,,trois ,,stations ,,de ,,psychoth,,rapie ,,par ,,maurice ,,barr,s ,,paris ,,librairie ,,acad,,mique ,,didier ,,perrin ,,et ,cie1 ,,libraires-,,diteurs #ce1 ,,quai ,,des ,,grands-,,augustins1 #ce #ahia ,tous droits rservs4 ,,du ,m,,me ,,auteur 99 ,sous l'oeil des ,barbares4 #a vol4 9999 ,un ,homme libre1 #c;e dition1 #a vol4 999999 ,le ,jardin de ,brnice4 #d;e dition1 #a vol4 ,examen de ces trois volumes 7paratra en septembre74 ,huit jours chez ,m4 ,renan4 #b;e dition4 #a brochure in-#cb4 ,trois stations de psychothrapie4 #a brochure in-#cb4 ,,pour ,,paraitre ,,prochainement ,les ,exercices spirituels d',ignace de ,loyola1 avec une prface de ,maurice ,barrs4 ,,mile ,,colin--,,imp4 ,,de ,,lagny ,a ma mre4 ,,traitement ,,de ,l',,ame ,ces trois essais sont tirs des dossiers o j'ai liass les notes dont furent composs ces ,traits de la culture du moi auxquels certains esprits ont donn leur sympathie4 ,voici en quelque sorte des marginalia de ,brnice1 de l',homme libre et des ,barbares4 ,cette ,visite ,lonard de ,vinci pourra contenter ceux qui gotent tel chapitre de l',homme libre sur une journe que je passai ,milan444--,dans la ,visite ,latour de ,saint-,quentin1 le pastelliste1 je mets en relief l'incapacit qu'eut cet acharn observateur se composer une vue gnrale de l'humanit1 dont il portraictura tant de fragments2 et quelques lecteurs penseront peut-tre ,charles ,martins du ,jardin de ,brnice4 ,chre et tendre ,brnice6 ,quand je l'aimais1 n'ai-je pas vcu en plus troite harmonie avec l'me du monde qu'aucun de ces curieux insatiables qui mnent leur minutieuse enqute travers les temps et les pays8444--,dans le troisime essai enfin1 dans ces considrations sur le cosmopolitisme1 o quelques-uns me sauront gr d'avoir utilis l'incomparable mmoire de ,mademoiselle ,bashkirtseff1 on trouvera quelque lumire sur une confusion1 fort la mode d'aujourd'hui1 entre la sensibilit de nos dlicats et le sentiment religieux4 ,bien que nos no-catholiques ne soient que des esprits vagues auxquels il ne convient pas de prter plus d'importance qu' la tasse de th o ils se noieront1 il est du moins exact que certain pessimisme sentimental et certaines exaltations religieuses tmoignent d'une mme qualit d'me4 ,on le voit1 ces essais sont des complments de notre pense2 non pas des redites1 toutefois4 ,ils ne font point double emploi avec les ouvrages que je rappelle1 mais en soulignent la mthode4 ,psychologie1 scepticisme1 dira-t-on4 ,en vrit je n'ai pas plus de droit au titre de psychologue1 qui supposerait la curiosit et la science de l'me humaine tout entire1 qu' l'appellation de sceptique1 qui implique le refus de toute affirmation4 ,si des personnes raisonnables me suivent dans les trois plerinages o cet opuscule les convie1 elles reconnatront que je n'tudie que certains tats d'me1 assez particuliers1 mais o je suis comptent1 et elles ajouteront que je ne me contente pas de dcrire des stations1 mais encore que j'y thorise1 afin de rglementer les intresss aprs avoir clair les curieux4 ,ainsi se justifie mon titre ,essais de psychothrapie4 ,on trouvera ici l'indication du traitement le plus convenable1 selon notre mthode1--qui est l'exaltation du ,moi1-- certaines particularits de l'me moderne4 ,c'est ici de la psychothrapie4 99 99 99 99 99 ,vous traitez l'me1 disent les lecteurs 7ceux-ci fort gays1 ceux-l craignant qu'on ne les amuse gure71 mais quelle est votre thrapeutique8 ,je me suis surpris en invoquer le bnfice dans une page de ,sous l'oeil des ,barbares4 ,c'tait une prire ardente1 une des plus sincres1 je l'affirme1 qui soit sortie de l'angoisse familire tant de jeunes gens de notre poque4 444 ,le voeu1 disais-je1 que je dcouvre en moi est d'un ami1 avec qui m'isoler et me plaindre1 et tel que je ne le prendrais pas en grippe4 ,j'aurais pass ma journe tant bien que mal sur les besognes4 ,le soir1 tous soirs1 sans appareil1 j'irais lui4 ,dans la cellule de notre amiti ferme au monde1 il me devinerait2 et jamais sa curiosit ou son indiffrence ne me feraient tressaillir4 ,je serais sincre2 lui1 affectueux et grave4 ,il serait plus qu'un confident1 un confesseur4 ,je lui trouverais de l'autorit1 ce serait mon ami1 et1 pour tout dire1 il serait mes cts moi-mme plus vieux444 ,mais voici l'essentiel o je vise dans ces consultations3 444 ,si mon cerveau trop sillonn par le mal se refusait comprendre1 et1 cette supposition est plus triste encore1 si je mprisais la vrit par orgueil de malade1 lui sans mchante parole modifierait son traitement4 ,car il serait moins un moraliste qu'un complice clairvoyant de mon cret4 ,il m'admirerait pour des raisons qu'il saurait me faire partager2 c'est quand la fiert me manque qu'il faut violemment me secourir et me mettre un ,dieu dans les bras1 pour que du moins le prtexte de ma lassitude soit noble4 ,le voil dans cette dernire ligne1 le vritable traitement qui convient nos jeunes contemporains caractriss par l'nergie de leurs ddains et par leur impuissance agir4 ,eh6 certes1 je le sais bien que1 sous couleur d'tre analystes1 nous ne sommes que des nihilistes1 des mes sches1 des cerveaux incapables de sentir efficacement et avec suite1 organiss uniquement pour la ngation4 ,mais que sert-il qu'on nous rpte3 ,ne soyez pas tels que vous tes1 n'usez pas de l'me que vos pres vous firent6 ,c'est encore en donnant leur rythme naturel et1 sans provocation1 une allure toujours fire nos sentiments que nous en tirerons agrment et honneur4 ,j'ai donc pouss leur pleine intensit les images o se reconnatront la plupart des jeunes gens modernes1 analyste qui s'pie soi-mme1 curieux qui se passionne pour trouver les mobiles de tous actes1 cosmopolite errant travers la culture humaine4 ,comme je l'avoue dans le dernier essai1 m'tant propos de leur donner du ton1 je leur prsente non leur histoire1 mais leur lgende1 compose de telle sorte qu'elle les ennoblisse leurs propres yeux4 ,en vrit1 petits lycens1 tudiants1 jeunes garons isols en province1 et vous aussi1 filles de vingt ans1 qui n'avez les uns et les autres que du dgot pour l'ordinaire d'une vie que vous semblez d'ailleurs impuissants modifier1 quand je vous prte l'me du ,vinci1 de nos grands analystes modernes et de la dlicieuse ,marie ,bashkirtseff1 n'est-ce pas un ,dieu que je vous mets sur les bras1--pour que du moins le prtexte de votre lassitude soit noble4 ,ces petits essais1 dans mon esprit1 ce sont1 pour des modernes1 des consolations la manire de celles que le plus prcieux de nos matres1 ,snque1 adressait1 avec une extrme lgance1 aux raffins si las de son poque4 ,et pour m'en tenir au mmoire qui clt ce livret1 n'aurai-je pas concouru utilement la direction spirituelle des temps qui sont proches1 si je puis convaincre tant de jeunes femmes dsoeuvres1 voyageuses et dracines de tout devoir1 que la lgende d'une cosmopolite les dpeint8 ,aucune morale ne leur rendrait les vertus surannes de la reine ,berthe qui filait son lin1 mais peut-tre nous faire leur complice saurons-nous les convaincre de jouir sans hypocrisie des conditions nouvelles de la vie moderne4 ,chre vie moderne1 si mal l'aise dans les formules et les prjugs hrditaires1 vivons-la avec ardeur1 avec clairvoyance aussi1 avouons-en toutes les nuances1 et que diable6 elle finira bien par dgager d'elle-mme une morale et des devoirs nouveaux4 ,,trois ,,stations ,,de ,,psychoth,,rapie ,,une ,,visite ,a ,l,,onard ,,de ,,vinci ,aux analystes du ,moi4 ,milan nous touche entre toutes les villes1 parce qu'elle fut le lieu d'lection de ,lonard de ,vinci1 et parce que ,stendhal l'adora1 jusqu' vouloir que sur sa tombe on crivt simplement3 ,citoyen milanais4 ,mais de ,stendhal1 il faudrait parler depuis ce triste port de ,civita-,vecchia1 o pendant trente annes il s'ennuya1 vieux beau apoplectique qui n'avait d'autre distraction qu'une causerie1 le soir1 entre huit et neuf1 dans la boutique de l'unique libraire4 ,je veux rapporter de ,milan une visite que je viens d'y faire ,lonard de ,vinci4 ,non pas que l'oeuvre de ,lonard1 qui ne fut jamais considrable1 soit ici abondante4 ,des manuscrits1 des esquisses1 cette admirable fresque de la ,cne--dont la beaut semble plaire ,dieu mme1 puisqu'elle n'est pas abolie1 en dpit des militaires qui l'caillrent et des peintres qui la retouchrent3 voil tout ce que l'on peut tudier de ce grand artiste ,milan1 si l'on y ajoute1 tmoignages prcieux1 trsor rare1 la plupart des oeuvres excutes sous son influence par ses lves4 ,mais cette gloire de ,vinci1 qui nous offre un des sujets les plus troublants sur lesquels puissent rver les ambitieux et les esthticiens1 quelques traits de crayon lui suffisent pour l'affirmer4 ,nous entrevoyons peine ce qu'il fit et ce qu'il voulut2 il faut pourtant que nous le saluions comme un des princes de l'art4 ,ce peintre exceptionnel est compris par la pense mieux encore que par les yeux4 ,et c'est ,milan1 o il a tant mdit1 qu'on est le mieux plac pour rver de lui4 ,dans les indications de ses ,livres de dessins1 et sous les repeints de la ,cne1 nous devinons la beaut qu'il cherchait1 aujourd'hui envahie d'ombre2 comme sous le gnie infrieur de ses disciples nous retrouvons la direction d'art qu'il enseigna4 99 99 99 99 99 ,intelligence unique par sa puissance et par la largeur de sa curiosit1 ,vinci apparat la fois un grand mditatif et un grand sducteur4 ,ses tudes universelles et profondes ne l'accaparaient pas1 il fut encore un magnifique cavalier2 d'une psychologie dsabuse et fine1 il voluait avec aisance dans la vie dcorative de son sicle pittoresque4 ,que des dons aussi opposs se soient trouvs dans un mme homme1 et pousss une telle perfection1 voil qui dconcerte les catgories o nous sommes habitus ranger les tempraments6 ,et cette dualit claire le sourire de toutes les figures qu'il a laisses1 ce sourire que le temps emplit chaque jour d'une nuit plus profonde1 mais qui parut1 ds son closion1 inexplicable6 ,il y peignait sa propre complexit1 son me habile tout la fois la science et la sduction4 ,je ne saurais pas trouver d'pithtes pour vous exprimer ce conflit qui fait le gnie mystrieux du ,vinci et que tant d'artistes1 tant de penseurs et tant d'amants ont interrog1 l',ambrosienne et au ,brra1 sur les petites lignes du visage de ses femmes4 ,j'aime mieux transcrire ce que me disait1 avec une intensit incroyable1 une de ces mes 7jeune fille1 jeune homme87 aux cheveux drouls1 me sensuelle pourtant1 avec des lvres1 de grands yeux et toute une joie divine qui montait de son visage--ce que me rptait une autre esquisse1 femme adorable1 baissant les paupires avec une gravit presque ironique--ce que toutes me firent entendre3 ,parce que nous connaissons les lois de la vie et la marche des passions1 aucune de vos agitations ne nous tonne1 rien de vos insultes ne nous blesse1 rien de vos serments d'ternit ne nous trouble444 ,et cette clairvoyance ne nous apporte aucune tristesse1 car c'est un plaisir parfait que d'tre perptuellement curieux avec mthode444 ,mais nous sourions de voir la peine que tu prends pour deviner ce qui m'intresse4 ,voil ce que dit1 je l'ai bien entendu1 le sourire de ,lonard4 ,c'est ce que ,goethe rptera plus tard4 ,c'est1 avec des diffrences sans nombre de sicle et de race1 l'impression que nous laissent les deux ,faust4 ,rien qui soit plus purement intellectuel4 ,comment ,taine a-t-il pu parler1 propos de ,lonard1 de penses picuriennes1 licencieuses8 ,quelquefois1 dit-il1 chez le ,vinci1 on trouve un bel adolescent ambigu1 au corps de femme1 svelte et tordu avec une coquetterie voluptueuse1 pareil aux androgynes de l'poque impriale444 ,confondant et multipliant1 par un singulier mlange1 la beaut des deux sexes1 il se perd dans les rveries et dans les recherches des ges de dcadence et d'immoralit444 ,ici assurment1 ,taine1 comme il lui arrive souvent dans ses tudes d'art1 a dtourn ses yeux de l'oeuvre de ,lonard pour suivre le dveloppement de sa propre pense4 ,emport par cette imagination philosophique et par cette logique qui font sa puissance1 ce grand historien des passions intellectuelles a pouss jusqu'aux dernires consquences possibles la curiosit de ,lonard4 ,sans doute1 restreinte la mthode de ,lonard1 la divination de ,taine a vu juste4 ,oui1 cette recherche des sensations exquises et profondes1 qu'enseignait le ,vinci1 mnera la plupart des hommes des rveries ambigus4 ,voyez1 dans les muses de ,milan1 ces figures de ,marco d',oggione1 de ,cesare da ,sesto2 elles maintiennent avec peine leur sourire2 je sens une polissonnerie1 fleur des lvres1 sous ces jolis visages4 ,et ce portrait de jeune fille1 de petite fille 7par un lve du ,vinci76 ,cette enfant est trop fine1 trop pure1 elle en devient provocante6 ,mais c'est qu'elle n'est pas de la grande race des femmes du ,matre2 sous son front troit1 dlicieusement clair de perles1 elle n'a que des penses mdiocres4 ,je le sais1 qu'une telle me1 mal dfendue par son faible cerveau contre les exigences du dsir1 dut connatre d'tranges troubles1 quand ,lonard lui enseignait1 avec tant d'lgance1 la curiosit du nouveau et le ddain de la vie commune4 ,le pur ,luini lui-mme1 dans le vestibule du ,brra1 nous montre une jeune fille aux paupires rougies1 d'une lassitude et d'une ardeur o la femme devient effrayante4 ,mais1 ,m4 ,taine ne le voit-il pas1 chez ,lonard comme chez ,goethe1 ces dangereuses aspirations demeurent intellectuelles4 ,ses exigences et ses indpendances se satisfont dans le domaine de la pense1 sans se tourner vers des ralisations voluptueuses4 ,chez ,lonard l'intelligence aurait pu se rvolter2 jamais les nerfs4 ,les contemporains de ce profond penseur le savaient bien4 ,lomazzo l'appelle un ,herms1 un ,promthe3 il leur apparat l'homme qui sait le secret des choses4 ,il savait les lois de la vie4 ,cela clate dans son chef-d'oeuvre4 ,comme elle aura t tudie cette figure de ,jsus qui est le centre de la ,cne6 ,c'est qu'elle est aussi1 pour quelques-uns1 le centre de la conscience humaine4 ,je veux dire que cette figure que nous voyons l toute tourne sur soi-mme1 toute proccupe de la vie intrieure1 est le type parfait de l'analyste du ,moi3 c'est l'esprit vivant uniquement dans son monde intrieur1 indiffrent la vie qui s'agite autour de lui4 ,qu'un homme du quinzime sicle1 dans une de ces cours sensuelles et dbordantes d',italie1 ait pu crer une telle beaut psychique1 voil qui est prodigieux6 ,il n'y arriva pas du premier trait4 ,il faut voir au ,brra l'tude au crayon rouge qu'il fit pour cette tte de ,jsus4 ,l1 pas de ddoublement de la personnalit4 ,bont triste1 pardon1 soumission1 rsignation1 sans fiert intrieure1 ce me semble4 ,ce ,jsus de l'esquisse est presque un frre de l'aptre ,jean qu'on voit dans la ,cne1 et qui n'est1 lui1 qu'une vierge1 rien qu'un simple4 ,mais dans la fresque dfinitive1 ,jsus est fortifi3 ce haut intellectuel est entour de sots1 de braves gens et de canailles1 dont les attitudes violentes synthtisent admirablement les sentiments du commun des hommes1 et il leur dit3 ,la trahison me viendra de vous1 de vous1 mes amis4 ,mais cela ne m'offre rien d'tonnant1 car je comprends les tentations auxquelles succombera le coupable1 et par l mme je l'excuse4 ,d'ailleurs1 pour que j'aie l'occasion d'tre hroque1 ceci tait ncessaire2 la grandeur morale tant faite des bas traitements qu'elle surmonte4 ,cependant les mains de ce hros semblent avouer une certaine lassitude4 ,un troit paysage bleutre et voluptueux1 entrevu dans une fentre1 derrire la tte de cette haute victime 7victime de soi-mme1 martyr par sa propre volont71 vient nous rappeler que la vie pourtant peut tre libre1 sensuelle et facile4 ,ces hommes avec leur passion1 ce sage avec sa grandeur surhumaine et dont l'quilibre inquite1 nous attristent galement4 ,ah6 qui donc saura nous faire connatre l'existence comme un rve lger6 99 99 99 99 99 ,c'est un coloriste lumineux que ,lonard1 et les cratures qu'il peint sont les plus ravissantes qu'on puisse imaginer4 ,pourquoi donc1 en le quittant1 suis-je saisi d'une telle tristesse8 ,c'est que rien ne nous comprime plus que de suivre le travail secret d'un analyste2 on voit que sa vie est un malaise1 un frmissement perptuel4 ,les grands peintres de ,venise furent heureux1 car ils peignaient d'abondance1 sans disputer avec eux-mmes4 ,mais quelle angoisse1 celle de l'artiste qui se divise en deux hommes1 de telle sorte qu' mesure que l'un cre1 l'autre est l qui juge l'oeuvre en train de natre6 ,et chacun d'eux1 adorant l'autre1 se dit3 ,s'il allait n'tre pas satisfait6 ,j'ai souvent pens l'affligeante motion dont palpitait assurment la ,batrice quand1 au ,paradis1 elle apparut ,dante4 ,on sait que cet illustre pote avait cherch sa matresse en ,enfer1 au ,purgatoire2 enfin1 il la retrouvait2 il tait perdu de respect1 de crainte aussi3 car de faible femme n'tait-elle pas devenue une bienheureuse et la compagne des personnes divines8 ,elle1 cependant1 dans la gloire qui l'enveloppait1 avait sa frache poitrine gonfle d'une angoisse plus insupportable encore1 car elle pensait3 ,s'il allait me trouver moins belle6 ,cette imagination m'aide assez comprendre la vie ardente d'un de ces analystes chez qui l'me1 comme nous avons dit1 est double4 ,c'est perptuellement en eux le drame du ,dante rencontrant la ,batrice4 ,leur sourire est lass et un peu ddaigneux1 comme le sourire du ,vinci3 lass par ces violentes motions intrieures2 ddaigneux avec indulgence parce que la vie extrieure leur parat une petite chose auprs des profondeurs de leur tre que sans trve ils considrent4 ,,une ,,journ,e ,,chez ,,maurice ,,latour ,,de ,,saint-,,quentin ,aux psychologues systmes4 ,j'ai pass la journe dans ces trois petites salles1 solitaires et froides1 du muse de ,saint-,quentin1 o sont runis la plupart des pastels de ,maurice-,quentin de ,la ,tour4 ,nul endroit o nous puissions serrer de plus prs ce que furent1 en ralit1 ces filles de l',opra1 ces publicistes1 ces femmes si tendres1 tous ces causeurs originaux de qui la lgende nous laisse prs du coeur des images dlicieuses1 mais trop vagues4 ,la ,tour eut la passion de rendre la nature1 sans l'embellir ni l'exagrer1 et l'occasion de portraicturer beaucoup des figures fameuses dans ce dix-huitime sicle4 ,ses crayons fixaient non seulement les contours1 les traits de naissance1 mais la physionomie1 cette poussire des chagrins et des flicits qui reste aux plis d'un visage froiss par la vie4 ,voil1 en vrit1 une des chapelles o peuvent mditer le plus abondamment les dvots de l'me humaine6 ,ils n'y trouveront pas seulement des images illustres ou saisissantes2 ce muse vaut surtout comme l'expression la plus complte de cette passion vive dont sont possds quelques esprits pour couter1 regarder et comprendre les autres hommes4 ,je tiens l'oeuvre de ,la ,tour pour le tmoignage le plus parfait que nous possdions de la curiosit psychologique4 99 99 99 99 99 ,la ,tour eut1 un degr incroyable1 le got de deviner et d'exprimer la faon particulire qu'a chaque homme de rechercher le bonheur4 ,qu'un ,vinci1 de sa ,joconde son ,saint-,jean1 s'enfivre pour nous indiquer son rve irralisable6 ,la ,tour1 dans ces quatre-vingt-sept pastels que j'examine1 se propose uniquement de nous faire voir les mes les plus intressantes qu'il a rencontres et d'y porter la lumire4 ,au muse de ,saint-,quentin1 on m'entend1 ce n'est pas le mtier du grand artiste qui m'arrte1 mais j'admire qu'un homme ait enferm sa vie dans la seule curiosit de comprendre quelques varits de l'me humaine4 ,les crayons d'un ,sainte-,beuve vont moins loin dans l'analyse4 ,embarrasss d'anecdotes1 compliqus des gots de l'auteur lui-mme1 les ,portraits du ,lundi ne valent pas1 comme tmoignages sur l'humanit morte1 ces pastels de ,la ,tour1 o rien n'existe qui ne soit significatif4 ,ces #hg visages qui1 de tous ces murs1 me regardent1 il leur a sorti leurs secrets fleur de peau4 ,le pli de leurs lvres1 le poids de leurs paupires1 toute cette atmosphre du visage que notre instinct saisit pour aimer ou har un homme mais qui n'a pas de nom1 m'apparaissent1 mis en valeur dans ses pastels avec une prodigieuse sret de psychologue4 ,ces morts1 embrums aujourd'hui par tant de querelles1 ,la ,tour me les montre sans voiles1 prisonniers pour jamais sous ces glaces4 ,il me les explique4 ,machinalement1 aux marges du catalogue1 j'ai pris quelques notes qu'il me dictait444 ,voil ,rousseau1 et j'ai crit3 ,tracassier1 craintif1 mlange de jalousie et de ddain1 mais ddain trs particulier1 ddain qui blme et salit tout4 ,et1 pourtant1 qui ne l'aimerait1 ce ,jean-,jacques1 avec sa jeune figure de laquais dvor de sensualit et de chagrin6 ,voici d',alembert3 ,assez en bois444 ,je m'explique qu'il ait support si courageusement les traits mme posthumes de mademoiselle de ,lespinasse1 et je comprends aussi qu'elle1 si tendre1 ait os le mnager si peu3 par temprament1 il devait souffrir moins qu'aucun autre1 car il avait des dispositions naturelles au dvouement4 ,et madame ,favart3 ,c'est la sottise de la spcialisation3 sotte1 irrmdiablement sotte1 ne pouvant exprimer qu'un personnage troit1 qu'elle porte d'ailleurs son intensit4 ,et ,louis ,,xv3 ,un homme de ce temps dj1 comme nous en voyons au cercle1 dans le monde444 ,quel abme entre ce galant homme1 d'lgance si fine1 et ses prdcesseurs1 que notre imagination ne peut se reprsenter6 ,et la ,camargo3 ,mademoiselle ,camargo6 la plus jolie figure1 assurment1 de toute cette galerie3 elle fut jeune et vigoureuse1 elle faisait voir de la finesse sur un fond de gravit voluptueuse444 ,la jolie fille1 telle que je l'imagine dix-sept ans1 quand le comte de ,clermont-,tonnerre l'enleva1 la paya et en fit sa matresse6 ,ainsi je parcourais ces salles o ,la ,tour a augment l'humanit de vingt figures intressantes4 ,et peu peu1 de tous ces trangers une tristesse tomba sur moi1 si pntrante bientt qu'elle m'incommoda4 ,je ne voulus pas en voir davantage4 ,etait-ce quelque regret de toutes ces beauts qui1 pour jouir d'elles1 ne nous laissent que la poussire d'un pastel8 ,ou encore1 le mlancolique contraste de ces dpouilles de boudoirs classes aujourd'hui administrativement8 ,non1 ce qui m'attristait1 c'tait la philosophie mme de ,la ,tour1 cette faon d'entendre la vie laquelle son gnie me faisait participer4 99 99 99 99 99 ,je le sentis bien ce jour-l3 perptuelle curiosit1 c'est mort sans cesse renouvele dans l'esprit4 ,l'motion que me donne telle me mise l sous verre par ,la ,tour est balaye au cadre suivant2 c'est mort et naissance en moi chaque pas4 ,ainsi en est-il de tous ceux qui traversent la vie en purs analystes4 ,devant leur comprhension1 que rien ne fixe1 toutes les mes s'lvent pour tomber aussitt1 triomphatrices d'un jour4 ,ils accueillent tout et n'adoptent rien2 ils ne lient que des amitis d'un soir et ressentent1 chaque tournant de leur curiosit1 la tristesse confuse du voyageur quittant un beau pays4 ,c'est la mort de nos amours de la veille qui dblaie notre me pour de nouvelles amours4 ,on rapporte du premier des analystes de ce temps1 de ,m4 ,taine1 un mot hautain dont la candeur claire nettement ce vritable carnage qu'est1 dans l'ordre intellectuel1 la vie de ces infatigables conqurants d'mes4 ,ce matre rencontre-t-il un homme intressant par sa force naturelle1 par l'exprience acquise ou par ses singularits1 il l'entrane l'cart1 le presse de questions1 le sollicite de toutes parts jusqu' ce qu'il en ait vrifi les limites1 puis s'cartant3 ,je l'ai puis6 pense-t-il4 ,il a connu1 lui aussi1 cette desschante ardeur psychologique1 le vieillard ,simon1 de qui parlent les vangiles1 celui qui1 tant entr en relations avec l',enfant ,jsus et l'ayant attentivement observ1 s'cria du mme ton que ,taine3 ,maintenant que je vous ai vu1 ,seigneur1 vous pouvez mourir6 ,ce ,simon1 avec un grand sens des ncessits de son poque1 prvoyait le drame du ,calvaire et1 trs renseign sur les personnalits de la ,jude1 il dsirait connatre les prtendants possibles ce grand rle4 ,les rdacteurs des ,evangiles1 dans un but facile comprendre1 dnaturrent lgrement ses paroles2 de ce curieux1 ils firent un adorateur du ,christ4 ,en cela1 du reste1 ils commirent plutt une erreur qu'une habilet2 l'illusion dans laquelle ils donnrent est commune tous les hommes de parti que nous approchons pour mieux les tudier2 nous nous prtions1 ils crurent que nous nous donnions4 ,mais o voit-on que ,simon ait embrass les nouvelles doctrines8 ,il fit causer l'illustre initiateur1 et l'ayant compris3 ,maintenant que je vous ai vu1 conclut-il1 vous pouvez mourir1 ,seigneur4 ,c'est--dire qu'il engageait ,jsus suivre sa ,passion1 mais se rcusait d'y participer4 99 99 99 99 99 ,aucune passion1 mais les comprendre toutes6 c'est la formule des analystes4 ,esprits vastes et mornes1 ils voquent l'imagination ces plaines d'eaux o se refltaient en fuyant les voluptueuses galres de ,cloptre4 ,mais possder les furtives images de toutes les souffrances et de tous les bonheurs1 cela valut-il jamais pour remplir nos jours une seule fivre mouvante8 ,certes1 avec quelque habitude des gestes et des formules convenues1 vous dcouvrirez une forte varit de caractres qui pourront vous distraire4 ,le monde des arts et les couloirs de la politique1 les salons et la rue1 la ,bourse et le ,palais1 autant de thtres o1 sans grand effort1 se procurera un bon fauteuil d'orchestre celui qui sait utiliser les liberts de #aghi4 ,mais quoi6 des potes nafs1 des penseurs1 des habiles sans gnrosit et des sots prtentieux dfilent au bout de ma lorgnette amuse6 mon coeur dispers s'attriste ce panorama1 comme il fit dans les salons de ,la ,tour4 ,des figures6 des figures6 ,ah6 qui me dlivrera de tant de figures8444 ,ici l'analyste mprise un peu ma rapide satit et me raille3 --,si tant de visages marqus par la vie ne vous suffisent pas1 dit-il1 joignez-y le petit ,bara qui fut historique en montrant son derrire4 --,ah6 le derrire du petit ,bara6 lui rpondrai-je1 combien je l'aimerais si je pouvais participer l'hrosme dont il est le geste6 ,se passionner autant que n'importe quel passionn1 tel serait le bonheur profond4 ,en vain voudrions-nous borner notre jeune instinct au rle d'observateur6 ,amusement d'piderme6 ,sous ce masque de curiosit distraite1 je vois l'analyste qui bille4 ,puissances invincibles du dsir et du rve6 s'crie ,taine1 on a beau les refouler1 elles ne tarissent pas4 ,la vie n'est qu'un spectacle1 disait l'analyste1 et il la regardait passer des hautes fentres de sa tour1 mais chaque belle fivre1 en s'loignant1 lui laissait un de ces regrets qui1 accumuls1 rompront la digue3 l'analyste un jour se laisse envahir par son rve4 ,pas plus que ,taine et les autres1 ,la ,tour n'y a chapp4 ,cet observateur minutieux se proccupa de systmatiser le monde4 ,il philosopha sur son art d'abord1 puis sur l'organisation des socits2 et dans son dsir d'embrasser l'univers1 il en vint rgler le cours des astres4 ,sa manie tait de dgager l'harmonie qui gouverne les choses2 c'est le dernier mot des observateurs2 ils veulent ordonner cette masse d'objets particuliers dont ils se sont fait des images prcises4 ,de telles passions1 dbrides dans des mes qui longtemps se raidissent1 poussent souvent jusqu' la folie4 ,le panthisme de ,la ,tour offre au moins des bizarreries4 ,on nous montre cet observateur minutieux qui dans ses promenades s'adresse aux arbres et1 les serrant dans ses bras1 leur dit3 ,bientt1 mon cher ami1 tu seras bon chauffer les pauvres4 ,dans son rve mtaphysique1 pour aider l'incessante transformation de la matire et parce qu'il tait convaincu de l'unit de substance1 il dvora parfois ses excrments4 ,c'taient l de fcheuses mthodes4 ,la ,tour n'tait pas dou pour saisir cette me du monde qu'il entrevoyait4 ,ce merveilleux physionomiste prtait l'univers une figure insuffisante4 ,je ne m'en tonne pas1 ayant vu ce muse de ,saint-,quentin son portrait peint par ,perroneau4 ,la ,tour1 crivais-je aux marges du catalogue1 fait l'insolent1 mais ne domine pas2 c'est un valet qui observe les invits1 ce n'est pas ,saint-,simon4 ,pense exprime trop durement6 ,mais on entendra qu'il ne s'agit ici que de hirarchie intellectuelle4 ,je veux dire que ,la ,tour n'tait pas de force matriser les objets qu'il avait la passion d'observer4 ,a ,saint-,quentin toujours1 on le voit peint par lui-mme3 ,ce qui frappe tout d'abord dans cette tte de ,picard agile1 c'est qu'un tel homme devait tre merveilleusement dou pour tous les arts manuels4 ,il voit les choses par le dehors1 il excelle saisir leur agencement4 ,certes il se proccupe des penses et des affections de l'me1 car il voit combien elles modifient les physionomies1 mais il n'a pas l'amour de l'me4 ,il ne s'meut pas des passions qu'il pie4 ,son panthisme naquit de sa constatation qu'il est une forte harmonie sous l'apparente diversit des choses1 mais nullement d'une rvlation intrieure1 d'un instinct religieux4 ,ce descripteur jamais ne fut un intuitif4 ,les esprits de cette race ignorent que le seul inventaire vraiment complet de l'univers1 c'est une ardente prire d'amour4 99 99 99 99 99 ,observer1 prendre des notes1 les rassembler systmatiquement1 toute cette froide comprhension par l'extrieur nous mne moins loin que ne feraient cinq minutes d'amour4 ,nous ne pntrons le secret des mes que dans l'ivresse de partager leurs passions mmes4 ,c'est la mthode o se rejoignent les grands analystes et les purs instinctifs4 ,michelet mal renseign sur l',inde vdique1 les ,iraniens1 les ,egyptiens1 les ,juifs1 les enveloppe d'un tel nimbe d'amour qu'ils sont mieux clairs 7dans sa ,bible de l'humanit7 que par tous les savants mmoires des rudits spcialistes4 ,de mme pour adoucir l'agonie de son amant1 je me fie plus aux soins dlicats d'une matresse qui voit la plaie avec les yeux de sa tendresse qu' toute la science des hyginistes4 ,et encore1 s'il s'agit de comprendre la direction de l'univers et la vie qui emporte tous les tres1 seuls verront loin les passionns4 ,un jour que la ,poja1 fille jeune et toute nue dansait le tango sur la table branlante d'un mauvais lieu d',andalousie1 ses seins frmissaient moins que les coeurs des matelots ivres qui pour cent sous l'allaient possder4 ,or1 je le vis1 ces hommes grossiers1 en cet instant1 communiaient avec cette femme et avec la vie universelle d'une faon plus troite que ne firent jamais les hommes de systmes1 et de celle que dvoraient leurs yeux enflamms1 ils se faisaient une image incomparablement plus vivante qu'aucun des chefs-d'oeuvre d'observation suspendus par ,la ,tour dans les froides salles de ,saint-,quentin4 ,,la ,l,,gende ,d',,une ,,cosmopolite ,aux ,no-,catholiques4 ,certains lieux fameux dans l'histoire de la sensibilit humaine portent nos mes au del de nos propres motions et nous communiquent les fivres qui les remplirent un jour4 ,telle la plage d',elseneur o l'obscur ,hamlet lamentait la mort de son pre et ses chagrins personnels1 telles les chambres trop troites d',auxonne1 de ,dle et de ,seurres o le jeune ,bonaparte essayait en critures dclamatoires son gnie qui1 si les trnes n'avaient pas t vacants1 nous et donn un ,byron4 ,ce sont l des stations idologiques aussi puissantes sur l'imagination que telles stations thermales sur des tempraments dtermins1 et les plerinages catholiques1 d'un ordre analogue1 font voir merveilleusement que cette mthode d'exaltation intellectuelle runit toutes les conditions pour tourner en passions la curiosit et le respect4 ,mais chaque gnration se choisit ses lieux de dvotion prfrs1 et c'est mme dans ces lections que se rvlent les variations de la sensibilit4 ,qui de nos jeunes gens les plus rcents songerait s'mouvoir devant la maison close de l'avenue d',eylau o s'teignit une gloire retentissante6 ,nos jeunes ans1 tel ,m4 ,catulle ,mends ou encore ,m4 ,camille ,pelletan1 doivent nous plaindre de cette froideur1 et1 malgr toute leur comprhension1 ils suspecteront notre bonne foi1 si j'ajoute qu'indiffrents la dernire demeure de ,victor ,hugo1 nous sommes mus par certain petit htel du quartier ,monceau6 ,certes1 le sens de la mesure nous garde d'opposer notre got leur culte2 simplement1 nous sommes de ces dvots qui s'meuvent dans une chapelle troite mieux qu' l'glise cathdrale4 ,au #fa de la rue de ,prony vcut quelques annes et mourut mademoiselle ,marie ,bashkirtseff1 bien faite pour passionner ce millier d'esprits comprhensifs et dgots dont le ton attirant et irritant depuis quelques annes intresse la critique4 ,leur trait principal est peut-tre que1 froisss par toute inlgance1 ils sont cependant plus soucieux d'thique que d'esthtique2 ils aiment1 pour tout dire1 la vie intrieure des tres plus que leur pittoresque extrieur4 ,la monographie qu'a laisse cette jeune fille et qu'on a publie sous le titre de ,journal de ,marie ,bashkirtseff les satisfait mieux qu'aucune composition de nos crivains de mtier4 ,je ne referai pas la biographie de mademoiselle ,marie ,bashkirtseff1 d'autant mieux connue que c'est des dtails de sa vie que ses fidles nourrissent leur culte4 ,cette jeune fille1 en effet1 en dpit de ses succs de peintre1 en dpit de sa mort cruelle vingt-six ans1 en dpit mme de ses dons d'crivain1 les passionne uniquement par la sensibilit particulire dont elle vivifia les moindres circonstances de sa vie4 ,nulle existence qui offre une plus instructive collection de ces traits de clairvoyance et d'ardeur morale si fort la mode des intellectuels d'aujourd'hui4 ,offert par une jeune fille et prcisment par une fille pare de ce charme russe1 brutal et raffin qui1 seul1 nous meut cette heure1 un tel tat d'me devait acqurir sur des jeunes gens un prestige particulier1 et1 en vrit1 il leur inspire ce sentiment voisin de l'amour1 sans lequel il n'est pas de fconde mditation4 ,sans doute1 cette faon de concevoir la vie qu'expose mademoiselle ,bashkirtseff1 vingt autres l'ont affiche4 ,mais avaient-ils de cette enfant lue la souplesse1 la spontanit et toute la sve vivifiante8 ,a aucun des plis de sa robe1 je ne retrouve cette poussire de bibliothques dont les plus vivants de nos contemporains sont enlaidis4 ,et telle est la force dont une beaut sincre dispose pour nous rvler le sens de nos propres sentiments que nulle part je n'ai mieux approch la formule des mes de demain que dans la petite maison de la rue de ,prony4 ,j'y allais par ce court chemin que la jeune fille elle-mme parcourut tant de fois1 alors qu'elle visitait ,bastien ,lepage mourant dans cette maison de la rue ,legendre o1 par une rencontre qui me touche1 j'ai succd au bon peintre qu'elle aima comme un frre4 ,la mre inconsole de celle que nous rappelons m'a dit comment ,bastien ,lepage1 apprenant la fatale nouvelle1 cacha ses pleurs contre les coussins o lui-mme n'avait plus que trois mois attendre la mort4 ,mademoiselle ,bashkirtseff fut victime de ces miasmes terribles qui volent pars dans ,paris2 j'ai vu sur son bureau ,kant et ,fichte ouverts des pages passionnantes dont la mort interrompit pour elle la logique4 ,ses livres1 ses tableaux1 quelques menus objets d'un usage familier1 et son image tous les ges font de ce petit htel un touchant oratoire o la pit maternelle continue servir1 comme elle fit pour la jeune vivante1 l'me lgante et d'infinie ressource qui s'est efface4 ,l'htel de la rue de ,prony1 la villa de ,nice pleine des roses qu'elle aimait et le tombeau du cimetire de ,passy1 c'est madame ,bashkirtseff qu'il appartient de les maintenir1 mais cette mouvante jeune fille1 nous sommes quelques-uns de sa race spirituelle qui la maintenons dans notre imagination et1 s'il est permis1 prs de notre coeur4 ,or1 aprs six annes1 quand elle a pris dans la mort un recul suffisant1 ne convient-il pas que1 pour parfaire cette figure exceptionnelle et pour en dgager toute la valeur symbolique1 nous lui organisions sa ,lgende8 ,et tout d'abord1 admettrons-nous que le petit htel de la rue de ,prony fasse un cadre satisfaisant la plus inquite des cosmopolites8 ,quand nous la chrissons pour son ardeur1 pour ses dgots et pour sa comprhension1 est-ce parmi ses toiles1 est-ce mme dans notre ,paris que notre rverie l'voque8 ,nullement4 ,voir en elle un peintre ou une ,parisienne1 c'est trangement la rduire4 ,sans doute1 ces tableaux que madame ,bashkirtseff a refuss aux sollicitations de tant d'trangers--des ,amricains surtout1 passionns plus qu'aucun pour cette trange jeune fille--font voir un grand sens de la nature et beaucoup de bont4 ,on le constate d'ailleurs toute ligne de son ,journal1 sa clairvoyance des insuffisances de la nature n'excluait pas chez elle la piti2 sa susceptibilit de dlicate ne l'empcha jamais de percevoir ce qu'il y a d'immortel dans les plus humbles fragments de l'univers4 ,elle possdait le don prcieux d'tre pntre par la douce lumire qu'il y a dans le regard des chiens interrogeant leur bon matre4 ,mais prcisment sourions qu'elle ait prt de l'importance au talent1 elle qui possdait la chose essentielle et si rare3 une intelligence indulgente4 ,et s'il faut la goter de ce qu'elle ne mprisait pas tous ces gens de l'atelier ,julian o elle tudiait la peinture1 s'il est vrai qu'elle se diminuerait et nous irriterait en montrant leur gard les mmes sentiments qu'en ont1 pour d'insuffisantes raisons1 des notables mal cultivs1 du moins1 affirmons que le got qu'elle leur montra tait comprhension1 mais non pas identit4 ,elle les apprciait1 mais en se gardant4 ,c'est pourquoi nous ne voudrons pas1 sous peine de dformer sa physionomie1 l'installer dans notre mmoire comme une artiste peintre4 ,prcaution essentielle6 et toutefois je doute1 tant cette jeune fille se donnait ses enthousiasmes1 qu'elle ait jamais pris une conscience nette de cette diffrence que ses admirateurs sont bien forcs d'tablir entre elle et nos meilleurs ouvriers d'art4 ,par quelle dlicieuse navet s'attardait-elle rivaliser avec mademoiselle ,breslau8 ,en vrit1 il et t fort opportun qu'on indiqut mademoiselle ,bashkirtseff la doctrine qu'elle tait autorise pratiquer1 la doctrine du suffisant ddain6 ,le suffisant ddain et enseign ,marie ,bashkirtseff considrer les peintres1 les crivains1 les artistes1 simplement parce qu'ils ressentent des motions qu'elle prouvait elle-mme4 ,c'est pour cette qualit de leur sensibilit qu'ils mritent qu'on les classe avec honneur4 ,quant au don qu'ils possdent de traduire et de fixer leurs sentiments avec des couleurs1 des phrases ou du marbre1 cela les dsigne comme des utilits agrables1 ncessaires dans toute maison rellement bien monte1 mais ne peut1 en aucun cas1 les placer dans la hirarchie plus haut que les mes de leur qualit4 ,or1 telle est1 pour sa profondeur et son tendue1 la qualit d'me de mademoiselle ,bashkirtseff que nos talents les plus fts ne sont ses cts que petites fltes prs d'une partition complte4 ,parce qu'en cette me1 toute jeune et toute faible qu'elle fut1 retentissait aprs tout la sensibilit humaine1 je dis qu'aucune de nos meilleures fltes ne pourrait l'exprimer entire et qu'elle les possdait toutes4 ,elle eut dans sa petitesse le sens de l'universel4 ,n'ayons pas cette grossiret de la confondre avec des spcialistes1 fussent-ils1 d'ailleurs1 d'excellents ouvriers peintres4 ,c'est encore au nom du suffisant ddain1 dont elle tait tout anime bien qu'elle en et mal conscience1 que je ne puis comprimer sa mmoire dans ,paris4 ,sans doute1 elle dsira la notorit passagre et bruyante que donne notre ville2 je ne le lui reproche pas2 mme ce serait manquer de comprhension qu'insister sur l'enfantillage du dsir qu'elle avouait pour des mdailles au salon1 de la rclame dans le ,figaro1 et de la vogue dans les maisons o l'on dne4 ,cela satisfaisait sa conception momentane de la vie4 ,c'taient les conditions de l'existence qu'elle dsirait pour l'instant4 ,n'est-ce pas un des traits de cette sensibilit ardente dont nous rvrons en elle un des types les plus complets1 de ne vouloir rien laisser sans y participer8 ,paris mritait assurment d'tre une des stations de sa sensibilit1 et c'est cela seulement qu'il lui fut4 ,m4 ,theuriet1 qui a dit ce que possde le public du ,journal de ,marie ,bashkirtseff1 a insist de prfrence sur ces annes d'atelier1 de concours1 et tous ces petits soucis parisiens2 nous projetons de publier in extenso ce ,journal1 et il nous donnera de ,marie ,bashkirtseff vingt attitudes pour une que nous lui vmes d'abord4 ,marie ,bashkirtseff avait1 en effet1 toute jeune1 amalgam cinq ou six mes d'exception dans sa poitrine trop dlicate et dj meurtrie4 ,quand elle mourut dans cet atelier de la rue de ,prony1 elle possdait dans son cerveau les livres de quatre peuples1 dans ses yeux tous les muses et les plus beaux paysages1 dans son coeur la coquetterie et l'enthousiasme4 ,toute jeune plerine qui cherche travers l',europe une fivre dont on ne se lasse point1 ,marie ,bashkirtseff nous laisse son souvenir chrir1 sa lgende amplifier1 comme la plus mouvante reprsentation de la sensibilit cosmopolite4 ,vous pouvez vous voquer ,goethe1 d'aprs une gravure allemande1 tendu sous un bel arbre1 dans un abondant paysage de la frache patrie germaine2 ,byron qui galope sur le sable jaune du ,lido1 au long de l',adriatique dsole2 ,balzac1 dans une chambre sombre au milieu du ,paris nocturne1 et qui s'chauffe mthodiquement de soucis d'argent et de grandiose sociologie2 mais de ,marie ,bashkirtseff1 quelle image1 quelles moeurs1 quelle patrie8 ,cette cosmopolite qui n'a ni son ciel1 ni sa terre1 ni sa socit1 c'est une dracine4 ,dans le brviaire des idologues1 pour exprimer son bohmianisme moral1 si trangement compliqu de dlicatesses1 faudra-t-il pas que par un trait un peu grossier1 mais significatif1 nous l'inscrivions sous le vocable de ,notre-,dame du sleeping-car8 99 99 99 99 99 ,et pourtant mademoiselle ,bashkirtseff1 tandis qu'elle mne de prairie en prairie l'lgant troupeau de ses curiosits et bien vite puise les beauts qui l'avaient attire1 nous livre deux ou trois images o l'on peut profiter4 ,assurment1 elles ne valent pas plus que des photographies instantanes4 ,nous ne prtendons pas saisir une des attitudes momentanes de cette inconstante1 la donner comme son portrait et nous en contenter4 ,mais ces instantans fournissent des compositions de lieu1 comme dit ,loyola1 notre got pour la mditation4 ,certains instants de sa dlicate bohme me sont particulirement significatifs4 ,sous nos yeux mi-clos1 l'ingnieuse complaisance que nous avons voue cette jeune fille nous la reprsente1 qui nat la pubert dans un bien de la ,petite ,russie4 ,plaines sacres pour nous qui ne les visitmes que d'imagination6 ,sous les brouillards qu'y met notre ignorance1 elles font battre de tristesse et d'impatient amour nos coeurs4 ,dans ce l-bas se forme la beaut o1 j'en suis sr1 s'panouira ce sentiment informe qui nous remplit tous1 jeunes gens1 en qui les torrents de la mtaphysique allemande ont bris les compartiments latins4 ,l-bas1 c'est o mademoiselle ,bashkirtseff reut comme les choses du monde les plus naturelles cette vigueur d'esprit et de sensualit qui nous restitueront le sens de l'amour1 nous autres de qui les pres ne savaient plus que comprendre4 ,mon imagination l'voque encore qui frquente les villes d'eaux de ,bohme1 verdoyantes et pleines d'une musique qui1 le soir1 assombrissait les mes sans amour4 ,puis elle fut ,nice1 fringante sous le soleil et portant au corsage des anmones1 des mimosas mls aux brins de tamaris4 ,mais ces cadres1 trs suffisants pour emprisonner jamais dans notre souvenir tant de jeunes trangres lgantes et romanesques1 ne sauraient contenir celle qui fut en outre passionne de ,spinosa4 ,si mademoiselle ,bashkirtseff doit tre dite cosmopolite1 c'est moins encore pour sa vie errante que pour son intelligence4 ,elle put bien se prter aux hivers du littoral1 aux printemps de ,paris1 la saison de ,londres2 elle s'accommodait de toutes les moeurs 7car il y a dans nos modernes cosmopolites ce que l'ducation classique nous dit d',alcibiade qui fut ,sparte le plus austre des hommes et chez les ,perses plus mol qu'aucun voluptueux71 mais rapide possder le suprme ton de chaque milieu1 ,marie jamais ne s'en satisfit3 elle s'puisait de dsir vers la fivre du lendemain1 dont les frissons lui devaient tre galement mdiocres et vains4 ,de l son perptuel vagabondage1 fait du dsir que son me ft la somme des enthousiasmes et aggrav de l'insuffisance de toutes les motions o elle avait particip2 de l aussi notre conviction raisonne qu'aprs tout la ville o cette jeunesse inquite et magnifique se ft trouve la moins dpourvue1 c'est la cit ternelle1 la ville catholique1 la capitale1 ,rome4 ,rome1 en effet1 malgr son caractre minent1 est moins un lieu particulier que le plus complet abrg de la culture europenne4 ,elle est faite des plus graves fragments de l'humanit4 ,marie ,bashkirtseff1 lgante et nerveuse1 et qui n'avait que vingt ans1 ne pouvait certes s'identifier ce colossal ,panthon1 mais elle s'y sentait l'aise parce que cette atmosphre lui offrait un peu de toutes les poussires qui1 travers le monde1 avaient dlicieusement dessch sa bouche de jeune plerine4 ,elle n'y tait prive d'aucune des ardeurs qui l'usaient1 mais faisaient pour elle tout le prix de la vie4 ,oui1 ,rome qui fut tous les sicles le coeur de l',europe est encore telle du point particulier d'o nous l'envisageons1 et s'il faut notre imagination un lieu idal o placer cette jeune cosmopolite qui reprsente pour nous la sensibilit la plus moderne1 c'est encore ,rome que nous lisons4 ,aucun des frissons qui agitent l'humanit n'est absent de ,rome4 ,j'accorde qu'ils n'y sont pas toujours aiss distinguer4 ,avec sa force de cohsion1 cette reine impose tant de traits disparates une harmonie qui droute et accable nos esprits amuss4 ,mais en faisant l'unit avec toutes ces parcelles de l'esprit humain1 elle le grandit singulirement4 ,tout ici prend sa pleine intensit et1 bnfice de l'harmonie1 tout ici porte avec soi sa cause4 ,c'est au point que l'on pourrait dire qu' ,rome chaque mouvement de l'me se prsente moins sous une forme individuelle que sous forme de loi4 ,l seulement1 le cosmopolite met leur plan les notions qu'il a recueillies travers la civilisation europenne4 ,certains de mes soirs romains1 enivr de cette forte ducation1 je fus tent de croire que les plus amples fragments de l'univers civilis ne valaient que comme dtails agrandis de la fresque humaine que ,rome nous prsente4 ,l'art de se servir des hommes1 l'art de jouir des choses1 l'art de dcouvrir le divin dans le monde1 qui sont1 n'est-ce pas1 les trois amusements1 le jeu complet d'un civilis1 ,rome les enseigne1 et d'une matrise incomparable6 #a ,est-ce la mlancolie des souvenirs1 ses trsors d'art entasss ou les intrts religieux1 mais ,rome prsente une varit de nations1 un mlange de socits1 un concours de politiciens1 d'aristocrates et d'artistes1 en mme temps qu'une diversit de luxe1 de posies et de douleurs telle que1 pour pntrer les coeurs rares1 les grandes intrigues et l'histoire des peuples1 pour apprendre se servir de la socit1 nul sjour ne prvaudra contre celui-ci1 si l'on observe d'autre part qu'aucun des hommes suprieurs runis l n'y vient pour se distraire de soi-mme1 mais que chacun au contraire est enfonc plus avant dans sa noble manie par la gravit incomparable de cette ville4 #b ,la beaut des choses1 d'autre part1 c'est ,rome seule qu'on s'en fait une complte ducation1 parce que loin de surgir au milieu du monde1 comme ces fleurs sans analogues que sont les arts de ,florence1 de ,venise et de ,flandres1 les galeries de ,rome sont composes des plus riches chantillons de la sensibilit occidentale4 ,en dcorant ses htels familiaux des oeuvres de toutes les poques et pays classiques1 ,rome restitue l'art son vritable sens4 ,l'oeuvre d'art1 en effet1 se propose de rsumer dans une formule essentielle et avec une motion communicative des tats psychiques et de nous y faire participer1 pour nous ddommager que nous n'ayons pas la puissance ou l'occasion de les vivre4 ,ds lors cette ville1--de laquelle j'indiquerais aisment la faiblesse1 qui est tout de mme de ne voir dans la nature que la dignit humaine1--en appelant tous les arts l'ducation de l'homme fait l'homme du moins plus complet4 ,peut-tre1 ce que je dis du caractre d'universalit de l'art ,rome1 objectera-t-on que ,michel-,ange semble bien exprimer le gnie particulier de cette ville avec autant d'troitesse que ,tiepolo la fte mlancolique de ,venise1--,sodoma l'ardente passion de la ville o sainte ,catherine eut ses extases1--,botticelli la grce crbrale de ,florence--et ,watteau le gnie indulgent et exquis du vrai ,paris des ,parisiens4 ,mais prcisment de ce fait qu'on voudrait me prsenter comme une contradiction1 je tire mon meilleur argument4 ,il est vrai que ,michel-,ange est si particulier qu'on le confond avec le gnie de ,rome mme2 or1 ce que nul ne contestera1 c'est qu'il exprime toute la puissance d'treindre de la sensibilit humaine4 ,ses sybilles ne sont pas comme les filles de ,watteau1 de ,botticelli1 de ,sodoma1 de ,tiepolo1 l'humanit raffinant droite ou gauche1 elles sont tout l'homme poussant plus avant ses vertus1 l'homme plus virilis4 #c ,au reste1 les glises1 quel qu'ait t le got de ,marie ,bashkirtseff pour les salons et pour l'art1 demeurent le vritable rendez-vous de qui voyage avec le souci des choses psychiques4 ,c'est encore l que1 jusqu' cette heure1 l'humanit a le mieux tmoign sa recherche du divin1 et par cette antique conscration elles attirent ceux-l mmes de nos modernes qui ont perdu le sens des dogmes4 ,or quelle ville opposerait ses basiliques ,rome8 ,notre-,dame et la ,sainte-,chapelle1 la cathdrale de ,cologne1 ,saint-,marc de ,venise1 ,sainte-,sophie de ,constantinople1 dans leur clatante diversit apparaissent chacune comme la fivre mystique particulire au pays qui les leva4 ,mais ,rome rassemble toutes ces fivres pour en faire une force harmonieuse1 et1 appuye sur trois cent quatre-vingt-neuf glises1 elle fait voir notre imagination la chrtient entire1 l',eglise4 ,le catholicisme6 ,voil o tendent et s'expliquent tous les mouvements de notre coeur1 qui n'est obscur et mal l'aise que pour avoir accueilli les fivres de cinq ou six peuples4 ,c'est tiraill par elles que le cosmopolite1 toujours incompltement satisfait1 erre travers l',europe2 il les satisferait dans la capitale o convergent toutes les nations4 ,tandis que sonnait le beffroi de ,bruges1 ,marie ,bashkirtseff1 qui venait de visiter les ,memling1 se sentait1 j'imagine1 un peu bguine et une part d'elle demeurait inoccupe2 de mme1 par un lourd soleil de printemps si1 quittant le caf ,quadri1 elle prit le frais aux votes de saint ,marc1 elle s'y sentit domine d'un rve sensuel d',orient et une part d'elle soupirait encore4 ,j'ai connu ces insuffisances des plus nobles stations1 mais un soir de mai1 vers les cinq heures1 sous le chne de ,san ,onofrio o le ,tasse sentit sa pit1 complique des dlicatesses de l'hrosme et de la volupt1 s'exalter jusqu' la folie1 je voulus baiser cette terre romaine1 car je compris que de ceux qui l'ont foule1 j'ai hrit toutes mes chres faons de souffrir et de jouir4 ,qu' saint ,pierre d'autres discutent ces froids espaces et cette pompe architecturale1 pour moi j'y distinguais seulement les confessionnaux qui tapissent cette immense enceinte et o l'on parle toutes les langues4 ,c'est ici le point mathmatique o tous les soupirs civiliss se confondent pour former la sensibilit chrtienne4 ,tant d'motions qui furent apportes sous cette coupole des points extrmes de la chrtient1 en se ralisant dans une me1 la formeraient la moins marque de particularits qu'on puisse imaginer et la plus capable de s'accommoder sans froissement des milieux les plus divers4 ,l'me qui serait faite de tous les pchs1 inquitudes et scrupules qui vinrent ici chercher la paix1 serait exactement celle que nous nous reprsentons sous le nom de sensibilit cosmopolite4 ,pour moi1 jamais je ne franchis ce seuil fameux sans qu'une motion d'tre au point le plus sensible de l'humanit m'inclint m'agenouiller4 ,l seulement1 parmi ces directeurs de consciences polyglottes1 j'eusse pu trouver quelqu'un qui parlt ma langue4 ,l seulement et t chez elle ,marie ,bashkirtseff1 notre soeur1 si belle1 parce qu'elle tait ardente de toutes les inquitudes de tous les peuples4 99 99 99 99 99 ,marie ,bashkirtseff se ft tonne qu'on confondt son cosmopolitisme avec le sentiment des catholiques1 et ceux-ci de mme se pourraient choquer4 ,chez les uns et chez les autres1 ne serait-ce pas connaissance insuffisante des besoins qui les animent8 ,ces gens qui renoncent tout et ces gens qui dsirent tout sont bien faits pour s'entendre4 ,les uns et les autres1 en effet1 ne se satisfont de rien2 ils ont un degr tourmentant le sens du prcaire1 le dsir de la perfection4 ,oui1 cosmopolites et catholiques sont de la mme famille1 et simplement nous devons nous tonner qu' une mme poque on puisse mener par des sentiers si diffrents la mme poursuite du divin4 ,afin que mademoiselle ,bashkirtseff toucht en quels points ses sentiments s'accordaient avec le plus exalt catholicisme1 et pour illustrer d'une anecdote romaine le tableau que je trace de la vertu surhumaine de cette ville1 j'eusse aim lui proposer un idal de dsintressement auquel elle tait bien digne d'atteindre4 ,connaissez-vous l'histoire d',alexandrine d',alopus et d',albert de la ,ferronays1 telle que nous la raconte le ,rcit d'une soeur et dont nous sommes quelques-uns demeurer aussi mus que du ,journal de ,marie ,bashkirtseff1 car ce sont l deux monographies d'une sensibilit hroque embellies par le romanesque de la beaut et de la mort4 ,mademoiselle ,bashkirtseff1 qui tait toute remplie d'une ardeur un peu nave pour les rapins et pour le dessus du panier parisien1 m'et sans doute interrompu aux premiers mots que je lui eusse dit d'un livre1 rserv pour l'ordinaire aux jeunes femmes un peu timores de province4 ,ne souriez pas1 lui rpliquerais-je1 le got que j'ai pour ,albert de ,la ,ferronays part des mmes proccupations qui m'attirent vers vous4 ,l'trange importance que vous attribuez au talent6 ,et quand1 les juger de notre point de vue d'cole1 il serait prouv que leur langue est terne et leur vocabulaire banal1 en voil un bel empchement ma violente sympathie6 ,je les aime parce qu'ils ont eu de l'exaltation dsintresse4 ,ils ont prouv l'amour pur dont ,leibnitz a donn une dfinition que je veux rapporter1 car1 avec leur scheresse1 ces esprits1 tels encore ,comte et ,spinosa1 passent singulirement les gentillesses des artistes4 ,l'amour pur1 dit-il1 c'est d'tre port trouver du plaisir dans les perfections ou dans la flicit de l'objet1 et par consquent trouver de la douleur dans ce qui peut tre contraire ces flicits4 ,cet amour a proprement pour objet les substances susceptibles de la flicit1 mais on en trouve quelque image l'gard des objets qui ont des perfections1 sans les sentir1 comme serait1 par exemple1 un beau tableau4 ,celui qui trouve du plaisir le contempler et qui trouverait de la douleur le voir gt1 quand il appartiendrait mme un autre1 l'aimerait pour ainsi dire d'un amour dsintress1 ce que ne serait pas celui qui aurait seulement en vue de gagner et de vendre ou de s'attirer de l'applaudissement en le faisant voir4 ,albert de la ,ferronays poussa l'amour jusqu' offrir ,dieu sa vie pour qu',alexandrine d',alopus1 une protestante qu'il aimait1 connt la vraie religion4 ,peu aprs1 il mourut1 et1 auprs du lit de leurs brves amours1 devenu par l'intensit de son voeu d'idaliste son lit de mort1 une parcelle de l'hostie qui allait tre son viatique fut la premire communion de sa jeune amante4 ,combien il m'humilie dj cet homme singulier assez dsintress pour souhaiter la mort entre les bras de celle qui l'enivre1 afin qu'elle soit encore ennoblie par la possession de la vrit2 mais1 o je suis glac de dgot envers moi-mme1 c'est quand je vois celle qui prit sur les lvres refroidies du mort un don si fort de mpriser les choses prissables qu'elle s'leva jusqu' dire3 ,lorsque j'ai t dpouille de tout1 c'est alors que mon bonheur et mes dlices et mon amour ont commenc4 ,le voil ce sentiment du prcaire et cet lan vers la perfection1 par quoi sont emports1 aussi fort que les catholiques1 ces cosmopolites qui se pressent de pays en pays1 de passions en passions1 enthousiastes et jamais possds1 renonant chaque jour et dsirant toujours1 les yeux fivreux et les mains sans prise1 parce qu'aucune des formes passagres qui emplissent l'univers ne leur livre le non-prissable1 le divin4 ,hautain idalisme o communient1 sans se reconnatre1 le cosmopolite qui ne veut plus ni ciel ni patrie1 ni foyer1 et le catholique qui renie mme d'tre de cette terre4 ,nul lieu ne les contentera1 hors ,rome o veillent les ,sybilles de ,michel ,ange1 dont les yeux graves font voir une me gotant le plaisir amer d'adorer ce qui ne meurt pas1 au milieu de tout ce qui passe4 ,a notre cosmopolitisme1 notre dilettantisme1 notre cher nihilisme enfin1 pour dire le mot qui rsume le mieux notre dracinement moral1 la grande ville catholique restitue leur sens complet1 en mme temps qu'elle leur donne une haute allure4 ,a sa lueur nos dgots et notre ardeur m'apparaissent ce qu'ils sont en ralit1 un sentiment religieux4 ,mademoiselle ,bashkirtseff fut emporte par une injuste mort avant d'avoir profit de l'ducation de ,rome4 ,il faut pourtant lui en assurer le bnfice dans la lgende que nous lui organisons4 ,paris1 par sa coquetterie et sa bonne grce1 ,londres1 par l'hospitalit solide et digne de ses cercles et de ses petites maisons1 ,venise1 par sa fivre romantique1 se font accepter du premier abord4 ,mais ,rome est une acquisition si lourde qu'une me de vingt ans dfaille4 ,cette ville-l1 tout pure de vulgarit1 n'est pas une jolie matresse qui accueille et caresse nos habitudes1 c'est une imprieuse qui froisse et rompt en nous ce qu'elle estime indigne4 ,plus tard ,marie ,bashkirtseff s'y ft plu2 qu'y ft-elle devenue8 ,sans qu'on puisse en douter1 son bohmianisme1 qui n'tait d'abord que l'agitation d'une petite personne de race jeune et sensuelle1 et que ,paris transforma jusqu' tre un sentiment dsintress1 la recherche du beau1 ,rome l'et lev au point qu'il ft devenu le mal familier aux grands idalistes qui se lassent de tout parce que seule la perfection les satisferait4 ,honor soit-il1 ce sentiment du prcaire qu'eut avec tant d'intensit cette petite fille2 nous avons eu raison d'y mditer4 ,il nous fait participer ces mpris suprieurs que ressentent pour la ralit1 pour leur moi actuel1 tous les hommes soucieux de l'univers qu'ils renferment en puissance et du moi suprieur qu'ils ne sont pas encore4 ,maintenant que je lui ai constitu toute sa valeur lgendaire1 celle que je saluais du nom bassement moderne de ,notre-,dame du ,sleeping-car nous apparat une reprsentation de la force ternelle qui fait surgir des hros dans chaque gnration1 et1 pour qu'elle nous soit de bon conseil1 cultivons sa mmoire sous le vocable hautain de ,notre-,dame qui n'tes jamais satisfaite4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,traitement de l'me ,,ix ,une visite ,lonard de ,vinci4 7,hommage aux analystes du moi74 #a ,une visite ,latour de ,saint-,quentin4 7,hommage aux psychologues74 #ae ,la lgende d'une cosmopolite4 7,hommage aux no-catholiques74 #cc ,,mile ,,colin4--,imp4 de ,lagny