,,de ,l',,amour ,,par ,,de ,,stendhal ,,dition ,,revue ,,et ,,corrig,e ,,et ,,pr,c,d,e ,d',,une ,,tude ,,sur ,,les ,o,euvres de ,stendhal ,par ,sainte-,beuve ,,paris ,,garnier ,,fr,,res1 ,,libraires-,,diteurs #f1 ,,rue ,,des ,,saints ,p,,res1 #f ,,pr,,face#a #a ,mai #ahbf4 ,quoiqu'il traite de l'amour1 ce petit volume n'est point un roman1 et surtout n'est pas amusant comme un roman4 ,c'est tout uniment une description exacte et scientifique d'une sorte de folie trs rare en ,france4 ,l'empire des convenances1 qui s'accrot tous les jours1 plus encore par l'effet de la crainte du ridicule qu' cause de la puret de nos moeurs1 a fait du mot qui sert de titre cet ouvrage une parole qu'on vite de prononcer toute seule1 et qui peut mme sembler choquante4 ,j'ai t forc d'en faire usage1 mais l'austrit scientifique du langage me met1 je pense1 l'abri de tout reproche cet gard4 99 99 99 99 99 ,je connais un ou deux secrtaires de lgation qui1 leur retour1 pourront me rendre service4 ,jusque-l1 que pourrais-je dire aux gens qui nient les faits que je raconte8 ,les prier de ne pas m'couter4 ,on peut reprocher de l'gotisme la forme que j'ai adopte4 ,on permet un voyageur de dire3 ,j'tais ,new-,york1 de l je m'embarquai pour l',amrique du sud1 je remontai jusqu' ,santa-,f-de-,bogota4 ,les cousins et les moustiques me dsolrent pendant la route1 et je fus priv1 pendant trois jours1 de l'usage de l'oeil droit4 ,on n'accuse point ce voyageur d'aimer parler de soi2 on lui pardonne tous ces je et tous ces moi1 parce que c'est la manire la plus claire et la plus intressante de raconter ce qu'il a vu4 ,c'est pour tre clair et pittoresque1 s'il le peut1 que l'auteur du prsent voyage dans les rgions peu connues du coeur humain dit3 ,j'allai avec ,mme ,gherardi aux mines de sel de ,hallein444 ,la princesse ,crescenzi me disait ,rome444 ,un jour1 ,berlin1 je vis le beau capitaine ,l444 ,toutes ces petites choses sont rellement arrives l'auteur1 qui a pass quinze ans en ,allemagne et en ,italie4 ,mais1 plus curieux que sensible1 jamais il n'a rencontr la moindre aventure1 jamais il n'a prouv aucun sentiment personnel qui mritt d'tre racont2 et1 si on veut lui supposer l'orgueil de croire le contraire1 un orgueil plus grand l'et empch d'imprimer son coeur et le vendre au public pour six francs1 comme ces gens qui1 de leur vivant1 impriment leurs ,mmoires4 ,en #ahbb1 lorsqu'il corrigeait les preuves de cette espce de voyage moral en ,italie et en ,allemagne1 l'auteur1 qui avait dcrit les objets le jour o il les avait vus1 traita le manuscrit qui contenait la description circonstancie de toutes les phases de la maladie de l'me nomme amour1 avec ce respect aveugle que montrait un savant du ,x,i,ve sicle pour un manuscrit de ,lactance ou de ,quinte-,curce qu'on venait de dterrer4 ,quand l'auteur rencontrait quelque passage obscur1 et1 vrai dire1 souvent cela lui arrivait1 il croyait toujours que c'tait le moi d'aujourd'hui qui avait tort4 ,il avoue que son respect pour l'ancien manuscrit est all jusqu' imprimer plusieurs passages qu'il ne comprenait plus lui-mme4 ,rien de plus fou pour qui et song aux suffrages du public2 mais l'auteur1 revoyant ,paris aprs de longs voyages1 croyait impossible d'obtenir un succs sans faire des bassesses auprs des journaux4 ,or1 quand on fait tant que de faire des bassesses1 il faut les rserver pour le premier ministre4 ,ce qu'on appelle un succs tant hors de la question1 l'auteur s'amusa publier ses penses exactement telles qu'elles lui taient venues4 ,c'est ainsi qu'en agissaient jadis ces philosophes de la ,grce1 dont la sagesse pratique le ravit en admiration4 ,il faut des annes pour pntrer dans l'intimit de la socit italienne4 ,peut-tre aurai-je t le dernier voyageur en ce pays4 ,depuis le carbonarisme et l'invasion des ,autrichiens1 jamais tranger ne sera reu en ami dans les salons o rgnait une joie si folle4 ,on verra les monuments1 les rues1 les places publiques d'une ville1 jamais la socit1 l'tranger fera toujours peur2 les habitants souponneront qu'il est un espion1 ou craindront qu'il ne se moque de la bataille d',antrodoco et des bassesses indispensables en ce pays pour n'tre pas perscut par les huit ou dix ministres ou favoris qui entourent le prince4 ,j'aimais rellement les habitants1 et j'ai pu voir la vrit4 ,quelquefois1 pendant dix mois de suite1 je n'ai pas prononc un seul mot de franais1 et sans les troubles et le carbonarisme1 je ne serais jamais rentr en ,france4 ,la bonhomie est ce que je prise avant tout4 ,malgr beaucoup de soins pour tre clair et lucide1 je ne puis faire des miracles2 je ne puis pas donner des oreilles aux sourds ni des yeux aux aveugles4 ,ainsi les gens argent et grosse joie1 qui ont gagn cent mille francs dans l'anne qui a prcd le moment o ils ouvrent ce livre1 doivent bien vite le fermer1 surtout s'ils sont banquiers1 manufacturiers1 respectables industriels1 c'est--dire gens ides minemment positives4 ,ce livre serait moins inintelligible pour qui aurait gagn beaucoup d'argent la ,bourse ou la loterie4 ,un tel gain peut se rencontrer ct de l'habitude de passer des heures entires dans la rverie1 et jouir de l'motion que vient de donner un tableau de ,prud'hon1 une phrase de ,mozart1 ou enfin un certain regard singulier d'une femme laquelle vous pensez souvent4 ,ce n'est point ainsi que perdent leur temps les gens qui payent deux mille ouvriers la fin de chaque semaine2 leur esprit est toujours tendu l'utile et au positif4 ,le rveur dont je parle est l'homme qu'ils haraient s'ils en avaient le loisir2 c'est celui qu'ils prendraient volontiers pour plastron de leurs bonnes plaisanteries4 ,l'industriel millionnaire sent confusment qu'un tel homme place dans son estime une pense avant un sac de mille francs4 ,je rcuse ce jeune homme studieux qui1 dans la mme anne o l'industriel gagnait cent mille francs1 s'est donn la connaissance du grec moderne1 ce dont il est si fier1 que dj il aspire l'arabe4 ,je prie de ne pas ouvrir ce livre tout homme qui n'a pas t malheureux pour des causes imaginaires trangres la vanit1 et qu'il aurait grande honte de voir divulguer dans les salons4 ,je suis bien assur de dplaire ces femmes qui1 dans ces mmes salons1 emportent d'assaut la considration par une affectation de tous les instants4 ,j'en ai surpris de bonne foi pour un moment1 et tellement tonnes1 qu'en s'interrogeant elles-mmes1 elles ne pouvaient plus savoir si un tel sentiment qu'elles venaient d'exprimer avait t naturel ou affect4 ,comment ces femmes pourraient-elles juger de la peinture de sentiments vrais8 ,aussi cet ouvrage a-t-il t leur bte noire2 elles ont dit que l'auteur devait tre un homme infme4 ,rougir tout coup1 lorsqu'on vient songer certaines actions de sa jeunesse2 avoir fait des sottises par tendresse d'me et s'en affliger1 non pas parce qu'on fut ridicule aux yeux du salon1 mais bien aux yeux d'une certaine personne dans ce salon2 vingt-six ans1 tre amoureux de bonne foi d'une femme qui en aime un autre1 ou bien encore 7mais la chose est si rare1 que j'ose peine l'crire de peur de retomber dans les inintelligibles1 comme lors de la premire dition71 ou bien encore1 en entrant dans le salon o est la femme que l'on croit aimer1 ne songer qu' lire dans ses yeux ce qu'elle pense de nous en cet instant1 et n'avoir nulle ide de mettre de l'amour dans nos propres regards3 voil les antcdents que je demanderai mon lecteur4 ,c'est la description de beaucoup de ces sentiments fins et rares qui a sembl obscure aux hommes ides positives4 ,comment faire pour tre clair leurs yeux8 ,leur annoncer une hausse de cinquante centimes1 ou un changement dans le tarif des douanes de la ,colombie#b4 #b ,on me dit3 ,otez ce morceau1 rien de plus vrai2 mais gare les industriels2 ils vont crier l'aristocrate4--,en #ahag1 je n'ai pas craint les procureurs gnraux2 pourquoi aurais-je peur des millionnaires en #ahbf8 ,les vaisseaux fournis au pacha d'gypte m'ont ouvert les yeux sur leur compte1 et je ne crains que ce que j'estime4 ,le livre qui suit explique simplement1 raisonnablement1 mathmatiquement1 pour ainsi dire1 les divers sentiments qui se succdent les uns aux autres1 et dont l'ensemble s'appelle la passion de l'amour4 ,imaginez une figure de gomtrie assez complique1 trace avec du crayon blanc sur une grande ardoise3 eh bien6 je vais expliquer cette figure de gomtrie2 mais une condition ncessaire1 c'est qu'il faut qu'elle existe dj sur l'ardoise2 je ne puis la tracer moi-mme4 ,cette impossibilit est ce qui rend si difficile de faire sur l'amour un livre qui ne soit pas un roman4 ,il faut1 pour suivre avec intrt un examen philosophique de ce sentiment1 autre chose que de l'esprit chez le lecteur2 il est de toute ncessit qu'il ait vu l'amour4 ,or1 o peut-on voir une passion8 ,voil une cause d'obscurit que je ne pourrai jamais loigner4 ,l'amour est comme ce qu'on appelle au ciel la voie lacte1 un amas brillant form par des milliers de petites toiles1 dont chacune est souvent une nbuleuse4 ,les livres ont not quatre ou cinq cents des petits sentiments successifs et si difficiles reconnatre qui composent cette passion1 et les plus grossiers1 et encore en se trompant souvent et prenant l'accessoire pour le principal4 ,les meilleurs de ces livres1 tels que la ,nouvelle ,hlose1 les romans de ,mme ,cottin1 les ,lettres de ,mlle ,lespinasse1 ,manon ,lescaut1 ont t crits en ,france1 pays o la plante nomme amour a toujours peur du ridicule1 est touffe par les exigences de la passion nationale1 la vanit1 et n'arrive presque jamais toute sa hauteur4 ,qu'est ce donc que connatre l'amour par les romans8 que serait-ce aprs l'avoir vu dcrit dans des centaines de volumes rputation1 mais ne l'avoir jamais senti1 que chercher dans celui-ci l'explication de cette folie8 je rpondrai comme un cho3 ,c'est folie4 ,pauvre jeune femme dsabuse1 voulez-vous jouir encore de ce qui vous occupa tant il y a quelques annes1 dont vous n'ostes parler personne1 et qui faillit vous perdre d'honneur8 ,c'est pour vous que j'ai refait ce livre et cherch le rendre plus clair4 ,aprs l'avoir lu1 n'en parlez jamais qu'avec une petite phrase de mpris1 et jetez-le dans votre bibliothque de citronnier1 derrire les autres livres2 j'y laisserais mme quelques pages non coupes4 ,ce n'est pas seulement quelques pages non coupes qu'y laissera l'tre imparfait1 qui se croit philosophe parce qu'il resta toujours tranger ces motions folles qui font dpendre d'un regard tout notre bonheur d'une semaine4 ,d'autres1 arrivant l'ge mr1 mettent toute leur vanit oublier qu'un jour ils purent s'abaisser au point de faire la cour une femme et de s'exposer l'humiliation d'un refus2 ce livre aura leur haine4 ,parmi tant de gens d'esprit que j'ai vus condamner cet ouvrage par diverses raisons1 mais toujours avec colre1 les seuls qui m'aient sembl ridicules sont ces hommes qui ont la double vanit de prtendre avoir toujours t au-dessus des faiblesses du coeur1 et toutefois possder assez de pntration pour juger a priori du degr d'exactitude d'un trait philosophique1 qui n'est qu'une description suivie de toutes ces faiblesses4 ,les personnages graves1 qui jouissent dans le monde du renom d'hommes sages et nullement romanesques1 sont bien plus prs de comprendre un roman1 quelque passionn qu'il soit1 qu'un livre philosophique1 o l'auteur dcrit froidement les diverses phases de la maladie de l'me nomme amour4 ,le roman les meut un peu2 mais l'gard du trait philosophique1 ces hommes sages sont comme des aveugles qui se feraient lire une description des tableaux du ,muse1 et qui diraient l'auteur3 ,avouez1 monsieur1 que votre ouvrage est horriblement obscur4 ,et qu'arrivera-t-il si ces aveugles se trouvent des gens d'esprit1 depuis longtemps en possession de cette dignit1 et ayant souverainement la prtention d'tre clairvoyants8 ,le pauvre auteur sera joliment trait4 ,c'est aussi ce qui lui est arriv lors de la premire dition4 ,plusieurs exemplaires ont t actuellement brls par la vanit furibonde de gens de beaucoup d'esprit4 ,je ne parle pas des injures1 non moins flatteuses par leur fureur3 l'auteur a t dclar grossier1 immoral1 crivant pour le peuple1 homme dangereux1 etc4 ,dans les pays uss par la monarchie1 ces titres sont la rcompense la plus assure de qui s'avise d'crire sur la morale et ne ddie pas son livre la ,mme ,dubarry du jour4 ,heureuse la littrature si elle n'tait pas la mode1 et si les seules personnes pour qui elle est faite voulaient bien s'en occuper6 ,du temps du ,cid1 ,corneille n'tait qu'un bon homme pour ,m4 le marquis de ,danjeau4 ,aujourd'hui1 tout le monde se croit fait pour lire ,m4 de ,lamartine2 tant mieux pour son libraire2 mais tant pis et cent fois tant pis pour ce grand pote4 ,de nos jours1 le gnie a des mnagements pour des tres auxquels il ne devrait jamais songer sous peine de droger4 ,la vie laborieuse1 active1 tout estimable1 toute positive1 d'un conseiller d'tat1 d'un manufacturier de tissus de coton ou d'un banquier fort alerte pour les emprunts1 est rcompense par des millions1 et non par des sensations tendres4 ,peu peu le coeur de ces messieurs s'ossifie2 le positif et l'utile sont tout pour eux1 et leur me se ferme celui de tous les sentiments qui a le plus grand besoin de loisir1 et qui rend le plus incapable de toute occupation raisonnable et suivie4 ,toute cette prface n'est faite que pour crier que ce livre-ci a le malheur de ne pouvoir tre compris que par des gens qui se sont trouv le loisir de faire des folies4 ,beaucoup de personnes se tiendront pour offenses1 et j'espre qu'elles n'iront pas plus loin4 ,,deuxi,,me ,,pr,,face#c #c ,mai #ahed4 ,je n'cris que pour cent lecteurs1 et de ces tres malheureux1 aimables1 charmants1 point hypocrites1 point moraux1 auxquels je voudrais plaire2 j'en connais peine un ou deux4 ,de tout ce qui ment pour avoir de la considration comme crivain1 je n'en fais aucun cas4 ,ces belles dames l doivent lire le compte de leur cuisinire et le sermonnaire la mode1 qu'il s'appelle ,massillon ou ,mme ,necker1 pour pouvoir en parler avec les femmes graves qui dispensent la considration4 ,et qu'on le remarque bien1 ce beau grade s'obtient toujours1 en ,france1 en se faisant le grand prtre de quelque sottise4 ,avez-vous t dans votre vie six mois malheureux par amour8 dirais-je quelqu'un qui voudrait lire ce livre4 ,ou1 si votre me n'a senti dans la vie d'autre malheur que celui de penser un procs1 ou de n'tre pas nomm dput la dernire lection1 ou de passer pour avoir moins d'esprit qu' l'ordinaire la dernire saison des eaux d',aix1--je continuerai mes questions indiscrtes1 et vous demanderai si vous avez lu dans l'anne quelqu'un de ces ouvrages insolents qui forcent le lecteur penser8 ,par exemple1 l'mile de ,j4-,j4 ,rousseau1 ou les six volumes de ,montaigne8 ,que si vous n'avez jamais t malheureux par cette faiblesse des mes fortes1 que si vous n'avez pas l'habitude1 contre nature1 de penser en lisant1 ce livre-ci vous donnera de l'humeur contre l'auteur1 car il vous fera souponner qu'il existe un certain bonheur que vous ne connaissez pas1 et que connaissait ,mlle de ,lespinasse4 ,,troisi,,me ,,pr,,face ,je viens solliciter l'indulgence du lecteur pour la forme singulire de cette ,physiologie de l',amour4 ,il y a vingt-huit ans 7en #ahdb7 que les bouleversements qui suivirent la chute de ,napolon me privrent de mon tat4 ,deux ans auparavant1 le hasard me jeta1 immdiatement aprs les horreurs de la retraite de ,russie1 au milieu d'une ville aimable o je comptais bien passer le reste de mes jours1 ce qui m'enchantait4 ,dans l'heureuse ,lombardie1 ,milan1 ,venise1 la grande1 o1 pour mieux dire1 l'unique affaire de la vie1 c'est le plaisir4 ,l1 aucune attention pour les faits et gestes du voisin2 on ne s'y proccupe de ce qui nous arrive qu' peine4 ,si l'on aperoit l'existence du voisin1 on ne songe pas le har4 ,otez l'envie des occupations d'une ville de province1 en ,france1 que reste-t-il8 ,l'absence1 l'impossibilit de la cruelle envie1 forme la partie la plus certaine de ce bonheur1 qui attire tous les provinciaux ,paris4 ,a la suite des bals masqus du carnaval de #ahbj1 qui furent plus brillants que de coutume1 la socit de ,milan vit clater cinq ou six dmarches compltement folles2 bien que l'on soit accoutum dans ce pays-l des choses qui passeraient pour incroyables en ,france1 l'on s'en occupa un mois entier4 ,le ridicule ferait peur dans ce pays-ci des actions tellement baroques2 j'ai besoin de beaucoup d'audace seulement pour oser en parler4 ,un soir1 qu'on raisonnait profondment sur les effets et les causes de ces extravagances1 chez l'aimable ,mme ,pietra ,crua1 qui1 par extraordinaire1 ne se trouvait mle aucune de ces folies1 je vins penser qu'avant un an1 peut-tre1 il ne me resterait qu'un souvenir bien incertain de ces faits tranges et des causes qu'on leur attribuait4 ,je me saisis d'un programme de concert1 sur lequel j'crivis quelques mots au crayon4 ,on voulut faire un pharaon2 nous tions trente assis autour d'une table verte2 mais la conversation tait tellement anime1 qu'on oubliait de jouer4 ,vers la fin de la soire survint le colonel ,scotti1 un des hommes les plus aimables de l'arme italienne2 on lui demanda son contingent de circonstances relatives aux faits bizarres qui nous occupaient2 il nous raconta1 en effet1 des choses dont le hasard l'avait rendu le confident1 et qui leur donnaient un aspect tout nouveau4 ,je repris mon programme de concert1 et j'ajoutai ces nouvelles circonstances4 ,ce recueil de particularits sur l'amour a t continu de la mme manire1 au crayon et sur des chiffons de papier1 pris dans les salons o j'entendais raconter les anecdotes4 ,bientt je cherchai une loi commune pour reconnatre les divers degrs4 ,deux mois aprs1 la peur d'tre pris pour un carbonaro me fit revenir ,paris1 seulement pour quelques mois1 ce que je croyais2 mais jamais je n'ai revu ,milan o j'avais pass sept annes4 ,a ,paris je mourais d'ennui2 j'eus l'ide de m'occuper encore de l'aimable pays d'o la peur m'avait chass2 je runis en liasse mes morceaux de papier1 et je fis cadeau du cahier un libraire2 mais bientt une difficult survint2 l'imprimeur dclara qu'il lui tait impossible de travailler sur des notes crites au crayon4 ,je vis bien qu'il trouvait cette sorte de copie au-dessous de sa dignit4 ,le jeune apprenti d'imprimerie qui me rapportait mes notes paraissait tout honteux du mauvais compliment dont on l'avait charg2 il savait crire3 je lui dictai les notes au crayon4 ,je compris aussi que la discrtion me faisait un devoir de changer les noms propres et surtout d'courter les anecdotes4 ,quoiqu'on ne lise gure ,milan1 ce livre1 si on l'y portait1 et pu sembler une atroce mchancet4 ,je publiai donc un livre malheureux4 ,j'aurai la hardiesse d'avouer qu' cette poque j'avais l'audace de mpriser le style lgant4 ,je voyais le jeune apprenti tout occup d'viter les terminaisons de phrases peu sonores et les suites de mots formant des sons baroques4 ,en revanche1 il ne se faisait faute de changer tout bout de champ les circonstances des faits difficiles exprimer3 ,voltaire1 lui-mme1 a peur des choses difficiles dire4 ,l',essai sur l',amour ne pouvait valoir que par le nombre de petites nuances de sentiment que je priais le lecteur de vrifier dans ses souvenirs1 s'il tait assez heureux pour en avoir4 ,mais il y avait bien pis2 j'tais alors1 comme toujours1 fort peu expriment en choses littraires2 le libraire auquel j'avais fait cadeau du manuscrit l'imprima sur mauvais papier et dans un format ridicule4 ,aussi1 me dit-il au bout d'un mois1 comme je lui demandais des nouvelles du livre3 ,on peut dire qu'il est sacr1 car personne n'y touche4 ,je n'avais pas mme eu l'ide de solliciter des articles dans les journaux2 une telle chose m'et sembl une ignominie4 ,aucun ouvrage1 cependant1 n'avait un plus pressant besoin d'tre recommand la patience du lecteur4 ,sous peine de paratre inintelligible ds les premires pages1 il fallait porter le public accepter le mot nouveau de cristallisation1 propos pour exprimer vivement cet ensemble de folies tranges que l'on se figure comme vraies et mme comme indubitables propos de la personne aime4 ,en ce temps-l1 tout pntr1 tout amoureux des moindres circonstances que je venais d'observer dans cette ,italie que j'adorais1 j'vitais soigneusement toutes les concessions1 toutes les amnits de style qui eussent pu rendre l',essai sur l',amour moins singulirement baroque aux yeux des gens de lettres4 ,d'ailleurs1 je ne flattais point le public2 c'tait l'poque o1 toute froisse de nos malheurs1 si grands et si rcents1 la littrature semblait n'avoir d'autre occupation que de consoler notre vanit malheureuse2 elle faisait rimer gloire avec victoire1 guerriers avec lauriers1 etc4 ,l'ennuyeuse littrature de cette poque semble ne chercher jamais les circonstances vraies des sujets qu'elle a l'air de traiter2 elle ne veut qu'une occasion de compliments pour ce peuple esclave de la mode1 qu'un grand homme avait appel la grande nation1 oubliant qu'elle n'tait grande qu'avec la condition de l'avoir pour chef4 ,le rsultat de mon ignorance des conditions du plus humble succs fut de ne trouver que dix-sept lecteurs de #ahbb #ahcc2 c'est peine si1 aprs vingt ans d'existence1 l',essai sur l',amour a t compris d'une centaine de curieux4 ,quelques uns ont eu la patience d'observer les diverses phases de cette maladie chez les personnes atteintes autour d'eux2 car1 pour comprendre cette passion1 que depuis trente ans la peur du ridicule cache avec tant de soin parmi nous1 il faut en parler comme d'une maladie2 c'est par ce chemin-l que l'on peut arriver quelquefois la gurir4 ,ce n'est1 en effet1 qu'aprs un demi-sicle de rvolutions qui tour tour se sont empares de toute notre attention2 ce n'est1 en effet1 qu'aprs cinq changements complets dans la forme et dans les tendances de nos gouvernements1 que la rvolution commence seulement entrer dans nos moeurs4 ,l'amour1 ou ce qui le remplace le plus communment en lui volant son nom1 l'amour pouvait tout en ,france sous ,louis ,,xv3 les femmes de la cour faisaient des colonels2 cette place n'tait rien moins que la plus belle du pays4 ,aprs cinquante ans1 il n'y a plus de cour1 et les femmes les plus accrdites dans la bourgeoisie rgnante1 ou dans l'aristocratie boudante1 ne parviendraient pas faire donner un dbit de tabac dans le moindre bourg4 ,il faut bien l'avouer1 les femmes ne sont plus la mode2 dans nos salons si brillants1 les jeunes gens de vingt ans affectent de ne point leur adresser la parole2 ils aiment bien mieux entourer le parleur grossier qui1 avec son accent de province1 traite de la question des capacits1 et tcher d'y glisser leur mot4 ,les jeunes gens riches qui se piquent de paratre frivoles1 afin d'avoir l'air de continuer la bonne compagnie d'autrefois1 aiment bien mieux parler chevaux et jouer gros jeu dans des cercles o les femmes ne sont point admises4 ,le sang-froid mortel qui semble prsider aux relations des jeunes gens avec les femmes de vingt-cinq ans1 que l'ennui du mariage rend la socit1 fera peut-tre accueillir1 par quelques esprits sages1 cette description scrupuleusement exacte des phases successives de la maladie que l'on appelle amour4 ,l'effroyable changement qui nous a prcipits dans l'ennui actuel et qui rend inintelligible la socit de #aggh1 telle que nous la trouvons dans les lettres de ,diderot ,mlle ,voland1 sa matresse1 ou dans les ,mmoires de ,mme d'pinay1 peut faire rechercher lequel de nos gouvernements successifs a tu parmi nous la facult de s'amuser1 et nous a rapprochs du peuple le plus triste de la terre4 ,nous ne savons pas mme copier leur parlement et l'honntet de leurs partis1 la seule chose passable qu'ils aient invente4 ,en revanche1 la plus stupide de leurs tristes conceptions1 l'esprit de dignit1 est venu remplacer parmi nous la gaiet franaise1 qui ne se rencontre plus gure que dans les cinq cents bals de la banlieue de ,paris1 ou dans le midi de la ,france1 pass ,bordeaux4 ,mais lequel de nos gouvernements successifs nous a valu l'affreux malheur de nous angliser8 ,faut-il accuser ce gouvernement nergique de #agic1 qui empcha les trangers de venir camper sur ,montmartre8 ce gouvernement qui1 dans peu d'annes1 nous semblera hroque1 et forme le digne prlude de celui qui1 sous ,napolon1 alla porter notre nom dans toutes les capitales de l',europe4 ,nous oublierons la btise bien intentionne du ,directoire1 illustr par les talents de ,carnot et par l'immortelle campagne de #agif-agig1 en ,italie4 ,la corruption de la cour de ,barras rappelait encore la gaiet de l'ancien rgime2 les grces de ,mme ,bonaparte montraient que nous n'avions ds lors aucune prdilection pour la maussaderie et la morgue des ,anglais4 ,la profonde estime dont1 malgr l'esprit d'envie du faubourg ,saint-,germain1 nous ne pmes nous dfendre pour la faon de gouverner du premier consul1 et les hommes du premier mrite qui illustrrent la socit de ,paris1 tels que les ,cretet1 les ,daru1 etc41 ne permettent pas de faire peser sur l',empire la responsabilit du changement notable qui s'est opr dans le caractre franais pendant cette premire moiti du ,x,i,xe sicle4 ,inutile de pousser plus loin mon examen3 le lecteur rflchira et saura bien conclure444 ,m4 ,,de ,,stendhal#d ,,oeuvres ,,compl,,tes #d ,extrait des ,causeries du ,lundi1 de ,sainte-,beuve1 tome ,,ix4--,librairie ,garnier frres4 ,cette fois1 ce n'est qu'un chapitre de l'histoire littraire de la ,restauration4 ,on s'est fort occup depuis quelque temps du spirituel auteur1 ,m4 ,beyle1 qui s'tait dguis sous le pseudonyme un peu teutonique de ,stendhal#e4 ,lorsqu'il mourut ,paris1 le #bc mars #ahdb1 il y eut silence autour de lui2 regrett de quelques-uns1 il parut vite oubli de la plupart4 ,dix ans peine couls1 voil toute une gnration nouvelle qui se met s'prendre de ses oeuvres1 le rechercher1 l'tudier en tous sens presque comme un ancien1 presque comme un classique2 c'est autour de lui et de son nom comme une ,renaissance4 ,il en et t fort tonn4 ,ceux qui ont connu personnellement ,m4 ,beyle1 et qui ont le plus got son esprit1 sont heureux d'avoir reparler de cet crivain distingu1 et1 s'ils le font quelquefois avec moins d'enthousiasme que les critiques tels que ,m4 de ,balzac1 qui ne l'ont vu qu' la fin et qui l'ont invent1 ils ne sont pas disposs pour cela lui rendre moins de justice et moins reconnatre sa part notable d'originalit et d'influence1 son genre d'utilit littraire4 #e ,steindal est une ville de la ,saxe prussienne1 lieu natal de ,winckelmann4 ,il est probable que ,beyle y aura song en prenant le nom sous lequel il devint un guide de l'art en ,italie4 ,il y a dans ,m4 ,beyle deux personnes distinctes1 le critique et le romancier2 le romancier n'est venu que plus tard et la suite du critique3 celui-ci a commenc ds #ahad4 ,c'est du critique seul que je m'occuperai aujourd'hui1 et il le mrite bien par le caractre singulier1 neuf1 piquant1 paradoxal1 bien souvent sens1 qu'il nous offre encore1 et qui frappa si vivement non pas le public1 mais les gens du mtier et les esprits attentifs de son temps4 ,henri ,beyle est1 comme ,paul-,louis ,courier1 du trs petit nombre de ceux qui1 au sortir de l',empire en #ahad1 et ds le premier jour1 se trouvrent prts pour le rgime nouveau qui s'essayait1 et il a eu cela de plus que ,courier et d'autres encore1 qu'il n'tait pas un mcontent ni un boudeur3 il servait l',empire avec zle2 il tait un fonctionnaire et commenait tre un administrateur lorsqu'il tomba de la chute commune2 et il se retrouva l'instant un homme d'esprit1 plein d'ides et d'aperus sur les arts1 sur les lettres1 sur le thtre1 et empress de les inoculer aux autres4 ,beyle1 c'est le ,franais 7l'un des premiers7 qui est sorti de chez soi1 littrairement parlant1 et qui a compar4 ,en suivant la ,grande ,arme et en parcourant l',europe comme l'un des membres de l'tat-major civil de ,m4 ,daru dont il tait parent1 il regardait mille choses1 un opra de ,cimarosa ou de ,mozart1 un tableau1 une statue1 toute production neuve et belle1 au gnie divers des nations2 et tout bas il ragissait contre la sienne1 contre cette nation franaise dont il tait bien fort en croyant la juger1 contre le got franais qu'il prtendait raviver et rgnrer1 du moins en causant3 c'tait l tre bien ,franais encore4 ,chose singulire6 tandis que ,m4 ,daru1 occup des grandes affaires et portant le dur poids de l'administration des provinces conquises ou de l'approvisionnement des armes1 trouvait encore le temps d'entretenir avec ses amis littrateurs de ,paris1 les ,picard et les ,andrieux1 une correspondance charmante d'attention1 pleine d'amnit et de conseils1 il y avait l tout ct le plus lettr des commissaires des guerres1 le moins classique des auditeurs du ,conseil d'tat1 ,beyle1 qui faisait provision d'observations et de malices1 qui amassait toute cette jolie rudition piquante1 imprvue1 sans mthode1 mais assez forte et abondante1 avec laquelle il devait attaquer bientt et battre en brche le systme littraire rgnant4 ,c'est ainsi1 je le rpte1 qu'il se trouva en mesure1 ds #ahad1 une date o bien peu de gens l'taient4 ,en musique1 en peinture1 en littrature1 il pera aussitt d'une veine nouvelle2 il fut surtout un excitateur d'ides4 ,dans ce rle actif qu'il eut avec distinction pendant une douzaine d'annes1 je me le figure toujours sous une image4 ,aprs les grandes guerres europennes de conqute et d'invasion1 vinrent les guerres de plume et les luttes de parole pour les systmes4 ,or1 dans cet ordre nouveau1 imaginez un hussard1 un hulan1 un chevau-lger d'avant-garde qui va souvent insulter l'ennemi jusque dans son retranchement1 mais qui aussi1 dans ses fuites et refuites1 pique d'honneur et aiguillonne la colonne amie qui cheminait parfois trop lentement et lourdement1 et la force d'acclrer le pas4 'a t la manoeuvre et le rle de ,beyle3 un hussard romantique1 envelopp1 sous son nom de ,stendhal1 de je ne sais quel manteau scandinave1 narguant d'ailleurs le solennel et le sentimental1 brillant1 aventureux1 taquin1 assez solide la riposte1 excellent l'escarmouche4 ,il tait n ,grenoble le #bc janvier #aghc1 fils d'un avocat1 petit-fils d'un mdecin1 appartenant la haute bourgeoisie du pays4 ,il puisa dans sa famille des sentiments de fiert assez habituels en cette belle et gnreuse province4 ,il reut dans la maison de son grand-pre une bonne ducation et une instruction trs ingale4 ,il avait perdu sa mre sept ans1 et son pre vivait assez isol de ses enfants4 ,il apprit de ses matres du latin1 et le reste au hasard1 comme on peut se le figurer en ces annes de troubles civils4 ,les potes italiens taient lus dans la famille1 et il aimait mme croire que cette famille de son grand-pre tait originaire d',italie4 ,a dix ans1 il fit en cachette une comdie en prose1 ou du moins un premier acte4 ,lui aussi1 il eut sa priode de ,florian4 ,une terrasse de la maison de son grand-pre1 d'o l'on avait une vue magnifique sur la montagne de ,sassenage1 et qui tait le lieu de runion les soirs d't1 fut1 dit-il1 le thtre de ses principaux plaisirs durant dix ans 7de #aghi #agii74 ,il commena se former et s'manciper en suivant les cours de l'cole centrale1 institution fonde en #agie par une loi de la ,convention1 et1 en grande partie1 d'aprs le plan de ,m4 ,destutt-,tracy4 ,je nomme ,m4 de ,tracy parce qu'il fut un des parrains intellectuels de ,beyle1 que celui-ci lui garda toujours de la reconnaissance et lui voua1 jusqu' la fin1 de l'admiration2 parce que l'cole philosophique de ,cabanis et de ,tracy fut la sienne1 qu'il affichait au moment o l'on s'y attendait le moins4 ,ce romantique si avanc a cela de particulier1 d'tre en contradiction et en hostilit avec la renaissance littraire chrtienne de ,chateaubriand et avec l'effort spiritualiste de ,mme de ,stal2 il procde du pur et direct ,x,v,i,i,ie sicle4 ,un des travers de ,beyle fut mme d'y mettre de l'affectation4 ,au moment o il causait le mieux peinture1 musique2 o ,haydn le conduisait ,milton2 o il venait de rciter avec sentiment de beaux vers de ,dante ou de ,ptrarque1 tout d'un coup il se ravisait et mettait son chapeau une petite cocarde d'impit4 ,il poussait cette singularit jusqu' la petitesse4 ,son esprit et son coeur valaient mieux que cela4 ,sa vie a t trs bien raconte par un de ses parents et amis1 ,m4 ,colomb4 ,au sortir de l'cole centrale o1 sur la fin1 il avait tudi avec ardeur les mathmatiques1 ,beyle vint pour la premire fois ,paris2 il avait dix-sept ans2 il y arriva le #aj novembre #agii1 juste le lendemain du #ah ,brumaire3 date mmorable et bien faite pour donner le cachet une jeune me6 ,l'anne suivante1 ayant accompagn ,,mm4 ,daru en ,italie1 il suivit le quartier gnral et assista en amateur la bataille de ,marengo4 ,excit par ces merveilles1 il s'ennuya de la vie de bureau1 entra comme marchal des logis dans un rgiment de dragons1 et y devint sous-lieutenant3 il donna sa dmission deux ans aprs1 lors de la paix d',amiens4 ,dans l'intervalle1 et pendant le sjour qu'il fit en ,lombardie1 ,milan1 ,brescia1 ,bergame1 cet ge de moins de vingt ans1 au milieu de ces motions de la gloire et de la jeunesse1 de ces enchantements du climat1 du plaisir et de la beaut1 il acheva son ducation vritable1 et il prit la forme intrieure qu'il ne fera plus que dvelopper et mrir depuis3 il eut son idal de beaux-arts1 de nature1 il eut sa patrie d'lection4 ,si son roman de la ,chartreuse de ,parme a paru le meilleur de ceux qu'il a composs1 et s'il saisit tout d'abord le lecteur1 c'est que1 ds les premires pages1 il a rendu avec vivacit et avec me les souvenirs de cette heure brillante4 ,c'est ,montaigne1 je crois1 qui a dit3 ,les hommes se font pires qu'ils ne peuvent4 ,beyle1 ce sceptique1 ce frondeur redout1 tait sensible3 ,ma sensibilit est devenue trop vive1 crivait-il deux ans avant sa mort2 ce qui ne fait qu'effleurer les autres me blesse jusqu'au sang4 ,tel j'tais en #agii1 tel je suis encore en #ahdj3 mais j'ai appris cacher tout cela sous de l'ironie imperceptible au vulgaire4 ,cette ironie n'tait pas si imperceptible qu'il le croyait2 elle tait trs marque et constituait un travers qui barrait bien de bonnes qualits1 et qui brisait mme le talent4 ,c'est l la clef de ,beyle4 ,parlant de l'impression que cause sur place la vue du ,forum contempl du haut des ruines du ,colise1 et se laissant aller un moment son enthousiasme romain1 il craint d'en avoir trop dit et de s'tre compromis auprs des lecteurs parisiens3 ,je ne parle pas1 dit-il1 du vulgaire n pour admirer le pathos de ,corinne2 les gens un peu dlicats ont ce malheur bien grand au ,x,i,xe sicle3 quand ils aperoivent de l'exagration1 leur me n'est plus dispose qu' inventer de l'ironie4 ,ainsi1 de ce qu'il y a de la dclamation voisine de l'loquence1 ,beyle se jettera dans le contraire2 il ira mpriser ,bossuet et ce qu'il appelle ses phrases4 ,de ce qu'il y a des esprits moutonniers qui1 en admirant ,racine1 confondent les parties plus faibles avec les grandes beauts1 il sera bien prs de ne pas sentir ,athalie4 ,de ce qu'il y a des hypocrites de croyances dans les religions1 il ne se croira jamais assez incrdule2 de ce qu'il y a des hypocrites de convenances dans la socit1 il ira jusqu' risquer l'occasion l'indcent et le cynique4 ,en tout1 la peur d'tre dupe le tient en chec et le domine3 voil le dfaut4 ,son orgueil serait au dsespoir de laisser deviner ses sentiments4 ,mais au moment o ce dfaut sommeille1 en ces instants reposs o il redevient ,italien1 ,milanais1 ou ,parisien du bon temps2 quand il se trouve dans un cercle de gens qui l'entendent1 et de la bienveillance de qui il est sr 7car ce moqueur la prompte attaque avait1 notez-le1 un secret besoin de bienveillance71 l'esprit de ,beyle1 tranquillis du ct de son faible1 se joue en saillies vives1 en aperus hardis1 heureux et gais1 et en parlant des arts1 de leur charme pour l'imagination1 et de leur divine influence pour la flicit des dlicats1 il laisse mme entrevoir je ne sais quoi de doux et de tendre dans ses sentiments1 ou du moins l'clair d'une mlancolie rapide3 ,un salon de huit ou dix personnes aimables1 a-t-il dit1 o la conversation est gaie1 anecdotique et o l'on prend du punch lger minuit et demi#f1 est l'endroit du monde o je me trouve le mieux4 ,l1 dans mon centre1 j'aime infiniment mieux entendre parler un autre que de parler moi-mme2 volontiers je tombe dans le silence du bonheur1 et1 si je parle1 ce n'est que pour payer mon billet d'entre4 #f ,il met minuit et demi1 parce qu'il croit avoir observ qu' minuit sonnant1 les ennuyeux ou les gens d'habitude vident rgulirement le salon2 il ne reste plus qu'un choix de gens aimables et de ceux qui se plaisent tout de bon4 ,en cette anne de ,marengo et quinze jours auparavant1 il assista ,ivre une reprsentation du ,matrimonio segreto1 de ,cimarosa3 ce fut un des grands plaisirs et une des dates de sa vie3 ,combien de lieues ne ferais-je pas pied1 crivait-il quarante ans plus tard1 et combien de jours de prison ne me soumettrais-je pas pour entendre ,don ,juan ou le ,matrimonio segreto6 ,et je ne sais pour quelle autre chose je ferais cet effort4 ,je ne le suivrai pas dans ses courses travers l',europe sous l',empire4 ,sa correspondance qu'on doit bientt publier nous le montrera en plus d'une occurrence mmorable1 et notamment ,moscou1 en #ahab4 ,ayant perdu sa place avec l'appui de ,m4 ,daru en #ahad1 il commena sa vie d'homme d'esprit et de cosmopolite1 ou plutt d'homme du ,midi qui revient ,paris de temps en temps3 ,a la chute de ,napolon1 dit ,beyle en tte de sa ,vie de ,rossini1 l'crivain des pages suivantes1 qui trouvait de la duperie passer sa jeunesse dans les haines politiques se mit courir le monde4 ,malgr le soin qu'il prit quelquefois pour le dissimuler1 ses quatorze ans de vie sous le ,consulat et sous l',empire avaient donn ,beyle une empreinte2 il resta marqu au coin de cette grande poque1 et c'est en quoi il se distingue de la gnration des novateurs avec lesquels il allait se mler en les devanant pour la plupart4 ,il dut faire quelques sacrifices au ton du jour et entrer plus ou moins en composition avec le libralisme1 bientt gnral et dominant3 il sut pourtant se soustraire et rsister l'espce d'oppression morale que cette opinion d'alors1 en tant que celle d'un parti1 exerait sur les esprits les plus distingus2 il sut tre indpendant1 penser en tout et marcher de lui-mme4 ,les ,franais ont donn leur dmission en #ahad1 disait-il souvent avec le regret et le dcouragement d'un homme qui avait vu un plus beau soleil et des jours plus glorieux4 ,mais le propre du ,franais n'est-il pas de ne jamais donner sa dmission absolue et de recommencer toujours8 ,je prends ,beyle en #ahad1 et dans le premier volume qu'il ait publi3 ,lettres crites de ,vienne en ,autriche sur le clbre compositeur ,joseph ,haydn1 suivies d'une ,vie de ,mozart1 etc41 par ,louis-,alexandre-,csar ,bombet4 ,il n'avait pas encore song son masque de ,stendhal4 ,c'est une singularit et un travers encore de ,beyle1 provenant de la source dj indique 7la peur du ridicule71 de se travestir ainsi plus ou moins en crivant4 ,il se pique de n'tre qu'un amateur4 ,dans ce volume1 la ,vie de ,mozart est donne comme crite par ,m4 ,schlichtegroll et simplement traduite de l'allemand3 ce qui n'est vrai que jusqu' un certain point2 et quant aux ,lettres sur ,haydn1 qui sont en partie traduites et imites de l'italien de ,carpani1 l'auteur ne le dit pas1 bien qu'il semble indiquer dans une note qu'il a travaill sur des ,lettres originales4 ,il y a de quoi se perdre dans ce ddale de remaniements1 d'emprunts et de petites ruses4 ,que de prcautions et de mystifications1 bon ,dieu1 pour une chose si simple6 que de dominos1 ds son dbut1 il met sur son habit d'auteur#g6 #g ,je dois la science et l'obligeance de ,m4 ,anders1 de la ,bibliothque impriale1 la note suivante qui ne laisse rien dsirer pour l'claircissement de l'nigme bibliographique que prsente le premier ouvrage de ,beyle3 ,l'ouvrage de ,beyle sur ,haydn1 publi d'abord sous le pseudonyme de ,bombet 7#ahad71 puis sous celui de ,stendhal 7#ahag71 n'est pas une simple traduction des ,haydine de ,carpani4 ,beyle a arrang ce livre de manire se l'approprier1 et il a cherch dguiser son plagiat par des changements1 des additions et des transpositions qui rendent difficile la recherche des passages que l'on voudrait comparer4 ,dans ,carpani1 les lettres sont au nombre de seize2 dans ,bombet1 il y en a vingt-deux1 parce que plusieurs ont t coupes en deux et entirement remanies4 ,il est remarquer que1 pour quelques-unes de ces lettres1 ,beyle a conserv la date des lettres originales1 tandis que pour d'autres il l'a change4 ,ce qui est plus curieux1 c'est une note qui se trouve la page #bge1 o il est dit3 ,l'auteur a fait ce qu'il a pu pour ter les rptitions qui taient sans nombre dans les ,lettres originales4 ,il parat que ,beyle a voulu se mnager une excuse contre le reproche de plagiat2 mais alors pourquoi n'a-t-il pas donn cette indication en tte du livre1 dans quelques mots servant de prface8 ,la ,vie de ,mozart est rellement tire d'un ouvrage de ,schlichtegroll1 auteur trs connu en ,allemagne1 et qu'on a eu le tort1 en ,france1 de prendre pour un nom suppos4 ,outre des ouvrages relatifs la numismatique et l'archologie1 ,schlichtegroll a publi pendant dix ans une ,ncrologie contenant les dtails biographiques des hommes remarquables morts dans le courant de l'anne4 ,c'est dans le tome ,,ii de la deuxime anne 7,gotha1 #agic7 que se trouve l'article sur ,mozart 7p4 #hb-aab74 ,la traduction de ,beyle est trs libre1 ici encore il a supprim et ajout beaucoup de choses4 ,il a1 en outre1 divis cette biographie en chapitres1 ce qui n'a pas lieu dans l'original4 ,les quatre premiers seulement contiennent des dtails pris dans ,schlichtegroll2 les trois derniers sont remplis d'anecdotes tires d'un ouvrage allemand que ,beyle n'indique pas1 mais qui a t traduit en franais sous le titre suivant3 ,anecdotes sur ,w4-,g4 ,mozart1 traduites de l'allemand1 par ,ch4-,fr4 ,cramer1 ,paris1 #ahja2 in-#h de #fh pages4 ,tout ce qui se trouve dans ,beyle1 partir de la page #cbi jusqu' la page #ced1 est pris dans cette brochure4 7,note de ,m4 ,anders47 ,le livre1 d'ailleurs1 est trs agrable et l'un des meilleurs de ,beyle1 en ce qu'il est un des moins dcousus4 ,l'art1 le gnie de ,haydn1 le caractre de cette musique riche1 savante1 magnifique1 pittoresque1 leve1 y sont prsents d'une manire sensible et intelligible tous4 ,beyle y apprend le premier la ,france le nom de certains chefs d'oeuvre que notre nation mettra du temps goter2 il exprime merveille1 propos des ,cimarosa et des ,mozart1 la nature d'me et la disposition qui sont le plus favorables au dveloppement musical4 ,en parlant de ,vienne1 de ,venise1 il y montre la politique interdite1 une douce volupt s'emparant des coeurs1 et la musique1 le plus dlicat des plaisirs sensuels1 venant remplir et charmer les loisirs que nulle inquitude ne corrompt et que les passions seules animent4 ,il a les plus fines remarques sur le contraste du gnie des peuples1 sur la gaiet italienne oppose la gaiet franaise3 ,la gaiet italienne1 c'est de la gaiet annonant le bonheur2 parmi nous elle serait bien prs du mauvais ton2 ce serait montrer soi heureux1 et en quelque sorte occuper les autres de soi4 ,la gaiet franaise doit montrer aux coutants qu'on n'est gai que pour leur plaire444 ,la gaiet franaise exige beaucoup d'esprit2 c'est celle de ,le ,sage et de ,gil ,blas3 la gaiet d',italie est fonde sur la sensibilit1 de manire que1 quand rien ne l'gaye1 l',italien n'est point gai4 ,il commence cette petite guerre qu'il fera au caractre de notre nation1 chez qui il veut voir toujours la vanit comme ressort principal et comme trait dominant3 ,la nature1 dit-il1 a fait le ,franais vain et vif plutt que gai4 ,et il ajoute3 ,la ,france produit les meilleurs grenadiers du monde pour prendre des redoutes la baonnette1 et les gens les plus amusants4 ,l',italie n'a point de ,coll et n'a rien qui approche de la dlicieuse gaiet de la ,vrit dans le ,vin4 ,j'arrte ici ,beyle et je me permets de remarquer que je ne comprends pas trs bien la suite et la liaison de ses ides4 ,que la vanit 7puisqu'il veut l'appeler ainsi71 leve jusqu'au sentiment de l'honneur1 produise des hros1 je l'accorderai encore2 mais que cette vanit produise la gaiet vive1 franche1 amusante et dlicieuse d'un ,coll ou d'un ,dsaugiers1 c'est ce que je conois difficilement1 et tous les ,condillac du monde ne m'expliqueront pas cette transformation d'un sentiment si personnel en une chose si imprvue1 si involontaire4 ,beyle abusera ainsi souvent d'une observation vraie en la poussant trop loin et en voulant la retrouver partout4 ,il est d'ailleurs trs fin et sagace quand il observe que l'ennui chez les ,franais1 au lieu de chercher se consoler et s'enchanter par les beaux-arts1 aime mieux se distraire et se dissiper par la conversation3 mais je le retrouve systmatique lorsqu'il en donne pour raison que1 dans la conversation1 la vanit1 qui est leur passion dominante1 trouve chaque instant l'occasion de briller1 soit par le fond de ce qu'on dit1 soit par la manire de le dire4 ,la conversation1 ajoute-t-il1 est pour eux un jeu1 une mine d'vnements4 ,cette conversation franaise1 telle qu'un tranger peut l'entendre tous les jours au caf de ,foy et dans les lieux publics1 me parat le commerce arm de deux vanits4 ,il faut laisser aux peuples divers leur gnie1 tout en cherchant le fconder et l'tendre4 ,le ,franais est sociable1 et il l'est surtout par la parole2 la forme qu'il prfre est celle encore qu'il donne la pense en causant1 en raisonnant1 en jugeant et en raillant3 le chant1 la peinture1 la posie1 dans l'ordre de ses gots1 ne viennent qu'aprs1 et les arts ont besoin en gnral1 pour lui plaire et pour russir tout fait chez lui1 de rencontrer cette disposition premire de son esprit et de s'identifier au moins en passant avec elle4 ,a ,vienne1 ,milan1 ,naples1 on sent autrement3 mais ,beyle1 force de nous expliquer cette diffrence et d'en rechercher les raisons1 d'en vouloir saisir le principe unique la faon de ,condillac et d',helvtius1 que fait-il autre chose lui-mme1 sinon1 tout en frondant le got franais1 de raisonner sur les beaux arts la franaise8 ,au fond1 quand il s'abandonne ses gots et ses instincts dans les arts1 ,beyle me parat ressembler fort au prsident de ,brosses3 il aime le tendre1 le lger1 le gracieux1 le facile dans le divin1 le ,cimarosa1 le ,rossini1 ce par quoi ,mozart est ses yeux le ,la ,fontaine de la musique4 ,il adore l'aimable ,corrge comme l',arioste4 ,son admiration pour ,ptrarque est sincre1 celle qu'il a pour ,dante me parat un peu apprise3 dans ces parties leves et un peu pres1 c'est l'intelligence qui avertit en lui le sentiment4 ,le fond de son got et de sa sensibilit est tel qu'on le peut attendre d'un picurien dlicat3 ,quelle folie1 crit-il un ami de ,paris en #ahad1 la fin de ses ,lettres sur ,mozart1 quelle folie de s'indigner1 de blmer1 de se rendre hassant1 de s'occuper de ces grands intrts de politique qui ne nous intressent point6 ,que le roi de la ,chine fasse pendre tous les philosophes2 que la ,norwge se donne une ,constitution1 ou sage1 ou ridicule1 qu'est ce que cela nous fait8 ,quelle duperie ridicule de prendre les soucis de la grandeur1 et seulement ses soucis6 ,ce temps que vous perdez en vaines discussions compte dans votre vie2 la vieillesse arrive1 vos beaux jours s'coulent3 ,amiamo1 or quando1 etc4 ,et il rpte le refrain voluptueux des jardins d',armide4 ,un jour ,rome1 assis sur les degrs de l'glise de ,san ,pietro in ,montorio1 contemplant un magnifique coucher de soleil1 il vint songer qu'il allait avoir cinquante ans dans trois mois1 et il s'en affligea comme d'un soudain malheur4 ,il pensait tout fait comme ce pote grec1 que bien insens est l'homme qui pleure la perte de la vie1 et qui ne pleure point la perte de la jeunesse#h4 ,il n'avait pas cette doctrine austre et plus difficile qui lve et perfectionne l'me en vieillissant1 celle que connurent les ,dante1 les ,milton1 les ,haydn1 les ,beethoven1 les ,poussin1 les ,michel-,ange1 et qui1 n'y voir qu'une mthode sublime1 serait encore un bienfait4 #h ,il tait assez d'avis qu'on devrait cacher la mort comme on cacherait une dernire fonction messante de la vie4 ,beyle passa ,milan et en ,italie la plus grande partie des premires annes de la ,restauration2 il y connut ,byron1 ,pellico1 un peu ,manzoni2 il commena y guerroyer pour la cause du romantisme tel qu'il le concevait4 ,en #ahag1 il publiait l',histoire de la ,peinture en ,italie1 ddie ,napolon4 ,il existe de cette ,ddicace deux versions1 l'une o se trouve le nom de l'exil de ,sainte-,hlne1 l'autre1 plus nigmatique et plus obscure1 sans le nom2 dans les deux1 ,napolon y est trait en monarque toujours prsent1 et ,beyle1 en rattachant au plus grand des souverains existants 7comme il le dsigne7 la chane de ses ides1 prouvait que1 dans l'ordre littraire et des arts1 c'tait une marche en avant1 non une raction contre l',empire1 qu'il prtendait tenter4 ,dans ces volumes agrables et d'une lecture varie1 ,beyle parlait de la peinture et de mille autres choses1 de l'histoire1 du gouvernement1 des moeurs4 ,on reconnat en lui tout le contraire de ce provincial dont il s'est moqu1 et dont la plus grande crainte dans un salon est de se trouver seul de son avis4 ,beyle est volontiers le contre-pied de cet homme-l3 il est contrariant plaisir4 ,il aime en tout tre d'un avis imprvu2 il ne supporte le convenu en rien4 ,il n'a pas plus de foi qu'il ne faut au gouvernement reprsentatif2 il ne fait pas chorus avec les philosophes contre les ,jsuites1 et1 s'il avait t1 dit-il1 la place du pape1 il ne les aurait pas supprims4 ,il a des professions de machiavlisme qui sentent l'abb ,galiani1 un des hommes 7avec le ,montesquieu des ,lettres persanes7 de qui il relve dans le pass4 ,il faudrait d'ailleurs l'arrter chaque pas si l'on voulait des explications4 ,a force de rompre avec le traditionnel1 il brouille et entre choque bien des choses4 ,il n'entre pas dans la raison et dans le vrai de certains prjugs qui ne sont point pour cela des erreurs4 ,il y a du taquin de beaucoup d'esprit chez lui1 et qui a de grandes pointes de bon sens1 mais des pointes et des perces seulement4 ,il regrette surtout l'ge d'or de l',italie1 celui des ,laurent-le-,magnifique et des ,lon ,x1 les jeunes et beaux cardinaux de dix-sept ans1 et le catholicisme d'avant ,luther1 si splendide1 si l'aise chez soi1 si favorable l'panouissement des beaux-arts2 il a le culte du beau et l'adoration de cette contre o1 la vue de tout ce qui en est digne1 on prononce avec un accent qui ne s'entend point ailleurs3 ,o ,dio6 com' bello6 ,a tout moment il a des retours plus ou moins offensifs de notre ct1 du ct de la ,france4 ,il en veut mort aux ,la ,harpe1 tous les professeurs de littrature et de got1 qui prcisment corrompent le got1 dit-il1 et qui1 en fait de plaisirs dramatiques1 vont jusque dans l'me du spectateur fausser la sensation4 ,il nous accuse d'tre sujets l'engouement1 et un engouement prolong1 ce qui tient1 selon lui1 au manque de caractre et ce qu'on a trop de vanit pour oser tre soi-mme4 ,il nous reproche d'aimer dans les arts recevoir les opinions toutes faites1 les recettes commodes1 et les garder longtemps1 mme aprs que l'utilit d'un jour en est passe#i4 ,la ,harpe fut utile en #ahjj1 quand presque tout le monde1 aprs la ,rvolution1 eut son ducation refaire3 est-ce une raison pour terniser les jugements rapides qu'on a reus de lui8 ,il va jusqu' accuser quelque part ce trs judicieux et trs innocent ,la ,harpe qui1 dit-il1 a appris la littrature cent mille ,franais dont il a fait de mauvais juges1 d'avoir touff en revanche deux ou trois hommes de gnie1 surtout dans la province4 ,depuis que le rgne de ,la ,harpe a cess et que toutes les entraves ont disparu1 comme on n'a rien vu sortir1 on ne croit plus ces deux ou trois hommes de gnie touffs4 #i ,je ne voudrais pas faire de rapprochement forc2 mais il m'est impossible de ne pas remarquer que ,beyle1 dans un ordre d'ides plus lger1 ne fait autre chose qu'adresser aux ,franais de ces reproches que le comte ,joseph de ,maistre leur adressait galement4 ,tous les deux1 ils ont cela de commun de dire aux ,parisiens bien des durets1 ou mme des impertinences1 et de songer beaucoup l'opinion de ,paris4 ,on commence comprendre quel a t le rle excitant de ,beyle dans les discussions littraires de ce temps-l4 ,ce rle a perdu beaucoup de son prix aujourd'hui4 ,en littrature comme en politique1 on est gnralement redevenu prudent et sage2 c'est qu'on a eu beaucoup de mcomptes4 ,on opposait sans cesse ,racine et ,shakespeare2 les ,shakespeare modernes ne sont pas venus1 et ,racine1 ,corneille1 reproduits tout d'un coup1 un jour1 par une grande actrice1 ont reparu aux yeux des gnrations dj oublieuses avec je ne sais quoi de nouveau et de rajeuni4 ,cela dit1 il faut1 pour tre juste1 reconnatre que le thtre moderne1 pris dans son ensemble1 n'a pas t sans mrite et sans valeur littraire2 les thories ont failli2 un gnie dramatique seul1 qui et bien us de toutes ses forces1 aurait pu leur donner raison1 tout en s'en passant4 ,ce gnie1 qu'il n'appartenait point la critique de crer1 a manqu l'appel2 des talents se sont prsents en second ordre et ont march assez au hasard4 ,a l'heure qu'il est1 de guerre lasse1 une sorte de ,concordat a t sign entre les systmes contraires1 et les querelles thoriques semblent puises3 l'avenir reste ouvert1 et il l'est avec une tendue et une ampleur d'horizon qu'il n'avait certes pas en #ahbj1 au moment o les critiques comme ,beyle guerroyaient pour faire place nette et pour conqurir au talent toutes ses franchises4 ,justice est donc d'accepter ,beyle son moment et de lui tenir compte des services qu'il a pu rendre4 ,ce qu'il a fait en musique pour la cause de ,mozart1 de ,cimarosa1 de ,rossini1 contre les ,paer1 les ,berton et les matres jurs de la critique musicale d'alors1 il l'a fait en littrature contre les ,dussault1 les ,duvicquet1 les ,auger1 les critiques de l'ancien ,journal des ,dbats1 de l'ancien ,constitutionnel1 et les oracles de l'ancienne ,acadmie4 ,sa plus vive campagne est celle qu'il mena en deux brochures ayant pour titre3 ,racine et ,shakespeare 7#ahbc-ahbe74 ,quand je dis campagne et quand je prends les termes de guerre1 je ne fais que suivre exactement sa pense3 car dans son sjour ,milan1 ds #ahah1 je vois qu'il avait prlud ce projet d'attaque en traant une carte du thtre des oprations1 o tait reprsente la position respective des deux armes1 dites classique et romantique4 ,l'arme romantique1 qui avait sa tte la ,revue d'dimbourg et qui se composait de tous les auteurs anglais1 de tous les auteurs espagnols1 de tous les auteurs allemands1 et des romantiques italiens 7quatre corps d'arme71 sans compter ,mme de ,stal pour auxiliaire1 tait campe sur la rive gauche d'un fleuve qu'il s'agissait de passer 7le fleuve de l',admiration publique71 et dont l'arme classique occupait la rive droite2 mais je ne veux pas entrer dans un dtail trs ingnieux1 qui ne s'expliquerait bien que pice en main1 et qui de loin rappelle trop la carte de ,tendre4 ,beyle1 depuis son retour en ,france1 tait sur la rive droite du fleuve et1 cette date1 en pays peu prs ennemi3 il s'en tira par de hardies escarmouches4 ,dans ses brochures1 il combat les deux units de lieu et de temps1 qui taient encore rigoureusement recommandes2 il s'attache montrer que pour des spectateurs qui viennent aprs la ,rvolution1 aprs les guerres de l',empire2 qui n'ont pas lu ,quintilien1 et qui ont fait la campagne de ,moscou1 il faut des cadres diffrents1 et plus larges que ceux qui convenaient la noble socit de #afgj4 ,selon la dfinition qu'il en donne1 un auteur romantique n'est autre qu'un auteur qui est essentiellement actuel et vivant1 qui se conforme ce que la socit exige son heure2 le mme auteur ne devient classique qu' la seconde ou la troisime gnration1 quand il y a dj des parties mortes en lui4 ,ainsi1 d'aprs cette vue1 ,sophocle1 ,euripide1 ,corneille et ,racine1 tous les grands crivains1 en leur temps1 auraient t aussi romantiques que ,shakespeare l'tait l'heure o il parut3 ce n'est que depuis qu'on a prtendu rgler sur leur patron les productions dramatiques nouvelles1 qu'ils seraient devenus classiques1 ou plutt1 ce sont les gens qui les copient au lieu d'ouvrir les yeux et d'imiter la nature1 qui sont classiques en ralit4 ,tout cela tait dit vivement et gaiement4 ,la tirade1 le vers alexandrin1 la partie descriptive1 pique1 ou de priphrase lgante1 qui entrait dans les tragdies du jour1 faisaient matire sa raillerie4 ,il en voulait particulirement au vers alexandrin1 qu'il prtendait n'tre souvent qu'un cache-sottise2 il voulait un genre clair1 vif1 simple1 allant droit au but4 ,il ne trouvait que la prose qui pt s'y prter4 ,c'taient donc des tragdies ou drames en prose qu'il appelait de tous ses voeux4 ,il est remarquer qu'en fait de style1 force de le vouloir limpide et naturel1 ,beyle semblait en exclure la posie1 la couleur1 ces images et ces expressions de gnie qui revtent la passion et qui relvent le langage des personnes dramatiques1 mme dans ,shakespeare1--et je dirai mieux1 surtout dans ,shakespeare4 ,en ne voulant que des mots courts1 il tarissait le dveloppement1 le jet1 toutes qualits qui sont trs naturelles aussi la passion dans les moments o elle s'exhale et se rpand au dehors4 ,nous avons eu1 depuis1 ce qui tait alors l'idal pour ,beyle1 ces drames ou tragdies en prose qui durent plusieurs mois1 et dont les vnements se passent en des lieux divers2 et pourtant ni ,corneille ni ,racine n'ont encore t surpasss4 ,c'est qu' tel jeu la recette de la critique ne suffit pas1 et il n'est que le gnie qui trouve son art4 ,que le ,ciel nous envoie bientt un homme talent pour faire une telle tragdie6 s'criait ,beyle4 ,nous continuons de faire le mme voeu1 avec cette diffrence que1 lui1 il semblait accuser du retard tantt le ,gouvernement d'alors avec sa censure1 et tantt le public franais avec ses susceptibilits3 ,c'est cependant ceux-ci1 disait-il des ,franais de #ahbe1 qu'il faut plaire1 ces tres si fins1 si lgers1 si susceptibles1 toujours aux aguets1 toujours en proie une motion fugitive1 toujours incapables d'un sentiment profond4 ,ils ne croient rien qu' la mode444 ,hlas6 nous sommes bien revenus de ces prises partie du public par les auteurs4 ,ce public1 tel que nous le connaissons aujourd'hui1 ne serait pas si difficile sur son plaisir3 qu'on lui offre seulement quelque chose d'un peu vrai1 d'un peu touchant1 d'honnte1 de naturel et de profond1 soit en vers1 soit en prose1 et vous verrez comme il applaudira4 ,il y a deux parts trs distinctes dans toute cette polmique de ,beyle si leste et si cavalirement mene4 ,quand il ne fait que se prendre corps corps aux adversaires du moment1 ceux qui parlent de ,shakespeare sans le connatre1 de ,sophocle et d',euripide sans les avoir tudis1 d',homre pour l'avoir lu en franais1 et dont toute l'indignation classique aboutit surtout dfendre leurs propres oeuvres et les pices qu'ils font jouer1 il a raison1 dix fois raison4 ,il rit trs agrablement de ,m4 ,auger qui a prononc une sance publique de l',acadmie les mots de schisme et de secte4 ,tous les ,franais qui s'avisent de penser comme les romantiques sont donc des sectaires 7ce mot est odieux1 dit le ,dictionnaire de l',acadmie74 ,je suis un sectaire1 s'crie ,beyle2 et il dveloppe ce thme trs gaiement1 en finissant par opposer la liste de l',acadmie d'alors une contre-liste de noms qui la plupart sont arrivs depuis l',institut1 qui n'en taient pas encore et que poussait la faveur du public4 ,voil le point triomphant et par o il mettait les rieurs de son ct4 ,mais ds que ,beyle expose ses plans de tragdies en prose ou de comdies1 ds qu'il s'aventure dans l'ide d'une cration nouvelle1 il montre la difficult et trahit l'embarras4 ,sur la comdie surtout1 il est en dfaut2 il nomme trop peu ,molire1 si vivant toujours et si prsent2 ,molire1 ce classique qui a si peu vieilli1 et qui fait autant de plaisir en #ahej qu'en #afgj4 ,il n'explique pas ce dmenti que donne l'auteur des ,femmes savantes et du ,misanthrope cette thorie d'une mort partielle chez tous les classiques4 ,il a senti depuis cette lacune1 et1 dans un ,supplment ses brochures qui n'a pas t encore imprim1 il cherche rpondre l'objection4 ,l'objection subsiste1 et1 sous une forme plus gnrale1 il mrite qu'on la maintienne contre lui4 ,beyle ne crot pas assez dans les ,lettres ce qui ne vieillit pas1 l'ternelle jeunesse du gnie1 cette immortalit des oeuvres qui n'est pas un nom1 et qui ressemble celle que ,minerve1 chez ,homre1 aprs le retour dans ,ithaque1 a rpandue tout d'un coup sur son hros4 ,quoi qu'il en soit1 l'honneur d'avoir dtruit quelques-unes des prventions et des routines qui s'opposaient en #ahbj toute innovation1 mme modre1 revient en partie ,beyle et aux critiques qui1 comme lui1 ont travaill notre ducation littraire4 ,il y travaillait sa manire1 non en nous disant des douceurs et des flatteries comme la plupart de nos matres d'alors1 mais en nous harcelant et en nous piquant d'pigrammes4 ,il et craint1 en combattant les ,la ,harpe1 de leur ressembler1 et il se faisait lger1 vif1 persifleur1 un pur amateur au passage1 un gentilhomme incognito qui crit et noircit du papier pour son plaisir4 ,comme critique1 il n'a pas fait de livre proprement dit2 tous ses crits en ce genre ne sont gure qu'un seul et mme ouvrage qu'on peut lire presque indiffremment n'importe quel chapitre1 et o il disperse tout ce qui lui vient d'ides neuves et d'aperus4 ,le got du vrai et du naturel qu'il met en avant a souvent1 de sa part1 l'air d'une gageure2 c'est moins encore un got tout simple qu'une revanche1 un gant jet aux dfauts d'alentour dont il est choqu4 ,dans le bain russe1 au sortir d'une tide vapeur1 on se jette dans la neige1 et de la neige on se replonge dans l'tuve4 ,le brusque passage du genre acadmique au genre naturel1 tel que le pratique ,beyle1 me semble assez de cette espce-l4 ,il prend son disciple 7car il en a eu7 et il le soumet cette violente preuve3 plus d'un temprament s'y est aguerri4 ,je n'ai point parl de son livre de l',amour1 publi d'abord en #ahbb1 ni de bien d'autres crits de lui qui datent de ces annes4 ,dans une petite brochure1 publie en #ahbe 7,d'un nouveau ,complot contre les ,industriels71 il s'leva l'un des premiers contre l'industrialisme et son triomphe exagr1 contre l'espce de palme que l'cole utilitaire se dcernait elle-mme4 ,je n'entre pas dans le point particulier du dbat1 et je n'examine point s'il entendait parfaitement l'ide de l'cole saint-simonienne du ,producteur qu'il avait en vue alors2 je note seulement qu'il revendiquait la part ternelle des sentiments dvous1 des belles choses rputes inutiles1 de ce que les ,italiens appellent la virt4 ,aujourd'hui il m'a suffi de donner quelque ide de la nature des services littraires que ,beyle nous a rendus4 ,aux sdentaires comme moi 7et il y en avait beaucoup alors71 il a fait connatre bien des noms1 bien des particularits trangres2 il a donn des dsirs de voir et de savoir1 et a piqu la curiosit par ses demi-mots4 ,il a jet des citations familires de ces potes divins de l',italie qu'on est honteux de ne point savoir par coeur2 il avait cette jolie rudition que voulait le prince de ,ligne1 et qui sait les bons endroits4 ,longtemps je n'ai d qu' lui 7et quand je dis je1 c'est par modestie1 je parle au nom de bien du monde7 le sentiment italien vif et non solennel1 sans sortir de ma chambre4 ,il a rveill et stimul tant qu'il a pu le vieux fonds franais2 il a agac et taquin la paresse nationale des lves de ,fontanes1 si ,fontanes a eu des lves4 ,tel1 s'il tait sincre1 conviendrait qu'il lui a d des aiguillons2 on profitait de ses pigrammes plus qu'on ne lui en savait gr4 ,il nous a tous sollicits1 enfin1 de sortir du cercle acadmique et trop troitement franais1 et de nous mettre plus ou moins au fait du dehors2 il a t un critique1 non pour le public1 mais pour les artistes1 mais pour les critiques eux-mmes3 ,cosaque encore une fois1 ,cosaque qui pique en courant avec sa lance1 mais ,cosaque ami et auxiliaire1 dans son rle de critique1 voil ,beyle4 ,aprs le critique1 dans ,beyle1 il faudrait parler du romancier2 mais il y a quelque chose dire du rle qui est peut-tre le sien avant tout1 et de la vocation o il a le plus excell3 ,beyle est un guide pntrant1 agrable et sr1 en ,italie4 ,des divers ouvrages qu'il a publis et qui sont emporter en voyage1 on peut surtout conseiller ses ,promenades dans ,rome2 c'est exactement la conversation d'un cicerone1 homme d'esprit et de vrai got1 qui vous indique en toute occasion le beau1 assez pour que vous le sentiez ensuite de vous-mme si vous en tes digne2 qui mle ce qu'il voit ses souvenirs1 ses anecdotes1 fait au besoin une digression1 mais courte1 instruit et n'ennuie jamais4 ,en face de cette nature o le climat est le plus grand des artistes1 ses ,promenades ont le mrite de donner la note vive1 rapide1 leve2 lisez-les en voiturin ou sur le pont d'un bateau vapeur1 ou le soir aprs avoir vu ce que l'auteur a indiqu1 vous y trouvez l'impression vraie1 idale1 italienne ou grecque3 il a des clairs de sensibilit naturelle et d'attendrissement sincre1 qu'il secoue vite1 mais qu'il communique4 ,les dfauts de ,beyle n'en sont plus quand on le prend de la sorte l'tat de voyageur et qu'on use de lui pour compagnon4 ,en #ahbi1 il avait dj visit ,rome six fois4 ,nomm1 aprs ,juillet #ahcj1 consul ,trieste d'abord1 puis1 sur le refus de l'exequatur par l',autriche1 consul ,civita-,vecchia1 il tait devenu dans les dernires annes un habitant de ,rome4 ,en retournant en ,italie aprs cette ,rvolution de ,juillet1 il ne l'avait plus retrouve tout fait la mme3 ,l',italie1 crivait-il de ,civita-,vecchia en dcembre #ahcd1 n'est plus comme je l'ai adore en #ahae2 elle est amoureuse d'une chose qu'elle n'a pas4 ,les beaux-arts1 pour lesquels seuls elle est faite1 ne sont plus qu'un pis-aller3 elle est profondment humilie1 dans son amour-propre excessif1 de ne pas avoir une robe lilas comme ses soeurs anes la ,france1 l',espagne1 le ,portugal4 ,mais1 si elle l'avait1 elle ne pourrait la porter4 ,avant tout1 il faudrait vingt ans de la verge de fer d'un ,frdric ,,ii pour pendre les assassins et emprisonner les voleurs4 ,il continua d'aimer l',italie qui tait selon son coeur1 l',italie des arts et sans la politique4 ,il avait coutume de dire que la politique intervenant tout coup dans une conversation agrable et dsintresse1 ou dans une oeuvre littraire1 lui faisait l'effet d'un coup de pistolet dans un concert4 ,tous ceux qui sont alls ,rome dans les annes o il tait consul ,civita-,vecchia ont pu connatre ,beyle1 et la plupart ont eu profiter de ses indications et de ses lumires2 ce narquois et ce railleur arm d'ironie tait le plus obligeant des hommes4 ,il avait beau dire du mal des ,franais2 quand il y avait longtemps qu'il n'en avait vu un1 et que le nouveau dbarqu ,civita-,vecchia s'adressait lui 7s'il le trouvait homme d'esprit71 combien il tait heureux de se ddommager de son abstinence force par des conversations sans fin6 ,il l'accompagnait ,rome et devenait volontiers un cicerone en personne4 ,dans un voyage que fit en ,italie le savant ,m4 ,victor ,le ,clerc et dont tait le spirituel ,ampre1 ,beyle1 qui tait de la partie pour la campagne romaine1 gayait les autres1 chaque pas1 de ses saillies1 et excellait surtout mettre ses doctes compagnons en rapport avec l'esprit des gens du pays3 ,le ,ciel1 disait-il1 m'a donn le talent de me faire bien venir des paysans4 ,sa prompte et gaillarde accortise1 sa taille dj ronde et la ,silne1 je ne sais quel air satyresque qui relevait son propos1 tout cela russissait merveille auprs des vendangeurs1 des moissonneurs1 des jeunes filles qui allaient puiser l'eau aux fontaines de ,tivoli comme du temps d',horace4 ,et ce mme homme qui aurait jou au naturel dans un mime antique1 tait celui qui sentait si bien le grand et le sublime sous la coupole de ,saint-,pierre4 ,je dis surtout les qualits de l'homme distingu dont je parle2 personne ne niera1 en effet1 qu'il n'et celles-l#aj4 #aj ,quelqu'un a dit de ,beyle3 ,c'est le meilleur des touristes1 l'homme qui fait le moins l',itinraire ,jrusalem4 ,ce n'est pas seulement en ,italie que ,beyle a t un guide1 il a donn en #ahch deux volumes d'un voyage en ,france sous le titre de ,mmoires d'un ,touriste3 un commis marchand comme il y en a peu est cens avoir pris ces notes dont la suite forme un journal assez vari et amusant4 ,beyle n'y est plus cependant sur son terrain2 on l'y sent un peu novice sur cette terre gauloise2 quand il se met parler antiquits ou art gothique1 on s'aperoit qu'il vient1 l'anne prcdente1 de faire un tour de ,france avec ,m4 ,mrime1 dont il a profit cette fois et de qui1 sur ce point1 il tient sa leon4 ,pourtant1 pour qui sait lire1 il y a de jolies choses comme partout avec lui1 et des aperus d'homme d'esprit qui font penser4 ,par exemple1 sur la route de ,langres ,dijon1 il rencontre une petite colline couverte de bois qui1 vu le paysage d'alentour1 est d'un grand effet et enchante le regard3 ,quel effet1 se dit ,beyle1 ne ferait pas ici le mont ,ventoux ou la moindre des montagnes mprises dans les environs de la fontaine de ,vaucluse6 ,et il continue rver1 supposer3 ,par malheur1 se dit-il1 il n'y a pas de hautes montagnes auprs de ,paris3 si le ,ciel et donn ce pays un lac et une montagne passables1 la littrature franaise serait bien autrement pittoresque4 ,dans les beaux temps de cette littrature1 c'est peine si ,la ,bruyre1 qui a parl de toutes choses1 ose dire un mot en passant de l'impression profonde qu'une vue comme celle de ,pau ou de ,cras en ,dauphin laisse dans certaines mes4 ,une fois sur le chapitre pittoresque1 songeant surtout aux jardins anglais1 ,beyle le fait venir d',angleterre comme les bonnes diligences et les bateaux vapeur3 le pittoresque littraire1 il l'oublie1 nous est surtout venu de ,suisse et de ,rousseau2 mais ce qui est joli et fin littrairement1 c'est la remarque qui suit3 ,la premire trace d'attention aux choses de la nature que j'aie trouve dans les livres qu'on lit1 c'est cette range de saules sous laquelle se rfugie le duc de ,nemours1 rduit au dsespoir par la belle dfense de la princesse de ,clves4 ,mme en rectifiant et en contredisant ces manires de dire trop exclusives1 on arrive des ides qu'on n'aurait pas eues autrement et en suivant le grand chemin battu des crivains ordinaires4 ,sur ,diderot1 propos de ,langres sa patrie2 sur ,riouffe1 en passant ,dijon o il fut prfet2 sur les bords ravissants de la ,sane en approchant de ,lyon2 sur l'endroit o ,rousseau y passa la nuit la belle toile en entendant le rossignol2 sur cet autre endroit o probablement1 selon lui1 ,mme ,roland1 avant la ,rvolution1 avait son petit domaine1 ,mme ,roland que ,beyle ne nomme pas et qu'il dsigne simplement la femme que je respecte le plus au monde2 sur ,montesquieu dont le style est une fte pour l'esprit2 sur une foule de sujets familiers ou curieux1 il y a de ces riens qui ont du prix pour ceux qui prfrent un mot vif et senti une phrase ou mme une page l'avance prvue4 ,a la fin du tome ,,ii1 le ,dauphin est trait par l'auteur avec une complaisance particulire3 ,beyle n'est pas ingrat pour sa belle province2 il en rappelle toutes les gloires1 surtout l'illustre ,lesdiguires1 le reprsentant et le type du caractre dauphinois1 brave1 fin1 et jamais dupe4 ,beyle tient fort ce dernier trait qui est1 lui1 sa prtention3 ,lesdiguires1 ce fin renard1 dit-il1 comme l'appelait le duc de ,savoie1 habitait ordinairement ,vizille1 et y btit un chteau444 ,au-dessus de la porte principale1 on voit sa statue questre en bronze2 c'est un bas-relief4 ,de loin1 les portraits de ,lesdiguires ressemblent ceux de ,louis ,,xiii2 mais1 en approchant1 la figure belle et vide du faible fils de ,henri ,,iv fait place la physionomie astucieuse et souriante du grand gnral dauphinois1 qui fut d'ailleurs un des plus beaux hommes de son temps4 ,les souvenirs de #ahae et du retour de l'le d',elbe y sont raconts avec dtail et avec le feu d'un contemporain et presque d'un tmoin3 le pass chevaleresque y est senti avec noblesse4 ,sur les bords de l',isre1 apercevant les ruines du chteau ,bayard3 ,ici naquit ,pierre ,du ,terrail1 cet homme si simple1 dit ,beyle1 qui1 comme le marquis de ,posa de ,schiller1 semble appartenir par l'lvation et la srnit de l'me un sicle plus avanc que celui o il vcut4 ,mais pourquoi1 la page suivante1 en visitant le chteau de ,tencin1 ,beyle1 venant nommer le cardinal ,dubois1 tente-t-il en deux mots une rhabilitation qui crie3 ,la ,france l'admirerait1 dit-il de ce cardinal1 s'il ft n grand seigneur8 ,dubois en regard de ,bayard6 ces disparates et ces dsaccords d'ides se feront bien plus sentir encore quand ,beyle voudra crer pour son compte des personnages4 ,romancier1 ,beyle a eu un certain succs4 ,je viens de relire la plupart de ses romans4 ,le premier en date fut ,armance ou quelques ,scnes d'un ,salon de ,paris1 publi en #ahbg4 ,armance ne russit pas et fut peu comprise4 ,la duchesse de ,duras avait rcemment compos d'agrables romans ou nouvelles qui avaient t trs gots dans le grand monde2 elle avait de plus fait lecture1 dans son salon1 d'un petit rcit non publi qui avait pour titre ,olivier4 ,cette lecture1 plus ou moins fidlement rapporte1 excita les imaginations au dehors1 et il y eut une sorte de concours malicieux sur le sujet qu'on supposait tre celui d',olivier4 ,beyle1 aprs ,latouche1 eut le tort de s'exercer sur ce thme impossible raconter et peu agrable comprendre4 ,son ,octave1 jeune homme riche1 blas1 ennuy1 d'un esprit suprieur1 nous dit-on1 mais capricieux1 inapplicable et ne sachant que faire souffrir ceux dont il s'est fait aimer1 ne russit qu' tre odieux et impatientant pour le lecteur4 ,les salons que l'auteur avait en vue n'y sont pas peints avec vrit1 par la raison trs simple que ,beyle ne les connaissait pas4 ,il y avait encore sous la ,restauration une ligne de dmarcation dans le grand monde2 n'allait pas dans le faubourg ,saint-,germain qui voulait2 ceux que leur naissance n'y installait point tout d'abord n'y taient pas introduits1 comme depuis1 sur la seule tiquette de leur esprit4 ,m4 de ,balzac et d'autres1 leur heure1 n'ont eu qu' dsirer pour y tre admis3 avant #ahcj c'tait matire ngociations1 et1 moins d'tre d'un certain coin politique1 on n'y parvenait pas4 ,beyle1 qui vivait dans des salons charmants1 littraires et autres#aa1 a donc parl de ceux du faubourg ,saint-,germain comme on parle d'un pays inconnu o l'on se figure des monstres2 les personnes particulires qu'il a eues en vue 7dans le portrait de ,mme de ,bonnivet1 par exemple7 ne sont nullement ressemblantes2 et ce roman1 nigmatique par le fond et sans vrit dans le dtail1 n'annonait nulle invention et nul gnie4 #aa ,chez ,mme ,pasta1 chez ,mlle ,schiasetti1 des ,italiens1 celle qui fut la grande passion de ,victor ,jacquemont1 chez ,mme ,ancelot1 chez ,m4 ,cuvier1 etc4 ,le ,rouge et le ,noir1 intitul ainsi on ne sait trop pourquoi1 et par un emblme qu'il faut deviner1 devait paratre en #ahcj1 et ne fut publi que l'anne suivante2 c'est du moins un roman qui a de l'action4 ,le premier volume a de l'intrt1 malgr la manire et les invraisemblances4 ,l'auteur veut peindre les classes et les partis d'avant #ahcj4 ,il nous offre d'abord la vue d'une jolie petite ville de ,franche-,comt avec son maire royaliste1 homme important1 riche1 mdiocrement sot1 qui a une jolie femme simple et deux beaux enfants2 il s'agit pour lui d'avoir un prcepteur domicile1 afin de faire pice un rival de l'endroit dont les enfants n'en ont pas4 ,le petit prcepteur qu'on choisit1 ,julien1 fils d'un menuisier1 enfant de dix-neuf ans1 qui sait le latin et qui tudie pour tre prtre1 se prsente un matin la grille du jardin de ,m4 de ,rnal 7c'est le nom du maire71 avec une chemise bien blanche1 et portant sous le bras une veste fort propre de ratine violette4 ,il est reu par ,mme de ,rnal1 un peu tonne d'abord que ce soit l le prcepteur que son mari ait choisi pour ses enfants4 ,il arrive que ce petit ,julien1 tre sensible1 passionn1 nerveux1 ambitieux1 ayant tous les vices d'esprit d'un ,jean-,jacques enfant1 nourrissant l'envie du pauvre contre le riche et du protg contre le puissant1 s'insinue1 se fait aimer de la mre1 ne s'attache en rien aux enfants1 et ne vise bientt qu' une seule chose1 faire acte de force et de vengeance par vanit et par orgueil en tourmentant cette pauvre femme qu'il sduit et qu'il n'aime pas1 et en dshonorant ce mari qu'il a en haine comme son suprieur4 ,il y a l une ide4 ,beyle1 au fond1 est un esprit aristocratique3 un jour1 la vue des lections1 il s'tait demand si cette habitude lectorale n'allait pas nous obliger faire la cour aux dernires classes comme en ,amrique3 ,en ce cas1 s'crie-t-il1 je deviens bien vite aristocrate4 ,je ne veux faire la cour personne1 mais moins encore au peuple qu'au ministre4 ,beyle est donc trs frapp de cette disposition faire son chemin1 qui lui semble dsormais l'unique passion sche de la jeunesse instruite et pauvre1 passion qui domine et dtourne son profit les entranements mmes de l'ge3 il la personnifie avec assez de vrit au dbut dans ,julien4 ,il avait pour ce commencement de roman un exemple prcis1 m'assure-t-on1 dans quelqu'un de sa connaissance1 et1 tant qu'il s'y est tenu d'assez prs1 il a pu paratre vrai4 ,la prompte introduction de ce jeune homme timide et honteux dans ce monde pour lequel il n'avait pas t lev1 mais qu'il convoitait de loin2 ce tour de vanit qui fausse en lui tous les sentiments1 et qui lui fait voir1 jusque dans la tendresse touchante d'une faible femme1 bien moins cette tendresse mme qu'une occasion offerte pour la prise de possession des lgances et des jouissances d'une caste suprieure2 cette tyrannie mprisante laquelle il arrive si vite envers celle qu'il devrait servir et honorer2 l'illusion prolonge de cette fragile et intressante victime1 ,mme de ,rnal3 tout cela est bien rendu ou du moins le serait1 si l'auteur avait un peu moins d'inquitude et d'pigramme dans la manire de raconter4 ,le dfaut de ,beyle comme romancier est de n'tre venu ce genre de composition que par la critique1 et d'aprs certaines ides antrieures et prconues2 il n'a point reu de la nature ce talent large et fcond d'un rcit dans lequel entrent l'aise et se meuvent ensuite1 selon le cours des choses1 les personnages tels qu'on les a crs2 il forme ses personnages avec deux ou trois ides qu'il croit justes et surtout piquantes1 et qu'il est occup tout moment rappeler4 ,ce ne sont pas des tres vivants1 mais des automates ingnieusement construits2 on y voit1 presque chaque mouvement1 les ressorts que le mcanicien introduit et touche par le dehors4 ,dans le cas prsent1 dans le ,rouge et le ,noir1 ,julien1 avec les deux ou trois ides fixes que lui a donnes l'auteur1 ne parat plus bientt qu'un petit monstre odieux1 impossible1 un sclrat qui ressemble un ,robespierre jet dans la vie civile et dans l'intrigue domestique3 il finit en effet par l'chafaud4 ,le tableau des partis et des cabales du temps1 que l'auteur a voulu peindre1 manque aussi de cette suite et de cette modration dans le dveloppement qui peuvent seules donner ide d'un vrai tableau de moeurs4 ,le dirai-je8 avoir trop vu l',italie1 avoir trop compris le ,x,ve sicle romain ou florentin1 avoir trop lu ,machiavel1 son ,prince et sa vie de l'habile tyran ,castruccio1 a nui ,beyle pour comprendre la ,france et pour qu'il pt lui prsenter de ces tableaux dans les justes conditions qu'elle aime et qu'elle applaudit4 ,parfaitement honnte homme et homme d'honneur dans son procd et ses actions1 il n'avait pas1 en crivant1 la mme mesure morale que nous2 il voyait de l'hypocrisie l o il n'y a qu'un sentiment de convenance lgitime et une observation de la nature raisonnable et honnte1 telle que nous la voulons retrouver mme travers les passions4 ,dans les nouvelles ou romans qui ont des sujets italiens1 il a mieux russi4 ,pendant son sjour dans l'tat romain1 tout en faisant des fouilles et en dterrant des vases noirs qui ont #bgjj ans1 ce qu'ils disent 7je doute l1 comme ailleurs1 ajoutait-il71 il avait mis ses conomies acheter le droit de faire des copies dans des archives de famille gardes avec une jalousie extrme1 et d'autant plus grande que les possesseurs ne savaient pas lire3 ,j'ai donc1 disait-il1 huit volumes in-folio 7mais page crite d'un seul ct7 parfaitement vrais1 crits par les contemporains en demi-jargon4 ,quand je serai de nouveau pauvre diable1 vivant au quatrime tage1 je traduirai cela fidlement2 la fidlit1 suivant moi1 en fait tout le mrite4 ,il se demandait s'il pourrait intituler ce recueil3 ,historiettes romaines1 fidlement traduites des rcits crits par les contemporains1 de #adjj #afej4 ,son scrupule 7car il en avait comme puriste7 tait de savoir si l'on pouvait dire historiette d'un rcit tragique4 ,l',abbesse de ,castro1 publie d'abord dans la ,revue des ,deux ,mondes 7fvrier et mars #ahci71 appartenait probablement cette srie d'historiettes sombres et sanglantes4 ,l'auteur ou le traducteur se plat trouver dans l'amour d',hlne pour ,jules ,branciforte un de ces amours passionns qui n'existent plus1 selon lui1 en #ahch1 et qu'on trouverait fort ridicules si on les rencontrait2 amours qui se nourrissent de grands sacrifices1 ne peuvent subsister qu'environns de mystre1 et se trouvent toujours voisins des plus affreux malheurs4 ,beyle cherche ainsi dans le roman une pice l'appui de son ancienne et constante thorie1 qui lui avait fait dire3 ,l'amour est une fleur dlicieuse1 mais il faut avoir le courage d'aller la cueillir sur les bords d'un prcipice affreux4 ,ce genre brigand et ce genre romain est bien saisi dans l',abbesse de ,castro2 cependant on sent que1 littrairement1 cela devient un genre comme un autre1 et qu'il n'en faut pas abuser4 ,dans une autre nouvelle de lui1 ,san ,francesco a ,ripa1 imprime depuis sa mort 7,revue des ,deux ,mondes1 #a;er juillet #ahdg71 je trouve encore une historiette de passion romaine1 dont la scne est1 cette fois1 au commencement du ,x,v,i,i,ie sicle2 la jalousie d'une jeune princesse du pays s'y venge de la lgret d'un ,franais infidle et galant3 le rcit y est vif1 cru et brusqu4 ,il y a profusion1 la fin1 de balles et de coups de tromblon qui tuent l'infidle ainsi que son valet de chambre3 ils taient percs de plus de vingt balles chacun1 tant on avait peur de manquer le matre4 ,dans le genre plus classique de ,didon et d',ariane1 dans les romans du ton et de la couleur de la ,princesse de ,clves1 on prodigue moins les balles et les coups mortels1 on a les plaintes du monologue1 les penses dlicates1 les nuances du sentiment2 quand on a pouss bout l'un des genres1 on passe volontiers l'autre pour se remettre en got2 mais1 abus pour abus1 un certain excs potique de tendresse et d'effusion dans le langage est encore celui dont on se lasse le moins4 ,la ,chartreuse de ,parme 7#ahci7 est de tous les romans de ,beyle celui qui a donn quelques personnes la plus grande ide de son talent dans ce genre4 ,le dbut est plein de grce et d'un vrai charme4 ,on y voit ,milan depuis #agif1 poque de la premire campagne d',italie1 jusqu'en #ahac1 la fin des beaux jours de la ,cour du prince ,eugne4 ,c'est une ide heureuse que celle de ce jeune ,fabrice1 enthousiaste de la gloire1 qui1 la nouvelle du dbarquement de ,napolon en #ahae1 se sauve de chez son pre avec l'agrment de sa mre et de sa tante pour aller combattre en ,france sous les aigles reparues4 ,son odysse bizarre a pourtant beaucoup de naturel2 il existe en anglais un livre qui a donn ,beyle son ide3 ce sont les ,mmoires d'un soldat du #ga;e rgiment qui a assist la bataille de ,vittoria sans y rien comprendre1 peu prs comme ,fabrice assiste celle de ,waterloo en se demandant aprs si c'est bien une bataille qu'il s'est trouv et s'il peut dire qu'il se soit rellement battu4 ,beyle a combin avec les souvenirs de sa lecture d'autres souvenirs personnels de sa jeunesse1 quand il partait cheval de ,genve pour assister la bataille de ,marengo4 ,j'aime beaucoup ce commencement2 je n'en dirai pas autant de ce qui suit4 ,le roman est moins un roman que des ,mmoires sur la vie de ,fabrice et de sa tante1 ,mme de ,pietranera1 devenue duchesse de ,sanseverina4 ,la morale italienne1 dont ,beyle abuse un peu1 est dcidment trop loin de la ntre4 ,fabrice1 d'aprs ses dbuts et son clair d'enthousiasme en #ahae1 pouvait devenir un de ces ,italiens distingus1 de ces libraux aristocrates1 nobles amis d'une rgnration peut-tre impossible1 mais tenant par leurs voeux1 par leurs tudes et par la gnrosit de leurs dsirs1 ce qui nous lve en ide et ce que nous comprenons 7,santa-,rosa1 ,cesare ,balbo1 ,capponi74 ,mais ,beyle1 en posant ainsi son hros1 aurait eu trop peur de retomber dans le lieu commun d'en de des ,alpes4 ,il a fait de ,fabrice un ,italien de pur sang1 tel qu'il le conoit1 destin sans vocation devenir archevque1 bientt coadjuteur1 mdiocrement et mollement spirituel1 libertin1 faible 7lche1 on peut dire71 courant chaque matin la chasse du bonheur ou du plaisir1 amoureux d'une ,marietta1 comdienne de campagne1 s'affichant avec elle sans honte1 sans gards pour lui-mme et pour son tat1 sans dlicatesse pour sa famille et pour cette tante qui l'aime trop4 ,je sais bien que ,beyle a pos en principe qu'un ,italien pur ne ressemble en rien un ,franais et n'a pas de vanit1 qu'il ne feint pas l'amour quand il ne le ressent pas1 qu'il ne cherche ni plaire1 ni tonner1 ni paratre1 et qu'il se contente d'tre lui-mme en libert2 mais ce que ,fabrice est et parat dans presque tout le roman1 malgr son visage et sa jolie tournure1 est fort laid1 fort plat1 fort vulgaire2 il ne se conduit nulle part comme un homme1 mais comme un animal livr ses apptits1 ou un enfant libertin qui suit ses caprices4 ,aucune morale1 aucun principe d'honneur3 il est seulement dtermin ne pas simuler de l'amour quand il n'en a pas2 de mme qu' la fin1 quand cet amour lui est venu pour ,cllia1 la fille du triste gnral ,fabio ,conti1 il y sacrifiera tout1 mme la dlicatesse et la reconnaissance envers sa tante4 ,beyle1 dans ses crits antrieurs1 a donn une dfinition de l'amour passionn qu'il attribue presque en propre l',italien et aux natures du ,midi3 ,fabrice est un personnage l'appui de sa thorie2 il le fait sortir chaque matin la recherche de cet amour1 et ce n'est que tout la fin qu'il le lui fait prouver2 celui-ci alors y sacrifie tout1 comme du reste il faisait prcdemment au plaisir4 ,les jolies descriptions de paysage1 les vues si bien prsentes du lac de ,cme et de ses environs1 ne sauraient par leur cadre et leur reflet ennoblir un personnage si peu digne d'intrt1 si peu form pour l'honneur1 et si prt tout faire1 mme assassiner1 pour son utilit du moment et sa passion4 ,il y a un moment o ,fabrice tue quelqu'un1 en effet2 il est vrai que1 cette fois1 c'est son corps dfendant4 ,il se bat d'une manire assez ignoble sur la grande route avec un certain ,giletti1 comdien et protecteur de la ,marietta dont ,fabrice est l'ami de choix4 ,s'il fallait discuter la vraisemblance de l'action dans le roman1 on pourrait se demander comment il se fait que cet accident de grande route ait une si singulire influence sur la destine future de ,fabrice2 on demanderait pourquoi celui-ci1 ami 7ou qui peut se croire tel7 du prince de ,parme et de son premier ministre1 coadjuteur et trs en crdit dans ce petit tat1 prend la fuite comme un malfaiteur1 parce qu'il lui est arriv de tuer devant tmoins1 en se dfendant1 un comdien de bas tage qui l'a menac et attaqu le premier4 ,la conduite de ,fabrice1 sa fuite extravagante1 et les consquences que l'auteur en a tires1 seraient inexplicables si l'on cherchait1 je le rpte1 la vraisemblance et la suite dans ce roman1 qui n'est gure d'un bout l'autre 7j'en excepte le commencement7 qu'une spirituelle mascarade italienne4 ,les scnes de passion1 dont quelques-unes sont assez belles1 entre la duchesse tante de ,fabrice et la jeune ,cllia1 ne rachtent qu' demi ces impossibilits qui sautent aux yeux et qui heurtent le bon sens4 ,la part de vrit de dtail1 qui peut y tre mle1 ne me fera jamais prendre ce monde-l pour autre chose que pour un monde de fantaisie1 fabriqu tout autant qu'observ par un homme de beaucoup d'esprit qui fait1 sa manire1 du marivaudage italien4 ,l'affectation et la grimace du genre se marquent de plus en plus en avanant4 ,au sortir de cette lecture1 j'ai besoin de relire quelque roman tout simple et tout uni1 d'une bonne et large nature humaine1 o les tantes ne soient pas prises de leurs neveux1 o les coadjuteurs ne soient pas aussi libertins et aussi hypocrites que ,retz pouvait l'tre dans sa jeunesse1 et beaucoup moins spirituels2 o l'empoisonnement1 la tromperie1 les lettres anonymes1 toutes les noirceurs1 ne soient pas les moyens ordinaires et accepts comme indiffrents2 o1 sous prtexte d'tre simple et de fuir l'effet1 on ne me jette pas dans des complications incroyables et dans mille ddales plus effrayants et plus tortueux que ceux de l'antique ,crte4 ,depuis que ,beyle taquine la ,france et les sentiments que nous portons dans notre littrature et dans notre socit1 il m'a pris plus d'une fois envie de la dfendre4 ,une de ses grandes thories1 et d'aprs laquelle il a crit ensuite ses romans1 c'est qu'en ,france l'amour est peu prs inconnu2 l'amour digne de ce nom1 comme il l'entend1 l'amour-passion et maladie1 qui1 de sa nature1 est quelque chose de tout fait part1 comme l'est la cristallisation dans le rgne minral 7la comparaison est de lui73 mais quand je vois ce que devient sous la plume de ,beyle et dans ses rcits cet amour-passion chez les tres qu'il semble nous proposer pour exemple1 chez ,fabrice quand il est atteint finalement1 chez l'abbesse de ,castro1 chez la princesse ,campobasso1 chez ,mina de ,wangel 7autre nouvelle de lui71 j'en reviens aimer et honorer l'amour la franaise1 mlange d'attrait physique sans doute1 mais aussi de got et d'inclination morale1 de galanterie dlicate1 d'estime1 d'enthousiasme1 de raison mme et d'esprit1 un amour o il reste un peu de sens commun1 o la socit n'est pas oublie entirement1 o le devoir n'est pas sacrifi l'aveugle et ignor4 ,pauline1 dans ,corneille1 me reprsente bien l'idal de cet amour1 o il entre des sentiments divers1 et o l'lvation et l'honneur se font entendre4 ,on en trouverait1 en descendant1 d'autres exemples compatibles avec l'agrment et une certaine dcence dans la vie1 amour ou liaison1 ou attachement respectueux et tendre1 peu importe le nom#ab4 ,l'amour-passion1 tel que me l'ont peint dans ,mde1 dans ,phdre ou dans ,didon1 des chantres immortels1 est touchant voir grce eux1 et j'en admire le tableau3 mais cet amour-passion1 devenu systmatique chez ,beyle1 m'impatiente2 cette espce de maladie animale1 dont ,fabrice est l'idal la fin de sa carrire1 est fort laide et n'a rien d'attrayant dans sa conclusion hbte4 ,quand on a lu cela1 on revient tout naturellement1 ce me semble1 en fait de compositions romanesques1 au genre franais1 ou du moins un genre qui soit large et plein dans sa veine2 on demande une part de raison1 d'motion saine1 et une simplicit vritable telle que l'offrent l'histoire des ,fiancs de ,manzoni1 tout bon roman de ,walter ,scott1 ou une adorable et vraiment simple nouvelle de ,xavier de ,maistre4 ,le reste n'est que l'ouvrage d'un homme d'esprit qui se fatigue combiner et lier des paradoxes d'analyse piquants et imprvus1 auxquels il donne des noms d'hommes2 mais les personnages n'ont point pris vritablement naissance dans son imagination ou dans son coeur1 et ils ne vivent pas4 #ab ,j'aime me reprsenter cet amour franais ou cette amiti tendre1 dans ses diversits de nuances1 par les noms de ,mme de ,la ,fayette1 de ,mme de ,caylus1 de ,mme d',houdetot1 de ,mme d'pinay1 de ,mme de ,beaumont1 de ,mme de ,custine2 jamais la grce n'y est absente4 ,on voit combien je suis loin1 l'gard de la ,chartreuse de ,beyle1 de partager l'enthousiasme de ,m4 de ,balzac4 ,celui ci a tout simplement parl de ,beyle romancier comme il aurait aim ce qu'on parlt de lui-mme3 mais lui1 du moins1 il avait la facult de concevoir d'un jet et de faire vivre certains tres qu'il lanait ensuite dans son monde rel ou fantastique et qu'on n'oubliait plus4 ,il a fort lou dans la ,chartreuse le personnage du comte de ,mosca1 le ministre homme d'esprit d'un petit tat despotique1 et dans lequel il avait cru voir un portrait ressemblant du prince de ,metternich3 ,beyle n'y avait jamais pens4 ,on ne peut d'ailleurs se ressembler moins que ,beyle et ,m4 de ,balzac4 ,ce dernier tait aussi confiant que l'autre l'tait peu2 ,beyle tait toujours en garde contre le sot1 et craignait tout ce qui et laiss perc la vanit4 ,il songeait sans cesse au ridicule et n'y pas prter1 et ,m4 de ,balzac n'en avait pas mme le sentiment4 ,lorsque ,m4 de ,balzac fit sur ,beyle1 propos de la ,chartreuse1 l'article insr dans les ,lettres parisiennes1 ,beyle1 la fin de sa rponse date de ,civita-,vecchia 7octobre #ahdj71 et aprs des remerciements confus pour cette bombe outrageuse d'loges laquelle il s'attendait si peu1 lui disait3 ,cet article tonnant1 tel que jamais crivain ne le reut d'un autre1 je l'ai lu1 j'ose maintenant vous l'avouer1 en clatant de rire4 ,toutes les fois que j'arrivais une louange un peu forte1 et j'en rencontrais chaque pas1 je voyais la mine que feraient mes amis en le lisant#ac4 #ac ,l'anecdote qu'on va lire est authentique1 et je la tiens d'original3 ,on sait que ,balzac admirait ,beyle la folie pour sa ,chartreuse de ,parme et qu'il l'a lou mort dans sa ,revue ,parisienne4 ,beyle1 vers ce temps1 revenait de ,rome1 de ,civita-,vecchia1 ,paris1 et dans le premier moment1 craignant le ridicule1 il fut tout confus d'un pareil loge si exorbitant3 il ne savait o se cacher4 ,cependant il vit ,balzac et ne lui sut pas mauvais gr d'avoir t ainsi bombard grand homme4 ,vers ce temps1 ,beyle vendait la ,revue des ,deux ,mondes une srie de nouvelles italiennes qu'il se proposait de faire et dont il n'y eut qu'une ou deux d'acheves4 ,il reut pour cela la somme de #c4jjj francs4 ,or1 sa mort1 on trouva dans ses papiers la preuve que ces #c4jjj francs avaient t donns ou prts par lui ,balzac qui fut ainsi pay de son loge3 un service d'argent contre un service d'amour-propre4 ,m4 ,colomb1 ami intime de ,beyle1 et qui eut mettre en ordre ses papiers1 a lui-mme certifi le fait4--,et moi je n'ajouterai qu'un mot qui est celui du pote de la ,mtromanie3 ,ce mlange de gloire et de gain m'importune6 ,tous deux ne diffraient pas moins par la manire dont ils concevaient la forme et le style1 ou la faon de s'exprimer4 ,sur ce point1 ,m4 de ,balzac croyait n'en avoir jamais fait assez4 ,dans ses ,mmoires d'un ,touriste1 ,beyle1 passant dans je ne sais quelle ville de ,bourgogne1 a dit3 ,j'ai trouv dans ma chambre un volume de ,m4 de ,balzac1 c'est l',abb ,biroteau de ,tours4 ,que j'admire cet auteur6 qu'il a bien su numrer les malheurs et petitesses de la province6 ,je voudrais un style plus simple3 mais1 dans ce cas1 les provinciaux l'achteraient-ils8 ,je suppose qu'il fait ses romans en deux temps2 d'abord raisonnablement1 puis il les habille en beau style nologique1 avec les patiments de l'me1 il neige dans mon coeur1 et autres belles choses4 ,de son ct1 ,m4 de ,balzac trouvait qu'il manquait quelque chose au style de ,beyle1 et nous le trouvons aussi4 ,celui-ci dictait ou griffonnait comme il causait2 quand il voulait corriger ou retoucher1 il refaisait autrement1 et recommenait tout hasard pour la seconde ou troisime fois1 sans mieux faire ncessairement que la premire4 ,ce qu'il n'avait pas saisi du premier mot1 il ne l'atteignait pas1 il ne le rparait pas4 ,son style1 en appuyant1 n'claircit pas sa pense2 il se faisait des ides singulires des crivains proprement dits3 ,quand je me mets crire1 disait-il1 je ne songe plus mon beau idal littraire2 je suis assig par des ides que j'ai besoin de noter4 ,je suppose que ,m4 ,villemain est assig par des formes de phrases2 et1 ce qu'on appelle un pote1 ,m4 ,delille ou ,racine1 par des formes de vers4 ,corneille tait agit par des formes de rplique4 ,enfin il se donne bien de la peine pour s'expliquer une chose trs simple2 il n'tait pas de ceux qui l'image arrive dans la pense1 ou chez qui l'motion lyrique1 loquente1 clate et jaillit par places dans un dveloppement naturel et harmonieux4 ,l'tude premire n'avait rien fait chez lui pour suppler ce dfaut2 il n'avait pas eu de matre1 ni ce professeur de rhtorique qu'il est toujours bon d'avoir eu1 dt-on s'insurger plus tard contre lui4 ,il sentait bien1 malgr la thorie qu'il s'tait faite1 que quelque chose lui manquait4 ,en paraissant mpriser le style1 il en tait trs proccup4 ,en critiquant ainsi avec quelque franchise les romans de ,beyle1 je suis loin de le blmer de les avoir crits4 ,s'il se peut faire encore des chefs-d'oeuvre1 ce n'est qu'en osant derechef tenter la carrire1 au risque de s'exposer rester en chemin par bien des oeuvres incompltes4 ,beyle eut ce genre de courage4 ,en #ahbe1 il y avait une cole ultra critique et toute raisonneuse qui posait ceci en principe3 ,notre sicle comprendra les chefs-d'oeuvre1 mais n'en fera pas4 ,il y a des poques d'artistes1 il en est d'autres qui ne produisent que des gens d'esprit1 d'infiniment d'esprit si vous voulez4 ,beyle rpondait cette thorie dsesprante dans une lettre insre au ,globe le #ca mars #ahbe3 ,pour tre artiste aprs les ,la ,harpe1 il faut un courage de fer4 ,il faut encore moins songer aux critiques qu'un jeune officier de dragons1 chargeant avec sa compagnie1 ne songe l'hpital et aux blessures4 ,c'est le manque absolu de ce courage qui cloue dans la mdiocrit tous nos pauvres potes4 ,il faut crire pour se faire plaisir soi-mme1 crire comme je vous cris cette lettre2 l'ide m'en est venue1 et j'ai pris un morceau de papier4 ,c'est faute de courage que nous n'avons plus d'artistes4 ,nierez-vous que ,canova et ,rossini ne soient de grands artistes8 ,peu d'hommes ont plus mpris les critiques4 ,vers #aghe1 il n'y avait peut-tre pas un amateur ,rome qui ne trouvt ridicules les ouvrages de ,canova1 etc4 ,toutes les fois que ,beyle a eu une ide1 il a donc pris un morceau de papier1 et il a crit1 sans s'inquiter du qu'en dira-t-on1 et sans jamais mendier d'loges3 un vrai galant homme en cela4 ,ses romans sont ce qu'ils peuvent1 mais ils ne sont pas vulgaires2 ils sont comme sa critique1 surtout l'usage de ceux qui en font2 ils donnent des ides et ouvrent bien des voies4 ,entre toutes ces pistes qui s'entre-croisent1 peut-tre l'homme de talent dans le genre trouvera la sienne4 ,plusieurs crivains dans ces derniers temps1 et aprs ,m4 de ,balzac1 se sont occups de ,beyle1 de sa vie1 de son caractre et de ses oeuvres3 ,m4 ,arnould ,frmy1 ,m4 ,paulin ,limayrac1 ,m4 ,charles ,monselet1 ont parl de lui tour tour2 il y a s'instruire sur son compte leurs discussions et leurs spirituelles analyses2 mais s'ils me permettent de le dire1 pour juger au net de cet esprit assez compliqu et ne se rien exagrer dans aucun sens1 j'en reviendrai toujours de prfrence1 indpendamment de mes propres impressions et souvenirs1 ce que m'en diront ceux qui l'ont connu en ses bonnes annes et ses origines1 ce qu'en dira ,m4 ,mrime1 ,m4 ,ampre1 ce que m'en dirait ,jacquemont s'il vivait1 ceux en un mot qui l'ont beaucoup vu et got sous sa forme premire4--,au physique1 et sans tre petit1 il eut de bonne heure la taille forte et ramasse1 le cou court et sanguin2 son visage plein s'encadrait de favoris et de cheveux bruns friss1 artificiels vers la fin2 le front tait beau1 le nez retrouss et quelque peu la kalmouck2 la lvre infrieure avanait lgrement et s'annonait pour moqueuse4 ,l'oeil assez petit1 mais trs vif1 sous une vote sourcilire prononce1 tait fort joli dans le sourire4 ,jeune1 il avait eu un certain renom dans les bals de la cour par la beaut de sa jambe1 ce qu'on remarquait alors4 ,il avait la main petite et fine1 dont il tait fier4 ,il devint lourd et apoplectique dans ses dernires annes1 mais il tait fort soigneux de dissimuler1 mme ses amis1 les indices de dcadence4 ,il mourut subitement ,paris1 o il tait en cong1 le #bc mars #ahdb1 g de cinquante-neuf ans4 ,en continuant littrairement avec originalit et avec une sorte d'invention la postrit franaise des ,chamfort1 des ,rulhire1 de ces hommes d'esprit qu'il rappelle par plus d'un trait ou d'une malice1 ,beyle avait au fond une droiture et une sret dans les rapports intimes qu'il ne faut jamais oublier de reconnatre quand on lui a dit d'ailleurs ses vrits4 ,,de ,l',,amour ,,livre ,,premier ,,chapitre ,,premier ,de l'amour4 ,je cherche me rendre compte de cette passion dont tous les dveloppements sincres ont un caractre de beaut4 ,il y a quatre amours diffrents3 #a ,l'amour-passion1 celui de la ,religieuse portugaise1 celui d',hlose pour ,ablard1 celui du capitaine de ,vsel1 du gendarme de ,cento#ad4 #ad ,les amis de ,m4 ,beyle lui ont demand souvent qui taient ce capitaine et ce gendarme2 il rpondait qu'il avait oubli leur histoire4 ,p4 ,m4 #b ,l'amour-got1 celui qui rgnait ,paris vers #agfj1 et que l'on trouve dans les mmoires et romans de cette poque1 dans ,crbillon1 ,lauzun1 ,duclos1 ,marmontel1 ,chamfort1 ,mme d'pinay1 etc41 etc4 ,c'est un tableau o1 jusqu'aux ombres1 tout doit tre couleur de rose1 o il ne doit entrer rien de dsagrable sous aucun prtexte et sous peine de manquer d'usage1 de bon ton1 de dlicatesse1 etc4 ,un homme bien n sait d'avance tous les procds qu'il doit avoir et rencontrer dans les diverses phases de cet amour2 rien n'y tant passion et imprvu1 il a souvent plus de dlicatesse que l'amour vritable1 car il a toujours beaucoup d'esprit2 c'est une froide et jolie miniature compare un tableau des ,carraches2 et1 tandis que l'amour-passion nous emporte au travers de tous nos intrts1 l'amour-got sait toujours s'y conformer4 ,il est vrai que1 si l'on te la vanit ce pauvre amour1 il en reste bien peu de chose2 une fois priv de vanit1 c'est un convalescent affaibli qui peut peine se traner4 #c ,l'amour physique4 ,a la chasse1 trouver une belle et frache paysanne qui fuit dans le bois4 ,tout le monde connat l'amour fond sur ce genre de plaisir2 quelque sec et malheureux que soit le caractre1 on commence par l seize ans4 #d ,l'amour de vanit4 ,l'immense majorit des hommes1 surtout en ,france1 dsire et a une femme la mode1 comme on a un joli cheval1 comme chose ncessaire au luxe d'un jeune homme4 ,la vanit plus ou moins flatte1 plus ou moins pique1 fait natre des transports4 ,quelquefois il y a l'amour physique1 et encore pas toujours2 souvent il n'y a pas mme le plaisir physique4 ,une duchesse n'a jamais que trente ans pour un bourgeois1 disait la duchesse de ,chaulnes2 et les habitus de la cour de cet homme juste1 le roi ,louis de ,hollande1 se rappellent encore avec gaiet une jolie femme de la ,haye qui ne pouvait se rsoudre ne pas trouver charmant un homme qui tait duc ou prince4 ,mais1 fidle au principe monarchique1 ds qu'un prince arrivait la cour1 on renvoyait le duc3 elle tait comme la dcoration du corps diplomatique4 ,le cas le plus heureux de cette plate relation est celui o le plaisir physique est augment par l'habitude4 ,les souvenirs la font alors ressembler un peu l'amour2 il y a la pique d'amour-propre et la tristesse quand on est quitt2 et1 les ides de roman vous prenant la gorge1 on croit tre amoureux et mlancolique1 car la vanit aspire se croire une grande passion4 ,ce qu'il y a de sr1 c'est qu' quelque genre d'amour que l'on doive les plaisirs1 ds qu'il y a exaltation de l'me1 ils sont vifs et leur souvenir entranant2 et dans cette passion1 au contraire de la plupart des autres1 le souvenir de ce que l'on a perdu parat toujours au-dessus de ce qu'on peut attendre de l'avenir4 ,quelquefois1 dans l'amour de vanit1 l'habitude ou le dsespoir de trouver mieux produit une espce d'amiti1 la moins aimable de toutes les espces2 elle se vante de sa sret1 etc4#ae4 #ae ,dialogue connu de ,pont de ,veyle avec ,mme du ,deffant1 au coin du feu4 ,le plaisir physique1 tant dans la nature1 est connu de tout le monde1 mais n'a qu'un rang subordonn aux yeux des mes tendres et passionnes4 ,si elles ont des ridicules dans le salon1 si souvent les gens du monde1 par leurs intrigues1 les rendent malheureuses1 en revanche elles connaissent des plaisirs jamais inaccessibles aux coeurs qui ne palpitent que pour la vanit ou pour l'argent4 ,quelques femmes vertueuses et tendres n'ont presque pas d'ide des plaisirs physiques2 elles s'y sont rarement exposes1 si l'on peut parler ainsi1 et mme alors les transports de l'amour-passion ont presque fait oublier les plaisirs du corps4 ,il est des hommes victimes et instruments d'un orgueil infernal1 d'un orgueil l',alfieri4 ,ces gens1 qui peut-tre sont cruels1 parce que1 comme ,nron1 ils tremblent toujours1 jugeant tous les hommes d'aprs leur propre coeur1 ces gens1 dis-je1 ne peuvent atteindre au plaisir physique qu'autant qu'il est accompagn de la plus grande jouissance d'orgueil possible1 c'est--dire qu'autant qu'ils exercent des cruauts sur la compagne de leurs plaisirs4 ,de l les horreurs de ,justine4 ,ces hommes ne trouvent pas moins le sentiment de la sret4 ,au reste1 au lieu de distinguer quatre amours diffrents1 on peut fort bien admettre huit ou dix nuances4 ,il y a peut-tre autant de faons de sentir parmi les hommes que de faons de voir2 mais ces diffrences dans la nomenclature ne changent rien aux raisonnements qui suivent4 ,tous les amours qu'on peut voir ici-bas naissent1 vivent et meurent1 ou s'lvent l'immortalit1 suivant les mmes lois#af4 #af ,ce livre est traduit librement d'un manuscrit italien de ,m4 ,lisio ,visconti1 jeune homme de la plus haute distinction1 qui vient de mourir ,volterre1 sa patrie4 ,le jour de sa mort imprvue1 il permit au traducteur de publier son essai sur l',amour1 s'il trouvait moyen de le rduire une forme honnte4 ,castel ,fiorentino1 #aj juin #ahai4 ,,chapitre ,,ii ,de la naissance de l'amour4 ,voici ce qui se passe dans l'me3 #a ,l'admiration4 #b ,on se dit3 ,quel plaisir de lui donner des baisers1 d'en recevoir6 etc4 #c ,l'esprance4 ,on tudie les perfections2 c'est ce moment qu'une femme devrait se rendre1 pour le plus grand plaisir physique possible4 ,mme chez les femmes les plus rserves1 les yeux rougissent au moment de l'esprance2 la passion est si forte1 le plaisir si vif1 qu'il se trahit par des signes frappants4 #d ,l'amour est n4 ,aimer1 c'est avoir du plaisir voir1 toucher1 sentir par tous les sens1 et d'aussi prs que possible1 un objet aimable et qui nous aime4 #e ,la premire cristallisation#ag commence4 #ag ,voir1 pour plus ample explication de ce mot1 le ,rameau de ,salzbourg 7fragment indit71 la fin du volume4 ,on se plat orner de mille perfections une femme de l'amour de laquelle on est sr2 on se dtaille tout son bonheur avec une complaisance infinie4 ,cela se rduit s'exagrer une proprit superbe1 qui vient de nous tomber du ciel1 que l'on ne connat pas1 et de la possession de laquelle on est assur4 ,laissez travailler la tte d'un amant pendant vingt-quatre heures1 et voici ce que vous trouverez4 ,aux mines de sel de ,salzbourg1 on jette dans les profondeurs abandonnes de la mine un rameau d'arbre effeuill par l'hiver2 deux ou trois mois aprs1 on le retire couvert de cristallisations brillantes3 les plus petites branches1 celles qui ne sont pas plus grosses que la patte d'une msange1 sont garnies d'une infinit de diamants mobiles et blouissants2 on ne peut plus reconnatre le rameau primitif4 ,ce que j'appelle cristallisation1 c'est l'opration de l'esprit1 qui tire de tout ce qui se prsente la dcouverte que l'objet aim a de nouvelles perfections4 ,un voyageur parle de la fracheur des bois d'orangers ,gnes1 sur le bord de la mer1 durant les jours brlants de l't3 quel plaisir de goter cette fracheur avec elle6 ,un de vos amis se casse le bras la chasse3 quelle douceur de recevoir les soins d'une femme qu'on aime6 tre toujours avec elle et la voir sans cesse vous aimant ferait presque bnir la douleur2 et vous partez du bras cass de votre ami pour ne plus douter de l'anglique bont de votre matresse4 ,en un mot1 il suffit de penser une perfection pour la voir dans ce qu'on aime4 ,ce phnomne1 que je me permets d'appeler la cristallisation1 vient de la nature qui nous commande d'avoir du plaisir et qui nous envoie le sang au cerveau1 du sentiment que les plaisirs augmentent avec les perfections de l'objet aim1 et de l'ide3 elle est moi4 ,le sauvage n'a pas le temps d'aller au del du premier pas4 ,il a du plaisir1 mais l'activit de son cerveau est employe suivre le daim qui fuit dans la fort1 et avec la chair duquel il doit rparer ses forces au plus vite1 sous peine de tomber sous la hache de son ennemi4 ,a l'autre extrmit de la civilisation1 je ne doute pas qu'une femme tendre n'arrive ce point1 de ne trouver le plaisir physique qu'auprs de l'homme qu'elle aime#ah4 ,c'est le contraire du sauvage4 ,mais1 parmi les nations civilises1 la femme a du loisir1 et le sauvage est si prs de ses affaires1 qu'il est oblig de traiter sa femelle comme une bte de somme4 ,si les femelles de beaucoup d'animaux sont plus heureuses1 c'est que la subsistance des mles est plus assure4 #ah ,si cette particularit ne se prsente pas chez l'homme1 c'est qu'il n'a pas la pudeur sacrifier pour un instant4 ,mais quittons les forts pour revenir ,paris4 ,un homme passionn voit toutes les perfections dans ce qu'il aime2 cependant l'attention peut encore tre distraite1 car l'me se rassasie de tout ce qui est uniforme1 mme du bonheur parfait#ai4 #ai ,ce qui veut dire que la mme nuance d'existence ne donne qu'un instant de bonheur parfait2 mais la manire d'tre d'un homme passionn change dix fois par jour4 ,voici ce qui survient pour fixer l'attention3 #f ,le doute nat4 ,aprs que dix ou douze regards1 ou toute autre srie d'actions qui peuvent durer un moment comme plusieurs jours1 ont d'abord donn et ensuite confirm les esprances1 l'amant1 revenu de son premier tonnement1 et s'tant accoutum son bonheur1 ou guid par la thorie qui1 toujours base sur les cas les plus frquents1 ne doit s'occuper que des femmes faciles1 l'amant1 dis-je1 demande des assurances plus positives et veut pousser son bonheur4 ,on lui oppose de l'indiffrence#bj1 de la froideur ou mme de la colre1 s'il montre trop d'assurance2 en ,france1 une nuance d'ironie qui semble dire3 ,vous vous croyez plus avanc que vous ne l'tes4 ,une femme se conduit ainsi1 soit qu'elle se rveille d'un moment d'ivresse et obisse la pudeur1 qu'elle tremble d'avoir enfreinte1 soit simplement par prudence ou par coquetterie4 #bj ,ce que les romans du ,x,v,i,ie sicle appelaient le coup de foudre1 qui dcide du destin du hros et de sa matresse1 est un mouvement de l'me qui1 pour avoir t gt par un nombre infini de barbouilleurs1 n'en existe pas moins dans la nature2 il provient de l'impossibilit de cette manoeuvre dfensive4 ,la femme qui aime trouve trop de bonheur dans le sentiment qu'elle prouve pour pouvoir russir feindre2 ennuye de la prudence1 elle nglige toute prcaution et se livre en aveugle au bonheur d'aimer4 ,la dfiance rend le coup de foudre impossible4 ,l'amant arrive douter du bonheur qu'il se promettait2 il devient svre sur les raisons d'esprer qu'il a cru voir4 ,il veut se rabattre sur les autres plaisirs de la vie1 il les trouve anantis4 ,la crainte d'un affreux malheur le saisit1 et avec elle l'attention profonde4 #g ,seconde cristallisation4 ,alors commence la seconde cristallisation produisant pour diamants des confirmations cette ide3 ,elle m'aime4 ,a chaque quart d'heure de la nuit qui suit la naissance des doutes1 aprs un moment de malheur affreux1 l'amant se dit3 ,oui1 elle m'aime2 et la cristallisation se tourne dcouvrir de nouveaux charmes2 puis le doute l'oeil hagard s'empare de lui1 et l'arrte en sursaut4 ,sa poitrine oublie de respirer2 il se dit3 ,mais est-ce qu'elle m'aime8 ,au milieu de ces alternatives dchirantes et dlicieuses1 le pauvre amant sent vivement3 ,elle me donnerait des plaisirs qu'elle seule au monde peut me donner4 ,c'est l'vidence de cette vrit1 c'est ce chemin sur l'extrme bord d'un prcipice affreux1 et touchant de l'autre main le bonheur parfait1 qui donne tant de supriorit la seconde cristallisation sur la premire4 ,l'amant erre sans cesse entre ces trois ides3 #a ,elle a toutes les perfections2 #b ,elle m'aime2 #c ,comment faire pour obtenir d'elle la plus grande preuve d'amour possible8 ,le moment le plus dchirant de l'amour jeune encore est celui o il s'aperoit qu'il a fait un faux raisonnement et qu'il faut dtruire tout un pan de cristallisation4 ,on entre en doute de la cristallisation elle-mme4 ,,chapitre ,,iii ,de l'esprance4 ,il suffit d'un trs petit degr d'esprance pour causer la naissance de l'amour4 ,l'esprance peut ensuite manquer au bout de deux ou trois jours1 l'amour n'en est pas moins n4 ,avec un caractre dcid1 tmraire1 imptueux1 et une imagination dveloppe par les malheurs de la vie1 ,le degr d'esprance peut tre plus petit4 ,elle peut cesser plus tt1 sans tuer l'amour4 ,si l'amant a eu des malheurs1 s'il a le caractre tendre et pensif1 s'il dsespre des autres femmes1 s'il a une admiration vive pour celle dont il s'agit1 aucun plaisir ordinaire ne pourra le distraire de la seconde cristallisation4 ,il aimera mieux rver la chance la plus incertaine de lui plaire un jour que recevoir d'une femme vulgaire tout ce qu'elle peut accorder4 ,il aurait besoin qu' cette poque1 et non plus tard1 notez bien1 la femme qu'il aime tut l'esprance d'une manire atroce1 et le comblt de ces mpris publics qui ne permettent plus de revoir les gens4 ,la naissance de l'amour admet de beaucoup plus longs dlais entre toutes ces poques4 ,elle exige beaucoup plus d'esprance1 et une esprance beaucoup plus soutenue1 chez les gens froids1 flegmatiques1 prudents4 ,il en est de mme des gens gs4 ,ce qui assure la dure de l'amour1 c'est la seconde cristallisation1 pendant laquelle on voit chaque instant qu'il s'agit d'tre aim ou de mourir4 ,comment1 aprs cette conviction de toutes les minutes1 tourne en habitude par plusieurs mois d'amour1 pouvoir seulement soutenir la pense de cesser d'aimer8 ,plus un caractre est fort1 moins il est sujet l'inconstance4 ,cette seconde cristallisation manque presque tout fait dans les amours inspires par les femmes qui se rendent trop vite4 ,ds que les cristallisations ont opr1 surtout la seconde1 qui de beaucoup est la plus forte1 les yeux indiffrents ne reconnaissent plus la branche d'arbre3 ,car1 #a elle est orne de perfections ou de diamants qu'ils ne voient pas2 #b ,elle est orne de perfections qui n'en sont pas pour eux4 ,la perfection de certains charmes dont lui parle un ancien ami de sa belle1 et une certaine nuance de vivacit aperue dans ses yeux1 sont un diamant de la cristallisation#ba de ,del ,rosso4 ,ces ides aperues dans une soire le font rver toute une nuit4 #ba ,j'ai appel cet essai un livre d'idologie4 ,mon but a t d'indiquer que1 quoiqu'il s'appelt l',amour1 ce n'tait pas un roman1 et que surtout il n'tait pas amusant comme un roman4 ,je demande pardon aux philosophes d'avoir pris le mot idologie3 mon intention n'est certainement pas d'usurper un titre qui serait le droit d'un autre4 ,si l'idologie est une description dtaille des ides et de toutes les parties qui peuvent les composer1 le prsent livre est une description dtaille et minutieuse de tous les sentiments qui composent la passion nomme l'amour4 ,ensuite je tire quelques consquences de cette description1 par exemple1 la manire de gurir l'amour4 ,je ne connais pas de mot pour dire1 en grec1 discours sur les sentiments1 comme idologie indique discours sur les ides4 ,j'aurais pu me faire inventer un mot par quelqu'un de mes amis savants1 mais je suis dj assez contrari d'avoir d adopter le mot nouveau de cristallisation1 et il est fort possible que si cet essai trouve des lecteurs1 ils ne me passent pas ce mot nouveau4 ,j'avoue qu'il y aurait eu du talent littraire l'viter2 je m'y suis essay1 mais sans succs4 ,sans ce mot1 qui suivant moi exprime le principal phnomne de cette folie nomme amour1 folie cependant qui procure l'homme les plus grands plaisirs qu'il soit donn aux tres de son espce de goter sur la terre1 sans l'emploi de ce mot qu'il fallait sans cesse remplacer par une priphrase fort longue1 la description que je donne de ce qui se passe dans la tte et dans le coeur de l'homme amoureux devenait obscure1 lourde1 ennuyeuse1 mme pour moi qui suis l'auteur3 qu'aurait-ce t pour le lecteur8 ,j'engage donc le lecteur qui se sentira trop choqu par ce mot de cristallisation fermer le livre4 ,il n'entre pas dans mes voeux1 et sans doute fort heureusement pour moi1 d'avoir beaucoup de lecteurs4 ,il me serait doux de plaire beaucoup trente ou quarante personnes de ,paris que je ne verrai jamais1 mais que j'aime la folie1 sans les connatre4 ,par exemple1 quelque jeune ,mme ,roland1 lisant en cachette quelque volume qu'elle cache bien vite1 au moindre bruit1 dans les tiroirs de l'tabli de son pre1 lequel est graveur de botes de montre4 ,une me comme celle de ,mme ,roland me pardonnera1 je l'espre1 non seulement le mot de cristallisation employ pour exprimer cet acte de folie1 qui nous fait apercevoir toutes les beauts1 tous les genres de perfection dans la femme que nous commenons aimer1 mais encore plusieurs ellipses trop hardies4 ,il n'y a qu' prendre un crayon et crire entre les lignes les cinq ou six mots qui manquent4 ,une repartie imprvue qui me fait voir plus clairement une me tendre1 gnreuse1 ardente1 ou1 comme dit le vulgaire1 romanesque#bb1 et mettant au-dessus du bonheur des rois le simple plaisir de se promener seule avec son amant minuit1 dans un bois cart1 me donne aussi rver toute une nuit#bc4 #bb ,toutes ses actions eurent d'abord mes yeux cet air cleste qui sur le champ fait d'un homme un tre part1 le diffrencie de tous les autres4 ,je croyais lire dans ses yeux cette soif d'un bonheur plus sublime1 cette mlancolie non avoue qui aspire quelque chose de mieux que ce que nous trouvons ici-bas1 et qui1 dans toutes les situations o la fortune et les rvolutions peuvent placer une me romanesque1 444 ,still prompts the celestial sight1 ,for which we wish to live or dare to die4 7,ultima lettera di ,bianca a sua madre4 ,forl1 #ahag47 #bc ,c'est pour abrger et pouvoir peindre l'intrieur des mes que l'auteur rapporte1 en employant la formule du je1 plusieurs sensations qui lui sont trangres2 il n'avait rien de personnel qui mritt d'tre cit4 ,il dira que ma matresse est une prude2 je dirai que la sienne est une fille4 ,,chapitre ,,iv ,dans une me parfaitement indiffrente--une jeune fille habitant un chteau isol au fond d'une campagne1--le plus petit tonnement peut amener une petite admiration1 et1 s'il survient la plus lgre esprance1 elle fait natre l'amour et la cristallisation4 ,dans ce cas1 l'amour plat d'abord comme amusant4 ,l'tonnement et l'esprance sont puissamment seconds par le besoin d'amour et la mlancolie que l'on a seize ans4 ,on sait assez que l'inquitude de cet ge est une soif d'aimer1 et le propre de la soif est de n'tre pas excessivement difficile sur la nature du breuvage que le hasard lui prsente4 ,rcapitulons les sept poques de l'amour2 ce sont3 #a ,l'admiration2 #b ,quel plaisir1 etc42 #c ,l'esprance2 #d ,l'amour est n2 #e ,premire cristallisation2 #f ,le doute parat2 #g ,seconde cristallisation4 ,il peut s'couler un an entre le n #a et le n #b4 ,un mois entre le n #b et le n #c2 si l'esprance ne se hte pas de venir1 l'on renonce insensiblement au n #b comme donnant du malheur4 ,un clin d'oeil entre le n #c et le n #d4 ,il n'y a pas d'intervalle entre le n #d et le n #e4 ,ils ne sauraient tre spars que par l'intimit4 ,il peut s'couler quelques jours1 suivant le degr d'imptuosit et les habitudes de hardiesse du caractre1 entre les nos #e et #f1 et il n'y a pas d'intervalle entre le #f et le #g4 ,,chapitre ,v ,l'homme n'est pas libre de ne pas faire ce qui lui fait plus de plaisir que toutes les autres actions possibles#bd4 #bd ,la bonne ducation1 l'gard des crimes1 est de donner des remords qui1 prvus1 mettent un poids dans la balance4 ,l'amour est comme la fivre1 il nat et s'teint sans que la volont y ait la moindre part4 ,voil une des principales diffrences de l'amour-got et de l'amour-passion1 et l'on ne peut s'applaudir des belles qualits de ce qu'on aime que comme d'un hasard heureux4 ,enfin1 l'amour est de tous les ges3 voyez la passion de ,mme ,du ,deffant pour le peu gracieux ,horace ,walpole4 ,l'on se souvient peut-tre encore ,paris d'un exemple plus rcent et surtout plus aimable4 ,je n'admets en preuve des grandes passions que celles de leurs consquences qui sont ridicules3 par exemple1 la timidit1 preuve de l'amour2 je ne parle pas de la mauvaise honte au sortir du collge4 ,,chapitre ,,vi ,le rameau de ,salzbourg4 ,la cristallisation ne cesse presque jamais en amour4 ,voici son histoire3 tant qu'on n'est pas bien avec ce qu'on aime1 il y a la cristallisation solution imaginaire2 ce n'est que par l'imagination que vous tes sr que telle perfection existe chez la femme que vous aimez4 ,aprs l'intimit1 les craintes sans cesse renaissantes sont apaises par des solutions plus relles4 ,ainsi1 le bonheur n'est jamais uniforme que dans sa source4 ,chaque jour a une fleur diffrente4 ,si la femme aime cde la passion qu'elle ressent et tombe dans la faute norme de tuer la crainte par la vivacit de ses transports#be1 la cristallisation cesse un instant2 mais1 quand l'amour perd de sa vivacit1 c'est--dire de ses craintes1 il acquiert le charme d'un entier abandon1 d'une confiance sans bornes1 une douce habitude vient mousser toutes les peines de la vie et donner aux jouissances un autre genre d'intrt4 #be ,diane de ,poitiers1 dans la ,princesse de ,clves4 tes-vous quitt1 la cristallisation recommence2 et chaque acte d'admiration1 la vue de chaque bonheur qu'elle peut vous donner et auquel vous ne songiez plus1 se termine par cette rflexion dchirante3 ,ce bonheur si charmant1 je ne le reverrai jamais6 et c'est par ma faute que je le perds6 ,que si vous cherchez le bonheur dans des sensations d'un autre genre1 votre coeur se refuse les sentir4 ,votre imagination vous peint bien la position physique1 elle vous met bien sur un cheval rapide la chasse1 dans les bois du ,devonshire#bf2 mais vous voyez1 vous sentez videmment que vous n'y auriez aucun plaisir4 ,voil l'erreur d'optique qui produit le coup de pistolet4 #bf ,car1 si vous pouviez vous imaginer l un bonheur1 la cristallisation aurait dfr votre matresse le privilge exclusif de vous donner ce bonheur4 ,le jeu a aussi sa cristallisation provoque par l'emploi faire de la somme que vous allez gagner4 ,les jeux de la cour1 si regretts par les nobles1 sous le nom de lgitimit1 n'taient si attachants que par la cristallisation qu'ils provoquaient4 ,il n'y avait pas de courtisan qui ne rvt la fortune rapide d'un ,luynes ou d'un ,lauzun1 et de femme aimable qui ne vt en perspective le duch de madame de ,polignac4 ,aucun gouvernement raisonnable ne peut redonner cette cristallisation4 ,rien n'est anti-imagination comme le gouvernement des tats-,unis d',amrique4 ,nous avons vu que leurs voisins les sauvages ne connaissent presque pas la cristallisation4 ,les ,romains n'en avaient gure d'ide et ne la trouvaient que par l'amour physique4 ,la haine a sa cristallisation2 ds qu'on peut esprer de se venger1 on recommence de har4 ,si toute croyance o il y a de l'absurde ou du non-dmontr tend toujours mettre la tte du parti les gens les plus absurdes1 c'est encore un des effets de la cristallisation4 ,il y a cristallisation mme en mathmatiques 7voyez les newtoniens en #agdj7 dans les ttes qui ne peuvent pas tout moment se rendre prsentes toutes les parties de la dmonstration de ce qu'elles croient4 ,voyez en preuve la destine des grands philosophes allemands1 dont l'immortalit1 tant de fois proclame1 ne peut jamais aller au del de trente ou quarante ans4 ,c'est parce qu'on ne peut se rendre compte du pourquoi de ses sentiments que l'homme le plus sage est fanatique en musique4 ,on ne peut pas volont se prouver qu'on a raison contre tel contradicteur4 ,,chapitre ,,vii ,des diffrences entre la naissance de l'amour dans les deux sexes4 ,les femmes s'attachent par les faveurs4 ,comme les dix-neuf vingtimes de leurs rveries habituelles sont relatives l'amour1 aprs l'intimit1 ces rveries se groupent autour d'un seul objet3 elles se mettent justifier une dmarche si extraordinaire1 si dcisive1 si contraire toutes les habitudes de pudeur4 ,ce travail n'existe pas chez les hommes2 ensuite l'imagination des femmes dtaille loisir des instants si dlicieux4 ,comme l'amour fait douter des choses les plus dmontres1 cette femme qui1 avant l'intimit1 tait si sre que son amant est un homme au-dessus du vulgaire1 aussitt qu'elle croit n'avoir plus rien lui refuser1 tremble qu'il n'ait cherch qu' mettre une femme de plus sur sa liste4 ,alors seulement parat la seconde cristallisation1 qui1 parce que la crainte l'accompagne1 est de beaucoup la plus forte#bg4 #bg ,cette seconde cristallisation manque chez les femmes faciles1 qui sont bien loin de toutes ces ides romanesques4 ,une femme croit de reine s'tre faite esclave4 ,cet tat de l'me et de l'esprit est aid par l'ivresse nerveuse que font natre des plaisirs d'autant plus sensibles qu'ils sont plus rares4 ,enfin une femme1 devant son mtier broder1 ouvrage insipide et qui n'occupe que les mains1 songe son amant1 tandis que celui-ci1 galopant dans la plaine avec son escadron1 est mis aux arrts s'il fait faire un faux mouvement4 ,je croirais donc que la seconde cristallisation est beaucoup plus forte chez les femmes parce que la crainte est plus vive1 la vanit1 l'honneur sont compromis1 du moins les distractions sont-elles plus difficiles4 ,une femme ne peut tre guide par l'habitude d'tre raisonnable1 que moi1 homme1 je contracte forcment mon bureau1 en travaillant six heures tous les jours1 des choses froides et raisonnables4 ,mme hors de l'amour1 elles ont du penchant se livrer leur imagination et de l'exaltation habituelle2 la disparition des dfauts de l'objet aim doit donc tre plus rapide4 ,les femmes prfrent les motions la raison1 c'est tout simple3 comme en vertu de nos plats usages1 elles ne sont charges d'aucune affaire dans la famille1 la raison ne leur est jamais utile1 elles ne l'prouvent jamais bonne quelque chose4 ,elle leur est1 au contraire1 toujours nuisible1 car elle ne leur apparat que pour les gronder d'avoir eu du plaisir hier1 ou pour leur commander de n'en plus avoir demain4 ,donnez rgler votre femme vos affaires avec les fermiers de deux de vos terres1 je parie que les registres seront mieux tenus que par vous1 et alors1 triste despote1 vous aurez au moins le droit de vous plaindre1 puisque vous n'avez pas le talent de vous faire aimer4 ,ds que les femmes entreprennent des raisonnements gnraux1 elles font de l'amour sans s'en apercevoir4 ,dans les choses de dtail1 elles se piquent d'tre plus svres et plus exactes que les hommes4 ,la moiti du petit commerce est confi aux femmes1 qui s'en acquittent mieux que leurs maris4 ,c'est une maxime connue que1 si l'on parle d'affaires avec elles1 on ne saurait avoir trop de gravit4 ,c'est qu'elles sont toujours et partout avides d'motion3 voyez les plaisirs de l'enterrement en cosse4 ,,chapitre ,,viii ,this was her favoured fairy realm1 and here she erected her aerial palaces4 ,,bride ,,of ,,lammermoor1 ,i1 #gj4 ,une jeune fille de dix-huit ans n'a pas assez de cristallisation en son pouvoir1 forme des dsirs trop borns par le peu d'exprience qu'elle a des choses de la vie1 pour tre en tat d'aimer avec autant de passion qu'une femme de vingt-huit4 ,ce soir j'exposais cette doctrine une femme d'esprit qui prtend le contraire4 ,l'imagination d'une jeune fille n'tant glace par aucune exprience dsagrable1 et le feu de la premire jeunesse se trouvant dans toute sa force1 il est possible qu' propos d'un homme quelconque elle se cre une image ravissante4 ,toutes les fois qu'elle rencontrera son amant1 elle jouira non de ce qu'il est en effet1 mais de cette image dlicieuse qu'elle se sera cre4 ,plus tard1 dtrompe de cet amant et de tous les hommes1 l'exprience de la triste ralit a diminu chez elle le pouvoir de la cristallisation1 la mfiance a coup les ailes l'imagination4 ,a propos de quelque homme que ce soit1 ft-il un prodige1 elle ne pourra plus se former une image aussi entranante2 elle ne pourra donc plus aimer avec le mme feu que dans la premire jeunesse4 ,et comme en amour on ne jouit que de l'illusion qu'on se fait1 jamais l'image qu'elle pourra se crer vingt-huit ans n'aura le brillant et le sublime de celle sur laquelle tait fond le premier amour seize1 et le second amour semblera toujours d'une espce dgnre4--,non1 madame1 la prsence de la mfiance1 qui n'existait pas seize ans1 est videmment ce qui doit donner une couleur diffrente ce second amour4 ,dans la premire jeunesse1 l'amour est comme un fleuve immense qui entrane tout dans son cours1 et auquel on sent qu'on ne saurait rsister4 ,or1 une me tendre se connat vingt-huit ans2 elle sait que si pour elle il est encore du bonheur dans la vie1 c'est l'amour qu'il faut le demander2 il s'tablit dans ce pauvre coeur agit une lutte terrible entre l'amour et la mfiance4 ,la cristallisation avance lentement2 mais celle qui sort victorieuse de cette preuve terrible1 o l'me excute tous ses mouvements la vue continue du plus affreux danger1 est mille fois plus brillante et plus solide que la cristallisation de seize ans1 o1 par le privilge de l'ge1 tout tait gaiet et bonheur4 ,donc l'amour doit tre moins gai et plus passionn#bh4 #bh picure disait que le discernement est ncessaire la possession du plaisir4 ,cette conversation 7,bologne1 #i mars #ahbj71 qui contredit un point qui me semblait si clair1 me fait penser de plus en plus qu'un homme ne peut presque rien dire de sens sur ce qui se passe au fond du coeur d'une femme tendre2 quant une coquette1 c'est diffrent3 nous avons aussi des sens et de la vanit4 ,la dissemblance entre la naissance de l'amour chez les deux sexes doit provenir de la nature de l'esprance1 qui n'est pas la mme4 ,l'un attaque et l'autre dfend2 l'un demande et l'autre refuse2 l'un est hardi1 l'autre trs timide4 ,l'homme se dit3 ,pourrai-je lui plaire8 voudra-t-elle m'aimer8 ,la femme3 ,n'est-ce point par jeu qu'il me dit qu'il m'aime8 est-ce un caractre solide8 peut-il se rpondre soi-mme de la dure de ses sentiments8 ,c'est ainsi que beaucoup de femmes regardent et traitent comme un enfant un jeune homme de vingt-trois ans2 s'il a fait six campagnes1 tout change pour lui1 c'est un jeune hros4 ,chez l'homme1 l'espoir dpend simplement des actions de ce qu'il aime2 rien de plus ais interprter4 ,chez les femmes1 l'esprance doit tre fonde sur des considrations morales trs difficiles bien apprcier4 ,la plupart des hommes sollicitent une preuve d'amour qu'ils regardent comme dissipant tous les doutes2 les femmes ne sont pas assez heureuses pour pouvoir trouver une telle preuve2 et il y a ce malheur dans la vie1 que ce qui fait la scurit et le bonheur de l'un des amants fait le danger et presque l'humiliation de l'autre4 ,en amour1 les hommes courent le hasard du tourment secret de l'me1 les femmes s'exposent aux plaisanteries du public2 elles sont plus timides1 et d'ailleurs l'opinion est beaucoup plus pour elles1 car ,sois considre1 il le faut#bi4 #bi ,on se rappelle la maxime de ,beaumarchais3 ,la nature dit la femme3 ,sois belle si tu peux1 sage si tu veux1 mais sois considre1 il le faut4 ,sans considration1 en ,france1 point d'admiration1 partant point d'amour4 ,elles n'ont pas un moyen sr de subjuguer l'opinion en exposant un instant leur vie4 ,les femmes doivent donc tre beaucoup plus mfiantes4 ,en vertu de leurs habitudes1 tous les mouvements intellectuels qui forment les poques de la naissance de l'amour sont chez elles plus doux1 plus timides1 plus lents1 moins dcids2 il y a donc plus de dispositions la constance2 elles doivent se dsister moins facilement d'une cristallisation commence4 ,une femme1 en voyant son amant1 rflchit avec rapidit ou se livre au bonheur d'aimer1 bonheur dont elle est tire dsagrablement s'il fait la moindre attaque1 car il faut quitter tous les plaisirs pour courir aux armes4 ,le rle de l'amant est plus simple1 il regarde les yeux de ce qu'il aime3 un seul sourire peut le mettre au comble du bonheur1 et il cherche sans cesse l'obtenir#cj4 ,un homme est humili de la longueur du sige2 elle fait au contraire la gloire d'une femme4 #cj ,quando leggemmo il disiato riso ,esser baciato da cotanto amante1 ,costui che mai da me non fia diviso1 ,la bocca mi bacci tutto tremante4 ,,dante1 ,inf41 cant4 ,v4 ,une femme est capable d'aimer1 et1 dans un an entier1 de ne dire que dix ou douze mots l'homme qu'elle prfre4 ,elle tient note au fond de son coeur du nombre de fois qu'elle l'a vu2 elle est alle deux fois avec lui au spectacle1 deux fois elle s'est trouve dner avec lui1 il l'a salue trois fois la promenade4 ,un soir1 un petit jeu1 il lui a bais la main2 on remarque que depuis elle ne permet plus1 sous aucun prtexte et mme au risque de paratre singulire1 qu'on lui baise la main4 ,dans un homme1 on appellerait cette conduite de l'amour fminin1 nous disait ,lonore4 ,,chapitre ,,ix ,je fais tous les efforts possibles pour tre sec4 ,je veux imposer silence mon coeur1 qui croit avoir beaucoup dire4 ,je tremble toujours de n'avoir crit qu'un soupir1 quand je crois avoir not une vrit4 ,,chapitre ,x ,pour preuve de la cristallisation1 je me contenterai de rappeler l'anecdote suivante#ca4 #ca ,empoli1 juin #ahai4 ,une jeune personne entend dire qu'douard1 son parent1 qui va revenir de l'arme1 est un jeune homme de la plus grande distinction2 on lui assure qu'elle en est aime sur sa rputation2 mais il voudra probablement la voir avant de se dclarer et de la demander ses parents4 ,elle aperoit un jeune tranger l'glise1 elle l'entend appeler douard1 elle ne pense plus qu' lui1 elle l'aime4 ,huit jours aprs1 arrive le vritable douard2 ce n'est pas celui de l'glise1 elle plit1 et sera pour toujours malheureuse si on la force l'pouser4 ,voil ce que les pauvres d'esprit appellent une des draisons de l'amour4 ,un homme gnreux comble une jeune fille malheureuse des bienfaits les plus dlicats2 on ne peut pas avoir plus de vertus1 et l'amour allait natre1 mais il porte un chapeau mal retap1 et elle le voit monter cheval d'une manire gauche2 la jeune fille s'avoue en soupirant qu'elle ne peut rpondre aux empressements qu'il lui tmoigne4 ,un homme fait la cour la femme du monde la plus honnte1 elle apprend que ce monsieur a eu des malheurs physiques et ridicules3 il lui devient insupportable4 ,cependant elle n'avait nul dessein de se jamais donner lui1 et ces malheurs secrets ne nuisent en rien son esprit et son amabilit4 ,c'est tout simplement que la cristallisation est rendue impossible4 ,pour qu'un tre humain puisse s'occuper avec dlices diviniser un objet aimable1 qu'il soit pris dans la fort des ,ardennes ou au bal de ,coulon1 il faut d'abord qu'il lui semble parfait1 non pas sous tous les rapports possibles1 mais sous tous les rapports qu'il voit actuellement2 il ne lui semblera parfait tous gards qu'aprs plusieurs jours de la seconde cristallisation4 ,c'est tout simple1 il suffit alors d'avoir l'ide d'une perfection pour la voir dans ce qu'on aime4 ,on voit en quoi la beaut est ncessaire la naissance de l'amour4 ,il faut que la laideur ne fasse pas obstacle4 ,l'amant arrive bientt trouver belle sa matresse telle qu'elle est1 sans songer la vraie beaut4 ,les traits qui forment la vraie beaut lui promettraient1 s'il les voyait1 et si j'ose m'exprimer ainsi1 une quantit de bonheur que j'exprimerai par le nombre un1 et les traits de sa matresse1 tels qu'ils sont1 lui promettent mille units de bonheur4 ,avant la naissance de l'amour1 la beaut est ncessaire comme enseigne2 elle prdispose cette passion par les louanges qu'on entend donner ce qu'on aimera4 ,une admiration trs vive rend la plus petite esprance dcisive4 ,dans l'amour-got1 et peut-tre dans les premires cinq minutes de l'amour-passion1 une femme1 en prenant un amant1 tient plus de compte de la manire dont les autres femmes voient cet homme1 que de la manire dont elle le voit elle-mme4 ,de l les succs des princes et des officiers#cb4 #cb ,those who remarked in the countenance of this young here a dissolute audacity mingled with extreme haughtiness and indifference to the feelings of others1 could not yet deny to his countenance that sort of comeliness which belongs to an open set of features1 well formed by nature1 modelled by art to the usual rules of courtesy1 yet so far frank and honest1 that they seemed as if they disclaimed to conceal the natural working of the soul4 ,such an expression if often mistaken for manly frankness1 when in truth it arises from the reckless indifference of a libertine disposition1 conscious of superiority of birth1 of wealth1 or of some other adventitious advantage totally unconnected with personal merit4 ,ivanhoe1 tome ,i1 p4 #ade4 ,les jolies femmes de la cour du vieux ,louis ,,xiv taient amoureuses de ce prince4 ,il faut bien se garder de prsenter des facilits l'esprance avant d'tre sr qu'il y a de l'admiration4 ,on ferait natre la fadeur1 qui rend jamais l'amour impossible1 ou du moins que l'on ne peut gurir que par la pique d'amour-propre4 ,on ne sympathise pas avec le niais1 ni avec le sourire tout venant2 de l1 dans le monde1 la ncessit d'un vernis de rouerie2 c'est la noblesse des manires4 ,on ne cueille pas mme le rire sur une plante trop avilie4 ,en amour1 notre vanit ddaigne une victoire trop facile2 et1 dans tous les genres1 l'homme n'est pas sujet s'exagrer le prix de ce qu'on lui offre4 ,,chapitre ,,xi ,une fois la cristallisation commence1 l'on jouit avec dlices de chaque nouvelle beaut que l'on dcouvre dans ce qu'on aime4 ,mais qu'est-ce que la beaut8 c'est une nouvelle aptitude vous donner du plaisir4 ,les plaisirs de chaque individu sont diffrents et souvent opposs3 cela explique fort bien comment ce qui est beaut pour un individu est laideur pour un autre4 7,exemple concluant de ,del ,rosso et de ,lisio1 le #a;er janvier #ahbj47 ,pour dcouvrir la nature de la beaut1 il convient de rechercher quelle est la nature des plaisirs de chaque individu2 par exemple1 il faut ,del ,rosso une femme qui souffre quelques mouvements hasards1 et qui1 par ses sourires1 autorise des choses fort gaies2 une femme qui1 chaque instant1 tienne les plaisirs physiques devant son imagination1 et qui excite la fois le genre d'amabilit de ,del ,rosso et lui permette de la dployer4 ,del ,rosso entend par amour apparemment l'amour physique1 et ,lisio l'amour-passion4 ,rien de plus vident qu'ils ne doivent pas tre d'accord sur le mot beaut#cc4 #cc ,ma beaut1 promesse d'un caractre utile mon me1 est au dessus de l'attraction des sens2 cette attraction n'est qu'une espce particulire4 #ahae4 ,la beaut que vous dcouvrez tant donc une nouvelle aptitude vous donner du plaisir1 et les plaisirs variant comme les individus4 ,la cristallisation forme dans la tte de chaque homme doit porter la couleur des plaisirs de cet homme4 ,la cristallisation de la matresse d'un homme1 ou sa ,,beaut1 n'est autre chose que la collection de ,,toutes ,,les ,,satisfactions1 de tous les dsirs qu'il a pu former successivement son gard4 ,,chapitre ,,xii ,suite de la cristallisation4 ,pourquoi jouit-on avec dlices de chaque nouvelle beaut que l'on dcouvre dans ce qu'on aime8 ,c'est que chaque nouvelle beaut nous donne la satisfaction pleine et entire d'un dsir4 ,vous la voulez tendre1 elle est tendre2 ensuite vous la voulez fire comme l'milie de ,corneille1 et1 quoique ces qualits soient probablement incompatibles1 elle parat l'instant avec une me romaine4 ,voil la raison morale pour laquelle l'amour est la plus forte des passions4 ,dans les autres1 les dsirs doivent s'accommoder aux froides ralits2 ici ce sont les ralits qui s'empressent de se modeler sur les dsirs2 c'est donc celle des passions o les dsirs violents ont les plus grandes jouissances4 ,il y a des conditions gnrales de bonheur qui tendent leur empire sur toutes les satisfactions de dsirs particuliers3 #a ,elle semble votre proprit1 car c'est vous seul qui pouvez la rendre heureuse4 #b ,elle est juge de votre mrite4 ,cette condition tait fort importante dans les cours galantes et chevaleresques de ,franois ,ier et de ,henri ,,ii1 et la cour lgante de ,louis ,,xv4 ,sous un gouvernement constitutionnel et raisonneur1 les femmes perdent toute cette branche d'influence4 #c ,pour les coeurs romanesques1 plus elle aura l'me sublime1 plus seront clestes et dgags de la fange de toutes les considrations vulgaires les plaisirs que vous trouverez dans ses bras4 ,la plupart des jeunes ,franais de dix-huit ans sont lves de ,j4-,j4 ,rousseau2 cette condition de bonheur est importante pour eux4 ,au milieu d'oprations si dcevantes pour le dsir du bonheur1 la tte se perd4 ,du moment qu'il aime1 l'homme le plus sage ne voit aucun objet tel qu'il est4 ,il s'exagre en moins ses propres avantages1 et en plus les moindres faveurs de l'objet aim4 ,les craintes et les espoirs prennent l'instant quelque chose de romanesque 7de ,wayward74 ,il n'attribue plus rien au hasard2 il perd le sentiment de la probabilit2 une chose imagine est une chose existante pour l'effet sur son bonheur#cd4 #cd ,il y a une cause physique1 un commencement de folie1 une affluence du sang au cerveau1 un dsordre dans les nerfs et dans le centre crbral4 ,voir le courage phmre des cerfs et la couleur des penses d'un soprano4 ,en #aibb1 la physiologie nous donnera description de la partie physique de ce phnomne4 ,je le recommande l'attention de ,m4 ,edwards4 ,une marque effrayante que la tte se perd1 c'est qu'en pensant quelque petit fait1 difficile observer1 vous le voyez blanc1 et vous l'interprtez en faveur de votre amour1 un instant aprs vous vous apercevez qu'en effet il tait noir1 et vous le trouvez encore concluant en faveur de votre amour4 ,c'est alors qu'une me en proie aux incertitudes mortelles sent vivement le besoin d'un ami2 mais pour un amant il n'est plus d'ami4 ,on savait cela la cour4 ,voil la source du seul genre d'indiscrtion qu'une femme dlicate puisse pardonner4 ,,chapitre ,,xiii ,du premier pas1 du grand monde1 des malheurs4 ,ce qu'il y a de plus tonnant dans la passion de l'amour1 c'est le premier pas1 c'est l'extravagance du changement qui s'opre dans la tte d'un homme4 ,le grand monde1 avec ses ftes brillantes1 sert l'amour comme favorisant ce premier pas4 ,il commence par changer l'admiration simple 7n #a7 en admiration tendre 7n #b73 ,quel plaisir de lui donner des baisers1 etc4 ,une valse rapide1 dans un salon clair de mille bougies1 jette dans les jeunes coeurs une ivresse qui clipse la timidit1 augmente la conscience des forces et leur donne enfin l'audace d'aimer4 ,car voir un objet trs aimable ne suffit pas2 au contraire1 l'extrme amabilit dcourage les mes tendres1 il faut le voir1 sinon vous aimant#ce1 du moins dpouill de sa majest4 #ce ,de l la possibilit des passions origine factice1 celles-ci1 et celle de ,bndict1 et de ,batrix 7,shakespeare74 ,qui s'avise de devenir amoureux d'une reine1 moins qu'elle ne fasse des avances#cf8 #cf ,voir les ,amours de ,struenzee dans les cours du ,nord1 de ,brown1 #c vol41 #ahai4 ,rien n'est donc plus favorable la naissance de l'amour que le mlange d'une solitude ennuyeuse et de quelques bals rares et longtemps dsirs2 c'est la conduite des bonnes mres de famille qui ont des filles4 ,le vrai grand monde tel qu'on le trouvait la cour de ,france#cg1 et qui1 je crois1 n'existe plus depuis #aghjch1 tait peu favorable l'amour1 comme rendant presque impossibles la solitude et le loisir indispensables pour le travail des cristallisations4 #cg ,voir les ,lettres de ,mme du ,deffant1 de ,mlle de ,lespinasse1 les ,mmoires de ,bezenval1 de ,lauzun1 de ,mme d'pinay1 le ,dictionnaire des tiquettes de ,mme de ,genlis1 les ,mmoires de ,dangeau1 d',horace ,walpole4 #ch ,si ce n'est peut-tre la cour de ,ptersbourg4 ,la vie de la cour donne l'habitude de voir et d'excuter un grand nombre de nuances1 et la plus petite nuance peut tre le commencement d'une admiration et d'une passion#ci4 #ci ,voir ,saint-,simon et ,werther4 ,quelque tendre et dlicat que soit un solitaire1 son me est distraite1 une partie de son imagination est employe prvoir la socit4 ,la force de caractre est un des charmes qui sduisent le plus les coeurs vraiment fminins4 ,de l le succs des jeunes officiers fort graves4 ,les femmes savent fort bien faire la diffrence de la violence des mouvements de passion1 qu'elles sentent si possibles dans leurs coeurs1 la force de caractre2 les femmes les plus distingues sont quelquefois dupes d'un peu de charlatanisme de ce genre4 ,on peut s'en servir sans nulle crainte1 aussitt que l'on s'aperoit que la cristallisation a commenc4 ,quand les malheurs propres de l'amour sont mls d'autres malheurs 7de malheurs de vanit1 si votre matresse offense votre juste fiert1 vos sentiments d'honneur et de dignit personnelle2 de malheurs de sant1 d'argent1 de perscution politique1 etc471 ce n'est qu'en apparence que l'amour est augment par ces contre-temps2 comme ils occupent autre chose l'imagination1 ils empchent1 dans l'amour esprant1 les cristallisations1 et dans l'amour heureux1 la naissance des petits doutes4 ,la douceur de l'amour et sa folie reviennent quand ces malheurs ont disparu4 ,remarquez que les malheurs favorisent la naissance de l'amour chez les caractres lgers ou insensibles1 et qu'aprs sa naissance1 si les malheurs sont antrieurs1 ils favorisent l'amour en ce que l'imagination1 rebute des autres circonstances de la vie1 qui ne fournissent que des images tristes1 se jette tout entire oprer la cristallisation4 ,,chapitre ,,xiv ,voici un effet qui me sera contest1 et que je ne prsente qu'aux hommes1 dirai-je1 assez malheureux pour avoir aim avec passion pendant de longues annes et d'un amour contrari par des obstacles invincibles3 ,la vue de tout ce qui est extrmement beau1 dans la nature et dans les arts1 rappelle le souvenir de ce qu'on aime1 avec la rapidit de l'clair4 ,c'est que1 par le mcanisme de la branche d'arbre garnie de diamants dans la mine de ,salzbourg1 tout ce qui est beau et sublime au monde fait partie de la beaut de ce qu'on aime1 et cette vue imprvue du bonheur l'instant remplit les yeux de larmes4 ,c'est ainsi que l'amour du beau et l'amour se donnent mutuellement la vie4 ,un des malheurs de la vie1 c'est que ce bonheur de voir ce qu'on aime et de lui parler ne laisse pas de souvenirs distincts4 ,l'me est apparemment trop trouble par ses motions pour tre attentive ce qui les cause ou ce qui les accompagne4 ,elle est la sensation elle-mme4 ,c'est peut-tre parce que ces plaisirs ne peuvent pas tre uss par des rappels volont1 qu'ils se renouvellent avec tant de force1 ds que quelque objet vient nous tirer de la rverie consacre la femme que nous aimons1 et nous la rappeler plus vivement par quelque nouveau rapport#dj4 #dj ,les parfums4 ,un vieil architecte sec la rencontrait tous les soirs dans le monde4 ,entran par le naturel1 et sans faire attention ce que je lui disais#da1 un jour je lui en fis un loge tendre et pompeux1 et elle se moqua de moi4 ,je n'eus pas la force de lui dire3 ,il vous voit chaque soir4 #da ,voir la note #bc4 ,cette sensation est si puissante qu'elle s'tend jusqu' la personne de mon ennemie qui l'approche sans cesse4 ,quand je la vois1 elle rappelle tant ,lonore1 que je ne puis la har dans ce moment1 quelque effort que j'y fasse4 ,on dirait que par une trange bizarrerie du coeur1 la femme aime communique plus de charme qu'elle n'en a elle-mme4 ,l'image de la ville lointaine o on la vit un instant#db jette une plus profonde et plus douce rverie que sa prsence elle-mme4 ,c'est l'effet des rigueurs4 #db ,nessun maggior dolore ,che ricordarsi del tempo felice ,nella miseria4 ,,dante1 ,inf41 cant4 ,v4 ,la rverie de l'amour ne peut se noter4 ,je remarque que je puis relire un bon roman tous les trois ans avec le mme plaisir4 ,il me donne des sentiments conformes au genre de got tendre qui me domine dans le moment1 ou me procure de la varit dans mes ides1 si je ne sens rien4 ,je puis aussi couter avec plaisir la mme musique1 mais il ne faut pas que la mmoire cherche se mettre dans la partie4 ,c'est l'imagination uniquement qui doit tre affecte2 si un opra fait plus de plaisir la vingtime reprsentation1 c'est que l'on comprend mieux la musique1 ou qu'il rappelle la sensation du premier jour4 ,quant aux nouvelles vues qu'un roman suggre pour la connaissance du coeur humain1 je me rappelle fort bien les anciennes2 j'aime mme les trouver notes en marge4 ,mais ce genre de plaisir s'applique aux romans1 comme m'avanant dans la connaissance de l'homme1 et nullement la rverie1 qui est le vrai plaisir du roman4 ,cette rverie est innotable4 ,la noter1 c'est la tuer pour le prsent1 car l'on tombe dans l'analyse philosophique du plaisir1 c'est la tuer encore plus srement pour l'avenir1 car rien ne paralyse l'imagination comme l'appel la mmoire4 ,si je trouve en marge une note peignant ma sensation en lisant ,old ,mortality ,florence1 il y a trois ans1 l'instant je suis plong dans l'histoire de ma vie1 dans l'estime du degr de bonheur aux deux poques1 dans la plus haute philosophie1 en un mot1 et adieu pour longtemps le laisser-aller des sensations tendres4 ,tout grand pote ayant une vive imagination est timide1 c'est--dire qu'il craint les hommes pour les interruptions et les troubles qu'ils peuvent apporter ses dlicieuses rveries4 ,c'est pour son attention qu'il tremble4 ,les hommes1 avec leurs intrts grossiers1 viennent le tirer des jardins d',armide pour le pousser dans un bourbier ftide1 et ils ne peuvent gure le rendre attentif eux qu'en l'irritant4 ,c'est par l'habitude de nourrir son me de rveries touchantes1 et par son horreur pour le vulgaire1 qu'un grand artiste est si prs de l'amour4 ,plus un homme est grand artiste1 plus il doit dsirer les titres et dcorations comme rempart4 ,,chapitre ,,xv ,on rencontre1 au milieu de la passion la plus violente et la plus contrarie1 des moments o l'on croit tout coup ne plus aimer2 c'est comme une source d'eau douce au milieu de la mer4 ,on n'a presque plus de plaisir songer sa matresse1 et1 quoique accabl de ses rigueurs1 l'on se trouve encore plus malheureux de ne plus prendre intrt rien dans la vie4 ,le nant le plus triste et le plus dcourag succde une manire d'tre1 agite sans doute1 mais qui prsentait toute la nature sous un aspect neuf1 passionn1 intressant4 ,c'est que la dernire visite que vous avez faite ce que vous aimez vous a mis dans une position sur laquelle une autre fois votre imagination a moissonn tout ce qu'elle peut donner de sensations3 par exemple1 aprs une priode de froideur1 elle vous traite moins mal1 et vous laisse concevoir exactement le mme degr d'esprance1 et par les mmes signes extrieurs qu' une autre poque2 tout cela peut-tre sans qu'elle s'en doute4 ,l'imagination trouvant en son chemin la mmoire et ses tristes avis1 la cristallisation#dc cesse l'instant4 #dc ,on me conseille d'abord d'ter ce mot1 ou1 si je ne puis y parvenir1 faute de talent littraire1 de rappeler souvent que j'entends par cristallisation une certaine figure d'imagination1 laquelle rend mconnaissable un objet le plus souvent assez ordinaire1 et en fait un tre part4 ,dans les mes qui ne connaissent d'autre chemin que la vanit pour arriver au bonheur1 il est ncessaire que l'homme qui cherche exciter cette fivre mette fort bien sa cravate et soit constamment attentif mille dtails qui excluent tout laisser-aller4 ,les femmes de la socit avouent l'effet tout en niant ou ne voyant pas la cause4 ,,chapitre ,,xvi ,dans un petit port1 dont j'ignore le nom1 prs ,perpignan1 #be fvrier #ahbbdd4 #dd ,copie du journal de ,lisio4 ,je viens d'prouver ce soir que la musique1 quand elle est parfaite1 met le coeur exactement dans la mme situation o il se trouve quand il jouit de la prsence de ce qu'il aime1 c'est--dire qu'elle donne le bonheur apparemment le plus vif qui existe sur cette terre4 ,s'il en tait ainsi pour tous les hommes1 rien au monde ne disposerait plus l'amour4 ,mais j'ai dj not ,naples1 l'anne dernire1 que la musique parfaite1 comme la pantomime parfaite#de1 me fait songer ce qui forme actuellement l'objet de mes rveries et me fait venir des ides excellentes2 ,naples1 c'est le moyen d'armer les ,grecs4 #de ,othello et la ,vestale1 ballets de ,vigano1 excuts par le ,pallerini et ,mollinari4 ,or1 ce soir1 je ne puis me dissimuler que j'ai le malheur of being too great an admirer of milady ,l4 ,et peut-tre que la musique parfaite que j'ai eu le bonheur de rencontrer1 aprs deux ou trois mois de privation1 quoique allant tous les soirs l',opra1 n'a produit tout simplement que son effet anciennement reconnu1 je veux dire celui de faire songer vivement ce qui occupe4 --#d mars1 huit jours aprs4 ,je n'ose ni effacer ni approuver l'observation prcdente4 ,il est sr que1 quand je l'crivais1 je la lisais dans mon coeur4 ,si je la mets en doute aujourd'hui1 c'est peut tre que j'ai perdu le souvenir de ce que je voyais alors4 ,l'habitude de la musique et de sa rverie prdispose l'amour4 ,un air tendre et triste1 pourvu qu'il ne soit pas trop dramatique1 que l'imagination ne soit pas force de songer l'action1 excitant purement la rverie de l'amour1 est dlicieux pour les mes tendres et malheureuses3 par exemple1 le trait prolong de clarinette1 au commencement du quartetto de ,bianca e ,faliero1 et le rcit de la ,camporesi vers le milieu du quartetto4 ,l'amant qui est bien avec ce qu'il aime jouit avec transport du fameux duetto d',armida e ,rinaldo de ,rossini1 qui peint si juste les petits doutes de l'amour heureux et les moments de dlices qui suivent les raccommodements4 ,le morceau instrumental qui est au milieu du duetto au moment o ,rinaldo veut fuir1 et qui reprsente d'une manire si tonnante le combat des passions1 lui semble avoir une influence physique sur son coeur et le toucher rellement4 ,je n'ose dire ce que je sens cet gard2 je passerais pour fou auprs des gens du ,nord4 ,,chapitre ,,xvii ,la beaut dtrne par l'amour4 ,albric rencontre dans une loge une femme plus belle que sa matresse 7je supplie qu'on me permette une valuation mathmatique71 c'est--dire dont les traits promettent trois units de bonheur1 au lieu de deux 7je suppose que la beaut parfaite donne une quantit de bonheur exprime par le nombre quatre74 ,est-il tonnant qu'il leur prfre les traits de sa matresse1 qui lui promettent cent units de bonheur8 ,mme les petits dfauts de sa figure1 une marque de petite vrole1 par exemple1 donnent de l'attendrissement l'homme qui aime1 et le jettent dans une rverie profonde lorsqu'il les aperoit chez une autre femme2 que sera-ce chez sa matresse8 ,c'est qu'il a prouv mille sentiments en prsence de cette marque de petite vrole1 que ces sentiments sont pour la plupart dlicieux1 sont tous du plus haut intrt1 et que1 quels qu'ils soient1 ils se renouvellent avec une incroyable vivacit la vue de ce signe1 mme aperu sur la figure d'une autre femme4 ,si l'on parvient ainsi prfrer et aimer la laideur1 c'est que dans ce cas la laideur est beaut#df4 ,un homme aimait la passion une femme trs maigre et marque de petite vrole3 la mort la lui ravit4 ,trois ans aprs1 ,rome1 admis dans la familiarit de deux femmes1 l'une plus belle que le jour1 l'autre maigre1 marque de petite vrole1 et par l1 si vous voulez1 assez laide3 je le vois aimer la laide au bout de huit jours qu'il emploie effacer sa laideur par ses souvenirs2 et1 par une coquetterie bien pardonnable1 la moins jolie ne manqua pas de l'aider en lui fouettant un peu le sang1 chose utile cette opration#dg4 ,un homme rencontre une femme et est choqu de sa laideur2 bientt1 si elle n'a pas de prtentions1 sa physionomie lui fait oublier les dfauts de ses traits3 il la trouve aimable et conoit qu'on puisse l'aimer2 huit jours aprs1 il a des esprances2 huit jours aprs1 on les lui retire2 huit jours aprs1 il est fou4 #df ,la beaut n'est que la promesse du bonheur4 ,le bonheur d'un ,grec tait diffrent du bonheur d'un ,franais de #ahbb4 ,voyez les yeux de la ,vnus de ,mdicis et comparez-les aux yeux de la ,madeleine de ,pordenone 7chez ,m4 de ,sommariva74 #dg ,si l'on est sr de l'amour d'une femme1 on examine si elle est plus ou moins belle2 si l'on doute de son coeur1 on n'a pas le temps de songer sa figure4 ,,chapitre ,,xviii ,on remarque au thtre une chose analogue envers les acteurs chris du public3 les spectateurs ne sont plus sensibles ce qu'ils peuvent avoir de beaut ou de laideur relle4 ,lekain1 malgr sa laideur remarquable1 faisait des passions foison4 ,garrick aussi1 par plusieurs raisons1 mais d'abord parce qu'on ne voyait plus la beaut relle de leurs traits ou de leurs manires1 mais bien celle que depuis longtemps l'imagination tait habitue leur prter1 en reconnaissance et en souvenir de tous les plaisirs qu'ils lui avaient donns2 et1 par exemple1 la figure seule d'un acteur comique fait rire ds qu'il entre en scne4 ,une jeune fille qu'on menait aux ,franais pour la premire fois pouvait bien sentir quelque loignement pour ,lekain durant la premire scne2 mais bientt il la faisait pleurer ou frmir2 et comment rsister aux rles de ,tancrde#dh ou d',orosmane8 ,si pour elle la laideur tait encore un peu visible1 les transports de tout un public1 et l'effet nerveux qu'ils produisent sur un jeune coeur#di parvenaient bien vite l'clipser4 ,il ne restait plus de la laideur que le nom1 et pas mme le nom1 car l'on entendait des femmes enthousiastes de ,lekain s'crier3 ,qu'il est beau6 #dh ,voir ,mme de ,stal1 dans ,delphine1 je crois3 voil l'artifice des femmes peu jolies4 #di ,c'est cette sympathie nerveuse que je serais tent d'attribuer l'effet prodigieux et incomprhensible de la musique la mode 7 ,dresde1 pour ,rossini1 #ahba74 ,ds qu'elle n'est plus de mode1 elle n'en devient pas plus mauvaise pour cela1 et cependant elle ne fait plus d'effet sur les coeurs de bonne foi des jeunes filles4 ,elle leur plaisait peut-tre aussi comme excitant les transports des jeunes gens4 ,mme de ,svign 7,lettre #bjb1 le #f mai #afgb7 dit sa fille3 ,lully avait fait un dernier effort de toute la musique du roi2 ce beau ,miserere y tait encore augment2 il y eut un ,libera o tous les yeux taient pleins de larmes4 ,on ne peut pas plus douter de la vrit de cet effet que disputer l'esprit ou la dlicatesse ,mme de ,svign4 ,la musique de ,lully1 qui la charmait1 ferait fuir cette heure2 alors cette musique encourageait la cristallisation1 elle la rend impossible aujourd'hui4 ,rappelons-nous que la beaut est l'expression du caractre1 ou1 autrement dit1 des habitudes morales1 et qu'elle est par consquent exempte de toute passion4 ,or1 c'est de la passion qu'il nous faut2 la beaut ne peut nous fournir que des probabilits sur le compte d'une femme1 et encore des probabilits sur ce qu'elle est de sang-froid2 et les regards de votre matresse marque de petite vrole sont une ralit charmante qui anantit toutes les probabilits possibles4 ,,chapitre ,,xix ,suite des exceptions la beaut4 ,les femmes spirituelles et tendres1 mais sensibilit timide et mfiante1 qui1 le lendemain du jour o elles ont paru dans le monde1 repassent mille fois en revue et avec une timidit souffrante ce qu'elles ont pu dire ou laisser deviner2 ces femmes-l1 dis-je1 s'accoutument facilement au manque de beaut chez les hommes1 et ce n'est presque pas un obstacle leur donner de l'amour4 ,c'est par le mme principe qu'on est presque indiffrent pour le degr de beaut d'une matresse adore et qui vous comble de rigueurs4 ,il n'y a presque plus de cristallisation de beaut2 et1 quand l'ami gurisseur vous dit qu'elle n'est pas jolie1 on en convient presque1 et il croit avoir fait un grand pas4 ,mon ami1 le brave capitaine ,trab1 me peignait ce soir ce qu'il avait senti autrefois en voyant ,mirabeau4 ,personne1 en regardant ce grand homme1 n'prouvait par les yeux un sentiment dsagrable1 c'est--dire ne le trouvait laid4 ,entran par ses paroles foudroyantes1 on n'tait attentif1 on ne trouvait du plaisir tre attentif qu' ce qui tait beau dans sa figure4 ,comme il n'y avait en lui presque pas de traits beaux 7de la beaut de la sculpture1 ou de la beaut de la peinture71 l'on n'tait attentif qu' ce qui tait beau d'une autre beaut#ej1 de la beaut d'expression4 #ej ,c'est l l'avantage d'tre la mode4 ,faisant abstraction des dfauts de la figure dj connus1 et qui ne font plus rien l'imagination1 on s'attache l'une des trois beauts suivantes3 #a ,dans le peuple1 l'ide de richesse2 #b ,dans le monde1 l'ide d'lgance1 ou matrielle ou morale2 #c ,a la cour1 l'ide3 je veux plaire aux femmes2 presque partout1 un mlange de ces trois ides4 ,le bonheur attach l'ide de richesse se joint la dlicatesse dans le plaisir qui suit l'ide d'lgance1 et le tout s'applique l'amour4 ,d'une manire ou d'autre1 l'imagination est entrane par la nouveaut4 ,l'on arrive ainsi s'occuper d'un homme trs laid sans songer sa laideur#ea1 et la longue sa laideur devient beaut4 ,a ,vienne1 en #aghh1 ,mme ,vigano1 danseuse1 la femme la mode1 tait grosse1 et les dames portrent bientt des petits ventres la ,vigano4 ,par les mmes raisons retournes1 rien d'affreux comme une mode suranne4 ,le mauvais got1 c'est de confondre la mode1 qui ne vit que de changements1 avec le beau durable1 fruit de tel gouvernement1 dirigeant tel climat4 ,un difice la mode1 dans dix ans1 sera une mode suranne4 ,il sera moins dplaisant dans deux cents ans1 quand on aura oubli la mode4 ,les amants sont bien fous de songer se bien mettre2 on a bien autre chose faire en voyant ce qu'on aime que de songer sa toilette2 on regarde son amant et on ne l'examine pas1 dit ,rousseau4 ,si cet examen a lieu1 on a affaire l'amour-got et non plus l'amour-passion4 ,l'air brillant de la beaut dplat presque dans ce qu'on aime2 on n'a que faire de la voir belle1 on la voudrait tendre et languissante4 ,la parure n'a d'effet1 en amour1 que pour les jeunes filles qui1 svrement gardes dans la maison paternelle1 prennent souvent une passion par les yeux4 ,dit par ,l41 #ae septembre #ahbj4 #ea ,le petit ,germain1 ,mmoires de ,grammont4 ,en mme temps que l'attention fermait les yeux tout ce qui tait laid1 pittoresquement parlant1 elle s'attachait avec transport aux plus petits dtails passables1 par exemple1 la beaut de sa vaste chevelure2 s'il et port des cornes1 on les et trouves belles#eb4 #eb ,soit pour leur poli1 soit pour leur grandeur1 soit pour leur forme2 c'est ainsi1 ou par la liaison de sentiments 7voir plus haut les marques de petite vrole7 qu'une femme qui aime s'accoutume aux dfauts de son amant4 ,la princesse russe ,c4 s'est bien accoutume un homme qui1 en dfinitif1 n'a pas de nez4 ,l'image du courage et du pistolet arm pour se tuer de dsespoir de ce malheur1 et la piti pour la profonde infortune1 aides par l'ide qu'il gurira et qu'il commence gurir1 ont opr ce miracle4 ,il faut que le pauvre bless n'ait pas l'air de penser son malheur4 ,berlin1 #ahjg4 ,la prsence de tous les soirs d'une jolie danseuse donne de l'attention force aux mes blases ou prives d'imagination qui garnissent le balcon de l',opra4 ,par ses mouvements gracieux1 hardis et singuliers1 elle rveille l'amour physique et leur procure peut-tre la seule cristallisation qui soit encore possible4 ,c'est ainsi qu'un laideron qui n'et pas t honor d'un regard dans la rue1 surtout de la part des gens uss1 s'il parat souvent sur la scne1 trouve se faire entretenir fort cher4 ,geoffroy disait que le thtre est le pidestal des femmes4 ,plus une danseuse est clbre et use1 plus elle vaut2 de l le proverbe des coulisses3 ,telle trouve se vendre qui n'et pas trouv se donner4 ,ces filles volent une partie de leurs passions leurs amants1 et sont trs susceptibles d'amour par pique4 ,comment faire pour ne pas lier des sentiments gnreux ou aimables la physionomie d'une actrice dont les traits n'ont rien de choquant1 que tous les soirs l'on regarde pendant deux heures exprimant les sentiments les plus nobles1 et que l'on ne connat pas autrement8 ,quand enfin l'on parvient tre admis chez elle1 ses traits vous rappellent des sentiments si agrables1 que toute la ralit qui l'entoure1 quelque peu noble qu'elle soit quelquefois1 se recouvre l'instant d'une teinte romanesque et touchante4 ,dans ma premire jeunesse1 enthousiaste de cette ennuyeuse tragdie franaise#ec1 quand j'avais le bonheur de souper avec ,mlle ,olivier1 tous les instants1 je me surprenais le coeur rempli de respect1 croyant parler une reine3 et rellement je n'ai jamais bien su si1 auprs d'elle1 j'avais t amoureux d'une reine ou d'une jolie fille4 #ec ,phrase inconvenante1 copie des ,mmoires de mon ami1 feu ,m4 le baron de ,bottmer4 ,c'est par le mme artifice que ,feramorz plat ,lalla-,rook4 ,voir ce charmant pome4 ,,chapitre ,,xx ,peut-tre que les hommes qui ne sont pas susceptibles d'prouver l'amour-passion sont ceux qui sentent le plus vivement l'effet de la beaut2 c'est du moins l'impression la plus forte qu'ils puissent recevoir des femmes4 ,l'homme qui a prouv le battement de coeur que donne de loin le chapeau de satin blanc de ce qu'il aime est tout tonn de la froideur o le laisse l'approche de la plus grande beaut du monde4 ,observant les transports des autres1 il peut mme avoir un mouvement de chagrin4 ,les femmes extrmement belles tonnent moins le second jour4 ,c'est un grand malheur1 cela dcourage la cristallisation4 ,leur mrite tant visible tous et formant dcoration1 elles doivent compter plus de sots dans la liste de leurs amants1 des princes1 des millionnaires1 etc4#ed4 #ed ,on voit bien que l'auteur n'est ni prince ni millionnaire4 ,j'ai voulu voler cet esprit-l au lecteur4 ,,chapitre ,,xxi ,de la premire vue4 ,une me imagination est tendre et dfiante1 je dis mme l'me la plus nave#ee4 ,elle peut tre mfiante sans s'en douter2 elle a trouv tant de dsappointements dans la vie6 ,donc tout ce qui est prvu et officiel dans la prsentation d'un homme effarouche l'imagination et loigne la possibilit de la cristallisation4 ,l'amour triomphe1 au contraire1 dans le romanesque la premire vue4 #ee ,la fiance de ,lammermoor1 miss ,ashton4 ,un homme qui a vcu trouve dans sa mmoire une foule d'exemples d'amours1 et n'a que l'embarras du choix4 ,mais1 s'il veut crire1 il ne sait plus sur quoi s'appuyer4 ,les anecdotes des socits particulires dans lesquelles il a vcu sont ignores du public1 et il faudrait un nombre de pages immense pour les rapporter avec les nuances ncessaires4 ,c'est pour cela que je cite des romans comme gnralement connus1 mais je n'appuie point les ides que je soumets au lecteur sur des fictions aussi vides1 et calcules la plupart plutt pour l'effet pittoresque que pour la vrit4 ,rien de plus simple2 l'tonnement qui fait longuement songer une chose extraordinaire est dj la moiti du mouvement crbral ncessaire pour la cristallisation4 ,je citerai le commencement des amours de ,sraphine 7,gil ,blas1 tome ,,ii1 p4 #adb74 ,c'est don ,fernando qui raconte sa fuite lorsqu'il tait poursuivi par les sbires de l'inquisition444 ,aprs avoir travers quelques alles dans une obscurit profonde1 et la pluie continuant tomber par torrents1 j'arrivai prs d'un salon dont je trouvai la porte ouverte2 j'y entrai1 et1 quand j'en eus remarqu toute la magnificence444 je vis qu'il y avait l'un des cts une porte qui n'tait que pousse2 je l'entr'ouvris et j'aperus une enfilade de chambres dont la dernire seulement tait claire4 ,que dois-je faire8 dis-je alors en moi-mme444 ,je ne pus rsister ma curiosit4 ,je m'avance1 je traverse les chambres1 et j'arrive celle o il y avait de la lumire1 c'est--dire une bougie qui brlait sur une table de marbre1 dans un flambeau de vermeil4 ,mais bientt1 jetant les yeux sur un lit dont les rideaux taient demi ouverts cause de la chaleur1 je vis un objet qui s'empara de toute mon attention3 c'tait une jeune femme qui1 malgr le bruit du tonnerre qui venait de se faire entendre1 dormait d'un profond sommeil444 ,je m'approchai d'elle444 je me sentis saisi444 ,pendant que je m'enivrais du plaisir de la contempler1 elle se rveilla4 ,imaginez-vous quelle fut sa surprise de voir dans sa chambre et au milieu de la nuit un homme qu'elle ne connaissait point4 ,elle frmit en m'apercevant et jeta un cri444 ,je m'efforai de la rassurer1 et1 mettant un genou en terre3 ,madame1 lui dis-je1 ne craignez rien444 ,elle appela ses filles444 ,devenue un peu plus hardie par la prsence de cette petite servante1 elle me demanda firement qui j'tais1 etc41 etc41 etc4 ,voil une premire vue qu'il n'est pas facile d'oublier4 ,quoi de plus sot1 au contraire1 dans nos moeurs actuelles1 que la prsentation officielle et presque sentimentale du futur la jeune fille6 ,cette prostitution lgale va jusqu' choquer la pudeur4 ,je viens de voir1 cette aprs-midi1 #ag fvrier #agij 7dit ,chamfort1 #d1 #aee71 une crmonie de famille1 comme on dit1 c'est--dire des hommes rputs honntes1 une socit respectable1 applaudir au bonheur de ,mlle de ,marille1 jeune personne belle1 spirituelle1 vertueuse1 qui obtient l'avantage de devenir l'pouse de ,m4 ,r41 vieillard malsain1 repoussant1 malhonnte1 imbcile1 mais riche1 et qu'elle a vu pour la troisime fois aujourd'hui en signant le contrat4 ,si quelque chose caractrise un sicle infme1 c'est un pareil sujet de triomphe1 c'est le ridicule d'une telle joie1 et1 dans la perspective1 la cruaut prude avec laquelle la mme socit versera le mpris pleines mains sur la moindre imprudence d'une pauvre jeune femme amoureuse4 ,tout ce qui est crmonie1 par son essence d'tre une chose affecte et prvue d'avance1 dans laquelle il s'agit de se comporter d'une manire convenable1 paralyse l'imagination et ne la laisse veille que pour ce qui est contraire au but de la crmonie et ridicule2 de l l'effet magique de la moindre plaisanterie4 ,une pauvre jeune fille1 comble de timidit et de pudeur souffrante durant la prsentation officielle du futur1 ne peut songer qu'au rle qu'elle joue2 c'est encore une manire sre d'touffer l'imagination4 ,il est beaucoup plus contre la pudeur de se mettre au lit avec un homme qu'on n'a vu que deux fois1 aprs trois mots latins dits l'glise1 que de cder malgr soi un homme qu'on adore depuis deux ans4 ,mais je parle un langage absurde4 ,c'est le p444 qui est la source fconde des vices et du malheur qui suivent nos mariages actuels4 ,il rend impossible la libert pour les jeunes filles avant le mariage1 et le divorce aprs quand elles se sont trompes1 ou plutt quand on les a trompes dans le choix qu'on leur fait faire4 ,voyez l',allemagne1 ce pays des bons mnages2 une aimable princesse 7,mme la duchesse de ,sa4447 vient de s'y marier en tout bien tout honneur pour la quatrime fois1 et elle n'a pas manqu d'inviter la fte ses trois premiers maris1 avec lesquels elle est trs bien4 ,voil l'excs2 mais un seul divorce1 qui punit un mari de ses tyrannies1 empche des milliers de mauvais mnages4 ,ce qu'il y a de plaisant1 c'est que ,rome est l'un des pays o l'on voit le plus de divorces#ef4 #ef ,tout cela a t crit ,rome vers #ahbj4 ,l'amour aime1 la premire vue1 une physionomie qui indique la fois dans un homme quelque chose respecter et plaindre4 ,,chapitre ,,xxii ,de l'engouement4 ,des esprits fort dlicats sont trs susceptibles de curiosit et de prvention2 cela se remarque surtout dans les mes chez lesquelles s'est teint le feu sacr1 source des passions1 et c'est un des symptmes les plus funestes4 ,il y a aussi de l'engouement chez les coliers qui entrent dans le monde4 ,aux deux extrmits de la vie1 avec trop ou trop peu de sensibilit1 on ne s'expose pas avec simplicit sentir le juste effet des choses1 prouver la vritable sensation qu'elles doivent donner4 ,ces mes trop ardentes ou ardentes par excs1 amoureuses crdit1 si l'on peut ainsi dire1 se jettent aux objets au lieu de les attendre4 ,avant que la sensation1 qui est la consquence de la nature des objets1 arrive jusqu' elles1 elles les couvrent de loin1 et avant de les voir1 de ce charme imaginaire dont elles trouvent en elles-mmes une source inpuisable4 ,puis1 en s'en approchant1 elles voient ces choses1 non telles qu'elles sont1 mais telles qu'elles les ont faites1 et1 jouissant d'elles-mmes sous l'apparence de tel objet1 elles croient jouir de cet objet4 ,mais1 un beau jour1 on se lasse de faire tous les frais1 on dcouvre que l'objet ador ne renvoie pas la balle2 l'engouement tombe1 et l'chec qu'prouve l'amour-propre rend injuste envers l'objet trop apprci4 ,,chapitre ,,xxiii ,des coups de foudre4 ,il faudrait changer ce mot ridicule2 cependant la chose existe4 ,j'ai vu l'aimable et noble ,wilhelmine1 le dsespoir des beaux de ,berlin1 mpriser l'amour et se moquer de ses folies4 ,brillante de jeunesse1 d'esprit1 de beaut1 de bonheurs de tous les genres4441 une fortune sans bornes1 en lui donnant l'occasion de dvelopper toutes ses qualits1 semblait conspirer avec la nature pour prsenter au monde l'exemple si rare d'un bonheur parfait accord une personne qui en est parfaitement digne4 ,elle avait vingt-trois ans2 dj la cour depuis longtemps1 elle avait conduit les hommages du plus haut parage2 sa vertu modeste1 mais inbranlable1 tait cite en exemple1 et dsormais les hommes les plus aimables1 dsesprant de lui plaire1 n'aspiraient qu' son amiti4 ,un soir elle va au bal chez le prince ,ferdinand1 elle danse dix minutes avec un jeune capitaine4 ,de ce moment1 crivait-elle par la suite une amie#eg1 il fut le matre de mon coeur et de moi1 et cela un point qui m'et remplie de terreur1 si le bonheur de voir ,herman m'et laiss le temps de songer au reste de l'existence4 ,ma seule pense tait d'observer s'il m'accordait quelque attention4 #eg ,traduit ad litteram des ,mmoires de ,bottmer4 ,aujourd'hui1 la seule consolation que je puisse trouver mes fautes est de me bercer de l'illusion qu'une force suprieure m'a ravie moi-mme et la raison4 ,je ne puis par aucune parole peindre1 d'une manire qui approche de la ralit1 jusqu' quel point1 seulement l'apercevoir1 allrent le dsordre et le bouleversement de tout mon tre4 ,je rougis de penser avec quelle rapidit et quelle violence j'tais entrane vers lui4 ,si sa premire parole1 quand enfin il me parla1 et t3 ,m'adorez-vous8 en vrit je n'aurais pas eu la force de ne pas lui rpondre3 ,oui4 ,j'tais loin de penser que les effets d'un sentiment pussent tre la fois si subits et si peu prvus4 ,ce fut au point qu'un instant je crus tre empoisonne4 ,malheureusement vous et le monde1 ma chre amie1 savez que j'ai bien aim ,herman3 eh bien1 il me fut si cher au bout d'un quart d'heure1 que depuis il n'a pas pu me le devenir davantage4 ,je voyais tous ses dfauts1 et je les lui pardonnais tous1 pourvu qu'il m'aimt4 ,peu aprs que j'eus dans avec lui1 le roi s'en alla2 ,herman1 qui tait du dtachement de service1 fut oblig de le suivre4 ,avec lui1 tout disparut pour moi dans la nature4 ,c'est en vain que j'essayerais de vous peindre l'excs de l'ennui dont je me sentis accable ds que je ne le vis plus4 ,il n'tait gal que par la vivacit du dsir que j'avais de me trouver seule avec moi-mme4 ,je pus partir enfin4 ,a peine enferme double tour dans mon appartement1 je voulus rsister ma passion4 ,je crus y russir4 ,ah6 ma chre amie1 que je payai cher ce soir-l1 et les journes suivantes1 le plaisir de pouvoir me croire de la vertu6 ,ce que l'on vient de lire est la narration exacte d'un vnement qui fit la nouvelle du jour1 car au bout d'un mois ou deux la pauvre ,wilhelmine fut assez malheureuse pour qu'on s'apert de son sentiment4 ,telle fut l'origine de cette longue suite de malheurs qui l'ont fait prir si jeune et d'une manire si tragique1 empoisonne par elle ou par son amant4 ,tout ce que nous pmes voir dans ce jeune capitaine1 c'est qu'il dansait fort bien2 il avait beaucoup de gaiet1 encore plus d'assurance1 un grand air de bont1 et vivait avec des filles2 du reste1 peine noble1 fort pauvre1 et ne venant pas la cour4 ,non seulement il ne faut pas la mfiance1 mais il faut la lassitude de la mfiance1 et pour ainsi dire l'impatience du courage contre les hasards de la vie4 ,l'me1 son insu1 ennuye de vivre sans aimer1 convaincue malgr elle par l'exemple des autres femmes1 ayant surmont toutes les craintes de la vie1 mcontente du triste bonheur de l'orgueil1 s'est fait1 sans s'en apercevoir1 un modle idal4 ,elle rencontre un jour un tre qui ressemble ce modle1 la cristallisation reconnat son objet au trouble qu'il inspire1 et consacre pour toujours au matre de son destin ce qu'elle rvait depuis longtemps#eh4 #eh ,plusieurs phrases prises ,crbillon1 tome ,,iii4 ,les femmes sujettes ce malheur ont trop de hauteur dans l'me pour aimer autrement que par passion4 ,elles seraient sauves si elles pouvaient s'abaisser la galanterie4 ,comme le coup de foudre vient d'une secrte lassitude de ce que le catchisme appelle la vertu1 et de l'ennui que donne l'uniformit de la perfection1 je croirais assez qu'il doit tomber le plus souvent sur ce qu'on appelle le monde de mauvais sujets4 ,je doute fort que l'air ,caton ait jamais occasionn de coup de foudre4 ,ce qui les rend si rares1 c'est que1 si le coeur qui aime ainsi d'avance a le plus petit sentiment de sa situation1 il n'y a plus de coup de foudre4 ,une femme rendue mfiante par les malheurs n'est pas susceptible de cette rvolution de l'me4 ,rien ne facilite les coups de foudre comme les louanges donnes d'avance et par des femmes la personne qui doit en tre l'objet4 ,une des sources les plus comiques des aventures d'amour1 ce sont les faux coups de foudre4 ,une femme ennuye1 mais non sensible1 se croit amoureuse pour la vie pendant toute une soire4 ,elle est fire d'avoir enfin trouv un de ces grands mouvements de l'me aprs lesquels courait son imagination4 ,le lendemain1 elle ne sait plus o se cacher1 et surtout comment viter le malheureux objet qu'elle adorait la veille4 ,les gens d'esprit savent voir1 c'est--dire mettre profit ces coups de foudre4 ,l'amour physique a aussi ses coups de foudre4 ,nous avons vu hier la plus jolie femme et la plus facile de ,berlin rougir tout coup dans sa calche o nous tions avec elle4 ,le beau lieutenant ,findorff venait de passer4 ,elle est tombe dans la rverie profonde1 dans l'inquitude4 ,le soir1 ce qu'elle m'avoua au spectacle1 elle avait des folies1 des transports1 elle ne pensait qu' ,findorff1 auquel elle n'a jamais parl4 ,si elle et os1 me disait-elle1 elle l'et envoy chercher3 cette jolie figure prsentait tous les signes de la passion la plus violente4 ,cela durait encore le lendemain2 au bout de trois jours1 ,findorff ayant fait le nigaud1 elle n'y pensa plus4 ,un mois aprs1 il lui tait odieux4 ,,chapitre ,,xxiv ,voyage dans un pays inconnu4 ,je conseille la plupart des gens ns dans le ,nord de passer le prsent chapitre4 ,c'est une dissertation obscure sur quelques phnomnes relatifs l'oranger1 arbre qui ne crot ou qui ne parvient toute sa hauteur qu'en ,italie et en ,espagne4 ,pour tre intelligible ailleurs1 j'aurais d diminuer les faits4 ,c'est quoi je n'aurais pas manqu si j'avais eu le dessein un seul instant d'crire un livre gnralement agrable4 ,mais1 le ciel m'ayant refus le talent littraire1 j'ai uniquement pens dcrire avec toute la maussaderie de la science1 mais aussi avec toute son exactitude1 certains faits dont un sjour prolong dans la patrie de l'oranger m'a rendu l'involontaire tmoin4 ,frdric le ,grand1 ou tel autre homme distingu du ,nord1 qui n'a jamais eu occasion de voir l'oranger en pleine terre1 m'aurait sans doute ni les faits suivants et ni de bonne foi4 ,je respecte infiniment la bonne foi1 et je vois son pourquoi4 ,cette dclaration sincre pouvant paratre de l'orgueil1 j'ajoute la rflexion suivante3 ,nous crivons au hasard chacun ce qui nous semble vrai1 et chacun dment son voisin4 ,je vois dans nos livres autant de billets de loterie2 ils n'ont rellement pas plus de valeur4 ,la postrit1 en oubliant les uns et rimprimant les autres1 dclarera les billets gagnants4 ,jusque-l1 chacun de nous1 ayant crit de son mieux ce qui lui semble vrai1 n'a gure de raison de se moquer de son voisin1 moins que la satire ne soit plaisante1 auquel cas il a toujours raison1 surtout s'il crit comme ,m4 ,courrier ,del ,furia4 ,aprs ce prambule1 je vais entrer courageusement dans l'examen de faits qui1 j'en suis convaincu1 ont rarement t observs ,paris4 ,mais enfin1 ,paris1 ville suprieure toutes les autres sans doute1 l'on ne voit pas des orangers en pleine terre comme ,sorrento1 et c'est ,sorrento1 la patrie du ,tasse1 sur le golfe de ,naples1 dans une position mi cte de la mer1 plus pittoresque encore que celle de ,naples elle-mme1 mais o on ne lit pas le ,miroir1 que ,lisio ,visconti a observ et not les faits suivants3 ,lorsqu'on doit voir le soir la femme qu'on aime1 l'attente d'un si grand bonheur rend insupportables tous les moments qui en sparent4 ,une fivre dvorante fait prendre et quitter vingt occupations4 ,l'on regarde sa montre chaque instant1 et l'on est ravi quand on voit qu'on a pu faire passer dix minutes sans la regarder2 l'heure tant dsire sonne enfin1 et quand on est sa porte prt frapper1 l'on serait aise de ne pas la trouver2 ce n'est que par rflexion qu'on s'en affligerait2 en un mot1 l'attente de la voir produit un effet dsagrable4 ,voil de ces choses qui font dire aux bonnes gens que l'amour draisonne4 ,c'est que l'imagination1 retire violemment de rveries dlicieuses o chaque pas produit le bonheur1 est ramene la svre ralit4 ,l'me tendre sait bien que1 dans le combat qui va commencer aussitt que vous la verrez1 la moindre ngligence1 le moindre manque d'attention ou de courage1 sera puni par une dfaite empoisonnant pour longtemps les rveries de l'imagination1 et hors de l'intrt de la passion si l'on cherchait s'y rfugier1 humiliante pour l'amour-propre4 ,on se dit3 ,j'ai manqu d'esprit1 j'ai manqu de courage2 mais l'on n'a du courage envers ce qu'on aime qu'en l'aimant moins4 ,ce reste d'attention que l'on arrache avec tant de peine aux rveries de la cristallisation fait que1 dans les premiers discours la femme qu'on aime1 il chappe une foule de choses qui n'ont pas de sens1 ou qui ont un sens contraire ce qu'on sent1 ou ce qui est plus poignant encore1 on exagre ses propres sentiments1 et ils deviennent ridicules ses yeux4 ,comme on sent vaguement qu'on ne fait pas assez d'attention ce qu'on dit1 un mouvement machinal fait soigner et charger la dclamation4 ,cependant l'on ne peut pas se taire cause de l'embarras du silence1 durant lequel on pourrait encore moins songer elle4 ,on dit donc d'un air senti une foule de choses qu'on ne sent pas1 et qu'on serait bien embarrass de rpter2 l'on s'obstine se refuser sa prsence pour tre encore plus elle4 ,dans les premiers moments que je connus l'amour1 cette bizarrerie que je sentais en moi me faisait croire que je n'aimais pas4 ,je comprends la lchet1 et comment les conscrits se tirent de la peur en se jetant corps perdu au milieu du feu4 ,le nombre des sottises que j'ai dites depuis deux ans pour ne pas me taire me met au dsespoir quand j'y songe4 ,voil qui devrait bien marquer aux yeux des femmes la diffrence de l'amour-passion et de la galanterie1 de l'me tendre et de l'me prosaque#ei4 #ei ,c'tait un mot de ,lonore4 ,dans ces moments dcisifs1 l'une gagne autant que l'autre perd2 l'me prosaque reoit justement le degr de chaleur qui lui manque habituellement1 tandis que la pauvre me tendre devient folle par excs de sentiment1 et1 qui plus est1 a la prtention de cacher sa folie4 ,tout occupe gouverner ses propres transports1 elle est bien loin du sang-froid qu'il faut pour prendre ses avantages1 et elle sort brouille d'une visite o l'me prosaque et fait un grand pas4 ,ds qu'il s'agit des intrts trop vifs de sa passion1 une me tendre et fire ne peut pas tre loquente auprs de ce qu'elle aime2 ne pas russir lui fait trop de mal4 ,l'me vulgaire1 au contraire1 calcule juste les chances de succs1 ne s'arrte pas pressentir la douleur de la dfaite1 et1 fire de ce qui la rend vulgaire1 elle se moque de l'me tendre1 qui1 avec tout l'esprit possible1 n'a jamais l'aisance ncessaire pour dire les choses les plus simples et du succs le plus assur4 ,l'me tendre1 bien loin de pouvoir rien arracher par force1 doit se rsigner ne rien obtenir que de la charit de ce qu'elle aime4 ,si la femme qu'on aime est vraiment sensible1 l'on a toujours lieu de se repentir d'avoir voulu se faire violence pour lui parler d'amour4 ,on a l'air honteux1 on a l'air glac1 on aurait l'air menteur1 si la passion ne se trahissait pas d'autres signes certains4 ,exprimer ce qu'on sent si vivement et si en dtail1 tous les instants de la vie1 est une corve qu'on s'impose1 parce qu'on a lu des romans1 car1 si l'on tait naturel1 on n'entreprendrait jamais une chose si pnible4 ,au lieu de vouloir parler de ce qu'on sentait il y a un quart d'heure1 et de chercher faire un tableau gnral et intressant1 on exprimerait avec simplicit le dtail de ce qu'on sent dans le moment2 mais non1 l'on se fait une violence extrme pour russir moins bien1 et comme l'vidence de la sensation actuelle manque ce qu'on dit1 et que la mmoire n'est pas libre1 on trouve convenables dans le moment et l'on dit des choses du ridicule le plus humiliant4 ,quand enfin1 aprs une heure de trouble1 cet effort extrmement pnible est fait de se retirer des jardins enchants de l'imagination1 pour jouir tout simplement de la prsence de ce qu'on aime1 il se trouve souvent qu'il faut s'en sparer4 ,tout ceci parat une extravagance4 ,j'ai vu mieux encore1 c'tait un de mes amis qu'une femme1 qu'il aimait l'idoltrie1 se prtendant offense de je ne sais quel manque de dlicatesse qu'on n'a jamais voulu me confier1 avait condamn tout coup ne la voir que deux fois par mois4 ,ces visites1 si rares et si dsires1 taient un accs de folie1 et il fallait toute la force de caractre de ,salviati pour qu'elle ne part pas au dehors4 ,ds l'abord1 l'ide de la fin de la visite est trop prsente pour qu'on puisse trouver du plaisir4 ,l'on parle beaucoup sans s'couter2 souvent l'on dit le contraire de ce qu'on pense4 ,on s'embarque dans des raisonnements qu'on est oblig de couper court1 cause de leur ridicule1 si l'on vient se rveiller et s'couter4 ,l'effort qu'on se fait est si violent1 qu'on a l'air froid4 ,l'amour se cache par son excs4 ,loin d'elle l'imagination tait berce par les plus charmants dialogues2 l'on trouvait les transports les plus tendres et les plus touchants4 ,on se croit ainsi pendant dix ou douze jours l'audace de lui parler2 mais1 l'avant-veille de celui qui devrait tre heureux1 la fivre commence et redouble mesure qu'on approche de l'instant terrible4 ,au moment d'entrer dans son salon1 l'on est rduit1 pour ne pas dire ou faire des sottises incroyables1 se cramponner la rsolution de garder le silence1 et de la regarder pour pouvoir au moins se souvenir de sa figure4 ,a peine en sa prsence1 il survient comme une sorte d'ivresse dans les yeux4 ,on se sent port comme un maniaque faire des actions tranges1 on a le sentiment d'avoir deux mes3 l'une pour faire1 et l'autre pour blmer ce qu'on fait4 ,on sent confusment que l'attention force donne la sottise rafrachirait le sang un moment1 en faisant perdre de vue la fin de la visite et le malheur de la quitter pour quinze jours4 ,s'il se trouve l quelque ennuyeux qui conte une histoire plate1 dans son inexplicable folie1 le pauvre amant1 comme s'il tait curieux de perdre des moments si rares1 y devient tout attention4 ,cette heure1 qu'il se promettait si dlicieuse1 passe comme un trait brlant1 et cependant il sent1 avec une indicible amertume1 toutes les petites circonstances qui lui montrent combien il est devenu tranger ce qu'il aime4 ,il se trouve au milieu d'indiffrents qui font visite1 et il se voit le seul qui ignore tous les petits dtails de sa vie de ces jours passs4 ,enfin il sort2 et1 en lui disant froidement adieu1 il a l'affreux sentiment d'tre quinze jours de la revoir2 nul doute qu'il souffrirait moins ne jamais voir ce qu'il aime4 ,c'est dans le genre1 mais bien plus noir1 du duc de ,policastro1 qui tous les six mois faisait cent lieues pour voir un quart d'heure1 ,lecce1 une matresse adore et garde par un jaloux4 ,on voit bien ici la volont sans influence sur l'amour3 outr contre sa matresse et contre soi-mme1 comme l'on se prcipiterait dans l'indiffrence avec fureur6 ,le seul bien de cette visite est de renouveler le trsor de la cristallisation4 ,la vie pour ,salviati tait divise en priodes de quinze jours1 qui prenaient la couleur de la soire o il lui avait t permis de voir ,mme 9999992 par exemple1 il fut ravi de bonheur le #ba mai1 et le #b juin il ne rentrait pas chez lui de peur de cder la tentation de se brler la cervelle4 ,j'ai vu ce soir-l que les romanciers ont trs mal peint le moment du suicide4 ,je suis altr1 me disait ,salviati d'un air simple1 j'ai besoin de prendre ce verre d'eau4 ,je ne combattis point sa rsolution1 je lui fis mes adieux2 et il se mit pleurer4 ,d'aprs le trouble qui accompagne les discours des amants1 il ne serait pas sage de tirer des consquences trop presses d'un dtail isol de la conversation4 ,ils n'accusent juste leurs sentiments que dans les mots imprvus2 alors c'est le cri du coeur4 ,du reste1 c'est de la physionomie de l'ensemble des choses dites que l'on peut tirer des inductions4 ,il faut se rappeler qu'assez souvent un tre trs mu n'a pas le temps d'apercevoir l'motion de la personne qui cause la sienne4 ,,chapitre ,,xxv ,la prsentation4 ,a la finesse1 la sret de jugement avec lesquelles je vois les femmes saisir certains dtails1 je suis plein d'admiration2 un instant aprs1 je les vois porter au ciel un nigaud1 se laisser mouvoir jusqu'aux larmes par une fadeur1 peser gravement comme trait de caractre une plate affectation4 ,je ne puis concevoir tant de niaiserie4 ,il faut qu'il y ait l quelque loi gnrale que j'ignore4 ,attentives un mrite d'un homme1 et entranes par un dtail1 elles le sentent vivement et n'ont plus d'yeux pour le reste4 ,tout le fluide nerveux est employ jouir de cette qualit1 il n'en reste plus pour voir les autres4 ,j'ai vu les hommes les plus remarquables tre prsents des femmes de beaucoup d'esprit2 c'tait toujours un grain de prvention qui dcidait de l'effet de la premire vue4 ,si l'on veut me permettre un dtail familier1 je conterai que l'aimable colonel ,l4 ,b444 allait tre prsent ,mme ,struve de ,koenigsberg2 c'est une femme du premier ordre4 ,nous nous disions3 ,far colpo8 7fera-t-il effet87 ,il s'engage un pari4 ,je m'approche de ,mme de ,struve1 et lui conte que le colonel porte deux jours de suite ses cravates2 le second jour1 il fait la lessive du ,gascon2 elle pourra remarquer sur sa cravate des plis verticaux4 ,rien de plus videmment faux4 ,comme j'achevais1 on annonce cet homme charmant4 ,le plus petit fat de ,paris et produit plus d'effet4 ,remarquez que ,mme de ,struve aimait2 c'est une femme honnte1 et il ne pouvait tre question de galanterie entre eux4 ,jamais deux caractres n'ont t plus faits l'un pour l'autre4 ,on blmait ,mme de ,struve d'tre romanesque1 et il n'y avait que la vertu1 pousse jusqu'au romanesque1 qui pt toucher ,l4 ,b444 ,elle l'a fait fusiller trs jeune4 ,il a t donn aux femmes de sentir1 d'une manire admirable1 les nuances d'affection1 les variations les plus insensibles du corps humain1 les mouvements les plus lgers des amours-propres4 ,elles ont cet gard un organe qui nous manque2 voyez-les soigner un bless4 ,mais peut-tre aussi ne voient-elles pas ce qui est esprit1 combinaison morale4 ,j'ai vu les femmes les plus distingues se charmer d'un homme d'esprit qui n'tait pas moi1 et tout d'un temps1 et presque du mme mot1 admirer les plus grands sots4 ,je me trouvais attrap comme un connaisseur qui voit prendre les plus beaux diamants pour des strass1 et prfrer les strass s'ils sont plus gros4 ,j'en concluais qu'il faut tout oser auprs des femmes4 ,l1 o le gnral ,lassale a chou1 un capitaine moustaches et jurements russit#fj4 ,il y a srement dans le mrite des hommes tout un ct qui leur chappe4 #fj ,posen1 #ahjg4 ,pour moi1 j'en reviens toujours aux lois physiques4 ,le fluide nerveux1 chez les hommes1 s'use par la cervelle1 et chez les femmes par le coeur2 c'est pour cela qu'elles sont plus sensibles4 ,un grand travail oblig et dans le mtier que nous avons fait toute la vie1 console1 et pour elles rien ne peut les consoler que la distraction4 ,appiani1 qui ne croit la vertu qu' la dernire extrmit1 et avec lequel j'allais ce soir la chasse des ides1 en lui exposant celles de ce chapitre1 me rpond3 ,la force d'me qu'ponine employait avait un dvouement hroque faire vivre son mari dans la caverne sous terre1 et l'empcher de tomber dans le dsespoir1 s'ils eussent vcu tranquillement ,rome1 elle l'et employe lui cacher un amant1 il faut un aliment aux mes fortes4 ,,chapitre ,,xxvi ,de la pudeur4 ,une femme de ,madagascar laisse voir sans y songer ce qu'on cache le plus ici1 mais mourrait de honte plutt que de montrer son bras4 ,il est clair que les trois quarts de la pudeur sont une chose apprise4 ,c'est peut-tre la loi seule1 fille de la civilisation1 qui ne produise que du bonheur4 ,on a observ que les oiseaux de proie se cachent pour boire1 c'est qu'obligs de plonger la tte dans l'eau1 ils sont sans dfense en ce moment4 ,aprs avoir considr ce qui se passe ,otati#fa1 je ne vois pas d'autre base naturelle la pudeur4 #fa ,voir les voyages de ,bougainville1 de ,cook1 etc4 ,chez quelques animaux1 la femelle semble se refuser au moment o elle se donne4 ,c'est l'anatomie compare que nous devons demander les plus importantes rvlations sur nous-mmes4 ,l'amour est le miracle de la civilisation4 ,on ne trouve qu'un amour physique et des plus grossiers chez les peuples sauvages ou trop barbares4 ,et la pudeur prte l'amour le secours de l'imagination1 c'est lui donner la vie4 ,la pudeur est enseigne de trs bonne heure aux petites filles par leurs mres1 et avec une extrme jalousie1 on dirait comme par esprit de corps2 c'est que les femmes prennent soin d'avance du bonheur de l'amant qu'elles auront4 ,pour une femme timide et tendre rien ne doit tre au-dessus du supplice de s'tre permis1 en prsence d'un homme1 quelque chose dont elle croit devoir rougir2 je suis convaincu qu'une femme un peu fire prfrerait mille morts4 ,une lgre libert1 prise du ct tendre par l'homme qu'on aime1 donne un moment de plaisir vif#fb2 s'il a l'air de la blmer ou seulement de ne pas en jouir avec transport1 elle doit laisser dans l'me un doute affreux4 ,pour une femme au-dessus du vulgaire1 il y a donc tout gagner avoir des manires fort rserves4 ,le jeu n'est pas gal2 on hasarde contre un petit plaisir1 ou contre l'avantage de paratre un peu plus aimable1 le danger d'un remords cuisant et d'un sentiment de honte qui doit rendre mme l'amant moins cher4 ,une soire passe gaiement1 l'tourdie et sans songer rien1 est chrement paye ce prix4 ,la vue d'un amant avec lequel on craint d'avoir eu ce genre de torts doit devenir odieuse pour plusieurs jours4 ,peut-on s'tonner de la force d'une habitude laquelle les plus lgres infractions sont punies par la honte la plus atroce8 #fb ,fait voir son amour d'une faon nouvelle4 ,quant l'utilit de la pudeur1 elle est la mre de l'amour2 on ne saurait plus lui rien contester4 ,pour le mcanisme du sentiment1 rien n'est plus simple2 l'me s'occupe avoir honte1 au lieu de s'occuper dsirer2 on s'interdit les dsirs1 et les dsirs conduisent aux actions4 ,il est vident que toute femme tendre et fire1 et ces deux choses tant cause et effet vont difficilement l'une sans l'autre1 doit contracter des habitudes de froideur que les gens qu'elles dconcertent appellent de la pruderie4 ,l'accusation est d'autant plus spcieuse1 qu'il est trs difficile de garder un juste milieu2 pour peu qu'une femme ait peu d'esprit et beaucoup d'orgueil1 elle doit bientt en venir croire qu'en fait de pudeur on n'en saurait trop faire4 ,c'est ainsi qu'une ,anglaise se croit insulte si l'on prononce devant elle le nom de certains vtements4 ,une ,anglaise se garderait bien1 le soir la campagne1 de se laisser voir quittant le salon avec son mari2 et1 ce qui est plus grave1 elle croit blesser la pudeur si elle montre quelque enjouement devant tout autre que ce mari#fc4 ,c'est peut-tre cause d'une attention si dlicate que les ,anglais1 gens d'esprit1 laissent voir tant d'ennui de leur bonheur domestique4 ,a eux la faute1 pourquoi tant d'orgueil#fd8 #fc ,voir l'admirable peinture de ces moeurs ennuyeuses la fin de ,corinne2 et ,mme de ,stal a flatt le portrait4 #fd ,la ,bible et l'aristocratie se vengent cruellement sur les gens qui croient leur devoir tout4 ,en revanche1 passant tout coup de ,plymouth ,cadix et ,sville1 je trouvai qu'en ,espagne la chaleur du climat et des passions faisait un peu trop oublier une retenue ncessaire4 ,je remarquai des caresses fort tendres qu'on se permettait en public et qui1 loin de me sembler touchantes1 m'inspiraient un sentiment tout oppos4 ,rien n'est plus pnible4 ,il faut s'attendre trouver incalculable la force des habitudes inspires aux femmes sous prtexte de pudeur4 ,une femme vulgaire1 en outrant la pudeur1 croit se faire l'gale d'une femme distingue4 ,l'empire de la pudeur est tel1 qu'une femme tendre arrive se trahir envers son amant plutt par des faits que par des paroles4 ,la femme la plus jolie1 la plus riche et la plus facile de ,bologne1 vient de me conter qu'hier soir1 un fat franais1 qui est ici et qui donne une drle d'ide de sa nation1 s'est avis de se cacher sous son lit4 ,il voulait apparemment ne pas perdre un nombre infini de dclarations ridicules dont il la poursuit depuis un mois4 ,mais ce grand homme a manqu de prsence d'esprit2 il a bien attendu que ,mme ,m444 et congdi sa femme de chambre et se ft mise au lit1 mais il n'a pas eu la patience de donner aux gens le temps de s'endormir4 ,elle s'est jete la sonnette1 et l'a fait chasser honteusement au milieu des hues et des coups de cinq ou six laquais4 ,et s'il et attendu deux heures8 lui disais-je4--,j'aurais t bien malheureuse3 ,qui pourra douter1 m'et-il dit1 que je ne sois ici par vos ordres#fe4 #fe ,on me conseille de supprimer ce dtail3 ,vous me prenez pour une femme bien leste1 d'oser conter de telles choses devant moi4 ,au sortir de chez cette jolie femme1 je suis all chez la femme la plus digne d'tre aime que je connaisse4 ,son extrme dlicatesse est1 s'il se peut1 au-dessus de sa beaut touchante4 ,je la trouve seule et lui conte l'histoire de ,mme ,m444 ,nous raisonnons l-dessus3 coutez1 me dit-elle1 si l'homme qui se permet cette action tait aimable auparavant aux yeux de cette femme1 on lui pardonnera1 et1 par la suite on l'aimera4--,j'avoue que je suis rest confondu de cette lumire imprvue jete sur les profondeurs du coeur humain4 ,je lui ai rpondu au bout d'un silence3--,mais1 quand on aime1 a-t-on le courage de se porter aux dernires violences8 ,il y aurait bien moins de vague dans ce chapitre si une femme l'et crit4 ,tout ce qui tient la fiert1 l'orgueil fminin1 l'habitude de la pudeur et de ses excs1 certaines dlicatesses1 la plupart dpendant uniquement d'associations de sensations#ff1 qui ne peuvent pas exister chez les hommes1 et souvent dlicatesses non fondes dans la nature2 toutes ces choses1 dis-je1 ne pourraient se trouver ici qu'autant qu'on se serait permis d'crire sur ou-dire4 #ff ,la pudeur est une des sources du got pour la parure2 par tel ajustement une femme se promet plus ou moins4 ,c'est ce qui fait que la parure est dplace dans la vieillesse4 ,une femme de province1 si elle prtend ,paris suivre la mode1 se promet d'une manire gauche et qui fait rire4 ,une provinciale arrivant ,paris doit commencer par se mettre comme si elle avait trente ans4 ,une femme me disait1 dans un moment de franchise philosophique1 quelque chose qui revient ceci3 ,si je sacrifiais jamais ma libert1 l'homme que j'arriverais prfrer apprcierait davantage mes sentiments en voyant combien j'ai toujours t avare mme des prfrences les plus lgres4 ,c'est en faveur de cet amant1 qu'elle ne rencontrera peut-tre jamais1 que telle femme aimable montre de la froideur l'homme qui lui parle en ce moment4 ,voil la premire exagration de la pudeur3 celle-ci est respectable2 la seconde vient de l'orgueil des femmes2 la troisime source d'exagration1 c'est l'orgueil des maris4 ,il me semble que cette possibilit d'amour se prsente souvent aux rveries de la femme mme la plus vertueuse1 et elles ont raison4 ,ne pas aimer quand on a reu du ciel une me faite pour l'amour1 c'est se priver soi et autrui d'un grand bonheur4 ,c'est comme un oranger qui ne fleurirait pas de peur de faire un pch2 et remarquez qu'une me faite pour l'amour ne peut goter avec transport aucun autre bonheur4 ,elle trouve1 ds la seconde fois1 dans les prtendus plaisirs du monde1 un vide insupportable2 elle croit souvent aimer les beaux-arts et les aspects sublimes de la nature1 mais ils ne font que lui promettre et lui exagrer l'amour1 s'il est possible1 et elle s'aperoit bientt qu'ils lui parlent d'un bonheur dont elle a rsolu de se priver4 ,la seule chose que je voie blmer dans la pudeur1 c'est de conduire l'habitude de mentir2 c'est le seul avantage que les femmes faciles aient sur les femmes tendres4 ,une femme facile vous dit3 ,mon cher ami1 ds que vous me plairez1 je vous le dirai1 et je serai plus aise que vous1 car j'ai beaucoup d'estime pour vous4 ,vive satisfaction de ,constance1 s'criant aprs la victoire de son amant3 ,que je suis heureuse de ne m'tre donne personne depuis huit ans que je suis brouille avec mon mari6 ,quelque ridicule que je trouve ce raisonnement1 cette joie me semble pleine de fracheur4 ,il faut absolument que je conte ici de quelle nature taient les regrets d'une dame de ,sville abandonne par son amant4 ,j'ai besoin qu'on se rappelle qu'en amour tout est signe1 et surtout qu'on veuille bien accorder un peu d'indulgence mon style#fg4 #fg ,note #fe4 99 99 99 99 99 ,mes yeux d'homme croient distinguer neuf particularits dans la pudeur4 #a ,l'on joue beaucoup contre peu1 donc tre extrmement rserve1 donc souvent affectation2 l'on ne rit pas1 par exemple1 des choses qui amusent le plus2 donc il faut beaucoup d'esprit pour avoir juste ce qu'il faut de pudeur#fh4 ,c'est pour cela que beaucoup de femmes n'en ont pas assez en petit comit1 ou1 pour parler plus juste1 n'exigent pas que les contes qu'on leur fait soient assez gazs1 et ne perdent leurs voiles qu' mesure du degr d'ivresse et de folie#fi4 #fh ,voir le ton de la socit ,genve1 surtout dans les familles du haut2 utilit d'une cour pour corriger par le ridicule la tendance la pruderie2 ,duclos faisant des contes ,mme de ,rochefort3 ,en vrit1 vous nous croyez trop honntes femmes4 ,rien n'est ennuyeux au monde comme la pudeur non sincre4 #fi ,eh6 mon cher ,fronsac1 il y a vingt bouteilles de champagne entre le conte que tu nous commences et ce que nous disons cette heure4 ,serait-ce par un effet de la pudeur et du mortel ennui qu'elle doit imposer plusieurs femmes1 que la plupart d'entre elles n'estiment rien tant dans un homme que l'effronterie8 ou prennent-elles l'effronterie pour du caractre8 #b ,deuxime loi3 mon amant m'en estimera davantage4 #c ,la force de l'habitude l'emporte mme dans les instants les plus passionns4 #d ,la pudeur donne des plaisirs bien flatteurs l'amant3 elle lui fait sentir quelles lois l'on transgresse pour lui4 #e ,et aux femmes des plaisirs plus enivrants2 comme ils font vaincre une habitude puissante1 ils jettent plus de trouble dans l'me4 ,le comte de ,valmont se trouve minuit dans la chambre coucher d'une jolie femme1 cela lui arrive toutes les semaines1 et elle peut-tre une fois tous les deux ans2 la raret et la pudeur doivent donc prparer aux femmes des plaisirs infiniment plus vifs#gj4 #gj ,c'est l'histoire du temprament mlancolique compar au temprament sanguin4 ,voyez une femme vertueuse1 mme de la vertu mercantile de certains dvots 7vertueuse moyennant rcompense centuple dans un paradis71 et un rou de quarante ans blas4 ,quoique le ,valmont des ,liaisons dangereuses n'en soit pas encore l1 la prsidente de ,tourvel est plus heureuse que lui tout le long du livre2 et1 si l'auteur1 qui avait tant d'esprit1 en et eu davantage1 telle et t la moralit de son ingnieux roman4 #f ,l'inconvnient de la pudeur1 c'est qu'elle jette sans cesse dans le mensonge4 #g ,l'excs de la pudeur et sa svrit dcouragent d'aimer les mes tendres et timides#ga1 justement celles qui sont faites pour donner et sentir les dlices de l'amour4 #ga ,le temprament mlancolique1 que l'on peut appeler le temprament de l'amour4 ,j'ai vu les femmes les plus distingues et les plus faites pour aimer donner la prfrence1 faute d'esprit1 au prosaque temprament sanguin4 ,histoire d',alfred1 ,grande ,chartreuse1 #ahaj4 ,je ne connais pas d'ide qui m'engage plus voir ce qu'on appelle mauvaise compagnie4 7,ici le pauvre ,visconti se perd dans les nues7 ,toutes les femmes sont les mmes pour le fond des mouvements de coeur et des passions2 les formes des passions sont diffrentes4 ,il y a la diffrence que donne une plus grande fortune1 une plus grande culture de l'esprit1 l'habitude de plus hautes penses1 et par-dessus tout1 et malheureusement1 un orgueil plus irritable4 ,telle parole qui irrite une princesse ne choque pas le moins du monde une bergre des ,alpes4 ,mais1 une fois en colre1 la princesse et la bergre ont les mmes mouvements de passion4 7,note unique de l'diteur47 #h ,chez les femmes tendres qui n'ont pas eu plusieurs amants1 la pudeur est un obstacle l'aisance des manires1 c'est ce qui les expose se laisser un peu mener par leurs amies qui n'ont pas le mme manque#gb se reprocher4 ,elles donnent de l'attention chaque cas particulier1 au lieu de s'en remettre aveuglment l'habitude4 ,leur pudeur dlicate communique leurs actions quelque chose de contraint2 force de naturel1 elles se donnent l'apparence de manquer de naturel2 mais cette gaucherie tient la grce cleste4 #gb ,mot de ,m444 ,si quelquefois leur familiarit ressemble de la tendresse1 c'est que ces mes angliques sont coquettes sans le savoir4 ,par paresse d'interrompre leur rverie1 pour s'viter la peine de parler1 et de trouver quelque chose d'agrable et de poli1 et qui ne soit que poli1 dire un ami1 elles se mettent s'appuyer tendrement sur son bras#gc4 #gc ,vol4 ,guarna4 #i ,ce qui fait que les femmes1 quand elles se font auteurs1 atteignent bien rarement au sublime1 ce qui donne de la grce leurs moindres billets1 c'est que jamais elles n'osent tre franches qu' demi3 tre franches serait pour elles comme sortir sans fichu4 ,rien de plus frquent pour un homme que d'crire absolument sous la dicte de son imagination1 et sans savoir o il va4 ,r,,sum4 ,l'erreur commune est d'en agir avec les femmes comme avec des espces d'hommes plus gnreux1 plus mobiles1 et surtout avec lesquels il n'y a pas de rivalit possible4 ,l'on oublie trop facilement qu'il y a deux lois nouvelles et singulires qui tyrannisent ces tres si mobiles1 en concurrence avec tous les penchants ordinaires de la nature humaine2 je veux dire3 ,l'orgueil fminin et la pudeur1 et les habitudes souvent indchiffrables1 filles de la pudeur4 ,,chapitre ,,xxvii ,des regards4 ,c'est la grande arme de la coquetterie vertueuse4 ,on peut tout dire avec un regard1 et cependant on peut toujours nier un regard1 car il ne peut pas tre rpt textuellement4 ,ceci me rappelle le comte ,g41 le ,mirabeau de ,rome3 l'aimable petit gouvernement de ce pays-l lui a donn une manire originale de faire des rcits1 par des mots entrecoups qui disent tout et rien4 ,il fait tout entendre2 mais libre qui que ce soit de rpter textuellement toutes ses paroles1 impossible de le compromettre4 ,le cardinal ,lante lui disait qu'il avait vol ce talent aux femmes1 je dis mme les plus honntes4 ,cette friponnerie est une reprsaille cruelle1 mais juste1 de la tyrannie des hommes4 ,,chapitre ,,xxviii ,de l'orgueil fminin4 ,les femmes entendent parler toute leur vie1 par les hommes1 d'objets prtendus importants1 de gros gains d'argent1 de succs la guerre1 de gens tus en duel1 de vengeances atroces ou admirables1 etc4 ,celles d'entre elles qui ont l'me fire sentent que1 ne pouvant atteindre ces objets1 elles sont hors d'tat de dployer un orgueil remarquable par l'importance des choses sur lesquelles il s'appuie4 ,elles sentent palpiter dans leur sein un coeur qui1 par la force et la fiert de ses mouvements1 est suprieur tout ce qui les entoure1 et cependant elles voient le dernier des hommes s'estimer plus qu'elles4 ,elles s'aperoivent qu'elles ne sauraient montrer d'orgueil que pour de petites choses1 ou du moins que pour des choses qui n'ont d'importance que par le sentiment1 et dont un tiers ne peut tre juge4 ,tourmentes par ce contraste dsolant entre la bassesse de leur fortune et la fiert de leur me1 elles entreprennent de rendre leur orgueil respectable par la vivacit de ses transports1 ou par l'implacable tnacit avec laquelle elles maintiennent ses arrts4 ,avant l'intimit1 ces femmes-l se figurent1 en voyant leur amant1 qu'il a entrepris un sige contre elles4 ,leur imagination est employe s'irriter de ses dmarches1 qui1 aprs tout1 ne peuvent pas faire autrement que de marquer de l'amour1 puisqu'il aime4 ,au lieu de jouir des sentiments de l'homme qu'elles prfrent1 elles se piquent de vanit son gard2 et1 enfin1 avec l'me la plus tendre1 lorsque sa sensibilit n'est pas fixe sur un seul objet1 ds qu'elles aiment1 comme une coquette vulgaire1 elles n'ont plus que de la vanit4 ,une femme caractre gnreux sacrifiera mille fois sa vie pour son amant1 et se brouillera jamais avec lui pour une querelle d'orgueil1 propos d'une porte ouverte ou ferme4 ,c'est l leur point d'honneur4 ,napolon s'est bien perdu pour ne pas cder un village4 ,j'ai vu une querelle de cette espce durer plus d'un an4 ,une femme trs distingue sacrifiait tout son bonheur plutt que de mettre son amant dans le cas de pouvoir former le moindre doute sur la magnanimit de son orgueil4 ,le raccommodement fut l'effet du hasard1 et chez mon amie1 d'un moment de faiblesse qu'elle ne put vaincre1 en rencontrant son amant1 qu'elle croyait quarante lieues de l1 et le trouvant dans un lieu o certainement il ne s'attendait pas la voir4 ,elle ne put cacher son premier transport de bonheur2 l'amant s'attendrit plus qu'elle1 ils tombrent presque aux genoux l'un de l'autre1 et jamais je n'ai vu couler tant de larmes2 c'tait la vue imprvue du bonheur4 ,les larmes sont l'extrme sourire4 ,le duc d',argyle donna un bel exemple de prsence d'esprit en n'engageant pas un combat d'orgueil fminin dans l'entrevue qu'il eut ,richemont avec la reine ,caroline#gd4 ,plus il y a d'lvation dans le caractre d'une femme1 plus terribles sont ces orages4 #gd ,the heart of ,midlothian 7tome ,,iii74 ,as the blackest sky ,foretells the heaviest tempest4 ,d4 ,juan4 ,serait-ce que plus une femme jouit avec transport1 dans le courant de la vie1 des qualits distingues de son amant1 plus dans ces instants cruels o la sympathie semble renverse elle cherche se venger de ce qu'elle lui voit habituellement de supriorit sur les autres hommes8 ,elle craint d'tre confondue avec eux4 ,il y a bien du temps que je n'ai lu l'ennuyeuse ,clarisse2 il me semble pourtant que c'est par orgueil fminin qu'elle se laisse mourir et n'accepte pas la main de ,lovelace4 ,la faute de ,lovelace tait grande2 mais1 puisqu'elle l'aimait un peu1 elle aurait pu trouver dans son coeur le pardon d'un crime dont l'amour tait cause4 ,monime1 au contraire1 me semble un touchant modle de dlicatesse fminine4 ,quel front ne rougit pas de plaisir en entendant dire par une actrice digne de ce rle3 ,et ce fatal amour1 dont j'avais triomph1 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,vos dtours l'ont surpris et m'en ont convaincue ,je vous l'ai confess1 je le dois soutenir2 ,en vain vous en pourriez perdre le souvenir2 ,et cet aveu honteux1 o vous m'avez force1 ,demeurera toujours prsent ma pense4 ,toujours je vous croirais incertain de ma foi2 ,et le tombeau1 seigneur1 est moins triste pour moi ,que le lit d'un poux qui m'a fait cet outrage1 ,qui s'est acquis sur moi ce cruel avantage1 ,et1 qui1 me prparant un ternel ennui1 ,m'a fait rougir d'un feu qui n'tait pas pour lui4 ,,racine4 ,je m'imagine que les sicles futurs diront3 ,voil quoi la monarchie tait bonne#ge1 produire de ces sortes de caractres1 et leur peinture par les grands artistes4 #ge ,la monarchie sans charte et sans chambres4 ,cependant1 mme dans les rpubliques du moyen ge1 je trouve un admirable exemple de cette dlicatesse1 qui semble dtruire mon systme de l'influence des gouvernements sur les passions1 et que je rapporterai avec candeur4 ,il s'agit de ces vers si touchants de ,dante3 ,deh6 quando tu sarai tornato al mondo1 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,ricorditi di me1 che son la ,pia3 ,siena mi f3 disfecemi maremma2 ,salsi colui1 che inannellata pria1 ,disposando1 m'avea con la sua gemma4 ,purgatorio1 cant4 ,v#gf4 #gf ,hlas6 quand tu seras de retour au monde des vivants1 daigne aussi m'accorder un souvenir4 ,je suis la ,pia2 ,sienne me donna la vie3 je trouverai la mort dans nos maremmes4 ,celui qui en m'pousant m'avait donn son anneau sait mon histoire4 ,la femme qui parle avec tant de retenue avait eu en secret le sort de ,desdemona1 et pouvait par un mot faire connatre le crime de son mari aux amis qu'elle avait laisss sur la terre4 ,nello della ,pietra obtint la main de madonna ,pia1 l'unique hritire des ,tolomei1 la famille la plus riche et la plus noble de ,sienne4 ,sa beaut1 qui faisait l'admiration de la ,toscane1 fit natre dans le coeur de son poux une jalousie qui1 envenime par de faux rapports et des soupons sans cesse renaissants1 le conduisit un affreux projet4 ,il est difficile de dcider aujourd'hui si sa femme fut tout fait innocente1 mais ,dante nous la reprsente comme telle4 ,son mari la conduisit dans la maremme de ,volterre1 clbre alors comme aujourd'hui par les effets de l'aria cattiva4 ,jamais il ne voulut dire sa malheureuse femme la raison de son exil en un lieu si dangereux4 ,son orgueil ne daigna prononcer ni plainte ni accusation4 ,il vivait seul avec elle1 dans une tour abandonne1 dont je suis all visiter les ruines sur le bord de la mer2 l il ne rompit jamais son ddaigneux silence1 jamais il ne rpondit aux questions de sa jeune pouse1 jamais il n'couta ses prires4 ,il attendit froidement auprs d'elle que l'air pestilentiel et produit son effet4 ,les vapeurs de ces marais ne tardrent pas fltrir ces traits1 les plus beaux1 dit-on1 qui1 dans ce sicle1 eussent paru sur cette terre4 ,en peu de mois elle mourut4 ,quelques chroniqueurs de ces temps loigns rapportent que ,nello employa le poignard pour hter sa fin3 elle mourut dans les maremmes1 de quelque manire horrible2 mais le genre de sa mort fut un mystre1 mme pour les contemporains4 ,nello della ,pietra survcut pour passer le reste de ses jours dans un silence qu'il ne rompit jamais4 ,rien de plus noble et de plus dlicat que la manire dont la jeune ,pia adresse la parole au ,dante4 ,elle dsire tre rappele la mmoire des amis que si jeune elle a laisss sur la terre2 toutefois1 en se nommant et dsignant son mari1 elle ne veut pas se permettre la plus petite plainte d'une cruaut inoue1 mais dsormais irrparable1 et seulement indique qu'il sait l'histoire de sa mort4 ,cette constance dans la vengeance de l'orgueil ne se voit gure1 je crois1 que dans les pays du ,midi4 ,en ,pimont1 je me suis trouv l'involontaire tmoin d'un fait peu prs semblable2 mais alors j'ignorais les dtails4 ,je fus envoy avec vingt cinq dragons dans les bois le long de la ,sesia1 pour empcher la contrebande4 ,en arrivant le soir dans ce lieu sauvage et dsert1 j'aperus entre les arbres les ruines d'un vieux chteau2 j'y allai3 mon grand tonnement1 il tait habit4 ,j'y trouvai un noble du pays1 figure sinistre2 un homme qui avait six pieds de haut et quarante ans3 il me donna deux chambres en rechignant4 ,j'y faisais de la musique avec mon marchal des logis3 aprs plusieurs jours1 nous dcouvrmes que notre homme gardait une femme que nous appelions ,camille en riant2 nous tions loin de souponner l'affreuse vrit4 ,elle mourut au bout de six semaines4 ,j'eus la triste curiosit de la voir dans son cercueil2 je payai un moine qui la gardait1 et vers minuit1 sous prtexte de jeter de l'eau bnite1 il m'introduisit dans la chapelle4 ,j'y trouvai une de ces figures superbes1 qui sont belles mme dans le sein de la mort1 elle avait un grand nez aquilin dont je n'oublierai jamais le contour noble et tendre4 ,je quittai ce lieu funeste2 cinq ans aprs1 un dtachement de mon rgiment accompagnant l'empereur son couronnement comme roi d',italie1 je me fis conter toute l'histoire4 ,j'appris que le mari jaloux1 le comte 9999991 avait trouv un matin1 accroche au lit de sa femme1 une montre anglaise appartenant un jeune homme de la petite ville qu'ils habitaient4 ,ce jour mme il la conduisit dans le chteau ruin1 au milieu des bois de la ,sesia4 ,comme ,nello della ,pietra1 il ne pronona jamais une seule parole4 ,si elle lui faisait quelque prire1 il lui prsentait froidement et en silence la montre anglaise qu'il avait toujours sur lui4 ,il passa ainsi prs de trois ans seul avec elle4 ,elle mourut enfin de dsespoir dans la fleur de l'ge4 ,son mari chercha donner un coup de couteau au matre de la montre1 le manqua1 passa ,gnes1 s'embarqua1 et l'on n'a plus eu de ses nouvelles4 ,ses biens ont t diviss4 ,si1 auprs des femmes orgueil fminin1 l'on prend les injures avec grce1 ce qui est facile cause de l'habitude de la vie militaire1 on ennuie ces mes fires2 elles vous prennent pour un lche1 et arrivent bien vite l'outrage4 ,ces caractres altiers cdent avec plaisir aux hommes qu'elles voient intolrants avec les autres hommes4 ,c'est1 je crois1 le seul parti prendre1 et il faut souvent avoir une querelle avec son voisin pour l'viter avec sa matresse4 ,miss ,cornel1 clbre actrice de ,londres1 voit un jour entrer chez elle l'improviste le riche colonel qui lui tait utile4 ,elle se trouvait avec un petit amant qui ne lui tait qu'agrable4 ,m4 un tel1 dit-elle toute mue au colonel1 est venu pour voir le poney que je veux vendre4--,je suis ici pour tout autre chose1 reprit firement ce petit amant1 qui commenait l'ennuyer1 et que depuis cette rponse elle se mit raimer avec fureur#gg4 ,ces femmes-l sympathisent avec l'orgueil de leur amant1 au lieu d'exercer ses dpens leur disposition la fiert4 #gg ,je rentre toujours de chez miss ,cornel plein d'admiration et de vues profondes sur les passions observes nu4 ,sa manire de commander si imprieuse ses domestiques n'est pas du despotisme2 c'est qu'elle voit avec nettet et rapidit ce qu'il faut faire4 ,en colre contre moi au commencement de la visite1 elle n'y songe plus la fin4 ,elle me conte toute l'conomie de sa passion pour ,mortimer4 ,j'aime mieux le voir en socit que seul avec moi4 ,une femme du plus grand gnie ne ferait pas mieux1 c'est qu'elle ose tre parfaitement naturelle et qu'elle n'est gne par aucune thorie4 ,je suis plus heureuse actrice que femme d'un pair4 ,grande me que je dois me conserver amie pour mon instruction4 ,le caractre du duc de ,lauzun 7celui de #affjgh71 si le premier jour elles peuvent lui pardonner le manque de grces1 est sduisant pour ces femmes-l1 et peut-tre pour toutes les femmes distingues2 la grandeur plus leve leur chappe1 elles prennent pour de la froideur le calme de l'oeil qui voit tout et qui ne s'meut point d'un dtail4 ,n'ai-je pas vu des femmes de la cour de ,saint-,cloud soutenir que ,napolon avait un caractre sec et prosaque#gi8 ,le grand homme est comme l'aigle1 plus il s'lve1 moins il est visible1 et il est puni de sa grandeur par la solitude de l'me4 #gh ,la hauteur et le courage dans les petites choses1 mais l'attention passionne aux petites choses2 la vhmence du temprament bilieux4 ,sa conduite avec ,mme de ,monaco 7,saint-,simon1 ,n4 #chc72 son aventure sous le lit de ,mme de ,montespan1 le roi y tant avec elle4 ,sans l'attention aux petites choses1 ce caractre reste invisible aux femmes4 #gi ,when ,minna ,toil heard a tale of woe or of romance1 it was then her blood rushed to her cheeks1 and shewed plainly how warm it beat notwithstanding the generally serious composed and retiring disposition which her countenance and demeanour seemed to exhibit4 7,the ,pirate1 ,i1 #cc47 ,les gens communs trouvent froides les mes comme ,minna ,toil1 qui ne jugent pas les circonstances ordinaires dignes de leur motion4 ,de l'orgueil fminin nat ce que les femmes appellent les manques de dlicatesse4 ,je crois que cela ressemble assez ce que les rois appellent lse-majest1 crime d'autant plus dangereux qu'on y tombe sans s'en douter4 ,l'amant le plus tendre peut tre accus de manquer de dlicatesse s'il n'a pas beaucoup d'esprit1 et1 ce qui est plus triste1 s'il ose se livrer au plus grand charme de l'amour1 au bonheur d'tre parfaitement naturel avec ce qu'on aime1 et de ne pas couter ce qu'on lui dit4 ,voil de ces choses dont un coeur bien n ne saurait avoir le soupon1 et qu'il faut avoir prouves pour y croire1 car l'on est entran par l'habitude d'en agir avec justice et franchise avec ses amis hommes4 ,il faut se rappeler sans cesse qu'on a affaire des tres qui1 quoique tort1 peuvent se croire infrieurs en vigueur de caractre1 ou1 pour mieux dire1 peuvent penser qu'on les croit infrieurs4 ,le vritable orgueil d'une femme ne devrait-il pas se placer dans l'nergie du sentiment qu'elle inspire8 ,on plaisantait une fille d'honneur de la reine pouse de ,franois ,ier1 sur la lgret de son amant1 qui1 disait-on1 ne l'aimait gure4 ,peu de temps aprs1 cet amant eut une maladie et reparut muet la cour4 ,un jour1 au bout de deux ans1 comme on s'tonnait qu'elle l'aimt toujours1 elle lui dit3 ,parlez4 ,et il parla4 ,,xxix ,du courage des femmes4 ,i tell thee proud ,templar1 that not in thy fiercest battles hadst thou displayed more of thy vaunted courage1 than has been shewn by woman when called upon to suffer by affection or duty4 ,ivanhoe1 tome ,,iii1 page #bbj4 ,je me souviens d'avoir rencontr la phrase suivante dans un livre d'histoire3 ,tous les hommes perdaient la tte2 c'est le moment o les femmes prennent sur eux une incontestable supriorit4 ,leur courage a une rserve qui manque celui de leur amant2 elles se piquent d'amour-propre son gard1 et trouvent tant de plaisir pouvoir1 dans le feu du danger1 le disputer de fermet l'homme qui les blesse souvent par la fiert de sa protection et de sa force1 que l'nergie de cette jouissance les lve au-dessus de la crainte quelconque qui1 dans ce moment1 fait la faiblesse des hommes4 ,un homme aussi1 s'il recevait un tel secours dans un tel moment1 se montrerait suprieur tout2 car la peur n'est jamais dans le danger1 elle est dans nous4 ,ce n'est pas que je prtende dprcier le courage des femmes3 j'en ai vu1 dans l'occasion1 de suprieures aux hommes les plus braves4 ,il faut seulement qu'elles aient un homme aimer2 comme elles ne sentent plus que par lui1 le danger direct et personnel le plus atroce devient pour elles comme une rose cueillir en sa prsence#hj4 #hj ,marie ,stuart parlant de ,leicester aprs l'entrevue avec lisabeth o elle vient de se perdre4 ,,schiller4 ,j'ai trouv aussi chez des femmes qui n'aimaient pas l'intrpidit la plus froide1 la plus tonnante1 la plus exempte de nerfs4 ,il est vrai que je pensais qu'elles ne sont si braves que parce qu'elles ignorent l'ennui des blessures4 ,quant au courage moral1 si suprieur l'autre1 la fermet d'une femme qui rsiste son amour est seulement la chose la plus admirable qui puisse exister sur la terre4 ,toutes les autres marques possibles de courage sont des bagatelles auprs d'une chose si fort contre nature et si pnible4 ,peut-tre trouvent-elles des forces dans cette habitude des sacrifices que la pudeur fait contracter4 ,un malheur des femmes1 c'est que les preuves de ce courage restent toujours secrtes et soient presque indivulgables4 ,un malheur plus grand1 c'est qu'il soit toujours employ contre leur bonheur3 la princesse de ,clves devait ne rien dire son mari1 et se donner ,m4 de ,nemours4 ,peut-tre que les femmes sont principalement soutenues par l'orgueil de faire une belle dfense1 et qu'elles s'imaginent que leur amant met de la vanit les avoir2 ide petite et misrable3 un homme passionn qui se jette de gaiet de coeur dans tant de situations ridicules a bien le temps de songer la vanit6 ,c'est comme les moines qui croient attraper le diable1 et qui se payent par l'orgueil de leurs cilices et de leurs macrations4 ,je crois que si ,mme de ,clves ft arrive la vieillesse1 cette poque o l'on juge la vie et o les jouissances d'orgueil paraissent dans toute leur misre1 elle se ft repentie4 ,elle aurait voulu avoir vcu comme ,mme de la ,fayette#ha4 #ha ,on sait assez que cette femme clbre fit1 probablement en socit avec ,m4 de la ,rochefoucauld1 le roman de la ,princesse de ,clves1 et que les deux auteurs passrent ensemble dans une amiti parfaite les vingt dernires annes de leur vie4 ,c'est exactement l'amour l'italienne4 99 99 99 99 99 ,je viens de relire cent pages de cet essai2 j'ai donn une ide bien pauvre du vritable amour1 de l'amour qui occupe toute l'me1 la remplit d'images tantt les plus heureuses1 tantt dsesprantes1 mais toujours sublimes1 et la rend compltement insensible tout le reste de ce qui existe4 ,je ne sais comment exprimer ce que je vois si bien2 je n'ai jamais senti plus pniblement le manque de talent4 ,comment rendre sensible la simplicit de gestes et de caractre1 le profond srieux1 le regard peignant si juste et avec tant de candeur la nuance du sentiment1 et surtout1 j'y reviens1 cette inexprimable non-curance pour tout ce qui n'est pas la femme qu'on aime8 ,un non ou un oui dit par un homme qui aime a une onction que l'on ne trouve point ailleurs1 que l'on ne trouvait point chez cet homme en d'autres temps4 ,ce matin 7#c aot71 j'ai pass cheval1 sur les neuf heures1 devant le joli jardin anglais du marquis ,zampieri1 plac sur les dernires ondulations de ces collines couronnes de grands arbres contre lesquelles ,bologne est adosse1 et desquelles on jouit d'une si belle vue de cette riche et verdoyante ,lombardie1 le plus beau pays du monde4 ,dans un bosquet de lauriers du jardin ,zampieri qui domine le chemin que je suivais et qui conduit la cascade du ,reno ,casa-,lecchio1 j'ai vu le comte ,delfante2 il rvait profondment1 et quoique nous ayons pass la soire ensemble jusqu' deux heures aprs minuit1 peine m'a-t-il rendu mon salut4 ,je suis all la cascade4 ,j'ai travers le ,reno2 enfin1 trois heures aprs au moins1 en repassant sous le bosquet du jardin ,zampieri1 je l'ai vu encore2 il tait prcisment dans la mme position1 appuy contre un grand pin qui s'lve au-dessus du bosquet de lauriers2 je crains qu'on ne trouve ce dtail trop simple et ne prouvant rien3 il est venu moi la larme l'oeil1 me priant de ne pas faire un conte de son immobilit4 ,j'ai t touch2 je lui ai propos de rebrousser chemin1 et d'aller avec lui passer le reste de la journe la campagne4 ,au bout de deux heures1 il m'a tout dit3 c'est une belle me2 mais que les pages que l'on vient de lire sont froides auprs de ce qu'il me disait6 ,en second lieu1 il se croit non aim2 ce n'est pas mon avis4 ,on ne peut rien lire sur la belle figure de marbre de la comtesse ,ghigi1 chez laquelle nous avons pass la soire4 ,seulement quelquefois une rougeur subite et lgre1 qu'elle ne peut rprimer1 vient trahir les motions de cette me que l'orgueil fminin le plus exalt dispute aux motions fortes4 ,on voit son cou d'albtre et ce qu'on aperoit de ces belles paules dignes de ,canova rougir aussi4 ,elle trouve bien l'art de soustraire ses yeux noirs et sombres l'observation des gens dont sa dlicatesse de femme redoute la pntration2 mais j'ai vu cette nuit1 certaine chose que disait ,delfante et qu'elle dsapprouvait1 une subite rougeur la couvrir tout entire4 ,cette me hautaine le trouvait moins digne d'elle4 ,mais enfin1 quand je me tromperais dans mes conjectures sur le bonheur de ,delfante1 la vanit prs1 je le crois plus heureux que moi indiffrent1 qui cependant suis dans une position de bonheur fort bien1 en apparence et en ralit4 ,bologne1 #c aot #ahah4 ,,chapitre ,,xxx ,spectacle singulier et triste4 ,les femmes1 avec leur orgueil fminin1 se vengent des sots sur les gens d'esprit1 et des mes prosaques argent et coups de bton1 sur les coeurs gnreux4 ,il faut convenir que voil un beau rsultat4 ,les petites considrations de l'orgueil et des convenances du monde ont fait le malheur de quelques femmes1 et par orgueil leurs parents les ont places dans une position abominable4 ,le destin lui avait rserv pour consolation bien suprieure tous leurs malheurs le bonheur d'aimer et d'tre aimes avec passion2 mais voil qu'un beau jour elles empruntent leurs ennemis ce mme orgueil insens dont elles furent les premires victimes1 et c'est pour tuer le seul bonheur qui leur reste1 c'est pour faire leur propre malheur et le malheur de qui les aime4 ,une amie qui a eu dix intrigues connues1 et non pas toujours les unes aprs les autres1 leur persuade gravement que si elles aiment1 elles seront dshonores aux yeux du public2 et cependant ce bon public1 qui ne s'lve jamais qu' des ides basses1 leur donne gnreusement un amant tous les ans1 parce que1 dit-il1 c'est la rgle4 ,ainsi l'me est attriste par ce spectacle bizarre3 une femme tendre et souverainement dlicate1 un ange de puret1 sur l'avis d'une c444 sans dlicatesse1 fuit le seul et immense bonheur qui lui reste1 pour paratre1 avec une robe d'une clatante blancheur1 devant un gros butor de juge qu'on sait aveugle depuis cent ans1 et qui crie tue-tte3 ,elle est vtue de noir4 ,,chapitre ,,xxxi ,extrait du journal de ,salviati4 ,ingenium nobis ipsa puella facit4 ,,propert41 ,,ii1 #a4 ,bologne1 #bi avril #ahah4 ,dsespr du malheur o l'amour me rduit1 je maudis mon existence4 ,je n'ai le coeur rien4 ,le temps est sombre1 il pleut1 un froid tardif est venu rattrister la nature qui1 aprs un long hiver1 s'levait au printemps4 ,schiassetti1 un colonel en demi-solde1 un ami raisonnable et froid1 est venu passer deux heures avec moi4 ,vous devriez renoncer l'aimer4--,comment faire8 ,rendez-moi ma passion pour la guerre4--,c'est un grand malheur pour vous de l'avoir connue4 ,j'en conviens presque1 tant je me sens abattu et sans courage1 tant la mlancolie a aujourd'hui d'empire sur moi4 ,nous cherchons ensemble quel intrt a pu porter son amie me calomnier auprs d'elle2 nous ne trouvons rien que ce vieux proverbe napolitain3 ,femme qu'amour et jeunesse quittent se pique d'un rien4 ,ce qu'il y a de sr1 c'est que cette femme cruelle est enrage contre moi3 c'est le mot d'un de ses amis4 ,je puis me venger d'une manire atroce2 mais contre sa haine je n'ai pas le plus petit moyen de dfense4 ,schiassetti me quitte4 ,je sors par la pluie1 ne sachant que devenir4 ,mon appartement1 ce salon que j'ai habit dans les premiers temps de notre connaissance et quand je la voyais tous les soirs1 m'est devenu insupportable4 ,chaque gravure1 chaque meuble1 me reprochent le bonheur que j'avais rv en leur prsence1 et que j'ai perdu pour toujours4 ,je cours les rues par une pluie froide2 le hasard1 si je puis l'appeler hasard1 me fait passer sous ses fentres4 ,il tait nuit tombante1 et je marchais les yeux pleins de larmes fixs sur la fentre de sa chambre4 ,tout coup le rideau a t un peu entr'ouvert comme pour voir sur la place et s'est referm l'instant4 ,je me suis senti un mouvement physique prs du coeur4 ,je ne pouvais me soutenir3 je me rfugie sous le portique de la maison voisine4 ,mille sentiments inondent mon me3 le hasard a pu produire ce mouvement du rideau2 mais1 si c'tait sa main qui l'et entr'ouvert6 ,il y a deux malheurs au monde3 celui de la passion contrarie et celui du dead blank4 ,avec l'amour1 je sens qu'il existe deux pas de moi un bonheur immense et au del de tous mes voeux1 qui ne dpend que d'un mot1 que d'un sourire4 ,sans passion comme ,schiassetti1 les jours tristes1 je ne vois nulle part le bonheur1 j'arrive douter qu'il existe pour moi1 je tombe dans le spleen4 ,il faudrait tre sans passions fortes et avoir seulement un peu de curiosit ou de vanit4 ,il est deux heures du matin1 j'ai vu le petit mouvement du rideau2 six heures j'ai fait des visites1 je suis all au spectacle2 mais partout silencieux et rveur1 j'ai pass la soire examiner cette question3 ,aprs tant de colre et si peu fonde1 car1 enfin1 voulais-je l'offenser et quelle est la chose au monde que l'intention n'excuse pas8 a-t-elle senti un moment d'amour8 ,le pauvre ,salviati1 qui a crit ce qui prcde sur son ,ptrarque1 mourut quelque temps aprs2 il tait notre ami intime ,schiassetti et moi2 nous connaissions toutes ses penses1 et c'est de lui que je tiens toute la partie lugubre de cet essai4 ,c'tait l'imprudence incarne2 du reste1 la femme pour laquelle il a fait tant de folies est l'tre le plus intressant que j'aie rencontr4 ,schiassetti me disait3 ,mais croyez-vous que cette passion malheureuse ait t sans avantages pour ,salviati8 ,d'abord1 il prouva le malheur d'argent le plus piquant qui se puisse imaginer4 ,ce malheur1 qui le rduisait une fortune trs mdiocre1 aprs une jeunesse brillante1 et qui l'et outr de colre dans toute autre circonstance1 il ne s'en souvenait pas une fois tous les quinze jours4 ,ensuite1 ce qui est bien autrement important pour une tte de cette porte1 cette passion est le premier vritable cours de logique qu'il ait jamais fait4 ,cela paratra singulier chez un homme qui a t la cour2 mais cela s'explique par son extrme courage4 ,par exemple1 il passa sans sourciller la journe du 9999991 qui le jetait dans le nant2 il s'tonnait l1 comme en ,russie1 de ne rien sentir d'extraordinaire2 il est de fait qu'il n'a jamais rien craint au point d'y penser deux jours4 ,au lieu de cette insouciance1 depuis deux ans1 il cherchait chaque minute avoir du courage2 jusque-l il n'avait pas vu de danger4 ,quand1 par suite de ses imprudences et de sa confiance dans les bonnes interprtations#hb1 il se fut fait condamner ne voir la femme qu'il aimait que deux fois par mois1 nous l'avons vu ivre de joie passer les nuits lui parler1 parce qu'il en avait t reu avec cette candeur noble qu'il adorait en elle4 ,il tenait que ,mme 999999 et lui avaient deux mes hors de pair et qui devaient s'entendre d'un regard4 ,il ne pouvait comprendre qu'elle accordt la moindre attention aux petites interprtations bourgeoises qui pouvaient le faire criminel4 ,le rsultat de cette belle confiance dans une femme entoure de ses ennemis fut de se faire fermer sa porte4 #hb ,sotto l'usbergo del sentirsi pura4 ,,dante1 ,inf41 ,,xxviii1 #aag4 --,avec ,mme 9999991 lui disais-je1 vous oubliez vos maximes1 et qu'il ne faut croire la grandeur d'me qu' la dernire extrmit4--,croyez-vous1 rpondait-il1 qu'il y ait au monde un autre coeur qui convienne mieux au sien8--,il est vrai1 je paye cette manire d'tre passionne qui me faisait voir ,lonore en colre dans la ligne d'horizon des rochers de ,poligny par le malheur de toutes mes entreprises dans la vie relle1 malheur qui provient du manque de patiente industrie et d'imprudences produites par la force de l'impression du moment4 ,on voit la nuance de folie4 ,pour ,salviati1 la vie tait divise en priodes de quinze jours1 qui prenaient la couleur de la dernire entrevue qu'on lui avait accorde4 ,mais je remarquai plusieurs fois que le bonheur qu'il devait un accueil qui lui semblait moins froid tait bien infrieur en intensit au malheur que lui donnait une rception svre#hc4 ,mme 999999 manquait quelquefois de franchise avec lui3 voil les deux seules objections que je n'aie jamais os lui faire4 ,outre ce que sa douleur avait de plus intime et dont il eut la dlicatesse de ne jamais parler1 mme ses amis les plus chers et les plus exempts d'envie1 il voyait dans une rception svre de ,lonore le triomphe des mes prosaques et intrigantes sur les mes franches et gnreuses4 ,alors il dsesprait de la vertu et surtout de la gloire4 ,il ne se permettait de parler ses amis que des ides tristes la vrit auxquelles le conduisait sa passion1 mais qui d'ailleurs pouvaient avoir quelque intrt aux yeux de la philosophie4 ,j'tais curieux d'observer cette me bizarre2 ordinairement l'amour-passion se rencontre chez des gens un peu niais l'allemande#hd4 ,salviati1 au contraire1 tait au nombre des hommes les plus fermes et les plus spirituels que j'aie connus4 #hc ,c'est une chose que j'ai souvent cru voir dans l'amour1 que cette disposition tirer plus de malheur des choses malheureuses que de bonheur des choses heureuses4 #hd ,don ,carlos1 ,saint-,preux1 l',hippolyte et le ,bajazet de ,racine4 ,j'ai cru voir qu'aprs ces visites svres1 il n'tait tranquille que quand il s'tait justifi les rigueurs de ,lonore4 ,tant qu'il trouvait qu'elle pouvait avoir eu tort de le maltraiter1 il tait malheureux4 ,je n'aurais jamais cru l'amour si exempt de vanit4 ,il nous faisait sans cesse l'loge de l'amour4 ,si un pouvoir surnaturel me disait3 ,brisez le verre de cette montre1 et ,lonore sera pour vous ce qu'elle tait il y a trois ans1 une amie indiffrente1 en vrit1 je crois que dans aucun moment de ma vie je n'aurais le courage de le briser4 ,je le voyais si fou en faisant ce raisonnement1 que je n'eus jamais le courage de lui prsenter les objections prcdentes4 ,il ajoutait3 ,comme la rformation de ,luther1 la fin du moyen ge1 branlant la socit jusque dans ses fondements1 renouvela et reconstitua le monde sur des bases raisonnables1 ainsi un caractre gnreux est renouvel et retremp par l'amour4 ,ce n'est qu'alors qu'il dpouille tous les enfantillages de la vie2 sans cette rvolution1 il et toujours eu je ne sais quoi d'empes et de thtral4 ,ce n'est que depuis que j'aime que j'ai appris avoir de la grandeur dans le caractre1 tant notre ducation d'cole militaire est ridicule4 ,quoique me conduisant bien1 j'tais un enfant la cour de ,napolon et ,moscou4 ,je faisais mon devoir2 mais j'ignorais cette simplicit hroque1 fruit d'un sacrifice entier et de bonne foi4 ,il n'y a qu'un an1 par exemple1 que mon coeur comprend la simplicit des ,romains de ,tite-,live4 ,autrefois je les trouvais froids1 compars nos brillants colonels4 ,ce qu'ils faisaient pour leur ,rome1 je le trouve dans mon coeur pour ,lonore4 ,si j'avais le bonheur de pouvoir faire quelque chose pour elle1 mon premier dsir serait de le cacher4 ,la conduite des ,rgulus1 des ,dcius tait une chose convenue d'avance et qui n'avait pas le droit de les surprendre4 ,j'tais petit avant d'aimer1 prcisment parce que j'tais tent quelquefois de me trouver grand2 il y avait un certain effort que je sentais et dont je m'applaudissais4 ,et1 du ct des affections1 que ne doit-on pas l'amour8 ,aprs les hasards de la premire jeunesse1 le coeur se ferme la sympathie4 ,la mort ou l'absence loigne-t-elle des compagnons de l'enfance1 l'on est rduit passer la vie avec de froids associs1 la demi-aune la main1 toujours calculant des ides d'intrt ou de vanit4 ,peu peu1 toute la partie tendre et gnreuse de l'me devient strile faute de culture1 et moins de trente ans l'homme se trouve ptrifi toutes les sensations douces et tendres4 ,au milieu de ce dsert aride1 l'amour fait jaillir une source de sentiments plus abondante et plus frache mme que celle de la premire jeunesse4 ,il y avait alors une esprance vague1 folle et sans cesse distraite#he1 jamais de dvouement pour rien1 jamais de dsirs constants et profonds2 l'me1 toujours lgre1 avait soif de nouveaut et ngligeait aujourd'hui ce qu'elle adorait hier4 ,et rien n'est plus recueilli1 plus mystrieux1 plus ternellement un dans son objet1 que la cristallisation de l'amour4 ,alors les seules choses agrables avaient droit de plaire et de plaire un instant1 maintenant tout ce qui a rapport ce qu'on aime et mme les objets les plus indiffrents touchent profondment4 ,arrivant dans une grande ville1 cent milles de celle qu'habite ,lonore1 je me suis trouv tout timide et tremblant3 chaque dtour de rue1 je frmissais de rencontrer ,alviza1 l'amie intime de ,mme 9999991 et amie que je ne connais pas4 ,tout a pris pour moi une teinte mystrieuse et sacre1 mon coeur palpitait en parlant un vieux savant4 ,je ne pouvais sans rougir entendre nommer la porte prs de laquelle habite l'amie de ,lonore4 #he ,mordaunt ,merton1 ,ier vol4 du ,pirate4 ,mme les rigueurs de la femme qu'on aime ont des grces infinies1 et que l'on ne trouve pas dans les moments les plus flatteurs auprs des autres femmes4 ,c'est ainsi que les grandes ombres des tableaux du ,corrge1 loin d'tre1 comme chez les autres peintres1 des passages peu agrables1 mais ncessaires faire valoir les clairs1 et donner du relief aux figures1 ont par elles-mmes des grces charmantes et qui jettent dans une douce rverie#hf4 #hf ,puisque j'ai nomm le ,corrge1 je dirai qu'on trouve dans une tte d'ange bauche1 la tribune de la galerie de ,florence1 le regard de l'amour heureux2 et ,parme1 dans la ,madone couronne par ,jsus1 les yeux baisss de l'amour4 ,oui1 la moiti et la plus belle moiti de la vie est cache l'homme qui n'a pas aim avec passion4 ,salviati avait besoin de toute la force de sa dialectique pour tenir tte au sage ,schiassetti1 qui lui disait toujours3 ,voulez-vous tre heureux1 contentez-vous d'une vie exempte de peines1 et chaque jour d'une petite quantit de bonheur4 ,dfendez-vous de la loterie des grandes passions4--,donnez-moi donc votre curiosit1 rpondait ,salviati4 ,je crois qu'il y avait bien des jours o il aurait voulu pouvoir suivre les avis de notre sage colonel2 il luttait un peu1 il croyait russir2 mais ce parti tait absolument au-dessus de ses forces2 et cependant quelle force n'avait pas cette me6 ,un chapeau de satin blanc1 ressemblant un peu celui de ,mme 9999991 qu'il voyait de loin dans la rue1 arrtait le battement de son coeur1 et le forait s'appuyer contre le mur4 ,mme dans ses plus tristes moments1 le bonheur de la rencontrer lui donnait toujours quelques heures d'ivresse au-dessus de l'influence de tous les malheurs et de tous les raisonnements#hg4 ,du reste1 il est de fait qu' sa mort#hh1 aprs deux ans de cette passion gnreuse et sans bornes1 son caractre avait contract plusieurs nobles habitudes1 et qu' cet gard du moins il se jugeait correctement3 s'il et vcu1 et que les circonstances l'eussent un peu servi1 il et fait parler de lui4 ,peut-tre aussi qu' force de simplicit1 son mrite et pass invisible sur cette terre4 #hg ,come what sorrow can1 ,it cannot countervail the exchange of joy1 ,that one short moment gives me in her sight4 ,romeo and ,juliet4 #hh ,peu de jours avant le dernier1 il fit une petite ode qui a le mrite d'exprimer juste les sentiments dont il nous entretenait3 ,l',,ultimo ,,di ,,anacreontica ,a ,,elvira ,vedi tu dove il rio ,lambendo un mirto va1 ,l del riposo mio ,la pietra surger1 ,il passero amoroso4 ,e il nobile usignuol ,entro quel mirto ombroso ,racoglieranno il vol4 ,vieni1 diletta ,elvira1 ,a quella tomba vien1 ,e sulla muta lira1 ,appoggia il bianco sen4 ,su quella bruna pietra1 ,le tortore verran1 ,e intorno alla mia cetra1 ,il nido intrecieran4 ,e ogni anno1 il di che offendere ,m'osasti tu infedel1 ,far la su discendere ,la folgore del ciel4 ,odi d'un uom che muore ,odi l'estremo suon1 ,questo appassito fiore ,ti lascio1 ,elvira1 in don4 ,quanto prezioso ei sia ,saper tu il devi appien2 ,il di che fosti mia1 ,te l'involai dal sen4 ,simbolo allor d'affetto1 ,or pegno di dolor1 ,torno a posarti in petto1 ,quest'appassito fior4 ,e avrai nel cuor scolpito1 ,se crudo il cor non 1 ,come ti fu rapito1 ,come fu reso a te4 ,s4 ,,radael4 ,o lasso ,quanti dolci pensier1 quanto desio1 ,men costui al doloroso passo6 ,biondo era1 e bello1 e di gentile aspetto2 ,ma l'un de' cigli un colpo avea diviso#hi4 ,,dante4 #hi ,pauvre malheureux6 combien de doux pensers et quel dsir constant le conduisirent sa dernire heure4 ,sa figure tait belle et douce1 sa chevelure blonde1 seulement une noble cicatrice venait couper un de ses sourcils4 ,,chapitre ,,xxxii ,de l'intimit4 ,le plus grand bonheur que puisse donner l'amour1 c'est le premier serrement de main d'une femme qu'on aime4 ,le bonheur de la galanterie1 au contraire1 est beaucoup plus rel1 et beaucoup plus sujet la plaisanterie4 ,dans l'amour-passion1 l'intimit n'est pas tant le bonheur parfait que le dernier pas pour y arriver4 ,mais comment peindre le bonheur1 s'il ne laisse pas de souvenirs8 ,mortimer revenait tremblant d'un long voyage2 il adorait ,jenny2 elle n'avait pas rpondu ses lettres4 ,en arrivant ,londres1 il monte cheval et va la chercher sa maison de campagne4 ,il arrive1 elle se promenait dans le parc2 il y court1 le coeur palpitant2 il la rencontre1 elle lui tend la main1 le reoit avec trouble3 il voit qu'il est aim4 ,en parcourant avec elle les alles du parc1 la robe de ,jenny s'embarrassa dans un buisson d'acacia pineux4 ,dans la suite1 ,mortimer fut heureux1 mais ,jenny fut infidle4 ,je lui soutiens que ,jenny ne l'a jamais aim2 il me cite comme preuve de son amour la manire dont elle le reut son retour du continent1 mais jamais il n'a pu me donner le moindre dtail4 ,seulement il tressaille visiblement ds qu'il voit un buisson d'acacia3 c'est rellement le seul souvenir distinct qu'il avait conserv du moment le plus heureux de sa vie#ij4 #ij ,vie de ,haydn4 ,un homme sensible et franc1 un ancien chevalier1 me faisait confidence ce soir 7au fond de notre barque battue par un gros temps sur le lac de ,garde#ia7 de l'histoire de ses amours1 dont mon tour je ne ferai pas confidence au public1 mais de laquelle je me crois en droit de conclure que le moment de l'intimit est comme ces belles journes du mois de mai1 une poque dlicate pour les plus belles fleurs1 un moment qui peut tre fatal et fltrir en un instant les plus belles esprances4 #ia #bj septembre #ahaa4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 #ib4 #ib ,a la premire querelle1 ,mme ,ivernetta donna son cong au pauvre ,bariac4 ,bariac tait vritablement amoureux1 ce cong le dsespra2 mais son ami ,guillaume ,balaon1 dont nous crivons la vie1 lui fut d'un grand secours1 et fit si bien qu'il apaisa la svre ,ivernetta4 ,la paix se fit1 et la rconciliation fut accompagne de circonstances si dlicieuses que ,bariac jura ,balaon que le moment des premires faveurs qu'il avait obtenues de sa matresse n'avait pas t si doux que celui de ce voluptueux raccommodement4 ,ce discours tourna la tte ,balaon1 il voulut prouver ce plaisir que son ami venait de lui crire1 etc41 etc4 ,vie de quelques troubadours1 par ,nivernois1 t4 ,i1 p4 #cb4 ,on ne saurait trop louer le naturel4 ,c'est la seule coquetterie permise dans une chose aussi srieuse que l'amour la ,werther1 o l'on ne sait pas o l'on va2 et1 en mme temps1 par un hasard heureux pour la vertu1 c'est la meilleure tactique4 ,sans s'en douter1 un homme vraiment touch dit des choses charmantes1 il parle une langue qu'il ne sait pas4 ,malheur l'homme le moins du monde affect6 ,mme quand il aimerait1 mme avec tout l'esprit possible1 il perd les trois quarts de ses avantages4 ,se laisse-t-on aller l'instant l'affection1 une minute aprs1 l'on a un moment de scheresse4 ,tout l'art d'aimer se rduit1 ce me semble1 dire exactement ce que le degr d'ivresse du moment comporte1 c'est--dire1 en d'autres termes1 couter son me4 ,il ne faut pas croire que cela soit si facile2 un homme qui aime vraiment1 quand son amie lui dit des choses qui le rendent heureux1 n'a plus la force de parler4 ,il perd ainsi les actions qu'auraient fait natre ses paroles#ic1 et il vaut mieux se taire que de dire hors de temps des choses trop tendres2 ce qui tait plac1 il y a dix secondes1 ne l'est plus du tout1 et fait tache en ce moment4 ,toutes les fois que je manquais cette rgle#id1 et que je disais une chose qui m'tait venue trois minutes auparavant1 et que je trouvais jolie1 ,lonore ne manquait pas de me battre4 ,je me disais ensuite1 en sortant3 ,elle a raison3 voil de ces choses qui doivent choquer extrmement une femme dlicate2 c'est une indcence de sentiment4 ,elles admettraient plutt1 comme les rhteurs de mauvais got1 un degr de faiblesse et de froideur4 ,n'ayant redouter au monde que la fausset de leur amant1 la moindre petite insincrit de dtail1 ft-elle la plus innocente du monde1 les prive l'instant de tout bonheur et les jette dans la mfiance4 #ic ,c'est ce genre de timidit qui est dcisif1 et qui prouve un amour-passion dans un homme d'esprit4 #id ,on rappelle que si l'auteur emploie quelquefois la tournure du je1 c'est pour essayer de jeter quelque varit dans la forme de cet essai4 ,il n'a nullement la prtention d'entretenir ses lecteurs de ses propres sentiments4 ,il cherche faire part avec le moins de monotonie qu'il lui soit possible de ce qu'il a observ chez autrui4 ,les femmes honntes ont de l'loignement pour la vhmence et l'imprvu1 qui sont cependant les caractres de la passion2 outre que la vhmence alarme la pudeur1 elles se dfendent4 ,quand quelque mouvement de jalousie ou de dplaisir a mis du sang-froid1 on peut en gnral entreprendre des discours propres faire natre cette ivresse favorable l'amour2 et si1 aprs les deux ou trois premires phases d'exposition1 l'on ne manque pas l'occasion de dire exactement ce que l'me suggre1 on donnera des plaisirs vifs ce qu'on aime4 ,l'erreur de la plupart des hommes1 c'est qu'ils veulent arriver dire telle chose qu'ils trouvent jolie1 spirituelle1 touchante2 au lieu de dtendre leur me de l'empes du monde1 jusqu' ce degr d'intimit et de naturel d'exprimer navement ce qu'elle sent dans le moment4 ,si l'on a ce courage1 l'on recevra l'instant sa rcompense par une espce de raccommodement4 ,c'est cette rcompense aussi rapide qu'involontaire des plaisirs que l'on donne ce qu'on aime1 qui met cette passion si fort au-dessus des autres4 ,s'il y a le naturel parfait1 le bonheur de deux individus arrive tre confondu#ie4 ,a cause de la sympathie et de plusieurs autres lois de notre nature1 c'est tout simplement le plus grand bonheur qui puisse exister4 #ie ,a se placer exactement dans les mmes actions4 ,il n'est rien moins que facile de dterminer le sens de cette parole1 naturel1 condition ncessaire du bonheur par l'amour4 ,on appelle naturel ce qui ne s'carte pas de la manire habituelle d'agir4 ,il va sans dire qu'il ne faut jamais non seulement mentir ce qu'on aime1 mais mme embellir le moins du monde et altrer la puret de trait de la vrit4 ,car1 si l'on embellit1 l'attention est occupe embellir1 et ne rpond plus navement1 comme la touche d'un piano1 au sentiment qui se montre dans ses yeux4 ,elle s'en aperoit bientt je ne sais quel froid qu'elle prouve1 et son tour a recours la coquetterie4 ,ne serait-ce point ici la raison cache qui fait qu'on ne saurait aimer une femme d'un esprit trop infrieur6 ,c'est qu'auprs d'elle on peut feindre impunment1 et comme feindre est plus commode1 cause de l'habitude1 on se livre au manque de naturel4 ,ds lors l'amour n'est plus amour1 il tombe n'tre qu'une affaire ordinaire3 la seule diffrence1 c'est qu'au lieu d'argent on gagne du plaisir ou de la vanit1 ou un mlange des deux4 ,mais il est difficile de ne pas prouver une nuance de mpris pour une femme avec qui l'on peut impunment jouer la comdie1 et par consquent il ne manque pour la planter l que de rencontrer mieux cet gard4 ,l'habitude ou les serments peuvent retenir2 mais je parle du penchant du coeur1 dont le naturel est de voler au plus grand plaisir4 ,revenant ce mot naturel1 naturel et habituel sont deux choses4 ,si l'on prend ces mots dans le mme sens1 il est vident que plus on a de sensibilit1 plus il est difficile d'tre naturel1 car l'habitude a un empire moins puissant sur la manire d'tre et d'agir1 et l'homme est davantage chaque circonstance4 ,toutes les pages de la vie d'un tre froid sont les mmes2 prenez-le aujourd'hui1 prenez-le hier1 c'est toujours la mme main de bois4 ,un homme sensible1 ds que son coeur est mu1 ne trouve plus en soi de traces d'habitude pour guider ses actions2 et comment pourrait-il suivre un chemin dont il n'a plus le sentiment8 ,il sent le poids immense qui s'attache chaque parole qu'il dit ce qu'il aime1 il lui semble qu'un mot va dcider de son sort4 ,comment pourra-t-il ne pas chercher bien dire8 ou du moins comment n'aura-t-il pas le sentiment qu'il dit bien8 ,ds lors il n'y a plus de candeur4 ,donc1 il ne faut pas prtendre la candeur1 cette qualit d'une me qui ne fait aucun retour sur elle-mme4 ,on est ce qu'on peut1 mais on sent ce qu'on est4 ,je crois que nous voil arrivs au dernier degr de naturel que le coeur le plus dlicat puisse prtendre en amour4 ,un homme passionn ne peut qu'embrasser fortement1 comme sa seule ressource dans la tempte1 le serment de ne jamais changer en rien la vrit et de lire correctement dans son coeur2 si la conversation est vive et entrecoupe1 il peut esprer de beaux moments de naturel1 autrement il ne sera parfaitement naturel que dans les heures o il aimera un peu moins la folie4 ,auprs de ce qu'on aime1 peine le naturel reste-t-il dans les mouvements1 dont cependant les habitudes sont si profondment enracines dans les muscles4 ,quand je donnais le bras ,lonore1 il me semblait toujours tre sur le point de tomber1 et je pensais bien marcher4 ,tout ce qu'on peut1 c'est de n'tre jamais affect volontairement2 il suffit d'tre persuad que le manque de naturel est le plus grand dsavantage possible1 et peut aisment tre la source des plus grands malheurs4 ,le coeur de la femme que vous aimez n'entend plus le vtre1 vous perdez ce mouvement nerveux et involontaire de la franchise qui rpond la franchise4 ,c'est perdre tous les moyens de la toucher1 j'ai presque dit de la sduire1 ce n'est pas que je prtende nier qu'une femme digne d'amour peut voir son destin dans cette jolie devise du lierre1 qui meurt s'il ne s'attache2 c'est une loi de la nature1 mais c'est toujours un pas dcisif pour le bonheur1 que de faire celui de l'homme qu'on aime4 ,il me semble qu'une femme raisonnable ne doit tout accorder son amant que quand elle ne peut plus se dfendre1 et le plus lger soupon sur la sincrit de votre coeur lui rend sur-le-champ un peu de force1 assez du moins pour retarder encore d'un jour sa dfaite#if4 #if ,hc autem ad acerbam rei memoriam1 amara quadam dulcedine1 scribere visum est444 ut cogitem nihil esse debere quod amplius mihi placeat in hac vita4 ,,petrarca1 ,ed4 ,marsand4 #ae janvier #ahai4 ,est-il besoin d'ajouter que1 pour rendre tout ceci le comble du ridicule1 il suffit de l'appliquer l'amour-got8 ,,chapitre ,,xxxiii ,toujours un petit doute calmer1 voil ce qui fait la soif de tous les instants1 voil ce qui fait la vie de l'amour heureux4 ,comme la crainte ne l'abandonne jamais1 ses plaisirs ne peuvent jamais ennuyer4 ,le caractre de ce bonheur1 c'est l'extrme srieux4 ,,chapitre ,,xxxiv ,des confidences4 ,il n'y a pas au monde d'insolence plus vite punie que celle qui vous fait confier un ami intime un amour-passion4 ,il sait1 si ce que vous dites est vrai1 que vous avez des plaisirs mille fois au-dessus des siens1 et qui vous font mpriser les siens4 ,c'est bien pis encore entre femmes1 la fortune de leur vie tant d'inspirer une passion1 et d'ordinaire1 la confidente aussi ayant expos son amabilit aux regards de l'amant4 ,d'un autre ct1 pour l'tre dvor de cette fivre1 il n'est pas au monde de besoin moral plus imprieux que celui d'un ami devant qui l'on puisse raisonner sur les doutes affreux qui s'emparent de l'me chaque instant1 car dans cette passion terrible1 toujours une chose imagine est une chose existante4 ,un grand dfaut du caractre de ,salviati1 crivait-il en #ahag1 en cela bien oppos celui de ,napolon1 c'est que1 lorsque dans la discussion des intrts d'une passion quelque chose vient tre moralement dmontr1 il ne peut prendre sur lui de partir de cette base comme d'un fait jamais tabli2 et malgr lui1 et son grand malheur1 il le remet sans cesse en discussion4 ,c'est qu'il est ais d'avoir du courage dans l'ambition4 ,la cristallisation qui n'est pas subjugue par le dsir de la chose obtenir s'emploie fortifier le courage2 en amour1 elle est toute au service de l'objet contre lequel on doit avoir du courage4 ,une femme peut trouver une amie perfide1 elle peut trouver aussi une amie ennuye4 ,une princesse de trente-cinq ans#ig1 ennuye et poursuivie par le besoin d'agir1 d'intriguer1 etc41 etc41 mcontente de la tideur de son amant1 et cependant ne pouvant esprer de faire natre un autre amour1 ne sachant que faire de l'activit qui la dvore1 et n'ayant d'autre distraction que des accs d'humeur noire1 peut fort bien trouver une occupation1 c'est--dire un plaisir1 et un but dans la vie1 rendre malheureuse une vraie passion1 passion qu'on a l'insolence de sentir pour une autre qu'elle1 tandis que son amant s'endort ses cts4 #ig ,venise1 #ahai4 ,c'est le seul cas o la haine produise bonheur2 c'est qu'elle procure occupation et travail4 ,dans les premiers instants1 le plaisir de faire quelque chose1 ds que l'entreprise est souponne de la socit1 la pique de russir donne du charme cette occupation4 ,la jalousie pour l'amie prend le masque de la haine pour l'amant2 autrement comment pourrait-on har la fureur un homme qu'on n'a jamais vu8 ,on n'a garde de s'avouer l'envie1 car il faudrait d'abord s'avouer le mrite1 et l'on a des flatteurs qui ne se soutiennent la cour qu'en donnant des ridicules la bonne amie4 ,la confidente perfide1 tout en se permettant des actions de la dernire noirceur1 peut fort bien se croire uniquement anime par le dsir de ne pas perdre une amiti prcieuse4 ,la femme ennuye se dit que l'amiti mme languit dans un coeur dvor par l'amour et ses anxits mortelles2 ct de l'amour l'amiti ne peut se soutenir que par les confidences2 or1 quoi de plus odieux pour l'envie que de telles confidences8 ,les seules qui soient bien reues entre femmes sont celles qu'accompagne la franchise de ce raisonnement3 ,ma chre amie1 dans la guerre aussi absurde qu'implacable que nous font les prjugs mis en vogue par nos tyrans1 servez-moi aujourd'hui1 demain ce sera mon tour#ih4 #ih ,mmoires de ,mme d'pinay1 ,geliotte4 ,prague1 ,klagenfurth1 toute la ,moravie1 etc41 etc4 ,les femmes y sont fort spirituelles1 et les hommes de grands chasseurs4 ,l'amiti y est fort commune entre femmes4 ,le beau temps du pays est l'hiver3 on fait successivement des parties de chasse de quinze vingt jours chez les grands seigneurs de la province4 ,un des plus spirituels me disait un jour que ,charles-,quint avait rgn lgitimement sur toute l',italie1 et que1 par consquent1 c'tait bien en vain que les ,italiens voudraient se rvolter4 ,la femme de ce brave homme lisait les lettres de ,mlle de ,lespinasse4 ,znaym1 #ahaf4 ,avant cette exception il y a celle de la vritable amiti ne dans l'enfance et non gte depuis par aucune jalousie4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,les confidences d'amour-passion ne sont bien reues qu'entre coliers amoureux de l'amour1 et entre jeunes filles dvores par la curiosit1 par la tendresse employer1 et peut-tre entranes dj par l'instinct#ii qui leur dit que c'est l la grande affaire de leur vie1 et qu'elles ne sauraient trop tt s'en occuper4 #ii ,grande question4 ,il me semble qu'outre l'ducation qui commence huit ou dix mois1 il y a un peu d'instinct4 ,tout le monde a vu des petites filles de trois ans s'acquitter fort bien des devoirs de la galanterie4 ,l'amour-got s'enflamme et l'amour-passion se refroidit par les confidences4 ,outre les dangers1 il y a la difficult des confidences4 ,en amour-passion1 ce qu'on ne peut pas exprimer 7parce que la langue est trop grossire pour atteindre ces nuances7 n'en existe pas moins pour cela2 seulement1 comme ce sont des choses trs fines1 on est plus sujet se tromper en les observant4 ,et un observateur trs mu observe mal2 il est injuste envers le hasard4 ,ce qu'il y a peut-tre de plus sage1 c'est de se faire soi-mme son propre confident4 crivez ce soir1 sous des noms emprunts1 mais avec tous les dtails caractristiques1 le dialogue que vous venez d'avoir avec votre amie et la difficult qui vous trouble4 ,dans huit jours1 si vous avez l'amour-passion1 vous serez un autre homme3 et alors1 lisant votre consultation1 vous pourrez vous donner un bon avis4 ,entre hommes1 ds qu'on est plus de deux et que l'envie peut paratre1 la politesse oblige ne parler que d'amour physique3 voyez la fin des dners d'hommes4 ,ce sont les sonnets de ,baffo#ajj que l'on rcite et qui font un plaisir infini1 parce que chacun prend au pied de la lettre les louanges et les transports de son voisin1 qui bien souvent ne veut que paratre gai ou poli4 ,les charmantes tendresses de ,ptrarque ou les madrigaux franais seraient dplacs4 #ajj ,le dialecte vnitien a des descriptions de l'amour physique d'une vivacit qui laisse mille lieues ,horace1 ,properce1 la ,fontaine et tous les potes4 ,m4 ,burati1 de ,venise1 est en ce moment le premier pote satirique de notre triste ,europe4 ,il excelle surtout dans la description du physique grotesque de ses hros1 aussi le met-on souvent en prison4 ,voir l',elefantide1 l',uomo1 la ,strefeide4 ,,chapitre ,,xxxv ,de la jalousie4 ,quand on aime1 chaque nouvel objet qui frappe les yeux ou la mmoire1 serr dans une tribune et attentif couter une discussion des chambres ou allant au galop relever une grand'garde sous le feu de l'ennemi1 toujours l'on ajoute une nouvelle perfection l'ide qu'on a de sa matresse1 ou l'on dcouvre un nouveau moyen1 qui d'abord semble excellent1 de s'en faire aimer davantage4 ,chaque pas de l'imagination est pay par un moment de dlices4 ,il n'est pas tonnant qu'une telle manire d'tre soit attachante4 ,a l'instant o nat la jalousie1 la mme habitude de l'me reste1 mais pour produire un effet contraire4 ,chaque perfection que vous ajoutez la couronne de l'objet que vous aimez1 et qui peut-tre en aime un autre1 loin de vous procurer une jouissance cleste1 vous retourne un poignard dans le coeur4 ,une voix vous crie3 ,ce plaisir si charmant1 c'est ton rival qui en jouira#aja4 #aja ,voil une folie de l'amour2 cette perfection que vous voyez n'en est pas une pour lui4 ,et les objets qui vous frappent1 sans produire ce premier effet1 au lieu de vous montrer comme autrefois un nouveau moyen de vous faire aimer1 vous font voir un nouvel avantage du rival4 ,vous rencontrez une jolie femme galopant dans le parc#ajb1 et le rival est fameux par ses beaux chevaux1 qui lui font faire dix mille en cinquante minutes4 #ajb ,montagnola1 #ac avril #ahai4 ,dans cet tat la fureur nat facilement2 l'on ne se rappelle plus qu'en amour possder n'est rien1 c'est jouir qui fait tout2 l'on s'exagre le bonheur du rival1 l'on s'exagre l'insolence que lui donne ce bonheur1 et l'on arrive au comble des tourments1 c'est--dire l'extrme malheur1 empoisonn encore d'un reste d'esprance4 ,le seul remde est peut-tre d'observer de trs prs le bonheur du rival4 ,souvent vous le verrez s'endormir paisiblement dans le salon o se trouve cette femme1 qui1 chaque chapeau qui ressemble au sien et que vous voyez de loin dans la rue1 arrte le battement de votre coeur4 ,voulez-vous le rveiller1 il suffit de montrer votre jalousie4 ,vous aurez peut-tre l'avantage de lui apprendre le prix de la femme qui le prfre vous1 et il vous devra l'amour qu'il prendra pour elle4 ,a l'gard du rival1 il n'y a pas de milieu3 il faut ou plaisanter avec lui de la manire la plus dgage qu'il se pourra1 ou lui faire peur4 ,la jalousie tant le plus grand de tous les maux1 on trouvera qu'exposer sa vie est une diversion agrable4 ,car alors nos rveries ne sont pas toutes empoisonnes et tournant au noir 7par le mcanisme expos ci-dessus72 l'on peut se figurer quelquefois qu'on tue ce rival4 ,d'aprs ce principe1 qu'on ne doit jamais envoyer des forces l'ennemi1 il faut cacher votre amour au rival1 et1 sous un prtexte de vanit et le plus loign possible de l'amour1 lui dire en grand secret1 avec toute la politesse possible1 et de l'air le plus calme et le plus simple3 ,monsieur1 je ne sais pourquoi le public s'avise de me donner la petite une telle2 on a mme la bont de croire que j'en suis amoureux2 si vous la voulez1 vous1 je vous la cderais de grand coeur1 si malheureusement je ne m'exposais jouer un rle ridicule4 ,dans six mois1 prenez-la tant qu'il vous plaira2 mais aujourd'hui l'honneur qu'on attache1 je ne sais pourquoi1 ces choses-l1 m'oblige de vous dire1 mon grand regret1 que1 si par hasard vous n'avez pas la justice d'attendre que votre tour soit venu1 il faut que l'un de nous meure4 ,votre rival est trs probablement un homme non passionn1 et peut-tre un homme trs prudent1 qui1 une fois qu'il sera convaincu de votre rsolution1 s'empressera de vous cder la femme en question1 pour peu qu'il puisse trouver quelque prtexte honnte4 ,c'est pour cela qu'il faut mettre de la gaiet dans votre dclaration1 et couvrir toute la dmarche du plus profond secret4 ,ce qui rend la douleur de la jalousie si aigu1 c'est que la vanit ne peut aider la supporter1 et par la mthode dont je parle1 votre vanit a une pture4 ,vous pouvez vous estimer comme brave1 si vous tes rduit vous mpriser comme aimable4 ,si l'on aime mieux ne pas prendre les choses au tragique1 il faut partir1 et aller quarante lieues de l1 entretenir une danseuse dont les charmes auront l'air de vous arrter comme vous passiez4 ,pour peu que le rival ait l'me commune1 il vous croira consol4 ,trs souvent le meilleur parti est d'attendre sans sourciller que le rival s'use auprs de l'objet aim1 par ses propres sottises4 ,car1 moins d'une grande passion1 prise peu peu et dans la premire jeunesse1 une femme d'esprit n'aime pas longtemps un homme commun#ajc4 ,dans le cas de la jalousie aprs l'intimit1 il faut encore de l'indiffrence apparente et de l'inconstance relle1 car beaucoup de femmes1 offenses par un amant qu'elles aiment encore1 s'attachent l'homme pour lequel il montre de la jalousie1 et le jeu devient une ralit#ajd4 #ajc ,la princesse de ,tarente1 nouvelle de ,scarron4 #ajd ,comme dans le ,curieux impertinent1 nouvelle de ,cervants4 ,je suis entr dans quelques dtails1 parce que1 dans ces moments de jalousie1 on perd la tte le plus souvent2 des conseils crits depuis longtemps fort bien1 et1 l'essentiel tant de feindre du calme1 il est propos de prendre le ton dans un crit philosophique4 ,comme l'on n'a de pouvoir sur vous qu'en vous tant ou vous faisant esprer des choses dont la seule passion fait tout le prix1 si vous parvenez vous faire croire indiffrent1 tout coup vos adversaires n'ont plus d'armes4 ,si l'on n'a aucune action faire1 et que l'on puisse s'amuser chercher du soulagement1 on trouvera quelque plaisir lire ,othello2 il fera douter des apparences les plus concluantes4 ,on arrtera les yeux avec dlices sur ces paroles4 ,trifles light as air ,seem to the jealous confirmations strong ,as proofs from holy writ4 ,othello1 acte ,,iii#aje4 #aje ,des bagatelles lgres comme l'air semblent un jaloux des preuves aussi fortes que celles qu'on puise dans les promesses du saint vangile4 ,j'ai prouv que la vue d'une belle mer est consolante4 ,the morning which had arisen calm and bright1 gave a pleasant effect to the waste mountain view which was seen from the castle on looking to the landward and the glorious ,ocean crisped with a thousand rippling waves of silver1 extended on the other side in awful yet complacent majesty to the verge of the horizon4 ,with such scenes of calm sublimity1 the human heart sympathizes even in his most disturbed moods1 and deeds of honour and virtue are inspired by their majestic influence4 7,the ,bride of ,lammermoor1 ,i1 #aic74 ,je trouve crit par ,salviati3 #bj juillet #ahah4--;,j'applique souvent et draisonnablement1 je crois1 la vie tout entire le sentiment qu'un ambitieux ou un bon citoyen prouve durant une bataille1 s'il se trouve employ garder le parc de rserve1 ou dans tout autre poste sans pril et sans action4 ,j'aurais eu du regret quarante ans d'avoir pass l'ge d'aimer sans passion profonde4 ,j'aurais eu ce dplaisir amer et qui rabaisse1 de m'apercevoir trop tard que j'avais eu la duperie de laisser passer la vie sans vivre4 ,j'ai pass hier trois heures avec la femme que j'aime1 et avec un rival qu'elle veut me faire croire bien trait4 ,sans doute il y a eu des moments d'amertume en observant ses beaux yeux fixs sur lui1 et1 en sortant de chez elle1 des transports vifs de l'extrme malheur l'esprance4 ,mais que de choses neuves6 que de penses vives6 que de raisonnements rapides6 et malgr le bonheur apparent du rival1 avec quel orgueil et quelles dlices mon amour se sentait au-dessus du sien6 ,je me disais3 ,ces joues-l pliraient de la plus vile peur au moindre des sacrifices que mon amour ferait en se jouant1 que dis-je1 avec bonheur2 par exemple1 mettre la main au chapeau pour tirer l'un de ces deux billets3 tre aim d'elle1 l'autre mourir l'instant2 et ce sentiment est de si plain-pied chez moi1 qu'il ne m'empchait point d'tre aimable la conversation4 ,si l'on m'et cont cela il y a deux ans1 je me serais moqu4 ,je lis dans le voyage des capitaines ,lewis et ,clarke1 fait aux sources du ,missouri en #ahjf1 page #bae4 ,les ,ricaras sont pauvres1 mais bons et gnreux2 nous vcmes assez longtemps dans trois de leurs villages4 ,leurs femmes sont plus belles que celles de toutes les autres peuplades que nous avons rencontres2 elles sont aussi trs disposes ne pas faire languir leurs amants4 ,nous trouvmes un nouvel exemple de cette vrit1 qu'il suffit de courir le monde pour voir que tout est variable4 ,parmi les ,ricaras1 c'est un grand sujet d'offense1 si1 sans le consentement de son mari ou de son frre1 une femme accorde ses faveurs4 ,mais1 du reste1 les frres et les maris sont trs contents d'avoir l'occasion de faire cette petite politesse leurs amis4 ,nous avions un ngre parmi nos gens2 il fit beaucoup de sensation chez un peuple qui1 pour la premire fois1 voyait un homme de cette couleur4 ,il fut bientt le favori du beau sexe1 et1 au lieu d'en tre jaloux1 nous voyions les maris enchants de le voir arriver chez eux4 ,ce qu'il y a de plaisant1 c'est que dans l'intrieur de huttes aussi exigus1 tout se voit#ajf4 #ajf ,on devrait tablir ,philadelphie une acadmie qui s'occuperait de recueillir des matriaux pour l'tude de l'homme dans l'tat sauvage1 et ne pas attendre que ces peuplades curieuses soient ananties4 ,je sais bien que de telles acadmies existent2 mais apparemment avec des rglements dignes de nos acadmies d',europe 7,mmoire et discussion sur le ,zodiaque de ,dendrah l',acadmie des sciences de ,paris1 en #abha74 ,je vois que l'acadmie de ,massachusetts1 je crois1 charge prudemment un membre du clerg 7,m4 ,jarvis7 de faire un rapport sur la religion des sauvages4 ,le prtre ne manque pas de rfuter de toutes ses forces un ,franais impie nomm ,volney4 ,suivant le prtre1 les sauvages ont les ides les plus exactes et les plus nobles de la ,divinit1 etc4 ,s'il habitait l',angleterre1 un tel rapport vaudrait au digne acadmicien un preferment de trois ou quatre cents louis1 et la protection de tous les nobles lords du canton4 ,mais en ,amrique6 ,au reste1 le ridicule de cette acadmie me rappelle que les libres ,amricains attachent le plus grand prix voir de belles armoiries peintes aux panneaux de leurs voitures2 ce qui les afflige1 c'est que par le peu d'instruction de leurs peintres de carrosse1 il y a souvent des fautes de blason4 ,,chapitre ,,xxxvi ,suite de la jalousie4 ,quant la femme souponne d'inconstance4 ,elle vous quitte1 parce que vous avez dcourag la cristallisation1 et vous avez peut-tre dans son coeur l'appui de l'habitude4 ,elle vous quitte1 parce qu'elle est trop sre de vous4 ,vous avez tu la crainte1 et les petits doutes de l'amour heureux ne peuvent plus natre2 inquitez-la1 et surtout gardez-vous de l'absurdit des protestations4 ,dans le long temps que vous avez vcu auprs d'elle1 vous aurez sans doute dcouvert quelle est la femme de la ville ou de la socit qu'elle jalouse et qu'elle craint le plus4 ,faites la cour cette femme2 mais1 bien loin d'afficher votre cour1 cherchez la cacher1 et cherchez-le de bonne foi2 fiez-vous-en aux yeux de la haine pour tout voir et tout sentir4 ,le profond loignement que vous prouverez pendant plusieurs mois pour toutes les femmes#ajg doit vous rendre cela facile4 ,rappelez vous que1 dans la position o vous tes1 on gte tout par l'apparence de la passion3 voyez peu la femme aime1 et buvez du ,champagne en bonne compagnie4 #ajg ,on compare la branche d'arbre garnie de diamants la branche d'arbre effeuille1 et les contrastes rendent les souvenirs plus vifs4 ,pour juger de l'amour de votre matresse1 rappelez-vous3 #a ,que plus il entre de plaisir physique dans la base d'un amour1 dans ce qui autrefois dtermina l'intimit1 plus il est sujet l'inconstance et surtout l'infidlit4 ,cela s'applique surtout aux amours dont la cristallisation a t favorise par le fort de la jeunesse1 seize ans4 #b ,l'amour de deux personnes qui s'aiment n'est presque jamais le mme#ajh4 ,l'amour-passion a ses phases durant lesquelles1 et tour tour1 l'un des deux aime davantage4 ,souvent la simple galanterie ou l'amour de vanit rpond l'amour-passion1 et c'est plutt la femme qui aime avec transport4 ,quel que soit l'amour senti par l'un des deux amants1 ds qu'il est jaloux1 il exige que l'autre remplisse les conditions de l'amour-passion2 la vanit simule en lui tous les besoins d'un coeur tendre4 #ajh ,exemple1 l'amour d',alfieri pour cette grande dame anglaise 7milady ,ligonier71 qui faisait aussi l'amour avec son laquais1 et qui signait plaisamment ,pnlope4 ,vita1 #b4 ,enfin1 rien n'ennuie l'amour-got comme l'amour-passion dans son partner4 ,souvent un homme d'esprit1 en faisant la cour une femme1 n'a fait que la faire penser l'amour et attendrir son me4 ,elle reoit bien cet homme d'esprit qui lui donne ce plaisir4 ,il prend des esprances4 ,un beau jour cette femme rencontre l'homme qui lui fait sentir ce que l'autre a dcrit4 ,je ne sais quels sont les effets de la jalousie d'un homme sur le coeur de la femme qu'il aime4 ,de la part d'un amoureux qui ennuie1 la jalousie doit inspirer un souverain dgot qui va mme jusqu' la haine1 si le jalous est plus aimable que le jaloux1 car l'on ne veut de la jalousie que de ceux dont on pourrait tre jalouse1 disait ,mme de ,coulanges4 ,si l'on aime le jaloux et qu'il n'ait pas de droits1 la jalousie peut choquer cet orgueil fminin si difficile mnager et reconnatre4 ,la jalousie peut plaire aux femmes qui ont de la fiert1 comme une manire nouvelle de leur montrer leur pouvoir4 ,la jalousie peut plaire comme une manire nouvelle de prouver l'amour4 ,la jalousie peut choquer la pudeur d'une femme ultra-dlicate4 ,la jalousie peut plaire comme montrant la bravoure de l'amant1 ferrum est quod amant4 ,notez bien que c'est la bravoure qu'on aime1 et non pas le courage la ,turenne1 qui peut fort bien s'allier avec un coeur froid4 ,une des consquences du principe de la cristallisation1 c'est qu'une femme ne doit jamais dire oui l'amant qu'elle a tromp si elle veut jamais faire quelque chose de cet homme4 ,tel est le plaisir de continuer jouir de cette image parfaite que nous nous sommes forme de l'objet qui nous engage1 que jusqu' ce oui fatal1 ,l'on va chercher bien loin1 plutt que de mourir1 ,quelque prtexte ami pour vivre et pour souffrir4 ,,andr ,,ch,,nier4 ,on connat en ,france l'anecdote de ,mlle de ,sommery1 qui1 surprise en flagrant dlit par son amant1 lui nie le fait hardiment1 et comme l'autre se rcrie3 ,ah6 je vois bien1 lui dit-elle1 que vous ne m'aimez plus2 vous croyez plus ce que vous voyez que ce que je vous dis4 ,se rconcilier avec une matresse adore qui vous a fait une infidlit1 c'est se donner dfaire coups de poignard une cristallisation sans cesse renaissante4 ,il faut que l'amour meure1 et votre coeur sentira avec d'affreux dchirements tous les pas de son agonie4 ,c'est une des combinaisons les plus malheureuses de cette passion et de la vie3 il faudrait avoir la force de ne se rconcilier que comme ami4 ,,chapitre ,,xxxvii ,roxane4 ,quant la jalousie chez les femmes1 elles sont mfiantes1 elles risquent infiniment plus que nous1 elles ont plus sacrifi l'amour1 elles ont beaucoup moins de moyens de distraction1 elles en ont beaucoup moins surtout de vrifier les actions de leur amant4 ,une femme se sent avilie par la jalousie2 elle se croit la rise de son amant1 et qu'il se moque surtout de ses plus tendres transports2 elle doit pencher la cruaut1 et cependant elle ne peut tuer lgalement sa rivale4 ,chez les femmes1 la jalousie doit donc tre un mal encore plus abominable1 s'il se peut1 que chez les hommes4 ,c'est tout ce que le coeur humain peut supporter de rage impuissante et de mpris de soi-mme#aji sans se briser4 #aji ,ce mpris est une des grandes causes du suicide2 on se tue pour se faire rparation d'honneur4 ,je ne connais d'autre remde un mal si cruel que la mort de qui l'inspire ou de qui l'prouve4 ,on peut voir la jalousie franaise dans l'histoire de ,mme de la ,pommeraie de ,jacques le ,fataliste4 ,la ,rochefoucauld dit3 ,on a honte d'avouer qu'on a de la jalousie1 et l'on se fait honneur d'en avoir eu et d'tre capable d'en avoir#aaj4 ,les pauvres femmes n'osent pas mme avouer qu'elles ont prouv ce supplice cruel1 tant il leur donne de ridicule4 ,une plaie si douloureuse ne doit jamais se cicatriser entirement4 #aaj ,pense #die4 ,on aura reconnu1 sans que je l'aie marqu chaque fois1 plusieurs autres penses d'crivains clbres4 ,c'est de l'histoire que je cherche crire et de telles penses sont des faits4 ,si la froide raison pouvait s'exposer au feu de l'imagination avec l'ombre de l'apparence du succs1 je dirais aux pauvres femmes malheureuses par jalousie3 ,il y a une grande distance entre l'infidlit chez les hommes et chez vous4 ,chez vous cette action est en partie action directe1 en partie signe4 ,par l'effet de notre ducation d'cole militaire1 elle n'est signe de rien chez l'homme4 ,par l'effet de la pudeur1 elle est au contraire le plus dcisif de tous les signes de dvouement chez la femme4 ,une mauvaise habitude en fait comme une ncessit aux hommes4 ,durant toute la premire jeunesse1 l'exemple de ce qu'on appelle les grands au collge fait que nous mettons toute notre vanit1 toute la preuve de notre mrite dans le nombre des succs de ce genre4 ,votre ducation1 vous1 agit dans le sens inverse4 ,quant la valeur d'une action comme signe3--dans un mouvement de colre je renverse une table sur le pied de mon voisin2 cela lui fait un mal du diable1 mais peut fort bien s'arranger1--ou bien je fais le geste de lui donner un soufflet4 ,la diffrence de l'infidlit dans les deux sexes est si relle1 qu'une femme passionne peut pardonner une infidlit1 ce qui est impossible un homme4 ,voici une exprience dcisive pour faire la diffrence de l'amour-passion et de l'amour par pique2 chez les femmes1 l'infidlit tue presque l'un et redouble l'autre4 ,les femmes fires dissimulent leur jalousie par orgueil4 ,elles passent de longues soires silencieuses et froides avec cet homme qu'elles adorent1 qu'elles tremblent de perdre1 et aux yeux duquel elles se voient peu aimables4 ,ce doit tre un des plus grands supplices possibles1 c'est aussi une des sources les plus fcondes de malheur en amour4 ,pour gurir ces femmes1 si dignes de tout notre respect1 il faut dans l'homme quelque dmarche bizarre et forte1 et surtout qu'il n'ait pas l'air de voir ce qui se passe3 par exemple1 un grand voyage avec elles entrepris en vingt-quatre heures4 ,,chapitre ,,xxxviii ,de la pique#aaa d'amour-propre4 #aaa ,je sais que ce mot n'est pas trop franais en ce sens1 mais je ne trouve pas le remplacer4 ,en italien puntiglio1 en anglais pique4 ,la pique est un mouvement de la vanit3 je ne veux pas que mon antagoniste l'emporte sur moi1 et je prends cet antagoniste lui-mme pour juge de mon mrite4 ,je veux faire effet sur son coeur4 ,c'est pour cela qu'on va beaucoup au del de ce qui est raisonnable4 ,quelquefois1 pour justifier sa propre extravagance1 l'on en vient au point de se dire que ce comptiteur a la prtention de nous faire sa dupe4 ,la pique1 tant une maladie de l'honneur1 est beaucoup plus frquente dans les monarchies1 et ne doit se montrer que bien plus rarement dans les pays o rgne l'habitude d'apprcier les actions par leur degr d'utilit1 aux tats-,unis d',amrique1 par exemple4 ,tout homme1 et un ,franais plus qu'un autre1 abhorre d'tre pris pour dupe2 cependant la lgret de l'ancien caractre monarchique franais#aab empchait la pique de faire de grands ravages autre part que dans la galanterie ou l'amour-got4 ,la pique ne produisait des noirceurs remarquables que dans les monarchies o1 par le climat1 le caractre est plus sombre 7le ,portugal1 le ,pimont74 #aab ,les trois quarts des grands seigneurs franais1 vers #aggh1 auraient t dans le cas d'tre r de j1 dans un pays o les lois auraient t excutes sans acception de personnes4 ,les provinciaux1 en ,france1 se font un modle ridicule de ce que doit tre dans le monde la considration d'un galant homme1 et puis ils se mettent l'afft1 et sont l toute leur vie observer si personne ne saute le foss4 ,ainsi1 plus de naturel1 ils sont toujours piqus1 et cette manie donne du ridicule mme leur amour4 ,c'est1 aprs l'envie1 ce qui rend le plus insoutenable le sjour des petites villes1 et c'est ce qu'il faut se dire lorsqu'on admire la situation pittoresque de quelqu'une d'elles4 ,les motions les plus gnreuses et les plus nobles sont paralyses par le contact de ce qu'il y a de plus bas dans les produits de la civilisation4 ,pour achever de se rendre affreux1 ces bourgeois ne parlent que de la corruption des grandes villes#aac4 #aac ,comme ils se font la police les uns sur les autres1 par envie1 pour ce qui regarde l'amour1 il y a moins d'amour en province et plus de libertinage4 ,l',italie est plus heureuse4 ,la pique ne peut pas exister dans l'amour-passion1 elle est de l'orgueil fminin3 ,si je me laisse malmener par mon amant1 il me mprisera et ne pourra plus m'aimer2 ou elle est la jalousie avec toutes ses fureurs4 ,la jalousie veut la mort de l'objet qu'elle craint4 ,l'homme piqu est bien loin de l1 il veut que son ennemi vive et surtout soit tmoin de son triomphe4 ,l'homme piqu verrait avec peine son rival renoncer la concurrence1 car cet homme peut avoir l'insolence de se dire au fond du coeur3 si j'eusse continu m'occuper de cet objet1 je l'eusse emport sur lui4 ,dans la pique1 on n'est nullement occup du but apparent1 il ne s'agit que de la victoire4 ,c'est ce que l'on voit bien dans les amours des filles de l',opra2 si vous loignez la rivale1 la prtendue passion1 qui allait jusqu' se jeter par la fentre1 tombe l'instant4 ,l'amour par pique passe en un moment1 au contraire de l'amour-passion4 ,il suffit que1 par une dmarche irrfragable1 l'antagoniste avoue renoncer la lutte4 ,j'hsite cependant avancer cette maxime1 je n'en ai qu'un exemple et qui me laisse des doutes4 ,voici le fait1 le lecteur jugera4 ,dona ,diana est une jeune personne de vingt-trois ans1 fille d'un des plus riches et des plus fiers bourgeois de ,sville4 ,elle est belle1 sans doute1 mais d'une beaut marque1 et on lui accorde infiniment d'esprit et encore plus d'orgueil4 ,elle aimait passionnment1 du moins en apparence1 un jeune officier dont sa famille ne voulait pas4 ,l'officier part pour l',amrique avec ,morillo2 ils s'crivaient sans cesse4 ,un jour1 chez la mre de ,dona ,diana1 au milieu de beaucoup de monde1 un sot annonce la mort de cet aimable jeune homme4 ,tous les yeux se tournent sur elle1 elle ne dit que ces mots3 ,c'est dommage1 si jeune6 ,nous avions justement lu1 ce jour-l1 une pice du vieux ,massinger1 qui se termine d'une manire tragique1 mais dans laquelle l'hrone prend avec cette tranquillit apparente la mort de son amant4 ,je voyais la mre frmir1 malgr son orgueil et sa haine2 le pre sortit pour cacher sa joie4 ,au milieu de tout cela et des spectateurs interdits et faisant des yeux au sot narrateur1 ,dona ,diana1 la seule tranquille1 continua la conversation comme si de rien n'tait4 ,sa mre effraye la fit observer par sa femme de chambre1 il ne parut rien de chang dans sa manire d'tre4 ,deux ans aprs1 un jeune homme trs beau lui fait la cour4 ,encore cette fois1 et toujours par la mme raison1 parce que le prtendant n'tait pas noble1 les parents de ,dona ,diana s'opposent violemment ce mariage2 elle dclare qu'il se fera4 ,il s'tablit une pique d'amour-propre entre la jeune fille et son pre4 ,on interdit au jeune homme l'entre de la maison4 ,on ne conduit plus ,dona ,diana la campagne et presque plus l'glise2 on lui te avec un soin recherch tous les moyens possibles de rencontrer son amant4 ,lui se dguise et la voit en secret de longs intervalles4 ,elle s'obstine de plus en plus et refuse les partis les plus brillants1 mme un titre et un grand tablissement la cour de ,ferdinand ,,vii4 ,toute la ville parle des malheurs de ces deux amants et de leur constance hroque4 ,enfin1 la majorit de ,dona ,diana approche2 elle fait entendre son pre qu'elle va jouir du droit de disposer d'elle-mme4 ,la famille1 force dans ses derniers retranchements1 commence les ngociations du mariage2 quand il est moiti conclu1 dans une runion officielle des deux familles1 aprs six annes de constance1 le jeune homme refuse ,dona ,diana#aad4 #aad ,il y a chaque anne plusieurs exemples de femmes abandonnes aussi vilainement1 et je pardonne la dfiance aux femmes honntes4--,mirabeau1 ,lettres ,sophie4 ,l'opinion est sans force dans les pays despotiques1 il n'y a de rel que l'amiti du pacha4 ,un quart d'heure aprs il n'y paraissait plus4 ,elle tait console2 aimait-elle par pique8 ou est-ce une grande me qui ddaigne de se donner1 avec sa douleur1 en spectacle au monde8 ,souvent l'amour-passion ne peut arriver1 dirai-je au bonheur1 qu'en faisant natre une pique d'amour-propre2 alors il obtient en apparence tout ce qu'il saurait dsirer1 ses plaintes seraient ridicules et paratraient insenses2 il ne peut pas faire confidence de son malheur1 et cependant ce malheur1 il le touche et le vrifie sans cesse2 ses preuves sont entrelaces1 si je puis ainsi dire1 avec les circonstances les plus flatteuses et les plus faites pour donner des illusions ravissantes4 ,ce malheur vient prsenter sa tte hideuse dans les moments les plus tendres1 comme pour braver l'amant et lui faire sentir la fois1 et tout le bonheur d'tre aim de l'tre charmant et insensible qu'il serre dans ses bras1 et que ce bonheur ne sera jamais sien4 ,c'est peut-tre1 aprs la jalousie1 le malheur le plus cruel4 ,on se souvient encore1 dans une grande ville#aae1 d'un homme doux et tendre1 entran par une rage de cette espce donner la mort sa matresse qui ne l'aimait que par pique contre sa soeur4 ,il l'engagea un soir aller se promener sur mer en tte--tte1 dans un joli canot qu'il avait prpar lui-mme2 arriv en haute mer1 il touche un ressort1 le canot s'ouvre et disparat pour toujours4 #aae ,livourne1 #ahai4 ,j'ai vu un homme de soixante ans se mettre entretenir l'actrice la plus capricieuse1 la plus folle1 la plus aimable1 la plus tonnante du thtre de ,londres1 miss ,cornel4 ,et vous prtendez qu'elle vous soit fidle8 lui disait-on4--,pas le moins du monde2 seulement elle m'aimera1 et peut-tre la folie4 ,et elle l'a aim un an entier1 et souvent en perdre la raison2 et elle a t jusqu' trois mois de suite sans lui donner de sujets de plainte4 ,il avait tabli une pique d'amour-propre choquante1 sous beaucoup de rapports1 entre sa matresse et sa fille4 ,la pique triomphe dans l'amour-got1 dont elle fait le destin4 ,c'est l'exprience par laquelle on diffrencie le mieux l'amour-got de l'amour-passion4 ,c'est une vieille maxime de guerre que l'on dit aux jeunes gens1 lorsqu'ils arrivent au rgiment1 que si l'on a un billet de logement pour une maison o il y a deux soeurs1 et que l'on veuille tre aim de l'une d'elles1 il faut faire la cour l'autre4 ,auprs de la plupart des femmes espagnoles jeunes1 et qui font l'amour1 si vous voulez tre aim1 il suffit d'afficher de bonne foi et avec modestie que vous n'avez rien dans le coeur pour la matresse de la maison4 ,c'est de l'aimable gnral ,lassale que je tiens cette maxime utile4 ,c'est la manire la plus dangereuse d'attaquer l'amour-passion4 ,la pique d'amour-propre fait le lien des mariages les plus heureux1 aprs ceux que l'amour a forms4 ,beaucoup de maris s'assurent pour de longues annes l'amour de leur femme en prenant une petite matresse deux mois aprs le mariage#aaf4 ,on fait natre l'habitude de ne penser qu' un seul homme1 et les liens de famille viennent la rendre invincible4 #aaf ,voir les confessions d'un homme singulier 7conte de mistress ,opie74 ,si dans le sicle et la cour de ,louis ,,xv l'on a vu une grande dame 7,mme de ,choiseul7 adorer son mari#aag1 c'est qu'il paraissait avoir un intrt vif pour sa soeur la duchesse de ,grammont4 #aag ,lettres de ,mme du ,deffant1 ,mmoires de ,lauzun4 ,la matresse la plus nglige1 ds qu'elle nous fait voir qu'elle prfre un autre homme1 nous te le repos1 et jette dans notre coeur toutes les apparences de la passion4 ,le courage de l',italien est un accs de colre1 le courage de l',allemand un moment d'ivresse1 le courage de l',espagnol un trait d'orgueil4 ,s'il y avait une nation o le courage ft souvent une pique d'amour-propre entre les soldats de chaque compagnie1 entre les rgiments de chaque division1 dans les droutes1 comme il n'y aurait plus de point d'appui1 l'on ne saurait comment arrter les armes de cette nation4 ,prvoir le danger et chercher y porter remde serait le premier des ridicules parmi ces fuyards vaniteux4 ,il ne faut qu'avoir ouvert une relation quelconque d'un voyage chez les sauvages de l',amrique-,nord1 dit un des plus aimables philosophes franais#aah1 pour savoir que le sort ordinaire des prisonniers de guerre est1 non pas seulement d'tre brls vifs et mangs1 mais d'tre auparavant lis un poteau prs d'un bcher enflamm1 pour y tre1 pendant plusieurs heures1 tourments par tout ce que la rage peut imaginer de plus froce et de plus raffin4 ,il faut lire ce que racontent de ces affreuses scnes les voyageurs tmoins de la joie cannibale des assistants1 et surtout de la fureur des femmes et des enfants1 et de leur plaisir atroce rivaliser de cruaut4 ,il faut voir ce qu'ils ajoutent de la fermet hroque1 du sang-froid inaltrable du prisonnier1 qui non seulement ne donne aucun signe de douleur1 mais qui brave et dfie ses bourreaux par tout ce que l'orgueil a de plus hautain1 l'ironie de plus amer1 le sarcasme de plus insultant2 chantant ses propres exploits1 numrant les parents1 les amis des spectateurs qu'il a tus1 dtaillant les supplices qu'il leur a fait souffrir1 et accusant tous ceux qui l'entourent de lchet1 de pusillanimit1 d'ignorance savoir tourmenter2 jusqu' ce que1 tombant en lambeaux et dvor vivant sous ses propres yeux par ses ennemis enivrs de fureur1 le dernier souffle de sa voix et sa dernire injure s'exhalent avec sa vie#aai4 ,tout cela serait incroyable chez les nations civilises1 paratra une fable nos capitaines de grenadiers les plus intrpides1 et sera un jour rvoqu en doute par la postrit4 #aah ,volney1 ,tableau des tats-,unis d',amrique1 p4 #dia-dif4 #aai ,un tre accoutum un tel spectacle1 et qui se sent expos en tre le hros1 peut n'tre attentif qu' la grandeur d'me1 et alors ce spectacle est le plus intime et le premier des plaisirs non actifs4 ,ce phnomne physiologique tient un tat particulier de l'me du prisonnier qui tablit entre lui1 d'un ct1 et tous ses bourreaux de l'autre1 une lutte d'amour-propre1 une gageure de vanit qui ne cdera pas4 ,nos braves chirurgiens militaires ont souvent observ que des blesss qui1 dans un tat calme d'esprit et de sens1 auraient pouss les hauts cris durant certaines oprations1 ne montrent1 au contraire1 que calme et grandeur d'me s'ils sont prpars d'une certaine manire4 ,il s'agit de les piquer d'honneur1 il faut prtendre1 d'abord avec mnagement1 puis avec contradiction irritante1 qu'ils ne sont pas en tat de supporter l'opration sans jeter de cris4 ,,chapitre ,,xxxix ,de l'amour querelles4 ,il y en a de deux espces3 #a ,celui o le querellant aime2 #b ,celui o il n'aime pas4 ,si l'un des deux amants est trop suprieur dans les avantages qu'ils estiment tous les deux1 il faut que l'amour de l'autre meure1 car la crainte du mpris viendra tt ou tard arrter tout court la cristallisation4 ,rien n'est odieux aux gens mdiocres comme la supriorit de l'esprit3 c'est l1 dans le monde de nos jours1 la source de la haine2 et si nous ne devons pas ce principe des haines atroces1 c'est uniquement que les gens qu'il spare ne sont pas obligs de vivre ensemble4 ,que sera-ce de l'amour1 o1 tout tant naturel1 surtout de la part de l'tre suprieur1 la supriorit n'est masque par aucune prcaution sociale8 ,pour que la passion puisse vivre1 il faut que l'infrieur maltraite son partner1 autrement celui-ci ne pourra pas fermer une fentre sans que l'autre ne se croie offens4 ,quant l'tre suprieur1 il se fait illusion1 et l'amour qu'il sent1 non seulement ne court aucun risque1 mais presque toutes les faiblesses1 dans ce que nous aimons1 nous le rendent plus cher4 ,immdiatement aprs l'amour-passion et pay de retour1 entre gens de la mme porte1 il faut placer1 pour la dure1 l'amour querelles1 o le querellant n'aime pas4 ,on en trouvera des exemples dans les anecdotes relatives la duchesse de ,berri 7,mmoires de ,duclos74 ,participant la nature des habitudes froides fondes sur le ct prosaque et goste de la vie et compagnes insparables de l'homme jusqu'au tombeau1 cet amour peut durer plus longtemps que l'amour-passion lui-mme4 ,mais ce n'est plus l'amour1 c'est une habitude occasionne par l'amour1 et qui n'a de cette passion que les souvenirs et le plaisir physique4 ,cette habitude suppose ncessairement des mes moins nobles4 ,chaque jour il se forme un petit drame4 ,me grondera-t-il8 qui occupe l'imagination1 comme dans l'amour-passion chaque jour on avait besoin de quelque nouvelle preuve de tendresse4 ,voir les anecdotes sur ,mme d',houdetot et ,saint-,lambert#abj4 #abj ,mmoires de ,mme d'pinay1 je crois1 ou de ,marmontel4 ,il est possible que l'orgueil refuse de s'habituer ce genre d'intrt2 alors1 aprs quelques mois de temptes1 l'orgueil tue l'amour4 ,mais on voit cette noble passion rsister longtemps avant d'expirer4 ,les petites querelles de l'amour heureux font longtemps illusion un coeur qui aime encore et qui se voit maltrait4 ,quelques raccommodements tendres peuvent rendre la transition plus supportable4 ,sous le prtexte de quelque chagrin secret1 de quelque malheur de fortune1 l'on excuse l'homme qu'on a beaucoup aim2 on s'habitue enfin tre querelle4 ,o trouver1 en effet1 hors de l'amour-passion1 hors du jeu1 hors de la possession du pouvoir#aba quelque autre source d'intrt de tous les jours1 comparable celle-l pour la vivacit8 ,si le querellant vient mourir1 on voit la victime qui survit ne se consoler jamais4 ,ce principe fait le lien de beaucoup de mariages bourgeois2 le grond s'entend parler toute la journe de ce qu'il aime le mieux4 #aba ,quoi qu'en disent certains ministres hypocrites1 le pouvoir est le premier des plaisirs4 ,il me semble que l'amour seul peut l'emporter1 et l'amour est une maladie heureuse qu'on ne peut se procurer comme un ministre4 ,il y a une fausse espce d'amour querelles4 ,j'ai pris dans une lettre d'une femme d'infiniment d'esprit le chapitre #cc3 ,toujours un petit doute calmer1 voil ce qui fait la soif de tous les instants de l'amour-passion444 ,comme la crainte la plus vive ne l'abandonne jamais1 ses plaisirs ne peuvent jamais ennuyer4 ,chez les gens bourrus ou mal levs1 ou d'un naturel extrmement violent1 ce petit doute calmer1 cette crainte lgre se manifestent par une querelle4 ,si la personne aime n'est pas l'extrme susceptibilit1 fruit d'une ducation soigne1 elle peut trouver plus de vivacit1 et par consquent plus d'agrment1 dans un amour de cette espce2 et mme1 avec toute la dlicatesse possible1 si l'on voit le furieux premire victime de ses transports1 il est bien difficile de ne pas l'en aimer davantage4 ,ce que lord ,mortimer regrette peut-tre le plus dans sa matresse1 ce sont les chandeliers qu'elle lui jetait la tte4 ,en effet1 si l'orgueil pardonne et admet de telles sensations1 il faut convenir qu'elles font une cruelle guerre l'ennui1 ce grand ennemi des gens heureux4 ,saint-,simon1 l'unique historien qu'ait eu la ,france1 dit 7tome #e1 page #de73 ,aprs maintes passades1 la duchesse de ,berri s'tait prise1 tout de bon1 de ,riom1 cadet de la maison de d',aydie1 fils d'une soeur de ,mme de ,biron4 ,il n'avait ni figure1 ni esprit2 c'tait un gros garon1 court1 joufflu et ple1 qui1 avec beaucoup de bourgeons1 ne ressemblait pas mal un abcs2 il avait de belles dents et n'avait pas imagin causer une passion qui1 en moins de rien1 devint effrne1 et qui dura toujours1 sans nanmoins empcher les passades et les gots de traverse2 il n'avait rien vaillant1 mais force frres et soeurs qui n'en avaient pas davantage4 ,m4 et ,mme de ,pons1 dame d'atour de ,mme la duchesse de ,berri1 taient de leurs parents et de la mme province2 ils firent venir le jeune homme1 qui tait lieutenant de dragons1 pour tcher d'en faire quelque chose4 ,a peine fut-il arriv1 que le got se dclara1 et il fut le matre au ,luxembourg4 ,m4 de ,lauzun1 dont il tait petit-neveu1 en riait sous cape2 il tait ravi et se voyait renatre en lui1 au ,luxembourg1 du temps de ,mademoiselle2 il lui donnait des instructions1 et ,riom qui tait doux et naturellement poli et respectueux1 bon et honnte garon1 les coutait3 mais bientt il sentit le pouvoir de ses charmes1 qui ne pouvaient captiver que l'incomprhensible fantaisie de cette princesse4 ,sans en abuser avec autre personne1 il se fit aimer de tout le monde2 mais il traita sa duchesse comme ,m4 de ,lauzun avait trait ,mademoiselle4 ,il fut bientt par des plus riches dentelles1 des plus riches habits1 muni d'argent1 de boucles1 de joyaux2 il se faisait dsirer1 se plaisait donner de la jalousie la princesse1 et paratre jaloux lui-mme2 souvent il la faisait pleurer3 peu peu il la mit sur le pied de ne rien faire sans sa permission1 pas mme les choses indiffrentes3 tantt prte sortir pour aller l',opra1 il la faisait demeurer2 d'autres fois il l'y faisait aller malgr elle2 il l'obligeait faire du bien des dames qu'elle n'aimait point1 ou dont elle tait jalouse2 et du mal des gens qui lui plaisaient1 et dont il faisait le jaloux4 ,jusqu' sa parure1 elle n'avait pas la moindre libert2 il se divertissait la faire dcoiffer1 ou lui faire changer d'habits1 quand elle tait toute prte2 et cela si souvent1 et quelquefois si publiquement1 qu'il l'avait accoutume1 le soir1 prendre ses ordres pour la parure et l'occupation du lendemain1 et le lendemain il changeait tout1 et la princesse pleurait tant et plus2 enfin elle en tait venue lui envoyer des messages par des valets affids1 car il logea presque en arrivant au ,luxembourg2 et les messages se ritraient plusieurs fois pendant sa toilette pour savoir quels rubans elle mettrait1 et ainsi de l'habit et des autres parures1 et presque toujours il lui faisait porter ce qu'elle ne voulait point4 ,si quelquefois elle osait se licencier la moindre chose sans son cong1 il la traitait comme une servante1 et les pleurs duraient souvent plusieurs jours4 ,cette princesse si superbe1 et qui se plaisait tant montrer et exercer le plus dmesur orgueil1 s'avilit faire des repas obscurs avec lui et avec des gens sans aveu1 elle avec qui nul ne pouvait manger s'il n'tait prince du sang4 ,le jsuite ,riglet1 qu'elle avait connu enfant1 et qui l'avait cultive1 tait admis dans ces repas particuliers1 sans qu'il en et honte1 ni que la duchesse en ft embarrasse3 ,mme de ,mouchy tait la confidente de toutes ces tranges particularits2 elle et ,riom mandaient les convives et choisissaient les jours4 ,cette dame raccommodait les amants1 et cette vie tait toute publique au ,luxembourg1 o tout s'adressait ,riom1 qui1 de son ct1 avait soin de bien vivre avec tous1 et avec un air de respect qu'il refusait1 en public1 sa seule princesse4 ,devant tous1 il lui faisait des rponses brusques qui faisaient baisser les yeux aux prsents1 et rougir la duchesse1 qui ne contraignait point ses manires passionnes pour lui4 ,riom tait pour la duchesse un remde souverain l'ennui4 ,une femme clbre dit tout coup au gnral ,bonaparte1 alors jeune hros couvert de gloire et sans crimes envers la libert3 ,gnral1 une femme ne peut tre que votre pouse ou votre soeur4 ,le hros ne comprit pas le compliment2 l'on s'en est veng par de belles injures4 ,ces femmes-l aiment tre mprises par leur amant1 elles ne l'aiment que cruel4 ,,chapitre ,,xxxix bis ,remdes l'amour4 ,le saut de ,leucade tait une belle image dans l'antiquit4 ,en effet1 le remde l'amour est presque impossible4 ,il faut non seulement le danger qui rappelle fortement l'attention de l'homme au soin de sa propre conservation#abb1 mais il faut1 ce qui est bien plus difficile1 la continuit d'un danger piquant1 et que l'on puisse viter par adresse1 afin que l'habitude de penser sa propre conservation ait le temps de natre4 ,je ne vois gure qu'une tempte de seize jours1 comme celle de don ,juan#abc ou le naufrage de ,m4 ,cochelet parmi les ,maures2 autrement l'on prend bien vite l'habitude du pril1 et mme l'on se remet songer ce qu'on aime1 avec plus de charme encore1 quand on est en vedette1 vingt pas de l'ennemi4 #abb ,le danger de ,henri ,morton1 dans la ,clyde4 ,old ,mortality1 tome ,,iv1 page #bbd4 #abc ,du trop vant lord ,byron4 ,nous l'avons rpt sans cesse1 l'amour d'un homme qui aime bien jouit ou frmit de tout ce qu'il s'imagine1 et il n'y a rien dans la nature qui ne lui parle de ce qu'il aime4 ,or1 jouir et frmir fait une occupation fort intressante1 et auprs de laquelle toutes les autres plissent4 ,un ami qui veut procurer la gurison du malade doit d'abord tre toujours du parti de la femme aime1 et tous les amis qui ont plus de zle que d'esprit ne manquent pas de faire le contraire4 ,c'est attaquer1 avec des forces trop ridiculeusement ingales1 cet ensemble d'illusions charmantes que nous avons appel autrefois cristallisation#abd4 #abd ,uniquement pour abrger1 et en demandant pardon du mot nouveau4 ,l'ami gurisseur doit avoir devant les yeux que1 s'il se prsente une absurdit croire1 comme il faut pour l'amant ou la dvorer ou renoncer tout ce qui l'attache la vie1 il la dvorera1 et1 avec tout l'esprit possible1 niera dans sa matresse les vices les plus vidents et les infidlits les plus atroces4 ,c'est ainsi que1 dans l'amour-passion1 avec un peu de temps1 tout se pardonne4 ,dans les caractres raisonnables et froids1 il faudra1 pour que l'amant dvore les vices1 qu'il ne les aperoive qu'aprs plusieurs mois de passion#abe4 #abe ,mme ,dornal et ,serigny4 ,confessions du comte 999999 de ,duclos4 ,voir la note #ei2 mort du gnral ,abdhallah1 ,bologne4 ,bien loin de chercher grossirement et ouvertement distraire l'amant1 l'ami gurisseur doit lui parler satit1 et de son amour et de sa matresse1 et en mme temps faire natre sous ses pas une foule de petits vnements4 ,quand le voyage isole1 il n'est pas remde#abf1 et mme rien ne rappelle plus tendrement ce qu'on aime que les contrastes4 ,c'est au milieu des brillants salons de ,paris1 et auprs des femmes vantes comme les plus aimables1 que j'ai le plus aim ma pauvre matresse1 solitaire et triste1 dans son petit appartement au fond de la ,romagne#abg4 #abf ,j'ai pleur presque tous les jours 7,prcieuses paroles du #aj juin74 #abg ,salviati4 ,j'piais1 sur la pendule superbe du brillant salon o j'tais exil1 l'heure o elle sort pied1 et par la pluie1 pour aller voir son amie4 ,c'est en cherchant l'oublier que j'ai vu que les contrastes sont la source de souvenirs moins vifs1 mais bien plus clestes que ceux que l'on va chercher aux lieux o jadis on l'a rencontre4 ,pour que l'absence soit utile1 il faut que l'ami gurisseur soit toujours l pour faire faire l'amant toutes les rflexions possibles sur les vnements de son amour1 et qu'il tche de rendre ses rflexions ennuyeuses par leur longueur ou leur peu d'-propos1 ce qui leur donne l'effet de lieux communs3 par exemple1 tre tendre et sentimental aprs un dner gay de bons vins4 ,s'il est si difficile d'oublier une femme auprs de laquelle on a trouv le bonheur1 c'est qu'il est certains moments que l'imagination ne peut se lasser de reprsenter et d'embellir4 ,je ne dis rien de l'orgueil1 remde cruel et souverain1 mais qui n'est pas l'usage des mes tendres4 ,les premires scnes du ,romo de ,shakespeare forment un tableau admirable2 il y a loin de l'homme qui se dit tristement3 ,she hath forsworn to love1 celui qui s'crie au comble du bonheur3 ,come what sorrow can6 ,,chapitre ,,xxxix ter ,her passion will die like a lamp for want of what the flame should feed upon4 ,,bride ,,of ,,lammermoor1 ,,ii1 #aaf4 ,l'amour gurisseur doit bien se garder des mauvaises raisons1 par exemple de parler d'ingratitude4 ,c'est ressusciter la cristallisation que de lui mnager une victoire et un nouveau plaisir4 ,il ne peut pas y avoir d'ingratitude en amour2 le plaisir actuel paye toujours et au del les sacrifices les plus grands en apparence4 ,je ne vois pas d'autres torts possibles que le manque de franchise2 il faut accuser juste l'tat de son coeur4 ,pour peu que l'ami gurisseur attaque l'amour de front1 l'amant rpond3 tre amoureux1 mme avec la colre de ce qu'on aime1 ce n'en est pas moins1 pour m'abaisser votre style de marchand1 avoir un billet une loterie dont le bonheur est mille lieues au-dessus de tout ce que vous pouvez m'offrir1 dans votre monde d'indiffrence et d'intrt personnel4 ,il faut avoir beaucoup de vanit1 et de la bien petite1 pour tre heureux parce qu'on vous reoit bien4 ,je ne blme point les hommes d'en agir ainsi dans leur monde4 ,mais1 auprs de ,lonore1 je trouvais un monde o tout tait cleste1 tendre1 gnreux4 ,la plus sublime et presque incroyable vertu de votre monde1 dans nos entretiens1 ne comptait que pour une vertu ordinaire et de tous les jours4 ,laissez-moi au moins rver au bonheur de passer ma vie auprs d'un tel tre4 ,quoique je voie bien que la calomnie m'a perdu et que je n'ai plus d'espoir1 du moins je lui ferai le sacrifice de ma vengeance4 ,on ne peut gure arrter l'amour que dans les commencements4 ,outre le prompt dpart et les distractions obliges du grand monde1 comme dans le cas de la comtesse ,kalember1 il y a plusieurs petites ruses que l'ami gurisseur peut mettre en usage4 ,par exemple il fera tomber sous vos yeux1 comme par hasard1 que la femme que vous aimez n'a pas pour vous1 hors de ce qui fait l'objet de la guerre1 les gards de politesse et d'estime qu'elle accordait un rival4 ,les plus petites choses suffisent1 car tout est signe en amour2 par exemple1 elle ne vous donne pas le bras pour monter sa loge2 cette niaiserie1 prise au tragique par un coeur passionn1 liant une humiliation chaque jugement qui forme la cristallisation1 empoisonne la source de l'amour et peut le dtruire4 ,on peut faire accuser la femme qui se conduit mal avec notre ami d'un dfaut physique et ridicule impossible vrifier2 si l'amant pouvait vrifier la calomnie1 mme quand il la trouverait fonde1 elle serait rendue dfavorable par l'imagination1 et bientt il n'y paratrait pas4 ,il n'y a que l'imagination qui puisse se rsister elle-mme2 ,henri ,,iii le savait bien quand il mdisait de la clbre duchesse de ,montpensier4 ,c'est donc l'imagination qu'il faut surtout garder chez une jeune fille que l'on veut prserver de l'amour4 ,et moins elle aura de vulgarit dans l'esprit1 plus son me sera noble et gnreuse1 plus en un mot elle sera digne de nos respects1 plus grand sera le danger qu'elle court4 ,il est toujours prilleux pour une jeune personne de souffrir que ses souvenirs s'attachent d'une manire rpte1 et avec trop de complaisance1 au mme individu4 ,si la reconnaissance1 l'admiration ou la curiosit viennent redoubler les liens du souvenir1 elle est presque srement sur le bord du prcipice4 ,plus grand est l'ennui de la vie habituelle1 plus sont actifs les poisons nomms gratitude1 admiration1 curiosit4 ,il faut alors une rapide1 prompte et nergique distraction4 ,c'est ainsi qu'un peu de rudesse et de non-curance dans le premier abord1 si la drogue est administre avec naturel1 est presque un sr moyen de se faire respecter d'une femme d'esprit4 ,,livre ,,second ,,chapitre ,,xl ,tous les amours1 toutes les imaginations1 prennent dans les individus la couleur des six tempraments3 ,le sanguin1 ou le ,franais1 ou ,m4 de ,francueil 7,mmoires de ,mme d'pinay72 ,le bilieux1 ou l',espagnol1 ou ,lauzun 7,peguilhen des ,mmoires de ,saint-,simon72 ,le mlancolique1 ou l',allemand1 ou le don ,carlos de ,schiller2 ,le flegmatique1 ou le ,hollandais2 ,le nerveux1 ou ,voltaire2 ,l'athltique1 ou ,milon de ,crotone#abh4 #abh ,voir ,cabanis1 influence du physique1 etc4 ,si l'influence des tempraments se fait sentir dans l'ambition1 l'avarice1 l'amiti1 etc41 etc41 que sera-ce dans l'amour1 qui a un mlange forc de physique8 ,supposons que tous les amours puissent se rapporter aux quatre varits que nous avons notes3 ,amour-passion1 ou ,julie d'tanges2 ,amour-got1 ou galanterie2 ,amour physique2 ,amour de vanit 7une duchesse n'a jamais que trente ans pour un bourgeois74 ,il faut faire passer ces quatre amours par les six varits dpendantes des habitudes que les six tempraments donnent l'imagination4 ,tibre n'avait pas l'imagination folle de ,henri ,,viii4 ,faisons passer ensuite toutes les combinaisons que nous aurons obtenues par les diffrences d'habitudes dpendantes des gouvernements ou des caractres nationaux3 #a ,le despotisme asiatique tel qu'on le voit ,constantinople2 #b ,la monarchie absolue la ,louis ,,xiv2 #c ,l'aristocratie masque par une charte1 ou le gouvernement d'une nation au profit des riches1 comme l',angleterre1 le tout suivant les rgles de la morale soi-disant biblique2 #d ,la rpublique fdrative1 ou le gouvernement au profit de tous1 comme aux tats-,unis d',amrique2 #e ,la monarchie constitutionnelle1 ou444 #f ,un tat en rvolution1 comme l',espagne1 le ,portugal1 la ,france4 ,cette situation d'un pays1 donnant une passion vive tout le monde1 met du naturel dans les moeurs1 dtruit les niaiseries1 les vertus de convention1 les convenances btes#abi1 donne du srieux la jeunesse1 et lui fait mpriser l'amour de vanit et ngliger la galanterie4 #abi ,les souliers sans rubans du ministre ,roland3 ,ah6 ,monsieur1 tout est perdu1 rpond ,dumourier4 ,a la sance royale1 le prsident de l'assemble croise les jambes4 ,cet tat peut durer longtemps et former les habitudes d'une gnration4 ,en ,france1 il commena en #aghh1 fut interrompu en #ahjb1 et recommena en #ahae1 pour finir ,dieu sait quand4 ,aprs toutes ces manires gnrales de considrer l'amour1 on a les diffrences d'ge1 et l'on arrive enfin aux particularits individuelles4 ,par exemple1 on pourrait dire3 ,j'ai trouv ,dresde1 chez le comte ,woltstein1 l'amour de vanit1 le temprament mlancolique1 les habitudes monarchiques1 l'ge de trente ans1 et444 les particularits individuelles4 ,cette manire de voir les choses abrge et communique de la froideur la tte de celui qui juge de l'amour1 chose essentielle et fort difficile4 ,or1 comme en physiologie l'homme ne sait presque rien sur lui-mme que par l'anatomie compare1 de mme1 dans les passions1 la vanit et plusieurs autres causes d'illusion font que nous ne pouvons tre clairs sur ce qui se passe dans nous que par les faiblesses que nous avons observes chez les autres4 ,si par hasard cet essai a un effet utile1 ce sera de conduire l'esprit faire de ces sortes de rapprochements4 ,pour engager les faire1 je vais essayer d'esquisser quelques traits gnraux du caractre de l'amour chez les diverses nations4 ,je prie qu'on me pardonne si je reviens souvent l',italie3 dans l'tat actuel des moeurs de l',europe1 c'est le seul pays o croisse en libert la plante que je dcris4 ,en ,france1 la vanit2 en ,allemagne1 une prtendue philosophie folle mourir de rire2 en ,angleterre1 un orgueil timide1 souffrant1 rancunier1 la torturent1 l'touffent1 ou lui font prendre une direction baroque#acj4 #acj ,on ne se sera que trop aperu que ce trait est fait de morceaux crits mesure que ,lisio ,visconti voyait les anecdotes se passer sous ses yeux1 dans ses voyages4 ,l'on trouve toutes ces anecdotes contes au long dans le journal de sa vie2 peut-tre aurais-je d les insrer1 mais on les et trouves peu convenables4 ,les notes les plus anciennes portent la date de ,berlin1 #ahjg1 et les dernires sont de quelques jours avant sa mort1 juin #ahai4 ,quelques dates ont t altres exprs pour n'tre pas indiscret2 mais cela se bornent tous mes changements3 je ne me suis pas cru autoris refondre le style4 ,ce livre a t crit en cent lieux divers1 puisse-t-il tre lu de mme4 ,,chapitre ,,xli ,des nations par rapport l'amour4 ,,de ,,la ,,france4 ,je cherche me dpouiller de mes affections et n'tre qu'un froid philosophe4 ,formes par les aimables ,franais1 qui n'ont que de la vanit et des dsirs physiques1 les femmes franaises sont des tres moins agissants1 moins nergiques1 moins redouts1 et surtout moins aims et moins puissants que les femmes espagnoles et italiennes4 ,une femme n'est puissante que par le degr de malheur dont elle peut punir son amant2 or1 quand on n'a que de la vanit1 toute femme est utile1 aucune n'est ncessaire2 le succs flatteur est de conqurir et non de conserver4 ,quand on n'a que des dsirs physiques1 on trouve les filles1 et c'est pourquoi les filles de ,france sont charmantes1 et celles de l',espagne fort mal4 ,en ,france1 les filles peuvent donner beaucoup d'hommes autant de bonheur que les femmes honntes1 c'est--dire du bonheur sans amour1 et il y a toujours une chose qu'un ,franais respecte plus que sa matresse3 c'est sa vanit4 ,un jeune homme de ,paris prend dans une matresse une sorte d'esclave1 destine surtout lui donner des jouissances de vanit4 ,si elle rsiste aux ordres de cette passion dominante1 il la quitte1 et n'en est que plus content de lui en disant ses amis avec quelle supriorit de manires1 avec quel piquant de procds il l'a plante l4 ,un ,franais qui connaissait bien son pays 7,meilhan7 dit3 ,en ,france1 les grandes passions sont aussi rares que les grands hommes4 ,la langue manque de termes pour dire combien est impossible pour un ,franais le rle d'amant quitt1 et au dsespoir1 au vu et au su de toute une ville4 ,rien de plus commun ,venise ou ,bologne4 ,pour trouver l'amour ,paris1 il faut descendre jusqu'aux classes dans lesquelles l'absence de l'ducation et de la vanit et la lutte avec les vrais besoins ont laiss plus d'nergie4 ,se laisser voir avec un grand dsir non satisfait1 c'est laisser voir soi infrieur1 chose impossible en ,france1 si ce n'est pour les gens au-dessous de tout2 c'est prter le flanc toutes les mauvaises plaisanteries possibles3 de l les louanges exagres des filles dans la bouche des jeunes gens qui redoutent leur coeur4 ,l'apprhension extrme et grossire de laisser voir soi infrieur fait le principe de la conversation des gens de province4 ,n'en a-t-on pas vu un dernirement qui1 en apprenant l'assassinat de monseigneur le duc de ,berri1 a rpondu3 ,je le savais#aca4 #aca ,historique4 ,plusieurs1 quoique fort curieux1 sont choqus d'apprendre des nouvelles3 ils redoutent de paratre infrieurs celui qui les leur conte4 ,au moyen ge1 la prsence du danger trempait les coeurs1 et c'est l1 si je ne me trompe1 la seconde cause de l'tonnante supriorit des hommes du ,x,v,ie sicle4 ,l'originalit1 qui est chez nous rare1 ridicule1 dangereuse et souvent affecte1 tait alors commune et sans fard4 ,les pays o le danger montre encore souvent sa main de fer1 comme la ,corse#acb1 l',espagne1 l',italie1 peuvent encore donner de grands hommes4 ,dans ces climats1 o une chaleur brlante exalte la bile pendant trois mois de l'anne1 ce n'est que la direction du ressort qui manque2 ,paris1 j'ai peur que ce soit le ressort lui-mme#acc4 #acb ,mmoires de ,m4 ,ralier-,dumas4 ,la ,corse1 qui1 par sa population1 cent quatre-vingt mille mes1 ne formerait pas la moiti de la plupart des dpartements franais1 a donn1 dans ces derniers temps1 ,salliceti1 ,pozzo-di-,borgo1 le gnral ,sbastiani1 ,cervioni1 ,abbatucci1 ,lucien et ,napolon ,bonaparte1 ,arena4 ,le dpartement du ,nord1 qui a neuf cent mille habitants1 est loin d'une pareille liste4 ,c'est qu'en ,corse chacun1 en sortant de chez soi1 peut rencontrer un coup de fusil2 et le ,corse1 au lieu de se soumettre en vrai chrtien1 cherche se dfendre et surtout se venger4 ,voil comment se fabriquent les mes la ,napolon4 ,il y a loin de l un palais garni de menins et de chambellans1 et ,fnelon oblig de raisonner son respect pour monseigneur1 parlant monseigneur lui-mme g de douze ans4 ,voir les ouvrages de ce grand crivain4 #acc ,a ,paris1 pour tre bien1 il faut faire attention un million de petites choses4 ,cependant voici une objection trs forte4 ,l'on compte beaucoup plus de femmes qui se tuent par amour1 ,paris1 que dans toutes les villes d',italie ensemble4 ,ce fait m'embarrasse beaucoup2 je ne sais qu'y rpondre pour le moment1 mais il ne change pas mon opinion4 ,peut-tre que la mort parat peu de chose dans ce moment aux ,franais1 tant la vie ultra civilise est ennuyeuse1 ou plutt1 on se brle la cervelle1 outr d'un malheur de vanit4 ,beaucoup de nos jeunes gens1 si braves d'ailleurs ,montmirail ou au bois de ,boulogne1 ont peur d'aimer1 et c'est rellement par pusillanimit qu'on les voit vingt ans fuir la vue d'une jeune fille qu'ils ont trouve jolie4 ,quand ils se rappellent ce qu'ils ont lu dans les romans qu'il est convenable qu'un amant fasse1 ils se sentent glacs4 ,ces mes froides ne conoivent pas que l'orage des passions1 en formant les ondes de la mer1 enfle les voiles du vaisseau et lui donne la force de les surmonter4 ,l'amour est une fleur dlicieuse1 mais il faut avoir le courage d'aller la cueillir sur les bords d'un prcipice affreux4 ,outre le ridicule1 l'amour voit toujours ses cts le dsespoir d'tre quitt par ce qu'on aime1 et il ne reste plus qu'un dead blank pour tout le reste de la vie4 ,la perfection de la civilisation serait de combiner tous les plaisirs dlicats du ,x,i,xe sicle avec la prsence plus frquente du danger#acd4 ,il faudrait que les jouissances de la vie prive pussent tre augmentes l'infini en s'exposant souvent au danger4 ,ce n'est pas purement du danger militaire que je parle4 ,je voudrais ce danger de tous les moments1 sous toutes les formes1 et pour tous les intrts de l'existence qui formaient l'essence de la vie au moyen ge4 ,le danger1 tel que notre civilisation l'a arrang et par1 s'allie fort bien avec la plus ennuyeuse faiblesse de caractre4 #acd ,j'admire les moeurs du temps de ,louis ,,xiv3 on passait sans cesse et en trois jours des salons de ,marly aux champs de bataille de ,senef et de ,ramillies4 ,les pouses1 les mres1 les amantes1 taient dans des transes continuelles4 ,voir les ,lettres de ,mme de ,svign4 ,la prsence du danger avait conserv dans la langue une nergie et une franchise que nous n'oserions plus hasarder aujourd'hui2 mais aussi ,m4 de ,lameth tuait l'amant de sa femme4 ,si un ,walter ,scott nous faisait un roman du temps de ,louis ,,xiv1 nous serions bien tonns4 ,je vois dans ,a voice from ,saint-,helena1 de ,m4 ,o',meara1 ces paroles d'un grand homme3 ,dire ,murat3 ,allez et dtruisez ces sept huit rgiments ennemis qui sont l-bas dans la plaine1 prs de ce clocher2 l'instant il partait comme un clair1 et1 de quelque peu de cavalerie qu'il ft suivi1 bientt les rgiments ennemis taient enfoncs1 tus1 anantis4 ,laissez cet homme lui-mme1 vous n'aviez plus qu'un imbcile sans jugement4 ,je ne puis concevoir comment un homme si brave tait si lche4 ,il n'tait brave que devant l'ennemi2 mais l1 c'tait probablement le soldat le plus brillant et le plus hardi de toute l',europe4 ,c'tait un hros1 un ,saladin1 un ,richard ,coeur-de-,lion sur le champ de bataille3 faites-le roi et placez-le dans une salle de conseil1 vous n'aviez plus qu'un poltron sans dcision ni jugement4 ,murat et ,ney sont les hommes les plus braves que j'ai connus4 7,o',meara1 tome ,,ii1 page #id47 ,,chapitre ,,xlii ,suite de la ,france4 ,je demande la permission de mdire encore un peu de la ,france4 ,le lecteur ne doit pas craindre de voir ma satire rester impunie2 si cet essai trouve des lecteurs1 mes injures me seront rendues au centuple2 l'honneur national veille4 ,la ,france est importante dans le plan de ce livre1 parce que ,paris1 grce la supriorit de sa conversation et de sa littrature1 est et sera toujours le salon de l',europe4 ,les trois quarts des billets du matin1 ,vienne comme ,londres1 sont crits en franais1 ou pleins d'allusions1 et de citations aussi en franais#ace1 et ,dieu sait quel franais4 #ace ,les crivains les plus graves croient1 en ,angleterre1 se donner un air cavalier en citant des mots franais qui1 la plupart1 n'ont jamais t franais que dans les grammaires anglaises4 ,voir les rdacteurs de l',edinburgh-,review2 voir les ,mmoires de la comtesse de ,lichtnau1 matresse de l'avant-dernier roi de ,prusse4 ,sous le rapport des grandes passions1 la ,france est1 ce me semble1 prive d'originalit par deux causes3 #a ,le vritable honneur ou le dsir de ressembler ,bayard1 pour tre honor dans le monde et y voir chaque jour notre vanit satisfaite2 #b ,l'honneur bte ou le dsir de ressembler aux gens de bon ton1 du grand monde de ,paris4 ,l'art d'entrer dans un salon1 de marquer de l'loignement un rival1 de se brouiller avec sa matresse1 etc4 ,l'honneur bte1 d'abord par lui-mme1 comme capable d'tre compris par les sots1 et ensuite comme s'appliquant des actions de tous les jours1 et mme de toutes les heures1 est beaucoup plus utile que l'honneur vrai aux plaisirs de notre vanit4 ,on voit des gens trs bien reus dans le monde avec de l'honneur bte sans honneur vrai1 et le contraire est impossible4 ,le ton du grand monde est3 #a ,de traiter avec ironie tous les grands intrts4 ,rien de plus naturel2 autrefois les gens vritablement du grand monde ne pouvaient tre profondment affects par rien2 ils n'en avaient pas le temps4 ,le sjour la campagne change cela4 ,d'ailleurs1 c'est une position contre nature pour un ,franais que de se laisser voir admirant#acf1 c'est--dire infrieur1 non seulement ce qu'il admire1 passe encore pour cela1 mais mme son voisin1 si ce voisin s'avise de se moquer de ce qu'il admire4 #acf ,l'admiration de mode1 comme ,hume vers #agge1 ou ,franklin en #aghd1 ne fait pas objection4 ,en ,allemagne1 en ,italie1 en ,espagne1 l'admiration est1 au contraire1 pleine de bonne foi et de bonheur2 l l'admirant a orgueil de ses transports et plaint le siffleur3 je ne dis pas le moqueur1 c'est un rle impossible dans des pays o le seul ridicule est de manquer la route du bonheur1 et non l'imitation d'une certaine manire d'tre4 ,dans le ,midi1 la mfiance et l'horreur d'tre troubl dans des plaisirs vivement sentis met une admiration inne pour le luxe et la pompe4 ,voyez les cours de ,madrid et de ,naples1 voyez une funzione ,cadix1 cela va jusqu'au dlire#acg4 #acg ,voyage en ,espagne de ,m4 ,semple2 il peint vrai1 et l'on trouvera une description de la bataille de ,trafalgar1 entendue dans le lointain1 qui laisse un souvenir4 #b ,un ,franais se croit l'homme le plus malheureux et presque le plus ridicule s'il est oblig de passer son temps seul4 ,or1 qu'est-ce que l'amour sans solitude8 #c ,un homme passionn ne pense qu' soi1 un homme qui veut de la considration ne pense qu' autrui2 il y a plus3 avant #aghi1 la sret individuelle ne se trouvait en ,france qu'en faisant partie d'un corps1 la robe1 par exemple#ach1 et tant protg par les membres de ce corps4 ,la pense de votre voisin tait donc partie intgrante et ncessaire de votre bonheur4 ,cela tait encore plus vrai la cour qu' ,paris4 ,il est facile de sentir combien ces habitudes1 qui1 la vrit1 perdent tous les jours de leur force1 mais dont les ,franais ont encore pour un sicle1 favorisent les grandes passions4 #ach ,correspondance de ,grimm1 janvier #aghc4 ,m4 le comte de ,n9999991 capitaine en survivance des gardes de ,monsieur1 piqu de ne plus trouver de place au balcon1 le jour de l'ouverture de la nouvelle salle1 s'avisa fort mal propos de disputer la sienne un honnte procureur2 celui-ci1 matre ,pernot1 ne voulut jamais dsemparer4--,vous prenez ma place4--,je garde la mienne4--,et qui tes-vous8--,je suis monsieur six francs444 7c'est le prix de ces places74 ,et puis des mots plus vifs1 des injures1 des coups de coude4 ,le comte de ,n999999 poussa l'indiscrtion au point de traiter le pauvre robin de voleur1 et prit enfin sur lui d'ordonner au sergent de service de s'assurer de sa personne et de le conduire au corps de garde4 ,matre ,pernot s'y rendit avec beaucoup de dignit1 et n'en sortit que pour aller dposer sa plainte chez un commissaire4 ,le redoutable corps dont il a l'honneur d'tre membre n'a jamais voulu consentir qu'il s'en dsistt4 ,l'affaire vient d'tre juge au parlement4 ,m4 de 999999 a t condamn tous les dpens1 faire rparation au procureur1 lui payer deux mille cus de dommages et intrts1 applicables1 de son consentement1 aux pauvres prisonniers de la ,conciergerie2 de plus1 il est enjoint trs expressment audit comte de ne plus prtexter des ordres du roi pour troubler le spectacle1 etc4 ,cette aventure a fait beaucoup de bruit1 il s'y est ml de grands intrts3 toute la robe a cru tre insulte par l'outrage fait un homme de sa livre1 etc4 ,m4 de 9999991 pour faire oublier son aventure1 est all chercher des lauriers au camp de ,saint-,roch4 ,il ne pouvait mieux faire1 a-t-on dit1 car on ne peut douter de son talent pour emporter les places de haute lutte4 ,supposez un philosophe obscur au lieu de matre ,pernot4 ,utilit du duel4 ,grimm1 troisime partie1 tome ,,ii1 p4 #ajb4 ,voir plus loin1 p4 #dif1 une lettre assez raisonnable de ,beaumarchais1 qui refuse une loge grille qu'un de ses amis lui demandait pour ,figaro4 ,tant qu'on a cru que cette rponse s'adressait un duc1 la fermentation a t grande1 et l'on parlait de punitions graves4 ,on n'a plus fait qu'en rire quand ,beaumarchais a dclar que sa lettre tait adresse ,m4 le prsident du ,paty4 ,il y a loin de #aghe #ahbb6 ,nous ne comprenons plus ces sentiments4 ,et l'on veut que la mme tragdie qui touchait ces gens-l soit bonne pour nous6 ,je crois voir un homme qui se jette par la fentre1 mais qui cherche pourtant avoir une position gracieuse en arrivant sur le pav4 ,l'homme passionn est comme lui et non comme un autre1 source de tous les ridicules en ,france2 et de plus il offense les autres1 ce qui donne des ailes au ridicule4 ,,chapitre ,,xliii ,de l',italie4 ,le bonheur de l',italie est d'tre laisse l'inspiration du moment1 bonheur partag jusqu' un certain point par l',allemagne et l',angleterre4 ,de plus1 l',italie est un pays o l'utile1 qui fut la vertu des rpubliques du moyen ge#aci1 n'a pas t dtrn par l'honneur ou la vertu arrange l'usage des rois#adj1 et l'honneur vrai ouvre les voies l'honneur bte2 il accoutume se demander3 ,quelle ide le voisin se fait-il de mon bonheur8 et le bonheur de sentiment ne peut tre l'objet de vanit1 car il est invisible#ada4 ,pour preuve de tout cela1 la ,france est le pays du monde o il y a le moins de mariages d'inclination#adb4 #aci ,g4 ,pechio nelle sue vivacissime lettere ad una bella giovane ,inglese sopra la ,spagna libera1 laquale un medio-evo1 non redidivo1 ma sempre vivo dice1 pagina #fj3 ,lo scopo degli ,spagnuoli non era la gloria1 ma la indipendenza4 ,se gli ,spagnuoli non si fossero battuti che per l'onore1 la guerra era finita colla bataglia di ,tudela4 ,l'onore di una natura bizarra1 macchiato una volta1 perde tutta la forza per agire444 ,l'esercito di linea spagnuolo imbevuto anch' egli1 dei pregiudizj d'ell onore 7vale a dire fatto ,europeo moderno7 vinto che fosse si sbandava col pensiero che tutto coll' onore era perduto1 etc4 #adj ,un homme s'honore1 en #afbj1 en disant sans cesse1 et le plus servilement qu'il peut3 ,le roi mon matre 7voir les mmoires de ,noailles1 de ,torcy et de tous les ambassadeurs de ,louis ,,xiv72 c'est tout simple3 par ce tour de phrase1 il proclame le rang qu'il occupe parmi les sujets4 ,ce rang qu'il tient du roi remplace1 dans l'attention et dans l'estime de ces hommes1 le rang qu'il tenait dans la ,rome antique de l'opinion de ses concitoyens qui l'avaient vu combattre ,trasimne et parler au ,forum4 ,on bat en brche la monarchie absolue en ruinant la vanit et ses ouvrages avancs qu'elle appelle les convenances4 ,la dispute entre ,shakespeare et ,racine n'est qu'une des formes de la dispute entre ,louis ,,xiv et la ,charte4 #ada ,on ne peut l'valuer que sur les actions non rflchies4 #adb ,miss ,o',neil1 ,mrs ,couts1 et la plupart des grandes actrices anglaises quittent le thtre pour se marier richement4 ,d'autres avantages de l',italie1 c'est le loisir profond sous un ciel admirable et qui porte tre sensible la beaut sous toutes les formes4 ,c'est une dfiance extrme et pourtant raisonnable qui augmente l'isolement et double le charme de l'intimit1 c'est le manque de la lecture des romans et presque de toute lecture qui laisse encore plus l'inspiration du moment2 c'est la passion de la musique qui excite dans l'me un mouvement si semblable celui de l'amour4 ,en ,france1 vers #aggj1 il n'y avait pas de mfiance2 au contraire1 il tait du bel usage de vivre et de mourir en public1 et comme la duchesse de ,luxembourg tait intime avec cent amis1 il n'y avait pas non plus d'intimit ou d'amiti proprement dites4 ,en ,italie1 comme avoir une passion n'est pas un avantage trs rare1 ce n'est pas un ridicule#adc1 et l'on entend citer tout haut dans les salons des maximes gnrales sur l'amour4 ,le public connat les symptmes et les priodes de cette maladie et s'en occupe beaucoup4 ,on dit un homme quitt3 ,vous allez tre au dsespoir pendant six mois2 mais ensuite vous gurirez comme un tel1 un tel1 etc4 #adc ,on passe la galanterie aux femmes1 mais l'amour leur donne du ridicule1 crivait le judicieux abb ,girard1 ,paris1 en #agdj4 ,en ,italie1 les jugements du public sont les trs humbles serviteurs des passions4 ,le plaisir rel y exerce le pouvoir qui ailleurs est aux mains de la socit2 c'est tout simple1 la socit ne donnant presque point de plaisirs un peuple qui n'a pas le temps d'avoir de la vanit1 et qui veut se faire oublier du pacha1 elle n'a que peu d'autorit4 ,les ennuys blment bien les passionns1 mais on se moque d'eux4 ,au midi des ,alpes1 la socit est un despote qui manque de cachots4 ,a ,paris1 comme l'honneur commande de dfendre l'pe la main1 ou par de bons mots si l'on peut1 toutes les avenues de tout grand intrt avou1 il est bien plus commode de se rfugier dans l'ironie4 ,plusieurs jeunes gens ont pris un autre parti1 c'est de se faire de l'cole de ,j4-,j4 ,rousseau et de ,mme de ,stal4 ,puisque l'ironie est devenue une manire vulgaire1 il a bien fallu avoir du sentiment4 ,un de ,pezai1 de nos jours1 crivait comme ,m4 ,darlincourt2 d'ailleurs1 depuis #aghi1 les vnements combattent en faveur de l'utile ou de la sensation individuelle contre l'honneur ou l'empire de l'opinion2 le spectacle des chambres apprend tout discuter1 mme la plaisanterie4 ,la nation devient srieuse1 la galanterie perd du terrain4 ,je dois dire1 comme ,franais1 que ce n'est pas un petit nombre de fortunes colossales qui fait la richesse d'un pays1 mais la multiplicit des fortunes mdiocres4 ,par tous pays les passions sont rares1 et la galanterie a plus de grces et de finesse et par consquent plus de bonheur en ,france4 ,cette grande nation1 la premire de l'univers#add1 se trouve pour l'amour ce qu'elle est pour les talents de l'esprit4 ,en #ahbb1 nous n'avons assurment ni ,moore1 ni ,walter ,scott1 ni ,crabbe1 ni ,byron1 ni ,monti1 ni ,pellico2 mais il y a chez nous plus de gens d'esprit clairs1 agrables1 et au niveau des lumires du sicle qu'en ,angleterre ou en ,italie4 ,c'est pour cela que les discussions de notre chambre des dputs1 en #ahbb1 sont si suprieures celles du parlement d',angleterre1 et que quand un libral d',angleterre vient en ,france1 nous sommes tout surpris de lui trouver plusieurs opinions gothiques4 #add ,je n'en veux pour preuve que l'envie4 ,voir l',edinburg-,review de #ahba2 voir les journaux littraires allemands et italiens1 et le ,scimiatigre d',alfieri4 ,un artiste romain crivait de ,paris3 ,je me dplais infiniment ici2 je crois que c'est parce que je n'ai pas le loisir d'aimer mon gr4 ,ici1 la sensibilit se dpense goutte goutte mesure qu'elle se forme1 et de manire1 au moins pour moi1 fatiguer la source4 ,a ,rome1 par le peu d'intrt des vnements de chaque jour1 par le sommeil de la vie extrieure1 la sensibilit s'amoncle au profit des passions4 ,,chapitre ,,xliv ,rome4 ,ce n'est qu' ,rome#ade1 qu'une femme honnte et carrosse vient dire avec effusion une autre femme sa simple connaissance1 comme je l'ai vu ce matin3 ,ah6 ma chre amie1 ne fais pas l'amour avec ,fabio ,vitteleschi2 il vaudrait mieux pour toi prendre de l'amour pour un assassin de grands chemins4 ,avec son air doux et mesur1 il est capable de te percer le coeur d'un poignard1 et de te dire avec un sourire aimable en te le plongeant dans la poitrine3 ,ma petite1 est-ce qu'il te fait mal8 ,et cela se passait auprs d'une jolie personne de quinze ans1 fille de la dame qui recevait l'avis et fille trs alerte4 #ade #cj septembre #ahai4 ,si l'homme du ,nord a le malheur de n'tre pas choqu d'abord par le naturel de cette amabilit du ,midi1 qui n'est que le dveloppement simple d'une nature grandiose1 favoris par la double absence du bon ton et de toute nouveaut intressante1 en un an de sjour les femmes de tous les autres pays lui deviennent insupportables4 ,il voit les ,franaises avec leurs petites grces#adf tout aimables1 sduisantes les trois premiers jours1 mais ennuyeuses le quatrime1 jour fatal1 o l'on dcouvre que toutes ces grces tudies d'avance et apprises par coeur sont ternellement les mmes tous les jours et pour tous4 #adf ,outre que l'auteur avait le malheur de n'tre pas n ,paris1 il y avait trs peu vcu4 7,note de l'diteur47 ,il voit les ,allemandes si naturelles1 au contraire1 et se livrant avec tant d'empressement leur imagination1 n'avoir souvent montrer1 avec tout leur naturel1 qu'un fond de strilit1 d'insipidit et de tendresse de la bibliothque bleue4 ,la phrase du comte ,almaviva semble faite en ,allemagne3 ,et l'on est tout tonn1 un beau soir1 de trouver la satit o l'on allait chercher le bonheur4 ,a ,rome1 l'tranger ne doit pas oublier que si rien n'est ennuyeux dans les pays o tout est naturel1 le mauvais y est plus mauvais qu'ailleurs4 ,pour ne parler que des hommes#adg1 on voit paratre ici1 dans la socit1 une espce de monstres qui se cachent ailleurs4 ,ce sont des gens galement passionns1 clairvoyants et lches4 ,un mauvais sort les a jets auprs d'une femme titre quelconque2 amoureux fous par exemple1 ils boivent jusqu' la lie le malheur de la voir prfrer un rival4 ,ils sont l pour contrecarrer cet amant fortun4 ,rien ne leur chappe1 et tout le monde voit que rien ne leur chappe2 mais ils n'en continuent pas moins en dpit de tout sentiment d'honneur1 vexer la femme1 son amant et eux-mmes1 et personne ne les blme1 car ils font ce qui leur fait plaisir4 ,un soir1 l'amant1 pouss bout1 leur donne des coups de pied au cul2 le lendemain ils lui en font bien des excuses et recommencent scier constamment et imperturbablement la femme1 l'amant et eux-mmes4 ,on frmit quand on songe la quantit de malheur que ces mes basses ont dvorer chaque jour1 et il ne leur manque sans doute qu'un grain de lchet de moins pour tre empoisonneurs4 #adg ,heu6 male nunc artes miseras hc secula tractant2 ,jam tener assuevit munera velle puer4 ,,tibul41 ,i1 ,,iv4 ,ce n'est aussi qu'en ,italie qu'on voit de jeunes lgants millionnaires entretenir magnifiquement des danseuses du grand thtre1 au vu et au su de toute une ville1 moyennant trente sous par jour#adh4 ,les frres4441 beaux jeunes gens toujours la chasse1 toujours cheval1 sont jaloux d'un tranger4 ,au lieu d'aller lui et de leur conter leurs griefs1 ils rpandent sourdement dans le public des bruits dfavorables ce pauvre tranger4 ,en ,france1 l'opinion forcerait ces gens prouver leur dire ou rendre raison l'tranger4 ,ici l'opinion publique et le mpris ne signifient rien4 ,la richesse est toujours sre d'tre bien reue partout4 ,un millionnaire dshonor et chass de partout ,paris peut aller en toute sret ,rome2 il y sera considr juste au prorata de ses cus4 #adh ,voir dans les moeurs du sicle de ,louis ,,xv l'honneur et l'aristocratie combler de profusions les demoiselles ,duth1 la ,guerre et autres4 ,quatre-vingt ou cent mille francs par an n'avaient rien d'extraordinaire3 un homme du grand monde se ft avili moins4 ,,chapitre ,,xlv ,de l',angleterre4 ,j'ai beaucoup vcu ces temps derniers avec les danseuses du thtre ,del ,sol1 ,valence4 ,l'on m'assure que plusieurs sont fort chastes2 c'est que leur mtier est trop fatigant4 ,vigano leur fait rpter son ballet de la ,juive de ,tolde tous les jours1 de dix heures du matin quatre1 et de minuit trois heures du matin2 outre cela1 il faut qu'elles dansent chaque soir dans les deux ballets4 ,cela me rappelle ,rousseau qui prescrit de faire beaucoup marcher mile4 ,je pensais ce soir1 minuit1 en me promenant au frais sur le bord de la mer1 avec les petites danseuses1 d'abord que cette volupt surhumaine de la fracheur de la brise de mer sous le ciel de ,valence1 en prsence de ces toiles resplendissantes qui semblent tout prs de vous1 est inconnue nos tristes pays brumeux4 ,cela seul vaut les quatre cents lieues faire1 cela aussi empche de penser force de sensations4 ,je pensais que la chastet de mes petites danseuses explique fort bien la marche que l'orgueil des hommes suit en ,angleterre pour recrer doucement les moeurs du srail au milieu d'une nation civilise4 ,on voit comment quelques-unes de ces jeunes filles d',angleterre1 d'ailleurs si belles et d'une physionomie si touchante1 laissent un peu dsirer pour les ides4 ,malgr la libert qui vient seulement d'tre chasse de leur le1 et l'originalit admirable du caractre national1 elles manquent d'ides intressantes et d'originalit4 ,elles n'ont souvent de remarquable que la bizarrerie de leurs dlicatesses4 ,c'est tout simple1 la pudeur des femmes1 en ,angleterre1 c'est l'orgueil de leurs maris4 ,mais quelque soumise que soit une esclave1 sa socit est bientt charge4 ,de l1 pour les hommes1 la ncessit de s'enivrer tristement chaque soir#adi1 au lieu de passer1 comme en ,italie1 leurs soires avec leur matresse4 ,en ,angleterre1 les gens riches ennuys de leur maison et sous prtexte d'un exercice ncessaire font quatre ou cinq lieues tous les jours1 comme si l'homme tait cr et mis au monde pour trotter4 ,ils usent ainsi le fluide nerveux par les jambes et non par le coeur4 ,aprs quoi ils osent bien parler de dlicatesse fminine1 et mpriser l',espagne et l',italie4 #adi ,cet usage commence tomber un peu dans la trs bonne compagnie1 qui se francise comme partout2 mais je parle de l'immense gnralit4 ,rien de plus dsoccup au contraire que les jeunes ,italiens2 le mouvement qui leur terait leur sensibilit leur est importun4 ,ils font de temps autre une promenade de demi-lieue comme remde pnible pour la sant2 quant aux femmes1 une ,romaine ne fait pas en toute l'anne les courses d'une jeune miss en une semaine4 ,il me semble que l'orgueil d'un mari anglais exalte trs adroitement la vanit de sa pauvre femme4 ,il lui persuade surtout qu'il ne faut pas tre vulgaire1 et les mres qui prparent leurs jeunes filles pour trouver des maris ont fort bien saisi cette ide4 ,de l la mode bien plus absurde et bien plus despotique dans la raisonnable ,angleterre qu'au sein de la ,france lgre2 c'est dans ,bond-street qu'a t invent le carefully careless4 ,en ,angleterre la mode est un devoir1 ,paris c'est un plaisir4 ,la mode lve un bien autre mur d'airain ,londres entre ,new-,bond-street et ,fenchurch-street1 qu' ,paris entre la ,chausse d',antin et la rue ,saint-,martin4 ,les maris permettent volontiers cette folie aristocratique leurs femmes en ddommagement de la masse norme de tristesse qu'ils leur imposent4 ,je trouve bien l'image de la socit des femmes en ,angleterre1 telle que l'a faite le taciturne orgueil des hommes dans les romans autrefois clbres de miss ,burney4 ,comme demander un verre d'eau quand on a soif est vulgaire1 les hrones de miss ,burney ne manquent pas de se laisser mourir de soif4 ,pour fuir la vulgarit1 l'on arrive l'affectation la plus abominable4 ,je compare la prudence d'un jeune ,anglais de vingt-deux ans1 riche1 la profonde mfiance du jeune ,italien du mme ge4 ,l',italien y est forc par sa sret1 et la dpose1 cette mfiance1 ou du moins l'oublie ds qu'il est dans l'intimit1 tandis que c'est prcisment dans le sein de la socit la plus tendre en apparence que l'on voit redoubler la prudence et la hauteur du jeune ,anglais4 ,j'ai entendu dire3 ,depuis sept mois je ne lui parlais pas du voyage ,brighton4 ,il s'agissait d'une conomie oblige de quatre-vingts louis1 et c'tait un amant de vingt-deux ans parlant d'une matresse1 femme marie1 qu'il adorait2 mais1 dans les transports de sa passion1 la prudence ne l'avait pas quitt1 bien moins encore1 avait-il eu l'abandon de dire cette matresse3 ,je n'irai pas ,brighton1 parce que cela me gnerait4 ,remarquez que le sort de ,gianone de ,pellico1 et de cent autres1 force l',italien la mfiance1 tandis que le jeune beau ,anglais n'est forc la prudence que par l'excs et la sensibilit maladive de sa vanit4 ,le ,franais1 tant aimable avec ses ides de tous les moments1 dit tout ce qu'il aime4 ,c'est une habitude2 sans cela il manquerait d'aisance1 et il sait que sans aisance il n'y a point de grce4 ,c'est avec peine et la larme l'oeil que j'ai os crire tout ce qui prcde2 mais1 puisqu'il me semble que je ne flatterais pas un roi1 pourquoi dirais-je d'un pays autre chose que ce qui m'en semble1 et qui of course peut tre trs absurde1 uniquement parce que ce pays a donn naissance la femme la plus aimable que j'aie connue8 ,ce serait1 sous une autre forme1 de la bassesse monarchique4 ,je me contenterai d'ajouter qu'au milieu de tout cet ensemble de moeurs1 parmi tant d',anglaises victimes dans leur esprit de l'orgueil des hommes1 comme il existe une originalit parfaite1 il suffit d'une famille leve loin des tristes restrictions destines reproduire les moeurs du srail pour donner des caractres charmants4 ,et que ce mot charmant est insignifiant1 malgr son tymologie1 et commun pour rendre ce que je voudrais exprimer6 ,la douce ,imogne1 la tendre ,ophlie trouveraient bien des modles vivants en ,angleterre2 mais ces modles sont loin de jouir de la haute vnration unanimement accorde la vritable ,anglaise accomplie1 destine satisfaire pleinement toutes les convenances et donner un mari toutes les jouissances de l'orgueil aristocratique le plus maladif et un bonheur mourir d'ennui#aej4 #aej ,voir ,richardson4 ,les moeurs de la famille des ,harlowe1 traduites en manires modernes1 sont frquentes en ,angleterre3 leurs domestiques valent mieux qu'eux4 ,dans les grandes enfilades de quinze ou vingt pices extrmement fraches et fort sombres1 o les femmes italiennes passent leur vie mollement couches sur des divans fort bas1 elles entendent parler d'amour ou de musique six heures de la journe4 ,le soir1 au thtre1 caches dans leur loge pendant quatre heures1 elles entendent parler de musique ou d'amour4 ,donc1 outre le climat1 la constitution de la vie est aussi favorable la musique et l'amour en ,espagne et en ,italie1 qu'elle leur est contraire en ,angleterre4 ,je ne blme ni n'approuve1 j'observe4 ,,chapitre ,,xlvi ,suite de l',angleterre4 ,j'aime trop l',angleterre et je l'ai trop peu vue pour en parler4 ,je me sers des observations d'un ami4 ,l'tat actuel de l',irlande 7#ahbb7 y ralise1 pour la vingtime fois depuis deux sicles#aea1 cet tat singulier de la socit si fcond en rsolutions courageuses1 et si contraire l'ennui1 o des gens qui djeunent gaiement ensemble peuvent se rencontrer dans deux heures sur un champ de bataille4 ,rien ne fait un appel plus nergique et plus direct la disposition de l'me la plus favorable aux passions tendres3 le naturel4 ,rien n'loigne davantage des deux grands vices anglais3 le cant et la bashfulness1 hypocrisie de moralit et timidit orgueilleuse et souffrante4 7,voir le voyage de ,m4 ,eustace1 en ,italie47 ,si ce voyageur peint assez mal le pays1 en revanche il donne une ide fort exacte de son propre caractre2 et ce caractre1 ainsi que celui de ,m4 ,beattie1 le pote 7voir sa vie crite par un ami intime71 est malheureusement assez commun en ,angleterre4 ,pour le prtre honnte homme1 malgr sa place1 voir les lettres de l'vque de ,landaff#aeb4 #aea ,le jeune enfant de ,spencer brl vif en ,irlande4 #aeb ,rfuter autrement que par des injures le portrait d'une certaine classe d',anglais prsent dans ces trois ouvrages1 me semble la chose impossible4 ,satanic school4 ,on croirait l',irlande assez malheureuse1 ensanglante comme elle l'est depuis deux sicles par la tyrannie peureuse et cruelle de l',angleterre2 mais ici fait son entre dans l'tat moral de l',irlande un personnage terrible3 le 99,,pr,,tre99444 ,depuis deux sicles1 l',irlande est peu prs aussi mal gouverne que la ,sicile4 ,un parallle approfondi de ces deux les1 en un volume de #ejj pages1 fcherait bien des gens et ferait tomber dans le ridicule bien des thories respectes4 ,ce qui est vident1 c'est que le plus heureux de ces deux pays1 galement gouverns par des fous1 au seul profit du petit nombre1 c'est la ,sicile4 ,ses gouvernants lui ont au moins laiss l'amour et la volupt2 ils les lui auraient bien ravis aussi comme tout le reste2 mais1 grce au ciel1 il y a peu en ,sicile de ce mal moral appel loi et gouvernement#aec4 #aec ,j'appelle mal moral1 en #ahbb1 tout gouvernement qui n'a pas les deux chambres2 il n'y a d'exception que lorsque le chef du gouvernement est grand par la probit1 miracle qui se voit en ,saxe et ,naples4 ,ce sont les gens gs et les prtres qui font et font excuter les lois1 cela parat bien l'espce de jalousie comique avec laquelle la volupt est poursuivie dans les les britanniques4 ,le peuple y pourrait dire ses gouvernants comme ,diogne ,alexandre3 ,contentez-vous de vos sincures et laissez-moi1 du moins1 mon soleil#aed4 #aed ,voir dans le procs de la feue reine d',angleterre une liste curieuse des pairs avec les sommes qu'eux et leurs familles reoivent de l'tat4 ,par exemple1 lord ,lauderdale et sa famille1 #cf1jjj louis4 ,le demi-pot de bire ncessaire la chtive subsistance du plus pauvre ,anglais paye un sou d'impt au profit du noble pair4 ,et1 ce qui fait beaucoup notre objet1 ils le savent tous les deux4 ,ds lors1 ni le lord1 ni le paysan n'ont plus assez de loisir pour songer l'amour2 ils aiguisent leurs armes1 l'un en public et avec orgueil1 l'autre en secret et avec rage 7,l',yeomanry et les ,whiteboys74 ,a force de lois1 de rglements1 de contre-rglements et de supplices1 le gouvernement a cr en ,irlande la pomme de terre1 et la population de l',irlande surpasse de beaucoup celle de la ,sicile2 c'est--dire l'on a fait venir quelques millions de paysans avilis et hbts1 crass de travail et de misre1 tranant pendant quarante ou cinquante ans une vie malheureuse sur les marais de la vieille rin1 mais payant bien la dme4 ,voil un beau miracle6 ,avec la religion paenne1 ces pauvres diables auraient au moins joui d'un bonheur2 mais pas du tout1 il faut adorer saint ,patrick4 ,en ,irlande on ne voit gure que des paysans plus malheureux que des sauvages4 ,seulement1 au lieu d'tre cent mille comme ils seraient dans l'tat de nature1 ils sont huit millions#aee1 et font vivre richement cinq cents absentees ,londres et ,paris4 #aee ,plunkell ,craig1 ,vie de ,curran4 ,la socit est infiniment plus avance en cosse#aef o1 sous plusieurs rapports1 le gouvernement est bon 7la raret des crimes1 la lecture1 pas d'vques1 etc474 ,les passions tendres y ont donc beaucoup plus de dveloppement1 et nous pouvons quitter les ides noires et arriver aux ridicules4 #aef ,degr de civilisation du paysan ,robert ,burns et de sa famille2 club de paysans o l'on payait deux sous par sance2 questions qu'on y discutait4 7,voir les ,lettres de ,burns74 ,il est impossible de ne pas apercevoir un fond de mlancolie chez les femmes cossaises4 ,cette mlancolie est surtout sduisante au bal1 o elle donne un singulier piquant l'ardeur et l'extrme empressement avec lesquels elles sautent leurs danses nationales4 dimbourg a un autre avantage1 c'est de s'tre soustrait la vile omnipotence de l'or4 ,cette ville forme en cela1 aussi bien que pour la singulire et sauvage beaut du site1 un contraste complet avec ,londres4 ,comme ,rome1 la belle dimbourg semble plutt le sjour de la vie contemplative4 ,le tourbillon sans repos et les intrts inquiets de la vie active avec ses avantages et ses inconvnients sont ,londres4 dimbourg me semble payer le tribut au malin par un peu de disposition la pdanterie4 ,le temps o ,marie ,stuart habitait le vieux ,holyrood1 et o l'on assassinait ,riccio dans ses bras1 valaient mieux pour l'amour1 et toutes les femmes en conviendront1 que ceux o l'on discute si longuement1 et mme en leur prsence1 sur la prfrence accorder au systme neptunien sur le vulcanien de444 ,j'aime mieux la discussion sur le nouvel uniforme donn par le roi ses gardes ou sur la pairie manque de sir ,b4 ,bloomfield1 qui occupait ,londres lorsque je m'y trouvais1 que la discussion pour savoir qui a le mieux explor la nature des roches1 de ,werner ou de 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 ,je ne dirai rien du terrible dimanche cossais1 auprs duquel celui de ,londres semble une partie de plaisir4 ,ce jour destin honorer le ciel est la meilleure image de l'enfer que j'aie jamais vue sur la terre4 ,ne marchons pas si vite1 disait un cossais en revenant de l'glise un ,franais1 son ami1 nous aurions l'air de nous promener#aeg4 #aeg ,le mme fait en ,amrique4 ,en cosse1 talage des titres4 ,celui des trois pays o il y a le moins d'hypocrisie 7,cant1 voyez le ,new-,monthly-,magazine de janvier #ahbb1 tonnant contre ,mozart et les ,nozze di ,figaro1 crit dans un pays o l'on joue le ,citizen4 ,mais ce sont les aristocrates qui1 par tout pays1 achtent et jugent un journal littraire et la littrature2 et depuis quatre ans1 ceux d',angleterre ont fait alliance avec les vques72 celui des trois pays o il y a1 ce me semble1 le moins d'hypocrisie1 c'est l',irlande2 on y trouve1 au contraire1 une vivacit tourdie et fort aimable4 ,en cosse1 il y a la stricte observance du dimanche1 mais le lundi on danse avec une joie et un abandon inconnus ,londres4 ,il y a beaucoup d'amour dans la classe des paysans en cosse4 ,la toute-puissance de l'imagination a francis ce pays au ,x,v,ie sicle4 ,le terrible dfaut de la socit anglaise1 celui qui1 en un jour donn1 cre une plus grande quantit de tristesse que la dette et ses consquences1 et mme que la guerre mort des riches contre les pauvres1 c'est cette phrase que l'on me disait cet automne ,croydon1 en prsence de la belle statue de l'vque3 ,dans le monde1 aucun homme ne veut se mettre en avant1 de peur d'tre du dans son attente4 ,qu'on juge quelles lois1 sous le nom de pudeur1 de tels hommes doivent imposer leurs femmes et leurs matresses6 ,,chapitre ,,xlvii ,de l',espagne4 ,l',andalousie est un des plus aimables sjours que la volupt se soit choisis sur la terre4 ,j'avais trois ou quatre anecdotes qui montraient de quelle manire mes ides sur les trois ou quatre actes de folie diffrents dont la runion forme l'amour sont vraies en ,espagne2 l'on me conseille de les sacrifier la dlicatesse franaise4 ,j'ai eu beau protester que j'crivais en langue franaise1 mais non pas certes en littrature franaise4 ,dieu me prserve d'avoir rien de commun avec les littrateurs estims aujourd'hui6 ,les ,maures1 en abandonnant l',andalousie1 y ont laiss leur architecture et presque leurs moeurs4 ,puisqu'il m'est impossible de parler des dernires dans la langue de ,mme de ,svign1 je dirai du moins de l'architecture mauresque que son principal trait consiste faire que chaque maison ait un petit jardin entour d'un portique lgant et svelte4 ,l1 pendant les chaleurs insupportables de l't1 quand1 durant des semaines entires1 le thermomtre de ,raumur ne descend jamais et se soutient trente degrs1 il rgne sous les portiques une obscurit dlicieuse4 ,au milieu du petit jardin1 il y a toujours un jet d'eau dont le bruit uniforme et voluptueux est le seul qui trouble cette retraite charmante4 ,le bassin de marbre est environn d'une douzaine d'orangers et de lauriers-roses4 ,une toile paisse en forme de tente recouvre tout le petit jardin1 et1 le protgeant contre les rayons du soleil et de la lumire1 ne laisse pntrer que les petites brises qui1 sur le midi1 viennent des montagnes4 ,l vivent et reoivent les charmantes ,andalouses la dmarche si vive et si lgre2 une simple robe de soie noire garnie de franges de la mme couleur1 et laissant apercevoir un cou-de-pied charmant1 un teint ple1 des yeux o se peignent toutes les nuances les plus fugitives des passions les plus tendres et les plus ardentes3 tels sont les tres clestes qu'il m'est dfendu de faire entrer en scne4 ,je regarde le peuple espagnol comme le reprsentant vivant du moyen ge4 ,il ignore une foule de petites vrits 7vanit purile de ses voisins72 mais il sait profondment les grandes1 et a assez de caractre et d'esprit pour suivre leurs consquences jusque dans leurs effets les plus loigns4 ,le caractre espagnol fait une belle opposition avec l'esprit franais2 dur1 brusque1 peu lgant1 plein d'un orgueil sauvage1 jamais occup des autres3 c'est exactement le contraste du ,x,ve sicle avec le ,x,v,i,i,ie4 ,l',espagne m'est bien utile pour une comparaison3 le seul peuple qui ait su rsister ,napolon me semble absolument pur d'honneur bte1 et de ce qu'il y a de bte dans l'honneur4 ,au lieu de faire de belles ordonnances militaires1 de changer d'uniforme tous les six mois et de porter de grands perons1 il a le gnral no importa#aeh4 #aeh ,voir les charmantes ,lettres de ,m4 ,pecchio4 ,l',italie est pleine de gens de cette force2 mais1 au lieu de se produire1 ils se tiennent tranquilles3 ,paese della virtu sconosciuta4 ,,chapitre ,,xlviii ,de l'amour allemand4 ,si l',italien1 toujours agit entre la haine et l'amour1 vit de passions1 et le ,franais de vanit1 c'est d'imagination que vivent les bons et simples descendants des anciens ,germains4 ,a peine sortis des intrts sociaux les plus directs et les plus ncessaires leur subsistance1 on les voit avec tonnement s'lancer dans ce qu'ils appellent leur philosophie2 c'est une espce de folie douce1 aimable1 et surtout sans fiel4 ,je vais citer1 non pas tout fait de mmoire1 mais sur des notes rapides1 un ouvrage qui1 quoique fait dans un sens d'opposition1 montre bien1 mme par les admirations de l'auteur1 l'esprit militaire dans tout son excs3 c'est le voyage en ,autriche1 par ,m4 ,cadet-,gassicourt1 en #ahji4 ,qu'et dit le noble et gnreux ,desaix s'il et vu le pur hrosme de #ie conduire cet excrable gosme8 ,deux amis se trouvent ensemble une batterie la bataille de ,talavera3 l'un comme capitaine commandant1 l'autre comme lieutenant4 ,un boulet arrive qui culbute le capitaine4 ,bon1 dit le lieutenant tout joyeux1 voil ,franois mort3 c'est moi qui vais tre capitaine4--,pas encore tout fait6 s'crie ,franois en se relevant4 ,il n'avait t qu'tourdi par le boulet4 ,le lieutenant1 ainsi que son capitaine1 taient les meilleurs garons du monde1 point mchants1 seulement un peu btes2 enthousiastes de l'empereur1 l'ardeur de la chasse et l'gosme furieux que cet homme avait su veiller en le dcorant du nom de gloire leur faisaient oublier l'humanit4 ,au milieu du spectacle svre donn par de tels hommes1 se disputant aux parades de la ,schoenbrunn un regard du matre et un titre de baron1 voici comment l'apothicaire de l'empereur dcrit l'amour allemand1 page #ahh3 ,rien n'est plus complaisant1 plus doux1 qu'une ,autrichienne4 ,chez elle1 l'amour est un culte1 et1 quand elle s'attache un ,franais1 elle l'adore dans toute la force du terme4 ,il y a des femmes lgres et capricieuses partout1 mais en gnral les ,viennoises sont fidles et ne sont nullement coquettes2 quand je dis qu'elles sont fidles1 c'est l'amant de leur choix1 car les maris sont ,vienne comme partout4 #g juin #ahji4 ,la plus belle personne de ,vienne a agr l'hommage d'un ami moi1 ,m4 ,m4441 capitaine attach au quartier gnral de l'empereur4 ,c'est un jeune homme doux et spirituel2 mais certainement sa taille ni sa figure n'ont rien de remarquable4 ,depuis quelques jours1 sa jeune amie fait la plus vive sensation parmi nos brillants officiers d'tat-major1 qui passent leur vie fureter tous les coins de ,vienne4 ,c'est qui sera le plus hardi2 toutes les ruses de guerre possibles ont t employes1 la maison de la belle a t mise en tat de sige par les plus jolis et les plus riches4 ,les pages1 les brillants colonels1 les gnraux de la garde1 les princes mmes1 sont alls perdre leur temps sous les fentres de la belle1 et leur argent auprs de ses gens4 ,tous ont t conduits4 ,ces princes n'taient gure accoutums trouver des cruelles ,paris ou ,milan4 ,comme je riais de leur dconvenue avec cette charmante personne3 ,mais1 mon ,dieu1 me disait-elle1 est-ce qu'ils ne savent pas que j'aime ,m4 ,m4448 ,voil un singulier propos et assurment fort indcent4 ,page #bij3 ,pendant que nous tions ,schoenbrunn1 je remarquai que deux jeunes gens attachs l'empereur ne recevaient jamais personne dans leur logement ,vienne4 ,nous les plaisantions beaucoup sur cette discrtion4 ,l'un d'eux me dit un jour3 ,je n'aurai pas de secret pour vous3 une jeune femme de la ville s'est donne moi1 sous la condition qu'elle ne quitterait jamais mon appartement1 et que je ne recevrais qui que ce soit sans sa permission4 ,je fus curieux1 dit le voyageur1 de connatre cette recluse volontaire1 et ma qualit de mdecin me donnant comme dans l',orient un prtexte honnte1 j'acceptai un djeuner que mon ami m'offrit4 ,je trouvai une femme trs prise1 ayant le plus grand soin du mnage1 ne dsirant nullement sortir1 quoique la saison invitt la promenade1 et d'ailleurs convaincue que son amant la ramnerait en ,france4 ,l'autre jeune homme1 qu'on ne trouvait non plus jamais son logement en ville1 me fit bientt aprs une confidence pareille4 ,je vis aussi sa belle2 comme la premire1 elle tait blonde1 fort jolie1 trs bien faite4 ,l'une1 ge de dix-huit ans1 tait la fille d'un tapissier fort son aise2 l'autre1 qui avait environ vingt-quatre ans1 tait la femme d'un officier autrichien qui faisait la campagne l'arme de l'archiduc ,jean4 ,cette dernire poussa l'amour jusqu' ce qui nous semblerait de l'hrosme en pays de vanit4 ,non seulement son ami lui fut infidle1 mais il se trouva dans le cas de lui faire les aveux les plus scabreux4 ,elle le soigna avec un dvouement parfait1 et1 s'attachant par la gravit de la maladie de son amant1 qui bientt fut en pril1 elle ne l'en chrit peut-tre que davantage4 ,on sent qu'tranger et vainqueur1 et toute la haute socit de ,vienne s'tant retire notre approche dans ses terres de ,hongrie1 je n'ai pu observer l'amour dans les hautes classes2 mais j'en ai vu assez pour me convaincre que ce n'est pas de l'amour comme ,paris4 ,ce sentiment est regard par les ,allemands comme une vertu1 comme une manation de la ,divinit1 comme quelque chose de mystique4 ,il n'est pas vif1 imptueux1 jaloux1 tyrannique1 comme dans le coeur d'une ,italienne3 il est profond et ressemble l'illuminisme2 il y a mille lieues de l l',angleterre4 ,il y a quelques annes1 un tailleur de ,leipzig1 dans un accs de jalousie1 attendit son rival dans le jardin public1 et le poignarda4 ,on le condamna perdre la tte4 ,les moralistes de la ville1 fidles la bont et la facilit d'motion des ,allemands 7faisant faiblesse de caractre71 discutrent le jugement1 le trouvrent svre1 et1 tablissant une comparaison entre le tailleur et ,orosmane1 apitoyrent sur son sort4 ,on ne put cependant faire rformer l'arrt4 ,mais le jour de l'excution toutes les jeunes filles de ,leipzig1 vtues de blanc1 se runirent et accompagnrent le tailleur l'chafaud en jetant des fleurs sur sa route4 ,personne ne trouva cette crmonie singulire2 cependant1 dans un pays qui croit tre raisonneur1 on pouvait dire qu'elle honorait une espce de meurtre4 ,mais c'tait une crmonie1 et tout ce qui est crmonie est sr de n'tre jamais ridicule en ,allemagne4 ,voyez les crmonies des cours des petits princes qui nous feraient mourir de rire1 et semblent fort imposantes ,meinungen ou ,koethen4 ,ils voient dans les six gardes chasses qui dfilent devant leur petit prince1 garni de son crachat1 les soldats d',hermann marchant la rencontre des lgions de ,varus4 ,diffrence des ,allemands tous les autres peuples3 ils s'exaltent par la mditation1 au lieu de se calmer4 ,seconde nuance3 ils meurent d'envie d'avoir du caractre4 ,le sjour des cours1 ordinairement si favorable au dveloppement de l'amour1 l'hbte en ,allemagne4 ,vous n'avez pas d'ide de l'ocan de minuties incomprhensibles et de petitesses qui forment ce qu'on appelle une cour d',allemagne#aei1 mme celle des meilleurs princes 7,munich1 #ahbj74 #aei ,voir les ,mmoires de la margrave de ,bareuth1 et ,vingt ans de sjour ,berlin1 par ,m4 ,thibaut4 ,quand nous arrivions avec un tat-major1 dans une ville d',allemagne1 au bout de la premire quinzaine1 les dames du pays avaient fait leur choix4 ,mais ce choix tait constant2 et j'ai ou dire que les ,franais taient l'cueil de beaucoup de vertus irrprochables jusqu' eux4 99 99 99 99 99 ,les jeunes ,allemands que j'ai rencontrs ,goettingue1 ,dresde1 ,koenigsberg1 etc41 sont levs au milieu de systmes prtendus philosophiques qui ne sont qu'une posie obscure et mal crite1 mais1 sous le rapport moral1 de la plus haute et sainte sublimit4 ,il me semble voir qu'ils ont hrit de leur moyen ge1 non le rpublicanisme1 la dfiance et le coup de poignard1 comme les ,italiens1 mais une forte disposition l'enthousiasme et la bonne foi4 ,c'est pour cela que1 tous les dix ans1 ils ont un nouveau grand homme qui doit effacer tous les autres 7,kant1 ,steding1 ,fichte1 etc41 etc4#afj74 #afj ,voir en #ahba leur enthousiasme pour la tragdie du ,triomphe de la croix1 qui fait oublier ,guillaume ,tell4 ,luther fit jadis un appel puissant au sens moral1 et les ,allemands se battirent trente ans de suite pour obir leur conscience4 ,belle parole et bien respectable1 quelque absurde que soit la croyance2 je dis respectable1 mme pour l'artiste4 ,voir les combats dans l'me de ,s444 entre le troisime commandement de ,dieu3 ,tu ne tueras point1 et ce qu'il croyait l'intrt de la patrie4 ,l'on trouve de l'enthousiasme mystique pour les femmes et l'amour jusque dans ,tacite1 si toutefois cet crivain n'a pas fait uniquement une satire de ,rome#afa4 #afa ,j'ai eu le bonheur de rencontrer un homme de l'esprit le plus vif et en mme temps savant comme dix savants allemands1 et exposant ce qu'il a dcouvert en termes clairs et prcis4 ,si jamais ,m4 ,f444 imprime1 nous verrons le moyen ge sortir brillant de lumire nos yeux1 et nous l'aimerons4 ,l'on n'a pas plutt fait cinq cents lieues en ,allemagne que l'on distingue1 dans ce peuple dsuni et morcel1 un fond d'enthousiasme doux et tendre plutt qu'ardent et imptueux4 ,si l'on ne voyait pas bien clairement cette disposition1 l'on pourrait relire trois ou quatre des romans d',auguste la ,fontaine que la jolie ,louise1 reine de ,prusse1 fit chanoine de ,magdebourg1 en rcompense d'avoir si bien peint la vie paisible#afb4 #afb ,titre d'un des romans d',auguste la ,fontaine1 la ,vie paisible1 autre grand trait des moeurs allemandes1 c'est le farniente de l',italien1 c'est la critique physiologique du droski russe ou du horseback anglais4 ,je vois une nouvelle preuve de cette disposition commune aux ,allemands dans le code autrichien1 qui exige l'aveu du coupable pour la punition de presque tous les crimes4 ,ce code1 calcul pour un peuple o les crimes sont rares1 et plutt un accs de folie chez un tre faible que la suite d'un intrt courageux1 raisonn1 et en guerre constante avec la socit1 est prcisment le contraire de ce qu'il faut l',italie1 o l'on cherche l'implanter2 mais c'est une erreur d'honntes gens4 ,j'ai vu les juges allemands en ,italie se dsesprer des sentences de mort1 ou l'quivalent1 les fers durs1 qu'ils taient obligs de prononcer sans l'aveu des coupables4 ,,chapitre ,,xlix ,une journe ,florence4 ,florence1 #ab fvrier #ahai4 ,ce soir j'ai trouv dans une loge un homme qui avait quelque chose solliciter auprs d'un magistrat de cinquante ans4 ,sa premire demande a t3 ,quelle est sa matresse8 ,chi avvicina adesso8 ,ici toutes ces affaires sont de la dernire publicit1 elles ont leurs lois1 il y a la manire approuve de se conduire1 qui est base sur la justice1 sans presque rien de conventionnel1 autrement on est un porco4 ,qu'y a-t-il de nouveau8 demandait hier un de mes amis1 arrivant de ,volterre4 ,aprs un mot de gmissement nergique sur ,napolon et les ,anglais1 on ajoute avec le ton du plus vif intrt3 ,la ,vitteleschi a chang d'amant3 ce pauvre ,gherardesca se dsespre4--,qui a-t-elle pris8--,montegalli1 ce bel officier moustaches1 qui avait la principessa ,colona2 voyez-le l-bas au parterre1 clou sous sa loge2 il est l toute la soire1 car le mari ne veut pas le voir la maison1 et vous apercevez prs de la porte le pauvre ,gherardesca se promenant tristement et comptant de loin les regards que son infidle lance son successeur4 ,il est trs chang1 et dans le dernier dsespoir2 c'est en vain que ses amis veulent l'envoyer ,paris et ,londres4 ,il se sent mourir1 dit-il1 seulement l'ide de quitter ,florence4 ,chaque anne il y a vingt dsespoirs pareils dans la haute socit1 j'en ai vu durer trois ou quatre ans4 ,ces pauvres diables sont sans nulle vergogne1 et prennent pour confidents toute la terre4 ,au reste1 il y a peu de socit ici1 et encore1 quand on aime1 on n'y va presque plus4 ,il ne faut pas croire que les grandes passions et les belles mes soient communes nulle part1 mme en ,italie2 seulement des coeurs plus enflamms et moins tiols par les mille petits soins de la vanit y trouvent des plaisirs dlicieux1 mme dans les espces subalternes d'amour4 ,j'y ai vu l'amour-caprice1 par exemple1 causer des transports et des moments d'ivresse1 que la passion la plus perdue n'a jamais amens sous le mridien de ,paris#afc4 #afc ,de ce ,paris qui a donn au monde ,voltaire1 ,molire et tant d'hommes distingus par l'esprit2 mais l'on ne peut pas tout avoir1 et il y aurait peu d'esprit en prendre de l'humeur4 ,je remarquais ce soir qu'il y a des noms propres en italien pour mille circonstances particulires de l'amour1 qui1 en franais1 exigeraient des priphrases n'en plus finir3 par exemple1 l'action de se retourner brusquement1 quand du parterre on lorgne dans sa loge la femme qu'on veut avoir1 et que le mari ou le servant viennent s'approcher du parapet de la loge4 ,voici les traits principaux du caractre de ce peuple4 #a ,l'attention accoutume tre au service de passions profondes ne peut pas se mouvoir rapidement1 c'est la diffrence la plus marquante du ,franais l',italien4 ,il faut voir un ,italien s'embarquer dans une diligence1 ou faire un payement1 c'est l la furia francese2 c'est pour cela qu'un ,franais des plus vulgaires1 pour peu qu'il ne soit pas un fat spirituel la ,dmasure1 parat toujours un tre suprieur une ,italienne4 7,l'amant de la princesse ,d444 ,rome47 #b ,tout le monde fait l'amour1 et non pas en cachette comme en ,france2 le mari est le meilleur ami de l'amant2 #c ,personne ne lit2 #d ,il n'y a pas de socit4 ,un homme ne compte pas pour remplir et occuper sa vie sur le bonheur qu'il tire chaque jour de deux heures de conversation et le jeu de vanit dans telle maison4 ,le mot causerie ne se traduit pas en italien4 ,l'on parle quand on a quelque chose dire pour le service d'une passion1 mais rarement l'on parle pour bien parler et sous tous les sujets venus2 #e ,le ridicule n'existe pas en ,italie4 ,en ,france nous cherchons imiter tous les deux le mme modle et je suis juge comptent de la manire dont vous le copiez#afd4 ,en ,italie je ne sais pas si cette action singulire que je vois faire ne fait pas plaisir celui qui la fait1 et peut-tre ne m'en ferait pas moi-mme4 #afd ,cette habitude des ,franais1 diminuant tous les jours1 loignera de nous les hros de ,molire4 ,ce qui est affect dans le langage ou dans les manires ,rome est de bon ton ou inintelligible ,florence1 qui en est cinquante lieues4 ,on parle franais ,lyon comme ,nantes4 ,le vnitien1 le napolitain1 le gnois1 le pimontais1 sont des langues presque entirement diffrentes et seulement parles par des gens qui sont convenus de n'imprimer jamais que dans une langue commune1 celle qu'on parle ,rome4 ,rien n'est absurde comme une comdie dont la scne est ,milan et dont les personnages parlent romain4 ,la langue italienne1 beaucoup plus faite pour tre chante et parle1 ne sera soutenue contre la clart franaise qui l'envahit que par la musique4 ,en ,italie la crainte du pacha et de ses espions fait estimer l'utile2 il n'y a pas du tout d'honneur bte#afe4 ,il est remplac par une sorte de petite haine de socit1 appele petegolismo4 #afe ,toutes les infractions cet honneur sont ridicules dans les socits bourgeoises en ,france4 7,voir la ,petite ,ville1 de ,m4 ,picard47 ,enfin donner un ridicule1 c'est se faire un ennemi mortel1 chose fort dangereuse dans un pays o la force et l'office des gouvernements se bornent arracher l'impt et punir tout ce qui se distingue4 #f ,le patriotisme d'antichambre4 ,cet orgueil qui nous porte chercher l'estime de nos concitoyens1 et faire corps avec eux1 expuls de toute noble entreprise1 vers l'an #aeej1 par le despotisme jaloux des petits princes d',italie1 a donn naissance un produit barbare1 une espce de ,caliban1 un monstre plein de fureur et de sottise1 le patriotisme d'antichambre1 comme disait ,m4 ,turgot1 propos du sige de ,calais 7le ,soldat laboureur de ce temps-l74 ,j'ai vu ce monstre hbter les gens les plus spirituels4 ,par exemple un tranger se fera mal vouloir1 mme des jolies femmes1 s'il s'avise de trouver des dfauts dans le peintre ou dans le pote de ville1 on lui dit fort bien et d'un grand srieux qu'il ne faut pas venir chez les gens pour s'en moquer1 et on lui cite ce sujet un mot de ,louis ,,xiv sur ,versailles4 ,a ,florence on dit3 il nostro ,benvenuti1 comme ,brescia1 il nostro ,arrici2 ils mettent sur le mot nostro une certaine emphase contenue et pourtant bien comique1 peu prs comme le ,miroir parlant avec onction de la musique nationale1 et de ,m4 ,monsigny1 le musicien de l',europe4 ,pour ne pas rire au nez de ces braves patriotes1 il faut se rappeler que1 par suite des dissensions du moyen ge1 envenimes par la politique atroce des papes#aff1 chaque ville hait mortellement la cit voisine1 et le nom des habitants de celle-ci passe toujours dans la premire pour synonyme de quelque grossier dfaut4 ,les papes ont su faire de ce beau pays la patrie de la haine4 #aff ,voir l'excellente et curieuse ,histoire de l'glise1 par ,m4 de ,potter4 ,ce patriotisme d'antichambre est la grande plaie morale de l',italie1 typhus dltre qui aura encore des effets funestes longtemps aprs qu'elle aura secou le joug de ses petits p44444 ridicules#afg4 ,une des formes de ce patriotisme est la haine inexorable pour tout ce qui est tranger4 ,ainsi ils trouvent les ,allemands btes1 et se mettent en colre quand on leur dit3 ,qu'a produit l',italie dans le ,x,v,i,i,ie sicle d'gal ,catherine ,,ii ou ,frdric le ,grand8 ,o avez-vous un jardin anglais comparable au moindre jardin allemand1 vous qui par votre climat avez un vritable besoin d'ombre8 #afg #ahbb4 #g ,au contraire des ,anglais et des ,franais1 les ,italiens n'ont aucun prjug politique2 on y sait par coeur le vers de la ,fontaine3 ,notre ennemi c'est notre ,m4 ,l'aristocratie1 s'appuyant sur les prtres et sur les socits bibliques1 est pour eux un vieux tour de passe-passe qui les fait rire4 ,en revanche1 un ,italien a besoin de trois mois de sjour en ,france pour concevoir comment un marchand de draps peut tre ultra4 #h ,je mettrais pour dernier trait de caractre l'intolrance dans la discussion et la colre1 ds qu'ils ne trouvent pas sous la main un argument lancer contre celui de leur adversaire4 ,alors on les voit plir4 ,c'est une des formes de l'extrme sensibilit1 mais ce n'est pas une de ses formes aimables2 par consquent1 c'est une de celles que j'admets le plus volontiers en preuve de son existence4 ,j'ai voulu voir l'amour ternel1 et aprs bien des difficults j'ai obtenu d'tre prsent ce soir au chevalier ,c444 et sa matresse1 auprs de laquelle il vit depuis cinquante-quatre ans4 ,je suis sorti attendri de la loge de ces aimables vieillards2 voil l'art d'tre heureux1 art ignor de tant de jeunes gens4 ,il y a deux mois que j'ai vu monsignor ,r9999991 duquel j'ai t bien reu parce que je lui portais des ,minerves4 ,il tait sa maison de campagne avec ,mme ,d41 qu'il avvicina1 comme on dit1 depuis trente-quatre ans4 ,elle est encore belle1 mais il y a un fond de mlancolie dans ce mnage1 on l'attribue la perte d'un fils empoisonn autrefois par le mari4 ,ici1 faire l'amour n'est pas1 comme ,paris1 voir sa matresse1 un quart d'heure toutes les semaines1 et1 le reste du temps1 accrocher un regard ou un serrement de main3 l'amant1 l'heureux amant1 passe quatre ou cinq heures de chacune de ses journes avec la femme qu'il aime4 ,il lui parle de ses procs1 de son jardin anglais1 de ses parties de chasse1 de son avancement1 etc41 etc4 ,c'est l'intimit la plus complte et la plus tendre2 il la tutoie en prsence du mari1 et partout4 ,un jeune homme de ce pays1 et fort ambitieux1 ce qu'il croyait1 appel une grande place ,vienne 7rien moins qu'ambassadeur71 n'a pas pu se faire l'absence4 ,il a remerci de la place au bout de six mois1 et est revenu tre heureux dans la loge de son amie4 ,ce commerce de tous les instants serait gnant en ,france1 o il est ncessaire de porter dans le monde une certaine affectation1 et o votre matresse vous dit fort bien3 ,monsieur un tel1 vous tes maussade ce soir1 vous ne dites rien4 ,en ,italie il ne s'agit que de dire la femme qu'on aime tout ce qui passe par la tte1 il faut exactement penser tout haut4 ,il y a un certain effet nerveux de l'intimit et de la franchise provoquant la franchise1 que l'on ne peut attraper que par l4 ,mais il y a un grand inconvnient2 on trouve que faire l'amour de cette manire paralyse tous les gots1 et rend insipides toutes les autres occupations de la vie4 ,cet amour-l est le meilleur remplaant de la passion4 ,nos gens de ,paris qui en sont encore concevoir qu'on puisse tre ,persan1 ne sachant que dire1 s'crieront que ces moeurs sont indcentes4 ,d'abord je ne suis qu'historien1 et puis je me rserve de leur dmontrer un jour1 par lourds raisonnements1 qu'en fait de moeurs1 et pour le fond des choses1 ,paris ne doit rien ,bologne4 ,sans s'en douter1 ces pauvres gens rptent encore leur catchisme de trois sous4 #ab juillet #ahba4--;,a ,bologne il n'y a point d'odieux dans la socit4 ,a ,paris1 le rle de mari tromp est excrable2 ici 7 ,bologne7 ce n'est rien1 il n'y a pas de maris tromps4 ,les moeurs sont donc les mmes1 il n'y a que la haine de moins1 le cavalier servant de la femme est toujours ami du mari1 et cette amiti1 cimente par des services rciproques1 survit bien souvent d'autres intrts4 ,la plupart de ces amours durent cinq ou six ans1 plusieurs toujours4 ,on se quitte enfin quand on ne trouve plus de douceur se tout dire1 et1 pass le premier mois de la rupture1 il n'y a pas d'aigreur4 ,janvier #ahbb4--,l'ancienne mode des cavaliers servants1 importe en ,italie par ,philippe ,,ii avec l'orgueil et les moeurs espagnoles1 est entirement tombe dans les grandes villes4 ,je ne connais d'exception que les ,calabres1 o toujours le frre an se fait prtre1 marie le cadet et s'tablit le servant de sa belle-soeur et en mme temps l'amant4 ,napolon a t le libertinage la haute ,italie et mme ce pays-ci 7,naples74 ,les moeurs de la gnration actuelle des jolies femmes font honte leurs mres2 elles sont plus favorables l'amour-passion4 ,l'amour physique a beaucoup perdu#afh4 #afh ,vers #aghj1 la maxime tait3 ,molti averne1 ,un goderne1 ,e cambiar spesso4 ,voyage de ,shylock4 ,,chapitre ,l ,l'amour aux tats-,unis4 ,un gouvernement libre est un gouvernement qui ne fait point de mal aux citoyens1 mais qui1 au contraire1 leur donne la sret et la tranquillit4 ,mais il y a encore loin de l au bonheur2 il faut que l'homme le fasse lui-mme1 car ce serait une me bien grossire que celle qui se tiendrait parfaitement heureuse parce qu'elle jouirait de la sret et de la tranquillit4 ,nous confondons ces choses en ,europe1 surtout en ,italie2 accoutums que nous sommes des gouvernements qui nous font du mal1 il nous semble qu'en tre dlivr serait le suprme bonheur2 semblables en cela des malades travaills par des maux douloureux4 ,l'exemple de l',amrique montre bien le contraire4 ,l1 le gouvernement s'acquitte fort bien de son office1 et ne fait de mal personne4 ,mais1 comme si le destin voulait dconcerter et dmentir toute notre philosophie1 ou plutt l'accuser de ne pas connatre tous les lments de l'homme1 loigns comme nous le sommes depuis tant de sicles par le malheureux tat de l',europe de toute vritable exprience1 nous voyons que lorsque le malheur venant des gouvernements manque aux ,amricains1 ils semblent se manquer eux-mmes4 ,on dirait que la source de la sensibilit se tarit chez ces gens-l4 ,ils sont justes1 ils sont raisonnables1 et ils ne sont point heureux4 ,l4 ,b4441 c'est--dire les ridicules consquences et rgles de conduite que des esprits bizarres dduisent de ce recueil de pomes et de chansons1 suffit-elle pour causer tout ce malheur8 ,l'effet me semble bien considrable pour la cause4 ,m4 de ,volney racontait que1 se trouvant table la campagne1 chez un brave ,amricain1 homme son aise et environn d'enfants dj grands1 il entre un jeune homme dans la salle3 ,bonjour1 ,william1 dit le pre de famille2 asseyez-vous4 ,le voyageur demanda qui tait ce jeune homme3 ,c'est le second de mes fils4--,et d'o vient-il8--,de ,canton4 ,l'arrive d'un fils des bouts de l'univers ne faisait pas plus de sensation4 ,toute l'attention semble employe aux arrangements raisonnables de la vie1 et prvenir tous les inconvnients3 arrivs enfin au moment de recueillir le fruit de tant de soins et d'un si long esprit d'ordre1 il ne se trouve plus de vie de reste pour jouir4 ,on dirait que les enfants de ,penn n'ont jamais lu ce vers qui semble leur histoire3 ,et propter vitam1 vivendi perdere causas4 ,les jeunes gens des deux sexes1 lorsque l'hiver est venu1 qui comme en ,russie est la saison gaie du pays1 courent ensemble en traneaux sur la neige le jour et la nuit1 ils font des courses de quinze ou vingt milles fort gaiement et sans personne pour les surveiller2 et il n'en rsulte jamais d'inconvnient4 ,il y a la gaiet physique de la jeunesse qui passe bientt avec la chaleur du sang et qui est finie vingt-cinq ans3 je ne vois pas les passions qui font jouir4 ,il y a tant d'habitude de raison aux tats-,unis1 que la cristallisation y a t rendue impossible4 ,j'admire ce bonheur et ne l'envie pas2 c'est comme le bonheur d'tres d'une espce diffrente et infrieure4 ,j'augure beaucoup mieux des ,florides et de l',amrique mridionale#afi4 #afi ,voir les moeurs des les ,aores3 l'amour de ,dieu et l'autre amour y occupent tous les instants4 ,la religion chrtienne1 interprte par les jsuites1 est beaucoup moins ennemie de l'homme1 en ce sens1 que le protestantisme anglais2 elle permet au moins de danser le dimanche2 et un jour de plaisir sur sept1 c'est beaucoup pour le cultivateur1 qui travaille assidment les six autres4 ,ce qui fortifie ma conjecture sur celle du ,nord1 c'est le manque absolu d'artistes et d'crivains4 ,les tats-,unis ne nous ont pas encore envoy une scne de tragdie1 un tableau ou une vie de ,washington4 ,,chapitre ,,li ,de l'amour en ,provence jusqu' la conqute de ,toulouse en #acbh1 par les ,barbares du ,nord4 ,l'amour eut une singulire forme en ,provence1 depuis l'an #aajj jusqu'en #acbh4 ,il y avait une lgislation tablie pour les rapports des deux sexes en amour1 aussi svre et aussi exactement suivie que peuvent l'tre aujourd'hui les lois du point d'honneur4 ,celles de l'amour faisaient d'abord abstraction complte des droits sacrs des maris4 ,elles ne supposaient aucune hypocrisie4 ,ces lois1 prenant la nature humaine telle qu'elle est1 devaient produire beaucoup de bonheur4 ,il y avait la manire officielle de se dclarer amoureux d'une femme1 et celle d'tre agr par elle en qualit d'amant4 ,aprs tant de mois de cour d'une certaine faon1 on obtenait de lui baiser la main4 ,la socit1 jeune encore1 se plaisait dans les formalits et les crmonies qui alors montraient la civilisation1 et qui aujourd'hui feraient mourir d'ennui4 ,le mme caractre se retrouve dans la langue des ,provenaux1 dans la difficult et l'entrelacement de leurs rimes1 dans leurs mots masculins et fminins pour exprimer le mme objet1 enfin dans le nombre infini de leurs potes4 ,tout ce qui est forme dans la socit1 et qui aujourd'hui est si insipide1 avait alors toute la fracheur et la saveur de la nouveaut4 ,aprs avoir bais la main d'une femme1 on s'avanait de grade en grade force de mrite et sans passe-droits4 ,il faut bien remarquer que si les maris taient toujours hors de la question1 d'un autre ct l'avancement officiel des amants s'arrtait ce que nous appellerions les douceurs de l'amiti la plus tendre entre personnes de sexes diffrents#agj4 ,mais aprs plusieurs mois ou plusieurs annes d'preuve1 une femme tant parfaitement sre du caractre et de la discrtion d'un homme1 cet homme1 ayant avec elle toutes les apparences et toutes les facilits que donne l'amiti la plus tendre1 cette amiti devait donner la vertu de bien fortes alarmes4 #agj ,mmoires de la vie de ,chabanon1 crits par lui-mme4 ,les coups de canne au plafond4 ,j'ai parl de passe-droits1 c'est qu'une femme pouvait avoir plusieurs amants1 mais un seul dans les grades suprieurs4 ,il semble que les autres ne pouvaient pas tre avancs beaucoup au del du degr d'amiti qui consistait lui baiser la main et la voir tous les jours4 ,tout ce qui nous reste de cette singulire civilisation est en vers et en vers rims de la manire la plus baroque et la plus difficile2 il ne faut pas s'tonner si les notions que nous tirons des ballades des troubadours sont vagues et peu prcises4 ,on a trouv jusqu' un contrat de mariage en vers4 ,aprs la conqute en #acbh1 pour cause d'hrsie1 les papes prescrivirent plusieurs reprises de brler tout ce qui tait crit dans la langue vulgaire4 ,l'astuce italienne proclamait le latin1 la seule langue digne de gens si spirituels4 ,ce serait une mesure bien avantageuse si l'on pouvait la renouveler en #ahbb4 ,tant de publicit et d'officiel dans l'amour semblent au premier aspect ne pas s'accorder avec la vraie passion4 ,si la dame disait son servant3 ,allez pour l'amour de moi visiter la tombe de notre ,seigneur ,jsus-,christ ,jrusalem2 vous y passerez trois ans et reviendrez ensuite2 l'amant partait aussitt3 hsiter un instant l'aurait couvert de la mme ignominie qu'aujourd'hui une faiblesse sur le point d'honneur4 ,la langue de ces gens-l a une finesse extrme pour rendre les nuances les plus fugitives du sentiment4 ,une autre marque que ces moeurs taient fort avances sur la route de la vritable civilisation1 c'est qu' peine sortis des horreurs du moyen ge et de la fodalit1 o la force tait tout1 nous voyons le sexe le plus faible moins tyrannis qu'il ne l'est lgalement aujourd'hui2 nous voyons les pauvres et faibles cratures qui ont le plus perdre en amour et dont les agrments disparaissent le plus vite1 matresses du destin des hommes qui les approchent4 ,un exil de trois ans en ,palestine1 le passage d'une civilisation pleine de gaiet au fanatisme et l'ennui d'un camp de croiss devaient tre pour tout autre qu'un chrtien exalt une corve fort pnible4 ,que peut faire son amant une femme lchement abandonne par lui ,paris8 ,il n'y a qu'une rponse que je vois d'ici3 aucune femme de ,paris1 qui se respecte1 n'a d'amant4 ,on voit que la prudence a droit de conseiller bien plus aux femmes d'aujourd'hui de ne pas se livrer l'amour-passion4 ,mais une autre prudence1 qu'assurment je suis loin d'approuver1 ne leur conseille-t-elle pas de se venger avec l'amour physique8 ,nous avons gagn notre hypocrisie et notre asctisme#aga1 non pas un hommage rendu la vertu1 l'on ne contredit jamais impunment la nature1 mais il y a moins de bonheur sur la terre et infiniment moins d'inspirations gnreuses4 #aga ,principe asctique de ,jrmie ,bentham4 ,un amant qui1 aprs dix ans d'intimit1 abandonnait sa pauvre matresse1 parce qu'il s'apercevait qu'elle avait trente-deux ans1 tait perdu d'honneur dans l'aimable ,provence2 il n'avait d'autre ressource que de s'enterrer dans la solitude d'un clotre4 ,un homme non pas gnreux1 mais simplement prudent1 avait donc intrt ne pas jouer alors plus de passion qu'il n'en avait4 ,nous devinons tout cela1 car il nous reste bien peu de monuments donnant des notions exactes444 ,il faut juger l'ensemble des moeurs d'aprs quelques faits particuliers4 ,vous connaissez l'anecdote de ce pote qui avait offens sa dame3 aprs deux ans de dsespoir1 elle daigna enfin rpondre ses nombreux messages1 et lui fit dire que1 s'il se faisait arracher un ongle1 et qu'il lui ft prsenter cet ongle par cinquante chevaliers amoureux et fidles1 elle pourrait peut-tre lui pardonner4 ,le pote se hta de se soumettre l'opration douloureuse4 ,cinquante chevaliers bien venus de leurs dames allrent prsenter cet ongle la belle offense avec toute la pompe possible4 ,cela fit une crmonie aussi imposante que l'entre d'un des princes du sang dans une des villes du royaume4 ,l'amant couvert des livres du repentir suivait de loin son ongle4 ,la dame1 aprs avoir vu s'accomplir toute la crmonie1 qui fut fort longue1 daigna lui pardonner2 il fut rintgr dans toutes les douceurs de son premier bonheur4 ,l'histoire dit qu'ils passrent ensemble de longues et heureuses annes4 ,il est sr que les deux ans de malheur prouvent une passion vritable et l'auraient fait natre quand elle n'et pas exist avec cette force auparavant4 ,vingt anecdotes que je pourrais citer montrent partout une galanterie aimable1 spirituelle et conduite entre les deux sexes sur les principes de la justice2 je dis galanterie1 car en tout temps l'amour-passion est une exception plus curieuse que frquente1 et l'on ne saurait lui imposer de lois4 ,en ,provence1 ce qu'il peut y avoir de calcul et de soumis l'empire de la raison tait fond sur la justice et sur l'galit de droits entre les deux sexes1 voil ce que j'admire surtout comme loignant le malheur autant qu'il est possible4 ,au contraire1 la monarchie absolue sous ,louis ,,xv tait parvenue mettre la mode la sclratesse et la noirceur dans ces mmes rapports#agb4 #agb ,il faut avoir entendu parler l'aimable gnral ,laclos1 ,naples1 #ahjb4 ,si l'on n'a pas eu ce bonheur1 l'on peut ouvrir la ,vie prive du marchal de ,richelieu1 neuf volumes bien plaisamment rdigs4 ,quoique cette jolie langue provenale1 si remplie de dlicatesse et si tourmente par la rime#agc1 ne ft pas probablement celle du peuple1 les moeurs de la haute classe avaient pass aux classes infrieures1 trs peu grossires alors en ,provence1 parce qu'elles avaient beaucoup d'aisance4 ,elles taient dans les premires joies d'un commerce fort prospre et fort riche4 ,les habitants des rives de la ,mditerrane venaient de s'apercevoir 7au ,i,xe sicle7 que faire le commerce en hasardant quelques barques sur cette mer tait moins pnible et presque aussi amusant que de dtrousser les passants sur le grand chemin voisin1 la suite de quelque petit seigneur fodal4 ,peu aprs1 les ,provenaux du ,xe sicle virent chez les ,arabes qu'il y avait des plaisirs plus doux que piller1 violer et se battre4 #agc ,ne ,narbonne2 mlange de latin et d'arabe4 ,il faut considrer la ,mditerrane comme le foyer de la civilisation europenne4 ,les bords heureux de cette belle mer si favorise par le climat l'taient encore par l'tat prospre des habitants et par l'absence de toute religion ou lgislation triste4 ,le gnie minemment gai des ,provenaux d'alors avait travers la religion chrtienne sans en tre altr4 ,nous voyons une vive image d'un effet semblable de la mme cause dans les villes d',italie dont l'histoire nous est parvenue d'une manire plus distincte1 et qui d'ailleurs ont t assez heureuses pour nous laisser le ,dante1 ,ptrarque et la peinture4 ,les ,provenaux ne nous ont pas lgu un grand pome1 comme la ,divine ,comdie1 dans lequel viennent se rflchir toutes les particularits des moeurs de l'poque4 ,ils avaient1 ce me semble1 moins de passion et beaucoup plus de gaiet que les ,italiens4 ,ils tenaient de leurs voisins1 les ,maures d',espagne1 cette agrable manire de prendre la vie4 ,l'amour rgnait avec l'allgresse1 les ftes et les plaisirs dans les chteaux de l'heureuse ,provence4 ,avez-vous vu l',opra le final d'un bel opra-comique de ,rossini8 ,tout est gaiet1 beaut1 magnificence idale sur la scne4 ,nous sommes mille lieues des vilains cts de la nature humaine4 ,l'opra finit1 la toile tombe1 les spectateurs s'en vont1 le lustre s'lve1 on teint les quinquets4 ,l'odeur de lampe mal teinte remplit la salle1 le rideau se relve moiti1 l'on aperoit des polissons sales et mal vtus se dmener sur la scne2 ils s'y agitent d'une manire hideuse1 ils y tiennent la place des jeunes femmes qui la remplissaient de leurs grces il n'y a qu'un instant4 ,tel fut pour le royaume de ,provence l'effet de la conqute de ,toulouse par l'arme des croiss4 ,au lieu d'amour1 de grces et de gaiet1 on eut les ,barbares du ,nord et saint ,dominique4 ,je ne noircirai point ces pages du rcit faire dresser les cheveux des horreurs de l'inquisition dans toute la ferveur de la jeunesse4 ,quant aux barbares1 c'taient nos pres2 ils tuaient et saccageaient tout2 ils dtruisaient pour le plaisir de dtruire ce qu'ils ne pouvaient emporter2 une rage sauvage les animait contre tout ce qui portait quelque trace de civilisation1 surtout ils n'entendaient pas un mot de cette belle langue du ,midi1 et leur fureur en tait redouble4 ,fort superstitieux1 et guids par l'affreux saint ,dominique1 ils croyaient gagner le ciel en tuant des ,provenaux4 ,tout fut fini pour ceux-ci3 plus d'amour1 plus de gaiet1 plus de posie2 moins de vingt ans aprs la conqute 7#acce71 ils taient presque aussi barbares et aussi grossiers que les ,franais1 que nos pres#agd4 #agd ,voir l'tat de la puissance militaire de la ,russie1 vridique ouvrage du gnral sir ,robert ,wilson4 ,d'o tait tombe dans ce coin du monde cette charmante forme de civilisation qui1 pendant deux sicles1 fit le bonheur des hautes classes de la socit8 des ,maures d',espagne apparemment4 ,,chapitre ,,lii ,la ,provence au ,x,i,ie sicle4 ,je vais traduire une anecdote des manuscrits provenaux2 le fait que l'on va lire eut lieu vers l'an #aahj1 et l'histoire fut crite vers #abejage2 l'anecdote est assurment fort connue3 toute la nuance des moeurs est dans le style4 ,je supplie qu'on me permette de traduire mot mot et sans chercher aucunement l'lgance du langage actuel4 #age ,le manuscrit est la bibliothque ,laurentiana4 ,m4 ,raynouard le rapporte au tome ,v de ses ,troubadours1 page #ahi4 ,il y a plusieurs fautes dans son texte2 il a trop lou et trop peu connu les troubadours4 ,monseigneur ,raymond de ,roussillon fut un vaillant baron1 ainsi que le savez1 et eut pour femme madona ,marguerite1 la plus belle femme que l'on connt en ce temps1 et la plus doue de toutes belles qualits1 de toute valeur et de toute courtoisie4 ,il arriva ainsi que ,guillaume de ,cabstaing1 qui fut fils d'un pauvre chevalier du chteau ,cabstaing1 vint la cour de ,mgr ,raymond de ,roussillon1 se prsenta lui et lui demanda s'il lui plaisait qu'il ft varlet de sa cour4 ,mgr ,raymond1 qui le vit beau et avenant1 lui dit qu'il ft le bienvenu et qu'il demeurt en sa cour4 ,ainsi ,guillaume demeura avec lui et sut si gentiment se conduire1 que petits et grands l'aimaient2 et il sut tant se distinguer1 que ,monseigneur ,raymond voulut qu'il ft donzel de madona ,marguerite1 sa femme2 et ainsi fut fait4 ,adonc s'effora ,guillaume de valoir encore plus et en dit et en faits4 ,mais ainsi1 comme il a coutume d'avenir en amour1 il se trouva qu'amour voulut prendre madona ,marguerite et enflammer sa pense4 ,tant lui plaisait le faire de ,guillaume1 et son dire1 et son semblant1 qu'elle ne dut se tenir un jour de lui dire3 ,or 1 dis-moi1 ,guillaume1 si une femme te faisait semblant d'amour1 oserais-tu bien l'aimer8 ,guillaume1 qui s'en tait aperu1 lui rpondit tout franchement3 ,oui1 bien ferais-je1 madame1 pourvu seulement que le semblant ft vrit4--,par saint ,jean6 fit la dame1 bien avez rpondu comme un homme de valeur2 mais prsent je te veux prouver si tu pourras savoir et connatre1 en fait de semblants1 quels sont de vrit et quels non4 ,quand ,guillaume eut entendu ces paroles1 il rpondit3 ,madame1 qu'il soit ainsi comme il vous plaira4 ,il commena tre pensif1 et ,amour aussitt lui chercha guerre2 et les pensers qu',amour envoie aux siens lui entrrent dans le tout profond du coeur1 et de l en avant il fut des servants d'amour et commena trouver#agf de petits couplets avenants et gais1 et des chansons danser1 et des chansons de chant#agg plaisant1 par quoi il tait fort agr1 et plus de celle pour laquelle il chantait4 ,or ,amour1 qui accorde ses servants leur rcompense quand il lui plat1 voulut ,guillaume donner le prix du sien2 et le voil qui commence prendre la dame si fort de pensers et de rflexions d'amour1 que ni jour ni nuit elle ne pouvait reposer1 songeant la valeur et la prouesse qui en ,guillaume s'tait si copieusement loge et mise4 #agf ,faire4 #agg ,il inventait les airs et les paroles4 ,un jour1 il arriva que la dame prit ,guillaume et lui dit3 ,guillaume1 or 1 dis-moi1 t'es-tu cette heure aperu de mes semblants1 s'ils sont vritables ou mensongers8 ,guillaume rpond3 ,madona1 ainsi ,dieu me soit en aide1 du moment en que j'ai t votre servant1 il ne m'a pu entrer au coeur nulle pense que vous ne fussiez la meilleure qui onc naquit et la plus vritable et en paroles et en semblants4 ,cela je crois et croirai toute ma vie4 ,et la dame rpondit3 ,guillaume1 je vous dis que si ,dieu m'aide que j ne serez par moi tromp1 et que vos pensers ne seront pas vains ni perdus4 ,et elle tendit les bras et l'embrassa doucement dans la chambre o ils taient tous deux aussi1 et ils commencrent leur druerie#agh2 et il ne tarda gure que les mdisants1 que ,dieu ait en ire1 se mirent parler et deviser de leur amour1 propos des chansons que ,guillaume faisait1 disant qu'il avait mis son amour en madame ,marguerite1 et tant dirent-ils tort et travers1 que la chose vint aux oreilles de monseigneur ,raymond4 ,alors il fut grandement pein et fort grivement triste1 d'abord parce qu'il lui fallait perdre son compagnon-cuyer qu'il aimait tant1 et plus encore pour la honte de sa femme4 #agh ,a far all' amore4 ,un jour1 il arriva que ,guillaume s'en tait all la chasse l'pervier avec un cuyer seulement2 et monseigneur ,raymond fit demander o il tait2 et un valet lui rpondit qu'il tait all l'pervier1 et tel qui le savait ajouta qu'il tait en tel endroit4 ,sur-le-champ1 ,raymond prend des armes caches et se fait amener son cheval1 et prend tout seul son chemin vers cet endroit o ,guillaume tait all3 tant il chevaucha qu'il le trouva4 ,quand ,guillaume le vit venir1 il s'en tonna beaucoup1 et sur-le-champ il lui vint de sinistres penses1 et il s'avana sa rencontre et lui dit3 ,seigneur1 soyez le bien arriv4 ,comment tes-vous ainsi seul8 ,monseigneur ,raymond rpondit3 ,guillaume1 c'est que je vais vous cherchant pour me divertir avec vous4 ,n'avez-vous rien pris8--,je n'ai gure pris1 seigneur1 car je n'ai gure trouv2 et qui peu trouve ne peut gure prendre1 comme dit le proverbe4--,laissons l dsormais cette conversation dit monseigneur ,raymond1 et1 par la foi que vous me devez1 dites-moi vrit sur tous les sujets que je vous voudrai demander4--,par ,dieu6 seigneur1 dit ,guillaume1 si cela est chose dire1 bien vous la dirai-je4--,je ne veux ici aucune subtilit1 ainsi dit monseigneur ,raymond1 mais vous me direz tout entirement sur tout ce que je vous demanderai4--,seigneur1 autant qu'il vous plaira me demander1 dit ,guillaume1 autant vous dirai-je la vrit4 ,et monseigneur ,raymond demande3 ,guillaume1 si ,dieu et la sainte foi vous vaut1 avez-vous une matresse pour qui vous chantiez ou pour laquelle ,amour vous treigne8 ,guillaume rpond3 ,seigneur1 et comment ferais-je pour chanter1 si ,amour ne me pressait pas8 ,sachez la vrit1 monseigneur1 qu',amour m'a tout en son pouvoir4 ,raymond rpond3 ,je veux bien le croire1 qu'autrement vous ne pourriez pas si bien chanter2 mais je veux savoir s'il vous plat qui est votre dame4--,ah6 seigneur1 au nom de ,dieu1 dit ,guillaume1 voyez ce que vous me demandez4 ,vous savez trop bien qu'il ne faut pas nommer sa dame1 et que ,bernard de ,ventadour dit3 ,en une chose ma raison me sert#agi4 ,que jamais homme ne m'a demand ma joie1 ,que je ne lui en aie menti volontiers4 ,car cela ne me semble pas bonne doctrine1 ,mais plutt folie et acte d'enfant1 ,que quiconque est bien trait en amour ,en veuille ouvrir son coeur un autre homme1 ,a moins qu'il ne puisse le servir et l'aider4 #agi ,on traduit mot mot les vers provenaux cits par ,guillaume4 ,monseigneur ,raymond rpond3 ,et je vous donne ma foi que je vous servirai selon mon pouvoir4 ,raymond en dit tant que ,guillaume lui rpondit3 ,seigneur1 il faut que vous sachiez que j'aime la soeur de madame ,marguerite1 votre femme1 et que je pense en avoir change d'amour4 ,maintenant que vous le savez1 je vous prie de venir mon aide ou du moins de ne pas me faire dommage4--,prenez main et foi1 fit ,raymond1 car je vous jure et vous engage que j'emploierai pour vous tout mon pouvoir4 ,et alors il lui donna sa foi1 et quand il la lui eut donne1 ,raymond lui dit3 ,je veux que nous allions son chteau1 car il est prs d'ici4--,et je vous en prie1 fit ,guillaume1 par ,dieu4 ,et ainsi ils prirent leur chemin vers le chteau de ,liet4 ,et1 quand ils furent au chteau1 ils furent bien accueillis par ,en#ahj ,robert de ,tarascon1 qui tait mari de madame ,agns1 la soeur de madame ,marguerite1 et par madame ,agns elle-mme4 ,et monseigneur ,raymond prit madame ,agns par la main1 il la mena dans la chambre et ils s'assirent sur le lit4 ,et monseigneur ,raymond dit3 ,maintenant1 dites-moi1 belle-soeur1 par la foi que vous me devez1 aimez-vous d'amour8 ,et elle dit3 ,oui1 seigneur4--,et qui8 fit-il4--,oh6 cela1 je ne vous le dis pas1 rpondit-elle2 et quels discours me tenez-vous l8 #ahj ,en1 manire de parler parmi les ,provenaux1 que nous traduisons par le sire4 ,a la fin1 tant la pria1 qu'elle dit qu'elle aimait ,guillaume de ,cabstaing1 elle dit cela parce que elle voyait ,guillaume triste et pensif1 et elle savait bien comme quoi il aimait sa soeur2 et ainsi elle craignait que ,raymond n'et de mauvaises penses de ,guillaume4 ,une telle rponse causa une grande joie ,raymond4 ,agns conta tout son mari1 et le mari lui rpondit qu'elle avait bien fait1 et lui donna parole qu'elle avait la libert de faire ou dire tout ce qui pourrait sauver ,guillaume4 ,agns n'y manqua pas4 ,elle appela ,guillaume dans sa chambre tout seul1 et resta tant avec lui1 que ,raymond pensa qu'il devait avoir eu d'elle plaisir d'amour2 et tout cela lui plaisait1 et il commena penser que ce que on lui avait dit de lui n'tait pas vrai et qu'on parlait en l'air4 ,agns et ,guillaume sortirent de la chambre1 le souper fut prpar1 et l'on soupa en grande gaiet4 ,et aprs souper ,agns fit prparer le lit des deux proches de la porte de sa chambre1 et si bien firent de semblant en semblant la dame et ,guillaume1 que ,raymond crut qu'il couchait avec elle4 ,et le lendemain ils dnrent au chteau avec grande allgresse1 et aprs dner ils partirent avec tous les honneurs d'un noble cong et vinrent ,roussillon4 ,et aussitt que ,raymond le put1 il se spara de ,guillaume et s'en vint sa femme1 et lui conta ce qu'il avait vu de ,guillaume et de sa soeur1 de quoi eut sa femme une grande tristesse toute la nuit4 ,et le lendemain elle fit appeler ,guillaume1 et le reut mal1 et l'appela faux ami et tratre4 ,et ,guillaume lui demanda merci1 comme homme qui n'avait faute aucune de ce dont elle l'accusait1 et lui conta tout ce qui s'tait pass mot mot4 ,et la femme manda sa soeur1 et par elle sut bien que ,guillaume n'avait pas tort4 ,et pour cela elle lui dit et commanda qu'il ft une chanson par laquelle il montrt qu'il n'aimait aucune femme except elle1 et alors il fit la chanson qui dit3 ,la douce pense ,qu'amour souvent me donne4 ,et quand ,raymond de ,roussillon out la chanson que ,guillaume avait faite pour sa femme1 il le fit venir pour lui parler assez loin du chteau et lui coupa la tte1 qu'il mit dans un carnier2 il lui tira le coeur du corps et il le mit avec la tte4 ,il s'en alla au chteau2 il fit rtir le coeur et apporter table sa femme1 et il le lui fit manger sans qu'elle le st4 ,quand elle l'eut mang1 ,raymond se leva et dit sa femme que ce qu'elle venait de manger tait le coeur du seigneur ,guillaume de ,cabstaing1 et lui montra la tte1 et lui demanda si le coeur avait t bon manger4 ,et elle entendit ce qu'il disait et vit et connut la tte du seigneur ,guillaume4 ,elle lui rpondit et dit que le coeur avait t si bon et si savoureux1 que jamais autre manger ou autre boire ne lui terait de la bouche le got que le coeur du seigneur ,guillaume y avait laiss4 ,et ,raymond lui courut sus avec une pe4 ,elle se prit fuir1 se jeta d'un balcon en bas et se cassa la tte4 ,cela fut su dans toute la ,catalogne et dans toutes les terres du roi d',aragon4 ,le roi ,alphonse et tous les barons de ces contres eurent grande douleur et grande tristesse de la mort du seigneur ,guillaume et de la femme que ,raymond avait aussi laidement mise mort4 ,ils lui firent la guerre feu et sang4 ,le roi ,alphonse d',aragon ayant pris le chteau de ,raymond1 il fit placer ,guillaume et sa dame dans un monument devant la porte de l'glise d'un bourg nomm ,perpignac4 ,tous les parfaits amants1 toutes les parfaites amantes1 prirent ,dieu pour leurs mes4 ,le roi d',aragon prit ,raymond1 le fit mourir en prison et donna tous ses biens aux parents de ,guillaume et aux parents de la femme qui mourut pour lui4 ,,chapitre ,,liii ,l',arabie4 ,c'est sous la tente noirtre de l',arabe-,bdouin qu'il faut chercher le modle de la patrie du vritable amour4 ,l1 comme ailleurs1 la solitude et un beau climat ont fait natre la plus noble des passions du coeur humain1 celle qui1 pour trouver le bonheur1 a besoin de l'inspirer au mme degr qu'elle le sent4 ,il fallait pour que l'amour part tout ce qu'il peut tre dans le coeur de l'homme1 que l'galit entre la matresse et son amant ft tablie autant que possible4 ,elle n'existe point1 cette galit1 dans notre triste ,occident3 une femme quitte est malheureuse ou dshonore4 ,sous la tente de l',arabe1 la foi donne ne peut pas se violer4 ,le mpris et la mort suivent immdiatement ce crime4 ,la gnrosit est si sacre chez ce peuple qu'il est permis de voler pour donner4 ,d'ailleurs les dangers y sont de tous les jours1 et la vie s'coule toute1 pour ainsi dire1 dans une solitude passionne4 ,mme runis1 les ,arabes parlent peu4 ,rien ne change chez l'habitant du dsert2 tout y est ternel et immobile4 ,les moeurs singulires1 dont je ne puis1 par ignorance1 que donner une faible esquisse1 existaient probablement ds le temps d',homre#aha4 ,elles ont t crites pour la premire fois vers l'an #fjj de notre re1 deux sicles avant ,charlemagne4 #aha #ijj ans avant ,jsus-,christ4 ,on voit que c'est nous qui fmes les barbares l'gard de l',orient1 quand nous allmes le troubler par nos croisades#ahb4 ,aussi devons-nous ce qu'il y a de noble dans nos moeurs ces croisades et aux ,maures d',espagne4 #ahb #ajie4 ,si nous nous comparons aux ,arabes1 l'orgueil de l'homme prosaque sourira de piti4 ,nos arts sont extrmement suprieurs aux leurs1 nos lgislations sont en apparence encore plus suprieures2 mais je doute que nous l'emportions dans l'art du bonheur domestique3 il nous a toujours manqu bonne foi et simplicit2 dans les relations de famille1 le trompeur est le premier malheureux4 ,il n'y a plus de scurit pour lui3 toujours injuste1 il a toujours peur4 ,a l'origine des plus anciens monuments historiques1 nous voyons les ,arabes diviss de toute antiquit en un grand nombre de tribus indpendantes1 errant dans le dsert4 ,suivant que ces tribus pouvaient1 avec plus ou moins de facilit1 pourvoir aux premiers besoins de l'homme1 elle avait des moeurs plus ou moins lgantes4 ,la gnrosit tait la mme partout2 mais1 suivant le degr d'opulence de la tribu1 elle se montrait par le don du quartier de chevreau ncessaire la vie physique1 ou par celui de cent chameaux1 don provoqu par quelque relation de famille ou d'hospitalit4 ,le sicle hroque des ,arabes1 celui o ces mes gnreuses brillrent pures de toute affectation de bel esprit ou de sentiment raffin1 fut celui qui prcda ,mohammed et qui correspond au ,ve sicle de notre re1 la fondation de ,venise et au rgne de ,clovis4 ,je supplie notre orgueil de comparer les chants d'amour qui nous restent des ,arabes et les moeurs nobles retraces dans les ,mille et une ,nuits aux horreurs dgotantes qui ensanglantent chaque page de ,grgoire de ,tours1 l'historien de ,clovis1 ou d'ginard1 l'historien de ,charlemagne4 ,mohammed fut un puritain1 il voulut proscrire les plaisirs qui ne font de mal personne2 il a tu l'amour dans les pays qui ont admis l'islamisme#ahc2 c'est pour cela que sa religion a toujours t moins pratique dans l',arabie1 son berceau1 que dans tous les autres pays mahomtans4 #ahc ,moeurs de ,constantinople4 ,la seule manire de tuer l'amour-passion est d'empcher toute cristallisation par la facilit4 ,les ,franais ont rapport d'gypte quatre volumes in-folio1 intituls3 le ,livre des ,chansons4 ,ces volumes contiennent3 #a ,les biographies des potes qui ont fait les chansons4 #b ,les chansons elles-mmes4 ,le pote y chante tout ce qui l'intresse1 il y loue son coursier rapide et son arc1 aprs avoir parl de sa matresse4 ,ces chants furent souvent les lettres d'amour de leurs auteurs2 ils y donnaient l'objet aim un tableau fidle de toutes les affections de leur me4 ,ils parlent quelquefois de nuits froides pendant lesquelles ils ont t obligs de brler leur arc et leurs flches4 ,les ,arabes sont une nation sans maisons4 #c ,les biographies des musiciens qui ont fait la musique de ces chansons4 #d ,enfin l'indication des formules musicales2 ces formules sont des hiroglyphes pour nous3 cette musique nous restera jamais inconnue1 et d'ailleurs ne nous plairait pas4 ,il y a un autre recueil intitul3 ,histoire des ,arabes qui sont morts d'amour4 ,ces livres si curieux sont extrmement peu connus2 le petit nombre de savants qui pourraient les lire ont eu le coeur dessch par l'tude et par les habitudes acadmiques4 ,pour nous reconnatre au milieu de monuments si intressants par leur antiquit et par la beaut singulire des moeurs qu'ils font deviner1 il faut demander quelques faits l'histoire4 ,de tout temps1 et surtout avant ,mohammed1 les ,arabes se rendaient la ,mecque pour faire le tour de la ,caaba ou maison d',abraham4 ,j'ai vu ,londres un modle fort exact de la ville sainte4 ,ce sont sept huit cents maisons toits en terrasse1 jetes au milieu d'un dsert de sable dvor par le soleil4 ,a l'une des extrmits de la ville1 l'on dcouvre un difice immense peu prs de forme carre2 cet difice entoure la ,caaba2 il se compose d'une longue suite de portiques ncessaires sous le soleil d',arabie pour effectuer la promenade sacre4 ,ce portique est bien important dans l'histoire des moeurs et de la posie arabes3 ce fut apparemment pendant des sicles le seul lieu o les hommes et les femmes se trouvassent runis4 ,on faisait ple-mle1 pas lents1 et en rcitant en choeur des posies sacres1 le tour de la ,caaba2 c'est une promenade de trois quarts d'heure3 ces tours se rptaient plusieurs fois dans la mme journe2 c'tait l le rite sacr pour lequel hommes et femmes accouraient de toutes les parties du dsert4 ,c'est sous le portique de la ,caaba que se sont polies les moeurs arabes4 ,il s'tablit bientt une lutte entre les pres et les amants2 bientt ce fut par des odes d'amour que l'amant dvoila sa passion la jeune fille svrement surveille par ses frres ou son pre1 ct de laquelle il faisait la promenade sacre4 ,les habitudes gnreuses et sentimentales de ce peuple existaient dj dans le camp2 mais il me semble que la galanterie arabe est ne autour de la ,caaba3 c'est aussi la patrie de leur littrature4 ,d'abord elle exprima la passion avec simplicit et vhmence1 telle que la sentait le pote2 plus tard le pote1 au lieu de songer toucher son amie1 pensa crire de belles choses2 alors naquit l'affectation1 que les ,maures portrent en ,espagne et qui gte encore aujourd'hui les livres de ce peuple#ahd4 #ahd ,il y a un fort grand nombre de manuscrits arabes ,paris4 ,ceux des temps postrieurs ont de l'affectation1 mais jamais aucune imitation des ,grecs ou des ,romains2 c'est ce qui les fait mpriser des savants4 ,je vois une preuve touchante du respect des ,arabes pour le sexe le plus faible dans la formule de leur divorce4 ,la femme1 en l'absence du mari duquel elle voulait se sparer1 dtendait la tente et la relevait en ayant soin d'en placer l'ouverture du ct oppos celui qu'elle occupait auparavant4 ,cette simple crmonie sparait jamais les deux poux4 ,,fragments ,,extraits ,,et ,,traduits ,d',,un ,,recueil ,,arabe ,,intitul ,,le ,,divan ,,de ,l',,amour ,compil par ,ebn-,abi-,hadglat 7manuscrits de la bibliothque du roi1 nos #adfa et #adfb74 ,mohammed1 fils de ,djafar ,elahouzadi1 raconte que1 ,djamil tant malade de la maladie dont il mourut1 ,elbas1 fils de ,sohail1 le visita et le trouva prt rendre l'me4 ,o fils de ,sohail6 lui dit ,djamil1 que penses-tu d'un homme qui n'a jamais bu de vin1 qui n'a jamais fait de gain illicite1 qui n'a jamais donn injustement la mort nulle crature vivante que ,dieu ait dfendu de tuer1 et qui rend tmoignage qu'il n'y a d'autre dieu que ,dieu1 et que ,mohammed est son prophte8--,je pense1 rpondit ,ben ,sohail1 que cet homme sera sauv et obtiendra le paradis2 mais quel est-il1 cet homme que tu dis8--,c'est moi1 rpliqua ,djamil4--,je ne croyais pas que tu professasses l'islamisme1 dit alors ,ben ,sohail1 et d'ailleurs il y a vingt ans que tu fais l'amour ,bothaina et que tu la clbres dans tes vers4--,me voici1 rpondit ,djamil1 au premier des jours de l'autre monde et au dernier des jours de ce monde1 et je veux que la clmence de notre matre ,mohammed ne s'tende pas sur moi au jour du jugement1 si j'ai jamais port la main sur ,bothaina pour quelque chose de rprhensible4 ,ce ,djamil et ,bothaina1 sa matresse1 appartenaient tous les deux aux ,benou-,azra1 qui sont une tribu clbre en amour parmi toutes les tribus des ,arabes4 ,aussi leur manire d'aimer a-t-elle pass en proverbe1 et ,dieu n'a point fait de cratures aussi tendres qu'eux en amour4 ,sahid1 fils d',agba1 demanda un jour un ,arabe3 ,de quel peuple es-tu8--,je suis du peuple chez lequel on meurt quand on aime1 rpondit l',arabe4--,tu es donc de la tribu de ,azra8 ajouta ,sahid4--,oui1 par le matre de la ,caaba6 rpliqua l',arabe4--,d'o vient donc que vous aimez de la sorte8 demanda ensuite ,sahid4--,nos femmes sont belles et nos jeunes gens sont chastes1 rpondit l',arabe4 ,quelqu'un demanda un jour ,arou-,ben-,hezam#ahe3 ,est-il donc bien vrai1 comme on le dit de vous1 que vous tes de tous les hommes ceux qui avez le coeur le plus tendre en amour8--,oui1 par ,dieu6 cela est vrai1 rpondit ,arou1 et j'ai connu dans ma tribu trente jeunes gens que la mort a enlevs1 et qui n'avaient d'autre maladie que l'amour4 #ahe ,cet ,arou-,ben-,hezam tait de la tribu de ,azra dont il vient d'tre fait mention4 ,il est clbre comme pote1 et plus clbre encore comme un des nombreux martyrs de l'amour que les ,arabes comptent parmi eux4 ,un ,arabe des ,benou-,fazrat dit un jour un autre ,arabe des ,benou-,azra3 ,vous autres1 ,benou-,azra1 vous pensez que mourir d'amour est une douce et noble mort2 mais c'est l une faiblesse manifeste et une stupidit2 et ceux que vous prenez pour des hommes de grand coeur ne sont que des insenss et de molles cratures4--,tu ne parlerais pas ainsi1 lui rpondit l',arabe de la tribu de ,azra1 si tu avais vu les grands yeux noirs de nos femmes voils par-dessus de leurs longs sourcils1 et dcochant des flches par-dessous2 si tu les avais vues sourire1 et leurs dents briller entre leurs lvres brunes6 ,abou-el-,hassan1 ,ali1 fils d',abdalla1 ,elzagouni1 raconte ce qui suit3 ,un musulman aimait une fille chrtienne jusqu'au point d'en perdre la raison4 ,il fut oblig de faire un voyage dans un pays tranger avec un ami qui tait dans la confidence de son amour4 ,ses affaires s'tant prolonges dans ce pays1 il y fut attaqu d'une maladie mortelle1 et dit alors son ami3 ,voil que mon terme approche1 je ne rencontrerai plus dans ce monde celle que j'aime1 et je crains1 si je meurs musulman1 de ne pas la rencontrer non plus dans l'autre vie4 ,il se fit chrtien et mourut4 ,son ami se rendit auprs de la jeune chrtienne1 qu'il trouva malade4 ,elle lui dit3 ,je ne verrai plus mon ami dans ce monde2 mais je veux me retrouver avec lui dans l'autre3 ainsi donc je rends tmoignage qu'il n'y a d'autre dieu que ,dieu1 et que ,mohammed est le prophte de ,dieu4 ,l-dessus1 elle mourut1 et que la misricorde de ,dieu soit sur elle 994 ,eltemimi raconte qu'il y avait dans la tribu des ,arabes de ,tagleb une fille chrtienne fort riche qui aimait un jeune musulman4 ,elle lui offrit sa fortune et tout ce qu'elle avait de prcieux sans pouvoir parvenir se faire aimer de lui4 ,quand elle eut perdu toute esprance1 elle donna cent dinars un artiste pour lui faire une figure du jeune homme qu'elle aimait4 ,l'artiste fit cette figure1 et1 quand la jeune fille l'eut1 elle la plaa dans un endroit o elle venait tous les jours4 ,l elle commenait par embrasser cette figure et puis s'asseyait ct d'elle1 et passait le reste de la journe pleurer4 ,quand le soir tait venu1 elle saluait la figure et se retirait4 ,elle fit cela pendant longtemps4 ,le jeune homme vint mourir2 elle voulut le voir et l'embrasser mort1 aprs quoi elle retourna auprs de sa figure1 la salua1 l'embrassa comme l'ordinaire1 et se coucha ct d'elle4 ,le matin venu1 on l'y trouva morte1 la main tendue vers des lignes d'criture qu'elle avait traces avant de mourir 994 ,oueddah1 du pays de ,yamen1 tait renomm pour sa beaut entre les ,arabes4--,lui et ,om-el-,bonain1 fille de ,abd-el-,aziz1 fils de ,merouan1 n'tant encore que des enfants1 s'aimaient dj tellement1 que l'un ne pouvait souffrir d'tre un moment spar de l'autre4--,lorsque ,om-el-,bonain devint la femme de ,oualid-,ben-,abd-el-,malek1 ,oueddah en perdit la raison4--,aprs tre rest longtemps dans un tat d'garement et de souffrance1 il se rendit en ,syrie1 et commena rder chaque jour autour de l'habitation de ,oualid1 fils de ,malek1 sans trouver d'abord de moyen de parvenir ce qu'il dsirait4--,a la fin1 il fit la rencontre d'une jeune fille qu'il russit s'attacher force de persvrance et de soins4 ,quand il crut pouvoir se fier elle1 il lui demanda si elle connaissait ,om-el-,bonain4--,sans doute1 puisque c'est ma matresse1 rpondit la jeune fille4--,eh bien6 reprit ,oueddah1 ta matresse est ma cousine1 et1 si tu veux lui porter de mes nouvelles1 tu lui feras certainement plaisir4--,je lui en porterai volontiers1 rpondit la jeune fille4 ,et l-dessus elle courut aussitt vers ,om-el-,bonain pour lui donner des nouvelles de ,oueddah4 ,prends garde ce que tu dis6 s'cria celle-ci4 ,quoi6 ,oueddah est vivant8--,assurment1 dit la jeune fille4--,va lui dire1 poursuivit alors ,om-el-,bonain1 de ne point s'carter jusqu' ce qu'il lui arrive un messager de ma part4 ,elle prit ensuite ses mesures pour introduire ,oueddah chez elle1 o elle le garda cach dans un coffre4 ,elle l'en faisait sortir pour tre avec lui quand elle se croyait en sret2 et1 quand il arrivait quelqu'un qui aurait pu le voir1 elle le faisait rentrer dans le coffre4 ,il arriva un jour que l'on apporta ,oualid une perle1 et il dit l'un de ses serviteurs3 ,prends cette perle et porte-la ,om-el-,bonain4 ,le serviteur prit la perle et la porta ,om-el-,bonain4 ,ne s'tant pas fait annoncer1 il entra chez elle dans un moment o elle tait avec ,oueddah1 de sorte qu'il put lancer un coup d'oeil dans l'appartement de ,om-el-,bonain sans que celle-ci y prt garde4 ,le serviteur de ,oualid s'acquitta de sa commission1 et demanda quelque chose ,om-el-,bonain pour le bijou qu'il lui avait apport4 ,elle le refusa svrement1 et lui fit une rprimande4 ,le serviteur sortit courrouc contre elle1 et1 allant dire ,oualid ce qu'il avait vu1 il lui dcrivit le coffre o il avait vu entrer ,oueddah4 ,tu mens1 esclave sans mre6 tu mens6 lui dit ,oualid4 ,et il court brusquement chez ,om-el-,bonain4 ,il y avait dans l'appartement plusieurs coffres2 il s'assied sur celui o tait renferm ,oueddah1 et que lui avait dcrit l'esclave1 en disant ,om-el-,bonain3 ,donne-moi un de ces coffres4--,ils sont tous toi1 ainsi que moi-mme1 rpondit ,om-el-,bonain4--,eh bien6 poursuivit ,oualid1 je dsire avoir celui sur lequel je suis assis4--,il y a dans celui-l des choses ncessaires une femme1 dit ,om-el-,bonain--,ce ne sont point ces choses-l1 c'est le coffre que je dsire1 continua ,oualid4--,il est toi1 rpondit-elle4 ,oualid fit aussitt emporter le coffre1 et fit appeler deux esclaves auxquels il donna l'ordre de creuser une fosse en terre jusqu' la profondeur o il se trouverait de l'eau4 ,approchant ensuite sa bouche du coffre3 ,on m'a dit quelque chose de toi1 cria-t-il4 ,si l'on m'a dit vrai1 que toute ta trace de toi soit spare1 que toute nouvelle de toi soit ensevelie4 ,si l'on m'a dit faux1 je ne fais rien de mal en enfouissant un coffre3 ce n'est que du bois enterr4 ,il fit pousser alors le coffre dans la fosse1 et la fit combler des pierres et des terres que l'on en avait retires4 ,depuis lors1 ,om-el-,bonain ne cessa de frquenter cet endroit1 et d'y pleurer jusqu' ce qu'on l'y trouvt un jour sans vie1 la face contre terre 99#ahf4 #ahf ,ces fragments sont extraits de divers chapitres du recueil cit4 ,les trois marqus d'une 99 sont tirs du dernier chapitre1 qui est une biographie trs sommaire d'un assez grand nombre d',arabes martyrs de l'amour4 ,,chapitre ,,liv ,de l'ducation des femmes4 ,par l'ducation actuelle des jeunes filles1 qui est le fruit du hasard et du plus sot orgueil1 nous laissons oisives chez elles les facults les plus brillantes et les plus riches en bonheur pour elles-mmes et pour nous4 ,mais quel est l'homme qui ne se soit cri au moins une fois en sa vie3 ,une femme en sait toujours assez1 ,quand la capacit de son esprit se hausse ,a connatre un pourpoint d'avec un haut-de-chausse4 ,les ,femmes savantes1 acte ,,ii1 scne ,,vii4 ,a ,paris1 la premire louange pour une jeune fille marier est cette phrase3 ,elle a beaucoup de douceur dans le caractre1 et par habitude moutonne4 ,rien ne fait plus d'effet sur les sots pouseurs4 ,voyez-les deux ans aprs1 djeunant tte tte avec leur femme par un temps sombre1 la casquette sur la tte et entours de trois grands laquais4 ,on a vu porter aux tats-,unis1 en #ahah1 une loi qui condamne trente-quatre coups de fouet l'homme qui montrera lire un ngre de la ,virginie#ahg4 ,rien de plus consquent et de plus raisonnable que cette loi4 #ahg ,je regrette de ne pas trouver dans le manuscrit italien la citation de la source officielle de ce fait2 je dsire que l'on puisse le dmentir4 ,les tats-,unis d',amrique eux-mmes ont-ils t plus utiles la mre patrie lorsqu'ils taient ses esclaves ou depuis qu'ils sont ses gaux8 ,si le travail d'un homme libre vaut deux ou trois fois celui du mme homme rduit en esclavage1 pourquoi n'en serait-il pas de mme de la pense de cet homme8 ,si nous l'osions1 nous donnerions aux jeunes filles une ducation d'esclave1 la preuve en est qu'elles ne savent d'utile que ce que nous ne voulons pas leur apprendre4 ,mais ce peu d'ducation qu'elles accrochent par malheur1 elles le tournent contre nous1 diraient certains maris4 ,sans doute1 et ,napolon aussi avait raison de ne pas donner des armes la garde nationale1 et les ultra aussi ont raison de proscrire l'enseignement mutuel2 armez un homme1 et puis continuez l'opprimer1 et vous verrez qu'il sera assez pervers pour tourner1 s'il le peut1 ses armes contre vous4 ,mme quand il nous serait loisible d'lever les jeunes filles en idiotes avec des ,ave ,maria et des chansons lubriques1 comme dans les couvents de #aggj1 il y aurait encore plusieurs petites objections3 #a ,en cas de mort du mari1 elles sont appeles gouverner la jeune famille4 #b ,comme mres1 elles donnent aux enfants mles1 aux jeunes tyrans futurs1 la premire ducation1 celle qui forme le caractre1 celle qui plie l'me chercher le bonheur par telle route plutt que par telle autre1 ce qui est toujours une affaire faite quatre ou cinq ans4 #c ,malgr tout notre orgueil1 dans nos petites affaires intrieures1 celles dont surtout dpend notre bonheur1 parce qu'en l'absence des passions le bonheur est fond sur l'absence des petites vexations de tous les jours1 les conseils de la compagne ncessaire de notre vie ont la plus grande influence2 non pas que nous voulions lui accorder la moindre influence1 mais c'est qu'elle rpte les mmes choses vingt ans de suite2 et o est l'me qui ait la vigueur romaine de rsister la mme ide rpte pendant toute une vie8 ,le monde est plein de maris qui se laissent mener2 mais c'est par faiblesse et non par sentiment de justice et d'galit4 ,comme ils accordent par force1 on est toujours tent d'abuser1 et il est quelquefois ncessaire d'abuser pour conserver4 #d ,enfin1 en amour1 cette poque qui1 dans les pays du midi1 comprend souvent douze ou quinze annes1 et les plus belles de la vie1 notre bonheur est en entier entre les mains de la femme que nous aimons4 ,un moment d'orgueil dplac peut nous rendre jamais malheureux1 et comment un esclave transport sur le trne ne serait-il pas tent d'abuser du pouvoir8 ,de l les fausses dlicatesses et l'orgueil fminin4 ,rien de plus inutile que ces reprsentations3 les hommes sont despotes1 et voyez quels cas font d'autres despotes des conseils les plus senss3 l'homme qui peut tout ne gote qu'un seul genre d'avis1 ceux qui lui enseignent augmenter son pouvoir4 ,o les pauvres jeunes filles trouveront-elles un ,quiroga et un ,riego pour donner aux despotes qui les oppriment1 et les dgradent pour les mieux opprimer1 de ces avis salutaires que l'on rcompense par des grces et des cordons au lieu de la potence de ,porlier8 ,si une telle rvolution demande plusieurs sicles1 c'est que par un hasard bien funeste toutes les premires expriences doivent ncessairement contredire la vrit4 clairez l'esprit d'une jeune fille1 formez son caractre1 donnez-lui enfin une bonne ducation dans le vrai sens du mot3 s'apercevant tt ou tard de sa supriorit sur les autres femmes1 elle devient pdante1 c'est--dire l'tre le plus dsagrable et le plus dgrad qui existe au monde4 ,il n'est aucun de nous qui ne prfrt1 pour passer la vie avec elle1 une servante une femme savante4 ,plantez un jeune arbre au milieu d'une paisse fort1 priv d'air et de soleil par ses voisins1 ses feuilles seront tioles1 il prendra une forme lance et ridicule qui n'est pas celle de la nature4 ,il faut planter la fois toute la fort4 ,quelle est la femme qui s'enorgueillit de savoir lire8 ,des pdants nous rptent depuis deux mille ans que les femmes ont l'esprit plus vif et les hommes plus de solidit1 que les femmes ont plus de dlicatesse dans les ides1 et les hommes plus de force d'attention4 ,un badaud de ,paris qui se promenait autrefois dans les jardins de ,versailles concluait aussi de tout ce qu'il voyait que les arbres naissent taills4 ,j'avouerai que les petites filles ont moins de force physique que les petits garons3 cela est concluant pour l'esprit1 car l'on sait que ,voltaire et d',alembert taient les premiers hommes de leur sicle pour donner un coup de poing4 ,on convient qu'une petite fille de dix ans a vingt fois plus de finesse qu'un petit polisson du mme ge4 ,pourquoi vingt ans est-elle une grande idiote1 gauche1 timide et ayant peur d'une araigne1 et le polisson un homme d'esprit8 ,les femmes ne savent que ce que nous ne voulons pas leur apprendre1 que ce qu'elles lisent dans l'exprience de la vie4 ,de l l'extrme dsavantage pour elles de natre dans une famille trs riche2 au lieu d'tre en contact avec des tres naturels leur gard1 elles se trouvent environnes de femmes de chambre ou de dames de compagnie dj corrompues et tioles par la richesse#ahh4 ,rien de bte comme un prince4 #ahh ,mmoires de ,mme de ,stal1 de ,coll1 de ,duclos1 de la margrave de ,bayreuth4 ,les jeunes filles se sentant esclaves ont de bonne heure les yeux ouverts2 elles voient tout1 mais sont trop ignorantes pour voir bien4 ,une femme de trente ans1 en ,france1 n'a pas les connaissances acquises d'un petit garon de quinze ans2 une femme de cinquante1 la raison d'un homme de vingt-cinq4 ,voyez ,mme de ,svign admirant les actions les plus absurdes de ,louis ,,xiv4 ,voyez la purilit1 les raisonnements de ,mme d'pinay#ahi4 #ahi ,premier volume4 ,les femmes doivent nourrir et soigner leurs enfants4--,je nie le premier article1 j'accorde le second4--,elles doivent de plus rgler les comptes de leur cuisinire4--,donc elles n'ont pas le temps d'galer un petit garon de quinze ans en connaissances acquises4 ,les hommes doivent tre juges1 banquiers1 avocats1 ngociants1 mdecins1 prtres1 etc4 ,et cependant ils trouvent du temps pour lire les discours de ,fox et la ,lusiade du ,camoens4 ,a ,pkin1 le magistrat qui court de bonne heure au palais pour chercher les moyens de mettre en prison et de ruiner1 en tout bien tout honneur1 un pauvre journaliste qui a dplu au sous secrtaire d'tat chez lequel il a eu l'honneur de dner la veille1 est srement aussi occup que sa femme1 qui rgle les comptes de sa cuisinire1 fait faire son bas sa petite fille1 lui voit prendre ses leons de danse et de piano1 reoit une visite du vicaire de la paroisse qui lui apporte la ,quotidienne1 et va ensuite choisir un chapeau rue de ,richelieu et faire un tour aux ,tuileries4 ,au milieu de ses nobles occupations1 ce magistrat trouve encore le temps de songer cette promenade que sa femme fait aux ,tuileries1 et s'il tait aussi bien avec le pouvoir qui rgle l'univers qu'avec celui qui rgne dans l'tat1 il demanderait au ciel d'accorder aux femmes1 pour leur bien1 huit ou dix heures de sommeil de plus4 ,dans la situation actuelle de la socit1 le loisir1 qui pour l'homme est la source de tout bonheur et de toute richesse1 non seulement n'est pas un avantage pour les femmes1 mais c'est une des funestes liberts dont le digne magistrat voudrait aider nous dlivrer4 ,,chapitre ,,lv ,objections contre l'ducation des femmes4 ,mais les femmes sont charges des petits travaux du mnage4--,mon colonel1 ,m4 ,s9999991 a quatre filles1 leves dans les meilleurs principes1 c'est--dire qu'elles travaillent toute la journe2 quand j'arrive1 elles chantent la musique de ,rossini que je leur ai apporte de ,naples2 du reste1 elles lisent la ,bible de ,royaumont1 elles apprennent le bte de l'histoire1 c'est--dire les tables chronologiques et les vers de le ,ragois2 elles savent beaucoup de gographie1 font des broderies admirables1 et j'estime que chacune de ces jolies petites filles peut gagner1 par son travail1 huit sous par jour4 ,pour trois cents journes1 cela fait quatre cent quatre-vingts francs par an1 c'est moins que ce qu'on donne un de leurs matres4 ,c'est pour quatre cent quatre-vingts francs par an qu'elles perdent jamais le temps pendant lequel il est donn la machine humaine d'acqurir des ides4 ,si les femmes lisent avec plaisir les dix ou douze bons volumes qui paraissent chaque anne en ,europe1 elles abandonneront bientt le soin de leurs enfants4 ,c'est comme si nous avions peur1 en plantant d'arbres le rivage de l',ocan1 d'arrter le mouvement de ses vagues4 ,ce n'est pas dans ce sens que l'ducation est toute-puissante4 ,au reste1 depuis quatre cents ans l'on prsente la mme objection contre toute espce d'ducation4 ,non seulement une femme de ,paris a plus de vertus en #ahbj qu'en #agbj1 du temps du systme de ,law et du rgent1 mais encore la fille du fermier gnral le plus riche d'alors avait une moins bonne ducation que la fille du plus mince avocat d'aujourd'hui4 ,les devoirs du mnage en sont-ils moins remplis8 non certes4 ,et pourquoi8 c'est que la misre1 la maladie1 la honte1 l'instinct1 forcent s'en acquitter4 ,c'est comme si l'on disait d'un officier qui devient trop aimable1 qu'il perdra l'art de monter cheval2 on oublie qu'il se cassera le bras la premire fois qu'il prendra cette libert4 ,l'acquisition des ides produit les mmes effets bons et mauvais chez les deux sexes4 ,la vanit ne nous manquera jamais1 mme dans l'absence la plus complte de toutes les raisons d'en avoir3 voyez les bourgeois d'une petite ville2 forons-la du moins s'appuyer sur un vrai mrite1 sur un mrite utile ou agrable la socit4 ,les demi-sots1 entrans par la rvolution qui change tout en ,france1 commencent avouer1 depuis vingt ans1 que les femmes peuvent faire quelque chose2 mais elles doivent se livrer aux occupations convenables leur sexe3 lever des fleurs1 former des herbiers1 faire nicher des serins2 on appelle cela des plaisirs innocents4 #a ,ces innocents plaisirs valent mieux que de l'oisivet4 ,laissons cela aux sottes1 comme nous laissons aux sots la gloire de faire des couplets pour la fte du matre de la maison4 ,mais est-ce de bonne foi que l'on voudrait proposer ,mme ,roland ou ,mistress ,hutchinson#aij de passer leur temps lever un petit rosier du ,bengale8 #aij ,voir les ,mmoires de ces femmes admirables4 ,j'aurais d'autres noms citer1 mais ils sont inconnus du public1 et d'ailleurs on ne peut pas mme indiquer le mrite vivant4 ,tout ce raisonnement se rduit ceci3 l'on veut pouvoir dire de son esclave3 ,il est trop bte pour tre mchant4 ,mais1 au moyen d'une certaine loi nomme sympathie1 loi de la nature1 qu' la vrit les yeux vulgaires n'aperoivent jamais1 les dfauts de la compagne de votre vie ne nuisent pas votre bonheur en raison du mal direct qu'ils peuvent vous occasionner4 ,j'aimerais presque mieux que ma femme1 dans un moment de colre1 essayt de me donner un coup de poignard une fois par an que de me recevoir avec humeur tous les soirs4 ,enfin1 entre gens qui vivent ensemble1 le bonheur est contagieux4 ,que votre amie ait pass la matine1 pendant que vous tiez au ,champ de ,mars ou la ,chambre des communes1 colorier une rose d'aprs le bel ouvrage de ,redout1 ou lire un volume de ,shakespeare1 ses plaisirs auront t galement innocents2 seulement avec les ides qu'elle a prises dans sa rose1 elle vous ennuiera bientt votre retour1 et de plus elle aura soif d'aller le soir dans le monde chercher des sensations un peu plus vives4 ,si elle a bien lu ,shakespeare1 au contraire1 elle est aussi fatigue que vous1 a eu autant de plaisir1 et sera plus heureuse d'une promenade solitaire dans le bois de ,vincennes1 en vous donnant le bras1 que de paratre dans la soire la plus la mode4 ,les plaisirs du grand monde n'en sont pas pour les femmes heureuses4 ,les ignorants sont les ennemis ns de l'ducation des femmes4 ,aujourd'hui ils passent leur temps avec elles1 ils leur font l'amour1 et en sont bien traits2 que deviendraient-ils si les femmes venaient se dgoter du boston8 ,quand nous autres nous revenons d',amrique ou des ,grandes ,indes1 avec un teint basan et un ton qui reste un peu grossier pendant six mois1 comment pourraient-ils rpondre nos rcits1 s'ils n'avaient cette phrase3 ,quant nous1 les femmes sont de notre ct4 ,pendant que vous tiez ,new-,york la couleur des tilburys a chang2 c'est le tte-de-ngre qui est de mode aujourd'hui4 ,et nous coutons avec attention1 car ce savoir-l est utile4 ,telle jolie femme ne nous regardera pas si notre calche est de mauvais got4 ,ces mmes sots1 se croyant obligs en vertu de la prminence de leur sexe savoir plus que les femmes1 seraient ruins de fond en comble1 si les femmes s'avisaient d'apprendre quelque chose4 ,un sot de trente ans se dit1 en voyant au chteau d'un de ses amis des jeunes filles de douze3 ,c'est auprs d'elles que je passerai ma vie dans dix ans d'ici4 ,qu'on juge de ses exclamations et de son effroi s'il les voyait tudier quelque chose d'utile4 ,au lieu de la socit et de la conversation des hommes-femmes1 une femme instruite1 si elle a acquis des ides sans perdre les grces de son sexe1 est sre de trouver parmi les hommes les plus distingus de son sicle une considration allant presque jusqu' l'enthousiasme4 ,les femmes deviendraient les rivales et non les compagnes de l'homme4--,oui1 aussitt que par un dlit vous aurez supprim l'amour4 ,en attendant cette belle loi1 l'amour redoublera de charmes et de transports2 voil tout4 ,la base sur laquelle s'tablit la cristallisation deviendra plus large2 l'homme pourra jouir de toutes ses ides auprs de la femme qu'il aime1 la nature tout entire prendra de nouveaux charmes leurs yeux1 et comme les ides rflchissent toujours quelques nuances des caractres1 ils se connatront mieux et feront moins d'imprudences2 l'amour sera moins aveugle et produira moins de malheurs4 ,le dsir de plaire met jamais la pudeur1 la dlicatesse et toutes les grces fminines hors de l'atteinte de toute ducation quelconque4 ,c'est comme si l'on craignait d'apprendre aux rossignols ne pas chanter au printemps4 ,les grces des femmes ne tiennent pas l'ignorance2 voyez les dignes pouses des bourgeois de notre village1 voyez en ,angleterre les femmes des gros marchands4 ,l'affectation qui est une pdanterie 7car j'appelle pdanterie l'affectation1 de me parler hors de propos d'une robe de ,leroy ou d'une romance de ,romagnesi1 tout comme l'affectation de citer ,fra ,paolo et le concile de ,trente propos d'une discussion sur nos doux missionnaires71 la pdanterie de la robe et du bon ton1 la ncessit de dire sur ,rossini prcisment la phrase convenable1 tue les grces des femmes de ,paris2 cependant1 malgr les terribles effets de cette maladie contagieuse1 n'est-ce pas ,paris que sont les femmes les plus aimables de ,france8 ,ne serait-ce point que ce sont celles dans la tte desquelles le hasard a mis le plus d'ides justes et intressantes8 ,or ce sont ces ides-l que je demande aux livres4 ,je ne leur proposerai certainement pas de lire ,grotius ou ,puffendorf depuis que nous avons le commentaire de ,tracy sur ,montesquieu4 ,la dlicatesse des femmes tient cette hasardeuse position o elles se trouvent places de si bonne heure1 cette ncessit de passer leur vie au milieu d'ennemis cruels et charmants4 ,il y a peut-tre cinquante mille femmes en ,france qui1 par leur fortune1 sont dispenses de tout travail4 ,mais sans travail il n'y a pas de bonheur4 7,les passions forcent elles-mmes des travaux1 et des travaux fort rudes qui emploient toute l'activit de l'me47 ,une femme qui a quatre enfants et dix mille livres de rente travaille en faisant des bas ou une robe pour sa fille4 ,mais il est impossible d'accorder qu'une femme qui a carrosse elle travaille en faisant une broderie ou un meuble de tapisserie4 ,a part quelques petites lueurs de vanit1 il est impossible qu'elle y mette aucun intrt2 elle ne travaille pas4 ,donc son bonheur est gravement compromis4 ,et1 qui plus est1 le bonheur du despote1 car une femme dont le coeur n'est anim depuis deux mois par aucun intrt autre que celui de la tapisserie1 aura peut-tre l'insolence de sentir que l'amour-got1 ou l'amour de vanit1 ou enfin mme l'amour physique est un trs grand bonheur compar son tat habituel4 ,une femme ne doit pas faire parler de soi4--,a quoi je rponds de nouveau3 ,quelle est la femme cite parce qu'elle sait lire8 ,et qui empche les femmes1 en attendant la rvolution dans leur sort1 de cacher l'tude qui fait habituellement leur occupation et leur fournit chaque jour une honnte ration de bonheur8 ,je leur rvlerai un secret en passant4 ,lorsqu'on s'est donn un but1 par exemple de se faire une ide nette de la conjuration de ,fiesque1 ,gnes1 en #aedg1 le livre le plus insipide prend de l'intrt3 c'est comme en amour la rencontre d'un tre indiffrent qui vient de voir ce qu'on aime2 et cet intrt double tous les mois jusqu' ce qu'on ait abandonn la conjuration de ,fiesque4 ,le vrai thtre des vertus d'une femme1 c'est la chambre d'un malade4--,mais vous faites-vous fort d'obtenir de la bont divine qu'elle redouble la frquence des maladies pour donner de l'occupation nos femmes8 ,c'est raisonner sur l'exception4 ,d'ailleurs je dis qu'une femme doit occuper chaque jour trois ou quatre heures de loisir comme les hommes de sens occupent leurs heures de loisir4 ,une jeune mre dont le fils a la rougeole ne pourrait pas1 quand elle le voudrait1 trouver du plaisir lire le voyage de ,volney en ,syrie1 pas plus que son mari1 riche banquier1 ne pourrait1 au moment d'une faillite1 avoir du plaisir mditer ,malthus4 ,c'est l l'unique manire pour les femmes riches de se distinguer du vulgaire des femmes3 la supriorit morale4 ,on a ainsi naturellement d'autres sentiments#aia4 #aia ,voir mistress ,hutchinson refusant d'tre utile sa famille et son mari qu'elle adorait1 en trahissant quelques rgicides auprs des ministres du parjure ,charles ,,ii 7tome ,,ii1 page #bhd74 ,vous voulez faire d'une femme un auteur8--,exactement comme vous annoncez le projet de faire chanter votre fille l',opra en lui donnant un matre de chant4 ,je dirai qu'une femme ne doit jamais crire que comme ,mme de ,stal 7de ,launay71 des oeuvres posthumes publier aprs sa mort4 ,imprimer1 pour une femme de moins de cinquante ans1 c'est mettre son bonheur la plus terrible des loteries1 si elle a le bonheur d'avoir un amant1 elle commencera par le perdre4 ,je ne vois qu'une exception3 c'est une femme qui fait des livres pour nourrir ou lever sa famille4 ,alors elle doit toujours se retrancher dans l'intrt d'argent en parlant de ses ouvrages1 et dire1 par exemple1 un chef d'escadron3 ,votre tat vous donne quatre mille francs par an1 et moi1 avec mes deux traductions de l'anglais1 j'ai pu1 l'anne dernire1 consacrer trois mille cinq cents francs de plus l'ducation de mes deux fils4 ,hors de l1 une femme doit imprimer comme le baron d',holbach ou ,mme de la ,fayette2 leurs meilleurs amis l'ignoraient4 ,publier un livre ne peut tre sans inconvnient que pour une fille2 le vulgaire1 pouvant la mpriser son aise cause de son tat1 la portera aux nues cause de son talent1 et mme s'engouera de ce talent4 ,beaucoup d'hommes en ,france1 parmi ceux qui ont six mille livres de rente1 font leur bonheur habituel par la littrature sans songer rien imprimer2 lire un bon livre est pour eux un des plus grands plaisirs4 ,au bout de dix ans1 ils se trouvent avoir doubl leur esprit1 et personne ne niera qu'en gnral plus on a d'esprit moins on a de passions incompatibles avec le bonheur des autres#aib4 ,je ne crois pas que l'on nie davantage que les fils d'une femme qui lit ,gibbon et ,schiller auront plus de gnie que les enfants de celle qui dit le chapelet et lit ,mme de ,genlis4 #aib ,c'est ce qui me fait esprer beaucoup de la gnration naissante des privilgis4 ,j'espre aussi que les maris qui liront ce chapitre seront moins despotes pendant trois jours4 ,un jeune avocat1 un marchand1 un mdecin1 un ingnieur1 peuvent tre lancs dans la vie sans aucune ducation1 ils se la donnent tous les jours en pratiquant leur tat4 ,mais quelles ressources ont leurs femmes pour acqurir des qualits estimables et ncessaires8 ,caches dans la solitude de leur mnage1 le grand livre de la vie et de la ncessit reste ferm pour elles4 ,elles dpensent toujours de la mme manire1 en discutant un compte avec leur cuisinire1 les trois louis que leur mari leur donne tous les lundis4 ,je dirai1 dans l'intrt des despotes3 ,le dernier des hommes1 s'il a vingt ans et des joues bien roses1 est dangereux pour une femme qui ne sait rien1 car elle est toute l'instinct2 aux yeux d'une femme d'esprit1 il fera justement autant d'effet qu'un beau laquais4 ,le plaisant de l'ducation actuelle1 c'est qu'on n'apprend rien aux jeunes filles qu'elles ne doivent oublier bien vite ds qu'elles seront maries4 ,il faut quatre heures par jour pendant six ans1 pour bien jouer de la harpe2 pour bien peindre la miniature ou l'aquarelle1 il faut la moiti de ce temps4 ,la plupart des jeunes filles n'arrivent pas mme une mdiocrit supportable2 de l le proverbe si vrai3 ,qui dit amateur dit ignorant#aic4 #aic ,le contraire de ce proverbe est vrai en ,italie1 o les plus belles voix se trouvent parmi les amateurs trangers au thtre4 ,et supposons une jeune fille avec quelque talent2 trois ans aprs qu'elle est marie1 elle ne prend pas sa harpe ou ses pinceaux une fois par mois3 ces objets de tant de travail lui sont devenus ennuyeux1 moins que le hasard ne lui ait donn l'me d'un artiste1 chose toujours fort rare et qui rend peu propre aux soins domestiques4 ,c'est ainsi que sous un vain prtexte de dcence1 l'on n'apprend rien aux jeunes filles qui puisse les guider dans les circonstances qu'elles rencontreront dans la vie2 on fait plus1 on leur cache1 on leur nie ces circonstances afin d'ajouter leur force3 #a l'effet de la surprise2 #b l'effet de la dfiance rejete sur toute l'ducation comme ayant t menteuse#aid4 ,je soutiens qu'on doit parler de l'amour des jeunes filles bien leves4 ,qui osera avancer de bonne foi que dans nos moeurs actuelles les jeunes filles de seize ans ignorent l'existence de l'amour8 par qui reoivent-elles cette ide si importante et si difficile bien donner8 ,voyez ,julie d'tanges se plaindre des connaissances qu'elle doit ,chaillot1 une femme de chambre de la maison4 ,il faut savoir gr ,rousseau d'avoir os tre peintre fidle en un sicle de fausse dcence4 #aid ducation donne ,mme d'pinay 7,mmoires1 tome ,i74 ,l'ducation actuelle des femmes tant peut-tre la plus plaisante absurdit de l',europe moderne1 moins elles ont d'ducation proprement dite1 et plus elles valent#aie4 ,c'est pour cela peut tre qu'en ,italie1 en ,espagne1 elles sont si suprieures aux hommes1 et je dirais mme si suprieures aux femmes des autres pays4 #aie ,j'excepte l'ducation des manires2 on entre mieux dans un salon rue ,verte que rue ,saint-,martin4 ,,chapitre ,,lvi 7,suite7 ,toutes nos ides sur les femmes nous viennent en ,france du catchisme de trois sous2 et ce qu'il y a de plaisant1 c'est que beaucoup de gens qui n'admettraient pas l'autorit de ce livre pour rgler une affaire de cinquante francs1 la suivent la lettre et stupidement pour l'objet qui1 dans l'tat de vanit des habitudes du ,x,i,xe sicle1 importe peut-tre le plus leur bonheur4 ,il ne faut pas de divorce parce que le mariage est un mystre1 et quel mystre8 l'emblme de l'union de ,jsus-,christ avec son glise4 ,et que devenait ce mystre si l'glise se ft trouve un nom du genre masculin#aif8 ,mais quittons des prjugs qui tombent#aig1 observons seulement ce spectacle singulier1 la racine de l'arbre a t sape par la hache du ridicule2 mais les branches continuent fleurir4 ,pour revenir l'observation des faits et de leurs consquences3 #aif ,tu es ,petrus1 et super hanc petram dificabo ,ecclesiam meam4 7,voir ,m4 de ,potter1 ,histoire de l'glise47 #aig ,la religion est une affaire entre chaque homme et la ,divinit4 ,de quel droit venez-vous vous placer entre mon ,dieu et moi8 ,je ne prends de procureur fond par le contrat social que pour les choses que je ne puis pas faire moi-mme4 ,pourquoi un ,franais ne payerait-il pas son p999999 comme son boulanger8 ,si nous avons du bon pain ,paris1 c'est que l'tat ne s'est pas encore avis de dclarer gratuite la fourniture du pain et de mettre tous les boulangers la charge du trsor4 ,aux tats-,unis1 chacun paye son prtre1 ces messieurs sont obligs d'avoir du mrite1 et mon voisin ne s'avise pas de mettre son bonheur m'imposer son prtre 7,lettre de ,birkbeck74 ,que sera-ce si j'ai la conviction1 comme nos p444s1 que mon prtre est l'alli intime de mon 4448 ,donc1 moins d'un ,luther1 il n'y aura plus de catholicisme en ,f444 en #ahej4 ,cette religion ne pouvait tre sauve1 en #ahbj1 que par ,m4 ,grgoire3 voyez comme on le traite4 ,dans les deux sexes1 c'est de la manire dont on a employ la jeunesse que dpend le sort de l'extrme vieillesse2 cela est vrai de meilleure heure pour les femmes4 ,comment une femme de quarante-cinq ans est-elle reue dans le monde8 d'une manire svre et plutt infrieure son mrite2 on les flatte vingt ans1 on les abandonne quarante4 ,une femme de quarante-cinq ans n'a d'importance que par ses enfants ou son amant4 ,une mre qui excelle dans les beaux-arts ne peut communiquer son talent son fils que dans le cas extrmement rare o ce fils a reu de la nature prcisment l'me de ce talent4 ,une mre qui a l'esprit cultiv donnera son jeune fils une ide1 non seulement de tous les talents purement agrables1 mais encore de tous les talents utiles l'homme en socit1 et il pourra choisir4 ,la barbarie des ,turcs tient en grande partie l'tat d'abrutissement moral des belles ,gorgiennes4 ,les jeunes gens ns ,paris doivent leurs mres l'incontestable supriorit qu'ils ont seize ans sur les jeunes gens provinciaux de leur ge4 ,c'est de seize vingt-cinq ans que la chance tourne4 ,tous les jours les gens qui ont invent le paratonnerre1 l'imprimerie1 l'art de faire le drap1 contribuent notre bonheur1 et il en est de mme des ,montesquieu1 des ,racine1 des la ,fontaine4 ,or1 le nombre des gnies que produit une nation est proportionnel au nombre d'hommes qui reoivent une culture suffisante#aih1 et rien ne me prouve que mon bottier n'ait pas l'me qu'il faut pour crire comme ,corneille3 il lui manque l'ducation ncessaire pour dvelopper ses sentiments et lui apprendre les communiquer au public4 #aih ,voir les gnraux en #agie4 ,d'aprs le systme actuel de l'ducation des jeunes filles1 tous les gnies qui naissent femmes sont perdus pour le bonheur du public2 ds que le hasard leur donne les moyens de se montrer1 voyez-les atteindre aux talents les plus difficiles2 voyez de nos jours une ,catherine ,,ii1 qui n'eut d'autre ducation que le danger et le c4442 une ,mme ,roland1 une ,alessandra ,mari1 qui1 dans ,arezzo1 lve un rgiment et le lance contre les ,franais2 une ,caroline1 reine de ,naples1 qui sait arrter la contagion du libralisme mieux que nos ,castlereagh et nos ,p444 ,quant ce qui met obstacle la supriorit des femmes dans les ouvrages de l'esprit1 on peut voir le chapitre de la pudeur1 article #i4 ,o ne ft pas arrive miss ,edgeworth si la considration ncessaire une jeune miss anglaise ne lui et fait une ncessit1 lorsqu'elle dbuta1 de transporter la chaire dans le roman#aii8 #aii ,sous le rapport des arts1 c'est l le grand dfaut d'un gouvernement raisonnable1 et aussi le seul loge raisonnable de la monarchie la ,louis ,,xiv4 ,voir la strilit littraire de l',amrique4 ,pas une seule romance comme celles de ,robert ,burns ou des ,espagnols du ,x,i,i,ie sicle#bjj4 #bjj ,voir les admirables romances des ,grecs modernes1 celles des ,espagnols et des ,danois du ,x,i,i,ie sicle1 et encore mieux les posies arabes du ,v,i,ie sicle4 ,quel est l'homme1 dans l'amour ou dans le mariage1 qui a le bonheur de pouvoir communiquer ses penses1 telles qu'elles se prsentent lui1 la femme avec laquelle il passe sa vie8 ,il trouve un bon coeur qui partage ses peines1 mais toujours il est oblig de mettre ses penses en petite monnaie s'il veut tre entendu1 et il serait ridicule d'attendre des conseils raisonnables d'un esprit qui a besoin d'un tel rgiment pour saisir les objets4 ,la femme la plus parfaite1 suivant les ides de l'ducation actuelle1 laisse son partenaire isol dans les dangers de la vie1 et bientt court risque de l'ennuyer4 ,quel excellent conseiller un homme ne trouverait-il pas dans sa femme si elle savait penser6 un conseiller dont1 aprs tout1 hors un seul objet1 et qui ne dure que le matin de la vie1 les intrts sont exactement identiques avec les siens6 ,une des plus belles prrogatives de l'esprit1 c'est qu'il donne de la considration la vieillesse4 ,voyez l'arrive de ,voltaire ,paris faire plir la majest royale4 ,mais1 quant aux pauvres femmes1 ds qu'elles n'ont plus le brillant de la jeunesse1 leur unique et triste bonheur est de pouvoir se faire illusion sur le rle qu'elles jouent dans le monde4 ,les dbris des talents de la jeunesse ne sont plus qu'un ridicule1 et ce serait un bonheur pour nos femmes actuelles de mourir cinquante ans4 ,quant la vraie morale1 plus on a d'esprit et plus on voit clairement que la justice est le seul chemin du bonheur4 ,le gnie est un pouvoir1 mais il est encore plus un flambeau pour dcouvrir le grand art d'tre heureux4 ,la plupart des hommes ont un moment dans leur vie o ils peuvent faire de grandes choses1 c'est celui o rien ne leur semble impossible4 ,l'ignorance des femmes fait perdre au genre humain cette chance magnifique4 ,l'amour fait tout au plus aujourd'hui bien monter cheval1 ou bien choisir son tailleur4 ,je n'ai pas le temps de garder les avenues contre la critique1 si j'tais matre d'tablir des usages1 je donnerais aux jeunes filles1 autant que possible1 exactement la mme ducation qu'aux jeunes garons4 ,comme je n'ai pas l'intention de faire un livre propos de botte1 on n'exigera pas que je dise en quoi l'ducation actuelle des hommes est absurde4 7,on ne leur enseigne pas les deux premires sciences1 la logique et la morale47 ,la prenant telle qu'elle est1 cette ducation1 je dis qu'il vaut mieux la donner aux jeunes filles que de leur montrer uniquement faire de la musique1 des aquarelles et de la broderie4 ,donc1 apprendre aux jeunes filles lire1 crire et l'arithmtique par l'enseignement mutuel dans les coles-centrales-couvents1 o la prsence de tout homme1 les professeurs excepts1 serait svrement punie4 ,le grand avantage de runir les enfants1 c'est que1 quelque borns que soient les professeurs1 les enfants apprennent malgr eux de leurs petits camarades l'art de vivre dans le monde et de mnager les intrts4 ,un professeur sens devrait expliquer aux enfants leurs petites querelles et leurs amitis1 et commencer ainsi son cours de morale plutt que par l'histoire du ,veau d'or#bja4 #bja ,mon cher lve1 monsieur votre pre a de la tendresse pour vous2 c'est ce qui fait qu'il me donne quarante francs par mois pour que je vous apprenne les mathmatiques1 le dessin1 en un mot gagner de quoi vivre4 ,si vous aviez froid faute d'un petit manteau1 monsieur votre pre souffrirait4 ,il souffrirait parce qu'il a de la sympathie1 etc41 etc4 ,mais1 quand vous aurez dix-huit ans1 il faudra que vous gagniez vous-mme l'argent ncessaire pour acheter ce manteau4 ,monsieur votre pre a1 dit-on1 vingt-cinq mille livres de rente1 mais vous tes quatre enfants2 donc il faudra vous dshabituer de la voiture dont vous jouissez chez monsieur votre pre1 etc41 etc4 ,sans doute1 d'ici quelques annes l'enseignement mutuel sera appliqu tout ce qui s'apprend2 mais1 prenant les choses dans leur tat actuel1 je voudrais que les jeunes filles tudiassent le latin comme les petits garons2 le latin est bon parce qu'il apprend s'ennuyer2 avec le latin1 l'histoire1 les mathmatiques1 la connaissance des plantes utiles comme nourriture ou comme remde1 ensuite la logique et les sciences morales1 etc4 ,la danse1 la musique et le dessin doivent se commencer cinq ans4 ,a seize ans1 une jeune fille doit songer se trouver un mari et recevoir de sa mre des ides justes sur l'amour1 le mariage et le peu de probit des hommes#bjb4 #bjb ,hier soir1 j'ai vu deux charmantes petites filles de quatre ans chanter des chansons d'amour fort vives dans une escarpolette que je faisais aller4 ,les femmes de chambre leur apprennent ces chansons1 et leur mre leur dit qu'amour et amant sont des mots vides de sens4 ,,chapitre ,,lvi bis ,du mariage4 ,la fidlit des femmes dans le mariage1 lorsqu'il n'y a pas d'amour1 est probablement une chose contre nature#bjc4 #bjc ,anzi certamente4 ,coll'amore uno non trova gusto a bevere acqua altra che quella di questo fonte prediletto4 ,resta naturale allora la fedelt4 ,coll matrimonio senza amore1 in men di due anni l'acqua di questo fonte diventa amara4 ,esiste sempre pero in natura il bisogno d'acqua4 ,i costumi fanno superare la natura1 ma solamente quando si puo vincerla in un instante3 la moglie indiana che si abruccia 7#ba octobre #ahba7 dopo la morte del vecchio marito che odiava1 la ragazza europea che trucida barbaramente il tenero bambino al quale test diede vita4 ,senza l'altissimo muro dell monistero le monache anderebbero via4 ,on a essay d'obtenir cette chose contre nature par la peur de l'enfer et les sentiments religieux2 l'exemple de l',espagne et de l',italie montre jusqu' quel point on a russi4 ,on a voulu l'obtenir en ,france par l'opinion1 c'tait la seule digue capable de rsister2 mais on l'a mal construite4 ,il est absurde de dire une jeune fille3 ,vous serez fidle l'poux de votre choix2 et ensuite de la marier par force un vieillard ennuyeux#bjd4 #bjd ,mme les minuties1 tout chez nous est comique en ce qui concerne l'ducation des femmes4 ,par exemple1 en #ahbj1 sous le rgne de ces mmes nobles qui ont proscrit le divorce1 le ministre envoie la ville de ,laon un buste et une statue de ,gabrielle d',estres4 ,la statue sera place sur la place publique1 apparemment pour rpandre parmi les jeunes filles l'amour des ,bourbons1 et les engager1 en cas de besoin1 n'tre pas cruelles aux rois aimables1 et donner des rejetons cette illustre famille4 ,mais1 en revanche1 le mme ministre refuse la ville de ,laon le buste du marchal ,serrurier1 brave homme qui n'tait pas galant1 et qui de plus avait grossirement commenc sa carrire par le mtier de simple soldat4 7,discours du gnral ,foy1 ,courrier du #ag juin #ahbj4 ,dulaure1 dans sa curieuse ,histoire de ,paris1 article3 ,amours de ,henri ,,iv47 ,mais les jeunes filles se marient avec plaisir4--,c'est que1 dans le systme contraint de l'ducation actuelle1 l'esclavage qu'elles subissent dans la maison de leur mre est d'un intolrable ennui2 d'ailleurs elles manquent de lumires2 enfin c'est le voeu de la nature4 ,il n'y a qu'un moyen d'obtenir plus de fidlit des femmes dans le mariage3 c'est de donner la libert aux jeunes filles et le divorce aux gens maris4 ,une femme perd toujours dans un premier mariage les plus beaux jours de la jeunesse1 et par le divorce elle donne aux sots quelque chose dire contre elle4 ,les jeunes femmes qui ont beaucoup d'amants n'ont que faire du divorce4 ,les femmes d'un certain ge qui ont eu beaucoup d'amants croient rparer leur rputation1 et en ,france y russissent toujours1 en se montrant extrmement svres envers des erreurs qui les ont quittes4 ,ce sera quelque pauvre jeune femme vertueuse et perdument amoureuse qui demandera le divorce et qui se fera honnir par des femmes qui ont eu cinquante hommes4 ,,chapitre ,,lvii ,de ce qu'on appelle vertu4 ,moi1 j'honore du nom de vertu l'habitude de faire des actions pnibles et utiles aux autres4 ,saint ,simon ,stylite1 qui se tient vingt-deux ans sur le haut d'une colonne et qui se donne les trivires1 n'est gure vertueux mes yeux1 j'en conviens1 et c'est ce qui donne un ton trop leste cet essai4 ,je n'estime gure non plus un chartreux qui ne mange que du poisson et qui ne se permet de parler que le jeudi4 ,j'avoue que j'aime mieux le gnral ,carnot1 qui1 dans un ge avanc1 supporte les rigueurs de l'exil dans une petite ville du ,nord plutt que de faire une bassesse4 ,j'ai quelque espoir que cette dclaration extrmement vulgaire portera sauter le reste du chapitre4 ,ce matin1 jour de fte1 ,pesaro 7#g mai #ahai71 tant oblig d'aller la messe1 je me suis fait donner un missel et je suis tomb sur ces paroles3 ,joanna1 ,alphonsi quinti ,lusitani regis filia1 tanta divini amoris flamma prventa fuit1 ut ab ipsa pueritia rerum caducarum pertsa1 solo coelestis patri desiderio flagraret4 ,la vertu si touchante prche par les phrases si belles du ,gnie du christianisme se rduit donc ne pas manger de truffes de peur des crampes d'estomac4 ,c'est un calcul fort raisonnable si l'on croit l'enfer1 mais calcul de l'intrt le plus personnel et le plus prosaque4 ,la vertu philosophique qui explique si bien le retour de ,rgulus ,carthage1 et qui a amen des traits semblables dans notre rvolution#bje1 prouve au contraire gnrosit dans l'me4 #bje ,mmoires de ,mme ,roland4 ,m4 ,grangeneuve qui va se promener huit heures dans une certaine rue pour se faire tuer par le capucin ,chabot4 ,on croyait une mort utile la cause de la libert4 ,c'est uniquement pour ne pas tre brle en l'autre monde1 dans une grande chaudire d'huile bouillante1 que ,mme de ,tourvel rsiste ,valmont4 ,je ne conois pas comment l'ide d'tre le rival d'une chaudire d'huile bouillante n'loigne pas ,valmont par le mpris4 ,combien ,julie d'tanges1 respectant ses serments et le bonheur de ,m4 de ,wolmar1 n'est-elle pas plus touchante8 ,ce que je dis de ,mme de ,tourvel1 je le trouve applicable la haute vertu de ,mistress ,hutchinson4 ,quelle me le puritanisme enleva l'amour6 ,un des travers les plus plaisants dans le monde1 c'est que les hommes croient toujours savoir ce qu'il leur est videmment ncessaire de savoir4 ,voyez-les parler de politique1 cette science si complique2 voyez-les parler de mariage et de moeurs4 ,,chapitre ,,lviii ,situation de l',europe l'gard du mariage4 ,jusqu'ici nous n'avons trait la question du mariage que par le raisonnement#bjf2 la voici traite par les faits4 #bjf ,l'auteur avait lu un chapitre intitul dell' ,amore1 dans la traduction italienne de l'idologie de ,m4 de ,tracy4 ,le lecteur trouvera dans ce chapitre des ides d'une bien autre porte philosophique que tout ce qu'il peut rencontrer ici4 ,quel est le pays du monde o il y a le plus de mariages heureux8 incontestablement c'est l',allemagne protestante4 ,j'extrais le morceau suivant du journal du capitaine ,salviati1 sans y changer un seul mot3 ,halberstadt1 #be juin #ahjg444 ,m4 de ,bulow cependant est bonnement et ouvertement amoureux de ,mlle de ,feltheim2 il la suit partout et toujours1 lui parle sans cesse1 et trs souvent la retient dix pas de nous4 ,cette prfrence ouverte choque la socit1 la rompt1 et aux rives de la ,seine passerait pour le comble de l'indcence4 ,les ,allemands songent bien moins que nous ce qui rompt la socit1 et l'indcence n'est presque qu'un mal de convention4 ,il y a cinq ans que ,m4 de ,bulow fait ainsi la cour ,mina1 qu'il n'a pas pu pouser cause de la guerre4 ,toutes les demoiselles de la socit ont leur amant connu de tout le monde2 mais aussi1 parmi les ,allemands de la connaissance de mon ami ,m4 de ,mermann1 il n'en est pas un seul qui ne se soit mari par amour1 savoir3 ,mermann1 son frre ,george1 ,m4 de ,voigt1 ,m4 de ,lazing1 etc4 ,il vient de m'en nommer une douzaine4 ,la manire ouverte et passionne dont tous ces amants font la cour leurs matresses serait le comble de l'indcence1 du ridicule et de la malhonntet en ,france4 ,mermann me disait ce soir1 en revenant du ,chasseur vert1 que1 de toutes les femmes de sa famille trs nombreuse1 il ne croyait pas qu'il y en et une seule qui et tromp son mari4 ,mettons qu'il se trompe de moiti1 c'est encore un pays singulier4 ,sa proposition scabreuse sa belle-soeur1 ,mme de ,munichow1 dont la famille va s'teindre faute d'hritiers mles et les biens trs considrables retourner au prince1 reue avec froideur1 mais ne m'en reparlez jamais4 ,il en dit quelque chose en termes trs couverts la cleste ,philippine 7qui vient d'obtenir le divorce contre son mari1 qui voulait simplement la vendre au souverain72 indignation non joue1 diminue dans les termes au lieu d'tre exagre3 ,vous n'avez donc plus d'estime du tout pour notre sexe8 ,je crois pour votre honneur que vous plaisantez4 ,dans un voyage au ,brocken avec cette vraiment belle femme1 elle s'appuyait sur son paule en dormant1 ou feignant de dormir2 un cahot la jette un peu sur lui1 il lui serre la taille1 elle se jette de l'autre ct de la voiture2 il ne pense pas qu'elle soit insductible1 mais il croit qu'elle se tuerait le lendemain de sa faute4 ,ce qu'il y a de certain1 c'est qu'il l'a aime passionnment1 qu'il en a t aim de mme1 qu'ils se voyaient sans cesse et qu'elle est sans reproche2 mais le soleil est bien ple ,halberstadt1 le gouvernement bien minutieux1 et ces deux personnages bien froids4 ,dans leurs tte--tte les plus passionns1 ,kant et ,klopstock taient toujours de la partie4 ,mermann me contait qu'un homme mari convaincu d'adultre peut tre condamn par les tribunaux de ,brunswick dix ans de prison2 la loi est tombe en dsutude1 mais fait du moins que l'on ne plaisante point sur ces sortes d'affaires2 la qualit d'homme aventures galantes est bien loin d'tre1 comme en ,france1 un avantage que l'on ne peut presque dnier en face un mari sans l'insulter4 ,quelqu'un qui dirait mon colonel ou ,ch444 qu'ils n'ont plus de femmes depuis leur mariage en serait fort mal reu4 ,il y a quelques annes qu'une femme de ce pays1 dans un retour de religion1 dit son mari1 homme de la cour de ,brunswick1 qu'elle l'avait tromp six ans de suite4 ,ce mari1 aussi sot que sa femme1 alla conter le propos au duc2 le galant fut oblig de donner sa dmission de tous ses emplois et de quitter le pays dans les vingt-quatre heures1 sur la menace du duc de faire agir les lois4 ,halberstadt1 #g juillet #ahjg4 ,ici les maris ne sont pas tromps1 il est vrai1 mais quelles femmes1 grands dieux6 des statues1 des masses peine organises4 ,avant le mariage elles sont fort agrables1 lestes comme des gazelles1 et un oeil vif et tendre qui comprend toujours les allusions de l'amour4 ,c'est qu'elles sont la chasse d'un mari4 ,a peine ce mari trouv1 elles ne sont plus exactement que des faiseuses d'enfant1 en perptuelle adoration devant le faiseur4 ,il faut que dans une famille de quatre ou cinq enfants il y en ait toujours un de malade1 puisque la moiti des enfants meurt avant sept ans1 et dans ce pays1 ds qu'un des bambins est malade1 la mre ne sort plus4 ,je les vois trouver un plaisir indicible tre caresses par leurs enfants4 ,peu peu elles perdent toutes leurs ides4 ,c'est comme ,philadelphie4 ,des jeunes filles de la gaiet la plus folle et la plus innocente y deviennent1 en moins d'un an1 les plus ennuyeuses des femmes4 ,pour en finir sur les mariages de l',allemagne protestante1 la dot de la femme est peu prs nulle cause des fiefs4 ,mlle de ,diesdorff1 fille d'un homme qui a quarante mille livres de rente1 aura peut-tre deux mille cus de dot 7sept mille cinq cents francs74 ,m4 de ,mermann a eu quatre mille cus de sa femme4 ,le supplment de dot est payable en vanit la cour4 ,on trouverait dans la bourgeoisie1 me disait ,mermann1 des partis de cent ou cent cinquante mille cus 7six cent mille francs au lieu de quinze74 ,mais on ne peut plus tre prsent la cour2 on est squestr de toute socit o se trouve un prince ou une princesse3 c'est affreux4 ,ce sont ses termes1 et c'tait le cri du coeur4 ,une femme allemande qui aurait l'me de ,phi9999991 avec son esprit1 sa figure noble et sensible1 le feu qu'elle devait avoir dix-huit ans 7elle en a vingt-sept71 tant honnte et pleine de naturel par les moeurs du pays1 n'ayant1 par la mme cause1 que la petite dose utile de religion1 rendrait sans doute son mari fort heureux4 ,mais comment se flatter d'tre constant auprs de mres de famille si insipides8 --,mais il tait mari1 m'a-t-elle rpondu ce matin comme je blmais les quatre ans de silence de l'amant de ,corinne1 lord ,oswald4 ,elle a veill jusqu' trois heures pour lire ,corinne2 ce roman lui a donn une profonde motion1 et elle me rpond avec sa touchante candeur3 ,mais il tait mari4 ,phi999999 a tant de naturel et une sensibilit si nave1 que1 mme en ce pays du naturel1 elle semble prude aux petits esprits monts sur de petites mes4 ,leurs plaisanteries lui font mal au coeur1 et elle ne le cache gure4 ,quand elle est en bonne compagnie1 elle rit comme une folle des plaisanteries les plus gaies4 ,c'est elle qui m'a cont l'histoire de cette jeune princesse de seize ans1 depuis si clbre1 qui entreprenait souvent de faire monter dans son appartement l'officier de garde sa porte4 ,,la ,,suisse4 ,je connais peu de familles plus heureuses que celles de l',oberland1 partie de la ,suisse situe prs de ,berne1 et il est de notorit publique 7#ahaf7 que les jeunes filles y passent avec leurs amants les nuits du samedi au dimanche4 ,les sots qui connaissent le monde pour avoir fait le voyage de ,paris ,saint-,cloud vont se rcrier2 heureusement je trouve dans un crivain suisse la confirmation de ce que j'ai vu moi-mme#bjg pendant quatre mois4 #bjg ,principes philosophiques du colonel ,weiss1 septime dition1 tome ,,ii1 page #bde4 ,un bon paysan se plaignait de quelques dgts faits dans son verger2 je lui demandai pourquoi il n'avait pas de chien3 ,mes filles ne se marieraient jamais4 ,je ne comprenais pas sa rponse2 il me conte qu'il avait eu un chien si mchant1 qu'il n'y avait plus de garons qui osassent escalader ses fentres4 ,un autre paysan1 maire de son village1 pour me faire l'loge de sa femme1 me disait que1 du temps qu'elle tait fille1 il n'y en avait point qui et plus de kilter ou veilleurs 7qui et plus de jeunes gens qui allassent passer la nuit avec elle74 ,un colonel gnralement estim fut oblig1 dans une course de montagnes1 de passer la nuit au fond d'une des valles les plus solitaires et les plus pittoresques du pays4 ,il logea chez le premier magistrat de la valle1 homme riche et accrdit4 ,l'tranger remarqua en entrant une jeune fille de seize ans1 modle de grce1 de fracheur et de simplicit3 c'tait la fille du matre de la maison4 ,il y avait ce soir-l bal champtre3 l'tranger fit la cour la jeune fille1 qui tait rellement d'une beaut frappante4 ,enfin1 se faisant courage1 il osa lui demander s'il ne pourrait pas veiller avec elle4 ,non1 rpondit la jeune fille1 je couche avec ma cousine2 mais je viendrai moi-mme chez vous4 ,qu'on juge du trouble que causa cette rponse4 ,on soupe1 l'tranger se lve1 la jeune fille prend le flambeau et le suit dans sa chambre2 il croit toucher au bonheur4 ,non1 lui dit-elle avec candeur2 il faut d'abord que je demande permission maman4 ,la foudre l'et moins atterr4 ,elle sort2 il reprend courage et se glisse autour du salon de bois de ces bonnes gens2 il entend la fille1 qui1 d'un ton caressant1 priait sa mre de lui accorder la permission qu'elle dsirait2 elle l'obtient enfin4 ,n'est-ce pas1 vieux1 dit la mre son mari1 qui tait dj au lit1 tu consens que ,trineli passe la nuit avec ,m4 le colonel8--,de bon coeur1 rpond le pre2 je crois qu' un tel homme je prterais encore ma femme4--,eh bien6 va1 dit la mre ,trineli2 mais sois brave fille1 et n'te pas ta jupe444 ,au point du jour1 ,trineli1 respecte par l'tranger1 se leva vierge2 elle arrangea les coussins du lit1 prpara du caf et de la crme pour son veilleur1 et1 aprs que1 assise sur le lit1 elle eut djeun avec lui1 elle coupe un petit morceau de son broustpletz 7pice de velours qui couvre le sein74 ,tiens1 lui dit-elle1 conserve ce souvenir d'une nuit heureuse2 je ne l'oublierai jamais4 ,pourquoi es-tu colonel8 ,et1 lui ayant donn un dernier baiser1 elle s'enfuit3 il ne put plus la revoir#bjh4 ,voil l'excs expos nos moeurs franaises et que je suis loin d'approuver4 #bjh ,je suis heureux de pouvoir dire avec les paroles d'un autre des faits extraordinaires que j'ai eu l'occasion d'observer4 ,certainement sans ,m4 de ,weiss je n'eusse pas rapport ce trait de moeurs4 ,j'en ai omis d'aussi caractristiques ,valence et ,vienne4 ,je voudrais1 si j'tais lgislateur1 qu'on prt en ,france1 comme en ,allemagne1 l'usage des soires dansantes4 ,trois fois par semaine1 les jeunes filles iraient avec leurs mres un bal commenc sept heures1 finissant minuit1 et exigeant pour tous frais un violon et des verres d'eau4 ,dans une pice voisine1 les mres1 peut-tre un peu jalouses de l'heureuse ducation de leurs filles1 joueraient au boston2 dans une troisime1 les pres trouveraient les journaux et parleraient politique4 ,entre minuit et une heure1 toutes les familles se runiraient et regagneraient le toit paternel4 ,les jeunes filles apprendraient connatre les jeunes hommes2 la fatuit et l'indiscrtion qui la suit leur deviendraient bien vite odieuses2 enfin1 elles se choisiraient un mari4 ,quelques jeunes filles auraient des amours malheureuses1 mais le nombre des maris tromps et des mauvais mnages diminuerait dans une immense proportion4 ,alors il serait moins absurde de chercher punir l'infidlit par la honte1 la loi dirait aux jeunes femmes3 ,vous avez choisi votre mari2 soyez-lui fidle4 ,alors j'admettrais la poursuite et la punition par les tribunaux de ce que les ,anglais appellent criminal conversation4 ,les tribunaux pourraient imposer1 au profit des prisons et des hpitaux1 une amende gale aux deux tiers de la fortune du sducteur et une prison de quelques annes4 ,une femme pourrait tre poursuivie pour adultre devant un jury4 ,le jury devrait d'abord dclarer que la conduite du mari a t irrprochable4 ,la femme convaincue pourrait tre condamne la prison pour la vie4 ,si le mari avait t absent plus de deux ans1 la femme ne pourrait tre condamne qu' une prison de quelques annes4 ,les moeurs publiques se modleraient bientt sur ces lois et les perfectionneraient#bji4 #bji ,l',examiner1 journal anglais1 en rendant compte du procs de la reine 7n #ffb4 du #c septembre #ahbj71 ajoute3 ,we have a system of sexual morality1 under which thousands of women become mercenary prostitutes whom virtuous women are taught to scorn1 while virtuous men retain the privilege of frequenting those very women1 without its being regarded as any thing more than a venial offence4 ,il y a une noble hardiesse dans le pays du ,cant oser exprimer1 sur cet objet une vrit1 quelque triviale et palpable qu'elle soit2 cela est encore plus mritoire un pauvre journal qui ne peut esprer de succs qu'en tant achet par les gens riches1 lesquels regardent les vques et la ,bible comme l'unique sauvegarde de leurs belles livres4 ,alors les nobles et les prtres1 tout en regrettant amrement les sicles dcents de ,mme de ,montespan ou de ,mme du ,barry1 seraient forcs de permettre le divorce#baj4 #baj ,mme de ,svign crivait sa fille1 le #bc dcembre #afga3 ,je ne sais si vous avez appris que ,villarceaux1 en parlant au roi d'une charge pour son fils1 prit habilement l'occasion de lui dire qu'il y avait des gens qui se mlaient de dire sa nice 7,mlle de ,rouxel71 que ,sa ,majest avait quelque dessein pour elle2 que si cela tait1 il le suppliait de se servir de lui1 que l'affaire serait mieux entre ses mains que dans celles des autres1 et qu'il s'y emploierait avec succs4 ,le roi se mit rire1 et dit3 ,villarceaux1 nous sommes trop vieux1 vous et moi1 pour attaquer des demoiselles de quinze ans4 ,et comme un galant homme se moqua de lui et conta ce discours chez les dames 7,tome ,,ii1 page #cdj74 ,mmoires de ,lauzun1 de ,bezenval1 de ,mme d'pinay1 etc41 etc4 ,je supplie qu'on ne me condamne pas tout fait sans relire ces mmoires4 ,il y aurait dans un village1 en vue de ,paris1 un lyse pour les femmes malheureuses1 une maison de refuge o1 sous peine des galres1 il n'entrerait d'autre homme que le mdecin et l'aumnier4 ,une femme qui voudrait obtenir le divorce serait tenue1 avant tout1 d'aller se constituer prisonnire dans cet lyse2 elle y passerait deux annes sans sortir une seule fois4 ,elle pourrait crire1 sans jamais recevoir de rponse4 ,un conseil compos de pairs de ,france et de quelques magistrats estims dirigerait1 au nom de la femme1 les poursuites pour le divorce1 et rglerait la pension payer par le mari l'tablissement4 ,la femme qui succomberait dans sa demande devant les tribunaux serait admise passer le reste de sa vie l'lyse4 ,le gouvernement complterait l'administration de l'lyse deux mille francs par femme rfugie4 ,pour tre reue l'lyse1 il faudrait avoir eu une dot de plus de vingt mille francs4 ,la svrit du rgime moral serait extrme4 ,aprs deux ans d'une totale sparation du monde1 une femme divorce pourrait se remarier4 ,une fois arrives ce point1 les chambres pourraient examiner si1 pour tablir l'mulation du mrite entre les jeunes filles1 il ne conviendrait pas d'attribuer aux garons une part double de celles des soeurs dans le partage de l'hritage paternel4 ,les filles qui ne trouveraient pas se marier auraient une part gale celles des mles4 ,on peut remarquer en passant que ce systme dtruirait peu peu l'habitude des mariages de convenance trop inconvenants4 ,la possibilit du divorce rendrait inutiles les excs de bassesse4 ,il faudrait tablir sur divers points de la ,france1 et dans des villages pauvres1 trente abbayes pour les vieilles filles4 ,le gouvernement chercherait entourer ces tablissements de considration1 pour consoler un peu la tristesse des pauvres filles qui y achveraient leur vie4 ,il faudrait leur donner tous les hochets de la dignit4 ,mais laissons ces chimres4 ,,chapitre ,,lix ,werther et don ,juan4 ,parmi les jeunes gens1 lorsque l'on s'est bien moqu d'un pauvre amoureux et qu'il a quitt le salon1 ordinairement la conversation finit par agiter la question de savoir s'il vaut mieux prendre les femmes comme le don ,juan de ,mozart1 ou comme ,werther4 ,le contraste serait plus exact si j'eusse cit ,saint-,preux1 mais c'est un si plat personnage1 que je ferais tort aux mes tendres en le leur donnant pour reprsentant4 ,le caractre de don ,juan requiert un plus grand nombre de ces vertus utiles et estimes dans le monde3 l'admirable intrpidit1 l'esprit de ressource1 la vivacit1 le sang-froid1 l'esprit amusant1 etc4 ,les don ,juan ont de grands moments de scheresse et une vieillesse fort triste2 mais la plupart des hommes n'arrivent pas la vieillesse4 ,les amoureux jouent un pauvre rle le soir dans le salon1 car l'on n'a de talent et de force auprs des femmes qu'autant qu'on met les avoir exactement le mme intrt qu' une partie de billard4 ,comme la socit connat aux amoureux un grand intrt dans la vie1 quelque esprit qu'ils aient1 ils prtent le flanc la plaisanterie2 mais le matin en s'veillant1 au lieu d'avoir de l'humeur jusqu' ce que quelque chose de piquant et de malin les soit venu ranimer1 ils songent ce qu'ils aiment et font des chteaux en ,espagne habits par le bonheur4 ,l'amour la ,werther ouvre l'me tous les arts1 toutes les impressions douces et romantiques1 au clair de lune1 la beaut des bois1 celle de la peinture1 en un mot au sentiment et la jouissance du beau1 sous quelque forme qu'il se prsente1 ft-ce sous un habit de bure4 ,il fait trouver le bonheur mme sous les richesses#baa4 ,ces mes-l1 au lieu d'tre sujettes se blaser comme ,mielhan1 ,bezenval1 etc41 deviennent folles par excs de sensibilit comme ,rousseau4 ,les femmes doues d'une certaine lvation d'me qui1 aprs la premire jeunesse1 savent voir l'amour o il est1 et quel est cet amour1 chappent en gnral aux don ,juan qui ont pour eux plutt le nombre que la qualit des conqutes4 ,remarquez1 au dsavantage de la considration des mes tendres1 que la publicit est ncessaire au triomphe des don ,juan1 comme le secret ceux des ,werther4 ,la plupart des gens qui s'occupent de femmes par tat sont ns au sein d'une grande aisance1 c'est--dire sont1 par le fait de leur ducation et par l'imitation de ce qui les entourait dans leur jeunesse1 gostes et secs#bab4 #baa ,premier volume de la ,nouvelle ,hlose1 et tous les volumes1 si ,saint-,preux se ft trouv avoir l'ombre du caractre2 mais c'tait un vrai pote1 un bavard sans rsolution1 qui n'avait du coeur qu'aprs avoir pror1 d'ailleurs homme fort plat4 ,ces gens-l ont l'immense avantage de ne pas choquer l'orgueil fminin1 et de ne jamais donner d'tonnement leur amie4 ,qu'on pse ce mot2 c'est peut-tre l tout le secret du succs des hommes plats auprs des femmes distingues4 ,cependant l'amour n'est pas une passion qu'autant qu'il fait oublier l'amour-propre4 ,elles ne sentent donc pas compltement l'amour1 les femmes qui1 comme ,l441 lui demandent les plaisirs de l'orgueil4 ,sans s'en douter1 elles sont la mme hauteur que l'homme prosaque1 objet de leur mpris1 qui cherche dans l'amour1 l'amour et la vanit4 ,elles1 elles veulent l'amour et l'orgueil2 mais l'amour se retire la rougeur sur le front2 c'est le plus orgueilleux des despotes3 ou il est tout1 ou il n'est rien4 #bab ,voir une page d',andr ,chnier1 ,o,euvres1 page #cgj2 ou bien ouvrir les yeux dans le monde1 ce qui est plus difficile4 ,en gnral1 ceux que nous appelons patriciens sont plus loigns que les autres hommes de rien aimer1 dit l'empereur ,marc-,aurle4 7,penses1 page #ej47 ,les vrais don ,juan finissent mme par regarder les femmes comme le parti ennemi1 et par se rjouir de leurs malheurs de tous genres4 ,au contraire1 l'aimable duc delle ,pignatelle nous montrait ,munich la vraie manire d'tre heureux par la volupt1 mme sans l'amour-passion4 ,je vois qu'une femme me plat1 me disait-il un soir1 quand je me trouve tout interdit auprs d'elle et que je ne sais que lui dire4 ,bien loin de mettre son amour-propre rougir et se venger de ce moment d'embarras1 il le cultivait prcieusement comme la source du bonheur4 ,chez cet aimable jeune homme1 l'amour got tait tout fait exempt de la vanit qui corrode2 c'tait une nuance affaiblie1 mais pure et sans mlange1 de l'amour vritable2 et il respectait toutes les femmes comme des tres charmants envers qui nous sommes bien injustes 7#bj fvrier #ahbj74 ,comme on ne se choisit pas un temprament1 c'est--dire une me1 l'on ne se donne pas un rle suprieur4 ,j4-,j4 ,rousseau et le duc de ,richelieu auraient eu beau faire1 malgr tout leur esprit1 ils n'auraient pu changer de carrire auprs des femmes4 ,je croirais volontiers que le duc n'a jamais eu de moments comme ceux que ,rousseau trouva dans le parc de la ,chevrette1 auprs de ,mme d',houdetot2 ,venise1 en coutant la musique des ,scuole2 et ,turin aux pieds de ,mme ,bazile4 ,mais aussi il n'eut jamais rougir du ridicule dont ,rousseau se couvre auprs de ,mme de ,larnage et dont le remords le poursuit le reste de sa vie4 ,le rle des ,saint ,preux est plus doux et remplit tous les moments de l'existence2 mais il faut convenir que celui de don ,juan est bien plus brillant4 ,si ,saint-,preux change de got au milieu de sa vie1 solitaire et retir1 avec des habitudes pensives1 il se trouve sur la scne du monde la dernire place1 tandis que don ,juan se voit une rputation superbe parmi les hommes1 et pourra peut-tre encore plaire une femme tendre en lui faisant le sacrifice sincre de ses gots libertins4 ,par toutes les raisons prsentes jusqu'ici1 il me semble que la question se balance4 ,ce qui me fait croire les ,werther plus heureux1 c'est que don ,juan rduit l'amour n'tre qu'une affaire ordinaire4 ,au lieu d'avoir1 comme ,werther1 des ralits qui se modlent sur ses dsirs1 il a des dsirs imparfaitement satisfaits par la froide ralit1 comme dans l'ambition1 l'avarice et les autres passions4 ,au lieu de se perdre dans les rveries enchanteresses de la cristallisation1 il pense comme un gnral au succs de ses manoeuvres#bac1 et1 en un mot1 tue l'amour1 au lieu d'en jouir plus qu'un autre1 comme croit le vulgaire4 #bac ,comparez ,lovelace ,tom ,jones4 ,ce qui prcde me semble sans rplique4 ,une autre raison qui l'est pour le moins autant mes yeux1 mais que1 grce la mchancet de la providence1 il faut pardonner aux hommes de ne pas reconnatre1 c'est que l'habitude de la justice me parat1 sauf les accidents1 la route la plus assure pour arriver au bonheur1 et les ,werther ne sont pas sclrats#bad4 #bad ,voir la ,vie prive du duc de ,richelieu1 #i volumes in-#h4 ,pourquoi1 au moment o un assassin tue un homme1 ne tombe-t-il pas mort aux pieds de sa victime8 ,pourquoi les maladies8 et1 s'il y a des maladies1 pourquoi un ,troistaillons ne meurt-il pas de la colique8 ,pourquoi ,henri ,,iv rgne-t-il vingt et un ans1 et ,louis ,,xv cinquante-neuf8 ,pourquoi la dure de la vie n'est-elle pas en proportion exacte avec le degr de vertu de chaque homme8 ,et autres questions infmes1 diront les philosophes anglais1 qu'il n'y a assurment aucun mrite poser1 mais auxquelles il y aurait quelque mrite rpondre autrement que par des injures et du cant4 ,pour tre heureux dans le crime1 il faudrait exactement n'avoir pas de remords4 ,je ne sais si un tel tre peut exister#bae2 je ne l'ai jamais rencontr1 et je parierais que l'aventure de ,mme ,michelin troublait les nuits du duc de ,richelieu4 #bae ,voir ,nron aprs le meurtre de sa mre1 dans ,sutone2 et cependant de quelles belles masses de flatterie n'tait-il pas environn8 ,il faudrait1 ce qui est impossible1 n'avoir exactement pas de sympathie1 ou pouvoir mettre mort le genre humain#baf4 #baf ,la cruaut n'est qu'une sympathie souffrante4 ,le pouvoir n'est le premier des bonheurs1 aprs l'amour1 que parce que l'on crot tre en tat de commander la sympathie4 ,les gens qui ne connaissent l'amour que par les romans prouveront une rpugnance naturelle en lisant ces phrases en faveur de la vertu en amour4 ,c'est que1 par les lois du roman1 la peinture de l'amour vertueux est essentiellement ennuyeuse et peu intressante4 ,le sentiment de la vertu parat ainsi de loin neutraliser celui de l'amour1 et les paroles amour vertueux semblent synonymes d'amour faible4 ,mais tout cela est une infirmit de l'art de peindre1 qui ne fait rien la passion telle qu'elle existe dans la nature#bag4 #bag ,si l'on peint aux yeux du spectateur le sentiment de la vertu ct du sentiment de l'amour1 on se trouve avoir reprsent un coeur partag entre deux sentiments4 ,la vertu dans les romans n'est bonne qu' sacrifier4 ,julie d'tanges4 ,je demande la permission de faire le portrait du plus intime de mes amis4 ,don ,juan abjure tous les devoirs qui le lient au reste des hommes4 ,dans le grand march de la vie1 c'est un marchand de mauvaise foi qui prend toujours et ne paye jamais4 ,l'ide de l'galit lui inspire la rage que l'eau donne l'hydrophobe2 c'est pour cela que l'orgueil de la naissance va si bien au caractre de don ,juan4 ,avec l'ide de l'galit des droits disparat celle de la justice1 ou plutt si don ,juan est sorti d'un sang illustre1 ces ides communes ne l'ont jamais approch2 et je croirais assez qu'un homme qui porte un nom historique est plus dispos qu'un autre mettre le feu une ville pour se faire cuire un oeuf#bah4 ,il faut l'excuser2 il est tellement possd de l'amour de soi-mme1 qu'il arrive au point de perdre l'ide du mal qu'il cause1 et de ne voir plus que lui dans l'univers qui puisse jouir ou souffrir4 ,dans le feu de la jeunesse1 quand toutes les passions font sentir la vie dans notre propre coeur et loignent la mfiance de celui des autres1 don ,juan1 plein de sensations et de bonheur apparent1 s'applaudit de ne songer qu' soi1 tandis qu'il voit les autres hommes sacrifier au devoir2 il croit avoir trouv le grand art de vivre4 ,mais1 au milieu de son triomphe1 peine trente ans1 il s'aperoit avec tonnement que la vie lui manque1 il prouve un dgot croissant pour ce qui faisait tous ses plaisirs4 ,don ,juan me disait ,thorn1 dans un accs d'humeur noire3 ,il n'y a pas vingt varits de femmes1 et une fois qu'on en a eu deux ou trois de chaque varit1 la satit commence4 ,je rpondais3 ,il n'y a que l'imagination qui chappe pour toujours la satit4 ,chaque femme inspire un intrt diffrent1 et bien plus1 la mme femme1 si le hasard vous la prsente deux ou trois ans plus tt ou plus tard dans le cours de la vie1 et si le hasard veut que vous aimiez1 est aime d'une manire diffrente4 ,mais une femme tendre1 mme en vous aimant1 ne produirait sur vous1 par ses prtentions l'galit1 que l'irritation de l'orgueil4 ,votre manire d'avoir les femmes tue toutes les autres jouissances de la vie2 celle de ,werther les centuple4 #bah ,voir ,saint-,simon1 fausse couche de ,mme la duchesse de ,bourgogne1 et ,mme de ,motteville1 passim4 ,cette princesse1 qui s'tonnait que les autres femmes eussent cinq doigts la main comme elle2 ce duc d',orlans1 ,gaston1 frre de ,louis ,,xiii1 trouvant si simple que ses favoris allassent l'chafaud pour lui faire plaisir4 ,voyez1 en #ahbj1 ces messieurs mettre en avant une loi d'lection qui peut ramener les ,robespierre en ,france1 etc41 etc42 voyez ,naples en #agii4 7,je laisse cette note crite en #ahbj4 ,liste des grands seigneurs de #aggh avec des notes sur leur moralit1 donnes par le gnral ,laclos1 vue ,naples1 chez le marquis ,berio2 manuscrit de plus de trois cents pages bien scandaleux47 ,ce triste drame arrive au dnouement4 ,on voit le don ,juan vieillissant s'en prendre aux choses de sa propre satit1 et jamais soi4 ,on le voit1 tourment du poison qui le dvore1 s'agiter en tous sens et changer continuellement d'objet4 ,mais1 quel que soit le brillant des apparences1 tout se termine pour lui changer de peine2 il se donne de l'ennui paisible ou de l'ennui agit3 voil le seul choix qui lui reste4 ,enfin il dcouvre et s'avoue soi-mme cette fatale vrit2 ds lors il est rduit pour toute jouissance faire sentir son pouvoir1 et faire ouvertement le mal pour le mal4 ,c'est aussi le dernier degr du malheur habituel2 aucun pote n'a os en prsenter l'image fidle1 ce tableau ressemblant ferait horreur4 ,mais on peut esprer qu'un homme suprieur dtournera ses pas de cette route fatale1 car il y a une contradiction au fond du caractre de don ,juan4 ,je lui ai suppos beaucoup d'esprit1 et beaucoup d'esprit conduit la dcouverte de la vertu par le chemin du temple de la gloire#bai4 #bai ,le caractre du jeune privilgi1 en #ahbb1 est assez correctement reprsent par le brave ,bothwell1 d',old ,mortality4 ,la ,rochefoucauld1 qui s'entendait pourtant en amour-propre1 et qui dans la vie relle n'tait rien moins qu'un nigaud d'homme de lettres#bbj1 dit 7#bfg73 ,le plaisir de l'amour est d'aimer1 et l'on est plus heureux par la passion que l'on a que par celle que l'on inspire4 #bbj ,voir les ,mmoires de ,retz1 et le mauvais moment qu'il fit passer au coadjuteur1 entre deux portes1 au ,parlement4 ,le bonheur de don ,juan n'est que de la vanit base1 il est vrai1 sur des circonstances amenes par beaucoup d'esprit et d'activit2 mais il doit sentir que le moindre gnral qui gagne une bataille1 que le moindre prfet qui contient un dpartement1 a une jouissance plus remarquable que la sienne2 tandis que le bonheur du duc de ,nemours quand ,mme de ,clves lui dit qu'elle l'aime est1 je crois1 au-dessus du bonheur de ,napolon ,marengo4 ,l'amour la don ,juan est un sentiment dans le genre du got pour la chasse4 ,c'est un besoin d'activit qui doit tre rveill par des objets divers et mettant sans cesse en doute votre talent4 ,l'amour la ,werther est comme le sentiment d'un colier qui fait une tragdie et mille fois mieux2 c'est un but nouveau dans la vie1 auquel tout se rapporte1 et qui change la face de tout4 ,l'amour-passion jette aux yeux d'un homme toute la nature avec ses aspects sublimes1 comme une nouveaut invente d'hier4 ,il s'tonne de n'avoir jamais vu le spectacle singulier qui se dcouvre son me4 ,tout est neuf1 tout est vivant1 tout respire l'intrt le plus passionn#bba4 ,un amant voit la femme qu'il aime dans la ligne d'horizon de tous les paysages qu'il rencontre1 et faisant cent lieues pour aller l'entrevoir un instant1 chaque arbre1 chaque rocher lui parle d'elle d'une manire diffrente et lui en apprend quelque chose de nouveau4 ,au lieu du fracas de ce spectacle magique1 don ,juan a besoin que les objets extrieurs1 qui n'ont de prix pour lui que par leur degr d'utilit1 lui soient rendus piquants par quelque intrigue nouvelle4 #bba ,vol4 #ahai4 ,les ,chvrefeuilles la descente4 ,l'amour la ,werther a de singuliers plaisirs2 aprs un an ou deux1 quand l'amant n'a plus1 pour ainsi dire1 qu'une me avec ce qu'il aime1 et cela1 chose trange1 mme indpendamment des succs en amour1 mme avec les rigueurs de sa matresse1 quoi qu'il fasse ou qu'il voie1 il se demande3 ,que dirait-elle si elle tait avec moi8 que lui dirais-je de cette vue de ,casa-,lecchio8 ,il lui parle1 il coute ses rponses1 il rit des plaisanteries qu'elle lui fait4 ,a cent lieues d'elle et sous le poids de sa colre1 il se surprend se faire cette rflexion3 ,lonore tait fort gaie ce soir4 ,il se rveille3 ,mais1 mon ,dieu6 se dit-il en soupirant1 il y a des fous ,bedlam qui le sont moins que moi6 --,mais vous m'impatientez1 me dit un de mes amis auquel je lis cette remarque3 vous opposez sans cesse l'homme passionn au don ,juan1 ce n'est pas l la question4 ,vous auriez raison si l'on pouvait volont se donner une passion4 ,mais dans l'indiffrence1 que faire8--,l'amour-got1 sans horreurs4 ,les horreurs viennent toujours d'une petite me qui a besoin de se rassurer sur son propre mrite4 ,continuons4 ,les don ,juan doivent avoir bien de la peine convenir de la vrit de cet tat de l'me dont je parlais tout l'heure4 ,outre qu'ils ne peuvent le voir ni le sentir1 il choque trop leur vanit4 ,l'erreur de leur vie est de croire conqurir en quinze jours ce qu'un amant transi obtient peine en six mois4 ,ils se fondent sur des expriences faites aux dpens de ces pauvres diables qui n'ont ni l'me qu'il faut pour plaire1 en rvlant ses mouvements nafs une femme tendre1 ni l'esprit ncessaire pour le rle de don ,juan4 ,ils ne veulent pas voir que ce qu'ils obtiennent1 ft-il mme accord par la mme femme1 n'est pas la mme chose4 ,l'homme prudent sans cesse se mfie4 ,c'est pour cela que des amants trompeurs ,le nombre est grand4 ,les dames que l'on prie ,font soupirer longtemps des serviteurs ,qui n'ont jamais t faux de leur vie4 ,mais du trsor qu'elles donnent enfin ,le prix n'est su que du coeur qui le gote2 ,plus on l'achte et plus il est divin3 ,le lot d'amour ne vaut pas ce qu'il cote4 ,,nivernais1 le ,troubadour ,guillaume de la ,tour1 ,,iii1 #cdb4 ,l'amour-passion l'gard des don ,juan peut se comparer une route singulire1 escarpe1 incommode1 qui commence la vrit parmi des bosquets charmants1 mais bientt se perd entre des rochers taills pic1 dont l'aspect n'a rien de flatteur pour les yeux vulgaires4 ,peu peu la route s'enfonce dans les hautes montagnes au milieu d'une fort sombre dont les arbres immenses1 en interceptant le jour par leurs ttes touffues et leves jusqu'au ciel1 jettent une sorte d'horreur dans les mes non trempes par le danger4 ,aprs avoir err pniblement comme dans un labyrinthe infini dont les dtours multiplis impatientent l'amour-propre1 tout coup l'on fait un dtour1 et l'on se trouve dans un monde nouveau1 dans la dlicieuse valle de ,cachemire de ,lalla-,rook4 ,comment les don ,juan1 qui ne s'engagent jamais dans cette route ou qui n'y font tout au plus que quelques pas1 pourraient-ils juger des aspects qu'elle prsente au bout du voyage8 99 99 99 99 99 ,vous voyez que l'inconstance est bonne3 ,il me faut du nouveau1 n'en ft-il plus au monde4 --,bien1 vous vous moquez des serments et de la justice4 ,que cherche-t-on par l'inconstance8 le plaisir apparemment4 ,mais le plaisir que l'on rencontre auprs d'une jolie femme dsire quinze jours et garde trois mois1 est diffrent du plaisir que l'on trouve avec une matresse dsire trois ans et garde dix4 ,si je ne mets pas toujours1 c'est qu'on dit que la vieillesse1 changeant nos organes1 nous rend incapables d'aimer2 pour moi1 je n'en crois rien4 ,votre matresse1 devenue votre amie intime1 vous donne d'autres plaisirs1 les plaisirs de la vieillesse4 ,c'est une fleur qui1 aprs avoir t rose le matin1 dans la saison des fleurs1 se change en un fruit dlicieux le soir1 quand les roses ne sont plus de saison#bbb4 #bbb ,voir les ,mmoires de ,coll2 sa femme4 ,une matresse dsire trois ans est rellement matresse dans toute la force du terme2 on ne l'aborde qu'en tremblant1 et1 dirais-je aux don ,juan1 l'homme qui tremble ne s'ennuie pas4 ,les plaisirs de l'amour sont toujours en proportion de la crainte4 ,le malheur de l'inconstance1 c'est l'ennui2 le malheur de l'amour-passion1 c'est le dsespoir et la mort4 ,on remarque les dsespoirs d'amour2 ils font anecdote2 personne ne fait attention aux vieux libertins blass qui crvent d'ennui et dont ,paris est pav4 ,l'amour brle la cervelle plus de gens que l'ennui4--,je le crois bien1 l'ennui te tout1 jusqu'au courage de se tuer4 ,il y a tel caractre fait pour ne trouver le plaisir que dans la varit4 ,mais un homme qui porte aux nues le vin de ,champagne aux dpens du bordeaux ne fait que dire avec plus ou moins d'loquence3 ,j'aime mieux le ,champagne4 ,chacun de ces vins a ses partisans1 et tous ont raison1 s'ils se connaissent bien eux-mmes1 et s'ils courent aprs le genre de bonheur qui est le mieux adapt leurs organes#bbc et leurs habitudes4 ,ce qui gte le parti de l'inconstance1 c'est que tous les sots se rangent de ce ct par manque de courage4 #bbc ,les physiologistes qui connaissent les organes vous disent3 ,l'injustice1 dans les relations de la vie sociale1 produit scheresse1 dfiance et malheur4 ,mais enfin chaque homme1 s'il veut se donner la peine de s'tudier soi-mme1 a son beau idal1 et il me semble qu'il y a toujours un peu de ridicule vouloir convertir son voisin4 ,,chapitre ,,lx ,des fiasco 7indit74 ,tout l'empire amoureux est rempli d'histoires tragiques1 dit ,mme de ,svign1 racontant le malheur de son fils auprs de la clbre ,champmesl4 ,montaigne se tire fort bien d'un sujet si scabreux4 ,je suis encore en ce doute que ces plaisantes liaisons d'aiguillettes1 de quoy nostre monde se void si entrau1 qu'il ne se parle d'autre chose1 ce sont volontiers des impressions de l'apprhension et de la crainte2 car ie say par exprience que tel de qui ie puis respondre comme de moy-mesme1 en qui il ne pouuoit cheoir soupon aucun de foiblesse1 et aussi peu d'enchantement1 ayant ouy faire le conte vn sien compagnon d'vne dfaillance extraordinaire1 en quoy il estoit tomb sur le poinct qu'il en avoit le moins de besoin1 se trouuant en pareille occasion1 l'horreur de ce conte luy vint coup si rudement frapper l'imagination1 qu'il encourut vne fortune pareille4 ,et de l en hors fut subiect y recheoir1 ce vilain souuenir de son inconunient le gourmandant et le tyrannisant4 ,il trouua quelque remde cette resuerie par vne autre resuerie4 ,c'est que1 aduouant luy mesme1 et preschant1 auant la main1 cette sienne subiection1 la contention de son asme se soulageoit sur ce que1 apportant ce mal comme attendu1 son obligation s'en amoindrissoit et lui en poisoit moins444 ,qui en a est vne fois capable n'en est plus incapable1 sinon par iuste foiblesse4 ,ce malheur n'est craindre qu'aux entreprises o notre asme se trouue outre mesure tendue de desir et de respect444 ,j'en say qui il a seruy d'y apporter le corps mesme1 demy rassasi d'ailleurs444 ,l'asme de l'assaillant1 trouble de plusieurs diuerses allarmes1 se perd aisment444 ,la bru de ,pythagoras disait que la femme qui se couche auec vn homme doit auec sa cotte laisser quant et quant la honte1 et la reprendre auec sa cotte4 ,cette femme avait raison pour la galanterie et tort pour l'amour4 ,le premier triomphe1 mettant part toute vanit1 n'est directement agrable pour aucun homme3 #a ,a moins qu'il n'ait pas eu le temps de dsirer cette femme et de la livrer son imagination1 c'est--dire moins qu'il ne l'ait dans les premiers moments qu'il la dsire4 ,c'est le cas du plus grand plaisir physique possible2 car toute l'me s'applique encore voir les beauts sans songer aux obstacles4 #b ,ou moins qu'il ne soit question d'une femme absolument sans consquence1 une jolie femme de chambre1 par exemple1 une de ces femmes que l'on ne se souvient de dsirer que quand on les voit4 ,s'il entre un grain de passion dans le coeur1 il entre un grain de fiasco possible4 #c ,ou moins que l'amant n'ait sa matresse d'une manire si imprvue1 qu'elle ne lui laisse pas le temps de la moindre rflexion4 #d ,ou moins d'un amour dvou et excessif de la part de la femme1 et non senti au mme degr par son amant4 ,plus un homme est perdument amoureux1 plus grande est la violence qu'il est oblig de se faire pour oser toucher aussi familirement1 et risquer de fcher un tre qui1 pour lui1 semblable la ,divinit1 lui inspire l'extrme amour et le respect extrme4 ,cette crainte-l1 suite d'une passion fort tendre1 et dans l'amour-got la mauvaise honte qui provient d'un immense dsir de plaire et du manque de courage1 forment un sentiment extrmement pnible que l'on sent en soi insurmontable1 et dont on rougit4 ,or1 si l'me est occupe avoir de la honte et la surmonter1 elle ne peut pas tre employe avoir du plaisir2 car1 avant de songer au plaisir1 qui est un luxe1 il faut que la sret1 qui est le ncessaire1 ne courre aucun risque4 ,il est des gens qui1 comme ,rousseau1 prouvent de la mauvaise honte1 mme chez les filles2 ils n'y vont pas1 car on ne les a qu'une fois1 et cette premire fois est dsagrable4 ,pour voir que1 vanit part1 le premier triomphe est trs souvent un effort pnible1 il faut distinguer entre le plaisir de l'aventure et le bonheur du moment qui la suit2 on est toujours content3 #a ,de se trouver enfin dans cette situation qu'on a tant dsire2 d'tre en possession d'un bonheur parfait pour l'avenir1 et d'avoir pass le temps de ces rigueurs si cruelles qui vous faisaient douter de l'amour de ce que vous aimiez2 #b ,de s'en tre bien tir1 et d'avoir chapp un danger2 cette circonstance fait que ce n'est pas de la joie pure dans l'amour-passion2 on ne sait ce qu'on fait1 et l'on est sr de ce qu'on aime2 mais dans l'amour-got1 qui ne perd jamais la tte1 ce moment est comme le retour d'un voyage2 on s'examine1 et1 si l'amour tient beaucoup de la vanit1 on veut masquer l'examen2 #c ,la partie vulgaire de l'me jouit d'avoir emport une victoire4 ,pour peu que vous ayez de passion pour une femme1 ou que votre imagination ne soit pas puise1 si elle a la maladresse de vous dire un soir1 d'un air tendre et interdit3 ,venez demain midi1 je ne recevrai personne4 ,par agitation nerveuse1 vous ne dormirez pas de la nuit2 l'on se figure de mille manires le bonheur qui nous attend2 la matine est un supplice2 enfin1 l'heure sonne1 et il semble que chaque coup de l'horloge vous retentit dans le diaphragme4 ,vous vous acheminez vers la rue avec une palpitation2 vous n'avez pas la force de faire un pas4 ,vous apercevez derrire sa jalousie la femme que vous aimez2 vous montez en vous faisant courage444 et vous faites le fiasco d'imagination4 ,m4 ,rapture1 homme excessivement nerveux1 artiste et tte troite1 me contait ,messine que1 non seulement toutes les premires fois1 mais mme tous les rendez-vous1 il a toujours eu du malheur4 ,cependant je croirais qu'il a t homme tout autant qu'un autre2 du moins je lui ai connu deux matresses charmantes4 ,quant au sanguin parfait 7le vrai ,franais1 qui prend tout du beau ct1 le colonel ,mathis71 un rendez-vous pour demain midi1 au lieu de le tourmenter par excs de sentiment1 peint tout en couleur de rose jusqu'au moment fortun4 ,s'il n'et pas eu de rendez-vous1 le sanguin se serait un peu ennuy4 ,voyez l'analyse de l'amour par ,helvtius2 je parierais qu'il sentait ainsi1 et il crivait pour la majorit des hommes4 ,ces gens-l ne sont gure susceptibles de l'amour-passion2 il troublerait leur belle tranquillit2 je crois qu'ils prendraient ses transports pour du malheur2 du moins ils seraient humilis de sa timidit4 ,le sanguin ne peut connatre tout au plus qu'une espce de fiasco moral3 c'est lorsqu'il reoit un rendez-vous de ,messaline1 et que1 au moment d'entrer dans son lit1 il vient penser devant quel terrible juge il va se montrer4 ,le timide temprament mlancolique parvient quelquefois se rapprocher du sanguin1 comme dit ,montaigne1 par l'ivresse du vin de ,champagne1 pourvu toutefois qu'il ne se la donne pas exprs4 ,sa consolation doit tre que ces gens si brillants qu'il envie1 et dont jamais il ne saurait approcher1 n'ont ni ses plaisirs divins ni ses accidents1 et que les beaux-arts1 qui se nourrissent des timidits de l'amour1 sont pour eux lettres closes4 ,l'homme qui ne dsire qu'un bonheur commun1 comme ,duclos1 le trouve souvent1 n'est jamais malheureux1 et1 par consquent1 n'est pas sensible aux arts4 ,le temprament athltique ne trouve ce genre de malheur que par puisement ou faiblesse corporelle1 au contraire des tempraments nerveux et mlancoliques1 qui semblent crs tout exprs4 ,souvent1 en se fatiguant auprs d'une autre femme1 ces pauvres mlancoliques parviennent teindre un peu leur imagination1 et par l jouer un moins triste rle auprs de la femme objet de leur passion4 ,que conclure de tout ceci8 ,qu'une femme sage ne se donne jamais la premire fois par rendez-vous4--,ce doit tre un bonheur imprvu4 ,nous parlions ce soir de fiasco l'tat-major du gnral ,michaud1 cinq trs beaux jeunes gens de vingt-cinq trente ans et moi4 ,il s'est trouv que1 l'exception d'un fat1 qui probablement n'a pas dit vrai1 nous avions tous fait fiasco la premire fois avec nos matresses les plus clbres4 ,il est vrai que peut tre aucun de nous n'a connu ce que ,delfante appelle l'amour-passion4 ,l'ide que ce malheur est extrmement commun doit diminuer le danger4 ,j'ai connu un beau lieutenant de hussards1 de vingt-trois ans1 qui1 ce qu'il me semble1 par excs d'amour1 les trois premires nuits qu'il put passer avec une matresse qu'il adorait depuis six mois1 et qui1 pleurant un autre amant tu la guerre1 l'avait trait fort durement1 ne put que l'embrasser et pleurer de joie4 ,ni lui ni elle n'taient attraps4 ,l'ordonnateur ,h4 ,mondor1 connu de toute l'arme1 a fait fiasco trois jours de suite avec la jeune et sduisante comtesse ,koller4 ,mais le roi du fiasco1 c'est le raisonnable et beau colonel ,horse1 qui a fait fiasco seulement trois mois de suite avec l'espigle et piquante ,n444 ,v4441 et1 enfin1 a t rduit la quitter sans l'avoir jamais eue4 ,,fragments ,,divers ,j'ai runi sous ce titre1 que j'aurais voulu rendre encore plus modeste1 un choix fait sans trop de svrit parmi trois ou quatre cents cartes jouer sur lesquelles j'ai trouv des lignes traces au crayon2 souvent ce qu'il faut bien appeler le manuscrit original1 faute d'un nom plus simple1 est bti de morceaux de papier de toute grandeur crits au crayon1 et que ,lisio attachait avec de la cire pour ne pas avoir l'embarras de recopier4 ,il m'a dit une fois que rien de ce qu'il notait ne lui semblait une heure aprs valoir la peine d'tre recopi4 ,je suis entr dans ce dtail avec l'esprance qu'il me servira d'excuse pour les rptitions4 ,i ,on peut tout acqurir dans la solitude1 hormis du caractre4 ,,ii ,en #ahba1 la haine1 l'amour et l'avarice1 les trois passions les plus frquentes1 et avec le jeu1 presque les seules ,rome4 ,les ,romains paraissent mchants au premier abord2 ils ne sont qu'extrmement mfiants1 et avec une imagination qui s'enflamme la plus lgre apparence4 ,s'ils font des mchancets gratuites1 c'est un homme rong par la peur1 et qui cherche se rassurer en essayant son fusil4 ,,iii ,si je disais1 comme je le crois1 que la bont est le trait distinctif du caractre des habitants de ,paris1 je craindrais beaucoup de les offenser4 ,je ne veux pas tre bon4 ,,iv ,une marque de l'amour vient de natre1 c'est que tous les plaisirs et toutes les peines que peuvent donner toutes les autres passions et tous les autres besoins de l'homme cessent l'instant de l'affecter4 ,v ,la pruderie est une espce d'avarice1 la pire de toutes4 ,,vi ,avoir le caractre solide1 c'est avoir une longue et ferme exprience des mcomptes et des malheurs de la vie4 ,alors l'on dsire constamment et l'on ne dsire pas du tout4 ,,vii ,l'amour tel qu'il est dans la haute socit1 c'est l'amour des combats1 c'est l'amour du jeu4 ,,viii ,rien ne tue l'amour-got comme les bouffes d'amour-passion dans le partner4 ,contessina ,l4 ,forl1 #ahai4 ,,ix ,grand dfaut des femmes1 le plus choquant de tous pour un homme un peu digne de ce nom3 le public1 en fait de sentiments1 ne s'lve gure qu' des ides basses1 et elles font le public juge suprme de leur vie2 je dis mme les plus distingues1 et souvent sans s'en douter1 et mme en croyant et disant le contraire4 ,brescia1 #ahai4 ,x ,prosaque est un mot nouveau qu'autrefois je trouvais ridicule1 car rien de plus froid que nos posies2 s'il y a quelque chaleur en ,france depuis cinquante ans1 c'est assurment dans la prose4 ,mais enfin la contessina ,l444 se servait du mot prosaque1 et j'aime l'crire4 ,la dfinition est dans ,don ,quichotte et dans le ,contraste parfait du matre et de l'cuyer4 ,le matre1 grand et ple2 l'cuyer1 gras et frais4 ,le premier1 tout hrosme et courtoisie2 le second tout gosme et servilit2 le premier1 toujours rempli d'imaginations romanesques et touchantes2 le second1 un modle d'esprit de conduite1 un recueil de proverbes bien sages2 le premier1 toujours nourrissant son me de quelque contemplation hroque et hasarde2 l'autre1 ruminant quelque plan bien sage et dans lequel il ne manque pas d'admettre soigneusement en ligne de compte l'influence de tous les petits mouvements honteux et gostes du coeur humain4 ,au moment o le premier devait tre dtromp par le non-succs de ses imaginations d'hier1 il est dj occup de ses chteaux en ,espagne d'aujourd'hui4 ,il faut avoir un mari prosaque et prendre un amant romanesque4 ,malborough avec l'me prosaque2 ,henri ,,iv amoureux cinquante-cinq ans d'une jeune princesse qui n'oubliait pas son ge1 un coeur romanesque#bbd4 #bbd ,dulaure1 ,histoire de ,paris4 ,scne muette dans l'appartement de la reine1 le soir de la fte de la princesse de ,cond2 les ministres colls contre les murs et silencieux2 le roi se promenant grands pas4 ,il y a moins d'mes prosaques dans la noblesse que dans le tiers tat4 ,c'est le dfaut du commerce1 il rend prosaque4 ,,xi ,rien d'intressant comme la passion1 c'est que tout y est imprvu et que l'agent y est victime4 ,rien de plat comme l'amour-got1 o tout est calcul comme dans toutes les prosaques affaires de la vie4 ,,xii ,on finit toujours1 la fin de la visite1 par traiter son amant mieux qu'on ne voudrait4 ,l4 #b novembre #ahah4 ,,xiii ,l'influence du rang se fait toujours sentir travers le gnie chez un parvenu4 ,voyez ,rousseau tombant amoureux de toutes les dames qu'il rencontrait1 et pleurant de ravissement1 parce que le duc de ,l9999991 un des plus plats courtisans de l'poque1 daigne se promener droite plutt qu' gauche1 pour accompagner un ,m4 ,coindet1 ami de ,rousseau4 ,l4 #c mai #ahbj4 ,,xiv ,ravenne1 #bc janvier #ahbj4 ,les femmes ici n'ont que l'ducation des choses2 une mre ne se gne gure pour tre au dsespoir ou au comble de la joie1 par amour1 devant ses filles de douze quinze ans4 ,rappelez-vous que dans ces climats heureux1 beaucoup de femmes sont trs bien jusqu' quarante-cinq ans1 et la plupart sont maries dix-huit4 ,la ,valchiusa1 disant hier de ,lampugnani3 ,ah6 celui-l tait fait pour moi1 il savait aimer1 etc41 etc41 et suivant longtemps ce discours avec une amie1 devant sa fille1 jeune personne trs alerte1 de quatorze quinze ans1 qu'elle menait aussi aux promenades sentimentales avec cet amant4 ,quelquefois les jeunes filles accrochent des maximes de conduite excellentes3 par exemple1 ,mme ,guarnacci1 adressant ses deux filles et deux hommes qui en toute leur vie ne lui ont fait que cette visite1 des maximes approfondies pendant une demi-heure1 et appuyes d'exemples leur connaissance 7celui de la ,cercara en ,hongrie71 sur l'poque prcise laquelle il convient de punir1 par l'infidlit1 les amants qui se conduisent mal4 ,,xv ,le sanguin1 le ,franais vritable 7le colonel ,m44is71 au lieu de se tourmenter par excs de sentiment comme ,rousseau1 s'il a un rendez-vous pour demain soir sept heures1 se peint tout en couleur de rose jusqu'au moment fortun4 ,ces gens-l ne sont gure susceptibles de l'amour-passion1 il troublerait leur belle tranquillit4 ,je vais jusqu' dire que peut tre ils prendraient ses transports pour du malheur1 du moins ils seraient humilis de sa timidit4 ,,xvi ,la plupart des hommes du monde1 par vanit1 par mfiance1 par crainte du malheur1 ne se livrent aimer une femme qu'aprs l'intimit4 ,,xvii ,les mes tendres ont besoin de la facilit chez une femme pour encourager la cristallisation4 ,,xviii ,une femme croit entendre la voix du public dans le premier sot ou la premire amie perfide qui se dclare auprs d'elle l'interprte fidle du public4 ,,xix ,il y a un plaisir dlicieux serrer dans ses bras une femme qui vous a fait beaucoup de mal1 qui a t votre cruelle ennemie pendant longtemps et qui est prte l'tre encore4 ,bonheur des officiers franais en ,espagne1 #ahab4 ,,xx ,il faut la solitude pour jouir de son coeur et pour aimer1 mais il faut tre rpandu dans le monde pour russir4 ,,xxi ,toutes les observations des ,franais sur l'amour sont bien crites1 avec exactitude1 point outres1 mais ne portent que des affectations1 lgres1 disait l'aimable cardinal ,lante4 ,,xxii ,tous les mouvements de passion de la comdie des ,innamorati de ,goldoni sont excellents1 c'est le style et les penses qui rvoltent par la plus dgotante bassesse3 c'est le contraire d'une comdie franaise4 ,,xxiii ,jeunesse de #ahbb4 ,qui dit penchant srieux1 disposition active1 dit sacrifice du prsent l'avenir3 rien n'lve l'me comme le pouvoir et l'habitude de tels sacrifices4 ,je vois plus de probabilit pour les grandes passions en #ahcb qu'en #aggb4 ,,xxiv ,le temprament bilieux1 quand il n'a pas des formes trop repoussantes1 est peut-tre celui de tous qui est le plus propre frapper et nourrir l'imagination des femmes4 ,si le temprament bilieux n'est pas plac dans de belles circonstances1 comme le ,lauzun de ,saint-,simon 7,mmoires1 tome ,v1 #chj71 le difficile1 c'est de s'y accoutumer4 ,mais1 une fois ce caractre saisi par une femme1 il doit l'entraner4 ,oui1 mme le sauvage et fanatique ,balfour 7,old ,mortality74 ,c'est pour elles le contraire du prosaque4 ,,xxv ,en amour on doute souvent de ce qu'on croit le plus 7la ,r4 #cee74 ,dans toute autre passion1 l'on ne doute plus de ce qu'on s'est une fois prouv4 ,,xxvi ,les vers furent invents pour aider la mmoire4 ,plus tard on les conserva pour augmenter le plaisir par la vue de la difficult vaincue4 ,les garder aujourd'hui dans l'art dramatique1 reste de barbarie4 ,exemple3 l'ordonnance de la cavalerie1 mise en vers par ,m4 de ,bonnay4 ,,xxvii ,tandis que ce servant jaloux se nourrit d'ennui1 d'avarice1 de haine et de passions vnneuses et froides1 je passe une nuit heureuse rver elle1 elle qui me traite mal par mfiance4 ,,xxviii ,il n'y a qu'une grande me qui ose avoir un style simple2 c'est pour cela que ,rousseau a mis tant de rhtorique dans la ,nouvelle ,hlose1 ce qui la rend illisible trente ans4 ,,xxix ,le plus grand reproche que nous puissions nous faire est assurment de laisser s'vanouir1 comme ces fantmes lgers que produit le sommeil1 les ides d'honneur et de justice qui de temps en temps s'lvent dans notre coeur4 ,lettre de ,jena1 mars #ahai4 ,,xxx ,une femme honnte est la campagne1 elle passe une heure dans la serre chaude avec son jardinier2 des gens dont elle a contrari les vues l'accusent d'avoir trouv un amant dans ce jardinier4 ,que rpondre8 ,absolument parlant1 la chose est possible4 ,elle pourrait dire3 ,mon caractre jure pour moi1 voyez les moeurs de toute ma vie2 mais ces choses sont galement invisibles1 et aux mchants qui ne veulent rien voir1 et aux sots qui ne peuvent rien voir4 ,,salviati1 ,rome1 #bc juillet #ahai4 ,,xxxi ,j'ai vu un homme dcouvrir que son rival tait aim1 et celui-ci ne pas le voir cause de sa passion4 ,,xxxii ,plus un homme est perdument amoureux1 plus grande est la violence qu'il est oblig de se faire pour oser risquer de fcher la femme qu'il aime et lui prendre la main4 ,,xxxiii ,rhtorique ridicule1 mais la diffrence de celle de ,rousseau inspire par la vraie passion3 ,mmoires de ,m4 de ,mau9999991 lettre de ,s9999994 ,,xxxiv ,naturel4 ,j'ai vu1 ou j'ai cru voir ce soir le triomphe du naturel dans une jeune personne qui1 il est vrai1 me semble avoir un grand caractre4 ,elle adore un de ses cousins1 cela me semble vident1 et elle doit s'tre avou elle-mme l'tat de son coeur4 ,ce cousin l'aime2 mais1 comme elle est trs srieuse avec lui1 il croit ne pas plaire1 et se laisse entraner aux marques de prfrence que lui donne ,clara1 une jeune veuve amie de ,mlanie4 ,je crois qu'il va l'pouser2 ,mlanie le voit et souffre tout ce qu'un coeur fier et rempli malgr lui d'une passion violente peut souffrir4 ,elle n'aurait qu' changer un peu ses manires2 mais elle regarde comme une bassesse qui aurait des consquences durant toute sa vie de s'carter un instant du naturel4 ,,xxxv ,sapho ne vit dans l'amour que le dlire des sens ou le plaisir physique sublim par la cristallisation4 ,anacron y chercha un amusement pour les sens et pour l'esprit4 ,il y avait trop peu de sret dans l'antiquit pour qu'on et le loisir d'avoir un amour-passion4 ,,xxxvi ,il ne me faut que le fait prcdent pour rire un peu des gens qui trouvent ,homre suprieur au ,tasse4 ,l'amour-passion existait du temps d',homre et pas trs loin de la ,grce4 ,,xxxvii ,femme tendre1 qui cherchez voir si l'homme que vous adorez vous aime d'amour-passion1 tudiez la premire jeunesse de votre amant4 ,tout homme distingu fut d'abord1 ses premiers pas dans la vie1 un enthousiaste ridicule ou un infortun4 ,l'homme l'humeur gaie et douce1 et au bonheur facile1 ne peut aimer avec la passion qu'il faut votre coeur4 ,je n'appelle passion que celle qu'ont prouve de longs malheurs1 et de ces malheurs que les romans se gardent bien de peindre1 et d'ailleurs qu'ils ne peuvent pas peindre4 ,,xxxviii ,une rsolution forte change sur-le-champ le plus extrme malheur en un tat supportable4 ,le soir d'une bataille perdue1 un homme fuit toutes jambes sur un cheval harass2 il entend distinctement le galop du groupe de cavaliers qui le poursuivent2 tout coup il s'arrte1 descend de cheval1 renouvelle l'amorce de sa carabine et de ses pistolets1 et prend la rsolution de se dfendre4 ,a l'instant1 au lieu de voir la mort1 il voit la croix de la ,lgion d'honneur4 ,,xxxix ,fond des moeurs anglaises4 ,vers #agcj1 quand nous avions dj ,voltaire et ,fontenelle1 on inventa en ,angleterre une machine pour sparer le grain qu'on vient de battre des petits fragments de paille2 cela s'oprait au moyen d'une roue qui donnait l'air le mouvement ncessaire pour enlever les fragments de paille2 mais en ce pays biblique les paysans prtendirent qu'il tait impie d'aller contre la volont de la divine ,providence1 et de produire ainsi un vent factice1 au lieu de demander au ciel1 par une ardente prire1 le vent ncessaire pour vanner le bl1 et d'attendre le moment marqu par le dieu d',isral4 ,comparez cela aux paysans franais#bbe4 #bbe ,pour l'tat actuel des moeurs anglaises1 voir la ,vie de ,m4 ,beattie1 crite par un ami intime4 ,on sera difi de l'humilit profonde de ,m4 ,beattie recevant dix guines d'une vieille marquise pour calomnier ,hume4 ,l'aristocratie tremblante s'appuie sur des vques #bjj #jjj livres de rente1 et paye en argent ou en considration des crivains1 prtendus libraux1 pour dire des injures ,chnier 7,edinburg-,review1 #ahba74 ,le cant le plus dgotant pntre partout4 ,tout ce qui n'est pas peinture de sentiments sauvages et nergiques en est touff2 impossible d'crire une page gaie en anglais4 ,,xl ,nul doute que ce ne soit une folie pour un homme de s'exposer l'amour-passion4 ,quelquefois cependant le remde opre avec trop d'nergie4 ,les jeunes ,amricaines des tats-,unis sont tellement pntres et fortifies d'ides raisonnables1 que l'amour1 cette fleur de la vie1 y a dsert la jeunesse4 ,on peut laisser en toute sret1 ,boston1 une jeune fille seule avec un bel tranger1 et croire qu'elle ne songe qu' la dot du futur4 ,,xli ,en ,france1 les hommes qui ont perdu leur femme sont tristes2 les veuves1 au contraire1 gaies et heureuses4 ,il y a un proverbe parmi les femmes sur la flicit de cet tat4 ,il n'y a donc pas d'galit dans le contrat d'union4 ,,xlii ,les gens heureux en amour ont l'air profondment attentif1 ce qui1 pour un ,franais1 veut dire profondment triste4 ,dresde1 #ahah4 ,,xliii ,plus on plat gnralement1 moins on plat profondment4 ,,xliv ,l'imitation des premiers jours de la vie fait que nous contractons les passions de nos parents1 mme quand ces passions empoisonnent notre vie 7,orgueil de ,l474 ,,xlv ,la source la plus respectable de l'orgueil fminin1 c'est la crainte de se dgrader aux yeux de son amant par quelque dmarche prcipite ou par quelque action qui peut lui sembler peu fminine4 ,,xlvi ,le vritable amour rend la pense de la mort frquente1 aise1 sans terreurs1 un simple objet de comparaison1 le prix qu'on donnerait pour bien des choses4 ,,xlvii ,que de fois ne me suis-je pas cri au milieu de mon courage3 ,si quelqu'un me tirait un coup de pistolet dans la tte1 je le remercierais avant que d'expirer si j'en avais le temps6 ,on ne peut avoir de courage envers ce qu'on aime qu'en l'aimant moins4 ,s4 ,fvrier1 #ahbj4 ,,xlviii ,je ne saurais aimer1 me disait une jeune femme2 ,mirabeau et les lettres ,sophie m'ont dgot des grandes mes4 ,ces lettres fatales m'ont fait l'impression d'une exprience personnelle4 ,cherchez ce qu'on ne voit jamais dans les romans2 que deux ans de constance avant l'intimit vous assurent du coeur de votre amant4 ,,xlix ,le ridicule effraye l'amour4 ,le ridicule impossible en ,italie1 ce qui est de bon ton ,venise est bizarre ,naples1 donc rien n'est bizarre4 ,ensuite rien de ce qui fait plaisir n'est blm4 ,voil qui tue l'honneur bte1 et une moiti de la comdie4 ,l ,les enfants commandent par les larmes1 et quand on ne les coute pas1 ils se font mal exprs4 ,les jeunes femmes se piquent d'amour-propre4 ,,li ,c'est une rflexion commune1 mais que sous ce prtexte l'on oublie de croire1 que tous les jours les mes qui sentent deviennent plus rares1 et les esprits cultivs plus communs4 ,,lii ,orgueil fminin4 ,bologne1 #ah avril1 #b heures du matin4 ,je viens de voir un exemple frappant2 mais1 tout calcul fait1 il faudrait quinze pages pour en donner une ide juste1 j'aimerais mieux1 si j'en avais le courage1 noter les consquences de ce que j'ai vu n'en pas douter4 ,voil donc une conviction qu'il faut renoncer communiquer4 ,il y a trop de petites circonstances4 ,cet orgueil est l'oppos de la vanit franaise4 ,autant que je puis m'en souvenir1 le seul ouvrage o je l'aie vu esquiss1 c'est la partie des ,mmoires de ,mme ,roland o elle conte les petits raisonnements qu'elle faisait tant fille4 ,,liii ,en ,france1 la plupart des femmes ne font aucun cas d'un jeune homme jusqu' ce qu'elles en aient fait un fat4 ,ce n'est qu'alors qu'il peut flatter la vanit4 ,,duclos4 ,,liv ,modne1 #ahbj4 ,zilietti me dit minuit1 chez l'aimable ,marchesina ,r4443 ,je n'irai pas dner ,san-,michelle 7c'est une auberge72 hier j'ai dit des bons mots1 j'ai t plaisant en parlant ,cl9999991 cela pourrait me faire remarquer4 ,n'allez pas croire que ,zilietti soit sot ou timide4 ,c'est un homme prudent et fort riche de cet heureux pays-ci4 ,,lv ,ce qu'il faut admirer en ,amrique1 c'est le gouvernement et non la socit4 ,ailleurs1 c'est le gouvernement qui fait le mal4 ,ils ont chang de rle ,boston1 et le gouvernement fait l'hypocrite pour ne pas choquer la socit4 ,,lvi ,les jeunes filles d',italie1 si elles aiment1 sont livres entirement aux inspirations de la nature4 ,elles ne peuvent tre aides tout au plus que par un petit nombre de maximes fort justes qu'elles ont apprises en coutant aux portes4 ,comme si le hasard avait dcid que tout ici concourrait prserver le naturel1 elles ne lisent pas de romans par la raison qu'il n'y en a pas4 ,a ,genve et en ,france1 au contraire1 on fait l'amour seize ans pour faire un roman1 et l'on se demande chaque dmarche et presque chaque larme3 ,ne suis-je pas bien comme ,julie d'tanges8 ,,lvii ,le mari d'une jeune femme qui est adore par son amant qu'elle traite mal1 et auquel elle permet peine de lui baiser la main1 n'a tout au plus que le plaisir physique le plus grossier1 l o le premier trouverait les dlices et les transports du bonheur le plus vif qui existe sur cette terre4 ,,lviii ,les lois de l'imagination sont encore si peu connues1 que j'admets l'aperu suivant qui peut-tre n'est qu'une erreur4 ,je crois distinguer deux espces d'imaginations3 #a ,l'imagination ardente1 imptueuse1 prime-sautire1 conduisant sur-le-champ l'action1 se rongeant elle-mme et languissant si l'on diffre seulement de vingt-quatre heures1 comme celle de ,fabio4 ,l'impatience est son premier caractre1 elle se met en colre contre ce qu'elle ne peut obtenir4 ,elle voit tous les objets extrieurs1 mais ils ne font que l'enflammer1 elle les assimile sa propre substance1 et les tourne sur-le-champ au profit de la passion4 #b ,l'imagination qui ne s'enflamme que peu peu1 lentement1 mais qui avec le temps ne voit plus les objets extrieurs et parvient ne plus s'occuper ni se nourrir que de sa passion4 ,cette dernire espce d'imagination s'accommode fort bien de la lenteur et mme de la raret des ides4 ,elle est favorable la constance4 ,c'est celle de la plupart des pauvres jeunes filles allemandes mourant d'amour et de phtisie4 ,ce triste spectacle1 si frquent au del du ,rhin1 ne se rencontre jamais en ,italie4 ,,lix ,habitudes de l'imagination4 ,un ,franais est rellement choqu de huit changements de dcorations par acte de tragdie4 ,le plaisir de voir ,macbeth est impossible pour cet homme2 il se console en damnant ,shakespeare4 ,,lx ,en ,france1 la province1 pour tout ce qui regarde les femmes1 est quarante ans en arrire de ,paris4 ,a ,c4441 une femme marie me dit qu'elle ne s'est permis de lire que certains morceaux des ,mmoires de ,lauzun4 ,cette sottise me glace1 je ne trouve plus une parole lui dire2 c'est bien l1 en effet1 un livre que l'on quitte4 ,manque de naturel1 grand dfaut des femmes de province4 ,leurs gestes sont multiplis et gracieux4 ,celles qui jouent le premier rle dans leur ville1 pires que les autres4 ,,lxi ,goethe1 ou tout autre homme de gnie allemand1 estime l'argent ce qu'il vaut4 ,il ne faut penser qu' sa fortune1 tant qu'on n'a pas six mille francs de rente1 et puis n'y plus penser4 ,le sot1 de son ct1 ne comprend pas l'avantage qu'il y a sentir et penser comme ,goethe2 toute sa vie1 il ne sent que par l'argent et ne pense qu' l'argent4 ,c'est par le mcanisme de ce double vote que dans le monde les prosaques semblent l'emporter sur les coeurs nobles4 ,,lxii ,en ,europe1 le dsir est enflamm par la contrainte2 en ,amrique1 il s'mousse par la libert4 ,,lxiii ,une certaine manie discutante s'est empare de la jeunesse et l'enlve l'amour4 ,en examinant si ,napolon a t utile la ,france1 on laisse s'enfuir l'ge d'aimer4 ,mme parmi ceux qui veulent tre jeunes1 l'affectation de la cravate1 de l'peron1 de l'air martial1 l'occupation de soi1 fait oublier de regarder cette jeune fille qui passe d'un air si simple et laquelle son peu de fortune ne permet de sortir qu'une fois tous les huit jours4 ,,lxiv ,j'ai supprim le chapitre ,prude1 et quelques autres4 ,je suis heureux de trouver le passage suivant dans les mmoires d',horace ,walpole3 ,,the ,,two ,,elisabeths4 ,let us compare the daughters of two ferocious men1 and see which was sovereign of a civilised nation1 which of a barbarous one4 ,both were ,elisabeths4 ,the daughter of ,peter 7of ,russia7 was absolute yet spared a competitor and a rival2 and thought the person of an empress had sufficient allurements for as many of her subjects as she chose to honour with the communication4 ,elisabeth of ,england could neither forgive the claim of ,mary ,stuart nor her charms1 but ungenerously imprisoned her 7as ,george ,,iv did ,napolon71 when imploring protection1 and without the sanction of either despotism or law1 sacrificed many to her great and little jealousy4 ,yet this ,elisabeth1 piqued herself on chastity2 and while she practised every ridiculous art of coquetry to be admired at an unseemly age1 kept off lovers whom she encouraged1 and neither gratified her own desires nor their ambition4 ,who can help preferring the honest1 open-hearted barbarian empress8 7,,lord ,,oxford's ,memoirs47 ,,lxv ,l'extrme familiarit peut dtruire la cristallisation4 ,une charmante jeune fille de seize ans devenait amoureuse d'un beau jeune homme du mme ge1 qui ne manquait pas chaque soir1 la tombe de la nuit#bbf1 de passer sous ses fentres4 ,la mre l'invite passer huit jours la campagne4 ,le remde tait hardi1 j'en conviens1 mais la jeune fille avait une me romanesque1 et le beau jeune homme tait un peu plat3 elle le mprisa au bout de trois jours4 #bbf ,a l',ave ,maria4 ,,lxvi ,bologne1 #ag avril #ahag4 ,ave ,maria 7twilight71 en ,italie1 heure de la tendresse1 des plaisirs de l'me et de la mlancolie3 sensation augmente par le son de ces belles cloches4 ,heures des plaisirs1 qui ne tiennent aux sens que par les souvenirs4 ,,lxvii ,le premier amour d'un jeune homme qui entre dans le monde est ordinairement un amour ambitieux4 ,il se dclare rarement pour une jeune fille douce1 aimable1 innocente4 ,comment trembler1 adorer1 se sentir en prsence d'une divinit8 ,un adolescent a besoin d'aimer un tre dont les qualits l'lvent ses propres yeux4 ,c'est au dclin de la vie qu'on en revient tristement aimer le simple et l'innocent1 dsesprant du sublime4 ,entre les deux se place l'amour vritable1 qui ne pense rien qu' soi-mme4 ,,lxviii ,les grandes mes ne sont pas souponnes1 elles se cachent2 ordinairement il ne parat qu'un peu d'originalit4 ,il y a plus de grandes mes qu'on ne le croirait4 ,,lxix ,quel moment que le premier serrement de main de la femme qu'on aime6 ,le seul bonheur comparer celui-ci est le ravissant bonheur du ,pouvoir1 celui que les ministres et rois font semblant de mpriser4 ,ce bonheur a aussi sa cristallisation1 qui demande une imagination plus froide et plus raisonnable4 ,voyez un homme qui vient d'tre nomm ministre1 depuis un quart d'heure1 par ,napolon4 ,,lxx ,la nature a donn la force au ,nord et l'esprit au ,midi1 me disait le clbre ,jean de ,muller ,cassel1 en #ahjh4 ,,lxxi ,rien de plus faux que la maxime3 ,nul n'est hros pour son valet de chambre1 ou plutt rien de plus vrai dans le sens monarchique3 hros affect comme l',hippolyte de ,phdre4 ,desaix1 par exemple1 aurait t un hros mme pour son valet de chambre 7je ne sais1 il est vrai1 s'il en avait un71 et plus hros pour son valet de chambre que pour tout autre4 ,sans le bon ton et le degr de comdie indispensable1 ,turenne et ,fnelon eussent t des ,desaix4 ,,lxxii ,voici un blasphme3 ,moi1 ,hollandais1 j'ose dire3 les ,franais n'ont ni le vrai plaisir de la conversation1 ni le vrai plaisir du thtre3 au lieu de dlassement et de laisser aller parfait1 c'est un travail4 ,au nombre des fatigues qui ont ht la mort de ,mme de ,stal1 j'ai ou compter le travail de la conversation pendant son dernier hiver#bbg4 #bbg ,mmoires de ,marmontel1 conversation de ,montesquieu4 ,w4 ,,lxxiii ,le degr de tension des nerfs de l'oreille1 pour couter chaque note1 explique assez bien la partie physique du plaisir de la musique4 ,,lxxiv ,ce qui avilit les femmes galantes1 c'est l'ide qu'elles ont et qu'on a qu'elles commettent une grande faute4 ,,lxxv ,a l'arme1 dans une retraite1 avertissez d'un pril inutile braver un soldat italien1 il vous remercie presque et l'vite soigneusement4 ,indiquez le mme pril par humanit un soldat franais1 il croit que vous le dfiez1 se pique d'amour-propre1 et court aussitt s'y exposer4 ,s'il l'osait1 il chercherait se moquer de vous4 ,gyat1 #ahab4 ,,lxxvi ,toute ide extrmement utile1 si elle ne peut tre expose qu'en des termes fort simples1 sera ncessairement mprise en ,france4 ,jamais l'enseignement mutuel n'et pris1 trouv par un ,franais4 ,c'est exactement le contraire en ,italie4 ,,lxxvii#bbh 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 #bbh ,on a supprim ici un passage qui se trouve dj dans le chapitre ,,lx4 ,,lxxviii ,en amour1 quand on divise de l'argent1 on augmente l'amour2 quand on en donne1 on tue l'amour4 ,on loigne le malheur actuel1 et pour l'avenir l'odieux de la crainte de manquer1 ou bien l'on fait natre la politique et le sentiment d'tre deux1 on dtruit la sympathie4 ,,lxxix 7,messe des ,tuileries1 #ahaa47 ,les crmonies de la cour avec les poitrines dcouvertes des femmes1 qu'elles talent l comme les officiers leurs uniformes1 et sans que tant de charmes fassent plus de sensation1 rappellent involontairement l'esprit les scnes de l',artin4 ,on voit ce que tout le monde fait par intrt d'argent pour plaire un homme2 on voit tout un public agir la fois sans morale et surtout sans passion4 ,cela joint la prsence de femmes trs dcolletes avec la physionomie de la mchancet et le rire sardonique pour tout ce qui n'est pas intrt personnel pay comptant par de bonnes jouissances1 donne l'ide des scnes du ,bagno1 et jette bien loin toute difficult fonde sur la vertu ou sur la satisfaction intrieure d'une me contente d'elle-mme4 ,j'ai vu1 au milieu de tout cela1 le sentiment de l'isolement disposer les coeurs tendres l'amour4 ,,lxxx ,si l'me est employe avoir de la mauvaise honte et la surmonter1 elle ne peut pas avoir du plaisir4 ,le plaisir est un luxe2 pour en jouir1 il faut que la sret1 qui est le ncessaire1 ne coure aucun risque4 ,,lxxxi ,marque d'amour que ne savent pas feindre les femmes intresses4 ,y a-t-il une vritable joie dans la rconciliation8 ou songe-t-on aux avantages en retirer8 ,,lxxxii ,les pauvres gens qui peuplent la ,trappe sont des malheureux qui n'ont pas eu tout fait assez de courage pour se tuer4 ,j'excepte toujours les chefs qui ont le plaisir d'tre chefs4 ,,lxxxiii ,c'est un malheur d'avoir connu la beaut italienne3 on devient insensible4 ,hors de l',italie1 on aime mieux la conversation des hommes4 ,,lxxxiv ,la prudence italienne tend se conserver la vie1 ce qui admet le jeu de l'imagination 7,voir une version de la mort du fameux acteur comique ,pertica1 le #bd dcembre #ahba74 ,la prudence anglaise1 toute relative amasser ou conserver assez d'argent pour couvrir la dpense1 rclame au contraire une exactitude minutieuse et de tous les jours1 habitude qui paralyse l'imagination4 ,remarquez qu'elle donne en mme temps la plus grande force l'ide du devoir4 ,,lxxxv ,l'immense respect pour l'argent1 grand et premier dfaut de l',anglais et de l',italien1 est moins sensible en ,france1 et tout fait rduit de justes bornes en ,allemagne4 ,,lxxxvi ,les femmes franaises n'ayant jamais vu le bonheur des passions vraies1 sont peu difficiles sur le bonheur intrieur de leur mnage et le tous les jours de la vie4 ,compigne4 ,,lxxxvii ,vous me parlez d'ambition comme chasse-ennui1 disait ,kamensky2 tout le temps que je faisais chaque soir deux lieues au galop pour aller voir la princesse ,kolich4 ,j'tais en socit intime avec un despote que je respectais1 qui avait tout mon bonheur en son pouvoir et la satisfaction de tous mes dsirs possibles4 ,wilna1 #ahab4 ,,lxxxviii ,la perfection dans les petits soins de savoir-vivre et de toilette1 une grande bont1 nul gnie1 de l'attention pour une centaine de petites choses chaque jour1 l'incapacit de s'occuper plus de trois jours d'un mme vnement2 joli contraste avec la svrit puritaine1 la cruaut biblique1 la probit stricte1 l'amour-propre timide et souffrant1 le cant universel2 et cependant voil les deux premiers peuples du monde6 ,,lxxxix ,puisque1 parmi les princesses1 il y a eu une ,catherine ,,ii impratrice1 pourquoi1 parmi les bourgeoises1 n'y aurait-il pas une femme ,samuel ,bernard ou ,lagrange8 ,,xc ,alviza appelle un manque de dlicatesse impardonnable d'oser crire des lettres o vous parlez d'amour une femme que vous adorez1 et qui1 en vous regardant tendrement1 vous jure qu'elle ne vous aimera jamais4 ,,xci ,il a manqu au plus grand philosophe qu'aient eu les ,franais de vivre dans quelque solitude des ,alpes1 dans quelque sjour loign1 et de lancer de l son livre dans ,paris sans y venir jamais lui mme4 ,voyant ,helvtius si simple et si honnte homme1 jamais des gens musqus et affects comme ,suard1 ,marmontel1 ,diderot1 ne purent penser que c'tait l un grand philosophe4 ,ils furent de bonne foi en mprisant sa raison profonde2 d'abord elle tait simple1 pch irrmissible en ,france2 en second lieu1 l'homme1 non pas le livre1 tait rabaiss par une faiblesse3 il attachait une importance extrme avoir ce qu'on appelle en ,france de la gloire1 tre la mode parmi les contemporains comme ,balzac1 ,voiture1 ,fontenelle4 ,rousseau avait trop de sensibilit et trop peu de raison1 ,buffon trop d'hypocrisie son jardin des plantes1 ,voltaire trop d'enfantillage dans la tte1 pour pouvoir juger le principe d',helvtius4 ,ce philosophe commit la petite maladresse d'appeler ce principe l'intrt1 au lieu de lui donner le joli nom de plaisir#bbi1 mais que penser du bon sens de toute une littrature qui se laisse fourvoyer par une aussi petite faute8 #bbi ,torva leoena lupum sequitur1 lupus ipse capellam2 ,florentem cytisum sequitur lasciva capella4 4 4 4 4 4 ,trahit sua quemque voluptas4 ,,virgile1 glogue ,,ii4 ,un homme d'esprit ordinaire1 le prince ,eugne de ,savoie1 par exemple1 la place de ,rgulus1 serait rest tranquillement ,rome1 o il se serait mme moqu de la btise du snat de ,carthage2 ,rgulus y retourne4 ,le prince ,eugne aurait suivi son intrt exactement comme ,rgulus suivit le sien4 ,dans presque tous les vnements de la vie1 une me gnreuse voit la possibilit d'une action dont l'me commune n'a pas mme l'ide4 ,a l'instant mme o la possibilit de cette action devient visible l'me gnreuse1 il est de son intrt de la faire4 ,si elle n'excutait pas cette action qui vient de lui apparatre1 elle se mpriserait soi-mme2 elle serait malheureuse4 ,on a des devoirs suivant la porte de son esprit4 ,le principe d',helvtius est vrai1 mme dans les exaltations les plus folles de l'amour1 mme dans le suicide4 ,il est contre sa nature1 il est impossible que l'homme ne fasse pas toujours1 et dans quelque instant que vous vouliez le prendre1 ce qui dans le moment est possible et lui fait le plus de plaisir4 ,,xcii ,avoir de la fermet dans le caractre1 c'est avoir prouv l'effet des autres sur soi-mme2 donc il faut les autres4 ,,xciii ,l'amour antique4 ,l'on n'a point imprim de lettres d'amour posthumes des dames romaines4 ,ptrone a fait un livre charmant1 mais n'a peint que la dbauche4 ,pour l'amour ,rome1 aprs la ,didon#bcj et la seconde glogue de ,virgile1 nous n'avons rien de plus prcis que les crits des trois grands potes1 ,ovide1 ,tibulle et ,properce4 #bcj ,voir le regard de ,didon1 dans la superbe esquisse de ,m4 ,gurin au ,luxembourg4 ,or1 les lgies de ,parny ou la lettre d',hlose ,abeilard1 de ,colardeau1 sont des peintures bien imparfaites et bien vagues si on les compare quelques lettres de la ,nouvelle-,hlose1 celles d'une ,religieuse portugaise1 de ,mlle de ,lespinasse1 de la ,sophie de ,mirabeau1 de ,werther1 etc41 etc4 ,la posie1 avec ses comparaisons obliges1 sa mythologie que ne croit pas le pote1 sa dignit de style la ,louis ,,xiv1 et tout l'attirail de ses ornements appels potiques1 est bien au-dessous de la prose ds qu'il s'agit de donner une ide claire et prcise des mouvements du coeur2 or1 dans ce genre1 on n'meut que par la clart4 ,tibulle1 ,ovide et ,properce furent de meilleur got que nos potes2 ils ont peint l'amour tel qu'il put exister chez les fiers citoyens de ,rome2 encore vcurent-ils sous ,auguste1 qui1 aprs avoir ferm le temple de ,janus1 cherchait ravaler les citoyens l'tat de sujets loyaux d'une monarchie4 ,les matresses de ces trois grands potes furent des femmes coquettes1 infidles et vnales2 ils ne cherchrent auprs d'elles que des plaisirs physiques1 et je croirais qu'ils n'eurent jamais l'ide des sentiments sublimes#bca qui1 treize sicles plus tard1 firent palpiter le sein de la tendre ,hlose4 #bca ,tout ce qu'il y a de beau au monde tait devenu partie de la beaut de la femme que vous aimez1 vous vous trouvez dispos faire tout ce qu'il y a de beau au monde4 ,j'emprunte le passage suivant un littrateur distingu et qui connat beaucoup mieux que moi les potes latins3 ,le brillant gnie d',ovide#bcb1 l'imagination de ,properce1 l'me sensible de ,tibulle1 leur inspirrent sans doute des vers de nuances diffrentes1 mais ils aimrent de la mme manire des femmes peu prs de la mme espce4 ,ils dsirent1 ils triomphent1 ils ont des rivaux heureux1 ils sont jaloux ils se brouillent et se raccommodent2 ils sont infidles leur tour1 on leur pardonne et ils retrouvent un bonheur qui bientt est troubl par le retour des mmes chances4 #bcb ,guinguen1 ,histoire littraire de l',italie1 vol4 ,,ii1 page #dij4 ,corinne est marie4 ,la premire leon que lui donne ,ovide est pour lui apprendre par quelle adresse elle doit tromper son mari2 quels signes ils doivent se faire devant lui et devant le monde1 pour s'entendre et n'tre entendus que d'eux seuls4 ,la jouissance suit de prs2 bientt des querelles1 et1 ce qu'on n'attendrait pas d'un homme aussi galant qu',ovide1 des injures et des coups2 puis des excuses1 des larmes et le pardon4 ,il s'adresse quelquefois des subalternes1 des domestiques1 au portier de son amie pour qu'il lui ouvre la nuit1 une maudite vieille qui la corrompt et lui apprend se donner prix d'or un vieil eunuque qui la garde1 une jeune esclave pour qu'elle lui remette des tablettes o il demande un rendez-vous4 ,le rendez-vous est refus3 il maudit ses tablettes1 qui ont eu un si mauvais succs4 ,il en obtient un plus heureux3 il s'adresse l',aurore pour qu'elle ne vienne pas interrompre son bonheur4 ,bientt il s'accuse de ses nombreuses infidlits1 de son got pour toutes les femmes4 ,un instant aprs1 ,corinne est aussi infidle2 il ne peut supporter l'ide qu'il lui a donn des leons dont elle profite avec un autre4 ,corinne son tour est jalouse2 elle s'emporte en femme plus colre que tendre2 elle l'accuse d'aimer une jeune esclave4 ,il lui jure qu'il n'en est rien1 et il crit cette esclave2 et tout ce qui avait fch ,corinne tait vrai4 ,comment l'a-t-elle pu savoir6 ,quels indices les ont trahis8 ,il demande la jeune esclave un nouveau rendez-vous4 ,si elle le lui refuse1 il menace de tout avouer ,corinne4 ,il plaisante avec un ami de ses deux amours1 de la peine et des plaisirs qu'ils lui donnent4 ,peu aprs c'est ,corinne seule qui l'occupe4 ,elle est toute lui4 ,il chante son triomphe comme si c'tait sa premire victoire4 ,aprs quelques incidents que1 pour plus d'une raison1 il faut laisser dans ,ovide1 et d'autres qu'il serait trop long de rappeler1 il se trouve que le mari de ,corinne est devenu trop facile4 ,il n'est plus jaloux2 cela dplat l'amant1 qui le menace de quitter sa femme s'il ne reprend sa jalousie4 ,le mari lui obit trop2 il fait si bien surveiller ,corinne1 qu',ovide ne peut plus en approcher4 ,il se plaint de cette surveillance qu'il a provoque1 mais il saura bien la tromper2 par malheur il n'est pas le seul y parvenir4 ,les infidlits de ,corinne recommencent et se multiplient2 ses intrigues deviennent si publiques1 que la seule grce qu',ovide lui demande1 c'est qu'elle prenne quelque peine pour le tromper1 et qu'elle se montre un peu moins videmment ce qu'elle est4 ,telles furent les moeurs d',ovide et de sa matresse1 tel est le caractre de leurs amours4 ,cinthie est le premier amour de ,properce1 et ce sera le dernier4 ,ds qu'il est heureux1 il est jaloux4 ,cinthie aime trop la parure2 il lui demande de fuir le luxe et d'aimer la simplicit4 ,il est livr lui-mme plus d'un genre de dbauche4 ,cinthie l'attend2 il ne se rend qu'au matin auprs d'elle1 sortant de table et pris de vin4 ,il la trouve endormie2 elle est longtemps sans que tout le bruit qu'il fait1 sans que ses caresses mmes la rveillent2 elle ouvre enfin ses yeux et lui fait les reproches qu'il mrite4 ,un ami veut le dtacher de ,cinthie2 il fait cet ami l'loge de sa beaut1 de ses talents4 ,il est menac de la perdre3 elle part avec un militaire2 elle veut suivre les camps1 elle s'expose tout pour suivre son soldat4 ,properce ne s'emporte point1 il pleure1 il fait des voeux pour qu'elle soit heureuse4 ,il ne sortira point de la maison qu'elle a quitte2 il ira au-devant des trangers qui l'auront vue2 il ne cessera de les interroger sur ,cinthie4 ,elle est touche de tant d'amour4 ,elle quitte le soldat et reste avec le pote4 ,il remercie ,apollon et les muses2 il est ivre de son bonheur4 ,ce bonheur est bientt troubl par de nouveaux accs de jalousie1 interrompu par l'loignement et par l'absence4 ,loin de ,cinthie1 il ne s'occupe que d'elle4 ,ses infidlits passes lui en font craindre de nouvelles4 ,la mort ne l'effraye pas1 il ne craint que de perdre ,cinthie2 qu'il soit sr qu'elle lui sera fidle1 il descendra sans regret au tombeau4 ,aprs de nouvelles trahisons1 il s'est cru dlivr de son amour1 mais bientt il reprend ses fers4 ,il fait le portrait le plus ravissant de sa matresse1 de sa beaut1 de l'lgance de sa parure1 de ses talents pour le chant1 la posie et la danse2 tout redouble et justifie son amour4 ,mais ,cinthie1 aussi perverse qu'elle est aimable1 se dshonore dans toute la ville par des aventures d'un tel clat1 que ,properce ne peut plus l'aimer sans honte4 ,il en rougit1 mais il ne peut se dtacher d'elle4 ,il sera son amant1 son poux2 jamais il n'aimera que ,cinthie4 ,ils se quittent et se reprennent encore4 ,cinthie est jalouse1 il la rassure4 ,jamais il n'aimera une autre femme4 ,ce n'est point en effet une seule femme qu'il aime3 ce sont toutes les femmes4 ,il n'en possde jamais assez1 il est insatiable de plaisirs4 ,il faut1 pour le rappeler lui-mme1 que ,cinthie l'abandonne encore4 ,ses plaintes alors sont aussi vives que si jamais il n'et t infidle lui-mme4 ,il veut fuir4 ,il se distrait par la dbauche4 ,il s'tait enivr comme son ordinaire4 ,il feint qu'une troupe d'amours le rencontre et le ramne aux pieds de ,cinthie4 ,leur raccommodement est suivi de nouveaux orages4 ,cinthie1 dans un de leurs soupers1 s'chauffe de vin comme lui1 renverse la table1 lui jette les coupes la tte2 il trouve cela charmant4 ,de nouvelles perfidies le forcent enfin rompre sa chane2 il veut partir2 il va voyager dans la ,grce2 il fait tout le plan de son voyage1 mais il renonce ce projet1 et c'est pour se voir encore l'objet de nouveaux outrages4 ,cinthie ne se borne plus le trahir1 elle le rend la rise de ses rivaux2 mais une maladie vient la saisir1 elle meurt4 ,elle lui reproche ses infidlits1 ses caprices1 l'abandon o il l'a laisse ses derniers moments1 et jure qu'elle-mme1 malgr les apparences1 lui fut toujours fidle4 ,telles sont les moeurs et les aventures de ,properce et de sa matresse2 telle est en abrg l'histoire de leurs amours4 ,voil la femme qu'une me comme celle de ,properce fut rduite aimer4 ,ovide et ,properce furent souvent infidles1 mais jamais inconstants4 ,ce sont deux libertins fixs qui portent souvent et l leurs hommages1 mais qui reviennent toujours reprendre la mme chane4 ,corinne et ,cinthie ont toutes les femmes pour rivales3 elles n'en ont particulirement aucune4 ,la muse de ces deux potes est fidle si leur amour ne l'est pas1 et aucun autre nom que ceux de ,corinne et de ,cinthie ne figure dans leurs vers4 ,tibulle1 amant et pote plus tendre1 moins vif et moins emport qu'eux dans ses gots1 n'a pas la mme constance4 ,trois beauts sont l'une aprs l'autre les objets de son amour et de ses vers4 ,dlie est la premire1 la plus clbre et aussi la plus aime4 ,tibulle a perdu sa fortune1 mais il lui reste la campagne et ,dlie2 qu'il la possde dans la paix des champs1 qu'il puisse en expirant presser la main de ,dlie dans la sienne2 qu'elle suive en pleurant sa pompe funbre1 il ne forme point d'autres voeux4 ,dlie est enferme par un mari jaloux3 il pntrera dans sa prison malgr les ,argus et les triples verrous4 ,il oubliera dans ses bras toutes ses peines4 ,il tombe malade1 et ,dlie seule l'occupe1 il l'engage tre toujours chaste1 mpriser l'or1 n'accorder qu' lui ce qu'il a obtenu d'elle4 ,mais ,dlie ne suit point ce conseil4 ,il a cru pouvoir supporter son infidlit3 il y succombe et demande grce ,dlie et ,vnus4 ,il cherche dans le vin un remde qu'il n'y trouve pas2 il ne peut ni adoucir ses regrets1 ni se gurir de son amour4 ,il s'adresse au mari de ,dlie1 tromp comme lui2 il lui rvle toutes les ruses dont elle se sert pour attirer et pour voir ses amants4 ,si ce mari ne sait pas la garder1 qu'il la lui confie3 il saura bien les carter et garantir de leurs piges celle qui les outrage tous deux4 ,il s'apaise1 il revient elle1 il se souvient de la mre de ,dlie1 qui protgeait leurs amours2 le souvenir de cette bonne femme rouvre son coeur des sentiments tendres1 et tous les torts de ,dlie sont oublis4 ,mais elle en a bientt de plus graves4 ,elle s'est laiss corrompre par l'or et les prsents1 elle est un autre1 d'autres4 ,tibulle rompt enfin une chane honteuse1 et lui dit adieu pour toujours4 ,il passe sous les lois de ,nmsis et n'en est pas plus heureux2 elle n'aime que l'or1 et se soucie peu des vers et des dons du gnie4 ,nmsis est une femme avare qui se donne au plus offrant2 il maudit son avarice1 mais il l'aime et ne peut vivre s'il n'en est aim4 ,il tche de la flchir par des images touchantes4 ,elle a perdu sa jeune soeur2 il ira pleurer sur son tombeau1 et confier ses chagrins cette tendre muette4 ,les mnes de la soeur de ,nmsis s'offenseront des larmes que ,nmsis fait rpandre4 ,qu'elle n'aille pas mpriser leur colre4 ,la triste image de sa soeur viendrait la nuit troubler son sommeil444 ,mais ces tristes souvenirs arrachent des pleurs ,nmsis4 ,il ne veut point ce prix acheter mme le bonheur4 ,nra est sa troisime matresse4 ,il a joui longtemps de son amour2 il ne demande aux dieux que de vivre et mourir avec elle2 mais elle part1 elle est absente2 il ne peut s'occuper d'elle1 il ne demande qu'elle aux dieux2 il a vu en songe ,apollon1 qui lui a annonc que ,nra l'abandonne4 ,il refuse de croire ce songe2 il ne pourrait survivre ce malheur1 et cependant ce malheur existe4 ,nra est infidle2 il est encore une fois abandonn4 ,tel fut le caractre et le sort de ,tibulle1 tel est le triple et assez triste roman de ses amours4 ,c'est en lui surtout qu'une douce mlancolie domine1 qu'elle donne mme au plaisir une teinte de rverie et de tristesse qui en fait le charme4 ,s'il y eut un pote ancien qui mit du moral dans l'amour1 ce fut ,tibulle2 mais ces nuances de sentiment qu'il exprime si bien sont en lui1 il ne songe pas plus que les deux autres les chercher ou les faire natre chez ses matresses3 leurs grces1 leur beaut1 sont tout ce qui l'enflamme2 leurs faveurs1 ce qu'il dsire ou ce qu'il regrette2 leur perfidie1 leur vnalit1 leur abandon1 ce qui le tourmente4 ,de toutes ces femmes devenues clbres par les vers de trois grands potes1 ,cinthie parat la plus aimable4 ,l'attrait des talents se joint en elle tous les autres2 elle cultive le chant1 la posie2 mais1 pour tous ces talents1 qui taient souvent ceux des courtisanes d'un certain ordre1 elle n'en vaut pas mieux3 le plaisir1 l'or et le vin n'en sont pas moins en ce qui la gouverne2 et ,properce1 qui vante une ou deux fois seulement en elle ce got pour les arts1 n'en est pas moins1 dans sa passion pour elle1 matris par une tout autre puissance4 ,ces grands potes furent apparemment au nombre des mes les plus tendres et les plus dlicates de leur sicle1 et voil pourtant qui ils aimrent et comment ils aimrent4 ,ici il faut faire abstraction de toute considration littraire4 ,je ne leur demande qu'un tmoignage sur leur sicle2 et dans deux mille ans un roman de ,ducray-,duminil sera un tmoignage de nos moeurs4 ,,xciii bis4 ,un de mes grands regrets1 c'est de n'avoir pu voir ,venise de #agfjbcc2 une suite de hasards heureux avait runi apparemment1 dans ce petit espace1 et les institutions politiques et les opinions les plus favorables au bonheur de l'homme4 ,une douce volupt donnait tous un bonheur facile4 ,il n'y avait point de combat intrieur et point de crimes4 ,la srnit tait sur tous les visages1 personne ne songeait paratre plus riche1 l'hypocrisie ne menait rien4 ,je me figure que ce devait tre le contraire de ,londres en #ahbb4 #bcc ,voyage du prsident de ,brosses en ,italie1 voyage d',eustace1 de ,sharp1 de ,smolett4 ,,xciv ,si vous remplacez le manque de scurit personnelle par la juste crainte de manquer d'argent1 vous verrez que les tats-,unis d',amrique1 par rapport la passion dont nous essayons une monographie1 ressemblent beaucoup l'antiquit4 ,en parlant des esquisses plus ou moins imparfaites de l'amour-passion que nous ont laisses les anciens1 je vois que j'ai oubli les ,amours de ,mde dans l',argonautique4 ,virgile les a copies dans sa ,didon4 ,comparez cela l'amour tel qu'il est dans un roman moderne3 le doyen de ,killerine1 par exemple4 ,,xcv ,le roman sent les beauts de la nature et des arts avec une force1 une profondeur1 une justesse tonnantes2 mais1 s'il se met vouloir raisonner sur ce qu'il sent avec tant d'nergie1 c'est faire piti4 ,c'est peut-tre que le sentiment lui vient de la nature1 et sa logique1 du gouvernement4 ,on voit sur-le-champ pourquoi les beaux arts1 hors de l',italie1 ne sont qu'une mauvaise plaisanterie2 on en raisonne mieux1 mais le public ne sent pas4 ,,xcvi ,londres1 #bf novembre #ahba4 ,un homme fort raisonnable1 et qui est arriv hier de ,madras1 me dit en deux heures de conversation ce que je rduis aux vingt lignes suivantes3 ,ce sombre1 qu'une cause inconnue fait peser sur le caractre anglais1 pntre si avant dans les coeurs1 qu'au bout du monde1 ,madras1 quand un ,anglais peut obtenir quelques jours de vacance1 il quitte bien vite la riche et florissante ,madras pour venir se drider dans la petite ville franaise de ,pondichry1 qui1 sans richesses et presque sans commerce1 fleurit sous l'administration paternelle de ,m4 ,dupuy4 ,a ,madras on boit du vin de ,bourgogne trente-six francs la bouteille2 la pauvret des ,franais de ,pondichry fait que1 dans les socits les plus distingues1 les rafrachissements consistent en grands verres d'eau4 ,mais on y rit4 ,maintenant il y a plus de libert en ,angleterre qu'en ,prusse4 ,le climat est le mme que celui de ,koenigsberg1 de ,berlin1 de ,varsovie1 villes qui sont loin de marquer par leur tristesse4 ,les classes ouvrires y ont moins de scurit et y boivent tout aussi peu de vin qu'en ,angleterre2 elles sont beaucoup plus mal vtues4 ,les aristocraties de ,venise et de ,vienne ne sont pas tristes4 ,je ne vois qu'une diffrence3 dans les pays gais1 on lit peu la ,bible et il y a de la galanterie4 ,je demande pardon de revenir souvent sur une dmonstration dont je doute4 ,je supprime vingt faits dans le sens du prcdent4 ,,xcvii ,je viens de voir1 dans un beau chteau prs de ,paris1 un jeune homme trs joli1 fort spirituel1 trs riche1 de moins de vingt ans2 le hasard l'y a laiss presque seul1 et pendant longtemps1 avec une fort belle fille de dix-huit ans1 pleine de talents1 de l'esprit le plus distingu1 fort riche aussi4 ,qui ne se serait attendu une passion8 ,rien moins que cela1 l'affectation tait si grande chez ces deux jolies cratures1 que chacune n'tait occupe que de soi et de l'effet qu'elle devait produire4 ,,xcviii ,j'en conviens1 ds le lendemain d'une grande action1 un orgueil sauvage a fait tomber ce peuple dans toutes les fautes et les niaiseries qui se sont prsentes4 ,voici pourtant ce qui m'empche d'effacer les louanges que je donnais autrefois ce reprsentant du moyen ge4 ,la plus jolie femme de ,narbonne est une jeune ,espagnole peine ge de vingt ans1 qui vit l fort retire avec son mari1 ,espagnol aussi et officier en demi-solde4 ,cet officier fut oblig1 il y a quelque temps1 de donner un soufflet un fat3 le lendemain1 sur le champ de bataille1 le fat voit arriver la jeune ,espagnole2 nouveau dluge de propos affects3 ,mais1 en vrit1 c'est une horreur6 comment avez-vous pu dire cela votre femme8 madame vient pour empcher notre combat6--,je viens vous enterrer1 rpond la jeune ,espagnole4 ,heureux le mari qui peut tout dire sa femme4 ,le rsultat ne dmentit pas la fiert du propos4 ,cette action et pass pour peu convenable en ,angleterre4 ,donc la fausse dcence diminue le peu de bonheur qui se trouve ici-bas4 ,,xcix ,l'aimable ,donzan disait hier3 ,dans ma jeunesse1 et jusque bien avant dans ma carrire1 puisque j'avais cinquante ans en #hi1 les femmes portaient de la poudre dans leurs cheveux4 ,je vous avouerai qu'une femme sans poudre me fait rpugnance2 la premire impression est toujours d'une femme de chambre qui n'a pas eu le loisir de faire sa toilette4 ,voil la seule raison contre ,shakespeare et en faveur des units4 ,les jeunes gens ne lisant que la ,harpe1 le got des grands toupets poudrs1 comme ceux que portait la feue reine ,marie-,antoinette1 peut encore durer quelques annes4 ,je connais aussi des gens qui mprisent le ,corrge et ,michel-,ange1 et certes1 ,m4 ,donzan tait homme d'infiniment d'esprit4 ,c ,froide1 brave1 calculatrice1 mfiante1 discutante1 ayant toujours peur d'tre lectrise par quelqu'un qui pourrait se moquer d'elle1 absolument libre d'enthousiasme1 un peu jalouse des gens qui ont vu de grandes choses la suite de ,napolon1 telle tait la jeunesse de ce temps-l1 plus estimable qu'aimable4 ,elle amenait forcment le gouvernement au rabais du centre gauche4 ,ce caractre de la jeunesse se retrouvait jusque parmi les conscrits dont chacun n'aspire qu' finir son temps4 ,toutes les ducations1 donnes exprs ou par hasard1 forment les hommes pour une certaine poque de la vie4 ,l'ducation du sicle de ,louis ,,xv plaait vingt-cinq ans le plus beau moment de ses lves#bcd4 #bcd ,m4 de ,francueil1 quand il portait trop de poudre4 ,mmoires de ,mme d'pinay4 ,c'est quarante que les jeunes gens de ce temps-l seront le mieux1 ils auront perdu la mfiance et la prtention1 et gagn l'aisance et la gaiet4 ,,ci ,discussion entre l'homme de bonne foi et l'homme d',acadmie4 ,dans cette discussion avec l'acadmicien1 toujours l'acadmicien se sauvait en reprenant de petites dates et autres semblables erreurs de peu d'importance2 mais la consquence et qualification naturelle des choses1 il niait toujours1 ou semblait ne pas entendre3 par exemple1 que ,nron et t cruel empereur ou ,charles ,,ii parjure4 ,or1 comment prouver de telles choses1 ou1 les prouvant1 ne pas arrter la discussion gnrale et en perdre le fil8 ,telle manire de discussion ai-je toujours vue entre telles gens1 dont l'un ne cherche que vrit et avancement en icelle1 l'autre faveur de son matre ou parti1 et gloire du bien dire4 ,et j'ai estim grande duperie et perdement de temps en l'homme de bonne loi de s'arrter parler avec lesdits acadmiciens4 7,o,euvres badines de ,guy ,allard de ,voiron7 ,,cii ,il n'y a qu'une trs petite partie de l'art d'tre heureux qui soit une science exacte1 une sorte d'chelle sur laquelle on soit assur de monter sur un chelon chaque sicle3 c'est celle qui dpend du gouvernement3 7encore ceci n'est-il qu'une thorie1 je vois les ,vnitiens de #aggj plus heureux que les gens de ,philadelphie d'aujourd'hui74 ,du reste1 l'art d'tre heureux est comme la posie2 malgr le perfectionnement de toutes choses1 ,homre1 il y a deux mille sept cents ans1 avait plus de talent que lord ,byron4 ,en lisant attentivement ,plutarque1 je crois m'apercevoir qu'on tait plus heureux en ,sicile du temps de ,dion1 quoiqu'on n'et ni imprimerie ni punch la glace1 que nous ne savons l'tre aujourd'hui4 ,j'aimerais mieux tre un ,arabe du ,ve sicle qu'un ,franais du ,x,i,xe4 ,,ciii ,ce n'est jamais cette illusion qui renat et se dtruit chaque seconde que l'on va chercher au thtre1 mais l'occasion de prouver son voisin1 ou du moins soi-mme1 si l'on a la contrarit de n'avoir point de voisin1 que l'on a bien lu son la ,harpe et que l'on est homme de got4 ,c'est un plaisir de vieux pdant que se donne la jeunesse4 ,,civ ,une femme appartient de droit l'homme qui l'aime et qu'elle aime plus que la vie4 ,,cv ,la cristallisation ne peut pas tre excite par des hommes-copies1 et les rivaux les plus dangereux sont les plus diffrents4 ,,cvi ,dans une socit trs avance1 l'amour-passion est aussi naturel que l'amour physique chez les sauvages4 ,m4 ,,cvii ,sans les nuances1 avoir une femme qu'on adore ne serait pas un bonheur et mme serait impossible4 ,l4 #g octobre4 ,,cviii ,d'o vient l'intolrance des stociens8 de la mme source que celles des dvots outrs4 ,ils ont de l'humeur parce qu'ils luttent contre la nature1 qu'ils se privent et qu'ils souffrent4 ,s'ils voulaient s'interroger de bonne foi sur la haine qu'ils portent ceux qui professent une morale moins svre1 ils s'avoueraient qu'elle nat de la jalousie secrte d'un bonheur qu'ils envient et qu'ils se sont interdit1 sans croire aux rcompenses qui les ddommageraient de leurs sacrifices4 ,,diderot4 ,,cix ,les femmes qui ont habituellement de l'humeur pourraient se demander si elles suivent le systme de conduite qu'elles croient sincrement le chemin du bonheur4 ,n'y a-t-il pas un peu de manque de courage accompagn d'un peu de vengeance basse au fond du coeur d'une prude8 ,voir la mauvaise humeur de ,mme ,deshoulires dans ses derniers jours 7,notice de ,m4 ,lemontey74 ,,cx ,rien de plus indulgent1 parce que rien n'est plus heureux1 que la vertu de bonne foi2 mais mistress ,hutchinson elle-mme manque d'indulgence4 ,,cxi ,immdiatement aprs ce bonheur vient celui d'une femme jeune1 jolie1 facile1 qui ne se fait point de reproches4 ,a ,messine on disait du mal de la contessina ,vicenzella3 ,que voulez-vous8 disait-elle1 je suis jeune1 libre1 riche1 et peut-tre pas laide4 ,j'en souhaite autant toutes les femmes de ,messine4 ,cette femme charmante1 et qui ne voulut jamais avoir pour moi que de l'amiti1 est celle qui m'a fait connatre les douces posies de l'abb ,melli1 en dialecte sicilien2 posies dlicieuses1 quoique gtes encore par la mythologie4 ,,delfante4 ,,cxii ,le public de ,paris a une capacit d'attention1 c'est trois jours1 aprs quoi1 prsentez-lui la mort de ,napolon ou la condamnation de ,m4 ,branger deux mois de prison1 absolument la mme sensation ou le mme manque de tact qui en reparle le quatrime jour4 ,toute grande capitale doit-elle tre ainsi1 ou cela tient-il la bont et la lgret parisienne8 ,grce l'orgueil aristocratique et la timidit souffrante1 ,londres n'est qu'une nombreuse collection d'ermites4 ,ce n'est pas une capitale4 ,vienne n'est qu'une oligarchie de deux cents familles environnes de cent cinquante mille artisans ou domestiques qui les servent4 ,ce n'est pas l non plus une capitale4 ,naples et ,paris1 les deux seules capitales 7,extrait des ,voyages de ,birkbeck1 page #cga74 ,,cxiii ,s'il tait une poque o1 d'aprs les thories vulgaires1 appeles raisonnables par les hommes communs1 la prison pt tre supportable1 ce serait celle o1 aprs une dtention de plusieurs annes1 un pauvre prisonnier n'est plus spar que par un mois ou deux du moment qui doit le mettre en libert4 ,mais la cristallisation en ordonne autrement4 ,le dernier mois est plus pnible que les trois dernires annes4 ,m4 d',hotelans a vu la maison d'arrt de ,melun plusieurs prisonniers dtenus depuis longtemps1 parvenus quelques mois du jour qui devait les rendre la libert1 mourir d'impatience4 ,,cxiv ,je ne puis rsister au plaisir de transcrire une lettre crite en mauvais anglais par une jeune ,allemande4 ,il est donc prouv qu'il y a des amours constantes1 et tous les hommes de gnie ne sont pas des ,mirabeau4 ,klopstock1 le grand pote1 passe ,hambourg pour avoir t un homme aimable2 voici ce que sa jeune femme crivait une amie intime3 ,after having seen him two hours1 ,i was obliged to pass the evening in a company1 which never had been so wearisome to me4 ,i could not speak1 ,i could not play2 ,i thought ,i saw nothing but ,klopstock2 ,i saw him the next day1 and the following and we were very seriously friends4 ,but the fourth day he departed4 ,it was a strong hour the hour of his departure6 ,he wrote soon after2 from that time our correspondence began to be a very diligent one4 ,i sincerely believed my love to be friendship4 ,i spoke with my friends of nothing but ,klopstock1 and showed his letters4 ,they raillied at me and said ,i was in love4 ,i raillied then again1 and said that they must have a very friendshipless heart1 if they had no idea of friendship to a man as well as to a woman4 ,thus it continued eight months1 in which time my friends found as much love in ,klopstock's letters as in me4 ,i perceived it likewise1 but ,i would not believe it4 ,at the last ,klopstock said plainly that he loved2 and ,i startled as for a wrong thing2 ,i answered that it was no love1 but friendship1 as it was what ,i felt for him2 we had not seen one another enough to love 7as if love must have more time than friendship74 ,this was sincerely my meaning1 and ,i had this meaning till ,klopstock came again to ,hamburg4 ,this he did a year after we had seen one another the first time4 ,we saw1 we were friends1 we loved2 and a short time after1 ,i could even tell ,klopstock that ,i loved4 ,but we were obliged to part again1 and wait two years for our wedding4 ,my mother would not let marry me a stranger4 ,i could marry then without her consent1 as by the death of my father my fortune depended not on her2 but this was a horrible idea for me2 and thank heaven that ,i have prevailed by prayers6 ,at this time knowing ,klopstock1 she loves him as her lifely son1 and thanks god that she has not persisted4 ,we married and ,i am the happiest wife in the world4 ,in some few months it will be four years that ,i am so happy444 7,correspondence of ,richardson1 vol4 ,,iii1 page #adg47 ,,cxv ,il n'y a d'unions jamais lgitimes que celles qui sont commandes par une vraie passion4 ,,cxvi ,pour tre heureuse avec la facilit des moeurs1 il faut une simplicit de caractre qu'on trouve en ,allemagne1 en ,italie1 mais jamais en ,france4 ,la duchesse de ,c444 ,,cxvii ,par orgueil1 les ,turcs privent leurs femmes de tout ce qui peut donner un aliment la cristallisation4 ,je vis depuis trois mois chez un peuple o1 par orgueil1 les gens titrs en seront bientt l4 ,les hommes appellent pudeur les exigences d'un orgueil rendu fou par l'aristocratie4 ,comment oser manquer la pudeur8 ,aussi1 comme ,athnes1 les gens d'esprit ont une tendance marque se rfugier auprs des courtisanes1 c'est--dire auprs de ces femmes qu'une faute clatante a mises l'abri des affectations de la pudeur 7,vie de ,fox74 ,,cxviii ,dans le cas d'amour empch par victoire trop prompte1 j'ai vu la cristallisation chez les caractres tendres chercher se former aprs4 ,elle dit en riant3 ,non1 je ne t'aime pas4 ,,cxix ,l'ducation actuelle des femmes1 ce mlange bizarre de pratiques pieuses et de chansons fort vives 7di piacer mi balza il cor de la ,gazza ladra71 est la chose du monde la mieux calcule pour loigner le bonheur4 ,cette ducation fait les ttes les plus inconsquentes4 ,mme de ,r444 qui craignait la mort1 vient de mourir parce qu'elle trouvait drle de jeter les mdecines par la fentre4 ,ces pauvres petites femmes prennent l'inconsquence pour de la gaiet1 parce que la gaiet est souvent inconsquente en apparence4 ,c'est comme l',allemand qui se fait vif en se jetant par la fentre4 ,,cxx ,la vulgarit1 teignant l'imagination1 produit sur-le-champ pour moi l'ennui mortel3 la charmante comtesse ,k444 me montrant ce soir les lettres de ses amants1 que je trouve grossires4 ,forl1 #ag mars4 ,henri4 ,l'imagination n'tait pas teinte2 elle tait seulement fourvoye1 et1 par rpugnance1 cessait bien vite de se figurer la grossiret de ces plats amants4 ,,cxxi ,rverie mtaphysique4 ,belgirate1 #bf octobre #ahaf4 ,pour peu qu'une vritable passion rencontre de contrarits1 elle produit vraisemblablement plus de malheur que de bonheur2 cette ide peut n'tre pas vraie pour une me tendre1 mais elle est d'une vidence parfaite pour la majeure partie des hommes1 et en particulier pour les froids philosophes qui1 en fait de passions1 ne vivent presque que de curiosit et d'amour-propre4 ,ce qui prcde1 je le disais hier soir la contessina ,fulvia1 en nous promenant sur la terrasse de l',isola-,bella1 l'orient1 prs du grand pin4 ,elle me rpondit3 ,le malheur produit une beaucoup plus forte impression sur l'existence humaine que le plaisir4 ,la premire vertu de tout ce qui prtend nous donner du plaisir1 c'est de frapper fort4 ,ne pourrait-on pas dire que1 la vie elle-mme n'tant faite que de sensations1 le got universel de tous les tres qui ont vie est d'tre avertis qu'ils vivent par les sensations les plus fortes possibles8 ,les gens du ,nord ont peu de vie2 voyez la lenteur de leurs mouvements4 ,le dolce farniente des ,italiens1 c'est le plaisir de jouir des motions de son me1 mollement tendu sur un divan1 plaisir impossible si l'on court toute la journe cheval ou dans un droski1 comme l',anglais ou le ,russe4 ,ces gens mourraient d'ennui sur un divan4 ,il n'y a rien regarder dans leurs mes4 ,l'amour donne les sensations les plus fortes possibles2 la preuve en est que1 dans ces moments d'inflammation1 comme diraient les physiologistes1 le coeur forme ces alliances de sensations qui semblent si absurdes aux philosophes ,helvtius1 ,buffon et autres4 ,luizina1 l'autre jour1 s'est laiss tomber dans le lac1 comme vous savez2 c'est qu'elle suivait des yeux une feuille de laurier dtache de quelque arbre de l',isola-,madre 7les ,borromes74 ,la pauvre femme m'a avou qu'un jour son amant1 en lui parlant1 effeuillait une branche de laurier dans le lac1 et lui disait3 ,vos cruauts et les calomnies de votre amie m'empchent de profiter de la vie et d'acqurir quelque gloire4 ,une me qui1 par l'effet de quelque grande passion1 ambition1 jeu1 amour1 jalousie1 guerre1 etc41 a connu les moments d'angoisse et d'extrme malheur1 par une bizarrerie bien incomprhensible1 mprise le bonheur d'une vie tranquille et o tout semble fait souhait3 un joli chteau dans une position pittoresque1 beaucoup d'aisance1 une bonne femme1 trois jolis enfants1 des amis aimables et en quantit1 ce n'est l qu'une faible esquisse de tout ce que possde notre hte1 le gnral ,c444 et cependant vous savez qu'il a dit tre tent d'aller ,naples prendre le commandement d'une gurilla4 ,une me faite pour les passions sent d'abord que cette vie heureuse l'ennuie1 et peut-tre aussi qu'elle ne lui donne que des ides communes4 ,je voudrais1 vous disait ,c4441 n'avoir jamais connu la fivre des grandes passions1 et pouvoir me payer de l'apparent bonheur sur lequel on me fait tous les jours de si sots compliments1 auxquels1 pour comble d'horreur1 je suis forc de rpondre avec grce4 ,moi1 philosophe1 j'ajoute3 ,voulez-vous une millime preuve que nous ne sommes pas faits par un tre bon8 c'est que le plaisir ne produit pas peut-tre la moiti autant d'impression sur notre tre que la douleur#bce444 ,la contessina m'a interrompu3 ,il y a peu de peines morales dans la vie qui ne soient rendues chres par l'motion qu'elles excitent2 s'il y a un grain de gnrosit dans l'me1 ce plaisir se centuple4 ,l'homme condamn mort en #ahae1 et sauv par hasard 7,m4 de ,lavalette par exemple71 s'il marchait au supplice avec courage1 doit se rappeler ce moment dix fois par mois2 le lche qui mourait en pleurant et jetant les hauts cris 7le douanier ,morris1 jet dans le lac1 ,rob ,roy1 ,,iii1 #abj71 s'il est aussi sauv par le hasard1 ne peut tout au plus se souvenir avec plaisir de cet instant qu' cause de la circonstance qu'il a t sauv1 et non pour les trsors de gnrosit qu'il a dcouverts en lui-mme1 et qui tent l'avenir toutes ses craintes4 #bce ,voir l'analyse du principe asctique1 ,bentham1 ,trait de lgislation1 tome ,i4 ,on fait plaisir un tre bon en se faisant souffrir4 ,,moi4--,l'amour1 mme malheureux1 donne une me tendre1 pour qui la chose imagine est la chose existante1 des trsors de jouissance de cette espce2 il y a des visions sublimes de bonheur et de beaut chez soi et chez ce qu'on aime4 ,que de fois ,salviati n'a-t-il pas entendu ,lonore lui dire1 comme ,mlle ,mars dans les ,fausses ,confidences1 avec son sourire enchanteur3 ,eh bien6 oui1 je vous aime6 ,or1 voil de ces illusions qu'un esprit sage n'a jamais4 ,,fulvia1 levant les yeux au ciel4--,oui1 pour vous et pour moi1 l'amour1 mme malheureux1 pourvu que notre admiration pour l'objet aim soit infinie1 est le premier des bonheurs4 7,fulvia a vingt-trois ans2 c'est la beaut la plus clbre de 9999992 ses yeux taient divins en parlant ainsi et se levant vers ce beau ciel des les ,borromes1 minuit2 les astres semblaient lui rpondre4 ,j'ai baiss les yeux1 et n'ai plus trouv de raisons philosophiques pour la combattre4 ,elle a continu47 ,et tout ce que le monde appelle le bonheur ne vaut pas ses peines4 ,je crois que le mpris seul peut gurir de cette passion2 non pas un mpris trop fort1 ce serait un supplice1 mais1 par exemple1 pour vous autres hommes1 voir l'objet que vous adorez aimer un homme grossier et prosaque1 ou vous sacrifier aux jouissances du luxe aimable et dlicat qu'elle trouve chez son amie4 ,,cxxii ,vouloir1 c'est avoir le courage de s'exposer un inconvnient2 s'exposer ainsi1 c'est tenter le hasard1 c'est jouer4 ,il y a des militaires qui ne peuvent vivre sans ce jeu3 c'est ce qui les rend insupportables dans la vie de famille4 ,,cxxiii ,le gnral ,teuli me disait ce soir qu'il avait dcouvert que ce qui le rendait d'une scheresse et d'une strilit si abominable quand il y avait dans le salon des femmes affectes1 c'est qu'il avait ensuite une honte amre d'avoir expos ses sentiments avec feu devant de tels tres4 7,et quand il ne parlait pas avec son me1 ft-ce de ,polichinelle1 il n'avait rien dire4 ,je voyais du reste qu'il ne savait sur rien la phrase convenue et de bon ton4 ,il tait par l rellement ridicule et baroque aux yeux des femmes affectes4 ,le ciel ne l'avait pas fait pour tre lgant47 ,,cxxiv ,a la cour1 l'i999999 est de mauvais ton1 parce qu'il est cens qu'elle est contre l'intrt des princes3 l'i999999 est aussi de mauvais ton en prsence des jeunes filles1 cela les empcherait de trouver un mari4 ,il faut convenir que s99 ,d999999 e9999991 il doit lui tre agrable d'tre honor pour de tels motifs4 ,,cxxv ,dans l'me d'un grand peintre ou d'un grand pote1 l'amour est divin comme centuplant le domaine et les plaisirs de l'art1 dont les beauts donnent son me le pain quotidien4 ,que de grands artistes qui ne se doutent ni de leur me ni de leur gnie6 ,souvent ils se croient un mdiocre talent pour la chose qu'ils adorent1 parce qu'ils ne sont pas d'accord avec les eunuques du srail1 les la ,harpe1 etc43 pour ces gens-l1 mme l'amour malheureux est bonheur4 ,,cxxvi ,l'image du premier amour est la plus gnralement touchante2 pourquoi8 c'est qu'il est presque le mme dans tous les pays1 de tous les caractres4 ,donc ce premier amour n'est pas le plus passionn4 ,,cxxvii ,la raison6 la raison6 ,voil ce qu'on crie toujours un pauvre amant4 ,en #agfj1 dans le moment le plus anim de la guerre de ,sept ans1 ,grimm crivait3 444 ,il n'est point douteux que le roi de ,prusse n'et prvenu cette guerre avant qu'elle clatt1 en cdant la ,silsie4 ,en cela il et fait une action trs sage4 ,combien de maux il aurait prvenus6 ,que peut avoir de commun la possession d'une province avec le bonheur d'un roi8 et le grand lecteur n'tait-il pas un prince trs heureux et trs respect sans possder la ,silsie8 ,voil comment un roi aurait pu se conduire en suivant les prceptes de la plus saine raison1 et je ne sais comment il serait arriv que ce roi et t l'objet des mpris de toute la terre1 tandis que ,frdric1 sacrifiant tout au besoin de conserver la ,silsie1 s'est couvert d'une gloire immortelle4 ,le fils de ,cromwell a sans doute fait l'action la plus sage qu'un homme puisse faire2 il a prfr l'obscurit et le repos l'embarras et au danger de gouverner un peuple sombre1 fougueux et fier4 ,ce sage a t mpris de son vivant et par la postrit1 et son pre est rest un grand homme au jugement des nations4 ,la ,belle ,pnitente est un sujet sublime du thtre espagnol#bcf1 gt en anglais et en franais par ,otway et ,colardeau4 ,caliste a t viole par un homme qu'elle adore1 que les fougues d'orgueil de son caractre rendent odieux1 mais que ses talents1 son esprit1 les grces de sa figure1 tout enfin concourt rendre sduisant4 ,lothario et t trop aimable s'il et su modrer de coupables transports2 du reste1 une haine hrditaire et atroce divise sa famille et celle de la femme qu'il aime4 ,ces familles sont la tte des deux factions qui partagent une ville d',espagne durant les horreurs du moyen ge4 ,sciolto1 le pre de ,caliste1 est le chef de l'autre faction1 qui1 dans ce moment1 a le dessus2 il sait que ,lothario a eu l'insolence de vouloir sduire sa fille4 ,la faible ,caliste succombe sous les tourments de sa honte et de sa passion4 ,son pre est parvenu faire donner son ennemi le commandement d'une arme navale1 qui part pour une expdition lointaine et dangereuse1 o probablement ,lothario trouvera la mort4 ,dans la tragdie de ,colardeau1 il vient donner cette nouvelle sa fille4 ,a ces mots1 la passion de ,caliste s'chappe3 #bcf ,voir les romances espagnoles et danoises du ,x,i,i,ie sicle2 elles paratraient plates ou grossires au got franais4 ,o dieux6 ,il part6444 vous l'ordonnez6444 il a pu s'y rsoudre8 ,jugez du danger de cette situation2 un mot de plus1 et ,sciolto va tre clair sur la passion de sa fille pour ,lothario4 ,ce pre confondu s'crie3 ,qu'entends-je8 me tromp-je8 o s'garent tes voeux8 ,a cela ,caliste1 revenue elle-mme1 rpond3 ,ce n'est pas son exil1 c'est sa mort que je veux1 ,qu'il prisse6 ,par ces mots1 ,caliste touffe les soupons naissants de son pre1 et c'est cependant sans artifice1 car le sentiment qu'elle exprime est vrai4 ,l'existence d'un homme qu'elle aime et qui a pu l'outrager doit empoisonner sa vie1 ft-il au bout du monde2 sa mort seule pourrait lui rendre le repos1 s'il en tait pour les amants infortuns444 ,bientt aprs ,lothario est tu1 et ,caliste a le bonheur de mourir4 ,voil bien des pleurs et bien des cris pour peu de chose6 ont dit les gens froids qui se dcorent du nom de philosophes4 ,un homme hardi et violent abuse de la faiblesse qu'une femme a pour lui2 il n'y a pas l de quoi se dsoler1 ou du moins il n'y a pas de quoi nous intresser aux chagrins de ,caliste4 ,elle n'a qu' se consoler d'avoir couch avec son amant1 et ce ne sera pas la premire femme de mrite qui aura pris son parti sur ce malheur-l#bcg4 #bcg ,grimm1 tome ,,iii1 page #ajg4 ,richard ,cromwell1 le roi de ,prusse1 ,caliste1 avec les mes que le ciel leur avait donnes1 ne pouvaient trouver la tranquillit et le bonheur qu'en agissant ainsi4 ,la conduite de ces deux derniers est minemment draisonnable1 et cependant ce sont les seuls qu'on estime4 ,sagan1 #ahac4 ,,cxxviii ,la constance aprs le bonheur ne peut se prdire que d'aprs celle que1 malgr les doutes cruels1 la jalousie et les ridicules1 on a eue avant l'intimit4 ,,cxxix ,chez une femme au dsespoir de la mort de son amant1 qui vient d'tre tu l'arme1 et qui songe videmment le suivre1 il faut d'abord examiner si ce parti n'est pas convenable2 et1 dans le cas de la ngative1 attaquer1 par cette habitude si ancienne chez l'tre humain1 l'amour de sa conversation4 ,si cette femme a un ennemi1 on peut lui persuader que cet ennemi a obtenu une lettre de cachet pour la mettre en prison4 ,si cette menace n'augmente pas son amour pour la mort1 elle peut songer se cacher pour viter la prison4 ,elle se cachera trois semaines1 fuyant de retraite en retraite2 elle sera arrte et au bout de trois jours se sauvera4 ,alors1 sous un nom suppos1 on lui mnagera un asile dans une ville fort loigne1 et la plus diffrente possible de celle o elle tait au dsespoir4 ,mais qui veut se dvouer consoler un tre aussi malheureux et aussi nul pour l'amiti8 ,varsovie1 #ahjh4 ,,cxxx ,les savants d'acadmie voient les moeurs d'un peuple dans sa langue3 l',italie est le pays du monde o l'on prononce le moins le mot d'amour1 toujours amicizia et avvicinar 7amicizia pour amour et avvicinar pour faire la cour avec succs74 ,,cxxxi ,le dictionnaire de la musique n'est pas fait1 n'est pas mme commenc2 ce n'est que par hasard que l'on trouve les phrases qui disent3 je suis en colre1 ou je vous aime1 et leurs nuances4 ,le maestro ne trouve ces phrases que lorsqu'elles lui sont dictes par la prsence de la passion dans son coeur ou par son souvenir4 ,les gens qui passent le feu de la jeunesse tudier1 au lieu de sentir1 ne peuvent donc pas tre artistes3 rien de plus simple que ce mcanisme4 ,,cxxxii ,l'empire des femmes est beaucoup trop grand en ,france1 l'empire de la femme beaucoup trop restreint4 ,,cxxxiii ,la plus grande flatterie que l'imagination la plus exalte saurait inventer pour l'adresser la gnration qui s'lve parmi nous1 pour prendre possession de la vie1 de l'opinion et du pouvoir1 se trouve une vrit plus claire que le jour4 ,elle n'a rien continuer1 cette gnration1 elle a tout crer4 ,le grand mrite de ,napolon est d'avoir fait maison nette4 ,,cxxxiv ,je voudrais pouvoir dire quelque chose sur la consolation4 ,on n'essaye pas assez de consoler4 ,le principe gnral1 c'est qu'il faut tcher de former une cristallisation la plus trangre possible au motif qui a jet dans la douleur4 ,il faut avoir le courage de se livrer un peu d'anatomie pour dcouvrir un principe inconnu4 ,si l'on veut consulter le chapitre ,,ii de l'ouvrage de ,m4 ,villerm sur les prisons 7,paris1 #ahbj71 on verra que les prisonniers si maritano fra di loro 7c'est le mot du langage des prisons74 ,les femmes si maritano anche fra di loro1 et il y a en gnral beaucoup de fidlit dans ces unions1 ce qui ne s'observe pas chez les hommes1 et qui est un effet du principe de la pudeur4 ,a ,saint-,lazare1 dit ,m4 ,villerm1 page #if1 ,saint-,lazare1 en octobre #ahah1 une femme s'est donn plusieurs coups de couteau parce qu'elle s'est vu prfrer une arrivante4 ,c'est ordinairement la plus jeune qui est la plus attache l'autre4 ,,cxxxv ,vivacit1 leggerezza1 soggettissima a prendere puntiglio1 occupazione di ogni momento delle apparenze della propria esistenza agli occhi altrui3 ,ecco i tre gran caratteri di questa pianta che risveglia ,europa nell #ahjh4 ,parmi les ,italiens1 les bons sont ceux qui ont encore un peu de sauvagerie et de propension au sang3 les ,romagnols1 les ,calabrois1 et1 parmi les plus civiliss1 les ,bressans1 les ,pimontais1 les ,corses4 ,le bourgeois de ,florence est plus mouton que celui de ,paris4 ,l'espionnage de ,lopold l'a avili jamais4 ,voir la lettre de ,m4 ,courier sur le bibliothcaire ,furia et le chambellan ,puccini4 ,,cxxxvi ,je ris de voir des gens de bonne foi ne pouvoir jamais tre d'accord1 se dire naturellement de grosses injures et en penser davantage4 ,vivre1 c'est sentir la vie2 c'est avoir des sensations fortes4 ,comme pour chaque individu le taux de cette force change1 ce qui est pnible pour un homme comme trop fort est prcisment ce qu'il faut un autre pour que l'intrt commence4 ,par exemple1 la sensation d'tre pargn par le canon quand on est au feu1 la sensation de s'enfoncer en ,russie la suite de ces ,parthes1 de mme la tragdie de ,shakespeare et la tragdie de ,racine1 etc41 etc4 ,orcha1 #ac aot #ahab4 ,,cxxxvii ,d'abord le plaisir ne produit pas la moiti autant d'impression que la douleur1 ensuite1 outre ce dsavantage dans la quantit d'motion1 la sympathie est au moins la moiti moins excite par la peinture du bonheur que par celle de l'infortune4 ,donc les potes ne sauraient peindre le malheur avec trop de force2 ils n'ont qu'un cueil redouter1 ce sont les objets qui inspirent le dgot4 ,encore ici1 le taux de cette sensation dpend-il de la monarchie ou de la rpublique4 ,un ,louis ,,xiv centuple le nombre des objets rpugnants 7,posies de ,crabbe74 ,par le seul fait de l'existence de la monarchie la ,louis ,,xiv environne de sa noblesse1 tout ce qui est simple dans les arts devient grossier4 ,le noble personnage devant qui on l'expose se trouve insult2 ce sentiment est sincre1 et partant respectable4 ,voyez le parti que le tendre ,racine a tir de l'amiti hroque1 et si consacre dans l'antiquit1 d',oreste et de ,pylade4 ,oreste tutoie ,pylade1 et ,pylade lui rpond ,seigneur4 ,et l'on veut que ,racine soit pour nous l'auteur le plus touchant6 ,si l'on ne se rend pas un tel exemple1 il faut parler d'autre chose4 ,,cxxxviii ,ds qu'on peut esprer de se venger1 on recommence de har4 ,je n'eus l'ide de me sauver et de manquer la foi que j'avais jure mon ami que les dernires semaines de ma prison4 7,deux confidences faites ce soir devant moi par un assassin de bonne compagnie qui nous fait toute son histoire47 ,faenza1 #ahag4 ,,cxxxix ,toute l',europe1 en se cotisant1 ne pourrait faire un seul de nos bons volumes franais3 les ,lettres persanes1 par exemple4 ,,cxl ,j'appelle plaisir toute perception que l'me aime mieux prouver que ne pas prouver#bch4 #bch ,maupertuis4 ,j'appelle peine toute perception que l'me aime mieux ne pas prouver qu'prouver4 ,dsir-je m'endormir plutt que de sentir ce que j'prouve1 nul doute1 c'est une peine4 ,donc les dsirs d'amour ne sont pas des peines1 car l'amant quitte1 pour rver son aise1 les socits les plus agrables4 ,par la dure1 les plaisirs du corps sont diminus et les peines augmentes4 ,pour les plaisirs de l'me1 ils sont augments ou diminus par la dure1 suivant les passions3 par exemple1 aprs six mois passs tudier l'astronomie1 on aime davantage l'astronomie2 aprs un an d'avarice1 on aime mieux l'argent4 ,les peines de l'me sont diminues par la dure2 que de veuves vritablement fches se consolent par le temps6 ,milady ,waldegrave d',horace ,walpole4 ,soit un homme dans un tat d'indiffrence1 il lui arrive un plaisir2 ,soit un autre homme dans un tat de vive douleur1 cette douleur cesse subitement2 le plaisir qu'il ressent est-il de mme nature que celui du premier homme8 ,m4 ,verri dit que oui1 et il me semble que non4 ,tous les plaisirs ne viennent pas de la cessation de la douleur4 ,un homme avait depuis longtemps six mille livres de rente1 il gagn cinq cent mille francs la loterie4 ,cet homme s'tait dshabitu de dsirer les choses que l'on ne peut obtenir que par une grande fortune4 7,je dirai1 en passant1 qu'un des inconvnients de ,paris1 c'est la facilit de perdre cette habitude47 ,on invente la machine tailler les plumes2 je l'ai achete ce matin1 et c'est un grand plaisir pour moi1 qui m'impatiente tailler les plumes2 mais certainement je n'tais pas malheureux hier de ne pas connatre cette machine4 ,ptrarque tait-il malheureux de ne pas prendre de caf8 ,il est inutile de dfinir le bonheur1 tout le monde le connat3 par exemple1 la premire perdrix que l'on tue au vol douze ans2 la premire bataille d'o l'on sort sain et sauf dix-sept4 ,le plaisir qui n'est que la cessation d'une peine passe bien vite1 et au bout de quelques annes le souvenir n'en est pas mme agrable4 ,un de mes amis fut bless au ct par un clat d'obus1 la bataille de la ,moskowa1 quelques jours aprs il fut menac de gangrne1 au bout de quelques heures on put runir ,m4 ,bclar1 ,m4 ,larroy et quelques chirurgiens estims3 on fit une consultation dont le rsultat fut d'annoncer mon ami qu'il n'avait pas la gangrne4 ,a ce moment je vis son bonheur1 il fut grand1 cependant il n'tait pas pur4 ,son me1 en secret1 ne croyait pas en tre tout fait quitte1 il refaisait le travail des chirurgiens1 il examinait s'il pouvait entirement s'en rapporter eux4 ,il entrevoyait encore un peu la possibilit de la gangrne4 ,aujourd'hui1 au bout de huit ans1 quand on lui parle de cette consultation1 il prouve un sentiment de peine3 il a la vue imprvue d'un des malheurs de la vie4 ,le plaisir caus par la cessation de la douleur consiste3 #a remporter la victoire contre toutes les objections qu'on se fait successivement2 #b ,a revoir tous les avantages dont on allait tre priv4 ,le plaisir caus par le gain de cinq cent mille francs consiste prvoir tous les plaisirs nouveaux et extraordinaires qu'on va se donner4 ,il y a une exception singulire3 il faut voir si cet homme a trop ou trop peu de cette habitude1 s'il a la tte troite1 le sentiment d'embarras durera deux ou trois jours4 ,s'il a l'habitude de dsirer souvent une grande fortune1 il aura us d'avance la jouissance par se la trop figurer4 ,ce malheur n'arrive pas dans l'amour-passion4 ,une me enflamme ne se figure pas la dernire des faveurs1 mais la plus prochaine3 par exemple1 d'une matresse qui vous traite avec svrit1 l'on se figure un serrement de main4 ,l'imagination ne va pas naturellement au del2 si on la violente1 aprs un moment1 elle s'loigne par la crainte de profaner ce qu'elle adore4 ,lorsque le plaisir a entirement parcouru sa carrire1 il est clair que nous retombons dans l'indiffrence2 mais cette indiffrence n'est pas la mme que celle d'auparavant4 ,ce second tat diffre du premier1 en ce que nous ne serions plus capables de goter1 avec autant de dlices1 le plaisir que nous venons d'avoir4 ,les organes qui servent le cueillir sont fatigus1 et l'imagination n'a plus autant de propension prsenter les images qui seraient agrables aux dsirs qui se trouvent satisfaits4 ,mais1 si au milieu du plaisir on vient nous en arracher1 il y a production de douleur4 ,,cxli ,la disposition l'amour physique1 et mme au plaisir physique1 n'est point la mme chez les deux sexes4 ,au contraire des hommes1 presque toutes les femmes sont au moins susceptibles d'un genre d'amour4 ,depuis le premier roman qu'une femme a ouvert en cachette quinze ans1 elle attend en secret la venue de l'amour-passion4 ,elle voit dans une grande passion la preuve de son mrite4 ,cette attente redouble vers vingt ans1 lorsqu'elle est revenue des premires tourderies de la vie1 tandis qu' peine arrivs trente1 les hommes croient l'amour impossible ou ridicule4 ,,cxlii ,ds l'ge de six ans nous nous accoutumons chercher le bonheur par la mme route que nos parents4 ,l'orgueil de la mre de la contessina ,nella a commenc le malheur de cette aimable femme1 et elle le rend sans ressource par le mme orgueil fou4 ,venise1 #ahaj4 ,,cxliii ,du genre romantique4 ,on m'crit de ,paris qu'on y a vu 7exposition de #ahbb7 un millier de tableaux reprsentant des sujets de l'criture sainte1 peints par des peintres qui n'y croient pas beaucoup1 admirs et jugs par des gens qui n'y croient pas1 et enfin pays par des gens qui n'y croient pas4 ,on cherche aprs cela le pourquoi de la dcadence de l'art4 ,ne croyant pas en ce qu'il dit1 l'artiste craint toujours de paratre exagr et ridicule4 ,comment arriverait-il au grandiose8 rien ne l'y porte 7,lettera di ,roma1 giugno #ahbb74 ,,cxliv ,l'un des plus grands potes1 selon moi1 qui aient paru dans ces derniers temps1 c'est ,robert ,burns1 paysan cossais mort de misre4 ,il avait soixante-dix louis d'appointements comme douanier1 pour lui1 sa femme et quatre enfants4 ,il faut convenir que le tyran ,napolon tait plus gnreux envers son ennemi ,chnier1 par exemple4 ,burns n'avait rien de la pruderie anglaise4 ,c'est un gnie romain sans chevalerie ni honneur4 ,je n'ai pas assez de place pour conter ses amours avec ,mary ,campbell et leur triste catastrophe4 ,seulement je remarque qu'dimbourg est la mme latitude que ,moscou1 ce qui pourrait dranger un peu mon systme des climats4 ,one of ,burn's remarks1 when he first came to ,edimburgh1 was that between the men of rustic life and the polite world he observed little difference2 that in the former1 though unpolished by fashion and unenlightened by science1 he had found much observation and much intelligence2 but a refined and accomplished woman was a being almost new to him1 and of which he had formed but a very inadequate idea4 7,londres1 #a;er novembre #ahba1 tome ,v1 page #fi47 ,,cxlv ,l'amour est la seule passion qui se paye d'une monnaie qu'elle fabrique elle-mme4 ,,cxlvi ,les compliments qu'on adresse aux petites filles de trois ans forment prcisment la meilleure ducation possible pour leur enseigner la vanit la plus pernicieuse4 tre jolie est la premire vertu1 le plus grand avantage au monde4 ,avoir une jolie robe1 c'est tre jolie4 ,ces sots compliments ne sont usits que dans la bourgeoisie2 ils sont heureusement de mauvais ton1 comme trop aiss faire chez les gens carrosse4 ,,cxlvii ,lorette1 #aa septembre #ahaa4 ,je viens de voir un trs beau bataillon de gens de ce pays2 c'est le reste de quatre mille hommes qui taient alls ,vienne en #ahji4 ,j'ai pass dans les rangs avec le colonel1 et fait faire leur histoire plusieurs soldats4 ,c'est la vertu des rpubliques du moyen ge1 plus ou moins abtardie par les ,espagnols#bci1 le ,p444#bdj1 et deux sicles des gouvernements lches et cruels qui ont tour tour gt ce pays-ci4 #bci ,vers #aehj1 les ,espagnols1 hors de chez eux1 n'taient que des agents nergiques de despotisme1 ou des joueurs de guitare sous les fentres des belles ,italiennes4 ,les ,espagnols passaient alors en ,italie comme aujourd'hui l'on vient ,paris2 du reste1 ils ne mettaient leur orgueil qu' faire triompher le roi1 leur matre4 ,ils ont perdu l',italie1 et l'ont perdue en l'avilissant4 ,en #afbf1 le grand pote ,calderon tait officier ,milan4 #bdj ,voir la ,vie de saint ,charles ,borrome1 qui changea ,milan et l'avilit4 ,il fit dserter les salles d'armes et aller au chapelet4 ,merveilles tue ,castiglione1 #aecc4 ,le brillant honneur chevaleresque1 sublime et sans raison1 est une plante exotique importe seulement depuis un petit nombre d'annes4 ,on n'en trouve pas trace en #agdj4 ,voir de ,brosses4 ,les officiers de ,montenotte et de ,rivoli avaient trop d'occasions de montrer la vraie vertu leurs voisins pour chercher imiter un honneur peu connu sous les chaumires que le soldat de #agif venait de quitter1 et qui leur et sembl bien baroque4 ,il n'y avait1 en #agif1 ni ,lgion d'honneur1 ni enthousiasme pour un homme1 mais beaucoup de simplicit et de vertu la ,desaix4 ,l'honneur a donc t import en ,italie par des gens trop raisonnables et trop vertueux pour tre bien brillants4 ,on sent qu'il y a loin des soldats de #if gagnant vingt batailles en un an1 et n'ayant souvent ni souliers1 ni habits1 aux brillants rgiments de ,fontenoy1 disant poliment aux ,anglais et le chapeau bas3 ,messieurs1 tirez les premiers4 ,,cxlviii ,je croirais assez qu'il faut juger de la bont d'un systme de vie par son reprsentant3 par exemple1 ,richard ,coeur-de-,lion montra sur le trne la perfection de l'hrosme et de la valeur chevaleresque1 et ce fut un roi ridicule4 ,,cxlix ,opinion publique en #ahbb4 ,un homme de trente ans sduit une jeune personne de quinze ans1 c'est la jeune personne qui est dshonore4 ,,cl ,dix ans plus tard je retrouvai la comtesse ,ottavia2 elle pleura beaucoup en me revoyant2 je lui rappelais ,oginski4 ,je ne puis plus aimer1 me disait-elle2 je lui rpondis avec le pote3 ,how changed1 how saddened1 yet how elevated was her character6 ,,cli ,comme les moeurs anglaises sont nes de #afhh #agcj1 celles de ,france vont natre de #ahae #ahhj4 ,rien ne sera beau1 juste1 heureux1 comme la ,france morale vers #aijj4 ,actuellement elle n'est rien4 ,ce qui est une infamie dans la rue de ,belle-,chasse est une action hroque rue du ,mont-,blanc1 et1 au travers de toutes les exagrations1 les gens rellement faits pour le mpris se sauvent de rue en rue4 ,nous avions une ressource1 la libert des journaux1 qui finissent par dire chacun son fait1 et quand ce fait se trouve tre l'opinion publique1 il reste4 ,on nous arrache ce remde1 cela retardera un peu la naissance de la morale4 ,,clii ,l'abb ,rousseau tait un pauvre jeune homme 7#aghd71 rduit courir du matin au soir tous les quartiers de la ville pour y donner des leons d'histoire et de gographie4 ,amoureux d'une de ses lves1 comme ,abeilard d',hlose1 comme ,saint-,preux de ,julie2 moins heureux sans doute1 mais probablement assez prs de l'tre2 avec autant de passion que ce dernier1 mais l'me plus honnte1 plus dlicate1 et surtout plus courageuse1 il parat s'tre immol l'objet de sa passion4 ,voici ce qu'il a crit avant de se brler la cervelle1 aprs avoir dn chez un restaurateur au ,palais-,royal sans laisser chapper aucune marque de trouble ni d'alination3 c'est du procs-verbal dress sur les lieux par le commissaire et les officiers de la police qu'on a tir la copie de ce billet1 assez remarquable pour mriter d'tre conserv4 ,le contraste inconcevable qui se trouve entre la noblesse de mes sentiments et la bassesse de ma naissance1 un amour aussi violent qu'insurmontable pour une fille adorable#bda1 la crainte de causer son dshonneur1 la ncessit de choisir entre le crime et la mort1 tout m'a dtermin abandonner la vie4 ,j'tais n pour la vertu1 j'allais tre criminel2 j'ai prfr mourir4 7,grimm1 troisime partie1 tome ,,ii1 page #cie47 #bda ,il parat qu'il s'agit de ,mlle ,gromaire1 fille de ,m4 ,gromaire1 expditionnaire en cour de ,rome4 ,voil un suicide admirable1 et qui ne serait qu'absurde avec les moeurs de #ahhj4 ,,cliii ,on a beau faire1 jamais les ,franais1 en fait de beaux-arts1 ne passeront le joli4 ,le comique qui suppose de la verve dans le public et du brio dans l'acteur1 les dlicieuses plaisanteries de ,palomba1 ,naples1 joues par ,casaccia1 impossibles ,paris2 du joli et jamais que du joli1 quelquefois1 il est vrai1 annonc comme sublime4 ,on voit que je ne spcule pas en gnral sur l'honneur national4 ,,cliv ,nous aimons beaucoup un beau talent1 ont dit les ,franais1 et ils disent vrai1 mais nous exigeons1 comme condition essentielle de la beaut1 qu'il soit fait par un peintre se tenant constamment cloche-pied pendant tout le temps qu'il travaille4 ,les vers dans l'art dramatique4 ,,clv ,beaucoup moins d'envie en ,amrique qu'en ,france1 et beaucoup moins d'esprit4 ,,clvi ,la tyrannie la ,philippe ,,ii a tellement avili les esprits depuis #aecj1 qu'elle pse sur le jardin du monde1 que les pauvres auteurs italiens n'ont pas encore eu le courage d'inventer le roman de leur pays4 ,a cause de la rgle du naturel1 rien de plus simple pourtant3 il faut oser copier franchement ce qui crve les yeux dans ce monde4 ,voir le cardinal ,gonzalvi1 pluchant gravement pendant trois heures1 en #ahbb1 le livret d'un opra bouffon1 et disant au maestro avec inquitude3 ,mais vous rpterez souvent ce mot cozzar1 cozzar4 ,,clvii ,hlose vous parle de l'amour1 un fat vous parle de son amour2 sentez-vous que ces choses n'ont presque que le nom de commun8 ,c'est comme l'amour des concerts et l'amour de la musique4 ,l'amour des jouissances de vanit que votre harpe vous promet au milieu d'une socit brillante1 ou l'amour d'une rverie tendre1 solitaire1 timide4 ,,clviii ,quand on vient de voir la femme qu'on aime1 la vue de toute autre femme gte la vue1 fait physiquement mal aux yeux2 j'en vois le pourquoi4 ,,clix ,rponse une objection4 ,le naturel parfait et l'intimit ne peuvent avoir lieu que dans l'amour-passion1 car dans tous les autres l'on sent la possibilit d'un rival favoris4 ,,clx ,chez l'homme qui1 pour se dlivrer de la vie1 a pris du poison1 l'tre moral est mort2 tonn de ce qu'il a fait et de ce qu'il va prouver1 il n'a plus d'attention pour rien3 quelques rares exceptions4 ,,clxi ,un vieux capitaine de vaisseau1 oncle de l'auteur1 auquel je fais hommage du prsent manuscrit1 ne trouve rien de si ridicule que l'importance donne pendant six cents pages une chose aussi frivole que l'amour4 ,cette chose si frivole est cependant la seule arme avec laquelle on puisse frapper les mes fortes4 ,qu'est-ce qui a empch1 en #ahad1 ,m4 de ,m444 d'immoler ,napolon dans la fort de ,fontainebleau8 ,le regard mprisant d'une jolie femme qui entrait aux ,bains-,chinois#bdb4 ,quelle diffrence dans les destines du monde si ,napolon et son fils eussent t tus en #ahad6 #bdb ,mmoires1 page #hh1 dition de ,londres4 ,,clxii ,je transcris les lignes suivantes d'une lettre franaise que je reois de ,znam1 en observant qu'il n'y a pas dans toute la province un homme en tat de comprendre la femme d'esprit qui m'crit3 444 ,l'accident fait beaucoup en amour4 ,lorsque je n'ai pas lu de l'anglais depuis un an1 le premier roman qui me tombe sous la main me semble dlicieux4 ,l'habitude d'aimer une me prosaque1 c'est--dire lente et timide pour tout ce qui est dlicat1 et ne sentant avec passion que les intrts grossiers de la vie3 l'amour des cus1 l'orgueil d'avoir de beaux chevaux1 les dsirs physiques1 etc41 etc41 peut facilement faire paratre offensantes les actions d'un gnie imptueux1 ardent1 imagination impatiente1 ne sentant que l'amour1 oubliant tout le reste1 et qui agit sans cesse1 et avec imptuosit1 l o l'autre se laissait guider1 et n'agissait jamais par lui-mme4 ,l'tonnement qu'il donne pour offenser ce que nous appelions1 l'anne dernire1 ,zithau1 l'orgueil fminin3 est-ce franais1 a8 ,avec le second on a de l'tonnement1 sentiment que l'on ignorait auprs du premier 7et1 comme ce premier est mort l'arme1 l'improviste1 il est rest synonyme de perfection71 et sentiment qu'une me pleine de hauteur et prive de cette aisance qui est le fruit d'un certain nombre d'intrigues peut confondre facilement avec ce qui est offensant4 ,,clxiii ,geoffroy ,rudel1 de ,blaye1 fut un trs grand gentilhomme1 prince de ,blaye1 et il devint amoureux de la princesse de ,tripoli sans la voir1 pour le grand bien et pour la grande courtoisie qu'il entendit dire d'elle aux plerins qui venaient d',antioche1 et fit pour elle beaucoup de belles chansons1 avec de bons airs et de chtives paroles2 et1 par volont de la voir1 il se croisa et se mit en mer pour aller vers elle4 ,et advint qu'en le navire le prit une trs grande maladie1 de telle sorte que ceux qui taient avec lui crurent qu'il ft mort1 mais tant firent qu'ils le conduisirent ,tripoli1 dans une htellerie1 comme un homme mort4 ,on le fit savoir la comtesse1 et elle vint son lit et le prit entre ses bras4 ,il sut qu'elle tait la comtesse2 il recouvra le voir1 l'entendre1 et il loua ,dieu1 et lui rendit grce qu'il lui et soutenu la vie jusqu' ce qu'il l'et vue4 ,et ainsi il mourut dans les bras de la comtesse1 et elle le fit honorablement ensevelir dans la maison du ,temple1 ,tripoli4 ,et puis en ce mme jour elle se fit religieuse pour la douleur qu'elle eut de lui et de sa mort#bdc4 #bdc ,traduit d'un manuscrit provenal du ,x,i,i,ie sicle4 ,,clxiv ,voici une singulire preuve de la folie nomme cristallisation1 que l'on trouve dans les ,mmoires de mistriss ,hutchinson3 444 ,he told to ,m4 ,hutchinson a very true story of a gentleman who not long before had come for some time to lodge in ,richmond1 and found all the people he came in company with1 bewailing the death of a gentlewoman that had lived there4 ,hearing her so much deplored he made inquiry after her1 and grew so in love with the description1 that no other discourse could at first please him1 nor could he at last endure any other2 he grew desperately melancholy1 and would go to a mount where the print of her foot was cut1 and lie there pining and kissing of it all the day long1 till at length death in some months space concluded his languishment4 ,this story was very true4 7,tome ,i1 page #hc47 ,,clxv ,lisio ,visconti n'tait rien moins qu'un grand lecteur de livres4 ,outre ce qu'il avait pu voir en courant le monde1 cet essai est fond sur les mmoires de quinze ou vingt personnages clbres4 ,s'il se rencontrait1 par hasard1 un lecteur qui trouvt ces bagatelles dignes d'un instant d'attention1 voici les livres desquels ,lisio a tir ses rflexions et conclusions3 ,vie de ,benvenuto ,cellini1 crite par lui-mme4 ,les ,nouvelles de ,cervants et de ,scarron4 ,manon ,lescaut et le ,doyen de ,killerine1 de l'abb ,prvt4 ,lettres latines d',hlose ,abailard4 ,tom ,jones4 ,lettres d'une ,religieuse portugaise4 ,deux ou trois romans d',auguste ,la ,fontaine4 ,l',histoire de ,toscane1 de ,pignotti4 ,werther4 ,brantme4 ,mmoires de ,carlo ,gozzi 7,venise1 #agfj71 seulement les #hj pages sur l'histoire de ses amours4 ,mmoires de ,lauzun1 ,saint-,simon1 d'pinay1 de ,stal1 ,marmontel1 ,bezenval1 ,roland1 ,duclos1 ,horace ,walpole1 velyn1 ,hutchinson4 ,lettres de ,mlle ,lespinasse4 ,,clxvi ,un des plus grands personnages de ce temps-l1 un des hommes les plus marquants dans l'glise et dans l'tat1 nous a cont1 ce soir 7janvier #ahbb71 chez ,mme de ,m4441 les dangers fort rels qu'il avait courus du temps de la ,terreur4 ,j'avais eu le malheur d'tre au nombre des membres les plus marquants de l',assemble constituante3 je me tins ,paris1 cherchant me cacher tant bien que mal1 tant qu'il y eut quelque espoir de succs pour la bonne cause4 ,enfin1 les dangers augmentant et les trangers ne faisant rien d'nergique pour nous1 je me dterminai partir mais il fallait partir sans passeport4 ,comme tout le monde s'en allait ,coblentz1 j'eus l'ide de sortir par ,calais4 ,mais mon portrait avait t si fort rpandu1 dix-huit mois auparavant1 que je fus reconnu la dernire poste2 cependant on me laissa passer4 ,j'arrivai une auberge ,calais1 o1 comme vous pouvez penser1 je ne dormis gure1 et fort heureusement pour moi1 car vers les quatre heures du matin j'entendis trs distinctement prononcer mon nom4 ,pendant que je me lve et m'habille la hte1 je distingue fort bien1 malgr l'obscurit1 des gardes nationaux avec leurs fusils1 pour lesquels on ouvre la grande porte et qui entrent dans la cour de l'auberge4 ,heureusement il pleuvait verse2 c'tait une matine d'hiver fort obscure avec un grand vent4 ,l'obscurit et le bruit du vent me permirent de me sauver par la cour de derrire et l'curie des chevaux4 ,me voil dans la rue sept heures du matin1 sans ressource aucune4 ,je pensai qu'on allait me courir aprs de mon auberge4 ,ne sachant trop ce que je faisais1 j'allai prs du port1 sur la jete4 ,j'avoue que j'avais un peu perdu la tte3 je ne me voyais pour toute perspective que la guillotine4 ,il y avait un paquebot qui sortait du port par une mer fort grosse et qui tait dj vingt toises de la jete4 ,tout coup j'entends des cris du ct de la mer1 comme si l'on m'appelait4 ,je vois s'approcher un petit bateau4 ,allons1 donc1 monsieur1 venez1 on vous attend4 ,je passe machinalement dans le bateau4 ,il y avait un homme qui me dit l'oreille3 ,vous voyant marcher sur la jete d'un air effar1 j'ai pens que vous pourriez bien tre un malheureux proscrit4 ,j'ai dit que vous tiez mon ami que j'attendais2 faites semblant d'avoir le mal de mer et allez vous cacher en bas dans un coin obscur de la chambre4 --,ah6 le beau trait1 s'cria la matresse de la maison respirant peine1 et qui tait mue jusqu'aux larmes par le long rcit fort bien fait des dangers de l'abb4 ,que de remercments vous dtes faire ce gnreux inconnu6 ,comment s'appelait-il8 --,je ne sais pas son nom1 a rpondu l'abb un peu confus4 ,et il y a eu un moment de profond silence dans le salon4 ,,clxvii ,le pre et le fils4 ,dialogue de #aghg4 ,,le ,p,,re 7ministre de la44474 ,je vous flicite1 mon fils2 c'est une chose fort agrable pour vous d'tre invit chez ,m4 le duc d'4442 c'est une distinction pour un homme de votre ge4 ,ne manquez pas d'tre au ,palais six heures prcises4 ,,le ,,fils4 ,je pense1 monsieur1 que vous y dnez aussi8 ,,le ,p,,re ,m4 le duc d'4441 toujours parfait pour notre famille1 vous engageant pour la premire fois1 a bien voulu m'inviter aussi4 ,le fils1 jeune homme fort bien n et de l'esprit le plus distingu1 ne manque pas d'tre au ,palais444 six heures4 ,on servit sept4 ,le fils se trouva plac vis--vis du pre4 ,chaque convive avait ct de soi une femme nue4 ,l'on tait servi par une vingtaine de laquais en grande livre#bdd4 #bdd ,from december #bg1 #ahai till the #c june #ahbj1 ,mil4 ,,clxviii ,londres1 aot #ahag4 ,je n'ai de ma vie t frapp et intimid de la prsence de la beaut comme ce soir1 un concert que donnait ,mme ,pasta4 ,elle tait environne1 en chantant1 de trois rangs de jeunes femmes tellement belles1 d'une beaut tellement pure et cleste1 que je me suis senti baisser les yeux par respect1 au lieu de les lever pour admirer et jouir4 ,cela ne m'est arriv dans aucun pays1 pas mme dans ma chre ,italie4 ,,clxix ,une chose est absolument impossible dans les arts1 en ,france1 c'est la verve4 ,il y aurait trop de ridicule pour l'homme entran1 il a l'air trop heureux4 ,voir un ,vnitien rciter les satires de ,burati4 ,,clxx ,il y avait ,valence1 en ,espagne1 deux amies1 femmes trs honntes1 et des familles les plus distingues4 ,l'une d'elles fut courtise par un officier franais1 qui l'aima avec passion1 et au point de manquer la croix aprs une bataille1 en restant dans un cantonnement auprs d'elle1 au lieu d'aller au quartier gnral faire la cour au gnral en chef4 ,a la fin1 il en fut aim4 ,aprs sept mois de froideur aussi dsesprante le dernier jour que le premier1 elle lui dit un soir3 ,bon ,joseph1 je suis vous4 ,il restait l'obstacle d'un mari1 homme d'infiniment d'esprit1 mais le plus jaloux des hommes4 ,en ma qualit d'ami1 j'ai d lire avec lui toute l'histoire de ,pologne1 de ,rulhire1 qu'il n'entendait pas bien4 ,il s'coula trois mois sans qu'on pt le tromper4 ,il y avait un tlgraphe les jours de ftes1 pour indiquer l'glise o l'on irait la messe4 ,un jour1 je vis mon ami plus sombre qu' l'ordinaire2 voici ce qui allait se passer4 ,l'amie intime de ,doa ,inezilla tait dangereusement malade4 ,celle-ci demanda son mari la permission de passer la nuit auprs de la malade1 ce qui fut aussitt accord1 condition que le mari choisirait le jour4 ,un soir1 il conduit doa ,inezilla chez son amie1 et dit1 en badinant et comme inopinment1 qu'il dormira fort bien sur un canap1 dans un petit salon attenant la chambre coucher1 et dont la porte fut laisse ouverte4 ,depuis onze jours1 tous les soirs1 l'officier franais passait deux heures1 cach sous le lit de la malade4 ,je n'ose ajouter le reste4 ,je ne crois pas que la vanit permette ce degr d'amiti une ,franaise4 ,,appendix ,,des ,,cours ,d',,amour ,il y a eu des cours d'amour en ,france1 de l'an #aaej l'an #abjj4 ,voil ce qui est prouv4 ,probablement l'existence des cours d'amour remonte une poque beaucoup plus recule4 ,les dames1 runies dans les cours d'amour1 rendaient des arrts soit sur des questions de droit1 par exemple3 ,l'amour peut-il exister entre gens maris8 ,soit sur des cas particuliers que les amants leur mettaient#bde4 #bde ,andr le chapelain1 ,nostradamus1 ,raynouard1 ,crescimbeni1 d',aretin4 ,autant que je puis me figurer la partie morale de cette jurisprudence1 cela devait ressembler ce qu'aurait t la cour des marchaux de ,france1 tablie pour le point d'honneur par ,louis ,,xiv1 si toutefois l'opinion et soutenu cette institution4 ,andr1 chapelain du roi de ,france1 qui crivait vers l'an #aagj1 cite les cours d'amour3 des dames de ,gascogne1 d',ermengarde1 vicomtesse de ,narbonne 7#aadd1 #aaid71 de la reine lonore1 de la comtesse de ,flandre1 de la comtesse de ,champagne 7#aagd74 ,andr rapporte neuf jugements prononcs par la comtesse de ,champagne4 ,il cite deux jugements prononcs par la comtesse de ,flandre4 ,jean de ,nostradamus1 ,vie des potes provenaux1 dit 7page #ae73 ,les tensons taient disputes d'amours qui se faisaient entre les chevaliers et dames potes entre-parlant ensemble de quelque belle et subtile question d'amours2 et o ils ne s'en pouvaient accorder1 ils les envoyaient1 pour en avoir la dfinition1 aux dames illustres prsidentes1 qui tenaient cour d'amour ouverte et planire ,signe et ,pierrefeu1 ou ,romanin1 ou autres1 et l-dessus1 en faisaient arrts qu'on nommait ,,lous ,,arrests ,d',,amours4 ,voici les noms de quelques-unes des dames qui prsidaient aux cours d'amour de ,pierrefeu et de ,signe3 ,stephanette1 dame de ,brulx1 fille du comte de ,provence2 ,adalarie1 vicomtesse d',avignon2 ,alalte1 dame d',ongle2 ,hermissende1 dame de ,posquires2 ,bertrane1 dame d',urgon2 ,mabille1 dame d',yres2 ,la comtesse de ,dye2 ,rostangue1 dame de ,pierrefeu2 ,bertrane1 dame de ,signe2 ,jausserande de ,claustral4 ,nostradamus1 page #bg4 ,il est vraisemblable que la mme cour d'amour s'assemblait tantt dans le chteau de ,pierrefeu1 tantt dans celui de ,signe4 ,ces deux villages sont trs voisins l'un de l'autre1 et situs peu prs gale distance de ,toulon et de ,brignoles4 ,dans la ,vie de ,bertrand d',alamanon1 ,nostradamus dit3 ,ce troubadour fut amoureux de ,phanette ou ,estephanette de ,romanin1 dame dudit lieu1 de la maison de ,gantelmes1 qui tenait de son temps cour d'amour ouverte et planire en son chteau de ,romanin1 prs la ville de ,saint-,remy1 en ,provence1 tante de ,laurette d',avignon1 de la maison de ,sado1 tant clbre par le pote ,ptrarque4 ,a l'article de ,laurette1 on lit que ,laurette de ,sade1 clbre par ,ptrarque1 vivait ,avignon vers l'an #acda1 qu'elle fut instruite par ,phanette de ,gantelmes1 sa tante1 dame de ,romanin2 que toutes deux romansoyent promptement en toute sorte de rithme provensalle1 suyvant ce qu'en a escrit le monge des ,isles d',or1 les oeuvres desquelles rendent ample tesmoignage de leur doctrine444 ,il est vray 7dict le monge7 que ,phanette ou ,estephanette1 comme trs excellente en la posie1 avoit une fureur ou inspiration divine1 laquelle fureur estoit estime un vray don de ,dieu2 elles estoyent accompagnes de plusieurs dames illustres et gnreuses#bdf de ,provence1 qui fleurissoyent de ce temps en ,avignon1 lorsque la cour romaine y rsidoit1 qui s'adonnoyent l'estude des lettres1 tenans cour d'amour ouverte et y deffinissoyent les questions d'amour qui y estoyent proposes et envoyes444 #bdf ,jehanne1 dame de ,baulx1 ,huguette de ,forcarquier1 dame de ,trects1 ,briande d',agoult1 comtesse de la ,lune1 ,mabille de ,villeneufve1 dame de ,vence1 ,batrix d',agoult1 dame de ,sault1 ,ysoarde de ,roquefueilh1 dame d',ansoys1 ,anne1 vicomtesse de ,tallard1 ,blanche de ,flassans1 surnomme ,blankaflour1 ,doulce1 de ,monstiers1 dame de ,clumane1 ,antonette de ,cadenet1 dame de ,lambesc1 ,magdalne de ,sallon1 dame dudict lieu1 ,rixende du ,puyvard1 dame de ,trans4 ,nostradamus1 page #bag4 ,guillen et ,pierre ,balbz et ,loys des ,lascaris1 comtes de ,vintimille1 de ,tende et de la ,brigue1 personnages de grand renom1 estant venus de ce temps en ,avignon visiter ,innocent ,v,ie du nom1 pape1 furent ouyr les deffinitions et sentences d'amour prononces par ces dames2 lesquels esmerveillez et ravis de leurs beaults et savoir1 furent surpris de leur amour4 ,les troubadours nommaient souvent1 la fin de leurs tensons1 les dames qui devaient prononcer sur les questions qu'ils agitaient entre eux4 ,un arrt de la cour des dames de ,gascogne porte3 ,la cour des dames1 assemble en ,gascogne1 a tabli1 du consentement de toute la cour1 cette constitution perptuelle1 etc41 etc4 ,la comtesse de ,champagne1 dans l'arrt de #aagd1 dit3 ,ce jugement que nous avons port avec une extrme prudence1 est appuy de l'avis d'un trs grand nombre de dames444 ,on trouve dans un autre jugement3 ,le chevalier1 pour la fraude qui lui avait t faite1 dnona toute cette affaire la comtesse de ,champagne1 et demanda humblement que ce dlit ft soumis au jugement de la comtesse de ,champagne et des autres dames4 ,la comtesse1 ayant appel auprs d'elle soixante dames1 rendit ce jugement1 etc4 ,andr le chapelain1 duquel nous tirons ces renseignements1 rapporte que le code d'amour avait t publi par une cour compose d'un grand nombre de dames et de chevaliers4 ,andr nous a conserv la supplique qui avait t adresse la comtesse de ,champagne1 lorsqu'elle dcida par la ngative cette question3 ,le vritable amour peut-il exister entre poux8 ,mais quelle tait la peine encourue lorsqu'on n'obissait pas aux arrts des cours d'amour8 ,nous voyons la cour de ,gascogne ordonner que tel de ses jugements serait observ comme constitution perptuelle1 et que ces dames qui n'y obiraient pas encourraient l'inimiti de toute dame honnte4 ,jusqu' quel point l'opinion sanctionnait-elle les arrts des cours d'amour8 ,y avait-il autant de honte s'y soustraire qu'aujourd'hui une affaire commande par l'honneur8 ,je ne trouve rien dans ,andr ou dans ,nostradamus qui me mette mme de rsoudre cette question4 ,deux troubadours1 ,simon ,doria et ,lanfranc ,cigalla1 agitrent la question3 ,qui est plus digne d'tre aim1 ou celui qui donne libralement1 ou celui qui donne malgr soi1 afin de passer pour libral8 ,cette question fut soumise aux dames de la cour d'amour de ,pierrefeu et de ,signe2 mais les deux troubadours ayant t mcontents du jugement1 recoururent la cour d'amour souveraine des dames de ,romain#bdg4 #bdg ,nostradamus1 page #aca4 ,la rdaction des jugements est conforme celle des tribunaux judiciaires de cette poque4 ,quelle que soit l'opinion du lecteur sur le degr d'importance qu'obtenaient les cours d'amour dans l'attention des contemporains1 je le prie de considrer quels sont aujourd'hui1 en #ahbb1 les sujets de conversation des dames les plus considres et les plus riches de ,toulon et de ,marseille4 ,n'taient-elles pas plus gaies1 plus spirituelles1 plus heureuses1 en #aagd qu'en #ahbb8 ,presque tous les arrts des cours d'amour ont des considrants fonds sur les rgles du code d'amour4 ,ce code d'amour se trouve en entier dans l'ouvrage d',andr le chapelain4 ,il y a trente et un articles1 les voici3 ,,code ,d',,amour ,,du ,,douzi,,me ,,si,,cle ,i ,l'allgation de mariage n'est pas excuse lgitime contre l'amour4 ,,ii ,qui ne sait celer ne sait aimer4 ,,iii ,personne ne peut se donner deux amours4 ,,iv ,l'amour peut toujours crotre ou diminuer4 ,v ,n'a pas de saveur ce que l'amant prend de force l'autre amant4 ,,vi ,le mle n'aime d'ordinaire qu'en pleine pubert4 ,,vii ,on prescrit l'un des amants1 pour la mort de l'autre1 une viduit de deux annes4 ,,viii ,personne sans raison plus que suffisante ne doit tre priv de son droit en amour4 ,,ix ,personne ne peut aimer s'il n'est engag par la persuasion d'amour 7par l'espoir d'tre aim74 ,x ,l'amour d'ordinaire est chass de la maison par l'avarice4 ,,xi ,il ne convient pas d'aimer celle qu'on aurait honte de dsirer en mariage4 ,,xii ,l'amour vritable n'a dsir de caresses que venant de celle qu'il aime4 ,,xiii ,amour divulgu est rarement de dure4 ,,xiv ,le succs trop facile te bientt son charme l'amour3 les obstacles lui donnent du prix4 ,,xv ,toute personne qui aime plit l'aspect de ce qu'elle aime4 ,,xvi ,a la vue imprvue de ce qu'on aime1 on tremble4 ,,xvii ,nouvel amour chasse l'ancien4 ,,xviii ,le mrite seul rend digne d'amour4 ,,xix ,l'amour qui s'teint tombe rapidement1 et rarement se ranime4 ,,xx ,l'amoureux est toujours craintif4 ,,xxi ,par la jalousie vritable l'affection d'amour crot toujours4 ,,xxii ,du soupon et de la jalousie qui en drive crot l'affection d'amour4 ,,xxiii ,moins dort et moins mange celui qu'assige pense d'amour4 ,,xxiv ,toute action de l'amant se termine par penser ce qu'il aime4 ,,xxv ,l'amour vritable ne trouve rien de bien que ce qu'il sait plaire ce qu'il aime4 ,,xxvi ,l'amour ne peut rien refuser l'amour4 ,,xxvii ,l'amant ne peut se rassasier de la jouissance de ce qu'il aime4 ,,xxviii ,une faible prsomption fait que l'amant souponne des choses sinistres de ce qu'il aime4 ,,xxix ,l'habitude trop excessive des plaisirs empche la naissance de l'amour4 ,,xxx ,une personne qui aime est occupe par l'image de ce qu'elle aime assidment et sans interruption4 ,,xxxi ,rien n'empche qu'une femme ne soit aime par deux hommes1 et un homme par deux femmes#bdh4 #bdh ,i4 ,causa conjugii ab amore non est excusatio recta4 ,,ii4 ,qui non celat amare non potest4 ,,iii4 ,nemo duplici potest amore ligari4 ,,iv4 ,semper amorem minui vel crescere constat4 ,v4 ,non est sapidum quod amans ab invito sumit amante4 ,,vi4 ,masculus non solet nisi in plena pubertate amare4 ,,vii4 ,biennalis viduitas pro amante defuncto superstiti prscribitur amanti4 ,,viii4 ,nemo1 sine rationis excessu1 suo debet amore privari4 ,,ix4 ,amare nemo potest1 nisi qui amoris suasione compellitur4 ,x4 ,amor semper ab avaritia consuevit domicilus exulare4 ,,xi4 ,non decet amare quarum pudor est nuptias affectare4 ,,xii4 ,verus amans alterius nisi su coamantis ex affectu non cupit amplexus4 ,,xiii4 ,amor raro consuevit durare vulgatus4 ,,xiv4 ,facilis perceptio contemptibilem reddit amorem1 difficilis eum parum facit haberi4 ,,xv4 ,omnis consuevit amans in coamantis aspectu pallescere4 ,,xvi4 ,in repentina coamantis visione1 cor tremescit amantis4 ,,xvii4 ,novus amor veterem compellit abire4 ,,xviii4 ,probitas sola quemcumque dignum facit amore4 ,,xix4 ,si amor minuatur1 cito deficit et raro convalescit4 ,,xx4 ,amorosus semper est timorosus4 ,,xxi4 ,ex vera zelotypia affectus semper crescit amandi4 ,,xxii4 ,de coamante suspicione percepta zelus interea et affectus crescit amandi4 ,,xxiii4 ,minus dormit et edit quem amoris cogitatio vexat4 ,,xxiv4 ,quilibet amantis actus in coamantis cogitatione finitur4 ,,xxv4 ,verus amans nihil beatum credit1 nisi quod cogitat amanti placere4 ,,xxvi4 ,amor nihil posset amori denegare4 ,,xxvii4 ,amans coamantis solatus satiari non potest4 ,,xxviii4 ,modica prsumptio cogit amantem de coamante suspicari sinistra4 ,,xxix4 ,non solet amare quem nimia voluptatis abundantia vexat4 ,,xxx4 ,verus amans assidua1 sine intermissione1 coamantis imagine detinetur4 ,,xxxi4 ,unam feminam nihil prohibet a duobus amari1 et a duabus mulieribus unum4 ,fol4 #ajc4 ,voici le dispositif d'un jugement rendu par une cour d'amour3 ,,question3 ,le vritable amour peut-il exister entre personnes maries8 ,,jugement de la comtesse de ,champagne3 ,nous disons et assurons1 par la teneur des prsentes1 que l'amour ne peut tendre ses droits sur deux personnes maries4 ,en effet1 les amants s'accordent tout1 mutuellement et gratuitement1 sans tre contraints par aucun motif de ncessit1 tandis que les poux sont tenus1 par devoir1 de subir rciproquement leurs volonts1 et de ne se refuser rien les uns aux autres444 ,que ce jugement1 que nous avons rendu avec une extrme prudence1 et d'aprs l'avis d'un grand nombre d'autres dames1 soit pour vous d'une vrit constante et irrfragable4 ,ainsi jug1 l'an #aagd1 le troisime jour des calendes de mai1 indiction ,,vii#bdi4 #bdi ,utrum inter conjugatos amor possit habere locum8 ,dicimus enim et stabilito tenore firmamus amorem non posse inter duos jugales suas extendere vires1 nam amantes sibi invicem gratis omnia largiuntur1 nullius necessitatis ratione cogente2 jugales vero mutuis tementur ex debito voluntatibus obedire et in nullo seipsos sibi ad invicem denegare444 ,hoc igitur nostrum judicium1 cum nimia moderatione prolatum et aliarum quamplurium dominarum consilio roboratum1 pro indubitabili vobis sit ac veritate constanti4 ,ab anno ,m4 ,c4 ,,lxxiv1 tertio calend4 maii1 indictione ,,vii4 ,fol4 #ef4 ,ce jugement est conforme la premire rgle du code d'amour4 ,causa conjugii non est ab amore excusatio recta4 ,,notice ,,sur ,,andr ,,le ,,chapelain ,andr parat avoir crit vers l'an #aagf4 ,on trouve la ,bibliothque du roi 7n #hgeh7 un manuscrit de l'ouvrage d',andr qui a jadis appartenu ,baluze4 ,voici le premier titre3 ,hic incipiunt capitula libri de ,arte amatoria et reprobatione amoris4 ,ce titre est suivi de la table des chapitres4 ,ensuite on lit ce second titre3 ,incipit liber de ,arte amandi et de reprobatione amoris1 editus et compillatus a magistro ,andrea1 ,francorum aul regi capellano1 ad ,galterium amicum suum1 cupientem in amoris exercitu militare3 in quo quidem libro1 cujusque gradus et ordinis mulier ab homine cujusque conditionis et status ad amorem sapientissime invitatur2 et ultimo in fine ipsius libri de amoris reprobatione subjungitur4 ,crescimbeni1 ,vite de poeti provenzali1 article ,,percivalle ,,doria1 cite un manuscrit de la bibliothque de ,nicolo ,bargiacchi ,florence1 et en rapporte divers passages2 ce manuscrit est une traduction du trait d',andr le chapelain4 ,l'acadmie de la ,crusca l'a admise parmi les ouvrages qui ont fourni des exemples pour son dictionnaire4 ,il y a eu diverses ditions de l'original latin4 ,frid4 ,otto ,menckenius1 dans ses ,miscellanea ,lipsiensia nova1 ,lipsi1 #agea1 t4 ,,viii1 part4 ,i1 p4 #ede et suiv41 indique une trs ancienne dition sans date et sans lieu d'impression1 qu'il juge tre du commencement de l'imprimerie3 ,tractatus amoris et de amoris remedio ,andre capellani ,innocentii pap quarti4 ,une seconde dition de #afaj porte ce titre3 ,erotica seu amatoria ,andre capellani regii1 vetustissimi scriptoris ad venerandum suum amicum ,guualterium scripta1 nunquam ante hac edita1 sed spius a multis desiderata2 nunc tandem fide diversorum mss4 codicum in publicum emissa a ,dethmaro ,mulhero4 ,dorpmund1 typis ,westhovianis1 anno ,vna ,cast et ,ver amanda4 ,une troisime dition porte3 ,tremoni1 typis ,westhovianis1 anno #afad4 ,andr divise ainsi mthodiquement le sujet qu'il se propose de traiter3 #a ,quid sit amor et und dicatur#bej4 #bej ,ce qu'est l'amour et d'o il prend nom4 ,quel est l'effet d'amour4 ,entre quelles personnes peut exister amour4 ,de quelle faon l'amour s'acquiert1 se conserve1 augmente1 diminue1 finit4 ,a quels signes connat-on d'tre aim1 et ce que doit faire l'un des amants quand l'autre manque sa foi4 #b ,quis sit effectus amoris4 #c ,inter quos possit esse amor4 #d ,qualiter amor acquiratur1 retineatur1 augmentetur1 minuatur1 finiatur4 #e ,de notitia mutui amoris1 et quid unus amantium agere debeat1 altero fidem fallente4 ,chacune de ces questions est traite en plusieurs paragraphes4 ,andr fait parler alternativement l'amant et la dame4 ,la dame fait des objections1 l'amant cherche la convaincre par des raisons plus ou moins subtiles4 ,voici un passage que l'auteur met dans la bouche de l'amant3 444 ,sed si forte horum sermonum te perturbet obscuritas1 eorum tibi sententiam indicabo#bea4 #bea ,mais si par hasard l'obscurit de ce discours vous embarrasse1 je vais vous en donner le sommaire4 ,de toute antiquit il y a en amour quatre degrs diffrents3 ,le premier consiste donner des esprances1 le second dans l'offre du baiser4 ,le troisime dans la jouissance des embrassements les plus intimes4 ,le quatrime dans l'octroi de toute la personne4 ,ab antiquo igitur quatuor sunt in amore gradus distincti3 ,primus1 in spei datione consistit4 ,secundus1 in osculi exhibitione4 ,tertius1 in amplexus fruitione4 ,quartus1 in totius concessione person finitur4 ,,le ,,rameau ,,de ,,salzbourg#beb #beb ,ce fragment1 trouv dans les papiers de ,m4 ,beyle1 est publi aujourd'hui pour la premire fois4 ,il explique le phnomne de la cristallisation et fait connatre l'origine de ce mot4 ,aux mines de sel de ,hallein1 prs de ,salzbourg1 les mineurs jettent dans les profondeurs abandonnes de la mine un rameau d'arbre effeuill par l'hiver2 deux ou trois mois aprs1 par l'effet des eaux charges de parties salines1 qui humectent ce rameau et ensuite le laissent sec en se retirant1 ils le trouvent tout couvert de cristallisations brillantes4 ,les plus petites branches1 celles qui ne sont pas plus grosses que la patte d'une msange1 sont incrustes d'une infinit de petits cristaux mobiles et blouissants4 ,on ne peut plus reconnatre le rameau primitif2 c'est un petit jouet d'enfant trs joli voir4 ,les mineurs d',hallein ne manquent pas1 quand il fait un beau soleil et que l'air est parfaitement sec1 d'offrir de ces rameaux de diamants aux voyageurs qui se prparent descendre dans la mine4 ,cette descente est une opration singulire4 ,on se met cheval sur d'immenses troncs de sapin1 placs en pente la suite les uns des autres4 ,ces troncs de sapin sont fort gros et l'office de cheval1 qu'ils font depuis un sicle ou deux1 les a rendus compltement lisses4 ,devant la selle1 sur laquelle vous tes pos et qui glisse sur les troncs de sapin placs bout bout1 s'tablit un mineur qui1 assis sur son tablier de cuir1 glisse devant vous et se charge de vous empcher de descendre trop vite4 ,avant d'entreprendre ce voyage rapide1 les mineurs engagent les dames se revtir d'un immense pantalon de serge grise1 dans lequel entre leur robe1 ce qui leur donne la tournure la plus comique4 ,je visitai ces mines si pittoresques d',hallein1 dans l't de #ah4441 avec ,mme ,gherardi4 ,d'abord1 il n'avait t question que de fuir la chaleur insupportable que nous prouvions ,bologne1 et d'aller prendre le frais au mont ,saint-,gothard4 ,en trois nuits nous emes travers les marais pestilentiels de ,mantoue et le dlicieux lac de ,garde1 et nous arrivmes ,riva1 ,bolzano1 ,inspruck4 ,mme ,gherardi trouva ces montagnes si jolies1 que1 partis pour une promenade1 nous finmes par un voyage4 ,suivant les rives de l',inn et ensuite celles de la ,salza1 nous descendmes jusqu' ,salzbourg4 ,la fracheur charmante de ce revers des ,alpes1 du ct du ,nord1 compare l'air touff et la poussire que nous venions de laisser dans la plaine de ,lombardie1 nous donnait chaque matin un plaisir nouveau et nous engageait pousser plus avant4 ,nous achetmes des vestes de paysans ,golling4 ,souvent nous trouvions de la difficult nous loger et mme vivre2 car notre caravane tait nombreuse2 mais ces embarras1 ces malheurs1 taient des plaisirs4 ,nous arrivmes de ,golling ,hallein1 ignorant jusqu' l'existence de ces jolies mines de sel dont je parlais4 ,nous y trouvmes une nombreuse socit de curieux1 au milieu desquels nous dbutmes en vestes de paysans et nos dames avec d'normes capotes de paysannes1 dont elles s'taient pourvues4 ,nous allmes la mine sans la moindre ide de descendre dans les galeries souterraines2 la pense de se mettre cheval pour une route de trois quarts de lieue1 sur une monture de bois1 semblait singulire1 et nous craignions d'touffer au fond de ce vilain trou noir4 ,mme ,gherardi le considra un instant et dclara que1 pour elle1 elle allait descendre et nous laissait toute libert4 ,pendant les prparatifs1 qui furent longs1 car1 avant de nous engouffrer dans cette cavit fort profonde1 il fallut chercher dner1 je m'amusai observer ce qui se passait dans la tte d'un joli officier bien blond des chevau-lgers bavarois4 ,nous venions de faire connaissance avec cet aimable jeune homme1 qui parlait franais1 et nous tait fort utile pour nous faire entendre des paysans allemands de ,hallein4 ,ce jeune officier1 quoique trs joli1 n'tait point fat1 et1 au contraire1 paraissait homme d'esprit2 ce fut ,mme ,gherardi qui fit cette dcouverte4 ,je voyais l'officier devenir amoureux vue d'oeil de la charmante ,italienne1 qui tait folle de plaisir de descendre dans une mine et de l'ide que bientt nous nous trouverions cinq cents pieds sous terre4 ,mme ,gherardi1 uniquement occupe de la beaut des puits1 des grandes galeries1 et de la difficult vaincue1 tait mille lieues de songer plaire1 et encore plus de songer tre charme par qui que ce soit4 ,bientt je fus tonn des tranges confidences que me fit1 sans s'en douter1 l'officier bavarois4 ,il tait tellement occup de la figure cleste1 anime par un esprit d'ange1 qui se trouvait la mme table que lui1 dans une petite auberge de montagne1 peine claire par des fentres garnies de vitres vertes1 que je remarquai que souvent il parlait sans savoir qui1 ni ce qu'il disait4 ,j'avertis ,mme ,gherardi1 qui1 sans moi1 perdait ce spectacle1 auquel une jeune femme n'est peut-tre jamais insensible4 ,ce qui me frappait1 c'tait la nuance de folie qui1 sans cesse1 augmentait dans les rflexions de l'officier2 sans cesse il trouvait cette femme des perfections plus invisibles mes yeux4 ,a chaque moment1 ce qu'il disait peignait d'une manire moins ressemblante la femme qu'il commenait aimer4 ,je me disais3 ,la ,ghita n'est assurment que l'occasion de tous les ravissements de ce pauvre ,allemand4 ,par exemple1 il se mit vanter la main de ,mme ,gherardi1 qu'elle avait eue frappe1 d'une manire fort trange1 par la petite vrole1 tant enfant1 et qui en tait reste trs marque et assez brune4 ,comment expliquer ce que je vois8 me disais-je4 ,o trouver une comparaison pour rendre ma pense plus claire8 ,a ce moment ,mme ,gherardi jouait avec le joli rameau couvert de diamants mobiles1 que les mineurs venaient de lui donner4 ,il faisait un beau soleil3 c'tait le #c aot1 et les petits prismes salins jetaient autant d'clat que les beaux diamants dans une salle de bal fort claire4 ,l'officier bavarois1 qui tait chu un rameau plus singulier et plus brillant1 demanda ,mme ,gherardi de changer avec lui4 ,elle y consentit2 en recevant ce rameau il le pressa sur son coeur avec un mouvement si comique1 que tous les ,italiens se mirent rire4 ,dans son trouble1 l'officier adressa ,mme ,gherardi les compliments les plus exagrs et les plus sincres4 ,comme je l'avais pris sous ma protection1 je cherchais justifier la folie de ses louanges4 ,je disais ,ghita3 ,l'effet que produit sur ce jeune homme la noblesse de vos traits italiens1 de ces yeux tels qu'il n'en a jamais vus1 est prcisment semblable celui que la cristallisation a opr sur la petite branche de charmille que vous tenez et qui vous semble si jolie4 ,dpouille de ses feuilles par l'hiver1 assurment elle n'tait rien moins qu'blouissante4 ,la cristallisation du sel a recouvert les branches noirtres de ce rameau avec des diamants si brillants et en si grand nombre1 que l'on ne peut plus voir qu' un petit nombre de places ses branches telles qu'elles sont4 --,eh bien6 que voulez-vous conclure de l8 dit ,mme ,gherardi4 --,que ce rameau reprsente fidlement la ,ghita1 telle que l'imagination de ce jeune officier la voit4 --,c'est--dire1 monsieur1 que vous apercevez autant de diffrence entre ce que je suis en ralit et la manire dont me voit cet aimable jeune homme qu'entre une petite branche de charmille dessche et la jolie aigrette de diamants que ces mineurs m'ont offerte4 --,madame1 le jeune officier dcouvre en vous des qualits que nous1 vos anciens amis1 nous n'avons jamais vues4 ,nous ne saurions apercevoir1 par exemple1 un air de bont tendre et compatissante4 ,comme ce jeune homme est ,allemand1 la premire qualit d'une femme1 ses yeux1 est la bont1 et sur-le-champ1 il aperoit dans vos traits l'expression de la bont4 ,s'il tait ,anglais1 il verrait en vous l'air aristocratique et lady like#bec d'une duchesse1 mais1 s'il tait moi1 il vous verrait telle que vous tes1 parce que depuis longtemps1 et pour mon malheur1 je ne puis rien me figurer de plus sduisant4 #bec ,l'air grande dame4 --,ah6 j'entends1 dit ,ghita2 au moment o vous commencez vous occuper d'une femme1 vous ne la voyez plus telle qu'elle est rellement1 mais telle qu'il vous convient qu'elle soit4 ,vous comparez les illusions favorables que produit ce commencement d'intrt ces jolis diamants qui cachent la branche de charmille effeuille par l'hiver1 et qui ne sont aperus1 remarquez-le bien1 que par l'oeil de ce jeune homme qui commence aimer4 --,c'est1 repris-je1 ce qui fait que les propos des amants semblent si ridicules aux gens sages1 qui ignorent le phnomne de la cristallisation4 --,ah6 vous appelez cela cristallisation1 dit ,ghita2 eh bien1 monsieur1 cristallisez pour moi4 ,cette image1 singulire peut tre1 frappa l'imagination de ,mme ,gherardi1 et quand nous fmes arrivs dans la grande salle de la mine1 illumine par cent petites lampes qui paraissaient tre dix mille1 cause des cristaux de sel qui les refltaient de tous cts3 ,ah6 ceci est fort joli1 dit-elle au jeune ,bavarois1 je cristallise pour cette salle1 je sens que je m'exagre sa beaut2 et vous1 cristallisez-vous8 --,oui1 madame1 rpondit navement le jeune officier1 ravi d'avoir un sentiment commun avec cette belle ,italienne2 mais1 pour cela n'en comprenant pas davantage ce qu'elle lui disait4 ,cette rponse simple nous fit rire aux larmes1 parce qu'elle dcida la jalousie du sot que ,ghita aimait et qui commena devenir srieusement jaloux de l'officier bavarois4 ,il prit le mot cristallisation en horreur4 ,au sortir de la mine d',hallein1 mon nouvel ami1 le jeune officier1 dont les confidences involontaires m'amusaient beaucoup plus que tous les dtails de l'exploitation du sel1 apprit de moi que ,mme ,gherardi s'appelait ,ghita1 et que l'usage1 en ,italie1 tait de l'appeler devant elle la ,ghita4 ,le pauvre garon1 tout tremblant1 hasarda de l'appeler1 en lui parlant1 la ,ghita1 et ,mme ,gherardi1 amuse de l'air timidement passionn du jeune homme et de la mine profondment irrite d'une autre personne1 invita l'officier djeuner pour le lendemain1 avant notre dpart pour l',italie4 ,ds qu'il se fut loign3--,ah 6 expliquez-moi1 ma chre amie1 dit le personnage irrit1 pourquoi vous nous donnez la compagnie de ce blondin fade et aux yeux hbts8 --,parce que1 monsieur1 aprs dix jours de voyage1 passant toute la journe avec moi1 vous me voyez tous telle que je suis1 et ces yeux fort tendres et que vous appelez hbts me voient parfaite4 ,n'est-ce pas1 ,filippo1 ajouta-t-elle en me regardant1 ces yeux-l me couvrent d'une cristallisation brillante2 je suis pour eux la perfection2 et1 ce qu'il y a d'admirable1 c'est que quoi que je fasse1 quelque sottise qu'il m'arrive de dire1 aux yeux de ce bel ,allemand1 je ne sortirai jamais de la perfection3 cela est commode4 ,par exemple1 vous1 ,annibalino 7l'amant que nous trouvions un peu sot s'appelait le colonel ,annibal71 je parie que1 dans ce moment1 vous ne me trouvez pas exactement parfaite8 ,vous pensez que je fais mal d'admettre ce jeune homme dans ma socit4 ,savez-vous ce qui vous arrive1 mon cher8 ,vous ne cristallisez plus pour moi4 ,le mot cristallisation devint la mode parmi nous1 et il avait tellement frapp l'imagination de la belle ,ghita1 qu'elle l'adopta pour tout4 ,de retour ,bologne1 on ne racontait gure d'anecdotes d'amour dans sa loge qu'elle ne m'adresst la parole4 ,ce trait-ci confirme ou dtruit telle de nos thories1 me disait-elle4 ,les actes de folie rpts par lesquels un amant aperoit toutes les perfections dans la femme qu'il commence aimer s'appelrent toujours cristallisation entre nous4 ,ce mot nous rappelait le plus aimable voyage4 ,de ma vie je ne sentis si bien la beaut touchante et solitaire des rives du lac de ,garde1 nous passmes dans des barques des soires dlicieuses1 malgr la chaleur touffante4 ,nous trouvmes de ces instants qu'on n'oublie plus3 ce fut un des moments brillants de notre jeunesse4 ,un soir1 quelqu'un vint nous donner la nouvelle que la princesse ,lanfranchi et la belle ,florenza se disputaient le coeur du jeune peintre ,oldofredi4 ,la pauvre princesse semblait en tre rellement prise1 et le jeune artiste milanais ne paraissait occup que des charmes de ,florenza4 ,on se demandait3 ,oldofredi est-il amoureux8 ,mais je supplie le lecteur de croire que je ne prtends pas justifier ce genre de conversation1 dans lequel on a l'impertinence de ne pas se conformer aux rgles imposes par les convenances franaises4 ,je ne sais pourquoi ce soir-l notre amour-propre s'obstina deviner si le peintre milanais tait amoureux de la belle ,florenza4 ,on se perdit dans la discussion d'un grand nombre de petits faits4 ,quand nous fmes las de fixer notre attention sur des nuances presque imperceptibles1 et qui1 au fond1 n'taient gure concluantes1 ,mme ,gherardi se mit nous raconter le petit roman qui1 suivant elle1 se passait dans le coeur d',oldofredi4 ,ds le commencement de son rcit1 elle eut le malheur de se servir du mot cristallisation2 le colonel ,annibal1 qui avait toujours sur le coeur la jolie figure de l'officier bavarois1 fit semblant de ne pas comprendre1 et nous redemanda pour la centime fois ce que nous entendions par le mot cristallisation4 ,c'est ce que je ne sens pas pour vous1 lui rpondit vivement ,mme ,gherardi4 ,aprs quoi1 l'abandonnant dans son coin1 avec son humeur noire1 et nous adressant la parole3 ,je crois1 dit-elle1 qu'un homme commence aimer quand je le vois triste4 ,nous nous rcrimes aussitt3 ,comment1 l'amour1 ce sentiment dlicieux qui commence si bien444--,et qui quelquefois finit si mal1 par de l'humeur1 par des querelles1 dit ,mme ,gherardi en riant et regardant ,annibal4 ,je comprends votre objection4 ,vous autres1 hommes grossiers1 vous ne voyez qu'une chose dans la naissance de l'amour3 on aime ou l'on n'aime pas4 ,c'est ainsi que le vulgaire s'imagine que le chant de tous les rossignols se ressemble2 mais nous1 qui prenons plaisir l'entendre1 savons qu'il y a pourtant dix nuances diffrentes de rossignol rossignol4--,il me semble pourtant1 madame1 dit quelqu'un1 qu'on aime ou qu'on n'aime pas4--,pas du tout1 monsieur2 c'est tout comme si vous disiez qu'un homme qui part de ,bologne pour aller ,rome est dj arriv aux portes de ,rome quand1 du haut de l',apennin1 il voit encore notre tour ,garisenda4 ,il y a loin de l'une de ces deux villes l'autre1 et l'on peut tre au quart du chemin1 la moiti1 aux trois quarts1 sans pour cela tre arriv ,rome1 et cependant l'on n'est plus ,bologne4--,dans cette belle comparaison1 dis-je1 ,bologne reprsente apparemment l'indiffrence et ,rome l'amour parfait4--,quand nous sommes ,bologne1 reprit ,mme ,gherardi1 nous sommes tout fait indiffrents1 nous ne songeons pas admirer d'une manire particulire la femme dont un jour peut-tre nous serons amoureux la folie2 notre imagination songe bien moins encore nous exagrer son mrite4 ,en un mot1 comme nous disions ,hallein1 la cristallisation n'a pas encore commenc4 ,a ces mots1 ,annibal se leva furieux1 et sortit de la loge en nous disant3 ,je reviendrai quand vous parlerez italien4 ,aussitt la conversation se fit en franais1 et tout le monde se prit rire1 mme ,mme ,gherardi4 ,eh bien6 voil l'amour parti1 dit-elle1 et l'on rit encore4 ,on sort de ,bologne1 on monte l',apennin1 l'on prend la route de ,rome444--,mais1 madame1 dit quelqu'un1 nous voil bien loin du peintre ,oldofredi1 ce qui lui donna un petit mouvement d'impatience qui1 probablement1 fit tout fait oublier ,annibal et sa brusque sortie4--,voulez-vous savoir1 nous dit-elle1 ce qui se passe quand on quitte ,bologne8 ,d'abord je crois ce dpart compltement involontaire3 c'est un mouvement instinctif4 ,je ne dis pas qu'il ne soit accompagn de beaucoup de plaisir4 ,l'on admire1 puis on se dit3 ,quel plaisir d'tre aim de cette femme charmante6 ,enfin parat l'esprance2 aprs l'esprance 7souvent conue bien lgrement1 car l'on ne doute de rien1 pour peu que l'on ait de chaleur dans le sang71 aprs l'esprance1 dis-je1 on s'exagre avec dlices la beaut et les mrites de la femme dont on espre tre aim4 ,pendant que ,mme ,gherardi parlait1 je pris une carte jouer1 sur le revers de laquelle j'crivis ,rome d'un ct et ,bologne de l'autre1 et1 entre ,bologne et ,rome1 les quatre gtes que ,mme ,gherardi venait d'indiquer4 #a4 ,l'admiration4 #b4 ,l'on arrive ce second point de la route quand on se dit3 ,quel plaisir d'tre aim de cette femme charmante6 #c4 ,la naissance de l'esprance marque le troisime gte4 #d4 ,l'on arrive au quatrime quand on s'exagre avec dlices la beaut et les mrites de la femme qu'on aime4 ,c'est ce que1 nous autres adeptes1 nous appelons du mot de cristallisation1 qui met ,carthage en fuite4 ,dans le fait1 c'est difficile comprendre4 ,mme ,gherardi continua3 ,pendant ces quatre mouvements de l'me1 ou manires d'tre1 que ,filippo vient de dessiner1 je ne vois pas la plus petite raison pour que notre voyageur soit triste4 ,le fait est que le plaisir est vif1 qu'il rclame toute l'attention dont l'me est susceptible4 ,on est srieux1 mais l'on n'est point triste3 la diffrence est grande4--,nous entendons1 madame1 dit un des assistants1 vous ne parlez pas de ces malheureux auxquels il semble que tous les rossignols rendent les mmes sons--,la diffrence entre tre srieux et tre triste 7l'esser serio e l'esser mesto71 reprit ,mme ,gherardi1 est dcisive lorsqu'il s'agit de rsoudre un problme tel que celui-ci3 ,oldofredi aime-t-il la belle ,florenza8 ,je crois qu',oldofredi aime1 parce que1 aprs avoir t fort occup de la ,florenza1 je l'ai vu triste et non pas seulement srieux4 ,il est triste1 parce que voici ce qui lui est arriv4 ,aprs s'tre exagr le bonheur que pourrait lui donner le caractre annonc par la figure raphalesque1 les belles paules1 les beaux bras1 en un mot les formes dignes de ,canova de la belle marchesina ,florenza1 il a probablement cherch obtenir la confirmation des esprances qu'il avait os concevoir4 ,trs probablement aussi1 la ,florenza1 effraye d'aimer un tranger qui peut quitter ,bologne au premier moment1 et surtout trs fche qu'il ait pu concevoir sitt des esprances1 les lui aura tes avec barbarie4 ,nous avions le bonheur de voir tous les jours de la vie ,mme ,gherardi2 une intimit parfaite rgnait dans cette socit2 on s'y comprenait demi-mot2 souvent j'y ai vu rire de plaisanteries qui n'avaient pas eu besoin de la parole pour se faire entendre3 un coup d'oeil avait tout dit4 ,ici1 un lecteur franais s'apercevra qu'une jolie femme d',italie se livre avec folie toutes les ides bizarres qui lui passent par la tte4 ,a ,rome1 ,bologne1 ,venise1 une jolie femme est reine absolue2 rien ne peut tre plus complet que le despotisme qu'elle exerce dans sa socit4 ,a ,paris1 une jolie femme a toujours peur de l'opinion et du bourreau de l'opinion3 le ridicule4 ,elle a constamment au fond du coeur la crainte des plaisanteries1 comme un roi absolu la crainte d'une charte4 ,voil la secrte pense qui vient la troubler au milieu d'une joie de ses plaisirs1 et lui donner tout coup une mine srieuse4 ,une ,italienne trouverait bien ridicule cette autorit limite qu'une femme de ,paris exerce dans son salon4 ,a la lettre1 elle est toute-puissante sur les hommes qui l'approchent1 et dont toujours le bonheur1 du moins pendant la soire1 dpend d'un de ses caprices3 j'entends le bonheur des simples amis4 ,si vous dplaisez la femme qui rgne dans une loge1 vous voyez l'ennui dans ses yeux1 et n'avez rien de mieux faire que de disparatre pour ce jour-l4 ,un jour1 je me promenais avec ,mme ,gherardi sur la route de la ,cascata del ,reno2 nous rencontrmes ,oldofredi seul1 fort anim1 l'air trs proccup1 mais point sombre4 ,mme ,gherardi l'appela et lui parla1 afin de mieux l'observer4 ,si je ne me trompe1 dis-je ,mme ,gherardi1 ce pauvre ,oldofredi est tout fait livr la passion qu'il prend pour la ,florenza2 dites-moi1 de grce1 moi qui suis votre side1 quel point de la maladie d'amour le croyez-vous arriv maintenant8--,je le vois1 dit ,mme ,gherardi1 se promenant seul1 et qui se dit chaque instant3 ,oui1 elle m'aime4 ,ensuite il s'occupe lui trouver de nouveaux charmes1 se dtailler de nouvelles raisons de l'aimer la folie4--,je ne le crois pas si heureux que vous le supposez4 ,oldofredi doit avoir souvent des doutes cruels2 il ne peut pas tre si sr d'tre aim de la ,florenza2 il ne sait pas comme nous quel point elle considre peu1 dans ces sortes d'affaires1 la richesse1 le rang1 la manire d'tre dans le monde#bed4 ,oldofredi est aimable1 d'accord1 mais ce n'est qu'un pauvre tranger4--,n'importe1 dit ,mme ,gherardi1 je parierais que nous venons de le trouver dans un moment o les raisons pour esprer l'emportaient4--,mais1 dis-je1 il avait l'air trop profondment troubl1 il doit avoir des moments de malheur affreux2 il se dit3 ,mais1 est-ce qu'elle m'aime8--,j'avoue1 reprit ,mme ,gherardi1 oubliant presque qu'elle me parlait1 que1 quand la rponse qu'on se fait soi-mme est satisfaisante1 il y a des moments de bonheur divin et tels que peut-tre rien au monde ne peut leur tre compar4 ,c'est l sans doute ce qu'il y a de mieux dans la vie4 #bed ,tout est oppos entre la ,france et l',italie4 ,par exemple1 les richesses1 la haute naissance1 l'ducation parfaite1 disposent l'amour au del des ,alpes1 et en loignent en ,france4 ,quand1 enfin1 l'me1 fatigue et comme accable de sentiments si violents1 revient la raison par lassitude1 ce qui surnage aprs tant de mouvements si opposs1 c'est cette certitude3 ,je trouverai auprs de lui un bonheur que lui seul au monde peut me donner4 ,je laissai peu peu mon cheval s'loigner de celui de ,mme ,gherardi4 ,nous fmes les trois milles qui nous sparaient de ,bologne sans dire une seule parole1 pratiquant la vertu nomme discrtion4 ,,ernestine ,,ou ,,la ,,naissance ,,de ,l',,amour ,,avertissement ,une femme de beaucoup d'esprit et de quelque exprience prtendait un jour que l'amour ne nat pas aussi subitement qu'on le dit4 ,il me semble1 disait-elle1 que je dcouvre sept poques tout fait distinctes dans la naissance de l'amour2 et1 pour prouver son dire1 elle conta l'anecdote suivante4 ,on tait la campagne1 il pleuvait verse1 on tait trop heureux d'couter4 99 99 99 99 99 ,dans une me parfaitement indiffrente1 une jeune fille habitant un chteau isol1 au fond d'une campagne1 le plus petit tonnement excite profondment l'attention4 ,par exemple1 un jeune chasseur qu'elle aperoit l'improviste1 dans le bois1 prs du chteau4 ,ce fut par un vnement aussi simple que commencrent les malheurs d',ernestine de ,s444 ,le chteau qu'elle habitait seule1 avec son vieil oncle1 le comte de ,s4441 bti dans le moyen ge1 prs des bords du ,drac1 sur une des roches immenses qui resserrent le cours de ce torrent1 dominait un des plus beaux sites du ,dauphin4 ,ernestine trouva que le jeune chasseur offert par le hasard sa vue avait l'air noble4 ,son image se prsenta plusieurs fois sa pense3 car quoi songer dans cet antique manoir8--,elle y vivait au sein d'une sorte de magnificence2 elle y commandait un nombreux domestique2 mais depuis vingt ans que le matre et les gens taient vieux1 tout s'y faisait toujours la mme heure2 jamais la conversation ne commenait que pour blmer tout ce qui se fait et s'attrister des choses les plus simples4 ,un soir de printemps1 le jour allait finir1 ,ernestine tait sa fentre2 elle regardait le petit lac et le bois qui est au del3 l'extrme beaut de ce paysage contribuait peut-tre la plonger dans une sombre rverie4 ,tout coup elle revit ce jeune chasseur qu'elle avait aperu quelques jours auparavant2 il tait encore dans le petit bois au del du lac2 il tenait un bouquet de fleurs la main2 il s'arrta comme pour la regarder2 elle le vit donner un baiser ce bouquet et ensuite le placer avec une sorte de respect dans le creux d'un grand chne sur le bord du lac4 ,que de penses cette seule action fit natre6 et que de penses d'un intrt trs vif1 si on les compare aux sensations monotones qui1 jusqu' ce moment1 avaient rempli la vie d',ernestine6 ,une nouvelle existence commence pour elle2 osera-t-elle aller voir ce bouquet8 ,dieu6 quelle imprudence1 se dit-elle en tressaillant2 et si1 au moment o j'approcherai du grand chne1 le jeune chasseur vient sortir des bosquets voisins6 ,quelle honte6 ,quelle ide prendrait-il de moi8 ,ce bel arbre tait pourtant le but habituel de ses promenades solitaires1 souvent elle allait s'asseoir sur ses racines gigantesques1 qui s'lvent au-dessus de la pelouse et forment1 tout l'entour du tronc1 comme autant de bancs naturels abrits par son vaste ombrage4 ,la nuit1 ,ernestine put peine fermer l'oeil2 le lendemain1 ds cinq heures du matin1 peine l'aurore a-t-elle paru1 qu'elle monte dans les combles du chteau4 ,ses yeux cherchent le grand chne au del du lac2 peine l'a-t-elle aperu1 qu'elle reste immobile et comme sans respiration4 ,le bonheur si agit des passions succde au contentement sans objet et presque machinal de la premire jeunesse4 ,dix jours s'coulent4 ,ernestine compte les jours6 ,une fois seulement1 elle a vu le jeune chasseur2 il s'est approch de l'arbre chri1 et il avait un bouquet qu'il y a plac comme le premier4--,le vieux comte de ,s444 remarque qu'elle passe sa vie soigner une volire qu'elle a tablie dans les combles du chteau2 c'est qu'assise auprs d'une petite fentre dont la persienne est ferme1 elle domine toute l'tendue du bois au del du lac4 ,elle est bien sre que son inconnu ne peut l'apercevoir1 et c'est alors qu'elle pense lui sans contrainte4 ,une ide lui vient et la tourmente4 ,s'il croit qu'on ne fait aucune attention ses bouquets1 il en conclura qu'on mprise son hommage1 qui1 aprs tout1 n'est qu'une simple politesse1 et1 pour peu qu'il ait l'me bien place1 il ne paratra plus4 ,quatre jours s'coulent encore1 mais avec quelle lenteur6 ,le cinquime1 la jeune fille1 passant par hasard auprs du grand chne1 n'a pu rsister la tentation de jeter un coup d'oeil sur le petit creux o elle a vu dposer les bouquets4 ,elle tait avec sa gouvernante et n'avait rien craindre4 ,ernestine pensait bien ne trouver que des fleurs fanes2 son inexprimable joie1 elle voit un bouquet compos des fleurs les plus rares et les plus jolies2 il est d'une fracheur blouissante2 pas un ptale des fleurs les plus dlicates n'est fltri4 ,a peine a-t-elle aperu tout cela du coin de l'oeil1 que1 sans perdre de vue sa gouvernante1 elle a parcouru avec la lgret d'une gazelle toute cette partie du bois cent pas la ronde4 ,elle n'a vu personne2 bien sre de n'tre pas observe1 elle revient au grand chne1 elle ose regarder avec dlices le bouquet charmant4 ,o ciel6 il y a un petit papier presque imperceptible1 il est attach au noeud du bouquet4 ,qu'avez-vous1 mon ,ernestine8 dit la gouvernante alarme du petit cri qui accompagne cette dcouverte4--,rien1 bonne amie1 c'est une perdrix qui s'est leve mes pieds4--,il y a quinze jours1 ,ernestine n'aurait pas eu l'ide de mentir4 ,elle se rapproche de plus en plus du bouquet charmant1 elle penche la tte1 et1 les joues rouges comme le feu1 sans oser y toucher1 elle lit sur le petit morceau de papier3 ,voici un mois que tous les matins j'apporte un bouquet4 ,celui-ci sera-t-il assez heureux pour tre aperu8 ,tout est ravissant dans ce joli billet2 l'criture anglaise qui traa ces mots est de la forme la plus lgante4 ,depuis quatre ans qu'elle a quitt ,paris et le couvent le plus la mode du faubourg ,saint-,germain1 ,ernestine n'a rien vu d'aussi joli4 ,tout coup elle rougit beaucoup1 elle se rapproche de sa gouvernante1 et l'engage retourner au chteau4 ,pour y arriver plus vite1 au lieu de remonter dans le vallon et de faire le tour du lac comme de coutume1 ,ernestine prend le sentier du petit pont qui mne au chteau en ligne droite4 ,elle est pensive1 elle se promet de ne plus revenir de ce ct2 car enfin elle vient de dcouvrir que c'est une espce de billet qu'on a os lui adresser4 ,cependant1 il n'tait pas ferm1 se dit-elle tout bas4 ,de ce moment sa vie est agite par une affreuse anxit4 ,quoi donc6 ne peut-elle pas1 mme de loin1 aller revoir l'arbre chri8 ,le sentiment du devoir s'y oppose4 ,si je vais sur l'autre rive du lac1 se dit-elle1 je ne pourrai plus compter sur les promesses que je me fais moi-mme4 ,lorsqu' huit heures elle entendit le portier fermer la grille du petit pont1 ce bruit qui lui tait tout espoir sembla la dlivrer d'un poids norme qui accablait sa poitrine2 elle ne pourrait plus maintenant manquer son devoir1 quand mme elle aurait la faiblesse d'y consentir4 ,le lendemain1 rien ne peut la tirer d'une sombre rverie2 elle est abattue1 ple2 son oncle s'en aperoit2 il fait mettre les chevaux l'antique berline1 on parcourt les environs1 on va jusqu' l'avenue du chteau de ,mme ,dayssin1 trois lieues de l4 ,au retour1 le comte de ,s444 donne l'ordre d'arrter dans le petit bois1 au del du lac2 la berline s'avance sur la pelouse1 il veut revoir le chne immense qu'il n'appelle jamais que le contemporain de ,charlemagne4 ,ce grand empereur peut l'avoir vu1 dit-il1 en traversant nos montagnes pour aller en ,lombardie1 vaincre le roi ,didier2 et cette pense d'une vie si longue semble rajeunir un vieillard presque octognaire ,ernestine est bien loin de suivre les raisonnements de son oncle2 ses joues sont brlantes2 elle va donc se trouver encore une fois auprs du vieux chne2 elle s'est promis de ne pas regarder dans la petite cachette4 ,par un mouvement instinctif1 sans savoir ce qu'elle fait1 elle y jette les yeux1 elle voit le bouquet1 elle plit4 ,il est compos de roses panaches de noir4--,je suis bien malheureux1 il faut que je m'loigne pour toujours4 ,celle que j'aime ne daigne pas apercevoir mon hommage4--,tels sont les mots tracs sur le petit papier fix au bouquet4 ,ernestine les a lus avant d'avoir le temps de se dfendre de les voir4 ,elle est si faible1 qu'elle est oblige de s'appuyer contre l'arbre2 et bientt elle fond en larmes4 ,le soir1 elle se dit3 ,il s'loignera pour toujours1 et je ne le verrai plus6 ,le lendemain1 en plein midi1 par le soleil du mois d'aot1 comme elle se promenait avec son oncle sous l'alle de platanes le long du lac1 elle voit sur l'autre rive le jeune homme s'approcher du grand chne2 il saisit son bouquet1 le jette dans le lac et disparat4 ,ernestine a l'ide qu'il y avait du dpit dans son geste1 bientt elle n'en doute plus4 ,elle s'tonne d'avoir pu en douter un seul instant2 il est vident que1 se voyant mpris1 il va partir2 jamais elle ne le reverra4 ,ce jour-l on est fort inquiet au chteau1 o elle seule rpand quelque gaiet4 ,son oncle prononce qu'elle est dcidment indispose2 une pleur mortelle1 une certaine contraction dans les traits1 ont boulevers cette figure nave1 o se peignaient nagure les sensations si tranquilles de la premire jeunesse4 ,le soir1 quand l'heure de la promenade est venue1 ,ernestine ne s'oppose point ce que son oncle la dirige vers la pelouse au del du lac4 ,elle regarde en passant1 et d'un oeil morne o les larmes sont peine retenues1 la petite cachette trois pieds au-dessus du sol1 bien sre de n'y rien trouver2 elle a trop bien vu jeter le bouquet dans le lac4 ,mais1 surprise6 elle en aperoit un autre4--,par piti pour mon affreux malheur1 daignez prendre la rose blanche4 ,pendant qu'elle relit ces mots tonnants1 sa main1 sans qu'elle le sache1 a dtach la rose blanche qui est au milieu du bouquet4--,il est donc bien malheureux1 se dit-elle6--,en ce moment son oncle l'appelle1 elle le suit1 mais elle est heureuse4 ,elle tient sa rose blanche dans son petit mouchoir de batiste1 et la batiste est si fine1 que tout le temps que dure encore la promenade1 elle peut apercevoir la couleur de la rose travers le tissu lger4 ,elle tient son mouchoir de manire ne pas faner cette rose chrie4 ,a peine rentre1 elle monte en courant l'escalier rapide qui conduit sa petite tour1 dans l'angle du chteau4 ,elle ose enfin contempler sans contrainte cette rose adore et en rassasier ses regards travers les douces larmes qui s'chappent de ses yeux4 ,que veulent dire ces pleurs8 ,ernestine l'ignore4 ,si elle pouvait deviner le sentiment qui les fait couler1 elle aurait le courage de sacrifier la rose qu'elle vient de placer avec tant de soin dans son verre de cristal1 sur sa petite table d'acajou4 ,mais1 pour peu que le lecteur ait le chagrin de n'avoir plus vingt ans1 il devinera que ces larmes1 loin d'tre de la douleur1 sont les compagnes insparables de la vue inopine d'un bonheur extrme2 elles veulent dire3 ,qu'il est doux d'tre aim6--,c'est dans un moment o le saisissement du premier bonheur de sa vie garait son jugement qu',ernestine a eu le tort de prendre cette fleur4 ,mais elle n'en est pas encore voir et se reprocher cette inconsquence4 ,pour nous1 qui avons moins d'illusions1 nous reconnaissons la troisime priode de la naissance de l'amour3 l'apparition de l'espoir4 ,ernestine ne sait pas que son coeur se dit1 en regardant cette rose3 ,maintenant1 il est certain qu'il m'aime4 ,mais peut-il tre vrai qu',ernestine soit sur le point d'aimer8 ,ce sentiment ne choque-t-il pas toutes les rgles du plus simple bon sens8 ,quoi6 elle n'a vu que trois fois l'homme qui1 dans ce moment1 lui fait verser des larmes brlantes6 ,et encore elle ne l'a vu qu' travers le lac1 une grande distance1 cinq cents pas peut-tre4 ,bien plus1 si elle le rencontrait sans fusil et sans veste de chasse1 peut-tre qu'elle ne le reconnatrait pas4 ,elle ignore son nom1 ce qu'il est1 et pourtant ses journes se passent se nourrir de sentiments passionns1 dont je suis oblig d'abrger l'expression1 car je n'ai pas l'espace qu'il faut pour faire un roman4 ,ces sentiments ne sont que des variations de cette ide3 ,quel bonheur d'en tre aime6 ,ou bien elle examine cette autre question bien autrement importante3 ,puis-je esprer d'en tre aime vritablement8 ,n'est-ce point par jeu qu'il me dit qu'il m'aime8 ,quoique habitant un chteau bti par ,lesdiguires1 et appartenant la famille d'un des plus braves compagnons du fameux conntable1 ,ernestine ne s'est point fait cette autre objection3 ,il est peut-tre le fils d'un paysan du voisinage4 ,pourquoi8 ,elle vivait dans une solitude profonde4 ,certainement ,ernestine tait bien loin de reconnatre la nature des sentiments qui rgnaient dans son coeur4 ,si elle et pu prvoir o ils la conduisaient1 elle aurait eu une chance d'chapper leur empire4 ,une jeune ,allemande1 une ,anglaise1 une ,italienne1 eussent reconnu l'amour2 notre sage ducation ayant pris le parti de nier aux jeunes filles l'existence de l'amour1 ,ernestine ne s'alarmait que vaguement de ce qui se passait dans son coeur2 quand elle rflchissait profondment1 elle n'y voyait que de la simple amiti4 ,si elle avait pris une seule rose1 c'est qu'elle et craint1 en agissant autrement1 d'affliger son nouvel ami et de le perdre4 ,et1 d'ailleurs1 se disait-elle1 aprs y avoir beaucoup song1 il ne faut pas manquer la politesse4 ,le coeur d',ernestine est agit par les sentiments les plus violents4 ,pendant quatre journes1 qui paraissent quatre sicles la jeune solitaire1 elle est retenue par une crainte indfinissable1 elle ne sort pas du chteau4 ,le cinquime jour son oncle1 toujours plus inquiet de sa sant1 la force l'accompagner dans le petit bois2 elle se trouve prs de l'arbre fatal2 elle lit sur le petit fragment de papier cach dans le bouquet3 ,si vous daignez prendre ce camellia panach1 dimanche je serai l'glise de votre village4 ,ernestine vit l'glise un homme mis avec une simplicit extrme1 et qui pouvait avoir trente-cinq ans4 ,elle remarqua qu'il n'avait pas mme de croix4 ,il lisait1 et1 en tenant son livre d'heures d'une certaine manire1 il ne cessa presque pas un instant d'avoir les yeux sur elle4 ,c'est dire que1 pendant tout le service1 ,ernestine fut hors d'tat de penser rien4 ,elle laissa choir son livre d'heures1 en sortant de l'antique banc seigneurial1 et faillit tomber elle-mme en le ramassant4 ,elle rougit beaucoup de sa maladresse4 ,il m'aura trouve si gauche1 se dit-elle aussitt1 qu'il aura honte de s'occuper de moi4 ,en effet1 partir du moment o ce petit accident tait survenu1 elle ne vit plus l'tranger4 ,ce fut en vain qu'aprs tre monte en voiture elle s'arrta pour distribuer quelques pices de monnaie tous les petits garons du village1 elle n'aperut point1 parmi les groupes de paysans qui jasaient auprs de l'glise1 la personne que1 pendant la messe1 elle n'avait jamais os regarder4 ,ernestine1 qui jusqu'alors avait t la sincrit mme1 prtendit avoir oubli son mouchoir4 ,un domestique rentra dans l'glise et chercha longtemps dans le banc du seigneur ce mouchoir qu'il n'avait garde de trouver4 ,mais le retard amen par cette petite ruse fut inutile1 elle ne revit plus le chasseur1 ,c'est clair1 se dit-elle2 ,mlle de ,c444 me dit une fois que je n'tais pas jolie et que j'avais dans le regard quelque chose d'imprieux et de repoussant2 il ne me manquait plus que de la gaucherie2 il me mprise sans doute4 ,les tristes penses l'agitrent pendant deux ou trois visites que son oncle fit avant de rentrer au chteau4 ,a peine de retour1 vers les quatre heures1 elle courut sous l'alle de platanes1 le long du lac4 ,la grille de la chausse tait ferme cause du dimanche2 heureusement1 elle aperut un jardinier2 elle l'appela et le pria de mettre la barque flot et de la conduire de l'autre ct du lac4 ,elle prit terre cent pas du grand chne4 ,la barque ctoyait et se trouvait toujours assez prs d'elle pour la rassurer4 ,les branches basses et peu prs horizontales du chne immense s'tendaient presque jusqu'au lac4 ,d'un pas dcid et avec une sorte de sang-froid sombre et rsolu1 elle s'approcha de l'arbre1 de l'air dont elle et march la mort4 ,elle tait bien sre de ne rien trouver dans la cachette2 en effet1 elle n'y vit qu'une fleur fane qui avait appartenu au bouquet de la veille3--,s'il et t content de moi1 se dit-elle2 il n'et pas manqu de me remercier par un bouquet4 ,elle se fit ramener au chteau1 monta chez elle en courant1 et1 une fois dans sa petite tour1 bien sre de n'tre pas surprise1 fondit en larmes4 ,mlle de ,c444 avait bien raison1 se dit-elle2 pour me trouver jolie1 il faut me voir cinq cents pas de distance4 ,comme dans ce pays de libraux1 mon oncle ne voit personne que des paysans et des curs1 mes manires doivent avoir contract quelque chose de rude1 peut-tre de grossier4 ,j'aurai dans le regard une expression imprieuse et repoussante4--,elle s'approche de son miroir pour observer ce regard1 elle voit des yeux d'un bleu sombre noys de pleurs4--,dans ce moment1 dit-elle1 je ne puis avoir cet air imprieux qui m'empchera toujours de plaire4 ,le dner sonna2 elle eut beaucoup de peine scher ses larmes4 ,elle parut enfin dans le salon2 elle y trouva ,m4 ,villars1 vieux botaniste1 qui1 tous les ans1 venait passer huit jours avec ,m4 de ,s4441 au grand chagrin de sa bonne1 rige en gouvernante1 qui1 pendant ce temps1 perdait sa place la table de ,m4 le comte4 ,tout se passa fort bien jusqu'au moment du ,champagne2 on apporta le seau prs d',ernestine4 ,la glace tait fondue depuis longtemps4 ,elle appela un domestique et lui dit3 ,changez cette eau et mettez-y de la glace1 vite4--,voil un petit ton imprieux qui te va fort bien1 dit en riant son bon grand-oncle4 ,au mot d'imprieux1 les larmes inondrent les yeux d',ernestine1 au point qu'il lui fut impossible de les cacher2 elle fut oblige de quitter le salon1 et comme elle fermait la porte1 on entendit que ses sanglots la suffoquaient4 ,les vieillards restrent tout interdits4 ,deux jours aprs1 elle passa prs du grand chne2 elle s'approcha et regarda dans la cachette1 comme pour revoir les lieux o elle avait t heureuse4 ,quel fut son ravissement en y trouvant deux bouquets6 ,elle les saisit avec les petits papiers1 les mit dans son mouchoir1 et partit en courant pour le chteau1 sans s'inquiter si l'inconnu1 cach dans le bois1 n'avait point observ ses mouvements1 ide qui1 jusqu' ce jour1 ne l'avait jamais abandonne4 ,essouffle et ne pouvant plus courir1 elle fut oblige de s'arrter vers le milieu de la chausse4 ,a peine eut-elle repris un peu sa respiration1 qu'elle se remit courir avec toute la rapidit dont elle tait capable4 ,enfin1 elle se trouva dans sa petite chambre2 elle prit ses bouquets dans son mouchoir et1 sans lire ses petits billets1 se mit baiser ces bouquets avec transport1 mouvement qui la fit rougir1 quand elle s'en aperut4 ,ah6 jamais je n'aurai l'air imprieux1 se disait-elle2 je me corrigerai4 ,enfin1 quand elle eut assez tmoign toute sa tendresse ces jolis bouquets1 composs des fleurs les plus rares1 elle lut les billets 7,un homme et commenc par l74 ,le premier1 celui qui tait dat du dimanche1 cinq heures1 disait3 ,je me suis refus le plaisir de vous voir aprs le service2 je ne pouvais tre seul2 je craignais qu'on ne lt dans mes yeux l'amour dont je brle pour vous4--,elle relut trois fois ces mots3 l'amour dont je brle pour vous1 puis elle se leva pour aller voir sa psych si elle avait l'air imprieux2 elle continua3 l'amour dont je brle pour vous4 ,si votre coeur est libre1 daignez emporter ce billet1 qui pourrait nous compromettre4 ,le second billet1 celui du lundi1 tait au crayon1 et mme assez mal crit2 mais ,ernestine n'en tait plus au temps o la jolie criture anglaise de son inconnu tait un charme ses yeux2 elle avait des affaires trop srieuses pour faire attention ces dtails4 ,je suis venu4 ,j'ai t assez heureux pour que quelqu'un parlt de vous en ma prsence4 ,on m'a dit qu'hier vous avez travers le lac4 ,je vois que vous n'avez pas daign prendre le billet que j'avais laiss4 ,il dcide mon sort4 ,vous aimez1 et ce n'est pas moi4 ,il y avait de la folie1 mon ge1 m'attacher une fille du vtre4 ,adieu pour toujours4 ,je ne joindrai pas le malheur d'tre importun celui de vous avoir trop longtemps occupe d'une passion peut tre ridicule vos yeux4--,d'une passion6 dit ,ernestine en levant les yeux au ciel4 ,ce moment fut bien doux4 ,cette jeune fille1 remarquable par sa beaut1 et la fleur de la jeunesse1 s'cria avec ravissement3 ,il daigne m'aimer3 ah6 mon ,dieu6 que je suis heureuse6 ,elle tomba genoux devant une charmante madone de ,carlo ,dolci rapporte d',italie par un de ses aeux4--,ah6 oui1 je serai bonne et vertueuse6 s'cria-t-elle les larmes aux yeux4 ,mon ,dieu1 daignez seulement m'indiquer mes dfauts1 pour que je puisse m'en corriger1 maintenant1 tout m'est possible4 ,elle se releva pour relire les billets vingt fois4 ,le second surtout la jeta dans des transports de bonheur4 ,bientt elle remarqua une vrit tablie dans son coeur depuis fort longtemps3 c'est que jamais elle n'aurait pu s'attacher un homme de moins de quarante ans 7,l'inconnu parlait son ge74 ,elle se souvint qu' l'glise1 comme il tait un peu chauve1 il lui avait paru avoir trente-quatre ou trente-cinq ans4 ,mais elle ne pouvait tre sre de cette ide2 elle avait si peu os le regarder6 et elle tait si trouble6 ,durant la nuit1 ,ernestine ne ferma pas l'oeil4 ,de sa vie1 elle n'avait eu l'ide d'un semblable bonheur4 ,elle se releva pour crire en anglais sur son livre d'honneur3 ,n'tre jamais imprieuse4 ,je fais ce voeu le #cj septembre #ah444 ,pendant cette nuit1 elle se dcida de plus en plus sur cette vrit3 il est impossible d'aimer un homme qui n'a pas quarante ans4 ,a force de rver aux bonnes qualits de cet inconnu1 il lui vint dans l'ide qu'outre l'avantage d'avoir quarante ans1 il avait probablement encore celui d'tre pauvre4 ,il tait mis d'une manire si simple l'glise1 que sans doute il tait pauvre4 ,rien ne peut galer sa joie cette dcouverte4 ,il n'aura jamais l'air bte et fat de nos amis1 ,,mm4 tels et tels1 quand ils viennent1 la ,saint-,hubert1 faire l'honneur mon oncle de tuer ses chevreuils1 et qu' table ils nous comptent leurs exploits de jeunesse1 sans qu'on les en prie4 ,se pourrait-il bien1 grand ,dieu6 qu'il ft pauvre6 ,en ce cas1 rien ne manque mon bonheur6 ,elle se leva une seconde fois pour allumer sa bougie la veilleuse1 et rechercher une valuation de sa fortune qu'un jour un de ses cousins avait crite sur un de ses livres4 ,elle trouva dix-sept mille livres de rente en se mariant1 et1 par la suite1 quarante ou cinquante4 ,comme elle mditait sur ce chiffre1 quatre heures sonnrent2 elle tressaillit4 ,peut-tre fait-il assez de jour pour que je puisse apercevoir mon arbre chri4 ,elle ouvrit ses persiennes2 en effet elle vit le grand chne et sa verdure sombre2 mais1 grce au clair de lune1 et non point par le secours des premires lueurs de l'aube1 qui tait encore fort loigne4 ,en s'habillant le matin1 elle se dit3 ,il ne faut pas que l'amie d'un homme de quarante ans soit mise comme une enfant4 ,et pendant une heure elle chercha dans ses armoires une robe1 un chapeau1 une ceinture1 qui composrent un ensemble si original1 que1 lorsqu'elle parut dans la salle manger1 son oncle1 sa gouvernante et le vieux botaniste ne purent s'empcher de partir d'un clat de rire4 ,approche-toi donc1 dit le vieux comte de ,s4441 ancien chevalier de ,saint-,louis1 bless ,quiberon2 approche-toi1 mon ,ernestine2 tu es mise comme si tu avais voulu te dguiser ce matin en femme de quarante ans4 ,a ces mots elle rougit1 et le plus vif bonheur se peignit sur les traits de la jeune fille4 ,dieu me pardonne6 dit le bon oncle la fin du repas en s'adressant au vieux botaniste1 c'est une gageure2 n'est-il pas vrai1 monsieur1 que ,mlle ,ernestine a1 ce matin1 toutes les manires d'une femme de trente ans8 ,elle a surtout un petit air paternel en parlant aux domestiques qui me charme par son ridicule2 je l'ai mise deux ou trois fois l'preuve pour tre sr de mon observation4 ,cette remarque redoubla le bonheur d',ernestine1 si l'on peut se servir de ce mot en parlant d'une flicit qui dj tait au comble4 ,ce fut avec peine qu'elle put se dgager de la socit aprs djeuner4 ,son oncle et l'ami botaniste ne pouvaient se lasser de l'attaquer sur son petit air vieux4 ,elle remonta chez elle1 elle regarda le chne4 ,pour la premire fois1 depuis vingt heures1 un nuage vint obscurcir sa flicit1 mais sans qu'elle pt se rendre compte de ce changement soudain4 ,ce qui diminua le ravissement auquel elle tait livre depuis le moment o1 la veille1 plonge dans le dsespoir1 elle avait trouv les bouquets dans l'arbre1 ce fut cette question qu'elle se fit3 ,quelle conduite dois-je tenir avec mon ami pour qu'il m'estime8 ,un homme d'autant d'esprit et qui a l'avantage d'avoir quarante ans1 doit tre bien svre4 ,son estime pour moi tombera tout fait si je me permets une fausse dmarche4 ,comme ,ernestine se livrait ce monologue1 dans la situation la plus propre seconder les mditations srieuses d'une jeune fille devant sa psych1 elle observa1 avec un tonnement ml d'horreur1 qu'elle avait sa ceinture un crochet en or avec de petites chanes portant le d1 les ciseaux et leur petit tui1 bijou charmant qu'elle ne pouvait se lasser d'admirer encore la veille1 et que son oncle lui avait donn pour le jour de sa fte il n'y avait pas quinze jours4 ,ce qui lui fit regarder ce bijou avec horreur et le lui fit ter avec tant d'empressement1 c'est qu'elle se rappela que sa bonne lui avait dit qu'il cotait huit cent cinquante francs1 et qu'il avait t achet chez le fameux bijoutier de ,paris1 qui s'appelait ,laurenot3 ,que penserait de moi mon ami1 lui qui a l'honneur d'tre pauvre1 s'il me voyait un bijou d'un prix si ridicule8 ,quoi de plus absurde que d'afficher ainsi les gots d'une bonne mnagre2 car c'est ce que veulent dire ces ciseaux1 cet tui1 ce d1 que l'on porte sans cesse avec soi2 et la bonne mnagre ne pense pas que ce bijou cote chaque anne l'intrt de son prix4 ,elle se mit calculer srieusement et trouva que ce bijou cotait prs de cinquante francs par an4 ,cette belle rflexion d'conomie domestique1 qu',ernestine devait l'ducation trs forte qu'elle avait reue d'un conspirateur cach pendant plusieurs annes au chteau de son oncle1 cette rflexion1 dis-je1 ne fit qu'loigner la difficult4 ,quand elle eut renferm dans sa commode le bijou d'un prix ridicule1 il fallut bien revenir cette question embarrassante3 ,que faut-il faire pour ne pas perdre l'estime d'un homme d'autant d'esprit8 ,les mditations d',ernestine 7que le lecteur aura peut-tre reconnues pour tre tout simplement la cinquime priode de la naissance de l'amour7 nous conduiraient fort loin4 ,cette jeune fille avait un esprit juste1 pntrant1 vif comme l'air de ses montagnes4 ,son oncle1 qui avait eu de l'esprit jadis1 et qui il en restait encore sur les deux ou trois sujets qui l'intressaient depuis longtemps1 son oncle avait remarqu qu'elle apercevait spontanment toutes les consquences d'une ide4 ,le bon vieillard avait coutume1 lorsqu'il tait dans ses jours de gaiet1 et la gouvernante avait remarqu que cette plaisanterie en tait le signe indubitable1 il avait coutume1 dis-je1 de plaisanter son ,ernestine sur ce qu'il appelait son coup d'oeil militaire4 ,c'est peut-tre cette qualit qui1 plus tard1 lorsqu'elle a paru dans le monde et qu'elle a os parler1 lui a fait jouer un rle si brillant4 ,mais1 l'poque dont nous nous entretenons1 ,ernestine1 malgr son esprit1 s'embrouilla tout fait dans ses raisonnements4 ,vingt fois elle fut sur le point de ne pas aller se promener du ct de l'arbre3 ,une seule tourderie1 se disait-elle1 annonant l'enfantillage d'une petite fille1 peut me perdre dans l'esprit de mon ami4 ,mais1 malgr des arguments extrmement subtils1 et o elle employait toute la force de sa tte1 elle ne possdait pas encore l'art si difficile de dominer ses passions par son esprit4 ,l'amour dont la pauvre fille tait transporte son insu faussait tous ses raisonnements et ne l'engagea que trop tt1 pour son bonheur1 s'acheminer vers l'arbre fatal4 ,aprs bien des hsitations1 elle s'y trouva avec sa femme de chambre vers une heure4 ,elle s'loigna de cette femme et s'approcha de l'arbre1 brillante de joie1 la pauvre petite6 ,elle semblait voler sur le gazon et non pas marcher4 ,le vieux botaniste1 qui tait de la promenade1 en fit faire l'observation la femme de chambre1 comme elle s'loignait d'eux en courant4 ,tout le bonheur d',ernestine disparut en un clin d'oeil4 ,ce n'est pas qu'elle ne trouvt un bouquet dans le creux de l'arbre2 il tait charmant et trs frais1 ce qui lui fit d'abord un vif plaisir4 ,il n'y avait donc pas longtemps que son ami s'tait trouv prcisment la mme place qu'elle4 ,elle chercha sur le gazon quelques traces de ses pas2 ce qui la charma encore1 c'est qu'au lieu d'un simple petit morceau de papier crit1 il y avait un billet1 et un long billet4 ,elle vola la signature2 elle avait besoin de savoir son nom de baptme4 ,elle lut2 la lettre lui tomba des mains1 ainsi que le bouquet4 ,un frisson mortel s'empara d'elle4 ,elle avait lu au bas du billet le nom de ,philippe ,astzan4 ,or ,m4 ,astzan tait connu dans le chteau du comte de ,s444 pour tre l'amant de ,mme ,dayssin1 femme de ,paris fort riche1 fort lgante1 qui venait tous les ans scandaliser la province en osant passer quatre mois seule1 dans son chteau1 avec un homme qui n'tait pas son mari4 ,pour comble de douleur1 elle tait veuve1 jeune1 jolie1 et pouvait pouser ,m4 ,astzan4 ,toutes ces tristes choses1 qui1 telles que nous venons de les dire1 taient vraies1 paraissaient bien autrement envenimes dans les discours des personnages tristes et grands ennemis des erreurs du bel ge1 qui venaient quelquefois en visite l'antique manoir du grand-oncle d',ernestine4 ,jamais1 en quelques secondes1 un bonheur si pur et si vif1 c'tait le premier de sa vie1 ne fut remplac par un malheur poignant et sans espoir4 ,le cruel6 il a voulu se jouer de moi1 se disait ,ernestine1 il a voulu se donner un but dans ses parties de chasse1 tourner la tte d'une petite fille1 peut-tre dans l'intention d'en amuser ,mme ,dayssin4 ,et moi qui songeais l'pouser6 ,quel enfantillage6 quel comble d'humiliation6 ,comme elle avait cette triste pense1 ,ernestine tomba vanouie ct de l'arbre fatal que depuis trois mois elle avait si souvent regard4 ,du moins1 une demi-heure aprs1 c'est l que la femme de chambre et le vieux botaniste la trouvrent sans mouvement4 ,pour surcrot de malheur1 quand on l'eut rappele la vie1 ,ernestine aperut ses pieds la lettre d',astzan1 ouverte du ct de la signature et de manire qu'on pouvait la lire4 ,elle se leva prompte comme un clair1 et mit le pied sur la lettre4 ,elle expliqua son accident1 et put1 sans tre observe1 ramasser la lettre fatale4 ,de longtemps il ne lui fut pas possible de la lire1 car sa gouvernante la fit asseoir et ne la quitta plus4 ,le botaniste appela un ouvrier occup dans les champs1 qui alla chercher la voiture au chteau4 ,ernestine1 pour se dispenser de rpondre aux rflexions sur son accident1 feignit de ne pouvoir parler2 un mal la tte affreux lui servit de prtexte pour tenir son mouchoir sur ses yeux4 ,la voiture arriva4 ,plus livre elle-mme1 une fois qu'elle y fut place1 on ne saurait dcrire la douleur dchirante qui pntra son me pendant le temps qu'il fallut la voiture pour revenir au chteau4 ,ce qu'il y avait de plus affreux dans son tat1 c'est qu'elle tait oblige de se mpriser elle-mme4 ,la lettre fatale qu'elle sentait dans son mouchoir lui brlait la main4 ,la nuit vint pendant qu'on la ramenait au chteau2 elle put ouvrir les yeux1 sans qu'on la remarqut4 ,la vue des toiles si brillantes1 pendant une belle nuit du midi de la ,france1 la consola un peu4 ,tout en prouvant les effets de ces mouvements de passion1 la simplicit de son ge tait bien loin de pouvoir s'en rendre compte4 ,ernestine dut le premier moment de rpit1 aprs deux heures de la douleur morale la plus atroce1 une rsolution courageuse4 ,je ne lirai pas cette lettre dont je n'ai vu que la signature2 je la brlerai1 se dit-elle1 en arrivant au chteau4 ,alors elle put s'estimer au moins comme ayant du courage1 car le parti de l'amour1 quoique vaincu en apparence1 n'avait pas manqu d'insinuer modestement que cette lettre expliquait peut-tre d'une manire satisfaisante les relations de ,m4 ,astzan avec ,mme ,dayssin4 ,en entrant au salon1 ,ernestine jeta la lettre au feu4 ,le lendemain1 ds huit heures du matin1 elle se remit travailler son piano1 qu'elle avait fort nglig depuis deux mois4 ,elle reprit la collection des ,mmoires sur l'histoire de ,france1 publis par ,petiot1 et recommena faire de longs extraits des ,mmoires du sanguinaire ,montluc4 ,elle eut l'adresse de se faire offrir de nouveau par le vieux botaniste un cours d'histoire naturelle4 ,au bout de quinze jours1 ce brave homme1 simple comme ses plantes1 ne put se taire sur l'application tonnante qu'il remarquait chez son lve2 il en tait merveill4 ,quant elle1 tout lui tait indiffrent2 toutes les ides la ramenaient galement au dsespoir4 ,son oncle tait fort alarm3 ,ernestine maigrissait vue d'oeil4 ,comme elle eut1 par hasard1 un petit rhume1 le bon vieillard1 qui1 contre l'ordinaire des gens de son ge1 n'avait pas rassembl sur lui mme tout l'intrt qu'il pouvait prendre aux choses de la vie1 s'imagina qu'elle tait attaque de la poitrine4 ,ernestine le crut aussi1 et elle dut cette ide les seuls moments passables qu'elle eut cette poque2 l'espoir de mourir bientt lui faisait supporter la vie sans impatience4 ,pendant tout un long mois1 elle n'eut d'autre sentiment que celui d'une douleur d'autant plus profonde1 qu'elle avait sa source dans le mpris d'elle-mme2 comme elle n'avait aucun usage de la vie1 elle ne put se consoler en se disant que personne au monde ne pouvait souponner ce qui s'tait pass dans son coeur1 et que probablement l'homme cruel qui l'avait tant occupe ne saurait deviner la centime partie de ce qu'elle avait senti pour lui4 ,au milieu de son malheur1 elle ne manquait pas de courage2 elle n'eut aucune peine jeter au feu sans les lire deux lettres sur l'adresse desquelles elle reconnut la funeste criture anglaise4 ,elle s'tait promis de ne jamais regarder la pelouse au-del du lac2 dans le salon1 jamais elle ne levait les yeux sur les croises qui donnaient de ce ct4 ,un jour1 prs de six semaines aprs celui o elle avait lu le nom de ,philippe ,astzan1 son matre d'histoire naturelle1 le bon ,m4 ,villars1 eut l'ide de lui faire une leon sur les plantes aquatiques2 il s'embarqua avec elle et se fit conduire vers la partie du lac qui remontait dans le vallon4 ,comme ,ernestine entrait dans la barque1 un regard de ct et presque involontaire lui donna la certitude qu'il n'y avait personne auprs du grand chne2 elle remarqua peine une partie de l'corce de l'arbre1 d'un gris plus clair que le reste4 ,deux heures plus tard1 quand elle repassa1 aprs la leon1 vis--vis le grand chne1 elle frissonna en reconnaissant que ce qu'elle avait pris pour un accident de l'corce dans l'arbre tait la couleur de la veste de chasse de ,philippe ,astzan1 qui1 depuis deux heures1 assis sur une des racines du chne1 tait immobile comme s'il et t mort4 ,en se faisant cette comparaison elle-mme1 l'esprit d',ernestine se servit aussi de ce mot3 comme s'il tait mort2 il la frappa4 ,s'il tait mort1 il n'y aurait plus d'inconvenance me tant occuper de lui4 ,pendant quelques minutes cette supposition fut un prtexte pour se livrer un amour rendu tout-puissant par la vue de l'objet aim4 ,cette dcouverte la troubla beaucoup4 ,le lendemain1 dans la soire1 un cur du voisinage1 qui tait en visite au chteau1 demanda au comte de ,s444 de lui prter le ,moniteur4 ,pendant que le vieux valet de chambre allait prendre dans la bibliothque la collection des ,moniteurs du mois3 ,mais1 cur1 dit le comte1 vous n'tes plus curieux cette anne1 voil la premire fois que vous me demandez le ,moniteur6--,monsieur le comte1 rpondit le cur1 ,mme ,dayssin1 ma voisine1 me l'a prt tant qu'elle a t ici2 mais elle est partie depuis quinze jours4 ,ce mot si indiffrent causa une telle rvolution ,ernestine1 qu'elle crut se trouver mal2 elle sentit son coeur tressaillir au mot du cur1 ce qui l'humilia beaucoup4 ,voil donc1 se dit-elle1 comment je suis parvenue l'oublier6 ,ce soir-l1 pour la premire fois depuis longtemps1 il lui arriva de sourire4 ,pourtant1 se disait-elle1 il est rest la campagne1 cent cinquante lieues de ,paris1 il a laiss ,mme ,dayssin partir seule4 ,son immobilit sur les racines du chne lui revint l'esprit1 et elle souffrit que sa pense s'arrtt sur cette ide4 ,tout son bonheur1 depuis un mois1 consistait se persuader qu'elle avait mal la poitrine2 le lendemain elle se surprit penser que1 comme la neige commenait couvrir les sommets des montagnes1 il faisait souvent trs frais le soir2 elle songea qu'il tait prudent d'avoir des vtements plus chauds4 ,une me vulgaire n'et pas manqu de prendre la mme prcaution2 ,ernestine n'y songea qu'aprs le mot du cur4 ,la ,saint-,hubert approchait1 et avec elle l'poque du seul grand dner qui et lieu au chteau pendant toute la dure de l'anne4 ,on descendit au salon le piano d',ernestine4 ,en l'ouvrant le jour d'aprs1 elle trouva sur les touches un morceau de papier contenant cette ligne3 ,ne jetez pas de cri quand vous m'apercevrez4 ,cela tait si court1 qu'elle le lut avant de reconnatre la main de la personne qui l'avait crit3 l'criture tait contrefaite4 ,comme ,ernestine devait au hasard1 ou plutt l'air des montagnes du ,dauphin1 une me ferme1 bien certainement1 avant les paroles du cur sur le dpart de ,mme ,dayssin1 elle serait alle se renfermer dans sa chambre et n'et plus reparu qu'aprs la fte4 ,le surlendemain eut lieu ce grand dner annuel de la ,saint-,hubert4 ,a table1 ,ernestine fit les honneurs1 place vis--vis de son oncle2 elle tait mise avec beaucoup d'lgance4 ,la table prsentait la collection peu prs complte des curs et des maires des environs1 plus cinq ou six fats de province1 parlant d'eux et de leurs exploits la guerre1 la chasse et mme en amour1 et surtout de l'anciennet de leur race4 ,jamais ils n'eurent le chagrin de faire moins d'effet sur l'hritire du chteau4 ,l'extrme pleur d',ernestine1 jointe la beaut de ses traits1 allait jusqu' lui donner l'air du ddain4 ,les fats qui cherchaient lui parler se sentaient intimids en lui adressant la parole4 ,pour elle1 elle tait bien loin de rabaisser sa pense jusqu' eux4 ,tout le commencement du dner se passa sans qu'elle vt rien d'extraordinaire2 elle commenait respirer lorsque1 vers la fin du repas1 en levant les yeux1 elle rencontra vis--vis d'elle ceux d'un paysan dj d'un ge mr1 qui paraissait tre le valet d'un maire venu des rives du ,drac4 ,elle prouva ce mouvement singulier dans la poitrine que lui avait dj caus le mot du cur2 cependant elle n'tait sre de rien4 ,ce paysan ne ressemblait point ,philippe4 ,elle osa le regarder une seconde fois2 elle n'eut plus de doute1 c'tait lui4 ,il s'tait dguis de manire se rendre fort laid4 ,il est temps de parler un peu de ,philippe ,astzan1 car il fait l une action d'homme amoureux1 et peut-tre trouverons-nous aussi dans son histoire l'occasion de vrifier la thorie des sept poques de l'amour4 ,lorsqu'il tait arriv au chteau de ,lafrey avec ,mme ,dayssin1 cinq mois auparavant1 un des curs qu'elle recevait chez elle1 pour faire la cour au clerg1 rpta un mot fort joli4 ,philippe tonn de voir de l'esprit dans la bouche d'un tel homme1 lui demanda qui avait dit ce mot singulier4 ,c'est la nice du comte de ,s9999991 rpondit le cur1 une fille qui sera fort riche1 mais qui l'on a donn une bien mauvaise ducation4 ,il ne s'coule pas d'anne qu'elle ne reoive de ,paris une caisse de livres4 ,je crains bien qu'elle ne fasse une mauvaise fin et que mme elle ne trouve pas se marier4 ,qui voudra se charger d'une telle femme8 etc41 etc4 ,philippe fit quelques questions1 et le cur ne put s'empcher de dplorer la rare beaut d',ernestine1 qui certainement l'entranerait sa perte2 il dcrivit avec tant de vrit l'ennui du genre de vie qu'on menait au chteau du comte1 que ,mme ,dayssin s'cria3 ,ah6 de grce1 cessez monsieur le cur1 vous allez me faire prendre en horreur vos belles montagnes4--,on ne peut cesser d'aimer un pays o l'on fait tant de bien1 rpliqua le cur1 et l'argent que madame a donn pour nous aider acheter la troisime cloche de notre glise lui assure444 ,philippe ne l'coutait plus1 il songeait ,ernestine et ce qui devait se passer dans le coeur d'une jeune fille relgue dans un chteau qui semblait ennuyeux mme un cur de campagne4 ,il faut que je l'amuse1 se dit-il lui-mme1 je lui ferai la cour d'une manire romanesque2 cela donnera quelques penses nouvelles cette pauvre fille4 ,le lendemain il alla chasser du ct du chteau du comte1 il remarqua la situation du bois1 spar du chteau par le petit lac4 ,il eut l'ide de faire hommage d'un bouquet ,ernestine2 nous savons dj ce qu'il fit avec des bouquets et de petits billets4 ,quand il chassait du ct du grand chne1 il allait lui-mme les placer1 les autres jours il envoyait son domestique4 ,philippe faisait tout cela par philanthropie1 il ne pensait pas mme voir ,ernestine2 il et t trop difficile et trop ennuyeux de se faire prsenter chez son oncle4 ,lorsque ,philippe aperut ,ernestine l'glise1 sa premire pense fut qu'il tait bien g pour plaire une jeune fille de dix-huit ou vingt ans4 ,il fut touch de la beaut de ses traits et surtout d'une sorte de simplicit noble qui faisait le caractre de sa physionomie4 ,il y a de la navet dans ce caractre1 se dit-il lui-mme2 un instant aprs elle lui parut charmante4 ,lorsqu'il la vit laisser tomber son livre d'heures en sortant du banc seigneurial et chercher le ramasser avec une gaucherie si aimable1 il songea aimer1 car il espra4 ,il resta dans l'glise lorsqu'elle en sortit2 il mditait sur un sujet peu amusant pour un homme qui commence tre amoureux3 il avait trente-cinq ans et un commencement de raret dans les cheveux1 qui pouvait bien lui faire un beau front la manire du ,dr ,gall1 mais qui certainement ajoutait encore trois ou quatre ans son ge4 ,si ma vieillesse n'a pas tout perdu la premire vue1 se dit-il1 il faut qu'elle doute de mon coeur pour oublier mon ge4 ,il se rapprocha d'une petite fentre gothique qui donnait sur la place1 il vit ,ernestine monter en voiture1 il lui trouva une taille et un pied charmants1 elle distribua des aumnes2 il lui sembla que ses yeux cherchaient quelqu'un4 ,pourquoi1 se dit-il1 ses yeux regardent-ils au loin1 pendant qu'elle distribue de la petite monnaie tout prs de la voiture8 ,lui aurais-je inspir de l'intrt8 ,il vit ,ernestine donner une commission un laquais2 pendant ce temps il s'enivrait de sa beaut4 ,il la vit rougir1 ses yeux taient fort prs d'elle3 la voiture ne se trouvait pas dix pas de la petite fentre gothique2 il vit le domestique rentrer dans l'glise et chercher quelque chose dans le banc du seigneur4 ,pendant l'absence du domestique1 il eut la certitude que les yeux d',ernestine regardaient bien plus haut que la foule qui l'entourait1 et1 par consquent1 cherchaient quelqu'un2 mais ce quelqu'un pouvait fort bien n'tre pas ,philippe ,astzan1 qui1 aux yeux de cette jeune fille1 avait peut-tre cinquante ans1 soixante ans1 qui sait8 ,a son ge et avec de la fortune1 n'a-t-elle pas un prtendu parmi les hobereaux du voisinage8--,cependant je n'ai vu personne pendant la messe4 ,ds que la voiture du comte fut partie1 ,astzan remonta cheval1 fit un dtour dans le bois pour viter de la rencontrer1 et se rendit rapidement la pelouse4 ,a son inexprimable plaisir1 il put arriver au grand chne avant qu',ernestine et vu le bouquet et le petit billet qu'il y avait fait porter le matin1 il enleva ce bouquet1 s'enfona dans le bois1 attacha son cheval un arbre et se promena4 ,il tait fort agit2 l'ide lui vint de se blottir dans la partie la plus touffue d'un petit mamelon bois1 cent pas du lac4 ,de ce rduit1 qui le cachait tous les yeux1 grce une clairire dans le bois1 il pouvait dcouvrir le grand chne et le lac4 ,quel ne fut pas son ravissement lorsqu'il vit peu de temps aprs la petite barque d',ernestine s'avancer sur ces eaux limpides que la brise du midi agitait mollement6 ,ce moment fut dcisif2 l'image de ce lac et celle d',ernestine qu'il venait de voir si belle l'glise se gravrent profondment dans son coeur4 ,de ce moment1 ,ernestine eut quelque chose qui la distinguait ses yeux de toutes les autres femmes1 et il ne lui manqua plus que de l'espoir pour l'aimer la folie4 ,il la vit s'approcher de l'arbre avec empressement2 il vit sa douleur de n'y pas trouver de bouquet4 ,ce moment fut si dlicieux et si vif1 que1 quand ,ernestine se fut loigne en courant1 ,philippe crut s'tre tromp en pensant voir de la douleur dans son expression lorsqu'elle n'avait pas trouv de bouquet dans le creux de l'arbre4 ,tout le sort de son amour reposait sur cette circonstance4 ,il se disait3 ,elle avait l'air triste en descendant de la barque et mme avant de s'approcher de l'arbre4--,mais1 rpondait le parti de l'esprance1 elle n'avait pas l'air triste l'glise2 elle y tait1 au contraire1 brillante de fracheur1 de beaut1 de jeunesse et un peu trouble2 l'esprit le plus vif animait ses yeux4 ,lorsque ,philippe ,astzan ne put plus voir ,ernestine1 qui tait dbarque sous l'alle des platanes de l'autre ct du lac1 il sortit de son rduit un tout autre homme qu'il n'y tait entr4 ,en regagnant au galop le chteau de ,mme ,dayssin1 il n'eut que deux ides3 ,a-t-elle montr de la tristesse en ne trouvant pas de bouquet dans l'arbre8 ,cette tristesse ne vient-elle pas tout simplement de la vanit due8 ,cette supposition plus probable finit par s'emparer tout fait de son esprit et lui rendit toutes les ides raisonnables d'un homme de trente-cinq ans4 ,il tait fort srieux4 ,il trouva beaucoup de monde chez ,mme ,dayssin2 dans le courant de la soire1 elle le plaisanta sur sa gravit et sur sa fatuit4 ,il ne pouvait plus1 disait-elle1 passer devant une glace sans s'y regarder4 ,j'ai en horreur1 disait ,mme ,dayssin1 cette habitude des jeunes gens la mode4 ,c'est une grce que vous n'aviez point2 tchez de vous en dfaire1 ou je vous joue le mauvais tour de faire enlever toutes les glaces4 ,philippe tait embarrass2 il ne savait comment dguiser une absence qu'il projetait4 ,d'ailleurs il tait trs vrai qu'il examinait dans les glaces s'il avait l'air vieux4 ,le lendemain1 il fut reprendre sa position sur le mamelon dont nous avons parl1 et d'o l'on voyait fort bien le lac2 il s'y plaa muni d'une bonne lunette1 et ne quitta ce gte qu' la nuit close1 comme on dit dans le pays4 ,le jour suivant1 il apporta un livre2 seulement il et t bien en peine de dire ce qu'il y avait dans les pages qu'il lisait2 mais1 s'il n'et pas eu un livre1 il en et souhait un4 ,enfin1 son inexprimable plaisir1 vers les trois heures1 il vit ,ernestine s'avancer lentement vers l'alle de platanes sur le bord du lac2 il la vit prendre la direction de la chausse1 coiffe d'un grand chapeau de paille d',italie4 ,elle s'approcha de l'arbre fatal2 son air tait abattu4 ,avec le secours de sa lunette1 il s'assura parfaitement de l'air abattu4 ,il la vit prendre les deux bouquets qu'il y avait placs le matin1 les mettre dans son mouchoir et disparatre en courant avec la rapidit de l'clair4 ,ce trait fort simple acheva la conqute de son coeur4 ,cette action fut si vive1 si prompte1 qu'il n'eut pas le temps de voir si ,ernestine avait conserv l'air triste ou si la joie brillait dans ses yeux4 ,que devait-il penser de cette dmarche singulire8 ,allait-elle montrer les deux bouquets sa gouvernante8 ,dans ce cas1 ,ernestine n'tait qu'une enfant1 et lui plus enfant qu'elle de s'occuper ce point d'une petite fille4 ,heureusement1 se dit-il1 elle ne sait pas mon nom2 moi seul je sais ma folie1 et je m'en suis pardonn bien d'autres4 ,philippe quitta d'un air trs froid son rduit1 et alla1 tout pensif1 chercher son cheval1 qu'il avait laiss chez un paysan une demi-lieue de l4 ,il faut convenir que je suis encore un grand fou6 se dit-il en mettant pied terre dans la cour du chteau de ,mme ,dayssin4 ,en entrant au salon1 il avait une figure immobile1 tonne1 glace4 ,il n'aimait plus4 ,le lendemain1 ,philippe se trouva bien vieux en mettant sa cravate4 ,il n'avait d'abord gure d'envie de faire trois lieues pour aller se blottir dans un fourr1 afin de regarder un arbre2 mais il ne se sentit le dsir d'aller nulle autre part4 ,cela est bien ridicule1 se disait-il4 ,oui1 mais ridicule aux yeux de qui8 ,d'ailleurs1 il ne faut jamais manquer la fortune4 ,il se mit crire une lettre fort bien faite1 par laquelle1 comme un autre ,lindor1 il dclarait son nom et ses qualits4 ,cette lettre si bien faite eut1 comme on se le rappelle peut-tre1 le malheur d'tre brle sans tre lue de personne4 ,les mots de la lettre que notre hros crivit en y pensant le moins1 la signature ,philippe ,astzan1 eurent seuls l'honneur de la lecture4 ,malgr de fort beaux raisonnements1 notre homme raisonnable n'en tait pas moins cach dans son gte ordinaire au moment o son nom produisit tant d'effet2 il vit l'vanouissement d',ernestine en ouvrant sa lettre2 son tonnement fut extrme4 ,le jour d'aprs1 il fut oblig de s'avouer qu'il tait amoureux2 ses actions le prouvaient4 ,il revint tous les jours dans le petit bois1 o il avait prouv des sensations si vives4 ,mme ,dayssin devant bientt retourner ,paris1 ,philippe se fit crire une lettre et annona qu'il quittait le ,dauphin pour aller passer quinze jours en ,bourgogne auprs d'un oncle malade4 ,il prit la poste1 et fit si bien en revenant par une autre route1 qu'il ne se passa qu'un jour sans aller dans le petit bois4 ,il s'tablit deux lieues du chteau du comte de ,s9999991 dans les solitudes de ,crossey1 du ct oppos au chteau de ,mme ,dayssin1 et de l1 chaque jour1 il venait au bord du petit lac4 ,il y vint trente-trois jours de suite sans y voir ,ernestine3 elle ne paraissait plus l'glise2 on disait la messe au chteau2 il s'en approcha sous un dguisement1 et deux fois il eut le bonheur de voir ,ernestine4 ,rien ne lui parut pouvoir galer l'expression noble et nave la fois de ses traits4 ,il se disait3 ,jamais auprs d'une telle femme je ne connatrais la satit4 ,ce qui touchait le plus ,astzan1 c'tait l'extrme pleur d',ernestine et son air souffrant4 ,j'crirais dix volumes comme ,richardson si j'entreprenais de noter toutes les manires dont un homme1 qui d'ailleurs ne manquait pas de sens et d'usage1 expliquait l'vanouissement et la tristesse d',ernestine4 ,enfin1 il rsolut d'avoir un claircissement avec elle1 et pour cela de pntrer dans le chteau4 ,la timidit1 tre timide trente-cinq ans6 la timidit l'en avait longtemps empch4 ,ses mesures furent prises avec tout l'esprit possible1 et cependant1 sans le hasard1 qui mit dans la bouche d'un indiffrent l'annonce du dpart de ,mme ,dayssin1 toute l'adresse de ,philippe tait perdue1 ou du moins il n'aurait pu voir l'amour d',ernestine que dans sa colre4 ,probablement il aurait expliqu cette colre par l'tonnement de se voir aime par un homme de son ge4 ,philippe se serait cru mpris1 et1 pour oublier ce sentiment pnible1 il et eu recours au jeu ou aux coulisses de l',opra1 et ft devenu plus goste et plus dur en pensant que la jeunesse tait tout fait finie pour lui4 ,un demi-monsieur1 comme on dit dans le pays1 maire d'une commune de la montagne et camarade de ,philippe pour la chasse au chamois1 consentit l'amener1 sous le dguisement de son domestique1 au grand dner du chteau de ,s9999991 o il fut reconnu par ,ernestine4 ,ernestine1 sentant qu'elle rougissait prodigieusement1 eut une ide affreuse3 ,il va croire que je l'aime l'tourdie1 sans le connatre2 il me mprisera comme un enfant1 il partira pour ,paris1 il ira rejoindre sa ,mme ,dayssin2 je ne le verrai plus4 ,cette ide cruelle lui donna le courage de se lever et de monter chez elle4 ,elle y tait depuis deux minutes quand elle entendit ouvrir la porte de l'antichambre de son appartement4 ,elle pensa que c'tait sa gouvernante1 et se leva1 cherchant un prtexte pour la renvoyer4 ,comme elle s'avanait vers la porte de sa chambre1 cette porte s'ouvre3 ,philippe est ses pieds4 ,au nom de ,dieu1 pardonnez-moi ma dmarche1 lui dit-il2 je suis au dsespoir depuis deux mois2 voulez-vous de moi pour poux8 ,ce moment fut dlicieux pour ,ernestine4 ,il me demande en mariage1 se dit-elle2 je ne dois plus craindre ,mme ,dayssin4 ,elle cherchait une rponse svre1 et1 malgr des efforts incroyables1 peut-tre elle n'et rien trouv4 ,deux mois de dsespoir taient oublis2 elle se trouvait au comble du bonheur4 ,heureusement1 ce moment1 on entendit ouvrir la porte de l'antichambre4 ,ernestine lui dit3 ,vous me dshonorez4--,n'avouez rien6 s'cria ,philippe d'une voix contenue1 et1 avec beaucoup d'adresse1 il se glissa entre la muraille et le joli lit d',ernestine1 blanc et rose4 ,c'tait la gouvernante1 fort inquite de la sant de sa pupille1 et l'tat dans lequel elle la retrouva tait fait pour augmenter ses inquitudes4 ,cette femme fut longue renvoyer4 ,pendant son sjour dans la chambre1 ,ernestine eut le temps de s'accoutumer son bonheur2 elle put reprendre son sang-froid4 ,elle fit une rponse superbe ,philippe quand1 la gouvernante tant sortie1 il risqua de paratre4 ,ernestine tait si belle aux yeux de son amant1 l'expression de ses traits si svre1 que le premier mot de sa rponse donna l'ide ,philippe que tout ce qu'il avait pens jusque-l n'tait qu'une illusion1 et qu'il n'tait pas aim4 ,sa physionomie changea tout coup et n'offrit plus que l'apparence d'un homme au dsespoir4 ,ernestine1 mue jusqu'au fond de l'me de son air dsespr1 eut cependant la force de le renvoyer4 ,tout le souvenir qu'elle conserva de cette singulire entrevue1 c'est que1 lorsqu'il l'avait supplie de lui permettre de demander sa main1 elle avait rpondu que ses affaires1 comme ses affections1 devaient le rappeler ,paris4 ,il s'tait cri alors que la seule affaire au monde tait de mriter le coeur d',ernestine1 qu'il jurait ses pieds de ne pas quitter le ,dauphin tant qu'elle y serait1 et de ne rentrer de sa vie dans le chteau qu'il avait habit avant de la connatre4 ,ernestine fut presque au comble du bonheur4 ,le jour suivant1 elle revint au pied du grand chne1 mais bien escorte par la gouvernante et le vieux botaniste4 ,elle ne manqua pas d'y trouver un bouquet1 et surtout un billet4 ,au bout de huit jours1 ,astzan l'avait presque dcide rpondre ses lettres lorsque1 une semaine aprs1 elle apprit que ,mme ,dayssin tait revenue de ,paris en ,dauphin4 ,une vive inquitude remplaa tous les sentiments dans le coeur d',ernestine4 ,les commres du village voisin1 qui1 dans cette conjoncture1 sans le savoir1 dcidaient du sort de sa vie1 et qu'elle ne perdait pas une occasion de faire jaser1 lui dirent enfin que ,mme ,dayssin1 remplie de colre et de jalousie1 tait venue chercher son amant1 ,philippe ,astzan1 qui1 disait-on1 tait rest dans le pays avec l'intention de se faire chartreux4 ,pour s'accoutumer aux austrits de l'ordre1 il s'tait retir dans les solitudes de ,crossey4 ,on ajoutait que ,mme ,dayssin tait au dsespoir4 ,ernestine sut quelques jours aprs que jamais ,mme ,dayssin n'avait pu parvenir voir ,philippe1 et qu'elle tait repartie furieuse pour ,paris4 ,tandis qu',ernestine cherchait se faire confirmer cette douce certitude1 ,philippe tait au dsespoir2 il l'aimait passionnment et croyait n'en tre point aim4 ,il se prsenta plusieurs fois sur ses pas1 et fut reu de manire lui faire penser que1 par ses entreprises1 il avait irrit l'orgueil de sa jeune matresse4 ,deux fois il partit pour ,paris1 deux fois1 aprs avoir fait une vingtaine de lieues1 il revint sa cabane1 dans les rochers de ,crossey4 ,aprs s'tre flatt d'esprances que maintenant il trouvait conues la lgre1 il cherchait renoncer l'amour1 et trouvait tous les autres plaisirs de la vie anantis pour lui4 ,ernestine1 plus heureuse1 tait aime1 elle aimait4 ,l'amour rgnait dans cette me que nous avons vue passer successivement par les sept priodes diverses qui sparent l'indiffrence de la passion1 et au lieu desquelles le vulgaire n'aperoit qu'un seul changement1 duquel encore il ne peut expliquer la nature4 ,quant ,philippe ,astzan1 pour le punir d'avoir abandonn une ancienne amie aux approches de ce qu'on peut appeler l'poque de la vieillesse pour les femmes1 nous le laissons en proie l'un des tats les plus cruels dans lesquels puisse tomber l'me humaine4 ,il fut aim d',ernestine1 mais ne put obtenir sa main4 ,on la maria l'anne suivante un vieux lieutenant gnral fort riche et chevalier de plusieurs ordres4 ,,exemple ,,de ,l',,amour ,,en ,,france ,,dans ,,la ,,classe ,,riche#bee #bee ,victor ,jacquemont 7ce jeune et spirituel crivain1 mort ,bombay le #g dcembre #ahcb7 adressa ,beyle la lettre qu'on va lire2 ,beyle1 aprs l'avoir fait mettre au net1 envoya la copie ,v4 ,jacquemont avec ce billet4 ,mon cher colonel1 ,il est impossible qu'en relisant ceci il ne vous revienne pas une quantit de petits faits1 autrement dits nuances4 ,ajoutez-les gauche sur la page blanche4 ,il y a une bonne foi qui touche dans ce rcit que j'avais oubli4 ,il y a aussi quelques phrases inlgantes1 que nous rendrons plus rapides4 ,si j'avais cinquante chapitres comme celui-ci1 le mrite de l',amour serait rel4 ,ce serait une vraie monographie4 ,ne vous occupez pas de la dcence1 c'est mon affaire4 ,j'ai trouv excellent un avis de vous1 de septembre #ahbd1 sur la prface du elle est dtestable4 ,,temp,,te4 #bd dcembre #ahbe ,j'ai reu beaucoup de lettres l'occasion de l',amour4 ,voici une des plus intressantes4 ,saint-,dizier1 le juin #ahbe4 ,je ne sais trop1 mon cher philosophe1 si vous pourrez appeler amour-vanit le petit calcul de vanit de la jeune ,franaise que vous avez rencontre l't dernier aux eaux d',aix-en-,savoie1 dont je vous ai promis l'histoire2 car dans toute cette comdie1 trs plate d'ailleurs1 il n'y a jamais eu l'ombre d'amour2 c'est--dire de rverie passionne1 s'exagrant le bonheur de l'intimit4 ,n'allez pas croire cause de cela que je n'ai pas compris votre livre2 je m'en prends seulement un mot mal fait4 ,dans toutes les espces du genre amour1 il devrait y avoir quelque caractre commun3 le caractre du genre est proprement le dsir de l'intimit parfaite4 ,or1 dans l'amour-vanit1 ce caractre n'existe pas4 ,lorsqu'on est habitu l'exactitude irrprochable du langage des sciences physiques1 on est facilement choqu par l'imperfection du langage des sciences mtaphysiques4 ,mme ,flicie ,fline est une jeune ,franaise de vingt-cinq ans1 qui a des terres superbes et un chteau dlicieux en ,bourgogne4 ,quant elle1 elle est1 comme vous savez1 laide1 mais assez bien faite 7temprament nerveux-lymphatique74 ,elle est mille lieues d'tre bte1 mais1 certes1 elle n'a pas d'esprit2 de sa vie elle ne trouva une ide forte ou piquante4 ,comme elle a t leve par une mre spirituelle et dans une socit fort distingue1 elle a beaucoup de mtier dans l'esprit2 elle rpte parfaitement les phrases des autres1 et avec un air de proprit tonnant4 ,en les rptant1 elle joue mme le petit tonnement qui accompagne l'invention4 ,elle passe ainsi1 auprs des gens qui l'ont vue rarement1 ou des gens borns qui la voient souvent1 pour une personne charmante et trs spirituelle4 ,elle a en musique prcisment le mme genre de talent que dans la conversation4 ,a dix-sept ans1 elle jouait parfaitement du piano1 assez pour donner des leons huit francs 7non pas qu'elle en donne1 sa position de fortune est trs belle74 ,quand elle a vu un opra nouveau de ,rossini1 le lendemain1 son piano1 elle s'en rappelle au moins la moiti4 ,trs musicienne d'instinct1 elle joue avec infiniment d'expression1 et la premire vue1 les partitions les plus difficiles4 ,avec cette espce de facilit1 elle ne comprend pas les choses difficiles1 et cela dans ses lectures comme dans sa musique4 ,mme ,gherardi1 en deux mois1 et compris1 j'en suis sr1 la thorie des proportions chimiques de ,berzelius4 ,mme ,fline est1 au contraire1 incapable de comprendre un des premiers chapitres de ,say ou la thorie des fractions continues4 ,elle a pris un matre d'harmonie fort clbre en ,allemagne1 et n'en a jamais compris un mot4 ,pour avoir eu quelques leons de ,redout1 elle surpasse1 quelques gards1 le talent de son matre4 ,ses roses sont plus lgres encore que celles de cet artiste4 ,je l'ai vue plusieurs annes s'amuser de ses couleurs1 et jamais elle n'a regard d'autres tableaux que ceux de l'exposition2 jamais1 lorsqu'elle apprenait peindre des fleurs1 et quand alors nous possdions encore les chefs-d'oeuvre de la peinture italienne1 elle n'eut la curiosit de les aller voir4 ,elle ne comprend pas la perspective dans un paysage ni le clair-obscur 7chiaroscuro74 ,cette inhabilet de l'esprit saisir les choses difficiles est un trait de la femme franaise2 ds qu'une chose est malaise1 elle ennuie et on la plante l4 ,c'est ce qui fait que votre livre de l',amour n'aura jamais de succs parmi elles4 ,elles liront les anecdotes et passeront les conclusions1 et elles se moqueront de tout ce qu'elles auront pass4 ,je suis bien poli de mettre tout cela au futur4 ,mme ,fline1 dix-huit ans1 fit un mariage de convenance4 ,elle se trouva unie un bon jeune homme de trente ans1 un peu lymphatique et sanguin1 tout fait antibilieux et nerveux1 bon1 doux1 gal et trs bte4 ,je ne sais pas d'homme plus compltement dpourvu d'esprit4 ,le mari pourtant avait eu beaucoup de succs dans ses tudes l'cole polytechnique1 o je l'avais connu et l'on avait bien fait mousser son mrite dans la socit o tait leve ,flicie1 pour lui drober sa btise1 qui s'tend tout1 hors le talent de conduire suprieurement ses mines et ses fonderies4 ,le mari la fta de son mieux1 ce qui veut dire ici trs bien2 mais il avait affaire un tre glac auquel rien ne faisait4 ,cette espce de reconnaissance tendre que les maris inspirent ordinairement aux filles les plus indiffrentes ne dura pas huit jours chez elle4 ,seulement1 vivre ainsi avec lui1 elle s'aperut bientt qu'on lui avait donn une bte pour le tte--tte2 et1 ce qui est bien plus affreux1 une bte quelquefois ridicule dans le monde4 ,elle trouva plus que compens par l le plaisir d'avoir pous un homme fort riche et de recevoir souvent des compliments sur le mrite de son mari4 ,alors elle le prit en dplaisance4 ,le mari1 qui n'tait pas si bien n qu'elle1 crut qu'elle faisait la duchesse4 ,il s'loigna aussitt de son ct4 ,cependant1 comme c'tait un homme excessivement occup et trs peu difficile1 et comme il n'y avait rien de plus commode pour lui que sa femme entre un compte de contre-matre relire et une machine prouver1 il essayait quelquefois de lui faire un petit bout de cour4 ,cette ide ne manquait pas de changer en aversion la dplaisance de sa femme1 lorsqu'il faisait cette cour devant un tiers1 devant moi1 par exemple1 tant il y tait gauche1 commun et de mauvais got4 ,je crois que j'aurais eu l'ide de l'interrompre par des soufflets1 s'il et dit et fait ces choses-l devant moi une autre femme4 ,mais je connaissais ,flicie une me si sche1 une absence si complte de toute vraie sensibilit1 j'tais si souvent impatient de sa vanit1 que je me contentais de la plaindre un peu quand je la voyais souffrir dans cette vanit1 de par son mari1 et je m'loignais4 ,le mnage alla ainsi quelques annes 7,flicie n'a jamais eu d'enfants74 ,pendant ce temps-l1 le mari1 vivant en bonne compagnie lorsqu'il tait ,paris 7et il ne passait que six semaines de l't ses forges de ,bourgogne71 en prit le ton et devint beaucoup mieux2 en restant toujours bte1 il cessa presque entirement d'tre ridicule1 et continua toujours d'avoir de grands succs dans son tat1 comme vous avez pu en juger par les grandes acquisitions qu'il a faites depuis et par le dernier rapport du jury sur l'exposition des produits de l'industrie nationale4 ,a force d'tre rebut par sa femme1 ,m4 ,fline imagina1 cinq ou six reprises1 d'en tre un peu amoureux et de bonne foi4 ,elle lui tenait la drage haute4 ,la coquetterie de ,flicie1 dans ce temps-l1 consistait lui dire des choses aimables en public1 et trouver des prtextes pour lui tenir rigueur dans le tte--tte4 ,elle augmentait ainsi les dsirs de son mari2 et quand elle daignait lui permettre444 il payait tous les mmoires de tapissiers1 de ,leroy1 de ,corcelet1 et la trouvait encore trs modre dans ses dpenses1 qui taient absurdes4 ,pendant les deux ou trois premires annes1 jusqu' vingt ou vingt et un ans1 ,flicie n'avait cherch le plaisir que dans la satisfaction des vanits suivantes3 ,avoir de plus belles robes que toutes les jeunes femmes de sa socit4 ,donner de meilleurs dners4 ,recevoir plus de compliments qu'elles quand elle joue du piano4 ,passer pour avoir plus d'esprit qu'elles4 ,a vingt et un ans commena la vanit du sentiment4 ,elle avait t leve par une mre athe1 et dans une socit de philosophes athes4 ,elle avait t tout juste une fois l'glise1 pour se marier2 encore ne le voulait-elle pas4 ,depuis son mariage1 elle lisait toutes sortes de livres4 ,rousseau et ,mme de ,stal lui tombrent entre les mains3 ceci fait poque1 et prouve combien ces livres sont dangereux4 ,elle lut d'abord l'mile2 aprs quoi elle se crut le droit de bien mpriser intellectuellement toutes les jeunes femmes de sa connaissance4 ,notez bien qu'elle n'avait pas compris un mot de la mtaphysique du vicaire savoyard4 ,mais les phrases de ,rousseau sont trs travailles1 subtiles et trs malaises retenir4 ,elle se contentait de risquer quelquefois une pointe de religiosit1 pour faire effet dans une socit sans religiosit1 et o il n'tait pas plus question de ces choses que du roi de ,siam4 ,elle lut ,corinne1 c'est le livre qu'elle a le plus lu4 ,les phrases sont l'effet et se retiennent bien4 ,elle s'en mit un bon nombre dans la tte4 ,le soir elle choisissait dans son salon les hommes jeunes et un peu btes1 et1 sans leur dire gare1 elle leur rptait trs proprement sa leon du matin4 ,quelques-uns y furent pris1 ils la crurent une personne susceptible de passion1 et lui rendirent des soins4 ,cependant1 elle n'avait amen l que les gens les plus communs et les plus niais de son salon2 elle n'tait pas bien sre que les autres ne se moquaient pas un peu d'elle4 ,le mari1 tenu sans cesse hors de chez lui par ses affaires et d'ailleurs un bon homme1 ,what then 7que m'importe871 ne s'apercevait pas1 ou ne s'occupait en rien de ces coquetteries d'esprit4 ,flicie lut la ,nouvelle ,hlose4 ,elle trouva alors qu'il y avait dans son me des trsors de sensibilit2 elle confia ce secret sa mre et un vieil oncle qui lui avait servi de pre2 ils se moqurent d'elle comme d'un enfant4 ,elle n'en persista pas moins trouver qu'on ne pouvait vivre sans un amant1 et sans un amant dans le genre de ,saint-,preux4 ,il y avait dans sa socit un jeune ,sudois1 qui est un homme assez bizarre4 ,en sortant de l',universit1 quand il n'avait que dix-huit ans1 il fit plusieurs actions d'clat dans la campagne de #ahab1 et il obtint un grade lev dans les milices de son pays1 ensuite il partit pour l',amrique et vcut six mois parmi les ,indiens4 ,il n'est ni bte ni spirituel2 mais il a un grand caractre2 il a quelques cts sublimes de vertu et de grandeur4 ,d'ailleurs1 l'homme le plus lymphatique que j'aie connu2 avec une assez belle figure1 des manires simples1 mais prodigieusement graves4 ,de l1 de grandes dmonstrations d'estime et de considration autour de lui4 ,flicie se dit3 ,voil l'homme qu'il me faut faire semblant d'avoir pour amant4 ,comme c'est le plus froid de tous1 c'est celui dont la passion me fera le plus d'honneur4 ,le ,sudois ,weilberg tait tout fait ami de la maison4 ,il y a cinq ans1 dans l't1 on arrangea un voyage avec lui et le mari4 ,comme c'tait un homme de moeurs excessivement svres1 surtout comme il n'tait nullement amoureux de ,flicie1 il la voyait telle qu'elle tait1 fort laide4 ,d'ailleurs1 on ne lui avait pas dit en partant quoi on le destinait4 ,le mari1 que ces airs ennuyaient1 et qui dsirait aussi retirer de l'utilit pour lui d'un voyage entrepris pour plaire sa femme1 la plantait l ds qu'ils arrivaient quelque part2 il allait courir les fabriques1 il visitait les usines1 les mines1 en disant ,weilberg3 ,gustave1 je vous laisse ma femme4 ,weilberg parlait trs mal franais2 il n'avait jamais lu ,rousseau ni ,mme de ,stal1 circonstance admirable pour ,flicie4 ,la petite femme fit donc bien la malade1 pour carter son mari par l'ennui1 et pour exciter la piti du bon jeune homme1 avec qui elle restait sans cesse en tte--tte4 ,pour l'attendrir en sa faveur1 elle lui parlait de l'amour qu'elle avait pour son mari1 et de son chagrin de l'y voir rpondre si peu4 ,cette musique n'amusait pas ,weilberg2 il l'coutait par simple politesse4 ,elle se crut plus avance2 elle lui parla de la sympathie qui existait entre eux4 ,gustave prit son chapeau et alla se promener4 ,quand il rentra1 elle se fcha contre lui3 elle lui dit qu'il l'avait injurie en regardant comme un commencement de dclaration une simple parole de bienveillance4 ,la nuit1 quand ils la passaient en voiture1 elle appuyait sa tte sur l'paule de ,gustave1 qui le souffrait par politesse4 ,ils voyagrent ainsi deux mois1 mangeant beaucoup d'argent1 s'ennuyant plus encore4 ,quand ils furent de retour1 ,flicie changea toutes ses habitudes4 ,si elle avait pu envoyer des lettres de faire part1 elle et fait savoir tous ses amis et connaissances qu'elle avait une passion violente pour ,m4 ,weilberg le ,sudois1 et que ,m4 ,weilberg tait son amant4 ,plus de bals1 plus de toilettes3 elle nglige ses anciens amis1 fait des impertinences ses anciennes connaissances4 ,enfin elle se condamne au sacrifice de tous ses gots1 pour faire croire qu'elle aime profondment ce ,m4 ,weilberg1 cette espce de sauvage indien1 colonel dans les milices sudoises dix-huit ans1 et que cet homme est fou d'elle4 ,elle commence par le signifier sa mre1 le jour de son arrive4 ,sa mre1 suivant elle1 est coupable de l'avoir marie avec un homme qu'elle n'aimait pas2 elle doit actuellement favoriser de tous ses moyens son amour pour l'homme qu'elle a choisi et qu'elle adore2 il faut donc qu'elle persuade au mari d'tablir en quelque sorte ,weilberg dans sa maison4 ,si elle ne l'a pas sans cesse chez elle1 elle menace de l'aller trouver chez lui son htel4 ,la mre1 comme une bte1 crut cela1 et elle fit si bien auprs de son gendre1 que ,weilberg ne pouvait avoir d'autre maison que la sienne4 ,charles le priait sans cesse1 la mre aussi lui faisait tant de politesses et lui montrait tant d'empressement1 que le pauvre jeune homme1 ne sachant ce qu'on voulait de lui1 et craignant l'excs de manquer des gens qui l'avaient parfaitement accueilli1 n'osait se refuser rien4 ,les femmes pleurent volont1 comme vous savez4 ,un jour que j'tais seul chez ,flicie1 elle se prit pleurer1 et1 me serrant la main1 elle me dit3 ,ah6 mon cher ,goncelin1 votre amiti clairvoyante a bien devin mon coeur6 ,autrefois vous tiez bien avec ,weilberg2 depuis notre voyage vous avez chang2 vous semblez avoir de la haine pour lui4 7,cela ne semblait pas du tout4 ,je savais quoi m'en tenir47 ,ah6 mon ami1 je n'tais pas heureuse auparavant444 ,ce n'est que depuis444 ,si vous saviez toutes les barbaries de ,charles pendant le voyage6444 ,si vous connaissiez mieux ,gustave6444 ,si vous saviez que de soins touchants1 que de tendresse6444 ,pouvais-je rsister8444 ,si vous saviez quelle me de feu1 quelles passions effrayantes a cet homme1 en apparence si froid6 ,non1 mon ami1 vous ne me mpriseriez pas6444 ,je sens bien1 hlas6 qu'il me manque quelque chose444 ,ce bonheur n'est pas pur444 ,je sais bien ce que je devais ,charles4 ,mais1 mon ami6 ce spectacle continuel de l'indiffrence1 des mpris de l'un1 des soins et de l'amour de l'autre444 et cette familiarit oblige de la vie en voyage444 ,tant de dangers6444 ,pouvais-je rsister tant d'amour6 et d'ailleurs1 pouvais-je rsister ses violences8 etc41 etc41 etc4 ,voil donc le pauvre ,weilberg1 honnte comme ,joseph1 accus d'avoir viol la femme de son ami1 et il faut le croire1 c'est elle qui le dit3 elle s'en est vante deux personnes de ma connaissance1 et sans doute aussi d'autres que je ne connais pas4 ,la dclaration ci-dessus ressemble beaucoup ce qu'elle me dit3 j'ai conserv le souvenir de ses expressions4 ,peu de jours aprs1 je vis une des personnes qui avaient reu la mme confidence4 ,je la priai de chercher s'en rappeler les termes2 elle me rpta exactement la version que j'avais entendue1 ce qui me fit rire4 ,aprs sa confession1 ,flicie me dit1 en me tendant la main1 qu'elle comptait sur ma discrtion2 que je devais tre avec ,weilberg comme par le pass1 et faire semblant de ne m'apercevoir de rien4 ,la vertu sauvage de cet homme sublime lui faisait peur4 ,quand il la quittait1 elle craignait toujours de ne plus le revoir2 elle craignait que par une rsolution inopine1 il ne s'embarqut tout coup pour retourner en ,sude4 ,moi1 je lui promis sur notre conversation le plus inviolable secret4 ,cependant tous les amis de la famille trouvaient indigne que ce pauvre ,weilberg et sduit une jeune femme dans la maison de laquelle il avait presque reu l'hospitalit1 dont le mari lui avait rendu mille services1 et qui avait jusque-l march trs droit4 ,je le prvins du sot rle qu'on lui faisait jouer4 ,il m'embrassa en me remerciant de l'avis1 et me dit qu'il ne remettrait plus les pieds dans cette maison4 ,c'est lui qui me conta alors comment le voyage s'tait pass4 ,flicie1 prive quelques jours de ,weilberg1 qui dnait sans cesse chez elle auparavant1 joua le dsespoir4 ,elle dit que c'tait une indignit de son mari1 qui avait chass cet homme vertueux4 7,elle avait dit moi et deux autres que cet homme vertueux l'avait viole sur la mousse1 au pied d'un sapin dans le ,schwartzwald1 comme il convient que cette chose se fasse47 ,elle dit aussi1 en termes polis1 que sa mre1 aprs lui avoir servi de complaisante1 lui avait souffl son vertueux amant4 7,notez que la mre est une pauvre vieille femme de soixante ans1 qui ne pense plus rien depuis vingt ans47 ,elle commanda chez un trs habile coutelier un poignard lame de damas1 qu'elle fit apporter un jour au milieu du dner1 et que je lui ai vu payer quarante francs et serrer trs proprement devant nous tous dans son secrtaire1 ct de sa cire d',espagne4 ,une douzaine de garons apothicaires apportrent chacun aussi une petite bouteille de sirop d'opium1 et toutes ces bouteilles runies en faisaient une quantit considrable4 ,elle les serra dans sa toilette4 ,le lendemain1 elle signifia sa mre que1 si elle ne faisait pas revenir ,gustave1 elle s'empoisonnerait avec l'opium1 et se tuerait avec le poignard qu'elle avait fait faire exprs4 ,la mre1 qui savait quoi s'en tenir sur l'amour de ,weilberg1 et qui craignait l'esclandre1 alla chez celui-ci4 ,elle lui conta que sa fille tait folle2 qu'elle faisait semblant d'tre trs amoureuse de lui1 qu'elle le disait amoureux d'elle1 et qu'elle prtendait se tuer1 s'il ne revenait pas4 ,elle lui dit3 ,revenez chez elle1 humiliez-la bien2 elle vous prendra en horreur1 et alors vous ne reviendrez plus4 ,weilberg tait un brave homme2 il eut piti de la vieille mre qui venait le prier ainsi1 et il consentit se prter cette ennuyeuse comdie1 pour viter l'esclandre que la mre craignait4 ,il revint donc4 ,la jeune femme ne lui parla de rien2 elle lui fit seulement quelques reproches aimables sur son absence pendant cinq jours4 ,quand ils taient seuls ensemble1 elle ne se serait pas avise de lui parler d'amour1 depuis qu'il avait pris son chapeau1 un jour1 en voyage1 et qu'il tait parti quand elle allait commencer une dclaration4 ,weilberg aime la musique2 elle passait le temps jouer du piano1 et comme elle en joue admirablement1 ,weilberg restait assez volontiers l'entendre4 ,en public1 c'tait bien diffrent2 elle ne lui parlait que d'amour2 mais il faut avouer qu'elle y mettait beaucoup d'art4 ,comme1 heureusement1 il savait mal le franais1 elle trouvait moyen de faire savoir tous les assistants qu'il tait son amant1 sans qu'il pt le comprendre4 ,tous les amis de la maison taient dans le secret de la comdie2 mais les connaissances n'y taient pas encore4 ,il fut de nouveau question1 parmi elles1 de l'indignit du procd de ,m4 ,weilberg1 et celui-ci de nouveau se retira et ne voulut plus revenir4 ,flicie se mit au lit et signifia sa mre qu'elle se laisserait mourir de faim4 ,elle se mit ne prendre que du th2 elle se levait pour l'heure du dner2 mais elle ne prenait exactement rien4 ,au bout de six jours de ce rgime1 elle fut gravement indispose2 on envoya chercher des mdecins4 ,elle dclara qu'elle s'tait empoisonne1 qu'elle ne voulait recevoir de soins de personne1 que tout tait inutile4 ,la mre et deux amis taient l1 avec les mdecins2 elle dit qu'elle mourait pour ,m4 ,weilberg1 dont on lui avait alin le coeur4 ,du reste1 elle priait qu'on pargnt cette triste confidence son pauvre mari1 qui1 heureusement1 ignorait toutes ces choses1 etc41 etc4 ,cependant elle consentit prendre une drogue2 on lui donna un vomitif1 et elle1 qui n'avait vcu que de th depuis six jours1 rendit trois quatre livres de chocolat1 sa maladie1 son empoisonnement1 n'taient qu'une pouvantable indigestion4 ,je l'avais prdit4 ,ne sachant qu'inventer pour mouvoir sa mre et pour la pousser de nouvelles dmarches qui pussent ramener ,weilberg dans sa maison1 elle la menaa de tout avouer ,charles4 ,le mari qui et cru sa femme sur parole1 l'aurait plante l indubitablement4 ,cet esclandre tant donc possible1 la mre retourna la charge auprs du bon ,gustave1 qui consentit encore revenir4 ,lui et moi1 nous nous voyions beaucoup alors2 nous faisions un travail en commun2 il s'tait pris de got pour moi1 et j'tais peu prs le ,franais qu'il aimait le mieux voir4 ,nous passions ensemble une partie des journes2 il m'apprenait le sudois4 ,je lui montrais la gomtrie descriptible et le calcul diffrentiel2 car il s'tait pris de passion pour les mathmatiques1 et souvent il m'obligeait rajeunir dans nos livres mes souvenirs dj anciens de l'cole polytechnique4 ,je prenais ensuite mon violon1 et1 beaucoup plus tolrant que vous1 il restait volontiers des heures m'entendre4 ,flicie me fit la cour pour que je fusse sans cesse chez elle3 elle savait que c'tait un moyen d'attirer ,weilberg4 ,un matin que nous djeunions tous trois ensemble chez elle1 elle imagina de faire preuve d'amour ,gustave devant moi1 et elle affecta avec lui les privauts de gens qui vivent dans la plus parfaite intimit4 ,l'autre1 d'abord1 ne comprit pas2 enfin elle mit tellement les points sur les i1 qu'il fallut bien comprendre2 il me regarda1 rit1 et sans bouger avala son morceau4 ,on lui proposait de faire quelque rajustement la toilette de ,flicie4 ,il lui dit brutalement3 ,pardieu1 vous avez une femme de chambre pour vous habiller6 ,et elle me dit tout bas l'oreille3 ,voyez-vous comme il est dlicat2 j'tais sre que1 devant vous1 il ne voudrait pas remettre une pingle mon fichu4 ,cependant1 elle n'tait pas si contente qu'elle me le disait de la dlicatesse et de la retenue de son prtendu amant4 ,c'tait1 je me le rappelle1 un dimanche de ,pques4 ,quand nous emes fini le djeuner et que nous ne prenions plus que du th1 elle dit son domestique3 ,paul1 dites ma femme de chambre que je n'ai pas besoin d'elle et qu'elle profite de ce moment pour aller la messe4 ,nous restmes prendre le th4 ,le domestique n'entrant plus1 elle s'approcha trs prs du feu4 ,j'ai bien froid1 dit-elle2 et tendant la main ,weilberg3 ,est-ce que je n'ai pas la fivre8--,ma foi1 je ne m'y connais pas2 mais voil ,goncelin qui se fait1 sa campagne1 le mdecin de ses paysans2 il doit se connatre la fivre3 il vous le dira4 ,je lui ttai le pouls3 ,pas le moins du monde1 lui dis-je4--,c'est singulier1 reprit-elle2 je suis toute je ne sais comment2 il me semble que je vais me trouver mal4 ,tenez1 voil que je vais me trouver mal2 j'touffe1 desserrez-moi4 ,m4 ,gustave1 desserrez-moi1 ,goncelin1 je vous en prie1 allez chercher dans l'appartement de mon mari444--,quoi8--,du benjoin1 pour le brler2 il y en a dans son mdailler4--,je sais o il est1 dit ,weilberg2 j'y vais4 ,goncelin va vous aider2 je retourne dans l'instant4 ,et il revint cinq minutes aprs4 ,je m'tais amus la dlacer4 ,la figure part1 elle tait bien1 jeune1 bien faite1 la peau blanche et douce4 ,je lui avais dcouvert la poitrine2 elle se serait laiss mettre toute nue4 ,j'usais passablement de la partie dcouverte1 et je lui disais3 ,votre coeur bat trs doucement2 n'ayez pas peur1 ce n'est absolument rien4 ,elle jouait un vanouissement modr4 ,weilberg1 qui faisait exprs d'tre longtemps dehors1 rentra la fin1 posa le benjoin sur la chemine1 et se remit tranquillement manger des biscuits et avaler des tasses de th4 ,flicie1 qui voyait tout cela1 en faisant semblant de ne pas y voir1 n'y tint plus4 ,aussi bien1 comme j'avais dit ,gustave qu'elle n'avait aucune altration dans le pouls ni dans la respiration1 il avait ajout3 ,c'est bien singulier qu'avec cela elle ait une syncope6 ,flicie1 pousse bout1 revint peu peu elle2 elle se rajusta et nous pria de la laisser seule4 ,comme elle croyait avoir grand intrt paratre rellement vanouie devant ,gustave1 je crois que si j'avais essay de satisfaire une fantaisie1 qui ne me prit pas1 elle se ft laiss faire1 sauf dire ensuite que c'tait1 de ma part1 l'excs de l'indignit1 et1 de la sienne1 l'excs du malheur4 ,et notez bien que1 matriellement honnte jusque-l1 et fort sensible1 d'ailleurs1 ce plaisir1 elle et souffert trs certainement d'tre ainsi viole4 ,flicie fut si cruellement humilie de cette manifestation d'indiffrence de ,weilberg pour elle devant moi1 qui elle en parlait toujours comme de l'amant le plus passionn1 qu'elle en fut rellement malade4 ,weilberg1 aprs cette farce ridicule1 ne voulait plus revenir chez elle4 ,cependant1 comme elle garda le lit quelque temps1 et qu'auparavant on le voyait sans cesse dans cette maison1 pour viter qu'on ne remarqut son absence1 il parut2 ses visites1 peu peu1 furent plus rares1 et ce ne fut qu'aprs huit mois qu'il cessa d'y aller tout fait4 ,pendant ces huit mois1 elle n'a cess de le reprsenter tous comme son amant1 alors mme qu'on ne le voyait presque plus jamais chez elle4 ,flicie aime beaucoup la musique4 ,n'ayant pas de loge aux ,bouffes1 elle avait trs rarement l'occasion d'y aller4 ,un jour1 des amis nous prtrent leur loge tout entire1 et elle arrangea que ,weilberg et moi nous l'y conduirions2 son mari viendrait nous y trouver4 ,vous remarquerez qu'alors1 au fond de son coeur1 elle excrait ,weilberg2 elle l'avait forc de venir l pour qu'il se mt avec elle sur le devant de la loge4 ,gustave dit qu'il faisait trop chaud et sortit du thtre1 me laissant seul avec elle4 ,ma foi1 comme il lui donnait sans cesse de pareils dmentis1 partir de ce jour elle changea de ton1 et1 aprs avoir parl pendant un an de la passion1 de l'amour de ,weilberg1 elle commena toucher quelques mots de son inconstance et des peines qu'il lui causait4 ,en mme temps1 il me revint aux oreilles que je passais pour tre son amant4 ,j'allai la trouver1 je le lui dis1 et j'ajoutai que je ne voulais pas passer pour l'tre1 sans en avoir au moins le profit4 ,je la pris sur mes genoux1 je la brusquai4 ,comme je savais trs positivement qu'il lui tait dsagrable d'tre viole et qu'elle sentait la chose imminente1 je lui disais que je voulais mriter la rputation qu'elle me faisait1 etc444 ,c'tait dans le jour1 on pouvait entrer d'un moment l'autre dans sa chambre2 elle eut une peur du diable2 elle me conjura de la laisser2 elle me dit qu'elle n'avait jamais aim que ,weilberg et qu'elle n'en aimerait jamais d'autre4 ,enfin elle se dgagea de moi2 elle sonna4 ,un domestique vint1 auquel elle commanda de refaire le feu1 d'arranger les rideaux1 de lui apporter du th4 ,je sortis4 ,depuis ce temps1 nous sommes peu prs brouills4 ,elle dit partout que je suis une espce de sclrat la ,iago2 que depuis longtemps j'avais pour elle une abominable passion1 et que c'est moi qui ai loign d'elle son amant ,weilberg4 ,elle a t jusqu' montrer comme des dclarations de ma part quelques lettres familirement amicales que je lui avais crites il y a six ans1 quand j'tais avec vous ,rome4 ,a prsent1 la vanit de ,flicie s'exerce sur d'autres objets4 ,elle dit1 en parlant de ,weilberg1 des phrases tristes du troisime volume de ,corinne2 elle joue le deuil d'une grande passion2 elle ne va plus dans le monde2 chez elle1 plus de toilette2 mais elle donne d'excellents dners1 o viennent de vieux imbciles qui passent pour avoir t des gens d'esprit autrefois1 et de pauvres diables qui n'ont pas de dner chez eux4 ,elle parle avec admiration de lord ,byron1 de ,canaris1 de ,bolivar1 de ,m4 de la ,fayette4 ,on la plaint1 dans son petit monde1 comme une jeune femme bien malheureuse1 et on la loue comme une personne infiniment sensible et spirituelle2 elle est passablement contente de la sorte4 ,cela fait une de ces maisons bourgeoises que vous dtestez tant4 ,avais-je raison de vous dire que cette ennuyeuse histoire ne vous servirait rien2 elle est plate par sa nature4 ,tout se passe en discours dans l'amour-vanit4 ,les discours raconts ennuient2 la plus petite action vaut mieux4 ,ensuite1 ce n'est pas1 je crois1 ici l'amour-vanit comme vous l'entendez4 ,flicie a un trait rare1 s'il ne lui est point particulier2 c'est que c'est une chose dsagrable pour elle que de faire son mtier de femme1 et qu'il lui importait fort peu de faire croire l'homme qu'elle proclamait son amant1 de lui faire croire1 dis-je1 qu'elle l'aimait rellement4 ,,goncelin4 ,,fin ,,table ,prface ,i ,deuxime prface ,,ix ,troisime prface ,,xi ,m4 de ,stendhal1 ses oeuvres compltes #a ,,livre ,,premier ,chapitre ,i4 ,de l'amour #a -- ,,ii4 ,de la naissance de l'amour #d -- ,,iii4 ,de l'esprance #h -- ,,iv4 #aa -- ,v4 #ab -- ,,vi4 ,le rameau de ,salzbourg #ac -- ,,vii4 ,des diffrences entre la naissance de l'amour dans les deux sexes #ae -- ,,viii4 #ag -- ,,ix4 #bj -- ,x4 ,exemples de la cristallisation #bj -- ,,xi4 #bc -- ,,xii4 ,suite de la cristallisation #bd -- ,,xiii4 ,du premier pas1 du grand monde1 des malheurs #bf -- ,,xiv4 #bh -- ,,xv4 #cj -- ,,xvi4 #ca -- ,,xvii4 ,la beaut dtrne par l'amour #cc -- ,,xviii4 #cd -- ,,xix4 ,suite des exceptions la beaut #cf -- ,,xx4 #ci -- ,,xxi4 ,de la premire vue #ci -- ,,xxii4 ,de l'engouement #dc -- ,,xxiii4 ,des coups de foudre #dd -- ,,xxiv4 ,voyage dans un pays inconnu #dg -- ,,xxv4 ,la prsentation #ec -- ,,xxvi4 ,de la pudeur #ee -- ,,xxvii4 ,des regards #fa -- ,,xxviii4 ,de l'orgueil fminin #fa -- ,,xxix4 ,du courage des femmes #gb -- ,,xxx4 ,spectacle singulier et triste #gf -- ,,xxxi4 ,extrait du journal de ,salviati #gg -- ,,xxxii4 ,de l'intimit #he -- ,,xxxiii4 #ia -- ,,xxxiv4 ,des confidences #ia -- ,,xxxv4 ,de la jalousie #ie -- ,,xxxvi4 ,suite de la jalousie #aja -- ,,xxxvii4 ,roxane #ajd -- ,,xxxviii4 ,de la pique d'amour-propre #ajf -- ,,xxxix4 ,de l'amour querelles #aac -- ,,xxxix bis4 ,remdes l'amour #aag -- ,,xxxix ter #abj ,,livre ,,second ,chapitre ,,xl4 ,des tempraments et des gouvernements #abc -- ,,xli4 ,des nations par rapport l'amour4--,de la ,france #abf -- ,,xlii4 ,suite de la ,france #acj -- ,,xliii4 ,de l',italie #acc -- ,,xliv4 ,rome #acf -- ,,xlv4 ,de l',angleterre #aci -- ,,xlvi4 ,suite de l',angleterre #adc -- ,,xlvii4 ,de l',espagne #adg -- ,,xlviii4 ,de l'amour allemand #adi -- ,,xlix4 ,une journe ,florence #aee -- ,l4 ,l'amour aux tats-,unis #afb -- ,,li4 ,de l'amour en ,provence jusqu' la conqute de ,toulouse1 en #acbh1 par les ,barbares du ,nord #afd -- ,,lii4 ,la ,provence au ,x,i,ie sicle #agj -- ,,liii4 ,l',arabie #agg ,fragments extraits et traduits d'un recueil arabe intitul le ,divan de l',amour #aha -- ,,liv4 ,de l'ducation des femmes #ahf -- ,,lv4 ,objections contre l'ducation des femmes #aia -- ,,lvi4 ,suite #aii -- ,,lvi bis4 ,du mariage #bje -- ,,lvii4 ,de ce qu'on appelle vertu #bjf -- ,,lviii4 ,situation de l',europe l'gard du mariage #bjh ,la ,suisse et l',oberland #bab -- ,,lix4 ,werther et don ,juan #bag -- ,,lx4 ,des fiasco #bbh ,,fragments ,,divers #bcc ,amours de ,tibulle et de ,properce #bfa ,lettre anglaise de la femme de ,klopstock #bgg ,promenade aux les ,borromes #bhj ,qu'est-ce que le plaisir8 #bib ,,appendix ,des ,cours d'amour #caj ,code d'amour du ,x,i,ie sicle #cae ,notice sur ,andr le ,chapelain #cba ,le rameau de ,salzbourg #cbd ,ernestine ou la naissance de l'amour #ccg ,exemple de l'amour en ,france dans la classe riche #cfg ,mayenne1 ,imprimerie ,,ch4 ,,colin4