts dont les cimes irai5t se balanc] jusque dans les c\*es suprieures de l'air4 ,c'e/ prcism5t dans ses plus petites retraites que la nature montre le mieux sa gr&eur4 t5du sur un tapis de m\sse1 entre deux rac9es qui me s]v5t d'appui1 je contemple avec admiration ces hautes b]ges1 ces dfils1 ces cirques1 ces grad9s et la sombre vote de feuillage qui me racont5t avec tant d'loqu5ce l'oeuvre gr&iose de la g\tte d'eau4 ,,*apitre ,,vii ,,les ,,fonta9es ,,de ,,la ,,vall,e ,a t\s les ruisselets visibles et invisibles qui desc5d5t de rav9s et de valles v]s le ruisseau pr9cipal1 s'aj\t5t encore p> diza9es et p> c5ta9es de petites s\rces et des ve9es d'eau1 t\tes diffr5tes les unes des autres p> l'aspect et le paysage de pi]res1 de ronces1 d'arbu/es ou d'arbres qui les ent\re1 diffr5tes aussi p> le volume de leurs eaux et p> l'oscillation de leur niveau suivant les mtores et les saisons4 ,quelques-unes d'entre elles n'ont mme qu'une exi/5ce temporaire2 aprs avoir c\l p5dant un c]ta9 nombre d'heures1 elles t>iss5t t\t c\p2 la cascatelle qui s'en pan*e cesse de murmur]1 les p>ois de leur bass9 se dess*5t1 les h]bes qu'elles humect5t se p5*5t et languiss5t4 ,puis1 aprs des m9utes ou des heures1 on ent5d un murmure s\t]ra91 et voici l'eau qui s'lance de n\veau de sa prison de pi]re1 p\r r5dre la vie aux rac9es et aux fleurs2 de son murmure arg5t91 elle annonce joyeusem5t sa rsurrection aux insectes tapis s\s le gazon1 t\t un monde d'inf9im5t petits att5dant son rveil p\r se rveill] eux-mmes4 ,les physici5s n\s expliqu5t la cause de ces int]mitt5ces2 ils n\s dis5t comm5t l'eau s'c\le et s'arrte alt]nativem5t dans les cavits s\t]ra9es disposes en =me de siphon4 ,t\t cela e/ joli1 mais ces jeux de la nature1 ces fonta9es qui se montr5t et se ca*5t t\r t\r1 n\s prfrons la s\rce qui ne n\s trompe po9t1 dont n\s ent5dons t\j\rs le gai babil1 et dans laquelle1 t\te heure1 n\s p\vons voir se reflt] la lumire tremblotante4 ,plus *>mante aussi m'app>at la fonta9e1 la plus discrte de t\tes1 qui jaillit au fond mme du ruisseau et que reconnat seulem5t l'obs]vateur /udieux de la nature4 ,au milieu de l'eau transp>5te1 on ne saurait di/+u] la colonne liquide de la s\rce qui s'lve1 mais elle ne s'en rvle pas mo9s p> les ondulations des h]bes que c>esse son onde asc5dante1 p> les bulles d'air qui s'*app5t du sable et vi5n5t clat] la surface1 p> les b\illonnem5ts sil5cieux qui se produis5t sur la nappe de l'eau et se propag5t au lo9 en rides graduellem5t affaiblies4 ,9gales p> le volume et p> le paysage qui les environne1 les fonta9es ont aussi la plus gr&e div]sit dans leur t5eur en sub/ances m9rales1 c> t\te pure que l'eau de la s\rce p>aisse nos reg>ds1 elle n'e/ pas seulem5t1 comme n\s l'enseigne la *imie1 une comb9aison de deux corps simples1 l'hydrogne1 qui =me1 dit-on1 les imm5ses t\rbillons des nbuleuses lo9ta9es1 et l'oxygne1 qui p\r t\s les tres e/ le gr& alim5t de la vie1 elle conti5t aussi d'autres sub/ances1 soit r\lant dans son lit l'tat de sable ou de p\ssire1 soit diss\tes dans la masse liquide et transp>5tes comme elle4 ,p>mi les fonta9es tributaires du ruisseau1 il en e/ mme une1 jaillissant de ro*es dures1 qui r5f]me des paillettes d'or dans ses alluvions4 ,si elle en cont5ait de gr&es quantits comme c]ta9es s\rces de la ,cali=nie1 de la ,colombie1 du ,brsil1 de l',oural1 immdiatem5t une f\le d'hommes avides se prcipit]ai5t v]s la bi5heureuse fonta9e1 t\s les sables qu'elle a dposs sur les b]ges de son bass9 s]ai5t passs au tamis1 la ro*e mme s]ait attaque au pic et la pio*e et porte dbris dbris s\s les m>teaux de l'us9e2 bi5tt les cabanes d'un village1 peuples de m9eurs1 remplac]ai5t les gr&s arbres et les prairies du vallon4 ,peut-tre le pays1 en dev5ant plus ri*e1 plus populeux et plus prospre1 devi5drait-il aussi la longue plus in/ruit et plus heureux2 t\tefois1 c'e/ avec un s5tim5t de joie que n\s n\s prom5ons sur les bords inviols de notre ,pactole inconnu de la f\le et que n\s y retr\vons la solitude et le sil5ce1 comme aux premi]s j\rs o n\s y avons vu brill] la p>celle d'or4 ,dans les environs1 il n'exi/e heureusem5t qu'un seul *]*eur de ppites1 vieux gologue qui montre avec orgueil quelques gra9s brillants cont5us dans une bote en c>ton3 c'e/ l t\t le fruit de ses longues re*]*es4 ,une autre s\rce1 vois9e du petit ,eldorado1 e/ bi5 autrem5t prodigue en paillettes clatantes4 ,c'e/ une eau qui s'*appe de ro*es micaces et qui en apporte les dbris la lumire4 ,les paillettes1 que le c\rant fait r\l] sur le fond1 t\rbillonn5t un in/ant sur elles-mmes1 puis se dpos5t plat sur d'autres lamelles1 de sorte qu'on en voit t\j\rs luire le reflet s\s l'eau frissonnante4 ,les enfants du vois9age aim5t dans leurs jeux v5ir puis] ple9es ma9s de ce sable brillant2 ils entass5t p> monceaux les paillettes d'or et les paillettes d'arg5t4 ,heureusem5t ils sav5t1 pauvres enfants1 que la masse reluisante n'e/ or ou arg5t qu'en app>5ce2 autrem5t1 ils comm5c]ai5t peut-tre au bord de la fonta9e paisible cette dure bataille de la vie que plus t>d1 dev5us hommes faits1 ils auront se livr] les uns aux autres p\r s'arra*]1 s\s =me de monnaie1 le pa9 de *aque j\r4 ,dans un petit vallon1 au pi$ de ro*]s calcaires1 s'pan*e une autre fonta9e1 qui lo9 de r\l] des paillettes brillantes dans ses eaux1 rec\vre au contraire d'une sorte d'enduit gristre les pi]res de son lit1 les feuilles1 les bran*illes tombes des arbu/es vois9s4 ,cet enduit se compose d'innombrables molcules calcaires diss\tes p> l'eau dans l'intrieur de la coll9e4 ,arrt dans son c\rs p> un ob/acle quelconque1 le ruisseau r5d ma9t5ant les p>ticules de pi]re dont il tait satur4 ,a ct du bass9 crot une f\gre qui balance ses feuilles v]tes dans l'air humide1 t&is que la rac9e baigne p> l'eau e/ en p>tie enveloppe d'une ga9e de pi]re4 ,a9si v>i5t les fonta9es p> les sub/ances1 solides ou gazeuses1 qu'elles entran5t ou dissolv5t dans leur c\rs s\t]ra9 et port5t au dehors4 ,il en e/ qui conti5n5t du sel1 d'autres sont ri*es en f]1 en cuivre1 en mtaux div]s2 d'autres encore ptill5t d'acide c>bonique1 ou dgag5t des gaz sulfureux4 ,la proportion des mlanges qui s'opr5t a9si dans le laboratoire des s\rces diffre p\r *acune d'elles1 et le *imi/e qui veut connatre cette proportion d'une manire prcise e/ oblig de faire une longue analyse spciale1 qu'il recomm5ce plusieurs fois4 ,puis1 qu& il a pes les div]ses sub/ances1 il lui re/e encore1 en utilisant les moy5s prodigieux que lui f\rnit ma9t5ant la sci5ce1 tudi] les raies colores que l'eau de la s\rce produit dans un spectre lum9eux4 ,ces raies1 qui p]mett5t l'a/ronome de dc\vrir les mtaux dans les a/res1 brillant comme un po9t au fond de l'espace inf9i1 rvl5t galem5t au *imi/e les traces des corps qui se tr\v5t en quantits inf9itsimales dans la g\tte des fonta9es4 ,le j\r o deux ,allem&s ont signal1 arra* p\r a9si dire de la s\rce1 p> la =ce de la sci5ce1 des mtaux que l'on ne connaissait pas encore e/ un des gr&s j\rs de l'hi/oire4 ,comp>es cette date1 combi5 sont insignifiantes dans les annales de l'humanit les victoires ou la mort du plus clbre des conqurants6 ,diffr5tes les unes des autres p> les sub/ances qu'elles apport5t de leur voyage dans le monde s\t]ra9 les fonta9es qui s'c\l5t v]s le ruisseau sont aussi de tempratures div]ses4 ,il en e/ dont l'eau a prcism5t la *aleur moy5ne de l'atmosphre qui pse sur la contre2 d'autres sont plus froides1 p>ce qu'elles desc5d5t des neiges ou p>ce qu'une =te vaporation se produit dans les canaux intrieurs s\s l'influ5ce des c\rants d'air2 d'autres encore sont tides ou *audes2 on en tr\ve t\s les degrs entre celui de la glace fondante et celui de la vapeur en explosion4 ,p> sa temprature1 la s\rce n\s donne a9si comme un rsum de son hi/oire s\t]ra9e3 il n\s suffit d'y tremp] le doigt et n\s appr5ons en mme temps quel a t son voyage dans les g\ffres ca*s4 ,au bord d'une eau froide1 n\s reg>dons les monts neigeux et n\s n\s disons3 ,c'e/ de l-haut que desc5d la fonta9e6 ,mais que l'eau soit tide1 c'e/1 n'en pas d\t] p>ce qu'elle a d'abord tr\v son *em9 de faille en faille jusqu' une gr&e pr(ondeur et qu'elle s'e/ r*auffe dans ces conduits tnbreux avant de remont] la surface4 ,enf91 l o la temprature d'une s\rce appro*e de celle de la vapeur *aude1 n\s savons p> cela mme que le ruisseau a c\l deux ou trois kilomtres au-dess\s du sol1 c> c'e/ de p>eilles pr(ondeurs seulem5t que la temprature des ro*es e/ aussi leve que celle de l'eau b\illante4 ,n\s re/ons assis notre aise sur le gazon au bord de la fonta9e2 mais l'expri5ce si pniblem5t acquise p> les m9eurs dans leurs gal]ies pr(ondes n\s p]met de suivre p> la p5se l'it9raire que le filet d'eau a suivi dans l'paisseur des ro*es avant de jaillir au dehors4 ,plus encore que les eaux froides1 celles qui sont tides ou !rmales travaill5t diss\dre la pi]re dans l'intrieur des ro*es1 puis la dpos] s\s une autre =me leur issue4 ,en ma9ts endroits1 les eaux *audes qui c\r5t v]s le ruisseau s'pan*5t d'abord dans un l>ge bass9 qu'elles ont elles-mmes apport et sculpt molcule molcule2 ct se tr\v5t d'autres vasques dlaisses1 et et l les f5tes qui s'ouvr5t dans le ro*] sont bordes de *>mantes concrtions1 p>eilles aux revtem5ts de m>bre plaqus sur les faades de nos difices4 ,mais que sont ces faibles dpts siliceux ou calcaires en comp>aison des con/ructions normes leves en div]s pays du monde p> des rivires !rmales1 comme celles de ,holly-,spr+s aux tats-,unis6 ,les voyageurs n\s dis5t que ces eaux *audes difi5t de vritables *teaux1 des citadelles1 des remp>ts de plusieurs kilomtres de longueur4 ,blancs comme l'albtre1 les pili]s et les contre-=ts1 incessamm5t grossis p> les cascades ruisselantes1 gagn5t peu peu sur la pla9e4 ,l'eau1 con/ruisant sans rel*e1 se f]me con/amm5t elle-mme son propre passage1 et sans cesse la re*]*e d'un n\veau lit1 laisse d]rire elle des bass9s1 des ponts ina*evs1 des colonnades bau*es4 ,des montagnes entires1 que le gologue explore avec admiration1 ont t bties p> les torr5ts d'eau *aude jaillissant des pr(ondeurs4 ,mais ces m]veilles sont loignes et peu nombreux sont p>mi n\s ceux qui peuv5t contempl] ces rivires *audes l'oeuvre dans la con/ruction de leurs difices m>morens4 ,plus mode/es1 les fonta9es de notre petit bass9 ne *ang5t po9t le relief du sol et l'aspect des paysages en quelques annes2 mais si elles mett5t des sicles et des sicles leur travail1 elles n'en f9iss5t pas mo9s p> r5\vel] t\t l'espace qu'elles arros5t2 elles *ang5t peu peu la pi]re et se donn5t a9si un lit t\t diffr5t de celui que leur avait prp> la nature4 ,le gologue et le m9eur qui pntr5t de =ce avec le pic et le m>teau dans l'intrieur des ro*]s y dc\vr5t des ve9es de jaspe et d'autres pi]res transp>5tes ou colores4 ,c'e/ le filet d'eau !rmale1 portant de l'argile en dissolution1 qui l'a dpose dans la fissure o il r\lait1 puis qui *angeant de c\rs1 s'e/ pan* p> d'autres failles4 ,t\s ces filons s9ueux qui trav]s5t les ro*es comme des ve9es de cri/al1 c'e/ des ruisseaux qu'ils doiv5t leur orig9e3 il e/ vrai que dans la plup>t des cas1 les eaux jaillissai5t des pr(ondeurs du sol1 non s\s la =me liquide1 mais s\s la =me de vapeurs et la temprature de plusieurs c5ta9es de degrs1 c> autrem5t elles n'aurai5t pu diss\dre les matriaux qui tapiss5t les p>ois de leurs anci5s lits4 ,a9si les m9]ais d'or et d'arg5t ont t s\ffls du fond des ro*es p> les vapeurs d'un ,pactole s\t]ra94 ,=tes de la puissance norme que leur donne le temps1 les petites s\rces qui dissolv5t les rocs et sublim5t les mtaux1 p>vi5n5t aussi quelquefois sec\] les montagnes4 ,p> une belle soire d'automne1 une viol5te ondulation du sol se fit s5tir dans le bass9 du ruisseau2 les maisons se mir5t vibr]1 la gr&e t]reur des habitants1 et mme quelques murs dj lz>ds s'cr\lr5t4 ,ce fur5t l t\s les malheurs causs p> le tremblem5t de t]re1 mais p5dant longtemps ils s]vir5t de sujet d'entreti5 aux savants et aux ignorants de nos villages4 ,les uns p>lai5t d'une gr&e m] de feu qui remplirait la t]re et disai5t qu'une tempte en avait agit les vagues2 d'autres prt5dai5t qu'un volcan *]*ait p\ss] dans le vois9age et qu'avant peu un cratre allait s'ouvrir2 d'autres encore1 qui ne savai5t ri5 du feu c5tral et n'avai5t jamais vu ni cratre1 ni c\le de laves1 p5sai5t un gr\pe de fonta9es sal9es et gypseuses qui jailliss5t dans un vallon au pi$ d'un coteau rocailleux2 voyant qu'aprs le tremblem5t de t]re1 elles avai5t c\l tr\bles et b\euses et que plusieurs d'entre elles s'tai5t dplaces1 ils se dem&ai5t si ce n'tai5t pas l les vritables c\pables4 ,peut-tre bi5 ces villageois avai5t-ils raison4 ,p5dant *aque seconde1 p5dant *aque m9ute1 ces s\rces n'apport5t1 il e/ vrai1 qu'une quantit presque inf9itsimale de sel1 de gypse et d'autres sub/ances solides2 mais aprs des annes et des sicles1 il se tr\ve que les filets d'eau s\t]ra9s ont diss\s des assises entires dans les fondem5ts mmes de la montagne4 ,les pili]s trop faibles qui port5t l'imm5se difice cd5t s\s le poids1 les votes s'effondr5t1 le mont en frmit de la base au sommet1 et la t]re e/ agite des c5ta9es de kilomtres de di/ance comme si une explosion t]rible en avait disloqu les c\*es4 ,le gant ,encelade qui vi5t de sec\] a9si les montagnes1 les coll9es et les pla9es1 c'e/ l'aimable s\rce dont une t\ffe d'h]bes me ca*e demi le bass94 ,heureusem5t les fonta9es sav5t se faire p>donn] les mom5ts de t]reur qu'elles n\s caus5t p>fois en branlant le sol4 ,elles n\s abreuv5t1 n\s et nos tr\peaux1 elles arros5t nos *amps et font lev] les sem5ces1 elles n\rriss5t les arbres1 elles n\s apport5t de l'intrieur de la t]re des trsors que sans elles n\s n'aurions jamais pu dc\vrir2 enf9 elles =tifi5t nos corps1 n\s r5d5t la sant p]due1 rtabliss5t l'quilibre de nos esprits tr\bls4 ,telles sont1 au sortir de la t]re bi5faisante1 les v]tus curatives des fonta9es !rmales et m9rales que dans t\s les pays civiliss on btit des difices au-dessus des bass9s p\r en emprisonn] l'eau et en mesur] soigneusem5t l'emploi dans les baignoires et les pisc9es4 ,af9 de recueillir jusqu' la d]nire g\tte du prcieux liquide1 les +nieurs creus5t au lo9 le ro*] et saisiss5t au passage le filet qui ruisselle dans les failles1 le jet de vapeur qui s'lance des pr(ondeurs ca*es4 ,avides de sant1 les malades utilis5t t\t ce que la s\rce apporte avec elle et t\t ce qu'elle baigne de son eau2 ils respir5t le gaz qui s'en *appe1 ils se plong5t dans les b\es noires qu'elle =me avec le sable ou l'argile1 ils vont jusqu' se rec\vrir comme des tritons du limon v]t qui s't5d en tapis sur les eaux4 ,t\tefois ils ne p\ss5t pas la religion jusqu' press] sur leurs corps les animaux qui naiss5t et se dvelopp5t dans la d\ce tideur de l'eau !rmale4 ,il e/ de *>mantes c\leuvres qui viv5t en gr& nombre dans c]ta9es s\rces2 qu& la baigneuse ap]oit t\t c\p le reptile1 dr\lant ct d'elle ses gracieux anneaux1 elle ne croit po9t l'app>ition m]veilleuse du s]p5t d',esculape2 mais1 ple9e de t]reur1 elle s'lance en sursaut et p\sse de gr&s cris4 ,autrefois c'tait aux sorci]s et aux dev9s habiles de montr] aux malades la s\rce o ils tr\v]ai5t la gurison ou l'allgem5t de leurs maux2 auj\rd'hui les mdec9s et les *imi/es1 remplaant les magici5s du moy5 ge1 n\s indiqu5t avec plus d'autorit l'eau bi5faisante qui n\s r5dra les =ces et n\s donn]a une seconde jeunesse4 ,qu& la sci5ce s]a faite et que l'homme1 sa*ant p>faitem5t quel doit tre son g5re de vie1 saura en outre quelles eaux1 quelle atmosphre convi5n5t la gurison de ses maux1 alors n\s p\rrons j\ir de la plnitude de nos j\rs et prolong] notre exi/5ce jusqu'au t]me naturel1 p\rvu que notre tat social ne soit pas t\j\rs de n\s entre-har et de n\s entre-tu]4 ,en ,arabie1 les fanatiques s\v]a9s des ,wahabites faisai5t b\*] soigneusem5t t\tes les fonta9es !rmales et m9rales1 de peur que leurs sujets1 assurs de la v]tu de ces eaux jaillissantes1 oubliass5t de mettre leur confiance en la seule puissance d',allah4 ,dans l'av5ir1 au contraire1 n\s saurons utilis] *aque g\tte qui s'*appe du sol1 *aque molcule qu'elle amne la surface de la t]re et n\s lui assign]ons son rle p\r le bi5-tre de l'humanit4 ,,*apitre ,,viii ,,les ,,rapides ,,et ,,les ,,cascades ,mlant t\t dans son lit1 eaux desc5dues de la montagne et remontant des pr(ondeurs1 s\rces froides1 tides et !rmales1 sal9es1 calcaires et f]rug9euses1 le ruisseau grossit1 grossit *aque t\rnant de la valle1 *aque n\vel afflu5t4 ,rapide et bruyant comme un jeune homme entrant dans la vie1 il mugit et s'lance p> bonds dsordonns2 lui aussi se calm]a1 il ral5tira son c\rant en arrivant la pla9e horizontale et monotone2 ma9t5ant il glisse joyeusem5t sur la p5te et se hte v]s la m]4 ,il e/ encore dans la priode hroque de son exi/5ce4 ,dans cette p>tie de son c\rs1 les rapides1 les cascatelles1 les *utes sont les gr&s phnomnes de la vie du ruisseau4 ,non encore assez =t p\r galis] compltem5t la p5te de son lit1 p\r creus] t\tes les assises et les saillies des ro*es1 p\r rduire en p\ssire t\s les blocs p>s1 le ruisseau doit surmont] ces ob/acles en s'pan*ant p>-dessus4 ,les *utes v>i5t l'inf9i1 suivant la hauteur des ro*es qu'elles ont fran*ir1 suivant l'incl9aison des p5tes1 l'abondance des eaux1 l'aspect des b]ges1 la vgtation des bords et des pi]res imm]ges4 ,t\tes diffr5tes les unes des autres1 t\tes aussi sont belles1 soit p> leur grce1 soit p> leur maje/1 et c'e/ avec bonheur que l'on s'assi$ ct d'elles en se laissant m\ill] de leur cume4 ,les rapides sont les cascades bau*es qui pr5n5t leur lan1 puis s'arrt5t et se prcipit5t de n\veau4 ,ici l'eau qui se heurte contre une pi]re m\ssue l'enveloppe comme d'un globe de v]re transp>5t et en ce9t la base d'un lisr d'cume2 l1 le c\rant incl9 s'enfuit rapidem5t entre deux ro*es1 puis au-dessus d'cueils ca*s se plisse en vagues p>allles2 plus lo91 le flot se divise en plusieurs filets s'lanant p> bonds 9gaux4 ,l'eau pr(onde1 la m9ce nappe1 la frange d'cume se succd5t en dsordre jusqu'au bas de la p5te1 o le ruisseau repr5d son calme et l'galit de son c\rs4 ,et p>mi les cascades1 quelle tonnante div]sit6 ,j'en connais une1 *>mante entre t\tes1 qui se ca*e s\s le feuillage et s\s les fleurs4 ,avant de se prcipit]1 la surface du ruisseau e/ p>faitem5t lisse et pure2 pas une saillie de ro*]1 pas une h]be du fond n'en int]romp5t le c\rs sil5cieux et rapide2 l'eau c\le dans un canal aussi rgulirem5t taill que s'il avait t creus de ma9 d'homme4 ,mais l'endroit de la *ute1 le *angem5t e/ s\da94 ,sur la corni*e d'o l'eau s'lance en cascade se dress5t des massifs de ro*]s p>eils aux piles d'un pont cr\l et s'appuyant sur de l>ges contre-=ts la base assige d'cume4 ,des b\quets de saponaires et d'autres plantes sauvages p\ss5t comme en des vases d'ornem5t dans les anfractuosits des po9tes qui dom95t les cascades1 t&is que des ronces et des clmatites1 dployes en rideau1 atta*5t leurs guirl&es aux saillies de la pi]re et voil5t les nappes p>tielles de la *ute4 ,l'pais rseau de v]dure oscille l5tem5t s\s la pression de l'air qu'entrane avec elle l'eau plongeante1 et les lianes isoles1 dont les extrmits baign5t dans les rem\s cumeux1 frmiss5t incessamm5t4 ,l'oiseau vi5t faire son nid dans ce feuillage et s'y laisse balanc] p> le flot4 ,t\t p> de fleurs au pr9temps1 orn de fruits en t et en automne1 le rideau susp5du devant la cat>acte en t\ffe demi le fracas2 on p\rrait le croire loign si le soleil1 d>dant ses rayons trav]s les bran*es1 ne faisait brill] et l un diamant s\s la v]dure4 ,a quelque di/ance de cette cascade voile s\s les feuilles et les fleurs1 une autre assise de ro*es trav]se le ruisseau1 mais elle e/ =t dure et l'eau n'a gure pu l'entam] p\r y creus] son lit4 ,il lui a donc fallu s'tal] au l>ge1 en dblayant pi]res et t]re vgtale1 et se divis] en de nombreux filets *]*ant *acun quelque endroit favorable p\r faire leur plongeon4 t5du sur une ro*e polie qui s'lve au milieu des cascatelles1 n\s les voyons bondir de t\s les cts1 les unes assez =tes p\r entran] des blocs de pi]re1 les autres trop faibles p\r drac9] une t\ffe de gazon4 ,ici e/ une petite nappe d'eau qui s'tale sur un ro*] t\t capitonn de limon v]t1 puis se glisse s\s une assise surplombante borde de f\gres1 et s'*appe furtivem5t entre deux tiges de saules incl9s4 ,plus lo91 un m9ce filet liquide1 cont5u dans une sorte de ra9ure1 ruisselle1 sc9tille et gaz\ille en tombant4 ,une autre c\le dans une faille noirtre et l'on n'en voit du dehors que des clairs indi/9cts2 une autre encore s'lance de et del1 se tord comme un s]p5t aux anneaux alt]nativem5t noirs et arg5ts4 ,a trav]s les ro*es1 les h]bes1 les arbrisseaux1 t\s les ruisselets sp>s p\r un in/ant se rappro*5t de n\veau comme une tr\pe d'enfants l'appel d'une mre4 ,et t\t cela rit et *ante avec joie4 ,*aque cascatelle a sa voix1 d\ce ou grave1 arg5t9e ou pr(onde1 et t\tes s'accord5t en un conc]t *>mant qui b]ce la p5se et1 comme la musique1 lui donne un m\vem5t gal et rhy?m4 ,enf9 t\s les filets p>s se sont runis dans le lit commun1 ils entre-crois5t leurs c\rants et leurs bordures d'cume1 puis repr5n5t ensemble le *em9 de la pla9e4 ,la cat>acte e/ bi5 autre *ose4 ,ici1 les eaux ne s'tal5t pas sur un l>ge espace p\r ruissel] comme au has>d1 elles se runiss5t1 au contraire1 p\r s'lanc] en une masse compacte dans l'troit passage laiss entre deux po9tes de roc4 ,dprim sur les bords et gonfl au milieu cause de l'appel du c\rant1 le ruisseau se rtrcit et se bombe jusqu' la corni*e d'o il pr5d son lan4 ,l'eau1 emporte d'une vitesse extrme1 a p]du ses vaguelettes1 ses petites ondulations2 t\tes ses rides1 allonges p> la rapidit du flot1 se sont *anges en autant de lignes p]p5diculaires comme traces p> la po9te d'un /ylet4 ,semblable une t(fe soyeuse qui se dploie1 la nappe liquide se dta*e de l'arte du ro*] et se rec\rbe au-dessus d'une noire alle au fond de laquelle b\illonn5t les eaux4 ,a la base de la cat>acte1 c'e/ un *aos d'cume4 ,la masse qui plonge se brise en vagues entre-heurtes qui revi5n5t en tumulte au-devant de la g]be unie et s'a*>n5t contre elle comme p\r l'escalad]4 ,dans le g\ffre tonnant l'eau et l'air1 entrans en mme temps p> la trombe1 se ml5t confusm5t en une masse blan*e qui s'agite sans f93 *aque flot1 *angeant incessamm5t de =me1 e/ un *aos dans le *aos4 ,en s'*appant du t\rbillon1 l'air emprisonn s\lve des fuses de g\ttelettes qui s'lanc5t dans l'espace en br\ill>ds et s'iris5t au soleil4 ,p>fois aussi1 enf]m s\s la g]be plongeante1 il y entrane avec lui des nappes cumeuses que l'on voit trav]s le flot bleu s'agit] le long du ro*] comme des spectres blan*tres4 ,bi5 lo9 encore en avant de la *ute cont9ue le b\illonnem5t du ruisseau4 ,de *aque ct t\rnoi5t de viol5ts rem\s au fond desquels s'entre-*oqu5t des pi]res1 creusant p\r les ges futurs des m>mites de gants4 ,s\s la pression de l'orage qui la p\rsuit1 l'eau t\te blan*e et ptillante s'enfuit dans le canal2 t\tefois1 elle se ral5tit peu peu1 elle pr5d une nuance d'un bleu laiteux comme celle de l'opale1 puis elle n'(fre plus que de lgres /ries d'cume et bi5tt elle retr\ve son calme et son azur4 ,ri5 ne rappelle plus la *ute s\da9e du ruisseau1 si ce n'e/ la fume de g\ttelettes que l'on voit brill] au lo9 sur la masse cr\lante et le mugissem5t cont9u qui fait vibr] l'atmosphre4 ,c]tes1 la mode/e cat>acte du ruisseau n'e/ po9t une m] qui tombe comme le saut du ,niag>a2 mais1 aussi petite qu'elle soit1 elle n'en laisse pas mo9s une impression de gr&eur celui qui sait la reg>d] et ne passe pas indiffr5t4 ,irrsi/ible1 implacable1 comme si elle tait elle-mme p\sse p> le de/91 l'eau qui s'c\le e/ anime d'une telle vitesse que la p5se ne peut la suivre3 on croirait avoir s\s les yeux la moiti visible d'une l>ge r\e t\rnant incessamm5t aut\r du ro*]3 reg>d] cette nappe1 t\j\rs la mme et t\j\rs r5\vele1 on p]d graduellem5t la notion des *oses relles4 ,mais p\r se s5tir puissamm5t tre9t p> t\t le v]tige de la cascade1 c'e/ en amont qu'il faut reg>d]1 au-dessus de l'endroit o l'eau cesse de c\l] sur le fond et1 dcrivant sa c\rbe1 plonge librem5t dans l'espace4 ,les lots d'cume1 les feuilles entranes arriv5t l5tem5t sur la masse unie1 comme des voyageurs dont ri5 ne tr\ble la quitude2 puis1 t\t c\p1 les voil qui frmiss5t1 qui t\rn5t sur eux-mmes1 et de plus en plus rapides1 s'lanc5t dans un pli de l'eau p\r disp>atre avec la *ute4 ,a9si1 dans une procession sans f91 t\t ce qui desc5d la surface de l'eau obx l'attraction du g\ffre3 on voit ces objets s'enfuir comme des /ries rapides1 comme des traits aussitt van\is qu'entrevus2 le reg>d1 entran lui-mme sur la p5te p> cette fuite dsordonne des feuilles et des ar*ipels d'cume1 *]*e se repos] dans l'abme v]s lequel t\t semble m>*]3 c'e/ l1 semble-t-il1 dans le g\ffre mugissant1 que doit se tr\v] la paix4 ,p>fois un insecte qui se dbat dans le c\rant ou qui *]*e mont] sur une feuille flottante arrive1 lui aussi1 l5tem5t port v]s le prcipice4 ,il agite les pattes et les ant5nes en dsespr1 il se ploie et se tord dans t\s les s5s2 mais ds qu'il a s5ti l'attraction t]rible1 ds qu'il a comm5c de dcrire avec la masse de l'eau la gr&e c\rbe de la *ute1 il arrte s\da9 ses m\vem5ts1 il se laisse entran] et s'ab&onne la de/9e4 ,c'e/ a9si qu'un ,indi5 et sa femme1 ramant dans leur pirogue en amont de la cat>acte du ,niag>a1 fur5t saisis p> un rem\s viol5t et ports v]s les *utes4 ,longtemps ils essayr5t de lutt] contre la pression t]rible2 longtemps1 les spectateurs angoisss qui c\rai5t le long du rivage pur5t croire que les deux rameurs ti5drai5t tte au c\rant et p>vi5drai5t le remont]2 mais non1 la pirogue e/ va9cue dans son ef=t2 elle cde1 cde de plus en plus2 elle desc5d en drive sur le flot2 elle appro*e de la c\rbe t]rible1 t\t espoir e/ p]du4 ,alors les deux ,indi5s cess5t de ram]1 ils crois5t les bras1 reg>d5t avec srnit l'espace qui t\rbillonne aut\r d'eux1 et fi]s jusque dans la mort1 comme il convi5t des hros1 ils s'eng\ffr5t dans la trombe imm5se4 ,vue p> le reg>d de la sci5ce dans l'inf9it des ges1 la cascade elle-mme n'e/ pas un phnomne mo9s fugitif que ces insectes et ces tres huma9s emports dans le g\ffre1 c> elle aussi a comm5c1 elle aussi doit disp>atre4 ,a la surface de la t]re1 t\t nat1 vieillit et se r5\velle comme la plante elle-mme4 ,t\te valle1 lorsqu'elle livra p\r la premire fois passage au fleuve ou au ruisseau qui la p>c\rt1 tait bi5 plus accid5te qu'elle ne l'e/ actuellem5t3 succession biz>re de fissures et de bass9s1 elle n'(frait qu'une srie de lacs unis et de cascades plongeantes2 mais peu peu la p5te s'e/ galise1 les lacs se sont remplis d'alluvions1 les cascades qui creus5t graduellem5t le ro*] se sont *anges en rapides1 puis en c\rants pacifiques4 ,tt ou t>d1 le ruisseau s'c\l]a d'un flot gal v]s la m]4 ,a la f91 t\te 9galit devrait disp>atre1 si la t]re1 en vieillissant d'un ct1 ne rajeunissait pas de l'autre4 ,s'il e/ des montagnes qui s'abaiss5t1 ronges p> les intempries1 il en e/ aussi qui s'lv5t1 p\sses v]s la lumire p> les =ces s\t]ra9es2 t&is que des fleuves t>iss5t l5tem5t1 bus p> le ds]t1 des torr5ts naiss5t et gr&iss5t2 des cascades s'oblitr5t1 mais d'autres1 aprs avoir rompu les p>ois qui les ret5ai5t1 s'pan*5t de lacs levs et se dploi5t en voiles lg]s ou en puissantes g]bes sur le flanc des monts4 ,,*apitre ,,ix ,,les ,,s9uosit,s ,,et ,,les ,,rem\s ,puisque des ro*]s de la montagne la pla9e basse1 le sol1 remani p> les eaux p5dant la srie des ges1 s'incl9e en p5te rgulire v]s le bord de l'ocan1 le ruisseau1 semble-t-il1 devrait s'c\l] en ligne droite1 entran p> son poids2 mais au contraire1 son c\rs e/ une succession de c\rbes4 ,la ligne droite e/ une pure ab/raction de l'esprit1 et comme le po9t ma?matique1 autre *imre1 n'a d'exi/5ce que p\r les gomtres4 ,dans les pr(ondeurs des cieux1 le soleil1 les satellites1 les comtes1 t\rbillonn5t en rondes imm5ses2 sur notre b\le plantaire1 emporte comme t\tes les autres dans une spirale d'ellipses inf9ies1 les ouragans1 les trombes1 les v5ts1 les mo9dres s\ffles de l'atmosphre se propag5t en t\rnoyant2 les eaux de la m] se pliss5t et se dr\l5t en lames arrondies2 t\tes les =mes organiques1 animaux et plantes1 n'(fr5t dans leurs cellules et leurs vaisseaux que des surfaces c\rbes et des s9uosits2 mme les durs cri/aux1 reg>ds trav]s le microscope1 n'ont plus ces plans rguli]s1 ces artes inflexibles qu'ils ont s\s notre oeil nu3 les d5ts1 les fl*es1 les spicules1 les /ries des m9raux et des organismes inf9im5t petits rvl5t les molles ondulations de leurs cont\rs s\s le reg>d de l'in/rum5t qui les scrute4 ,p>t\t o se produit un m\vem5t1 dans la pi]re aussi bi5 que dans t\s les autres corps et dans l'ensemble des mondes1 ce m\vem5t1 rsultant de plusieurs =ces1 s'accomplit suivant une direction curviligne4 ,quant au ruisselet et aux eaux qui l'empliss5t1 nul beso9 n'e/ de s'arm] les yeux d'un microscope p\r en voir les s9uosits et les t\rbillons4 ,dans le lit1 tortueux lui-mme1 et s\s les arbres qui l'ombrag5t1 t\t se meut en c]cles1 en rem\s1 en spirales3 les h]bes du fond1 *evelures onduleuses1 les rides de la surface1 les libellules qui vol5t au-dessus des joncs1 qui se r5contr5t1 puis se sp>5t p\r se r5contr] encore1 les m\*]ons qui t\rnoi5t dans une ronde sans f91 le v5t qui passe en dess9ant en noir sur la nappe brillante des b\ffes circulaires2 je ne vois que c\rbes gracieusem5t entre-croises1 que c]cles enlacs1 que figures aux cont\rs flottants4 ,a9si que l'indiqu5t les plongeons et les m]sions successives de la feuille entrane1 l'eau qui vi5t de desc5dre v]s le fond1 remonte p> une n\velle c\rbe v]s la surface1 s'tale la lumire1 puis disp>at encore au-dess\s de c\rbes liquides1 qui1 elles aussi1 vi5n5t de c\l] sur le fond du lit4 ,s\s l'impulsion du c\rant1 les molcules d'eau *ang5t incessamm5t leur position respective2 elles se dirig5t v]s la droite1 mais une autre molcule les faits dvi] gau*e4 ,dans le lit commun1 *aque g\ttelette a son c\rs p>ticuli]1 biz>re srie de c\rbes v]ticales1 horizontales1 obliques1 comprises dans les gr&s m&res du ruisseau3 c'e/ a9si que les circuits d'une plante se dvelopp5t dans l'imm5se orbite du sy/me solaire qui les entrane4 ,pris dans son ensemble1 le ruisseau t\t enti] se dplace de ct et d'autre comme les g\ttes qui le compos5t4 ,sa masse1 arrte p> quelque ro*e ou p> un tronc d'arbre plac en trav]s du lit1 glisse latralem5t et va se heurt] contre une b]ge4 ,rep\sse p> l'ob/acle1 elle rebondit v]s la rive oppose1 la frappe1 et de n\veau rejete obliquem5t1 s'lance en s5s inv]se4 ,a9si le c\rant se porte incessamm5t d'un bord l'autre p> c\rbes successives3 de la s\rce l'emb\*ure1 c'e/ un long rico*et de l'eau entre les deux rivages4 ,les rondeurs convexes et concaves alt]n5t le long des bords3 c'e/ un rhy?me1 une musique p\r le reg>d4 ,d'ailleurs1 la rgul>it des c\rbes n'e/ po9t ma?matique2 les m&res v>i5t de =me l'inf9i suivant la nature des t]ra9s1 la dclivit du sol1 la viol5ce du c\rant1 les dbris r\ls sur le fond du lit4 ,entre les p>ois de ro*]s1 les angles sont faiblem5t arrondis1 les t\rnants s\da9s2 l'eau1 impuissante sculpt] pr(ondm5t les assises de pi]re1 revi5t brusquem5t sur elle-mme3 dans les montagnes surt\t1 l o la p5te du lit e/ trs-considrable1 le torr5t enf]m dans les dfils se jette de droite et de gau*e p> lans successifs1 comme un animal p\rsuivi qui *]*e dj\] le *asseur4 ,dans la pla9e1 les b]ges consolides p> les rac9es des gr&s arbres rsi/5t aussi p5dant longtemps l'action du c\rant1 et dans ma9ts endroits le canal du ruisseau n'(fre que de faibles s9uosits sur une longue t5due3 en se ret5ant de la ma9 une =te bran*e et en se p5*ant au-dessus du flot1 on voit se dvelopp] au lo91 comme dans une alle1 la p]spective des troncs et des bran*es reflte dans l'eau1 et l raye de lumire2 t\tefois l aussi1 l'av5ue1 presque droite en app>5ce1 f9it p> ab\tir un m&re1 auquel succd5t d'autres t\rs et dt\rs1 jusqu' ce que le ruisseau se mle aux eaux d'un fleuve p\r all] s'engl\tir dans la m]4 ,les c\rs d'eau qui prs5t5t de la manire la plus *>mante cette succession rhy?me des anses et des presqu'les sont les torr5ts tals l'aise dans un l>ge lit de sables ou de galets et les ruisseaux ou les rivires qui c\l5t dans les prairies1 entre des b]ges sablonneuses1 s'b\lant facilem5t s\s la pression du flot4 ,tels sont les bords de notre ruisseau dans presque t\te la p>tie de son c\rs qui comm5ce au sortir des montagnes4 ,comme tant d'autres eaux c\rantes *antes p> les potes1 il rappelle l'imag9ation le s]p5t qui glisse dans l'h]be en dr\lant ses anneaux4 ,vu du haut d'une coll9e1 les m&res brill5t la lumire comme les plis et les replis de c\leuvres aux reflets arg5ts2 seulem5t1 plus gr&s que les dragons de l'antique my?ologie1 ces gigantesques s]p5ts ont p\r lit une valle qui s't5d p]te de vue1 depuis les montagnes jusqu'aux pla9es basses ou mme aux plages sablonneuses de l'ocan4 ,dans presque t\tes les contres du monde1 les campagn>ds ont naturellem5t eu l'ide d'assimil] la s\rce du ruisseau la tte de l'imm5se animal3 la fonta9e jaillissante e/ p\r eux le ,*ef de l',eau1 ,ras el ,an4 ,a9si la rivire de ,drot1 dans le midi de la ,france1 s]p5te du village de ,cap-,drot ou ,*ef-,drot1 qui le dom9e la s\rce1 celui de ,cau-,drot ou ,queue-,drot1 qu'il baigne son emb\*ure dans la ,g>onne4 ,comme notre ruisseau1 comme t\tes les rivires et t\s les fleuves1 comme ce tortueux ,m&re d',asie qui a donn son nom aux s9uosits des c\rs d'eau1 les ruisselets de quelques mtres de longueur qui se creus5t sur la plage de l'ocan aprs le reflux de la m>e ont aussi la =me s]p5t9e la plus gracieuse4 ,*acun de ces petits sillons avec les afflu5ts presque imp]ceptibles qui le rejoign5t se dess9e sur le sol comme l'image d'un arbu/e aux tremblotantes ramures4 ,d'une seule de ses vagues qui s'cr\le avec fracas sur le bord1 la puissante m] rec\vre d'une c\*e de sable t\s ces petits sy/mes de fleuves en m9iature2 mais les filets d'eau qui r$esc5d5t se creus5t de n\veau un *em91 et leurs lits1 l>ges de quelques millimtres pe9e1 se dvelopp5t de n\veau en une srie d'ondulations rgulires4 ,qu'un tr\ se creuse dans le sable au-dessus de quelque dbris r\l p> le flot ou de la retraite d'un animal m>91 et le petit torr5t de g\ttelettes entran v]s cet entonnoir y disp>at en t\rnoyant avec un m\vem5t analogue celui d'une vis4 ,de mme qu& le microscope n\s rvle les my/res de la simple g\tte pe9e visible l'oeil nu1 qu'y voyons-n\s1 s9on des c\rants s9ueux et des rem\s circulaires1 comme dans les fleuves et dans le gr& ocan8 ,le voyage de l'eau qui desc5d de la montagne v]s la m] se fait p> un circuit de c\rbes s'entre-croisant l'inf9i4 ,e/-ce p\r cela que la lg5de g]manique n\s reprs5te les ond9es des ruisseaux planant la nuit en va/es rondes et rasant du pi$ la nappe des fonta9es8 ,c'e/ au-dessus des rem\s et des t\rbillons que les danses de ces nymphes entrevues p> les potes doiv5t tre int]m9ables1 c> l'eau y t\rnoie sans f9 comme en un c]cle qui n'a po9t d'issue4 ,au pi$ d'une cascade1 un promontoire de ro*]1 assig p> le torr5t d'cume1 protge de sa masse un bass9 tranquille o t\rnoi5t a9si les eaux rejetes latralem5t p> le flot4 ,ri5 de plus gai premire vue1 et de plus attri/ant la longue que le spectacle (f]t p> le m\vem5t d'un objet qui s'e/ g> dans le rem\s en tombant avec la cascade4 ,un gl& de *ne encore muni de sa cupule vi5t d'tre entran p> la *ute et rep>at au milieu de l'cume4 ,p5dant quelques in/ants1 il semble s'enfuir avec le c\rant1 mais un flot oblique le p\sse l'c>t1 il entre dans le rem\s et1 rasant la base du ro*]1 ret\rne peu peu v]s la cascade4 ,dj il se tr\ve dans le conflit des eaux entre-*oques1 nanmo9s il avance t\j\rs1 et bi5tt il arrive s\s le poids du ruisseau qui s'cr\le2 alors1 comme anim d'une volont s\da9e1 il pir\ette et s'eng\ffre en t\rnoyant4 ,plus bas1 il rep>at avec les eaux calmes1 mais p\r recomm5c] sa ronde1 et s'enfuir encore s\s le *oc d'une n\velle d\*e4 ,p>fois1 il s'lance si lo9 qu'on le croit sur le po9t d'*app] df9itivem5t l'appel du rem\s2 il semble se dcid] p>tir en compagnie d'un petit flocon d'cume2 mais non1 il hsite encore1 puis1 comme un navire arm de son g\v]nail1 il t\rne de n\veau le cap v]s la cascade et repr5d son m\vem5t gyratoire4 ,peut-tre cette ronde sans f9 dur]a-t-elle jusqu' ce que la cupule se dta*e du gl& et que celui-ci1 entirem5t imprgn d'eau1 tombe au fond du lit p\r s'y dsagrg] peu peu et s'y trans=m] en vase4 ,on tr\ve quelquefois sur le bord du ruisseau d'tranges b\les hrisses de piquants comme des *taignes encore sur l'arbre3 ce sont des amas d'p9es qui se sont agglomres en t\rnoyant dans un rem\s4 ,lors des gr&es crues du ruisseau1 alors que ses eaux entran5t au lo9 non-seulem5t des gl&s de *ne1 des bran*illes et des p9es1 mais aussi des arbres enti]s1 c'e/ dans le t\rbillon du bass9 que f9it1 du mo9s p\r un temps1 l'odysse des troncs voyageurs4 ,un mat91 quelques amis et moi n\s tions alls visit] la cascade p\r en voir brill] aux premi]s rayons du soleil l'cume nuance de rose4 ,un gr& sap91 bran* p> ses *ocs contre les pi]res1 t\rnoyait l\rdem5t dans le g\ffre4 ,jeunes et =t ignorants encore des *oses de la nature1 n\s reg>dions avec tonnem5t les s\bresauts et les plongeons de la masse norme4 ,sans trve1 sans repos1 le tronc ballott des eaux allait de la cascade au ro*] et rev5ait du ro*] la cascade3 l1 il r\lait sur lui-mme1 se p]dait un in/ant dans l'ouragan d'eau et d'cume1 puis rep>aissait au lo9 en se dressant hors de l'abme comme un mt de navire naufrag4 ,retombant avec bruit1 il flottait l5tem5t jusqu' l'extrmit du bass91 et se heurtait contre une p>oi qui le r5voyait v]s la cat>acte4 ,symbole des malheureux que p\rsuit l'inexorable de/91 il t\rnait1 t\rnait sans cesse comme la bte froce enf]me dans une troite cage de f]4 ,p\rtant n\s att5dions navem5t qu'il v\lt bi5 sortir du c]cle fatal et flott] v]s la valle sur le c\rant2 secrtem5t irrits contre lui de ce qu'il t>dt si longtemps cont9u] son voyage1 n\s n\s tions promis d'att5dre son d"p p\r all] sav\r] en triomphe notre djeun]4 ,mais hlas6 le mon/re ne mit po9t de t]me ses rondes et ses plongeons1 et presss p> la faim1 n\s dmes n\s rsign] p>tir honteusem5t1 en jetant un d]ni] reg>d de c\rr\x sur le tronc d'arbre qui t\rnoyait t\j\rs4 ,avant de se dcid] au d"p1 il att5dait que le c\rant et *ang de niveau4 ,non-seulem5t l'eau s'c\le p> des s9uosits sans f91 m&res1 t\rbillons et rem\s1 mais aussi t\te impulsion v5ue du dehors se propage en c\rbes et en rondeurs la surface du ruisseau4 ,qu'une feuille tombe d'un arbre1 qu'un gra9 de sable se dta*e de la b]ge1 et s\s le poids du faible objet1 l'eau se plisse lgrem5t4 ,aut\r de la dpression1 se dresse un rebord circulaire1 ent\r lui-mme p> une petite fosse4 ,un second anneau conc5trique1 puis un troisime1 puis un autre et d'autres encore se =m5t aut\r du premi]2 la surface entire du ruisseau se c\vre de ronds1 de plus en plus l>ges1 espacs1 indi/9cts4 ,en frappant contre le rivage1 *aque ourlet de l'eau se rfl*it en s5s inv]se et croise les vaguelettes qui le suivai5t2 d'autres sries de plis produits p> la *ute d'un n\veau gra9 de sable ou p> un t\rbillonnem5t de l'onde s'entreml5t aux premi]s3 une multitude de lignes1 se propageant dans t\s les s5s1 s'lv5t et s'abaiss5t comme les mailles d'un rseau dont le reg>d ex]c peut seul di/+u] la trame4 ,comp>es la l>geur du ruisseau1 ces faibles ondulations sont des milli]s de fois plus hautes que les plus =tes vagues r\lant la surface de la m]4 ,rfl*is p> la nappe m\vante1 les arbres du bord1 les bran*ages entre-croiss1 les nuages du ciel se balanc5t1 se tord5t1 se dplac5t en ondulations rhy?miques3 l'imm5sit de l'espace semble dans] sur le flot sc9tillant4 ,si la masse liquide du ruisseau n'tait pas entrane v]s la m] et re/ait immobile comme celle d'un lac ou d'un tang1 *aque vaguelette conc5trique s'y dvelopp]ait en un rond d'une rgul>it p>faite2 mais le c\rant e/ rapide1 les molcules d'eau se dplac5t sans cesse1 et p> consqu5t le c]cle rguli]1 comme la ligne droite1 devi5t une pure ab/raction4 ,de cette d=mation des c]cles rsulte une v>it de plus dans l'entre-croisem5t des rides4 ,les 9galits du c\rant qui entrane le sy/me enti] des ondulations modifi5t les c\rbes1 soit en les rappro*ant1 soit en les loignant les unes des autres3 un ob/acle comprime et fronce les vaguelettes2 une impulsion rapide les c>te1 les allonge1 en polit la surface3 aux dim5sions de *aque int]valle entre les rides on p\rrait calcul] exactem5t la vitesse de t\s les petits c\rants p>tiels qui compos5t le gr& c\rant4 ,sur les hauts fonds o *aque caill\ s]t de digue p\r arrt] le flot1 o *aque passage entre deux galets e/ une cluse trav]s laquelle l'eau se prcipite1 la nappe du ruisseau se tr\ve divise en un nombre inf9i de petits triangles sphriques1 rseau de rides qui e/ en mme temps un rseau de lumire et qui fait vibr] et sc9till] les pi]res clatantes du fond4 ,d'ailleurs1 ce ne sont pas seulem5t des corps in]tes qui rid5t la surface du ruisseau1 ce sont aussi des tres vivants qui1 en se dplaant eux-mmes1 dplac5t con/amm5t le c5tre des ondulations4 ,un poisson qui passe comme un d>d donne l'ensemble des vibrations la =me d'un ovale trs-allong2 l'insecte pat9eur1 qui s'avance p> lans successifs1 laisse d]rire lui deux sillages obliques enf]mant des c]cles 9gaux2 une autre be/iole1 une abeille peut-tre1 tombe du haut d'un arbre1 se dbat en t\rnoyant et en agitant ses ailes d'une telle vitesse que l'eau e/ ride d'une myriade de lignes vibrantes entre-croisant leurs innombrables c]cles3 la biz>re figure de gomtrie qui s'agite avec tant de vivacit e/ l5tem5t emporte p> le fil du c\rant2 mais voici qu'elle disp>at t\t c\p4 ,d'une b\*e1 un poisson vi5t d'aval] l'insecte et d'arrt] t\t son cortge de lignes t\rnoyantes4 ,et moi aussi1 tranquille contemplateur du ruisseau et de ses m]veilles1 je puis v>i] l'inf9i l'aspect de la surface liquide en laissant ma ma9 tremp] dans le flot4 ,je la promne au has>d et *acun de ses m\vem5ts modifie les ondulations de la nappe *angeante4 ,les rides1 les rem\s1 les b\illonnem5ts se dplac5t2 t\t le rgime du c\rs d'eau v>ie ma volont suivant la position de mon bras1 et ces vaguelettes qui se =m5t s\s mes yeux1 je les vois se reploy] v]s le c\rant1 se ml] d'autres ondulations1 et de plus en plus affaiblies1 mais t\j\rs reconnaissables1 se propag] jusqu'au t\rnant du ruisseau4 ,la vue de t\tes ces rides obissantes l'impulsion de ma ma9 rveille en moi une sorte de joie tranquille mle je ne sais quelle mlancolie4 ,les petites ondulations que je provoque la surface de l'eau se propag5t au lo91 et de vague en vague1 jusque dans l'espace indi/9ct4 ,de mme t\te p5se vig\reuse1 t\te p>ole f]me1 t\t ef=t dans le gr& combat de la ju/ice et de la lib]t se rp]cut5t1 s\v5t l'insu de n\s-mmes1 d'homme en homme1 de peuple en peuple et p5dant la longue suite des ges jusqu'au plus lo9ta9 av5ir4 ,mais si je me place un autre po9t de vue et que j'envisage de haut la succession des *oses1 alors l'hi/oire de l'humanit t\t entire n'e/ plus1 suivant l'expression de ,helmholz1 qu'une ride presque imp]ceptible sur la m] sans bornes des temps4 ,,*apitre ,x ,l',,inondation ,p5dant de longues heures de prom5ade n\s suivons du reg>d le fil du c\rant1 et bi5 r>em5t la surface du ruisseau *ange nos yeux4 ,c'e/ t\j\rs aux mmes endroits1 semble-t-il1 que les feuilles en drive entr5t dans le rem\s et plong5t en t\rnoyant2 c'e/ aux mmes endroits que l'eau s'tale en nappes1 se plie en ondulations1 se r$resse en vagues1 se prcipite en rapides2 c'e/ la mme hauteur1 on le croirait du mo9s1 que tremp5t les rac9es des v]gnes et que la fleur du myosotis baigne dans l'eau transp>5te4 ,p\rtant la masse d'eau *ange sans cesse1 et en mme temps *ang5t aussi la place des t\rbillons1 la =me des nappes et des ondulations1 la hauteur des cascatelles1 l'imm]sion des plantes et des rac9es d'arbres4 ,il s]ait facile d'ap]cevoir t\tes ces petites v>iations du flot si au lieu de mesur] l'eau d'un reg>d di/rait1 on en con/atait la hauteur au moy5 d'in/rum5ts de prcision4 ,d'ailleurs1 si les oscillations du ruisseau sont trs-faibles p5dant les beaux j\rs1 alors qu'on aime se prom5] au bord de l'eau c\rante1 elles sont au contraire =tes et s\da9es aprs les brusques *angem5ts de temprature et les gr&es av]ses4 ,que malgr la pluie1 le v5t et l'orage1 on ne craigne pas de s'in/all] sur la rive1 l'abri prcaire qu'(fre le tronc d'un saule creus p> le temps1 et l'on v]ra combi5 le ruisseau peut se gonfl] avec rapidit1 comm5t il d\ble la vitesse de son c\rant1 emplit son lit jusqu'aux bords et dpasse les b]ges p\r se dv]s] sur les *amps en culture4 ,dans les gorges des montagnes1 les crues et les inondations sont encore bi5 autrem5t s\da9es4 ,l1 les pluies que laiss5t tomb] les nuages en se d*irant aux artes des ro*]s gliss5t aussitt sur les dclivits2 de t\s les c\loirs1 de t\s les rav9s1 acc\r5t les filets d'eau et les torr5ts1 p\r se runir en masse norme dans les gr&s cirques ouv]ts l'orig9e de presque t\tes les valles4 ,a l'eau de pluie ou mme aux amas de neige demi fondue que la tide av]se a dta*e des p5tes1 se ml5t les dbris fangeux1 les pi]railles1 les qu>ti]s de ro*e tombs des flancs de la montagne2 dans le lit o d'ord9aire un petit torr5t d'eau pure bondit en cascatelles arg5t9es c\le ma9t5ant avec fracas une sorte de b\illie1 demi liquide1 demi solide1 qui e/ en mme temps un dluge et un cr\lem5t4 ,ce sont l les phnomnes qui1 dans la srie des temps1 abaiss5t peu peu les montagnes et les t5d5t en alluvions horizontales sur les pla9es et sur le fond des m]s4 ,ces fonta9es des torr5ts f9iss5t p> avoir raison des plus hautes cimes2 elles r5v]s]ont les ,&es et l',himalaya2 comme elles ont dj r5v]s des crtes non mo9s leves1 que les gologues n\s dis5t avoir exi/ jadis4 ,je me rappelle encore la t]reur d'une nuit passe au bord de la ,*irua1 petit torr5t de la ,si]ra ,nevada1 dans les tats-,unis de ,colombie4 ,la j\rne avait t =t belle2 seulem5t un orage avait clat quelques lieues de l dans les gorges suprieures de la montagne1 et cet orage mme avait contribu la beaut de la soire3 le soleil s'tait c\* dans sa gloire et la spl5deur de l'horizon emp\rpr avait t rehausse p> l'trange contra/e de ces nuages sombres aux reflets cuivreux1 qui n\s ca*ai5t les cimes de quelques montagnes et d'o l'on ent5dait sortir un r\lem5t cont9u4 ,du re/e1 la tombe de la nuit1 la viol5ce de l'orage tait brise1 le tonn]re se tut1 les d]ni]s clairs s'teignir5t1 et bi5tt la lune1 app>aissant au-dessus de la crte lo9ta9e1 sembla disp]s] dans le ciel les lambeaux de nues1 de mme qu'un navire c>te de sa pr\e les lots d'algues flottantes4 ,ple9 de confiance1 et fatigu p> une longue c\rse1 je ne p]dis po9t mon temps *]*] un gte4 ,la plage de sable f9 brillait aux rayons de la lune et je voyais sans pe9e qu'elle m'(frirait une c\*e agrable1 plus d\ce et mo9s humide que l'h]be de la =t2 en outre j'tais sr de ne pas mettre dans les tnbres la ma9 sur un s]p5t endormi1 et contre t\t autre animal1 j'avais l'avantage de me tr\v] dans un espace libre d'o je p\vais1 la mo9dre al]te1 disc]n] mon ennemi4 ,je me db>rassai de mon havresac p\r en faire un c\ss91 je db\clai ma ce9ture1 et la ma9 sur mon c\teau1 je m'ass\pis4 ,heureusem5t1 les m\/iques ne cessr5t de tr\bl] mon repos2 t\t en dormant d'un sommeil indcis1 je laissais mon oreille encore vaguem5t ouv]te aux bruits du dehors2 j'ent5dais la fanf>e triomphante des m\/iques et les glapissem5ts des s+es hurleurs4 ,mais voici qu' ce tri/e conc]t se mle t\t c\p un murmure gr&issant comme celui d'une f\le lo9ta9e3 ce sont des sanglots1 des gmissem5ts1 des cris de dsespoir4 ,mon rve devi5t de plus en plus inquiet et se *ange en cau*em>2 je me rveille en sursaut4 ,il tait temps3 mes yeux1 c>quills p> la t]reur1 ap]ur5t en amont une sorte de muraille mobile prcde d'une masse cumeuse et s'avanant v]s moi avec la vitesse d'un *eval au galop4 ,c'e/ de ce mur d'eau1 de b\e et de pi]res que s'*appait le fracas1 t]rible ma9t5ant1 qui m'avait rveill4 ,je ramassai mon bagage la hte1 et en quelques bonds j'eus gravi la b]ge du torr5t4 ,lorsque je me ret\rnai1 la dbcle rec\vrait dj l'endroit o je v5ais de dormir4 ,les vagues heurtes et t\rbillonnantes passai5t en sifflant2 des blocs de ro*]s1 p\sss p> les eaux1 se dplaai5t l5tem5t comme des mon/res rveills de leur sommeil et s'entre-*oquai5t avec un bruit s\rd2 des arbres drac9s se r$ressai5t hors de l'eau1 plongeai5t l\rdem5t et se brisai5t entre les pi]res r\les2 les b]ges tremblai5t incessamm5t s\s le *oc des normes projectiles que lanai5t contre elles les eaux en fureur4 ,p5dant t\te la nuit1 la ,*irua cont9ua de mugir1 mais le fracas s'amo9drit peu peu2 l'eau1 noire de dbris1 dev9t plus claire1 les l\rds ro*]s que p\ssait le flot1 s'arrtr5t au milieu du c\rant4 ,lorsque les rayons du soleil rp&ir5t la surface du torr5t leurs premires tranes d't9celles1 il me sembla que l'eau avait assez dcru p\r me p]mettre d'en t5t] le passage et de cont9u] ma r\te3 ayant n\ mes habits en une sorte de turban que j'enr\lai aut\r de ma tte1 je me has>dai dans le flot1 mais ce n'e/ po9t sans dang] que j'atteignis enf9 l'autre bord4 ,le flot rapide faisait trembl] mes jambes et fl*ir mes g5\x1 des rocs po9tus me d*irai5t les pi$s1 de grosses pi]res v5ai5t me heurt]1 le c\rant me p\ssait v]s les rapides4 ,qu& j'arrivai enf9 sa9 et sauf sur l'autre rive1 je regrettai de n'avoir pas eu la bonne ide du paysan autri*i51 att5dant navem5t sur le bord du ,danube que le fleuve et cess de c\l]3 quelques heures aprs mon passage1 la ,*irua n'tait plus qu'un filet d'eau s]p5tant au milieu des pi]res1 et de bloc en bloc j'aurais pu la fran*ir en quelques sauts4 ,heureusem5t ces crues s\da9es que l'on devrait nomm] des avalan*es d'eau1 *ang5t d'allure la base des montagnes4 ,dans la pla9e1 o la dclivit du sol e/ relativem5t faible et mme t\t fait inapprciable au reg>d1 la masse liquide du ruisseau p]d de sa =ce d'impulsion et cesse de p\ss] devant elle les dbris cr\ls des esc>pem5ts3 les blocs de ro*]s s'arrt5t les premi]s1 puis les grosses pi]res et les caill\x2 la f91 le torr5t dev5u ruisseau1 ne fait plus r\l] que le gravi] sur le fond du lit et ne porte en susp5sion que le sable f9 et l'argile tnue4 ,la fureur du dluge se calme1 surt\t aprs qu'il s'e/ ml d'autres c\rs d'eau v5us de rgions di/antes o les pluies ne sont po9t tombes1 du mo9s la mme heure4 ,t\tefois1 en p]dant de sa vitesse1 le flot1 sans cesse accru p> les n\veaux apports qui lui vi5n5t des gorges suprieures1 doit ncessairem5t s'accumul] en masses plus considrables2 il gagne en l>geur et en hauteur1 il dborde de son lit trop troit1 et s'pan*e latralem5t p>-dessus les rivages2 p>fois1 il trans=me les campagnes riv]a9es en un vritable lac1 o les eaux apportes p> la crue se cl>ifi5t peu peu en laissant tomb] leurs alluvions4 ,p5dant plus ou mo9s longtemps1 la nappe jaune ou r\getre du lac remplace la v]dure des prairies1 jusqu' ce qu'enf9 la c\*e liquide ait pntr dans le sol1 ait t *ange en vapeur1 ou bi5 soit r5tre1 aprs la crue1 dans le lit du ruisseau4 ,durant l'inondation1 le petit c\rs d'eau1 oubliant ses habitudes pacifiques1 se met ravag] et dtruire4 ,il emporte ses ponts1 recreuse son lit1 dplace ses rem\s et ses rapides1 nivelle ses cascades1 rase les p>ties de la b]ge qui s'oppos5t sa m>*e1 vide des grottes pr(ondes la base des falaises4 ,les h]bes du fond sont arra*es1 emportes en longs amas1 et s'arrt5t aux rameaux des arbres2 plus t>d on les retr\ve enr\les c9q et six mtres du sol1 ou susp5dues l'extrmit des bran*es comme les nids de c]ta9s oiseaux d',amrique4 ,les tr\s1 les t]ri]s des rives s'empliss5t d'eau ou bi5 s'effondr5t s\s la pression du c\rant2 les animaux1 qui s'enfui5t l'av5ture1 se noi5t ou sont dvors p> les oiseaux de proie et les btes de la =t2 les cultures de l'homme sont dva/es et c\v]tes de fange4 ,p\r le dur lab\reur1 qui a conc5tr t\t son am\r sur la sem5ce g]mant dans le sol et sur la tige v]te frmissant au soleil1 l'inondation1 si belle1 si maje/ueuse aux yeux de l'arti/e1 e/ le spectacle le plus t]rible qu'il soit =c de contempl]4 ,que sont p\rtant ces petites oscillations annuelles1 ces crues et ces baisses de niveau1 comp>es aux *angem5ts qui se sont accomplis p5dant la srie des ges8 ,a des milli]s de sicles d'int]valle1 les fleuves peuv5t dev5ir des ruisselets1 et les ruisselets se trans=m] en fleuves2 les c\rs d'eau croiss5t et dcroiss5t1 se gonfl5t et se dess*5t1 oscill5t incessamm5t avec les cont95ts et les climats4 ,t\t *ange dans la nature4 ,le model des montagnes et des coteaux1 les s9uosits des valles1 les d5telures du rivage et t\s les traits du gr& visage de la t]re se modifi5t d'anne en anne4 ,la *aleur tantt s'accrot et tantt dim9ue2 les pluies tomb5t torr5ts p5dant un sicle1 puis durant une autre priode sont trs-r>es ou manqu5t presque compltem5t sur un mme po9t de la plante4 ,p> suite *ang5t aussi les c\rs d'eau dont la direction et le volume dp5d5t la fois de t\tes les conditions du relief et du climat4 ,quant notre ruisseau1 il fut c]ta9em5t jadis une l>ge et pr(onde rivire4 ,la valle1 dont les prairies et les *amps occup5t auj\rd'hui t\te la l>geur1 tait remplie p> les eaux et1 sur les p5tes opposes des coll9es se voi5t encore d'anci5nes b]ges1 sculptes p> le c\rant4 ,l'espace ari5 dans lequel les arbres de la rive balanc5t librem5t leurs ttes tait occup1 jusqu' v+t et tr5te mtres du sol1 p> une masse liquide norme r\lant v]s la m] avec une vitesse de dix kilomtres l'heure4 ,c'e/ l du mo9s ce que n\s ont dit des gologues1 aprs avoir fait remu] le sol p> des paysans et reg>d longtemps dans la pla9e et sur le v]sant du coteau les sables1 les caill\x et les argiles *>ris autrefois p> le c\rant4 ,la ,se9e1 p>at-il1 r\lait jadis dans ses gr&es crues presque autant d'eau que le ,mississipi4 ,eh bi51 notre ruisseau tait puissant comme le ,danube2 il et port des flottes1 s'il et exi/ cette poque des hommes p\r en con/ruire4 ,a9si1 p\r voir l'humble ruisseau tel qu'il tait un autre ge de la plante1 il faut n\s transport] p> la p5se sur quelque gr& fleuve de l',amrique du ,sud4 ,combi5 le spectacle se tr\ve *ang t\t c\p6 ,je me tr\ve seul1 oubli1 sur un lot de sable1 au milieu des eaux4 ,en amont1 en aval1 je ne vois plus mme la t]re2 la c\rbe vaporeuse de l'horizon unit la nappe grise du fleuve et la rondeur du ciel4 ,l'une des rives e/ tellem5t loigne que je n'en di/+ue po9t les s9uosits et que les arbres me p>aiss5t se dress] au-dessus du flot comme une muraille de v]dure4 ,l'autre rive e/ rappro*e2 mais la =t emp*e de voir les ondulations du sol3 l1 po9t d'*appe entre les troncs qui p]mette de voir des prairies1 des *amps1 des ro*]s2 les fts presss des arbres1 les bran*ages entremls1 les lianes et les nappes de feuilles des plantes p>asites born5t compltem5t la vue4 ,la masse de v]dure1 uni=me et gr&iose1 p>at sans limites3 on dirait qu'au-dess\s du ciel bleu1 la surface entire de la t]re n'(fre que des arbres et de l'eau4 ,devant moi1 c\le le fleuve rapide1 inexorable3 bi5 diffr5t du ruisseau *>mant qui babille et murmure1 il c\le v]s la m] sans fracas1 presque sans bruit1 mais avec une sorte de fureur2 qu'il r5contre un ob/acle1 aussitt ses eaux se cont\rn5t en puissants t\rbillons o plong5t les objets entrans p\r rep>atre une gr&e di/ance au del4 ,des arbres flottants1 des h]bes1 emports au fil du c\rant1 se suiv5t en longues processions2 p>fois un tonn]re se fait ent5dre1 c'e/ l'cr\lem5t d'un lambeau de =t que les eaux avai5t m9e4 ,travaillant sans cesse l'oeuvre1 le fleuve dtruit et r5\velle con/amm5t ses rivages1 ses les1 ses bancs de sable2 comme l'ouragan1 comme la tempte1 il e/ une =ce de la nature modifiant vue d'oeil l'app>5ce extrieure de la t]re4 ,peut-tre dans l'av5ir1 ce c\rs d'eau1 qui fut un fleuve et qui e/ ma9t5ant un simple ruisseau1 se dess*]a-t-il assez p\r qu'un pass]eau mme puisse v5ir le boire4 ,le *angem5t des rivages cont95taux1 l'abaissem5t graduel des hauteurs qui arrt5t les nuages de pluie et de neige1 la m>*e diffr5te que les v5ts humides suivront dans l'espace1 le p>tage du bass9 actuel en plusieurs valles di/9ctes1 enf9 l'ouv]ture de canaux s\t]ra9s dans lesquels s'eng\ffr]ont les eaux peuv5t avoir p\r rsultat l'ass*em5t des s\rces et la disp>ition complte du ruisseau4 ,c'e/ a9si que dans les ds]ts d',afrique et d',arabie1 nombre de fleuves1 autrefois considrables1 ont cess d'exi/]3 leur lit s'e/ empli de sable et les indignes ne les connaiss5t que p> des traditions inc]ta9es4 ,ce sont les *rti5s1 dis5t-ils1 qui ont fait disp>atre ces eaux p> leurs oprations magiques1 et les valles s]ont jamais dess*es si quelque ncromanci5 puissant ne r\vre pas les fonta9es4 ,p>mi ces fleuves maudits du ,sah>a il en e/ dont les valles ont des c5ta9es et des milli]s de kilomtres de longueur4 ,l o r\lai5t autrefois d'normes masses d'eau qui ont creus le sol1 le voyageur dort paisiblem5t p5dant les nuits2 qu& il veut tan*] sa soif1 il n'a d'autre ress\rce que de creus] le sable de sa lance p\r y *]*] une g\tte d'eau1 qu'il ne tr\ve pas t\j\rs4 ,,*apitre ,,xi ,,les ,,rives ,,et ,,les ,,ilots ,il n'e/ pas beso9 de remont] p> l'imag9ation des milli]s de sicles en arrire p\r voir le ruisseau1 si mode/e auj\rd'hui1 modifi] la =me de ses rivages et dplac] son c\rs4 ,mme p5dant sa priode d'tiage1 alors que ses eaux sont au niveau le plus bas et *em95t l5tem5t entre des t\ffes d'h]bes aquatiques demi dess*es1 il ne cesse de travaill] *ang] son lit et r5\vel] a9si1 dans la mesure de ses =ces1 l'aspect de la nature4 ,si ce n'e/ aux endroits o l'homme int]vi5t p\r rgul>is] la p5te1 nettoy] le fond et remplac] les rivages de t]re friable p> des palissades et des digues de pi]re1 le ruisseau1 t\j\rs dsireux de *angem5t1 tr\ve le moy5 de dtruire peu peu ses bords p\r en recon/ruire de n\veaux2 mme l o des murailles l'ont dompt en app>5ce1 il n'en *]*e pas mo9s faire sa tr\e3 il ronge la pi]re1 descelle s\rnoisem5t les assises1 d*ausse les fondations1 et t\t c\p le voil1 dev5u libre1 qui recomm5ce vagu] dans les *amps4 ,ces incessantes trans=mations de ses rives1 le ruisseau les accomplit p> un d\ble travail3 d'un ct1 il dmolit en emportant gra9s de sable1 molcules d'argile1 dbris m5uiss de ro*]s1 fragm5ts de rac9es ues p> le flot2 de l'autre ct1 il difie en dposant t\s ces re/es en une c\*e qui s'lve peu peu du fond de l'eau4 ,a9si le c\rant1 tr\bl p> les alluvions dont il se *>ge dans ses rosions1 travaille sans cesse se cl>ifi] de n\veau2 ds qu'il se ral5tit1 il s'pure4 ,peu de spectacles sont plus gracieux suivre que celui des nuages d'alluvions transports p> le flot3 ils ca*5t le fond de leurs t\rbillons pais et jauntres1 mais peu peu ils devi5n5t plus lg]s1 ce ne sont bi5tt plus que des brumes indi/9ctes1 puis ils s'van\iss5t et l'eau repr5d t\te sa limpidit4 ,dans les bass9s o l'eau t\rnoie avec l5teur1 l'puration s'accomplit la fois sur le fond et la surface4 ,les dbris de limon1 les feuilles1 les rac9es1 les bran*es1 imprgnes d'eau et t\t al\rdies1 tomb5t et se dpos5t en bancs de vase4 ,a la sup]ficie1 les gra9es des arbres1 le poll5 des plantes1 les sub/ances organiques en dcomposition s'amass5t en une c\*e gristre1 que grossiss5t incessamm5t les flocons d'cume arrivant en les1 en lots1 en ar*ipels p>s4 ,aut\r de cette c\*e1 assez paisse p\r ca*] l'eau pr(onde1 s't5d une pellicule transp>5te d'une excessive m9ceur1 =me p> des matires huileuses d'orig9e animale ou vgtale4 ,s\s le reflet de la lumire1 cette pellicule brille de t\tes les nuances de l'arc-en-ciel2 elle flotte sur l'eau comme un lg] voile d'or1 de p\rpre1 d'azur1 et p\rtant ce n'e/ p\r a9si dire qu'un ri5 visible1 c> les physici5s qui en ont mesur l'paisseur l'valu5t pe9e quelques millionimes de millimtre4 ,p>fois un s\da9 b\illonnem5t rompt cette c\*e irise1 et de petites nappes d'eau pure se dess95t en noir comme des lacs sur le fond color4 ,quant aux /rates d'cume1 les unes se pliss5t le long du rivage1 les autres se reploi5t sur elles-mmes s\s l'impulsion du flot t\rnoyant1 se rec\rb5t en demi-c]cles1 en spirales1 en ondulations biz>res4 ,p> ses plis et replis d'cume1 p> ses c\leurs div]ses1 ses ta*es1 ses m\*etures1 la surface du bass9 ressemble une c\*e de m>bre poli1 et1 d'ailleurs1 nul d\te que les c\leurs et les dess9s si lgants des m>bres et d'autres ro*es somptueusem5t nuances1 ne soi5t dus1 comme les s9uosits de l'cume1 aux l5ts m\vem5ts des eaux dposant leurs alluvions4 ,t\s ces dbris1 aussi lg]s qu'ils soi5t1 contribu5t exhauss] le fond1 et tt ou t>d1 aprs des annes ou des sicles1 ils m]g5t de n\veau1 et rgnrant le t]ra91 se c\vr5t de vgtation4 ,ce travail se fait l5tem5t1 mais il ne s'en fait pas mo9s1 et *aque anne1 *aque j\r1 la =me du lit se tr\ve *ange p> ces dpts cont9us4 ,p>t\t o un ob/acle ret>de la =ce du c\rant1 le flot ral5ti cesse de p\ss] en avant les gra9s de sable du fond1 et laisse tomb] les molcules d'argile qu'il t5ait susp5dues4 ,qu'une pi]re b\le1 qu'un arbre *\1 qu'un paquet de roseaux tr\ble la rgul>it du lit1 aussitt la p>tie tranquille du ruisseau situe en aval dpos]a un petit banc de sable au-devant de cette digue1 qui plus t>d peut-tre se trans=m]a en lot4 ,sur t\tes les po9tes basses o l'eau glisse et se trane avec ef=t1 les dpts s'accumul5t1 les joncs pr5n5t naissance et les rives exhausses des petites pn9sules gagn5t incessamm5t sur la nappe du ruisseau4 ,cl>ifi sans rel*e p> les asprits du fond et de ses bords1 le c\rant qu'avai5t tr\bl en amont des eaux de pluie ou des pan*em5ts de b\e repr5drait bi5 vite sa puret complte si dans sa m>*e s]p5t9e il ne dmolissait pas d'un ct autant qu'il recon/ruit de l'autre4 ,il s'att>de et se purifie sur les longues po9tes sablonneuses1 mais il se prcipite de t\t son lan contre les hautes b]ges et les sape la base p\r se *>g] de n\veaux matriaux4 ,de c\rbe en c\rbe et de rive en rive1 il alt]ne dans sa besogne4 ,il r5d droite ce qu'il a pris gau*e3 le rhy?me des m&res se complte p> celui du travail4 ,dans les prairies qui ne sont protges ni p> une digue ni p> une range d'arbres contre les ef=ts du ruisseau1 les b]ges friables sont facilem5t dmolies4 ,l'eau qui vi5t les frapp] les creuse en dess\s2 mais p5dant quelque temps1 les rac9es entremles du gazon reti5n5t la c\*e suprieure surplombant en corni*e au-dessus de l'abme4 ,c'tait notre gr&e joie1 n\s t\s1 gam9s du village1 de c\rir adroitem5t le long de cette bordure tremblante1 de la faire s'cr\l] d'un c\p de pi$ p> normes fragm5ts et de n\s enfuir assez tt p\r ne pas tre entrans dans sa *ute4 ,c'tai5t de gr&s cris de joie lorsqu'une l\rde masse de t]re se dta*ait avec bruit et tr\blait au lo9 le c\rant2 mais plus d'une fois aussi la srie de nos exploits se t]m9a p> un plongeon imprvu et le malheureux naufrag1 s\da9 calm dans sa folle joie1 s'en allait t\t p5aud dans la cabane d'un paysan p\r y faire s*] ses habits un feu de s>m5ts improvis4 ,aprs les falaises de ro*e dure1 les rives qui rsi/5t le mieux la =ce du c\rant sont celles que df5d une puissante range d'arbres4 ,aunes1 v]gnes ou peupli]s1 ils s]v5t p5dant longtemps de remp>ts contre les invasions de l'eau4 ,leurs rac9es1 enfonces pr(ondm5t dans la b]ge1 sont comme autant de pilotis1 t&is que les radicelles s'agitant comme d'tranges *evelures et se dployant en longs faisceaux du rose le plus t5dre1 plong5t au fond du lit et p> leurs milli]s de fibres1 s'tal5t en vritables nattes4 ,lors des crues1 qu& la masse du c\rant a diss\s et enlev une p>tie de la t]re qui ent\rait ces b\quets de petites rac9es1 celles-ci n'en ret>d5t pas mo9s la vitesse de l'eau1 elles arrt5t les molcules de limon1 les =c5t se dpos] dans leurs int]/ices et remplac5t p> une c\*e de vase le rivage prcd5t4 ,a9si protges1 les b]ges que m5ace la viol5ce du flot se ma9ti5n5t longtemps et mme p5dant des sicles2 dp\rvues de vgtation1 elles *ang]ai5t con/amm5t4 ,nanmo9s1 le temps fait t\j\rs son oeuvre4 ,p> suite d'un b\lis ou des travaux s\t]ra9s de quelque animal1 la rive f9it p> prs5t] un po9t faible auquel le c\rant s'attaque p\r t\rn] les palissades naturelles qui l'arrt5t4 ,les rac9es des arbres sont d*ausses1 le vide se fait au-dess\s1 et p> suite le tronc1 priv d'un po9t d'appui1 se p5*e v]s le ruisseau4 ,mais alors1 c'e/ l'arbre lui-mme qui1 p> sa masse et le poids de son bran*age1 travaille sa propre ru9e4 ,les longues rac9es qui ramp5t s\s le sol de la prairie doiv5t rsi/] un ef=t de plus en plus gr&2 elles cd5t sur un po9t1 puis sur un autre1 et l'arbre s'abaisse d'autant plus4 ,des lz>des s'ouvr5t dans le sol travaill p> la t5sion croissante des cbles s\t]ra9s qui reti5n5t le gant2 l'eau de pluie s'introduit dans ces fissures et les l>git2 aut\r du tronc se creuse une dpression circulaire qui facilite encore le d*aussem5t des matresses rac9es4 ,en un j\r de tempte ou d'inondation1 leur rsi/ance f9it p> tre va9cue3 les atta*es se bris5t1 le colosse s'cr\le avec fracas1 en bran*ant les arbres de la rive oppose sur lesquels il s'abat2 lui-mme1 rompant quelques-uns de ses rameaux suprieurs1 en enfonce pr(ondm5t les tronons dans le sol branl4 ,il e/ dev5u ma9t5ant un gracieux pont ru/ique sur lequel on peut s'av5tur] sans cra9te4 ,il e/ vrai que l'accs en e/ assez difficile4 ,d'un ct1 l'entre du pont e/ df5due p> l'norme v5tail des rac9es arra*es et p> l'amas de t]re et de caill\x qui en rempliss5t les int]valles2 de l'autre1 les bran*es entremles et les clats de bois ob/ru5t le passage4 ,dans une contre vi]ge1 o l'homme laisse1 sans y int]v5ir1 s'accomplir en leur temps les phnomnes de la nature1 l'arbre re/]ait a9si c\* en trav]s du ruisseau p5dant des annes jusqu' ce que l'eau *anget de c\rs1 ou que le tronc1 p]c p> les insectes1 s'cr\lt en p\ssire4 ,en nos pays civiliss1 c'e/ le cultivateur qui dpce les rac9es c\ps de ha*e1 qui enlve le ft de l'arbre et db>rasse le sol de ses dbris4 ,bi5tt1 t\t le bois qui peut se v5dre en beaux cus ou s'utilis] dans le foy] e/ emport3 il ne re/e plus que des fragm5ts de rac9es s\t]ra9es2 t\tefois l'eau1 *angeant de c\rs1 f9ira tt ou t>d p> entran] la t]re qui les ent\re et p> les laiss] isoles dans le lit du ruisseau4 ,depuis de longues annes dj1 les bran*es de l'arbre ont t dtailles en fagots et le tronc dbit en plan*es1 mais on voit jaillir du milieu de l'eau les tronons de quelques anci5nes rac9es p>eilles une range de pieux4 ,la bonne nature a ca* s\s une gracieuse enveloppe v]te les d*irures du bois3 sur ce vieux dbris spongieux une =t de m\sses prospre comme un bosquet de palmi]s sur une le de l'ocan4 ,tel fragm5t de s\*e se revt1 la place de son corce1 de t\t un monde de plantes gaies et v]doyantes4 ,illu/ration3 ,,la ,,pass]elle4 7,,page #agf47 ,avant que la ha*e avide du b*]on ait dtaill en p\trelles1 en pieux et en copeaux l'arbre r5v]s1 n\s avons encore bi5 des j\rs heureux p5dant lesquels n\s p\vons n\s has>d] sur la gracieuse pass]elle1 t\te fe/onne de guirl&es de li]re trempant dans le c\rant4 ,la trav]se n'(fre po9t de pril1 c> le tronc e/ l>ge et l'on p\rrait au beso9 y ramp] en s'aidant de ses ma9s2 mais on prfre pass] d'une rive l'autre en se t5ant deb\t et en se s]vant de ses bras comme d'un balanci]4 ,c'e/ une joie de *ang] a9si de rivage son gr1 de s'asseoir tantt l'ombre des v]gnes1 tantt au pi$ des saules1 d'all] de la prairie dj fau*e et ple9e de la s5teur des fo9s la pel\se encore t\te diapre de ses fleurs4 ,et puis on se revoit p> l'imag9ation aux premi]s sicles de l'humanit naissante1 alors que le sauvage1 trop inhabile p\r con/ruire lui-mme des ponts sur les ruisseaux1 se s]vait comme n\s de ceux que lui f\rnissait la bonne nature4 ,le voyage ari5 au-dessus de l'eau que l'on voit s'enfuir rapidem5t s\s ses pi$s n'e/ pas mo9s agrable lorsque l'arbre r5v]s rejo9t l'une des rives un lot du ruisseau4 ,les conv5tions de la vie ont russi faire de la plup>t d'entre n\s des tres gu9ds et biz>res1 humilis de se s5tir heureux d'un ri52 aussi faut-il n\s report] aux j\rs nafs de notre enfance p\r compr5dre la joie que n\s donnait cette excursion de quelques pas sur une petite motte de t]re ent\re d'eau4 ,l1 n\s pr5ions des allures de ,rob9son3 les saules naissant dans la vase aut\r du banc de sable tai5t notre =t2 les t\ffes de gazon tai5t p\r n\s des prairies2 n\s avions aussi des montagnes1 petites dunes amasses p> le v5t au c5tre de l'lot1 et c'e/ l que n\s btissions nos palais avec des bran*illes tombes et que n\s creusions des s\t]ra9s dans le sable4 ,les deux bras du ruisseau n\s semblai5t de l>ges dtroits4 ,p\r tre plus srs de notre isolem5t dans l'imm5sit des eaux1 n\s leur avions mme donn le nom d'ocans3 l'un tait p\r n\s le ,pacifique et l'autre l',atlantique4 ,une pi]re isole que v5ait battre le c\rant se nommait la blan*e ,albion1 et plus lo91 une *evelure de limon arrte p> le sable tait la v]te r94 ,il e/ vrai que p> del les les et les m]s1 trav]s le feuillage des v]gnes1 n\s ap]cevions sur la coll9e le toit r\ge de la maison pat]nelle2 mais en*ants au fond de la savoir si prs1 n\s faisions semblant de ne po9t n\s en d\t]3 n\s l'avions laisse de l'autre ct du globe4 ,frquemm5t1 le tronc d'arbre dta* de la rive re/e p5* au-dessus du c\rant et son bran*age ploy n'effleure pas encore les hautes h]bes de la rive oppose4 ,cet arbre demi tomb e/ aussi une sorte d'le o l'on peut s'av5tur] sans cra9te4 ,p> suite de l'affaissem5t des t]res1 la base du tronc se tr\ve plonge dans l'eau et ce9te de roseaux flottants4 ,d'un bond1 il e/ facile de saut] sur cette le tremblante1 puis1 en t5dant les bras p\r ma9t5ir son quilibre1 on monte avec prcaution et petits pas sur l'arbre1 qui s'incl9e et se relve comme un tre vivant4 ,prcism5t au-dessus de l'endroit o le ruisseau e/ le plus pr(ond et o l'eau fuit s\s le reg>d avec le plus de rapidit1 les gr&es bran*es se sp>5t du tronc et se subdivisant elles-mmes en rameaux rec\rbs p> le poids de leurs feuilles4 ,que de fois1 dj dev5u jeune homme et *]*ant la solitude1 je me suis assis sur le sige que m'(frait l'c>tem5t des bran*es et me suis p5* au-dessus du flot en laissant mes jambes se balanc] dans le vide6 ,l1 je p\vais mon aise tr\v] la joie de vivre ou m'ab&onn] en paix la tri/esse4 ,du haut du belvdre branlant1 je suivais des yeux le fil de l'eau1 les petits rem\s du c\rant1 les les et les lots d'cume1 tantt isols1 tantt gr\ps en ar*ipels1 les feuilles t\rnoyantes1 les longues tranes d'h]bes1 les pauvres insectes subm]gs et se dbattant en va9 contre l'inexorable flot4 ,de temps en temps1 mon reg>d entran lui-mme la drive comme t\s ces objets flottants se reportait plus haut p\r se laiss] entran] encore avec une n\velle procession de roseaux et de flocons d'cume4 ,joyeux ou mlancolique1 je me laissais fasc9] a9si p> le c\rant1 symbole de ces flots qui n\s r\l5t t\s v]s la mort1 puis1 en me dgageant avec pe9e de l'attraction de l'eau1 j'levais mes yeux v]s les arbres feuillus t\t frmissants de vie1 v]s les ri*es pturages et v]s les montagnes s]e9es rayonnant au soleil4 ,,*apitre ,,xii ,,la ,,prom5ade ,dj si *>mant et si v>i p\r le ,rob9son t5du sur son lot ou p]* sur un tronc d'arbre1 l'aspect du ruisseau e/ bi5 plus gracieux encore p\r le prom5eur qui suit le rivage de m&re en m&re1 *em9ant tantt sur les ro*]s enguirl&s de ronces1 tantt dans l'h]be paisse des prairies1 ou bi5 s\s l'ombre mobile des rameaux agits4 ,t\s cep5dant ne sav5t pas j\ir de cette beaut des eaux c\rantes4 ,le malheureux qui se promne p> fa9antise et p\r tu] ses heures qu'il n'a pas la =ce d'employ]1 voit p>t\t des objets d'ennui1 mme dans la cascade et le rem\s1 dans les t\rbillons d'cume et les h]bes s]p5t9es du fond4 ,p\r sav\r] t\t ce qu'(fre de dlicieux une prom5ade le long du ruisseau1 il faut que le droit la fln]ie ait t conquis p> le travail1 il faut que l'esprit fatigu ait beso9 de repr5dre son ressort la vue de la nature4 ,le labeur e/ indisp5sable qui veut j\ir du repos1 de mme que le loisir j\rnali] e/ ncessaire *aque travailleur p\r r5\vel] ses =ces4 ,la socit ne cess]a de s\ffrir1 elle s]a t\j\rs dans un tat d'quilibre in/able1 aussi longtemps que les hommes1 v\s en si gr& nombre la misre1 n'auront pas t\s1 aprs la t*e quotidi5ne1 une priode de rpit p\r rgnr] leur vigueur et se ma9t5ir a9si dans leur dignit d'tres libres et p5sants4 ,ah6 bagu5aud] sur le bord de l'eau1 quel repos agrable et quel puissant moy5 p\r ne pas retomb] au niveau de la brute6 ,depuis que j'ai lu1 je ne sais o1 dans la prose d'un grave auteur lat91 que ,scipion le jeune et son ami ,loelius aimai5t mus] sur le bord de l'eau1 je me s5s port de sympa?ie p\r eux4 ,il e/ vrai que ,scipion tait un homme de gu]re1 il a fait tu] et tu lui-mme bi5 des honntes g5s qui df5dai5t leur patrie contre l'envahissante ,rome1 il a fait brl] et saccag] bi5 des villes2 mais en dpit de ces crimes1 qui sont ceux de t\s les *asseurs d'hommes1 ce n'tait po9t un conqurant vulgaire3 au lieu de mettre son orgueil pass] dans une attitude maje/ueuse devant ses concitoy5s1 il ne craignait pas de s'amus] comme un enfant des faub\rgs1 il jetait des btons dans le c\rant et d'un t\r de bras faisait gliss] les pi]res plates en longs rico*ets sur le fleuve4 ,les graves hi/ori5s n'ont pas l'habitude de rappel] ce titre de gloire du gr& gu]ri]1 mais c'e/ l c]ta9em5t ce qui le recomm&e le mieux la bi5veillance de la po/rit4 ,t\tefois il n'e/ pas ncessaire d'all] *]*] des exemples dans l'antiquit roma9e p\r qu'il n\s soit p]mis de sav\r] navem5t les j\issances de la nature4 ,inutile de compuls] des b\qu9s p\dreux p\r n\s conva9cre qu'il e/ d\x et bon de suivre le bord des ruisseaux et d'en contempl] l'aspect *angeant4 ,t\tes ces images gracieuses que n\s (fr5t les *utes1 les rides entre-croises1 les brod]ies d'cume n\s repos5t promptem5t des ennuis du mti] ou des lassitudes du travail2 elles n\s relv5t l'esprit1 mme qu& le reg>d fatigu vague au has>d sur les eaux sans s'arrt] aucun objet prcis4 ,d'ailleurs1 la vue du ruisseau n\s re/aure et n\s r5\velle d'autant mieux que le spectacle lui-mme se modifie de saison en saison1 de mois en mois1 de j\r en j\r4 ,grce au paysage qui *ange aut\r de n\s1 nos ides rajeuniss5t aussi2 la vie ambiante qui n\s pntre n\s emp*e de n\s momifi] avant le temps4 ,mme dans la saison o la nature e/ le plus av>e de ses ri*esses1 le ruisseau n\s *>me p> une physionomie n\velle4 ,p5dant les gr&s froids1 ceux d'entre n\s qui ne sont pas trop frileux peuv5t assi/] la lutte *>mante que se livre la glace envahissante et l'eau re/e mobile4 ,de *aque petit caill\1 de *aque rac9e avance1 une aiguille de cri/al1 puis une deuxime1 une troisime et d'autres encore s'allong5t la surface de l'eau1 et de t\tes ces lames rayonn5t droite et gau*e mille fl*es transp>5tes3 un rseau de glace1 =m d'innombrables lamelles1 se tisse sur la nappe frmissante4 ,bi5tt une sorte de coll]ette gracieusem5t dc\pe oscille aut\r de t\tes les po9tes de la b]ge1 de t\s les b\quets de joncs1 de t\tes les rondeurs des s\*es qui baign5t dans le flot1 et *acune de ces franges de glace pr5d t\r t\r le ton mat du v]re dpoli et l'clat du diamant1 suivant le m\vem5t des vaguelettes qui l'agit5t et la font repos] tantt sur un c\ss9 d'air1 tantt sur la masse mme de l'eau4 ,gagnant peu peu v]s le l>ge1 la simple coll]ette de cri/al s'agr&it1 et rec\vre une gr&e di/ance du bord la p>tie tranquille du ruisseau4 ,seulem5t un troit *em91 o passe le c\rant le plus rapide1 re/e ouv]te entre les m9ces lames p> lesquelles se t]m95t les pellicules glaces4 ,sur les p>ois des ro*]s qui bord5t les cascades1 les g\ttelettes brises s'tal5t en c\*es de v]glas1 et l'eau qui s'pan*e l5tem5t des fissures du roc se durcit en longs p5d5tifs transp>5ts1 plus beaux que les /alactites des cav]nes4 ,enf91 si la temprature cont9ue de baiss]1 le ruisseau s'arrte de l'un l'autre bord2 p>fois mme1 il se congle jusqu'au fond3 il s'e/ *ang en une *ausse d'un m>bre v]dtre1 m\*et de blanc p> les bulles d'air enf]mes4 ,les cascades dev5ues immobiles sont remplaces p> une masse solide1 semblable de lo9 un rideau de soie dont les plis ont cess de flott]4 ,mais s\s nos climats temprs1 il e/ r>e que les hiv]s soi5t assez froids p\r congel] a9si les ruisseaux et les trans=m] en pi]re2 il e/ mme des annes p5dant lesquelles on ne voit la surface de l'eau que de simples aiguilles de glace4 ,dans les hiv]s ord9aires1 les c\*es solides ne se rejoign5t pas d'un bord l'autre1 et ds la mo9dre hausse du !rmomtre elles se bris5t s\s l'ef=t du c\rant1 s'miett5t en entre-*oquant leurs fragm5ts rompus et se fond5t dans le flot qui les r\le4 ,la glace ne j\e donc qu'un faible rle dans l'hi/oire hiv]nale du ruisseau de nos contres2 la vritable physionomie du c\rs d'eau lui vi5t alors de la neige qui rec\vre les campagnes de la pla9e4 ,l'effet de neige e/ rem>quable surt\t p5dant les j\rnes sans rayons1 alors que le bleu du ciel e/ entirem5t voil p> les vapeurs et devi5t mme presque noirtre p> son contra/e avec la surface de la t]re clatante4 ,le ruisseau a la c\leur d'un gris de f]2 les h]bes du fond ondul5t tri/em5t2 l'eau1 si gaie1 si d\cem5t gaz\illante p5dant la saison des fleurs et des fruits1 a quelque *ose de dol5t dans son c\rs4 ,quelques vieilles s\*es situes prs du bord port5t t\tes leur turban de neige4 ,sur les b]ges1 les t\ffes d'h]be jailliss5t d'un f\rreau de flocons blancs1 si ce n'e/ immdiatem5t au bord de l'eau1 o l'humidit qui su9te d'en bas a fait et l s'cr\l] de petites avalan*es4 ,des arbu/es1 les uns dj secs depuis l'automne1 les autres encore v]ts1 se balanc5t faiblem5t au-dessus du mol dr$on qui les ent\re et du b\t de leurs rameaux y trac5t des c\rbes conc5triques4 ,un sap9 solitaire reti5t la neige sur ses rameaux tals1 gr&s v5tails horizontaux1 blancs la surface1 v]ts en dess\s4 ,les autres arbres l'corce rugueuse qui dress5t leurs troncs sur la rive ne sont blancs de neige que du ct t\rn v]s le v5t2 le re/e de leur ft g>de encore la c\leur jaune ou brune1 et leurs bran*es sont p>semes de quelques flocons pe9e4 ,plus beaux peut-tre qu'au pr9temps p>ce que leur f9e ramure n'e/ pas voile p> la multitude des feuilles1 ces arbres t\t enti]s se pr(il5t dans le ciel avec leurs bran*es et leurs bran*illes nuances d'un violet dlicat1 et ces ramifications innombrables sembl5t d'autant plus lgantes que le re/e de la nature e/ enseveli s\s la c\*e monotone des neiges4 ,dans la pla9e1 les *amps sont p>t\t rec\v]ts du tapis uni=me3 on n'ap]oit de v]dure que sur les r>es prairies encore m\illes de l'eau des irrigations4 ,au lo91 sur les hautes coll9es1 les arbres presss de la =t laiss5t entrevoir trav]s le f\illis de leurs bran*es1 dj r\ges de b\tons et de sve1 quelque *ose de d\x l'oeil1 comme le duvet d'un oiseau3 c'e/ la neige tamise qui saup\dre les br\ssailles et les f\gres du s\s-bois4 ,tt ou t>d1 v]s la f9 de l'hiv]1 de petites fleurs p]c5t la neige et se montr5t n\s1 mode/es et timides1 comme la d\ce promesse d'un pro*a9 r5\veau4 ,c'e/ qu'il vi5t en effet2 la neige se fond s\s l'air attidi et se filtre dans le sol1 ou bi51 mle la b\e1 s'c\le dans le ruisseau p> t\tes les fosses et les rigoles2 la vgtation1 arrte p5dant les froidures1 repr5d son lan4 ,t\t semble r5atre4 ,un s\ffle v5u du midi a r5\vel la vie de l'arbre1 celle du ruisseau et la ntre elle-mme4 ,le ple hiv] s'e/ enfui v]s le nord1 p\rsuivi dans l'espace p> les rayons joyeux1 et de l'homme l'insecte1 du br9 d'h]be la g\tte d'eau1 n\s n\s rj\issons t\s de cette *aleur et de cette lumire que n\s v]se le soleil du pr9temps4 ,les b\rgeons1 si bi5 calfeutrs p5dant l'hiv]1 si mollem5t ent\rs de la9e1 si solidem5t envelopps d'cailles gommes1 entr'ouvr5t avec bonheur leur prison et d>d5t dans l'air libre leurs folioles v]tes2 les oiseaux s'lanc5t en *antant du nid que la feuille comm5ce voil] dj2 des m\*]ons1 des libellules1 sortis de leurs l>ves1 t\rbillonn5t gaiem5t au soleil1 et le long de l'eau1 qui rit et sc9tille1 s'pan\iss5t les fleurs jaunes des r5oncules et des jac9!s2 mme les ru9es cr\lantes1 t\tes revtues de gir(les fleuries1 sembl5t rajeunies1 comme si le pr9temps1 non mo9s que l'hiv]1 ne travaillait pas les dmolir4 ,c'e/ avec ravissem5t que n\s contemplons la beaut du ciel1 de la v]dure et de l'eau c\rante4 ,dans ce r5\veau de l'anne1 n\s n\s s5tons comme transports v]s la jeunesse du monde1 la naissance de l'humanit4 ,malgr le poids des sicles c\ls1 n\s n\s s5tons aussi jeunes que les premi]s mortels s'veillant l'exi/5ce sur le se9 de la mre bi5faisante2 n\s sommes mme plus jeunes qu'eux1 puisque n\s avons ple9em5t consci5ce de notre vie4 ,la t]re e/ aussi belle que le j\r o elle n\rrissait les ,c5taures1 et n\s1 de plus que ces mon/res1 n\s avons un coeur d'homme dans la poitr9e4 ,ce qui n\s en*ante surt\t1 c'e/ le jeu de la lumire qui pntre dans les pr(ondeurs de l'eau et n\s y montre de si *>mants spectacles incessamm5t modifis p> les rides et les ondulations de la surface4 ,en n\s p5*ant au-dessus du c\rant o l'ombre des arbres se tord en spirales et se dd\ble en c\rbes s]p5t9es1 n\s ap]cevons le fond avec ses caill\x qui sembl5t frmir1 son sable qui frtille et ses h]bes ondoyantes4 ,des bran*illes1 des feuilles se suiv5t sur la nappe rayonnante de l'eau1 et leurs ombres1 d=mes p> la rfraction1 gliss5t au-dessus du sable et des plantes c\*es1 dont les rac9es et les tiges brill5t comme des fils d'arg5t4 ,quels que soi5t les cont\rs de l'objet flottant1 ils app>aiss5t t\j\rs =tem5t modifis p> la lumire3 la feuille1 dploye en coeur ou prolonge en f] de lance1 pr5d sur le fond l'aspect d'un disque ou d'un ovale2 la paille ou le jonc devi5t une range de petits c]cles p>eille un colli] dn\2 l'araigne d'eau1 pat9eur insubm]sible qui remonte le c\rant p> des lans s\da9s1 e/ reprs5t sur le lit de sable ou de vase p> c9q rondelles1 dont l'une1 la plus petite1 figure les deux pattes de devant1 t&is que les quatre autres1 gr\pes deux p> deux1 se rappro*5t ou s'loign5t suivant les m\vem5ts de l'animal4 ,aut\r de *aque disque noir ou gristre un c]cle de lumire s'arrondit comme un c]cle d'or pur3 ombres et rayons1 *angs a9si p> le milieu qu'ils trav]s5t1 se suiv5t sur le fond et en v>i5t incessamm5t l'aspect4 ,le ruissellem5t de la lumire1 dj si *>mant sur les pi]res nues qui pav5t le lit du ruisseau1 l'e/ bi5 davantage encore l o le fond e/ ca* p> la multitude des plantes aquatiques4 ,les ro*es1 rec\v]tes p> l'eau1 sont tapisses de m\sses d'un v]t sombre aux reflets d'arg5t2 les algues dlicates qui =m5t le limon sont s\leves en pyramides p> les bulles d'air qui se dgag5t des sables et qui1 semblables des ballons envelopps d'imm5ses cordages1 brill5t comme des p]les s\s le rseau frmissant des fibres soyeuses4 ,des faisceaux d'h]bes1 dploys en longues *evelures1 ondul5t en c\rbes s]p5t9es s\s l'ef=t du c\rant3 avec le flot rapide1 elles frtill5t d'impati5ce2 avec les nappes d'eau presque immobiles1 elles se dr\l5t maje/ueusem5t2 mais1 l5tes ou presses dans leurs ondulations1 elles fui5t s\s le reg>d cause de leurs nuances v>ies1 *angeant incessamm5t de la blan*eur mate au v]t fonc4 ,ailleurs1 des feuilles1 ovales1 lancoles1 triangulaires1 s'lv5t en multitudes au-dessus d'un f\illis de plantes si bi5 entremles qu'elles sembl5t jaillir d'une mme rac9e1 et qu'une seule ride du ruisseau les agite t\tes la fois4 ,dans une anse1 au fond de laquelle les rem\s ont dpos une c\*e de vase1 les nnuf>s tal5t leurs l>ges disques1 o l'eau sc9tille en p]les1 et leurs belles fleurs blan*es qui1 p\r nos anctres les gypti5s et les ,ind\s1 tai5t le symbole mme de la vie4 ,plus lo91 des joncs p\ss5t en rangs presss au milieu du ruisseau sur un banc qui se trans=m]a tt ou t>d en lot3 les tiges incl9es vibr5t s\s la pression du c\rant comme p> des m\vem5ts convulsifs1 et *acune d'elles s'ent\re de vaguelettes o la lumire et l'ombre s'entre-crois5t en un rseau sans cesse agit4 ,mme c]ta9s arbres du bord contribu5t la ri*esse de la vgtation aquatique p> d'innombrables radicelles flottantes qui se dploi5t sur les rac9es en longues nattes roses4 ,au milieu de ce monde des plantes frmit le monde sans f9 des animaux4 ,des poissons1 gris1 bleutres1 r\ges ou blancs1 gliss5t comme des clairs dans l'eau pure1 ou pass5t s\s les guirl&es des =ts aquatiques comme s\s des arcades triomphales4 ,la vie e/ p>t\t1 sur le fond o des =mes biz>res et indi/9ctes s'agit5t dans le sable et la vase1 au milieu du f\rr des plantes frissonnant t\j\rs des sec\sses que leur imprime une population ca*e1 la surface o t\rnoi5t les gyr9s1 o s'lanc5t les pat9eurs1 p>mi les joncs o brille l'aile diapre des libellules1 s\s les arbu/es de la rive o respl5dit comme un saphir le plumage du m>t9-p*eur4 ,a qui donc e/ ce ruisseau dont n\s n\s disons les propritaires1 comme si n\s tions seuls en j\ir8 ,n'app>ti5t-il pas aussi bi51 et mieux encore t\s les tres qui le peupl5t et qui en tir5t leur sub/ance et leur vie8 ,il e/ aux poissons et aux nnuf>s1 aux m\*]ons qui vol5t en t\rbillons au-dessus des rem\s1 aux gr&s arbres que l'eau et les alluvions du ruisseau gonfl5t de sve4 ,entre t\s ces tres1 qui *]*5t se faire la plus l>ge "p1 svit une gu]re implacable2 *acun1 dans sa lutte p\r l'exi/5ce1 vit aux dp5s de ses vois9s4 ,quant moi1 je v\drais bi5 faire avec t\s bon mnage1 je t*e de respect] la fleur et l'insecte1 et p\rtant que de massacres je fais sans m'en ap]cevoir6 ,je dtruis des mondes d'inf9im5t petits lorsque j't5ds sur l'h]be ma l\rde masse2 je ravage des =ts1 j'opre des cataclysmes dans l'hi/oire d'une peuplade imp]ceptible lorsque je grimpe sur un arbre p\r balanc] mes jambes au-dessus du ruisseau4 ,b>b>e1 que d'atrocits j'ai commises1 sans le v\loir1 lorsque1 dans mon jeune ge1 je faisais l'cole buissonnire1 et m'in/allais dans le tronc cav]neux des saules p\r y lire mon aise quelque roman ou p\r y dclam] des v]s d'une voix ret5tissante6 ,,*apitre ,,xiii ,,le ,,ba9 ,qu& on aime bi5 le ruisseau1 on ne se cont5te pas de le reg>d]1 de l'tudi]1 de *em9] sur ses bords1 on fait aussi connaissance plus intime avec lui en plongeant dans son eau4 ,on r$evi5t triton comme l'tai5t nos anctres4 ,mais ce n'e/ pas *ose t\j\rs facile1 et durant l'hiv]1 qu& le v5t froid siffle dans les rameaux1 qu& la neige c\vre le sol ou que des lamelles de cri/al se =m5t la surface de l'eau1 peu nombreux sont les g5s de c\rage qui se has>d5t pr5dre leurs bats dans l'eau glace4 ,le contact de l'onde ruisselante donne1 il e/ vrai1 de la =ce ceux qui ne craign5t pas de s'y plong]2 t\tefois1 avant d'tre accomplie1 la crmonie du ba9 peut n\s sembl] s+ulirem5t r$\table4 ,il faut n\s d%abill] la hte d]rire un tronc p\r tre l'abri du v5t qui siffle2 il faut t*] d'oubli] le froid en n\s t\rdissant p> la rapidit des ge/es2 mais en va91 l'air n\s saisit et n\s rappelle la dure ralit4 ,a nos pi$s1 l'eau c\le sombre1 rapide2 d'avance n\s s5tons qu'elle e/ glace2 le s\ffle qui la ride n\s fait frissonn] aussi4 ,p\r avoir mo9s s\ffrir des viol5tes c>esses du flot1 il n\s faudrait agir avec dcision et n\s lanc] brusquem5t dans le ruisseau2 p\rtant n\s hsitons1 et deux ou trois fois n\s pr5ons notre lan avant de bondir p\r le d]ni] saut4 ,enf91 n\s avons triomph de nos puriles t]reurs1 n\s dcrivons notre c\rbe au-dess\s du c\rant et n\s s5tons l'air siffl] nos oreilles2 l'eau1 qui s'ouvre s\s nos ttes1 mugit aut\r de n\s3 n\s sommes comme p]dus dans un abme grondant qui se ref]me4 ,t\tefois1 en un cl9 d'oeil1 *acun de n\s a rep\ss du pi$ le fond du lit et revi5t la surface2 mais1 p\r ma "p1 je ne cesse de me dbattre contre l'tre9te glaciale de l'eau dans laquelle je suis plong3 je nage en dsespr comme p\r *app] au c\rant qui me p\rsuit2 une fois encore1 p\r l'acquit de ma consci5ce1 je me subm]ge en enti]2 puis1 satisfait d'avoir accompli mon devoir1 je me prcipite v]s la b]ge1 que j'escalade la hte1 j'essuie mon corps r\gi p> le froid1 et je me glisse rapidem5t dans mes habits encore *auds4 ,a mon agitation inquite succde la tranquillit d'me3 au prix d'une s\ffrance de quelques in/ants1 je suis dev5u plus =t1 plus dispos1 plus heureux1 et je promne un reg>d fi] sur ce c\rant rapide et noir1 qu'une m9ute aup>avant je voyais avec une sorte de t]reur4 ,bi5 plus agrable1 je l'av\e1 e/ le ba9 froid lorsqu'on le pr5d en ple9 t dans une vasque pr(onde du torr5t o c\l5t les premires eaux du ruisseau1 dans la gorge des montagnes4 ,le flot1 qui p>at glacial1 mme au simple reg>d1 e/ de la neige pe9e fondue qui ne s'e/ po9t encore ad\cie en absorbant de l'air en abondance2 elle g>de t\te sa crudit premire1 et sa c\leur d'un bleu dur a je ne sais quoi d'ho/ile4 ,d'avance on frmit2 t\tefois1 ce n'e/ pas seulem5t de frayeur1 c'e/ aussi de dsir1 et t\t anim p> la m>*e et la fatigue de l'asc5sion1 on se jette avec volupt dans l'eau glace4 ,les ro*es1 les sables du fond brill5t en jaune ple trav]s l'paisse c\*e liquide2 mais en quelques brasses1 on se tr\ve dj au-dessus de l'abme2 l'eau transp>5te ressemble de l'air cond5s1 et cep5dant on ne voit plus de fond2 on se croirait susp5du dans le vide et l'on nage avec prcaution comme si t\t c\p on devait s'eng\ffr]4 ,puis le froid v\s saisit1 v\s tre9t de plus en plus et d'un lan v\s allez rejo9dre la rive p\r rappel] en v\s la *aleur de la vie et j\ir de votre vigueur accrue4 ,o lacs aims des ,pyrnes et des ,alpes1 ,sculjo1 ,dor$om1 ,lauzanni]1 je v\s revois t\j\rs1 p> la mmoire1 tels que je v\s ai vus1 alors qu'avec des amis1 je glissais rapidem5t votre surface4 ,je vois les blocs de granit entasss sur le bord1 la =t de sap9s qui se reflte dans l'eau ride1 les esc>pem5ts1 les hautes t]rasses de pturages1 et plus lo9 les glaci]s s\rcilleux d'o s'lance la c\rbe ondoyante de la cascade6 ,je v\s vois aussi1 belles s\rces des gr&s fleuves1 qui allez v\s p]dre dans la m] des c5ta9es de lieues de votre orig9e4 ,que je f]me seulem5t les yeux et ma p5se se reporte aussitt v]s un joyeux torr5t1 la ,vsubie1 la ,gordolasque1 la bruyante ,embalire ou v]s tel autre gave de la libre montagne6 ,au pr9temps1 le ruisseau de la pla9e ne donne plus cette =te volupt de ragir contre le froid glacial de l'eau1 et les plongeons n'ont plus ri5 qui puisse p\vant]4 ,la tideur naissante de l'air s'e/ communique la masse liquide et la pntre4 ,t\s1 jusqu'aux enfants1 peuv5t re/] alors bagu5aud] dans l'eau fra*e4 ,les gam9s assis sur leurs bancs d'cole lv5t s\v5t les yeux de leurs livres d'tude et reg>d5t avec avidit du ct du s5ti] qui desc5d v]s le ruisseau4 ,puis1 qu& ils sont libres enf91 comme ils s'lanc5t avec joie v]s l'endroit pr(ond dans lequel ils vont s'battre6 ,en quelques secondes les voil dlivrs de ce9tures et de bl\ses2 *acun d'eux e/ dev5u un ,neptune1 branleur de flots2 et de t\tes ses =ces il travaille s\lev] des vagues1 les *ang] en masses d'cume1 produire des temptes et des ras de m>e en m9iature dans le petit fleuve1 qui p\r une heure e/ dev5u son doma9e4 ,c'e/ en t1 p5dant les tides j\rnes o l'air e/ immobile1 qu'il e/ agrable de se faire triton4 ,d'ailleurs1 il n'e/ pas indisp5sable d'avoir d\ze ou qu9ze ans p\r s'battre avec bonheur dans l'eau comme dans son lm5t2 *acun de n\s1 si les conv5tions et les faussets de la vie ne l'ont pas entirem5t corrompu1 peut retr\v] les joies de sa jeunesse en laissant ses habits sur la b]ge4 ,quant moi1 je l'av\e1 je suis encore enfant qu& je m'lance dans le ruisseau bi5-aim4 ,aprs avoir satisfait mon premi] en?\siasme en trav]sant div]ses reprises les bass9s pr(onds o t\rnoi5t les eaux1 puis en essayant de remont] les rapides et en s\levant aut\r de moi t\t un *aos de vagues entre-*oques1 je me repose et me laisse all] tranquillem5t au bonheur de vivre dans cette eau d\ce et c>essante4 ,quelle joie de m'asseoir sur une pi]re au-dess\s de la nappe de la cascatelle1 de s5tir les flots ruissel] sur moi comme sur un ro*] et de me voir disp>atre s\s un manteau d'cume6 ,quel plaisir aussi de me laiss] entran] p> les eaux du rapide jusqu' un cueil o je m'accro*e d'une ma91 t&is que le re/e de mon corps1 s\lev p> les vagues1 flotte et l s\s l'impulsion du c\rant6 ,ensuite1 je me laisse emport] encore1 et m'en vais *\] comme une pave sur un banc de sable o les cri/aux de mica brill5t comme des paillettes d'or et d'arg5t4 ,s\s la pression de mon corps1 le banc se creuse1 les gra9s de silice1 les petits caill\x se dplac5t2 des c\rants p>tiels1 de faibles rem\s t\rbillonn5t aut\r de moi comme aut\r d'un lot2 non*alamm5t acc\d1 j'assi/e au gracieux spectacle que m'(fr5t1 au-dess\s de la m9ce c\*e liquide1 les trans=mations du banc de sable1 rong d'un ct p> le c\rant et gr&issant de l'autre p> un apport incessant d'alluvions4 ,p>fois aussi le fond sur lequel le flot m'entrane e/ revtu d'une =t d'h]bes v]tes1 oscillant en molles s9uosits2 elles me c>ess5t1 elles m'enlac5t et me font un lit *>mant4 ,e/-ce l'eau1 e/-ce la *evelure onduleuse des plantes qui me s\lve a9si et me fait flott] la surface du ruisseau8 ,je ne sais1 du re/e ma p5se se p]d dans une sorte de rve2 il me semble mme que je suis dev5u p>tie du milieu qui m'ent\re2 je me s5s un avec les h]bes flottantes1 avec le sable *em9ant sur le fond1 avec le c\rant qui fait oscill] mon corps2 je reg>de avec une sorte d'tonnem5t les arbres qui se p5*5t au-dessus du ruisseau1 les tr\es de ciel bleu qui se montr5t trav]s le bran*age1 et le pr(il nettem5t dess9 des montagnes que j'ap]ois l'horizon lo9ta94 ,t\t ce monde extrieur e/-il bi5 rel8 ,moi aussi1 comme le p*eur de la lg5de1 je vois la sirne m]veilleuse me faire signe du doigt1 je me s5s attir p> son reg>d qui fasc9e1 et j'ent5ds rsonn] l'*o de son *ant d\x et p]fide4 ,ah6 vi5s1 vi5s avec moi et n\s s]ons heureux4 ,p>fois je suis t5t d'envi] le jeune homme qui cde l'appel de la s9ueuse ond9e et dont la *evelure flottante va se ml] celle des limons v]ts4 ,mais je sais qu'en se db>rassant des am]s s\cis de la vie1 son exi/5ce elle-mme va s'te9dre s\s les c>esses de l'eau pure et les ondulations de l'h]be frmissante4 ,la nature a p\r ses amants des sductions dont il faut savoir se dfi] comme de la voix des sirnes ou de la beaut de fe ,mlus9e4 ,en n\s faisant trop aim] la solitude1 elle n\s entrane lo9 du *amp de bataille o t\t homme de coeur a le devoir de combattre p\r la ju/ice et la lib]t6 ,oui1 la nature e/ belle1 n\s devons en compr5dre t\t le *>me1 mais savoir en j\ir avec une joie discrte1 ne jamais n\s ab&onn] ses fatals en*antem5ts4 ,un des gr&s plaisirs du ba91 plaisir dont on ne se r5d po9t t\j\rs compte1 mais qui n'en e/ pas mo9s rel1 c'e/ qu'on revi5t temporairem5t la vie des anctres4 ,sans tre ass]vis p> l'ignorance comme le sauvage1 n\s dev5ons physiquem5t libres comme lui1 en n\s plongeant dans l'eau2 nos membres n'ont plus subir le contact des odieux vtem5ts1 et avec les habits1 n\s laissons aussi sur le rivage au mo9s une p>tie de nos prjugs de pr(ession ou de mti]2 n\s ne sommes plus ni ouvri]s1 ni m>*&s1 ni pr(esseurs1 ni mdec9s2 n\s oublions p\r une heure outils1 livres et in/rum5ts et1 rev5us l'tat de nature1 n\s p\rrions tre t5ts de n\s croire encore ces ges de pi]re ou de bronze1 p5dant lesquels les peuplades b>b>es dressai5t leurs cabanes sur des pilotis au milieu des eaux4 ,p>eils aux hommes des anci5s j\rs1 n\s sommes libres de t\te conv5tion1 notre gravit de comm&e peut disp>atre et faire place la joie bruyante2 n\s1 civiliss1 qu'ont vieillis l'tude et l'expri5ce1 n\s n\s retr\vons enfants1 comme aux premi]s temps de la jeunesse du monde4 ,je me rappell]ai t\j\rs avec quel tonnem5t je vis p\r la premire fois une compagnie de soldats s'baudir dans la rivire4 ,encore enfant1 je ne p\vais m'imag9] les militaires autrem5t que s\s leurs habits multicolores1 avec leurs paulettes r\ges ou jaunes1 leurs b\tons de mtal1 leurs div]s ornem5ts de cuir1 de la9e et de toile cire2 je ne les compr5ais que m>*ant d'un mme pas1 en colonnes rectangulaires1 tamb\rs en tte et (fici]s en flanc1 comme s'ils =mai5t un imm5se et trange animal p\ss en avant p> je ne sais quelle aveugle volont4 ,mais1 phnomne biz>re1 l'tre mon/rueux1 arriv sur le bord de l'eau1 v5ait de se fragm5t] en gr\pes p>s1 en individus di/9cts2 vtem5ts r\ges et bleus tai5t jets en tas comme de vulgaires h>des1 et de t\s ces uni=mes de s]g5ts1 de caporaux1 de simples soldats1 je voyais sortir des hommes qui se prcipitai5t dans l'eau avec des cris de joie4 ,plus d'obissance passive1 plus d'abdication de leur propre p]sonne2 les nageurs1 r$ev5us eux-mmes p\r quelques in/ants1 se disp]sai5t librem5t dans le flot3 ri5 ne les di/+uait plus des pk9s1 qui s'battai5t ct d'eux4 ,malheureusem5t1 un c\p de sifflet se fit ent5dre1 et le triage s'opra s\da93 t&is que n\s re/ions foltr] dans l'eau1 nos cam>ades d'un mom5t s'enfuyai5t p\r all] repr5dre leurs habits r\ges et leurs b\tons numrots1 et bi5tt n\s les vmes s'loign] m>*ant en rang et au pas sur la r\te p\dreuse4 ,depuis j'ai vu1 s\s d'autres climats que celui de la ,france1 combi5 l'ho/ilit dim9ue t\t d'un c\p entre des ennemis qui vi5n5t de se dp\ill] des vtem5ts s\s lesquels ils ont pris l'habitude de se voir et de se har4 ,c'tait prs d'une ville de la cte de ,colombie1 la b\*e d'un pr(ond ruisseau1 qu'un troit banc de sable o df]l5t incessamm5t les vagues1 sp>e de l'ocan4 ,*aque mat91 des c5ta9es d'individus app>t5ant deux races presque t\j\rs en gu]re se r5contrai5t cette emb\*ure de ruisseau4 ,d'un ct1 c'tai5t les desc5dants plus ou mo9s mls des ,espagnols1 qui v5ai5t faire leurs ablutions quotidi5nes2 de l'autre1 c'tai5t les ,indi5s qui pr(itai5t d'une trve p\r se r5dre au m>* de la plage4 ,de rive rive1 on se jetait des reg>ds de ha9e et des p>oles d'insulte1 c> on se s\v5ait des combats et des massacres1 des victimes trangles1 noyes1 ensevelies vivantes2 mais qu& les gu]ri]s r\ges1 dp\illant leur tunique1 p>eille celle des ,hellnes d'autrefois1 app>aissai5t dans la beaut respl5dissante de leurs =mes et s'lanai5t dans la rivire p\r la trav]s] en quelques lans1 on oubliait l'antique ha9e et l'on se pr5ait mme les aim]4 ,malgr t\t1 n'tions-n\s pas des frres8 ,eux aussi1 me semble-t-il1 n\s reg>dai5t sans colre1 mais en abordant la rive1 ils sec\ai5t leur longue *evelure noire1 s'loignai5t firem5t sans ret\rn] la tte et disp>aissai5t bi5tt un t\rnant de la plage4 ,,*apitre ,,xiv ,,la ,p,,*e ,le ruisseau n'e/ pas seulem5t p\r n\s l'ornem5t le plus gracieux du paysage et le lieu *>mant de nos j\issances1 c'e/ aussi p\r la vie matrielle de l'homme un rs]voir d'alim5tation1 et son eau fconde n\rrit des plantes et des poissons qui s]v5t notre subsi/ance4 ,l'incessante bataille de la vie qui n\s a fait les ennemis de l'animal des prairies et de l'oiseau du ciel excite aussi nos in/9cts contre les populations du ruisseau4 ,en voyant la truite gliss] dans le flot rapide comme un rayon de lumire1 la plup>t d'entre n\s ne se cont5t5t pas d'admir] la =me lance de son corps et la m]veilleuse pre/esse de ses m\vem5ts1 ils regrett5t aussi de ne pas avoir saisi l'animal dans son lan et de n'avoir pas la *ance de le faire grill] p\r leur repas4 ,cette t]rible b\*e arme de d5ts qui s'ouvre au milieu de notre visage n\s r5d semblables au tigre1 au requ91 au crocodile4 ,comme eux n\s sommes des btes froces4 ,dans les sicles d'autrefois1 alors que nos anctres ignorai5t encore l'art de cultiv] le sol et de sem] le gra9 n\rrici] p\r le faire lev] en pis1 l'homme qui n'avait pas rec\rs l'an?ropophagie n'avait1 p\r s'alim5t]1 d'autres ress\rces que les rac9es dt]res dans le sol1 les p\sses des h]bes sav\reuses1 les cadavres d'animaux tus dans la =t et le poisson saisi dans la m] ou les eaux c\rantes4 ,aussi1 press p> le beso91 avait-il acquis1 comme p*eur1 une adresse qui n\s et sembl m]veilleuse4 ,non mo9s habile que le bro*et ou la l\tre1 il manquait r>em5t la proie qu'il avait vise4 ,immobile sur le bord1 semblable un tronc d'arbre1 il att5dait patiemm5t que le poisson passt la porte de sa ma91 et s\da9 il l'avait saisi et lui crasait la tte sur une pi]re4 ,de mme les ,indi5s encore sauvages de l',amrique p]c5t c\p sr le poisson du javelot qu'ils lanc5t de la rive ou du d>d qui s'*appe de leur s>bacane4 ,d'ailleurs1 les ruisseaux et les fleuves tai5t jadis bi5 autrem5t ri*es en poissons qu'ils ne le sont de nos j\rs4 ,aprs avoir captur dans l'eau c\rante t\tes les proies ncessaires au repas de la famille1 le sauvage satisfait laissait les milli]s ou les millions d'oeufs dposs sur le sable ou dans les joncs se dvelopp] en paix4 ,grce l'imm5se fcondit des espces animales1 les eaux tai5t t\j\rs peuples1 t\j\rs exubrantes de vie4 ,mais l'homme1 que les progrs de la civilisation ont r5du plus +nieux1 a tr\v moy5 de dtruire ces races prolifiques dont *aque femelle p\rrait1 en quelques gnrations1 emplir t\tes les eaux d'une masse de *air solide4 ,dans son imprvoyance avide1 il a mme ext]m9 en enti] nombre d'espces qui vivai5t jadis dans les ruisseaux4 ,non-seulem5t il s'e/ s]vi de filets qui b>r5t la masse d'eau et en emprisonn5t t\te la population1 il a eu aussi rec\rs au poison p\r dtruire d'un c\p des multitudes et faire une d]nire capture plus abondante que les autres4 ,t\tefois1 les vrais p*eurs1 ceux qui ti5n5t honneur de s'appel] a9si1 rpr\v5t ces moy5s honteux de de/ruction en masse qui ne dem&5t ni sagacit1 ni connaissance des moeurs du gibi]4 ,d'ailleurs1 p> un contra/e qui semble trange au premi] abord1 le p*eur aime t\tes ces pauvres btes dont il s'e/ fait le p]scuteur1 il en tudie les habitudes et le g5re de vie avec une sorte d'en?\siasme1 il *]*e leur dc\vrir des v]tus et de l'intellig5ce2 comme le *asseur qui p>le des hauts faits du r5>d ou du sangli]1 il s'exalte racont] les f9esses de la c>pe et les ruses de la truite2 il les respecte presque comme des adv]saires1 il ne veut les combattre que de franc jeu et s'irrite que des braconni]s indignes travaill5t en dtruire la race4 ,s\v5t1 en me prom5ant le long du ruisseau1 j'ai pu tudi] mon aise le p*eur idal1 le tranquille p*eur la ligne1 d]rire lequel l'araigne t5d paisiblem5t ses filets entre les bran*es4 ,il se s]ait bi5 pass de ma prs5ce qui tr\blait ses rites religieux2 il ne t\rnait po9t la tte v]s moi et ne faisait pas mme un ge/e d'impati5ce1 mais je s5tais qu'il m'tait ho/ile1 et1 de peur de s\lev] sa colre1 je m>*ais sur l'h]be pas t\ffs1 ret5ant mon hale9e4 ,peu peu1 il ne voyait plus en moi qu'un trait du paysage comme une ro*e ou un tronc d'arbre1 et moi1 de mon ct1 je p\vais l'admir] en consci5ce4 ,c]tes1 il n'y a po9t de fraude en lui4 ,c'e/ avec une foi s9cre qu'il met son appt1 qu'il jette sa ligne et p5dant des m9utes ou des heures att5d qu'un poisson malavis veuille bi5 mordre son hameon4 ,ri5 ne peut le dt\rn] de son oeuvre2 d'un reg>d aigu1 il p]ce l'eau pr(onde2 il voit l'imp]ceptible reflet luire vaguem5t sur une nageoire mal enf\ie dans le sable1 il di/+ue la m>*e du v]misseau s\s la vase1 il press5t1 c]ta9s frmissem5ts de l'eau1 le poisson ca* s\s l'h]be et qu'il ne voit pas encore2 il int]roge la fois les rides et les rem\s1 les /ries du c\rant et les s\ffles de l'air2 att5tif t\s les bruits1 t\s les m\vem5ts1 il promne sa ligne sur le fond ou la fait volet] la surface1 suivant les conseils que lui donn5t les gnies de la nature assembls aut\r de lui4 ,en si bonne compagnie1 que lui import5t les pr(anes6 ,il ne daigne seulem5t pas leur lanc] un reg>d1 bi5 mieux employ dev9] le poisson dans sa retraite4 ,un j\r1 un aronaute1 en*evtr dans les cordages de la nacelle1 demi-asphyxi p> le gaz qui s'*appait de son ballon dgonfl1 tomba au beau milieu de la ,se9e1 entre les deux ranges de p*eurs1 immobiles comme des /atues le long des b]ges4 ,aucun ne b\gea4 ,t&is que les bateli]s dta*ai5t la hte leurs canots p\r opr] le sauvetage du naufrag1 les p*eurs p]svrants re/ai5t le bras en arrt au-dessus des flots1 esprant t\j\rs la bi5heureuse sec\sse qui devait les av]tir de la capture dsire4 ,du re/e1 nul homme n'a plus de =titude que le p*eur contre le mauvais de/94 ,les poissons ont beau refus] malicieusem5t de se laiss] pr5dre1 ils ont beau ras] le hameon sans le happ]1 l'homme la ligne1 sil5cieux et prud5t comme un hron sur patte1 n'en ti5t pas mo9s son bras t5du et son reg>d fix2 il ne se lasse po9t2 en s'asseyant au bord de l'eau1 il a laiss d]rire lui les passions huma9es de l'impati5ce et de la colre4 ,dv\ son oeuvre1 il att5d1 mme sans espoir4 ,j'ai connu un p*eur que la male *ance avait t\j\rs p\rsuivi4 ,il ne pr5ait ni truite1 ni tan*e1 ni g\jon4 ,=t de ses d\l\reuses expri5ces ngatives1 il affirmait mme que la capture d'un poisson tait impossible et que t\tes les hi/oires de p*es1 miraculeuses ou autres1 tai5t de l'inv5tion des my/agogues et des romanci]s4 ,et p\rtant1 ds qu'il avait une heure de rpit1 ce sceptique1 cet homme dv\ au malheur1 saisissait sa ligne et1 sans dsillusion1 sans naf rega9 d'espoir1 il jetait son hameon au milieu des poissons moqueurs qui se j\ai5t en rdant aut\r de l'in(f5sif appeau4 ,en revan*e1 il e/ des p*eurs qui sembl5t fasc9] le poisson1 l'attir] inv9ciblem5t4 ,le public badaud qui les reg>de croit qu'ils ex]c5t une sorte de magntisme sur leur proie comme la c\leuvre sur la gr5\ille2 on raconte que truites et c>pillons1 entrans en dpit d'eux-mmes1 vont mordre le hameon fatal4 ,il n'en e/ po9t a9si1 c> c'e/ =ce de sci5ce que ces p*eurs sont dev5us p\r n\s des espces de magici5s ordonnant aux victimes de m>*] en procession v]s le b\t de leur ligne4 ,s'ils attir5t avec tant de succs le pauvre poisson hors de son nid d'h]bes1 c'e/ qu'ils connaiss5t t\s les beso9s1 t\s les apptits1 t\tes les ruses des be/ioles1 qu'ils surveill5t leurs habitudes et jusqu' leurs tics p>ticuli]s2 premire vue1 ils sav5t quel e/ le c>actre de l'animal4 ,en outre1 ils ont appris p> une longue expri5ce comb9] t\s leurs m\vem5ts2 le reg>d1 le bras1 la ma91 la ligne1 intellig5te elle aussi1 agiss5t de conc]t4 ,bi5 r>es t\tefois sont ces p*eurs de gnie1 et l'adepte les reconnat je ne sais quel rayon manant de leur tre4 ,en #ahae1 lorsque p\r la deuxime fois1 ,p>is1 puis p> qu9ze annes de s]vitude militaire1 ent5dait les canons prussi5s r\l] dans ses rues1 deux hommes1 ins\ciants de la cause publique1 tai5t tranquillem5t assis au bord de la ,se9e1 la ligne la ma94 ,ils ne s'tai5t jamais vus prcdemm5t1 mais *acun d'eux avait ent5du clbr] la gloire d'un rival4 ,ils se reconnur5t1 sans mme se reg>d]1 en ap]cevant seulem5t du co9 de l'oeil avec quelle sret de ge/e tait manoeuvr l'in/rum5t1 avec quelle intellig5ce l'appt allait *]*] le poisson4 ,v\s tes le clbre ,x4441 sans d\te8 --,p\r v\s s]vir1 et c'e/ au fameux ,y4441 n'e/-ce pas1 que j'ai l'honneur de rpondre8 ,gr&ville1 c>icaturi/e s\v5t trop +nieux1 s'tait imag9 de figur] les p5ses intimes d'un p*eur la ligne1 en montrant le pauvre homme avec la bote osseuse ouv]te et divise en comp>tim5ts1 suivant le sy/me de ,gall4 ,dans *acun des casi]s crbraux se tramait un crime affreux4 ,le p*eur in(f5sif1 au visage si pur et ple9 de c&eur1 n'en songeait pas mo9s p]ptr] t\tes les atrocits possibles4 ,s\s la bosse de l'acquisivit1 il =ait une s]rure et volait des piles d'cus2 s\s la protubrance de la scrtivit1 il crivait un faux2 dans la case de la combativit1 il assass9ait un vieill>d2 dans un autre reco9 du crne1 il enlevait la femme de son ami2 que sais-je encore8 ,t\tes les mon/ruosits imag9ables se rvai5t dans ce c]veau4 ,c]ta9em5t1 l'arti/e calomniait le p*eur la ligne1 en lui prtant ces halluc9ations crim9elles2 tant qu'il a l'oeil fix et le bras raidi au-dessus de l'eau1 l'honnte homme n'a po9t consci5ce des images fugitives1 bonnes ou mauvaises1 qui flott5t dans sa c]velle2 il e/ fasc9 p> les vaguelettes qui brill5t1 p> les fossettes qui se creus5t1 p> l'eau qui lui s\rit et le poisson qu'il att5d4 ,c'e/ peut-tre cause de cette trange fasc9ation ex]ce sur le p*eur p> les eaux libres du ruisseau que l'art de la pisciculture a fait si peu de progrs depuis les temps anci5s4 ,des hommes p> millions *]*5t surpr5dre le poisson sauvage qui se j\e dans le flot2 bi5 peu nombreux1 relativem5t1 sont ceux qui *]*5t lev] leur proie en captivit1 p\r la saisir et la dvor] au mom5t qui leur convi5t4 ,dans t\s les pays dits civiliss1 la *asse n'e/ gure plus qu'un passe-temps1 et la p\rsuite des btes sauvages a t remplace p> l'lve des animaux de b\*]ie4 ,seuls1 les hommes de loisir ou de vanit qui *]*5t ma9t5ir les traditions de leurs anctres ou remplir l'oisivet de leurs heures font de la *asse la pr9cipale occupation de leur vie2 mais1 depuis des milli]s d'annes dj1 les peuples ary5s ont1 d'volution en volution1 cess d'tre *asseurs et se sont mis cultiv] la t]re en pr5ant la fois p\r compagnon et p\r victime le boeuf desc5dant de cet urus sauvage qu'ils p\rsuivai5t dans les =ts4 ,de nos j\rs aussi1 l',indi5 ,peau-,r\ge1 que l',amrica9 p\sse devant lui et qui voit les tr\peaux de bisons se disp]s] au bruit des locomotives sifflant dans les prairies1 appr5d mettre le boeuf s\s le j\g et passe sans transition de l'tat de *asseur celui de cultivateur du sol et d'leveur de be/iaux4 ,mais1 p\r l'exploitation de la faune des eaux1 les hommes en sont encore presque p>t\t1 si ce n'e/ en ,*9e1 dans ce pays des g5s bi5 aviss1 aux pratiques rudim5taires de la b>b>ie primitive4 ,ils ont remplac la simple p]*e p> une ligne plus flexible et plus gracieuse1 ils ont appris tordre des fils plus m9ces et plus =ts1 ils ont p]fectionn les hameons1 imag9 des appts qui remplac5t les insectes et les v]s1 mme ils ont modifi le rgime des c\rs d'eau en adaptant aux cascades des espces d'escali]s grad9s1 p> lesquels les poissons v5us de la m] peuv5t remont] au lo9 v]s les s\rces des ruisseaux2 mais c'e/ d'une manire t\t exceptionnelle encore qu'ils s'occup5t de r5f]m] le poisson1 de le fcond] artificiellem5t1 de le n\rrir la ma9 et de manufactur] a9si1 p> qu9taux et p> tonnes1 de la *air de c>pe1 de tan*e ou de truite1 comme on fait de la vi&e de boeuf et de m\ton4 et l cep5dant des p*eurs et des indu/riels ont t5t de remplac] la p*e p> l'lve du poisson2 hommes de loisir p\r la plup>t1 ils ont obt5u des rsultats curieux1 trs-utiles p\r accrotre notre connaissance des animaux et de leurs moeurs1 mais peu prs insignifiants au po9t de vue conomique4 ,dans une petite us9e de pisciculture1 ca*e p> les murailles d'un p>c int]dit au prom5eur1 j'ai pu me r5dre compte de la sci5ce et de l'habilet pr(ondes que devrait avoir le bon leveur de poisson p\r russir dans son oeuvre sans le sec\rs d'un budget quelconque ou de rev5us opul5ts4 ,le pisciculteur e/ t5u de t\t savoir et de t\t prvoir4 ,il lui faut connatre la nature du fond et des eaux qui convi5n5t *aque espce de poisson2 il obs]ve les phnomnes de l'air et les v>iations de la temprature p\r saisir le mom5t favorable l'extraction artificielle des oeufs *ez la femelle et de la laitance *ez le mle2 il *]*e rgl] l'impulsion du c\rant et lui donn] ju/e le degr de =ce calcul d'avance2 il tudie les oeufs au microscope p\r en extraire t\s ceux qui ne lui sembl5t pas avoir la c\leur ou la transp>5ce ncessaires2 il exam9e la laitance et la rejette si elle n'e/ pas suffisamm5t blan*e et fluide4 ,que sais-je encore8 ,il appr5d se s]vir d'une f\le d'in/rum5ts dlicats1 il nettoie les oeufs avec un p9ceau1 enlve les *ampignons malsa9s au moy5 de p9ces1 se s]t de pipettes p\r transvas] la gra9e de bote en bote1 con/ruit des frayres artificielles p\r les oeufs qui s'atta*5t aux h]bes ou aux bran*illes4 ,p5dant t\te la dure de l'incubation1 il lui faut veill] avec so9 p\r emp*] les ennemis de t\te espce1 bro*ets1 insectes ou *ampignons1 d'attaqu] la population naissante2 il lui mesure heure p> heure le c\rant et la temprature conv5ables4 ,aprs l'closion1 il lui faut savoir temps n\rrir les be/ioles en leur donnant ju/e la pte qu'elles-mmes aurai5t *]*e4 ,et puis1 qu& il aura fait t\tes ces *oses1 il lui re/e encore prv5ir ces *olras t]ribles qui t\t c\p peuv5t clat] dans sa c\ve et l'ext]m9] en quelques j\rs4 ,p>mi les pisciculteurs1 il en e/ qui russiss5t sauv] a9si de t\t malheur le frai qu'ils veul5t *ang] en gros poissons4 ,a la vue de leur succs1 quel tri/e ret\r n'a-t-on pas faire sur les *oses huma9es1 en songeant que tant de milli]s et de millions d'enfants1 bi5 con/itus p\r dev5ir des hommes1 priss5t encore au b]ceau1 tus p> l'ignorance et la misre8 ,c]tes1 les enfants n\veau-ns devrai5t n\s t5ir plus coeur que les saumoneaux1 les c>pillons et t\t le fret9 possible1 et cep5dant les pidmies les emport5t en f\le4 ,nos hospices d'enfants1 bi5 autrem5t prcieux que t\s les tablissem5ts de pisciculture1 ne sont gure1 le plus s\v5t1 que des ve/ibules du cimetire4 ,les oeufs des truites et des tan*es aurai5t-ils plus de valeur nos yeux que les malheureux enfants confis la socit p> leurs p>5ts sans ress\rces1 et devons-n\s les df5dre avec plus de so9 contre les *ances de mort8 ,si jamais on arrive dome/iqu] compltem5t les poissons d'eau d\ce et manufactur] a9si de la *air volont p\r l'alim5tation publique1 c]tes il faudra s'en rj\ir1 puisque t\tes les vies infrieures sont encore employes su/5t] la vie de l'homme2 mais on ne p\rra s'emp*] de regrett] le temps o t\s ces animaux nageai5t en lib]t4 ,en voyant les c\rs d'eau rgul>iss et munis de caisses quadrangulaires o les jeunes poissons s'engraiss5t et s'habitu5t l'esclavage1 nos desc5dants p5s]ont avec une sorte de tri/esse nos ruisseaux encore indompts4 ,de mme que le rcit de la vie sauvage dans les =ts vi]ges n\s en*ante1 de mme ils subiront le *>me qu& on leur p>l]a de la libre rivire o des b&es errantes ramai5t contre le c\rant en frtillant des nageoires et de la queue1 o le poisson solitaire se d>dait d'une rive l'autre comme un rayon pe9e entrevu1 o des =ts d'h]bes flottantes frmissai5t incessamm5t avec la f\le ca*e qui les peuplait4 ,comp> au g>di5 de l'table poissons1 le p*eur abrit s\s l'ombre discrte leur app>atra comme une sorte de ,nemrod1 comme un hros des anci5s j\rs4 ,,*apitre ,,xv ,l',,irrigation ,consolons-n\s p\rtant3 dans l'av5ir que n\s prp>e l'exploitation sci5tifique de la t]re et de ses ri*esses1 la premire utilit du ruisseau ne s]a pas d'tre une us9e de *air vivante1 une sorte de g>de-mang] conomique4 ,l'eau1 qui entre p\r une si l>ge "p dans t\s les organismes1 plantes et animaux1 ne cess]a de s'employ] surt\t1 comme elle le fait actuellem5t1 n\rrir le monde vgtal de ses bords4 ,bue p> t\tes les rac9es qui tremp5t dans le ruisseau1 l'eau1 monte de pore en pore dans les int]/ices capillaires du sol1 gonfle de sve des multitudes sans f9 d'arbres et d'h]bages1 et s]t a9si indirectem5t la n\rriture de l'homme p> les tub]cules1 les tiges1 les feuilles1 les fruits1 les gra9es qu'elle dveloppe4 ,c'e/ pr9cipalem5t dans le travail agricole que le ruisseau se fait l'auxiliaire de l'humanit4 ,aprs le soleil1 qui r5\velle t\tes *oses p> ses rayons1 et l'air1 qui p> ses v5ts et le mlange incessant des gaz e/ comme le s\ffle de la plante1 l'eau du ruisseau e/ le pr9cipal ag5t de rnovation4 ,dans l'am\r inf9i de *angem5t qui n\s possde1 c'e/ avec ravissem5t que n\s c\tons le rcit des mtamorphoses1 surt\t ceux d'entre n\s qui sont encore enfants et que la connaissance des inflexibles lois ne tr\ble pas dans leur crdulit nave4 ,en lisant les ,mille et une nuits1 notre esprit se complat voir les gnies se *ang] en vapeurs1 ou les mon/res natre d'une trane de sang2 n\s aimons suivre les objets de la nature dans t\tes les =mes qu'ils affect5t successivem5t1 de mme que dans l'air *auff du ds]t n\s disc]nons tantt des palais colonnades ou des armes en m>*e4 ,dans les fables de l'antiquit grecque1 dans les my!s p]sans1 dans les vieux *ants ind\s1 ce qui n\s sduit aussi1 ce sont les trans=mations de la pi]re et de l'h]be1 de l'animal1 de l'homme et du dieu1 symboles primitifs de l'en*anem5t sans f9 de la vie dans l'imm5se univ]s4 ,de mme1 t\te vieille tapiss]ie s'anime aux yeux de l'enfant et se peuple p\r lui d'tres vivants4 ,avec quelle foi simple ne reg>de-t-il pas sur quelque toile raille l'image de ,syr9x t5dant les bras et dj *ange demi en une t\ffe de roseaux1 ,procris pr5ant rac9e p\r dev5ir peupli]1 ou la nymphe ,byblis se fondant en pleurs p\r c\l] dsormais s\s =me de fonta9e4 ,eh bi56 des *angem5ts p>eils ceux qu'inv5tr5t l'imag9ation enfant9e des peuples et les fictions des potes ne cess5t de s'accomplir dans le gr& laboratoire de la nature2 seulem5t1 c'e/ p> un l5t travail intrieur1 p> transitions graduelles et non p> de s\da9s miracles que s'opr5t ces innombrables transmissions de vie entre t\t ce qui meurt et t\t ce qui r5at4 ,la g\ttelette d'eau se *ange en cellule de plante1 elle se *ange en gra9e1 puis en pa91 et dans le corps de l'homme en p>celle de vie4 ,il semble d'abord que le ruisseau ne puisse se trans=m] a9si p\r d'autres plantes que celles de ses rives4 ,sans d\te1 la vgtation des b]ges qui aspire l'humidit p> ses rac9es et boit p> ses feuilles une vapeur abondante1 e/ de beauc\p la plus vivace et la plus joyeuse2 les v]gnes1 les peupli]s1 les trembles p\ss5t haut et droit1 leur bois t\t gonfl de jus t5d l'corce lisse et la fait craqu] s\s l'ef=t2 des h]bes en t\ffes paisses1 des arbu/es rempliss5t t\s les int]/ices entre les troncs1 le mo9dre espace vide e/ assig p> des plantes dsireuses de se rappro*] du ruisseau bi5faisant4 ,mais l'eau accomplit aussi son oeuvre lo9 des rivages4 ,mme p5dant les s*]esses1 elle su9te de gr&es di/ances trav]s les b]ges pi]reuses et sablonneuses et pntre dans le s\s-sol o elle abreuve les radicelles des plantes2 aprs les pluies1 qu& le niveau du ruisseau s'lve1 la p]colation s\t]ra9e gagne et s't5d au lo9 s\s les c\*es sup]ficielles du sol des campagnes2 enf91 p5dant les crues1 les eaux dbordes r5\vell5t la t]re1 la satur5t d'humidit1 et f\rniss5t a9si les lm5ts de vie la multitude des vgtaux4 ,c]tes1 le spectacle e/ tri/e des *amps envahis p> l'inondation4 ,les haies1 baignes jusqu' mi-hauteur1 dsign5t encore les limites si bi5 connues qui sp>5t la proprit de celle du vois92 les arbres fruiti]s1 p5*s en avant p> le flot1 tremp5t dans l'eau b\rbeuse l'extrmit de leurs rameaux salis2 des c\rants1 des rem\s rav95t le sol o croissai5t les plus belles rcoltes4 ,mme sur le bord du lac temporaire1 t\tes les dpressions ouv]tes p> la *>rue entre les sillons sont autant de fosss1 et les ados se montr5t seuls au-dessus de l'eau en longues ranges p>allles4 ,l'inondation1 qui ru9e a9si l'espoir du paysan1 e/ un gr& malheur1 et p\rtant1 dans ses eaux r$\tes1 le ruisseau apporte un trsor p\r les annes v5ir3 en dtruisant la rcolte de l'anne prs5te1 il dpose de la b\e f]tilisante qui n\rrira les rcoltes futures4 ,le sol de la pla9e1 con/amm5t sollicit p> le travail du lab\reur1 s'puis]ait bi5tt si les ro*]s de la montagne1 triturs et tamiss p> le flot1 ne s'talai5t en c\*es sur les campagnes p\r en r5\vel] la fcondit4 ,a9si que le montr5t les sondages gologiques1 la t]re vgtale et le s\s-sol t\t enti] sont des alluvions successivem5t am5es de sicle en sicle et dposes sur les assises de la ro*e3 aucune plante n'aurait pu g]m] dans la valle si la montagne ne se dlitait pas sans cesse1 et si le ruisseau n'employait pas *aque anne ces dbris f\rnir un n\vel alim5t la vgtation de ses deux rives4 ,mais comm5t faire p\r emp*] les eaux dbordes de ravag] les cultures et recueillir en mme temps t\tes les alluvions f]tilisantes8 ,comm5t rgl] les oscillations de niveau1 de manire en pr(it] sans avoir en s\ffrir8 ,encore bi5 peu nombreux sont les agriculteurs qui ont su rs\dre ce problme1 qui ont tr\v le moy5 de dompt] le ruisseau et d'en dirig] leur gr les eaux et la b\e4 ,en t1 le c\rant n'e/ qu'un petit filet liquide1 et le lab\reur se pla9t2 en d'autres saisons1 au pr9temps ou en automne1 suivant les climats1 le ruisseau dborde et le lab\reur se pla9t encore4 ,d'ailleurs1 il se pla9dra t\j\rs1 et avec raison1 tant qu'il n'aura pas su s'associ] avec son vois9 p\r utilis] de conc]t les ress\rces que lui (fre l'eau c\rante4 ,actuellem5t1 l'exploitation de ces ri*esses se fait dans le plus gr& dsordre et presque au has>d1 suivant les caprices des propritaires riv]a9s1 et le rsultat de ces disp>ates e/ trop s\v5t le dsa/re p\r t\s4 ,l'un g\tte le sol de son doma9e en le dra9ant p> des canaux s\t]ra9s1 et p> ces apports grossit a9si le volume du ruisseau2 un autre l'appauvrit au contraire en faisant des saignes droite et gau*e p\r arros] ses *amps2 un autre encore abaisse le niveau moy5 des eaux en nettoyant le fond et en dtruisant les artes des rapides et des cascades1 t&is qu'ailleurs des us9i]s relv5t la surface du c\rant en con/ruisant des b>rages4 ,ce sont des fantaisies contradictoires1 des avidits en conflit1 qui prt5d5t rgl] la m>*e du ruisseau4 ,que devi5drait un pauvre arbre1 quelles maladies mon/rueuses ne s]ait-il pas condamn si1 vivant encore1 il tait p>tag entre plusieurs propritaires1 si des matres nombreux p\vai5t ex]c] le droit d'u et d'abus1 qui sur les rac9es1 qui sur le tronc1 les bran*es1 les feuilles ou les fleurs8 ,le ruisseau dans son ensemble peut tre comp> un organisme vivant comme celui de l'arbre4 ,lui aussi1 de ses s\rces nombreuses son emb\*ure1 =me un t\t h>monique avec ses fonta9es1 ses m&res1 les oscillations rgulires de ses eaux1 et c'e/ un malheur public lorsque la srie naturelle de ses phnomnes e/ tr\ble p> l'exploitation capricieuse de riv]a9s ign>es4 ,c'e/ grce la sci5ce et au conc\rs des ef=ts auj\rd'hui diviss que le ruisseau p\rra r5dre aux populations les s]vices qu'elles en att5d5t4 ,ri*esse commune t\s1 c'e/ le travail associ de t\s qui le trans=m]a p\r les campagnes en une vritable artre de vie4 ,dj nombre de travaux de dra9age1 de colmatage1 d'irrigation1 excuts et l sur les bords des c\rs d'eau1 n\s p]mett5t de disc]n]1 dans un av5ir plus ou mo9s loign1 quel s]a le rgime de notre ruisseau3 d'avance1 n\s le suivons du reg>d avec la prvision que n\s donne la sci5ce4 ,comme aux temps anci5s1 avant l'exploitation brutale de la =t1 des sap9s et des htres entremls crotront sur les flancs de la montagne d'o s'pan*5t les premires eaux2 les rac9es saillantes1 les m\sses qui les rec\vr5t1 les h]bes qui les ent\r5t et que la d5t de la *vre ne vi5dra plus arra*]1 arrt]ont dans leur desc5te les g\ttelettes de pluie et les filets de neige fondue2 au lieu de s'c\l] en torr5ts d'une heure1 l'eau su9t]a dans l'intrieur du sol p5dant les pluies1 et desc5dant l5tem5t de pore en pore1 rep>atra dans le lit infrieur du ruisseau l'poque des s*]esses4 ,la porte moy5ne du c\rant s]a plus gale1 et ne pass]a plus s\da9em5t de la disette la surabondance4 ,des rav9s ne se creus]ont plus sur les v]sants abrupts1 et les prairies des vallons ne disp>atront plus s\s des amas de pi]railles4 ,des rigoles1 places en lignes p>allles sur les rondeurs alt]nativem5t saillantes et r5trantes des promontoires et des c\rbes1 port]ont la vie et f]ont g]m] les fleurs sur les p5tes arides4 ,il se p\rrait que l'action rgulatrice des =ts et l'emploi des eaux du torr5t l'irrigation des hautes prairies ne sufft pas prv5ir les crues s\da9es lors de la *ute des trombes4 ,mais on saura p\rvoir ce dang]4 ,la valle n'(fre pas la mme l>geur p>t\t4 ,en c]ta9s endroits son fond nivel s'tale en =me de c]cle ou d'ovale1 la place d'un anci5 lac graduellem5t combl p> les alluvions2 ailleurs1 les hauteurs ro*euses1 qui s'lv5t droite et gau*e du ruisseau1 se rappro*5t l'une de l'autre comme p\r se rejo9dre p> une arte transv]sale1 et ne re/5t sp>es que p> une troite fissure1 au fond de laquelle s'enfuit l'eau mugissante4 ,c'e/ l que se tr\vait autrefois la digue que v5ai5t battre les flots du lac4 ,lors des gr&es pluies1 ce remp>t arrtait les eaux grossissantes1 les =ait s'tal] en amont la base des coll9es et ne les dv]sait qu' mesure sur les pla9es infrieures p> le jeu naturel de ses cascades4 ,la nature1 p> son incessant travail1 a f9i p> dmolir ce b>rage2 les troncs d'arbres1 p\sss comme des bli]s p> le c\rant1 ont branl la ro*e1 l'eau s'e/ ins9ue dans les f5tes1 et tt ou t>d le lac a pu se dv]s] entre les deux p>ois de la montagne ouv]te4 ,eh bi56 ce lac1 l'homme peut le crer n\veau1 en rgl] son gr la hauteur1 la surface1 la cont5ance2 il peut dress] encore le b>rage en calculant avec prcision quelle doit en tre la =ce p\r rsi/] la pression des eaux de crue4 ,possesseur de ce lac artificiel et de ce remp>t vannes mobiles1 le cultivateur devi5t a9si le matre des pluies et des s*]esses2 il emp*e les eaux s\da9es des trombes de r\l] en torr5ts dva/ateurs sur les campagnes1 il int]dit au ruisseau de trop baiss] de niveau p5dant les *aleurs1 et cont9ue d'alim5t] les canaux d'irrigation qui port5t dans les *amps la fra*eur et la vie4 ,les alluvions qui s'amass5t au fond du bass9 lui s]viront1 en outre1 r5\vel] la vigueur de ses cultures1 et1 s'il le veut1 il *>g]a le ruisseau lui-mme de transport] t\s ces dbris sur le sol qui doit tre fcond4 ,esprons aussi puisque n\s songeons l'av5ir et que n\s suivons nos rves1 esprons que les +nieurs prposs la rgul>isation du ruisseau sauront faire du bass9 d'alim5tation1 non pas un rs]voir vulgaire aux plages malsa9es et puantes1 mais un lac *>mant et pur1 ombrag de gr&s arbres et bord de plantes aquatiques4 ,que l'arti/e1 aussi bi5 que le lab\reur1 ait plaisir contempl] ces eaux desc5dues des montagnes6 ,le vrai dang] dans l'av5ir1 c'e/ que l'eau1 considre bon droit p> l'agriculteur comme le plus prcieux de ses trsors1 ne soit utilise jusqu' la d]nire g\tte4 ,au lieu de m5ac] les *amps de ses ravages1 le ruisseau1 saign p> d'innombrables canaux d'irrigation1 p\rrait bi5 t>ir compltem5t et laiss] dans la disette les riv]a9s de son c\rs infrieur4 ,tel e/ le malheur qui arrive dj dans plusieurs contres du ,midi3 en ,prov5ce1 en ,espagne1 en ,italie1 en ,ind\/an4 ,a son issue des montagnes1 le ruisseau tapageur semble v\loir c\rir d'une traite jusqu' l'ocan2 il cume1 il rage contre les pi]res1 il bondit de rapide en rapide1 il emplit des vasques pr(ondes d'un insondable azur4 ,comme un jeune homme entrant dans la vie et ne d\tant de ri51 il a devant lui l'espace imm5se et veut en pr(it]2 mais droite1 gau*e1 de p]fides b>rages1 de petites cluses enlv5t son c\rant de m9ces filets d'eau1 qui vont se ramifi] au lo9 dans les j>d9s et les prairies4 ,appauvri d'cluse en cluse p> t\s ces emprunts1 le ruisseau se trans=me en ruisselet1 son eau ret>de se trane en s]p5tant sur les galets1 puis disp>at s\s les sables1 que le lab\reur creuse de sa pio*e p\r recueillir encore les d]nires g\ttes du prcieux liquide4 ,a pe9e e/-il arriv dans les campagnes unies1 que le joyeux fils des monts s'e/ van\i4 ,t\tefois1 en *appant son lit1 l'eau ruisselante1 divise en artres et en artrioles sans nombre1 n'en travaille que mieux4 ,rduite en filets assez m9ces p\r tre bue au passage p> les radicelles des plantes1 elle entre d'autant plus facilem5t dans le torr5t de la circulation vgtale p\r se *ang] en sve1 puis en bois1 en feuilles1 en fleurs1 et se rp&re de n\veau dans l'atmosphre en se mlant aux s5teurs des corolles4 ,dans la pla9e1 trans=me en un j>d9 imm5se1 on ne voit d'eau nulle "p1 et p\rtant c'e/ elle qui donne au gazon la f\gue de croissance et la fra*eur2 elle qui revt les p>t]res de fleurs et les arbu/es de feuillage2 elle multiplie les bran*es et prte a9si aux av5ues ombreuses cette pr(ondeur de my/re qui n\s *>me4 ,s\s une autre =me1 c'e/ elle qui n\s ent\re et qui n\s ravit4 et l1 n\s ent5dons nos pi$s un murmure arg5t91 comme un bruit de p]les r\lant sur le pav3 c'e/ le gaz\illem5t de l'eau qui s'c\le dans un canal s\t]ra91 et dont les reflets fugitifs n\s app>aiss5t vaguem5t trav]s les int]/ices des dalles4 ,prs d'une maisonnette enf\ie s\s la v]dure1 un petit jet d'eau s'lance en aigrette balance du v5t1 et les g\ttelettes du br\ill>d iris vont retomb] au lo9 sur les fleurs en rose de diamants4 ,,*apitre ,,xvi ,,le ,,m\l9 ,,et ,l',,us9e ,le vaillant ruisseau ne se borne pas f]tilis] nos t]res1 il sait aussi travaill] d'une autre faon qu& il n'e/ pas employ en enti] l'irrigation des *amps4 ,il n\s aide dans notre besogne indu/rielle4 ,t&is que ses alluvions et ses eaux se trans=m5t *aque anne en from5t p> la m]veilleuse *imie du sol1 son c\rant s]t rduire le gra9 en f>9e1 de mme qu'il p\rrait aussi ptrir cette f>9e en pa9 s'il n\s plaisait de lui confi] ce travail4 ,p\rvu que sa masse liquide y suffise1 le ruisseau sub/itue sa =ce celle des bras huma9s p\r accomplir t\t ce que faisai5t autrefois les esclaves de gu]re ou les femmes ass]vies leur brutal m>i3 il m\d le bl1 brise le m9]ai1 triture la *aux et le morti]1 prp>e le *anvre1 tisse les t(fes4 ,aussi l'humble m\l91 ft-il mme rong de li*5s et d'algues1 m'inspire-t-il une sorte de vnration3 grce lui1 des millions d'tres huma9s ne sont plus traits en btes de somme2 ils ont pu relev] la tte et gagn] en dignit en mme temps qu'en bonheur4 ,quel s\v5ir *>mant n\s a laiss ce m\l9 de notre petite b\rgade6 ,il tait demi ca*--peut-tre l'e/-il encore--dans un nid de gr&s arbres1 v]gnes1 trembles1 saules1 peupli]s2 on ent5dait de lo9 son cont9uel tic-tac1 mais sans voir la maison trav]s le f\illis de v]dure4 ,en hiv] seulem5t1 les murailles lz>des app>aissai5t entre les bran*es dp\rvues de feuilles2 mais dans t\te autre saison il fallait1 avant d'ap]cevoir le m\l91 pntr] jusque dans la c\r1 drang] le tr\peau des oies sifflantes et rveill] dans sa ni*e le gros *i5 de g>de t\j\rs grognant4 ,cep5dant1 protg p> l'enfant de la maison1 notre cam>ade d'cole et de jeux1 n\s osions n\s appro*] du c]bre1 n\s osions mme avanc] la ma9 t\t prs de la t]rible gueule et c>ess] d\cem5t l'norme tte4 ,le mon/re daignait enf9 se rad\cir et remuait la queue avec bi5veillance en signe d'hospitalit4 ,notre site de prdilection tait une petite le dans laquelle n\s p\vions entr]1 soit en passant p> le m\l9 con/ruit transv]salem5t au-dessus d'un bras du ruisseau1 soit en n\s glissant le long d'une troite corni*e mnage en =me de trottoir l'extrieur de la maison3 c'e/ l que s'aju/ai5t les pelles et que le g>on meuni] allait t\s les mat9s rgl] la m>*e de l'eau4 ,il va sans dire que c'tait l notre *em9 prfr4 ,en quelques bonds n\s tions dans notre lot s\s l'ombre d'un gr& *ne l'corce ue p> nos frqu5tes escalades4 ,de l le m\l91 les arbres1 le ruisseau1 les cascades1 les vieux murs se montrai5t s\s leur aspect le plus *>mant4 ,prs de n\s1 sur le gr& bras du ruisseau1 une digue1 =me de madri]s pais1 b>rait le c\rant2 une cascade s'pan*ait p>-dessus l'ob/acle1 et des rapides cumeux v5ai5t se heurt] contre les piles d'un pont aux lz>des fleuries4 ,de l'autre ct1 la vieille masure du m\l9 emplissait t\t l'espace1 des arbres de la rive ceux de l'lot4 ,du fond d'une sombre arcade mnage au bas des murailles1 l'eau battue s'*appait comme d'une norme gueule1 et dans la noire pr(ondeur de l'ouv]ture bante n\s di/+uions vaguem5t des pilotis m\ssus1 des r\es demi disloques1 s'agitant gau*em5t comme l'aile brise d'un oiseau1 des palettes plongeantes dv]sant *acune sa cascatelle4 ,aut\r de l'arcade1 un li]re pais rec\vrait les murs et1 grimpant jusqu'au toit1 enlaait les p\trelles de ses cordages n\eux et frmissait en t\ffes joyeuses au-dessus des tuiles4 ,et dans l'intrieur de la maison1 combi5 t\t n\s p>aissait trange1 depuis l'ne philosophe1 ployant s\s le f>deau des sacs que l'on d*>geait prs de la meule1 jusqu'au meuni] lui-mme la longue bl\se enf>9e6 ,aut\r de n\s1 pas un seul objet qui ne s'agitt convulsivem5t ou ne vibrt s\s la pression de la cascade invisible qui grondait nos pi$s et dont n\s disc]nions et l p> les int]/ices la fuyante cume4 ,les murs1 le plan*]1 le plafond1 tremblai5t incessamm5t des puissantes sec\sses de la =ce ca*e3 p\r que notre reg>d *appt un in/ant la vue de ce frmissem5t univ]sel1 il n\s fallait fix] les yeux avec ef=t sur l'azur et les nues blan*tres de l'espace qui se montrai5t trav]s une luc>ne4 ,dans un co9 sombre du m\l91 l'arbre moteur t\rnait1 t\rnait sans rel*e comme le gnie du lieu2 des r\es d5tes1 des c\rroies t5dues d'un b\t de la salle l'autre transmettai5t le m\vem5t aux meules gr9antes1 aux trmies oscillant avec un bruit sec1 t\s ces eng9s de bois ou de mtal qui *antai5t1 geignai5t ou hurlai5t dans un conc]t biz>re4 ,la f>9e1 qui jaillissait comme une fume des gra9s broys1 flottait dans l'air de la salle et saup\drait t\s les objets de sa f9e p\ssire2 les toiles d'araignes susp5dues aux p\tres du plafond s'tai5t en p>tie rompues s\s le poids qui les *>geait et se balanai5t comme de blancs cordages2 les empre9tes de nos pas se dess9ai5t en noir sur le plan*]4 ,dans l'imm5se br\haha des voix qui s'*appai5t des engr5ages1 des meules1 des bois]ies et des murailles elles-mmes1 pe9e p\vais-je ent5dre ma propre voix et d'ailleurs je n'osais p>l]1 me dem&ant si l'habitant de cet trange lieu n'tait pas un sorci]4 ,son fils1 mon cam>ade d'cole1 me p>aissait mo9s r$\table1 et mme l'occasion je ne craignais pas de me collet] avec lui2 p\rtant1 je ne p\vais m'emp*] de voir aussi en sa petite p]sonne un tre my/rieux1 comm&ant aux =ces de la nature4 ,il connaissait t\s les secrets du fond de l'eau2 il p\vait n\s dire le nom des h]bes et des poissons1 disc]n] dans le sable ou la vase le m\vem5t imp]ceptible nos reg>ds1 rvl] des drames intimes visibles lui seul4 ,dans notre p5se c'tait un vritable amphibie1 et il s'en df5dait pe9e3 il s'tait prom5 sur le lit du ruisseau dans les endroits les plus pr(onds et mesurait de mmoire1 un c5timtre prs1 les g\ffres que nos p]*es n'tai5t pas assez longues p\r sond]4 ,il connaissait aussi sur t\s les po9ts la =ce du c\rant contre lequel il avait lutt la nage ou la rame3 plus d'une fois il avait manqu d'tre emport p> les r\es et broy s\s les engr5ages2 famili>is avec le dang]1 il le bravait d'autant plus1 comptant t\j\rs sur l'ef=t de son bras ou sur une corde sec\rable lance au d]ni] mom5t4 ,un de ses frres1 mo9s heureux1 avait tr\v la mort dans un g\ffre o l'avait entran le rem\s4 ,eff>s1 n\s reg>dions le tr\ s9i/re4 ,le pre1 ple9 d'une horreur sacre1 en avait fait mur] le fond4 ,le my/re qui p\r n\s ent\rait le vieux m\l9 ne planait pas sur la gr&e us9e1 situe beauc\p plus avant dans la pla9e1 un endroit o le ruisseau a dj reu t\s ses afflu5ts4 ,d'abord1 l'us9e e/ une norme con/ruction qui1 lo9 de se ca*] s\s les ombrages1 se dresse au milieu d'un espace nu et dont la puissante masse p\rrait tre presque comp>e1 p\r la hauteur1 aux coteaux environnants4 ,a ct de l'difice1 une *em9e1 p>eille un oblisque1 s'lve dix mtres plus haut dans l'atmosphre et semble encore se prolong] v]s le ciel p> les noires volutes de fume qui s'en *app5t4 ,le j\r1 ses murs badigeonns dta*5t l'us9e sur le v]t des prairies2 le soir1 lorsque le soleil se c\*e1 des c5ta9es de vitres s'allum5t sur la faade comme autant de reg>ds flamboyants2 la nuit1 les lumires de l'intrieur rayonn5t au dehors en faisceaux div]g5ts et1 comme la lueur d'un ph>e1 brill5t dix lieues de di/ance4 ,a l'intrieur comme au dehors1 l'us9e ne prs5te que des angles droits et des lignes gomtriques4 ,les gr&es salles1 ple9es de la lumire qui entre flots p> les va/es f5tres1 ont nanmo9s je ne sais quoi de t]rible dans leur aspect4 ,des pili]s de f]1 se dressant di/ances gales1 s\ti5n5t le plafond2 des ma*9es de f] agit5t d'un m\vem5t rguli] leurs r\es1 leurs bielles1 leurs bras c\ds2 des d5ts de f] et d'aci] saisiss5t la matire qu'on leur donne divis]1 rong]1 broy] ou ptrir de n\veau1 et la r5d5t en pte1 en fils1 en flocons ou en nue pe9e visible1 a9si que le lui dem&e la volont matresse4 ,de t\s ces eng9s de mtal qui s'agit5t et grond5t comme des mon/res froces1 l'homme a fait ses esclaves3 c'e/ lui qui les d*ane aprs leur avoir donn la pture2 mais1 t\t matre qu'il e/1 il n'en doit pas mo9s trembl] devant cette =ce brutale qu'il a dompte4 ,qu'il oublie seulem5t un in/ant de mettre son propre travail en h>monie p>faite avec celui de la =midable ma*9e1 que1 s\s l'impression d'un s5tim5t ou d'une p5se1 il s'arrte dans ses va-et-vi5t ry?miques1 et peut-tre le puissant mcanisme qui1 lui1 n'a ni regrets ni esprances p\r le ral5tir ou l'acclr]1 va le saisir et le lanc] broy contre la muraille2 peut-tre va-t-il l'entran] p> un pan de son vtem5t1 l'attir] dans ses engr5ages et le rduire en une b\illie sanglante4 ,les r\es t\rn5t d'un m\vem5t t\j\rs gal1 qu'il s'agisse d'cras] un homme ou de tordre un fil pe9e visible4 ,de lo91 qu& on se promne sur les coteaux1 on ent5d le ronflem5t t]rible de la ma*9e qui fait vibr] aut\r d'elle le sol et l'atmosphre4 ,cette =ce discipl9e1 et nanmo9s r$\table1 des r\es et des bras de f]1 n'e/ autre *ose que la puissance trans=me du ruisseau1 nagure indompt4 ,cette eau1 qui jadis n'accomplissait d'autre travail que de r5v]s] des b]ges et d'en crer de n\velles1 d'appr(ondir c]ta9es p>ties de son lit et d'en lev] d'autres1 e/ dev5ue ma9t5ant l'auxiliaire direct de l'homme p\r tiss] des t(fes ou p\r broy] du gra94 ,guid p> l'+nieur1 le m\vem5t brutal de l'eau a pris la direction qu'on lui traait3 il s'e/ di/ribu dans les p9ces les plus f9es1 dans les p9ceaux les plus tnus1 aussi bi5 que dans les engr5ages les plus puissants de l'norme ma*9e2 il brise et triture t\t ce que l'on met s\s le m>teau-pilon1 tire les b>res de mtal qui s'engag5t s\s le lam9oir2 mais il sait aussi *oisir et ml] les fils presque imp]ceptibles1 m>i] les c\leurs1 vel\t] les t(fes comme d'un lg] duvet1 accomplir la fois les travaux les plus div]s1 ceux que ne p\vait mme rv] un ,h]cule et ceux qui dfi]ai5t les doigts habiles d'une ,ara*n4 ,en donnant sa =ce la ma*9e1 le ruisseau e/ dev5u un gigantesque esclave remplaant lui seul ces milli]s de prisonni]s de gu]re et de femmes ass]vies qui peuplai5t les palais des rois2 t\te la besogne de ces tri/es animaux en*ans1 il sait la faire mieux qu'elle ne fut jamais faite1 et que de *oses en outre il peut accomplir6 ,bi5 utilise1 une cat>acte comme celle du ,niag>a anim]ait un assez gr& nombre de ma*9es p\r se *>g] du travail d'une nation4 ,presque incalculables sont les ri*esses dont l'us9e a gratifi l'humanit2 et *aque anne ces ri*esses s'accroiss5t encore1 grce la =ce que l'on sait dgag] des combu/ibles1 grce aussi l'emploi plus savant et plus gnral de l'eau c\rante qui glisse sur le lit incl9 des ruisseaux4 ,et p\rtant1 ces produits si nombreux qui sort5t des manufactures p\r enri*ir l'humanit t\t entire et p\r all]1 d'*ange en *ange1 initi] les peuplades les plus lo9ta9es une civilisation suprieure1 laiss5t encore bi5 s\v5t dans une misre sordide ceux qui les mett5t en oeuvre4 ,non lo9 de la puissante us9e dont les mon/res de f] ont tant cot1 non lo9 de la magnifique demeure seigneuriale qu'ent\r5t de beaux arbres exotiques imports gr&s frais de l',himalaya1 du ,japon1 de la ,cali=nie1 des maisonnettes en briques1 noircies p> la h\ille1 s'align5t au milieu d'un espace jon* de dbris sans nom et p>sem de flaques d'une eau ftide4 ,dans ces humbles demeures1 mo9s hideuses1 il e/ vrai1 que les tanires de s]fs dom9es p> le *teau du b>on fodal1 les familles sont r>em5t runies aut\r de la mme table2 tantt le m>i1 tantt la femme ou les enfants en ge de travail1 appels p> l'impitoyable clo*e de la manufacture1 doiv5t s'loign] du foy] et se succd] au s]vice des ma*9es1 travaillant elles-mmes sans trve ni repos comme le c\rant du ruisseau qui les met en m\vem5t4 ,p>fois1 la maison se tr\ve t\t fait vide1 mo9s qu'il ne re/e dans un co9 quelque n\rrisson rclamant en va9 sa mre p> des vagissem5ts pla9tifs4 ,le pauvre enfantelet1 envelopp de langes humides1 e/ encore t\t *tif1 cause du manque d'air et de so9s2 tt ou t>d1 il s]a rong de scr(ules1 mo9s qu'une maladie quelconque1 ph?isie1 v>iole ou *olra1 ne l'emporte avant l'ge4 ,a9si1 t\t n'e/ pas joie et bonheur sur les bords de ce ruisseau *>mant o la vie p\rrait tre si d\ce1 o il semble naturel que t\s s'aim5t et j\iss5t de l'exi/5ce4 ,l aussi la gu]re sociale e/ en p]man5ce2 l aussi les hommes sont engags dans la t]rible mle de la concurr5ce vitale4 ,de mme que les monades ou les vibrions de la g\tte d'eau *]*5t s'arra*] la proie les uns aux autres1 de mme sur la b]ge *aque plante *]*e pr5dre sa vois9e sa "p de lumire et d'humidit2 dans le ruisseau1 le bro*et s'lance sur l'p9o*e1 et celle-ci happe le g\jon3 t\t animal e/ p\r quelque autre animal au guet un plat dj s]vi4 ,p>mi les hommes la lutte n'a plus ce c>actre de tranquille frocit2 grce la culture du sol et la mise en oeuvre de ses produits1 n\s n'en sommes plus n\s entre-mang]2 mais n\s n\s reg>dons encore les uns les autres d'un oeil oblique1 et *acun de n\s suit avec envie le morceau de pa9 que son frre porte la b\*e4 ,les spectres de la misre et de la faim se dress5t d]rire n\s1 et p\r vit]1 n\s et nos familles1 d'tre saisis p> leur effroyable tre9te1 n\s c\rons t\s aprs la =tune1 dt-elle mme tre acquise1 d'une manire directe ou indirecte1 au dtrim5t du pro*a94 ,sans d\te n\s en sommes attri/s2 mais saisis p> un engr5age comme le m>teau-pilon qui se s\lve et qui broie1 n\s aussi n\s crasons sans le v\loir4 ,cette lutte froce p\r l'exi/5ce entre hommes qui devrai5t s'aim] n'aura-t-elle donc pas f98 ,s]ons-n\s t\j\rs ennemis1 mme en travaillant cte cte dans l'us9e commune8 ,p>mi t\s ceux qui de leurs ma9s ou de leurs ttes sont associs de fait la mme oeuvre1 les uns1 de plus en plus enri*is1 s'arrog]ont-ils jamais le droit de mpris] les autres1 et ceux-ci de leur ct1 condamns la misre1 ne cess]ont-ils de r5dre ha9e p\r mpris et fureur p\r oppression8 ,non1 il n'en s]a pas t\j\rs a9si4 ,dans son am\r de ju/ice1 l'humanit1 qui *ange incessamm5t1 a dj comm5c son volution v]s un n\vel ordre de *oses4 ,en tudiant avec calme la m>*e de l'hi/oire1 n\s voyons l'idal de *aque sicle dev5ir peu peu la ralit du sicle suivant1 n\s voyons le rve de l'utopi/e pr5dre =me prcise p\r se faire la ncessit sociale et la volont de t\s4 ,dj p> la p5se1 n\s p\vons contempl] l'us9e et la campagne environnante telles que l'av5ir n\s les aura *anges4 ,le p>c s'e/ agr&i2 il compr5d ma9t5ant la pla9e entire1 des colonnades s'lv5t au milieu de la v]dure1 des jets d'eau s'lanc5t au-dessus des massifs de fleurs1 de joyeux enfants c\r5t dans les alles4 ,la manufacture e/ t\j\rs l2 plus que jamais1 elle e/ dev5ue un gr& laboratoire de ri*esses1 mais ces trsors ne se divis5t plus en deux p>ts1 dont l'une e/ attribue un seul et dont l'autre1 celle des ouvri]s1 n'e/ qu'une pitance de misre2 ils app>ti5n5t dsormais t\s les travailleurs associs4 ,grce la sci5ce qui leur fait mieux utilis] la puissance du c\rant et les autres =ces de la nature1 les ouvri]s ne sont plus les esclaves haletants de la ma*9e de f]2 aprs le travail de la j\rne1 ils ont aussi le repos et les ftes1 les joies de la famille1 les leons de l'amphi?tre1 les motions de la scne4 ,ils sont gaux et libres1 ils sont leurs propres matres1 ils se reg>d5t t\s en face1 aucun d'eux n'a plus sur le front la fltrissure qu'imprime l'esclavage4 ,tel e/ le tableau que n\s p\vons contempl] d'avance en n\s prom5ant le soir prs du ruisseau *ri1 qu& le soleil c\*ant borde d'un c]cle d'or les volutes de vapeur *appes de l'us9e4 ,ce n'e/ encore l qu'un mirage1 mais si la ju/ice n'e/ pas un va9 mot1 ce mirage n\s montre dj la cit lo9ta9e1 demi ca*e d]rire l'horizon4 ,,*apitre ,,xvii ,,la ,,b>que ,,et ,,le ,,tra9 ,,de ,,bois ,p5dant le c\rs des sicles1 les progrs matriels de l'humanit peuv5t se mesur] p> les s]vices que l'on a dem&s au ruisseau4 ,actuellem5t1 l'impulsion de son c\rant se trans=me en =ce vive dans nos manufactures p\r m\dre1 ptrir ou tiss]2 ses eaux et ses alluvions se *ang5t en sve et en tissu vgtal dans nos prairies et dans nos v]g]s2 il e/ dev5u notre gr& auxiliaire dans l'agriculture et l'indu/rie4 ,autrefois1 il n'en tait pas a9si4 ,la =t sans bornes rec\vrait les pla9es et les montagnes4 ,les s5ti]s qui s]p5tai5t entre les arbres1 de clairire en clairire1 tai5t r>es1 mal frays1 ob/rus d'h]bes et de br\ssailles2 aussi le sauvage utilisait-il la nappe du ruisseau p\r en desc5dre ou remont] le c\rs navigable sur le tronc d'arbre creus qui lui s]vait d'emb>cation4 ,illu/ration3 ,c',,e/ ,,p\r ,l',,homme ,,une ,r,,cr,,ation ,,physique 7,,page #bff47 ,de nos j\rs1 grce aux r\tes1 aux *em9s1 aux s5ti]s qui trav]s5t la campagne dans t\s les s5s1 la navigation srieuse a presque entirem5t cess sur le ruisseau2 on n'y vogue plus que p\r le plaisir de ram] et de se s5tir balanc] d\cem5t p> l'onde ride4 ,c'e/ l p\r l'homme une rcration physique des plus d\ces qu'il puisse se donn]3 pe9e e/-il possible de faire un rve de bonheur sans s'imag9] aussitt qu'on flotte avec des tres aims dans une b>que dont la rame plonge temps gaux dans le c\rant4 ,mme qu& on e/ seul1 c'e/ une volupt relle de p\voir anim] p> son bras un de ces bateaux effils qui f5d5t le flot comme des poissons4 ,on se dplace son gr3 tantt on e/ prs de la cascade1 tantt sur le bass9 tranquille2 ici l'on effleure le gazon des b]ges1 plus lo9 on rase les troncs des saules2 on passe de l'av5ue t\te noire d'ombre la nappe paillete de la lumire qui tombe en pluie trav]s le feuillage4 ,et puis1 ne fait-on pas corps avec le bateau1 de manire =m] avec lui comme un trange animal1 la fois homme et dauph98 ,de ses longues rames1 semblables de puissantes nageoires1 on creuse des rem\s de *aque ct de la b>que1 on fait ruissel] les g\ttes en p]les la surface de l'eau2 sa guise1 on ouvre le flot en sillons cumeux1 et d]rire soi on laisse un long sillage o vibre la lumire en lignes s]p5t9es4 ,malheureusem5t1 sur le ruisseau les emb>cations sont r>es4 ,a pe9e si des bateaux une ou deux rames se mir5t dans les bass9s o les eaux s'accumul5t avant de plong] s\s les r\es des us9es et de mettre en m\vem5t meules et engr5ages4 ,ailleurs1 un vieux batelet1 atta* p> une *ane un pieu de la rive1 e/ presque t\j\rs enf\i s\s les lames rec\rbes des glaeuls et des iris2 sans d\te il s]vait jadis quelque p*eur2 mais auj\rd'hui ses plan*es sont disjo9tes1 l'eau y pntre de t\tes p>ts1 et les seuls navigateurs qui se has>d5t l'utilis] sont les gam9s de l'cole buissonnire3 posant *acun de leurs pi$s sur l'un des bordages1 ils avanc5t avec prcaution de manire ma9t5ir leur quilibre2 puis1 se p5*ant de t\t leur poids sur la gaffe1 ils rep\ss5t l'emb>cation dlabre au milieu du c\rant1 et1 d'un saut vig\reux1 bondiss5t sur la rive oppose2 p>fois ils tomb5t dans la vase1 mais la trav]se s'e/ accomplie tant bi5 que mal1 et ils s'en vont joyeusem5t cueillir des fraises ou des m]ises dans la =t4 ,c'e/ cela que se borne p\r les enfants la gr&e navigation sur le ruisseau4 ,t\tefois1 au pr9temps1 ils fabriqu5t aussi de petits navires en creusant une bran*e de sureau2 ils y plant5t un mt portant son extrmit un fi] drapeau r\ge ou bleu1 puis1 avec des cris de joie1 ils le lanc5t sur le flot en lui donnant un quipage de hannetons4 ,dsormais inutile p\r le transport des voyageurs1 le ruisseau l'e/ dev5u galem5t p\r le flottage4 ,les =ts de la pla9e ont disp>u1 remplaces p> les prairies1 les *amps1 les villages1 et p\r les arbres c\ps sur les coll9es1 les *em9s ont f\rni1 des moy5s de transport mo9s capricieux que le c\rant des ruisseaux4 ,p\r n\s figur] l'aspect de notre petit c\rs d'eau et les s]vices que lui dem&ai5t nos anctres au bon vieux temps de la b>b>ie primitive1 il n\s faut trav]s] l',ocan et pntr]1 prs des rivages de la m] des ,antilles1 dans une de ces =ts du ,honduras1 de la ,mosquitie1 du ,yucatan1 o les ,c>abes et les ,sambos c\p5t l'acaj\1 le bois de rose1 le cdre1 le camp*e4 ,le ruisseau n'e/ qu'une l>ge rue ouv]te dans l'paisseur de la =t2 la nappe liquide1 assombrie p> le reflet des votes de feuillage1 e/ unie comme une glace2 seulem5t1 les fl*es obliques de lumire1 qui et l p]c5t la ramure paisse1 font brill] comme des paillettes d'or les plus petits insectes et jusqu'aux p\ssires de poll52 les lianes1 qui tremp5t dans le c\rant de l'eau1 le ray5t de m9ces sillons noirtres o vacille un in/ant l'image des bran*es4 ,s\da91 un dt\r1 app>aiss5t quelques hommes assis dans un arbre creus et suivis d'un radeau de troncs imm]gs dans le c\rant3 c'e/ le tra9 d'acaj\ qui glisse sil5cieusem5t la surface du ruisseau4 ,l'quipage n'a gure qu' se laiss] all] la drive en accompagnant de sa cantilne la cad5ce des rames4 ,d'ailleurs1 si quelque ob/acle se prs5te1 si les troncs d'arbre s'arrt5t sur un banc de sable ou sur une ro*e ca*e1 les a?ltes c>abes1 aux muscles puissants1 au l>ge torse de bronze1 ont bi5tt remis flot le convoi t\t enti]1 et1 qu& ils arriv5t la plage o les att5d5t les gr&s navires1 un c\p d'aviron leur suffit p\r abord]4 ,qu'ils sont beaux1 ces hommes de la nature1 lorsqu'aux emb\*ures fluviales1 et1 plus hroquem5t encore1 en ple9e m]1 ils se has>d5t dans leurs pitpans sur les vagues dansantes1 et tantt sembl5t s'abm]1 tantt rep>aiss5t au milieu de l'cume6 ,combi5 aussi ces honntes b>b>es sont dv\s et s9cres1 et combi5 pr(ond re/e leur s\v5ir *ez le voyageur fatigu qui a reu l'hospitalit dans leur cabane6 ,l'hi/oire de leur race e/ celle de longs massacres2 il n'e/ peut-tre pas un de leurs anctres qui1 p5dant trois sicles aprs la conqute des ,antilles1 n'ait t brutalem5t massacr p> un civilisateur2 mais ils n'ont po9t g>d de ha9e1 et1 p> leur t\*ante bont1 ils s'h>monis5t avec leur ciel si pur1 leur t]re si fconde et leurs ruisseaux aux rives si *>mantes4 ,la t*e de nos b*]ons d',europe e/ bi5 autrem5t pnible4 ,la de/ruction graduelle des =ts de la pla9e les a =cs cont9u] leur indu/rie dans les pres gorges des montagnes4 ,au lieu de se laiss] b]c] d\cem5t p> le c\rs tranquille d'une eau s9ueuse1 il faut qu'ils discipl95t le torr5t sauvage1 qu'ils musl5t ce mon/re furieux et tantt l'arrt5t1 tantt le p\ss5t en avant4 ,le dang] les m5ace *aque heure1 et1 s'ils vit5t la mort1 ce n'e/ que p> la =ce1 la s\plesse1 la gaiet1 un hrosme cont9uel4 ,l'endroit mme o ils travaill5t a quelque *ose de t]rible1 non durant l't1 s\s le *aud rayon du soleil qui dore les feuilles des arbres et fait s\rire jusqu' l'horreur des prcipices2 mais dans la froide automne1 qu& les nuages pass5t en c\rant au-dessus des sombres rav9s et laiss5t aux cimes des montagnes leurs lambeaux d*irs1 qu& le v5t dj glac s'eng\ffre avec fracas dans les valles troites1 et1 comme un long tonn]re1 va mugir au lo9 d'*o en *o4 ,l haut1 sur les sommets1 s't5d la neige fra*em5t tombe1 et s\v5t les br\ill>ds qui ramp5t sur le p5*ant des monts laiss5t d]rire eux une triple trane1 ici de flocons blancs1 plus bas d'un mlange gristre de neige et d'eau1 plus bas encore de pluie4 ,p\rtant1 dans cette glaciale atmosphre1 les b*]ons su5t grosses g\ttes1 c> ils mani5t la coigne1 et *aque c\p qu'ils port5t sur le tronc d'un arbre e/ lanc de l'ef=t de t\s leurs muscles4 ,en lutte avec l'norme sap9 qui1 depuis des sicles1 vivait librem5t sur le roc de la montagne1 ils sont peu peu saisis de cette rage qui s'emp>e t\j\rs de l'homme a*>n dtruire une autre exi/5ce4 ,comme le *asseur p\rsuivant une proie1 comme le soldat *]*ant tu] son semblable1 l'abatteur d'arbres s'exaspre dans son oeuvre de de/ruction p>ce qu'il s5t avoir devant lui un tre vivant4 ,le tronc gmit s\s la morsure du f]1 et sa pla9te e/ rpte de pro*e en pro*e p> t\s les arbres de la =t1 comme s'ils compatissai5t sa d\leur et compr5ai5t que la ha*e se ret\rn]a contre eux4 ,enf9 le sap9 vi5t de tomb] l\rdem5t sur le sol en brisant dans sa *ute les bran*es des arbres vois9s4 ,les b*]ons ent\r5t le colosse r5v]s2 ils en c\p5t les rameaux et la p>tie flexible de la tige1 puis1 qu& ils en ont fait une bille nue1 ils le tran5t au bord d'un de ces c\loirs qui ray5t le flanc de la montagne et p> lesquels s'cr\l5t les neiges de l'hiv] et les pi]res dsagrges4 ,des c5ta9es1 p>fois des milli]s de troncs sont am5s successivem5t assez prs du prcipice p\r qu'une simple p\sse suffise les lanc] sur la p5te4 ,ds que t\s les prp>atifs sont a*evs1 la glissade comm5ce3 les troncs se mett5t en m\vem5t sur le plan incl92 d'abord l5ts1 puis anims d'une vitesse de plus en plus gr&e1 ils a*v5t la d]nire p>tie de leur c\rse avec une rapidit v]tig9euse1 et1 s\ills de b\e1 dp\ills de leur corce1 entranant avec eux des t\rbillons de pi]res1 ils plong5t dans le pr(ond rs]voir d'eau qu'on a =m p> des b>rages au-dess\s du c\loir4 ,d'ord9aire1 les arbres desc5d5t a9si d'un jet2 mais p>fois la po9te d'un roc1 un dbris d'arbre rompu1 les arrte dans leur glissade2 ils s'enfonc5t dans le sol ou se plac5t en trav]s du canal de *ute2 il faut alors qu'un b*]on desc5de1 s\v5t au pril de sa vie1 qu'il dgage le tronc et lui fasse recomm5c] sa c\rse v]s la valle4 ,t\tes les billes d'arbres1 plus ou mo9s endommages1 sont enf9 runies dans le lac artificiel qu'on leur a mnag2 entasses les unes sur les autres1 empiles sans ordre1 elles remu5t faiblem5t s\s la pression de l'eau dont on ap]oit et l le cri/al bleutre et rid4 ,comme des animaux fatigus que le b]g] vi5t d'enf]m] dans un p>c1 elles se repos5t en att5dant le mom5t de s'enfuir4 ,ri5 de plus trange la nuit que de voir halet] t\s ces gr&s mon/res t5dus et ruisselants de lumire s\s les rayons de la lune4 ,un beau mat91 t\s les b*]ons1 desc5dus de la montagne1 sont gr\ps sur les ro*]s du dfil1 ct de la b>ricade qui reti5t les eaux du lac1 et sur laquelle le surplus des eaux s'pan*e en une m9ce cascade4 ,les troncs de sap9s1 les pieux1 les contre-=ts qui consolidai5t la digue sont retirs avec so91 puis1 un signal donn1 la trav]se qui s]vait de v]r\ cette porte norme e/ prcipite dans la gorge1 la vanne se lve et la masse imptueuse des eaux1 pr5ant t\t c\p son lan1 c\rt avec fureur v]s l'issue qu'on vi5t de lui ouvrir4 ,gonfle au c5tre af9 de s'*app] p> l'orifice en une colonne plus puissante1 elle se reploie en cat>acte p\r all] rejo9dre1 grossir et *ang] en une rivire tonnante le paisible filet d'eau qui c\lait sans bruit dans les pr(ondeurs du dfil2 mais la n\velle rivire ne plonge pas seule1 elle s'cr\le avec les troncs d'arbre entasss dans le rs]voir lacu/re4 ,ceux-ci s'lanc5t v]s la *ute comme d'normes traits2 ils se heurt5t1 r\l5t et rebondiss5t1 puis1 en s'incl9ant sur la cascade1 ils s'entre-*oqu5t encore1 t\rnoi5t en montrant trav]s l'cume les plaies r\ges laisses p> la ha*e1 disp>aiss5t un in/ant dans le g\ffre p\r surgir plus lo9 dans un b\illonnem5t de flots et s'enfuir en oscillant sur l'eau rapide4 ,a9si se succd5t en une srie de plongeons les c5ta9es et les milli]s d'arbres mutils qui nagure se balanai5t en =t murmurante sur le v]sant de la montagne4 ,t\s les bruits isols se p]d5t dans l'imm5se tonn]re de ce lac et de cette =t qui s'abatt5t ensemble dans le dfil sonore4 ,lancs p> la =ce de projection de l'imm5se cluse1 les troncs d'arbres fil5t p> le c\rant la suite les uns des autres1 et d]rire eux1 sur les s5ti]s pi]reux qui desc5d5t en lacets des promontoires1 c\r5t les b*]ons4 ,matelots leur manire1 ils ont dirig] la navigation des flottilles de bois4 ,il leur suffit d'abord de bondir le long du torr5t2 mais bi5tt1 il faut qu'ils int]vi5n5t directem5t1 et c'e/ alors que les h>dis compagnons ont beso9 de t\te la vigueur de leurs j>rets1 de t\te l'agilit de leurs bras1 de t\te la nettet de leur reg>d1 de t\te l'n]gie de leur volont4 ,un tronc d'arbre re/e engag dans un rem\s et t\rnoie en dsespr au-dessus d'un g\ffre3 c'e/ au b*]on de le dgag] de l'tre9te du t\rbillon2 arm de sa p]*e au f] po9tu1 il desc5d au flanc de la ro*e de saillie en saillie1 au risque de tomb] lui-mme dans le t\rnant des eaux1 il s'accro*e d'une ma9 une =te rac9e1 et de sa p]*e rep\sse le tronc hors du c]cle fatal dans le fil du c\rant4 ,plus lo91 un autre arbre s'e/ butt contre un promontoire et1 la tte prise dans une anfractuosit du roc1 vibre s\s la pression de l'eau1 impuissant recomm5c] sa c\rse4 ,le sauveteur e/ oblig d'entr] dans le flot jusqu' mi-corps et de saisir le tronc p\r l'extraire des t5ailles de la ro*e et le relanc] v]s le milieu du ruisseau4 ,ailleurs1 dans un dfil1 une bille s'e/ mise en trav]s du c\rant1 et ret5ue p> deux po9tes opposes1 elle s]t de digue p\r arrt] t\tes les p\tres qui la suivai5t4 ,un b>rage se re=me1 b>rage irrguli]1 biz>re en*evtrem5t de troncs 9gaux1 les uns flottants encore1 les autres r$resss1 qui s'accrot sans cesse de t\s les dbris1 de t\tes les bran*es que lui apporte le c\rant4 ,c'e/ l que les conducteurs du convoi ont reg>d] la mort en face4 ,les eaux1 ret5ues p> la b>rire de troncs entasss1 ont lev leur niveau comme le fait un canal en amont d'une cluse f]me1 et s'pan*5t en rapides et en cascades p>-dessus l'ob/acle2 le torr5t1 rejet hors de son c\rs normal1 s'lance en b\illonnem5ts s\da9s2 les mon/res c\*s s'agit5t convulsivem5t et se r$ress5t en faisant gr9c] et gmir leur bois meurtri4 ,c'e/ ce *aos m\vant qu'il faut s'attaqu] p\r lanc] de n\veau le convoi4 ,les vaillants hommes se has>d5t sur cet *afaudage trompeur qui tremble s\s leurs pi$s2 ils dta*5t un un t\s les troncs suprieurs et les font r\l] p>-dessus la digue dans la p>tie libre du c\rant1 mais qu'un arbre demi dgag se r$resse l'improvi/e1 que le pi$ leur glisse sur le bois lisse et m\ill1 qu'un jet d'eau1 qu'un b\illonnem5t du flot vi5ne inop9m5t les heurt]1 qu'une p]*e tombe dans le c\rant rebondisse v]s eux1 po9tue comme une lance1 ils risqu5t t\j\rs d'tre r5v]ss1 livides et sanglants1 ct des sap9s morts et de flott] en leur compagnie sur l'eau du ruisseau4 ,ceux qui =ce de c\rage1 d'adresse et de bonne *ance *app5t t\s ces prils1 ceux qui1 de la plus haute cluse la sci]ie1 sav5t conduire leur flottille de sap9s sans qu'il leur arrive malheur1 ont c]tes raison de se flicit]2 mais qu'ils att5d5t des sema9es et des mois avant d'tre rassurs entirem5t1 c> le cortge des maladies les suit de son pas boiteux4 ,d'ailleurs1 il arrive p>fois que leurs ef=ts sont va9s p\r am5] les sap9s s\s la scie qui doit les dpec] en p\trelles et en plan*es2 l'eau manque dans le ruisseau1 et malgr t\te l'+niosit et la =ce des travailleurs1 ils ne peuv5t p>v5ir faire flott] les l\rdes masses1 qui s'arrt5t et l sur les bancs de galets et sur les po9tes de ro*]s4 ,ils sont obligs d'att5dre les crues1 qui remett5t flot t\s les troncs *\s2 mais alors ceux-ci1 emports quelquefois trop tt et trop vite1 dpass5t les b]ges o on les att5d et vont au lo9 c\rir le monde1 en dpit des ouvri]s qui les guettai5t au passage4 ,au db\* des rivires qui desc5d5t des ,ap5n9s dans la ,mdit]rane1 des multitudes de sap9s1 t\t c\p surpris p> les inondations1 vont s'g>] a9si dans la m] et y =m] des brisants mobiles1 que le m>9 trang] pr5d de lo9 p\r des cueils4 ,les bateli]s1 qui s'lanc5t la p\rsuite des troncs *apps1 vont les p*] comme des ca*alots1 et les ramn5t atta*s l'arrire de leur b>que4 ,tt ou t>d1 cette indu/rie du flottage1 actuellem5t relgue dans les gorges des hautes montagnes les plus difficiles d'accs1 aura cess d'exi/]4 ,les r\tes et les *em9s c>rossables mont5t peu peu du fond des valles p\r escalad] les promontoires et pntr] dans les cirques les plus levs des monts2 les *em9s de f]1 les plans incl9s et t\s les eng9s puissants inv5ts p> l'homme vi5n5t se mettre au s]vice du b*]on p\r lui facilit] la t*e2 les =ts1 assiges p> les cultivateurs1 batt5t en retraite v]s les cimes1 et l o elles se ma9ti5n5t1 l mme o elles gagn5t en t5due1 elles pr5n5t un aspect t\t n\veau1 c> les arbres1 au lieu de crotre en lib]t1 sont plants en qu9conces des di/ances rgulires et p\ss5t s\s la surveillance de g>des =e/i]s qui les c\p5t avant l'ge4 ,nos desc5dants ne connatront plus que p> tradition le flottage des bois1 cette rude bau*e de la navigation1 qui sans d\te inspira aux sauvages anctres de ,cook et de ,b\ga9ville l'ide de se has>d] sur les flots de l'ocan4 ,discipl9es dsormais1 les eaux des ruisseaux ne n\s r5dront plus mme p\r le transport le s]vice b\rgeois de *>ri] dans nos villes des radeaux de bois brl]1 s>m5ts1 b*es et fagots4 ,,*apitre ,,xviii ,l',,eau ,,dans ,,la ,,cit ,dans nos pays de l',europe civilise o l'homme int]vi5t p>t\t p\r modifi] la nature son gr1 le petit c\rs d'eau cesse d'tre libre et devi5t la *ose de ses riv]a9s4 ,ils l'utilis5t leur guise1 soit p\r en arros] leurs t]res1 soit p\r m\dre leur bl2 mais s\v5t aussi1 ils ne sav5t po9t l'employ] utilem5t2 ils l'emprisonn5t entre des murailles mal con/ruites que le c\rant dmolit2 ils en driv5t les eaux v]s des bas-fonds o elles sj\rn5t en flaques pe/il5tielles2 ils l'empliss5t d'ordures qui devrai5t s]vir d'engrais leurs *amps2 ils trans=m5t le gai ruisseau en un immonde g\t4 ,en appro*ant de la gr&e ville indu/rielle1 le ruisseau se s\ille de plus en plus4 ,les eaux mnagres des maisons qui le bord5t se ml5t son c\rant2 des viscosits de t\tes les c\leurs en altr5t la transp>5ce1 d'impurs dbris rec\vr5t ses plages vaseuses1 et lorsque le soleil les dess*e1 une odeur ftide se rp& dans l'atmosphre4 ,enf9 le ruisseau1 dev5u cloaque1 entre dans la cit1 o son premi] afflu5t e/ un hideux g\t1 l'norme b\*e ovale1 f]me de grilles4 ,presque sans c\rant1 cause du manque de p5te1 la masse b\euse r\le l5tem5t entre deux ranges de maisons aux murailles rec\v]tes d'algues v]dtres1 aux bois]ies demi ronges p> l'humidit1 aux enduits tombant p> cailles4 ,p\r ces maisons1 us9es malsa9es o travaill5t les mgissi]s1 les tanneurs et autres indu/riels1 le c\rant vaseux e/ encore une ri*esse1 et sans cesse les ouvri]s vont y puis] l'eau nausabonde4 ,les b]ges ont p]du t\te =me naturelle2 ce sont ma9t5ant des murailles p]p5diculaires o sont mnages et l quelques m>*es d'escali]s2 les rivages sont pavs de dalles glissantes2 les m&res sont remplacs p> de brusques t\rnants2 au lieu de bran*es et de feuillage1 des vtem5ts sordides susp5dus des p]*es se balanc5t au-dessus de la fosse1 et des b>rires en plan*es1 jetes d'un quai l'autre quai1 m>qu5t les limites des proprits au-dessus du flot noirtre4 ,enf91 la masse b\euse pntre s\s une s9i/re arcade4 ,le ruisseau que j'ai vu jaillir la lumire1 si limpide et si joyeux1 hors de la s\rce natale1 n'e/ plus dsormais qu'un g\t dans lequel t\te une ville dv]se ses ordures4 ,a quelques kilomtres d'int]valle1 le contra/e e/ absolu4 ,l-haut1 dans la libre campagne1 l'eau sc9tille au soleil1 et transp>5te1 malgr sa pr(ondeur1 laisse voir les caill\x blancs1 le sable et les h]bes frmissantes de son lit2 elle murmure d\cem5t entre les roseaux2 les poissons s'lanc5t trav]s le flot comme des fl*es d'arg5t et les oiseaux le ras5t de leurs ailes4 ,des fleurs naiss5t en t\ffes sur ses bords1 des arbres ple9s de sve tal5t au lo9 leur bran*age1 et le prom5eur qui suit la rive peut son aise se repos] leur ombre en contemplant le gracieux tableau qui s't5d entre deux m&res4 ,combi5 diffr5t e/ le ruisseau s\s le pav ret5tissant des villes6 ,l'eau e/ bi5 la mme en sub/ance1 mais seulem5t p\r le *imi/e2 elle e/ mlange de tant d'immondices qu'elle en e/ dev5ue visqueuse4 ,plus de lumire dans la sombre av5ue1 si ce n'e/ de di/ance en di/ance un rayon qui passe entre deux b>reaux de f] et se rp]cute sur la p>oi gluante4 ,la vie semble abs5te de ces tnbres2 elle exi/e p\rtant3 des *ampignons1 n\rris de p\rriture1 se blottiss5t dans les co9s2 des rats se ca*5t dans les tr\s1 entre les pi]res descelles4 ,les seuls prom5eurs qui s'av5tur5t dans ce tri/e sj\r sont les g\ti]s *>gs de rtablir le c\rant en enlevant les amas de fange1 et les ravageurs1 famliques indu/riels qui1 p]*s sur le b\rbi] ftide1 le remu5t de leurs ma9s p\r y tr\v] quelque m5ue monnaie ou d'autres objets tombs de la rue p> les s\piraux4 ,enf91 la masse infecte1 aide soit p> le rteau des ouvri]s1 soit p> de s\da9s orages1 arrive la rivire et s'y dv]se l\rdem5t4 ,noire ou violace1 elle rampe le long des quais1 et re/e di/9cte de l'eau relativem5t pure du c\rant p> une ligne s9ueuse nettem5t trace4 ,longtemps on la suit du reg>d1 s'c\lant ct de la rivire et refusant de se ml] avec elle2 mais les t\rbillons1 les rem\s1 les reflux de t\te espce causs p> les 9galits du fond et les s9uosits des rives ont p\r rsultat de mlang] les eaux2 la ligne de sp>ation s'efface peu peu1 de gros b\illons transp>5ts surgiss5t du fond trav]s la masse b\euse2 les impures alluvions1 plus pesantes que l'eau qui les entrane1 se dpos5t sur les plages et dans les dpressions du lit4 ,le ruisseau se purifie de plus en plus2 mais en mme temps1 il cesse d'tre lui-mme et se p]d dans la puissante masse liquide de la rivire qui l'emporte v]s l'ocan4 ,son c\rant se divise en filets1 ceux-ci sont p>tags leur t\r en g\ttes et en g\ttelettes1 t\tes les molcules se confond5t4 ,l'hi/oire du ruisseau vi5t de f9ir1 du mo9s en app>5ce4 ,cep5dant la b\*e du gr& g\t n'a po9t vomi dans le fleuve t\te la masse d'eau qui r\lait entre les b]ges ombreuses en amont de la ville et de ses fabriques4 ,t&is qu'une p>tie du c\rant cont9ue de suivre le lit naturel1 trans=m en foss1 puis en canal s\t]ra9 p> la ma9 de l'homme1 et va se tran] l\rdem5t le long des quais1 une autre p>tie du ruisseau1 dt\rne de son c\rs normal1 e/ entre dans un l>ge aqu$uc et s'e/ dirige v]s la cit en suivant le flanc des coll9es et en passant p> d'normes siphons au-dess\s des rav9s4 ,l'eau1 protge contre l'vaporation p> les p>ois de pi]re ou de mtal qui l'ent\r5t1 emplit son entre dans la ville un va/e rs]voir maonn1 sorte de lac artificiel o le liquide se repose et s'pure4 ,c'e/ de l qu'il s'*appe p\r se di/ribu]1 de qu>ti] en qu>ti]1 de rue en rue1 de maison en maison1 d'tage en tage1 p> des conduites ramifies l'inf9i1 sur l'imm5se surface habite4 ,l'eau e/ p>t\t indisp5sable2 il en faut p\r nettoy] les pavs et les demeures2 il en faut p\r abreuv] t\s les tres vivants1 depuis l'homme et les animaux qui le s]v5t1 jusqu' la fleur mode/e qui s'pan\it la f5tre des mans>des et au gazon qu'arrose le br\ill>d iris des fonta9es4 ,p> ses millions et ses milli>ds de b\*es et de pores absorbant incessamm5t ve9ules1 g\ttelettes ou simple humidit drives du ruisseau1 la cit devi5t comme un imm5se organisme1 un mon/re prodigieux engl\tissant des torr5ts d'un seul trait4 ,il e/ des villes qui ne se cont5t5t pas d'un ruisseau et qui en boiv5t la fois plusieurs1 acc\rant de t\s les cts p> des aqu$ucs conv]g5ts4 ,une capitale1--il e/ vrai que cette capitale e/ ,londres1 la cit la plus populeuse du monde enti]1--ne boit pas mo9s d'un demi-million de mtres cubes d'eau p> j\r1 assez p\r emplir un lac o flott]ai5t l'aise c5t navires de haut bord4 ,aprs s'tre ramifie l'inf9i dans les rues et les maisons1 l'eau des aqu$ucs1 dsormais salie p> l'usage et mlange aux impurets de t\te sorte1 doit repr5dre son *em9 p\r s'enfuir de la ville o elle eng5dr]ait la pe/e4 ,*aque dalle1 comme une b\*e immonde1 vomit des eaux mnagres2 *aque rigole r\le son petit torr5t nausabond2 *aque angle de rue1 une cascade r\ge ou noirtre se prcipite dans un puis>d4 ,ce flot impur1 seul ruisseau que puisse tudi] le gam9 de nos cits1 contribue1 plus qu'on ne p5se1 lui faire aim] la nature4 ,il m'en s\vi5t encore3 lorsque des av]ses abondantes avai5t enlev la vase de la rigole et rempli le lit jusqu'aux bords1 n\s con/ruisions des b>rages1 n\s ens]rions le c\rant dans un dfil1 n\s le faisions se prcipit] en rapides1 n\s =mions volont des les ou des pn9sules4 ,dev5us hommes1 les petits +nieurs qui pataugeai5t avec tant de jubilation dans la rigole ne peuv5t se rappel] sans plaisir leurs jeux d'enfance2 malgr eux ils reg>d5t avec une c]ta9e motion le filet d'eau b\rbeuse qui se trane le long du trottoir4 ,depuis leurs jeunes annes1 dans l'espace d'une gnration1 que de dbris entrans sur ce c\rant visqueux ont tr\v leur *em9 v]s la m]6 ,jusqu'au sang des citoy5s qui s'e/ ml cette b\e6 ,de t\tes les rigoles latrales les impurets vont rejo9dre le gr& g\t1 qui s\v5t e/ le lit de l'anci5 ruisseau lui-mme1 de sorte que la ville ressemble ces polypes dont l'unique orifice s'ouvre la fois la n\rriture et aux djections4 ,t\tefois1 dans la plup>t des av5ues s\t]ra9es de nos cits1 on a eu le so9 d'tablir une c]ta9e sp>ation entre les deux c\rants4 ,des tubes de f] juxtaposs s]v5t de lit deux ruisselets c\lant en s5s inv]se3 l'un e/ le flot d'eau pure qui va se ramifi] dans les maisons1 l'autre e/ la masse d'eau s\ille qui s'en *appe4 ,comme dans le corps de l'animal1 les artres et les ve9es s'accompagn5t2 un c]cle non int]rompu se =me entre le c\rant qui porte la vie et celui qui donn]ait la mort4 ,malheureusem5t1 l'organisme artificiel des cits e/ encore bi5 lo9 de ressembl] p\r la p]fection aux organes naturels des corps vivants4 ,le sang ve9eux1 *ass du coeur dans le p\mon1 s'y r5\velle au contact de l'air3 il se db>rasse de t\s les produits impurs de la combu/ion intrieure et1 recevant du dehors l'alim5t de sa propre flamme1 il peut recomm5c] son voyage du coeur aux extrmits1 et r\l] la *aleur et la vie d'artre en artriole4 ,dans nos cits1 au contraire1 corps in=mes o s'bau*e l'organisation1 l'eau s\ille cont9ue de c\l] dans les g\ts et va pollu] les fleuves1 o elle ne se purifie que l5tem5t1 sans tre reprise p> l'indu/rie huma9e p\r alim5t] la ville en entrant dans la circulation s\t]ra9e4 ,mais cette puration1 que la sci5ce de l'homme a le tort de ne pas accomplir1 les =ces de la nature y travaill5t de conc]t avec les habitants des eaux4 ,a t\tes les b\*es d'g\t o ne plonge pas sans cesse l'avide hameon du p*eur la ligne1 des multitudes de poissons1 entasss p>fois en vritables bancs comme les h>5gs de la m]1 se repaiss5t avec volupt des re/es de fe/9s apports p> le torr5t b\eux2 les limons des murailles et des b]ges1 les h]bes frmissantes du fond reti5n5t aussi et font entr] dans leur sub/ance les molcules de fange qui les baign5t2 les dbris les plus l\rds desc5d5t et se ml5t au gravi]1 les paves sont rejetes sur le bord ou s'arrt5t sur les bancs de sable2 peu peu1 l'eau se cl>ifie2 grce sa faune et sa flore1 elle se db>rasse mme des sub/ances diss\tes qui la dnaturai5t1 et si dans son c\rs elle n'tait pas s\ille de n\veau p> d'autres impurets dc\lant des cits riv]a9es1 elle f9irait p> repr5dre sa puret premire avant d'atte9dre l'ocan4 ,dans la ville future1 ce que la sci5ce conseille s]a aussi ce que f]ont les hommes4 ,dj nombre de cits1 surt\t dans l'intellig5te ,anglet]re1 essay5t de se crer un sy/me artriel et ve9eux fonctionnant avec une rgul>it p>faite et se ratta*ant l'un l'autre1 de manire complt] un petit circuit des eaux1 analogue celui qui se produit dans la gr&e nature entre les montagnes et la m] p> les s\rces et les nuages4 ,au sortir de la ville1 les eaux d'g\t1 aspires p> des ma*9es1 comme le sang l'e/ p> le jeu des muscles1 se dirig]ont v]s un l>ge rs]voir vot o les ordures entranes se ml]ont en un liquide fangeux4 ,l1 d'autres ma*9es s'emp>]ont de la masse ftide et la lanc]ont p> jets dans les conduits rayonnant en div]ses directions s\s le sol des campagnes4 ,des ouv]tures pratiques de di/ance en di/ance sur les aqu$ucs p]mettront d'en dv]s] le trop-ple9 en quantits mesures d'avance sur t\s les *amps appauvris qu'il faut rgnr] p> les engrais4 ,cette fange c\lante1 qui s]ait la mort des populations1 si elle devait sj\rn] dans les villes ou se tran] dans les fleuves le long des rivages1 devi5t au contraire la vie mme des nations1 puisqu'elle se trans=me en n\rriture p\r l'homme4 ,le sol le plus inf]tile et jusqu'au sable pur donn5t naissance une vgtation luxuriante lorsqu'ils sont abreuvs de ces liquides2 de son ct1 l'eau1 qui s]vait de vhicule t\tes les s\illures de l'g\t1 se tr\ve dsormais nettoye p> les oprations *imiques des rac9es et des radicelles2 recueillie s\t]ra9em5t dans les conduits p>allles aux aqu$ucs d'eau sale1 elle peut r5tr] dans la ville p\r la nettoy] et l'approvisionn]1 ou bi5 c\l] dans le fleuve sans en t]nir le c\rant limpide4 ,t&is qu'autrefois1 au-dess\s de la premire ville dont elle baignait les quais1 la rivire n'tait plus jusqu' l'ocan qu'un imm5se canal d'g\t1 elle repr5d de nos j\rs sa beaut des temps anci5s2 les difices des cits et les ar*es des ponts1 qui p5dant des sicles ne se sont reflts que sur une onde tr\ble1 recomm5c5t se mir] dans un flot transp>5t4 ,,*apitre ,,xix ,,le ,,fleuve ,la masse entire du fleuve n'e/ autre *ose que l'ensemble de t\s les ruisseaux1 visibles ou invisibles1 successivem5t engl\tis3 c'e/ un ruisseau agr&i des diza9es1 des c5ta9es ou des milli]s de fois1 et p\rtant il diffre s+ulirem5t p> son aspect du petit c\rs d'eau qui s]p5te dans les valles latrales4 ,comme le faible tributaire qui mle un humble c\rant sa puissante masse1 il peut avoir ses *utes et ses rapides1 ses dfils et ses entonnoirs1 ses bancs de caill\x1 ses cueils et ses lots1 ses b]ges et ses falaises2 mais il e/ beauc\p mo9s v>i que le ruisseau et les contra/es qu'il (fre dans son rgime sont beauc\p mo9s saisissants4 ,plus gr&1 il n\s tonne p> le volume de ses eaux1 p> la =ce de son c\rant2 mais il re/e uni=me et presque t\j\rs semblable lui-mme dans sa maje/ueuse allure4 ,plus pittoresque1 le ruisseau disp>at et rep>at t\r t\r3 on le voit fuir s\s les ombrages1 s'tal] dans un bass91 puis encore plong] en cascade comme une g]be de rayons p\r s'eng\ffr] de n\veau dans un tr\ noir4 ,mais non-seulem5t le ruisseau e/ suprieur au fleuve p> l'imprvu de sa m>*e1 p> la beaut de ses rivages1 il l'e/ aussi p> la f\gue relative de ses eaux3 proportionnellem5t sa petite taille1 il e/ bi5 autrem5t =t que la gr&e rivire des ,amazones p\r aff\ill] ses rives1 modifi] ses m&res1 dpos] des bancs de sable ou btir des lots4 ,c'e/ p> ses ag5ts les plus faibles que la nature rvle le mieux sa =ce4 ,vue au microscope1 la g\ttelette qui s'e/ =me s\s la ro*e accomplit une oeuvre gologique proportionnellem5t bi5 plus gr&e que celle de l'ocan sans bornes4 ,de son ct1 l'homme a su jusqu' ma9t5ant beauc\p mieux utilis] les eaux du ruisseau que celles du gr& fleuve4 ,a pe9e la millime p>tie de sa =ce e/ employe p\r l'indu/rie2 ses eaux1 lo9 de se dv]s] sur les campagnes en canaux fcondants1 sont au contraire bordes de digues latrales et ret5ues inutilem5t dans leur lit4 ,t&is que le ruisseau app>ti5t dj dans l'hi/oire de l'humanit la priode indu/rielle1 qui de t\tes e/ la plus avance1 le fleuve ne reprs5te gure qu'une poque dj trs-anci5ne des socits1 celle o les c\rs d'eau ne s]vai5t qu' faire flott] des emb>cations4 ,encore1 cette utilit dim9ue-t-elle con/amm5t de nos j\rs en importance relative1 cause des r\tes c>rossables et des *em9s de f] qui facilit5t les transports dans les campagnes riv]a9es4 ,avant que l'agriculteur et l'indu/riel puiss5t avec confiance faire travaill] les eaux du fleuve leur pr(it1 il faut qu'ils cess5t d'en cra9dre les c>ts et soi5t matres d'en rgl] le dbit suivant leurs beso9s4 ,et mme qu& la sci5ce leur f\rnira les moy5s d'apprivois] le fleuve et de le m5] en laisse1 ils s]ont impuissants tant qu'ils re/]ont isols dans leurs travaux et ne s'associ]ont pas af9 de rgul>is] de conc]t la =ce encore brutale de la masse d'eau qui c\le presque inutile devant eux4 ,comme nos anctres1 n\s sommes t\j\rs =cs de reg>d] le fleuve avec une sorte de t]reur religieuse1 puisque n\s ne l'avons pas dompt4 ,ce n'e/ po9t1 comme le ruisseau1 une gracieuse naade la *evelure c\ronne de joncs2 c'e/ un fils de ,neptune qui de sa =midable ma9 br&it le trid5t4 ,p\r contempl] dans t\te sa maje/ un de ces puissants c\rs d'eau1 et compr5dre qu'on a s\s les yeux une des =ces en m\vem5t de la t]re1 il n'e/ pas beso9 de faire un long voyage1 de trav]s] l'anci5 monde et d'all] visit] prs de leur emb\*ure le ,brahmap\trah et le ,yant-tse-,kiang1 t\s les deux fils d'un dieu2 il n'e/ pas beso9 non plus de fran*ir l',atlantique et de voyag] sur le ,mississipi1 sur l',ornoque ou le fleuve des ,amazones1 l>ge comme une m] et sem d'ar*ipels4 ,il suffit1 dans les limites mme du pays que l'on habite1 de suivre les bords d'un de ces c\rs d'eau qui se ral5tiss5t et s'tal5t l>gem5t en appro*ant de l'e/uaire o leur flot tranquille va se ml] aux vagues de l'ocan4 ,qu'on aille visit] la basse ,somme ou la ,se9e prs de ,tanc>ville1 la ,loire entre ,paimboeuf et ,sa9t-,nazaire1 la ,g>onne et la ,dordogne l'endroit o elles se runiss5t p\r =m] la m] de ,gironde6 ,qu'on aille surt\t la po9te sept5trionale de la ,cam>gue1 l o le ,rhne se p>tage en deux bras6 ,le fleuve e/ imm5se et calme4 ,la masse norme1 l>ge de plus d'un kilomtre1 se divise sans ef=t entre les deux c\rants3 pe9e quelques rem\s d'cume t\rnoi5t l'abri d'une jete qui prolonge la po9te de l'le en =me d'p]on4 ,a gau*e1 le mo9dre bras1 qu'on appelle le petit ,rhne1 e/ nanmo9s un puissant c\rs d'eau1 plus =t que la ,g>onne1 la ,loire ou la ,se9e2 droite1 le gr& ,rhne fuit s\s le reg>d jusqu' un rivage indi/9ct bord de saules que rec\vre demi le vaporeux de l'espace4 ,dans le c]cle imm5se de l'horizon1 on n'ap]oit que l'eau ou bi5 les t]res apportes p> le fleuve et dposes c\*e c\*e1 molcule molcule2 seulem5t l'e/1 on di/+ue quelques-unes des cimes rocailleuses des ,alp9es1 bleues comme le ciel1 et v]s le nord app>aiss5t vaguem5t les cimes coniques de ,beaucaire1 au pi$ desquelles comm5ce l'anci5 golfe m>9 que les alluvions du fleuve ont peu peu combl4 ,iles1 presqu'les1 b]ges1 t\t e/ compos de sable noirtre dont le ,rhne et ses afflu5ts ont opr le mlange1 aprs avoir reu des torr5ts suprieurs les ro*es tritures des ,alpes1 du ,jura1 des ,cv5nes4 ,la gr&e t]re de ,cam>gue1 dont on voit les rivages se pr(il] au lo9 entre les deux ,rhne1 et qui n'a pas mo9s de huit c5ts kilomtres de surface1 e/ elle-mme en enti] un prs5t du fleuve1 et faisait jadis p>tie des monts de la ,suisse et de la ,savoie4 ,telle e/ l'oeuvre gologique du c\rant1 et cette oeuvre colossale se cont9ue sans cesse4 ,p\rtant le sil5ce le plus gr& pse sur ces puissantes ondes4 ,assis l'ombre des saules1 on *]*]ait va9em5t p]cevoir le murmure de la ville d',arles1 dont on peut1 en se haussant1 di/+u] dans la brume les arcades roma9es et les t\rs s>ras9es4 ,le seul grondem5t qu'on ent5de1 e/ celui des locomotives et des wagons qui r\l5t de l'autre ct du fleuve en branlant le sol4 ,on ne les voit pas1 et leur tonn]re lo9ta91 qui s'accorde si bi5 avec l'imm5sit du ,rhne1 semble tre la voix du fleuve4 ,on se figure que le fils de la m] doit avoir1 comme l'ocan1 son t]nel et =midable bruit4 ,au-dess\s de leur bifurcation1 les deux fleuves dr\l5t *acun de leur ct les longs m&res de leur c\rs4 ,les eaux1 rejetes d'une rive l'autre1 ras5t le pi$ de la d]nire coll9e et reflt5t les t\rs de la d]nire cit4 ,dj les fumes qui s'lv5t des maisons se confond5t avec les brumes lo9ta9es1 et sur les rivages1 bords d'ypraux l'corce arg5te1 ne se montr5t plus que des cabanes et de r>es villas demi p]dues dans la v]dure4 ,enf91 la d]nire maison e/ galem5t dpasse2 on se tr\v]ait en ple9e solitude1 si quelques noires emb>cations1 semblables de gr&s insectes1 ne voguai5t sur le fleuve4 ,les arbres du bord devi5n5t de plus en plus r>es1 et s'abaiss5t en hauteur2 bi5tt ce ne sont que des br\ssailles2 puis celles-ci disp>aiss5t leur t\r3 il ne re/e plus d'autre vgtation que celle des roseaux sur le sol encore b\eux1 affleurant pe9e au-dessus de l'eau t]reuse4 ,ici1 l'antique nature se revoit telle qu'elle exi/ait1 il y a des milli]s de sicles1 avant le sj\r de l'homme sur les bords du fleuve et des ruisseaux qui s'y dv]s5t4 ,comme aux temps du plsiosaure1 la t]re et l'eau se confond5t en une sorte de *aos3 des bancs de vase1 des lots m]g5t et l1 mais pe9e di/9cts de l'eau qui les pntre1 ils brill5t comme elle et reflt5t les nuages de l'espace2 des nappes liquides s'tal5t entre ces lots1 mais elles se ml5t la b\e du fond3 ce sont elles-mmes de la fange1 plus fluides seulem5t que la vase des rives4 ,de t\tes p>ts on e/ environn de t]res en =mation et cep5dant on se tr\ve dj comme au milieu de la m]1 tant la surface du sol e/ unie et l'horizon rguli]4 ,c'e/ qu'en effet t\t l'espace embrass p> le reg>d tait autrefois la m]4 ,le fleuve l'a combl peu peu2 mais le sol rcemm5t dpos n'e/ pas encore aff]mi2 sans d'imm5ses travaux d'ass*em5t1 il ne saurait mme tre appropri au sj\r de l'homme1 puisque les miasmes mortels s'*app5t de ses b\es et de ses eaux corrompues4 ,arriv sur ce doma9e qui fut autrefois celui de l'ocan1 le fleuve1 graduellem5t ral5ti1 s'tale de plus en plus et devi5t en mme temps mo9s pr(ond4 ,enf91 il appro*e de la m]1 et ses eaux d\ces1 glissant en nappe tranquille1 vont se heurt] contre les vagues cumeuses de l'eau sale1 qui se dr\l5t avec un bruit de tonn]re cont9u4 ,dans le conflit des masses liquides entre-*oques1 l'eau du fleuve s'e/ bi5tt mlange aux flots de l'imm5se g\ffre1 mais en se p]dant1 elle travaille encore4 ,t\s les nuages de b\e qu'elle avait pris sur ses bords et qu'elle t5ait en susp5sion sont rep\sss p> les vagues dans le lit fluvial2 ne p\vant all] plus avant1 ils se dpos5t sur le fond et =m5t a9si une sorte de remp>t mobile s]vant de limite temporaire entre les deux lm5ts en lutte4 ,t\t en se dposant molcule molcule1 le banc1 qui ob/rue la b\*e du fleuve1 ne cesse de se dplac] p\r se re=m] plus lo92 p\sses p> le c\rant fluvial1 incessamm5t grossies p> de n\veaux apports1 les b\es sont entranes plus avant dans la m]1 et peu peu la masse t\t entire se tr\ve avoir progress4 ,de sicle en sicle1 d'anne en anne1 de j\r en j\r1 ce fleuve1 qui semblait impuissant contre l'imm5se m]1 empite nanmo9s sur elle1 et l'on peut mme calcul] de combi5 il avanc]a dans une priode donne1 tant sa m>*e e/ uni=me4 ,eh bi56 cette victoire du fleuve sur l'ocan1 ce sont les mille petits ruisseaux et ruisselets des coteaux et des monts qui la remport5t4 ,ce sont eux qui ont rong les p>ois des dfils1 eux qui r\l5t les qu>ti]s de ro*es1 qui froiss5t et broi5t les caill\x1 qui entran5t les sables et dlay5t les argiles4 ,ce sont eux qui abaiss5t peu peu les cont95ts p\r les tal] dans la m] en va/es pla9es o tt ou t>d l'homme creus]a ses ports et btira ses villes4 ,,*apitre ,,xx ,,le ,,cycle ,,des ,,eaux ,de mme que le gr& fleuve1 ,rhne1 ,danube ou c\rant des ,amazones1 la m] e/ compose des milli]s et des millions de ruisselets qui se dv]s5t dans ses tributaires4 ,une premire fois mles dans le fleuve1 ces eaux1 acc\rues de t\s les po9ts des cont95ts1 se ml5t encore d'une manire bi5 plus complte dans ces imm5ses pr(ondeurs du g\ffre m>91 assez gr& p\r cont5ir l'eau que lui apport]ai5t t\tes les emb\*ures fluviales p5dant c9quante millions d'annes4 ,p> ses m\vem5ts de flux et de reflux1 ses flots de h\le1 ses vagues de tempte1 ses c\rants et ses contre-c\rants1 il promne l'eau de t\tes les rivires de l'une l'autre extrmit du globe4 ,la g\ttelette1 issue du ro*] dans un antre des montagnes1 fait le t\r de la plante2 purifie des alluvions t]re/res qu'elle portait1 elle diss\t des molcules sal9es1 et de vague en vague1 suivant les p>ages qu'elle trav]se1 *ange de poids spcifique1 de sal9it1 de c\leur1 de transp>5ce2 la faune d'inf9im5t petits qui l'habite se modifie aussi s\s les div]s climats3 tantt ce sont des animalcules phosphoresc5ts qui la peupl5t et la font brill] p5dant les nuits comme une t9celle1 tantt ce sont d'autres infusoires qui la font ressembl] une ta*e de lait4 ,sa temprature v>ie galem5t sans f94 ,dans les m]s polaires1 la g\ttelette se trans=me en un petit cri/al de glace2 dans les m]s quatoriales1 elle s'attidit assez p\r que les coraux puiss5t y dpos] leurs molcules de pi]re4 ,comp> l'ocan sans bornes1 le ruisselet des montagnes n'e/ ri51 et cep5dant ses eaux1 divises l'inf9i1 se retr\v]ai5t dans t\tes les m]s et sur t\s les rivages1 s'il tait possible au reg>d de les suivre dans leur circuit imm5se4 ,p\r *aque g\tte m>9e qui c\la jadis dans le ruisseau1 la dure du voyage diffre3 l'une1 pe9e entre dans l'ocan1 e/ saisie p> les frondes d'une algue et s]t en gonfl] les tissus2 l'autre e/ absorbe p> un organisme animal2 une troisime1 ret5ue prisonnire dans un cri/al de sel1 se dpose sur une plage sablonneuse2 une autre encore se *ange en vapeur et monte invisible dans l'espace4 ,c'e/ l le *em9 que pr5d tt ou t>d *aque molcule aqueuse2 libre p> son expansion s\da9e1 elle *appe aux li5s qui la ret5ai5t la surface horizontale des m]s et s'lve dans l'atmosphre1 o elle voyage comme elle a voyag dans l'ocan1 mais s\s une autre =me4 ,la vapeur d'eau pntre a9si t\te la masse ari5ne1 mme au-dessus des brlants ds]ts1 o sur des c5ta9es de lieues ne c\le pas un seul filet d'eau2 elle monte jusqu'aux extrmes limites de l'ocan atmosphrique1 soixante kilomtres de hauteur p]p5diculaire au-dessus de la nappe m>9e1 et sans d\te qu'une p>tie de cette vapeur tr\ve aussi son *em9 v]s d'autres sy/mes de plantes ou de soleils1 c> les bolides1 qui trav]s5t les cieux toils en fl*es lum9euses et jett5t sur le sol leurs t9celles1 doiv5t en *ange emport] avec elles un peu de l'air humide qui oxyde leur surface4 ,t\tefois la vapeur d'eau qui s'*appe de la sphre d'attraction t]re/re p\r all] avec les bolides rejo9dre les a/res loigns e/ relativem5t peu de *ose2 la gr&e m] d'humidit1 t5ue en susp5sion dans l'atmosphre1 e/ de/9e presque en enti] retomb] sur le globe t]raqu4 ,les innombrables molcules de vapeur re/5t invisibles tant que l'air n'en e/ pas satur3 mais que l'accroissem5t de l'humidit ou l'abaissem5t de la temprature dt]m95t le po9t de saturation1 aussitt les p>ticules de vapeur se cond5s5t1 elles devi5n5t g\ttelettes de br\ill>d ou de nue et s'agglomr5t avec des millions d'autres molcules en imm5ses amas susp5dus dans les hauteurs de l'air4 ,trop l\rds1 ces nuages s'c\l5t en pluies et en av]ses dans l'ocan d'o ils sont sortis1 ou bi51 p\sss p> les v5ts1 ils sont emports au-dessus des cont95ts o ils vi5n5t se heurt] contre les esc>pem5ts des coll9es1 sur les rampes des plateaux1 aux artes et aux po9tes des montagnes4 ,ils tomb5t soit en pluies1 soit en neiges2 puis g\ttes et flocons1 diviss l'inf9i1 pntr5t dans la t]re p> les cav]nes1 les fissures des ro*]s1 les int]/ices du sol n\rrici]4 ,longtemps l'eau re/e ca*e1 puis elle rep>at la lumire en s\rces joyeuses1 et recomm5ce son voyage v]s l'ocan p> les lits incl9s des ruisseaux1 des rivires et des fleuves4 ,ce gr& circuit des eaux n'e/-il pas l'image de t\te vie8 n'e/-il pas le symbole de la vritable immortalit8 ,le corps vivant1 animal ou vgtal1 e/ un compos de molcules incessamm5t *angeantes1 que les organes de la respiration ou de la nutrition ont saisies au dehors et fait entr] dans le t\rbillon de la vie2 entranes p> le torr5t circulatoire de la sve1 du sang ou d'autres liquides1 elles pr5n5t place dans un tissu1 puis dans un autre1 et dans un autre encore2 elles voyag5t a9si dans t\t l'organisme jusqu' ce qu'elles soi5t enf9 expulses et r5tr5t dans ce gr& monde extrieur1 o les tres vivants1 p> millions et p> milli>ds1 se press5t et se combatt5t p\r s'emp>] d'elles comme d'une proie et les utilis] leur t\r4 ,aux yeux de l'anatomi/e et du micrographe1 *acun de n\s1 en dpit de son dur squelette et des =mes arrtes de son corps1 n'e/ autre *ose qu'une masse liquide1 un fleuve o c\l5t avec une vitesse plus ou mo9s gr&e1 comme en un lit prp> d'avance1 des molcules sans nombre1 prov5ant de t\tes les rgions de la t]re et de l'espace1 et recomm5ant leur voyage inf9i1 aprs un c\rt passage dans notre organisme4 ,semblables au ruisseau qui s'enfuit1 n\s *angeons *aque in/ant2 notre vie se r5\velle de m9ute en m9ute1 et si n\s croyons re/] les mmes1 ce n'e/ que pure illusion de notre esprit4 ,aussi bi5 que l'homme considr isolm5t1 la socit prise dans son ensemble peut tre comp>e l'eau qui s'c\le4 ,a t\te heure1 t\t in/ant1 un corps huma91 simple mille millionime de l'humanit1 s'affaisse et se diss\t1 t&is que sur un autre po9t du globe un enfant sort de l'imm5sit des *oses1 ouvre son reg>d la lumire et devi5t un tre p5sant4 ,de mme que dans une pla9e1 t\s les gra9s de sable et t\s les globules d'argile ont t r\ls p> le fleuve et dposs sur ses rives1 de mme t\te la p\ssire qui rec\vre le globe a c\l avec le sang du coeur dans les artres de nos anctres4 ,d'ge en ge1 les gnrations se succd5t en se modifiant peu peu3 les b>b>es la figure be/iale et luttant p\r la prm95ce avec les animaux froces sont remplacs p> des tres plus intellig5ts1 auxquels l'expri5ce et l'tude de la nature ont enseign l'art d'lev] les animaux et de cultiv] la t]re2 puis1 de progrs en progrs1 les hommes arriv5t fond] les villes1 trans=m] les matires premires1 *ang] leurs produits1 se mettre en rapport d'une p>tie du monde une autre p>tie2 ils se civilis5t1 c'e/--dire leur type s'ennoblit1 leur crne devi5t plus va/e1 leur p5se plus t5due1 et d'un c]cle de plus en plus l>ge1 les faits vi5n5t se gr\p] dans leur esprit4 ,*aque gnration qui prit e/ suivie p> une gnration diffr5te1 qui1 son t\r1 donne l'impulsion d'autres multitudes4 ,les peuples se ml5t aux peuples comme les ruisseaux aux ruisseaux1 les rivires aux rivires2 tt ou t>d1 ils ne =m]ont plus qu'une seule nation1 de mme que t\tes les eaux d'un mme bass9 f9iss5t p> se confondre en un seul fleuve4 ,l'poque laquelle t\s ces c\rants huma9s se rejo9dront n'e/ po9t encore v5ue3 races et peuplades div]ses1 t\j\rs atta*es la glbe natale1 ne se sont po9t reconnues comme soeurs2 mais elles se rappro*5t de plus en plus2 *aque j\r elles s'aim5t davantage et1 de conc]t1 elles comm5c5t reg>d] v]s un idal commun de ju/ice et de lib]t4 ,les peuples1 dev5us intellig5ts1 appr5dront c]ta9em5t s'associ] en une fdration libre3 l'humanit1 jusqu'ici divise en c\rants di/9cts1 ne s]a plus qu'un mme fleuve1 et1 runis en un seul flot1 n\s desc5drons ensemble v]s la gr&e m] o t\tes les vies vont se p]dre et se r5\vel]4 ,,f94 ,,table ,,des ,,mati]es4 ,*ap4 ,i4 ,la ,s\rce #a ,*ap4 ,,ii4 ,l',eau du ds]t #bb ,*ap4 ,,iii4 ,le ,torr5t de la montagne #dh ,*ap4 ,,iv4 ,la ,grotte #ei ,*ap4 ,v4 ,le ,g\ffre #gd ,*ap4 ,,vi4 ,le ,rav9 #hg ,*ap4 ,,vii4 ,les ,fonta9es de la valle #aja ,*ap4 ,,viii4 ,les ,rapides et les ,cascades #aai ,*ap4 ,,ix4 ,les ,s9uosits et les ,rem\s #acb ,*ap4 ,x4 ,l',inondation #aej ,*ap4 ,,xi4 ,les ,rives et les ,ilots #aff ,*ap4 ,,xii4 ,la ,prom5ade #ahb ,*ap4 ,,xiii4 ,le ,ba9 #aii ,*ap4 ,,xiv4 ,la ,p*e #bac ,*ap4 ,,xv4 ,l',irrigation #bca ,*ap4 ,,xvi4 ,le ,m\l9 et l',us9e #bdg ,*ap4 ,,xvii4 ,la ,b>que et le ,tra9 de bois #bfe ,*ap4 ,,xviii4 ,l',eau dans la cit #bcd ,*ap4 ,,xix4 ,le ,fleuve #bih ,*ap4 ,,xx4 ,le ,cycle des eaux #cji ,imprim]ie gnrale de ,*4 ,lahure1 rue de ,fleurus1 #i1 ,p>is4