,au lecteur3 ,voir les ,note de ,transcription et ,table des ,matires en fin de livre4 ,,les ,,partis ,,politiques ,,en ,,province4 ,,imp4 ,e4 ,d,,zairs1 ,a ,,blois4 ,,les ,,partis ,,politiques ,,en ,,province1 ,par ,p4 ,scudo4 ,illustration ,,paris1 ,,lequien1 ,,libraire1 ,,quai ,,des ,,augustins1 #dg4 ,,mdcccxxxviii4 ,a ,,la ,,soci,t ,,acad,,mique ,,de ,,nantes4 ,en tmoignage ,d'une vive reconnaissance4 ,scudo4 ,i4 ,,introduction4 ,expirant sous les dbris de la socit antique1 le dix-huitime sicle lgua son successeur l'imprieux devoir de trouver aux nations dlaisses une nouvelle moralit4 ,la rvolution de #hi brillera dans l'avenir1 comme une vaste pope de l'esprit humain4 ,ce fut le cri lugubre d'un monde corrompu succombant sous les coups d'une gnration nouvelle1 qui s'emparait de la vie avec une impitoyable fureur2 ce fut l'acclamation spontane et magnifique d'un peuple malheureux1 qui s'chappait des bastilles de la fodalit2 ce fut l'horrible immolation d'une caste sociale qui avait absorb en elle seule la puissance et la richesse de la nation2 enfin1 ce fut l'apparition du principe de l'galit1 dpos par ,jsus dans la conscience du genre humain1 qui1 perant l'enveloppe de la foi1 se constituait une vrit de l'intelligence4 ,dans le petit nombre de lois fondamentales de l'esprit humain1 il y en a une qui les domine toutes3 c'est le dogmatisme de la volont4 ,la volont de l'homme est une puissance primitive1 qui ne se soumet qu' un principe suprieur2 jamais elle n'accorde une simple volont comme elle1 le droit de la commander1 si cette dernire ne puise ce droit dans une source impersonnelle4 ,deux volonts individuelles sont deux units d'une mme nature1 qui ne peuvent faire nombre1 parce que l'une ne saurait se subordonner l'autre4 ,si dans les coups dont on l'accable1 le soldat autrichien croyait voir l'effet de la volont du caporal qui les lui administre1 il l'gorgerait l'instant mme2 mais sachant que le caporal n'est qu'un misrable instrument1 il remonte le fleuve de la hirarchie sociale1 et va chercher la cause de son supplice jusque sur le trne de l'empire1 o sa raison trbuche et s'anantit3 l'histoire de l'humanit confirme ce principe4 ,cependant la socit serait-elle possible avec ce tourbillon de volonts individuelles1 si un lien ne les runissait pour en former un tout harmonieux8 videmment non4 ,quel sera donc ce verbe mystrieux qui tablira l'ordre dans le chaos8 ,ici se partagent les philosophes1 et se multiplient les systmes4 ,pour qu'une volont surgisse du sein de ses gales et vienne leur imposer sa loi1 il faut de toute ncessit qu'elle soit appuye de l'une des deux puissances qui seules1 en ce monde1 dominent les volonts individuelles3 de ,dieu ou de l'humanit4 ,dieu et l'humanit1 sources sacres d'o s'pandent les principes des socits2 fleuves immenses aux cours desquels doit se retremper la volont qui prtend rgir les nations4 ,lorsque cette volont mane de ,dieu1 c'est un tuteur vigilant qui ne livre la libert aux peuples qu' mesure qu'ils avancent dans le progrs2 mais si elle s'chappe de l'acclamation des masses1 alors elle est le vu intelligent des hommes mancips4 ,dans le premier cas1 elle s'appelle royaut1 dans le second1 souverainet nationale4 ,il est de l'essence de tout vritable principe d'tre impersonnel1 et d'appartenir aux lois gnrales de la raison2 et comme tel1 il trouve toujours une respectueuse obissance4 ,mais aussitt que ce principe quitte les rgions leves o il a t conu1 et qu'il tombe dans la personnalit1 en perdant sa puret originelle1 il perd aussi sa force sociale2 il s'incarne alors1 il s'individualise1 il s'abtardit sous la volont mesquine d'un homme ou d'une caste1 et il prit comme un fait isol4 ,or1 la volont individuelle qui a reu le baptme de ,dieu ou de l'humanit1 se dpouille de son caractre humain1 elle quitte la terre et monte1 comme le ,christ1 au sjour des principes2 c'est ce titre qu'il lui est possible de gouverner les hommes4 ,que si1 par la succession des temps1 elle manquait sa haute destine1 alors elle devra s'attendre la rsistance des autres volonts1 qui ne verront plus en elle qu'une force individuelle1 sans mission et sans droit4 ,ici il faut prvoir une question qu'on ne manquera pas de nous faire4 ,comment ,dieu manifeste-t-il son approbation8 ,comment transmet-il son pouvoir la volont particulire8 ,admettriez-vous la rvlation8 ,nous rpondrons ces objections en exposant nos ides sur la royaut4 ,en remontant aussi loin que possible le cours des affections de l'homme1 on trouve au fond de son intime nature un sentiment primitif si vivace1 qu'il survit toutes les catastrophes de l'me1 et qu'aucune forme politique ne saurait l'anantir3 c'est le sentiment paternel4 ,le sentiment paternel est un dlicieux amour de soi-mme1 revers sur l'image qui doit nous transmettre l'avenir1 et qui circule dans nos veines avec la vie4 ,rien ne lui est antrieur1 si ce n'est la cause suprme qui nous devons tout4 ,en effet1 la famille est une monade sociale1 place sur la terre comme un point dans l'espace1 une note fondamentale de l'harmonie du monde4 ,monarchie1 rpublique1 tyrannie1 tout passe et repasse au-dessus de cette unit indestructible1 qui survit aux orages de l'humanit comme le dernier mot d'une mystrieuse ,providence4 ,c'est l1 c'est au sein de la famille que naquit et se dveloppa la magistrature paternelle1 premier germe de l'autorit morale4 ,je dis premier germe de l'autorit morale1 car ce n'est ni la force1 ni la richesse1 ni l'assentiment de ses gaux que le pre doit son pouvoir dans la famille2 il le doit un sentiment qu'il n'a pas cr1 une cause qui lui est suprieure4 ,mais quel est donc l'tre fort qui donna l'homme cette douce affection pour sa progniture1 origine premire de toute autorit8 ,la nature1 dit le philosophe2 ,dieu1 lui rpond le chrtien3 qu'importe6 vous convenez au moins que l'homme a puis l'autorit morale hors de sa volont1 je n'en demande pas davantage4 ,la magistrature paternelle tait ncessaire4 ,il fallait aux enfants jeunes1 faibles et inexpriments1 une autorit forte et bienveillante1 qui les guidt travers les phnomnes du monde1 et les initit avec prudence aux mystres de la vie4 ,tant que le pre usa de son pouvoir dans l'intrt de ses enfants et pour le bonheur de la communaut1 il tait juste1 puisqu'il tait indispensable2 aussi sa volont tait-elle religieusement excute1 car elle avait la saintet d'un principe4 ,mais lorsqu'oubliant sa mission tutlaire1 le pre voulut touffer sous sa tyrannique personnalit l'indpendance2 de ses enfants1 le fils an1 mancip par l'ge et la raison1 se posa en face de son pre et lui dit3 ,ton autorit absolue expire devant ma libert2 et je suis libre puisque je me suffis moi-mme4 ,je t'ai obi comme pre1 comme magistrat charg de soutenir ma faiblesse2 mais homme et ton gal1 je te rsiste4 ,et assis autour de l'tre paternel1 le fils prit part au conseil de la famille4 ,voil l'origine de l'aristocratie1 qui fut le premier accent de la libert4 ,la royaut antique1 dans sa vnrable majest1 a tous les caractres de la magistrature paternelle2 elle en est incontestablement le dveloppement rgulier et naturel4 ,vous la voyez avec son sceptre pastoral1 le front ceint d'une couronne mystique1 couverte d'un manteau sacr1 se retirer dans un tabernacle1 comme une parole divine4 ,elle est simple et absolue1 et jamais elle ne s'inquite de l'assentiment des peuples1 qu'elle dirige de sa puissante main4 ,elle les gouverne sans contrle1 car elle souffre et prvoit pour eux2 elle est l'expression des murs naves de cet ge recul2 c'est la science des vieux jours1 c'est le temps et son exprience guidant les pas incertains des nations4 ,d'ailleurs la royaut tait la seule forme sociale que pt concevoir alors l'intelligence des peuples2 elle tait la ralisation extrieure d'un besoin de l'esprit1 elle tait l'expression de l'unit4 ,or1 l'unit est le but ternel auquel tend l'esprit humain4 ,il la veut en toutes choses et toutes les poques de la vie2 seulement chez l'homme simple elle n'est qu'une ide1 chez le philosophe elle forme un systme4 ,les progrs des peuples ainsi que ceux de l'individu peuvent se mesurer la grandeur de l'unit qu'ils se sont faite4 ,dans la haute antiquit l'homme voyait les bornes du monde l o s'arrtait l'horizon2 et ,dieu circonscrivait la personnalit humaine1 comme la vigne enlace de ses flexibles rameaux l'orme de nos campagnes4 ,plus tard1 en brisant l'gosme de son intelligence1 il y laissa pntrer des phnomnes ignors2 avec les connaissances de l'homme1 s'agrandit aussi l'ide de la nature et de son auteur2 et ,dieu1 ador jusqu'alors sous la forme d'une nymphe ou d'un roseau1 fut replac par le progrs sur le trne de l'univers4 ,d'abord il confond tout dans une vaste unit2 puis il la fractionne en mille autres par l'abus de l'analyse2 et enfin il reconstruit le tout par la puissance de sa raison4 ,ignorant1 il est superstitieux2 l'analyse le rend athe2 par la science1 il devient religieux comme ,newton4 ,c'est ainsi que sous les symboles d'or de la nature se cachent les mystres de la destine humaine2 mystres qui ne se dvoilent l'humanit qu' mesure qu'elle avance dans l'avenir4 ,si l'art1 si la religion1 si toutes les crations spontanes ou rflchies de l'esprit humain tmoignent de ce besoin d'unit1 ce tmoignage clate plus encore dans l'organisation politique4 ,la socit primitive1 telle que nous la voyons s'panouir en ,orient1 est une extension de la famille et rien de plus2 et la royaut est fille de l'autorit paternelle4 ,les subtiles combinaisons sont indignes du sens commun de l'histoire4 ,les rvolutions sociales qui1 au sein de la famille1 avaient arrt l'empitement goste de l'autorit paternelle1 se renouvelrent plus tard autour de la royaut1 quand celle-ci oublia sa mission providentielle4 ,hritire du pouvoir du pre de famille1 la royaut tait le rsultat de l'accroissement de l'humanit1 et de la transformation de la famille en la tribu4 ,tant qu'elle resta dans les limites de son autorit lgitime1 et qu'elle prsida avec amour l'mancipation des peuples1 sa volont ne rencontra jamais un obstacle2 mais lorsqu'elle voulut rsister au progrs1 et refuser la libert ceux qui la rclamaient et qui la mritaient1 ceux-ci lui tinrent le mme langage que le fils avait tenu son pre1 et s'opposrent l'extension de son autorit4 ,la royaut fit alors ce qu'avait fait le pre de famille1 ce que font tous les pouvoirs quand ils voient expirer le jour de la domination3 elle employa la force4 ,a la force on opposa la force2 et1 vaincue dans ce conflit de volonts individuelles1 la royaut fut oblige d'admettre au partage de la souverainet ceux-l mmes qu'elle venait de combattre4 ,cette seconde aristocratie fut un nouveau progrs de la libert4 ,c'est un fait incontestable3 l'aristocratie a t la mre de la libert sociale4 ,les droits que l'aristocratie exigea de la puissance royale furent ceux que plus tard les peuples rclamrent de l'aristocratie elle-mme2 partout o l'aristocratie n'a pu clore et restreindre la volont goste de la royaut1 l rgne un profond despotisme4 ,voyez l',orient4 ,mais cette nouvelle aristocratie1 qui partage actuellement avec la royaut les droits de la souverainet politique1 comment se conduira-t-elle son tour avec ceux qui plus tard viendront aussi frapper la porte de l'tat1 et demander leur mancipation8 ,sera-t-elle assez juste pour leur tendre une main fraternelle1 et pour les introduire sans rsistance dans la lgalit8 ,non2 elle voudra galement se perptuer au pouvoir1 et elle ne renoncera la jouissance de ses privilges qu'aprs avoir t vaincue par la majorit4 ,c'est par une suite de semblables rvolutions1 c'est en largissant successivement le cercle du progrs1 c'est en passant de la royaut pure une petite aristocratie1 de celle-ci une plus grande1 que l'humanit chemine dans l'histoire1 jusqu' ce que la rsistance de ceux qui dominent devenant trop forte1 il arrive une de ces grandes catastrophes sociales1 qui bouleversent et renouvellent tout4 ,le dix-huitime sicle a t un grand tribun1 dont la magnifique parole retentira loin dans l'avenir2 mais il fut trop passionn pour avoir t impartial4 ,saisi d'une haine profonde contre une socit avilie qu'il voulait reconstituer1 il tudia l'histoire avec un cur courrouc et un esprit aveugl par de mesquines proccupations4 ,pour lui1 tout ce qui s'tait accompli depuis la chute du paganisme n'avait t que le pillage du monde civilis par la barbarie2 il ne voyait dans la fodalit que le rgne de la force et la ngation de la moralit humaine2 aussi traversa-t-il le moyen-ge l'me remplie d'un sentiment de terreur et de dgot1 et il courut bien vite se jeter dans les bras de la radieuse antiquit4 pris d'un amour ardent pour ses turbulentes dmocraties1 il se plaisait la lecture de leurs annales comme celles d'un pome hroque4 ,plutarque et ses grands hommes fut le livre chri du dix-huitime sicle4 ,il parcourut ces pages vnrables de la belle humanit avec un plaisir indicible2 puis1 il tira imprudemment ces larges physionomies du cadre social qui les contenait et les expliquait1 et il se les offrit comme des symboles dignes de son adoration4 ,la ,grce et ses vives populations1 ,rome1 ses conqutes et ses sanglants orages1 lui parurent contenir l'expression la plus leve de la libert humaine4 ,il ne s'aperut pas1 tant il tait fascin par les beauts de l'art antique1 que1 dans cette ,athnes1 si glorieuse et si belle1 la volont sociale manait exclusivement de l'aristocratie de la cit6 il ne vit pas1 dis-je1 que1 sous cette population souveraine et absolue1 qui jugeait en dernier ressort toutes les grandes questions de la patrie1 gmissait un monde d'infortuns esclaves1 livrs comme de vils animaux aux caprices du citoyen6 ,oui1 il ignorait que ce superbe ,athnien1 qui allait sur la place publique applaudir ,dmosthnes1 avait1 dans sa maison1 dans ses terres1 comme un seigneur fodal1 cent malheureux occups labourer ses champs1 et prparer son dner4 ,enfin le dix-huitime sicle mconnut cette profonde vrit3 que la civilisation antique ne touchait que la superficie de la socit2 que l'homme y tait toujours immol au citoyen2 qu'il n'y tait libre qu'autant qu'il partageait la souverainet1 et que cette souverainet tait tout entire dans les mains d'une faible minorit4 ,de cette fausse apprciation de la marche de l'humanit1 il rsulte deux faits qui caractrisent le dix-huitime sicle1 et qui ont eu sur la rvolution de #hi une influence remarquable4 ,du moment o les philosophes furent convaincus que la libert avait atteint1 il y a deux mille ans1 sa plus large porte2 et que le progrs1 pouvant de la chute de la socit antique1 s'tait arrt sur les lvres loquentes de l'art grec et romain1 ils durent tre forcment persuads que pour raviver le corps social1 il n'y avait que deux moyens possibles3 dblayer le sol de l',europe de tout ce qu'y avait apport le tourbillon des peuples du ,nord1 ramener ensuite les nations modernes aux formes svres de l'antique dmocratie4 ,l'influence d'un point de vue historique sur les affaires de la vie est si grande1 qu'en laissant chapper le sens de l'esprit social de l'antiquit1 le dix-huitime sicle fut contraint de mconnatre la grande loi progressive du genre humain4 ,la question ainsi pose1 il dut tout entreprendre pour dpouiller nos vieilles nations chrtiennes de leur enveloppe sculaire1 et croire qu'une fois mise nu1 il serait facile de les couvrir d'un pallion grec ou d'une toge romaine4 ,il ne pouvait douter un seul instant de la maturit des masses recevoir la souverainet politique1 puisqu'il tait malheureusement convaincu qu',athnes1 ,sparte et ,rome avaient t1 il y a deux mille ans1 de pures dmocraties4 ,voil la grande erreur de la philosophie du dernier sicle1 erreur dont nous verrons les rsultats dans la suite4 ,la rvolution de #hi1 fidle en tout point aux doctrines philosophiques du dix-huitime sicle1 dplaa la source de la souverainet1 et la fit surgir de la volont des masses4 ,les hommes sont gaux devant la loi de ,dieu1 avait dit le ,christ2 les hommes doivent tre gaux devant la loi des hommes1 lui rpond ,mirabeau dix-huit cents ans aprs2 et au bruit de cette ineffable parole1 l'aristocratie franaise s'enfuit pour jamais dans les entrailles de la nation4 ,c'est ainsi qu' travers les sicles1 qui passent comme des ombres lgres1 se compltent les penses civilisatrices4 ,chaque peuple parat son tour sur la scne du monde1 o1 par la bouche de ses sages et de ses artistes1 il formule le progrs4 ,d'abord1 l'assemble constituante porte sa main vigoureuse sur toutes les parties de la vieille socit1 et dbarrasse le sol de cette foule de droits fodaux que rprouvait la raison4 ,puis avec une admirable intelligence1 elle se saisit de toutes les branches de l'administration publique1 et jette sur la ,france un rseau de lois qui portent en tout lieu la vie et l'unit4 ,cette restauration des lois organiques2 cette simplification des rouages administratifs2 cet esprit d'unit1 rpandu sur toute la surface du pays2 cette rhabilitation de l'homme et de ses droits civils2 cette justice distributive1 gale pour tous et pour chacun3 voil l'uvre immortelle de la ,constituante1 uvre depuis long-temps prpare par les progrs de l'esprit humain4 ,nous l'avons dj dit2 deux seuls principes peuvent lgitimement gouverner le monde3 le principe primordial de la tutelle grave dans le cur de l'homme1 qui du pre de famille passa la royaut1 de celle-ci une aristocratie1 et ainsi de suite1 comme le filet d'eau qui1 du sommet des hautes montagnes1 tombe de cascade en cascade et va se perdre l'ocan2 et celui de la souverainet nationale4 ,ces deux principes sont exclusifs1 et ils arrivent des poques diffrentes4 ,quel que soit celui de ces deux principes qui constitue la socit1 elle se compose toujours de deux parties3 la partie morale o rside le gouvernement et la conscience du corps politique1 et la partie infrieure et vgtative o se dbattent les individualits4 ,on peut amliorer la seconde1 simplifier ses relations avec l'tat1 la mettre en harmonie avec les nouveaux besoins sans toucher la partie morale1 sans dplacer la souverainet3 ces mouvements arrivent trs frquemment dans la socit matrielle1 et portent dans l'histoire le nom de rvolution politique4 ,l'assemble constituante venait d'accomplir la plus grande rvolution politique des temps modernes1 et de rorganiser en toutes ses parties la socit matrielle4 ,il s'agissait de savoir maintenant si la raison des masses tait arrive ce point de maturit indispensable1 pour prsider ses propres destines2 s'il tait temps de remettre au peuple sa robe virile8 ,cela n'tait pas douteux pour l'assemble constituante1 et d'une voix qui troubla le monde1 elle proclama la souverainet des peuples4 ,il restait raliser ce principe1 l'affermir dans la socit4 ,en face d'une monarchie aussi vieille que la nation1 pleine de respect pour un roi simple et honnte homme1 la main de l'assemble hsita l'achvement de son uvre2 elle eut l'incroyable simplicit de confier une royaut de dix sicles la garde de la souverainet du peuple1 rapprochant ainsi deux principes inconciliables1 dont l'un ne doit la vie qu' la mort de l'autre4 ,ici est la faute1 ici se voit la fatale influence de la proccupation historique du dix-huitime sicle4 ,a trois cents ans d'intervalle1 l'assemble constituante commet la mme erreur que le concile de ,constance1 qui1 aprs avoir rform l'glise en son chef et dans ses membres1 s'avise de rserver au pape le droit de convoquer le concile6 dfaisant d'une main ce qu'il avait fait de l'autre4 ,l'infortun ,louis ,,xvi1 tromp par la dignit mensongre que lui avait conserve la constitution de #ia1 cherche de toutes parts l'autorit qui est insparable de la royaut1 et il ne trouve que rsistance et mpris4 ,abandonn de tous les siens1 assis sur un trne solitaire comme une victime expiatoire1 il entend gronder la voix formidable des factions qui lui imputent les crimes qui sont le rsultat invitable du pacte social qu'on lui a impos1 et il paie de sa tte l'erreur de l'assemble constituante4 ,a sa mort1 la confusion s'empare des choses4 ,il se fait un horrible mlange de toutes les vrits sociales4 ,les peuples se prcipitent dans un gouffre de fange et s'gorgent sur le cadavre de la royaut4 ,l'esprit humain1 priv tout--coup de sa foi antique1 court comme un dmon dchan toutes les aberrations2 il renverse tout ce qui s'oppose ses fureurs1 et1 la torche du fanatisme la main1 il salit les pages de l'histoire de l'humanit des plus dgotantes bacchanales4 ,deux partis surgissent de ce chaos mmorable1 qui1 comme les gnies du bien et du mal1 se disputent l'empire du monde4 ,l'un1 compos des plus nobles intelligences1 fils des progrs du temps1 nourri de l'histoire et de la philosophie des nations2 fort par son loquente parole qu'anime un profond amour de la patrie2 mlange de grce et d'lvation1 de force et d'atticisme1 il rsume dans son bataillon sacr toute la civilisation franaise4 ,les ,girondins1 gnreux vainqueurs d'une aristocratie sculaire1 prtent une oreille attentive aux cris des vaincus1 et ne veulent pas qu'on les abandonne la rage de la basse dmocratie4 ,ils savent bien que le sang vers par les factions enfante des martyrs1 et qu'on n'efface pas une vieille socit d'un coup d'ponge4 mes naves et sincres1 ils veulent que toutes les voix de la patrie se groupent autour de la souverainet nationale1 et que la rvolution se rattache la chane du pass4 ,point de hache1 point de proscription1 paix1 misricorde1 galit et justice pour toutes les classes1 pour tous les individus6 ,mais1 illustres et jamais dplorables victimes de leur propre faiblesse1 ils succombent faute d'nergie et de prvoyance sous les coups d'une faction sanguinaire qui1 s'lanant du bas-fond de la socit1 vient plonger ses griffes de fer dans le sein de la ,france4 ,la ,montagne1 terrible expression de l'gosme dmocratique1 sanglante rvlation de nos misres1 mmorable enseignement qui doit nous apprendre que d'horreurs on peut commettre au nom des plus saintes vrits6 ramas d'ignobles coliers1 misrables phraseurs ns de la poussire scolastique du dix-huitime sicle1 ils n'auraient pas su administrer un village en respectant l'humanit4 ,sans connaissance du pass1 sans intelligence des besoins de l'avenir1 ils prennent pour symbole d'un sicle d'industrie1 les sales guenilles des misrables2 et ils voudraient touffer trente millions d'hommes sous des formules lacdmoniennes4 coutez-les1 dans leur langage ordurier et bouffon2 ils n'ont que des insultes pour leurs victimes1 et que des abstractions de collge pour ceux qui leur demandent la paix et le bonheur6 ,oh6 les sublimes lgislateurs6 qui rpondent coup de guillotine la moindre objection qu'on leur fait6 ,oui1 la ,montagne sera toujours l'excration des nobles curs et des esprits levs2 elle est l'immortel principe de la souverainet nationale ce que la ,saint-,barthlemy fut au christianisme1 la profanation d'une vrit de l'esprit humain4 ,ne des erreurs du dix-huitime sicle sur l'antiquit1 la ,montagne immola des milliers de victimes avec des phrases de rhteur2 elle gorgea la libert1 et la livra la volont d'un soldat heureux4 ,l'empire ne change rien la question des principes4 ,pouvoir rvolutionnaire et sans lgalit1 il runit1 d'une main vigoureuse et habile1 les lments fcondants de la rvolution de #hi4 ,il organise la socit matrielle jusqu'alors si maltraite1 arme la cit d'une force ncessaire pour la garantir des intrts individuels1 et il va sur les champs de bataille dfendre la ,france nouvelle contre l',europe monarchique4 ,en #ahad1 la maison de ,bourbon remonte sur le trne de ses anctres1 et avec elle le principe primordial de la tutelle4 ,elle se ressaisit de la souverainet inhrente la vritable royaut2 et1 si elle juge propos d'accorder aux besoins des temps quelques liberts1 c'est comme une concession de sa toute-puissance quelle pourra absorber1 quand elle le jugera bon4 ,cette absorption qu'elle essaya l'touffa en #ahcj4 ,la rvolution de juillet1 en renversant la restauration1 a voulu reprendre la royaut le principe de la souverainet et le replacer dans la nation4 ,les hommes qui depuis quinze ans avaient manuvr dans le cercle de la ,charte royale de #ahad1 et qui avaient fait la monarchie lgitime cette facile1 cette grammaticale opposition2 ces hommes1 dis-je1 furent bien effrays la vue de la victoire populaire qu'ils taient loin d'avoir prvue2 et1 satisfaits de la proscription de la branche ane1 ils s'empressrent de ramasser pice pice les mille fragments du gouvernement dtruit1 et1 soufflant de leurs petits poumons sur ce tas de brisures1 ils s'en firent un ordre social tout juste assez grand pour les hberger1 laissant le peuple vainqueur aboyer la porte4 ,ce livre n'est point un pamphlet4 ,philosophe1 nous cherchons dans l'tude de l'histoire dcouvrir ces grands principes qui sont la base des socits4 ,nous n'ignorons pas qu'entre ces poques mmorables1 o l'homme1 dpouill de ses vieilles croyances1 cherche reconstruire le monde sa nouvelle image1 il y a des moments terribles d'hsitation et de souffrance1 de force et de faiblesse1 pendant lesquels l'humanit1 dsertant les temples d'une voix qui expire1 s'avance lentement dans l'avenir2 et que souvent elle revient se pencher douloureusement sur les dbris du pass qu'elle inonde de ses larmes4 ,les gouvernements1 qui alors s'emparent de la socit matrielle pour donner le temps la pense de prparer sa nouvelle demeure1 sont trs utiles2 mais leur existence est attache la dure des besoins qui les avaient appels4 ,la ,charte de #ahcj n'a aucun de ces caractres de grandeur et d'unit qui dclent une institution forte3 c'est une halte de la socit matrielle qui1 dans l'incertitude du chemin qu'elle doit suivre1 attend le retour de ses claireurs pour continuer son voyage4 ,on comprend le but de ce livre4 ,c'est l'tude d'un homme indpendant qui1 sans aucune proccupation politique1 cherche pntrer dans la vie intime de ces fractions sociales qui composent une nation1 y saisir le trait qui les caractrise1 et prendre acte des lments qu'elles dposent dans la moralit d'un peuple4 ,l'auteur a voulu tracer un page de l'histoire de son temps3 ,la critique lui apprendra s'il a russi dans ses efforts4 ,,ii4 ,,de ,,la ,,france4 ,au sein de la famille europenne1 parmi ces nations qui naquirent des dpouilles de l'empire romain1 et que la voix du christianisme arracha la barbarie1 il est un peuple fort et puissant1 indomptable la guerre1 actif1 laborieux dans la paix1 gai1 spirituel1 la physionomie douce1 vive et lgre1 aux formes sveltes1 lgantes1 l'abord facile et communicatif1 au parler bref et sentencieux3 c'est le peuple franais4 ,la nature1 qui semble ne livrer l'humanit ses innombrables arcanes qu' mesure que celle-ci se rend digne de les comprendre1 tient encore cach nos yeux avides le mystre de l'individualit des peuples4 ,grande est la proccupation du sage1 lorsqu'en jetant les yeux sur cette terre1 il voit ces milliers de nations1 filles d'un mme dieu1 toutes marques au front du sceau de la mme famille1 et chacune distingue par un trait particulier2 toutes soumises aux mmes peines1 aux mmes besoins1 naissant dans la douleur1 mourant dans la douleur1 et chacune parcourant un sentier unique dans la vie1 et chacune laissant un pass qui lui est propre6 ,ce n'est pas seulement un peuple qui diffre d'un peuple1 c'est la caste qui se dessine dans un peuple1 c'est la famille dans la caste1 c'est l'individu dans la famille1 c'est l'individu qui diffre de l'individu4 ,quelle est donc la cause suprme qui tira de l'unit primitive de la cration1 cette clatante varit8 ,quel est celui qui du type ternel de la race humaine1 fit surgir ces insaisissables physionomies qui frappent et vous tonnent8 ,comment sur cette face d'homme si simple a-t-on su crire tant d'incroyables choses1 cosi dolci accenti1 cosi orribili favelle6 ,les phnomnes du monde qui enveloppent et pntrent l'homme de toutes parts1 ont d modifier sa flexible nature2 mais leur influence a t plutt physique que morale4 ,ce n'est pas dans la langue de ,monton de ,montesquieu que nous trouverons le principe qui constitue la nationalit2 c'est par les ides qu'un homme diffre d'un homme1 et c'est par les ides qu'une socit se distingue d'une autre socit4 ,lorsque deux intelligences s'abreuvent la mme source1 que deux curs vibrent l'unisson1 que deux mes versent dans la mme coupe et leurs joies et leurs douleurs2 alors il y a paix1 il y a harmonie1 il y a socit4 ,un peuple est une runion d'individus qui pendant des sicles ont vcu de la mme ide1 respir sous le mme ciel1 pleur sur la mme terre1 pri le mme dieu4 ,otez ces peuples la pense commune qui les sustente et le temps pendant lequel ils s'en sont nourris1 et il n'y a pas de raison pour qu'un ,turc ne soit un ,anglais1 qu'un ,franais ne soit un ,chinois4 ,les nations sont filles du temps et de la communaut de souvenirs4 ,c'est par les souvenirs que vivent les peuples1 et qu'ils nourrissent l'amour de leur indpendance4 ,c'est contre les souvenirs que se brisent les conqurants et les despotes2 c'est rompre cette chane de la pense nationale que tendent leurs efforts1 et c'est sa rsistance que nous devons la gloire de l'humanit4 ,on n'emporte pas la patrie sous la semelle de ses souliers1 a dit ,danton3 ce mot est admirable de vrit4 ,non1 on n'emporte pas la patrie6 ,la patrie n'est ni dans la richesse1 ni dans la puissance1 ni dans les abstractions des philosophes4 ,elle est dans les lieux qui vous ont vu natre1 dans la chaumire o vous avez t berc1 dans le ruisseau qui serpente au bas de la colline1 dans le chant maternel4 ,elle est dans ces ineffables souvenirs des premiers jours de la vie qui se gravent en vous1 s'attachent en vous1 se font chair1 se font os1 grandissent et meurent avec vous1 et vous suivent depuis l'chafaud jusque sur le trne du monde4 ,l'esprit humain peut s'tendre1 parcourir l'immensit de l'espace1 aller s'asseoir ct mme de ,dieu2 l'individu ne pourra jamais quitter le coin de terre o il essaya ses premiers pas1 o il versa ses premires larmes1 car il y tient par le fil des souvenirs4 ,homme6 par ta pense1 tu peux tre le citoyen du monde2 par tes souvenirs1 tu n'es qu'un faible roseau qui ne saurait vivre loin des bords qui baignent tes racines4 ,o ,providence1 que tu es belle6 ,la raison ne se laisse borner ni par une pierre1 ni par un poteau2 elle s'indigne de tout ce qui est mal1 du knout dont on frappe le ,russe1 comme de l'oppression de l'esclave indien1 sous la main rpublicaine de l'picier de l',amrique4 ,les souvenirs1 au contraire1 sont arrts par toute chose1 par une haie1 par un foss2 ils tiennent une feuille1 un arbre2 ils s'pandent autour de vous1 se multiplient en mille rameaux1 s'impriment sur tous les objets4 ,c'est le fauteuil de votre aeul1 c'est la grande alle du chteau1 c'est la mousse qui crot sur un vieux mur1 c'est un baiser de mon amie d'enfance4 ,l'humanit est une par la raison1 elle est multiple par les souvenirs2 la science est une1 parce qu'elle est fille de la raison2 mais la posie est varie comme la nature1 parce qu'elle nat dans le cur de l'homme doux1 berceau des souvenirs2 la posie est intraduisible1 car elle est l'expression intime de l'individualit2 mais une vrit mathmatique est ,paris ce qu'elle est ,philadelphie4 ,en tout temps et en tout lieu1 qu'est-ce que l'aristocratie8 des souvenirs que se transmettent cinq ou six gnrations de familles2 qu'est-ce qu'une famille8 encore des souvenirs4 ,aussi la puissance destructive de la rvolution fut-elle oblige de s'arrter devant les souvenirs2 elle a pu enlever la noblesse sa prpondrance politique1 mais il lui a t impossible d'anantir l'aristocratie3 il aurait fallu effacer l'histoire de ,france4 ,jamais le ,portugais ne voudrait faire partie de la monarchie espagnole2 aucune rforme politique ou religieuse n'teindra la haine que les ,irlandais portent leurs conqurants2 et le gouvernement autrichien serait aussi libral qu'il est cruel et oppresseur1 que l',italie n'en serait pas moins son plus implacable ennemi4 ,c'est que les souvenirs sont une source intarissable dans laquelle les peuples retrempent leur individualit2 c'est que les souvenirs sont l'humanit1 ce que l'attraction est au systme du monde4 ,l'attention de l'homme est faible et circonscrite dans sa puissance2 et toutes les sciences sociales ont proclam que de la division du travail1 dpendait la perfection dans les arts et la richesse des nations4 ,si la pense humaine se divise en facults ayant chacune sa sphre d'action1 si dans la socit chaque individu se voue une industrie particulire1 dans l'humanit chaque peuple a sa mission et sa spcialit dans l'uvre du progrs4 ,l'intelligence se divise en deux grandes parties3 celle de la conception1 et de la ralisation4 ,passer du monde de l'abstraction celui de la ralisation1 traverser ces ,thermopyles de la raison1 dtacher l'ide du vague qui l'enveloppe1 la dpouiller de tout caractre dogmatique1 et la raliser sans secousses et sans orages1 c'est l'uvre de l'artiste1 c'est toute la civilisation4 ,certains hommes sont propres la conception1 certains autres la ralisation2 rarement la mme tte runit ces deux avantages3 il en est de mme parmi les peuples4 ,la ,grce1 par exemple1 fut dans la haute antiquit la nation ralisatrice par excellence4 ,c'est dans son sein que naquirent les plus grandes vrits sociales2 elle les couva avec amour et les livra l'humanit1 belles et puissantes4 ,la ,grce ne cra presque rien2 elle reut de l',asie le germe de toutes choses4 ,mais il fallait ce germe1 pour fructifier1 l'intelligence des peuples hellniques4 ,ce ne sont pas les bataillons d',alexandre qui ont conquis l',asie1 c'est l'esprit de la ,grce2 c'est lui qui brisa la tiare du grand roi4 ,rome succda la ,grce1 dans la propagande sociale4 ,celle-ci expirait sous le despotisme des rois macdoniens4 ,rome prit dans sa main toute la civilisation antique1 et y grava son image4 ,les rpubliques de la ,grce taient intelligentes1 mais leur moralit tait partielle et locale4 ,rome rsuma dans sa puissante synthse ces fractions de vrits1 dont elle tira ce droit italique qui1 mis au bout de son pe1 devint la loi du monde4 ,enfin1 un cri de l'humanit souffrante enfanta le christianisme qui1 dchirant l'enveloppe patricienne du droit romain1 appela toutes les nations la table d'un seul et vrai ,dieu4 ,soit qu'on remonte la race gauloise1 soit qu'on s'arrte aprs l'assimilation des ,francs dans le peuple conquis1 ce qui toujours distingue la nation franaise1 c'est une grande bravoure1 une fastueuse intrpidit1 l'amour de la guerre et le mpris de ses dangers4 ,vaine1 bruyante1 pour apaiser sa sensibilit nerveuse et occuper son excessive mobilit1 il faut qu'elle piaffe1 qu'elle agisse1 qu'elle brandisse sa grande pe1 qu'elle soulve sous ses pas des tourbillons de poussire1 et qu'elle se jette tte baisse dans la mle des combats4 ,ne lui demandez ni trop de discipline ni trop d'obissance2 fire1 raisonneuse1 elle remplit les camps du bruit de ses paroles1 frmit sous la main de ses capitaines et s'chappe des rangs4 ,ce ne sont pas les dpouilles de l'ennemi qu'elle cherche dans les combats2 c'est la gloire6 ,ce ne sont pas des conqutes qu'elle veut1 mais des trophes6 ,pour elle1 tout n'est pas de vaincre1 mais de vaincre avec honneur1 avec clat2 elle mprise les ruses de la guerre1 la science de la conservation2 elle aime le courage qui s'immole1 la force qui brise et renverse4 ,aussi affectionne-t-elle les combats singuliers1 les luttes individuelles1 les courses vagabondes1 les guerres aventureuses4 ,voyez ce fier ,gaulois nu jusqu' la ceinture1 faisant parade de sa large poitrine1 montrant ses bras nerveux1 se balanant comme un palmier sur ses hanches saillantes1 s'avancer1 ainsi dsarm1 contre une fort de piques romaines8 ,rien n'est chang en lui1 et trente sicles aprs il dira la bataille de ,fontenoy3 ,c'est a vous de tirer les premiers1 messieurs les ,anglais6 ,les guerres entreprises par la ,france ont un caractre de gnrosit nave qu'on ne rencontre nulle part4 ,au moindre mot elle court aux armes1 et ne s'inquite ni du but de la guerre ni de l'avantage qu'elle en pourra tirer4 ,il lui suffit qu'il y ait des coups de lance donner et des lauriers cueillir4 ,il n'y a pas de rivage qu'elle n'ait franchi1 pas un pouce de terre qu'elle n'ait foul sous ses pas1 et cependant1 jamais elle n'a pu conserver une conqute hors du cercle de sa nationalit4 ,vingt fois elle fut matresse de l',italie1 et vingt fois elle en a t chasse par un ennemi moins brave et moins gnreux3 c'est qu'elle manque de suite dans ses plans2 c'est que ses ides sont rapides comme la foudre1 et que sa tte tant le passage des progrs de l'humanit1 elle n'a pas la constance des peuples retardataires2 c'est que trop proccupe de l'ide gnrale1 elle nglige le fait particulier4 ,mais aussi1 c'est dans sa moralit que gt sa vritable puissance4 ,que lui importent les conqutes matrielles1 elle qui domine par la sympathie qu'elle inspire8 ,elle n'a qu' dire un mot1 et les nations s'agitent et se groupent autour d'elle comme une arme en bataille6 ,la riante physionomie du ,franais1 sa pntrante parole1 sa vivacit1 sa lucide intelligence1 son courage1 son dsintressement1 son amour pour le faste1 les femmes et les plaisirs2 toute cette allure de bon compagnon sont des qualits qui lui attachent les peuples et lui donnent un caractre particulier4 ,on sait combien les ,gaulois aimaient se vtir d'toffes rayes1 aux couleurs vives et tranchantes1 se parer dchans1 d'anneaux et de colliers d'or2 ce got s'est perptu dans la nation4 ,ds le treizime sicle1 il avait frapp l'empereur ,frdric ,,ii2 il servit de thme aux prdicateurs de tout le moyen-ge2 il fut raill par les satiriques et mis en scne par ,molire2 cependant il vit encore et vivra toujours4 ,c'est qu'il est un des lments fondamentaux de la personnalit franaise4 ,le got exquis de ce peuple pour l'lgance du costume1 sa rare dlicatesse dans le choix et la distribution des ornements1 sont connus de l',europe1 et aujourd'hui les modes parisiennes sont celles du monde4 ,le ,franais est vain2 il veut briller1 plaire1 jouer un rle2 de l son aimable frivolit et l'attention presque fminine qu'il met orner sa personne de cent colifichets4 ,ce n'est pas la valeur intrinsque des objets qui le sduit1 c'est leur valeur relative2 ce n'est pas par la richesse des habits qu'il se distingue1 mais par leur lgance2 tout est forme en lui1 tout est valeur de convention4 ,de l drive galement son penchant trs remarquable1 pour la socit des femmes4 ,la femme mancipe par le christianisme n'a jamais t vritablement libre qu'en ,france4 ,il est vrai qu'en ,france on l'a dshrite de tout droit politique1 mais en revanche on lui a donn la royaut de la famille4 ,la femme est l'lment fondamental et primitif de la socit4 ,partout o elle est esclave rgne le despotisme2 partout o les lois ou les murs l'lvent au rang de l'homme1 l existe une certaine libert4 ,la femme est toute actuelle1 ses peines et ses plaisirs sont instantans2 le pass lui chappe comme une ombre lgre1 et elle ne comprend l'avenir que du jour o ,dieu la rend mre4 ,c'est par le cur qu'elle juge le monde1 et ses regards s'arrtent presque toujours la surface des choses4 ,aussi aime-t-elle l'clat et le mouvement extrieur2 aussi veut-elle que pour lui plaire1 l'homme se transforme en valeur sociale1 qu'il montise son intelligence1 qu'il descende de son moi goste1 et qu'il traduise sa capacit en faits utiles et palpables4 ,elle ne comprend rien l'abstraction et ne s'intresse qu' la ralit2 elle aime la puissance1 mais la puissance qui se manifeste2 elle recherche la force1 mais celle qui sait vaincre4 ,tout se coordonne autour de la femme1 et le cercle trac par le bas de sa robe1 est le premier cercle de la lgalit4 ,l'homme ou le peuple qui vit moralement avec la femme subit infailliblement son influence1 qui est toute favorable au dveloppement de ses facults sociales4 ,il y a long-temps qu'on parle en ,europe de la politesse franaise2 et qu'est-ce que la politesse1 si ce n'est la civilisation4 ,dans le code de la politesse franaise au dix-huitime sicle1 il y a toute la rvolution de #hi2 car la politesse n'est autre chose que la loi de l'galit humaine rduite aux proportions de la vie ordinaire2 aussi il n'y a rien dans la politesse qui ne soit dans la morale4 ,le peuple franais1 qui a tant de condescendance et de respect pour la femme1 est galement celui qui a le mieux compris la science de la vie2 il possdait la libert bien avant qu'on songet aux constitutions politiques et la pondration des pouvoirs4 ,la socit franaise est trs remarquable dans ses lois intrieures et dans ses minutieuses prescriptions2 c'est l'analyse parfaite de l'activit humaine4 ,l1 tout est prvu1 tout est class2 pas un acte de la volont1 pas une dmarche qui ne soit juge par un code svre1 connu et admis de tous4 ,un salon franais est le type d'une socit bien ordonne2 il y rgne une grande unit dans les manires et dans le costume4 ,pas une chaise qui ne soit sur la ligne trace par la matresse de la maison1 pas un bout de cravate qui fasse saillie1 pas une pose qui ne soit celle de tout le monde1 pas une parole qui trouble l'harmonie gnrale4 ,toutefois1 cette rigoureuse uniformit dans les actes extrieurs1 est accompagne de la plus parfaite galit4 ,une fois le seuil de la porte franchi1 vous tes l'gal de tout le monde1 du duc1 du prince1 trait avec les mmes gards et la mme distinction4 ,vous pouvez tout dire alors1 exprimer toutes vos ides1 parce que la puissance qui vous coute et que vous cotoyez s'entoure de la politesse pour rapprocher les rangs et adoucir les distinctions2 car c'est surtout l'unit qui caractrise la socit franaise4 ,murs1 langage1 costume1 habitations1 etc41 tout y est soumis2 et vous ne pouvez vous en carter sans tre frapp par le ridicule1 arme toute franaise1 parce que le ridicule est fils de l'unit sociale4 ,aussi le ,franais est-il avant tout imitateur2 il veut faire ce que fait tout le monde2 rarement il ose s'carter du groupe de la majorit4 ,il se polit1 il s'efface1 il est clair1 il est aimable1 parce qu'il veut qu'on le comprenne et qu'on l'aime4 ,en littrature1 en peinture1 dans les arts1 dans les murs1 dans la politique1 il ne voudra que ce qui est large1 ce qui convient tous les hommes1 ce qui est social4 ,cette ptulance1 ce besoin d'agir1 d'aller1 d'occuper le monde de sa personne et de ses actes2 cette absence de tout mystre dans les faits les plus intimes de la conscience2 ce penchant irrsistible parler haut1 tout dire1 tout avouer1 et livrer son me aux regards de la foule2 cet amour pour la parure1 les femmes et les plaisirs qui caractrisent la nation franaise de tous les sicles1 sont la manifestation clatante d'une facult de l'esprit humain1 de la facult de l'artiste1 le ralisateur par excellence4 ,l'esprit de la ,france est d'une rare et nergique simplicit4 ,n'entrant pas trs avant dans les mystres de la connaissance absolue1 craignant de s'garer dans les profondeurs de l'tre1 il reste sur les bords du monde positif2 toujours jeune1 il aime les joies de la terre1 le soleil et la nature4 ,ses conceptions manquent peut-tre de force2 il n'a pas le vol audacieux de la spontanit1 mais il est clair et industrieux4 ,il ne se tient pas comme l'esprit germanique dans des cimes inaccessibles1 il n'apparat pas sous de mystrieuses incarnations2 il est facile et sympathique4 ,a peine l'ide y est-elle close1 qu'elle recherche les applaudissements de la foule4 ,il lui faut de blanches mains1 de doux regards qui l'approuvent et l'encouragent4 minemment nave1 elle a foi en sa puissance et en sa destine2 elle aime se communiquer1 se faire comprendre1 s'entendre rpter par l'cho des masses4 ,c'est surtout l'tonnante rapidit avec laquelle il passe de la conception la ralisation1 de la thorie la pratique1 qui caractrise l'esprit franais4 ,aucun peuple de nos jours n'a le bras aussi prs de l'intellect4 ,entre l'abstraction et la forme1 entre la pense et l'art1 c'est--dire entre le ciel et la terre1 il n'y a pour lui qu'un court passage qu'il franchit en un bond6 ,la science1 dans son incessante curiosit1 a-t-elle soulev le voile d'une vrit nouvelle8 ,la ,france demande aussitt3 ,a quoi bon cela8 ,si la rponse n'est pas claire1 si le rsultat qu'on peut en attendre n'est pas prochain1 la ,france sourit et passe outre4 ,ce qu'elle conoit aujourd'hui1 elle le formule demain4 ,on pourrait diviser l',europe en trois parties3 le ,nord1 y compris l',angleterre1 serait l'abstraction2 le ,midi1 c'est--dire1 l',espagne1 l',italie et la ,grce1 la posie2 et la ,france formerait le saint-esprit de cette trinit sociale1 le bon sens pratique1 organe conciliateur qui se tient sur la grande route de la civilisation1 qui prte une oreille ,dieu et l'autre l'humanit4 ,la pense franaise est une perptuelle affirmation1 parce que c'est la pense de la vie4 ,elle aime causer et partager sa foi4 ,ne lui confiez rien1 elle le divulguerait aussitt2 il faut qu'elle dise et formule tout4 ,depuis la chute de l'empire romain1 pas une vrit ne s'est assise dans la socit sans sa participation1 c'est elle qui a raffermi la papaut1 qui a t son bras sculier et le soutien de sa redoutable hirarchie4 ,elle a fait les croisades1 cr la chevalerie1 les ordres militaires2 c'est en ,france que la fodalit poussa ses vigoureuses racines2 c'est en ,france que l'architecture gothique dploya d'abord sa magnificence1 et c'est la ,france qu'appartient toute la posie du moyen-ge4 ,a toutes les grandes poques de l'histoire1 la ,france s'est leve comme un seul homme pour propager le progrs6 ,au onzime sicle1 elle fit de la propagande catholique2 au dix-septime1 elle prcha la monarchie2 au dix-huitime1 elle dmocratisa le monde4 ,toujours logique1 toujours consquente1 aux accents de saint ,bernard1 elle entrane l',occident au tombeau du ,christ2 du cogito de ,descartes1 elle tire1 l'tat1 c'est moi6 de ,louis ,,xiv2 et du contrat social de ,rousseau1 la rvolution de #hi4 ,l'ide n'a cours en ,europe qu'aprs avoir t frappe au coin de la moralit franaise1 et en avoir reu sa valeur commerciale4 ,lorsque ,luther s'insurgea contre la monarchie catholique1 c'est la ,france qui fut le thtre de cet immortel combat4 ,la papaut savait bien que si la ,france acceptait la rforme1 c'en tait fait de son existence3 aussi l'treignit-elle de toutes ses forces4 ,philippe ,,ii et lisabeth d',angleterre1 ces deux reprsentants du pass et de l'avenir1 se disputrent la ,france comme le gage certain de la conqute du monde2 et si la papaut existe encore1 c'est que la ,france est reste catholique4 ,l',angleterre1 qui depuis tant de sicles bouillonne dans son le comme dans une immense chaudire1 qui depuis deux cents ans est en possession de sa trinit constitutionnelle1 l',angleterre n'a rien fait pour l'humanit4 ,close dans son moi solitaire1 elle absorbe tout ce qu'elle rpand et s'engraisse de sa propre substance4 ,elle a fait dix rvolutions1 tu un roi1 cr une rpublique2 eh bien6 l',europe n'en a pas mme sourcill1 parce que l',europe comprenait que l',angleterre n'avait rien de sympathique1 et que1 renferme dans son gosme national1 elle ne possdait rien de ce qui fait palpiter le cur des peuples1 rien de social4 ,mais que la ,france s'avise de l'imiter1 et vous verrez tous les rois de l',europe la cerner comme une bte froce4 ,c'est que la pense franaise a la puissance de gnraliser2 c'est que le plus petit grain qui tombe dans son sein grandit1 devient chne immense1 et couvre le monde de son ombrage2 c'est que la ,france est humaine1 sociale et veut la propagande4 ,oui1 la ,france veut la propagande6 ,tous les grands pouvoirs qui l'ont gouverne ont fait de la propagande2 sans la propagande1 le ,franais est le dernier peuple de l',europe4 ,sans physionomie1 sans originalit1 sans profondeur1 il n'est fort que par son caractre reprsentatif4 ,croyez-vous que c'est pour avoir ergot sur quelques articles de la ,charte que les ,manuel1 les ,foy1 les ,benjamin ,constant sont admirs de l',europe8 ,c'est parce qu'ils dfendaient la libert de l'esprit humain4 ,voyez la langue o s'empreint le caractre national6 de ,ville-,harduin ,chteaubriand elle ne s'est pas carte d'un degr de sa forme primitive4 ,les mots ont roul avec les sicles1 et ont subi leurs modifications1 mais l'esprit en est rest toujours le mme2 claire1 transparente1 la pense coule sous la phrase comme le poisson sous une onde limpide2 tout le monde l'y voit circuler2 sans dtours1 sans mystre1 comme la pense franaise1 elle croit en sa puissance1 elle affirme toujours4 ,point de proposition possible sans conclusion1 sans un fait1 sans une ralisation3 le verbe1 tout ct du nom1 comme l'action de la conception1 comme l'art de l'abstraction4 ,humaine1 sociale1 tout le monde la sait1 tout le monde la parle2 langue minemment populaire1 le substantif y prcde l'adjectif1 comme la substance prcde la modification1 comme le peuple prexiste l'aristocratie2 vive causeuse1 c'est la langue des affaires et de la vie4 ,fille de presque tous les dialectes de l',europe1 elle a vu le jour en mme temps que la socit moderne3 elle a grandi avec elle4 ,au douzime sicle1 elle est nave comme les croisades2 au seizime1 moqueuse et mordante comme la rforme2 au dix-septime1 forte et majestueuse comme la monarchie de ,louis ,,xiv2 et au dix-huitime1 audacieuse1 agressive comme la rvolution de #hi4 ,c'est surtout sa prose qui est admirable1 rien ne lui est comparable2 et la prose1 c'est l'esprit1 la force d'une langue1 le signe infaillible auquel on reconnat les progrs d'un peuple4 ,enfin1 la langue franaise est une langue dmocratique et de propagande1 telle qu'il la fallait un peuple social et gnralisateur1 qui de nos jours est la tte du monde civilis4 ,,iii4 ,,du ,,parti ,,royaliste4 ,un sicle irrvrencieux1 un sicle superbe branla de son rire insultant la foi antique des peuples4 ,la ,france fut bouleverse1 ses vieilles institutions livres aux caprices de la foule1 et une royaut aussi ancienne que la nation baigna de son sang innocent le billot des criminels1 qui devint l'autel du monde rgnr4 ,tout disparut du sol de la patrie4 ,les passions s'chapprent avec un pouvantable fracas du sein des peuples1 comme les vents de la caverne d',eole1 et emportrent dans leur sublime orage1 murs1 croyances et scurit4 ,une nouvelle gnration1 dlirante de libert1 rompit la chane des temps1 renia le pass1 plongea sa main audacieuse dans les entrailles de l'tat1 effaa toute distinction sociale1 dispersa la famille1 jeta aux vents les cendres de ses pres1 et1 comme le fossoyeur dans un temps d'pidmie1 elle s'assit en riant sur la charrette qui tranait la voirie ses innombrables victimes6 puis la rvolution s'lance sur l',europe fodale1 et pendant quarante ans l'asservit ses lois4 ,enfin1 les peuples1 fatigus du despotisme d'un hros rpublicain1 qui avait chauss les brodequins d'or de ,charlemagne1 rompent les rangs1 et laissent tomber ce colosse qui1 parce que sa tte touchait au ciel1 avait oubli qu'il tait mont sur les paules des nations4 ,la maison des ,bourbons revint rgner sur la ,france4 ,tout pour elle avait chang d'aspect1 lois1 murs1 langage1 jusqu'au palais de ses anctres4 ,la vieille ,france n'tait plus1 on ignorait mme qu'il existt une postrit de ,louis ,,xiv4 ,la nation tait divise en deux camps formidables2 l'un nombreux et vaincu1 mais aprs cinquante ans de victoires2 l'autre faible et souffrant1 mais appuy d'un million de bayonnettes trangres2 c'est entre ces deux partis qu'apparut ,louis ,,xviii1 la charte la main1 les sommant d'oublier tout ce qui s'tait pass1 et de fondre dans un harmonieux ensemble la socit nouvelle4 ,il tait de l'intrt des migrs d'accepter cette transaction1 et de reconnatre les changements faits si douloureusement par la rvolution2 de se mler dans les rangs de la nation et de rchauffer leurs vieux os son souffle puissant4 ,mais le royaliste inflexible recula devant cette fusion2 tourdi par le bruit discordant de tant de voix inconnues1 il s'enfuit pouvant et court s'enfermer dans son vieux castel1 o1 sous l'tre seigneurial1 il se prosterne devant ,dieu et son roi1 les uniques symboles de sa croyance4 ,cependant1 l'esprit innovateur de #hi marchait en avant2 il se faisait jour par toutes fissures de la monarchie lgitime2 il frappait de son fouet tout ce qui s'opposait son passage3 il fallait ou se faire le compagnon de son voyage1 ou prir sous les roues de son char4 ,mais le royaliste1 plong dans la contemplation de ses vieilles ides1 n'entendait pas la rvolution qui grondait au dehors et qui faisait rsonner son sabre imprial sur le pav des cits4 ,inbranlable dans ses sentiments1 il dtournait les yeux d'un sicle inconcevable2 il se serrait contre l'autel sacr de la famille1 et il abandonnait ,ilion en proie ses vainqueurs4 ,mais son fils1 ne pouvant rsister aux illusions de son ge et de son poque1 se tenait sur le seuil de la maison paternelle1 d'o il contemplait le mouvement du sicle2 et prt se mler la foule joyeuse qui passe1 il s'arrte la voix languissante de son pre qui lui dit3 ,o mon fils6 o vas-tu6444 ,lorsque dans le sein de l'humanit clate une de ces rvolutions que ncessite la marche des ides1 la gnration contemporaine1 celle qui ralise le progrs1 est rarement aussi pure que le principe dont elle est l'expression4 ,toujours la pense gnrale est torture dans le cur de l'homme1 toujours la liqueur se ressent de la corruption du vase4 ,ce n'est que bien long-temps aprs1 lorsque la socit a tanch le sang de ses blessures1 que se fait sentir le bien de la rforme1 et que les actions s'harmonisent avec les doctrines4 ,la gnration rvolutionnaire de #hi1 anime d'abord d'un sentiment noble et juste1 voulut dbarrasser l'tat d'abus intolrables1 sans porter atteinte aux existences individuelles1 sans toucher aux bases fondamentales de tout corps politique4 ,mais irrite par la rsistance des vieux intrts1 enflamme par une prompte victoire1 elle dpassa le but qu'elle s'tait propos4 ,entrane par son lan1 enorgueillie de sa nouvelle puissance1 elle voulut tout refaire1 tout changer4 ,dpouille de tout principe1 sans rien de fixe dans la conscience pour rsister au torrent1 la gnration de #hi fut l'colire imbcille de tous les sophistes1 l'esclave de tous les fourbes qui voulurent la commander4 ,elle se laissa gorger par la ,montagne1 avilir par le directoire1 caserner par ,napolon4 ,elle avait proclam la libert1 jur de maintenir dix ou douze constitutions1 dtruit la noblesse1 tu la royaut1 proscrit les prtres catholiques2 on dchira ses constitutions1 on l'empcha d'crire et de penser1 on lui imposa un nouveau roi1 une nouvelle noblesse1 de nouveaux prtres2 on la fit aller la messe4 ,fltrie par tous les gouvernements1 elle tomba de chute en chute dans la plus vile abjection2 on en fit de la chair guillotine1 de la chair canon2 elle se vautra dans les antichambres de tous les gueux enrichis1 de tous les fripons chapps au gibet2 et de nos jours encore ses restes impurs salissent le palais de la royaut nouvelle6 ,dans ce mmorable naufrage de la socit franaise1 dans cette immense droute o chaque soldat1 ayant perdu son drapeau1 errait au hasard et expirait isol1 il est beau de voir le royaliste ferme dans ses sentiments politiques1 inbranlable dans ses croyances religieuses1 ne se laisser abattre ni par l'exil1 ni par la spoliation1 ni par la misre2 croire la royaut malgr les succs de la rpublique1 croire au catholicisme malgr les philosophes et les jacobins1 croire la lgitimit malgr sa chute de tous les trnes de l',europe2 ne se laisser dcourager ni par les victoires de la ,convention1 ni par les conqutes de l'empire2 regarder sans flchir les antiques dynasties se prosterner aux pieds d'un plbien1 et se disputer l'honneur de lui baiser ses bottes impriales2 rsister aux appas du gnie et de la gloire2 et1 malgr tant de revers1 s'attacher pour jamais au culte du malheur1 au culte d'une famille infortune6 ,cela est beau1 cela est admirable1 et le sera ternellement6 ,eh6 qui le nie8 ,le parti royaliste n'a jamais compris son poque2 il s'est heurt en insens contre d'insurmontables obstacles2 avec plus de clairvoyance et moins d'enttement1 il aurait tout concili3 ses croyances et ses intrts1 le bonheur du pays et la consolidation de la lgitimit4 ,cela est incontestable1 en le considrant comme parti politique2 mais comme homme1 que la pose du royaliste est noble1 que son regard est doux et ferme1 au milieu de ce dbordement1 dans cette orgie des passions populaires1 dans ce ple-mle1 dans cet avortement de tant de systmes1 de tant de religions1 de tant de rformes6 ,l'esprit du philosophe s'arrte avec bonheur sur cette physionomie du royaliste1 si calme1 si souffrante1 si dvoue1 si pleine de foi et d'amour1 qui refuse un mensonge quand un mensonge peut la sauver2 qui rsiste l'clat des faux dieux1 aux paroles captieuses des faux prophtes1 aux sductions de la victoire et de la prosprit2 et qui souffre et meurt pour ,jsus et pour ses rois6 ,comparez le royaliste ces hommes de l'empire1 ces soldats rpublicains qui immolrent la rpublique2 et qui1 aprs s'tre gorgs des dpouilles du monde1 trahirent le hros qui les tira de la boue1 et qui couvrit leur nudit d'un manteau ducal6 il y en eut jusqu' trois qui s'immortalisrent le suivre sur son le solitaire2 tout le reste se coucha plat-ventre devant la lgitimit4 ,l'un s'en fit le suisse1 un autre le bedeau1 un autre le gendarme2 tous renirent la rvolution et ses principes4 ,puis ils abandonnrent la restauration2 et aujourd'hui ils font de l'aristocratie en mauvais franais1 au bruit des clats de rire et des sifflets de l',europe6 ,comparez et jugez6 ,chez tous les peuples du monde1 il a toujours exist une classe d'individus qui1 par leurs richesses1 leur gloire ou celle de leurs anctres1 se distinguaient de la masse nationale1 et constituaient quelquefois un corps nombreux et puissant4 ,les socits ne se fondent et ne se consolident que par la bravoure et le gnie de quelques hommes1 dont le nom et les travaux passent la postrit4 ,rien ne se fait de grand sans le peuple2 mais il faut une main qui le guide et qui conomise sa puissance4 ,or1 pour que la socit trouve des hommes qui se vouent son salut1 de ces hommes qui s'enfoncent dans la mle des combats et se brlent le poing au brasier de ,porcenna1 il faut qu'elle les honore1 qu'elle les salue1 qu'elle les dsigne du doigt et leur dise3 ,votre gloire rejaillira sur vos proches2 aprs vous1 vos enfants seront illustres et honors4 ,il n'y aurait pas de socit possible sans ce sentiment de conservation qui est au fond de notre cur4 ,l'homme1 ce fragile et passager symbole d'une pense ternelle1 veut rester sur la terre le plus long-temps possible2 il veut y laisser au moins la trace de ses pas4 ,l'espoir de l'immortalit de l'me1 l'amour de la paternit ne sont qu'un dveloppement de ce sentiment social4 ,on ne creuse pas un foss1 on ne plante pas un arbre1 que ce ne soit en vue du bonheur de sa postrit4 ,otez l'homme ce sentiment1 et vous paralysez ses forces1 vous anantissez ses facults1 vous n'en faites qu'un goste qui broute et digre1 jusqu' ce qu'il rende la boue1 ce que la boue lui a prt4 ,qui dit socit1 dit conservation1 dit hritage1 dans tous les sicles et dans tous les pays4 ,il est donc naturel que le gnral1 que le magistrat intgre1 que le grand capitaine dsire laisser sa postrit son nom1 son illustration et les avantages qui en drivent4 ,que dis-je8 il le voudrait1 qu'il ne pourrait pas leur ravir ce prcieux hritage4 ,l'esprit humain repousse un pareil infanticide4 ,les individus1 comme les peuples1 rpondent des actions de leurs anctres4 ,le pass pse sur chacun de nous1 il nous lve ou nous crase4 ,quoi que vous en disiez1 vous ne pouvez regarder sans frmir le fils innocent d'un assassin2 et malgr notre galit1 prsentez la ,france les enfants du marchal ,ney et ceux d'un goujat1 et vous verrez devant qui s'inclinera la foule4 ,dans la vie tout s'enchane1 tout se succde2 chaque jour1 chaque heure influe mme sur notre courte existence individuelle4 ,que d'hommes succombent sous une page de leur propre histoire6 ,que de nobles caractres ne peuvent soulever le poids accablant de trois lignes de leur pass1 et s'enfoncent sur la terre qui les porte4 ,que serait la socit sans cette solidarit8 un chaos pouvantable1 une meute d'individualits1 sans affection1 sans amour4 ,aussi les tmoignages de l'histoire sont-ils nombreux et irrcusables4 ,en ,grce1 ,rome1 au moyen-ge1 partout il a exist une classe noble1 place haut dans l'estime du pays1 compose des hommes les plus riches1 les plus illustres et les plus capables4 ,l1 venaient se grouper tous les souvenirs de la patrie1 toutes les gloires2 c'est de l que sortaient les grands capitaines1 les grands hommes d'tat4 ,les barbares eux-mmes avaient des familles d'lite1 d'o ils tiraient les chefs1 qui les conduisirent la conqute du monde4 ,la science gouvernementale des temps modernes doit consister bien rorganiser cette phalange1 la poser d'une main ferme au centre de la socit2 prendre garde surtout que1 comme un corps opaque1 elle n'intercepte au peuple les rayons de l'tat1 et l'tat la force du peuple4 ,composez-la de nobles curs1 de fortes ttes1 rendez son approche facile au mrite quel qu'il soit1 de tous les rangs1 de toutes les fortunes4 ,l'glise catholique elle-mme ne fut-elle pas oblige de diviniser ses chefs et d'en faire des saints8 ,organisez donc1 organisez1 o vous serez dbords par une oligarchie de brouillons et de financiers1 qui prendront la place de la vertu et du talent4 ,ne vous laissez pas effrayer par les aboyeurs ignorants1 par l'envieuse mdiocrit1 par la guenille littraire qui hait tout ce qui n'est pas couvert de sa fange1 tout ce qui n'a pas sa fureur et ses vices4 ,avant la rvolution de #hi1 la noblesse franaise tait l'aristocratie la plus illustre de l',europe4 ,le nom de chacun de ses membres rappelait une gloire de la patrie1 et son histoire tait celle de la nation4 ,aprs avoir t brise par ,richelieu1 elle se serra autour de la royaut comme les lvites autour du tabernacle1 et se laissa ensevelir sous les ruines du temple4 ,on l'a beaucoup calomnie depuis quarante ans2 et cela n'a rien qui nous tonne1 c'est le sort de tous les vaincus4 ,mais nous croyons que le temps de sa rhabilitation est enfin arriv4 ,la noblesse franaise se distingua toujours par sa rare lgance1 ses bonnes manires et son urbanit4 ,et c'est pour cela1 dit ,charles-,quint1 qu'on aime partout le chevalier franais4 ,c'est la seule aristocratie qui ait su user de la puissance1 sans joindre l'insulte au privilge1 et qui ait eu pour principe constant d'tre plus polie1 plus aimable1 plus empresse envers les infrieurs1 qu'envers les princes et les rois4 ,la porte de ses palais tait toujours ouverte au mrite qui honorait l'esprit humain2 ses salons taient de vritables rpubliques1 o1 sous une noble discipline1 rgnait la plus parfaite libert4 ,c'est dans ces salons dors1 au milieu d'une socit clatante d'esprit et de beaut1 que le philosophe venait prcher ses doctrines sociales1 et prparer la rvolution qui devait engloutir la monarchie et ses dfenseurs4 ,la littrature franaise doit la noblesse sa puret2 la cour de ,louis ,,xiv fut une source intarissable o les grands crivains allaient puiser la science de la vie et cette analyse du cur humain qu'on n'a pas surpasse4 ,de nos jours1 le parti royaliste est form des dbris de la noblesse franaise1 de tous ceux qui vivaient des abus et de la munificence de l'ancienne monarchie1 et de ce groupe d'ames pieuses et sincres qui croient la lgitimit d'une race royale au gouvernement d'un pays1 comme la rvlation de ,dieu4 ,deux lments forment la base de la moralit de ce parti politique3 l'lment aristocratique1 et l'lment religieux4 ,la noblesse franaise a parfaitement compris qu'une des principales causes de la chute de la royaut1 ce fut la guerre que les philosophes du dix-huitime sicle firent au catholicisme4 ,voltaire1 ce grand capitaine1 avait bien aperu le ct faible de la socit fodale1 et il sentit qu'on ne pouvait entrer dans le donjon qu'en enfonant les portes de l'glise4 ,aussi s'arma-t-il de toutes pices pour ce sige mmorable2 posies piques1 tragdies1 contes1 vers et prose1 tout lui fut bon2 et il n'y a que des imbcilles qui puissent reprocher cette grande intelligence ses railleries1 ses citations tronques1 ses traits acrs1 et tous les stratagmes d'un habile gnral4 ,le but de la guerre1 c'est de vaincre2 et il n'y a que les enfants qui1 avant de se battre1 se disent3 ,tu ne me frapperas ni la tte ni au ventre6 ,l'ide fondamentale du parti lgitimiste1 l'ide qui engendre la cit1 c'est la famille4 ,la famille antique avait un gouvernement despotique1 le chef en tait le tyran1 ses femmes et ses enfants taient des esclaves4 ,le christianisme commena la rvolution du monde en reconstruisant la famille2 il en simplifia les lois1 en purifia le sanctuaire en y jetant le parfum de sa sainte morale2 il restreignit l'autorit du chef1 donna la libert la femme et aux enfants1 les groupa autour de leur pre1 et lui en fit une couronne1 symbole de son autorit constitutionnelle4 ,le lgitimiste voit dans la famille chrtienne le type sacr et immuable de toute organisation sociale2 dans la royaut1 l'image de l'autorit paternelle2 dans les enfants1 celle des peuples4 ,le droit au gouvernement d'un pays qu'une dynastie tire des entrailles du pass1 n'est pas une vaine fiction invente par des rhteurs4 ,le temps1 cette source primitive de tout droit1 sanctifie tout ce qu'il touche et pntre4 ,la volont individuelle qui ne peut rien par elle-mme1 peut tout1 ds-lors que le temps l'a marque au front du signe de son baptme4 ,elle se dpouille par l de sa personnalit1 elle s'pure1 grandit1 s'lve la dignit de principe1 et comme tel1 elle reoit l'hommage de l'humanit4 ,il manque un sicle ma dynastie1 disait ,napolon4 ,c'est ainsi que pensent tous les usurpateurs4 ,dans les fables de l'antiquit1 nous voyons le lgislateur faire lgitimer ses rformes par un oracle1 et retremper sa volont individuelle dans celle des dieux4 ,la posie doit une partie de sa force ce qu'elle est le fruit de l'inspiration1 et que l'inspiration est un acte involontaire4 ,dans la nature1 dans les arts1 tout ce qui est grand et beau1 a un caractre idal1 c'est--dire d'impersonnalit4 ,le sentiment qui nous fait rsister la domination de la volont individuelle est si fortement enracin en nous1 que dans le langage des convenances1 l'individualit est oblige de se cacher sous le signe de la pluralit1 nous2 et dans la conversation1 on est souvent oblig d'attribuer un autre un fait1 un mot qui1 dit en notre propre nom1 perdrait tout son effet4 ,la navet elle-mme doit son charme inexprimable son indpendance de la volont4 ,comme la religion1 comme l'amour1 comme la naissance des fleuves et le dveloppement des grands hommes1 la loi sociale aime le mystre et se refuse l'analyse4 ,un seul ,dieu rgit le monde2 un seul homme gouverne la famille2 un seul roi doit commander la nation3 voil la pense catholique dans sa nerveuse simplicit1 telle que la conoit le parti lgitimiste4 ,ce parti est trs consquent et trs logique2 il va au fond de son ide1 tout en lui respire l'unit1 l'ordre1 le privilge1 la distinction1 la limite4 ,dans ses doctrines1 le particulier domine le gnral1 l'individu la famille1 la famille la caste1 la caste la nation1 et la nation domine l'humanit4 ,il mprise les thories1 il ne connat que des affections1 mais vives et profondes4 ,c'est l'homme individuel qu'il tudie1 c'est lui qu'il s'attache1 sa gloire1 ses malheurs2 il le suit pas pas1 il coute ses soupirs1 il note ses palpitations1 il le tourne et le retourne2 il trace son image avec tous ses tics caractristiques1 avec le signe maternel4 ,vous pouvez compter sur sa gratitude2 servez-le bien1 et il vous comblera de ses bonts2 il vous attirera dans sa vie intime2 vous y serez choy1 caress2 vous aurez la meilleure place de son foyer et de sa table4 ,restez fidle ses principes et malgr les rvolutions1 il sera constant dans son amiti pour vous4 ,chose remarquable6 ce qui distingue le parti lgitimiste du parti rpublicain1 tel qu'il existe depuis #hi1 c'est une ide plus sociale1 c'est un sentiment plus vrai de l'humanit1 c'est une plus juste apprciation des besoins de l'homme1 c'est une charit plus expansive et plus indulgente6 ,on ne croirait pas que le rpublicanisme1 qui veut la rhabilitation de l'individualit1 considre la socit comme une sche abstraction1 sur laquelle il cloue les citoyens comme sur un lit de ,procuste6 ,il tranche1 il coupe1 il rogne tout ce qui en dpasse sans se soucier des cris que jettent les victimes4 ,ce n'est pas la cit qui est faite pour l'homme1 c'est l'homme qu'il ptrit pour la cit4 ,dans la vie intrieure1 le rpublicain se roidit1 il crispe sa face1 il comprime la manifestation des affections douces2 il craint les supriorits1 il les jalouse1 il les heurte et il les presse dans sa rpublique1 o elles touffent faute d'air et de libert4 ,aussi1 voyez l'tonnant phnomne6 tous les hommes remarquables de la rvolution s'chapprent de la rpublique et vinrent se rfugier dans la monarchie6 ,ceux-l mmes qui devaient leur grandeur aux luttes des factions s'inclinrent aux pieds de la royaut4 ,pourquoi cela8 c'est que le royaliste aime l'individualit1 c'est qu'il la caresse et qu'il se range pour la laisser passer1 c'est qu'il la salue de ses acclamations4 ,s'il est impossible de concevoir une nation sans supriorits sociales2 si1 malgr la plus ombrageuse galit1 il se forme toujours une indigne oligarchie qui usurpe la rcompense du courage et de la vertu2 il faut l'avouer1 il n'y a que deux sortes de noblesse tolrables dans un tat bien ordonn3 celle que donne le mrite personnel1 et celle qui rsulte de l'illustration de la famille4 ,l'homme capable1 l'homme suprieur a bientt compris la vie2 ft-il le fils d'un chiffonnier1 il a bientt franchi l'existence animale pour s'lever la vie de l'intelligence1 ce dvorant apptit des nobles choses4 ,au contraire1 quelles que soient l fortune et l'instruction de l'homme mdiocre1 jamais il ne pourra assouplir son esprit et prendre got aux mille dtails d'une existence leve1 s'il ne l'a reu au sein de la famille1 s'il ne l'a suc dans les baisers de sa mre4 ,rien ne peut suppler aux divines inspirations de la maison paternelle1 si ce n'est l'esprit4 ,l'homme d'un mrite ordinaire1 qu'on a lev dans la bonne compagnie1 et qui on a inspir le sentiment des choses honntes1 se fait aisment pardonner sa mdiocrit1 qu'il sait cacher sous des formes polies4 ,il a contract l'habitude de comprimer ses passions devant le monde2 il devient l'homme agrable qu'on voit avec plaisir1 et avec qui on aime passer une heure de la journe4 ,sans tre pote1 musicien1 peintre1 il aime assez les arts pour comprendre leurs chefs-d'uvre et s'lever aux sentiments qu'ils expriment4 ,enfin1 il a puis dans sa premire ducation cet amour de la famille1 ce culte des aeux1 ce respect pour leur mmoire1 ce got dlicat1 qui se rpandent sur toute sa personne1 et qui s'y gravent comme un tatouage ineffaable4 ,telles sont les qualits qui distinguent les lgitimistes1 du reste de la population franaise4 ,malgr la rvolution1 le parti royaliste est encore trs riche1 et sa richesse est presque toute territoriale4 ,comme toutes les aristocraties1 il aime le sol2 soit parce qu'il est la source de sa puissance1 soit parce que de tout temps il a t le signe de la capacit sociale1 soit parce qu'il lui donne les moyens d'exercer un noble patronage4 ,le royaliste ne se livre pas aux chances de l'industrie2 il vit de ses revenus et passe les trois quarts de l'anne la campagne4 ,depuis les vnements de juillet1 il s'occupe surtout d'agriculture4 ,pendant la restauration1 les royalistes s'taient rangs autour de l'autorit et lui servaient de rempart contre les libraux4 ,dans les petites villes de province1 dans les chefs-lieux de prfecture1 il y avait des ftes1 des bals1 des runions1 beaucoup de plaisirs4 ,depuis la dernire rvolution1 il n'y a plus de socit en province4 ,si vous en exceptez le prfet1 le gnral1 le receveur gnral et quelques autres fonctionnaires qui1 une ou deux fois par mois1 ouvrent leur salon et reoivent leurs subordonns1 vous ne trouverez en province d'autre socit que celle du parti lgitimiste4 ,ce n'est pas que les fortunes manquent dans le reste de la population2 dans les villes de fabrique et de commerce1 dans les ports de mer1 il y a beaucoup d'aisance1 de grandes richesses1 contre lesquelles il serait impossible aux royalistes de lutter2 cependant1 il y a peu de runions4 ,tel royaliste vit plus honorablement avec dix mille livres de rente que tel commerant avec cinquante mille6 ,pourquoi donc8 c'est qu'il est presque aussi difficile de savoir bien dpenser sa fortune que de l'acqurir2 c'est que la vie a ses principes qui proviennent de certaines ides1 de certaines habitudes1 qui sont trangres la bourgeoisie4 ,lorsque le sentiment de l'individualit aristocratique n'est pas pouss jusqu'au mpris des autres hommes1 il lve l'me1 il la vivifie1 il lui inspire une noble fiert qui lui fait faire de grandes choses4 ,le long usage d'une fortune hrditaire accoutume l'esprit une position leve et aux devoirs qu'elle impose4 ,on y contracte des besoins d'un ordre suprieur2 on s'accoutume des jouissances d'lite1 des plaisirs choisis2 et l'habitude de se voir au-dessus des autres vous en te la surprise et l'insolence4 ,on connat le proverbe6 ,telles sont aussi les qualits des lgitimistes4 ,ils sont riches1 ils sont accoutums l'tre1 et ils usent noblement de leur fortune4 ,ils ont des loisirs qu'ils consacrent aux plaisirs de la socit2 ils aiment l'tude1 ils aiment les arts4 ,ils sont trs unis1 ils vivent beaucoup en famille1 et1 dans les relations particulires1 ils ont ces sentiments chaleureux1 ce dvouement1 ces affections vives et constantes qui les distinguent comme parti politique4 ,fiers1 arrogants mme envers ceux qu'ils souponnent leur tre contraires1 ils sont bons1 faciles1 affables1 humains pour leurs domestiques1 leurs fermiers1 et pour tous ceux qui se groupent autour de leur existence et qui acceptent leur patronage4 ,allez aux environs d'une grande proprit1 causez avec les habitants de la campagne1 et vous saurez de suite si c'est un royaliste ou un homme de l'empire qui habite le chteau6 ,nous avons recueilli cet gard des faits tonnants6 ,les enfants sont levs dans un respect religieux pour l'autorit paternelle et pour tous les degrs de la parent4 ,on leur apprend de bonne heure aimer la vieillesse et lui rendre les hommages qui lui sont dus1 comme une image de la lgitimit sociale4 ,l'instruction qu'on leur donne est svre et varie2 on les force l'tude des langues vivantes1 parce que les malheurs de la rvolution leur ont appris quelle en tait l'utilit4 ,ils aiment surtout l'tude de l'histoire1 parce que l'histoire est le culte du pass1 base de leur religion politique4 ,en gnral1 en province1 il n'y a point de vie1 point d'lan1 point d'idal hors de la socit des royalistes4 ,le peintre1 le musicien1 l'artiste en tout genre1 ne peut esprer russir qu'auprs d'eux2 seuls ils comprennent la vie lgante et la vie de l'intelligence1 et seuls ils savent apprcier les uvres qui servent l'embellir4 ,que veut aujourd'hui le parti lgitimiste8 ,le retour de la branche ane des ,bourbons et la reconnaissance de son droit au gouvernement du pays1 avec toutes les liberts1 toutes les concessions que rendent ncessaires les progrs du sicle et de la nation4 ,ces vux sont-ils sincres8 ,en masse1 les partis sont toujours vrais4 ,on le voit1 ce parti a singulirement modifi ses doctrines depuis #ahcj6 ,la lgitimit n'est plus un droit divin2 n'est plus une famille choisie par la main de ,dieu pour gouverner un peuple jusqu' la consommation des sicles2 c'est un principe d'ordre et de conservation proclam et reconnu de tous pour la prosprit gnrale et le bonheur de chacun4 ,ce n'est plus un principe invariable1 ternel1 fatal dans sa volont3 loin de l1 il se prte aux circonstances1 il se prte aux murs1 il marche avec le temps1 il progresse avec l'humanit4 ,au fond1 ce n'est autre chose que le principe de la souverainet nationale4 ,c'est ainsi que les individus1 les partis et les nations tirent de leurs blessures le baume qui les gurit et les rgnre2 c'est ainsi que l'esprit humain1 comme le phnix1 trouve la vie dans la mort4 ,en rsumant en peu de mots les ides mises dans ce chapitre1 en prenant un un tous les partis qui depuis #hi divisent la ,france1 en examinant les actes dont ils se glorifient1 nous ne craignons pas d'assurer que les royalistes1 considrs comme individus1 sont souvent dignes de l'admiration du philosophe4 ,fermes dans leur foi1 au milieu de l'incrdulit gnrale2 fidles leurs serments1 une poque de mensonges et de rous2 gnreux1 humains1 charitables1 dans un sicle d'gosme et de financiers2 polis1 lgants1 honntes1 en face d'une dmocratie tranchante et sauvage2 instruits1 aimant les arts1 sous la prpondrance d'une bourgeoisie lourde et grossire1 les royalistes forment la classe la plus claire1 la plus sociable et la plus avance de la socit franaise4 ,pourquoi donc ce parti ne parviendrait-il conqurir la ,france au profit de ses ides8 ,a notre avis1 deux lments de sa moralit s'y opposent4 ,par son caractre aristocratique1 il s'isole trop de la nation et contrarie la tendance de notre poque vers l'galit politique2 par son lment catholique1 il est contraire la marche de l'esprit humain1 qui voulant la lgalit de toutes les croyances1 a renonc pour toujours la tutelle du prtre4 ,,iv4 ,,de ,,la ,,bourgeoisie4 ,dans les sicles primitifs de l'humanit1 la terre tait le partage de quelques tres qui les premiers en avaient pris possession4 ,guids par l'gosme1 ces patriarches1 ces hros constiturent la socit au profit de leur famille1 et tracrent autour de la proprit un cercle fatal qu'il n'tait pas permis de franchir4 ,cependant les hommes se multiplirent1 et mesure qu'ils arrivaient la vie1 ils frappaient aux portes de la socit qu'ils trouvaient closes4 ,repousss par la force1 ces hommes s'agglomrrent en dehors de la proprit1 et devinrent les instruments de la puissance1 les jouets de ses caprices4 ,puis quelques esclaves1 mancips par la reconnaissance de leur matre1 s'assirent ct du chteau seigneurial1 et l'aide d'un pcul qu'avait amass leur svre conomie1 ils posrent les fondements d'une socit nouvelle1 qui1 s'agrandissant de sicle en sicle1 finit par envelopper le donjon des patriciens4 ,la bourgeoisie franaise est la plus jeune de l',europe4 ,au douzime sicle1 s'panouirent au milieu des municipes romains ces belles rpubliques italiennes qui contenaient une population active1 d'une rare aptitude aux affaires positives de la vie4 ,rien n'est comparable la bourgeoisie italienne du moyen-ge6 elle possdait deux faces de la pense humaine1 qu'on voit rarement runies ensemble3 la finesse goste du marchand et l'instinct de l'idal4 ,malgr les nombreux systmes qui se sont exercs nous expliquer la naissance des communes franaises1 et le dveloppement de la classe moyenne sous la tutelle de nos rois1 il est incontestable que la bourgeoisie de nos jours ne date que du dix-huitime sicle4 ,un des plus beaux caractres des temps modernes1 ,mme ,rolland1 nous a laiss1 dans ses immortels ,mmoires1 crits en attendant la guillotine1 une peinture simple et vraie des murs et des besoins de la bourgeoisie avant la rvolution4 ,au dix-huitime sicle1 la classe moyenne tait arrive cet tat de maturit sociale qui la rend importune la minorit satisfaite4 ,elle avait de l'aisance1 des lumires2 toutes les illustrations taient dans ses rangs4 ,laborieuse1 conome1 modeste1 sans luxe et sans dettes1 elle n'tait rien dans la socit lgale4 ,la monarchie franaise tait fille du catholicisme2 on ne pouvait toucher l'une sans toucher l'autre2 l'impeccabilit des pontifes avait consacr l'irresponsabilit des rois4 ,pour borner la volont royale1 il fallait d'abord branler l'infaillibilit papale2 on ne pouvait proclamer la souverainet des nations sans proclamer celle des consciences4 ,la bourgeoisie avait des chefs trop habiles pour s'y tromper2 elle attaqua l'glise4 ,pour qu'une rvolution politique soit utile1 il faut qu'elle ne dpasse pas les lumires de ceux qui la sollicitent4 ,la libert ne doit satisfaire que des besoins imprieux et lgitimes1 et non pas exciter de coupables dsirs4 ,qu'importe au barbare la libert de la presse8 qu'importe l'ouvrier pauvre et ignorant le droit d'tre envoy la chambre des dputs8 ,tant que la rvolution fut guide par la main de la classe moyenne1 elle resta pure et sainte4 ,mais aprs la chute des girondins1 ces illustres reprsentants de la bourgeoisie du dix-huitime sicle1 la ,france devint le vaste charnier des bourreaux de la ,montagne4 ,ce qui de nos jours fait le fond de la classe moyenne1 c'est la gnration rvolutionnaire de #hi4 leve au milieu des meutes1 dans le tumulte des camps1 prive de l'inapprciable ducation de la famille1 ayant travers une des poques les plus orageuses de l'histoire1 fatigue de sa longue course1 sature de doctrines sociales1 elle veut le repos4 ,vainement vous lui criez de prendre haleine et de se remettre en route2 elle veut jouir enfin du bien-tre si chrement acquis4 ,elle a vu tant de changements1 tant d'innovations2 on lui a donn tant de constitutions1 tant de prfaces sociales1 que la tte lui en tourne4 ,elle veut s'arrter1 poser la main sur quelque chose de solide qui rsiste l'orage4 ,d'ailleurs1 la classe moyenne fait comme l'aristocratie1 elle condamne les moyens dont elle s'est servie pour arriver l'mancipation politique2 elle proclame l'ordre1 c'est--dire le respect de ses privilges4 ,dans l'immense atelier social de la rvolution de #hi1 la classe moyenne n'a pris que deux lments3 la monarchie et la souverainet nationale4 ,depuis cinquante ans1 nous sommes gouverns par les partis extrmes de la socit4 ,d'abord la basse dmocratie s'empare de la rvolution de #hi et jette la ,france dguenille aux pieds de ,napolon2 l'empire exalte les passions guerrires et courbe la nation sous le despotisme du sabre2 puis la restauration nous amne ses capucins et ses talons rouges4 ,mais cette grande masse de citoyens laborieux1 cette masse active1 intelligente1 la force des peuples2 cette classe moyenne1 honnte1 conome1 paisible1 centre de l'humanit o tout aboutit1 d'o tout drive2 cette bourgeoisie1 fille de la libert1 compose de tous les talents1 de toutes les capacits1 de toutes les industries1 qui aime l'ordre et la paix2 cette bourgeoisie franaise qui donna le jour la philosophie du dix-huitime sicle1 quand aura-t-elle un gouvernement digne d'elle8 ,n'est-il pas temps de se dpouiller de la vanit des conqutes1 de refouler ses passions haineuses et dominatrices1 pour rentrer dans la vritable nationalit8 ,n'est-il pas temps qu'un pouvoir vritablement national et modrateur plante son tendard au cur de la patrie1 et nous dlivre une bonne fois de l'aristocratie fodale et des rveries d'une poigne de factieux de vingt ans8 ,telle a t la pense des hommes de #ahcj1 de ceux qui se sont groups autour de la royaut nouvelle1 et qui l'ont escorte dans sa pnible mission4 ,cette pense est grande1 juste1 et l'histoire honorera le nom de ceux qui l'ont aperue1 et qui ont eu le courage de la dfendre4 ,la bourgeoisie avait t opprime par tous les pouvoirs qui ont pes sur la ,france4 ,elle avait en horreur #ic1 dont elle avait t la victime2 elle avait abandonn l'empire1 qui l'avait ruine par ses guerres2 elle venait de renverser la restauration1 qui voulait la ramener la fodalit4 ,il tait donc minemment politique1 minemment sage que le gouvernement de #ahcj chercht l'appui de la bourgeoisie1 et se fit l'expression de ses besoins4 ,d'ailleurs la nation tait divise en plusieurs partis1 tous anims de passions vhmentes et exclusives1 dont aucune n'avait la majorit4 ,la bourgeoisie tait la base commune de ces individualits sociales4 ,elle partageait leurs nobles dsirs1 qu'elle temprait par son bon sens et son amour de la paix4 ,avec les rpublicains1 elle voulait la libert2 avec les bonapartistes1 la gloire de la ,france2 et avec les royalistes1 une magistrature hrditaire4 ,en la prenant pour l'lment fondamental du nouvel ordre de choses1 on pouvait esprer de calmer tous les partis1 de les dominer par une force imposante1 et de mettre un terme aux rvolutions du monde4 ,il n'y a de durable que ce qui est vrai4 ,tout fait moral1 dont on exagre les proportions1 grandit un moment pour prir aussitt4 ,si vous vous tiez servi de la bourgeoisie pour faire la police de l'intrieur1 pour disperser les meutes et punir les factions2 si vous en aviez fait une garde conservatrice de la proprit1 et des vrits sociales reconnues de tous1 vous en auriez fait une phalange invincible4 ,mais vous avez remu ses passions1 vous avez excit ses cupides dsirs2 vous lui avez donn de l'ambition1 vous l'avez souleve contre le peuple2 vous lui avez fait peur en lui faisant accroire qu'on en voulait sa fortune2 vous avez arm sa poltronnerie d'un fusil1 et l'avez lance sur la place publique4 ,puis vous l'avez chamarre de cordons1 et vous avez souffert qu'elle humilit la nation par sa couardise et son ignorance4 ,voil la faute1 faute immense6 ,quelles que soient les amres dceptions qu'ait fait prouver aux curs gnreux la rvolution de #ahcj1 il est facile de dfendre la royaut de juillet dans son action intrieure4 ,on peut louer la justesse de son coup d'il dans l'tude des besoins de la nation1 sa vigueur dans la rpression des dsordres1 sa modration aprs ses nombreuses victoires sur les factions armes pour sa ruine1 la constance de ses principes au milieu des hurlements des partis et du sang des meutes4 ,mais comment approuver le rle qu'on a fait jouer la ,france1 l'gard de l',europe6 ,comment ne pas s'indigner ce lche abandon de l'amiti des peuples6 ,comment ne pas fltrir des paroles les plus acerbes l'ignoble poltronnerie du gouvernement d'une nation grande et libre1 qui s'agenouille devant le plus petit pacha de la sainte-alliance6 qui souffre sans mot dire qu'on gorge ses allis1 qui ferme l'oreille aux cris de ces infortuns implorant son secours1 et qu'il laisse expirer en maudissant le nom de la ,france6 ,que dire d'un gouvernement qui supporte les plus sanglants outrages1 qui on crache au visage1 qui s'essuie sans profrer une plainte1 et qui finit par se faire le dlateur de la libert et le sbire du despotisme6 ,non1 depuis deux cents ans1 aucune dynastie1 aucun gouvernement n'est arriv au pouvoir dans des circonstances plus favorables4 ,louis ,,xiv arracha la ,france au bourbier de la fronde2 ,louis ,,xv la reut puise par les guerres et le faste de son aeul2 et son successeur la trouva ruine par ,louis ,,xv et ses ruffiants1 et grosse d'une rvolution qui lui cota la vie4 ,puis ,napolon la ramassa dans la fange o l'avait laisse tomber le ,directoire1 et il la lgue aux ,bourbons couverte d'un million de soldats trangers4 ,vous seuls1 hommes de juillet1 avez reu la ,france forte1 riche1 glorieuse et libre1 et toute prte faire la loi au monde1 si elle avait eu des chefs dignes de son courage4 ,mais vous avez refoul son ardeur sublime2 vous avez ridiculis les nobles passions2 vous avez souffl dans son me gnreuse votre haleine empoisonne1 et vous l'avez remplie d'un froid mortel1 d'un gosme dgotant1 d'une lche sensualit qui soulve le cur et attriste la pense6 ,toutefois1 prenez-y garde6 ce n'est pas impunment qu'on s'carte des principes sur lesquels repose l'individualit des peuples4 ,de nos jours1 la ,france est le verbe de l'esprit humain1 et l'organe des progrs du monde2 c'est ce titre qu'elle est grande et forte4 ,en coutant servilement la bourgeoisie1 vous avez fait de la rvolution sociale de #ahcj une misrable priptie de mnage2 vous avez mutil un fait gnral2 vous avez isol la ,france de ses allis naturels1 et vous avez compromis son indpendance4 ,mais gardez-vous cependant de vous fier la bourgeoisie4 ,dans une guerre malheureuse1 elle rentrerait dans son choppe et vous abandonnerait l'ennemi4 ,rappelez-vous bien que la bourgeoisie puissante la ,convention1 laissa prir la ,gironde1 et qu'elle livra la patrie au couteau des ,montagnards4 ,lorsqu'une pense apparat au monde1 elle a1 comme l'individu1 comme la nation en qui elle se dveloppe1 son enfance1 sa pubert et sa vieillesse4 ,dans l'histoire de l'esprit humain1 ces trois poques de la vie d'une ide correspondent la posie1 la prose et la science2 et dans celle de l'humanit1 au peuple1 la bourgeoisie1 l'aristocratie4 ,la bourgeoisie est l'anneau intermdiaire des deux points extrmes de la civilisation4 ,la pense est une dans sa source1 mais elle subit toutes les modifications de la vie extrieure4 ,consquemment1 chaque individu1 chaque nation1 chaque classe doit puiser dans les faits qui l'entourent1 un genre d'esprit particulier4 ,or1 qu'est-ce qui caractrise la bourgeoisie8 le travail1 l'ordre1 l'conomie minutieuse1 l'amour des dtails1 et cette grosse finesse qui ne va ni trs haut1 ni trs bas1 qui s'exerce l'apprciation des intrts personnels1 et que vulgairement on appelle bon sens4 ,vivant toujours sur le mme point1 s'agitant dans une sphre troite1 puisant son existence combiner des faits presque imperceptibles1 les ides du bourgeois ne dpassent pas les objets avec lesquels il vit4 ,il entend assez bien l'conomie de sa famille1 la police de ses rues1 l'administration de sa commune1 balayer le devant de sa boutique et faire la charit sur le palier de sa porte2 mais il s'lve difficilement jusqu'au gouvernement d'un grand empire1 jusqu' la dignit d'une grande nation2 le bourgeois est l'homme de la localit1 de la commune1 et rien de plus4 ,emancipe de hier1 la bourgeoisie n'a plus les sentiments du peuple1 sa gnrosit1 son courage1 sa foi nave1 cette noble posie du cur qui soulve le monde1 et fait des miracles2 et cependant elle n'a pas encore l'lgance1 l'lvation1 la culture1 le calme et l'unit d'esprit qui distinguent l'aristocratie4 ,presse entre ces deux puissances1 la bourgeoisie ne possde ni l'ignorance soumise et respectueuse de la premire1 ni les lumires et l'urbanit de la seconde4 ,parvenue la proprit par un travail opinitre et une conomie de tous les jours1 la classe moyenne actuelle ne comprend ni le dvouement et la sympathie du peuple1 ni la charit protectrice de l'aristocratie4 ,timide1 souponneuse1 elle ne voit que le fait matriel2 elle se tient terre terre1 craint le mouvement1 et ne se hasarde marcher que lorsqu'elle est sre du terrain sur lequel elle se pose4 ,avec le gouvernement de l'aristocratie1 vous avez le culte du pass et un vif sentiment de nationalit2 avec celui du peuple1 une incessante aspiration l'avenir1 le mouvement1 le progrs1 la vie2 mais la bourgeoisie n'est que l'expression stationnaire du prsent4 ,la bourgeoisie franaise est ne d'hier2 elle a encore les pieds pleins de fange et les mains ensanglantes1 que dj elle trne du haut de son choppe dlabre et se demande3 qu'est-ce que le peuple8 ,on pourrait croire qu'ayant t opprime par la noblesse1 la classe moyenne a d apprendre dans ses propres malheurs compatir aux malheurs des autres2 qu'ayant combattu avec le peuple1 elle voudra partager avec lui la libert conquise2 qu'elle sera douce1 affable1 sans prtention1 sans morgue1 et pardonnera facilement des fautes dont elle a donn l'exemple6 ,mais telle n'est pas la marche ternelle du cur humain4 ,la classe moyenne qui1 en attaquant le gouvernement de la minorit nobiliaire1 avait fait un appel nergique tous les intrts1 et qui avait pris pour cri de ralliement3 ,libert gnrale6 aprs le combat1 d'une main liberticide1 elle repoussa hors de la cit lgale le peuple qui la suivait en chantant victoire6 et elle traa autour de sa personnalit goste un cercle imposteur1 en disant3 ,ici finit la rvolution1 ici s'arrte le mouvement6 ,voyez-la1 elle s'isole de la nation6 elle craint la foule1 le hle populaire6 elle se dandine et se perche sur ses sabots1 comme le courtisan sur ses talons rouges6 elle se grime1 elle lche ces phrases gouvernementales3 ,il faut un frein au peuple6 ,tout le monde ne peut pas commander6 ,chacun doit rester sa place6 ,interrogez le meunier enrichi1 il ne sait plus ce que c'est qu'un moulin2 l'picier ne connat plus le prix du sucre2 celui-ci ne voit pas son voisin1 parce qu'il doit sa fortune un sac de bl1 et que l'autre doit la sienne une fourne de pain4 ,l'ignorance de la petite bourgeoisie est un fait qui frappe tous les trangers4 ,il est rare de trouver un marchand parlant sa langue1 et encore plus qui l'crive sans les fautes les plus grossires4 ,a table d'hte1 en diligence1 au spectacle1 dans certains salons1 vous rencontrez des hommes couverts d'un bel habit1 singeant les bonnes manires1 s'exprimant avec politesse2 vous croyez pouvoir changer quelques ides2 mais vous tes tir de votre illusion par un de ces coups qui accusent une civilisation incomplte1 et qui vous jettent dans un tout autre monde que celui o vous vous croyez4 ,c'est surtout dans l'histoire que cette ignorance est incroyable4 ,si on excepte ,napolon1 dix douze gnraux1 quelques orateurs de la rvolution1 quelques rois conqurants1 la bourgeoisie actuelle ne sait pas une syllabe de l'histoire de la patrie2 et si l'histoire ne consistait que dans une sche nomenclature de noms et de dates1 le mal de l'ignorer ne serait pas grand4 ,mais la connaissance vritable de l'histoire a une influence incalculable sur la moralit des peuples2 elle lve la pense1 elle vous fait assister aux drames de l'humanit1 elle inspire le respect du pass4 ,en voyant toujours les mmes passions1 les mmes catastrophes se reproduire de sicle en sicle1 on se pntre de cette ide1 que1 malgr la perfectibilit de l'esprit humain1 il y a en lui quelque chose d'ternel1 quelque chose d'inaltrable1 que rien ne saurait modifier4 ,ignorer ce qui s'est pass avant nous1 vivre tout entier sur les six pieds de terre que nous foulons1 c'est de la bestialit1 c'est le propre du vulgaire1 qui puise dans cette ignorance un aliment ses passions dsordonnes4 ,aussi1 moins un peuple connat l'histoire1 plus il est cruel dans ses rvolutions4 ,ce que la bourgeoisie actuelle comprend encore moins que l'histoire1 ce sont les arts4 ,depuis quinze ans1 on a fait des efforts incroyables pour remuer cette masse de lourds piciers et pour lui donner un peu de mouvement social4 ,la gravure a multipli les chefs-d'uvre1 la librairie s'est puise en ditions bon march1 le nombre des thtres s'est accru2 eh bien6 ces efforts sont rests presque impuissants4 ,la classe moyenne est persuade que les arts ne sont bons qu' amuser l'oisive opulence1 qu' rchauffer une vie blase par les plaisirs1 ou bien qu' corrompre la jeunesse et servir de coupable aliment ses dsordres4 ,en ceci1 elle se trompe comme en bien d'autres choses4 ,les arts1 dont le but est la peinture de nos passions et la reproduction des merveilles de la nature1 apportent ceux qui les cultivent et les aiment1 l'homme isol1 au boutiquier1 l'homme spcial1 des ides plus larges1 des sentiments plus nobles4 ,ils injectent dans son me engourdie un sang plus pur et plus gnreux2 ils vont le trouver dans sa mansarde1 dans son trou1 dans son fumier2 ils le secouent1 ils l'arrachent la vie locale1 son gosme2 ils agrandissent son esprit1 ils chauffent son cur4 ,alors l'existence prend un tout autre aspect4 ,nos sensations s'purent1 nos besoins s'ennoblissent1 l'homme comprend mieux l'homme1 ses joies et ses douleurs2 sa sensibilit s'aiguise1 ses murs se simplifient et s'amliorent4 ,au lieu d'aller au cabaret manger son argent et perdre la sant1 il se plat dans sa famille4 ,l1 on se distrait lire quelques pages d'un bon livre1 chanter une romance1 et on se nourrit d'motions douces1 l'me s'panouit aux ides d'ordre et de libert4 ,en apprenant analyser le mcanisme des socits1 on comprend combien il est difficile de gouverner les hommes4 ,alors nous sommes plus justes pour ceux qui se vouent ce pnible ministre2 nous devenons moins exigeants et plus soumis aux lois de tout corps politique4 ,dans l'tude de l'histoire1 nous acqurons l'ide consolante du progrs de l'humanit1 et dans l'tude des arts et de la nature1 celle de l'ineffable grandeur de ,dieu4 ,voil ce qui manque la classe moyenne de nos jours4 ,son intelligence est toute positive1 ses jouissances grossires1 ses besoins tout matriels3 elle mne une existence lourde et monotone2 pour elle1 la vie est sans posie et sans lgance4 ,quoique riche1 elle aime peu la socit2 une ou deux fois par an1 elle donnera un dner1 un bal2 alors1 on ouvre toutes les portes1 on balaie toutes les chambres1 on frotte1 on nettoie1 on fourbit tout1 on tale la vaisselle1 son linge1 ses hardes2 on fait une folle profusion de viandes1 de vins et de liqueurs2 puis1 la journe finie et l'amour-propre satisfait1 on remet tout sa place2 on ferme les portes1 les jalousies1 et durant le reste de l'anne1 on reste clos chez soi1 comme l'escargot dans sa coquille4 ,qu'on ne dise pas que ce sont les dfauts de la bourgeoisie de tous les temps et de tous les pays1 on serait dans l'erreur3 en ,allemagne1 en ,italie1 en ,angleterre1 la classe active1 laborieuse1 est aussi celle qui a le plus d'instruction4 ,dans ces pays1 on n'est pas autoris tre un ignare et un balourd parce qu'on vend de la toile4 ,le patriotisme1 les sentiments levs ne sont pas exclus de la boutique3 allez ,vienne1 ,berlin1 ,dublin1 ,londres1 et vous trouverez des tailleurs1 des cordonniers1 des boulangers qui connatront l'histoire de leur pays1 qui auront un esprit cultiv1 qui sauront la musique et qui vous prsenteront un mmoire crit correctement4 ,du moins1 si avec ce manque d'ducation1 si avec cette absence de bonnes manires et de sociabilit1 la bourgeoisie franaise avait de la bonhomie et de la simplicit2 si elle usait avec modration de son autorit1 si elle tait facile1 indulgente2 mais loin de l6 ,il n'y a pas de noblesse au monde plus orgueilleuse1 plus insolente que cette aristocratie du comptoir6 ,avec ses mains calleuses1 elle repousse impitoyablement tout ce qui cherche s'galer elle4 ,humble1 servile1 lchement complaisante avec les forts et les puissants1 elle est hautaine1 fire1 cruelle mme avec les faibles4 ,le peuple1 et surtout le paysan franais1 est plein de respect et de soumission pour les intelligences suprieures la sienne2 le bourgeois1 au contraire1 mprise toutes les puissances morales2 il n'admire que la force et la richesse2 il sourit niaisement la vue d'un pote1 d'un peintre1 d'un musicien2 il les traite de fous1 et il ne peut comprendre comment un tat occupe et rcompense ces hommes inutiles4 ,il faut vivre dans les provinces pour se faire une ide de la torpeur de la classe moyenne6 tout ce qu'il y a de vie1 de posie et d'lans gnreux lui est compltement tranger4 ,aussi1 les hommes d'intelligence1 les mdecins1 les avocats1 les artistes en tout genre lui sont-ils tout--fait hostiles2 car ils mourraient de faim s'ils n'avaient pour les soutenir et les comprendre le peuple et le parti royaliste4 ,cependant1 dans cette lourde intelligence de la bourgeoisie1 dans ce cur sans amour1 au milieu de ces passions haineuses1 de ces sentiments gostes et sans dignit1 sous cette enveloppe grossire1 sous ces formes communes1 vit un lment de libert d'une incroyable puissance3 c'est la haine du catholicisme4 ,sans nous perdre dans d'interminables questions thologiques1 sans discuter ici les principes sur lesquels repose la hirarchie romaine1 sans vouloir nier le bien qu'elle a pu faire dans un autre temps1 disons-le hautement1 la rforme de ,luther est une grande poque pour la libert des peuples2 sa parole fit une large brche au dogmatisme du moyen-ge1 par o s'introduisit enfin la lumire de la raison4 ,mais c'est surtout aux philosophes du dix-huitime sicle qu'appartient la gloire imprissable d'avoir achev cette uvre d'mancipation4 ,ni l'ingrat ,bonaparte1 ni ,chteaubriand1 ni la restauration1 ni trente ans d'une guerre furibonde1 n'ont pu affaiblir l'influence du dix-huitime sicle4 ,voltaire1 qu'on a tant maudit1 ,voltaire qu'on a pris corps corps1 ,voltaire vit toujours au milieu des populations2 il les anime toujours de sa mordante satire1 il leur communique son rire irrsistible4 ,c'est l'esprit de ,voltaire qui a fait l'opposition de nos quinze dernires annes2 c'est lui qui poursuivait la restauration jusque sous la mtre de l'vque1 et c'est l'esprit de ,voltaire qui rendra impossible le retour de la domination clricale4 ,cette bourgeoisie1 si souple1 si humble sous la main du pouvoir1 est pleine de passions aussitt qu'on lui parle de tentatives faites en faveur des prtres4 ,on pourrait peut-tre suspendre la charte et proclamer la dictature1 qu'elle laisserait faire momentanment2 mais jamais elle ne consentira courber la tte sous la hirarchie romaine4 ,la haine qu'elle porte au clerg catholique est profonde2 c'est un lment suprme qui contient toute la grande rvolution de #hi4 ,nous le redisons1 la bourgeoisie n'a pas fait un pas hors du dix-huitime sicle2 elle en a toutes les haines et tous les prjugs4 ,voltaire1 ,rousseau1 ,diderot sont aussi jeunes en province qu'ils l'taient il y a cinquante ans4 ,en cela1 nous croyons que l'instinct de la classe moyenne la sert merveilleusement4 ,la lutte est finie dans la haute sphre de l'intelligence1 mais non pas dans les murs2 malgr les coups que lui a ports la rvolution et le texte de la charte1 le clerg catholique ne se tient pas pour battu2 c'est un ennemi irrconciliable de la libert de conscience qu'il faut constamment surveiller4 ,dans les dpartements1 il est tout aussi intolrant qu'il lui est permis de l'tre2 il mine ce qu'il n'ose attaquer de front2 servile adulateur des adversaires des ides nouvelles1 il carte1 il calomnie tous ceux qui s'opposent ses tentatives d'envahissement4 ,aussi1 la bourgeoisie ne s'y trompe pas6 elle laisse faire et dire le gouvernement et quelques hommes avancs qui travaillent une rconciliation2 quant elle1 elle se tient sous les armes4 ,tel est le tableau rigoureux1 mais fidle1 de la bourgeoisie franaise de nos jours4 ,toutefois le progrs a pntr dans cette classe1 comme dans le reste de la socit4 ,le fils de ce marchand enrichi a reu une bonne ducation1 il a t nourri dans des ides d'indpendance et de libert4 ,il a l'exprience de nos malheurs2 sa tte s'est fortifie nos orages1 le sicle l'a port dans ses entrailles4 ,la jeunesse de la classe moyenne a des sentiments plus nobles1 des besoins plus levs que la famille qui lui donna le jour2 elle sait allier la dignit au travail1 l'lvation des ides aux tracasseries des affaires domestiques2 elle comprend mieux la vie1 surtout la vie d'un grand peuple4 ,que la dynastie de juillet y prenne garde1 cette jeune bourgeoisie ne sera pas facile intimider6 elle n'a pas d'enthousiasme pour la monarchie2 elle la dfendra tant qu'elle la trouvera fidle au principe de la souverainet nationale1 mais pas au-del4 ,cette jeunesse est un lment de succs pour un gouvernement qui saura la comprendre1 et une pierre d'attente d'un meilleur avenir4 ,v ,,du ,,parti ,r,,publicain4 ,le principe fondamental de toute socit c'est l'harmonie1 c'est la fusion des individualits en un tout homogne1 d'o rsulte l'ordre et le repos4 ,l'unit sociale est un besoin si imprieux de la raison1 que les lgislateurs de tous les peuples ont cherch l'obtenir1 mme aux dpens de la libert de l'homme4 ,on abusa de ce principe comme dans ce monde on abuse de tout1 et l'unit se changea en un despotisme intolrable4 ,ce n'est qu'aprs des sicles d'une exprience bien douloureuse1 que l'humanit comprit enfin qu'on pouvait avoir l'ordre sans l'esclavage1 et que le repos de la socit n'exigeait pas le sacrifice absolu de l'indpendance des citoyens4 ,mais si l'unit est l'lment fondamental des socits humaines1 la libert est une flamme que ,dieu alluma dans notre cur1 comme sur un autel sacr4 ,la combinaison de ces deux lments forme le grand art du lgislateur4 ,quand l'unit se transforme en despotisme1 la libert s'chappe par les fissures du corps politique1 et en dvore les fondements4 ,nous l'avons dj dit1 la volont de l'homme est une puissance souveraine1 qui n'a de suprieurs que ,dieu et l'humanit4 ,aucun autre pouvoir ne saurait lui faire courber la tte1 s'il n'a t sanctifi ces sources ternelles de tout droit4 ,elle est si orgueilleuse1 si peu obissante1 que tous les lgislateurs ne se sont occups qu' la flchir1 qu' l'humilier1 qu' la soumettre au joug de la sociabilit4 ,lorsque ,jsus apparut au monde1 l'homme avait cruellement abus de sa volont4 ,il s'tait immensment grandi1 sa tte touchait au ciel1 il avait tout foul sous ses pas1 et les nations n'taient qu'un troupeau de victimes1 servant de pture cinq ou six mille monstres4 ,le christianisme se pencha vers la terre2 il pleura sur tant de misres1 il se couvrit de cendres1 il se frappa la poitrine1 il prcha l'humilit1 l'abngation1 le sacrifice de la personnalit au devoir1 de la domination l'amour4 ,il expliqua l'origine de l'homme1 et il trouva dans son orgueil la cause de sa chute et de son incroyable avilissement4 ,il montra le roi du monde1 naissant dans une crche1 vivant pauvre1 perscut et subissant la mort ignominieuse des esclaves4 ,au bruit de ces tonnantes paroles1 la volont trbuche sur son pidestal2 l'empire romain tombe avec un fracas pouvantable1 et le genre humain est rgnr par quelques pcheurs en guenilles4 ,des dbris de l'empire romain1 il s'leva un ordre social1 compltement tranger la civilisation antique1 et dont la vigoureuse constitution a dur jusqu' nos jours4 ,du haut de la chaire apostolique1 le catholicisme harangua ces bandes innombrables de barbares qui s'taient partag les dpouilles de la ville ternelle3 il se les attacha par sa puissante parole1 et les fit asseoir sur le sol de l',europe dvaste4 ,peu peu la force brutale des peuplades du ,nord s'assouplit sous la main rationnelle du clerg2 un rayon de lumire pntra ces esprits sauvages1 qui finirent par s'agenouiller devant le symbole du ,christ4 ,alors une tonnante hirarchie organisa l'humanit2 l'homme s'attacha l'homme1 le serf au seigneur1 le seigneur au suzerain2 les nations se soumirent au lien fodal1 et la volont individuelle disparut derrire l'autorit de l'glise4 ,le dix-huitime sicle1 qui ne voulait rien devoir au catholicisme1 traversa le moyen-ge sans y jeter un regard1 et courut jusqu' l'antiquit pour y chercher le type de la nouvelle socit qu'il voulait fonder4 ,dans l'introduction de cet ouvrage1 nous avons dj dmontr dans quelles erreurs tombrent ces grands philosophes2 et comment1 par une fatale proccupation1 ils laissrent chapper le mot de l'antique sagesse4 ,ils considrrent l'homme travers une menteuse abstraction2 ils le dpouillrent de tous les lments nouveaux qu'il avait reus de quinze sicles d'histoire2 et1 l'levant une hauteur dmesure1 ils le firent parler comme l'auteur du ,trait des ,sensations anime sa statue4 ,sduits par leurs propres fictions1 ils supposrent l'existence d'une socit absolument de la mme manire que ,condillac suppose la raison4 ,la gnration librale de #aghi se divisait en deux branches bien distinctes3 l'une qui se rattachait l'histoire de la patrie1 et qui acceptait en partie l'hritage du christianisme2 l'autre qui1 croyant l'humanit pervertie par les institutions fodales1 voulait lui enlever son enveloppe sculaire1 et croyait pouvoir la ramener un tat d'innocence primitive1 qui n'a jamais exist que dans les fictions des potes4 ,la premire voulait greffer le progrs sur le vieil difice de la monarchie2 la seconde prtendait passer la charrue sur le sol lgal4 ,ces deux branches de la gnration du dix-huitime sicle se partagrent la rvolution sous le nom de ,girondins et de ,montagnards4 ,tout progrs de l'esprit humain est provoqu par un besoin1 par une douleur sociale2 aucune amlioration n'a d son origine une pure philanthropie4 ,c'est la faiblesse de la royaut1 qui aida l'mancipation des communes franaises2 c'est l'intrt bien entendu du propritaire qui fit disparatre l'esclavage4 ,quand le mal est extirp1 alors on sanctifie le mdecin1 et on lui attribue une intention morale qui tait loin de sa pense4 ,la rvolution de #hi voulait surtout abolir les privilges de l'aristocratie1 et restreindre l'autorit royale qui protgeait ces abus4 ,pour arriver cette fin1 il fallait soulever la masse d'ides qui sanctionnaient ces usurpations1 rveiller la volont endormie par l'glise1 et faire un appel l'individualit4 ,l'individualit est une force redoutable1 excellente pour l'attaque et la conqute1 mais qu'il est bien difficile d'arrter1 une fois lance dans la carrire4 ,ce n'est qu'aux deux extrmits de l'chelle du monde1 qu'elle peut jouir pleinement de l'exercice de son indpendance4 ,dans l'enfance des socits1 et leur plus haut point de perfection1 toute l'poque intermdiaire est remplie d'une srie d'vnements1 qui lui ont t plus ou moins favorables4 ,imbus des erreurs du dix-huitime sicle sur la marche de l'esprit humain1 les rpublicains de #ic ont recul le progrs social1 au point o l'avait laiss l'antiquit4 ,quand le rpublicain arrache son ide du sanctuaire pour l'offrir l'adoration des hommes1 il ne se demande pas si elle peut les contenir tous2 il la pose terre1 et s'avance hardiment l'accomplissement de son uvre4 pris d'une sche abstraction1 il n'coute pas les cris des malheureux qu'il broie sous sa massue2 les yeux toujours fixs vers son toile polaire1 il ne prend garde ni l'orage qui se prpare1 ni aux cueils dont il est menac2 il jette la mer ce qui gne son esquif1 et il file travers l',ocan la recherche du nouveau monde4 ,si on lui rsiste1 il dresse des chafauds2 il toufferait des nations entires dans son affreuse unit1 qu'il se croirait un bienfaiteur de l'humanit4 ,pour lui1 la socit est une conception faite priori1 une vaste machine dont il combine les forces1 dont il engraine les roues4 ,cela fait1 il y met le citoyen1 il le force se tenir dans la position qui convient la symtrie de son uvre1 coupant1 tranchant tout ce qui fait saillie1 tout ce qui dpasse les limites qu'il lui a plu de tracer4 ,il prend l'homme1 il le ptrit d'une main rude1 il le berce au bruit des temptes populaires2 il l'exalte1 il gonfle ses narines de l'amour de lui-mme1 puis il le promne travers la foule sans crier1 gare6 ,rempli de sa haute dignit d'homme1 tout entier son culte1 il se croit oblig de repousser loin de lui les affections douces1 les sentiments bienveillants qui font le charme de la vie4 ,avant tout1 il est citoyen2 ensuite il est pre et fils4 ,aussi ,saint-,just disait-il logiquement3 ,la rpublique doit tre assise sur l'insensibilit4 ,sous la monarchie catholique1 il y avait un principe de subordination1 qui ne peut exister ni dans la monarchie constitutionnelle1 ni dans aucune rpublique moderne4 ,le roi tait consacr par la religion2 son autorit manait de la volont de ,dieu2 elle tait appuye par le culte de l'glise1 et par les croyances des citoyens4 ,il y avait un sentiment honnte1 humble1 qui subordonnait les ides aux affections4 ,au contraire1 le rpublicain qui se repose sur sa raison et ses droits1 part de sa propre estime pour arriver celle de la socit1 de son propre amour1 pour aboutir l'amour de ses concitoyens2 car il est le premier anneau de la chane politique4 ,l'galit tant la base de sa morale1 il doit se considrer comme la mesure parfaite de tout ce qui est du bien et du mal1 il doit se croire le type de l'humanit4 ,la soif de l'galit absolue1 qui au premier abord charme mme les esprits rflchis1 dessche l'me de tout principe d'amour1 et jette la perturbation dans nos sentiments les plus doux et les plus charitables4 ,au fond de cette galit1 il y a la haine de tout ce qui nous domine1 de tout ce qui nous est suprieur1 de tout ce qui nous dpasse4 ,nous dsirons moins l'lvation des classes qui sont au-dessous de nous que l'abaissement de celles qui sont au-dessus1 vertus1 talents1 beaut1 gloire1 tout nous alarme1 tout nous irrite2 l'galit n'est que l'exaltation de nous-mme1 l'adoration de notre personnalit1 la ngation de la vie et du progrs2 car la vie individuelle1 comme la vie collective1 n'est qu'une incessante aspiration l'idal4 ,est-il rien de comparable l'inquisition des dmocraties8 ,aujourd'hui elles emprisonnent le sage qui les civilise1 demain elles cassent le bras qui les a sauves de l'ennemi1 aprs-demain elles coulent du plomb dans la bouche d'un grand orateur6 ,vous n'ajouterez pas une corde aux sept cordes de la lyre nationale2 vous porterez des guenilles1 vous chasserez le pote qui chantera l'harmonie des sphres et la gloire des grands hommes3 voil le catchisme des rpubliques4 ,saint-,just signalait comme ennemis de la rpublique franaise les nobles1 les prtres1 les mdecins1 les avocats1 etc4 ,la rpublique n'a pas besoin de savants1 disait-on1 en envoyant ,lavoisier la guillotine6 ,c'est que les dmocraties sont stationnaires1 ennemies de tout progrs1 de toute innovation1 parce qu'elles craignent l'aristocratie de l'intelligence4 ,la passion de l'galit absolue pousse les esprits une affreuse insubordination contre les sens communs2 et l'obissance1 la modestie1 l'amour sont touffs par le mensonge du bien public4 ,a l'poque de la rvolution franaise1 la fivre de l'galit avait tellement corrompu la raison1 qu'on voulut dpossder ,homre de son ternelle royaut1 et nous faire accroire peut-tre que ses divins pomes taient l'uvre d'une socit de sans-culottes6 ,l'galit devant la loi est l'une des plus belles conqutes de l'esprit humain2 mais l'galit absolue est une monstrueuse rverie de quelques fous1 de quelques bourreaux sophistes qui voudraient passer le niveau sur l'humanit1 afin que rien ne pt s'lever au-dessus d'eux1 et partager l'autorit qu'ils auraient usurpe4 ,sans prjuger ici de l'avenir de cette thorie1 nous affirmons que de nos jours elle communique l'homme une fausse grandeur1 qu'elle le remplit d'un insupportable orgueil1 qu'elle le dpouille des affections douces1 bienveillantes1 sociables1 qu'elle le soulve contre les murs de son temps4 ,le parti rpublicain de nos jours est l'hritier direct des doctrines de la ,montagne2 #ic est pour lui une re sociale qu'il ne cesse de bnir et de glorifier2 c'est une faction aussi tenace1 aussi entte1 aussi dcrpite que le vieux parti royaliste2 seulement1 elle est moins morale4 ,pendant la restauration1 le parti rpublicain ainsi que celui de ,napolon1 se cacha dans les rangs pais de l'opposition constitutionnelle1 o il contribua puissamment la chute de la branche ane des ,bourbons4 ,aprs la rvolution de juillet1 il essaya ses forces et prit une attitude trs redoutable4 ,toute la puissance de ce parti est concentre dans la capitale2 en province il n'a aucune consistance4 ,quelques jeunes gens1 quelques mauvais avocats1 quelques vieux soldats de l'empire1 quelques ouvriers dissips1 voil les lments qui l'alimentent3 c'est un employ chass de son bureau1 un colier paresseux1 c'est un professeur sans place1 un breteur1 un vil suppt de cabaret et de mauvais lieu qui1 couverts de mpris et de dettes1 affichent l'opinion rpublicaine4 ,c'est un ramassis d'ignobles fanfarons1 d'intelligences avortes1 sans principes et sans murs1 qui ne connaissent que la force1 et s'imaginent qu'on rforme un peuple coups de gourdins4 ,a les entendre1 il fallait passer la brosse sur toutes les institutions1 proscrire les nobles1 fermer les salons1 ouvrir les clubs1 endosser la carmagnole1 et s'agenouiller aux pieds de ,robespierre1 ,couthon1 ,st4-,just1 cette dgotante trinit du sans-culottisme6 ,mais enfin1 on sut couter l'histoire2 on comprit que #ic avait t le tombeau de la libert1 et que les misrables disciples de la ,montagne nous amneraient ses orgies et ses proscriptions1 moins sa gloire4 ,honneur donc l'esprit de la ,france6 honneur au gouvernement de juillet qui1 par sa vigueur a balay cette boue1 qui a repouss cette horde dans sa tanire et prserv la civilisation de ses plus cruels ennemis4 ,en tuant la faction rpublicaine1 la monarchie de #ahcj a bien mrit du progrs et de l'humanit4 ,depuis un demi-sicle1 dix douze gouvernements ont jonch la ,france de leurs dbris1 et par leur chute successive1 ils ont branl les croyances politiques de la nation4 ,au milieu de tant d'orages1 de tant d'infortunes et de dceptions1 une foule d'esprits senss1 d'hommes gnreux et purs1 ne sachant plus quel nom se confier1 sous quelle forme s'abriter1 quel ,dieu se vouer1 se sont attachs au sol de la patrie1 son bonheur1 son indpendance4 ,dsabuss des principes trop absolus des factions et de leurs fastueux programmes1 ne voulant ni des turpitudes de la rpublique1 ni du despotisme de l'empire1 ni des prtres de la restauration1 ils demandent avant tout la libert1 l'ordre et la prosprit de la ,france4 ,ils ne voient dans les chartes1 dans les constitutions dont on abuse la crdulit des peuples1 que des formes politiques plus ou moins bonnes1 plus ou moins durables4 ,ils n'ont de fanatisme pour aucune dynastie1 pour aucun prince1 pour aucun tribun2 au contraire1 ils voudraient purger la scne politique de ce groupe de fripons qui1 depuis si long-temps1 servent tous les rgimes1 adorent tous les ftiches et volent dans toutes les bourses4 ,voil l'opinion vritablement nationale1 que les courtisans de la monarchie de juillet confondent avec le parti rpublicain4 ,cette opinion est puissante dans les provinces2 elle se recrute dans tous les partis1 elle compte dans ses rangs presque toutes les capacits de la nation3 nous croyons qu'elle est l'expression sincre de l'avenir de la ,france4 ,elle n'a point de pass qui la fasse rougir2 elle n'a ni fautes1 ni crimes se reprocher4 ,elle accepte toutes les conqutes de la civilisation1 ne repousse aucun dveloppement de l'esprit humain4 ,elle n'attaque ni la proprit1 ni la famille1 ni la religion1 ni les murs2 elle aime les arts1 la politesse1 les bonnes manires2 et elle ne croit pas du tout qu'il soit ncessaire d'avoir les mains sales pour tre un bon citoyen4 ,elle n'a point de rpugnance contre la nouvelle monarchie2 au contraire1 elle approuve tout ce qu'elle a fait pour le maintien de l'ordre1 mais elle se mfie de ses intrts purement dynastiques4 ,il est incontestable aux yeux du sens commun que1 d'aprs le principe de la majorit1 le pouvoir fond en #ahcj est le gouvernement le plus lgal que nous ayons depuis #hi4 ,il est impossible cet gard de nier l'authenticit du vu national4 ,les royalistes1 qui placent la source de la souverainet au-dessus de la volont des masses1 ont pu1 sans inconsquence et sans manquer la logique des factions1 faire la guerre la nouvelle dynastie4 ,mais1 en prenant les armes contre la ,charte de #ahcj1 le parti rpublicain a non-seulement commis un crime1 mais il a fait une dmarche irrationnelle qui l'a perdu sans retour4 ,a peine clos1 le nouveau gouvernement fut attaqu par tous les dissidents qui voulaient sa chute et ses dpouilles4 ,comme individualit politique1 la monarchie s'est dfendue1 ainsi le veut la loi de tous les tres2 comme symbole social1 elle a fait un appel ses partisans qui sont venus protger l'uvre de leurs mains4 ,la nation a fait preuve d'une haute moralit en s'attachant la monarchie constitutionnelle1 qui depuis quinze ans tait le plus vif de ses dsirs4 ,en cdant aux factions1 elle aurait abdiqu son indpendance et serait devenue la rise de l',europe4 ,traqu par ses nombreux ennemis1 le gouvernement a t oblig de rompre les factions1 et d'opposer leurs principes dissolvants des lments d'ordre et de travail4 ,sa conduite dans l'intrieur de la ,france a t nergique1 sage et digne des plus grands loges4 ,mais ce que l'opinion nationale ne peut pardonner la royaut nouvelle1 c'est la manire dont elle s'est pose vis--vis de l',europe4 ,pour se faire pardonner son origine rvolutionnaire et se faire admettre dans le cercle des gouvernements de bonne compagnie1 elle a sacrifi les sympathies de la nation4 ,quelques jours aprs #ahcj1 elle ploya le genou devant l',europe monarchique1 qui lui donna le coup d'pe du chevalier pour la purger de sa roture1 et lui permit ensuite de s'asseoir aux banquets des rois4 ,lorsque ,casimir ,prier criait de toute la force de ses poumons3 ,vous n'aurez pas la guerre6 il savait bien ce qu'il disait4 ,la ,france est la premire nation du monde1 moins par la grandeur de son territoire1 sa richesse et son industrie1 que par ses murs et les qualits sociales de son esprit4 ,sa pense multiple rflchit toutes les penses europennes1 tous les peuples ont les yeux sur elle2 elle ne peut jeter un cri qu'ils n'accourent son appel1 tous les curs souffrent de ses maux1 tous les visages rayonnent de son bonheur4 ,sa force est dans la sympathie qu'elle inspire4 ,tromper cette sympathie1 manquer ce mandat reu de la conscience des peuples1 c'est se dgrader1 c'est abdiquer sa propre grandeur4 ,sans vouloir une folle propagande et se faire le redresseur de tous les torts1 l'opinion nationale eut bien vite compris que le gouvernement de juillet avait failli sa mission1 qu'il avait dsert une cause sociale pour des arrangements politiques1 et qu'il avait abaiss la rvolution de #ahcj la taille de la bourgeoisie1 dont il s'tait fait l'goste reprsentant4 ,voil les griefs de l'opinion nationale contre le gouvernement de juillet2 voil le ct faible de la monarchie nouvelle4 ,quant au vieux parti rpublicain1 il est mort sans retour4 ,en province1 il n'a plus que quelques hommes sans porte et sans consistance4 ,il a fait son temps2 il a noblement accompli sa mission2 il a dtruit la fodalit2 il a fait table rase et prpar le terrain pour l'avenir4 ,l finit son uvre4 ,non-seulement il est mort comme parti politique1 mais encore comme fraction morale de la socit franaise4 ,il ne laisse aprs lui ni murs1 ni traditions4 ,,vi4 ,,du ,,clerg ,,catholique4 ,l'homme chemine dans la vie entre son cur et son esprit qui se disputent la possession de sa volont4 ,tiraill par ces deux puissances1 tantt il cde aux suggestions de l'une1 tantt aux lumires de l'autre2 souvent il marche indcis1 escort par ces deux guides1 jusqu' ce qu'il succombe de lassitude sous la verge du plus vigoureux4 ,l'esprit est progressif1 et jusqu' la consommation des sicles1 il ajoutera la somme de ses connaissances2 le cur ne pourra jamais sortir de la sphre qu'une main toute-puissante lui a trace4 ,le christianisme forme une poque unique dans l'histoire du progrs4 ,avant lui1 le monde tait dj vieux6 ,l'esprit humain n'en pouvait plus2 il s'tait puis l'analyse de toutes les questions2 la raison succombait sous le poids accablant des systmes divers2 mille sectes se disputaient la croyance des peuples2 la socit romaine tait sans foi1 le ciel sans unit et sans idal2 partout l'anarchie1 partout la dissolution4--,alors parut ,jsus6 ,il promena ses regards autour de lui1 il consulta tous les sicles1 il couta toutes les nations1 il examina toutes les doctrines4 ,puis1 se repliant sur lui-mme1 et fondant toutes les vrits connues dans le creuset de sa divine pense1 il donna au monde sa parole d'amour6 ,comme toutes les religions possibles1 le christianisme se compose de deux lments3 de thologie et de morale4 ,la thologie1 c'est la charpente d'une religion1 c'est la machine du drame1 c'est l'explication qu'un sicle se donne du monde et de son auteur2 la morale1 c'est la substance1 c'est le fonds commun de toute croyance4 ,aussi les religions ne diffrent-elles que par leur thologie2 et cela se conoit aisment1 puisque la forme d'une religion change selon les peuples1 les temps et les lumires4 ,l'organisation extrieure du catholicisme1 son gouvernement1 sa discipline1 sont l'uvre des successeurs de ,jsus qui1 en hommes habiles1 se sont conforms aux besoins des peuples qu'ils voulaient rgnrer2 sa morale appartient l'humanit4 ,il est vident que la thologie du christianisme est finie pour jamais1 et qu'elle ne pourra se relever du coup que lui a port le dix-huitime sicle2 mais sa morale sera ternelle1 et l'vangile est le testament du cur humain4 ,le clerg catholique a laiss passer une belle occasion1 une occasion unique de rcuprer sa puissance morale et de se rhabiliter aux yeux des peuples prvenus3 c'est la restauration4 ,nous l'avons dit plusieurs fois dans cet ouvrage1 il tait impossible d'arriver une rforme sociale sans attaquer le catholicisme1 qui1 par sa hirarchie et sa discipline1 tait toute la force de l'autorit politique4 ,aussi1 les philosophes du dix-huitime sicle ne s'y sont pas tromps1 et ils ont frapp l o tait l'obstacle4 ,je conois merveille que le parti royaliste1 qui regarde la rvolution de #hi comme une dplorable catastrophe1 se soit dchan contre les grands crivains du sicle dernier2 c'est parfaitement logique4 ,mais du moment qu'on veut la rvolution et ses rsultats1 il est absurde de condamner les moyens qui seuls ont pu la faire clore4 ,sans doute1 le dix-huitime sicle n'a pas examin la question d'un point de vue assez lev et il n'a pas eu l'impartialit historique de notre poque2 mais quand on fait la guerre on veut la victoire1 et l'on ne s'amuse pas demander son ennemi la permission de le tuer4 ,nous qui sommes vainqueurs1 nous pouvons tre justes et gnreux envers le catholicisme abattu2 mais le dix-huitime sicle a d agir comme il l'a fait pour la libert du monde4 ,l'gosme social de la ,montagne1 incarn dans la personne de ,napolon1 succomba sous le poids de l',europe indigne4 ,le pass et l'avenir taient en prsence1 remplis l'un pour l'autre d'une haine furibonde4 ,c'tait l un beau moment pour le catholicisme tant calomni6 ,il pouvait alors1 en s'interposant entre les deux principes1 jouer le rle d'un sublime pacificateur2 lever sa voix sculaire au-dessus des passions contemporaines1 rprimer le dsir de vengeance de l'aristocratie triomphante1 dtruire la rpugnance du peuple pour une dynastie qu'il ne connaissait que par sa rsistance aux grands faits de la rvolution1 persuader la royaut de baser son pouvoir sur les progrs accomplis1 convaincre la nation que le dpt de la magistrature suprme entre les mains d'une illustre et antique famille tait la plus sre garantie de la libert1 et devenir ainsi le ciment de la socit nouvelle4 ,au lieu de cela1 qu'a-t-il fait8 ,il s'est fait l'instrument d'un parti politique2 il s'est fait l'aptre d'une raction sanguinaire et liberticide2 du haut de la chaire apostolique1 il a prch la haine d'un sicle grand et glorieux2 il a souill son sacr caractre en se faisant l'organe des passions avides et dsorganisatrices2 il a fait un pamphlet de l'vangile2 et1 pour satisfaire son intolrance et son ambition1 il a prcipit la branche ane des ,bourbons dans un abme de misres4 ,les ordonnances de ,charles ,x sont sorties du confessionnal du clerg3 il est un obstacle invincible une troisime restauration4 ,la rvolution de #ahcj brisa pour la seconde fois la puissance politique du clerg1 et mit un terme ses folles esprances4 ,la nouvelle ,charte proclama un fait3 ,que la religion catholique tait la religion de la majorit des ,franais4 ,c'tait sagement agir1 que de ne pas entrer dans la discussion des dogmes1 et de respecter les croyances de tous les citoyens4 ,un code politique ne doit s'lever ni la mtaphysique1 ni descendre au catchisme4 ,et c'est une justice qu'on doit rendre la ,charte actuelle1 qu'elle n'a fait que reconnatre et lgitimer les forces sociales qu'elle trouva existantes4 ,le gouvernement de juillet1 pntr de l'esprit modr de notre loi fondamentale1 rsista avec vigueur l'intolrance de l'anarchie1 et il protgea les prtres et les temples catholiques1 contre les passions de la basse et ignorante dmocratie4 ,s'il avait t assez faible pour cder l'impulsion qu'on voulait lui donner1 il aurait soulev contre lui les fanatiques1 bless les croyances sincres des mes pieuses1 et relev l'importance du clerg4 ,au contraire1 par la sagesse de ses mesures1 il a maintenu l'ordre1 il a refoul les prtres dans l'intrieur de leurs glises1 et l'indiffrence gnrale est venue les punir de leur funeste ambition4 ,depuis quelques annes1 il se joue une petite comdie l'usage des simples1 qui n'est pas sans intrt4 ,c'est ce qu'on appelle la recrudescence de la foi1 ou la renaissance du culte catholique4 ,les journaux lgitimistes embouchent tous les matins la trompette pique1 pour nous annoncer l'approche d'un sicle monarchique et religieux2 on court en foule aux sermons de l'abb ,lacordaire et autres grands convertisseurs2 on badigeonne les glises1 on btit des saintes chapelles1 des couvents2 on publie des revues catholiques1 on fait des pomes catholiques1 des opras catholiques1 des romances catholiques2 seulement on ne fait pas de miracles1 et le plus grand de tous serait de nous faire accroire que tout ceci n'est pas une comdie4 ,les provinces suivent l'impulsion4 ,les couvents se relvent sous un prtexte ou sous un autre2 de nombreuses maisons d'ducation s'tablissent sous la direction des prtres ou de leurs adhrents2 de tous cts on entend dire3 ,on revient aux bons principes1 on revient aux bonnes murs6 ,le gouvernement n'est pas tranger ce mouvement1 qu'il croit provenir du fond de la socit4 ,nous croyons qu'il se trompe1 et que tout ceci n'est qu'une petite raction de bonne compagnie1 comme il y en a si frquemment en ,france4 ,il faut n'tre pas sorti de ,paris pour prendre au srieux ce bourdonnement de quelques coteries4 ,sans doute1 quelques esprits levs1 indigns du misrable rle qu'on fait jouer la religion1 dans le vaste mouvement de notre poque1 voudraient largir l'glise1 et en faire le centre des progrs de l'avenir4 ,autour de ces hommes d'lite1 se groupent beaucoup de jeunes artistes enthousiastes des grands monuments que nous a laisss le moyen-ge2 et un plus grand nombre encore d'intelligences timores1 qui redoutent les changements1 qui pensent que l'on a trop calomni le clerg1 et qui esprent par la patience et la modration1 le ramener de meilleurs sentiments pour nos liberts4 ,ces vux sont nobles1 et nous serions les premiers y souscrire1 s'il nous tait permis de croire qu'une socit peut vivre par le mensonge4 ,mais pour se faire une ide de ce que nous pouvons attendre de ce clerg1 il n'y a qu' examiner sa conduite dans les pays de l',europe o il est encore en possession de l'autorit4 ,voyez-le en ,espagne2 va-t-il au-devant d'une rvolution invitable pour en modrer les dveloppements1 et s'en faire le tuteur clair8 ,non1 il alimente la guerre civile4 ,en ,portugal1 il se fait le protecteur d'un misrable1 d'un assassin4 ,voyez-le en ,italie1 o il brille de toute sa gloire6 ,couvert de tous les vices et de toutes les ignominies1 paresseux1 ignorant1 luxurieux1 abominable corrupteur du peuple le plus intelligent de l',europe1 il ne vit que de la misre publique1 il n'existe que par l'oppression de sa patrie4 ,et la papaut1 qu'a-t-elle dit du massacre des ,grecs1 de l'immolation de la ,pologne8 ,elle a vu rpandre grands flots le sang de ,jsus-,christ par un peuple barbare2 elle a vu des villes en cendres1 des prtres massacrs1 toute une grande nation chrtienne dcime par un cruel conqurant1 sans sourciller1 sans profrer une parole consolatrice1 sans lever sa voix paternelle pour condamner tant d'assassinats politiques1 tant d'abominations6 ,assise sur son trne apostolique1 silencieuse sous sa triple couronne1 elle a laiss se drouler ce drame mmorable1 se rjouissant de la chute de la libert et du triomphe du despotisme6 ,si le clerg franais avait le moindre sentiment de sa position1 s'il s'tait laiss pntrer par la plus petite ide de progrs1 il le ferait voir dans la partie vitale de son ministre1 dans la prdication4 ,c'est par la prdication que le christianisme est arriv la conqute du monde2 c'est par la prdication qu'il s'est mis en contact avec tous les peuples de la terre4 ,eh bien6 coutez un peu les prdicateurs franais2 que disent-ils une grande nation1 intelligente1 industrieuse8 ils lui parlent du diable et de ses tentations2 que disent-ils cette jeunesse ardente1 gnreuse1 avide de tout connatre8 ils l'entretiennent de la malice du serpent et de la vanit de la science2 comment se posent-ils en face de ce prodigieux mouvement de l'esprit humain1 de cet amour des arts qui pntre dans toutes les classes1 qui les rapproche et les purge des tendances haineuses et coupables8 ils dfendent aux filles de danser1 de chanter1 de dessiner6 ,comment voulez-vous qu'avec un pareil langage et de tels principes le clerg puisse acqurir de l'influence2 il languit sous le poids du ridicule et de l'indiffrence4 ,pourquoi ne descend-il des sublimes niaiseries de la thologie1 pour pntrer dans le cur de la socit1 dans la famille8 ,pourquoi s'obstine-t-il se clore dans l'troite prison du pch catholique8 ,qu'il se plonge donc dans les mille douleurs de la vie du sicle1 qu'il en tanche le sang qui coule de toutes parts1 qu'il en glorifie les vertus2 qu'il se fasse homme de chair et d'os comme nous1 qu'il boive la coupe de nos malheurs1 qu'il devienne citoyen1 qu'il s'arme d'une noble indignation contre les oppresseurs des peuples1 soit qu'on les trouve dans les salons de l'aristocratie ou dans le tourbillon sanglant des meutes2 qu'il embrasse enfin la libert1 la libert sainte qui l'clairera de son flambeau et le protgera de son bras invincible3 c'est l'unique moyen de salut qui lui reste4 ,la province1 avec son bon sens1 ne s'est laiss mouvoir ni par les hurlements de l'anarchie1 ni par la religiosit de quelques badauds de ,paris2 elle ne veut ni d'un gouvernement de sans-culottes1 ni de celui des capucins2 elle marche constamment sur la grande route sociale de #hi1 travaillant1 s'instruisant1 dsirant l'ordre et une libert progressive2 elle regarde d'un il svre le clerg catholique dont elle redoute l'influence2 elle le laissera en paix tant qu'il restera dans les bornes de son ministre moral2 mais il peut s'attendre une vigoureuse rsistance du jour o il voudra dominer4 ,le gouvernement de juillet fera bien de persvrer dans son systme de modration3 qu'il repousse toujours avec vigueur les tentatives intolrantes de la dmocratie4 ,si le catholicisme doit se rgnrer1 ce que nous croyons dsormais impossible1 ce devra tre l'uvre des ides et de l'avenir4 ,un gouvernement doit protger les symboles qu'on lui a confis4 ,,vii4 ,,de ,,la ,,litt,,rature4 ,ce qui caractrise l'homme primitif et simple1 c'est une vive et tranchante individualit1 c'est un grand amour de sa personne1 c'est un ddaigneux mpris pour tout phnomne qui ne part point de lui et qui n'aboutit pas lui4 ,clos dans l'troite enceinte de son moi1 roi solitaire de sa conscience1 il ignore tout1 il vit dans une nave batitude1 il prend les faits qui tourbillonnent autour de lui pour une modification de sa propre substance1 pour un dveloppement de sa personnalit4 ,tout respire1 tout se meut1 tout aime1 souffre et pleure1 et la vaste nature n'est pour l'homme primitif que le reflet de son image4 ,cependant il faut qu'il sorte de son enchantement1 il faut qu'il s'arrache sa propre contemplation1 il faut qu'il s'veille1 qu'il marche1 qu'il descende du trne de l'absolu1 qu'il se range dans la chane des tres1 qu'il reconnaisse sa dpendance et sa misre4 ,par quel moyen s'accomplira cette palingnsie8 ,par la souffrance4--,la souffrance frappe la porte de l'aveugle personnalit2 elle pntre dans cet obscur sanctuaire1 l'chauffe de son ardeur1 l'claire de sa sainte lumire1 brise l'gosme en mille clats1 et jette l'homme dans le sein de l'humanit4 ,alors un cri immense remplit le monde6 cri fatal que poussa l'homme son rveil la vie1 et qui s'chappa des lvres mourantes de ,jsus-,christ6 ,l'homme est chass du paradis2 il n'est plus nourri par la manne du ,seigneur2 il n'est plus couvert de son innocence2 il vivra de son labeur dans l'espace et dans le temps4 ,il faut abandonner le jardin cleste et ses ternelles batitudes2 il court1 il court1 poursuivi par l'ange la flamboyante pe1 et il tombe sur la terre dsole4 ,de ce jour naquit l'art1 l'art fils de la douleur4 ,quel que soit le point de vue sous lequel on envisage l'origine de l'homme1 il y a d y avoir un moment suprme1 un moment de rveil et d'panouissement o1 secouant les ombres qui enveloppaient son me encore pleine de srnit1 il dut comprendre o et qui il tait4 ,en tendant les mains hors de son individualit1 il dut se sentir toucher par des phnomnes dont il ignorait entirement l'existence4 ,il fut sans doute bien tonn1 bien surpris1 l'homme1 dans son aveugle fiert1 de se voir arrt par un fait extrieur1 lui qui croyait le monde une extension de sa personnalit6 ,cependant il fallut avancer1 il fallut vaincre l'obstacle1 il fallut en prendre acte1 et l'inscrire dans l'esprit humain comme un premier lment de la science4 ,qu'est-ce donc que la science8 ,le rveil du moi1 et la guerre de l'humanit contre la nature4 ,le bonheur absolu1 le bonheur parfait n'est pas possible sur la terre4 ,c'est une de ces vastes ides comme celle de ,dieu et de la beaut1 que l'esprit conoit1 dont il a conscience1 qu'il caresse de ses dsirs1 qu'il voit briller au loin dans l'horizon2 ide complte1 consolante2 doux rve du cur vers lequel il aspire sans cesse1 dont il implore la ralisation4 ,aussi1 le bonheur n'a-t-il pas d'expression extrieure2 il est la paisible satisfaction de nos dsirs1 l'accomplissement instantan de nos vux2 il se serre1 il se rsume autour de la conscience1 comme un fleuve harmonieux coule dans un lit gal et facile4 ,l'me alors remplit tout son vase1 sans dborder1 sans que rien altre la limpidit de sa surface4 ,mais aussitt que le moindre souffle vient troubler cette transparence1 alors les eaux s'amoncellent1 l'orage clate1 le cur humain s'lance de son trne solitaire et vient dposer dans l'art le cri de sa douleur4 ,c'est parce que je puis perdre mon amante que je cherche fixer les traits de son image2 c'est parce qu'elle est infidle mon amour que je chante ma peine2 c'est parce qu'on lui a ravi ,euridice qu',orphe verse des pleurs et fait retentir sa lyre jusqu'au fond des enfers2 c'est parce que l'homme est faible qu'il se met en socit2 c'est parce que son me est vide qu'il se prosterne devant un ,dieu tout-puissant4 ,dans l'immense pope de l'art1 je ne trouve pas un mot qui ne soit un cri de nos misres1 un tmoignage de nos souffrances4 ,posie1 musique1 peinture1 histoire1 ordre social1 religion1 tout est l'expression de notre dpendance et du besoin que nous avons de remplacer une ralit qui nous manque par les fictions de l'esprit2 car pourquoi crire1 pourquoi peindre1 chanter1 quand on est content et qu'on se suffit8 ,le bonheur ne se dit pas1 il se sent1 et les nations heureuses n'ont pas d'histoire4 ,le rire mme n'est que le masque du bonheur2 c'est une ruse de la souffrance1 un mensonge qu'elle invente pour chapper au ridicule1 la perscution de la socit4 ,les grands comiques des nations1 tel qu',aristophane1 ,cervantes1 ,bocace1 ,rabelais1 ,molire1 ,voltaire1 et tant d'autres gnies immortels1 ont t d'habiles hommes de guerre qui1 assigeant la lgalit1 l'ont endormie par des festins et des farces4 ,il fallait s'humilier1 faire des gambades1 faire des tours pour s'approcher de la puissance2 il fallait armer ,arlequin d'une batte de fer pour en frapper les tyrans2 enfin1 il fallait rire pour cacher ses larmes4 ,si le bonheur parfait pouvait exister1 tout serait silence1 tout serait repos2 il serait la ngation de la vie4 ,la recherche du souverain bien1 qui n'est autre chose que celle du bonheur parfait1 a conduit ceux qui en ont le plus approch1 quelques philosophes de la ,grce et les sages de l',orient1 la pure contemplation1 l'immobilit4 ,du moment que l'homme agit1 qu'il marche1 qu'il parle1 qu'il chante1 qu'il rit1 qu'il prie2 c'est qu'il est incomplet1 c'est qu'il y a du vide dans son me1 c'est qu'il souffre4 ,la vie est un combat1 une aspiration incessante vers un idal qui nous chappe mesure que nous avanons4 ,l'affirmation mme de notre bonheur est un tmoignage irrcusable de notre faiblesse1 de notre dfaillance2 car1 si nous tions compltement heureux1 nous n'prouverions pas le besoin de le dire4 ,rire1 chanter1 danser1 joie1 plaisirs1 tout ce qui clate1 brille et tourbillonne dans le bouge que nous habitons1 n'est qu'un ple reflet du vrai bonheur1 qui sert clairer nos misres4 ,l'humanit est progressive1 parce qu'elle n'est pas heureuse1 parce qu'elle est imparfaite3 ,dieu seul est heureux1 parce qu'il n'aspire rien1 parce qu'il est parfait4 ,la pense n'est apercevable que par la forme4 ,son essence est un mystre qu'il ne nous est pas permis de pntrer4 ,aussitt qu'une ide surgit du sein des peuples1 aussitt se fait sentir l'irrsistible besoin de la fixer4 ,mais fixer une ide1 c'est la manifester au monde sous une forme sensible1 c'est la prciser par le symbole2 et manifester l'ide par la forme1 c'est la descendre des rgions leves de l'abstraction pour la transporter dans la ralit extrieure4 ,qu'on y rflchisse bien6 formuler une ide1 la dtacher du vague qui l'enveloppe1 la dpouiller du dogmatisme de la pure raison1 et l'inscrire dans la science de l'humanit1 ce n'est pas l'acte d'un simple manuvre3 au contraire1 c'est la mission du lgislateur1 c'est la mission de l'artiste4 ,rien n'est plus difficile1 en effet1 que de trouver la forme convenable et prcise d'une pense qui bondit dans votre sein et vous demande la vie6 ,obsd comme par un ,dieu qui s'incarne dans votre faible nature1 bris ainsi que la femme par les douleurs de l'enfantement1 vous cherchez partout la main dlicate qui vous dlivre du pesant fardeau qui vous accable4 ,et si tout--coup vous apercevez votre pense dpose sous une ligne claire et diaphane1 alors vous vous criez avec effusion et bonheur3 ,ah6 c'est cela6 oui1 c'est bien cela6 ,lorsque l'aristocratie europenne remit la ,france dchire entre les mains de la lgitimit1 les guerres gostes de l'empire avaient affaiss et engourdi l'esprit de la nation4 ,mais quand la restauration1 fidle son mandat thocratique1 couvrit d'insultants ddains les restes immortels de nos grandes armes1 un cri sourd et plaintif se fit entendre du fond de la nation indigne4 ,un serrement de cur1 un sentiment vague de souffrance indfinie1 s'emparrent de tous les citoyens1 et attristrent les mes qui avaient toujours vcu pour la patrie1 son bonheur et sa gloire4 ,tout le monde cherchait le mot de sa douleur1 personne ne le trouvait4 ,tout--coup apparut le grand artiste1 qui chanta le ,vieux ,drapeau et les ,souvenirs du peuple6444 ,ah6 c'est bien cela6 dit la voix radieuse de la ,france4 ,oui1 on insulte notre gloire1 notre rvolution4 ,vive ,branger1 le pote de la nation4 ,voil l'art1 voil l'artiste4 ,abriter l'ide sous une forme claire et prcise1 qui la rende accessible la gnralit des intelligences1 avons-nous dit1 c'est accomplir l'uvre de l'artiste1 qui1 par cette transformation1 se pose entre deux grandes portions de l'humanit1 et leur sert d'organe conciliateur4 ,car1 que serait l'ide sans la forme qui la contient8 que serait la volont sans l'acte extrieur qui la manifeste8 que serait la libert sans les institutions qui la dfinissent et la prcisent8 que serait la religion sans le temple1 sans le culte1 sans la prire8 que serait ,dieu1 pour nous1 sans le monde o clatent sa toute-puissance et sa misricorde8 ,comprendrions-nous les indicibles souffrances de ton cur maternel1 divine ,marie6 si ,raphal1 si ,pergolse n'avaient recueilli tes saintes larmes dans des vases d'or1 immortels comme ta douleur8 ,oui1 c'est la forme cre par l'artiste qui ternise les motions et les penses de l'humanit4 ,et qu'est-ce que la forme8 ,nos actions1 nos paroles1 la socit1 la vie1 un regard1 un soupir1 un temple1 tout ce qui est produit1 enfant par l'homme4 ,toutes les thogonies des peuples primitifs ont chant le grand duel de l'esprit contre la matire1 et de l'homme contre la nature2 et les philosophes de tous les temps se sont aperus que de la conception abstraite de l'ide sa ralisation dans le monde1 il y avait un intervalle difficile franchir1 qui souvent devenait un prcipice4 ,si vous restez en-dea de ce dfil1 vous pouvez faire d'admirables thories1 mais qui n'auront qu'une valeur spculative4 ,si vous vous arrtez en chemin1 alors clatent d'pouvantables rvolutions qui brisent et bouleversent2 si1 au contraire1 vous passez sans secousse et sans danger1 alors vous ralisez l'ide d'une manire calme et sre1 et vous clairez le monde4 ,regardez cet illustre penseur qui1 du fond de sa retraite1 et rfugi dans les replis de sa conscience1 mdite pour le bonheur du genre humain4 ,vous le voyez peser navement dans la balance de sa raison et de la justice1 les droits de chacun et la libert de tous2 inscrire dans son code moral1 article par article1 la haine du mal1 l'amour du bien1 la punition du vice et la rcompense de la vertu4 ,cela fait1 et fort des grandes vrits qu'il a dcouvertes1 il fait relier sa constitution1 met son habit de fte1 et se prsente la socit pour la rgnrer4 ,la socit se soulve et crie3 ,a l'innovateur6 l'anarchiste6 ,qu'est-ce dire8 le philosophe est-il un fou1 ou bien la socit n'est-elle qu'un compos d'tres dpravs8 ,non2 le philosophe est un sage qui a vu le bien de la raison1 et qui a voulu le raliser2 mais1 abstrait qu'il tait dans la pure spculation1 il ignorait le monde et ses lois1 et a d succomber4 ,la socit1 au contraire1 courbe sous la sensation1 rouille par le temps1 ne voit que ce qui est1 et repousse ce qui ne peut la modifier qu'en la troublant4 ,pour russir1 il fallait au philosophe une plus grande connaissance du monde1 et la socit une moralit plus leve4 ,cette double nature1 ce lien conciliateur1 c'est l'artiste4 ,l'artiste assiste aux dbats de l'esprit humain1 il reoit des mains de la philosophie les doctrines qu'elle a cres1 et il les ralise4 ,l'artiste est un tre double1 moiti homme et moiti ange1 dont les pieds touchent la terre et la tte aux cieux4 ,il suit donc de l1 que l'art n'est qu'une traduction1 une interprtation de l'ide4 ,l'art ne cre point l'ide1 il la reoit de son sicle2 son mrite consiste bien la saisir1 bien la comprendre1 la formuler1 la traduire au vulgaire1 la perptuer dans l'avenir4 ,dans une poque donne1 il n'y a qu'une ide mre1 que les arts traduisent en leurs diffrents langages2 c'est ce qui fait le caractre1 l'unit d'un sicle4 ,prenez ,racine1 prenez ,molire1 ,lulli1 ,lebrun1 ,mansard1 ,boulle1 etc41 etc41 vous n'y verrez que l'ide majestueuse et rgulire de la monarchie chrtienne1 reproduite de cent manires diverses4 ,entre ,raphal et le ,tasse1 ainsi que entre ,victor ,hugo et ,mayer-,beer1 il n'y a de diffrence que le langage4 ,l'ide fondamentale est la mme1 et ne leur appartient pas2 ils ne sont que des traducteurs4 ,la plus grande gloire de l'art1 c'est de comprendre l'ide qui travaille son sicle1 et de l'aider la raliser4 ,a l'origine des sicles1 lorsque l'esprit humain tait dans sa premire navet1 l'art tait aussi simple que les besoins de l'homme1 et sa mission consistait pourvoir aux grossiers apptits de la vie matrielle4 ,plus tard1 quand les hommes purent se rapprocher et s'asseoir en socit1 l'art se spcialisa comme les misres de l'humanit1 et se divisa en deux grands rameaux4 ,l'un qui se rattachait la vie matrielle1 l'autre la vie morale2 l'un qui prenait soin des souffrances du corps1 l'autre de celles de l'me4 ,la runion de ces deux rameaux forme le grand tronc de la science4 ,les nombreux besoins de l'homme se divisent en deux vastes catgories3 ceux d'imprieuse ncessit1 qui sont de tous les temps et de tous les peuples2 et ceux qui naissent la suite des grandes jouissances1 enfants chtifs du caprice et de la fantaisie4 ,l'art a donc aussi deux missions3 de soulager nos grandes et svres douleurs1 nes avec nous et qui ne nous abandonnent qu' la mort2 puis de se faire l'cho de nos mille dsirs qui varient avec les murs1 et qui sont aussi nombreux que les sables de la mer4 ,en restreignant cette ide une seule nation et un seul pisode de l'art1 la littrature1 nous en concluons qu'elle doit aussi se diviser en deux parties4 ,la premire proclame d'une voix forte et sonore1 les grandes douleurs de la majorit souffrante2 la seconde idalise les vagues dsirs de la minorit blase2 la premire recherche les applaudissements des masses et de la postrit2 la seconde se contente des murmures phmres d'une coterie passagre4 ,mais l'art a de plus une mission sociale qu'il est important de dfinir4 ,en tout temps1 la socit se divise en deux parties fort distinctes3 celle qui fait la loi1 et celle pour qui elle est faite4 ,aussitt qu'une fraction sociale arrive la proprit1 l'aisance1 elle participe la souverainet1 elle se retranche derrire la loi pour dfendre sa position nouvelle2 qu'est-ce donc que la loi8 l'expression de la partie satisfaite de la nation4 ,je suis content1 je dfends que l'on me trouble1 voil le langage de la loi4 ,la partie de la socit qu'on n'a pas consulte pour crer la loi1 c'est--dire la majorit souffrante qui n'a rien1 veut aussi amliorer son sort2 mais elle est presque toujours domine par les privilges qui touffent ses plaintes et repoussent ses prtentions4 ,alors1 si elle a le sentiment de sa force1 elle assige l'tat et change la constitution4 ,au contraire1 si elle est intimide par l'autorit1 elle s'adresse l'art qui formule ses griefs et donne une voix sa douleur4 ,ici commence la lutte de l'art et de la loi1 de la souffrance et du contentement1 de la misre et de la richesse1 de la dmocratie et de l'aristocratie2 drame immortel1 qui fait le fond de l'histoire de l'humanit4 ,l'art social n'est que l'action refoule1 l'ide d'un fait1 l'image d'une ralit absente4 ,ce n'est pas en prsence de la ralit que je songe ses fictions1 ce n'est pas dans les bras de la jouissance que je cherche la reprsentation d'un bonheur que je possde4 ,l'art d'un peuple1 c'est l'expression de ses regrets et de ses dsirs4 ,les grands sicles de l'art social succdent presque toujours la perte de la libert4 ,c'est sous le joug des rois macdoniens1 que la ,grce lve sa voix magnifique2 c'est sous le despotisme d',auguste1 et aprs la disparition de la libert romaine1 que vient l'ge d'or de la littrature latine2 c'est aprs la chute des rpubliques1 sous le rgne des ,mdicis et des autres petits tyrans de l',italie1 que celle de ce peuple infortun tonne l',europe2 c'est sous le gouvernement sombre et monacal de ,philippe ,,ii1 que l',espagne enfante son thtre et ,don ,quichotte2 enfin c'est sous ,louis ,,xiv1 aprs la victoire dfinitive de l'unit monarchique sur l'indpendance fodale1 que la ,france voit natre ce sicle de gnies merveilleux1 dont les uvres feront toujours la gloire de l'esprit humain4 ,s'il est bien prouv que l'art social n'est que l'action refoule1 l'expression des besoins d'une poque1 il s'ensuit que du moment qu'on peut atteindre la ralit1 on abandonne la fiction4 ,les peuples esclaves se plaisent chanter les vertus guerrires de leurs aeux2 les barbares s'exagrent le bonheur du luxe et de la civilisation2 ceux qui vivent dans les dserts arides aiment les images qui peignent la verdure1 une source frache1 une pluie fcondante2 l'habitant des villes aime les glogues1 et tout ce qui retrace la paix des champs1 et vice versa4 ,sous un gouvernement despotique1 la moindre allusion la libert1 obtient un succs prodigieux2 mais quand arrive la libert1 ces ombres disparaissent4 ,l'apologue est n en ,orient dans le monde de la tyrannie2 l il fallait la vrit1 une livre de courtisan2 pour nous ce n'est qu'un jeu d'esprit4 ,pourquoi le thtre tombe-t-il de toutes parts en ,europe8 ,c'est que la presse et la tribune dont il tenait lieu1 l'ont rendu inutile4 ,de nos jours1 l'loquence mme de ,mirabeau serait intempestive2 ainsi disparaissent une foule de formes de la pense4 ,quand l'art n'est plus l'expression des besoins d'un peuple1 alors il tombe en discrdit et fait place une autre forme4 ,savez-vous quand une religion est finie8 ,lorsque les peuples n'y trouvent plus la solution des doutes qui les accablent4 ,c'est ainsi que disparut la littrature profane1 aprs le triomphe du christianisme2 c'est ainsi qu'aprs la rvolution de ,luther1 les langues jeunes et riches de l',europe rgnre1 touffrent le verbe de la monarchie catholique4 ,ainsi chemine l'humanit1 entre l'art et la loi4 ,celle-ci1 expression goste de la minorit satisfaite1 celui-l de la majorit souffrante4 ,il arrive des poques o la loi vaincue dans ce duel ternel1 ouvre ses portes une portion de la majorit2 ce sont des instants de repos et de rconciliation1 de joie et de bonheur dans la vie des nations4 ,l'art n'ayant alors plus d'obstacle actuel qui l'occupe1 s'lance dans l'idal1 et chante un sublime hosanna6 ,et lorsque le temple de la lgalit se referme et repousse de nouveau le progrs1 l'art descend des hautes rgions o il se contemplait1 et recommence la lutte4 ,nous revenons au sujet spcial de ce chapitre4 ,lorsqu'aprs les longs travaux de la renaissance1 il fut donn aux peuples modernes de lire sans difficult dans le livre de la science antique1 ils jetrent un tel cri de ravissement en voyant ces merveilles de l'esprit humain1 qu'il couvrit tout--coup les sons encore faibles de la muse nationale4 ,saisis d'une pieuse admiration1 ils se prosternrent devant les uvres immortelles de la civilisation grecque et romaine1 vourent au mpris tout ce qui n'atteignait pas cette idale perfection4 ,alors disparurent de la mmoire des contemporains ces naves popes1 ces chants de guerre et d'amour qui1 sous une forme grossire1 mais singulirement pittoresque1 racontaient l'histoire de la patrie4 ,pousse par le sentiment d'une servile imitation1 la littrature de l',europe se dpouilla alors de son individualit qui la rendait chre aux peuples dont elle peignait les murs2 elle ne fut plus un langage accessible tous1 compris de tous2 elle se fit le frivole amusement des classes leves2 elle cessa d'tre le dpositaire fidle des sentiments et des souvenirs de la nation1 pour devenir un amusement de cour et d'acadmie4 ,la ,france1 comme toujours1 s'empara de ce mouvement de l'esprit humain2 elle le prcisa et lui donna une forme sociale4 ,richelieu1 qui avait vaincu l'aristocratie territoriale1 et ,louis ,,xiv qui1 aprs les troubles de la fronde1 voulait ramener l'unit monarchique les lments pars de la fodalit1 favorisrent de tout leur pouvoir une littrature qui1 interrompant la chane des souvenirs1 livrait la nation dsarme entre les mains de la royaut4 ,alors naquit le grand sicle6 alors surgirent ces beaux gnies qui donnrent la langue la pompe1 la majest et la discipline de la cour6 ,l'art1 comme la socit1 fut divis en catgories bien tranches1 qu'on soumit la hirarchie la plus rigoureuse4 ,on marqua tout1 on chiffra tout2 on compta vos pas1 on mesura vos paroles1 on vous disait3 ,voici comme il faut pleurer2 voil comme il faut rire4 ,tout fut digne1 svre1 royal1 et la littrature franaise se couvrit de la force et de l'uniformit de la monarchie de ,louis ,,xiv4 ,l'antiquit fut comprise1 imite avec un rare bonheur1 et quelquefois surpasse4 ,la langue s'pura1 et rejeta une foule d'idiotismes nergiques qu'elle trouvait dsormais trop vulgaires1 comme la royaut avait refoul hors de son cercle magique1 ces hommes vigoureux qui avaient le tort de se rappeler leur ancienne indpendance4 ,partout retentissaient les noms de ,rome et de la ,grce1 d',homre et de ,virgile4 ,mais la littrature n'avait plus rien de national1 elle avait perdu l'individualit puissante que peut seule lui donner la sympathie populaire4 ,les souvenirs dangereux touffs1 la nation abandonne par l'art plia sous le joug du pouvoir absolu1 et la monarchie de ,louis ,,xiv fut consolide4 ,les hommes ne prvoient pas toutes les consquences des principes qu'ils posent2 ils discernent assez bien ce qui sert leur ambition momentane1 mais leur vue ne s'tend gure au-del4 ,la rvolution tait faite2 la royaut avait absorb toutes les liberts2 l'art avait brouill tous les souvenirs dangereux1 et l'antiquit possdait exclusivement l'admiration de l'esprit humain4 ,eh bien6 qu'arriva-t-il8 ,le dix-huitime sicle1 fier du magnifique hritage que lui avait lgu le dix-septime1 exagrant toutes les doctrines qu'il en avait reues1 se plongea avec avidit dans l'histoire des peuples anciens4 ,il s'inspira aux sources du paganisme1 aux murs d',athnes1 de ,sparte et de ,rome1 et1 fort de tout ce qu'il y avait vu de grandeur1 de posie et de libert1 il revint plein d'enthousiasme1 s'attaquer au catholicisme et la monarchie4 ,la monarchie fut tourdie du choc6 ,sans racines dans le pass1 ayant elle-mme aid trancher le fil des souvenirs nationaux sur lesquels elle aurait pu s'appuyer1 elle succomba sous les coups de la philosophie1 et le trne de ,louis ,,xiv fut bris par le principe littraire qui avait servi l'difier4 ,la rvolution de #hi se fit sous l'inspiration de l'antiquit4 ,le sicle de ,louis ,,xiv1 s'levant comme une vaste muraille entre la ,france fodale et la ,france monarchique1 avait cach au dix-huitime sicle tout le pass de la nation2 et comme l'esprit procde toujours par dductions et que la gnration de #hi voulait la rforme de la socit1 elle se jeta forcment dans les bras de l'antiquit1 et lui emprunta ses formules sociales4 ,s'il avait exist une littrature vritablement nationale1 pleine de noms et de souvenirs1 sature de ce vieil esprit gaulois si malicieux et si vrai2 une littrature fortement individuelle1 populaire1 passionne1 se rattachant aux poques glorieuses de la patrie1 empreinte de cet exquis bon sens pratique qui est le propre de l'intelligence franaise2 alors la gnration de #hi aurait tempr son ardeur rvolutionnaire dans cette source sacre2 elle aurait t moins tmraire dans la dmolition de l'difice monarchique2 elle n'aurait pas voulu dpouiller un vieux peuple chrtien de son enveloppe sculaire2 elle n'aurait pas tent de restaurer pour la nation la plus claire du dix-huitime sicle1 les institutions du gros village de ,sparte2 elle n'aurait pas t jusqu' la sanglante parodie de #ic1 et aurait compris que pour faire une uvre durable1 il fallait rattacher la vieille civilisation la libert nouvelle4 ,le rgne de l'imitation classique dura jusqu' la fin de l'empire4 ,en revenant sur le sol de la ,france1 la maison de ,bourbon avait redouter tous les lments de la socit telle que l'avaient faite les vnements4 ,elle comprit fort bien qu'elle n'avait pour elle que de vieux souvenirs1 et que c'tait sur eux qu'il fallait poser les bases de sa restauration4 ,mais l'empire1 mais la rvolution1 mais la philosophie du dix-huitime sicle1 taient les rsultats du dix-septime et de son admiration trop exclusive pour l'antiquit4 ,il fallait donc dtruire ce culte idoltre1 il fallait ramener les esprits l'tude des sources nationales1 il fallait sauter pieds joints par-dessus le grand sicle1 ce sicle monarchique et religieux1 et aller se rajeunir au souffle de la vieille ,france2 et1 chose tonnante6 il fallait que la postrit de ,louis ,,xiv maudt son gnie et sa gloire pour se maintenir sur le trne de ses pres4 ,c'est alors que commena ce grand mouvement des intelligences vers les tudes historiques6 c'est alors qu'on se mit fouiller le moyen-ge1 dblayer ses monuments1 interroger ses mystres et son incroyable organisation sociale2 c'est alors qu'on comprit les gigantesques crations de la pense catholique1 et tout ce qu'il y avait d'originalit et de puissance dans ces malins fabliaux1 dans ces chroniques naves1 dans ces grands crivains franais des quatorzime1 quinzime et seizime sicles1 qui nous avaient t cachs par le large manteau royal du rgne de ,louis ,,xiv4 ,tout prit un nouvel aspect4 ,une jeunesse active dbarrassa la raison des prjugs scolaires dont on l'avait si long-temps obscurcie4 ,une critique large1 sans personnalit1 ouverte toutes les sensations1 pesa dans son impartialit les littratures de l',europe1 et les jugea d'aprs les temps1 les lieux et les peuples qu'elles reprsentaient4 ,le ,dante1 ,shakespear1 ,schiller1 ,gothe1 ,walter ,scott1 depuis la haute comdie d'un peuple indpendant1 jusqu'au hros des nations esclaves1 ,polichinelle1 tout fut apprci sa juste valeur2 et l'art et la libert1 cessant d'tre l'cho de la pense antique1 se rattachrent enfin au principe vivifiant de la nationalit4 ,les rvolutions politiques ne se font que par le peuple4 ,il faut ses passions nergiques et dsintresses pour renverser un fait existant4 ,aussi1 dans toute perturbation sociale1 il y a un lment populaire qui survit l'orage1 comme une dernire vague de la mer agite2 car1 bien que les masses aient un but commun1 la destruction de ce qui est1 cependant chaque individu a une passion secrte qui l'aiguillonne et qu'il se propose de satisfaire4 ,la grande difficult des rvolutions aprs la victoire1 c'est d'arrter cet lment populaire1 c'est de le contenir et de lui tracer un lit dans la nouvelle socit4 ,s'il dborde1 il amne l'anarchie2 si on le comprime avec rigueur1 la rvolution rtrograde et perd sa moralit4 ,or1 la passion est aux mouvements littraires ce que le peuple est aux mouvements politiques4 ,il faut la rveiller de son assoupissement2 il faut s'en servir1 parce qu'elle est la source des uvres puissantes et durables2 mais1 aprs le premier lan1 il faut se hter de la soumettre au contrle des murs et de la raison4 ,il y a trois instants bien marqus dans la vie d'une ide3 celui de sa naissance1 o1 pleine de jeunesse et de posie1 elle s'chappe de l'intelligence et vient s'asseoir dans le monde positif1 sans vouloir dplacer celles qui l'ont prcde2 en second lieu1 la rsistance qu'elle prouve de la part des vieilles ides qui1 dj en possession des croyances de la socit1 voudraient s'y maintenir exclusivement2 et enfin1 le moment de sa victoire1 o1 donnant un dmenti la modration que d'abord elle avait affiche1 elle veut son tour la domination absolue4 ,dans la rvolution franaise1 ces trois poques correspondent l',assemble constituante1 la lgislative et la ,convention nationale4 ,au commencement du dix-neuvime sicle1 l'cole classique n'tait plus qu'une forme vide1 un masque grimaant qui couvrait un squelette4 ,une douzaine de mdiocrits bavardes se tranaient sur l'ornire trace par les dix-septime et dix-huitime sicles1 et donnaient leurs rapsodies sans valeur pour la quintessence du bon got4 ,cette postrit rachitique des grands crivains de ,louis ,,xiv arrtait au passage toutes les gloires naissantes1 tous ceux qui1 pleins de jeunesse et d'avenir1 ne s'inclinaient pas devant les dieux reints du ,parnasse homrique4 ,except deux rvolutionnaires1 madame de ,stal et ,chteaubriand1 qui passrent en fraude1 tout le reste tait sans originalit et sans vie4 ,en face d'une telle rivale1 qui ne se soutenait que par le prestige du pass et l'appui de l'autorit1 l'cole romantique dbuta1 comme la ,constituante1 par une magnifique proclamation des droits de l'esprit humain4 ,d'abord1 elle ne voulut que revendiquer sa place au foyer commun2 mais tout aussitt elle prtendit tre la seule expression du vrai et du beau2 elle fit un appel la passion1 et1 ouvrant les cent portes du cur1 elle dit tous les sentiments qui s'y trouvaient captifs3 ,dployez vos ailes1 allez1 voyez et crez4 ,alors ce fut un beau moment6 tous les visages rayonnaient1 toutes les mes s'panouissaient au souffle de l'esprance4 ,la royaut scolastique fut renverse1 ses symboles fouls aux pieds3 plus d'entraves1 plus de stupides classifications2 la libert dans les uvres de la pense comme dans la socit4 ,l'art se dpouille tout--coup de son faste et de sa morgue2 il dserte les salons de l'aristocratie1 il dchire le code de l'unit classique2 libre1 vari1 plein de misricorde1 il va chercher dans la chaumire la larme populaire1 dans l'choppe le rire pantagrulique du bourgeois1 la grce et la finesse dans l'antichambre du courtisan4 ,profond1 moral1 multiple comme la destine de l'homme1 o se runissent les teintes les plus tranches1 il parcourt les places publiques1 s'insinue dans les masses1 nous raconte les dsirs1 les pleurs de cette pauvre humanit si faible1 si forte1 si grande1 si petite1 si gaie1 si triste1 et tout cela dans le mme jour1 dans la mme heure1 dans le mme instant6 ,mais aprs ses prfaces et ses fastueuses constitutions2 aprs avoir tout dtruit1 tout ni et tout promis2 aprs avoir heureusement franchi les deux premires priodes de la pense rvolutionnaire1 l'cole nouvelle fut entrane au dsordre1 l'anarchie1 terme fatal de tout grand mouvement4 ,voyant sa rivale succomber sous le poids de ses mille prceptes1 elle pensa qu'il n'y avait d'avenir que dans la spontanit4 ,ne vous embarrassez ni des ,grecs1 ni des ,romains1 ni de ,racine1 ni de ,voltaire1 dit-elle la jeunesse2 le pass est us1 il faut du nouveau une socit nouvelle2 laissez l ,boileau1 ,la ,harpe et les innombrables lgislateurs d'une littrature qui n'en peut plus et qui expire2 consultez votre gnie1 et laissez-vous aller l'inspiration du ciel4 ,alors chacun se mit crire1 chacun eut son type1 son genre1 son style lui1 qui n'tait compris que de lui4 ,on retroussa ses cheveux1 on dcouvrit son front1 on se laissa pousser la barbe1 on prit une attitude superbe1 et l'on se dit3 ,moi1 je suis le dieu de la posie hroque6 toi1 celui du drame6 etc4 ,puis l'imagination1 abandonne elle-mme1 court1 effrne1 cumante1 bouleversant tout de son souffle de feu1 le ciel1 la terre1 les dieux et les dmons4 ,tout parle1 tout agit1 tout se coudoie1 dans ce pandmonium1 dans cette vaste orgie de l'esprit1 les rois et les gueux1 les anges et les bourreaux4 ,ce furent des cris1 des gmissements1 des rires froces1 des hurlements infernaux2 alors ce fut la passion ignoble1 puise1 dgotante1 sole1 se tranant dans la fange2 ce fut le #ic de la littrature4 ,le vaste mouvement littraire de la restauration se subdivisait en trois tendances particulires1 qui1 runies ensemble1 compltaient l'expression de la ,france1 et par consquent1 de l',europe4 ,la premire1 que j'appellerai panthiste1 avait pour chef ,v4 ,hugo2 la seconde1 catholique et religieuse1 tait reprsente par ,lamartine2 et la troisime1 purement nationale1 tait dirige par ,branger4 ,derrire ces trois grands potes marchait un nombre infini d'hommes de talents1 qui leur servaient de rapsodes1 et qui rpandaient en petite monnaie la substance de leurs ides4 ,ces trois tendances1 ces trois courants de la pense franaise1 n'taient pas le fait des trois hommes qui les dirigeaient2 non1 car ils avaient surgi avec le sicle qui nous entrane4 ,v4 ,hugo prta sa voix magnifique cette haute impartialit qui caractrise notre poque1 ce besoin irrsistible de l'esprit humain de se rpandre au dehors1 de franchir la barrire de la nationalit1 d'interroger tous les peuples et tous les ges2 cette fivre qui nous pousse quitter notre ,europe bavarde et prosaque pour courir le monde et les dserts1 et pour aller retremper la posie dans les feux de l',orient qui1 accroupi et silencieux devant l'avenir1 nous cache encore l'histoire primitive de l'humanit4 ,lamartine se fit le tendre consolateur des mes pieuses1 timides et saintes qui1 brises par la tempte rvolutionnaire et l'incrdulit1 cherchaient un refuge dans le sein de ,jsus-,christ4 ,quant ,branger1 il marcha sur la grande route sociale de #hi1 il se fit le barde immortel de cette classe moyenne1 fille de la philosophie du #ah;e sicle2 il chanta ses douleurs et ses esprances1 et la conduisit victorieuse jusqu' la rvolution de #ahcj4 ,ainsi donc1 ces trois grands crivains1 avec l'arme de leurs disciples1 sont les interprtes de trois tendances sociales qui1 runies ensemble1 forment la base de la moralit du dix-neuvime sicle4 ,ils ne sont forts1 ils n'ont trouv d'cho dans la nation que parce qu'ils sont sa parole vivante1 et c'est ce titre qu'ils intresseront l'avenir4 ,ces faits confirment pleinement nos ides sur l'art1 qui n'est et ne peut tre que l'expression des souffrances et des dsirs d'un peuple4 ,l'art pour l'art est une monstruosit1 la ngation de la volont et de la moralit1 l'intronisation de l'gosme dans ce qu'il y a de plus pur et de plus saint1 dans la pense de l'homme4 ,qu'il le veuille ou qu'il ne le veuille pas1 qu'il en ait conscience ou non1 l'artiste obit toujours aux impulsions de son temps et en retrace l'image4 ,homre1 ,virgile1 le ,tasse1 ,racine1 aussi bien que ,voltaire1 ,lamartine1 ,hugo et ,branger1 sont des tmoignages immortels de leur poque1 des pages du pass2 voil pourquoi l'art est de l'histoire4 ,mme dans ses productions les plus capricieuses et les plus naves1 l'esprit humain est soumis cette loi1 et pour qui sait lire dans les uvres de l'art1 il voit la renaissance dans une salire de ,benvenuto ,cellini1 aussi bien que dans un tableau de ,raphal2 et le dix-neuvime sicle aussi bien dans une symphonie de ,beethoven que dans une caricature de ,charlet4 ,sans doute1 si l'artiste subit l'influence de ses contemporains1 c'est sa manire4 ,il puise1 il est vrai1 dans son sicle les sentiments et les passions qui l'inspirent2 mais il les dgage de la fange qui les enveloppe1 il les purifie et les lve l'tat d'ides3 c'est ainsi qu'ils parviennent la postrit4 ,aussi1 dans une uvre d'art1 il y a deux lments3 ce qui est gnral1 et ce qui est particulier1 l'lment ternel et l'lment local4 ,le mouvement littraire de la restauration fut l'art1 ce qu'avait t la socit la grande rvolution de #hi3 la destruction des vieilles classifications1 et le rveil de la spontanit4 ,l'esprit humain est de sa nature parfaitement logique1 il va toujours jusqu'au bout de l'ide qui le proccupe4 ,il tait donc impossible1 qu'aprs la tempte qui bouleversa la cit et la reconstruisit sur de nouvelles bases1 l'art restt ce qu'il tait avant cet ouragan4 ,il fallait de toute ncessit que la pense sociale se compltt1 et que la littrature rpondt aux besoins d'un peuple nouveau3 la rvolution littraire fut le complment fatal de la rvolution politique4 ,aussi leur marche et leur progression furent-elles presque identiques4 ,gnreuse et modre son dbut1 l'cole romantique ne demandait que la libert de vivre1 et s'inclinait avec respect devant les monuments du pass4 ,mais cela ne dura gure1 et bientt on la vit secouer le joug de toute tradition1 porter la hache sur l'image des dieux adors1 et joncher le sol de leurs dbris4 ,alors ce ne fut plus qu'une meute de polissons de vingt ans insultant la pudeur publique et au sens commun1 par les enfantements monstrueux d'une pense furibonde et sans contrle4 ,cette littrature dguenille et sans retenue fut l'art1 ce que le sans-culottisme avait t la socit civile1 un mensonge la morale et la tendance grave et civilisatrice du dix-neuvime sicle4 ,en effet1 a-t-on jamais menti plus effrontment un sicle de lumires6 ,c'est en face d'une socit grave qui veut la libert et le repos2 c'est en face d'une nation sense lasse de troubles et de guerres civiles1 qui exige de l'ordre dans les murs et dans les lois1 qu'une poigne d'nergumnes nous peignent leurs orgies1 leurs pochades de bas lieu1 leurs flibustiers1 leurs empoisonneurs6 ,y a-t-il un dissipateur1 un jeune homme chapp de la maison paternelle1 chass pour son inconduite d'une administration1 d'un atelier1 d'un rgiment1 sans spcialit1 sans instruction1 incapable d'aucune occupation honnte1 livr la dbauche1 la paresse et la misre1 il se fait crivain4 ,il fait des romans1 des nouvelles1 des vaudevilles1 des feuilletons1 et rgente la socit qui n'a pas voulu de lui4 ,il nous donne ses besoins cyniques1 ses murs crapuleuses1 sa vie dsordonne1 son exaltation d'ivrogne1 pour la peinture d'un grand peuple rempli de bon sens et de probit6 ,que signifie la littrature actuelle8 ,est-elle l'expression avance des masses que comprime la lgalit politique1 est-elle le cri de quelque noble douleur crase par la main calleuse de la bourgeoisie qui nous gouverne1 ou plutt la voix accusatrice de la libert europenne1 immole l'intrt des rois8 non3 c'est l'enfant du caprice et de l'irrflexion4 ,elle n'a ni but1 ni ensemble1 elle erre au hasard sans dieu et sans autel2 c'est une arme sans discipline1 une cohue d'individualits poussant des hourras tourdissants4 ,oui1 sachez-le bien6 ,vous n'tes que les obscurs historiographes de quelques coteries parisiennes et des passions factices d'une grande ville depuis long-temps en rvolution4 ,vous tes l'cho tardif d'un pass sanglant et horrible4 ,votre gloire phmre qu'on exalte dans certains journaux et dans certaines coulisses de la capitale1 n'a pu supporter le grand jour4 ,la province dont vous vous tes tant moqus1 la province n'a pas voulu de vous2 son rare bon sens que vous qualifiez de btise1 a su repousser les doctrines rchauffes de la ,montagne1 et la forme littraire qui en faisait le pendant4 ,elle est reste fidle au principe social de #hi1 et aux grands crivains qui honorent la nation4 ,vos uvres avortes qui remplissent les cabinets de lecture et qui sont l'aliment corrupteur de quelques femmelettes1 de quelques niais oisifs1 n'ont pu pntrer dans la bibliothque des hommes clairs qui ont du calme et de la porte dans l'esprit4 ,mais consolons-nous1 la raction a commenc dans toutes les parties de la pense publique4 ,tout le monde sent prsent qu'il y a assez de dcombres1 assez de ruines1 et que le progrs n'ayant plus rien qui le gne1 peut facilement se mettre l'uvre4 ,l'art ainsi que la socit est une table rase1 o il n'y a plus rien effacer4 ,l'cole dite romantique a fait son temps1 elle a accompli sa mission1 elle a complt la grande rvolution sociale de #hi1 elle a proclam la libert dans les productions de l'esprit1 comme la dernire l'avait introduite dans la vie politique4 ,sachons lui gr de ses efforts1 reconnaissons l'utilit de son labeur1 mais dposons le mousquet de l'insurrection1 et jouissons de la libert conquise4 ,une gnration d'esprits graves s'lve1 qui veut s'arracher cette atmosphre de temptes et d'orages1 et qui comprend qu'on ne peut dsormais arriver au progrs que par une patience laborieuse4 ,en facilitant l'mancipation intellectuelle des provinces1 en largissant le cercle de la vie communale1 ,paris se dgorgera de cette population immense de mauvais crivains1 de ces troupeaux de repoussantes mdiocrits qui embarrassent toutes les voies1 et assourdissent le gouvernement des cris de leur indigence4 ,ces hommes1 rebuts de toutes les industries et de toutes les spcialits1 accourus des quatre-vingt-six dpartements1 misrables1 paresseux1 couverts de dettes1 s'y constituent les organes de l'opinion publique1 et les moralistes de la nation4 ,formant des espces de bandes de candottieri1 toujours au service du plus offrant1 ils n'ont de conscience que celle du libraire ou du journal qui les paie4 ,ce sont eux qui1 sans autre mrite qu'une pauvre facilit faire des phrases1 jugent le peintre1 le sculpteur1 le musicien1 se font les dispensateurs de la gloire1 et peuplent la ,france de ces livres sans vrit1 avortons o l'indcence le dispute l'ineptie4 ,dsormais1 il faut que les crivains consciencieux abandonnent la position exceptionnelle qu'ils se sont faite1 qu'ils s'encadrent dans la socit1 qu'ils se mlent la vie relle1 qu'ils deviennent citoyens4 ,la vie d'artiste1 mot aussi nouveau que le fait qu'il exprime1 est une insulte la gravit de nos murs et la marche du sicle4 ,on n'est point un grand artiste1 parce qu'on vit en concubinage avec une figurante de l',opra1 et qu'on mange quarante mille francs par an6 ,il est indigne d'un gouvernement qui se respecte1 de combler de distinctions de pitoyables dramaturges1 de mauvais romanciers1 des paillasses littraires1 et cela1 parce qu'ils aboient dans les journaux4 ,il faut absolument que l'art abandonne les sublimes niaiseries de convention dont il se nourrit depuis vingt ans1 il faut que la littrature cesse d'tre une littrature exclusivement parisienne1 et qu'elle devienne celle de la ,france4 ,quand les artistes et les crivains auront compris que ce n'est pas dans la vie oisive de la capitale qu'on puise les grandes ides2 quand ils seront persuads que la rgularit dans les actions de l'homme1 est une source fconde de hautes penses et de sentiments vrais2 quand ils seront convaincus surtout1 que les provinces et l',europe ne sont pas dupes des clbrits phmres enfantes par la camaraderie et la complaisance vnale des journaux1 et qu'il faut des uvres durables pour mriter leur estime2 alors nous aurons une littrature nationale1 alors nous aurons l'ordre dans les consciences et dans l'tat1 alors nous aurons une libert forte1 et un immense avenir de gloire et de bonheur4 ,,viii4 ,,conclusion4 ,nous sommes arriv au but que nous nous tions propos4 ,nous avons jet un coup d'il rapide sur l'ensemble de la ,france2 nous avons cherch dfinir les lments dont se compose la socit actuelle2 nous nous sommes efforc de pntrer ces individualits collectives qu'on appelle partis politiques1 d'en sonder les mystres1 d'y tudier le mcanisme de la vie intime1 et d'en constater les transformations4 ,nous croyons avoir prouv3 #ao que l'esprit de la ,france est essentiellement formulateur1 et qu'il n'est fort que par sa facult reprsentative2 #bo que le parti lgitimiste est mort pour toujours comme pouvoir politique1 mais qu'il a et qu'il conservera long-temps une grande puissance morale2 et qu' tout prendre1 il est encore la fraction la plus intelligente1 la plus sociable1 la plus avance de la socit franaise2 #co que la bourgeoisie actuelle1 germe des futures classes moyennes1 n'est pas la hauteur de la mission que les destins lui ont faite2 qu'excellente et courageuse dans le maintien de l'ordre matriel1 elle est dpourvue de l'ducation et de la haute moralit ncessaires au gouvernement d'une grande nation1 et qu'elle a fauss le rle de la ,france dans le drame europen2 #do que le vieux parti rpublicain est vaincu1 mort sans retour1 et qu'il ne laisse aprs lui ni postrit1 ni murs1 ni souvenirs1 ni regrets2 mais qu'il s'lve sa place une jeune dmocratie1 intelligente et calme1 qui donnera bien de la besogne la monarchie de juillet2 #eo que le clerg catholique n'est pas du tout rsign aux faits accomplis1 qu'il fait son possible pour ressaisir une influence qu'il n'aura plus1 et que les efforts du gouvernement et de quelques esprits levs1 pour ramener la vie du sicle ce vieux tuteur de la socit europenne1 seront infructueux1 parce qu'on ne ranime pas un cadavre2 #fo que le mouvement littraire1 connu sous le nom de romantisme1 s'est tu par ses propres excs1 mais qu'il fut utile1 indispensable mme2 qu'il a bris les anciennes formules1 remu un nombre considrable de mots et d'ides1 et qu'il a prpar les voies aux hommes de gnie4 ,voil la substance de notre livre2 nous y ajouterons quelques rflexions4 ,les tres collectifs1 comme les tres naturels1 ne peuvent se faire l'ide douloureuse que le temps modifie tout1 et qu'ils sont les premiers subir cette loi ternelle des choses4 ,aussi1 pendant que tout change1 que tout se transforme1 ils persistent se dire invulnrables1 et nier leur annulation2 n'est-ce pas le caractre de la vieillesse1 qui aime mieux croire la dtrioration du monde1 qu' sa propre dcrpitude8 ,par exemple1 on se plaint1 depuis quelques annes1 de l'engourdissement de l'esprit public1 et de l'indiffrence de la nation en matire politique4 ,ni les passions factices de la presse1 ni les promenades sentimentales de quelques dputs1 n'ont trouv d'cho au milieu de nos populations calmes et ddaigneuses4 ,la nation serait-elle rellement endormie1 et aurait-elle lchement abandonn le soin de son indpendance et de sa libert8 ,assurment1 non4 ,la civilisation1 qui n'a pas une marche mthodique1 ne suit pas toujours la route que lui tracent ses claireurs2 souvent mme elle parat se plaire tromper compltement leur attente4 ,ainsi1 aucun des vieux partis politiques qui se sont unis pour renverser la restauration1 et qui depuis #hi se partagent la ,france1 n'est aujourd'hui l'expression de ses vux et de ses intrts2 leurs doctrines partielles et agressives ne sont plus en harmonie avec le mouvement prononc d'organisation qui tourmente toutes les ttes4 ,on confond le travail paisible1 mais efficace1 d'une gnration qui s'lve1 avec le silence de la mort4 ,il est vident que1 depuis la rvolution de juillet1 la nation n'est plus dans la situation morale o elle se trouvait avant les trois grandes journes4 ,soumise alors un pouvoir qui contrariait toutes ses tendances1 elle dut tout entreprendre pour l'anantir4 ,l'opposition tait gnrale1 tout le monde aidait au mouvement1 chacun y tait utile2 car pour renverser il faut plus de courage que d'intelligence2 mais aprs la victoire1 la question changea de face4 ,un gouvernement nouveau s'institua1 qui rpondait peu prs aux besoins de la majorit victorieuse4 ,la bourgeoisie1 qui avait fait la force de l'opposition des quinze dernires annes1 et derrire laquelle s'taient caches les fractions rpublicaine et bonapartiste1 voulut s'arrter1 user de la puissance qu'elle venait de conqurir si pniblement1 organiser l'tat comme elle l'entendait1 et jouir enfin d'un bonheur qu'elle poursuivait depuis #hi4 ,les minorits1 dues dans leur attente1 se fchrent2 elles accusrent la bourgeoisie d'gosme1 elles harangurent le peuple1 promirent le sicle d'or si on voulait les suivre2 et voyant que leur loquence restait sans effet1 elles prirent les armes et tentrent la guerre civile4 ,elles furent vaincues1 chasses de la place publique coup de crosse de fusil par la bourgeoisie1 qui l'instinct de la conservation donna du courage4 ,malgr leurs nombreux revers1 les factions ne se tinrent pas pour battues2 elles envahirent la presse et la chambre1 essayrent d'obtenir par la ruse et les voies lgales1 ce qu'elles n'avaient pu acqurir par la force2 mais le pays resta sourd leurs paroles1 et les laissa prcher dans le dsert4 ,c'est alors qu'elles se mirent accuser la nation de somnolence1 et proclamer qu'elle tait morte la vie politique6 ,c'tait naf1 mais ce n'tait certes pas adroit4 ,la presse s'est trangement trompe6 ,parce qu'avec sa critique acerbe et agressive1 elle avait servi la haine universelle contre une dynastie incorrigible2 parce que la crdulit gnrale lui avait laiss faire et dfaire des rputations2 parce qu'avec une demi-douzaine de phrases sonores et creuses1 elle avait gouvern le pays pendant quinze ans et exerc une dictature presqu'absolue sur l'inexprience de la nation2 elle eut la simplicit de croire qu'il en serait toujours de mme1 et qu'aprs la rvolution de juillet elle pourrait continuer vivre1 des grossires banalits qui l'ont sustente pendant toute la restauration6 ce qui se passe depuis cinq ans a d compltement la dsabuser4 ,a prsent1 il faut autre chose que des dclamations pour remuer les esprits4 ,avec une royaut intelligente qui s'entoure de toutes les grandes capacits de la nation1 l'opposition devient difficile2 il faut des faits positifs1 des ides nouvelles1 des tudes spciales et profondes pour combattre une administration qui se recrute dans les hommes les plus clairs et les plus capables4 ,aussi1 depuis #ahcj1 l'opposition en gnral a-t-elle t presque toujours battue par le gouvernement4 ,tandis qu'elle l'attaquait par des souvenirs1 par de vieilles passions1 il se dfendait par de hautes raisons d'tat1 puises dans les circonstances imprieuses o il se trouvait2 pendant qu'elle faisait du drame1 il faisait de l'ordre2 tandis qu'elle poussait l'anarchie1 il marchait au progrs2 c'est ce qui l'a consolid4 ,la nation ne s'y est pas trompe3 malgr les lans piques de la presse et de la tribune1 elle a parfaitement compris que le gouvernement tait le vritable dfenseur de ses intrts1 et l'interprte de la civilisation4 ,le gouvernement est devenu populaire2 il est de bon ton de le dfendre1 d'expliquer ses mesures1 de l'excuser2 tandis que l'opposition vulgaire est tombe dans l'avilissement3 c'est l un pas immense dans la moralit franaise6 ,et puis1 l'avnement de la bourgeoisie au pouvoir est un fait qui par lui-mme1 doit attnuer la puissance de la presse1 surtout de la presse parisienne4 ,la bourgeoisie ne lit gure1 et il faut autre chose que de beaux discours et des ides philosophiques pour l'influencer2 elle se dfie volontiers de tout ce qui est abstrait2 son esprit1 rompu aux dtails de la vie pratique1 s'lve rarement la conception d'un plan gnral1 jusqu' la cime des choses4 ,elle ne croit qu' ce qu'elle palpe1 et pour elle1 le monde finit l o se termine l'horizon4 ,d'ailleurs l'mancipation de la bourgeoisie doit amener ncessairement l'mancipation morale des provinces2 et ce dernier fait portera un coup terrible l'omnipotence de la presse de la capitale4 ,en effet1 il est incontestable que depuis #ahcj la province semble s'animer d'une vie nouvelle4 ,le pouvoir et les partis acharns sa perte1 ont tour--tour invoqu son assistance2 rveille de son long assoupissement par les cris des combattants1 elle s'est empresse de donner la royaut de juillet l'appui immense de son assentiment1 et les minorits factieuses furent vaincues faute de proslytes4 ,repouss de ,paris1 le flot de l'anarchie dborda dans des contres encore vierges de ses ravages1 o il fut compltement absorb4 ,oui1 qu'on le sache bien1 parmi les causes qui depuis six ans ont contribu l'affermissement de la monarchie constitutionnelle1 une des plus efficaces c'est la rsistance nergique de la province aux prdications fallacieuses des nouveaux prophtes2 son bon sens l'a prserve des doctrines perverses1 et des mille folies qui ont agit la capitale4 ,fiers de leur courage et de leur constance aux principes d'une libert conservatrice1 les dpartements semblent vouloir secouer la pesante tutelle dont on les accable depuis si long-temps1 et prluder une existence plus large et plus intelligente4 ,dj il s'lve de toute part des institutions locales1 des ateliers1 des socits littraires et musicales qui1 sans avoir encore une grande porte1 ont au moins le mrite de propager le got des choses leves1 de faire connatre les chefs-d'uvre des grands artistes1 et de soulager ,paris d'une partie de cette masse de sang1 qui bien des fois a failli l'touffer4 ,encourages par la rare sagacit de la royaut1 qui comprend toute l'utilit de cette dispersion de la vie sociale1 et pousses en avant par les nouveaux intrts que viennent de crer les lois communale et dpartementale1 les provinces s'agitent1 se proccupent des grandes questions administratives1 et tendent toutes se crer des centres d'activit locale1 qui auront un jour les plus heureux rsultats4 ,voil1 ce nous semble1 les causes nombreuses qui militent contre l'influence exclusive de la presse parisienne2 et dj nous voyons la preuve de ce fait1 dans l'indpendance que montrent les dpartements dans le choix de leurs dputs4 ,une des grandes misres de l'humanit1 c'est de ne savoir jamais apprcier le moment actuel de son existence2 c'est de lancer son esprit ou trop en avant1 ou de le laisser errer derrire elle2 c'est de regretter1 d'esprer1 de rire ou de pleurer toujours1 sans repos1 sans savoir jouir paisiblement du beau jour qui l'claire1 et du bonheur qu'elle rencontre4 ,de l ces voix graves1 ces gnies moroses qui s'lvent pour maudire les gnrations contemporaines et le sicle qui les porte4 ,certes1 le ntre n'a pas t gt par les pangyriques2 les ,jrmies n'ont pas failli son instruction2 c'est un mtier si commode que tout le monde s'est mis le faire4 ,parmi les grosses banalits qu'on imprime tous les jours contre ce pauvre dix-neuvime sicle1 on remarque surtout celles d'athisme et d'immoralit4 ,incrdule1 et pourquoi8 ,parce qu'il ne va plus confesse1 parce qu'il ne croit plus au mystre de la ,sainte-,trinit1 ni l'infaillibilit du pape2 parce qu'il ne veut plus ni de la domination du prtre1 ni de la tyrannie des castes1 et qu'il ne s'agenouille plus devant de creux ftiches et de vieilles lgendes2 parce qu'il se sent assez fort pour adorer ,dieu face face1 et qu'il n'a plus besoin de coups de tonnerre ni de buissons enflamms pour croire l'existence d'un tre suprme1 type ineffable de toute beaut1 de toute justice et de toute grandeur2 on oublie donc que l'humanit a appris lire1 et qu'elle n'a plus besoin de ,mose pour comprendre les tables de ,sina4 ,qu'on me cite un sicle qui ait eu une ide plus leve1 plus rationnelle1 du monde et de son auteur2 qu'on remonte le fleuve de l'histoire1 et qu'on me trouve une poque o ,dieu ait t mieux compris1 mieux servi1 mieux aim que de nos jours8 ,il y eut-il jamais une aspiration plus vive et plus gnrale l'idal1 au bonheur de tous les hommes1 la perfection du genre humain8 ,vit-on jamais la socit plus grave1 plus sense1 plus ferme dans les principes d'ordre et de libert1 malgr les nombreuses tentatives des mchants pour l'en dtourner8 ,a-t-on jamais vu une plus sainte proccupation de la misre du pauvre1 une charit plus abondante1 plus d'gards pour les classes infimes1 plus de svrit dans les murs1 plus de chastet dans les familles8 ,a-t-il jamais exist un gouvernement plus modr1 qui mt une plus tendre sollicitude faciliter l'instruction de la jeunesse1 et rcompenser les talents8 ,non1 jamais4 tait-on plus religieux du temps des dragonades1 de la ,saint-,barthlemy1 sous le rgne de ,franois ,ier1 ce roi chevalier qui faisait brler les calvinistes de son royaume pendant qu'il s'alliait avec les ,turcs et les protestants de l',allemagne8 ,dieu tait-il donc mieux compris1 lorsqu'on gorgeait les populations innocentes du nouveau monde1 sous le pontificat des ,borgia1 pendant le grand schisme d',occident1 du temps de la guerre des ,albigeois1 pendant les croisades1 lorsqu'on pillait1 on brlait1 on assassinait pour la gloire du ,seigneur8 ,quoi6 un peuple qui travaille1 qui ne va plus gueusant la porte des monastres1 qui fait tous ses efforts pour arriver la proprit1 parce qu'elle est la source des plus nobles sentiments1 ce peuple est immoral6 ,quoi6 dis-je1 un sicle qui voit ,dieu partout1 qui le bnit sous toutes les formes1 qui ne l'emprisonne plus ni dans un peuple1 ni sous un turban ou un bonnet carr1 qui laisse chacun la libert de l'adorer comme il l'entend1 qui ne pend plus pour un mot1 pour une syllabe2 un sicle d'une admirable tolrance serait un sicle athe6 ,arrire donc sycophantes impies1 vos blasphmes hypocrites ne nous imposent pas6 ,vos jrmiades dcoupes de la bible que vous mutilez1 sont impuissantes sur un sicle que vous ne dtestez que parce qu'il a mis un terme vos dvotes fourberies4 ,nous valons mieux que nos pres et nos aeux4 ,les murs de la ,france en #ahcg sont incomparablement plus pures que lorsque les vques se disputaient l'honneur d'tre les mignons des concubines des rois trs chrtiens2 et le ,dieu d'une poque qui croit au progrs incessant de l'esprit humain1 vaut bien celui de l'inquisition6 ,nous vivons dans une poque de transition4 ,la chaleur lente mais irrsistible de la civilisation a pntr les vieilles entits sociales qui se dissolvent1 et parsment le sol de leur poussire4 ,on a beau crier qu'on est plein de vie et qu'on a des sicles d'avenir1 personne n'y croit1 et la mort a dj frapp de sa main dcharne ces vieillards imbcilles qui se fardent et se redressent1 croyant cacher sous ces vains artifices les sillons inaltrables du temps4 ,si la socit actuelle n'a pas de physionomie propre2 si le gouvernement de #ahcj est un compos de mille lments divers qui hurlent de se voir accoupls ensemble2 s'il a t oblig de couvrir sa nudit des nombreuses dfroques lgues par ses prdcesseurs2 c'est que la nation elle-mme n'avait point de formes arrtes2 c'est qu'elle tait travaille par un mal immense dont elle ignorait la cause2 c'est qu'en sachant trs bien ce qu'elle ne voulait pas1 elle n'avait pas encore d'ides faites sur le monument qu'elle voulait difier4 ,aussi comprenons-nous merveille le dsordre et la confusion qui furent la suite de l'immortelle victoire de juillet4 ,dans l'incertitude gnrale1 chacun se crut appel guider les autres2 et comme chacun n'tait que le reprsentant d'une ide partielle1 il est vident qu'elle ne pouvait convenir tous4 ,de l ces milliers de prophtes1 ces clubs de lgislateurs1 ces meutes sanglantes4 ,au milieu de cet orage1 et assailli par toutes les minorits dont chacune voulait lui imposer ses lois1 le gouvernement1 s'apercevant que la nation n'tait pas plus avance que lui1 et qu'elle n'tait point en tat de lui donner des conseils1 fit un pas en arrire2 et s'appuyant sur quelques piliers vermoulus de la monarchie dtruite1 il proclama la ncessit de l'ordre qui est un besoin de tous les temps et de toutes les socits4 ,il fut admirablement second1 dans cette noble mission1 par la vieille bourgeoisie de #hi1 dont les ides sociales taient depuis long-temps arrtes2 et puisque la bourgeoisie et le gouvernement voulaient ce qui convenait presque tous1 le repos et le temps de se reconnatre1 il tait impossible qu'ils ne fussent vainqueurs d'une poigne de factieux entts4 ,en ceci1 le gouvernement a donn une grande preuve de sagesse4 ,il a fait un appel aux forces existantes1 et il ne s'est pas amus attendre1 les bras croiss1 que la socit se dbrouillt toute seule4 ,il a accompli l'acte d'un bon administrateur1 mais voil tout2 la question de l'avenir de la socit franaise est encore pendante4 ,le gouvernement de juillet tel qu'il existe1 n'est proprement parler que le gouvernement temporaire d'une caravane qui n'est pas encore arrive au but de son voyage4 ,en effet1 comment voulez-vous que la socit ait un caractre prononc pendant que durera cette dissolution des anciennes classifications politiques8 ,est-il possible qu'un gouvernement fort et original s'tablisse sur un sol plein de sable1 chaque jour renouvel par des couches nouvelles1 et au milieu d'une nation qui se dcompose8 ,car la classe qui doit surgir de cette immense laboration1 cette classe moyenne qui se formera des dbris de toutes les vieilles fractions sociales1 et qui englobera dans son vaste sein1 nobles1 prtres1 rpublicains1 lgitimistes1 etc41 etc42 cette classe moyenne1 qui dsormais doit tre la base de toutes les nationalits1 et qui doit appartenir le gouvernement de l'avenir1 n'existe pas encore4 ,la bourgeoisie1 dont nous nous sommes occup dans un chapitre spcial de cet ouvrage1 n'est qu'un parti politique plus troit1 plus goste et plus ignorant que les autres2 la bourgeoisie n'est que l'enfance de la vritable classe moyenne4 ,nous sommes tonn qu'un penseur de la force de ,m4 ,guizot se soit mpris au point de parler de la classe moyenne comme si elle existait rellement4 ,il n'y a encore que des partis ennemis l'un de l'autre1 exclusifs1 dpourvus d'aptitude et d'avenir2 du moins1 c'est ce que nous avons voulu dmontrer dans ce livre4 ,la vritable classe moyenne est dans les langes2 toutefois elle grandira vite1 et son rgne n'est pas loin4 ,mais nous vivons encore sous la tutelle de la bourgeoisie de #hi1 qui certes a bien mrit de la civilisation en dtrnant la fodalit1 mais qui est au bout de sa glorieuse carrire et qui n'en peut plus4 ,louis-,philippe est le vritable reprsentant de la bourgeoisie2 il en a les besoins et les sympathies2 il a admirablement bien compris que les restes de cette vieille bourgeoisie1 qui combattait ses cts ,jemmapes1 formeraient encore le parti le plus puissant et le seul qui ft en tat de faire la police de la socit matrielle2 il s'est appuy sur elle1 et il en a fait une garde conservatrice de l'ordre et du repos public4 ,escort de cette sage milice1 il a prserv la ,france du rgne furibond des coliers de la ,montagne et du retour de la royaut fodale4 ,en ceci1 il a t profondment habile1 sagace1 consquent avec sa vie entire et les principes de la bourgeoisie4 ,il a voulu sincrement ce qu'il croyait tre le bien de la nation2 il l'a accompli avec un courage1 une suite et une modration que n'oubliera pas l'histoire4 ,mais nous croyons qu'il ne lui est pas donn d'aller plus loin4 ,la bourgeoisie est un corps puis2 elle fera encore pendant quelques annes le service d'invalide2 elle montera la garde2 elle balaiera les rues2 mais la prpondrance politique lui chappe2 il n'y a plus en elle aucun germe de vitalit sociale4 ,elle a fait son temps et son uvre2 elle a tu la fodalit3 il ne lui reste plus qu' mourir et qu' engraisser de sa cendre le sol duquel germera la future classe moyenne4 ,c'est l'hritier prsomptif de la couronne de juillet1 c'est au duc d',orlans qu'est rserv le prilleux honneur d'ouvrir le rgne de la classe moyenne4 lev au milieu de nous1 comme nous nourri la source de la science populaire1 jeune1 instruit1 gnreux1 sans antcdents politiques qui l'enchanent1 pur comme les trois grandes journes1 c'est vritablement un homme de l'avenir6 ,c'est lui qu'appartiendra la gloire d'largir le cercle de la rvolution de #ahcj1 d'en tirer les consquences qu'elle contient et sans lesquelles elle ne peut que vgter1 de relever l'honneur de la ,france vis--vis de l',europe1 de lui faire parler un langage digne de sa grandeur1 et d'effacer l'ignoble souillure que lui a faite la couardise de la bourgeoisie4 ,en terminant cet ouvrage1 nous prouvons le besoin de dire encore un mot sur une petite raction qui1 dans un coin de la capitale1 semble s'lever contre le dix-huitime sicle4 ,rien n'est plus digne de piti que ce qu'on appelle ,paris une raction6 ,il y en a cent au moins dans le court espace d'un quart de sicle2 et si la province tait aussi niaise qu'on se l'imagine1 et suivait servilement toutes les impulsions qu'on veut lui donner1 la ,france serait le dernier pays de l',europe4 ,revenez ,paris aprs cinq ou six ans d'absence1 vous tes douloureusement surpris de ne plus trouver debout les dieux et les hommes qu'on y adorait avant votre dpart4 ,non-seulement ils y sont oublis1 mais leurs statues sont renverses1 mais on les nie1 on conteste le droit qu'ils avaient l'admiration gnrale4 ,dans les arts1 ces flux et reflux sont innombrables4 ,aujourd'hui1 on pleure ,nourrit1 on l'encense1 on le charge de couronnes1 on s'apitoie sur sa perte irrparable4 ,demain1 on s'agenouille aux pieds de ,duprez1 on le proclame le plus grand chanteur qui ait exist1 et ,nourrit n'est plus qu'un talent factice et de second ordre4 ,il ne faut pas s'imaginer1 comme on se plat le dire1 que ces ractions si frquentes et si irrflchies soient l'effet invitable d'une grande consommation d'ides1 d'une vie prodigieusement active1 le signe d'un vritable progrs2 non2 car le plus souvent on est oblig de revenir sur ces enthousiasmes trop htifs4 ,c'est plutt la marque d'une dplorable instabilit2 c'est surtout le produit honteux d'une critique vnale1 sans porte1 qui transgresse les devoirs de sa mission4 ,en politique1 et dans la haute sphre des ides sociales1 ces oscillations sont tout aussi frquentes1 tout aussi imprvues1 tout aussi irrationnelles4 ,n'est-ce pas misrable1 par exemple1 de voir une poigne d'crivailleurs dconsidrs1 qui ne croient ni la ,bible1 ni au ,koran1 clabauder d'une voix de ,tartufe contre le dix-huitime sicle1 l'un des plus grands et des plus glorieux de l'histoire de l'esprit humain8 ,a-t-il jamais exist une poque comparable celle de #agdj #agia8 ,que serions-nous sans ce sicle immortel qui nous a tout aplani1 et nous a lgu jusqu'aux armes avec lesquelles nous lui livrons ce combat parricide8 ,nous vivons encore de ses largesses2 nous sommes obligs de couvrir notre nudit du manteau de sa philosophie1 et nous blasphmons contre sa mmoire1 et nous outrageons sa tombe6 ,sans doute1 le dix-huitime sicle n'est pas le dernier mot de la raison2 il a eu ses faiblesses et ses erreurs1 et il serait absurde de nous contraindre rester immobiles dans le cercle qu'il a trac4 tudions-le1 expliquons-le1 faisons mieux que lui si cela nous est possible2 mais soyons reconnaissants de ce qu'il a fait pour nous2 admirons ses uvres et ses grands hommes qui ont bris les chanes de l'humanit2 ne remuons pas d'une main sacrilge leurs cendres vnres1 et rappelons-nous que le respect du pass est le gage des progrs de l'avenir4 ,,fin4 ,,table4 ,i4 ,,introduction page #a ,,ii4 ,,de ,,la ,,france #bg ,,iii4 ,,du ,,parti ,,royaliste #ea ,,iv4 ,,de ,,la ,,bourgeoisie #gi ,v4 ,,du ,,parti ,r,,publicain #aje ,,vi4 ,,du ,,clerg ,,catholique #abc ,,vii4 ,,de ,,la ,,litt,,rature #acg ,,viii4 ,,conclusion #agg ,fin de la table4 ,note de transcription3 ,les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges4 ,l'accent circonflexe 77 dnote des caractres en exposant4 ,les mots en italiques sont souligns4 ,autres corrections3 p4 #b3 parceque parce que 7parce que l'une ne saurait se subordonner'''47 p4 #cb3 ausssi aussi 7''' serait aussi liberal'''47 p4 #aab3 ,sain-,just ,saint-,just 77,aussi ,saint-,just disait-il logiquement3'''7 p4 #aai3 dysnatiques dynastiques 7ses intrts purement dynastiques47 p4 #aba3 supme suprme 7''' le dpt de la magistrature suprme '''47 p4 #aff3 effne effrne 7''' court1 effrne1 cumante'''47 p4 #afi3 ,bethoven ,beethoven 7''' aussi bien dans une symphonie de ,beethoven'''47 p4 #ahi3 ,barthlemi ,barthlemy 7'''de la ,saint-,barthlemy'''47