,,maurice ,,barr,s ,,de ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise ,,la ,,colline ,,inspir,e 444 etsi nemo scit hominum qu sunt hominis1 nisi spiritus hominis qui in ipso est2 tamen est aliquid hominis quod nec ipse scit spiritus hominis qui in ipso est4 7,les ,confessions de ,saint-,augustin47 ,,paris ,,mile-,,paul ,,fr,,res1 ,,diteurs #ajj1 ,,rue ,,du ,,faubourg-,,saint-,,honor1 #ajj ,,place ,,beauvau #aiac ,,oeuvres ,,de ,,maurice ,,barr,s ,collection #c fr4 #ej ,,le ,,culte ,,du ,,moi 99 ,,sous ,l',,oeil ,,des ,,barbares #a vol4 9999 ,,un ,,homme ,,libre -- 999999 ,,le ,,jardin ,,de ,b,r,,nice -- ,,le ,,roman ,,de ,l',,nergie ,,nationale 99 ,,les ,d,,racin,s #a vol4 9999 ,l',,appel ,,au ,,soldat -- 999999 ,,leurs ,,figures -- ,,les ,,bastions ,,de ,l',,est 99 ,,au ,,service ,,de ,l',,allemagne #a vol4 9999 ,,colette ,,baudoche1 ,histoire d'une ,jeune ,fille de ,metz -- ,l',,ennemi ,,des ,,lois #a vol4 ,,du ,,sang1 ,,de ,,la ,,volupt ,,et ,,de ,,la ,,mort -- ,,amori ,,et ,,dolori ,,sacrum 7,la ,mort de ,venise7 -- ,,les ,,amiti,s ,,fran,,aises -- ,,sc,,nes ,,et ,,doctrines ,,du ,,nationalisme -- ,,le ,,voyage ,,de ,,sparte -- ,,greco ,,ou ,,le ,,secret ,,de ,,tol,,de -- ,,la ,,colline ,,inspir,e -- ,,adieu ,a ,,mor,,as4 ,une brochure ,prix #a fr4 ,,un ,,discours ,a ,,metz 7#ae aot #aiaa74 ,une brochure -- #a fr4 ,tous droits de reproduction1 de traduction et d'adaptation reservs pour tous pays4 ,copyright by mile-,paul frres1 #aiac4 ,,imprimerie ,,chaix1 ,,rue ,,berg,,re1 #bj1 ,,paris4--#bdehf-ab-ab4 ,,justification ,,du ,,tirage ,n ,,la ,,colline ,,inspir,e#a #a ,plusieurs des personnes qui furent mles aux vnements que nous allons raconter existent encore2 d'autres ont disparu depuis trop peu de temps pour qu'il soit sans inconvnient de les mettre en scne4 ,aussi l'auteur prendra la libert de substituer certains noms propres des noms imaginaires4 ,,chapitre ,,premier ,,il ,,est ,,des ,,lieux ,,ou ,,souffle ,l',,esprit ,il est des lieux qui tirent l'me de sa lthargie1 des lieux envelopps1 baigns de mystre1 lus de toute ternit pour tre le sige de l'motion religieuse4 ,l'troite prairie de ,lourdes1 entre un rocher et son gave rapide2 la plage mlancolique d'o les ,saintes-,maries nous orientent vers la ,sainte-,baume2 l'abrupt rocher de la ,sainte-,victoire tout baign d'horreur dantesque1 quand on l'aborde par le vallon aux terres sanglantes2 l'hroque ,vzelay1 en ,bourgogne2 le ,puy-de-,dme2 les grottes des ,eyzies1 o l'on rvre les premires traces de l'humanit2 la lande de ,carnac1 qui parmi les bruyres et les ajoncs dresse ses pierres inexpliques2 la fort de ,brocliande1 pleine de rumeur et de feux follets1 o ,merlin par les jours d'orage gmit encore dans sa fontaine2 ,alise-,sainte-,reine et le mont ,auxois1 promontoire sous une pluie presque constante1 autel o les ,gaulois moururent aux pieds de leurs dieux2 le mont ,saint-,michel1 qui surgit comme un miracle des sables mouvants2 la noire fort des ,ardennes1 tout inquitude et mystre1 d'o le gnie tira1 du milieu des btes et des fes1 ses fictions les plus ariennes2 ,domremy enfin1 qui porte encore sur sa colline son ,bois ,chenu1 ses trois fontaines1 sa chapelle de ,bermont1 et prs de l'glise la maison de ,jeanne4 ,ce sont les temples du plein air4 ,ici nous prouvons1 soudain1 le besoin de briser de chtives entraves pour nous panouir plus de lumire4 ,une motion nous soulve2 notre nergie se dploie toute1 et sur deux ailes de prire et de posie s'lance de grandes affirmations4 ,tout l'tre s'meut1 depuis ses racines les plus profondes jusqu' ses sommets les plus hauts4 ,c'est le sentiment religieux qui nous envahit4 ,il branle toutes nos forces4 ,mais craignons qu'une discipline lui manque1 car la superstition1 la mystagogie1 la sorcellerie apparaissent aussitt1 et des places dsignes pour tre des lieux de perfectionnement par la prire deviennent des lieux de sabbat4 ,c'est ce qu'indique le profond ,goethe1 lorsque son ,mphistophls entrane ,faust sur la montagne du ,hartz1 sacre par le gnie germanique1 pour y instaurer la liturgie sacrilge du ,walpurgisnachtstraum4 ,d'o vient la puissance de ces lieux8 ,la doivent-ils au souvenir de quelque grand fait historique1 la beaut d'un site exceptionnel1 l'motion des foules qui du fond des ges y vinrent s'mouvoir8 ,leur vertu est plus mystrieuse4 ,elle prcda leur gloire et saurait y survivre4 ,que les chnes fatidiques soient coups1 la fontaine remplie de sable et les sentiers recouverts1 ces solitudes ne sont pas dchues de pouvoir4 ,la vapeur de leurs oracles s'exhale1 mme s'il n'est plus de prophtesse pour la respirer4 ,et n'en doutons pas1 il est de par le monde infiniment de ces points spirituels qui ne sont pas encore rvls1 pareils ces mes voiles dont nul n'a reconnu la grandeur4 ,combien de fois1 au hasard d'une heureuse et profonde journe1 n'avons-nous pas rencontr la lisire d'un bois1 un sommet1 une source1 une simple prairie1 qui nous commandaient de faire taire nos penses et d'couter plus profond que notre coeur6 ,silence6 les dieux sont ici4 ,illustres ou inconnus1 oublis ou natre1 de tels lieux nous entranent1 nous font admettre insensiblement un ordre de faits suprieurs ceux o tourne l'ordinaire notre vie4 ,ils nous disposent connatre un sens de l'existence plus secret que celui qui nous est familier1 et1 sans rien nous expliquer1 ils nous communiquent une interprtation religieuse de notre destine4 ,ces influences longuement soutenues produiraient d'elles-mmes des vies rythmes et vigoureuses1 franches et nobles comme des pomes4 ,il semble que1 charges d'une mission spciale1 ces terres doivent intervenir1 d'une manire irrgulire et selon les circonstances1 pour former des tres suprieurs et favoriser les hautes ides morales4 ,c'est l que notre nature produit avec aisance sa meilleure posie1 la posie des grandes croyances4 ,un rationalisme indigne de son nom veut ignorer ces endroits souverains4 ,comme si la raison pouvait mpriser aucun fait d'exprience6 ,seuls des yeux distraits ou trop faibles ne distinguent pas les feux de ces ternels buissons ardents4 ,pour l'me1 de tels espaces sont des puissances comme la beaut ou le gnie4 ,elle ne peut les approcher sans les reconnatre4 ,il y a des lieux o souffle l'esprit4 ,i ,la ,lorraine possde un de ces lieux inspirs4 ,c'est la colline de ,sion-,vaudmont1 faible minence sur une terre la plus use de ,france1 sorte d'autel dress au milieu du plateau qui va des falaises champenoises jusqu' la chane des ,vosges4 ,elle porte sur l'une de ses pointes le clocher d'un plerinage ,marie1 et sur l'autre la dernire tour du chteau d'o s'est envol jusqu' ,vienne l'alrion des ,lorraine-,habsbourg4 ,dans tous nos cantons1 ds que le terrain s'lve1 le regard dcouvre avec saisissement la belle forme immobile1 soit toute nette1 soit voile de pluie1 de cette colline1 pose sur notre vaste plateau comme une table de nos lois non crites1 comme un appel la fidlit lorraine4 ,et sa prsence inattendue jette dans un paysage agricole1 sur une terre toute livre aux menus soins de la vie pratique1 un soudain soulvement de mystre et de solitaire fiert4 ,c'est un promontoire qui s'lve au milieu d'un ocan de prosasme4 ,c'est comme un lambeau laiss sur notre sol par la plus vieille ,lorraine4 ,de quel charme bizarre1 aussitt que je l'aperois1 ne saisit-elle pas mon esprit et mon coeur1 cette montagne en demi-lune1 la fois charmante et grave6 ,je songe notre nation trs positive1 mais o clatent le courage guerrier et la grandeur dans l'infortune2 je songe nos femmes lorraines qui deviennent en vieillissant si aisment des prophtesses1 et je vois les cheveux au vent de ,jeanne d',arc1 de ,marie ,stuart et de ,marie-,antoinette1 ces filles royales que notre race fournit la posie universelle2 j'entends l'clat de rire de ,bassompierre1 l'extravagance de ,charles ,,iv3 c'est le point o l'imagination peut le mieux venir se poser pour comprendre le gnie propre de la ,lorraine4 ,quel symbole d'une nation o s'allient au bon sens le plus terre--terre l'audace de la grande aventure et l'esprit qui fait les sorciers6 ,ici1 jadis1 du temps des ,celtes1 la desse ,rosmertha sur la pointe de ,sion faisait face au dieu ,wotan1 honor sur l'autre pointe ,vaudmont4 ,c'tait deux pardres1 deux divinits jumelles4 ,wotan tayait ,rosmertha1 et l'un et l'autre protgeaient la plaine4 ,la desse la figure jeune1 aux cheveux courts1 au sein nu1 s'est vanouie2 elle fut chasse par la ,vierge qui allaite l',enfant-,dieu1 cependant que les seigneurs de ,vaudmont btissaient leur maison forte sur l'ancien sanctuaire de ,wotan4 ,mais ,notre-,dame de ,sion et les comtes de ,vaudmont restrent1 l'un envers l'autre1 dans les mmes rapports o avait vcu le couple primitif des deux pardres celtiques4 ,ceux-ci s'taient entr'aids pour protger le vieux peuple des ,leukes1 et les comtes de ,vaudmont1 proclamant ,notre-,dame de ,sion souveraine du comt1 mirent leur couronne sur la tte de l'image vnre4 ,de telle sorte qu' travers les sicles la pense de la montagne s'est droule et s'est amplifie sans que la tradition ft rompue4 ,aujourd'hui1 de ,vaudmont rien ne subsiste qu'un haut mur sous d'antiques frnes1 o l'on a vu1 plerine inconnue1 passer l'impratrice lisabeth1 et dans ,sion1 la ,vierge noire1 l'image antique associe au pouvoir politique du pays1 a disparu sous le marteau impie d'une bande venue de ,vzelise en #agic4 ,les grands souvenirs de la colline sont voils ou dchus4 ,pourtant la plus pauvre imagination ne laisse pas de percevoir qu'autour de ce haut lieu s'organise l'histoire de la ,lorraine4 ,il nous dit avec quelle ivresse une destine individuelle peut prendre place dans une destine collective1 et comment un esprit participe l'immortalit d'une nergie qu'il a beaucoup aime4 ,les gens du pays1 qui montent encore aux dates sculaires de septembre sur la montagne1 ne savent gure ses annales2 ils s'bahiraient aux noms de ,rosmertha et de ,wotan2 ils ignorent quel pacte unissait la ,vierge de ,sion la maison de ,lorraine2 ils ne songent plus demander au vieux sanctuaire qu'il prenne la dfense de leurs intrts nationaux1 mais seulement celle de leurs intrts domestiques4 ,et pourtant1 par un sentiment profond du rle tutlaire de la colline1 c'est au milieu des dcombres de ,vaudmont qu'avec un instinct magnifique ils ont ramass1 pour remplacer ,sion la statue brise1 une vierge de pierre qui tient dans sa main l'alrion de ,lorraine et en amuse l'enfant ,jsus4 ,cette image que les comtes de ,vaudmont honoraient dans leur chapelle1 demeure sur l'autel du plerinage comme un signe extrme de l'entente sculaire1 et l'on croit voir1 dans cette substitution de la ,vierge de ,vaudmont l'ancienne ,vierge de ,sion1 une fusion des deux forces dans la dtresse4 ,a dfaut d'un savoir clair1 nous gardons une vnration obscure de ce double pass qui ne peut pas mourir1 et les ,lorrains1 quand ils font en procession le tour de l'troite terrasse1 obissent la vertu permanente1 toujours active1 de cette acropole4 ,,ii ,en automne1 la colline est bleue sous un grand ciel ardois1 dans une atmosphre pntre par une douce lumire d'un jaune mirabelle4 ,j'aime y monter par les jours dors de septembre et me rjouir l-haut du silence1 des heures unies1 d'un ciel immense o glissent les nuages et d'un vent perptuel qui nous frappe de sa masse4 ,une glise1 un monastre1 une auberge qui n'a de clients que les jours de plerinage1 occupent l'une des cornes du croissant2 l'autre extrmit1 le pauvre village de ,vaudmont1 avec les deux aiguilles de son clocher et de sa tour1 se meurt dans les dbris romains et fodaux de son pass lgendaire1 petit point trs net et prodigieusement isol dans un grand paysage de ciel et de terre4 ,au creux1 et pour ainsi dire au coeur de cette colline circulaire1 un troisime village1 ,saxon1 rassemble ses trente maisons aux toits bruntres qui possdent l tous leurs moyens de vivre3 champs1 vignes1 vergers1 chnevires et carrs de lgumes4 ,sur la hauteur1 c'est un plateau1 une promenade de moins de deux heures travers des chaumes et des petits bois1 que la vue embrasse et dpasse pour jouir d'un immense horizon et de l'air le plus pur4 ,mais ce qui vit sur la colline ne compte gure et ne fait rien qu'approfondir la solitude et le silence4 ,ce qui compte et ce qui existe1 o que nous menions nos pas en suivant la ligne de fate1 c'est l'horizon et ce vaste paysage de terre et de ciel4 ,si vous portez au loin votre regard1 vous distinguez et dnombrez les ballons des ,vosges et de l',alsace2 si vous le ramenez plus prs sur la vaste plaine1 elle vous tonne et1 selon mon got1 vous charme par ses superbes plissements1 par de longs mouvements de terrains pareils des dunes4 ,c'est un pays sans eau en apparence1 mais o l'eau sourd et circule invisible4 ,des prairies qui s'gouttent un ruisselet se forme et se dbrouille vivement dans les rides enchevtres du terrain4 ,au fond de ravins sinueux1 le ,madon1 l',uvry1 le ,brenon dveloppent en secret les beauts les plus touchantes1 cependant qu'ils rafrachissent une multitude de champs bombs et diversement colors1 des pturages1 des vignobles clairs1 des bls dors1 de petits bois1 des labours bruns o les raies de la charrue font un grave dcor1 des villages ramasss1 parfois un cimetire aux tombes blanches sous les verts peupliers lancs4 ,sur le tout1 sur cet ensemble o il n'est rien que d'ternel1 rgne un grand ciel voil4 ,les appels d'un enfant ou d'un coq apports de la plaine par le vent1 le vol plan d'un pervier1 le tintement d'un marteau qui l-bas redresse une faucille1 le bruissement de l'air animent seuls cette immensit de silence et de douceur4 ,ce sont de paisibles journes faites pour endormir les plus dures blessures4 ,cet horizon o les formes ont peu de diversit nous ramne sur nous-mmes en nous rattachant la suite de nos anctres4 ,les souvenirs d'un illustre pass1 les grandes couleurs fortes et simples du paysage1 ses routes qui s'enfuient composent une mlodie qui nous remplit d'une longue motion mystique4 ,notre coeur prissable1 notre imagination si mouvante s'attachent ce coteau d'ternit4 ,nos sentiments y rejoignent ceux de nos prdcesseurs1 s'en accroissent et croient y trouver une sorte de perptuit4 ,il tale sous nos yeux une puissante continuit1 des moeurs1 des occupations d'une mdiocrit ternelle2 il nous remet dans la pense notre asservissement toutes les fatalits1 cependant qu'il dresse au-dessus de nous le chteau et la chapelle1 tous les deux faiseurs d'ordre1 l'un dans le domaine de l'action1 l'autre dans la pense et dans la sensibilit4 ,l'horizon qui cerne cette plaine1 c'est celui qui cerne toute vie2 il donne une place d'honneur notre soif d'infini1 en mme temps qu'il nous rappelle nos limites4 ,voil notre cercle ferm1 le cercle d'o nous ne pouvons sortir1 la vieille conception du travail manuel1 du sacrifice militaire et de la mditation divine4 ,des sicles ont pass sur le paysage moral que nous prsente cette plaine1 et l'on ne peut dire qu'une autre conception de la vie1 tant soit peu intressante1 ait t entrevue4 ,voil les plaines riches en bl1 voil la ruine dont le chef est parti1 voil le clocher menac o la ,vierge reoit un culte que1 sur le mme lieu1 nos anctres paens1 adorateurs de ,rosmertha1 avaient dj entrevu4 ,paysage plutt grave1 austre et d'une beaut intellectuelle1 o ,marie continue de poser le timbre ferme et pur d'une cloche d'argent4 ,tous ceux qui ne subissent pas1 qui dfendent leur sentiment et se rattachent aux choses ternelles trouvent ici leur reposoir4 ,c'est toujours ici le point spirituel de cette grave contre2 c'est ici que sa vie normale se relie la vie surnaturelle4 ,,iii ,o sont les dames de ,lorraine1 soeurs1 filles et femmes des ,croiss1 qui s'en venaient prier ,sion pendant que les hommes d'armes1 l-bas1 combattaient l'infidle1 et celles-l surtout qui1 le lendemain de la bataille de ,nicopolis1 ignorantes encore1 mais pouvantes par les rumeurs1 montrent ici intercder pour des vivants qui taient dj des morts8 ,o la sainte princesse ,philippe de ,gueldre1 qui ,notre-,dame de ,sion dcouvrit1 durant le temps de son sommeil1 les desseins ambitieux des ennemis de la ,lorraine8 ,o le singulier ,charles ,,iv qui1 rduit l'extrmit par les troupes de ,louis ,,xiv1 s'avisa de faire donation et transfert irrvocable de son duch ,notre-,dame de ,sion1 en s'criant3 ,on n'osera pas guerroyer la mre de ,dieu6 ,o sont nos chefs hrditaires1 toute notre famille ducale qui1 lorsqu'elle quitta pour toujours1 par la dfaillance de ,franois ,,iii1 le vieux duch et des sujets dont le loyalisme n'avait jamais failli1 voulut une dernire fois s'agenouiller au sanctuaire de ,sion8444 ,o sont-ils1 ,vierge souveraine8 ,mais o sont les neiges d'antan8 ,ces puissantes figures ont disparu qui combattaient pour la ,vierge de ,sion1 leur dame et leur protectrice1 et qui mettaient ,dieu dans leurs conseils4 ,il est ferm1 ce beau thtre de ,sion-,vaudmont1 vritable scne de gloire o nous voyons1 comme en perspective1 une longue suite de hros qui trouvaient dans la pense d'une alliance avec le ciel un principe d'action4 ,aujourd'hui1 la colline ne fait plus monter vers les nues ses prires pour en obtenir des oracles4 ,rosmertha et ,wotan ont cess de recevoir sur leur ancien domaine aucune pense de fidlit4 ,chose curieuse1 attendrissante1 les derniers soins leur furent donns dans le couvent de la colline3 les ,pres oblats y conservaient et tenaient en belle vue1 il y a peu de temps encore1 une pierre votive1 hommage rendu la desse paenne par de pieux ,gallo-,romains dont elle avait guri le fils4 ,mais la pierre a disparu2 cette inscription1 cette suprme voix1 qui tmoignait en faveur de la desse dpossde1 a pris avec les religieux l'injuste chemin de l'exil4 ,quel magnifique symbole1 ce cortge d'un double dpart6 ,l'ancienne bannire des chevaliers de ,notre-,dame de ,sion n'a pas eu un sort plus heureux4 ,cet tendard glorieux1 par le secours de qui ,ren ,,ii dconfit les ,bourguignons et leur tmraire chef devant sa ville de ,nancy2 par qui le bon duc ,antoine affronta et mit en pices les ,rustauds avec une poigne seulement de ,lorrains2 par qui ,charles ,v1 la terreur des ,turcs et le sauveur de la chrtient1 remporta presque autant de victoires qu'il livra de batailles1 il s'est dfait obscurment dans une poussire sans gloire4 ,et maintenant l'lite de la province1 les riches et les intellectuels abandonnent des paysans l'office de processionner autour du sanctuaire1 comme hier ils leur laissaient l'honneur d'en dfendre le parvis4 ,et pourtant1 chaque fois qu'un ,lorrain gravit la colline1 des ombres l'accueillent4 ,naissent-elles de son coeur1 des ruines seigneuriales1 de la mince fort ou des trois villages8 ,elles sont faites d'esprance1 l'esprance de revoir encore ce qui une fois a t vu4 ,sur les pentes de cette acropole1 d'ge en ge ont retenti tous ces grands cris de vigueur et de confiance indtermine3 ,hic1 ad hoc1 spes avorum444 ,non inultus premor444 ,c' n'o me po tojo444 qui sont l'me de notre nation4 ,ombres silencieuses1 j'entends votre message6 ,le secret de ,sion doit tre cherch dans ce regard tourn vers les nues qu'il y eut toujours sur cette colline4 ,elle est dvaste1 dpouille1 toute pauvre4 ,rien n'y rend sensible l'histoire1 rien n'y raconte avec clart la succession des sicles4 ,qu'est-ce que la tour de ,brunehaut1 la chapelle du plerinage o si peu de parties sont vieilles1 et trois1 quatre pierres sculptes parses dans ,vaudmont8 ,mais ainsi dnude1 la colline nous propose toujours1 au milieu de la plaine1 sa vtust sereine1 son large abandon1 sa terrasse demi morte1 sa gravit1 sa tristesse vaste et nue en hiver1 sa force en toute saison1 pareille celle d'une falaise dans la mer1 son indiffrence ce que nous pensons d'elle1 sa rsignation qui ne rclame rien1 qui ne prtend mme pas la beaut4 ,elle demeure1 elle reste sa place1 pour tre un lieu de recueillement o nous rassemblons nos forces1 pour nous remuer d'un pressentiment1 nous enlever l'heure passagre1 nos limites1 nous-mmes1 et nous montrer l'ternel4 ,les quatre vents de la ,lorraine et le souffle inspirateur qui s'exhale d'un lieu ternellement consacr au divin1 ravivent en nous une nergie indfinissable3 rien qui relve de la pense1 mais plutt une vertu4 ,ici1 l'homme de tout temps fit connatre aux dieux ses besoins par la prire et sollicita leur protection4 ,ici1 nous retrouvons l'allgresse de l'me et son orientation vers le ciel4 ,l'me6 le ciel6 vieux mots dont la magie garde encore sa force4 ,ici ne peut planer ,mphistophls1 l'esprit qui nie3 la lumire l'absorberait et le grand courant d'air lui briserait les ailes4 ,c'est ici l'un des thtres mystrieux de l'action divine et l'un des antiques sjours de l',esprit4 ,la plus simple mlodie1 une voix jete au vent de la falaise nous en rouvrirait les chemins1 tant nous sommes ns pour ressentir sa grandeur1 sa solitude1 sa constance et la suite brillante de ceux qui la foulrent1 bref1 l'indfinie posie1 la vertu qui dort dans ce haut refuge4 ,arche sainte1 un mot6444 ,tout se tait6 ,quel silence dans cet immense espace qui surveille1 attentif1 son haut lieu6 ,,iv ,un homme a souffert de ce silence de ,sion4 ,un homme1 un prtre1 encadr de ses deux frres1 prtres eux-mmes1 les trois frres ,baillard1 au sicle dernier4 ,on ne peut pas dire que ces personnages sont venus se placer dans la srie des noms dignes de mmoire sur la colline nationale1 et qu'ils forment le dernier anneau de la belle chane interrompue qui gt sur les friches de ,sion-,vaudmont2 mais je suis attir prs d'eux1 parce qu'une partie de mes penses ou de mes impressions les plus instinctives sont celles-l mmes pour lesquelles ils se dvourent1 et que ces barbares sont ainsi mes parents4 ,ce sont eux qui1 au lendemain de la ,rvolution et quand la charrue avait pass sur des lieux consacrs par une vnration sculaire1 se donnrent pour tche de relever la vieille ,lorraine mystique et de ranimer les flammes qui brlent sur ses sommets4 ,si par une belle aprs-midi d'automne1 sous notre ciel triste1 je visite quelque ruine fodale1 ou bien dans une glise froide une pierre de tombe sculpte1 je sens s'veiller en moi toute une rumeur1 le dsir de savoir et l'motion du mystre4 ,c'est une pareille pit largie1 o se mlent les plaisirs de la mlancolie1 qui m'attire sur les quatre domaines o les ,baillard ont port leur grande passion de btisseurs4 ,flavigny et ,mattaincourt1 ,sainte-,odile et ,sion1 quelles sonorits pour un historien6 ,tous ces chteaux de l'me1 reconstruits au milieu des angoisses de la faillite par un mystique procdurier1 donnent un sens aux divers cantons de ce petit pays et y fleurissent1 au mme titre que les burgs de jadis1 comme des signes1 comme des relais de l'activit de notre nation4 ,une volont a marqu ici la terre2 un cachet s'est enfonc dans la cire4 ,ce que les ,baillard imprimaient la terre lorraine1 c'tait le caractre de leur me fidle une double tradition1 catholique et lorraine4 ,comment ne pas aimer les personnages qui entreprennent de rtablir une magistrature spirituelle et de raviver le surnaturel sur les cimes de leur pays8 ,et pourtant1 c'est un lourd silence autour des trois frres ,baillard1 un double silence1 celui de l'oubli naturel et celui voulu par l'glise4 ,vous pouvez passer et repasser ,flavigny1 ,mattaincourt1 ,sainte-,odile et ,sion1 aucun indice ne vous dira ce qu'ils ont jet de jeunesse1 d'argent1 de temps1 d'activit et d'amour dans les fondations de ces btiments4 ,pourquoi leur nom n'est-il inscrit nulle part sur les pierres qu'ils ont releves8 ,pourquoi mme en est-il proscrit8 ,qu'est-ce que cette vapeur de soufre et cette odeur de damnation1 aujourd'hui rpandues sur ces trois figures qui furent un moment bnies8 ,j'ai souvent interrog sur les ,baillard mon regrett ami1 le chanoine ,pierfitte1 le savant cur de ,portieux4 ,a chaque fois il se taisait1 dtournait la conversation4 ,un jour1 il s'en est expliqu en deux mots3 ,c'est encore trop tt pour parler des ,baillard4 ,trouvait-il que l'autorit s'tait montre bien dure envers ces vieux ,lorrains8 ,rien ne m'assure que telle fut son opinion4 ,je crois plutt qu'il distinguait le rle du ,diable dans cette affaire1 et qu'il redoutait de remuer des souvenirs d'o pouvaient encore maner des malfices4 ,la rserve de ,monsieur ,pierfitte ne pouvait1 faut-il l'avouer1 qu'exciter ma curiosit4 ,comment accepter de ne rien savoir d'un mystique1 mtamorphos par sa passion mme et qui entre dans le cercle du noir enchanteur8 ,pendant longtemps1 ces trois prtres furent dans mon esprit une sorte de brouillard mystrieux4 ,ils flottaient devant moi aux parties les plus solitaires et les plus solennelles de la cte de ,sion1 surtout les jours o la brume l'enveloppe et l'isole4 ,ils m'attiraient4 ,pendant des annes1 dix1 vingt ans peut-tre1 je me suis renseign sur ,quirin1 sur le grand ,franois1 sur le fameux ,lopold4 ,je m'tonnais que ce dernier ne ft mort qu'en #ahhc1 et je cherchais me souvenir si1 enfant1 je ne l'avais pas rencontr4 ,bien que cette histoire se ft concentre sur quelques lieues de terrain1 mon enqute n'tait pas aise4 ,la tradition orale s'efface vite1 ne dpasse jamais le sicle1 et ds maintenant c'est comme une mare d'indiffrence qui s'est paissie sur la mmoire des ,baillard1 aux lieux mmes o ils ont le plus agi4 ,a ,flavigny1 ,mattaincourt1 ,sainte-,odile1 il n'y a que leurs btiments qui mergent de l'oubli et autour de ces grandes murailles1 dont le pied trempe dans la plus noire ingratitude1 personne pour me renseigner4 ,sur la montagne de ,sion1 la figure des ,baillard demeure plus vivante4 ,l'branlement y fut si fort qu'il a laiss une longue vibration dans les mmoires paysannes4 ,mais dj le chercheur1 la place des faits exacts qu'il sollicite1 ne trouve plus qu'une matire lgendaire4 ,on lui propose trois frres ,baillard aux figures simples1 contrastes et fortement dessines1 qui rappellent la manire mi-pique1 mi-gouailleuse des ,quatre fils ,aymon4 ,ils ne sont pas seuls4 ,autour d'eux on voit s'empresser des femmes--sont-ce des paysannes8 sont-ce des religieuses8--qui les aident et que la lgende ne respecte pas plus que des nonnes du moyen ge4 ,et je me dis parfois que si l'imprim n'aboutissait pas1 de nos jours1 tuer toute production spontane du gnie populaire1 l'aventure de ces trois prtres viendrait tout naturellement se placer dans la srie de la geste lorraine4 ,ma longue curiosit n'avait gure de chance d'tre jamais satisfaite4 ,elle s'endormait presque4 ,le hasard d'un coup d'oeil jet sur le catalogue de la bibliothque de ,nancy vint un jour la rveiller4 ,sous les numros #a4eib #a4fce1 je dcouvris un trsor1 toute une collection de manuscrits excuts par les soins des frres ,baillard et contenant des lettres1 des visions1 des entretiens1 des rvlations divines1 des annales1 des pices de procdure1 des prires1 des livres de comptes1 les plus beaux thmes dont ils se nourrissaient1 un immense grimoire4 ,tous ces registres quadrills et grossirement relis en basane noire ou verte sont de l'espce que l'on emploie pour les livres de compte1 et sans cesse au milieu d'effusions surnaturelles on voit apparatre un chiffre1 une opration arithmtique1 de prosaques doit et avoir444 ,toute l'me1 toute la passion1 tout le mystre des ,baillard gisaient l4 ,ma curiosit tait remplie1 les trois prtres tirs de leur coin d'ombre1 et l'effort1 que fit pour renatre une vieille acropole religieuse1 ramen la lumire4 ,voici ce livre1 tel qu'il est sorti d'une infinie mditation au grand air1 en toute libert1 d'une complte soumission aux influences de la colline sainte1 et puis d'une tude mthodique des documents les plus rebutants4 ,voici les trois frres ,baillard4 ,j'ai relev leur histoire avant que personne les et dfigurs et quand la platitude et l'enthousiasme s'y mlaient inextricablement4 ,je puis dire que je suis arriv auprs de ces phnomnes religieux et sur le bord de cet tang aux rives indtermines1 quand personne n'en troublait encore le silence4 ,j'ai surpris la posie au moment o elle s'lve comme une brume des terres solides du rel4 ,,chapitre ,,ii ,,grandeur ,,et ,d,,cadence ,d',,un ,,saint ,,royaume ,,lorrain ,,au ,,dix-,,neuvi,,me ,,si,,cle ,je me souviens du jour d'octobre1 couvert et grave1 o je suis all ,borville visiter le pays des ,baillard4 ,dans un canton rural de la vieille ,lorraine1 entre pinal et ,lunville1 c'est un village immobile1 abrit contre une faible cte1 non loin de la fort de ,charmes1 un village trs pieux1 juger d'aprs les vierges qui protgent la porte de la plupart des maisons1 et rempli d'lgants motifs de style renaissance 7dats du dix-septime sicle1 ce qui prouve que les modes arrivaient lentement ,borville74 ,j'ai vainement cherch la tombe du pre des ,baillard1 cette tombe o ses fils avaient grav ces quatre mots rvlateurs de leur orgueil2 ,ci-gt ,lopold ,baillard1 pre de trois prtres4 ,le cimetire est petit autour de l'glise1 et1 sous l'immense sycomore qui les ombrage1 les morts1 depuis #ahcf1 ont d faire place de nouveaux venus4 ,on n'a pu que m'indiquer sous la grande croix la place qu'occupait la pierre disparue4 ,mais au centre du village j'ai retrouv intacte la maison de famille1 remarquable par ses caves profondes1 o1 sous la grande ,rvolution1 fut recueilli plus d'un ecclsiastique pourchass444 ,c'est ici1 c'est ,borville1 c'est dans cet troit sillon que l'on s'enfonce jusqu'aux racines des trois ,baillard4 ,tous les dtails que j'y ai recueillis nous rendent compte de leur gnie vigoureux et bizarre1 comme un petit sac de graines explique la moisson future4 ,les trois frres ,baillard sortirent d'une ligne profondment religieuse1 l'heure dramatique o la perscution exaltait cette religion hrditaire4 ,dans tous nos villages1 on voit de ces familles dvoues au cur de la paroisse4 ,ce sont elles qui fournissent le sacristain et les enfants de choeur2 les femmes y veillent l'entretien des linges sacrs et des ornements sacerdotaux2 elles dcorent l'glise aux approches des grandes ftes1 et si la servante du cur vient manquer1 elles font l'intrim4 ,les plus zles de ces familles gardent une vague tradition de la dme3 les premiers fruits du jardin sont ports au presbytre1 et chaque gnration donne un de ses fils l'glise4 ,vienne des temps difficiles1 ces amis de la cure s'lvent le plus simplement du monde aux vertus du sacrifice4 ,a la fin du dix-huitime sicle1 les ,baillard de ,borville taient une de ces familles quasi sacerdotales4 ,lors de la ,rvolution1 ils cachrent chez eux1 au pril de leur vie1 plusieurs prtres rfractaires1 et ce fut l'un de ceux-ci1 un ,tiercelin du couvent de ,notre-,dame de ,sion1 qui baptisa secrtement1 en #agif1 leur premier-n ,lopold4 ,cet enfant1 dclara-t-il1 s'lvera par ses qualits au-dessus de ses concitoyens2 il fera l'ornement et la consolation de sa famille1 il sera l'honneur de sa patrie1 honor et decus patri4 ,et durant des mois1 dans la demi-lueur des caves profondes o je suis descendu1 il prodigua au fils de ces fidles chrtiens les bndictions et les prophties que lui suggrait la reconnaissance4 ,la sant du petit garon donnait-elle des inquitudes1 il rassurait ses parents mieux que n'et fait un mdecin4 ,l'enfant de tant de prires1 disait-il1 ne peut pas prir4 ,les heureux poux recueillirent avec un religieux respect ces souhaits de bienvenue1 et mesure que ,lopold grandissait au milieu de ses frres et soeurs1 ils aimaient les lui rappeler pour l'encourager dans le chemin de la vertu4 ,le grand-pre ,baillard1 plus encore1 veillait dans ces enfants une imagination hroque4 ,souvent il les groupait autour de son tabli de cordonnier1 et leur racontait intarissablement les histoires locales et domestiques dont il avait t le hros3 --,voyez1 petits1 disait-il1 c'est dans cette chambre o je vous parle qu'tait l'glise en ce temps-l4 ,quand le ,tiercelin de ,sion1 revenant de quelque tourne dangereuse1 rentrait chez nous la nuit tombante1 vite votre grand-mre disait votre pre3 ,va1 cours avertir les bons2 la messe aura lieu sur le coup de minuit4 ,les bons arrivaient l'un aprs l'autre en se glissant le long des maisons4 ,au coup de minuit1 ils tombaient genoux pour l'lvation1 la place mme o vous tes assis4 ,une nuit1 les sans-culottes entrrent ici par surprise et en armes4 ,votre grand-pre tait absent1 et votre grand-mre avec vos parents n'eut que le temps de pousser le prtre dans la cachette1 au bout du jardin1 et de courir dans les champs4 ,mais par malheur elle avait mal compt ses petites-filles et oubli votre tante ,franoise1 qui demeura seule pour tenir tte ces bandits4 ,l'un d'eux lui appliqua le canon de son fusil sur la gorge4 ,tu n'oserais pas6 cria-t-elle1 et le brigand se trouva dsarm4 ,mais ils brisrent tout1 burent1 mangrent1 pillrent et sortirent enfin en hurlant3 ,vive la ,libert6 ,vive la ,raison6 ,car il faut vous dire que la ,raison1 c'tait leur desse4 ,le bonhomme leur racontait encore l'installation de l',arbre de la ,libert sur la place de l'glise4 ,c'tait un beau peuplier1 qu'on tait all chercher dans la prairie communale4 ,il fallait le baptiser3 --,on prit un de vos parents malgr ses rsistances4 ,les sans-culottes lui passrent au ct l'charpe tricolore et lui appliqurent avec violence la tte contre le peuplier1 tellement que le sang jaillit4 ,ce sang de chrtien1 ils l'offrirent leur desse ,raison1 et soudain1 pris de dlire1 se formrent en rond1 hommes1 femmes et enfants1 chantant1 criant des couplets en l'honneur de leur desse4 ,puis le cur asserment 7qu'il soit maudit1 l'apostat67 vint asperger le peuplier d'eau soi-disant bnite4 ,et pendant ce temps1 mes petits1 que faisaient vos bons parents8 ,ils priaient et se tenaient la face contre terre1 pour ne pas voir le loup-garou oprer ses profanations4 ,des enfants conus dans de telles motions1 forms de ce sang et bercs par des rcits d'un si ferme caractre hagiographique1 taient prdestins4 ,ils taient le fruit d'une longue pense sacerdotale1 ils ne pouvaient avoir qu'un rve1 qu'une mission3 ,lopold ,baillard entra au sminaire1 ses deux frres l'y suivirent4 ,lopold se distingua1 au cours de ses tudes1 par l'pret avec laquelle il soutenait les opinions philosophiques et thologiques qu'il avait une fois adoptes4 ,d'ailleurs bon latiniste et grand amateur de beau langage4 ,moins brillant1 ,franois se faisait peut-tre plus aimer4 ,ses condisciples s'amusaient1 dans les rcrations1 former le cercle autour de lui1 pour l'entendre dclamer d'une voix trs forte et trs souple le clbre exorde du ,pre ,bridaine3 ,a la vue d'un auditoire aussi nouveau pour moi444 ,quant au jeune ,quirin1 leur cadet1 c'tait une figure pointue1 rapide argumenter4 ,il offrait sous la soutane un singulier mlange de fantassin et d'avocat de justice de paix4 ,est-il besoin de dire qu'aucune objection ne se forma jamais dans l'esprit de ces jeunes clercs8 ,ce qu'on leur enseignait rassemblait en corps de doctrine les sentiments profonds et les bribes d'ides sur lesquelles vivaient1 depuis toujours1 leurs familles4 ,le monde et l'histoire leur taient clairs4 ,ils savaient comment l'univers a commenc et comment il finira2 ils savaient aussi que leur double existence1 temporelle et ternelle1 allait tre assure dans les oeuvres de l'glise4 ,d'ailleurs1 pour avoir la soutane1 ils n'en gardaient pas moins1 de corps et d'esprit1 les moeurs de leurs camarades en blouse4 ,tout brillants de jeunesse1 de sant physique et morale1 ils demeuraient les frres de ces robustes garons de ferme que l'on voit1 le dimanche1 devant l'glise sur la place4 ,ils taient la fleur du canton1 trois bonnes fleurs campagnardes1 sans tranget1 sans grand parfum ni raret1 mettons trois fleurs de pomme de terre4 ,quelles vacances charmantes on passait dans la vieille maison de ,borville6 ,comme ils taient contents1 le pre et la mre ,baillard1 l'arrive de leurs abbs6 ,la table se couvrait de quiches1 de tourtes la viande1 de tartes de mirabelles1 de fruits de toute sorte et du bon vin rcolt dans la vigne paternelle1 sur le coteau de ,vah4 ,au dessert1 les abbs1 l'merveillement de leurs plus jeunes frres et soeurs1 chantaient quelques couplets sur le bonheur des vacances ou quelque cantique1 car tous les trois1 et surtout ,lopold1 taient sensibles la beaut des voix4 ,souvent des camarades du sminaire et des prtres du voisinage venaient prendre leur part de ces minutes heureuses4 ,mais le plus beau jour1 ce fut quand ,mgr de ,forbin-,janson1 en tourne de confirmation1 voulut s'asseoir la table d'une famille si recommandable4 ,madame ,baillard avait fait toilette4 ,ah6 dit ,sa ,grandeur agrablement1 la mre ,baillard a mis sa robe de soie gorge de pigeon4 ,dans cette journe1 qui marque peut-tre le plus haut moment de cette famille clricale1 nul des ,baillard ne sentit la condescendance du grand seigneur chez l'vque1 pas plus que celui-ci ne souponna les charbons cachs sous la cendre et qui chauffaient l'me de ces serviteurs obscurs4 ,il ne vit pas les deux faces de l'orgueil des ,baillard3 orgueil devant tout le pays d'tre reconnus par les autorits hirarchiques comme des soutiens de la religion1 et orgueil devant ces autorits d'tre la profonde ,lorraine catholique4 ,ces paysans ne doutent pas d'avoir servi l'glise sur leur sol1 mieux que n'a fait aucun de ces grands dignitaires qui se succdent au sige piscopal de ,nancy4 ,ils sont fiers de recevoir le noble prlat1 ils l'entourent d'un profond respect1 mais ils connaissent leurs propres actions et saluent dans sa grandeur un effet de leurs sacrifices4 ,ces sacrifices1 ,lopold1 ,franois1 ,quirin sont prts1 indiffremment1 les renouveler ou bien en rcolter le fruit4 ,tout ensemble paysans1 prtres et soldats1 ils s'avancent pour conqurir dans les armes du ciel1 comme ils eussent fait dans les armes de l',empereur1 les grades1 les titres1 les dotations1 la gloire4 ,fermes dans leur foi d'ailleurs1 comme ils eussent t fermes au feu4 ,au sortir du sminaire1 l'ge de vingt-quatre ans1 ,lopold fut nomm cur de la belle et importante paroisse de ,flavigny-sur-,moselle4 ,il y arriva en #ahba1 tout impatient de se distinguer1 d'autant que son journal le faisait participer aux fivres du grand effort catholique auquel la ,congrgation a donn son nom4 ,ce mouvement1 qui fut ailleurs une politique1 se prsentait au jeune prtre comme le sentiment le plus haut et le plus vrai1 comme une rparation due des convictions proscrites1 des oeuvres perscutes1 des ruines sacres par le malheur4 ,du premier regard1 il s'avisa qu'un monastre de ,bndictines avait exist sur ce bord de la ,moselle1 avant la ,rvolution4 ,ce lui fut une indication de la ,providence4 ,l'imagination de ,lopold tait maigre1 sans gnie1 je veux dire incapable d'invention1 mais d'une force prenante extraordinaire4 ,qu'on lui fournt un point de dpart son gr1 il n'en dmordait plus4 ,il se tenait sur l'ide qu'il avait une fois faite sienne avec cette application obstine1 minutieuse et si souvent bizarre que l'on voit chez les dessinateurs lorrains4 ,quand il fut parvenu1 force de dmarches1 repeupler de ,bndictines l'ancienne maison de ,flavigny1 qui devint rapidement par ses soins le plus prospre pensionnat de jeunes filles1 il se plongea1 pour tre digne de diriger ces dames1 dans l'tude des matres de la vie mystique et des fondateurs d'ordre4 ,et nul d'eux ne lui plut autant que le grand saint de la ,lorraine1 l'mule de saint ,franois de ,sales1 le prcurseur de saint ,vincent de ,paul1 bref1 le ,bienheureux ,pierre ,fourrier de ,mattaincourt1 le ,bon ,pre1 comme on l'appelait4 ,il s'enthousiasma pour ce beau gnie pratique1 d'une imagination inpuisable dans le bien1 qui fonda les douces filles congrganistes1 dont les phalanges1 blanches et bleues de ciel1 donnent encore aux villages lorrains tant de caractre1 qui organisa l'enseignement primaire et jeta le germe des socits de secours mutuels2 il fraternisa avec le grand patriote lorrain1 capable de mettre en chec ,richelieu2 enfin le thaumaturge l'blouit4 ,lopold ,baillard1 ,flavigny1 fait peut-tre sourire1 quand1 le cerveau en feu1 il se penche sur l'histoire du ,bon ,pre4 ,il rappelle don ,quichotte qui1 dans son village dsol de ,castille1 s'enflamme en lisant les romans de chevalerie et se propose d'galer ,amadis des ,gaules4 ,n'empche qu'un jeune prtre de vingt-cinq ans1 qui emploie se hausser vers un magnifique modle d'esprit et de vertu l'motion reue d'une communaut de femmes dont il est le bienfaiteur1 c'est une belle image du romantisme lorrain4 ,a cette poque1 les ducs que l'on avait tant aims ayant disparu l'horizon1 et les primes superbes que l',empereur donnait au courage heureux n'tant plus disponibles1 la nation lorraine1 diminue par les malheurs rpts de la guerre et les dsillusions de sacrifices sans gloire1 commenait se dshabituer du sentiment de la grandeur4 ,ce jeune paysan chappe cette mdiocrit4 ,il a rsolu d'aider ,dieu en ,lorraine4 ,il croit qu'il n'y a rien au monde de plus important que de rouvrir sur sa terre les fontaines de la vie spirituelle4 ,dans sa pense1 l'idal et le rel s'emmlent de la manire la plus vraie1 et je ne me choque pas de voir1 un peu l'arrire-plan1 mais trs nette dans son esprit de paysan1 cette seconde ide que les fondateurs ont de plein droit le gouvernement des couvents et des plerinages qu'ils tablissent4 ,a quelques lieues de ,flavigny1 dans ,mattaincourt1 achevait de s'crouler la vieille maison du pre ,fourrier et de sa glorieuse compagne1 la mre ,allix4 ,lopold jugea qu'il tait de son plus lmentaire devoir de ne pas laisser sans gloire le sanctuaire de son grand patron4 ,il racheta ces pierres dlaisses1 les rdifia sur un plan plus vaste1 puis se mit en campagne pour retrouver quelques filles de la ,congrgation de ,notre-,dame4 ,tche malaise1 qu'il lui fut donn de mener bien4 ,dans ces murs neufs1 il eut la chance de ramener un essaim4 ,de toutes parts1 un murmure flatteur entourait1 enorgueillissait le jeune cur de ,flavigny et ses deux frres1 qui1 chargs chacun de paroisses dans son voisinage1 trouvaient le temps de l'assister4 ,cependant ,lopold pressentait qu'il n'avait pas rempli toute sa destine4 ,au milieu de ses russites1 il prtait une oreille attentive aux rudits de ,nancy1 tout un petit groupe d'esprits curieux qui se consolaient de vivre sous l'influence de ,paris 7et de l'esprit du dix-huitime sicle7 en construisant une philosophie de l'histoire lorraine4 ,notre nation1 disaient-ils1 a toujours rempli dans le monde un rle bien suprieur l'importance de son territoire4 ,elle avait une mission4 ,c'est sous le commandement d'un prince lorrain1 ,godefroy de ,bouillon1 que les croisades ont commenc2 c'est sous le commandement d'un duc de ,lorraine1 ,charles ,v1 qu'elles ont fini4 ,et comme nous avons arrt l',islam1 nous avons servi de rempart1 avec le duc ,antoine et les ,guise1 contre les protestants4 ,ces lotharingistes s'exprimaient ainsi en haine du rationalisme1 qu'ils accusaient de substituer au culte chrtien de la justice l'idoltrie de la force et du succs4 ,lopold fit siennes leurs thses4 ,il commena de vaticiner que la ,lorraine n'avait pas puis sa destine et que cette hroque racine allait rejeter une pousse4 ,chaque fois qu'il passait sous la colline de ,sion1 il ne manquait pas d'y monter pour solliciter les inspirations de la ,vierge protectrice de la ,lorraine4 ,un jour de l'anne #ahcg1 l'abandon o gmissait ce lieu sacr le frappa au coeur2 il contempla ce repos1 cette patience1 cette longue songerie de la colline et jura d'en faire sortir une pense arme1 agissante1 et conqurante2 de grandes ombres lui parlrent et lui dfinirent avec une force divine quelle oeuvre souveraine lui tait ici rserve4 ,il se mit aussitt en campagne1 trouva de l'argent ou plutt du crdit1 et1 dans l'anne mme1 acheta les divers lots de terre et de btiments qui jadis avaient compos le domaine du plerinage4 ,saint domaine6 ,territoire de la ,vierge6 ,quand ce haut royaume fut entre ses mains1 il sentit avec violence qu'il avait t l'troit1 comme un aigle dans une cage1 dans ses premires fondations1 et qu'il trouvait enfin l'air et l'espace que sa nature exigeait4 ,hinc libertas1 s'cria-t-il1 reprenant sur le sommet de ,sion la devise des ,guise4 ,c'est d'ici que part1 que partira la libert4 ,et dsormais pour lui1 il ne s'agira plus de relever simplement des abris de la contemplation1 il veut construire des ateliers spirituels o reformer une milice catholique1 o faonner pour tous les ordres de l'activit pratique des travailleurs religieux4 ,il va peupler le monde avec des ,lorrains qui seront le ferment de ,dieu4 ,c'est un conservatoire du vieil esprit austrasien qu'il veut crer sur la colline sainte1 d'o partira une croisade continuelle pour la vraie science contre le rationalisme4 ,rien n'arrte cet tonnant improvisateur1 rien ne l'inquite4 ,il n'admet pas que la plante lorraine ait pu dgnrer et devenir impropre faire quelque chose de grand4 ,il ne lui vient pas l'esprit d'examiner s'il reste dans nos campagnes beaucoup d'exemplaires du puissant type lorrain1 large d'paules1 haut de stature1 panoui de visage et de propos1 bizarre1 audacieux1 qui fournit toutes les armes de l',europe de si beaux hommes d'armes4 ,il va de l'avant1 comme si l'esprit de cette terre tait une essence d'une nature absolument indestructible et qui continut toujours d'agir4 ,c'est qu'il est anim1 en vrit1 ce fils de cultivateurs1 par un mobile bien autrement vrai et puissant que la philosophie historique dont il parle le langage4 ,plus qu'un noble got intellectuel1 sa passion pour les lieux saints est une concupiscence paysanne de possder la terre4 ,lopold1 de toute bonne foi1 prche le sublime et veut transfigurer la nature1 mais le positivisme villageois1 sous les traits de ,franois et de ,quirin1 trouve accs dans ses conseils4 ,de l d'ailleurs1 le rel succs de leurs entreprises3 ils y apportent des qualits de terriens1 une exprience1 une aptitude4 ,les trois frres lvent des btiments1 recrutent des novices et des religieux1 des bons frres et des bonnes soeurs1 pour la gloire de la ,croix et pour la renaissance de la ,lorraine1--comme simples cultivateurs ils eussent construit des mtairies et engag des valets ou des filles de ferme4 ,vers #ahdj1 sous l'tiquette d',institut des frres de ,notre-,dame de ,sion-,vaudmont1 la sainte montagne1 grce l'impulsion des messieurs ,baillard1 prsentait l'image d'une ruche active et industrieuse1 o la prire et le travail se succdaient avec bonheur4 ,beaux btiments conventuels1 jardins vastes et bien entretenus1 ferme modle au village de ,saxon1 pensionnat de jeunes gens1 grands ateliers pour menuisiers1 marchaux ferrants1 charrons1 peintres et sculpteurs1 tailleurs de pierre1 tailleurs d'habits1 maons1 fabricants de bas au mtier1 et mme une petite librairie pour la propagande des bons livres4 ,aux jours de ftes1 de belles crmonies1 des prdications mouvantes1 des chants et de la musique attiraient de toutes parts les fidles blouis autant qu'difis4 ,et pour couronner la visite de ,sion1 une surprise charmante tait rserve aux plus distingus des plerins4 ,jamais les prtres ou les laques considrables qui avaient suivi les pieux offices ne s'en seraient retourns sans tre descendus ,saxon4 ,l1 dans la paix profonde du village enfoui au milieu de ses vergers1 l'intrieur de la courbe et pour ainsi dire dans le sein de la colline1 ils trouvaient les religieuses1 assises sur des bancs l'ombre de leur couvent4 ,elles formaient un petit jardin virginal4 ,c'taient les soeurs quteuses1 celles du moins qui1 pour l'instant1 se reposaient entre deux voyages4 ,ainsi dans les crations de ces ,messieurs1 il y avait de quoi mouvoir toutes les sortes d'imagination4 ,a cette poque1 en ,lorraine1 les souvenirs d'une indpendance proche et glorieuse taient encore vifs4 ,les sentiments qui transportaient ,lopold trouvaient de l'cho1 sinon dans le haut personnel ecclsiastique1 du moins dans le petit clerg1 issu tout entier des familles rurales les plus attaches la tradition4 ,ceux que laissaient insensibles ces grandes vues patriotiques et religieuses admiraient les ,baillard pour leur prosprit clatante et rapide4 ,les trois frres faisaient de l'or4 ,c'est la plus belle chose en tous lieux4 ,quand les gens montaient sur la colline1 en septembre1 pour les ftes de la nativit de la ,vierge1 et que la superbe procession dployait son cortge1 ils se montraient les soeurs quteuses et disaient3 ,voil celles qui rapportent des mille et des mille444 ,pourtant les paysans voyaient avec inquitude cet homme trange1 dj accabl de charges1 toujours tirer des traites sur l'avenir4 ,bien souvent1 au retour de ,sion1 les plus sages rptaient le mot du pre ,baillard son lit de mort3 ,mon fils1 tu veux trop en faire4 ,juste prudence villageoise4 ,mais chacun meurt de son gnie4 ,napolon veut toujours vaincre4 ,dans les forts des ,vosges et sur les sommets qui sparent la ,lorraine de l',alsace1 rgne1 depuis des sicles1 le monastre qui garde les reliques de sainte ,odile4 ,ce haut lieu protge l',alsace1 comme la colline de ,sion la ,lorraine4 ,pour cinquante mille francs ,lopold l'achte4 ,il prend possession du grand couvent1 de l'glise1 des chapelles1 de l'htellerie1 des curies1 d'une quantit de terres et de prs1 d'une admirable fort et des reliques4 ,et dans ce domaine princier il installe son jeune frre ,quirin4 ,voil tout le pays d'entre ,rhin et ,meuse sous l'influence de ,lopold ,baillard4 ,c'est le grand ,austrasien1 le dernier des ducs de ,lorraine4 ,les trois frres se font connatre dans tout l'univers1 on peut dire4 ,infatigables et persuasifs1 ils parcourent la ,france1 le ,luxembourg1 la ,belgique1 l',angleterre en clbrant les services que l',institut des ,frres de ,notre-,dame de ,sion-,vaudmont est appel rendre au monde entier4 ,le cadet ,quirin s'en va en ,amrique solliciter les ,yankees1 et ,lopold pntre jusqu' la ,burg impriale de ,vienne4 ,il y obtint une audience et des subsides4 ,quelle belle image quand ,lopold ,baillard apparat au pied du trne des ,habsbourg-,lorraine et qu'il s'adresse comme son suzerain1 au petit-fils des comtes de ,vaudmont6 ,lui1 le chef spirituel de la sainte colline1 il fait appel au chef temporel4 ,dmarche pleine de coeur et d'une imagination magnifique6 ,les ,baillard eussent t invincibles s'ils s'taient fait une ide du monde moderne4 ,ils l'ignoraient totalement4 ,lopold ne tenait compte des gens qu'autant qu'ils mritaient de prendre place dans le coin d'un vitrail ou d'un tableau en attitude de donateurs4 ,il parcourait le monde sans rien y remarquer que ce qui aurait pu1 tant bien que mal1 figurer dans une biographie du ,pre ,fourrier4 ,ils ne virent pas se former contre eux une terrible coalition de leurs suprieurs hirarchiques avec les libraux4 ,la libre pense devait dtester ces oeuvres o le particularisme lorrain s'alliait troitement l'ide catholique et qui formaient1 bien voir1 des citadelles contre le rationalisme4 ,quant l'vque concordataire1 pouvait-il goter beaucoup cette religion locale8 ,il y devinait des mouvements d'illuminisme1 un fond trouble1 qui apparut quand ce singulier ,lopold se crut favoris d'un miracle en la personne de soeur ,thrse ,thiriet4 ,les religieuses de ,saxon1 nous l'avons dit1 taient dvoues corps et me ,lopold ,baillard4 ,c'taient des jeunes paysannes du pays1 qu'il avait d'abord places auprs des religieuses de ,mattaincourt4 ,mais ces dames trouvrent ces simples filles bien grossires et les traitrent en servantes4 ,lopold voyant qu'elles n'taient pas heureuses les fit revenir1 les organisa prs de lui en petite communaut1 composa pour elles un rglement et les employa pour ses qutes4 ,elles lui vourent une grande reconnaissance et reportrent lui seul toutes leurs penses4 ,leur mtier mme les y invitait4 ,n'avaient-elles pas faire son loge tout le jour8 ,n'tait-ce pas entre ses mains qu'elles apportaient l'argent1 et de sa bouche qu'elles attendaient une approbation8 ,entre elles rgnait une constante mulation pour lui plaire4 ,et tout cela avait produit des personnes tout fait rares1 mais qui n'avaient en dfinitive pour rgle certaine que la seule volont de ,lopold4 ,a leur tte marchait la soeur ,thrse4 ,active1 intelligente et gracieuse1 cette religieuse exceptionnelle avait fait le succs de ,notre-,dame de ,sion travers toute l',europe4 ,lopold1 qui vivait les yeux fixs sur la biographie des saints1 se figurait qu'elle tenait auprs de lui le rle admirable qu'a jou la mre ,allix aux cts de ,pierre ,fourrier4 ,de fait1 elle tait le grand instrument financier de son oeuvre4 ,or il advint qu'elle tomba malade1 et durant plusieurs mois ne put bouger de son lit4 ,l'argent se faisait rare4 ,dans cette extrmit1 ,lopold ne put rsister l'attrait du surnaturel1 et considrant que la malade avait tant fait pour ,notre-,dame que celle-ci pouvait bien le lui rendre1 il la fit porter devant la statue miraculeuse4 ,o merveille6 ,aussitt dpose dans le choeur de la chapelle1 la religieuse se leva et se mit marcher4 ,l'vque de ,nancy ne voulut pas ordonner une enqute sur ce miracle1 et le mdecin de ,vzelise refusa un certificat la malade4 ,cet accord de l'glise et de la libre pense contre les ,baillard tait grave1 mais eux1 sans prendre souci des nuages qui s'amassaient des deux cts de l'horizon poussaient toujours de l'avant et se livraient un dsir immodr d'lvation4 ,lopold ,baillard avait l'me trs haute2 le choix des oeuvres auxquelles il s'appliqua est cet gard tout fait rvlateur4 ,mais pour raliser nos desseins les plus purs1 nous sommes bien obligs de recourir des moyens humains qui peuvent tre dtestables4 ,j'ai tenu dans mes mains les comptes des ,baillard2 on y assiste1 jour par jour et morceau par morceau1 la constitution de chacun des beaux domaines o ils satisfaisaient tout ensemble leur instinct de paysan pour la terre et leur sentiment de l'idal4 ,c'est la fois admirable et bien fcheux4 ,rien de plus inquitant que certaines pages de ces registres o l'on voit l'audace spciale de ces ,messieurs1 et comment des messes qui leur taient payes trois francs1 ils les revendaient1 les faisaient dire pour dix sous4 ,l'vque1 inquiet des bruits qui couraient sur les folles dpenses1 les charges et les expdients des trois prtres1 voulut s'immiscer dans leurs affaires4 ,ils se crurent atteints dans leur honneur sacerdotal et dans leurs intrts vitaux4 ,l',institut qu'ils prsidaient1 n'tait-ce donc pas leur cration8 ,la ,vierge ne leur avait-elle pas donn des tmoignages directs de sa complaisance8 ,ils ne voulaient rien savoir de plus4 ,tout aussi bien qu'ils eussent t incapables de se dgager des conceptions qui dominaient avant ,descartes et d'expliquer les problmes de la vie autrement que par une perptuelle intervention divine1 ils taient incapables de comprendre la prudence d'un chef ecclsiastique qui ne veut pas que de bonnes intentions deviennent un sujet de scandale4 ,cette grande parole que l'vque laissa un jour chapper3 ,j'aimerais mieux que ,lopold ft un mauvais prtre1 ils ne pouvaient pas se l'expliquer4 ,ils ne sentaient ni la ncessit1 ni la beaut de la discipline4 ,sans l'avouer1 sans le savoir peut-tre1 ils se tenaient pour des forces autochtones et rejetaient la hirarchie4 ,il y a l un cas saisissant d'individualisme religieux et xnophobe4 ,lopold ,baillard1 seigneur de ,flavigny1 ,mattaincourt1 ,sainte-,odile et ,sion1 c'est un fodal qui a conquis sa terre et qui fait tte son suzerain4 ,dix ans1 ils menrent la lutte1 une triple lutte1 la fois contre la libre pense1 contre la hirarchie ecclsiastique et contre leurs cranciers4 ,l'vque dut les contraindre1 chapitre par chapitre1 leur demandant d'abord un compte des aumnes qu'ils avaient recueillies1 puis une dclaration que tous leurs acquts appartenaient la congrgation1 puis l'engagement de lui soumettre leurs livres chaque anne1 enfin la promesse de ne plus rien acheter sans autorisation4 ,autant de perscutions que le ciel1 jugeaient-ils1 permettait pour les prouver1 et auxquelles ils rpondirent avec un gnie d'hommes d'affaires endetts4 ,ils firent sur tous leurs domaines une dfense de thaumaturges et de clercs d'avou4 ,une position perdue1 ils en dressaient une autre4 ,a suivre toute la srie que j'ai pu reconstituer1 et ,dieu sait qu'elle est varie6 des brochures d'attaque et de dfense qui intressent ce drame de leur ruine1 on se trouve au milieu de sentiments que l'on croirait teints depuis deux ou trois sicles1 et au milieu d'affaires de banque1 de ngoce et de chicane qu'un avou seul pourrait bien comprendre4 ,on se perd dans ce maquis de mmoires et de rpliques1 d'apologies et de libelles4 ,mais on y voit de trs loin la faillite s'approcher pas srs4 ,une dpense inoue d'efforts1 les plus longs voyages et de folles inventions ne purent que la retarder4 ,l'interdiction de faire des qutes mit les ,baillard dans l'impossibilit de soutenir1 au jour le jour1 leurs frais immenses et de remplir leurs engagements pour tous ces domaines achets crdit4 ,les cranciers assigrent leur porte1 les contraignirent des ventes dsastreuses4 ,le domaine de ,sainte-,odile1 la ferme de ,saxon1 les terres de ,sion furent mis aux enchres4 ,ces grands biens1 que l'on estimait trois cent cinquante mille francs1 ne firent pas cent vingt mille1 parce que les vnements de #ahdh venaient de dprcier les terres et surtout les biens conventuels4 ,dans cette dbcle1 le patrimoine des ,baillard disparut4 ,et par surcrot1 leur honneur de prtre ne demeura pas intact4 ,en effet1 sur l'affiche de vente des biens de ,sainte-,odile1 au scandale universel1 on put voir1 entre le cheptel et les btiments des granges1 les reliques de la sainte patronne de l',alsace livres l'encan4 ,c'est l'glise elle-mme qui jugea ncessaire de venir donner son champion ,lopold le coup de mort4 ,il subit un dur traitement1 un traitement injuste si l'on regarde ses tats de service1 mais qu'il fallait qu'on lui appliqut pour protger un plus vaste ensemble4 ,dans le moment o se consommait la ruine matrielle de ,lopold ,baillard1 l'vque lui enleva son titre de ,suprieur gnral de la ,congrgation des ,frres de ,sion-,vaudmont1 et fit connatre aux religieux du couvent qu'ils eussent descendre immdiatement de la sainte colline4 ,quel naufrage6 ,a cinquante ans1 l'ge normal des rcoltes1 le fondateur de ,flavigny1 de ,mattaincourt1 de ,sainte-,odile1 le ,suprieur des ,frres de ,sion-,vaudmont n'est plus rien que le cur de la toute petite paroisse de ,saxon1 o l'assistent ses deux cadets ,franois et ,quirin4 ,de leur temporel1 de tout ce qu'ils ont construit avec tant de peine1 la sueur de leur front et au prix mme de leur patrimoine1 c'est tout juste si les trois frres peuvent1 sous le prte-nom de quelques pauvres soeurs demeures fidles1 sauver le couvent de ,sion pour leur servir d'abri4 ,de leur spirituel1 rien ne leur reste que le droit de dire la messe1 et voici que l'vque1 pour en finir1 va le leur arracher et dj lve la main444 ,lopold s'attarde au lieu de se courber4 ,il cherche retenir ses sujets1 tous ces frres et toutes ces soeurs qui fuient sa ruine1 qui glissent sur les pentes de ,sion1 qui s'envolent comme des feuilles d'automne4 ,voil qu'il veut solliciter du peuple cette dsignation1 ce droit mystique que ses chefs lui retirent4 ,en #ahdh1 il se prsente la dputation4 ,qu'il soit l'lu de la nation lorraine1 ses forces matrielles et morales seront radoubes1 sa mission consacre4 ,il choue444 ,alors1 bout de souffle et vraiment aux abois1 les trois frres se jettent aux pieds de leur vque4 ,le prlat vainqueur entonne l',alleluia4 ,il proclame la bonne nouvelle4 ,il pardonnera4 ,il daigne relever de toutes censures ces trois enfants prodigues1 mais pour retremper leurs esprits1 pour les laver de la poussire du sicle1 selon un usage constant l'issue de ces grandes crises1 il leur ordonne1 en juillet #ahej1 d'aller faire une retraite la chartreuse de ,bosserville4 ,il plonge ces mes brlantes dans la tranquillit du clotre comme un fer rouge dans l'eau froide4 ,ainsi finit la vie publique des trois frres ,baillard4 ,c'est partir de ce moment que s'installe sur eux ce silence hostile1 ce mystre qui m'avait tant frapp quand j'entendis1 pour les premires fois1 prononcer voix basse leurs noms4 ,suivons-les1 entrons sur cette arrire-scne de plus en plus obscurcie1 o quelques rares tmoins les ont vus prolonger des vies de plus en plus singulires4 ,,chapitre ,,iii ,,la ,,chartreuse ,,de ,,bosserville ,la chartreuse de ,bosserville est un des plus nobles monuments qui dcorent la ,lorraine4 ,dresse non loin de ,nancy1 sur des terrasses auprs de la ,meurthe1 elle ralise l'ide d'une belle solitude monastique1 mais d'une solitude o rien n'est farouche4 ,la rivire qui la baigne entrane naturellement l'me la rverie1 tandis que la dignit de son btiment et son vaste domaine de bois invitent au recueillement4 ,rien n'gale la douceur et la majest nue de ses clotres1 le ,grand ,clotre et celui1 plus petit1 qui sert de cimetire4 ,ce dernier n'est qu'un gazon o de lgers renflements sont plants d'une trentaine de croix en bois noir1 sans aucune inscription4 ,les ,pres y viennent prendre1 certains jours1 une courte rcration o il est permis de causer1 et c'est pourquoi ce petit clotre s'appelle encore le ,colloque4 ,en invitant les ,baillard se rendre dans ce vnrable sjour1 l'vque se trouvait avoir choisi1 avec la sagesse d'un vrai prlat1 l'abri qui pouvait le mieux convenir la convalescence de volonts puises4 ,la retraite devait durer trente jours1 qui furent en effet1 pour ,franois et pour ,quirin1 le temps de repos dont ils avaient besoin aprs une tension douloureuse de tant d'annes4 ,ce repos1 ils le prennent avec l'insouciance de bons soldats1 heureux de penser autre chose qu' leurs ennuis4 ,quirin a trouv son asile dans la vieille bibliothque4 ,toujours proccup des grandes savanes de l',ouest amricain1 o il a pass plusieurs annes et qui lui ont appris qu'un point d'eau est un trsor1 il a demand au ,pre bibliothcaire l'ouvrage de l'abb ,paramelle concernant la recherche des sources1 et l'ayant lu il dclare3 --,la fortune de ,saxon est l4 ,le bon ,franois1 lui1 s'adonne aux travaux manuels de la maison avec les frres convers1 auprs de qui1 trs vite1 sa simplicit cordiale et rustique conquiert une petite popularit4 ,voyez-le dans la cuisine qui rpare le grand tournebroche actionn par un petit personnage en costume de moine4 ,le ,frre cuisinier a nglig cette plaisante mcanique4 --,a quoi bon8 dit-il1 il n'y a ici que les malades qui mangent de la viande1 et les ,pres ne sont jamais malades4 ,l'air est si pur6 --,mais quand vous avez des htes8444 rplique ,franois4 ,et puis moi--et il riait de son franc rire--je ne suis pas chartreux6 ,aprs des dboires qui les avaient atteints physiquement1 les deux cadets se refaisaient dans cette bienfaisante monotonie du clotre1 comme des surmens dans une cure de repos4 ,quant leur an1 il est d'une autre essence2 il a pass ces quelques semaines dans sa chambre se laisser glisser au plus profond de la dtresse4 ,c'est un soir d'enterrement1 quand l'orphelin se retrouve seul4 ,sous le silence prodigieux du couvent1 il est comme un malade qui1 la nuit1 l'heure o les bruits de la rue se sont tus1 peroit les battements de son coeur4 ,des souvenirs1 des ides1 toujours les mmes1 lui tiennent compagnie1 nets et pressants comme des fantmes1 il voit la haute figure de ,sion sur la colline1 ,sainte-,odile au milieu des bois et riche de ses prairies1 ,mattaincourt dans un fond1 plus svre1 paul contre son glise1 et ,flavigny rieuse au bord de la rivire4 ,non seulement il se rappelle ces beaux sjours1 mais il se souvient des dispositions de son me pendant le temps qu'il y passa4 ,il les revoit clairs et colors comme ils l'taient dans les minutes les plus hautes de sa carrire d'aptre1 depuis le premier jour qu'il aborda ces grands sites jusqu'aux heures de la catastrophe4 ,c'est un riche et douloureux trsor qu'il possde dans l'me et dont il tire1 pour se faire souffrir1 une foule d'images admirables d'clat4 ,ces lieux privilgis lui semblent autant de violons1 hier d'un chant magique1 abandonns sans voix sur la prairie4 ,tout se compose devant lui avec une intensit fivreuse4 ,il entend1 voit son pass comme une suite de strophes intenses et dessches1 de palmes rigides dans le dsert1 de pierres leves sur une lande4 ,ces visions forment autant d'arguments dont il presse1 dont il assige ,dieu4 ,je voulais de grandes et belles choses1 pourquoi m'avoir abandonn1 ,seigneur8 ,et ce cri de dtresse pouss sans cesse par la voix intrieure donnait sa bouche et ses yeux une si farouche expression de tristesse que le ,pre prpos par le ,prieur pour exercer auprs des ,messieurs ,baillard le devoir de l'hospitalit1 le bon ,pre ,magloire1--un aimable ,tourangeau pourtant1 trs sociable1 bon latiniste et que sa grande culture avait paru dsigner comme plus capable qu'un autre de tenir compagnie au fameux ,suprieur de ,sion4--aprs vingt-huit jours1 n'avait pas encore os engager avec lui une vraie conversation4 ,lopold approchait du terme de sa retraite1 et ses obsessions allaient grandissant4 ,autour de ,bosserville les grands vents tourmentent le ciel et balayent la ,lorraine1 dont le coeur sommeille4 ,au bout de la prairie1 la petite ville de ,saint-,nicolas couvre de fume sa cathdrale dchue1 que personne ne songe plus plaindre2 la rivire s'coule indiffrente et presse2 ,nancy au couchant travaille1 sans plus s'inquiter de ce patriote sacrifi que des vieux ,lorrains ensevelis dans les caveaux de la chapelle ducale4 ,et lui1 pour se soustraire au torrent de ses visions trop nettes et trop fortes1 pareilles ces dmons qui voltigent autour des religieux solitaires1 il se rfugie dans les ,saintes critures3 il y allait chercher un alibi pour sa pense4 ,la nuit qui devait tre l'avant-dernire de son sjour1 il prit l',ancien ,testament1 et l'ayant ouvert au hasard il lut3 ,il y avait dans la terre d',us un homme nomm ,job2 cet homme tait intgre1 droit1 craignant ,dieu et loign du mal4 ,il lui naquit sept fils et trois filles et il possdait sept mille brebis1 trois mille chameaux1 cinq cents paires de boeufs1 cinq cents nesses et de nombreux domestiques444 ,ces lignes clatrent en traits de feu sous ses yeux4 ,comme tous les dtails du pome s'accordaient bien avec sa tragique aventure6 ,cet homme d',us1 c'tait lui4 ,cette prosprit du plus opulent des ,orientaux1 'avait t la sienne2 et poursuivant sa lecture il vit avec saisissement qu'il pouvait s'approprier tous les moments de ce pome ternel du juste perscut4 ,comme ,job1 n'avait-il pas t riche1 puis dnonc1 puis ruin et enfin livr la froide sagesse de ses collgues8 ,n'tait-ce pas de lui qu'il avait t murmur l'vch avec un pre sentiment de jalousie3 ,vous avez bni l'oeuvre de ses mains1 et ses troupeaux se rpandent de tous cts sur la terre8 ,oui bien1 les ,soeurs et les ,frres de ,sion s'taient rpandus tous les coins de l'horizon1 mais ,dieu avait sacrifi son serviteur en disant3 ,je te livre tout ce qui lui appartient4 ,et successivement tous les messagers du malheur taient venus le trouver4 ,sa puissante imagination les mettait tous d'une manire sensible1 quasi en chair et en os1 devant ses yeux3 rationalistes ricaneurs conduits par le mdecin de ,vzelise et le journaliste de ,mirecourt1 curs de la plaine qui s'loignent le bras tendu et le regard dtourn1 cranciers qui montent en longue file la colline1 parents des saintes filles de ,sion qui viennent les arracher au bercail444 et toujours1 pour finir1 la mme pnible vision des ,frres et des ,soeurs descendant1 pour ne plus jamais les remonter1 les sentiers de la colline4 ,ah6 les amis de ,job1 les a-t-il assez connus1 ces personnages qui se prsentent avec des paroles de consolation et qui cachent l-dessous le sarcasme6 ,parmi tous ces curs qui jadis1 les jours de fte1 gravissaient les sentiers de ,sion et venaient s'asseoir sa table heureuse1 combien s'en est-il trouv pour lui rester fidles et le dfendre8 ,d'un nouvel lan1 il s'enfonait dans sa lecture et sa douleur3 ,je proteste contre la violence1 nul ne me rpond2 j'en appelle1 nul ne me rend justice4 ,dieu m'a priv de ma gloire1 il a enlev la couronne de ma tte1 il me dmolit de toutes parts1 il a arrach comme un arbre mon esprance4 ,a ce moment une cloche tinta1 elle appelait les ,chartreux au grand office de nuit444 ,aussitt1 dans leurs petits logis1 les ,pres allument leurs lanternes1 et chacun d'eux commence rciter l'office de la ,vierge4 ,ah6 qu',elle daigne protger le cur de ,sion et ses frres6 ,tandis que le pauvre ,lopold s'enfivre et envenime sa plaie1 chaque cellule ressent sa dtresse et prie en sa faveur le ciel444 ,la cloche tinte une seconde fois4 ,a travers les clotres obscurs1 le capuchon rabattu sur la tte1 leur lanterne la main1 les moines gagnent la chapelle1 que n'claire aucune lumire1 sauf la veilleuse du ,saint-,sacrement4 ,les uns aprs les autres1 tous arrivent au choeur1 rvrends pres1 profs en habits blancs1 novices aux chapes noires4 ,ils se prosternent et s'tant relevs sonnent quelques coups de la cloche dont la corde pend auprs de l'autel1 cloche au son merveilleux1 la clbre cloche d'argent des ,chartreux4 ,maintenant1 rangs dans leurs stalles1 les ,pres ouvrent les gros antiphonaires et dirigent sur les pages notes la mince lumire de leurs lanternes4 ,les voix graves s'lvent dans la nuit glaciale1 sans qu'aucun orgue les soutienne4 ,le plain-chant loue1 gmit1 supplie4 ,a l'heure o les tnbres couvrent le monde1 ces religieux veillent et prient pour rparer les crimes et tous les dsordres nocturnes4 ,ils prient spcialement pour trois prtres tourments qu'ils savent l1 derrire eux1 dans la tribune rserve aux trangers4 ,durant trois heures1 nul mouvement ne troublera le cours majestueux de leurs intercessions1 nul mouvement1 sinon parfois toutes les lanternes qui s'teignent ou se cachent1 et la petite lampe du sanctuaire jetant seule ses vacillantes clarts dans le choeur o l'on distingue des fantmes blanchtres4 ,grand drame immobile et par l d'autant plus mouvant1 grand drame tout gonfl de volonts et de rves d'une qualit hroque4 ,il nous ramne sur nous-mmes1 nous convainc de mpriser toutes les puissances du dehors et de chercher le triomphe dans notre monde intrieur4 ,il clbre en images violentes l'emprise de la volont sur toutes les forces qui assigent la conscience des meilleurs4 ,en mme temps il nous soumet un ordre1 nous dispense de chercher notre voie et nous introduit dans l'harmonie divine1 comme chacune de ces notes se place dans ce concert la louange de l'ternel4 ,lopold est debout entre ses deux frres demi-somnolents4 ,il ne laisse rien chapper de ce profond tableau1 de ces couleurs de nuit et de feu4 ,cette psalmodie vient le chercher jusque sur les bords du dsespoir et le ramne au combat4 ,ces proses dans ces tnbres accourent le frapper et le soulever comme des vagues4 ,mais si elles l'excitent1 elles ne le disciplinent pas4 ,il demeure ferm ce qu'il y a de meilleur dans l'office surnaturel qui s'accomplit l sous ses yeux et qui tend faire rgner un ordre souverain sur les parties les plus indomptes de l'me4 ,pas plus que la paix de ,bosserville n'a refroidi son coeur1 cette grande image de discipline monastique ne l'invite baisser la tte4 ,c'est le contraire qui arrive4 ,et sur cette imagination trop frmissante1 cette incomparable mise en oeuvre de tout ce qui peut agir sur l'me religieuse n'a pour effet que d'veiller en lui sa nature humaine la plus profonde1 l'homme de dsir qu'il a toujours t4 ,coeur gonfl1 angoisse1 douleur irradie jusqu'aux parties les plus mornes et les plus obscures de l'tre1 prodigieux empoisonnement des amoureux dus et des ambitieux trahis par le sort6 ,d'un coup de talon1 du fond de l'abme1 ,lopold veut remonter1 retrouver l'air pur1 l'espace libre1 le vaste ciel1 un nouveau destin1 sa revanche4 ,lopold cette minute1 c'est le ,mort dress et sculpt par ,ligier ,richier pour servir d'affirmation hroque ceux qui1 plutt que d'abdiquer l'esprance1 nient les lois de la vie4 ,comme le squelette de ,bar-le-,duc qui ne se rend pas1 qui rejette son suaire1 qui en appelle ,dieu contre la destruction1 qui tend vers le ciel son coeur intact et toujours vif1 ,lopold s'crie3 ,vois mon coeur incorrompu1 ,seigneur2 juge-le1 dis s'il mrite de vivre444 ,a force de frapper1 soutenu par l'enthousiasme et l'amour1 la porte de la compassion divine1 ,lopold l'allait voir s'ouvrir4 ,est-ce l'aube dj ou sa mmoire surexcite qui lui fait distinguer vaguement sur les murailles1 dans leurs grands cadres1 les portraits des saints fondateurs d'ordre8 ,ils sont l une dizaine3 ,ignace de ,loyola1 avec ses premiers compagnons2 saint ,romuald1 le fondateur des ,camaldules2 saint ,bernard1 favoris d'une vision de la ,vierge2 saint ,franois d',assise1 instituteur des ,frres ,mineurs2 saint ,benot au ,mont-,cassin2 saint ,nicolas ,albergate1 chartreux1 quand il reoit le chapeau de cardinal2 enfin saint ,thomas d',aquin1 qui meurt dans l'abbaye de ,fossa-,nova4 ,et parmi ces formes incertaines1 celle que l'esprit de ,lopold saisit pour ne plus s'en dtacher1 c'est l'image de sainte ,roseline1 des ,religieuses ,chartreusines1 que le peintre a reprsente vtue de l'tole et du manipule1 ornements rservs aux prtres1 mais que la prieure des ,chartreusines a le privilge de porter deux fois1 le jour de son installation et sur son lit mortuaire4 ,et cette image lui en rappelle une autre infiniment agrable son esprit1 plus prcieuse que tout ce qu'il a laiss derrire lui1 o il met toute sa confiance dans l'avenir1 l'image de soeur ,thrse1 la premire de ses quteuses1 celle qui sur la colline fut favorise d'un miracle4 ,que d'injustes mfiances et de perscutions ces personnages vnrs n'ont-ils pas d souffrir dans l'glise mme et du fait de leurs suprieurs hirarchiques6 ,mais pour eux comme pour ,job1 l'heure de la justice1 un jour1 a sonn4 ,et l'esprit de ,lopold1 ramen au texte biblique1 se dlecte du dernier verset3 ,jehovah bnit les derniers temps de son serviteur plus encore que ses premiers temps1 et il possda quatorze mille brebis1 six mille chameaux1 mille paires de boeufs et mille nesses4 ,et il eut sept fils et trois filles444 ,l'office a cess1 les religieux regagnent leurs petites maisons4 ,lopold dit ses frres3 --,suivez-moi dans ma chambre4 ,et la porte referme sur eux trois1 il commence de leur expliquer1 par l'exemple de ,job et du ,bienheureux ,pierre ,fourrier1 que ,dieu ne les a abaisss que pour les prouver3 --,c'est un fait constant dans toutes les vies de saints1 insiste-t-il1 que la plus haute prosprit succde immdiatement aux pires catastrophes4 ,franois et ,quirin le regardent avec stupeur4 ,ils sont en vrit trs diffrents de leur an1 ces deux frres4 ,franois reprsente assez bien un chevalier rustaud1 ou plutt un cuyer loyal et emport1 tout en mouvement1 bon pour se dvouer1 mais de petit jugement4 ,son gros visage enfantin et d'une confiance joyeuse inspire de la sympathie4 ,quirin est plus terre terre4 ,tout ce qu'il y a de positif l'ordinaire chez les ,lorrains1 et que la nature n'avait pas employ pour ptrir ses deux ans1 semble lui tre rest pour compte et d'une manire excessive4 ,lopold tait vraiment leur chef1 et il l'et t de bien d'autres4 ,il continuait de parler2 son visage sec tremblait d'animation et ses yeux brillaient4 ,quand il se tut1 ,quirin1 d'un ton tout laque1 qui faisait un contraste affreux avec les paroles inspires de son an1 dclara3 --,c'est bon1 c'est bon1 nous parlerons de ,job une autre fois444 ,puis avec aigreur et clart1 comme et pu le faire un avou1 il exposa qu'il ne leur restait absolument qu'une ressource1 c'tait d'abandonner la colline pour toujours4 --,j'en mourrais1 dit ,lopold avec une expression admirable de vrit4 --,allons donc1 s'cria ,quirin1 tu ne connais pas l',amrique6 --,il faut relever ,sion1 reprit ,lopold se parlant lui-mme4 ,mais ,quirin brutalement3 --,tu l'avais releve1 et c'est toi qui l'as dtruite4 ,et il se mit rcriminer4 ,franois ne put en entendre davantage4 --,assez1 ,quirin6 s'cria-t-il4 ,homme de peu de foi et de moins de mmoire6 ,pour que vous parliez ainsi1 il faut que vous ayez le coeur bien peu lev4 ,avez-vous donc oubli tout ce que notre frre a fait pour nous8 ,lopold les coutait1 tous deux debout1 et lui assis1 ses larges mains aux ongles noirs tendues comme mortes sur sa soutane couverte de taches4 ,a son habitude1 son regard passait au-dessus de ses interlocuteurs1 et au coin des lvres il avait un sourire inexplicable1 un mince sourire orgueilleux et acquiesant4 ,quand ils se turent1 il les regarda avec cette autorit qui exerait sur eux une sorte de fascination1 et le feu secret qui semblait avoir dessch tout son tre jetait des flammes par ses yeux4 --,toute maison divise contre elle-mme prira4 ,demeurons unis1 et la colline nous sauvera4 ,ce qu'on nous a pris1 c'est l'eau qui jaillit de la fontaine1 mais la fontaine nous demeure4 ,ne suis-je pas toujours le chef du plerinage8 ,n'avons-nous pas gard les meilleurs instruments de ,marie1 la meilleure de nos quteuses8444 ,et l-dessus1 il se mit rappeler les voyages les plus productifs qu'avait faits ,thrse ,thiriet et certain jour o elle avait crit3 ,notre ,dame nous protge1 envoyez-moi votre ceinture or4 ,il racontait tout cela comme un pcheur rappelle les beaux coups d'pervier qu'il a faits ou bien un chasseur ses battues1 mais avec le pouvoir d'ouvrir1 derrire les images prosaques qu'il mettait au premier plan1 de larges troues de rve4 ,quirin l'observait avec des yeux o l'inquitude se mlait un vague espoir4 ,il surveillait les mouvements de la pense de son frre1 comme il et surveill les coups de bche d'un chercheur de trsors3 --,ah6 oui1 dit-il1 les qutes6 ,si nous avions toujours la ressource des qutes6 ,mais ,monseigneur nous les a dfendues4 --,monseigneur6 ,monseigneur6 reprit ,lopold avec une violence soudaine1 il ne peut pourtant pas nous barrer la voie que ,dieu nous a trace4 ,le ver de terre lui-mme se remue quand on l'crase4 ,nous avons fait plus que ,monseigneur pour la ,vierge1 et s'il a pu tromper le ciel un instant1 c'est ,elle qui se chargera d'y dfendre ses chevaliers4 ,mon frre1 lisez dans les vies des saints toutes les preuves qu'ils eurent subir4 ,vous verrez qu'ils en rapportent toujours de magnifiques moissons4 ,pour moi1 j'ai fait le ferme propos que jamais mon coeur ne sera coupable d'un pch contre l'esprance4 ,mais le bon ,franois1 maintenant1 billait sans respect pour les sublimits de ,lopold3 --,ah6 dclara-t-il ingnument1 que j'avalerais volontiers une bonne tasse de caf au lait6 ,lopold les laissa partir4 ,il se mit au lit1 souffla sa bougie et se rfugia vers ,dieu4 ,du fond de sa dtresse1 il le supplia de lui envoyer un signe1 comme tant de fois les saints en avaient reu1 un signe auquel il reconnt qu'il ne s'tait pas tromp et qu'il pouvait avoir confiance dans son coeur4 ,telle tait son exaltation et son ide toute simple des moyens de ,dieu qu'il retourna son lit1 de faon surveiller la porte1 car il tait persuad qu'un signe viendrait1 et si la ,vierge ou le ,seigneur daignaient se dranger en personne1 ils pouvaient entrer sans ouverture1 mais s'ils dlguaient un messager1 il voulait le voir ds le seuil4 ,en mme temps il ne cessait de rpter la lamentation du patriarche foudroy3 ,le ,trs-,haut m'a renvers dans la boue1 je suis confondu avec la poussire et la cendre4 ,je crie vers toi1 ,dieu1 et tu ne m'exauces pas4 ,soudain1 il sentit quelque chose entrer dans sa chambre et s'arrter auprs de son lit4 ,une sueur d'effoi couvrit tout son corps1 mais il ne pensa pas lutter1 ni appeler4 ,ce qu'il sentait l1 prs de lui1 vivant et se mouvant1 c'tait abstrait comme une ide et rel comme une personne4 ,il ne percevait cette chose par aucun de ses sens1 et pourtant il en avait une communication affreusement pnible4 ,les yeux ferms1 sans un mouvement1 il ressentait un dchirement douloureux et trs tendu dans tout son corps1 et surtout dans la poitrine4 ,mais plus encore qu'une douleur1 c'tait une horreur1 quelque chose d'inexprimable1 mais dont il avait une perception directe1 une connaissance aussi certaine que d'une crature de chair et d'os4 ,et le plus odieux1 c'est que cette chose1 il ne pouvait la fixer nulle part4 ,elle ne restait jamais en place1 ou plutt elle tait partout la fois1 et s'il croyait par moment la tenir sous son regard1 dans quelque coin de la chambre1 elle se drobait aussitt pour apparatre l'autre bout4 ,deux minutes aprs que cette chose mystrieuse tait entre1 elle se retira2 elle s'chappa avec une rapidit presque instantane travers la porte ferme4 ,lopold respira profondment4 ,il rouvrit les yeux et ne vit rien autour de lui4 ,la sensation horrible avait disparu4 ,au bout de quelques instants1 il se leva et alla rejoindre ses frres4 ,il les trouva qui dormaient4 ,alors il revint dans sa chambre et se recoucha4 ,mais peine avait-il teint qu'aussitt la chose inexprimable se rinstalla prs de lui1 et accompagne de la mme horrible sensation4 ,cette fois1 il concentra toute sa force mentale pour sommer cette chose de partir1 si elle tait du ,diable1 sinon de lui dire la parole de ,dieu4 ,il ne reut aucune rponse4 ,et comme elle avait dj fait1 la prsence s'vanouit au bout d'un court temps4 ,mais cette fois1 ,lopold s'lana vivement la porte et cria dans le couloir3 --,fais tout ce que tu voudras1 missaire de ,dieu2 tais-toi1 drobe-toi1 mauvais serviteur2 je saurai bien m'arranger pour que tu me rejoignes et sois oblig d'accomplir ton message4 ,au moment o le petit jour parut1 ,lopold1 affreusement du de n'avoir pas reu le mot d'ordre qu'il implorait1 quitta sa chambre et se mit errer sous le ,grand ,clotre4 ,les vingt-sept petites maisons abrites par de grands toits rouges1 de l'effet le plus touchant1 enfermaient la prairie d'arbres fruits4 ,la ligne simple des arceaux1 le calme du verger1 la lumire matinale composaient une douceur1 un repos dont jouissaient1 sans les troubler1 quelques petits oiseaux sur les mirabelliers4 ,au milieu du clos1 le puits symbolique signifiait l'abondance des grces et de la charit4 ,mais tout ce bel ordre et cette paix ne pouvaient rien1 cette minute1 sur le malheureux prtre4 ,le ,pre ,magloire1 que l'imminence du dpart de ,lopold ne laissait pas sans remords1 et qui l'piait malgr lui1 entendit ce dur pas rsonner sur les dalles4 ,il vint le rejoindre1 et apprenant qu'il ne pouvait pas dormir1 il lui offrit de faire un tour dans le domaine4 ,le bonhomme avait de la finesse1 et trs vite il sentit que son hte traversait une crise plus aigu4 ,qui sait1 songea-t-il1 si ce n'est pas le dernier effort du ,mauvais ,esprit8 ,c'est maintenant qu'il faut lui parler4 ,mais il tait timide1 et son effort d'apostolat n'aboutit qu' lui dire3 --,monsieur ,baillard1 je voudrais avoir votre avis sur nos nourrins4 ,les nourrins ou petits cochons l'engrais taient les favoris de pas mal de ,pres dans le couvent--affection toute dsintresse1 puisque aucune viande ne parat jamais dans l'cuelle du ,chartreux4 ,lopold acquiesa1 avec cet habituel sourire poli sous lequel il dissimulait la plus haute ide de soi-mme1 et selon sa coutume il passa de plein-pied1 avec une parfaite aisance1 de ses mysticits aux proccupations les plus plates4 ,il se mit marcher au ct du petit vieillard la tte chauve et l'oeil doux1 peu prs comme ,napolon ,ier ct du maire de l'le d',elbe4 ,ils circulrent dans la vaste clture1 le pre ,magloire montrant les terres1 les vignes1 la houblonnire1 le petit bois de chne o les religieux ont dress une grande croix4 ,ces riches dpendances1 ces cultures si bien protges par des murs1 ce personnel nombreux rappelaient au dchu sa ferme de ,saxon4 ,le bon pre ,magloire sentait l'amertume de son compagnon1 et il ne trouvait pas les mots ncessaires4 ,cependant1 comme ils approchaient de l'table1 il insinua3 --,on a caus de vous1 ,monsieur le ,suprieur1 dans toute la ,lorraine4 ,l'autre rpondit d'un coup de boutoir3 --,dans toute la ,lorraine6 ,que dites-vous8 ,dans toute la ,france6444 ,mais il ne s'agit pas de moi1 voyons vos nourrins4 ,ils taient arrivs en effet la porcherie4 ,lopold regarda les btes sans bienveillance et dit durement3 --,je regrette que vos frres n'aient pas visit notre ferme de ,saxon2 ils y auraient vu des tables444 ,cependant les nourrins1 qui avaient reconnu le bon ,pre1 se pressaient autour de lui en reniflant1 et la joie qu'il en tirait l'empchait d'enregistrer ces paroles dsagrables4 ,mais ,lopold insistait3 --,ces btes sont en mauvais tat4 ,on les nourrit mal4 ,pour faire venir bien un nourrin1 il faut lui donner du petit lait4 ,c'est ce que je faisais ,saxon4 ,les rsultats de notre ferme modle1 avant que ,monseigneur crt devoir intervenir1 taient de premier ordre4 ,mais vous1 mes ,pres1 ne vous mlez pas de l'lve du cochon1 vous buvez le petit lait6 ,le pre ,magloire ne put s'empcher de marquer son mcontentement4 ,il rpondit3 --,je ne doute pas que ces petites btes ne trouveraient du profit suivre le rgime que vous prconisez1 mais pour nous1 il nous serait difficile de renoncer la simplicit de nos anciens ,pres4 ,notre premier soin doit tre de mettre en pratique ces paroles de la ,sainte-criture3 ,mourons dans notre simplicit4 ,sur ces mots1 il referma la porte de l'table et s'excusa en disant ,lopold qu'il lui et bien volontiers tenu compagnie davantage1 mais qu'il fallait qu'il allt cultiver son petit jardin1 et qu'il pensait que ,monsieur ,baillard ne trouverait pas mauvais qu'il sacrifit l'occasion de s'instruire sur le grand levage la ncessit de bcher une petite plate-bande dont il avait la charge4 ,comme le bon ,pre regagnait sa cellule1 il rencontra le ,pre ,abb1 qui lui demanda o il allait et o il avait laiss le cur ,baillard3 --,je l'ai laiss1 dit-il1 qui circule dans nos tables et qui trouve blmer partout1 et j'ai pris cong de lui pour aller bcher mon jardin1 et aussi1 je l'avoue1 parce que ses ddains me blessent pour notre cher couvent4 --,vraiment reprit le ,pre ,abb1 je vous rappellerai ce que disait un jour saint ,franois de ,sales3 vous vous entendez fort la seule culture qui importe1 celle des mes6 ,vous aurez toujours assez de loisir pour tirer parti de votre jardin1 mais ce pauvre monsieur ,baillard ne fait que passer au milieu de nous1 et il ne faut pas ajourner d'essayer de bien agir sur lui4 ,le pre ,magloire fit demi-tour et1 du mme pas1 s'en fut la recherche de ,lopold4 ,il ne le trouva plus aux tables4 ,le frre porcher lui dit qu'il s'en tait all dans la direction du bois4 ,incontinent le pre ,magloire se dirigea de ce ct2 il traversa le potager1 les prairies1 et comme le discours de l'abb avait voqu en lui l'image du grand vque de ,genve1 il se rappelait que le saint avait fait jadis un acte pareil4 ,je suis donc un petit ,franois de ,sales aujourd'hui1 pensait-il1 et je puis dire1 moi aussi3 ,ecce elongavit fugiens et mansit in solitudine4 ,voil qu'il s'est loign en fuyant et qu'il est rest dans la solitude4 ,il trouva ,lopold qui se promenait dans la partie la plus mlancolique de la petite chesnaie1 et il lui dit tout bellement3 --,monsieur le ,suprieur1 je viens de rencontrer le ,rvrend ,pre ,abb qui m'a dit que j'avais fait une impertinence en vous laissant seul et que je ne manquerais pas de trouver1 derrire ma cellule1 mon jardin1 autant de fois que je voudrais1 mais que nous n'avions pas tous les jours le restaurateur de ,sion1 de ,flavigny1 de ,mattaincourt et de ,sainte-,odile4 ,je l'ai cru et je m'en viens tout droit vous prier d'excuser ma sottise1 car je vous avoue que ignorans feci4 ,a ces mots1 les traits contracts de ,lopold ,baillard s'attendrirent et deux larmes coulrent de ses yeux4 ,sur ce visage de fivreux apparut l'expression la plus touchante d'une tristesse en qute d'une consolation4 ,lopold1 contraint de plier devant les reprsentants de ,dieu1 en appelait depuis vingt jours ,dieu mme4 ,et soudain ces bonnes paroles1 qui semblaient lui tomber du ciel1 venaient fondre sa duret4 ,toute trace d'orgueil disparut de sa figure pour ne plus laisser voir que cette face de son me qui aspirait l'amour4 ,le bon pre ,magloire en fut bloui1 et devinant que toute explication blesserait un coeur si malade1 il eut un geste plus humain que religieux1 et lui serra simplement la main4 ,tous deux se turent quelques minutes1 puis comme ils rentraient dans la ,chartreuse1 ,lopold la montrant d'un geste3 --,cette maison1 mon ,pre1 savez-vous comment elle a t construite8 ,par notre duc ,charles ,,iv1 avec les pierres de nos forteresses lorraines1 quand ,richelieu nous contraignit les dtruire4 ,eh bien6 moi aussi1 on m'a ordonn de dtruire de grandes forteresses lorraines que j'avais releves de mes mains444 ,et il les ouvrait toutes grandes1 ajoutant3 --,comment voulez-vous que j'aie pu trouver la paix ici8 ,jamais le bon ,chartreux n'avait entendu de semblables paroles4 ,son imagination1 dconcerte par un pareil rapprochement1 se rfugia dans un humble conseil dont il ne pouvait pas souponner les redoutables consquences4 --,votre retraite touche sa fin1 monsieur ,baillard4 ,allez-vous rentrer tout droit ,saxon8 ,a votre place1 j'essayerais d'un petit voyage4 ,il ne faut pas1 comme vous faites1 corcher votre plaie4 ,il n'est bruit dans les journaux que d'un homme extraordinaire1 un certain ,pierre ,michel ,vintras et de son ,o,euvre de la ,misricorde4 ,il passe pour un grand prophte4 ,c'est du moins la qualit que lui attribue monsieur ,madrolle1 dont je vous prterai les brochures et que j'appelle le ,jrmie de la ,france4 ,l',o,euvre de la ,misricorde serait l'accomplissement de la promesse faite aux hommes par le ,sauveur de leur envoyer lie pour rtablir et reconstituer toutes choses4 ,que valent ces ides8 ,l-dessus1 je fais toutes rserves1 car on dit que ce ,vintras n'est pas tendre pour ,nos ,seigneurs les vques4 ,mais enfin1 il donne un beau et grand rle au coeur4 ,intelligent comme vous l'tes1 vous devriez aller voir4 ,lopold ne rpondit rien4 ,il s'enfona dans une immense rverie4 ,le mot gnrateur de toute une nouvelle vie venait d'tre prononc4 ,quelques jours plus tard1 la retraite des trois frres ,baillard atteignit sa fin1 et le temps arriva pour eux de rejoindre leur poste sur la colline de ,sion4 ,mais ,lopold1 sitt les portes de la ,chartreuse ouvertes1 tourna le dos la ,lorraine pour s'en aller d'un vol rapide tout droit sur ,tilly1 auprs de ,vintras4 ,la lecture de l'ouvrage de ,m4 ,madrolle1 ,le voile lev sur le systme du monde1 venait de l'exciter prodigieusement1 et comme le lui avait conseill l'imprudent pre ,magloire1 il allait voir1 laissant ses deux frres le soin de gouverner en son absence sa paroisse de ,saxon et le plerinage4 ,,chapitre ,,iv ,,ipse ,,est ,,elias ,,qui ,,venturus ,,est ,arrire ces yeux mdiocres qui ne savent rien voir1 qui dcolorent et rabaissent tous les spectacles1 qui refusent de reconnatre sous les formes du jour les types ternels et1 sous une redingote ou bien une soutane1 ,simon le magicien et le sorcier moyengeux6 ,ils amoindriraient l'intrt de la vie4 ,qu'est-ce donc1 disent-ils avec ddain1 que ce ,vintras1 cet enfant naturel1 lev par charit l'hpital de ,bayeux1 successivement commis libraire ,paris1 ouvrier tailleur ,gif et ,chevreuse1 marchand forain1 domestique chez des ,anglais ,lion-sur-,mer1 commis chez un marchand de vins ,bayeux1 puis en dernier lieu associ la direction d'une petite fabrique de carton ,tilly-sur-,seulles1 et qui reoit un beau jour la visite de l'archange saint ,michel6 ,cela ne mrite pas de retenir une minute notre attention4 ,un mauvais drle de trente-quatre ans1 dont toute la science se borne la lecture1 l'criture et au calcul1 qui l',archange1 sous la forme d'un beau vieillard1 vient annoncer que le ,ciel lui confie une mission1 qui prtend rformer l'glise1 qui se dit le prophte lie rincarn6 ,laissez-nous rire de piti4 ,certainement nous sommes en prsence d'un alin doubl d'un escroc444 ,soit6 ,va pour escroc et alin1 mais pourtant autour de ce ,vintras des gens s'amassent4 ,ils disent3 ,ipse est ,elias qui venturus est2 voici le prophte lie1 l'organe de ,dieu1 qui va rgnrer le christianisme4 444 ,oui1 mais vient-il de ,dieu8 se demande ,lopold ,baillard1 dans la diligence qui l'emporte de ,lorraine en ,normandie4 ,vais-je trouver l'appui que j'ai implor du ,ciel8 ,va-t-il me tromper aussi1 comme cette chose mystrieuse qui est entre dans ma chambre pour me dcevoir8 ,pourtant1 cette charit du pre ,magloire ressemblait tant la rponse6 ,pourquoi m'a-t-il nomm ,vintras1 si ce n'est parce que le salut est l8 ,cette question s'interposait pour lui entre les paysages et sa sensibilit4 ,d'ailleurs1 qu'auraient pu lui reprsenter les tapes de ce voyage1 sinon des images de sa vie passe1 des qutes fructueuses ,bar-le-,duc1 ,vitry1 ,chteau-,thierry1 ,meaux1 ,paris mme1 vreux4 ,ce qu'il voudrait1 sur l'impriale de la diligence qui le secoue le long des routes1 c'est faire parler de ,vintras celui-ci ou celui-l4 ,mais ce nom1 la premire fois qu'il le prononce1 en traversant les plaines de ,champagne1 n'veille mme pas un regard d'tonnement dans les yeux du bourgeois1 figure pourtant fine1 qu'il a choisi parce qu'il a su que c'tait un professeur du collge de ,reims allant prendre ses vacances dans un village normand4 --,oh6 vous savez1 monsieur l',abb1 lui rpond le professeur1 je respecte toutes les opinions1 mais je suis un fils de ,voltaire4 ,il n'est pas plus heureux aux approches de ,paris avec un commis voyageur en ornements d'glise1 un ,marseillais qui a essay aussitt de lui placer un chemin de croix de la ,socit fonde en ce temps-l1-- ironie6--par ,savary duc de ,rovigo1 ,villemessant et ,jules ,barbey d',aurevilly4 --a m'intresse1 donnez-moi donc l'adresse1 monsieur l',abb4 ,il aurait peut-tre besoin de quelques petites choses1 ce monsieur ,vintras4 ,lopold ,baillard aurait pu se renseigner ,paris1 mais il ne fait qu'y passer4 ,il redoute d'y rencontrer quelques-unes des personnes qui l'accueillaient si bien autrefois1 quand il qutait aux ,oiseaux1 par exemple1 chez les filles du ,bienheureux ,pre ,fourrier4 ,il ne veut pas entendre les conseils de soumission qu'on lui donnerait certainement4 ,la diligence roule toujours4 ,les rubans de queue succdent aux rubans de queue1 comme les postillons d'alors disaient en parlant des routes4 ,c'est seulement ,caen que1 descendu dans la rotonde par un temps de pluie1 il se trouve en tte tte avec un chanoine dont la physionomie1 bonasse et fine la fois1 lui rappelle celle du pre ,magloire4 ,aprs avoir dit chacun leur brviaire1 les deux prtres ont commenc par parler du temps1 de la prochaine rcolte1 de l'esprit des populations4 --,il parat que vous avez un saint dans votre pays8 se hasarde demander ,baillard4 --,j'espre que nous en avons plusieurs1 rpond le chanoine2 mais les saints sont comme les diamants3 ils se cachent4 --,oh6 celui-l est clbre4 --,et qui donc8 --,mais ,vintras1 le ,voyant de ,tilly4 ,la figure du prtre normand exprima soudain l'horreur profonde et le ddain tout ensemble4 --,vintras6 dit-il4 ,on vous a dit cela1 et vous l'avez cru6 ,vous ne savez donc pas que ,monseigneur de ,bayeux l'a fait condamner cinq ans de prison pour escroquerie1 et qu'il n'a t relch que par le juif ,crmieux1 devenu ministre la rvolution8 ,et pourquoi8 ,pour lancer dans le diocse un ennemi de l'glise1 un instrument de ,satan4 ,je ne vous engage pas faire son loge ,caen1 monsieur l',abb6 ,on l'y a connu domestique4 --,notre-,seigneur1 rpondit ,lopold1 s'est bien servi des publicains4 ,ce qu'il a t n'importe pas4 --,mais ce qu'il est8 rpliqua le chanoine4 ,un scandale vivant1 qui d'ailleurs ne durera pas1 quand un gouvernement d'ordre sera enfin revenu4 ,oh6 le coquin est adroit2 il joue la comdie de l'humilit et de la pauvret2 il ne veut rien devoir qu' son travail2 il a une petite place1 soi-disant dans une fabrique de carton1 que dirige un niais de ses amis4 ,mais il faut voir ce que sa seule prsence a fait de cette charmante petite ville normande de ,tilly1 infeste maintenant d'escrocs et d'alins comme lui4 ,il y a l un certain ,charvaz1 un malheureux1 monsieur l',abb1 cur de ,montlouis1 du diocse de ,tours1 un interdit2 un certain ,le ,paraz1 un interdit encore2 et des vieilles filles qui vont perdre l leurs quatre sous2 et des infirmes persuads qu'ils vont tre miraculs4 ,c'est du vilain monde1 allez1 monsieur l',abb4 ,et tout cela spcule1 vocifre1 emprunte1 ne paye pas ses dettes1 blasphme1 monsieur l',abb1 blasphme toute la journe4 ,et le soir6 ,le soir1 il y a pis que les blasphmes1 dit-il en baissant la voix2 nous savons qu'il y a eu des sacrilges4 ,enfin6 l'glise a connu ces tristesses dans tous les temps4 ,rappelez-vous les convulsionnaires de ,saint-,mdard4 ,peut-tre compte-t-on parmi eux des mes de bonne foi4 ,dieu leur fasse misricorde6 ,la conversation tomba4 ,le prtre normand observait son compagnon avec une curiosit mfiante maintenant4 ,visiblement1 il tait tonn de l'expression qu'avait prise la physionomie1 si frappante dj de ,lopold1 pendant qu'il lui donnait ces renseignements1 et de l'espce d'avidit avec laquelle il les avait couts1 sans donner cependant aucun signe d'acquiescement4 ,comme il tait arriv au terme de sa route3 --,voil ma paroisse1 dit-il1 monsieur l',abb1 en nommant un village4 ,si jamais vous la traversez1 je serai trop heureux de vous montrer notre glise1 et je m'appelle le chanoine ,lambert444 ,puis-je savoir1 ajouta-t-il1 avec qui j'ai eu l'honneur444 --,l'abb ,lopold ,baillard1 cur de ,saxon1 rpliqua le ,lorrain4 ,il et considr comme une espce de lchet de ne pas rpondre franchement la curiosit de son interlocuteur4 ,l'exclamation aussitt rprime du chanoine lui prouva qu'il tait connu et que ses dmls avec son vque taient arrivs jusque-l4 ,il se redressa plus firement1 tandis que l'autre1 sans rien ajouter1 s'inclinait avec une politesse froide4 ,lopold le vit s'loigner de la diligence d'un pas htif1 et remarqua qu'au dtour de la route il se retourna pour le regarder avec une espce d'inquitude1 o il y avait comme de l'pouvante4 ,qu'est-ce que cela prouve8 se disait-il4 ,tous les saints ont t calomnis4 ,pourquoi ,vintras1 s'il est un saint1 comme l'a dit ,magloire1 ne le serait-il pas8 ,son entourage est ignoble3 pourquoi pas8 ,tout prophte doit avoir ses pharisiens1 ses grands prtres et ses ,pilate sa poursuite4 ,dieu est constant dans ses desseins4 ,s'il a choisi jadis1 comme l'a dit saint ,paul1 pour sauver le monde ce qu'il y avait de plus vil et de plus mprisable1 pourquoi ne choisirait-il pas aujourd'hui1 pour le renouveler1 un malheureux1 un coupable mme1 afin que les qualits de son opration divine en soient plus manifestes8 ,son vque l'a fait condamner8 ,et le mien8 ,est-ce qu'il ne m'a pas condamn8 ,ce raisonnement et d'autres semblables n'empchaient pas que les propos du chanoine ,lambert l'eussent singulirement travaill quand il descendit ,tilly4 ,c'tait le soir4 ,il demanda une chambre dans l'unique auberge4 ,on lui en donna une dont la fentre ouvrait au couchant4 ,le suintement rouge du ciel l'horizon lui parut d'un si funbre augure qu'il referma la croise1 ouverte d'abord pour voir la campagne1 et il descendit s'asseoir une petite table d'hte1 autour de laquelle riaient haut quelques habitus4 ,les propos grossiers de ces individus laissrent le prtre indiffrent jusqu'au moment o1 un vieux monsieur de mine falote tant entr dans la salle1 un d'eux l'interpella3 --,eh bien8 monsieur le ,baron1 est-ce aujourd'hui que le roi ,louis ,,xvii revient8 --,monsieur1 dit le baron1 le roi reviendra la date qui a t annonce4 --,ma foi1 si je vois a1 intervint un autre1 je crois votre ,vintras4 --,monsieur1 dit celui qu'ils avaient appel baron1 monsieur ,vintras ne s'est jamais tromp4 ,les archanges lui parlent4 --,ils prennent quelquefois la figure des gendarmes1 les archanges1 observa un troisime4 --,monsieur1 repartit le baron indign1 si vous connaissiez comme moi les circonstances du procs qu'un indigne vque a fait monsieur ,vintras1 vous ne parleriez pas ainsi4 --,il a tout de mme t condamn1 dit un autre convive4 --,notre-,seigneur et ,jeanne-d',arc l'ont bien t1 dclara solennellement le baron4 ,pendant que ces phrases s'changeaient1 ,lopold regardait le vieillard4 ,il y avait dans la mine de ce ,naundorffiste1 videmment abus1 une telle sottise6 ,c'tait si visiblement un faible d'esprit6 ,son visage dcharn tait secou par des tics2 un sourire d'une bate stupidit relevait de temps en temps ses lvres sur ses gencives4 ,c'tait une loque humaine1 une pave dont le seul aspect illustrait d'une manire probante les confidences du chanoine sur la basse qualit des recrues du prophte4 ,le prtre lorrain1 si suprieur lui-mme par certains cts1 ne put pas supporter ce nouvel indice de la dsillusion qui l'attendait4 ,il se leva de table sans achever son dner4 ,la chambre o il remonta s'enfermer lui sembla encore plus funbre4 ,il se coucha sans lumire1 comme si les tnbres eussent d l'empcher de distinguer les ruines de son esprance croule4 --,je retournerai demain ,sion sans l'avoir vu1 se dit-il4 a n'tait pas la rponse de ,dieu4 ,telle tait la fatigue de son long voyage qu'il s'endormit1 malgr le trouble extrme de sa pense1 de ce sommeil obscur de la bte recrue1 o il n'y a plus place mme pour le rve4 ,a son rveil1 le ciel tait tout bleu4 ,la vivifiante fracheur d'un matin d't en ,normandie entra dans tout son tre1 une fois la croise ouverte1 avec la brise o il flottait1 comme partout l-bas1 un peu d'air de mer4 ,ces climats voisins de l',ocan ont une action mystrieuse sur les nerfs des terriens du ,centre et de l',est1 qui n'ont jamais respir que l'atmosphre des montagnes et des bois4 ,eh6 bien1 non1 songea soudain ,lopold1 il ne sera pas dit que je n'aurai pas tout essay4 ,et s'habillant la hte il descendit pour faire la visite dont il avait la veille1 vigoureusement repouss l'ide4 ,la premire personne laquelle il demanda o demeurait monsieur ,vintras tait une boulangre1 dont la figure avenante exprima un profond respect quand il eut prononc le nom du ,voyant4 --,ah6 monsieur l',abb1 dit-elle1 que vous avez raison6 ,vous allez voir un saint4 ,et un brave homme6 ,je connais sa femme1 ,monsieur2 elle se fournit chez nous4 ,ah6 il n'est pas fier1 quoiqu'il fasse des miracles4 ,et si vous l'entendiez parler6 ,ce naf suffrage n'tait pas fait pour rsoudre les doutes de ,lopold4 ,o est la vrit8 se demanda-t-il4 ,cependant il avait suivi la rue indique1 et il arrivait devant une maison qui portait cette enseigne3 ,lenglum1 cartonnier en tous genres4 ,il frappa la porte4 --,entrez1 dit une voix profonde1 une voix d'orateur4 ,elle contrastait avec l'aspect frle de celui qui la possdait4 ,lopold se trouva en face d'un petit homme occup devant une table d'architecte coller des feuilles de papier de paille4 --,monsieur ,vintras8 demanda-t-il4 --,c'est moi1 dit le petit homme4 ,et vous1 vous tes monsieur l'abb ,baillard4 ,lopold avait une finesse paysanne4 ,il comprit aussitt que le baron ayant appris son nom l'htel ds la veille1 tait venu l'annoncer ,vintras4 ,la brusquerie de l'accueil lui donna une sensation de charlatanisme qui lui fit rpondre avec brusquerie3 --,eh bien6 quand je le serais8 --,vous l'tes444 ,et je sais ce qui vous amne ici444 ,mais du moment que vous avez les penses que je lis dans votre me1 ce n'tait pas la peine de venir3 l',esprit ne vous parlera pas4 --,quelles penses ai-je donc8 ,vous ne les connaissez pas1 dit ,baillard qui1 habitu commander1 supportait impatiemment un tel accueil4 ,il avait ressenti la mme irritation quand il avait comparu devant son vque4 ,seulement il l'avait dompte1 parce que l'vque lui parlait au nom de l'glise4 ,mais de quel droit le prenait-il de si haut1 cet ouvrier qui n'tait mme pas consacr1 et qui continuait avec une insolence suprieure taler tranquillement sa colle sur son papier jaune8 ,sans mme lever les yeux1 ,vintras disait3 --,quelles penses8 ,vous avez quitt vos oeuvres1 vous avez obi au faux reprsentant de ,dieu1 quand la voix de ,dieu vous avait parl vous-mme4 ,qu'est-ce qu'un vque8 ,rien1 quand il n'a pas ,dieu avec lui4 ,qu'est-ce qu'un pauvre tre comme moi1 quand il a ,dieu avec lui8 ,tout4 ,qu'est-ce que vous tiez1 quand vous aviez ,dieu avec vous8 ,plus encore que moi4 ,mais vous avez dout4 ,voil pourquoi vous avez souffert4 ,vous doutez encore4 ,vous venez de vous dire3 ,qu'est-ce que c'est donc que ce pauvre ouvrier qui me parle comme un matre8 ,en pensant cela1 vous avez insult l',esprit4 ,l',esprit ne vous parlera plus4 ,allez-vous-en4 ,en mme temps1 il fit un geste ,lopold ,baillard pour lui montrer la porte1 en lui jetant un regard plus imprieux encore4 ,mais cette fois1 le ,suprieur de ,sion n'opposa plus orgueil orgueil4 ,les quelques phrases prononces par le ,voyant avaient veill un cho trop profond dans cette me de rebelle qui1 depuis des semaines1 voulait et n'osait pas se formuler cet appel de rvolte3 ,dieu est avec moi1 et quand on a ,dieu on ne peut pas avoir tort4 ,un magntisme manait du ,voyant1 par lequel le prtre se sentait subjugu4 ,placs ainsi vis--vis l'un de l'autre1 ils reprsentaient cette minute les deux types ternels du rvolutionnaire et de l'hrtique3 l'un1 ,baillard1 homme de passion et d'entreprise1 ayant besoin de certitudes extrieures pour y accrocher un fanatisme qui1 chez lui1 tait surtout un temprament2 l'autre1 vritable maniaque1 possd par l'abstrait1 par l'ide au point qu'il la projetait dans l'espace1 qu'il la voyait4 ,et comme il arrive toujours1 c'tait la volont la plus fanatique qui allait dominer l'autre4 --,mais1 dit ,baillard1 croyez-vous que ce soit mon vque qui m'a envoy ici8 --,ah6 ,lopold1 s'cria ,vintras1 il y a longtemps que l',esprit et moi1 nous t'attendions4 ,tu as dis le mot librateur4 ,maintenant1 tu vois enfin444 tu vois444 tu vois4 ,il le rpta trois fois1 et chacun de ces trois cris1 prononcs avec une exaltation grandissante1 inonda le coeur de ,lopold d'un flot de sang plus chaud4 ,c'tait comme si le caractre auguste de sa personnalit lui tait soudain rvl4 ,un roi croyant1 sur les marches de l'autel1 ,reims1 quand l'huile sainte touchait son front1 devait prouver cette sensation3 ,lopold se sentait soudain sacr4 ,a ce moment1 un homme boiteux1 grosse figure poupine et qui tait ,lenglum1 le patron dvou1 sortit de la pice voisine et entra dans l'atelier4 --,monsieur est monsieur l'abb ,baillard que nous attendions1 dit le ,voyant4 ,il va rester avec nous quinze jours1 et dans quinze jours il saura ce que l',esprit veut de lui4 ,,chapitre ,v ,,la ,,colline ,f,,te ,,son ,,roi ,cependant1 sur la colline1 aux heures du soir de ce long mois d'aot1 assises dans le grand jardin de ,sion1 devant les autels de la sainte ,vierge et de saint ,joseph que l'on voit encore aujourd'hui1 un groupe de femmes se chagrinent qu'il tarde tellement1 celui qui savait donner un aliment leurs mes4 ,soeur ,thrse1 soeur ,euphrasie1 soeur ,lazarine1 soeur ,quirin1 soeur ,marthe1 les cinq religieuses restes fidles ,lopold dans le malheur1 du matin au soir vont et viennent de la cuisine au puits1 du puits aux carrs de lgumes1 du poulailler aux tables1 et du couvent aux quelques champs pars1 pour revenir la niche de la chienne aime de ,lopold1 la ,mouya1 comme elle se nomme1 ce qui veut dire1 en patois1 la meilleure4 ,elles travaillent pour que leur matre soit satisfait quand il reviendra4 ,elles dpensent de l'amour poursuivre la moindre poussire dans les recoins des immenses corridors1 et ne posent le balai que pour saisir la bche et le rteau2 puis toutes1 elles abandonnent bches1 rteaux et balais pour prendre le fil et l'aiguille et repriser les chasubles et les nappes de l'autel4 ,mais c'est en vain que le coeur de ces femmes cherche son repos dans les longues habitudes rurales et mnagres de leur race1 l'inquitude les ronge4 ,la vie matrielle est dure dans les campagnes1 et la vie de l'me presque absente4 ,ds que l'on construit une arche1 il y vient tire-d'ailes1 de tous les environs1 des tres plus faibles ou plus dlicats4 ,les jeunes paysannes accourues dans les abris de ,lopold taient naturellement de l'espce qui a peur de la vie et de ses efforts1 et qui dsire vivre comme des enfants qui ,dieu donne la pture2 mais les plus faibles1 les plus dpourvues1 on peut croire1 taient celles-l qui1 l'heure venue de l'parpillement1 n'avaient pas os prendre leur vol et s'taient rapproches de leur ,suprieur avec plus de confiance4 ,qu'elles sont aujourd'hui dsorientes1 mal l'aise6 ,prives de courir le monde1 comme elles avaient coutume pour leurs qutes1 et prives en mme temps des soins mystiques de leur chef1 ces colombes paysannes gmissent dans leur cage de ,sion4 ,tandis que les frres ,hubert et ,martin1 bonnes btes de somme1 se demandent simplement ce que l'on deviendra demain1 l'inquitude des soeurs s'en va bien au del4 ,les rves de ,lopold les ont veilles d'autres sensations qu' la vie machinale du village1 et cette maison sans matre1 ce couvent sans directeur1 ce travail et ce repos sans me les accablent4 ,franois et ,quirin sont loin de pouvoir suppler auprs d'elles ,lopold4 ,platement1 ils se plaignent d'avoir tenir la paroisse1 au lieu et place de leur an1 quand ils auraient pu gagner beaucoup d'argent par la dcouverte des sources selon la mthode de l'abb ,paramelle4 ,ils pestent d'ajourner l'exploitation de la baguette magique1 parce que ,lopold1 maintenant1 imagine de s'intresser un visionnaire4 ,les jours passaient1 l'absent ne donnait aucun signe de vie4 ,enfin une longue lettre arriva4 ,c'tait le soir1 dans le grand jardin1 l'heure o les soeurs et les frres versaient les derniers arrosoirs sur les carrs de lgumes4 ,tout le monde se rapprocha4 ,quirin et ,franois1 l'ayant lue voix basse1 firent de grands clats de rire mprisants4 ,puis ils commencrent relire tout haut1 avec drision1 ces feuillets enthousiastes o ,lopold leur racontait au milieu de quels prodiges il vivait4 ,en vrit1 il choisissait bien son temps pour faire de la mystique6 ,soeur ,thrse qui les coutait ne put se contenir4 ,dans le jardin rempli d'ombres1 elle clata en reproches vhments4 ,que trouvaient-ils d'impossible aux faveurs prodigieuses que ,dieu accordait leur frre8 ,elle-mme1 elle avait t favorise d'un miracle1 et c'tait lui faire une offense personnelle que de tenir en suspicion des faits merveilleux4 ,mais bientt1 sur de nouvelles lettres1 ,franois et ,quirin changrent insensiblement d'attitude4 ,ils les lisaient et relisaient durant des heures1 sous les tilleuls de la terrasse1 et si l'on s'approchait1 ils se taisaient4 ,un beau matin1 ils annoncrent qu'ils partaient pour ,tilly4 ,peu aprs1 ce fut le tour de soeur ,thrse qui1 mande par eux trois1 s'en alla prendre la diligence ,nancy4 ,tous les voeux de la petite contre les accompagnrent1 bien que l'on ne st pas au juste ce qu'ils allaient chercher si loin4 ,on en esprait du bien pour la rgion4 ,tant de fois dj1 ils taient revenus avec des ressources nouvelles de ces mystrieuses expditions6 ,dans tous ces villages que l'on aperoit du haut de la colline1 il n'y avait quasi personne qui n'et intrt la prosprit des messieurs ,baillard4 ,la diminution de leurs oeuvres et du plerinage atteignait du mme coup les aubergistes1 les voituriers1 les fournisseurs1 tous ceux qui avaient aventur de l'argent dans les entreprises de ,lopold1 mille intrts troitement lis la prosprit de ,sion4 ,et puis1 la foule des mes dvotes vnrait dans les trois prtres d'incomparables directeurs de conscience4 ,a ce double titre1 au spirituel et au temporel1 ils avaient dans toute la rgion une vaste clientle4 ,pour se rendre compte de cet tat de choses1 il faut avoir entendu un vieux paysan dire avec un respect et un regret merveills3 ,a ,sion1 du temps des messieurs ,baillard6444 ,dans ces villages1 ,lopold possdait la double force seigneuriale et sacerdotale4 ,beaucoup de braves gens fondaient sur lui leur salut dans cette vie et dans l'autre4 ,et chacun1 durant ces quelques semaines d'absence1 attendit leur retour avec une vive impatience et toutes les nuances de l'esprance1 depuis l'esprance mystique des soeurs jusqu' l'esprance toute positive des cranciers4 ,aussi vers la mi-aot1 quand les trois frres et ,thrse annoncrent leur arrive1 ce fut une satisfaction gnrale et l'on prpara une petite fte4 ,le jour venu1 dans l'aprs-midi1 ,m4 le maire ,munier1 qui d'ailleurs tait leur parent1 monta au couvent pour recevoir les voyageurs1 et des notables l'accompagnaient4 ,m4 ,haye1 d'treval1 homme de bon conseil1 universellement estim dans le pays1 tait l1 avec ,m4 le matre d'cole ,morizot et une douzaine de braves gens un peu simples1 comme ,pierre ,mayeur1 ,pierre ,jory1 dit le ,fanfan1 le jeune ,bibi ou ,barbe ,cholion1 le sceptique du village1 et avec toutes les dvotes1 au premier rang desquelles ,mme ,pierre ,mayeur1 ,mme ,jean ,cholion1 ,mme ,mlanie ,munier1 ,mme ,sguin1 la jeune ,marie ,beausson1 la mre ,poivre et bien d'autres4 ,un des frres disperss1 qui venait de s'tablir comme menuisier ,lunville1 le jeune frre ,navelet1 avait fait plus de trente kilomtres pour fliciter son toujours vnr ,suprieur4 ,en attendant l'arrive de la voiture1 ils circulaient tous dans le couvent1 travers le jardin1 en habits du dimanche1 mais libres de ton et d'allures1 puisque les matres n'taient pas l1 et jugeant tout en paysans4 ,on admirait comme les chres soeurs et les deux frres avaient bien travaill le jardin4 ,et c'tait vrai1 les pommes de terre taient magnifiques et les choux donnaient les plus belles esprances4 --,ah6 le pauvre cher homme1 soupira ,mme ,mayeur pensant ,lopold1 va-t-il tre content en voyant son beau jardin6 ,cependant1 le long de la grande alle1 les mains croises derrire le dos avec une dignit villageoise1 le matre d'cole et ,m4 ,haye se promenaient en causant4 --,monsieur le ,suprieur va rentrer dans une ,sion bien rduite1 disait avec un soupir ,m4 ,morizot4 --,peuh6 rpondit ,m4 ,haye1 les cinq religieuses leur sont dvoues2 ils ont les deux frres1 bien vigoureux4 ,a eux sept1 voyez1 ils ont pas mal travaill le jardin4 --,sans doute1 voil des pommes de terre pour leur hiver1 mais entre nous1 ce n'est pas dans leur champ qu'elles ont pouss444 --,que voulez-vous dire1 ,morizot8 interrompit ,m4 ,haye en arrtant ses yeux francs sur le visage un peu chafouin du matre d'cole4 --,ce que vous savez comme moi4 ,pour chapper aux cranciers1 ,lopold a tout mis au nom des soeurs1 et de plus rien n'est pay4 ,tout ici appartient la prteuse1 une prteuse pas commode1 mademoiselle ,l',huillier1 vous savez bien1 ,la ,noire ,marie1 de ,gugney4 ,oui1 ,m4 ,haye savait tout cela aussi bien que le bonhomme1 mais il coutait avec dplaisir ce bavardage o perait une secrte envie4 ,et posant sa lourde main sur les frles paules de son interlocuteur3 --,monsieur ,morizot1 dit-il pour couper au court1 une seule chose est vraie1 et vous avez trop de bon sens pour ne pas le voir3 c'est l'intrt de tout le pays que monsieur le ,suprieur rtablisse ses affaires4 ,a cette minute1 ,bibi ,cholion accourut au jardin annoncer qu'on distinguait dans la plaine la voiture4 ,il fallait encore une bonne demi-heure avant qu'elle atteignt le plateau4 ,les gamins et1 leur tte1 une fillette d'une douzaine d'annes1 ,thrse ,beausson1 se portrent sa rencontre au bas de la cte4 ,et toutes les personnes d'ge se grouprent devant le couvent1 sous les tilleuls1 pour recevoir les voyageurs chez eux et leur faire ainsi plus d'honneur4 ,dans leurs costumes du dimanche et avec leurs attitudes compasses1 ces clients et amis avaient un peu l'air de ces groupes qui1 sur le seuil de l'glise1 attendent la famille pour une messe du bout de l'an1 aprs un dcs4 ,mais quand la voiture parut1 ce fut tout de suite1 un changement4 --,bonnes nouvelles6 criait ,franois en agitant son chapeau4 ,il sembla qu'un courant d'air balayait le brouillard1 et1 dans le mme moment1 ,bibi ,cholion sonnait la cloche pour avertir les gens occups dans les champs du retour de leur pasteur4 ,lopold1 beau comme un vque1 tendait les mains droite1 gauche1 solide1 et tout rayonnant de merveilleuses esprances4 ,quirin1 ,franois1 ,thrse1 en sautant terre avant lui1 disaient de toutes les manires3 --,bonnes nouvelles1 bonnes nouvelles6 comme des chasseurs qui rentrent avec leurs carniers pleins4 ,quelles taient ces bonnes nouvelles qui transfiguraient les ,baillard8 ,ni le maire1 ni ,m4 ,haye1 ni ,m4 ,morizot ne posrent de questions3 c'taient des paysans bien levs1 et puis ,lopold savait maintenir des distances entre lui et les plus fidles de ses paroissiens4 ,sous les tilleuls devant l'glise1 on avait port le fauteuil o s'asseyait dans ses tournes de confirmation ,monseigneur de ,nancy4 ,lopold y prit place et commena de poser des questions au maire et aux notables sur l'tat spirituel de ,sion et de ,saxon1 comme et pu le faire ,sa ,grandeur4 ,ses yeux de feu et qui s'en allaient toujours vers l'invisible1 faisaient le plus tonnant contraste avec son parler plein de douceur et d'onction4 ,il tait manifestement moins soucieux de connatre de fcheux dsordres que de louanger ceux qui1 par leur prsence1 venaient lui apporter une preuve de fidlit4 ,sur l'appel des cloches1 on continuait d'arriver4 ,bien qu'au mois d'aot les travaux de la culture retiennent aux champs les villageois1 il n'y eut gure de maison qui ne dlgut l'un des siens pour aller fliciter de son retour ,monsieur le ,suprieur4 ,aux yeux de tous ces paysans1 la prsence de celui-ci1 l'absence de celui-l1 taient d'une grande signification1 et ils voyaient dans ce petit cercle1 non pas seulement sur qui les ,baillard pouvaient compter1 mais sur quoi1 et quel crdit leur demeurait4 ,les trois prtres se multipliaient en bonne grce1 chacun avec son gnie propre4 ,au soir tombant1 les gens redescendirent au village1 fort satisfaits de la rception1 bien influencs par le grand air de ,lopold1 qui ne leur avait jamais paru si piscopal1 et surtout trs intrigus1 se demandant quelles pouvaient bien tre ces bonnes nouvelles sur lesquelles les voyageurs avaient t si discrets4 ,et maintenant c'est l'heure intime1 l'heure du crpuscule4 ,il ne reste plus au couvent que les soeurs et les frres1 pauvres gens1 fleurs de fidlit et de timidit devant la vie4 ,le moment du souper est venu et les rassemble tous dans la cuisine4 ,frre ,martin et frre ,hubert se sont placs modestement au bas bout de la table4 ,lopold a mis sa droite soeur ,thrse1 sa gauche la soeur ,euphrasie1 une grande fille de vingt-quatre ans1 au regard ferme et triste4 ,de chaque ct de ,quirin1 s'assoient ses collaboratrices de ,sainte-,odile1 soeur ,quirin et soeur ,marthe2 auprs de ,franois1 la soeur ,lazarine1 qui tient l'cole de petites filles de ,saxon4 ,comme ils sont contents6 ,pour la premire fois1 depuis la grande dispersion et depuis qu'ils ont form un nouveau foyer1 ils reoivent leur ,suprieur4 ,autour de la table1 sous la pauvre lumire d'une lampe1 ils forment une petite socit d'amis vrifis par le malheur4 ,paysage charmant et singulier que cette table de prtres1 de frres et de nonnes1 un trs vieux paysage4 ,tous ces gens rassembls l1 avec leurs soutanes fatigues1 leurs robes lisers bleus1 leurs collerettes1 leurs larges manches retrousses et leurs cornettes1 font moins penser des gens d'glise qu' des terriens de l'ancienne ,france4 ,a leurs traits1 la rudesse de leurs manires1 la franchise salubre de leurs attitudes1 on croirait voir un de ces tableaux o le grand artiste ,le ,nain peignait des paysans du dix-septime sicle1 assis autour d'une table avec du vin et des femmes pour les servir4 ,toutes ces religieuses semblaient avoir le mme ge1 une trentaine d'annes environ4 ,dj la vie avait us leurs traits et fan chez elles toute beaut physique1 mais dans le fond de leurs yeux demeurs jeunes on voyait la plus charmante simplicit rustique1 une sensibilit douce et le dsir de prvenir toutes les volonts de leurs prtres4 ,de fois autre1 l'une d'elles se levait pour aller prendre un plat sur le feu et pour remplir un pot de vin qu'elle versait dans les verres4 ,on entendait crier sous les couteaux les larges miches de pain de mnage4 ,ils mangeaient grossirement et fortement1 en vrais ruraux2 ils eussent fourni des citadins une impression un peu animale et comme d'un troupeau dont toute la beaut tient dans la sant et dans la robustesse4 ,mais qu'il y a de srieux et mme de noblesse dans leurs physionomies et dans leurs attitudes6 ,ce qui donne sa couleur unique et profonde au tableau1 c'est que ces gens sont rassembls pour dbattre les intrts matriels les plus terre terre1 en mme temps que les plus folles aspirations religieuses4 ,ils boivent1 ils mangent1 mais surtout ils sont penchs vers ,lopold1 dans un mme mouvement d'admiration et de curiosit4 ,un sourire d'extrme bienveillance ne quitte pas ses lvres1 le sourire des images de pit1 celui que les petits livres d'hagiographie prtent aux saints personnages de jadis4 ,tout coup1 il frappe avec son couteau sur son verre4 ,chacun se tait et lui1 d'une voix solennelle3 --,rjouissez-vous1 mes chers fils et mes chres filles2 nous vous rapportons des trsors matriels et moraux qui dpassent vos plus audacieuses prires4 ,avant peu1 nos ennemis et ceux qui nous ont renis vont cruellement se mordre les doigts4 ,nous aurons prier pour eux4 ,trop tard1 peut-tre6 et je ne rponds pas de la complaisance de ,dieu444 ,mais tout cela1 je l'expliquerai bientt dans le dtail2 je le dploierai1 le #h septembre1 pour la fte de la ,nativit de la ,vierge1 devant tout le peuple assembl4 ,ce soir1 comme je ne veux pas vous laisser dans une trop cruelle attente1 et pour rpondre vos filiales impatiences1 mes chers enfants1 j'autorise notre cher et loquent ,franois soulever un peu le voile4 ,alors le grand ,franois commena de drouler1 sous les yeux de ce petit cercle prdispos tout croire par le mysticisme et la dtresse1 le rcit merveilleux de leur sjour ,tilly1 un long chapitre de la ,lgende dore ou des ,mille et une ,nuits1 l'numration des prodiges qu'ils venaient de voir au sanctuaire de ,vintras3 voix mystrieuses venues du ciel1 hosties sanglantes et couvertes d'emblmes apparues tout coup sur l'autel1 calices vides soudain remplis de vin1 colombe qui venait se poser sur l'paule du prophte et frler du bec son oreille quand il parlait ses disciples1 parfum de lis1 de rose et de violette envahissant le sanctuaire4 ,tous ces miracles1 ,franois les contait avec de beaux mots caressants et brillants1 comme il y en a sur les images de pit1 des mots qui sont de la posie pour les chres soeurs et qui soulevaient leur tonnement et leur admiration1 qui leur arrachaient des exclamations en patois et des remerciements la ,vierge4 ,puis1 petit petit1 mesure qu'il s'loignait des belles phrases qu'il avait prpares1 mesure qu'on l'interrompait de questions1 mangeant et parlant tout la fois1 il reprenait ses mots rudes1 ses images lui1 et1 au lieu du ton de prdicateur1 son accent de terroir3 --,bien sr1 mes chres soeurs1 qu'il y en a dans le pays qui diront3 ,qu'est-ce que nous raconte l ce grand1 avec son imagination aussi haute et pas plus sage que sa tte8 ,vous leur rpondrez ce que vous savez bien1 qu' l'arrive des lettres de ,lopold j'ai d'abord ri dans le grand jardin1 et que j'ai engag avec lui un combat quasi l'pe1 par correspondance4 ,enfin1 j'ai voulu voir de mes yeux4 ,je suis all ,tilly4 ,me revoil4 ,tout ce que je vous raconte1 j'ai l'ai vu et entendu1 et avec moi1 avec nous quatre1 plus de quarante-six personnes1 parmi lesquelles des prtres1 des comtes et des marquis4 ,vintras1 aussi vrai que je regarde cette chandelle1 c'est un miracle6 et je crois en lui comme je crois en ,dieu4 ,il n'a pas fait plus d'tudes que vous1 mon bon frre ,hubert1 et tous les jours1 pendant deux heures et demie1 il parle sur toutes les matires de la thologie1 sans prouver aucun besoin de tousser ni de cracher1 ni paratre jamais plus fatigu la fin qu'au commencement4 ,mais ce qui prouve tout fait qu'il est inspir de ,dieu1 c'est qu'il ne sait lui-mme ce qu'il dit et qu'il ne l'apprend qu'aprs son discours de ceux qui l'ont entendu et qui il le fait rpter444 ,c'tait charmant d'couter ,franois et de voir comment1 au fond limpide de ces sortes de nature qui ne pensent qu' admirer et servir1 se forme une inbranlable conviction4 ,il prsentait le type idal du clerc et de l'cuyer4 ,on l'aurait vu indiffremment sur la paille de la rue du ,fouarre1 coutant les leons d',ablard1 ou couch en travers de la tente du chevalier son suzerain4 ,mais1 en mme temps1 c'tait un beau diseur1 un voyageur qui arrive de loin et dsireux de produire son effet4 ,aussi avait-il bien soigneusement gard pour la fin l'numration des hautes dignits dont ils revenaient revtus3 --,il y aura vingt nouveaux pontifes pour la ,rgnration1 qui arrivera bientt1 et nous sommes du nombre1 nous trois6 ,mon frre ,suprieur 7il montrait ,lopold7 est tabli par ,dieu ,pontife d',adoration1 et mon jeune frre 7il dsignait ,quirin7 ,pontife de l',ordre4 ,notre soeur ,thrse est sacre miraculeusement1 elle aussi1 pour tre la fondatrice et la suprieure d'un nouvel ordre de femmes1 peut-tre le seul qui existera dans le nouveau rgne de ,jsus-,christ4 ,ce sera la ,congrgation des ,dames libres et trs pieuses du misricordieux amour du ,coeur divin de ,jsus4 ,dsormais notre soeur s'appelle ,madame ,lopold-,marie-,thrse du ,saint-,esprit de ,jsus4 ,et moi1 qu'est-ce que je suis8 ,je suis tabli ,pontife de ,sagesse4 ,pontife de ,sagesse6 ,sur ces mots1 ,franois clata d'un gros rire4 --,vous tes bien tonns6 ,je l'ai t plus que vous4 ,mais le prophte m'a dit3 ,on vous a appel fou1 parce que vous tiez fou de la folie de ,jsus-,christ4 ,en voil des merveilles6 ,ce fut un transport d'admiration4 ,les soeurs et les frres se pressaient avec dlice l'entre de cette vie de flicit1 sans aucun tonnement car la sainte ,vierge devait bien ces rtributions au zle de son serviteur ,lopold1 mais avec une jubilation de spectateurs que le drame satisfait4 ,assise aux pieds de ,franois1 la chienne ,mouya participait joyeusement au tapage4 ,elle ne le perdait pas des yeux et1 sans souci des paroles1 chaque fois que l'orateur lanait le bras en avant1 elle s'lanait elle aussi1 comme pour happer un morceau4 ,quand tout le monde s'exclamait1 elle ne se gnait pas pour aboyer444 ,franois n'avait garde de s'arrter4 ,excit par l'effet qu'il produisait et par l'excellence du modeste repas1 il retrouvait sa drlerie de jeune paysan1 une drlerie toute-puissante sur des assembles de village1 o le got du merveilleux n'a d'gal que le got de la farce4 ,aprs avoir entran ses auditeurs dans la rgion des prestiges1 il les ramena tout d'un coup dans une ralit plaisante4 ,ce fut ,thrse ,thiriet qui fournit une matire sa verve aimable et rieuse4 --,vous savez qu'autrefois je ne m'entendais gure avec notre soeur ,thrse4 ,j'ai mme eu des mots1 cause d'elle1 avec mon frre ,suprieur4 ,aujourd'hui1 tous les nuages sont dissips2 nous sommes devenus1 elle et moi1 de grands amis4 ,vintras a fait encore ce miracle4 ,mais a n'a pas t tout seul1 n'est-ce pas1 ma soeur8 ,soeur ,thrse fixait sur lui en souriant un regard indfinissable1 o il pouvait y avoir les sentiments complexes d'une religieuse pour un prtre1 d'une jeune paysanne pour un loustic1 et surtout un sentiment royal de supriorit bienveillante4 --,notre soeur1 continuait le grand ,franois1 a t humilie dans un discours extatique1 comme elle ne l'a jamais t4 ,son orgueil1 sa dsobissance1 ses mensonges1 sa mauvaise tte lui ont t reprochs4 ,le prophte l'a confesse publiquement1 cependant en termes gnraux4 ,je n'ai jamais vu accabler quelqu'un de la sorte4 ,elle disait dans ce moment3 ,voil bien ce que monsieur ,franois ,baillard m'a si souvent reproch2 il est sans doute bien content d'entendre tout cela4 ,on assistait l une de ces sances plaisantes1 comme on en voit aux veilles lorraines1 o les filles et les garons changent des facties et des bouts rims4 ,c'tait une vritable sance de dae1 o ,franois daait la religieuse4 ,tous ces paysans taient enchants2 ,quirin lui-mme avait drid son petit visage srieux d'avou1 et l'allgresse gnrale avait gagn ,lopold4 ,un fumet barbare s'exhalait de la scne4 ,et1 beaut profonde1 son caractre lui venait1 non pas du dcor1 mais des mes4 ,dans ce couvent1 remis en tat peu avant par les frres ,baillard1 certains objets trop neufs1 telle mcanique1 un moulin caf1 un rveil-matin1 dtonnaient1 mais on y respirait1 comme une chose vivante et dans la forme la plus spontane1 la foi des populations primitives de cette terre4 ,cependant ,lopold n'tait pas homme supporter longtemps le caractre profane que prenait la petite runion4 ,et pour relever les esprits3 --,soeur ,thrse1 dit-il1 chantez-nous le cantique de nos processions4 ,la religieuse se leva4 ,c'tait une fille de taille moyenne et dont les formes gracieuses se rvlaient sous la bure paisse de sa robe4 ,les voyages et la gloire de son miracle avaient un peu gt son bon naturel en lui donnant un certain got de la mise en scne et de l'effet4 ,elle se tint droite et silencieuse plusieurs minutes4 ,sa personne lance1 ses yeux bleus et fixes lui donnaient l'apparence d'une statue d'glise4 ,mais on la voyait respirer doucement1 et il semblait que sous les yeux de tous l'enthousiasme l'envaht4 ,enfin1 elle commena3 ,par les chants les plus magnifiques1 ,sion clbre ton ,sauveur2 ,exalte dans tes saints cantiques ,ton ,dieu1 ton chef et ton pasteur2 ,prodigue aujourd'hui pour lui plaire ,tes transports1 tes soins empresss4 ,jamais tu n'en pourras trop faire1 ,tu n'en feras jamais assez4 ,et tous reprirent en choeur les dernires paroles3 ,jamais tu n'en pourras trop faire1 ,tu n'en feras jamais assez4 ,la mdiocrit de ces strophes composes pour les plerins1 qui les grnent encore en parcourant les sentiers de la colline1 ne pouvait pas1 non plus que l'accent lorrain de la chanteuse1 dsenchanter ce petit monde4 ,la soeur ,thrse avait dans toute sa personne une sorte de perptuelle motion trop puissante1 et sa voix traduisait si bien ce frmissement intrieur6 ,c'tait la fille de ,jepht qui s'en va au-devant de son pre avec des tambours et des fltes2 c'tait la confiance1 la jeunesse1 la fantaisie prcdant1 accompagnant les mornes et dures passions2 c'tait une fille spirituelle clbrant le retour et la victoire de l'homme dont nul n'a pu courber le front4 ,et lui1 en la regardant1 il songeait aux prophtesses de la ,bible1 ,myriam1 soeur de ,mose1 qui fut une musicienne exalte1 chantant et menant1 un tambourin la main1 le choeur des femmes dansantes2 ,deborah1 la vierge guerrire1 que l'on appelait l'abeille d'phram et qui sigeait sous un palmier dans la montagne2 ,oulda qui pardonnait2 ,noadja de qui l'on ne sait que le nom cit par ,nhmie1 et il demandait cette me favorise de l'lever dans les voies du ciel4 ,ce fut l le haut moment de la soire1 un de ces moments sonores o l'tre le plus morne connat1 sent palpiter son me4 ,l',esprit de la colline remplissait cette pauvre cuisine4 ,a cette minute1 ces religieuses1 autour de cette table1 apparaissaient bien autres qu'on ne les vit jamais au dehors4 ,elles avaient des figures que1 seuls1 les ,baillard leur surprirent jamais4 ,il semblait qu'une lumire1 visible travers leurs visages et venue des profondeurs de l'me1 les transfigurt4 ,et ,thrse1 entre toutes1 brillait avec le plus d'clat1 les yeux plus vastes et toute traverse par des clairs d'amour et de plaisir4 ,laissant les autres soeurs verser le vin et faire le service1 elle dposait aux pieds de son matre le globe tincelant des motions de ce petit cnacle4 ,il y avait de la magicienne dans cette paysanne coiffe du bandeau des religieuses4 ,jeune encore1 elle cachait sous sa coiffe de nonne la mche chevele que nos vieilles prophtesses lorraines livrent au vent du sabbat4 ,dans son cantique1 un mot entre tous1 ce mot de ,sion1 perptuellement rpt de strophe en strophe1 exerait sur ,lopold une action prestigieuse4 ,sion1 c'tait pour ce grand imaginatif la ,jrusalem terrestre et la ,jrusalem cleste2 c'tait sa montagne1 son glise et son plerinage2 c'tait plus encore1 et1 dans ce beau mot1 il plaait le sentiment de l'infini qu'il portait en lui4 ,lorsque ces magiques syllabes1 charges d'une si riche motion1 se mlaient au souffle harmonieux de la miracule1 il semblait qu'il subt une incantation4 ,dehors1 sous la nuit1 rgnent la dfiance1 l'hostilit1 et aux quatre coins du plateau s'tend le beau domaine perdu qui trouble en ,lopold l'homme de dsir4 ,mais comme une action de grce1 le chant de ,thrse clate pour annoncer la sainte colline l'intervention mystrieuse du ciel4 ,l'univers en est modifi4 ,une ,saga du ,nord raconte qu'une devineresse chantait midi l'air de la nuit1 et si loin que son chant portait1 les tnbres s'tablissaient4 ,ainsi de ,thrse3 tant qu'elle chante et si loin que va son chant1 ,lopold est ,pontife et ,roi4 ,quand la religieuse1 puise1 se tut1 ,lopold rouvrant les yeux se leva et dit avec un accent profond3 --,mes chers frres et mes chres soeurs1 allons remercier la ,vierge4 ,son coeur dborde d'amour4 ,a ,tilly1 dans un clair1 il vient de recevoir toute fulgurante la rponse la terrible question qui depuis des mois se posait devant lui et qu'il n'osait mme pas se formuler nettement3 ,pour quelle tche dsormais puis-je vivre8 ,que construirai-je8 ,au nom de quoi vais-je quter8 ,cette doctrine mystrieuse de ,tilly1 la justification par l'amour1 c'est de toute antiquit qu'elle repose dans ce coeur clrical form ,borville par des gnrations catholiques4 ,elle a fait explosion dans cet homme malheureux1 au fond de sa pauvre cellule de ,bosserville1 quand il rptait ,dieu3 ,ne suis-je pas un coeur juste8 ,vois mon coeur1 juge-le et donne moi un signe4 ,a ,tilly1 il l'a reconnue comme un dsir1 comme une foi qui reposait en lui depuis toujours4 ,vintras l'a confirme1 taye par des prodiges4 ,en quelques semaines1 auprs de l',organe1 une certitude mystique vient de l'envahir avec une puissance prodigieuse1 et de le mettre tout en moi4 ,elle va veiller en lui quelque chose de tout nouveau et d'idyllique1 l'ide du bonheur2 elle la dgage1 la fait monter la surface4 ,maintenant ,lopold conoit comment pourrait se faire la satisfaction de son me4 ,ce n'est plus de construire des difices1 mais de construire des temples vivants4 ,le prtre btisseur s'lve un degr suprieur3 il veut former des mes1 prsenter ,dieu une compagnie de saints4 ,et quel beau sens nouveau donner au plerinage6 ,quel fructueux motif de qute6 ,tous s'taient agenouills dans les tnbres de la chapelle4 ,les trois ,baillard remercirent haute voix la ,vierge de la profusion des grces qu'ils avaient trouves ,tilly1 et de les avoir choisis pour tre sur cette colline les aptres du rgne de l',esprit4 ,c'est ainsi qu'aux jours de jadis1 ici mme1 les chevaliers revenus de la croisade1 et dont les dames pouvaient croire que leurs prires les avaient soutenus1 racontaient1 sous de beaux regards merveills1 les prodiges et les profits de leur expdition1 tout en buvant force hanaps1 puis dvotement priaient ,notre-,dame de ,sion1 avant derrire eux un dmon narquois4 ,,chapitre ,,vi ,,la ,,procession ,,du #h ,,septembre ,ces confidences singulires des frres ,baillard ne tardrent pas glisser le long des pentes de la colline1 et l'on se rptait dans les villages que ,lopold allait dire des choses extraordinaires le jour de la fte de ,sion1 qui a lieu1 chaque anne1 pour la ,nativit de la ,vierge4 ,ce jour-l1 au temps des ducs1 c'tait une fte nationale1 organise et prside par les pouvoirs publics4 ,les notables de ,vzelise invitaient le sieur ,cur et les ,rvrends ,pres ,minimes et ,capucins1 et enjoignaient aux corps de mtiers d'assister1 chacun sous leur bannire1 la procession1 pour obtenir de ,dieu un temps favorable aux fruits de la terre et pour porter ,notre-,dame de ,sion un cierge de cire blanche4 ,dfense tous de causer ni de quitter les rangs1 peine de deux francs d'amende1 pendant ladite procession longue de seize kilomtres4 ,des citoyens dlgus y veillaient avec les sergents de ville444 ,aujourd'hui1 c'est en toute libert que la foule vient la date traditionnelle processionner sur le plateau2 les antiques disciplines ont t rompues1 mais les mmes forces demeurent4 ,malgr la curiosit excite par tous les bruits qui couraient sur les rvlations attendues1 on rpondit peu l'appel des ,baillard4 ,une des premires personnes arrives fut un excellent prtre1 monsieur ,magron1 cur de la petite paroisse de ,xaronval1 jadis camarade de ,lopold au sminaire1 et qui n'avait jamais cess de lui tmoigner une dfrence affectueuse1 d'anne en anne1 toutefois1 plus timide et plus pouvante4 ,sans discerner l'anxieuse tristesse dont tait empreint le visage naturellement chtif et souffreteux de son ami1 ,lopold s'approcha de lui1 les mains tendues3 --,merci1 mon trs cher1 d'tre venu1 lui dit-il4 --,ne me remerciez pas1 rpondit l'autre1 mais coutez-moi4 ,et le tirant part3 --,je serai peut-tre le seul prtre ici aujourd'hui1 et si je ne suis pas le seul1 nous serons bien peu nombreux parmi nos confrres4 ,soyez prudent1 ,lopold2 vous ne savez pas ce qui vous menace3 ,monseigneur est de nouveau exaspr contre vous4 ,il a su votre sjour ,tilly4 ,l'vque de ,bayeux lui en a crit1 averti par un chanoine avec qui vous avez voyag4 ,est-ce vrai8 ,vous voyez que notre vque est bien renseign4 ,que la crmonie1 aujourd'hui1 soit comme toutes les autres2 qu'il n'y ait rien y reprendre2 qu'il ne s'y passe rien que l'on puisse rapporter l-bas contre vous4 ,ne parlez pas surtout1 c'est votre frre qui vous en supplie4 --,vous avez donc oubli1 ,magron1 cette phrase que nous admirions tant au sminaire3 ,le silence est le plus grand des supplices2 jamais les saints ne se sont tus4 --,et vous1 ,lopold1 vous oubliez le grand mot de saint ,paul que nous admirions galement3 tant li1 je suis libre4 ,mais dj ,lopold1 hautain et rsolu1 allait d'autres arrivants4 ,deux ou trois cents personnes au plus taient venues des villages voisins ou des petites villes1 de ,vzelise1 de ,bayon1 mme de ,charmes et de ,mirecourt4 ,au pied de la cte trop raide1 leurs voitures chelles les attendaient1 ranges sur le bord de la route1 prs de la ferme de la ,cense ,rouge4 ,et sur l'troit plateau1 c'tait le dcor habituel1 le dcor de chaque jour d'ailleurs1 sauf que l'on voyait1 et l1 des tables couvertes de serviettes blanches o reposaient des paniers1 et quelques pauvres choppes qui talaient des images pieuses1 des saints d'pinal1 maintenus contre le vent par des cailloux4 ,l't venait d'tre extrmement pluvieux1 et1 au #h septembre1 c'tait dj un grand ciel froid d'extrme automne1 o le plus faible soleil mettait une teinte dore1 dilue dans la pluie suspendue4 ,l'horizon1 ferm par les brumes1 respirait la tristesse1 une sorte de grce voisine de la maussaderie4 ,vers deux heures1 conduite par les trois frres ,baillard1 la procession sortit de l'glise4 ,et tandis que les derniers retardataires se pressaient de gravir gaiement les raidillons1 elle commena de tourner lentement autour du couvent et sur les bords de l'troite terrasse1 au-dessus de l'immense tendue4 ,franois ,baillard1 qui avait beaucoup de talent pour les crmonies1 avait rgl les moindres dtails1 et il surveillait tout avec une exactitude et un entrain admirables4 ,la face et le cou congestionns1 il jetait dans l'air haute voix les prires ,notre-,dame de ,sion1 puis il se retournait1 battait la mesure et disait3 ,a voix large1 sans respect humain1 rptez les invocations avec toute votre nergie4 ,ou bien encore3 ,je compte que messieurs les ,ecclsiastiques soutiendront les rpliques des fidles4 ,ils ne sont pas nombreux1 messieurs les ,ecclsiastiques6 ,et ,m4 le cur de ,xaronval n'a eu que trop raison dans ses fcheux pronostics4 ,l'vch n'a pas envoy de reprsentant1 et presque personne n'est venu des presbytres voisins4 ,voil des annes qu'on n'a vu une procession si chtive1 et dans ce jour mlancolique quelques-uns pourraient croire qu'ils assistent une revue d'aprs la dfaite1 la revue de troupes toujours fidles1 bien dcimes4 ,certains corps d'armes ont t anantis4 ,il reste bien peu de tout ce peuple militant que les ,baillard avaient rassembl et organis pour le service de la ,vierge4 ,o sont-ils1 les frres instituteurs que ,lopold aspirait rpandre dans tous les diocses de ,france8 les frres laboureurs qui travaillaient la ferme modle de ,saxon8 et les frres ouvriers1 menuisiers1 marchaux ferrants1 charrons1 cordonniers1 peintres1 tailleurs de pierres1 tailleurs d'habits8 ,o sont-elles1 les soeurs de ,flavigny1 de ,mattaincourt1 de ,sainte-,odile et de ,saxon8 ,la tempte a tout dispers4 ,les cadres1 du moins1 subsistent4 ,voil frre ,hubert et frre ,martin1 vtus de la robe brune aux bandes bleues2 voil les soeurs ,euphrasie1 ,quirin1 ,marthe et ,lazarine1 parmi lesquelles s'avance la soeur ,thrse d'un pas qui ne fait qu'effleurer la terre4 ,fbrile1 inquite1 nerveuse1 la sensitive a peru des choses invisibles pour tout autre que pour elle2 elle sent des inimitis dans cette foule1 des animosits qui n'attendent qu'une occasion pour se produire avec clat4 ,elle tressaille au milieu de ce cortge et sous ce grand ciel dcouvert1 comme si des souffles1 un esprit1 un monde mystrieux l'entouraient4 ,des paysans1 des paysannes surtout composent le gros du cortge4 ,les hommes s'en vont1 le chapeau la main1 les bras ballants1 d'un pas embarrass par cette marche trop lente1 et les femmes1 ct d'eux1 trs abrites sous la coiffe1 portent1 pass leur bras1 un panier provisions d'o sort le goulot d'une bouteille4 ,lopold venait le dernier4 ,il s'avanait1 entour de quelques prtres1 un tat-major bien mince1 au regard de la vritable cour ecclsiastique qui l'enveloppait aux ftes prcdentes6 ,il n'en perd pas un pouce de sa dignit4 ,et le vent qui agite les surplis de ses confrres ne fait pas remuer son lourd brocard violet4 ,la procession1 qui souffre de sa maigreur1 essaye de se rattraper par le bruit4 ,les deux jeunes messieurs ,baillard et le cur de ,xaronval mnent avec zle le choeur1 chacun dans une partie du cortge4 ,qu'importe si parfois le vent jette les cantiques du groupe ,lopold sur le groupe ,quirin1 qui va devant et dont les prires leur tour se rabattent sur le groupe ,franois6 ,cette lgre cacophonie ne saurait gter le haut caractre spirituel de cette fte4 ,arrachs pour un jour leur vie matrielle1 tous ces paysans se rjouissent de dployer1 de drouler leurs sentiments de vnration et de se donner leur me en spectacle eux-mmes4 ,ils contentent d'obscurs1 d'insaisissables dsirs en invoquant sur ce haut lieu la ,divinit4 ,sur cette falaise leve au milieu des labours de leur race1 ils prouvent une motion1 qui s'exprime par cette marche grave et lente et par ces accents suppliants ou louangeurs4 ,et maintenant1 ils s'installent tous sur des bancs de bois devant la chapelle1 autour d'un autel en plein air1 pour couter le sermon4 ,ils tiennent leurs coiffures sur leurs genoux2 le soleil blanc1 charg de pluie1 ne gne pas leurs visages endurcis au froid et au chaud1 et s'ils froncent le front1 c'est moins cause des rayons qui percent le feuillage des tilleuls que pour mieux se prparer saisir les fameuses explications1 qui surexcitent1 depuis plusieurs semaines1 toute la curiosit de la contre4 ,lopold ,baillard gravit les trois marches d'une estrade en bois blanc dcore de tapis1 et faisant face son public qu'il enveloppe d'un profond regard1 il dbute avec un accent bas et tendre3 --,mes biens chers amis1 enfin1 nous nous retrouvons6 ,et moi1 qui ai toujours partag avec vous mes trsors1 je viens mettre votre disposition mon coeur1 mon coeur plus savant1 mon coeur rempli aujourd'hui d'incomparables richesses444 ,et d'une voix rapide1 il entonna son propre loge1 dveloppant l'infini cette ide3 --,c'est moi qui ai relev votre plerinage et rtabli au milieu de vous ce qu'avaient institu vos pres4 ,il continua sur ce ton1 puis soudain coupa court1 se tut deux longues minutes1 comme s'il attendait un contradicteur1 et s'avanant d'un pas1 il dit avec solennit3 --,les dangers que court le monde m'pouvantent444 ,ces dangers1 il les numra3 la ,france allait tre humilie2 trop avare1 elle aurait livrer son or2 incapable d'honorer la vraie grandeur spirituelle1 elle serait prive d'hommes suprieurs444 ,bien qu'il se dt pouvant1 la force de sa voix1 son martellement sur chaque mot1 son insistance1 son rayonnement indiquaient trop quel surcrot d'nergie et mme quelle allgresse il recevait de ses sombres visions4 ,il semblait qu'il et son ct1 tandis qu'il parlait1 un des anges chargs des coupes remplies de la colre de ,dieu1 celui mme qu'a vu l'aptre de l',apocalypse1 et que par instant il bt un long trait de ce breuvage de colre et de mystre4 --444 ,mais je ne romprai pas1 mes amis1 mon alliance avec vous4 ,je viens avant la tempte1 avant que les eaux de ,dieu s'lvent4 ,je vais vous assembler comme des pices de bois prises dans une fort1 travailles et prouves1 afin de composer l'arche de ce nouveau dluge4 ,alors se tournant vers les ecclsiastiques et fixant des yeux ,m4 le cur de ,xaronval1 il dclara3 --,je vais vous mettre au courant des rapports spciaux qui existent en ce moment entre le ciel et la terre4 ,il parla de ,tilly4 ,sa manire de comprendre ,vintras1 plus leve que celle de ,franois1 l'autre soir1 tenait dans ce thme3 les vques ont laiss la religion descendre au niveau de la nature humaine2 le rationalisme les a pntrs4 ,or un prophte s'est lev4 ,vintras nous a rouvert les sentiers qui mnent l'invisible2 il nous fait rentrer dans la sphre du surnaturel4 ,mais ,lopold avait trop de hte d'pancher son coeur4 ,il oubliait d'tablir les faits les plus essentiels1 de donner un historique de son voyage2 il supposait connus ,vintras et ,tilly4 ,dans le prodigieux effort qu'il faisait pour traduire les sentiments qui venaient depuis trois mois d'merger de son me profonde1 et pour tenter avec eux une ducation nouvelle de ses paroissiens1 il ne pensait plus raconter son aventure1 mais simplement exprimer le frisson lyrique dont elle l'avait remu4 ,ses paroles pleines de son et de cadence1 plus qu' leur ordinaire1 car la passion la plus vraie l'enfivrait1 mais trop obscures1 passaient par-dessus la tte des auditeurs1 et s'envolant du plateau1 au del des buissons des pentes1 allaient au loin retomber comme des semences invisibles4 ,tandis que ,lopold exhale ses appels au surnaturel1 toute la nature semble remise sa place1 silencieuse1 immobile1 pensive4 ,au loin se tait la grande plaine paisible4 ,elle a envoy ses dlgus sur le plateau4 ,ils coutent avec patience et ne s'tonnent point qu'un prtre soit obscur4 ,parfois une note trange passe comme un clair dans les profondeurs de ce discours et leur rvle de sa rapide lueur des formes bizarres2 ils lvent les yeux comme un troupeau devant le train qui passe4 ,trop tard4 ,la machine a disparu dans la nuit4 ,messieurs les ,ecclsiastiques1 eux1 ne comprennent que trop2 ils donnent des signes visibles d'inquitude et puis de dsapprobation4 ,ils s'agitent1 se penchent les uns sur les autres1 se murmurent des mots l'oreille4 ,thrse ne les quitte pas des yeux2 elle suit avec anxit leur mcontentement qui grandit avec le droulement du discours4 ,elle rougit1 plit1 s'attriste et s'indigne que l'on puisse chapper l'action de ,lopold4 ,sur les bancs occups par les femmes1 l'effet est puissant2 les dvotes sont au ciel4 ,a ces zlatrices s'associent de confiance une clientle de voituriers1 d'aubergistes1 de gens de journe1 de fournisseurs qui1 les yeux1 les oreilles1 la bouche dmesurment ouverts1 admirent dans le prdicateur le puissant esprit qui fera leur prosprit4 trange pyramide qui se construit sur ce haut lieu6 ,un petit peuple lve son regard vers ,lopold1 et lui-mme est tout tendu vers un monde mystrieux qu'il distingue dj par clair1 derrire le monde des apparences4 ,ses yeux brillants erraient1 dpassaient l'assemble1 ne voyaient plus que les fantmes qui flottent au-dessus du couvent et l-bas1 sur l'autre pointe de la colline1 au-dessus des ruines de ,vaudmont4 --444 ,quod isti et ist1 cur non ego8 ,ce que ceux-ci et celles-l ont fait1 pourquoi ne le ferais-je pas8 ,lopold ne doutait pas que les anciens chevaliers de ,notre-,dame de ,sion et les comtes de ,vaudmont1 s'ils taient sortis de la tombe1 ne l'eussent reconnu1 entour comme l'un d'eux1 et que1 tous ensemble1 ils auraient march pour le service de ,dieu4 ,maintenant il prche la croisade4 ,comme sa figure s'illumine6 ,il se voit chevauchant la tte des nouvelles cohortes de ,sion contre la ,jrusalem du ,diable1 qui1 dans l'espce1 se trouvait tre le palais piscopal de ,nancy444 ,ah6 ,monseigneur444 ,mais soudain une voix s'lve du milieu du public4 ,lopold est tir de son rve et brutalement ramen la ralit4 ,il voit un homme qui gesticule et tout le monde debout4 ,c'est le matre d'cole1 ,m4 ,morizot4 ,qu'a-t-il cri8 ,il a cri3 --tes-vous donc devenu fou1 monsieur le ,suprieur8 ,lopold lve la main d'un geste sacerdotal pour pacifier ses amis qui entourent dj ,m4 ,morizot avec des parapluies menaants4 ,son mince visage rayonne d'un sourire de toute-puissance et d'indulgence3 c'est le sourire de celui qui sait et qui possde un talisman1 le sourire d'un guerrier de lgende1 son pe enchante la main4 ,que les princes des prtres mobilisent leurs armes1 que ,m4 ,morizot passe au service du ,diable1 ,lopold repose derrire ses mrites comme un saint-,georges derrire son cu4 ,cependant ,quirin a caus poliment avec le matre d'cole1 qui cde la majest du caractre sacerdotal et se retire4 ,hlas6 tous les curs le suivent4 ,dans le mme moment la pluie commence de tomber4 ,pour ,lopold qui vient de reprendre la parole1 ce bruissement de pluie c'est la colline qui frmit sous le courant de l',esprit4 ,elle redevient ce que ,dieu de toute ternit a voulu qu'elle ft1 le centre de la nature et le sige du ,paraclet4 ,lopold prouve une jubilation qui se manifeste dans tous ses gestes4 ,mais ,quirin le tire par sa chasuble2 il lui montre l'motion de la foule qui s'est leve et divise en petits groupes gesticulants2 il lui montre ,m4 le cur de ,xaronval qui s'loigne4 ,lopold regarde et dit avec tranquillit3 --,mon frre1 ,si ,deus pro nobis1 quis contra nos8 ,si ,dieu est avec nous1 qui sera contre nous8 ,il rentre grands pas au couvent1 men1 press1 quasi embrass par son fidle troupeau4 ,toutes les pices y taient prtes pour la rception traditionnelle1 et dans le rfectoire attendait une collation que les soeurs avaient prpare de leur mieux4 ,mais il n'y a pour y faire honneur que des personnages secondaires1 et pas un ecclsiastique4 ,comment le petit cnacle chapperait-il une impression d'angoisse en se voyant ainsi dlaiss8 ,comment les esprits ne se reporteraient-ils pas aux annes passes8 ,alors1 aprs la procession1 tous les collgues des messieurs ,baillard venaient s'asseoir leur table1 heureux1 allgres de cette me religieuse qu'ils avaient senti palpiter sur la colline et profondment satisfaits d'une journe qui avait t pour eux un succs professionnel4 ,et tous1 ils s'entendaient pour dire de ,lopold3 ,il n'y a pas dans le diocse un prtre dont on puisse faire mieux un vque4 ,et quand ils s'taient rafrachis1 en se retirant1 ils ne manquaient jamais de faire promettre monsieur le ,suprieur qu'il amnerait dans leur paroisse1 quelque prochain dimanche1 les lves de son pensionnat et qu'il prcherait la grand'messe4 ,mais aujourd'hui1 quel affront6 ,les voil qui partent tous sans un mot d'amiti1 sans un signe de politesse4 ,et c'est vrai que sur la pente et sur les raidillons1 on les voyait qui se butaient grands pas1 sans mme retourner la tte4 ,lopold ne se laisse pas dominer par ces lches regrets4 ,il vient de prsider au rtablissement des rapports qu'il doit y avoir entre ce lieu saint et la population4 ,plus d'glise impose par l'tranger1 mais une glise qui sorte de ce sol miraculeux4 ,la fausse religion de l'vch1 mdiocre1 sans me1 semblait invincible2 du premier coup il l'a jete par terre1 tant est puissante la force d'une argumentation vridique4 ,victoire6 ,lopold est ivre de plaisir4 ,un nouveau pacte1 une nouvelle amiti se fonde sur la colline4 ,c'est le dbut d'une re de flicit4 ,ainsi la pense de ,lopold1 que la fivre de son discours tient encore1 s'chappe de ce pauvre rfectoire et vole sur les sommets2 non pas seulement sur les hauts lieux qu'il a restitus au culte1 mais elle rejoint ses plus hautes esprances4 --,la qute a t dsastreuse1 dit ,quirin qui fait des piles de gros sous sur la nappe4 ,je ne sais pas si nous aurons dix francs4 ,cette phrase pntra brusquement au milieu des songeries et des images de ,lopold1 comme une boule dans un jeu de quilles2 elle jeta tout par terre1 et d'une manire si basse qu'il en fut exaspr4 ,on vit alors un fait inou1 incomprhensible pour qui n'est pas entr dans la pense de l'an des ,baillard1 un fait bizarre qui rejette le personnage tonnamment loin dans le pass et qui donne un accent barbare cette solennit1 o tout avait t jusqu' prsent1 au moins en apparence1 une suite d'actions rgulires1 traditionnelles et quasi protocolaires4 ,lopold regarda ,quirin1 rpta machinalement3 ,la qute a t dsastreuse444 ,puis soudain1 se levant1 il entrana vers la chapelle1 par le passage intrieur1 tous ceux qui l'entouraient1 et l1 sans monter en chaire1 depuis la premire marche du choeur1 il se mit derechef prcher4 ,c'tait toujours le mme rappel des services rendus la ,vierge de ,sion et du droit que les trois frres ,baillard possdaient sa gratitude4 ,c'tait une litanie1 une supplication1 de plus en plus pressante1 imprieuse1 comme si la ,mre de ,dieu rsistait et qu'il fallt la vaincre force de prires et d'objurgations4 ,et voici qu'enfin une parole prcise sort de la bouche de ,lopold1 une parole saisissante et claire qui remue tous les coeurs3 --,notre-,dame de ,sion1 l'heure est venue de montrer que vous n'abandonnez pas ceux qui esprent en vous4 ,il dit1 et au milieu du profond silence qui s'tablit1 il va prendre la bourse des qutes4 ,il se dirige vers le fond de l'abside o la ,vierge miraculeuse trne dans le petit monument coupole et colonnades lev par ses soins4 ,il saisit une chelle1 l'appuie la console1 gravit les chelons1 et la bourse qu'il tient la main1 il la dpose aux pieds de ,notre-,dame4 ,puis il descend reculons1 en cherchant avec quelque peine les barreaux1 et sa soutane embarrasse laissait voir au-dessus de ses souliers ses grosses chevilles de paysan4 ,cela fait1 il se remit en prire dans l'glise o la nuit tombait4 ,alors un frisson mortel s'empara de chacun4 ,a cette minute1 ils sentirent qu'il y avait quelque chose de chang dans la religion du plerinage1 et de tout coeur ils adhrrent cette foi inconnue4 ,sous ce geste dcisif de leur matre1 la qualit religieuse de leurs mes se rvla1 comme une terre retourne par le soc de la charrue laisse voir ses profondeurs4 ,,chapitre ,,vii ,,la ,,petite ,,vie ,,heureuse ,dans la nuit1 soeur ,thrse eut un songe4 ,notre-,dame la visita et lui tendant la bourse lui dit3 ,une moisson natra de mon plateau de ,sion1 qui vous nourrira tous surabondamment4 ,lopold trouva dans ces paroles une rponse sa pressante interrogation de la veille1 et son gnie bizarre entendit que la ,vierge ordonnait de mettre en culture le plateau4 ,mais d'abord il fallait couper les arbres4 ,c'taient de magnifiques tilleuls de trente quarante ans1 que les ,baillard avaient vu grandir4 ,avec l'glise et le cimetire1 ils constituaient un des lments du plerinage1 et1 pour avoir si bien russi sur cette terrasse vente1 ces arbres dlicats semblaient favoriss d'une protection spciale du ,ciel4 ,leur petite arme1 dans la force de l'ge1 entourait l'glise de ses troncs presss et lui faisait une sorte de bouclier contre le vent4 ,ces belles alles circulaires taient le vritable luxe de la contre1 l'image du repos dominical et du loisir heureux1 aprs les semaines de travail4 ,pourtant ,lopold n'hsite pas2 il dcide de les couper et de mettre en culture les terrains de la promenade1 afin de se conformer au songe de soeur ,thrse et aux paroles de ,notre-,dame qui1 dans sa bont1 avait bien voulu se rendre compte qu'il fallait crer des ressources ses fidles serviteurs4 ,c'est l'automne1 la saison o1 sous un soleil refroidi1 chacun recueille ce qu'il a sem4 ,mais ,lopold1 cinquante ans1 jette bas ses oeuvres1 coupe ses ombrages et promne le soc de la charrue sur ce qui faisait l'objet de sa tendresse4 ,rien1 pas mme sa rupture avec ses confrres et avec son vque1 ne permet mieux de mesurer la puissance de ses nouvelles esprances que de le voir ainsi couper ses tilleuls1 sans un mot de regret1 sans un soupir de tristesse4 ,il communique autour de lui sa flamme dvastatrice4 ,ses fidles de ,saxon accourent la rescousse4 ,et huit jours aprs la fte de ,sion et le message de la ,vierge1 tout un monde de paysans1 de frres et de soeurs1 arms de haches1 de pioches et de scies1 se dmenait sur le plateau1 au milieu des arbres surpris de l'effroyable aventure4 ,chose admirable1 ces barbares travaux s'accomplirent dans l'allgresse4 ,on vit se dployer sur la colline une activit toute virgilienne1 mais pntre d'accents chrtiens4 ,une perptuelle prire1 ou plutt une constante exaltation de l'me l'accompagnait1 peu prs comme le chant des orgues soutient une prose mdiocre4 ,le matin1 l'escouade des frres et des soeurs partait en chantant pour l'esplanade4 ,ils y trouvaient dj rassembls les amis de ,saxon1 venus avec leurs outils4 ,ces ingrats enfants de la colline commencent par couper arbres et arbustes ras de terre1 ensuite ils enlveront les souches avec des haches et des pioches1 et quand les beaux tilleuls seront dbits en bches pour chauffer le couvent cet hiver1 ils laboureront l'esplanade et la smeront de pommes de terre4 ,ces destructions1 qui allaient prendre tout leur temps durant les mois de septembre1 d'octobre et de novembre1 se prsentaient eux avec les attraits du sentiment4 ,tout le long du jour1 chacun1 par un signe de croix ou par une prire1 faisait hommage ,dieu de ses actes un peu importants1 que ce ft le premier coup dans un tilleul ou la premire tranche coupe dans un pain4 ,c'est un tat dont l'allgresse se traduirait par des hymnes1 mais o il serait absurde de vouloir chercher des ides claires4 ,a quoi songent des cultivateurs couchs l'ombre d'une haie1 auprs de leurs bouteilles vides1 l'heure rapide de la sieste1 entre deux tapes d'un dur travail8 ,et ceux-ci1 religieuses1 pauvres frres1 villageois dvots1 avaient reu dans l'atmosphre des ,baillard une vritable culture de la sentimentalit4 ,paysans et mystiques1 ils taient soumis1 ouverts plus d'influences de la terre et du ciel que nous n'en connaissons4 ,l'me du travail1 c'tait ,thrse4 ,elle venait aux champs avec les autres1 mais ,lopold ne la laissait pas travailler1 de peur de contrarier en elle la grce de ,dieu et de ,marie4 ,et vraiment ses dispositions taient merveilleuses pour saisir1 sur le moindre indice1 l'invisible travers le visible4 ,elle coutait avec amour la respiration paisible et presque insaisissable de la sainte colline1 et savait donner aux choses les plus humbles une signification touchante4 ,voyait-elle jonchant le sol les branches coupes des tilleuls3 ,les feuilles pourrissent1 disait-elle1 mais nous sommes les vainqueurs de la mort4 ,quand apparurent les tristes et charmantes fleurs de l'automne1 les colchiques violets1 elle y vit une image de l'tat religieux3 ,parfois1 disait-elle1 un semis de veilleuses1 comme une douce congrgation1 peut sembler inutile1 mais elles servent de parure au milieu de l'humble prairie et chantent la louange de ,dieu4 ,des groupes de papillons qui s'lvent et se poursuivent lui semblaient des mes qui se librent4 ,des vols de corbeaux qui passaient en croassant1 elle les insultait1 les moquait comme des dmons dsarms4 ,parfois des plerins se scandalisaient de ces beaux arbres abattus et de ces terres de la ,vierge o l'on menait la charrue4 ,des invectives s'changeaient1 un vrai combat de gros mots4 ,mais soeur ,thrse marche ct de l'attelage et vaticine3 ,ils croient que nous cultivons la terre et nous cultivons le ciel4 ,les brumes d'automne fermaient l'horizon et limitaient ce royaume privilgi4 ,sur la colline rendue au calme divin1 on vivait tout le jour un rustique cantique des cantiques1 qui se prolongeait dans la nuit4 ,chaque soir1 les soeurs et les frres1 auxquels se joignaient les amis de ,saxon1 faisaient la veille autour du feu de la cuisine4 ,tout en cossant les lgumes pour l'hiver1 on causait des menus vnements du jour1 et ,bibi ,cholion faisait des plaisanteries dont les soeurs s'amusaient4 ,c'tait le couarail ordinaire des villages lorrains4 ,mais1 pour ,lopold1 c'tait bien autre chose6 ,il croyait prsider une de ces agapes fraternelles comme en tenaient les premiers ,chrtiens4 ,et pour se conformer l'usage des petites chrtients primitives d'phse1 d',antioche1 de ,pergame1 qui avaient coutume de lire haute voix les lettres de saint ,paul1 il se plaisait communiquer son auditoire quelque ptre de ,vintras1 toute pleine de maldictions contre les ,princes de l'glise et d'effroyables prophties4 ,puis1 tirant son journal de sa poche1 il y cherchait la confirmation de ces sombres pronostics4 ,jamais en aucun lieu du monde on n'entendit lecture pareille4 ,lopold1 ses lunettes sur le nez1 dployait largement la feuille2 il la parcourait du regard1 et tout de suite tombait en arrt sur l'accident1 sur la catastrophe du jour4 ,soeur ,thrse1 debout derrire lui1 se penchait pour regarder si nulle calamit ne lui chappait1 et avant de tourner la page1 il attendait qu'elle lui ft un signe de tte4 ,cette anne-l1 ,lopold fut particulirement bien servi2 en septembre1 on eut des cas de cholra2 en octobre1 la peste dans le golfe ,persique2 en novembre1 des pidmies sur le btail et de grandes pertes d'argent la ,bourse4 ,a chaque flau1 ,soeur ,thrse battait des mains1 et l'on voyait apparatre sur les lvres de ,lopold un sourire d'une batitude ineffable4 ,quand le vomito negro se rveilla ,rio ,janeiro1 le grand ,franois s'cria qu'il donnerait bien dix sous pour voir ce moment la tte du cur de ,xaronval1 car aucun d'eux ne doutait que ,m4 ,magron et tous leurs confrres ne fussent comme eux uniquement occups vrifier les prophties de ,vintras4 ,a dix heures ,lopold distribuait le pain bnit1 auquel les soeurs parfois ajoutaient un supplment de vin chaud4 ,et c'est ainsi que chaque soir1 l-haut1 autour d'une table de cuisine1 des villageois se penchent sur un journal ploy pour y chercher1 avec une fivre joyeuse1 les signes avant-coureurs du cataclysme o s'allait engloutir ce monde d'iniquit1 hormis la poigne de justes groups dans l'ombre de ,lopold et de ,vintras4 ,a la fin de la semaine1 le dimanche1 ,lopold prchait solennellement4 ,on accourait de trs loin comme pour un thtre4 ,les ,baillard avaient imagin d'organiser des dialogues o ,franois tenait le rle d'un prince de l'glise1--il ne demandait pas mieux que l'on reconnt l'vque de ,nancy1--accabl par le rquisitoire vintrasien de ,lopold4 ,on riait du grand ,franois2 on applaudissait ,lopold4 ,celui-ci avait pris ,tilly1 comme par une sorte de contagion1 le systme de se livrer aux flots de ses paroles4 ,souvent il semblait le jouet de son inspiration4 ,puis au retour de ces lancements dans les rgions qui s'tendent par del les limites de notre esprit1 il parlait du ton le plus plat4 ,ses discours1 plus qu' demi incomprhensibles1 du moins n'taient pas des soporifiques1 des marmottements confus comme il pouvait y en avoir la mme heure dans les glises de la plaine4 ,il en sortait une voix vivante1 d'un positif dconcertant4 ,ah6 c'tait simple4 ,du milieu de ses obscures redondances1 assez pareilles aux orchestrations d'un charlatan de foire1 il terrifiait son monde en prdisant la grande catastrophe finale1 puis il le rassurait en offrant de donner aprs l'office1 dans la sacristie1 un mot de passe qui garantirait le salut4 ,ces ardeurs insenses touchaient beaucoup les femmes4 ,elles venaient1 chaque dimanche1 plus nombreuses4 ,lopold attendait beaucoup d'elles pour la propagation de ses vues sur le rgne du coeur4 ,aussi ne ngligeait-il rien pour leur plaire1 et par exemple1 il aimait rpter que l'excs de leur amour de ,dieu leur a caus1 dans la suite des temps1 une palpitation si violente que plusieurs de leurs ctes ont chang de place pour donner de l'espace leurs coeurs1 formant ainsi sur leurs poitrines une douce minence4 ,en l'coutant1 elles rvaient4 ,cet aptre extravagant de l',esprit-,saint ouvrait ces paysannes1 mduses d'tonnement1 les royaumes du romanesque4 ,beaucoup s'mouvaient4 ,quirin qui les surveillait en prenait bonne note4 ,m4 le ,suprieur gardait toujours un certain ,noli me tangere2 il ne descendait gure les gradins de l'autel1 mais les deux cadets1 eux1 la sortie de la messe1 se multipliaient en conversations sur le parvis et jusqu'au milieu des labours du plateau4 ,qu'est-ce que vous risquez8 disaient-ils4 ,ils ramenaient ceux-ci et ceux-l dans la sacristie4 ,lopold s'y tenait en permanence1 ayant ses cts soeur ,thrse4 ,on s'asseyait comme dans une maison de village4 ,c'tait encore une glise1 mais plus familire que l'autre4 ,trs vite1 la causerie tournait la confession1 et ,thrse s'loignait1 s'occupait des enfants1 s'il y avait lieu1 les caressant1 les approchant de l'autel1 joignant la puissance de la tendresse fminine l'effet de la doctrine prche par le ,pontife4 ,puis revenant la sacristie3 --,monsieur le ,suprieur1 disait-elle1 montrez donc ,madame l'hostie miraculeuse que vous avez reue de ,tilly4 ,lopold exhibait alors une de ces hosties taches de sang et divinement parfumes1 comme on en voyait par miracle apparatre1 de fois autre1 sur l'autel de ,vintras4 ,de la sacristie1 les nophytes passaient dans le couvent1 o ,franois et ,quirin offraient leurs services4 ,c'tait comme un second cabinet de consultation4 ,ils se proposaient pour trouver des sources1 des trsors4 ,les gens s'en allaient enchants1 un monde nouveau ouvert devant eux1 un monde nullement ennuyeux1 o l'me de quelques-uns se satisfaisait1 o l'imagination de tous se trouvait fort son aise4 ,leurs rcits agitaient toute la contre avec force1 car ils flattaient le got du merveilleux et le got du comique4 ,et beaucoup qui n'auraient pas voulu pntrer dans la sacristie de ,lopold venaient pousser des pointes jusque sur la colline1 o ils avaient parfois la bonne fortune de rencontrer ,franois et ,quirin ,baillard occups de singulires besognes4 ,le grand ,franois errait dans les ruines de ,vaudmont1 tenant du bout des doigts la chane de sa montre balance4 ,il attendait qu'elle lui rvlt les trsors enfouis des anciens seigneurs du donjon4 ,quant ,quirin1 une baguette de coudrier dans les mains1 il cherchait une source sur la partie dsertique du plateau1 autour de l'arbre penderet4 ,la colline apparaissait au loin comme le plus rare des trteaux1 o des scnes de miracle se joignaient une vritable comdie4 ,et pour achever d'intresser le populaire1 voici que des effets de drame s'annonaient4 ,des nuages gros de menaces accouraient vers ,sion1 et tout le pays disait que l'vque allait interdire les trois frres4 ,un jour1 soeur ,thrse1 qui souffrait d'une rage de dents1 se rendit ,vzelise1 en compagnie des soeurs ,euphrasie et ,lazarine1 pour consulter le docteur ,contal4 ,mais d'abord toutes trois entrrent chez l'picier4 ,la servante du cur s'y trouvait4 --,bonjour1 mademoiselle ,mlanie1 lui dirent-elles le plus civilement du monde4 --,bonjour1 mesdemoiselles1 rpliqua l'autre1 qui leur fit sa rvrence1 et sans plus leur tourna le dos4 ,mesdemoiselles6 ,appeler ainsi des religieuses6 ,mais ce qui acheva de les confondre1 c'est le regard mprisant de la servante1 quand l'picier refusa de leur livrer du savon crdit4 ,le mdecin1 chez qui elles sonnrent ensuite1 leur dit ds le corridor3 --,que venez-vous faire1 mes bonnes ,soeurs1 chez un simple praticien8 ,lopold vous gurira3 il fait des miracles la pelle4 ,il les poussa poliment dehors4 ,soeur ,thrse en fut suffoque1 et si heureusement que son mal de dents disparut4 ,cet accord inattendu de la cure et de la facult aurait d pouvanter les pauvres filles4 ,le croire1 ce serait mal comprendre la divine irrflexion qui rgnait dans le cercle des ,baillard4 ,les trois femmes1 comme ,lopold et fait leur place1 virent seulement dans l'insolence de la servante et la mauvaise grce du mdecin deux nouveaux signes1 deux nouvelles preuves par o se manifestait la sollicitude du ,seigneur4 ,cette humiliation et la disparition subite1 mystrieuse1 de la nvralgie de ,thrse1 exaltrent chez elles le sentiment d'un accord avec la divinit4 ,elles revinrent en disant alternativement des prires et des cantiques4 ,cette plaine leur semblait un temple et non pas immense1 un temple domestique1 familier1 o les villages taient autant de petits autels1 les travaux des champs une suite de crmonies pieuses1 et la faible rumeur des btes et des gens une large action de grces4 ,soeur ,thrse ne pouvait se retrouver en pleine campagne1 au milieu du dcor et des soins agricoles1 sans tre envahie par les souvenirs de son enfance de bergre4 ,elle se rappelait le temps o1 petite fille et gardant avec une branche effeuille la main ses vaches sur la prairie1 elle chantait ses premires chansons4 ,lopold l'avait initie de plus mystrieuses effusions4 ,elle tait bien convaincue aujourd'hui qu'il n'est pas indiffrent de chanter telle ou telle parole1 et si elle jetait dans les airs les louanges de la ,vierge et les magiques syllabes de ,sion1 c'est qu'elle voulait s'envelopper1 crer autour d'elle une zone de protection4 ,croyance vague et profonde4 ,les trois filles s'avanaient dans une colonne divine2 leur allgresse soulevait leur marche4 ,elles devaient aux voyages1 l'habitude des sollicitations et des remerciements une souplesse1 une aisance rare chez les villageoises4 ,la mchoire serre d'un bandeau1 heureuse de n'avoir plus mal1 associe cette nature par une fracheur1 un parfum1 des couleurs dont la suavit s'accordait avec les parties les plus inexprimables de son me1 cette soeur paysanne tait une image de la fantaisie4 ,toutes les fes taient dehors2 ,silne et les bacchantes dans les vignes4 ,un chasseur sonnait son chien sur la lisire du bois4 ,dans cette journe de bonheur1 l'esprit de ,thrse avait les virevoltes d'un martin-pcheur1 tout bleu1 tout or1 tout argent1 sur un paisible tang de roseaux4 ,avec une cadence un peu balance1 les trois religieuses chantaient3 ,sainte ,sion1 demeure permanente1 ,sacr palais1 qu'habite le grand roi1 ,dans tes parvis se plat l'me innocente1 ,quoi de plus doux que de penser toi6 ,o ma patrie1 ,o mon ,sauveur4 ,en traversant les villages quasi dserts1 o retentissaient dans les granges les coups rpts des batteurs au flau1 elles se taisaient1 et par un innocent gnie de comdie1 pour raffermir le crdit de ,lopold1 elles s'appliquaient laisser paratre sur leurs visages l'innocente joie dont elles avaient le coeur rempli4 ,comment la mchancet de ,vzelise troublerait-elle leur confiance8 ,un temps gris1 silencieux1 humide1 enveloppe les vergers1 les prairies o schent les regains1 les bons chevaux paisibles qui ramnent les voitures charges de rcoltes1 et les grands sacs de pommes de terre qui s'alignent debout le long des champs4 ,avant de quitter leur travail1 arracheurs et arracheuses font des tas avec les fanes1 y mettent le feu1 et ces brasiers solitaires achvent de brler quand la nuit est dj tombe sur la campagne4 ,c'est la tristesse d'une fin de journe o dj perce l'hiver4 ,mais devant elles1 la colline semble si ferme et assure des faveurs du ciel vers lequel elle se soulve6 ,parfois1 une nue lumineuse vient l'envelopper1 la baigner de jeunesse1 comme un signe de la complaisance divine4 ,sur leur beau couvent veille une influence surnaturelle4 ,du haut de la terrasse1 ,lopold guettait leur retour4 ,il leur mnageait une surprise1 et se rjouissait de les voir venir dans le lointain4 ,en dpit de la nuit1 maintenant qu'elles s'taient engages la file dans l'troit sentier1 travers les broussailles des pentes1 il devinait sa lgret soeur ,thrse qui marchait en avant1 et il s'attendrissait qu'une si longue course n'et pas alourdi sa grce4 ,avec son ternelle manie de se retrouver dans les grands saints du pass1 il se disait3 ,saint ,chrysostome s'est appuy sur la sainte veuve ,olympias1 et saint ,jrme sur ,marcelle qu'il chargea1 lors de son dpart pour la terre sainte1 d'arbitrer les difficults d'exgse2 le nom de sainte ,scolastique est li celui de saint ,benot1 et nul ne peut penser saint ,franois de ,sales sans voir son ct sainte ,jeanne de ,chantal4 ,soeur ,thrse est digne d'tre une ,olympias1 une ,marcelle1 une ,scolastique1 une ,jeanne de ,chantal444 ,auprs d'elle1 il sentait son tre s'panouir1 se rapprocher du ciel4 ,quand les trois religieuses atteignirent l'esplanade1 ,lopold les pressa sur son coeur avec respect et dilection comme trois filles bien-aimes1 et les bnit d'un signe de croix4 ,puis soudain1 il les entrane dans la sacristie1 et prenant un calice pos sur la crdence3 --,mes chres filles1 leur dit-il1 le ,prophte de ,dieu daigne vous envoyer ces hosties miraculeuses descendues sur son autel et qu'il vous sera permis de porter en scapulaires sous vos vtements4 ,il dit et les leur fait baiser4 ,quel trouble1 quelle motion6 ,elles prouvent le sentiment des juifs qui croyaient mourir si une fois ils avaient touch l',arche4 ,rgulirement1 nulle religieuse ne peut mettre la main sur le ciboire vide et les linges sacrs sans une permission spciale4 ,d'o une certaine minence de la religieuse sacristine4 ,mais ,lopold1 avec une audace dont elles dfaillent de reconnaissance1 leur fait monter les marches de l'autel4 ,ce prtre chaste1 et chez qui les forces physiques et les puissances de foi taient intactes1 devait ncessairement faire des prtresses4 ,sa profonde raison1 inconnue de lui-mme1 quand il prte un tel rle de pauvres religieuses1 hier encore de simples paysannes1 c'est qu'aujourd'hui1 au lieu de chercher sa loi dans l'glise1 il va la chercher en lui-mme1 et que tout homme1 mesure qu'il donne une place l'inspiration dans la conduite de sa vie1 est amen honorer davantage la femme1 croire qu'elle pntre par ses intuitions dans l'au-del et que illumine par l'lectricit de son coeur1 elle dchiffre le livre divin4 ,les jours d'un novembre lorrain1 son ciel abaiss1 son horizon rtrci composent l'atmosphre la plus favorable l'panouissement des puissances religieuses de l'me4 ,la pluie1 le grand vent qui nous enferment entre quatre murs nous obligent1 pour peu que nous en soyons capables1 couter les palpitations de notre vie4 ,tout ce qui reposait dans l'me de ,lopold se rveillait1 se dployait1 jetait ses lumires4 ,il coutait les irrsistibles tendances de son coeur et disait3 ,ce sont l des prophties pareilles celles de ,vintras4 ,aussi vrai que je suis l'effet des dsirs de mon pre et de ma mre1 et la couronne de leurs esprances1 mes aspirations sont vraies4 ,ce que ma nature rclame et que ma prire sincre sollicite me sera ncessairement donn4 ,dans sa jeunesse et hier encore1 en battant tous les chemins de l',europe1 il avait diminu son tre2 il s'tait senti jour par jour refroidi1 gn1 peut-tre dgrad4 ,a courir le monde et surtout lutter contre l'vque1 il avait failli perdre sa vritable nature4 ,maintenant rendu lui-mme1 il va se raliser1 panouir les penses dposes dans son coeur par les gnrations qui l'ont prcd1 et1 dans ce dbut de novembre consacr aux trpasss1 son esprit s'oriente avec plus de force qu'aucune autre anne vers le souvenir de ses parents pour y trouver un appui4 ,le jour des morts1 ,lopold s'en alla s'agenouiller au cimetire de ,borville4 ,ni ,franois1 ni ,quirin1 appels au loin pour dcouvrir des sources1 ne l'accompagnaient4 ,cette longue route1 il la fit seul1 pied1 sous un ciel bleu1 divin de douceur1 par le soleil le plus enchanteur1 au milieu de ces vieilles campagnes paisibles comme la mort et pourtant pleines d'esprance4 ,son bton dans la main1 le vigoureux cur parfois pensait ses ennemis et faisait un dur moulinet1 tantt et le plus souvent1 se livrant aux songes1 il pressait le pas pour atteindre le but des dsirs de son me4 ,une prire se formait en lui qu'il pronona sur la tombe de son pre1 dans l'troit cimetire blouissant de bouquets de fleurs1 o dans cette extrme saison bourdonnaient encore les abeilles3 ,mes parents1 je viens vous trouver1 vous dire mes penses qui sont les vtres1 largies1 colores par des expriences plus audacieuses4 ,m'entendez-vous respirer et frapper votre terre de mon bton8 ,c'est moi1 ,lopold1 votre an4 ,vous avez construit dans ,borville une maison1 et couch sous le sycomore une pierre au titre honorable3 pre et mre de trois prtres4 ,et moi1 je ne laisserai pas annuler la maison ni la tombe qu' mon tour je dois difier4 ,esprits clestes1 accompagnez-moi3 je viens vous qurir4 ,votre tche de ,borville est remplie2 c'est sur la sainte colline maintenant que tous les ,baillard combattent444 ,des groupes pieux circulaient1 priaient sur les tombes4 ,nul ne parla ,lopold de lui-mme1 car on savait qu'il tait dans l'ennui1 mais de ses dfunts et avec des mots qui surent trouver dans ce coeur exalt la source des larmes4 ,il repartit1 convaincu d'entendre auprs de lui le vol glacial de ses ombres chries1 et pour leur parler1 il s'arrtait parfois sous les bouquets d'aulnes qu'aiment les trpasss4 ,dans cet extrme tat d'motion1 il prouva le besoin de revoir un ami4 ,le cher visage du cur de ,xaronval lui revint l'esprit4 ,celui-l1 comme les autres1 l'avait abandonn le jour de la procession1 mais n'tait-ce pas un malentendu8 ,il saurait bien le convaincre4 ,sans hsiter1 il fit un dtour afin de l'aller voir et de lui demander l'hospitalit pour la nuit4 ,mais la route tait plus longue qu'il n'avait calcul4 ,quand il arriva ,xaronval1 il tait recru de fatigue1 et dj les tnbres tombaient4 ,une petite fille vint ouvrir4 ,il se nomma4 ,en entendant ce nom1 ,lopold ,baillard1 l'enfant se glaa d'effroi1 comme si elle et vu ,belzbuth dguis en prtre1 et reculant vers la porte1 elle dit que son oncle tait absent1 mais sans doute allait bientt rentrer4 ,puis1 rapidement1 elle disparut et s'en alla s'asseoir au bord de la route1 sur un tas de cailloux4 ,comment ,lopold interprta-t-il la terreur de l'enfant8 ,y dcouvrit-il un refus dguis8 ,le certain1 c'est qu'une heure aprs1 quand ,m4 ,magron rentra dans son presbytre1 et s'en vint tout droit la cuisine o il pensait trouver son ami auprs du feu1 la pice tait vide4 ,avec sa nice1 il chercha vainement dans tous les coins de la cure ,lopold ,baillard4 ,ils montrent jusque sur le grenier1 l'appelrent devant sa porte2 personne ne leur rpondit444 ,et pourtant ,lopold tait l1 dans l'ombre4 ,le lendemain on dcouvrit1 contre une meule du champ voisin1 la forme de son corps dans la paille4 ,la petite fille se demanda toujours si c'tait ,lopold ou le ,diable qui avait couch dans cette meule4 ,non1 ce n'tait pas le ,diable1 mais c'tait un ,lopold que ,m4 ,magron ni aucun de ses confrres n'avait connu1 un ,lopold que ne touchaient plus les paisibles voix de la vie4 ,il avait bien entendu les cris du cur et de l'enfant1 mais ses chimres le tenaient et d'une telle force qu'aucun appel ne pouvait plus le leur arracher4 ,au pied de la meule o il s'tait laiss choir1 extnu de fatigue1 il restait sans mouvement avec une prodigieuse lucidit d'esprit4 ,il regardait comment1 sous la nuit descendante1 ,sion prenait des accents plus mystrieux et l'aspect d'un grand autel par de lumires pour le divin sacrifice2 il coutait les bruits du village1 l'aboiement des chiens1 la douce activit du presbytre tout proche2 il se prtait surtout ce souffle de ,dieu qui glisse le soir travers les campagnes4 ,auprs de lui se tenaient avec tendresse les deux ombres de son pre et de sa mre1 telles qu'il les ramenait de ,borville1 et dans sa longue mditation nocturne1 le coeur et la pense envahis de puissants effluves nouveaux1 il cessait de se tourner vers l'ancienne vie lorraine pour en appeler la vie surnaturelle4 ,il n'appartenait plus la terre444 ,force universelle1 amour1 puissance qui s'veille en nous pour donner des couleurs et des sonorits au monde1 dsir1 voici que tu te redresses1 une fois encore1 chez ,lopold6 ,l'trange homme a trouv son bonheur1 le seul bonheur qui jamais1 il le jure1 ait t digne de sacrifice4 ,un nouvel amour vient de s'emparer de son me1 d'anantir toutes ses expriences antrieures1 de le laver1 de le rgnrer1 et naf comme un jeune homme1 ce vigoureux quinquagnaire s'lance1 le coeur en feu1 vers des rgions inconnues4 ,ce n'est pas qu'il ait dcouvert une jeune figure mouvante dans l'ombre d'un soir d't et qu'un regard plein d'me ait paru rpondre son regard1 et qu'une soeur cleste soit venue vers lui pour le guider aux rgions du sublime4 ,la jeunesse et la beaut ne songent pas faire leurs cruels miracles dans le cercle de ce paysan1 qui porte au front le signe du sacerdoce ternel4 ,lopold reste obsd par les seuls problmes de son tat4 ,la grande et l'unique affaire demeure pour lui de saisir le problme divin du monde4 ,il ne va pas en demander la solution au plaisir1 la volupt d'un coeur qui se brise1 l'clair d'un tendre visage4 ,le dur rveur est rempli de confiance1 a repris avec plus de force son bton de route pour le voyage de la terre au ciel1 parce qu'il a reu de ,vintras un mythe sa porte1 le mythe pour lequel il avait t conu4 ,dans un tel enivrement1 que pouvait faire ,lopold le soulvement de tout le pays1 que pouvait lui faire l'interdiction8 ,elle clata contre les trois frres vers la fin de l'anne4 ,a l'heure mme o l'vch dcrtait la sentence1 ,lopold se promenait avec soeur ,thrse sur le plateau4 ,il calculait le moment et priait ,dieu1 disant3 --,je ne sens pas le coup d'une houlette brise4 ,quirin et ,franois descendirent aussitt dans le village1 en rptant de porte en porte3 --,dieu soit lou6 ,nous ne verrons plus nos confrres2 ,sion n'y perd que des pique-assiettes444 ,d'ailleurs nous sommes interdits avec manque de formalit dans la sentence4 ,elle ne compte pas4 ,et les dvotes s'parpillaient dans les champs1 tourbillonnaient autour des laboureurs1 en marmonnant avec passion le mot de soeur ,thrse3 --,il en sera de nous comme des grains que vous jetez4 ,le bl que l'on sme au printemps ne donne jamais rien que de maigre1 mais nous produirons beaucoup1 parce que la neige va nous passer dessus4 ,,chapitre ,,viii ,,un ,,soldat ,,de ,,rome ,aucune rverie des longues soires d'automne1 quand la pluie cingle nos carreaux et que la plainte du vent nous fait tressaillir dans notre premier sommeil1 ne nous prsente rien d'aussi trange que ces prtres et leurs compagnes qui circulent sur le haut lieu de ,rosmertha1 y cherchant des sources spirituelles et qui voient les anges planer au-dessus de leurs ttes en mme temps que les eaux courir dans l'paisseur du sol4 ,toute la ,lorraine a les yeux tourns vers l'antique sommet qui porte dans le brouillard une mystrieuse couronne fminine4 ,mais cet automne de ,sion peut-il se prolonger8 ,ce chteau de brouillard1 tout tincelant des prestiges du ,diable1 jouira-t-il encore longtemps des faibles rayons d'un soleil qui s'incline8 ,est-ce une le nouvelle qui monte la surface et que le vaste flot de l'glise officielle ne parviendra pas submerger8 ,de toutes parts on se le demande444 ,le #aa novembre #ahej1 jour de la fte de saint ,martin1 un religieux de l'ordre des ,oblats de ,marie1 le ,rvrend ,pre ,aubry1 gravissait pied la sainte colline4 ,le cur de ,chaouilley le guide2 un paysan porte sa mince valise4 ,c'est le nouveau cur1 un jeune homme de vingt-quatre ans1 choisi1 dlgu par ,monseigneur de ,nancy4 ,je te donne1 lui a dit l'vque1 les mes de ,sion et de ,saxon4 ,a toi de les arracher aux dmons4 ,va reconstruire l-haut l'difice de la vraie foi1 et fonde ton action sur la parole inbranlable de saint ,bernard3 ,melius est ut pereat unus quam unitas4 ,ce jour-l1 sous le porche de ,sion1 un bquillard attendait fortune4 ,en voyant s'avancer les deux prtres1 il se hta vers eux1 mais soudain1 frapp d'un mal inconnu1 il s'affaissa dans les bras de l',oblat1 qui eut tout juste le temps de l'aider bien mourir4 ,le jeune prtre fit un rapprochement entre cette charit qu'il lui tait permis d'accomplir et la lgende du saint que l'on ftait ce jour-l4 ,il vit dans ce petit drame l'annonce que ,dieu lui permettrait de recevoir un jour dans ses bras les schismatiques1 comme il venait de faire pour le pauvre boiteux4 ,en attendant1 il fallait trouver un logis4 ,les cinq maisons o il frappa successivement1 et qui sont avec le couvent toute la vie du plateau1 lui fermrent1 l'une aprs l'autre1 impitoyablement leurs portes4 ,a ,saxon o il descendit1 la mme hostilit l'accueillit1 et1 de guerre lasse1 il dut s'accommoder d'une mauvaise chambre l'auberge4 ,cependant les ,baillard1 indigns qu'on leur arracht l'glise1 achevaient de la dmnager4 ,depuis huit jours1 il s'y employaient4 ,ce dernier soir1 ce fut un vrai pillage4 ,frres et soeurs1 ils s'y mirent tous1 excits jusqu' la folie par l'arrive de l',oblat1 ne laissant pas une fleur1 pas un ornement1 pas mme un linge pour offrir le saint sacrifice4 ,c'est dans cette glise dsole que le ,pre ,aubry1 le lendemain1 qui tait un dimanche1 prit le contact de ses paroissiens4 ,au moment o il se prsentait l'autel1 ,lopold1 ,franois1 ,quirin1 escorts des deux frres ,hubert et ,martin1 des religieuses et des villageois les plus fidles1 arrivrent glorieusement dans le sanctuaire par le corridor qui fait communiquer l'glise et le couvent4 ,ils se placrent debout1 les bras croiss1 au fond de l'glise4 ,sous le regard de ces trois pontifes1 immenses dans leurs grands manteaux noirs collet de velours et triple plerine1 et qui ne perdaient pas un seul de ses gestes1 une seule de ses paroles1 le jeune cur1 non sans motion1 monta dans la chaire1 et prit texte du mort qu'il avait administr la veille sous le porche pour clbrer les vertus de la charit4 ,il ne parla que d'indulgence et d'amour du prochain4 ,a la sortie1 sur le plateau1 les trois ,baillard l'attendaient1 et devant tous les paroissiens ,lopold l'aborda3 --,je suis heureux1 dit-il1 d'offrir mes hommages et mes flicitations au jeune missionnaire qui a si bien dbut ,sion4 ,mais l',oblat1 lui lanant un regard irrit1 s'cria3 --,vade retro1 ,satana6 ,retire-toi ,satan4 --,vraiment1 rpondit ,lopold1 est-ce donc l cet esprit de charit que vous recommandiez dans votre prne8 ,aussitt des murmures dsapprobateurs s'levrent contre l',oblat1 qui1 sans se troubler1 commena de se justifier en disant qu'il avait agi selon les paroles de saint ,jean3 ,si quelqu'un vient vers vous et n'apporte pas la vraie doctrine1 ne le recevez pas dans votre maison et ne le saluez pas1 car celui qui le salue participe ses oeuvres perverses4 ,il s'appuyait encore sur un texte de saint ,mathieu3 ,si quelqu'un n'coute pas l'glise1 regardez-le comme un publicain et un paen4 ,mais les ,baillard allaient de groupe en groupe1 rptant que cet tranger mprisait les gens de ,saxon et qu'il venait d'insulter ,lopold4 ,pouss par eux1 ,bibi ,cholion osa interpeller l',oblat3 --,on dit que vous tes de ,limoges8 --,peu vous importe1 rpliqua l'autre1 je suis le cur lgitime dsign par l'vque du diocse4 ,la rplique tait forte1 ,lopold1 press par ,franois et ,quirin1 fit donner ses rserves3 il annona solennellement que l',organe de ,dieu viendrait bientt ,sion et qu'on y verrait ses miracles4 ,ce fut d'un effet magique4 ,tout le monde se presse autour de ,lopold4 ,il vaticine1 il recommence ses discours passionns et mystrieux2 il appelle avec une impatience frmissante le jour prochain o ,dieu jugera la colline de ,sion1 la vengera de ses ennemis et mettra au-dessus de tous la tribu des justes4 ,cependant son jeune adversaire descendait tout seul la pente de ,saxon pour regagner son gte4 ,il fallut retenir ,franois qui voulait le poursuivre et qui1 au milieu d'autres injures1 lui criait un reproche trs propre toucher l'auditoire3 --a n'a pas quarante sous dpenser l'auberge1 et a veut ruiner un plerinage qui a rapport des mille et des mille au pays6 ,ainsi la guerre tait dclare4 ,deux chefs se sont jet le gant4 ,voil que s'affrontent deux puissances1 l'tranger et l'indigne1 ou mme pourrait-on dire1 le ,romain et le ,celte4 ,tout le pays est divis4 ,les frres ,baillard rgnent sur le plateau4 ,ils y occupent le monastre1 son grand jardin1 les promenades transformes en labours et quelques champs pars4 ,leurs fidles habitent toutes les maisons avoisinantes4 ,dans ,saxon1 ils peuvent compter sur la plus grande partie des habitants1 parmi lesquels le maire et son conseil municipal4 ,mme les attributions du cur1 est-il exact qu'ils les aient abandonnes1 restitues8 ,nullement1 puisqu'en qualit de propritaires du couvent1 ils jouissent du droit d'entrer librement dans la sacristie et dans le choeur par un corridor intrieur2 ils dtiennent les clefs des troncs1 les clefs du clocher o ils sonnent l'angelus et les clefs de l'glise 7qu'ils ouvrent le matin1 qu'ils ferment le soir et qu'ils balayent72 enfin ils ont en leur possession tous les ornements et mme des objets sacrs1 tels que le fer hostie4 ,bref1 ils demeurent les gardiens1 les vritables matres du sanctuaire dont l'vque les a dclars indignes4 ,quant au jeune ,oblat1 considr comme un intrus par ceux-l mme qui sont le plus attachs leurs devoirs religieux1 il va habiter en bas1 ,saxon1 dans une misrable auberge1 distante d'un quart de lieue1 d'o chaque matin il grimpera la cte sous le vent1 la pluie1 la neige d'un rigoureux hiver1 pour aller dire la messe dans son glise qui1 plutt que la sienne1 demeure l'glise des schismatiques4 ,qu'ils semblent forts sur la montagne o depuis trente ans ils travaillent1 les trois frres ,baillard6 ,mais derrire le pauvre isol de ,saxon1 il y a la puissance de son ordre1 il y a toutes les rserves de l'glise1 dont les files profondes s'tendent perte de vue jusqu'au ,vatican4 ,je suis ,romain4 ,en ces trois mots1 tiennent sa force1 son droit et l'ternelle posie d'une sentinelle avance de ,rome4 ,c'est un lgionnaire au milieu des ,celtes4 ,l-haut1 les ,baillard et leurs fidles prparent la rsistance4 ,leur premier soin est d'organiser1 dans le rfectoire du couvent1 une chapelle l'imitation de celle o ,vintras officie ,tilly4 ,ils tendent sur le plancher tous les tapis dont ils disposent1 recouvrent d'un damas rouge bord de soie jaune l'autel construit en bois sans pierre consacre4 ,aux portes du tabernacle1 ils suspendent quatre coeurs en vermeil renfermant des hosties miraculeuses4 ,une girandole trois branches claire ce curieux oratoire4 ,et ,vintras leur envoie un linge odorifrant1 qui avait servi essuyer la coupe de son premier sacrifice4 ,les ,pontifes y abritrent pieusement les reliques de saint ,gerbold1 qu'ils placrent sur le tabernacle4 ,et l'ensemble faisait le plus bel effet4 ,appuye sur cette arche sainte1 la congrgation dfiait les assauts de l'tranger4 ,chacun de ses membres prouvait cette impression excitante et gaie qui accompagne les dbuts d'une action militaire4 ,les anciens rglements ne valent plus2 c'est une vie de guerre et d'aventures qui commence4 ,quirin se multiplie chez les hommes d'affaires de ,vzelise1 de ,lunville et de ,nancy1 faisant les chemins de jour et de nuit par les temps les plus affreux2 ,franois court les villages pour entretenir l'enthousiasme et lutter contre la dfection2 quant ,lopold1 il demeure dans sa chambre et1 les pieds sur les chents1 s'entretient avec les astres4 ,par une dchirure des tnbres qui nous emprisonnent et nous glacent1 il voit1 il entend1 il respire les parfums1 la musique1 la couleur et les secrets du ciel4 ,assist de ,thrse1 il surveille l'arrive des secours surnaturels4 ,la vie du couvent est bouleverse4 ,tout le monde s'y mle de commander les deux frres ,hubert et ,martin4 ,autrefois excellents travailleurs1 les pauvres gens paraissent maintenant dtestables4 ,dcourags1 ahuris par des ordres contradictoires1 ils ont fini par perdre la tte4 ,les soeurs ont rompu les observances de leur vie de religieuses1 sans pouvoir retrouver les conditions d'une vie paysanne4 ,pour elles s'ouvrent de nouveaux horizons2 elles laissent se rveiller des dsirs contre lesquels1 autrefois1 elles se seraient rfugies dans la prire4 ,soeur ,lazarine1 d'accord avec ,quirin1 cherche prendre la haute main sur l'administration domestique4 ,naturellement dure et pre et le redevenant mesure qu'elle perdait ses allures conventuelles1 elle et voulu transformer le monastre en une simple exploitation agricole4 ,quant soeur ,euphrasie1 grosse fille aux yeux bleutres1 aux joues pleines1 et dont toute la confiance s'en allait ,franois1 elle avait renonc apprendre l',a4 ,b4 ,c4 aux petites filles de ,saxon1 et durant les heures de classe elle se promenait avec elles dans les champs1 pour leur montrer comment on trouvait les sources avec la baguette magique1 d'aprs la mthode de ,franois4 ,ainsi chaque soeur s'tait modele sur celui des ,baillard qu'elle avait choisi4 ,des oppositions de nature qui existaient prcdemment entre elles1 et que dissimulait la rgle1 apparaissaient maintenant1 compliques par les caractres nouveaux qu'elles empruntaient de l'homme qui les dominait4 ,dans cette anarchie1 on ne s'entendait que sur un point3 faire la guerre au ,pre ,aubry1 rendre la vie impossible au malheureux isol4 ,quelle joie pour les bonnes soeurs si elles entendent qu'on a cri ,au corbeau6 sur son passage1 qu'il s'est moiti dmis le bras la descente de ,sion en butant contre une corde tendue le soir sur son chemin1 qu'on lui refuse des oeufs1 qu'il n'a pas trouv de charrette pour le mener ,nancy6 ,la nuit de ,nol vit clater leur malice4 ,pour cette fte solennelle1 l',oblat ne put dcorer son sanctuaire qu'avec des lambeaux de vieilles robes d'enfant de choeur1 des chandeliers rouills et des fleurs noires de poussire2 et tandis qu'il officiait pour un tout petit groupe de fidles1 il entendait les ,baillard et leurs partisans chanter la messe dans leur chapelle toute brillante des dpouilles de l'glise4 ,les soeurs avaient rassembl tous leurs pots de fleurs1 qu'elles avaient garnis de la plus belle varit de roses en papier1 et tous les chandeliers du couvent1 des chandeliers grands et petits1 et mme ceux de la cuisine4 ,cette centaine de feux projetait de magnifiques moires sur le damas rouge et jaune4 ,quatre anges1 l'pe fleurdelise la main1 occupaient les gradins de l'autel et faisaient une garde d'honneur un tincelant candlabre trois branches4 ,cette messe de minuit1 dans un dcor si nouveau1 fut un rel succs pour les ,baillard4 ,presque tout le village tait l1 attir par la crmonie et par l'espoir du rveillon que1 sous le nom d'agape exceptionnelle1 ,lopold promettait ses fidles depuis la premire semaine de l',avent4 ,dans les agapes ordinaires1 chacun apportait sa part1 la congrgation se bornant offrir un gteau bnit1 dont chacun des assistants emportait un morceau pour sa famille4 ,cette fois1 vu la solennit1 l'agape eut un caractre plus gnreux4 ,ds le dbut1 le ,pontife d',adoration fit sauter le champagne4 ,fort expansive dj1 la joie des fidles clata avec violence au moment o les orthodoxes sortirent de leur misrable messe et de leur glise dmeuble4 ,au nombre d'une douzaine1 leurs lanternes la main1 ils s'en allaient dans la nuit2 ils redescendaient ,saxon en faisant cortge l',oblat4 ,soudain les fentres du couvent s'ouvrirent1 et les religieuses apparurent1 riant et chantant gorge dploye4 ,elles chantaient un vieux ,nol en patois lorrain1 un ,nol gothique1 comme on dit dans le pays1 tout plein d'images paysannes de guerre et de pillage3 ,alarme1 ,compagnons1 ,car je vois de bien loin ,une grosse troupe de gendarmes et soldats ,qui nous prendront nos troupeaux tout l'heure4 ,hlas6 ils sont partout1 ,tout en est noir1 ,ils sont drus et menus1 ,ils feront la guerre riche et pauvre4 ,ah6 ,dieu6 je suis pris ,s'ils nous trouvent ici4 ,ce vieux chant populaire1 o s'exprimait jadis la dtresse des paysans du duc ,charles ,,iv fouls par les ,sudois1 les ,baillard l'ont retrouv1 et tout spontanment le prennent pour chant de guerre4 ,cette plainte villageoise et guerrire leur plat par son caractre de dfiance et d'hostilit contre l'tranger4 ,le sentiment profond qui les anime y trouve une forme saisissante4 ,la soeur ,thrse les enflamme tous quand elle chante1 avec l'accent des paysans qui voient apparatre sur l'horizon une petite troupe d'inconnus3 ,filles et ptureaux1 ,c'est pas le moment de parler2 ,vite1 au plus tt1 courez parmi les champs ,pour ramasser nos troupeaux tout d'un temps4 ,envoyez le chien ,brissaud aprs1 ,et vous1 ,fidle1 ,pour les faire retourner ,pendant que je ferai la sentinelle4 ,car je serai pris1 ,s'ils nous trouvent ici4 ,mais les bergers se rassurent3 il y avait une mprise4 ,ce ne sont pas les terribles soudards de ,gustave-,adolphe qui arrivent1 ce sont les ,rois ,mages1 et tout le monde part d'un grand rire quand soeur ,euphrasie chante son tour3 ,mais ,colas n'avez-vous pas vu ,un des rois si camus ,et qui est encore plus noir qu'un cramail8 ,voil bien longtemps qu'il n'a pas lav son visage1 ,il fera peur l',enfant4 ,il n'a que les dents qui soient un peu blanches1 ,ses lvres se retroussent des deux cts1 ,et ses gens lui ressemblent aussi4 ,le ngre1 c'est l',oblat1 tout de noir vtu1 qui se tient l1 clou dans la neige par la surprise et le scandale4 ,les soeurs le montrent du doigt4 ,elles jettent les strophes comme des filles de village1 un dimanche1 en regardant passer les voitures1 narguent1 raillent et font les cornes aux promeneurs venus de la ville4 ,dans leur fidlit mystique1 elles ont trouv1 leur insu1 un moyen qui1 s'il n'est pas de leur tat1 est tout fait de leur race1 de dire au ,rgulier l'homme que leur coeur a choisi4 ,l',oblat et ses compagnons ne peuvent supporter une telle audace4 ,ils invectivent contre les chanteuses qui1 ravies de leur succs1 reprennent en choeur une strophe nouvelle de la chanson3 ,jean1 je vois un goujat ,dessus un dromadaire 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,le ,pre ,aubry et ses gens s'loignent dans la nuit vers ,saxon1 en mlant aux injures populaires les plus savants exorcismes4 ,mais que leur fait tout ce latin1 aux trois religieuses exaltes et qui se sentent si bien l'abri au milieu du cercle qui les applaudit6 ,le lendemain1 dans le pays1 on raconta que tout le couvent tait ivre4 ,plusieurs n'y virent pas de honte4 ,mieux vaut faire envie que piti1 disaient-ils en patois4 ,mais le scandale exaspra les orthodoxes4 ,un soir de janvier1 deux femmes dvoues au couvent rencontrrent le nouveau maire1 qui venait chercher des pierres au sommet de la colline1 au lieu dit le ,cul du ,coq1 ,coudjo1 en patois lorrain4 ,elles le suivirent et s'tonnrent qu'il ft ranger le tombereau dans sa cour sans le dcharger4 ,ds le soir1 elles contaient la chose aux ,baillard1 qui leur recommandrent de bien surveiller la cour du maire et de les tenir au courant4 ,peu aprs1 un matin1 comme ,lopold achevait de dire sa messe1 une des bonnes femmes accourut tout essouffle1 annonant que le tombereau de pierres montait4 ,et bientt1 il apparut escort du maire1 de quelques conseillers et du maon du village4 ,tout ce monde venait murer la fameuse porte du corridor4 ,cette porte1 qui permettait aux ,baillard de pntrer librement dans l'glise1 c'tait le dernier vestige des droits qu'ils avaient eus sur la paroisse et le plerinage4 ,la murer1 c'tait clore dfinitivement leur vie passe4 ,ils ne pouvaient y consentir4 ,quirin accourut devant l'htel1 entour des cinq soeurs4 ,il commena par exposer froidement1 avec cette clart d'homme de loi qui lui tait naturelle1 que mesdames ,thrse ,thiriet 7en religion soeur ,thrse71 ,jeanne ,masson 7en religion soeur ,euphrasie71 ,marguerite ,cherrire 7en religion soeur ,quirin71 ,marguerite ,viardin 7en religion soeur ,marthe71 et ,marie-,claire ,boulanger 7en religion soeur ,lazarine7 taient lgitimes propritaires du couvent2 qu'elles le tenaient de l'acquresse1 demoiselle ,l',huillier1 de ,forcelles sous ,gugney1 communment dite la ,noire ,marie1 et qu'elles s'opposaient1 conformment leur droit1 ce que la jouissance leur ft supprime d'une servitude qui appartenait leur immeuble4 ,cependant qu'il parlait comme un notaire1 les cinq femmes poussaient des cris4 ,intimids par l'argumentation juridique et redoutant un scandale dans l'glise1 les magistrats se retirrent1 et le parti des ,baillard1 mass sur le haut de la cte1 couvrit de hues leur retraite4 ,l',oblat fit honte aux vaincus4 ,il leur reprocha de s'tre arrts aux subtilits juridiques d'un imposteur1 et il annona partout que l'opration allait tre reprise sans dlai4 ,mais une affreuse tourmente de neige survint qui rendit les chemins impraticables durant plusieurs semaines4 ,les ,baillard virent l un signe de la protection cleste4 ,a la nouvelle lune toutefois1 le temps passa au sec4 ,par une belle matine de gel1 des charrettes amenrent de nouveau des pierres devant le porche1 et des maons1 traversant la nef et la sacristie1 les portrent l'entre du fameux corridor4 ,cette fois1 les soeurs s'taient abstenues de pntrer dans l'glise2 elles se tenaient sur leur proprit1 debout dans le couloir4 ,mais peine les ouvriers avaient-ils pos un moellon1 qu'une soeur le saisissait1 le soulevait et l'envoyait rouler par del l'troite sacristie jusque dans le sanctuaire4 ,le ,pontife de ,sagesse1 ,franois1 entendant tout ce vacarme1 n'y peut tenir4 ,il survient comme un tourbillon4 ,sa vue centuple le courage des cinq nonnes2 les maons reculent4 ,le ,conseil municipal1 maire1 adjoint en tte1 apparat4 ,ramens au combat1 les ouvriers commencent de construire leur mur sous les injures et les coups4 ,mais1 merveille1 soeur ,lopold-,marie-,thrse du ,coeur de ,jsus se couche tout de son long en travers de la porte et s'crie3 --,vous me maonnerez sur le corps1 mais je garderai le passage6 ,une bataille acharne s'engagea sur la religieuse tendue4 ,un conseiller municipal y perdit son sabot1 dont les soeurs s'emparrent comme d'un trophe pour le briser sur la muraille4 ,tant et si bien que les assaillants se retirrent en droute sous la conduite de l',oblat1 abandonnant pierres et mortier4 ,sans plus attendre et pour prvenir un retour offensif1 les soeurs entassrent les moellons contre la porte de la sacristie1 y ajoutrent force bches et fagots1 et dressrent ainsi une vraie barricade4 ,hrosmes superflus6 ,six jours plus tard1 la prfecture envoya deux gendarmes1 l'abri desquels les maons accomplirent leur travail4 ,tout ,saxon tait mont l-haut1 et les enfants eux-mmes4 ,ces scnes frntiques firent sur eux une si vive impression qu'ils en furent agits dans leur sommeil plus de dix ans aprs4 ,ils crurent avoir vu des saintes transformes en sorcires4 ,thrse avait perdu sa coiffe de toile2 ses yeux1 ses gestes1 sa voix avaient l'garement de l'ivresse4 ,la pieuse et gentille ide qu'un enfant chrtien de village se fait des chres soeurs les persuada que celles-ci n'avaient pu tre ainsi dfigures que par le ,diable4 ,,chapitre ,,ix ,,vintras ,,au ,,milieu ,,des ,,enfants ,,du ,,carmel ,vintras1 qui voit de loin le pril de son peuple1 accourt4 ,depuis longtemps son coeur brlait de visiter son glise lorraine4 ,il arriva sur la sainte montagne par les jours les plus sombres de l'anne4 ,il arriva comme une idole dans un char1 men par ,lopold et ,franois qui taient alls l'attendre ,nancy4 ,c'tait un jour d'hiver quatre heures1 et une neige glace couvrait de sa blancheur la montagne et tout le pays4 ,sa voiture ne parvenant pas dmarrer de ,saxon1 il dut monter pied la pnible cte4 ,les objets1 dj demi effacs par la brume1 semblaient reculer vers un pass lointain1 dans un espace immense4 ,tout jusqu'au vent terrible de ,lorraine1 jusqu'au vague scintillement de la lune1 semblait s'accorder pour donner au paysage une teinte de sauvagerie bizarre et presque fantastique1 un vrai dies ir4 ,lui-mme1 immdiatement1 introduisit dans cette maison dj prpare par la fivre et l'attente une atmosphre d'oiseau de nuit4 ,c'tait un petit homme chauve-souris4 ,il voyait dans le noir1 il voyait l'invisible4 ,ses htes le menrent tout droit dans sa chambre1 o il commena1 en dpit de la tempte glaciale1 par ouvrir la fentre sur les tnbres1 et fit voix haute cette invocation3 --,des clairs couvrent le clos mortuaire1 que l'on a nomm pour nos maisons d'argile le champ du repos2 de ples lueurs glissent furtivement sur les pentes violes du sanctuaire2 les morts tressaillent4 ,ils sortent de leurs tombeaux1 ils s'lvent et leurs mes blanchissent4 ,il se fait un grand travail4 ,depuis que nous sommes entrs dans ,sion1 les rues des villages pleurent2 des gmissements indescriptibles descendent de la colline1 sur laquelle le ,seigneur m'envoie crier aux villes et aux campagnes de l',est3 ,retirez-vous du nombre des adorateurs qui offrent l'encens divin au colosse de domination1 cessez de vous donner la grande prostitue1 la ,babylone romaine4 ,cette minute est solennelle pour les vivants et pour les morts4 ,il appela les morts dans les nuages chargs de neige que roulait le ciel1 et le petit cnacle1 bouche be1 le vit qui rangeait1 avec des gestes de la main1 les esprits par catgories dans l'espace4 ,a neuf heures1 dans cette tourmente de neige et de vent1--une vraie nuit de sabbat1--les fidles arrivrent au couvent4 ,ils furent pris de se tenir jusqu' nouvel ordre dans la cuisine1 car l',organe--c'est ainsi que ,vintras voulait qu'on l'appelt--s'tait enferm1 pour prier tout seul1 dans le rfectoire transform en chapelle4 ,devant cette porte close1 ils taient tous fort mus et l'imagination surexcite3 mais quelques-uns faisaient les braves4 --,tu l'as vu1 ,bibi1 disait avec merveillement la mre ,munier2 il a saut terre devant ta maison4 --,oui dame6 et mme qu'il avait des bottes de veau6 ,je croyais que les prophtes allaient nu-pieds4 ,mais les trois ,pontifes vtus avec magnificence apparurent ce moment1 et en passant ,franois crasa du regard le sceptique du village4 ,un profond silence s'tait tabli4 ,lopold frappa trois fois la porte de la chapelle4 ,l',organe l'ouvrit toute grande444 ,lui aussi est magnifiquement vtu4 ,il porte une robe rouge1 une ceinture blanche2 il est chauss de rouge4 --,prophte de ,dieu1 dit avec solennit ,lopold1 les ,enfants du ,carmel de ,sion vous sollicitent par nos bouches de leur accorder l'entre4 ,mais l',organe1 en fronant le sourcil1 lui rpond3 --,c'est ici la porte de ,rome1 et ,dieu a dcid de la fermer en punition de l'orgueil romain4 ,il y a plac l',ange de la ,force et du ,courroux1 et les fidles doivent se prsenter la porte du ,carmel4 ,les ,pontifes s'en vont alors frapper la porte du ,carmel1 qui est en ralit celle de la cuisine4 ,l',organe leur ouvre1 et s'en retourne l'autel1 il fait un pas et baise la terre1 un nouveau pas et se prosterne encore4 ,derrire lui1 les trois ,pontifes s'avancent1 rglant tous leurs mouvements sur les siens1 et suivis eux-mmes des fidles qui les imitent dans toute leur gymnastique4 ,dans ce bel ordre1 chacun gagne la place qui lui est assigne3 les trois ,pontifes1 trois siges dans le choeur2 ,thrse1 un trne en face du tabernacle2 ses pieds1 sur quatre tabourets1 les soeurs ,marthe1 ,quirin1 ,euphrasie1 ,lazarine4 ,les autres fidles ont retrouv leurs bancs habituels4 ,et la crmonie de l',initiation commena1 emportant les villageois en plein mystre4 ,successivement l',organe fait avancer devant l'autel les ,pontifes1 les religieuses et les fidles4 ,a chacun il demande de lui donner la main droite1 et avec une aiguille trempe dans l'huile sainte1 par trois fois1 il leur dessine dans la paume une croix1 en disant3 --,au nom de ,jehovah1 au nom de ,sabaoth1 au nom d',andomnie4 ,quand tous eurent dfil1 reu les trois onctions et regagn leurs places1 l',organe dclara3 --,notre premire pense doit aller aux morts1 en forme d'amende honorable pour la longue attente o les gnrations dfuntes ont t de la parole de salut1 que je leur apporte aujourd'hui4 ,debout devant l'autel et face l'auditoire1 il fit une longue mditation4 ,il regardait par-dessus les ttes1 et paraissait voir des esprits qui venaient se nourrir de sa parole4 --,mes frres1 dit-il1 malgr le refus de vos yeux1 il faut que vos coeurs voient et entendent la ralit4 ,vous croyez n'tre ici qu'une trentaine4 ,eh bien6 la chapelle est pleine des morts de ,sion4 ,relevez vos regards1 mes frres1 mes soeurs1 voici vos parents depuis la huitime gnration qui planent au-dessus de nous6 ,je vois le ,seigneur2 il a sa droite et sa gauche le pre et la mre de nos trois ,pontifes4 ,puis voici feu madame ,jory3 elle porte sur sa poitrine la croix de grce1 que les cieux lui ont donne444 ,se tournant vers ,fanfan ,jory3 --,ta mre te bnit1 mon enfant444 ,je vois l'avenir4 ,je vois les cieux tels qu'ils seront dans les sicles4 ,j'y vois ces pauvres femmes qui ont t victimes de la perscution et qui me font ce soir un si bel accueil4 ,l'une d'elles est comme un lis444 --,sans doute ,marie ,beausson1 dit mi-voix le bon ,franois4 --444 ,la seconde est comme un jasmin444 --,probablement la mre ,poivre444 --444 ,et la troisime comme une tubreuse4 --,madame ,jean ,cholion ou madame ,seguin1 intervint encore le ,pontife de ,sagesse4 ,et l',organe finit en disant3 --,nous ne ferons entendre aujourd'hui ni ,hosannah1 ni ,alleluia1 ni ,gloria in excelsis4 ,nos coeurs gonfls de bonheur veulent conserver cette joie1 en jouir longtemps1 et des chants la leur feraient perdre4 ,restons avec l'amour qui nous remplit4 ,il exhorta les fidles profiter chacun d'un moment de silence qui allait leur tre donn1 pour couter les paroles que le ,paraclet leur murmurait au fond du coeur4 ,pendant ce temps1 il prit l'ostensoir1 donna la bndiction aux assistants1 et d'une voix plus basse aux tres invisibles4 ,il se rpandait en paroles dsordonnes1 souvent inintelligibles1 parfois mme inarticules4 ,il voyait l'au-del4 ,mais loin d'entrer victorieusement en lutte avec l',ange des ,tnbres1 il semblait s'en pouvanter lui-mme4 ,tout coup1 on l'entendait qui criait3 ,ah6 ,ah6 ,ah6 et on croyait le voir courir comme un phalne dans la nuit4 ,ce fut ce soir-l un papillon tte de mort4 ,il ne rendit pas le royaume des ombres saisissable1 mais par ses sursauts d'enthousiasme et ses accablements1 par ses soupirs et ses cris1 et aussi par des illuminations trop brves1 il fournissait une sorte de musique expressive et bizarre4 ,il la poursuivit trs avant dans la nuit2 il en bouleversa son auditoire4 ,avec cela1 par brusques rveils1 la nettet plate1 le terre terre d'un charlatan4 ,et pour finir1 reprenant ses esprits1 il donna le programme1 dit qu'il ne resterait ,sion que trois jours1 que le lendemain serait un jour trs solennel et qu'on y connatrait les rigueurs de ,dieu1 et que le surlendemain serait un jour plus solennel encore4 ,les ,enfants du ,carmel se retirrent dans un grand trouble1 et beaucoup firent paratre des tats tranges qui allaient du rire nerveux jusqu' un effroi vritable4 ,mais les ,pontifes et ,thrse enivre orientaient tout cela vers l'enthousiasme et volatilisaient les terreurs en disant3 --,l',organe1 c'est un instrument sur lequel l',esprit divin opre comme un virtuose sur son violon4 ,c'est le violon du ,paraclet4 ,dans la nuit1 ,vintras eut un ravissement4 ,il fut enlev par la lumire divine au del de nos horizons et hors des limites de nos sens4 ,il assista un conseil de ,dieu4 ,il y avait l tous les ,archanges et tous les voyants de la terre4 ,dieu1 qui avait l'intention de dtruire l',univers1 demandait l'avis de chacun4 ,les ,anges s'inclinrent d'approbation et les ,voyants crirent tous3 ,a mort6 mort6 ,quand vint le tour de l',organe1 il plaida la cause de la terre3 ,soit6 conclut-il1 vous la mettrez en poudre1 ,seigneur4 ,en serez-vous plus honor8--,je garderai ceux qui m'honorent vraiment1 rpondit le ,trs-,haut2 j'en ai assez de cette messe romaine o mon fils est crucifi tous les jours4 ,il expliqua l',organe ce que doit tre la messe nouvelle4 ,c'est maintenant l'humanit de prendre la place du divin ,sacrifi2 c'est aux hommes de se faire victimes1 de s'offrir tout entiers1 de s'anantir4 ,l',humanit est le ,christ nouveau4 ,jsus va enfin entrer dans son repos4 ,ce second jour1 il vint encore plus de fidles qu'il n'en tait venu l'office de la veille4 ,au fur et mesure de leur arrive la cuisine1 ,franois rayonnant de bont heureuse passait au cou de chacun un ruban rouge o pendait une croix de bois blanc1 de la grandeur de celles que les soeurs portent sur leur poitrine4 --,gardez bien a1 disait-il1 c'est un paratonnerre contre la colre divine4 ,la petite troupe ainsi arme pntra dans la chapelle1 magnifiquement pare et illumine4 ,le ,prophte avait revtu la robe blanche1 l'phod adamique et le diadme rouge2 les trois ,pontifes1 la ceinture bleue1 l'tole en baudrier et la grande charpe blanche2 ,thrse portait en sautoir une charpe bleue brode d'un coeur rouge1 sur laquelle tait trac en lettres de soie3 ,voici venir l've nouvelle4 ,autour d'elle1 tous les enfants de l',o,euvre l'entouraient radieux sous leurs insignes de protection4 ,sur l'autel resplendissait le grand calice rserv la communion de la nouvelle ,jrusalem2 derrire1 dans un abandon mprisant1 le calice et la patne ternis du sacrifice romain4 ,on voyait encore1 du ct de l'ptre1 et avec une intention symbolique1 le missel romain recouvert1 cras par l'vangile de saint ,jean largement ouvert4 ,le premier geste de l',organe fut de dposer son diadme4 ,le bandeau royal ne convient pas qui va s'offrir en sacrifice4 ,il dposa galement le cordon rouge de ,jacques le ,patriarche1 sur lequel repose un mystre et que devront porter tous les patriarches travers les sicles comme marque distinctive4 ,puis il entonna le ,veni ,sancte ,spiritus1 clatant appel au ,paraclet4 ,et sur la dernire strophe1 levant les mains et les tournant alternativement vers l',orient1 vers le ,nord1 vers le ,couchant et vers le ,midi1 il bnit les mondes4 ,le plus beau moment fut celui o1 prenant la patne du sacrifice romain sur laquelle tait un pain1 il dit3 --,je ne l'offrirai pas1 ce pain1 parce qu'il est charg des crimes de la ,jrusalem romaine1 mais je le consommerai4 ,il le brise en effet et le mange avec courage1 mais avec une extrme rpugnance4 ,lorsqu'il l'avale1 il en est comme malade4 ,il prend le calice et le regarde avec horreur2 il y voit toutes sortes de reptiles4 ,il supplie le ciel de ne pas le contraindre le boire4 ,il demande qu'au moins il ne voie pas les horreurs qu'il renferme et qu'alors il le boira4 ,il hsite quelques secondes1 puis il boit comme on fait pour la plus rpugnante mdecine4 ,il jette alors le calice et tombe quasi mort1 piqu par le serpent qui se cachait au fond444 ,quelques minutes s'coulent1 chacun se lve et1 sur un signe des ,pontifes1 tous s'approchent de l'autel4 ,ils y contemplent avec merveillement un semis d'hosties1 d'hosties miraculeuses dcores de coeurs roses1 d'o sortent des flammes et des majuscules ,a4 ,m4 qui signifient ,aimer ,marie4 ,l'office se termina par un ,de profondis avec ,requiem sur la ,rome administrative4 ,on se retrouva le soir pour l'agape4 ,comme ,vintras se faisait un peu attendre1 ,lopold en profita pour adresser des observations ,bibi ,cholion et la mre ,munier4 --,bonne ,mre1 et vous1 ,bibi1 hier au soir1 avant la crmonie1 vous n'tiez pas convenables4 ,qu'est-ce que ces plaisanteries sur le ,prophte et les bottes de veau8 ,tchez1 ce soir1 de bien vous tenir devant l',organe1 car il est nreux#b444 ,dlicatesse bien naturelle1 ajoute ,lopold en levant les yeux au ciel1 chez un homme assist dans toutes les circonstances de sa vie1 sa droite par l'ange ,gabriel1 sa gauche par l'ange saint ,michel1 et suivi de soixante-dix mille esprits clestes qui1 distribus en choeur1 chantent les louanges de ,dieu4 #b ,nreux1 vieux mot du patois lorrain3 il s'entend au moral d'une personne qui rpugne manger avec des gens malpropres4 ,l'agape fut trs russie4 ,au dessert1 ,lopold pria l',organe de chanter certains cantiques qu'il se souvenait avec attendrissement d'avoir entendus ,tilly4 ,l',organe tourna vers son disciple des yeux pleins d'affection et rpondit3 --,tu me demandes1 fils1 des cantiques de ,tilly8 ,c'est demander un fugitif qu'il cherche se rappeler ce que la bont divine s'est plu vouloir effacer dans le souvenir de ses douleurs4 ,cependant il chanta1 d'une voix pleine de magie4 ,ces chants murent vivement ,thrse1 et son motion apparut aussitt sur son visage qui ne cachait rien de ce qui se passait dans son coeur4 ,pique de jalousie1 ,lazarine1 qui n'avait pas t du voyage de ,tilly1 osa interrompre l',organe pour lui dire que ses chants taient bien tristes et lui demander quelque chose de plus gai4 ,l',organe en fut saisi au point qu'il tomba dans un discours extatique3 --,lazare1 on ne saurait tre impunment factieux et lger dans une terre dsole4 ,le coeur peut clater en sanglots sur une ruine sacre1 mais il ne peut se livrer une complaisante allgresse4 ,chanter gaiement ,sion6 ,chanter avec des femmes qui sont forces de peser de tous leurs membres dlicats sur le tranchant du fer1 seul moyen mis en leur pouvoir pour contraindre le sein de la terre leur fournir la nourriture6 chanter avec un coeur heureux devant des spolis et des honnis6 ,non1 ,lazare6 ,notre chant ne peut tre qu'une cordiale tentative d'engourdir des douleurs ou des souvenirs4 ,de la gat1 ,lazare6 il nous faudrait plutt un thrne o chacun de nos frres et soeurs disperss apportt sa note de douleur et d'esprance4 ,il nous faudrait des paroles d'ouragan ou de tempte1 des menaces comme en hurlent les aquilons1 des indignations brlantes comme la foudre6 ,pour chanter les saisissements1 les douleurs1 les dgots1 la faim1 le froid1 les humiliations1 les injures et les brutalits de tous genres dont furent victimes celles et ceux qui restent la garde de la foi que nous confessons tous1 il faudrait de ces mots et de cette posie que nous connatrons un jour1 mais qui nous sont encore profondment cachs6 ,ah6 ma chre ,lazare1 vous voulez plaire au coeur de votre pre et pontife1 craignez des chants qui ne lui rappelleraient que ces rcrations o la vanit fminine se chantait elle-mme1 plutt qu'elles ne rendaient les inspirations spontanes du coeur4 ,la pauvre ,lazarine1 que le ,prophte s'enttait appeler ,lazare1 elle ne savait pas pourquoi1 tait grandement humilie sur sa chaise1 mais ce qui la consola un peu1 ce fut la scne qui suivit4 ,aprs ce discours qui n'avait pas dur moins d'une heure1 l',organe s'tant arrt tout court demanda pourquoi on ne chantait plus4 ,convaincu qu'il n'avait encore rien dit1 et que c'tait pour lui le moment de prendre la parole1 il s'excusa1 en termes qui surpassaient son humilit habituelle1 de ce qu'il ne pouvait pas parler parce que la sueur lui dcoulait d'une manire extraordinaire et qu'il tombait de fatigue4 ,ce n'est qu'un quart d'heure aprs qu'il se rendit l'assurance que lui donna toute l'assemble1 et soeur ,lazarine la premire1 qu'il avait parl1 et mme surnaturellement4 ,le lendemain1 qui tait la troisime et dernire journe de ces ftes1 ,thrse1 suivie des quatre religieuses et des zlatrices1 prsenta l'autel un pain magnifique4 ,l',organe ayant saisi un couteau1 dont il dclara que c'tait un glaive1 invita les cinq religieuses l'enfoncer dans la miche4 --,rjouissez-vous1 mes filles1 leur dit-il1 car cet acte rituel efface toutes les humiliations de la femme et la rtablit dans ses droits originels4 ,rjouissez-vous1 et moi1 pendant ce temps1 j'irai m'entretenir avec ,dieu4 ,alors l'extase le prit et il discourut sous l'influence de l',esprit4 --,pauvres femmes1 pauvres prtres6 ,c'est mon coeur qui vous parle4 ,ah6 je voudrais que mes paroles s'levassent comme un cantique4 ,pauvres femmes1 je les vois dans leur ministre si peu comprises1 si chtives4 ,je crois voir une ,marie ,salom1 une ,marie ,marthe1 une ,marie de ,clophas4 ,elles vont1 elles suivent leurs prtres1 elles disent3 ,ils entrent l1 allons-y avec eux4 ,ah6 chres femmes1 chres soeurs6 ,on vante la reine de ,saba venant dans la majest de sa pompe1 et ,salomon lui tendant la main1 lui1 pourtant le roi de la ,sagesse4 ,ah6 mon bon matre1 que cela me parat petit auprs de ce qui attend ces pauvres femmes que l'on a honnies1 conspues4 ,et cette autre femme1 c'est notre ,madeleine nous 7et en ce moment il se tournait vers ,thrse72 comme elle veille avec sollicitude sur ce qui regarde le sanctuaire6 ,comme elle accueille les ,pontifes qui viennent ici servir les besoins de leurs frres6 ,quand donc les hommes t'aimeront-ils de cet amour8 ,l'heure est venue de les rcompenser1 je les appelle toutes au sanctuaire4 ,a ce moment1 il se retourna vers l'autel pour prendre le ciboire et1 par une dlicatesse que comprit tout le cnacle1 il le remit entre les mains de ,lopold3 --,pontife d',adoration1 dit-il1 communiez les saintes et fidles compagnes de votre preuve1 de votre perscution et de votre triomphe4 ,aprs ,lopold1 l',organe donna la communion son tour4 ,seulement1 lui1 au lieu d'une simple distribution de pain tremp dans du vin1 il faisait boire1 mme le calice1 une gorge de vin1 et c'tait un vin de ,bordeaux excellent4 ,il accompagna chaque communion d'une courte exhortation4 ,a ,thrse1 il dit ces paroles qu'elle recueillit dans son coeur3 --,renoncez vous-mme4 ,vous cherchez le bonheur et presque toujours vous prenez le chemin qui vous en loigne4 ,aimez1 c'est la mission qui vous est dvolue4 ,sur ces mots1 une seconde fois1 l',esprit le saisit3 --,sion1 sjour enchant d'o mon destin m'entrane6 ,que de fois les prophtes m'avaient port vers toi6 ,quand je lisais dans les livres sacrs les cantiques du ,psalmiste1 devant ces appels qui ressemblent des cris passionns adresss par l',esprit ,saint aux filles de ,sion1 mon coeur tressaillait1 mes soeurs4 ,je prfrais mille fois ces vierges enveloppes de leurs voiles clestes la trop visible pouse du cantique des cantiques4 ,j'aimais voir ces ravissantes idalits planant entre le ciel et la terre1 leurs pieds cachs sous la rose des blanches glantines qui couronnent les sommets du ,maria et du ,nebo1 et leurs chevelures ardentes plissaient de leurs reflets dors les rayonnements qui prcdent l'aurore4 ,la vie ne m'a jamais montr de grces comparables tout ce que mon coeur croyait appartenir aux vierges de ,sion6 ,hlas6 le premier soir de mon arrive1 est-ce l'empire de cette potique croyance qui m'a fait trouver ,sion-,saxon si sombre et si lugubre8 ,je regrettais la beaut du nom de ,sion ainsi attach comme une moquerie ce pays perdu pour tout ce qui est de bon accueil4 ,et malgr moi1 je me rptais3 ,non1 oh6 non1 tu n'es pas ,sion4 ,comme nous entrions dans ce village1 j'aperus leurs portes et leurs vitrages cette partie de la race humaine qui fait souvent elle seule le charme1 l'animation et l'attrait d'un pays4 ,presque tout occup de notre vhicule qui semblait lui-mme effray des efforts qu'il fallait faire pour avancer dans la seule voie ouverte aux charrettes1 aux voitures1 aux troupeaux de brebis1 de chvres et de pourceaux1 je me disais plus fort que jamais encore3 ,oh6 non1 tu n'es pas ,sion4 ,mais victoire1 mes soeurs6 ,la lumire s'est faite dans ma pense4 ,ici enfin1 je vois les filles de ,sion dont parle l'criture4 ,c'est ,saxon qui est dure1 sale1 brutale1 grossire2 ce sont les femmes et les filles de ,saxon1 ce sont les habitants de ,saxon qui ont injuri1 qui injurieront1 outrageront1 vilipenderont1 maltraiteront et voleront les htes que le ciel voulait revtir et parfumer des grandeurs1 des beauts et des splendeurs de la vritable ,sion4 ,mais ici6 ,la vierge ,marie avant de quitter la terre distribua ses vtements des femmes pieuses qui l'entouraient4 ,ici1 nous avons plus que ses humbles et vnrables vtements1 nous avons les roses trouves dans son spulcre aprs son ,assomption4 ,thrse1 vous tes les roses sous le ciel entr'ouvert4 ,filles de ,sion1 persvrez avec courage1 et un jour vos noms seront rpts avec respect et admiration4 ,vous croyez n'avoir qu'un homme qui vous donnez vos soins4 ,c'est plus qu'un homme1 c'est un ,pontife4 ,ah6 ne rougissez pas1 les reines rougiront devant vous4 ,si vous gardez les trois ministres du ,trs-,haut comme les saintes femmes gardaient ,jsus1 on dira de vous ce qu'on a dit d'elles4 ,filles de ,sion1 je vous le dclare au nom du ,seigneur3 vous tes grandes et belles devant ,dieu4 ,vous suivez le sacrifice de vos ,pontifes2 vous les savez innocents et justes1 et vous leur donnez tout ce qui peut leur rassrner le coeur4 ,est-ce dans le clotre que vous auriez su grandir ainsi8 ,vous vous fussiez perdues1 comme tant d'autres1 sous la domination d'une morne rgle2 vous vous fussiez donnes ,baal4 ,je vous le dis3 vous tes les saintes femmes de ,sion4 ,vous avez entendu insulter dans le ,temple vos ,pontifes4 ,eh bien6 les saintes femmes n'entendirent-elles pas insulter ,jsus8 ,elles ne l'abandonnrent pas pour cela2 elles lui firent un rempart de leurs coeurs4 ,ah6 rjouissez-vous4 ,votre nom est connu dans le ciel et ne sera pas oubli jusqu'au jour o vous serez averties que l'heure est venue et qu'il faut vous parer1 pour le repas cleste1 de vos robes et de vos manteaux4 ,jamais la posie n'a puis plus compltement un thme sentimental1 ni pntr plus avant dans les coeurs que ne faisait ce pote baroque dans ces coeurs barbares4 ,toutes les femmes avaient les yeux baigns de pleurs qui coulaient sans arrt de leurs yeux agrandis4 ,le ,prophte1 aprs avoir longuement parl1 fit un mouvement de corps subit et violent1 comme s'il tombait du ciel1 et parut tout tonn de sa position4 ,il se signa et commena d'une voix plus douce un second discours sur le sacrifice1 o il dmontrait de quelle manire les ,enfants du ,carmel doivent se victimer1 se sacrifier et dtruire en eux-mmes tous les faux prtextes de se soustraire l'amour4 ,d'une voix onctueuse et douce1 il prouva que le sacrifice est l'unique preuve de l'amour1 et que l'amour demande rciprocit4 ,et en prononant avec force1 pour le faire passer dans le coeur de ceux qui l'coutaient1 le mot amour1 il tomba tendu sur les marches de l'autel4 ,vintras resta quelques secondes dans cet tat de dfaillance1 sous une influence surnaturelle4 ,mais bientt rendu son tat humain1 il se relve1 donne la bndiction du ,saint ,sacrement et entonne une sorte de cantique3 ,c'est par un fait d'amour coupable que dans l',eden s'accomplit notre chute1 mais par des actes d'amour religieusement accomplis va s'oprer notre rdemption4 --,amour1 amour1 rptent toutes les femmes1 depuis ,thrse1 brillante1 excite1 jusqu' la veuve ,marie-,anne ,sellier4 ,a minuit1 l',organe retournait ,nancy1 accompagn des trois ,pontifes4 ,en s'loignant de ,sion1 il laissait tous une impression extraordinaire1 l'ide qu'ils n'avaient pas vu un tre fait de chair et d'os1 ou plutt qu'entre eux et lui flottait un brouillard4 ,et c'tait comme s'ils avaient entendu une musique supranaturelle dans le crpuscule4 ,au milieu de la nuit1 dans les cahots de la voiture que menait ,franois1 ,vintras parla en raliste1 en homme clair par sa propre exprience4 ,il annona ses amis la raction politique qui s'annonait dj pour les esprits clairvoyants1 et dont il prvoyait que leur oeuvre serait une des premires victimes4 ,enfin1 il les engagea considrer comme certaine et prochaine leur excommunication par le pape4 --,c'est la rvolution de #dh1 dit-il1 qui m'a tir de prison4 ,nous sombrerons avec elle4 ,mais soyez sans crainte1 ajouta-t-il1 toujours sur le mme ton raisonnable3 vous serez sauvs par les anges1 car1 ne l'oubliez pas1 vos tphilins pontificaux mettent votre service les ordres angliques auxquels vous appartenez et les harmonies clestes4 ,,chapitre ,x ,,les ,,dragons ,,du ,,paganisme ,r,,apparaissent ,on voudrait s'arrter2 on se dit que personne ne vit d'un mensonge1 qu'il y a l sans doute une ralit demi recouverte1 un terrain de tourbe o jadis un beau lac refltait le ciel4 ,on s'attarde auprs de cette vase1 on rve de saisir ce qui peut subsister d'un ,verbe dans les bgaiements de ,vintras4 ,ah6 si nous pouvions pntrer en lui jusqu' ces asiles de l'me que rien ne trouble1 o repose sans mlange1 encore prserv des contacts de l'air et des compromis du sicle1 ce que notre nature produit d'elle-mme avec abondance6 ,lui1 il se tient pour une nergie primitive4 ,a l'en croire1 il a retrouv ce qu',adam et ve possdaient avant la chute3 l'intelligence de toute la ,cration1 les relations spirituelles avec les ,mondes1 les communications sensibles avec ,dieu4 ,toute cette insanit ne laisse pas de parler certaines parties de notre imagination4 ,mais quelle maladresse d'invoquer ici les figures d',adam et d've1 et de nous rappeler la minute glorieuse o les premiers des hommes s'agenouillrent devant le jour naissant6 ,ce lever du soleil sur la jeunesse du monde1 l'heure o nos premiers parents rendaient grce au ,crateur1 c'est le triomphe de la lumire et la fte de l'ordre1 au lieu que la tare de ,vintras1 c'est d'tre redescendu au chaos4 ,l'atmosphre qu'il laisse derrire lui ,sion n'est pas saine ni fconde4 ,on y sent le renferm1 la migraine1 la prison1 le triste cnacle o se pressent des demi-intelligences4 ,vintras exprime des thmes qui ont us leur vie1 dpass la premire mort1 accompli leur dissolution4 ,loin d'tre une aube1 une aurore1 c'est le souvenir d'un triste chant de crpuscule4 ,l'univers est peru par ,vintras d'une manire qu'il n'a pas invente1 et qui jadis tait celle du plus grand nombre des hommes4 ,il appartient une espce quasi disparue1 dont il reste pourtant quelques survivants4 ,quelle n'est pas leur ivresse6 ,vintras est all jusqu' cette mlodie qu'ils souponnaient1 dont ils avaient besoin4 ,il l'a reconnue1 saisie1 dlivre4 ,elle s'lve dans les airs4 ,ils palpitent1 croient sortir d'un long sommeil1 accourent4 ,vintras exprime l'ineffable4 ,ses vibrations veillent chez eux le sens du supranaturel4 ,il renverse1 nie les obstacles levs contre l'instinct des mes et le mouvement spontan de l'esprit4 ,il fournit ses fidles le chant librateur4 ,sur la sainte colline souille1 c'est une rsurrection des forces de jadis4 ,les dragons du paganisme1 vaincus sur le haut lieu par le glorieux aptre de ,toul1 saint ,grard1 y rapparaissent4 ,s'taient-ils depuis tant de sicles engourdis dans les anfractuosits de cette vieille terre1 dans les mines abandonnes qui creusent encore ses pentes du ct de ,fresnelles1 dans les souterrains de la tour demi-croule de ,vaudmont1 ou plutt n'ont-ils pas survcu dans les profondeurs de ces mes de paysans1 derniers souvenirs d'anctres lointains8 ,c'est l que ,vintras est venu les ranimer4 ,voici que se rveillent des puissances spirituelles que l'on pouvait croire puises4 ,la circonstance rend sa virulence au poison1 la boue qui demeure aprs le dcantage4 ,autour du sanctuaire de la ,vierge1 c'est une prodigieuse ronde1 qui ne peut se comparer qu' certaines ftes paennes dans la saison des vendanges4 ,puisque la fin du monde tait arrive et qu'ils taient prservs1 pourquoi les ,enfants du ,carmel se fussent-ils gns8 ,ce ne sont plus des prtres1 des frres1 des soeurs1 d'humbles paysannes1 des cultivateurs matois1 autant de gens rflchis et prudents1 forms par les disciplines hrditaires1 mais une trange petite glise abandonne ses humeurs et prenant son plaisir avec un manque inattendu de vergogne4 ,personne d'eux ne rsiste plus aux affinits qui les entranent les uns vers les autres4 ,vintras leur a donn l'effusion1 le don des larmes1 de l'loquence1 la confiance en soi1 une audacieuse irrflexion1 la jeunesse du monde4 ,il leur a rappris laisser bondir leur coeur4 ,dans ces pauvres filles1 hier si douces1 le ,prophte de ,tilly a veill de vritables tres parasitaires1 des dmons et des vampires qui leur mangent l'me4 ,elles viennent de respirer les fleurs d'une beaut sauvage et fatale qui tincellent sur les ravins de la perdition2 elles connaissent dsormais la posie du mal1 dont les premiers rayonnements agissent sur des tres neufs avec une force presque irrsistible4 ,un vnement surprenant manifesta tout coup dans quelle atmosphre1 amis et ennemis1 orthodoxes et hrtiques1 paysans et religieuses1 tous vivaient sur la montagne empoisonne4 ,aprs le dpart de ,vintras1 ,monseigneur de ,nancy avait envoy ,sion un de ses secrtaires1 monsieur l'abb ,florentin1 enquter sur l'abominable scandale4 ,cet envoy de ,monseigneur tait un jeune prtre1 fort instruit des sciences sacres et spcialement des choses infernales4 ,il parcourut dans l'aprs-midi le village1 avec l',oblat1 pour recueillir quelques dpositions1 puis ce fut le dner1 suivi d'une longue veille4 ,sans un mouvement1 sinon de quelques rides qui1 de minute en minute1 s'accusaient avec plus de force sur sa figure ronde1 le dlgu de ,monseigneur coutait avec une attention intense son hte lui dtailler les scnes excrables4 ,parfois il posait une brve question4 ,son effort tait manifestement de rattacher les faits qu'on lui racontait un chapitre prcis de l'histoire des hrsies4 ,quand l',oblat tira de sa poche un petit objet de bois blanc1 l'une de ces croix de grce que ,vintras avait distribues foison3 --,parfait6 s'cria-t-il1 ,monsieur le ,cur1 nous y sommes6 ,l1 ,satan s'est trahi4 ,c'est lui qui par l'intermdiaire de ,vintras a imagin cette petite croix de grce1 une croix sans ,christ1 notez-le bien1 ,monsieur le ,cur1 pour remplacer notre crucifix444 ,comment ne pas reconnatre l son rve ternel de se substituer ,dieu6 --,je vous le disais ce matin1 ,monsieur l',abb4 ,tout ce que je vois depuis des semaines me prouve que ,satan veut reprendre possession de notre montagne sainte4 --,de votre montagne et de vos mes4 ,prenez garde6 ,vous personnellement1 mon bien cher monsieur ,aubry1 vous tes le plus expos4 ,satan veut chasser le ,christ du sanctuaire2 il veut aussi le chasser des consciences1 surtout des consciences de prtres4 ,pour cela1 tous les moyens lui sont bons4 ,et indfiniment1 les deux ecclsiastiques poursuivirent ainsi leur dialogue1 le pre ,aubry racontant d'une faon saisissante tout ce qu'il avait vu ,sion1 et l'abb ,florentin confrontant ces tmoignages avec ce qu'il avait lu dans les livres4 ,tous deux se riaient de la pauvret d'invention du ,diable1 car enfin1 disaient-ils1 ce qui se passe l-haut1 c'est ce qu'on a vu dans tous les pays1 toutes les poques4 ,mais ils admiraient que le ,malin recourt toujours aux fascinations de la femme1 et ils se rptaient d'un ton pntr une phrase de ,monseigneur3 ,ces nouveaux ,montanus sont environns et seconds de nouvelles ,priscilles4 ,vers minuit1 l',oblat reconduisit son hte jusqu' l'auberge1 et lui souhaita bon repos4 ,tout le monde tait dj couch dans la maison4 ,l'abb ,florentin prit un bougeoir et gagna sa chambre qui tait au rez-de-chausse4 ,il se dshabillait quand il lui sembla entendre un lger bruit dans l'alcve4 ,il regarda1 sans rien voir de net1 car la pice tait grande1 et la faible lueur qui flottait autour de la chandelle ne servait qu' peupler d'ombres troublantes les tnbres4 ,il crut entendre soupirer4 ,s'armant de courage1 il osa s'approcher et vit avec terreur dans le lit la forme d'une femme1 une femme au regard de feu1 qui lui tendait des bras suppliants4 ,sans mme prendre le temps de distinguer les traits de cette impudique1 convaincu que l'on en voulait sa vertu et sa rputation1 il se jeta hors de la chambre et courut avertir l',oblat4 ,mais quand les deux prtres accompagns d'honorables tmoins revinrent1 la crature1 comprenant l'chec de sa tentative diabolique1 avait eu tout le temps de gagner le jardin et de se perdre dans la nuit4 ,un ptureau qui revenait avec ses btes affirma qu'il croyait bien avoir reconnu la mme heure soeur ,lazarine1 qui regagnait travers champs le couvent4 ,comment interprter cette circonstance singulire8 ,nouvelle ,judith1 soeur ,lazarine avait-elle essay de sduire l'abb nancien pour qu'il ft ,monseigneur un rapport moins dfavorable aux ,baillard8 ,voulut-elle provoquer un esclandre et perdre l'homme de l'vch en se perdant elle-mme8 ,prit-elle de sa propre initiative l'une ou l'autre de ces dcisions8 ,ne fut-elle pas plutt dirige par ,quirin1 qui avait exerc de tout temps sur son esprit un ascendant absolu8 ,ou furent-ils l'un et l'autre calomnis de tous points par un pays surexcit et dispos les croire capables de tout8 ,le champ reste ouvert aux hypothses4 ,retenons seulement que cette indcence1 relle ou imaginaire1 est une trace du passage de ,vintras et de son action dltre sur la paix publique4 ,c'est une des vapeurs infernales qui1 par bouffes1 du sommet du ,sion1 s'pandent sur la plaine4 ,toute la ,lorraine ne parle plus que des scandales de ,sion4 ,toute la ,lorraine regarde la ronde satanique mene sur la colline1 dans les brouillards de l'hiver1 par les trois prtres et leurs religieuses cheveles4 ,dans chaque village1 le prne retentit de saintes imprcations3 ,satan impose ses prestiges vingt pas de ,notre-,dame de ,sion4 ,c'est autel contre autel et chaire de pestilence en face de chaire de vrit4 ,le serpent se dresse au parvis o la ,vierge lui crase la tte444 ,mais que les fidles se rassurent4 ,rome va parler4 ,un dimanche1 l',oblat monte en chaire avec une solennit inaccoutume4 ,il tient en main le bref pontifical qui excommunie les ,baillard4 ,les trois frres taient l1 debout comme d'habitude au fond de l'glise1 draps dans leurs grands manteaux noirs3 ,lopold1 immobile et souverain2 ,franois1 gouailleur2 ,quirin1 ses lunettes sur le nez et qui grommelait d'une manire continue4 ,a plusieurs reprises1 levant la voix1 il prtendit1 avec un prodigieux sang-froid de pdant1 que l',oblat faisait des contresens de traduction4 ,cette suspicion jete sur la science de leur pasteur indigna les assistants1 et le cordonnier ,joseph ,colin se levant de son banc interpella le ,pontife de ,prudence3 --,taisez-vous donc1 malappris1 vous empchez de comprendre le prdicateur4 ,le troupeau des fidles sortit affol de l'glise4 ,en vain les ,pontifes les firent-ils entrer au couvent pour leur expliquer qu'ils taient condamns d'une manire qu'on appelle en thologie subreptice1 c'est--dire par suite de faux renseignements et contre la vrit1 et qu'une telle condamnation1 d'aprs une dcision du pape ,innocent ,,iii1 tait sans effet4 ,ils y perdirent leur latin4 ,une terreur divine agitait les consciences4 ,la parole du pape dchirait la robe des trois prtres1 les dpouillait de tous les services qu'ils avaient rendus1 les livrait quasi tout nus aux reniements de la foule inconstante4 ,ds le soir1 ,lopold1 allant avec ,thrse visiter un malade ,saxon1 entendit sur son passage monter d'une haie le cri3 ,au loup6 au loup6 ,c'tait la premire fois qu'un de ses paroissiens levait contre lui une parole de haine4 ,il en prouva une profonde amertume1 et surtout il put voir que personne ne se levait pour le dfendre4 ,mais le lendemain1 ce fut pis4 ,le lendemain1 les ,baillard entendirent de grands cris qui venaient du fond de la plaine4 ,s'tant avancs jusqu'au bord du plateau1 ils aperurent une troupe d'enfants qui gravissaient la cte en courant1 travers les champs et les broussailles1 prcds d'un drapeau et d'un clairon qui sonnait la charge1 et chacun d'eux brandissant un chalas de vigne4 ,ds qu'ils aperurent le grand ,franois1 ils poussrent des clameurs sauvages et ramassrent des pierres4 ,le ,pontife d',adoration jugea prudent de battre en retraite4 ,a peine avait-il ferm la porte du couvent derrire lui qu'une grle de projectiles s'abattait contre1 et peu aprs des coups de bton faisaient clater les vitres1 cependant que de jeunes figures animes de vaillance se hissaient le long du mur avec une agilit et une malice toutes simiesques4 ,c'taient les enfants de la premire communion de ,vzelise qui1 pour lendemain de fte1 s'en venaient en plerinage1 conduits par le vicaire1 et tout brlants d'ardeur religieuse jouaient contre les ,baillard la prise de la ,smala d',ald-el-,kader4 ,la congrgation eut bien du mal repousser ce premier assaut4 ,heureusement on sonna la messe1 et toute la bande s'y rendit4 ,sur l'ordre de ,lopold1 ,franois les rejoignit1 assista l'office1 et sur le parvis1 la sortie1 s'adressant quelques parents qui avaient accompagn les enfants1 il essaya de leur faire honte4 ,on lui rpondit grossirement3 --,des excommunis6 ,est-ce que a compte1 a6 ,franois serra les poings4 ,il fut pris d'une violente envie de disperser toute cette racaille1 mais ce moment soeur ,euphrasie1 qui surveillait la scne du haut de la fentre1 prise d'inquitude1 le rappela4 ,pour lui obir1 le bon ,franois se dgagea1 non sans peine1 de ce peuple de ,lilliput qui se pendait sa robe1 et disparut dans le couvent4 ,toutes les hues se tournrent contre la soeur1 avec les mots les plus libres4 ,franois ne put l'entendre sans fureur1 et1 dans la mme seconde1 rouvrant la porte1 il s'lana de nouveau sur la place4 ,d'immenses rires de jeunesse accueillirent cette rentre de clown et redoublrent quand1 sur un nouvel ordre de soeur ,euphrasie1 avec mille gesticulations1 il s'engouffra de nouveau dans la maison1 que la ,congrgation barricada solidement derrire lui4 ,les enfants continurent la bataille4 ,une de leurs patrouilles dcouvrit dans la campagne un des frres travailleurs1 le pauvre frre ,hubert1 qui1 terrifi par le vacarme et n'osant regagner le couvent1 se tenait plat ventre dans un champ1 comme un livre entre deux sillons4 ,ils firent lever le malheureux qui1 pouss1 bouscul1 dchir1 se rfugia grand'peine chez la bonne ,marie-,anne ,sellier dans ,saxon4 ,mais leur grand succs fut quand ils brisrent les palissades leves par les ,baillard sur l'emplacement des anciennes promenades de la ,vierge4 ,les nombreux plerins qui taient monts ,sion ce jour-l applaudirent4 ,marie tait enfin rtablie dans ses droits de proprit6 ,et les enfants1 de plus en plus excits par leur victoire1 entonnrent sous les fentres des schismatiques1 une manire de chant de triomphe4 ,c'tait1 sur l'air de ,matre ,corbeau1 une chanson satirique oeuvre de monsieur ,marquis1 cur de ,vandoeuvre1 qui courait depuis quelques jours le pays3 ,venez1 petits et grands6 ,que tout homme s'empresse4 ,pour contempler trois sots qui vendent la sagesse4 ,aprs avoir vendu les reliques des saints1 ,ils changent d'industrie et se font magiciens4 ,il y avait quatorze couplets de ce ton4 ,les assigs ne purent les supporter jusqu'au bout4 ,aprs un rapide conseil de guerre1 ,quirin fut dlgu vers le vicaire de ,vzelise4 --,prenez garde1 ,monsieur1 lui dit-il1 vous avez pntr par bris et effraction dans une proprit prive4 --,pas de grands mots1 monsieur ,quirin1 lui rpondit le vicaire avec une bonhomie mprisante2 on ne veut pas vous manger4 ,pourtant il sonna la retraite4 ,la mauvaise troupe1 en descendant ,saxon pour le retour1 s'attaquait tous ceux qu'elle savait tre de l',o,euvre1 et notamment fit un charivari l'excellente ,marie-,anne ,sellier chez qui tremblait encore le frre ,hubert1 donna la chasse la jeune ,apolline ,bertrand1 et culbuta dans la boue du foss le sceptique ,bibi ,cholion4 ,cette expdition1 qui fut dnomme dans les cures du voisinage la croisade des enfants1 l'autorit ecclsiastique1 avec un sens profond de la vie du village1 la jugea dcisive4 ,personne sur la colline ne s'tait dress pour dfendre les ,baillard4 ,le dimanche qui suivit1 au prne de la messe paroissiale1 le pre ,aubry glorifia les jeunes vainqueurs3 --,ce serait faire trop d'honneur au ,diable1 dit-il1 que de le redouter encore aprs que le pape vient de le frapper4 ,les enfants suffisent maintenant le mater4 ,la simplicit de ces innocents fera crever l'orgueil du ,serpent qui est log dans ces dmoniaques4 ,c'tait livrer les lions aux moustiques4 ,les abjurations commencrent4 ,la jeune ,apolline ,bertrand1 agenouille avec six tmoins au pied de la ,vierge1 dans un magnifique dcor de lumires et de fleurs1 rejeta les erreurs de l'infme secte4 ,les cranciers apparurent1 et en tte le plus considrable et le plus dangereux1 la ,noire ,marie1 de ,forcelles-sous-,gugney1 qui le couvent n'tait pas pay4 ,leurs derniers amis les abandonnaient4 ,m4 ,magron1 le cur de ,xaronval1 ayant rencontr ,quirin dans une rue de ,nancy1 dtourna la tte pour ne pas le saluer4 ,l'honnte ,m4 ,haye lui-mme les avait1 parat-il1 blms nettement4 ,ils ne pouvaient plus faire un pas hors du couvent sans que des polissons se missent crier ,cra6 ,cra6 de toutes leurs forces4 ,et mme des personnes notables n'hsitaient pas leur jeter la face le terrible ,au loup6 ,au loup6 qui les mettait hors la loi4 ,les pauvres frres ,hubert et ,martin taient poursuivis coups de pierres1 et les soeurs entendaient souvent grommeler sur leur passage les mots que l'on rserve aux femmes de mauvaise vie4 ,leurs biens taient saccags4 ,si quelque tranger se dtournait pour ne pas fouler leurs rcoltes1 il se trouvait toujours un mchant drle pour dire3 ,passez dedans1 allez6 c'est de l'avoine de cochons4 ,dans le village1 il ne leur restait plus qu'une poigne de fidles1 fort insensibles aux dbats thologiques et bien incapables d'y trouver un sens1 mais griss par ces crmonies tranges1 dociles comme d'excellentes btes domestiques leur pasteur1 attachs aux ,baillard par une sorte d'instinct de troupeau4 ,les pauvres gens disaient3 ,il est temps que le ciel vienne notre secours1 monsieur le ,suprieur1 car nous n'y tiendrons pas4 ,les trois ,baillard1 aujourd'hui1 sont trois tabernacles d'o l'on a retir le ciboire4 ,mais l'hostie infme de ,vintras y flamboie1 et l'opinion publique exige que ces trois coffres damns soient jets sous la pluie1 dans la boue1 au bas de la colline4 ,,chapitre ,,xi ,,la ,,semaine ,,de ,,la ,,passion ,un matin1--c'tait le samedi1 veille du dimanche des ,rameaux1--,quirin tant descendu ,saxon vit la ,noire ,marie au milieu d'un groupe de leurs ennemis4 ,il y avait l ,apolline ,bertrand1 ,m4 ,morizot1 et tous le regardaient venir4 ,que devait-il faire8 ,saluer et passer1 sans plus8 ,c'tait avouer publiquement la tension de leurs rapports avec leur propritaire4 ,quirin1 le sourire aux lvres1 marcha droit au pril4 ,il calcula dans un clair que la ,noire ,marie1 comme toutes les vieilles filles1 aimait les gards1 et sans tenir compte du peu de sympathie qui se marquait sur cette face noiraude et parchemine1 il l'invita djeuner4 ,elle ne se dcidait pas4 ,alors1 pour gagner la partie devant ces malveillants1 il lui dit3 --,justement1 ,lopold voulait aller ,forcelles4 ,il a quelque chose pour vous4 ,ce dernier mot arracha un affreux sourire de plaisir la vieille avaricieuse1 qui suivit assez gracieusement l'aimable ,quirin travers le village et le long de la cte jusqu'au couvent4 ,l-haut1 ils furent bien surpris de les voir venir ensemble2 et lorsque ,quirin dit que ,mademoiselle leur faisait l'honneur d'accepter djeuner1 toute la congrgation le regarda atterre1 car depuis beau jour1 au couvent1 on ne vivait que de lgumes et d'eau claire4 ,mais1 d'un regard circulaire1 il obligea tout le monde prendre une mine rjouie4 ,sa chaleureuse assurance tait telle que les bonnes soeurs crurent qu'il devenait fou4 --,chre ,mademoiselle1 disait-il1 si nous avions su votre visite1 nous aurions eu soin de tout prparer pour que vous soyez reue avec les gards que nous devons notre propritaire4 ,et s'arrtant de faire des grces1 il enjoignit aux soeurs d'aller tout prparer pour qu'on et un bon repas4 ,d'un mme mouvement1 la congrgation1 laissant l ,quirin et sa maudite invite1 se mit courir de la cave au grenier4 ,le cadet1 rest seul avec la ,noire ,marie1 entreprit de lui expliquer que la situation n'avait jamais t si brillante et que c'tait extraordinaire de voir l'affection qu'ils inspiraient dans le pays4 --,mais pourtant1 repartit la vieille1 ,saxon il y en a beaucoup qui se sont spars de vous4 ,apolline1 tout l'heure1 vous arrangeait bien6 --,bah6 des jeunesses qui aiment rire6 mais le coeur n'est pas mauvais4 ,comme je les connais1 elles viendront dimanche rparer par une belle offrande la peine qu'elles font la ,vierge4 ,cependant que le prestigieux ,quirin essayait ainsi de duper une femme plus maligne que lui1 les soeurs1 les frres et ,franois revenaient de leur battue la cuisine1 ne rapportant qu'une corde d'oignons1 des choux et des pommes de terre germes1 et ils tenaient un triste conseil de guerre sur la manire d'en tirer le meilleur parti1 quand le frre ,hubert1 pour la premire fois de sa vie1 mit une opinion personnelle3 --,je sais que madame ,marne1 ce matin1 cuisait une carpe4 ,c'est une bonne femme4 ,j'y cours4 ,il se glissa jusqu' ,saxon par le raccourci et fut assez heureux pour changer avec la vieille femme une hotte de bois et deux journes de travail qu'il lui promit contre le gros poisson4 ,tout essouffl1 un quart d'heure plus tard1 il faisait la cuisine une rentre triomphale4 ,cependant1 les bonnes soeurs avaient tendu sur la table une nappe d'autel4 ,et1 sans plus tarder1 soeur ,lazarine vint annoncer ,quirin et ,mademoiselle que le dner tait prt4 ,en passant dans le couloir1 la ,noire ,marie remarqua que toutes les vitres taient brises4 --,c'est l'ouragan d'il y a huit jours1 dit ,quirin4 ,mais que faire avec les ouvriers d'aujourd'hui6 ,voici une grande semaine que nous les attendons4 ,la vieille visiteuse ne formula aucune objection1 mais si elle n'ouvrit gure la bouche que pour profiter du bon dner1 ses yeux fureteurs ne cessaient d'espionner tout ce qui se passait autour d'elle4 ,rien ne lui chappa de l'amabilit force de ,quirin1 ni de l'agitation de ,franois1 ni du sombre chagrin de ,thrse1 ni de la maigreur de tout ce monde4 ,c'tait un festin o chacun jouait la gaiet1 et par l singulirement triste4 ,au dessert1 s'adressant ,lopold3 --,monsieur le ,suprieur1 dit-elle1 votre frre m'a dit1 ce matin1 que vous aviez mis quelque chose de ct pour moi4 --,oui-da1 rpondit l'autre1 avec le plus grand srieux4 ,et1 se levant de table1 il alla chercher dans un placard une bote soigneusement enveloppe de papier d'argent4 ,la ,noire ,marie le dplia4 ,il y avait dedans un petit chapelet de saint ,hubert4 ,une bouffe de sang monta au visage de la vieille fille indigne et colora faiblement ses joues de moricaude4 --,quand on fait des banquets avec des carpes de dix livres1 c'est vraiment malheureux1 dit-elle1 de ne rien mettre de ct pour sa propritaire4 ,et sans toucher aux noix et aux pommes fripes1 dont les soeurs avaient grand'peine rempli un compotier1 elle prit brusquement la porte4 ,les trois frres sortirent avec ,thrse4 ,aucun vent ne soufflait et toute la colline demeurait immobile sous le grand ciel paisible4 ,c'tait un beau temps printanier1 mais les trois ,pontifes se sentaient bien tristes4 ,ils se voyaient au bord d'un prcipice1 dont jamais ,lopold n'avait permis qu'on lui parlt4 ,parfois1 ,quirin avait bien essay de reprsenter son an que la ,noire ,marie pouvait les expulser1 mais chaque fois ,lopold avait annonc qu'ils reprendraient bientt leurs qutes et que tout s'arrangerait au mieux4 ,comme ils passaient dans les prairies au-dessus de ,saxon1 ils furent aperus par une bande de jeunes filles de seize vingt ans1 qui se mirent les suivre en chantant des cantiques ,marie4 ,ils tournrent droite1 elles tournrent avec eux jusqu' la rive du bois1 d'o l'on voyait briller sur la pente la source ,sainte-,catherine protge par des aulnes4 ,l1 ils s'arrtrent et s'assirent sur l'herbe1 dans l'ombre mince des buissons tout chargs de sansonnets1 tantt perchs1 tantt bruissant des ailes1 congrgation des airs qu'animait une suite de caprices rapides4 ,alors les mchantes enfants entonnrent les chansons insultantes1 et se tenant par le bras elles passaient et repassaient effrontment4 ,c'taient des filles charmantes1 des bergres et des dentellires4 ,mais pour les ,pontifes insults1 c'taient1 nes du trou boueux de ,saxon1 des sorcires enivres1 toutes bonnes pour danser le sabbat sur la ruine de ,vaudmont4 ,toutes les vignes de la cte taient remplies d'ouvriers qui regardaient1 entendaient et riaient4 ,les trois ,pontifes n'opposaient qu'un silence majestueux toute cette audace4 ,enfin1 au bout de deux heures1 les filles se retirrent1 sauf trois1 et ces trois taient de celles qui le ,pontife d',adoration avait fait faire la premire communion1 l'anne prcdente1 aprs leur avoir donn des soins sans pareils4 ,ces ingrates dpassrent en insolence toutes les autres1 mais c'tait ,thrse qu'elles en voulaient surtout4 ,elles la montraient du doigt1 assise sur l'herbe entre les ,pontifes1 avec sa robe de religieuse gracieusement tale4 ,et sa figure dlicate1 plus triste et toute fane1 ne les attendrissait pas3 --,voyez la belle prophtesse6 ,c'est hausser les paules de piti6 ,dites1 monsieur le ,suprieur1 c'est donc elle qui nous fera voir cette incarnation que vous nous promettez8 ,elles parlaient ainsi par allusion aux bruits rpandus sur la vie drgle que l'on menait au couvent4 ,elles criaient encore3 --,oh6 la mre du ,saint-,esprit6 ,thrse tremblait de colre4 ,mais cette irritation cda bientt pour faire place un frmissement mystrieux4 ,une vague et terrible sensation la traversa4 ,pour la premire fois1 cette minute1 elle venait d'avoir la rvlation de son tat4 ,le voile de posie1 qui1 jusqu'alors1 lui avait cach les misres de sa situation1 se dchira tout coup2 elle se trouva face face avec les rudesses de la vrit nue4 ,et se tournant vers ,lopold1 elle regarda avec pouvante l'homme fatal qui l'avait perdue4 ,quand les ,pontifes regagnrent le couvent1 ils rencontrrent encore leurs perscutrices la porte4 ,avec une prcipitation forcene1 en quelques minutes1 elles dgoisrent les injures qu'elles avaient mis deux heures chanter4 ,les ,baillard n'avaient qu'une ide1 s'abriter derrire leurs murailles4 ,ils y trouvrent un hte trop attendu1 l'huissier de ,vzelise1 ,m4 ,libonom en personne4 ,la ,noire ,marie n'avait pas perdu de temps6 ,il venait signifier aux soeurs d'avoir payer ,mlle ,lhuillier le prix de l'acquisition du couvent sous trois jours1 faute de quoi1 ladite demoiselle saisirait leurs biens1 meubles et immeubles4 ,aussitt1 les frres ,hubert et ,martin coururent avertir les ,enfants du ,carmel et les convoquer pour la premire heure du lendemain4 ,il s'agissait de sauver ce qu'on pourrait du mobilier et de rpartir entre les dvous du village les objets les plus prcieux4 --,eh6 disait la bonne soeur ,marthe1 y pensez-vous6 ,travailler demain1 c'est le dimanche des ,rameaux6 --,ma soeur1 dit ,quirin1 ,lopold donne tous et toutes une dispense4 ,le sommeil de ,lopold fut travers de pnibles insomnies4 ,pour se donner du coeur1 il respira plusieurs reprises le dlicieux parfum qu'exhalait son hostie pontificale4 ,cette nuit-l1 il en sortait une odeur d'encens extraordinaire1 l'odeur mme que l'on respire au sanctuaire de ,tilly1 les jours de fte1 une odeur suave et pntrante1 qui ne pouvait tre compare qu' celle de cette huile de nard d'un grand prix que ,marie-,madeleine en cette mme veille de ,pques fleuries1 rpandit aux pieds du ,sauveur4 ,ces sensations miraculeuses et l'approche du danger eurent pour effet d'exalter chez ,lopold le sentiment de la personnalit4 ,son esprit chauff fit une construction singulire3 il se persuada que la ,semaine ,sainte qui s'ouvrait allait reproduire pour lui1 sur cette montagne1 au milieu de paysans ingrats1 tout ce que le ,christ avait souffert1 en ,jude1 d'une foule ameute par les princes des prtres et les pharisiens4 ,imagination qui n'a rien pour surprendre1 chez un homme dont le rve fut toujours de calquer sa vie sur des patrons sublimes4 ,et pour commencer1 ce dimanche allait tre vraiment son dimanche des ,rameaux3 entour de ses fidles-- l'occasion de son dmnagement--il allait faire son entre dans ,jrusalem4 ,malgr les bruits inquitants qu'on rpandait dans le village1 trente personnes accoururent ds l'aube4 ,a l'issue de l'office1 ,lopold les leva1 toutes1 d'un grade dans les dignits de l',o,euvre4 ,il confia le bouclier de ,marie madame ,marne1 et une hostie que ,vintras avait porte madame ,marie-,anne ,sellier4 ,ces deux veuves dvoues1 dont la premire avait fourni la carpe pour la rception de la ,noire ,marie1 venaient d'arriver avec des corbeilles d'osier et s'engageaient solennellement ne pas quitter le couvent que tout ft emball4 ,le ,pontife d',adoration donna encore la croix de grce ses deux nices1 ,marie-,rose-lisabeth-,lopoldine et ,marie-,hubertine ,baillard4 ,enfin1 ceux qui n'taient pas sortis des rangs infrieurs1 il remit des petits sachets renfermant de la terre de ,tilly4 ,c'tait autant d'armes dont il attendait qu'elles fortifiassent les courages4 ,il s'en trouva bien4 ,les ,enfants du ,carmel furent admirables de dvouement4 ,en vain le vent soufflait-il avec rage1 multipliant les ravages d'une pluie battante qui dura tout le jour4 ,ils n'y voulurent voir qu'une faveur spciale de la ,providence qui empchait les curieux effronts de venir espionner le dmnagement4 ,tout ce jour de fte1 les dvotes ne cessrent d'aller et venir de la cave au grenier1 et de rpartir les richesses de la congrgation chez les dvous de ,saxon4 ,les objets les plus prcieux1 les papiers de ,lopold1 les vtements sacerdotaux1 les objets du culte et la grosse truie du couvent furent confis l'un des meilleurs fidles1 ,m4 ,mathieu1 qui allait louer sa maison la petite congrgation4 ,une sorte d'enthousiasme religieux planait sur ces soins misrables4 ,et ,lopold remarqua1 avec le douloureux sourire de l'homme qui sait et que n'tonnent pas les apprts de son martyre1 que tous ses fidles avaient coup des rameaux pour activer les attelages1 en sorte que1 sur les onze heures1 il descendit entre les palmes sur une charrette conduite par un ne et charge de meubles1 de paillasses1 de tonneaux1 de pommes de terre1 de betteraves1 de bois de chauffage1 de planches vieilles et neuves4 ,du haut de cet entassement1 il regardait l'non qui pliait dans les brancards1 il regardait ses frres1 ses religieuses1 ses enfants dvous1 tout ce dpart magnifique1 et il trouvait la force de sourire avec srnit1 cependant qu'il disait dans son coeur3 ,dernire joie1 jour de ,pques fleuries1 et dans cinq jours la descente au tombeau4 ,les mmes soins du dmnagement se poursuivirent toute la journe du lundi4 ,du matin jusqu'au soir1 la congrgation trembla de voir apparatre l'huissier1 mais la nuit approchant1 on commena de dire que la justice n'tait pas la disposition de la ,noire ,marie4 ,seul ,lopold ne partageait pas cette confiance insense4 ,il savait que ,pilate allait venir dans une heure4 ,et en effet1 six heures moins dix1 ,m4 ,libonom se prsenta la porte du couvent4 ,trois des plus mauvais habitants de ,saxon l'accompagnaient1 et1 parmi eux1 le maire4 ,soeur ,lazarine courut avertir ,lopold qui s'habillait dans la chapelle pour la bndiction du soir4 ,le ,pontife d',adoration se dvtit paisiblement de ses ornements sacrs1 et s'en alla aussitt les rejoindre1 en rptant haute voix1 dans les couloirs dserts1 le texte d',isae que l'glise a mis dans l'ptre de ce jour3 --,stemus simul444 ,allons ensemble devant le juge4 ,quel est celui qui se dclare mon adversaire8 ,qu'il approche de moi4 ,le ,seigneur ,dieu est mon secours4 ,qui osera me condamner8 ,dans le couvent c'tait une panique4 ,les soeurs prises d'pouvante s'enfuirent d'abord dans la chambre lard1 puis rflchirent1 inventrent toute une comdie4 ,soeur ,euphrasie courut se coucher comme si elle tait malade2 soeur ,quirin s'assit auprs d'elle en jouant l'infirmire1 et soeur ,lazarine se cacha derrire le lit4 ,la bonne soeur ,marthe alla dans l'table tenir socit la vache4 ,thrse1 elle1 continua de prier devant la ,vierge1 dans l'glise du plerinage4 ,on sut bien vite sur toute la colline l'arrive de ,m4 ,libonom4 ,le dmnagement fut suspendu1 et les fidles1 hommes1 femmes1 jeunes garons et jeunes filles se dirigrent en hte sur le couvent4 ,cependant ,quirin1 sur le seuil1 disait ,m4 ,libonom qu'il tait six heures passes et qu'il n'avait plus le droit d'instrumenter4 --,pardon1 cher ,monsieur1 rpliqua l'huissier en tirant sa montre4 ,il est six heures moins trois minutes1 nous pouvons entrer jusqu' six heures1 et1 une fois dans la place1 nous agissons aussi longtemps qu'il nous convient4 ,puis il pria les messieurs ,baillard de le guider travers la maison4 ,m4 ,libonom n'tait pas un mchant homme4 ,a la cave1 il ne saisit pas les lgumes ni le peu de vin qui restait encore au fond du tonneau1 et dans l'table il ne calcula pas strictement la part que la loi accorde au pauvre homme pour la nourriture de sa vache4 ,mais par malheur1 auprs de la bte1 on trouva soeur ,marthe1 et avisant cette figure innocente1 le maire lui demanda brusquement3 --,ma soeur1 n'est-il pas vrai qu'on a conduit pleines charrettes des meubles d'ici ,saxon8 ,la bonne soeur fit signe que oui4 ,en vain ,quirin protesta-t-il qu'un huissier n'avait pas le droit d'ouvrir une enqute et que c'tait l'affaire du juge d'instruction1 le maire1 haussant la voix1 numra les maisons o il avait vu dcharger les charrettes1 et invita l'huissier dresser sance tenante un procs-verbal que la pauvre soeur ,marthe eut la simplicit de signer4 ,le jeudi saint1 au matin1 ,lopold faisait sa mditation et se pntrait de la tristesse de ce jour1 sur lequel la liturgie rpand la teinte sombre des funrailles1 quand les jeunes filles du village1 qui sortaient de l'glise1 entrrent au nombre de quinze vingt dans le jardin du couvent1 comme autant d'valtonnes1 riant1 dansant1 courant toutes jambes1 venant faire sous les fentres de grands saluts1 de grandes inclinaisons de tte et de corps4 ,lopold jeta sur elles un regard pntrant1 et les reconnut comme les soeurs de cette populace de ,jrusalem1 qui faisait des gnuflexions insultantes devant le ,christ1 au moment o les princes des prtres le tenaient en leur pouvoir4 ,il fut tir de cette mditation1 dont l'amertume l'enivrait1 par les cris affreux que poussaient les saintes femmes de ,sion4 ,m4 ,libonom venait d'apporter le commandement d'avoir vider les lieux dans les vingt-quatre heures1 et toutes les instances chouaient devant le marbre de son coeur4 ,derrire l'huissier1 la ,noire ,marie avait pntr dans le jardin4 ,elle y trouva soeur ,marthe et la gourmanda devant tous en la tutoyant avec mpris4 ,elle amenait avec elle quatre ou cinq des ennemis de l',o,euvre1 qui parcoururent le terrain en faisant des offres de location4 ,et durant toute cette aprs-midi1 les ,baillard furent comme assigs4 ,ils se tenaient reclus dans leurs chambres vides1 regardant avec dsespoir les beaux carrs de lgumes si bien soigns1 dont ils ne feraient pas la rcolte1 et o leurs ennemis se pavanaient insolemment4 ,dans cette journe1 nulle consolation ne leur vint de ,saxon4 ,l'assignation lance par ,monsieur ,libonom tous ceux qui avaient reu des dpts dans leurs maisons produisait un effet terrible4 ,six d'entre eux coururent ,vzelise tout rvler au juge de paix4 ,mathieu lui-mme se distingua par sa couardise4 ,il livra tout1 les papiers de ,lopold1 les ornements d'glise1 un fourneau et jusqu' la grosse truie4 ,les autres fidles se terraient4 ,et ,lopold considrant combien il avait peu de monde autour de lui se disait que cela encore devait tre ainsi et que le ,christ n'en avait pas davantage au pied de sa croix4 ,comme s'il devait boire le calice jusqu' la lie1 au soir1 ,mathieu le fit prvenir qu'il reprenait sa parole et ne louerait pas sa maison4 ,sa femme lui avait fait honte de loger des sataniques4 ,ce fut autour de ,lopold un concert de plaintes et de gmissements1 mais lui1 poursuivant toujours sa rverie intrieure1 dit avec le plus grand calme3 --,cessez de vous agiter1 mes frres1 car ,joseph d',arimathie et ,nicomde ont trouv1 dans le lieu mme o le ,christ avait t crucifi1 un spulcre tout neuf pour le recevoir4 ,ce soir-l1 dans le couvent demi-vide1 le souper fut bien triste4 ,la lampe du rfectoire s'tant teinte faute d'huile1 on dut achever le repas et s'aller coucher sans chandelles4 ,il faisait un grand clair de lune2 ,quirin et la soeur ,quirin veillaient une fentre du premier tage1 tous deux seuls1 et ils voyaient une vive lumire la maison de l',oblat4 ,quirin1 considrant longuement cette petite maison1 o frquentaient maintenant les plus importants de la commune1 fut pris d'une soudaine angoisse1 et lui1 d'ordinaire si rserv1 il demanda la soeur ,quirin si elle pensait que l'on pouvait encore vivre en communaut4 ,elle lui rpondit3 --,pourquoi voulez-vous me tendre un pige8 ,vous tes rsolu lutter et vous voulez me renvoyer si je n'ai pas confiance en ,lopold et en vous4 ,alors que deviendrais-je8 ,mais il jura sur la ,vierge de ,sion qu'elle pouvait lui rpondre en toute franchise1 et mme qu'il suivrait son avis4 ,alors1 elle lui dit3 --,les frres ,hubert et ,martin ont dcid de s'en aller d'ici1 et soeur ,thrse1 ne le voyez-vous pas1 a des raisons pour ne plus demeurer longtemps avec nous4 ,quirin ne rpondit rien4 ,il restait assis dans le fond de la pice1 la tte entre ses mains4 ,et la soeur1 en se penchant sur lui1 vit qu'il tait pouvant de ces paroles raisonnables4 ,elle reprit3 --,je vous ai obi4 ,je vous ai dit ce que je voyais et ce que je croyais4 ,quoi que vous dcidiez1 je suis prte demeurer ici ou bien partir avec vous4 ,au petit jour1 ,quirin1 sans faire d'adieux personne1 se glissa hors du couvent avec la religieuse4 ,un sac de nuit sur le dos1 qui contenait un calice et quelques effets1 il se mit en route vers la ,bourgogne1 se rendant chez monsieur ,madrolle1 celui qu' ,bosserville le bon pre ,magloire avait appel le ,jrmie de la ,france4 ,tous les coqs de la colline chantaient quand ,lopold apprit ce reniement de saint ,pierre444 ,le jour terrible tait arriv3 le jour de tnbres1 le jour de la descente au tombeau6 ,encore quelques minutes et il faudrait quitter le couvent pour toujours444 ,l'huissier vint interrompre cette mditation4 ,son arrive matinale pouvanta les soeurs au milieu de leurs derniers prparatifs4 ,soeur ,lazarine prit dans ses bras le petit ,jsus de la chapelle1 si charmant avec son visage de cire et sa perruque d'toupe2 soeur ,euphrasie1 la rtissoire1 et soeur ,marthe deux pots de beurre fondu4 ,mais ,m4 ,libonom avait post toutes les issues des sentinelles armes de sabres1 qui se mirent courir aprs les pauvres religieuses4 ,soeur ,euphrasie eut une illumination4 ,sur le point d'tre prise1 elle sacrifia la rtissoire qui1 tintinnabulant sur la pente avec un bruit de ferraille1 fit trbucher celui des estafiers qui les serrait de plus prs4 ,le ,jsus de cire et les pots de beurre furent sauvs4 ,ce fut la dernire victoire4 ,les ,enfants du ,carmel ne purent plus emporter que les lits1 et prcipitamment4 ,on les poussait1 l'pe dans les reins4 ,dehors1 la foule s'amassait4 ,les ,baillard n'taient pas sortis de leurs chambres que dj les hommes de ,mademoiselle ,lhuillier1 impoliment1 s'y installaient4 ,franois rclamait ses pincettes1 sa pelle feu et son soufflet2 ,euphrasie sollicitait de la paille pour la litire de la vache2 les autres soeurs cherchaient emporter deux corbeilles de pommes de terre qui restaient encore la cave2 ,lopold ne se proccupa que de soins spirituels4 ,il alla dire adieu au petit sanctuaire4 ,une troupe de garons et de filles vinrent l'y rejoindre et se mirent danser autour de lui4 ,m4 ,libonom apparut son tour1 et comme le ,pontife1 abm dans sa prire1 ne bougeait pas1 il le toucha sur l'paule et le conduisit dehors4 ,lorsque ,lopold et son petit monde1 encadrs par les gens de l'huissier1 sabre au clair1 sortirent du couvent1 il y eut une bousculade et des hues chez les curieux rassembls pour les voir1 mais d'un groupe de femmes montrent ces mots de piti3 ,le pauvre homme6 ,ils ne furent pas perdus pour ,lopold4 ,touch de l'intrt courageux de ces femmes qui1 dans la faiblesse de leur sexe1 montraient plus de grandeur d'me que le peuple entier de ,sion1 il leur adressa un regard superbe de bont1 et reprenant toute la dignit de son langage de prophte1 il leur annona1 comme avait fait le ,christ sur les pentes du ,calvaire1 l'pouvantable chtiment qui suivrait bientt l'attentat dont elles taient tmoins3 --,filles de ,sion6 ce n'est pas sur moi qu'il faut pleurer1 c'est sur vous et sur vos enfants4 ,ils descendirent la cte de ,saxon1 derrire la voiture charge de leur pauvre literie4 ,la queue entre les jambes1 la chienne ,mouya fermait la marche4 ,o allaient-ils8 ,leur faudrait-il passer la nuit la belle toile8 ,pousser jusqu' des villages lointains8 ,comme ils arrivaient aux premires maisons1 la bonne ,marie-,anne ,sellier sortit de sa demeure1 la premire que l'on trouve droite1 et comme autrefois la femme qui se prcipita au-devant du ,sauveur pour lui essuyer la face1 elle courut ,lopold1 et lui montrant la porte ouverte3 --,venez1 ,monsieur le ,suprieur4 ,tant que ,marie-,anne aura un toit et du pain1 il ne sera pas dit que ,lopold ,baillard en aura manqu sur la sainte montagne4 ,lopold prit rapidement cong des frres1 qui continurent leur route1 et des soeurs ,lazarine et ,marthe1 qui furent recueillies un peu plus loin par des fidles4 ,puis avec ,franois1 ,euphrasie et ,thrse1 il pntra chez ,marie-,anne4 ,c'tait justement l'heure o ,notre ,seigneur expira1 et le petit cercle descendit dans le tombeau de ,saxon quelques minutes aprs trois heures4 ,et pour clore la journe1 l-haut1 ,bibi ,cholion1 tratre aux ,baillard et rengat1 crivait la craie1 sur la porte de la chapelle3 ,ferm pour cause d'pizootie1 conformment aux arrts impriaux sur les tables4 ,,chapitre ,,xii ,,ou ,,th,r,,se ,,se ,,perd ,,dans ,l',,ombre ,huit jours passrent4 ,huit jours sans que l'on vt au dehors personne des ,baillard4 ,ils se terraient dans la petite maison de la veuve compatissante4 ,des bandes venaient1 de dix lieues la ronde1 chaque jour1 aprs le travail1 les y relancer4 ,c'tait alors un charivari1 pareil celui que l'on fait1 le soir de leurs noces1 aux veuves qui se remarient1 un tam-tam assourdissant1 des cris1 des hues1 de grands clats de joie1 un vacarme d'arrosoirs1 de casseroles et de tonneaux1 sur lesquels on frappait comme sur des tambours4 ,puis soudain1 tout le tapage s'arrtait1 et ,alfred ,sguin1 juch sur une barrique1 entonnait1 la manire d'un charlatan1 et d'un tel gosier qu'on pouvait l'entendre d'un bout l'autre du village1 l'oeuvre de ,m4 ,marquis1 la fameuse chanson des ,pontifes1 largement revue et augmente par tous les beaux esprits du pays3 ,venez1 petits et grands1 que tout homme s'empresse ,pour contempler trois sots qui vendent la sagesse4 ,aprs avoir vendu les reliques des saints1 ,ils changent d'industrie et se font magiciens4 ,sur l'air du tra la la1 ,sur l'air du tra la la4 ,de miracles nombreux1 les voil fabricants1 ,et d'emblmes dvots habiles traficants3 ,ils sont alls1 dit-on1 apprendre en ,normandie ,l'art de duper les gens en grande compagnie4 ,sur l'air du tra la la1 etc4 ,depuis longtemps dj1 ils ont nos regards ,le talent merveilleux de plumer les jobards2 ,il ne fallait donc pas1 je crois1 un grand prophte ,pour les rendre savants des pieds jusqu' la tte4 ,sur l'air du tra1 la1 la1 etc4 ,vous1 grossiers paysans1 ah6 vous ne savez rien1 ,vous croyez ce qu'enseigne un vangile ancien2 ,mais si vous contemplez la lumire nouvelle1 a vous retournera joliment la cervelle4 ,sur l'air du tra1 la1 la1 etc4 ,voyez ces trois oiseaux accoutums au vol3 ,autrefois1 vrais dindons1 ils ont ras le sol2 ,mais voler bien mieux1 instruits par leur grand matre ,s'ils ne sont pas des aigles1 ils peuvent le paratre4 ,sur l'air du tra1 la1 la1 etc4 ,peuples1 coutez donc4 ,voil le grand pontife6 ,grand1 ma foi6 c'est bien vrai4 ,monsieur6 quel escogriffe6 ,il est sacr1 dit-on1 miraculeusement1 ,et de fou qu'il tait1 il est sage prsent4 ,sur l'air du tra1 la1 la1 etc4 ,le chef de la boutique est un rus compre2 ,c'est lui qui fait l'article avec sa commre4 ,pontifie et prophtesse et toute la niche1 ,des farces de ,tartuffe sont trs fort entichs4 ,sur l'air du tra1 la1 la1 etc4 ,si vous ne croyez pas1 imbciles humains1 ,ma foi1 tant pis pour vous1 je m'en lave les mains1 ,la fivre1 la colique et la dysenterie ,et tous les maux1 sur vous1 viendront avec furie4 ,sur l'air du tra1 la1 la1 etc4 ,la lune et le soleil vont se battre en duel4 ,de nombreuses toiles manqueront l'appel1 ,la terre engloutira et les gens et les btes1 ,except de ,sion les fortuns bipdes4 ,sur l'air du tra1 la1 la1 etc4 ,ainsi le ,dieu-,vintras1 n'ayant aucun gard1 ,fera du genre humain une omelette au lard4 ,ote-toi1 dira-t-il1 et laisse-moi la place1 ,pour danser la polka sans gne dans l'espace4 ,sur l'air du tra1 la1 la1 etc4 ,ah6 ce sera bien beau de voir polker ,quirin1 ,popol et grand ,francis1 dbris du genre humain1 ,thrse1 ,lazarine1 avec ces libres dames1 ,prtresses de l'amour et brlant de ses flammes4 ,sur l'air du tra1 la1 la1 etc4 ,c'est alors que du ciel tombera sur la terre1 ,d'alouettes rties une pluie salutaire4 ,merci1 messieurs1 merci1 savants bacheliers4 ,avec ces beaux discours1 payez vos cranciers4 ,vous n'tiez pas sorciers avant d'tre prophtes1 ,mais vous tes depuis devenus bien plus btes4 ,sur l'air du tra1 la1 la1 etc4 ,les sinistres couplets6 ,c'est un prtre1 un ami de la veille qui les a composs6 ,la prose paysanne vient d'tre cruelle1 une fois de plus1 et de mconnatre le mystre de ,lopold ,baillard4 ,lopold prsentait un mlange de platitude et d'extravagance1 mais en lui le pass tait plein de vitalit4 ,en lui1 comme des plus vieilles couches de la sensibilit et du tuf ternel de l'homme1 jaillissent des sources quasi taries4 ,cette posie des lments primitifs de la race ne pouvait pas rsister une force galement primitive et plus vigoureuse1 l'ironie ternelle de ces villages4 ,quelque chose d'antique vient d'tre tu par quelque chose d'antique et de plus fort4 ,il n'y eut personne autour de ,sion d'assez complet pour comprendre le danger de ce grand duel1 pour en prouver l'ingratitude1 pour en voir le sacrilge4 ,les meilleurs taient dans la joie4 ,sous cette meurtrire ironie1 la petite maison de ,marie-,anne ,sellier restait les volets clos1 mouvante de silence et de tristesse4 ,a l'intrieur mme1 rien ne bougeait2 les ,enfants du ,carmel rcitaient leurs pieuses litanies dans la cuisine transforme en chapelle1 et1 chaque demi-heure1 le ,pontife de l',adoration bnissait travers les murs ses perscuteurs4 ,le huitime jour1 ds l'aube1 ,thrse et ,euphrasie1 suivies de la ,mouya1 se glissrent pour la premire fois au dehors4 ,presses par la faim1 elles allaient ,lunville1 pour essayer d'y vendre aux religieuses du ,bienheureux ,pierre ,fourier quelques ouvrages consacrs leur saint fondateur et qu'on avait sauvs de la tourmente4 ,le voyage en diligence1 de ,vzelise ,lunville1 n'alla pas sans incidents4 ,on tait au lendemain du coup d'tat et la marchausse exerait sur toutes les routes une surveillance rigoureuse4 ,dans la petite ville de ,bayon1 les soeurs furent arrtes un instant par les gendarmes1 parce qu'elles portaient des livres sans avoir une autorisation de colportage4 ,relches aussitt1 elles continurent leur route4 ,a ,lunville1 elles eurent la dception de ne pas trouver ,m4 ,navelet1 sur qui elles comptaient pour leur donner l'hospitalit4 ,cet ami fidle faisait en ce moment la menuiserie d'un chteau des environs1 o sa femme l'avait suivi4 ,les deux religieuses1 bien en peine1 se rendirent au couvent1 accompagnes de leur chienne qui les attendit la porte4 ,quand elles eurent expliqu qu'elles venaient de ,sion la tourire s'en alla chercher la ,mre ,suprieure1 qui leur dit1 en cartant les livres1 que rien de bon ne pouvait venir aujourd'hui des messieurs ,baillard4 ,et comme elles demandaient rester cette nuit au couvent1 la ,suprieure les regardant avec autorit leur dit3 --,ce n'est pas ici une auberge4 ,puis1 aprs cette dure parole1 et comme si elle et devin quelque profond dsir de ,thrse1 elle ajouta3 --,on entre ici pour toujours ou jamais4 ,les soeurs baissrent la tte avec une humilit vraie4 ,sans rien rpondre1 elles se retirrent4 ,il leur sembla que la porte mettait un temps infini se refermer derrire elles4 ,et maintenant1 o trouver un abri8 ,elles entrrent dans la cathdrale et se mirent prier1 et toutes deux1 mesure que le soir tombait1 sentaient leur me remplie d'effroi4 ,a leur sortie1 c'tait tout fait la nuit4 ,un agent de police voyant ces deux minces formes noires1 suivies d'une bte1 qui battaient toutes les portes1 s'approcha4 ,o surprise6 ,a la lueur d'un quinquet1 ils se reconnurent4 ,c'tait un ancien frre de ,sion1 qui avait partag la prosprit des ,baillard et qui s'mut de la dtresse des deux religieuses4 ,il leur indiqua une mauvaise auberge1 o elles furent rduites coucher sur un matelas1 par terre1 dans une grande salle qu'encombraient dj des rouliers4 ,pendant la nuit1 un de ces hommes s'approcha d'elles1 mais la ,mouya1 qui veillait sur les deux femmes1 bondit devant et montra des dents si froces1 que l'insolent regagna1 sans plus1 sa paillasse4 ,quelles rflexions fit ,thrse1 aprs un tel moi1 durant sa longue insomnie8 ,les mots qu'avait prononcs la ,mre ,suprieure lui revenaient sans cesse l'esprit3 ,toujours ou jamais4 ,elle reprit les penses qui ne la quittaient pas depuis des semaines3 sa vie dtourne de sa voie naturelle1 la poursuite de rves qui n'avaient peut-tre aucune ralit vritable1 et par-dessus tout le dsir de retrouver le calme1 la rgle1 et de se mettre en paix avec la vie qui tait devant elle4 ,a travers les fentres1 la lune versait sa lumire dans cette salle misrable et1 de temps en temps1 disparaissait sous les nuages4 ,thrse1 les yeux grands ouverts1 regardait l'astre glisser4 ,elle repoussait avec horreur les images sordides qui l'environnaient1 et se rfugiait dans ces mystrieuses alternatives d'ombre et de clart4 --,ah6 lune charmante1 disait-elle1 prends-moi1 soulve-moi jusqu' la bont de ,dieu1 ou du moins guide ma prire auprs des tres spirituels qui vivent dans les espaces bleutres au-dessus de nous1 afin qu'un rayon de la paix des anges descende sur leur trs humble servante repentante4 ,ds le petit jour1 soeur ,thrse se leva4 ,sa figure toute ple exprimait la fois la douleur1 la rsignation et la confiance4 ,l'picier auquel elles proposrent les prcieux livres de ,lopold leur en donna par piti quelques sous4 ,il permit encore ,thrse d'crire sur son comptoir une lettre1 qu'au sortir de la boutique elle remit soeur ,euphrasie1 en disant3 --,c'est pour notre pre ,suprieur4 ,soeur ,euphrasie comprit tout et que ,thrse ne raccompagnerait pas ,saxon4 ,elle dit dans son amertume3 --,il y a des belles qu'on ne voit plus quand les violons sont partis4 ,mais ,thrse1 en se penchant sur la soeur ,euphrasie1 murmura3 --,ne m'en voulez pas1 ma soeur2 il vaut mieux que je ne rentre pas ,saxon3 j'y serais un sujet de honte pour vous tous4 ,ah6 si quelquefois vous m'avez trouve orgueilleuse1 j'en suis bien punie maintenant1 et je ne pense plus qu' m'aller cacher avec mon fardeau4 ,alors la soeur ,euphrasie1 comprenant ce qu'elle souponnait depuis des semaines et que tout le pays dnonait1 embrassa ,thrse4 ,les deux pauvres filles pleurrent ensemble1 et tandis que soeur ,thrse s'en allait au couvent de ,notre-,dame1 soeur ,euphrasie reprenait pied1 avec la ,mouya1 le chemin de ,saxon4 ,lopold1 au reu du billet de ,thrse1 dont il devina le contenu avant que de l'ouvrir1 se leva4 ,mais il n'y avait pas de pice o il pt aller pleurer en secret2 il dut rester l1 sous les yeux de ,franois1 des soeurs ,euphrasie et ,lazarine1 et de la vieille mre ,sellier4 ,malgr son violent dsir de dominer sa douleur1 des larmes roulrent sur ses joues4 ,mais il ne fit aucune rflexion et jamais ne demanda de dtails soeur ,euphrasie4 ,,chapitre ,,xiii ,,le ,,martyre ,,de ,,la ,,sagesse ,les schismatiques taient chasss du plateau1 mais ils s'accrochaient avec l'nergie du dsespoir aux pentes de la colline4 ,ni le prfet1 ni l'vque ne pouvaient se satisfaire d'un succs incomplet2 un ferment de dsordre restait toujours ,saxon2 il fallait dbarrasser le pays des ,baillard4 ,c'est ce qu'un gendarme dit un jour tout bonnement au grand ,franois qui s'en revenait de ,vzelise4 ,il l'aborda avec un mlange de raideur et de bonhomie1 et une familiarit qui ne disait que trop la dchance des ,baillard1 et lui tint ce petit discours3 --,je vous avertis dans votre intrt4 ,cessez toutes vos histoires4 ,mon chef a reu des plaintes de la brigade de ,nancy4 ,on lui reproche de n'avoir fait aucun rapport sur vous autres1 malgr tous les mauvais bruits qui courent sur votre compte4 ,le chef a rpondu3 ,je ne peux pourtant pas inventer1 mais soyez sr que je les tiens l'oeil4 ,pour moi1 je ne dis pas que vous soyez des mauvaises gens4 ,mais il y en a dj plusieurs des vtres qui ont fil2 vous devriez en faire autant4 ,quand ,franois lui rapporta cette conversation1 ,lopold fut terrifi4 ,il aurait voulu suspendre pour un temps toutes les crmonies4 ,mais la ,pentecte approchait1 la plus grande fte de l'anne1 pour tous ceux qui substituent aux commandements de l'glise leur inspiration personnelle3 c'est le jour o l',esprit descendit4 ,les ,enfants du ,carmel pouvaient-ils lui refuser un culte solennel8 ,le matin de ce grand jour1 dix heures1 on se runit dans la grange de ,pierre ,mayeur4 ,il y avait l une dizaine de personnes3 les soeurs ,lazarine1 ,euphrasie et la bonne ,marie-,anne ,sellier1 la mre ,poivre1 les veuves ,munier et ,seguin1 ,amlie ,mayeur et le fanfan ,jory4 ,lopold clbra la messe1 assist de ,franois4 ,au moment du prne1 il commenta de la manire la plus loquente ce grand texte essentiel de l'vangile selon saint ,jean1 qui est le point de dpart de toutes les doctrines gnostiques3 ,cum autem venerit ille spiritus veritatis1 docebit vos omnem veritatem4 ,il insistait sur cet omnem1 plnitude et complment de la vrit1 qu'une seconde rvlation doit nous apporter1 quand soudain1 par-dessus les ttes de son petit auditoire1 il aperut des ombres suspectes qui rdaient dans le jardin4 ,il se troubla1 balbutia4 ,au mme moment1 on frappait la porte4 ,tous les ,enfants du ,carmel s'lancrent pour la fermer4 ,trop tard6 ,m4 le maire ,janot faisait irruption avec l'adjoint et le garde champtre4 --,monsieur1 dit-il1 en s'adressant ,lopold1 avez-vous la permission du procureur imprial pour faire la runion que vous tenez ici8 ,lopold rflchit un instant et rpliqua3 --,je suis dans mes fonctions sacres1 et ce n'est pas le moment pour moi de rpondre vos questions4 ,alors le maire s'emporta3 --,il faut en finir avec toutes vos simagres4 ,de son accent le plus sacerdotal1 ,lopold rpondit3 --,nous prions1 nous ne faisons aucun mal4 ,cependant le garde champtre1 avant avis un tableau de saintet qui ornait le mur au-dessus du tabernacle1 le prit pour un portrait de ,vintras et voulut le saisir comme un objet dlictueux4 ,dans le mme temps1 le maire se jeta sur le calice en argent et l'enleva de l'autel4 ,ce que voyant1 le ,pontife de ,sagesse s'lance1 bouscule le maire1 lui met le pied sur le ventre et lui arrache des mains l'objet sacr tout tordu4 ,aussitt1 l'adjoint et le garde champtre s'crient3 --,un coup de pied monsieur le maire6 ,un coup de pied monsieur le maire6 ,et tous trois se htent de sortir de la grange4 ,m4 ,janot parcourt les rues1 les mains sur le ventre1 se plaignant de fortes douleurs et proclamant qu'il venait de mander les gendarmes de ,vzelise4 ,tout le village menaant accourt devant la maison4 ,a l'intrieur1 autour de ,lopold1 il ne reste plus que ,franois1 ,euphrasie et ,marie-,anne ,sellier4 ,les autres avaient fui4 ,franois se dvoua4 ,il rsolut de sortir pour aller chercher du secours4 ,mais avant de s'lancer dans la rue1 il se mit genoux devant son frre et lui demanda sa bndiction4 ,a peine eut-il paru sur le seuil de la grange que les hues clatrent et les cris de3 ,au loup6 ,au loup6 ,les jeunes gens s'lancent pour l'arrter au nom de la loi4 ,ils le rejoignent devant la maison du petit ,henry1 qui1 courageusement avec sa femme1 veut le faire entrer chez lui4 ,mais on lui barre la porte4 ,il prend sa course4 ,d'autres surviennent et se mettent en travers de la route4 ,il se jette dans les champs4 ,toute la troupe compose de plus de cinquante hommes1 garons1 filles1 enfants1 lui donne la chasse toutes jambes1 avec des cris et des rires1 car ils ne le dtestaient pas1 mais saisissaient avec plaisir l'occasion de lutter avec un homme si fort4 ,ils l'atteignent1 lui sautent au collet4 ,il se dbarrasse des premiers assaillants et fait le vide autour de sa personne avec son parapluie4 ,alors ce fut fini de rire4 ,sous les coups1 ils deviennent furieux1 et tous ensemble ils montent l'assaut4 ,son chapeau vole dans la boue2 sa ceinture est arrache2 sa soutane1 mise en pices4 ,ils s'enivrent de dchirer des insignes respects et de taper au nom du vrai ,dieu sur le serviteur rejet de ,dieu4 ,enfin le voil culbut dans un bourbier2 ses agresseurs tiennent sous leurs genoux sa poitrine1 son ventre1 ses pieds1 et lui frappent la tte contre les pierres1 toutes les fois qu'il veut la lever4 ,c'est ,gulliver par-dessous les habitants de ,lilliput4 ,lopold s'tait rfugi dans le grenier de ,pierre ,mayeur4 ,du haut de sa lucarne1 bien cach1 il vit revenir ,franois4 ,dans quel tat1 grand ,dieu6 ,couvert de boue1 il avait la tte nue1 les mains lies derrire le dos2 le jeune ,rouyer1 fils d',alexis et un valet de ferme1 ,antoine ,mounier1 le tenant chacun au collet1 le poussaient en avant4 ,toute une troupe hurlante suivait4 ,deux dentellires marchaient sur le ct1 l'une un brin de muguet aux lvres1 les yeux brillants1 et l'autre plus excite encore chantait4 ,parfois elles couraient par derrire pour lui piquer les mains avec les aiguilles qu'elles prenaient leur corsage4 ,l-haut1 sa lucarne1 ,lopold invisible et tremblant regardait toujours4 ,franois1 qui devina sa prsence plutt qu'il ne l'aperut1 dtourna de lui ses yeux pour ne pas le trahir4 ,il n'y eut dans tout le village que deux personnes pour dfendre le martyr3 ,marie-,anne ,sellier et une enfant de sept ans1 la propre nice des pontifes1 qui jetait les hauts cris en appelant3 ,mon ,nonon6 mon ,nonon6 ,elles furent brutalement repousses1 et la veuve courageuse jete dans le ruisseau du chemin4 ,on mena ,franois dans la maison commune1 o trente quarante personnes se relayrent pour l'insulter et monter la garde autour de lui4 ,euphrasie et ,lazarine1 qui voulurent s'approcher pour le consoler et lui donner quelque nourriture1 furent impitoyablement cartes1 jusqu' une heure de l'aprs-midi1 o soeur ,euphrasie russit lui remettre un peu de sucre et lui glisser un billet de son an qui lui disait3 ,courage1 martyr du ciel4 ,j'ai prvenu la gendarmerie4 ,vers cinq heures1 le prisonnier1 en regardant par la fentre1 vit venir deux gendarmes cheval4 ,il ne douta pas que l'instant de sa revanche ne ft arriv1 et1 cartant ses gardiens1 il s'installa dans la chaire du matre d'cole pour exposer ses plaintes aux reprsentants de la force arme avec plus d'autorit4 ,mais le brigadier1 comme en fureur lui-mme1 le fit taire aussitt3 --,sclrat1 vous avez donn un coup de pied au maire4 --,moi6 moi6 j'ai donn un coup de pied monsieur le maire6 s'cria le grand ,franois suffoqu d'indignation4 ,mais avec ma force et ma taille et la prise que me donnait sa corpulence1 je l'aurais ventr6 ,le fait d'ailleurs est contraire mon caractre sacerdotal et mon caractre personnel1 connu de tous pour tre trop bon et misricordieux4 ,pour toute rponse1 le brigadier lui passa les menottes1 et1 s'apprtant monter cheval1 lui dit avec simplicit3 --,en route1 mon garon4 ,franois1 tout endolori des coups qu'il avait reus le matin1 se dclara incapable de marcher4 --,il le faudra pourtant bien1 rpondit le brigadier exaspr4 ,et aussitt1 il dnoua la longe qui pendait l'aron pour attacher ,franois par les menottes son cheval4 ,puis il se mit en selle4 ,ds le premier pas1 le malheureux chancela et vint tomber sur la croupe de la bte qui fit tte--queue4 --,qu'on m'apporte une corde1 hurla le brigadier1 je la lui passerai au cou4 ,c'est alors que survint l'honnte monsieur ,haye1 qui1 de sa voix ferme et pose s'adressant au gendarme3 --,mais1 ,monsieur1 ce n'est pas ainsi que l'on traite le monde4 ,vous voyez bien que monsieur l'abb a de la peine se tenir droit4 --,eh bien6 qu'y faire8 repartit l'autre1 un peu honteux d'avoir t surpris en colre par un homme si raisonnable4 ,je n'ai pas de voiture4 ,voulez-vous lui en payer une8 --,volontiers1 rpondit monsieur ,haye4 ,combien faut-il8 --,j'en fournirais une pour trente sous1 dit un des plus acharns bourreaux qui saisit l'occasion d'un profit4 ,monsieur ,haye lui remit sur l'heure une pice de quarante sous1 et il ajouta en s'adressant tous3 --,aprs tout1 ces messieurs n'en valent ni plus ni moins que quand vous buviez leur bon vin4 ,il y eut un moment d'accalmie4 ,on conduisit ,franois dans la maison de ,marie-,anne ,sellier4 ,il y prit un bouillon et un verre de vin1 et se disposait manger un peu de viande1 quand le brigadier donna l'ordre de le renchaner et de le mettre sur la voiture4 ,ils partirent4 ,a peine taient-ils sortis du village que le brigadier1 tout en cavalcadant1 dit son prisonnier d'un air satisfait3 --,ah6 mon gaillard1 il y a longtemps que je vous surveille6 ,a ,vzelise1 on tait averti4 ,les rues1 sur le passage du cortge1 taient couvertes de monde1 et les gamins accompagnrent le grand ,franois de leurs insultes4 ,parmi les spectateurs1 beaucoup tmoignaient leur joie de voir enfin le canton dlivr d'intrigants effronts1 qui faisaient des dupes et jetaient la division dans les familles4 ,en arrivant la prison1 ,franois trouva une blouse que le juge de paix1 par respect pour la soutane1 lui faisait parvenir4 ,mais il demanda vainement qu'on le mt dans un cachot encore inoccup4 ,on le poussa avec un autre dtenu1 auquel il abandonna la paille hache et la couverte4 ,a cette mme heure1 dix heures du soir1 ,saxon1 la porte de derrire de la maison ,mayeur s'ouvrait sur le jardin4 ,un homme apparut sur le seuil1 et1 aprs avoir observ quelques instants la campagne silencieuse1 s'enfona dans la direction de ,vaudmont4 ,c'tait ,lopold ,baillard1 vtu de pauvres vtements laques et portant au bout d'un bton1 sur son paule1 un maigre ballot nou dans une serviette4 ,on et dit le conscrit classique1 mais le conscrit sans la jeunesse4 vitant les sentiers ordinaires1 le fugitif traversa les chnevires1 les prairies1 les fonds humides dont l'habitude lui avait rendu les dtours familiers4 ,il se dirigeait en grande hte1 avec des mouvements de terreur1 vers le pays de ,langres4 ,comme il passait au pied de la cte de ,vaudmont1 la lune1 sortant d'un nuage1 claira avec plus de force la vaste campagne muette1 o quelques bouquets d'arbres mettaient seuls1 et l1 des tnbres4 ,craignait-il cette lumire8 prouvait-il trop de fatigue d'une si terrible journe8 ,sous les frnes battus du vent1 travers les buissons d'aulnes et de cytises1 ,lopold gravit la pente et s'en alla s'abriter dans la grande ombre de la tour de ,brunehaut1 prs du petit cimetire4 ,elle est bien romantique1 cette nuit1 la vieille ruine des comtes de ,vaudmont1 avec ses pauvres tombes paysannes1 son glise1 ses grands arbres et l'immense horizon sur la plaine nocturne6 ,c'est une de ces solitudes o s'attarde aux heures de crise un hros malheureux2 c'est l qu'un vaincu1 par les exclamations de son dsespoir1 appelle les esprits infernaux et leur livre son me contre une promesse de revanche4 ,on n'y entendait que le coassement des marcages et la respiration mystrieuse de la nuit4 ,mais ,lopold eut bientt fait de remplir ce dsert des fantmes conjurs par sa propre imagination4 ,en leur compagnie1 jusqu' l'aube1 il erra sous les grands arbres4 ,il s'levait contre ses perscuteurs1 et pour soutenir et raviver sa passion1 l-bas1 sur le plateau du couvent1 il voyait briller une petite lumire1 la lampe de l',oblat qui veillait dans la cure4 ,autour de cette flamme1 se ralliaient tous ses ennemis1 ceux d'autrefois et ceux d'aujourd'hui4 ,les plus coupables1 disait-il1 les responsables de tout le mal1 ceux qui en sont la cause premire quoique loigne1 ce sont les chansonniers1 ceux qui ont compos et rpandu ces affreux couplets si puissants sur le peuple1 o sont dprcies et vilipendes les choses les plus respectables et les personnes d'un caractre sacr4 ,les plus coupables1 ce sont les chanteurs habituels de ces chansons1 femmes1 filles1 jeunes gens qui en ont fait couler le poison mortel dans les coeurs4 ,les plus coupables1 ce sont ces parents cruels qui1 au lieu de rprimer ces chants moqueurs1 aussi pernicieux pour leurs enfants qu'insultants pour ceux qu'ils attaquaient1 les ont soufferts complaisamment et souvent mme les excitaient par leurs clats de rire4 ,les plus coupables1 les premiers coupables1 les grands coupables1 ce sont surtout les prtres de toutes les paroisses voisines qui1 au lieu de la doctrine de paix et d'amour1 n'ont su faire entendre du haut de la chaire que des discours de mpris et de haine contre leurs confrres4 ,mais par-dessus tous encore1 le coupable par excellence1 le coupable de tous les autres coupables1 c'est l'vque1 qui suspend1 interdit1 condamne1 foudroie par tous les moyens trois prtres1 jusque-l honors1 et qui1 lanant contre eux les premires et les plus solennelles insultes1 autorise1 excite1 commande toutes celles qui les ont suivies444 ,la nuit tait magnifique4 ,la pleine lune versait les flots de sa lumire magique sur la plaine et sur la colline rendue plus mystrieuse4 ,les toiles se levrent au-dessus du donjon1 des branchages et des croix funraires4 ,lopold sentait se rompre le cercle ordinaire de ses ides4 ,au terme d'une journe si amre1 qui venait de l'atteindre aux sources de son me1 il gotait une consolation de cette tour millnaire et de ces pierres tombales4 ,leur solitude l'invitait se faire une solitude dans son coeur4 ,il renia ses paroissiens1 tous les vivants de ,sion1 de ,saxon1 de ,vaudmont et de toute la plaine1 hormis une poigne de justes1 pour n'aimer que les morts et le ciel4 ,il se glorifia en songeant qu'il s'tait perdu dans le monde visible pour le service du monde invisible4 ,et sans dtacher son regard de la petite lumire de son ennemi1 il se jeta genoux dans l'herbe des tombes2 il pria ,dieu2 il lui demanda que la ,vierge indigne par l'ingratitude des paysans n'abandonnt pas son trne de ,sion4 ,la tradition raconte que quelques-uns de ceux qui1 le matin1 s'taient acharns sur ,franois1 avaient guett ,lopold1 qu'ils l'avaient vu s'enfuir et s'abriter dans les ruines du chteau et1 que n'osant pas l'arrter1 ils coururent avertir la cure4 ,on dcida qu'il n'y avait qu' laisser faire le schismatique si de lui-mme il quittait le pays444 ,ainsi dans l'heure o ,lopold1 sur une des pointes de la colline1 priait ,dieu en surveillant la maison claire de l',oblat1 celui-ci1 entour des vainqueurs1 rendait grce au ciel et1 depuis la terrasse de ,sion1 cherchait distinguer travers l'espace les mouvements du rprouv4 ,je ne vais jamais ,vaudmont m'asseoir sur la ruine1 auprs du cimetire1 que je ne songe au fugitif contemplant la petite lumire de son ennemi dans son domaine perdu444 ,a l'aube1 ,lopold ,baillard1 non sans tourner la tte1 s'loigna sur la route de l'exil en jurant de revenir4 ,,chapitre ,,xiv ,,la ,,colline ,,respire ,reposons-nous1 la colline est tranquille1 dlivre des ,baillard4 ,le monde a rejet ces trois audacieux4 ,voici ,quirin en ,bourgogne1 sous un toit prcaire1 oblig des travaux indignes de sa clricature2 voici ,franois enferm pour trois mois dans la prison de ,nancy2 voici ,lopold1 enfin1 qui arrive tout puis ,londres1 auprs de ,vintras1 et qui une condamnation par dfaut interdit pour cinq annes de rentrer en ,france4 ,la montagne respire du dpart de ces insenss4 ,ils ont follement dpens1 prodigu1 gch ses forces religieuses accumules4 ,ils l'puisaient et la compromettaient4 ,il faut qu'elle se refasse1 qu'elle rpare2 il faut que la solitude et le silence recomposent les prestiges et l'autorit qu'un cortge de carnaval en quelques mois vient de dilapider4 ,un beau silence se rinstalle sur la colline4 ,c'est le grand silence du nouveau rgime imprial2 c'est1 mieux encore1 le silence des nuits1 des matines1 des brouillards4 ,jouissons de cet apaisement4 ,la ,reine ternelle de ,sion est reine des batailles2 nous l'honorons comme une ,victoire sur son acropole1 quand elle anantit une barbarie renaissante2 mais elle est aussi la figure de la fcondit1 le symbole de la terre inpuisable sous la caresse des quatre saisons4 ,gotons-la dans un dcor qui varie des diamants d'une gele d'hiver aux illuminations d'un coucher de soleil en automne4 ,connaissez-vous la rude allgresse de gravir les pentes de la colline par une courte aprs-midi glaciale de l'hiver8 ,il semble que vous remontiez dans les parties les plus recules de l'histoire4 ,le ciel est couvert d'pais nuages qui naviguent et sous lesquels des troupes de corneilles1 par centaines1 voltigent1 allant des sillons de la plaine jusqu'aux peupliers des routes1 ou bien s'levant une grande hauteur pour venir tomber d'un mouvement rapide1 au milieu des arbres qui forment1 sur le sommet1 le petit bois de ,plaimont4 ,par intervalles1 un vent glac balaye la colline en formant des tourbillons d'une force irrsistible1 et il semble que tous les esprits de l'air se donnent rendez-vous l-haut1 assurs d'y trouver la plus entire solitude4 ,c'est un royaume tout arien1 tincelant1 agit1 o la terre ne compte plus1 livr aux seules influences inhumaines du froid1 de la neige et des rafales4 ,mais vienne le printemps et ses longues journes molles1 charges de pluie1 charges de silence4 ,sur les branches encore nues et sur la terre brune1 tout se prpare surgir1 prcd1 annonc par l'aubpine dans les ronces et par l'alouette dans le ciel4 ,la pluie1 toujours la pluie6 ,la plaine et les villages1 autour de la colline1 se recueillent sous les longues averses qui flattent leur verdure4 ,journes d'indiffrence et de monotonie1 o les vergers et les prairies et toutes les cultures1 sous un grand ciel charg d'humidit1 sommeillent et nous prsentent un visage de douceur1 de force et de maussaderie4 ,le printemps est triste en ,lorraine1 ou du moins svre3 la neige1 tous instants1 passe encore dans le ciel et prolonge ses derniers adieux4 ,vers la fin des plus belles journes1 il n'est pas rare que l'hiver1 dans un dur coup de vent1 revienne montrer sa figure entre les nuages du soleil couchant4 ,n'importe6 ,nous gotons une sensation de scurit2 au fond de nous1 un tre primitif connat le cycle de la nature et se rjouit avec confiance d'une suite de jours qui vont verdir et1 de semaine en semaine1 embellir4 ,quand le soleil brille au-dessus de la terre mouille et que les oiseaux s'lancent et font our la fracheur toute neuve de leurs voix1 nous respirons1 dans l'averse qui vient de passer1 une force prte se dvelopper1 une vigoureuse esprance1 un long espace de plaisir1 qui va depuis les coucous et les marguerites d'avril jusqu'aux veilleuses de septembre4 ,par les grands jours d't1 le promeneur gravit la cte de ,praye jusqu' la ,croix de ,sion1 en cherchant le peu d'ombre qu'y mettent le talus et les minces peupliers4 ,de temps autre1 il se retourne1 en apparence pour admirer le vaste panorama1 au vrai1 pour reprendre haleine4 ,mais l-haut1 tout est facile1 agrable2 c'est la saison pour errer vers ,vaudmont1 travers les friches et sous les futaies de charmes1 de noisetiers et de chnes1 dans le joli bois de ,plaimont4 ,bois charmant1 dsert et civilis1 o les sentiers sont amnags en charmilles1 o l'on s'attend1 chaque pas1 dboucher sur un dcor de vieilles pierres1 sur quelque chteau entour d'ifs taills en boulingrins4 ,en flnant1 en rvant1 on gagne le ,signal1 le mamelon herbu qui marque le plus haut point de la colline4 ,ici l'immense horizon imprvu1 la griserie de l'air1 le dsir de retenir tant d'images si pures et si pacifiantes obligent faire halte4 ,c'est une des plus belles stations de ce plerinage4 ,on passerait des heures entendre le vent sur la friche1 les appels lointains d'un laboureur son attelage1 un chant de coq1 l'immense silence1 puis une reprise du vent ternel4 ,on regarde la plaine1 ses mouvements puissants et paisibles1 les ombres de velours que mettent les collines sur les terres laboures1 le riche tapis des cultures aux couleurs varies4 ,aussi loin que se porte le regard1 il ne voit que des ondulations3 plans successifs qui ferment l'horizon2 routes qui courent et se croisent en suivant avec une mollesse les vallonnements du terrain2 champs incurvs ou bombs comme les raies qu'y dessinent les charrues4 ,et cette multitude de courbes1 les plus aises et les plus varies1 ce motif indfiniment repris qui meurt et qui renat sans cesse1 n'est-ce pas l'un des secrets de l'agrment1 de la lgret et de la paix du paysage4 ,cette souplesse et le ton salubre d'une atmosphre perptuellement agite1 analogue celle que l'on peut respirer dans la haute mture d'un navire1 donnent une divine excitation notre esprit1 nous dgagent1 nous purent1 nous disposent aux navigations de l'me4 ,mais sur ce haut ,signal1 mme au coeur de l't1 la brise nous pntre et nous glace4 ,on se remet en route sur l'troite et longue crte qui mne ,vaudmont4 ,un berger nous salue1 seul au milieu de ce dsert1 o rien1 pas mme un arbre1 ne lui tient compagnie4 ,comme le soir qui vient donne aux choses un caractre d'immensit6 ,la rverie s'gare1 dans ce paysage infini1 sur les formes aplanies sur la douceur et l'usure de cette vieille contre4 ,et soudain1 nos pieds1 l'extrmit du promontoire1 surgit un noble chteau ruin1 au milieu de toits rouges4 ,l-bas1 ne vais-je pas apercevoir un cavalier qui monte vers la forteresse inconnue8 ,des sentiments romanesques1 depuis longtemps perdus1 se rveillent en nous3 l'espoir de quelque inattendu1 le souvenir d'images aimes bien effaces4 ,c'est dans notre esprit un besoin indfinissable de lgende et de musique4 ,mais la nuit vient1 et je connais la ruine de nos ducs3 je sais que1 plus morte que la maison du ,matre de ,ravenswood1 elle n'a mme pas de ,caleb2 il est temps de se proccuper du repas et d'un gte3 il est temps de retrouver notre voiture dans la plaine4 ,cependant l'anne s'achve4 ,rien n'gale les grandes journes de septembre1 si douces que l'on voudrait y ralentir l'coulement des heures1 et sans fin les respirer et les remercier4 ,dans ces journes clmentes1 d'une qualit si fine de lumire et d'air1 le passant ne croit pas aux svrits prochaines de la nature1 et dj toute la montagne se prpare soucieusement l'hiver4 ,sous le dernier soleil1 les manoeuvres scient et prparent les bches pour le chauffage des oblats4 ,le grand jardin mthodiquement dpouill prend sous les derniers soleils son aspect hivernal1 et l'oeil n'y trouve plus que de hautes tiges de choux qui peuvent impunment subir les geles4 ,autour des deux auberges et dans les chnevires1 o courent une multitude de volailles1 l'humble vie rustique du plateau termine son cycle4 ,les petits bois nombreux frissonnent sous le vent qui les dpouille et rpondent aux mouvements d'un grand ciel nuageux4 ,tout cherche son sommeil4 ,et devant cette sorte de rsignation1 de mdiocrit pastorale1 on s'tonne navement que soit ici le lieu d'un grand panouissement spirituel4 ,qu'elle est charmante dans ses quatre saisons la colline bleutre6 ,mais l'on s'ennuierait la longue de cette solitude4 ,le coeur s'y gonfle d'air pur1 mais reste sans mouvement1 inactif1 inerte2 il voudrait aimer1 rprouver1 agir4 ,cette nature toute seule nous communique mille sentiments qui ne savent que faire d'eux-mmes dans ce dsert4 ,il manque ici une prsence1 quelque forme qui incorpore les nergies de ce haut lieu4 ,o sont les fils de la colline8 ,que deviennent les ,baillard8 ,au milieu de ces splendeurs physiques1 pouvons-nous ne pas apercevoir ,franois1 si mince1 peine respirant1 tapi dans le creux de ,saxon2 et le regard de l'esprit peut-il ne pas chercher l-bas1 dans le brouillard de la ,tamise1 ,lopold assis sur la rive trangre1 qui rcite inlassablement les psaumes de l'exil8 ,les fontaines qui s'enfuient de ces pentes1 o qu'elles aillent se perdre1 participent de la colline qui les mit au jour4 ,les anciens donnaient le mme nom1 rendaient le mme culte au sommet et la source qui en sortait4 ,elle et lui ne formaient qu'un seul principe divin4 ,une force invincible unit toujours les ,baillard la montagne sainte4 ,c'est assez pour que nous maintenions sur eux notre regard1 durant ces misrables annes d'un hivernage sans sommeil1 durant ces cinq annes o spars les uns des autres1 il vivent en veilleuses4 99 99 99 99 99 ,trois mois aprs la journe de la ,pentecte1 qui avait vu l'crasement des ,enfants du ,carmel1 sur la fin d'une aprs-midi d'octobre1 une ombre se glissait dans ,saxon et jusqu' la maison de ,marie-,anne ,sellier1 une ombre misrable3 c'tait ,franois1 mis en libert aprs avoir subi sa peine1 ,franois1 maigre1 efflanqu1 demi-fou1 qui regagnait son gte4 ,chez la veuve compatissante1 il retrouva la pauvre soeur ,euphrasie1 et tous trois1 baissant la voix1 passrent la nuit causer de ,lopold qui1 depuis ,londres1 avait enjoint son cadet de rentrer sur la sainte colline pour y donner ses soins la petite communaut4 ,le grand ,franois qui est revenu6 ,cette nouvelle fit une prodigieuse explosion dans tout le village4 ,les enfants1 avertis au sortir de l'cole1 s'lancrent joyeusement1 leurs sabots la main1 sur les pentes du plateau et attendirent le pauvre homme1 l-haut1 devant l'glise o son premier soin avait t de monter pour y prier et pour s'y dchirer le coeur4 ,il apparut4 ,quelle mascarade6 ,dfense lui avait t signifie de porter dornavant le costume ecclsiastique4 ,il tait vtu d'une longue redingote noire et d'un vieux pantalon1 chauss de gros souliers crevs et coiff d'un gibus informe4 ,une abondante chevelure retombait presque sur ses paules4 ,son nez s'tait allong1 ses joues fltries et creuses1 sa haute taille vote4 ,entour1 assailli par cette nue sans piti1 on et dit un mannequin des champs qui a cess d'effrayer les oiseaux4 ,l',oblat1 un peu cach dans le corridor de la cure1 comparait ce cortge de carnaval avec les processions que les ,baillard menaient jadis sur le plateau1 et il admirait la justice de ,dieu4 ,pour le pauvre revenant1 ainsi bafou par des polissons qui rcemment encore il faisait le catchisme1 ce qui lui retourna le coeur1 c'est quand il vit la chienne de ,lopold1 la ,mouya1 la ,meilleure1 qui se tenait la queue basse sur le seuil de la cure o1 depuis la grande catastrophe1 elle avait trouv sa pte4 ,effraye par tout ce tapage1 la bte n'eut aucun mouvement vers son ancien matre1 qui1 lui-mme1 sentant l'impossibilit d'une nouvelle rixe1 tchait de regagner au plus vite sa niche4 ,il et voulu s'y terrer1 ne plus bouger d'entre ses deux femmes4 ,la faim l'obligea de sortir4 ,on le vit circuler dans les fermes en qute de travail4 ,ce fut des affronts qu'il trouva4 ,le malheureux cassa des cailloux sur les routes4 ,il lisait son brviaire1 cach derrire une haie4 ,partout les enfants le suivaient1 s'amusaient le mettre en colre1 s'en pouvanter1 lui jeter des quolibets et des pierres4 ,il devint le souffre-douleur qu'il y a toujours dans un village4 ,l'hiver s'avana1 et au dbut du printemps1 il se louait avec la soeur ,euphrasie1 pour les travaux des champs4 ,une vieille demoiselle septuagnaire1 ,mlle lise ,magron1 m'a donn une image saisissante de leur misre4 tant jeune fille1 m'a-t-elle racont1 je descendais avec mon oncle1 le cur de ,xaronval1 par une chaude aprs-midi1 la cte de ,sion4 ,un homme et une femme1 prs de la route1 bchaient les pommes de terre4 ,l'homme avait un pantalon de treillis1 comme les soldats la corve1 et un vieux chapeau de paille4 ,la femme1 une pauvre jupe raccourcie1 ainsi qu'on en voit aux mendiantes devant les fermes4 ,tous deux1 les pieds nus dans des sabots4 ,ils salurent profondment mon oncle1 qui leur rendit le salut et passa4 ,je vis bien qu'il tait troubl et1 aprs un temps1 je lui dis3 ,ils vous ont salu1 mon oncle1 comme des gens qui vous connaissent4 ,il me rpondit3 ,c'est le grand ,franois et la soeur ,euphrasie4 ,je n'ai pas voulu m'arrter1 mais tout de mme1 a m'a fait quelque chose4 ,voici donc en quel tat un familier des jours heureux et la petite fille que ,lopold avait tant effraye1 quand il s'tait nomm devant elle sur le seuil du presbytre1 retrouvaient un collgue1 jadis charg d'oeuvres et d'estime6 ,j'ai senti1 dans ce souvenir de soixante ans que je ranimais sous les cendres1 ce qu'eut de retentissement pathtique la chute des ,baillard dans le coeur des plus nobles de leurs anciens amis4 ,mais ceux-ci pour un bien suprieur devaient touffer leur sentiment4 ,si quelque piti s'leva dans la plaine de ,sion1 elle ne prit pas de voix4 ,personne ne mit en question le droit de tous lancer des pierres au chien galeux4 ,le pauvre ,pontife de ,sagesse6 ,il est l1 tapi dans la maison de ,marie-,anne ,sellier1 pas une maison confortable comme celle des parents ,baillard ,borville1 ni comme les presbytres de village1 ni comme le couvent de ,sion6 ,s'il pleut1 on entend l'eau sans rpit ruisseler sur les murs et percer des gouttires dans le toit2 aux temps de dgel1 on est transi d'humidit4 ,le grand vent de ,lorraine1 quand il enveloppe et pntre cette masure de ses sifflements1 l'isole encore du monde4 ,et l-haut1 sur le sommet1 la ruine est pire1 plus dsolante que tout pour le coeur de ,franois4 ,ceux qui virent cette poque le plateau de ,sion ne l'ont jamais oubli4 ,c'est une image qui1 dans ce pays tout de repos et d'imagination assoupie1 a exerc une influence norme sur la formation de toute une jeunesse4 ,lorsqu'on nous menait en promenade ,sion1 me raconte un sexagnaire1 ancien lve du collge de ,vzelise1 nous passions devant la chtive maison des ,baillard2 on se la montrait du doigt et l'on disait tout bas3 ,c'est l qu'ils demeurent1 car ils nous paraissaient marqus au front par le doigt de ,dieu2 ils taient hors de l'glise et pour lors des damns4 ,et arrivs sur le plateau1 nous faisions irruption1 en vrais sauvages1 dans leur grand couvent1 ouvert toutes les pluies et pas gard4 ,nous nous croyions les vengeurs de la sainte glise1 les soldats de ,dieu4 ,nous salissions et brisions tout4 ,quel bonheur de jeter indfiniment des dbris1 des pierres1 des tuiles dans le puits trs profond1 pour couter le temps qu'ils mettaient toucher l'eau4 ,quelle volupt encore de faire crouler une poutre1 un plafond branlant444 ,dans cet effondrement1 comment l'me de ,franois put-elle subsister8 ,cette me religieuse1 exclue de l'glise et vide de tout son contenu dogmatique1 a d devenir la proie des spectres qui se lvent de la solitude4 ,srement le choc de la catastrophe a fait surgir en elle de folles terreurs4 ,jet hors de son ordre et1 l'on peut dire1 hors de la loi1 spar de toute socit1 sauf de quelques pauvres gens qui se serrent contre lui1 ,franois est retourn cette sorte de fatalit qui pse sur un paysan ignorant444 ,c'est du moins ce qu'on croit au presbytre4 ,on imagine que chez ,marie-,anne le prtre schismatique est sur la paille avec le ,diable4 ,eh bien6 non1 il est avec les anges4 ,il lit ses deux compagnes blouies les messages prophtiques que depuis l'exil lui envoie ,lopold4 ,c'est l'esprit qui souffle de ,londres qui maintint ,franois au-dessus de l'animalit4 ,il vcut des lettres de son frre et d'une correspondance intarissable4 ,pendant cinq annes1 ,lopold projeta jusqu' ,sion les grandes rveries que ,vintras laborait4 ,elles consolrent1 enivrrent le pauvre solitaire de la colline4 ,ce qu'il y avait d'enthousiasme et d'amour au fond de ces extravagances le sauva4 ,dans sa niche de ,saxon1 ,franois ,baillard est un chien pouvant par des ombres1 que son coeur fidle sauvegarde1 et qui se rassure s'il entend d'incomprhensibles paroles1 pourvu qu'elles viennent de ceux qu'il aime4 ,et ,lopold lui-mme1 comment aurait-il pu vivre1 si tous les liens avaient t rompus pour lui avec cette colline o il puisait depuis toujours les aliments ncessaires sa vie morale8 ,install dans un faubourg de ,londres1 le petit cercle extravagant des ,vintrasiens partageait les privations des proscrits de l',empire et semblait se confondre avec eux4 ,mais mieux voir1 c'tait un cercle de derviches tourneurs4 ,pendant cinq annes1 ,lopold1 un coude sur le genou1 la tte appuye dans la paume de sa main1 contempla de son regard intrieur les milliers de songes qui se levaient incessamment de sa conscience1 comme des nues de moustiques d'une eau morte1 ou bien1 soulevant ses paupires1 il surveillait le prophte ,vintras4 ,l'homme positif1 l'homme d'entreprises qu'avait t le restaurateur de ,flavigny1 de ,mattaincourt1 de ,sainte-,odile et de ,sion1 cet homme si actif1 qui venait d'tre jusqu' la cinquantaine anim par des soucis d'argent et de domination1 semblait s'tre vanoui4 ,on l'avait chass de toutes ses entreprises2 il se rfugia vers le fond de ce mouvement lumineux qu'il entrevoyait en lui4 ,il ne vivait plus que pour pressentir l'invisible4 ,ces cinq annes ne furent pour lui que de grands espaces remplis du seul mouvement de son coeur4 ,dans cette preuve de la ruine et de l'exil1 il se rfugiait sur son trsor intrieur1 dans la rgion de l'me o il n'y a plus de raisonnement1 aucune pense formule4 ,a certaines heures toutefois1 il se plaignit qu'au milieu des brouillards de l'exil1 il n'et plus d'effusion1 plus de dsir1 plus une raison de vivre4 ,il se tournait alors en esprit vers la colline et son petit cnacle4 ,a cette ide seule de ,sion1 il se remettait tressaillir4 ,pour recharger sa conscience1 que la perptuelle contemplation du ,dieu de ,vintras aurait pu puiser1 il suffisait d'un mot de ,franois4 ,cette voix de la sainte montagne ravivait en lui toutes les forces de l',esprance4 ,ainsi les deux frres vcurent rellement en deux endroits la fois3 ,franois auprs de ,lopold ,londres et ,lopold ,sion aux cts de ,franois4 ,chacun d'eux tait dans l'exil et sur la colline4 ,et leurs lettres1 ce sont des strophes alternes qui s'emmlent et se rpondent1 les hymnes de la captivit4 ,et ,quirin8 ,il participe cette vie de ses deux ans1 leur change perptuel de regrets et de dsirs4 ,le bon ,m4 ,madrolle a mis libralement sa disposition une maison agrable avec un beau jardin de fruits et de lgumes1 et lui donne du vin volont4 ,il n'est pas plaindre4 ,pourtant1 lui aussi1 il pense ,sion4 ,la nature pour le faonner n'avait plus trouv que trs peu de la riche pte dont elle avait fait ,lopold et ,franois1 mais1 plus mince1 il est de la mme farine et du mme levain4 ,comme eux1 il subit l'attrait de la colline2 il y veut voir leur fortune rtablie4 ,et que ,lopold s'lance vers ,sion1 il abandonnera les petits avantages que ,m4 ,madrolle lui a mnags1 il accourra avec son insparable soeur ,quirin4 ,un jour1 en effet1 le captif de ,londres n'y tient plus4 ,il veut sortir du dur exil de son me4 ,cette ville noire1 confuse1 inexistante pour lui1 cette ville que son regard n'a jamais fixe1 o son me n'a rien puis1 il l'abandonne dans un coup de passion3 il court vers sa montagne de ,sion1 claire1 mlodieuse et vraie2 il dserte le lieu strile et qui jamais ne produira pour lui de feuilles ni de fruits1 et d'un tel lan qu'il ne calcule pas et qu' peine dbarqu en ,france1 on l'arrte1 on le jette en prison pour qu'il y purge sa condamnation444 ,une anne encore1 une anne o il ne voit rien1 ne reoit rien de l'extrieur1 o il ne fait que se durcir et se ramasser dans sa pense comme dans une plus troite caverne4 ,mais au sortir de cette prison d',angers1 en #aheg1 aprs une anne de dtention et quatre d'exil1 cinq ans aprs la nuit de tragdie qu'il a passe dans les ruines de la vieille tour1 il ne fait qu'une envole jusqu' ,saxon4 ,ses deux frres l'y attendent avec ,marie-,anne ,sellier1 avec les soeurs ,euphrasie et ,quirin1 avec quelques fidles1 tout un petit peuple1 plein de modestie1 de bonne volont et d'motion4 ,le pauvre ,franois1 bien chang1 bien affaibli1 mais tout heureux1 le serre dans ses bras4 ,ce beau jour est son oeuvre4 ,une fois encore1 ,ariel a ranim les flammes teintes dans l'le de ,prospero4 ,charmant ,franois6 ,il a fait l'office du bon chien de berger1 au coeur fidle1 rest seul sur le domaine abandonn et qui saisit avec un bond joyeux le moment de rassembler ses moutons disperss4 ,la colline de ,sion ,vaudmont a rellement fascin les ,baillard4 ,lopold l'a aime d'un amour qui venait quasi des arrire-fonds de sa nature animale4 ,quel pouvoir exerait-elle sur cette me primitive8 ,on songe ce lac bleu des ,vosges dont les eaux glaces avaient infatu ,charlemagne4 ,le vieil empereur n'en pouvait plus dtacher son esprit1 son regard4 ,c'est qu'il y avait laiss choir son anneau1 nous raconte la lgende4 ,lopold ,baillard a jet1 dans le pli que forme ,saxon au milieu de la sainte colline1 sa jeunesse1 sa fidlit de clerc1 d'immenses espoirs et peut-tre sa vie ternelle4 ,c'est ,sion qu'il a t le plus puissant de corps et d'esprit4 ,c'est l qu'il a msus de ses forces et que1 par cette faute1 par cette fissure de son me1 les plus amers sentiments et les plus inoubliables l'ont pntr4 ,mais il lui doit de garder l'enthousiasme et l'lan4 ,,chapitre ,,xv ,l,,opold ,,sur ,,les ,,ruines ,,de ,,sion ,une heure aprs son arrive1 ,lopold gravit la colline de ,sion4 ,l-haut1 son couvent l'appelle4 ,il dfend qu'on le suive1 il laisse au village la petite communaut et s'achemine tout seul1 vers le soir1 sur les pentes sacres4 ,quel spectacle l'attendait6 ,de la ruine et du sublime4 ,le plateau avait repris sa dignit religieuse4 ,a l'infini1 l'immuable et magnifique horizon1 rempli du repos de l't1 avec ses villages et ses moissons1 entourait gravement la colline1 et toute cette nature silencieuse semblait adorer son lieu saint4 ,sous les feux du couchant1 la petite plate-forme avait l'aspect croulant et hiratique des sanctuaires de la valle du ,nil4 ,on y rentendait l'esprit ternel1 maintenant que les disputes s'taient tues4 ,lopold resta longtemps auprs de l'glise dserte contempler son couvent ruin4 ,les toits taient effondrs1 les portes brises battaient sous la pousse du vent1 les fentres manquaient de vitres1 les pierres croules jonchaient le sol au milieu des ronces et des orties4 ,cette chre et sainte demeure1 qu'il avait vue pendant une suite d'annes toute pleine de richesse et de gloire1 lui apparut1 en cette soire de juillet1 silencieuse comme un spulcre4 ,mais cette solitude1 bien faite pour affliger son coeur1 eut cet effet inattendu de surexciter son orgueil4 ,ces ruines dsespres affirmaient la grandeur de ses conceptions et l'injustice de son exil2 elles parlaient pour lui4 ,les annes avaient pass sans qu'il ft remplac4 ,chacune de ces pierres1 en tombant1 jetait un amer reproche l'vque de ,nancy3 ,vous nous avez prises celui qui nous aimait1 et vous ne savez rien faire de nous4 ,monseigneur1 comme tout cela vous accuse6 ,dans le grand jardin o il pntra par une brche du mur1 c'tait la mme impression de dsastre4 ,plus d'alles dessines1 plus une bordure de buis1 plus une tuile sur les murs4 ,seuls quelques vieux arbres subsistaient encore au milieu du terrain mis en prairie4 ,lopold se glissa dans la maison abandonne4 ,il n'eut mme pas pousser la porte1 le vent l'ouvrit devant lui4 ,il s'en alla tout droit la chapelle4 ,un renard effray se leva sous ses pieds et s'enfuit sur les dalles du corridor1 o avaient pass les robes des religieuses4 ,des chauve-souris voletaient en le frlant de leurs ailes pouvantes4 ,et sur ces murailles sacres au milieu de graffiti obscnes1 s'talait l'ignoble crayonnage de ,bibi ,cholion3 ,ferm pour cause d'pizootie4 ,l'exil tomba genoux1 au milieu des gravats1 sur la place o avait t l'autel honor par tant de preuves de la faveur divine1 et rcita avec exaltation le psaume de la captivit3 ,seigneur1 vos serviteurs aiment de ,sion les ruines mmes et les pierres dmolies2 et leur terre natale1 toute dsole qu'elle est1 garde leur tendresse et leur compassion4 ,il voulut revoir la chambre de ,thrse et1 gravissant avec prcaution l'escalier branlant1 il s'engagea dans le couloir du premier tage4 ,pour sa nature craintive1 ces tnbres1 ces crevasses du plancher1 ces rats qui s'enfuyaient dans ses jambes1 ces toiles d'araigne o il se prenait le visage donnaient cette promenade quelque chose de fantastique4 ,enfin il arriva1 mais la porte qu'il poussait ne s'ouvrit pas sous sa main1 et comme il insistait3 --,qui m'appelle1 s'cria une voix sche et furieuse1 qui m'appelle8 ,et de la porte brusquement ouverte1 ,lopold vit surgir avec pouvante une vieille femme1 grande et squelettique1 enveloppe d'un drap de lit et arme d'un bton4 --,malheureux6 ,imprudent6 cria-t-elle1 arrire6 ,c'tait la ,noire ,marie4 ,elle n'avait pas russi a vendre le couvent1 et trop pauvre pour l'entretenir1 elle y trouvait un abri croulant1 o elle se chauffait avec ses planchers et ses poutres4 ,quand ,lopold se fut ressaisi3 --,je ne veux dplaire personne1 mademoiselle1 dit-il1 avec cette grande politesse qui lui venait de la haute ide qu'il se faisait de son personnage4 ,d'ailleurs1 reconnaissez-moi1 je suis monsieur le ,suprieur ,lopold4 --,suprieur de quoi8 reprit la vieille1 courrouce4 ,allez6 vous tous1 les prtres1 vous ne valez pas mieux les uns que les autres4 ,ce que ces paroles trahissaient de rancune contre ses collgues mut d'un profond bonheur ,lopold4 --,mademoiselle ,marie1 dit-il1 c'est la ,providence qui me met en face de vous ds mon retour dans le pays4 ,de grandes choses vont arriver4 ,bientt1 je vous rachterai ,sion au meilleur prix4 ,la ,noire ,marie poussa un profond soupir1 et invita honntement ,lopold se reposer un instant chez elle4 ,la chambre tait dmeuble1 mais encombre d'une quantit de provisions4 ,ils s'assirent l'un en face de l'autre1 sur des sacs de pommes de terre4 ,quand le vieil homme se vit dans la chambre de ,thrse1 devenue l'antre d'une sorcire1 il fut pris d'une sorte d'enthousiasme3 --,je suis ,lopold ,baillard1 disait-il1 et je reviens d'exil pour relever la gloire de ,sion4 ,d'une voix douce1 sans une hsitation1 avec une parfaite platitude de termes1 mais avec l'autorit du visionnaire qui dcrit ses ides fixes1 il annona que l',anne ,noire tait proche4 ,on en serait averti par l'apparition de flammes dans le ciel1 que mieux que personne1 depuis ses fentres1 la ,noire ,marie tait bien place pour voir venir4 --,le couvent sera peut-tre dtruit1 disait-il1 qu'importe6 ,je n'attache d'importance qu' l'emplacement4 ,vous savez si je sais construire6 ,je dresserai ici ce qu'on n'a vu nulle part4 ,la vieille l'coulait avec mfiance1 en clignotant des yeux1 et dans son visage d'un jaune de cire1 o les lvres avaient disparu1 la bouche n'tait plus qu'une fente transversale4 ,mais la longue1 elle subit cet art de parler1 cette haute grce que ,lopold possdait comme aucun prtre qu'elle et jamais entendu4 --,c'est vrai1 dit-elle que des emplacements1 il n'y en a pas deux dans l'univers qui conviennent aussi bien pour un monastre4 ,et cet vque qui refuse d'y mettre le prix6 ,ses cheveux voltigeaient par mches diaboliques4 ,soudain1 ,lopold devint plus solennel encore3 --,mademoiselle ,marie1 promettez-moi que vous ne vendrez personne sans que nous ayons caus4 ,elle le lui promit4 ,alors1 il se leva avec une profonde motion et lui serra les deux mains4 ,mais soudain1 se frappant les genoux1 comme s'il se punissait d'avoir fait un grave oubli1 il chercha dans ses poches et en tira une petite croix de bois blanc3 --,veuillez prendre cette croix de grce chrmatise2 elle vous protgera personnellement1 l'heure de la grande catastrophe4 ,la vieille fille fit une atroce grimace3 --,merci1 dit-elle1 vous m'avez dj donn un chapelet de saint ,hubert qui ne m'a pas port bonheur4 ,il ne m'a mme pas prserv des mauvais locataires4 ,pourtant elle ne lui tint pas rigueur4 ,quand il se leva pour partir1 elle lui dit de prendre garde1 que certaines planches pouvaient s'effondrer4 ,et le tenant par la main1 elle le mena travers les tnbres sur une poutre dont elle tait sre et qui faisait comme un pont au-dessus du vide4 ,quand ,lopold1 dans l'ombre1 redescendit de ,sion ,saxon1 il fut longuement suivi1 de la fentre du presbytre1 par des yeux qui1 durant des annes1 n'allaient perdre aucune de ses dmarches4 ,les ,baillard revenus sur la colline taient plus que jamais sous la surveillance de la haute police de l',oblat4 ,ds le lendemain1 la vie des trois frres fut rgle4 ,ils se mirent courir le pays3 ,quirin pour placer des vins de ,bourgogne1 et ,franois pour solliciter des assurances4 ,quant ,lopold1 il se rservait le commerce des esprits clestes et des mes4 ,l'heure tait solennelle et les conjonctures d'une exceptionnelle gravit4 ,le feu du ciel pouvait tomber demain2 il fallait que tout le monde ft sous les armes4 ,il s'employa sans dlai se refaire une arme et battre le rappel de ses anciens partisans4 ,pour dbuter1 il s'en alla visiter ceux qui avaient assist sa dernire messe dans le fameux jour de la ,pentecte1 ou plutt1 comme il disait1 le jour du martyre de la ,sagesse4 ,a chacun d'eux il apportait1 par un privilge spcial1 et par une attention de ,vintras1 un nom d'ange4 ,c'tait soulever pour eux le voile d'un grand mystre auquel l',apocalypse a dj fait allusion4 ,lors de la rvolte des anges1 les uns sont rests fidles1 d'autres mritrent d'tre prcipits dans l'abme1 d'autres enfin1 disait l',organe1 se sont tenus dans une coupable abstention1 et de ce fait furent relgus sur la terre4 ,les fidles de ,saxon appartenaient cette troisime catgorie4 ,en leur rvlant leurs noms d'anges et le secret de leurs origines1 ,lopold pensait les enflammer d'une nouvelle ardeur pour le service de ,dieu4 ,soeur ,euphrasie devint ,vhudolhael1 ange des voix attractives qui portent ,dieu2 ,marie-,anne ,sellier1 ,phrumelhael1 voix centuple des monts divins2 madame ,munier1 ,prodhahael1 leve dans les flammes qui environnent le tabernacle de ,dieu2 ,pierre ,mayeur1 ,fulsdhelhael1 cho des remparts divins4 ,les crmonies reprirent4 ,aux heures sombres du soir1 les ,enfants de l',o,euvre venaient par deux1 par trois1 chez ,marie-,anne ,sellier1 et quand cette poigne de zlateurs tait rassemble1 le ,pontife d',adoration leur donnait le dernier tat de la doctrine de ,vintras3 --,les catastrophes prochaines se partageront en deux phases3 dans la premire1 il n'y aura que le conflit de l',homme contre l',homme3 ce sera la grande guerre1 l',anne ,noire2 ,sion verra les massacres et les incendies4 ,alors les ,enfants du ,carmel prieront sans agir2 ils devront s'abriter dans leurs demeures sous la protection des armes de dfense1 croix de grce chrmatises1 thphilins1 hosties personnelles1 dictames1 eaux de salut et lgendes bnies pour clore les issues de leurs demeures4 ,mais dans la seconde phase1 les ,enfants de ,dieu1 qu'ils soient de la terre1 des mondes ou des cieux1 auront une action extrieure de secours1 de consolation1 de protection1 aussi active et tendue que les malheurs dont ils seront tmoins444 ,et il tenait prciser4 --,la premire phase sera annonce par des flammes apparues dans le ciel2 la seconde1 par ,michal1 qui surgira au znith et lancera le mot d'ordre3 ,quis est ,deus8 ,a cet appel1 nous tous1 ,enfants de la ,misricorde1 nous nous prcipiterons au milieu de la lutte comme anges consolateurs4 ,notre rle sera sublime4 ,nous servirons d'intercesseurs entre la ,divinit irrite et l',humanit corrompue1 puis nous btirons dans les ruines du plateau le ,temple de la ,rconciliation3 ,satiabor cum apparuerit gloria tua2 je serai rassasi quand la beaut apparatra4 ,pendant des annes1 ,lopold parcourut infatigablement tout le pays4 ,les villages le revirent avec stupeur4 ,vtu tout de noir avec un lger filet blanc autour du col1 la manire des clergymen1 l'trange homme passait1 droit et rapide1 un peu vot1 la tte incline gauche1 sans arrter sur personne son regard fulgurant4 ,il allait1 annonant l',anne ,noire et distribuant sur son passage les noms d'ange1 les croix de grce et les thphilins4 ,ses adeptes1 peu nombreux1 mais bien entrans1 se tenaient sous les armes4 ,ils savaient ce qu'ils auraient faire ds la premire apparition du feu dans le ciel4 ,chacun d'eux tenait dans sa poche son billet de mobilisation4 ,il n'y avait plus qu' attendre le signe annonciateur des vengeances de ,dieu4 ,et ,lopold1 avec ses yeux d'une vivacit brusque1 qu'il fut chez lui ou en tourne1 le guettait1 de jour et de nuit1 aux quatre coins de l'horizon4 ,jamais d'ailleurs les cieux ne furent plus explicites4 ,ces crmonies bizarres1 cette distribution d'armes mystiques1 cette promotion de quelques villageois l'anglit semblaient ravir les puissances ariennes4 ,en ,pologne1 cette date1 on remarqua que la pleine lune portait dans son centre une grande macule noire4 ,cette lune tragique se penchait1 tantt vers la droite1 tantt vers la gauche1 se balanant plus rapidement mesure qu'elle s'levait au-dessus de l'horizon4 ,tout coup1 elle tomba avec une rapidit extraordinaire et remonta immdiatement4 ,deux heures plus tard1 elle cessa ses balancements1 mais se mit changer continuellement de figure1 tantt s'aplatissant1 tantt prenant une forme elliptique ou carre1 mais toujours conservant sa couleur de sang avec sa macule noire au milieu4 ,bientt elle fut prise de tremblements et de mouvements spasmodiques1 qui durrent jusqu' ce que la tache noire dispart4 ,et pendant tout ce temps1 la lune ne jeta aucun rayon4 ,elle semblait une grande boule ardente suspendue tristement dans les airs4 ,en mme temps que le firmament prodiguait la petite communaut de telles consolations1 les pestes et les cholras faisaient rage4 ,le cercle de menaces et de promesses se resserrait autour de ,sion4 ,et ,lopold1 vtu de ses oripeaux d'vque vintrasien1 au milieu de son petit peuple pouvant et ravi1 alliait sa figure trs nette de visionnaire quelque chose d'un roi de la foire4 ,il vivait au centre d'un royaume que son imagination agrandissait sans mesure4 ,la colline de ,sion en demeurait la ville sainte1 et le vieux chteau d'treval y tenait lieu de forteresse4 treval est un des rares chteaux que les guerres du dix-septime sicle aient laisss peu prs intacts en ,lorraine4 ,intact1 c'est trop dire3 il meurt2 mais cette fois les soldats de ,richelieu n'y sont pour rien2 il s'effondre de vieillesse4 ,cette demi-ruine1 ancienne rsidence d't des ,bassompierre1 encore charmante avec ses trois cours successives1 avec ses linteaux de porte ouvrags et le joli encadrement de ses fentres1 constitue aujourd'hui une petite cit agricole1 o plusieurs familles de paysans se sont organiss des logis4 ,m4 ,haye1 de son vivant1 avait t le personnage le plus important et1 en quelque sorte1 le maire sans titre de cette sorte de phalanstre4 ,hlas6 ce vieil ami de la prosprit et des mauvais jours venait de mourir2 les ,baillard ne le revirent pas1 mais sa femme1 sa fille veuve et ses petits-enfants1 l'exception de l'an qui tudiait pour tre prtre au grand sminaire de ,nancy1 demeuraient encore l1 et ,lopold venait souvent les visiter dans ce singulier et plaisant sjour4 ,il arrivait gnralement sur les trois heures de l'aprs-midi1 envelopp t comme hiver de son ternel pardessus4 ,avant le souper1 il allait causer1 de porte en porte1 dans les trois cours2 on lui faisait partout bon accueil1 en considration de ses htes4 ,vers sept heures1 il rentrait chez ,madame ,haye4 ,avant de se mettre table1 quand la jeune femme se prparait coucher les enfants1 jamais il n'aurait manqu de leur faire rciter la prire du soir1 pour s'assurer qu'ils taient bien instruits de leur religion4 ,et ces petits bords dans leurs lits1 la soupe pose sur la nappe blanche1 c'tait d'abord une simple et aimable causerie1 jusqu'au moment o1 d'une pente fatale1 il exigeait qu'on en vnt ce qui lui tenait tellement au coeur444 ,jusqu'alors son sourire avait t fin et doux2 c'tait une figure de bon vieux cur1 ou encore d'ancien officier1 anguleuse1 sans duret4 ,mais mesure qu'il parlait de l',anne ,noire et des flammes dans le ciel1 de la comte et de l'ange ,michal1 son extrieur se transformait2 les yeux qui clignotaient un peu devenaient fixes1 et le regard brillant2 la voix1 naturellement douce et paisible1 prenait les accents de la prdication et s'levait des effets dramatiques4 --,laissez donc tout cela1 ,monsieur le ,suprieur1 disait la vieille ,mme ,haye pouvante4 ,prenez encore une assiette de soupe4 ,charmantes soires d'treval6 ,elles taient l'oasis des tournes pontificales de ,lopold4 ,mais quelle amertume pour lui de passer oubli dans les lieux o il avait t puissant4 ,flavigny1 ,mattaincourt1 ,sainte-,odile6 ,dans ces villages1 c'tait le roi ,lear chez ses filles1 plein de douleurs lyriques et de chants remplir le monde4 ,un jour qu'il traversait ,mattaincourt1 il fut arrt par un homme qu'il avait jadis plac comme jardinier chez les religieuses4 ,cet homme1 lui ayant offert un verre de vin1 le mena admirer la belle glise qu'on venait d'lever la gloire du ,pre ,fourier1 une glise d'un got manir qui laisse fcheusement dans l'ombre la pauvre maison paysanne du bienheureux4 ,il tait entr autrefois dans les plans de ,lopold de la btir1 cette basilique1 et la vue admirable de ces pierres neuves1 gentiment agences et dores la mode du jour1 lui serra le coeur4 ,il resta un long temps immobile et dit tristement3 --,cela restera et mes oeuvres sont tombes4 ,mais ces instants de faiblesse taient rares1 et toujours l',ange de la ,certitude venait le relever1 et le soutenait sur les routes o il repartait en frappant la terre de son bton4 ,pour se redonner du coeur1 pour rafrachir en lui l'ide qu'il se rinstallerait prochainement sur la sainte colline1 il montait au couvent1 se complaisait dans ses ruines1 y prolongeait sa ronde romantique et reprenait avec la ,noire ,marie le mme ternel dialogue1 o il se faisait assurer qu'elle ne vendrait jamais sans l'avoir averti4 ,un jour1 il appela la vieille femme1 comme il avait coutume1 sous les fentres du jardin4 ,elles taient grandes ouvertes1 et pourtant personne ne lui rpondit4 ,il se retira4 ,mais au cours de la journe1 une certaine inquitude lui vint1 et ds le lendemain il retournait l-haut4 ,les fentres taient toujours ouvertes1 et dans la chambre1 la pluie tombait comme sur la place4 ,il appela de nouveau1 jeta une poigne de terre contre les vitres1 et puis1 dcidment inquiet de tant d'immobilit et de silence1 il pntra travers les couloirs jusqu' la chambre4 ,la ,noire ,marie tait l1 couche sur le dos et les yeux largement ouverts444 ,son arrive mit en fuite toute une arme de rats qui couraient sur le corps de la vieille femme et qui lui avaient dj mang les pieds4 vnement d'immense importance6 ,il sautait aux yeux que le couvent1 si ruin qu'il ft1 cause de sa position minente et de sa longue histoire1 devait redevenir un bien d'glise4 ,et sur-le-champ un bruit arriva de ,nancy que l'vque en faisait son affaire4 ,les pauvres ,baillard n'taient pas prts lui disputer cette acquisition au feu des enchres4 ,ils prvirent avec angoisse l'installation solennelle sur la colline de leurs ennemis les oblats4 ,ils comprirent clairement ce que ,lopold avait discern ds son retour1 que leur vieille ennemie1 en s'obstinant garder sa ruine1 avait favoris leurs chances et collabor aux plans de la ,providence4 ,o drision1 mystre6 ,que les moyens de ,dieu sont cachs6 ,celle qui avait dcid de leur dchance1 ils durent la pleurer4 ,ils furent mme les seuls4 ,tout le pays la traitait de sorcire2 chacun reportait sur ce cadavre saisissant l'horreur qu'inspirait maintenant le noble couvent disqualifi par les schismatiques4 ,lopold1 assist de ,franois et de ,quirin1 clbra en l'honneur de la vieille fille un service funbre selon ,vintras4 ,il l'introduisit dans la sainte nomenclature des femmes dignes de mmoire1 et proclama devant les ,enfants du ,carmel que1 sous des aspects dcevants1 mademoiselle ,l',huillier tait une des faces de l've ,rgnre1 une des hosties du monde1 sacrifie pour racheter les crimes de ,saxon4 ,o salutaris hostia6 ,ces pieux devoirs ne purent pas arracher un mot de douceur au sombre ,quirin1 ni dissiper la profonde inquitude de ,lopold4 ,au quitter de l'autel1 celui-ci s'en alla seul travers la campagne4 ,l'ide que ,monseigneur allait possder le couvent le troublait jusqu'au fond de l'me4 ,certes1 il ne doutait pas des promesses du ciel1 mais il ne pouvait supporter l'ide qu'en attendant les jours annoncs de la ,grande ,rparation1 la colline ft souille par la prsence du prince-vque de ,nancy1 de ses vassaux et de ses vavassaux4 ,ses pas le conduisirent du ct d'treval4 tait-ce1 sans plus1 un instinct du coeur1 le dsir d'apaiser son angoisse auprs d'amis fidles1 ou bien accueillait-il un espoir de trouver1 dans ce centre de son diocse1 quelques fonds miraculeux pour racheter les btiments de ,sion8 ,dans un champ1 au bas du ravin que domine le chteau1 la vieille ,mme ,haye tendait son foin avec ses gens4 ,elle interpella cordialement ,lopold3 --,montez chez nous1 ,monsieur le ,suprieur4 ,justement vous trouverez notre petit sminariste qui vient d'arriver en vacances4 ,et ,lopold trouva l-haut l'an des petits-fils de ,mme ,haye1 celui-l qui se destinait la prtrise4 --,ah6 dit ,lopold1 avec sa bonne grce accoutume1 vous voil maintenant avec la soutane4 ,il lui en fit des compliments1 et sans paratre remarquer la rserve du jeune homme1 il commena de le questionner affectueusement sur ses tudes3 --,quel trait avez-vous fait cette anne8 --,le ,trait de l'glise1 ,monsieur ,baillard4 --,c'est un trait qui a ses difficults1 mais qui est bien intressant4 --,oui bien1 ,monsieur ,baillard1 dit avec rudesse le jeune ecclsiastique2 on y apprend qu'il y a des gens qui dchirent la tunique de l'glise4 --,oh6 rpondit le vieillard1 je vous vois venir444 7,il disait cela sans amertume et mme d'un air souriant47 ,on vous a endoctrin contre nous4 ,nous sommes des damns4 --,parfaitement1 ,monsieur ,baillard4 ,de sa belle voix noble et tranquille1 ,lopold commena de se justifier4 ,mais le jeune abb visiblement suivait une consigne3 --,monsieur1 il y a assez de temps que vous venez ici pour dtourner mes parents de la vraie foi444 --,je comprends ce que vous voulez1 dit alors ,lopold4 ,et sans rien ajouter1 il quitta la maison4 ,au bas de la cte ,mme ,haye le vit revenir avec surprise4 --,comment1 ,monsieur le ,suprieur1 vous ne demeurez pas comme d'habitude pour le souper8 --,bonne mre1 on m'a chass4 --,chass6 ,et qui donc8 --,votre petit-fils4 ,la vieille femme fut indigne4 --,comment6 ,chasser ,monsieur le ,suprieur6 ,un saint6 ,un homme la cheville duquel ce gamin n'ira jamais6 ,il ne sait donc pas qu'on venait pour vous entendre de sept lieues la ronde6 --,que voulez-vous1 bonne mre1 il coute ce qu'on lui dit444 ,il en aura des compliments la cure de ,sion4 ,en vain essaya-t-elle de ramener son vieil ami treval4 ,lopold ne se laissa pas convaincre1 et1 rempli d'amertume1 il reprit le chemin de ,saxon4 ,ce n'tait pas pour y trouver la paix4 ,sous le pauvre toit de ,marie-,anne rgnait une atmosphre d'angoisse et de grandeur4 ,quirin et la soeur ,quirin1 qui considraient qu'eux seuls subvenaient aux besoins de la communaut1 ne cessaient de rcriminer sur les repas1 sur toute la vie qu'ils trouvaient trop misrable4 ,leur dispute remplissait la maison1 rumeur sourde et servile d'ailleurs1 au-dessus de laquelle se tenait le silence souverain de ,lopold4 ,ce soir-l1 aprs qu'ils eurent mang leurs pommes de terre et termin leur chtif dner1 les trois frres demeurrent runis1 ,lopold assis prs de la fentre1 travers laquelle se montrait1 derrire les arbres fruitiers1 la pente qui glisse de ,sion vers ,chaouilley1 et les autres1 comme l'ordinaire1 n'osant gure causer qu' voix basse4 ,on entendait dans les chnevires les chiens du village aboyer4 ,il n'y avait pas de chandelle allume dans la pice1 mais elle tait tout claire par la pleine lune1 et l'on distinguait en silhouette la figure de ,lopold1 immobile sur la chaise o il tait venu s'asseoir en sortant de table4 ,a quoi rvait-il1 le vieux prtre1 son coude appuy sur le bord de la croise1 et ne quittant pas du regard les nuages8 ,y voyait-il les contours de ses domaines perdus1 les formes de ,sainte-,odile1 de ,flavigny1 de ,mattaincourt8 ,tenait-il les toiles comme autant d'mes restitues la pure lumire par sa propagande8 ,ou bien1 se dpassant d'un nouvel chelon1 s'levait-il au-dessus des dsirs terrestres1 au-dessus du souci plus noble des mes1 pour atteindre1 sur l'chelle de ,jacob1 le point d'o le ,voyant participe aux songeries du ciel8 ,hlas6 il fallait que de ses ambitions1 de son apostolat et de ses hautes folies1 il redescendt au niveau de son petit monde divis1 mcontent1 insatisfait1 et qu'il entendt ses pieds1 au ras du sol1 la dispute3 ,marie-,anne dnonait que ,quirin et soeur ,quirin buvaient en cachette le vin dont ils faisaient commerce pour la communaut4 --,menteuse6 rpliqua la soeur ,quirin4 ,qui est-ce qui travaille ici8 ,aujourd'hui encore1 ,quirin a plac quatre barriques4 ,tout cela murmur1 chuchot plutt que parl4 ,le bon ,franois chercha une diversion4 ,il demanda qu'on ft lecture de la dernire lettre de ,vintras4 ,soeur ,euphrasie la prit sur le bureau de ,lopold1 alluma une chandelle et lut haute voix3 ,sion pleure1 ,sion est abattue4 ,mais il n'en sera pas toujours ainsi1 et le ,seigneur la relvera1 et ceux qui ont souffert1 qui ont t repousss cause de la ,sion que le ,seigneur veut difier1 se rjouiront1 et ils feront retentir le lieu saint de leurs cantiques d'allgresse4 ,tous furent merveills de cette prdiction1 qui venait si bien propos pour proclamer la vanit des projets de l'vque sur le couvent1 et ,marie-,anne1 qui avait un got dcid pour le gnie enthousiaste des lettres de l',organe1 s'cria1 comme devant le fait le plus tonnant3 --,il parat qu'il ne boit jamais une goutte de vin8 --,et comment en boirait-il8 observa ,quirin avec aigreur4 ,ils n'ont l-bas que de la bire4 ,le bon ,franois1 en toute innocence1 suggra alors qu'il serait convenable d'envoyer une barrique ,londres pour faire une politesse ,vintras4 ,quirin rpondit froidement qu'il enverrait bien volontiers un trs bon ordinaire1 mais qu'il voulait savoir comment il rentrerait dans ses frais4 ,a ces mots ,franois clata1 quoique toujours en se gardant de trop lever la voix3 --,n'avez-vous pas honte1 mon frre1 de rclamer de l'argent8 ,oubliez-vous tout ce que l',organe a fait pour notre an et ce que1 nous-mmes1 nous lui devons au spirituel8 ,allez-vous lui marchander un peu de vin dans le moment o il nous garantit le relvement de ,sion8 ,tenez1 ce n'est pas une pice de vin commun que nous devrions lui envoyer titre gracieux1 mais une pice de vin fin4 ,lopold n'eut pas un mot qui le mlt cette dispute4 ,il semblait plus concentr et plus inabordable que jamais4 ,sa pense fuyait de telles bassesses4 ,son visage ne se tourna mme pas vers les querelleurs4 ,il ne voyait pas les tres humbles et doux qui s'abritaient dans son ombre3 il ne les voyait pas davantage s'ils s'avilissaient4 ,et il se mit marcher dans la chambre en profrant1 comme pour lui-mme1 des choses terribles1 des injures sur ,saxon3 --,saxon la brutale1 ,saxon la huronne1 ville de pillards et d',amalcites6 ,tes cavernes sont remplies des dpouilles ravies tes bienfaiteurs de ,sion4 ,et maintenant ton esprit d'iniquit1 d'un flot grossi1 vient envahir la maison du ,juste d'treval et souiller jusqu'ici les esprits consacrs par ,vintras4 ,le doute m'environne1 m'assaille et me flagelle4 ,la ,noire ,marie1 bien qu'elle ft l'instrument de grands desseins providentiels1 a dout4 ,pour la purifier1 le ciel a d la livrer aux btes immondes1 que seul j'ai chasses4 ,un doute gisait dans l'me du plus juste des hommes et l'a fait prir1 et j'ai vu aujourd'hui ce germe mortel se trahir1 s'panouir odieusement dans les actes et les propos de son malheureux petit-fils4 ,plus prs de moi1 le doute fait ses ravages4 ,ceux qui l'accueillent dans leur me mourront4 ,que la hache se lve et s'abaisse coups rpts2 elle m'branche1 mais c'est pour que j'lance ma tte plus haut4 ,aux accents de cette grande voix1 il semblait qu'une clart spulcrale ft projete sur un rprouv4 ,tous s'cartaient de ,quirin et de soeur ,quirin4 ,franois se reculait dans l'ombre du lit4 ,son souffle fort et entrecoup rvlait un tat d'motion violente4 ,dans cette hypertension1 les trois paysannes aux cheveux gris1 aux paules courbes1 taient prtes enfourcher le manche balai1 et par la chemine1 dans un tourbillon1 s'enfuir vers la ronde des sorciers4 ,lopold s'en retourna prendre1 contre la fentre1 son poste ternel de guetteur du ciel4 ,l'atmosphre dans cette masure devenait irrespirable4 ,a la fin de la semaine1 la nouvelle arrivait de ,nancy1 certaine et dfinitive3 ,monseigneur achetait le couvent1 et l'on ajoutait que les oblats sollicitaient d'y tablir des pres de leur congrgation4 ,aux yeux de ,quirin1 c'tait la partie perdue4 ,il prit la dcision de ne pas s'attarder davantage4 ,et bientt1 ce prtre paysan1 la figure jaune et maigre1 avec quelque chose la fois de chtif et d'inusable1 quitta ,saxon pour se remettre avec la soeur ,quirin sur la route de l'aventure4 ,il tait las d'une religion dont l'autel ne nourrissait plus ses prtres4 ,c'est qu'il ne se faisait pas un sentiment assez potique de lui-mme pour se consoler de cette vie misrable1 en songeant qu'il tait un pontife errant sur les chemins et qui cache ses pouvoirs divins sous les fatigues d'un voyageur de commerce4 ,n'accusons pas son prosasme4 ,la vie auprs de ,lopold voulait une me trop tendue4 ,lopold n'tait pas le prtre qui lit et mdite les psaumes1 mais le prophte qui les ressuscite dans sa propre destine4 ,quirin voulait vivre1 il devait s'en aller4 ,franois1 tendre et soumis comme il l'tait1 ne pouvait que mourir4 ,toutes les preuves1 qui avaient tann et durci ,lopold1 avaient dlabr l'organisme1 jadis si puissant1 de ,franois4 ,maintenant il se sentait la merci d'un battement de son coeur affaibli4 ,il dut peu peu renoncer ses tournes de courtier d'assurances1 et pour tuer l'ennui1 il recourait aux distractions d'un vieux paysan4 ,il allait chercher des salades de pissenlit dans les herbes de la colline1 ou bien la saison cueillir les prunelles sur les haies de ,vaudmont4 ,le bon gant avait toujours t un peu port sur la bouche2 il excellait distiller de ces petites baies une savoureuse eau-de-vie1 et volontiers il faisait des politesses avec son lixir4 ,assis prs de la fentre1 dans les longues journes o ,lopold tait absent1 il cherchait entrer en conversation avec les passants4 ,ceux-ci taient-ils dsarms par la transformation qui s'tait produite dans le pauvre homme mesure que l'on s'loignait du temps o il tait tout jovialit8 ,la maladie et la misre avaient-elles purifi leurs yeux cette grosse figure1 hier rjouie et maintenant toute bouffie8 ,il y en avait qui ne faisaient plus difficult pour entrer dans la maison de ,marie-,anne1 et certains mme1 comme ,bibi1 le sceptique du village1 en recherchaient l'occasion4 --,bibi1 lui dit un jour ,franois1 notre adhsion l'oeuvre de la ,misricorde est tout ce que l'on peut nous opposer4 ,eh bien6 c'est une affaire de conscience4 ,pourquoi ceux qui ignorent ce que nous savons voudraient-ils nous condamner8 ,nous nous chargeons de notre fardeau et ne l'imposons personne4 ,c'est ,dieu qui sera ici le juge comme il l'est ailleurs4 ,puis il se mit lui expliquer la doctrine de ,vintras4 ,bibi avait cout sans mot dire1 en sirotant sa liqueur1 et quand le grand ,franois lui dit pour finir3 --tes-vous persuad1 ,bibi8 ,il rpondit3 --,je suis persuad que je n'ai jamais bu de si bonne prunelle4 ,et si l'interlocuteur ne trouvait pas l'chappatoire de ce farceur de ,bibi1 s'il rpliquait la ,sagesse par quelque argument de bon sens1 la scne tait encore plus comique3 le grand ,franois expliquait trs srieusement qu'il tait en possession de quatre cent dix-neuf raisons prouvant la vrit de sa cause1 et qu'il se sentait particulirement appuy par le prophte ,isae1 sans parler d'zchiel et de ,jrmie4 ,il ne s'arrtait que vaincu par ses battements de coeur4 ,aucun des propos du pauvre garon1 nulle des dmarches de ,lopold n'chappait la cure de ,saxon4 ,le ,pre ,aubry1 sachant avec quelle force rejettent1 sur un vieux sol religieux1 les plus profonds instincts que semblaient avoir chasss les prires et l'eau bnite1 aurait voulu vider l'abcs1 y mettre le fer et le feu4 ,c'tait bien l'avis de l'vque4 ,nulle transaction avec le diable1 pas d'armistice avec l'enfer6 ,mais en sage prlat1 il ajoutait3 ,c'est avant tout sous le silence que vous devez les craser4 ,fidle cette consigne1 l',oblat ne bougeait pas1 se bornait se tenir sur le qui-vive et se procurer1 quasi chaque jour1 une sorte de rapport militaire sur ce qui se passait dans la secte4 ,un matin1 le facteur1 en montant le courrier au presbytre1 avertit la servante que ,franois ,baillard venait de passer une nuit trs mauvaise et qu'il tait au plus mal4 ,la bonne femme prvint aussitt son matre1 qui1 laissant l son djeuner1 se hta de descendre chez ,marie-,anne4 ,ce n'tait pas la premire fois que l',oblat assistait l'agonie d'un ,enfant du ,carmel4 ,jamais il n'prouvait de rsistance et tout se passait comme si le moribond avait t un paroissien ordinaire4 ,mais un prtre hrtique et qu'il faut ramener dans la communion de l'glise6 ,l',oblat ne mconnat pas la difficult2 seulement il compte sur la ,providence pour l'assister1 cette fois encore1 comme elle n'a jamais cess de le faire depuis son arrive sur la colline4 ,grce au ciel1 toutes les positions des ,baillard n'ont-elles pas t successivement emportes8 ,le couvent vient de leur tre repris sans espoir de retour2 ils sont bannis de leur forteresse d'treval2 ,quirin a fait dfection4 ,l'extrmit o se trouve ,franois1 c'est une nouvelle tape dans la voie que la ,providence a marque au ,pre ,aubry1 et qui est d'installer son ordre dans l'ancienne demeure des ,tiercelins4 ,c'est pour la gloire de ,dieu et pour la grandeur de l',institut des ,oblats de ,marie qu'il demande de surmonter l'endurcissement de ,franois4 ,il se rappelle1 comme un heureux prsage la faveur qu'il a reue du ciel1 le jour dj lointain de son arrive1 quand il a recueilli dans ses bras un mendiant moribond4 ,il va assainir1 purifier l'me d'un mourant1 quoi de plus simple6 ,c'est jeter du chlore dans une maison o vient de s'achever une maladie infectieuse4 ,ainsi raisonne le ,pre ,aubry2 il descend la colline avec une haute conscience de son devoir1 mais sans inquitude sur le rsultat final2 il se fie dans la valeur de ses arguments et dans les sentiments qui naissent naturellement l'approche de la mort4 ,marie-,anne ,sellier lui ouvrit4 --,il va mourir1 dit-elle4 ,monsieur le ,suprieur est absent depuis trois jours2 nous ne savons o le prvenir4 ,soeur ,euphrasie1 entendant des voix1 arriva dans le couloir4 ,elle pleurait et elle dit3 --,depuis ce matin il touffe4 ,ce sont toutes ces histoires avec ,monseigneur qui lui ont bris le coeur4 ,toutes deux menrent l',oblat dans une pice au premier tage4 ,le bon ,franois1 envelopp de couvertures1 gisait dans un fauteuil1 la barbe trs longue et la face toute violette4 ,le prtre s'approcha et lui prit la main3 --,cher ,monsieur ,franois1 c'est moi1 votre cur1 votre ami4 ,puis1 voyant que le temps pressait1 il lui demanda s'il ne voulait pas recevoir les derniers sacrements4 ,franois indiqua par signe qu'il le voulait bien4 ,alors l',oblat lui dit avec une sorte de jovialit1 en dsignant au mur les thphilins et les croix de grce3 --,eh bien6 ,monsieur ,baillard1 nous nous entendons1 n'est-ce pas1 pour renoncer tous ces prestiges qui vous ont abus8 ,franois fit un effort pour parler et visiblement pour dfendre ,vintras4 ,mais l',oblat l'interrompit et lui reprsenta qu'il n'y avait que deux moyens de recevoir une mission divine3 le premier par la voie hirarchique1 qui vient des aptres1 et le second par un appel spcial de ,dieu1 prouv par des miracles irrcusables1 et il finit son discours en disant3 --,les prodiges de ,tilly avaient-ils les conditions de vracit divine exiges par la thologie8 --,ils en taient redondants6 s'exclama pniblement le moribond4 ,l',oblat fut interloqu4 ,en vain reprit-il ses arguments un par un3 il ne trouvait pas l'entre du coeur de ,franois1 non plus que du coeur des deux vieilles femmes1 qui se tenaient debout de chaque ct du fauteuil4 ,il sentit qu'il faisait fausse route1 battait les buissons1 laissait s'couler des minutes irrparables2 il s'irrita1 leva trop la voix4 ,et comme ,euphrasie se penchait1 ,franois lui dit avec son dernier sourire1 o l'on crut voir un indicible mpris4 --,c'est ,gros-,jean444 qui veut444 en remontrer son cur4 ,puis il entra en agonie4 ,l',oblat regagna sa cure plein de tristesse et se reprochant d'avoir t le mauvais champion de ,dieu4 ,par lgret1 par imprudente confiance en soi-mme1 il avait oubli le charme puissant qu'il a plu au ,crateur de laisser ,satan1 et il n'avait pas su faire clater aux yeux du pauvre abus la force de la vrit4 ,toute la nuit1 bourdonna ses oreilles la plainte de cette me qu'il n'avait pas su atteindre1 qu'il avait laisse s'enfuir1 opinitre et non rconcilie444 ,les portes de l'glise se fermrent devant le cercueil du schismatique4 ,cette rigueur1 conforme au droit canonique1 fit un immense effet dans toute la population4 ,le jour de l'enterrement1 soeur ,euphrasie1 navre1 humilie la pense que l'homme qu'elle vnrait s'en irait au cimetire sans tre accompagn de personne1 alla trouver une vieille femme pauvre et lui offrit vingt francs pour suivre le convoi4 --,mes fils1 ma famille ne me le pardonneraient pas1 rpondit celle-ci la soeur4 ,gardez vos vingt francs4 ,les ,enfants de l',o,euvre se tapirent au fond de leurs maisons4 ,soeur ,euphrasie1 ,lopold et ,marie-,anne ,sellier1 tous les trois seuls1 accompagnrent et portrent le corps au petit cimetire de ,sion4 ,le maire1 toutefois1 marchait devant le cercueil4 tait-il donc quelque degr son adepte8 ai-je demand l'un des survivants de cette lointaine poque4 ,a quoi pensez-vous8 ,non1 certes6 m'a-t-il rpondu2 mais c'tait comme reprsentant de l'autorit et pour qu'un homme baptis1 un ancien cur1 ne ft pas enterr comme un chien4 ,on planta une haie entre la tombe de ,franois et les autres tombes pour tmoigner que1 mme dans la mort1 le prtre schismatique demeurait spar des fidles4 ,,chapitre ,,xvi ,,les ,,symphonies ,,sur ,,la ,,prairie ,ni l'abandon de ,quirin1 ni la mort de ,franois n'abattent ,lopold4 ,bien au contraire4 ,tous les liens qui retenaient encore son imagination semblent briss3 il se livre son coeur4 ,franois tait son moyen de communiquer avec les vivants4 ,il ne les connatra plus4 ,il en sera ddommag4 ,milton ayant perdu les yeux voit se drouler dans sa conscience le monde des formes ternelles2 ,beethoven devenu sourd n'est plus importun par le bruit de la vie1 ne prte plus l'oreille qu'aux harmonies intrieures4 ,lopold a toujours voulu crer1 terniser son me4 ,par la pierre1 d'abord3 il btissait des murs1 murs d'glises et de couvents4 ,le jour o1 faute d'argent1 il dut cesser d'assembler des pierres1 il ne renona pas construire3 il assembla et tailla des pierres vivantes4 ,et maintenant que le cnacle de ses fidles s'est dlit sous l'action du temps1 de la misre et de la mort1 maintenant qu'il est seul1 dmuni de tout et de tous1 il construit encore3 il btit avec ses rves4 ,c'est l'homme aux trois recommencements1 qui se parachve1 s'prouve1 et1 de deux formes imparfaites1 se dgage pour surgir rare et bizarre et monter dans les cieux4 ,il a rompu violemment le cble qui le rattachait la terre ferme2 il a lev les ancres2 il va travers les nues1 la merci des quatre vents4 ,la ncessit matrielle l'oblige reprendre la suite des affaires de ,franois1 pour les assurances1 et de ,quirin1 pour la maison ,galet1 vins et vinaigres1 ,dijon4 ,toute la semaine1 il court les villages2 du lundi au samedi soir1 il est un commis voyageur qui fait des assurances et qui vend du vin4 ,ces fastidieuses besognes ne le dnaturent pas4 ,excd1 abaiss1 il se tourne avec d'autant plus de force vers les solitudes du ciel2 il y guette les signes qui vont annoncer l'intervention vengeresse de ,dieu2 et la pense de sa colline le remplit1 comme la pense du tabernacle remplissait l'me de ,david au dsert4 ,c'est le cerf qui soupire aprs l'eau des fontaines4 ,le dimanche tait le jour bni o1 sur la cte de ,sion1 il rechargeait d'esprance son me4 ,dans la plaine1 toute la semaine1 le monde lui a paru couvert de tnbres1 mais depuis les hauteurs de ,sion-,vaudmont1 le septime jour1 la vie va lui apparatre resplendissante de lumire4 ,ds la premire heure1 en prsence de ,marie-,anne ,sellier1 de soeur ,euphrasie1 de ,madame ,mayeur et de quelques autres1 il clbre la messe selon ,vintras4 ,il prie pour ses anciennes paroisses1 pour les religieuses de ,flavigny et de ,mattaincourt1 pour les frres et soeurs de ,saxon1 pour tous ceux dont il a reu jadis dans ses qutes les offrandes4 ,ces ombres fidles l'entourent1 comme les souvenirs des jours heureux se pressent pour le consoler1 autour d'un vieillard4 ,a ces mes clientes1 il promet la meilleure part des prosprits qu'il attend1 et sitt l'office achev1 il les entrane4 ,il s'achemine avec leur troupe invisible vers le sommet de la sainte montagne4 ,non pas vers son cher couvent1 vers son glise de jadis6 ,depuis la reprise des ruines par l'vque1 la belle terrasse de ,sion ne dit plus rien au coeur de ,lopold4 ,en toute saison1 par tous les temps1 il gravit l'un des sentiers qui mnent aux parties les plus dsertes du haut lieu4 ,il chappe l'empire du raisonnement4 ,les ftes sans frein de l'imagination commencent4 ,sitt que ,lopold arrive sur les chaumes1 c'est comme si de toutes parts se levait une assemble de choristes4 ,le vent perptuel1 la plaine immense1 les nuages mobiles veillent la grande voix de ses ides fixes4 ,s'il baisse les yeux1 il dplore son domaine perdu2 s'il les lve1 il attend le signe divin4 ,en sorte que c'est un continuel vertige1 sur ce double gouffre de la terre et du ciel1 de ses regrets et de ses esprances4 ,et si1 par aventure1 les lments le laissaient insensible et dans un tat d'atonie1 il avait pour s'mouvoir un moyen en quelque sorte mcanique4 ,chacune des phrases de l'criture o se trouvent les promesses que ,jehovah adresse ,sion exerait sur lui une puissance magique4 ,la sonorit seule de cette syllabe de ,sion suffisait soulever son me4 ,il se rptait indfiniment la monotone et puissante posie des psaumes1 jusqu' ce qu'il ft parvenu un certain degr de chaleur et que son coeur se mt en mouvement4 ,vieux coeur sacerdotal1 rose de ,jricho6 ,cette musique orientale1 en mme temps qu'elle le ranime1 le jette la divagation4 ,il semble que le malheur ait t pour lui cette coupe magique pleine de vertus1 de chants et de prires1 ce breuvage enchant qui confre la possession des mlodies4 ,un vieux dessin reprsente le pape saint ,grgoire crivant ses neumes tandis que la colombe du ,saint-,esprit lui introduit son bec dans l'oreille4 ,lopold reoit son inspiration d'un oiseau fou4 ,le paysage tient au vieux prophte de longs discours universels4 ,lopold est le lieu d'une multitude de rveries intenses1 de la plus haute spiritualit1 mais perdues1 abmes sous une avalanche de choses informes1 obscures1 enchevtres4 ,c'est tantt une posie gale1 pleine et presse comme le dbit d'un fleuve1 tantt une suite d'envoles1 d'lans triomphants au-dessus de la plaine1 de longues fuses perdues4 ,rien qui puisse se transmettre comme une notion terrestre ou cleste1 rien de concevable et d'intelligible1 mais lui1 il s'y retrouve2 il a ses points cardinaux1 les points autour desquels indfiniment tournoie sa pense3 le repaire des renards 7entendez le couvent o gtent les oblats71 les faux amis 7entendez l'universel abandon dans la mauvaise fortune71 le fond de ,saxon et toutes les humiliations accumules l depuis vingt ans2 trois1 quatre ides1 toujours les mmes1 trois1 quatre thmes qu'il mdite et qu'il nourrit des couleurs du ciel et de la plaine1 mles avec tous ses chagrins4 ,ces motions1 ces grandes symphonies d'un vaincu1 s'il avait su les recueillir et leur donner l'expression musicale 7qui1 mieux qu'aucune autre1 leur et1 semble-t-il1 convenu71 le vieillard aurait pu1 comme faisait ,beethoven en tte de ses partitions1 mentionner les scnes relles et les jours de sa vie d'o elles taient sorties2 il aurait pu1 comme le grand ,allemand inscrivait ,souvenir de la vie champtre1 inscrire sur telle et telle rverie ,village des ingrats vu par un jour de novembre ou bien ,visite de l'exil aux domaines dont il est dpouill4 ,lopold avait des dimanches pareils ,thrse1 d'autres pareils son frre ,franois1 ,vintras1 et des petits jours de mars qui rappelaient l'aigre ,quirin4 ,les sentiments mystrieux qui s'veillaient dans cette me extravagante s'en allaient se mler aux bues de la terre1 des arbres1 des villages lointains1 des cieux chargs de neige4 ,oui1 l'on imagine que1 d'une telle matire morale et physique1 ,beethoven et cr des symphonies1 ,delacroix des tableaux sublimes1 et ,hugo les pomes bruissants de sa vieillesse4 ,mais il s'agit bien de cela pour ,lopold6 ,il fait sur son plateau1 le dimanche1 une vritable veille d'armes4 ,demain vont clater les grands vnements annoncs par ,vintras2 demain1 c'est l',anne ,noire4 ,dj les temps s'assombrissent4 ,des crevasses s'ouvrent dans le soleil4 ,l',organe les a vues4 ,et dans ses grandes solitudes dominicales1 ,lopold ne s'gare pas en libre posie3 mthodiquement il dnombre dans les nues ses lgions de secours1 chaque semaine augmentes1 qui s'assemblent444 ,au milieu du plateau1 l'ore du bois de ,plaimont1 et non loin de la croix rige par ,marguerite de ,gonzague1 on trouve une lande o les bergers disposent sur l'herbe rare1 pour leurs jeux1 des pierres dont les amoncellements rappellent les cromlechs de ,bretagne4 ,sur un bois de pins familiers aux oiseaux de nuit1 des pins d'un noir presque bleu1 le vent gmit1 et l'cart1 dans un isolement qu'on dirait volontaire1 un vieux poirier se dresse1 g peut-tre de trois cents ans1 et que j'ai lieu de prendre pour un arbre penderet4 ,ils commencent se faire trs rares1 ces arbres1 choisis pour servir de gibet parmi les poiriers sauvages les plus robustes et les plus hauts placs de la seigneurie1 et qui formaient autrefois un des lments officiels du paysage lorrain4 7,callot les a souvent reprsents avec leurs fruits47 ,les services du vieux poirier de la colline sont oublis des nouvelles gnrations1 mais des corbeaux1 non4 ,ils viennent toujours en grand nombre se poser et croasser sur ses branches4 ,par un temps bas1 sur cette lande1 il y a du mystre4 ,lopold s'y complaisait2 il y retrouvait ces grands pressentiments d'un nouvel ordre du monde qu'il avait eus ,tilly1 quand il parcourait avec son matre ,vintras le plateau qui domine la riante valle de la ,seulles1 un plateau o des petits bois encadrent des labours1 un lieu agrable et bucolique et1 bien que peu loign du village1 d'une solitude intense4 ,impossible de rver un endroit plus loign du grand aspect austre de ,sion1 et pourtant les deux paysages adressaient les mmes discours au sombre promeneur4 ,l-bas et ici1 le ,dieu de misricorde et de vengeance tait de la mme faon sensible son coeur4 ,c'est auprs du vieux poirier penderet et de la sombre pinde que ,lopold1 dans ses magnifiques concerts du dimanche sur la montagne1 trouve le chant liquide1 la cantilne la plus suave et la plus immatrielle4 ,c'est ici qu'une mlodie s'lve de la masse symphonique4 ,le pontife franchit les degrs sur l'chelle invisible1 et de motif en motif s'lve au monde des esprits4 ,nous ne rencontrons plus de fes au bord des fontaines1 ni de fantmes sur les cimetires2 pourtant ces esprits flottent toujours sur leurs domaines1 et nous les verrions encore si notre me avait reu l'ducation approprie4 ,pour ,lopold ,baillard1 au centre du mystrieux univers1 la colline est peuple d'tres surnaturels4 ,il les appelle les anges4 ,il peroit leurs prsences invisibles la traverse du bois de ,plaimont1 ou s'il respire la fracheur des trois sources4 ,et quand du fond de son me s'lvent des rveries non influences par sa raison1 il ne doute pas que ce ne soient les voix des messagers ariens1 avant-coureurs de l'arme runie pour la dlivrance prochaine4 ,voil ses vengeurs qui s'assemblent4 ,le visionnaire assiste la mobilisation de ses allis clestes4 ,il contemple les phalanges divines1 il assiste au conseil des chefs1 il glorifie les ordres de ,dieu4 ,et le soir1 aprs ces grandes randonnes1 ,lopold1 de retour chez lui et attabl devant une table pauvrement servie1 raconte son aprs-midi1 passe au milieu des cohortes angliques1 avec des dtails tout plats et un accent patois1 comme il ferait le rcit d'une revue sur le plateau de ,malzville4 ,quel trange1 quel dconcertant spectacle1 ce prophte qui mange une soupe et une salade1 en racontant tout son aise deux vieilles femmes de campagne les extrmes folies de l'imagination humaine6 ,lopold a trouv le bonheur1 son bonheur4 ,ce n'est plus de construire des chteaux1 c'est de dlivrer le chant qui sommeille dans son coeur4 ,jadis1 il voulait l'exprimer1 cette musique profonde1 en btiments1 en crmonies1 en fondations1 et maintenant il en jouit mieux que s'il l'et ralise dans une forme sensible4 ,a cette heure1 il s'enivre de ce qui faisait dans son me le support mystrieux et puissant des oeuvres qu'il rvait de crer4 ,marie-,anne dessert la table1 lave la pauvre vaisselle1 mais ne cesse pas un moment de prter l'oreille aux propos de son matre1 et entre ces deux tres1 des intuitions et des visions d'un caractre si tendu et si solennel deviennent un paisible bavardage1 un peu commun1 qui dure jusqu' ce que la vieille femme se couche4 ,alors le pontife prend le recueil des lettres qu'il amasse prcieusement de ,vintras1 et fort tard dans la nuit1 sous la lumire d'une pauvre lampe1 la seule allume cette heure dans ,saxon1 il mdite leur sens cach et suppute le moment o tous les corps de l'arme cleste entreront en campagne4 ,le lendemain1 le cycle de la vie terre terre recommenait4 ,lopold retournait se charger de dsirs mystiques dans la mdiocrit de ses occupations professionnelles4 ,il reprenait ses courses pour le vin de ,narbonne et pour les assurances4 ,en sorte qu'il en tait de cette vie1 o les dimanches taient ainsi espacs au milieu des soins les plus prosaques1 comme de ces vieilles popes o1 dans l'entre-deux des beauts1 le pote s'endort4 ,quand ils faisaient leurs qutes travers l',europe1 les frres ,baillard aimaient visiter les champs de batailles napoloniens4 ,aujourd'hui ,lopold1 en vendant du vin1 en plaant des assurances1 prouve toujours le mme besoin de s'mouvoir1 mais plus spiritualis2 il aime visiter les glises1 les vieilles forts1 les valles solitaires1 les sources444 ,il allait pied le plus souvent4 ,pour se reposer1 il n'entrait gure l'auberge4 ,certes1 il aurait donn du srieux1 voire quelque noblesse la table du cabaret par ses grands benedicite1 et les paysans si graves1 si polis1 ne l'auraient pas distrait1 mais il prfrait s'asseoir sur les bancs de l'glise ou1 mieux encore1 dans la belle saison1 sous les vieux arbres qui poussent prs des tombes4 ,il s'accordait tout naturellement avec les morts1 puisque comme eux il se trouvait mis hors de la vie4 ,il partageait leurs grandes esprances et rptait avec les inscriptions funraires3 ,mon corps repose en attendant la ,rsurrection4 tranger aux soucis et aux joies de la famille1 exclu des soins de la vie publique1 priv d'amiti particulire1 ddaigneux d'aucune distraction vulgaire1 il ne voyait et n'entendait1 au cours de ses monotones tournes1 que ce qu'il y a d'ternel et quasi d'essentiel en ,lorraine4 ,il s'accordait avec tout ce qui est silence et solitude2 il ramassait et ranimait tout ce qui lui faisait sentir le mystre et la divinit4 ,lopold vivait comme un moine3 ,saxon tait sa cellule1 toute la ,lorraine son promenoir4 ,chaque jour1 la cloison qui sparait ses dimanches et ses jours de travail cdait sous la pousse de ses forces intrieures2 il ralisait l'unit de sa vie1 il pntrait tout de religion4 ,rejet par les prtres1 il prenait pour sa part ce qu'ils laissent1 tout ce qui flotte de vie religieuse et sur quoi l'glise n'a pas mis la main4 ,avec un amour dsespr1 ce maudit1 toujours marqu pour le service divin1 ramassait les pis ddaigns4 ,lopold aimait prier auprs des sources4 ,ces eaux rapides1 confiantes1 indiffrentes leur souillure prochaine1 cette vie de l'eau dans la plus complte libert le justifiait de s'tre libr de tout bien dogmatique4 ,c'est un miroir des cieux4 ,qu'en va-t-il devenir8 ,elles jaillissent et d'un bond ralisent toute leur perfection4 ,a deux pas1 elles se perdent4 ,il songeait ,thrse1 il songeait ces vies trop parfaites qui se corrompent sitt qu'elles sont sorties de l'ombre4 ,de ces eaux courantes mles ses penses hrsiarques et ses souvenirs1 ,lopold faisait spontanment des prires4 ,peu peu1 il se donna mission de bnir et d'absoudre les rprouvs qui reposaient dans les champs mortuaires des lieux sur son passage4 ,il rejoignit au fond des tnbres les ombres de ceux qui naquirent trop tt pour connatre ,vintras et recevoir sa consolation4 ,souvent1 il lui arrivait de chercher les vestiges des maladreries et de rver indfiniment sur les villages o furent allums le plus de bchers4 ,son coeur s'panouissait dans cette compagnie imaginaire des lpreux et des sorciers4 ,c'tait une arme invisible qu'il levait4 ,il recrutait travers les sicles la troupe immense de ceux qui veulent tre vengs4 ,parfois1 au soir de ses longues journes exaltes1 l'trange commis voyageur de la maison ,galet ,dijon voyait les tertres funraires les plus abandonns1 ceux que ne dcore aucun marbre1 mais seulement un gazon inculte1 voler en poussire1 et ce nuage emport par la tempte dcouvrait l'infini une plaine de fontaines jaillissantes1 sorte de rponse son ardente nostalgie et de promesse solennelle d'un prochain apaisement4 ,qu'importe ,lopold qu' cette date les ,oblats se multiplient sur la montagne et qu'ils entreprennent d'y rebtir le couvent6 ,ils n'occupent de cette terre religieuse que la largeur de leurs semelles1 et sous leurs pieds comme sur leurs ttes1 c'est une immense protestation4 ,les imprudents trangers6 ils viennent offenser le fils de la colline1 qu'entourent les plus puissantes amitis souterraines et clestes6 ,le vieillard1 au coeur de qui se multiplient les gages de victoire1 ne tourne mme pas vers eux son regard4 ,que leurs architectes et leurs maons s'empressent profaner les murs des ,enfants du ,carmel1 l'injustice ne prvaudra pas4 ,les murs et le sol mme le clament2 la montagne de ,sion s'entr'ouvre et dlgue un mystrieux messager4 ,des ouvriers1 qui tiraient de la pierre pour les constructions des ,oblats1 dcouvrirent dans un champ du plateau1 quelques pas du chemin que les processions et les thories ont suivi de toute ternit1 des monnaies1 des plats en bronze1 des fibules1 des agrafes1 des pingles d'os et d'ivoire et puis une petite statuette de bronze qui souleva dans tout le pays une grande curiosit et un peu de scandale4 ,c'tait un hermaphrodite4 ,on monta des villages pour le voir4 ,lopold y vint comme les autres4 ,marie-,anne ,sellier et soeur ,euphrasie l'accompagnaient4 ,les ouvriers avaient install l'idole sous l'abri o ils mettaient leurs outils4 ,elle se tenait debout2 sa tte tait d'une femme1 au profil charmant1 avec de longs cheveux retenus en chignon par une bandelette2 sa poitrine d'un jeune homme3 elle cambrait son petit corps et tendait les bras avec langueur4 ,lopold n'tait pas archologue2 il restait devant le petit ,dieu sans penses claires1 mais il le respectait4 ,il voyait l un puissant repos exprim d'une manire qui1 pour ce vieillard grave1 gardait un caractre sacr4 ,il regardait sans songer s'tonner et encore bien moins railler1 en homme du sanctuaire et en paysan1 pour qui tout ce qui sort de sa terre devient un trsor4 ,autour de lui1 on faisait des plaisanteries grossires4 ,voil leur ancien dieu1 et nul d'eux ne lui fait accueil4 ,en reparaissant la lumire1 le dieu1 qu'un fidle jadis enterra1 ne rencontre de sympathie que dans le coeur de ,lopold4 ,c'est qu'il retrouve dans ce grand vieillard quelqu'un de sa race4 ,ce dieu immobile1 chez qui les deux types de l'humanit sont runis1 qui sommeille dans sa perfection1 ne convient-il pas celui qui a toujours vcu de sa propre substance1 qui maintenant vieillit dans deux ou trois cavernes1 je veux dire deux ou trois penses immmoriales1 et chez qui rien du dehors ne vient plus veiller le dsir8 ,lopold prit entre ses mains le petit corps de bronze1 et il en prouvait une chaleur secrte1 une sorte d'enthousiasme4 ,il le tenait avec gravit et le faisait voir aux deux vieilles femmes4 ,a cette minute arrivrent les ,oblats4 ,les deux clergs ne se salurent pas4 ,aprs un rapide coup d'oeil1 le ,pre ,suprieur1 d'un ton qui n'admettait pas de rplique1 ordonna de transporter cette obscnit au couvent4 ,personne ne fit opposition4 ,seule1 une pense inexprimable1 o se mlaient la vnration et la nostalgie et puis la haine contre l'tranger1 se formait1 sorte de romance sans paroles1 du ton le plus grave1 au fond de la conscience sacerdotale du vieil amant de la colline4 ,ils ne reviendront jamais1 les sicles de jadis1 mais ils sont blottis1 tout fatigus et dnaturs contre nos mes1 et que dans un cri1 dans un mot1 dans un chant sacr1 ils se lvent d'un coeur sonore1 tous les coeurs en seraient bouleverss4 ,ce mme jour1 aprs le souper1 les ,oblats se promenant sur la terrasse1 par cette belle soire d't1 aperurent une forme qui longuement errait autour de la cachette viole4 ,ils se penchrent et reconnurent ,lopold2 il tait l1 seul avec l'esprit de la solitude1 et ils cherchrent deviner la nature de l'attrait et du sortilge qui retenait le rprouv auprs de cette fosse4 ,lopold songeait l'ensevelisseur de l'idole4 ,quel tait-il1 le fidle qui1 jadis1 l'heure o la foi nouvelle1 avec des cris menaants1 escaladait la colline1 saisit et coucha son ,dieu dans ce trou8 ,avec l'image divine1 ce pieux serviteur enterrait des penses1 des sentiments1 toute une humanit4 ,la nuit enveloppe ce suprme disciple qui1 le dernier1 possda le dpt d'une science divine4 ,quand il mourut1 ce fut une lumire sacre qui s'teignit4 ,la pense de ,lopold1 du vieux prtre excommuni1 bondit dans les vastes espaces4 ,jadis il et voulu des crmonies et des formules de liturgie qui fussent propres au plerinage1 qui vinssent rveiller dans le coeur lorrain la tradition des grands jours historiques de ,sion4 ,maintenant il remonte jusqu'au bout la perspective ouverte sur le pass3 il dsire de recueillir les ppites d'or que roulent mystrieusement les ruisseaux de la colline2 il s'chappe d'un vol incertain1 mal guid1 travers les sicles2 il remonte vers les autels indigtes1 vers un monde inconnu qu'il ne sait pas nommer1 mais qu'il aspire pleine me4 ,les malheurs et les passions1 ces fleuves de ,babylone1 comme les appelle l'criture1 ont entran les vgtations et les terres friables1 tout le dessus de ,lopold3 rien ne reste chez ce vieil homme que le granit1 les formations ternelles1 les penses essentielles d'un paysan et d'un prtre1 les souvenirs de la vieille patrie et les aspirations vers la patrie ternelle4 ,depuis trente ans que son christianisme est en dissolution1 du fond de son tre montent de vagues formes1 tous les dbris d'un monde4 ,conoit-il que son me a t forme1 il y a des sicles1 et qu'elle baigne dans un mystique pass1 qu'elle fleurit la surface du vieux marais gaulois demi dessch8 ,qu'il le sache ou qu'il l'ignore1 c'est un fait qui le commande4 ,son orgueil n'est si solide1 son tre ne se durcit au passage des ,oblats1 il ne les sent comme des trangers sur la colline que parce qu'il les tient pour des ,romains et que1 lui1 il y a des annes1 avant que saint ,grard y installt la ,vierge1 il tait dj l-haut avec ,rosmertha4 ,de l-haut1 les ,oblats le regardent toujours4 ,ils ne peuvent pas deviner ses penses et ils ne peuvent pas davantage dtacher de lui leur regard4 ,c'est1 dans cette nuit de la montagne1 le ver luisant qui brille sans laisser voir sa forme4 ,mais le pre ,aubry rompt le silence3 --,tant qu'il fait jour1 la terre est aux vivants2 le soir venu1 elle appartient aux mes dfuntes4 ,lopold ,baillard se promne la nuit1 parce qu'il est un mort4 --,c'est surtout un vieux fou1 ce me semble1 dit un des pres nouvellement installs4 ,vous l'avez fait mettre en prison1 jadis4 ,entre nous1 un asile d'alins lui aurait mieux convenu4 ,et le plus jeune des religieux intervenant son tour3 --,regardez donc1 regardez donc6 ,ma parole1 le bonhomme fait des rvrences la lune4 ,et tous de rire1 sauf le pre ,aubry4 ,offens par la vulgarit du ton et par des railleries qui risquaient d'atteindre1 par del ,lopold1 la conception mme du surnaturel1 il repartit vivement3 --,ne parlez pas ainsi6 ,ce n'est pas nous qui pouvons ignorer quoi s'occupe ,lopold ,baillard4 ,le malheureux s'occupe des choses dont le ,bon ,dieu s'est rserv le secret4 ,dans cette nuit si calme1 comme un son lger glisse l'infini sur une eau sonore1 ou plutt comme une onde lectrique s'en va mouvoir travers l'espace un enregistreur1 la pense de ,lopold tait-elle donc alle mystrieusement frapper l'me du pre ,aubry8 ,ce religieux tait-il de ces organisations exceptionnelles qui possdent des facults divinatoires et qui peuvent vibrer de ce qui chappe aux sens grossiers des autres hommes8 ,non1 c'tait une nature de paysan1 d'corce assez rude1 mais il avait une conscience de prtre1 et1 l'gard de ,lopold1 depuis des annes1 un remords affinait1 aiguisait son sentiment4 ,il se reprochait d'avoir interprt d'une manire trop basse la faute des ,baillard1 de n'y avoir pas vu le pch contre l',esprit-,saint4 ,il se demandait si son arrive sur la colline1 tout jeune prtre inexpriment1 il s'tait bien rendu compte de la qualit spirituelle des soucis qui tourmentaient les trois frres4 ,depuis son chec au lit de mort de ,franois1 des scrupules1 des remords le rongeaient4 ,et d'un ton ferme1 il coupa court l'entretien en dclarant3 --,voil vingt ans que j'ai vu ,dieu abandonner ,lopold ,baillard ,satan1 pour des causes qui nous sont inconnues1 vingt ans que le malheureux va recueillant et ravivant sur cette colline ce qui subsiste des idoles et qui n'a pas t purifi par les prtres du ,christ4 ,a cette minute1 il tourne dans le cercle maudit2 prions pour lui1 prions ,notre-,dame de ,sion qu',elle assure son me le secours surnaturel dont il a besoin4 ,les trois prtres se mirent en prire et firent une longue mditation devant ce paysage nocturne1 dont la beaut tait si grande qu'ils le regardrent bientt comme ils eussent cout de la musique d'glise4 ,c'tait une nuit d't calme et profonde1 une de ces nuits o nos rves s'enfoncent pour nous revenir plus chargs de mystre4 ,les rumeurs de la plaine et les couleurs du ciel entraient dans les mes4 ,toutes les inspirations des cultes dont la colline avait t l'autel s'exprimaient en quelque sorte d'une manire visible1 l'enveloppaient d'une atmosphre magique1 encore accrue par le thme nigmatique exhal de la fosse d'o venait de surgir le petit dieu inconnu4 ,cette nuit de ,sion formait un vaste drame musical o1 sur le fond d'un large motif de religion ternelle1 se dtachaient le chant catholique des ,oblats et le thme en rvolte de ,lopold4 ,eux et lui taient coup sr insuffisants pour recueillir tout ce qui s'exhalait de cette terre mystique1 mais ils l'aspiraient1 l'agitaient1 y produisaient d'admirables ondulations de rveries4 ,et dans les hauteurs de cette nuit1 les anges qui planaient pouvaient entendre1 mlant les couleurs d'une ferveur divine celles d'une vhmence diabolique1 les prires des ,oblats et de ,lopold jaillir de cette vieille terre religieuse et y retomber en tristesses et en secours4 --,arche sainte1 ,porte du ciel1 murmuraient les ,oblats1 ,vierge dont le pied crase l'antique ,serpent1 vous nous avez donn pour mission de servir votre gloire sur votre colline1 prtez-nous la force et les moyens de relever les pieux btiments crouls2 recevez-y nos frres en grand nombre1 afin d'craser sous leur masse la tte de l'ternel ,ennemi4 ,et ,lopold1 assis auprs de la fosse vide1 sur l'amas de pierres et de sable que les ouvriers en avaient retir1 regardait les toiles4 ,il portait sous sa poitrine une pense aussi dure1 aussi tincelante qu'aucune d'elles3 l'espoir de la rsurrection1 l'attente du jour divin des rparations1 le dsir d'une large communion o seraient appels toutes les forces indignes1 tous les souffles de la colline3 --,esprit-,saint1 ,paraclet1 qu'attendez-vous de pis pour agir8 ,comment pouvez-vous supporter que des trangers fassent la loi sur votre haut domaine1 qu'ils osent excommunier une pense de nos pres et confisquer le fruit de la colline8 ,ainsi les deux prtres priaient et s'absorbaient dans un magnifique duel religieux1 comme si les vanits du sicle se fussent vanouies dans cette nuit4 ,lopold ,baillard ne voyait dans toute la montagne que le pre ,aubry1 pareil un soldat en faction et qui se dessinait1 au clair de lune1 l-haut1 sur la terrasse4 ,et l',oblat1 de son ct1 ne regardait que le schismatique4 ,toutes les maisons taient closes dans ,saxon et dans ,sion2 pas une lumire a l'horizon1 pas un passant sur les routes4 ,les deux serviteurs de la divinit taient seuls1 l'un devant l'autre1 dans cette vaste solitude1 et soutenus1 remplis par un prodigieux sentiment tragique4 ,l',oblat sentait derrire lui toutes les forces de la hirarchie chelonnes jusqu' ,rome1 et ,lopold se savait assist par une immense arme des morts et par les cohortes clestes4 ,autour d'eux1 les villages dormaient4 ,ils dormaient comme les moissonneurs autour de ,booz qui songe1 comme les compagnons de ,jacob quand celui-ci lutte avec l',ange4 ,a tous instants1 des clairs1 pareils aux signaux d'un grand phare invisible1 parcouraient cette nuit brlante1 et chacun des deux prtres1 en se signant1 appelait1 attendait contre l'autre une intervention surnaturelle4 ,c'tait aux premiers jours du mois de juillet #ahgj4 ,,chapitre ,,xvii ,l',,ann,e ,,noire ,juillet #ahgj6 ,les derniers jours du mois de juillet1 les petites villes de ,lorraine les passrent toutes tendues vers la voie du chemin de fer regarder courir les trains qui1 sans interruption1 emportaient nos troupes la frontire4 ,des zouaves1 des soldats de toutes armes1 des chevaux dont on voyait les ttes haletantes en haut des claires-voies des wagons4 ,quelle chaleur d'orage et quel enthousiasme6 ,les populations se pressaient dans les gares pour offrir ces braves enfants du vin1 de la bire1 du caf1 du tabac4 ,trop de vin1 trop de bire6 ,et l'on criait3 ,a ,berlin6 ,sbastopol1 ,solfrino1 ,publa sonnaient dans les mmoires1 il n'y avait qu' faire donner nos mitrailleuses1 et puis pousser droit devant soi1 la baonnette en avant4 ,la gloire de la ,france et l'pope impriale dj resplendissaient d'un clat nouveau4 ,les images d'pinal rpandaient1 clbraient la fureur l'emporte-tout de nos turcos1 ces moricauds hroques444 ,soudain1 on apprend ,forbach1 ,wissembourg1 ,reischoffen4 ,et voici qu'une fois de plus1 l'immense flot germain se soulve1 accourt sur la ,gaule1 frmissant d'une joie dvastatrice4 ,aux champs de bataille ternels de l',alsace1 le barrage gallo-romain vient de cder4 ,sauve qui peut6 ,les ,prussiens6 les ,prussiens6 ,sous une pluie diluvienne1 c'est l'effroyable dfil de la retraite franaise4 ,nos malheureux soldats6 ,aprs quelques heures1 ils se lvent des prairies souilles o ils se sont laisss tomber pour la nuit1 et quand on a vu leurs derniers fourgons disparatre au tournant du chemin1 chacun n'a plus que le temps d'enfouir au jardin ou bien de descendre au fond du puits ses couverts d'argent1 quelques napolons1 de vieilles armes de famille4 ,maintenant la petite ville impuissante attend les ,prussiens4 ,il n'a gure vari1 le crmonial de leur entre dans nos petites villes lorraines en #ahgj4 ,le plus souvent1 quatre uhlans prcdent la colonne2 ils arrivent seuls la hauteur des premires maisons4 ,autour d'eux1 la foule accourt et s'amasse1 d'autant plus nombreuse qu'ils ne sont que quatre4 ,brusquement ils choisissent un individu1 qu'ils jugent sur sa mise un notable1 et lui commandent de les conduire la mairie4 ,ils l'encadrent1 et s'avancent1 la carabine sur la cuisse1 en mesurant d'un dur regard que rien ne dtourne la file des fentres4 ,ce coup de feu tout prt calme dj bien des curiosits4 ,les voici la mairie3 ,monsieur le ,maire1 il nous faut tant de pain1 tant de viande1 tant de voitures4 ,et1 ,monsieur le ,maire1 il faut comprendre l'allemand4 ,quelques heures aprs1 c'est la rue torrentielle4 ,du matin jusqu' la nuit1 le fleuve s'coule1 un dfil ininterrompu de ,bavarois1 ,prussiens1 ,wurtembourgeois1 hussards de la mort1 hussards de ,blcher1 uhlans1 cuirassiers1 fantassins1 cavaliers1 canons1 d'o se dtachent soudain des patrouilles vers le boulanger1 vers le boucher1 vers la poste1 vers le percepteur1 vers la recette municipale4 ,ils saisissent l'argent des caisses publiques2 ils font charger toute la viande1 tout le pain1 tous les lgumes sur des voitures qu'ils rquisitionnent444 ,le monde assez nombreux qu'il y avait d'abord pour les voir passer a disparu4 ,peu peu1 chacun est rentr chez soi1 et maintenant plus personne1 la rue est tout aux ,prussiens4 ,leur flot sans trve1 cet immense silence1 cet ordre puissant1 cette force rythme inspirent de sinistres penses4 ,des fifres prcdent les longues files sombres de l'infanterie1 o les pointes des baonnettes tincellent4 ,les longues et lourdes pices noires de l'artillerie aux caissons bleu-de-ciel roulent sur le pav avec un bruit tragique4 ,nul cri1 nul dsordre dans ces troupes en marche2 elle respirent l'abondance1 et la petite ville1 derrire ses persiennes1 songe1 le coeur serr1 aux ,franais du corps de ,failly ou de ,mac-,mahon1 qui ont pass l'avant-veille1 toutes les armes mles1 troupeau puis1 dmuni de tout1 au point que les quincailliers ont vendu aux officiers ce qui restait dans leurs tiroirs de vieux pistolets et les perons qu'on ne demandait plus depuis la cration des chemins de fer4 ,le flot coule toujours2 les maisons semblent mortes2 l'angoisse de la petite ville ressemble de la paralysie4 ,les vieux sont encore nombreux qui ont vu l'occupation de #ahae #ahah1 et ils font savoir que cela pourrait bien recommencer comme au temps des ,cosaques et qu'il ne faut sortir de chez soi sous aucun prtexte4 ,au soir seulement1 quand les ,prussiens ont pass1 sont dj loin et1 rapides1 poursuivent les ,franais sur ,chlons et ,sedan1 la petite ville se reprend1 rapparat dans ses rues1 pour constater que le drapeau de sa mairie1 ses chevaux d'attelage et toutes ses provisions ont disparu4 ,mais bientt1 c'est un deuxime flot qui arrive1 le flot des troupes rendues libres par la prise de ,strasbourg4 ,la nuit est tombe2 la famille est runie autour de la table2 on vient d'achever le souper1 et l'on cause4 ,de quoi8 de la guerre1 des chances qui demeurent de vaincre4 ,voici l'heure du coucher2 une des filles de la maison ou bien la servante a pass dans la pice voisine pour clore les volets4 ,tout d'un coup1 elle revient et d'une voix touffe3 ,les ,prussiens6 ,on cache les lumires1 on se met sans bruit aux fentres4 ,une longue colonne monte la rue1 tellement silencieuse qu'elle semble glisser4 ,a droite1 gauche1 les portes des maisons s'ouvrent1 et des groupes se dtachent pour y entrer d'un bloc4 ,c'est d'un effet saisissant1 ce long serpent dont la tte s'avance et qui se coupe1 disparat par fractions dans les granges et les portes cochres1 aussitt refermes1 sans que la marche de l'ensemble soit arrte un moment444 ,mais on frappe en bas violemment1 avec un pommeau de sabre4 ,le chef de famille dit aux femmes de s'enfermer dans une mme chambre1 et lui il descend4 ,c'est l'envahissement de toute la maison1 le vacarme le plus brutal1 puis le silence des soldats extnus444 ,ces nouveaux venus sont plus redoutables que les premiers4 ,quelques semaines de campagnes les ont ensauvags4 ,au quitter de ,strasbourg en flamme1 dans la traverse des ,vosges1 ils ont subi les attaques nombreuses des francs-tireurs et des mobiles1 qu'ils appellent des paysans arms4 ,ils n'en cachent pas leur peur maladive4 ,ce sont des demi-brutes dchanes1 qui ont fait l'apprentissage du sang et de l'incendie4 ,que les autorits municipales prennent garde6 ,elles restent seules1 puisque tous les fonctionnaires et jusqu'aux gendarmes sont partis4 ,ah6 c'est fini1 l'agrment d'tre monsieur le ,maire1 et le bien-tre d'avoir de la fortune1 de la considration6 ,maintenant les notables sont tenus pour otages4 ,si l'on touche au moindre cheveu d'un soldat prussien et s'il plat quelque patriote de devenir un hros1 c'est ,m4 le notaire1 c'est ,m4 le docteur1 c'est ,m4 le gros propritaire qui seront colls au mur4 ,nul homme n'est aussi peu tonn que ,lopold ,baillard4 ,c'est bon ,napolon ,,iii1 sur le trottoir o il est descendu avec angoisse pour avoir plutt des nouvelles1 sur le trottoir devant la petite sous-prfecture de ,sedan1 de murmurer3 ,quelle suite de fatalits inexplicables6 ,pour ,lopold1 rien de plus clair1 rien de plus attendu4 ,ces fatalits inexplicables accomplissent la terrible prophtie1 dont voil dix ans qu'il guette avec frnsie les signes avant-coureurs dans le ciel de ,lorraine4 ,pendant des semaines1 le petit village de ,saxon1 l'cart des grandes routes qui mnent vers ,paris et sur lesquelles se htaient les troupes prussiennes1 subit la guerre sous la forme la plus primitive1 sous la forme de la razzia1 entendez qu'il fut dpouill de ses grains1 fourrages1 btail1 chevaux1 bref rquisitionn sans merci4 ,on n'y connut que de ou-dire les grandes catastrophes de la ,france4 ,mais un soir enfin1 ,lopold obtint sa rcompense3 un soir1 il vit de ses yeux le dsastre vengeur1 et sous les couleurs de feu que son imagination avait toujours annonces4 ,dans la nuit du #a;er au #b octobre1 quatre heures du matin1 six hommes de la landwehr1 logs dans diffrentes maisons de ,vzelise pour assurer le service des approvisionnements1 avaient t surpris et enlevs par une bande de francs-tireurs qui1 dans la mme nuit1 turent deux autres ,prussiens ,flavigny4 ,ds le lendemain1 par reprsailles1 les ,prussiens incendiaient les maisons o la surprise avait eu lieu444 ,hlas6 hlas6 ,la ville qui mconnut les saints1 la ville qui enchana la ,sagesse est purge par le feu6 ,que celui qui n'a point flchi le genou devant ,baal fuie du milieu de ,babylone6 ,depuis la terrasse de ,sion1 ,lopold1 ce soir1 regarde les longues flammes jaillir du fond o se cache ,vzelise4 ,il les regarde avec un sentiment d'horreur sacre et la brutale certitude d'avoir t le confident de ,dieu4 ,il n'en a jamais dout1 certes1 mais cette minute1 il en tient sous ses yeux toute la tragdie1 et sur le haut plateau il se glorifie et remercie le ,seigneur4 ,et derrire lui1 un effroyable enthousiasme soulve ses deux compagnes1 ,marie-,anne ,sellier et mme la douce soeur ,euphrasie4 ,les dsastres de tous temps ont excit les vieilles femmes4 ,a cette minute1 ces deux-ci ne rpondent pas au rve de paix et de recueillement que leur proposait ,vintras dans ses instructions catastrophiques2 elles ne se prparent pas s'lancer entre les hommes comme des anges de misricorde6 ,tout ce qu'elles ont souffert depuis vingt ans semble trouver une issue1 jaillit et rclame vengeance4 ,par quel surprenant rveil1 du fond de sa jeunesse1 ,marie-,anne ,sellier retrouva-t-elle les vieux couplets1 qu'ici-mme1 un soir de ,nol1 aux derniers temps de leur vie heureuse avait chants soeur ,thrse8 ,c'est la joie de la vengeance1 c'est l'odeur de la guerre1 c'est la secousse quasi physique de l'incendie qui concourent ranimer chez la paysanne casse ces images des retres de jadis3 ,basselles et ptureaux1 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,vite1 au plus tt1 courez parmi les champs1 ,pour ramasser nos troupeaux tout d'un temps1 ,pour les faire retourner ,pendant que je ferai la sentinelle1 ,car je suis pris ,s'ils nous trouvent ici4 ,ce dernier vers du refrain1 qui dans le patois est bien autrement saisissant de peur et de narquoiserie mles3 ,ca je serin pris ,si nous traurin toussi4 les deux sorcires les grommelaient1 souleves par une telle excitation qu'elles ne pouvaient pas tenir en place et qu'elles faisaient une danse autour de ,lopold4 ,et lui1 press par son imagination et par la terrible ralit1 assur que cet incendie dardait ses flammes contre les oblats profanateurs1 il parcourait sans cesse du regard le ciel immense1 esprant y voir les anges de la dsolation se frayer une route lumineuse travers les tnbres de la nuit4 ,personne jamais n'enregistra les coups et les redoublements d'une catastrophe avec l'ivresse qu'prouvrent les ,vintrasiens de la colline4 ,a chaque coup des canons de ,toul ou de ,langres1 dont le bruit sourd branlait toute la ,lorraine1 le petit peuple des ,baillard entonnait un furieux ,gloria in excelsis1 se faire massacrer par les villages1 s'ils l'avaient entendu4 ,lopold retrouva une seconde jeunesse4 ,c'tait comme s'il avait soulev la pierre d'un caveau pour revenir la lumire4 ,chose trange d'ailleurs et difficilement croyable1 il y eut ce moment1 sous le drap de deuil1 ras de terre1 un frmissement de libert4 ,quelque chose s'tait desserr4 ,sous cette dure discipline trangre s'panouissait une certaine licence1 tout humble1 toute plbienne1 un affranchissement des simples et des enfants4 ,la disparition des agents de l'tat donnait aux contribuables une batitude inconnue4 ,le vin et tous les produits imposs circulaient sans droits2 le sucre et le caf qu'on faisait venir de la ,suisse se vendaient pour rien2 on voyait les paysans apporter leurs tonnelets d'eau-de-vie et les dbiter sur la place4 ,pour tous les enfants commenait une inoubliable priode de vagabondage1 de rveries1 de terreurs et de hardiesses4 ,tandis que les bonnes soeurs runissaient les tout petits pour faire des montagnes de charpie1 les moyens et les plus grands passaient leurs journes entires polissonner au milieu des soldats1 drober des poignes de riz ou de chlore aux sacs ventrs1 lancer des pierres dans le ventre des vaches abandonnes par les rgiments et qui pourrissaient au foss des routes4 ,dans ce dsordre universel1 ,lopold se multipliait autour de la colline4 ,il allait rptant partout que ,vintras et que lui-mme1 depuis vingt ans1 annonaient tous ces malheurs1 et personne n'avait rien lui opposer4 ,du coup1 il reconqurait son prestige4 ,dans ce village o ne restaient que les enfants et les vieilles gens1 il tait devenu un personnage formidable qui inspirait un mlange de vnration et d'effroi4 ,chez ,marie-,anne ,sellier1 devant la fentre ouverte sur le ciel profond1 au milieu d'un petit cercle form quasi de toutes les gens de la colline1 il annonait1 la terreur gnrale1 qu'on n'avait encore rien vu et que maintenant on allait voir dans la nue le visage de ,dieu4 --,aujourd'hui1 prchait-il1 c'est le jour de la hache et du canon6 ,aprs ce jour1 la nuit qui viendra sera la nuit de feu6 ,et le jour qui suivra cette nuit sera le jour de l'empoisonnement des fontaines6 ,et la nuit qui natra aprs ce jour sera la nuit des mains lies et le supplice des rois6 ,puis viendra l'inexorable pillage6 ,puis les drapeaux noirs6 ,puis les cent parlements et le travail des tombeaux6 ,puis la croix de grce1 le dictame1 l'eau de salut1 les liaques6 ,puis la fte des ,eucharistiques6 ,puis les fanfares clestes4 ,puis les parfums qui viennent du ,midi6 ,les quatre arcs-en-ciel6 ,les chants d'en haut6 ,l'tendard des anges6 ,le nouveau temple6 ,et si on lui demandait3 --,mais quand donc arriveront ces grands vnements8 ,il rpondait3 --,quand le dernier ,prussien sera sorti de ,france4 ,tout le petit village soupirait aprs ce moment1 qu'il fallut attendre trois longues annes4 ,au fur et mesure qu'arrivaient de ,france en ,allemagne les wagons d'or1 les ,prussiens vacuaient pas pas la ,lorraine4 ,ils quittrent ,mirecourt le #be juillet #ahgc1 ,charmes le #bg1 ,saint-,nicolas et ,nancy le #a;er aot4 ,rien aujourd'hui ne peut faire comprendre ceux qui ne l'ont pas prouve1 l'motion patriotique1 d'une qualit religieuse1 qui souleva toutes ces petites villes au dpart de leurs garnisons prussiennes4 ,il en alla partout peu prs de mme4 ,ds le matin1 un caporal sapeur de la compagnie des pompiers tait dans le clocher avec la mission de surveiller les ,prussiens4 ,toute la matine1 on en voyait encore dans les rues4 ,vers midi1 ils commenaient disparatre4 ,bientt le guetteur annonait la formation de la colonne4 ,un prodigieux silence de toute la population se faisait4 ,a cinq heures sonnant1 leur chef poussait trois hourras1 et la troupe s'branlait4 ,quand le soldat de tte dbouchait sur la grand'route1 les cloches de l'glise se mettaient sonner en vole2 le caporal sapeur accrochait son drapeau en haut du clocher1 prs du coq2 instantanment la petite ville se pavoisait1 et chacun se prcipitait dans la rue4 ,c'tait une fourmilire heureuse1 une famille dont tous les membres se congratulent1 une espce de victoire1 une premire revanche4 ,un seul mot frmissait dans les airs3 ,esprance6 ,esprance6 ,et ce cri patriotique1 sur toute la ,france1 fut soutenu d'un immense mouvement mystique4 ,des voix inspires s'levrent de toutes parts2 on ne rvait que miracles et prophties2 plusieurs ,voyants annoncrent le rgne de l',antchrist et la fin du monde2 d'autres1 au contraire1 le triomphe dfinitif du grand ,roi et du grand ,pape4 ,un vaste mouvement de supplications commena4 ,des multitudes enflammes par les appels de leurs prtres s'en allrent chanter1 prier1 s'agenouiller ,lourdes1 ,la ,salette1 ,pontmain1 ,paray-le-,monial1 au mont ,saint-,michel1 ,sainte-,anne-d',auray1 ,saint-,martin-de-,tours1 ,chartres4 ,le premier mouvement de la ,lorraine rendue sa libre respiration fut d'organiser ,sion un grand plerinage national1 une fte religieuse et patriotique1 en l'honneur du couronnement de ,notre-,dame1 patronne de la province4 --,nous y voil6 dit ,lopold4 ,ce jour-l1 #aj septembre #ahgc1 ds le matin1 le vieux pontife fut sur la colline4 ,la pluie tombait verse2 un vent froid faisait rage2 mais1 bravant le mauvais temps1 un peuple immense s'acheminait4 ,tous les sentiers1 toutes les routes fourmillaient de plerins1 pied1 en carrioles ou bien entasss dans les voitures omnibus que les petites villes avaient appareilles pour ce jour4 ,quand tout le monde se dsolait de cette inclmence du ciel1 soudain1 huit heures et demie1 les nuages se dchirrent1 et s'merveilla de voir apparatre miraculeusement le soleil au-dessus de la sainte montagne4 ,sur une estrade dresse devant le porche1 un cardinal et sept vques bnirent trente mille plerins qui dfilrent au chant des cantiques1 au bruit des fanfares1 en agitant leurs bannires1 parmi lesquelles la foule saluait avec religion celles de ,metz et de ,strasbourg en deuil4 ,au centre du cortge1 porte sur un coussin de soie blanche1 tincelait une splendide couronne offerte la ,vierge de ,sion par les familles lorraines4 ,et le moment solennel1 ce fut quand les ,pres ,oblats soulevrent la statue miraculeuse1 de faon ce qu'on l'aperut de tous les points du plateau1 et que le cardinal1 ayant reu la couronne des mains du ,pre ,aubry1 la dposa sur la tte de la ,vierge4 ,alors les plerins poussrent une immense clameur de vivats1 entonnrent un ,magnificat d'une puissance incomparable4 ,lopold ,baillard mlait sa voix ce formidable concert et animait du regard et du geste son petit cnacle enflamm4 ,on se le montrait du doigt4 ,bien qu'il et1 toute sa vie1 obstinment tourn son visage vers le ciel1 le vieillard1 maintenant presque octognaire1 tait courb1 cass comme ceux qui ont pass leurs jours lier la vigne ou bien arracher les pommes de terre4 ,il portait son ternel pardessus sur sa lvite noire2 un feutre larges bords jetait de l'ombre sur ses yeux tincelants2 un gros cache-nez de laine entourait son cou2 une immense gibecire1 retenue aux paules par une large courroie en cuir jaune1 lui battait sur les reins4 ,elle tait gonfle des armes clestes1 croix de grce et thphilins dont il s'tait largement pourvu1 en prvision de la tragdie divine qui allait se drouler444 ,on se le montrait444 ,quelques-uns ricanaient1 un petit nombre se scandalisaient1 mais ce n'tait pas un mouvement d'horreur qu'prouvait son endroit cette foule exalte3 chez la plupart1 il touchait des parties obscures de l'me ranimes par la tristesse qui s'exhale d'un malheur national et par le caractre de cette journe de supplication4 ,et les prtres eux-mmes1 rpandus par centaines dans cette foule1 disaient3 ,le voil donc1 ce fameux ,lopold ,baillard6 d'un ton o il entrait plus de curiosit que d'animosit4 ,quant lui1 l'ancien prtre-roi de ,sion1 quel haut sentiment n'a-t-il pas de sa prsence au milieu de cette procession suppliante et expiatoire sur le plateau de la ,vierge6 ,constamment il s'est tenu au premier rang1 auprs de ,m4 ,buffet1 prsident de l',assemble nationale1 en face des sept vques et du cardinal1 et maintenant que l'heure du sermon est arrive1 il est debout au pied de l'estrade o l'orateur1 au milieu du vent qui s'est remis souffler en tempte1 apparat dominant la multitude qui se presse pour l'entendre4 ,au sentiment de ,lopold1 le moment dcisif est venu4 ,il somme dans son me le prdicateur de confesser la ,vrit4 ,il attend4 ,quoi donc8 ,que tous fassent leur soumission1 reconnaissent les signes de ,dieu et l'autorit de l',esprit4 ,quand l'orateur dclare dans un grand mouvement d'loquence que ,dieu a frapp la ,france pour ses fautes1 ,lopold dit3 ,eh bien6 ,eh bien6 en frappant la terre de son bton4 ,il exige des conclusions pareilles celles que lui-mme a tires des vnements1 et comme elles ne viennent pas1 lui et son petit peuple se dmnent4 ,cependant la violence du vent1 augmente sur le soir1 ne laissait plus entendre le sermon4 ,des centaines d'auditeurs dcourags se retiraient et allaient s'installer par groupes sur les pelouses pour s'y restaurer des provisions qu'ils avaient apportes4 ,le vieillard1 lui1 ne bougea pas4 ,il resta immobile sous la bourrasque1 et il encourageait avec une frnsie intrieure la tempte1 comme il et applaudi une cabale cleste couvrant la voix d'un indigne comdien4 ,ce vent qui disperse et teint les paroles du prdicateur1 qui domine et rabat l'enthousiasme de la foule1 ces groupes lasss qui s'assoient et mangent pendant le discours sacr1 toutes ces forces de nature insurges contre cette apothose du clerg1 c'est une tragdie qui chappe au vulgaire1 mais qui soulve ,lopold3 une fois de plus1 dans cette tempte1 il rejette la hirarchie1 il rpudie l'ordre humain et se proclame le fils de l',esprit qui souffle4 ,a quoi bon s'attarder plus longtemps au milieu de cette foule trahie par ses pasteurs6 ,il ne sait cette minute qui dtester le plus de ces vques mitrs ou de cette multitude aveugle et sourde tous les clairs et tous les tonnerres4 ,en descendant de la colline1 il s'cria avec amertume3 --,les ,franais n'ont pas t assez malheureux444 ,c'est recommencer4 ,,chapitre ,,xviii ,,un ,,hiver ,,de ,,dix ,,ann,,es ,et maintenant quel silence1 quelle indiffrence autour de ,lopold ,baillard6 ,la guerre a rejet tant de choses au fond des sicles6 ,l'histoire des ,baillard fait dsormais partie d'un monde aboli4 ,on n'en voit plus au milieu des broussailles que l'espce de tour ruine qu'est la vieillesse de ,lopold4 ,des lgendes flottent dessus4 ,comme les ,raymond ,lulle et les ,nostradamus1 ce maudit a connu l'art de tirer l'or des poches obscures o il sommeille4 ,dans les veilles1 on parle de ses grands voyages1 comme des aventures que coururent toujours les chercheurs de trsors4 ,sa visite surtout1 chez l',empereur1 ,vienne1 blouit4 ,nul ne voit les anges et les fantmes au milieu desquels il vit1 mais beaucoup admettent qu'il sait de grands secrets4 ,les dernires rveries du moyen ge le rejoignent4 ,et lui1 toujours pareil lui-mme1 il reprend son ternelle songerie et son dialogue avec ,dieu4 ,des annes encore1 son rve bizarre va jaillir de son me1 monotone et rgulier comme le bourdonnement d'une coquille d'oeuf sur le jet d'eau d'un vieux jardin4 ,rien de la vie1 pas mme les appels de la mort1 ne peut plus le distraire4 ,et pourtant1 coups redoubls1 la destine l'assaille4 ,c'est d'abord ,quirin1 ,quirin l'infidle1 qui rend l'me1 dans l'hospice rserv aux vieux prtres1 ,rozires-aux-,salines1 aprs une abjuration complte de la doctrine vintrasienne4 ,depuis longtemps on ne recevait de lui ,saxon que de vagues et lointaines nouvelles4 ,lopold a-t-il gard de son cadet plus d'images que nous n'en possdons nous-mmes8 ,jusqu' ces derniers temps1 dans les sminaires lorrains1 on avait coutume de raconter aux jeunes diacres l'histoire d'un prtre1 magnifiquement dou d'loquence et d'intelligence1 qui avait cout les suggestions du dmon de l'orgueil4 ,a quel degr de misre tait-il tomb6 ,un jour1 dans les rues de ,nancy1 on l'avait rencontr1 vtu d'une longue blouse et le fouet la main1 conduisant un haquet de marchand de vins4 ,c'tait ,quirin1 pass l'tat d'image exemplaire pour pouvanter les jeunes sminaristes444 ,par ailleurs1 on racontait l'avoir vu dans le petit village vosgien de ,rugney1 camp dans une roulotte1 sur la place1 entre la fontaine et l'glise1 avec une femme et des enfants4 tait-ce soeur ,quirin8 ,on ne sait4 ,elle portait un bonnet noir2 elle entrait peu ou pas l'glise4 ,mais ,quirin1 lui1 ne manquait pas un office4 ,couvert d'une longue plerine noire1 et coiff d'un vaste chapeau de mme couleur1 il se plaait prs du confessionnal et suivait les prires sur son livre avec un grand recueillement4 ,sa roulotte tait un thtre de marionnettes4 ,c'tait lui qui tirait les fils et faisait parler les pantins1 en contrefaisant sa voix4 ,aprs ,quirin1 c'est ,euphrasie qui meurt4 ,on tait si bien accoutum la voir humble devant tous1 dvoue ,lopold et soumise aux oblats1 que personne ne prenait la peine d'apprcier cette vieille femme1 ,lopold et ,marie-,anne ,sellier pas plus que les autres gens du village4 ,elle s'teint4 ,c'est un miserere qui se tait1 une imploration que la mort accueille1 une forme chtive qui s'en va humblement sous la terre4 ,quirin1 ,euphrasie disparaissent2 les larmes ne montent pas aux yeux du vieillard insensible2 elles pourraient l'empcher de voir clair dans le ciel et de saisir le moment o apparatra la comte4 ,mais ,vintras qui meurt6 ,tout son tre s'meut4 ,quel vide immense dans l'univers6 ,c'est l'orchestre du monde soudain qui se tait4 ,l'annonciateur de la nouvelle loi n'est plus4 ,que la cration entire prenne le deuil6 ,il tait entr dans la vie des ,baillard comme un coup de vent dans la pauvre cabane1 comme le messager de ,dieu4 ,et ce grand favori du ciel1 aux heures o l',esprit le laissait en repos1 se montrait le plus simple des artisans et le plus tendre des amis4 ,sa maison respirait les vertus de l'atelier de ,nazareth444 ,vintras est mort4 ,lopold pleure2 il a perdu son bon matre1 son consolateur1 celui qu'il tenait par la main pour le dur voyage de la vie4 ,avec quelle ardeur1 faite de tendresse humaine et de sentiment de l'infini1 au milieu de la toute petite glise assemble1 le ,pontife d',adoration clbre une messe solennelle pour celui qui mena son peuple deux pas de la ,terre de ,chanaan sans pouvoir y pntrer lui-mme4 ,d'une voix toujours forte1 il entonne le cantique de la ,misricorde et1 aussitt aprs1 un triomphant alleluia4 ,il affermit sur sa tte la mitre qu'y a dpose ,vintras4 ,le prophte disparu1 les promesses divines subsistent4 ,pas un instant1 ,lopold ne doute de relever un jour les murs de ,sion4 ,dans son naufrage1 quasi seul sur l'ocan1 le vieillard ne se dtourne pas une minute de sa ligne4 ,il continue de nager vers la rive promise en tenant au-dessus des flots son pome d'esprance#c4 #c ,vintras mourut ,lyon1 la ville religieuse1 la ville humide o champignonnent autour de la foi nationale toutes les varits de la flore mystique4 ,a son lit de mort1 semble-t-il1 il lut pour son successeur le fameux abb ,boullan4 ,il lui chuchota les secrets que lui-mme avait reus de ,martin de ,gallardon et probablement aussi quelques noires penses de derrire la tte1 que le vieillard de ,sion1 tout limit au drame de sa colline1 ne souponna jamais4 ,tous les soirs1 durant des annes1 ,marie-,anne couche1 le vieil homme reste seul debout jusqu' minuit1 non pour rver devant les cendres teintes1 mais pour attendre les mes de ses morts4 ,saxon repose1 tous les villages dorment2 le vent tournoie avec un bruit lugubre autour de la maison maudite2 les voix de ,vintras1 de ,franois1 d',euphrasie1 de ,thrse passent dans ces grands espaces dsols1 dans ces bourrasques lorraines1 leur donnent une me et transforment des forces physiques en un immense sentiment de douleur4 ,lopold appelle devant l'tre de sa cuisine ses trpasss4 ,il les accueille1 converse avec eux1 et s'il les a vainement attendus1 avant de se coucher1 il prend soin de ranimer le feu et de disposer des chaises devant1 car ils viendront tout transis finir la veille chez lui4 ,ces interminables divagations mortuaires o le vieux pontife s'garait1 plus frquentes mesure qu'il cdait l'assoupissement du grand ge1 qui pourrait nous en donner la clef8 ,il y laisse abmer sa raison4 ,il ne fournit plus rien au monde et n'accueille plus rien du monde1 sinon le souffle des temptes dans sa cime4 ,par son seul tronc il fait encore l'effet le plus imposant1 mais il a pass la saison des feuilles4 ,les temptes l'ont branch2 nul oiseau1 mme d'hiver1 ne vient se reposer sur lui1 et la seule touffe verdoyante qu'il tende vers le ciel1 c'est1 comme un bouquet de gui parasitaire1 la pense vintrasienne4 ,dans cette intelligence entoure de brumes1 quelques souvenirs1 toujours les mmes1 passent de longs intervalles1 rappelant ces vols de buses qui1 sous un ciel neigeux1 s'lvent des taillis de la cte1 y reviennent1 en repartent1 obissent quelque rythme indiscernable4 ,un vent froid et sonore commence souffler continment sur la colline2 le soleil ne l'claire plus que bien rarement d'une franche lumire4 ,dans ce vieux coeur1 la vie prend les couleurs dsoles d'un fvrier lorrain1 tout de vent1 de dgel et de pluie2 l'horizon se rapproche1 le silence se fait1 les formes s'enveloppent de brouillard4 ,c'est l'hiver plus en rapport avec sa dfaite1 avec la monotonie de son me1 avec le repliement de son gnie monocorde4 ,lopold semble aux yeux de tous un vieillard plus aride et plus pierreux que le sommet de ,sion1 mais sur cette lande1 les esprits dansaient4 ,c'est l'ge et c'est l'heure o ,victor ,hugo produit le ,pape1 l',ane1 la ,piti suprme4 ,personne ne tient plus les orgues1 mais elles continuent de vibrer et d'emplir les votes4 ,un soir glacial de l'anne #ahhc1 au milieu d'une tempte de neige1 un jeune paysan qui se rendait cheval de ,vzelise treval1 entendit dans un champ des appels dsesprs4 ,il se dirigea vers l'endroit d'o partaient les cris et trouva un vieil homme1 affol de terreur et de froid1 qui battait les champs au hasard4 ,c'tait ,lopold ,baillard4 ,l'hiver1 cette anne-l1 tait particulirement rude4 ,depuis trois semaines1 la neige et le froid tenant ,lopold bloqu dans sa pauvre masure1 il passait ses journes avec ,marie-,anne1 tous deux serrs dans l'tre de la cuisine1 et de fois autre1 dsireux de regarder au dehors1 ils approchaient un fer chaud de la vitre pour fondre la glace qui se reformait aussitt4 ,cependant l'argent manquait la maison1 et ce matin-l1 bravement1 ,lopold avait d se mettre en route pour aller recouvrer une crance ,vzelise4 ,son affaire s'y rgla plus vivement qu'il n'avait os l'esprer2 trois heures achevaient de sonner2 la soire dans la petite ville s'annonait pnible et coteuse4 ,quoique la nuit en cette saison vienne avec rapidit1 il calcula qu'il avait le temps de regagner ,saxon1 et sans plus tarder il prit les sentiers travers champs4 ,a cette heure o le crpuscule commenait de tomber la plaine offrait un spectacle plein de tristesse4 ,la neige pousse par le vent s'tait amasse aux points o quelque obstacle l'arrtait1 contre une clture de haie1 contre un revers de talus et donnait au pays un aspect inconnu4 ,sous ce linceul argent1 les objets perdaient leur apparence relle4 ,la nuit descendait rapidement4 ,bientt il n'y eut plus de clart que celle qui sortait du sol blouissant de blancheur4 ,une brume glaciale qui s'abattit sur le plateau acheva de brouiller et de confondre toutes choses4 ,le vieillard perdu en plein champ1 extnu1 transi de froid1 aveugl par la neige1 n'entendait ni un pas1 ni un aboiement1 ni une sonnerie de cloche4 ,il n'apercevait aucune lueur4 ,tout ce qui faisait depuis des semaines1 l'objet de ses entretiens avec ,marie-,anne lui revint l'esprit3 les loups1 pousss par la faim1 venant rder jusque dans les villages2 plusieurs facteurs tombs de froid dans le foss des routes2 le vin gel dans les tonneaux1 les pommes de terre dans les caves et les porcs dans les rduits4 ,aucun doute1 cette fois1 c'tait la vritable ,anne ,noire qui commenait4 ,la terreur envahit le coeur de cet homme vieux1 fatigu et qui avait toujours t d'un naturel craintif4 ,il se mit crier dsesprment1 et ses longs cris qui lui revenaient dans le silence nocturne eurent pour effet de redoubler son pouvante4 ,lopold tournoyait sur lui-mme1 assez pareil quelque oiseau gar et perdu1 unique survivant d'une espce envole1 d'une troupe disparue derrire les nuages d'un soir d'hiver4 ,a la fin1 puis1 bout de force1 il se laissa tomber444 ,c'est alors que le paysan le trouva1 attir par ses gmissements4 ,ce bon ,samaritain1 qui tait un jeune et vigoureux garon1 prit le pauvre pontife dans ses bras1 le hissa sur son cheval et l'emmena en croupe dans la direction d'treval o il habitait4 ,mais chemin faisant1 quand il eut reconnu dans ce passant gar le fameux ,m4 ,lopold ,baillard1 il fut pris d'un vague malaise1 comme s'il portait le diable en croupe1 et ma foi6 la force avec laquelle le vieillard avait nou ses bras dcharns autour de son cavalier donnait quelque vraisemblance ce soupon4 ,il ne se soucia pas d'introduire chez lui ce bizarre compagnon1 et avec une courtoisie prudente1 il lui demanda s'il ne lui serait pas agrable de passer la nuit au chteau d'treval1 chez les enfants de ,monsieur ,haye4 treval6444 ,monsieur ,haye6444 ,souvenirs lointains1 mots magiques6 ,ils ranimrent ,lopold et lui donnrent de l'imagination4 ,il y avait longtemps qu'elle n'avait pas vu une arrive aussi romanesque1 la charmante ruine ,renaissance1 aux fentres sculptes de feuillages et de fruits1 qui couronne la hauteur d'treval4 ,elle put frmir joyeusement1 l'apparition de ce cheval efflanqu et de ce jeune paysan qui lui amenaient en croupe le plus vieux et le plus trange rveur de cette terre4 ,jamais ,walter ,scott1 le chantre des races opprimes1 n'imagina un rendez-vous nocturne plus romantique que celui de ces vieilles pierres dchues et de ce reprsentant des antiques chimres4 ,l'arrive des deux cavaliers et le pas du cheval sonnant sur la terre durcie par le gel1 dans le silence de cette heure tardive1 rvolutionnrent les trois cours du chteau4 ,des portes s'ouvrirent en dpit du froid1 et ,lopold se trouva tout coup au milieu d'un cercle de lumire4 --,prenez-le1 vous autres1 dit le jeune paysan qui l'amenait2 il est moiti mort de froid4 ,des bras se tendent vers ,lopold1 qui se laisse glisser du cheval4 ,on le porte dans la cuisine1 auprs d'un grand feu4 ,il remercie1 et toujours sous l'empire de ses grandes imaginations1 il se persuade que tous ces gens l'entourent avec pouvante1 qu'ils lui demandent de les protger1 dans l'effroyable tourmente de neige et de froid o1 ce soir1 le monde va prir4 ,avec un esprit magnanime1 il les rassure tous3 --,ne craignez rien1 dit-il1 je viens marquer la porte de vos demeures1 afin que la colre de ,dieu ne s'exerce pas sur vous4 tonns d'une si bizarre espce de folie1 chacun se pressait et changeait les diverses interjections par lesquelles se tmoigne la stupeur lorraine4 ,mais ,lopold peu peu reconnaissait ,mme ,haye1 la petite-fille de son vieil ami1 et prs d'elle1 dans ce cercle qui l'entourait1 il retrouvait1 hommes faits et pres de famille1 ceux qu' cette mme place1 vingt-cinq annes auparavant1 il avait vus enfants4 ,on les lui nommait1 il s'attendrissait4 --,bonne dame1 disait-il1 voil bien longtemps que je n'ai franchi le seuil de votre maison1 mais je suis pass souvent prs de votre cimetire1 et je n'ai jamais manqu d'y entrer pour bnir les tombes des vtres1 la tombe de mon vieil ami1 celle de la bonne maman1 et vous savez1 quand j'tends les mains1 je dlivre les pauvres mes4 ,cependant1 la matresse de maison avait prpar une grande soupire de vin chaud4 ,elle en prsenta un verre ,lopold4 ,il n'en but qu'un doigt1 mais c'en fut assez pour le ranimer et pour le lancer plus avant4 ,maintenant1 il ne lui suffisait plus d'avoir cart de cette maison la colre du ciel1 il voulait y apporter un bonheur miraculeux4 ,avisant un petit garon qui se tenait dans un coin sombre avec un bandeau autour des joues1 ,lopold le prit dans ses bras et le regarda avec bienveillance4 --,mon fils1 lui dit-il1 tu ressembles au bon ,monsieur ,haye4 --,c'est son arrire-petit-fils1 lui dit-on1 le petit-fils de sa fille4 ,voil deux jours qu'il a le mal d'oreilles4 ,le vieillard s'attarda devant cette ravissante figure d'enfant1 o revivaient1 avec quelque chose de cleste1 les traits du plus sr de ses amis4 prouva-t-il cette heure le trouble d'une vieille me qui ne se survivra dans aucune postrit8 ,peut-tre4 ,mais ce sentiment paternel1 s'il exista dans son coeur1 il l'exprima sa manire bizarre et par un acte de pontife4 --,le ,christ1 dit-il1 a donn ses aptres le pouvoir de gurir les malades1 puisqu'il a dit3 ,super gros manus imponent et bene habebunt4 ,attention1 petit6 je vais te gurir4 ,a ces mots1 l'enfant prit peur et se rfugia vivement dans les jupes de sa mre4 ,mais celle-ci lui dit tout bas l'oreille d'couter monsieur ,baillard qui n'tait pas mchant4 ,l'enfant revint alors auprs de ,lopold qui lui demanda pourquoi il s'tait sauv et ce que sa mre lui avait dit4 ,il le rpta navement4 ,le vieillard fut attendri de plaisir4 ,il embrassa l'enfant1 lui imposa les mains1 pronona la formule3 ,super gros manus imponent et bene habebunt1 et ajouta avec autorit en lui enlevant son bandeau3 --,maintenant1 tu ne souffres plus4 ,et l'enfant1 au milieu de l'assistance merveille1 convint avec une joie mle d'pouvante que sa douleur tait partie4 ,scne d'un caractre ternel1 pareille mille autres qu'elle ranime au fond de l'me paysanne4 ,les gens rassembls1 ce soir1 treval1 sont aussi prts gouailler qu' croire cette chose extraordinaire qui vient de se passer sous leurs yeux4 ,quant ,lopold1 refermant ses lourdes paupires pour cacher l'clair orgueilleux de ses yeux1 il ne voit pas1 n'entend pas les mouvements divers qu'il suscite2 plus enivr par sa russite que par le doigt de vin qu'il a bu1 il jouit de sa toute-puissance4 ,bonne mre1 dit-il en son coeur et tournant son regard vers l'tre o les trpasss se chauffent1 invisibles et voyant tout1 bonne mre1 avait-il raison1 le jeune prtre trop mchant qui m'a chass de votre maison8 ,ainsi pense-t-il et1 sans un mot de rcrimination1 il distribue tous des croix de grce1 que chacun accepte parfaitement1 car dans le doute qu'est-ce qu'on risque8 ,puis il leur dit qu'ils peuvent se retirer et s'aller coucher tranquilles4 ,quant lui1 il refuse le lit qu'on lui offre1 en disant qu'il ne veut pas dormir1 mais veiller sur le sommeil de tous1 tant donn les grandes chances qu'il y a pour que cette nuit ce soit la fin du monde4 ,aprs avoir un peu insist1 ils le laissrent auprs du grand feu1 puisque c'tait sa volont1 et chacun s'en alla chez soi sans attacher autrement d'importance aux prophties de cet trange visiteur4 ,bientt1 tout treval dormait1 enchant d'une si curieuse soire4 ,seul1 l'enfant miracul ne pouvait fermer les yeux4 ,ce n'tait pas que son mal d'oreilles et repris1 mais son petit lit touchait la cuisine1 et travers la cloison il entendait le vieillard qui marmonnait des choses inintelligibles1 entrecoupes de profonds soupirs4 ,la curiosit1 la fin1 l'emportant sur la terreur1 il se leva1 et travers une fente de la porte regarda4 ,lopold se tenait debout1 tourn vers la partie la plus obscure de la pice1 et s'adressant alternativement des personnages invisibles1 il disait3 --,je vous attendais1 ,vintras444 ,te voici1 ,franois444 ,o repose ,thrse8 ,est-elle l'abri du froid1 du vent1 de la tempte8 ,o t'a mene la vie1 ,thrse8 ,ces tnbres et ces soupirs1 ces flammes de l'tre et ces adjurations remplissent l'enfant du sentiment qui nous saisirait devant une assemble infernale au fond des bois4 ,aucune pense dans son esprit1 aucune rflexion1 rien qu'une attente anxieuse3 il attend comme semble attendre le feu dansant de l'tre4 ,impossible d'tre plus en accord avec l'ombre qui bouge et avec le vent qui gmit1 que ne l'est ce coeur palpitant dans cette poitrine de petit garon pouvant4 --,o t'a mene la vie1 ,thrse8 poursuivait ,lopold4 ,es-tu plus noble ou dgrade8 ,dans l'ombre o tu m'chappes1 ton regard cherche-t-il nos souvenirs8 ,ton visage brillant1 terni par l'ge1 est-il tourn vers la colline de ta jeunesse et de ta saintet8 ,o ,thrse1 messagre de mon esprit1 pareille moi1 mais plus lgre1 tu volais plus audacieusement4 ,o ma prophtesse1 souviens-toi des prairies o je t'ai mene et qu'avec la force d'un petit faucon soudain tu quittais et tu dominais1 les ailes battantes et le gosier sonore444 ,l'accent de la voix communiquait ces mots un irrsistible pouvoir4 ,l'enfant n'entendait rien de ce que disait1 de ce que chantait ce vieux ncromancien4 ,mais c'tait une musique dont il possdait un pressentiment1 c'tait une rponse obscure aux penses qui se forment dans un petit garon1 au milieu des tnbres et de la solitude4 ,le vieillard fou emportait l'enfant aux pays mortels du songe et du dlire3 il lui rvlait soudain l'attrait de ces rgions dlaisses qui subsistent toujours au fond de nos coeurs et de ces rves brouills auxquels personne aujourd'hui1 dans notre monde intellectuel1 ne donne plus de sens ni de voix3 il lui parlait la langue secrte1 la langue natale de ceux qui sont prdestins pour entretenir dans leur me le feu des curiosits maudites4 ,en dix minutes1 cette cuisine de campagne venait d'tre transforme en une chapelle de visionnaire4 ,l'enfant avait la certitude de voir un sorcier--en savait-il le nom8--un roi ,mage1 bref1 l'tre mystrieux qu'un coeur de paysan ne sera jamais tonn de voir surgir la corne d'un bois ou dans un chemin creux4 ,il vivait l une de ces minutes qui ne laissent pas pareil lui-mme l'tre qui les a vcues4 ,il en sort branl pour toujours1 dtach de la vie relle1 faonn pour les plus dangereuses rveries4 ,o sagesse de l'glise1 qui rejette les ,lopold et veut les craser6 ,tout coup1 et comme s'il allait arriver quelque chose d'extraordinaire1 la flamme cessa de danser dans la chemine1 l'ombre s'arrta de bouger et le vent de gmir3 le vieillard se tut4 ,il se fit un profond silence et l'enfant lui-mme retint sa respiration4 ,lopold s'avanait du ct de la fentre1 de telle faon que le petit garon ne pouvait plus le voir4 ,et brusquement un choc d'une violence inoue bouleversa la pice4 ,tout le vent qui soufflait autour de la maison1 sur cette cte leve1 s'engouffra dans la cuisine avec un bruit sauvage4 ,il teignit la lumire1 sans parvenir couvrir la voix de ,lopold qui appelait les morts3 --,entre1 ,vintras6 ,oh6 viens une fois encore4 ,et l'enfant1 persuad qu'une troupe de dmons chapps de l'enfer envahissait la cuisine1 poussa un cri qui rveilla toute la maison1 et tomba dans des convulsions1 en mme temps que le vieillard de plus en plus1 divaguait3 --,vintras6 ,voici ton heure6 ,du sein de ta gloire1 songe ,thrse6 ,elle s'est confondue parmi les pcheurs4 ,que nos anges la sauvent1 qu'ils l'pargnent et qu'ils la transportent avec nous au-dessus des flots qui vont recouvrir la terre6 ,,chapitre ,,xix ,,la ,,mort ,,de ,l,,opold ,c'est la fin d'une triste aprs-midi1 le crpuscule envahit ,saxon4 ,pour la premire fois1 depuis quinze jours qu'on l'a ramen d'treval1 ,lopold a quitt le lit4 ,assis dans son fauteuil1 envelopp de sa longue lvite de couleur brune1 comme il convient aux ,enfants du ,carmel1 et coiff d'une calotte de soie noire1 il tient sur ses genoux un panier de pommes de terre qu'il pluche pour le souper4 ,a cette minute1 il s'est arrt dans sa besogne1 il rve1 tandis que ,marie-,anne1 en face de lui1 dans la mme embrasure de fentre1 fait de la dentelle4 ,les yeux demi ferms1 ses lunettes glisses sur le bout de son grand nez maigre1 il demeure immobile avec une expression solennelle et regarde travers les vitres le soir descendre sur la boue du chemin4 ,rve-t-il aux anges qui viendront construire la nouvelle ,jrusalem sur la colline1 ou bien ceux qui nous prennent1 l'un par les paules et l'autre par les pieds--visiteurs certains et toujours inattendus--et qui ne peuvent manquer de venir bientt par cette fentre ferme8444 ,soudain1 les deux vieilles gens sursautent3 un grand bruit d'ailes et de gloussements perdus remplit tout le couloir1 suivi de l'irruption d'une demi-douzaine de poules et d'un ecclsiastique1 dans un nuage de poussire4 ,c'est un jeune prtre1 resplendissant de sant1 la figure panouie1 fort son aise et qui dit3 --,monsieur ,baillard1 je vous prsente mes respects4 ,il y eut une seconde d'tonnement4 --,monsieur l'abb1 observa le vieillard1 je vous salue1 mais je ne sais pas qui vous tes4 --,c'est un de ces messieurs du couvent1 le ,pre ,clach1 dit sans bonne grce ,marie-,anne4 ,l',oblat s'tait arrt sur le seuil de la chambre2 dans son coeur1 il demandait au bienheureux ,pierre ,fourier1 dont il apercevait un portrait pendu au mur1 de lui dicter les paroles propres toucher le vieux rebelle4 --,monsieur ,baillard2 je viens au nom de nos ,pres prendre de vos nouvelles4 ,voil dj plusieurs jours que le ,pre ,aubry serait venu vous voir lui-mme1 s'il n'tait retenu par la maladie dans sa chambre4 ,vous1 du moins1 je vois avec plaisir que vous allez mieux1 et je vous souhaite de pouvoir bientt monter l'glise de ,notre-,dame de ,sion4 --,ah6 cette glise de ,sion1 rpondit ,lopold1 combien de fois j'y ai prch jadis6 --,c'tait alors le bon temps1 ,monsieur ,baillard1 il faut y revenir444 ,et aprs un silence3 --,il faut rentrer dans l'glise4 --,rentrer dans l'glise1 dit avec humeur le vieillard1 mais je n'en suis jamais sorti4 --,tant mieux1 ,monsieur ,baillard1 ainsi votre croyance est identique celle de ,monseigneur8 --,oui1 ,monsieur4 --,et absolument la mme que celle de ,lon ,,xiii8 --,oui1 ,monsieur4 --,et ni plus ni moins que celle de l'glise entire fonde par ,notre-,seigneur ,jsus-,christ8 --,oui1 ,monsieur4 --,mais c'est admirable1 ,monsieur ,baillard6 ,ainsi vous admettez tous les dogmes tels que l'glise catholique les croit et les enseigne8 --,oui1 ,monsieur4 --,oh6 alors a va bien4 ,parfait1 parfait6 ,mais dites-moi1 ,monsieur ,baillard1 j'ai l'honneur d'tre au courant de votre histoire1 j'ai lu des ouvrages de ,vintras et j'ai pris connaissance de votre chef-d'oeuvre littraire1 qui est votre polmique avec ,monseigneur4 ,a ces mots flatteurs1 ,lopold1 qui se tenait affaiss dans son fauteuil1 se redressa avec une joyeuse confiance et dit vivement3 --,eh bien6 dans ce cas vous voyez444 --,je vois que les doctrines de ,vintras ont t condamnes par les souverains pontifes4 --,et combien de temps1 ,monsieur l'abb1 avez-vous pass cette tude8 --,huit jours pleins1 ,monsieur ,baillard4 --,eh bien6 moi1 rpliqua le vieillard avec une haute dignit1 j'y ai pass trente-sept ans4 --,monsieur ,baillard1 tout vrai catholique doit dire comme le pape1 et ,vintras1 pour sr1 n'enseigne pas absolument comme le pape4 --,le pape6 le pape6 dit ,lopold en haussant les paules4 --,je parie1 ,monsieur ,baillard1 que vous ne croyez pas l'infaillibilit du ,saint-,pre4 --,ah6 pour cela par exemple1 non1 je ne l'admets pas4 --,et naturellement1 vous ne croyez pas davantage l',immacule-,conception8 --,j'y fais des rserves1 dit ,lopold d'un air entendu4 --,et l'enfer ternel1 ,monsieur ,baillard1 l'admettez-vous8 --,je ne puis pas l'admettre1 car ,dieu est infiniment bon2 il cesserait de l'tre1 s'il condamnait un supplice sans fin4 ,l',oblat tait difi4 ,il crut le moment venu de faire avancer toute l'artillerie de son apologtique4 --,mon cher ,monsieur ,baillard1 quelle peine vous me faites6 ,comment un homme comme vous1 un prtre1 un thologien1 un savant crivain n'a-t-il pas pntr le vrai sens de tout ce qui s'est pass ,tilly8 ,il s'agissait de dtrner le ,christ4 --,assez1 assez6 s'cria ,lopold1 j'ai bien vu1 j'ai bien entendu3 ,tilly embaumait de vrits et retentissait de miracles4 ,oui1 ,monsieur1 je monterais sur l'chafaud et je donnerais vingt fois ma vie pour affirmer la ralit des faits qui ont eu lieu ,tilly4 --,monsieur ,baillard1 distinguons6 ,nul homme instruit dans ces questions ne niera la possibilit des faits surnaturels de ,tilly4 ,mais quelle est l'origine de ces faits8 ,j'ai lu six normes volumes crits par un avocat1 ,m4 ,bizouard4 ,il traite in extenso des rapports du dmon avec l'homme1 depuis l'origine jusqu' nos jours4 ,chacune des manifestations sataniques est examine par lui juridiquement1 la manire d'un procs2 or1 arriv l',o,euvre de la ,misricorde1 il dcouvre que l'esprit qui parlait et crivait par ,vintras n'est autre que celui qui1 par ,cagliostro et d'autres mdiums en foule1 sur tous les points de la terre1 travaille ramener le monde l'ancien paganisme ou culte de ,satan1 en refoulant le rgne de ,jsus-,christ4 ,entendant dire que ,m4 ,bizouard range ,vintras au nombre des possds1 ,lopold se dressa comme un ressort4 --,non1 non1 s'cria-t-il d'une voix indigne et plaintive1 mon bon matre ne m'a pas tromp4 ,a ce moment1 et comme s'il et sonn au drapeau4 ,marie-,anne1 ,fanfan ,jory et plusieurs autres de ceux qu'il appelait ses bons enfants1 poussrent la porte de la cuisine et firent irruption dans la chambre4 ,le vieillard s'tait lev1 et prenant la main de son jeune visiteur1 il le poussait doucement1 mais irrsistiblement vers la porte4 ,celui-ci ne se tint pas pour battu4 ,dans le corridor il fit de longs discours ,marie-,anne1 pour qu'elle obtnt de son matre qu'il se confesst4 ,mais le visage de la vieille femme restait ferm4 ,le vieillard qu'elle admirait n'avait pas besoin de ce vicaire ni de personne pour faire son salut4 --,eh6 rpliqua-t-elle avec vivacit1 que voulez-vous lui demander8 ,il n'a jamais fait de mal personne1 mais toujours du bien tous1 autant qu'il l'a pu1 et il passe son temps prier4 --,marie-,anne1 un chrtien1 un prtre surtout1 qui ne se confesse jamais1 c'est un genre de saint que l'glise n'a pas encore canonis4 ,vous feriez un pch mortel si vous laissiez mourir monsieur ,baillard sans m'avoir appel4 ,marie-,anne acquiesa de la tte1 mais ds que l',oblat se fut loign1 elle regagna sa cuisine en maugrant contre ce jeune prtre trop hardi4 ,cependant le ,pre ,clach remontait au couvent dans un tat d'esprit bien diffrent de celui o il se complaisait une demi-heure auparavant4 ,il tait descendu chez le vieux ,baillard1 peu de chose prs1 comme autrefois1 dans l',afrique du ,sud1 il s'acheminait vers la paillotte d'un chef ,zoulou4 ,maintenant il voit son erreur et qu'il n'a trouv aucune prise sur l'me du vieillard4 ,il gravit soucieusement les pentes ruisselantes de dgel1 dont l'aspect influe encore sur son esprit attrist1 et malgr le vent et le froid1 il n'est pas press d'arriver ,sion o un autre malade attend son rcit avec la plus vive anxit4 ,le ,pre ,aubry sentait qu'il allait mourir1 mais depuis qu'il avait appris l'tat dsespr de ,lopold1 une activit fivreuse et sans sommeil avait succd son abattement4 ,une srie de souvenirs s'veillaient dans son imagination1 coups par ces grands lans qu'excitent dans une me les approches de la mort4 ,il revoyait toutes les tapes de son triomphe sur la colline1 il en rappelait toutes les minutes1 mais le coeur moins assur1 inquiet maintenant d'y sentir plus d'amour-propre que de charit4 ,il revivait ce premier jour o1 sur le parvis de l'glise1 il avait rencontr et repouss ,lopold1 et lui avait devant tous jet la face le terrible vade retro1 ,satana2 il entendait galoper sur les pentes1 aux talons des ,baillard le cruel troupeau des enfants1 et il savait bien qu'il les avait continuellement encourags2 il se rcitait la complainte1 qui1 loin de le faire rire aujourd'hui1 l'humiliait et le peinait4 ,les images se pressaient dans son esprit3 la ,noire ,marie expulsant les schismatiques du couvent2 le maire ,janot les livrant aux violences de la rue2 le jeune sminariste d'treval chassant de sa maison le vieux prtre1 l'ami de son pre4 ,voil ce qu'il a jadis appel des succs6 ,il s'est rjoui sans scrupule de tous ces chagrins de ses frres1 comme d'autant de victoires de ,dieu6 ,tout cela lui parat maintenant petit1 mince1 priv d'amour4 ,il tremble de paratre avec cet indigne bagage devant le ,souverain ,juge4 ,sur ce lit de mort1 il n'a rien plus coeur que le salut de ,lopold1 pas mme son propre salut1 car il croit qu'ils se confondent4 ,ah6 que ne peut-il courir au chevet du schismatique1 le supplier1 vaincre sa rvolte1 et d'un mme mouvement1 s'lever avec lui jusqu'aux pieds du trne de ,dieu4 ,a peine fut-il averti du retour du ,pre ,clach1 qu'il le pria de venir dans sa chambre1 et minutieusement se fit raconter son entrevue avec ,lopold1 tous les propos du vieil homme et de sa compagne4 ,il l'coutait en se frappant la poitrine1 et quand son jeune confrre eut achev son rcit3 --,je vois ce qui vous est arriv1 lui dit-il4 ,il y a vingt-cinq ans1 j'ai commis la mme faute que vous4 ,ce n'est pas avec des arguments que l'on touche le coeur444 ,ah6 que ne puis-je1 mon cher ami1 vous accompagner auprs du malheureux obstin6 ,que ,dieu qui me refuse cette grce m'accorde au moins la force de vous communiquer l'exprience de ma vie1 et qu'elle soit en mme temps la confession de ma faiblesse4 ,et comme on voit parfois un foyer1 avant de s'teindre1 lancer de grandes lueurs1 cette nergie expirante exhala en paroles presses sa flamme intrieure1 une flamme qui avait tout purifi dans son me4 --,vous ne pouvez pas savoir1 mon ami1 les penses qui assigent le lit d'un mourant4 ,toute mon existence est prsente devant moi4 ,comment vais-je justifier au tribunal de ,dieu mon passage sur cette terre privilgie de ,sion8 ,ai-je su y respirer et y servir l'esprit de vie8 ,il y a trente-quatre ans1 presque au lendemain de mon ordination1 j'ai t envoy sur cette sainte colline2 j'ai t charg de la reconqurir pour la gloire de ,notre-,dame4 ,puis-je dire que j'ai russi8 ,l'me des ,baillard m'a chapp4 ,ah6 se prsenter devant ,dieu avec quelqu'un que l'on tient par la main et qu'on lui amne1 c'est bien1 mais arriver seul6 ,j'ai vu ,franois me repousser son lit de mort4 ,si cette me que j'ai laiss partir irrite et dsole m'attendait l-haut1 j'accepterais la mort avec moins d'apprhension1 j'entonnerais avec confiance le psaume du sacrifice4 ,sauvons ,lopold1 mon ,pre6 ,alors1 je pourrai murmurer3 ,introbo ad altare ,dei4 ,il s'interrompit un instant comme pour reprendre haleine1 tandis que le jeune ,oblat se tenait prs de lui1 silencieux et mditatif1 et d'une voix quasi intrieure il reprit3 --,ai-je su comprendre ,lopold8 ,il y avait en lui quelque chose qui l'empchait de trouver la paix4 ,mais dans notre paix1 nous1 n'y a-t-il pas une atonie de l'me8 ,il a perverti un magnifique lan qui lui venait de ,dieu4 ,avec tous j'ai ri et puis anathmatis4 ,n'aurais-je pas d l'aider purifier cette inspiration qui s'agitait au fond de son coeur et dont il abusait d'une manire coupable8 ,n'tait-ce pas mon rle de prtre de reconnatre1 au milieu de ses erreurs1 le mouvement de ,dieu8 ,il s'appuyait sur la colline2 il l'aimait comme aucun de nous n'a fait2 il voulait y puiser sans mesure4 ,ce n'est pas le crime d'une me vile4 ,nous ne devons pas le laisser ,satan1 mon ,pre2 il faut le rendre au ,christ qui m'en a donn la charge4 ,sauvez-moi en le sauvant4 ,le jeune ,oblat coutait sans interrompre1 et de toute son me il croyait ce que lui disait ce mourant4 ,tout l'mouvait dans ce discours1 et plus que les paroles1 les vibrations de la voix entrecoupe1 les yeux brillants1 l'ardeur de ce pauvre corps soulev d'enthousiasme religieux et de fivre4 ,ces paroles du ,pre ,aubry donnaient un sens aux extravagances de ,lopold ,baillard1 la fidlit de cette vieille ,marie-,anne ,sellier et de leurs pauvres adeptes1 mais elles allaient bien plus loin dans la conscience du jeune ,oblat4 ,elles y rveillaient quelque chose d'endormi et qui surgissait tout coup1 joyeux et fort1 dans cette me de lvite4 ,ces paroles lui donnaient une mission de prtre4 --,mais comment m'y prendre1 mon ,pre8 ,quel moyen pratique8 demanda-t-il avec tout son coeur4 --,ah6 si nous les avions aims1 murmura le moribond4 ,et aprs un silence3 --,certes1 vous devez maintenir l'intgrit de la doctrine1 de la hirarchie et tous les droits4 ,mais aprs avoir t inflexible pour le mal et l'erreur1 soyez gnreux pour l'homme4 ,beaucoup de charit1 d'indulgence et de condescendance4 ,et ce n'est pas assez2 j'ose vous demander plus4 ,ce n'est pas assez d'adoucir les solides raisons que vous lui proposez4 ,je vous demande de l'estimer4 ,je vous en supplie1 mon ,pre1 apprenez de moi ne plus regarder ,lopold ,baillard qu'au travers de son amour pour le domaine de la ,vierge de ,sion4 ,le moyen pratique1 dites-vous8 ,ah6 je le vois maintenant1 c'est de lui montrer que nous l'aimons1 et d'une telle manire qu'il n'en puisse douter4 ,aprs ces paroles1 le ,pre ,aubry1 puis1 ferma les yeux1 et l'on voyait qu'il priait4 ,le jeune ,oblat regardait ce visage transfigur1 et pensait3 ,va-t-il mourir sans achever de me conseiller8 ,va-t-il me laisser seul et sans aide8 ,lopold ,baillard lui apparaissait comme une forteresse1 qu'il fallait cote que cote emporter4 ,certainement1 cette minute1 les lgions de ,satan taient ranges autour de ce malheureux hrsiarque4 ,que pouvait un pauvre prtre8 ,il fallait une intervention de ,dieu4 ,le jeune ,oblat l'attendait4 ,jamais il n'avait senti en lui cette source vivifiante qui maintenant l'emplissait de force et d'attendrissement4 ,c'est sous cette influence et par une inspiration divine que soudain il dit au pre ,aubry3 --,mon cher et vnr ,pre1 vous le sentez bien1 tous les moyens humains choueront4 ,l'obstin a besoin d'une intervention exceptionnelle4 ,il s'arrta un instant1 cherchant sur la figure du moribond s'il pouvait continuer1 et puis il dit3 --,quand vous serez devant le bon ,dieu444 ,le ,pre ,aubry comprit et ne s'effraya pas de cette vision de mort qu'on lui proposait si crment4 ,il ouvrit sur son jeune interlocuteur ses grands yeux doux et profonds4 --,oui1 tout l'heure1 pensa-t-il1 quand je paratrai devant ,dieu1 je le supplierai pour ,lopold4 ,puis levant au ciel son regard1 il pria tout haut avec simplicit3 --,seigneur1 dit-il1 prenez ma vie1 appelez-moi tout de suite devant vous1 afin que j'obtienne de votre misricorde une bonne mort pour ,lopold ,baillard4 99 99 99 99 99 ,le voeu du ,pre ,aubry fut exauc1 il mourut dans la nuit4 ,le ,pre ,clach se sentit soulev par une esprance et une confiance invincibles4 ,la conversion de ,lopold tait une tentative qui dpassait les moyens humains2 le pacte qui liait ce malheureux ,satan ne pouvait tre rompu que par le pacte suprieur d'une me sainte avec ,dieu3 le miracle s'tait produit4 ,dieu avait accept le sacrifice du ,pre ,aubry4 ,au quitter de l'enterrement1 le jeune ,oblat descendit tout droit chez ,marie-,anne ,sellier4 ,dans la cuisine1 il trouva la vieille femme avec quelques ,enfants du ,carmel1 et il apprit d'eux que ,m4 ,baillard1 aprs une nouvelle attaque1 avait manqu mourir l'avant-veille l'aube4 ,c'tait prcisment l'heure o le ,pre ,aubry paraissait devant ,dieu4 ,l',oblat ne douta pas que son vnrable ami n'et obtenu de la compassion divine un rpit pour ,lopold4 ,alors1 du ton d'un homme qui ne demande pas une permission1 avec une gravit et une autorit qu'on ne sentait pas dans sa voix sa premire visite1 il dit qu'il dsirait demeurer seul avec le malade4 ,lopold tait tendu dans son lit1 tout un ct du corps paralys4 ,a la place de l'expression svre et militaire qui lui tait habituelle1 il y avait quelque chose de timide1 et le pauvre regard de son oeil droit1 le seul qu'il pt tourner vers son visiteur disait trs clairement3 ,ne voyez-vous pas dans quel tat je suis8 ,est-ce le moment de venir discuter8 ,mais l',oblat3 --,rassurez-vous1 ,monsieur ,baillard1 je ne viens pas discuter avec vous2 je viens vous apprendre que le pauvre ,pre ,aubry est mort4 ,cette nouvelle ne parut pas autrement intresser le malade4 ,il tenait les yeux ferms1 et sa main valide s'agitait impatiemment sur la couverture4 ,cependant le ,pre ,clach continuait1 et encore tout vibrant des motions qu'il ressentait depuis trois jours1 il commena de rapporter le suprme entretien qu'il avait eu avec le vieil oblat4 ,quelle surprise pour ,lopold d'entendre ces paroles et cet accent1 et de sentir fix sur lui avec une infinie amiti et mme avec admiration le regard de son jeune visiteur4 ,il n'tait donc plus seul2 on s'occupait de lui autrement que pour lui jeter la pierre2 au couvent1 la vrit se faisait jour1 enfin6 ,l'ide qu'il avait t aim fondit les glaces contre lesquelles tous les anathmes avaient chou4 ,il coutait avec ravissement l',oblat lui rpter les paroles du ,pre ,aubry3 ,personne plus que ,lopold ,baillard n'a aim la colline de ,sion4 ,et il sentait que de tous les hommes qu'il avait connus1 trs peu auraient pu le comprendre aussi bien que cet adversaire dont il avait tant souffert4 ,comment n'ai-je pas vu1 pensait-il1 que nous pouvions nous aimer8 ,deux grosses larmes coulrent sur ses joues1 quand l',oblat lui rvla que le ,pre ,aubry avait offert sa vie pour arriver le premier au tribunal de ,dieu et intercder en faveur du ,restaurateur de ,sion4 ,a plusieurs reprises1 il interrompit pour dire3 --,cela est d'un vrai prtre4 ,et l',oblat poursuivait3 --,vous avez fait de grandes choses sur la colline1 ,monsieur ,baillard2 nous l'avons trop mconnu1 mais la sainte ,vierge1 ,elle1 ne peut pas l'oublier4 --,maintenant1 dit le malade1 je sens que je ne pourrai plus rien faire en ce monde1 je suis content de mourir4 --,avec saint ,paul1 ,monsieur ,baillard1 vous formez ce souhait3 ,capio dissolvi444 --,oui1 et esse cum ,christo4 --,ne donnez de place dans votre coeur qu' deux sentiments1 celui du regret et celui de l'esprance3 regret pour le pass444 --,et esprance pour l'avenir1 acheva le malade4 ,quelques instants aprs il ajouta3 --,je voudrais bien revenir comme j'tais avant les affaires de l'vch1 mais je ne puis pas dire que je n'ai pas vu ce que j'ai vu4 --,laissez-donc tout cela dsormais1 ,monsieur ,baillard2 on vous demande tout simplement de faire un acte de foi complet avec votre vque1 avec le souverain pontife ,lon ,,xiii et avec l'glise catholique1 et puis que vous ayez un regret parfait du pass et une confiance inbranlable dans l'infinie misricorde de ,dieu4 --,dieu est mon esprance1 ,spes mea ,deus1 telle a toujours t ma devise4 ,un tumulte s'levait dans l'me du ,pre ,clach2 maintenant il voyait dans le pauvre ,lopold un frre an malheureux1 et mieux encore un prtre plus rapproch que lui-mme de la divinit4 --,mon vnrable et vieil ami1 dit-il 7et il ne savait pas d'o il tirait ses paroles1 et tandis qu'il les prononait il s'en tonnait lui-mme71 je vous aime et je vous respecte4 ,pour le salut ternel de votre me je vais vous confesser3 ,in nomine patris444 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,quand ce fut fini1 les deux prtres s'embrassrent4 ,et le ,pre ,clach1 retenant les larmes d'motion et de bonheur qui l'touffaient1 ouvrit la porte de la cuisine pour annoncer aux ,enfants du ,carmel que monsieur ,baillard s'tait confess4 ,ils en furent stupfaits1 mais ne cachrent pas leur mcontentement4 --,ah6 dit ,mme ,mayeur1 si vous n'aviez que du monde comme a convertir1 vous seriez heureux6 ,malgr sa maladie1 il n'a pas manqu une seule fois de nous rassembler pour la prire4 ,quelques petites erreurs1 oui1 je ne dis pas1 mais part cela1 quel saint6 ,l',oblat ne s'en mut pas2 il avait hte de remonter au couvent et d'y prendre toutes choses pour administrer le mourant4 ,marie-,anne le suivit dans le corridor et lui dit3 --,nous sommes pauvres2 il me sera impossible de faire un grand enterrement comme on en fait pour les messieurs prtres444 --,ma pauvre ,marie-,anne1 lui rpondit-il1 quittez ce souci1 tout s'arrangera pour le mieux et vous serez contente4 ,que lui importaient cette heure l'opposition de ce pauvre petit monde gar et les mesquins soucis de ,marie-,anne6 ,tout cela lui semblait si misrable auprs de ce sentiment de charit qui remplissait son coeur4 ,comment se serait-il mu de quelques murmures hostiles1 alors qu'il avait encore sur lui le regard reconnaissant de ,lopold1 un regard de mourant panoui pour une nouvelle vie6 ,au couvent1 o il arriva comme port par deux ailes1 on ne partagea pas tout son enthousiasme4 ,certes1 on apprciait le rsultat obtenu3 ,lopold s'tait confess4 ,mais l'attitude de la cuisine donnait grandement rflchir4 ,on rappelait la tactique constante de ,vintras et des pontifes3 clairer ou illuminer les fidles et leur permettre ensuite de se conformer la liturgie catholique4 --,lopold est de bonne foi1 rptait le jeune ,oblat4 ,on lui montra une lettre de l'vque1 trs sage et trs nette1 qui prcisait bien le double problme3 sauver une me et purifier la colline4 ,il fallait une rtractation solennelle4 ,trs troubl1 le ,pre ,clach s'en alla prier devant la ,vierge de ,sion1 tandis qu'on courait en hte avertir ,,mm4 ,morizot et ,joseph ,colin1 le cordonnier1 les deux anciens du village1 pour qu'ils servissent de tmoins la rtractation solennelle de ,lopold4 ,puis il prit le ,saint ,sacrement et1 prcd de la sonnette1 se dirigea vers la demeure de ,marie-,anne4 ,on le suivit1 et bientt presque tout le village fut rassembl devant la porte4 ,avant de laisser entrer ce monde1 l',oblat pntra chez ,lopold1 et quand il n'y avait encore dans la chambre qu'eux deux1 pauvres prtres1 et le divin ,sauveur1 il s'agenouilla et fit dans son me cette prire3 --,ne permettez pas1 ,seigneur1 que je commette un indigne abus de votre ,sacrement6 ,ne permettez pas que la dernire communion de ce malheureux prtre soit un sacrilge6 ,si vous le voulez1 vous pouvez le purifier6 ,venez1 ,seigneur ,jsus1 voil que votre ami est malade6 ,si vous l'abandonnez1 qui donc le sauvera8 ,puis se relevant1 il dclara ,lopold que son devoir tait1 avant de lui administrer le saint viatique1 de lui faire signer publiquement un acte de rtractation et de le relever des censures4 --,je le veux bien1 dit le malade4 ,cependant1 les gens du village se glissaient1 les uns aprs les autres1 dans la chambre4 ,comme l'glise1 les femmes formaient un groupe spar de celui des hommes4 ,tous se taisaient4 ,l',oblat1 d'une voix lente et solennelle1 commena la lecture de l'acte de rtractation3 ,au nom de la ,trs ,sainte-,trinit1 ,pre1 ,fils et ,saint-,esprit1 moi1 ,lopold ,baillard1 prtre1 domicili ,saxon-,sion1 je dclare tous et en particulier ,sa ,grandeur ,monseigneur de ,nancy1 mon suprieur ecclsiastique1 que je veux1 moyennant la grce du ,bon ,dieu1 vivre et mourir dans le sein de la sainte glise catholique1 apostolique et romaine1 en parfaite communaut de foi avec mon vque et le souverain pontife ,lon ,,xiii4 ,je suis et je demeure dans la foi que j'ai reue au baptme1 et professe au jour heureux de ma promotion au sacerdoce4 ,aujourd'hui comme alors j'admets et je crois tout l'enseignement de l'glise catholique1 notamment le dogme de l'enfer2 je condamne avec elle sans restriction tout ce qu'elle condamne en qui que ce soit1 en quelque ouvrage que ce puisse tre1 en toute sorte d',o,euvre ou de socit quel qu'en soit le nom4 ,je dclare souscrire la condamnation porte par le souverain pontife ,grgoire ,,xvi contre les erreurs de ,pierre-,michel ,vintras et l',o,euvre de la ,misricorde1 et je dsapprouve absolument et je rtracte tout ce que l'glise1 notre ,sainte ,mre1 blmerait et condamnerait dans mes enseignements1 mes crits et mes actes4 ,que la divine ,misricorde1 par l'intercession de ,notre-,dame de ,sion1 notre ,mre immacule1 mon suprme recours cette heure1 daigne me venir en aide6 ,plusieurs fois pendant cette lecture1 ,marie-,anne fut subitement saisie d'une toux insolite1 mais l',oblat reprenait impitoyablement les phrases qui pouvaient n'avoir pas t entendues de tous1 dt le supplice du pauvre monsieur ,baillard en tre prolong4 ,celui-ci1 avec quelle dtresse il coutait ce long texte qui cachait sous chaque formule le reniement de sa vie6 ,l'expression ardente des yeux proclamait toujours l'influence exerce sur ce mourant par une imagination insense1 mais ce fut sans un mot qu'il signa son abdication4 ,alors monsieur ,morizot1 l'ancien matre d'cole1 celui-l mme qui1 trente-sept ans auparavant1 s'tait indign contre le premier discours vintrasien de ,lopold1 s'avana en donnant les marques de la plus grande vnration3 --,monsieur le ,suprieur1 dit-il1 permettez-moi de vous serrer la main et de vous offrir l'expression de mes sentiments de condolance pour l'tat de souffrance o je vous vois1 et de flicitation pour l'acte que vous venez d'accomplir4 ,lopold lui serra la main en lui disant affectueusement3 --,je vous remercie bien1 ,monsieur ,morizot4 ,l'ancien magister aurait continu son discours1 mais l',oblat1 qui sentait que le malade allait s'affaiblissant et que le temps pressait1 continua la crmonie4 ,il releva le prtre repentant des censures1 de l'excommunication et de l'interdit pour hrsie et schisme1 et pronona la sentence d'absolution4 ,puis1 l'ayant rtabli dans tous ses pouvoirs1 il lui donna le ,saint ,viatique4 ,a cette minute1 la pense que le ,pre ,aubry lui avait lgue jeta une longue flamme dans l'me du ,pre ,clach4 ,le vieil ,oblat avait dit vrai4 ,au fond de sa longue erreur1 ce malheureux hrsiarque avait connu un enthousiasme du divin et un lan d'adoration que le meilleur croyant devait envier et dsirer d'ajouter sa foi4 ,le jeune ,oblat se mit genoux et1 devant la petite assemble1 demanda au pnitent de lui donner sa bndiction4 ,lopold1 levant aussitt la main1 pronona la formule3 --,que le ,dieu trs haut et trs bon1 ,pre1 ,fils et ,saint-,esprit1 vous accorde sa bndiction1 et qu' jamais elle demeure sur vous et sur les vtres4 ,c'tait son premier acte de prtre rtabli dans ses droits1 et ce devait tre le dernier4 ,quand l',oblat voulut se retirer1 il lui tint longuement la main1 en rptant deux ou trois reprises3 --,vous tes mon ami6 ,c'est vous qui tes mon ami6 ,a l'apparition du pre ,clach sur le seuil de la pauvre maison1 ce fut un long murmure d'admiration4 ,tout le village tait rassembl dans la rue4 ,mme ,pierre ,mayeur1 rsumant le sentiment gnral1 lui dit3 --,c'est vous qui avez les lauriers4 ,au couvent1 on alla rendre grce ,notre-,dame de ,sion4 ,la chapelle rayonna de feux et de cantiques4 ,un dlgu partit en hte porter ,monseigneur la rtractation de ,lopold4 ,et pendant que tout brillait l-haut1 et que dans chaque maison du village1 c'tait un bavardage merveill2 que le pasteur du diocse lisait ses grands vicaires le bulletin de victoire2 que partout enfin ce n'tait que triomphe et sainte allgresse1 et sur la colline nocturne1 la mme ternelle grandeur1 ,lopold1 pour sa dernire nuit1 demeurait seul1 en proie ses gardes-malades4 ,tant d'motions et tant de fatigues avaient puis ,marie-,anne2 elle dut renoncer veiller et se coucha sur un matelas contre le lit de ,lopold4 ,elle esprait ainsi protger son vieux compagnon contre les importunits d'une quantit de visiteurs1 qu'amenaient le zle ou la curiosit4 ,mais quoi qu'en et la pauvre femme1 ces indiscrets ne cessrent pas de circuler dans la maison et dans la chambre1 et toute la nuit se passa en pitinements1 en chuchoteries et en disputes4 ,sous prtexte d'emporter un souvenir1 ou d'purer un lieu maudit1 ou peut-tre encore de mettre en sret les objets du culte vintrasien1 la maison fut livre au pillage4 ,chacun saisissait dans l'ombre ce qui lui faisait envie4 ,au milieu de la nuit1 ,lopold1--tait-ce un effet de ses rflexions ou bien le geste machinal d'un fivreux1--laissa glisser de son lit la ceinture de protection que lui avait donne ,vintras pour le jour du grand cataclysme4 ,trois bonnes catholiques s'en saisirent4 ,mais redoutant que le vieil homme1 dans un moment si redoutable1 se trouvt sans protection d'aucune sorte1 elles lui passrent au cou leurs trois scapulaires1 noir1 bleu1 rouge1 que du fond de ses brumes ,lopold accepta avec les marques d'une profonde vnration4 ,elles allrent brler dans la cuisine le morceau de flanelle aux insignes bizarres1 aprs l'avoir triomphalement agit sous les yeux de ,marie-,anne4 ,celle-ci alors1 se tournant vers ,lopold qui gmissait1 lui dit douloureusement3 --,vous avez abandonn ,dieu1 ,dieu vous abandonne6 ,que leur faut-il8 pensait ,lopold en regardant ces ombres4 ,sa petite glise1 ses contradicteurs1 tous les vivants1 cette minute suprme1 il les avait distancs2 il arrivait tout seul devant les portes dernires4 ,y trouverait-il l'appui promis et le tmoignage du ,pre ,aubry8 ,les problmes dont il avait toute sa vie respir la posie se prsentaient lui comme un fait1 qu'il allait maintenant1 ses risques et prils ternels1 prouver4 ,il prononait par intervalles des paroles que personne ne pouvait comprendre4 ,vers le matin1 comme la premire lueur de l'aube apparaissait la vitre1 il s'agita et dit d'une voix haute avec un grand effort3 --,vintras1 tu as pass par ces preuves4 ,indication obscure et magnifique sur la fidlit de son coeur4 ,et dans le mme moment1 il fut pris d'une troisime et dernire attaque4 ,on alluma un seul cierge au pied de son lit4 ,quand le ,pre ,clach arriva1 la nice de ,lopold emportait la longue robe rouge du ,pontife d',adoration1 en disant qu'elle en ferait d'excellents couvre-pieds4 ,les hosties1 grandes et petites1 les croix de grce1 les tphilins gisaient terre4 ,m4 ,navelet les ramassait et expliquait que le calice lui revenait de droit1 parce que ,lopold1 de longtemps1 l'avait dsign pour son successeur4 ,tous se disputaient ces pauvres trsors1 et ,marie-,anne essayait en vain de s'opposer au pillage4 ,le premier mouvement de l',oblat fut de saisir1 lui aussi1 ces insignes idoltres1 mais chacun se rangeait pour lui laisser le chemin du lit mortuaire1 et il rougit d'avoir pens d'abord aux choses secondaires4 ,il alla jeter l'eau bnite sur le corps de ,lopold et tombant genoux3 --,puisse le ,souverain ,juge1 dit-il1 ratifier la sentence d'absolution qu'en son nom je viens de prononcer sur une me captive de ,satan4 ,j'ai confiance que le ,seigneur accueillera le prtre qui s'est perdu par un amour excessif de ,sion4 ,un monologue de quarante annes1 un si long cri du coeur1 une telle supplication l',esprit ont-ils pu s'abmer tout entiers dans le vide8 ,fleuve troubl par les orages1 va t'engloutir dans l'ocan divin4 ,le jour mme1 ,marie-,anne monta au couvent et dclara aux oblats que ,m4 ,baillard avait exprim le dsir de reposer dans la tombe de ,franois1 qui avait t enterr civilement et par consquent sans frais d'glise4 ,quel tait le sentiment de la vieille femme8 tait-ce avarice1 dsir de ne payer ni tombe ni service8 ,les oblats l'ont cru4 ,n'tait-ce pas plutt fidlit aux anciennes croyances de ,lopold1 dsir de runir les deux frres dans la mort8 ,on l'carta4 ,monseigneur donna pour mot d'ordre des funrailles3 dcence et simplicit4 ,le corps fut recouvert d'un linceul1 comme c'est l'usage au pays de ,sion4 ,sur ce drap blanc on avait sem des fleurs champtres4 ,le cierge unique brlait la tte du lit4 ,bien peu de personnes allrent prier auprs de cette pauvre dpouille4 ,et nul ecclsiastique ne s'en approcha1 hormis le ,pre ,clach qui fit la leve du corps4 ,au long de cette rude monte1 que tant de fois ,lopold avait parcourue1 la tte en feu et tout enivr par ses passions1 une cinquantaine de villageois suivirent le cercueil4 ,combien d'entre eux portaient sous leurs vtements une croix de grce1 une hostie de ,vintras8 ,les oblats n'osaient pas en faire le calcul4 ,au cimetire1 sous le vent ternel du plateau1 il n'y eut pas un mot d'oraison funbre4 ,le ,pre ,clach se borna recommander de prier ardemment4 ,c'tait en effet ce qui convenait la circonstance3 peu d'honneurs et beaucoup de prires4 ,le corps de ,lopold fut plac ct de celui de soeur ,euphrasie et trois pas du ,pre ,aubry4 ,sur sa tombe1 comme le mt d'un navire naufrag au-dessus des flots1 se dressait une croix de bois4 ,on y avait attach une couronne de lierre1 et sur les croisillons tait grave sa devise3 ,spes mea ,deus4 ,,chapitre ,,xx ,,pilogue ,l'me de ,lopold dlivre revient-elle sur la sainte colline1 voltige-t-elle autour de ces murs o1 pendant un demi sicle1 il crut entendre un appel1 et parmi ces landes pleines pour lui d'tranges merveilles8 ,personne1 aucun berger1 nul plerin attard1 ft-ce par les temps de tnbres et de tempte1 n'a crois sur la haute prairie les fantmes de ,lopold1 de ,thrse1 de la ,noire ,marie1 de ,franois1 de ,quirin4 ,de leurs tertres dcris1 la croix plante en grande piti a disparu4 ,dans le cimetire1 contre l'glise1 je n'ai ramass au milieu des orties1 qu'un dbris d'ardoise qui porte leur nom4 ,mais l-haut1 on respire toujours l'esprit qui cra les ,baillard4 ,aujourd'hui1 jour de jeudi saint1 ce long rcit termin1 je suis mont sur la colline4 ,dans le lointain1 la longue ligne des ,vosges tait couverte de neige1 et de l-bas venait un air froid qui1 sous le soleil1 glaait les tempes4 ,nulle feuille encore sur les arbres1 sinon quelques dbris desschs de l'automne1 et c'est peine si les bourgeons et l se formaient4 ,pourtant des oiseaux se risquaient1 essayaient1 moins que des chansons1 deux1 trois notes1 comme des musiciens arrivs en avance l'orchestre4 ,la terre noire1 grasse et profondment dtrempe par un abondant hiver1 semblait toute prte et n'attendre que le signal4 ,ce n'est pas encore le printemps1 mais tout l'annonce4 ,une fois de plus1 la nature va s'lancer dans le cycle des quatre saisons2 le ,dieu va ressusciter2 le cirque ternel se rouvre4 ,combien de fois me sera-t-il donn de tourner dans ce cercle qui1 moi disparu1 continuera infatigablement8 ,soudain1 un trange bruit de crcelles s'lve du fond de ,saxon1 suivi aussitt d'un concert de voix enfantines qui chantent sur un ton tranard3 ,voil444 voil444 pour le premier4 ,et puis encore le bruit des crcelles444 ,je sais bien ce que c'est1 je connais la vieille coutume lorraine3 c'est la tourne traditionnelle des enfants qui remplacent les cloches envoles pour ,rome durant la semaine sainte2 ils vont de maison en maison annoncer que l'heure de l'office est venue4 ,en me penchant1 je les vois sur la cte1 peu prs en face de la masure des ,baillard4 ,ils sont deux1 trois1 de moyenne taille1 et puis deux tout petits4 ,je regarde s'loigner ce mince groupe des derniers survivants du plus lointain paganisme4 ,leur petit cortge veille mon imagination du pass4 ,voil444 voil444 pour le second4 ,ces vieux mots que lancent ces voix si jeunes m'meuvent4 ,le gnie du pass vient m'assaillir avec des accents tout neufs4 ,il me conduit aux couches les plus profondes de l'histoire et jusqu'au temps de ,rosmertha4 ,je me retrouve en socit avec des milliers d'tres qui passrent ici4 ,c'est un ocan1 une paisseur d'mes qui m'entourent et me portent comme l'eau soutient le nageur4 ,me voici sur la prairie o l'on trouve la clef d'or1 la clef des grandes rveries4 ,nulle brume1 nul brouillard germanique4 ,quelque chose de calme1 de pauvre et de fort enveloppe la colline4 ,tout est clair et parle sans artifice l'me4 ,mais le mystrieux1 le sublime naissent et jaillissent du coeur4 ,nos sentiments sont agrandis2 les voil mens soudain bien plus avant que la raison4 ,quelle est cette fleur qui veut s'panouir8 ,je vais presque aussi loin que mes pressentiments4 ,le monde intrieur s'lance1 reconnat la nature et l'on voit paratre la surabondance cache4 ,belle colline1 tu fais sortir la pense voile1 toute prte avec son pur dsir pour le mariage du divin4 ,une fois encore le site a produit son effet4 ,c'est ici1 par un jour semblable1 que ,lopold errait avec ,thrse dsespre1 et qu'incapable de se soumettre aux vnements comme des leons de ,dieu mme1 il rejetait les entraves du bon sens aussi bien que celles de son ordre et de la hirarchie2 c'est par un jour semblable1 quand les ruisseaux avaient rompu leurs prisons de glace au souffle du printemps et quand les cloches de ,pques sonnaient1 que le docteur ,faust s'insurgea contre les limites de l'intelligence et ne vit plus qu'une duperie dans son long esprit de sacrifice la science2 c'est ici1 sous l'excitation de l',esprit des sommets1 que l'orgueilleux ,manfred1 qui se flatte de n'avoir jamais courb la tte1 entre en lutte avec la nature elle-mme et prtend violenter1 lui mortel1 les lois souveraines de la vie2 c'est sur une prairie toute pareille1 que ,prospero1 ce ,faust et ce ,manfred assagis par l'ge1 fuit le monde1 se drobe la ralit1 et ne la croit supportable que voile des fumes de la haute magie4 ,faust1 ,manfred1 ,prospero6 ternelle race d',hamlet1 qui sait qu'il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel qu'il n'en est rv dans notre philosophie1 et qui s'en va chercher le secret de la vie dans les songeries de la solitude6 ,je crois les avoir rencontrs dans les sentiers de la colline2 ils s'arrtaient pour regarder les bonnes gens qui gagnent l'glise du plerinage4 ,s'ils les moquaient ou s'ils les enviaient1 je ne sais4 ,l',esprit des hauts lieux les faisait vibrer avec l'infini et leur mettait au coeur l'orgueil de ne compter que sur soi-mme pour rsoudre l'nigme de l'univers4 ,les suivrai-je8 ,nous avons besoin d'harmonie1 d'un pome qui se fasse croire et d'une toile fixe au ciel4 ,ces hros sauront-ils gouverner notre sentiment du divin1 notre dsir de perfection1 le soutenir et le conduire un but prcis8 ,seront-ils nos guides8 ,lopold ,baillard1 quand il veut s'lancer dans le monde invisible1 se brise au fond de ,saxon4 ,et ces autres1 ports sur des ailes plus fortes et qui s'lvent plus heureusement1 o donc atteignent-ils8 ,le laboratoire de ,faust1 le burg de ,manfred1 l'le de ,prospero brillent dans les nuages empourprs de l'horizon1 mais ces fameux difices1 ces grands vaisseaux de clart1 balancs sur le noir couchant1 ne diffrent pas tant de la pauvre masure mystique des ,baillard1 debout1 l en bas1 sous mes yeux4 ,ce sont des chteaux de feu1 des chteaux de musique1 autant d'artifices qui se rsolvent en baguettes brles dans la nuit4 ,fugitives vibrations1 accord d'une seconde avec la plus belle vie mystrieuse1 hautes fuses rapides1 franges multicolores au sommet d'une vague aussitt aplanie4 ,o dposer le noble trsor qui n'est pas en scurit au fond d'un gnie phmre8 ,le chant de l'oiseau divin d'une minute l'autre va se taire4 ,quel coeur accueillera ces longs cris dans la nuit8 ,quand le rossignol prlude1 on n'entend pas une parole1 un chant1 mais une immense esprance4 ,des accents d'une vrit universelle s'lvent dans les airs4 ,il louange sa femelle1 l'humble rossignole invisible dans les feuillages1 cependant il atteint tous les coeurs et1 par-del les coeurs1 la divinit4 ,sonorit dans le jardin1 plnitude dans nos mes6 ,et puis soudain1 ce grand sentiment1 cette immortelle esprance1 voil qu'ils sont engloutis dans la mort4 ,les taillis du jardin se taisent1 une sensation indfinissable d'angoisse nous remplit4 ,toute la magie s'est dissipe4 ,regarde l-haut les toiles avec qui nous sommes accords3 l'infini les spare de notre destin6 ,a quoi bon nos grandes ailes de dsir8 ,nous sommes-nous gars8 ,l'esprit de la colline serait-il un esprit de perdition8 ,faut-il demander la raison d'exorciser cette lande8 ,faut-il laisser en jachre les parties de notre me qu'elle est capable d'exciter8 ,faut-il se dtourner de ,lopold1 quand il se laisse soulever par le souffle de ,sion8 ,non pas6 ,c'est un juste mouvement de la part la plus mystrieuse de notre me qui nous entranait avec sympathie derrire ,lopold sur les sommets sacrs4 ,nous sentons justement quelque similitude entre ces hauts domaines et les parties les plus dessches de notre me4 ,dans notre me1 comme sur la terre1 il existe des points nobles que le sicle laisse en lthargie4 ,ayons le courage de marcher nouveau1 hardiment1 sur cette terre primitive et de cultiver1 par-dessous les froides apparences1 le royaume tnbreux de l'enthousiasme4 ,rien ne rend inutile1 rien ne supple l'esprit qui palpite sur les cimes4 ,mais prenons garde que cet esprit meut toutes nos puissances et qu'un tel branlement1 prcisment parce qu'il est de tout l'tre1 exige la discipline la plus svre4 ,qu'elle vienne manquer ou se fausse1 aussitt apparaissent tous les dlires4 ,il s'est toujours jou un drame autour des lieux inspirs4 ,ils nous perdent ou nous sauvent1 selon qu'ayant cout leur appel nous le traduisons par un conseil de rvolte ou d'acceptation4 ,allons sur l'antique montagne1 mais laissons sa pense drouler jusqu'au bout ses anneaux1 coutons une exprience si vaste et sachons suivre tous les incidents d'une longue phrase de vrit4 ,un beau fruit s'est lev du sein de la colline4 ,dans ce vaste ensemble de pierrailles1 d'herbages maigres1 de boqueteaux1 de halliers toujours balays du vent1 tapis barbare o depuis des sicles les songeries viennent danser1 il est un coin o l'esprit a pos son signe4 ,c'est la petite construction qu'on voit l-haut1 quatre murailles de pierres sur une des pointes de la colline4 ,l'ternel souffle qui tournoie de ,vaudmont ,sion jette les rumeurs de la prairie contre cette maison de solidit1 et remporte un message aux friches qu'il dvaste4 --,je suis1 dit la prairie1 l'esprit de la terre et des anctres les plus lointains1 la libert1 l'inspiration4 ,et la chapelle rpond3 --,je suis la rgle1 l'autorit1 le lien2 je suis un corps de penses fixes et la cit ordonne des mes4 --,j'agiterai ton me1 continue la prairie4 ,ceux qui viennent me respirer se mettent poser des questions4 ,le laboureur monte ici de la plaine1 le jour qu'il est de loisir et qu'il dsire contempler4 ,un instinct me l'amne4 ,je suis un lieu primitif1 une source ternelle4 ,mais la chapelle nous dit3 --,visiteurs de la prairie1 apportez-moi vos rves pour que je les pure1 vos lans pour que je les oriente4 ,c'est moi que vous cherchez1 que vous voulez votre insu4 ,qu'prouvez-vous8 ,le dsir1 la nostalgie de mon abri4 ,je prolonge la prairie1 mme quand elle me nie4 ,j'ai t construite1 force d'y avoir t rve4 ,qui que tu sois1 il n'est en toi rien d'excellent qui t'empche d'accepter mon secours4 ,je t'accorderai avec la vie4 ,ta libert1 dis-tu8 ,mais comment ma direction pourrait-elle ne pas te satisfaire8 ,nous avons t prpars1 toi et moi1 par tes pres4 ,comme toi1 je les incarne4 ,je suis la pierre qui dure1 l'exprience des sicles1 le dpt du trsor de ta race4 ,maison de ton enfance et de tes parents1 je suis conforme tes tendances profondes1 celles-l mme que tu ignores1 et c'est ici que tu trouveras1 pour chacune des circonstances de ta vie1 le verbe mystrieux1 labor pour toi quand tu n'tais pas4 ,viens moi si tu veux trouver la pierre de solidit1 la dalle o asseoir tes jours et inscrire ton pitaphe4 ternel dialogue de ces deux puissances6 ,a laquelle obir8 ,et faut-il donc choisir entre elles8 ,ah6 plutt qu'elles puissent1 ces deux forces antagonistes1 s'prouver ternellement1 ne jamais se vaincre et s'amplifier par leur lutte mme6 ,elles ne sauraient se passer l'une de l'autre4 ,qu'est-ce qu'un enthousiasme qui demeure une fantaisie individuelle8 ,qu'est-ce qu'un ordre qu'aucun enthousiasme ne vient plus animer8 ,l'glise est ne de la prairie1 et s'en nourrit perptuellement1--pour nous en sauver4 ,charmes-sur-,moselle1 #aiab4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,chapitre ,i ,pages4 ,il est des lieux o souffle l',esprit #a ,chapitre ,,ii ,grandeur et dcadence d'un saint royaume lorrain au ,x,i,xe sicle #be ,chapitre ,,iii ,la ,chartreuse de ,bosserville #ec ,chapitre ,,iv ,ipse est ,elias qui venturus est #ha ,chapitre ,v ,la colline fte son roi #ig ,chapitre ,,vi ,la procession du #h septembre #abc ,chapitre ,,vii ,la petite vie heureuse #ada ,chapitre ,,viii ,un soldat de ,rome #afe ,chapitre ,,ix ,vintras au milieu des enfants du ,carmel #ahe ,chapitre ,x ,les dragons du paganisme rapparaissent #bjg ,chapitre ,,xi ,la semaine de la ,passion #bbc ,chapitre ,,xii ,o ,thrse se perd dans l'ombre #bde ,chapitre ,,xiii ,le martyre de ,la ,sagesse #bee ,chapitre ,,xiv ,la colline respire #bfi ,chapitre ,,xv ,lopold sur les ruines de ,sion #bhi ,chapitre ,,xvi ,les symphonies sur la prairie #cbc ,chapitre ,,xvii ,l'anne noire #cdg ,chapitre ,,xviii ,un hiver de dix annes #cfg ,chapitre ,,xix ,la mort de ,lopold #che ,chapitre ,,xx pilogue #dae ,,imprimerie ,,chaix1 ,,rue ,,berg,,re1 #bj1 ,,paris4--#bdehf-ab-ab4--7;,encre ,lorilleux74