,,jacques-,,mile ,,blanche ,propos de ,peintre ,,de ,,david ,a ,,degas ,,premi,,re ,s,,rie3 ,ingres1 ,david1 ,manet1 ,degas1 ,renoir1 ,czanne1 ,whistler1 ,fantin-,latour1 ,ricard1 ,conder1 ,beardsley1 etc4 ,prface par ,marcel ,,proust ,,paris ,,mile-,,paul ,,fr,,res1 ,,diteurs #ajj1 ,,rue ,,du ,,faubourg-,,saint-,,honor1 #ajj ,,place ,,beauvau #aiai ,,du ,m,,me ,,auteur ,cahiers d'un ,artiste3 ,,premi,,re ,s,,rie4--,juin-novembre #aiad4 ,,deuxi,,me ,s,,rie4--,novembre #aiad-;,juin #aiae4 ,,troisi,,me ,s,,rie4--,suite du ,printemps ,paris4--t en ,normandie1 aot-novembre #aiae4 ,,quatri,,me ,s,,rie4--,paris1 novembre #aiae-;aot #aiaf4 ,,cinqui,,me ,s,,rie4--,aot-dcembre #aiaf4 ,tous droits de reproduction1 de traduction et d'adaptation rservs pour tous pays4 ,copyright by mile-,paul frres1 #aiai4 ,justification du tirage ,n ,ce livre est ddi ,marcel ,,proust en souvenir de l',auteuil de son enfance et de ma jeunesse et comme un hommage d'admiration pour l'auteur de ,du ct de chez ,swan son ami ,j4-,e4 ,blanche4 ,,pr,,face ,cet ,auteuil de mon enfance1--de mon enfance et de sa jeunesse1--qu'voque ,jacques ,blanche1 je comprends qu'il s'y reporte avec plaisir comme tout ce qui a migr du monde visible dans l'invisible1 tout ce qui1 converti en souvenirs1 donne une sorte de plus-value notre pense1 ombrage de charmilles qui n'existent plus4 ,mais cet ,auteuil-l m'intresse encore davantage comme un mme petit coin de la terre observable deux poques1 assez distantes1 de son voyage travers le ,temps4 ,entre ces jours anciens et ceux de maintenant1 ,auteuil1 sans qu'il ait eu l'air de bouger1 a travers plus de vingt annes1 pendant lesquelles ,jacques-mile ,blanche a conquis la clbrit comme peintre et crivain1 alors que moi1 dans les jardins voisins et au bord des mmes vieux ,fontis1 je n'ai attrap que la fivre des foins4 ,tout ce que1 dans des pages qui sont des merveilles d'intelligence et de mlancolie1 ,jacques ,blanche dit propos de ,manet1--de ,manet que ses amis trouvaient charmants1 mais ne prenaient pas au srieux1 ne savaient pas si fort1--je l'ai vu se produire pour ,blanche4 ,ici le milieu n'tait pas le mme et son lgance donnait une forme diffrente au malentendu1 au fond identique1 qui existe toujours entre ceux dont les yeux sont pleins malgr eux de la peinture d'hier et les auteurs des oeuvres qui seront dignes du pass parce qu'elles ont t places d'avance dans l'avenir1 des oeuvres qu'il faudrait pouvoir regarder en se mettant la distance des annes qu'elles anticipent et avec cette adaptation de la sensibilit qui exige prcisment du temps4 ,souvent1 pendant que ,jacques ,blanche peignait1 une belle dame couronne de fleurs faisait arrter sa victoria devant l'atelier4 ,elle descendait1 contemplait1 croyait juger4 ,comment et-elle pu supposer qu'un chef-d'oeuvre naissait sous les doigts d'un homme si bien habill1 avec lequel elle avait dn la veille1 qui s'tait montr un causeur si fin et passait pour si mchant4 ,le proverbe--par extraordinaire--est faux qui dit3 ,il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre4 ,et il devrait tre retouch ainsi3 ,il n'y a pas de grand homme pour ses amphitryons1 il n'y a pas de grand homme pour ses invits4 ,quant la mchancet1 pour ma part1 je n'ai connu que l'invariable expansion d'un grand coeur et la srnit d'un juste4 ,cette mchancet ou soi-disant telle1 ne fut pas inutile ,jacques ,blanche et s'il y a eu dans cette rputation un peu de sa faute1 alors rptons le ,felix ,culpa qui tait cher ,renan4 ,le danger pour ,blanche c'tait que1 lgant1 spirituel1 il dissipt sa vie dans la mondanit4 ,mais la nature qui invente au besoin des nvroses protectrices1 de tutlaires infortunes1 pour que le don ncessaire ne soit pas laiss en friche1 voulut que ce renom de mdisance le brouillt assez vite avec les gens qui l'eussent empch de peindre1 et1 les jours o il et peut-tre mieux aim aller une garden-party1 le rejett de force dans son atelier avec la rudesse de l',ange baudelairien3 ,car je suis ton bon ange1 entends-tu1 je le veux4 ,si l'on savait mieux dmler ces choses inconnues1 o la douleur de l'homme entre comme lment1 on verrait que nous devons beaucoup plus1 dans la vie1 aux choses qui nous ont t dsagrables1 qu'aux autres4 ,cette fois-ci c'est un proverbe qui le dit avec toute la force incluse en la plupart d'entre eux3 ,a quelque chose malheur est bon4 ,je ne peux pas me rappeler exactement si c'est dans l'incomparable salon de ,mme ,straus1 dans celui de la ,princesse ,mathilde ou de ,mme ,baignres que j'ai fait la connaissance de ,jacques ,blanche1 vers l'poque de mon service militaire1 c'est--dire peu prs vingt ans4 ,en tout cas1 c'est dans ces trois salons que je le retrouvais le plus souvent1 et une esquisse au crayon qui a prcd mon portrait l'huile a t faite avant le dner1 ,trouville1 dans les admirables ,frmonts qui taient alors la rsidence de ,mme ,arthur ,baignres et o montaient du manoir des ,roches ou de la villa ,persane1 la marquise de ,galliffet1 cousine germaine de la matresse de la maison1 avec la princesse de ,sagan1 toutes deux dans leur lgance aujourd'hui peu prs indescriptible1 d'anciennes belles de l',empire4 ,comme mes parents passaient le printemps et le commencement de l't ,auteuil o ,jacques ,blanche habitait toute l'anne1 j'allais sans peine le matin poser pour mon portrait4 ,a ce moment la maison qui s'est construite en hauteur1 sur l'atelier mme1 comme une cathdrale sur la crypte de l'glise primitive1 tait rpandue1 en ordre dispers1 dans les beaux jardins2 et aprs la sance de pose1 j'allais djeuner dans la salle manger du docteur ,blanche1 lequel1 par habitude professionnelle1 m'invitait de temps autre au calme et la modration4 ,si j'mettais une opinion que ,jacques ,blanche contredisait avec trop de force1 le docteur1 admirable de science et de bont1 mais habitu avoir affaire des fous1 rprimandait vivement son fils3 ,voyons1 ,jacques1 ne le tourmente pas1 ne l'agite pas4--,remettez-vous1 mon enfant1 tchez de rester calme1 il ne pense pas un mot de ce qu'il a dit2 buvez un peu d'eau frache1 petites gorges1 en comptant jusqu' cent4 ,d'autres fois je rentrais djeuner tout prs de la maison des ,blanche1 chez mon grand-oncle1 encore une tape1 7comme dirait ,m4 ,bourget7 moins avance1 que ,m4 et ,mme ,blanche1 ces deux grands bourgeois dont ,jacques-mile a laiss d'inoubliables portraits1 qui font penser aux ,rgents et ,rgentes de l',hpital1 de ,hals4 7,c'est une opinion courante et presque banale que l'image de leur mre offre aux artistes une occasion sans seconde d'exprimer le trfonds d'eux-mmes1 a dit ,jacques ,blanche1 dans ce ,whistler qui est la perle dlicieuse et mlancolique1 la verrerie la plus dlicatement irise de la prsente collection47 ,cette maison que nous habitions avec mon oncle1 ,auteuil au milieu d'un grand jardin qui fut coup en deux par le percement de la rue 7depuis l'avenue ,mozart71 tait aussi dnue de got que possible4 ,pourtant je ne peux dire le plaisir que j'prouvais1 quand aprs avoir long en plein soleil1 dans le parfum des tilleuls1 la rue ,lafontaine1 je montais un instant dans ma chambre o l'air onctueux d'une chaude matine avait achev de vernir et d'isoler1 dans le clair-obscur nacr par le reflet et le glacis des grands rideaux 7bien peu campagne7 en satin bleu ,empire1 les simples odeurs du savon et de l'armoire glace2 quand aprs avoir travers en trbuchant le petit salon1 hermtiquement clos contre la chaleur1 o un seul rayon de jour1 immobile et fascinateur1 achevait d'anesthsier l'air1 et l'office o le cidre--qu'on verserait dans des verres d'un cristal un peu trop pais1 qui donnerait en buvant l'envie de les mordre1 comme certaines chairs de femme1 gros grains1 en les embrassant--avait tant rafrachi que1 tout l'heure1 introduit dans la gorge1 il pserait contre les parois de celle-ci en une adhrence totale1 dlicieuse et profonde1--j'entrais enfin dans la salle manger l'atmosphre transparente et congele comme une immatrielle agate que veinait l'odeur des cerises dj entasses dans les compotiers1 et o les couteaux1 selon la mode la plus vulgairement bourgeoise1 mais qui m'enchantait taient appuys de petits prismes de cristal4 ,les irisations de ceux-ci n'ajoutaient pas seulement quelque mysticit l'odeur du gruyre et des abricots4 ,dans la pnombre de la salle manger1 l'arc-en-ciel de ces porte-couteaux projetait sur les murs des ocellures de paon qui me semblaient aussi merveilleuses que les vitraux--prservs seulement dans les exquis relevs et transpositions qu'en a donns ,helleu--de la cathdrale de ,reims1 de cette cathdrale de ,reims que de sauvages ,allemands aimaient tant1 que ne pouvant la prendre de force ils l'ont vitriole4 ,hlas6 je ne prvoyais pas ce hideux crime passionnel contre une ,vierge de pierre1 je ne savais pas prophtiser1 quand j'crivis la ,mort des ,cathdrales#a4 #a ,on peut aisment deviner que je n'ai pas attendu la dfaite de l',allemagne pour crire ces lignes2 elles lui sont antrieures2 les gens qui crient mort sur le passage d'un condamn me sont peu sympathiques1 et je n'ai pas l'habitude d'insulter les vaincus4 ,blanche dit bien gentiment de ,manet1 ce qui est vrai aussi de lui1 ,blanche1 7et ce qui explique en partie le temps qu'on a mis le faire sortir de la catgorie des amateurs distingus71 qu'il tait modeste1 humain1 sensible la critique4 ,il faudrait pouvoir insister sur ces qualits familires gnralement associes au talent et qui empchent1 pour une forte part1 qu'il soit reconnu4 ,pour montrer que1 7sans talent compensateur1 hlas67 je comprends fort bien tout de mme ce genre de caractre qui1 sous une forme ou une autre1 est celui de tous les grands artistes tudis par ,jacques ,blanche dans ce livre1 je dirai en me laissant aller aux souvenirs de cet ,auteuil de mon adolescence1 que par nature et par ducation1 il m'et alors sembl du plus mauvais got de faire tat d'avantages ou de prtendus avantages1 que des camarades avec qui je me trouvais ne possdaient pas4 ,que de fois1 rencontrant la gare ,saint-,lazare des tudiants qui rentraient aussi ,auteuil1 ai-je1 en rougissant1 dissimul1 pour qu'ils ne pussent pas le voir1 mon billet de premire et suis-je mont en troisime comme eux1 avec l'air de n'avoir jamais connu de ma vie d'autres compartiments4 ,pour la mme raison1 je me cachais aux yeux des mmes collgiens d'aller dj1 et du reste bien peu cette poque1 dans le monde1 si bien que mon manque de relations excitait chez eux une vritable piti et qu'ils n'eussent pas cru pouvoir me laisser apercevoir par les gens qu'ils considraient comme lgants4 ,je me rappelle qu'une fois1 comme je sortais de chez ,blanche1 je montai chez un de ces jeunes gens qui1 probablement recevait ce jour-l sans que je le susse4 ,en entendant la sonnette1 il vint ouvrir lui-mme croyant qu'il allait se trouver devant un de ses invits4 ,mais1 en me voyant1 il fut pris de la terreur folle que des personnes de ses relations pussent rencontrer un tre qui avouait lui-mme n'en avoir aucune1 et avec l'agilit du kangouroo boxeur ou de l'ami qui dans un vaudeville prcipite le mari hors de la chambre o il pourrait trouver sa femme avec un amant1 il me fit descendre les escaliers1 aussi vite je pense qu'un commandant de sous-marin fait quitter un navire torpill ses malheureux passagers1 en me criant3 ,excusez-moi1 mon cher1 votre prsence ici est impossible1 vous comprendrez tout d'un mot1 j'ai goter les ,dutilleul4 ,je ne savais pas et n'ai jamais appris depuis qui taient les ,dutilleul et quelles dflagrations catastrophiques auraient pu natre de mon rapprochement avec ces personnes glorieuses4 ,le mme soir1 je devais aller un bal chez la princesse de ,wagram4 ,mon grand-pre ne se soucia pas de m'emmener avec lui en voiture4 ,il quittait d'ailleurs trop tt ,auteuil1 car s'il venait y dner tous les soirs1 il tenait rentrer coucher ,paris4 ,il ne l'a jamais quitt un seul jour pendant les quatre-vingt-cinq ans qu'il a vcus 7et cet exemple m'aide comprendre mieux que tous les commentaires1 la sdentarit bourgeoise laquelle ,jacques ,blanche va vous raconter tout l'heure que ,fantin-,latour tait si passionnment1 si maniaquement attach71 sauf au moment du sige de ,paris o il alla mettre ma grand'mre en sret tampes4 ,ce fut le seul dplacement qu'il accomplit au cours de sa longue vie4 ,en rentrant le soir ,paris1 il passait devant le viaduc du chemin de fer1 et la vue de wagons capables d'emmener les insenss chercheurs d'inconnu1 au del du ,point du ,jour ou de ,boulogne1 lui faisait prouver au fond de son coup un sentiment d'intense ,suave mari magno4 --,et dire1 s'criait-il1 en regardant le train avec un mlange d'tonnement1 de piti et d'effroi1 et dire qu'il y a des gens qui aiment voyager6 ,mes parents trouvant qu'un jeune homme ne doit pas dpenser son argent inutilement1 me refusrent pour me rendre au bal de ,mme de ,wagram1 non seulement la voiture familiale dont les chevaux taient dtels depuis sept heures du soir1 mais mme un modeste fiacre1 et mon pre dclara qu'il tait tout indiqu que je prisse l'omnibus d',auteuil-,madeleine qui passait devant notre porte et s'arrtait avenue de l',alma o tait l'htel de la ,princesse4 ,comme boutonnire je dus me contenter d'une rose coupe dans le jardin1 sans fourreau en papier d'argent4 ,malheureusement1 l'hte des ,dutilleul tait prcisment dans l'omnibus quand j'y montai4 ,il s'excusa1 sur l'clat qui les environnait1 de la rude opration laquelle il avait t oblig de procder dans l'aprs-midi et se tordant de joie1 par comparaison avec sa propre lgance1 il me dit3 ,alors1 comme a1 vous ne connaissez personne1 vous n'allez jamais dans le monde1 c'est trs drle6 ,tout d'un coup le dplacement du col de mon pardessus lui dcouvrit ma cravate blanche4 ,tiens6 mais puisque vous n'allez jamais dans le monde1 pourquoi tes-vous en habit8 ,je finis1 aprs toutes les dfenses possibles1 par avouer que j'allais au bal4 ,ah6 vous allez tout de mme au bal1 mes compliments1 ajouta-t-il sans plaisir4 ,et peut-on savoir quel est ce bal8 ,de plus en plus gn et pour ter1 comme un vtement qu'on ne veut pas porter trop neuf1 l'clat qu'il y aurait eu dans le mot ,princesse1 je murmurai avec humilit3 ,le bal ,wagram4 ,j'ignorais qu'il y avait pour les garons de caf et les gens de maison un bal qui se donnait salle ,wagram et qui s'appelait le bal ,wagram4 ,ah6 elle est bien bonne1 dit l'ami des ,dutilleul1 en reprenant sa gat1 puis il ajouta svrement3 ,mon cher1 au moins on ne fait pas semblant d'tre invit quand on est assez dnu de relations pour en tre rduit aller des bals de domestiques1 et payants encore6 99 99 99 ,la seule numration des portraits que ,jacques ,blanche fit vers cette poque 7en exceptant le mien7 suffit montrer qu'en littrature aussi1 c'tait l'avenir qu'il dcouvrait1 qu'il lisait1 et elle est dj1 par l1 une premire explication de l'extrme valeur1 du charme unique1 que possde le prsent volume4 ,en effet1 tandis que les peintres illustres alors--un ,benjamin ,constant1 par exemple--ne faisaient le portrait que d'crivains chargs d'honneurs1 dpourvus de mrite1 et aujourd'hui aussi oublis que leur peintre1 ,jacques ,blanche peignait les amis dont il tait seul ou presque seul clbrer le talent pour faire de l'originalit1 disaient les gens du monde1 ou peut-tre par l'effet d'une mchancet1 qui1 aprs avoir dnigr les grands hommes1 trouvait un complment satanique de satisfaction exalter les tenants de l'cole de l',incomprhensible4 ,la vrit tait que tout simplement ,jacques ,blanche possdait en lui1 comme tous les hommes assurs de l'avenir1 cette perspective du temps o il faut savoir se placer pour regarder les oeuvres4 ,et de fait1 aprs vingt annes traverses par l',auteuil de sa jeunesse1 les mmes matresses de maison sont trop heureuses de placer leur droite tel ou tel de ces amis que ,jacques ,blanche portraiturait et encensait alors1 un ,barrs1 un ,henri de ,rgnier1 un ,andr ,gide4 ,jacques ,blanche1 comme ,maurice ,denis1 a toujours profess pour ,gide l'admiration qui convient et laquelle il nous est bien permis d'ajouter de la tendresse4 ,quant aux natures mortes de ,blanche dont c'tait une plaisanterie dans certains salons1 en ce temps-l1 de dire3 ,il faudrait les mettre un peu plus en lumire1 pour aujourd'hui seulement1 parce que nous l'avons invit en quatorzime ou en cure-dents4 ,on les remettra demain un endroit o elles ne se voient pas1 elles sont la place d'honneur aujourd'hui dans les mmes salons4 ,et la matresse de maison explique d'un air dlicat3 ,n'est-ce pas8 c'est d'une beaut rare2 c'est beau comme le classique4 ,je vous dirai que j'ai toujours aim cela1 mme au temps o cela m'obligeait rompre des lances4 ,et il serait peut-tre injuste et un peu trop facile de dire que ces dames se contredisent ainsi parce que la peinture de ,jacques ,blanche est maintenant la mode1 mais qu'elles ne l'aiment pas davantage4 ,il est probable1 au contraire1 qu'elles l'aiment1 puisque pour une oeuvre d'art1 tre enfin mise la mode1 signifie qu'une telle volution de l'optique et du got s'est accomplie pendant une priode plus ou moins longue1 que les femmes de ce genre peuvent enfin aimer cette oeuvre4 ,le dimanche1 ,jacques ,blanche se reposait1 recevait des amis et causait quelques-unes des pages qui1 crites plus tard1 sont runies dans le volume pour lequel il m'a fait le grand honneur de me demander cette prface4 ,ces anciennes causeries du dimanche1 j'ai souvent dit des amis quand il les eurent lues dans des revues1 qu' mon avis elles taient vraiment les ,causeries du ,lundi de la peinture4 ,et je sais bien tout ce qu'une telle appellation renferme d'loge4 ,je crois pourtant que je faisais un peu tort ,jacques ,blanche4 ,le dfaut de ,jacques ,blanche critique1 comme de ,sainte-,beuve1 c'est de refaire l'inverse du trajet qu'accomplit l'artiste pour se raliser1 c'est d'expliquer le ,fantin ou le ,manet vritables1 celui que l'on ne trouve que dans leur oeuvre1 l'aide de l'homme prissable1 pareil ces contemporains1 ptri de dfauts1 auquel une me originale tait enchane1 et contre lequel elle protestait1 dont elle essayait de se sparer1 de se dlivrer par le travail4 ,c'est notre stupfaction quand nous rencontrons dans le monde un grand homme que nous ne connaissons que par ses oeuvres1 d'avoir superposer1 faire concider ceci et cela1 faire entrer l'oeuvre immense 7pour laquelle au besoin1 quand nous pensions son auteur1 nous avions construit un corps imaginaire et appropri7 dans la donne irrductible d'un corps vivant tout diffrent4 ,inscrire les polygones les plus compliqus dans un cercle ou trouver un mot en losange est un exercice d'une facilit enfantine auprs de celui qui consiste raliser1 comme diraient les ,anglais1 que le monsieur ct de qui on djeune est l'auteur de ,mon frre ,yves ou de la ,vie des ,abeilles4 ,or1 c'est cet homme-l1 celui qui n'est que le compagnon de chanes de l'artiste1 que cherche 7du moins en partie7 nous montrer ,jacques ,blanche4 ,ainsi faisait ,sainte-,beuve1 et le rsultat1 c'est que quelqu'un qui1 ignorant de la littrature du ,x,i,xe sicle1 essayerait de l'tudier dans les ,causeries du ,lundi1 apprendrait qu'il y eut alors en ,france des crivains bien remarquables1 tels que ,m4 ,royer-,collard1 ,m4 le comte ,mol1 ,m4 de ,tocqueville1 ,mme ,sand1 ,branger1 ,mrime1 d'autres encore2 qu' la vrit ,sainte-,beuve a personnellement connu certains hommes d'esprit qui eurent leur agrment1 leur utilit passagre1 mais qu'il est fou de vouloir transformer aujourd'hui en grands crivains4 ,par exemple ,beyle1 qui avait pris1 on ne sait trop pourquoi1 le pseudonyme de ,stendhal1 lanait des paradoxes piquants et o il y avait bien souvent de la justesse4 ,mais nous faire croire que c'est un romancier6 ,passe pour ses nouvelles6 ,mais le ,rouge et le ,noir et autres ouvrages pnibles lire sont d'un homme peu dou4 ,vous eussiez tonn ,beyle lui-mme en parlant srieusement de cela comme de chefs-d'oeuvre4 ,encore plus eussiez-vous surpris ,jacquemont1 ,mrime1 le comte ,daru1 tous ces hommes d'un jugement si sr chez qui ,sainte-,beuve rencontrait l'aimable ,beyle et de l'opinion desquels1 protestant contre l'absurde idoltrie du jour1 il peut se porter garant4 ,sainte-,beuve nous dit3 la ,chartreuse de ,parme n'est pas l'oeuvre d'un romancier4 ,vous pouvez l'en croire1 il a un avantage sur nous1 il dnait avec l'auteur1 lequel d'ailleurs1 homme de bonne ,compagnie s'il en fut1 et t le premier vous rire au nez si vous l'aviez trait de grand romancier4 ,encore un gentil garon1 ,baudelaire1 ayant de beaucoup meilleures manires qu'on n'aurait pu croire4 ,et pas dnu de talent4 ,mais tout de mme l'ide de se prsenter l',acadmie1 a aurait eu l'air d'une mauvaise farce4 ,l'ennui pour ,sainte-,beuve est d'avoir ainsi des relations avec des gens qu'il n'admire pas4 ,quel brave garon que ce ,flaubert6 ,mais l'ducation sentimentale sera illisible4 ,et pourtant il y a des traits bien finement touchs dans ,madame ,bovary4 ,c'est au fond1 quoi qu'on en pense1 suprieur ,feydeau4 ,ce point de vue est celui auquel ,jacques ,blanche se place souvent 7pas toujours7 dans ce volume4 ,quelle stupfaction pour les admirateurs de ,manet d'apprendre que ce rvolutionnaire tait ambitieux de dcorations et de mdailles1 voulait prouver ma grande amie ,mme ,madeleine ,lemaire qu'il pouvait faire concurrence ,chaplin1 ne travaillait que pour les ,salons et regardait plus souvent du ct de ,roll que de celui de ,manet1 ,renoir et ,degas4 ,or toutes proportions gardes1 7puisque malgr tout le jugement d'un peintre sur un peintre est un jugement infiniment intressant71 ce point de vue-l c'est tout de mme celui de la dame qui dirait3 ,mais je peux trs bien vous parler de ,jacques ,blanche2 il dnait tous les mardis chez moi4 ,je vous assure que personne ne songeait le prendre au srieux comme peintre1 et lui-mme sa seule ambition1 c'tait d'tre un homme du monde trs recherch4 ,d'un certain ,jacques ,blanche peut-tre1 mais pas du vrai4 ,ainsi le point de vue auquel se placent trop souvent ,sainte-,beuve et quelquefois ,jacques ,blanche n'est pas le vritable point de vue de l',art4 ,mais c'est celui de l',histoire4 ,et l est son grand intrt4 ,seulement tandis que ce point de vue-l ,sainte-,beuve s'y tient pour tout de bon1 ce qui fait qu'il classe souvent les crivains de son poque peu prs dans l'ordre o aurait pu le faire ,mme de ,boigne ou la ,duchesse de ,broglie1 ,jacques ,blanche ne l'adopte qu'un instant1 en se jouant1 pour multiplier les contrastes1 clairer le tableau1 faire revivre la scne4 ,mais bien au contraire les peintres1 comme les crivains1 qu'il a aims1 c'taient ceux qui devaient tre grands un jour1 un jour que lui vivait par anticipation1 de sorte que ses jugements resteront vrais et que ce livre crit sur les peintres par un peintre qui les a vus travailler1 qui peut nous dcrire leur palette et les modifications qu'ont subies leurs toiles 7donnant ainsi de leurs chefs-d'oeuvre une gravure aussi mouvante que celles qui furent faites jadis de la ,cne de ,lonard1 par ,morgen1 avant sa dgradation71 mais par un peintre qui est aussi un tonnant crivain1 est cause de cette dualit1 unique4 ,fromentin8 dira-t-on4 ,passons l'ponge sur le peintre2 et avouons que l'crivain1 au moins dans les ,matres d'autrefois1 avec ses lgances la ,george ,sand1 sinon la ,jules ,sandeau1 est infrieur celui des ,matres de jadis et de nagure4 ,jacques ,blanche l'emporte surtout1 c'est le point le plus intressant pour les lecteurs1 comme connaisseur en peinture4 ,qu'on se rappelle que dans les ,matres d'autrefois crits pourtant plusieurs sicles aprs la mort de ces peintres hollandais1 le plus grand d'entre eux1 ,ver ,meer de ,delft1 n'est mme pas nomm4 ,certainement1 comme ,jean ,cocteau1 ,jacques ,blanche rendrait justice au grand1 l'admirable ,picasso1 lequel a prcisment concentr tous les traits de ,cocteau en une image d'une rigidit si noble qu' ct d'elle se dgradent un peu dans mon souvenir les plus charmants ,carpaccio de ,venise4 ,sur la manire dont ,whistler1 ,ricard1 ,fantin1 ,manet prparaient leur palette1 que de rvlations1 que peut-tre lui seul pouvait faire6 ,d'autre part1 ,blanche fait retourner un instant leur existence prissable1 tels qu'il les a connus1 la table o s'asseyrent les amoureux chez le pre ,lathuile1 le miroir pied de ,nana1 le mme meuble de chne o tant de fleurs et de fruits peints par ,fantin1 achevrent leur brve destine1 le rideau de velours noir tendu1 devant quoi le modle de ,whistler posait4 ,et ainsi1 comme si nous entrions en relations avec la femme vraie d'aprs laquelle ,flaubert peignit ,madame ,bovary1 ou ,stendhal le ,sanseverina1 faisons-nous la connaissance de chacun de ces objets de l'atelier que nous avons vus d'abord dans l'inaltrable beaut du chef-d'oeuvre1 chacun tel qu'en lui-mme enfin l'ternit le change4 ,et sans doute le retour en arrire que nous fait faire ,blanche est plus que piquant1 inpuisablement instructif4 ,il montre l'absurdit de certaines formules qui ont fait admirer les grands peintres pour les qualits contraires de celles qu'ils avaient4 7,opposez le ,manet de ,blanche l'irrel ,manet de ,zola fentre ouverte sur la nature74 ,tout de mme ce point de vue de l'histoire me choque en ce qu'il fait attribuer par ,blanche 7comme par ,sainte-,beuve7 trop d'importance l'poque1 aux modles4 ,sans doute il est d'un bien agrable ftichisme de croire qu'une bonne partie du ,beau est ralise hors de nous et que nous n'aurons pas la crer4 ,je ne puis aborder ici ces questions de doctrine4 ,mais je ne suis pas si matrialiste que de croire que les modes du temps de ,fantin rendaient plus facile de faire de beaux portraits1 que le ,paris de ,manet tait plus pictural que le ntre1 que la ferique beaut de ,londres est une moiti du gnie de ,whistler4 ,on peut trouver parfois dans les portraits que ,blanche donne ici quelque justification l'accusation de malice4 ,le portrait de tel peintre1 de ,fantin par exemple1 prte sourire4 ,mais1 je le demande1 un tel portrait1 criant de vrit1 d'originalit et de vie1 ne louera-t-il pas plus efficacement le matre disparu 7malgr les apparences d'irrespect qui ne peuvent tromper sur la sympathie si relle de l'crivain7 que tant de pages uniformment dithyrambiques crites par des critiques d'art qui ne connaissent rien l'art8 ,ont-ils mieux servi1 entretenu l'intrt et la vie autour de la gloire de ,fantin que ,jacques ,blanche quand1 pour l'atelier de ,fantin comme pour celui de ,manet1 il nous donne des dtails sans prix8 ,on peut ne pas trouver aimables1 dans le sens banal du mot1 des prcisions telles que celle-ci3 ,fantin tait d'une maladresse attendrissante dans l'arrangement d'un fond d'appartement ou le choix d'un sige4 ,ce raliste scrupuleux pinglait derrire le modle un bout d'toffe grise1 ou dressait un paravent de papier bis charg de reprsenter les boiseries d'un salon4 ,l'atelier de ,fantin n'tait pas plus subtilement clair que celui d'un photographe de jadis4 ,sa paresse et l'effroi qu'il avait de se transporter hors de chez lui le restreignaient encore4 ,il souffrait de ce plafond de verre qui d'un bout l'autre de la pice baignait galement les personnages d'une lumire diffuse4 ,la famille ,dubourg m'apparat telle que si ,m4 ,nadar avait pri ces braves gens de venir chez lui la sortie de l'office divin1 tout ankyloss dans leurs vtements dominicaux4 ,si on faisait encore de ces devoirs ridicules qui ne sont plus en honneur que dans certaines coles de jeunes filles et o ,plaute crit des enfers un dramaturge contemporain pour lui dire ce qu'il pense de sa nouvelle pice1 on pourrait supposer une lettre de ,fantin1 reconnaissant que ,blanche1 quand il parle de lui veille souvent un sourire sur les lvres du lecteur1 mais ce mme sourire plein de vnration qu'on a devant le portrait de ,chardin par lui-mme et o il apparat coiff d'un abat-jour4 ,surtout l'lve serait invit faire ressortir que ,fantin remercie ,blanche d'avoir prolong pour lui1 ce qui doit paratre le plus prcieux aux morts1 la vie4 ,d'ailleurs ,blanche l'a dit3 ,le jugement port par des critiques ou par des amis me semble juste en peu d'occasions1 plutt exagr en bien qu'en mal4 ,juger est un besoin imprieux de mon esprit1 les liens les plus tendres de l'affection ne m'ont jamais fait changer en cela4 ,il faut dire ce qu'on pense4 ,telle est ma conception de l'honntet1 une poque de disputes et de troubles universels4 ,on n'admet plus qu'un sentiment3 l'admiration passionne4 ,or vous n'avez pas toujours l'occasion d'admirer vos contemporains1 si votre idal de beaut est lev4 ,si j'ai bless ou tonn certains compagnons de route1 j'en suis chagrin pour eux1 mais je me repose sur les plus judicieux1 car il en est1 ma foi1 qui m'ont devin et ne m'en veulent pas4 ,et pourtant quand il y a lieu d'admirer1 avec quelle chaleur il admire4 ,c'est une joie pour moi de trouver dans cet ouvrage 7dont le prsent volume n'est qu'un premier tome7 d'enthousiastes loges adresss un homme que j'admire et que j'aime entre tous1 ,jos-,maria ,sert4 ,quel plaisir et quelle sincrit animent les pages o ,blanche le compare ,michel-,ange1 ,tintoret4 ,chose trange1 j'aurais pu vivre dans un autre temps que ,sert1 ou dans le mme temps et ne le connatre pas4 ,mais nous nous connaissons4 ,il sait mon admiration pour lui1 il ne m'a pas cach sa sympathie pour moi4 ,or1 chaque fois que part sous bonne escorte une des magnifiques beauts captives qui1 regrettant peut-tre1 dans leur exil prdestin1 la rue ,barbet-de-,jouy1 iront vivre leur vie squestre dans un palais ou une glise d',espagne1 ou mme s'envoleront sur la mer comme les ,ocanides1 moi enchan mon rocher1 jamais je ne peux voir avant leur dpart les nobles bannies4 ,il y a dans la vie d'autres incompatibilits que celles du temps et de l'espace2 le mauvais ,destin revt les formes les plus tranges1 encore dcrire pour les romanciers4 ,dirai-je que dans ce livre de minutieuse vrit originale1 cre1 qui n'appartient qu' ,blanche mme1 il ne trahit pas1 jusque dans son impartialit mme1 des prfrences qu'on peut ne pas adopter8 ,ce ne serait pas vrai4 ,certes si le vnrable docteur ,blanche revenait au monde1 il aurait une joie o il entrerait un peu d'tonnement entendre parler de son ,jacques comme d'un peintre plus grand que les acadmiciens de son temps4 ,car au fond1 comme tous les parents1 mme les plus intelligents1 il devait dire de son fils l'quivalent de ce que disait du sien ,mme ,manet mre3 ,il a pourtant copi la ,vierge au lapin1 de ,tintoret1 vous viendrez voir cela chez moi1 c'est bien copi1 il pourrait peindre autrement qu'il ne fait4 ,seulement1 que voulez-vous6 il a un tel entourage6 ,mais la surprise du docteur ,blanche serait plus grande encore de voir comme au fond son fils ,jacques-mile lui ressemble et le continue4 ,c'est le tragique touchant des oppositions familiales que ce sont justement des qualits1 des gots analogues ceux de nos parents1 qui pour se dcouvrir1 pour s'affirmer1 entrent en lutte avec les leurs4 ,de vieux oncles qui dcident de donner un conseil judiciaire leur neveu ont prcisment fait les mmes btises et de la mme manire1 mais s'imaginent que ce n'tait pas la mme chose1 de mme que ceux qui luttrent pour ,delacroix1 s'indignrent ensuite contre ,manet1 contre les impressionnistes1 contre les cubistes1 se figurant eux aussi que ce n'tait pas la mme chose4 ,or1 dans deux des plus beaux morceaux de ce recueil1 celui sur la vente ,rouart et celui sur ,czanne1 on se rend compte que ,jacques ,blanche tait exactement le contraire de ce qu'il paraissait vers #ahia4 ,il pousse le traditionalisme jusqu' ne pas cacher son indulgence1 au fond sa sympathie1 pour l'appartement o ,m4 ,rouart avait accumul les chefs-d'oeuvre4 ,ces appartements si marqus de la touche du second empire1 dcelant un complet mpris de l'arrangement dcoratif comme on le recherche maintenant444 j'y menai un jour ,fritz ,thaulow4 ,il se croyait l'avant-garde du got du moderne4 ,entre ,munich1 ,berlin et ,copenhague1 il s'tait fait une conception de l'ameublement dont le salon d'automne de #aiab rvla les touchantes audaces4 ,il ne connaissait de la peinture que les oeuvres exposes au ,salon4 ,les rapports taient donc embarrassants avec lui1 ds qu'on souhaitait plus que de jouir paisiblement de son exquise cordialit4 ,blanche8 vous n'aimeriez pas vivre dans cette maison6 ,comment6 vous dites que ,m4 ,rouart est un homme de got8 ,mais regardez ces meubles1 ces tentures1 comme chez un dentiste444 les murs sont prune1 les toffes sont chocolat1 et ces lampadaires dors4 ,non1 ,blanche1 cela c'est de la province et du ,louis-,philippe4 ,la copie par ,degas de l',enlvement des ,sabines et le ,pote de ,delacroix firent dborder son amertume3 ,si c'est cela de la peinture1 je puis bien me pendre4 ,tout cela est brune6 ,au fond comme on sent que ,jacques ,blanche prfre cette peinture-l1 la facture crayeuse des impressionnistes4 ,chez ,manet1 ce n'est pas le ct ,monet1 dj dmod selon lui 7mon got personnel1 si je m'y connaissais en peinture1 me porterait penser exactement le contraire1 et j'ai vu chez ,gaston ,gallimard un ,monet que je trouve le plus beau des ,manet71 c'est le ct ,goya qu'il aime et par qui ,manet est rajeuni1 comme ,musset par ,shakespeare4 ,blanche dteste autant les thories littraires des esthtes que leur got dcoratif4 ,m4 ,charles ,morice1 dans un questionnaire propos mes confrres1 demandait ce que ,fantin a apport1 ce qu'il emporte dans la tombe4 ,cette question parut un peu dconcertante4 ,elle ne pouvait venir que d'un homme de lettres1 pour qui les oprations intellectuelles du peintre restent toujours assez impntrables4 ,la nouveaut1 l'invention1 en peinture1 se dclent souvent en un simple rapport de ton1 en deux valeurs juxtaposes ou mme en une certaine manire de dlayer la couleur1 de l'tendre sur la toile4 ,qui n'est pas sensible la technique1 n'est pas n pour les arts plastiques1 et telle intelligence trs dlie passera ct d'un peintre pur sans s'en douter4 ,aussi semblerait-il d'abord que ,jacques ,blanche dt adhrer cette maxime de ,maurice ,denis 7de ,maurice ,denis pour lequel je serais tent de dire1 que--comme aussi pour ,vuillard--il n'est pas tout fait juste73 ,se rappeler qu'un tableau1 avant d'tre un cheval de bataille1 une femme nue ou une quelconque anecdote1 est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assembles4 ,si1 au contraire1 ,jacques ,blanche proteste contre elle1 c'est par excs de traditionalisme franais4 ,et pour le montrer1 nous voulons finir en citant quelques lignes des pages magnifiques qu'il crit1 cette occasion1 pour glorifier les vieux matres de notre pays3 ,protestons contre la part infime qui reste dans les thories de ,m4 ,denis la sensibilit1 l'motion qui est tout de mme le plus prcieux de l'intelligence1 cette facult de nous toucher qu'eurent ,delacroix1 ,millet1 ,corot1 ces colosses de l'histoire du ,x,i,xe sicle4 ,la charge fond contre le ralisme et la copie de la nature1 si chre aux no-impressionnistes1 aboutirait des formules o la raison seule interviendrait1 au dtriment du sentiment humain1 de la sensibilit1 un art strictement ornemental et dcoratif1 peine diffrent de celui des ,persans et des ,chinois4 ,ce serait la fin du tableau comme l'ont conu les hommes de notre race4 ,fritz ,thaulow n'avait pas assez de sarcasmes pour certaine fabrique de ,corot1 sous un divin ciel bleu d'aot qui claire d'un ternel rayon le cabinet o j'cris ces lignes444 ,il consiste en un ciel aussi lumineux1 aussi transparent qu'un ,fra ,angelico1 il est fait d'on ne sait quelle matire prcieuse1 de turquoise peut-tre4 ,sous cet azur immacul1 un peu de lumire inanalysable change en un crin de plusieurs ors les pignons et les toits d'une sorte de caserne banale2 quelques personnages sont assis ou se promnent sur la place provinciale o s'tendent de longues ombres limpides4 ,je juge les soi-disant connaisseurs leur attitude en prsence de mon ,corot4 ,les ,hollandais seuls et les ,franais du temps des frres ,rouart ont fait vibrer cette corde-l4 ,c'est une musique la franaise1 claire1 mlodique1 mais si discrte1 si intime qu'elle risque de ne pas se faire remarquer4 ,aussi bien c'est cette musique de chambre qui sonnait si juste dans l'htel de la rue de ,lisbonne4 ,il me semble que de telles pages1 dont je ne donne ici que des extraits1 mais que le lecteur trouvera intgralement dans ce volume1 ne font pas seulement admirer ,jacques ,blanche comme crivain1 autant qu'on a fini par l'admirer comme peintre1 mais le feront aussi aimer4 ,ainsi par exemple la fin du morceau sur ,millet1 qui sera aussi celle de cette prface3 ,pour le ,franais de l',ouest1 jouissant du bienfait de la vie aux champs il n'est pas une minute de la journe1 un moment de chaque saison1 un geste ni une figure de ,normand1 il n'est pas un arbre1 une haie1 un instrument aratoire qui ne s'embellissent de la sainte onction et de la noble grandeur que ,j4-,f4 ,millet leur a dparties444 ,tant que nos semblables auront un coeur pour s'mouvoir des inquitudes du paysan1 de son labeur sur la terre exigeante1 sous le ciel menaant2 tant que l'aube1 midi1 le crpuscule du soir auront un sens pathtique1 comment pourrait-on contester l'oeuvre de ,millet1 touchante comme sa vie1 synthse1--plus que de ses modles1 si prs eux aussi de la nature1--de la nature elle-mme4 ,marcel ,,proust4 ,,propos ,,de ,,peintre ,,fantin-,,latour ,pour ,m4 ,walter ,berry1 citoyen des tats-,unis1 n ,paris en mme temps que moi4 ,on me sollicite de rditer ,essais et ,portraits1 mon premier volume1 depuis longtemps puis4 ,en relisant l'tude sur ,fantin-,latour1 je crus pouvoir1 avec quelques corrections1 la rendre meilleure2 mais il faudrait la rcrire en entier6 ,sans exprience1 j'avais pris trop de peine mettre debout la figure du peintre1 et m'attardais la nomenclature d'oeuvres clbres en ngligeant mes souvenirs personnels de l'homme que j'ai connu4 ,je rpondais aux critiques d'art qui1 au lendemain de sa mort1 se demandrent3 ,qu'a-t-il apport8 ,qu'a-t-il emport avec lui8 ,a ce moment-l1 le critique ne se souciait que du nouveau4 ,un artiste ne comptait que si l'on voyait en lui un mconnu1--et surtout si cet artiste avait une thorie qui permt au littrateur1 au journaliste1 de dfendre des ides sociales1 une doctrine4 ,on se servait d'un artiste comme d'une arme pour en attaquer un autre2 c'taient les moeurs des politiciens1 la haine1 la perfidie1 la surenchre lectorale1 la jalousie3 le dsarroi gnral1 l'anarchie dans les cerveaux4 ,tel fut l'avant-guerre4 ,envahie par les esthtes1 les tudiants1 les spculateurs1 les exploiteurs de sa pense1 la ,france attendait1 dans une fivre toujours croissante1 l'heure d'une autre invasion4 ,c'tait le crpuscule de la paix4 ,il est beaucoup trop tt pour tirer des conclusions de nos souvenirs douloureux1 de nos impressions d'avril #aiad2 mais en relisant mon tude sur ,fantin-,latour1 parue en avril #aijf dans la ,revue de ,paris1 je me suis rappel les sentiments pnibles qui se dissimulent sous des phrases maladroites4 ,il semble qu'en tchant d'voquer la figure de ,fantin1 j'aie rpondu des adversaires4 ,j'attachais alors trop d'importance ces littrateurs et ces sociologues1 cause peut-tre du malentendu qu'ils craient1 et de leur intolrable partialit4 ,si je n'avais pas lu de trop nombreux articles sur ,fantin1 le mien et t moins mauvais4 ,depuis l'affaire ,dreyfus1 la critique d'art tait devenue1 en ,france1 une branche de la sociologie1 et comme en ,allemagne1 de la philosophie1 de la science4 ,la sensibilit d',eugne ,carrire1 son bel et profond esprit ont inspir des dvotions1 des passions que sa peinture en grisaille1 et trop charge d'intentions extra-picturales1 n'aurait pas toutes conquises2 l'influence morale de ,carrire fut prpondrante sur les littrateurs4 ,carrire donna aux crivains d'art un point de vue et des prtextes rhtorique facile4 ,carrire remplit nagure le rle que joue trop souvent un peintre1 s'il a le got des ides et des thories plus que de la peinture3 le rle d'un ,diderot2 et pourtant ,carrire tait avant tout un peintre4 ,il parlait d'humanitarisme1 de piti1 de justice4 ,son thtre populaire1 ses ouvriers aux physionomies hves1 son amour des misreux1 touchaient les rveurs socialistes1 au milieu de la folie du luxe et des jouissances qui affolait le ,paris d'avant la guerre4 ,la gravit mlancolique de ses camaeux tait la contre-partie du clinquant et des fanfreluches de l'art trop aimable des salons4 ,fantin fut rang1 avec ,carrire1 parmi les intimistes4 ,ce mot tait bien agaant pour ceux qui savaient quelles oeuvres il dsignait1 sous la signature des sociologues4 ,c'est peut-tre par raction contre l'abus du sentiment1 de la sensiblerie humanitaire1 du culte de la pauvret1 que l'art sensuel1 la frnsie du ton pur1 du dcor joyeux1 clatrent comme une fuse de fte dans le ciel nocturne4 ,mais les mouvements esthtiques s'arrtent court1 notre poque2 le cubisme1 qui est encore de l'art crbral1 allait bientt faire son apparition4 ,il se substituait au no-impressionnisme des ,bonnard1 des ,vuillard et autres charmants artistes4 ,le ,salon des ,indpendants ouvrait ses portes toutes grandes1 prtant ses kilomtres de cimaise ceux qui refusent la sanction d'un jury4 ,la critique1 aprs avoir maudit le surcrot de besogne d un troisime salon annuel1 se rservait pour celui qui parut le plus vivace3 pour le plus jeune1 le plus audacieux1 le plus avant-garde4 ,l',allemagne envoya ses esthticiens et ses marchands de tableaux dcouvrir les talents de l'avenir2 la spculation internationale s'organisa sur les marchs1 les amateurs discutrent ces nouvelles valeurs de bourse2 une cote s'tablissait entre ,berlin et ,paris pour la production franaise1 dont la contrefaon allait bientt se rpandre dans les quatre parties du monde4 ,l'histoire du ,x,i,xe sicle offrit trop d'exemples d'oeuvres grandes et neuves auprs desquelles on passa d'abord sans les apercevoir1 pour que les esthtes ne se prtassent point courir mille aventures1 plutt qu'au risque humiliant d'avoir ni un gnie dont les ailes pointent dans la lumire du soleil levant4 ,tout ce qui semblait neuf passa pour important4 ,les pires niaiseries furent discutes4 ,si tout de mme4448 ,l',allemagne est1 pour une bonne part1 responsable du dsarroi de la critique qui1 ne se rsignant pas commettre une erreur d'apprciation1 pour ne pas mconnatre un talent original1 est toujours prte applaudir les promesses1 siffler les vtrans1 comme des tnors de province2 nerveuse1 inquite1 elle se lassait trs vite d'une voix devenue trop familire ses oreilles4 ,elle n'exaltait les uns que pour abattre les autres1 se servant de ses protgs comme d'un bouclier4 ,elle tint plus compte des personnes que des oeuvres1 commettant d'abominables injustices1 jugeant tort et travers avec une feinte impartialit4 ,dans l'avant-propos d',essais et ,portraits1 j'crivais3 ,les critiques de profession1 s'il en est encore1 n'aiment pas assez la peinture1 pour rsister au travail surhumain que leur infligent les incessantes manifestations1 les provocations indiscrtes des artistes4 ,plaignons-les1 ces condamns au hard-labour444 ,ils sont rarement lus1 et leurs meilleurs clients sont les artistes qui leur apprtent de la copie4 ,ils associaient ,fantin avec ,manet1 ,renoir1 ,monet1 cause de l'atelier des ,batignolles2 avec ,rimbaud1 ,verlaine1 le ,parnasse1 cause du tableau ,un coin de table4 ,ils avaient l des points de repre4 ,duranty1 ,baudelaire1 ,champfleury1 ,whistler de l',hommage ,delacroix1 taient des rfrences et des rpondants pour ,fantin4 ,fantin fut la mode et toujours cit1 non pas avec1 mais ct des novateurs2 il fut rclam par chaque clan et il se drobait d'autant plus qu'on l'y attira davantage444 ,les impressionnistes avec lesquels il avait dbut et les acadmiciens qui ne demandaient qu' le recevoir sous la coupole du ,palais ,mazarin2 tous respectaient ce solitaire1 qui ne gnait personne1 entre l',institut et les ,indpendants4 ,fantin-,latour fut1 jusqu' sa mort1 soutenu par les petites revues1 et par les journaux officiels4 ,on le dfendit comme s'il tait attaqu444 souvenir persistant du ,salon des ,refuss4 ,n'exerant aucune influence avec sa technique modre1 de celles qu'on n'imite pas parce qu'elles sont sans manirisme2 sans lves1 sans coterie1 seul1 toujours seul1 il inspirait1 comme ,m4 ,ingres jadis1 une terreur respectueuse ceux-l mmes qui ne regardaient pas ses ouvrages4 ,et il fut la mode force de mpriser les modes4 ,il tait de l'poque lgendaire des grands mconnus4 ,cela suffit le nimber d'une aurole4 ,le cas de ,fantin est retenir par ceux qui voudront savoir comment se formait une rputation la fin du ,x,i,xe sicle4 99 99 99 ,lorsqu'on allait frapper sa porte1 c'tait droite1 au fond de la cour1 n #h1 rue des ,beaux-,arts1 non pas son atelier principal1 mais une annexe construite en retour1 o ,mme ,fantin travaillait parfois4 ,on tait pralablement examin au travers d'un judas4 ,le matre jugeait s'il devait1 ou non1 ouvrir4 ,entre l'instant o il avait aperu le visiteur1 et celui o il l'accueillait1 plusieurs minutes s'coulaient3 ,fantin se demandait sur quoi il pourrait attaquer l'importun1 quelle opinion il aurait combattre4 ,si c'tait la fin de sa sance1 l'heure du th1 s'il dsirait engager une polmique1 vous le voyiez entre-biller la porte2 son bras1 rapproch de son torse massif1 tenait1 haut dresss1 l'appuie-main et la palette2 une sorte d'abat-jour la ,chardin abritait ses beaux yeux enfoncs dans une large face de ,kalmouk2 des cheveux abondants se renversaient sur un vaste front que coupait la ligne suprieure de sa visire4 ,alors1 vous tiez reu dans une troite galerie1 plafond vitr1 sorte d'atelier de photographie que ,m4 ,degas nommait la tente orlaniste1 peut-tre cause des bandes verticales deux tons1 dont elle tait extrieurement revtue1 la faon de #ahcj4 ,c'est l que ,fantin1 pendant plus de trente ans1 chaque jour1 prpara ses couleurs1 lava ses pinceaux1 balaya le plancher et fit son oeuvre4 ,la lumire tait dure1 tombait directement du toit un peu lev au-dessus du sol2 point de recul1 point d'espace vide o l'on pt se tenir pour contempler les murailles1 qui disparaissaient sous de belles et charmantes tudes4 ,un chevalet soutenait1 en gnral1 une vaste planche lavis sur laquelle taient retenus1 au moyen de punaises1 cinq ou six carrs de toile1 vieilles esquisses qu'il reprenait et pignochait pour les vendre1 ou dont il voulait s'inspirer pour de nouvelles compositions4 ,le pole1 surmont d'un buste antique de femme1 en pltre1 rpandait une chaleur congestionnante4 ,fantin tait rouge1 le col engonc dans un foulard1 il avait plusieurs tricots sous une grosse vareuse1 ses pieds tranaient lourdement des chaussons de lisire4 ,et il tait superbe avec son air terrible de vouloir vous souffleter de son mpris pour des opinions qu'il vous attribuait a priori4 ,j'prouvais toujours1 en l'abordant1 un sentiment de frayeur1 cause de ses faons rudes que les artistes de sa gnration affectaient volontiers comme signe d'une noble indpendance4 ,fantin avait de la bont et de la sensibilit1 mais il ne tenait pas en tmoigner dans la conversation4 ,d'aucuns avaient fini par ne plus le frquenter1 non qu'il ne ft capable de courtoisie1 mais parce qu'on le savait toujours prt partir en guerre contre des oeuvres ou des hommes dont il vous croyait l'ami1 s'efforant vous arracher du coeur des affections que vous n'aviez pas2 faons droutantes1 surtout pour ceux que ,fantin connaissait1 comme moi1 de longue date4 ,il fut le premier peintre que j'entendis parler de son art2 c'est lui dont j'ambitionnai des leons au sortir du collge4 ,il m'avait fait prsent d'une toute petite toile1 laquelle je possde encore1 et qui renferme ses meilleures qualits et les plus exquises3 un portrait exact et touchant de deux pommes vertes sur un coin de meuble en chne1 o tant de fleurs et de fruits achevrent leur brve destine4 ,fantin peignit devant moi1 je lui soumis mes premiers essais4 ,il les jugea nuls1 ou quelconques4 ,je lui suis reconnaissant de sa franchise1 comme je remercie tous ceux qui m'ont malmen4 ,ils ne m'ont pas dcourag1 au contraire6 ,fantin est pour moi au nombre de ces figures que nous avons vues au milieu de notre famille et qui ont avec nous une sorte de parent3 caractre jadis commun tout un milieu bourgeois4 ,fantin a sa place dans les vieux albums fermoir de cuivre1 o s'alignent des cartes de visite d',alophe et de ,bertall1 portraits gibus1 favoris1 mdecins1 magistrats1 savants1 dames crinolines1 petites filles dont le pantalon dpasse sous les jupes4 ,de ,fantin1 je ne puis1 hlas6 me rappeler ces traits adoucis par le sourire que les enfants recueillent sur toutes les bouches dont ils attendent un baiser4 ,fantin me faisait grand-peur et j'admirais tant l'auteur de mes deux pommes de ,calville6 ,je ne saurais dire quel mange je me livrais1 le dimanche soir1 quand il dnait chez mon pre1 pour que mon grand ami1 ,m4 ,edmond ,matre1 le plus jeune des convives1 attirt l'attention de ,fantin sur quelque nature morte ou quelque portrait que j'avais fait dans la semaine1 entre mes leons4 ,edmond ,matre craignait d'ennuyer ,fantin1 et ne voulait pas me faire de la peine2 parfois c'tait dans la hte du dpart1 dans le vestibule assez obscur1 que ,fantin jetait un coup d'oeil sur ma toile1 faisait une remarque insignifiante4 ,matre me consolait de son mieux1 et je ne dormais pas de la nuit4 ,pourtant1 un jour1 je transportai rue de l'cole-des-,beaux-,arts1 un ballot d'tudes2 j'y retournai ensuite1 les mains vides1 ayant compris qu'il fallait choisir entre l'honneur insigne1 le plaisir dlicieux de respirer l'atmosphre de l'atelier1 et le dsespoir d'en tre banni pour toujours4 ,on m'appelait alors le petit musicien4 ,fantin me prenait plus au srieux comme tel4 ,grce lui et ,m4 ,edmond ,matre1 je fis connaissance avec ,schumann3 ,manfred1 ,faust1 le ,paradis et la ,pri1 ,genevive2 avec de mornes oeuvres de ,brahms2 ,schubert1 ,weber1 ,wagner1 ,bach2 toute la littrature musicale de l',allemagne passa sur le pupitre de mon piano1 et j'accrochais aux murs de ma chambre les lithographies romantiques de ,fantin2 ma chre ,fe des ,alpes6 ,mystrieuses thophanies6 ,toute cette ,allemagne qui baignait de posie si touchante l'intrieur de ,m4 et ,mme ,fantin-,latour6 ,ils croyaient au gnie allemand1 aux vertus1 la supriorit allemandes1 comme un ,allemand y croit4 ,fantin1 a-t-on dit1 est le peintre de la bourgeoisie srieuse et intellectuelle4 ,en effet1 c'est cette forte classe1 honneur du ,x,i,xe sicle1 qu'il se rattache surtout4 ,il y a des traits dans son caractre et sa pense1 qui sont d'un bourgeois lev dans des ides voltairiennes1 libral1 c'est--dire sectaire1 admirateur de ,michelet1 infatigable liseur1 casanier et timide1 ennemi des gouvernements1 frondeur et partisan de l'ordre4 ,certains artistes se transforment au cours de leur existence1 les contacts extrieurs modifient leurs habitudes1 et le succs leurs faons4 ,manet1 descendant d'une ligne de magistrats1 quoiqu'il n'ait jamais quitt sa famille1 devient un boulevardier et frquente ,tortoni4 ,m4 ,degas lui-mme a des phases d'lgance sportive4 ,mais ,fantin1 fils d'un peintre trs modeste1 fut immuable dans ses gots2 le muse du ,louvre1 o il fit son apprentissage1 et l'cole buissonnire1 furent le but de toutes ses sorties4 ,on peut le suivre depuis son adolescence jusqu' sa mort1 faisant les mmes gestes1 aux mmes heures1 en deux arrondissements de ,paris4 ,mieux que personne au courant de la littrature et de l'art de ,france et d'ailleurs1 sa pense voyageait1 mais son corps semblait amarr aux rives de la ,seine1 entre le pont des ,saints-,pres et l',institut pour lequel il avait un secret penchant1 mais o il ne se dcida pourtant jamais briguer un sige1 par fiert1 et peur du ridicule4 ,dans l'atelier1 une journe de travail2 des repas frugaux1 de bonnes lectures1 le soir venu1 sous la lampe2 des cartons remplis de reproductions de tableaux clbres--,fantin en dcalquait pour se mettre des formes dans la mmoire3--que peut souhaiter de plus un sage1 s'il ne tient pas conserver une taille mince et des mouvements alertes1 au del de la quarantaine8 ,fantin1 lourd de corps1 avait horreur de l'exercice1 du mouvement1 de tout ce qui est l'action4 ,la guerre de #gj lui avait laiss un souvenir d'effroi et il se ft jet parmi l'encombrement de la chausse1 plutt que de coudoyer un militaire sur le trottoir4 ,violent l'excs1 chez lui1 il et fait un long dtour afin d'viter1 dans la rue1 une personne hostile4 ,aux vernissages de l'ancien ,salon1 emport par sa passion--pour ou contre ses confrres--il se faufilait par les galeries1 sous la protection d'une petite phalange de fidles1 qui recueillaient ses terribles verdicts4 ,de son pardessus trs boutonn1 de son pais foulard sortaient des jugements inexorables4 ,il voyait tout1 il n'est pas un nouveau venu qu'il n'ait dcouvert1 surtout parmi les trangers4 ,il tait pour ceux-ci d'une indulgence incomprhensible3 s'il s'agissait d'un jeune ,scandinave1 ou berlinois1 il en suivait les progrs ou les dfaillances avec une sorte d'amiti4 ,il savait par coeur1 comme ,m4 ,bouguereau1 le catalogue officiel1 les rcompenses1 le titre des ouvrages qui les avait mrites4 ,le ,salon tait pour ,fantin le point culminant de l'anne4 ,s'y prparant plusieurs mois d'avance1 il y envoyait autant d'oeuvres que possible3 deux tableaux l'huile1 deux pastels et des lithographies1 son salon1 comme l'on disait alors4 ,il refusait de faire partie du jury1 mais approuvait les mdailles et les dcorations4 ,par gard pour la hirarchie1 il dfendait les acadmiciens1 et redoutait ses amis les impressionnistes comme des ennemis de l'ordre2 toujours irrite et pleine de contradictions1 sa critique tait intransigeante et conservatrice4 ,le jour du vernissage venu1 c'tait une partie familiale et un acte rituel1 que de dpasser le pont ,solfrino1 puis de s'engager dans les ,champs-lyses et de djeuner midi sous l'horloge du ,palais de l',industrie1 la sculpture--vitant ,ledoyen cause des courants d'air et du soleil4 ,fantin prfrait qu'on lui rapportt dans l'aprs-midi1 les mots de ,forain1 de ,braud ou de ,duez1 qui le ravissaient1 mais auxquels il n'et pas os rpondre4 ,il faisait aussi des mots rosses et ne dtestait pas qu'on les redt aux confrres qui en taient l'objet1 quitte trembler si quelque mauvais peintre plein de gloire1 le regardait ensuite avec des sourcils en courroux4 ,il n'tait l'aise que derrire sa porte au judas si commode pour savoir qui s'y prsente4 ,un jour de lumire et de fte dans toute une anne de claustration voulue6 ,aprs le repas1 on remontait dans les salles de peinture1 puis on redescendait au jardin1 si frais1 o les lgantes exhibaient les modes du printemps parmi les marbres1 les pltres1 les rhododendrons et les plantes vertes4 ,a six heures du soir1 la foule1 chasse par les gardiens1 s'coulait au cri de ,on ferme6 on ferme6 et ,fantin rentrait avec une migraine1 sous sa tente orlaniste pour reprendre aussitt ses habitudes de chat domestique4 ,il vivait pendant des mois sur ses souvenirs du vernissage4 ,fantin jugeait l'tat de la socit franaise d'aprs le cinmatographe qu'tait pour lui le ,salon4 ,malgr mon admiration pour ,fantin-,latour1 j'tais surtout attir par douard ,manet2 ,edmond ,matre m'avait fait connatre ,renoir1 ,monet1 ,czanne1 ,degas1 et j'tais surpris que1 dans ses entretiens1 ,fantin1 l'ami et le contemporain de ces grands artistes1 et toujours des rticences1 et dcocht des mots ironiques et svres pour eux2 ,manet1 seul1 tait l'abri des sarcasmes de ,fantin4 ,manet demeurait le grand peintre1 et le gamin amusant auquel on pardonne des frasques2 ,manet faisait rire ,fantin4 ,d'autre part1 ,fantin parlait souvent d'un ,lembach1 d'un ,leibl1 d'un ,menzel1 voire d'un ,max ,liebermann1 parmi les trangers2 de ,henner1 d',harpignies1 de ,gustave ,moreau1 de ,ribot1 de tant d'autres exposants du ,salon des ,champs-lyses2 et il me semblait qu'il les mt tous au mme rang4 ,a cette poque-l1 les peintres avaient un amour de leur mtier1 qui ne les empchait pas de regarder1 de s'intresser et de rendre justice tout confrre auquel ils reconnaissaient une valeur4 ,degas1 ,manet1 visitaient aussi le ,salon annuel avec soin1 tout convergeait vers le ,salon2 seuls s'en cartaient ceux qui1 comme les impressionnistes1 essayrent1 tant dj connus1 d'y faire recevoir un tableau4 ,manet n'y renona jamais2 sa plus grande joie et t d'obtenir la mdaille d'honneur4 ,aussi1 les membres du jury dont on se moquait entre soi1 avaient-ils malgr tout un prestige national4 ,les sances de ce jury pour la prparation des rcompenses donner1 prenaient des semaines2 on voyait ces messieurs1 prcds de gardiens1 passer d'une galerie dans l'autre1 les rideaux se refermaient la porte de la salle1 une sonnette tait agite par le prsident4 ,ces formalits taient solennelles et des centaines d'artistes tchaient d'apprendre leur sort1 par quelque employ du ,ministre des ,beaux-,arts2 ils rdaient dans le ,palais de l',industrie1 en attendant une mdaille ou une mention honorable qui leur assurt une anne prospre4 ,on imagine difficilement aujourd'hui ce qu'il fallut d'audace au petit groupe dit des ,impressionnistes1 pour exposer1 part1 dans un immeuble dont ils essuyaient les pltres4 ,cette audace inquitait ,fantin4 ,or1 je ne sais encore si cet homme si intelligent tait sincre quand il traitait ,renoir de malade1 les impressionnistes de dvoys4 ,il les tenait pour immoraux1 il en avait peur comme un homme chaste de la volupt4 ,je croirais plutt qu'il les aimait et qu'il se dfendit de se le dire lui-mme4 ,je rappelais1 au commencement de cette tude1 le dsarroi d'avant #aiad1 la rapidit avec laquelle se succdaient les thories d'art4 ,on en tait ce point o l'imitation de la nature tait tenue pour inartistique1 le portrait peint1 pour infrieur la photographie1 et aussi commercial4 ,or ,fantin tait portraitiste1 un scrupuleux copiste de la nature2 s'il se plaisait la peinture pour la peinture1 il redoutait les excs du temprament disait-il avec ironie1 et prfra l'asservissement du ralisme1 la soi-disant platitude du rendu1 aux extravagances chromatiques1 la dformation de la ligne1 la recherche du ton rare1 et l'originalit obtenue cote que cote4 ,il aurait t fustig par la critique d'avant-garde1 ne ft-ce son pass de rat--disons mieux--de mconnu1 et s'il avait eu une clientle d',amricains ou de personnages officiels4 ,sa retraite farouche dans le vieil atelier dont il faisait lui-mme le mnage--ceci peut sembler ridicule1 mais c'est exact--ajoutait sa lgende1 et rassurait ceux qui croient que le gnie est rserv aux humbles4 99 99 99 ,fantin ,latour m'apparat comme un saint ermite dans sa cabane1 macrant sa chair toujours tente1 s'imposant des privations2 sa vertu ne rassrnait pas son me4 ,craintif et jouissant de sa retraite1 mari d'une femme suprieure1 elle-mme peintre de mrite1 ,fantin avait des coutumes et des principes de vie1 qui expliquent son oeuvre1 sans pareille notre poque4 ,ce qui l'a restreinte et attnue1 donne aussi cette oeuvre sa signification et son originalit4 ,fantin me fait penser cette famille ,milliet que ,pguy nous fit connatre dans les ,cahiers de la ,quinzaine4 ,fantin s'instruisit lui-mme auprs des ,matres1 sans passer par l'cole3 rare et bon exemple pour les jeunes artistes d'aujourd'hui4 ,tel1 plus hardi que lui et de plus d'invention1 aurait peut-tre fait un autre usage de la ,bible du ,louvre4 ,tout ce qu'il faut savoir1 il le savait4 ,ses copies sont des chefs-d'oeuvre4 ,sont-elles des copies8 ,il s'y montre personnel1 autant qu'ailleurs4 ,elles traduisent si librement les originaux1 tel est leur accent1 qu'elles taient reconnaissables entre toutes et1 ds les dbuts de ,fantin1 recherches par les amateurs4 ,fantin sut rduire aux proportions d'un tableau de chevalet1 tout en leur conservant leur noble envergure1 les somptueuses ,noces de ,cana4 ,combien en fit-il de rpliques8 ,on les lui commandait1 il les excutait dans la lumire insuffisante du ,salon ,carr4 ,si j'excepte les grands morceaux de ,delacroix d'aprs ,vronse1 je ne sais rien qui soit d'une pntration plus aigu4 ,vronse1 ,titien1 ,rembrandt donnrent ,fantin d'autres occasions d'interprtation originale4 ,comprendre ce degr un chef-d'oeuvre1 ajouter une copie autant de soi-mme1 ne serait-ce pas444 galer--selon la formule de ,balzac8 ,tout au moins comme peintre et technicien1 ,fantin est parmi les matres4 ,fantin-,latour1 nourri des ouvrages des matres anciens1 si varis1 si stimulants1 s'est arrt trop tt1 en route4 ,il aurait pu tre un ducateur1 un classique moderne1 un reprsentant de la vraie tradition perdue par l'acadmisme4 ,dans la premire partie de sa carrire1 quel robuste et raisonnable mtier il avait sa disposition6 ,au dbut1 l'influence du pass agit sur lui comme un tonique4 ,parmi ses camarades1 tous plus ou moins rvolutionnaires1--peintres ou littrateurs--il se laissa porter1 un peu malgr lui1 dans un magnifique mouvement d'indpendance et de protestation contre l'cole4 ,grce ,m4 ,lecoq de ,boisbaudran1 ce professeur et guide clairvoyant1 les lves de l'atelier ,lecoq dcouvrirent tt en eux-mmes1 et rvlent dans leurs ouvrages1 des dons individuels1 qui parfois tardent se produire1 ou sont gchs par l'ducation4 ,si la plupart des artistes de premier rang se dveloppent et largissent leur vision la mesure de leur exprience d'homme1 d'autres s'puisent ou se desschent4 ,fantin portait en soi une faiblesse2 pour la pallier1 une vie plus extrieure et t ncessaire1 avec moins de petites manies bourgeoises4 ,sa peur des tres vivants1 sa phobie s'aggravrent avec l'ge4 ,ds ses dbuts1 il se claquemure2 ses deux soeurs sont presque les seules femmes qu'il ne craigne pas de faire poser4 ,elles sont d'aspect austre1 d'un maintien chaste et prude1 particulier leur classe4 ,une certaine suavit se dgage de toute leur personne4 ,elles taient loin de la socit lgante et frivole que portraituraient les favoris du jour4 ,paris ne prsente plus aujourd'hui ces caractres tranchs qui faisaient reconnatre leur mise mme1 la classe des individus4 ,les grands magasins de nouveauts allaient rpandre dans tous les quartiers de la ville1 et en province1 ces confections1 ces odieuses formes qu'impose la rue de la ,paix4 ,nos femmes furent1 comme malgr elles1 tires quatre pingles1 coiffes d'absurdes chapeaux444 ,la toilette fminine prit bientt pour idal le journal de modes1 ce qui expliquerait la lamentable cole de portraitistes dont la fin du ,x,i,xe sicle semble avoir eu le privilge4 ,nulle distinction ni simplicit2 une banale1 universelle lgance1 tapageuse ou guinde1 que stylisrent les impressionnistes en les outrant4 ,o sont les berthes1 les canezous1 les guimpes et les rotondes1 ou ces cols rabattus des femmes de ,fantin-,latour8 ,il assiste la dgradation progressive d'une beaut qui lui est chre1 les modles lui font dfaut1 ou du moins il se l'imagine3 de l une retraite anticipe du portraitiste4 ,il prtexte d'une gne devant les inconnues1 pour refuser les commandes4 ,trs nerveux1 facilement agac par les conversations1 maniaque comme une vieille fille1 la prsence d'autrui le paralyse4 ,toute personne trangre son petit cercle trouble l'atmosphre dans laquelle il avait conu et ralis ses meilleurs morceaux4 ,mari1 il ne fit plus poser que sa femme et les membres de la famille de celle-ci1 les ,dubourg1 ou bien quelques artistes1 ses amis4 ,a part ceux-ci1 je ne citerai que ,mme ,lon ,matre1 ,mme ,gravier et ,mme ,lerolle1 et ce furent l des effigies assez froides et compasses4 ,fantin tait d'une maladresse attendrissante dans l'arrangement d'un fond d'appartement et le choix d'une mise en scne4 ,ce raliste scrupuleux pinglait derrire le modle un bout d'toffe grise1 ou dressait un paravent de papier pour tenir lieu de boiseries6 ,dans ,autour du piano1 dont ,emmanuel ,chabrier forme le centre1 je me rappelle la peine que prit ,fantin pour donner quelque consistance au dcor4 ,d'ailleurs ce tableau clbre1 excellent en quelques-unes de ses parties1 demeure comparable une scne du muse ,grvin4 ,m4 ,lascoux1 ,m4 ,vincent d',indy1 ,m4 ,camille ,benot1 sont des mannequins d'une mollesse et d'une gaucherie d'attitude tout fait surprenantes4 ,l'atelier de ,fantin tait clair comme celui d'un photographe de jadis4 ,il ne savait pas varier ses effets1 donner de l'imprvu ces runions d'hommes que les ,hollandais auraient baignes dans un clair-obscur4 ,la famille ,dubourg1 autre toile clbre-- mon avis l'une des moins bonnes de l'artiste--m'apparat telle que si ,m4 ,nadar avait pri ces braves gens de venir chez lui la sortie de l'office divin1 dans leurs vtements du dimanche4 ,le plafond de verre qui1 d'un bout l'autre de l'atelier1 jetait une lumire diffuse1 amollissait les plans4 ,fantin craignait trop peu la monotonie6 ,il est deux exemples cependant de ce qu'il pouvait faire1 quand le hasard collaborait avec lui4 ,quelques ,anglais qui s'adressrent ce portraitiste peu sociable1 avaient sans doute devin que l'auteur des ,brodeuses saurait rendre leur caractre digne et sans prtention4 ,je ne sais dans quelle occasion--sans doute par l'entremise d',otto ,scholderer1 tabli en ,angleterre1--l'avocat peintre-graveur ,edwin ,edwards et sa femme1 avaient t prsents ,fantin1 qui alla mme ,londres et demeura chez eux3 ce que dut tre ce dplacement6 ,prendre le bateau1 traverser la ,manche6 ,cependant il y retourna en #ahhd et je l'y rencontrai4 ,le premier voyage au del des mers dut s'accomplir aprs #ahgj4 ,whistler et plusieurs artistes franais1 entre autres ,alphonse ,legros1 ,cazin1 ,tissot1 ,dalou1 s'taient fixs en ,angleterre depuis la ,commune de ,paris4 ,il est presque regrettable que ,fantin n'ait pas pris part aux vnements de la ,commune--disait un de ses amis--l'exil et la lutte l'auraient peut-tre renouvel4 ,mr4 ,edwin ,edwards occupait les loisirs de sa retraite graver de sches mais curieuses vues de la ,tamise1 et il possdait une villa la campagne1 o ,fantin fut invit4 ,je ne sais si c'est l que fut excut le double portrait1 si ce fut dans la dlicieuse lumire opaline de ,golden ,square1 ce coin vieillot que hante l'ombre de ,dickens1 ou dans l'atelier de la rue des ,beaux-,arts4 ,c'tait un fort beau couple1 ces ,edwards4 ,ruth ,edwards1 les bras croiss1 avec son visage smite et anglais1 aux bandeaux de cheveux grisonnants1 est debout1 vtue d'une robe en gros tissu d'un indfinissable gris bleu1 dans le style de ,rossetti et des prraphalites4 ,a ct d'elle1 assis1 et regardant une estampe1 ,mr4 ,edwards1 avec sa barbe de fleuve1 ses cheveux blancs de pre ,nol4 ,cette toile1 exceptionnellement savoureuse et forte1 appartient dj la ,national ,gallery4 ,mrs4 ,edwards avait promis de l'offrir la ,nation ds qu'elle le pourrait4 ,l'preuve tait redoutable pour notre compatriote et notre contemporain2 mais ce morceau tient sa place au milieu des chefs-d'oeuvre qui l'entourent et avec lesquels il tait digne de voisiner4 ,une autre fois1 ,mrs4 ,edwards1 qui avait pris l'autorit d'un marchand et d'un impresario1 lui fit entreprendre le portrait d'une jeune fille1 miss ,b444 ,aprs beaucoup de rsistance1 ,fantin consentit recevoir chez lui cette trangre1 dont la vivacit et les libres allures bouleversrent le n #h de la rue des ,beaux-,arts4 ,revtue d'une longue blouse de travail jaune1 d'une cotonnade de ,william ,morris1 menus dessins ton sur ton1 ,fantin l'assit de profil1 devant l'invitable fond gris4 ,elle regarde des crocus jaunes dans un verre et elle s'apprte les copier l'aquarelle4 ,et ce fut l encore une grande russite1 quoique le matre se ft mis la tche1 furieux et contraint4 ,de quelle prcieuse galerie il nous priva1 en se rpandant si peu au dehors6 ,rappelons encore ce beau tableau un peu froid mais si intense3 ,mlle ,kallimaki ,catargi et ,mlle ,riesner tudiant la tte en pltre d'un des esclaves de ,michel-,ange1 et un rhododendron aux sombres feuilles4 ,nous sommes reconnaissants ceux qui apprtrent pour ,fantin un motif un peu piquant2 que ne furent-ils plus nombreux1 ces intrus dont l'apparition rafrachit la vision du solitaire444 ,ce bourgeois1 casanier avec enttement1 se plaignait de toutes les choses de chez nous3 elles choquaient son esprit4 ,ses sympathies de vieux romantique pour l',allemagne s'accrurent dans une famille franaise1 mais germanique de tendances et d'ducation1 o deux femmes cultivaient par des lectures1 de la musique et des discussions1 les penchants de ,fantin4 ,ce n'tait plus l'intrieur du pre et des soeurs--des ,brodeuses qui nous donnons le premier rang dans son oeuvre--mais une sorte de petite ,genve sectaire l'entre du ,quartier ,latin1 un oratoire protestant1 jalousement clos1 o l'activit crbrale1 les passions allaient s'exasprer4 ,alors1 verrouill chez lui1 ,fantin traduisit par la peinture ses impressions littraires et musicales et1 de plus en plus mthodique1 quant la forme1 il nous confia les secrets de son coeur1 non plus en de savoureuses esquisses1 mais en des tableaux secs et conventionnels qui occuprent la fin de sa vie1 pour la fortune future des marchands de la rue ,laffitte1 sinon pour notre joie4 ,les pommes1 les pches qui rappelaient1 dans ses premires toiles1 les natures mortes de ,chardin1 devinrent des fruits en cire1 d'une excution dure et mcanique4 ,mrs4 ,edwin ,edwards en achetait par douzaines1 qu'elle lana plus tard sur le march parisien1 parmi les ,harpignies et les ,boudin4 ,notre peintre1 ainsi1 entrait sur le march4 ,d'assez bonne heure1 ,fantin avait frquent des littrateurs1 comme l'indiquent l',hommage ,delacroix1 et cette table de potes du ,parnasse o le jeune ,arthur ,rimbaud appuie ses coudes de mauvais petit drle1 prs d'une brillante nature morte3 deux ouvrages qui1 avec l',atelier de ,manet1 aujourd'hui au ,luxembourg1 annonaient un peintre de la grande ligne hollandaise et flamande4 ,l'excution de ces pages1 comme l'on disait au temps d',albert ,wolff--est trs varie3 dans l',hommage1 la pte est transparente1 lgre1 chaude et rousse4 ,dans les deux autres1 les ttes1 trs ingales de qualit1 sont parfois admirables1 plus souvent creuses et de construction molle4 ,on sent que ,fantin excellait surtout enlever des morceaux1 ne parvenant que rarement relier dans l'air1 les uns aux autres1 plusieurs personnages4 ,telles quelles1 ces pages appartiennent l'histoire2 elles sont trs prcieuses1 quels que soient le convenu des gestes et le morne des expressions4 ,c'est le temps du ,parnasse1 c'est l'enfance de l'impressionnisme1 heure significative dans le ,x,i,xe sicle4 ,fantin fut li avec ces hommes dont il nous importe tant d'avoir l'image qu'il traa d'un pinceau souvent trs fin1 mais dnu de cette puissance dans le model et le dessin1 de cet accent1 je dirais caricatural1 d'un ,manet4 ,fantin rendit l'aspect1 le teint1 les vtements de ses amis1 sinon toute l'individualit de leur structure4 ,il devait tre nerveux en leur prsence et ne pouvant ou ne voulant jamais reprendre un morceau2 tenant surtout la fracheur de la pte1 il n'analysait pas toujours suffisamment les physionomies1 dans sa hte de peindre et par peur de fatiguer l'ami qui est sur la sellette4 ,on dirait qu'il ne parlait pas son modle2 or1 des sances de portrait ne sont fructueuses que si un rapport intime s'tablit entre le portraitiste et la personne portraiture4 ,les sances de portrait sont puisantes1 si l'on n'a pas le got de la conversation1 ou si les gens vous importunent par leur prsence4 ,il et fallu que ,fantin gardt toujours1 auprs de ses semblables1 un peu de cette libert qui lui avait permis de faire1 comme nul autre1 des fleurs et des fruits1 de la nature morte4 ,avec la mme sret1 semblent avoir t conduits jusqu'au rendu intense et dfinitif de la vie1 quelques-uns de ses anciens portraits3 les ,brodeuses1 le buste de ,mlle ,fantin1 quelques ttes du matre et les deux portraits de sa femme1 dont l'un est au ,luxembourg1 l'autre au muse de ,berlin4 ,ces toiles1 de la plus heureuse venue1 font penser au style soutenu et ample des ,vnitiens1 ,rembrandt aussi1 et atteignent le plus haut art du portraitiste4 ,il suffirait de les avoir signes pour que ,fantin mritt la gloire4 ,le peintre s'y montre tel qu'il voulut tre3 d'un autre temps1 retardataire rsolu1 traditionnel et prudent1 mais profondment original et franais4 ,deux personnes aimes1 silencieuses dans l'atmosphre chaude d'une chambre toujours habite1 ,fantin excelle rendre leur puret et leur candeur moniale1 se complaisant les peindre comme des fleurs1 dans des conditions de scurit et de paix domestique4 ,ses groupes de littrateurs et d'artistes ne nous satisfont presque jamais tout fait4 ,il semble qu'il y ait eu un moment o ,fantin1 auprs d'eux1 souhaitt d'tre seul1 ne pouvant plus rendre1 faute de recueillement1 ce qu'il voyait si bien quand il tait son aise et ne mnageait pas le nombre de ses sances4 ,prises sparment1 les ttes d'douard ,manet1 de ,claude ,monet1 de ,renoir1 d',edmond ,matre1 de ,scholderer1 dans l',atelier aux ,batignolles1 sont des morceaux superbes4 ,peut-on dire que la toile1 dans son ensemble1 ait une allure magistrale8 ,chaque fois que ,fantin multiplie les figures1 il pche par la forme1 non qu'il ne pt copier exactement un morceau1 mais le dessin1 le grand dessin1 n'est pas l'exactitude4 ,la brosse qui remplit d'un bout l'autre la surface couvrir1 le pinceau d'un ,franz ,hals qui1 dans l'huile et la couleur1 donne la ressemblance1 comme par hasard1 en courant1 sans application ni effort2 la belle facilit si dcrie de nos jours--celle de ,rubens1 de ,van ,dyck1 de ,velasquez1 de ,fragonard et de ,reynolds1 voil ce que ,fantin n'eut jamais4 ,cette brillante virtuosit que galvaudrent des prestidigitateurs1 mesure que le faux-semblant1 l'adresse se substituaient la science1 personne ne la possde plus4 ,pour le public1 l'aspect pauvre des toiles de ,fantin1 leur scheresse1 leur froideur et leur nudit1 signifirent3 grandeur1 profondeur1 solidit4 ,plus ses fonds taient tristes1 ses figures rigides et les models menus 7portraits de ,m4 ,adolphe ,jullien1 de ,m4 ,lon ,matre1 de la nice de l'artiste71 plus on admirait la manire discrte et honnte de ,fantin4 ,c'est des raisons morales que ,fantin dut ainsi les faveurs exceptionnelles d'un certain public grave et pdant2 mais les natures mortes et les fleurs1 ainsi que les fantaisies mythologiques et wagnriennes1 n'taient pas encore connues de cette clientle4 ,nous savons les milieux o sa rputation se forma et quelles personnes souhaitrent d'tre peintes par lui4 ,s'il et accept des commandes1 nous imaginons sans peine les modles qui se fussent presss la porte du portraitiste3 je vois leurs redingotes noires2 je vois les tailles de ces dames1 point belles1 et vtues d'un costume tailleur ou d'une robe demi dcollete en coeur2 je les imagine tous figs1 contre un fond de terne boiserie grise2--vtements sans attraits pour le coloriste1 mais tant de srieux et de vertu dans ces visages graves6 ,s'ils avaient connu ,fantin1 combien n'eussent-ils pas t choqus par son esprit paradoxal1 son ironie6 ,comme la conversation du peintre et de ces intellectuels et t vite interrompue4 ,il et tt pris le contre-pied des opinions mises par sa clientle4 ,cet artiste ddaigneux1 avec ses subites boutades1 tait un bourgeois aussi1 mais point de ceux-l6 tudiez le portrait de ,m4 ,adolphe ,jullien3 soigneusement dessin1 model jusqu' la fatigue1 dans une lumire argente1 un monsieur est assis comme il le serait chez ,pierre ,petit1 une main appuye sur une table 7dont le tapis est d'ailleurs bien joli71 et l'autre main sur la cuisse4 ,universitaire8 ingnieur8 magistrat8 savant8 ,on ne peut dire ce qu'il est2 mais c'est un homme srieux4 ,fantin vivait deux vies la fois2 la peinture les maintenait en quilibre4 ,sa pense se plaisait avec les philosophes1 les potes2 les lettres1 la musique enrichissaient son cerveau qui tait aussi actif que son corps tait lent4 ,dans son fauteuil d'acajou1 assis comme un notaire de province1 prs de l'abat-jour vert d'une lampe ,carcel1 il poursuivait un rve que ses compositions1 d'inspiration potique ou musicale1 ne traduisent qu'imparfaitement4 ,il donna rarement une forme digne de sa pense--par le pinceau ou le crayon lithographique--aux visions qui se prsentaient lui pendant les lectures haute voix1 dans des soires de tte--tte1 o son imagination s'exaltait1 s'enflammait comme l'audition d'un opra ou d'une symphonie4 ,mais sa main donnait ses visions la forme des tres et des choses de ses entours1 o il trouva les lments de ses tableaux de fantaisie4 ,ses paysages modrs1 les colonnades de ses temples1 ses draperies1 sortent des innombrables cartons d'estampes1 chaque jour feuillets1 tudis amoureusement1 copis mme4 ,son type fminin1 d'une beaut corrgienne1 blonde1 grasse1 ce visage d'un ovale plein1 il l'a vu auprs de lui2 ce sourire1 cette bouche1 nous les retrouvons dans ses groupes de famille1 chez certaine dame capote1 rotonde1 qui boutonne un gant de chevreau glac4 ,ce type est celui des chastes beauts que ,fantin fait courir1 au clair de lune1 dans les clairires1 qu'il couche sur un nuage1 enveloppes d'un mol tulle4 ,il n'osait regarder que ses proches1 parmi les vivants1 et1 s'il rvait de parcs et de bois1 c'tait des seuls qu'il connt3 les fonds des tableaux de matres444 ,un grand peintre n'a pas1 ncessairement1 une culture universelle2 il lui manque le temps de se la donner1 et son gnie devine ce que les autres apprennent4 ,si ,fantin1 dans la retraite qu'il avait choisie1 fut au courant des faits et gestes de chacun1 des potins de ,paris1 il n'est de grands problmes auxquels il soit rest tranger4 ,s'il sortait peine de chez lui1 son information et sa culture taient sans cesse entretenues par ses fidles1 par les revues et les livres qu'on lui prtait4 ,il supporta mme certain niais fatigant et trop empress1 cause des nouvelles que lui apportait ce rat de coulisses et de salles de rdaction4 ,m4 ,chramy1 l'avou1 se faisait l'cho du boulevard1 de l',opra2 chaque ami correspondait une spcialit1 rpondait un besoin4 ,parmi les plus assidus de la rue des ,beaux-,arts1 fut mon trs cher ,edmond ,matre1 cet homme ple et maigre qui coute ,chabrier au premier plan du tableau ,autour du ,piano et que l'on voit dans un coin de l',atelier aux ,batignolles4 ,je ne puis sparer de celui de ,fantin1 le nom de cet homme d'lite qui fut trop orgueilleux ou trop modeste pour rien signer1 et se borna frquenter les meilleurs d'entre les peintres1 les musiciens1 les potes1 les philosophes de son temps1 et qui tait consult par eux4 ,pour avoir un avis1 un loge de lui1 que n'et-on donn8 ,cet admirable esprit avait parcouru tous les domaines de la connaissance4 ,il se contenta d'tre un amateur et un dilettante et avait tellement joui par l'exercice de sa pense1 et sa mmoire tait si riche1 que1 presque aveugle1 il nous disait peu avant de mourir3 ,je voudrais que cela n'et pas de fin1 tant je me divertis de mes souvenirs4 ,ce prophte est mort trop tt2 pendant vingt-cinq ans je l'entendis prononcer des jugements sur les favoris et les ddaigns de l'art et de la littrature3 nul ne s'est prouv faux par la suite4 ,edmond ,matre tait le got et l'intelligence mmes2 infaillible comme son ami ,baudelaire4 ,de la rue de ,seine1 o il demeurait1 il se rendait souvent chez son voisin1 et celui-ci avait beaucoup profit des conversations si varies1 si solides1 des vastes lectures d',edmond ,matre1 son universel dictionnaire1 son bibliothcaire1 l'intermdiaire entre le monde extrieur et la maison de la rue des ,beaux-,arts1 qui devenait de plus en plus ombrageuse4 ,pendant ses dix dernires annes1 ,fantin ne pouvait se dcider aller entendre1 au thtre ou au concert1 les chefs-d'oeuvre auxquels il tait le plus sensible1 et je me rappelle que1 lors d'une reprise des ,troyens1 place du ,chtelet1 malgr son dsir de voir un opra qu'il chrissait entre tous1 les billets pris1 il ne se dcida pas traverser la ,seine1 le soir4 ,la nuit1 le froid1 la chaleur1 la foule1 tout le troublait1 dans la perspective de cette sortie inusite4 ,de plus1 l'tat nerveux1 la sensibilit de ,fantin le rendaient positivement malade1 quand il prouvait une violente motion d'art4 ,certaine musique le faisait pleurer1 lui causait des crises de nerfs4 ,il ne connut donc ses ouvrages favoris que par la lecture1 le piano1 ou par des reproductions1 si c'taient des oeuvres plastiques4 ,l',italie1 la ,hollande1 l',allemagne taient trop loin1 et le chemin de fer trop dangereux pour tenter un voyage4 ,a part ,londres et ,bayreuth--o il tait all en #ahge1 pour les ftes inaugurales1--,fantin s'tait rsign ne rien voir de ce quoi il songeait sans cesse1 de ce qui stimulait sa production quotidienne4 ,les petites toiles qu'il emptait1 grattait1 glaait au mdium ,roberson1 tages par deux et trois1 l'une au-dessus de l'autre sur son chevalet1 sont comme les dialogues tenus par ,fantin avec ses auteurs de dilection4 ,il finit par prendre un tel got pour ce travail de solitaire1 qu' la longue1 il se persuada qu'il y mettait l'essentiel1 et renona la nature4 ,obstin comme il tait1 ayant la sensation d'une sorte de rserve du public et des artistes1 quant ses oeuvres d'imagination pure1 il se rebiffa et ne consentit plus rien exposer1 qui ft pris sur le vif4 ,il donna encore un tour de clef1 et sa porte ne s'ouvrit plus que devant le marchand de tableaux ,templaer et les quatre ou cinq habitus du lundi4 ,ce soir-l1 de tradition1 tait consacr ces fidles1 pour qui ,fantin sortait lui-mme commander un bon plat chez ,chiboust1 ou l'un de ces gteaux de ,quillet1 dont il tait friand1 mais qu'il redoutait comme tant de choses4 ,edmond ,matre me racontait les rites invariables de ces runions hebdomadaires1 intimes et pourtant crmonieuses1 et je me souviens du rle muet de deux dames qu'il y rencontrait une fois la semaine1 qu'il reconduisit vingt ans de suite l'omnibus vers neuf heures et demie1 et dont1 par discrtion1 il ne demanda jamais le nom ni la condition4 ,fantin remettait l'une d'elles le journal le ,temps1 au moyen duquel il prenait soin de distraire la respectable femme1 tandis que s'changeaient1 entre les autres1 des propos auxquels cette comparse ne faisait jamais allusion et qu'elle ne paraissait point entendre4 ,ce ,parisien de ,paris1 attach tout ce qui est de ,paris1 ce prototype du ,franais dnigrait la ,france1 la disait pourrie1 appelait de ses voeux une bonne correction1 lui qui et tant souffert de voir son quartier envahi1 comme il commenait de l'tre par les trangers4 ,il devait aussi se proccuper du malentendu sur quoi tait fond son succs2 il occupait une de ces positions fausses que l'on tche de ne pas voir soi-mme1 mais dont un nerveux finit par tre incommod4 ,il tait tour tour fier et vex des louanges qu'il recevait dans des dcoupures de la presse1 sous des signatures alarmantes4 ,s'il lui avait t possible de siger sous la coupole1 tout en raillant les membres de l',institut6 ,l'pe pacifique qui bat les pans de l'habit vert1 lui semblait tre une arme approprie pour un artiste1 dt-il en marchant s'y prendre les jambes4 ,l'nergie lui manquait pour avouer que le ,palais ,mazarin n'est point un lieu ddaigner4 ,il raillait et dsirait4 ,il fallait connatre ,fantin fond pour jouir de sa socit4 ,les contradictions de son esprit rjouissaient ses amis et rendaient sa socit impraticable pour les autres4 ,il y avait d'ailleurs en lui deux personnes destines ne jamais s'accorder entre elles1 comme il y avait deux peintres qui luttaient entre eux4 ,les dners du lundi avaient lieu dans une chambrette laquelle on montait de la tente orlaniste par un sombre escalier tournant2 c'tait la salle manger et le salon4 ,une seule fois j'y fus conduit et pus voir l',hommage ,berlioz2 ,fantin avait un faible pour cette toile qui n'avait pas eu de succs1 qu'il savait n'tre pas russie1 qu'il avait trop travaille4 ,elle prsidait aux repas4 ,il y avait un canap sur lequel les dneurs s'asseyaient1 et un piano2 on se serait cru dans une arrire-boutique du faubourg ,saint-,germain4 ,l1 en confiance avec le juge d'instruction ,lascoux1 ,amde ,pigeon1 l'ancien prcepteur de ,guillaume ,,ii1 ,m4 ,adolphe ,jullien1 le critique musical des ,dbats1 ,m4 ,camille ,benoit1 ou ,m4 ,chramy--et toujours avec ,edmond ,matre1--,fantin faisait une revue de la semaine2 il s'occupait beaucoup de politique4 ,je n'ai jamais eu l'honneur d'tre invit1 mais j'ai cependant vu ,fantin en verve et dbrid4 ,son visage devenait tout fait beau2 ses yeux lanaient des clairs4 ,comme je l'ai entendu parler loquemment de ,goethe1 de ,schopenhauer1 de ,wagner1 de ,renan1 de ,hugo1 d',ingres et de ,delacroix6 ,quand il parlait de ce qu'il aimait vraiment1 c'tait une joie de l'couter4 ,je n'ai jamais retrouv1 depuis1 dans aucun milieu d'artistes1 ce sincre intrt1 cette passion1 cette dvotion que les hommes d'alors gardaient jusqu' la tombe4 ,il est mort temps1 avant la haute mare d'ignorance1 de grossiret et d'anarchie4 ,il aurait regrett d'avoir tendu sa main--geste dont il tait trs avare-- ses dfenseurs qui seraient devenus ses ennemis4 ,vers le mois de juin1 les motions du ,salon dissipes1 une voiture galerie venait prendre dans la rue des ,beaux-,arts les malles et les menus bagages de la famille ,fantin4 ,c'tait le dpart pour la campagne1 pour ce village bas-normand o l'artiste possdait une maisonnette dans un jardinet aux fleurs classiques1 d'aprs lesquelles il peignit ces toiles dont ,mrs4 ,edwards n'tait jamais assez munie4 ,c'taient de bonnes journes de travail dans quelque chambre dont la fentre ouverte laisse entrer les bruits de la route ou du bourg3 un gamin qui chante au sortir de l'cole1 le cahot d'une charrette1 le gloussement du poulailler1 le mugissement d'une vache1 par-dessus le mur de silex hriss de ravenelles et de scolopendres4 ,le peintre1 sous un vieux chapeau de paille1 le cou envelopp d'un foulard d't1 toujours chauss de pantoufles1 ds aprs son petit djeuner va cueillir dans les plates-bandes ce que la nuit a fait clore de plus color4 ,il pose sur le coin d'un meuble de chne1 devant un carton gris qui servira de fond1 un de ces rcipients en verre uni que ,mrs4 ,edwards lui envoie de ,londres1 fabriqus sur les conseils ingnieux de certaine monomane du jardinage1 et diffrant de forme selon la tige1 la fleur et le feuillage2 avec mille soins1 aprs de graves conciliabules1 on fait un choix dans la rcolte du matin4 ,les dlices d'une bonne sance vont tre savoures1 en dpit des mouches importunes et de la chaleur4 ,la palette a t prpare ds la veille1 elle est dj1 elle seule1 un bouquet aux tons composs--bleu tendre1 lilas1 jaunes roses1 jaunes beurre frais1 s'entourant de bruns1 d'ocres1 de tous les rouges et de noirs2--une mosaque en pte huileuse1 dont il suffira de dranger la symtrie pour en faire sur la toile le portrait d'un bouquet4 ,fantin est trs mticuleux pour la composition de sa palette4 ,c'est un mouchet de petits tas de couleurs3 la palette de ,delacroix1 mais enrichie de beaucoup d'lments nouveaux1 des tons prpars4 ,il enduisait sa toile1 l'avance1 d'un ton neutre1 transparent1 qui servait de fond1 invariablement4 ,si ce n'tait l'air qui circule autour d'eux1 on dirait certains tableaux de fleurs excuts comme des ornements en pyrogravure sur une table1 ou sur une bote dont le bois reste visible4 ,il en est mme parmi les moins bons1 qui1 en dpit de leur savante anatomie1 ont l'aspect des modles d'aquarelle pour jeunes pensionnaires4 ,d'autres fois1 il gratte le fond avec son canif1 comme pour suggrer le treillis1 le trembl1 la bue de l'atmosphre1 et allge la matire sans rien enlever la prcision du contour qu'amollirait le contact de deux ptes humides se pntrant l'une l'autre4 ,sans estompage ni bavochures1 c'est une pte plus ou moins paisse1 selon que la chair de la fleur est veloute1 soyeuse1 pelucheuse ou lisse1 mtallique ou fine comme de la baudruche4 ,chaque fleur a sa carnation1 sa peau1 son grain1 son mtal ou son tissu4 ,les lis1 secs1 cassants et glacs comme une hostie1 avec leurs pistils de safran1 comportent un autre rendu que les cheveux de ,vnus1 les pavots et les roses trmires1 minces et plisses comme le papier abat-jour2 le dahlia1 qui est un pompon et un rayon de miel2 la capucine1 taille dans le velours1 comme le granium1 la gueule-de-loup ou la pense1 ne sauraient tre models de mme que le glaeul coupant1 le bgonia ou l'aster4 ,les fleurs sont tour tour des papillons1 des toiles de mer1 des lvres ou des joues de femme1 de la neige1 de la poussire ou des bonbons1 des bijoux maills1 du verre translucide ou de la soie floche4 ,fantin tudiait leur caractre comme celui d'un visage humain4 ,fantin aima surtout celles des vieux jardins de cur qui poussent sans trop de soins dans les parterres entours de buis4 ,je ne crois pas qu'il ait portraitur les pivoines ou les nouveaux chrysanthmes qui ne savent o arrter les prtentions de leurs falbalas4 ,il fit des pieds-d'alouette et de l'oeillet1 de petits chefs-d'oeuvre4 ,dans sa jeunesse1 il avait parfois amoncel et serr dans un vaste pot blanc1 sur un fond sombre de muraille1 des bottes de fleurs1 comme on grouperait des cheveaux de laine pour la joie des yeux2 mais la plupart de ses tudes sont d'un seul genre de fleurs la fois1 afin1 sans doute1 d'en donner une image plus individuelle3 des portraits4 ,fantin a d crer ses petites pices de matrise dans la joie tranquille des journes saines et unies de l't la campagne4 ,se mettre au travail de bon matin1 sans crainte d'un visiteur indiscret1 c'est la moiti du succs dans un genre d'ouvrage impossible interrompre1 car les fleurs sont des modles phmres qui meurent pendant qu'on les peint4 ,laissons ,fantin pench sur sa toile et analysant avec ardeur leurs moindres traits1 dont l'expression change avec les heures du jour et qu'il convient de saisir au bon moment4 ,chaque sonnerie du clocher lui fait battre le coeur1 de crainte qu'un ptale ne tombe1 que des trous ne se creusent dans l'difice chancelant4 ,mais la pense de ,fantin se ddouble et1 malgr son application peindre1 vagabonde2 il se promne dans des muses lointains1 chantonne du ,schumann et se redit lui-mme certaines phrases de ses auteurs chris4 ,l'exprience nous apprend quel moment il sied de couper les fleurs1 afin qu'elles restent plus longtemps sans se faner1 et les plusieurs manires de prolonger leur agonie4 ,vous pouvez faire un bouquet en mnageant des vides1 o1 une fois peintes les premires fleurs1 vous en glisserez d'autres qui les encadreront4 ,c'est tout un art1 qui exige beaucoup d'habitude1 d'adresse et de soins4 ,fantin1 qui fit tant de tableaux de fleurs1 devait avoir pour elles les attentions et la tendresse d'une demoiselle sentimentale4 ,quel enivrement1 la dernire sance1 quand la fin du jour approche1 d'harmoniser1 d'orchestrer l'oeuvre entire et d'y mettre les vigueurs1 les clats dcisifs1 juste avant la minute o toutes ces belles chairs1 hier encore palpitantes1 ne vont plus former1 fltries1 qu'un charnier6 ,c'est dans les roses que ,fantin fut sans gal4 ,la rose1 si difficile de dessin1 de model1 de couleur1 dans ses rouleaux1 ses volutes1 tour tour tuyaute comme l'ornement d'un chapeau de modiste1 ronde et lisse1 encore bouton1 ou telle qu'un sein de femme1 personne ne la connut mieux que ,fantin4 ,il lui garde toute sa noblesse1 elle que tant de mauvais aquarellistes ont banalise par des coloriages sur le vlin des crans et des ventails4 ,il la baigne de lumire et d'air1 retrouvant la pointe de son grattoir la toile absorbante1 sous les paisseurs de la couleur1 et ces vides qui sont des interstices par o la peinture respire4 ,mtier tout oppos celui d'un ,courbet1 dont le couteau palette ptrit la pte1 l'enfonce de force et lui donne la surface magnifique1 polie et glace de l'onyx et du marbre4 ,dans ses tableaux de fleurs1 le dessin de ,fantin est quelquefois beau et large1 il est toujours sr et incisif4 ,la fleur qu'il copie1 il en donne la physionomie2 c'est elle-mme et non pas une autre de la mme tige2 il dissque1 analyse1 reconstruit la fleur1 et ne se contente pas d'en communiquer l'impression par des taches vives1 habilement juxtaposes4 ,la forme peut tre si loquente elle seule que1 dans une lithographie trs rare1 dont je possde une preuve1 ,fantin est parvenu avec du blanc ou du noir1 faire deviner1 dans le cornet de verre d'o elles s'lancent1 toutes les couleurs d'une botte de roses4 ,comme cet art analytique et raisonn1 encore si frais1 est de chez nous6 ,comme ces toiles sont bien d'un petit-fils de ,chardin6 ,c'est par elle que le bon bourgeois franais ,fantin-,latour s'est le plus compltement exprim4 ,ici1 nulle trace d'austrit ou de lourdeur allemande1 mais la logique1 la belle clart de la langue du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,la ,tate ,gallery possde une toile des plus importantes par sa grandeur et la perfection du bouquet riche et vari qui s'y dploie4 ,c'est peut-tre l que ,fantin atteignit le plus haut degr de son talent2 encore un don de ,mrs4 ,edwin ,edwards1 l'infatigable amie qui imposa ,fantin l'admiration de ses compatriotes1 alors que personne1 en ,france1 ne savait qu'il peignt des fleurs4 ,chaque automne1 de retour ,paris1 ,fantin rassemblait ses travaux de l't1 et1 aprs avoir compar1 une une1 ses tudes avec celles qu'il gardait accroches sa muraille1--choix de pices parfaitement russies1--il les posait plat dans une caisse1 les chssis retirs1 et les expdiait ,londres4 ,l1 ,mrs4 ,edwards les faisait encadrer1 conviait un public d'amateurs les venir admirer4 ,trop longtemps1 elles furent introuvables en ,france2 ,fantin ne se rvlait nous que par de rares portraits et les fantaisies qu'on avait pris l'habitude respectueuse de louer4 ,on se demande1 d'ailleurs1 si les critiques taient sincres1 maintenant que nous assistons une incohrente explosion d'opinions contradictoires chez les plus rputs d'entre eux4 ,on peut tout faire admettre par un homme dont le mtier est de juger un art qu'il n'a pas pratiqu4 ,les littrateurs se plaisaient suivre ,fantin rvant en compagnie de ,berlioz1 ,wagner1 ,schumann1 ou se promenant en pleine mythologie1 sans quitter la rue des ,beaux-,arts1 et croyaient humer la fume de sa familiale bouilloire th1 dans les ciels argents de ses thophanies4 ,oui1 certes1 ces tableautins taient bien de ,fantin-,latour1 par l'excution1 parfois aussi par la couleur2 c'taient les visions d'un romantique attard1 troublant les nuits de ce peintre trop prudent4 ,ses nymphes et ses desses1 au galbe corrgien1 ce sont des mnagres dsirables mais chastes1 qui se montrent1 mais ne s'offrent pas2 apparitions de figures acadmiques groupes comme des tableaux vivants d'amateurs4 ,je ne dis pas que cette partie de l'oeuvre de ,fantin soit ddaigner4 ,il est mme de charmants morceaux dans cette srie1 la plus nombreuse en tout cas1 et sa favorite2 hlas6 ce n'taient pas ses esquisses qu'il envoyait aux expositions1 mais des sortes de pices d'apparat1 fabriques en vue des ,champs-lyses1 et que l'tat ou la ,municipalit lui achetait pour les galeries4 ,l'cole des ,beaux-,arts nous offrira bientt une ample collection des ouvrages de ,fantin-,latour4 ,il sera intressant de connatre le jugement port1 deux ans aprs sa mort1 sur l'honnte artiste qui crut opposer une si exacte discipline1 et son culte de la tradition1 aux progrs de la folie et de l'orgueil1 comme il disait#b4 #b ,cette tude1 crite avant l'exposition posthume de ,fantin1 l'cole des ,beaux-,arts1 parut dans la ,renaissance latine4 ,,james ,,mac ,,neill ,,whistler ,pour ,walter ,sickert4 ,les littrateurs ont beaucoup crit sur ,whistler#c l'occasion de sa mort4 ,ils prsentrent ce charmant et singulier artiste au public comme une sorte de ,mallarm de la peinture1 un ncroman dans sa tour d'bne1 au milieu d'un jardin o le soleil ne pntre point4 #c ,cette tude a t crite en mars #aije1 aprs l'exposition ,londres des oeuvres de ,whistler4 ,celle de ,paris1 trs incomplte1 mal claire1 dans les galeries de l'cole des ,beaux-,arts1 est encore venue brouiller les ides4 ,il semble qu'on doive toujours tre injuste avec cet artiste1 dans l'loge comme dans la critique4 ,le succs parisien de ,whistler clate une poque d'alanguissement gnral4 ,en peinture1 dominaient les teintes grises1 comme en musique et dans les lettres2 un got maladif du factice1 de l'sotrisme1 de l'exceptionnel et du bizarre4 ,ce fut la saison des hortensias bleus et des chauves-souris1 des langueurs et des fivres4 ,le whistlrisme et le mallarmisme sont des formules qui enchantrent notre jeunesse1 comme des prciosits dignes de nos ddaigneuses personnes2 ces nologismes veillrent l'attention de la foule4 ,le portrait de la mre de l'artiste acquis pour le ,luxembourg est un ouvrage qui plut par ce que certains snobs crurent y dcouvrir de morbide2 ses mrites techniques en font pourtant un des exemples les plus sains qu'on puisse proposer l'tudiant1 et des plus traditionnels4 ,c'est le plus souvent par ce qu'il a de prissable qu'un artiste s'impose l'admiration de ses contemporains3 d'o tant d'erreurs et de faux jugements4 ,les qualits qui nous charment dans certaines toiles anonymes des sicles passs chappent aujourd'hui l'amateur bourr de littrature4 ,dans mes plus anciens souvenirs1 j'entends encore le nom de ,whistler prononc par les hommes que ,fantin-,latour a groups autour de ,manet et du portrait de ,delacroix4 ,au fond de l'atelier de la rue des ,beaux-,arts1 on voyait l'hommage ,delacroix1 o un jeune dandy1 pinc dans sa longue redingote1 les cheveux noirs boucls1 avec une mche blanche sur le front1 la bouche ironique1 un monocle l'oeil1 se retourne vers le spectateur2 c'est un lgant au milieu de ,franais qui sont ,baudelaire1 ,champfleury1 ,balleroy1 ,duranty1 ,legros1 ,bracquemond1 ,fantin4 ,ce personnage trange m'intrigua longtemps4 ,son nom revenait sans cesse dans la conversation des lves de ,lecoq de ,boisbaudran et de ,gleyre1 les anciens du ,salon des ,refuss1 auxquels j'osais peine poser des questions4 ,le petit ,whistler avait t un type original d',amricain1 une poque o les trangers venaient moins nombreux faire leurs tudes ,paris4 ,whistler avait disparu vite1 aprs des dbuts brillants1 dont il tait moins question que de son allure1 de son monocle et de son esprit1 de son impertinence et de son dandysme4 ,que peignait-il vers #ahfj8 ,nous connaissons1 si nous en prenons la peine1 la manire1 avant #ahgj1 d'un ,manet1 d'un ,renoir1 d'un ,fantin ou d'un ,carolus ,duran1 ses amis4 ,mais1 de ,whistler1 rien voir1 dans ,paris6 ,toujours tait cite la ,demoiselle en blanc1 symphonie de blancs laquelle il avait travaill pendant des mois dans un atelier dmeubl1 tout tendu d'toffes blanches4 ,je sais maintenant1 pour l'avoir vu rcemment1 ce qu'tait ce pauvre essai maladroit et informe2 je ne me rends pas compte de la profonde sensation qu'il cra quand il parut3 ,gleyre fut irrit par cette audace et les prtentions de son rtif lve2 mais les camarades virent quelque chose d'tonnant1 d'exceptionnel1 dans cette figure blanche1 d'une valeur si veule1 sur un fond inconsistant4 ,ils parlrent d'harmonies1 de nocturnes et de symphonies4 tait-ce un musicien ou un peintre1 ce ,whistler8 ,un jour1 me promenant1 collgien en cong1 dans un de ces entresols de l'avenue de l',opra o les impressionnistes groupaient leurs oeuvres1 parmi lesquelles une danseuse juponne de tarlatane1 que ,degas avait modele1 je vis un petit homme noir avec un chapeau haut de forme bords plats2 un pardessus taille tombait sur ses souliers bouts carrs2 il maniait un appuie-main de bambou en guise de canne2 poussait des cris aigus2 gesticulait devant la vitrine qui renfermait la figurine de cire4 ,je pensai tout de suite ,whistler4 ,c'tait lui1 en effet1 et je le rencontrai bientt chez ,degas1 comme ,ludovic ,halvy m'avait introduit dans ce sanctuaire redoutable4 ,whistler avait apport un carton de vues de ,venise la pointe sche1 qu'il tirait avec mille prcautions d'un tui de vlin rubans blancs444 beaucoup de papier1 pour quelques gratignures simulant de vagues reflets de lampes dans l'eau4 ,les gravures et les lithographies de ,whistler--je les ai1 depuis1 presque toutes vues--ne me semblent pas dignes de leur rputation4 ,les premires1 celles de ,paris1 sont franches1 appuyes1 et rappelleraient ,mryon2 les autres sont plus libres1 jolies parfois1 mais faibles1 sans caractre dans leur pittoresque de vignette1 genre o ,mariano ,fortuny1 trop oubli1 excella plus tard4 ,vers #ahhe1 pendues haut1 la ,grosvenor ,gallery1 en quelque sorte mises en pnitence1 j'aperus deux toiles1 longues1 troites1 dans leur cadre d'or mat1 stri et plat comme la peinture de ces deux portraits1 pour ainsi dire enfonce1 rentre dans un gros canevas tapisserie4 ,les figures semblaient se tenir plusieurs mtres en arrire du cadre4 ,l'une tait rose et grise3 une femme en robe d'un ton de coquillage1 un grand chapeau de paille la main2 le tout d'une pleur chaude de pivoine fane4 ,c'tait lady ,meux1 arrangement n #b4 ,l'autre tableau1 tout noir1 mais d'un noir translucide1 comme de l'encre sur de l'or1 tait une figure anguleuse1 au long col par de perles de corail3 ,maud1 la premire femme de ,whistler1 son modle prfr1 l'inspiratrice de quelques-unes de ses toiles les plus caractristiques4 ,jamais je n'avais eu pareille rvlation d'un art nouveau4 ,helleu et moi voyagions en ,angleterre2 nous n'emes plus qu'un dsir3 voir ,whistler4 ,nous allmes frapper la porte de la ,white ,house1 ,tite ,street1 ,chelsea4 ,on passait1 pour se rendre l'atelier1 par une srie de petites chambres peintes en jaune bouton d'or1 sans meubles2 des nattes japonaises terre4 ,dans la salle manger bleue et blanche1 des porcelaines de la ,chine et de vieilles argenteries gayaient une table toujours garnie1 dont le centre tait un bol bleu et blanc1 o nageait un poisson rouge4 ,sur les murs du studio1 nul ornement4 ,dans un coin1 loin de la fentre1 un rideau de velours noir devant lequel le modle pose4 ,deux chevalets attendent prs d'une immense table-palette1 avec une srie de tons prpars4 ,ce sont des mixtures diffrentes pour chaque toile1 et dont l'artiste se sert1 de la premire la dernire sance1 pour excuter son arrangement ou sa symphonie3 tons de chair1 blanc et rouge indien1 ou rouge de ,venise1 broys ensemble2 tons sombres pour les vtements2 puis un gros tas de couleurs pour le fond2 et les drivs de ce ton pour la demi-teinte3 et tous des provisions telles qu'un peintre en btiment en rserve dans ses seaux1 afin de coucher de vastes surfaces unies et sans taches4 ,whistler1 avec un couteau palette souple1 ptrit cette pte mlange dans de subtiles proportions2 il la dlaye dans le ptrole avec des brosses rondes longs manches4 ,sur la chemine du studio1 un chapelet de cartes d'invitations dner1 soires1 rceptions mondaines1 nous rappellent que nous sommes chez un lion de la saison4 ,et le petit homme s'agite1 parle fort1 avec des crescendo de oh6 oh6 et un accent amricain de parodie2 rajustant sans cesse son monocle ruban de moire1 de sa belle main fine et nerveuse de prestidigitateur1 il semble prt chtier le critique imbcile ou le milliardaire qui hsite sortir des dollars de sa poche4 ,s'il consent montrer quelque chose1 c'est aprs d'interminables prliminaires et non sans s'tre fait prier comme un virtuose4 ,enfin1 la reprsentation commence4 ,le chevalet est plac en bonne lumire2 ,whistler1 en sifflant1 fouille dans les casiers d'un meuble secret3 lente recherche qui exaspre notre impatience4 ,enfin1 deux index aux ongles de mandarin tendent en avant un minuscule panneau de bois ou de carton1 le dposent sur le chevalet1 le fixent en tremblant derrire la glace d'un cadre4 ,deux souliers talons intrieurs vont et viennent1 des cheveux boucls s'agitent1 une bouche rit1 d'o sort un oh6 oh6 perant2 le visiteur sursaute1 et ,whistler le frappe sur l'paule en lui demandant1 en lui ordonnant1 plutt1 une approbation enthousiaste3 ,pretty8 ,et c'est un petit nuage gris dans une bordure d'or mat3 une note1 un arrangement1 une harmonie1 un scherzo ou un nocturne que tu devras admirer sous peine d'tre tenu pour un philistin6 ,sinon444 prends le chemin de la porte1 malheureux6 et ne reviens plus ,tite ,street6 ,une autre anne1 ,boldini nous conduit1 ,helleu et moi1 chez ,whistler4 ,arrivs bien avant l'heure du th auquel il nous convie tous les trois1 nous avons l'indiscrtion d'insister pour qu'il retourne et nous montre toutes les toiles dont on aperoit les hauts chssis troits1 empils l'ombre d'un paravent2 et ces tudes lgres que renferme le mystrieux meuble tiroirs4 ,whistler1 en bonne disposition1 et que nous avons mis en confiance1 se dcide tout sortir1 de ce qu'un artiste garde pour lui et livre aprs sa mort au jugement de la postrit4 ,j'ai peur que1 de ces esquisses dlicieuses qui passrent trop rapidement devant nous ce jour-l1 la plupart ne soient dtruites1 ou qu'elles n'aient t reprises1 gches1 dfinitivement abandonnes4 ,cette visite nous fit comprendre les procds de l'artiste qui nous confessait involontairement ses joies et ses tristesses1 ses russites et ses checs4 ,nous le surprenions dans l'intimit1 preuve laquelle un homme trs fort1 que ,whistler n'tait point1 peut seul se soumettre sans pril4 ,mes compagnons et moi aurions voulu certains moments arrter l'imprudent qui en livrant trop de secrets1 nous enlverait aussi quelques illusions4 ,d'abord la revue de toute la srie des grands portraits3 ,whistler qui n'en a pas achev plus d'une dizaine pendant sa vie1 en commenait sans cesse de nouveaux4 ,la premire sance tait une recherche de l'harmonie1 de la composition1 et un effleurement1 une caresse de la toile o la figure se dessine peine dans un lger brouillard4 ,a la seconde1 il prcisait les formes du personnage tout en rpandant une deuxime couche de peinture mince et fluide1 qui nourrissait la premire sans l'alourdir4 ,l'oeuvre tait1 ds lors1 acheve en tant que tableau3 l'artiste y avait mis le meilleur de lui-mme4 ,un scrupule l'empchait de livrer1 tel quel1 le portrait qui et t sauv ainsi4 ,mais ,whistler le gardait en vue d'amliorations que la centime sance apporterait peut-tre4 ,le plus souvent1 il le gtait ou l'effaait4 ,nous emes la bonne fortune de voir quelques-uns des plus beaux4 ,c'taient ,connie ,gilchrist1 la danseuse de music-hall1 arrangement en jaune et or2 ,lady ,archibald ,campbell2 ,henry ,irving1 dans le rle de ,philippe d',espagne1 les jambes du maillot blanc coules dans l'huile1 la faon de ,vlasquez2 ,mrs4 ,forster1 arrangement en noir2 ,maud1 en noir et rouge2 un acteur en costume d',incroyable1 harmonie opaline de gris et de roses2 certains portraits de la srie des arrangements en noir et en brun1 comme la ,rosa ,corder1 ,mrs4 ,cassatt1 les ,leyland1 ,mrs4 ,waldo ,story4 ,il y en avait aussi de trs sommaires et de moins heureux4 ,whistler1 entran et s'amusant de notre surprise1 nous fit dguster la bonne comme la mauvaise cuve et1 aprs des harmonies dans les tons les plus prcieux1 en apparaissaient de moins rares1 jolies encore1 mais un peu fades4 ,c'taient aussi des tudes d'aprs ces charmantes filles anglaises au pur galbe grec dont il entourait les formes graciles d'charpes au coloris attnu#d4 #d ,a l'cole des ,beaux-,arts1 il n'y avait que de sommaires esquisses pour ces toiles4 ,les lacunes taient telles1 qu'on aurait mieux fait de s'abstenir d'un hommage ,whistler1 qui ne fut jamais trait avec plus de ddain que dans cette exposition posthume1 organise en ,france pour rparer une injustice4 ,un autre chevalet tait destin la srie des esquisses o de petites cratures falottes1 ,mousms-,bilitis1 affectes et hiratiques 7mot d'alors7 agitent ventails et parasols sur un ciel de turquoises malades1 le long de quelque grve marine2 tandis que d'autres rigent leur joli petit corps ct d'un grle arbuste de paravent japonais4 ,de cette srie ancienne1 quelques grandes figures nues ou un peu drapes1 charmantes par la sensualit de leurs formes pleines et mignonnes de femmes-enfants2 ,whistler les dessinait d'abord au crayon sur du papier d'emballage1 ou1 d'un pinceau plat1 troit1 tranait sur la toile une pte translucide comme l'mail4 ,ces sortes de frises1 o des thories de petites promeneuses voilent leur nudit de draperies malicieuses1 font penser aux dessins hebdomadaires que ,grvin donna au ,journal amusant1 et ses projets de costumes aguicheurs4 ,whistler raffolait de ces pimpants croquis1 et je me le rappelle1 dbarquant ,boulogne1 qui se dirige vers la marchande de journaux la recherche du ,grvin de la semaine et m'assurant que c'est de l'art le plus exquis6 ,son ancien camarade1 ,p4-,v4 ,galland1 un des artistes franais dont il apprciait le dessin et le got lgants1 tait un des rares contemporains qu'il citt volontiers avec ,grvin4 ,tintoret1 ,vlasquez1 ,canaletto1 les statuettes de ,tanagra1 les estampes japonaises1 ,grvin et ,galland3 singulire association6 ,en flnant au ,british ,museum avec son confrre ,albert ,moore1 ,whistler avait t frapp par l'analogie que prsentent certains marbres grecs et le type anglais3 beaut qu'on chercherait en vain dans la ,grce d'aujourd'hui1 et dont il s'inspira comme ,leighton1 ,alma-,tadma1 pour ne citer que les plus clbres champions de l'acadmisme grco-britannique1 ses ennemis1 et ceux-l mmes qu'il bafouait le plus4 ,dans ses tudes antiques1 aux prcieuses figurines lgres comme du verre de ,venise1 ,whistler s'essayait la dcoration1 art pour lequel il se disait fait2 mais il n'eut pas assez de courage ou de force1 pour s'attester dcorateur dans une grande oeuvre dont il parla longtemps1 qu'il prpara1 mais n'excuta point3 la bibliothque de la ville de ,boston fut ainsi prive d'un panneau qu'esquissa ,whistler1 qu'on et aim voir auprs de ceux de ,puvis de ,chavannes et de ,sargent4 ,le projet en tait admirable4 ,mais revenons l'atelier de ,tite ,street et notre visite de #ahhd4 ,sur un troisime chevalet1 un cadre encore plus petit attendait des notes de ciel et de mer2 paysages urbains1 ruelles et pauvres boutiques de ,chelsea1 cours dieppoises1 animes de bambins croqus au hasard de ses promenades4 ,il ne sortait jamais sans une bote pouce toute prte pour fixer1 en une arabesque ornementale1 le rapprochement de quelques tons fugitifs4 ,il collectionnait1 tiquetait ces planchettes dont il demandait un prix extravagant et qui s'entassaient dans des caisses1 faute d'amateurs assez clairvoyants ou assez riches pour se les offrir4 ,dans l'exercice quotidien de la notation1 comme musicale1 d'un nuage1 de l'cume d'une vague1 d'un reflet dans une vitre d'chope1 il atteignait la perfection de sa technique4 ,sa science et ses moyens taient en une juste relation avec la taille de ces oeuvrettes o il fut sans rival4 ,d'ailleurs1 il insistait sur ces notes et ces nocturnes1 et devant le chevalet1 nous tions prts partager sa prfrence1 car la plupart des grands portraits taient des promesses1 plutt qu'un accomplissement4 ,pour se donner le change lui-mme1 il reprochait au modle un manque d'assiduit et aux circonstances de l'avoir arrt en route4 ,sans facilit1 son travail tait lent1 il se trouvait souvent gn1 fallt-il reprendre une figure en plein1 de haut en bas1 dans la sance4 ,or1 il n'admettait que le portrait en pied2 ou la tte1 seule4 ,cinq ou six fois et de longs intervalles1 il avait sign de son orgueilleux papillon-monogramme de grandes toiles totalement ralises2 mais chaque jour il livrait un assaut o son doigt tait plus sr4 ,whistler n'tait pas un dessinateur trs savant4 ,il lui manquait cette aisance dans la construction du corps humain1 qui1 un ,rembrandt ou mme un ,hals1 permet de se jouer des difficults et de mettre mme dans un groupe nombreux de figures et sans se fatiguer en cours d'excution1 le brillant des dernires touches1 l'piderme4 ,ses russites heureuses dpendaient du hasard qu'implique le manque d'obissance de la main au cerveau4 ,de plus1 son systme de minces et lgres couches superposes1 l'une chaque sance recouvrant la prcdente1 comporte des transformations de hasard1 heureuses ou dplorables4 ,le modle se dcourageait parfois1 le peintre aussi2 on remettait plus tard la suite du travail1 et je sais telle jeune fille qui eut le temps de se marier1 d'avoir cinq enfants en ,amrique et de revenir dix ans aprs l'atelier de la rue ,notre-,dame-des-,champs1 pour y voir achever pniblement par un vieillard un portrait commenc ,tite ,street4 ,quand il est au-dessous de lui-mme1 il l'est comme un amateur distingu4 ,voyez la princesse de la porcelaine 7autrefois dans le ,peacock room1 chez ,mr4 ,leyland73 banalit de la tte1 habile et faible1 mal btie2 mauvaise qualit du dessin1 superficiel et banal4 ,voyez encore le ,sarasate1 le ,duret ou le ,montesquiou en coton444 ,dans le portrait o ,whistler se prsente de face1 la main en avant1 certains critiques crurent voir des pices d'or qu'elle soupse1 au lieu d'un mauvais model qui la dforme4 ,on devine des irritations et des impatiences cruelles dans une lutte corps corps avec le modle1 et son dpit de n'atteindre plus souvent ce rendu qu'il obtint avec sa mre1 par exemple1 avec ,carlyle1 miss ,alexander1 lady ,archibald ,campbell1 lady ,meux1 ,maud ou ,rosa ,corder4 ,la chance1 qui tient une si large place dans la cration d'un chef-d'oeuvre1 ,whistler la niait ou ne voulait pas l'admettre1 alors que c'tait trop souvent du hasard qu'il tait le jouet1 pensions-nous dans l'atelier mlancolique et dj envahi par le crpuscule1 o le matre tait debout1 avec ses rides1 la bouche pince sous sa moustache de d',artagnan1 soucieux et interrogateur1 quoi qu'il se donnt pour le plus impeccable1 le plus savant1 le plus conscient des peintres4 ,s'il avait tonn1 scandalis1 en des procs retentissants1 couvert ,ruskin de ridicule et ni tous ses contemporains1 il n'avait point l'autorit4 ,chaque rare commande de millionnaire tait prtexte chicanes4 ,il aurait voulu1 malgr son intransigeance1 avoir le succs4 ,ses oeuvres taient pour nous1 peintres de ,paris1 et pour ses lves qu'il rduisait au rle de simples compagnons de plaisir1 mais qui du moins le comprenaient aussi4 ,son monogramme1 sa mche blanche1 la couleur de ses murs1 ses ten o'clock1 son excentricit3 voil ce qui frappe le public anglais en #ahhe4 ,whistler voudrait gagner beaucoup d'argent1 il en dpense sans compter4 ,non1 comme on dit1 qu'il soit agit de soucis pcuniaires2 ,whistler1 homme aux forts et imprieux besoins1 s'est toujours offert tranquillement ce qu'il dsirait4 ,il n'hsite pas choisir une pice d'argenterie rare ou de vieux ,chine blue and white1 quitte1 l'intimidant par sa faconde1 renvoyer le marchand qui ose lui rappeler la ralit d'une chance4 ,il donne des repas o la socit la plus lgante1 autour du bol au poisson rouge1 s'esclaffe ds qu'il parle4 ,pour ses convives1 il est ,jimmy et ,jimmy veut tre encore un dandy la d',aurevilly1 et qui fait le jeune4 ,il a franchi la soixantaine4 ,une soire passe avec lui au ,caf ,royal ou dans le monde1 laissait une impression douloureuse4 ,ce diable d'homme1 bruyant en public1 hbleur1 vaniteux enfantinement1 voulait donner le change sur lui-mme4 ,son art tant ni1 il profitait au moins de ses avantages de causeur paradoxal et accentuait ses bizarreries pour retenir l'attention du public4 ,l'effet qu'il s'irrita parfois de ne pas produire dans la socit parisienne1 tait toujours sr ,londres4 ,son succs comme confrencier1 plaideur ou essayiste1 remplissait les journaux1 tendait sa popularit1 le lionisait4 ,il donna ses confrres le conseil--cela devint une mode--de rpondre aux articles des critiques par des lettres ouvertes1 et mme d'intenter procs ceux qui les avaient svrement jugs4 ,whistler1 d'esprit combatif1 plein d'ironie1 aussi habile s'exprimer par la plume que par la parole1 poursuivait sans rpit ses ennemis1 c'est--dire les journalistes1 les amateurs1 la society4 ,il crivait beaucoup1 d'une criture fine1 charmante1 ornementale qui1 du moindre billet aux savantes rserves de blanc1 sur un papier spcial1 faisait un objet d'art4 ,son aspect extrieur autant que le dcor de sa maison1 ses opuscules imprims1 ses lettres3 tout portait un cachet individuel1 faisait partie de son esthtique4 ,son extrme raffinement tait trop ostensible1 et l'on tait pein qu'il prt tche de se masquer sous des dehors un peu charlatanesques1 devant la foule grossire et nave qu'il intriguait du moins1 puisque sa peinture ne pouvait la conqurir4 ,l'excentricit qui chez nous lasse1 a pour les ,anglais un prestige ternel4 ,il s'entourait volontiers de jeunes gens4 ,a ,walter ,sickert qui l'interrogeait sur les grands hommes de son temps1 les ,carlyle1 les ,disraeli1 et s'tonnait des mdiocres inconnus qui encombraient maintenant l'atelier de ,tite ,street3 ,je prfre les jeunes fous aux vieux imbciles1 rpondit-il4 ,en vrit1 il n'avait aucune curiosit en dehors de son art et de la culture de sa personnalit1 ne lisait pas1 riait de toute peinture moderne1 sauf de la sienne4 ,ds qu'il avait accompli sa tche journalire1 il ne pouvait demeurer seul1 et ayant gard tard le besoin de sortir1 de s'afficher dans les lieux publics1 il lui plaisait qu'un cortge tapageur de disciples l'accompagnt par la ville4 ,le soir en habit1 mais sans cravate1 soigneusement coiff et sa mche blanche en point d'interrogation sur le front1 il se rpandait dans ,londres1 dnait excellemment et faisait des mots cruels1 qu'on colportait ensuite4 ,comment celui qui avait une si noble conception de sa mission artistique et qui ft mort de faim plutt que de cder et de se mentir lui-mme1 ne s'acquittait-il pas autrement de son rle de chef d'cole8 ,car il en tait un6 ,ses disciples1 pour qui ses principes si vrais et si raisonns taient attendus et suivis avec conviction1 pourquoi les traitait-il en reporters chargs de rpandre au loin ses pigrammes8 ,de l'esprit1 des mots pour les autres2 pour lui1 des rgles sur lesquelles il fut intransigeant4 ,a le voir parader en dehors de l'atelier1 on l'et pris pour un mule en dandysme d',oscar ,wilde1 qu'il mprisait pourtant et dont il ne cessait de faire remarquer la vulgarit1 l'inintelligence esthtique et l'insincrit4 ,les manifestations1 je dirais sportives1 du whistlrisme d'alors1 il en tait trs fier et s'en amusait comme d'une bravade de grand peintre incompris1 gar parmi de demi-professionnels4 ,avec les rats et les mondains tapageurs de sa bande1 il se grisait1 redressait sa taille de major de cavalerie4 ,mais si1 rentrant tard de leurs balades nocturnes1 ceux-ci passaient chez le matre1 ils le retrouvaient pench1 ds l'aurore1 sur une plaque de cuivre1 ou camp devant sa toile4 ,le lion d'hier soir tait redevenu un vieillard grosses lunettes1 courb sur son ouvrage1 fervent devant la nature1 l'artiste nourri dans les muses1 passionn pour la puret de la matire4 ,il voulait que petit ou grand1 son ouvrage ft toutes ses phases digne de lui2 beau ds la premire sance1 parfait dans tous ses tats2 que le dessin ft d'une subtilit nerveuse1 les valeurs exactes2 il dfendait ses lves de donner un coup de pinceau en l'absence du modle4 ,la probit de ses intentions tait magnifique1 ce barbouilleur fut un des derniers se proccuper des conditions matrielles sans lesquelles la peinture l'huile se plombe vite et n'a pas de dure4 ,il avait retrouv la transparence des matres--avec une technique nouvelle et sans ces dessous en monochrome qui exigent que l'artiste peigne d'aprs des dessins1 et non pas d'aprs nature4 ,dans une exposition d'ensemble1 on remarque des techniques trs diffrentes1 ses dbuts et dans sa maturit4 ,avant #ahfj1 ,whistler1 pour fuir l'autorit de ses parents qui le destinent tre un ingnieur1 quitte l',amrique1 vient ,paris quand l'cole raliste est dans son plein panouissement2 il reoit la bonne leon de ,courbet1 puis va se fixer ,londres au moment o le prraphalitisme1 avec ,ruskin1 ranime les passions4 ,c'est ainsi qu'il put suivre ces deux batailles de la seconde moiti du ,x,i,xe sicle4 ,ces deux mouvements1 comme tout renouveau d'art1 rpondirent un besoin de sincrit1 d'interprtation plus fidle de la nature4 ,ce souci1 tous les rvolutionnaires du ,x,i,xe sicle l'ont eu1 ,david comme ,manet1 ,holman ,hunt comme ,courbet4 ,on pourrait dire que tous les novateurs1 depuis ,cimabue1 ont cru se soumettre la ,nature4 ,dans les crits thoriques et les conversations du ,preraphaelite ,brotherhood 7confrrie71 il n'est question que d'tudier la vie en ses moindres effets1 tous dignes du pinceau ou du crayon de l'artiste4 ,le prraphalitisme que devaient prcher des hommes plus littrateurs1 plus potes que peintres1 fut un acte d'adoration devant la ,nature4 ,remontons aux candides primitifs1 oublions les conventions1 dessinons comme un enfant les tres et les objets4 ,la plante1 le brin d'herbe1 l'insecte1 les plus humbles choses seront rendues avec une tendresse nave4 ,dans la figure humaine1 ce sera le caractre1 l'attitude juste2 les sujets de tableaux1 si modestes soient-ils1 seront ennoblis par la conscience du bon ouvrier4 ,des tempraments trs divers distinguaient entre eux chacun des frres-aptres4 ,le robuste ,john ,everett ,millais n'tait que par un hasard de camaraderie enrl sous la bannire de ,rossetti1 de ,madox ,brown et de ,holman ,hunt1 avec lesquels ,whistler vcut ds son arrive ,londres2 il fit poser les mmes modles1 se mla ce groupe1 le plus intressant d'alors1 mais il n'en fut pas mieux compris que par les ,academicians4 ,pour une partie de son oeuvre1 l'histoire le rattachera pourtant cette cole de la ,queen's ,house o ,whistler fut reu par ,rossetti et se lia d'amiti avec le pote-peintre dont il subit une influence indniable4 ,l',amricain ne devait plus gure quitter ce coin de ,chelsea4 ,la ,tamise1 qui coule dj plus paisible dans cette ancienne banlieue de ,londres1 entre les quais ombrags de quinconces et construits de maisons du ,x,v,i,i,ie sicle la brique violette1 aux noires ferronneries1 passait nagure sous des ponts de bois1 communs dans les images d',hokousa4 ,en sortant de la ,queen's ,house1 o des assembles d'esthtes et de belles femmes la lourde chevelure1 au long col gonfl1 avaient clbr la ,blessed ,damozel et la ,florence mdivale1 ,whistler entrevoyait dans la brume de l'aurore ses futurs nocturnes3 les pilotis du ,battersea bridge1 une pniche sur le fleuve1 une chemine d'usine en deux tons attnus2 motifs pour de fantastiques harmonies4 tait-il donc ncessaire d'aller chercher l'inspiration dans de vieux livres italiens8 ,pourquoi tant de littrature1 de penses pour en faire un tableau8 ,whistler garda un souvenir affectueux du sduisant ,dante ,gabriel3 mais leurs rapports n'avaient pas toujours t trs paisibles4 ,a propos d'un sonnet crit par le pote pour une composition qu'il tardait peindre1 son terrible ami avait demand3 ,pourquoi faire le tableau8 ,transcrivez le sonnet sur la toile1 au lieu de le graver sur le cadre6444 ,cela suffira6444 ,d'autre part1 l'esprit de ,ruskin dominait le cnacle et ,ruskin n'avait aucune considration pour le ,yankee4 ,dans le clbre procs ,whistler-,ruskin1 le grand prosateur demande aux juges comment #e4jjj guines pouvaient tre le prix d'une pochade faite en deux heures4 ,whistler rplique3 ,je ne sais pas si j'ai mis deux heures ou une demi-heure la faire6 ,mon nocturne m'a peut-tre pris dix minutes peine2 mais il rsume une vie d'observation4 ,sous les dehors d'une cordiale camaraderie1 il y avait1 entre ces hommes1 simples habitudes de voisinage1 avec quelques gots en commun1 mais au total inintelligence rciproque4 ,c'est pourtant dans ce cercle si prcieusement littraire1 que ,whistler dveloppe ses qualits de bon peintre1 l'enseignement qu'il rapporta de ,montmartre4 ,a ,paris1 il avait frquent les ateliers o la riche palette et la mle technique taient encore en honneur2 celui qui agit d'abord sur l',amricain fut l'norme et sain ,courbet4 ,dans la premire manire de ,whistler1 l'emploi du couteau palette prcde celui du pinceau4 ,il est intressant de voir dans la collection d',edmund ,davis ,esq4 la ,femme au piano1 si forte dans sa lourdeur un peu maonne1 ct d'un tableautin presque aussi ancien1 mais dj fluide3 des jeunes filles en robes blanches1 la ,rossetti4 ,ces deux toiles rvlent le double apport de la ,france et de l',angleterre dans la formation de ,whistler1 qui trouva1 entre l'un et l'autre pays1 le chemin de son propre domaine4 ,les camarades franais de ,whistler taient pour la plupart lves de ,m4 ,lecoq de ,boisbaudran4 ,il est regrettable qu'on n'ait pas crit une monographie de ,m4 ,lecoq1 professeur modeste1 mais d'une rare intelligence4 ,fantin racontait les promenades de tout l'atelier la campagne4 ,quelqu'un jetait dans un champ une loque blanche1 afin d'en tudier les valeurs1 variables selon l'incidence de la lumire1 et le matre tirait de ces expriences1 au bnfice de ses lves1 des exemples qui les aidaient la comprhension de lois immuables4 ,whistler parlait plus souvent de ,m4 ,lecoq que de ,gleyre2 d'ailleurs le vritable ducateur de ,whistler fut non pas un homme1 mais un endroit3 ,londres1 le point du monde le plus pittoresque pour ceux qui savent regarder4 ,whistler1 le premier1 en dcouvrit les mille merveilles1 les effets changeants d'une atmosphre prismatique et diapre2 les lignes de l'architecture massive et trs sobre1 majestueuse mme en ses constructions modernes o la brique et le fer s'offrent nus1 sans ces mesquins festons dont nous croyons devoir charger nos faades4 ,whistler1 quoique professant de la dtester1 ne se plaisait qu' ,londres4 ,il eut une tendresse pour ses femmes la chair de fruit1 coiffes de cheveux plus ambrs que ceux des ,vnitiennes et des ,svillanes1 belles comme des statues grecques4 ,la marmaille des rues1 si drlement costume d'toffes aux tons crus1 clatant dans la brume humide qui les exalte2 les pauvres devantures de boutiques peinturlures1 furent les thmes de merveilleuses variations et ,whistler trouva runies au bord de la ,tamise une ,venise1 une ,hollande et toutes les parties du monde4 ,son art m'est plus cher et plus comprhensible peut-tre que pour un qui rpugne la saveur britannique1 amre et sucre comme le gingembre2 ,whistler eut une prdilection pour des aspects urbains que je garde au fond de ma mmoire depuis les heures de ravissement que je passai ,londres1 comme enfant1 puis comme homme1 sans jamais me lasser d'admirer4 99 99 99 ,c'est ,cheyne ,walk que ,whistler accomplit son oeuvre d'lection3 ,le portrait de la mre de l'artiste4 ,si vous voyez ce portrait de vieille femme1 votre admiration pour ,whistler ira d'emble l o le peintre et l'homme se surpassrent4 ,ce profil fin1 sous les bandeaux d'acier1 le petit bonnet d'impalpable dentelle1 avec ses brides rigides qui tombent sur une plate poitrine de vieille femme dj prte pour le suaire2 l'atmosphre glace de la chambre austre1 la tenture de deuil1 aux sparteries nettes2 la chaise anguleuse1 et ce tabouret sans capitons o s'appuient les deux pieds colls l'un l'autre1 comme ceux d'une figure tombale2 et ces traits dlicieusement aristocratiques1 ce nez si joli1 cette bouche tremblante1 ce regard lointain1 terni1 mais si vivant1 cet oeil relev dans un visage dj presque d'une morte1 et retombant sur le col qui flchit444 ,on a dit que l'image de sa mre est pour un artiste une occasion sans seconde de se surpasser lui-mme4 ,a l'habituelle motion de ,whistler s'ajoutent la tendresse filiale et le pathtique des heures qui prcdent la dchirante sparation4 ,ce portrait est un grand paysage d'me1 un nocturne humain4 ,a ct de ce chef-d'oeuvre1 je placerais le ,thomas ,carlyle4 ,une trs belle peinture1 mais infrieure cependant au portrait de la mre de l'artiste4 ,la donne tait peu prs la mme3 une figure de profil sur un fond uni1 la mme chaise1 la mme natte sur le plancher4 ,la ligne de cette redingote marron1 bouffante sur le devant1 conduit la tte du grand vieillard1 incline elle aussi1 comme lasse de penser4 ,l'oeil doux1 triste et inquiet1 s'carte du spectateur4 ,ce portrait est beau1 mais on y sent l'effort1 la matire y est alourdie1 dans le visage surtout qui fut peint et repeint jusqu' la fatigue4 ,le model1 non sans quelque ressemblance avec celui de ,courbet1 s'est amolli dans les reprises1 il est trop empt pour la main de ,whistler qui1 comme ,titien et parfois ,vlasquez1 ne garde tous ses moyens qu'autant que la trame de la toile reste visible1 invitant le pinceau jouer avec elle4 ,ds que les trous se bouchent1 les gris cessent de tinter comme de l'argent1 le mtal perd sa rsonnance4 ,dans un clairage de ct1 les reprises rendent vite la couleur cotonneuse4 ,c'est peut-tre pour pallier cet inconvnient et parce qu'il prouvait une gne dans les models relief1 que ,whistler cessa soudain d'clairer le modle autrement que de face1 et en plein4 ,un objet plac dans l'axe de la fentre n'a plus ni son volume ni son relief1 puisque les saillies1 marques par l'ombre et les lumires1 donnent seules la sensation de l'paisseur4 ,comme les valeurs de cet objet sont peu prs gales celles du fond1 l'image est plate comme une feuille de papier4 ,de plus1 chez ,whistler1 le clair et les luisants sont attnus par la distance qui spare le modle de la fentre4 ,il chercha beaucoup la position que doit occuper une figure dans une chambre1 en vue d'un bel effet tranquille et uniforme2 il dnona l'clairage conventionnel qui projette les personnages en avant du cadre1 leur prte une apparence de ronde bosse et en fait un trompe-l'oeil4 ,le tableau qui rappelle le panorama et amne le modle au premier plan1 choquait ,whistler comme une concurrence dloyale la ralit4 ,il avait un geste de la main1 comme pour repousser ce que la plupart des peintres1 mme ,rembrandt1 attirent en avant4 ,le relief ne lui semblait pas digne de la peinture1 ni compatible avec ses moyens4 ,il tait trs occup du fond1 dans ses portraits3 la qualit du fond fait le tableau1 comme tache1 et harmoniquement4 ,holbein et les primitifs remplissent leurs fonds par des objets1 des paysages qui ne nuisent pas au contour de la tte1 quoique les dtails en soient aussi visibles que ceux de la bouche et des yeux4 ,les ,vnitiens1 ,vlasquez1 les ,flamands1 employrent tour tour le fond uni1 la draperie d'un rideau1 les ciels de convention1 des morceaux d'architecture4 ,les ,anglais du dix-huitime sicle1 obissant au got pompeux de leurs clients1 presque toujours les placrent dans des parcs ou sous le portique d'un chteau4 ,il importe peu que le fond soit uni ou compliqu1 s'il s'quilibre avec le sujet4 ,m4 ,degas a dit avec ironie de telle dame se prsentant trs pare1 comme sous un projecteur lectrique1 devant un noir frottis la ,bonnat3 ,elle pose devant l'infini et l'ternit6 boutade qui n'a plus de sens si cet infini est un ton juste4 ,si le modle est intressant par lui-mme1 laissons-lui tout son intrt individuel1 sans l'adjuvant des meubles1 des accessoires de son intrieur4 ,un mur gris peut tre d'une grande loquence1 selon la faon dont la lumire s'y glisse2 ou veule ou muet1 comme si souvent dans tels portraits mesquins de ,fantin-,latour4 ,l'important1 c'est que le peintre trouve1 tt ou tard1 ce qui convient son procd4 ,le fond lui est en quelque sorte impos par sa faon de peindre1 une figure ne pouvant tre reprise dans une sance1 sans que le fond le soit aussi4 ,les portraitistes rapides et trs fconds1 comme ,van ,dyck et les ,anglais1 se firent une formule de paysages ou de draperies1 qui se prtent des orchestrations varies1 selon le ton du costume et des chairs1 faciles tablir en l'absence du modle4 ,une occasion donna une nouvelle direction ,whistler4 ,c'tait dans sa premire maison de ,cheyne ,row4 ,miss ,rosa ,corder1 toute de brun vtue1 passe devant une porte de l'appartement1 qui se trouve tre noire4 ,whistler admire la simplicit des grands plans bien distincts1 quoique attnus1 de la silhouette4 ,il se met l'ouvrage1 et bientt surgit ce merveilleux portrait1 arrangement en brun et noir1 exemple accompli de sa manire dfinitive4 ,j'insiste sur ce fait1 qu'il se trouva1 comme l'on dit aujourd'hui1 par hasard1 mais qu'il ne chercha point se singulariser par une tranget de vision arbitraire4 ,on peut toujours prparer la nature avant de la copier4 ,son excution ne changea plus gure4 ,j'en dsignerais les lments dans certain portrait d'un amiral par ,vlasquez au muse de ,madrid4 ,parfaite justesse1 solidit sans emptements4 ,on confond souvent solidit avec paisseur de la matire4 ,les ,allemands modernes1 par exemple1 et les plus mauvais parmi nous1 crurent qu'une forte technique doit tre brutale1 martele et lourde1 et traiteront de veule1 de superficielle la peinture transparente et fluide qui laisse visible le grain de la toile4 ,pourtant1 ce n'est pas l'paisseur qui donne la solidit1 et les fines coules de trbenthine d'un ,whistler sont plus consistantes que la matire rugueuse de certains ,van ,gogh4 ,il n'y a1 comme dit ,corot1 que la forme et les valeurs4 ,c'est pour ne plus s'occuper que du ton1 abstraction faite des valeurs1 que les impressionnistes firent de plus en plus de la peinture creuse1 en ne se souciant plus de la matire#e4 ,whistler pensait qu'un objet d'art1 peinture1 pastel1 gravure1 dessin1 doit tre un objet prcieux1 dans sa matire et son excution4 #e 7,claude ,monet1 ,sisley depuis #ahhj1 et mme ,pissarro47 ,il me semble que je parle d'un anctre6 ,la lutte engage depuis dix ans entre les dfenseurs de la peinture soi-disant claire et la peinture prtendue noire1 ajoute l'oeuvre de ,whistler un sens historique4 ,dans le cyclone des thories1 la question risquait de s'garer ou de ne pas tre tranche du tout4 ,est-il d'ailleurs bien utile qu'elle le soit8 ,selon ,whistler1 l'impressionnisme tait la ngation de la lumire4 ,nier le noir est aussi puril que nier le bleu et le mauve2 dire de ,whistler qu'il eut une mauvaise action sur son temps1 serait comme d'accabler ,claude ,monet ou ,czanne d'un pareil reproche4 ,pourquoi ce qui n'est pas fleur serait-il donc suie8 ,l'exposition de ,whistler1 dont nous allons avoir le rgal1 servira de prtexte des controverses professionnelles1 embarrassera certaines consciences inquites4 ,un mois aprs la fermeture des ,indpendants1 il faudra analyser un autre ,indpendant1 qui propose1 ct des partisans du ton entier1 un impressionnisme dans le clair-obscur4 ,qui et prvu que ,czanne et ,whistler seraient1 au ,x,xe sicle1 des chefs de file8 ,whistler aurait pu tre un guide comme ,corot en fut un pour ,pissarro1 ,monet1 ,sisley1 ,manet mme4 ,corot ne cessa de prcher l'tude des valeurs1 c'est--dire l'exacte proportion des tons1 les uns relativement aux autres1 compars au blanc pur qui est1 sur la palette1 l'extrme lumire1 et au noir qui en est le contraire4 ,whistler possda la logique1 le got1 la distinction4 ,ne confondons pas ce mot si discrdit avec fadeur1 mivrerie1 affectation acadmique ou mondaine4 ,la distinction whistlrienne allait1 hlas6 sduire des demoiselles distingues et surtout svir dans une sorte de renouveau du style dcoratif qui1 d'ailleurs1 dbarrassa nos habitations de dtails inutiles et du genre ,morris1 odieux succdan du moyengeux4 ,avec quelques pots de couleurs bien choisies1 on apprit faire du plus ordinaire appartement1 un intrieur dcent4 ,ce got1 tout japonais1 reposait un public las des formules no-gothiques de ce ,william ,morris1 qu'avait inspir ,rossetti4 ,mais part ,walter ,sickert1 aucun peintre vritable ne comprit ce qu'avait accompli ,whistler en rduisant la palette ses lments primaires1 la dbarrassant des laques1 des mauvais verts1 des chromes et des cadmiums1 pour la charger de solides et immuables terres qui1 mlanges1 lui donnent tout ce qu'il requiert1 grce une transposition nullement plus arbitraire que celle de ,claude ,monet4 ,les tons prpars et le noir recevaient de nouvelles lettres de crance1 l'heure mme o l'impressionnisme franais n'employait1 en tons purs1 que les couleurs de l'arc-en-ciel#f4 #f ,walter ,sickert devait1 vingt ans aprs1 fonder une cole lui1 sur le whistlrisme et l'impressionnisme franais 7avril #aiah74 ,deux expositions rcentes1 ,londres1 nous ont permis de comparer entre elles un grand nombre de toiles faites avec l'une et l'autre palette4 ,a la ,new ,gallery1 la ,socit ,internationale fonde par ,whistler et que prside aujourd'hui ,m4 ,rodin1 rendait un hommage solennel son fondateur1 tandis qu'un marchand parisien avait dball dans la ,grafton ,gallery les rserves de son magasin4 ,il s'agissait d'tablir de l'autre ct du dtroit un dbouch pour le syndicat qui veut conqurir le vieux et le nouveau monde4 ,la tentative fut bonne1 elle et t meilleure encore si le choix et t plus judicieux2 cette chasse au noir1 comme disait ,sickert1 fut mal conduite4 ,manet1 noir et blanc1 comme le ,greco1 triompha2 mais ,m4 ,degas1 l'incomparable dessinateur1 n'avait que faire dans un ensemble de paysages de ,monet1 de ,sisley et de sous-impressionnistes1 souvent jolis1 mais dont la couleur uniformment grise1 terne et dj plombe1 nous lassait vite4 ,quelle erreur1 cette collection de petites tudes toutes pareilles1 plottes et sans lumire1 o les effets de soleil1 les ciels bleus tendres de l',ile-de-,france1 comme les ciels d'orage1 offraient l'aspect dfrachi et rance qu'a dj prise la salle ,caillebotte6 ,le dfaut de composition1 le manque de choix1 le hasard de la mise en page et plus que tout la monotonie de ces coins quelconques de banlieue au printemps ou sous le givre1 finissaient par irriter4 ,au contraire1 ,renoir s'affirmait avec sa fameuse loge1 si riche des plus somptueux noirs1 de bruns et de rouges que ,delacroix n'et pas renis4 ,c'taient aussi des natures mortes1 macres et saumtres de ,czanne1 d'une lourdeur de marbre1 mailles comme de vieilles cramiques2 mais on subissait une nouvelle srie de paysages tout fleuris des bords de la ,seine ou de la ,marne4 ,cette prtendue peinture gaie tait morne2 la claire chanson promise ne s'levait pas4 ,somme toute1 point de joie de vivre1 point de fentre ouverte1 rien de strident1 car la patine du temps a dj fondu et recouvert d'une poussire tenace cette peinture claire qui devait le dfier4 ,si l'on n'avait pas1 la ,grafton ,gallery1 la sensation de lumire1 c'est que la puissance lumineuse d'une toile ne vient pas des tons choisis pour la peindre1 mais des oppositions de clair et de sombre d'o tous les matres1 depuis les ,vnitiens jusqu' ,manet en passant par ,rembrandt1 ,vlasquez1 ,watteau1 ,delacroix1 ,diaz et ,courbet1 ont tir leurs effets4 ,il est inexplicable que l'on se soit imagin soudain que la lumire ne pt s'obtenir que par des tons clairs4 ,l'histoire de la peinture prouve qu'il n'en est pas ainsi1 et je ne crois pas que la ,saskia de ,rembrandt le cde en rien1 pour l'clat1 l'homme la mentonnire de ,van ,gogh4 ,j'ai sous mes yeux une matine d'avril sur les collines d',argenteuil par ,monet et qui voisine avec d'anciens ,corots d',italie4 ,or1 ce sont les ,corots qui restent jeunes1 frais1 lumineux4 ,toute peinture1 aprs vingt ans1 baisse de ton4 ,elle se soutient par la distribution des valeurs4 ,un paysage de ,gainsborough1 un ,canaletto1 un ,manet de #ahfg et fait avec les vieilles recettes1 j'en ai la preuve devant moi1 ont plus de puissance lumineuse qu'un ,sisley4 ,les tons entiers1 apposs par taches pures1 mme chez ,seurat et ,signac1 passent1 se ternissent2 ds que leur puissance colorante s'anantit1 le tableau meurt4 ,le ton pur est aussi dangereux que le bitume tant reproch aux peintres de #ahcj4 ,et ,czanne8 me dira-t-on4 ,celui-l est unique1 la puret de ses tons et de sa touche1 un prodige4 ,l'exposition ,whistler la ,new ,gallery tait lumineuse par une autre puret de touche4 ,la dlicieuse ,miss ,alexander1 ds le seuil1 recevait les visiteurs avec sa grce de petite princesse espagnole4 ,je sache peu de toiles plus claires que celle-ci4 ,les cheveux de l'enfant1 fondus comme la croupe des chevreuils de ,courbet1 les verts de jade et les blancs laiteux de la jupe sont d'une matire dont les pigments ne sauraient se dsagrger1 et sa pte unie est du cristal4 ,quel repos1 quelle sobrit1 quel got sr6 ,whistler sait ce que la nature permet l'homme de reproduire avec quelques poudres4 ,vouloir rivaliser avec le soleil est absurde1 disait-il1 et il a crit quelque part3 ,quand le vent souffle d'est et que le ,palais de ,cristal tincelle1 l'artiste ferme les yeux et rentre dans son atelier4 ,le premier devoir du paysagiste1 c'est de choisir un motif dont il y ait un tableau tirer4 ,whistler n'essaye pas de peindre ce qui est au-dessus du ton o son instrument est accord4 ,s'il peignit des feux d'artifice1 ce fut pour prouver la justesse de sa thorie4 ,pour ces seuls tableaux1 d'ailleurs1 ,whistler usa de sa mmoire1 regardant longuement2 puis1 fermant les paupires1 il redisait un lve charg d'observer le mme spectacle1 les dtails qui l'en avaient frapp1 pour les enregistrer de force4 ,dans ses cinq ou six nocturnes--souvenirs de ,cremorne ,gardens--,whistler a illumin la nuit4 99 99 99 ,whistler1 dans les dernires annes de sa vie1 revient ,paris4 ,il avait pous la veuve de l'architecte ,godwin4 ,le couple s'tablit #aaj1 rue du ,bac1 dans un pavillon dont les fentres donnaient sur des jardins de couvents4 ,l'ameublement et la dcoration taient les mmes qu' ,londres1 des murs peints en jaune1 des porcelaines bleues et blanches de la ,chine--et quelques siges4 ,l'artiste avait son atelier rue ,notre-,dame-des-,champs4 ,mallarm lui amena la jeunesse littraire1 et ce fut un beau jour que celui o le pote lut sa traduction franaise du ,ten o'clock dans le salon de ,mme ,eugne ,manet 7,berthe ,morisot74 ,je vis trs peu ,whistler cette poque1 car il tait entre les mains d'entrepreneurs de gloire et devenu le favori des petites revues1 transform1 travesti1 dpays4 ,il reut le ruban rouge de la ,lgion d'honneur4 ,j'espre qu'il fut heureux4 ,mais ce n'est pas ainsi qu'il avait ambitionn de l'tre1 et les hommages officiels dont on le gratifia taient bien lourds pour sa fine personne4 ,en tout cas1 ce bonheur ne dura pas longtemps4 ,je l'aperus pour la dernire fois1 veuf lamentable1 bris1 qui errait dans la rue de ,paris1 ,trouville1 pendant la saison des courses4 ,je n'osai plus lui parler4 ,je l'avais beaucoup aim et1 j'ose croire1 compris4 ,il ne s'en doutait pas4 ,,mars #aije4 ,note3 mai #aiji4--;,ces souvenirs1 je les relis quatre ans aprs les avoir donns mon ami ,brancovan pour la ,renaissance ,latine1 revue qu'il dirigeait alors4 ,une exposition de l'oeuvre de ,whistler a eu lieu depuis l'cole des ,beaux-,arts4 ,elle n'a mme pas eu les honneurs d'une discussion4 ,cette oeuvre d'lgance1 de distinction1 de demi-teinte1 fut malmene par la critique d'avant-garde et laissa la jeunesse artiste indiffrente4 ,ce n'est que cela8 dit-on un peu partout444 ,c'est que dj ,gauguin tait le dieu du jour et les toiles du peintre amricain ne devaient pas passer en vente publique4 ,m4 ,matisse prparait ses thories4 ,on tait prt le suivre4 ,carrire allait mourir et l'on n'osait pas encore le malmener4 ,quatre ans se sont couls4 ,whistler et ,carrire appartiennent des temps dj lointains1 les morts vont vite4 ,note de #aiah3 ,une note de ,whistler se vend #ej4jjj francs4 ,attendons-nous une exhumation6 ,,charles ,,conder ,pour ,mme ,misia ,godebska-,edwards4 ,au coin de ,cheyne ,walk et de la rue qui dbouche sur le vieux pont de ,chelsea1 une maison balcons de treillage vert1 coiffs de toits la chinoise1 se dissimule sous le lierre et les arbustes d'un jardinet4 ,l je veux me rappeler1 vivant1 affair et endormi1 l'artiste dlicieux1 l'ami parfait que nous venons de perdre4 ,en t1 ce coin de la ,tamise est inond de soleil2 les fentres des demeures riveraines dominent une grande tendue de ce fleuve qui va1 quelques mtres plus loin1 devenir une rivire2 ,cheyne ,walk1 encore presque un bras de mer dont la rive est comme la ,marine ,parade de ,brighton4 ,vers midi1 en juin1 par un temps chaud comme il y en a si souvent ,londres1 arriver chez ,conder1 c'tait une dtente et un rafrachissement4 ,le matin1 je peignais le portrait de mon ami dans son parloir de cottage1 alors que la mousseline des rideaux1 gonfle par les courants d'air1 se relevait sur le paysage whistlrien de cette banlieue londonienne hrisse de chemines d'usines1 de grues et de mts4 ,rouge mais amaigrie1 les cheveux longs et se sparant en baguettes comme au sortir du tub1 la tte de ,conder se dcoupait en sombre sur les lambris jaunes que tachaient de noir quelques vieilles gravures en mezzo-tinte4 ,il tait vtu comme ces ,messieurs qui dans les estampes de ,boutet de ,monvel et de ,drsa1 semblent prts jouer ,il ne faut jurer de rien4 ,ses doux yeux bleu sombre1 au travers de la fume de la cigarette1 regardaient au loin comme dans un rve1 quelqu'un de ces sites coloniaux1 indiens ou australiens1 o se promenait sa nostalgie4 ,il imaginait l1 de l'autre ct du pont de la ,tamise1 des palais enchants1 des bayadres1 des fontaines et des esclaves noires dont il avait rapport de son enfance passe au del des ocans1 le souvenir et le regret1 l'ternel dsir4 ,conder posait comme une statue1 s'efforant de me donner le moins de mal possible2 il me racontait1 de sa sourde et lasse voix1 en mots difficiles percevoir1 des faits sans importance1 de soi-disant grossirets de ses camarades2 d'imaginaires manques d'gard1 des disputes de socits et de clubs artistiques2 puis il passait la description d'un meuble de laque aperu chez un bric--brac2 d'un nouveau dessin de ,chintz2 d'une toilette de femme2 de ,mlle ,adeline ,gene1 la ballerine de l',empire2 ou encore il me parlait de la ,fille aux yeux d'or1 de ,balzac1 de ,guys1 d',anquetin1 qu'il tenait pour son matre et le matre de sa gnration4 ,la cendre couvrait son pantalon de nankin1 le tapis1 toute la pice3 il fumait soixante normes cigarettes par jour4 ,a chaque repos1 furtivement1 il montait son atelier o il allait barbouiller et dtruire1 en une seconde1 quelque admirable esquisse1 ds sept heures du matin jete sur la toile2 et redescendait tout tremblant1 d'une agitation fivreuse qui le consumait1 sentant qu'il ne lui restait plus que peu de mois vivre pour accomplir tant de projets merveilleux que son imagination formait pour lui-mme et pour les autres4 ,la plupart des ides nouvelles que s'attribuent les illustrateurs la mode aujourd'hui1 viennent de ,charles ,conder4 ,a deux heures1 le lunch tait servi dans la salle manger1 frache sous ses votes de crypte4 ,il y faisait honneur en vritable ogre1 toujours reprochant ,mrs4 ,conder qu'il n'y et pas sur la table plus encore de bonnes choses4 ,walter ,sickert ou ,george ,moore entrait1 qui contaient notre hte des anecdotes de notre jeunesse et de ,paris1 jusqu' l'instant o1 n'y rsistant plus1 ,charles ,conder s'lanait au deuxime tage et se remettait peindre1 dessiner ou effacer4 ,ce printemps-l1 j'avais pris un atelier ,londres4 ,pnibles heures de la season3 dans la chaleur crasante d'une vaste pice sous le toit1 des hommes et des femmes1 mes trop inexacts modles1 amenaient des parents et des amis1 prenaient le th1 critiquaient la ressemblance d'un portrait4 ,dans un dfil de ces aimables importuns1 ,conder me dit un soir1 en regardant le portrait d'une dame3 --,comment8 ,vous faites encore poser ,mrs4 ,x4448 ,et il nomme une personne aussi rose et blonde1 que noire et jaune tait mon modle3 je suis surpris1 et alors le pauvre garon s'excuse3 ,je me trompe peut-tre8 ne vous tonnez pas1 je ne sais plus toujours bien ce que je dis6444 ,c'taient les prodromes de l'horrible dmence o il s'est dbattu deux longues annes4 99 99 99 ,o avais-je connu ,charles ,conder8 ,il y a trs longtemps1 ,paris1 mais je l'y avais peu vu1 car il sortait surtout la nuit ,montmartre1 avec des camarades trop jeunes pour moi2 mais1 ,dieppe1 nous nous limes1 certain t que ,beardsley et son set y passrent4 ,jusque-l1 ,conder tait rest1 pour moi1 un amateur qui s'occupe de bibelots et qui a de bonnes adresses d'antiquaires2 particularit3 il tait l'lve d',anquetin4 ,pourtant1 j'avais t frapp1 au premier jury auquel j'assistai comme membre de la ,socit ,nationale1 par ses paysages dcoratifs avec des personnages modernes1 l'allure romantique et balzacienne2 mais bientt1 je perdis la trace de ce jeune ,australien noctambule4 ,nul catalogue d'exposition ne mentionnait plus son nom4 ,j'ignorais ce qu'il tait devenu1 et pourtant il vivait en plein ,paris4 ,je fus bien surpris en retrouvant ,conder chez les ,fritz ,thaulow1 hberg par ces braves gens1 recueilli comme le serait un petit orphelin dans un asile4 ,il venait d'avoir une de ses crises d'alcoolisme1 on le soignait en le mettant sous cl avec une bouteille de lait1 des pinceaux et des couleurs4 ,thaulow et ,conder avaient d se rencontrer dans la maison de l',art ,nouveau de ,bing4 ,ce japonisant ayant commis l'imprudence de renoncer l',extrme-,orient1 commanda des tableaux1 des dcorations d'ensemble1 des tapis et des modles de meubles1 des hommes tels que ,maurice ,denis1 ,besnard1 ,cottet1 de ,faure1 ,thaulow ou ,conder4 ,la tentative de ,bing eut le sort rserv aux enfants trop intelligents3 elle ne vcut pas4 ,il y eut pourtant l',art ,nouveau1 rue de ,provence1 quelques russites1 et l'une des plus remarquables1 mais assurment la moins remarque1 fut un boudoir en soie d'un blanc crmeux1 que ,charles ,conder illustra de capricieuses aquarelles bordes de franges en perles2 le tout1 d'un raffinement exquis de couleur3 ingnieuse transposition dans une forme moderne1 des bergeries1 des galants dcamrons poudrs du dix-huitime sicle4 ,en des mdaillons et des compartiments asymtriques1 c'tait ,jeanne-d',arc1 ,marie-,antoinette1 ,chinon1 ,trianon et ,hampton-,court2 des satyres1 des nymphes1 ,mimi-,pinson1 ,dame ,peluche1 ,bajazet2 des sultanes1 des bergres1 des ,faunes2 ,carmen1 ,esmeralda et le ,postillon de ,lonjumeau6 ,la maison de l',art ,moderne1 ct d'objets fort beaux de la ,chine et du ,japon1 groupa les premiers produits des artisans et des architectes qui renouvelrent le style de nos intrieurs3 ce qu'on appellerait plus tard le style munichois mais ce qui fut1 en somme1 une importation anglaise d'objets1 de tissus1 de verre1 de dinanderie encore inconnus ,paris4 ,on entendait vendeuses et employs parler art avec un accent germanique4 ,je crois que le trop fameux gallophobe ,meier ,graef1 avant de fonder1 rue de la ,paix1 une autre maison de ,modern ,style1 avait t le collaborateur de ,bing4 ,telle quelle1 l'entreprise de la rue de ,provence eut de l'influence sur le rapprochement si fructueux des artistes et des ouvriers d'art4 ,le got de ,charles ,conder tait trop fin1 trop dlicat1 pour s'imposer des amateurs qui n'eussent pas donn place1 chez eux1 un vieux bibelot franais4 ,a propos de ,conder1 le nom de ,watteau fut prononc 7,watteau1 pourquoi ,watteau871 on cria au pastiche2 et les dlicats panneaux de soie furent mis de ct comme un lot d'accessoires pour cotillon4 ,achets par ,mme ,thaulow1 puis mis en vente la mort du paysagiste norvgien1 je les signalai maintes fois d'inquites personnes qui construisaient un htel3 nul n'en a voulu1 en attendant que ces peintures charmantes passent un jour sous le marteau du commissaire-priseur1 chez ,christie1 et soient couvertes de banknotes1 car la rputation de ,conder1 qui commence rayonner dans son pays1 dpassera celle d',aubrey ,beardsley4 ,les dessins de ,beardsley1 qu'on ne peut dj plus se procurer1 quelque prix que ce soit1 ne sont pas d'une qualit aussi rare que les aquarelles de ,conder1 dont il subit si fort l'influence2 ,conder n'avait pas1 d',aubrey1 la sret de main et le fini qui plat tant aux bibliophiles1 mais son art est bien plus naturel1 plus vari1 plus riche4 ,beardsley ne fut qu'un illustrateur mais ,conder tait un vrai peintre4 ,l'oeuvre de ,conder est numriquement considrable3 peintures l'huile1 peintures sur soie1 ventails 7il y excella71 pastels1 sanguines1 lithographies 7illustrations pour un ,balzac71 chles1 robes peintes1 meubles1 dcorations de chambres entires 7maison de ,edmund ,davis ,esq41 de ,mrs4 ,halford1 etc474 ,les cinq dernires annes1 mon ami travaillait jour et nuit1 dans une sorte de rage1 remplissait ses armoires de projets1 de croquis d'une sensualit de malade2 d'o cette farandole o il entrana ,hogarth1 ,rowlandson1 ,beaumarchais1 ,mrger1 ,fragonard1 ,goya1 ,henri ,monier1 ,longus1 ,ovide1 ,pierrot1 ,dunois1 ,shakespeare et ,verlaine1 comme en un bal d'enfants4 ,ses ventails sont des chefs-d'oeuvre d'invention et d'arrangement1 dans une gamme tendre de pastel2 en camaeu1 ou coloris comme des images deux sous1 sans fignolage de miniaturiste1 avec des plat qu'adoucit un trait spongieux du pinceau4 ,a quoi les comparer8 ,point certes aux ventails franais du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,conder fleurit1 rompt1 allge les festons et les astragales des frres ,adam1 ces artistes de gnie classique qui s'inspirrent du grec1 comme les dessinateurs de la fabrique de ,wedgwood4 ,ses figures maladroites et pimpantes sont d'un dessin impressionniste1 sensible1 capricieux comme celui de ,constantin ,guys1 ou mme de ,goya4 ,la dformation1 donc la vision et l'criture de ,conder1 aurait d ravir les critiques d'avant-garde1 dont le pauvre garon attendit en vain les suffrages1 toujours surpris de n'avoir pas l'honneur d'un paragraphe de louanges dans le ,mercure de ,france--car il tait du quartier latin1 et il se dpitait d'tre exclu par le milieu avanc 7advanced set7 o il croyait avoir sa place4 ,son exposition1 chez ,durand-,ruel1 il y a quatre ans1 et pour le catalogue de laquelle il m'avait imprudemment demand une prface1 fut sa dernire tentative publique dans son dear old ,paris1 et la cause de ses premiers troubles crbraux4 ,cet chec le confondit4 ,ensuite1 de son subit succs ,londres1 il ne put jouir1 car les applaudissements s'adressaient alors un malade4 trange fut le destin de ce dracin1 tendre1 toujours amoureux1 bohme1 et museur malgr son trs excessif travail4 ,ses excentricits1 comme pour ,whistler1 plaideront plus en sa faveur auprs des ,anglais que n'aurait fait une existence normale4 ,on voit dj comment sa lgende s'organisera ct d',aubrey ,beardsley1 d',oscar ,wilde4 ,le peintre sera connu plus tard4 ,jusqu' son heureux mariage avec l',amricaine dvoue qui mit sa fortune la disposition de ,conder1 celui-ci fut1 tant ,paris qu' ,londres1 une sorte de ,verlaine1 passant de l'tat d'brit un demi-sommeil lucide1 ne travaillant jamais avec plus d'inspiration que sous l'empire de l'alcool4 ,il serait douloureux de retracer ses prgrinations dans les taudis des deux villes o il connut la misre et l'abandon1 lui qui attachait tant de prix tous les luxes1 aux rarets d'un joli intrieur et l'lgance de ses habits4 ,il tait fait pour un sicle enrubann1 galant--et je ne puis m'empcher de le voir soupirer une srnade sous la fentre de sa belle1 coiff du bret la ,watteau et la cape sur l'paule4 ,je viens d'assister1 dans son quartier de ,chelsea1 une de ces mascarades qu'il savait si bien monter1 et je pensais lui pendant qu'un orchestre d'instruments vent accompagnait les chants1 les danses des ,cydalises et des ,corisandes4 ,la musique de ,gabriel ,faur me parut plus fivreuse encore sous les guirlandes de fleurs1 parmi les jets d'eau et les bosquets qu'clairait la pleine lune de juin4 ,le ciel de minuit1 toujours si pur ,londres mme aprs une journe brumeuse1 dressait une coupole bleu sombre sur les murs des mews et des maisons dont le jardin est encadr4 ,quelques vieux camarades de ,conder1 tandis que le fltiste ,fleury jouait en plein air1 nous nous tenions mus1 dans un salon o nous avaient attirs des ventails de notre ami1 que nous sentions prsent1 qui aurait d tre l dans l'orchestre ou les choeurs1 parmi ces ,indiffrents et ces ,mignonnettes sortis de la ,galerie ,lacaze4 ,les personnages de la ,comdie italienne1 de ,molire et de ,balzac taient tous un peu confondus dans le cerveau de l',australien1 qui mlangeait volontiers l'poque de ,louis ,,xiv et celle d',alfred de ,musset2 et chez qui un joli bric--brac de chaises porteur1 de berlines1 de coquillages1 de miroirs chinois1 de cabinets de laque vnitien rococo1 des gondoles1 des portiques de treillages1 des rideaux de ,quinze-seize chatouills par ,zphir1 taient autant d'accessoires qui reviennent sans cesse dans ses compositions1 o le chapeau de ,rastignac s'aplatit en tricorne1 o la souquenille du valet poudr a presque les mmes pans que la rheingrave de la ,restauration4 ,postillons au fouet claquant1 facchini1 soubrettes1 jeunes seigneurs courtisant une alme la ,coypel1 ngres au turban plumes1 fifres et tambours3 tous les invits au bal d',esther1 dans la ,chausse d',antin1 sont les favoris de ce citoyen des ,batignolles1 de ,dieppe et de ,chelsea4 ,conder ayant achet une des anciennes maisons de ,cheyne ,walk1 il y entassa des objets italiens si chers ,henri de ,rgnier1 des tableaux et des meubles dont il faisait un dcor riant son labeur et sa maladie4 ,certaines chambres de parade taient1 les soirs de rception1 les aquarelles mmes de ,conder1 ralises et vivantes4 ,des couleurs acides rveillaient ces vieux lambris1 ces chambres obscures qui1 par les aprs-midi brumeuses de ,londres1 ne s'clairent qu'aux lampes4 ,un salon bleu1 tout miroitant de satins draps et de glaces vnitiennes1 tait ddi ,watteau et ,whistler4 ,conder peignait dans toutes les pices1 la nuit comme le jour1 sous des lustres bougies4 ,l'apoge de la vie du pauvre ,conder fut la redoute masque qu'il donna pendant le carnaval de #aijd4 ,cette fte avait pour thme la mise en action de ,the ,rape of the ,lock de ,beardsley4 ,chacun de ses admirateurs s'y rendit dans un quipage qui plut au peintre1 et le souper1 au matin1 runit sous les guirlandes du plafond et les arcs de trellis1 les actrices la mode1 les littrateurs pour qui ,conder tait alors devenu un matre4 ,on tait loin dj des jours de lutte o il s'acquittait envers ,thaulow d'une hospitalit cossaise1 en brossant sur le gros coutil des siges et des portires1 des compositions mythologiques et improvisait avec quelques pots de couleurs un dcor somptueux et bon march2 dans le jardin de la villa1 il dessinait des parterres1 accrochait aux arbres des grappes de lanternes en papier1 dont la lueur n'claira que les tristes repas o ,conder1 aprs l'une de ses premires attaques1 misrable1 s'attablait auprs d',oscar ,wilde1 furtif sa sortie de prison et hsitant sur l'attitude prendre4 ,nous redoutions alors que ,conder ne glisst comme le pauvre ,llian vers des bas-fonds que dorait son gnie naf4 ,la maladie avait dj min son corps4 ,la gnreuse ,mme ,thaulow et l'enthousiaste ,fritz taient toujours prts secourir1 protger1 accueillir1 donner4 ,wilde1 de ,berneval-sur-,mer1 venait clandestinement se rchauffer leur foyer1 contant de ses belles histoires symboliques dans un cercle de petits enfants qui l'coutaient bouche bante4 ,conder suivait un rgime svre et1 enferm dans la villa de ,caude-,cte1 il reprit des forces4 ,je me le rappelle un jour1 agenouill aux pieds de son htesse1 dans une attitude que je ne m'expliquai pas au premier abord2 et la dame le dominant de sa puissante stature1 tait vtue d'une trange robe3 ,conder essayait sur elle une jupe de sa faon1 qu'il avait agrmente de mdaillons1 de figures1 de rinceaux et dont la finesse et mieux convenu pour un dessus de bonbonnire qu' pouser les formes plantureuses d'une ,walkyrie4 ,mon ami me parlait souvent de ,miss ,x444 qui1 croyait-il1 tait ,paris4 ,j'avoue que j'coutais avec mlancolie les projets matrimoniaux du malade4 ,pourtant1 il devait rebondir encore une fois1 se marier et connatre1 pour de trop courts instants1 mais en jouir pleinement aussi1 la scurit et une pleine libert pour raliser ses rves de peintre et de collectionneur4 ,aubrey ,beardsley1 ,charles ,conder1 ,dowson1 ,arthur ,symons1 ces protagonistes du ,yellow ,book et du ,savoy1 sont aujourd'hui tous disparus1 aprs avoir1 chacun dans son genre1 accompli des oeuvres soeurs4 ,ils eurent tous une passion3 l'esprit franais1 et aussi notre langue que ,whistler leur apprit aimer4 ,ils forment une petite phalange indissolublement lie dans la mmoire et la reconnaissance des quelques ,franais qui frquentrent l',angleterre dans les dernires annes du ,x,i,xe sicle4 ,en littrature1 en musique1 en peinture1 ce qu'il y eut de plus significatif et de plus neuf chez nous trouva en eux des cerveaux rceptifs et des voix enthousiastes pour clbrer la ,france moderne et classique4 ,si aucun de ceux-ci ne fut vritablement un grand homme1 ils auront eu de l'influence sur leurs contemporains4 ,il est remarquable que1 depuis une trentaine d'annes1 ce soient de moindres artistes qui aient indiqu des directions1 exerc une influence1 et par un rayonnement assez nouveau de la pense1 qui fait qu'un peintre ou un sculpteur inspire des littrateurs2 ou un crivain1 des peintres et des musiciens4 ,charles ,conder et ,beardsley ont1 comme ,whistler avant eux1 orient une gnration pour qui le got exera peut-tre plus de prestige qu'il n'en aurait eu dans un ge de discipline et d'ordre4 ,les choses que ces artistes ont aimes1 ou qui les ont divertis1 sont celles dont j'ai vu faire ensuite le plus grand tat par une foule incertaine et avide du nouveau4 ,nous ne pouvons cependant rayer de l'histoire la priode d'inquitude1 grave pour quelques-uns1 mais de snobisme chez la plupart1 o c'tait un point d'avoir sur sa table le dernier livre2 en sa demeure1 l'toffe ou le papier1 les meubles nouveaux que les artistes conseillaient4 ,on se souciait davantage de ne pas faillir1 sans doute parce qu'il n'y avait ni principes1 ni rgles1 ni style4 ,on cherchait un style1 comme s'il suffisait d'en dsirer un1 pour le trouver6 ,l'homme de got n'a jamais eu une situation comparable celle de quiconque semblait en avoir un4 ,l'on crut que le got s'enseignait comme l'esthtique4 ,point de vue trs allemand4 ,whistler1 ,charles ,conder1 ,aubrey ,beardsley1 les artistes russes que ,m4 de ,diaghilew nous a fait connatre1 resteront parmi ceux qui1 dans la priode d'avant #aiad1 ont modifi le got4 ,j'ai tenu montrer ,charles ,conder prparant les formules d'un style qu'exploitent et rpandent aujourd'hui d'innombrables artistes-dcorateurs pour lesquels mon ami reste un inconnu4 ,je devais la mmoire de cet initiateur1 l'hommage de ces quelques lignes et j'inscris dessein son nom avant celui de ,beardsley1 et afin de rparer une injustice4 ,note de #aiag3 ,on doit se mfier1 en relisant ces notes qui datent dj1 de dprcier des ouvrages qui charmrent nos heures de paix4 ,aujourd'hui nous risquons d'tre injustes envers les lgances de la vie1 qui occuprent nos loisirs4 ,,aubrey ,,beardsley#g #g ,j'aurais voulu faire1 nouveau1 un portrait d',aubrey ,beardsley pour qu'il rentrt dans le cadre de ce volume2 mais le temps m'a fait dfaut et je donne ici la prface1 crite en #aijg1 pour la traduction de ,under the ,hill que me demandrent les diteurs ,arthur ,herbert1 ,limited1 de ,bruges4 ,prface ,under the ,hill4 ,il fut peut-tre sage de ne traduire pas plus tt l'oeuvrette que voici4 ,avant que la gloire ne vnt ,aubrey ,beardsley1 il ne fallait pas offrir au grand public1 et prive de ses grces originales1 l'esquisse qu'est ,sous la ,colline1 et qui vaut par le style peut-tre plus que par la pense4 ,qu'est-ce que l'auteur a prtendu dire8 ,qu'il reste pour moi l'artiste trange1 l'intelligence merveilleuse1 l'enfant prodige que j'eus la joie de connatre pendant deux ans et qui m'a tant bloui que je craindrais de le diminuer mes propres yeux1 en me livrant l'analyse de mon plaisir6 ,quelques-uns virent dans ,under the ,hill une manire de paraphrase la ,laforgue de ,tannhuser1 spirituelle et lgre1 de ce caprice trs britannique qui renouvelle les plus anciens sujets en les assaisonnant d'un piment moderne1 en les dpaysant si l'on peut dire1 ou mieux1 en ne les situant pas4 ,le petit abb ,fanfreluche et la belle ,hlne appartiennent ,beardsley1 grand lecteur de ,voltaire1 et au ,x,v,i,i,ie sicle franais4 ,beardsley1 dessinateur1 eut une technique presque parfaite2--crivain1 il aurait peut-tre atteint une gale perfection4 ,dans ce conte1 il n'est encore qu'un amateur plein de projets et de recherches ambitieuses1 mais un amateur la veille de passer matre ouvrier4 ,prenons ,sous la ,colline pour un caprice sans commencement ni fin1 comme des phrases jetes par un adolescent qui croit la forme et la cisle sans autre souci que la beaut4 ,j'en ai entendu maintes1 scandes par lui alors qu'il venait de les griffonner sur une table de caf1 au ,casino de ,dieppe4 ,il en riait1 il en tait heureux et fier1 tel un collgien d'une rime riche4 ,dans sa prose1 je retrouve son procd prcieux1 des trilles1 des vocalises perles comme les entrelacs pointills de ses dessins4 ,nulle signification profonde ne se cache sous ces mots qu'un dlicat enfile l'un aprs l'autre comme des paillettes multicolores sur de la soie2--plaisir des yeux2 plaisir de musicien aussi1 que les harmonies pures ou bizarres captivent4 ,beardsley est un dilettante1 un vrai produit de fin de sicle4 ,le caractre tourment et malsain de son art1 qui attirait certain public1 me repousserait si le hasard ne m'et fait voir de prs le petit malade4 ,sa grande intelligence tincelait comme ses yeux2 il avait une charmante culture1 un got dlicat et vari1 beaucoup d'esprit4 ,ce qui me touche avant tout chez ,beardsley1 crivain1 c'est son amour de la langue franaise1 laquelle il ne parlait pas volontiers bien qu'elle et peu de secrets pour lui4 ,il rvait d'incorporer la sienne certains de nos mots qui l'enchantaient4 ,mais comment tait-il parvenu se faire1 dans notre littrature classique1 une ducation dont il donnait la preuve le plus simplement du monde1 la vrit8 ,la connaissance superficielle des choses de chez nous1 qui nous flatte chez les trangers pour la bonne volont dont elle tmoigne1 elle nous irrite parfois aussi un peu4 ,aubrey la dpassa vite4 ,le ,courrier franais1 auquel il collabora1 reprsente assez l'article de ,paris1 cette fantaisie dont la mousse grise les cerveaux des ,amricains1 des ,anglais et des ,allemands2 mais le flair et la lucidit de ,beardsley le menrent plus loin1 et comme il n'tait pas un se contenter de peu1 s'tant mis1 avec sa soeur ,mabel1 lire du franais1 ils allrent tous deux au meilleur et au plus difficile4 ,ai-je jamais entendu l'un de mes compatriotes parler de ,molire et de ,racine1 comme ,beardsley1 de ,racine1 surtout1 qui reste obscur aux trangers8 ,et il rcitait les choeurs d',athalie et d',esther comme des prires4 ,il vivait dans le dix-septime et le dix-huitime sicles4 ,on sait qu'il songea traduire les ,confessions1 crire un ouvrage sur ,jean-,jacques et un essai sur les ,liaisons dangereuses4 ,il tudia fond ,george ,sand1 ,chateaubriand1 ,balzac4 ,il connaissait les personnages de la ,comdie humaine comme des membres de sa famille4 ,nous passions des heures dans sa chambre o ,charles ,conder excutait ses ingnieuses lithographies pour la ,fille aux yeux d'or4 ,conder voyait en ,dieppe un dcor pour tous les actes de la ,comdie ,humaine2 il n'tait alors question que de ,balzac2 et dans ce petit monde o certains taient peine capables de dsigner par son nom un objet dans un magasin1 ,balzac tait discut comme par des lettrs franais4 ,gautier1 ,baudelaire1 ,verlaine furent les autres dieux de ,beardsley4 ,la ,dame aux ,camlias prenait ses yeux de malade une importance spciale1 il la parait de sa propre posie4 ,il exigea que je le menasse ,puys chez ,alexandre ,dumas1 bien touchante visite o le romancier1 qui n'aimait pas les trangers1 fut conquis par le charme juvnile du visiteur dont je traduisais au cours de l'entretien les questions et les habiles compliments4 ,mrs4 ,mabel ,beardsley-,wright doit avoir encore1 sur quelque rayon de sa bibliothque1 le volume de la ,dame aux ,camlias que ,dumas offrit ,aubrey1 et prcd d'une belle ddicace4 ,mais me voici tent de conter mes souvenirs et1 pour ce1 suis-je dans l'embarras1 car c'est une prface qu'on m'a fait l'honneur de me demander4 ,d'abord1 je m'en tais rjoui1 mais une prface pour ,under the ,hill serait l'entreprise d'un homme de lettres6444 ,cependant1 comme on m'assura que tout ce que je savais de l'homme mriterait d'tre dit1 ma mmoire contribution fut mise4 ,des souvenirs surgirent en foule et pendant quelques jours je revcus par la pense avec le cher garon dont j'avais fait la connaissance1 deux ans avant sa mort1 dj atteint d'un mal qui ne pardonne pas1 mais encore enthousiaste et brillant ses heures de rpit4 ,j'voquais nos journes de flnerie ou de travail1 les bavardages que nous avions ensemble le matin sur la plage1 au milieu des baigneurs2 l'aprs-midi1 en arpentant les pelouses de la rue ,aguado1 et l'htel des trangers o sa mre1 bonne et tendrement inquite1 attendait toujours1 regardait son fils en frmissant1 quand nous rentrions d'une promenade trop fatigante pour lui4 ,j'avais dj rdig ces souvenirs quand je repris le livre d',arthur ,symons sur mon ami3 je ne faisais que rpter des choses si bien dites avant moi6 ,en effet nous passmes1 ,symons et moi1 l't de #ahie ,dieppe1 en compagnie de ,beardsley4 ,nous le voyions chaque instant2 une perptuelle agitation et la terreur de la solitude lui faisaient saisir le moindre prtexte d'abandonner les dessins dont il avait la commande1 seules ressources pour faire vivre une famille qui dpendait de lui4 ,et ,aubrey n'avait pas des gots modestes6 ,il venait nous chercher ou nous le rencontrions dehors1 portant sous son bras la vieille reliure ,louis ,,xiv de maroquin rouge fers dors1 qui lui servait d'enveloppe pour ses notes crites4 ,symons et moi tions les auditeurs attentifs de ses boutades et des paradoxes d'une libert telle1 qu'il les faudrait dire en latin4 ,peut-tre1 en ma qualit de ,franais1 ai-je t plus touch que ,symons par l'tranget du personnage et m'apparut-elle plus exceptionnelle1 si habitu que je sois l'humeur britannique1 l'excentricit anglo-saxonne4 ,le dcor de notre vieille ville normande1 si provinciale1 en dpit de son ,casino et de ses bains cosmopolites1 o je vis passer tant de curieuses figures depuis trente ans2 la lumire de cet endroit o s'coulrent toutes mes vacances1 mettaient en un vif relief la silhouette du fin artiste1 de cet lgant et anguleux dandy encore tout imprgn de la forte odeur de ,londres4 ,son visage maci prsentait un nez fort busqu et trs osseux1 entre deux petits yeux perants1 couleur de noisette1 sous des cheveux de ce blond acajou dit auburn1 que sparait en bandeaux1 sur un front bomb1 une raie soigneusement faite4 ,deux grains de beaut me semblaient arrondis par lui comme des mouches4 ,il ressemblait au jeune hros du ,mariage la mode de ,hogarth4 ,toujours vtu1 le jour1 d'un costume gris clair1 une fleur la boutonnire1 gant1 il tenait verticalement1 par le milieu1 une grosse canne de jonc dont il frappait le sol pour scander ses phrases et affirmer ses paradoxes4 ,il avait de l'esprit de mots la franaise1 un langage recherch1 des faons crmonieuses4 ,un peu vot1 il tchait de redresser sa haute taille dans un sinistre effort de ne pas paratre malade4 ,la maladie lui faisait horreur1 et ds que le sourire retombait1 son expression devenait poignante4 ,a la moindre brise1 il s'enveloppait d'un plaid de voyage ou dans un mac-farlane dont les ailes gonfles par le vent du large le faisaient ressembler une norme chauve-souris4 ,beardsley vint sonner ma porte1 accompagn par des amis qui ont dj presque tous disparu et dont certains--lui le premier--auraient peine atteint la maturit aujourd'hui4 ,le bon gant ,fritz ,thaulow--mort1 lui aussi--vivait ,dieppe avec son heureuse et blonde famille4 ,il ouvrait sa maison aux artistes de passage4 ,thaulow et ,charles ,conder me prsentrent le groupe d',anglais que le mme bateau avait amen4 ,c'tait le pote ,alfred ,dowson1 bohme la ,verlaine1 qui fut vite enlev1 aprs avoir sign de beaux vers2 c'tait ,arthur ,symons et quelques autres1 suivis de l'diteur ,smithers1 l'ternel gibus1 au nez rouge d',agoust et flanqu d'une demoiselle de bar ensevelie sous un immense chapeau de plumes4 ,on aurait dit une troupe venue sur le continent pour une ,bank ,holiday4 ,c'taient pourtant les rdacteurs et les principaux artistes du magazine ,savoy1 dont j'attendais avec impatience chaque nouveau fascicule la couverture rose et pare d'un dessin d',aubrey ,beardsley4 ,ces jeunes gens s'ingniaient scandaliser leur pays et n'auraient recul devant rien pour se signaler4 ,intressante poque de l'histoire artistique et littraire de l',angleterre3 #ahie4 ,le long rgne de la pieuse et svre ,victoria1 impratrice des ,indes1 dcline4 ,burne-,jones vient d'tre cr baronnet2 ,whistler commence faire cole1 aprs ses batailles livres la ,grosvenor ,gallery1 o les snobs se pment de confiance devant toute oeuvre que refuse la ,royal ,academy1 et recueillie par ,comyns ,carr4 ,oscar ,wilde1 triomphant1 se promne dans ,piccadilly1 un grand tournesol la main4 ,les opras de ,wagner sont donns dans deux thtres la fois o se presse religieusement ce public d'esthtes1 si bien croqus par ,aubrey ,beardsley dans une de ses fameuses planches3 ,wagnerites4 ,sarah ,bernhardt et ,rjane jouent des pices franaises2 ,george ,moore clbre ,manet1 ,degas1 ,zola et ,goncourt4 ,le seul nom de ,balzac gonfle la gorge de ceux-l mmes qui n'ont rien lu de lui2 ,william ,morris1 pote1 sociologue et tapissier1 poursuit de sa haine l'acajou victorien et met dans le home du bourgeois un ameublement dans le got des prraphalites4 ,la socit anglaise se rveille d'un long sommeil et secoue son indiffrence pour tout ce qui n'est pas le sport4 ,un nouveau snobisme va la jeter dans les bras des artistes2 elle attend un miracle et se prpare s'amuser d'autre faon que nagure4 ,dans cette aube rafrachie1 parmi les rvolts et les novateurs1 voici venir le jeune ,beardsley4 ,d'un pas mesur1 il va1 lgant et fluet1 allonger subrepticement un coup de pied dans les vitres de ,buckingham ,palace1 d'o la vieille souveraine observe et condamne ses sujets4 ,on sait que sa majestueuse indulgence ne s'accorde qu'aux ,philistins4 ,beardsley1 grave et ironique1 s'avance1 tenant au-dessus de sa tte des plats et des corbeilles chargs de paons1 de poissons rares et de fruits exotiques4 ,des parfums nervants fument dans des cassolettes4 ,en cadence1 suivi d'un cortge de masques1 de nains1 de mauvais drles1 il prsente1 en une bouffonne entre de ballet1 des objets bizarres qu'on dirait tirs du fourgon des rois mages1 des mets l'arome inquitant444 ,aussi bien le chef qui en prpare les sauces et en dresse la parure1 ddaigne la cuisson classique des rtis nationaux4 ,beardsley rnove la fantaisie anglaise1 cruelle et potique1 froide1 ou qui dissimule ses motions2 il fait la chasse au sentimentalism d'un art dsuet2 il est cynique1 gouailleur et pote la faon d'un clown shakespearien1 exubrant tour tour et retenu1 amer dans ses clats de gaiet4 ,beardsley me rappelait un autre trs cher de mes amis1 le candide et mystrieux ,jules ,laforgue que j'avais vu dix ans plus tt passer1 toussant lui aussi et blme comme ce ,pierrot qu'ils aimrent tous deux4 ,l'humour de ,under the ,hill reoit un reflet lointain des ,moralits ,lgendaires4 ,j'imagine ces deux jeunes malades se rencontrant dans la nuit lysenne1 qui se saluent avec crmonie1 dansent un grave menuet dans un ple rayon de la lune1 puis s'vanouissent comme deux ombres444 ,ils ont beaucoup souffert et beaucoup ri tous les deux quand ils taient parmi les vivants et si la mort n'avait pas si vite convoit ces deux frles proies1 l'un ne serait pas devenu le ,chrtien1 ni l'autre l'amoureux candide et sanctifi qu'ils devinrent avant de nous dire adieu4 ,beardsley et ,laforgue furent les fleurs de bitume de deux grandes capitales modernes4 ,laforgue1 quoique provincial du ,midi1 incarne le gavroche parisien de l'heure inquite qu'il vcut4 ,quant ,beardsley il est un blackguard de ,londres1 le vrai cockney au rire bref et qui retombe dans une morne tristesse aprs les bonds d'une gaiet de parade foraine4 ,on ne peut dire de lui3 ,il n'eut pas le temps de s'exprimer2 que serait-il devenu8 ,en quelques annes1 comme suivant la marche rapide de l'aiguille sur le cadran1 il donna1 haletant mais avec mthode1 tout ce qu'il avait peut-tre en lui4 ,il eut la chance1 dans ce temps de fbrile course au clocher1 de choisir sa piste et l'arabesque qu'il y tracerait4 ,l'enfant prodige des soires de ,brighton1 le petit pianiste faiseur de ,christmas cards et de ,menus l'aquarelle1 trouve quinze ans sa formule4 lve de ,burne-,jones1 admirateur de ,leighton1 il fut l'un des premiers qui les rapprochent de ,whistler--c'tait alors marier le feu l'eau4 ,les deux ,acadmiciens donnrent ,aubrey sa vision tout anglaise de l'antiquit classique1 de la ,renaissance italienne2 ,whistler lui rvla les estampes japonaises1 le pittoresque et le style qu'un artiste peut mettre dans les costumes contemporains2 puis ,beardsley alla1 avec ,conder1 aux grands sicles franais2 son got du grotesque moderne et du masque fit le reste4 ,il dforme les gens de son temps1 les habille l'antique ou la ,louis ,,xiv1 les dvt ou les pare d'atours emprunts1 mais leurs gestes sont d'aujourd'hui1 comme les personnages des romans d',henri de ,rgnier4 ,les salles bizarres et les jardins fantastiques o ces comdiens minaudent1 en des galanteries poudres1 donnent sur la rue bruyante de hansom cabs et d'omnibus4 ,ses dessins sont prts tre agrandis en affiches pour les murs de ,londres4 ,malgr les paraphes et les prciosits calligraphiques dont il la charge1 son criture1 mme de loin1 reste lisible et se reproduit bien4 ,beardsley1 l'inventeur du blanc et noir#h est stimul par la feuille de papier2 le graveur hraldique et l'imagier mdival prtent leurs moyens exacts au caprice du jeune dcadent4 ,ce satiriste irrespectueux n'est pas peintre1 mais un matre en blanc et noir1 c'est pour l'imprimerie qu'il travaille4 #h ,le blanc et noir1 dont je parle ici1 est celui dont la mode nous est venue peu avant la guerre1 dans les toilettes et l'ameublement1 et qui1 en #aiah1 apparat sur la scne dans la ,revue du ,casino de ,paris--chambre coucher de ,mlle ,gaby ,deslys4 ,l'illustration et l'affiche ne sont-elles pas l'art mme de ce temps8 disait souvent ,beardsley1 que les tableaux ennuyaient un peu4 ,il ne fit pas de peinture l'huile1 mais projeta d'en faire quand il tait avec moi4 ,qu'aurait t sa peinture8 ,un jour1 le sachant tent par ma bote couleurs1 je le laissai seul dans l'atelier du ,bas-,fort-,blanc dont la baie laisse voir les rochers o les enfants pchent la crevette4 ,c'tait un aprs-midi glorieux d'aot4 ,je partis en promenade afin de ne le dranger pas4 ,quand je rentrai1 la grande toile que j'avais mise sa disposition tait couverte d'un trs beau dessin au fusain que je ne me console pas encore d'avoir vu effacer d'un coup de gant4 ,c'tait un pisode rapport par ,george ,sand3 ,liszt marche dans la campagne1 s'enfonce dans un champ de pavots dont les ttes sont pour lui autant d'instrumentistes4 ,le musicien inspir brandit sa canne comme un bton de kappelmeister et bat la mesure1 croyant conduire un orchestre innombrable4 ,ce fantastique personnage aux longs cheveux boucls1 coiff d'un feutre mou1 avait un geste superbe2 en vrit1 le bton dirigeait une symphonie macabre1 et l'on et dit qu'il voult faucher ces ttes aux corolles impertinentes de fracheur4 ,tout ce que faisait ,beardsley exhalait l'odeur de la mort4 ,je ne le connus qu'affaibli et se prparant prendre cong de nous1 implorant avec rsignation le ,crucifix qu'avait mis entre les doigts moites du malade un prtre catholique4 ,la ,foi rendit moins dchirantes ses rveries de jeune condamn1 la porte du cimetire4 ,je le surpris souvent pench sur sa table1 dessinant dans sa chambre d'htel2 il tait rentr las de ses marches d'un bout l'autre de la terrasse du ,casino4 ,gris des flonflons du bal et du bruit des ,petits chevaux dans lequel ,under the ,hill fut crit presque en entier1 il revenait sagement son ouvrage command1 attendu par ses diteurs4 ,travail appliqu1 minutieux1 sans ratures1 conduit comme celui d'un moine enluminant une page de missel4 ,ainsi courb sur la feuille de papier bristol1 des petites plumes d'or1 des grattoirs rangs avec ordre1 ,aubrey accomplissait une tche au-dessus de ses forces1 sous le regard du ,christ accroch au mur4 ,ce nouveau ,tannhuser tait obsd par des visions du ,venusberg1 de la bacchanale dont les cuivres et les tambourins vibrant dans ses oreilles1 ramenaient sur ses joues deux taches de sang4 ,il y a comme la dformation d'une cagoule de frre de la ,misricorde1 dans certains de ses personnages ambigus1 arlequins1 dominos qu'il faisait rder dans ses mascarades1 o ils rpandent une odeur de cadavre et l'pouvante de l',enfer4 ,ces crations sont autant de doubles de sa personne4 ,mme affaibli1 comme il l'tait en #ahie1 et tenaill par l'effroi du lendemain1 son imagination d'illustrateur tait follement libertine1 hante de monstres aux gestes douteux1 qui offrent la malveillance toute libert de graveleuse interprtation4 ,les amateurs ne furent indulgents que pour les lgres vignettes de la ,mort d',arthur1 et son premier public devait tre bien peu naf1 car il attribua un sens obscne aux moindres dtails des dessins parus dans le ,savoy et dans le ,yellow ,book2 on voulut dcouvrir des intentions et des symboles jusque dans les fruits et les fleurs de la si curieuse ,madone1 peut-tre le chef-d'oeuvre de ,beardsley4 ,tant de choses taient contes sur sa vie prive1 et il s'tait volontairement cr une telle rputation de dprav et de blasphmateur1 qu'on le voyait toujours plus ou moins clbrant une messe noire4 ,on pouvait se demander si la ferveur du catchumne n'tait pas trop souvent attise par le souffle des satyres et des dmons4 ,il ne s'expliquait point sur sa pit et demeura plein de retenue1 la seule fois que je lui avouai mon malaise ce sujet4 ,il y eut vers les annes quatre-vingt1 beaucoup de conversions ,londres4 ,ce fut une mode et un engouement dans le monde des arts1 d'embrasser le catholicisme au moment o s'achevait la surprenante cathdrale byzantine1 le plus bel difice moderne de la ville sinon la plus belle glise leve de nos jours2 thtrale1 sombre--elle n'tait pas encore revtue de ces mosaques fond d'or1 des marbres et des onyx sous lesquels doit disparatre sa paroi de briques1 mais elle tait pleine d'encens et d'une mise en scne somptueuse4 ,ce temple dont les coupoles rappellent le dcor de ,parsifal1 attirait ceux que le culte protestant rebute par sa froideur4 ,amfortas et la dmoniaque ,kundry semblaient se cacher derrire les piliers de la nef4 ,aubrey trempait son doigt dans le bnitier de la basilique1 au retour de ses randonnes nocturnes4 ,pour d'aucuns1 le plaisir est d'autant plus vif qu'il sera suivi de prires et de repentir2 l',anglais imagine volontiers l'ombre du pasteur rdant dans la ruelle du lit comme une menace4 ,je rejoignis ,aubrey dans l'automne #ig1 ,paris1 avant son dpart pour le ,midi1 o il devait hiverner4 ,il tait descendu l'htel ,foyot1 au milieu du ,quartier ,latin1 dont il tait si curieux4 ,nous dnions parfois ensemble dans le restaurant4 ,les lumires et les conversations de nos voisins de table lui communiquaient une passagre excitation1 peine suffisante pour chasser pendant quelques secondes ses lugubres visions de mort4 ,il tenait alors les propos qui m'aidrent le mieux comprendre4 ,c'est un crivain1 surtout1 qu'il ambitionnait d'tre2 apparemment chez lui1 une sorte de coquetterie4 ,sa passion pour l'art franais du ,x,v,i,i,ie sicle tait alors dans toute son intensit et l'influence de notre littrature le dominait4 ,notons que les meilleurs artistes anglais1 depuis un quart de sicle1 ont subi l'influence franaise1 comme nos romantiques de #ahcj celle de l',angleterre4 ,si l'on tablit aisment sa gnalogie artistique et si son oeuvre de dessinateur se suffit elle-mme1 telle qu'il nous la laisse1 qu'est-ce donc qu'il souhaita d'tre comme crivain8 ,il m'a parl de longs pomes qu'il comptait crire1 qui eussent tenu de ,dante1 de la ,lgende ,dore et de ,choderlos de ,laclos6 ,il tait de cette gnration crbrale raisonneuse1 trop instruite de ce qui a t fait avant elle1 qui ne voyait la nature qu'au travers de l'art1 et dont la spontanit fut retenue par le poids d'une trop lourde chane de souvenirs4 ,surtout avide de jouir vite et beaucoup1--trait commun la plupart des ,anglais d'alors1--,beardsley n'tait attir dans la vie que par ce qu'elle a d'excitant1 de brillant1 de rare et par le grotesque1 le monstrueux1 le comique4 ,le commun des tres et des choses tait inexistant pour lui4 ,la piti n'tait pas son fait2 mais il faut attribuer son tat physique une part de son gosme4 ,il tait personnel et d'une faon presque risible1 tant il y avait de l'enfant chez lui4 ,je me rappelle qu'il disait3 ,ce dont j'aurais besoin1 ce serait d'une bonne nourrice qui me dorloterait4 ,et il avait pourtant avec lui son excellente mre et sa soeur ,mabel1 l'ex-compagne plus que complaisante de ses heures de joie1 alors esclave de ses caprices funbres1 et s'ingniant rendre plus douce sa longue agonie4 ,une fois je le vis encore1 ,londres1 plus faible et plus creus1 et me disant3 ,je ne puis plus me supporter chez moi6 ,j'irai jouer ,monte-,carlo4 ,les mdecins le firent voyager4 ,il voulait aller ,venise1 tudier ,longhi4 ,aubrey1 chass par le climat de son pays1 passerait l'automne ,paris1 o il avait tant souhait de venir ses dbuts4 ,les bouquinistes des quais de la ,seine l'occuprent1 les plaisirs auxquels il ne prit point part1 mais qu'il devinait autour de lui1 lui donnrent l'illusion de l'activit et de la vie brillante4 ,chaque jour1 c'tait un nouvel ouvrage dont il tablissait les plans4 ,il notait des phrases dtaches d'abord1 des mots d'esprit1 comme les motifs dont un musicien composera une partition4 ,avant de composer son grand pome dantesque1 il voulait faire des essais en prose1 dont les sujets avaient beaucoup d'analogie avec ceux des ,moralits lgendaires2 sachant qu'il ne connaissait pas ,laforgue1 je m'interdis de les lui signaler4 ,si affectueux qu'il ft pour moi et quelques autres amis1 je dois la vrit qu'il n'y avait pas dans les belles histoires qu'il voulait conter1 l'motion et la tendresse humaine de ,laforgue4 ,je n'y distinguai jamais une philosophie1 une doctrine--et1 pourtant1 l'heure avait sonn1 pour lui1 des rflexions graves4 ,mme dans ses livres1 il est probable qu'il et t un pur et simple amant de la forme et de l'art pour l'art4 ,peut-tre1 aprs tout1 craignait-il de se faire trop connatre1 peut-tre se dissimulait-il1 par artisterie4 ,celui qui doit vivre peu de temps a le droit de beaucoup garder pour soi-mme3 ,beardsley s'arrtait en route pour tout voir et peut-tre trop souvent pour en rire4 ,il y a assez de beaut autour de nous1 et de hideur aussi1 pour se rjouir ou se moquer avant d'atteindre le terme1 ou que la lassitude ne vienne2 mais l'ironie est l'esprit des tres tristes4 ,le dgot ne vint pas au pauvre ,beardsley1 car les dernires lettres que je reus de lui rvlaient une curiosit de plus en plus vive1 et il ne croyait plus son mal4 ,il mourait4 ,,quelques ,,notes ,,sur ,,manet4 ,pour ,george ,moore4 ,une vieille amie de ,mme ,manet mre me montrait une photographie3 la ,charlotte ,corday de ,tony-,robert ,fleury1 fils d'une autre de ses camarades d'enfance4 ,mme ,x444 me proposait cet exemple3 --,regarde6 ,au moins1 cela1 c'est distingu6 ,ce n'est pas comme ce pauvre douard6 ,il est bien gentil garon1 douard2 mais ce qu'il fait est si commun6 ,c'est pnible pour une femme comme ,mme ,manet1 d'avoir un tel fils4 ,voil le portrait de ses parents2 on dirait deux concierges6 ,pourtant cela me semblait trs beau1 moi6 ,j'aimais la tte fine de cette bourgeoise en bonnet rubans1 debout ct de son vieux magistrat de mari1 renfrogn1 l'air furieux et ttu1 sous sa calotte de soie brode de grecques1 et gland4 ,mon pre me dit une fois3 --,oui1 c'est drle1 cette peinture6 ,il y a quelque chose l dedans4 ,j'ai t en pourparlers pour acheter douard son ,djeuner sur l'herbe1 il y avait un panneau de mesure1 dans notre salle manger4 ,ta maman a craint la nudit de la baigneuse4 ,aprs tout1 elle avait peut-tre raison2 mais on aurait pu mettre ce tableau de ct1 et tu l'aurais eu pour toi1 plus tard1 puisque tu aimes cette peinture4 ,je crois que tu n'as pas tort4 ,il est au ,louvre1 aujourd'hui1 grce ,moreau-,nlaton4 ,je devais avoir treize ou quatorze ans1 quand on me conduisit dans l'atelier de ,manet1 son premier atelier de la rue ,saint-,ptersbourg1 et qui donnait sur le pont de l',europe1 en plein midi4 ,c'tait un salon boiseries brunes et dores1 un rez-de-chausse de dentiste4 ,sur le mur1 une toile reprsentait ,m4 et ,mme ,astruc1 jouant de la mandoline4 ,nous tions convis voir un portrait de ,desboutin1 et de son fameux lvrier rose2 mais je me rappelle1 droite du personnage1 une chaise de jardin1 verte1 et d'un genre appel ,x1 qui m'avait beaucoup frapp3 il n'y en a plus trace dans la toile1 telle qu'elle existe aujourd'hui4 ,fut-ce cette fois1 ou plus tard1 que je vis sur le chevalet1 le ,linge1 tout frais alors1 et si blouissant de clart1 d'un bleu si vif et si gai1 qu'on avait envie de chanter8 ,comme la peinture moderne se plombe6 ,a peine quelques annes1 et un tableau1 le plus brillant1 est dj calcin1 dtruit4 ,nous admirons des ruines1 des ruines d'hier4 ,vous ne savez pas ce que fut le ,linge1 son apparition6 ,je croirais devoir m'en prendre moi-mme1 ou dplorer l'tat de mes yeux si1 depuis cinq ans1 je n'avais assist la destruction d'un chef-d'oeuvre1 le ,trajan de ,delacroix1 au muse de ,rouen4 ,je l'ai vu se ternir1 se craqueler1 et maintenant1 il n'est qu'une bouillie brune4 ,chez ,raymond de ,madrazo1 une copie qu'il fit vers #ahfj1 de l',entre des ,croiss ,constantinople1 et peignit sur pltre1 perptuera le souvenir d'une palette claire dont les jus de ,delacroix ont corrompu la pte4 ,l',entre des ,croiss fut un bouquet de fleurs4 ,comment ,manet pouvait-il travailler dans ce salon qu'envahissait le soleil8 ,est-ce l que furent achevs le ,linge1 le ,chemin de fer1 ,argenteuil8 ,l'cole du plein-air1 se tenait souvent l'intrieur4 ,le ,bal de l',opra1 ,le ,bar furent peints dans l'atelier1 sans que ,manet prtendt mme de donner l'illusion d'un effet du soir3 cela au moment o ,zola professe le ralisme1 ce romantique1 oui1 la vrit crue6 ,or1 ,manet n'est ni un romantique attard et dform par le naturalisme de ,zola1 ni un raliste1 mais un peintre classique2 ds qu'il met une touche de couleur sur une toile1 il pense toujours des tableaux1 plus qu' la nature4 ,ce n'est pas un excs de ralisme qui le faisait passer pour vulgaire1 mais la distinction de son style et sa vision trop spciale pour tre apprcie tout de suite4 ,leur vieille amie n'aurait pas trouv commun le portrait du pre et de la mre de ,manet1 si ,manet et t un peintre faible et vulgaire4 99 99 99 ,on connat le visage de ,manet1 ce joli homme blond1 gracieux1 lgant1 la cravate ,lavallire bleue1 pois blancs4 ,un agent de change8 ,un homme de cercle8 oui1 charmant1 spirituel1 aimable1 souriant4 ,sa voix un peu enroue avait des caresses1 sa parole1 l'accent du gamin de ,paris4 ,qu'il ft un artiste1 mettait dans l'embarras ses familiers1 qui l'aimaient1 mais l'admiraient peu et ne savaient quelle attitude choisir quand il leur fallait s'exprimer sur son compte1 ne prenant pas le peintre au srieux4 ,m4 ,degas qui1 depuis1 a souvent rpt3 ,nous ne savions pas qu'il tait si fort61 ,m4 ,degas parlait de lui avec une ironie malveillante4 ,il est plus connu que ,garibaldi1 dites1 quoi84 ,il tait trop connu et l'on ne pouvait le lui pardonner1 mme sur les cimes altires o ,m4 ,degas construisait son aire4 ,manet1 lui1 tait ici-bas1 beaucoup plus modeste1 plus humain1 sensible la critique comme les autres1 ambitieux de mdailles1 de dcorations4 ,il dsirait faire des portraits de jolies femmes1 et plaire4 ,d'un autre artiste qui aurait fait de la peinture comme la sienne1 ,manet et peut-tre parl comme ses amis parlaient de lui4 99 99 99 ,une sance3 ,mlle ,suzette ,lemaire pose pour un pastel2 ,manet peine1 se courbe1 se retourne vers le petit miroir qu'il tient sa gauche1 et o se reflte1 inverti1 le joli visage de la jeune fille4 ,manet veut prouver ,mme ,madeleine ,lemaire qu'il peut faire concurrence ,chaplin1 le matre portraitiste de ces dames4 ,il croit enjoliver1 flatter1 il choisit les roses les plus tendres1 fond les couleurs du pastel4 ,il efface1 recommence3 le model est de plus en plus raboteux1 le noir domine1 cerne les contours4 ,c'est un corbeau6 dit ,aurlien ,scholl4 ,vous tes dur1 pour les femmes6 99 99 99 ,manet ne travaillait gure que pour le ,salon4 ,les tableaux qui restent de lui sont ses ,salons ou des projets de ,salons abandonns4 ,il fit relativement peu d'tudes1 presque pas de dessins ou de croquis2 ses petites natures mortes de fruits1 de fleurs trs soignes taient encore des tableaux par lesquels il esprait tenter les marchands4 ,ses esquisses sont des tableaux arrts en route4 ,sans commandes1 sans acqureurs1 sans dbouchs1 disait sa mre1 il peignait cependant1 parce que peindre est sa fonction sur terre4 ,les dfauts qui cartaient de lui le public taient ses qualits essentielles1 la fatalit de son don4 ,et il voulait tre un portraitiste agrable6 ,ses chefs-d'oeuvre manqus se couvraient de poussire1 dans une soupente o personne ne songeait les retourner1 car on n'allait chez lui que pour la conversation4 ,on croyait qu'il cherchait quelque chose1 que d'autres plus habiles trouveraient4 ,on croyait qu'il donnait des ides dont les plus habiles tireraient parti4 ,au contraire1 il prit les ides des impressionnistes1 tout en restant1 inconsciemment1 peintre de muse4 ,il fut1 avec ,courbet1 le dernier peintre de tradition4 ,au lieu d'tre un prcurseur il tait un aboutissant4 ,il n'y eut peut-tre jamais d'artistes plus incompris1 plus mal dfinis de leur vivant3 incompris des autres1 et de lui-mme4 ,et un amateur1 dans le vrai sens du mot2 clbre pour des thories qu'il n'avait pas1 mais que des journalistes et des littrateurs formulaient pour lui un peu par blague1 ou par intrt1 comme ,zola4 ,la noblesse de ses oeuvres les plus sommaires--non pas lgres1 car elles ont toute une singulire pesanteur--chappait encore1 mme ,m4 ,degas1 un autre amateur1 mais aussi intellectuel que ,manet l'tait peu4 99 99 99 ,en dehors du ,louvre1 ,manet ne connut gure que l',ile de ,france1 le paysage des bords de la ,seine dans la banlieue1 les villas blanches et roses1 les plates-bandes fleuries de graniums1 autour d'une boule miroir2 les bancs verts et les arrosoirs1 les canots voile sur la rivire1 chez lui la riche qualit de la pte et la nervosit de son pinceau1 son dessin surtout1 donnent le style et la noblesse des matres1 aux choses que les impressionnistes ont dilues dans l'atmosphre4 ,sa touche est brusque et rflchie la fois4 ,c'est avec un soin extrme qu'il borde sa pte soigneusement applique4 ,tandis que ,courbet beurrait au couteau palette1 un beau ton qui bientt noircit1 ,manet se sert de pinceaux de martre1 ou de brosses carres1 fines2 et si tout ce qui vient de sa main est pein1 on dirait pourtant d'esquisses2 la fracheur de ton d'une premire heure d'bauche n'est salie ni par ses dessous1 ni par les demi-ptes qu'il accumule2 il sait reprendre sans que se fane la fleur de sa palette4 ,et je ne l'ai vu peindre que lorsqu'il tait dj malade1 la fin de sa vie1 longtemps aprs sa priode espagnole1 qui fut le beau temps4 ,il gardait encore sa matire drue et comme conserve dans un appareil frigorifique4 ,on ne respire pas dans ses tableaux1 qui ne sont que de la peinture4 ,ces souvenirs sont du second atelier de la rue ,saint-,ptersbourg4 ,j'ai vu peindre le ,pertuiset1 le tueur de ,lions2 ,jeanne2 le ,bar4 ,les ractions chimiques qui se produisent dans ces tableaux-l tiennent du prodige3 la violence et la crudit des couleurs furent d'abord presque inharmoniques4 ,les colorations se calment en prenant la patine de l'mail 7tels le ,pertuiset1 ,jeanne et le ,bar74 ,les tons de la lourde pte se sont harmoniss et clarifis comme des glacis4 ,les gris actuels du ,pertuiset furent des violets fouetts de rose2 les chairs taient rouges comme la tomate1 le paysage tait fait de carmin1 de lilas vineux et de verts bleuts assez dsagrables4 ,le temps travaille pour ,manet et contre les autres peintres modernes4 ,aprs des sances laborieuses1 mais courtes1 ,manet1 vite fatigu1 allait s'tendre sur un canap bas1 contre-jour sous la fentre1 et contemplait ce qu'il venait de peindre1 en tordant sa moustache1 ayant le geste d'un gamin qui dirait3 ,chic6 chouette6 ,on riait2 on le menaait des foudres du jury1 il se ferait encore recaler au ,salon4 ,il ne s'en dsolait plus1 parce qu'alors son nom tait un drapeau2 il tait chef d'cole1 sans cole4 ,il tait soutenu par un parti qui se servait de lui comme d'un candidat auquel on fait signer des professions de foi rvolutionnaires1 pendant la priode lectorale1 pour ouvrir la voie d'autres plus srieux4 99 99 99 ,le deuxime atelier de la rue ,saint-,ptersbourg fut le sige de grandes runions politiques4 ,il recevait le jour du nord1 il tait banal et froid1 au fond d'une cour qu'habitaient de nombreux artistes2 ct1 c'tait celui d',henry ,dupray1 le joyeux peintre militaire1 qui sonnait de la trompe1 jouait du tambour et amusait tout le monde avec son esprit de sous-officier tapageur et sentimental4 ,devant la porte de ,manet1 quelques pots de fleurs et des bacs verts avec des lauriers1 comme la terrasse des restaurants de ce temps-l4 ,une grande promiscuit rgnait entre voisins1 mais aprs la sance1 tout le monde avait rendez-vous chez ,manet4 ,je le revois s'appuyant sur une canne plombe1 se tenant difficilement en quilibre sur ses semelles de caoutchouc4 ,il tait vain de son joli pied1 chauss de bottines anglaises2 il tait souvent vtu d'une ,norfolk jacket plis et ceinture1 comme un sportsman anglais4 ,il dtestait le genre rapin4 ,dans un coin1 droite de l'entre1 affals sur un divan rouge1 ,albert ,wolff1 ,aurlien ,scholl1 des boulevardiers et des demi-mondaines l'entouraient4 ,charles ,ephrussi et quelques financiers isralites commenaient acheter ses pastels1 non qu'ils jugeassent la peinture de ,manet digne de figurer ct des gouaches de ,gustave ,moreau1 sur des boiseries ,louis ,,xv authentiques2 mais on aimait ,manet et puis on ne savait pas1 aprs tout1 ce que rservait l'avenir4 ,on pouvait tenter le coup6444 ,emmanuel ,chabrier faisait des mots4 ,manet adorait les calembours1 dont la mode est si passe4 ,vers cinq heures1 on pouvait peine trouver place auprs de l'artiste4 ,sur un guridon de fer1 accessoire qui revient souvent dans l'oeuvre de ,manet1 un garon servait des bocks de bire et des apritifs4 ,les habitus montaient du boulevard tenir compagnie leur camarade1 qui ne pouvait plus descendre au caf de ,bade4 ,un jour1 ,manet me dit3 --,apportez une brioche1 je veux vous en voir peindre une3 la nature-morte est la pierre de touche du peintre4 ,j'ai encore chez moi la petite toile que je barbouillai sous ses yeux et dont il parut content4 --,cet animal-l1 dit-il1 il vous fait une brioche comme pre et mre6 ,la toile est date #bg octobre #ahha1 #gg1 rue ,saint-,ptersbourg4 99 99 99 ,je crois bien que si ,manet approuvait les intentions de ,czanne1 c'tait plutt pour un maniaque qu'il le prenait4 ,je portai chez ,manet les paysages et la nature-morte 7pommes rouges et pot au lait en fer-blanc7 que j'avais achets chez ,tanguy1 convaincu qu'il aimait1 comme ,renoir1 la raret de leur pte et de leur ton1 comme d'un mail ou d'un fragment de poterie persane4 ,la forme mme m'en paraissait curieuse4 ,manet me dit3 --,c'est de la peinture1 comme la musique de ,cabaner#i est de la musique4 ,et il se tourna vers ,chabrier3 n'est-ce pas1 ,emmanuel8 #i ,cabaner1 musicien bohme et excentrique qui avait alors1 ,montmartre1 une rputation analogue un peu celle de ,m4 ,erik ,satie1 avant qu'on rendt justice ce pr-debussyste4 ,pendant les deux ans que j'ai frquent ,manet1 il jouissait d'tre le chef d'une cole dont se rclamaient ,gervex1 ,duez1 ,bastien ,lepage1 ,roll1 et autres peintres de plein air et dont le succs allait grandissant au ,salon4 ,il avait vers eux les yeux plus souvent tourns que vers ,renoir1 ,monet1 ,pissarro1 ou ,degas1 dont l'acharnement spirituel le torturait4 ,on tait trs simple dans ce temps-l4 ,quel serrement de coeur quand j'entendis3 ,il tait plus grand que nous le croyions6 consenti par ,m4 ,degas1 alors qu' cinquante ans1 ,manet s'en alla dans un corbillard o tait pingle une croix de la ,lgion d'honneur4 ,opinion trop tardive et qu'on ne se permit qu'en allant au cimetire de ,passy6 ,l'atelier du #gg1 rue de ,saint-,ptersbourg n'tait gure1 comme l'on voit1 celui o l'on se figure un matre dont le nom remplit la fin du ,x,i,xe sicle et le commencement du ,x,xe3 ,hangar vieilles toiles oublies alors1 roules pour la plupart1 il ressemblait ceux o mes camarades faisaient semblant de travailler1 mais recevaient des femmes4 ,quelques rares meubles de hasard1 un buffet de restaurant1 o appuya ses mains la fille au corsage bleu du ,bar aux ,folies-,bergre2 quelques vases fleurs1 des litres1 des fioles liqueurs1 quelques bouteilles de champagne sur une table o s'assirent les deux amoureux de chez le pre ,lathuile2 le miroir pied de ,nana1 un tub de zinc4 ,sur des chevalets1 quelques pastels1 dont ,george ,moore et ,mry ,laurent1 l'amie de ,henry ,dupray et de ,mallarm1 visiteuse quotidienne de ,manet1 l'heure o l'on vient bavarder et rire4 ,sur les chaises1 un corsage de soie1 un chapeau1 qu'aprs le dpart du modle1 ,manet copie avec effort et application pour le faire tenir sur la tte4 --,un chapeau haut de forme1 c'est ce qu'il y a de plus difficile dessiner1 disait ,manet4 ,celui d',antonin ,proust fut bien recommenc vingt fois en ma prsence6 ,je me rappelle la robe de ,jeanne et son ombrelle tranant longtemps ct des rhododendrons fans qui avaient servi de fond2 et combien diffrente du modle tait l'interprtation de ,manet6 ,le matre me disait3 --,n'est-ce pas1 c'est bien a8 ,c'est soyeux1 riche1 c'est bien d'une lgante8 ,et son gentil geste du bras1 comme fauchant l'air1 et la main droite faisant claquer ses doigts1 donnait plus d'autorit une voix affaiblie de malade4 ,il y avait peu de gne1 peu de respect1 trop peu1 autour de cet ami qu'on aimait1 mais qu'on ne pouvait dcidment pas prendre au srieux1 sans doute cause de sa gentillesse4 ,marcel ,bernstein1 le pre d',henri1 ,manet une fois mort1 me donna le ,moine en prire en change d'une pochade de ,daubigny4 --,eh6 l1 l'amateur6 ,voil qu'il file avec son cadre sous le bras4446 ,allez donc dire aux marchands que ce n'est tout de mme pas plus mal que ,duez444 et ,manet riait de me voir emporter une tte au pastel1 ,mry ,laurent coiffe d'une toque de lophophore1 vtue d'une jaquette grise garnie de skungs2 comme j'avais obtenu que mon pre achett pour moi cette jolie chose4 ,je regrette de n'avoir pas mieux connu l'excellent ,manet1 de ne pas lui avoir parl avec la tendresse et la vnration qu'il mritait4 ,mais peut-tre prfrait-il alors1 ma rserve silencieuse de petit jeune homme bien dress1 la camaraderie libre et gouailleuse qui me choquait tant chez les autres4 ,alfred ,stevens1 ce gros ,belge de ,paris1 si bon peintre1 jadis1 mais d'intelligence trop limite1 et qui ne travaillait plus que pour le commerce1 paraissait le pontife dans ce milieu artiste1 un pontife au chapeau pench sur l'oreille1 type de prfet du second ,empire1 ou de colonel de cavalerie en goguette4 ,fanfin avait une affection fraternelle pour ,manet1 mais444 distante et effraye6 ,il ne se serait pas risqu au #gg1 rue de ,saint-,ptersbourg4 ,il avait t quelquefois1 jadis1 chez ,m4 et ,mme ,manet aux sances de musique de chambre1 que donnait le vieux magistrat2 ,mme douard ,manet ne paraissait jamais l'atelier qui tait1 selon elle1 une annexe du caf de ,bade4 douard1 dans son antre1 n'tait plus le fils de ,m4 et ,mme ,manet4 ,celle-ci disait3 --,pourtant1 il a copi la ,vierge au ,lapin1 de ,tintoret1 vous viendrez voir cela chez moi1 c'est bien copi4 ,il pourrait peindre autrement2 seulement il a un mauvais entourage6444 ,s'il pouvait1 au moins1 peindre des portraits comme ,tony-,robert ,fleury6 douard n'aurait pas demand mieux1 peut-tre1 mais avec le caractre1 le dessin appuy et dur de ses ttes1 c'tait malgr lui et son insu qu'il dfigurait ses modles et faisait des chefs-d'oeuvre4 ,m4 ,degas fut bless et cessa de voir son ami4 ,degas avait peint un portrait double de ,m4 et ,mme douard ,manet4 ,mme douard ,manet1 vue de profil1 jouait du piano4 ,manet coupa la toile en deux1 supprima l'image enlaidie de sa femme4 ,quant la ressemblance de ,manet1 assis en boule sur un canap1 si j'en juge par une photographie de ce beau fragment1 c'tait la vie1 c'tait l'homme que j'ai connu4 ,la femme au gant que j'achetai #ejj francs chez ,durand-,ruel1 en #ahhd1 un monstre de laideur1 fut reconnue par un enfant de ma famille3--,ah6 c'est la tante ,aurore6444 dit-il4 ,les parents firent taire le petit sot3 mais je sus que ,la femme au gant tait bien ,mme de ,x4441 clbre beaut du ,second ,empire1 la tante ,aurore4 ,herr von ,tschudi1 qui la convoitait pour ,berlin1 me disait3--,c'est la ,joconde franaise4 ,si l'on aime la peinture de ,manet1 on l'aime comme ,corot1 comme ,tourgueneff1 a crit ,george ,moore1 l',anglais des ,batignolles1 ainsi qu'on dsigna ,moore quand ,manet fit de lui l'tonnant pastel aux yeux mauves1 au teint vert de noy4 ,plus d'un quart de sicle aprs la mort du peintre1 ,moore parle encore de lui comme si ,manet venait de disparatre2 pour lui ,paris est vide sans ,manet et l'on n'y fait plus de peinture4 99 99 99 ,manet pasticheur8 ,il n'y a pas deux tableaux dans toute son oeuvre1 qui n'aient t inspirs par un autre tableau1 ancien ou moderne4 ,manet prenait rsolument la composition d'une toile de matre1 la traduisait sa faon1 la recrait2 les ,espagnols dont il a t si impressionn dans sa plus belle manire1 il les pastichait avec une volont de faire des tableaux de muse4 ,personne plus que lui n'a dmarqu1 et personne n'est plus original4 ,plus tard1 influenc par ,claude ,monet1 il fera du plein air1 aussi polychrome que ses premires oeuvres taient blanches et noires2 mais toujours et partout1 la touche est du ,manet1 sa pte est unique2 la maladresse1 la prcision et la dcision la fois du pinceau n'appartiennent qu' lui4 ,c'est bien fait jusque dans le lch apparent4 ,il y a une plnitude dans son dessin simplifi et gauche1 il y a une dformation dans le sens de la grandeur4 ,son model plat qui supprime certains plans1 donne une qualit unique la nature-morte1 aux objets4 ,rappelez-vous le ,jambon sur un plateau d'argent1 la ,botte d'asperges4 ,on n'a jamais peint comme cela avant lui4 ,cela parat plus simple et plus mystrieux que la pte de ,chardin4 ,du ,guitariste au ,linge1 une rvolution s'est opre chez ,manet2 on croit peine que les mmes yeux aient pu voir1 quelques ans de distance1 si diffremment4 ,toutefois1 la main est reconnaissable4 ,toutes mes prfrences sont pour la priode espagnole et surtout pour l',olympia qui m'apparat comme une oeuvre sans rivale dans notre ge1 un rservoir de lumire1 un soleil blanc dans la ,salle des tats qu'elle claire1 avec son trange1 mtallique beaut de chair1 sa stylisation involontaire1 sa sensualit moderne1 baudelairienne--et combien plus femme par la vie qu'elle dgage1 que la ,matresse du ,titien1 ou que l',odalisque d',ingres1 laquelle elle fait pendant1 au ,louvre6 ,on a parl de ,goya1 propos de l',olympia qui serait un pastiche de la ,duchesse d',albe1 nue sur un lit4 ,il existe aussi une ,duchesse d',albe en costume de ,maya2 ,manet a peint une ,espagnole travestie en torero2 le ,balcon est compos comme un des ,caprices de ,goya4 ,nul doute que ,manet avait song l',espagnol dans ses scnes de ,plaza et sa ,lola de ,valence2 mais je ne crois pas qu'il ait connu les originaux1 ni qu'il soit mme all en ,espagne1 et ses toiles sont trs suprieures celles dont il se serait inspir4 ,ses pastiches sont des crations aussi originales que le ,linge4 ,un peintre de grand mtier peut s'inspirer1 doit s'inspirer de ce qu'il aime et le recrer sa faon4 ,il y a des artistes sans nulle invention ni personnalit1 dont la manire n'voque le souvenir d'aucune autre manire1 et qui sont pourtant banals et sans intrt4 ,l'originalit rside moins dans la conception que dans l'excution4 ,les moyens sont tout en peinture4 ,ingres a pill--puisque l'on dit ainsi--tout ce qui lui semble en valoir la peine4 ,son admirable ,thtis est comme un agrandissement d'une pierre grave antique du muse de ,naples4 ,les statues grecques1 les miniatures persanes taient familires ,ingres4 ,l',o,edipe et le ,sphinx est fait d'aprs un patron trs frquent sur les vases trusques4 ,l',o,edipe n'est-il pas cependant le tableau le plus caractristique du matre franais8 ,c'est par la faon dont elle est faite que l'oeuvre de ,manet s'impose et vivra4 ,c'est par son mtier#aj que ,manet aurait d influer sur ses contemporains4 ,or1 de sa matrise de technicien1 il n'tait pas question1 jusqu' ce que nous l'ayons dcouverte1 beaucoup plus tard4 #aj ,l'atelier de ,vlasquez1 que je possde1 est un exemple curieux du pastiche-original de ,manet4 ,nous voyons donc le mme fait se reproduire pour tous les peintres4 ,certains hommes bnficient de l'heure laquelle ils ont paru1 d'une circonstance fortuite de leur carrire2 pourquoi le nom de ,manet est-il devenu une sorte de rfrence pour les impressionnistes et les no-impressionnistes8 ,il n'a pas de parents dans l'art moderne4 ,claude ,monet combina une palette nouvelle1 ,manet crut l'emprunter4 ,n'tant pas thoricien1 ses phrases coutumires sur l'art taient d'aimables enfantillages2 il parlait d'art comme un communard amateur1 de la rvolution4 ,,gustave ,,ricard#aa #aa ,exposition de ,ricard et de ,carpeaux1 la salle du ,jeu de ,paume1 #ae mai-#ae juin #aiab4 ,article paru dans la ,revue de ,paris4 ,il est mort trop tt pour que j'aie pu le connatre2 mais on m'en a tant parl dans ma jeunesse1 qu' l'aide de mes souvenirs j'essaierai d'voquer cette figure mlancolique1 si peu pargne par l'injustice de ceux qui aiment les nouvelles formules1 la spontanit1 la lumire1 la vie joyeuse4 ,enferm dans son atelier1 par crainte de ses contemporains1 ,ricard vcut presque ignor du public1 et adul de quelques-uns4 ,l'exprience laquelle nous assistmes ce temps-ci prouve l'inutilit de certains essais de rparation4 ,moi-mme1 qui possde plusieurs de ses oeuvres1 recherches et entoures de vnration par ma famille1 cette runion de plus de cent portraits m'a d'abord du autant que les gens presss qui n'ont pas pris la peine de forcer la porte de ce reclus volontaire4 ,ricard a fait la nuit autour de lui3 munissez-vous d'une lanterne et pntrez pas discrets dans son laboratoire de chimiste4 ,on lui refuse la personnalit4 ,il faudrait pourtant s'entendre sur cette question3 en quoi consiste l'originalit8 ,il nous arrive trop souvent de prendre pour de l'originalit une simple transposition de ton1 comme dans un orchestre l'usage d'un instrument au son bizarre et nouveau4 ,nous sommes en pleine brutalit4 ,nos yeux sont assaillis par les pires extravagances de colorations crues1 de tons entiers1 raction toute lgitime contre un excs de fadeur et de demi-teinte4 ,le soin dans le mtier est sacrifi la recherche de la couleur pure1 qui1 moins on la travaille1 mieux elle chante4 ,aussi bien une exposition de ,ricard1 aprs la malencontreuse rtrospective de ,whistler1 laisse froid un public perverti par les savantes roueries de la rclame1 et qui veut tout prix dcouvrir des matres bon march1 et fconds1 dont la spculation s'empare4 ,ce que nous appelons couramment originalit1 est-ce le piment qui rveille1 pour un temps1 un apptit endormi8 ,d'autre part1 le retour des proccupations plastiques dcoratives ne fut1 dans plus d'un cas1 qu'une confusion du tableau avec le dcor1 un entranement des sens souvent assez heureux1 et qui semble trs particulier aux races orientales et smitiques4 ,or1 l'on choisit cette heure pour rouvrir la chapelle dsaffecte de ,gustave ,ricard et sonner des carillons au lieu d'un glas4 ,nous voici chez un homme qui fermait les rideaux de son atelier pour peindre dans la pnombre1 arracha du cadran de son horloge les aiguilles--symbolisme qui vous fera sourire--s'exerce y voir dans les tnbres comme un oiseau de nuit1 au moment o ,czanne se fixait ,aix dans le soleil de sa ,provence4 99 99 99 ,un vieil ami de ,ricard crit3 ,c'tait un tre exquis1 un causeur charmant1 curieux de toutes choses4 ,trs modeste1 il n'tait jamais tout fait content de ses oeuvres1 qu'il comparait en admirateur forcen des matres1 avec celles de ,titien1 de ,velasquez1 ,rubens et ,van ,dyck1 ses dieux4 ,il adorait les primitifs allemands et surtout italiens4 ,cette modestie-l n'est qu'une douloureuse ambition cache dont meurent ceux qui manque une robuste vitalit4 ,ricard1 dans un sombre rez-de-chausse de ,montmartre1 mlange les huiles et les siccatifs1 compose des tons de prparation et des glacis1 d'aprs des recettes retrouves du ,x,v,ie sicle4 ,il fait peu poser et peint sans relche aprs le dpart du modle1 corrigeant1 effaant les traces trop vulgaires du travail d'aprs nature2 la sance continue dans la solitude2 le peintre suit son ide et s'gare comme dans un labyrinthe o nul gardien ne le dirigera vers l'issue1 en cas de dcouragement2 il revient sur ses pas1 parcourt des kilomtres1 harass1 en pure perte4 ,il y a dans ce travail solitaire une jouissance morbide1 dangereuse comme la morphine2 pour le portraitiste1 presque un non-sens2 tout de mme1 qui en essaie y reviendra1 inconscient des heures et de leur fuite444 et1 la nuit1 quelle tentation de prendre une lampe1 de retourner au chevalet revoir dforme par le pinceau l'image que l'imagination dforme plus encore1 lui prtant des beauts dont l'aurore dissipera le mirage6 ,et le lendemain1 de recommencer6 ,si les matres d'autrefois ne peignaient pas d'aprs le modle1 ils dessinaient d'aprs lui2 les portraits1 aussi1 taient peints avec des recettes1 coloris la faon des gravures que les enfants enluminent4 ,ces recettes1 on les enseignait4 ,pour les retrouver1 ,ricard a fait un ouvrage de ,pnlope4 ,par ses recherches1 ses essais1 son inquitude1 il est d'aujourd'hui1 et peut-tre le premier portraitiste qui1 au lieu d'avoir exploit une formule1 ne laissera que des tudes4 ,ricard a mis trop de sentiment dans ses portraits4 ,c'est la qualit du sentiment qui a le plus de chance de faire dater un tableau4 ,rien ne se dmode comme le sentiment1 cause des succs rapides et des chutes dans l'oubli2 pril pour un ,j4-,f4 ,millet1 si grand artiste tant qu'il n'est pas sentimental4 ,ricard fait penser dans certaines de ses toiles1 mais avec un plus beau mtier1 ce ,lembach dont le sentiment est pour beaucoup dans l'illusion que ses contemporains se firent sur le peintre4 ,sans prfrer la lourdeur d'esprit d'un ,courbet ou d'un ,alfred ,stevens1 mfions-nous des psychologues sentimentaux4 ,ricard1 cependant1 va parfois assez loin et exprime l'me d'un temps dont ,stevens nous conserva les costumes4 ,nous lui devons1 comme ,carpeaux1 nombre d'images typiques de cette poque impriale qui rapparat sur la scne quand des directeurs de thtre tentent de rajeunir les pices de ,dumas fils1 d',augier ou de ,sardou1 en revtant les acteurs de toilettes oublies depuis quarante ans4 ,dans les familles moisissent1 au fond d'armoires1 les mouvants albums de photographies qui devraient avoir leur place dans les bibliothques4 ,je m'y retrouve dans les bras d'une nourrice bourguignonne bonnet tuyaut et couronn des coques d'un immense ruban cossais2 puis petit garon en chapeau de paille de riz1 orn d'une charpe franges1 et1 sur les oreilles1 deux pompons1 l'effet de me garantir des courants d'air si redouts alors par de tendres mres en crinoline4 ,nos pres taient charmants1 mais un peu comiques1 avec leurs favoris boucls1 leur cravate trois tours1 et fort bien pris1 ma foi6 dans leurs redingotes et leurs troits pantalons sous-pieds4 ,la photographie ne nous permet plus d'ignorer nos propres avatars ni la tournure de nos ans2 mais les cartes-albums se dtruisent1 l'image plit1 et seules survivent les oeuvres peintes1 ou modeles par le sculpteur4 ,et les bons portraitistes sont rares1 cause mme du portraitur2 car si le portrait command par une famille est jug d'une prsentation flatteuse1 les intresss sont contents et surpris d'un rsultat toujours incertain dans l'aventure qu'est le choix d'un artiste2 au point que si je devais en prendre la responsabilit1 je frmirais1 et peut-tre m'abstiendrais-je1 moins de dsirer un simple morceau1 peint pour moi seul d'aprs l'infortun que je condamnerais subir des sances de pose1 qui sont un peu du viol4 ,en gnral1 les considrations relatives un portrait peuvent se rduire celles-ci3 ressemblance1 prsentation satisfaisante1 valeur d'art1 mrite technique4 ,qui ne demande un portrait que la ressemblance flatte et l'agrment1 le destine une prochaine relgation dans le grenier1 une fois disparu le ,monsieur ou la ,dame1 et si la toile ne possde les mrites intrinsques d'une oeuvre d'art4 ,celles de ,ricard taient ensemble un portrait et un tableau grave1 digne2 ,ricard tait qualifi pour peindre un beau portrait qui ne passe pas de mode4 ,le cercle de ses clients1 presque tous ses amis1 fut restreint1 mais une lite2 son nom1 ignor des cours qui s'taient attach ,winterhalter1 ,chaplin1 ,dubufe le pre1 ,prignon et ,cabanel2 quelques autres encore taient assaillis de commandes et recueillaient une fortune4 ,a ct d'eux1 n'exposant point au ,salon1 ,ricard excutait un portrait1 non sans se faire beaucoup prier1 car il craignait de ne pas russir4 ,a dfaut d'une couleur chatoyante et claire1 agrable sur les boiseries d'un appartement luxueux1 il vous donnait de la distinction et une certaine expression rveuse fort au got des clients dont l'idal sera toujours de passer la postrit1 non sous leur aspect vritable1 mais idalis4 ,moins affect qu',ernest ,hbert1 le peintre des ttes penches1 maladives1 aux yeux chargs de nonchaloir1 ,ricard inclinait sur des poitrines plates des visages de mlancolie o couve la passion4 ,aux hommes1 il donnait une langueur rveuse1 romantique1 un front charg de fatalit2 il nouait joliment une cravate sous une barbe soigneusement brosse1 rpandue en ventail sur une veste de chambre en velours2 il prtait un financier l'allure d',alfred de ,musset4 ,un monsieur du temps de ,bertall et de ,cham1 qui se voit tel accommod1 ne craint plus le jugement de ses petits-fils2 ils ne le renieront point4 ,enfin1 les gens du monde qui se piquaient d'tre connaisseurs1 croyaient faire preuve d'audace en allant ,ricard1 comme en achetant des meubles anciens qu'on commenait de rechercher1 ainsi que les vieux tableaux2 or1 le plus vif dsir de ,ricard tait que les siens parussent1 sitt finis1 dater au moins d'un sicle4 ,il tait prt faire de vous un ,rembrandt1 un ,titien ou un ,reynolds4 ,chenavard1 infatigable causeur1 devait aviver1 avec cette loquence laquelle nul de ses confrres ne rsista1 le mpris de ,ricard pour la peinture moderne2 nanmoins1 une toile de ,ricard est reconnaissable de loin1 avant mme qu'on ne dchiffre le monogramme ,g4 ,r41 et malgr le dsir qu'eut le peintre de faire du ,vnitien1 du ,flamand ou de l',anglais4 ,la dure de la peinture l'huile1 sa conservation3 grand souci de ,ricard qui fut si malheureux dans la recherche des procds chimiques et de la fabrication des couleurs1 des vernis1 des vhicules1 des enduits pour panneaux1 alors que ,monticelli1 le grand coloriste marseillais1 son compatriote1 avec des couleurs mdiocres et sur des planches de sapin mal rabotes1 obtint une matire si durable6 99 99 99 99 99 ,aprs la tentative d'une runion aussi complte de ses ouvrages1 le peintre nous laisse dans le malaise et l'incertitude2 sa peinture prpare s'assombrit au point qu'elle recouvre certaines toiles comme d'un suaire4 ,a l'aide de mes souvenirs1 je dgage de son enveloppe cette oeuvre non pas difficile1 mais qui veut tre nigmatique4 ,une petite sant2 des chairs grises ou jaunes se corrompent dans des vernis pais et craquels4 ,d'ici cinquante ans que restera-t-il de cet artiste incomplet1 trop peu spontan1 qui ralisa si rarement son beau rve8 ,ricard a dit un mot typique propos d'un portrait datant dj de quelques annes3 ,mme ,x444 commence de ressembler son portrait4 ,a force de scruter les visages1 d'y vouloir lire entre les lignes1 il croyait pntrer des secrets qui ne se rvlent que plus tard4 ,les yeux1 dont il fit une tude spciale1 n'ont-ils pas tous de l'analogie avec les siens1 qui1 dans son bel et ardent visage1 semblent faire pencher par leur poids la tte sur la poitrine8 ,la plupart de ses portraits sont comme une reconstitution posthume d'aprs des souvenirs et des photographies4 ,la tte de ,mlle ,louise ,baignires enfant1 n'aurait pas plus de ralit que ,ricard ne lui en accorda1 ce dlicieux portrait et-il t peint de mmoire4 ,on a dit un ,reynolds2 non point6 un ,ricard4 ,l'opration d'esprit qu'inconsciemment il recommena en face de chaque modle1 substitue ,ricard son modle4 ,or1 ce n'est point la personnalit de l'artiste qui doit primer dans un portrait si c'est la ressemblance qu'on lui demande2 et tout de mme nous devons reconnatre la fois l'artiste et le modle4 ,si le peintre veut avant tout s'exprimer1 il risque de faire oeuvre de mauvais portraitiste1 ou de ne pas faire de portrait du tout4 ,on dit couramment aujourd'hui3 ,qu'importe la ressemblance8 ,il est puril de la chercher4 ,mais le client a sa conception lui de la ressemblance1 et cette conception est mdiocre1 exigeante1 la fois terre terre et d'un idalisme assurment fort confus4 ,enfin le modle refuse son secret l'investigation du peintre1 moins que celui-ci ne le force4 ,un ,courbet1 un ,renoir ou un ,monet sont exalts par le plaisir de manier de la pte2 un ton les contentera par sa seule beaut4 ,ricard1 psychologue portraitiste1 effacera un joli ton1 le gtera pour exprimer la vrit psychologique ou plutt son idal4 ,mais cette vrit psychologique1 le dessin seul la cre4 ,un dessin sans caractre de vrit est ncessairement faible4 ,un dessinateur comme ,ingres1 qui autant que ,ricard songe un matre1 un style devant un visage1 sa main lui obissant sans peine trace une effigie ressemblante o se marque sa griffe4 ,l'intelligence sans l'outil de l'ouvrier fait d'un peintre une sorte de martyr4 ,ricard s'tiole dans son cabinet d'alchimiste o il manipule les dangereuses prouvettes qui contiennent des poisons4 ,voici ,armand ,rolle1 le galant conseiller d'tat et dput du second ,empire3 nous l'avons connu g mais portant beau1 quand le dos tourn une chemine1 il contait une anecdote1 un pouce pass dans son gilet1 la main droite soulignant d'un geste lgant une jolie phrase qu'il arrondit4 ,dans un cadre ovale d'bne1 ,ricard nous prsente ce beau tnbreux en hros d',octave ,feuillet2 ceci est juste2 mais le peintre a voulu mettre une nigme dans ces yeux vifs du ,bourguignon1 et nous donne un agrandissement de ,nadar1 qui aurait le sourire de la ,joconde6 ,la ,joconde8444 ,le sourire de la ,joconde et ses yeux8 ,je me rappelle une visite de ,gustave ,moreau chez une jeune fille dont je peignais le portrait4 ,le vieil artiste au lieu de me donner un conseil technique comme ,degas ou ,manet1 me dit3 ,c'est bien1 vous aimez la ,joconde6 ,retournez au ,louvre1 interrogez encore ce chef-d'oeuvre1 non pour le mtier invisible que nul ne peut imiter1 mais pour la ,beaut1 le ,mystre444 ,j'avais vingt ans et du respect1 je faillis obir1 mais qu'est-ce que ,moreau appelait la beaut8 ,ricard qui frquentait assidment l'ermite de la rue de ,la ,rochefoucauld1 trop de fois tenta de recommencer la toile du ,vinci4 ,il faudrait pourtant mettre part des portraits plus directs que ces ,jocondes des ,tuileries et retenir ,,mm4 ,charles ,le ,senne1 ,paul ,chenavard1 ,gustave ,dreyfus1 ,heilbuth1 ,ziem1 ,diaz1 ,hamon1 ,marcotte de ,quivires1 les trois membres de la famille ,abram2 plusieurs encore1 sont de dlicats portraits vivants et de la plus jolie facture4 ,dans l'exposition o nous les admirions une fois de plus1 ils taient un repos ct de plus clbres1 telle la madame de ,calonne1 inspiratrice et amie passionnment aime de ,ricard1 figure blme1 dont les yeux trop grands sont aussi sombres que le halo de bistre qui s'tend jusqu'aux minces narines4 ,ce sont des gouffres1 ces yeux ardents1 fixes1 terribles1 de goule en mantelet4 ,l'enveloppe savoureuse de cette face lunaire voque pourtant un cadavre plus qu'une belle femme amoureuse4 ,il semble qu'un spectre s'interpose entre ,mme de ,calonne et le peintre qui1 force d'voquer une me1 n'est plus conscient d'une trs charnelle prsence4 ,ce tableau si connu1 et qui tablit la rputation de ,ricard1 est1 je crois1 l'oeuvre la plus irritante qu'il ait acheve4 ,laissons cette erreur d'amoureux pour considrer les toiles o l'artiste fut plus dsintress et plus calme4 ,il existe de lui quelques chefs-d'oeuvre complets3 le portrait de ,mme ,paul ,borel1 ne ,formeville2 celui de son fils ,maurice ,borel1 le dlicieux petit garon en velours noir et bas rouges que l'on admirait l'exposition4 ,mme ,paul ,borel1 au fin visage de blonde macie porte un petit livre rouge dans ses belles mains1 parfaites de dessin et de model plat1 qui reposent sur une jupe du noir le plus dlicat2 les manches de mousseline blanche1 o transparaissent les bras1 relient un fond gris de perle la gorge dcouverte et les mains4 ,cette toile me rappelle la fois ,holbein et ,whistler4 ,un autre chef-d'oeuvre3 la mre de ,mme ,borel1 ,mme de ,formeville1 reste l'tat de prparation dans une bue grise qui fait pressentir les vapeurs et l'ouate de ,carrire2 mais ,carrire n'a jamais eu cette finesse spirituelle1 ce charme fminin1 et quand il ponctuait son camaeu d'une lvre rouge1 il le dsaccordait4 ,rappelons encore3 la ,marquise de ,carcano1 ,mlle de ,carcano 7,muse municipal de la ville de ,paris72 l',inconnue de la collection ,sarlin2 ,mme ,henry ,fouquier2 ,mme ,gaston ,pris2 ,fromentin2 ,mme ,flix ,abram2 le ,comte et la ,comtesse de ,brigode2 ,mme ,charles ,roux et surtout ,mistress ,stephenson et son enfant 7collection de ,m4 le ,duc de ,guiche7 qui font oublier les ,mme ,szarvady et autres dames d'une agaante mivrerie ou d'une passion trop littraire4 ,il n'et pas t pour dplaire au modeste et orgueilleux ,ricard qu'un jour venir une partie de son oeuvre dtruite1 une seule de ses toiles ft retrouve par quelque amateur1 chef-d'oeuvre impossible attribuer aucun peintre moderne et propos duquel des experts savants discuteraient comme d'un ,giorgione ou d'un ,lonard4 ,supposons que ce ft la tte vritablement nigmatique de ,mlle de ,carcano1 ou qu'au fond d'un magasin ft dcouvert le portrait de ,mistress ,stephenson4 ,quelle surprise6444 ,la composition en est classique2 une mre tient sur ses genoux un enfant nu1 la main sur la bouche comme le divin ,bambino2 la jeune femme tourne vers son fils une petite tte fine aux mchoires accuses d',anglaise2 cette madone porte un canezou de velours noir1 de mode la fin de l',empire4 ,le fond est un paysage fantastique et rel de primitif italien1 sur un ciel de ,gainsborough4 ,le portrait de la marquise de ,carcano est d'une somptueuse polyphonie4 ,le rouge1 le jaune bouton d'or et le bleu de lapis-lazuli dansent une ronde joyeuse autour d'un blanc moir et lam de laque rose1 de gris bleut et de mas1 peine plus clair que le visage1 seul irrel au milieu d'accessoires trs rendus4 ,cet trange et captivant tableau tait le dbut d'un dveloppement original1 que la mort interrompit quand la lumire allait peut-tre faire irruption dans la caverne du sorcier4 ,ricard1 qui fut le portraitiste de l'cole de ,fontainebleau1 des ,diaz1 des ,thodore ,rousseau1 n'appartient pas plus leur poque qu' la ntre2 on ne sait comment le classer4 ,aussi bien1 son exposition rtrospective fut inopportune ct d'une collection radieuse de l'cole dite impressionniste1 cole o les lves bnficient du prestige de leurs matres2 or1 parmi ces lves1 combien d'eux infrieurs1 en tant qu'hommes1 ,ricard sont dj classs dans l'histoire6 ,le malchanceux ,ricard est comme une nbuleuse dans un ciel charg d'toiles4 ,il plit mme ct du fragile ,fromentin et de ses camarades dont il se serait plus tard spar3 liaisons que son amiti l'empcha de juger dangereuses4 ,,apres ,,une ,,visite ,a ,,louis ,,david ,paru dans la ,nouvelle ,revue ,franaise1 #aiac4 ,si l'on dressait une liste d'artistes franais qui ne pouvaient tre que des ,franais1 il faudrait inscrire le nom de ,louis ,david en premire ligne4 ,aucun n'eut1 autant que lui1 les caractres particuliers notre race4 ,j'en fus deux fois frapp au retour d'un voyage en ,toscane4 ,je m'tais arrt ,avignon1 o je savais trouver une tude de nu pour le ,bara de ,david4 ,une journe pluvieuse dans l'affaire ville de ,lyon1 me permit encore de voir un portrait plus qu'aucun autre significatif3 la ,marachre1 dit le catalogue1 mais en vrit une ,tricoteuse de la ,rvolution4 ,je ne sais pourquoi1 ,lyon me parut un cadre appropri pour la sche et dplaisante figure de ce grand peintre1 de cet homme qui repousse notre sympathie1 malgr l'admiration qu'il commande4 ,lyon offre l'aspect dur de notre vie nationale et1 dans les rues1 les visages ont l'expression tendue des gens d'affaires et des ouvriers d'usines1 pour qui le repos n'est pas un loisir4 ,je passai plusieurs heures dans le magnifique muse1 si riche en oeuvres de toutes sortes1 si bien class1 et gal aux meilleurs d',italie4 ,mais parmi tant de chefs-d'oeuvre1 c'est la ,tricoteuse de ,david qui me retint4 ,encore pntr de beaut voluptueuse1 tendre ou noble1 la mmoire remplie de souvenirs charmants1 je rentre chez moi pour tre accueilli par cette virago3 une ,parisienne de #ic4--;,ah6 ces cheveux en broussailles sous la fanchon1 ce cou1 cet oeil envieux1 le rictus de cette bouche faubourienne prte lancer l'invective6 ,regardez cette mgre3 ,david1 certaines minutes1 sentit comme cette femme1 agit peut-tre comme elle4 ,ils eurent les mmes haines de parti4 ,ds mon arrive ,paris1 je m'en fus au ,petit-,palais1 o l'on expose1 deux ans aprs l'oeuvre d',ingres1 celle de son matre1 et quelques toiles de l'cole davidienne4 ,il parat que cette exposition est un triomphe2 elle tonne4 ,ne vous tiez-vous pas aviss que ,david ft un grand peintre8 ,et cependant la ,distribution des ,aigles est ,versailles1 et le ,sacre au ,louvre1 avec tant de portraits aussi vivants dans leur simplicit un peu froide1 que les plus beaux qui jamais aient t peints444 ,vous croyez rhabiliter ,david8 ,vous l'aviez oubli4 ,vous retrouvez1 dans un local nouveau1 ,david entour de son cole et ce fort ensemble comme toute oeuvre ordonne s'impose aujourd'hui dans l'attente1 l'inquitude et la division4 ,je croise ,pierre ,bonnard1 qui me dit devant la ,lecture de l',enide1 par ,ingres3--,c'est la rvlation de ,david6 ,dans cette cole1 ,ingres est le commencement de la dcadence3 avec lui la littrature et l'affterie vont tout gter444 ,loin de partager cette opinion1 je sens crotre mon admiration pour ,ingres1 pour son got1 sa volupt1 son trouble d'artiste1 je l'aime encore plus1 de le voir ici prs de son matre et de ses camarades4 ,tout de mme1 une visite ,david aura peut-tre en nous des rpercussions plus directes et je comprends la surprise de ,p4 ,bonnard1 qui sort des ,indpendants et rencontre ,louis ,david1 le colonel des pompiers1 le rotulard1 le ,romain1 l'acadmique contempteur de notre ,x,v,i,i,ie sicle pimpant1 facile et fminin1 dont ,renoir et ,bonnard sont l'ultime descendance4 ,on ne se souvenait que des ,horaces et du ,blisaire1 gravures relgues dans les arrire-boutiques du bric--brac avec des pendules de bronze de la ,restauration4 ,verhaeren n'crivait-t-il pas ici mme3 ,je sais combien le bibelot sculaire voque de joie rare et discrte2 je sais la beaut des ruines3 je leur prfre pourtant n'importe quoi de ce qui vit et se cre cette heure et tout ce qui resplendit grce l'effort d'aujourd'hui8 ,or ,david est avant tout vivant1 ce farouche doctrinaire affirme1 et c'est du doute que nous souffrons4 ,j'avais eu l'imprudence de faire un tour au ,salon en me rendant au ,petit-,palais4 ,aprs l',italie1 les ,salons sont toujours une preuve pnible4 ,que j'y participe1 ou que plus sage je les aie vits1 je n'y pntre jamais sans angoisse4 ,pourquoi tant de talent et de travail jets comme plaisir dans le torrent qui emporte tout indistinctement vers l'oubli dfinitif8 ,sensation d'inutilit dcourageante1 insupportable1 d'tre dans une bande de cosmopolites1 les bateleurs d'une permanente rue des ,nations o se tient notre thtre3 ,entrez6 ,admirez-nous1 promeneur6 nous sommes si faciles et si complaisants6444 ,mais le promeneur s'loigne1 car il ne sait pas choisir dans ce concert de voix discordantes4 ,j'ai travers l'avenue ,alexandre-,,iii pour saluer ,louis ,david1 un vrai ,franais1 celui-l4 ,dsagrable1 dur1 oui6 comme la ,marachre ou la ,tricoteuse du muse de ,lyon4 ,je regimbe1 j'ai peine reconnatre en lui un anctre4 ,sommes-nous faits de mme8 ,avons-nous cette scheresse et ce prosasme raisonneur8 ,mais si j'carte le politicien1 le triste politicien la franaise que fut ,david1 faible et versatile1 comme l'crit navement ,delcluze--je ne puis m'empcher de me dire tout bas3 voil peut-tre notre vrit3 un art direct1 facile mme quand il parat tendu1 un art raliste1 un bon mtier d'ouvrier consciencieux la ,jacob ou la ,riesener2 quelque chose de bien fait1 de discret1 qui ne jette pas de la poudre aux yeux2 une langue qui exprime au plus prs ce qu'elle veut dire1 avec prcision1 la bonne langue franaise1 qui dans sa pauvret de mots1 a toujours raison contre l'crivain prt s'en plaindre4 ,la technique franaise se signale pendant deux sicles par sa simplicit1 sa logique et sa clart4 ,a part quelques peintres qu'influrent les ,flandres ou ,venise1 tel que ,watteau1 la technique franaise n'a pas beaucoup de saveur1 ddaigne ou ignore les jus1 les ptes compliques et les pices4 ,c'est ,delacroix1 le romantique1 qui traverse la ,manche1 dcouvre ,constable1 ,reynolds et nous rapporte d',angleterre des faons plus mystrieuses de rendre le clair-obscur ambr1 le jeu des reflets et les chaudes harmonies4 ,le bitume alors coulera avec les huiles et les siccatifs2 ce ne seront plus que recettes tonnantes de fonds de jus dans des cuisines de gourmets4 ,et les tableaux commenceront mal se conserver1 car les sauces trop savantes sont nocives4 ,le mtier du ,x,v,i,ie et du ,x,v,i,i,ie sicle1 celui d'un ,lesueur1 d'un ,poussin1 d'un ,david1 c'est souvent1 sur un dessous rousstre1 un dessin plus ou moins nerveux1 qui laisse transparatre le panneau ou la toile4 ,c'est un dessin colori1 du dessin au pinceau1 plutt que de la peinture proprement dire2 non pas un coloriage d'imagier la manire des primitifs1 mais une sorte d'improvisation sur un thme trs simple2 de la libert que rglent l'intelligence1 les lois apprises et la ,raison4 ,jusqu' #hi1 ,david eut beaucoup en commun avec ses prdcesseurs immdiats4 ,mettez part le temprament et l'esprit de l'homme1 vous discernerez dans maintes de ses compositions acadmiques1 des procds1 des tours de main o ,fragonard lui-mme s'est complu dans sa jeunesse4 ,un frottis monochrome recouvre d'abord la toile entire2 ensuite1 les accents de la lumire sont poss en touches vives2 puis une demi-teinte plate2 une ombre chaude1 ponctue de touches froides et moins emptes4 ,pour finir1 la forme est cerne par des indications rouges qui dlimitent la lumire et l'ombre3 excellent systme enseign dans les ateliers et le meilleur pour donner rapidement du relief aux figures4 ,regardez le ,snque1 le ,blisaire1 l',andromaque1 le ,stanislas ,potocki1 ,apollon et ,diane2 mme dans ,pris et ,hlne1 ,david est encore un peintre du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,d'o vient l'ennui que dgagent ces toiles conues dans le mme temps1 ou peu aprs1 que le matre de ,grasse vaporisait ses parfums sur les murs des boudoirs8 ,j'ai relu l'histoire du thoricien et de l'odieux sectaire1 l'un de ces bourgeois franais de la ,rvolution1 qui crurent tre de sublimes ,catons et portrent le bonnet phrygien comme une tiare pontificale4 ,le grave et pompeux ,homais6 capable d'ailleurs de s'adapter aux diffrents rgimes1 ayant le temprament du classique fonctionnaire franais4 ,la ,rvolution allait donner cet homme ennuyeux une occasion de manifester ses plus vilains penchants4 ,quel ,prudhomme brutal et sans piti6 ,il clbre le ,bien1 le ,beau et le ,vrai1 un pistolet dans sa poche4 ,ce moralisateur a une mission4 ,il purifiera l'atmosphre2 il morigne la socit et en la dcapitant croit ramener l',age d',or4 ,je pense ,david en lisant les pages papelardes de ,michelet3 ,religion nouvelle4 ,fdrations4 ,juillet #hi-ij3 ,le vieillard entour d'enfants a pour enfants tout le peuple4 ,les hommes se voient alors1 se reconnaissent semblables1 ils s'tonnent d'avoir pu s'ignorer si longtemps1 ils ont regret aux haines insenses qui les isolrent tant de sicles1 ils les expient1 s'avancent les uns au-devant des autres1 ils ont hte d'pancher leur coeur4444 ,les coeurs dbordrent1 la prose n'y suffit pas1 une ruption potique put soulager1 seule1 un sentiment si profond2 le cur entonna un hymne la ,libert2 le maire rpondit par des stances2 sa femme1 mre de famille respectable1 au moment o elle mena ses enfants l'autel1 rpandit aussi son coeur dans quelques vers pathtiques444 ,il tait fatal que ,david inventt le no-romain1 le faux grec de tragdie et rpudit le ,x,v,i,i,ie sicle aimable4 ,d'un coeur tranquille1 il et conduit son meilleur ami l'chafaud1 et1 soignant les plis de sa toge1 et cru d'agir en hros de l'antiquit4 ,david1 sans sa peinture1 et t le type le plus mdiocre d'un rvolutionnaire du second plan4 ,michelet et combien d'autres grands artistes1 issus de gnrations leves dans le culte anti-clrical de la ,rvolution1 la parrent pour nous d'une beaut pique et sentimentale4 ,une terreur sacre paralysa les cerveaux2 depuis cent ans1 toute critique tait interdite2 mais ces hros1 nous les voyons maintenant plus prosaquement humains4 ,dans ,les dieux ont soif1 ce curieux livre de ,m4 ,anatole ,france1 le drame ne se joue plus derrire les feux de la rampe1 mais bien parmi nous2 et nous reconstituerions vite un ,david prparant sans inquitude le portrait de ,mme ,chalgrin1 tandis que le couperet1 sur l'ordre du peintre1 s'apprte trancher cette maigre gorge4 ,ce portrait est rest l'tat d'bauche1 parce que la tte du modle tomba sur l'chafaud avant que4448 et ainsi emes-nous l'occasion d'apercevoir les dessous d'une peinture de ,david1 qui n'eut pas le temps de l'achever et de la refroidir3 la violence des convictions du ,terroriste avait ananti celles du peintre4 ,dans les temps modernes1 nous nous lassons vite des ,muses et des ,hros1 mme si ceux-ci revtent la forme no-impressionniste2 qu'est-ce qui nous prouve que le nouveau style dcoratif1 le plus en faveur1 ne se dmodera pas plus rapidement que les ,blisaires et les ,sabines de ,david8 ,ce grand artiste n'avait pas d'hsitations1 il savait ce qu'il voulait et ses toiles acadmiques devaient servir de dcor d'normes vnements4 ,je sens d'odieuses ractions se prparer dans la coulisse2 on va tenter de galvaniser les ,grecs et les ,romains acadmiques2 dj certains dlicats sortent de sous son globe ganse de peluche1 la pendule au ,serments des ,horaces2 casques et boucliers nous menacent d'un regain de popularit4 ,pas plus que ,m4 ,verhaeren1 nous ne voulons de ce bibelot-l4 ,gardons un peu de mesure et jugeons4 ,david1 en tant que peintre d'histoire1 perd dans cette exposition une part de notre admiration1 si complte d'ailleurs pour le portraitiste4 ,je vois bien ce qu'il y a de raisonnable1 d'quilibr1 d'organis1 dans cet art de la composition2 mais qu'on ne nous dise pas que le ,blisaire est un chef-d'oeuvre4 ,si l'cole franaise devait se soumettre au dogmatisme de ,david1 elle serait encore plus menace qu'elle ne l'est de dcadence4 ,la doctrine que ,david a professe sur les arts et dont on peut chercher l'ensemble dans ses divers discours prononcs la ,convention1 elle est toute thorique et se rapproche des doctrines dogmatiques que quelques philosophes de l'antiquit et surtout les corps ecclsiastiques ou sacerdotaux des temps modernes ont voulu tablir4 ,l'art dans ce cas n'est plus un but1 mais un moyen444 crit ,delcluze4 ,ceci serait d'ailleurs au got d'aujourd'hui1 mais le systme et les ides de ,david sont d'un primaire et d'un cuistre la fois4 ,d'enthousiastes disciples allrent jusqu' tablir un parallle entre ,david et ,platon1 comparer leur gnie1 parce que chacun d'eux avait adopt un principe et soi-disant inattaquable4 ,la peinture tendant de plus en plus vers le systme1 j'entrevois la faon dont on va travestir le solennel faiseur de discours1 le rhteur4 ,nous sommes toujours prts crer de nouveaux malentendus1 nous nous complaisons dans les paradoxes4 ,les no-impressionnistes vont rclamer ,david3 ne riez pas6 ,ils dfendront ,david stylisateur4 ,attendons ces jeunes rformateurs ce qu'ils appellent le tableau1 la composition1 la logique et ctera et ctera444 ,david et ,poussin6 ,david fut d'une inconcevable indigence d'imagination4 ,sa vision de l'antiquit n'a ni la grce du ,x,v,i,i,ie sicle ni le piquant orientalisme et la saveur archaque--comme d'un primitif--de ,j4-,d4 ,ingres4--,david1 sans le soutien de la nature1 ds qu'il doit imaginer1 fait banqueroute4 ,il lui fallut les pompes du ,premier ,empire1 pour rassembler et crer des chefs-d'oeuvre1 tels que ,le ,sacre et ,la ,distribution des ,aigles4 ,combl d'honneurs par ,napolon1 on le sent trop heureux de troquer la tunique du ,romain contre les galons et le frac passementeries du fonctionnaire de l',empire4 ,son pauvre esprit de parvenu1 brigueur1 amoureux des grades1 est plus l'aise dans les ralits de la gloire impriale que dans ses rves et les visions antiques4 ,j'aime ,david quand il cesse de styliser consciemment1 j'aime le raliste un peu terre terre1 mais vigoureux4 ,je l'aime quand il n'arrange pas la nature1 mais la copie avec cette belle navet lourde de la plupart des bons artistes franais4 ,ayant peindre le tambour ,bara1 que fait-il8 ,d'aprs une jeune fille nue1 il modle comme un bon lve une tude de chairs palpitantes 7muse d',avignon72 pour ,le ,serment du ,jeu de ,paume1 il dessine soigneusement des acadmies destines tre ensuite revtues de costumes historiques3 toutes les tapes de sa longue carrire1 le bon lve devenu professeur est l1 qui veille4 ,david est consciencieux1 srieusement attel sa tche comme un brave ouvrier d'autrefois1 dont il a le visage grave1 l'expression dure et tendue vers un seul objet4 ,ne discutons point avec lui1 car il n'admettra pas qu'il puisse se tromper4 ,oui1 c'est le type ternel du sectaire politicien1 l'homme d'une seule ide la fois--si naf et si faible1 souvent1 dans son idalisme humanitaire de gros mangeur4 ,en visitant le ,petit-,palais1 mes souvenirs encore tout frais1 je comparais l'image de la ,tricoteuse de ,lyon avec celles que ,david nous a laisses de lui-mme3 chez cette femme du peuple1 et chez le ,terroriste1 je vois surtout l'obstination et l'opinitret4 ,c'est bien cet homme dfigur par une tumeur1 qui dnonait ,mme ,chalgrin au moment o il croyait l'aimer4 ,n'a-t-il pas voulu faire dtruire une madone de ,houdon1 laquelle et t brise sans l'-propos de la femme du statuaire1 protestant que cette ,vierge tait une ,minerve8 ,houdon dcapit1 son oeuvre rduite en poussire par ,david1 ,david iconoclaste par passion politique3 pourquoi pas8 ,le culte de la ,raison6 ,mais ne nous rappelons que le grand peintre de visages4 ,c'est dans le portrait qu'il excelle4 ,en prsence du modle1 le thoricien s'anantit1 il ne se croit plus oblig pour tre grec comme il disait1 de supprimer l'expression2 il redevient l'enfant aux yeux veills1 que doit tre le portraitiste2 et l'on peut tre un magnifique artiste1 comme il le prouve1 sans avoir le gnie qu'implique l'oeuvre de pure imagination4 ,un ton gris1 plat1 que ce soit un ciel ou un mur1 peu importe2 sur ce fond une personne vivante1 que ,david fait comme sortir de la toile1 avec les plus simples moyens4 ,il descend sa figure1 une fois la silhouette indique d'un exact trait au bistre1 peignant d'abord les cheveux1 puis le visage1 les vtements et enfin les mains un peu la manire de ,m4 ,vallotton3 ,un ouvrage mcanique de ,m4 ,vallotton1 qui peut s'arrter quand bon lui semble1 aller djeuner1 puis revenir son chevalet1 et continuer sans nulle trace de la reprise1 sans nervement4 ,c'est mathmatique1 propre et trs froid3 du style pour les ,indpendants4 ,pourquoi1 nanmoins1 ce mtier impersonnel1 mais si sr et si uniforme1 peut-il recrer de la vie palpitante8 ,comment ,david atteint-il la plus grande beaut8 ,a ce point de ralisation1 n'est-ce pas en somme du grand art1 cette copie de la nature8 ,sans le savoir1 il arrive ,david1 au moment o il ne prtend rien prouver1 de nous faire penser la statuaire antique dont il fait1 ailleurs1 du biscuit de ,svres4 ,aucun peplum1 mme d',andromaque ou des ,sabines1 n'a le style de la robe l'antique de la bonne grosse ,madame de ,verninac1 ou de l'admirable portrait de ,madame ,rcamier2 d'ailleurs une prparation4 ,david eut plusieurs manires1 correspondant aux rgimes qu'il servit4 ,le ,david ami de ,marat dcoupe une silhouette comme avec une pointe sche2 sous ,napolon1 le courtisan s'toffe un peu et voil ces fortes effigies1 un peu comiques peut-tre1 de sa femme1 sorte de ,madame ,sans-,gne1 embarrasse dans la peluche incarnate1 sous ses plumets de cour2 voici celles de la ,baronne ,jeannin et de la ,baronne ,meunier1 les filles de l'artiste1 car ,david est devenu pre de ces grandes pimbches4 ,en se haussant dans la socit1 il semble engraisser sa pte1 s'amuser1 la brosse en main4 ,voici l'ambitieux satisfait1 qui a rejet bien loin sa vertu et qui abandonne ses principes4 ,l'histoire entire des premires annes du ,x,i,xe sicle est lisible dans ces portraits4 ,l'me du modle se reflte dans le miroir de l'impassible observateur4 ,tout de mme1 un souffle hroque fait claquer les drapeaux1 les ,aigles impriales fulgurent dans le ciel d'orage2 et ce souffle traverse l'oeuvre du peintre qu'il anoblit4 ,aprs la ,rvolution1 l'austre politicien ne ddaigne pas de descendre dans le cirque o vont dfiler les cortges et les chars dors du nouveau monarque4 ,il tient son srieux1 sous l'uniforme du courtisan4 ,il semble que la ,lgion d',honneur1 l',institut1 tous les nouveaux titres aient t conus et dcrts pour rcompenser le type de ,franais qu'incarne ,louis ,david4 ,oui1 ,david est ,franais1 jusqu' nous troubler de le voir tel1 ce grand artiste1 et ressemblant tant d'autres que nous prfrerions oublier4 ,aussi bien1 ses faiblesses peut-tre autant que ses exceptionnels mrites1 servirent le chef d'cole qu'il est si important qu'il ait t4 ,ne lui devons-nous pas l'hommage de notre reconnaissance1 plus que pour son oeuvre personnelle1 d'avoir prpar la venue d',ingres1 donc le retour de la ,beaut1 redescendue enfin du nuage o elle s'tait trop longtemps cache pendant les heures o la terre tait sombre8 ,david le rvolutionnaire apprte le ,x,i,xe sicle1 met dans la main du peuple de ,france une clef pour ouvrir les grilles du magnifique parc royal o les jardiniers feront des planches de lgumes sous les arbres taills des quinconces1 et cultiveront1 dans les serres chaudes1 des fleurs nouvelles et rares comme les prcieuses orchides4 ,,quelques ,,mots ,,sur ,,ingres ,pour la ,revue de ,paris4 ,en rentrant d',italie aprs un assez long sjour d'tudes ,rome et ,florence1 je trouve ,paris une petite exposition de peintures et de dessins d',ingres4 ,le nom de ,ingres1 avec celui de ,corot1 m'a poursuivi pendant ces derniers mois dans l'enchantement des visites aux muses et les promenades dans la campagne et les villes d',italie4 ,pour un ,franais de mon ge1 un peu du plaisir toujours nouveau qu'offre cette terre de beaut et de joie1 est d au souvenir de conversations1 de rcits familiaux o certains noms de potes1 de romanciers1 d'artistes depuis longtemps morts1 revenaient sans cesse4 ,quant moi1 je ne puis songer ,rome1 sans qu'aussitt la figure de ,m4 ,ingres m'apparaisse1 entre ,corot et ,stendhal4 ,il y a peu de semaines de cela1 par des matines grises et douces de fin d'hiver1 un jeune pensionnaire de la ,villa ,mdicis me contait ses troubles1 ses inquitudes1 en faisant les cent pas dans les alles bordes de buis1 sous les sombres chnes-liges4 ,tous les laurats ne sont pas des sots et certains de nos jeunes compatriotes1 forcs de demeurer quatre ans sur les hauteurs du ,pincio1 souffrent d'une pnible indcision4 ,ils n'ont plus de direction1 car nul matre n'oserait1 s'il le pouvait1 en donner une des chapps de l'cole des ,beaux-,arts1 le plus souvent sans culture1 sans notions de ce que la ,ville ternelle comporte d'enseignements pour tout homme de pense3 musicien1 peintre1 sculpteur1 crivain1 mme architecte d'aujourd'hui4 ,la vie la ,villa ,mdicis est devenue une sorte d'anomalie4 ,je l'ai connue du temps de ,m4 ,hbert1 dj somnolent2 mais ,m4 ,hbert1 quoique fort g1 continuait une tradition qui lui venait de ,m4 ,ingres4 ,plusieurs hommes1 aujourd'hui disparus1 surtout ,gounod dont les rcits taient si vifs et imags1 savaient sur ,m4 ,ingres ,rome1 des anecdotes qui ont rjoui notre enfance4 ,le vieux peintre reste pour nous une figure bourgeoise1 tenant du matre d'cole1 de ,joseph ,prudhomme et du notaire de province2 non sans ridicules1 solennel1 l'air toujours furieux1 nous l'imaginons haut cravat dans sa redingote la grosse rosette rouge1 se courbant bien bas pour saluer la comtesse d',haussonville ou ,mme la duchesse de ,broglie1 mais sujet emportements et aux caprices1 susceptible et pinc comme il le fut avec ,m4 le duc de ,luynes2 comique dans l'expression de ses ides1 entier1 but1 partial et injuste444 et1 avec tout cela1 sublime1 touchant1 admirable4 ,m4 ,ingres a dit plus de paroles importantes dans leur solennit pontifiante et bourgeoise1 que le romantique ,delacroix1 avec tout son gnie et sa culture4 ,du petit volume d',amaury ,duval et des autres souvenirs qui furent recueillis par des lves ou amis du matre1 il se dgage plus de sens que de tout le journal d',eugne ,delacroix4 ,m4 ,ingres est un prodige4 ,on donnerait beaucoup pour avoir t gourmand par lui1 avoir nettoy sa palette ou subi ses exercices sur le violon que ,m4 ,jan ,kubelik vient de faire vibrer nouveau dans les galeries de ,georges ,petit--non que cet hommage naf ne prte un peu rire1 comme d'ailleurs tout ce qui se rapporte au singulier et vnrable bonhomme4 ,m4 ,ingres fut un professeur1 un tyran1 sans hsitation1 sans un doute sur les vrits qu'il enseignait et dont il s'tait fait un code4 ,il eut une cole1 des disciples1 dont nul ne saurait nous tre indiffrent1 parce que tous surent obir et admirer dans une absolue communion d'ides et de foi avec le matre4 ,malgr ses airs guinds de pdagogue intransigeant et troit1 il eut l'esprit le plus original et le plus personnel444 et du trouble6444 ,ingres fut un motif voluptueux4 ,son oeuvre est le produit de ses vertus et de ses passions cultives jusqu' la folie4 ,nous ne voyons aujourd'hui qu'un seul peintre1 ,m4 ,degas1 qui incarne de mme toutes les particularits d'un matre moderne1 la fois indpendant et original et profondment1 troitement et pieusement traditionnel4 ,rappelez-vous ce beau dessin qui reprsente ,m4 ,ingres de face1 les sourcils froncs1 prt bondir sur le premier romantique qui va passer3 il crit au-dessous3 ,ingres ses lves4 ,quel bienfait serait-ce aujourd'hui pour les jeunes gens de la ,villa ,mdicis ou d'ailleurs1 d'tre ainsi regards par un matre furieux1 qui sait pourquoi il l'est1 contre quoi il va partir en guerre et devant l'autel de quel dieu il s'agenouillera pour demander la victoire6 ,nous connaissons au moins l'une de ces figures divines du culte le plus cher ,j4-,d4 ,ingres3 c'est la ,madone aux pieds de laquelle il agenouilla1 dans le ,voeu de ,louis ,,xiii1 le monarque anguleux et froid1 sous le manteau fleurdelis4 ,nous savons de quel sanctuaire sont sortis les deux petits anges qui hanchent et tournent des yeux dessins comme des nombrils1 dans le coin droit de cette toile officielle1 sans charme mais si intressante6 ,c'est en ,italie1 c'est ,rome que se produit cette thophanie4 ,et ,m4 ,ingres pourrait tre1 lui-mme1 sous les plis du velours royal1 en extase1 ravi d'admiration et d'amour1 en face de la ,vierge et de l',enfant divin1 tels que le ,sanzio nous en donna la reprsentation4 ,le type fminin--idal--de ,m4 ,ingres1 c'est un compos de la ,fornarina et de la premire ,mme ,ingres4 ,fornarina de #ahcj1 moiti italienne1 moiti franaise1 une bonne grosse dame ronde4 ,un model uni et plein1 qui largit les visages1 arrondit les plans dans les tableaux de fantaisie--je veux dire dans ceux qui ne sont pas des portraits--prend une apparence souffle1 au premier abord repoussante4 ,le model simplifie tout1 mais arrondit les formes1 dveloppe le cou1 les joues1 au dtriment des traits4 ,les nez n'ont point d'ossature ou de cartilages apparents2 les yeux rentrent dans la formule d'une amande dont le fruit serait dtach de l'corce1 tout en y tant laiss4 ,les oreilles1 remontes dans les tempes1 deviennent des schmas d'hutre trs fine4 ,la rondeur--le plus souvent dplaisante et molle--7elle l'est parfois mme chez ,j4-,d4 ,ingres7--garde le vrai grand style4 ,ses odalisques1 modles d'atelier1 mannequins que recre le magicien1 quand il dpose son crayon et se met peindre en tournant le dos la nature4 ,il appartient la grande famille des matres qui auraient souri d'un tableau excut1 sance aprs sance1 car la nature arrte l'lan du peintre et le distrait de son idal4 ,on dirait que ,m4 ,ingres portait toujours sur sa rtine l'arabesque que fait la ,vierge la ,chaise dans la sphre o elle se love comme l'enfant dans le sein de sa mre4 ,il se rgale suivre ces volutes qui se fondent l'une dans l'autre comme des vagues3 l'ininterruption de la ligne courbe1 du mol paraphe qui descend du turban de la ,madone le long de son chle1 et remonte avec le bras droit pour devenir l',enfant ,jsus2 il semble qu',ingres s'en souvienne dans la plupart de ses compositions2 et mme dans quelques-uns de ses portraits 7,mme ,rivire1 ,mme de ,snonnes74 ,mais surtout dans ses toiles de chevalet1 il s'abandonne comme un ornemaniste1 qui supprimerait de la gomtrie les angles4 ,dans le ,saint ,symphorien1 l'arabesque va jusqu'au vice et la dformation est sur le point de devenir difformit4 ,cette toile reste pourtant la dernire expression d'une manire4 ,les corps masculins d'une anatomie michelanglesque1 des sortes d'corchs styliss1 avec des muscles que nous ne connaissons plus3 tout est concert en vue de l'effet et du style1 tout est rduit presque des formules4 ,l'artiste semble donner les rgles du rythme qui allait dans l'avenir proccuper tant de peintres et de sculpteurs4 ,malheureusement1 ce surprenant tableau n'est pas la galerie ,georges ,petit4 ,rappelez-vous la mre qui serre son bb dans ses bras enfls2 les autres enfants bouffis et caricaturaux2 le cheval de bois du soldat-joujou qui domine la composition pyramidale4 ,chaque figure1 en vue de l'quilibre gnral1 n'est plus qu'un signe dans un langage convenu1 nouveau1 cr par le peintre4 ,le ,bain turc1 commande du ,prince ,napolon1 carr d'abord1 fut coup en un rond3 la cause en fut1 soi-disant1 l'indcence de l'alme qui1 droite1 dans une esquisse dont j'ai la photographie1 se renverse avec une attitude si voluptueuse1 que l'auteur dut par la suite supprimer les parties basses du corps4 ,ici1 la dformation est plus marque1 si c'est possible1 que dans le ,saint ,symphorien4 ,c'est un trange tableau1 froid d'aspect et pourtant aussi capiteux qu'un ballet russe ou qu'une miniature persane4 ,ces dames aux yeux hagards sont des chattes amoureuses dont les membres se confondent dans un grouillement de vers de terre1 si j'ose m'exprimer ainsi propos de ces damnes444 ,les pomes de ,baudelaire n'ont pas plus de fivreuse emprise1 que cette toile singulire2 vision rotique d'un vieillard qui fut un prtre exalt de la beaut fminine4 ,o,euvre morbide1 sensuelle et peinte avec la continence d'un primitif4 ,dans la premire version 7carre71 deux ngresses coiffes de pointus capuchons1 les yeux blancs brillant dans l'encre de leur peau1 ajoutent encore la bizarrerie de ce savoureux et glacial tableau4 ,qui possde donc1 et qui nous montrera cette prparation8 ,la perle de l',exposition n'est-ce pas l'exquise ,odalisque l'esclave1 rduction de l',odalisque de la collection ,preire8 ,ici1 la couleur a la sduction et l'inattendu1 le piquant d'un ,piero della ,francesca ou d'une gouache hindoue4 ,et quel mtier invisible6 ,mtier de miniature et de fresque4 ,terburg1 ,vermeer de ,delft1 ,giorgione1 ,titien1 enfin tous les plus prestigieux excutants sont battus par le raphalisant ,j4-,d4 ,ingres4 ,dans l',anglique1--dont la rduction est belle comme un prcieux joyau d'mail1--dans les diffrentes ,odalisques1 dans la ,thtis1 il sirait de distinguer1 sous l'excution qui dconcerte nos yeux--et que ,grome enseigna plus tard4--,sous ce linoleum1 admirez la sensibilit de la ligne et la transposition si subtile de formes classiques1 grecques1 en une chinoiserie qui choqua tant les contemporains de ,m4 ,ingres1 auxquels il s'imposa par une apparence d'acadmisme4 ,incompris1 il fallut la perspicacit de ,baudelaire pour rendre justice ,m4 ,ingres--et un peu contre-coeur1 semble-t-il4 ,ingres est la mode444 enfin6 ,lui aussi1 comme ,poussin8 ,mais444 ,ingres aurait un accs de colre1 s'il voyait la peinture de ceux qui se rclament de lui#ab4 #ab ,dans ce livre1 fait d'articles de revues1 l'auteur ne s'est pas cru permis de supprimer les redites4 ,ces articles s'adressaient des publics diffrents et traitaient d'une matire o ces redites sont invitables1 propos d'artistes modernes4 ,pourquoi est-il la mode8 ,toutes les coles le revendiquent4 ,connaissez-vous quelqu'un1 l'heure prsente1 qui le nie8444 ,il faut beaucoup de courage ou de navet1 ou venir de la province1 pour attaquer le grand homme1 soit dans un atelier1 soit dans le monde4 ,ingres est tabou6 ,il sera tenu pour un initiateur1 surtout pour n'avoir pas cherch rendre en peinture la troisime dimension444 ,on ne veut plus de la troisime dimension dans la reprsentation des objets sur une surface verticale444 ,ingres sera lou par l'avant-garde pour son sens de la dformation4 ,m4 ,bernard ,berenson1 historien amricain de l'art italien1 dans un brillant morceau sur ,raphal1 aboutissant de la ,renaissance1 ne dnie-t-il pas ,raphal le gnie8 ,a ct de ,michel-,ange et de ,paul ,czanne1--favoris en #aiaa1--,m4 ,ingres est assis de force par nos thoriciens4 ,est-ce donc pour les raisons qu'en donnent les plus audacieux dformistes1 que1 l'oeuvre de ,m4 ,ingres est si important#ac8 #ac ,important--comme tant d'autres mots que je souligne sont dans le jargon du jour4 ,m4 ,druet l'emploie1 dans son magasin1 comme ses prdcesseurs le mot amusant--au temps o la peinture s'achetait dans la rue ,laffitte4 ,il faudrait1 en faisant le tour des galeries ,georges ,petit1 commencer par le torse d'homme qui obtint le prix de la demi-figure peinte l'cole des ,beaux-,arts de ,paris en #ahjj4 ,ce torse explique l'oeuvre entier du matre4 ,un lve1 presque un enfant1 en #ahjj1 a vu ainsi1 et rendu avec cette noblesse1 ce scrupule1 un modle d'atelier4 ,pas le moindre trompe-l'oeil2 point de bitume1 aucune trace de l'enseignement en faveur chez ,david4 ,regardons cette acadmie de rapin1 car cet colier sera l'auteur des portraits de ,mme de ,snonnes et de ,m4 ,bertin1 de l',hmicycle et de l',age d'or4 ,attardons-nous devant ces innombrables petits cadres de dessins1--ttes ou nus4 ,ingres est transport d'une frnsie sacre ds qu'il est en face de la nature1 mais il ne donne pas un coup de crayon sans se rfrer l'antique1 ,raphal2 il est de ,florence et de ,rome4 ,voyez deux paysages minuscules de la ,ville ternelle3 deux ,fra ,angelico modernes4 ,un dessin1 tude de femme nue pour cet ,age d'or qui est ,dampierre3 la ralisation1 tout ingnue1 de ce que ,puvis de ,chavannes a poursuivi sans jamais l'atteindre4 ,ne laissez passer aucun des portraits la mine de plomb qui vont de #agig #ahdj1 surtout6 ,car ce sont les tours de force d'un virtuose la ,paganini1 et qui aurait l'me d'un ,holbein4 ,il faut se placer au milieu de la grande salle1 de faon voir d'ensemble tous tes panneaux3 puis comparer le portrait de la ,duchesse de ,broglie 7#ahec7 celui de ,madame de ,snonnes1 ou la ,vicomtesse de ,tournon 7#ahab72 le ,bartolini 7,florence1 #ahbj71 au ,comte ,mol 7#ahcd74 ,le sculpteur1 avec ses tons chauds1 la matire grasse de ses chairs1 de son habit1 des breloques pendues sa chane1 est trait comme un tourdissant morceau de nature morte1 o la rigidit de la forme cerne ne nuit point la puissance vocatrice de la physionomie4 ,le comte ,mol1 au contraire1 lisse et comme en toile cire1 est par endroits d'un model creux2 sa main exagrment corche1 comme une pice anatomique1 se tend en avant444 ,l'harmonie serait terne et ennuyeuse1 sans ce surprenant fauteuil de damas amarante et vert1 qu'aurait pu peindre ,van ,eyck2 ce meuble assez banal1 joue dans tout ce gris-olive1 le rle d'une verrire dans la nef d'une cathdrale4 ,ce portrait du ,duc d',orlans1 fils de ,louis-,philippe1 fait qu'on oublie les lithographies et autres documents sur la famille royale de ,france4 ,du type si falot1 si dulcor de ce prince blond1 aux yeux vagues1 qui dans ses habits civils tait un dandy la manire anglaise de #ahcj1 voil ce que ,m4 ,ingres a fait3 un ,alcibiade1 un prince ,charmant et plein de majest dans son froid uniforme1 la tte prise dans un carcan4 ,le gnie du portraitiste a su donner un bras1 un gant1 un pantalon1 la majest1 et par le mme prestige d'interprtation qui fait du ,fifre de ,manet une figure aussi noble qu'un ,masaccio3 par le dessin4 ,ces ors1 dont pas un dtail de passementerie n'est omis1 sembleraient fastidieux1 n'tait leur mystrieuse enveloppe1 et l'on ne supporterait pas ce drap rouge1 les bandes noires du pantalon1 si ,ingres ne modelait les vtements comme la fresque4 ,le fond lie-de-vin1 si bien harmonis1 est de la mme excution1 et au mme plan que la figure1 et nanmoins tout imprgn d'atmosphre2 oh6 ce motif d'or vert1 comme les volutes des cheveux calamistrs du ,prince6 ,m4 ,ingres fait d'une gravure de mode quelque chose comme une statue d',antinos4 ,dirigeons-nous1 en sortant1 vers le portrait de la seconde madame ,ingres1--peint alors que l'artiste avait soixante-dix neuf ans6--,le plus rebutant de tous1 premire vue1 mais qui vous fera vite penser ,vermeer1 pour la franchise de la couleur4 ,de mme1 avec la ,duchesse de ,broglie dont la robe bleu acide1 donnerait l'ide de ce qu'tait le ,linge de ,manet1 quand il fut expos pour la premire fois4 ,un doyen de la critique d'art envoy par un journal officiel de ,londres1 pour prendre le rythme de ,paris au ,salon des ,indpendants1 m'avoua en s'en retournant aprs une visite qui ne l'avait point rajeuni3 ,je suis pass la ,galerie de la rue de ,sze444 quel malheur que votre ,ingres ait1 ce point1 manqu de got6 ,pour conclure1 il suffirait peut-tre d'affirmer le contraire4 ,mais que vaut une affirmation1 en matire d'art8 ,ce que vaut le critique4 ,,sur ,,les ,,routes ,,de ,,la ,,provence ,,de ,c,,zanne ,a ,,renoir ,revue de ,paris1 #ae janvier #aiae4 ,i ,pour ,joachim ,casquet4 ,arrive4--,quelle bonne fortune1 ,olive1 que faute de temps pour aller jusqu'en ,italie1 ces ,pques m'aient conduit sur votre route provenale6 ,avec vous1 ce pays admirable m'apparat bien plus sduisant encore4 ,je le vois1 enfin1 sous un ciel oriental et l'on a pu se dvtir aprs l'hiver1 s'abriter d'un chapeau de paille4 ,aux gorges du ,loup1 ,vence et ,tourette1 les femmes filent au crpuscule sur le pas de leur porte1 hument la fracheur du soir dj charge1 mais non point suffocante1 des premires fleurs de l'oranger4 ,la ,mditerrane est bleue comme dans les mauvais tableaux2 conventionnelle1 diriez-vous1 napolitaine2 douce telle que la souhaitent1 apparemment1 les malades et les oisifs4 ,a l'approche de la pluie1 une trame d'acier1 une gaze de robe de danseuse1 pntre des rayons d'un soleil boudeur1 transforme le dcor1 scintille et s'argente comme la feuille de l'olivier4 ,c'est dj presque l't2 dans quelques jours je ne supporterais plus ce faste et les langueurs qui prolongent la sieste4 ,dj les papillons jaunes strient de leur vol le rideau d'azur ma fentre1 les mouches bourdonnent1 et vous m'annoncez la visite des insidieux moustiques4 ,la bonne crme ,chantilly de madame ,pibarot va tourner1 je vous laisserai donc1 ,olive1 toute vos rcoltes de cerises1 vos baignades nocturnes dans les vagues phosphorescentes4 ,htons-nous4 ,vers ,czanne4--,c'est avec vous qu'il convient de faire le plerinage au ,jas de ,bouffan1 puisque ,czanne est votre matre prfr1 jeune fille d'aujourd'hui4 ,vous avez su faire table rase des prjugs de vos bons parents1 et vous voil en quipage pour attendre frmissante tout ce que l'avenir vous rserve de surprises4 ,vous croyiez me choquer1 mais1 chre amie1 il y a trente ans de cela1 des jeunes gens se dlectaient dj dans une petite boutique de ,montmartre1 remuer les toiles dont ,czanne paya son marchand de couleurs4 ,pour vingt francs1 vous auriez eu un paysage1 une tte1 une de ces natures mortes qui valent maintenant la ranon d'un roi4 ,marseille n'tait point encore un centre du no-impressionnisme4 ,nous admirions ,czanne comme un prestigieux coloriste2 les demoiselles taient plus familiarises1 alors1 avec les aquarelles de ,madeleine ,lemaire4 ,mais puisque vous voulez bien me prter votre automobile1 allons6 nous reparlerons de tout cela1 car la route est longue1 de ,toulon au ,jas de ,bouffan4 ,nous avons laiss pour une autre fois les bois de pins de la ,sainte-,baume1 comme il nous fallait arrter1 par convenance1 ,saint-,maximin4 ,dans les replis de la montagne1 nous avons grimp au milieu des vergers assoupis1 des villages silencieux4 ,tout le monde est aux champs4 ,point de signes du printemps1 rien de cette floraison neigeuse des environs de ,paris4 ,les feuilles sont vert-cru1 ce serait plutt un mois de juin de l',ile-de-,france4 ,arrivs au plateau d'o l'on redescend sur ,aix1 c'est dj la puret d'une toile de ,czanne4 ,je reconnais1 au loin1 le profil familier de ces crtes de pierre violete1 la ,sainte-,victoire1 les lignes classiques de terrasses naturelles1 la terre rose1 les cyprs1 la route4 ,point un paysage sublime1 mais d'une ordonnance pleine de mesure4 ,ce n'est partout que blondeur1 transparence1 tranquillit4 ,aot embrasera ce qui est froid encore1 un peu ple1 pur surtout1 et ce matin dans la gamme mineure du matre d',aix4 ,il fut un peintre propre1 mticuleux1 habile rserver des blancs2 le contraire d'un barboteur2 on le crut grossier et violent1 alors qu'il eut la main d'un vieil officier la retraite1 les scrupules d'un novice et l'oeil d'un premier communiant4 ,je le vois1 un linge dans sa main gauche1 qui tient la palette et des martres1 pench sur son chevalet1 essuyant aprs chaque touche son pinceau1 de peur que ne se mlange un ton avec un autre4 ,il pose sa touche1 comme un mosaste ses petits cubes de verre4 ,et s'il n'est pas content1 il efface1 il gratte1 il nettoie1 pour retrouver le canevas vierge1 il le veut immacul4 ,maintes fois1 il laisse l'tude1 par crainte de la ternir par des reprises et des surcharges4 ,cependant1 trs capable aussi d'empter4 ,ses sances sont nombreuses1 il retourne sans cesse au mme motif1 et reprend l'tude4 ,alors1 comme ,manet1 ,czanne a le don si rare d'accumuler les stratifications1 conservant tout de mme la fracheur de l'piderme4 ,a l'aquarelle1 ou brandissant le couteau1 il a l'air d'effleurer4 ,la magie de cette matire colorante est propre ,czanne4 ,c'est par elle qu'il exera son incroyable influence1 son rgne tyrannique4 ,avec les moyens les plus humbles1 les matriaux les plus vulgaires1 il se rapprocha des primitifs4 ,ses couleurs l'huile ont la diaphanit de la peinture l'oeuf et le mat de la dtrempe4 ,pas un coin1 dans aucun de ses tableaux1 qui ne soit enrichi d'un beau ton2 pas un ton de hasard1 mme dans une pochade4 ,s'il hsite1 alors il laisse voir le blanc de la prparation2 s'il recouvre cette nappe de cruse1 c'est de marbres prcieux1 d'un revtement d'orfvre et de joaillier4 ,ce sol a produit l'artiste qui devait1 seul entre tous1 trouver sur sa palette l'quivalent de ces rapports si unis1 si soutenus1 ncessaires dirait-on1 entre le ciel et la terre1 la vgtation et l'architecture4 ,l'art de ,czanne fait corps avec le pays qui se droule devant nous1 mesure que les bornes kilomtriques nous annoncent qu'approche l'heure du djeuner4 ,dans le jardin public de ,prouse1 d'o l'on domine l'pre plaine ombrienne1 je pensais nagure la majest un peu farouche de ,czanne4 ,il me semblait le retrouver l1 comme1 un matin d'avril1 je regardais du ct d',assise l'ondulation des ,apennins1 les lilas1 les bleuts et les roses1 que nul matre de jadis n'a comme lui rendus3 le gris1 le mat1 obtenus par des tons entiers4 ,corot nous donne des gris forts1 colors1 mais d'o les noirs1 les ocres1 les bruns ne sont pas exclus4 ,dans cette ,provence idyllique et paenne1 le noir et le brun8 des inconnus6 ,il n'y a que du bleu1 du jaune1 du rouge1 les tons primaires1 affaiblis ou renforcs par l'heure ou la saison4 ,ces tons1 ,olive1 vous m'avez aujourd'hui donn de les goter en plein air1 comme d'un miel ple et ,czanne me les avait fait pressentir par ses subtils quivalents4 ,aix4--,la situation de la ville est sans attraits4 ,midi sonnait quand nous entrmes dans ,aix4 ,le cours ,mirabeau1 sinon ses deux ranges de platanes1 ses htels svres et endormis1 m'a1 vous l'avouerai-je un peu du4 ,j'attendrai1 pour le mieux connatre1 que vous m'ayez1 ,olive1 men chez vos cousines4 ,vous dcrivez les stucs1 les plafonds peints1 les vastes escaliers des demeures aristocratiques d'o se sont rpandues sur toute la ,france des gnrations aux noms illustres1 aux blasons partager4 ,j'entr'ouvre une porte1 je cogne un heurtoir en cuivre reluisant1 comme en ,hollande astiqu4 ,une chaise porteurs s'miette dans le vestibule4 ,on troqua les ,gobelins du mur contre des tapisseries du ,bon ,march4 ,un relent d'huile chaude dans la loge du concierge4 ,vos cousines sont sorties4 ,encore que cette sous-prfecture soit tombe dans l'uniforme mdiocrit dmocratique1 une tradition s'y perptue de coutumes mondaines4 ,visites1 rceptions1 ftes4 ,une socit ne pntre pas l'autre1 le grand plaisir d'tre part et au-dessus est ici souverain2 mais chacun sait toujours ce que font ceux qu'il ne saluerait pas4 ,des ttes1 derrire les grilles du rez-de-chausse1 se penchent et observent les promeneurs du ,cours3 ,marius est pass tout l'heure1 en avance pour se rendre chez la cousine ,sidonie4 ,le baron de ,d4 revient de chez madame de ,y4 ,commrages4 ,puisque les cousines ne sont pas chez elles1 allons au muse2 les ,aeules de ces ,dames1 peintes par ,largillire1 nous accueilleront dans leurs cadres vermoulus4 ,je sais1 ,olive1 car vous me l'avez dit avec emportement3 vous ne pouvez souffrir ,largillire1 il vous parat pompeux1 tourment1 conventionnel 7ah6 c'est l le grand mot674 ,vous n'aimez pas1 non plus1 les portraits de vos autres tantes de ,marseille1 alanguies par ,gustave ,ricard4 ,a ,aix1 ,largillire1 portraitiste d'apparat1 dploie tous ses avantages1 toute l'intensit de la matire colorante que ,czanne obtint si discrtement4 ,comme les toffes du ,x,v,i,ie sicle1 ces tableaux sont bon teint4 ,et trouvez-vous que les draperies manires de ces ,dianes chasseresses1 nuisent au caractre du visage8 ,la grosse1 la maigre1 la brune et la blonde1 mettez-leur une jaquette de ,m4 ,poiret1 et ce sera l'une de vos cousines de ,nice1 ,olive3 je ne les connais pas1 mais je suis sr qu'elles ne sont autres que celles-ci444 ,vous-mme444 oh6 ce bistre ros comme l',orient des perles fines444 ,une station dans un muse de province1 toujours dprimante1 l'est plus encore si une ,olive y bille d'ennui4 ,j'ai tent de rveiller ma jeune amie1 et la ,thtis de ,m4 ,ingres fut notre prochaine station4 --,je ne comprends pas6 a dclar ,olive4 --,une no-impressionniste doit rflchir devant cette arabesque bizarre4 ,ingres est un matre difficile1 mais1 ,olive1 pour cela mme1 vous finirez par le comprendre1 moins que vous ne compreniez pas votre ,czanne non plus4 ,d'ailleurs1 laissez-moi croire que vous tes1 quant lui1 suggestionne4 tes-vous sre que vous l'ayez de vous-mme compris1 ,olive8 ,puisque la dformation1 la stylisation1 sont les rgles de votre cole1 que dites-vous de ce gotre8 ,et ce bras de ,thtis1 si fminin1 si sensuel1 qui monte droit vers la barbe de ,jupiter roule en feuille d'acanthe8 ,et ce ,zeus ridicule et homrique8 ,et cette polychromie sauvage8 ,vous trouvez cela trop ralis1 c'est le fini qui vous en choque8 ,une barre1 d'un centimtre paisse1 si elle cerne une blouse de carrier1 vous l'appelleriez stylisation2 ici1 la volont savante du mdailliste vous met en dfiance4 ,l'habilet de la main-d'oeuvre ne compte pas pour vous1 jeunes filles qui ne faites plus de longs travaux l'aiguille1 mais tenez un journal de vos sensations4 ,qu'une chose soit difficile accomplir1 qu'importe8 la difficult vaincue1 la matrise1 sont lettre morte pour votre gnration4 ,votre morale et votre esthtique ne datent pas de loin4 ,elles se formrent devant moi depuis le dbut de ce sicle1 dans les ateliers d'lves et sous la pousse de vos camarades1 munichoises1 polonaises1 hongroises et finlandaises4 ,mais vous1 ,olive1 attendez2 attendez6 retournez en arrire1 s'il coule encore dans vos veines un peu du sang bleu des modles de ,largillire4 ,je ne vous demande pas de bouder au temps prsent dans les htels moisis du ,cours ,mirabeau2 mais rflchissez1 et n'allez pas trop vite comme dmolisseuse6 ,vous dplairiez votre matre ,czanne4 ,chez mademoiselle ,czanne4--,sous de plus humbles lambris1 de l'autre ct de la place1 mademoiselle ,czanne1 la soeur de ,paul1 nous fera montrer par sa servante1 entre la pannetire arlsienne et le buffet de chne1 une toile de son frre1 vis--vis d'un crucifix qui prside au ,benedicite4 ,croyez-vous que cette dvote1 si elle ne cultivait en son coeur le respect du nom et la soumission domestique1 et donn la place d'honneur ce qu'elle doit appeler un barbouillage8 ,la servante1 elle1 ne savait pas bien4--,ce doit tre ceci1--disait-elle1 en dsignant de l'index deux gravures d'aprs ,rubens4 ,peut-tre que ,czanne fit de ces estampes1 prsent sa soeur4 ,par crainte du modle vivant1 l'on rapporte qu'il s'inspirait de gravures1 les copiait mme1 tout en s'exerant intensifier la plnitude de la coloration4 ,le ,magasin ,pittoresque 7admirable recueil1 ma chre ,olive71 tait le fond de sa bibliothque4 ,vos amis marseillais1 les lettrs d'avant-garde1 vont1 dans l'lan de leur enthousiasme1 fausser l'image du grand vieillard de ,bouffan4 ,d'ailleurs1 les gens de votre ge ignorent ce que fut nagure un bourgeois ais1 un notable de son village ou de sa sous-prfecture1 latiniste1 lettr et grossier en paroles1 fin et lourdaud la fois4 ,ce type a disparu4 ,que put assimiler de ,paris1 dans ses visites furtives la capitale1 un ,paul ,czanne8 ,qu'est-ce qu'il prit ses confrres1 les ,renoir1 les ,monet1 les ,manet8 ,que leur laissa-t-il voir du vrai lui-mme8 ,les et-il reus chez lui8 ,ils n'ouvraient pas comme cela leur porte1 eux autres1 les cauteleux fils de tabellions et de marguilliers1 gourms au fond de leur province6 ,eut-il conscience du don qu'il avait reu de ,dieu8 ,je reste sceptique quand les historiographes me content qu'un jour1 quelque indiscret s'attardant le regarder peindre dans la campagne1 impatient il cria3 ,ne sait-il donc pas qu'il est devant ,czanne8 ,nervosit4 ,fier de lui-mme1 soit6 et d'o qu'ils viennent1 l'on ne refuse pas toujours les tardifs applaudissements4 ,vers la fin de sa vie1 le battage commenait1 et la pernicieuse spculation4 ,tant mieux1 s'il prta l'oreille aux hommages1 alors que nul souffle ne pouvait embuer son enfantine candeur4 ,il en fut quitte pour lcher quelques gros mots de plus4 ,ses biographes enregistrent les jurons de ,czanne4 ,chacun a sa manire de garder l'incognito4 ,il fut jaloux de rester jusqu'au bout1 son pliant sous le bras1 sa pipe la bouche1 le maniaque qui s'en va1 grommelant1 au motif1 s'entretenir avec la nature4 ,ses colloques avec elle sont dans chacune de ses toiles4 ,je m'attarde dans ce logis1 malgr votre hte d'aller au ,jas4 ,je vois le peintre cette table1 mangeant la bouillabaisse4 ,j'aime l'odeur d'encaustique1 la bonne aux mains jointes sur son tablier bleu1 ce mnage de cur1 les fleurs de papier dans les cache-pots1 ce silence2 je suis sr que l'me de ,czanne flotte l1 tout prs de nous4 ,j'aime penser qu'il en soit si souvent ainsi3 les plus terribles1 les plus intransigeants1 semblent avoir vcu rangs1 simples1 rguliers1 de vrais petits fonctionnaires4 ,czanne fait son oeuvre comme l'on dcoupe du bois avec un tour1 comme l'on met du vin en bouteille4 ,y a-t-il encore de ces hommes-l8 ,l'me d'un ,czanne serait-elle maintenant viable8 ,revenir la grande tradition3 on nous assure que tel tait son but4 ,mais son esthtique de bonhomme1 ami du ,magasin ,pittoresque1 dut tre moins raisonne que ne le dit ,m4 ,vollard4 ,je voudrais qu'elle et t moins consciente4 ,il fut classique comme un ptre provenal prend un air grec dans le crpuscule4 ,j'essayerai1 ,olive1 de vous dire plus tard ce qui diffrencie un ,gauguin d'un ,paul ,czanne1 l o la littrature entre en jeu1 o j'aperois le manirisme4 ,mais ,czanne8 ,c'est le tuf4 ,d'aviss horticulteurs plantent1 dans une terre rapporte1 mille boutures1 autour du sauvage pin parasol4 ,qu'ils prennent garde de draciner le grand arbre4 ,pour un peu vous le mettriez en serre1 comme un arbuste nain du ,japon4 ,laissez-le seul1 rien ne pousse l'ombre du gant4 ,la vision de ,czanne n'en condamne aucune autre1 ni les formules d'hier1 ni celles de demain4 ,czanne est part4 ,si sa musique1 ,olive1 avait le triste effet de vous rendre les autres fades1 cela ne prouverait que l'indigence de votre rceptivit4 ,excusez ma franchise4 ,j'ai l'air de rtrcir le champ de votre admiration1 si je rduis ,czanne la taille d'un beau peintre1 d'un coloriste subtil et fort1 mais d'un incomplet4 ,non pas6 ,si sa couleur me donne des jouissances nonpareilles1 certains de ses groupes de figures nues sont1 quoique chaotiques1 raboteuses1 monstrueuses1 d'un rythme magnifiquement cadenc4 ,mais je sais1 moi1 comment il me fait penser ,poussin4--,pour vous1 ,olive1 que ,poussin ennuie1 je ne m'aventurerais pas en des analyses prmatures2 si je me reconnais un droit d'tablir la filiation1 vous me permettrez1 gentille amie1 de le refuser vous4 ,je distingue mal le bl1 de l'orge en graines1 et ne m'en cache point comme d'une honte4 ,il est des enfants dont les dessins voquent les dieux de l',olympe mieux que ne font les plus savants acadmiciens4 ,dcidez du rang que doit occuper la science par rapport l'instinct444 ,vous donnez l'avantage l'instinct8 ,mais que faites-vous de la crbralit1 jeune imprudente8 ,vous ne venez plus assez ,paris6 ,donc1 vous tes pour l'instinct8 ,dans le cas ,czanne1 vous avez raison4 ,sa sensation1 sa couleur1 sa matire1 son instinct3 plus qu'assez pour faire de lui un grand artiste--mais la faon d'un manchot ou d'un innocent de village4 ,vos louanges nous rendraient injustes4--,je demande ne pas abdiquer mon sens critique4 ,je voudrais examiner ses oeuvres1 tout seul1 comme jadis chez le pre ,tanguy1 ou dans la salle manger de la vieille demoiselle2 pour un peu1 ma chre ,olive1 je vous prierais de ne m'en plus parler444 ,pardon4 ,au ,jas de ,bouffan4--,nous quittons la ville d',aix par une route poudreuse4 ,au loin1 toujours les fonds lilas et roses dont ,czanne divisa si finement les nuances de nacre4 ,on tourne gauche1 la grille est ouverte3 c'est le ,jas4 ,une alle droite conduit une maison blanche1 simple au dehors1 mais lgante1 parfaite de proportions1 provenale et italienne4 ,toujours de caractre mixte1 cette rduction d'un grand style des besoins modestes1 fait l'agrment de notre ,toscane gauloise4 ,la bastide est cossue1 agreste et souriante4 ,a l'intrieur1 que reste-t-il intact1 des chambres habites par ,czanne8 ,voici un vestibule en stuc1 que peuplent des statues et des vases2 le grand salon inond de lumire2 l'ancien atelier du matre fut une buanderie ou un fruitier1 aujourd'hui converti en galerie de bric--brac1 brocards au mur1 encombr de meubles de ,boulle1 de paravents1 de chinoiseries1 de dorures et de laques4 ,le nouveau propritaire1 industriel et collectionneur1 est devenu l'aimable entrepreneur et le cicerone de la gloire de ,czanne4 ,on va me faire la leon1 m'apprendre ce que je sais depuis longtemps4 ,des photographies1 par ,druet1 tranent sur les siges1 il y a des livres partout1 bientt ce seront aussi des ,guides ,conti4 ,au fond de la pice1 les fresques de l'hmicycle1 que le peintre signa ,ingres #ahaa 7touchante plaisanterie71 furent nettoyes de leur couche de pltre#ad4 ,pastiches sans intrt1 elles ont ici l'aspect triste d'un dcor de caf #ahcj4 ,a ct1 c'est le portrait noirtre et caricatural du pre de ,czanne2 un ,christ1 une ,madeleine1 oeuvres de jeunesse1 romantiques1 violentes et sans accent2 encore1 une copie d'aprs ,lancret1 un vaste panneau inspir par une gravure du cher ,magasin ,pittoresque4 ,ces exercices d'colier se guindent jusqu'au chef-d'oeuvre1 d'tre ainsi prsents dans des bordures volutes dores1 entre des bandes de soie trop riche4 ,sommes-nous ,chicago1 chez un milliardaire8 ,chez un auteur dramatique trs chic8 ,ces toiles partiront un jour pour l'autre ct de l',ocan ou plutt pour ,berlin4 ,il a suffi qu'elles prissent une valeur marchande1 pour qu'on les installt solennellement dans ce mobilier de luxe4 ,et voil le ,jas de ,bouffan1 presque un tourniquet la porte2 la gloire y construit une lgende4 ,et c'est ainsi que s'crit l'histoire1 ,olive6 ,allez donc au jardin1 pendant que votre mcanicien fera chauffer l'auto4 ,on vous montrera les motifs favoris de ,czanne1 l'abreuvoir aux lions de pierre1 les cyprs1 les peupliers et certain coin1 l-bas444 mais ne croyez que la moiti de ce qu'on vous dira2 le monsieur transplanta la range d'ifs en vue d'un meilleur effet2 il ajoute des mascarons au-dessus du porche1 la maisonnette du bonhomme se travestit et fait la coquette en l'honneur des touristes4 ,les tableaux de ,czanne sont des valeurs en banque2 il est temps qu'ils appartiennent qui ne les comprend pas4 #ad ,aujourd'hui1 #aiah1 tableaux acquis par des marchands parisiens4 ,tiens6 voici une bande de professeurs lunettes2 ils parlent l'allemand444 ,j'oubliais les vacances de ,pques6 ,avouez1 ,olive1 que l'on tait mieux1 tout l'heure1 dans la salle manger cire l'encaustique1 sous le regard de la servante444 99 99 99 99 99 ,en regagnant ,toulon1 vous tes d'abord reste silencieuse1 j'ai devin que vous m'en vouliez1 ,olive4 ,enfin1 vous vous tes trahie3 --,est-ce donc cela8 ,vous avez le droit d'admirer ,czanne1 vous1 et ce droit vous me le refusez4 ,voil qui est humiliant6 ,non1 pardon si j'ai t trop loin--non6 je ne vous dnie aucun droit4 ,ce qui me gne vis--vis des personnes de votre ge1 c'est qu'elles aiment les oeuvres d'art pour leurs imperfections4 ,votre ami ,suarez crit3 ,en temps de dcadence1 tout le monde est anarchiste et ceux qui le sont et ceux qui se vantent de ne pas l'tre1 car chacun prend sa rgle en soi4 ,lisez donc la parfaite tude de ,maurice ,denis1 qui cite aussi cette phrase d',andr ,suarez4 ,rflchissez4 ,laissez ,czanne aux muses et aux bibliothques4 ,il est dplac partout ailleurs4 ,je crains que vous ne deveniez comme certaine baronne de la finance qui1 mettant la main sur son coeur1 soupirait3 --,si je n'avais en face de mon lit l'esquisse de la ,maison du ,pendu1 je ne me sentirais pas la force1 tout le jour1 d'accomplir mes devoirs de socit4 ,il y a vingt ans1 la mme dame1 qui n'est plus une petite fille1 je vous assure1 pinglait tranquillement sa voilette prs de deux pastels de ,jacquet et son pre et sa mre l'ont fait peindre par ,lembach1 en ,cendrillon1 quand cinq ans1 elle tait encore viennoise4 ,votre cerveau est de trop bonne qualit pour qu'il ne vous retienne et ne tombiez dans le pige4 ,czanne est aussi grave que ,poussin4 ,mais6 mais6 mais6 attendez444 ,nous y reviendrons tout l'heure4 ,retour4--,le crpuscule allait se fermer sur les gorges d',ollioules4 ,l'automobile ralentissait sa course1 c'tait dj les faubourgs de la ville1 et les ouvriers revenaient de leurs chantiers1 tranant dans la poussire leurs pieds douloureux1 l'chine courbe par le travail4--,vous avez dit3--,ce soir je vous ferai entendre de la musique1 c'est un enseigne de vaisseau qui sait par coeur toutes les compositions modernes2 lui ferez-vous grise mine1 si vous apprenez qu'il achte des ,vuillemancin8 ,ne faut-il pas tre de son temps8 ,m4 ,x444 vient dner la maison4 ,la soire fut charmante4 ,d'habiter un sous-marin ne semble pas empcher un jeune ,basque d'tudier son piano4 ,malgr les objurgations de ,m4 votre pre1 si entich du bel canto et des mlodies qui se prolongent en une courbe molle et voluptueuse1 l'officier1 pour vous plaire1 excuta des pices de ,debussy1 de ,stravinsky1 de ,sverac et d',albeniz1 enfin toutes musiques dont vous tes curieuse4 ,vous approuviez1 vous tiez ravie et vous me crtes prendre en dfaut de logique1 comme je plaidais pour ces musiciens1 auprs de ,m4 l'amiral4 --,ce n'est pas juste6 vous vous moquez de nos paysages de ,vuillemancin1 avec papa--vous le flattez6--et maintenant1 vous voudriez lui expliquer ,stravinsky6 ,ah6 ,l1 prcisment1 que je comptais en venir1 je n'attendais qu'une occasion de me mieux faire entendre4 ,a vous1 ,olive1 je dirai toujours que ,czanne fut un manchot4 ,ceci vous fait bondir4 ,cent autres que vous1 que choquerait ce crime de lse-majest6 ,avec les czannisants1 on est oblig d'enfler la voix1 d'en venir aux gros mots4 ,la peinture est plus inaccessible que les autres branches de l'art4 ,vous la regardez1 comme les littrateurs4 ,ce qui1 d'elle1 meut votre sensibilit1 n'est point ce qui1 pour nous1 fait son prix3 d'o notre presque fatale droute1 si nous autres professionnels en discutons avec vous4 ,gasquet 7nous aurons bientt son livre sur ,czanne7 nommant les plus grands peintres de la fin du ,x,i,xe sicle1 propose ,manet1 ,czanne4--,jusqu'ici nous sommes d'accord--puis ,seurat1 contre ,puvis de ,chavannes2 il le substituerait ce matre1 comme ,lautrec ,degas1 qui ne tardera plus tre trait de photographe par les esthticiens d'avant-garde4 ,ne nous fchons pas1 ds lors1 si le portrait du pre de ,czanne est confondu avec un ,rembrandt4 ,il n'y a plus de valeurs que vous jugiez incommensurables4 ,jeunes liseurs de revues1 vos esprits furent initis la peinture moderne par des ,charles ,morice1 des ,commandeur ,roger ,marx et des professeurs de rhtorique dtogs4 ,peut-tre un jour1 plus mris1 vous rendrez-vous compte que ,lautrec est ,degas ce que fut ,bertall ,daumier 7je force un peu la note1 je mets de lourds points sur les ,i7 et que le chtif ,seurat fut une de ces chandelles des bords de la ,seine1 dont le moindre souffle de septembre parpille le frle duvet4 ,ce sont les mmes critiques qui virent en ,chret un successeur de ,watteau2 en ,willette un ,fragonard2 en ,carrire1 un ,michel-,ange2 en ,constantin ,meunier1 un ,verrocchio4 ,a quoi n'a-t-on pas cru ces temps derniers8 ,combien de procs politiques reviser1 ,olive6 vous aurez de quoi occuper vos loisirs jusqu' votre mariage et aprs444 ,et le cas si bizarre d'un ,czanne s'lucidera pendant ce temps-l1 cas unique1 cas tragique4 ,czanne sent que la peinture l'huile est un art moribond et il se dbat1 dgot1 au milieu de la production moderne2 mcontent de son ouvrage3 pleurant sur son impuissance1 mais fier de ce qu'il veut et ne peut raliser4 ,il prche dans le dsert1 obstin1 ivre de foi1 passionn pour les matres qui ne sont plus2 humble et mprisant1 sans doutes quant au but qu'il poursuit1 mais dsarm4 ,l'outil se brise trop souvent dans sa main4 ,il reconstruit comme un maon amateur1 moellon moellon1 le temple aboli1 croit qu'il retrouvera sous les dcombres la voie sacre2 mais quels lves seront dignes de l'y suivre8 ,il s'tonne devant ,claude ,monet4 ,le drame se passe aux champs et l'atelier des ,batignolles1 prs de son clocher ou dans le faubourg parisien1 ici ou l1 dans le silence et l'abandon4 ,on le comparera ,gustave ,flaubert1 on voudra le canoniser4 ,la littrature est grosse de menaces1 autant que la peinture des imitateurs4 ,une jeune arme munie de tubes et de pinceaux1 marche derrire le vieux capitaine la barbiche de grognard4 ,vous tes1 ,olive1 enrle dans le bataillon de ,provence1 le plus bruyant de tous4 ,comment ne vous en fliciterais-je1 tout en riant un peu8 ,vous avez vos clients1 vous croyez en ,vuillemancin le plus avanc des ,czannistes de ,marseille4 ,dj1 douze1 quinze toiles gayent votre logis comme des accessoires de cotillon1 vous les piquez au mur1 convaincue1 dcide1 jalouse de provoquer les algarades paternelles4 ,mais ces bauches truculentes et faciles1 croyez-vous que ,czanne les et approuves8 ,ne le rendez pas responsable de ces amusettes4--,attendez1 je vous le rpte4 ,olive1 attendez4 ,voil ce quoi je pense1 pendant que l'enseigne de vaisseau-pianiste voque si bien des paysages1 des atmosphres1 des reflets1 des ombres lgres4 ,vous1 ,olive1 ne paraissiez plus couter1 lasse de notre expdition ,aix4 ,la pendule marqua minuit4 ,m4 votre pre1 qui avait un peu sommeill1 teignit quelques lampes4 ,nous allions nous coucher1 quand1 le pianiste faisant l'obscurit complte1 attaqua le sublime opus #ajb4 ,ce serait lche moi1 ma chre amie1 de me prvaloir ici de ,beethoven4 ,m4 votre pre s'tant tout fait rveill1 traverse le salon1 au risque de briser les verres d'orangeade sur les guridons4 ,dans un lan de reconnaissance1 il veut embrasser le jeune enseigne de vaisseau1 car l'opus #ajb1 c'est pour ,m4 l'amiral comme si l'on avait brl du sucre4 ,et vous1 quand je descendis l'escalier3 --,cette musique moderne est dlicieuse1 mais trop extrieure444 ,beethoven va plus loin4 ,oui1 ,olive1 mais le moindre de ces impressionnistes de la musique pourrait crire une fugue comme ,bach2 ils sont aussi savants dans leur technique que le grand ,ludwig ,van ,beethoven4 ,nos peintres le sont moins1 croyez-moi4 ,ne dcrochez pas1 malgr cela1 les ,vuillemancin de la salle manger4 ,ils n'y font pas plus mauvais effet que des bibelots de chez ,martine et font penser ,sacha ,guitry4 ,qu'ils dcorent1 c'est tout ce que vous dsirez4 ,dans la villa de ,san ,salvadour4--,la route d',hyres1 les ,salines1 les bois de pins parasols1 sont si drus1 si presss l'un contre l'autre1 que ce soir1 comme le rouge du couchant les clairait d'en dessous1 nous nous crmes transports dans les environs d',ostie4 ,combien cela tait beau6 ,pourquoi n'y aurait-il pas une ,renaissance de la peinture1 sur cette cte mditerranenne8 ,dans sa villa de ,san ,salvadour1 un parent de mon amie exhibe trois cent soixante et onze toiles par le ,marseillais ,vuillemancin4 ,mais avant d'assister les dbuts du jeune ,phocen1 l'amateur acheta des ,diaz1 des ,monticelli1 des ,ziem2 il possde des ,corot1 des ,daumier1 des pices fameuses de l'cole franaise1 de #ahcj jusqu' nos jours4 ,deux cents cadres canaux se dbordent du haut en bas de la galerie4 ,quand ,olive m'y introduit1 la baie vitre qui donne sur la mer1 est barricade--car les ,mridionaux vivent dans les tnbres2 inexperte manoeuvrer la manivelle1 ,olive renonce soulever le tablier de fer4 ,le jour tombait de vasistas inscrits dans la haute corniche1 il faisait sombre dehors et des branches d'eucalyptus obscurcissaient encore la chambre4 ,ces tableaux sont discrets1 ils ne vous sautent pas aux yeux4 ,olive ngligemment me les signala2 mais1 a-t-elle dit3--,mon oncle n'a pu rsister la tentation1 voyez ces ,vuillemancin3 quel temprament6 ,une frise1 au-dessus des cadres1 est faite de vues de ,marseille1 de l',estaque1 de ,la ,seyne1 toutes signes ,vuillemancin4 ,et qui pourraient tre des maquettes pour le ballet russe4 ,a distance1 cela est lisible1 dcoratif extrmement1 gai1 amusant4 --,n'est-ce point joli1 ces tons vifs1 ces tartanes1 ces tas d'oranges1 ces maisons barioles1 ce ciel indigo8 ,rien ne tient ct6 ,je vous dfie de dnicher un ,corot1 dans les coins2 pourtant mon oncle en possde de magnifiques444 ,les ,vuillemancin les tuent6 ,oui1 mais1 ,olive1 un ,corot peut passer inaperu1 un beau tableau n'est point du papier de tenture4 ,je n'ai pas mon binocle4 ,si vous voultes me faire subir la premire preuve de votre franc-maonnerie1 vous auriez aussi bien pu me bander les yeux444 un tableau est autre chose qu'une affiche2 encore un point lucider2 vous vous contentez de l'affiche4 ,un ,degas est parfois un tableau1 un ,lautrec est une affiche4 ,nous reparlerons de cela une autre fois4 ,les ,vuillemancin tapissent les murs comme de la vigne vierge4 ,les chambres coucher en sont pleines jusqu' la ruelle des lits2 les cabinets de toilette1 les corridors en regorgent4 ,dans la lingerie1 une brave femme repasse des chemises devant des ,vuillemancin4 ,c'est cela1 ,olive1 que vous appelez l'cole de ,czanne8 ,combien avais-je raison1 l'autre jour1 de ne vous rien cder6 ,vous n'tes pas encore capable de juger ,czanne d'ensemble1 attendez pour prendre un point de vue1 car il vaudrait mieux que vous discerniez l'esprit de la lettre1 vous arrtant aux stations de ce chemin de la ,croix1 par o le matre a progress vers sa gloire paradoxale et confuse4 ,vous doutez-vous du sens vrai de cet trange gnie1 qui clt une priode1 au lieu d'en ouvrir une1 comme vous dites8 ,sur sa tombe1 on aurait pu crire3 ,ci-gt l'tat organis4 ,victime expiatoire de la peinture1 lui qui tant peina et1 orgueilleux1 convaincu1 dnona la dcadence1 que pense-t-il1 si de ,l-,haut o monta son me catholique1 il entend les prcheurs de sa bonne parole8 ,vous ne voyez en ,czanne que les plaies dont il saigna de ne pouvoir se gurir1 sa faiblesse1 sa paralysie4 ,un initiateur8 ,jusqu'ici1 un troubleur de consciences1 un fauteur de dsordre1 malgr lui4 ,son oeil est un isolateur1 comme les pieds de verre du tabouret o l'enfant grimpe pour des expriences de physique amusante4 ,gare celui qui reoit l'tincelle lectrocutrice6 ,l'oeuvre de ,czanne est un pige aux innocents tendu4 ,vous qui avez de la lecture1 ,olive1 rappelez-vous la correspondance de ,flaubert6 ,il y avoue ses difficults1 souhaite qu'un autre1 mieux dou que lui1 puisse russir l o il choua4 ,si l'esprit de ,czanne devait un jour se rincarner en un peintre mieux quip qu'il ne le fut1 ce serait une poque lointaine et moins inquite1 o l'art ne serait plus un passe-temps d'amateur1 un rayon de magasin de nouveauts4 ,nous nous promenons sur les routes de ,provence1 vous toute neuve l'esthtique1 moi1 qui le suis moins1 hlas6 et pendant que nous discutons1 se droulent les panoramas familiers au no-impressionnisme1 dont c'est ici la patrie d'lection4 ,de ,marseille ,vintimille1 sur la cte et dans les terres1 il n'est gure de bourg o quelqu'un ne soit venu planter un chevalet en songeant ,czanne4 ,je ne vois que motifs connus1 couleurs1 lignes banalises par les peintres4 ,on nous a rendu votre terre plus insipide que la fort de ,fontainebleau4 ,toutes les bicoques1 aux ,indpendants1 comme chez votre ,vuillemancin1 m'ont l'air d'tre sur le point de tomber4 ,ai-je le vertige8 ,arbres1 montagnes1 nuages1 d'horizon1 la mer1 tout danse6--et c'est pour cette farandole que ,czanne aurait battu la mesure8 ,je ne respire l'aise que si la pluie efface le bleu du ciel4 ,entre ,toulon et ,hyres1 la route du cap ,brun et de ,san ,salvadour est1 cet aprs-midi1 d'un vert de salade confite1 coeur de laitue1 concombre1 pastque peine rose1 blanc d'amande1 grise en somme1 et fait songer ,corot1 plus qu' nul autre4 ,pourtant il fut sensible1 celui-l1 toutes les harmonies1 rendit tous les ciels1 du nord et du midi2 quant construire1 il me semble qu'il ne fut pas un mdiocre architecte444 ,qu'entendez-vous par construction dans le cas de ,czanne8 ,lui1 un constructeur8 ,entendons-nous4 ,peu de peintres se sont1 autant que lui1 embrouills dans les plans4 ,vous ne me citerez gure de visages ou de corps1 dans l'ensemble de son oeuvre1 qui ne signent l'aveu d'un pnible effort1 d'un chec4 ,la ,femme au chapelet8 les ,joueurs de cartes8 ,laissons ces mauvais tableaux aux milliardaires4 ,l'apparence de plans et de construction est due l'unit1 la qualit du ton et de la pte4 ,ses toiles sont pleines1 unes1 la composition y forme bloc1 remplit la surface de bord bord4 ,mme en un visage dont les yeux1 le nez1 la bouche se situent dans des plans dsaccords1 il y a ensemble1 masse1--mais c'est par un miracle du prodigieux1 de l'unique et inimitable coloriste4 ,le ton quilibre les volumes4 ,la recherche du ton rare et pur fait crouler un compotier de pommes1 choir une serviette1 zigzaguer les dessins du papier dans le fond de la nature morte1 mais rapproche un ton de celui qui l'appelle et l'harmonie chromatique est1 elle seule1 une sorte de construction4 ,dangereux exemple1 ,czanne est un matre pour des matres1 non pour des lves4 ,les plans1 chez ,czanne1 s'organisent dans l'atmosphre1 par la magie d'une couleur inanalysable de cramiste et d'mailleur1 d'une matire aussi prcieuse que le radium1 lentement accumule ou qu'chantillonne une main de brodeur oriental4 ,quelques coups de pinceau1 l'aquarelle1 ou un kilo de pte sur la panse d'une pomme1 et il obtient la surface irradiante des coquilles de nacre ou des verres iriss qu'un long sjour dans la terre y dposa4 ,l'ordre ne s'tablit que par le mariage des tons1 toutes valeurs supprimes4--,je ne connais pas un beau dessin de ,czanne1 en dehors de croquis griffonns1 quelques compositions mythologiques1 dont je jurerais qu'elles suivirent une premire version en couleurs4 ,la noblesse8 ,oui1 elle est partout1 car ,czanne tait un noble esprit qui ne retenait des muses que des rythmes majestueux4 ,ici1 la beaut n'est que suggre par une main qui tremble4 ,de respect8 ,par infirmit8 ,peu m'importe1 moi essayiste d'une poque dcadente1 car je suis de mon temps1 tout comme vous1 ma chre ,olive4 ,mes sens sont autrement satisfaits que ma raison1 qui parfois cde444 la minute mme o je me veux comme un diable dfendre4 ,la chair est faible1 ,olive1 me permettrez-vous ce truisme8 ,mais1 ,olive1 vous m'avez alors dit3--,je ne vous comprends plus4 ,vous vous contredisez tout le temps4 ,vous donnez1 puis vous retirez votre don6 ,vous abusez de la restriction mentale4 ,le cas ,czanne gare le fidle1 parce qu' ct du ,dieu1 il y a les grands-prtres1 les diacres1 les acolytes porteurs d'encens1 et1 jusqu'au bas de la nef1 des paroissiens pouvants4 ,il en est de mme dans toutes nos glises4 ,excusez-moi et reprenons l'auto6 ,nous irons voir1 un de ces jours1 le peintre de ,cagnes4 ,montrez-moi d'autres coins1 d'autres horizons4 99 99 99 99 99 ,ce soir-l1 nous rentrmes fort tard4 ,les cafs de ,toulon regorgeaient de buveurs au boulevard de la ,rpublique4 ,nous sommes alls sur le quai1 au bord de l'eau1 c'tait une ,ripa dei ,schiavoni1 toute gaye de fanaux4 ,les deux figures marines que modela ,puget1 comme tout d'ailleurs ici1 compliquent l'ambigut de l'impression4 ,vous ne savez jamais si vous tes d'un ct ou de l'autre des ,alpes4 ,ayant insist pour aller chez ,mme ,pibarot choisir les ptisseries de notre dessert1 nous longemes des ruelles peu avouables1 o vous ne vous seriez aventure si votre dsir n'et t aussi vif de m'entendre qui m'exclame3 ,ce sont des calli de ,venise4 ,n'eussiez-vous t l1 j'aurais dit un mot ces filles la coiffure de perles1 fardes et grasses1 qui se tenaient sur le pas de leur porte444 j'ai feint de croire que c'taient des choppes de coiffeur et vous avez ri de mon inexprience4 99 99 99 99 99 ,vers ,grasse4--,la corniche d'or forme la vraie limite de la cte provenale et de la ,riviera2 c'est en sortant de l',esterel que le paysage change2 il va s'largir et perdre1 petit petit1 le peu qui lui restt encore de franais4 ,hlas6 les boulevards maritimes de ,cannes1 les palmiers en zinc1 les villas anglaises et le casino municipal font de cette plage cosmopolite une sorte de ,brighton qui voudrait tre ,alger4 ,nous avons hte de nous enfoncer dans les terres et de gravir le long lacet qui aboutit ,grasse4 ,le monument ,fragonard1 devant ce charmant htel du ,x,v,i,i,ie sicle1 blanc et majestueux dans ses proportions bourgeoises1 rappelle seul au passant l'lgance du peintre des ,nymphes et des ,cupidons4 ,je ne sais pourquoi1 toute heure du jour1 la ville de briques cuites et de tuiles rousses1 a quelque chose de mauresque4 ,elle est dure et peu accueillante1 il faut s'habituer elle1 lui faire des avances de toutes sortes4 ,elle offre aux trangers peu d'accommodations modernes1 et c'est peut-tre pourquoi l'on s'y sent si loin de tout et1 au premier abord1 dpays4 ,,ii ,sur la terrasse d',andon4--,soyons francs3 ceci est plus grand et plus touchant encore que ,florence4 ,la fontaine ,louis ,,xvi1 le jet d'eau du bassin rustique1 les platanes qui laissent filtrer le soleil1 talant ses pices d'or sur le sable1 c'est1 plus que les fastes mdicens1 proche de nos coeurs modernes2 petits paliers retenus par des cailloux1 tages d'arbrisseaux gris1 cyprs1 eucalyptus1 bordures de fleurs potagres le long de la balustrade1 vous tmoignez d'un ordre mnager1 gal pour la cuisine et la bibliothque4 ,la fracheur1 dans cette bastide que ,fragonard dcora1 imbibe tous nos sens3 c'est le bruit sans arrt du jet d'eau sous les platanes1 c'est le vert d'aquarium1 les persiennes mi-closes1 le marbre de l'escalier1 le carrelage du salon surbaiss1 et l'orangeade4 ,derrire les balustres de la terrasse1 un sol volcanique1 convuls1 o l'habitacle humain ne joue point de rle2 plus loin l',esterel1 la baie de ,cannes4 ,le rococo de la villa d',andon1 cinraires1 graniums1 lys en touffes rutilantes1 le peign1 bross1 astiqu des premiers plans1 laisse sa valeur aux lointains d'un dramatique revche1 la romaine4 ,je respire plus librement prs de ,frago qu' l'ombre des ,pan de ,vignola1 ces moussus joueurs de flte sur le rocher de ,caprarola4 ,vers ,nice4--,partons6--,l'automobile attend la grille4 ,c'est la route de ,cagnes1 une ,normandie provenale1 des bois1 des prairies piques de boutons d'or4 ,les bergres1 couleur de bronze sous l'norme cloche de paille des pastourelles1 paissent leurs brebis maigres1 brunes aussi1 patines par le mistral4 ,c'est ici que ,renoir est venu rassortir ses pelotons de soie4 ,je voudrais1 ce matin1 surprendre le vieux matre au milieu de sa niche d'enfants444 mais mon conducteur n'entend pas qu'on s'arrte1 car nous sommes dus vers midi1 du ct de ,menton4 ,peut-tre serai-je plus heureux ce soir8 ,a partir de ,cagnes1 c'est la banlieue de ,nice1 bouchons1 auberges1 affiches1 rclames pour les touristes1 bientt l'entre d'une grande ville1 ,suresnes1 ,puteaux au bord de la mer4 ,deauville aussi bien2 et les gens ont l'air de n'avoir rien faire1 qui tranent leur oisivet sur cette cte bnie1 comme si le ciel ne pardonnait qu'on cesst un instant de le regarder4 ,a ces gens en une ternelle vacance1 leur paresse donnera l'allure de la contemplation4--,mais je devine vos penses1 promeneurs qui difiez vos maisons de plaisance1 ces mosques pour ex-cocottes1 ce simili ,orient d'exposition universelle2 je douterais de la beaut du site1 voir l'architecture qu'il inspire4 ,pourtant1 ,nice dsemplie par sa fin de saison1 reprend1 vue du ,montboron1 cousinage avec ,gnes4 ,c'est une ,gnes o les palais sont des sanatoriums1 fire de rues l'instar de ,paris1 aguichantes et bondes de tout ce qui est inutile4 ,blanche et rose1 ,nice rendue elle-mme1 lave ses fards1 redevient la contadine au fichu bariol444 ,retour4--,nous repassmes par ,nice2 avons long la mer4 ,un court orage humecta l'atmosphre1 lavant toute la poussire qui poudrait la route4 ,dans l'cume des vagues1 joujou de sportsman1 qui a des prtentions belliqueuses pour des combats la ,wells1 un hydravion s'exerait6 ,quand nous parvnmes ,cagnes1 le soleil avait reparu dans un ciel de turquoise plie1 claironnant la fin de la journe2 comme il tait tard1 j'osais peine m'arrter pour saluer ,renoir2 mais j'aurais un remords1 venu si prs1 de n'entrer pas4 ,comment le trouverais-je1 aprs tant d'annes1 le bon conseiller de mes dbuts1 l'ami1 l'encourageant ami dont l'indulgence mon zle obtint de mes parents que je fisse de la peinture1 sans plus d'entraves8 ,il est peu de peintres pour l'oeuvre de qui j'aie eu1 d'abord1 plus d'admiration1 puis des doutes plus cruels1 de nouveau une admiration un peu inquite1 sans toujours me dpartir d'une certaine gne4 ,il faut prendre ,renoir comme un bloc et ne jamais le discuter1 ni l'analyser1 ds que le sortilge du coloriste vous a conquis4 ,jeune homme1 je dus subir ce charme et cette puissance1 peu soucieux de la forme ronde1 molle1 flottante1 qu'il emprisonnait dans de l'mail1 ou tricotait avec des bouts de soie et de laine4 ,j'assistais ses recherches successives d'excution4 ,la premire fois que je le vis peindre1 c'tait ,berneval-sur-,mer1 prs de ce chteau de ,normandie o ,m4 ,paul ,brard lui donnait1 chaque saison1 l'hospitalit4 ,il faisait poser des enfants de pcheurs1 en plein air2 de ces blondins la peau rose1 mais hle1 qui ont l'air de petits norvgiens4 ,il dcorait1 cette anne-l1 des panneaux de la salle manger de ,wargemont et avait entrepris une srie de fleurs1 des graniums surtout1 dans des bassines de cuivre2 tantt1 pour se dlasser1 il faisait du paysage3 alors un travail singulier1 comme d'un pastelliste1 des hachures1 du treillis multicolore1 o les laques envahissaient les bleus et les verts de la confiture de groseille1 disait-on1 mais le temps a fondu dj en une seule surface riche et unie1 d'indiscrtes couleurs dont ,renoir savait1 apparemment1 qu'elles se soumettraient plus tard leurs voisines4 ,le visage de ,renoir tait dj ravag1 creux1 pliss1 les poils de sa barbe clairsems1 et deux petits yeux clignotants brillaient1 humides1 sous des sourcils que cette broussaille ne parvenait rendre moins doux et moins bons4 ,son parler tait d'un ouvrier parisien1 qui grasseye et trane2 chaque phrase tait accompagne d'un geste nerveux3 il frottait1 par deux fois1 son nez avec l'index1 son coude appuy sur l'un de ses genoux qu'il avait toujours1 ds qu'il tait assis1 croiss2 son corps en boule1 et vot par habitude de se pencher vers le chevalet4 ,renoir1 ptrisseur de la chair fminine1 caresse la toile1 comme cette chair mme2 fleurs1 ciels1 arbres1 fruits1 tout est pour lui sujet colloques amoureux1 prtexte satisfaire sa violente sensualit paenne4 ,un sein1 c'est rond1 c'est chaud6 ,si ,dieu n'avait cr la gorge de la femme1 je ne sais si j'aurais t peintre6--a-t-il dit4 ,la nature lui offre des tentations trs prosaques du gourmand4 ,les ,parisiennes1 ses modles d'lection1 trottins1 blanchisseuses1 modistes1 flore mousseuse du ruisseau faubourien1 sont1 dans son oeuvre1 comme des pches1 des pommes et des cerises en une corbeille de fine sparterie2 il tresse des guirlandes de pivoines ples ou cramoisies1 il souffle et en gonfle les ptales1--en ajoute mme1 tant il a de plaisir ce jeu1--jusqu'aux proportions d'normes choux2 des ondes colores1 de plus en plus vibrantes1 autour du ton central qu'il jette comme une pierre dans l'eau1 propagent jusqu'au cadre des cercles mouvants4 ,vous niez ,renoir dessinateur8 ,sans doute1 ,olive1 son dessin n'est pas une ossature1 mais un vtement bigarr1 que son pinceau amplifie quitte trahir le corps4 ,si le corps est nu1 la forme est le plus souvent magnifique de sant1 dbordante de plnitude et l'idal mme du grand amant toujours inassouvi4 ,plus il se dveloppe1 plus ,renoir renforce et nourrit ses volumes1 jusqu' souvent atteindre l'quilibre d'un bas-relief antique4 ,entre la ,grce et le ,x,v,i,i,ie sicle franais1 il btit un temple o1 aprs ses douze lustres de joyeux labeur1 il installera sa ,desse4 ,pygmalion frmit devant son idal incarn3 une ,aphrodite qui est lui3--la ,vnus des bords de la ,seine4 ,son tableau les ,baigneuses1 que j'ai le bonheur de possder 7#ahhi71 marque la fin de la libre course dans les ,bougivals et les ,argenteuils1 annonce1 malgr sa scheresse1 si exceptionnelle dans l'oeuvre de ,renoir1 de nouvelles tendances vers le style4 ,ces ,baigneuses inspires1 comme l'on sait1 par une sculpture de ,coysevox1 sur une fontaine de ,versailles1 se placent juste mi-chemin1 entre les ftes ensoleilles du ,moulin de la ,galette et les ,panathnes du village de ,cagnes4 ,le grand admirateur de ,czanne 7car ,renoir eut pour lui une relle dvotion71 le voil1 lui aussi1 tabli dans ce pays o l'hiver n'embrunit pas les ateliers4 ,j'tais mu1 ,olive1 en attendant la barrire1 au seuil de la proprit4 ,je n'avais pas revu ,renoir depuis si longtemps6 ,il y a quelques annes de cela1 une reprsentation des ,russes1 je fus frapp par la prsence inattendue dans une loge1 d'un manteau et d'une casquette de voyageur1 sur un visage de vieillard qui s'y enfouissait4 ,autour de ce singulier spectateur1 des femmes en robe de bal1 s'empressaient comme des courtisans auprs d'un souverain4 ,je pris ma lorgnette3 c'tait ,renoir avec ,misia4 ,des amis avaient tenu lui offrir le rgal d'un de ces ballets qui enchantent les peintres4 ,depuis lors1 je le savais malade et de plus en plus retir4 ,comment1 malade8 ,celui dont l'oeuvre chaque an s'enrichit1 se renouvelle en une moisson plus copieuse8 ,je n'ai jamais voulu le croire que jeune1 et aprs l'avoir retrouv si tard1 je me demande s'il ne fait pas semblant de ne l'tre plus1 pour nous tonner davantage4 ,son fils1 un bambin1 s'avance ma rencontre dans le jardin2 comme il m'assure que son pre vient d'tre plus malade et ne reoit personne1 je donne ma carte1 et j'allais vous rejoindre dans l'auto1 mais l'enfant ayant lu mon nom1 me dit3--,venez1 venez1 monsieur1 venez voir maman4--,celle-ci n'hsita pas3 je ne pouvais passer si prs et n'entrer point4 ,renoir ne me l'et pardonn4 --,il parlait de vous hier encore1 venez1 vous lui ferez plaisir444 ,elle me poussa devant elle444 ,la villa1 toute gaie1 est mi-cte1 dans des vergers2 une ferme1 une exploitation agricole4 ,renoir se livre la culture de l'oranger4 ,entre les villages de ,cagnes et de ,saint-,paul-du-,var1 une valle fertile1 verdoyante s'tend3 une oasis dans ce pays aux lignes pres qui fait songer1 dit-on1 la ,palestine4 ,les ,alpes1 au loin s'tagent et le soleil en illumine les cimes neigeuses4 ,les premiers plans sont intimes1 ,virgile y aurait crit ses ,gorgiques1 ,renoir peint et peindra les siennes3 lavandires savonnant et tapant la lessive dans le ruisseau1 caracos rouges1 chaperons de paille1 oliviers nains1 qui retombent sur l'eau comme des saules de chez nous4 ,il picote de touches polychromes toutes ces rondeurs1 ces gentillesses la ,paul et ,virginie4 ,il y a du ,bernardin de ,saint-,pierre chez le peintre de ,cagnes2 sa mythologie la bonne franquette se transporte souriante au milieu de ces bergeries la ,longus4 ,je savais de quelles difficults s'accompagne aujourd'hui l'acte de peindre1 pour ,renoir4 ,c'est peine si la main1 noue par les rhumatismes1 peut encore diriger le pinceau4 --,tantt1--me dit madame ,renoir1--il acheva1 en plein air1 un ,jugement de ,pris4 ,enfin1 me voici devant mon vieil ami4 ,il est assis1 protg par un paravent1 immobile et qui regarde une fois de plus le couchant derrire l',esterel4 ,est-ce lui qui1 tout l'heure1 travaillait encore8 ,j'ai envie de l'embrasser1 je balbutie444 ,comment remercier ces tres magnifiques1 nergiques et enthousiastes1 pour la leon qu'ils nous donnent8 ,la maladie ne compte1 pour qui porte en son coeur cette foi1 cet amour d'adolescent4 ,l'art a vaincu la souffrance ou l'ignore4 ,les yeux du septuagnaire de ,provence1 sont encore les mmes que ceux du ,renoir de ,berneval4 ,il n'y a plus que ces yeux dans ce visage immatrialis1 ils sont exquis de bont1 et tels que des primevres dans un pr dnud par le gel4 ,renoir ordonne qu'on me fasse passer par l'atelier2 je prends cong4 ,c'est cette main1 noueuse comme un bois de poirier mort 7je la touche1 mais elle ne pourrait serrer la mienne71 qui emmanche d'une brosse qu'une courroie attache au bras droit1 voque des thophanies1 donne un nouveau galbe au jeune ,anacharsis1 coupe la ceinture des bacchantes et dvoile le sein des ,hlnes4 ,dans des casiers de bois blanc1 les chssis se pressent l'un contre l'autre1 des douzaines de toiles attendues ,paris4 ,pour chacune1 le matre1 aid de collaborateurs bnvoles1 recommence l'exercice indescriptible d'une sance d'aprs le modle4 ,quelqu'un lve1 l'autre baisse le chevalet1 on le pousse droite1 gauche1 selon l'ordre du matre1 pour conomiser les mouvements et les cris de douleur4 ,chaque fois que le pinceau doit tre recharg sur la palette1 c'est un travail1 comme de soulever une pierre4 ,mais l'oeuvre s'achve1 blonde1 sereine1 robuste4 ,l'esprit a triomph de la matire4 ,que n'ai-je os1 vous emmenant avec moi1 chre ,olive1 vous donner la rconfortante vue de ces choses1 de la patriarcale existence d'un artiste dj install dans la gloire6 ,dans la salle1 des hommes1 des jeunes filles2 ces gens semblaient attendre l pour servir1 surveiller1 aider le ,patron4 ,des lves1 des admirateurs8 ,on ne sait qui sont ces satellites2 matres et domestiques1 enfants et adultes1 sont l pour lui1 chacun joue son rle utile et anonyme4 ,et nous ne pmes retrouver votre chauffeur1 ,olive1 car le vin du cru pleins verres tait vers dans la cuisine2 la villa de ,cagnes est une bonne halte4 ,rentrons6 ,aprs-demain1 je serai ,paris2 vous reprendrez vos visites aux bric--brac de ,toulon2 vous achterez des ,vuillemancin4 ,nous nous crirons4 ,,avril #aiad4 ,,notes ,,sur ,,la ,,peinture ,,moderne 7,a ,,propos ,,de ,,la ,,collection ,,rouart#ae7 ,,degas4--,revue de ,paris1 #aiac4 #ae ,deux ventes aux enchres ont dispers la collection ,rouart1 du #i au #ah dcembre #aiab4 ,pour ,paul ,valry4 ,i ,il est de trs inoffensifs rvolutionnaires444 ,nous n'tions pas retourn1 depuis dix ans1 dans l'htel qui porte le deuil de ,m4 ,henri ,rouart4 ,peu avant la dispersion1 sous le marteau du commissaire-priseur1 des oeuvres d'art qui nous attiraient jadis la rue de ,lisbonne1 il fut une fois encore permis d'anciens habitus1 de revoir cette incomparable collection de peintures et de dessins1 accrochs aux murs que nul d'entre eux n'avait plus quitts depuis qu'il y avait trouv sa place4 ,ces appartements1 marqus au coin du second ,empire et dcelant un total mpris de l'arrangement dcoratif comme on le recherche aujourd'hui1 avaient l'aspect un peu nglig des maisons sans femmes2 les cadres se chevauchaient l'un l'autre ou venaient bord bord1 crant une confusion4 ,il fallait prendre de la peine1 pour ne voir qu'une chose la fois et1 l'ayant trouve1 l'isoler1 la mettre en valeur4 ,tout ici1 d'ailleurs1 semblait hors de notre temps1 appartenait des hommes qui pensaient1 parlaient1 agissaient d'autre faon que nous4 ,pt-on laisser intacte cette collection1 comme un muse ,plantin1 pour apprendre ce que fut hier ceux de demain1 qui n'auront pas connu cette race d'amis maniaques de la peinture3 leurs gots1 les ides qu'ils eurent de l'art et de la vie2 et les fils ,rouart nous diraient dans quelles conditions leurs pres ont form leurs trsors1 comment ils vivaient4 ,il y a autant de dissemblances entre ce type d'hommes et les amateurs du ,x,xe sicle1 qu'entre la peinture du milieu du ,x,i,xe sicle et celle de #aiab4 ,aujourd'hui tout s'tale4 ,hier1 on cachait ses biens et ses amours4 ,voici quelques notes1 sans ordre1 quelques rflexions que nous inspire une dernire et trs mlancolique visite la rue de ,lisbonne4 99 99 99 99 99 ,le commencement du ,x,xe sicle aura marqu une sparation brusque entre une certaine manire d'tre artiste pour soi 7qui ne se prolonge plus que comme un malade1 force de soins7 et la condition d'une socit o la peinture semble livre au litige indfini d'innombrables certitudes4 ,a force de tirer sur la chane1 des maillons cdent1 que rien ne ressoudera4 ,pour les traditionalistes1 si le branle-bas sonne au milieu de leur carrire1 et s'ils ne sont pas endormis1 qu'ils collent l'oreille au sol et coutent le bruit de la jeunesse en marche2 curieux1 intresss1 proccups mme2 mais non sans piti pour leurs ans ou leurs cadets1 qui restent impassibles comme des sourds devant une locomotive d'express4 ,il y a des artistes pour qui toute nouveaut est ngligeable et mauvaise2 d'autres qu'attire a priori l'inconnu et qui1 d'avance1 applaudissent mme l'inventeur dont l'exprience infirme la leur4 ,bien peu qui ne se sentent infods un parti et ne deviennent les esclaves d'amitis1 de camaraderies ou d'habitudes4 ,parmi les plus intelligents et les plus fiers1 combien osent confesser leur moi8 ,ils ont peur2 aussi est-ce la louange aussi emphatique que l'insulte1 ou bien le silence pusillanime des timides qu'on dirait tapis dans leurs demeures pendant que les coups s'changent dans la rue4 ,plus rpandue et plus grave encore1 l'indiffrence4 ,elle augmente chaque jour3 l'indiffrence du spectateur1 las d'entendre trop parler d'art1 de voir trop de choses et qui se retire1 mesure qu'on le sollicite plus de se mler aux acteurs et aux auteurs du drame2 car on ne peut longtemps parler de ce qu'on feint seulement de connatre et d'aimer1 et l'on passe vite sur un autre terrain o le pied est plus solide2 enfin l'indiffrence du producteur dont le mouvement devient machinal au milieu des disputes et des thories qui se succdent4 ,j'allais omettre celui qu'ahurit le zle mme de ses suivants1 qui le dpassrent si vite6 ,afin d'aider le public artiste s'y reconnatre1 il serait de saison que ceux qui consacrrent l'exercice de leur esprit l'tude de ces questions d'hier et d'aujourd'hui1 essayassent d'y mettre un peu d'ordre4 levs dans une religion qui priclite1 certains pourraient du moins clbrer les douceurs qu'ils y gotrent1 dplorer la tideur de ses fidles et rappeler ses dtracteurs quels furent son clat et sa beaut4 ,plaidons pour de nobles victimes4 pargnez-les1 messieurs les bourreaux6 ,quelques-uns chrissent encore ces vieilles rues chaque jour menaces1 abattues1 dcor dans lequel ils furent levs1 auquel ils souhaitent qu'on ajoute tout ce que commande la vie moderne1 mais jugent nfaste qu'on anantisse au lieu de construire plus loin4 ,hlas6 le terrain manque2 il faut de plus larges voies1 de l'air1 et1 ct des faades d'un intrt rtrospectif1 celles qui accusent le dispositif intrieur dict par des usages rcents4 ,mais ne nions pas le charme des boiseries sombres et des pignons sans prtention de jadis4 ,fussions-nous enclins prfrer ces choses dsutes la clart des couleurs fragiles et des combinaisons la mode1 il convient qu'une pudeur nous retienne d'en faire trop tat4 ,il est dur d'tre l'expropri d'un bel htel qu'on transformera pour le commerce4 ,la mlancolie de ,chateaubriand est lgitime1 d'embrasser deux mondes et de pouvoir comparer deux sicles dont il est4 ,parfois on prfrerait d'tre n plus tt ou plus tard et s'pargner des doutes et l'inquitude particulire l're prsente4 ,c'est une sorte de devoir1 semble-t-il1 pour ceux qui ont un pied dans deux socits1 de saluer celle qui s'en va1 d'essayer de la rendre comprhensible et aimable ceux qui viennent4 ,l'occasion leur est fournie1 par la mort des deux frres ,rouart1 de revoir comme un album de photographies tout un monde franais1 parisien de bonne souche1 des visages1 des intrieurs1 des runions animes par le plus vif sentiment de l'art1 dans une atmosphre qu'on ne respire plus2 celle o vivaient les modles de ,fantin-,latour4 99 99 99 ,la maison de ,m4 ,henri ,rouart se ferme aujourd'hui aprs celle de ,m4 ,alexis ,rouart4 ,hlas6 les collections fameuses1 comme les terres1 ne passent plus de pre en fils4 ,les fortunes plus fluctuantes1 l'humeur changeante1 un dsir immodr d'essais1 d'aventures1 de voyages1 les distances abolies par des moyens de transport rapides et divertissants1 nous dsaccoutumrent de la stabilit4 ,des tribus sans cesse en migration emportent avec elles et dposent le long de la route1 au hasard des relais et des rencontres1 leurs fragiles possessions4 ,un objet1 si prcieux soit-il par lui-mme1 ou par des souvenirs qui devraient tenir la chair de son propritaire1 qui sait o il ira8 ,nulle oeuvre que nous puissions croire destine se dtruire normalement sur le coin de terre pour lequel l'artiste la cra4 ,mlancolique destin des pierres de nos glises1 des meubles de nos chteaux1 de nos portraits d'aeux et de nos parchemins qui1 chaque jour1 passent la frontire ou l',ocan1 perdant de ce fait la plus belle part de leur sens et de leur valeur profonde de racine4 ,reconnaissons avec gratitude la contre-partie de cette migration quotidienne3 des tres gnreux ou peut-tre mus par un dsir d'attacher leur nom quelques glorieux noms d'artistes1 et pour laisser une trace d'eux-mmes1 comme l'acteur en qute de photographes ou de biographes fin de se prolonger aprs que sa voix se sera tue1 des collectionneurs magnifiques lguent aux muses des trsors inestimables4 ,mais la spculation et la monte scandaleuse des prix offerts pour les oeuvres d'art classes1 rendent souvent irralisable le dsir d'un collectionneur4 ,il faudrait que celui-ci ft toujours un clibataire6 ,oui1 mais il y a plus3 lguer une collection l'tat n'est point un geste simple faire4 ,vous ne savez jamais qui dcidera de l'acceptation ou du rejet de votre don1 quel esprit inspirera les ,comits dont dpend l'avenir de votre legs--du moins dans notre pays de ,france4 ,je me rappellerai toujours les pathtiques prcautions et les craintes touchantes dans leur exagration1 celles de ,m4 ,degas1 alors qu'il combinait les systmes les plus extravagants afin d'hospitaliser1 de son vivant1 les toiles et les dessins d',ingres1 les ,delacroix1 les ,manet et autres pices choisies avec une admirable sagacit pour sa plus intime satisfaction4 ,tout plutt qu'une vente publique1 de ses tudes1 de ses cartons pleins de chefs-d'oeuvre4 ,nous n'avons pas un vrai ,muse moderne2 on sait les lenteurs administratives construire un nouveau ,luxembourg4 ,quant au ,louvre1 il faudrait qu'il pt s'tendre en tous sens4 ,des grincheux se plaindraient d'un norme cimetire au coeur de ,paris1 dont les manations vicient l'air4 ,vous savez le lieu commun sur le muse-tombeau4 ,les muses ont1 du moins1 des vitrines gardes6 ,la ,joconde8444 dira-t-on4 ,les gardiens somnolent444 ,oui certes2 la ,commune de #ahga a failli incendier le ,louvre4 ,une guerre est craindre444 ,les dangers sont partout4 ,l'cole des futuristes1 dans un retentissant manifeste1 a demand la fermeture des muses ou leur suppression par mesure d'hygine4 ,tout ce qui date1 tout ce qui a dur est dsormais menac dans un monde qui bille d'ennui et voudrait oublier son pass4 99 99 99 ,si l'htel ,henri ,rouart tait devenu un muse1 nos esprits il et donn une direction et des assises4 ,les collections ,henri et ,alexis ,rouart ne devraient point quitter la ,france4 ,nous avons eu l'espoir pendant quelque temps de garder parmi nous1 dans son intgralit1 celle de ,henri1 grce la pit unanime de ses enfants4 ,puisque tout arrangement fut impossible1 disons adieu tant d'oeuvres d'art qui sont l'honneur de notre ,x,i,xe sicle4 ,pour ceux qui ont connu ces messieurs ,rouart1 et plus1 fait partie de cette classe de vieux ,parisiens1 grands bourgeois1 artistes1 les images et les souvenirs qu'voque leur nom seront doux et prcieux4 ,avec ces amateurs l'ancienne manire1 disparaissent peu prs les derniers d'une gnration forte et l'on saura peut-tre plus tard l'importance du rle qu'ils auront utilement jou dans notre pays4 ,bientt la trace s'effacera des ,marcotte1 des ,f4 ,moreau1 des ,dutuit1 des ,tomy ,thierry1 des ,doria1 continuateurs des ,lacaze2 et sous la rue des milliardaires irresponsables d',amrique1 aussi bien que de la nouvelle aristocratie industrielle et financire d',allemagne et de ,russie1 le type si agrable du modeste chasseur de peinture sera ananti1 du chasseur ddaigneux des rabatteurs et de l'appareil un peu thtral qu'exhibe le propritaire de ,seine-et-,marne pour abattre beaucoup de pices1 sans quitter presque la salle o il mange dans de la vaisselle plate4 ,aujourd'hui1 les gens du monde1 les plus authentiques aristocrates1 s'ils n'ont pas hrit1 avec les portraits d'anctres dont ils se sparent d'un coeur lger1 une ample fortune1 non seulement se font marchands de curiosits1--mais intermdiaires4 ,dans une socit o tout est vendre1 d'aimables gens de cercle1 jadis contempteurs de tout1 hormis les sports1 accourent1 le monocle l'oeil1 tchent de distinguer un ,fragonard d'un ,dubufe le pre1 au premier appel d'une famille dans la gne et que tente l'appt d'une grosse somme4 ,ils accourent pour se charger de placer le chef-d'oeuvre et tendre la main4 ,peut-tre1 d'ailleurs1 l'ducation de ces singuliers professionnels 7inavous67 se fera-t-elle avec le temps4 ,les ventes clbres1 les catalogues illustrs1 l'incessante rclame des marchands qui publient les cotes d'une nouvelle ,bourse artistique3 voil plus que de ncessaire pour se faire une opinion de club4 ,il y aura1 cependant1 cet obstacle se prononcer sur des ouvrages un peu anciens3 les pedigrees dont on se munissait nagure seront fausss ou l'on en fabriquera1 comme on fabrique des meubles anciens1 des ,boucher et des ,gainsborough4 ,le public commence s'inquiter4 ,les originaux qui1 dans les familles1 furent dj remplacs par d'adroits fac-simile1 seront bientt confondus avec ceux-ci et de successives copies1 de moins en moins fidles1 tiendront sur les panneaux du salon la place de l'anctre1 exil aux ,amriques4 ,chacun sait qu'il y a dans le ,paris moderne trois catgories de peintres3 #a ceux qui font du no-impressionnisme et en vivent plus ou moins bien1 mais clbres ou en passe de le devenir2 #b ceux qui languissent1 attachs l'acadmisme2 #c les plus habiles1 qui prfrent l'incognito1 et travaillent la manire des matres--sans signer4 ,je connais en province un brave notaire tout fier de possder un faux ,corot qu'il tient d'un parent ami intime du matre4 ,ici l'histoire et la vrit sont dans des rapports mystrieux1 mais comment le dtromper1 l'excellent homme8 ,je ne m'tonne plus de ce que me disait un rparateur auquel j'avais port un pastel nettoyer4 ,ne l'ayant pas trouv chez lui1 j'avais d crire l'objet de ma visite sur une feuille imprime1 que je remis un serviteur en habit et cravate blanche4 ,le rparateur venant ensuite chez moi me demanda si1 en l'attendant1 j'avais jet un regard sur les murs de son appartement particulier4 ,comme j'excipais de ma discrtion1 il me pria de revenir dans son somptueux rez-de-chausse1 qu'gayent ses enfants1 de charmantes jeunes filles souvent au piano1 et de prendre la peine de considrer sa collection3 ,il n'y a pas un de mes tableaux--dit-il--qui ne soit l'oeuvre de mes jeunes artistes1 monsieur1 et vous devez avoir eu plusieurs d'entre ceux-ci parmi vos lves4 ,ils sont assez pratiques1 maintenant1 pour prfrer une carrire lucrative aux difficults o s'nervent des garons plus ambitieux4 ,et comme je lui exprimais mon dgot1 qui le faisait rire1 il ajouta3 ,je ne trompe personne2 je ne les vends pas1 ces arrangements1 pour des originaux4 ,plus tard1 au loin1 ce qu'ils deviennent444 serait-ce nous de nous le demander8 ,mais si ce rparateur ne veut rien savoir2 ce que deviennent ses faux1 nous1 nous le savons4 ,ils peuplent les collections et achvent de semer le soupon dans l'me dj trop inquite de ceux qui collectionnent4 99 99 99 ,les frres ,rouart taient des ingnieurs1 anciens lves de l'cole ,polytechnique2 ,henri1 l'an1 celui dont nous dplorons que l'admirable galerie soit mise en vente1 gagna dans l'industrie une fortune dont il fit l'emploi que vous savez4 ,il se destinait au mtier des armes et comptait faire1 en amateur au moins1 de la peinture1 pour laquelle il avait un got trs vif et des dispositions2 tel semblait tre son avenir1 si des vnements ne l'eussent plac la tte d'un tablissement mtallurgique1 ensuite prospre sous son intelligente direction4 ,on cite de lui plusieurs dcouvertes dans l'ordre de la mcanique4 ,il apporte aux problmes de la science nouvelle--crit ,m4 ,arsne ,alexandre dans une excellente tude--le mme instinct prcurseur qu'il a prouv l'gard des questions artistiques4 ,c'est ainsi que successivement1 les applications du froid1 les tubes pneumatiques pour la correspondance1 les moteurs gaz et ptrole1 attirent ds la premire heure ses facults d'invention et de comprhension4--,sa vie active a t voue la science1 sa vie idale s'est complue dans l'art--harmonie que l'on voyait jadis couramment1 ajoute ,m4 ,alexandre4 ,en effet1 c'est l un des traits si significatifs des gnrations qui nous ont prcds4 ,j'ai connu nombre d'amis de mon pre dont le principal souci tait la musique et la peinture1 quoiqu'ils fussent1 quant elles1 d'une modeste rserve1 dans leurs entretiens1 par une jolie crainte1 si souvent dnue de fondement1 de parler d'art la lgre4 ,ils taient respectueux1 parce qu'ils comprenaient et sentaient1 mais ils vitaient le jargon d'atelier pour ne pas assumer un ridicule si frquent parmi nous4 ,les convives de ,m4 ,henri ,rouart taient presque tous d'anciens polytechniciens1 ingnieurs1 officiers d'artillerie1 ou des industriels comme leur hte2 et ces messieurs avaient l'habitude de la prcision1 ils taient des spcialistes dont le langage technique1 les connaissances scientifiques1 l'esprit d'ordre et de discipline plaisaient tant ,m4 ,degas4 ,aux dners du mardi1 ils coutaient ,m4 ,degas3 ces hommes de la partie coutaient l'homme de la partie4 ,passionn d'art1 ,m4 ,henri vcut l'poque o1 avec quelques moyens1 il tait encore possible d'acqurir des tableaux1 sans avoir passer par l'intermdiaire1 professionnel ou non4 ,henri et ,alexis1 lis avec ,m4 ,degas dont nous parlerons tout l'heure1 durent connatre la plupart des grands artistes de leur poque2 et quelle poque fut la leur6 ,ces ,messieurs se trouvrent au milieu de l'cole dite de ,fontainebleau1 assistrent la fin de l'cole de #ahcj1 l'apparition des ,impressionnistes1 puis celle de leurs continuateurs4 ,c'est--dire que la plus race production du gnie franais1 ils l'ont vue clore4 ,ingres1 ,delacroix1 ,th4 ,rousseau1 ,barye1 ,decamps1 ,diaz1 ,corot1 ,j4-,f4 ,millet1 ,daumier1 ,degas1 ,renoir1 ,manet1 ,puvis de ,chavannes3 voil quelques-uns de ceux qu'ils ont connus1 d'abord contests et ignors1 puis montant vers la gloire2 et c'est dans le grenier de ces peintres-l que les ,rouart firent leur choix1 paisiblement1 sans la fivre ni le trouble de leurs continuateurs4 ,ils collectionnrent1 comme des peintres fortuns1 pour leur joie et leur instruction4 ,l'htel ,drouot1 o ils passaient tous les jours1 si l'on considre ce qu'il est encore aujourd'hui pour les fureteurs qui savent voir et qui ont les loisirs du pcheur la ligne--fut l'abri temporaire d'inpuisables viviers4 ,la rue ,laffitte1 ,durand-,ruel1 comme les magasins borgnes de ,montmartre1 surtout les ateliers d'artistes1 les meilleurs en relations avec les ,rouart3 voil une vaste zone d'exploration4 ,le tout est qu'on ne se disperse en de vaines curiosits et d'avoir un got dtermin4 ,or les deux frres1 sans tre exclusifs1 avaient de fortes prfrences1 je dirais1 des vices4 ,alexis1 tout dvou aux petits matres de #ahcj--peintres1 graveurs1 sculpteurs1 la cramique et la gravure chinoise et japonaise2 ,henri1 le peintre amateur1 se cantonnait dans la peinture et le dessin4 ,comment dfinirons-nous ce qu'il appelait un tableau8 ,eh6 quoi8 simplement3 ce qui est de la peinture et ne veut tre que cela4 ,celui qui a le sens inn de la peinture1 s'il commet des erreurs1 elles ne sont jamais btes4 ,son intrt se portera peut-tre quelquefois vers des pices de moindre valeur1 pour une simple qualit de vision ou de coloris2 mais il sera toujours en garde contre les faux-semblants et les charmes phmres des laurats du ,salon et des gros succs de presse4 ,on serait tent de dire qu'au temps des ,rouart1 il n'y et encore que deux genres2 le succs acadmique tait celui de la seule mauvaise peinture1 des toiles qui racontent une histoire amusante1 touchante ou noble1 dans une langue banale--le reste 7la bonne peinture7 tant la cible du public4 ,au choix du collectionneur s'offrait un espace plus circonscrit qu'il ne l'est devenu1 o l'on ne s'attendait point rencontrer chaque pas un jeune matre en herbe4 ,le collectionneur savait o il allait1 sans tourment la pense qu'aprs tout1 il y a peut-tre du gnie dans une tache1 dans une intention4 ,on se faisait d'une peinture une ide trs dfinie2 une certaine correction grammaticale tait de rigueur4 ,les gnralits extra-picturales1 on s'en souciait peu2 on tait ignifug contre le terrible snobisme et peu dfiant de son propre instinct4 ,le problme avait moins de facteurs qu'aujourd'hui2 il se bclait beaucoup moins de tableaux1 il y a trente ans1 et les thoriciens ne primaient point le peintre4 ,deux ou trois toiles de ,czanne1 dans l'htel de la rue de ,lisbonne1 signalent la clairvoyance de ,henri ,rouart2 mais son fils ,louis me dit que son pre1 charm par les dons du coloriste1 n'y attachait pas trop d'importance4 ,je me rappelle en effet1 comment on discutait alors ,czanne4 ,a part ,renoir1 je ne crois pas que les ,impressionnistes aient prvu l'avenir de l'tonnant peintre d',aix4 ,ils n'taient pas des thoriciens4 ,ceci m'amne parler d'un homme que j'aime et que j'admire1 mon confrre ,m4 ,maurice ,denis2 son livre ,thories1 remarquable par le fond et la forme1 est d'un grand artiste et d'une intelligence merveilleuse1 mais il est fort dangereux--comme aurait dit ,m4 ,ingres4 ,denis s'est fait une ,thorie logiquement issue de son talent et applicable son oeuvre4 ,sa fertile moisson de dcorateur et d'incomparable illustrateur est l qui nous l'atteste4 ,mais la charge fond contre l'imitation1 dada des no-impressionnistes1 aboutirait des formules o la raison seule interviendrait1 ou un art strictement ornemental et dcoratif1 peine diffrent de celui des ,persans et des ,chinois4 ,ce serait la fin du tableau comme l'ont conu les hommes de notre race sensible4 ,le plus exact rendu des objets3 c'est ce quoi s'appliquent les ,grecs1 les ,romains et les ,occidentaux en particulier4 ,des exemples historiques si connus qu'il serait oiseux de les rappeler ici1 abondent chez les auteurs4 ,depuis le collge nous les savons4 ,le trompe-l'oeil date de l',antiquit4 ,les ,italiens du ,x,v,ie sicle s'y dlectent et le dcor architectural en tire de trs heureux effets4 ,or c'est contre l'imitation que les susceptibilits doctrinales du no-impressionnisme se dclarent4 99 99 99 ,la collection ,h4 ,rouart aura t l'une des dernires passer sous nos yeux1 et que ne dshonora nulle trace de complaisance la mode1 d'un dsir de paratre audacieux1 averti1 avanc1 fauve4 ,le bourgeois franais qui la forma1 qui aurait pu tre peintre professionnel et dont la vie avait fait un mtallurgiste1 n'tait pas un homme d'argent1 et qui achte des oeuvres d'art ainsi que des valeurs de bourse4 ,ces braves gens-l avaient de la tendresse--qu'ils cachaient souvent comme l'objet de cet amour--pour des tableaux1 pour des bibelots4 ,je crois que tous les matres de la galerie ,h4 ,rouart furent sans thories1 sans manifestes1 et leurs oeuvres sont d'avant l'heure o le peintre devint conscient et commena de tenir plus ses ides qu' l'acte joyeux de peindre1 sans obir d'autres ordres que ceux de son instinct4 ,d'o cette diversit1 et certain air de famille aussi1 chez des artistes d'une mme ducation4 ,vous lasserez-vous moins vite de la palette monotone des no-impressionnistes et de l'unique emploi des tons complmentaires ou systmatiquement diviss8 ,le jour o ,gauguin ramena le tableau au brutal coloriage d'un ,calvaire breton ou d'un jouet russe1 plus de toiles de chevalet1 et le beau mtier de peintre tombe en dsutude4 ,que l'on ne dise plus1 de grce6 que notre technique1 sre dsormais d'tre infrieure celle des matres1 il est inutile de s'en proccuper2 si l'on a dcrt cela1 ce fut dans les premires heures d'une allgresse nouvelle de nophytes4 ,la nouveaut des effets subtils qui frappaient une rtine ultra-sensible1 enivra des hommes librs rcemment de vieux idaux2 leur hte rendre des mouvements et une qualit de lumire tenus pour extra-picturaux par leurs prdcesseurs1 leur prsomption d'initiateurs encenss par la camaraderie et la littrature1 la ncessit de se singulariser tout prix3 voil ce qui1 en quelques ans1 fit du peintre cette sorte de monstre qu'il est devenu4 ,la vie et le rle de l'artiste actuel sont d'un hallucin4 ,il ne lui reste plus rien des conditions naturelles du peintre4 ,la socit lui demande de produire des oeuvres pour lesquelles il n'y a l'emploi1 d'o rapide transformation en une sorte de dcorateur tapissier1 que rend mdiocre la mdiocrit de son employeur et de l'habitacle moderne4 ,je ne jetterai pas la pierre ceux qui ramenrent notre art vers des proccupations nouvelles1 vers un got des couleurs pures et dcoratives4 ,mais il semble que la peinture actuelle soit1 plus qu'aucune autre1 un mode d'hallucination 7comme dit ,m4 ,denis7 o l'on veuille mettre trop d'esthtique1 o le calcul1 la mathmatique se glissent malencontreusement4 ,cette menace ne sera-t-elle pas plus alarmante1 mesure que la raison voudra contrler1 pis encore3 rclamera des thories8 ,ici se pose nous un problme dont nous pouvons peine entrevoir la solution1 dans le tohu-bohu de nos incessantes rformes4 ,et c'est en considrant le calme o il semble qu'aient produit nos prdcesseurs l'poque des ,rouart1 que l'on dplore davantage notre trouble et notre trpidation4 ,on ne saurait trop insister sur ceci3 de nos jours1 il n'y a plus d'opinion en matire d'art4 ,celle des peintres est plus que suspecte1 elle est tenue pour nulle par cette meute de critiques professionnels ou d'hommes de lettres-critiques qui reoivent une demi-information du peintre qu'ils expliquent ensuite lui-mme4 ,artistes1 critiques d'art1 marchands de tableaux1 amateurs et financiers1 runis en un syndicat de publicit et d'affaires1 prcipitent la droute2 et bientt s'ouvrira une re de dsintressement total de l'art1 et d'industrialisme1 d'o l'artiste sera chass comme un parasite indiscret et encombrant4 99 99 99 ,dans la galerie ,henri ,rouart1 tout tait serein et lucide1 logique1 stable et rassurant4 ,je ne devrais pas dire galerie1 car les innombrables cadres1 presss l'un contre l'autre dans cette maison si vieux-jeu1 semblaient faire corps avec le mur et les meubles4 ,l'argent dpens par le richard de la veille ne donnera pas cet attrait charmant des chambres o chaque chose a son histoire dans la famille4 ,les tableaux chez les frres ,rouart1 on sentait qu'ils taient comme des parents aims1 mais discuts4 ,ce n'taient pas des numros de catalogue1 des pices de vitrine1 ni ces fantmes de livres prcieux1 dans des bibliothques-cercueils o l'on dirait que le dos de la reliure compte plus que le texte4 ,le long de l'escalier1 de la basse cimaise jusqu'au plafond1 des tages de cadres ternis1 canaux4 ,une soixantaine de dessins ou pastels de ,j4-,f4 ,millet4 ,avec ,corot1 ,daumier et ,m4 ,degas1 notre cher ,millet fut au plus prs du coeur d',henri ,rouart--et quel plus tendre compagnon pourrait-on s'lire8 ,pourtant le nom de ,millet aura connu les oscillations de la mode4 ,une gloire tardive1 aprs les pires angoisses1 gloire dj plie1 et suivie d'une pdante ingratitude4 ,millet commence d'ennuyer1 avec sa palette monotone2 on le trouve sentimental1 terne et un peu factice6 ,or1 pour le ,franais de l',ouest1 s'il jouit du bienfait de la vie aux champs1 point une minute de la journe1 de chaque saison1 un geste ni une figure de ,normand2 et point d'arbre1 de haie1 d'instrument aratoire qui ne s'embellissent de la sainte onction et de la majest que ,j4-,f4 ,millet leur a dparties4 ,il semble que ce matre peintre soit un des plus grands classiques de notre race4 ,il eut tout pour lui3 l'imagination1 la sensibilit1 une me de pote et une forte intelligence directe 7lisez ses lettres76 et dou si magnifiquement pour la plastique1 qu'on ne sait s'il n'et fait un aussi beau sculpteur qu'un peintre4 ,a l'huile8 sa matire est prcieuse1 robuste et dlicate comme celle des ,hollandais et pourtant l'excution est moderne1 vibrante1 aux tons plus savamment ponctus que ceux de ,pissarro1 parfois diviss4 ,sans doute sa couleur est souvent roussie ou grise4 ,m4 ,signac qui s'autorise de ,delacroix pour pointiller et diviser des tons de chromo-photographie1 des confetti niois1 l'auteur du plus rcent manifeste post-impressionniste1 reprochera ,millet de l'attrister et de n'tre pas dcoratif4 ,non1 ,millet n'est pas dcoratif dans le sens actuel de ce mot4 ,mais n'est-il pas plus que cela8 ,tel que les autres artistes de la collection ,h4 ,rouart1 ,millet ne prtendait qu' exprimer dans un cadre1 ses joies1 sa sympathie1 ses tristesses1 son motion en prsence de l'homme rural1 son frre4 ,tant que nos semblables auront un coeur pour s'mouvoir des inquitudes du paysan1 de son labeur sur la terre exigeante1 sous le ciel menaant2 tant que l'aube1 midi1 le crpuscule du soir auront un sens pathtique1 comment ,j4-,f4 ,millet saurait-il tre contest8 ,son oeuvre1 touchante comme sa vie1 est1 plus que ses modles si prs eux aussi de la nature1 une synthse de la nature elle-mme4 ,il a supprim les dtails secondaires1 pour faire un bas-relief dont le style nous fait songer l'antique4 ,on voudrait pouvoir s'tendre sur le cas de ,millet4 ,l'indiffrence d'une notable partie du public artiste son gard nous dsesprerait1 si nous ne nous rappelions qu'il faut au moins un demi-sicle aprs la mort d'un gnie--un gnie reconnu de son vivant1 ft-ce trop tard--pour que l'on rapprenne le vnrer4 ,il n'est pas une des phrases courantes du critique contemporain sur ,czanne1 dont on ne puisse dcrire ,millet2 mais pour ,czanne1 afin de mettre en vidence ce qu'il a parfois de suprieure navet1 pour ne voir que sa noblesse1 on ferme les yeux sur ses dfaillances1 tandis que pour ,millet1 matre ouvrier qui se ralise au total dans un tableau complet comme dans un croquis au crayon noir1 sa perfection se dresse entre lui et nous1 telle qu'une grille entre le religieux clotr et ses parents4 ,je rapproche ces deux noms dessein1 parce qu'il me semble que l'appellation de grand classique1 devenue banale1 chaque fois que revient une toile de ,czanne dans une exposition1 le mot classique 7si utile dans les manifestes et les doctrines du post-impressionnisme71 nul peintre qui ne le portt mieux que ,millet4 ,poussin1 autre nom-bouclier d'avant-garde1 n'est-il pas un anctre de ,jean-,franois8 ,tant pis pour ceux que ne touche plus la symphonie pastorale de ,j4-,f4 ,millet4 ,nulle part je ne l'ai mieux entendue que dans l'htel de la rue de ,lisbonne1 la dernire visite que j'y fus4 ,m4 ,henri ,rouart1 malade et pouvant peine se lever d'un fauteuil qu'entourait la famille anxieuse du vieillard1 tint me reparler de ,millet1 et s'appuyant sur mon bras1 se trana jusqu' un coin obscur o il alluma une bougie1 pour me montrer un tout petit dessin dont j'avouais ne pas me souvenir4 ,ce jour-l1 plus encore que de coutume attir par des vues de ,rome par ,corot et par sa ,femme en bleu1 avais-je cout plus froidement certain discours mu sur le moderne ,virgile8 ,je ne m'en souviens4 ,mais je parus tide au matre de la maison1 dont le ton ne permettait point une pareille inconvenance1 et heureusement je me ressaisis4 ,pas une de ces feuilles d'album1 nul de ses lgers croquis l'encre ou au crayon ,cont1 qui ne soit un tout construit1 ralis4 ,agrandi la lanterne magique1 le dessin de ,millet1 loin qu'il se dforme1 prend plus de force encore et de cohrence4 ,ses paysages ne sauraient tre mis en parallle qu'avec les pointes sches de ,rembrandt4 ,est-ce du trompe-l'oeil8 ,non1 mais c'est si caractris1 si dfini1 vu d'un oeil si juste6 ceci est un bouleau2 l1 c'est un htre2 derrire ce htre1 le dme des marronniers autour du manoir normand1 dont on pourrait reconnatre la brique1 le grs1 le silex4 ,pourtant1 comme cela est libre1 large1 synthtique6444 ,un autre matre de la galerie ,rouart1 ,barye1 aussi remarquable dans ses gouaches et ses tudes dessines1 que dans sa sculpture1 s'apparente aux mdailleurs grecs et florentins4 ,ses fauves sont si savamment copis1 que parfois dans un dessin au trait1 le model1 l'paisseur de l'animal1 son poil1 sa couleur presque1 ses zbrures sont suggrs par la justesse de ce trait4 ,il fallait voir encore ,daumier1 chez ,henri ,rouart3 ,delacroix1 ,millet1 ,barye et ,daumier1 les vices du collectionneur4 99 99 99 ,cette galerie fut1 bien auparavant1 l'occasion d'une scne que je me reproche encore d'avoir provoque4 ,fritz ,thaulow ne connaissait de la peinture que les oeuvres des deux ,salons4 ,quant aux muses1 ils attristaient ,fritz4 ,les rapports taient donc embarrassants avec lui1 ds qu'on souhaitait plus que de jouir paisiblement de son exquise cordialit4 ,ce ,wotan scandinave tait un enfant4 ,heureux de ses succs1 dans toutes les parties du monde expdiant des paysages enlevs en quelques coups de brosse pour les pinacothques et les collections particulires1 le bon ,thaulow tait trop dcor1 trop assis dans la gloire pour s'tre inquit sur son propre mrite4 ,mais vers la fin de sa vie1 ,thaulow eut le malheur de vouloir enfin connatre ce que nous appelions peinture et qui jamais ne semblait dsigner ni la sienne ni celles des laurats des concours internationaux4 ,les mots de ,m4 ,degas rpts devant lui l'nervaient1 car il devinait du mpris et un blme pour ce dont il tait la plus mondiale personnification4 ,alors il me pria de lui faire voir de la peinture1 et1 un mardi1 je l'accompagnai chez ,m4 ,henri ,rouart4 ,ds l'entre1 il ne put retenir cette exclamation3 --,planche6 vous n'aimeriez pas vivre dans cette maison6 comment1 vous dites que ,m4 ,rouart est un homme de got8 ,mais regardez ces meubles1 ces tentures1 comme chez un dentiste444 les murs sont prune1 les toffes sont chocolat2 et ces lampadaires dors8 ,non1 ,planche1 cela c'est de la province et du ,louis-,philippe4 ,thaulow se croyait l'avant-garde4 ,entre ,munich1 ,berlin1 ,copenhague1 il s'tait fait une conception de l'ameublement dont le salon d'automne de #aiab rvla aux ,pouvoirs publics les teutonnes audaces4 ,mettez un tableau de ,delacroix dans une chambre modern-style1 et vous saurez incontinent qu'un foss s'est creus entre l'art de nagure et l'art d'une socit en formation4 ,thaulow 7le beau-frre de ,gauguin67 tait bat devant les plus violentes recherches de couleur4 ,les tons vifs et frais le charmaient1 comme les verroteries les sauvages4 ,j'insinuai mon cher ,thaulow que certains meubles taient signs ,jacob1 que ,jacob le fameux bniste tait l'aeul de ces messieurs ,rouart4 ,thaulow erra dans le vaste atelier o ,m4 ,rouart avait peint au milieu des ,chardin1 des ,corot1 des ,goya et des ,greco4 ,la copie par ,degas de l',enlvement des ,sabines du ,poussin et le ,pote de ,delacroix1 firent dborder l'amertume de ,fritz1 qui dit3 --,si c'est cela de la peinture je puis bien me pendre4 ,tout cela est prune6 7brun74 ,thaulow ne se pendit pas4 ,mais1 dater de cette visite1 s'inquita2 il voulut faire de la peinture et il mourut mcontent1 soucieux4 ,il y a des choses qu'on ne dit pas aux enfants4 ,j'ai plusieurs fois parcouru la collection ,rouart avec des trangers que l'esprance de voir du ,degas excitait1 et1 s'ils taient francs1 la plupart s'avouaient dus4 ,c'est que1 dans son ensemble1 cette collection avait un aspect sombre et srieux auquel on n'est plus accoutum4 ,mises part quelques oeuvres de l',amricaine ,mary ,cassatt1 qui doit l'amiti de son matre1 ,degas1 l'honneur d'y avoir t admise1 l'ensemble tait purement franais et de ce style qui tonne et loigne par ses qualits mmes1 par son maintien austre4 ,non1 les personnes dsireuses de choisir quelques coloriages propres orner une demeure moderne1 n'taient pas allches2 ,corot lui-mme les rfrigrait par la merveilleuse srie des vues d',italie et autres tudes datant plutt de sa jeunesse et pourtant de la mme main qui1 plus tard1 enlevait trop rapidement ces paysages flous et trop gentils1 lesquels montent1 en tous pays1 des prix fantastiques3 le ,corot de la collection ,chauchart1 le ,corot qui voisine sous les lambris dors1 avec ,ziem1 ,meissonier et ,henner1 enfin les ,corots chers1 ,m4 ,rouart les vita1 tant trop artiste pour ne leur prfrer ces petits prodiges de vrit1 de dlicate posie du matre au seuil de la popularit4 ,ces ,corot de #ahcj #ahhj1 les muses les recherchent aujourd'hui2 mais le temps n'est pas loin o l'on n'en voulait pas4 ,fritz ,thaulow n'avait assez de sarcasmes pour certaine fabrique sous un divin ciel bleu d'aot1 qui claire le cabinet o j'cris ces lignes4 ,le propritaire de cette fabrique avait command ,corot1 en #ahca1 deux tableaux de mme dimension1 deux pendants3 l'usine de ce filateur de ,beauvais1 et la fameuse ,cathdrale4 ,l'usine fut la porte de mes modestes ressources2 pour la ,cathdrale1 le marchand savait qu'il ne manquerait de la caser plus avantageusement2 mais c'est moi qui possde le chef-d'oeuvre3 un ciel aussi lumineux1 aussi transparent qu'un ,fra ,angelico1 fait d'on ne sait quelle matire prcieuse1 de turquoise peut-tre4 ,sous cet azur immacul1 un jeu de lumire inanalysable change en un crin de plusieurs ors1 les pignons et les toits d'une sorte de caserne banale2 quelques personnages sont assis ou se promnent sur la place provinciale o s'tendent de longues ombres limpides4 ,je juge les soi-disant connaisseurs leur attitude en prsence de mon ,corot4 ,les ,hollandais seuls et les ,franais du temps des frres ,rouart ont fait vibrer cette corde-l4 ,c'est une musique la franaise1 claire1 mlodique1 mais si discrte1 si intime1 qu'elle risque de ne pas se faire entendre4 ,aussi bien est-ce cette musique de chambre1 qui sonnait si juste dans l'htel de la rue de ,lisbonne4 ,rien de surprenant ce que des visiteurs venus de loin sans bagage1 fussent1 sur le seuil un peu tristes4 ,les oeuvres d'art1 les meubles1 les tentures1 comme les habitants1 avaient le caractre du ,paris qui s'en va4 ,libre vous de ne pas le regretter4 ,il vous et t moins accueillant que le ,paris cosmopolite d'aujourd'hui--mais ne lui refusez pas le mrite d'une pre saveur4 ,,ii ,l'utopie du ,progrs a mis un bandeau sur toutes les intelligences4 ,,renouvier1 ,derniers ,entretiens4 ,aprs la fermeture des ,salons du printemps--combien de fois ne vous a-t-on fait cette question3 ,o vont tous ces tableaux8 ,d'o viennent-ils8 ,qu'esprent1 quoi tendent ceux qui les exposent8 ,n'est-ce rien qu'un plaisir1 un sport1 puisque c'est si rarement un mtier lucratif8 ,la pense ne prend sa valeur totale que sur le papier1 crite1 quand1 de vague1 il lui faut devenir prcise1 ou s'vaporer en quelque sorte3 preuve la plus concluante laquelle nous puissions soumettre notre cerveau4 ,l'acte de peindre1 pour des tres intelligents1 est une preuve analogue1 et qui se mle1 comme pour le pianiste1 la satisfaction d'un exercice physique o le corps est engag comme l'esprit4 ,elle matrialise la pense1 lui donne une forme que nos sens contrlent4 ,elle grave dans la mmoire1 le contour et la couleur des sites qui se droulent devant nous1 le volume des tres et des choses4 ,l'acte de peindre1 dessiner ou crire est un adjuvant mnmotechnique4 ,aussi bien1 les arts graphiques auraient leur place dans un programme rform de classes pour les enfants1 au mme titre que l'criture4 ,en couvrant une feuille de papier horizontale de lettres1 afin de m'exprimer moi-mme1 ou si je reproduis l'apparence des objets sur une surface verticale1 au moyen d'un jeu de signes qui suggrent le volume de ces objets1 j'ai la conscience de pntrer plus avant dans la connaissance de l'univers dont je fais partie1 et ceci est mon droit4 ,je ne commence dpasser ce droit1 que si je soumets aux autres ces devoirs d'lves4 ,or ces devoirs vont aujourd'hui chez le marchand de tableaux et aux expositions4 ,avant la photographie et la carte postale1 le voyageur tenait1 soit un carnet de poche1 journal relu plus tard en famille1 ou un album de croquis de route4--,cela tait charmant4 ,parmi les incomparables dessins choisis par les frres ,rouart et signs des grands noms de l'cole franaise du ,x,i,xe sicle1 maint lger feuillet ne semble pas avoir eu d'autre ambition4 ,laissons les crayons1 trs pousss1 de ,j4-,f4 ,millet4 ,la plupart d'entre ceux-ci prcdent des peintures l'huile ou des pastels1 qui en donnent la formule dfinitive4 ,degas a dit que ces dessins rehausss1 d'aprs lesquels tait peint le tableau1 n'taient pas tachs en peintre et ne se prtaient pas au jeu d'une riche et chaude palette1 comme ceux d'un ,delacroix4 ,le cavalier qui lutte1 sur sa monture essouffle1 contre la rafale1--magnifique invention d'ailleurs1--aurait plus d'autorit encore1 si la valeur du ciel et de la mer tait autre2 la gamme manque d'une note claire1 aigre1 que ,delacroix et fait chanter dans ce gris4 ,il y a parfois trop d'galit dans ces tudes4 ,tout de mme1 c'est en noir et blanc1 que ,millet dit l'essentiel1 et d'un style laconique et dense4 ,ce sont tour tour d'aigus analyses ou de fortes synthses4 ,millet reste en pleine nature loin de ce symbolisme rudimentaire et de cette dformation soi-disant dcorative que ,m4 ,maurice ,denis dcrit avec tant de bonheur1 mais un peu trop de complaisance1 peut-tre1 dans ses ,thories la gloire de l'poque o l'art allait choir dans la littrature1 l'abstraction1 l'algbre4 ,le ,salon d',automne annonait dj des expositions de dessins d'enfants1 source de fracheur et de renouvellement4 ,bon1 pour les dessins de vrais petits enfants6 je les adore2 mais moins d'tre le charmant douanier ,rousseau1 les grands enfants sont bien ennuyeux6 ,qu'un homme ait pu1 avec une plume1 de l'encre et un chiffon de papier1 en quelques traits exacts et dfinitifs1 suggrer l'immensit d'une plaine1 la lumire1 la distance1 comme ,millet2 ou encore ,thodore ,rousseau travers d'paisses frondaisons taill son chemin1 la plume la main1 parmi les ronces et les pines d'un de ses paysages favoris3 c'est un mystre1 pour nous autres maladroits1 du moins4 ,or ils faisaient cela en se jouant4 ,quelle avait donc t l'ducation de ces grands rustiques8 ,a l'origine1 le peintre tant un artisan1 aprs avoir dbut par un long apprentissage1 l'ge o d'apprendre est un amusement1 sans proccupations d'avenir1 sans plus que ses camarades des autres mtiers1 il savait o le mnerait la route dans laquelle il s'engageait1 quels ouvrages lui seraient commands4 ,et quant la faon de les excuter1 n'avait-il pas ct de lui l'exemple du ,patron8 ,le titre d'lve dont nous ne voulons plus1 l'on s'en targuait4 ,et comme cela devait rendre toutes choses unies6 ,les tours de force1 la science la fois de l'architecte1 du perspecteur1 du paysagiste1 celle aussi de l'anatomie2 le dessin1 le model1 la prparation des tons1 les glacis1 la composition1 le got1 dont il ne devait mme pas tre question1 taient enseigns successivement1 en allant du plus simple au plus complexe4 ,les lettres de matrise reues1 le jeune artiste n'allait pas avoir se demander3 ,quoi faire8 ,et les murs des demeures dcorer taient si nombreux1 et les brevets du certificat si rares1 que le talent trouvait son emploi4 ,mais soudain1 chaque manieur du pinceau et de l'bauchoir s'avisa qu'tant un citoyen libre1 il tait un gnie2 l'originalit moderne tait1 du coup1 invente1 codifie4 ,nous aurons pu suivre le dveloppement de cette maladie3 la recherche de l'originalit4 ,celle-ci se transforma trs vite et eut ses accidents secondaires et mme tertiaires1 tels que la sincrit 7moderne674 tre sincre a signifi tour tour faire de l'idal1 de la beaut classique1 puis de l'acadmique2 copier la nature servilement2 peindre en plein air et fuir les noirceurs de l'atelier2 prendre pour modle des types populaires ou grossiers2 claircir les colorations2 diviser les tons2 que l'artiste n'ait pour but que d'extrioriser plastiquement ses incomparables sensations et les transcendantales visions de son gnie444 et nous ne sommes qu'au dbut du sicle6 ,toute personne passe pour manquer de sincrit1 dont le talent est de tendances contraires aux vtres4 ,un jeune cubiste me dit3 je ne sais pas ce qu'on appelle tendances1 je ne connais que les ntres444 ,comment donc et pour qui tre sincre8 ,comment tre original1 se singulariser8 ,tel est le cauchemar qui trouble les nuits du quartier latin et de ,montparnasse o de ples jeunes gens et de fivreuses jeunes filles venus des steppes de la ,russie1 des fjords et des pampas1 s'anmient entre le pole ronflant et le modle italien des acadmies de peinture4 ,ces tudiants donnent le change au premier abord2 mais leur ouvrage est celui d'un servile imitateur de quelque peintre moderne1 et chaque semestre ils en prfrent un autre4 ,c'est ce qu'on appellera dsormais voluer4 ,ce qu'on attend d'un professeur1 c'est une ,esthtique1 une ,philosophie ou une formule verbale1 pour le moins1 comme l'acadmie ,ranson1 o professe ,m4 ,maurice ,denis4 ,des estafettes de ,munich1 de ,new-,york et surtout de la ,slade ,school de ,londres1 viennent de prendre le train pour la ,france afin d'y pntrer les arcanes du grand ,rythme4 ,et la revue ,rhythm fonde ,londres1 est inspire par ,paris qui n'a jamais cess d'tre le pays de la peinture2 et c'est encore sur ,paris que comptent les dbutants pour y dvelopper leur sincrit et leur originalit1 y trouver leur rythme4 99 99 99 ,on a pu remarquer1 en parcourant les articles de journaux crits au lendemain de la vente ,henri ,rouart1 le ton des reporters qui avaient couru sonner la porte de ,m4 ,degas afin d'apprendre de lui quelles sensations lui avaient donnes les enchres 7#djj4jjj francs pour une danseuse la dtrempe7--c'est--dire1 ce que le public1 jusqu'auquel le nom de ,degas parvenait enfin1 appela son triomphe1 puisqu'il fallait des chiffres pour en dcider4 ,l'un de ces futurs journalistes arrta le matre1 au seuil de sa maison et se mit en devoir de lui prendre une interview4 ,malheureusement1 le dialogue ne nous fut pas transmis2 mais il ressortait de l'article1 que le signataire tait un enfant1 qu'il avait jug ,m4 ,degas1 un redoutable alin1 et qu'apparemment1 si la jeunesse ne comprenait pas le langage de ce ,mathusalem1 celui-ci ne russissait pas l'entendre1 elle non plus4 ,qu'et pens ,m4 ,degas de conversations de banquette banquette1 entre les curieux et les professionnels de toutes espces qui se pressaient moiti asphyxis dans la galerie ,manzi1 pendant les premires vacations8 ,c'tait la tour de ,babel4 ,je ne crois avoir souvent eu une preuve aussi affligeante de la complte incomptence des spcialistes mmes et de leur purile assurance4 ,les opinions s'accrochent l o elles peuvent1 au petit bonheur4 ,les noms sont cits ple-mle1 les plus grands avec les plus infrieurs4 ,on affiche d'crasants ddains pour tel artiste que vous croyiez dfinitivement l'abri de l'opprobre2 ou l'on est condescendant son gard1 on le protge1 on plaide les circonstances attnuantes en faveur d'une rputation qui a trop dur4 ,sans les ,degas1 les ,renoir1 les ,czanne et les ,gauguin1 la vente ,rouart ft passe inaperue4 ,l'artistomanie et le ,got moderne1 c'est un peu des trangers que nous en sommes redevables4 ,depuis vingt ans1 les gens qui se piquent de raffinement et souhaitent d'avoir autour d'eux un dcor distingu1 n'ont eu choisir qu'entre deux styles3 le franais du ,x,v,i,i,ie sicle1 dont on a abus au point de le rendre hassable2 le style anglo-amricain qui dgnra en un modern-style international1 plus insupportable encore que le ,louis ,,xv et ,louis ,,xvi de chez ,dufayel4 ,j'insiste sur ceci1 parce que1 j'en suis convaincu1 c'est ce bon got moyen1 qui1 mesure qu'il faisait nos appartements peut-tre plus confortables1 rendait presque impossible la peinture telle que les ,rouart l'aimrent4 ,les gens fortuns n'eurent plus de cesse qu'ils ne possdassent un ,fragonard1 un ,watteau1 au moins un ,saint-,aubin ou un ,hubert ,robert2 les plus modestes choisirent des estampes japonaises1 puis s'verturent dcouvrir des jeunes peintres d'avenir4 ,les bariolages1 les pochades gaies des ,indpendants rehaussrent1 pour quelques louis1 des papiers de tenture de ,maple ou des voiles des ,indes4 ,l'orientalisme nous avait prpars recevoir la visite des ,russes4 ,ceux-ci1 en une saison de ballets1 firent une victorieuse invasion1 achevrent de nous tourner la tte4 ,le peintre des nouveaux intrieurs parisiens aura t ,m4 douard ,vuillard4 ,celui-ci1 avec une mesure et un tact qui sauve tout1 a fait de l'art1 et du plus exquis parfois1 avec les bambous et les nattes des ,galeries ,lafayette4 ,il cueillit des fleurs dans les ples parterres du square ,vintimille et en composa de dlicats bouquets sa faon4 ,son got n'est pas sans rappeler en ,france1 celui de ,whistler4 ,il procde du japonisme et continue ,degas1 comme observateur de la vie moderne4 ,il a faonn de fragiles bibelots1 parfois des panneaux dcoratifs qui tiennent de l'affiche1 de l'estampe1 du laque de ,coromandel1 de la vignette et de la cretonne1 mais avec tant d'-propos et d'adresse1 que ses ouvrages prendront dans l'avenir une valeur documentaire1 ct de ceux de son camarade ,pierre ,bonnard1 peut-tre plus peintre que lui--et de ,maurice ,denis1 imagier de la chambre d'enfant4 ,maurice ,denis est ,puvis de ,chavannes1 ce que ,vuillard et ,lautrec sont ,degas4 ,la facilit1 l'adresse de main1 le charme1 rendent leur esthtique plus accessible au public que celle de ces deux matres svres4 ,ils ont su plaire et pourtant gardent leur quant soi4 ,ceci n'est pas le moindre mrite de ,vuillard et de ,denis4 ,ces artistes dlicieux portent en eux-mmes quelque chose qui rpond si bien aux dsirs des amateurs d'aujourd'hui1 qu'ils obtinrent ds leur apparition le succs unanime1 le prestige1 jusqu'ici rcompense tardive comme pour ,degas1 quand elle ne venait pas aprs la mort4 99 99 99 ,rue de ,lisbonne1 lorsqu'une porte s'ouvrait dans l'htel ,rouart1 on s'attendait voir entrer ,m4 ,degas4 ,en effet1 autant que le matre du logis1 ,m4 ,degas tait ici chez lui4 ,m4 ,henri ,rouart et ,m4 ,degas1 condisciples ,sainte ,barbe1 s'taient retrouvs sur les remparts de ,paris1 pendant le sige de #ahgj-ga4 ,m4 ,degas en couchant comme moblot dans une cabane au toit trou et qui laissait filtrer la pluie1 s'tait aperu qu'il n'y voyait plus que d'un oeil2 voulant servir tout de mme1 il demanda ,m4 ,rouart de le prendre dans sa batterie2 et depuis lors1 les deux patriotes ne se quittrent plus1 ils attisrent rciproquement leur nationalisme intgral4 ,m4 ,degas donnait un surcrot de prestige et l'appt du fruit dfendu la fameuse collection4 ,de lui1 plus que d'aucun des peintres de ,h4 ,rouart1 il serait ncessaire de tracer un portrait afin de complter ces notes4 ,c'est peine cependant si l'on ose1 puisque chacun sait que ,m4 ,degas est barbel contre toute approche du public4 ,mais comment se taire plus longtemps sur un homme vers qui tous les yeux se sont tourns8 ,m4 ,edgar ,degas tait dj vieux1 que son nom connu de beaucoup1 son oeuvre l'tait peine4 ,une vie solitaire1 la haine de la rclame1 une hautaine et farouche modestie1 le tenaient dans son atelier de la rue ,fontaine-,saint-,georges1 avec des modles d'aprs lesquels il dessinait rageusement avec le fusain1 les pastels1 le pinceau444 ou la cire modeler1 car sa sculpture est aussi du dessin4 ,tout lui tait bon pour martyriser la forme1 en extraire une cruelle synthse faite la fois de l'observation d'un misogyne et d'un chirurgien4 ,ce ,parisien lev ,naples voit l'homme et la vie contemporaine avec l'oeil d'un moderne et d'un ,italien du ,x,ve sicle4 ,les plus rcents procds le trouvent prt les essayer2 il n'a un intrt bienveillant que pour la tentative audacieuse o il dcouvre un mrite1 lui qui a surmont tant de difficults et se dit un ignorant4 ,il a jet un pont entre deux poques1 il relie le pass au plus immdiat prsent444 est la phrase courante1 en parlant de lui4 ,m4 ,degas n'a point se repentir de s'tre dissimul aux amateurs1 ses amis presque1 au lieu de se laisser envahir4 ,c'est autour de #ahge que les amateurs commencrent s'attribuer le droit de taper sur l'paule des artistes et de cambrioler leur atelier4 ,m4 ,degas comprit la ncessit d'tre seul1 et les fausses blandices de la publicit1 des expositions4 ,le sauvage isolement de ,m4 ,degas1 sa sauvegarde d'abord1 est devenu dramatique1 mais il est trop tard1 mme s'il en souffre parfois1 pour qu'il change4 ,si nous fmes nagure quelques lvites mendier humblement l'aumne de ses vrits didactiques1 la file des dvots sa porte verrouille menaait de faire sauter la serrure2 et le bel obstin au visage de vieil ,homre ne consentit point se contredire3 il ne serait point visible4 ,d'o l'admiration que l'on a pour sa figure6 ,son oeuvre ne nous suffit pas3 c'est lui1 c'est sa vie1 c'est son maintien d'artiste qui nous meuvent encore plus que son art1 et c'est sa prsence qu'il nous faut4 ,de le savoir l1 encore debout ct de nous1 et qui juge1 nous nous sentons moins dsaxs4 ,nous voudrions tout de mme qu'il appart sa fentre1 que sa voix se ft entendre1 cette voix de patriarche redoutable et de brave homme4 ,et ce qu'il nous dirait6444 ,dans l'htel de la rue de ,lisbonne1 ,m4 ,degas se montra compltement lui-mme1 jusqu'au jour o la mort faucha l'un de ses derniers camarades4 ,il se sentait l'aise au sein de cette famille de grands travailleurs4 ,auprs de sa copie de l',enlvement des ,sabines et quelques autres de ses oeuvres prfres1 sa modestie tait moins inquite qu'auprs de son chevalet et de ses bauchoirs4 ,chez ses amis1 dont il tait sr1 il dbridait sa frnsie de justicier1 de fanatique et de patriotard des temps rvolus2 on y flattait ses manies1 on partageait ses prjugs4 ,hors de telles confrries1 on n'est plus sr de ceux qui l'on parle4 ,le manque de convictions et d'opinions appuyes sur le savoir et le bon sens national1 s'opposent ce qu'un tel rabcheur de vrits s'exprime sa faon4 ,pareil ,czanne1 son nom restera sur l'tiquette de certaines formules d'art1 les plus antitraditionalistes en apparence1 alors que l'homme1 par discipline autant que temprament1 restait un classique2 d'o l'attrait de ses maximes et de ses boutades pour les jeunes gens avant le jour o la peinture allait devenir abstraite et thorique4 ,si ,m4 ,degas et t moins solitaire1 son influence aurait t combien plus bienfaisante que celle de ,gustave ,moreau4--,car le bel esprit de la rue ,la ,rochefoucauld est responsable d'une bonne part de notre inquitude4 ,comme son ancien ami ,degas1 il tait une sorte de ,savonarole de l'esthtique2 mais le peu d'humanit qui tait en lui et le tour littraire de son esprit1 l'cartrent de la vie1 de la laideur1 il se rfugia dans les mythes1 le symbole et les abstractions philosophiques2 il fit de son atelier un souterrain sans issues o1 d'abord1 quelques fervents tels des premiers ,chrtiens baissaient la voix en des rites occultes4 ,le grand officiant prit toute son ampleur didactique quand on lui eut propos d'avoir une classe4 ,moreau devait sduire ses lves1 et il y en eut de fort distingus1 d',ary ,renan ,m4 ,desvallires et aux fauves4 ,au contraire1 ,m4 ,degas ne sduisait pas3 il faisait peur4 ,on crira plus tard sur les dbuts1 le dveloppement et les transformations de cette cole#af o ,czanne succda au peintre-orfvre1 comme leader4 ,de ,gustave ,moreau ,czanne3 voil un chapitre piquant dans l'histoire de la peinture la fin du ,x,i,xe sicle4 ,cette influence de l'intelligence et du savoir sur la jeunesse dsireuse d'apprendre1 n'est-ce pas ,m4 ,degas qui aurait d l'exercer8 #af ,je veux parler des no-impressionnistes1 ,indpendants444 les avant-garde de ,m4 ,druet4 ,il n'avait pas reu des leons d',ingres1 mais la parole lui fut transmise par son professeur1 ,lamothe1 de l'cole des ,beaux-,arts4 ,le livre d',amaury ,duval l',atelier d',ingres nous prouve la domination1 religieuse en quelque sorte1 sous laquelle se courbaient toutes ces ttes d'adolescents4 ,les maximes1 les rgles1 la ,foi ingresque devaient se transmettre par des aptres1 assez effacs4 ,m4 ,degas les reut de seconde main1 mais s'il assimila cette manne1 il ne s'en tint pas exclusivement ce rgime trop frugal4 ,m4 ,degas1 malgr ses parti pris1 a tout regard avec un tel intrt pour l'art et la vie1 que je dirais presque qu'il n'est de peintres auxquels il n'ait rendu justice1 si mme ceux-ci taient l'oppos de ses tendances personnelles4 ,voir de la peinture1 en excuter1 en parler1 jamais il ne s'en lasse1 parce qu'il l'aime la fois en homme de mtier1 en critique et en amateur1 presque en moraliste4 ,oui1 ,m4 ,degas est un moraliste2 sa vie entire et son esthtique intime sont celles1 aussi1 d'un homme de moralit4 ,delacroix l'occupa autant que ,ingres4 ,m4 ,degas sut jouir du gnie romantique autant que du classicisme bizarre de ,jean ,dominique2 aussi1 quand se fit le groupement des premiers ,impressionnistes aprs #ahgj1 l'ancien lve de ,lamothe s'entoura de ceux qui reprsentaient alors l'avant-garde4 ,du ,salon des ,refuss1 avec ,manet1 ,fantin1 ,courbet1 ,renoir1 ,czanne2 des expositions ,martinet1 o passrent les vrais chefs-d'oeuvre de l'cole franaise 7du milieu du sicle dernier71 il dcouvrit une une les nouveauts importantes que l'acadmisme repoussait comme un couteau qu'on ft venu planter dans son sein4 ,m4 ,degas n'avait personne mnager2 les arrivistes et les pdants ne rencontraient que sa lacrante ironie4 ,de mon temps1 monsieur1 on n'arrivait pas4 ,ce mot rebattu est comme un leitmotiv1 dans les philippiques de ,m4 ,degas4 ,il est trs rare qu'un homme de l'ducation de cet aristocrate runisse une culture aussi classique1 un tel sens du moderne4 ,comme sujets1 il n'y en a de si vulgaires que ,m4 ,degas ne juge dignes d'tre traits4 ,par l1 surtout1 il prend la place1 en tte des ralistes1 puisque ralisme1 comme locution courante1 voque l'ide de sujets triviaux1 communs et dits laids4 ,il est un des premiers sentir1 en face de la laideur1 une beaut frache et non encore vue par les peintres4 ,avant lui1 le paysan1 l'ouvrier avait eu ses potes et ,millet l'avait ennobli2 ,degas1 ,parisien1 s'occupe du peuple des villes1 du paysage urbain1 du rat d'opra fille de concierge1 de la modiste1 de la blanchisseuse1 de la femme de caf-concert et de plus bas encore2 dans son style classique1 ragissant ainsi contre la conception idaliste des autres lves d',ingres4 ,s'il fait du nu3 des filles et des mnagres dans leur tub1 s'pongeant1 s'essuyant avec leurs serviettes1 nous convient au spectacle de leurs lamentables tailles dlivres du busc4 ,m4 ,degas est un cruel ennemi de la femme4 ,on dirait qu'il garde rancune444 ,il ne voit en elle que l'animal4 ,une de ses amies1 d'une beaut clbre1 lui demandant s'il ne lui permettrait pas de poser chez lui3--,oui1 rpond-il1 je voudrais faire un portrait de vous2 mais vous mettrez un tablier et un bonnet comme une petite bonne4 ,au contraire1 dans sa srie des courses1 c'est la race1 la finesse1 qui l'attirent4 ,ses chevaux sont des pur sang dont il connat l'anatomie1 en sportsman2 et la plupart de ses jockeys1 vous eussiez en eux reconnu des amis du peintre1 des gentlemen riders qui ,m4 ,degas donne des bottes de chez le bon faiseur2 il les habille avec leur genre si particulier et ne se trompe jamais1 comme tailleur sur les coupes de pardessus correctes1 sur le chic3 le portrait du ,comte ,lepic en est un exemple4 ,l'observation1 chez ,m4 ,degas qui1 tout de mme1 ne fut pas toujours un ermite1 s'amusa des dlicatesses subtiles de la mode1 l'poque o il tait un des habitus de l',opra et du pesage4 ,il y a eu du vieil abonn1 chez ,m4 de ,gas 7comme il signait autrefois7#ag1 et mme de l'homme du monde444 mais on ose peine rappeler des souvenirs qu'il veut effacer6 #ag ,le grand-pre d',edgar1 un ,m4 de ,gas du ,x,v,i,i,ie sicle1 poursuivi sous la ,terreur1 s'enfuit ,naples o il s'tablit4 ,le royaume lui doit l'importation du ,grand ,livre4 99 99 99 ,m4 ,degas1 peintre par volont et intelligence1 est un dessinateur par instinct4 ,son dessin cruel est reconnaissable travers de multiples transformations1 dans ses analyses et ses synthses4 ,il faudrait remonter jusqu' l'origine de sa carrire1 comparer ses derniers pastels aux tableaux l'huile de ses dbuts3 les ,jeux de ,jeunes ,spartiates1 la ,didon et quelques autres toiles sches1 macies1 lesquelles taient dissimules dans la soupente de la rue ,fontaine2 je ne les ai pas revues depuis que j'eus l'impudence1 lve naf1 de monter certain escalier en chelle que je redescendis1 une fois1 plus vite qu' mon gr4 ,je voulais apprendre dessiner et il me semblait qu'auprs de ,degas l'on devrait recueillir quelques parcelles de son savoir4 ,il ne trouvait jamais la forme assez tudie4 ,faites un dessin1 calquez-le1 recommencez et calquez de nouveau1 toujours la mme phrase revenait dans mes rves mme1 laissant le but atteindre lointain1 perdu dans les brouillards de l'avenir4 ,il ne faut pas peindre d'aprs nature4 ,ceci restait incomprhensible pour moi4 ,en effet1 duqus comme nous l'tions1 les dits de ,m4 ,degas demeuraient sans application possible4 ,sa forme tait un mystre4 ,ce dessin n'est ni gomtrique1 ni une arabesque comme celui d',ingres1 ni construit par de grands plans1 la faon du sculpteur4 ,les plans sont mme quelquefois arbitraires1 sans rapport rigoureux les uns avec les autres4 ,m4 ,degas est si sensible et si observateur qu'il n'a pas de canons1 pas mme de ces tics qui sont rflexes de la plupart des artistes aussi nerveux que lui4 ,ses figures ont la qualit de certaines maquettes de sculpteur1 dont l'armature intrieure est si d'aplomb que1 mme si une jambe manque1 la figure pse sur son socle comme s'il y avait deux jambes4 ,je me rappelle ,m4 ,degas frappant le sol de ses deux pieds alternativement1 s'affermissant sur le plancher et disant d'un croquis qu'on lui soumettait3 ,non a n'a pas de prise1 et il frappait de nouveau le sol comme pour s'y ancrer4 ,pendant qu'il excutait ce grand groupe 7inachev7 o je suis reprsent avec plusieurs amis1 dont ,sickert1 ,gervex et ,ludovic ,halvy1 il se levait et1 par le mme geste nous indiquait comment affirmer nos attitudes2 et ces attitudes sont si bien saisies1 que1 mme sans les visages1 d'ailleurs peine bauchs1 l'on nous reconnatrait4 ,la tte de ,daniel ,halvy1 garonnet qui se penche en avant1 pour regarder entre ses deux voisins1 est typique de la manire de ,degas3 un nez camard1 un menton cass1 la bouche vers l'oreille gauche3 pourtant1 la figure se complte et c'tait ,daniel ,halvy1 dans son volume1 ses aplombs1 son caractre4 ,le dessin n'a jamais cess de s'largir2 non pas pour cette seule raison1 que la vue de ,m4 ,degas1 mauvaise de bonne heure1 ait naturellement noy les dtails dans un ensemble1 mais pensons-nous par le dveloppement logique de son intelligence plastique4 ,ses dformations1 ses faiblesses aussi1 sont ct mais point dans l'image qu'il trace1 un peu comme ce morceau que ,m4 ,rodin laissera l'tat de moignon1 tout contre un sein1 un ventre1 une omoplate que son pouce aura amoureusement caresss4 ,quand on a asservi la forme1 on peut se dtourner de la nature4 ,vous verrez plus tard les cartons et les albums de ,m4 ,degas4 ,portraits prcieux1 sous l'influence d',ingres1 draperies aussi belles que les fameuses tudes de plis de ,lonard1 mais recouvrant un corps vivant2 chevaux1 jockeys1 silhouettes de vtements contemporains4 ,le systme de composition1 chez lui1 fut la nouveaut4 ,on lui reprochera peut-tre un jour d'avoir anticip le cinma et l'instantan--et d'avoir1 surtout entre #ahgj et #ahhe--;ctoy le tableau de genre4 ,la photographie instantane1 avec ses coupes inattendues1 ses diffrences choquantes dans les proportions1 nous est devenue si familire1 que les toiles de chevalet de cette poque-l ne nous tonnent plus2 mais les ,foyers de la danse1 le ,ballet de ,robert le ,diable1 et autres scnes chorgraphiques1 les courses1 les blanchisseuses1 les gymnasiarques1 enfin tant de tableaux que se disputent aujourd'hui les collectionneurs1 personne n'avait song avant lui les faire1 personne1 depuis1 ne mit cette gravit--7encore une fois67--dans une sorte de composition qui profite des hasards du kodak4 ,toulouse-,lautrec1 ,forain marchrent sur les traces de leur matre2 mais leurs peintures sont plus amusantes que solides1 et de la notation artiste la ,huysmans ou la ,goncourt4 ,je ne parle pas des lithographies o ,forain est unique1 et ,lautrec quelquefois tonnant4 ,les clairages artificiels du soir1 l'clairage de bas en haut que donne la rampe de la scne1 renversant les lumires et les ombres2 la danseuse1 l'acteur1 qui cessent d'tre nymphe1 ou papillon ou un hros1 pour retomber dans leur misre et trahir leur vraie condition2 la tristesse1 sous le fard des ples misreux qu'ils seront ,montmartre1 les quinquets une fois teints3 encore l'illustrateur caricaturiste1 le chroniqueur4 ,m4 ,degas ne s'arrte pas ces traits pittoresques4 ,il a invent ces sujets mais il les traite en peintre d'intrieur1 comme un ,hollandais du ,x,v,i,ie sicle 7tableaux de chevalet1 de #ahgj #ahhj72 c'est l'poque d',alfred ,stevens1 de ,james ,tissot1 et de l',anversois ,henri ,leys qui1 je ne sais pourquoi1 tait alors admir pour sa facture de primitif4 ,m4 ,degas1 pour retenir sa trop grande facilit de main1 essaie de la dtrempe1 de la colle1 procds qui conviennent moins son expression plastique que le pastel qu'il manie en grand dessinateur et qui excite le coloriste aux harmonies plus audacieuses4 ,les tableaux peints l'huile--danseuses surtout--auront dans cette oeuvre de recherches1 la place que les ,corot1 de #ahfj #ahgj tiennent dans celle de l'exquis paysagiste2 ils partiront pour le cabinet des ,chauchart de l'avenir4 ,on appelle ,m4 ,degas un impressionniste1 parce qu'il fut de ce groupe de peintres que ,claude ,monet baptisa ainsi2 mais ,m4 ,degas y tait part4 ,il appuie1 au lieu de suggrer par signes sommaires1 ou quivalents1 comme font ces paysagistes qui n'osant encore donner leurs esquisses pour des tableaux1 les catalogurent impression4 99 99 99 ,il fallait couter1 lors de l'exposition de la collection ,rouart1 avant la vente1 les propos des visiteurs que dcevaient des ouvrages si vants par nous autres et qui leur paraissaient de simples tudes d'atelier1 ternes1 vieillotes et embtantes4 ,c'est que1 si renseigns que soient les amateurs1 ils passeront toujours ct des notes intimes o l'artiste ne songe qu' lui-mme4 ,d'ailleurs1 prsente telle qu'elle fut par les experts1 le sens de la collection tait fauss1 un esprit tendancieux ayant prsid l'accrochage4 ,tels ,millet taient cachs sur des panneaux noirs1 o l'on avait peine les retrouver4 ,la partie la moins intressante pour le public1 de cette revue gnrale de l'cole moderne1 si loquente1 rue de ,lisbonne3 les tudes1 taient touffes par des pices de grandes enchres4 ,une pareille collection est une confession2 faut-il dire les raisons qu'eurent ces ,messieurs ,rouart de commettre certains petits pchs8 ,nous pardonnions leurs partialits1 quand nous tions reus par eux1 nous nous rappelions qu'un ,cals1 un ,gustave ,colin1 un ,tillaux avaient vcu avec les matres de maison1 modestement1 faisant partie de la vie d'une famille passionne1 fidle1 donc partiale4 ,certains voudraient expurger le vnrable capharnam du ,louvre1 le rduire1 en faire un pendant au muse de ,berlin1 la ,national ,gallery de ,londres1 ou telles galeries d',amrique formes vite et coup de millions4 ,certes1 celles-ci montrent plus de tenue1 mais nous gardons une tendresse pour notre vieux ,louvre1 plus libre o l'on est de s'carter de la foule des touristes et de leurs ciceroni4 ,les collections ,rouart avaient un intrt historique et social1 plus mme peut-tre que pictural2 aussi dplorons-nous leur dispersion4 ,combien le petit cadre carr o ,czanne a reprsent des baigneurs dans un paysage lysen1 prenait plus de signification rue de ,lisbonne--en dpit de ce qu',henri ,rouart en avait pu penser--que tant d'autres1 jets1 aprs avoir t acquis au poids de l'or1 ple-mle dans ces collections de mode et de vanit que rassemble1 pour une trs courte dure1 un spculateur avide6444 ,j'aime ces perles entoures de marcassite1 qu'elle sertit et fait valoir4 ,grce ,dieu6 les ,rouart n'avaient pas que des chefs-d'oeuvre2 mais rien n'tait indiffrent chez eux4 ,il faudrait dcrire ces ,messieurs1 avec leurs amis1 livrs eux-mmes1 causant avec cette grce et cette libert dans la conviction1 que l'intrus changeait en malaise silencieux4 ,ils ne supportent pas les opinions d'occasion et les faux-fuyants2 ces intransigeants en morale et en politique n'attendent rien de personne1 hormis l'estime qu'ils commandent4 ,un ,ingres1 un ,delacroix sont pour leurs admirateurs et leurs lves1 comme le gnral pour ses soldats3 tel fut ,m4 ,degas dans son milieu4 ,ses faons de capitaine ne conviendraient ni notre complication1 ni notre souplesse d'esprit4 ,je gage que les jeunes prcieux d' prsent jouiraient peu du commerce avec les survivants de ce monde qui finit4 ,ils ne sentiraient que le froid de la cuirasse4 ,l'artiste1 le genre artiste trop rpandu aujourd'hui3 voil l'objet des fameux quolibets de ,degas et de sa plus profonde horreur4 ,il n'admet pas l'artiste au-dessus des autres citoyens1 une exception et un privilgi4 ,l'homme de bonnes faons ne se fait remarquer ni par ses gestes ni par sa mise4 ,point de compliments inutiles1 point de flatteries4 ,on se disait chez les ,rouart ce que l'on pensait l'un de l'autre1 sans se mnager2 mais aussi l'on s'entr'aidait mieux4 ,j'ai eu les derniers chos de la socit d'artistes qui ,degas succda et par celui-ci nous avons connu les braves hommes qu'taient ,millet1 ,rousseau1 ,daumier1 ,corot1 ,fromentin1 ,marilhat4 ,avant l'envoi au ,salon1 ils faisaient le tour des ateliers de confrres1 critiquant ensemble les derniers ouvrages du camarade chez qui ils se rencontraient1 trop heureux de dcouvrir le dfaut corriger1 prolongeant ainsi des moeurs d'tudiants qui n'ont pas encore de concurrence viter4 ,on a reproch ,degas de n'avoir pas donn ,manet--qu'il tenait en si haute estime comme peintre--toute l'approbation dont l'ternel insult lui aurait eu de la gratitude4 ,c'est que l'atelier de la rue ,saint-,ptersbourg fut un des premiers rendez-vous de littrateurs et de publicistes4 ,quand le portrait d',albert ,wolff tait encore sur le chevalet1 attendant des sances trop espaces3 ,de quoi vous plaignez-vous8 ,il crit un article sur vous1 c'est pour cela qu'il n'est pas venu poser444 ,le cabotinage parisien lui semblant tre le plus bas des vices1 ,degas s'est gourm de plus en plus1 jusqu' devenir impitoyable1 sanglant1 zlateur et martyr de la solitude4 ,aussi bien les mardis de la rue de ,lisbonne taient-ils des dlassements bienfaisants aprs des journes de tte--tte avec le modle et la fidle servante ,zo4 ,causeur blouissant1 spirituel1 il connaissait son public4 ,plus souvent encore que de peinture1 il parlait des gens1 racontait des anecdotes de l'poque de ,napolon1 dont le ,mmorial tait1 avec de ,maistre1 une de ses lectures favorites4 ,pour qui travaillait-il8 ,voil ce qu'on demande souvent1 de celui qui n'exposait jamais et refusait de vendre ses tableaux4 ,en vrit une pudeur excessive finissait par le contracter dans une paradoxale attitude comme d'un ,liszt qui n'et voulu jouer que sur un piano au clavier muet4 ,il parat que de tous ses tableaux passs dans les collections ,rouart1 pas un seul ne fut achet directement lui-mme4 ,je crois avoir discern chez lui une mfiance1 des doutes1 qui augmentrent avec sa clbrit2 il ne fut jamais content de lui4 ,hier encore1 comme quelqu'un l'abordait la galerie ,manzi et lui demandait s'il tait fier d'une de ses toiles de trois cent et quatre cent mille francs1 il s'approcha1 dit-on1 et montra ce qu'il aurait voulu y corriger4 ,pathtique promenade1 un matin d'hiver1 du vieil artiste inspirateur et conseiller de ses amis dfunts1 qui vient assister son procs et sa vente dans une salle o son plus secret dsir et ses esprances vont s'vanouir4 ,le matre revoit une dernire fois ses peintures qu'il croyait pour toujours chez ses amis1 protges contre les indiscrets1 les snobs et les spculateurs1 surtout contre les prtendus dlicats qui l'impatientent comme les applaudisseurs d',oronte1 ,alceste4 ,le misanthrope de ,molire1 aussi bien1 n'est pas sans parent avec ,m4 ,degas4 ,le mchant got du sicle en cela me fait peur1 ,nos pres1 gens grossiers1 l'avaient beaucoup meilleur4 ,suivons ce jeune lgant1 riche intellectuel pelisse de fourrure1 qui prend des notes1 non sur le catalogue de la vente1 mais dans son album de poche4 ,quelqu'un lui dit3--,que choisissez-vous8 ,vous allez faire de nombreuses acquisitions demain8--,oh6 non1 je me cultive444 je tche de comprendre comment il amne le rouge1 rpond-il avec une nave emphase4 ,un monsieur aborde ,degas qui est en train de critiquer le fond de la toile ,danseuses la barre pour laquelle un milliardaire de ,boston a donn une commission de #ejj4jjj francs--toile que ,degas a voulu toujours retravailler1 mais que ,rouart ne lui a voulu confier1 par crainte de ne plus jamais la revoir2 le monsieur juge propos de demander au peintre s'il est fier de lui3--,nous le sommes de vous--et nous prfrons vos tableaux au ,degas du nationalisme qu'ils nous aident oublier4 ,il ne tient pas ce genre d'hommages1 le solitaire1 le misanthrope4 ,ceux qui l'apprcient comme homme1 le touchent infiniment plus que ceux qui ont tabli sa gloire d',indpendant1 de soi-disant ,rvolutionnaire1 en mme temps qu'ils rabaissaient ses matres lui4 ,donc1 tant d'tudes de ,corot1 leur place sur les murs d'un atelier1 elles vont partir emportes par de faux fervents1 se refroidir1 faire parler des assoiffs de lucre1 elles ne seront plus qu'autant de billets de banque dans des bordures d'or4 ,la suite d',oronte dont les expressions ne sont point naturelles1 au langage appris et qui sonne faux1 l'a-t-il vite pendant plus d'un demi-sicle pour s'en voir sur le tard1 suivi comme par un cortge de thurifraires8 ,et il a ses raisons de dire qu'il a t mconnu4 ,il y a un foss entre le public et lui4 ,le magnifique enseignement qu'est la gloire tardive1 la subite popularit du nom de ,m4 ,degas6 ,le fait est si singulier et si beau1 qu'on se demanderait volontiers s'il n'a pas lui-mme combin1 comme un extraordinaire metteur en scne1 les dernires aprs les premires scnes de sa propre histoire4 ,m4 ,degas sentait venir ce qui est venu2 ce grand et noble artiste fut coeur avant les autres1 de la folle mascarade qui s'organisait au dehors4--,monsieur1 ne m'appelez pas cher matre1 s'il vous plat3 c'est ainsi qu'il interrompait hier les questions des reporters venus son logis1 excits par les enchres de la vente ,rouart4 ,ensuite1 de sa main qui est maintenant un oeil supplmentaire pour lui1 ttant un de ses tableaux fameux d'autrefois1 comme on lui demandait son opinion3--,je ne crois pas que celui qui l'a fait soit un sot2 mais je sais bien que celui qui l'a achet si cher est un444 c444 ,s'il est vrai que chacun a le visage qu'il mrite1 combien celui de ,m4 ,degas nous le prouve6--,je ne l'avais pas revu depuis les sances qu'il m'accorda pour son portrait3 peu prs le seul qui existe4 ,c'est la galerie ,manzi que je l'aperus de nouveau1 assis droit sur sa chaise1 au milieu des tableaux prpars dans la coulisse avant d'tre prsents au public4 ,le matre me sembla plus peut-tre qu'il y a dix ans1 avoir une beaut grave et presque sacerdotale4 ,une grande paix1 un air de sant ont galis les traits allongs et lourds de cette blanche physionomie concave o clate le vermillon de deux lvres saines4 ,les lourdes paupires s'abaissent sur ces yeux qui ont t si perants et ne distinguent plus1 depuis trop longtemps1 qu'une partie la fois des objets3 ancienne proccupation1 combien angoissante6 de l'inlassable observateur4 ,il se leva pour s'en aller2 et soudain se profila devant moi la silhouette entire de son corps2 certains moments l'attitude de ,m4 ,degas est celle d'un chef d'escadron sur le terrain de manoeuvre2 s'il fait un geste1 ce geste est imprieux1 expressif comme son dessin2 mais il reprend bientt une position dfensive comme d'une femme qui cacherait sa nudit1 habitude de solitaire qui voile sa personnalit ou la protge4 ,et une profonde tristesse m'envahit nouveau1 de ne pouvoir aller saluer cet homme irrductible qui me rendit responsable d'avoir laiss reproduire dans le ,studio 7sans que j'aie su comment s'tait commise l'erreur71 son portrait1 lequel il m'avait fait promettre que je ne livrerais de son vivant la curiosit du public6#ah4 #ah ,offranville1 #bj octobre #aiah4 ,j'achve de corriger les preuves de ce vol4 ,i1 le jour que s'ouvre l',emprunt de la ,libration--dans le triomphe de nos armes4 ,degas aura travers les plus terribles phases de cette guerre en l'ignorant1 et erra comme un aveugle et un sourd par les rues noires de ,paris4 ,le fonds de son atelier fut vendu sous les obus du canon-monstre4 ,il n'eut pas le bonheur d'assister la ,revanche6 quand ,siegfried1 qui feint d'avoir tu ,fafner1 demande ses lettres de grande naturalisation1 pour entrer dans la ,compagnie ,limited que fonde le ,prsident ,wilson6 ,,fin ,,table ,,des ,,mati,,res ,pages4 ,prface ,i ,fantin-,latour #a ,james ,mac ,neill ,whistler #ea ,charles ,conder #ic ,aubrey ,beardsley #aaa ,quelques notes sur ,manet #acc ,gustave ,ricard #aec ,aprs une visite ,louis ,david #afi ,quelques mots sur ,ingres #ahg ,sur les routes de la ,provence4--,de ,czanne ,renoir #bja ,notes sur la peinture moderne #bde ,,imprimerie ,,chaix1 ,,rue ,,berg,,re1 #bj1 ,,paris4--#iiij-f-ag4--7;,encre ,lorilleux74 ,,en ,,vente ,a ,,la ,m,,me ,,librairie ,,maurice ,,barr,s ,,de ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise ,,gr,,co ,,ou ,,le ,,secret ,,de ,,tol,,de ,un volume in-#ah ,prix4 #c fr4 #ej4 ,,andr ,,suar,s ,,voyage ,,du ,,condotti,,re ,,vers ,,venise ,un volume in-#ah ,prix4 #c fr4 #ej4 ,,henri ,,bouchot ,,membre ,,de ,l',,institut ,,la ,,miniature ,,fran,,aise 7#agej-ahbe7 avec une prface de ,m4 ,frdric ,,masson ,,de ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise ,un volume in-#h ,prix4 #d francs4 ,dcision du ,syndicat des diteurs 7fvrier #aiah74 ,augmentation provisoire3 #cj4 ,,imprimerie ,,chaix1 ,,rue ,,berg,,re1 #bj1 ,,paris4--#iiib-f-ag4--7;,encre ,lorilleux74 ,notes du transcripteur ,on a rectifi les erreurs typographiques manifestes1 homognis les incohrences de graphie des noms propres 7,duprey_/,dupray1 ,lecocq_/,lecoq1 ,pissaro_/,pissarro1 etc47 et apport les corrections suivantes3 saignent signent 7qui ne signent l'aveu d'un pnible effort7 dessein dessin 7,je ne connais pas un beau dessin de ,czanne7 ,les passages en italique sont transcrits entre caractres souligns4