,,aline ,,et ,,valcour1 ,,ou ,,le ,,roman ,,philosophique4 ,,tome ,,iv4 ,,septi,,me ,,partie4 ,nam veluti pueris absinthia tetra medentes1 ,cum dare conantur pris oras pocula circum ,contingunt mellis dulci flavoque liquore1 ,ut puerum aetas improvida ludificetur ,labrorum tenus2 interea perpotet amarum ,absinthi laticem deceptaque non capiatur1 ,sed potius tali tacta recreata valescat4 ,luc4 ,lib4 #d4 ,illustration3 ,homme vil oublie-tu ches qui tu es8 ,,aline ,,et ,,valcour1 ,,ou ,,le ,,roman ,,philosophique4 crit la ,bastille un an avant la ,rvolution de ,france4 ,,orn ,,de ,,seize ,,gravures4 ,,paris1 ,chez la ,veuve ,,girouard1 ,libraire maison galit1 ,galerie de ,bois1 n4 #aif4 #agie4 ,,aline ,,et ,,valcour1 ,,lettre ,,trente-,,neuvieme1 ,dterville ,valcour4 ,vertfeuille1 ce #bd octobre4 ,nous voil seuls1 mon cher ,valcour2 plus d'illusions1 nos deux illustres voyageurs sont partis1 nous pouvons maintenant les juger bien l'aise4 ,mais comme ces rflexions troubleraient peut-tre un peu le plaisir que tu te fais de savoir ce qu'il y a eu de dtermin pour eux1 je vais commencer par te l'apprendre3 ils partirent hier avec le comte de ,beaul1 chez lequel ils logeront ,paris1 jusqu'au moment de leur dpart pour la ,bretagne2 la premire chose laquelle on va travailler1 est de lever la lettre obtenue par le pre de monsieur de ,karmeil2 c'est de quoi le comte se charge4 ,les jeunes gens seront ensuite prsents la cour1 que l'on intressera en leur faveur et par leur personnel et par la singularit de leurs aventures4 ,le comte imagine qu'ils doivent avoir une sorte de succs1 et qu'ils exciteront de l'intrt et de la curiosit4 ,tous les arrangemens d'ailleurs1 dont je t'ai donn le dtail dans ma lettre du dix-sept1 seront tenus irrvocablement2 on n'instruira de rien le prsident sur la naissance de ,lonore2 on continuera d'ignorer ce qu'il avait exig sur l'enlvement de l'une de ces surs au lieu de l'autre2 atrocit qu'il vaut mieux taire que de rvler4 ,ensuite les jeunes gens escorts d'un excellent conseil1 partiront pour ,rennes1 o tout le plan dont je t'ai fait part1 sera excut la lettre4 ,on ne s'en tiendra point l2 ,m4 de ,beaul qui s'intresse infiniment eux1 va dterminer le ministre crire en ,espagne1 pour obtenir au moins tout ce qu'on pourra des lingots confisqus l'inquisition2 et si l'on y russit de mme qu' la restitution des biens de mademoiselle de ,kerneuil1 tu vois de quelle fortune immense ils peuvent se flatter de jouir avant un an4 ,en sont-ils dignes8 4 4 4 ,lui1 je le crois1 elle1 je ne te cache point qu'elle ne m'a pas autant sduit que son poux4 ,madame de ,blamont qui d'abord elle a beaucoup plue1 parce que l'ame de cette femme charmante est faite pour aimer sans rflexion1 tout ce qui lui appartient1 et tout ce qui a t malheureux2 madame de ,blamont1 dis-je1 s'tait fait un peu d'illusion sur cette nouvelle fille2 mais sans rien perdre de l'envie qu'elle a de lui tre utile1 elle commence la voir infiniment mieux maintenant4 ,il s'en faut bien1 selon moi1 que les revers de ,lonore ayent servi lui former l'esprit et le cur4 ,il est certain d'abord qu'elle a perdu tous les sentimens religieux qui devaient lui avoir t suggrs ds l'enfance2 elle dit les avoir anantis avant ses aventures2 mais je crois que les gens qu'elle a frquents dans ses voyages1 lui ont bien plus nui que toutes les lectures qu'elle aurait pu faire avant4 ,elle est sur cela d'une fermet trs-surprenante son ge1 et comme son mari lui laisse la plus grande libert de conscience1 qu'elle allgue d'ailleurs au soutien de ses principes1 des raisons malheureusement trs-fortes1 qu'elle se rejette sur l'impossibilit o elle est de revenir de ce qu'elle a fait1 il a t difficile de l'entamer sur cette matire1 malgr les gards qu'elle doit tout ce qui l'entoure ici2 malgr le puissant intrt qu'elle aurait au moins1 ce me semble1 feindre2 elle s'est opinitrement refuse des exemples gnraux de pit2 avant-hier1 par exemple1 c'tait un jour de fte2 on vint l'avertir pour la messe2 elle dit au laquais avec un petit air sec1 qu'elle n'y allait jamais1 et que madame la prsidente en savait au mieux les raisons4 ,quand on fut revenu1 elle s'excusa avec gentillesse1 mais cependant toujours de manire faire croire que ses principes toient invariables2 et malheureusement1 je crois qu'ils vont plus loin que l'inobservance du culte de sa nation3 elle en absorbe jusqu' l'objet4 ,je la suppose athe dans le fond de l'ame1 plusieurs de ces raisonnemens me le persuadent2 ses rfutations des sentimens de ,clmentine2 ses aveux l'inquisition1 tout cela ne sont que des choses de circonstances1 et qui ne m'en imposent nullement #a1 elle ne croit rien1 mon ami1 j'en suis sr4 ,cependant elle ne s'explique qu'en riant sur ce dernier article2 elle dit que les serviteurs de ,dieu lui ont donn de si mauvais exemples1 qu'ils lui ont fait natre de grands doutes sur la ralit de l'existence de leur matre1 si l'on cherche lui prouver que ce raisonnement est faible1 et que les dfauts de l'ouvrage ne prouvent rien contre l'existence de l'ouvrier1 elle plaisante1 elle dit qu'elle croit tant qu'on veut cette existence1 et qu'elle se la persuadera encore bien mieux quand elle sera riche et qu'elle n'aura plus de malheurs craindre2 mais tout cela n'empche pas qu'on ne la devine et qu'on ne la juge4 ,examinons-nous ses vertus1 je ne vois pas qu'elle ait mme adopte toutes celles dont les brigands qu'elle a frquents1 lui ont donn des exemples2 et son ame1 ou naturellement peu sensible1 ou trop branle par l'infortune1 7tant il est vrai1 quoiqu'on en dise1 que l'cole du malheur est la plus dangreuse de toutes17 son ame1 dis- je1 se refuse ce qui l'meut1 et n'admet en aucune manire les dlices de la bienfaisance4 ,sans piti1 sa reconnaissance1 sa gnrosit1 ses facults aimantes1 except celles qui ont son mari pour objet1 tous les sentimens qui naissent de l'ame1 en un mot1 sont chez elle plus manirs que sentis1 et1 peut-tre en l'analysant davantage1 en dgageant son tre de ce vernis du monde1 qui voile si bien tous les dfauts dans une femme d'esprit1 peut-tre y dmlerait-on beaucoup de cruaut4 ,l'insensibilit n'est pas naturelle dans une telle ame #b2 ,lonore ne peut pas tre indiffrente1 il faut qu'elle ait absolument de grandes vertus ou de grands vices1 et comme ses vertus sont en elle l'ouvrage de la nature et ses vices1 ceux de ses principes1 qu'elle n'en adopte jamais aucun sans raisonnemens1 si elle a1 avant dix-huit ans un stocisme assez rflchi pour teindre en elle la piti2 peut-tre ira-t-elle plus loin quarante4 ,la sagesse qui n'est soutenue que par l'orgueil1 cde des passions plus fortes que ce sentiment2 et quand les principes n'offrent aucun frein1 quand ils tendent les briser tous1 quand les travers de l'esprit n'ont aucune digue dans les qualits du cur1 et qu'au contraire la ferme apathie de celui-ci1 laisse chapper hardiment l'autre sur tout ce qui l'irrite ou le dlecte1 une femme peut arriver des genres de dsordres plus dangreux que ceux des ,thodore et des ,messalline2 car ceux-ci n'allarment que les murs1 au lieu que les autres conduisent insensiblement aux forfaits #c4 ,elle vit l'autre jour madame de ,blamont aider selon son usage1 des pauvres qui venaient implorer ses secours2 elle badina de ce procd avec un air de duret qui ne plut personne4 ,elle fut mme jusqu' se refuser d'imiter sa mre4 ,madame de ,blamont lui en demanda le motif avec un peu d'humeur3 vous avez t malheureuse vous-mme1 lui dit cette femme tendre et compatissante2 comment de telles preuves n'avez-vous pas appris soulager l'infortune8 --,elle rpondit qu'elle agissait sur cela par principe1 comme dans toutes les actions de sa vie2 qu'il n'y avait rien de plus dangreux que les aumnes2 qu'elles ne servaient qu' entretenir la misre et la fainantise2 qu' multiplier dans l'tat1 cette vermine pouvantable connue sous le nom de mendians1 qui le souillent et le dshonorent4 ,que si tous les curs taient ferms comme le sien cette inutile piti1 ces malheureux srs de vivre aux dpens des dupes1 n'abandonneraient pas leur mtier1 leur patrie et leurs parens1 dont ils font le malheur1 en les privant de leurs secours 4 4 4 ,que tel homme dou de tout ce qu'il faut pour faire un excellent ouvrier1 devenait un fainant par l'habitude d'tre secouru sans rien faire1 qu'il lui devenait bien plus facile de jouer des maux1 que de se mettre en un tat de n'en pas souffrir1 d'o il rsultait1 que ce qu'on croyait une bonne uvre1 en devenait ds-lors une trs-mauvaise4 ,c'est parce que j'ai t malheureuse moi-mme1 continua-t-elle1 que j'ai vu qu'on pouvait amliorer son sort sans avoir besoin des autres1 et les secours que j'ai trouvs quelquefois1 tels que ceux de ,gaspard et de ,bersac1 m'eussent-ils t refuss1 je n'en aurais eu que plus d'adresse et plus d'activit contrarier les coups de la fortune1 et les dterminer en ma faveur4 ,savez-vous1 poursuivit-elle1 en s'adressant sa mre1 ce que deviendra l'homme qui vous faites ainsi l'aumne8 si jamais vos charits lui manquent il se fera voleur4 ,accoutum l'oisivet2 fait voir arriver lui l'argent sans autres peines que celle de le demander honntement1 il l'exigera le pistolet la main1 quand vous ne cderez plus ses instances4 --,tout cela sont des sophismes de l'esprit1 rpondit madame de ,blamont1 ils peuvent tre vrais1 mais je ne les aime pas dans votre cur4 ,que l'homme qui me demande soit pauvre ou non1 que l'aumne que je lui donne soit bien ou mal place1 il m'a vivement mu par sa demande1 il m'a fait prouver une jouissance sensible le secourir1 en voil assez pour que j'y cde4 ,si ce malheureux est fainant1 apparemment que le travail lui cote1 ainsi je lui fais bien plus de plaisir encore2 or le plaisir que je sens donner1 se rgle sur celui que je fais en donnant1 donc je n'en suis pas moins heureuse4 --,que dis-je8 donc je le suis davantage1 puisque j'ai fait au fainant1 que j'ai secouru1 un plaisir plus grand que je ne l'aurais fait au laborieux4 ,mais supposons un instant avec vous que ce soit un mal d'entretenir la fainantise1 n'en est ce pas un bien plus grand1 de ne pas soulager l'infortune8 or1 j'aime mieux commettre un petit mal1 pour en prvenir un norme1 que de commettre un tort norme pour en avoir craint un petit4 --,il n'y a point de tort norme ne point soulager l'infortune1 madame1 reprit ,lonore1 il n'y a que l'inconvnient de lui laisser toute son nergie ct des dangers trs-rels que je viens de vous observer4 ,le tort norme dont vous parlez1 n'est qu' entretenir la fainantise1 puisque l'effet qui en rsulte1 conduit chaque jour des malheureux l'chafaud4 ,il est donc norme ce tort1 il ne saurait tre plus grand2 mais quel qu'il soit1 vous le commetrez1 dites-vous1 parce que vous y trouvez des dlices4 ,premirement1 on peut nier ces dlices ou au moins ne pas les sentir comme vous1 mais en les admettant qu'avez-vous fait de bien dans cette action1 puisque vous n'avez travaill que pour vous8 l'gosme est-il une vertu8 et ne devient-il pas un vice trs-dangreux1 quand il peut rsulter de ses effets la mort presqu'invitable de l'infortun qui vient de servir vous en donner les jouissances8 ,poursuivons1 vous avez cent louis1 je le suppose1 jetter aujourd'hui par la fentre1 un bijou s'offre d'un ct1 un malheureux arrive de l'autre2 aprs avoir balanc un instant1 vous renoncez possder le bijou1 et vous soulagez de cet argent l'homme qui vient vous implorer2 croyez-vous avoir fait une belle action8 vous n'avez fait1 sans vous en douter1 que cder au mouvement le plus imprieux1 plus flate du plaisir de sortir cet homme de la misre1 de mriter sa reconnoissance que de la satisfaction de vous procurer le bijou1 vous avez pris ce qui vous contentait davantage1 et n'avez travaill que pour vous3 donc aucune grande action dans l'aumne que vous venez de faire 4 4 4 une volupt satisfaite et pas l'apparence d'une vertu2 mais que deviendra-t-il ce choix1 quand aprs vous avoir prouv qu'il n'a rien de bon1 on vous fera voir tout ce qu'il peut avoir de funeste4 ,en payant le bijou1 vous entreteniez l'industrie1 vous encouragiez les arts2 en prfrant l'aumne1 vous n'avez fait qu'un fainant1 un ingrat ou un libertin qui1 si1 comme je viens de vous le dire1 ne trouve plus demain de bourse ouverte comme la vtre1 ira le jour d'aprs1 se les faire ouvrir coups de poignard4 ,votre refus1 votre rsistance1 tous les mouvemens vraiment vertueux qu'il vous plait de nommer duret1 rendaient ce malheureux l'nergie que votre aumne lui enlve2 repouss par-tout comme de vous1 il allait chercher du travail1 et votre prtendu duret rendait un homme l'tat tandis que votre bienfaisance mal-entendue l'envoye tt ou tard l'chafaud2 mais que ce ne soit plus ce bijou que nous mettons en parallle avec l'aumne suppose2 allons plus loin2 que ce soit le plaisir fade et imbcile de faire des ricochets de cet argent sur l'eau2 eh bien6 je l'affirme1 vous aurez en vous livrant cet enfantillage1 commis sans doute un moindre mal1 que d'entretenir la fainantise1 puisque dans l'une et l'autre supposition l'argent est perdu pour vous1 qu'il l'est sans inconvnient dans le premier cas1 et qu'il ne l'est dans l'autre1 qu'en entranant une foule1 quelque soit votre adresse couvrir cette seconde action des noms pompeux de bienfaisance et d'humanit2 comme si l'esprit de ces vertus ne consistait pas bien plutt tre dur un moment pour sauver les hommes1 que compatissant pour les anantir4 --,tout ce que vous voudrez1 dit madame de ,blamont1 mais vous me contestez la sorte de jouissance qu'on prouve soulager l'infortune1 et je n'aime pas que vous me la disputiez4 --,et pourquoi donc1 madame1 reprit vivement ,lonore1 toutes nos ames sont-elles faites de la mme manire8 toutes doivent-elles sentir les mmes choses8 ,la piti n'agit sur elle qu'en raison de leur molesse1 plus un individu a de vigueur1 moins il est susceptible de cette sorte d'branlement1 d'o il rsulterait1 comme vous voyez encore en ma faveur1 que l'ame la moins ouverte la piti serait incontestablement la mieux organise2 mais analysons ce sentiment dcor de nos jours de si superbes noms et ressenti pourtant moins que jamais2 la preuve que ce mouvement pusillanime n'agit sur nous que physiquement1 que le choc moral qu'il imprime est absolument subordonn celui des sens1 est que1 nous plaindrons beaucoup davantage le mal qui se fait sous nos yeux1 que celui qui arrive cent lieues de nous2 et que si vous voyez1 monsieur1 par exemple1 dit-elle en me montrant1 se couper le doigt d'un canif1 que vous vissiez son sang couler1 vous seriez beaucoup plus mue de cet accident1 seulement parce que vous en tes tmoin1 que vous ne le seriez la nouvelle que monsieur vient de se casser la jambe deux cents lieues d'ici4 ,ce dernier malheur n'agissant que d'une manire loigne sur votre ame la toucherait insensiblement moins que celui du doigt coup sous vos regards1 quoique l'un de ces maux1 4 4 4 celui que vous auriez plaint davantage1 ne ft rien1 et que l'autre1 4 4 4 celui qui vous aurait le moins touch ft bien plus important sans doute4 ,voil donc la piti1 une faiblesse1 et nullement une vertu1 puisqu'elle n'agit sur nous1 qu'en raison de l'impression reue1 de la vibration tablie sur les fibres de notre ame par le plus ou le moins d'loignement du malheur arriv2 4 4 4 et pourquoi ne voulez-vous pas qu'on se dfende d'une faiblesse qui n'est jamais bonne qu'aux autres1 et qui ne nous apporte que du chagrin8 --,cette insensibilit est affreuse1 dit madame de ,blamont4 --,oui dans une ame commune1 reprit ,lonore1 mais non pas celles d'une certaine trempe2 il est des ames qui ne paraissent dures qu' force d'tre susceptibles d'motion1 et celles-l vont quelquefois bien loin3 ce qu'on prend en elles pour de l'insouciance ou de la cruaut1 n'est qu'une manire elles seules connue1 de sentir plus vivement que les autres2 il y a des sensations qui ne sont pas ,,sues de tout le monde2 or les rafinemens ne viennent que de dlicatesse2 il est donc possible d'en avoir beaucoup1 quoiqu'on soit remu par des choses qui semblent l'exclure #d2 que dis-je8 ce genre de choses peut devenir ce qui irrite le plus dans des ames parvenues ce dernier excs de finesse1 ensorte qu'il y aurait alors un dsordre prononc1 une contrarit surprenante entre la sensation de l'ame simplement organise1 et celle que je veux peindre2 qu'il rsulterait peut-tre de ce dsordre que1 ce qui affecterait vivement l'une dans un sens1 affecterait l'autre en un sens tout contraire2 cette diffrence marque dans l'organisation1 est l'excuse des systmes1 comme elle est celle des murs2 la cause des vices1 comme le motif des vertus4 ,une fois admise1 il est aussi simple que je sois entirement insensible ce qui vous meut1 qu'extraordinairement chatouille de ce qui vous blesse4 ,nous n'en sommes pas moins sensibles l'une et l'autre1 les chocs violens branlent galement nos ames1 mais ceux qui arrivent la mienne ne sont pas de l'espce qui convient la vtre4 ,combien de fois d'ailleurs1 ne recevons-nous nos impressions que de l'habitude des prjugs8 ,comment alors les sensations d'une ame accoutume vaincre le prjug et secouer les chaines de l'habitude1 seront-elles semblables celles d'une ame livre l'empire de ses causes4 ,il ne s'agirait dans ce cas que d'avoir de la philosophie pour recevoir des impressions trs-singulires1 et par consquent1 pour tendre tonnamment la sphre de ses jouissances4 ,on ne saurait croire ce qu'on trouverait peut-tre au del des dbris de tous ces freins vulgaires2 tant que nous soumettons la nature nos petites vues1 tant que nous l'enchanons nos vils prjugs1 les confondant toujours avec sa voix1 nous n'apprendrons jamais la connatre2 qui sait s'il ne faut pas la dpasser beaucoup pour entendre ce qu'elle veut nous dire4 ,comprendrez-vous les sons de l'tre qui vous parle1 si vos mains touffent son organe8 tudions la nature2 suivons-la jusques dans ses bornes les plus loignes de nous1 travaillons mme les reculer1 mais ne lui en prescrivons jamais4 ,que rien ne la voile nos regards1 que rien ne gne ses impressions1 de quelque sorte qu'elles puissent tre1 nous devons les respecter toutes2 ce n'est pas nous qu'il appartient de les analiser2 nous ne sommes faits que pour les suivre2 sachons quelquefois la traiter en coquette1 cette nature inintelligible2 osons enfin lui faire outrage pour mieux savoir l'art d'en jouir4 --,infortune1 dit madame de ,blamont1 en se jettant dans les bras de ,lonore1 cesse d'adopter les erreurs de ceux qui t'ont rendue malheureuse2 ils taient imbus de ces systmes1 ceux qui t'ont prcipit dans l'abyme en te refusant l'poux que tu chrissais1 ces maximes taient celles des sclrats qui voulurent te vendre au prix de ton honneur1 les faibles secours que tu dsirais ,lisbonne1 elles remplissaient le cur de ceux qui t'ont tran dans les cachots de ,madrid2 si tu dteste ces monstres1 si tu as raison de les har1 pourquoi veux-tu leur ressembler8 ,oh ,lonore6 prfre la morale de ceux qui t'aiment1 abjure des principes dont les fruits striles et amers ne nous donnent que d'affreuses jouissances 4 4 4 ,peut-tre un instant soutenues par le dlire 4 4 4 bientt troubles par le remords 4 4 4 ,eh6 quel asyle trouverais-tu sur la terre1 si toutes les ames taient comme celle que tu peins8 ton triste aveuglement sur nos dogmes religieux n'est que la suite de cette perversit qui s'tablit insensiblement dans ton cur2 que le sentiment fasse en toi1 ce que n'ose esprer la persuasion4 ,vois ta malheureuse mre en pleurs1 te conjurer d'aimer le bien1 parce que ton bonheur en dpend1 te supplier de la laisser jouir de l'esprance de voir prolonger ce bonheur1 mme au-del du terme de la vie4 ,lui ravirais-tu cette consolation6 accable de ses maux1 la veille peut-tre1 d'en dposer le poids au fond de son cercueil1 veux-tu lui laisser imaginer que la sensibilit ne sera devenue son partage que pour le dsespoir de sa triste existence8 qu'une fois dgage de ses liens1 ce sentiment ne lui sera plus permis1 ah6 ne m'offre pas un si douloureux avenir2 laisse-moi me consoler de mes peines par la certitude de les voir finir auprs de ce ,dieu que j'adore4 tre divin et consolateur1 entrouvre cette ame qui se refuse ta sublimit2 ne la punis pas d'un endurcissement qui n'est d qu' son infortune4 ,puis la pressant contre son sein1 viens ma fille1 viens saisir l'ide de cet tre suprme dans la tendresse d'une mre qui t'adore2 vois dans son ame panouie par ta prsence1 l'image de ce ,dieu qui t'appelle2 que ce soit par des sentimens d'amour que ses traits se ralisent tes yeux1 et puisque nous ne sommes pas destines vivre ensemble1 n'teins pas du moins l'espoir flatteur de me runir un jour toi1 au pied du trne de sa gloire4 ,tout existait dans ce discours2 et l'loquence qui entrane1 et la sensibilit qui sduit1 et nanmoins il n'a rien fait4 ,lonore a froidement embrass sa mre2 elle lui a dit plus schement encore1 qu'elle se ferait toujours un devoir d'adopter ses vertus1 et que si elle regrettait de n'tre pas destine vivre avec elle1 c'est parce qu'elle voyait bien que sa conversion ne pouvait tre l'ouvrage que d'une mre si aimable 4 4 4 ,et madame de ,blamont1 qui a vu que les tincelles ardentes de son cur n'avaient rien allum dans celui de sa fille1 a saisi le bras d',aline en pleurant1 et toutes deux se sont loignes4 ,oh1 mon ami6 quelle distance de l'une de ces filles l'autre6 o trouver dans ,lonore l'apparence mme de ces vertus qui naissent tout instant du cur de ton ,aline8 ,il est assurment impossible d'tre surs et de se ressembler moins4 ,tu trouveras1 peut-tre1 que les notions que je te donne ici du caractre de cette ,lonore1 ne s'accordent pas tout--fait ses discours avec la compagne dont elle s'attachait rfuter les travers4 ,il ne s'agissait1 rpond-elle1 quand on lui fait cette objection1 que d'tablir avec cette imprudente amie1 des principes relatifs la continence4 ,tels taient presque toujours les sujets de nos discussions2 or je ne varie point sur ces principes1 mais ils n'exigent pas les autres3 ils n'engagent pas se soumettre des erreurs4 ,on peut tre1 en un mot1 sage par caractre1 par esprit1 par temprament1 sans se trouver contrainte adopter pour cela mille systmes absurdes qui ne tiennent en rien cette vertu4 ,on l'a mene voir ,sophie2 ,aline tait avec elle1 on lui a racont l'histoire de cette crature infortune et si digne d'un meilleur sort2 elle a flegmatiquement cout les vnemens de la vie de cette fille1 qui s'enchanent si singulirement avec son tort1 et qui1 par cela seul1 devaient l'intresser2 mais elle ne lui a parl tout le temps qu'elles ont t ensemble1 qu'avec le ton de la hauteur et de la supriorit4 ,la fortune immense qui l'attend1 pouvait la mettre mme d'offrir des secours2 elle en et d disputer l'honneur madame de ,blamont3 4 4 4 elle n'en a pas mme conu l'ide2 ,sainville a rpar ce dur oubli2 son ame infiniment plus sensible1 ou sensible d'une tout autre manire1 laisse rarement perdre l'occasion d'une bonne uvre4 ,peut-tre a-t-il la mme faon de penser que sa femme sur beaucoup d'objets1 mais il n'a srement pas son cur2 madame de ,blamont a refus les offres de ,sainville2 elle a dit que ,sophie tait toujours sa chre fille1 qu'elle ne voulait jamais l'abandonner2 et cette malheureuse1 toujours intressante1 a dit ton ,aline1 en lui pressant les mains avec des flots de larmes1 --,oh mademoiselle6 c'est donc l votre sur8 4 4 4 ,elle est plus heureuse que moi1 puisse-t-elle sentir sa flicit6 ,quoiqu'il en soit1 malgr le peu de contentement que madame de ,blamont a retir de cette dcouverte1 elle est dcide ne rien refuser ,lonore de tout ce qui pourra l'aider rentrer dans les biens de madame de ,kerneuil2 elle la servira1 sans doute1 elle et ses amis1 de tout son pouvoir4 ,quoiqu'elle y prouve toujours une sorte de rpugnance1 ne de ce qu'elle croit d'illgitime ce procd4 ,pour ,aline1 malgr qu'elle sente l'extrme loignement du caractre de ,lonore au sien1 elle ne l'en aime cependant pas avec moins de tendresse4 ,une ame honnte ne trouve jamais dans les dfauts de ce qu'elle doit chrir1 des raisons d'teindre ses sentimens2 elle pleure en silence et ne se refroidit point4 ,j'imagine que quand tu recevras cette lettre1 tu auras dj vu celle qui en fait l'objet1 et que tu l'auras jug vraisemblablement comme nous4 ,adieu1 mon cher ,valcour1 tu as d tre content de moi cet t2 il tait1 je crois1 impossible d'entretenir une correspondance plus suivie et plus dtaille2 n'en attends plus rien1 nous partons pour ,paris1 et ce ne sera bientt plus que de vive voix que nous nous entretiendrons ensemble4 ,footnote #a4 ,le lecteur doit se souvenir que dans ces deux occasions cites1 ,lonore affiche le disme4 ,footnote #b4 ,il y a1 dit ,marmontel1 un excs dans la sensibilit qui avoisine l'insensibilit1 ne serait-ce pas l l'histoire du caractre de ,lonore3 une foule de dlits naissent de ces excs1 et ne sont que les rsultats trs-singuliers de ce dernier priode de la sensibilit1 les procds les plus simples et les plus doux les rprimeraient1 au lieu de cela on les punit1 et ils se propagent4 massacreurs1 enfermeurs1 imbciles1 enfin de tous les rgnes et de tous les gouvernemens1 quand prfrerez-vous la science de connatre l'homme celle de le clturer ou de le faire mourir6 ,footnote #c4 ,et des forfaits d'autant plus dangreux qu'on les divulgue et qu'on les punit1 et qu'il vaudrait cent fois mieux les touffer que de les faire connatre2 la publicit des procs de ,lavoisin et de ,labrinvilliers ont fait commettre cent crimes de la mme espce2 il faudrait pour l'intrt des murs qu'il y eut certains crimes que l'on n'ost mme jamais souponner4 ,footnote #d4 ,voyez la note de la page #g4 ,,lettre ,,xl4 ,valcour madame de ,blamont4 ,paris1 ce #cj ,novembre4 ,apres avoir reu tant de nouvelles intressantes de votre terre1 madame1 c'est moi vous en donner de ,paris4 ,je me rendis hier chez monsieur de ,beaul1 o j'eus l'honneur de saluer monsieur et madame la comtesse de ,kerneuil4 ,tous deux m'ont invit de me trouver demain avant le jour1 aux formalits religieuses de leur mariage1 dont les crmonies ngliges se feront saint ,roch1 avec la prsence et l'approbation de monsieur de ,karmeil1 pre du jeune homme3 et comme le secret a t gnralement approuv1 vous n'entrerez pour rien dans tout cela2 on ne vous demande votre aveu que tacitement4 ,la leve de la lettre-de-cachet a t l'affaire de vingt-quatre heures4 ,monsieur le comte de ,karmeil s'est rendu avec la plus grande facilit aux opinions et aux conseils de ,m4 de ,beaul2 ils ont t trouver le ministre ensemble1 et l'expdition s'est faite sur-le-champ4 ,sainville1 vous me permettrez de lui conserver ce nom1 a t enchant d'embrasser1 et de retrouver un pre qu'il a toujours chri au fond de son cur2 et celui-ci n'a pas reu1 sans larmes1 les sincres effusions de la tendresse de son fils4 ,il avait pourtant encore les cent mille ecus dans la mmoire2 mais monsieur de ,beaul l'a convaincu que les lingots d',espagne devaient lui faire oublier cette fredaine2 et de concert avec le ministre1 on a sur-le-champ crit pour essayer de les ravoir4 ,les biens de mademoiselle de ,kerneuil sont trs-diviss2 il y a un grand nombre de collatraux1 et quoique la prsence de cette jeune personne dt tout arranger1 nous craignons quelques procs4 ,bonneval est1 d'aprs votre conseil1 l'avocat que nous leur donnons2 il les accompagnera en ,bretagne1 o monsieur de ,karmeil allait repasser1 quand son fils est arriv ,paris3 il ne s'en retournera plus qu'avec les jeunes poux4 ,ses anciens procs sont termins1 ce qui dtruit plus srement que tout encore1 les obstacles qu'il apportait au choix de son fils4 ,on ne veut pas absolument que vous fassiez aucuns frais1 madame2 monsieur de ,karmeil fait les avances de tout1 et s'arrangera ensuite avec ,sainville4 ,la fortune de ces jeunes gens peut tre considrable3 le ministre a rpondu de faire1 au moins1 rentrer deux millions sur les lingots2 voil cent mille livres de rente2 la succession de madame de ,kerneuil nous en donne cinquante1 celle de monsieur de ,karmeil autant1 voil donc au moins deux cent mille livres de rente1 et beaucoup plus si tous les lingots reviennent en entiers4 ,lonore ne nous vit pas faire ce compte l'autre jour devant elle1 sans un certain frmissement de joie qui me prouva qu'elle aimait l'argent4 ,elle n'a encore parue qu' l'opra1 o ses aventures racontes de bouche en bouche1 ont fait voler tous les yeux sur elle4 ,on l'a trouve trs-jolie2 elle a bien vu qu'on le pensait1 et elle n'a pas sembl y tre insensible3 il est certain qu'elle a une figure vive et anime1 des graces1 une taille dlicieuse1 et beaucoup d'esprit4 ,peut-tre un peu de prtentions 4 4 4 ,je crois mme de la minauderie1 et beaucoup de sophismes dans le raisonnement 4 4 4 ,mais1 pardon1 madame1 quand je parle de ce qui vous appartient1 mon esprit trouva- t-il mme des dfauts2 4 4 4 ma main qui suit mon cur1 ne doit peindre que des qualits4 ,ainsi que j'ai t son chevalier l'opra1 monsieur de ,beaul veut que je le sois de mme aux autres spectacles4 ,elle a dsir le pre de famille aux ,franais1 et ,lucile aux ,italiens2 elle en jouira4 ,j'aime le motif qui lui a fait dsirer le pre de famille2 elle chrit tout ce qui lui rappelle l'instant heureux o elle a retrouv ce qu'elle adore4 ,voil pourtant de la sensibilit4 ,mais je ne finirais pas1 madame1 si je voulais dtailler toutes les vertus que j'ai trouves dans monsieur de ,sainville2 le comte de ,beaul veut que je sois son ami1 en vrit l'effort ne sera pas grand3 4 4 4 douceur1 amnit1 graces1 talens1 esprit1 4 4 4 il a tout ce qu'il faut pour tre l'ami de tous les hommes1 et l'amant de toutes les femmes4 ,ah madame6 il n'y a plus que moi de malheureux1 il n'y a plus que moi qui1 continuellement entre la crainte et l'espoir1 voit fltrir ses plus beaux jours dans les larmes et dans la douleur6 ,vous tmoignerai-je au moins bientt mon respect8 et me trouvant dans la mme ville que vous1 me sera-t-il permis de me jeter vos pieds8 ,je remets vous seule les intrts de mon bonheur1 qui sait mieux que vous si mes souffrances mritent quelques ddommagemens8 ,mais est-ce moi de me plaindre1 quand il me reste vos bonts et le cur d',aline8 ,consol par de tels dons1 je ne devrais plus croire aux malheurs1 si le plus grand de tous n'tait pas de connatre le prix de ces bienfaits1 et de n'en pas jouir4 ,adieu1 madame1 envoyez-moi vos ordres1 j'en ferai part1 malgr le tourbillon o l'on va se perdre quelques instans1 et j'ose vous assurer qu'on se fera toujours un devoir bien doux de suivre vos intentions4 ,,lettre ,,xli4 ,madame de ,blamont ,valcour4 ,vertfeuille1 ce #e ,dcembre4 ,si je ne savais pas que ,dterville vous a tout appris1 j'attendrais vous voir1 pour pancher mon cur dans le vtre 4 4 4 ,que dites-vous d'abord de cette ruse infme qui a pens nous enlever ,aline8 4 4 4 ,le tratre1 comme il m'abusait6 4 4 4 comme il me joue sans cesse6 ,oh6 mon ami1 combien nous devons nous observer plus que jamais6 4 4 4 ,cessons de penser ces horreurs 4 4 4 ,il faut que je voie maintenant les choses de prs4 ,j'en raisonnerai mieux ensuite avec vous4 ,eh bien6 cette nouvelle fille 4 4 4 elle vous a donc plu8 mon cher ,valcour6 elle ne m'a pas rendue aussi heureuse que je l'aurais imagin4 ,beaucoup plus d'esprit que de sentiment1 beaucoup plus de vanit que de sagesse1 un amour excessif pour son mari1 j'en conviens1 des choses au-del de la force humaine pour se conserver pure lui 4 4 4 ,mais pourquoi faut-il que tout cela soit l'ouvrage de l'orgueil8 ,pourquoi n'ai-je rien trouv quand j'ai voulu sonder ce cur8 et pourquoi me faut-il dsesprer mme de voir jamais natre en elle les qualits que je n'y ai pas trouves4 mon ami6 celle qui rige l'insensibilit en systme1 l'athisme en principe1 l'indiffrence en raisonnement1 4 4 4 pourra peut-tre ne se livrer aucun cart1 mais il n'en jaillira jamais une vertu 4 4 4 et si la raison de cette cruelle fille cde l'exemple1 4 4 4 au feu des passions 4 4 4 1 quel prcipice alors est ouvert sous ses pas6 comme on est prs de faire le mal1 quand on ne sent aucun charme faire le bien6 ,les garemens de l'esprit sont bien moins dangereux que ceux du cur1 l'ge qui calme les uns1 agravent presque toujours les autres4 ,des que les revers n'ont pu former l'ame de cette jeune personne4 ,il est craindre qu'ils ne la rendent mchante2 et ces richesses dont elle va jouir1 finiront par achever de la corrompre 4 4 4 ,mais parlons de vous1 mon ami 4 4 4 ,enfin je me rapproche 4 4 4 ,voici ma dernire lettre de ,vertfeuille4 ,en quel tat vais-je trouver tout ce qui nous intresse8 4 4 4 ,quel parti vais-je prendre vis--vis de mon mari8 ,aprs cette nouvelle horreur1 4 4 4 s'il manuvre sourdement encore1 4 4 4 comment le deviner8 comment l'entraver ou le rompre8 ,quoi qu'il en soit1 je vous verrai 4 4 4 ici ou l2 il faut que je vous embrasse4 ,dites ,lonore que je serai sans faute ,paris le #aj1 je veux la voir encore avant qu'elle ne parte2 je les recevrai comme des gens qui ont pass par hazard ma terre1 en revenant de leurs aventures4 ,l'histoire de leur arrt chez moi1 a trop fait de bruit pour que je puisse m'empcher d'en convenir1 la seule chose cacher1 est qu'elle est ma fille1 et je vous rponds qu'on ne le verra point son cur 4 4 4 ,nous en avons bien pleur1 votre ,aline et moi2 tout ce qui n'est pas tendre et dlicat comme elle1 lui parat si gigantesque 4 4 4 ,cependant elle aime ,lonore1 cet hrosme de fidlit conjugale est un mrite qui l'enchante3 elle dit qu'avec cette vertu-l1 on peut acqurir toutes les autres 4 4 4 ,et vous tes bien aise qu'elle ait dit cela1 n'est-ce pas1 ,valcour8 voil pourquoi je vous le rpte 4 4 4 ,ah6 comme je l'adore1 et comme elle me ddommage6 ,tantt mon cur se livre l'orgueil1 quand je considre celle-ci3 4 4 4 tantt il s'humilie quand je vois tous les dfauts de celle-l 4 4 4 ,ah6 c'est une permission du ciel6 je me serais crue trop fire1 si j'avais eu deux enfants comme ,aline6 ,il a voulu diminuer mon triomphe de l'une1 mais il a redoubl mon amour pour l'autre 4 4 4 elle sera pour vous1 celle que j'aime1 c'est le plus beau prsent que je puisse faire mon ami1 c'est le plus doux lien qui puisse m'enchaner lui3 adieu1 mritez-l1 aimez-nous et ne m'crivez plus la campagne4 ,,lettre ,,xlii4 ,aline ,valcour4 ,ce #ae ,dcembre4 ,enfin me voil prs de vous 4 4 4 mais sans qu'il me soit permis de vous voir2 c'est nanmoins une consolation1 je l'prouve2 quoique l'amour runisse les ames1 quel que soit leur loignement1 et que toutes les distances dussent d'aprs cela tre gales3 il est pourtant bien doux de respirer le mme air que l'objet qu'on adore4 ,je vois avec douleur1 mon ami1 que nous allons encore en tre rduits l1 peut-tre tout l'hiver2 je vous afflige en vous l'annonant2 mais imaginez-vous que je sois plus tranquille2 croyez-vous que ce cruel chagrin ne soit pas le mien comme le vtre8 ,ah6 que mes sentimens seraient mal connus de vous si vous alliez le supposer6 ,quand j'ai revu cette maison o vous veniez si librement autrefois 4 4 4 ,quand je me suis rappel les charmes de vos anciennes visites1 je ressentais encore cette motion dlicieuse qui m'agitait en vous attendant 4 4 4 ,j'prouvais ce trouble divin du choc des rayons de nos yeux 4 4 4 ,j'errais de fauteuils en fauteuils2 j'aimais reconnatre ceux qui nous avaient servi 4 4 4 ,place dans l'un1 vous supposant dans l'autre1 je vous adressais quelquefois la parole1 comme si vous aviez pu m'entendre1 et trompe par de si douces illusions1 je me croyais encore un instant heureuse2 mais venons quelques dtails1 vous en exigez1 il est juste que je vous en donne4 ,le prsident1 prvenu1 attendait ma mre2 il l'a reue merveille2 il y a mis jusqu' de l'intrt et des caresses 4 4 4 ,vis--vis de moi d'abord un peu d'embarras1 mais il s'est remis bientt1 et m'a donn les noms les plus tendres1 en m'assurant qu'il ne me voyait jamais assez2 ,sainville et ,lonore ont t le sujet de nos premiers discours1 comme ils font aujourd'hui celui de toutes les conversations de ,paris4 ,mais il ne s'est pas avis de dire un mot de la fourberie qu'il avait voulu faire1 il s'est bien gard de convenir que1 par une atrocit sans exemple1 il avait eu dessein de s'emparer d'un seul coup1 de ,lonore et de moi1 et ma mre qui a bien vu qu'il nierait1 4 4 4 qu'il battrait la campagne si on lui en parlait1 s'est rsolue ne lui en pas ouvrir la bouche4 ,il nous a fait tout plein d'loges de ,lonore2 elle lui plat beaucoup1 ce me semble 4 4 4 ,quand je songe que sans la fraude de la nourrice1 du ,pr-,saint- ,gervais1 ce serait pourtant celle-l qu'il aurait prostitu ,dolbourg4 ,juste ciel6 comment la fiert de ,lonore se serait-elle arrange d'un tel traitement6 ,valcour6 4 4 4 il existe quelque chose de plus singulier que tout cela4 --,le croirez-vous8 4 4 4 ,cette premire nuit 4 4 4 eh bien6 il l'a passe presqu'entire auprs de sa femme 4 4 4 ,c'est un renouvellement de tendresse1 4 4 4 ou de fausset1 bien tonnant et bien inconcevable2 ma mre en tait le lendemain toute embarrasse vis--vis de moi2 elle mourait d'envie de me l'annoncer et d'en rire3 elle ne savait comment s'y prendre 4 4 4 ,il y avait plus de cinq ans 4 4 4 elle a voulu s'y soustraire2 4 4 4 ces scnes-l ont si peu d'attraits pour elle2 un homme qui n'a jamais t que tyran et libertin1 doit tre poux avec si peu de dlicatesse 4 4 4 ,il a pourtant fallu se soumettre 4 4 4 4 4 4 se soumettre1 n'est-ce pas1 mon ami1 c'est le mot2 vous auriez effac celui de partager1 si je m'tais avise de m'en servir4 ,ma mre a profit de ces instans pour lui reprocher ses dbauches1 pour l'engager une conduite plus convenable sa sant et sa rputation4 ,elle lui a rappel l'histoire d',augustine2 elle lui a fait sentir qu'il tait affreux lui de n'avoir1 pour ainsi dire1 paru ,vertfeuille que pour sduire une de ses femmes4 --,en vrit1 a dit le prsident1 j'en ai d'autant plus de regrets1 que c'est une fille vraiment estimable2 il l'avait1 prtend-il1 trompe pour la dterminer quitter ,vertfeuille3 il lui avait promis une fortune brillante1 sans qu'elle et de risques courir4 ,mais ds qu'elle avait vu dequoi il s'agissait1 elle avoit fait une dfense de romaine4 ,et son ,dolbourg1 ainsi que lui1 tous deux difis des procds de cette fille1 l'avaient fait mettre1 dans un couvent jusqu'au retour de ma mre1 qu'ils devaient instamment prier de la reprendre2 il n'y a eu effectivement sorte d'instance qu'il n'ait fait sa femme ce sujet1 et elle 4 4 4 ,toujours bonne1 4 4 4 toujours crdule1 merveille d'une aussi belle action1 non-seulement a consenti1 4 4 4 mais mme a vivement dsir qu'on lui rendt cette fille4 ,si rellement ,augustine s'est conduite de la sorte1 elle mrite des bonts et de l'indulgence1 et ma mre doit assurment lui r'ouvrir sa maison 4 4 4 ,mais je ne sais pourquoi je mets l'air du doute cette dernire ide 4 4 4 ,quelle apparence que mon pre voult faire rentrer cette fille1 si rellement elle se ft rendue lui 4 4 4 ,il aimerait mieux la garder dehors1 4 4 4 ,serait-ce pour plus de facilit8 4 4 4 ,enfin nous verrons ce qu'elle dira1 4 4 4 il faudra qu'elle soit bien fine1 si nous ne la dmlons pas4 ,le lendemain le prsident n'a pas manqu de nous amener ,dolbourg2 il n'a pas cach ma mre1 qu'il tenait toujours plus que jamais ses anciens desseins1 et qu'il serait mme fort aise qu'il y et sur tout cela quelque chose de fait avant l't4 ,mais ses propositions n'ont plus au moins l'air de la menace3 --il dsire et n'ordonne pas4 ,en vrit1 ,valcour1 je crois du changement dans sa conduite2 je ne sais ce qui l'occasionne1 mais il existe1 il est impossible de s'y mprendre2 quelques rayons d'espoir semblent natre pour nous de cette variation 4 4 4 ,ah1 devons-nous nous y livrer8 ,il est si doux d'appercevoir l'aurore du bonheur6 4 4 4 ,ce vilain homme1 cet pais ,dolbourg s'est approch mystrieusement de moi1 il m'a demand si je m'tais bien amuse la campagne2 il m'a trouve engraisse1 4 4 4 ce qui est faux 4 4 4 ,il a voulu me baiser la main1 et n'en a jamais pu venir bout4 ,mais malgr cette apparence de bons procds1 il faut tre sur nos gardes1 mon ami1 ma mre vous le recommande2 il faut viter sur-tout1 avec le plus grand soin1 de paratre au logis4 ,ma mre1 vous verra chez le comte de ,beaul1 qui1 comme vous savez1 donne deux ou trois dners par semaine1 mais je n'y serai jamais1 c'est convenu2 voici donc comme nous ferons pour nous voir la drobe1 et pour nous remettre nos lettres4 ,vous vous trouverez sans faute1 tous les dimanches aux capucines1 la messe de midi2 je me placerai toujours droite1 o vous m'aperceviez quelquefois l'an pass 4 4 4 ,l1 4 4 4 quelque mal que cela soit1 mon ami1 quelqu'loignement que j'prouve me permettre cette petite indcence1 nous droberons quelques minutes ce que nous devons l'tre suprme 4 4 4 ,nous nous dirons quelques mots1 4 4 4 nous nous remettrons nos lettres1 et nous n'en sortirons jamais sans nous jurer de nous aimer1 et sans demander pardon ,dieu d'oser nous le dire l 4 4 4 ,mais ce ,dieu bon voit le fond de nos curs 4 4 4 ,il voit que si nous dsirons d'tre runis1 c'est pour l'aimer1 le servir1 le glorifier de concert 4 4 4 ,savez- vous1 mon ami1 que de rendre ensemble des graces l'ternel1 est une des choses que je mets au rang de nos plus dlicates occupations2 il me semble que le culte man de deux curs enflamms d'amour1 doit ncessairement devenir et plus tendre et plus pur4 ,ce n'est point par des ames indifferentes que le plus saint des tres veut tre servi2 un amour honnte et lgitime1 ne doit rendre les curs que plus dignes de lui tre offerts4 ,mais propos1 si j'tais jalouse1 de quel il verrais-je toutes ces parties de spectacles avec ma sur8 ,vous savez1 sans doute1 qu'ils sont tous partis pour la ,bretagne2 ma mre leur a donn souper deux fois avant leur dpart2 chaque fois ,dolbourg et mon pre s'y sont trouvs1 et je faisais de singulires rflexions pendant ce tems4 ,la premire fois que ,lonore a vu monsieur de ,blamont1 elle s'est approche de moi1 et m'a dit avec son ton leste1 voil donc le prsident mon pre8 ,oui1 lui ai-je dit4 --,eh bien6 a-t-elle continu1 voil encore la nature en dfaut chez moi1 car elle ne me dit pas la moindre chose pour cet homme-l4 ,mais comme elle ne lui parle gures plus pour sa mre1 cette petite indiffrence ne m'a point surprise dans elle4 ,en gnral1 ,lonore1 orgueilleuse et fire1 ne serait pas1 je crois1 trs-flatte de l'obligation de renoncer tre fille d'une comtesse1 pour la devenir d'une prsidente2 et je crois qu'elle aurait tout autant aim se retrouver1 en revenant en ,france1 ,elisabeth de ,kerneuil1 que ,claire de ,blamont 4 4 4 ,cette chre sur2 4 4 4 je l'aime1 mais en vrit elle a bien des dfauts1 et malheureusement ils sont tous dans le cur2 elle dment d'une manire bien authentique1 ce qu'elle a os dire3 4 4 4 que les plus grandes vertus se trouvaient toujours allies l'impit1 si ces vertus se manifestent en elle sur de certains objets1 il en est d'autres o l'clat qu'elles jettent est obscurci par de bien grands travers4 ,quoique prive de voir mon ami1 chez ma mre1 je n'en suis pas moins enchante d'tre revenue 4 4 4 ,mais1 je ne sais1 cette joie est sombre2 elle a un certain caractre de tristesse qui m'alarme2 une voix tumultueuse et intrieure semble me dire1 que je fais comme les matelots qui se rjouissent pendant que l'orage se forme au-dessus de leur tte 4 4 4 ,adieu1 soutenons nos revers s'ils s'en prsentent2 runissons nos forces1 et pour souffrir et pour nous aimer4 ,,lettre ,,xliii4 ,la mme au mme #a4 ,paris1 ce #ag ,dcembre4 ,votre rsignation1 toujours entire1 me plat1 me touche et m'intresse3 4 4 4 c'est ainsi que l'on aime ,valcour4 ,des amans moins dlicats et moins accoutums que nous aux sacrifices1 auront de la peine se le persuader1 mais que nous importe l'opinion des gens froids1 pourvu que nos ames1 plus ardentes et plus leves que la leur1 sachent jouir de ce qu'ils n'entendent pas4 ,c'est une des choses qui pourtant m'impatientent le plus que de voir combien il y a peu d'tres dans le monde1 qui1 si j'ose me servir de l'expression1 parlent la mme langue que nous1 et pourquoi donc la nature1 ds qu'elle nous destinait vivre ensemble1 ne nous a-t-elle pas donn tous1 -peu-prs la mme ame8 ,pourquoi n'avons-nous pas tous la mme manire de sentir8 ,dans les mouvemens d'humeur que certaines gens m'inspirent1 je ne sais si je n'aimerais pas autant ceux qui1 comme ma chre sur1 vont beaucoup au-del des bornes1 par trop de dlicatesse dans les organes1 que ceux qui n'prouvent rien4 ,les premiers rparent au moins1 par un esprit piquant et extraordinaire1 toutes les inconsquences de leur cur1 au-lieu que les autres n'ont rien qui puisse ddommager de leur lourde apathie4 ,ce sont des espces d'automates qui1 ce me semble1 font sur nous ce mme effet1 que ces temps assommans de certains jours d't1 o toutes nos facults engourdies par le volume d'air qui les absorbe1 ne se dsignent mme plus dans l'organisation 4 4 4 ,ma comparaison n'est- elle pas juste8 ,un sot ne vous a-t-il jamais fait prouver une douleur physique8 ,n'avez-vous pas senti son approche1 ou ses discours1 une commotion pareille celle dont je vous parle8 ,oh1 mon ami6 je vous aurai vu quand vous lirez celle-ci2 la main qui vous la rendra1 aura senti le plaisir de serrer la vtre2 nos yeux se seront parls1 nos ames se seront entendues4 ,puisse ne pas tre interrompue cette innocente faon de nous entretenir cet hiver4 ,le prsident est toujours le mme2 ma mre ne sait quoi attribuer cet extraordinaire empressement2 il y passe une partie des nuits1 et je vous rponds que sa chre femme n'en est pas plus contente2 elle aimerait bien mieux la plus profonde indiffrence1 que ces motions presque toujours dsordonnes1 fruit du drglement de la tte1 bien plus que des sentimens du cur1 et qui la replaant toujours dans une sorte d'infriorit et d'humiliation1 ne lui laisse plus que le triste rle de la colombe1 sous la serre aigue du vautour4 ,mais elle a besoin d'art et de politique1 si elle pouvait l'enchaner et le vaincre force de complaisance1 pour le bonheur de sa chre ,aline1 il n'y aurait rien1 dit-elle1 qu'elle n'entreprt avec dlices4 ,augustine est rconcilie1 elle s'est jette aux pieds de la prsidente3 elle lui a demand pardon de son inconduite2 elle l'a suppli de n'y plus penser2 et vous jugez si l'ame tendre et douce de ma mre a pu rsister cette scne8 elle a embrass cette fille avec tendresse1 elle l'a releve1 et lui a rendu toute sa confiance et sa protection 4 4 4 ,le prsident tait presque attendri il est d'ailleurs d'une retenue singulire vis--vis de cette fille2 il ne parat assurment pas qu'il ait jamais pu se rien passer entr'eux4 ,mais pour ,sophie1 ma mre est trs-embarrasse3 elle ne sait absolument sur quel ton en parler au prsident3 la dernire fois qu'il a t question d'elle entr'eux ,vertfeuille1 vous savez que mon pre soutint qu'elle n'tait pas sa fille2 dans ce temps-l ma mre tait loin d'imaginer1 que sans le vouloir1 il dit aussi-bien la vrit4 ,maintenant qu'elle est sre que cette ,sophie ne lui appartient point1 ne vaut-il pas autant ne rien dire1 et laisser souponner qu'elle a cru ce que son mari lui disait4 ,l'intrt qu'elle prend d'ailleurs cette infortune1 ne peut plus tre le mme que quand elle la croyait elle1 et elle a celui de deux vritables enfans mnager1 qu'elle ne sacrifiera pas1 dit-elle1 celui d'un tre qui ne lui tient plus que par les sentimens de la piti3 elle aime donc mieux ne rien dire1 et laisser sur le tout son mari dans l'erreur3 elle lui cachera toujours le sort de cette fille3 elle en prendra le mme soin2 n'aura-t-elle pas rempli tous ses devoirs8 ,footnote #a4 ,il y avait une rponse de ,valcour la lettre prcdente1 mais que nous avons supprime1 par l'envie de ne rien offrir au public qui ne fasse qu'allonger le fil sans le dmler1 et qu' retarder le dnouement1 sans y ajouter plus d'intrt4 7,note de l'diteur74 ,,lettre ,,xliv4 ,le prsident de ,blamont ,dolbourg4 ,paris1 ce #aj janvier #aggi #a4 ,sophie est nous1 4 4 4 l'affaire s'est faite le plus lestement possible2 l'abesse a eu beau rclamer madame de ,blamont1 il y avait une lettre de cachet1 il a fallu cder 4 4 4 ,c'est pourtant1 lorsque j'y rflchis1 une chose bien commode que ces ordres-l2 que de passions diffrentes ils servent6 l'amour1 la haine1 la vengeance1 l'ambition1 la cruaut1 la jalousie1 l'avarice1 la tyrannie1 l'adultre1 le libertinage1 l'inceste 4 4 4 ,on flatte tout avec ces lettres charmantes2 avec elles on se dbarrasse d'un mari qui gne1 d'un rival qu'on redoute1 d'une matresse dont on ne veut plus1 d'un parent incommode 4 4 4 ,oh6 je ne finirai pas si je te dtaillais tous les diffrens services qu'on retire de cette charmante institution4 ,je suis encore comprendre comment il est possible que mes confrres s'en plaignent4 ,je suis confondu qu'ils osent dire qu'elle est contre les loix de l'tat1 comme si l'tat devait avoir rien de plus sacr que le bonheur de ses chefs1 et comme s'il pouvait exister rien de plus doux pour eux1 que cette manire aziatique d'envoyer le cordon4 ,je sais bien que ceux qui blment ce dlicieux usage2 ceux qui le traitent d'abus tyranniques1 prtendent1 pour tayer leur opinion1 que la puissance du souverain s'affaiblit en se divisant1 se resserre en croyant s'tendre par le despotisme1 et se dgrade en protgeant des crimes 4 4 4 ,que cette arme dangreuse pour une fois ou deux par sicle qu'elle frappe propos1 cinq cent fois dans le mme sicle1 branle le tronc en charpant les branches8 ,mais tout cela sont les sophismes de ceux qui en souffrent ou qui en ont souffert4 ,de tous les temps le faible s'est plaint 4 4 4 ,c'est son lot --comme le notre est de ne pas l'entendre 4 4 4 ,je le demande1 4 4 4 que serait une autorit dont les rayons bienfaisant ne s'tendraient pas un peu sur les soutiens du trne2 il n'y a que les tyrans qui portent seuls leur glaive1 les rois justes et bons en partagent le poids2 et serait-ce bien la peine de le soutenir sans en frapper de temps en temps4 ,n'tait-il pas indcent que ta matresse 4 4 4 que ma fille #b1 parce qu'il lui a plu d'chapper de nos mains1 ou de se mettre dans le cas de s'en faire chasser1 allt se mettre aux frais de ma femme8 ,est-ce donc elle payer ces sortes de choses8 ,moi1 j'aime les convenances2 il est inoui comme j'y tiens4 ,oui1 je veux que l'honntet rgne jusqu'au sein mme du dsordre4 ,quand on va savoir cela1 4 4 4 je vais tre boud 4 4 4 ,dieu sait2 4 4 4 mes empressemens surprendront 4 4 4 ,n'est-il pas affreux1 dira-t-on1 de chercher des plaisirs avec celle qu'on accable de chagrins8 ,elle ne conoit pas la liaison de tout cela1 la chre dame2 elle n'entend pas d'abord1 que l'branlement caus par le chagrin sur la masse des nerfs1 dtermine sur-le-champ la volupt dans les femmes1 les atmes du fluide lectrique1 et qu'un individu de ce sexe n'est jamais plus voluptueux que quand il est saisi dans les pleurs4 ,n'y et-il d'abord que cela1 un vieux mari comme moi serait trs- excusable1 d'employer auprs de sa tendre pouse1 tous les ressorts qui peuvent lui rendre ce qu'il ne doit plus attendre de sa vigueur 4 4 4 ,voil donc dj pour le physique2 mais la petite mchancet de donner du chagrin1 a bien une autre jouissance morale 4 4 4 qui1 je le sens1 n'est pas entendu de ton lourd esprit1 4 4 4 dis1 4 4 4 avoue-le1 4 4 4 comprends-tu1 que de dire une femme intrieurement tout1 en la soumettant ses feux4 ,si tu savais que le plaisir que je cherche avec toi1 n'est nourri que du charme piquant de te tromper2 4 4 4 que ton erreur2 4 4 4 que ta bonhomie2 4 4 4 que la manire enfin dont je te rends ma dupe2 compose tout le sel que je trouve aux volupts dont je m'enivre1 4 4 4 et que ces volupts seraient nulles pour moi1 sans l'aiguillon de la perfidie4 --,hein1 ,dolbourg1 tu n'entends pas plus cela que du grec8 ,semblable l'ne1 qui broute l'herbe fine d'une prairie verte1 sans distinguer le simple prcieux1 du jonc sauvage1 tu dvores indiffremment tout ce que ta bouche rencontre sans examen et sans analyse2 sans te faire de principes sur rien1 et sans jamais jouir de tes principes1 ne suis-je donc pas plus heureux que toi1 en rafinant tout comme je fais1 en ne me composant jamais de jouissances physiques1 qu'elles ne soient accompagnes d'un petit dsordre moral4 ,quelque varit que je puisse mettre dans mes amours avec la prsidente1 quelque jolie qu'elle soit1 sans doute encore2 quelque bizarres que puissent tre mes plaisirs1 4 4 4 que deviendraient-ils pourtant1 je te le demande1 si je n'avais1 pour les enflammer1 les ides nes des perfides desseins que tu me connais --7car il faut bien revenir ces maudits desseins1 ds que le projet de ,lyon n'a pas eu de succs72 aussi1 depuis que ces desseins sont pris1 4 4 4 depuis qu'ils sont srs1 4 4 4 ce sont des sensations d'une violence6 4 4 4 ,ce qui me divertit1 c'est que la bonne dame met tout cela sur le compte de ses attraits 4 4 4 elle devait pourtant bien sentir qu'ils ne peuvent plus entrer pour rien dans les motifs de mon ivresse 4 4 4 ,il est impossible qu'elle ne voie pas que j'ai quelqu'autre chose dans la tte2 quelquefois mme je ne suis pas matre de mes propos 4 4 4 ,dans ces instans o l'on draisonne1 et o celui qui draisonne le plus1 est presque toujours celui qui a le plus d'esprit 4 4 4 il m'en chappe de trs-expressifs1 et qu'elle devrait entendre 4 4 4 ,quand il y avait jadis un peu plus de bonne foi de ma part 4 4 4 il y avait bien moins d'enthousiasme2 elle devrait s'en ressouvenir2 d'o peut donc natre ce nouveau dlire8 4 4 4 de l'indcence de l'acte8 ,il y a long-temps que j'emploie les singularits2 elle doit le savoir3 et voyant que ce n'est pas tout cela qui m'embrse1 elle devrait se demander ce que c'est1 4 4 4 s'tonner1 4 4 4 frmir mme3 4 4 4 c'est une drle de chose que la scurit des femmes4 --,toi qui es un peu naturaliste1 4 4 4 dis-moi1 n'y a-t-il pas une sorte d'animal froce qui ne rugit jamais1 autant prs de sa fmelle1 que quand il est prt la dvorer8 ,tout--l'heure la scurit des femmes m'tonnait3 c'est leur orgueil maintenant que je n'entends pas4 ,trop heureuse d'avoir1 4 4 4 trop contente de resaisir1 ce qui leur chapait1 c'est toujours1 selon elles1 leur art1 leur magie1 que se doit l'effet du miracle2 et les innocentes1 trompes au culte du sacrificateur1 se placent sur l'autel en desses1 quand elles ne doivent tre que victimes4 ,quoi qu'il en soit1 ,sophie arrache par ordre du roi1 au couvent des ,ursulines d',orlans1 est exile au chteau de ,blamont1 o mon concierge l'a reue au fond d'un appartement sr et bien clos1 dans lequel il me rpond d'elle sur sa vie4 ,on dit que la chre petite personne a prodigieusement pleure2 qu'elle n'aille pourtant pas perdre toutes ses larmes2 le tour qu'elle nous a joue mrite que nous lui en fassions encore verser quelqu'unes2 mais comme elle est bien l1 et que nous avons beaucoup de choses soigner ici1 je me contenterai d'y aller faire un tour1 pour la disposer nous recevoir ce printems4 ,jusques-l trop d'objets nous occupent pour quitter ,paris tous les deux4 ,au reste1 rien n'a pris comme la rhabilitation de la demoiselle ,augustine j'tais-l1 je laissais de temps-en-temps mes paupires se mouiller1 afin de me faire supposer un cur 4 4 4 et on avait la simplicit d'y croire4 ,encore une fois1 mon ami1 comme elles sont bonnes les femmes6 ,voil donc cette fille souverainement instale1 quelque srs que nous devions en tre1 tu comprends bien pourtant que ds que la voil1 l'ame du projet1 il ne faut pas trop la perdre de vue4 ,m'avoueras-tu que je suis bon phisionomiste8 peine l'eus-je envisage de tout sens ,vertfeuille1 que je te dis3 --c'est l ce qu'il nous faut2 voil le sujet que le sort met en nos mains pour excuter ses caprices1 et tu vois comme aprs avoir rempli nos premires vues avec docilit1 elle coopre avec intelligence l'accomplissement des secondes4 ,il nous fallait1 en vrit1 un peu de tout cela1 pour nous ddommager de la perte relle que nous avons fait de ,lonore 4 4 4 ah1 que cette charmante petite femme tait digne de nous1 mon ami2 ce comte de ,beaul1 qui m'entrave dans tout depuis quelque temps1 commence m'impatienter4 ,si cet homme-l n'tait pas en crdit1 quelques-uns de mes amis et moi1 nous lui aurions bientt fait un bon procs-criminel2 je sais qu'il soupe quelquefois avec des filles1 le cher comte 4 4 4 ,en voil plus qu'il n'est ncessaire dans ce sicle-ci1 pour le mener tout droit l'chafaud4 ,il n'est question que d'inventer1 4 4 4 de supposer1 4 4 4 de soudoyer quelques complaignantes1 quelqu'espions1 quelqu'exempts de police1 et voil un homme rou4 ,depuis trente ans nous avons vu plus d'une de ces scnes2 j'aimerais presque mieux tre accus aujourd'hui #c d'une conspiration contre le gouvernement1 que d'irrgularits envers des ,catins2 et en vrit cette manire de mener les choses est respectable2 4 4 4 elle honore bien la patrie4 ,si quand on a envie de perdre un homme il fallait attendre qu'il devint criminel d'tat1 on n'aurait jamais fini1 plutt qu'il y a trs-peu de mortels qui ne soupe avec des prostitues4 ,on a donc fort bien fait d'arranger-l les piges4 ,cette espce d'inquisition tablie1 sur les procds du citoyen qui s'enferme avec une fille2 cette obligation o l'on met ces cratures de rendre un compte exact de l'acte luxurieux de cet homme1 est assurment une de nos plus belles institutions franaises4 ,elle immortalise jamais l'illustre ,archonte #d qui la mit en usage ,paris4 ,et voil de ces loix douces1 et nanmoins prudentes1 qu'il ne faut jamais laisser tomber en dsutude2 on ne saurait trop encourager les dlations des prtresses de ,vnus1 il est extrmement utile au gouvernement et la socit1 de savoir comment un homme se conduit dans de tels cas2 il y a mille inductions1 toutes plus sres les unes que les autres1 tirer de-l sur son caractre1 il rsulte1 j'en conviens1 une collection d'impurets qui peut devenir chatouilleuse aux oreilles du juge2 ce n'est pas servir les murs1 disent les ennemis de ce systme1 que d'espioner et de recueillir les actions libertines de ,pierre1 pour aiguillonner l'intemprance de ,jacques2 mais ce sont des chanes au citoyen8 ce sont des moyens de l'asservir1 de le perdre1 quand on en a envie1 et voil l'essentiel4 ,adieu2 la prsidente m'puise2 on ne servit jamais sa femme avec tant d'assiduit4 ,je te charge du soin de mes plaisirs pendant que je me sacrifie pour les tiens4 ,songes1 sur-tout1 que j'ai besoin d'tre servi mts piquants dans les repas que tu me prpares2 avertis les enfans de l'amour qu'ils ont rveiller des sensations teintes dans les saints dsordres de l'hymen4 ,footnote #a4 ,il y avait encore ici deux lettres de ,valcour1 mais aucune variation dans les vnemens1 nous avons donc pass tout de suite celle qui en dveloppe2 et quelqu'affreuse que soit cette lettre1 sans doute1 elle nous a paru trop essentielle la catastrophe1 trop utile aux teintes du caractre pour pouvoir tre supprime4 ,il y a beaucoup de lecteurs qui feront bien de ne la point lire1 et les femmes sur-tout4 7,note de l'diteur47 ,footnote #b4 ,il ne faut pas oublier qu'il croit toujours tre pre de cette ,sophie4 ,footnote #c4 ,non --pas aujourd'hui1 heureusement pour l'humanit4 ,des loix plus sages vont rgir la ,france2 et les atrocits dcrites par ce sclrat1 n'existent plus4 ,footnote #d4 ,magistrat grec2 et c'est du sieur ,sartine dont il est question1 qui n'tait pourtant point grec4 ,voyez la note de la page #g3 elle est relative ceci4 ,,lettre ,,xlv4 ,madame de ,blamont ,valcour4 ,paris1 ce #ab janvier4 ,je me flattais du plaisir de dner aujourd'hui chez notre cher comte1 et de vous y voir1 ainsi que ,dterville1 mais je ne sortirai pas de chez moi 4 4 4 ,ce que j'apprends m'anantit2 je n'ai pas une facult de mon ame qui ne soit brise1 pas un sentiment qui ne soit compromis 4 4 4 ,le fourbe1 4 4 4 j'tais la dupe de ses caresses6 4 4 4 j'esprais le ramener force d'art1 l'attendrir force de soins2 et quand je le croyais enchan1 quand je le supposais moi1 je ne m'assouplissais que davantage sous le joug imprieux du perfide 4 4 4 ,il n'y a donc plus rien de sacr2 il n'y a donc plus ni loix1 ni vertus2 tout peut donc aujourd'hui s'enfreindre impunment1 4 4 4 quel sicle1 je rougis d'avoir eu le malheur d'y natre4 ,le #f janvier1 neuf heures du matin1 on est venu signifier un ordre madame l'abesse des ,ursulines d',orlans1 qui lui enjoignait de remettre aussi-tt entre les mains de celui qui prsentait cet ordre1 une fille nomme ,sophie1 qu'elle tenait de madame de ,blamont 4 4 4 ,prvenue par moi1 souponnant quelques horreurs1 elle a d'abord dit qu'elle ne connaissait pas cette fille1 4 4 4 qui rellement n'tait pas sous ce nom chez elle 4 4 4 ,ce subterfuge n'en a pas impos3 on lui a dit qu'on allait entrer dans le clotre1 si elle tergiversait plus long-temps3 saisie de frayeur1 la bonne dame n'a pas os refuser celle qu'on demandait2 et cette malheureuse enfant est partie pour tre relivre au sein du libertinage1 4 4 4 par ordre de ceux qui affichent la dcence 4 4 4 ,prouvez-moi donc une dpravation plus complette1 4 4 4 plus dangereuse1 et je cesse l'instant de me plaindre #a4 ,sophie a donc t conduite au chteau de ,blamont2 elle y est dtenue sous la garde du concierge1 dans une chambre o elle ne peut ni voir1 ni parler personne 4 4 4 ,et telles sont maintenant les raisons que le prsident a donnes pour surprendre cet ordre odieux4 ,il a dit que je m'opposais depuis long-temps un mariage trs- avantageux pour sa fille2 que par mes perfides conseils1 j'empchais cette fille de lui obir1 et que1 joignant la ruse aux manuvres ouvertes1 j'ai t dterrer une petite crature avec laquelle l'ami qu'il destine sa fille1 a vcu1 la vrit quelques mois3 que j'ai fait venir cette dulcine dans ma terre1 et qu'aprs l'avoir bien instruite1 je la fais passer pour une fille moi1 enleve par lui au berceau1 dans l'abominable dessein de la prostituer son ami2 que par ce moyen1 cet ami tant le mme que celui dont il veut faire son gendre1 ne peut plus maintenant le devenir1 puisqu'il se trouveroit alors avoir eu commerce avec les deux surs2 fable excrable1 ajoute- t-il1 qui ne peut avoir t suggre sa femme1 que par un esprit diabolique1 qui veut le perdre1 et lui et sa famille4 ,or1 cet esprit infernal1 c'est vous1 mon cher ,valcour4 ,voil les favorables impressions qu'il commence donner de vous1 pour en venir sans doute quelque chose de plus srieux ensuite4 ,prenons-y garde 4 4 4 ,je crains tout4 ,maintenant pour autoriser ce qu'il dit1 pour convaincre de toutes mes impostures1 il a produit le certificat que vous lui connaissez de la prtendue mort de ,claire de ,blamont4 ,ainsi1 ajoute-t-il1 si ma fille ,claire est vritablement morte1 comme le prouve cet extrait des registres de paroisse1 elle ne doit donc plus se retrouver dans la nomme ,sophie1 que je rclame2 et cette ,sophie qui se dit ,claire de ,blamont1 qu'on ose m'offrir pour telle1 n'est donc plus qu'une aventurire instruite par ma femme qui la dirige contre moi1 procd qui mriteroit l'attention des juges1 si je voulais faire du bruit2 et si j'avais dessein de me brouiller avec une femme que j'aime et que je respecte encore1 malgr sa faiblesse pour l'homme qui elle s'obstine donner sa fille1 en dpit de ma volont4 ,en consquence1 il a demand ,sophie1 et pour que je ne puisse la retrouver jamais1 il a obtenu le droit de la faire secrtement placer o bon lui sembleroit1 sur la simple clause de lui payer une pension suffisante l'entretenir4 ,cette fille n'est qu'en dpt chez lui1 et quand il aura eu le temps de me drouter1 il la fera1 dit-il mettre dans quelque couvent1 l'extrmit de la ,france4 ,tels sont les mensonges dont le fourbe s'est servi1 pour se venger de cette pauvre fille1 pour la punir de ce que sa malheureuse toile l'avoit conduite chez moi1 4 4 4 pour la soumettre sans-doute de nouveau son odieuse intemprance2 et quand il fait tout cela1 4 4 4 examinez bien l'affreux caractre de cet homme4 ,quand il agit ainsi1 il est persuad1 quoique cela ne soit heureusement pas1 convaincu dis-je1 que ,sophie est sa fille2 et il m'accable de caresses2 et il passe des nuits entires avec moi1 me dire que ces sentimens se raniment1 et qu'il retrouve encore dans son cur1 tous ceux des premiers jours de notre hymen4 ,tel est l'homme qui j'ai affaire2 tel est le dangereux mortel dont mon sort dpend aujourd'hui4 mon pre6 quand vous tisstes ces nuds1 vous ostes me promettre le bonheur1 voil pourtant ce qu'ils sont pour moi4 ,cependant1 des soins plus chers m'obligent feindre encore2 je me suis rsolue ne point changer de conduite vis--vis de lui2 il faut lui laisser son erreur3 il ne faut pas mme qu'il puisse penser l'claircir1 et cela1 pour l'intrt d',aline et d',elonore1 qui me sont maintenant plus prcieuses que ,sophie2 au fait1 il n'a dans ses mains1 que la fille d'une pasanne1 et si je l'en enlve1 il y fera tomber la mienne4 ,ce que ma probit m'impose -prsent1 ne consiste plus qu' faire savoir au ministre l'exacte vrit de tout4 ,le comte de ,beaul s'en charge4 ,cette vrit s'accordera dans beaucoup de points avec ce qu'a dit le prsident4 ,c'est une aventurire qui ne lui appartient point2 je le dirai de mme2 je ne me dfendrai que de l'avoir voulu faire passer pour sa fille4 ,si je l'ai cru1 si je l'ai dit un moment1 je prouverai par-tout ce qui m'a jette dans cette mprise2 que je devais tre dans la bonne foi1 mais qu'aussitt que ,claire de ,blamont est morte1 comme il le prouve1 je n'ai plus rien rclamer1 et je lui laisserai son illusion complette1 pour qu'il ne dcouvre rien sur la naissance de ,lonore1 pour qu'il ne sache jamais que cette ,claire de ,blamont qu'il croit dans ,sophie1 est maintenant dans la demoiselle de ,kerneuil1 parce qu'avec le caractre qu'il a reu du ciel1 il ne pouvoit assurment que nuire tout ce que nous faisons1 pour faire rentrer ,lonore dans les biens de celle qu'elle doit supposer sa mre1 avec tout le public4 ,ma rpugnance n'en est pourtant pas moins la mme1 d'avoir accept cet arrangement du comte de ,beaul2 car enfin1 nous dpossdons par cette manuvre1 les collatraux de madame de ,kerneuil1 vous n'imaginez pas1 ,valcour1 combien ce procd offense ma dlicatesse2 il est illgal1 et j'en suis rvolte2 mais si je ne passe point par- dessus ces considrations1 si je dcouvre la naissance de ,lonore1 de quels nouveaux malheurs1 de quels plus terribles inconvniens ne me trouverai-je point entoure1 et quoique femme du marquis de ,kerneuil1 de quelles perscutions le prsident ne trouvera-t-il pas encore le secret d'accabler cette malheureuse ,lonore2 ce qu'il ne pourra pas sur celle-ci1 sa vengeance l'entreprendra sur ,aline1 et je me retrouve dans un abyme d'infortunes4 ,en me conduisant comme je le fais1 je prfre donc un petit mal un grand2 mais c'est toujours un mal1 et je suis bien vivement contrarie de ce qui allarme ma conscience4 ,une autre chose afflige encore bien fortement ma dlicatesse1 et me fait verser en secret des larmes bien amres2 j'abandonne dans cette ,sophie1 une honnte et douce crature1 une fille pleine de vertu et de religion pour une qui est loin des mmes qualits2 mais l'une est ma fille1 l'autre ne m'est rien4 ,sauver encore ,sophie des mains de cet homme1 comment l'imaginer6 quel titre l'entreprendre6 ,eh mais1 ds que je consens donner la maison de ,kerneuil une hritire qui1 dans le fait1 ne l'est point1 ne puis-je donc pas donner de mme au prsident1 une fille qui ne lui a jamais appartenu8 ,quand il s'agit d'enlever l'infortune aux mains de l'injustice et de la cruaut1 ne peut-on pas se permettre des dtours4 ,d'ailleurs1 si je continuois d'assurer que ,sophie est ma fille1 je me retrouverais une arme qui m'est d'un grand secours l'opposition des projets du farouche ami de mon poux4 ,je n'te rien ,lonore1 que je n'avouerai jamais1 qui n'a nul besoin de mon aveu1 je rends la libert ,sophie1 et j'assure le bonheur d',aline4 ,ah6 je l'essayerais en vain1 il mettra toujours en avant l'extrait paroissial1 et je n'en dtruirai l'authenticit1 qu'en nuisant ma ,lonore4 ,quel embarras6 moi qui me rjouissois des jours o j'ai donn la vie mes enfans1 faut-il maintenant que je classe ces jours malheureux1 au rang des plus funestes de ma vie4 ,non1 je cderai1 j'abandonnerai ,sophie2 j'ai beau penser1 je ne puis faire autrement2 je ne puis secourir cette infortune1 sans nuire au bonheur de mes deux filles2 il faut que j'y renonce 4 4 4 4 4 4 ,il le faut2 est-il donc possible qu'il y ait de fatales circonstances o le ciel favorise assez peu la vertu1 pour qu'il devienne impossible de pouvoir l'arracher au malheur2 puissent s'ignorer jamais ces fatales vrits2 trop de jeunes filles en concluroient que cette route pineuse o l'ducation les place1 est donc inutile suivre1 puisqu'on n'y tombe qu'un peu plutt dans les piges de l'intemprance et du vice4 ,d'ailleurs1 en ne me fchant point de ce qui vient d'arriver1 en cdant tout l'homme qui me trompe2 en continuant de garder avec lui la mme conduite1 peut-tre viendrai-je bout de l'attendrir2 peut- tre cet entier dvouement de ma part le fera-t-il dsister de ses indignes prtentions sur ,aline6 ,mais d'un autre ct1 pourra-t-il croire que j'abandonne lgrement les intrts de celle que j'ai crue si long-temps ma fille4 ,eh bien6 je mettrai ma parfaite rsignation sur le compte de ma douceur2 je lui dirai3 ,elle est intressante2 vous en tes maintenant le matre2 je vous la recommande1 et vous supplie de la rendre heureuse4 ,je suis presque fche prsent de n'avoir point rendu ,sophie sa bonne nourrice de ,berceuil 4 4 4 1 elle seroit marie2 que dis-je1 vis--vis les manuvres d'un homme comme le prsident1 vis--vis les intrigues d'un tratre1 qui ne mnage1 ni pas1 ni crdit1 ni argent1 ds qu'il s'agit de servir ses passions2 tout cela ne seroit-il pas gal aujourd'hui8 ,il n'y auroit qu'un crime de plus 4 4 4 ,on m'interrompt 4 4 4 ,je finirai ma lettre demain4 ,ce #ac ,le croiriez-vous1 il s'est prsent hier au soir1 comme l'ordinaire1 pour obtenir1 a-t-il dit bnignement les tributs de l'hymen1 attendus des mains de l'amour1 et comme il a vu un peu d'altration sur mes traits1 quelques fussent mes efforts pour me contenir1 il m'a prvenue4 ,tout ce qu'il a fait1 a-t-il dit1 est assrment pour le bien1 et en vrit1 il a bien peu fait2 c'est ,dolbourg qui1 prtendant mon alliance1 rougissait de savoir une de ses anciennes matresses entre mes mains1 et c'est lui qui a voulu la ravoir2 je n'ai d'autre tort1 a-t-il poursuivi1 que de ne vous avoir pas prvenu2 mais toujours pntre de la folle ide1 qu'elle est votre fille1 vous vous y seriez oppose1 et j'carte avec tant de soin tout ce qui peut faire natre quelque trouble entre nous4 ,je dsire si vivement de rparer mes anciennes erreurs1 que vous devez me pardonner ce petit mystere1 en faveur du dsir extrme que j'ai de conserver votre estime2 il n'en est point1 a-t-il continu1 dont je sois aussi sincrement jaloux 4 4 4 4 4 4 ,c'est que peu de femmes runissent tant de graces 4 4 4 des attraits si divins1 des vertus aussi rares 4 4 4 ,me brouiller avec vous 4 4 4 1 moi8 4 4 4 plaider8 4 4 4 le pourrais-je8 --,mais elle est chez vous1 lui ai-je dit1 en interrompant ses flagorneries4 --,oui1 a-t-il rpondu1 tonn de me voir si instruite 4 4 4 4 4 4 ,vraiment oui1 elle est chez moi1 je n'ai pu refuser mon chteau ,dolbourg1 qui vouloit l'y recevoir quelques instans4 --,et qu'en fera-t-il au sortir de l8 --,il l'envoye1 m'a-t-il dit1 avec cet air mystrieux1 que savent si bien employer les imposteurs1 pour donner leur mensonge le coloris de la vrit2 il l'envoye dans un couvent1 au fond de la ,gascogne 4 4 4 ,elle sera bien 4 4 4 2 il lui fait une pension honnte 4 4 4 ,oh6 vous ne connaissez pas ,dolbourg 4 4 4 ,je ne vous ai jamais vu lui rendre justice4 ,c'est une si grande simplicit de murs 4 4 4 1 une franchise si rare 4 4 4 1 une nature si vraie 4 4 4 1 une ingnuit si prcieuse6 ,ah6 croyez-moi1 c'est le seul homme qui soit rellement fait pour le bonheur de notre ,aline4 ,eh bien6 tes-vous persuade - prsent1 que tout ce que vous croyiez sur cela n'tait que des fables 4 4 4 ,et je me taisais 4 4 4 ,il y a tout plein de gens qui ont le plus grand intrt vous en imposer 4 4 4 1 et qui le font 4 4 4 2 ,n'y eut-il que ce ,valcour 4 4 4 2 mfiez-vous en1 je vous le dis2 c'est le plus adroit fripon4 --,un moment1 monsieur1 ai-je dit1 ne pouvant tenir tant de fausset1 et curieuse de voir jusqu' quel point il la pousserait 4 4 4 ,un moment 4 4 4 ,puisque vous tes en train de vous justifier1 osez me dire pourquoi cette commission secrte l'exempt qui vint arrter ,lonore ,vertfeuille8 ,pourquoi cet homme tait-il muni d'un ordre de vous1 tay d'un signalement1 pour enlever ma fille au lieu de l'pouse de ,sainville8 ,et c'est ici mon ami1 o l'art de feindre est venu composer loisir tous les traits de ce visage odieux4 --,moi1 a-t-il rpondu2 moi1 des ordres pour faire mettre ,aline la place de ,lonore8 4 4 4 ,mais daignez donc songer1 je vous prie1 que ce n'est qu'avec le public1 que j'ai su l'aventure de ,sainville ,vertfeuille 4 4 4 1 circonstance qui m'a fort embarrass1 qui m'a mme fait vous bouder un peu1 de ne m'avoir prvenu de rien1 puisque je ne savais que rpondre toutes les questions qui m'toient faites ce sujet4 --,vous niez ce trait1 ai-je dit1 en me levant avec fureur4 --,allons-donc1 a-t-il repris en souriant3 je vois maintenant que vous plaisantez2 mais si vous poursuivez1 je me fche 4 4 4 ,j'ai bien assez de mes torts rels2 ne m'en controuvez pas de nouveaux2 dormez1 en paix sur votre ,aline 4 4 4 2 je ne vous la ravirai point 4 4 4 2 je vous la demande1 c'est quoi je m'en tiens1 et j'espre qu'aprs un peu de rflexions1 vous ne me la refuserez plus 4 4 4 --,je me suis rassise2 j'ai senti le tort que je venais d'avoir1 en rompant le silence1 sur un objet dont je m'tais promis de ne jamais parler1 et dont il tait inutile de renouveller le souvenir1 puisqu'assrment il nierait tout 4 4 4 ,je vous crois1 ai-je dit avec une tranquillit feinte4 ,oui1 je vous crois 4 4 4 ,mais si vous m'accusez d'avoir des ennemis1 assrment1 vous devez en avoir de votre ct 4 4 4 ,la noirceur dont je vous souponne1 a t mise publiquement sur votre compte1 et 4 4 4 --,des ennemis1 des ennemis1 qui n'en a pas 4 4 4 ,je ne connais que les sots qui ne s'en font jamais2 mais toutes ces calomnies 4 4 4 je les mprise au point1 qu'en honneur1 je ne m'informerai mme pas de ceux qui ont voulu m'en composer de nouvelles offenses avec vous3 et s'animant1 s'chauffant alors auprs de moi1 sans me donner le temps de lui rpondre1 il s'est mis me renouveller ses louanges 4 4 4 exiger enfin 4 4 4 ce que j'tais rsolue de continuer lui accorder1 puisque je me dcidais feindre 4 4 4 ,je ne l'avais jamais vu si ardent 4 4 4 1 si dprav1 devrais-je dire2 l'amour ou le sentiment dans de telles ames1 n'est jamais que l'excs du dsordre2 mais comme l'esprit de cet homme est sombre1 mme au sein de ses plus doux plaisirs 4 4 4 coutez un de ses propos #b4 ,que vous tes belle1 m'a-t-il dit en m'examinant sans voile 4 4 4 2 non1 jamais la mort n'osera briser ce chef-d'uvre4 ,vous ne subirez pas la loi des autres tres 4 4 4 ces belles chairs ne se dsuniront point4 ,jamais rien ne peut s'altrer en vous1 et dans le dernier repos de la nature1 vous lui servirez encore de modle4 ,et c'est cette ide qu'il a d le comble de ses plaisirs2 c'est cette ide dlicatement horrible1 qui a plong ses sens dans l'ivresse4 mon ami6 je ne sais1 tout ceci m'allarme1 ce changement si certain dans sa conduite1 cet empressement pour des choses qui ne devraient plus l'enflammer6 4 4 4 ,mme dans les premires annes de notre mariage1 il ne me cultivait pas avec tant d'assiduit4 ,que signifient ces retours8 4 4 4 4 4 4 ,s'il m'aimait vritablement1 s'il avait envie de rparer ses torts 4 4 4 4 4 4 ,les aggraverait-ils1 il me flatte et cependant il me trompe1 il me caresse et il m'afflige 4 4 4 ,hlas6 je dois frmir2 et que veut-il8 ,qu'elle ncessit d'user de ruse avec moi8 ,n'est-il pas le plus fort 4 4 4 ,on ne doit tromper que ceux que l'on craint1 la feinte est l'arme de l'esclave3 elle n'est permise qu' la faiblesse1 elle avilit le plus fort s'il ose s'en servir4 ,ah6 qu'il m'lve ou qu'il me rabaisse1 qu'il me loue ou qu'il me dgrade1 je serai toujours sa victime4 ,rien ne peut m'empcher de l'tre 4 4 4 mon ,aline6 4 4 4 ,tu la deviendras peut- tre aussi 4 4 4 et je n'y serai plus pour t'arracher de leurs mains cruelles 4 4 4 ,valcour1 des larmes coulent malgr moi 4 4 4 ,ma tte se noircit 4 4 4 ,mon ame fatigue de malheurs s'irrite la crainte d'en prouver encore2 il est un terme o nous ne sommes plus en tat de soutenir l'horrible poids de nos chanes1 o l'on prfre mille fois plu-tt la fin de son existence au renouvellement de l'infortune 4 4 4 ,valcour6 si j'allais vous tre ravie1 4 4 4 si je n'y tais plus 4 4 4 et qu',aline devnt malheureuse 4 4 4 4 4 4 ,que tout votre sang coule1 s'il le faut1 mon ami1 pour l'arracher aux horreurs qui menaceraient alors sa dbile existence 4 4 4 ,ayez toujours devant vos yeux la mre qui vous la donne 4 4 4 ,dites-vous quelque fois1 --elle m'aimait 4 4 4 ,elle dsirait mon bonheur et celui de sa fille4 ,la ,providence s'y est oppose 4 4 4 ,mais je dois toutes deux mon amour et mes regrets 4 4 4 4 4 4 ,je dois les chrir au-del du tombeau1 ou m'y anantir avec elles4 --,adieu 4 4 4 ,je suis trop triste ce soir pour continuer de vous crire 4 4 4 4 4 4 ,mais on n'est pas la matresse de ses ides 4 4 4 4 4 4 ,il en est 4 4 4 soyez en certain1 que la nature nous suggre comme des avertissemens de tout ce que sa main nous prpare 4 4 4 4 4 4 ,tachez de dner jeudi chez le comte1 je ferai tout pour vous y voir4 ,footnote #a4 ,c'est ici o il est plus ncessaire que jamais d'observer que c'est avant la rvolution que ces lettres s'crivaient2 de telles atrocits ne se redoutent pas sous le gouvernement actuel4 ,footnote #b4 ,voyez page #eg et #eh1 o le prsident dit3 ,quelquefois mme1 je ne suis pas matre de mes propos1 etc4 ,,lettre ,,xlvi4 ,valcour ,madame de ,blamont4 ,paris1 ce #bj janvier4 ,je viens d'avoir une visite singulire1 madame1 ce qui s'y est pass me parat tellement essentiel1 que j'ai cru que vous me permettriez de vous en faire part l'instant4 ,il tait environ dix heures du matin et je me prparais sortir1 lorsqu'on m'a annonc monsieur le prsident de ,blamont4 --,puis-je savoir1 lui ai-je dit1 monsieur1 ce qui me procure l'honneur d'une telle attention de votre part8 --,vous devez vous en douter4 --,je l'ignore1 mais si vous vouliez vous asseoir un instant1 vous seriez plus l'aise pour me l'expliquer4 --,je ne viens ici ni pour vous faire des politesses1 ni pour en recevoir4 --,si cela est1 restons debout2 mais expliquez-vous promptement1 parce que des affaires m'appellent ailleurs4 --,j'y mettrai le temps qu'il me faut et vous aurez la bont de m'entendre2 il n'est point d'affaire plus presse pour vous1 que celle dont je viens vous entretenir4 --,eh bien6 de quoi s'agit-il1 expliquez-vous8 --,je viens vous donner un conseil4 --,je les aime peu4 --,le devoir d'un homme sage est de les suivre quand ils sont bons4 --,l'homme plus sage encore n'en donne jamais4 --,de celui-ci dpend votre sret4 --,un honnte homme la trouve dans sa conduite4 --,changez donc la votre si vous voulez que cette sret soit parfaite4 --,il me semble1 monsieur1 que ce n'est pas trop l le ton du conseil4 --,la supriorit en donne quelquefois qu'elle ne module pas au ton de l'amiti4 --,la supriorit8 4 4 4 --,aimez-vous mieux que je dise la force8 --,ni l'un ni l'autre ne vous va1 vous tes le moins lev des hommes1 et vous avez tout l'air du plus faible4 --,ma place 4 4 4 4 4 --,est une des plus mdiocres de l'tat1 bien souvent une des plus tristes1 et toujours une des moins considres2 songez qu'avec cent sacs de mille francs1 mon valet demain peut tre votre gal4 7,se jettant dans un fauteuil47 --,monsieur de ,valcour votre conduite vous perd1 et pour l'amour de vous-mme vous devriez en changer4 7,m'asseyant vis- -vis de lui47 --,en quoi celle que je tiens peut- elle offenser ou le public ou vous8 --,c'est m'offenser que de sduire ma fille2 c'est manquer au public que de lui assigner des rendez-vous dans une glise4 --,votre reproche est faux dans deux points1 je ne cherche pas sduire votre fille1 et je ne lui ai jamais donn de rendez-vous nulle part4 ,sachez d'ailleurs qu'entre une fille de son ge et un homme du mien1 il n'y a d'autre sducteur que l'amour1 et que si je la rencontre quelquefois dans une glise1 il n'y a d'autre cause que le hazard4 --,avec de telles rponses on arrange tout4 --,je n'en veux faire que de justes4 --,eh bien6 si cela est1 quels sont vos sentimens pour ma fille8 --,ceux du respect le plus profond et de l'amour le plus inviolable4 --,vous ne pouvez pas l'aimer4 --,quelle est la loi qui m'en empche8 --,ma volont qui s'y oppose4 --,nous attendrons4 7se levant avec fureur71 vous attendrez8 ,ainsi donc1 monsieur1 tout votre bonheur se fonde sur la fin de mon existence4 --,non1 il me serait doux de vous nommer mon pre1 il serait flatteur pour moi de tenir ,aline de vos mains4 7,se promenant grands pas dans la chambre71 n'y comptez jamais4 --,ai-je tort en ce cas de vous assurer que nous attendrons1 un malhonnte homme ne vous le dirait pas4 --,mais c'est me dire clairement4 --,c'est vous dire qu'il ne tient qu' vous de vous faire adorer comme un pre1 ou de vous faire oublier comme un ennemi4 --,il seroit bien plaisant qu'un homme ne pt pas disposer de sa fille4 --,il le peut sans doute1 tant que ses vues s'accordent au bonheur de cette fille4 --,ces restrictions sont sophistiques1 les droits d'un pre sur ses enfans ne le sont pas4 --,il y a beaucoup de choses qui existent quoiqu'elles soient injustes4 --,vous ne changeriez pas les loix4 --,vous n'teindrez pas mon amour4 --,j'en arrterai les effets4 --,vous vous ferez har de ceux qui doivent vous aimer4 --,il faut se moquer des sentimens de ceux dont on est oblig de punir les torts4 --,ce n'en est pas un d'aimer votre fille4 --,c'en est un que de la dgoter de l'poux auquel je la destine4 --,ne dt-elle jamais penser moi1 ce serait toujours un service lui rendre que de l'empcher de se lier un libertin4 --,ah6 voil les impressions que vous lui donnez4 ,tels sont donc les sentimens que vous suggrez ma femme8 --,il est permis d'clairer ses amis quand on les voit prts d'tre tromps2 rassurez vous cependant4 ,sollicit par d'autres1 que votre femme et votre fille1 pour clairer la conduite du monstre avec lequel vous voulez les unir1 je l'ai refus4 ,mais la ,providence a permis que ses carts se dcouvrissent naturellement1 et vous devriez rougir d'un projet qui vous dshonore4 --,monsieur de ,valcour ne m'obligez pas en venir des extrmits qui me fcheraient2 agissons plus-tt par des voies de douceur1 tenez 7posant alors dix rouleaux sur la table71 vous n'tes pas riche1 je le sais1 voil cinq cents louis1 signez-moi une renonciation au mariage que vous avez dans la tte4 7,saisissant les rouleaux et les jettant dans l'antichambre47 --,,homme ,,vil1 ,,oublie-,,tu ,,chez ,,qui ,,tu ,,es8 ,oublie-tu la bassesse de ton existence1 le peu de dignit de ta place1 l'avilissement o te plongent tes vices1 et tous les droits enfin que la vertu et la nature me donnent sur ton mprisable individu8 --,vous m'insultez1 monsieur4 --,je le ferois par- tout ailleurs1 je me contente chez moi de vous prier de sortir4 --,vous prenez les choses avec une vivacit6 --,et par o donc ai-je pu mriter d'tre humili si cruellement4 ,qui peut donc vous contraindre me msestimer8 ,renoncer pour de l'argent au sentiment le plus precieux de ma vie8 ,homme lche1 oui1 je suis pauvre1 mais le sang de mes anctres coule pur dans mes veines2 et je me repends moins des fautes qui m'ont fait perdre mon bien1 que je ne rougirais d'en possder dont l'acquisition me couvrirait de honte2 prissent mille fois ceux qui n'ont mettre dans la socit1 pour ddommagement des vertus1 dont ils manquent1 que des sacs d'or1 dont ils n'oseraient avouer l'origine4 ,le peu de bien dont je jouis est moi1 et celui de l'homme que vous offrez votre fille est la dot de la veuve1 le patrimoine de l'orphelin et le sang du peuple1 frmissez de donner vos petits enfans des richesses acquises au prix de l'honneur1 4 4 4 des trsors que pourrait l'instant rclamer l'infortune1 si l'quit rgnait dans ce tribunal avili dont vous vous targuez d'tre membre4 --,vous ne voulez donc pas monsieur renoncer ma fille4 --,je le ferai quand elle l'exigera1 quand elle me dira que je ne suis pas digne d'elle4 --,vous causerez son malheur1 ma parole est donne et je ne la reprendrai pas4 --,et par quelle affreuse injustice le bonheur d'un ami vous devient-il plus cher que celui d',aline8 --,celui de tous les deux me l'est galement1 et je ferais celui de tous les deux1 si vous ne tourniez pas la tte de ma fille4 --,si pour faire le bonheur de cette fille1 considration unique laquelle tout autre doit cder2 il faut ncessairement que quelqu'un se sacrifie1 n'est-il pas plus juste que ce soit ,dolbourg qu'elle n'aime pas1 que moi qui l'adore et qui ai l'orgueil de croire ne pas lui tre indiffrent8 --,si ,dolbourg n'est pas prfr1 pourquoi voulez-vous qu'il fasse un sacrifice2 c'est celui qui l'aime en faire un pour elle4 --,il serait mal entendu1 celui qui se ferait aux dpends du cur d',aline4 --,mais ,dolbourg n'y prtend point1 il le lui laissera libre1 uniquement flatt de l'alliance1 se rendant assez de justice pour tre bien persuad qu' son ge on ne captive plus le cur d'une jeune fille3 il ne forme aucune prtention sur les sentimens d',aline1 il l'pouse et voil tout4 ,chacun ne met pas dans l'hymen cette grotesque chevalerie dont vous faites parade1 on pouse une femme pour ses entours1 pour son bien1 pour s'en servir parfois dans le besoin2 alors il faut que de bonne ou mauvaise grace la femme rende son mari tout ce qu'elle lui doit d'obissance1 il faut qu'elle soit aveuglment soumise et du reste1 qu'elle aime ou qu'elle n'aime pas1 qu'elle soit contente ou triste d'accorder ce qu'on veut1 et que ce qu'on dsire1 soit lgitime on non1 4 4 4 pourvu qu'on obtienne 4 4 4 ,qu'est-ce que tout le reste fait au bonheur8 ,vous autres gens grands sentimens1 vous placez la flicit dans des chimres mtaphysiques1 qui n'ont d'existence que dans vos cerveaux creux1 analysez tout cela1 le rsultat n'est rien2 je voudrais bien que vous me disiez quoi sert l'amour d'une femme1 pourvu qu'on en jouisse2 et dans l'instant qu'on en jouit1 ce que cet amour apporte de plus la sensation physique8 -- supposer que votre ,dolbourg soit assez mprisable pour penser ainsi1 si votre fille est ne dlicate1 vous n'en ferez pas moins son malheur4 --,et pourquoi1 si l'on n'exige d'elle 4 4 4 rien qu'elle ne puisse donner8 --,ces dons-l sont affreux quand ce n'est pas le cur qui les fait4 --,eh bien6 ce sont1 je le suppose1 deux momens un peu durs par jour1 reste vingt-deux heures faire tout ce qu'on veut4 --,une femme vertueuse n'est pas seulement lie l'instant des devoirs1 elle l'est toujours1 et quand cet instant est cruel1 ses fers lui deviennent affreux2 parce qu'il n'est pas dans son ame honnte de se permettre les fltrissans moyens de les allger4 --,tout cela sont des principes de jeunes-gens1 frachement sortis des bancs de l'cole1 vous verrez1 monsieur de ,valcour1 comme vous prfrerez mon ge des ides moins intellectuelles1 tous ces sophismes de l'amour1 si le mari peut tre heureux du seul physique1 la femme doit l'tre sans le moral4 --,et vous supposez qu'un mari peut tre heureux sans le cur8 --,je soutiens qu'il l'est davantage1 l'amour n'est que l'pine de la jouissance1 le physique seul en est la rose 4 4 4 ,je vous tonnerais bien1 si je vous disais qu'il est peut-tre possible de goter des plaisirs plus vifs avec une femme qui nous hat1 qu'avec celle qui nous aime4 ,celle-ci donne1 4 4 4 il faut arracher l'autre2 qu'elle diffrence pour la sensation physique6 elle a toujours ainsi l'attrait piquant du viol1 elle est le fruit de la victoire1 puisqu'il faut toujours combattre et vaincre2 elle est donc cent fois plus dlicieuse4 ,songez-vous qu'il y a dans la vie de l'homme vingt ans o il veut encore jouir tous les jours1 et o il est pourtant bien sr de ne plus inspirer que des dgots2 et comment serait-il heureux ne pouvant plus donner d'amour1 si l'amour seul faisait le bonheur8 ,il l'est pourtant2 il est donc possible d'tre heureux sans donner des plaisirs1 trs-possible d'en recevoir sans en rendre4 --,les ides d'une femme de dix-huit ans ne sont pas celles d'un homme de cinquante4 --,mais est-il bien sr qu'on ait des ides dix-huit ans2 ah6 croyez-moi1 l'ge o l'on n'coute que son cur1 n'est jamais celui des ides1 gar par un guide absurde1 on se trompe sur les sensations1 on veut que la sensibilit savoure ce qui n'est bon qu'en l'outrageant2 pour moi1 je l'avoue1 il n'y a pas dix ans que je jouis1 il n'y a pas dix ans que je me doute de ce qu'il faut exclure1 de ce qu'il faut teindre pour amliorer une jouissance2 il est inoui comme on sent mieux ce qu'on croit prt nous chapper1 moins on est sr de renouveller1 mieux on gote ce qu'on obtient2 il faut avoir beaucoup connu pour dcider sur ce qui est bon 4 4 4 ,et que connait- on dix-huit ans8 ,estimant encore ses principes1 croyant encore la vertu1 admettant des dieux1 4 4 4 des chimres1 4 4 4 chrissant tous ces prjugs1 a-t-on conu ces divins carts1 fruits du dgot et de la dpravation1 a-t-on l'ide de ces recherches dlicieuses2 nes dans le sein de l'impuissance1 il faut vieillir1 vous dis-je1 pour tre voluptueux 4 4 4 ,on n'est qu'amant quand on est jeune1 et ce n'est pas toujours ,cithre o la volupt veut un culte 4 4 4 ,mais concluons monsieur de ,valcour1 je vous sermone et ne vous convaincs pas 4 4 4 ,qu'elle est votre dernire rsolution8 --,de mourir plus-tt mille fois que de renoncer mon ,aline4 --,vous vous attirerez bien des maux4 --,je les braverai tous1 aim d'elle4 --,voil donc votre dernire rponse8 --,c'est la seule que vous aurez jamais de moi4 -- 7,et se levant furieux47 ,eh bien6 monsieur1 ne vous tonnez donc pas des moyens que je prendrai1 4 4 4 des puissances que j'armerai contre vous4 --,si vous agissez en mal-honnte homme1 vous m'aurez donn le droit de vous mpriser1 et j'en jouirai dans toute son tendue4 --,souvenez-vous sur-tout1 monsieur1 que ma maison vous est interdite1 4 4 4 que je ferai surveiller ma fille1 et que si vous continuez ou lui crire ou lui donner des rendez-vous1 j'implorerai la rigueur des loix2 et saurai1 au moyen d'elles1 vous faire rentrer dans les bornes du respect que vous devez un de ses ministres4 --,et il est sorti tout en colre1 ramassant ses rouleaux1 et protestant qu'avant qu'il ft peu1 mon enttement me donnerait des remords4 ,voil ce qui s'est pass1 madame1 j'aurais voulu mettre plus de liant dans cette visite2 j'avoue que je me repends par rapport vous de l'aigreur qui m'est chappe1 mais je n'ai pu tenir me voir traiter comme il l'a fait 4 4 4 me proposer de vendre mon amour pour ,aline6 4 4 4 ,juste ciel6 toutes les gouttes de mon sang1 verses l'une aprs l'autre1 ne m'y feraient pas renoncer1 et le trne de l'univers ft- il l pour prix de mon sacrifice1 ft-il en parallle avec les plus affreux tourmens1 je ne balancerais pas une minute4 ,j'attends vos ordres1 madame1 4 4 4 mais non pas sans inquitude1 non sans prouver comme vous1 au fond de mon cur1 le pressentiment de l'infortune 4 4 4 ,moi qui voulois vous inspirer du courage 4 4 4 ,hlas6 je sens que j'ai besoin du votre 4 4 4 ,cachez cette scne votre ,aline2 elle augmenterait ses inquitudes 4 4 4 ,instans fortuns du repos et de flicit1 ne luirez-vous jamais pour nous6 ,,lettre ,,xlvii4 ,madame de ,blamont ,valcour4 ,paris1 ce #bf janvier4 ,on ne m'a point dguis la visite qu'on vous a faite4 ,j'attendais 4 4 4 ,on m'en parla avant-hier1 et comme le ton n'avait point chang1 je ne voulais rien dire qu'on ne me prvint2 mais on ne m'a pas dit un mot des cinq-cents louis1 encore moins de tout ce qui a pu ressembler l'humeur2 on s'est content de me dire qu'on avait voulu vous voir pour vous engager renoncer des prtentions qui ne vous allaient nullement1 et qu'il avait t impossible de vous vaincre4 ,on m'a pri d'y travailler2 et sans duret1 sans humeur1 on m'a dit qu'il tait de mon devoir de m'opposer de certains rendez-vous dont on tait srs 4 4 4 ,je les savais ces entrevues1 mon ami3 et j'espre que vous tiez bien persuad que je ne les ignorais pas2 vous n'auriez pas voulu qu',aline vous les propost mon insu2 assurment ils sont bien simples1 et je serois loin de vous les interdire si vos propres intrts ne m'y contraignaient2 il faut faire encore plus1 ,valcour1 il faut viter de beaucoup sortir d'ici1 jusqu' ce que l'orage soit dissip2 je n'ai point de preuves certaines du courroux de l'homme que nous craignons1 mais avec un tel caractre1 avec autant de fourberies1 le calme mme ne doit pas nous en imposer2 aucun de ses systmes ne m'tonne1 il ne m'a que trop appris jusqu'o l'abandon des principes peut conduire un cur comme le sien4 ,cela me fait voir le cas qu'il faut faire de ses caresses2 mais s'il ne les fait que par faussets1 4 4 4 qu'il soit bien convaincu que je ne les reois que par politique1 et que je le traiterois comme il mrite de l'tre1 sans la contrainte o m'engagent les intrts de mes enfans4 ,je conois toute la peine que vous avez eue vous modrer1 et pourtant vous y avez encore mis trop de chaleur2 il me le dguise1 et cela m'inquite4 ,il est parti hier pour ,blamont1 en m'assurant que ,sophie n'y toit plus1 quoiqu'il soit trs-certain qu'elle y est encore2 il y a quelques jours que je reus une lettre d'elle1 partie de sa retraite1 et qui me fut remise avec le plus grand mystre1 je ne vous l'envoyai point1 parce qu'elle ne contenoit que les particularits de son enlvement1 que vous saviez dj2 j'ai trouv le moyen d'avoir une correspondance sre ,blamont3 on me fera passer les lettres de cette malheureuse fille1 et l'on m'instruira exactement de tout ce qui la concernera4 ,dans ce moment-ci elle y est1 et le prsident y va 4 4 4 il y va1 et m'assure qu'elle n'y est pas1 4 4 4 et ses attentions pour moi ne diminuent point 4 4 4 4 4 ,oh6 mon ami1 ces dtours sont-ils constats8 ,ses faussets sont-elles manifestes8 4 4 4 ,et nous ne frmirions pas6 ,oh ciel6 tout est fait pour nous inspirer les plus vives craintes 4 4 4 4 4 ,je veux savoir avant de fermer ma lettre si ,dolbourg est du voyage 4 4 4 4 4 ,on arrive 4 4 4 ,non1 il n'en est point1 le prsident part seul et ,dolbourg ne doit pas mme bouger de ,paris 4 4 4 quel propos cette visite 4 4 4 ,malheureuse ,sophie1 les titres que l'on te croit te garantiront ils des fureurs de ce dbauch8 ,ne se repend-il pas de t'avoir respecte comme matresse de ,dolbourg1 et ces liens ont-ils briss l'ide du crime4 --7,heureusement imaginaire47 --,ne va-t-elle pas enflammer sa perfide imagination8 4 4 4 4 4 ,il faut que je vous parle de mon ,aline1 ma tte a besoin de se reposer sur la vertu1 en venant d'tre oblig de concevoir le crime 4 4 4 ,elle vous embrasse2 elle est un peu tourmente 4 4 4 4 4 4 ,elle ne sait pourtant rien de votre scne1 4 4 4 mais elle apperoit1 comme sa mre1 du louche dans tout ceci 4 4 4 ,console de vous voir un instant toutes les semaines1 il lui dplat d'tre oblige d'y renoncer2 elle vous exhorte nanmoins au mme courage qu'elle1 et nous vous embrassons toutes les deux4 ,,lettre ,,xlviii4 ,lonore ,madame de ,blamont4 ,rennes1 ce #bb janvier4 ,je croirais manquer tout ce que je vous dois mon aimable maman1 si je ne vous faisais part de l'heureux commencement de toutes nos dmarches4 ,mon retour en ,bretagne a surpris un grand nombre de gens1 et en afflige quelques-uns4 ,une foule de petits cousins obscurs1 qui emportait en dtail la succession de la comtesse de ,kerneuil1 trouve trs-mauvais que je vienne la dpossder1 et ces malheureux campagnards s'en dsesprent d'autant plus amrement qu'ils ne voient aucun jour pouvoir soutenir encore leurs ridicules prtentions1 rien ne m'amuse autant que le bouleversement de ces petites fortunes dissipes par ma prsence1 comme l'aquilon renverse ces plantes parasites qu'un jour voit natre et qu'un instant dtruit4 ,vous allez me dire que je suis mchante1 que j'ai un mauvais cur1 mais1 ces reproches part1 vous m'avouerez pourtant qu'il y a des occasions o le mal qui arrive aux autres est quelquefois bien doux #a4 ,ne peut- on pas mettre de ce nombre celui qui nous enrichit8 ,le comte de ,beaul nous a envoy une rponse d',espagne1 qui nous assure une prompte et sre restitution d'une partie des lingots2 et cela1 joint au reste1 va nous rendre1 comme vous le voyez1 une des plus riches maisons de ,bretagne2 mais ce ne sera point en province o nous consommerons cette brillante fortune1 nous habiterons la capitale4 ,le centre des plaisirs est le lieu qui convient aux richesses2 et ds qu'on peut satisfaire tous ses desirs1 le sjour qu'il faut prefrer est celui o l'on les renouvelle plus souvent4 ,ce projet d'ailleurs1 nous rapproche de vous1 en faut-il plus pour nous y dcider8 ,n'avez-vous pas entrepris ma conversion8 ,il faut bien que je vous en laisse la gloire 4 4 4 ,quelle cure6 et que je crains de vous y voir chouer1 j'appellerai mon cur au secours de mon esprit1 4 4 4 mais tous deux sont dites-vous si mauvais 4 4 4 je ne passe pourtant point condamnation sur le premier1 et ma sensibilit est toujours bien active quand il est question de vous chrir #b4 ,destine aux rencontres singulires1 j'ai trouv pour directeurs du spectacle de ,rennes1 monsieur et madame de ,bersac2 ils m'ont vus dans une partie de ma gloire1 et mon petit orgueil en tait flatt2 cette aventure m'a fait natre une ide sur cette petite ,sophie que vous me ftes voir ,orlans 4 4 4 ,elle est jolie1 mes anciens amis s'offrent la prendre et la former si vous le trouvez bon2 il me semble que cela lui vaudrait mieux qu'un couvent1 et quand on possde une figure comme la sienne1 n'est-il pas infiniment plus sage d'tre utile aux hommes qu'inutile ,dieu8 ,si ce projet scandalise pourtant la farouche vertu de ma jolie maman1 je lui offre une place chez moi ds que nous serons tablis2 quand on est jeune1 il faut travailler1 faire une pension cela pour prier ,dieu et mdire au fond d'un couvent1 c'est en vrit de l'argent mal employ4 ,je ne prtends pas refroidir votre compassion1 mais si cette petite fille ne veut rien faire1 en vrit je l'abandonnerais sans scrupule4 ,je vous l'ai dit1 je ne connais rien de pire que de favoriser la fainantise2 c'est blesser les loix de la socit1 c'est les enfreindre toutes4 ,vous vous dciderez et me donnerez vos ordres2 quelqu'ils puissent tre1 ils m'honoreront1 et je me ferai toujours une loi de les suivre4 ,sainville et moi1 nous embrassons tous deux la tendre ,aline1 et nous vous offrons tous deux nos respects4 ,footnote #a4 ,on dit que ,paul ,veronse1 oblig dans une vaste composition de faire reconnatre les deux surs1 sous les costumes les plus distans1 mit un tel art dans de certains traits de l'une et l'autre de ces personnages1 qu'on les nommt au premier coup-d'il4 ,est-il possible de ne pas reconnatre de mme ici ,lonore pour la fille de monsieur de ,blamont8 7,note de l'diteur47 ,footnote #b4 ,aline1 ,aline1 auriez-vous crit comme cela votre mre8 7,note de l'diteur47 ,,lettre ,,xlix4 ,sophie ,madame de ,blamont4 ,du chteau de ,blamont1 ce #bi janvier4 ,oh6 madame1 pourquoi faut-il que je ne sois destine qu' vous raconter des infamies2 pourquoi faut-il que le ciel ne m'ait donn l'existence que pour tre toujours victime du malheur 4 4 4 ,et puis1 comment oser parler quand celui qui me fait souffrir vous appartient d'aussi prs8 ,vous avez bien voulu lire ma premire lettre1 une rponse de vous1 que je conserve au fond de mon cur1 m'apprend que vous avez daign pleurer sur mes maux2 j'ose vous les confier encore1 j'ose encore implorer votre protection1 je suis menace de plus grandes infortunes que celles que je viens de soutenir2 oh6 madame1 daignez m'y soustraire4 ,je ne vous demande plus les mmes bonts1 je sais qu'elles vous sont impossibles2 mais tchez seulement1 je vous conjure1 de me faire arracher de ces lieux1 j'irai vivre ignore dans quelque coin de la terre1 o l'on n'entendra jamais parler de moi1 mes malheureuses mains fourniront ma subsistance2 je n'implore d'autres secours que la libert de pouvoir travailler1 on aura piti de ma misre1 on protgera ma jeunesse3 tous les curs ne sont pas endurcis2 je ne demande que le fruit de mon travail1 je le mriterai par ma conduite et mon activit2 mais passons aux dtails madame1 puisque vous me permettez de vous les faire #a4 ,monsieur le prsident arriva ici en poste le #be au soir2 il tait environ huit heures quand il entra dans la maison1 on lui avait prpar du feu et souper dans ses appartemens d'en haut1 il y monta tout de suite2 et ds qu'il eut fait1 il m'envoya dire de venir lui parler 4 4 4 ,la feuille agite par l'orage tait moins tremblante que moi4 ,son laquais1 en sortant1 ferma soigneusement toutes les portes1 il ne restait plus de communication de libre que celle de ma chambre la sienne2 peine osais-je avancer 4 4 4 ,il tait sur une bergre1 au fond de l'appartement1 en face de la porte par laquelle j'entrais4 ,approchez1 me dit-il1 je conois vos craintes4 ,vous devez frmir de me voir aprs la sottise que vous avez faite 4 4 4 ,vous tes bien convaincue1 j'espre1 que je ne viens ici que pour vous la faire pleurer2 mais avant tout coutez-moi1 et que la vrit guide vos rponses4 ,quels motifs ont pu vous dterminer aller chercher la maison de ma femme pour azyle8 --,le hazard1 monsieur1 soyez-en bien sr1 est la seule cause de cet vnement2 je fuyais vers ,bercueil2 chasse par votre ami1 j'allais implorer le secours de la femme qui m'avait leve2 madame de ,blamont m'a trouve dans le bois1 et m'a conduite dans son chteau1 sans que je susse que j'tais chez quelqu'un qui vous tint par de tels nuds4 --,mais vous lui avez racont tout ce qui se passait chez mon ami et chez moi8 --,ignorant qui je parlais4 --,vous ne le deviez dans aucun cas4 --,aprs la manire cruelle dont on m'avait chasse1 je m'tais cru permis de me plaindre4 --,vous mritiez le traitement que vous avez reu4 --,non1 monsieur4 --,vous tes une impudente et vous avez trahi mon ami4 --,par quel serment faut-il vous protester le contraire8 --,vous ne m'en imposerez pas1 vous tes une catin1 4 4 4 vous tes pis1 vous nous avez vol en partant4 --,moi1 monsieur6 4 4 4 ,juste ciel6 ,et me jetant ses pieds1 oh monsieur6 je suis une malheureuse2 mais l'indigence n'exclue ni la franchise ni l'honntet 4 4 4 ,croyez au serment que je vous fait de mon innocence sur tous les points dont vous m'accusez4 --,ce n'est pas dans ce moment-ci 4 4 4 ,non1 ce n'est pas l'instant o je viens vous punir svrement de vos fautes1 que vous me ferez croire qu'elles n'existent pas4 --,et alors il s'est lev et s'est promen quelque temps dans la chambre4 --,je me suis leve aussi1 et je me tenais en silence1 n'osant lever les yeux sur mon juge et frmissant de ses arrts 4 4 4 ,alors1 il s'est approch de moi1 et m'obligeant lever la tte1 qu'il soulevait et contenait d'une de ses mains4 --,ils vous ont tourn la cervelle2 ils vous ont dit que vous tiez jolie1 il est impossible de l'tre moins2 ils vous ont dit que vous ressembliez ,aline1 il serait bien fcheux pour elle qu'elle fut aussi laide que vous 4 4 4 ,quelques traits si l'on veut 4 4 4 ,ce qui fait1 qu'en badinant1 je vous appelais ma fille2 mais j'espre que vous tes bien persuade que vous ne m'appartenez point4 --,oh6 oui1 monsieur1 je connais maintenant ma naissance4 --,vous la connaissez8 --,oui1 monsieur4 --,qu'elle est-elle8 4 4 4 ,et ici madame1 je n'ai pas cru faire une imprudence en avouant que je savais que je n'tais que la fille de ,claudine ,dupuis1 du pr-,saint-,gervais4 --,et qui a clairci ce point1 a-t-il demand alors avec le plus grand tonnement8 --,hlas6 monsieur1 je l'ignore1 mais on l'a dit dans le chteau4 --,on vous en a impos1 personne ne sait mieux que moi qui vous tes1 vous ftes nourrie quelque temps par cette femme1 mais vous ne lui appartenez pas4 ,puis prenant ma gorge de l'une de ses mains1 et fixant ma tte de l'autre pour m'examiner de prs1 il vous suffit de savoir que vous n'tes pas ma fille 4 4 4 ,et que1 quand vous la seriez1 je n'en aurais que plus de droit vous punir rigoureusement1 et vous rduire dans la soumission o je veux que vous soyez vis--vis de moi 4 4 4 ,dshabillez-vous 4 4 4 ,il y travaillait dj lui-mme 4 4 4 ,mais quand il a vu que je me reculais en baissant la tte et en ayant l'air de l'implorer1 il s'est jet comme un furieux sur moi1 et m'ayant brutalement arrach tout ce qui me couvrait1 il m'a fait prouver le mme traitement que j'avais essuy de son ami lorsque je fus chasse de leur maison #b4 ,ni larmes1 ni prires n'ont t capables de l'attendrir2 on eut dit qu'il s'enflammait au contraire en raison de mes efforts a le dsarmer2 et faisant succder ces cruels prliminaires des actions plus indcentes encore1 il m'a soumis la moiti de la nuit1 tout ce qu'a p lui suggrer l'garement de sa tte et la perversit de son cur4 ,le lendemain1 il m'a fait revenir l'heure de son lever4 --,tout ce que j'ai fait hier1 m'a-t-il dit1 n'est que le trs-lger chantillon de ce que mon ami vous prpare2 c'est lui que vous avez trahi1 c'est donc lui se venger2 je vous l'amnerai incessamment1 apprtez- vous le recevoir1 et tachez sur-tout de l'attendrir1 comme vous l'essaytes hier avec moi1 par le moyen de ces deux grands yeux bleus1 inonds d'un ruisseau de larmes1 dont l'effet1 comme vous voyez1 n'a pourtant pas t trs-sr 4 4 4 ,nous avons le malheur1 nous autres gens de loi1 d'tre un peu blazs sur tous ces beaux secrets de femmes 4 4 4 ,ne dirait-on pas que je vous ai pulvris 4 4 4 ,voyons 4 4 4 ,ses regards se sont rassasis des vestiges de son intemprance1 il les a contempl long-temps avec une curiosit froce 4 4 4 il les a renouvelles 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,ensuite il a appel l'homme qui me garde ici1 il lui a recommand de me veiller avec plus de soin que jamais1 et de m'ter1 surtout1 les moyens de m'entretenir ou verbalement ou par lettres1 avec qui que ce pt tre4 ,il a ajout qu'il reviendrait bientt avec son ami1 et il est remont dans sa chaise4 ,si j'ai fait quelqu'imprudence1 daignez me le dire1 madame1 afin que je la rpare de tout mon pouvoir2 mais ne m'abandonnez pas je vous conjure1 je n'ai que le ,ciel et vous pour appui1 qu'il me soit permis de les implorer tous deux 4 4 4 qu'il me soit permis d'attendre de tous deux un peu de repos aprs tant de malheurs6 ,j'ose me jetter aux pieds de mademoiselle ,aline1 et lui prsenter mon respect 4 4 4 ,heureux instans o je pus l'appeler ma sur1 douce illusion1 comme vous vous tes vanouie 4 4 4 il y a donc des tres dans le monde qui ne sont ns que pour l'infortune et la douleur6 4 4 4 ,que deviendraient-ils si l'espoir consolant d'un ,dieu juste ne venait adoucir leur tourment6 ,mais hlas6 ma jeunesse m'effraye1 ce qui ferait le charme d'une autre1 fait le malheur de la triste ,sophie4 ,combien d'annes je puis encore souffrir sur la terre1 heureux ceux qui sont prs du cercueil 4 4 4 qui1 aprs avoir langui sous les fers de la vie1 voyent enfin le ciseau de la parque prt terminer tous leurs maux6 ,avec quelle tranquillit n'aperoivent-ils pas l'instant qui va les runir l'tre qui les a cr6 ,contens d'aller le glorifier en paix1 4 4 4 heureux de renatre au sein de sa puissance1 comme ils doivent se dpouiller avec joie des lambeaux de leur humanit6 ,et pourquoi fallait-il que je visse le jour6 quoi servai- je au monde8 ,inconnue1 mprise1 charge l'univers1 4 4 4 tait-ce bien la peine de natre8 ,sont-ce des preuves1 mon ,dieu6 je vous les offre1 et ne vous demande pour prix de ma soumission1 que de dtruire bientt la malheureuse existence d'une crature qui n'aspire qu' revoler vers vous pour vous servir et vous adorer4 ,pardon1 madame1 devrais-je vous fatiguer de mes plaintes1 hlas6 ce sont peut-tre les dernires qu'il me sera permis de vous adresser 4 4 4 ,qui sait ce qu'on me prpare6 qui sait ce que je vais devenir6 ,dieu puissant6 faites que ce ne soit pas sur une croix de douleur que la malheureuse ,sophie parvienne aux pieds de votre trne #c4 ,footnote #a4 ,nous prvenons nos lecteurs que la dcence nous a contraints laguer beaucoup ces dtails2 peut-tre reste-il encore des choses fortes1 il est impossible d'affaiblir par trop la teinte des caractres4 7,note de l'diteur47 ,footnote #b4 ,voyez tome ,i1 page #aab et #aac4 ,footnote #c4 ,les deux lettres qu'on vient de lire taient incluses dans la suivante4 ,,lettre ,l4 ,madame de ,blamont ,valcour4 ,paris1 ce premier fvrier4 ,je vous envoye deux lettres bien diffrentes que je viens de recevoir -la-fois et toutes deux m'affligent dans des sens bien contraires2 l'une est baigne de mes larmes1 elle fera srement couler les vtres2 la seconde 4 4 4 hlas6 je n'en parle point1 lisez-la4 ,eh bien6 devons-nous douter de la ralit des maux qui s'accumulent sur nos ttes8 4 4 4 ,comme il est fourbe cet homme1 et comme il est cruel6 4 4 4 remarquez qu'il la croit sa fille1 qu'il n'a pour le dsabuser qu'un propos d'elle1 dont rien ne peut lui garantir la vrit ni dtruire les premires opinions dans lesquelles il doit tre naturellement 4 4 4 il la croit sa fille1 et voil comme il la traite1 4 4 4 et la foudre n'clate pas sur un tel homme6 4 4 4 j'aurais voulu que vous eussiez vu le calme avec lequel il est revenu de cette belle expdition1 comme l'habitude de feindre empchait son front de vaciller1 4 4 4 pas un ton faux dans les inflexions de la voix1 pas une rponse louche2 4 4 4 jamais le crime n'eut autant d'assurance2 mmes caresses1 mmes empressemens prs de moi2 il a voulu comme depuis quelque temps y passer deux ou trois heures de la nuit1 4 4 4 et moi qui ne savais rien1 4 4 4 moi qui ignorais que ces mains criminelles2 4 4 4 hlas6 je les ai laisses s'approcher de moi1 4 4 4 et maintenant j'en frmis d'horreur 4 4 4 ,pourrais-je soutenir jusqu'au bout le personnage que je me suis impos 4 4 4 ,pourrais-je m'empcher de frissonner1 quand ses yeux seulement se tourneront sur les miens8 mais que faire1 4 4 4 je n'ai pas mme la force d'imaginer1 4 4 4 comment aurais-je celle d'agir6 ,cependant il me parat essentiel que vous alliez trouver le cur du ,pr-,saint-,gervais1 que vous sachiez d'abord de lui1 si le prsident1 sur le propos de ,sophie1 n'aura fait aucunes dmarches1 et que vous prveniez cet ecclsiastique de ce que nous le prions de dire1 dans le cas o l'on viendra s'informer4 ,moi1 je ne prescrirai rien ,sophie1 qu'elle continue de rpondre comme elle a fait1 sans entrer dans aucuns dtails1 elle doit les ignorer tous1 sa rponse au fond est indiffrente1 elle ne doit rien savoir1 qu'elle dise ce qu'elle voudra2 que dcider prsent sur cette malheureuse8 4 4 4 ,il est bien dur de l'abandonner1 4 4 4 bien prilleux de la servir2 4 4 4 n'ayant aucun besoin d'avouer jamais ,lonore1 si je continuais rclamer ,sophie2 4 4 4 mais le puis-je aprs son propos8 4 4 4 ,oh1 mon ami1 conseillez-moi1 j'en ai besoin1 les sentimens du cur nuisent aux raisonnemens de l'esprit1 je le sens et ne sais que rsoudre2 j'imagine cent moyens pour sauver cette infortune1 et au travers de tout ce qui me passe par la tte pour excuter ce dessein1 peut-tre s'y prsentent-t-ils des choses dangreuses 4 4 4 faire parler ,dolbourg1 c'est lui tmoigner une confiance dont il abusera certainement1 le comte est charg d'une ngociation si importante pour ,lonore que je n'ose lui proposer ces nouveaux soins1 4 4 4 que puis-je d'ailleurs pour ,sophie maintenant qui ne soit contre mon mari8 ,j'attaque l'un en dfendant l'autre 4 4 4 ,je tiens l'un1 l'autre ne m'est rien 4 4 4 ,il est donc des cas o la trame du crime est tellement ourdie1 qu'il devient impossible de la rompre4 ,mais que dites-vous du calme de ,lonore dpouiller ces malheureux collatraux1 en vrit1 je me repends plus que jamais du parti que nous avons pris1 je sentais toujours quelque chose de louche au fond de ma conscience2 je vous l'ai dit1 en adoptant le projet de lui faire reclamer cette succession 4 4 4 ,le comte l'a voulu1 il n'est plus temps d'en revenir1 4 4 4 et pourquoi rduire ces infortuns l'aumne8 4 4 4 ,ne pourrait-elle pas se contenter du bien de son mari8 ou au moins faire grace aux plus pauvres3 et l'indiffrence avec laquelle elle me parle de ,sophie 4 4 4 ,en faire une comdienne 4 4 4 ou une femme de chambre 4 4 4 ,voil comme la piti parle au fond de ce cur1 4 4 4 si ressemblant celui de l'homme qui fait tous nos maux4 ,adieu1 je n'ai pas assez de tte ce soir pour continuer de vous crire1 --conseillez-moi1 4 4 4 clairez-moi1 et pressez sur-tout les dmarches que je vous demande4 ,,lettre ,,li4 ,valcour ,madame de ,blamont4 ,paris1 ce quatre fvrier #a4 ,vous aviez raison1 madame1 de souponner le prsident de l'envie de s'claircir1 comme s'il lui et tard de savoir si son crime tait rel ou non1 comme s'il et craint de ne pas charger assez-tt sa conscience de cette nouvelle horreur2 la premire chose qu'il a faite au retour de ,blamont1 a t de voler au ,pr-,saint-,gervais2 il a demand ,claudine ,dupuis1 elle tait morte1 il a t oblig d'avoir recours au cur2 cet honnte homme se ressouvenant de nos oprations1 nous a servis comme si nous eussions t l pour l'encourager4 --,que dsirez-vous de moi1 lui a-t-il dit1 monsieur1 --savoir1 a rpondu le prsident1 ce que devint ,claire de ,blamont mis en nourrice ici en tel temps et chez telle femme4 --elle est morte1 et je vous en dlivrai pour lors les extraits ncessaires4 --,non1 monsieur1 elle ne mourut pas1 j'avais des raisons pour soustraire cet enfant ma femme1 je m'accordai avec la nourrice pour feindre sa mort1 et je l'enlevai de nuit4 --,que voulez-vous1 si cela est1 et qui peut tre mieux instruit que vous du sort de cette enfant8 --,mais la nourrice peut m'avoir trompe2 je lui ai dit que je destinais cette petite fille le sort le plus heureux1 dsirant peut-tre en faire jouir la sienne1 elle a pu me la donner la place1 et garder celle que je venais enlever1 ce qui ferait que je n'aurais alors que sa fille entre mes mains1 au lieu de la mienne4 --,ces choses-l ne se font point4 --,qu'est devenue la fille de ,claudine8 ,et le cur saisissant ici avec adresse l'occasion de la mort relle d',elisabeth de ,kerneuil1 a donn la fille de ,claudine 4 4 4 7,sophie7 le sort de cette ,elisabeth1 et lui a dit qu'elle tait morte2 n'ayant au moyen de cela nullement parl du troisime enfant contre lequel a t chang ,claire de ,blamont1 il a laiss le prsident dans l'erreur1 et absolument convaincu que la fille de ,claudine est morte1 et que l'individu qu'il a dans ,sophie est bien dcidment sa fille4 ,il est certain que si les mmes choses pouvaient sans inconvnient se soutenir en justice1 l'esclandre prs que vous voulez viter1 vous n'auriez pas d'autres moyens de sauver ,sophie que de la rclamer encore pour votre fille2 ,lonore n'ayant aucun intrt vous dsavouer1 ne le ferait srement point1 et peut-tre russiriez-vous2 mais il faut un procs et vous n'en voulez pas1 et je suis bien loin de vous conseiller d'en avoir2 tout vous engage donc couter un peu moins dans ce moment-ci votre cur que vos intrts4 ,je vous conseillais presque le contraire cet automne1 mais il y a eu depuis quelques changemens dans les circonstances2 il ne faut pas voir les choses trop en noir2 n'est-il pas plus simple d'imaginer que les deux amis aprs quelques nouvelles dbauches loigneront cette fille de vous et la placeront dans quelque couvent de province2 n'est-il pas1 dis-je1 plus simple de croire cela1 que de souponner une atrocit sans fruit comme sans vraisemblance4 ,il est des crimes gratuits trop affreux pour tre supposs1 et que ne peut admettre l'excs mme de la perversit humaine1 celui que vous pourriez craindre serait dans ce cas-l1 ne l'imaginez donc point 4 4 4 ,pour tre plus sr de son fait1 le prsident a propos au cur l'exhumation du prtendu corps de ,claire1 lui assurant qu'on ne devait trouver dans le cercueil aucune trace de cadavre d'enfant 4 4 4 ,le cur qui savait quoi s'en tenir1 lui a dit que cette recherche tait inutile1 que ds qu'il avait ordonn la fraude1 il devait tre sr qu'elle avait t excute1 qu'il tait dj assez mal lui d'avoir ainsi abus des crmonies de l'glise1 sans joindre cette indcence1 celle de l'exhumation propose2 d'ailleurs1 a-t-il ajout1 je ne le puis sans la permission de l'archevque2 conviendrez-vous de cette fraude ses yeux8 croyez-moi1 laissons tout cela dans l'oubli1 monsieur1 l'enfant que vous avez retir est entre vos mains1 ne doutez point que ce ne soit votre fille2 4 4 4 mais encore une fois1 a repris le prsident1 envieux de se procurer toutes les preuves qui pouvaient le mieux constater son crime3 --qu'est devenue la fille de ,claudine ,dupuis1 et le cur lui ayant rpt qu'elle tait morte1 a achev de l'en convaincre1 en lui remettant l'extrait mortuaire d',elisabeth de ,kerneuil1 enterre sous le nom faux de la fille de ,claudine1 par une supercherie de cette nourrice1 que vous stes lors de mes recherches2 ,je le rpte1 voil donc le prsident plus sr que jamais que ,sophie est sa fille1 et que tout ce qui a pu tre dit ultrieurement n'est que du verbiage de valets1 qui ne doit pas avoir un plus grand degr de ralit que ce qu'on lui prouve4 ,un honnte homme se rappelant ici les indignits dont un moment de fureur lui aurait fait accabler cette malheureuse1 --se voyant convaincu qu'elle est sa fille1 en serait mort de regret et de douleur2 --le prsident parfaitement tranquille dans le mal 4 4 4 ,le prsident qui ne dsirait des informations que pour jouir de la certitude d'avoir commis ce crime 4 4 4 ,le prsident1 dis-je1 est parti combl1 laissant clater sur ses traits cette joie maligne qu'imprime chez les sclrats1 la conviction de leur atrocit4 ,j'ai rendu mille graces au cur de nous avoir aussi bien servi1 et nous sommes convenus tous deux1 qu'il l'avait fait sans compromettre son devoir1 puisqu'il n'en a impos sur rien1 qu'il n'a fait que cacher un secret confi1 et profiter des fraudes qu'on lui avait fait lui-mme4 ,voil les faits1 madame1 je n'ose prendre sur moi de vous renouveller le conseil d'abandonner ,sophie la providence1 mon cur souffrirait trop vous y engager4 ,mais quelque soit l'intrt qu'elle vous inspire1 daignez rflchir que vous avez deux filles et un poux mnager2 l'claircissement juridique1 il faut que le cur parle1 ds ce moment vous ne sauvez pas ,sophie1 et ,lonore vous est rendue1 quelqu'adroite que soit cette jeune personne1 vous l'exposez pourtant aux noirceurs d'un pre atroce1 capable de sacrifier jusqu' ,sainville1 ds qu'il ne verra plus dans lui qu'un obstacle aux infamies qu'il concevra trop infailliblement sur cette nouvelle fille immole dj ds le berceau1 dans sa perfide imagination4 ,si vous plaidez et que vous perdiez1 ce qui sera certain1 vous sacrifiez ,aline ,dolbourg 4 4 4 plus aucun moyen ds-lors de pouvoir la tirer de ses mains1 puisque ,sophie n'est plus sa belle-sur1 et que vous gagniez ou que vous perdiez1 voil du train1 ,paris entier s'occupant de vous et tout cela pour une fille qui ne vous est rien1 et envers laquelle vous avez dj fait tout ce que pouvait vous dicter le sentiment le plus tendu de la piti 4 4 4,il est de malheureux cas1 madame1 et vous allez voir que ma comparaison met tout au pis1 puisqu'elle suppose des atrocits impossibles1 4 4 4 mais dussent-elles tre2 4 4 4 il est de malheureux cas1 o le berger prudent sacrifie une brebis gare1 plutt que de risquer le sort entier du troupeau1 en voulant protger cette fugitive4 ,le prsident employe la feinte avec vous1 usez des mmes armes4 ,vous devez tout faire pour le mnager1 sa prsence et ses soins vous rpugnent 4 4 4 ,je le conois1 mais vous y refuser serait dangreux2 suivez votre premier plan1 plus vous l'aurez prs de vous1 mieux vous dmlerez ses dmarches1 et mieux vous serez mme d'y parer2 si vous l'loignez il n'en sera que plus faux1 ses manuvres seront les mmes et vous les dcouvrirez moins4 ,pendant cela travaillez fermement ce que le sort d',aline se dcide dans une assemble de parens4 ,l1 vous direz toutes les raisons qui doivent mettre obstacle l'tablissement que votre poux dsire1 et l1 si votre cur conserve toujours les mmes bonts pour moi1 vous oserez me nommer1 et faire valoir les sentimens d',aline3 ma retenue et ma dlicatesse s'opposent ce que j'appuye davantage sur ce dernier article2 oh6 combien ma cause y sera bien servie1 quand c'est vous qui daignerez la dfendre4 ,au reste1 je me soumets vos conseils1 je vais m'isoler absolument1 puisque vous le jugez ncessaire1 ce sacrifice cotera bien peu celui qui ne respire que pour le tendre objet qu'il ne doit plus ni voir ni rencontrer nulle part2 je me priverai du bonheur d'aller prier prs d'elle1 le ,dieu qui peut mettre fin nos maux1 il m'tait cependant si doux de m'difier ses cts1 lorsque dans la ferveur de ses invocations1 je voyais quelquefois ses belles joues se colorer du feu d'une sainte ardeur1 que je les voyais s'inonder des larmes de la pit et de la componction1 je me disais avec tant de joie3 comment le ,dieu qui l'anime -prsent1 n'accomplirait-il pas ses dsirs2 il est en elle1 il y descend1 elle l'implore1 il l'exaucera1 et m'imaginant alors en me prosternant vers elle1 adorer le ,dieu mme en son plus divin sanctuaire1 je lui adressais comme ce ,dieu tous les sentimens d'une ame enflme 4 4 4 ,eh bien6 je me priverai de ces dlices1 mais l'hommage sera toujours gal1 4 4 4 toujours prsente mon imagination1 je l'adorerai dans le silence du repos et de la solitude1 elle et ce ,dieu confondus dans mon ame1 ne feront plus qu'un seul et mme objet o tous les sentimens du plus violent amour iront s'offrir chaque instant4 ,footnote #a4 ,il faut se rappeler ici la lettre ,,xxiv du premier volume4 ,,lettre ,,lii4 ,le prsident de ,blamont ,dolbourg4 ,paris1 ce #f fvrier4 ,ou es-tu donc ,dolbourg8 en verit1 je crois que tu deviens sage3 si cela est1 je ne dis mot1 rien ne me touche comme une conversion1 et j'y crois si peu que j'en dsire toujours1 sans avoir encore t assez heureux pour en rencontrer4 ,il est pourtant certain qu'il en faut venir l 4 4 4 ,on recule tant qu'on peut1 ces maudites passions nous troublent1 4 4 4 nous aveuglent2 dans la jeunesse elles sont violentes1 notre ge elles sont dpraves1 plus nous vieillissons1 plus elles nous matrisent2 les gots sont forms1 les habitudes sont faites1 force d'outrage on a russi mettre son ame en repos1 on est parvenu comprendre que ces rminiscences fcheuses qui la bourrellent quelquefois1 s'teignent mesure que l'on les nourrit et que la faon la plus sre de les anantir est de leur donner de l'aliment1 au lieu de s'arrter alors1 on redouble1 l'excs de la veille allumant les dsirs1 ne sert qu' faire inventer de nouveaux projets pour le lendemain2 et l'on arrive ainsi sur le bord de la tombe sans s'tre occup de la chte un seul jour4 ,une fois l1 que devient-on8 ,tous les prjugs renaissent1 et l'on expire en dsespr4 ,voil pourtant quel sera ta fin1 je te vois d'ici entour de prtres1 te prouvant que le diable est l qui t'attend1 et toi frmir1 plir1 faire des signes de croix1 abjurer tes gots1 tes amis1 puis partir comme un imbcile4 ,et pourquoi seras-tu comme cela1 4 4 4 ,c'est que tu ne t'es point fait de principes1 je te l'ai dit1 c'est que n'coutant que tes passions sans raisonner leur cause1 tu n'as jamais eu assez de philosophie pour les soumettre des systmes qui pussent les identifier dans toi2 tu a saut par-dessus tous les prjugs sans essayer d'en dtruire aucun2 tu les as tous laiss derrire toi1 et tous reparatront pour te dsoler1 quand il n'y aura plus moyen de les combattre4 ,infiniment plus sage1 j'ai tay mes carts par des raisonnemens1 je ne m'en suis pas tenu douter1 j'ai vaincu1 j'ai dracin1 j'ai dtruit dans mon cur tout ce qui pouvait gner mes plaisirs1 4 4 4 ,faudra-t-il les quitter8 ,je serai fch de les perdre sans me repentir de les avoir aim1 en m'endormant en paix dans le sein de la nature1 --j'ai accompli sa volont1 me dirai-je1 j'ai suivi ses inspirations1 ce que j'ai fait lui plaisait1 sans doute1 puisqu'elle en veillait en moi le dsir1 4 4 4 et qu'elle frayeur m'inspirerait donc la fin de mon existence8 dois-je craindre d'tre puni pour avoir cd mollement sous le joug si flatteur des lois qui m'entranaient6 4 4 4 mourons tranquille1 tout finit avec moi1 4 4 4 tout s'teint quand mes yeux se ferment1 et les momens qui doivent suivre l'apparition que j'ai faite ici bas1 seront semblables ceux o mon existence tait nulle1 je ne dois pas plus frmir pour ce qui suit1 que je ne devais trembler pour ce qui prcdait3 rien n'est moi1 rien n'est de moi1 toujours guid par une force aveugle1 que m'importe ce qu'elle m'a fait suivre4 ,ne doute pas1 mon ami1 que ma fin ne soit tranquille avec de tels sentimens1 je te le rpte1 il ne s'agit pas d'loigner1 il faut vaincre1 il faut subjuguer1 annantir2 un seul prjug en arrire suffit notre dsolation1 et c'est tous1 mon ami1 ceux mmes qui paraissent le plus respectables aux yeux des hommes1 qu'il faut dclarer guerre ouverte4 ,quoi qu'il en soit1 mon retour de ,blamont1 je n'ai rien eu de plus press que de vrifier le propos de cette petite crature1 flatt de lui appartenir de tant de manires1 j'aurais t dsespr1 je l'avoue1 de ne pas voir un de ces deux liens prter des charmes l'autre4 ,je ne te craignais plus1 tes prtentions taient vanouies2 je n'tais donc arrt que par un titre 4 4 4 ,eh bien6 connais moi ,dolbourg1 je ne frmissais pour mes plaisirs que de la crainte de les voir nuls2 mais tout est reconnu1 j'ai bien certainement l'honneur d'avoir mis ,sophie au monde1 et ce qui doit te rendre le souvenir des plaisirs que tu as got avec elle1 bien autrement dlicieux1 elle est bien srement lgitime1 bien srement la sur de celle que l'on te destine #a1 heureux poux de toute ma famille2 je t'aurais fait goter le plaisir des ,dieux #b1 il ne te reste plus que ma femme4 ,tu ne saurais croire l'envie que j'aurais de te voir fltrir les palmes de la vertu conjugale dont cette fire pouse est si orgueilleuse 4 4 4 ,veux-tu que je hazarde la proposition8 4 4 4 ,tu joueras vingt- quatre heures l'amant passionn1 et si on ne se rend pas1 4 4 4 ce qui est vraisemblable1 j'arriverai ton secours 4 4 4 ,ah6 laisse-moi rire de l'ide1 je t'en prie1 il me semble que c'est une des plus folles que j'aye conue depuis long-temps2 oui1 je voudrais te voir l'amant de ma femme2 en attendant prpare-toi au voyage projett1 mille raisons toutes meilleures les unes que les autres1 font qu'il devient indispensable de prendre au plus tt un parti sur ,sophie2 nous nous consulterons en route sur la manire d'y procder1 car pour le plan admis1 je n'imagine pas qu'il faille s'en dpartir4 ,cette madame de ,blamont est dangreuse1 il faut s'en mfier quoiqu'elle ne dise pas grand chose sur cet objet-ci1 -prsent je ne suis pas sa dupe 4 4 4 ,la friponne est comme l'araigne1 elle ne travaille jamais si bien que dans le silence 4 4 4 ,il faut la prvenir1 lui ter tout moyen de pouvoir rclamer cette fille1 de publier par-tout qu'ayant t ta matresse1 il est impossible que sa sur devienne ta femme2 tu sens la ncessit de couper court toutes ces calomnies1 une infinit de bigots se cabreraient ce projet incestueux2 on ne voit dans le monde que des gens qui font mal1 et qui blament tout instant le mal des autres1 comme s'ils croyaient couvrir par ce pdantisme1 les garemens dans lesquels ils se plongent4 ,je t'attends donc chez moi1 le #ba au matin1 sans faute1 je t'indique ce rendez- vous d'avance pour que tu t'en souviennes mieux4 ,rien de ce que tu sais ne priclitera pendant notre voyage1 je ferai comme les grands gnraux1 tout en attaquant l'ennemi d'un ct1 je saurai l'affoiblir de l'autre2 et peut-tre en revenant de conclure une bonne opration1 en trouverons-nous une meilleure de faite2 qu'aucun plaisir sur-tout ne te fasse ngliger nos affaires essentielles1 entran par l'histoire du moment1 je crains toujours que tu ne manques1 quand il s'agit de travailler2 ,csar1 infiniment plus aimable mais beaucoup moins volage que toi1 quittait tout pour une bataille4 ,adieu4 ,footnote #a4 ,il faut se rappeller ici que le prsident faisait croire d'abord ,dolbourg que cette ,sophie tait la fille de sa matresse1 il faut se souvenir aussi que cette matresse tait sur d'une autre dulcine1 avec laquelle vivait ,dolbourg1 qu'ayant eu dans le mme temps chacun une fille de ces matresses1 ils s'taient promis de se prostituer mutuellement ces deux enfans1 quand elles auroient atteint l'ge nubile4 ,footnote #b4 ,allusion aux insestes multiplis des divinits du paganisme4 ,,lettre ,,liii4 ,dterville ,valcour4 ,ce #ac fvrier4 ,j'ai t deux fois chez toi ce matin1 sans te trouver1 mon cher ,valcour4 ,je prends donc le parti de laisser une lettre ta porte1 en recommandant qu'elle te soit remise avec le plus grand empressement aussitt que tu rentreras 4 4 4 ,prends des prcautions 4 4 4 ,tiens- toi sur tes gardes 4 4 4 vite d'tre seul d'ici quelque temps2 le prsident te tend des embuches1 on n'a pu encore me dire de quelle sorte sont les dangers que tu dois redouter2 mais ils sont incontestablement funestes sitt qu'un tel monstre s'en mle2 rflchis tous les motifs qui le guident1 4 4 4 son caractre1 4 4 4 ses richesses1 4 4 4 l'impunit o ces vils frippons croyent vivre1 et frmis2 je vais tout employer pour te dcouvrir ce qu'il trame1 en attendant tu dois toi et tes amis de prendre tes srets4 ,quand tu voudras de moi pour ton second1 fais-moi dire un mot et j'accourerai 4 4 4 ,eh bien6 ces sclrats sviront contre les plus lgers dlits1 ils dshonoreront1 ils fltriront1 ils assassineront pour des misres les meilleurs citoyens de l'tat1 tandis qu'eux1 qui en sont la lie1 eux qui ne le servirent jamais1 eux enfin qui le troublrent ou le trahirent toujours l'abri du glaive que leurs mprisables mains soutiennent1 se rendent dignes d'en tre tout instant frapps 4 4 4 comme je suis tent d'aller vivre avec des ours6 quand je rflchis cette multitude d'abus dangreux1 et cette foule d'inconsquences intolrables1 et dont1 avec quelques opra comiques et des chansons1 on n'a pas mme l'air de se douter4 ,,lettre ,,liv4 ,valcour ,madame de ,blamont4 ,de mon lit1 ce #bc ,fvrier4 ,quelle plus douce consolation pour moi1 madame1 que l'intrt que vous me tmoignez6 ,je n'ai plus ni douleur1 ni inquitude1 depuis que je sais que vos larmes et celles de ma chre ,aline ont daign couler sur mes maux4 ,j'ai voulu vous crire moi-mme pour vous prouver que je suis aussi bien qu'on peut l'tre avec deux coups d'pe1 ni l'un ni l'autre ne sont dangereux2 l'un perce le haut de l'paule gauche1 c'est celui dont je souffre le plus2 l'autre est dans les chairs du bras droit1 4 4 4 je le sens peine 4 4 4 ,c'est cette mme main qui vous crit3 4 4 4 c'est elle qui va vous raconter l'vnement 4 4 4 ,vous pardonnerez le style et les traits2 la tte qui dirige l'un1 est un peu malade1 et la main qui trace les autres #a est encore bien faible4 ,hier soir revenant de souper chez la comtesse des ,barres1 o j'allais pour ,illustration3 ,voil donc ce que1 se permettent ceux qui veillent au maintien des loix4 prendre cong1 voulant d'aprs votre conseil1 rompre avec tous mes amis 4 4 4 ,j'tais pied 4 4 4 le tems tait clair1 je tournais la rue de ,bussi pour entrer dans la rue ,mazarine3 il tait environ minuit 4 4 4 ,quatre hommes1 l'pe la main1 traversant la rue1 tombent sur moi avec une telle vitesse1 que j'ai reu le premier coup avant que d'avoir eu le temps de me dfendre3 j'ai par les autres en m'appuyant contre une maison 4 4 4 ,pendant ce temps mon domestique1 l'un des plus braves garons que j'aie connu1 a saut sur l'un de ces gens1 et lui a donn un vigoureux coup de genoux dans le ventre1 qui l'a tendu au milieu du ruisseau3 il en allait saisir un autre1 quand j'ai reu ma seconde blessure4 ,voyant qu'il tait prouv que je n'avais affaire qu' des assassins1 je n'ai plus song qu' battre en retraite1 toujours en parant de mon mieux1 quoique mon bras se ft engourdi par l'effet du sang que j'en perdais 4 4 4 ,alors j'ai appell moi1 et comme j'ai vu que la garde accourait1 et que mes meurtriers fuyaient1 j'ai remis tranquillement mon pe 4 4 4 ,mon laquais est accouru2 il a band1 comme il a pu1 mes plaies de nos mouchoirs1 et1 peu loin de ma porte1 je me suis retir heureusement sans aucun esclandre4 ,mon brave second est un peu bless2 4 4 4 et dans mon petit mnage de garon1 sans les soins de ,dterville1 je me serais peut-tre trouv mal--l'aise2 mais ce tendre et cher ami1 accouru avec deux de ses gens qui me servent1 ne me quitte pas lui- mme d'une minute4 ,si j'avais suivi ses conseils1 peut-tre ce malheur ne me serait-il pas arriv 4 4 4 ,il me gronde1 4 4 4 il me soigne1 4 4 4 il me console1 4 4 4 il me parle de vous1 quel malheur ne s'oublierait pas ainsi8 ,je ne jouirais peut-tre pas si bien de ces douceurs1 sans l'accident qui m'est arriv1 tant d'amiti me le rend bien cher4 ,nous faisons l'un et l'autre mille combinaisons sur cet vnement2 il y veut une origine que je n'admets point 4 4 4 ,j'ai tant de peine croire ce qui rpugne mon cur 4 4 4 ,je suis si loin de supposer ce que je ne me permettrais pas2 4 4 4 une mprise2 4 4 4 un projet de coquin1 tout ce qui s'loigne en un mot de l'horreur que mon ami suppose1 est ce qui me parat le plus vraisemblable 4 4 4 ,sa tendresse pour moi l'aveugle2 4 4 4 ne l'imitez pas1 madame1 je vous en supplie1 4 4 4 votre ame sensible aurait trop souffrir d'une supposition que toutes les vraisemblances dmentent4 ,footnote #a4 ,les rptitions1 les ngligences de cette lettre1 prouvent l'tat de ,valcour1 et doivent convaincre le lecteur qu'on ne lui en impose pas1 quand on lui garantit la vracit de cette correspondance4 ,,lettre ,,lv4 ,aline ,valcour4 ,paris1 ce #bd ,fvrier4 ,oh ciel6 qu'ai-je appris8 4 4 4 ,on me le cachait1 4 4 4 toi que j'aime1 toi que je veux adorer sans cesse1 4 4 4 idole de mon cur1 4 4 4 tu as couru des dangers1 et je n'tais pas auprs de toi 4 4 4 ,ton sang coule1 4 4 4 il a coul pour moi1 4 4 4 cause de moi1 4 4 4 et ce n'est pas moi qui te soigne8 ,je ne puis ni te veiller1 ni te secourir2 j'y veux voler1 on m'en empche2 je n'aurai pourtant1 ni repos1 ni tranquillit1 que je ne t'aie vu2 mon honneur1 4 4 4 ma vie1 tout ce que j'ai de plus cher1 dt-il tre compromis1 il faut que je te voie2 4 4 4 il faut que mes yeux m'assurent que l'on ne me trompe point1 et que tes jours sont en sret4 ,pre barbare1 4 4 4 si je croyais que ce ft vous1 l'amour toufferait la voix de la nature2 4 4 4 mais o m'emporte mon funeste tat6 mes larmes coulent1 et elles ne me soulagent point6 mon cur est dans une telle oppression1 que tous mes sens sont anantis 4 4 4 ,quel est le motif de ce funeste accident8 4 4 4 ,je veux le savoir ou mourir4 ,ah1 combien je t'aime1 ,valcour6 --comme tes maux rveillent ma flamme2 ce fer fatal a pntr mon cur 4 4 4 ,le sang qu'il en arrache se mle aux larmes dont j'inonde ce que j'cris6 4 4 4 ,comment es-tu8 4 4 4 quel est ton tat8 4 4 4 je veux en tre instruite toutes les heures1 4 4 4 toutes les heures on entrera chez toi de ma part1 4 4 4 except pendant le temps de ton repos1 4 4 4 de ce repos que je voudrais aller te procurer moi-mme1 au prix du mien et de ma vie 4 4 4 ,et pourquoi n'irai-je pas8 qu'ai-je craindre8 4 4 4 qu'ai-je redouter8 4 4 4 ,je ne suis effraye que de tes douleurs 4 4 4 ,tout m'est gal sans toi2 devoirs1 respects1 sentimens1 dcence1 froides et vaines considrations1 vous n'tes rien auprs de mon amour 4 4 4 ,qu'ils sont heureux ceux qui te soignent2 4 4 4 que ne donnerais-je pas pour partager leur sort8 que dis-je8 4 4 4 ,ah6 si le bonheur ne m'tait point ravi1 qui que ce ft que moi seule1 ne t'offrirait aucun service1 je serai jalouse de tous ceux qu'on voudrait m'empcher de te rendre 4 4 4 ,pourras-tu me lire1 pourras-tu comprendre le dsordre de ces traits8 4 4 4 ,le feu de cette tte gare par le dsespoir2 4 4 4 les expressions de ce cur perdu d'amour1 tout ce que j'prouve enfin1 sera-t-il entendu de toi8 4 4 4 ,il y a des instans o mon ame m'abandonne pour aller s'unir la tienne 4 4 4 des instans o je ne respire plus1 o il ne reste de mon existence qu'une triste machine1 dont tous les ressorts semblent habiter au fond de ton cur4 ,ma mre veut me consoler2 4 4 4 elle veut scher mes larmes 4 4 4 ,hlas6 quelle main en serait plus capable1 si mon inquitude tait susceptible de s'adoucir 4 4 4 peine l'entends-je1 peine la vois-je 4 4 4 elle qui est le plus tendre objet de ma vie 4 4 4 ma chre ame6 4 4 4 doux espoir de mes malheureux jours6 4 4 4 ,pourquoi ne sont-ils pas tombs sur moi1 ces coups cruels qui ont dchir mon amant6 ,je souffrirais bien moins de mes propres maux que des siens 4 4 4 tre ternel1 4 4 4 venge-le1 4 4 4 venge l'amour outrag1 4 4 4 n'importe aux dpens de qui4 ,ta dlicatesse te dguise les vritables auteurs de ce crime2 la mienne1 absorbe par tes malheurs1 ne me permet pas les mmes illusions 4 4 4 ,je le vois1 ce tyran1 je le vois armer les mains des sclrats qui t'outragrent2 eh6 dirige-les vers moi ces fers cruels1 4 4 4 homme dnatur1 4 4 4 perce le sein qui l'idoltre2 4 4 4 entr'ouvre-le1 te dis-je1 si tu veux en bannir l'amour dont il est embras2 4 4 4 ,cet amour violent qui m'anime1 est l'unique principe de ma vie2 il ne cessera jamais qu'avec elle3 4 4 4 et pourquoi mnagerais-tu mon sang quand tu as rpandu celui de ,valcour8 4 4 4 ,ignores-tu que c'est le mme8 ,ignores-tu que c'est ma vie qui circule dans ses veines8 et qu'en les entr'ouvrant1 c'est ma vie que tu fais exhaler6 achve de l'arracher1 tu le peux1 mais n'espre pas de nous sparer1 elles seront jamais unies1 ces ames1 dont tu veux briser les liens3 ,dieu ne les a cres que pour tre ensemble2 il n'a donn pour existence l'une1 qu'une portion de celle de l'autre2 il faut que ces moitis se runissent en dpit des monstres qui veulent les sparer ici 4 4 4 ,on entre1 4 4 4 on arrive de chez toi1 4 4 4 on me dit que tu vas bien1 je ne le crois pas2 4 4 4 on m'abuse1 4 4 4 tout le monde s'entend pour me tromper2 4 4 4 si tu vas bien1 pourquoi ne m'cris-tu point8 ,ton tat peut avoir chang depuis qu'on t'a quitt1 4 4 4 ,repartez1 barbare1 4 4 4 repartez1 4 4 4 dites lui qu'il trace un seul mot de sa main pour son ,aline2 4 4 4 qu'il dise qu'il va mieux 4 4 4 et qu'il l'aime 4 4 4 4 4 4 ,mais comme tout est froid mes larmes1 comme tous les curs sont insensibles ce que je souffre2 4 4 4 il n'y a que ma mre qui m'entende1 4 4 4 il n'y a que son ame qui la mienne ressemble 4 4 4 ,cruelle que je suis6 elle m'embrasse et je la repousse3 4 4 4 je lui demande ,valcour1 4 4 4 je lui demande pourquoi elle ne veut pas me conduire lui 4 4 4 si vous me le refusez1 c'est qu'il n'existe plus3 4 4 4 et vous me le cachez3 4 4 4 vous craignez que je ne le suive2 4 4 4 ah6 n'en doutez pas1 4 4 4 vos efforts seraient superflus2 4 4 4 il ne serait rien qui pt me retenir 4 4 4 ,moi1 4 4 4 vivre sans ,valcour8 4 4 4 exister dans un monde qu'il n'embellirait plus 4 4 4 ,ah6 que ferais-je sur la terre aprs lui8 4 4 4 ,envoie-moi ,dterville1 je ne m'en rapporterai qu' lui2 4 4 4 qu'il vienne1 4 4 4 qu'il retourne1 qu'il te porte mes soupirs enflamms2 4 4 4 qu'il te voie1 4 4 4 qu'il me rassure1 ou qu'il me donne la mort4 ,,lettre ,,lvi4 ,madame de ,blamont ,valcour4 ,paris1 ce #bh ,fvrier4 ,calmez-vous1 ,aline va mieux2 le premier mouvement a t terrible2 une lettre crite1 partie malgr moi1 et qu'on n'a pas voulu me montrer1 vous a convaincu sans doute de l'tat affreux qu'a produit votre accident sur elle2 elle a t vingt-quatre heures dans des spasmes qui nous ont inquiets2 mais elle est maintenant aussi bien qu'elle peut tre 4 4 4 ,croyez-le quand c'est moi qui vous l'affirme2 elle a voulu avoir prs de vous des couriers perptuels1 4 4 4 elle les a eu1 4 4 4 et enfin elle les a cru2 vous avez su quel tait son dsir1 et vous me connaissez assez pour tre sr que si ce dsir et pu tre satisfait 4 4 4 il n'et assurment pas trouv d'obstacles de ma part4 ,mais que de dangers6 vous ne doutez pas1 j'espre1 que nous ne soyons observs4 ,jugez des suites par ce que vous venez d'prouver 4 4 4 mon ami6 4 4 4 l'illusion ne nous est plus permise2 4 4 4 des propos2 4 4 4 des indiscrtions1 4 4 4 des informations secrettes1 tout jette un jour affreux sur cette terrible aventure1 4 4 4 et telle est notre malheureuse position1 4 4 4 qu'il ne nous est permis1 ni d'clater1 ni de nous plaindre 4 4 4 ,deshonorerez-vous le pre de votre ,aline8 4 4 4 fltrirai-je le nom de mon poux8 ,on n'a pourtant pas eu l'audace d'exiger des plaisirs1 aprs avoir donn de telles peines4 ,et en vrit l'on a bien fait 4 4 4 ,je crois qu'il me serait impossible de dissimuler davantage4 mon ami6 je crains de nouveaux piges 4 4 4 ,je crains que l'on ne complotte contre votre libert 4 4 4 ,ne nous effrayez pourtant point encore2 j'ai des amis srs1 qui ne perdent pas de vue les dmarches de mon mari1 et qui m'avertiront de tout4 ,attendez de nouveaux claircissemens1 et ne songez qu' votre sant3 4 4 4 le sclrat1 il ourdissait deux trames -la-fois1 et pendant qu'il cherchait se dbarrasser de l'amant de sa fille1 il se dfaisait d'une malheureuse galement redoutable l'excution de ses perfides projets4 ,comment esprer de franchir tant d'cueils6 4 4 4 ,les plus grands dangers nous environnent1 nous n'aurons jamais assez de forces pour nous en garantir1 et malgr la justice de la providence1 le vice crasera la vertu4 ,quel avertissement6 j'en reois dans l'histoire des derniers vnemens de cette malheureuse ,sophie 4 4 4 coutez- les1 4 4 4 et si vous le pouvez1 calmez mes soupons1 dissipez mes craintes1 essayez de me faire voir qu'elles sont chimriques2 je ne demande qu' tre rassure1 mais quel louche6 4 4 4 ,comment ne pas croire2 4 4 4 ,oh mon ami6 dans quel trouble je suis2 4 4 4 si ce que je souponne est vrai1 4 4 4 s'il tait capable de ce comble d'horreur1 ma sret1 celle d',aline1 exigeraient qu' l'instant nous nous sparassions de lui 4 4 4 coutez1 enfin1 coutez et dcidez vous-mme4 ,le prsident et ,dolbourg partirent le vingt-un six heures du matin pour ,blamont1 ils y arrivrent sept heures du soir2 de ce moment ,sophie changea de chambre1 et il lui devint impossible de s'entretenir davantage par sa fentre avec l'homme intelligent dont je dispose dans le village4 ,cet homme qui a des raisons personnelles de m'tre attach1 a mis dans l'instant tout en usage pour observer ce qui se passerait1 et il y a employ tous ses amis2 voici le rsultat de ses manuvres2 je vous envoie la lettre mme afin que vous soyez plus en tat de juger1 si toutefois le voile impntrable que ces sclrats ont eu l'art de jetter sur leur conduite1 peut vous en laisser le pouvoir4 ,,lettre ,,lvii4 ,madame de ,blamont4 #a ,du chteau de ,blamont1 ce #bf fvrier4 ,j'obis vos ordres1 madame1 et passe sans plus de prambule au journal que vous m'avez demand4 ,le vingt-un au soir1 monsieur le prsident et son ami arrivrent au chteau entre sept et huit heures2 c'tait alors o j'appercevais communment de la lumire dans la chambre de ,sophie 4 4 4 ,je n'en vis plus 4 4 4 ,les appartemens d'en-haut1 o vous savez que monsieur se tient de prfrence1 taient trs-clairs1 je prtai l'oreille1 mais l'loignement1 la hauteur1 malgr le calme qui rgnait1 m'empchrent d'entendre1 et je ne distinguai rien4 ,je retournai trois fois sous la fentre de ,sophie1 et je n'y vis jamais de lumire1 elle a srement chang de chambre ds ce premier soir4 ,le vingt-deux au matin1 je sus que nos voyageurs n'avaient avec eux qu'un laquais1 le mme qu'avait dernirement amen monsieur le prsident4 ,j'appris aussi que c'tait le concierge qui leur prparait manger1 et que qui que ce soit n'entrait dans le chteau1 pas mme le jardinier1 de qui je tiens ces dtails1 il avait parler pour des affaires pressantes monsieur1 et ne put en obtenir audience4 ,je recommenai six reprises diffrentes ce jour-l1 mes signaux sous la fentre de votre protge1 sans que personne me rpondit4 ,il y eut beaucoup de mouvement dans les chambres d'en-haut1 4 4 4 du feu constamment1 et beaucoup de lumires le soir4 neuf heures les fentres s'ouvrirent1 on tira les contrevents1 les croises se refermrent ainsi que les volets1 et l'obscurit devint telle1 qu'il me fut impossible de savoir s'il y avait mme de la lumire dans les appartemens2 -- voyant ma prsence inutile1 je me retirai4 ,j'engageai ce soir-l quatre de mes amis aller s'tablir chacun sur une des quatre routes qui aboutissent ,blamont1 et leur fit promettre d'y rester jusqu' l'avertissement qu'ils recevraient de moi pour revenir4 ,leur consigne tait d'examiner1 avec la plus scrupuleuse attention1 toutes les voitures qui iraient et viendraient sur ces routes1 et de me rendre le compte le plus exact des personnes qui seraient dedans4 ,le vingt-trois au matin1 les croises de la chambre de ,sophie s'ouvrirent1 mais le concierge y parut seul1 il laissa les fentres ouvertes jusqu'aprs le dpart de ces messieurs1 alors il les referma demeure comme elles le sont1 quand personne n'habite cette chambre4 ,il n'y eut ce soir-l1 ni feu1 ni apparence de lumire dans les petits appartemens de monsieur1 o l'on s'tait tenu la veille et le jour d'avant2 mais ce qui me surprit beaucoup1 ce fut de voir plusieurs reprises diffrentes des lumires aller et venir par les meurtrires #b1 qui donnent prs des souterrains1 je m'y portai le plus prs possible1 au point de n'avoir plus entre elles et moi que le foss2 mais je n'entendis jamais rien2 le silence fut tel dans le reste de la soire1 que je crus tout le monde parti2 cependant en me retirant je fis veiller deux hommes autour du chteau1 comme j'avais fait la veille2 leur rapport fut que le silence avait t le mme4 ,le vingt-quatre la journe fut galement calme1 on ne se tint srement pas de tout le jour dans aucune pice feu1 personne n'entra ni ne sortit absolument de la maison2 je m'y prsentai sous le prtexte de saluer monsieur le prsident1 le concierge me dit que je me trompais1 et qu'il n'tait srement pas au chteau4 ,le vingt-cinq1 deux heures du matin1 un postillon amena trois chevaux au petit pas1 on lui ouvrit fort vite et fort doucement1 il attela de mme la chaise qui avait amen ces messieurs1 et tout le monde partit avant le jour2 je les vis de derrire un arbre monter tous les deux en voiture1 et ils n'y placrent bien srement aucune femme avec eux4 ,je les fis suivre1 ils furent mens trs-doucement jusqu'au bout de l'avenue1 ils ne partirent au galop que de-l4 ,de ce moment j'envoyai ordre mes quatre amis de revenir1 et en attendant je continuai d'examiner le chteau1 rien ne parut aucune fentre4 ,on n'avait pu cacher ,sophie au jardinier1 il savait qu'elle y tait1 il en tait convenu vis--vis de moi1 je fus le trouver1 je lui demandai pourquoi nous ne revoyons plus cette jeune personne1 et ce qu'il croyait qu'elle tait devenue2 d'abord il fit le mystrieux1 ensuite il me dit qu'elle tait partie le vingt-quatre au soir1 dans une voiture avec une dame qui tait venue la chercher de ,paris1 je n'osai lui dire que n'ayant pas quitt les environs du chteau depuis quatre jours1 j'tais absolument certain du contraire2 mais je l'assure vous1 madame1 aucune voiture n'en est approche du vingt- un au vingt-cinq4 ,il n'est absolument entr personne dans la maison durant cet intervalle1 except le postillon que je viens de vous dire1 et trs-certainement personne n'en est sorti4 ,voyant que ce jardinier n'en voulait pas dire d'avantage1 et qu'il cherchait mme dtourner la conversation1 je le quittais et fus questionner mes amis2 sur trois des quatre routes indiques ci-dessus1 il n'a pass que des charettes et un cabriolet dans lequel taient deux vieux prtres4 ,sur l'autre1 celle de ,lorraine1 il a pass le vingt-quatre au soir une voiture trs-lgre1 deux chevaux1 sans quipage1 conduite au pas par un postillon vtu en paysan2 cette voiture contenait une vieille femme1 sous l'habit de villageoise1 et une jeune fille en juste blanc1 -peu-prs de l'ge et de la tournure de ,sophie2 mon ami pour pouvoir me donner des dtails plus tendus sur le personnel de ces deux femmes a fait l'ivrogne et s'est laiss tomber presque sous les roues de leur voiture1 elles ont fait un cri1 le paysan a arrt ses chevaux1 et les deux voyageuses sont descendues pour voir s'il n'tait pas arriv quelqu'accident cet ivrogne4 ,alors mon ami s'est relev et a fait quelques singeries pour les faire parler1 la vieille femme s'est mise rire et a rpondu ses balivernes4 ,la jeune a dit d'une prononciation exacte1 et telle que doit tre celle d'une fille de qualit3 -- ,je suis bien aise mon cher monsieur que vous ne vous soyez pas fait de mal4 ,mais elle n'a jamais souri1 elle n'a jamais pris la moindre part la grosse gaiet de la vieille1 qui au bout d'un instant1 lui a dit brusquement3 allons1 remontons1 rien ne vous gaye1 vous me feriez mourir avec votre tristesse2 et la jeune fille est remonte en soupirant4 ,plus il paraissait de conformit entre cette voyageuse et ,sophie1 plus j'ai questionn mon ami1 mille choses prouvent que c'est-elle1 mille autres le dmentent absolument1 4 4 4 s'il y fallait parier ma fortune1 je la hazarderais pour vous convaincre que ce n'est pas elle2 ou si c'est elle1 c'est donc par les airs qu'elle est sortie du chteau2 sans l'intime persuasion o je suis que ce n'est pas elle1 je serais mont cheval sur-le-champ et j'aurais poursuivi cette voiture1 mais j'ose tre si sr de mon fait1 qu'il ne m'est seulement pas venu dans l'esprit de faire cette dmarche4 ,voil mes oprations1 madame1 elles sont rgles sur vos ordres1 j'en attendrai de nouveaux pour agir1 soit intrieurement1 soit extrieurement4 ,post-scriptum de ,madame de ,blamont4 ,eh bien6 ,valcour1 dcidez maintenant 4 4 4 ,portez si vous le pouvez un jugement certain sur cette affaire1 ,sophie a t au chteau de ,blamont1 elle n'en est point partie1 et cependant on ne la voit plus1 o est-elle8 qu'en ont-ils fait2 4 4 4 est-il bien vrai qu'elle existe encore 4 4 4 ,je m'arrte1 ma malheureuse position m'interdit toutes conjectures6 moins je voudrais supposer le mal1 plus tout ce qui en lgitime l'opinion vient s'offrir en foule mon esprit1 et mon cur n'a pas plutt dtruit mes soupons que ma raison les ralise 4 4 4 ,il fallait suivre cette fille1 il fallait vrifier qui elle tait 4 4 4 ,oh que ne peut-on agir soi-mme dans des circonstances aussi dlicates6 ,au retour1 malgr la contrainte1 malgr les propos chaps1 ne prouvant que trop la part qu'on avait votre aventure1 j'ai voulu questioner sur le reste2 le voyage ,blamont1 qu'on ne m'avait point cach1 autorisait mes demandes 4 4 4 ,on m'a rpondu que ,sophie tait partie1 qu'on la mettrait dans un couvent en ,alsace1 o elle serait d'autant mieux que ,dolbourg la recommanderait chaudement la prieure dont il tait parent2 voil donc mes incertitudes qui renaissent1 la fille vue sur la route de ,lorraine1 peut trs-bien tre celle qui va en ,alsace1 d'un autre ct1 on parat sr que ce n'est point elle2 je n'ai nulle raison de douter de l'exactitude des soins de l'homme qui me sert 4 4 4 ,ah1 si c'tait ,sophie ne m'aurait-elle pas crit 4 4 4 ,au milieu de ce trouble1 j'ai os redoubler mes demandes 4 4 4 qui avez-vous confi cette jeune personne1 ais-je dit1 au prsident8 4 4 4 un homme sr1 m'a-t-il rpondu1 4 4 4 nous dsirions une femme1 cela eut t plus honnte1 mais il ne s'en est point prsent qui valussent l'homme fidle entre les mains duquel nous l'avons plac2 --,oh monsieur6 pardonnez mes questions1 4 4 4 c'est un enfantillage de ma part2 4 4 4 c'est un rve affreux que j'ai fait sur cette malheureuse1 et dont vos rponses dissipent les funestes illusions2 dans quelle voiture est-elle partie8 4 4 4 dans un phaton trs-lger1 conduit par des chevaux d'emprunt4 --,comment vtue8 --en lvite bleue 4 4 4 --,mais en vrit vos questions 4 4 4 --,pardon1 je n'en fais plus l'infortune de mon rve tait conduite par une femme1 et elle tait habille de blanc4 ,oh6 mon ami6 prononcez1 pour moi je ne l'ose1 4 4 4 c'est la mme voiture1 les mmes chevaux1 il n'y a de diffrents que le conducteur et l'habit 4 4 4 ,je voulais dissiper mon trouble par cette multitude de questions et je n'ai fait que l'augmenter4 ,si vous crivez ,aline1 ne lui dites rien de tout ceci 4 4 4 ,nous le lui cachons1 trop accable de votre tat1 elle ne tiendrait pas cette seconde rvolution1 il est inutile qu'elle la sache1 elle n'a que trop de raisons de craindre son pre1 n'ajoutons pas aux motifs qu'elle a de le har 4 4 4 ,elle sait en gros1 ,sophie enleve et conduite dans un couvent en ,alsace1 rien de ncessaire ce qu'elle en apprenne davantage4 ,le prsident a eu l'air touch de l'tat de sa fille1 il a fait semblant d'en ignorer la cause1 et ,dolbourg n'a point paru de la semaine4 ,adieu1 au trouble dans lequel vous me voyez1 vous jugez de l'impatience avec laquelle j'attends votre rponse #c4 ,footnote #a4 ,cette lettre tait incluse dans la prcdente1 elle ne commence pas l1 on en a retranch tout ce que l'on voit que madame de ,blamont en a extrait dans la fin de sa lettre ,valcour4 ,footnote #b4 ,embrazures de canon1 frquentes dans les chteaux-forts4 ,quelques-unes servaient pour la simple mousqueterie1 et celles qu'on voit dans les anciennes forteresses1 avant l'invention de l'artillerie1 servaient ou pour les archers1 ou pour observer l'ennemi4 ,footnote #c4 ,cette rponse ne contenant que des dilemmes1 ne dcidant rien parce que le voile est trop pais pour qu'il soit possible de rien discerner1 nous l'avons soustraite au lecteur1 ainsi que le commencement de la suivante qui ne contenait non plus que des indcisions sur le sort de ,sophie4 ,nous reprenons o madame de ,blamont quitte ce sujet qui1 quoiqu'pisodique1 n'en est pas moins bien essentiel au fond de l'intrt4 --,qui ne frmira pour ,aline1 en ayant autant de raisons de trembler pour ,sophie4 ,si ceci tait un roman1 nous ne pourrions nous empcher de dire qu'il y a bien de l'art suspendre ainsi la foudre sur la tte de l'hrone1 allarmer sur son sort1 en crasant tout ce qui l'entoure4 7,note de l'diteur47 ,,lettre ,,lviii4 ,madame de ,blamont ,valcour4 ,paris1 ce #f mars4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,tout va le mieux du monde1 en ,bretagne1 4 4 4 avant trois mois mademoiselle de ,kerneuil sera rentre dans les biens de sa prtendue mre1 et pour completter le bonheur de tous deux1 le roi d',espagne a fait rpondre que l'on pouvait compter sur deux millions4 ,l'inquisiteur a protest au roi mme1 que jamais les lingots trouvs dans les males de ,sainville n'avaient t une plus forte somme2 quelque soit la fausset de cette rponse1 nous sommes trop heureux de tenir cela4 ,sainville m'a crit deux ou trois lettres bien autrement senties que celle de sa chre pouse1 il s'est conduit de mme vis--vis du comte de ,beaul qui ne cessera de le servir avec zele4 ,quant la jeune femme1 quoique toujours manire1 toujours bien de l'esprit et un cur bien froid1 elle a fait l-bas une petite vilenie qui achevra de vous prouver son ame4 ,trs-sre d'avoir incessamment deux ou trois cent mille liv4 de rente1 sachant la rentre d'une partie des lingots d',espagne1 elle met l'pe dans les reins un malheureux collatral1 qui avait hrit de six cents livres de rente la mort de madame de ,kerneuil1 cet infortun presque rduit ce seul legs pour vivre1 se trouve la veille de mourir de faim s'il perd1 or suivant le droit1 il doit perdre1 il ne s'agit pour l'en empcher1 que de la volont de l'hritire lgitime2 4 4 4 mais ma chre fille a formellement dclare qu'elle ne ferait de grace personne1 et pas plus celui-l qu' un autre1 d'o il rsulte que ce malheureux homme qui vaut assurment mieux qu'elle1 oblig de renoncer un petit mariage que ce legs lui faisait faire1 va se trouver contraint reprendre la charrue ou s'engager pour vivre4 --,ce trait est infme1 il est bien assurment de la fille de monsieur le prsident de ,blamont1 mais je suis dsole qu'il soit de la mienne 4 4 4 ,comment est-il possible d'tre si dure1 quand on a t aussi malheureuse8 je croyais que l'infortune entr'ouvrait l'ame1 qu'en retraant l'esprit les maux que l'on avait souffert1 elle rendait le cur plus sensible ceux que l'on voyait endurer 4 4 4 ,je me trompais1 le malheur endurcit1 force de s'tre blaz ses propres douleurs1 on s'est accoutum ne plus s'mouvoir de celles d'autrui1 et devenu impassible aux traits qui nous attaquent1 on l'est galement ceux qui percent les autres4 ,me voil maintenant encore plus fache d'avoir consenti ce vilain arrangement1 je ne vous exprimerai jamais assez combien il me dplait 4 4 4 ,mais que serait devenue ,lonore sans cela8 ayant de trop fortes raisons pour ne la point reconnatre1 pouvait-elle tre autre chose que mademoiselle de ,kerneuil8 et l'tant1 il faut bien qu'elle hrite des biens de cette maison4 ,quand j'ai racont au prsident le trait affreux que je viens de vous dire 4 4 4 il en a t aux nues2 4 4 4 il en a lou l'hrone une heure1 il n'y a aucun cas1 nous a-t-il dit1 o il faille laisser les autres en possession de notre bien1 il ne s'agit pas de savoir si on en a besoin ou non1 ce bien est nous1 cela suffit1 et d'aprs cela1 on a tort en le cdant2 il y a six mois que j'ai fait bien pis ,blamont 4 4 4 ,il tait question d'un coin de terre dont j'avais besoin pour agrandir une terrasse1 objet de luxe comme vous voyez et assez inutile dans le fond2 ce petit local faisait depuis soixante ans le patrimoine d'une trs-pauvre famille qui avoisine le chteau2 j'ai recherch mes titres1 je me suis dout d'une usurpation 4 4 4 ,elle tait claire 4 4 4 ,j'ai fait promptement dcamper mon homme1 et tout le train de femme et d'enfans qui l'accompagnait1 et en dpit de leurs cris1 de leurs plaintes1 dont je ne me suis seulement pas dout1 j'ai fait ma terrasse1 et ils ont dsert le pays4 --,voil des malheureux au dsespoir1 --tant qu'il vous plaira1 mais j'ai ma terrasse 4 4 4 ,il faut raisonner toutes ces choses-l 4 4 4 ,moi1 voil mon malheur1 c'est que je raisonne tout 4 4 4 ,je soumets tout l'histoire des sensations2 c'est selon moi la plus sre faon de juger 4 4 4 ,la privation de l'embellissement produit par ma terrasse tait une sensation douloureuse pour moi1 la privation du terrein qui devait former cet embellissement en tait une fcheuse pour le malheureux paysan 4 4 4 ,dites-moi maintenant1 je vous prie1 pourquoi ds qu'entre ,pierre et moi1 il faut qu'il y ait une triste sensation recevoir1 pourquoi1 dis-je1 vous voulez que j'aille charitablement l'accepter pour en dbarrasser cet homme qui ne m'est rien8 ,je serais un fou aux yeux de tout tre sens1 si j'tais capable d'un procd pareil4 --,mais le calcul n'est pas juste1 en comparant les sensations1 il fallait comparer les besoins3 ceux de ,pierre taient ceux de la vie1 on ne peut se passer de ceux-l1 les vtres n'taient que de fantaisie1 vous pouviez vous en priver facilement4 --,vous vous trompez1 madame1 l'habitude des fantaisies2 est un besoin pour nous autres gens riches1 aussi pressant que celui de vivre pour ces droles-l2 et puis pour dcider en ma faveur1 il n'est nullement ncessaire que les besoins soient gaux2 la douleur de ,pierre est nulle pour moi1 elle n'atteint aucunement mon ame1 que ,pierre dne ou ne dne pas1 il n'en peut sagement rsulter pour moi nul chagrin1 et la privation de ma terrasse en est un2 or1 pourquoi voulez-vous que j'empche un homme de souffrir une chose que je ne sens pas1 au prix d'une que j'prouve8 ,il y aurait de ma part un dfaut de raisonnement impardonnable 4 4 4 ,quand vous cdez au sentiment de la piti plutt qu'aux conseils de la raison1 quand vous coutez le cur de prfrence l'esprit1 vous vous jettez dans un abme d'erreurs1 puisqu'il n'est point de plus faux organes que ceux de la sensibilit1 aucuns qui nous entranent de plus sots calculs et de plus ridicules dmarches4 --,oh1 monsieur6 laissez-moi tre sotte toute ma vie1 si on l'est en coutant son cur2 jamais vos cruels sophismes ne me donneront le quart des plaisirs que me procure une bonne action2 et j'aime mieux tre imbcile et sensible que de possder le gnie de ,descartes1 s'il me le fallait acheter aux dpends de mon cur4 --,tout cela dpend des organes1 a rpondu le prsident1 ces diffrences morales sont entirement soumises au physique 4 4 4 ,mais ce dont je vous supplie1 c'est de ne jamais conclure1 comme je sais que cela vous arrive quelquefois1 qu'on soit un monstre parce qu'on ne pleure pas comme vous une tragdie1 ou qu'on ne fait pas des sacrifices en faveur de quelques malotrus2 accordez-moi qu'on peut exister sans vous ressembler1 et moi qui suis galant1 je vous accorderai qu'on n'est aimable que quand on vous ressemble 4 4 4 puis une caresse bien fausse1 4 4 4 une montre la main1 4 4 4 une sonnette tire1 4 4 4 des chevaux demands et l'opra 4 4 4 ,voil l'homme1 mon ami1 voil l'tre dangreux auquel nous avons affaire2 4 4 4 mais je vous le rpte1 ne vous inquitez pourtant pas jusqu' ce que je sois mieux claircie1 il est certain qu'il y a quelque chose en l'air1 bien certain qu'il en voulait votre vie1 4 4 4 qu'il est dsespr de l'avoir manqu2 plus sr que tout encore1 qu'il cherche se ddommager de la mal-adresse des sclrats qu'il a os armer contre vous1 et malgr tout cela1 j'ose vous rpondre qu'il ne se fera rien que vous n'en soyez parfaitement instruit4 ,,lettre ,,lix4 ,la mme au mme4 ,paris1 ce #ae mars4 ,heureusement1 mon cher ,valcour1 le parfait rtablissement de votre sant vous permet d'apprendre sans risque tout ce qui s'est pass depuis que je ne vous ai crit2 les avis les plus srs viennent de m'tre donns sur ce qui vous regarde4 ,les cinq cents louis qui vous ont t offerts1 n'ont pas trouv par-tout des ames aussi dlicates2 ils ont t le prix d'un ordre bien certainement obtenu contre votre libert 4 4 4 ,on vous cherche1 quittez ,paris1 4 4 4 vous n'avez pas un instant perdre2 entreprenez quelque voyage 4 4 4 ,celui d',italie1 par exemple1 il y a long-temps que vous le dsirez1 ce sera1 -la- fois pour vous1 un objet d'amusement1 d'instruction et de sret4 ,n'imaginez pas que nous restions ,paris aprs vous2 en accordant une infinit de choses j'en ai obtenu quelques-unes2 j'imagine bien que ce qui l'a engag cder les points que j'ai voulu1 est l'esprance qu'il a de se dbarrasser bientt de vous4 ,n'importe1 j'en ai profit1 4 4 4 ,voici les clauses3 #a4 ,je n'entreprendrai plus aucunes perquisitions sur ,sophie1 on m'a dit o elle tait1 je dois tre tranquille1 4 4 4 et ici1 on avait fort envie de me faire signer que je renonais l'ide de la supposer ma fille 4 4 4 ,je me suis bien garde de le faire4 #b4 ,je ne vous recevrai point la campagne o je demande aller tout de suite 4 4 4 ,quelle fourberie6 quand il exige cette clause1 4 4 4 le tratre1 il a dans sa poche ce qu'il faut pour vous faire arrter4 #c4 ,je ne me dferai jamais d',augustine 4 4 4 ,libertinage1 espionage1 tout ce que vous voudrez supposer d'affreux1 je ne le croyais pas d'abord1 j'en ai maintenant des preuves sres 4 4 4 ,quelle turpitude6 #d4 ,au mois de septembre prochain1 sans plus de dlais1 j'accorderai mon consentement pour le mariage de ,dolbourg et d',aline4 ,au moyen de ces quatre clauses1 j'obtiens 4 4 4 des dlais d'abord1 vous le voyez et c'est toujours beaucoup selon moi4 #b4 de partir sur-le-champ pour ,vertfeuille1 o nous serons toujours plus tranquilles qu'ici4 #c4 ,jusqu' l'poque de mon consentement au mariage1 de ne le voir ni lui1 ni son ami1 et cette condition1 je vous l'avoue est une des plus douces pour moi1 tout a t sign de part et d'autre1 et monsieur de ,beaul s'est rendu garant des deux partis4 ,cela fait1 le comte instruit de tout1 a dit au prsident qu'il tait impossible de lui cacher1 qu'on le souponnait sourdement de deux choses1 dont il le suppliait de se justifier pour la tranquillit de ses amis2 la premire d'avoir voulu faire assassiner ,valcour1 la seconde d'avoir obtenu un ordre pour le faire enfermer1 4 4 4 ,on n'imagine pas avec quelle impudence cet homme accoutum au crime s'est dfendu de ces deux accusations4 --,je suis un homme de robe1 a- t-il dit1 j'ai vingt ans de plus que monsieur de ,valcour1 mais malgr ces considrations1 soyez parfaitement sr que si j'avais envie de me dfaire de lui1 je n'employerais pas des moyens aussi indignes que ceux dont vous osez me souponner 4 4 4 ,j'irais lui proposer des pistolets1 et puisque vous me forcez de m'expliquer sur son compte 4 4 4 ,cette voye1 je la suivrai assurment1 s'il ne se dsiste pas des prtentions qui me dplaisent1 ou s'il s'avise de mettre le moindre obstacle aux arrangemens dont nous convenons aujourd'hui1 --vous ne vous dfendrez pas de la lettre de cachet1 lui a dit le comte1 j'en ai t averti dans les bureaux4 --,on vous en a impos1 monsieur1 a rpondu le prsident1 4 4 4 on a peut-tre voulu vous parler de celle obtenue contre ,sophie1 mais je n'en ai srement pas demand de nouvelles1 --si cela est lui a rpliqu le comte1 faites-nous l'amiti tous d'crire devant moi au ministre1 4 4 4 qu'on vous accuse de comploter contre la libert de ,valcour1 et que vous le suppliez de m'assurer que cela est faux4 --,je croyais que sur des points de cette espce1 a dit le prsident furieux1 ma parole devait vous suffire1 et il a voulu se retirer1 alors le comte qui ne se souciait pas de rompre1 4 4 4 qui n'avait d'autres projets que de se convaincre1 et qui1 par l'air1 la conduite et les rponses du prsident1 devenait aussi sr du fait qu'il tait possible de l'tre1 4 4 4 lui a dit froidement3 --je vous crois1 monsieur1 je suis seulement fch que vous ne vouliez pas me satisfaire sur une chose aussi simple que celle que je vous demande1 si rellement vous n'avez point agi contre notre ami commun2 mais que ce que vous nous assurez soit vrai ou ne le soit pas1 je vous dclare qu'il m'aura toujours pour dfenseur4 ,les choses en sont restes-l2 et le comte bien sr qu'il a dans sa poche un ordre contre vous1 est le premier vous conseiller le dpart4 ,qu'il s'loigne1 me charge-t-il de vous dire mot mot1 et qu'il s'en rapporte moi sur les soins que je prendrai pendant cet intervalle pour assurer et son bonheur et sa tranquillit4 ,voici maintenant nos projets approuvs de notre ami commun2 j'employe les quatre premiers mois la perfection et la sret de mes desseins1 toutes mes batteries dresses 4 4 4 la fin de juillet je reviens subitement ,paris1 et le dernier mois de tranquillit qui me reste par les clauses signes1 je l'employe mettre tout en mouvement4 ,l'clat se fait 4 4 4 ,je ne balance plus 4 4 4 ,toute ma famille m'taye4 ,on met au jour la conduite du prsident 4 4 4 ,on dvoile ses odieuses intrigues avec ,dolbourg1 4 4 4 causes pour lesquelles il veut lui donner ,aline4 ,on fait valoir l'extrme dgot de cette malheureuse fille pour ce vilain homme1 on publie les raisons qui fondent ce dgot1 on rclame1 en un mot1 ,sophie1 comme m'appartenant 4 4 4 ,c'est ma famille qui fait cette dmarche1 puisque je me suis engage ne la point faire1 le pas est dlicat1 je le sais4 ,mais il est sr1 on est certain que l'affaire une fois entame1 le prsident confondu de ce seul nom1 se prtera tout ce qu'on voudra pour prvenir la demande2 d'ailleurs1 nous ne serons jamais oblig d'en venir au fait 4 4 4 ,vous voyez1 mon ami1 qu'il y a des gens bien certains1 que cette crature ne serait pas aisment retrouve par lui1 si on le contraignait quelque jour la montrer4 ,mais quoi qu'on imagine sur cela1 en vrit1 je doute d'une telle horreur2 il est trs-difficile de comprendre des choses aussi rvoltantes1 et ce qui me fait plaisir1 c'est que la candeur1 la franchise du comte de ,beaul ne les admet pas plus que moi2 j'ai toujours fait une assez singulire remarque1 c'est que les gens prompts souponner un genre de crime1 sont toujours ceux qui y sont eux-mmes adonns1 il est extrmement ais de concevoir ce qu'on admet1 il ne l'est pas autant de comprendre ce qui rpugne4 ,il n'y aurait pas par sicle dix condamnations mort1 si la collection des juges tait pendant ce sicle entirement compose d'honntes gens2 au lieu de soutenir1 comme ces faquins-l font1 qu'il faut toujours supposer qu'un individu coupable une fois d'une sorte de dlit1 le sera toute sa vie du mme genre1 ce qui est un paradoxe abominable1 j'oserais affirmer qu'un homme au contraire rprimand ou puni pour une sorte de crime quelconque ne le recommettra srement de sa vie 4 4 4 ,voil l'opinion des bonnes gens1 l'autre est celle de ceux qui se connaissant mchants1 et capables par consquent1 de rcidive1 imaginent que les autres doivent leur ressembler1 et de telles tres ne doivent pas juger les hommes4 ,ils jugeront toujours svrement 4 4 4 ,or1 la svrit est fort dangreuse2 il vaut infiniment mieux1 sans doute1 sauver un coupable1 par trop d'indulgence que de condamner un innocent par trop de svrit4 ,le plus grand danger de l'indulgence est de sauver le coupable4 ,il est lger2 l'inconvnient de la svrit est de faire prir l'innocent --il est affreux #a4 ,j'ai maintenant1 mon ami1 une grace vous demander1 puis-je esprer que vous m'aimez assez pour ne m'en point faire craindre le refus8 ,au moment o vous lisez ma lettre1 il y a dans votre antichambre un homme de confiance moi1 il est charg de vous remettre mille louis1 n'est-il pas possible qu' la veille d'un dpart aussi prcipit1 vous n'ayez pas les fonds ncessaires pour entreprendre le voyage que je vous conseille1 4 4 4 et qui appartient1 dans ce cas1 le droit de prvenir vos besoins1 si ce n'est votre meilleure amie8 --,valcour1 je vous connais 4 4 4 ces refus que j'ai l'air de ne pas craindre 4 4 4 vous me les faites 4 4 4 ,je le vois 4 4 4 ,mais coutez3 l'homme qui va vous parler exigera de vous une quittance1 4 4 4 et ce qu'il vous donne est un compte sur la dot de ma fille 4 4 4 ,cruel ami6 osez me rejetter maintenant4 ,footnote #a4 ,douces et sages maximes1 aprs vous tre loignes si longtemps de l'esprit de notre nation1 revenez donc vous y graver ternellement et qu'elle n'ait plus rougir aux yeux de l'univers de vous avoir si cruellement mprises4 ,,lettre ,,lx4 ,valcour madame de ,blamont4 ,paris1 ce #af mars4 ,que de droits vous acquerez ma reconnaissance1 madame1 est-il besoin de multiplier les titres que vous avez sur moi8 ,vous me faites presque chrir mes malheurs1 puisque j'obtiens en les subissant des preuves si douces de vos excessives bonts 4 4 4 ,subterfuge adroit 4 4 4 ,heureux espoir6 4 4 4 que de dlicatesse vous savez mettre en obligeant2 oui1 madame1 je vais m'loigner1 4 4 4 et de ce moment-ci1 puisque ma sret vous intresse1 je vais y pourvoir en me logeant chez un ami o je resterai incognito jusqu' l'instant de mon dpart4 ,oh1 madame6 faut-il vous l'avouer8 vos bonts m'enhardissent1 elles m'encouragent vous en demander une nouvelle preuve2 m'loigner encore de vous1 4 4 4 m'en loigner pour si long-temps 4 4 4 sans vous voir2 sans qu'il me soit permis de me jetter aux genoux de tout ce que j'adore 4 4 4 ,auriez-vous la rigueur de m'y condamner2 je mets vous demander cette grace les instances les plus vives dont mon cur soit capable 4 4 4 ,dans les premiers jours de votre arrive ,vertfeuille1 4 4 4 pendant que vous y serez seule 4 4 4 une heure1 4 4 4 une seule minute2 4 4 4 mais m'arracher1 4 4 4 mais quitter ma patrie sans jouir du bonheur de voir un instant tout ce qui m'y attache1 4 4 4 non1 vous ne l'exigerez pas1 vous ne me condamnerez pas une privation qui me serait plus dure que la mort 4 4 4 ,indiquez-moi les prcautions prendre1 4 4 4 tracez-moi la route suivre1 je ferai tout1 j'obirai tout1 il ne sera rien quoi je ne me soumette pour obtenir la grace que j'implore1 j'attends mon arrt 4 4 4 ,prononcez1 4 4 4 et convainquez-vous bien que d'un seul mot1 vous allez me rendre le plus fortun des hommes1 ou le plus malheureux des amans4 ,,lettre ,,lxi4 ,valcour ,aline4 ,paris1 ce #bf mars4 ,aprs tout l'intrt que j'ai pu faire natre en votre ame sensible1 m'en refuserez vous1 ,aline1 la nouvelle preuve que j'ose implorer8 4 4 4 ,vous devinez ce que je demande1 votre cur anim du mme dsir1 sait aisment pressentir la grace instante que je sollicite 4 4 4 ,cette faveur me fut refuse l'an pass1 je m'en souviens avec douleur2 mais daignez y rflchir ,aline1 les circonstances o je vous laisse cette fois-ci1 sont bien diffrentes de celles o nous tions alors2 je me mfie de ce calme apparent2 je n'ai os le dire1 mais il me semble que ce nouveau dlai s'accorde bien lgrement2 cette tranquillit promise est-elle supposable avec toutes les prcautions que l'on prend8 avec les indignits qu'on se permet1 et si l'on n'avait pas envie de presser1 dresserait-on tant de batteries pour loigner tous les obstacles8 ,ah6 puissent mes pressentimens se trouver faux1 mais je frmis en m'loignant2 je ne puis vous le cacher1 et plus mes craintes sont affreuses1 plus est violent le dsir de vous voir 4 4 4 ,si nous allions tre tromps tous6 si les odieuses manuvres de cet homme cruel1 allaient m'enlever tout ce que j'idoltre6 4 4 4 cette funeste ide n'entre dans mon cur que comme un fer ardent qui le dchire 4 4 4 elle n'y pntre qu'avec le frisson de la mort 4 4 4 que je vous voye avant 4 4 4 ,aline que je vous parle encore une fois de mon amour 4 4 4 content d'tre plaint de vous1 heureux d'emporter votre cur 4 4 4 je pourrai mieux du moins supporter votre absence2 c'est avec le sang qui a coul pour vous1 que je trace en pleurant ce dsir effrn de mon ame 4 4 4 si vous me refusez 4 4 4 ,aline 4 4 4 je m'loignerai1 il le faut2 mais je ne vous reverrai jamais 4 4 4 ,croyez-le1 quelque chimrique que vous puissiez trouver cette ide1 elle m'absorbe1 et je ne puis l'empcher de natre4 ,en un mot1 il faut que je vous voye1 le besoin que j'en ai est tel1 que pour la premire fois de ma vie1 je ne sais pas mme si je vous obirois1 supposer que vous me dfendissiez votre prsence4 ,oui j'aimerois mieux vous dsobir et vous voir1 que de mourir en vous obissant 4 4 4 ,elle m'est chre cette vie cruelle depuis que vous y avez pris tant d'intrt4 mon ,aline6 voyez votre amant vos pieds1 implorer en les arrosant de larmes1 la grace instante de vous voir une minute1 voyez-le palpitant encore sous le fer de l'auteur de vos jours1 attendre de cette faveur seule le ddommagement de ses maux 4 4 4 ,o voulez-vous que j'aille sans vous avoir vue8 ,affaibli par mon dsespoir1 gar par mon amour1 que deviendrais-je1 hlas6 sans le soulagement que j'attends1 ou vous ne m'avez jamais aim ou vous l'obtiendrez de votre mre2 c'est toutes deux que je le demande1 et c'est toutes deux que je veux embrasser ou mourir4 ,,lettre ,,lxii4 ,madame de ,blamont ,valcour4 ,paris1 ce #bj ,mars ,a deux lieues du chteau qu'habiteront vos amies1 entre ,orlans et ,vertfeuille1 sur la lizire de la fort1 est un hameau qu'on appelle le ,haut-,chne2 il y a l'extrmit de ce hameau1 une petite montagne isole1 sur laquelle est construite une chaumire habite par une vieille femme1 qui n'a prs d'elle qu'une fille nomme ,colette1 4 4 4 une amie d',aline1 dont on vous parla l'an pass 4 4 4 ,nous en revenions quand nous rencontrmes cette malheureuse ,sophie4 ,soyez chez cette femme le #ae ,avril1 entre trois et quatre heures du soir1 dguis en chasseur 4 4 4 elle sera prvenue2 vous y verrez les deux personnes du monde qui vous tes le plus cher2 4 4 4 deux amies qui cdent vos instances1 malgr tous les prils qui les environnent 4 4 4 ,nous partons le premier du mois prochain1 4 4 4 jusques-l le plus grand silence 4 4 4 ,quittez ,paris le plutt possible1 le danger augmente chaque jour 4 4 4 ,soyez dj en route quand vous passerez au lieu que nous vous indiquons1 et de l hors de ,france1 sans perdre une heure4 ,adieu4 ,,lettre ,,lxiii4 ,aline ,valcour4 ,paris1 ce #bj ,mars4 ,eh bien1 dois-je l'aimer1 cette mre charmante1 dois-je la chrir ternellement8 ,voyez ce qu'elle fait pour moi8 ,je vous verrai 4 4 4 et c'est son ouvrage1 4 4 4 c'est elle que nous devons cette faveur1 et l'ame de votre tendre ,aline -la-fois remplie d'amour et de reconnaissance1 ne saura dans cet heureux jour quel sentiment se livrer 4 4 4 ,mais mon ami1 qu'elle sera courte cette joie1 4 4 4 et que d'affreux tourmens en suivront peut-tre la douceur6 ,ah6 croyez que cette sparation cruelle m'allarme autant que vous2 je conviens que depuis long-temps nous devions tre accoutums vivre l'un sans l'autre2 mais nous respirions le mme air1 nous habitions le mme pays2 et quelles affreuses barrires vont maintenant exister entre nous6 ,oh6 comment supporter cet loignement 4 4 4 ,plus j'y rflchis1 moins j'imagine le pouvoir2 4 4 4 ,que de choses peuvent arriver pendant une si longue absence2 quoique spars l'un de l'autre1 4 4 4 quand vous tes prs de moi1 je me sens plus de force3 4 4 4 je souffre avec plus de rsignation2 4 4 4 mais prsent qui m'inspirera du courage8 qui deviendra l'ame de ma vie 4 4 4 et le soutien de mes malheurs8 ,valcour6 ne me dites pas vos pressentimens2 4 4 4 de trop cruels viennent galement me dchirer3 4 4 4 loignons-les1 4 4 4 partez1 puisqu'il le faut1 partez1 bien sr de mon amour1 4 4 4 je vous suivrai2 4 4 4 mon cur volera sur vos traces3 mes yeux toujours fixs sur les ,alpes1 franchiront1 comme mes dsirs1 leurs cimes lances vers les nues4 ,quand vous arriverez sur le plus haut de leurs sommets1 vous retournerez vos regards sur cette terre o vous aurez laiss votre ,aline2 et vous direz1 l respirent deux cratures qui m'aiment1 qui s'intressent moi1 qui comptent mes pas et rglent mes journes1 qui dsirent avec autant d'ardeur que moi1 l'instant qui doit me runir elles1 4 4 4 l'instant de ce bonheur si doux 4 4 4 ,oh1 mon ami6 s'il tait crit dans les cieux que nous ne dussions jamais le goter1 ce bonheur3 4 4 4 si tous nos projets taient chimriques1 4 4 4 aurions-nous tort de ne fixer en ce cas nos ides1 comme je vous l'ai dit quelquefois1 que sur cette flicit cleste qui ne peut chapper la vertu8 ,qu'ils sont se plaindre1 mon ami1 ceux qui n'ont pas dans leurs peines les esprances flatteuses de la religion1 ceux qui se voyant accabls par les hommes1 ne peuvent pas dire au fond de leur cur3 ,il est un ,dieu juste et bon qui me ddommagera de ce qu'on me fait souffrir2 son sein ouvert aux malheureux1 recueillera mon ame afflige1 et j'aurai sa piti consolatrice1 pour prix des maux qu'on m'aura fait4 ,oui1 j'ose le dire1 la connaissance d'un tre suprme est un des plus doux prsens que nous ayons reus de la nature2 il n'est pas un seul instant dans la vie1 o cette ide ne soit chre et prcieuse2 pas un seul1 o nous n'y trouvions un torrent de dlices 4 4 4 ,quel tre assez barbare peut donc imaginer de l'arracher aux hommes6 ,le cruel6 en se privant lui-mme du plus doux espoir de la vie1 n'a-t-il donc pas conu qu'il aiguisait le fer du tyran1 4 4 4 qu'il armait le bras de l'iniquit1 4 4 4 qu'en fltrissant le prix de toutes les vertus1 il entr'ouvrait la porte tous les vices1 et qu'il creusait enfin l'abyme o ses systmes allaient le plonger 4 4 4 ,dans quelle classe est-il le malheureux1 nous arrachant l'ide de l'tre juste qui rcompense le bien et qui punit le mal8 est-il opulent8 4 4 4 domine- t-il ses semblables8 ,qu'il tremble1 4 4 4 qu'il frmisse1 ds qu'il a bris le frein de celui qu'il veut enchaner1 ennuy de ses fers1 rvolt du joug qui l'crase1 ds qu'il n'est plus de ,dieu1 que risque-t-il cet esclave infortun8 ,quels dangers courre-t-il plonger un poignard dans le sein du despote orgueilleux qui veut le matriser8 4 4 4 ,est-il infrieur ou pauvre1 ce sectateur impie des sombres chimres de l'athisme8 4 4 4 ,qui le secourera dans sa misre8 ,qui allgera ses tourmens8 ,qui tournera vers lui une main compatissante1 ds qu'il enlve aux hommes l'espoir d'tre rcompenss du bien qu'ils auront fait8 ,mais cette servitude dont il se plaint1 ces flaux contre lesquels il se dpite1 pourquoi ne redoubleroient-ils pas1 sitt que le tyran qui les occasionne n'a plus de vengeur redouter8 ,il n'est donc bon rien1 ce systme effrayant et triste8 que dis-je1 il est donc dangreux toutes les classes d'hommes1 fatal l'oppresseur1 sinistre l'opprim1 le vritable philosophe ne doit regarder le moment o il s'empare des esprits1 que comme ces annes de dsolation1 o l'air infect d'un venin pestilentiel1 vient anantir sourdement les gnrations sur la terre4 ,pardonnerez-vous1 mon ami1 ce petit moment de raison votre ,aline8 ,je crains que vous ne me trouviez sombre 4 4 4 ,cette teinte lugubre clate malgr moi2 elle noircit tout ce que je pense et tout ce que j'imagine2 je crois l'claircir un instant1 lorsque je vous parle1 et sur les traits que ma main trace1 le chagrin coule malgr moi2 des larmes viennent effacer mes lignes mesure que je les cris2 4 4 4 ,qui les fait donc couler8 4 4 4 pourquoi s'chappent-elles8 ma ,mre m'aime1 4 4 4 mon amant m'adore1 je touche au moment de le voir1 et cependant je pleure2 4 4 4 un voile pais semble tendu sur l'avenir2 mes tristes yeux ne peuvent le percer2 si mes doigts l'entr'ouvrent un instant1 tous les attributs de la mort s'offrent moi derrire lui 4 4 4 mon ami6 4 4 4 si vous la perdiez jamais cette ,aline qui vous est si chre6 quoique bien jeune encore1 si le ciel en voulait disposer6 4 4 4 auriez-vous le courage de supporter cette perte8 4 4 4 ,trouveriez-vous dans votre ame assez de force pour n'en pas tre ananti8 4 4 4 ,j'exigerai de vous1 quand nous allons nous voir1 4 4 4 que vous me juriez1 4 4 4 tout vnement 4 4 4 d'endurer ce malheur avec rsignation2 eh6 ,valcour6 qui peut rpondre d'un moment de vie2 4 4 4 frles cratures1 4 4 4 nous n'avons qu'un clin-d'il respirer ici2 le jour qui nous voit natre1 touche celui qui nous teint2 et cette suite d'instans rapides que rien ne fixe1 que rien n'arrte1 se prcipite dans l'abyme de l'ternit comme les flots du torrent imptueux dans les plaines immenses de l',ocan4 ,s'ils sont si courts1 ces instans o nous respirons1 s'ils sont si faciles dtruire1 ils peuvent l'tre tout moment2 et pourquoi placer alors son amour dans des cratures si fragiles 4 4 4 ,oui1 mon ami1 je voudrais que1 pntr de ces raisons1 vous devinssiez plutt l'amant de cette ame qui doit me survivre1 que de ces prissables attraits qu'un souffle l'instant peut fltrir4 ,je vous ai bien souvent grond de mettre trop de prix ces destructibles beauts1 je vous en gronde encore4 ,valcour6 n'aime de moi que ce qui ne peut te fuir2 ne chris que cette ame o la tienne doit s'unir un jour 4 4 4 ,crois-moi1 renonce tout le reste avant que les hommes ou la mort ne t'y contraignent 4 4 4 ,sens bien la diffrence extrme des deux objets que j'offre ton amour2 4 4 4 si tu tais quinze ans sans me voir1 je te dfierais de me peindre1 et les mouvemens de mon ame1 les penses qu'elle t'exprime ne sortiront jamais de ton souvenir3 prfre donc ce que tu peux conserver sans cesse1 ce qui fuit rapidement4 ,songe qu'en m'aimant ainsi1 tu me regretteras bien moins si tu me perds4 ,qu'importe que ce qui doit finir disparaisse1 quand nous avons la certitude dlicieuse que ce qui ne doit point prouver d'altration1 ne saurait nous chapper jamais4 ,qu'aimeras-tu de moi1 je t'en prie1 quand cette masse rduite en poussire1 n'offrira plus dans le fond du cercueil1 que quelques dbris d'ossemens8 supposer mme que ces attraits dfigurs pussent se raliser tes sens1 ils n'y reparatraient que pour ton dsespoir1 tandis que les expressions de cette ame que je veux que tu prfres1 ne viendront flotter sur la tienne que pour l'panouir et la vivifier4 ,il y a mieux1 c'est qu'il me semble que je t'aimerais davantage1 si tu consentais ne m'aimer qu'ainsi2 j'purerais si bien les sentimens de l'ame qui ferait ton bonheur1 que le culte qu'elle te rendrait alors1 serait absolument semblable celui qu'elle offre son ,dieu 4 4 4 ,plus de sparation1 4 4 4 plus rien qui puisse nous troubler1 nous diviser ou nous teindre1 et notre amour entier dans l'tre qui ne s'anantit jamais1 durerait autant que ce ,dieu4 ,je te laisse2 4 4 4 j'ai beau quitter et reprendre la plume1 4 4 4 toujours imbibe malgr moi du fiel de la mlancolie1 au-lieu de fortifier ton esprit1 elle l'allarme2 je ne russis pas te consoler1 et je ne m'afflige que davantage4 ,,lettre ,,lxiv4 ,le prsident de ,blamont ,dolbourg4 ,paris1 ce #bi ,mars4 ,il faut que je te voie1 4 4 4 le croiras-tu8 ,cette ,augustine1 4 4 4 elle tremble au moment d'agir 4 4 4 ,ne dirait-on pas qu'on exige d'elle des choses extraordinaires8 4 4 4 ,je lui croyais de l'esprit1 4 4 4 elle n'en a pas1 4 4 4 c'est une imbcile 4 4 4 ,on a bien raison de dire1 que quand il s'agit de grandes choses1 il ne faut se confier qu' de grandes ttes3 elle voudrait que je vinsse ,vertfeuille1 4 4 4 elle agirait1 dit-elle1 en ma prsence1 avec plus de courage 4 4 4 ,la sotte crature6 tu sens1 comme moi la ncessit de remettre ce faible esprit4 ,il faut que tu me donnes souper avec elle1 dans ta petite maison du fauxbourg1 pas plus tard que demain au soir1 puisqu'on part le jour d'aprs1 et l nous triompherons1 j'espre1 de ses sots scrupules4 ,j'ai quelquefois vu la tte troite d'une femme1 avoir besoin d'tre allume par le temprament1 pour l'excution de ces sortes de choses4 ,il est inoui ce qu'on obtient d'elles dans ces momens d'ivresse1 leur ame plus prs de l'etat de mchancet pour lequel les a crs la nature1 accepte alors plus facilement toutes les horreurs qu'on peut avoir besoin de leur proposer4 ,je conois bien que ni toi1 ni moi n'irons nous charger de cette besogne de crocheteurs3 nos principes en volupt1 nos ges1 notre manire d'tre1 en un mot1 tout cela ne s'arrange pas avec les exigances outres d'une fille de dix-huit ans laquelle il faut tourner la tte 4 4 4 ,mais j'ai un valet-de-chambre unique pour ces sortes de joutes 4 4 4 ,il agira sur le physique sans se douter de rien1 et nous1 4 4 4 la recevant de sa main toute embrse1 nous travaillerons alors le moral avec fruit4 ,il n'y a rien de pis que ces sortes d'occilliations2 voil pourtant quoi il faut s'attendre1 toutes les fois qu'on emploie le sexe en pareil cas4 ,naturellement timide1 l'esprit chez lui n'est jamais que le rsultat des syncopes du cur8 ,il y a bien longtemps que je dis que les femmes ne sont bonnes qu'au lit1 et encore1 4 4 4 hors de-l il ne faut y compter pour rien4 --,fausses ou faibles1 perfides ou nonchalantes1 si malheureusement on les charge d'un projet1 4 4 4 elles le font avorter par mollesse1 ou le trahissent par mchancet2 et c'est srement d'elles que ,machiavel a dit1 ou qu'il ne fallait jamais les avoir pour complices1 ou qu'il tait urgent de s'en dfaire aussi-tt qu'elles avaient agi #a4 ,je suis dsol que nous n'ayons pas charg de la besogne ce vieux coquin d'aumnier qui m'a servi pendant trois ans 4 4 4 ,entreprenant1 4 4 4 fourbe1 4 4 4 adroit1 4 4 4 hippocrite1 4 4 4 il aurait mis dans l'opration autant de vigueur que de fausset4 ,je n'ai jamais rien vu de srs1 comme les principes de ce drle-l4 ,je dois lui seul plus d'aventures qu'il n'en faudrait moi juge1 4 4 4 pour envoyer trente coquins l'chafaud3 tu le sais1 mon cher1 grande diffrence chez nous1 entre ce que nous sommes obligs de dfendre1 et ce que nous nous amusons faire4 ,cette quit dont nous nous parons1 n'est plus au feu de nos bouillans transports1 que comme la cire aux brlans rayons du soleil2 mais il n'en faut pas moins blmer ce que nous adoptons1 punir ce que nous chrissons2 ce n'est qu'en affichant avec scrupule cette rigidit de murs pour autrui1 que nous parvenons couvrir avec art1 toute la dpravation des ntres4 ,dans le fait il ne s'agit que d'en imposer1 ds que nous ne le pouvons par nos vertus1 que ce soit au moins par nos rigueurs4 ,je suis dsespr qu'on ait manqu ce ,valcour 4 4 4 des coquins1 bien adroits pourtant1 capables de mille autres gentillesses1 4 4 4 que je faisais absoudre aux conditions de celle-l 4 4 4 ,les imbciles6 4 4 4 quoi qu'il en soit1 nous en voil dbarass1 il aura eu une peur effroyable1 et n'osera srement plus reparatre avant que tout ceci ne soit dcid4 ,je ne te verrai point ce soir2 4 4 4 c'est le jour destin aux adieux de l'hymen1 et tu sens bien pourquoi je veux qu'ils soient tendres 4 4 4 ,quand on se quitte1 4 4 4 pour un certain temps1 4 4 4 c'est une plaisante ide que celle-l6 j'ai t ravi de la concevoir4 --,on est quelquefois bien aise de tter jusqu'o peut aller son ame2 tu n'imaginerais pas comme je suis content de la mienne1 je n'y sens plus1 4 4 4 sur tout ceci1 4 4 4 qu'une sorte d'motion qui pourrait bien n'tre pas sans plaisir 4 4 4 ,la drle de chose que l'analyse du cur humain2 je suis parfaitement sr prsent1 qu'on en fait tout ce qu'on veut2 facile recevoir les impressions de la tte1 il n'adopte bientt plus que ses mouvemens1 et l'on se gangrenne ainsi voluptueusement d'un bout l'autre1 sans que rien s'oppose la circulation du venin4 ,pressons-nous1 4 4 4 je te le dis1 4 4 4 tous les retards pourraient nous devenir funestes3 je me mfie de la prsidente1 et malgr les clauses signes1 je gagerais qu'elle agit sous main avec son adorable protecteur1 4 4 4 ce charmant comte1 4 4 4 ,il prtendait m'tourdir l'autre jour4 ,rien ne m'amuse comme ces tres dbonnaires qui croient en imposer des sclrats de profession1 comme nous4 les entendre1 l'ascendant de la vertu nous crase2 mais si cette vertu est une chimre1 si nous ne la voyons jamais que comme telle1 le choc alors n'est plus trs-dangreux4 ,adieu1 tendre et dlicat poux6 il me semble te voir dj dans les bras de l'hymen1 ravissant des baisers1 4 4 4 peut-tre inonds de larmes1 les premiers jours1 mais qui1 bientt schs par l'ardeur de ta flamme1 perdront sous le dlire des tiens1 toute l'cret de la rsistance4 ,mais point de jalousie1 je t'en conjure1 il faut renoncer cette extravagance1 qui nous empchait autrefois de mler nos plaisirs comme nos matresses4 ,souviens-toi qu'une des clauses du contrat est1 que je prte sans cder 4 4 4 ,tu me dois bien au moins cela pour les soins que je mets depuis si long-temps l'accomplissement de tes dsirs4 ,tu n'imagines pas1 mon ami1 l'envie que j'ai de possder cette chre ,aline3 je lui crois des dtails d'un piquant2 4 4 4 qu'elle doit tre dlicieuse saisir dans les pleurs 4 4 4 ,sophie tait bien1 mais ,aline1 4 4 4 et puis nous n'irons jamais aussi loin avec celle-ci qu'avec l'autre 4 4 4 ,il est une sorte de mnagement qu'on doit la vertu1 4 4 4 au sang 4 4 4 ,cependant ne jurons de rien1 car les effets de l'garement dans des ttes comme les ntres1 sont1 tu le sais1 incalculables4 ,footnote #a4 ,le prsident arrange ici pour les femmes seulement1 une opinion abominable1 avance dans le prince de ,machiavel1 gnralement pour tous les complices4 ,fin de la septime partie4 ,,aline ,,et ,,valcour1 ,,ou ,,le ,,roman ,,philosophique4 ,,tome ,,iv ,,huiti,,me ,,partie4 ,nam veluti pueris absinthia tetra medentes1 ,cum dare conantur pris oras pocula circum ,contingunt mellis dulci flavoque liquore1 ,ut puerum aetas improvida ludificetur ,labrorum tenus2 interea perpotet amarum ,absinthi laticem deceptaque non capiatur1 ,sed potius tali tacta recreata valescat4 ,luc4 ,lib4 #d4 ,illustration3 ,voil celle que tu veux pouser fremis1 tu ne la reverras plus4 ,,aline ,,et ,,valcour1 ,,ou ,,le ,,roman ,,philosophique4 crit la ,bastille un an avant la ,rvolution de ,france4 ,,orne ,,de ,,seize ,,gravures4 ,,paris1 ,chez la veuve ,,girouard1 ,libraire1 maison galit1 ,galerie de ,bois1 ,n4 #aif4 #agie4 ,,aline ,,et ,,valcour4 ,,lettre ,,lxv4 ,valcour ,dterville4 ,dijon1 ce #bj avril4 ,j'arrive ici pour en partir demain2 peut-tre me serais-je rendu tout de suite en ,savoye1 si ma sant me l'et permis2 mais j'ai besoin de quelques jours de repos4 ,oh mon cher ,dterville6 quelle funeste sparation6 4 4 4 ,l'horreur qui l'accompagna1 mes blessures mal guries1 4 4 4 l'affreuse agitation de mon ame1 4 4 4 d'horribles pressentimens1 fruits des dtails de ces cruels adieux 4 4 4 ,tout1 4 4 4 tout1 mon ami1 me met hors d'tat de poursuivre2 et il faut1 avant d'aller plus loin1 que je dpose un moment dans ton cur1 le chagrin dvorant qui tourmente le mien4 coute les circonstances lugubres de cette dernire entrevue2 et dit1 si tu n'y vois pas comme moi1 l'arrt du ,ciel crit en traits de sang4 ,aprs t'avoir embrass le #h au soir1 pour mieux dguiser encore mon dpart de ,paris1 je rsolus d'en sortir dans l'habillement de chasseur1 qui m'tait enjoint pour le rendez-vous4 ,ce fut donc en cet tat que je voyageai1 seul1 et pied1 jusqu' ,orlans1 tandis que mon laquais1 escortant mes malles1 allait m'attendre ,montargis2 peu au fait de la route qu'il fallait suivre pour gagner d',orlans le village indiqu1 m'imaginant nanmoins avoir plus de temps qu'il n'en fallait pour m'y trouver l'heure prescrite1 je partis de la ville le quinze1 environ sept heures du matin 4 4 4 ,mais quelle fut ma surprise1 lorsqu'aprs avoir march dans la fort jusqu' prs de midi1 4 4 4 m'informant d'un bucheron si j'tais loin de ,vertfeuille1 on me rpondit qu'on ne connaissait point d'endroit de ce nom 4 4 4 ,oh ciel6 me dis-je1 elles vont m'attendre 4 4 4 ,ne me voyant point1 leur inquitude sera terrible2 et me voil moi-mme absorb de toute celle que leurs ames sensibles vont daigner prendre pour moi 4 4 4 ,que devenir dans cette fatale circonstance8 ,point de maison plus de trois lieues o je pus prendre le plus faible renseignement1 4 4 4 au centre d'une fort1 dans un pays que je ne connaissais point3 4 4 4 un moment je voulus retourner la ville1 4 4 4 l'instant d'aprs1 cette ide s'vanouissait par l'espoir de rencontrer quelqu'un de plus instruit4 ,dans cette cruelle alternative1 je priai le paysan que je venais d'interroger de me conduire la plus proche maison4 --,je m'en garderais bien1 me rpondit-il 4 4 4 ,vous tes braconier n'est- ce pas8 ,et la maison o vous voulez que je vous mne1 est remplie de gardes1 qui ne vous ferait aucune grace2 je ne serai point l'auteur de votre perte 4 4 4 loignez-vous plus-tt1 c'est ce que vous avez de mieux faire4 ,je vis alors que ce dguisement1 qui n'avait nul danger dans les environs de ,vertfeuille1 en avait quelqu'un dans une position diffrente1 et sur-tout avec l'impossibilit de se nommer4 ,je pris donc cong de mon homme et fis encore quatre lieues1 m'orientant comme je le pouvais1 sans rencontrer personne1 lorsque tout--coup le temps s'obscurcit4 ,n'appercevant rien aux environs1 et voyageant toujours au hazard dans les routes cartes de ce bois1 je n'eus d'autre parti prendre pour dcouvrir d'un peu loin1 que de gravir un arbre1 et d'observer de son sommet s'il ne se prsentait nul azyle1 4 4 4 ,je n'en vis point 4 4 4 ,cependant mes forces s'puisaient1 4 4 4 l'agitation cruelle de mon ame m'empchait d'prouver la faim1 mais j'tais ananti de fatigue4 ,je sentis bien qu'il me devenait impossible d'aller plus loin1 et ne voulant point coucher sur la route1 je m'enfonai dans l'paisseur du bois2 4 4 4 peine y suis-je1 que la nuit la plus sombre tend ses voiles sur toutes les parties de la fort2 peu--peu la vote de l'atmosphre se couvre de nuages qui augmente l'effroi de l'obscurit2 quoique la saison ft peu avance1 des clairs sillonnans la nue1 m'annoncent un orage affreux1 les vents sifflent1 4 4 4 leurs prodigieux efforts brisent les arbres autour de moi2 4 4 4 le feu cleste clate de toutes parts1 4 4 4 vingt fois il tombe mes cts1 4 4 4 vingt fois je me crois assez heureux pour toucher ma dernire heure1 quand tout--coup le son d'une infinit de cloches lugubres vient prter cette scne douloureuse toute l'horreur dont elle est susceptible4 ,de noires chimres achvent d'garer ma raison2 4 4 4 ce dchanement de toute la nature1 4 4 4 ce silence pouvantable qui n'est troubl que par le mugissement des airs1 par les clats de la foudre1 et par ce bruit majestueux de l'airain1 tristement lanc vers le ciel1 me fait craindre que je ne sois pas le seul que menace en ce jour la colre de ,dieu 4 4 4 ,infortun1 m'criai-je1 4 4 4 elle est morte2 et ces sinistres devoirs1 dont les accents plaintifs viennent frapper mon oreille1 n'ont pour objet que mon ,aline 4 4 4 ,mille phantmes semblent alors voltiger prs de moi2 4 4 4 je crois distinguer parmi eux l'ombre chrie que j'idoltre1 et lorsque je veux me prcipiter vers elle1 un torrent de flamme l'enveloppe et la fait disparatre mes yeux 4 4 4 ,je me roule terre1 je dsire que ce sol inond que je presse1 s'entrouve pour me recevoir2 et ma raison m'abandonnant tout--fait1 je demeure le reste de la nuit dans cette attitude de la douleur et du dsespoir4 ,les vents se calment enfin1 l'toile brille1 4 4 4 le ciel s'claircit1 4 4 4 et mon ame1 qui vient d'tre le jouet des lmens mutins1 comme les chnes qui m'environnent1 ose se r'ouvrir l'esprance1 comme leurs rameaux courbs sous l'aquilon imptueux1 se redveloppent avec majest dans les airs4 ,je me remets en route1 avec le seul projet de retourner la ville 4 4 4 ,j'y fus rendu le seize1 six heures du matin2 et m'tant un peu repos1 j'en repartis huit1 prcd d'un guide1 qui se chargea de me conduire en moins de cinq heures au village du ,haut-,chne4 ,j'y arrivai en effet sans accident2 et ne voulant pas que cet homme ft tmoin de ce que j'allais y faire1 je le congdiai sitt qu'il m'eut montr le hameau4 ,oh monsieur6 me dit la mre de ,colette1 ds qu'elle me vit entrer chez elle1 avec quelle impatience ces dames vous ont attendu hier4 ,vous leur avez donn bien de l'inquitude3 elles ne sont sorties qu' la nuit tout en pleurs2 et je suis bien sre qu'elles n'auront pas t retires avant l'orage 4 4 4 ,pars1 pars1 ,colette1 ajouta-t-elle1 en s'adressant sa fille2 va tt les avertir mon enfant2 tu sais comme elles nous l'ont recommand1 quitte tes sabots pour aller plus vte2 4 4 4 et vous1 brave homme1 reposez- vous pendant ce temps2 4 4 4 hlas6 continuait cette bonne femme1 en m'offrant tout ce qu'elle avait chez elle1 nous sommes bien pauvres1 monsieur3 et nous ne vous prsenterons pas grand chose1 mais ce sera de bon cur2 ah6 sans les charits de madame et de mademoiselle1 il y aurait peut-tre bien long-tems que nous ne serions plus de ce monde1 ni mon enfant1 ni moi1 mais ce sont de si bonnes ames monsieur2 il y en a qui attendent que les malheureux viennent les trouver pour les secourir2 mais celles-ci les cherchent3 elles ne vivraient point si elles ne les soulageaient pas 4 4 4 ,aussi il faut voir comme nous les aimons1 si elles avaient besoin de notre sang nous le verserions tout--l'heure goutte goutte1 et nous croirions encore n'avoir rien fait4 ,mon cur s'panouissait en coutant de tels rcits1 4 4 4 de douces larmes remplissaient mes yeux 4 4 4 ,est-il une flicit plus vive que celle d'entendre louer ce qu'on aime6 ,enfin ,colette revint essoufle2 elle avait fait ses quatre lieues toujours en courant1 et n'avait pas mis deux heures les faire4 ,elles me suivent1 dit cette pauvre enfant tout en sueur1 4 4 4 elles me suivent1 monsieur2 allez1 je leur ai bien fait du plaisir 4 4 4 ,ma mre1 ajouta-t-elle1 en se jetant au col de la vieille1 a les a rendu si aises1 que madame a dit qu'elle allait me donner les dix moutons qu'il me faut pour pouser ,colas1 je l'pouserai ma mre1 je l'pouserai1 n'est-ce pas8 4 4 4 ,et ne pouvant tenir l'innocente joie de cette petite fille1 4 4 4 oui1 oui1 vous l'pouserez mon enfant1 lui dis-je2 voil dix louis1 c'est tout ce que j'ai maintenant1 recevez-les pour le bouquet de nces1 il est juste que je partage la reconnaissance d'un service qui m'est bien plus prcieux encore1 qu'aux amis que vous m'annoncez2 4 4 4 peine avais-je dit1 que ces dames entrrent 4 4 4 ,madame de ,blamont se jeta la premire dans mes bras et mon ,aline en larmes lui succda bien promptement4 ,aprs avoir press sur mon cur ces personnes si chres1 aprs les avoir accabl l'une et l'autre de ces dlicieuses caresses1 que l'ame prodigue et que l'esprit ne peint point1 la conversation devint plus rgle2 4 4 4 nous nous assmes 4 4 4 4 4 4 ,cette respectable mre me donna les conseils les plus sages et les meilleurs1 4 4 4 elle me fit part de ses esprances1 de ses projets pour les raliser2 elle me dit tout ce qu'elle avait fait 4 4 4 les lueurs qu'elle apercevait encore1 4 4 4 les moyens prendre pour russir2 4 4 4 en un mot1 l'en croire1 je dois regarder mon bonheur comme sr cet automne2 4 4 4 elle m'ordonna de revenir cette poque 4 4 4 ,notre commerce de lettres s'arrangea1 nous le rglmes sur la carte mme1 en raison des diffrentes villes o je devais passer2 4 4 4 toutes deux me firent promettre d'tre exact dans mes rponses 4 4 4 ,je voulus un instant parler madame de ,blamont1 de mes craintes sur l'intrt qu'elle voulait bien prendre moi1 cela ne pouvait-il pas la plonger dans de nouveaux malheurs 4 4 4 ,que n'y avait-il pas redouter d'un poux furieux1 toujours tellement dchan contre mes sentimens pour sa fille8 ,et je lui peignis de la plus vive manire combien j'tais sensible tous les maux qu'elle prouvait pour moi 4 4 4 ,elle tourna vers les miens ses beaux yeux mouills de larmes2 4 4 4 eh qu'importe mon ami6 me dit-elle1 qu'importe d'tre un peu plus1 un peu moins malheureuse1 je la serais tout de mme sans vous1 j'ai du moins pour consolation de l'tre en vous servant2 4 4 4 une de ses mains pressa la mienne ces mots1 et ma bouche s'imprimant sur cette main chrie1 y grava les baisers de l'amiti et de la reconnaissance la plus vive 4 4 4 ,mon ami1 me dit ,aline1 en m'attirant vers elle1 vous me promettez de m'crire1 4 4 4 vous me jurez bien d'tre exact8 --,oh ciel6 pouvez-vous en douter8 4 4 4 ,eh bien6 continua cette fille adore1 en me remettant un porte-feuille superbe2 4 4 4 tenez1 je veux que ceci ne soit destin que pour mes lettres2 4 4 4 je vous defends de l'employer d'autre usage 4 4 4 ,je saisis ce meuble prcieux2 4 4 4 je le baise1 4 4 4 je le dvore2 4 4 4 un ressort part1 et le portrait de mon ,aline vient enivrer -la-fois et mon ame et mes yeux2 au bas de ce portrait chri1 son sang1 4 4 4 le sang de la divinit que j'idoltre avait trac deux lignes1 qui s'imprimrent aussi-tt dans mon ame2 c'est d'aprs elle c'est d'aprs ce sanctuaire o rgne jamais son image1 que je vais les offrir tes yeux1 ,,pensez ,,toujours ,,moi1 ,,et ,,que ,,cette ,,id,e ,,soit ,,la ,,base ,,de ,,toutes ,,vos ,,actions2 les voil ces lignes chries1 les voil ,dterville3 puisse me rduire en poudre la main de l'ternel1 au moment o ce qu'elles contiennent ne fera pas la loi de ma vie4 ,le sang dont je me suis servi pour crire ces mots est pris de-l1 me dit ,aline1 en pressant ma main sur son cur1 ce sont les expressions de ce cur qui vous adore1 graves par le sang qui l'agite 4 4 4 ,que tout cela vous soit cher1 mon ami1 et n'oubliez pas une malheureuse fille qui vous fait serment aux pieds de sa mre de ne jamais vivre que pour vous1 4 4 4 elle s'y met en disant ces mots2 4 4 4 et cette mre respectable1 aussi mue que ceux qui l'entouraient1 4 4 4 prt la main de sa fille1 la mit dans la mienne1 4 4 4 et me dit3 4 4 4 oui1 ,valcour1 4 4 4 elle est vous1 je prends le ciel tmoin que mon consentement ne se donnera jamais d'autre2 je me jette aussi- tt dans les bras de ces deux chres amies1 et mon silence ici plus loquent que mes paroles1 les convainc que mon ame enflamme se runit la leur pour y rester en dpt jusqu'au dernier jour de ma vie4 ,cependant la nuit s'approchait1 4 4 4 il s'agissait de la sparation1 madame de ,blamont croit avoir la force d'en marquer le moment1 elle se lve sans me regarder2 4 4 4 sa fille l'entend2 4 4 4 elle veut en faire de mme3 4 4 4 ses genoux flchissent et elle retombe en larmes sur sa chaise2 4 4 4 alors madame de ,blamont lui dit avec une fermet noble 4 4 4 ,je perds un ami comme vous1 ma fille 4 4 4 ,l'esprance de le revoir me soutient1 et j'ai le courage de m'en sparer4 ,mais ,aline n'coutait plus rien1 elle tait tendue dans mes bras2 elle mlait ses larmes aux miennes1 et l'on n'entendait plus d'elle que les cris amers de la douleur et les sanglots du dsespoir6 4 4 4 ,madame de ,blamont se rasseoit2 4 4 4 elle prend une main de sa fille et la baise avec transport2 cette vive caresse produit l'instant dans l'ame d',aline1 la diversion qu'a prvu cette femme spirituelle et sensible 4 4 4 ,elle se retourne vers sa mre2 4 4 4 elle se cache dans son sein1 elle y rpand un nouveau torrent de larmes1 4 4 4 et madame de ,blamont se relevant aussi-tt1 4 4 4 l'emportant pour- ainsi-dire dans ses bras1 essaye de lui faire franchir le seuil de la porte1 et pendant ce temps1 sur un signe1 je disparais dans une autre chambre2 4 4 4 lan sacr d'une ame imptueuse2 4 4 4 pressentiment cruel qui remplit encore la mienne de trouble et d'effroi 4 4 4 ,cette chre fille se retourne vers la place qu'elle quitte1 et o elle me croit encore1 4 4 4 ne m'y voyant plus1 elle se dbarrasse des bras de sa mre1 franchit d'un trait l'intervalle qui nous spare1 arrive comme l'clair dans la chambre o je la fuis et y tombe mes pieds1 sans mouvement1 4 4 4 c'est alors o mon cur clate1 4 4 4 o nulle considration n'en peut calmer l'effervescence 4 4 4 ,je me prcipite sur cette chre amie1 je la presse sur mon sein1 4 4 4 nos corps enlacs comme nos ames1 semblent ne plus faire qu'une masse1 qu'aucun effort ne saurait dsunir1 et ma raison ne revient enfin1 que par le dsir de rendre la vie celle qui dchire la mienne2 4 4 4 celle qui suspend -la-fois par la douleur toutes les facults de mon existence4 ,fuyez1 me dit madame de ,blamont1 en faisant tendre sa malheureuse fille sur un lit2 4 4 4 fuyez1 il vaut mieux qu'en revenant elle1 elle ne vous trouve plus sous ses regards 4 4 4 ,allez divin ami1 continua-t-elle1 en me tendant les mains2 4 4 4 souvenez-vous de cette scne2 rappelez-vous combien vous tes aim1 et1 si vous croyez que ma fille me soit chre1 persuadez-vous1 4 4 4 ou qu'on m'arrachera le jour1 ou qu'elle ne sera jamais qu' vous2 et m'tant prostern sur cette main chrie1 l'ayant arrose des larmes de ma reconnaissance et de ma tendresse1 j'ose lever encore une fois les yeux sur l'idole adore de mon cur2 je lui adresse1 sans en tre entendu1 les dernires expressions de mon amour1 et m'lance dans la fort1 avec le dessein de gagner ,orlans le mme soir1 4 4 4 elles m'apprendront j'espre les suites de cette triste sparation1 je t'implore pour l'obtenir d'elle1 avec les plus grands dtails 4 4 4 ,finissons ceux qui me regardent4 ,je n'eus pas fait deux lieues1 que la nuit qui tomba tout--coup me fit craindre de m'garer comme la veille1 l'tat dans lequel j'tais d'ailleurs1 ne permettant pas mme mon esprit1 la possibilit de me conduire1 je rsolus d'attendre au pied d'un arbre1 que l'astre en venant consoler la terre1 ramena1 s'il tait possible1 un peu de calme au fond de mon cur agit4 ,je m'tendis au pied d'un chne antique1 et m'abymant dans mes ides1 me livrant la sombre mlancolie qui semblait appesantir -la-fois tous mes sens2 je trouvai par la violence mme de mes chagrins la possibilit d'un instant de repos1 4 4 4 que n'eut pas obtenu mon ame dans un tat1 ou moins anantie1 la douleur l'eut presse avec moins de force4 ,je m'endormis1 4 4 4 peine le fus-je1 qu'un fantme effroyable apparut aussi-tt mes sens enchans 4 4 4 ,je le vois encore 4 4 4 ,j'cris que je rvais1 4 4 4 mais je n'oserais pas l'affirmer1 4 4 4 l'impression fut trop vive2 4 4 4 non1 mon ami1 je ne rvais pas 4 4 4 ,je l'ai vu ce fantme1 4 4 4 il tait vtu de noir1 4 4 4 il avait une figure que je peindrais sans doute1 4 4 4 il avait celle du pre d',aline 4 4 4 il tenait la main1 4 4 4 pardonne mon dsordre1 4 4 4 il tenait par les cheveux la tte de cette fille chrie1 4 4 4 il la secouait sur mon sein2 4 4 4 il mlait les flots de sang qui en dcoulaient ceux qui jaillissaient de mes blessures r'ouvertes2 4 4 4 et il me disait en m'offrant cet pouvantable spectacle2 4 4 4 oui1 mon ami1 il me le disait2 4 4 4 ses paroles ont frapp mon oreille1 je ne dormais point2 4 4 4 il me disait le cruel3 4 4 4 ,voil celle que tu veux pouser2 4 4 4 frmis1 tu ne la reverras plus4 ,j'ai jett mes bras vers ce fantme1 j'ai voulu lui ravir cette tte prcieuse et la porter sanglante sur mes lvres1 mais je n'ai pu saisir qu'une ombre3 tout a disparu dans l'instant1 il n'est plus rest de rel que la terreur et le dsespoir4 ,je me suis lev dans une mortelle agitation2 4 4 4 j'ai poursuivi ma route au hasard4 ,diffrentes ombres gigantesques produites par les reflets de la lune sur les arbres qui m'environnaient1 semblaient prter encore plus de ralit la vision lugubre que je venais d'avoir4 ,en ce moment cruel1 j'aurais donn ma vie pour entendre encore une seule parole de mon ,aline1 pour fixer un instant ses regards2 -la-fois mu par mille penses diffrentes2 4 4 4 en proie tour--tour mille tourmens divers2 tantt je voulais revoler sur mes pas1 tantt je voulais terminer mes jours1 pour ne pas survivre au moins celle que mon imagination venait de me faire voir expire 4 4 4 ,enfin le soleil se leva1 et mieux conduit par le hasard1 que par l'incertitude de mes pas chancelans1 je rentrai dans la ville1 dont je repartis au bout de quelques heures pour joindre mon domestique ,auxerre1 et gagner comme je le pourrais1 ,dijon d'o je t'cris2 4 4 4 que je quitterai bientt galement pour sortir enfin de ,france1 et mriter par l'exacte excution des ordres qui me sont donns1 l'estime et la confiance des deux sincres amies qui ont bien voulu me les prescrire2 adieu1 voil une lettre bien longue et des dtails bien dchirans1 mais on calme ses maux en les versant dans le sein d'un ami4 ,presse-toi d'aller voir ces deux objets de ma tendresse2 instruis-moi de leur sort2 4 4 4 entretiens-les de moi2 4 4 4 rapporte-moi jusqu' leurs moindres penses1 et songe que les vritables soins de l'amiti sont de servir l'amour au dsespoir4 ,,lettre ,,lxvi4 ,aline ,valcour4 #a ce #bb avril1 ,verfeuille4 ,pourquoi faut-il que la premire lettre que je vous cris depuis votre dpart1 soit trace d'une main tremblante8 eh quoi6 ,jamais les expressions de mon cur ne vous parviendront que par des sanglots1 ce seront toujours des flots de larmes qui les feront arriver vous2 mais prenons ces dtails de l'instant fatal o vous vous arrachtes de vos malheureuses amies2 l'tat affreux dans lequel j'tais1 engagea ma mre coucher dans la maison de ,colette2 elle y passa la nuit prs de moi1 nous l'envoyames dire au chteau pour qu'on ne fut pas inquiet et y revnmes dner le lendemain 4 4 4 ,cette protge de mon pre1 cette ,augustine dont je vous ai quelquefois parl1 parut la plus surprise de cette lgre absence1 et nous ne pmes nous empcher de remarquer ma mre et moi1 qu'il entrait dans ses questions infiniment plus de curiosit que d'intrt1 4 4 4 nous ne doutmes pas de ce moment qu'elle ne fut ici la surveillante que le prsident a plac prs de nous2 4 4 4 nous la garderons pourtant1 ma mre veut tre exacte aux conventions2 4 4 4 mais nous saurons nous en mfier 4 4 4 ,je ne sais1 4 4 4 depuis que nous sommes ici1 4 4 4 je trouve cette crature quelque chose d'gar dans les yeux2 4 4 4 elle les a superbes1 et cependant ils effrayent4 ,elle avait autrefois de la candeur2 4 4 4 une sorte de dcence et d'honntet dans le maintien qui relevaient l'clat de ses attraits 4 4 4 tout cela n'est plus aujourd'hui que de la fiert1 de l'indcence et de l'immodestie 4 4 4 ,oh6 comme le vice enlaidit6 cette malheureuse tait belle tant sage2 4 4 4 elle a toujours la mme figure1 et l'on ne la voit plus sans dgot 4 4 4 ,voil donc l'ouvrage de la sduction1 4 4 4 de la dbauche1 et le caractre du crime est tellement ennemi de la nature1 que par-tout o s'impriment les traits odieux de l'un1 tous les agrmens de l'autre1 ou disparaissent ou se fltrissent4 ,tout fut tranquille jusqu'au #ah4 ,ce jour-l1 vers trois heures1 ma mre se trouva indispose2 4 4 4 le lendemain elle eut de la fivre1 accompagne de maux de tte1 de psanteur1 et d'un peu d'irritation dans les entrailles4 ,le #bj1 elle se trouva mieux1 son mdecin dit que ce n'tait rien2 ne trouvant aucune espce de danger1 il ne prescrivit que les remdes analogues un peu de plnitude et partit4 ,tout le #ba1 le calme se soutint1 4 4 4 aujourd'hui les douleurs se renouvellent1 quoiqu'elle ait observ le plus grand rgime 4 4 4 la fivre est plus forte que le premier jour 4 4 4 les maux de tte plus aigus1 et les douleurs d'entrailles plus vives 4 4 4 ,nous attendons le mdecin2 4 4 4 mais l'heure du courrier m'obligera de faire partir ma lettre avant que je ne puisse vous mander le rsultat de sa visite4 ,on lui a remis tantt un billet fort tendre de mon pre 4 4 4 il vient1 dit-il1 d'apprendre son tat 4 4 4 son inquitude est extrme2 sans la crainte de dranger les conventions1 il volerait elle 4 4 4 ,il lui demande dans ce moment-ci la permission de n'couter que son cur2 j'ai rpondu1 au nom de ma mre1 qu'il tait le matre de faire ce qu'il voudrait1 mais qu'elle supposait son indisposition trop lgre pour que cela valt la peine de lui faire faire un voyage4 ,valcour6 dans quel trouble est votre ,aline6 concevez-vous le tourment qui l'agite 4 4 4 supposez-vous l'tat de son ame8 rien ne m'annonce heureusement encore le revers dont je tremble1 mais s'il arrivait ce revers effrayant6 si j'allais perdre cette tendre amie6 4 4 4 si la main du ciel allait briser les plus doux nuds de ma vie6 ,vous allez me gronder 4 4 4 je le mrite 4 4 4 vous allez me dire que mon imagination toujours sombre1 vole au-devant des malheurs et les ralise plaisir 4 4 4 ,eh bien6 pensez ce qu'il vous plaira1 mais je ne suis pas moi en crivant ces lignes1 un frmissement involontaire conduit les mots que ma main grave 4 4 4 il me les dicte ou les suspend 4 4 4 -- ,mon ami1 croyez-vous que je pus survivre celle dont j'ai reu le jour8 4 4 4 ,vous qui savez combien je l'aime1 le supposez-vous un instant8 4 4 4 ,ds que par cette perte affreuse je perdrais -la-fois et l'espoir de lui consacrer ma vie1 et celui de la passer avec vous 4 4 4 ,vous imaginez que 4 4 4 oh6 non1 non1 soyez sur1 je vous en fais ici le serment2 non je ne lui survivrais pas une minute 4 4 4 ,j'aurais bientt tranche le cours d'une vie qui ne m'offrirait plus que des douleurs4 ,je suis bien loin de croire 4 4 4 mon ami6 qu'il y ait du mal finir ses jours quand ils ne peuvent servir ni notre bonheur ni celui des autres 4 4 4 ,ah6 la vie n'est pas un fardeau qu'il nous faille traner malgr nous6 4 4 4 cette ame 4 4 4 image du ,dieu qui l'a cre1 un peu plutt dgage de ses liens1 n'en revolera pas moins pure dans le sein de son pre4 ,si ce n'est que pour languir1 que ces ames sont quelqu'instans enfermes dans nos corps1 si leur vritable destination est prs du ,dieu dont elles manent1 pourquoi ne pas les y runir8 ,l'envie de se rejoindre son auteur1 peut-elle donc jamais tre un crime8 ,c'est l'tre qui croit que tout prit avec lui 4 4 4 dont la faible imagination ne peut s'lever au sublime dogme de l'immortalit de l'ame1 qui doit craindre la mort1 et frmir de se la donner2 mais celui qui ne voit l'enveloppe grossire qui captive cette brillante portion de son ,dieu1 que comme une prison o rien ne l'oblige s'arrter1 peut en dtruire les liens quand on les lui rend trop aigus2 4 4 4 celui qui ne voit cette vie que comme un passage1 peut se dtourner vers l'hospice1 quand on sme sa route d'pines 4 4 4 ,quelle atteinte reoit-elle donc alors cette ame immortelle8 4 4 4 ,les coups qui la dgagent peuvent-ils donc l'atteindre8 ils dsorganisent un peu de matire1 dont la forme est gale la nature2 et qu'importe que les lmens qui nous composent existent de telle ou telle manire1 il n'est pas en nous de les dtruire1 nous n'anantissons rien en nous donnant la mort1 nous ne faisons que varier des modifications1 et ce droit qui nous est donn par la nature ne contrarie aucune de ses loix1 puisqu'il n'enlve rien ses bses 4 4 4 ces lmens indestructibles qu'elle-mme varie chaque jour sous mille formes diffrentes 4 4 4 ,mais supposons un moment que je fusse dans une telle situation1 qu'il me devint impossible de vivre sans tre cause d'une foule de crimes1 et sans pouvoir viter d'tre contrainte en commettre moi-mme2 croyez-vous mon ami que cet tat perptuel de dsordre et de dsespoir1 n'irriterait pas bien plus la divinit que le lger mal que je ferais en me donnant la mort8 ,et dans toutes les suppositions possibles 4 4 4 un crime1 si vous voulez que cela en soit un1 n'est-il pas prfrable deux cents8 mais si je n'en fais pas un en me tuant 4 4 4 si je suis fermement convaincue qu'il doit m'tre permis de briser mes fers quand ils me gnent1 alors l'action qui me soustrait des millions de crimes certains1 n'est-elle pas louable au contraire8 ne me devient-elle pas un titre aux bonts de l'ternel8 ,eh6 notre existence est-elle donc si prcieuse1 pour qu'une crature de plus ou de moins dans l'univers puisse tre regarde comme quelque chose de bien important6 ,quoi1 ce sera au nom d'un ,dieu de paix1 qu'un gnral d'arme pourra sacrifier vingt-mille hommes en un jour2 il reviendra de ce carnage couvert d'honneurs et de lauriers1 et ce seront des fltrissures et des opprobres que vous apprterez au malheureux qui ne faisant tort qu' lui-mme 4 4 4 qui press de jouir de la lumire cleste 4 4 4 qui jaloux de quitter promptement le sjour de la fausset1 de l'gosme1 du libertinage et du crime1 aura dtruit sa fragile existence pour revoler plutt vers son ,dieu6 qui donc appartiendra ma vie1 si ce n'est moi8 ,qui donc en pourra disposer1 si ce n'est moi8 ,si cette vie est un don de ,dieu1 il ne peut exiger que je regarde ou respecte ce don1 comme convenable moi1 que tant que rien ne peut m'empcher de voir ainsi2 mais quand ce bienfait devient onreux1 quand il pse au lieu de me servir1 je puis le rendre sans crainte celui de qui je l'ai reu4 ,je suis une ingrate1 sans doute1 si voulant jouir de ce bienfait1 je souille de crimes cette carrire qu'il ne m'est permis de suivre que pour glorifier celui qui m'y place2 mais si c'est au contraire la crainte d'tre expose en commettre1 qui m'oblige rendre le don que je profanerais en le gardant1 je ne fais assurment aucun mal m'en dfaire4 ,mon ami6 pardon de ces ides 4 4 4 une puissance plus forte que moi me les inspire 4 4 4 ,si cette voix qui me les dicte allait m'obliger les suivre 4 4 4 si j'allais vous laisser sur la terre6 4 4 4 si vous alliez perdre celle que vous avez tant aime6 chririez-vous toujours sa mmoire 4 4 4 vous occuperiez-vous de cette tendre ,aline8 vivrait-elle toujours dans votre pense8 serait-elle sans cesse l'ame de votre vie 4 4 4 l'lment de votre existence8 4 4 4 6 mon cher ,valcour6 s'il daigne m'couter ce ,dieu que j'implore 4 4 4 je lui demanderai pour grace 4 4 4 que le souffle qui anima jadis le corps de celle que vous aimiez1 puisse venir quelquefois agiter le votre2 et si j'obtiens cette faveur1 observez les jours o vous m'aimerez le mieux 4 4 4 remarquez ceux o je vous semblerai plus prsente2 4 4 4 ces jours-l mon ami seront ceux1 o l'ame de votre ,aline aura obtenu de revivre en vous1 o vous ne serez plus anim que par elle 4 4 4 ,ma mre sonne 4 4 4 j'avais profit d'un instant de repos pour vous crire 4 4 4 elle s'veille 4 4 4 ,dieu6 elle est plus mal que jamais2 des frissons 4 4 4 des vomissemens2 4 4 4 infortune que je suis 4 4 4 plus rien d'obscur pour moi dans l'avenir 4 4 4 il est bris ce voile affreux qui sparait ma vie2 toutes les horreurs que j'entrevoyais au-del1 s'avancent moi sous la faux de la mort 4 4 4 l'ange des tnbres entr'ouvre le cerceuil1 et votre malheureuse ,aline n'a plus qu'un pas pour y descendre4 ,footnote #a4 ,toutes les suivantes commencer par celle-ci furent adresses ,chambri1 o il tait convenu que ,valcour devait tre pour lors4 ,,lettre ,,lxvii4 ,dterville ,valcour4 #a ,vertfeuille1 ce #f mai4 ,ils ne sont plus ces jours heureux o ma main occupe te transmettre des faits intressans1 passait les jours entiers dissiper tes peines1 en t'amusant des mmes rcits qui charmaient les objets de ta tendresse2 vois maintenant les traits de cette plume funbre1 comme autant de serpens cruels qui vont dchirer ton cur2 frmis en ouvrant ce paquet1 je ne te dirai point1 ranime ton courage2 4 4 4 je ne t'engagerai point te consoler4 ,je te connatrais mal ou t'estimerais peu1 si tels taient les accents de la voix qui te parle1 4 4 4 non1 4 4 4 lis1 et meurs 4 4 4 ,je ne te retiens plus une existence trop cruelle pour toi1 aprs les pertes que tu viens de faire 4 4 4 ,renonce la vie1 ,valcour1 elle ne peut plus t'offrir que des pines1 unis ton ame celles de tes amies 4 4 4 encore une fois1 lis1 te dis-je1 et descends au tombeau4 peine eus-je appris l'tat de madame de ,blamont1 que je courus ,vertfeuille1 on venait de m'envoyer un homme cheval pour me prier de ne pas perdre un instant2 le mme courrier m'apportait une lettre pour le comte de ,beaul1 qu'on invitait se joindre moi2 4 4 4 il venait de partir la veille pour des inspections presses sur les ctes2 je mis sa lettre la poste1 incluse dans une de moi1 et j'arrivai seul le vingt-quatre2 je trouvai1 comme tu t'imagines aisment1 tout le monde dans une extrme dsolation1 l'accident de notre respectable amie devenait trs-grave1 le renouvellement du vingt-deux avait eu des simptmes aussi singuliers qu'effrayans1 et le mdecin me dit tout bas1 que si le mieux ne se dcidait pas le lendemain1 il ne rpondait pas trois jours de la malade4 ,je me gardai bien d'annoncer une telle nouvelle ton ,aline1 son cur ne la lui prsageait que trop1 comme sa mre m'attendait1 disait-on1 avec impatience1 je m'approchai sur-le-champ d'elle pour lui demander ses ordres1 et lui tmoigner la part que je prenais son tat4 ,elle me tendit la main ds qu'elle m'apperut1 et la pressant1 oh6 mon ami6 je crains bien que nous n'allions nous sparer1 me dit-elle1 4 4 4 mais quand elle vit que je la rassurais1 --eh bien6 reprit-elle1 quoiqu'il en soit1 j'ai voulu vous voir et vous recommander mes dernires volonts4 --,cette prcaution est encore inutile1 pourquoi se noircir l'imagination quand il existe autant d'espoir8 --,cela ne fait pas mourir1 mon ami 4 4 4 cela ne fait pas mourir1 et cela tranquillise3 en disant ces mots1 elle me remit un papier et me pria de le lire4 ,comme cet crit contenait beaucoup d'articles qui1 quelque intrt que tu puisses prendre cette digne femme1 sont pourtant de peu de consquence pour toi1 je ne te parlerai que des plus importans4 ,marie1 spare de biens1 et pouvant disposer de ce qu'elle avait1 elle laissait tout sa fille ,aline1 sous la clause exacte de t'pouser1 et elle demandait pour unique et dernire grace son mari1 de ne pas contraindre la volont de sa fille sur une affaire o tenait absolument le bonheur ou le malheur de la vie4 ,dans le cas o ,aline serait contrainte un autre mariage1 elle ne la privait pas de son bien1 mais elle voulait qu'elle en disposa seule1 et que ce bien n'entrt point dans la communaut 4 4 4 ,elle fondait un hpital de six lits ,vertfeuille1 uniquement destin pour les habitans du lieu1 et l'on trouverait chez son notaire l'argent utile cet tablissement 4 4 4 ,elle demandait un enterrement des plus simples dans la paroisse de sa campagne1 mais elle dsirait que tous les pauvres de l'tendue de ses domaines fussent nourris neuf jours1 soir et matin et servis par ses gens dans la grande salle du chteau 4 4 4 ,elle voulait qu'une petite bote qu'elle me remettait1 contenant son portrait1 dans un entourage de quinze mille francs de pierreries1 te fut envoye sans dlai le lendemain de sa mort 4 4 4 ,elle voulait que ses superbes cheveux1 fussent coups et remis sa fille 4 4 4 ,elle laissait un bijou de douze mille francs ,lonore1 et ,sainville une autre belle bote o se trouvait encore son portrait4 ,cet crit finissait par de sages avis son ,aline2 par des conseils remplis de murs et de pit2 ensuite elle conjurait cette tendre fille de ne jamais choisir d'autre spulture que celle o sa mre allait tre dpose 4 4 4 ,elle me nommait excuteur testamentaire de ses legs et de ses volonts1 et m'enjoignait au nom de l'amiti qui nous avait toujours unis1 l'exactitude la plus entire la tenue de tous les articles contenus dans l'crit qu'elle me remettait4 ,ds qu'elle vit que j'avais lu1 elle me demanda avec empressement1 si je lui jurais de remplir ce quoi elle m'engageait 4 4 4 ,je le lui promis en lui serrant les mains1 elle me sourit1 me dit que je lui prouvais bien que j'tais son ami1 et que depuis cette assurance elle se trouvait beaucoup plus tranquille1 elle dormt effectivement prs de trois heures la nuit du #bd au #be2 mais en se rveillant vers les deux heures du matin1 elle appela ,aline qui n'avait jamais voulu quitter le chevet de son lit1 elle la pressa sur son sein1 et lui dit qu'elle se sentait plus mal4 ,cette tendre fille fondit en larmes2 alors madame de ,blamont se contraignit1 pour ne pas trop affecter celle qui partageait si cruellement ses douleurs1 elle la conjura d'aller prendre quelqu'instans de repos1 lui assurant que je la remplacerais2 mais ,aline ne voulut jamais cder personne le charme qu'elle trouvait soigner sa mre1 elle dit qu'elle ne s'en rapportait qui que ce fut2 4 4 4 que les hommes ne s'entendaient pas ces sortes de choses1 et ni prires1 ni instances1 ni ordres ne purent lui faire quitter sa place4 ,comme elle tait intressante1 mon ami1 dans l'emploi de ces devoirs sacrs1 4 4 4 ple1 4 4 4 les yeux battus1 4 4 4 chevele1 sous un mauvais petit dshabiller de toile1 4 4 4 un grand tablier de femme de chambre autour d'elle1 4 4 4 il semblait que la pit filiale voulut disputer aux graces1 le soin touchant de l'embellir4 ,mais les douleurs augmentant1 il ne fut plus possible madame de ,blamont de pouvoir feindre 4 4 4 ,le mdecin qui ne quittait plus1 s'approchant de moi aprs l'avoir observe1 --voil ce que j'ai craint1 me dit-il1 4 4 4 elle est perdue1 --oh6 ciel6 rpondis-je avec effroi3 4 4 4 perdue1 4 4 4 cet ge1 4 4 4 avec autant de ressources1 4 4 4 tant de sagesse et tant de sant4 --,elle est perdue4 --,et quel est donc le genre de sa maladie2 quelle est la cause de cet accident imprvu8 --,une cause o choueront tous les secrets de l'art1 elle est empoisonne 4 4 4 --empoisonne1 juste ciel6 --elle l'est2 prononcez1 que faut-il que je fasse8 --,l'crire son mari et le cacher soigneusement elle1 sa fille et toute la maison1 c'est ce que je vois de plus sage faire 4 4 4 le mdecin certifia1 signa son opinion1 et la lettre partit secrtement par un homme en poste4 ,cependant les douleurs d'entrailles varirent plusieurs fois dans la journe 4 4 4 l'une des plus violentes crises1 ,aline nous arracha des larmes tous 4 4 4 ,elle vint se jetter aux genoux du mdecin 4 4 4 ,oh6 monsieur6 lui dit-elle dans un accs de douleur affreux1 oh6 ,monsieur6 sauvez ma mre1 tout ce que je possde est vous1 je vous en fais un don public1 mais quand elle vit que le mdecin se reculait un mouchoir sur les yeux1 et sans lui rpondre1 elle retourna se prcipiter aux pieds du lit de sa mre1 4 4 4 invoqua l'ternel avec une componction1 avec une ferveur si ardente1 que la violence de l'lan anantit ses forces et la fit tomber dans mes bras sans connaissance 4 4 4 ,nous la portmes sur un lit1 4 4 4 quand elle eut repris ses sens1 je lui fis comprendre de mon mieux qu'elle devait se calmer1 que l'abandon o elle se livrait1 drangeait sa sant et nuisait mme celle de sa mre3 croyant voir que ce raisonnement la tranquillisait un peu1 je voulus essayer de la prparer au terrible revers qui la menaait2 mais m'interrompant avec violence la premire phrase1 4 4 4 juste ciel6 4 4 4 s'cria-t- elle1 4 4 4 elle est morte8 et s'chappant de mes bras1 4 4 4 s'lanant comme un trait1 du lit o j'essayais de la contenir1 jusqu'aux pieds de celui de sa mre1 elle y vint tomber genoux1 les mains jointes1 4 4 4 madame de ,blamont un peu mieux1 la releva1 la gronda doucement d'une si grande agitation1 et lui dit en la baisant sur les yeux1 4 4 4 tu ne veux donc plus que nous puissions causer tranquillement ensemble8 --,oh6 ma chre et tendre mre6 rpondit ,aline en pleurs 4 4 4 ,ne savez-vous donc pas combien je vous aime8 ignorez-vous quel point votre sort est irrvocablement li au mien4 --,si tu m'aimes prouve-le-moi en te calmant1 4 4 4 --,eh bien6 eh bien1 je suis tranquille1 maman1 je suis tranquille 4 4 4 ,alors madame de ,blamont voulant distraire et ses maux et ceux de sa fille1 se fit apporter ses diamans sur son lit1 et elle joua avec pendant deux heures1 tantt se les essayant1 tantt en parant ,aline1 mais plus livre au sombre involontaire de ses ides1 qu'au projet de les adoucir un moment1 voyez me dit-elle1 ,dterville1 4 4 4 comme mon ,aline eut t bien le jour de ses nces1 4 4 4 voil comme je l'aurais embellie1 4 4 4 et cette dchirante ide arracha bientt des torrens de larmes toutes deux4 ,cependant1 dans toute cette maison autrefois si tranquille et si dlicieuse1 on ne respirait plus que la douleur3 on ne voyait plus que de la tristesse et de l'inquitude1 4 4 4 on n'appercevait de toutes parts que des gens venir1 s'informer1 repartir2 4 4 4 la dsolation tait gnrale4 ,au travers de la foule qui circulait dans les appartemens1 on vit tout--coup entrer une jeune fille1 les bras levs1 le visage inond de pleurs1 4 4 4 c'tait cette petite ,colette chez laquelle se firent vos adieux 4 4 4 ,on veut la repousser1 4 4 4 elle rsiste2 4 4 4 laissez-moi1 laissez-moi1 dit-elle1 je veux aller voir la protectrice des pauvres1 je veux aller voir ma bonne mre 4 4 4 ,elle se jette genoux aux pieds du lit1 elle supplie sa chre matresse de lui donner sa bndiction1 baise la terre et se retire en larmes1 4 4 4 ,eh bien6 nous dit cette femme adorable1 ds que cette enfant fut sorti1 n'y a-t-il pas quelque satisfaction faire le bien1 et croyez-vous que l'hommage du pauvre ne vaille pas toutes les caresses de la fortune8 ,comme elle se sentit absorbe le #be au soir1 nous nous retirmes avant minuit2 mais quelques prires que je fis ,aline1 elle ne voulut jamais quitter sa mre1 elle me pria de me charger de tout le soin du dehors1 et de lui laisser ceux de l'intrieur1 elle tait aide de deux femmes de ,vertfeuille1 qui se relyaient tour--tour2 toutes se disputaient cet honneur1 il n'y en avait pas une1 mme des plus l'aise1 ni dans le bourg1 ni dans les environs1 qui ne sollicitt comme une faveur la grace de veiller cette femme anglique4 ,oh6 mon ami6 voil donc les effets de la bienfaisance1 voil donc les fruits dlicieux de la pit et de la sagesse2 il semble que l'ternel1 envieux d'en rcompenser l'homme1 veuille lui faire dj goter sur la terre l'image des plaisirs clestes1 dont ces vertus seront couronnes4 ,le #bf1 ds la pointe du jour1 4 4 4 jour affreux mon ami1 4 4 4 jour o la volont de ,dieu1 permit que l'innocence succombt sous le crime1 pour prouver les hommes ou pour les abaisser 4 4 4 ,on nous annonce ds le matin qu',augustine venait de s'vader1 4 4 4 qu'elle n'avait rien dit personne1 et qu'on ne pouvait concevoir ce qu'elle tait devenue4 ,de ce moment le voile tomba1 4 4 4 le doute mme ne me devint plus permis 4 4 4 ,je recommandai le plus grand secret1 et m'interdis toutes recherches4 --,j'avais l'honneur d',aline mnager2 devais-je entreprendre ce qui ne sauvait pas la vie de sa mre1 et ce qui tranait son indigne pre l'chafaud8 4 4 4 je montai1 4 4 4 la nuit avait t terrible2 des spasmes1 4 4 4 des convulsions1 4 4 4 tous les symptmes d'une fin aussi cruelle que prochaine1 engagrent le mdecin me dire qu'il tait de mon devoir d'avertir madame de ,blamont 4 4 4 ,je m'approche du lit de la malade2 4 4 4 j'avais choisi l'instant o ,aline tait alle chercher quelques papiers par ordre de sa mre1 et j'avais charg le mdecin de l'arrter au retour1 afin de me donner le temps d'agir 4 4 4 ,madame de ,blamont sourit en me voyant1 4 4 4 sublime tranquillit d'une ame honnte et paisible 4 4 4 doux repos d'une conscience pure6 4 4 4 ,je suis bien mal1 n'est-ce pas mon ami1 me dit-elle2 4 4 4 je ne verrai jamais ma fille heureuse8 ,hlas6 je ne dsirais la vie que pour accomplir son bonheur1 4 4 4 je n'en jouirai jamais1 4 4 4 le ciel ne le veut point 4 4 4 ,j'osai croire en ce moment que rien ne devenait plus expressif que mon silence1 4 4 4 je baissai les yeux et je me tus4 ,vous ne me rpondez pas1 ,dterville8 4 4 4 et je pris une de ses mains que je pressai contre mes lvres4 ,vous ne me rpondez pas1 rpliqua-t-elle une seconde fois 4 4 4 ,ici la nature l'emporta sur le courage2 elle eut une crise violente1 et me tendant les deux bras1 4 4 4 je suis prte1 mon ami1 4 4 4 je suis prte2 4 4 4 mais cette chre ,aline1 4 4 4 je l'abandonnerai donc1 4 4 4 je la laisserai donc sans soutien au milieu des dangers qui l'environnent6 4 4 4 ,je n'aurais pas cru que le ciel l'et permis 4 4 4 ,n'importe1 ce n'est pas moi scruter ses ordres1 je ne dois que m'y conformer 4 4 4 ,alors elle me pria de lui faire venir son cur1 et de me charger entirement d',aline pour deux heures1 sans lui permettre d'entrer4 ,cette commission n'tait pas aise 4 4 4 ,j'envoyai promptement avertir le prtre1 et assurant ,aline que sa mre tait mieux1 je la conjurai de faire un tour de jardin avec moi1 ayant quelque chose absolument essentiel lui dire2 4 4 4 mais je savais bien qu'on ne menait point cette tte-l comme on voulait3 elle me rpondit fermement qu'elle n'irait pas avant que d'avoir vu sa mre1 qu'il y avait plus d'une heure qu'elle l'avait quitte1 et qu'aprs un si long intervalle1 elle ne voulait s'en rapporter qu' ses yeux pour savoir comment elle tait2 et elle monta lui porter les papiers que celle-ci avait demand2 elle redescendit peu aprs2 je vis bien que madame de ,blamont ne lui avait rien dit1 et s'tait born1 sans doute1 lui recommander de me venir parler4 ,je l'entranai d'abord par des propos vagues1 beaucoup au-del des parterres1 et ayant enfin gagn un bosquet1 je la suppliai de m'couter4 --,eh bien6 me dit- elle1 sans s'asseoir1 avec une prodigieuse agitation1 4 4 4 qu'avez- vous donc me dire8 4 4 4 je vois bien que voil du mystre 4 4 4 faut-il que je la perde8 4 4 4 ,peut-tre que non1 lui dis-je1 mais si ce malheur vous arrivait8 --elle ne serait pas la seule victime1 et j'aurais bientt partag son sort4 --,oh ciel6 est-ce l ce que je devais attendre de tant de pit et de vertu8 ,songez-vous ce que vous vous devez vous-mme1 ce que vous devez l'homme qui vous adore6 --,valcour8 4 4 4 il est perdu pour moi 4 4 4 ,comment pouvez- vous croire que je sois jamais lui8 mais ne m'en parlez pas1 je vous prie1 le sentiment de ce que je dois ,dieu mme1 ne l'emporterait pas aujourd'hui sur ce qui n'appartient qu' ma mre2 je ne veux penser qu' elle1 je ne veux m'occuper que d'elle2 il n'est pas une seule ide qui puisse combattre la sienne dans mon cur6 4 4 4 ,est-ce l tout ce que vous avez me dire1 ajouta-t-elle1 en voulant fuir1 comme si elle et compt tous les momens qui la sparaient de l'objet de son idoltrie 4 4 4 ,mais la retenant par une main1 et voyant qu'avec une telle ame1 il valait mieux frapper les grands coups tout de suite1 que d'employer des mnagemens qui ne servaient qu' la dchirer en dtail4 ,aline6 m'criai-je 4 4 4 ma chre1 ,aline6 4 4 4 cette mre que nous adorons vous et moi1 4 4 4 ce tendre objet de nos inquitudes mutuelles1 4 4 4 il faut absolument nous en sparer 4 4 4 ,le trait l'ayant frapp sur la partie la plus sensible de l'ame1 et l'ayant1 pour ainsi dire1 ptrifie1 elle me fixa2 4 4 4 tout--coup ses yeux s'garent1 la stupidit s'imprime sur ses traits2 sa respiration devient vive et presse1 et la tte se drange totalement 4 4 4 ,je me repentis d'avoir t si vite2 je reconnus qu'elle n'tait nullement prpare1 et que malgr ses propos1 elle s'tait toujours fait illusion 4 4 4 ,je l'approche1 4 4 4 elle me repousse avec un geste furieux2 et s'garant de plus en plus1 4 4 4 elle me dit en balbutiant1 d'aller chercher sa mre2 4 4 4 que le djener tait servi sous le bosquet o nous tions 4 4 4 ,hlas6 c'tait malheureusement celui qui nous servait jadis cet usage 4 4 4 ,je sais bien qu'elle ne viendra pas1 continua-t-elle3 4 4 4 puis montrant la terre1 4 4 4 elle veut aller l1 4 4 4 l1 4 4 4 l1 4 4 4 mais elle n'ira pas sans moi 4 4 4 ,dterville1 allez donc la chercher1 vous voyez bien que nous l'attendons 4 4 4 ,alors inond moi-mme de mes larmes1 je la pressai sur mon sein3 tendre fille6 m'criai-je1 rappellez votre raison et vos sens2 reconnaissez le plus sincre de vos amis1 et coutez-le 4 4 4 mais se dbarrassant brusquement de mes bras1 elle me dit1 toujours gare1 que puisque je ne veux pas aller chercher sa mre1 elle va donc y voler elle-mme 4 4 4 ,non1 lui dis-je1 en la retenant1 4 4 4 elle remplit des devoirs pieux que vous ne devez point troubler4 ,ce mot1 refrappant une seconde fois son ame1 parce que1 tout cruel qu'il est1 il n'anantit pourtant pas tout--fait l'espoir 4 4 4 ,ce mot1 dis-je1 la remet dans son assiette ordinaire3 4 4 4 la raison revient1 mais la secousse ayant trop branl les nerfs1 elle tombe dans une violente attaque de convulsions3 elle se renverse terre1 4 4 4 elle s'y roule1 4 4 4 tous ses membres frmissent1 peut-tre et-elle succombe en ce fatal instant1 si un dluge de larmes ne l'et soulage 4 4 4 ,bien content de la voir pleurer1 je lui tends les bras1 4 4 4 elle s'y jette 4 4 4 mon ami6 me dit-elle1 il faut donc qu'elle me soit ravie8 il faut donc que je perde la consolation de mes jours6 4 4 4 l'amie la plus chre de mon cur1 4 4 4 l'arbitre de ma destine1 4 4 4 celle que j'adorais1 4 4 4 celle dont la tendresse faisait mon bonheur1 4 4 4 celle que je pouvais conserver encore cinquante ans1 et vous voulez que je lui survive6 4 4 4 ,ah6 que deviendrai-je sur la terre quand je ne pourrai plus l'y voir8 ,non1 non1 ne veuillez pas un tel sacrifice1 4 4 4 ne l'exigez pas1 mon ami1 je ne pourrais pas vous le promettre 4 4 4 ,la voyant plus afflige1 sans doute1 mais cependant un peu plus raisonnable1 je mis en avant les motifs de consolation que pouvaient dicter la sagesse 4 4 4 ,tout fut vain1 4 4 4 plus je cherchais la rsigner1 mieux elle m'chappait1 ce qui semblait devoir la temprer1 la rvoltait presqu'aussi-tt1 et je n'arrivais son ame abattue1 qu'en y agravant le dsespoir4 ,cependant elle s'impatientait2 elle brlait de revoler prs de sa mre3 4 4 4 je fus oblig de l'y ramener1 et de laisser ma besogne imparfaite4 ,celle de madame de ,blamont tait finie1 4 4 4 nous entrmes 4 4 4 ,aline s'lana dans les bras de l'objet de son cur3 elle lui demanda pourquoi on les avait spares si long-temps1 --des soins4 --,ces soins ne sont pas encore ncessaires1 reprit ,aline1 avec humeur1 vous n'tes pas encore au point de les devoir prendre2 4 4 4 alors madame de ,blamont embrassant sa fille avec tendresse1 lui dit en versant des larmes amres2 ,aline1 ,aline1 il faut nous sparer3 et toutes deux presses dans les bras l'une de l'autre1 y restrent ainsi plusieurs minutes sans mouvement2 mais quand ,aline s'en arracha1 elle retomba sur le lit de sa mre dans une nouvelle attaque de spasme qui nous fit craindre pour elle-mme4 ,cependant force de soins1 cette tendre fille ne voulant pas perdre les derniers momens qui lui restaient1 se calma1 et le mdecin permit madame de ,blamont de prendre un peu de crme de ris qu'elle paraissait dsirer4 ,aline plus tranquille1 parce qu'elle se flattait toujours quand elle ne se dsolait point1 partagea ces derniers alimens1 cole sur le sein mme de sa mre4 ,quel tableau1 mon ami6 je n'en ai jamais vu de plus intressant1 et mes pleurs coulent avec trop d'abondance pour pouvoir essayer de le peindre4 trois heures il prit une faiblesse affreuse notre chre malade2 on ne lui rendit un instant la lumire1 que par le secours des plus violents cordiaux 4 4 4 ,ds qu'elle eut r'ouvert les yeux1 elle demanda tre enferme une demi-heure avec sa fille et moi2 le mdecin voyant qu'elle pouvait parler1 la fortifia par quelques nouvelles gouttes d'essence1 et nous laissa4 ,elle nous fit placer tous deux auprs de son lit1 mais ,aline ne voulut l'couter qu' genoux 4 4 4 ,elle appuya dans cette posture1 ses mains dans celles de sa mre1 et courbant sa tte sur le lit1 elle l'entendit avec le plus saint respect4 ,mes amis1 nous dit cette femme divine1 me voil prte me sparer de vous pour jamais4 trente-six ans je devais compter sur une plus longue vie2 mais avec les malheurs dont j'tais accable1 elle n'en ft pas devenue plus utile au bien de mon ame3 le moment o je touche est cruel2 on ne s'accoutume pas assez l'envisager dans le monde1 et quelqu'ait t notre conduite1 quand il arrive1 il nous effraye4 ,pleinement convaincue de l'existence d'un ,dieu juste1 j'ose voler sans crainte entre ses bras2 je lui demande sincrement pardon de ce qui peut l'avoir offens2 j'aurais voulu lui porter un cur plus pur1 4 4 4 au moins le lui offrirai-je sans crime2 ce serait pourtant vous tromper que de vous dire que je n'ai pas commis bien des fautes2 4 4 4 que d'impatiences sous le joug dont il lui plaisait de m'accabler6 je fus sacrifie bien jeune1 et vous savez ce que j'ai souffert2 je m'en suis plaint1 je ne l'aurais pas d2 il m'et fallu regarder ce qui m'arrivait1 comme des volonts du ciel2 4 4 4 chaque dpit tait une rvolte dont je devrais m'accuser comme d'un crime2 4 4 4 peut-tre aussi suis-je coupable de trop d'amour-propre1 mais cette chre ,aline en est cause 4 4 4 ,je me suis trouve long-temps fire d'avoir pu lui donner le jour2 et comme toute ma tendresse tait en elle1 j'y plaais aussi mon orgueil4 ,l'extrme amour que j'ai eu pour cette fille1 m'a sans doute distrait de celui que je ne devais qu' ,dieu3 ,son bonheur tait mon unique occupation2 je regardais la possibilit de le faire1 comme la consolation de tous mes maux 4 4 4 ,je n'ai pas russi1 il fallait encore que cette croix- l me ft offerte2 il fallait que la coupe des douleurs ft avale jusqu' la lie6 ,je la laisse jeune et sans secours1 4 4 4 en proie des malheurs qui me font frmir pour elle1 4 4 4 et je n'y serai plus pour les carter de ses pas3 4 4 4 elle n'aura plus ma main pour essuyer les larmes qu'ils arracheront de son cur 4 4 4 1 ma fille1 tout espoir est perdu maintenant1 le dernier conseil que j'ai te donner1 est d'obir ton pre1 et de te livrer aveuglment celui qu'il te donne 4 4 4 ,et comme elle vit ici qu',aline faisait un geste d'horreur1 4 4 4 ,eh bien6 reprit-elle1 puisque tu crains les crimes qu'une telle union assemblerait invitablement sur ta tte3 il te reste le parti du clotre1 jette-toi dans les bras de l'poux sans tache1 les plaisirs clestes qu'il te promet1 valent bien mieux que les joies trompeuses d'un monde1 o tu ne trouveras que des traverses 4 4 4 ,dans ce cas1 ,dterville1 il faudrait faire reconnatre ,lonore mon mari1 et tous mes biens lui passeraient4 ,lonore taye d'un poux qu'elle aime1 n'aurait rien redouter d'un pre vicieux et cruel1 et toutes les raisons qui ont pu lgitimer un arrangement 4 4 4 qui ne laissait pas que de me faire prouver bien des remords3 toutes ces raisons1 disparaissant1 dis-je1 si mon ,aline se donnait ,dieu1 il deviendrait ncessaire alors de rendre sa sur l'existence qui lui est due1 et de la faire renoncer aux biens qu'elle rclame aujourd'hui1 dont le mien et celui de son pre la ddommageraient amplement2 je vous laisse ce soin1 ,dterville1 en raison du parti qu',aline prendra1 et vous ferez1 d'aprs ce parti1 les changemens ncessaires l'acte que je vous ai remis1 je vous y autorise pleinement3 4 4 4 puis se soulevant avec peine1 4 4 4 l'instant approche1 mes amis1 a-t-elle continu1 4 4 4 dans peu je vais paratre aux pieds de l'ternel2 4 4 4 dans peu je l'invoquerai pour mon ,aline 4 4 4 ,lve-toi1 ma fille1 4 4 4 lve-toi2 4 4 4 n'est- ce pas beaucoup que j'aie la douceur d'expirer dans ton sein 4 4 4 ,cette joie ne pouvait-elle pas m'tre ravie8 ,laisse-moi te bnir et t'embrasser 4 4 4 ,dterville1 je vous la recommande4 ,adieu4 ,alors elle a jet ses bras autour de son ,aline2 elle l'a fortement serre sur son sein3 4 4 4 une lgre convulsion l'a saisie1 4 4 4 et l'ame la plus pure qui ft mane des mains de l'tre suprme1 a revol vers son auteur4 ,je ne te peins point mon tat1 ,valcour1 tu te le reprsentes2 4 4 4 peine avais-je la force de lever les yeux2 mais tant d'importantes occupations exigeant mon courage1 mon premier soin1 comme tu le crois1 a t de voler ,aline3 elle tait courbe sur sa mre3 hlas6 il tait difficile de savoir laquelle des deux vivait encore2 il n'y avait plus dans cette chre fille1 ni poulx1 ni respiration1 ni chaleur2 et quand avec beaucoup de peine j'ai pu l'arracher des bras qui l'enlaaient1 elle est tombe sur le lit sans connaissance2 on est accouru1 les soins se sont diviss1 mais il n'en tait plus besoin pour l'infortune mre1 4 4 4 elle tait dj dans le sjour que l',eternel doit la vertu3 4 4 4 elle l'embellissait dj4 ,on a port ,aline dans sa chambre1 livre aux soins de sa chre ,julie et du mdecin1 4 4 4 au bout d'une heure elle est revenue1 et me trouvant au chevet de son lit1 elle m'a demand sa mre1 4 4 4 elle m'a dit avec garement1 que c'tait moi qui la lui ravissais1 4 4 4 que c'tait moi qui l'empchait de la voir1 et qu'elle appellait au tribunal de ,dieu de toutes les injustices que je commettais envers elle4 ,je l'ai presse dans mes bras1 elle s'en est arrache1 et s'y rejettant bientt avec transport1 elle m'a demand mille pardons des reproches qu'elle m'adressait3 elle m'a dit qu'elle n'tait plus matresse de sa tte2 qu'elle savait bien l'affreuse perte qu'elle avait faite1 mais que si je l'aimais1 je lui procurerais la douceur d'embrasser encore une fois sa tendre mre2 en disant cela elle nous est chappe1 et malgr les efforts de ,julie1 elle s'lanait infailliblement vers le cadavre qui venait d'tre expos dans un lit de parade1 si heureusement ,julie1 au risque d'tre renverse1 ne lui et oppos un rempart de nos corps1 ne l'et saisie et reporte promptement sur son lit4 ,alors ses larmes ont coul avec abondance2 elle a pouss des cris de douleur qui eussent dchir l'ame du mortel le plus insensible2 4 4 4 mais comme une voiture arrivait en poste dans la cour2 il me fallut la quitter1 en la recommandant ,julie1 et aller vaquer d'autres soins4 ,cette voiture tait celle du prsident1 il n'avait avec lui qu'un valet2 il s'est arrt dans la premire salle1 et aux accents lugubres qui l'ont frapp1 4 4 4 aux gmissemens1 4 4 4 aux pleurs universels1 il a pu voir que son abominable forfait tait consomm2 4 4 4 que l'ange n'tait plus dans le temple et que l'ternel l'avait rappell vers lui 4 4 4 ,je l'ai abord1 4 4 4 il m'a embrass avec le plus grand flegme2 4 4 4 il m'a remerci de mes soins1 en me faisant entendre avec adresse1 que ma prsence tait maintenant inutile au chteau2 je n'ai pas fait semblant de le comprendre1 ayant dans mon porte-feuille ce qui autorisait cette prsence1 je l'ai laiss dire ce qu'il a voulu 4 4 4 ,il m'a pri de le mener o reposait sa femme2 je l'ai conduit dans la chambre de parade1 et comme on travaillait arranger le corps1 il toit nud1 sous un voile1 dont on s'tait press de le couvrir quand on l'avait entendu entrer2 il a fait signe qu'on se retira2 quand il s'est vu seul avec moi1 4 4 4 il s'est approch du lit1 et levant le voile1 le monstre a dit comme ,nron1 en voulant souiller ,agrippine1 en vrit1 elle est encore belle6 ,peut- tre en et-il dit davantage s'il ne m'eut vu frmir d'horreur2 4 4 4 il s'est approch1 4 4 4 il a regard le visage avec attention2 4 4 4 mais je ne vois nulle apparence de poison1 a-t-il dit 4 4 4 ,que prtends-donc votre mdecin8 4 4 4 ,c'est un fou ou un homme dangreux1 qui mriterait que je le fisse punir2 c'est faire tort tous les honntes-gens au milieu desquels elle est morte2 4 4 4 et vous-mme1 vous n'auriez pas d le souffrir4 --,moi8 ,non-seulement je l'ai souffert1 mais j'ai ordonn qu'on vous l'crivit4 --,je ne reconnais pas l votre prudence4 --,je n'en ai peut-tre jamais eu autant de ma vie4 --7,et me contraignant7 -- qui fallait-il se plaindre1 ai-je dit1 qui fallait-il parler d'un fait certain1 si ce n'est celui qui doit le venger8 --,certain8 ,non2 et ds qu'il ne l'tait pas1 il vallait cent fois mieux ne rien dire2 voil ce que j'aurais appell de la prudence4 --,une fille sauve4 -- ,qui8 --,augustine4 --,bon1 c'est une catin2 je sais ce que c'est1 sduite par un de mes gens1 n'aimant point sa matresse2 4 4 4 malade ou non1 elle dcampait tout de mme 4 4 4 ,ils sont fort loin tous deux2 vous croyez-bien que j'ai renvoy le valet6 ,sont-ce l vos preuves8 --,on pourrait en acqurir d'autres4 --,allons1 allons1 laissons cela2 ces horreurs-l ne doivent jamais se supposer dans une maison1 les croire est compromettre tout ce qui l'habite2 o est ,aline8 --,content de changer de propos1 et d'aprs les invariables rsolutions que j'avais prises1 ne voulant pas aller plus loin1 je lui ai peint l'tat de cette chre fille2 je lui ai dit que je croyais prudent de la laisser quelques jours tranquille4 --,quelques jours1 m'a-t-il dit en ricannant1 je compte pourtant l'emmener demain2 ,dolbourg l'attend ,blamont1 et nous concluons tout de suite4 --,eh quoi6 monsieur1 sur le tombeau de sa mre8 --,bon6 petitesses que cela2 une femme qui vient de mourir n'empche pas qu'on en mette une autre dans le cas de donner la vie2 4 4 4 au contraire1 c'est une sorte de rparation qu'on doit la nature1 et chaque instant qu'on retarde la lui faire1 est une lzion envers ses loix4 ,une mre est sacre1 4 4 4 si vous voulez1 4 4 4 quand elle vit2 elle n'est plus rien quand elle est morte 4 4 4 4 4 4 ,tenez1 je quitte ,paris1 il y arriva hier au soir quelque chose de tout--fait semblable1 dans un genre un peu diffrent nanmoins1 mais qui vous fera voir galement que quand il s'agit d'objets srieux1 on ne s'arrte pas des balivernes de sentimens1 qui ne sont faites que pour le peuple4 ,m4 de ,mzane1 qui a une affaire au parlement d',aix1 4 4 4 et que ce parlement1 l'un des plus sages1 l'un des plus intgres et des mieux compos du royaume #b1 n'a voulu arranger avec la famille de la femme1 qu'aux clauses d'une longue dtention2 ,m4 de ,mzanes1 dis-je1 qui se cachait depuis plusieurs annes1 entran par l'imbcile dlicatesse de venir rendre ,paris des soins une mre expirante1 y est accourru malgr les dangers2 il tait peine dans l'appartement de la dfunte1 que la famille de son pouse lui a fait mettre la main sur le collet2 il s'est rcri contre ce procd1 4 4 4 on lui a ri au nez1 et on l'a jet dans un cachot de la ,bastille1 o il a eu trs-plaisamment pleurer -la-fois la perte de sa libert1 la mort de sa mre et la barbare stupidit de ses parens2 il me semble que quand le gouvernement nous donne l'exemple de ces choses-l1 nous pouvons le suivre 4 4 4 ,oh monsieur6 ce que vous me citez l me fait horreur1 ai-je dit1 il fallait sans doute que l'homme dont vous parlez ft coupable de crime de haute-trahison4 --,pas un mot1 des crits contre nous1 4 4 4 contre les rois2 des prdictions1 quelques autres aventures de jeunesse1 bien pardonnables vingt-sept ans2 de ces choses que nous faisons nous-mmes tous les jours1 mais que nous ne voulons pas que les autres fassent4 --,en ce cas1 monsieur1 trouvez bon que je vous le dise1 il y a une atrocit rvoltante se permettre un tel crime pour punir un dlit ordinaire2 car alors la vertu n'a rien gagn1 et il y a un forfait excrable de plus dans la masse des torts de l'tat #c1 et l'indigne dtournant la conversation1 --mais sur quoi donc1 reprit-il1 fondez-vous la lgitimit de cette douleur ressentie pour la perte de ceux que nous chrissons8 ,de quel bien peut tre un sentiment qui n'apporte aucune variation l'tat de celui qui n'est plus1 et qui trouble ou drange la sant de celui qui reste8 --,ces choses-l ne se raisonnent point1 monsieur1 elles se sentent2 malheur qui ne les prouve pas4 --,non1 monsieur1 tout doit tre soumis l'analyse1 ce qui ne peut l'tre est faux2 or dites-moi1 je vous prie1 si d'aprs mes systmes de matrialisme1 4 4 4 si d'aprs la parfaite certitude o je suis que la mort termine tous nos maux et ne nous en laisse aucuns redouter2 si d'aprs cela1 dis-je1 ma femme1 qui n'tait rien moins qu'heureuse dans ce monde-ci1 ne se trouve pas maintenant dans un repos prfrable l'tat perptuel de douleur o elle vgtait ici-bas2 4 4 4 et si cela est1 d'o vient la regretterais-je8 ,mes regrets n'auraient-ils pas l'air de lui dire3 ,je suis dsol de ce que vous ne soyez plus dans une position malheureuse1 4 4 4 dsespr de ce que vous soyez hors d'tat de souffrir encore2 et ces regrets1 4 4 4 je vous le demande1 4 4 4 les trouvez-vous bien dlicats8 4 4 4 ,renonant un instant mes systmes1 si j'adopte les votres1 si je crois cette femme dans un monde meilleur1 mon chagrin de ne la plus voir dans celui o elle souffrait1 ne devient-il pas tout--fait insultant n'ayant plus que moi pour objet2 vous m'avouerez que cet gosme est rvoltant 4 4 4 4 4 4 ,eh quoi6 je suis fch d'tre priv d'elle1 et n'en suis afflig que par la perte que j'prouve ne l'ayant plus1 sans rflchir au gain qu'elle fait de ne plus m'avoir2 je ne pense qu' moi en agissant ainsi1 4 4 4 nullement elle1 et j'ai l'air de consentir tacitement ce qu'elle perde le bien qu'elle possde1 pour venir me rendre celui que je perds4 ,d'o je conclus qu'il y a une injustice extrme regretter la mort de ceux qui nous ont t chers2 car l'enfer tant impossible1 ou ils ne sont rien1 ce qui n'est pas un tat pis3 ou ils sont mieux1 ce qui est un tat plus doux2 et dans l'un et l'autre cas1 on a certainement tort de les redsirer la vie1 o ils ne seraient que dans un tat moindre4 ,ne nous tonnons donc point d'aprs cela1 que des nations entires ayent pour usage de se rjouir la mort de leurs proches1 et de se dsoler la naissance de leurs enfans2 je ne connais point de cotumes meilleures que celle-l #d4 ,il faut plaindre ceux qui naissent la douleur1 il faut les imiter1 et pleurer comme eux quand ils voyent le jour2 nous quittent-ils1 c'est un bonheur sans doute1 et nous ne devons pas nous en affliger4 --,mais supposons un moment que cette douleur ne soit que pour nous1 instinct dlicieux d'une ame tendre1 n'est-il pas barbare de lui rsister8 --,le vrai philosophe se fait aux privations1 et ne doit tre affect d'aucunes4 ,je ne vous accorde pas d'ailleurs que cette extrme sensibilit soit un bien1 il me serait peut-tre bien ais de vous prouver le contraire2 ce qu'il y a de certain1 c'est que si cette motion est un bonheur1 au moins n'est-il pas celui de tout le monde2 car je vous rponds que je ne l'ai jamais senti 4 4 4 ,eh monsieur6 c'est une chose si-tt remplace que le vuide d'une femme1 d'une matresse1 d'un parent1 d'un ami2 nous ne nous affectons si vivement de leur perte1 que par l'ide o nous sommes de ne pouvoir jamais retrouver dans un autre tre1 les qualits qui nous chappent dans celui que la mort nous ravit2 or cette ide non-seulement est personnelle1 mais elle est chimrique2 c'est l'habitude qui nous lie bien plus que ce rapport ou cette convenance de qualits1 et si nous y prenions bien garde1 nous verrions que cette peine prouve lors de la perte1 n'est que la sensation physique d'une habitude rompue2 or l'homme le plus malheureux sans doute1 est celui qui1 ne sachant pas l'art de voltiger galement sur tous les plaisirs1 4 4 4 de les effleurer tous sans s'appesantir sur aucuns1 s'est fait d'une sorte de gots une si forte habitude1 qu'il ne peut plus y renoncer sans douleur4 ,usons de tout et ne nous attachons rien1 jamais les pertes ne nous affecteront2 un nouvel ami en remplacera un ancien1 une nouvelle matresse celle que l'on vient de perdre1 et le tourbillon des plaisirs nous entranant sans nous donner le temps de penser1 nous n'aurons jamais la douleur de plaindre ce que nous aurons appris remplacer aussi promptement4 --,ce vuide est pouvantable1 la seule ide en glace d'effroi1 c'est abrutir notre ame1 c'est touffer en elle la plus douce de ses facults4 ,oh monsieur6 quelque plaisir que vous puissiez m'offrir prsent en serait-il un seul qui valut pour moi la sensation que j'prouve pleurer l'amie que je viens de perdre4 --,mais si vous chrissez votre douleur1 elle devient une volupt2 et dans ce cas vous m'avouerez que la volupt qui console1 vaut beaucoup mieux que celle qui afflige4 --,l'une est celle d'une ame de fer1 l'autre celle d'un cur dlicat et sensible4 --,et d'o tenez-vous1 monsieur1 qu'il vaille mieux tre organis dans votre sens que dans le mien1 si nous avons galement tous deux des plaisirs8 --,les miens sont ceux de la vertu1 les votres mnent tous les crimes4 --,il faudrait savoir maintenant lequel 7conventions sociales part7 donne plus de plaisir du vice ou de la vertu8 --,comment une telle chose peut-elle se mettre en discussion8 --,je vous le demande mon tour2 car si vous caractrisez le plaisir1 la sensation chatouilleuse reue l'ame1 par une cause quelconque1 cette commotion beaucoup plus violente quand elle est donne par le vice1 fera natre infailliblement plus de plaisir que celle qui serait l'effet de la vertu2 et dans ce cas1 l'homme parfaitement heureux pourrait bien tre celui qui1 renversant toutes vos ides sociales1 se ferait des vertus de vos vices et des vices de toutes vos vertus4 --,monsieur1 dis-je en fureur1 ne pouvant plus tenir de si cruels sophismes1 vous feriez pendre avec raison le malheureux qui penserait comme vous4 --,d'accord1 reprit ce sclrat1 mais le bonheur d'tre au-dessus des autres donne le droit de ne pas penser comme eux2 voil le premier effet de la supriorit2 le second est d'en abuser1 pour diriger ses actions d'aprs la singularit piquante de ses systmes philosophiques2 c'est ce qui fait qu'un homme trahit l'tat1 fait sa fortune et quitte le ministre en se disant ruin #e1 qu'un autre dtruit le commerce intrieur de la ,france1 parce que le projet absurde de ses matrises lui vaut deux millions #f2 que cent autres se cotisent pour attirer eux la substance du peuple et affamer ensuite ce mme peuple en lui vendant dix fois au-dessus de sa valeur cette nourriture qu'il vient de lui voler4 ,croyez-vous donc que ces gens-l soient moins heureux pour n'avoir pas chri comme vous ce fantme idal de vertu8 --,heureux8 ,ils ne peuvent l'tre1 le vrai bonheur n'est que dans la vertu1 et les remords des coquins dont vous parlez1 au dfaut du glaive de ,thmis1 doivent nous venger de tous leurs crimes4 --,des remords1 vous me faites rire2 ah6 croyez que l'habitude du mal les nerve depuis long-temps dans de telles ames2 celui de ces gens-l qui en connait encore la seconde chte1 n'est qu'un sot que ses confrres devraient l'instant dpouiller1 et qu'ils persiflent cruellement au moins1 s'ils n'osent le molester d'une diffrente manire2 mais tenez1 monsieur1 je vois que nous ne nous accorderons pas de la soire1 ordonnez1 je vous prie1 qu'on nous serve2 je n'ai point dn pour venir plus vite1 et j'ai un apptit dvorant4 ,nous philosopherons au dessert si cela vous convient 4 4 4 ,je donnai des ordres1 il se mit table et soupa avec une tranquillit1 qui me fit voir qu'il fallait que ce sclrat et acquis une furieuse habitude du crime1 pour se trouver dans un tel calme en venant de le commettre2 je ne mangeai point comme tu crois1 je me contentai de lui tenir compagnie1 me levant de temps autres1 pour vaquer aux soins qu'exigeaient mon emploi2 mais ne paraissant point chez ,aline1 que ma prsence irritait au lieu de calmer1 et que je ne voulais instruire que le lendemain matin de la suite cruelle de ses malheurs4 ,le mdecin n'tait point encore parti1 il prenait un peu de repos4 ,le prsident voulut le voir2 il lui demanda avec effronterie de quoi sa femme tait morte8 --,de poison1 rpondit hardiment celui-ci4 --,mais1 docteur1 pensez-vous8 4 4 4 --,il est une faon sre de vous convaincre1 monsieur1 nous ferons1 quand vous voudrez1 l'ouverture du corps4 --,non1 en honneur1 ces oprations-l m'ont toujours rvolt2 elles ne sont pas sres1 et elles ont1 ce me semble1 quelque chose de cruel1 4 4 4 ne dissquons point1 enterrons4 --,un peu surpris de cette rponse1 le mdecin lui demanda s'il ne jugeait pas propos de former une plainte juridique4 --,et contre qui1 dit le prsident8 --,mais1 monsieur1 ces choses-l ne doivent pas rester impunies2 vous1 messieurs1 qui en punissez jusqu'au soupon le plus impossible #g1 devez savoir mieux que nous la ncessit de svir contre de telles horreurs4 --,soit1 dit le prsident1 mais comme je suis loin d'admettre votre soupon1 qu'en le formant il tombe invitablement sur tout ce qu'il y a eu d'honntes-gens autour de ma femme depuis trois mois2 et que1 dnu de preuves1 comme nous le sommes1 nous ne ferions jamais de cela que du bruit et pas le moindre exemple4 ,je suis pleinement convaincu que le plus sage est de rester dans le silence et de revenir comme moi1 monsieur1 l'opinion qu'un tel crime1 sans fondemens1 sans motifs1 devient absolument inadmissible4 ,sur-le-champ il changea de discours1 vitant avec le plus grand soin de reparler d',augustine4 ,le souper fait1 il fut se coucher2 4 4 4 mais1 comble d'horreur1 pourquoi faut-il que j'aie encore cette dernire turpitude rvler2 et pourquoi une lettre que je ne consacrais qu' la tristesse1 doit-elle tre souille par des rcits infmes6 ,le prsident ne marche jamais sans un de ses serviteurs zls pour les plaisirs de leur matre1 qui sacrifient pour leur en procurer1 devoirs1 religion1 honneur et toutes les vertus qui caractrisent l'honnte homme4 ,ds que le patron est quelque part1 cet insigne agent jette aussi-tt les yeux sur ce qui l'entoure1 et dmle avec une adresse et une promptitude singulire1 l'objet qui peut convenir aux sles dsirs de celui qui l'employe2 le lieu1 les circonstances1 la douleur gnrale 4 4 4 ,cette impression de respect profondment grave dans tout ce qui se trouvait l1 rien ne parut sacr ces deux monstres1 l'un ordonna d'agir1 l'autre travailla2 et dans le nombre des jeunes paysannes que la pit1 la reconnaissance attirait aux pieds de leur respectable dame1 une1 plus faible1 ou moins touche1 osa couter les propositions qui lui furent faites2 c'tait une jeune orpheline de quatorze ans1 presque livre elle-mme2 le zl serviteur la fit voir son matre1 celui-ci approuva le choix2 ds le soir elle fut conduite dans la chambre de cet horrible poux1 et le tratre osa consommer son forfait prs des cendres encore palpitantes de cette malheureuse femme1 dont il venait de trancher si odieusement les jours4 ,il la garda toute la nuit2 je ne le sus qu'aprs son dpart2 4 4 4 en vrit1 je ne l'aurais pas souffert1 si j'en avais t prvenu4 ,ds qu'il fut retir1 je me mis en devoir de remplir les tristes soins dont j'tais charg2 ce qui m'embarrassait le plus1 tait la manire dont je m'y prendrais pour prvenir cette pauvre ,aline des nouveaux malheurs qui l'attendaient encore4 ,l'ordre tait prcis1 le prsident me l'avait renouvell en nous sparant2 et lorsque sur cela je lui avais montr les dernires intentions de sa femme1 il les avait trait de radotage1 qu'on pouvait entendre par piti dans l'instant o elle les avait dictes1 mais dont on ne pouvait que rire aprs 4 4 4 l'gard des biens1 meubles ou immeubles1 je n'ai rien rclamer ici1 monsieur1 m'avait-il dit1 tout est ma femme1 elle a pu faire les dispositions qui lui ont convenues2 mais pour ma fille elle est moi1 vous l'avertirez1 je vous prie1 qu'il faut qu'elle parte demain sans faute4 ,je devais donc la prparer4 ,pour ne pas troubler sa nuit1 que je ne supposais pas dj fort tranquille1 je ne me rendis dans son appartement qu' la pointe du jour2 elle ne s'tait ni deshabille1 ni couche1 ses accs de douleur avaient t cruels1 et d'autant plus1 sans doute1 que son dsespoir toit muet1 ses larmes ne pouvant trouver de passage retombaient en gouttes de sang sur son cur2 elle demandait sans cesse aller embrasser sa mre1 et s'irritait violemment de la rsistance qu'on tait oblig de lui opposer2 elle revint un peu quand elle me vit4 ,elle me demanda pourquoi je l'avais laisse seule si long-tems8 ,je m'excusai sur les soins qu'exigeait la situation1 et aprs avoir donn tout ce qu'il m'tait possible l'affliction de son ame1 j'essayai de m'en rendre matre4 ,un mouvement d'amiti lui chappa 4 4 4 je le saisis 4 4 4 je la pressai dans mes bras1 et ses larmes coulrent 4 4 4 mon amie6 lui dis-je alors 4 4 4 appelez le courage votre secours 4 4 4 j'ai de nouveaux malheurs vous apprendre 4 4 4 ,elle me fixa avec un air d'effroi1 qui me fit trembler 4 4 4 et toutes ses ides se portrent sur toi4 -- ciel6 s'cria-t-elle1 ,valcour est-il avec ma mre1 un mme coup les a-t-il runi8 il est heureux dans un tel cas que la personne qu'on veut amener doucement l'instruction d'une nouvelle affreuse1 aille au- del de la vrit2 je pris une de ses mains1 et lui souriant avec amiti3 --non1 lui dis-je1 ,valcour se porte merveille1 et je suis bien sr qu'il n'est occup que de vous2 mais ce que j'ai vous dire est peut-tre plus cruel encore que ce que vous avez craint 4 4 4 ,votre pre est ici 4 4 4 il vous emmne ds aujourd'hui1 et veut qu'incessamment vous soyez la femme de ,dolbourg 4 4 4 ,je n'ai vu de ma vie un mouvement aussi violent que celui que fit ici cette fille -la-fois courageuse et infortune 4 4 4 mon ami6 me dit-elle en se levant1 il n'est donc plus rien dans le monde qui puisse maintenant m'empcher de me rejoindre ma mre6 4 4 4 --,asseyez-vous ,aline1 lui rpondis-je1 je croyais trouver en vous de la force1 et vous ne me montrez que du dsespoir2 rien ne peut rompre les rsolutions de votre pre1 mais il vous reste des moyens d'chapper aux nuds qu'il vous destine4 --,et quels sont-ils8 --coutez-moi1 et sur-tout calmez- vous4 ,elle s'assit et me prta toute son attention4 --,je ne vous conseillerai point le parti du clotre1 lui dis-je alors1 en vain le proposeriez-vous on s'y refuserait assurment2 mais voici ce que mon amiti vous dicte4 ,que votre soumission flchisse d'abord votre pre1 ne lui montrez qu'obissance et respect pendant la route 4 4 4 ,arrive au chteau1 tchez d'entretenir ,dolbourg seul1 tmoignez-lui vivement l'insurmontable aversion que vous prouvez pour ce mariage2 peignez-lui la certitude des malheurs qui en rsulteront pour tous les deux1 intressez-le enfin2 employez tout2 la nature vous a donn des graces1 une loquence douce et persuasive laquelle il est difficile de rsister4 ,moins violent que votre pre1 je ne serais pas tonn qu'il se rendt2 si cela arrive1 comme je m'en flatte1 engagez-le avec la mme ardeur rompre1 peut-tre le fera-t-il1 mais mettons toutes choses au pis1 et supposons que vous ne trouviez aucun moyen d'viter le sort qu'on vous destine2 votre fidle ,julie vous reste1 cela est dcid2 chappez-vous avec elle1 voil cent louis que je lui donne pour la dpense de ces soins2 accourez chez madame de ,senneval #h1 elle sera prvenue1 elle ira vous attendre exprs dans la terre voisine de ,paris1 que vous lui connaissez2 l1 vous me ferez venir2 ,eugnie et moi1 nous nous chargeons de vous2 nous vous sortons de ,france1 nous vous remettons dans les bras de l'poux que vous destinait votre mre1 et nous vous y faisons jouir en paix de la fortune qu'elle vous laisse 4 4 4 ,l'ombre la plus lgre du bonheur est si flatteuse pour un cur au dsespoir6 ,cette chre fille tomba dans une douce rverie1 je lui demandai ce qu'elle avait4 -- ,dterville6 me dit-elle1 vos procds me rendent confuse1 mais permettez une rflexion1 mon ami1 s'il est vrai que vous ayez envie de m'arracher aux maux qui me menacent comme vos touchantes bonts m'en rpondent1 pourquoi l'effet de vos soins ne commencerait-il pas ds ici1 pourquoi ne m'vitez-vous pas cet affreux voyage avec mon pre8 --,cela se peut-il1 rpondis-je avec douceur1 votre pre est ici1 de ce moment vous tes en sa puissance 4 4 4 ,si vous disparaissez1 c'est moi qui vous enlve1 et vous perdez1 sans vous sauver par cette dmarche1 le seul ami qui vous puisse servir2 si vous partez de ,blamont1 4 4 4 aucun soupon ne peut tomber sur moi1 votre fuite est votre seul ouvrage et les soins que nous vous rendons ensuite ne sont plus le fruit d'une sduction1 c'est une protection accorde1 c'est un service que nous vous rendons1 votre pre en ce cas a des torts rels1 dont il est tout simple que vous ne vouliez pas tre la victime1 tandis que jusqu'-prsent ses torts envers vous ne sont pas assez fonds pour le fuir1 il n'y a ici que des mauvais procds1 il y aura des horreurs ,blamont4 ,vous chapper d'ici est en un mot un parti violent2 un plus simple peut russir1 et il est des lois de la prudence de n'employer jamais les moyens excessifs1 que quand les autres n'offrent plus d'espoir4 --,elle retomba dans ses rflexions1 4 4 4 puis au bout d'un temps2 ,dterville1 me dit-elle1 je me sens plus forte que je ne l'aurais cru1 vos bonts me pntrent1 et j'en profiterai1 4 4 4 oui1 mon ami1 j'en profiterai1 continua-t-elle1 en se relevant1 ou cela me sera impossible2 4 4 4 puis avec violence1 mais possible1 ou non1 je ne serai jamais la femme de ,dolbourg2 et me prenant par les deux mains3 --maintenant1 dites-moi1 mon ami1 si vous croyez qu'il y ait au monde une crature plus malheureuse que moi8 assurment1 lui dis-je1 il y en a1 il s'en faut bien que votre sort soit dsespr1 peut-tre mme tes-vous moins plaindre aujourd'hui que je ne vous le croyais hier4 --,mon ami1 me dit-elle1 en se tournant vers la fentre1 il fait jour1 vraisemblablement1 nous allons bientt nous sparer1 et se jetant dans mes bras1 4 4 4 oh mon cher ,dterville6 ce nouveau coup de foudre sera bien terrible pour moi2 mais avant qu'il ne m'crase1 ne me refusez pas la faveur que je vais vous demander4 --,qu'exigez-vous1 ,aline8 ne connoissez-vous pas tous vos droits sur mon cur8 --,je veux aller embrasser encore une fois ma mre1 4 4 4 ou vous ne m'avez jamais aime1 ou vous m'accorderez cette consolation1 je vous crains1 lui dis-je1 votre tte est trop vive1 votre cur trop ardent1 4 4 4 ce spectacle est douloureux1 vous ne pourrez jamais le soutenir2 4 4 4 mais se contenant avec un courage qu'il n'est pas possible de peindre1 4 4 4 non1 rpondit-elle1 vous vous trompez1 c'est un saint devoir que je ne partirais pas sans remplir1 mais ne redoutez rien1 la religion et la pit combattront la douleur1 mon ame abattue par trop de chocs1 retrouvera dans la multitude des secousses1 la force que chacune d'elle lui aurait enleve 4 4 4 ,marchons1 4 4 4 guidez mes pas tremblans1 et n'ayez nulle crainte1 puis sans me donner le temps de rpondre1 elle prit mon bras et nous nous avanmes vers le lieu funbre4 ,madame de ,blamont tait sur un lit de damas bleue1 o je l'avais fait parer avec dcence1 voulant procurer le lendemain aux habitans de sa terre la satisfaction de la voir qu'ils imploraient avec des torrens de larmes2 elle avait une robe de gros de tours blanc1 ses cheveux dans leur couleur naturelle1 proprement peigns sous un grand bonnet1 sa tte reposait sur un oreiller garni de dentelles1 et son attitude tait celle d'une femme qui dort2 huit cierges brlaient autour du lit dont les rideaux taient relevs avec des gros flots de rubans blanc2 deux prtres modestement recueillis rcitaient des prires basse voix4 ,par la porte o nous entrions1 le tableau s'offrait nous en entier 4 4 4 ,ta malheureuse ,aline ne l'a pas plutt apperu qu'elle recule et tombe dans mes bras2 4 4 4 mais persuade qu'elle n'a plus qu'un moment elle1 la crainte de le perdre1 l'extrme rsignation dans laquelle elle est1 tout la soutient et nous avanons2 les prtres se retirent un instant1 ,aline plus libre se jette aux pieds de sa mre1 et les baise tous deux avec respect1 4 4 4 elle se relve1 vient sur les cts1 prend chacune des mains tour--tour1 et y imprime ses lvres avec la componction de la plus vive douleur1 4 4 4 elle s'approche de la tte1 considre un instant le calme pur qui rgne sur les traits de cette femme2 4 4 4 admire la beaut qui s'y peint encore 4 4 4 ,ici son ame se dchire elle lance ses bras autour du col de cette mre adore2 l'arrose de ses larmes2 l'accable de ses baisers1 et lui adresse des mots si tendres2 4 4 4 lui fait des questions si touchantes1 que la crainte de la voir succomber cet excs de sensibilit me fait approcher d'elle1 et la supplier de ne pas s'abandonner ainsi2 mais comme elle me rsistait1 comme elle n'coutait1 4 4 4 comme elle n'entendait plus que sa douleur1 le cur survint et lui fit les mmes instances1 elle craignit alors d'avoir manqu de respect2 cette tendre fille sans cesse occupe de ses devoirs1 y sacrifiant toujours les passions les plus ardentes de son ame1 se retira en baissant les yeux1 et se replaa genoux au pied du lit pour partager un instant les prires avec les deux honntes ecclsiastiques qui s'taient chargs de ce soin4 ,ce fut en ce moment que je lui annonai tout bas le legs des cheveux que lui faisait sa mre2 je lui dis que j'allais les couper pour les lui remettre tout de suite4 ,cette nouvelle remplit son ame de consolation 4 4 4 ,elle me donne ses cheveux1 dit-elle1 4 4 4 cette bonne mre1 4 4 4 cette tendre mre1 4 4 4 elle a pens moi1 4 4 4 ah6 donnez-les moi1 4 4 4 donnez-les moi vite1 4 4 4 ils ne me quitteront de la vie 4 4 4 ,je m'approchai du lit pour procder cette opration1 4 4 4 mais ,aline se dtourna1 elle ne voult pas me voir faire1 elle tait bien aise d'avoir ses cheveux1 mais elle tait fche qu'on les coupt1 il semblait que cela devnt pour elle une preuve de plus de la mort de sa mre1 et peut-tre jouissait-elle en cet instant de l'illusion de la croire endormie4 --,c'tait d'ailleurs dparer en quelque sorte ce corps qu'elle idoltrait1 toutes ces ides sans doute troublrent le plaisir sombre qu'elle prouvait ce don1 et quand je le lui apportai1 elle ne le reut d'abord qu'en frmissant2 4 4 4 bientt pourtant elle les couvre de baisers1 et se dtournant pour ouvrir sa poitrine1 elle les place au-dessous du sein gauche1 protestant sur les pieds de sa mre qu'ils ne quitteraient jamais cette place4 ,ma vertueuse amie1 dis-je au bout d'une demie heure de cette cruelle visite1 il faut partir1 cet instant va vous affliger encore1 il vaudrait presque mieux que nous ne fussions pas venus 4 4 4 ,elle frissonna1 on eut dit que j'arrachais la partie la plus sensible de son ame1 mais toujours ferme et courageuse1 aprs avoir renouvelle une dernire fois ses baisers aux mains et au front1 elle s'incline respectueusement et sort en pleurs1 la tte cache dans mes bras 4 4 4 ,je l'embrassai ds que nous fmes dehors1 je suis bien plus content de vous que je ne l'aurais cru1 lui dis-je1 ceci me remplit d'espoir pour la suite 4 4 4 ,oh ma chre amie6 de la force1 il en faut1 de la prudence1 de la sagesse et soyez sre que nous russirons 4 4 4 ,nous rentrmes dans sa chambre2 elle me demanda o serait enterre sa mre1 avec une sorte d'motion qui m'allarma2 je lui fis part des dernires dispositions de la dfunte2 et quand elle vit que madame de ,blamont dsirait expressment que sa fille ft mise un jour dans le mme cercueil --ah6 dit-elle1 comme ceci me console encore1 cela sera1 n'est-ce pas1 ,dterville8 cela sera8 personne ne peut s'y opposer8 --,non1 certes1 lui dis-je1 4 4 4 puis1 comme sans rflexion1 --vous en chargez-vous1 mon ami8 --,fille adorable1 rpondis-je1 la nature ne drangera pas ses loix pour que je sois charg de ce soin3 rflchissez que j'ai douze ans plus que vous2 --oh6 qu'importe1 on finit tout ge4 ,dites-moi toujours que si vous me survivez1 vous me promettez de me faire mettre auprs de ma mre8 --,je vous le jure1 mais aux conditions que nous allons nous occuper d'autre chose4 --,oh6 de tout ce que vous voudrez1 aprs cette promesse4 --,eh bien6 j'exige que vous preniez quelque nourriture4 --,oui1 de la crme de ris1 comme hier1 avec celle que j'ai perdue1 n'est-ce pas1 mon ami1 4 4 4 comme hier8 4 4 4 ,et avec un peu d'garement2 --mais elle ne sera plus l1 4 4 4 ce ne sera plus elle1 4 4 4 il n'est plus possible que je la revoie jamais6 4 4 4 et sans rpondre4 --,eh bien1 voulez-vous que j'aille vous chercher quelques lgers alimens8 --non1 en vrit2 --et cependant force d'instances1 je l'obligeai avaler un uf frais1 dans lequel je battis quelques gouttes d'lixir4 ,nous employmes ensuite le peu de temps qui nous restait1 assurer nos mesures2 je convins avec elle1 que dans tous les cas1 ,julie me ferait un dtail exact de ce qui se passerait au chteau de ,blamont1 ds qu',aline y serait2 et ,aline me promit de son ct de m'crire le plus souvent qu'elle pourrait1 et d'observer avec exactitude tout ce qui tait convenu entre nous 4 4 4 ,l'heure pressant1 elle s'habilla2 quand on lui prsenta une robe noire1 elle la baisa avec transport2 ah6 mon ami6 dit-elle1 en me regardant1 voil la dernire couleur que je porterai de ma vie 4 4 4 peine tait-elle prte1 que le prsident me fit dire qu'il m'attendait dans les salles d'en bas1 et qu'il me priait de lui amener sa fille3 eh bien6 lui dis-je1 --comment va le cur8 --mieux que je ne croyais1 me rpondit-elle1 en prenant mon bras2 mais sur-tout1 mon ami1 ne me quittez point que je ne sois en voiture2 je le lui promis1 et nous descendimes2 4 4 4 ds qu'elle entendit la voix du prsident qui causait avec quelques habitans de ,vertfeuille1 elle frmit4 --,courage1 lui dis-je1 du respect et du silence2 elle entra1 elle salua son pre1 sans prononcer une parole2 monsieur de ,blamont s'approcha d'elle1 il l'exhorta froidement se consoler3 il lui dit que le deuil lui siyait merveille2 qu'il ne l'avait jamais vue si jolie2 et elle continua de se tenir debout1 les yeux baisss1 sans rpondre une parole4 titre d'excuteur-testamentaire1 tout ceci va vous donner bien de la peine1 me dit le prsident2 elle a bien fait de vous choisir1 assurment1 cela ne pouvait tre en meilleures mains 4 4 4 ,ma fille a-t-elle djen8 ,oui1 monsieur1 dis-je1 bien sr d'obliger ,aline par cette rponse2 avez-vous ordonn qu'on vous servt8 --,oui1 j'ai dit qu'on mt deux perdrix2 j'aime la folie celles de ,vertfeuille1 elles ont bien plus de got que celles de ,blamont3 ,aline1 vous en mangerez une8 --non1 mon pre4 --,c'est que la journe est bien longue2 il y a vingt-cinq lieues de traverse1 j'ai six relais1 nous n'arrterons pas2 nous aurons des biscuits dans la voiture1 mais cela ne nourrit point4 --,on servit2 le prsident mangea ses deux perdrix1 but autant de bouteilles de vin de ,bourgogne1 et causa avec les diffrentes personnes dont la salle tait remplie1 pendant que dans une ambrazure1 ,aline et moi fumes nous entretenir encore un moment4 ,j'achevai de raffermir son cur2 elle me tmoigna mille caresses1 4 4 4 et comme en s'ouvrant l'amiti1 son ame tait prte se fendre2 je fis semblant de ne rien voir3 elle me pria de t'crire1 et ton nom n'eut pas plutt vol sur ses lvres que ses yeux s'inondrent3 4 4 4 ,je rompis encore ces nouvelles effusions2 je craignais une crise affreuse2 et quand l'instant du dpart approcha1 je ne vis d'autre parti1 pour viter cette rvolution1 que de la navrer par de la froideur 4 4 4 ,je me dchirais moi-mme en agissant ainsi1 mais il le fallait 4 4 4 ,j'abordai le prsident1 4 4 4 elle m'entendit et se contint 4 4 4 ,on vint avertir que les chevaux taient mis 4 4 4 ,je la vis tressaillir1 mais je ne m'approchai plus d'elle 4 4 4 ,le prsident sortit 4 4 4 ,julie ensuite1 4 4 4 elle quitta le salon la dernire4 ,ds qu'on la vit1 le peuple forma deux haies1 au milieu desquelles elle fut oblige de passer4 ,l1 cet ange cleste reut involontairement les hommages de tout ce qui l'entourait4 ,les uns levaient leurs mains vers le ciel1 en lui souhaitant mille prosprits 4 4 4 ,ceux-ci pleuraient et se dtournaient d'elle1 comme pour ne la pas voir s'arracher eux1 d'autres enfin se jettaient ses pieds1 lui rendaient graces des bienfaits qu'ils en avaient reus1 et imploraient sa bndiction 4 4 4 ,elle traversa la foule1 ne regardant que la terre1 ne laissant jamais voir sur son front que la douleur et l'humilit 4 4 4 ,le prsident monta1 ,julie suivit2 4 4 4 alors ,aline tourna les yeux sur moi1 pour m'adresser un adieu cruel qui eut ouvert la source des larmes que je m'efforais d'tancher2 4 4 4 mais ne pouvant plus me distinguer1 par les prcautions que j'avais prises1 quoique je ne la perdisse pas de vue 4 4 4 ,elle s'lana comme un trait dans la voiture3 4 4 4 tout s'loigna avec la rapidit de l'clair2 4 4 4 et moi1 confondu1 4 4 4 ananti1 4 4 4 je crus que l'astre disparaissait pour toujours des cieux1 et que le monde allait tre condamn vivre ternellement dans les tnbres4 ,je rentrai1 suivi du peuple1 dont les pleurs ne tarissaient point4 ,ne voulant faire enterrer madame de ,blamont qu'au bout de trente-six heures rvolues1 d'aprs les instances ritres de sa fille1 je fis ouvrir l'appartement o elle tait expose1 aprs avoir pris soin de faire enclore le lit d'une balustrade couverte de drap noir3 il n'y eut personne qui ne vint se prosterner aux pieds de celle qui leur avait t si chre2 tous la bnirent1 tous l'adorrent 4 4 4 gens du sicle6 vous qui vivez comme le monstre qui la sacrifit1 obtiendrez-vous de tels hommages1 quand la parque aura tranch vos jours8 4 4 4 ,aurez-vous1 comme cette femme divine1 du sein de l'tre- ,suprme o l'ont place ses vertus1 la douce consolation de vivre encore dans le cur des hommes1 et de les voir vous offrir le tribut sacr de leur amour et de leur reconnaissance8 ,ces soins remplirent tout le vingt-sept4 ,le lendemain1 dix heures du matin1 le cortge vint prendre le corps pour le rendre sa dernire demeure2 chacun se disputait l'honneur de porter ce prcieux fardeau2 et ses gens ne le cdrent qu'avec peine aux six plus notables du lieu4 ,ils l'enlevrent1 et elle arriva la paroisse1 au triste son des cloches1 4 4 4 murmure harmonieux6 devenu plus lugubre encore par les sanglots et les gmissemens de tout ce qui l'accompagnait2 mais le dsespoir devint si violent1 quand on la vit disparatre et s'enfoncer dans les entrailles de la terre 4 4 4 ,les cris de la douleur furent tels1 que les votes du temple en retentirent2 on et dit1 que tout ce qui tait l lui et t attach par quelques liens2 4 4 4 il semblait qu'ils taient tous ses enfans1 tous la pleuraient comme une mre4 ,je revins1 et passai1 sans doute1 la plus cruelle journe que j'aie eue de ma vie3 dgag des soins les plus importans1 je n'coutai plus que mon chagrin 4 4 4 mon ami1 qu'il fut affreux2 l'obligation de me contraindre1 en repoussant vers mon cur les larmes que je m'tais refuses en avait branl les ressorts2 toute la machine tait affaisse 4 4 4 ,je me promenais seul grands pas dans ces appartemens o rgnaient autrefois la dcence1 la joie douce et l'honntet1 et je n'y trouvais plus qu'un vuide horrible et des marques de deuil4 ,elle a pass1 me disais-je1 celle qui faisait le bonheur des autres2 le ciel n'a voulu la laisser qu'un instant sur la terre 4 4 4 elle n'y a paru que pour faire le bien1 4 4 4 et je lui appliquais ces paroles superbes qu'inspirait ,flchier la clbre duchesse d',aiguillon #i3 elle n'a t grande que pour servir ,dieu1 riche que pour assister les pauvres1 vivante que pour se disposer la mort4 ,telle est1 mon cher ,valcour1 la premire partie des malheurs que j'ai t'apprendre1 je passe les dtails qui m'occuprent les jours suivans1 pour en venir plutt au sombre rcit qui me reste1 et qui ne dchirera pas plus cruellement ton cur que le mien ne le fut en le lisant4 ,le #c mai au soir1 je revenais de l'glise1 o je n'ai pas manqu d'aller pleurer deux heures par jour sur le tombeau de ma malheureuse amie1 depuis que nous avons eu la douleur de la perdre2 lorsqu'on m'avertit qu'un homme cheval demandait1 avec empressement1 me parler4 ,je vole o l'on me dit qu'il est1 le cur palpitant d'effroi1 je trouve un inconnu qui me rend l'instant un paquet de lettres2 4 4 4 j'ouvre avec prcipitation1 4 4 4 j'interroge1 4 4 4 je lis sans comprendre1 je reconnais enfin l'criture d',aline1 prcde d'un journal exact de ,julie4 ,je t'envoie le tout1 4 4 4 lis1 ,valcour1 et respire1 si tu le peux1 jusqu' la dernire ligne4 ,footnote #a4 ,toutes les suivantes1 except la dernire1 taient sous la mme enveloppe4 ,footnote #b4 ,il a dans ses registres depuis cent ans1 vingt assassinats pareils celui de ,calas4 ,il a1 sous ,franois ,i41 mis le feu quatre-vingts villages de la ,provence2 il a cot la vie dans ce mme-temps quatre-vingt mille citoyens2 il a dans diffrentes poques ouvert trois fois sa ville aux ennemis2 c'est encore lui qui1 dans ce moment-ci 7#aghg71 bouleverse la province4 ,il est tout simple qu'une telle assemble mrite les loges du monstre dont nos lecteurs frmissent4 7,note de l'editeur7 ,footnote #c4 ,monstres capables de cette horreur1 vous plissez en reconnaissant votre victime2 4 4 4 tranquillisez-vous elle vous pardonne1 ce fut hors de vos fers la premire jouissance qu'elle voult goter4 ,footnote #d4 ,les ,scandinaves et les ,germains pleuraient la naissance de leurs enfans2 ds qu'il leur en tait n un1 ils s'asseoiyaient autour de son berceau2 et l chacun reprsentait1 aussi pathtiquement qu'il lui tait possible1 les misres de la vie humaine et compatissait aux maux que le nouveau-n aurait souffrir dans le sjour qu'il allait faire dans le monde2 ces mmes peuples se rjouissaient la mort de leurs amis ou de leurs parens1 tous ceux qui assistaient la crmonie ne s'entretenaient que du glorieux change1 par lequel le dfunt avait quitt une vie sujette tant de misres1 pour entrer dans l'tat d'une parfaite flicit2 ensuite1 on jouait1 on chantait1 on se rgalait pendant trois jours4 ,il reste encore des traces de cette cotume dans presque toutes les villes du nord de l',allemagne4 ,footnote #e4 ,tel fut le mensonge de l'abominable ,sartine4 ,footnote #f4 ,c'est l'opration du sclrat ,lenoir4 ,footnote #g4 ,voyez la page #caf de ce volume-ci4 ,footnote #h4 ,belle-mre de ,dterville1 on doit s'en souvenir4 ,footnote #i4 ,nice du cardinal de ,richelieu4 ,,lettre ,,lxviii4 ,julie ,dterville4 ,au chteau de ,blamont1 ce premier mai4 ,j'excute vos ordres et ceux de ma matresse1 monsieur1 puissent tre lus de vous de tristes caractres1 que mes larmes effacent mesure que ma main les crit4 ,vous exigez des dtails1 quelque douloureux qu'ils soient1 j'obis4 ,m4 le prsident s'endormit ds que la voiture fut en mouvement1 et ne s'veilla qu'au premier relai3 il fit quelques questions sa fille1 qui ne lui rpondit que par monosyllabes3 alors il lui demanda d'un ton svre1 si elle s'avisait d'avoir de l'humeur8 --,je n'ai que du chagrin1 monsieur1 rpondit-elle1 j'imagine que mes malheurs m'en donnent le droit4 --,sur cela1 monsieur le prsident rpondit que la plus haute de toutes les folies tait de se chagriner1 qu'il fallait savoir monter son ame une sorte de stocisme1 qui nous fit regarder avec indiffrence tous les vnemens de la vie2 que pour lui1 loin de s'affliger de rien1 il se rjouissait de tout1 que si l'on examinait avec attention ce qui paratrait devoir1 au premier coup d'il1 nous dsoler le plus cruellement1 on y trouverait bientt un ct agrable2 qu'il s'agissait de saisir celui-l1 d'oublier l'autre2 et qu'avec ce systme on parvenait changer en roses toutes les pines de la vie3 4 4 4 que la sensibilit n'tait qu'une faiblesse dont il tait facile de se gurir1 en repoussant de soi avec violence tout ce qui voulait nous assaillir de trop prs1 et en remplaant avec vtesse par une ide voluptueuse ou consolatrice1 les traits dont le chagrin voulait nous effleurer2 4 4 4 que cette petite tude n'tait l'affaire que de trs-peu d'annes1 au bout desquelles on russissait s'endurcir au point1 que rien n'tait plus capable de nous affecter4 ,et il assura mademoiselle qu'elle serait toujours malheureuse1 tant qu'elle n'adopterait pas cette prudente philosophie 4 4 4 ,aline ne rpondit rien1 et monsieur se retournant vers moi1 me fit tout haut1 sur mademoiselle1 des questions de la plus grande indcence4 ,quand il vit que je baissais les yeux sans rpondre1 il m'apostropha avec humeur2 il me dit que je n'aurais pas beau jeu avec lui1 si je voulais faire aussi la prude2 que le ton de sa maison tait autrement libre que celui du logis que je quittais1 et qu'il fallait1 ou s'y mettre1 ou s'attendre n'y pas demeurer long-temps4 ,ensuite1 en me renouvellant les questions indiscrtes qu'il venait de me faire sur sa fille1 il me dit que ds qu'il allait la marier1 il fallait bien qu'il connt ces choses-l1 et que ne voulant pas tromper son gendre1 il tait essentiel qu'il st si la marchandise tait sans dfaut2 mais que puisque je refusais de le lui apprendre 4 4 4 il fouillerait les ballots lui-mme1 pour en apprendre la valeur2 et sur cela il dit mademoiselle qu'il faisait bien chaud1 qu'il lui conseillait d'ter toutes les coffes et tous les mantelets dont elle tait affuble2 mais ,aline qui avait choisi le strapontain par prfrence1 courbe sur la portire1 et la tte cache dans ses mains1 n'coutait rien1 et ne rpondait rien 4 4 4 ,alors1 monsieur le prsident me demanda relativement moi les mmes claircissemens qu'il voulait que je lui donnasse sur mademoiselle1 et il accompagna ses questions de gestes si mal-honntes1 4 4 4 d'actions tellement indcentes1 que je le menaai d'appeler ou de me jetter hors de la voiture2 il me dit qu'il saurait me mettre la raison2 que je me trompais fort1 si j'imaginais qu'il m'emmenait pour plaire sa fille2 et qu'assurment il m'aurait laiss1 sans ma jeunesse et ma jolie figure2 qu'il attendrait1 puisque je faisais autant la difficile1 mais qu'il me prvenait qu'il en faudrait toujours venir l1 et qu'il y avait ,blamont des moyens srs pour vaincre la rsistance des filles4 ,peu -prs il se rendormit1 et ne parla presque plus du jour1 environ un quart de lieue de ,sens1 une roue se cassa1 et nous arrivmes comme nous pmes l'auberge de la poste1 o il fallait bien coucher malgr nous4 ,monsieur parla lui-mme la matresse de la maison1 et nous montmes peu-aprs dans une chambre deux lits1 o il fit porter les quipages de nuit de mademoiselle1 me disant que c'tait l sa chambre et celle de sa fille1 et que je n'avais qu' en demander une pour moi2 mais ,aline me prit par le bras1 et dit qu'elle allait en demander une pour elle et pour moi1 parce qu'elle ne pouvait se passer de sa femme-de-chambre la nuit4 ,eh bien6 dit le prsident1 on tendra un troisime lit ici1 mais vous1 ma fille1 vous ne coucherez srement pas ailleurs4 --,je vous demande pardon1 mon pre1 dit ,aline en ouvrant brusquement la porte1 et se jettant avec moi sur la gallerie1 alors elle appella la matresse1 et lui demanda une chambre2 cette femme1 guide par les yeux du prsident qu'elle consulta aussi-tt1 rpondit qu'elle n'avait d'autre lit lui donner1 que celui qui tait dans l'appartement de monsieur1 et que toute sa maison tait pleine4 ,mais vous destiniez un coin cette fille1 dit ,aline en me montrant3 --oui1 mademoiselle2 mais cette chambre n'est pas faite pour vous4 --,n'importe1 n'importe1 j'y coucherai avec elle2 tout est bon1 pourvu qu'il soit dcent1 et rien ne l'est moins1 madame1 que de faire coucher une fille dans l'appartement de son pre4 --,cela nous arrive pourtant tous les jours4 --,vous trouverez bon que ce ne soit pas moi4 ,l'htesse n'osant rpliquer1 ouvrit une assez mauvaise petite chambre l'autre extrmit de la gallerie1 et nous y entrmes1 sans que le prsident1 qui nous voyait de sa porte1 ost prononcer un seul mot4 ,mademoiselle demanda un bouillon pour elle1 et un poulet pour moi4 ,elle supplia instamment l'htesse de prendre elle-mme la clef de notre chambre1 et de ne nous ouvrir le lendemain que quand son pre voudrait partir4 peine fumes-nous renfermes1 que replaant devant les yeux d',aline la conduite de son pre dans cette seule journe1 je lui dis1 qu'aprs tous les dangers que nous courrions avec un tel homme1 nous ferions peut-tre prudemment1 d'essayer nous sauver d'o nous tions4 ,je lui reprsentai qu'une fois au chteau1 les moyens que nous trouvions prsent ne nous seraient peut-tre pas offerts4 ,mais mademoiselle qui ne se ressouvenait point du chteau de ,blamont1 o elle n'avait t qu'une fois avec sa mre1 dans son enfance1 me dit qu'il lui paraissait impossible que nous n'eussions l les mmes moyens qu'ici2 qu'elle esprait flchir ,dolbourg2 obtenir de lui de renoncer ses projets1 et que favorise par monsieur ,dterville1 elle ne voulait s'carter en rien des conseils qu'elle en avait reu4 --,mademoiselle1 lui dis-je1 monsieur ,dterville1 qui s'est expliqu devant moi1 a dit ce me semble1 que pour lgitimer votre fuite il ne fallait que trouver des torts monsieur votre pre4 ,ses propos1 4 4 4 ses projets d'aujourd'hui1 tout cela n'annonce-t-il pas des horreurs 4 4 4 ,julie1 me dit cette inestimable matresse1 tu ne sais pas ce que c'est que d'accuser son pre8 ,tu ne sens pas ce qu'il en cote une ame comme la mienne1 pour divulguer des torts de cette espce1 dans celui de qui je tiens le jour2 j'aimerais mieux mourir que d'oser une telle chose2 et dans tout ceci1 d'ailleurs1 il n'y a encore rien de rel1 rien que je puisse prouver1 et rien qu'il ne puisse combattre 4 4 4 ma chre amie6 esprons1 ceci ira peut-tre mieux que tu ne crois1 j'attends tout de ,dolbourg 4 4 4 ,quoi qu'il en soit1 ajouta-t-elle1 en me saisissant la main1 avec un air qui me fit frmir1 ne crains rien ,julie1 je ne trahirai jamais l'amant que j'aime2 je ne ferai jamais d'autre choix que celui de ma mre2 et s'il faut une victime ces monstres1 voil la main1 dit-elle1 en tendant la sienne1 voil la main qui en ouvrira le flanc 4 4 4 ,ensuite elle se jetta sur le lit sans se deshabiller1 et passa la nuit dans les larmes4 ,le lendemain matin on vint nous avertir pour le dpart1 nous sortmes promptement et fmes nous tenir la porte de la chambre de monsieur1 sans y entrer4 ,il parut2 nous descendmes avec lui et nous reprmes dans la voiture les mmes places que nous avions la veille4 ,monsieur ne dit pas un mot1 nous imitmes son silence et nous arrivmes vers midi au chteau de ,blamont1 dont les abords tnbreux et isols surprirent et effrayrent mademoiselle1 qui1 comme je viens de le dire1 ne se ressouvenait plus de sa position4 ,la voiture pntra jusques dans la cour intrieure1 et l1 nous trouvmes monsieur ,dolbourg1 qui offrit son bras mademoiselle pour descendre de la voiture2 elle accepta cette politesse et lui fit une rvrence pleine de douceur4 ,la voiture se retira1 nous entrmes dans la salle d'en bas2 tout est triste dans cet affreux chteau1 tout y noircit l'imagination1 tout y inspire la terreur2 et cette horrible maison a plutt l'air d'une forteresse que d'une habitation de campagne2 on n'y voit que des votes1 des grilles1 des portes paisses4 ,ds que nous fmes entres1 monsieur me dit de faire porter les quipages de sa fille dans l'appartement qu'on m'indiquerait2 mais mademoiselle m'arrtant1 demanda instamment ces deux messieurs de permettre que je ne la quittasse point4 ,oh6 parbleu1 dit brusquement monsieur de ,blamont1 elle ne mangera ni ne couchera pourtant point avec vous2 il me semble qu'une fille est en sret quand elle est entre son pre et l'poux qui doit lui appartenir4 --,vous n'avez rien craindre mademoiselle1 dit monsieur ,dolbourg1 daignez me croire et laissez sortir votre ,julie4 ,aline n'osa rsister2 je fus faire ce qui m'tait ordonn et revins aussi-tt dans le sallon2 mademoiselle tait assise entre ces deux messieurs1 et je sus1 qu' cela prs de quelques propos dplacs1 parce qu'il tait impossible de tels gens de n'en pas tenir1 il n'avait t pourtant question1 dans cette premire entrevue1 que de choses indiffrentes2 ds qu',aline me vit revenir1 elle demanda la permission de se retirer1 elle lui fut accorde1 monsieur lui donna la main lui-mme pour la conduire dans sa chambre2 quand elle y entra1 voyant qu'il n'y avait qu'un lit1 elle demanda instamment qu'on en tendit un autre pour moi4 --,c'est impossible1 lui rpondit le prsident1 mais elle est porte de vous et voil des sonnettes dont vous pouvez vous servir au besoin2 cela dit1 il se retira1 et nous nous arrangemes dans cette chambre2 en furetant dans les diffrens coins1 nous apermes dans l'embrsure d'une fentre la ligne suivante1 crite avec un crayon3 ,c'est ici que la malheureuse ,sophie1 4 4 4 la phrase n'tait pas finie 4 4 4 --,oh ciel6 dit ,aline effraye1 4 4 4 ce sera ici qu'il aura conduit cette pauvre fille4 ,je ne le savais pas1 on me l'avait dite au couvent 4 4 4 ,et qu'en a-t-il fait8 ,pourquoi l'a-t-il emmene dans ce chteau8 4 4 4 ,pourquoi n'a- t-elle pu crire que cette ligne8 4 4 4 ,julie6 tout me fait frmir 4 4 4 ,nous en tions l1 quand on vint avertir mademoiselle que le dner tait servi1 bien sre qu'on la forcerait d'y paratre elle n'osa faire des excuses1 elle se remit comme elle pt de son trouble et descendit4 ,elle vit alors que la socit tait compose des deux amis1 d'une vieille dame1 d'une jeune personne de quinze seize ans1 assez jolie1 et d'un jeune abb2 la conversation ft gnrale tant que les laquais servirent2 mais renvoys au dsert1 elle prit un ton bien diffrent4 --,aline1 dit le prsident1 cette jeune personne que vous voyez est la fille de madame1 elle est ma matresse1 je vous la recommande et j'espre que vous vivrez bien avec elle 4 4 4 ,ce vieux coquin de ,dolbourg a t mon rival quelque temps1 mais aujourd'hui que le sacrement l'enchane1 il m'a bien promis que ce ne serait que dans les bras de l'hymen qu'il allumerait les feux de l'amour2 ce bel enfant et sa mre seront les tmoins de votre mariage1 et c'est monsieur l'abb qui le clbrera1 circonstance laquelle a pens s'opposer ,dolbourg2 car l'abb est galant et votre vieux mari est jaloux comme un italien4 ,mademoiselle1 les yeux constamment baisss1 ne rpondit jamais un mot4 ,on sortit de table1 et ds qu'on en fut hors1 elle salua respectueusement son pre et se retira4 ,elle prtexta de la fatigue pour se dispenser du souper1 et aprs avoir encore visit l'une et l'autre tous les coins de la chambre pour s'assurer qu'on ne pouvait y pntrer par surprise1 elle s'y enferma avec moi et passa la nuit -peu-prs comme la prcdente1 mais plus agite encore cause de cette ligne imparfaite de la main de ,sophie1 et dont elle ne pouvait expliquer le sens4 ,telle fut l'histoire du #bh4 ,le lendemain1 ds neuf heures1 le prsident frappa1 nous lui ouvrmes1 il m'ordonna de me retirer1 et ayant dit sa fille de l'couter avec attention1 il lui demanda si elle tait dcide lui obir et pouser le lendemain son ami ,dolbourg8 ,mademoiselle lui dit qu'elle ne pouvait revenir de la surprise o elle tait de se voir faire une telle proposition avant mme que sa mre ne ft enterre2 monsieur se voyant matre de sa victime1 rpondit avec des termes durs qu'il se moquait de ces considrations1 qu'il voulait tre obi1 qu'il venait lui demander sa parole de l'tre1 ou qu'il allait la faire jetter dans un cachot1 dont elle ne sortirait de sa vie4 ,mademoiselle ne s'allarma point1 son courage ft extrme2 elle dit qu'elle comptait trop sur les bonts de son pre pour craindre d'tre ainsi traite2 mais que1 puisqu'on exigeait un aussi cruel sacrifice1 elle demandait instamment de pouvoir entretenir ,dolbourg tte tte4 ,cette faveur ne lui fut pas refuse4 ,le prsident sortit et monsieur ,dolbourg entra peu aprs 4 4 4 ,il n'y eut rien qu',aline ne fit1 rien qu'elle ne mit en usage pour le dgoter de cet hymen1 l'amour et le dsespoir prtaient une nergie ses discours1 laquelle il semblait impossible de rsister 4 4 4 ,dolbourg ft inbranlable2 enfin cette intressante fille se jetta aux pieds de son tyran avec des flots de larmes1 pour le conjurer de renoncer ses projets2 4 4 4 tout ft inutile1 4 4 4 il lui dit froidement de se relever1 4 4 4 que ce qui tait dcid se ferait1 4 4 4 qu'il ne voulait d'elle que sa personne1 4 4 4 nullement son cur1 qu'une fois sa femme1 il saurait ou vaincre ses rpugnances1 ou s'en moquer si elles redoublaient2 4 4 4 qu' l'gard de la hane qu'elle lui faisait envisager1 c'tait la chose du monde qui l'effrayait le moins1 qu'il la ferait vivre dans une telle solitude et dans une subordination si entire1 qu'il n'aurait pas redouter les effets de cette antipathie4 ,il dit que cela lui rappelait l'histoire de sa dernire pouse1 qu'il avait t de mme oblig de la prendre d'assaut1 comme il voyait bien qu'il allait faire ici2 et que malgr toute la hauteur du caractre de cette femme1 malgr les invincibles dgots qu'elle avait de mme prouv pour lui1 il avait su la rduire en peu de mois au sort le plus soumis2 qu'il se souvenait au mieux des moyens1 et que tous violens qu'ils pussent tre1 il saurait les remettre en usage 4 4 4 ,alors mademoiselle confuse de s'tre abaiss jusqu' la prire avec un tel monstre1 lui a dit firement1 eh bien6 monsieur1 tout est dit1 mon pre peut venir chercher ma parole1 je serai votre femme demain4 ,monsieur de ,blamont revenu1 elle lui a renouvell devant ,dolbourg les mmes promesses avec un visage ferme et tranquille2 elle lui a demand pour unique grace qu'on ne l'obligea point de descendre1 et qu'on la laissa vingt-quatre heures seule1 pour se prparer une action qui lui coutait autant4 ,le prsident balana1 il dit que ce n'tait pas l'esclave dicter des loix ses matres2 aussi1 reprit-elle promptement1 vous voyez bien que je ne demande que des graces4 --,oui1 oui1 dit ,dolbourg1 en entranant le ,prsident1 laissons-la bouder vingt-quatre heures1 puisque cela l'amuse2 il n'y a-t-il pas d'ailleurs des choses auxquelles il faut ncessairement que puisse vaquer une fille qui va cesser de l'tre1 continua-t-il avec un ton de persiflage aussi impertinent que ridicule 4 4 4 ,oui1 oui1 mon enfant1 ajouta-t-il1 en voulant la prendre sous le menton1 7oui1 oui1 faites bien tout cela1 et que je n'aye qu' me louer du logis quand le papa m'en donnera les clefs47 ,alors monsieur1 voulant soutenir ce ton de grossire plaisanterie1 dit que dans la rgle1 on devait balayer les chambres avant d'admettre un nouvel hte1 qu'il fallait au moins leur donner de l'air1 et que ce soin le regardait seul4 ,assurment1 dit ,dolbourg1 je ne suis point jaloux1 tu le sais1 fais ce que tu voudras1 mon ami1 tu n'avaleras jamais si bien l'hutre que je n'en retrouve encore l'caille1 et c'est tout ce qu'il faut un poux examinateur1 et qui malheureusement n'est que cela4 ,encourag par ces plats et odieux propos1 le prsident s'avana avec impudence vers sa fille1 et la saisissant durement par le bras1 sauvage crature1 lui dit-il1 il n'y a plus de dfense ici1 il n'y a plus de mre dans le sein de laquelle tu puisses te jetter2 mais ces cruels mots mademoiselle tomba la renverse dans un fauteuil1 et ses larmes 4 4 4 ses sanglots allaient la suffoquer infailliblement1 si ,dolbourg1 beaucoup plus effray que son ami1 ne m'eut appell fort vte2 cache dans un coin1 en dehors1 d'o rien ne m'chappait1 j'accourus1 mademoiselle tait sans connaissance1 je la dlaai promptement2 4 4 4 mais les sclrats1 4 4 4 je frmis en traant ces indignits1 4 4 4 ils osrent porter des yeux impurs sur ce sein d'albtre1 agit des soupirs de la douleur1 4 4 4 4 4 4 inond des pleurs du dsespoir1 4 4 4 4 4 4 ils osrent1 4 4 4 4 4 4 ,oh monsieur6 n'en exigez pas davantage1 leurs excrations furent au comble1 4 4 4 on me tenait pendant ce temps-l4 ,mademoiselle en reprenant ses sens s'apperut de tout1 ah ma chre ,julie6 s'cria-t- elle1 qu'est-ce donc que les monstres ont fait8 4 4 4 hlas6 rpondis-je1 en fondant en larmes1 c'est ce prix qu'ils vous accordent vingt-quatre heures 4 4 4 ,bon reprit-elle avec une fermet qui m'tonna1 je n'ai pas besoin d'un plus long dlai1 et1 s'approchant de la fentre1 elle en considre l'lvation1 elle la mesure des yeux1 elle avait plus de quatre-vingts pieds de hauteur1 et au bas tait un foss de trois toises de large1 et entirement plein d'eau2 4 4 4 et bien ,julie1 me dit-elle1 aprs un peu de rflexion1 4 4 4 tu le vois1 voil nos projets impossibles4 --,plus que vous ne pensez1 rpondis-je avec douleur1 nous sommes observes de partout1 c'est ce qui met le comble l'horreur de notre sort2 4 4 4 regardez1 lui dis-je1 en lui montrant l'autre ct du foss1 appercevez deux hommes qui ne quittent jamais notre fentre de vue1 et si je fais le moindre pas dans la maison1 je suis partout suivie par deux autres4 ,notre position est affreuse4 --,je le sens1 me rpondit ,aline1 aussi ne me reste-t-il qu'un parti prendre 4 4 4 ne la comprenant pas1 j'osai lui dire que dans la terrible circonstance o elle se trouvait1 le seul tait de flchir2 4 4 4 mais sans en entendre davantage1 elle me repoussa avec humeur1 je te croyais mon amie1 me dit-elle1 mais je vois bien que tu ne l'es plus1 es-tu dj vendue mes tyrans8 sont-ce eux qui t'engagent me parler ainsi8 suis-je donc dj seule sur la terre8 suis-je abandonne8 4 4 4 suis- je livre de toutes parts mes ennemis8 --,oh ciel6 m'criai-je1 en me jettant ses pieds1 ma chre matresse peut-elle concevoir un tel soupon8 moi1 vous trahir1 4 4 4 moi1 vous abandonner6 ,ah comptez sur moi jusqu' la mort 4 4 4 ce mot1 elle frissonna1 elle se leva brusquement1 et me dit1 4 4 4 je saurai bientt si ce que tu m'assures est vrai1 et tu verras si le dernier moyen que je me rserve ne me dbarrassera pas srement de mes perscuteurs6 --,quoi vous esprez de vous sauver8 --,oui1 dit-elle1 en souriant d'un air que je me suis rappel depuis1 et qui ne me frappa point assez pour lors2 oui1 ,julie1 je me sauverai1 4 4 4 je retournerai dans la maison de ma mre1 4 4 4 il ne sera pas vrai1 comme ils l'ont dit1 que son sein ne me servira plus d'asyle1 4 4 4 il m'en servira1 ,julie1 4 4 4 il m'en servira encore1 4 4 4 et ayant fait deux tours dans la chambre avec une grande vitesse1 elle me demanda un verre d'eau 4 4 4 ,voil1 dit-elle en le prenant1 le dernier repas que je veux faire ,blamont4 --,mademoiselle1 lui dis-je1 croyant la voir un peu remise1 et lui supposant des moyens de fuir qu'elle allait me communiquer1 ce repas ne vous donnera pas de grandes forces1 si vous avez envie d'aller loin4 --,assurment1 me dit-elle d'un air ouvert et libre1 assurment1 ma bonne amie1 j'irai fort loin 4 4 4 ,peut-on trop fuir un tel sjour6 4 4 4 ,elle me demanda son critoire1 je le lui donnai1 4 4 4 elle me dit de la laisser tranquille jusqu' ce qu'elle sonna4 --,j'obis1 elle crivit jusqu' sept heures1 4 4 4 alors1 elle me fit entrer1 et aprs m'avoir fait asseoir1 regarde les souscriptions de ces lettres1 me dit-elle1 4 4 4 je les lis2 sur l'une tait crite mon meilleur ami2 je gage1 lui dis-je1 que celle-la est pour monsieur ,dterville1 --,assurment1 4 4 4 je lus l'autre1 il y avait1 celui que j'idolatrerai mme au del du tombeau 4 4 4 oh6 pour celle-l1 lui dis-je1 je mettrai le nom quand vous voudrez1 et elle sourit 4 4 4 ,sur la troisime tait3 aux mnes de ma mre1 veux-tu porter celle-la1 me dit-elle8 --,oh6 ,mademoiselle6 --eh bien6 je la porterai1 mon enfant1 4 4 4 je la remettrai moi-mme2 4 4 4 et elle se leva avec une agitation prodigieuse4 ,oh6 pourquoi tous ces mouvemens1 4 4 4 pourquoi toutes ces paroles m'ont-elles chappes8 4 4 4 peu aprs1 elle me dit que depuis que nous tions hors de ,vertfeuille1 nous n'avions pas encore imagin de prier un instant pour sa mre1 cela est vrai1 lui dis-je1 --rparons cela ,julie2 elle se mit genoux1 m'ordonna de m'y mettre et de rciter dans mon livre1 l'office des morts1 lentement et de manire ce qu'elle pt me suivre et m'entendre1 elle remplit ce devoir avec une ferveur1 4 4 4 une componction qui m'difia jusqu'aux larmes2 ensuite elle voulut que nous rcitassions ensemble le vingt-quatrime psaume ,dominus illuminatio mea1 dont le sens est1 que quelque soit le nombre des ennemis qui nous accablent1 on ne doit rien craindre1 quand on a ,dieu pour protecteur et la vie ternelle pour espoir1 mais quand elle en fut au seizime verset1 mon pre et ma mre m'ont abandonne1 le ,seigneur seul s'est charg de moi2 ses yeux se remplirent de larmes1 4 4 4 et elle se livra la plus profonde douleur1 peu aprs elle se releva2 je suis plus tranquille -prsent1 me dit-elle1 on ne conoit pas quelle satisfaction prouve une ame sensible prier pour ce qui l'intresse2 cette pauvre mre1 4 4 4 cette tendre mre1 4 4 4 comme elle m'aimait1 quels soins elle a pris de mon enfance6 4 4 4 comme dans un ge plus avanc1 le bonheur de ma vie l'occupait uniquement1 comme elle me pressait encore dans ses bras quelqu'heures avant d'expirer6 je n'ai plus rien1 tout est perdu pour moi sur la terre1 tout est perdu1 ,julie1 je n'ai plus rien1 4 4 4 et ses pleurs recommencrent couler4 ,cependant1 il tait prs d'onze heures1 elle me demanda si je voulais veiller avec elle1 4 4 4 c'est ce que je dsirais1 4 4 4 j'acceptai4 --,bon1 me dit-elle1 mais nous ne passerons pas la nuit entire pourtant1 un peu avant qu'ils ne viennent me chercher2 je serai bien aise de prendre quelqu'heures de repos 4 4 4 ,je veux tre belle pour la crmonie2 4 4 4 je veux l'tre autant que la nature pourra me le permettre1 4 4 4 ah6 me dit-elle1 aprs un instant de rflexion 4 4 4 ,ils soupent1 4 4 4 ils sont dans la joie et dans les plaisirs1 4 4 4 ils ne m'entendront pas1 donne-moi ma guitarre1 elle la prit1 l'accorda1 et parodia sur-le-champ les couplets qui suivent1 sur ceux de la romance de ,nina4 ,air3 ,romance de ,nina4 ,mre adore 4 4 4 en un moment ,la mort t'enlve ma tendresse6 ,toi qui survis1 oh mon amant6 ,reviens consoler ta matresse4 ,ah6 qu'il revienne1 7bis7 hlas6 hlas6 ,mais le bien-aim ne vient pas4 ,comme la rose au doux printemps ,s'entr'ouve au souffle du zphire1 ,mon ame ces tendres accens ,s'ouvrirait de mme au dlire1 ,en vain1 j'coute2 hlas6 hlas6 ,le bien-aim ne parle pas4 ,vous qui viendrez verser des pleurs1 ,sur ce cercueil o je repose2 ,en gmissant sur mes douleurs1 ,dites l'amant qui les cause1 ,qu'il fut sans cesse1 hlas6 hlas6 ,le bien-aim jusqu'au trpas4 ,et aussi-tt qu'elle eut fini1 4 4 4 va dit-elle1 en brisant avec fureur sa guitarre contre le mur1 va loin de moi1 inutile instrument1 aprs avoir chant celui que j'aime pour la dernire fois1 tu ne dois plus servir rien4 ,je n'osais lui parler1 je la voyais dans un trouble1 4 4 4 dans une agitation 4 4 4 ,tantt elle se levait et marchait grands pas2 tantt elle se rasseiyait1 et s'abymant dans sa douleur1 on n'entendait plus d'elle que des gmissemens et des cris4 ,onze heures sonnrent 4 4 4 elle les compta1 je n'ai plus que cette quantit d'heures moi1 me dit-elle 4 4 4 ,ils doivent venir dix1 et rassemblant ses lettres1 elle les mit sous une enveloppe votre adresse 4 4 4 ,dterville ne t'a-t-il pas recommand1 me demanda-t- elle1 de lui envoyer un journal exact de tout ce qui se passait ici8 --,oui1 mademoiselle4 --,eh bien6 il faut le faire1 et quand tu l'enverras1 n'oublie pas d'y joindre ce paquet2 elle me le remit1 me faisant jurer de vous l'envoyer exactement4 ,ces soins remplis1 elle se calma2 nous causmes deux ou trois heures avec tranquillit1 elle paraissait inquite du sort de ,sophie1 elle ne concevait ni comment elle tait venue dans ce chteau1 ni pourquoi son nom se trouvait dans cette chambre1 comme elle ne savait pas la fuite d',augustine1 ni les soupons affreux que cette aventure nous avait inspirs2 d'aprs vos ordres je continuai de lui tout cacher4 ,nous parlmes d'objets indiffrens1 mais elle entremlait toujours dans ses propos1 des choses sinistres1 et qui m'effrayaient beaucoup4 ,quelquefois elle me demandait combien de temps il fallait un corps pour se conserver entier aprs le dernier soupir 4 4 4 ,si je croyais qu'une personne qui s'ouvrirait les veines serait bien long-temps expirer2 d'autrefois1 si j'imaginais que dans le cas o elle mourut ,blamont1 son pre lui refuserait la grace d'tre place auprs de sa mre8 si je croyais que ,valcour serait bien fch d'apprendre sa mort8 et mille autres propos semblables1 mais auxquels je ne fis jamais toute l'attention que j'aurais d faire 4 4 4 ,enfin trois heures sonnrent1 elle tressaillit2 4 4 4 comme le temps passe1 dit-elle2 lorsqu'on est prs d'un grand vnement1 il semble que les instans coulent avec plus de rapidit4 ,quand cette mme heure sonnera ce soir1 il y aura bien des choses de faites1 4 4 4 puis se tournant vers moi 4 4 4 elle me regarda quelques temps sans rien dire1 ensuite elle compta les annes qu'il y avait que nous tions ensemble2 elle daigna remarquer avec attendrissement que j'y tais depuis qu'elle avait atteint l'ge de la raison 4 4 4 ,tu tais presqu'aussi enfant que moi1 me dit-elle1 je m'en souviens4 --,honnte crature1 continua-t-elle en m'embrassant1 je n'ai jamais pu rien faire pour toi1 4 4 4 je me serais satisfaite si j'avais pous ,valcour 4 4 4 je te recommande ,dterville 4 4 4 et ce propos fut un des plus forts qu'elle m'ait tenu2 un de ceux o son projet semblait le mieux se dcouvrir sans qu'elle y pensa 4 4 4 ,funeste permission du ,ciel 4 4 4 je n'y pris pas encore assez garde1 j'tais remplie de l'ide qu'elle voulait s'chapper1 et que ce n'tait qu'au cas o son projet ne put avoir lieu1 qu'elle attenterait ses jours1 et je me rsolvais bien alors1 ne la point perdre de vue4 ,elle rcapitula tout ce qu'elle avait fait depuis que nous tions ensemble1 ses esprances1 ses craintes1 ses inquitudes1 ses dsirs1 ses chagrins1 ses momens de douceur 4 4 4 ,elle n'oublia rien 4 4 4 ,oh6 dit-elle aprs avoir fini 4 4 4 que c'est une chose courte que la vie1 4 4 4 il semble que tout cela ne soit qu'un songe4 --,quatre heures sonnent 4 4 4 sors doucement1 me dit-elle alors1 va voir s'il serait possible de fuir2 examine le chemin jusqu'aux portes du chteau1 s'il est libre1 viens me chercher1 et nous chapperons4 --,mais ne vaudrait-il pas mieux1 mademoiselle1 que vous vinssiez avec moi8 --,non1 si nous sommes surveilles1 on irait dire que je veux me sauver1 et ils accoureraient aussi-tt exercer sur moi quelque nouvelle violence 4 4 4 ,je sortis2 4 4 4 peine fus-je au dtour du corridor1 toujours trs-clair1 que deux gens de la maison se prsentrent brusquement moi1 et me demandrent o j'allais1 ce que je voulais1 et pourquoi j'tais encore leve1 je prtextai un besoin de prendre l'air1 ils me dirent en me repoussant que ce n'tait pas l l'heure1 et que j'eusse rentrer promptement1 ou qu'ils allaient veiller monsieur4 ,je revins rendre mademoiselle le triste compte de ma mission 4 4 4 ,allons1 me dit-elle1 ma bonne amie1 il faut s'y rsoudre 4 4 4 que la volont de ,dieu soit faite2 4 4 4 va prendre quelqu'heures de repos1 je ne serai pas fche moi-mme de dormir un peu 4 4 4 ,puis avec la plus grande tranquillit1 et c'est ce qui me trompa1 --ils doivent venir dix heures1 tu entreras chez moi neuf1 il me faut bien une heure pour m'habiller2 4 4 4 je rsistai pourtant cette attention de sa part1 je lui dis que je n'avois nullement besoin de repos1 et que j'aimais mieux rester lui rendre des soins 4 4 4 ,non1 non1 dit- elle1 en m'attirant vers la porte1 cela m'empcherait de dormir1 nous sommes en train de parler1 nous n'en finirions pas 4 4 4 ,va1 ma bonne amie 4 4 4 va1 et ne manque pas sur-tout d'entrer une heure avant eux1 tu sens bien que je ne veux pas qu'ils me trouvent au lit4 ,j'allais me rendre ses instances1 quand elle s'apperut que j'oubliais le paquet de lettres sur la table1 elle revint le prendre avec inquitude1 et le cacha dans mon sein 4 4 4 ,je sortais 4 4 4 elle m'arrta1 4 4 4 elle jetta ses bras autour de mon cou1 et me serra sur elle avec des flots de larmes1 s'appercevant bientt que ce nouvel accs de douleur m'affectait avec trop de violence1 elle se contint1 continua de me ramener doucement vers la porte1 en me recommandant de ne rien oublier de ce qu'elle m'avait dit4 ,je me retirai1 4 4 4 mais avec un trouble dont je n'tais pas matresse2 4 4 4 je passai dans ma chambre1 o vous croyez-bien que je ne dormis pas1 4 4 4 je vins plusieurs fois couter doucement sa porte1 rsolue d'entrer au moindre bruit que j'entendrais4 ,jamais aucun ne frappa mon oreille1 et quand neuf heures sonnrent1 je me prcipitai dans son appartement avec une inquitude inexprimable4 monsieur6 quel spectacle6 4 4 4 il m'est impossible de vous le peindre2 4 4 4 cette chre matresse1 4 4 4 cet ange du ciel que je pleurerai toute ma vie2 4 4 4 elle tait terre 4 4 4 elle tait noye dans son sang2 4 4 4 elle avait devant elle les tresses des cheveux de madame1 au milieu desquelles elle avait plac le portrait en miniature qu'elle possdait de cette mre respectable4 ,il est croire qu'elle s'tait poignarde devant ces chers objets de son cur1 et qu' mesure que la perte de sang lui avait t ses forces1 elle tait tombe sur ses genoux la renverse2 telle tait la position o je la trouvai4 ,l'arme qu'elle avait employe tait une branche de longs ciseaux1 dont elle se servait sa toilette2 elle avait spar cette branche de l'autre1 et se l'tait enfonce trois reprises au-dessous du sein gauche2 le sang avait abondamment coul des trois blessures1 et il ,illustration3 ,oh ,monsieur quel spectacle6 ruisselait grands flots dans la chambre2 l'envie de la secourir1 s'il en tait temps1 fut plus forte en moi que l'pouvante2 je volai elle1 mais elle tait dj froide1 dj les ombres de la mort obscurcissaient les traits de son beau teint1 dj ses yeux taient ferms la lumire2 dj le monde avait perdu son plus bel ornement4 ,je la pris dans mes bras1 en l'arrosant de larmes2 je l'tendis sur son lit1 et jettant les yeux sur la table1 j'y trouvai l'crit suivant que je transcrivis promptement dans mes tablettes avant de faire monter personne 4 4 4 ,le voici mot mot3 ,je demande humblement pardon mon pre1 et de l'action que je commets chez lui1 et de l'humeur que je lui ai donne par ma rsistance ses ordres2 il fallait que les motifs qui fondaient cette rsistance fussent bien violens1 puisque je prfre la mort ce qui m'tait destin2 j'implore pour dernire grace1 d'tre place auprs de ma mre1 comme elle l'a dsir1 et qu'on enferme avec moi1 dans le cercueil1 ce portrait et ces cheveux1 o mes lvres s'impriment en arrachant ma vie4 ,,aline ,,de ,,blamont4 ,ce billet transcrit1 j'appelai 4 4 4 ,monsieur le prsident arriva2 le croirez-vous1 monsieur 4 4 4 les excs d'inhumanit de cet homme seront-ils conus de votre ame sensible8 4 4 4 ,ce lugubre tableau ne lui inspira que de la colre1 4 4 4 mais elle fut terrible 4 4 4 il s'en prt moi2 il m'accabla d'invectives2 4 4 4 il me jetta terre1 et me foulant aux pieds1 il me dit que c'tait moi qui avais tu sa fille 4 4 4 ,abyme dans ma douleur1 supportant tout sans avoir la force de rpondre1 je lui montrai du doigt le billet qui toit sur la table2 il le lut rapidement1 et contraint me justifier1 il n'eut plus l'air de prendre garde moi2 il se promena grands pas dans la chambre1 sans que la douleur s'imprimt jamais sur son front1 sans qu'on y pt voir autre chose que de la fureur et de la rage2 au bout de quelques minutes1 il redescendt et reparut bientt avec ,dolbourg 4 4 4 ,celui-ci frmit 4 4 4 lut le billet 4 4 4 reporta les yeux sur ,aline 4 4 4 et versa des larmes 4 4 4 ,puis1 adressant firement la parole au prsident3 ,monsieur1 lui dit-il1 c'en est trop2 cet pouvantable vnement m'ouvre enfin les yeux sur tous les dsordres de ma vie2 ce n'est que par mes vices que j'ai inspir de l'horreur cette malheureuse2 je suis las de n'tre dans le monde qu'un objet de terreur et de mpris2 les derniers rayons de cette vertu sans tache 4 4 4 frappe mon cur1 l'claire1 et le dchire 4 4 4 fille cleste6 continua-t-il1 en prenant une des mains de ma matresse qu'il couvrt de ses larmes1 pardonne-moi le crime dont je suis cause1 daigne obtenir de l'ternel dont tu fais dj toute la gloire qu'il veuille me le pardonner aussi1 je vais l'expier dans la douleur2 je vais le pleurer le reste de ma vie4 ,adieu1 monsieur1 je ne partagerai plus vos dbauches1 une retraite svre va m'ensevelir pour jamais2 4 4 4 ne me suivez pas1 et ne me voyez de vos jours4 ,en disant cela il sortit1 et une heure aprs il tait loin du chteau4 --,mais l'ame de monsieur de ,blamont ne s'branla pas aussi facilement2 plus furieux encore de la perte de son ami1 que de celle de sa fille1 il s'en reprit moi de nouveau1 il me dit que si j'avais surveille ,aline1 cet vnement n'aurait pas eu lieu2 je le priai de se rappeler qu'il m'avait dfendu de coucher dans la chambre de mademoiselle1 que j'y avais pourtant pass une partie de la nuit1 malgr ses ordres1 et que ce malheur tait arriv vers le matin1 dans un moment o ,aline m'avait expressment enjoint de me retirer 4 4 4 ,il sortit furieux1 et remonta peu aprs avec la vieille dame et l'abb2 celui-ci1 dit en minaudant1 et pinant son jabot1 que cela tait affreux1 mais qu'il tait important de suivre le fil de cette avanture1 qu'il y avait assurment des branches tout cela qu'on ne dcouvrirait jamais1 sans faire arrter la complice1 et ils se parlrent tout bas avec le prsident4 ,pendant ce temps la vieille dame1 trs-mue1 lisait le billet et considrait mademoiselle1 elle s'approcha du prsident2 monsieur1 lui dit-elle1 si vous faites quelque cas de mes conseils1 je crois que ce que vous avez de plus sage1 4 4 4 de plus honnte excuter1 est de faire mettre ,aline dans une bierre1 de la renvoyer ,vertfeuille pour y tre enterre prs de votre femme comme elle le dsire1 et de la faire accompagner sans clat par cette pauvre fille1 qui bien certainement1 n'est pas coupable2 4 4 4 je vous en demande pardon1 monsieur1 mais si vous vous dcidez autre chose1 j'imiterai ,dolbourg1 et ni ma fille ni moi ne resterons pas une minute de plus chez vous4 ,eh bien6 allez tous au diable1 dit le prsident en fureur2 4 4 4 mais voil un crime constat1 j'en veux savoir l'origine1 cette crature peut seule me l'apprendre1 elle refuse de me le dire1 je ne connais pas d'autre moyen que de la mettre entre les mains de ma justice4 --,assurment1 dit l'abb1 il n'y a pas d'autre parti prendre1 c'est celui de la raison et de la sagesse4 ,je ne le crois pas1 dit la dame avec beaucoup de force et de sang-froid1 car cette fille qui n'a rien commis1 n'avouera rien1 hors de vos mains elle se plaindra1 et bruitera un vnement horrible que vous avez le plus grand intrt cacher4 ,sur cela1 le prsident sans rpondre1 sortit en grondant1 on le suivit1 et je restais seule en proie mes douleurs et mes inquitudes4 ,voil1 monsieur1 tout ce que j'avais d'affreux vous apprendre1 je ne vais plus m'occuper que des moyens de vous faire passer ces lettres1 je mettrai la dernire ligne la mienne1 l'instant o je croirai pouvoir vous l'envoyer en sret4 ,post-scriptum de ,julie4 ,le conseil de la vieille dame a sans doute prvalu1 tout s'apprte pour le dpart1 ,aline sera conduite ,vertfeuille dans une voiture ferme1 confie mes soins et au seul domestique qui guidera les chevaux1 le tout passera pour une voiture de meubles que monsieur envoie la terre de madame1 et c'est vous que cela s'adresse2 monsieur qui sait que je vous cris1 et qui me fournit les moyens de vous faire tenir ma lettre1 vous prie de nous attendre1 et de ne partir de ,vertfeuille qu'aprs avoir rempli envers ,aline1 les mmes soins dont vous avez bien voulu vous charger pour madame de ,blamont2 ainsi vous allez revoir votre malheureuse amie1 4 4 4 mais dans quel tat8 ,l'auriez-vous pens8 ,j'avais une autre lettre toute prte et moins dtaille1 c'et t celle que vous auriez reue1 si monsieur le prsident et voulu voir ce que j'crivais1 mais il ne l'exige pas1 je vous envoye le vrai journal 4 4 4 ,adieu1 monsieur1 ma douleur me suffoque1 et je finis en vous assurant de mon respect4 ,,julie4 ,post-scriptum de ,dterville ,valcour4 ,je l'attends1 4 4 4 et pour couvrir son cercueil des larmes amres de mon dsespoir1 et pour lui rendre les derniers soins4 ,je t'envoye toujours ce funeste detail1 ainsi que ses lettres posthumes4 ,que ces cruels crits entretiennent ternellement ta douleur4 ,si tu fais tant que de pouvoir survivre celle qui sut t'aimer ainsi 4 4 4 ,au moins regrette la sans cesse1 qu'elle nourrisse toutes les penses de ta vie1 et consacre-lui tous les instans de ton existence1 je ne te permets d'autres distractions que celles que la pit pourra t'offrir 4 4 4 ,mais si jamais1 quoiqu'elle te conseille1 le monde te revoit aprs une telle perte1 je dirai1 ,valcour n'tait pas digne d',aline1 il ne l'est plus de ,dterville4 ,,lettre ,,lxix4 ,aline ,dterville4 #a ,au chteau de ,blamont1 ce #bi avril4 ,vous tes tonn du parti que je prends1 monsieur1 mais soyez sr qu'il ne m'en reste pas d'autre1 puisque j'ai fait tant d'adopter celui-l4 ,croyez que si j'avais pu profiter de vos offres obligeantes1 je l'aurais fait sans doute1 ,julie vous dira que la fuite ne nous a t possible que dans un moment1 o elle ne s'accordait ni avec vos conseils1 ni avec mon devoir4 ,je demande avec les plus vives instances d'tre place ct de ma mre1 rappelez-vous qu'elle l'a voulut4 ,si la cruaut de ceux chez qui je suis maintenant1 s'tendait jusqu'au refus de cette grace1 rclamez-moi1 monsieur1 je vous conjure1 reprsentez que j'ai trop souffert dans ma vie1 pour ne pas me flatter au moins d'une telle faveur aprs ma mort4 ,ce paquet devant vous tre rendu avant que vous ne receviez mes tristes cendres1 je vous prie de faire mettre dans le cercueil de ma mre1 celle de ces lettres qui lui est adresse1 et de faire tenir l'autre ,valcour1 dites-lui1 monsieur1 que je meurs pour me conserver lui2 4 4 4 sa dlicatesse m'entendra4 ,il ne me restait plus d'autre partis entre celui que je prends1 ou celui d'tre une crature infme2 4 4 4 tait-il en moi de balancer8 ,je vous prie de vouloir bien me rappeller quelquefois1 monsieur1 au tendre souvenir de ma chre ,eugnie et de sa respectable mre1 si l'une et l'autre me condamnent1 vous me dfendrez1 je remets tous mes droits aux mains de l'amiti1 c'est-elle que je prie de m'excuser1 sans compromettre sur-tout celui que la nature m'oblige respecter1 quels que puissent tre ses torts4 ,que de bonts vous avez pour ma mre et pour moi1 monsieur1 et quelle indiscrtion de vous donner autant de peines6 ,je vous conjure pourtant de ne pas me refuser vos derniers soins1 je vous les demande au nom de ce sentiment pur que vous m'avez jur tant de fois4 ,vous souvenez-vous de ces soires charmantes1 passes dans quelques- uns de nos hivers ,paris1 entre vous1 ma mre1 votre aimable famille et ,valcour1 o vous me disiez que ce serait moi qui vous surviverait tous1 que c'tait moi qu'tait rserve l'pitaphe de la socit2 ce pronostic me dsolait1 vous vous le rappelez comme il s'est heureusement dmenti 4 4 4 ,oui1 monsieur1 je dis heureusement1 c'est l'tre1 qui restant seul au monde1 se trouve avoir pleurer tout ce qu'il avait de plus cher1 que l'on doit regarder comme plaindre1 4 4 4 celui qui meurt l'est beaucoup moins1 et connaissant votre sensibilit1 voil pourquoi je m'afflige infiniment plus pour vous que pour moi4 ,mais ne me regrettez pas1 monsieur2 le bonheur o j'ose aspirer maintenant1 est bien au-dessus de celui qui pouvait m'attendre en ce monde1 daignez employer ces motifs pour consoler ,valcour1 je crains les premiers momens pour lui1 4 4 4 que n'tes- vous l pour lui donner vos soins6 ,oh monsieur6 je dispose de bien peu de choses1 mais au moins personne ne peut m'enlever ce qui est moi1 je dsire donc que mes petits ouvrages et mes desseins soient envoys ,valcour1 parce que je sais qu'il les aime1 ce don lui fera plaisir2 et vous monsieur1 je vous supplie d'accepter mes livres4 ,vous voudrez bien partager ce qui me reste d'ailleurs1 tant en effets qu'en argent1 entre les pauvres de ,vertfeuille et ma chre ,julie1 je vous recommande cette fille1 faites qu'elle puisse trouver place dans les legs pieux de ma mre1 elle en est digne et par sa conduite et par tous les soins qu'elle a eu de moi jusqu'au dernier moment4 ,adieu1 monsieur1 souvenez-vous quelquefois d',aline1 vous n'eutes jamais une meilleure ni une plus sincre amie4 ,footnote #a4 ,celle-ci et les deux suivantes1 sont les lettres posthumes d',aline1 incluses dans le paquet que ,dterville envoyait ,valcour avec le journal de ,julie4 ,,lettre ,,lxx4 ,aline aux mnes de sa mre4 ,au chteau de ,blamont1 ce #bi avril4 ,oh vous qui me donntes le jour6 4 4 4 vous dont je baise les dpouilles mortelles en traant ces derniers caractres 4 4 4 ,ombre chrie que je vois1 4 4 4 que j'entends et qui m'inspires le courage de me rejoindre vous2 dans peu d'heures nous serons runies 4 4 4 ,en paix dans le sein maternel1 les crimes et les cruauts des hommes ne pourront plus atteindre votre malheureuse fille1 elle retrouvera dans ce sein sacr le calme et le repos qu'elle n'a pu rencontrer dans le monde 4 4 4 ,ouvrez vos bras1 ma mre2 ouvrez-les que j'y descende 4 4 4 ,daignez recevoir votre fille dans l'asyle o vous reposez 4 4 4 ,mourons ensemble puisque nous n'avons pu y vivre 4 4 4 ,les barbares6 ils ont voulu m'immoler sur votre tombeau 4 4 4 ,vos cendres n'taient pas refroidies1 que le crime tait dj dans leur cur 4 4 4 ,que dis-je1 ils avaient peut tre tranch le fil de votre vie1 pour mieux conduire celui de leur odieuse trame6 4 4 4 ,j'ai rsist ma mre1 et cependant je ne suis plus digne de vous4 ,nos chairs vont reposer et se fltrir ensemble1 4 4 4 vous ne m'aurez prcde que de bien peu dans l'abyme de l'ternit1 4 4 4 je m'y plonge aprs vous1 pleine de confiance en la bont de l'tre auprs duquel vous tes dj 4 4 4 ,j'ose esprer qu'il ne me punira point de ma faute j'arriverai prs de lui1 soutenue par vos vertus1 elles m'obtiendront la clmence dont je ne me flatterais pas sans elles4 ,oui1 c'est vous1 ma mre6 4 4 4 c'est vous qui me conduirez auprs du trne de ,dieu1 4 4 4 vous lui direz3 ,voil la victime des hommes1 mais son cur fut toujours votre temple1 vous avez voulu qu'elle mourut comme ,mose1 votre volont la transporta sur la montagne #a et lui fit voir la terre fortune qu'elle n'habita jamais2 heureuse d'avoir vu finir le flambeau de ses jours presqu' l'instant o il s'allumait 4 4 4 ,ne lui reprochez pas seigneur d'avoir os l'teindre1 4 4 4 ne la punissez pas d'avoir bris les liens d'une vie prissable pour vous demander une vie ternelle1 o le bonheur de vous servir sans cesse ne sera plus troubl par ses larmes4 ,oh6 mon ,dieu6 cette ame pure1 en sortant de vos mains1 serait elle souille pour avoir t quelque temps dans le corps fragile o vous l'enfermtes8 ,elle n'y connut jamais que le dsespoir et les pleurs1 4 4 4 elle s'en chappe pour revoler vous 4 4 4 ,peut-tre est-ce faiblesse2 4 4 4 peut-tre a-t-elle manqu de courage1 4 4 4 au lieu de se mutiner contre ses chanes2 4 4 4 au lieu de se rvolter contre son frein1 si elle vous et appel dans ses tribulations1 elle et peut-tre obtenu votre secours1 4 4 4 ne la punissez pas de sa dbilit1 elle a eu plus d'amour que d'espoir1 plus de dsir d'tre runie vous que de forces pour vous implorer 4 4 4 ,ce sont les crimes d'une ame tendre1 daignez ne pas l'en chtier4 ,quand vous la crtes votre image1 le don d'aimer fut la premire des vertus que vous imprimtes en elle2 ne la punissez pas de s'y tre livre2 4 4 4 ne la condamnez pas la douleur parce qu'elle en a redout la sensation1 mais faites-l reposer dans la joie1 parce qu'elle a dsir de connatre la votre1 et qu'elle a voulu franchir avec rapidit le gouffre pais des misres humaines1 pour se retrouver plus promptement dans l'immensit de votre gloire4 ,oh6 mon ,dieu6 ne faites rien pour moi6 n'accordez mon pardon qu'aux larmes de cette mre adore qui ne cessa de vous connatre et de vous servir2 regardez-nous comme deux fleurs dessches par le venin du serpent1 et que le souffle pur de votre ame cleste peut ranimer au sein de l'immortalit4 ,footnote #a4 ,allusion la maison de ,colette1 situe sur une montagne1 o ,aline vit son amant pour la dernire fois4 ,,lettre ,,lxxi4 ,aline ,valcour4 ,du chteau de ,blamont1 ce #bi avril4 ,le temps de mon sjour sur la terre est fini2 je suis comme la tente du pasteur qu'on plie dj pour l'emporter ,,zechias1 ,cant4 ,elle est vanouie cette douce illusion1 elle s'est exhale comme la fume qui s'lve dans l'air1 4 4 4 tu l'as perdue celle que tu aimais1 ses jours se sont couls comme l'ombre1 et elle a sch comme l'herbe4 #a ,joie trompeuse6 esprance frivole vous n'avez amus son cur que pour rendre votre privation plus cruelle6 oh ,valcour6 elle n'existe plus celle qui te parle1 sa voix fragile1 s'levant du sein des spulchres1 ressemble ces mtores chapans l'il qui les suit 4 4 4 ,avais-je tort de t'engager mpriser ce vase d'argile qui ne devait durer qu'un instant8 que tes yeux pntrent le nuage de mort o je suis maintenant enveloppe1 qu'ils voyent ces traits autrefois chris1 dfigurs par les horreurs de la dissolution1 et n'ayant plus que le sceau du sentiment indestructible que mon ame imprimt sur chacun d'eux2 4 4 4 mais si tout est annanti1 s'il ne reste plus de moi que de la poussire1 cette ame qui t'aimt subsiste1 ne fut-elle pas mme immortelle par la puret de son essence1 elle le serait comme ouvrage de ta flamme1 et l'tre que tu sus animer dans ,aline1 l'tre que crt 4 4 4 que vivifit ton amour1 doit tre ternel comme lui4 ,tu la verras cette ame aimante1 elle se ralisera dans tes veilles1 4 4 4 elle apparatra dans tes songes2 4 4 4 elle voltigera prs de toi1 et s'identifiant la tienne1 elle en rglera les mouvemens1 comme la main de ,dieu dirige les astres dans les plaines immenses de l'espace4 ,oh mon ami6 que de changement6 quelques jours ont apport notre situation1 ,il y a trois semaines que nous formions des plans de plaisirs1 des projets de commerce1 4 4 4 que cette mre tendre que j'ai perdue1 et que j'idoltrais1 se flattait de nous voir unis1 et nous permettait d'y croire avec elle1 4 4 4 frles jouets des dcrets suprmes 4 4 4 ,quel intervalle norme ce peu d'instans vient de mettre entre nous6 semblables au pilote insens qui se rjouit la vue du port1 et que l'ouragan imptueux brise incessamment sur l'ceuil qu'il se flicitait d'avoir vit 4 4 4 ,nous imaginons toucher au bonheur1 tandis qu'il est certain qu'il n'existera jamais pour nous4 ,et voil donc les projets des hommes1 voil donc les tristes rsultats de leurs dcisions chancelantes4 ,leurs impuissans dsirs1 tels que les faibles rayons du soleil sous les signes glacs du ,zodiaque1 vont s'annantir sans effet dans les volonts de l'ternel1 comme ceux-ci se dissipent sans chaleur dans les flots condenss de l'air4 ,mais supposons que tout et ri pour nous1 admettons un instant que nos jours eussent couls dans un jardin de dlices1 o les roses fussent nes sous nos pas2 o le cdre toujours parfum1 ne nous et offert son ombrage qu'aux bords des ruisseaux de lait1 et qu'auprs des fruits du palmier 4 4 4 ,sommes-nous immortels1 mon ami1 et n'et- il pas fallu quitter1 comme ,eve1 ce sjour si doux du bonheur8 ,eh6 t'imagines-tu que cette sparation n'et pas t plus cruelle alors qu'elle ne nous le parat aujourd'hui1 o nos pas n'ont press que des ronces8 ,nos liens se seraient multiplis1 et l'accroissement de notre amour en nous les faisant trouver chaque instant plus chers1 n'et-il pas rendu plus affreuse la ncessit de les rompre8 remercions l'ternel de nous avoir prsent le calice avant qu'il ne ft plus amer2 il t'aurait fallu pleurer la fois1 une pouse chrie1 une amie complaisante et douce1 la mre de ces tendres fruits que ton amour et fait clore dans mon sein1 et tes larmes ne coulent aujourd'hui1 que sur une matresse peine connue 4 4 4 ,qui sait si du desir ardent de te plaire1 ne seraient pas ne dans moi quelques vertus nouvelles qui t'enchanant plus fortement encore1 t'eussent rendu ma perte plus douloureuse 4 4 4 ,ah1 mon ami1 permets-moi de m'arrter avec complaisance sur une ide que mon malheur emporte au mme instant o la conoit mon cur 4 4 4 ,si ces gages sacrs1 dont je parle fussent venus resserrer nos nuds1 avec quels charmes j'aurais dirig ces jeunes fruits de ta tendresse et de la mienne6 avec quelle joie j'aurais fait passer dans leurs ames naves1 ce feu divin que j'prouvais pour toi6 ,comme je me serais plue les voir t'adresser les expressions de mon amour6 eh6 qu'avaient-ils donc de condamnables ces plaisirs doux et purs dont il plut ,dieu de me priver8 4 4 4 ,mais ne scrutons pas ses desseins1 4 4 4 nous n'tions pas ns l'un pour l'autre 4 4 4 ,adorons et soumettons-nous4 ,valcour6 je devrais maintenant me justifier tes yeux du criminel moyen que j'emploie pour sortir de la vie 4 4 4 ,ah6 si je l'ai pris ce moyen terrible1 4 4 4 si j'ai d briser ton idole dans le temple o tu l'adorais2 crois qu'aucun autre parti que celui-l seul1 ne m'enlevait l'infmie4 ,instruis-toi1 avant de me condamner1 et ne me blme pas sans entendre ce qui te sera dit sur cet objet 4 4 4 ,en quel tat devais-je tre rduite pour renoncer au plus doux bien de ma vie1 et pour causer le plus grand chagrin de la tienne8 4 4 4 ,oui1 j'ai mieux aim la mort que la certitude de n'tre jamais l'un l'autre 4 4 4 ,j'ai prfr la cessation de ma vie1 au double opprobre qui devait la souiller3 ce parti est affreux1 sans doute1 puisqu'il nous spare pour toujours1 4 4 4 pour toujours2 4 4 4 quel mot mon ami6 il n'est que trop vrai2 4 4 4 c'est pour toujours que nous sommes spars2 il est impossible prsent que nous soyons jamais l'un l'autre2 les annes s'accumuleront1 4 4 4 les gnrations prsentes et futures s'crouleront dans l'abyme des temps2 4 4 4 les crimes et les vertus se mlangeront1 se croiseront1 se multiplieront sur la terre2 tout variera1 tout renatra1 tout se dtruira sous la vote des cieux1 sans qu'aucune de ces circonstances puisse ramener celle qui pourrait rendre ,aline ,valcour4 ,non1 mon ami1 4 4 4 toutes les gouttes d'eau de la mer1 cent millions de fois multiplies par elles-mmes1 ne donneraient pas encore la plus faible ide de la multitude des sicles qui doivent composer l'intervalle immense qui va nous sparer2 et pendant cet affreux intervalle1 pas une seule combinaison1 pas un seul acte d'autorit1 mana-t-il mme de ,dieu1 ne pourrait renouer ces liens terrestres o nous avions la folie de nous complaire4 ,mais ct de cette ide1 avec quelle douceur vient se prsenter celle de l'tre infini1 dans le sein duquel nos ames vont se runir2 4 4 4 ,il est donc un moyen de te revoir1 et ce moyen conu par l'existence de cet tre adorable1 ne nous le rend-il pas et plus cher et plus prcieux6 4 4 4 ,oui1 ,valcour1 c'est ses pieds que je vais t'attendre2 4 4 4 ,ne prviens pas l'instant de cette runion dsire2 pleure sur ma faute1 et ne l'imite pas4 ,laisse-moi prparer cet tre saint1 daigner te recevoir un jour2 laisse-moi l'implorer pour toi1 et lui demander ta place au milieu des anges qui le louent2 ne m'te pas l'espoir flatteur d'imaginer que mes prires contribueront peut- tre ton ternelle flicit4 ,je dois l'essayer dans les cieux1 n'ayant pu l'obtenir sur la terre4 ,toi1 4 4 4 continue d'y exercer ces vertus qui te valurent mon cur2 chacune de celle o tu te livreras1 aussi-tt recueillie par ton ,aline1 sera prsente par elle au tribunal sacr de ce grand tre4 ,dieu puissant 7oserai-je lui dire72 il efface1 force de bienfaits1 le crime de celle qui l'aimt1 ne le rejettez pas de votre sein1 et que ce soit par ses bonnes uvres que j'obtienne -la-fois de vous1 et mon pardon1 et son bonheur 4 4 4 ,nous vous aimerons1 4 4 4 nous vous chrirons 4 4 4 1 nous vous glorifierons1 4 4 4 nous tresserons ensemble les couronnes de mirthes que nous dposerons vos pieds1 4 4 4 nous oserons faire retentir ensemble les votes azures de votre temple1 nous chanterons le nom du ,seigneur dans ,sion1 et nous publierons ses louanges dans ,jrusalem #b4 ,non1 mon ami1 ne me plains pas1 ne me plains pas1 te dis-je2 songes1 au peu que tu perds1 pense ce que tu peux retrouver2 4 4 4 ce qui t'attend au sein de l'ternel2 mais1 pour mriter cette fin cleste1 ne te drobe point au monde ,valcour1 fait pour en tre l'ornement2 je ne te condamne point l'abandonner2 je n'exige de toi que de continuer d'y vivre honnte2 plus son sjour nous offre d'occasions de chtes 4 4 4 plus il est beau de n'y montrer que des vertus2 il est au milieu de ce monde pervers1 une solitude profonde1 4 4 4 c'est le cur de l'homme sage1 4 4 4 il y descend1 il s'y recueille1 il y trouve des forces pour rsister la corruption4 ,que mon image l'embellisse cette solitude o je t'exile2 fais-l'y rgner sans cesse1 mon ami1 j'ai encore assez d'orgueil pour croire qu'elle servira de rempart au vice1 et que jamais rien de honteux ne saurait pntrer au sanctuaire1 rige cette image chrie4 ,lorsque le vritable chrtien veut exciter en lui des actes d'amour pour le ,dieu qu'il adore1 lorsqu'il veut opposer cet amour dont il brle1 la tentation qui le sduit1 il jette ses regards sur l'image souffrante de ce ,dieu bon qui s'immolt pour lui 4 4 4 ,il se rappelle les douleurs de ce ,dieu1 il se dit1 il est mort pour moi4 ,si cette pense ne suffit pas pour contenir ton ame dans la route du bien2 si toute belle qu'elle est1 elle ne peut la remplir assez 4 4 4 ,tourne tes yeux sur le portrait d',aline1 dis1 en le regardant1 et celle-l qui m'aimait est morte aussi pour moi1 elle s'est immole pour viter le crime2 prissons1 s'il le faut1 mille fois1 plutt que de le commettre4 ,et avec cette foi1 et avec cette force1 nous nous reverrons1 mon ami1 nous revivrons encore dans l'ternit2 unis par la main de l'tre-,suprme1 les traits envenims de la mchancet des hommes1 repousss vers leurs propres seins1 ne seront plus pour nous1 que ce que furent autrefois ceux du prince des tnbres1 contre le ,dieu qui le prcipitt4 ,il faut nous quitter1 ,valcour1 et cette sparation est bien diffrente de celle que nous fmes il y a si peu de temps1 sur la montagne de ,colette1 alors nous esprions de nous revoir1 nous ne nous quittions que pour nous runir1 4 4 4 et c'est pour toujours maintenant 4 4 4 ,cette ,aline1 dont tu tais si fier1 ne se prsentera plus tes yeux2 anantie dans l'obscurit des tombeaux1 on ne parlera pas plus d'elle incessamment1 que si elle n'et jamais existe1 4 4 4 elle ne vivra plus que dans ton cur4 ,en recevant ces caractres1 en les arrosant de tes larmes1 ton imagination frappe de celle qui les trace1 la ralisera peut-tre encore tes sens1 mais elle n'existera plus2 il y aura long-temps qu'elle sera plonge dans l'abyme2 et si ton illusion te la prsente1 ce ne sera plus que comme ces rayons de lumires colorant encore la cime des ,alpes1 quoique l'astre soit dj dans le sein des ondes4 ,aime-moi1 ,valcour1 aime-moi3 4 4 4 chris toujours celle qui prfra la mort au dshonneur1 et reste-lui fidle jusqu'au dernier instant de ta vie 4 4 4 ,le monde t'offrira des cratures plus belles1 il ne t'en donnera pas de plus tendres 4 4 4 ,aucune des caresses dont tu t'enivrerais dans les bras d'une autre1 ne vaudrait un soupir de la flamme d',aline1 et tu ne les aurais pas cueillies1 que tu serais dchir de remords 4 4 4 ,rappelle-toi souvent nos anciennes amours1 tache de trouver dans le souvenir des plaisirs passs1 la force ncessaire endurer les maux prsents 4 4 4 ,adieu ,valcour4 ,je dois enfin prononcer ce mot1 4 4 4 mes larmes se rpandent 4 4 4 mon sang se glace en l'crivant1 4 4 4 mes yeux se tournent vers toi1 4 4 4 ils te cherchent1 4 4 4 et ne te rencontrent plus1 4 4 4 je ressemble la jeune biche qu'on arrache au sein de sa mre 4 4 4 ,d'o vient que ce n'est pas ta main qui me frappe8 ,d'o vient que je ne puis expirer dans tes bras8 4 4 4 ,pourquoi mon ame en s'exhalant1 ne peut- elle aussi-tt s'enchaner la tienne par l'organe brlant de mes derniers soupirs8 4 4 4 ,pourquoi faut-il que je meure froidement et seule au milieu de mes ennemis8 4 4 4 ,pourquoi mon corps1 que leurs indignes regards profaneront peut-tre1 n'a-t-il pas le tien pour gide8 ,pourquoi les derniers mots que je profre1 imprims sur tes lvres1 ne sont-ils pas les expressions les plus exaltes de ma tendresse 4 4 4 ,je ne le puis1 4 4 4 non2 4 4 4 mais c'est pour toi que je meurs1 et cette ide me rend les forces qu'allait m'enlever mon amour 4 4 4 ,adieu4 ,footnote #a4 ,pseaume #aja4 ,footnote #b4 ,pseaume #aja4 ,,lettre ,,lxxii4 ,,et ,,derni,,re4 ,valcour ,dterville4 ,ce #ag mai #aggi4 ,je les ai lus ces funestes crits1 4 4 4 je les ai lus et je respire encore6 ,le sentiment de mon amour est si vif1 que mme en perdant celle qui en est l'objet1 il m'est impossible de trancher une vie qu'elle anime et qu'elle enflammera jusqu'au dernier moment 4 4 4 4 4 4 ,je ferai bien plus que mourir1 je vivrai ,dterville1 je me nourrirai des serpens de la vie1 4 4 4 je m'abreuverai du fiel qu'ils exhalent4 ,le sacrifice est plus affreux que si je m'immolais moi-mme2 celui qui1 ne pouvant supporter les flaux qui le pressent1 s'y soustrait en se privant du jour1 n'est-il donc pas infiniment plus faible que celui qui consent vivre dans les maux et dans les tourmens8 ,l'un craint la peine et s'y soumet2 l'autre la brave et s'y rsigne 4 4 4 ,non1 que je dsapprouve1 en disant cela1 l'affreux parti qu',aline a pris1 elle m'arrache tout ce que j'ai de plus cher1 4 4 4 et je ne saurais pourtant la blmer2 4 4 4 mais ma position1 diffrente1 me permet le choix des moyens1 et j'aime mieux ce qui doit entretenir ma douleur1 que ce qui me forcerait la perdre 4 4 4 ,une retraite profonde va m'ensevelir jamais1 je me jetterai dans les bras de ,dieu1 4 4 4 je m'y jetterai1 4 4 4 et n'adorerai que mon ,aline4 ,abandonn ds mon enfance n'ayant vcu que pour souffrir1 4 4 4 n'ayant respir que l'infortune1 n'ayant vu luire sur chaque instant de mes malheureux jours que les sinistres feux du flambeau des furies1 je devais bien savoir qu'aucune des heures de ma vie ne pouvait s'couler sans revers1 4 4 4 mais je ne croyais pas celui- l1 4 4 4 il n'entrait pas dans mon cur de pouvoir l'admettre une minute2 4 4 4 quel asyle irai-je chercher8 ,o pourrai-je aller pour la fuir8 ,quels lieux ne m'offriront pas son image8 4 4 4 ,je la verrai par-tout2 4 4 4 elle me poursuivra dans la retraite1 elle s'offrira sous les traits de ce ,dieu1 au sein duquel j'aurai cru le bonheur 4 4 4 mon ami6 entr'ouve-moi le tombeau qui l'enferme2 4 4 4 ce n'est que l qu'il m'est permis de vivre4 ,laisse-moi l'aller mouiller chaque jour des larmes amres de mon dsespoir 4 4 4 4 4 4 ,qui sait si cette ame ardente et sensible1 uniquement embrse du feu de l'amour1 ne se rallumera pas toute la violence du mien4 ,ouvre-moi son cercueil1 te dis-je1 que je la ranime ou que je meure 4 4 4 4 4 4 ,je cesse d'crire1 4 4 4 ma raison s'gare2 trop violemment aigri1 4 4 4 je deviendrais bientt ou stupide ou cruel 4 4 4 ,adieu 4 4 4 ,aime-moi1 4 4 4 oublie-moi1 ne cherche jamais sur-tout savoir o je suis2 si malgr tous mes soins1 4 4 4 ton amiti dcouvre ma retraite1 je verrai ton souvenir bien plutt comme une preuve de mpris1 que comme des marques d'une tendresse que tu ne dois plus celui qui abjure1 de ce moment-ci1 pour jamais1 tout ce qui peut lui rappeller un monde o la main froce du destin ne le plonget que pour les larmes4 ,,note ,,de ,l',,diteur4 ,la correspondance cessant ici1 il nous devenait trs-difficile de transmettre au lecteur la suite de cette histoire2 mais l'extrme envie que nous avons de lui plaire1 l'intrt que nous lui supposons pour les personnages avec lesquels il vient de vivre1 les ressources qui nous ont t fournies par monsieur ,dterville1 nous ont mis mme de donner quelques claircissemens dont nous esprons qu'on nous saura gr4 ,le deux mai1 vers le soir1 le corps d',aline partit mystrieusement du chteau de ,blamont1 sous la conduite de ,julie1 laquelle le prsident imposa le plus rigoureux silence4 ,tout arriva ,vertfeuille le six mai1 et ,aline ft aussi-tt place1 suivant ses dsirs1 dans le mme tombeau que sa mre4 ,dterville prit ,julie dans sa maison1 o elle est encore aujourd'hui1 prs de sa femme1 avec cent pistoles d'appointemens et la certitude d'y finir ses jours2 mais il ne s'en tint pas ces lgers soins1 de plus importans l'animrent bientt4 ,trouvant les crimes du prsident trop horribles pour rester impunis1 dvor du dsir de venger de si tendres amies2 ds que ses affaires furent expdies ,vertfeuille1 il fut en poste trouver le comte de ,beaul1 o son devoir l'avait retenu malgr lui4 ,cet officier plein de mrite1 et fort en crdit1 jura ,dterville de l'aider tirer vengeance du monstre qui venait de les priver l'un et l'autre de deux femmes qui leur taient si chres4 ,ils revinrent aussi-tt ,paris1 leurs premiers soins furent de faire faire les plus exactes perquisitions sur ,augustine1 complice des noirceurs de monsieur de ,blamont4 ,elle fut trouve dans une autre terre de ce sclrat1 en ,champagne1 o elle attendait en paix la rcompense de ses indignes services4 ,le comte et monsieur ,dterville dcids l'un et l'autre ne point faire d'esclandre cause de ,lonore1 que1 d'aprs les volonts de madame de ,blamont1 on dsirait de faire rentrer dans les biens que lui destinait sa naissance relle1 en renonant ceux auxquels elle n'avait aucun droit1 se contentrent de faire interroger secrtement ,augustine devant des gens prposs par le ministre2 elle avoua tout1 et ft l'instant condamne aller finir sa vie dans un couvent de force1 o1 destine aux plus vils ouvrages1 elle pourra pleurer long-temps les garemens affreux de sa jeunesse4 ,le corps de dlits contre monsieur de ,blamont se trouvant complet par les aveux d',augustine et par ceux des tmoins que cette fille nomma et que l'on entendit secrtement comme elle1 le ministre expdia sur- le-champ un ordre pour le faire arrter2 cet homme toujours aussi surveillant que fourbe et criminel1 n'avait pas vu sans manuvrer galement1 les dmarches des amis de sa femme2 il n'avait pas t assez heureux pour les rompre1 mais il avait t assez adroit pour les prvenir1 4 4 4 il s'tait vad4 ,le comte ne jugea pas propos de pousser les choses plus loin2 et1 dbarrass de cet indigne mortel1 on ne travailla plus qu' mettre ,sainville et ,lonore en possession des biens de la maison de ,blamont1 en lgitimant la naissance de ,claire1 en prouvant1 au moyen de tous les actes dont on tait muni1 qu'elle tait rellement fille de monsieur et de madame de ,blamont1 et non de la comtesse de ,kerneuil1 la succession de laquelle elle renona publiquement1 ce qui n'affligea pas les collatraux4 ,ces deux poux se trouvent donc en possession de la terre de ,vertfeuille1 dont ils font leur plus agrable sjour1 et au moyen de deux millions que le roi d',espagne a fait rendre sur les lingots de ,sainville 4 4 4 de la fortune considrable de la maison dans laquelle ils entrent1 on voit qu'ils se trouvent infiniment riches2 mais l'humanit ne sera plus offense de l'emploi que cette jeune femme fera dsormais de ses richesses4 ,l'horrible destine du pre1 de la mre et de la sur de ,lonore1 ont plus touch ce caractre dur et altier1 que tous les malheurs qu'elle avait prouve dans ses voyages1 et le premier effet de son retour la bienfaisance1 a t de faire chercher avec le plus grand soin l'azyle de son pre2 l'ayant dcouvert ,stockolm1 elle lui a fait dire qu'il et prendre un lieu de rsidence fixe2 que l elle le ferait jouir d'un bien qu'elle n'avait accept que pour le soigner1 l'amliorer et goter le plaisir dlicat pour son cur de lui en faire annuellement passer les revenus1 4 4 4 ce qu'elle fait avec la plus grande exactitude1 et le prsident1 4 4 4 non corrig1 mais plus prudent sans doute1 a joui quelques annes en paix1 de plus de cinquante mille livres de rentes ,londres1 qu'il avait choisi pour sa retraite2 mais le ciel1 qui ne laisse jamais le crime impuni1 a permis que ce sclrat ft assassin par des voleurs1 en allant visiter le nord de l',angleterre4 ,sainville toujours honnte et sensible1 a voulu partager dans un autre genre la pit filiale de sa chre pouse1 il a fait lever ,aline et sa mre un mausole superbe dans l'glise de ,vertfeuille1 dont les attributs sont3 la constance1 la pit1 la foi conjugale et l'amour1 plaant des couronnes de myrthes et de roses sur la tte de ces deux femmes infortunes1 qu'on voit serres dans les bras l'une de l'autre4 ,dolbourg tout fait revenu de ses travers1 habite une petite campagne1 loin de ,paris1 o il mne la vie la plus rgulire1 avec un bien trs-mdiocre1 ayant laiss tout ce qu'il possdait ses parens et aux pauvres4 ,monsieur ,dterville1 sa chre ,eugnie1 madame de ,senneval et le comte de ,beaul1 continuent d'aller1 comme autrefois1 passer une partie de leurs ts ,vertfeuille1 contens d'avoir veng1 sans rpandre de sang1 des personnes qui leur taient si chres2 ils jouissent avec calme des agrmens de la socit des nouveaux habitans de ,vertfeuille1 o ils ne vont jamais sans offrir un tribut de larmes et de prires aux mnes de ces deux femmes vertueuses1 qu'ils chrirent et respectrent autant l'une et l'autre4 ,quant monsieur de ,valcour1 aprs des mouvemens de dsespoir affreux1 aprs avoir t six semaines entre la vie et la mort1 il s'est jett dans les bras de ,dieu et a fini ses jours au bout de deux ans dans l'abbaye de ,sept-,fonds1 qu'il a difie par une rsignation1 une candeur et des austrits les plus svres4 ,ce ne fut que quand il cessa de vivre que l'on dcouvrit sa retraite2 aucun des soins de monsieur ,dterville n'avait pu la trouver jusqu'alors1 et peut-tre lui et-elle t toujours inconnue1 si monsieur de ,valcour ne lui eut adress en expirant une lettre1 o il le chargeait de quelques dernires dispositions2 cette lettre apprit ,dterville o son ami existait quand il n'tait plus temps de le secourir1 ce tendre et dlicat amant n'avait jamais cess de porter sur son cur le portrait de celle qu'il aimait4 ,il y fut trouv quand il expira4 ,clmentine est toujours en ,biscaye1 heureuse avec son mari et en commerce avec ,lonore1 qu'elle vient voir tous les deux ans4 ,nous ignorons le sort du reste des autres personnages1 except ,sophie1 dont nous sommes fchs de ne pouvoir rien dire1 nous ne croyons pas les autres d'une assez grande importance pour que le lecteur doive regretter de ne pouvoir tre instruit de ce qui les concerne1 au seul ,zam prs1 nanmoins1 qui1 sans doute1 aprs une longue carrire1 sera mort au milieu d'un peuple dont il tait l'idole1 emportant avec lui dans la tombe les regrets1 l'estime1 l'amour et la reconnaissance de tout ce qui l'entourait1 flatteuses rcompenses de la vertu1 de l'honnte homme et du lgislateur4 ,fin de la huitime et dernire partie4