,,aline ,,et ,,valcour1 ,,ou ,,le ,,roman ,,philosophique4 ,,tome ,,iii4 ,,cinqui,,me ,,partie4 ,illustration3 ,fuis1 lache6 ds que tu es assez vil pour nous refuser tes services1 fuis et ne nous outrage point4 ,,aline ,,et ,,valcour1 ,,ou ,,le ,,roman ,,philosophique4 crit la ,bastille un an avant la ,rvolution de ,france4 ,,orn ,,de ,,seize ,,gravures4 ,,paris1 ,chez la ,veuve ,,girouard1 ,libraire maison galit1 ,galerie de ,bois1 n4 #aif4 #agie4 ,,aline ,,et ,,valcour1 ,,lettre ,,trente-,,sixi,,me1 ,dterville ,valcour4 ,verfeuille1 le #ag ,novembre4 ,n'est-ce donc point une chose odieuse1 mon cher ,valcour1 qu'un malheureux jeune homme1 uniquement coupable du sentiment qui fait natre les vertus4 4 4 4 ,aprs avoir parcouru la terre1 aprs avoir brav tous les prils qui peuvent s'affronter1 ne rencontre d'cueils1 de tourmens2 de malheurs1 qu' la porte de sa patrie3 et bientt au centre de cette mme ,patrie1 qu'il ne peut revoir qu'en la maudissant 4 4 4 ,oui1 j'ose le dire1 ces fatalits font natre bien des rflexions1 et j'aime mieux les taire que les dvoiler4 ,l'amiti qu'inspire l'infortun ,sainville y rpandroit trop d'amertume4 ,c'tait ,aline et lui1 ,valcour1 c'tait tous deux que ce train avait pour objet 4 4 4 ,aline et lui1 t'entends-je dire8 ,eh quelle bisarrerie les rassemble8 coute1 et tout va s'claircir4 ,il est inutile de te peindre la frayeur de nos dames quand elles ont vu la maison se remplir d'exempts1 d'espions1 de gardes1 de toute cette dgotante canaille1 dont le despotisme effraye l'humanit aux dpens de la justice et de la raison1 comme s'il fallait au gouvernement d'autres srets que des vertus1 et l'homme d'autre lien que l'honneur4 4 4 4 ,je n'ai pas besoin de te dire ce que toute cette charmante socit est devenue1 quand on a vu paratre1 au milieu du trouble gnral1 un petit homme laid1 court et gros1 bien hbt1 bien tremblant1 l'pe d'une main1 le pistolet de l'autre1 s'intitulant conseiller du ,roi1 et de plus1 officier suprieur du tribunal de la sret de ,paris2 disant que pour la sret de l'tat1 il fallait qu'il s'assurt d'un officier1 sous le nom de ,sainville1 nom qu'il usurpait1 comme on le verrait par l'ordre1 dont il tait porteur1 que ledit sieur de ,sainville tant de prsent au ,chteau de ,verfeuille1 prs d',orlans2 il lui tait enjoint lui1 ,nicodme ,poussefort1 officier suprieur1 d'arrter ledit militaire dans ledit ,chteau1 ainsi qu'une demoiselle qu'avait enleve cet officier1 et qu'il faisait passer pour sa femme1 le tout l'effet de les conduire l'un et l'autre au lieu de sret que son ordre indiquait #a4 ,tu devines1 ce prambule1 ce que chacun a pu penser1 il ne s'agit que de t'apprendre et ce qui a suivi1 et la part singulire qu'a le prsident tout ceci4 ,le compliment dbit1 le petit homme suant1 palpitant1 infectant comme un capucin qui descend de chaire2 nos dames revenues elles force de soins1 le malheureux ,sainville et sa femme confondant leurs larmes et leurs gmissemens4 ,le comte de ,beaul s'est avanc vers l'exempt et lui ordonnant avec cet air de noblesse et de supriorit qu'il avait en menant autrefois les ,franais aux ennemis1 lui ordonnant1 dis-je1 de remettre ses armes au repos1 et de faire sortir ses gens du salon1 il lui a demand2 comment il s'avisait de s'introduire avec aussi peu de formalits dans le ,chteau d'une femme honnte4 cette demande1 l'air de matre1 dont elle tait faite1 aux titres1 aux dcorations qui la soutenaient1 ,nicodme ,poussefort1 officier suprieur de la sret de ,paris1 a rpondu avec un peu de confusion1 qu'il s'tait cru autoris dans ses dmarches1 et par son ordre1 et par les diffrentes consignes particulires qu'il avait reues de ceux que cela concernait2 mais le comte aprs lui avoir lav la tte une seconde fois1 et lui avoir dit que les ordres de parens ne s'annonaient pas comme ceux de ,mandrin1 mais se signifiaient par l'organe des officiers prposs dans chaque gnralit cet effet1 la prpondrance chimrique ou l'autorit illusoire du tribunal de la sret de ,paris ne s'tendant pas au-del des barrires1 lui a demand encore s'il savait de qui venait l'ordre1 et la sollicitation de qui il tait obtenu4 4 4 4 ,pour toute rponse1 l'exempt lui a remis ses papiers et le comte les ayant reu1 lui a dit avant que d'ouvrir1 soyez tranquille monsieur1 je me charge de tout4 4 4 4 puis s'adressant monsieur et madame de ,sainville1 vous voil l'un et l'autre mes prisonniers1 leur a-t-il dit1 donnez-moi vos paroles d'honneur de ne point vous carter de cette maison sans moi4 4 4 4 ,vous vous trompez monsieur1 a dit prcipitamment l'officier de police1 cette dame dont vous exigez la parole1 n'est point la personne que je dois arrter1 celle que mon signalement indique1 a-t-il poursuivi1 en montrant ,aline1 est la demoiselle que voil4 ,et c'est elle qui doit tre madame de ,sainville 4 4 4 ,vous seul commettez l'erreur1 a repris le comte1 ou votre signalement est faux2 la jeune personne que vous dsignez1 est la fille de madame de ,blamont4 --,et montrant ,lonore4 4 4 4 ,celle-ci seule est madame de ,sainville1 4 4 4 ,monsieur le comte1 a rpondu l'exempt1 la chose est d'autant moins probable1 que ce signalement dont je m'autorise1 est l'ouvrage mme de monsieur le prsident de ,blamont1 m'aurait-il ordonn d'arrter sa fille8 ,confrontons monsieur1 le voil4 ,assurment1 il tait difficile de mieux peindre ,aline1 et comme aucun trait ne la rapproche de ,lonore1 il tait impossible de s'y mprendre4 4 4 4 ,ah6 je dmle tout1 a dit imptueusement madame de ,blamont1 puis1 s'adressant l'exempt3 achevez1 monsieur1 achevez de jetter du jour sur ceci2 aviez-vous quelqu'ordre particulier relatif cette jeune personne4 4 4 4 ,celui de la laisser au couvent des bndictines1 en passant ,lyon1 madame1 a rpondu l'exempt2 de lui dire quelle attendit l sa famille1 qui viendrait bientt en disposer1 et de poursuivre ma route avec monsieur de ,sainville jusqu'aux isles ,sainte-,marguerite1 o il devait tre enferm dix ans4 --,et quelles personnes vous ont expliqu ces diffrentes commissions1 a repris madame de ,blamont8 --,j'ai d'abord reu1 madame1 a rpondu l'exempt1 un ordre gnral et vague du magistrat1 de me conformer tout ce qui me serait prescrit par le pre de monsieur de ,sainville1 lequel n'a pas voulu prendre sur lui de faire arrter son fils chez madame de ,blamont1 o il le savait1 sans se concerter avec monsieur le prsident2 en consquence de cette dlicatesse1 rien ne se terminant le mme jour1 on m'a indiqu un second rendez-vous pour le lendemain au matin2 l j'ai trouv runis les deux personnes auxquelles j'avais affaire1 et j'ai reu d'elles diffrents dtails1 qui m'taient utiles pour agir4 ,voil1 mon cher ,valcour1 tout ce que nous avons pu savoir sur cette partie1 et comme rien n'en est encore clairci1 j'imagine qu'avant d'achever la lecture de ma lettre1 tu vas te livrer mille combinaisons2 formons-en donc quelqu'unes avec toi1 quelqu'interruption qu'il en doive rsulter aux choses intressantes qu'il me reste encore t'apprendre4 ,il parat d'abord assez clairement1 que monsieur de ,blamont s'est confi au pre de ,sainville1 qu'il lui a demand sans doute avec instance1 de laisser profiter sa fille1 bien plus coupable que ,lonore1 de la lettre de cachet destine cette ,lonore2 que celle-ci n'tant actuellement rclame par personne1 il se chargeait d'en rpondre1 que l'important tait de la sparer de ,sainville1 objet qui se trouvait galement rempli1 puisque madame de ,blamont la retiendrait vraisemblablement chez elle1 et que sous peu1 il irait la chercher lui-mme1 pour la placer dans quelque couvent1 o elle serait toujours en tat d'tre reprsente aussitt qu'elle serait requise2 que le pre de ,sainville prenant peu d'intrt cette ,lonore1 et ne dsirant que de la sparer de son fils1 a tout accord au prsident1 pourvu que celui-ci permt de faire arrter le jeune homme dans le ,chteau de ,verfeuille4 4 4 4 ,dfinitivement qu',aline1 ainsi arrte1 ainsi conduite ,lyon1 y serait bientt devenue la femme de ,dolbourg1 avec lequel le prsident n'aurait pas manqu de l'aller joindre2 voil mes conjectures mon ami1 voil celles de toute la socit2 revenons maintenant des dtails qui ne peuvent plus souffrir de retard4 ,vous pouvez sortir monsieur1 a dit le comte l'exempt1 ds que ses claircissemens ont t donns2 retournez dire ceux qui vous ont envoy1 que le comte de ,beaul1 commandant dans l',orlanais et lieutenant-gnral des armes1 se charge de vos prisonniers1 vous en dgage1 et vous donne sa parole de les conduire sous trois jours1 au ministre4 ,monsieur le comte1 a dit l'exempt en se prosternant jusqu' terre1 j'obis sans rplique assurment1 mais vous connaissez nos places1 je risque de perdre la mienne1 si vous n'avez la bont de me faire un reu2 le gnral a demand un critoire1 et a sign sans difficult ce que l'exempt dsirait4 ,aprs quoi1 l'alguasil et sa troupe ont dguerpi le ,chteau1 non sans escamoter1 filouter1 voler suivant l'usage de ces coquins-l1 tout ce qui a pu tomber sous leurs mains #b4 peine partis1 qu'avant mme d'ouvrir l'ordre1 on a raisonn prodigieusement sur les manuvres sourdes et infmes du prsident2 mais comme tout ce qui a t dit1 n'est que ce que je viens de placer en rsultat de nos combinaisons tout--l'heure1 je passe rapidement aux suites essentielles de cette aventure4 ,tout tant calme1 toutes les rflexions tant faites1 le comte a ouvert l'ordre2 et aprs avoir parcouru rapidement quelques lignes4 4 4 4 ,quoi6 monsieur1 a-t-il dit avec surprise ,sainville1 vous tes le comte de ,karmeil8 ,je connais beaucoup votre pre2 le comte de ,karmeil1 s'est cri madame de ,blamont toute trouble4 4 4 4 ,avez-vous bien lu1 ne vous trompez- vous point84 4 4 4 ,ciel 4 4 4 ,lonore1 non je ne rsiste point ces coups multiplis du sort4 4 4 4 ,malheureux enfant 4 4 4 ,ouvre tes bras 4 4 4 reconnais ta mre1 et trop mue de tout ce qui venait de prcder 4 4 4 trop attendrie d'une scne si touchante1 elle s'est vanouie sur le sein mme de ,lonore4 ,grand ,dieu1 a dit celle-ci1 les bonts de cette aimable dame l'abusent assurment1 que veut-elle dire8 4 4 4 ,moi1 sa fille6 ,ah plt au ciel que cela et t6 ,vous l'tes1 mademoiselle1 ai-je dit alors1 secourons madame de ,blamont 4 4 4 elle est bien loin d'tre dans l'erreur2 nous avons tout ce qu'il faut pour vous convaincre4 4 4 4 ,sainville1 aidez-nous rendre votre femme la plus adorable des mres4 ,je te laisse juger le trouble universel2 le comte nullement au fait1 ne savait lui-mme o il en tait4 ,madame de ,senneval plus instruite1 assurait ,lonore qu'on ne se trompait pas1 enfin1 madame de ,blamont vivement secourue par ,aline1 qui ne savait qui voler1 a repris l'usage de ses sens1 elle s'est rejete une seconde fois dans les bras de ,lonore1 tout s'est clairci1 j'ai produit d'un ct la lettre du chevalier de ,meilcourt1 de l'autre les dpositions du pr ,saint-,gervais1 et toutes ces pices s'enchanant1 se prtant mutuellement des forces1 il est devenu impossible ,claire de ,blamont1 qui nous conservons le nom de ,lonore pour l'intelligence de cette histoire1 il lui est devenu impossible1 dis-je1 de pouvoir plus long-tems s'aveugler sur sa naissance4 4 4 4 ,et voil donc pourquoi j'tais hae de madame de ,kerneuil1 a dit cette jeune personne1 en se jettant aux pieds de sa vritable mre2 voil donc pourquoi on me dtestait4 ,oh6 madame1 a-t-elle continu1 mais avec plus de manire que de vritable sentiment3 7c'est un trait de son caractre qu'il ne faut pas perdre de vue76 oh1 madame1 laissez- moi vous demander genoux des sentimens que mon malheureux sort ne m'a jamais permis de connatre2 mon ame tait faite pour les sentir1 et la plus barbare des femmes lui en a toujours refus la jouissance4 ,sainville1 viens te prcipiter1 comme moi1 aux genoux de cette tendre mre2 demandes-lui pardon de nos garemens1 et ne songe plus m'obtenir que de son aveu4 ,alors1 cet intressant jeune homme1 bien plus vraiment affect que sa femme1 a arros les pieds de madame de ,blamont de ses pleurs2 et prostern devant elle1 oh6 madame1 lui a-t-il dit1 daignerez-vous me pardonner mon crime8 4 4 4 4 des crimes6 4 4 4 grand ,dieu1 a dit promptement cette mre dlicate et sensible6 vous n'en avez point commis1 tout votre tort est de l'avoir aime2 je l'aurais aime comme vous2 levez-vous ,sainville4 4 4 4 ,la voil1 je veux que vous la receviez de ma main 4 4 4 ,je ne t'esquisserai point la situation de cette femme adorable1 au milieu de ce couple charmant 4 4 4 ,aline embrassant tour--tour1 et sa mre et sa sur4 4 4 4 ,non1 mon ami1 non1 c'est avec les couleurs de la nature mme qu'il faut essayer de rendre ce tableau1 l'art ne russirait pas le tracer4 ,pendant ce tems1 nous expliquions1 le plus succinctement qu'il nous tait possible1 toute l'histoire au comte de ,beaul4 --,voil des aventures bien singulires1 a-t-il dit1 en s'approchant de madame de ,blamont2 ma chre et ancienne amie1 continuait-il en lui prenant les mains1 en vrit1 elles m'intressent aux larmes1 4 4 4 ,mais vous tes d'un mystre4 4 4 4 ,pourquoi donc ne m'avoir pas dit84 4 4 4 ,le voil devenu mon fils1 maintenant ce cher ,sainville4 4 4 4 ,et cette malheureuse ,aline qui l'on en voulait aussi4 4 4 4 ,quelle horreur6 ,allons1 allons1 que tout se calme1 je les prends tous trois sous mon ale1 et si la moindre infortune les menace encore1 j'y expose plutt ma tte que de les en voir accabls l'un ou l'autre2 et tous les bras unanimement1 se sont tourns vers ce tendre et honnte militaire2 on l'a entour1 on l'a remerci1 caress2 madame de ,blamont dans l'excs de sa joie1 lui a saut au col1 et lui a dit3 mon cher comte1 oui1 ou vous ne m'avez jamais aime1 ou vous arracherez au malheur ces trois intressantes cratures4--,j'en donne ma parole1 a rpondu le comte tout mu1 et comment ne l'entreprendrais-je pas1 quand je vois autour de moi1 l'hymen1 l'amour et l'amiti m'en conjurer au nom de tous leurs droits2 ,karmeil est mon ami depuis trente ans1 nous avons guerroy ensemble en ,allemagne1 en ,corse4 4 4 4 ,ce sont les cent mille cus qui le dsesprent4 4 4 4 ,mais vous vous tiez donc fait passer tous deux pour morts1 a-t-il continu en s'adressant monsieur et madame de ,sainville8 4 4 4 ,il est vrai1 monsieur1 reprit le jeune amant de ,lonore1 c'est une des circonstances de notre histoire que j'avais cru devoir taire2 ,lonore avait crit ses parens que ne pouvant rsister l'horreur de sa situation1 elle s'tait d'abord sauve de son clotre1 pour se runir l'objet de ses vux2 qu'ensuite retenue par la dcence1 elle n'avait os achever une telle dmarche1 que se trouvant par sa conduite entre la perte de tout ce qu'elle aimait1 et le deshonneur1 elle avait pris le parti d'abrger ses jours1 pour qu'on doutt moins de ce qu'elle annonait1 elle avait plac ce billet au fond d'une bote1 arrang dans une de ses robes1 et nous avions envoy jetter le tout dans la rivire4 ,on aura retrouv le paquet1 on aura reconnu l'habit1 lu la lettre1 souponn sans doute le corps dvor1 et il ne doit plus tre rest dans la province de doutes sur sa mort4 ,pour moi1 j'crivis mon pre que je passais en ,russie1 guid par le dsespoir1 et qu'il n'entendrait jamais parler de celui qu'il voulait rendre sa victime2 pour mieux constater ma perte totale1 dans le dessein d'anantir les recherches1 je priai un ami que j'avais dans ce pays- l1 d'apprendre au bout de trois mois ma mort au comte de ,karmeil2 j'ai su qu'il l'avait fait1 et que mon pre s'en tait beaucoup plutt consol que des cent mille cus que je lui ravissais4 --,et voil donc1 reprit le comte1 ce qui lgitime la lettre du chevalier de ,meilcourt2 courage1 courage1 mon ami1 ajouta le gnral1 avec cet air franc qui lui assure tous les curs1 4 4 4 courage1 nous reviendrons de tout ceci2 tenez1 je vous le dis encore1 il n'y a que les maudits cent mille cus qui dsolent votre pre2 morbleu6 si nous pouvions ravoir seulement la moiti des lingots laisss l',inquisition4 4 4 4 ,comme je serais sr de le faire changer d'avis4 4 4 4 ,mais je ne renonce pas ces lingots1 en vrit je n'y renonce pas1 je parlerai au ministre4 4 4 4 ,il faut qu'on crive1 4 4 4 c'est une infamie2 il faut que le ,roi d',espagne la rpare 4 4 4 il le doit4 ,et se retournant vers ,aline1 pour toi1 mon enfant1 point d'inquitude1 tu es assurment des trois1 celle qui doit en prendre le moins2 le moyen du prsident est un subterfuge qui tombe ds que la faute est reconnue1 il n'y a aucune lettre de cachet pour toi1 la seule qui existe1 est contre madame de ,sainville1 ainsi tu n'as donc rien redouter1 le signalement donn dans les bureaux1 est une erreur qui tombe l'examen2 les dangers n'existent donc plus que pour ,lonore1 4 4 4 et j'en rponds4 ,les effusions de la reconnaissance recommencrent s'pancher ici de nouveau1 et l'heure du souper tant venue1 on a t se mettre table1 o bientt l'esprance rveillant dans toutes les ames les sentimens que tant d'vnemens fcheux venaient d'absorber1 a fait renatre la tranquillit et la joie sur tous les visages4 ,le lendemain1 il a t dcid qu'on cacherait soigneusement au prsident tout ce qui regardait ,lonore2 que jamais cette jeune personne ne devait passer dans le public1 pour autre que pour la fille de madame la comtesse de ,kerneuil2 qu'elle avait t leve par elle1 qu'elle en portait le nom1 qu'elle en devait rclamer les biens2 qu'aprs avoir arrang ,versailles1 l'histoire de la lettre de cachet1 ce que le comte supposait tre au plus l'histoire de vingt-quatre heures1 on chercherait un homme d'affaires1 intelligent et sr1 qui partirait avec les jeunes gens1 pour aller ,rennes1 travailler la reddition des biens de ,lonore2 que votre conscience soit en paix1 a dit le comte madame de ,blamont1 voyant qu'elle rpugnait cet arrangement2 je conois votre dlicatesse et je la crois hors de saison2 entre deux maux invitables1 l'homme sage doit toujours prfrer le moindre2 ou il faut que ,lonore soit dclare votre fille1 ce qui est impraticable avec un homme comme le prsident1 qui1 aprs avoir dj complot ds le berceau contre le bonheur de cette malheureuse1 ne la retrouverait que pour la tourmenter de quelque autre manire2 ou il faut qu'elle se fasse reconnatre pour ce qu'on a toujours cru qu'elle tait1 et dans ce cas1 il faut qu'elle rclame les biens4 ,mais si parmi les hritiers de madame de ,kerneuil1 a dit madame de ,blamont1 il se trouvait quelques malheureux que ceci aille ruiner4 --,ce serait un malheur1 a dit le comte1 mais un malheur trs-ais rparer par des sacrifices que ,lonore ferait assurment1 et dans tous les cas1 un beaucoup moindre mal que de rendre ,lonore au prsident4 ,songez-vous1 a-t-il continu1 la multitude d'explications indcentes1 qu'il faudrait donner au public si nous prenions ce parti8 ,le prsident n'a aucun besoin1 d'avoir encore une fille2 il s'en croit une dans ,sophie1 il en a abus pour des horreurs2 n'veillons rien de plus dans cette ame perverse2 que ,lonore dj malheureuse avec une mre chimrique1 ne la devienne pas davantage avec un pre rel4 4 4 4 ,et quelle fortune d'ailleurs feriez-vous cette jeune femme8 ,savez-vous quel point elle m'intresse8 ,croyez-vous que je souffrirais1 que vous endommageassiez la dot de votre ,aline1 cette dot qui doit faire la fortune de notre cher ,valcour1 du plus honnte et du meilleur des hommes6 4 4 4 ,oh6 monsieur1 s'est cri ,aline1 que cette considration ne vous arrte pas2 ce n'est pas mon bien que ,valcour desire1 et ce bien je n'en veux pas moi- mme1 si on ne le partage avec ma sur4 4 4 4 ,non1 a repris le comte1 ,lonore n'accepterait cette offre obligeante de son ane1 que dans le cas o elle n'aurait pas une autre fortune2 mais elle a de quoi vivre sans vous1 il faut qu'elle rclame l'hritage de madame de ,kerneuil1 et qu'elle en jouisse2 rapportez vous en ce que je vous dis1 laissons les choses comme on les croit1 cela vaut mieux que comme elles sont4 4 4 4 ,mais ces hritiers que nous dpossdons me tracassent1 a repris encore une fois l'honnte prsidente 4 4 4 ,eh bien6 morbleu1 a dit le comte1 eh bien6 nous leur donnerons des dlgations sur les lingots de ,madrid4 ,cette saillie a fait rire1 et tout le monde revenant enfin cet avis1 on est unanimement convenu des trois points suivans3 #a4 ,qu'il fallait s'occuper d'abord1 de la leve de l'ordre1 sans avoir aucune sorte d'inquitude pour ,aline1 que cet ordre ne regarde que par une supercherie trop grossire1 pour ne pas tre anantie au plus petit mouvement de rflexion2 que pour l'honneur du prsident1 il tait mme sage de taire cette ruse damnable1 bien assur qu'il serait le premier la cacher sans doute avec le plus grand soin1 ds qu'il apprendrait son peu de succs2 #b4 ,qu'il fallait faire approuver au comte de ,karmeil le mariage de ,sainville et de ,lonore1 et le revtir aussitt des formalits religieuses et civiles1 par le dfaut desquelles1 il ne se trouvait nullement valide4 #c4 ,qu'il fallait prouver qu',elisabeth de ,kerneuil1 crue morte1 n'avait t qu'enleve par celui qui l'pouse1 et la faire l'instant paratre comme hritire lgitime des biens du comte et de la comtesse de ,kerneuil4 ,ces rsolutions prises1 les lettres prparatoires crites1 quelques rflexions unanimement faites sur la singularit de la fortune de ,lonore1 proscrite ds sa naissance par son pre1 et ne revoyant pour-ainsi dire1 un nouveau jour1 que pour retomber une seconde fois dans les piges de ce sclrat2 toutes les marques d'attachement1 de tendresse et de reconnaissance1 dlicieusement donnes de part et d'autre2 on ne s'est plus occup que du plaisir d'couter les aventures de la belle ,lonore1 lesquelles1 si tu le veux bien1 vu la quantit de choses qu'on me fait crire relativement tout ceci1 ne te parviendront que dans ma premire lettre4 ,footnote #a4 ,tout ce qui est barbare a conserv l'idime de la barbarie4 ,il semble que nous ne devions ncessairement parler que la langue de nos cruels anctres1 chaque fois que nous imitons leurs attroces coutumes4 ,voyez le style des arrts1 des monitoires1 des assignations1 des lettres-de-cachet2 il est heureusement impossible de tuer ou d'enfermer un homme1 en bon franais4 ,footnote #b4 ,et voil ce qu'on appelle en ,france de la civilisation2 c'est ce prix que nous n'allons plus chercher notre nourriture dans les bois2 c'est au prix d'une multitude de crimes tolrs1 autoriss1 rcompenss1 que le ,gouvernement achte la punition de deux ou trois dlinquants1 qui seraient bien confus d'avoir autant d'horreurs se reprocher1 que les sclrats qui viennent les arracher du sein de leur famille4 4 4 4 ,oui1 voil ce que dans notre patrie1 on appelle le bon ordre1 la sret1 4 4 4 la police4 4 4 4 vertu1 comme tes autels s'en honorent1 et comme les franais s'entendent te servir6 7note de l'auteur474 ,il ne faut pas oublier qu'il ne s'agit ici que du gouvernement ancien4 7note de l'diteur47 ,,lettre ,,trente-,,septi,,me1 ,le prsident de ,blamont ,dolbourg4 ,paris1 ce #ah novembre4 ,eh bien1 ,dolbourg8 malgr tes faux systmes1 malgr tes absurdes raisonnemens1 conviendras-tu que le ciel favorise souvent ce que tu appelles le crime1 et qu'il abandonne frquemment ce que tu nommes la vertu8 ,o diable avais-tu pris le contraire8 ,en honneur1 tu as encore de certains prjugs de classe1 qui me font rougir pour toi tous les jours4 ,j'ai beau dire que tu es mon lve1 on ne le croit pas ds qu'on t'entend4 ,dernirement je te mene en bonne compagnie1 avec des acadmiciens1 avec des sectatrices du ,lice1 je te produis au milieu des ,socrates et des ,aspasies du sicle4 4 4 4 ,ne te vois-je pas prt monter en chaire pour nous prouver l'existence de ,dieu4 4 4 4 ,on se mit rire1 on me regarda4 4 4 4 ,vieux comme ,hrode1 je ne pus malheureusement pas t'excuser sur ton ge2 je pris le parti de te renier4 4 4 4 ,mais forme-toi1 je t'en prie4 4 4 4 ,guerre ouverte et dclare toutes les sottes chimres qui t'offusquent encore1 et ne m'expose plus des avances de cette espce4 ,quoi qu'il en soit1 dis-moi si tu vis jamais rien de plus plaisant que l'arrive de cette jolie aventurire chez ma femme2 que la sainte et touchante hospitalit que lui accorde la bonne et chre pouse2 que la manire subite dont je suis averti de tout cela2 que ce pre1 que ce bon gentilhomme ,breton1 qui sollicite mon agrment1 pour faire enlever son fils chez ma femme1 o la renomme lui apprend qu'il existe1 et que cette occasion singulire1 enfin1 de faire tout naturellement capturer notre charmante ,aline1 au lieu de la dulcine du fils de notre gentilhomme en colre4 ,hein 4 4 4 qu'ose-tu dire8 4 4 4 ,ose tu prtendre prsent1 que ce n'est pas une main divine1 qui vient mettre la fois dans nos lacs ces deux touchantes cratures4 ,or1 comme on est maintenant aux prises1 et que je ne doute nullement de la russite1 il est -propos que je t'indique la marche1 et que je t'esquisse le plan de nos projets4 ,suivant mon calcul1 ,aline sera le #ba ou le #bc aux bndictines de ,lyon4 ,comme j'ai crit l'abbesse1 qui est de mes amies1 pour qu'on la tienne trs-- l'troit jusqu' notre arrive1 nous la laisserons une semaine ou deux1 pour nous assurer de l'autre2 le vieux comte ,breton m'a eu l'air de se soucier1 on ne sauroit moins1 de cette demoiselle de ,kerneuil1 qu'il a plu son fils d'enlever4 ,pourvu que je l'en dbarrasse1 il est content1 et pourvu qu'il n'ait point de pension payer1 il est aux nues4 ,cette jolie fille est ce qu'on appelle une vraie crature abandonne2 ni pre1 ni mre4 4 4 4 ,crue morte dans sa patrie 4 4 4 1 une mauvaise conduite 4 4 4 1 aucun appui 4 4 4 1 tu m'entends 4 4 4 1 n'est-ce pas l1 dans toutes les rgles1 une jolie petite anguille jette dans nos filets8 4 4 4 ,n'y aurait-il pas de l'injustice n'en pas profiter4 ,quand le ciel nous l'abandonne aussi constamment8 4 4 4 et avec cela jolie comme un ange1 #ah ans 4 4 4 ,point de prmices1 j'en conviens1 mais il y a tant de faons de s'en ddommager1 il est une sorte de libertins aux yeux desquels toutes ces misres-l doivent tre indiffrentes4 ,n'est-on pas toujours sr de volupts nouvelles et piquantes1 quand on en a soi-mme proposer que de cette espce8 ,afin d'viter l'air du trop grand empressement1 nous ne nous rendrons donc ,verfeuil que dans quatre ou cinq jours1 et l1 avec toute la dcence imaginable1 avec toutes les politesses requises1 nous enlverons la chre ,lonore de ,kerneuil1 qu'invitablement ma femme1 trs-tonne de la mprise1 aura garde par biensance1 et nous la conduirons sur-le-champ dans la petite maison de ,montmartre1 o la victime restera en dpt jusqu' ce qu'il plaise aux sacrificateurs d'en offrir l'hommage ,vnus4 ,il y aura encore une scne ,verfeuil1 tu le comprends1 j'espre1 et la ,senneval qui clabaudera1 et le vertueux ,dterville qui froncera le sourcil gauche en levant la lvre infrieure sur l'autre1 et la prsidente qui pleurera 4 4 4 qui me redemandera sa fille1 qui m'appellera son tyran1 son 4 4 4 ,et toutes les jolies pithtes que les dames prodiguent quand nos fantaisies ou nos gots ne s'arrangent pas la stupide monotonie des leurs 4 4 4 ,et quelle est ton intention ici4 4 4 4 ,feindre4 4 4 4 quoi bon8 4 4 4 ,le chasseur tend-il encore des piges quand le gibier1 sous la dent du chien1 n'attend plus que sa main pour le saisir8 ,il fallait que ce mariage se ft1 dirai-je trs-rsolument1 vous y mettez sans cesse de nouveaux obstacles1 j'ai d les vaincre4 4 4 4 ,votre fille n'est pas morte1 vous la reverrez 4 4 4 ,mais ce ne sera plus que sous le nom de madame ,dolbourg4 4 4 4 ,qu'on crie1 qu'on pleure1 qu'on fasse aprs tout ce qu'on voudra1 trs-peu importe1 nous tenons1 voil l'important4 ,ces soins remplis1 la demoiselle de ,kerneuil en sret1 4 4 4 dj nous1 mme si tu veux1 nous volons ,lyon1 le mariage s'y fait1 et l'acte se consomme dans mon impntrable chteau de ,blamont1 o1 des bords frais et fleuris du ,rhne1 nous accourrons tout d'une traite4 ,eh bien6 le projet te plait-il8 ,le trouve-tu bien raisonn8 ,par ces nouveaux arrangemens1 la demoiselle ,augustine1 des dispositions de laquelle je commenais tre fort content1 nous devient assez inutile comme tu vois2 n'importe1 c'est un sujet mnager1 il peut survenir tout plein de cas dans la vie o l'on ait besoin d'une fille sre comme celle-l2 une sclrate accomplie n'est jamais un meuble inutile deux libertins comme nous4 ,tu n'imagines pas1 mon ami1 quel point j'ai la belle ,bretonne dans la tte1 je ne sais1 mais j'prouve pour elle quelque chose de beaucoup plus vif que pour une autre femme1 et sans la connatre1 sans l'avoir vue1 une voix secrette semble assurer mon cur que jamais volupt sensuelle n'aura s le dlecter autant4 ,c'est une chose bien plaisante que les inspirations de la nature2 un philosophe qui s'attacherait les scruter toutes1 en trouverait de bien extraordinaires1 n'est-il pas dj trs-singulier qu'elle nous chatouille intrieurement1 d'une manire inexprimable1 rien qu'au dsir d'un mal projett2 que deviennent donc les loix des hommes si la nature nous dlecte au seul projet de les enfraindre4 ,eh bien1 toujours un peu de morale2 il y aurait de la gloire avec un autre1 mais avec toi c'est peine perdue2 tu as la moiti moins de plaisir faire le mal1 parce que tu ne le raisonnes pas1 et qu'il n'est vraiment dlicieux que quand on le combine et le savoure2 c'est seulement alors qu'il laisse de voluptueux souvenirs dont on jouit mille ans encore aprs qu'il est commis4 ,ne t'imagine pas que tous ces projets me fassent oublier ,sophie1 jamais de nouveaux dsirs n'absorbent en moi les anciens2 je flotte indiffremment dans les plus doux2 comme l'abeille au milieu des fleurs1 je souille et profane tout ce qui se trouve le plus ma porte1 je laisse le reste pour les heures du dsuvrement1 et m'arrange toujours de manire les rendre rares4 ,on cherche1 on guette et l'on dcouvrira1 sois en sr1 cette charmante fugitive4 ,une fois trouve1 tu t'imagines bien qu'il faut pour l'exemple1 qu'elle soit traite toute rigueur2 je tiens tonnamment l'exemple1 moi 4 4 4 je te l'avoue2 j'ai donn plus de vingt fois dans ma vie1 mon opinion1 pour faire prir des malheureux1 dans le seul dessein de faire des exemples4 ,je trouve que rien n'est profitable la socit comme l'exemple2 que de corrections depuis qu'on roue et pend tous les jours2 il n'y a que sur nous que ce maudit exemple est muet2 en sais-tu la raison8 4 4 4 ,c'est qu'on ne nous pend point1 c'est qu'on n'ose pas mme nous accuser1 il nat de l1 une impunit bien dlicieuse pour des ames comme les ntres #a4 ,il me parat d'ailleurs essentiel de punir svrement la compatissante madame de ,blamont1 d'accorder ainsi l'hospitalit tout ce qu'il pleut par an de jeunes filles dans la province1 on finirait par en jaser1 et tout honnte poux1 avec sa propre rputation1 a encore celle de sa femme mnager4 ,oh6 pour le coup1 adieu tout de bon1 il est deux heures du matin et je tombe de sommeil4 ,footnote #a4 ,il est certain que si l'on condamnoit les juges qui se trompent quand il s'agit de mort1 au mme supplice que celui qu'ils prononcent1 on ne verrait plus tant d'infamie1 moins de sang s'leveroit contre ces bourreaux2 et pour une ou deux tignasses au gibet1 ce qui ne faisait qu'amuser infiniment le peuple1 on conserverait la vie mille innocens4 ,,lettre ,,trente-,,huiti,,me1 ,dterville ,valcour4 ,verfeuille1 le #af ,novembre4 ,suite de l',histoire de ,,sainville et de ,,leonore4 ,,histoire ,,de ,,leonore4 ,,si quelque chose peut excuser1 madame1 dit cette belle fille en s'adressant madame de ,blamont1 la dmarche hazarde que m'a fait faire monsieur de ,karmeil1 auquel vous permettrez que je continue de donner le nom de ,sainville1 plus connu dans nos aventures1 si1 dis-je1 quelque chose peut me valoir votre indulgence1 j'ose la rclamer en raison des traitemens odieux que j'avais toujours reus de madame de ,kerneuil2 c'est une faible excuse sans doute2 une fille doit tout endurer de ses parens1 je le sais1 mais quand rien ne ddommage des durets1 quand la femme qu'on croit sa mre1 nous dit tout instant qu'elle ne nous est rien1 qu'elle a t trompe1 qu'on a chang son enfant en nourrice1 que celle qu'on lui a rendue la place1 n'est que la fille d'une paysanne1 et qu' de tels propos se joignent des menaces et des coups1 la patience chappe1 vous le concevez2 quand la suite de cela1 on se voit enleve un homme qu'on adore1 pour tre sacrifie celui qu'on dteste1 qu'on a quinze ans et ma tte1 on doit faire bien des tourderies4 ,votre tte1 dit madame de ,blamont8 --,oui madame1 reprit ,lonore1 je vais vous donner trop de preuves de sa vivacit1 pour ne pas vous prvenir avant tout d'en vouloir bien pardonner les carts4 ,je ne vous rpterai point1 madame1 poursuivit notre hrone1 ce que vous savez du commencement de mon histoire1 je vois trop combien vous dsirez d'apprendre quel fut l'vnement affreux qui me spara de ,sainville ,venise1 pour ne pas en venir tout d'un coup au dveloppement de cette catastrophe4 ,une prudence mal-entendue1 et que je me suis reproche bien des fois depuis1 devint la seule cause de ce malheur4 ,le noble ,fallieri1 qui troubla si cruellement notre union1 ne m'avait point cach ses projets2 je les avais appris dans une lettre signe de lui1 qu'il m'avait fait tenir par un de nos gondoliers2 et m'tant contente de dire cet missaire1 qu'il pouvait assurer celui qui le faisait agir1 qu'il perdait et son tems et ses peines2 pour viter des querelles et des claircissemens2 j'avais dchir ce billet sans jamais en parler ,sainville1 puis sans rien revler de mes motifs1 j'avais engag mon poux congdier1 comme suspects1 tous les gens qui nous entouraient4 ,il le fit1 tout fut inutile2 le complot tait trop bien form2 ,fallieri tait trop riche1 et avait trop de monde ses ordres1 pour que sa proie pt lui chapper4 ,et quel tait l'homme1 grand ,dieu6 quel tait le monstre qui voulait me ravir mon amant6 ,je ne saurais vous le peindre sans dgot1 ni me le rappeller sans horreur4 ,tout ce que la nature peut runir de traits difformes1 elle l'avait plaisir rassembl1 pour en composer cet homme effrayant2 et si quelque chose pouvait l'emporter encore sur ce physique pouvantable1 c'toit et l'esprit et le cur de ce libertin de profession4 ,ne vous imaginez point que l'amour et part aux dmarches de ce vilain homme2 il avouait hautement qu'il ne l'avait jamais connu4 ,guid par son intemprance1 n'aspirant qu' la contenter1 tout ce qui avait quelques attraits1 devenait gal ses yeux2 le billet que j'avais reu tait un crit circulaire1 dont le style tait toujours le mme1 et aprs lequel on employait d'autres moyens1 si celui-l ne russissait pas4 ,ce fut quatre jours aprs la mauvaise rponse que lui avait valu son impudent crit1 que ,sainville imagina de me laisser seule au jardin des figues de l'isle de ,malamoco1 de noirs pressentimens m'agitaient sans que je pusse en dmler la cause2 vingt fois je fus tente d'arrter ,sainville1 tantt je voulais lui tout avouer1 l'instant d'aprs je voulais lui inspirer de la jalousie1 sans lui dvoiler mes motifs4 4 4 4 ,je chancelais 4 4 4 je balbutiais1 mes pleurs l'inondaient malgr moi1 sa vertueuse scurit n'entendait rien1 et il partit sans que j'eusse trouv le courage de lui dvoiler ce perfide secret4 ,il ne ft pas plutt loign1 que je sentis l'horreur de ma position1 et qu'un mouvement involontaire m'avertit que j'allais bientt y succomber4 ,la malheureuse propritaire de ce jardin que nous supposions honnte1 avait elle-mme donn les plus srs renseignemens de nos dmarches1 elle seule avait persuad ,fallieri1 que l'enlvement1 7mon poux mme y ft-il71 devenait dans son enclos la chose du monde la plus aise4 ,elle m'aborda ds que ,sainville ft loin1 et quittant l'air respectueux qu'elle avait toujours eu jusqu'alors1 elle m'avertit insolemment ou de partir1 ou d'entrer dans sa maison si je ne voulais pas tre vue1 ainsi que je lui en avais tmoign le dsir1 parce que d'autres personnes allaient arriver pour se promener dans son jardin4 ,ce discours1 le ton dont il tait prononc1 l'air de celle qui me l'adressait1 tout me ft frmir de colre et d'effroi1 eh6 comment donc madame1 dis-je cette arrogante crature1 ne vous rappelez-vous point de nos conventions8 ,c'est l'affaire d'un instant1 mon mari va revenir4 ,oh6 parbleu1 oui p 4 4 4 4 ,ton mari1 rpondit-elle1 des maris comme cela se trouvent partout1 et je vais t'en donner un qui vaudra mieux 4 4 4 ces cruelles paroles une sueur froide me saisit1 je me vis perdue sans ressource4 4 4 4 ,je me laisse tomber genoux les mains leves vers elle4 4 4 4 ,oh madame6 m'criai-je1 6 ma chre dame1 voulez-vous m'abandonner4 4 4 4 ,voulez-vous donc me livrer vous-mme1 j'ose vous implorer comme ma protectrice4 4 4 4 ,ne sacrifiez pas l'innocence 4 4 4 ,mais il n'tait plus tems4 4 4 4 ,elle tait dj loin de moi1 six hommes m'entourent aussitt et me portent presqu'vanouie dans une gondole1 qui s'loignant de l'isle avec rapidit1 gagne le canal de la ,brenta #a1 et aborde aprs quatre heures de marche1 au pied d'un palais solitaire1 o m'attendait mon ravisseur4 ,on m'apporta ses pieds1 plus morte que vive1 et quelque ft l'excs de son libertinage1 quelque peu de dlicatesse qui put rester dans cette ame grossire1 il comprit bien pourtant que mon tat ne lui permettait point de satisfaire ses desirs2 que pour leur intrt mme1 il tait bon d'attendre quelques heures1 afin de pouvoir exciter au moins des sensations quelconques dans l'objet malheureux qu'il immolait aux siennes4 ,il ordonna qu'on me ft mettre au lit1 etc4 4 4 4 ,ici ,lonore balbutia et rougit extraordinairement4 4 4 4 ,madame1 reprit-elle toute confuse1 s'adressant toujours la prsidente1 vous m'avez ordonn de ne rien vous cacher1 j'ose tout avouer pour vous obir1 j'ai t sage tant que je l'ai pu1 mais vous ne me condamnerez pas au moins pour des larcins qui tournent tous la honte des ennemis de ma pudeur1 sans qu'il y ait une seule faiblesse de ma part4 ,eh6 mais vraiment1 qui ne connait pas ces choses l1 a dit le vieux gnral1 on sait bien qu'une fille abandonne ou vanouie1 ne peut pas se garantir de l'impudence d'un homme1 il n'y a pas dans tout cela pour votre compte le soupon mme d'un pch vniel1 une femme n'est jamais coupable que par volont1 tout ce que la force lui enlve1 est la charge du ravisseur et jamais de sa conscience2 mais il y a de ces coquins-l1 qui ne se soucient point du tout d'un tort de plus ou de moins1 et qui1 pourvu qu'ils ayent ce qu'ils dsirent1 ne sont nullement difficiles sur la manire dont ils l'obtiennent4 ,hlas6 monsieur1 reprit ,lonore1 ce libertin sans doute tait du nombre de ceux dont vous parlez4 4 4 4 ,il obligea une femme entre les mains de qui je venais d'tre confie1 de me mettre au lit devant lui1 et tout ce que ses yeux purent dcouvrir1 il leur permit de le dvorer4 4 4 4 ,on vous mit nue1 dit le comte8 4 4 4 ,et ,lonore rougissant4 --,monsieur4 --,oh6 nous lui faisons grace de ces dtails1 dit ,madame de ,senneval1 en vrit comte1 vous tes trop curieux1 vous voyez bien que ce vnitien est un impudent qui se permet tout1 except ce qu'il croit devoir attendre pour le plus grand intrt de son plaisir4 4 4 4 ,c'est cela1 n'est-ce pas ma belle8 4 4 4 ,oui1 madame1 reprit ,lonore1 votre adroite hontet dit tout en m'en pargnant la honte1 c'est le comble de l'esprit et de la dlicatesse4 4 4 4 ,il y a pourtant encore quelque chose que je voudrais savoir1 dit le comte4 4 4 4 ,et que vous ne saurez pourtant pas1 interrompit madame de ,blamont1 voyez comme vous faites rougir toutes ces jeunes personnes1 poursuivez1 poursuivez ,lonore1 vous avez assez peint le personnage pour que nous devinions ce qu'il peut faire4 ,la rvolution que j'avais prouv1 reprit notre belle aventurire1 le chagrin dvorant qui me consumait1 les larmes que je ne cessais de rpandre1 tout rendit bientt mon tat plus grave que ne l'avait cru ,fallieri1 et lorsqu'il se prsenta le lendemain1 pour jouir du succs de sa criminelle entreprise1 il me trouva dans une telle agitation1 tourmente d'une fivre si violente1 qu'il lui devint encore impossible de remplir l'objet de ses dsirs2 cet accident lui inspirant beaucoup plus d'humeur que d'intrt1 il se retira en grumelant1 en pestant contre les ,franaises qui1 plus mignonnes ou plus dlicates que les autres1 lui faisaient1 disait-il1 toujours de pareilles scnes4 ,qu'on ne m'en amne plus1 ajoutait-il1 je ne puis souffrir ces prudes qui s'vanouissent de douleur1 pour une chose qui ferait accourir les autres1 et il disparut1 laissant des ordres1 pour qu'on l'avertit ds que ma sant serait meilleure4 ,on prtend que c'est dans l'excs de l'infortune1 que le gnie trouve les plus sres ressources contre le sort qui nous tourmente1 je m'y confiai1 et n'eus pas m'en repentir4 ,dolcini1 c'tait le nom du chirurgien qui me soignait1 tait un homme d'environ trente ans1 d'une belle figure et d'un caractre doux et honnte2 sitt que je crus m'apercevoir que son ame s'ouvrait en ma faveur1 que non- seulement il plaignait ma situation1 mais qu'il s'attendrissait mme sur les maux qui devaient suivre mon rtablissement1 je lui peignis ma reconnaissance avec des termes si vifs1 que les expressions pntrant son cur1 finirent bientt par l'embrser4 4 4 4 ,dolcini devint amoureux4 --,je m'en aperus1 je lui permis de me parler de sa passion1 je fis tout ce que je pus pour lui faire croire que je n'y tais pas insensible2 me sortir quelque prix que ce dt tre1 du danger minent o j'tais1 me paraissait d'abord la chose la plus essentielle1 si la providence me tire de celui-ci1 me disais-je1 elle ne m'abandonnera pas dans un autre1 elle m'inspirera d'autant plus aisment ce qu'il faut1 pour sortir du plus faible1 qu'elle ne m'aura pas refus son secours quand il fallait s'affranchir du plus grand1 et je trouverai sans doute1 toujours bien plutt m'chapper des mains de cet homme-ci que de l'autre4 ,daignez prendre garde cette manire de raisonner de ma part1 dit ,lonore en s'interrompant1 toute sophistique qu'elle peut vous paratre1 c'est elle qui m'a toujours guide et je n'ai jamais craint de me prcipiter dans un second pril1 pour viter le sort du premier4 ,sitt que ,dolcini me vit approuver sa flamme1 il ne s'occupa plus que des moyens qui pouvaient l'assurer de m'y voir rpondre encore mieux4 ,l'essentiel serait de vous tirer d'ici1 me dit-il1 un jour avec empressement4 --,hlas6 c'est tout ce que je desire4 --,cela n'est pas aussi facile que vous l'imaginez 4 4 4 pas si ais que je le voudrais1 nous sommes entours d'espions1 cette femme qui vous soigne en est un 4 4 4 que nous ne devons mme pas penser pouvoir carter1 quant moi 4 4 4 que le coup russisse ou non1 sur la seule entreprise1 je suis perdu sans ressource1 moyennant quoi le plus sr1 si rellement vous avez un peu d'amiti pour moi1 est de consentir passer en ,sicile1 ma patrie1 o je vous donne ma parole de vous pouser aussitt que nous y serons1 mais pour y passer1 comment faire8 --,si vous m'aimez rellement1 devez-vous me le demander8 ,votre tendresse ne doit-elle pas applanir toutes les difficults qui vous effarouchent8 --,ah6 croyez qu'il faut qu'elles soient insurmontables1 puisqu'elles m'arrtent un moment4 ,puis au bout d'un peu de rflexion4 --,je ne vois qu'une chose1 c'est de profiter de votre maladie mme1 pour russir nous vader4 --,et de quel secours prtendez-vous donc qu'un tel accident puisse nous tre8 --coutez-moi1 et surtout ne vous effrayez pas du moyen1 il est affreux sans doute1 mais c'est le seul possible au milieu de tout ce qui nous environne4 --,expliquez-vous4 --,nous allons changer les nouvelles de votre tat1 et les simptmes de votre maladie1 je vais dire que vous tes dans le plus grand danger1 je vais vous supposer l'agonie1 peu--peu vous empirerez 4 4 4 ,vous aurez enfin l'air de mourir2 moi seul recevrai votre dernier soupir4 ,je suis bien sr que votre ravisseur ne laissera pntrer ici1 ni d'autres gens de l'art que moi1 ni de prtres pour vous exhorter3 nous n'aurons plus que votre garde blouir4 4 4 4 ,nous ne l'loignerons pas 4 4 4 mais nous la tromperons2 je rponds presque de cette circonstance4 4 4 4 ,vous1 morte1 ou du moins crue telle1 je serai seul charg du soin de vous faire enterrer dans la paroisse voisine de ce ,chteau4 ,le fossoyeur est un drle qui m'a des obligations2 il vous placera dans un caveau dont je serai matre4 ,la mme nuit j'irai vous en retirer1 et nous gagnerons promptement la ,sicile4 4 4 4 ,mon projet vous rpugne-t-il8 --,il est un peu violent4 4 4 4 ,un malheur imprvu 4 4 4 un oubli4 4 4 4 -- juste ciel6 tous ces cas sont-ils prsumables avec l'amour que vous m'inspirez4 4 4 4 ,seroit-ce pour vous laisser l1 que j'entreprendrai une telle chose8 ,j'irai vous en arracher1 tous les prils possibles dussent-ils se prsenter moi4 --,soit1 mais il faut tout prvoir en pareille aventure1 une fois dpose dans ce caveau1 s'il vous arrive un accident vous mme1 l'infortune est toujours sur la tte des hommes1 elle y peut cheoir tout moment1 possdant seul votre secret1 vous voyez bien que je risque tout4 --,le fossoyeur ne sera-t-il pas dans la confidence8 ,est-il possible qu'il n'y soit pas1 et s'il m'arrivait quelque chose dans cet intervalle1 n'irait-il pas vous dlivrer8 --,eh bien6 je me livre1 je m'abandonne1 et ma parfaite confiance en vous1 dtruit absolument toutes mes craintes4 --,mais belle ,lonore1 reprit amoureusement ,dolcini en se prcipitant mes pieds1 daignerez-vous rcompenser au moins tant d'amour et de zle8 ces mots je lui tendis la main et dtournai la tte1 de peur que mon visage ne vnt trahir les sentimens de mon cur3 il accabla cette main des plus tendres caresses1 et sortit l'instant pour tout prparer4 ,il revint le mme soir1 j'arrive1 me dit-il1 de commander dans la ville mme1 une bierre jour1 rembourre trois pouces d'paisseur de crins et de plumes1 double de satin blanc1 et dans l'un des coins de laquelle1 j'ai fait pratiquer deux tiroirs1 dont l'un contiendra des sels1 des eaux spiritueuses1 et l'autre quelques confitures sches1 des biscuits et du vin d',espagne1 vous y respirerez l'aise1 vous aurez sous votre main tout ce qu'il faut pour vous secourir et vous sustenter vingt-quatre heures3 et vous y serez aussi mollement que dans une chaise longue4 ,cette bierre faite par un ouvrier de mes amis1 s'enverra chez un de mes parens ,padoue1 et c'est l que j'irai la chercher pour la porter ici pendant la nuit1 afin que les espions se trouvent drouts par cette manuvre1 et que rien ne puisse se dcouvrir jamais4 ,votre courage est-il toujours le mme 4 4 4 ne chancelez-vous point8 --,non1 lui dis-je1 vos dlicates attentions me convainquent trop bien des sentimens de votre cur1 je me livre entirement vos soins1 comptez sur ma reconnaissance4 ,dolcini qu'enflammaient ces paroles1 me remercia mille et mille fois1 et me protesta qu'il se rendrait toujours digne des sentimens que je lui accordais1 je ne suis qu'un pauvre chirurgien1 me dit-il1 mais je suis honnte homme 4 4 4 confus 4 4 4 humili1 plein de remords de servir depuis si long-tems les fantaisies grossires du matre o m'a plac mon toile1 et trop heureux de trouver une telle occasion de le quitter jamais4 ,lonore1 quel changement dans ma fortune6 j'tais hier l'esclave et l'agent du vice1 je deviens aujourd'hui le vengeur et le soutien de la vertu6 ,de ce moment3 les bulletins que ,fallieri envoyait prendre chaque jour1 changrent absolument de style1 ma maladie devenait dangereuse1 elle pouvait tourner mal1 il tait impossible de rpondre de ma vie1 et ,dolcini bien sr d'tre refus1 demandait l'assistance d'un mdecin4 4 4 4 ,ne m'en parlez plus1 rpondit enfin le cruel ,fallieri1 7tant il est vrai que le libertinage touffe tous les sentimens de la nature27 #b quand elle sera morte vous la ferez secrtement enterrer1 et vous direz au cur qu'il ait se taire1 recevoir son argent1 et rciter quelques patentres pour l'ame de cette pauvre crature1 que je n'ai pas mme eu le plaisir d'envoyer en enfer4 ,voyez quelle ame1 me dit ,dolcini1 en me faisant voir ce fatal billet1 il aurait obtenu vos dernires faveurs1 qu'il n'et pas pens diffremment1 enfin1 vous avez la permission de mourir1 n'est-ce pas beaucoup pour un tel monstre8 ,il s'agissait maintenant de tromper ma garde1 elle tait fine1 adroite4 4 4 4 c'tait une surveillante dangereuse2 mais je remplis mon rle avec tant d'art1 j'imitai si bien les syncopes1 les frissons1 les angoisses1 les vanouissemens1 que je la rendis totalement ma dupe4 ,une dernire crise eut l'air de m'enlever tout--fait4 ,dolcini lui dclara que j'tais morte1 et qu'il allait en consquence excuter les ordres de son matre2 il lui recommanda le plus grand silence2 la bierre fut apporte1 tous deux m'ensevelirent4 4 4 4 ,allez vous reposer1 dit alors ,dolcini la garde2 votre devoir est rempli2 on viendra la prendre au milieu de la nuit1 et nous l'enterrerons 4 4 4 un seul homme et moi pour que le secret soit plus exact4 4 4 4 ,allez4 ,la bonne femme qui ne demandait pas mieux que d'avoir son cong1 se retira1 et dlivr d'elle1 ,dolcini put m'arranger plus l'aise dans le cercueil qu'il avait fait prparer4 ,il tait impossible d'tre mieux1 except ce que l'esprit pouvait avoir souffrir dans une telle situation1 le corps assurment1 s'y trouvait l'abri de tous maux1 on y tait commodment couch1 on y respirait merveille1 mais je ne sais quoi de lugubre1 rendait quoiqu'il en fut la position cruelle4 ,l'instant du dpart arriva1 ,dolcini qui n'avait pu remplir les derniers soins ncessaires notre embarquement avant que d'tre tout--fait sr de moi1 me demanda seize heures pour y vaquer1 nos montres se rglrent l'une sur l'autre1 on m'emportait quatre heures du matin le lundi1 je devais donc tre dlivre le mme jour #h heures du soir1 on compte les minutes dans une telle situation1 le fossoyeur qui s'tait bien assur que j'tais en vie1 et qui j'avais fait promettre de me secourir au bout des #af heures justes1 que ,dolcini fut ou non de retour1 prit une des clefs de la bote1 mon amant l'autre1 et ils m'enlevrent4 ,le cur1 suivant ses ordres1 m'attendait sans crmonie la porte de l'glise1 le caveau prpar s'ouvre1 on m'y descend1 il se referme1 et me voil vivante dans l'abme des morts4 ,on avait eu soin de pratiquer de lgres ouvertures dans le caveau1 qui1 communiquant un peu d'air par les trous faits mon cercueil1 me procurait la facilit de respirer 1 mais en mme-tems ils me donnrent du froid2 et quoique ,dolcini m'et fait prendre un deshabiller1 chaud1 pas encore rtablie1 je me sentis prise d'un frisson violent2 la frayeur s'en mla1 mon imagination se noircit2 je me crus prte perdre connoissance2 heureusement je pense aux cordiaux1 j'entrouvre un des tiroirs que m'avait indiqu ,dolcini4 4 4 4 ,juste ciel6 quel est mon tonnement quand au lieu des secours que je crois y trouver1 ma froide main ne saisit qu'un poignard4 ,si jamais je me suis crue au dernier moment de ma vie1 je puis bien assurer que c'est dans cette cruelle circonstance2 hlas6 me dis-je1 je suis trahie1 je suis abandonne1 cette arme m'est offerte pour m'en servir1 c'est encore un service que me rend la barbarie de ce monstre1 il ne veut pas que je meure de dsespoir2 ne balanons pas1 toute autre mort serait affreuse1 celle-ci l'est moins4 4 4 4 ,un instant de rflexions me ramena pourtant1 je voyais des soins dcids1 tait-il prsumable qu'ils fussent pris pour un tre qu'on sacrifiait8 ,cette bierre faite avec tant d'art1 ces jours si bien mnags1 tout cela pouvait-il s'allier au dessein de me faire prir si misrablement8 ,l'effroi que j'avais ressenti cette affreuse dcouverte1 m'avait fait revenir de cette dfaillance dans laquelle j'tais tomb d'abord1 4 4 4 un peu plus de forces me fit faire de nouvelles recherches1 je sondai la bote encore une fois1 un tiroir s'ouvrit l'instant1 il tait rempli de toutes les provisions que m'avait annonces ,dolcini4 4 4 4 ,oh6 dis-je1 je suis rassure1 plus je verrai de preuves d'attentions1 plus j'acquerrerai la certitude qu'on n'a pas voulu me perdre2 c'est un oubli que ce poignard1 quelle apparence qu'il soit plac pour moi4 ,je pris en mme tems un petit flacon de vin d',espagne1 et en ayant aval quelques gouttes1 je me sentis en tat d'attendre l'heure indique par mon ravisseur4 4 4 4 ,mais elle sonna cette heure fatale1 elle sonna par-tout et rien ne parut4 4 4 4 ,oh ciel6 n'en doutons plus1 m'criai-je1 c'est ici ma dernire demeure1 je vais recevoir la mort dans toute son horreur1 elle va me frapper au milieu de son temple1 dj en proie aux reptiles de cet affreux caveau1 peut-tre vont-ils me dvorer vive1 ah6 prvenons cette fin pouvantable1 htons-en l'instant1 prissons4 4 4 4 ,ressaisissant le poignard1 j'en essayais la pointe1 je la prsentais sur mon cur1 et des larmes amres coulaient de mes yeux en abondance1 6 ,sainville1 continuai-je au dsespoir1 quel ge t'est enleve celle que tu aimais8 ,combien d'annes et-elle pu faire encore ta flicit et la voil perdue pour toi4 --,dplorable confiance1 nation tratresse 4 4 4 mais mon malheur est ma propre faute1 je ne dois m'en prendre qu' moi4 ,je m'anantissais dans ces cruelles rflexions 4 4 4 quand tout coup1 j'entends lever la pierre4 4 4 4 non1 rien ne peut rendre la multiplicit des mouvemens qui vinrent m'assaillir alors1 espoir 4 4 4 inquitude 4 4 4 joie 4 4 4 frayeur1 tous ces sentimens contraires vinrent bouleverser mon cur la fois1 sans qu'il me ft possible de dmler1 lequel m'affectait avec le plus d'empire4 4 4 4 ,on enlve la bierre1 et ,dolcini parat4 4 4 4 pressons-nous1 me dit-il1 votre garde s'est aperue de quelque chose1 elle a donn avis au noble1 nous sommes perdus si nous ne nous htons4 4 4 4 tout est prt1 la felouque nous attend cent pas d'ici1 le fossoyeur et moi nous allons vous transporter dans cette mme bierre1 il faudra vous y tenir pendant notre route1 cette toile que j'apporte va donner notre caisse l'air d'un ballot de marchandise1 et notre projet ainsi dguis1 ne peut manquer de russir4 --,non1 non1 cruel1 je ne pars point que vous ne m'ayez expliqu ce poignard4 4 4 4 quel tait donc votre projet1 quel dessein tait-il l8 --,oh6 ,ciel1 il vous a effray4 4 4 4 fatale tourderie1 que ne vous prvenai- je4 4 4 4 dans mon premier projet1 vous deviez sortir d'ici en homme1 cette arme vous devenait ncessaire1 je l'avais prpar cet effet6 4 4 4 6 coupable imprudence 4 4 4 que d'excuses4 --,mais partons1 ,lonore1 loignons- nous1 chaque instant perdu peut nous coter la vie1 je rponds de vos jours4 4 4 4 j'ai fait serment de les garantir1 ne me faites point1 par d'inutiles retards1 enfreindre une promesse dont mon cur est garant4 ,on m'emporte de nouveau1 je suis place dans un coin de la felouque1 et l'on met sur-le-champ la voile4 ,trois fois le jour1 sous le prtexte de prendre quelque chose dans une de ces caisses1 ,dolcini ouvrait le cercueil1 me donnait de l'air1 renouvellait mes provisions1 et me consolait par quelques paroles tendres1 de tout ce que la crainte qu'il avait d'tre poursuivi1 l'obligeait me faire souffrir4 ,un orage pouvantable s'leva sur la fin du quatrime jour1 c'tait le mme qui jetta ,sainville sur la cte de ,malthe1 et qui nous y prcipita galement2 mais le roulis de la felouque1 entirement sur le ct1 et qui fit plus de #hj lieues dans cette situation1 m'avait tellement harasse1 que j'avais perdu connoissance2 et voil qui vous explique la scne que ,sainville vous a peint4 ,voil qui vous claircit l'histoire de la bierre emporte dans une chambre1 les regrets de l'homme qui l'ouvrit1 n'y croyant plus trouver qu'un cadavre4 ,sa joie quand il s'aperut que je n'tais qu'vanouie1 et les secours qu'il allait me donner1 quand ,sainville partit1 et s'loigna de moi pour me chercher4 ,dolcini me saigna1 je repris promptement l'usage de mes sens1 le mme vent qui fit partir ,sainville1 nous fit galement remettre la voile1 et mon amant certain de n'avoir plus rien redouter1 me fit enfin1 quitter ma fatale demeure4 ,nous avions t plus loin que nous ne voulions2 il s'agissait de regagner ,catane2 mais malheureusement le tems favorable ne fut qu'apparent pour nous1 comme pour ,sainville1 bientt un vent d',est s'levant avec fureur1 nous rejetta dans la mer d',afrique2 en cet instant fatal1 un corsaire de ,tripoli1 voyant notre dtresse1 fond sur nous avec imptuosit1 infiniment trop foible pour penser la moindre rsistance1 il ne faut songer qu' nous voir enchaner ou prir4 ,dolcini1 que l'amour enflamme1 ose un instant disputer sa conqute3 il perd la vie en me dfendant2 on lui abbat la tte mes cts1 et nous passons sur le bord africain4 ,le vent qui s'opposait notre retour en ,sicile1 devenant favorable pour toucher l',afrique1 nous y fumes bientt4 ,le ,corsaire qui j'appartenais1 esprant de me bien vendre1 me donnait le moins de chagrin qu'il lui tait possible2 et je reus de ce bon turc1 par intrt ou par piti1 bien plus de consolation que je n'en devais attendre4 ,nous arrivmes le lendemain de bonne heure ,tripoli2 le ,consul de ,france1 qui se trouvait sur le port quand nous dbarqumes1 me reconnut sur le champ pour tre de sa nation2 il s'informa de mes aventures1 me tmoigna le dsir de m'tre utile1 et pour m'en convaincre1 conclud le march de ma vente l'instant avec le corsaire4 ,vous voil dgage1 belle ,lonore1 me dit-il1 en venant sur le champ m'offrir la main pour me conduire chez lui3 puisse le nouveau sort que je vous offre1 vous devenir plus agrable que celui que vous quittez4 ,hlas6 monsieur1 rpondis-je1 bien humilie1 il ne pouvait en tre de plus cruel pour moi que celui auquel votre gnrosit m'arrache3 croyez que ma reconnaissance en doit tre ternelle2 il ne tiendra qu' vous de me le prouver1 dit ,duval1 quand on vous ressemble1 et qu'on a une dette de cette nature acquitter1 il n'est pas difficile d'imaginer de quelle manire on doit satisfaire au payement4 ,je reconnus bientt au ton leste de ,duval1 que si je changeais de matre1 que si du srail d'un turc o j'tais la veille d'entrer1 je passais dans la maison d'un franais1 ce ne serait pas sur un pied trs-diffrent1 et qu'en gnral dans quelques mains qu'une femme de mon ge vnt tomber1 il y avait toujours -peu-prs les mmes risques4 ,cette rflexion 4 4 4 bien cruelle pour une femme dlicate1 qui n'aspire qu' se conserver pure l'unique objet qu'elle adore1 me fit rpandre des larmes que ,duval surprit bientt2 il me demanda mon secret1 je ne le lui cachai pas4 ,consolez-vous belle ,lonore1 me dit-il1 quoique sur les ctes d',afrique vous n'tes pas tombe chez un barbare1 j'ai pour vous tous les sentimens que votre figure inspire1 mais je ne ferai point violence aux vtres1 les mriter sera ma seule tude1 vous ne me verrez travailler qu' cela4 4 4 4 ,hlas6 monsieur1 rpondis-je1 mue de l'apparence d'un procd qui me trompa1 qu'espreriez-vous du tems1 puisque ma main ni mon cur ne sont plus moi1 soyez gnreux jusqu' la fin1 daignez vous faire informer du sort de l'poux1 dont j'ai t si cruellement spare ,venise2 faites lui dire que je suis dans vos mains1 il vous remettra sur-le-champ1 soyez en bien sr1 la somme que vous venez de dbourser pour moi1 et vous aurez fait trois heureux4 --,trois8 --,oui trois1 monsieur1 je le rpte1 et je crois votre ame trop belle1 pour que je ne vous place pas au nombre de ceux1 dont une telle action doit faire le bonheur4 ,duval1 plus anim de cette saillie1 me rpondit que j'entendais mal mes intrts1 et que quand on voulait dgoter un homme de soi1 il ne fallait pas lui montrer tant d'esprit4 ,n'imaginez pas1 continua-t- il1 que les sentimens que vous avez fait natre en moi puissent me permettre ce dsintressement que vous semblez vouloir m'inspirer1 je ne ferai point valoir les droits que j'ai sur vous1 mais je n'y renoncerai pourtant point jusqu' vous cder mon rival2 je n'ai plus que vingt-quatre heures rester dans cette ville1 je suis nomm au consulat d',alexandrie1 mille fois plus avantageux et plus agrable pour moi que celui-ci1 j'espre que vous voudrez bien m'y suivre1 je vous laisse vos rflexions jusques-l2 mais mon arrive dans cette ville d'gypte1 quelque soit le parti que vous ayiez pris1 je vous prviens qu'il y faudra soutenir la qualit de femme que mon intention est de vous donner4 4 4 4 ,oh6 monsieur1 dis-je1 confondue1 et vous venez de me promettre de ne point abuser de vos droits4 --,sans doute1 reprit imprieusement ,duval1 en abuser1 serait vous traiter en esclave 4 4 4 2 en profiter est vous prier de me donner la main4 --,quel subterfuge6 4 4 4 ,cruel6 --,n'imaginez pas que je change2 je vous laisse y penser4 --,et vous jugez si ce dernier propos prononc du ton d'un homme qui n'avait pas envie d'entendre de nouveaux refus 4 4 4 2 vous jugez1 dis-je1 et de l'effet qu'il fit sur moi1 et de l'affreuse manire dont il me replongea dans toute ma tristesse4 4 4 4 ,hlas6 me disai-je1 douloureusement1 peut-tre ai-je perdu au change2 peut-tre eussai-je obtenu plus de piti du barbare qui m'avait enleve4 6 malheureuse ,lonore1 quel sort affreux le ciel te rserve-t-il donc8 ,je dguisai mon trouble1 il le fallait2 et toujours d'aprs mes premiers principes1 je me dterminai me livrer aveuglment ce danger1 pleine d'espoir1 d'en trouver bientt un autre qui m'affranchirait de celui-l4 ,les vingt-quatre heures expires1 ,duval ayant fini ses affaires ,tripoli2 nous nous embarqumes pour l'gypte1 mon nouvel amant joua l'indiffrence pendant la route1 il crut peut-tre affliger mon amour propre par cette conduite2 il ne se doutait pas que la tranquillit de mon cur1 y gagnait bien plus que ne pouvait y perdre ma vanit1 et que je prfrais l'humiliation l'amour1 dans le triste tat o le ciel me plaait1 cherchant enfin1 toutes les manires de piquer mon orgueil2 nous arriverons demain1 me dit-il1 dans une ville o je suis attendu1 et dans laquelle je vais jouer un certain rle1 voil ce me semble assez long-tems que vous me faites attendre votre rponse1 je ne veux plus d'incertitude2 daignez prendre l'instant un titre dans ma maison1 celui d'aventurire ne convient ni l'un1 ni l'autre1 et n'acceptant point celui de mon pouse1 il ne vous reste plus que celui de domestique4 --,de domestique1 m'criai-je8 --,j'ai bien senti que ce mot allait vous affecter2 vous n'avez pourtant plus que le choix1 o vous tes ma femme en arrivant ,alexandrie1 ou vous n'tes plus que mon esclave4 --,homme sans dlicatesse1 est-ce ainsi que vous savez aimer8 ,vous vouliez1 disiez-vous1 mriter mes sentimens2 sont-ce donc par de telles propositions que vous croyez les obtenir8 ,ah6 rendez-moi les fers que vous avez cru briser2 renvoyez-moi au milieu de ces pirates1 dont votre piti ne m'a sortie que pour les intrts de votre coupable passion1 j'y trouverai des curs moins durs2 j'y serai moins malheureuse 4 4 4 1 et mon dsespoir m'aveuglant1 je m'lanai de la barque avec le dessein de m'abmer dans les flots4 ,arrtez1 me dit ,duval en me saisissant presque en l'air 4 4 42 arrtez1 que voulez-vous faire8 --me jetter dans les bras de la mort1 moins affreuse pour moi que l'tat que vous me destinez4 -- ,lonore6 vous me hassez donc bien8 --,je ne vous hais point1 mais vous m'y rduirez si vous continuez de faire violence un cur qui ne peut vous appartenir4 --,eh bien6 je ne vous contrains plus1 je vous laisse libre4 4 4 4 je ne demande plus qu'une grace1 et je l'implore vos genoux1 acceptez seulement le titre de ma femme1 je n'en exigerai les droits que quand j'aurai triomph de votre loignement1 4 4 4 ,ayant trop peu d'exprience1 encore pour sentir o m'entranait ce qu'exigeait de moi le consul1 je promis tout ce qu'il voulut1 sous le serment sacr qu'il me fit de n'en jamais exiger davantage1 que mes rpugnances ne fussent vaincues1 je sentais bien que je lui laissais de l'espoir2 mais j'achetais la tranquillit1 et me dgageais du titre odieux o sa cruaut me soumettait sans cela4 ,nous arrivmes2 ,duval fut descendre chez un nomm ,duprat1 ngociant ,franais1 auquel1 suivant nos conventions1 il me prsenta comme sa femme1 et le lendemain nous fmes nous tablir dans le logis qui nous tait destin4 ,alexandrie1 comme dans toutes les villes trangres1 les ,europens se runissent autant qu'ils peuvent1 pour jouir dans leurs assembles d'un peu plus d'agrmens que ne leur en offriraient celles du pays4 ,au bout d'un mois le cercle de ,duval fut principalement form de ce ,duprat dont je viens de vous parler1 du consul d',espagne1 de celui d',angleterre1 d',hollande1 de ,portugal1 et de quelqu'autres fameux ngocians2 ils avaient tous leurs femmes1 dont je faisais galement ma socit2 et qui1 toutes me regardaient comme l'pouse1 en titre du consul de ,france4 ,cependant ,duval m'aimait de plus en plus1 et remplaant les propos par des procds1 il n'y avait plus rien qu'il n'entreprit pour russir2 ses attentions se portaient mme si loin1 qu'on le raillait dans la socit sur ce qu'il venait donner en gypte le spectacle plaisant1 d'un poux amoureux de sa femme4 ,un jeune ,portugais des colonies du ,zangubar1 neveu du consul de sa nation et envoy en gypte pour des affaires relatives au commerce1 fut celui qui s'apperut le premier de cette plaisante intrigue et qui l'en persista le plus agrablement4 ,ne vous tonnez pas de cette passion1 lui disait quelquefois ,duval1 elle est en moi pousse l'extrme1 je l'avoue et suis bien loin de m'en cacher2 eh6 n'imaginez pas que la jouissance puisse teindre la flamme quand elle est l'ouvrage de l'amour1 plus une pouse alors nous abandonne ses charmes1 plus elle irrite notre ardeur2 ce lien qu'on badine quand on n'aime point sa femme1 devient si doux quand on l'adore1 il est si dlicieux d'accorder les mouvemens de son cur aux vux du ciel1 des loix et de la nature4 4 4 4 ,non1 non1 il n'est aucune femme dans le monde qui puisse valoir celle qui nous appartient1 s'abandonnant avec libert aux transports ardents de son ame2 on lui prodigue avec tant de dlices1 tous les titres qui peuvent resserrer celui qu'elle a dj2 elle est la fois notre pouse1 notre matresse1 notre amie1 notre confidente1 notre sur1 notre dieu2 elle est tout ce qui peut contribuer la flicit la plus piquante de nos jours1 toutes les passions s'chauffent1 s'embrasent1 se runissent dans elle et pour elle seule1 on n'existe plus que par elle1 on ne desire plus qu'elle2 ah6 mon ami1 tu ne sais pas ce que c'est que d'tre epoux1 il n'est point de liens plus flatteurs1 il n'est point de plaisirs qui vaillent ceux de l'hymen1 il n'en est pas un seul sur la terre dont les dtails soient aussi sensuels1 malheur qui ne les a pas connus1 malheur qui peut en prfrer d'une diffrente espce2 il aura tout effleur dans la vie1 sans jamais avoir trouv le bonheur4 ,tels taient les sentimens que ,duval exprimait ,dom ,gaspard1 ce jeune ,portugais dont je viens de parler1 et qui va bientt jouer un rle dans mes aventures2 c'est ainsi qu'en louant l'hymen1 ,duval s'excusait d'y mler l'amour2 mais il n'en tait encore qu' l'amour1 et-il pens de mme s'il eut rellement connu les plaisirs qu'il peignait1 qui ne connat pas l'inconstance des hommes6 ,quoiqu'il en soit1 ,duval1 jeune1 imptueux1 aimable1 irritant chaque jour sa passion par ces riens d'une dlicatesse infinie4 --,par ces recherches inconnues aux ames vulgaires et psamment organises1 qui1 peu faites pour la subtilit des dtails1 ne connaissent comme les btes1 que le matriel de la jouissance 4 4 4 par ces larcins1 en un mot1 que la plus honnte des femmes1 ne saurait refuser quelqu'un dans la maison duquel elle est oblige d'habiter1 parce que ces choses l se volent1 se dvorent et ne se demandent jamais2 ,duval1 dis-je1 chaque jour plus pressant1 ne perdait aucune des occasions qu'il croyait devoir lui assurer son triomphe4 ,un jour1 qu'puise des chaleurs du nouveau climat o je vivais1 je m'tais endormie dans un cabinet de jasmin2 quel fut mon tonnement de me sentir rveille par ,duval1 et de me trouver presque nue dans ses bras4 4 4 4 ,ciel6 m'criai-je1 en cherchant fuir2 est-ce donc ainsi que vous abusez4 4 4 4 6 divinit de mon cur1 dit ,duval1 transport d'amour et de dsirs1 en me captivant d'une de ses mains1 pendant que de l'autre 4 4 4 4 matresse idoltre1 ne m'envie pas au moins ce que le hazard et mes yeux m'offrent ici de jouissance2 laisse 4 4 4 laisse-moi m'enyvrer de ces charmes dont tu me refuses la possession4 4 4 4 laisse moi respirer la fois dans chacun d'eux1 et l'amour et la volupt4 4 4 4 ne les soustraits pas au culte que je leur rends4 4 4 4 je jouirai seul puisqu'il le faut1 je t'abandonne1 cruelle1 tout ce que je ne peux obtenir de toi2 mais ne m'enlve pas ce que la fortune me donne 4 4 4 que de graces1 4 4 4 que de fracheur1 4 4 4 quels contours savans et dlicieux4 --,ah6 comme tout est beau1 comme tout est dlicat en toi4 --6 ,lonore1 es-tu l'ouvrage d'un dieu1 4 4 4 es-tu donc un dieu toi- mme --,ah6 juste ciel1 n'arrte pas ces effets brlants d'un amour aveugl1 tu les vois1 tu les sens1 perfide1 le sacrifice est offert1 et je n'en suis que plus malheureux6 ,quelque rsistance que j'eusse pu opposer1 il m'tait devenu impossible de me soustraire entirement cet hommage1 mais je m'tais si bien dbattue dans les mains de cet amant forcen1 qu'il n'eut mme pas l'ide de la victoire1 et que si l'encens brla1 ce fut si loin des autels1 qu' peine le dieu pt- il y croire1 et fuyant aussi-tt avec rapidit2 tratre1 lui dis-je furieuse1 puisque tu es assez lche pour abuser ainsi de ma situation1 pour tromper jusqu' mon sommeil1 je brise tous les liens chimriques qui m'unissent toi1 je vais dire la vrit tout le monde1 et quitter jamais ta maison4 ,duval perdu1 vole sur mes pas1 j'chappe et vais m'enfermer dans mon appartement o je refuse de le voir de tout le jour4 ,de ce moment je fis les plus srieuses rflexions sur les dangers que je courais4 --,hlas6 me disais-je1 je suis au bord du prcipice4 4 4 4 ,comment me flatter de la victoire1 le moyen de se dgager d'un homme si violent6 je le trouve par-tout sur mes pas2 il ne me perd pas de vue1 serais-je toujours aussi heureuse qu'aujourd'hui8 je n'ai d'autre parti que la fuite1 htons nous de nous y dcider4 ,remplie de ce projet1 je jettai les yeux sur ,dom ,gaspard1 ne voyant dans la socit que lui seul qui pt accomplir mes desseins2 je commenai par lui demander sans affectation1 quelles taient ses vues1 il m'apprit qu'il devait incessamment retourner au ,monomotapa1 mais que n'y tenant en rien1 uniquement oblig d'y aller pour rendre compte de la commission actuelle dont il tait charg1 il comptait redescendre au ,cap et repasser tout de suite aprs en ,portugal1 le plan me convint assez2 le chemin du retour en ,europe tait un peu long2 mais quand on n'est pas libre1 il importe peu quelle route on prenne1 pourvu que l'on arrive au but2 rsolue me confier ce jeune homme4 ,je crus que le meilleur moyen de m'en faire entendre1 tait l'organe de ce dieu puissant dont la voix unit tous les curs2 rappellez-vous toujours de mes principes et ne me blmez pas de mes imprudences4 ,je laissai donc parler mes yeux3 ,dom ,gaspard vif1 smillant1 jeune1 plein d'esprit1 de candeur et d'honntet1 comprit au mieux leur langage2 les siens m'assurrent bientt du sentiment le plus rciproque et le plus sincre2 il ne fut plus question que de nous arranger2 ,dom ,gaspard m'crivit en franais1 qu'il parlait fort bien1 4 4 4 je lui rpondis1 nous convinmes enfin d'un rendez-vous2 l1 je me confiai entirement ce jeune homme2 je ne suis point la femme de ,duval1 lui dis-je1 une fcheuse aventure m'a fait tomber dans ses mains ,tripoli1 il m'a rachete1 4 4 4 il veut abuser de ses droits pour me contraindre accepter des liens1 4 4 4 qui me dplaisent2 tes vous homme me sortir de cet esclavage8 ,assurment1 me dit ,gaspard1 j'entreprendrai tout pour briser vos fers et plus gnreux que ,duval1 je vous proteste et de vous ramener en ,europe1 et de n'exiger que l1 la rcompense de mes soins4 --6 ,dom ,gaspard1 je me fie vous1 je vous crois incapable de me tromper1 vous rendez la vie une malheureuse1 comptez sur ma reconnaissance1 et ds l'instant nous ne travaillmes plus l'un et l'autre qu' tout ce qui pouvait assurer notre projet4 ,l'entreprise n'tait pas aise1 indpendamment de la jalousie de ,duval1 nous avions encore redouter son crdit dans la ville et dans les environs2 ,dom ,gaspard pour passer d',alexandrie au ,monomotapa1 n'avait que la facilit des caravannes qui partent du ,caire2 il fallait d'abord remonter le ,nil jusqu' cette capitale de l'gypte1 se joindre la caravanne1 la suivre1 tout cela tait lent1 le consul pouvait nous faire arrter4 ,nous imaginmes donc un stratagme assez bisarre2 le jeune ,portugais avait son service un ngre -peu-prs de ma taille et de mon ge2 nous convinmes qu'au moyen d'une composition de laquelle ,gaspard avait le secret1 on me noircirait le visage et les bras1 et qu'ainsi peinte1 je partirais secrettement avec ce jeune ngre dont je passerais pour le frre1 que tous deux1 nous remonterions le ,nil1 et irions attendre ,gaspard au ,caire qui s'y rendrait exactement la veille du dpart de la caravanne1 que restant par ce moyen aprs moi ,alexandrie1 il serait porte et de rompre les recherches de ,duval1 et de me rendre compte des effets plaisans de ma fuite4 ,nous dcidmes galement qu'en partant secrettement pour le ,caire1 je ferais recevoir une lettre ,duval1 qui lui dirait que ne voulant point couter son amour1 que ne le pouvant pas1 je me dterminais le fuir1 que je me rendais ,damite1 o un ngociant de ma connaissance que j'avais interesse par lettre depuis mon sjour en gypte1 m'offrait les moyens de repasser en ,europe1 et qu'aussitt que j'y serais1 je lui ferais tenir l'argent qu'il avait dbours pour moi2 par ce moyen1 ,duval inquit sur deux endroits1 puisque assurment il souponnerait aussi mon vasion par le ,caire1 en multipliant ses recherches1 courrait risque d'en perdre le fruit2 mais ses poursuites eussent-elles mme lieu du ct de la caravanne1 quelle apparence qu'il pt m'y dcouvrir sous le dguisement que je prenais6 ,l'aventure tait prillieuse1 je le sentais1 supposer mme que l'vasion se fit sans aucun risque1 quelle route j'allais entreprendre1 tait-il sr que le jeune ,portugais dans lequel je plaais toute ma confiance1 en fut certainement digne1 ne pouvait-il pas abuser de ma situation8 ,de l'empire que je lui donnais sur moi4 --,et si malheureusement je venais le perdre1 que devenais-je seule1 isole1 au milieu de cette caravanne1 tout cela sans doute1 m'offrait de grands dangers2 mais ils n'taient qu'en vraisemblance4 4 4 4 ceux que je courrais avec ,duval taient srs2 un second sommeil sous le berceau de jasmin1 j'tais une femme perdue1 je ne balanais donc plus1 et mes rsolutions prises1 je ne m'occupai que de l'excution2 ,j'crivis ma lettre2 je dcampai lestement le soir du logis de ,duval1 et fus me cacher cette premire nuit chez mon ,portugais1 qui1 aprs m'avoir renouvell ses sermens d'attendre en ,europe exiger la rcompense des soins qu'il prenait de moi1 me barbouilla le visage et les mains ainsi que nous tions convenus1 me revtit d'habit de ngre1 et me confia au sien avec lequel je passai au ,caire sans le plus petit inconvnient2 cinq jours aprs1 ,dom ,gaspard arriva1 me fit camper sur le chameau qui portait son bagage1 toujours comme un de ses gens1 nous nous runmes au reste de la troupe et nous avanmes4 ,chemin faisant1 ,gaspard m'apprit tout le train qu'avait fait ma fuite1 il me dit que ,duval1 furieux1 ne doutant point du contenu de ma lettre1 n'avait tourn ses perquisitions que vers ,damite1 malgr son dsespoir1 ajouta ,dom ,gaspard1 l'histoire n'en avait pas moins amus toute la ville1 les reproches s'adressaient lui1 il fallait1 disait-on1 qu'il eut eu de mauvais procds pour moi2 je paraissais trop douce pour avoir eu des torts la premire1 les femmes me plaignaient1 les hommes se moquaient de lui2 mais abandonnons totalement ,alexandrie1 et trouvez bon que j'entre dans quelques dtails sur la route singulire et peu frquente que je faisais4 ,quoique cette multitude de voyageurs1 rassembls sous le nom de caravannes1 soit compose de gens de toutes sortes de pays et de religion1 rien n'est comparable pourtant l'ordre qui y rgne1 une arme observe moins de subordination1 et c'est par le moyen de cette excellente police qu'on y est en sret comme dans nos routes de ,france4 ,au seul chef appartient le droit de dcider sur le peu de diffrents qui s'lvent1 et ses jugemens sont toujours quitables4 ,on part ordinairement deux heures avant le jour1 et except une heure o l'on s'arrte aux environs de midi1 la marche se prolonge jusqu' trois heures de nuit1 les guides donnent les signaux sur une timbale2 tout alors doit tre prt en mme tems2 on n'excuse pas le moindre retard1 et personne n'est tent de commettre une faute qui peut coter la vie2 car il est trs-difficile de rejoindre lorsqu'une fois on a eu le malheur de se sparer4 ,quoiqu'on ne suive aucune route trace1 les conducteurs sont si habiles qu'il ne leur arrive jamais d'garer la caravanne2 les rangs indiqus le jour du dpart s'observent toute la route avec exactitude2 mais le plus curieux1 sans doute1 est la patience des animaux qui servent ces entreprises1 ils sont temprans et infatigables2 ils semblent se prter tous les inconvniens qui naissent du hasard1 ou du tems1 et marchent s'il en est besoin plusieurs jours de suite sans prendre aucune nourriture2 cependant il en prit plusieurs2 les ossemens qui jonchent la route et servent souvent de remarques aux guides1 sont une preuve sre que leur courage et leurs forces s'puisent quelquefois la longue4 ,ce fut dans cet ordre que nous entrmes le premier jour dans un dsert affreux2 peine y fmes-nous1 qu'il s'leva un ouragan terrible1 les sables enlevs alors la hauteur des nus et retombant en pluie1 non-seulement aveuglrent nos guides1 mais leur firent mme perdre absolument la trace qu'ils devaient suivre1 et les contraignirent une halte qui dura jusqu'au lendemain2 cet vnement m'inquitait1 quelqu'loigne que je fus de ,duval1 quel que ft mon dguisement1 je craignais toujours qu'il ne nous ft suivre1 et qu'on ne vnt me reconnatre2 mais ,dom ,gaspard1 attentif et prvenant1 ne cessait de me calmer et de me rassurer4 ,aprs cette premire aventure1 nous continumes assez tranquillement notre route jusqu' ,hlaou1 ville charmante et qui rpond bien son nom1 dont la signification est3 pays plein de douceur1 cette ville est la dernire qui dpende du grand seigneur1 on y voit des jardins dlicieux arross de ruisseaux1 d'une fracheur bien prcieuse pour ceux qui viennent de traverser des dserts arides1 o l'eau leur a souvent manqu1 nous renouvellmes nos outres dans ce lieu1 et y fmes aussi quelques provisions de vins4 ,entirement revenue des craintes que m'avaient inspir les poursuites de ,duval1 ennuye de mon dguisement1 je proposai ,dom ,gaspard de me laisser reprendre ma premire forme2 mais il craignit que ce changement ne fit bruit parmi les voyageurs1 et il me pria pour plus grande sret de demeurer comme j'tais jusqu'aux colonies ,portugaises4 ,au sortir de ,hlaou1 nous traversmes encore des dserts qui n'taient pas moins arides que ceux que nous quittions4 ,lonore me dit un jour1 ,dom ,gaspard en traversant tous ces affreux climats1 dans quel dessein croyez-vous que la divinit ait fait de si grandes fautes la contexture de notre plante8 --,je serais bien en peine de le dire4 --,la faute existe1 elle est claire1 est-elle faite exprs8 ou l'est-elle par inadvertance8 ,si elle est faite exprs1 voil un dieu mchant1 si elle l'est par inadvertance2 voil un dieu faible1 et de toute faon un dieu qui a tort4 --,votre argument est sans rplique1 je ne saurais comment y rpondre1 je m'en tiens la sensation produite par l'effet1 et vous avoue qu'il est bien difficile de s'enflammer pour la grandeur d'un tre dont les torts sont aussi rels4 --,le pouvez-vous davantage1 si le hasard vous place au milieu d'une troupe de sclrats8 --,assurment non4 --,tout ce qui existe n'est donc pas parfait1 la seule perfection pourtant est digne de notre hommage2 cependant cette qualit ne se trouve pas dans les ouvrages de dieu4 4 4 4 dieu n'est donc pas digne de nos hommages4 6 ,lonore1 tirez vous de ce syllogisme1 c'est de toutes les manires de raisonner la plus sre1 retorquez1 je vous prie1 celui-l4 ,ces premiers lans de la philosophie de ,gaspard1 me firent voir que son esprit mri par l'tude1 tait bien loin d'adopter l'erreur1 et mon estime pour lui1 en redoubla2 peut-tre aurai-je bientt occasion de vous mieux dvelopper ces systmes1 continuons notre route maintenant4 ,de ,hlaou nous fmes ,machou1 gros bourg situ sur le bord oriental du ,nil1 qui forme en cet endroit deux isles remplies de palmiers1 de ,sen et de ,colloquinte2 huit jours aprs1 nous arrivmes ,dongola1 frontire de la ,nubie4 une lieue environ de largeur le pays est superbe1 au-del ce ne sont que sables et que dserts1 dont le seul aspect fait frmir4 ,le ,nil traverse cette plaine charmante1 mais ici1 ce ne sont plus ses dbordemens priodiques qui causent la fertilit des terres1 cette abondance n'est due qu' l'industrie des habitans1 qui forment des inondations artificielles par des transports d'eau trs-pnibles4 ,dom ,gaspard me fit admirer la beaut des chevaux de cette contre bien suprieure ceux qu'on vante le plus dans notre ,europe4 ,ces peuples1 pour la plupart ,mahomtans1 sont enclins toutes sortes de vices2 un de ceux auquel ils sont le plus adonns1 est le blasphme2 ils ne prononcent pas un seul mot qui n'en soit entremls2 il est difficile de concevoir l'art qu'ils employent les varier1 ils taient autrefois chrtiens1 mais cette loi beaucoup trop gnante pour leur murs1 leur a promptement dplu1 et leur drglement rend leur culte actuel assez difficile dmler4 ,le penchant tonnant de ces peuples au blasphme1 donna occasion ,dom ,gaspard de me dvelopper quelqu'uns de ses principes1 je vais continuer de vous les tracer4 ,comment est-il1 me disait ce brave et honnte compagnon de route1 que les hommes ayent pu s'imaginer que l'tre grand et suprieur qu'ils rigent1 que cet tre sublime qu'ils regardent comme leur crateur1 puisse se trouver offens des invectives qu'il leur plait de lui adresser8 ,cet tre qu'ils font auteur de tout1 qu'ils regardent comme unique principe des choses cres1 n'est-il donc pas au-dessus des injures8 ,est-il jamais prsumable qu'elles puissent arriver jusqu' lui8 ,mais ces imprcations que lui adresse l'homme1 souffrant ou malheureux1 ne sont-elles donc pas lgitimes8 ,le premier mouvement de la nature n'est-il pas de se plaindre quand on est lz8 ,n'est-il pas de s'en prendre l'auteur de ses maux4 ,en en rpandant une si grande quantit sur la terre1 dieu ne savait-il pas qu'il s'exposait aux reproches des hommes8 ,en a-t-il pour cela suspendu ses flaux8 ,s'il les a laisss cheoir1 sachant bien que les hommes s'en vengeraient par leurs plaintes1 il s'est donc moqu de ces invectives1 s'il les a mrites1 s'il les brave les ayant mrites1 comment se peut-il qu'il s'en fche8 ,quand le fort offense le faible1 il sait bien que celui-ci se ddommagera par des injures2 peut-il avoir craint des paroles qu'il savait bien que sa conduite allait lui attirer8 ,si dieu avait pu tre sensible nos reproches1 matre de tout1 n'et-il pas cr l'univers de faon ne mriter que des loges8 quand il ne l'a pas fait1 quand il n'a pas cru devoir le faire1 quand il tait bien sr que de ne le pas faire1 devait lui valoir des blasphmes1 il est donc certain que ces blasphmes lui devenaient indiffrens1 il n'y a donc aucun risque lui en adresser1 il les entend sans peine et sans courroux1 trs- convaincu qu'on les lui doit1 il rit de notre ignorance1 de notre impossibilit dcouvrir ses vues1 sans s'offenser de ce qui en rsulte4 ,c'est une barbare absurdit de notre ,europe1 que de punir aussi svrement qu'on le faisait autrefois et de regarder mme encore aujourd'hui comme un crime religieux1 l'acte de la faiblaisse contre la puissance2 tout ce qui part du premier de ces tats1 s'moussant avant d'arriver l'autre1 ne peut plus devenir un outrage1 c'est l'acte de la puissance sur la faiblesse qui est dangereux2 le contraire n'a jamais d'inconvnient2 ne m'objectez pas que le valet arm offense le matre qu'il frappe de son arme2 dans le cas suppos1 ce n'est plus le matre qui est le fort1 c'est le valet arm1 la puissance du matre n'est plus qu'illusoire ici1 la seule relle c'est celle du valet2 or1 ce n'est plus cela ds qu'il s'agit de dieu1 cet tre est toujours le plus fort1 quelque soit l'arme dont nous osions le menacer1 il l'emportera toujours sur nous1 et de ce moment ce que nous entreprenons1 n'tant plus que le frle lan de la faiblesse sur la force1 rien n'en arrivera jusqu' lui1 il ne s'offensera donc point d'injures1 qu'il mrite1 qu'il veut mriter1 et qu'il s'est moqu de mriter4 6 folie ternelle des hommes1 de vouloir toujours juger dieu sur eux-mmes1 ils se croyent offenss d'un mot qui ne frappe que l'air1 ils s'imaginent que dieu leur ressemble4 --,ah6 cessons de faire de dieu un tre matriel comme nous 4 4 4 courrouc de nos invectives1 sensible nos loges1 facile nos prires1 nous voulons toujours le regarder comme un monarque humain1 et qui comme tel1 doit nous entendre et nous juger2 voil comme en rapetissant ses vues1 le plus clbre adorateur de dieu1 ne se trouve au fond qu'un idoltre4 ,dieu est trop grand1 dieu est trop spirituel pour toutes ces choses humaines2 nous livrant la facult qu'il nous a laisse d'tre bons ou mchans1 de le connatre ou de le nier1 de l'adorer ou le har2 d'aprs le genre d'organisation que nous avons reue de lui1 il s'embarrasse fort peu du parti que nous prendrons sur l'une ou l'autre de ces choses1 indiffrent nos hommages1 nullement touch de nos blasphmes1 toujours trop au-dessus de nous1 pour en tre jamais atteint1 tout ce que nous faisons lui est gal1 parce que tout est ncessit1 et que nous n'agissons que d'aprs ses loix2 n'imaginons donc pas tre plus rcompens pour l'avoir pri1 que molest pour l'avoir maudit2 il ne nous accordera pas plus de graces pour l'un qu'il ne nous fera subir de tourmens pour l'autre2 n'est-ce pas une chose vraiment risible que de voir l'homme1 cet tre chtif et faible auquel il serait impossible de changer un instant le cours de la plus petite toile2 s'imaginer que ses injures ou ses prires allant bien plus haut1 irriteront ou disposeront en sa faveur l'artisan des chefs-d'uvre1 qu'il n'a pas mme la facult de dranger4 trange aveuglement de sa vanit sans doute1 de prfrer se supposer criminel1 qu' convenir de sa faiblaisse2 imbcile qu'il est1 il aime mieux passer sa vie trembler de dlits impossibles1 que de s'affermir et se tranquilliser par la certitude d'une impuissance1 dont son orgueil serait humili4 6 ,lonore1 prions ou blasphmons1 adorons ou profanons1 tout est gal aux yeux de l'tre assez puissant pour avoir fait bien ou mal tout ce qui frappe nos yeux2 un dieu qu'attendriraient nos cultes1 ou qu'offenseraient nos erreurs1 ne serait qu'un homme comme nous1 et comment dou de toutes nos passions1 aurait-il l'nergie cratrice1 qui ne peut tre que le plus sublime assemblage de toutes les vertus8 si le blasphme1 si cette faible injure1 en un mot1 que nous adressons la divinit1 ou par colre1 ou par ennui de souffrir1 ou par quel autre motif que ce puisse tre1 satisfait un instant notre ame2 livrons nous y sans nulle crainte1 bien certain qu'il ne s'en irritera point1 qu'il est trop grand pour s'en venger1 et qu'il nous aurait privs de la facult de voir ses fautes1 ou qu'il n'en aurait pas commis1 s'il et redout les reproches que lui doit notre raison1 et qu'elle peut lui adresser en paix4 ,il me semble1 dis-je dom ,gaspard1 que vos systmes sur la religion sont commodes et simples4 4 4 4 ,sur la religion1 me rpondit ,gaspard1 vous vous trompez1 ,lonore1 mes systmes sur la religion ne sont ni commodes ni simples2 ils sont nuls2 j'ai secou1 toutes ces purilits1 dont on surcharge l'esprit et la mmoire des jeunes gens1 j'ai employ ce tems-l m'instruire1 au-lieu de le passer draisonner1 et je me suis fait quelques principes1 tant sur cela que sur quelques autres objets de morale1 principes constans dont je ne m'carte point4 ,j'adopte un agent quelconque assurment1 que ce soit la nature ou ,dieu1 il y a toujours un moteur1 ce qui frappe nos regards1 je l'admets1 mais je ne le sers par aucun culte4 ,trs-assur qu'il n'en exige nul1 trs-incertain s'il en mrite1 de quel droit irais-je lui en rendre8 ,j'aime mieux employer quelques vertus le temps que d'autres perdent en prires1 et cet agent1 s'il est juste1 me saura bien plus de gr d'tre utile aux hommes1 qu'assidu aux pieds de ses autels2 quand je verrai moins de mal sur la terre1 quand j'y rencontrerai moins de frippons et plus d'honntes gens1 peut-tre supposerai-je alors1 que l'auteur de cet univers1 peut mriter quelque reconnaissance2 mais quand les maux m'assailliront de toute parts1 quand je ne trouverai que travers1 cruaut1 trahison1 perfidie1 noirceur1 et mchancet chez les hommes1 je croirai me restreindre dans des bornes trs-sages1 en n'accablant point d'invectives1 celui qui permet tant de maux1 je ne le fais point1 mais je ris de la folie des systmes religieux1 je me moque de la diversit des cultes1 et n'coutant que ma raison et mon cur1 je reste dans l'indiffrence sur un tre qui je ne dois rien 4 4 4 ou que des reproches 4 4 4 que je tais par l'inutilit dont je les crois4 --,mais votre morale8 --,elle est pure6 eh quoi6 faut-il absolument rvrer des chimres pour avoir le droit d'tre honnte homme8 ,j'aime mes frres1 je les soulage1 la bienfaisance est le sentiment de mon cur1 je ne pleure ma mdiocrit1 que parce qu'elle me prive du charme de faire des heureux2 je respecte les proprits d'autrui1 je ne ravirai jamais ni la femme ni le bien de personne2 croyez que je ne vous aurais pas enleve ,duval1 si je vous eu crue son pouse4 4 4 4 je suis sensible l'amour1 c'est la jouissance des honntes gens2 je hais le vice1 je suis enthousiaste de la vertu1 et finirai tranquillement mes jours dans ses maximes1 sans dsirer les joies ridicules du paradis1 et sans craindre les flammes absurdes de l'enfer4 ,ces sentimens me plurent1 je trouvais ,gaspard estimable et rsolus d'en faire mon ami2 cependant je voulus le connatre mieux1 quelque prilleuse que ft pour moi l'preuve o je voulais le mettre1 quelque peu favorables que fussent les circonstances pour la hasarder1 je me sentis presse de voir si ce jeune homme ayant secou tant de freins1 ne paraissant respecter que ceux de l'honnte homme1 tenait vraiment aux principes moraux qu'il affichait2 j'avais laiss de l'espoir ,gaspard1 je lui avais cach mes nuds avec ,sainville1 et ma main d'aprs nos conventions1 devait tre le prix de ses soins1 sitt que nous serions en ,europe2 je saisis l'occasion d'une halte1 peu aprs la conversation que nous venions d'avoir1 et l1 je lui avouai que je l'avais tromp1 4 4 4 que je ne pourrais jamais m'acquitter envers lui1 que ma main n'tait plus moi1 qu'il devenait d'aprs cela le matre de mon sort1 qu'il devait me punir d'avoir abus de sa bonne foi1 4 4 4 m'abandonner dans ces dserts 4 4 4 mais que s'il tenait sa parole1 ce procd1 d'autant plus gnreux1 qu'il devenait sans aucun intrt1 lui assurait jamais toute ma tendresse2 j'aurais peut-tre d vous tromper jusqu'au bout1 ajoutai-je1 mais la manire dont vous venez de vous faire connatre moi1 les sentimens que vous m'avez montr1 votre philosophie1 votre mpris pour tous les faux liens qui captivent les hommes1 4 4 4 tout1 ,gaspard1 tout enfin me donne une si haute opinion de vous1 que j'ai cru ne devoir plus vous rien dguiser1 vous voil matre de moi1 je me livre4 ,gaspard mu1 me fixa d'abord avec tonnement1--et revenant tout de suite lui 4 4 4 6 ,lonore1 s'cria-t-il en me serrant dans ses bras6 4 4 4 ,que je vous dois de reconnaissance6 je ne sacrifiais qu' l'amour2 j'aurai tout fait pour la vertu1 et me pressant d'accepter une bourse1 que je me dfendis de prendre2 que cela vous reste au moins1 continua-t-il1 si je venais mourir avant l'excution de ma parole4 4 4 4 ,quand je ne voyais en vous qu'une matresse1 je ngligeais des soins dont j'imaginais que l'hymen devait m'acquitter 4 4 4 mais je dois bien plus l'amie4 ,le premier mouvement de mon cur fut1 je l'avoue1 de me laisser tomber aux pieds de cet homme gnreux1 et j'y rpandis un torrent de larmes avant de souffrir qu'il me releva4 4 4 4 ,gnreux mortel1 m'criai-je1 vous avez absorb dans vous toutes les chimres religieuses1 mais si vous avez dgag votre esprit de ces fables inutiles l'homme1 ce n'est1 je le vois bien1 que pour y laisser plus d'empire tout ce qui doit faire la flicit de vos semblables4 ,ah6 ,laissez moi vous offrir ma reconnaissance et mon cur1 laissez moi vous regarder comme un ami1 4 4 4 comme un frre1 4 4 4 comme le dieu mme auquel vous refusez des vertus1 4 4 4 et qui ne serait vraiment digne de nos hommages1 que s'il avait celles de votre ame4 6 ,gaspard1 je n'eus pas trouv ces sentimens dans un dvot4 ,ici le caractre de ,lonore1 ou du moins sa faon de penser sur la religion1 se trouvant entirement dcouvert1 madame de ,blamont1 quelqu'enthousiasme qu'elle ft1 de l'action de ,gaspard1 ne put s'empcher pourtant de faire sentir sa fille qu'elle tait fche de lui voir ne souponner ce trait que dans un ennemi de nos principes religieux2 il tait difficile que l'extrme pit de cette femme honnte et sensible1 ne s'allarma pas de ce qui venait d'tre dit 4 4 4 1 ,lonore fut calme aux reproches de sa mre4 4 4 4 6 madame1 lui dit-elle1 vous avez exig de moi de la sincrit1 je la blessais en vous cachant mes principes1 je dois-donc en rester l s'ils vous scandalisent1 car je serai contrainte en avanant1 de vous dvoiler des choses plus fortes1 et que vous condamnerez d'autant plus1 qu' la rigueur j'aurais pu ne pas m'y prter4 ,ce n'est ni monsieur de ,sainville1 madame1 ni dom ,gaspard1 ni aux autres personnes avec lesquelles vous allez me voir1 qu'il faut s'en prendre du peu de conformit de mes systmes aux vtres2 mon mari vous dira que ds l'ge de #ac ans1 il reconnut en moi cette ferme aversion pour toutes ides religieuses2 et j'avais dj lu cet ge presque tout ce qui a t crit contre les opinions que vous adoptez2 une amie de la comtesse de ,kerneuil me prta ces livres2 je les dvorai2 elle en raisonnait avec moi1 m'affermissait dans les principes dont ces ouvrages m'offraient l'analyse1 me les expliquait avec soin1 et se plut aussi pendant deux ans1 nourrir mon ame d'une philosophie dont elle tait enthousiaste2 l'exprience1 mes malheurs1 l'image du monde ont vivifi dans moi ces systmes et me les ont rendus si familiers1 qu'il me serait bien difficile d'en adopter d'autres aujourd'hui2 je les crois compatibles la plus saine vertu2 la suite de mon histoire vous en convaincra peut-tre1 je n'ai pourtant point ananti l'ide d'un dieu1 ne l'imaginez pas madame1 mais je crois ce dieu trs-au-dessus de tous les cultes1 je suis fermement persuade qu'il n'en mrite et n'en exige aucun1 et que de tous le moins raisonnable tant le ntre1 serait celui qui devrait l'offenser le plus grivement s'il se mlait des folies humaines4 ,malheureux enfant1 dit madame de ,blamont en pressant ,lonore entre ses bras1 tu n'aurais pas couru tous ces risques sans les premiers malheurs de ton enfance4 --,ah6 crois que les vertus morales ne sont que plus actives1 tayes par celles de la religion1 et que celui qui sert bien son dieu1 n'en aimera que mieux ses semblables2 4 4 4 quelques larmes coulrent ici des beaux yeux de cette mre tendre1 4 4 4 ceux d',aline se mouillrent aussi1 elle tenait les mains de sa sur1 elle la regardait avec cette piti douce qui s'allarme pour tout ce qui ne lui ressemble pas2 non1 que cette chre fille s'imagine tre mieux qu'une autre2 mais elle est persuade de ses maximes1 elle y croit li le bonheur prsent et futur4 ,l'tre qui ne les adopte pas1 lui prsente l'ide du malheur1 et cet aspect afflige toujours une ame aussi dlicate que la sienne4 ,le comte vit bien que sa mdiation devenait ncessaire rtablir la paix dans les esprits2 madame1 dit-il la prsidente1 les erreurs de ,lonore ne sont point vos fautes1 elles ne doivent vous donner aucun remord1 il faut la plaindre sans essayer de l'en faire revenir1 vous n'y russirez pas1 il n'y a rien quoi l'on tienne comme ses ides sur la religion1 vous savez que les approches1 mme de la mort1 n'en font point changer4 --,oh6 non certainement1 reprit ,lonore avec vivacit1 c'est pour assurer le calme de cet instant1 qu'on travaille secouer de bonne heure ce qui peut le rendre horrible2 il s'en faut donc bien que je puisse renoncer ce que je n'ai adopt que pour mon bonheur1 ce qui1 j'ose le dire1 le fait uniquement aprs les sentimens que je dois ma mre et mon poux1 et que trouble seulement aujourd'hui le chagrin qu'en ressent cette mre qui je suis prte faire tous les sacrifices qui pourraient lui devenir de quelqu'utilit1 aux seules conditions qu'elle n'exigera pas ceux qu'elle ne souhaite que pour me rendre des liens que je ne prendrais qu'avec horreur4 ,eh bien1 dit le comte1 cela pos1 je crois que ce qu'il nous reste de mieux faire1 est d'couter la suite des aventures de ,lonore1 et de l'engager plus que jamais ne nous rien dguiser4 ,chres et charmantes amies1 continua-t- il1 en s'adressant madame de ,blamont et son ,aline1 quand on a votre solidit1 votre vertu1 on peut tout entendre sans risques1 et quand on a votre sagesse et vos curs1 on plaint et pardonne la faute sans cesser d'aimer la coupable1 et ,lonore aussitt embrasse par sa mre et sa sur1 presse par elles et par toute la socit de continuer le fil de ses aventures1 en reprit le rcit dans les termes suivans3 ,quand nous arrivmes aux environs de ,dongola1 le conducteur de notre caravanne fut demander au roi la permission de traverser sa capitale1 on la lui accorda sur-le-champ1 et en vrit la faveur n'tait pas grande2 rien de plus affreux que cette ville1 des maisons dsertes ou mal bties1 des rues embarasses de monceaux de sables entrans par les lavanches1 et partout l'image de la dsolation2 un chteau assez mal fortifi se prsente au milieu de la ville2 il est dfendu par une garnison d'arabes pasteurs2 ,dom ,gaspard et moi1 ainsi que quelques ngocians ,hollandois de la caravanne1 emes l'honneur de manger chez le roi de ,dongola1 des tables spares1 mais aussi bien servies que la sienne4 ,le titre de domestique de ,dom ,gaspard n'avait dur qu'un jour1 ds que nous nous tions crus en sret1 cet ami m'avait fait passer pour le neveu d'un roi d',afrique1 qu'il ramenait son oncle1 et comme il m'avait appris le ,portugais1 je ne m'exprimais plus que dans cette langue4 ,quatre jours aprs notre dpart de ,dongola1 nous entrmes dans le royaume de ,sennar2 la crainte d'tre pills par les peuples qui sont au-dessus de ,korti le long du ,nil1 nous contraignit nous loigner des bords de ce fleuve1 et entrer dans le dsert de ,bihonda1 un peu moins agreste que ceux de la ,libie1 et o l'on voit au moins quelqu'arbres2 de l'autre ct du dsert nous trouvmes des habitans camps sous des tentes qui ne nous laissrent manquer de rien4 ,nous parvinmes enfin ,hargabi1 o se trouve avec profusion tout ce qui peut flatter les voyageurs2 cette abondance dlicieuse quand on vient de traverser des pays si incultes1 nous engagea quelque sjour dans cette contre4 ,ce fut en la quittant que nous voyagemes dans des forts charmantes d'acacias2 leur fraicheur1 la quantit de petits perroquets verts1 de gelinottes et d'autres oiseaux qui peuplent ces bois1 ne contribuent pas peu rendre dlicieuse la route qui les traverse2 au sortir de l1 nous marchmes dans des plaines trs-fertiles1 d'o nous dcouvrmes la ville de ,sennar4 ,cette capitale o vous trouverez bon que je vous arrte un instant1 cause de la fatale aventure qui nous y arriva1 contient environ trois cent mille ames2 mais elle est aussi sale que peu police2 le palais du roi construit de briques cuites au soleil1 est un amas confus de btiment qui n'a de remarquable que le dsordre et le mauvais got4 ,les appartemens garnis de tapis1 sont meubls la manire du ,levant2 quelques jardins les environnent2 tout est dsagrable dans ce climat brlant1 les chaleurs qui prennent de janvier en avril y sont incontenables1 les peuples de la religion mahomtane y sont fourbes1 mchans1 superstitieux1 dbauchs1 et l'on n'est pas plutt dans ce triste sjour1 que l'on dsire aussitt de le quitter4 ,le roi auquel nous fmes prsents1 est un homme d'environ cinquante ans1 d'un libertinage effrn et d'une cruaut inouie2 on ne peut l'aborder que pieds nuds2 ses traits ne s'aperoivent jamais2 perptuellement couverts d'un voile de gaze1 on dirait que cet imbcile craint d'blouir ses peuples1 quand il va de sa capitale une maison de campagne lui qui en est loigne de deux lieues1 il est prcd de quatre cents gardes cheval1 entour de deux cents valets1 chantant ses louanges1 dont douze le portent sur un palanquin1 et suivi de sept cents femmes nues1 portant sur leur tte des corbeilles remplies des diffrens mets qui doivent tre servis au repas de sa majest2 trois cent cavaliers ferment la marche1 et ce cortge forme une ligne d'une telle tendue1 que souvent la tte de la colonne est dj dans la maison de campagne que l'arrire garde n'a pas mme encore quitt la ville4 ,si le souverain s'en tenait ce faste1 ds que ses trsors lui permettent de le soutenir1 il ne donnerait aucune prise aux reproches des passagers2 mais son extrme cruaut les lui mrite absolument4 ,elle rvolte souvent ses sujets2 et comme il les craint1 l'exemple de tous les despotes1 ce n'est depuis quelque-tems que sur les caravannes1 qu'il fait tomber les traits de sa noirceur4 ,nous en tions prvenus1 mais notre maudite curiosit nous fit1 malgr tout cela1 tomber dans l'un des piges qu'il tend ordinairement aux voyageurs1 pour se procurer1 parmi eux1 des victimes ses sclratesses4 ,un des gots le plus vif de ce monstrueux prince1 un de ceux qui le chatouille le plus nergiquement1 est de faire empaler sous ses yeux1 tous les dlinquans qu'il peut surprendre en faute1 et cela sans distinction d'ge ni de sexe4 ,plac une fentre de son palais1 ouverte quinze ou vingt pieds du lieu o l'on excute1 le vilain homme au milieu de ses femmes jouit l tout son aise du cruel plaisir de voir souffrir des malheureux4 ,afin d'augmenter leur nombre1 il surcharge les voyageurs d'impts et de dfenses1 dont le dfaut de payemens ou l'infraction est toujours punie par le pal4 ,dans le nombre de ces dfenses1 celle qui nous fit succomber ,gaspard et moi et qui nous prcipita ainsi que quelqu'autre de nos compagnons dans le pril que je vais vous raconter1 est celle publie son de trompe1 toutes les fois qu'une caravanne passe dans ,sennar2 cette dfense consiste ne point approcher d'un petit pavillon situ une demi-lieue de cette ville1 dans lequel1 est dit-on1 renferm l'organe de ,mahomet2 mais en mme tems que le fourbe fait faire ces dfenses1 un nombre infini de satellites lui1 conversant avec tous les voyageurs1 ne cessent d'exciter leur curiosit sur cette merveille1 et ce qu'ils en racontent est si bisarre1 que pour peu qu'on soit n avec un peu d'imagination1 il est bien difficile de ne pas succomber2 quelques-uns de ces fripons offrent de vous conduire1 tous vous assurent que la dfense publie est chimrique1 que ft-on mme surpris1 il n'en rsulterait aucun danger2 on se laisse sduire1 on y va1 ds qu'on y est1 il y arrive ce que vous allez voir4 ,vivement pntrs que cette dfense n'tait que de forme1 chaudement excits aller admirer une des plus grandes merveilles du monde1 en ayant dj dans nous-mmes une violente envie1 ,gaspard1 trois femmes arabes1 deux turcs1 quatre ngocians ,hollandais ou ,portugais et moi1 tous voyageurs de la caravanne1 nous nous laissmes entraner1 et la pointe du jour le surlendemain de notre arrive ,sennar1 conduits par deux de ces fripons qui nous avaient suborn1 nous nous rendmes au pavillon de ,mahomet2 peine en fmes-nous trente pas1 qu'un gros de soldats arms de carabines dbusquant la hte d'un taillis voisin1 dans lequel ils taient plat-ventre1 nous entoure1 nous saisit avec la mme facilit qu'un chasseur s'empare du gibier qu'il vient de prendre en son lacet1 et nous ramne l'instant tous les onze au prince1 qui se met clater de rire1 voyant une si bonne capture1 en nous promettant que par ses soins nous ne languirons pas sur la terre2 il nous examine les uns aprs les autres1 et sans tre touch de la jeunesse1 de la beaut des trois femmes arabes1 qui se jettent ses pieds pour implorer sa grace1 il les condamne comme le reste1 en leur assurant qu'il aura le plus grand plaisir voir1 si elles supporteront les douleurs du supplice qui leur est prpar1 avec le mme courage que les hommes4 ,mon sexe n'tant pas dcouvert1 mon dguisement toujours le mme1 le roi continua comme il avait fait jusqu'lors de me prendre pour un garon4 4 4 4 ,gaspard voulut l'implorer pour moi1 lui rappeler les alliances avec un roi d',afrique1 qu'il m'avait suppose 7comme partout17 en arrivant dans cette cour1 l'attendrir en un mot sur mon sort1 en lui disant que j'tais d'un sang royal comme lui1 rien ne russit2 parle pour toi1 lui dit le barbare1 et ne t'inquite pas des autres4 ,cependant on nous donna un excellent dner1 au palais mme1 et l'on nous laissa tous ensemble dans la salle1 o l'on nous avait servi jusqu' l'heure du spectacle que le roi se prparait nos dpends4 ,je ne vous peins point ma situation1 vous comprenez aisment son horreur1 toutes mes ides se tournaient vers ,sainville4 --6 malheureux amant1 m'criai-je1 je ne te verrai donc plus1 ceci est bien pis que le poignard du cercueil de ,venise1 mourir la bonne heure1 4 4 4 mais mourir empale6 et mes larmes coulaient en abondance1 sans que la main du tendre et bon ,gaspard1 oubliant tous ses dangers pour moi1 cessa jamais de les essuyer4 ,le mme dsespoir rgnait dans notre petite troupe1 les hommes juraient et temptaient1 les femmes toujours plus douces1 mme dans leurs douleurs1 se contentaient de pleurer ou d'hurler1 et l'on n'entendait que des cris1 que des imprcations dans cette salle1 funeste2 mlodie bien flatteuse sans doute aux oreilles du bourreau qui nous sacrifiait1 puisque pour les entendre plus l'aise1 le cruel tait venu dner avec ses femmes dans une pice voisine de la ntre4 ,enfin1 elle arriva cette heure fatale1 o nous allions devenir la proie de la mort2 je ne l'entendis pas sans frissonner1 je me serrai contre ,gaspard1 il me semblait que celui qui allait pourtant prir comme moi1 devait encore me servir d'appui2 le prince fut se placer1 et l'il fix sur l'arne sanglante1 le monstre vit excuter d'abord les deux turcs1 ensuite les quatre europens et les trois femmes arabes2 il ne restait donc plus que ,gaspard et moi1 on vient me chercher la premire1 j'embrasse mon ami1 je meurs contente1 lui dis-je1 puisqu'on m'pargne au moins la douleur de vous voir prir mes yeux1 puis runissant mon courage et mes forces1 je m'lance au milieu du cercle2 l'excuteur me saisit4 --,oh6 madame1 dit ,lonore1 en frmissant de souvenir1 si j'ai cru voir la mort de prs1 j'ose bien dire que c'est dans cette terrible occasion4 ,pour l'accomplissement de cette crmonie -peu-prs comme pour celle o l'on chtie les enfans1 la portion de chair que l'on dcouvre1 est celle que la nature a place au bas de nos reins1 et cela1 pour que rien ne puisse mettre obstacle l'introduction du pieu dans la partie destine au supplice4 ,on dgarnit donc promptement1 aux yeux du monarque observateur1 ce qui gnait dans moi le local ncessaire l'action2 mais jugez ce que je devins1 quand j'entendis1 ds qu'on me vit nue1 des cris tumultueux retentir dans toute l'assemble1 et le bourreau lui-mme me repousser avec horreur4 ,trop mue de mon sort1 je n'avais pas pens la surprise que je devais naturellement causer en prsentant un derrire assez blanc sous un buste fort noir2 la frayeur avait t gnrale2 les uns m'avaient prise pour un dieu1 les autres pour un sorcier1 mais tous s'taient enfuis1 le roi seul un peu moins crdule1 ordonna qu'on me ramena l'instant ses yeux2 on fait venir ,gaspard1 les interprtes s'avancent et on me demande ce que signifie cet tat mixte dont la nature n'offrait aucun exemple2 il n'y eut plus moyen de feindre1 il fallait tout avouer2 le roi me fit dbarbouiller devant lui1 me fit prendre des habits l'usage de ses femmes1 et m'ayant malheureusement trouve de son got sous cette mtamorphose1 il me dclara qu'il fallait m'apprter recevoir1 ds la mme nuit1 l'honneur de servir ses plaisirs4 --,funeste arrt1 me dis-je1 diffrence bien lgre entre le supplice qui m'attend et celui o j'chappe4 -- ,sainville6 4 4 4 ,sainville1 ne m'aimerais-tu pas mieux empale4 ,en considration des plaisirs que le roi de ,sennar se promettait avec moi1 il accorda la vie au jeune ,portugais1 mais on nous spara aussitt1 il fut plac parmi les esclaves1 et moi relgue dans une petite chambre attenant au harem4 ,une meute affreuse survint heureusement pour moi le mme soir1 elle tait occasionne par nos compagnons de voyage2 furieux de ce qui venait de nous arriver1 ils nous vengeaient1 et le tumulte devenait si pressant dans la ville1 que le roi avait t oblig de marcher en personne la tte de ses troupes1 pour en arrter le dsordre2 il rentra fort tard1 et se trouvant harass2 il se retira seul dans son appartement1 en me faisant dire que je ne jouirais que le lendemain des graces qu'il lui plaisait de m'accorder4 ,cette nouvelle me calma1 c'est un trsor que le tems pour un malheureux1 celui qu'on lui donne quelque court qu'il soit1 lui parat toujours suffisant se dgager des fers qui lui sont prpars1 et son ame s'panouit en proportion des heureux dlais qu'il obtient4 ,la nuit tait dj trs-avance2 anantie sur mon balcon1 je me livrais mille projets plus singuliers les uns que les autres1 pour tacher de me soustraire aux nouveaux maux dont j'tais menace2 encourage par mon heureuse toile1 je ne doutais pas que le sort ne m'offrit incessamment les moyens de fuir1 lorsque tout--coup j'entendis prononcer mon nom2 qui m'appelle1 dis-je8 qui peut donc s'occuper encore de la plus malheureuse des femmes8 ,le meilleur ami qu'elle ait au monde1 me rpondit-on1 l'infortun ,gaspard qui vient pour la sauver4 --,gaspard6 ,dieu1 qu'entends-je4 -- ,lonore6 laissez-vous glisser1 peu de hauteur1 nous spare1 je le vois1 hasardez tout et n'ayez nulle crainte1 un des gardes du tyran gagn par mes largesses1 est l qui nous attend1 il s'chappe avec nous2 fuyons3 la caravanne partie tout de suite aprs l'meute1 n'est pas deux mille d'ici1 nous la rejoindrons aisment2 pressons-nous1 le beaume qui coule sur des playes brlantes1 la rose qui rafrachit le calice des fleurs dsseches par le vent du ,midi1 produisent des effets moins doux1 que ces paroles ne firent sur mon cur1 je ne perdis pas une minute1 et sans mesurer des yeux la hauteur1 je me prcipite dans les bras que me tend ,gaspard4 ,son guide et lui m'emportent l'instant1 et en moins de trois quarts d'heure d'une marche force1 nous rejoignent nos camarades1 un peu surpris de mon changement d'tat1 mais dont nous ne fmes pas moins reus avec des transports inexprimables de joie4 ,tous les hommes deviennent frres quand le pril les rassemble2 le gnreux soldat qui nous sauve1 est rcompens de nouveau1 j'embrasse mille et mille fois ,gaspard1 les paroles manquent aux sentimens de ma reconnaissance1 notre ngre et nos effets se retrouvent dans le plus grand ordre1 et notre route se poursuit4 ,ah6 je respire1 dit le comte1 vous m'avez fait une frayeur 4 4 4 moi qui connais si peu ce sentiment-l2 il n'appartient1 je crois1 qu' l'intrt que vous inspirez de le faire natre dans mon ame2 voil peut-tre la premire fois de la vie qu'une jolie femme se sauve par de tels moyens2 il en est mille qui se seraient perdues pour avoir montr ce que vous ftes voir4 --,en vrit1 comte1 dit la prsidente4 --,mais madame laissez-moi rire l'aise1 d'une aventure qui n'a point d'exemple1 je vous assure que cette partie blanche en contraste avec un mufle noir devait produire un des plus plaisants effets4 --,continuez1 continuez ma fille1 car ce maudit comte est insupportable4 ,en sortant de ,sennar1 reprit ,lonore1 nous gagnmes ,bakas1 petit village sur le bord du ,nil1 que nous trouvmes sec en cet endroit4 ,de-l1 nous parvinmes ,gisim1 endroit plus considrable1 mais situ dans la mme position1 relativement au fleuve1 et cependant au milieu d'une fort o nous vmes des arbres que dix hommes n'embrasseraient pas2 une de ces monstrueuses productions de la nature1 mine de vieillesse1 formait l'intrieur une chambre o se serait tenu cinquante personnes l'aise4 ,ce fut l o nous fmes obligs de quitter nos chameaux cause des montagnes qui nous restaient traverser2 entirement remplies d'herbes qui les empoisonnent ds qu'ils en mangent4 ,nous traversmes en sortant de ,gisim1 des forts superbes de tamarins toujours verts1 portant une espce de prune dont le got n'est point dsagrable2 ces forts o jamais le soleil ne pntre cause de leur paisseur1 sont d'un frais souvent funeste aux passagers2 mais la bont de mon temprament1 et la vigueur de mon ge1 me garantirent de tous ces maux1 et sans les cruelles inquitudes de mon esprit1 cette route toute dangereuse qu'elle est1 ne m'eut offert que de l'agrment2 nous arrivmes de-l1 ,serk1 petite ville au milieu des montagnes1 situe dans un joli valon1 rafrachie d'un petit ruisseau qui spare l'thiopie du royaume de ,sennar2 partout dans cette nouvelle contre1 nous trouvmes la plus belle et la plus brillante agriculture3 le cotton1 les cannes de bambous1 les beniers et une multitude de plantes aromatiques1 varient agrablement les richesses du sol2 mais la multitude de lions que l'on entend mugir autour de soi distrait un peu du plaisir que l'on trouve traverser ce beau pays4 ,on est oblig d'allumer de grands feux pour carter ces animaux dont la socit sans ces prcautions pourrait bien n'tre pas trs-douce4 ,quelques jours ensuite1 nous passmes plusieurs rivires fort dangreuses1 et peu aprs nous traversmes une plaine ombrage de grenadiers1 dont nous dvormes les fruits4 ,l1 nos bagages1 sous la garde des diffrents seigneurs de terre o nous passions1 taient ports par leurs vassaux1 de territoires en territoires1 ce qui dura tout le tems que nous fmes en thiopie4 ,quoique nous ne pntrmes pas jusque dans la capitale de cet empire1 j'en vis assez1 pour pouvoir vous parler en peu de mots d'un pays qu'on frquente trop peu et qui par-tout1 offre l'il du philosophe et du naturaliste1 une foule d'objets intressants4 ,il n'est sans doute aucune province en ,europe plus artistement cultive1 le ,cardamomum et le ,gingembre en donnant ces plaines un aspect flatteur1 parseme l'air1 d'atomes les plus odoriffrans2 agrablement coupes1 par de vastes rivires bordes de lis1 de jonquilles1 de tulipes et de violettes2 on se croit dans le paradis terrestre1 on ne s'tonne plus en voyant ce climat que quelques imaginations ardentes ayent plac ce lieu de dlices dont notre premier pre eut la mal-adresse de se faire chasser pour une pomme1 fruit qu'on n'y aperoit pourtant nulle part4 ,les forts plus dlicieuses encore que les plaines1 sont remplies d'orangers1 de citroniers1 de grenadiers et de plusieurs autres arbres toujours couverts de fleurs1 parmi lesquels on en voit qui portent des roses1 d'une odeur bien plus forte et bien plus dlicate que les notres4 ,les peuples de cette contre qu'on a long-tems confondues avec ceux de la ,nubie leurs voisins1 en diffrent pourtant beaucoup par la figure2 ceux-ci sont d'un brun tirant un peu sur l'olive1 leur taille est haute et majestueuse1 leurs traits agrables1 ils ont presque tous les yeux beaux2 le nez bien pris1 les lvres minces1 et les dents trs-blanches1 au lieu que ceux que nous quittions sont fort noirs et n'ont absolument d'autres traits que ceux des ngres que vous connaissez4 ,les thiopiens suivent la religion ,copte1 sorte de culte mlang du ,catholicisme et du ,grec4 ,ils sont trs-dvots1 grands adorateurs de saints profondment pntrs de la possibilit des miracles1 et sur-tout de celui de la transubstantiation1 quoiqu'ils ayent aussi parmi eux des gens assez raisonnables pour rejeter un dogme1 o la foi1 le plus trompeur des guides est si ncessaire pour soumettre la raison rvolte4 ,eh6 comment pouvoir admettre1 disait un de ces philosophes ,gaspard1 assez heureux pour s'entretenir devant moi quelques instans avec lui en langue latine1 comment supposer un dogme aussi impossible que celui de la transubstantiation8 ,n'est-ce donc pas s'aveugler plaisir que de prfrer au sens rel des paroles de ,jsus-,christ1 un inexplicable mystre qui ne peut se supposer qu'en contrariant toutes les lumires de la raison8 ,est-il vraisemblable qu'un tre bon voulut ce point abuser de la crdulit des hommes8 ,n'est-ce pas une chose galement absurde et dgotante que d'imaginer qu'un dieu nous ordonne de manger sa chair2 n'est-ce pas une chose ridicule et atroce que d'oser croire qu'un homme1 fut-ce mme un saint1 puisse avoir la facult d'voquer son dieu par des paroles1 et de le faire descendre son gr dans des lmens corruptibles et dissolubles8 ,ou ce ,dieu descend dans l'hostie corporellement ou il s'y transporte en esprit1 s'il y descend corporellement1 comment n'emplifie-t-il pas par la matire8 ,et comment cette hostie n'est-elle pas d'un volume diffrent aprs l'incorporation qu'avant8 ,s'il n'y descend qu'en esprit1 comment cette essence divine peut-elle s'introduire dans des portions de matires1 sans les vivifier8 ,ou il faut que l'hostie grossisse aprs l'incorporation1 si elle s'est faite charnellement1 ou il faut qu'elle s'anime si la jonction n'est que spirituelle1 car la mtamorphose totale est absolument impossible2 un changement quelconque ne peut s'oprer idalement1 toute mutation suppose une cessation des parties visibles du premier corps1 et une prompte jonction des lmens du second corps dans les parties dcomposes du premier1 procd qui ne peut s'oprer que par le choc des atmes des premiers lmens sur les atomes des seconds2 mais l'opration doit tre apperue1 elle n'est sans cela qu'illusoire et dans le cas d'tre rejette de tous les bons esprits4 ,ce n'est donc que comme incorporation que nous pouvons concevoir l'eucharistie4 ,or1 vous venez de voir que cette incorporation est impossible4 ,inutilement direz-vous que rien n'est tel dieu4 ,ce raisonnement est faux1 invinciblement enchan lui-mme par ses premiers actes1 il ne peut plus faire aujourd'hui que les effets de ses crations1 ayent des qualits diffrentes de celles qui leur imprima d'abord2 il lui est par exemple impossible de changer la nature des lmens1 il ne peut leur ter leur proprit2 celui qui a recours au miracle pour expliquer ce qu'il ne conoit pas1 est un sot qu'on doit plaindre et ne jamais couter4 ,un miracle est1 selon lui1 un effet de la toute-puissance de dieu qui droge cet gard aux loix gnrales qu'il a tablies4 --,peut-on prter de pareils sentimens l'tre-,suprme8 ,s'il a besoin de droger ses premires oprations pour se faire croire par l'homme1 il convient donc que ce qu'il avait fait avant1 n'avait pas assez de puissance pour mriter notre foi8 il avoue donc qu'il a mal fait d'abord1 et qu'il faut maintenant qu'il fasse mieux1 4 4 4 premire absurdit2 mais qui vous persuade d'ailleurs que dieu raisonne ainsi8 ,qui vous prouve dans lui cette action de droger que vous nommez miracle8 ,quelque puisse tre votre mauvaise volont l'gard de ce dieu si maltrait de vous1 comment pouvez-vous croire qu'il se conduise comme vous le faites agir8 ,connaissez-vous toutes les loix de ,dieu1 pour oser soutenir votre systme8 et le plus tonnant des phnomnes1 s'offrit-il mme vous1 qui vous assure que ce qui vous surprend n'est pas une des loix de dieu que vous avez ignor jusqu'alors8 et si c'en est une1 de quel droit osez-vous l'appeler miracle8 moins qu'on ne me persuade qu'il est impossible que le phnomne qui me frappe1 puisse dpendre des loix gnrales de la nature2 on ne pourra jamais me convaincre que ce phnomne puisse tre un miracle4 ,il ne peut y avoir de miracles que dans l'vnement qui contrarie les loix de la nature2 or1 quel est-il1 et quel peut-il tre cet vnement8 ,est-ce nous le dcider8 nous qui ne sommes pas encore parvenus dvoiler le quart des mystres de cette nature incomprhensible4 4 4 4 supposer donc qu'il s'oprt ce changement dont il s'agit 4 4 4 2 qu'il s'oprt d'une manire visible1 sous les paroles magiques du prtre1 ignorant si cette mutation n'est pas et ne peut pas tre une des loix de la nature2 je pourrais encore mme en la voyant ne pas la supposer un miracle2 je pourrais en la reconnaissant1 n'en rien conclure en faveur de la cause1 mais que sera-ce quand je ne vois rien de cette mtamorphose8 ,quand elle ne s'opre que parce que vous me le dites1 sans que rien puisse m'en convaincre1 que sera-ce quand je verrai ce que vous m'affirmez1 contrari par des accidens impossibles supposer si le miracle avait lieu8 ,quand je verrai cette farine sacre1 identifie avec le corps d'un dieu1 se fltrir1 se putrfier1 se laisser dvorer aux vers1 se brler1 se dissoudre1 se digrer1 se rsoudre en chile et en excrmens1 se profaner enfin sans le plus lger risque1 puis-je raisonnablement admettre que ce qui contient un dieu1 que ce qui est un dieu lui-mme puisse tre soumis des effets si humilians8 et ne vaut-il pas mille fois mieux que je rejette ce que vous me dites sur cela1 que de l'admettre avec des contradictions d'une telle force1 que ma raison s'en rvolte1 que mon cur y rpugne1 et que votre dieu mme s'y dgrade4 ,un mystre doit1 dites-vous1 confondre la raison1 il faut qu'elle plie devant l'incomprhensibilit du mystre1 et qu'elle s'y soumette2 mots vuides de sens que tout cela1 ma raison me vient de ,dieu1 c'est le seul flambeau qu'il m'ait donn pour me conduire et pour le connatre1 il est absolument impossible qu'il exige de moi l'adoption de choses qui contrarient ouvertement cette raison2 s'il et voulu que je les crusse1 ne m'et-il pas donn une raison faite pour les adopter2 cela tait bien plus simple que de me forcer d'admettre ces choses aux dpens de la sorte de bon sens que j'ai reue de lui2 pourquoi voulez-vous qu'entre deux moyens ,dieu n'ait pas choisi le meilleur8 ,il semble que vous preniez tche de me peindre ce ,dieu1 hassable1 moi qui ne cherche qu' l'adorer2 et d'ailleurs1 vous en croyez vous le mrite de ce mystre incomprhensible8 ,dtrompez-vous sur cette opinion1 plusieurs sicles avant ,jsus-,christ1 ,confucius l'avait introduit dans ses dogmes1 les chinois et les mexicains qui descendent d'eux1 croyent comme vous que des paroles mystrieuses font incorporer l'esprit saint du pain et du vin consacrs1 on enseignait ces fables dgotantes aux coles gyptiennes1 o s'admettaient toutes les mtamorphoses et toutes les mtempsycoses possibles1 et ce fut l o ,confucius1 ,pithagore et ,jesus-,christ qui y tudirent en des temps diffrens prirent1 sur ces points de doctrine1 les ides dont ils composrent leurs systmes4 ,mais celui de votre religion1 relatif l'eucharistie1 s'explique plus facilement que toutes les autres opinions des grands hommes dont nous venons de parler1 et c'est1 poursuivit notre philosophe thiopien1 une rflexion chappe vos dstes1 dont les ntres m'attribuent ici le mrite4 coutez-la1 et revenez de vos chimres4 ,tout est purement symbolique ici comme dans tout ce que profrait ,jsus1 et quand il dit ses aptres1 quelque temps avant sa mort3 mangez1 ceci est mon corps2 buvez1 ceci est mon sang2 il voulait dire3 ,le repas que vous faites est des deniers que ,judas a retirs de la vente de mon corps4 --,c'est mon corps que vous allez manger1 c'est mon sang que vous allez boire4 tudiez bien toutes les autres paroles de ce prophte2 cherchez pntrer leur sens1 vous reconnatrez dans toutes1 ce mme ton de figure1 positivement ce mme genre symbolique1 et c'est sous cet unique sens qu'il est quelquefois admirable2 mais prendre ses discours la lettre1 est1 non seulement en perdre tout le fruit1 c'est s'exposer mme1 comme dans ce cas-ci1 tomber dans d'excrables idoltries1 et commettre des impits rvoltantes2 renonons donc des erreurs aussi dangreuses2 adjurons jamais le systme effrayant de la transubstantiation1 et n'imaginons pas tre athe1 pour oser nous crier du fond du cur avec le capharnate3 ,quomod potest hic nobis dare carnem suam4 ,ainsi raisonnait le philosophe ngre1 et ,gaspard enchant me disait avec enthousiasme3 je n'aurais jamais cru que tant de lumires pussent pntrer au sein de l',afrique4 ,on a beau propager l'erreur1 on a beau la porter au bout du monde1 on a beau la faire circuler1 elle trouvera toujours des ennemis2 elle rencontrera toujours des bornes par tout o la raison humaine aura libert de se faire entendre2 et j'approuvais dom ,gaspard1 et le philosophe noir1 parce que je pensais bien intimement comme tous deux4 ,on admet l'criture sainte en thiopie1 et ces peuples font usage des mmes sacremens que les catholiques2 mais ils communient sous les deux espces1 et consacrent absolument l'usage grec4 ,leur confession est beaucoup plus simple que la ntre1 peut-tre mme plus difiante1 ils s'avouent pcheurs1 et se prosternent aux pieds de leurs prtres1 implorent de lui l'absolution et la pnitence1 mais n'entrent dans aucun de ces dtails aussi humilians pour celui qui les fait1 que dangereux pour celui qui les coute1 et qu'inutiles ce que ,dieu peut exiger des pcheurs4 ,leurs glises sont belles et propres1 ils y sont contenus dans les bornes du plus grand respect2 on voit dans ces temples quelques peintures1 mais ils n'y admettent aucune image en relief1 ils ne les peuvent souffrir1 et les regardent avec raison comme des preuves sans replique1 du plus absurde paganisme4 ,leur chant de chur1 agrablement ml au son des instrumens1 est juste et agrable quoiqu'ils n'ayent point de livres nots2 ils usent comme les juifs et les turcs de la circoncision1 mais ils n'y attachent d'autre ide que celle d'imiter le ,dieu qu'ils rvrent et qui s'y est soumis comme eux4 ,ds que nous fmes en thiopie1 dom ,gaspard voulut me faire voir les fameuses sources du ,nil dont nous nous trouvions assez prs3 une petite troupe de la caravane se joignit nous pour aller admirer cette merveille de la nature4 ,du sommet d'une montagne fort leve1 situe au nombre de celles que l'on appelle les ,monts de la lune1 sortent avec un bruit pouvantable deux grosses sources d'eau1 l'une l',orient1 l'autre l',occident4 ,ces sources forment deux ruisseaux qui se prcipitent avec une imptuosit surprenante1 dans un sol marcageux couvert de cannes et de joncs1 l elles se perdent et ne reparaissent plus qu' douze lieues de la montagne o elles forment en se runissant le fleuve du ,nil1 qu'augmentent dans sa course une infinit d'autres rivires4 ,non loin de-l1 ce fleuve offre une assez grande singularit1 ses eaux majestueuses passent au travers d'un lac fort considrable sans qu'il en rsulte aucun mlange #c4 ,c'est au milieu des eaux de ce lac que l'empereur d'thiopie possde un palais superbe1 mais que nous n'emes pas le temps d'aller voir4 ,nous apperumes dans notre incursion cet animal extraordinaire1 -peu-prs de la grosseur d'un chat1 qui a le visage d'un homme1 une trs-belle barbe blanche1 et une voix semblable celle d'une personne qui se plaint2 il se tient communment sur des arbres1 et ne s'apprivoise que trs-difficillement2 dou du mme amour pour la libert que l'homme2 il dprit et meurt ds qu'on l'enchane4 ,presque toutes les villes de l'thiopie se ressemblent1 elles sont toutes basses1 ornes de terrasses au-dessus1 et spares les unes des autres par des haies couvertes de fleurs et de fruits1 entremles d'arbres plants des distances rgulires4 ,j'aurais bien desir de parcourir ces provinces1 mais pour excuter ce projet il eut fallu suivre la partie de notre caravane qui achevait la route dans le milieu des terres1 et qui descendait au ,monomotapa1 par le royaume de ,monomugi1 en traversant les affreux dserts des ,caffres4 ,dom ,gaspard ne voulut pas m'exposer aux terribles dangers de cette route1 et comme la caravane se sparait ici1 nous suivmes la portion de nos voyageurs1 compose d'hollandais et de portugais1 qui prit la rsolution de gagner les bords du fleuve ,zb1 et de s'y embarquer pour le descendre jusqu' ,monbaca1 sur la cte du ,zamguebar o nous devions trouver un comptoir portugais2 cette manire plus commode de voyager1 offrant beaucoup moins d'vnemens1 vous permettrez que je vous transporte tout de suite ,monbaca o dom ,gaspard me prsenta ses compatriotes comme une jeune franaise que des malheurs sans nombre avaient fait tomber dans ses mains1 et qu'il s'tait engag de ramener en ,europe ds que les affaires qu'il avait au ,monomotapa seraient finies4 ,la noblesse du procd de dom ,gaspard qui ne voulut jamais prendre avec moi d'autre titre que celui d'ami1 ni me prsenter jamais aux europens qu'il rencontrait1 que comme il venait de le faire2 cette gnrosit1 dis-je1 joint tout ce qu'il avait dj fait pour moi1 me toucha jusqu'aux larmes2 plut au ciel que j'eusse toujours trouv dans sa nation des gens aussi honntes que lui1 je n'aurais pas t expose tous les malheurs qui me restent encore vous peindre4 ,nous sjournmes peu dans le premier comptoir portugais2 les affaires de dom ,gaspard1 et plus que tout l'empressement qu'il avait de s'acquitter envers moi en me remettant1 le plus vte possible1 en ,europe1 ne lui permirent pas de s'arrter ,monbaca2 quoique toute cette cte soit garnie d'tablissemens portugais1 et qu'il nous fut devenu facile de toucher la destination de dom ,gaspard1 en descendant de l'un l'autre2 il trouva plus simple de profiter d'un vaisseau hollandais qui faisait route vers le ,cap1 et qui serrant la cte1 nous relcha aux bouches du ,guama o de petites barques portugaises qu'on y trouve toujours1 nous amenrent en peu de tems au fort de ,sna1 premier comptoir de cette nation sur les frontires du ,monomotapa4 ,mon ami y conclud quelques affaires dont il tait charg par le consul d',alexandrie1 et nous en partmes promptement1 pour nous rendre au fort de ,tt o tait notre destination1 en attendant la possibilit de regagner l',europe4 ,cet tablissement tait compos d'un chef1 homme d'environ quarante-cinq ans1 de quatre commis1 et d'une garnison de soixante ,portugais ou multres1 commands par trois officiers4 ,dom ,lopes de ,riveiras1 c'tait le nom de ce chef1 avait avec lui1 pour matresse1 une trs-jolie ,espagnole de vingt-trois ou vingt-quatre ans1 que l'on nommait ,clmentine1 fille d'esprit1 parlant deux ou trois langues1 instruite1 ayant beaucoup lue1 bonne musicienne1 d'une vivacit prodigieuse1 d'un caractre agrable et enjou1 mais sans religion1 sans principes1 quoique ses murs ne fussent pas encore entirement corrompues4 ,comme vous allez me voir vivre quelque tems avec cette nouvelle amie1 vous me permettrez de vous la peindre avec un peu de dtails4 ,clmentine tait de ,madrid1 ne dans la classe des courtisanes1 elle n'en avait pourtant jamais exerc le mtier4 ,sa mre1 autrefois trs-clbre par ses amans1 ses friponneries et ses charmes1 il tait difficile que sa jeune lve pt avoir une morale bien pure2 et quoique celle-ci n'et jamais eu dans sa vie que deux amans1 le ,duc de ,medina-,celi1 qui l'avait achet de sa mre1 et l'avait entretenu secrettement dans son palais1 depuis l'ge de douze ans1 jusqu' celui de dix-sept2 l'autre1 ,dom-,lope de ,riveiras1 qui l'avait emmen en ,afrique1 la sollicitation du ,duc1 dont il tait protg1 quoique la belle ,clmentine1 dis-je1 n'et jamais connu que ces deux hommes1 elle avait une sorte de libertinage dans l'esprit qui rendait sa socit dangereuse pour une femme de mon ge2 et comme elle joignait cela1 du liant1 de l'esprit1 de la complaisance et beaucoup de sduction2 il tait1 on ne peut pas plus facile1 que la dpravation de sa tte1 pt s'tendre ce qui l'entourait4 ,le mot de vertu n'offrait aucune ide l'imagination de cette fille singulire1 celui d'amour n'en donnait que de chimrique4 ,ce sentiment1 prtendait- elle1 n'existait plus que dans les vieux romans2 une femme devait en donner et n'en jamais prendre4 ,attachant un peu plus de prix l'amiti2 mais ne la supposant possible qu'entre sexes gaux1 elle avouait qu'on pouvait accorder son cur une amie1 quand la ressemblance des gots et des caractres tait absolument parfaite1 et qu'il n'existait aucune rivalit4 ,d'ailleurs1 tous liens1 tous devoirs taient nuls aux yeux de ,clmentine2 la bont1 selon elle1 n'tait qu'une duperie1 la sensibilit qu'une faiblesse dont il fallait se garantir2 la modestie une erreur qui n'allait jamais qu'au dtriment des charmes d'une jolie personne2 la franchise une imbcillit dont on tait toujours la dupe2 l'humilit une btise2 la temprance une privation qui glaait les plus beaux ans de la vie1 et la religion une momerie dont il ne fallait que rire4 ,cette chre compagne1 telle que la voil peinte au moral1 avait de plus un physique trs-voluptueux2 elle tait grande et dessine comme ,vnus2 la peau d'une blancheur blouissante1 quoique ses cheveux et ses yeux fussent du plus beau noir2 il rgnait dans ses yeux fripons que j'esquisse1 une langueur qui semblait veiller l'amour1 et l'exciter dans tous les sexes2 ses regards d'une incroyable expression1 parlaient mme sans le vouloir2 et vous adressa-t-elle les choses les plus simples1 elles avaient toujours l'air du sentiment4 ,quand elle le voulait1 elle avait une manire de les ouvrir demi1 et d'adoucir leur vivacit1 qui ne rendait plus qu'intressant et doux1 ce qu'elle avait dessein de leur laisser dire2 mais la volupt ou la jouissance les animaient-ils1 on ne pouvait en soutenir le feu2 elle avait le nez fin1 dlicat et serr1 les lvres vermeilles et minces1 la bouche petite et les plus belles dents qu'on pt voir4 ,avec une taille svelte et trs-peu d'embonpoint1 toutes ses masses taient nanmoins fortement prononces2 sa gorge ronde et mme un peu pleine1 ainsi que ses hanches1 ses bras1 ses jambes1 et par-dessus tout cela1 un air de fracheur1 de sant qui la faisait desirer de tous les hommes4 4 4 4 ,malgr tant de graces 4 4 4 ,vous me pardonnerez ce petit mouvement d'orgueil2 par-tout o nous avons parus ensemble1 mes succs ont t bien plus srs2 il est vrai que j'avais sept ans de moins1 et une sorte de candeur et d'innocence dans les traits1 qu'aucune cause n'avait pu dtruire dans moi comme dans elle4 4 4 4 ,on a beau traiter ce-ci de chimre1 les sentimens de notre ame influent singulirement sur le caractre de nos traits2 l'habitude o nous sommes de leur faire prendre les diffrens mouvemens des passions qui nous agitent1 fait qu'il est difficile qu'ils ne gardent pas1 de prfrence1 le ton donn par la passion favorite1 et beaut gale2 la pudeur imprimera toujours sur eux une sorte d'intrt et de majest qu'on ne dmlera point dans une femme immodeste1 ddaignant les graces naves1 dont la vertu fait adoucir l'clat de la beaut4 ,une vieille femme servait de dugne ,clmentine2 une plus jeune tait sa femme de chambre1 et ,dom ,lopes la faisait d'ailleurs servir par ses gens4 ,dom ,gaspard m'avait prsent dans cette nouvelle socit1 comme il avait fait par-tout2 mais ne se trouvant ici qu'en qualit de subalterne1 on mesurait malheureusement la mdiocrit de ce grade1 les politesses que nous recevions2 et comme on doutait un peu de la manire vertueuse dont nous vivions1 mon ami et moi1 on ne tarda pas de nous en plaisanter4 ,six semaines dtromprent pourtant les esprits1 et je fus assez heureuse pour les ramener tous une manire plus honnte de penser sur notre compte3 le respect remplaa la calomnie3 on se dfit des prjugs2 on nous rendit justice1 et nous acqumes bientt1 ,dom ,gaspard et moi1 par cette conduite1 la considration de nos chefs4 ,mon jeune ami me tmoignait chaque jour combien il tait dsol que ses affaires missent obstacle l'empressement qu'il avait de me tenir parole1 et m'assurait en mme-tems que l'anne ne se finirait pas sans qu'il obtint la permission de repasser dans sa patrie4 ,cependant je recevais beaucoup d'amiti de ,clmentine1 et je lui rendais de bon cur le sentiment qu'elle me montrait4 ,le premier effet de sa confiance fut de m'avouer qu'elle n'aimait nullement ,riveiras1 et qu'elle ne desirait1 pas moins que moi1 de retourner en ,europe2 mais que bien plus infortune1 sans doute1 elle n'en avait pas le mme espoir4 ,je crois pourtant1 m'ajouta- t-elle1 que ,dom ,lopes se refroidit2 comme je ne l'ai jamais aim1 je le dmle mieux3 il faut tre froide avec les hommes pour les connatre2 et il est bien plus important pour nous de les savoir1 que de les aimer4 ,je voudrais bien tre sre de l'indiffrence de ,dom ,lopes2 ce qui affligerait une autre1 me comblerait de joie2 une fois que je lui dplairais1 il ne s'opposerait plus mon retour2 mais de crainte d'tre abandonne tout-- fait1 je dois mnager les moyens que j'ai d'anantir sa flamme2 et mon rle est d'autant plus difficile1 qu'il faut que j'aie l'air de l'aimer encore1 en le contraignant me har4 ,les choses taient en cet tat1 lorsqu'un vnement terrible vint me plonger moi-mme dans le plus grand chagrin que j'eusse encore ressenti depuis le fatal instant qui m'avait spar de ,sainville4 ,dom ,gaspard tomba malade2 une fivre ardente s'empara de son sang1 et il expira le quatrime jour dans mes bras1 toujours occup de moi1 ne s'inquitant jamais que de mon sort1 prsageant les malheurs o m'allait entraner sa perte1 et ne regrettant la vie que par le dsespoir de ne plus pouvoir m'tre utile4 ,quelle situation6 4 4 4 ,au fond de l',afrique1 plus de deux mille lieues de ma patrie1 au milieu de gens peine connus1 sans ressource1 ne sachant que devenir1 seulement taye d'une nouvelle amie dont je connaissais dj le peu de sensibilit 4 4 4 juste ciel6 quel tat6 je n'avais pas besoin de ce surcrot de douleur pour pleurer amrement dom ,gaspard2 l'honntet que j'avais reconnue dans ce jeune homme1 la puret de ses sentimens1 ses attentions soutenues lui avaient trop bien mrit mon estime1 pour que mes larmes ne fussent pas sincres1 ses dernires paroles furent des recommandations et des prires instantes dom ,lopes de l'acquitter de sa promesse1 et ne pouvant plus se contraindre en ce fatal instant1 le malheureux jeune homme expira1 en jurant qu'il n'avait jamais ador que moi4 ,sainville1 interrompit ici le comte de ,beaul1 aprs une liaison comme celle l1 il ne fallait rien moins1 ce me semble1 que l'examen fait chez ben ,maacoro1 pour vous rassurer3 monsieur le comte1 rpondit ,sainville1 du mme ton de plaisanterie1 cette preuve de plus de la sagesse d',elonore tait inutile qui connaissait son cur1 l'amour dlicat et sensible n'est point jaloux des droits de l'amiti4 4 4 4 ,en vrit1 comte1 dit madame de ,senneval1 nous vous faisons grace de vos rflexions1 car elles sont d'une indcence4 --,je le savais4 4 4 4 ,indcent quand on vous souponne1 mesdames1 comme si malheureusement pour vous on n'en avait pas sujet tout instant3 ,je rponds d',elonore1 dit madame de ,blamont1 je parie qu'elle n'est pas mme coupable d'une seule pense envers dom ,gaspard4 ,oh6 pour des penses1 dit le comte1 c'est ce dont les femmes ne s'accusent jamais2 ne parlons pas des penses1 je vous prie1 il n'y aurait pas au monde une seule femme de chaste1 si leurs penses se mettaient au jour4 ,je serais donc cette femme unique1 reprit l'pouse de ,sainville1 car je proteste que depuis que j'existe1 mon esprit toujours dirig par mon cur1 n'a pas conu une seule ide qui n'ait eu mon mari pour objet4 ,allons1 continuez donc1 belle ,lonore1 dit le comte1 vous tes faite pour les singularits1 c'est l'histoire du sang1 n'est-ce pas1 ma chre prsidente4 ,madame de ,blamont baissa ses deux grands yeux1 elle rougit1 et notre belle aventurire profitant du silence qu'on faisait de nouveau pour l'entendre1 continua de la manire suivante3 ,on s'occupait vivement au fort de ,tt1 quand dom ,gaspard mourut1 de la runion de cette colonie avec celle de ,benguele1 par le milieu des terres et d'un tablissement dans le royaume de ,butua4 ,le cabinet de ,lisbonne1 toujours rempli de ce plan1 donn par le comte de ,souza1 ne cessait d'exciter ces deux colonies se joindre1 et dom ,lopes qui avait acquis du caractre de ,ben-,maacoro1 souverain de cette partie du centre de l',affrique1 toutes les connaissances ncessaires pour y russir1 songeait srieusement entamer la ngociation1 lorsque huit jours aprs la perte que je venais de faire1 et comme je rflchissais aux moyens de repasser en ,europe1 dom ,lopes nous fit entrer1 ,clmentine et moi1 dans son cabinet2 l1 toutes les portes soigneusement refermes1 nous ayant dit de l'couter avec la plus grande attention1 il nous tint -peu-prs ce discours4 ,clmentine1 dit-il en s'adressant sa matresse1 il m'est impossible de ne pas reconnatre le but de vos desirs2 vos sentimens pour moi sont anantis1 et vous n'aspirez plus qu' retourner en ,portugal1 ne cherchez point m'abuser1 continua-t-il vivement1 vous tes sduisante1 vous tes artificieuse1 et vous me tromperiez peut-tre encore si je ne m'tais pas dgag le premier4 4 4 4 ,quant vous1 mademoiselle1 poursuivit-il en me regardant1 rien de plus naturel que vos desirs sur le mme objet4 ,aucun lien ne vous attache nous1 vous retourniez dans votre patrie1 vous devez donc tre dans les mmes intentions2 cependant quelque lgitime que puissent tre vos volonts sur cela1 leur accomplissement depend de moi1 je puis ou permettre ce dpart ou le rompre suivant que ma fantaisie ou les affaires de ma cour devront ou non s'y opposer2 mais l'amour n'y sera pour rien1 je vous le dclare2 ,clmentine1 je renonce aux sentimens que j'ai eus pour vous1 et vous1 mademoiselle1 je n'en conus jamais pour vos charmes4 ,excutez toutes deux le projet hardi que je vais vous confier1 une fois rempli1 un vaisseau vous attend1 des fonds sont prts1 et sous trois mois vous tes ,lisbonne4 -- ciel6 monsieur1 que faut-il faire1 m'criai-je avec vivacit1 dites1 dites1 je vous rponds de moi1 j'entreprends tout pour obtenir ce que vous m'offrez4 --,je fais le mme serment1 ajouta ,clmentine1 tu l'as dcouvert1 dom ,lopes1 j'aspire revoir ma patrie1 ordonne1 j'imite ,lonore4 --coutez- moi donc1 reprit le portugais4 ,nous ne sommes occups ici que de nous runir la colonie de ,benguele1 par une suite de forts que nous desirons construire travers les terres1 depuis les limites du ,monomotapa1 jusqu' la baye ,sainte-,marie1 mais le peuple avec lequel il nous faut des alliances pour la russite de ce dessein1 est le plus cruel et le plus froce de l'affrique2 il est de plus trs- guerrier1 quoique peu nombreux1 et comme nous sommes encore bien plus faible que lui1 nous devons dsesprer d'en venir bout par les armes1 il ne nous reste que la politique et la ruse2 ,benmaacoro est le nom du souverain de ce peuple1 son amour pour les femmes est au-del de toute expression2 les blanches sur-tout ont un pouvoir dcid sur lui2 une femme de cette couleur est sre d'en faire ce qu'elle veut4 ,je vous destine ce monarque 4 4 4 1 vous tes faites pour l'enchaner4 4 4 4 ,je vais lui faire donner de faux avis1 l'engager attaquer mon fort1 le lui laisser prendre 4 4 4 bien sr de le ravoir quand je voudrai4 ,il vous fera prisonnires dans ce fort1 ou vous conduira sa cour4 4 4 4 vous irriterez son cur 4 4 4 1 vous enflammerez ses passions1 vous y cderez1 et vous vous servirez de l'empire que vous aurez acquis par elles1 pour le dcider l'alliance que desire mon souverain4 ,mais si vous voulez russir1 bannissez la jalousie d'entre vous1 elle troublerait vos manuvres1 elle fairait avorter l'entreprise2 que celle qui ne sera point prfre1 n'en serve pas moins l'autre avec ardeur2 que celle qui aura triomph1 change aussitt en lauriers les mirthes de l'amour2 qu'elle ne se serve de son crdit que pour remplir notre but4 ,ne cessez jamais d'tre unies1 de vous secourir1 de vous soutenir toutes deux1 votre intrt mutuel le demande1 celui du projet l'exige4 ,l'alliance faite1 la permission de construire des forts dans le royaume de ,butua1 accorde1 vous engagerez ce monarque me le faire savoir1 je m'y rendrai sur-le-champ avec les troupes de ma garnison1 augmentes de celles de nos colonies voisines1 dont je tirerai des dtachemens2 une fois la cour de cet empereur1 je saurais trouver les moyens de vous ravoir toutes deux4 ,vous vous y prterez1 vous me saurez prs de vous1 votre courage s'en animera1 vous vous vaderez1 je protgerai votre fuite en ayant l'air de l'ignorer2 vous passerez ,benguele1 vous y trouverez et l'argent et le vaisseau que je vous promets2 si l'vasion vous devient impossible1 j'exigerai que vous soyez rendues pour premire clause de l'alliance4 4 4 4 ,s'il s'y oppose1 il s'agira d'attendre quelques mois de plus 4 4 4 ,je construirai mes forts1 je tirerai des dtachemens de partout1 ,benguele se runira moi1 et matres insensiblement du pays1 nous saurons obtenir par la force ce qu'il aura refus aux ngociations4 ,j'ai dit3 rpondez maintenant1 mais retenez sur-tout qu'il n'est point pour vous d'autres manires de retourner en ,europe1 et que vous n'irez srement qu' ce prix4 ,avez-vous bien rflchi1 monsieur1 dis-je au portugais1 ds qu'il eut fini1 l'atrocit de votre proposition8 ,de quel droit1 s'il vous plait1 quels titres prtendez-vous disposer ainsi de deux femmes qui dans le fond1 n'ont aucun besoin de vous1 de deux femmes libres en un mot4 --,libres1 rpondit fierement dom-,lopes1 vous vous trompez1 vous ne l'tes plus1 l'instant o je vous ai confi mon projet1 a t l'poque de votre esclavage4 4 4 4 ,essayez de sortir de ce cabinet2 ,clmentine ces mots se jette sur la porte avec imptuosit1 et recule d'horreur1 la voyant hrisse de soldats 4 4 4 1 monstre1 s'crie-t-elle au dsespoir1 est-ce l ma rcompense de t'avoir tant aim6 ne devais-tu reconnatre ma tendresse qu'en me livrant un antropophage8 4 4 4 ,et cette malheureuse que t'a-t-elle fait pour l'envelopper dans la trame de cette politique infernale8 ,est-elle de ta nation8 t'appartient-elle8 ,ne t'est-elle pas recommande par un ami8 --,tous les sentimens vulgaires que vous m'allguez l1 ,clmentine1 reprit dom ,lopes avec le plus grand flgme1 ne sont d'aucune force o parle la raison d'tat4 4 4 4 ,amour 4 4 4 ,reconnaissance 4 4 4 ,droits des gens 4 4 4 tous ces liens disparaissent l'organe du devoir1 l'obligation de servir sa patrie1 les tats ne s'tablissent et ne se soutiennent qu' force de lzer les conventions du faible1 toujours nulles ds qu'il s'agit des droits du fort4 --,c'est une injustice atroce4 --,soit1 mais quand vous saurez un peu plus de politique1 vous vous convaincrez que l'injustice et la violence sont les bases de tous les gouvernemens monarchiques1 et que leurs droits ne sont assis que sur une multitude de viols faits ceux de la socit4 ,d'ailleurs1 vous avez le choix1 rien ne vous oblige prfrer le parti que je vous offre celui de finir ici vos jours dans les fers4 --6 dom-,lopes1 m'criai-je1 parmi les freins que tu brises1 dois-tu te permettre d'anantir ceux de ta religion8 ,c'est aux autels du dieu que tu sers que j'ai promis fidlit l'poux que tu veux m'exposer trahir4 --,je prends le crime sur ma conscience1 rpondit le portugais en souriant avec ddain1 ce n'est qu'aux yeux du peuple que le ciel fait les rois4 4 4 4 ,au tribunal de leur propre conscience1 il n'y a de ,dieu que ce qui leur sert1 d'intrt sacr que le leur1 de loi divine1 que leur orgueil ou leur ambition4 --,ah6 dis-je avec chaleur1 que rclameront les sujets1 quand les rois mpriseront l'quit1 quand ils n'auront plus de dieux que leurs passions --,ce n'est pas le sort du sujet qui intresse le monarque1 dit le portugais1 c'est celui de sa grandeur et de son tat1 et quand la perte de l'un sert l'autre1 qui doute qu'il ne le sacrifie4 --,vous dfinissez les tyrans1 rpondis-je1 --tous les rois le sont plus ou moins1 et la diffrence de leurs crimes n'est que celle de leurs intrts2 mais ces attentats mme que vous craignez parce qu'ils vous blessent1 en quoi sont-ils contre la nature8 son tude la plus rflchie nous apprend chaque jour que le sacrifice de la faiblesse la force est partout la premire de ses loix1 les rameaux touffus du chne1 en privant la plante qui vgte ses pieds1 des rayons de l'astre qu'ils absorbent1 la font languir et desscher4 ,le loup dvore l'agneau1 le riche nerve le pauvre1 et partout la force crase ce qui l'entoure sans que la nature rclame jamais en faveur de l'opprim 4 4 4 1 sans qu'elle le venge1 sans qu'elle le soulage1 sans mme qu'elle imprime au cur de l'homme de protger ou de secourir ce que le despotisme ou la force anantissent ses yeux4 --,ainsi donc la tyrannie n'outragerait en rien la nature8 --,elle la sert1 elle en est l'image1 elle est empreinte dans le cur de l'homme civilis comme dans celui de l'homme naturel2 elle guide les animaux1 elle dtermine les plantes1 elle conduit les fleuves1 elle matrise les astres2 il n'est pas une seule opration de la nature dont la tyrannie ne soit la base1 il n'est pas une seule de ses influences qui ne soit un acte de tyrannie4 --,et l'humanit8 --,c'est la raison du faible1 c'est l'gide qu'il oppose au joug qui le ploie et l'asservit1 c'est un argument de situation4 ,qu'il change de rle1 il deviendra tyran comme celui qui le domptait1 le sophisme de l'infriorit dtruit-il donc la loi de la nature8 ,l'humanit toujours goiste ne nat que dans le cur de l'esclave2 si ses larmes coulent sur les tourmens qu'il voit1 c'est qu'il les craint pour lui-mme1 et voil pourquoi la raison d'tat est cruelle1 4 4 4 le gouvernement ne craint jamais rien du sujet1 et celui-ci craint tout de l'tat4 ,eh bien1 dis-je alors ma compagne1 osons avoir autant de courage que ce monstre a de cruaut1 partons4 --,mais la promesse que tu nous fais1 dit ,clmentine4 --,je la tiendrai1 ceci ne regarde que moi2 je peux1 quand j'agis pour mon prince1 me permettre des torts qui alarmeraient ma conscience s'ils taient les miens2 je vous ai promis de vous sauver1 de mettre tout en usage pour y russir1 je vous en renouvelle ma parole1 et je vous la tiendrai4 ,je vous rends malheureuses comme homme d'tat 4 4 4 1 je vous servirai comme ami 4 4 4 1 ,oh6 ,clmentine1 repris-je avec fermet1 ma rsolution est prise1 je me fie lui1 il ne nous abandonnera pas4 4 4 4 --,eh bien6 dit ,clmentine1 j'unis mon sort au tien2 puis s'adressant au facteur1 me sera-t-il au moins permis d'emmener mes femmes4 --,assurment1 dit dom-,lopes1 elles seront enlves avec vous4 ,on va donner avis ,ben-,maacoro que le fort ne contient qu'une garnison faible1 qu'il recle des femmes blanches1 il y marchera1 je fuirai1 vous serez prises4 4 4 4 ,vous russirez1 songez-y1 vos seuls succs assurent votre libert4 ,comment puis-je entrer dans les tats de ce prince1 si vous ne m'en ouvrez la porte8 ,cela est clair1 rpondis-je1 c'est ainsi que je l'entends1 et je ne m'en effraye point2 j'ai courru d'aussi grands dangers1 le ciel me fera triompher de ceux-ci comme des autres1 quand partons-nous8 ,ici dom-,lopes tonn de mon courage1 s'abaissa pourtant jusqu' le louer4 ,imitez cette valeur1 dit-il ,clmentine1 secondez-la1 de l'union1 point de jalousie1 que la moins chrie cde l'autre1 l'aide de ses conseils1 et je vous rponds du projet4 ,je demandai dom-,lopes si ce monarque avait dj quelque connaissance du plan dont il s'agissait4 ,je ne le crois pas1 me dit-il1 il a eu long-tems sa cour un rfugi de notre nation1 sclrat avr1 qui1 je crois1 ne travaille que pour lui1 fuyez-le1 s'il y est encore1 il ne pourrait que nous trahir4 ,le peu de bien que ce malheureux a fait pour nous1 est d'avoir appris le portugais l'empereur4 4 4 4 ,vous vous entendrez avec lui dans cette langue1 c'est au moyen d'elle que vous lui communiquerez le projet et que vous lui en ferez sentir les avantages4 ,la conversation cessa2 nous nous retirmes dans nos chambres o des gardes1 ds cet instant1 ne cessrent de nous observer4 ,ds le lendemain les oprations commencrent2 huit jours aprs le fort fut attaqu2 quoiqu'avertis1 quoique fuyans1 les portugais perdirent deux hommes1 et les sauvages pntrant avec des cris affreux dans les chambres mmes o nous tions renfermes1 nous enlevrent aussi-tt1 ,clmentine1 ses deux femmes et moi1 on avait trop d'envie de nous prsenter au roi1 pour n'avoir pas tous les soins possibles de nous pendant la route2 nous fmes quatre jours arriver pendant lesquels rien ne nous manqua4 ,dans cet intervalle o la crainte combattant sans cesse l'espoir dans mon cur1 le tenait dans une situation violente1 j'avais besoin1 je l'avoue1 de toute la gaiet de ,clmentine pour me dissiper un peu4 ,j'ai infiniment moins peur1 me disait-elle un soir1 de servir aux plaisirs de ce monstre1 que de plat de milieu sur sa table4 --,quelle diffrence6 et moi1 j'aimerais mille fois mieux tre mange1 que d'assouvir son indigne luxure4 --,c'est porter la vertu bien loin4 --,ce n'est que chrir dlicatement ce que j'aime2 --quand nous serons un peu plus tranquille1 tu me feras saisir cette dlicatesse2 je ne l'entends pas encore bien4 --,comment1 tu ne comprends pas qu'on aime mieux la mort que trahir ce qu'on aime8 --,mais ce n'est pas trahir que d'tre viole1 --de quelle nature que soit la dfaite1 la mort est moins affreuse qu'elle4 --,je suis donc bien heureuse de n'avoir point d'amant2 car si par malheur j'allais adopter ta mtaphysique1 accoutume tout porter l'extrme1 je serais femme supplier ben ,maacoro1 de me mettre plutt la broche que dans son lit2 ,dieu soit lou2 je n'aime personne1 et je suis toute lui1 s'il me prfre1 quelques rpugnances que ses habitudes me causent2 car indpendamment de celle d'immoler des femmes1 qui n'a rien de bien rjouissant1 il a encore1 dit-on1 celle de se servir d'hommes dans ses plaisirs 4 4 4 et cela me dgote un point4 4 4 4 --,eh quoi6 il n'y a que cela qui t'arrte8 ,l'horreur du crime o nous allons tre en proie1 n'est veille dans ton ame que par ces deux raisons4 --,en vrit1 je n'en vois pas d'autres4 --tranges principes que ceux qui ne font abhorrer le crime que par l'infamie de celui qui le commet1 et non pas relativement la seule douleur de s'en voir souille4 --,eh bien6 voil encore de ces raffinemens de morale absolument inconnus de moi3 oh6 quel besoin j'ai d'tre ton cole1 ou pour devenir meilleure1 ou pour pcher plus voluptueusement3 --pcher plus voluptueusement8 --,sans doute2 ne sais-tu donc pas qu'il est essentiel de connatre fond toute la force du dlit1 pour en tre plus dlicieusement chatouille1 quand j'tais ,madrid1 dvote en apparence1 comme toutes les femmes de mon pays1 je n'allais confesse que pour cela2 je me faisais bien expliquer toutes les gradations du mal 4 4 4 ,je m'en faisais dire tous les dangers 4 4 4 ,lonore6 si tu savais au retour le plaisir qu'il me donnait commettre6 4 4 4 ,sclrate1 m'criai-je1 tu seras mange par l'empereur 4 4 4 ,marchons1 marchons1 car tu me pervertis4 ,nous approchmes enfin de la capitale1 on nous couvrit de voiles1 on nous banda les yeux1 on introduisit du coton dans nos oreille2 et ce fut dans cet tat que nous parvnmes au palais2 on ne nous avait pas prvenues de la crmonie prliminaire2 et ce cruel examen qui parut affecter assez peu mes compagnes1 fut pour moi le coup de la mort4 4 4 4 ,je me dfendis1 4 4 4 et c'tait le barbare1 dit ,lonore en souriant ,sainville1 4 4 4 le cruel1 que je frmissais d'offenser1 c'tait lui qui donnait des ordres pour qu'on outraget ma pudeur4 ,l'examen fait1 nous passmes au ,srail2 l1 nos voiles furent enleves par le monarque mme2 les deux femmes de ,clmentine furent relgues dans les appartemens les plus secrets1 et destines des services1 4 4 4 des soins 4 4 4 peut-tre mme des plaisirs particuliers que nous ignormes1 et qui nous privrent jamais de leur vue 4 4 4 ,cela fait1 nous fmes examines1 et comme notre seule couleur1 enflammait le prince4 --,comme il tait dans cet tat violent1 o la soif de jouir n'a plus besoin d'tre excite par des recherches1 les dtails furent trs-courts2 il saisit fortement ,clmentine1 et la malheureuse 4 4 4 ,oh6 quelle image1 grand ,dieu6 ,je crus voir un chtif agneau sous la griffe d'un tigre en furie4 4 4 4 ,se peut-il qu'il y ait des tres1 dans le monde1 assez dnus de dlicatesse et de sensibilit1 pour dnaturer ainsi les plus doux plaisirs de l'amour 4 4 4 ,pour ne les goter qu'avec les expressions de la fureur1 et pour sacrifier leurs solitaires sensations toutes les facults de l'objet qu'ils immolent6 ,j'prouvai ds ce moment un dgot si furieux pour cet homme1 que je doutai s'il me resterait la force de mettre en usage les moyens dont je me flattais de l'enchaner4 ,ses premiers feux teints1 il se tourne vers moi1 et1 dessein de les ranimer sans doute1 approche1 me dit-il1 viens te rendre aussi heureuse que ta compagne4 --,tyran1 lui dis-je1 tu connais bien mal ma nation2 si tu t'imagines que les femmes qui y naissent puissent se trouver heureuses des caresses d'un monstre tel que toi1 mrites les faveurs que tu desires1 et je me dciderai quand tu auras su t'en rendre digne4 --tonn de cette rponse1 ,ben-,maacoro1 qui m'avait peine regarde1 me prit par la main1 et1 m'amenant au grand jour1 il me contempla un instant l'aise4 --,et de quelle nation es- tu donc1 me dit-il1 pour parler ton matre avec tant d'insolence8 --,d'une nation o l'on ne jouit que quand on aime1 o l'on ne plat que par des attentions1 o les hommes sont aux pieds des femmes1 et n'obtiennent jamais leurs faveurs que comme la rcompense de leurs soins4 --,celle qui vient de m'obir n'est donc pas du mme pays que toi8 --,elle n'en est pas1 mais tu ne l'as pas moins outrage4 --,tu as joui d'elle1 mais elle te dteste2 comporte- toi diffremment avec moi2 retarde des plaisirs brutaux1 pour apprendre en connatre de dlicats2 ils dureront autant que ta vie1 ils en feront le charme1 au lieu que ceux que tu viens de goter1 sont dj oublis de toi1 et mpriss par elle4 --,et quels sont ces plaisirs que tu me promets1 la place de ceux que tu me refuses8 --,ceux de l'ame1 les plus doux de l'homme1 les seuls rellement faits pour son bonheur4 --,expliques-toi1 je ne t'entends point8 --,je t'aimerai4 --,tu m'aimeras4 --,je ferai plus1 je t'estimerai4 --,et que me reviendra-t-il de tout cela8 quelle volupt en recevrai-je8 --,une bien plus pure que celle que tu connais1 une qui placera ton ame dans une situation de douceur mille fois plus sensible que tout ce qui a pu l'affecter jusqu' prsent4 --,tu es belle1 dit l'empereur1 en me fixant2 il me semble que je sens dj quelque chose de ce que tu dis2 je me plais te regarder2 j'y gote presque le mme plaisir que quand je remplis mon imagination de l'ide du dieu que j'adore4 4 4 4 ,tu l'es peut-tre ce dieu1 et tu te dguises sous la forme d'une femme blanche4 --,non1 je ne suis point un dieu1 je ne suis qu'un des plus mdiocres ouvrages de la nature2 mais si tu m'coutes1 si tu mrites d'tre aim de moi1 je te rendrai plus fortun qu'un dieu4 --,tu as donc une manire de faire goter le plaisir1 qui n'est pas connue dans ces climats8 --,oui1 mais il faut du temps pour que tu la conoives1 il faut que tu cdes1 mes genoux1 les droits imaginaires de la force1 pour faire triompher ceux de ma faiblesse2 c'est moi qui te commanderai1 4 4 4 tu m'obiras1 4 4 4 tu dmleras mes desirs1 tu les satisferas2 4 4 4 tu seras mon esclave1 je t'enchanerai1 et le bonheur o tu aspires1 sera le prix de ta soumission4 --,ta voix a beaucoup de puissance sur mon me2 tes yeux la brlent mesure que tes paroles y pntrent2 il faudrait mettre un voile quand on te regarde1 comme quand on va braver les feux de l'astre1 et tes discours sont comme le miel qui coule sur les plaies de la flche empoisonne du ,jagas4 --,me trouves-tu donc quelque supriorit sur toi8 --,celle de la lune sur les toiles du ciel1 et tu divises ma puissance par les rayons de ta beaut1 comme la foudre partage le cdre firement lev vers les cieux4 --,eh bien1 laisse-moi me retirer avec ma compagne1 ne l'outrage plus1 et ne m'outrage jamais4 --,et si je t'obis4 --,je te permettrai de tout entreprendre pour me servir4 --,mais tu me rendras ce que je ferai pour toi8 --,quand je serai sre de l'empire que tu me promets4 ces mots1 il ouvrit lui-mme les portes du cabinet o nous tions1 ordonna de me prparer le plus beau logement du palais1 et pendant qu'on lui obissait1 il me demanda s'il ne me dplairait pas en mangeant avec moi4 ,je lui dis que je le voulais bien4 ,on apporta des fruits2 il en mangea1 puis nous en offrit1 ,clmentine et moi4 ,ce repas fait1 je lui tmoignai le desir que j'avais de me retirer dans mon appartement1 et d'y tre libre avec ma compagne4 ,il accepta le premier point1 mais se rendit trs-difficile sur le second4 ,je crus voir qu'il esprait triompher plutt de moi en nous sparant4 ,ce ne fut qu'avec des peines extrmes1 en le menaant de ne le jamais aimer1 que je parvins obtenir que ,clmentine ne me quitterait point2 et la chose accorde1 nous sortimes enfin1 suivies de deux femmes esclaves que le roi nous donnait pour nous servir4 ,telle tait1 mon cher ,sainville1 dit ,lonore1 en s'adressant son poux1 telle tait la cause du trouble que vous remarqutes le lendemain dans l'air du monarque1 changement qui vous fit craindre sa disgrace1 et occasionna votre fuite4 ,oh6 quel homme1 me dit ,clmentine1 ds que nous fmes seules6 4 4 4 ,quelles gigantesques proportions6 4 4 4 je n'ai jamais rien vu de semblable4 ,il n'y a pas de filles en ,europe1 qui puisse devenir la femme d'un tel personnage4 ,oui1 4 4 4 oui1 ris1 poursuivit-elle1 en me voyant clater2 j'aurais bien voulu qu'il t'en fit autant1 tu n'aurais pas la mine si gaie4 --,eh quoi1 si peu de chose change ton humeur8 --,si peu de chose 4 4 4 ,je te dis1 qu'il n'y a rien de plus effrayant2 j'aurais mieux aim mille fois combattre le taureau la porte de l',alcala de ,madrid1 que de jouter contre ce cannibale2 mais patience1 tu auras ton tour1 et tu m'en diras des nouvelles4 --,cette esprance pourrait bien te tromper2 je crois tre sre de lui maintenant1 et crois l'tre galement1 qu'au moyen de l'empire que je me suis acquis1 tu n'as plus rien en redouter4 --,dieu le veuille1 dit ,clmentine1 et nous nous couchmes4 ,le lendemain1 de bonne heure1 le monarque vint nous voir2 il voulut prendre quelques liberts avec ma compagne1 il s'en saisit1 et ce qu'il semblait vouloir varier ses entreprises de la veille1 n'en effrayait que plus ,clmentine4 4 4 4 ,je me mis pleurer1 il l'abandonna tout de suite1 et s'avanant vers moi1 qu'as-tu fire esclave8 4 4 4 ,c'tait le nom qu'il m'avait donn4 4 4 4 --,qu'as-tu1 quelle est la cause de ton chagrin8 --,ton infidlit2 je me flattais d'tre aime de toi2 je vois bien que je me suis trompe4 --,ce n'est pas toi que j'attaque2 tu me refuses2 je ne te presse plus2 n'est-ce pas l tout ce que tu veux8 --,mes dsirs vont plus loin2 en aspirant ton cur1 je veux le possder seule2 le partager est un outrage1 en doit-on faire l'objet de ses feux8 --,comment1 il faut1 non-seulement ne point jouir de toi quand on t'aime1 mais encore ne jouir de rien en t'aimant2 tu ordonnes trop1 esclave1 tu ordonnes trop4 --,craignant effectivement alors que ce cur dprav ne glissa dans la main qui cherchait le captiver1 4 4 4 ce que je desire de toi1 lui dis-je1 est une preuve de ta tendresse que tu es le matre de me refuser2 mais il ne faut pas plus exiger des autres que de moi1 si tu veux que je croie ton amour4 --,eh bien1 je vais te satisfaire encor1 je vais te prouver combien je desire de ta part ce que tu mets un si haut prix4 4 4 4 ,toi1 dit-il ma compagne1 tu ne serviras plus mes plaisirs1 puisque cela t'afflige1 et pour elle1 que j'aime plus que ma vie1 elle n'y servira que quand elle le voudra4 ,il sortit ces mots4 ,eh bien1 dis-je ,clmentine1 tu vois1 nous en voil matresses2 4 4 4 le tyran est nos genoux2 est-elle chimrique ou non cette dlicatesse que tu blames8 reconnais-tu enfin son empire1 et conviendras-tu qu'il n'est pas d'homme qu'une femme ne puisse enchaner avec l'art de lui rsister propos8 ,et ,clmentine enchante d'tre dlivre de ce monstre1 me tmoigna sa reconnaissance avec toute l'ardeur dont elle tait susceptible4 ,nous laissmes passer huit jours avant que d'entamer notre ngociation1 pendant lesquels je ne ngligeai rien de tout ce qui pouvait tayer mon empire2 mais comme je ne dsirais sa solidit que pour l'excution du projet de ,dom ,lopes1 et nullement1 comme vous croyez bien1 pour jouir du dtestable triomphe de faire un amant soumis du plus indigne des hommes1 je me relchai un peu sur l'envie que je lui avais fait paratre de le captiver uniquement4 ,mon but tait bien moins de matriser ses caprices1 que de l'empcher de me prendre pour en tre l'objet2 et dans cette intention je ne devais pas trop contraindre ses desirs3 plus je leur eu prescrit des bornes1 plus ils fussent devenus dangereux pour moi2 je trouvai enfin un excellent moyen de leur donner de l'issue1 en conservant toutes les apparences de la dlicatesse que je m'tais d'abord imposes4 ,un jour qu'il m'avait promene dans les plus secrets appartemens de son harem1 qu'il en avait fait paratre toutes les femmes devant moi1 il me proposa de me montrer celui de ses mignons4 4 4 4 ,je l'y suivis pour ne pas lui dplaire4 ,quand il eut un instant amus son orgueil et son intemprance me faire voir l'espce d'hommage indcent qui lui tait rendu1 ds qu'il paraissait dans ce lieu d'horreur et de corruption1 l'infme osa me demander si je lui permettais cette sorte de plaisir2 4 4 4 si elle n'offensait pas l'amour qu'il avait pour moi8 ,je me htai de lui rpondre que non1 avec l'air du mpris1 bien sre que l1 ses feux perdraient de leur activit1 sans que rien ft pris sur le cur2 qu'il aurait en tolrant cette faiblesse1 moins de violence avec autant d'amour1 deux objets galement ncessaires au dessein o j'tais de le captiver sans le craindre4 4 4 4 ,le monstre fut si content de la permission que je lui donnais2 il entendait si mal encore le langage du vritable amour1 qu'il passa de ce moment trois jours et trois nuits de suite dans d'effroyables orgies1 avec ces vils objets de son intemprance1--chose qu'il ne s'tait permis avec qui que ce ft1 depuis l'poque de ses sentimens pour moi4 ,il y a des curs bien inexplicables dans la nature1 dis-je alors ,clmentine1 serait-il donc possible que des besoins factices1 des gots d'habitude1 quelques criminels qu'ils puissent tre1 balanassent les sentimens les plus purs de l'ame1 et crussent mme pouvoir s'allier avec eux8 ,n'en doute point1 me rpondit ,clmentine2 ne voyons-nous pas sans cesse l'amour le plus dlicat1 ressenti pour les plus vils objets de la dbauche publique2 et d'autre part1 les excs les plus crapuleux1 exigs de la matresse qu'on chrit le plus4 --,quand on en est-l1 c'est dpravation1 ce n'est plus sentiment4 --,tu te trompes1 ,lonore1 les passions de l'homme sont inconcevables2 rien n'est tendu comme leurs branches2 les excs dont il s'agit1 4 4 4 ou ceux-l1 ou d'autres semblables1 peuvent exister chez l'homme qui n'est que libertin1 comme chez celui qui est le plus dlicat2 les suites de ces irrgularits dans l'homme dbauch1 ne sont que du libertinage4 ,je l'avoue1 mais ce sont des rafinemens dlicieux dans l'homme1 embras d'une flamme honnte4 ,tout dans ce cas tourne au profit du sentiment2 lui seul a tout dict1 lui seul inspire tout1 et les excs les plus inconcevables1 ncessaires dans une telle ame1 ne deviennent plus que des preuves du plus ardent amour4 ,tout homme nat avec plus ou moins de dispositions ces carts qui te surprennent2 tous avec une manire diffrente de les exercer plus ou moins2 et l'amour qui ne s'tablit dans l'homme qu'aprs ces premires impressions reues1 les dtermine en sa faveur1 en raison du degr d'activit qu'il leur trouve4 ,les impressions sont-elles faibles2 l'amour qui s'en nourrit ne devient pas plus violent qu'elles2 il rgne alors avec sagesse2 il ne s'exprime qu'avec douceur4 ,trouve-t-il au contraire exce88if1 le ton des passions1 ainsi que l'acquilon1 entranant de son souffle imptueux tout ce qu'on veut lui opposer de frein1 il brise1 il dchire1 il dvore2 c'est une flamme ardente qui consume tout ce qu'elle rencontre1 et qui regarde comme un aliment de plus son ardeur1 tout ce qu'on lui prsente pour l'touffer2 mais tous ces rsultats sont de l'amour2 l'enfant mutin brise le hochet qui l'amuse2 il jouit1 en le pulvrisant1 et rpand bientt des larmes amres sur les dbris de sa fureur4 ,tel est l'amour1 et tels sont ses effets2 tels sont ces dbordemens incroyables1 tantt impurs1 tantt cruels1 mais toujours enfans de la nature1 4 4 4 que le sot ignore1 que l'pais rigoriste punit1 et que le philosophe respecte1 parce que lui seul connat le cur humain1 et que lui seul en a la clef4 ,tout ce qui ne ressemble pas cet homme sage1 s'tonne tout moment des effets runis du cur et de l'esprit2 et comme il n'y a rien de si ordinaire que d'avoir l'un fort bon1 et l'autre trs-mauvais1 lorsque tous deux agissent -la-fois4 ,on voit souvent dans les actions du mme tre1 une foule de vices lis des vertus2 on se rejette sur les contradictions naturelles l'homme2 sans voir qu'il s'en faut bien que ce qui arrive1 soit le fruit de l'inconsquence1 mais seulement les effets runis des deux principes qui1 ncessairement divers1 doivent produire des effets dissemblables4 ,adrien put aimer ,antinos1 comme ,abeillard aima ,hlose2 l'un n'avait qu'une mauvaise tte1 l'autre n'avait qu'un bon cur4 ,adrien1 plus dlicat et aussi libertin1 et aim la fois ,hlose et ,antinos2 tandis qu',abeillard1 seulement dlicat1 n'et jamais aim qu',hlose4 ,enfin l'empereur tait amoureux2 il ne se conduisait plus que par mes conseils1 il ne prenait mme plus aucune rsolution relative au gouvernement de ses tats1 sans me demander mon avis4 ,ds que je le sentis ce point1 j'entamai la ngociation1 aide des instructions de ,clmentine1 je lui fis sentir l'avantage qu'il devait retirer de l'amiti des ,portugais2 de quel prix serait pour lui cette alliance dans ses perptuelles guerres avec les nations qui l'environnaient2 la supriorit du peuple dont je lui proposais l'union1 l'effraya un instant2 il redouta d'en tre subjugu2 mais quand je lui eus fait voir que les ,portugais taient loin de ce dessein1 qu'ils seraient bien plutt embarrasss qu'enrichis de la totalit de ses provinces2 qu'ils ne desiraient que la facilit de commercer1 et d'tablir le fil de communication avec leurs compatriotes de la cte occidentale du continent4 ,alors il me demanda si j'tais charge par les ,europens de ngocier cette affaire avec lui3 je ne lui cachai pas2 je lui dis mme que s'il n'avait pas attaqu le fort des ,portuguais1 j'allais1 avec ma compagne1 me rendre incessamment sa cour1 pour lui proposer ce dont je lui parlais4 ,au bout d'un instant de silence1 l'empereur me tmoigna qu'il n'tait pas trs- loign du projet que je lui communiquais2 mais qu'il craignait que les ,europens1 une fois dans ses tats1 ne m'enlevassent lui4 ,je lui fis sentir qu'ils en seraient toujours d'autant plus loigns1 que leur intrt exigeait qu'ils eussent quelqu'un de leur nation1 possdant la confiance de l'empereur1 pour les maintenir dans ses bonnes graces2 il me comprit2 je le pressai de plus en plus1 il se rendit sans difficult1 et m'accorda tout ce que je voulais2 mais c'tait pour la dernire fois1 ajoutait-il1 que j'obtenais sur lui quelqu'empire1 si je ne me dcidais le rendre heureux4 ,il ne voulait plus attendre2 jamais femme n'avait eu de lui ce que j'en recevais2 il fallait1 continuait-il1 que ma puissance ft aussi forte que celle du serpent qui avait cr la terre #d4 ,mais c'tait fait1 le jour o les ,portugais signeraient leur alliance avec lui1 devenait celui de son triomphe sur leur ngociatrice1 et il me le dclarait d'une manire ce que je dus m'attendre de la violence1 si je ne consentais pas de bonne grace4 4 4 4 ,comme j'avais tout1 je ne refusai rien1 et l'on ne s'occupa plus que de ce projet la cour de ben ,maacoro4 ,il trouva quelques contradicteurs2 on me les opposa dans le conseil2 je combattis leurs raisons1 et j'en allguai de si fortes1 que je ramenai insensiblement tous les esprits mon opinion4 ,on envoya donc sur-le-champ trois guerriers inviter les ,portugais venir comme amis1 sur les terres de l'empire3 dom ,lopes parut six jours aprs1 la tte de deux mille hommes rassembls des colonies voisines2 il et ds l'instant son audience particulire4 ,je vous somme de votre parole1 lui dis je1 en franais1 ds que je le vis entrer4 4 4 4 ,comptez-y1 me rpondit dom ,lopes1 un vaisseau vous attend ,benguelle2 six de mes gens bien arms1 qui connaissent un peu les chemins vous y conduiront par les terres avec ,clmentine4 ,le facteur de la compagnie vous attend2 il est prvenu2 mais il faut n'employer que l'vasion2 je la protgerai1 je ne l'aiderai point1 je ne puis dbuter par un acte d'hostilit chez un peuple1 que tout m'engage mnager4 ,ne pourriez-vous pas1 rpondis-je1 nous exiger pour gage de l'alliance4 --,je le ferai1 sans doute1 mais comment esprer que l'empereur y consente1 ds qu'il est amoureux4 ,je vous le rpte1 il ne vous reste que l'vasion2 dterminez-vous y1 j'empcherai les poursuites1 je vous en donne ma parole2 c'est tout ce que je puis4 ,quelque violent que fut ce parti1 quelque danger qu'il prsenta1 il fallut pourtant l'accepter2 quelle apparence de faire changer d'avis un homme aussi entier que dom ,lopes6 ,tout se passa au mieux dans l'audience qu'il obtint du roi1 et le trait se signa sans obstacles2 mais quand le ,portugais parla de rendre les prisonnires faites au fort de ,tt1 ,ben ,maacoro tressaillit de rage1 et protesta qu'on auroit plutt sa vie4 ,dom ,lopes qui craignoit tout ce qui l'auroit contraint des hostilits1 et qui n'imaginoit pas que quelques femmes valussent la peine de faire rpandre du sang1 ne parla plus de cet article4 ,cependant ma situation devenait tout instant plus embarrassante1 je n'avais plus aucun prtexte de refus1 on m'avait accord tout ce que je voulais1 mais la mort me paraissait plus douce que la cruelle ncessit de devenir la femme de ce monstre4 --,comment donc faire pour l'viter8 ,dtermine tout plutt que de me rsoudre au sort affreux qui me menaait3 j'avertis ,clmentine de se tenir prte pour la nuit suivante1 et priai le ,portugais de me faire trouver les six hommes qu'il m'avait promis1 sous les murs d'un jardin favori du roi1 prs d'un cabinet de ,claiyes1 situ sur le bord du chemin1 revtu d'un parapet qui n'avait pas trois pieds de haut dans l'intrieur et gures plus de six au-dehors2 n'ayant donc plus rien mnager1 je dis au roi que je consentais enfin le rendre heureux 4 4 4 ,que ce jardin me plaisant beaucoup1 je voulais ne me donner lui que dans cette voluptueuse retraite4 4 4 4 ,ben-maacoro comprit ce dsir2 ce jardin comme trop ouvert1 nous tait expressment dfendu1 nous ne l'apercevions que de nos fentres2 il sentit donc facilement qu'il tait tout simple que j'eusse envie de l'admirer4 4 4 4 ,ce n'est pas tout1 lui dis-je1 quand cette premire clause fut accepte1 il faut que ma compagne y soit2 grand empereur1 tu verras de quel puissant effet est une seconde femme dans les plaisirs singuliers que je t'ai promis6 ,des cris de joie furent sa rponse1 j'tais bien sre de l'enchaner1 plus solidement en irritant sa tte1 qu'en sduisant son cur1 il fut toute la journe dans un tel enthousiasme des nouveaux plaisirs que je lui promettais1 que suivant son usage1 en pareille circonstance1 il se plongea toute la journe dans des dbauches prliminaires que je tolrai d'autant mieux que j'tais sre qu'elles affoibliraient sa raison et ses forces4 ,un peu avant de nous acheminer au rendez-vous1 il me pria de lui permettre de mener avec nous quelques-unes de ses femmes1 pour tre tmoins des recherches que j'allais lui apprendre1 et leur faire voir combien elles taient loignes de l'art de procurer de vrais plaisirs2 je l'assurai que cela ne se pouvait pas1 que ma compagne et moi suffisions pour plonger ses sens dans l'ivresse1 et que la pudeur naturelle notre nation1 nous empcherait de partager ses plaisirs et de les irriter1 s'il y admettait des tmoins2 ds que la nuit fut sombre1 ce moment favorable nos projets lui avait t offert par moi1 comme plus agrable cause de la fracheur2 nous nous enfonmes tous trois dans le jardin1 aussi-tt que nous sommes dans le cabinet1 et que je me suis assure des six hommes qui nous toient promis1 je fais tendre ,clmentine sur le parapet de la petite muraille1 exposant en entier ses charmes au voluptueux empereur2 allons1 dis-je1 en ayant l'air de cder1 que l'une excite tes dsirs1 pendant que l'autre va les satisfaire4 --,ce dernier mot est celui du signal1 ds que ,clmentine l'entend1 elle pousse un grand cri et se jette dans le chemin1 saisissant alors avec rapidit moi-mme et l'effroi du monarque et le mouvement qu'il fait pour retenir ma compagne1 je franchis le mur aussi lestement qu'elle1 et tombe ses cts2 l1 bientt releves toutes deux1 nous nous lanons au milieu des terres1 suivies de nos six gardes1 trop heureuses de sortir de cet asyle effrayant du crime1 si bon march l'une et l'autre4 ,nous l'entendmes appeller lui1 mais nous tions dj loin1 comme il avoit vu du monde avec nous1 et qu'il tait seul1 il n'avoit pas os1 sans doute1 se jetter notre poursuite et il rentra bien honteux1 je crois1 de se trouver dup par deux ,europennes1 lui qui faisoit journellement trembler deux mille femmes dans son srail1 et qui1 mme la tte de ses armes1 passoit pour un des princes les plus valeureux de l',afrique4 ,nous smes ,benguele que1 dans le premier moment de sa colre1 il avait accus dom ,lopes d'avoir favoris notre fuite1 et que telle toit la raison1 voyant les ,portugais en force dans ses tats1 pour laquelle il ne nous avoit pas fait suivre4 ,mais dom ,lopes avoit protest de sa bonne foi1 il avait mme envoy plusieurs de ses gens courir faussement aprs nous1 moyennant quoi1 rien ne se drangeait dans l'alliance projette1 et la paix mutuelle en avait t d'autant moins trouble que dom ,lopes s'tait engag par l'acte mme du projet1 faire venir l'empereur dix femmes blanches dont il lui jura que la moins belle vaudrait infiniment mieux qu'aucune de celles qu'il perdait4 ,tous les dangers pourtant n'taient pas vanouis pour nous1 nous avions traverser le pays entier des ,jagas1 peuple aussi mchant pour le moins que celui que nous quittions2 nous fmes huit jours avant que d'arriver ,benguele1 ne mangeant que quelques singes tus la chasse1 et couchant les nuits sur des arbres2 rien ne nous arriva cependant2 la fortune qui nous destinait de plus grands maux dans notre patrie que chez les peuples les plus sauvages de la terre1 nous couvrit ici de ses ales1 mais pour nous plonger peu aprs dans l'abyme effrayant qu'elle creusait dj sous nos pas4 ,nous arrivmes donc sans accident aux ,colonies ,portugaises de cette cte d',afrique1 le consul averti1 nous reut merveille1 nous combla d'loges1 et aprs nous avoir gard chez lui le temps ncessaire attendre le vent favorable1 il nous conduisit lui-mme avec toute sorte d'gards bord du vaisseau marchand qui devait nous transporter ,lisbonne4 ,nous lui recommandmes les deux femmes qui avaient t faites prisonnires avec nous1 nous lui tmoignmes le regret que nous avions d'avoir t forces de les abandonner1 il nous promit ses soins pour elles1 et nous partmes4 ,pendant que les voiles mollement enfles par le souffle frais des aquilons1 font voler le vaisseau sur la plaine liquide1 que le passager se livre en baillant d'ennui1 au doux espoir d'embrasser bientt ce qu'il a de plus cher2 que l'aumonier prie2 que le matelot jure1 que l'officier s'enivre2 il est - propos ce me semble de vous instruire un peu de notre situation1 l'une et l'autre4 ,celle de ,clmentine tait brillante1 elle avait peu d'effets2 quelques robes de gaze1 sont les seuls vtemens que l'on porte dans le pays que nous quittions2 mais elle avait gagn avec ,dom ,lopes1 prs de soixante mille francs1 que le chef de la colonie portugaise de ,tt avait fait exactement passer son correspondant de ,benguele1 et qui lui avait t remis ds qu'elle y avait parue4 ,pour moi1 j'tais bien loin sans doute d'un tel sort1 lorsque je fus enleve dans le jardin de ,venise1 j'avais tout au plus sept ou huit louis dans une bourse1 lgres sommes que me donnait ,sainville1 pour mes plaisirs1 et qu'il remplaait ds qu'ils taient dpenss4 ,ils me furent pris par le corsaire de ,tripoli1 et ,duval qui me dfrayait de tout et qui se mfiait un peu1 ne me laissait pas la disposition d'un sol2 ce fut donc dans cet tat de misre1 que ,dom ,gaspard se chargea de moi4 ,vous vous rappelez le refus que je fis de la bourse qu'il m'offrit dans le dsert2 en arrivant au fort il me conjura d'accepter quelques doublons2 et quand il mourut il disposa de tout ce qu'il avait en ma faveur2 mais cet arrangement dplut ,dom ,lopes1 il me dclara que le jeune homme tant sous la tutelle de ses parens1 n'avait pas la libert de disposer de ses fonds1 et qu'il allait faire repasser en ,portugal1 les effets qu'il avait laisss2 ce raisonnement que je supposai fond sur l'envie que ce chef avait de me disposer l'excution de son projet1 et de m'y enchaner par toute sorte de moyen1 et par la misre mme1 le plus certain sans doute2 cet argument dis-je1 juste ou non1 me priva du peu de secours sur lequel je pouvais compter1 et quand j'arrivai ,benguele1 je n'avais en tout que six portugaises #e1 soigneusement caches dans mes cheveux pendant notre expdition4 ,cette somme s'augmenta ,benguele1 d'une gratification de deux cents pistoles d',espagne #f1 partager entre ma compagne et moi1 pour les services que nous avions rendus au roi de ,portugal2 avant de nous embarquer1 nous avions t obliges de dpenser prs des deux tiers de cette faible somme1 pour nous habiller2 moyennant quoi1 pour mon compte1 il me restait comme vous voyez1 fort peu de chose4 ,le total de nos effets consistait en trois malles1 dont deux trs-grosses1 ,clmentine1 une trs-mesquine moi2 par une mal-adresse singulire1 ma compagne m'avait conseill de ne point porter d'argent dans mes poches pendant la traverse1 et de cacher comme elle1 ce que j'avais1 dans un coin de ma malle 4 4 4 ,plut dieu que je ne l'eusse pas cout 4 4 4 ,enfin1 la navigation fut heureuse1 et nous arrivmes ,lisbonne1 sept semaines aprs notre dpart de ,benguele4 ,au moyen de l'extrme largeur du ,tage les plus gros vaisseaux parviennent comme vous savez1 jusqu' la ville mme1 et ds qu'un btiment arrive1 ds que les formalits des douanes sont remplies1 il se trouve l un nombre infini de ,gualegues #g qui vous offrent leur service pour le transport de vos bagages4 ,nos malles fouilles1 ,clmentine jettant indiffremment les yeux sur les premiers de ces gens qui l'environnaient1 leur ordonna de se charger de nos effets et dans l'instant ils furent sur le dos de trois de ces drles4 --,o faut-il aller excellence dit l'un d'eux1 en fixant ma compagne8 -- la ,strella1 chez ,boulnois1 rpondit ,clmentine1 en donnant cet homme l'adresse d'une auberge1 qu'un hollandais lui avait indique ,benguele1 comme une des meilleures de la ville4 --,le mot dit1 nos gens partent et nous suivons4 ,tant que nous longemes le quai1 nos ,galgues1 marchant peu de distance de nous1 furent -peu prs toujours sous nos yeux1 mais comme ils allaient beaucoup plus vite1 la foule nous les fit bientt perdre de vue1 et insensiblement nous ne les apperumes plus4 ,en ce moment1 survint un embarras prodigieux1 c'tait le roi qui passait en carrosse de crmonie1 pour se rendre dans un couvent1 o une demoiselle de la plus haute qualit1 allait prendre le voile4 ,le peuple s'touffait pour contempler ce sot spectacle1 ,clmentine voulut s'arrter comme les autres1 nous regardmes1 et pendant que nous jouissions de ce vain plaisir populaire1 on travaillait nous plonger dans le dsespoir1 les rues dgages1 nous avanames1 instruites de notre route1 nous appercevions dj le clocher du couvent de ,san ,bent1 maison religieuse1 en face de laquelle est situe l'auberge de ,boulnois1 vers laquelle nous nous dirigions1 nous arrivons enfin4 ,menez-nous l'appartement que nous vous avons envoy commander par trois hommes chargs de nos bagages1 dit avec fiert ,clmentine1 au valet de la maison1 quels bagages1 rpond celui-ci1 en la regardant sous le nez8 --,ici je ne pus m'empcher de frissonner1 il semblait que le malheur dont nous tions menaces vint entrouvrir dja mon ame4 --,comment rponds-tu insolent1 dit la fougueuse ,clmentine1 je te demande mes bagages4 -- ,je te dis de me mener la chambre o ils doivent tre avec les hommes qui les ont ports4 --,ce que vous demandez n'est pas dans cette maison4 --,n'est-ce donc point ici l'auberge du bon repas8 --,c'est elle1 assurment4 --,l'auberge hollandaise situe dans la ,strella1 tenue par le sieur et la dame ,boulnois8 --,rien de plus juste2 et trois ,galguas ne viennent pas d'apporter nos malles8 --,vous les avez sans doute mal indiqu1 rpondit le valet en s'loignant1 ils n'ont pas paru4 --,alors ,clmentine me prenant la main4 --,nous sommes voles1 me dit-elle1 et appuyant de l un blasphme excrable comme elle avait coutume de faire chaque contradiction qu'elle prouvait4 --,oui1 s 4 4 4 nous sommes voles4 --,ne dis mot1 il ne faut pour cela1 ni nous passer de souper1 ni coucher dans la rue4 --,camerieros1 dit-elle en appelant le valet1 donnez- nous toujours un logement1 et qu'on observe1 je vous prie1 si ces trois hommes n'arriveront pas4 --,vous leur indiquerez1 notre chambre sitt que vous les verrez4 --,peut-tre vos gens se sont-ils tromps madame1 dit le valet1 ils auront t sans doute ,bueros ,ciairs1 chez le sieur ,villiams1 qui tient l'auberge anglaise #h2 si vous souhaitez1 j'irai m'claircir8 ,assurment1 dit ,clmentine1 et revenez nous donner des nouvelles au plus vite4 ,on nous ouvrit un appartement assez vaste beaucoup plus beau sans doute1 que nous n'tions en tat de le payer1 et on fut aux informations4 ,ce premier moment ne fut pas aussi affreux qu'il aurait pu l'tre1 il nous restait encore de l'espoir1 nous n'emes que de l'agitation4 ,mais elle fut trs-vive4 --,clmentine se promenait grands pas dans la chambre4 --,j'tais anantie sur un sopha1 quelques paroles sans suite1 nous chappaient avec imptuosit1 le moindre bruit nous inquitoit4 4 4 4 ,nous coutions 4 4 4 ,nous nous replongions dans nos tristes penses1 on arriva enfin1 et ce ft pour nous certifier qu'il n'tait certainement rien arriv chez le sieur ,villiams1 qui ressembla ce que nous demandions4 4 4 4 ,n'importe1 dit ,clmentine1 avec une tranquillit contrainte1 qui me dveloppa mieux son caractre en ce moment1 qu'il ne l'avait encore t pour moi1 depuis que nous nous connaissions1 n'importe1 ordonnez qu'on nous serve souper4 4 4 4 ,ils arriveront 4 4 4 ,il est impossible qu'ils n'arrivent pas4 4 4 4 ,nous sommes perdues1 me dit-elle1 ds que le valet fut sorti1 nous ne retrouverons jamais nos effets 4 4 4 nous sommes ananties ,lonore4 4 4 4 ,et comme elle vit que je rpandais un torrent de larmes1 4 4 4 ne t'affliges pas poursuivit-elle1 songe tous les dangers dont nous nous sommes tires1 nous chapperons encore celui-ci4 4 4 4 ,mon enfant1 souviens toi qu'avec l'esprit que nous avons1 deux jolies filles ne meurent jamais de faim4 --,oh ciel6 n'attends jamais que je partage l'infamie que tu me fais entendre4 --,je n'ai pas plus d'envie que toi de me livrer la dbauche1 je dteste ce genre de vie1 non que je croye qu'il offense le ciel1 je suis trop loin de ces prjugs pour y cder encore2 non que j'imagine que la corruption des femmes nuise la socit1 qu'elle sert bien plutt1 puisqu'elle multiplie les objets de ses jouissances1 mais je hais la prostitution pour elle-mme1 je la crains1 parce qu'elle nous ravale aux yeux des hommes1 parce qu'elle nous fait mpriser de ce sexe1 qui mriterait seul notre indignation1 si nous lui faisions justice4 4 4 4 ,inconsquent qu'il est1 il nous entrane dans l'abime1 et ose nous punir d'une faiblesse dont il est la premire cause4 4 4 4 ,mais il faut vivre ,lonore1 voil le premier but de la nature1 cette imprieuse loi se fait entendre avant toutes les conventions sociales1 qui ne furent tablies que pour la mieux servir4 ,et telles qu'elles soient ces conventions secondaires1 elles ne sont plus faites que pour le mpris1 ds qu'elles manquent le premier vu de la nature4 --,tous les moyens ne sont pas permis pour arriver ce but4 --,tous de quelqu'espce qu'ils puissent tre1 il n'en est pas un seul qui ne soit autoris par la nature1 ds qu'il s'agit de se conserver1 punit- elle l'habitant de l'air de tous les moyens qu'il prend pour se procurer sa nourriture1 et sera-t-elle plus cruelle envers nous8 ,les conventions qui s'opposent cette manire de vivre1 quand il ne nous en reste plus d'autres1 ne sont pas de sa main8 ,pourquoi donc veux-tu que je les respecte1 puisqu'elles ne font que contrarier ce que m'inspire la seule voix qui parle rellement mon cur8 ,n'importe1 pour n'avoir rien nous reprocher1 puisque tu es si dlicate1 commenons par toutes les dmarches honntes qui peuvent nous faire retrouver notre bien4 4 4 4 ,nous descendmes2 ce n'est pas la peine1 me dit cette folle crature1 en sortant1 de prendre la clef de notre chambre4 ,dieu1 merci on ne touchera pas nos effets1 qu'en penses-tu8 ,mais moins dcide que ma compagne rparer nos malheurs par des crimes1 et par consquent plus afflige qu'elle1 je ne rpondis pas la plaisanterie4 ,cependant je l'avoue le flgme heureux de cette fille1 mme au sein du malheur1 ranima mon courage un instant1 je la suivis pleine d'espoir4 4 4 4 ,il faisait encore grand jour1 nous retournmes au port2 aucune figure semblable celle des gens qui nous avions remis nos bagages1 ne frappa nos regards1 nous nous informmes du btiment qui venait de nous dbarquer1 peut-tre aurions-nous pu y trouver quelques secours1 mais aprs avoir mis ses passagers terre et fait visiter ses papiers1 le capitaine avait sur-le-champ remis la voile pour ,cadix o l'appelaient des affaires de la plus grande importance4 ,il tait parti depuis une heure4 ,nous rentrames dans la ville1 et nous informant de la maison de l',alcade du quartier de notre auberge1 nous fmes lui porter nos plaintes et lui demander des conseils4 ,dom ,laurent de ,pardnos1 tait un de ces hommes dont la physionomie douce et minaudire1 cache une ame atroce et corrompue1 un de ces prvaricateurs comme il y en a tant 4 4 4 qui ne voyent dans la place qu'ils occupent1 que ce qui peut les conduire plus vite tancher la soif de leur luxure ou de leur avarice 4 4 4 qui tous les moyens sont bons1 pourvu qu'ils fassent tomber dans leurs filets1 celui qui les implore1 si quelque chose de ce malheureux peut assouvir leurs passions4 ,fourbe1 adroit1 endurci tous les maux de son prochain1 les voyant sans les soulager ou ne les secourant que par l'espoir d'en venir promptement ses vues1 effrn libertin1 grand hypocrite1 sclrat profond1 tel tait le respectable magistrat chez lequel nous nous rendmes1 pour informer contre les fripons qui nous rduisaient l'aumne #i4 ,dom ,laurent nous fit entrer dans son cabinet ds que nous fmes annonces1 nous recevant avec l'air le plus doux et le plus benin1 il nous demanda ce qui lui tait possible de faire pour nous obliger1 et en prononant ces mots3 il nous lorgnait avec bont1 ayant l'air de nous encourager1 de nous applaudir par de lgers signes de tte et de mains1 avant mme que nous eussions encore dit une parole2 nous lui racontmes notre histoire4 4 4 4 ,nous lui dtaillmes les services que nous venions de rendre au ,portugal4 4 4 4 ,il nous plaignit1 il nous dit que nous avions eu le plus grand tort du monde de ne pas prendre une lettre de recommandation des chefs de la colonie1 que cette lettre nous aurait plus servi que notre argent mme1 et que sur elle1 nous aurions trouv tous les secours possibles la chambre du commerce d',afrique4 ,mais vous y aller prsenter sans cel1 continua ce tartufe1 c'est exposer deux honntes filles tre prises pour des aventurires1 je ne vous conseille pas cette dmarche4 4 4 4 ,et que faire monsieur1 dis-je alors avec amertume1 que voulez-vous que nous devenions8 ,attendez reprit le magistrat1 attendez pour vous dsesprer1 qu'il y ait quelque chose de fait sur les perquisitions que je vous promets d'entreprendre2 comportez-vous bien en attendant1 et ne succombez pas sur- tout1 dit-il en nous flattant doucement les joues de la main1 aux piges nombreux que le crime toujours surveillant1 prpare sans cesse l'innocence2 moi j'espre beaucoup4 4 4 4 ,la bont de ,dieu est si grande1 sa main secourable abandonne-t-elle jamais l'infortun8 ,dites-moi1 beaux enfans1 poursuivit il1 en laissant doucement tomber une de ses mains sur la gorge de ,clmentine qui ne le repoussa point d'abord1 dites-moi1 avez-vous fait choix d'un confesseur en arrivant dans cette ville8 4 4 4 ,depuis le temps que vous vivez avec des barbares4 ,c'est que j'ai un bien honnte homme vous proposer4 4 4 4 ,ici ,clmentine outre1 rejetta promptement la main dont les progrs devenaient immenses4 4 4 4 ,non1 dit-elle1 monsieur1 non1 nous n'avons point fait choix d'un confesseur1 l'envie de souper est plus pressante dans nous1 que celle d'aller confesse1 et nous n'avons pas de quoi satisfaire cet urgent besoin4 4 4 4 ,ah6 comme c'est fcheux1 comme c'est fcheux1 rpliqua le saint homme1 en vrit l'on ne vit jamais4 4 4 4 ,dans ce moment l'angelus sonna1 et ,dom ,pardnos s'interrompant aussitt1 se jette aux pieds d'un grand crucifix1 nous invite en faire autant1 et se met un quart- d'heure en prire4 4 4 4 ,je le rpte1 continua-t-il1 en se relevant1 esprez tout de la bont du ciel4 4 4 4 ,je vais agir1 et j'irai vous rendre rponse moi-mme demain matin de mes travaux4 4 4 4 ,monsieur1 lui dit effrontment ,clmentine1 tout cel est bel et bon1 mais je vous dis encore une fois1 que nous n'avons pas une raix pour nous sustenter ce soir #aj1 prtez-nous au moins une portugaise1 puisque vous tes si dvot1 vous devez aimer faire de bonnes uvres1 le ciel que l'on sert bien mieux ainsi1 que par des patentres1 vous en rcompensera infailliblement4 ,je ne prte jamais d'argent1 dit l'honnte commissaire1 cependant continua-t-il1 en replaant sa main sur le sein de ma compagne1 cause de vous et de cette chre enfant1 poursuivit-il1 en voulant me traiter comme ,clmentine4 4 4 4 ,oui1 cause de vous deux1 qui m'inspirez une vritable compassion4 ,la voil cette demie portugaise que vous dsirez #aa4 ,mais si demain je n'ai nulles bonnes nouvelles vous dire1 je vous avertis qu'il faudra me rendre ces avances1 ou d'une faon ou d'une autre2 et en disant cela1 il nous mit honntement toutes les deux la porte de son cabinet4 --,un moment monsieur1 dit ,clmentine1 expliquez mieux ce que vous nous annoncez1 comment voulez-vous que nous vous rendions vos avances1 si nous ne trouvons pas nos effets8 ,vous vous acquitterez comme s'acquittent des femmes1 dit ,dom ,laurent1 n'ont-elles pas toujours des moyens1 et reportant sa main sur la croupe de ,clmentine4 4 4 4 ,ne voil-t-il pas de quoi me payer amplement4 ,nous serions indignes du prt que vous voulez nous faire1 si nous consentions ces moyens de vous rembourser1 rpondis-je en colre1 et le mpris que vous auriez pour nous1 devrait vous empcher de nous tre utile4 4 4 4 ,je n'entends rien tout cel dit l',alcade avec un visage un peu moins compos1 voil ce que vous me demandez1 ou vous me le rendrez1 ou je m'acquitterai moi-mme ma fantaisie4 4 4 4 ,soit1 dit ,clmentine1 de cette manire nous ne vous aurons aucune obligation1 nous avions peur d'tre mprises de vous1 mais c'est vous au contraire qui aurez mrit toute l'tendue de ce sentiment1 nous en serons toutes deux plus l'aise4 ,notre premier soin en arrivant l'auberge1 fut de savoir si l'on n'avait pas eu des nouvelles de nos malles1 on nous assura que non1 et comme on se mfie un peu dans de telles maisons1 de gens qui n'ont pas les effets ncessaires rpondre de leur consommation1 on nous pria de payer notre souper d'avance1 si nous voulions qu'il nous ft servi2 eh bien me dit ,clmentine1 en me regardant1 cette piti1 ce sentiment sublime1 tu vois comme il est cout chez les hommes1 peine nous souponne-t-on d'tre dans la misre1 que nous sommes insultes de toutes parts2 l'un 4 4 4 celui qui1 par sa place nous devrait des secours1 met au prix de notre vertu les foibles services qu'il veut bien nous rendre2 l'autre1 qui nage dans l'or1 veut qu'on lui paye d'avance1 un malheureux souper qu'il craint de perdre4 4 4 4 ,tiens dit ,clmentine1 en jettant la demie portugaise au nez du valet1 paye-toi de ton souper faquin1 mais sers le bon et tout de suite4 4 4 4 ,puis aussitt qu'il ft sur la table1 en est-ce cel pour notre argent1 dit ma compagne4 --,non madame1 il vous reste deux cruzades1 les voici #ab4 --,apporte-nous du vin de ,stuval pour cette somme4 ,je veux boire la sant des frippons qui nous volent1 il n'y a que les malheureux auxquels il soit permis de se rjouir sans offenser personne4 ,on apporta le vin1 et ,clmentine ayant ordonn qu'on se retira1 et qu'except pour nos malles1 on ne s'avisa pas de nous interrompre4 4 4 4 ,soupons me dit-elle prsent1 ds que nous fmes renfermes1 nous ne sommes pas encore sans ressources1 tu le vois1 il sera temps de nous dsoler quand nos malheurs seront plus certains4 ,le stocisme de ma compagne me ranima2 je mangeai presqu'aussi-bien qu'elle1 mais je bus beaucoup moins2 dcide noyer ses chagrins dans le jus dlicat des vignes de ,stuval1 elle sabla ses deux bouteilles comme j'aurais fait d'un verre de limonade1 et devint dans l'tat de draison1 qui s'empara d'elle peu -prs1 aussi folle1 aussi gaie1 aussi vive que jamais une jolie femme puisse tre4 ,ses beaux cheveux noirs flottant sur son sein d'albtre1 ses yeux superbes tour--tour enflamms par le dpit et par la douleur 4 4 4 quelquefois mouills de larmes d'un souvenir qu'elle ne pouvait teindre4 4 4 4 ,le dsordre flottant d'une cimarre de gaze1 seul habit que la chaleur nous permt de porter1 cet air touchant1 qu'un peu de lassitude imprimait ses traits2 tout 4 4 4 tout en un mot1 la rendait si voluptueuse et si belle1 qu'aucun homme sur la terre n'et pu lui rsister alors1 et que j'eus peut-tre besoin1 moi-mme1 de toute ma raison et de tout mon amour pour me rappeler que j'tais de son sexe4 ,nous nous couchmes4 4 4 4 ,elle me tint cent propos1 plus extravagans les uns que les autres 4 4 4 et cela la veille du jour o nous allions tre obliges peut-tre demander l'aumne1 ou faire pis pour obtenir notre subsistance4 ,en ouvrant les yeux le lendemain ,clmentine fondit en larmes4 4 4 4 ,l'ivresse est comme l'opium1 elle calme la douleur et ne la rend que plus vive au rveil 4 4 4 mon amie1 me dit-elle1 que ne suis-je morte en dormant6 4 4 4 il ne faudrait jamais s'veiller quand on a l'infortune pour perspective4 4 4 4 ,ce n'et-il pas t un bonheur pour moi que de passer dans les bras de la mort1 du sein de l'ivresse o j'tais hier8 4 4 4 ,non1 rpondis-je1 non1 nous nous sommes tires d'un pas plus dangereux que celui-ci4 4 4 4 esprons tout de la bont du ciel4 --du ciel6 4 4 4 ah6 ne comptons jamais sur le ciel2 toute esprance fonde sur des chimres n'est faite que pour l'esprit des sots4 -- ,clmentine6 chimre ou non c'est la ressource du malheureux1 n'en dtruisons pas l'ide dans nos curs elle peut encore nous consoler4 --,que la foudre m'crase l'instant o je serai console par de telles fables1 cesse de me parler d'un tre indiffrent au sort de ses cratures1 qui ne les forme que pour les rendre malheureuses1 qui ne les conserve que pour les abreuver de pleurs 4 4 4 qui ne leur prolonge la vie que pour mieux exercer sa rage1 en les accablant d'infortunes1 et qui ne les attend au bout de tout cela qu'avec des flammes et des bourreaux4 ,mort de ma vie1 mon plus grand bonheur est d'tre sre qu'un tel tyran n'exista jamais2 je deviendrais frntique ou furieuse s'il me fallait y croire un instant4 ,on t'a mal peint cet tre que tu injuries1 ,clmentine1 dfigur par les cultes humains1 il a pu te paratre odieux2 dgage-le de ces absurdits et tu l'aimeras bientt4 ,ne vois dans cette essence divine1 qu'un pre tendre et compatissant1 qui1 s'il nous prouve un moment par les malheurs1 place avec art au fond de nos ames1 pour que nous n'en soyons pas dcourags1 ce rayon si doux d'esprance qui les adoucit aussi-tt4 ,plus sont affreux nos revers ici-bas1 plus sera divine et douce la rcompense qu'il nous en prpare4 4 4 4 prouv par tant de traverses ne sera-t-il pas bien plus doux ce bonheur ternel o nous devons prtendre6 4 4 4 ,ah6 descends au fond de ton cur1 mme en ce cruel instant d'abandon o ton injustice outrage l'ternel1 tu sentiras sa voix te ranimer encore 4 4 4 mon amie6 voil l'tre consolateur que j'offre ton esprit2 voil celui qui t'ouvre les bras4 4 4 4 implorons-le par nos actions1 je t'abandonne les paroles et les simagres1 je t'abandonne les cultes et les autels1 mais que nos curs1 crs son image1 le servent au moins par des vertus4 --,je ne crois pas plus aux vertus1 qu' ton ,dieu1 dit ,clmentine1 en versant des larmes amres1 j'adopterai des vertus quand j'aurai de quoi vivre1 je croirai en ,dieu quand je ne verrai plus que du bien sur la terre4 ,en ce moment on frappa assez rudement la porte1 et comme nous tions encore au lit1 nous primes qu'on nous donnt le temps de nous lever4 4 4 4 ,nous ouvrmes enfin2 c'tait l',alcade4 4 4 4 ,point d'espoir1 nous dit-il en entrant1 vos voleurs dpendent d'une troupe nombreuse1 qui depuis long-tems infeste la ville et les environs2 il est impossible de trouver leur dpt1 le plus court est d'y renoncer4 --,ici tout mon courage m'abandonna4 4 4 4 ,je fondis en larmes4 --,clmentine1 plus ferme1 rpondit que ce coup la dsolait d'autant plus1 qu'en attendant qu'elle et crit sa mre1 ,madrid1 pour obtenir des secours1 qu'elle aurait srement trs-vite1 elle se voyait contrainte abuser encore de la bont de dom ,laurent1 et lui demander un nouvel emprunt4 ,vous vous tes trompes1 rpondit l',alcade1 en s'enfermant avec nous dans la chambre1 vous vous tes trompes mes beaux enfans1 bien loin d'tre dans l'intention de vous donner davantage je viens vous demander1 ou ce que je vous ai prt1 ou les faveurs qui doivent le compenser4 4 4 4 et s'avanant moi 4 4 4 allons1 dcidez-vous mignonne4 ,expdions d'abord celle-ci1 nous verrons l'autre ensuite2 pressons-nous surtout je vous conjure1 je ne suis pas sans pratique1 dieu merci1 et au moment o je vous parle on m'attend pour pareille besogne4 ,entirement absorbe par ma douleur1 le dos tourn vers ce monstre1 la tte dans mes mains1 demi couche sur le canap2 je ne l'avais pas vu venir moi1 lorsque tout--coup le tratre me saisissant dans cette attitude1 fixe d'une main ma position1 pendant que l'autre1 cartant tout ce qui le gne1 m'expose ses regards un instant presque nue1 sans qu'il me soit possible de m'en dfendre2 mais son triomphe n'est pas long2 me relevant avec plus de vitesse qu'il n'en a mis m'abattre1 et le culbutant loin de moi d'un vigoureux coup de poing dans la poitrine3 fuis1 lche1 m'criai-je1 ds que tu es assez vil pour nous refuser tes services2 fuis1 mais ne nous outrage point1 et pendant ce dbat1 ,clmentine ayant lestement ouvert la porte1 appelait l'htesse son secours4 4 4 4 elle arrive3 notre histoire est courte1 madame1 lui dit ma compagne1 daignez vous asseoir un instant et l'entendre4 4 4 4 ,cet homme1 dit-elle en montrant dom ,laurent1 trs-confus1 cet homme est un indigne2 il sait notre malheur et il en abuse4 4 4 4 ,nous arrivons des ,colonies1 nous avons par nos soins soumis plus de trois cents lieues de terre la nation portugaise1 quoique nous n'en soyons pas2 car1 je suis espagnole et ma compagne est franaise2 nous avons reu des louanges et des gratifications de nos services2 nous sommes arrives ici hier avec trois malles pleines d'effets et d'argent2 nous les avons1 suivant l'usage1 confies des galegues1 avec ordre de les apporter chez vous1 ils nous les ont voles2 nous avons t demander des conseils et des secours ce malheureux1 qui1 parce que nous avons tout perdu1 parce que nous sommes hors d'tat de lui rendre le peu qu'il a fait pour nous1 exige en ddommagement que nous nous prtions ses infmes dsirs4 4 4 4 ,a-t-il raison1 madame1 le devons-nous8 ,votre maison est-elle faite pour que deux femmes honntes1 qui s'y croyent l'abri1 y soient pourtant traites de la sorte8 ,dcidez vous- mme la question1 et nous ferons ce que vous nous ordonnerez4 ,ici madame ,boulnois regarda dom ,laurent2 elle lui demanda s'il tait vrai qu'un homme honor de la confiance publique se ft permis une chose semblable8 4 4 4 ,ces femmes vous trompent1 rpondit l'hypocrite1 en reprenant son air doucereux1 puissiez n'tre pas vous-mme la dupe de ce que vous faites pour elles4 4 4 4 ,je leur fais volontiers prsent de la portugaise qu'elles m'ont escroque1 il faut savoir faire la charit quelquefois--et en terminant ces mots insultans il se retira1 et nous laissa avec l'htesse4 ,madame1 dis-je alors cette femme1 l'embarras de ce monstre vous prouve son crime2 je vous conjure d'avoir piti de nous1 nous avons dit la vrit2 croyez que nous ne vous en imposons sur rien2 vous voyez quelles funestes extrmits vont tre rduites deux jeunes filles1 si vous nous refusez vos secours2 vous aurez sur votre conscience le crime o nous plongera votre abandon4 ,nous allons crire nos parens1 nos amis2 nous allons tout employer pour vous rembourser des avances que nous vous conjurons de faire pour nous2 nous vous servirons d'tages en attendant2 nous ne bougerons pas de votre maison4 4 4 4 ,ayez piti de nous1 madame1 le ciel vous rendra le bien que vous nous aurez fait4 --,en vrit mes belles amies1 dit l'htesse en se levant1 je n'ai pas envie de nourrir pour rien deux femelles2 je ne manquerais pas de filles de votre espce si j'en voulais2 mais1 ,dieu soit lou1 ma maison ne leur a jamais servi d'asyle4 ,si pourtant vous y voulez rester il ne tient qu' vous1 mes servantes me quittrent hier1 je vous offre leur place2 la condition n'est pas mauvaise4 --,jour de ,dieu6 s'cria la fougueuse ,clmentine1 en s'lanant les poings levs sur l'htesse1 nous1 te tenir lieu de servantes1 apprends double catin que ma mre en a chez elle qui valent mieux que toi4 4 4 4 ,ne l'coutez pas1 madame1 dis-je l'htesse1 en me mettant entr'elles deux1 ne l'coutez pas le malheur chauffe sa tte2 daignez nous garder cette seule journe1 je ne vous demande d'autre grace1 et voil1 lui dis-je1 en dfaisant un petit colier croix d'or que j'avais autour de mon cou1 voil de quoi vous en rpondre4 4 4 4 ,eh bien6 dit l'htesse1 en sortant avec le colier1 on vous nourrira jusqu' la concurrence de cet effet1 aprs cela prenez votre parti4 ,le mien est pris1 dit ,clmentine1 en se jettant avec fureur sur un sige2 il l'est1 4 4 4 ou que le jour qui m'claire1 soit le dernier de ma vie4 --,oh6 ,dieu1 ,dieu6 4 4 4 ne dcide jamais rien dans le dsespoir4 --et que veux-tu que nous devenions8 --,pauvres et sages1 nous travaillerons2--je ne sais rien faire4 --,eh bien1 moi1 je sais coudre et broder1 je travaillerai pour toutes deux2 je gagnerai de quoi nous faire vivre2 4 4 4 je ne te quitterai jamais3 je ne te demande que d'tre sage1 et de ne te point dsesprer4 --6 ,lonore1 reprit ma compagne1 en se jettant sur mon sein1 et l'arrosant des larmes amres de sa douleur2 toi6 que j'aime plus que ma vie1 ne crains pas que je t'abandonne non plus2 mais laisse-moi le soin de te nourrir 4 4 4 1 moins dlicate que toi j'y pourvoirai d'une faon plus sre4 4 4 4 ,conserve cette vertu imaginaire1 dont tu fais le phantme de ta gloire2 je l'outragerai pour te faire vivre2 et si jamais les remords venaient dchirer mon ame1 je leur opposerais les droits de l'amiti4 --,ah6 crois-tu que je pourrais tre heureuse1 en subsistant du fruit de tes crimes4 4 4 4 coute1 me dit ,clmentine1 un peu plus calme1 je n'ai pas plus envie de me prostituer que toi1 je te l'ai dj dit3 il faudra que je sois dans une furieuse extrmit1 quand je me jetterai dans un tel abyme2 mais j'ai tout combin1 et malheureusement nul autre moyen que celui-l ne peut nous sortir de cet infme pays3 nos projets1 tu le sais1 sont d'aller ,madrid2 l je te l'avais promis1 et t'en renouvelle le serment2 si ma mre et le duc de ,mdina-,celi vivent encore1 je te donnerai tout ce qu'il faudra pour passer en ,france2 mais il faut y arriver4 ,calculons un instant tous les moyens qui s'offrent nous pour y parvenir2 ou il faut1 en nous prostituant1 gagner ici de quoi nous y conduire1 ou il faut demander l'aumne en chemin1--ou il faut voler2 lequel trouves-tu le plus honnte des trois8 4 4 4 ,tu proposes de travailler8 o nous mneront six vingtains par jour #ac1 que nous gagnerons peut-tre en passant chacune douze heures l'ouvrage4 4 4 4 ,pendant ce tems-l nous crirons1 dis-tu8 ,faible ressource1 ma chre2 on obtient quelquefois en sollicitant soi-mme1 presque jamais en crivant4 ,combien de gens d'ailleurs ont pour maxime1 qu'il ne faut jamais rpondre ceux qui sont dans l'infortune4 ,si donc ces lettres ne rapportent rien1 il faudra se rsoudre vgter ici dans quelque grenier1 sans jamais pouvoir approcher du but o nous devons tendre4 ,cessons donc d'envisager tout ce qui ne nous y mne pas1 pour nous occuper seulement de ce qui y conduit1 quelque prix que ce puisse tre1 et quelque sacrifice qu'il nous en puisse coter4 ,ah6 comment crois-tu1 rpondis-je ce discours1 que je puisse jamais accepter aucun des trois moyens que tu proposes1 de tous encore pourtant1 celui de demander l'aumne me paratrait le moins affreux4 --,ma chre amie1 reprit ,clmentine1 nous n'viterions pas1 dans ce malheureux parti1 ce qui parat t'effrayer autant1 crois que dans ce sicle d'horreur et de dpravation1 les hommes ne font pas l'aumne des filles comme nous1 sans exiger l'intrt de leur argent2 il n'y a point de charit gratuite1 ma chre2 ou l'orgueil1 ou l'intemprance1 voil les seuls motifs qui la rveillent2 celui qui fait l'aumne veut1 ou qu'on le sache1 ou qu'il en puisse recueillir quelque fruit4 ,on est revenu de l'ide de gagner le ciel par ces sortes de bonnes uvres4 ,on a dml l'intrt puissant de ceux qui nous prchaient cette doctrine4 ,on s'est dout qu'une religion1 d'abord adopte par des pauvres1 devait faire une vertu de l'aumne1 --qu'une religion perscute1 devait crier la bienfaisance1 et qu'il fallait rpandre un peu d'or sur les autels d'un dieu n dans la boue4 ,la philosophie n'a perfectionn l'esprit de l'homme qu'en endurcissant son cur4 4 4 4 ,elle lui a appris que pour purer les lumires de l'un1 il fallait se dfier de l'organe trompeur de l'autre1 et qu'on n'arrivait point la dcouverte du vrai1 sans renoncer la chimre du bien4 ,et pour combien de gens dpravs d'ailleurs1 ce malheureux tat ne devient-il pas un attrait de plus6 saisis un instant avec moi le fil qui conduit dans les impntrables dtours du cur d'un libertin1 ne sais-tu donc pas qu'il veut matriser l'objet offert ses passions2 que c'est par la force et par la violence que jouit celui dont l'ame nerve par la dbauche a perdu sa dlicatesse2 l'galit lui refusant les plaisirs despotiques dont il alimente sa luxure1 il ne les trouve plus comme il les lui faut1 que chez la victime que la misre assoupit sa brutalit2 ainsi devenues plus plaindre1 sans chapper un seul cueil1 nous aurions1 avec l'ignominie de nos murs1 tous les dangers de l'infortune1 nous allumerions la concupiscence des hommes1 sans flchir leur humanit2 nous serions la cause de beaucoup de crimes1 sans jouir du fruit d'aucune vertu4 ,j'allais rpliquer1 quand le dner qu'on apportait1 interrompit notre conversation4 4 4 4 ,il est mince1 nous dit le garon de l'auberge1 mais madame m'a charg de vous dire qu'elle avait mieux aim vous envoyer peu1 et vous nourrir plus long-tems1 afin de vous mettre mme de finir vos affaires2 elle vous servira trois jours sur l'effet que vous avez mis dans ses mains1 en vous rduisant ce que vous voyez4 ,nous sommes contentes1 rpondit ,clmentine2 4 4 4 ,fermez la porte1 et laissez-nous4 ,allons1 me dit ma compagne1 en m'invitant de venir partager un mauvais morceau de bouilli et quelques figues1 viens recevoir de la main de la nation portugaise1 le prix des soins que nous lui avons rendus2 viens apprendre servir les rois4 4 4 4 ,hlas6 rpondis-je1 celui dans les tats duquel nous sommes1 ignore ce que nous avons fait pour lui2 croyons-le assez gnreux pour ne pas le laisser sans rcompense1 s'il en tait instruit4 ,lui de la reconnaissance6 une telle vertu dans l'ame d'un roi6 ah1 n'y compte pas2 la nature1 en ptrissant l'ame de tous ces sclrats1 avec des vices1 y plaa l'ingratitude pour enseigne1 afin que les hommes s'y trompassent moins4 peine eumes-nous dner1 que le valet parut1 en nous demandant la permission d'introduire un commissionnaire charg d'une lettre importante pour nous4 ,qu'il entre1 rpondis-je1 ne ngligeons rien dans notre situation2 les plus petites lueurs peuvent amener au grand jour4 4 4 4 ,un laquais1 sans livre1 parat1 et ayant pos une lettre sur la table1 il dcampe sans qu'il soit possible de le retenir1 et sans profrer une parole4 ,j'ouvre la lettre3 voici ce que j'y trouve4 ,le duc de ,cortreal a eu des nouvelles de la perte que vous venez de faire2 il peut vous donner des indications sres1 relativement vos effets vols4 ,le mme homme qui vous remet ce billet1 viendra vous prendre1 avec une voiture1 ds qu'il sera nuit3 on vous conduira hors du faubourg de ,blem1 dans une maison de plaisance1 situe quelques milles de-l1 appartenant au ,seigneur qui parat s'intresser vous2 une fois que vous y serez1 l'une et l'autre1 pour prix d'une obissance sans bornes ce qui vous sera propos1 vous retrouverez vos malles et un tiers de plus que leur valeur4 ,notre premier mouvement toutes deux1 fut une surprise muette qui nous tint les yeux fixs l'une sur l'autre1 la bouche ouverte1 et la respiration arrte4 ,clmentine1 toujours plus vive que moi dans le malheur1 rappela aussi-tt le garon de l'auberge3 quel est1 lui-dit-elle1 l'homme qui vient d'apporter cette lettre2 le valet1 en vrit1 je ne le connais pas2 c'est la premire fois qu'il met les pieds dans cette maison4 ,lonore1 il se dit au duc de ,cortreal1 connaissez-vous ce duc8 ,le valet1 assurment2 c'est un des plus riches seigneurs de ,lisbonne4 ,clmentine1 fort libertin8 ,le valet1 il aime les femmes1 il les paye bien4 ,clmentine1 quel ge a-t-il8 le valet1 cinquante ans4 ,clmentine1 dites-nous1 mon ami1 4 4 4 vous avez l'air d'un brave garon2 instruisez-nous comment il est possible que ce duc puisse avoir des nouvelles de nos malles8 ,le valet1 il en a8 ,lonore1 oui3 coutez1 dit le garon 7en fermant la porte1 de crainte d'tre entendu7 je m'en vais vous rvler une partie de ce mystre2 mais1 par saint ,jacques1 ne me trahissez pas4 ,lonore1 ne crains rien1 sers-nous1 et crois qu'une bonne action n'est jamais sans rcompense4 ,le valet1 ne doutez point que ces malles ne soient effectivement chez ce seigneur2 mais vous ne les aurez jamais1 si vous ne satisfaites ses dsirs1 et ceux de ses amis3 il en a trois lis avec lui depuis trente ans1 et tous trois -peu-prs du mme ge3 ils partagent les fruits de leurs plaisirs et les gotent ensemble4 ,leurs richesses sont prodigieuses1 et ils en consument les deux tiers en femmes4 ,il n'y a sorte de ruses qu'ils n'inventent1 eux ou leurs agens1 pour prendre les oiseaux dans leurs filets4 ,argent1 mauvais tour1 sduction1 procs1 prison1 rapt1 vol1 et peut-tre pis4 ,rien ne leur cote enfin2 et comme l'un d'entre eux est directeur-gnral des domaines1 un de leurs moyens favoris est d'envoyer aux salles o les quipages se fouillent1 des fripons leurs gages1 qui observent les voyageurs de terre ou de mer1 et qui leur font ce qu'on vous a fait1 quand il se trouve parmi du gibier de leur got4 ,si vous allez trouver ces seigneurs1 vous aurez vos effets1 sans doute2 si vous n'y allez pas1 et que profitant du billet1 vous cherchiez vous plaindre1 ils nieront que l'crit vienne d'eux3 ils diront que vos malles taient pleines de contrebande1 que c'est en raison de cela qu'ils les ont fait saisir2 si vous persistez1 leur crdit est immense2 ils vous feront1 sous quelques prtextes imaginaires1 renfermer dans la maison des filles de dbauche1 o ils abuseront tout de mme de vous1 et vous ne sortirez jamais de leurs mains4 --,laisse-nous1 mon ami1 dit ,clmentine1 mille sincres graces de tes claircissemens2 crois qu'aussi-tt que nous en serons en tat1 tu en recevras de nous le salaire4 --,eh bien1 me dit ,clmentine1 ds que nous fumes seules1 as-tu vu1 depuis que tu existes1 le crime sous de plus odieuses couleurs4 ,les femmes ont-elles raison de tromper les hommes1 lorsque ceux-ci dressent journellement de pareilles embches leur innocence6 ,mais ce n'est pas le tems de dissrter1 continua-t-elle2 il faut agir1 que dcides-tu8 --,de fuir ,lisbonne4 --,quoi1 dans l'indigne tat o nous voil rduites8 --,qu'importe l'tat1 si la vertu nous reste4 --tre les dupes de ces sclrats8 --,nous ne devenons telles qu'en leur cdant2 eux seuls le sont1 si nous ne tombons pas dans leurs piges4 --,non1 il faut tre plus courageuses que tu ne le dis l2 il faut y aller2 il faut ravoir nos malles1 les craser de nos reproches1 les ptrifier par notre rsistance4 --,le vice consomm rit de la vertu2 elle cesse de lui en imposer4 ,nous braverons des prils certains1 sans avoir la gloire de les vaincre4 --,qui les craint n'a point de courage2--qui les affronte a trop d'orgueil --,confions le projet l'htesse2 proposons-lui de nous accompagner3--essayons le1 mais elle refusera4 --,nous primes madame ,boulnois de monter1 4 4 4 elle vint2 4 4 4 nous lui montrmes la lettre que nous venions de recevoir2 et sans compromettre les aveux du valet1 nous lui demandmes ce qu'elle pensait de l'aventure1 et ce qu'elle ferait notre place8 ,j'irais1 nous rpondit-elle effrontment1 sans nous cacher ce qui pouvait s'ensuivre2 au fait1 examinez votre position2 est-ce donc un si grand malheur dans le cas o vous vous trouvez8 ,de ce moment nous ne doutmes plus que cette femme ne ft gagne1 et je penchais la congdier1 lorsque ,clmentine1 plus hardie1 osa lui dire avec hauteur1 qu'un tel conseil la surprenait1 et qu'elle voyait bien qu'elle s'tait furieusement trompe1 quand elle avait cru qu'une femme honnte tait en sret dans son logis4 ,notre intention tait bien diffrente madame1 continua-t-elle1 nous voulions aller chez le duc rclamer le vol qu'il a l'infamie de nous faire1 et vous prier de nous servir de sauve-garde3--moi1 que j'aille dans une telle maison8 4 4 4 --et vous nous conseillez d'y aller8 4 4 4 --,c'est votre mtier1 et ce n'est pas le mien1 poursuivit cette femme en se retirant2 au reste1 faites ce que vous voudrez2 mais songez seulement que dans vingt-quatre heures je ne peux plus vous garder chez moi4 juste ciel6 tout l'enfer est conjur contre nous1 dit ,clmentine1 ds que nous fumes seules2 tes maudits prjugs de vertu vont nous perdre4 4 4 4 ,reste1 poursuivit-elle1 en se levant furieuse et gagnant la porte1 je veux aller affronter les chimriques dangers de cette aventure4 4 4 4 ,non1 m'criai-je1 en la saisissant dans mes bras4 4 4 4 ,non1 je ne mangerai pas le pain de la prostitution2 je ne vivrai pas du fruit de ton deshonneur4 4 4 4 ,et que deviendrais-je moi-mme dans cet affreux logis2 l'inquitude de ce qui t'arriverait1 la crainte des mmes malheurs o je me trouverais peut-tre en proie4 4 4 4 ,tout tiendrait1 pendant cette fatale absence1 mon esprit dans une telle agitation1 que tu me trouverais morte au retour4 --,eh bien donc1 du courage2 allons-y toutes deux1 et ne craignons rien2 prenons ces armes1 continua-t-elle1 en se saisissant d'un des couteaux de la table1 et me donnant l'autre1 et ne mnageons pas ceux qui seront assez lches pour nous sacrifier leurs indignes passions4 4 4 4 --,allons1 dis-je1 en me levant1 j'accepte le parti4 ,je le voyais comme le meilleur2 en y allant1 nous pouvions chapper au crime1 et recouvrer notre bien2 en n'y allant pas1 nous tombions dans une misre certaine1 dont le crime seul pouvait nous sortir4 ,nous convinmes donc de nos faits2 nous disposmes nos dmarches2 nous tudimes nos discours1 et nous attendmes l'heure fatale qui allait dcider de notre sort4 4 4 4 ,elle frappa cette heure cruelle1 le laquais parut4 4 4 4 ,on vint savoir si nous tions dcides2--,oui1 dis-je1 nous le sommes4 4 4 4 ,la voiture est-elle l8 --,elle attend au dtour de la rue1 nous la gagnerons pied1 si vous le voulez bien2--soit1 et nous avanmes4 4 4 4 ,c'tait un vis--vis1 nous y montons2 le laquais s'lance derrire2 le cocher touche et nous volons4 ,il est difficile de vous peindre l'tat dans lequel je me trouvais2 la circulation de mon sang tait entirement suspendue2 je n'existais plus que par les palpitations ritres de mon cur4 ,un peu moins d'agitation 4 4 4 je succombais2 ,clmentine1 ou plus courageuse ou plus dcide1 n'tait que silencieuse et sombre1 elle me serrait quelquefois la main et ne disait mot4 ,le trajet tait long et nous avait t mal peint1 au sortir de ,lisbonne que nous quittions pour la dernire fois de notre vie1 nous suivmes les bords du ,tage1 environ deux lieues1 ensuite nous coupmes tout court gauche1 du ct de ,leivia1 puis quittant subitement la grande route1 nous enfilmes au milieu d'un bois1 une alle touffue1 qui nous conduisit enfin la porte- cochre d'une maison trs-isole1 mais d'une assez belle apparence2 la voiture entra dans la cour1 et les portes se refermrent aussitt4 ,le laquais descendit1 ouvrit la portire1 et marchant dans l'obscurit1 il nous introduisit dans une seconde anti-chambre1 o sans que nous vissions encore aucunes lumires1 il nous pria d'attendre un instant4 ,l1 je posai la main sur le cur de ma compagne1 il battait aussi fort que le mien4 4 4 4 ,courage lui dis-je1 mon tour1 c'est toi qui m'exhortais tantt1 souffre que ce soit moi maintenant1 je me trouve en disposition de tout entreprendre1 le ciel remplit mon ame de cette force qu'il prte toujours la vertu2 quand il s'agit d'craser le vice4 4 4 4 ,nous observions1 il nous paru qu'il y avait fort peu de monde dans le logis1 les prcautions que prend le crime en voulant s'envelopper avec trop de soin1 tournent quelquefois contre lui-mme2 une vieille dugne parut enfin1 elle s'clairait d'une bougie4 4 4 4 ,mes beaux enfans nous dit-elle1 ayez la bont de vous soumettre l'usage tabli dans cette maison2 aucune femme ne peut entrer vtue dans les appartemens o vous attendent les seigneurs respectables1 auxquels vous allez avoir faire4 4 4 4 ,je m'en vais vous aider si vous le trouvez bon2 et en mme-temps elle tait dj les pingles du juste de ,clmentine1 mais celle-ci l'arrtant avec douceur1 ma chre dame lui dit-elle1 nous repugnons ma compagne et moi1 cette avilissante crmonie1 nous n'en serons pas moins soumises ce que pourront exiger de nous vos matres2 mais daignez leur aller dire que nous les supplions instamment de nous exempter de cette rgle2 la dugne partit et nous relaissa dans les tnbres4 ,il n'y a plus douter dis-je ,clmentine1 en vrit ma chre1 il est imprudent d'aller plus loin4 --,attendons la rponse4 --,la vieille reparut1 elle nous assura que notre difficult tait ridicule4 4 4 4 ,qu'un peu plutt ou qu'un peu plus tard1 ds qu'il fallait que cela ft1 il ne lui semblait pas raisonnable de se faire prier4 ,au moins tout ceci1 continua-t-elle1 en dsignant les vtemens de la ceinture en bas1 et pour cette soumission de votre part1 peut-tre vous fera- t-on grace du reste4 4 4 4 ,pas la moindre chose1 madame1 dit ,clmentine1 nous vous en supplions1 nous accepterons tout l dedans4 4 4 4 ,il le faudra dit la vieille1 on saura bien une fois entres1 vous faire faire tout ce qui convient4 ,suivez-moi donc1 puisque vous tes enttes comme des mules de ,galice4 4 4 4 et nous avanmes2 il fallait traverser encore trois pices1 que nous trouvmes dans les tnbres comme celles qui les prcdaient2 un sallon trs-clair1 s'ouvre au bout1 la vieille entre la premire1 nous la suivons4 ,quatre hommes de cinquante cinquante-cinq ans1 vtus de robes de taffetas flottante1 qui les laissaient moiti nuds1 se promenaient avec agitation tous ensemble1 lorsque la porte s'ouvrit1 et en mme-temps que nous les apermes1 nos malles toutes trois poses sur une table en face de nous1 frapprent galement nos regards2 quoi bon ces difficults1 dit l'un des personnages1 en s'adressant nous1 pendant que les trois autres galement arrts1 nous considraient avec attention4 ,ne semble-t-il pas1 poursuivit le premier orateur1 que ce soit une chose bien mystrieuse1 de voir deux p 4 4 4 toutes nues4 4 4 4 ,avez-vous cru venir ici pour nous faire la loi8 4 4 4 ,eh non1 dit un autre1 c'est que ces pucelles ont peur de s'enrhumer4 4 4 4 pas un mot1 dit le troisime2 c'est qu'elles veulent nous faire admirer la magnificence de leur parure 4 4 4 dona ,rufina1 dit en s'adressant la vieille1 celui qui n'avait pas encore parl1 saisissez une de ces vestales1 et qu'en trois secondes1 elle n'ait pas un fichu sur le corps4 4 4 4 ,la vieille s'avance4 4 4 4 arrtez madame1 lui dis-je avec tant de fiert1 qu'elle en est mue4 4 4 4 arrtez1 ce n'est point pour cela que nous venons1 puis-je savoir messieurs1 dis-je1 en m'adressant au cercle1 lequel de vous est le duc de ,cortreal8 4 4 4 que veut-elle dire1 dit le premier qui avait parl 4 4 4 et o va-t-elle chercher ici le duc de ,cortreal8 --,quoi ce n'est point chez lui8 4 4 4 ,les innocentes dit le second 4 4 4 ,comme on les a trompes4 4 4 4 ,apprenez que vous tes ici chez le premier ,corregidor de ,lisbonne4 ,le voil continua-t-il1 en montrant le plus g des quatre1 il se runit ici avec trois de ses amis1 gens de justice ainsi que lui1 dessein de s'amuser des petites imbciles qui1 comme vous1 nous tombent par fois sous la main2 mais cependant voil nos malles dit ,clmentine1 est-il possible que ceux qui sont faits pour maintenir l'ordre aient pu le troubler ce point4 4 4 4 ,dom ,carles1 dit celui qu'on nous avait dsign pour tre le ,corregidor1 j'espre que c'est ici o nous allons apprendre les lois1 et voil une bachelire de ,salamanque1 qui va nous instruire de notre devoir 4 4 4 ,patience1 patience1 reprit dom ,carles1 nous allons bientt1 leur tour1 les envoyer notre cole4 ,monsieur1 dis-je au chef1 pour couper court ces mauvais propos 4 4 4 voil nos effets4 4 4 4 ils ont t vols1 nous vous les redemandons4 ,vous les aurez1 dit le ,corregidor1 mais vous devez comprendre qu'il y a quelques crmonies pralables remplir avant4 ,eut ce t la peine de les prendre1 si nous ne voulions pas vous les faire gagner8 ,gagner ce qui nous appartient4 4 4 4 ,et c'est un magistrat qui ose nous parler ainsi1 dis-je avec hauteur8 devez-vous mettre des conditions quand il s'agit de rendre ce qui est nous8 4 4 4 ,cette logique n'est pas la ntre1 dit l'un de ces insignes fripons1 le plus fort est toujours le maitre des lois1 4 4 4 un coup-d'il sur votre misre 4 4 4 sur l'abandon dans lequel vous tes1 4 4 4 sur les gens qui vous parlez1 et dites-nous s'il vous convient de rsister quand on veut bien vous secourir8 --,ce n'est pas nous secourir que de nous remettre ce qui est nous1 et c'est nous insulter cruellement que d'oser nous le ravir4 --,dom ,carles1 vous aviez raison1 dit le ,corregidor1 je devais faire traner hier ces cratures dans un cachot1 elles seraient plus souples aujourd'hui2 dona ,rufina1 si vous me faites dire encore une fois de faire votre devoir1 je vous fais mettre demain dans une maison de votre connaissance1 dont vous ne verrez le soleil de vos jours4 ces mots1 l'insolente courtire me saisit par le colet de ma robe1 et m'entraine vers un canap1 mais me pliant lgrement sous elle4 4 4 4 je lui chappe1 et mettant aussitt la main l'arme dont j'tais munie4 4 4 4 ,malheureuse m'criai-je1 si tu fais un pas vers moi1 tu es morte2 l'instant les quatre amis se jettent sur ,clmentine et moi1 mais cette valeureuse compagne qui s'tait arme en mme-temps1 en culbute un ses pieds de la main qui ne tient pas le fer1 et portant la pointe du couteau sur le sein de l'autre1 pendant que j'agis de mme sur ceux qui se trouvent le plus ma porte1 insignes fripons s'crie-t-elle en s'lanant vers la porte3 voil comme l'innocence et la vertu savent triompher de la sclratesse6 ,elle sort2 je me prcipite sur ses traces1 et traversant comme la foudre les appartemens o ,illustration3 ,voila comme l'innocence et la vertu savent triompher de la scleratesse6 nous avions pass1 nous nous jettons toutes deux dans la cour1 sans qu'aucuns de ces hommes lches et affaiblis par le vice1 ait1 ou le courage de nous y suivre1 ou la force de nous y atteindre4 ,ouvre cette porte1 dit imprieusement ,clmentine1 au valet qui nous avait amen1 cesse de nous retenir1 ou c'est fait de ta vie1 le coquin effray de deux fers la fois1 obit4 4 4 4 ,nous chappons1 et sans nous arrter ni regarder derrire nous1 malgr l'paisseur extrme de la nuit1 nous sortons du bois et gagnons la plaine en courant4 ,eh bien6 dit ,clmentine1 en se jettant d'puisement et de lassitude1 contre une mazure qui se trouvait l1 tu le vois ma chre1 nous voil chappes1 sans avoir vers une goutte de sang 4 4 4 sans avoir perdu cette fleur de sagesse si prcieuse1 et laquelle tu attaches tant de prix4 4 4 4 ,oh6 qu'il en cote pour faire le bien1 en vrit le vice ne donne pas autant de peine4 ,mais si nous avions gorg quelqu'uns de ces malheureux1 crois tu que tes beaux projets de chastet ne nous auraient pas cot des remords6 ,il peut donc en tre dans le sein mme de la vertu1 et la meilleure de toutes les actions peut donc cesser d'tre dsirable1 si le crime l'entoure ou peut en rsulter4 ,oh6 dieu m'criai-je galement essoufle et rendue1 d'un ct quelle infme prostitution6 et quelle impudence de l'autre4 --,au moins nous ne doutons plus reprit ,clmentine1 nous savons o sont nos effets4 --,juste ciel6 il y a donc des pays dans le monde1 o l'abus des choses les plus respectables est tel1 que le premier infracteur de la loi1 est celui qui doit la venger4 --,rien de plus simple1 c'est l'impunit qui encourage1 levs l'homme1 vous lui faites natre l'envie de mal faire1 par l'espoir qu'il conoit aussitt de le pouvoir sans risque4 --,il ne faudrait donc qu'aucun homme n'et de supriorit sur un autre8 --,il faudrait qu'il n'en et jamais qu'un instant1 et que la crainte d'tre trait dans l'tat faible1 comme il traitait les autres quand il dominait1 servit de toujours de frein ses passions #ad2 quoi qu'il en soit1 qu'allons-nous devenir8 notre ruine est plus sre que jamais1 quel asyle s'ouvre notre misre1 et quelles ressources nous reste- t-il8 --,si tu m'en crois1 nous ne retournerons pas ,lisbonne4 --,je le veux dis-je1 gagnons ,madrid comme nous pourrons1 peut-tre ne trouverons-nous point par-tout des ames fltries comme en ,portugal4 4 4 4 ,peut-tre que 4 4 4 grand dieu6 grand dieu1 s'crie ,clmentine1 en se levant et fuyant avec effroi1 je me suis assise auprs d'un homme mort4 4 4 4 ,non pas mort1 dit en se levant aussi1 un grand drle bien dcoupl1 mon bel ange continua-t-il1 en retenant ma compagne par le bras1 vous n'tiez pas auprs d'un homme mort1 mais d'un homme endormi1 et d'un cavalier bien tourn1 qui ne prtend vous faire aucun mal2 et qui tes-vous1 dit ,clmentine1 toujours tenue8 ,qui je suis1 reprit notre aventurier1 un personnage coup sr trs-nigmatique pour vous1 quand je vous l'aurai dit1 vous n'en serez pas plus avance2 mais encore dis-je en m'approchant moi-mme1 rassure par l'air et le ton de cet homme4 --,mes bonnes amies dit notre inconnu1 je suis l'ennemi de ,dieu1 le serviteur du diable1 et l'ami du bien d'autrui4 ,par ,saint-,christophe1 je ne vous entends pas dit ,clmentine1 tout a fait rassure1 expliquez-vous mieux mon fils1 si vous voulez que je vous comprenne4 4 4 4 ,doucement dit l'inconnu1 commencez par me dire qui vous tes vous-mmes1 nous avons pour coutume dans notre mtier1 de ne jamais nous confier au renard1 ainsi parlez avant que je ne rponde4 ,plus nous examinions ce burlesque personnage1 plus il nous tonnait2 autant que nous pmes le distinguer au faible crpuscule d'une lune qui se levait1 il nous parut vtu d'un pourpoint vert1 et d'un manteau jaune1 la bouche orne de deux moustaches normes et le chef couvert d'un chapeau garni de plumes cinq pieds de hauteur1 ,clmentine le prenant pour un charlatan1 dont il n'y avait absolument rien craindre1 lui raconta notre aventure avec ingnuit1 et ne lui cacha point l'embarras dans lequel nous tions4 --,ah6 ah6 pucelles1 s'cria notre homme1 c'est--dire1 que vous avez le ventre vuide1 force de vertu4 4 4 4 ,venez 4 4 4 venez1 suivez-moi1 vous avez trouv des sclrats chez ceux qui vous devaient l'hospitalit4 ,de l'hypocrisie et de la dbauche1 du libertinage et de l'infamie1 parmi les chefs de la justice1 et par-tout des curs de rochers4 4 4 4 ,venez vous dis- je1 c'est au milieu d'une troupe de bohmiens que vous allez rencontrer des amis4 4 4 4 ,et toutes deux confondues1 nous suivions notre homme en silence4 ,il tourne la mazure contre laquelle nous nous tions reposes1 frappe la porte de l'autre ct1 on ouvre1 nous entrons1 et nous voyons une douzaine de personnes autour d'un feu1 dont quelques unes causaient bas1 pendant que les autres dormaient4 ,camarades dit notre conducteur1 voil deux pauvres filles gares qui ne savent o reposer leurs ttes2 quand le riche abandonne le pauvre1 ou que la justice immole l'innocence1 c'est nous venger les droits de la socit2 notre premier devoir est de les rtablir4 4 4 4 ,allons la nappe4 ,ici nos larmes coulrent malgr nous1 ,clmentine m'criai-je1 voil donc quels sont les hommes6 4 4 4 ,nous ne trouvons que vice et qu'horreur1 au centre de leurs associations polices1 et toutes les vertus nous attendent chez ceux que l'opinion fltrit4 ,pendant ce temps1 ceux qui dormaient s'veillrent1 et le couvert se mit4 ,les femmes de ces ,bohmiens taient au nombre de six1 parmi lesquelles il y en avait quatre trs-jolies1 elles nous environnaient1 elles nous caressaient1 elles nous louaient1 elles nous plaignaient1 elles nous priaient de nous asseoir prs d'elles1 et que quoi qu'elles eussent soupes1 elles se remettraient une seconde fois table pour nous engager gouter de leurs mts4 ,on servit un chapon rti1 deux gros pts1 un jambon et deux dbris de poules rchauffes dans du riz1 on nous entoura de bouteilles d'excellens vins de ,madre1 on nous exhorta chasser toute mlancolie1 et les hommes se jurrent entre eux devant nous1 qu'ils priraient plutt que de nous abandonner4 4 4 4 ,nos larmes continuaient de couler1 l'attendrissement dans lequel nous tions1 nous tait presque la facult de profiter des politesses de ces bonnes gens et nous ne cessions de nous crier l'une et l'autre1 opinion1 4 4 4 fatale opinion1 combien tu nous trompes de fois dans la vie1 et combien le monde est injuste6 ,quand nous emes un peu rpar nos forces1 ces douces et charmantes filles nous demandrent avec instance de vouloir bien leur faire l'amiti de raconter nos histoires1 et nous les satisfmes l'instant1 pendant qu'ils formrent tous un cercle autour de nous1 en nous coutant avec le plus vif intrt #ae4 ,il est temps de vous reposer1 dit celui qui nous avait introduit2 ,dona ,cortillia1 continua-t-il1 en s'adressant la plus ge de ces femmes1 prenez ces demoiselles avec vous1 et mettez-les le plus l'aise que vous pourrez4 ,demain il fera jour1 elles disposeront de leur sort suivant leur volont1 quand elles nous auront fait l'honneur de boire encore quelques flacons de vin avec nous4 ,dona ,cortillia nous conduisit dans le coin de la cabane qui lui tait destin1 arrangea elle-mme des feuilles pour nous faire reposer plus mollement1 plaa des hardes sous nos ttes1 pour nous prserver de l'humidit1 et nous dit en nous embrassant1 je voudrais avoir le palais du roi d',espagne1 je vous l'offrirais de bien meilleur cur4 ,nous nous endormmes profondment1 il y avait long-temps que nous n'avions pass une nuit plus calme1 nous avions toujours trembl1 tant que le sort nous avait plac parmi ce qu'on appelle les honntes gens2 nous tions en paix avec des ,bohmiens4 ,ds qu'il fut jour1 notre charmante htesse et ses compagnes ayant allum du feu1 elles firent chauffer du vin et des bouillons1 nous en prsentrent1 en nous demandant si nous avions bien pu reposer tranquillement parmi eux1 nous rpondmes leurs caresses1 nous les remercimes de leur honntet1 et le chef qui revenait de patrouilles1 s'tant fait donner en rentrant une rotie au sucre1 nous demanda ce qu'il pourrait faire maintenant pour notre service2 permettez1 dit ,clmentine1 qu'avant de vous rpondre1 je consulte un instant mon amie1 et aussitt1 pour nous laisser plus libres1 ils se mirent tous l'cart4 ,doutes-tu un instant1 me dit ,clmentine1 que le ciel1 aux inspirations duquel tu ajoutes tant de foi1 nous ait fait tomber ici1 dans d'autres vues que celle d'y trouver de l'adoucissement nos maux1 et aprs toutes les honntets de ces bonnes gens1 consentirais-tu les quitter8 --,quelque rpugnance que j'prouve me trouver en telle compagnie1 rpondis-je1 il est certain que s'ils vont ,madrid1 le plus court est pour nous de les suivre1 mais s'ils s'en dtournent1 4 4 4 je l'avoue1 4 4 4 je ne les accompagnerais qu'avec peine2 j'aspire autant que toi1 sans doute1 revoir ,madrid1 reprit ,clmentine1 je me flatte d'y retrouver ma mre et des connaissances1 je jouis de l'ide de t'y tre utile4 ,ainsi nos intentions tant toutes deux les mmes1 il faut demander ces gens-ci1 ce qu'ils deviennent1 et nous rgler d'aprs cela4 ,nous les rabordmes2 tres sensibles et hospitaliers1 leur dis-je1 vous qui avez daign accueillir notre misre1 vous chez qui1 nous avons gracieusement trouv ce que la socit injuste qui vous condamne1 nous refusait aussi cruellement1 nous pardonnerez-vous de vous demander de quel ct vous allez tourner vos pas8 ,vers l',espagne1 me rpondit le chef1 nous n'avons plus de sret en ,portugal1 il nous faut changer de royaume4 ,eh bien6 dis-je alors1 serait-ce abuser de vos bonts que de vous prier de nous protger jusqu' ,madrid1 o nous esprons de trouver des secours4 ,jeune fille1 me rpondit le chef1 comme nous ne voulons contraindre ni vos murs1 ni vos prjugs1 nous devons vous prvenir de nos usages1 avant de vous accorder ce que vous dsirez de nous4 ,nous ne faisons ce que vous sollicitez1 pour qui que ce soit1 si la personne qui le demande n'accepte d'tre reue parmi nous1 de faire le mme mtier que nous1 de vivre sous notre religion et nos lois1 et de suivre1 en un mot1 toutes nos coutumes2 ces conditions1 nous vous conduirons ,madrid2 mais en nous quittant l1 si c'est toujours votre intention1 nous vous prvenons que si vous agissez contre nous1 vous n'y serez pas en sret1 eussiez-vous toute la ville en votre faveur2 si vous nous quittez1 au contraire1 sans jamais parler de nous1 sans jamais chercher nous nuire1 en tel endroit du monde que vous trouviez de nos bandes1 vous en recevrez secours et assistance4 ,dans le cas o le parti que nous vous proposons ne vous convienne pas1 nous allons vous composer une portugaise entre nous tous1 et vous irez o bon vous semblera4 ,clmentine prenant aussi tt la parole1 toutes nos rflexions sont faites1 dit-elle1 nous ne vous quitterons qu' ,madrid1 et nous sommes prtes entrer dans votre troupe1 quand vous voudrez nous y recevoir4 4 4 4 ,je ne contredis point ma compagne1 mes gestes prouvrent1 au contraire1 que j'approuvais ce qu'elle disait2 je ne sais1 mais j'tais rassure1 ces ,bohmiens ne m'effrayaient nullement1 il y a une sorte de conscience parmi les sclrats1 qui vaut quelquefois mieux que celle de l'honnte homme1 le premier n'ayant que peu de lois1 respecte bien celles qu'il s'impose1 l'autre en a trop pour les rvrer toutes1 et le relchement qu'il se permet1 branle -la-fois tous ses freins4 4 4 4 ,cher et brave compagnon1 dis-je au chef1 une seule chose m'inquite1 entre-t-il dans vos principes et dans vos usages de rpandre le sang humain8 ,si cela est1 ni elle1 ni moi1 ne nous associerons jamais avec vous2 par ,lucifer1 dit le chef1 un peu courrouc1 apprenez1 filles de ,dieu1 que nous ne dtruisons jamais l'ouvrage de la nature1 nous laissons aux prtres1 aux gens de loi et aux souverains1 toute l'atrocit de ce crime2 une partie de notre haine pour eux1 vient du sang-froid avec lequel ils se livrent journellement ces horreurs2 nous vous permettons de verser notre propre sang1 la premire fois que vous nous en verrez rpandre d'autre que celui des animaux qui nous sustentent4 ,eh bien6 dis-je1 touchez-l1 brave ami1 nous sommes vous1 regardez-nous comme vos surs1 et recevez-nous quand vous voudrez1 nous sommes prtes tout1 aux deux seules conditions1 de conserver notre honneur intacte1 et de ne jamais souiller nos mains de sang4 --,accord1 s'cria la troupe entire4 --,un moment1 dit le chef1 avez-vous rflchi qu'il faut faire abjuration8 ,nous adorons le diable1 et nous ne croyons pas en ,dieu1 nous servons l'un1 nous injurions l'autre1 il y a des crmonies trs-fortes1 dont nous ne vous exempterons pas4 --,offensent-elles la pudeur1 m'criai-je4 --,elles n'absorbent que le prjug1 dit le chef1 elles n'attaquent et n'outragent que des chimres1 et laissent en repos toutes les vertus4 4 4 4 ,nous ferons tout1 nous ferons1 dit ,clmentine4 4 4 4 ,tu l'entends1 je rponds pour toi1 ,lonore2 je cesse d'tre ton amie1 si tu me fais jurer en vain2 ne refusons pas ce que la fortune nous envoie1 de crainte de heurter quelques mprisables dogmes qui ne nous ont pas nourries quand nous avons eu la btise de les encenser4 4 4 4 ,vas1 dis-je mon amie1 tu me dtermines1 pourquoi le crime emprunte-t-il les charmes de la bienfaisance pour nous sduire et pour nous captiver4 4 4 4 6 vous socit que je dlaisse1 pourquoi ne m'avez-vous prsent que des fers quand je vous servais par des vertus4 ,ce sont les pines que vous avez semes sur mes pas1 qui m'ont contrainte me sparer de vous2 votre ingratitude entr'ouvre l'abme o mon dsespoir me prcipite2 et si j'offense les loix divines ou humaines1 c'est l'abandon de ,dieu et la mchancet des hommes qui m'ont entrane dans mes erreurs4 ,la troupe partit le lendemain au nombre de huit femmes et de six hommes4 ,essayons de vous donner1 maintenant1 une lgre ide des personnages les plus remarquables de cette socit3 dona ,cortillia1 dont j'ai dj parl1 tait la doyenne des femmes2 elle paraissait ge de quarante ans2 elle tait belle1 frache1 les yeux extraordinairement vifs et assez bien faite1 quoique peu grande2 ,castellina tait la plus jolie des six1 elle avait seize ans1 la taille leste et bien prise1 une peau assez blanche pour rsister au hle perptuel o l'exposait son mtier2 de trs-beaux yeux1 cheveux chtains1 les yeux bruns et trs-anims1 l'air de l'intrt et de l'innocence dans la phisionomie1 emblmes srs de toutes les qualits de son cur3 elle tait fille de ,brigandos1 chef de la compagnie1 et avait un frre dans la troupe d'environ vingt ans1 taill comme ,hercule1 et la figure la plus agrable et la plus anime3 on l'appelait ,rompa-,testa1 c'tait un de nos meilleurs et de nos plus braves soldats1 le mme que nous avions trouv endormi et qui nous avait introduit dans la masure2 une petite fille de treize ans1 nomme ,florentina1 brune1 espigle1 spirituelle et vive1 tait aprs ,castellina ce que l'assemble de ces dames offrait de plus joli2 elle avait t enleve quatre ans chez un cur1 auprs de ,combre1 qui ne l'levait peut-tre pas pour un plus saint mtier que celui qu'elle faisait1 et elle toit dresse depuis cet ge aux exercices journaliers de la bande1 qu'elle remplissait avec autant de lgret que d'intelligence2 il ne lui fallait pas deux secondes pour enlever un bijou de la poche du plus mfiant des hommes3 passait-elle dans un village il n'y avait pas de chien barbet qui pt saisir une poule avec autant de vtesse2 la prendre1 l'touffer et l'accrocher1 sous ses cotillons1 tait pour elle l'affaire d'un clin d'il1 et elle jabottait toujours si bien en agissant que le plaisir qu'on avait l'entendre empchait qu'on ne vt ses actions3 elle tait -la-fois l'lve et la favorite de ,cortillia4 ,le reste des hommes et des femmes1 que je ne vous peins point1 tait de vingt trente ans1 et tous possdaient -peu-prs galement de la taille1 de la fracheur1 de l'adresse et de la sant4 ,jusqu'au grand jour nous marchmes en troupe1 ce fut alors que le chef s'approchant de ,lonore et de moi3 nous allons suivre le cours du ,tage jusqu'aux portes de ,madrid1 nous dit-il1 la route est un peu plus longue1 mais elle est moins frquente2 on trouve chaque soir1 ou de petits bois toufus sur la rive1 ou des les au milieu du fleuve1 qui nous fournissent des retraites sres2 nous nous sparerons ds que le soleil va paratre1 mais mon fils sera toujours vingt pas devant nous2 vous n'aurez qu' le suivre1 l'appeler quand vous voudrez vous reposer1 lui faire signe quand vous voudrez vous remettre en marche2 il vous menera tout droit o nous devons coucher ce soir3 c'est une caverne1 au fond d'un bois1 presque baigne par la rivire1 et qui n'est connue que des btes fauves et de nous4 ,mes camarades et moi quitterons la route une lieue d'ici et nous arriverons au mme gte par des chemins plus dtourns3 tel est l'endroit o nous vous recevrons2 il disparat aprs ces mots4 ,tout se passa comme il avait t convenu2 nous fmes environ six lieues1 et nous nous retrouvmes le soir dans la caverne indique1 o ,brigandos ordonna tout pour notre rception2 nous tions prvenues d'une partie des crmonies qui s'observaient en pareil cas4 ,clmentine ennemie dclare de tous les dogmes du christianisme1 se faisait une fte de l'occasion qui lui tait prsente de les accabler du mpris que son cur nourrissait pour eux2 je ne voyais pas tout--fait comme elle sur ce qu'on allait exiger de nous2 non que ma crdulit ft plus tendue3 je vous ai fait sur cela ma profession de foi2 mais il me restait un fonds de prjug que je craignais de n'avoir pas la force de vaincre4 ,ils tiennent la pudeur infiniment plus qu'on ne croit dans notre sexe1 ces prjugs insurmontables4 ,le ridicule usage o sont les hommes de prononcer sur les murs d'une femme1 en raison de ses opinions religieuses1 fait que presque toutes celles qui sont sages1 quoique philosophes1 n'osent convenir des progrs de leur esprit4 ,qu'y a-t-il donc de commun entre les murs et les opinions8 ,eh quoi6 il faut tre taxe de libertine parce qu'on ne peut admettre une infinit de fables qui choquent le bon sens8 ,ah6 qu'on me permette de le dire1 la diffrence est bien plus grande entre le libertinage et l'impit1 qu'entre ce mme libertinage et la superstition2 on se livre tout quand on est sre d'tre l'abri du reproche1 sous le manteau sacerdotal2 mais celle qui n'aime la vertu que pour la vertu mme2 qui ne la sert que parce qu'elle enflamme son cur2 celle qui marche toujours dcouvert1 et dont l'ame se lit sur les traits du visage1 ne se prcipitera pas dans des erreurs qu'elle serait dans l'impossibilit de cacher4 ,m'objecterez-vous les flammes de l'enfer8 qui sait les pallier comme la dvote8 force de les adoucir1 elle les brave1 et ce frein est bientt aussi nul ses yeux qu' ceux de son adversaire2 l'habitude de pouvoir pcher en paix1 entrane en un mot l'une tous les garemens que ses passions lui dictent2 l'autre qui s'est accoutume ne jamais rien se permettre1 uniquement contenue par les lois de son cur et par les principes de sa raison1 n'imagine point de les enfreindre4 ,les crmonies commencrent2 c'est ici o j'aurais grand besoin que vous me dispensiez des dtails4 4 4 4 ,on nous soumit d'abord cette pratique en usage au ,japon1 quand les ,hollandais veulent pntrer dans les villes4 4 4 4 ,on ne s'en tint pas l4 ,un symbole plus respect des catholiques1 un gage bien plus sacr de leur culte1 nous fut galement offert2 et sur ce dernier objet1 dont le respect au fond n'est que local1 on exigea bien plus que sur l'autre4 ,tous deux bientt nous furent reprsents -la-fois1 et il fallut en venir alors aux marques du mpris le plus outrageant et les mieux constates2 celles enfin1 dont l'excs ne laisse plus de possibilit au retour4 4 4 4 ,on n'imagine point avec quel flegme1 4 4 4 avec quelle hardiesse1 4 4 4 avec quel ddain les femmes de notre troupe nous donnrent l'exemple2 4 4 4 avec quelle scurit ,clmentine l'imita4 4 4 4 ,je tremblai d'abord1 je l'avoue1 on se moqua de moi2 4 4 4 on me dit que des choses grossires ne pouvaient envelopper l'tre immatriel3 4 4 4 on me dit qu'un ,dieu ne pouvait tre ni reprsent dans une image1 ni contenu dans un oubli1 et que rien de ce qui tait matriel ne pouvait mriter d'hommage1 sans que le culte n'en devnt idoltre4 --,je m'enhardis1 4 4 4 j'excutai1 et n'en ai jamais eu de remords2 ce qui suivit m'inspira un peu plus d'effroi4 ,dans le premier cas on ne faisait qu'agir1 4 4 4 il fallait parler dans l'autre4 ,vous comprenez qu'il s'agissait de l'abjuration3 les mots en taient effrayans2 le sens des derniers tait le vu de son ame et de son corps l'tre infernal4 ,ds que nous emes fini1 on ouvrit une fosse au milieu de la caverne1 et nous nous prosternmes tous autour1 en rptant les paroles du chef1 qui taient une formule d'adoration au diable4 ,la prire finie1 ,brigandos nous demanda1 #a4 ,si nous jurions d'tre fidles aux points de doctrine que nous venions d'adopter8 #b4 ,si nous nous engagions ne point rvler ce que nous ferions ou ce que nous verrions faire8 #c4 ,si nous ne reviendrions jamais au culte que nous venions d'abjurer8 #d4 ,si c'tait du fond du cur que nous anantissions toute ide de l'tre-,suprme1 pour ne plus rvrer que celle du dmon2 #e4 ,si nous tions bien dcides nous approprier le bien d'autrui1 toutes les fois que nous en trouverions l'occasion8 #f4 enfin1 4 4 4 et voici1 sans doute1 ce qui m'tonna le plus3--si nous protestions de secourir toujours le faible envers le fort1 et d'adoucir la situation de tous les infortuns que le hasard offrirait nous2 nous prommes tout4 ,un repas splendide suivit notre rception2 il y rgna une gaiet honnte1 4 4 4 et pas le moindre mot1 4 4 4 pas le moindre geste qui pt nous donner la plus lgre inquitude sur la dcence o l'on s'tait engag envers nous4 ,le lendemain nous dcampmes comme l'ordinaire2 la marche de ce jour fut comme celle du prcdent4 ,brigandos nous promit de nous mettre incessamment au fait de la morale1 des coutumes des murs et du fond de la religion des ,bohmiens4 ,notre station1 ce soir-l1 tait au milieu du fleuve mme1 dans une petite isle inabordable1 et toute remplie de bois4 ,l1 pendant qu'on prparait le souper1 le chef voulant nous tenir parole sur les explications qu'il nous avait promises1 nous tint -peu-prs le discours suivant3 ,fin de la cinquime ,partie4 ,footnote #a4 ,canal qui conduit de ,padoue ,venise1 et dont les rives sont couvertes des campagnes superbes de la noblesse vnitienne4 ,footnote #b4 ,il n'touffe pas les sentimens de la nature1 mais il entrane l'gosme1 les dsirs du libertin1 presque toujours en contradiction avec les devoirs sociaux1 et se trouvant dans son ame d'aprs les principes qu'il s'est fait infiniment plus fort que ces devoirs1 il les anantit1 mais il n'a point touff la nature1 il n'a fait que cder l'gosme4 ,cet axiome gnral ne va pourtant pas ce cas-ci1 o ,fallieri ne fait ou n'crit qu'une noirceur gratuite4 ,footnote #c4 ,ptolme pensait que c'tait de ce lac d'o sortait le ,nil2 quelque foi que l'on doive ajouter au rcit des voyages de ,lonore1 qui ne paraissent pcher en aucune circonstance1 il serait pourtant possible qu'elle se trompe sur les ,sources du ,nil1 dont aucuns dtails rels ne nous sont encore parvenus4 ,footnote #d4 ,on doit se rappeler ici la ,mithologie de ces peuples1 dtaille par ,sarmiento4 ,footnote #e4 ,la portugaise vaut #dj livres4 ,footnote #f4 ,la pistole courante est de #ba livres4 ,footnote #g4 ,ce sont des gens de la ,galice1 qui font ,lisbonne le mtier de porte-faix1 de ramoneurs1 etc4 ,footnote #h4 ,cette auberge et la prcdente taient1 lorsqu'on crivait1 les deux meilleures de ,lisbonne4 ,footnote #i4 ,le portrait n'est pas chimrique1 peut-tre d'autres polices que celle de ,lisbonne en ont-elles offert l'original4 ,voyez le mot ,sartine1 au dictionnaire des grands coquins4 ,footnote #aj4 ,la plus basse monnaie de ,portugal1 il en faut #fdjj pour faire #db liv4 #ab s4 #f d4 ,footnote #aa4 ,la demie portugaise vaut environ #bj liv4 ,footnote #ab4 ,la cruzade vaut -peu-prs #c liv4 ,footnote #ac4 ,environ quinze sols de ,france2 c'est le quart de la cruzade d'argent4 ,footnote #ad4 ,quelques lecteurs vont dire3 --voil une bonne contradiction4 ,on a crit quelque part avant ceci1 qu'il ne fallait pas changer souvent les ministres de place3 ici l'on dit tout le contraire4 ,mais ces vtilleux lecteurs veulent-ils bien nous permettre de leur faire observer que ce recueil pistolaire n'est point un trait de morale dont toutes les parties doivent se correspondre et se lier2 form par diffrentes personnes1 ce recueil offre1 dans chaque lettre1 la faon de penser de celui qui crit1 ou des personnes que voit cet crivain1 et dont il rend les ides3 ainsi1 au- lieu de s'attacher dmler des contradictions ou des redites1 choses invitables dans une pareille collection4 ,il faut que le lecteur1 plus sage1 s'amuse ou s'occupe des diffrens systmes prsents pour ou contre1 et qu'il adopte ceux qui favorisent le mieux1 ou ses ides1 ou ses penchans4 ,footnote #ae4 ,autre vertu inconnue des gens du monde3 qu'un infortun raconte ses malheurs1 peine lui accorde-t-on un instant d'attention2 peine un seul cur s'ouvre-t-il pour recueillir ses plaintes2 il semble que l'homme heureux s'irrite la peinture du malheur des autres2 l'assurer1 lui prouver qu'il peut devenir tel1 est une espce d'offense qu'on fait son orgueil1 dont il se venge tout de suite par de la froideur ou de la distraction4 ,,aline ,,et ,,valcour1 ,,ou ,,le ,,roman ,,philosophique4 ,,tome ,,iii4 ,,sixi,,me ,,partie4 ,illustration3 ,le ciel est-il juste quand il abandonne la vertu de si grands tourments8 4 4 4 ,,aline ,,et ,,valcour1 ,,ou ,,le ,,roman ,,philosophique4 crit la ,bastille un an avant la ,rvolution de ,france4 ,,orn ,,de ,,seize ,,gravures4 ,,paris1 ,chez la ,veuve ,,girouard1 ,libraire maison galit1 ,galerie de ,bois1 n4 #aif4 #agie4 ,nam veluti pueris absinthia tetra medentes1 ,cum dare conantur pris oras pocula circum ,contingunt mellis dulci flavoque liquore1 ,ut puerum tas improvida ludificetur ,labrorum tenus2 interea perpotet amarum ,absinthi laticem deceptaque non capiatur1 ,sed potius tali tacta recreata valescat4 ,luc4 ,lib4 #d4 ,,aline ,,et ,,valcour4 ,,suite ,,de ,,la ,,lettre ,x,x,x,v,i,i,ie1 ,dterville ,valcour4 ,,suite ,,de ,l',,histoire ,,de ,l,,onore4 ,quand les ,bulgares inondrent l',orient1 tous ne s'tablirent pas dans les diffrentes provinces qu'ils trouvrent leur biensance ou qu'ils conquirent sur les empereurs de ,constantinople2 une grande partie prfrant la vie vagabonde toute autre1 remontant vers le ,nord1 se dispersa dans les forts des ,gaules1 inonda les rives du ,rhin et du ,veser1 pendant qu'un autre essaim descendant au ,midi1 peupla les bords du ,tage1 et s'tendit jusqu'aux colonnes d',hercule2 presque tous taient imbus des principes du manichesme1 ou ils les rpandirent dans les provinces dans lesquelles ils se fixaient1 ou ils les portrent dans leurs voyages4 ,tel est le peuple auquel nous devons l'existence2 et c'est sa religion pure que vous nous voyez suivre4 ,nous croyons qu'il y a un tre dans la nature qui dirige tout2 mais cet tre quelconque que nous admettons pour souverain moteur1 comme nous lui voyons faire plus de mal que de bien1 nous ne pouvons le regarder que comme un tre cruel et mchant2 or1 vous avez donn le nom de diable l'tre que vous considrez ainsi2 nous en faisons autant pour nous accommoder vos principes4 ,dans le fond1 cet tre moteur admis par nous1 est le mme que le vtre4 --,considr sous d'autres rapports2 vous le croyez bon1 nous le croyons mchant2 vous avez la faiblesse de croire que tout est l'ouvrage d'un dieu intelligent1 plein de grandeur et de vertus1 plus sage que vous sur cet article1 mais contraint comme vous reconnatre un tre actif pour crateur de ce qui existe4 ,comme tout ce que nous voyons n'est que vice et qu'imperfection1 nous ne pouvons l'attribuer qu' un tre faux1 tratre et froce qu'il faut calmer par des prires1 et auquel il ne faut jamais rendre aucun acte de grace1 parce que le bien qui nous arrive est notre ouvrage1 et qu'il n'y a que le mal qui soit le sien2 ce n'est donc pas dieu que nous vous avons fait abjurer1 ce sont seulement les qualits d'un dieu bon1 parfaitement insupposables1 et les superstitions catholiques1 trop opposes la raison pour pouvoir tre un instant reues4 ,tout ce que vous avez fait hier ne porte que sur cela2 ainsi vous n'avez point reni dieu comme on nous accuse de le faire nos catcumnes1 vous tes seulement convenu avec nous1 qu'un monde imparfait ne pouvait tre l'ouvrage que d'un tre imparfait1 que l'tre parfait tait une chimre dont l'rection tait impossible au centre de l'imperfection4 ,venons nos murs4 ,nous nous permettons le vol et l'inceste1 voil les seuls dlits que nous tolrions parmi nous1 quoiqu'on nous souponne de beaucoup d'autres1 auxquels nous ne pensons seulement pas4 ,avons-nous tort de nous permettre le vol8 ,les loix de la proprit ne sont- elles pas dans la nature8 ,ds que cette nature nous a tous crs gaux1 nous a donn tous les mmes sens et les mmes besoins1 de quel droit divin ou naturel un homme doit-il tre plus riche qu'un autre8 n'est-il pas clair que la proprit n'est qu'une lsion que le fort s'est permis sur le faible et que doit corriger celui-ci autant qu'il est en son pouvoir8 ,or1 quel crime peut-il commettre en rtablissant les choses dans l'ordre o les a cr la nature4 ,nos anctres en venant des ,palus-,motides1 et s'appropriant les provinces voisines qui taient leur biensance1 n'taient comme nous que des voleurs2 ils n'taient guids comme nous que par l'intention toute simple d'tablir l'galit1 et de donner celui qui avait moins1 un peu du trop de l'autre4 ,reconnoissant pourtant le tort que nous avons eu de nous priver de nos forces en nous dispersant ainsi par petites troupes2 l'injustice d'employer la violence pour ravir les possessions d'autrui1 et pleinement convaincus du mal qu'il y a rpandre le sang des hommes1 nous nous contentons de la filouterie1 nous n'employons jamais que l'adresse pour corriger les torts de la fortune #a4 ,nous nous permettons l'inceste1 cela peut-il tre autrement parmi un peuple dispers1 qui ne veut et ne peut s'allier qu'avec lui-mme1 qui nous donnerait des femmes si nous ne prenions celles de nos familles8 ,il faudrait donc en enlever1 cela nous arrive bien quelque fois1 mais le mal n'est pas bien plus grand8 ,l'inceste est d'institution humaine et divine4 ,les premiers hommes durent ncessairement s'allier dans leurs familles4 ,les loix et les constitutions de certains gouvernemens doivent faire dfendre l'inceste comme d'autres doivent le tolrer4 ,par lui-mme il est indiffrent1 il ne peut offenser que les loix politiques1 mais il ne blesse en rien le pacte social1 il tablit plus d'union dans les familles1 il en double et resserre les liens1 peut-tre mme accompagne-t-il mieux que tout1 les vritables loix de la nature4 ,n'imaginez pas au reste que le libertinage entre pour rien dans les motifs qui nous font tolrer ces alliances illicites selon vous1 et pourtant autorises par l'ancienne loi2 quelqu'tendue que cette loi ft sur cet article1 nous la restreignons parmi nous4 ,nous permettons les alliances o l'galit d'ge semble tre une preuve de la permission qu'en donne la nature4 4 4 4 ,jamais un pre n'pouse sa fille1 jamais un fils ne souille le lit de sa mre #b4 ,nous faisons encore1 j'en conviens1 quelqu'autres mauvaises actions1 nous employons des simples dangereux2 mais c'est notre commerce1 c'est notre faon d'attirer nous des biens qu'on ne nous donnerait srement pas sans cette ressource1 et avec des tres mchans1 il faut bien tre mchant pour vivre1 il y a trop de risque d'tre seul bon dans un sicle absolument pervers4 ,les malfices que nous nous permettons avec nos secrets1 consistent d'abord dans quelques maladies vtrinaires3 lorsqu'une compagnie de maltotiers nous soudoie1 par exemple1 pour mettre la chert sur un genre de bestiaux quelconque4 ,en rendant cette espce rare1 nous faisons la fortune de l'accapareur1 et nous vivons2 car1 remarquez-le bien1 nous n'aspirons qu' vivre1 et c'est la premire de toutes les loix4 --,nous ne desirons plus rien au del des besoins de la vie1 quand nous avons assez1 nous nous reposons4 --,nous faisons la charit quand nous avons trop4 ,la seconde espce de mal que nous tolrons parmi nous avec les simples dont nous avons la connaissance1 est de composer un puissant soporatif4 ,de la graine du stramonium et de celle du pavot2 nous obtenons une poudre dont l'effet somnifre est de mettre en notre disposition le possesseur des effets que nous voulons voler2 mais nous n'empoisonnons jamais personne1 nous ne procurons jamais d'avortemens1 nous ne jetons point de sort1 nous ne formons point de conjurations1 nous disons la bonne aventure4 --,cet art est sans inconvnient4 ,par la ncromancie1 nous voquons les ames des morts1 de toutes les faons de dvoiler l'avenir aux hommes2 celle-l fut la plus accrdite4 ,toutes les nations croyaient qu'on pouvait voquer les mnes1 c'tait une suite du systme de l'immortalit de l'ame #c4 ,le onzime livre d',homre est appel la ncromancie parce qu',ulisse descend aux enfers pour y consulter l'ame des morts4 ,dans la tragdie des ,perses du pote ,eschille1 l'ame de ,darius1 pre de ,xercs1 est voque et vient dclarer la reine ,atossa tous les malheurs qui la menacent44 ,vous connoissez les vocations de l'nide et celles de l'criture sainte4 --,la gomancie nous donne l'art de deviner par les signes de la terre2 ce secret-ci nous vient des ,arabes2 l'hidromancie nous apprend deviner par l'eau2 l'acromancie par les signes de l'air2 la piromancie par ceux du feu2 la lcanomancie1 par l'usage d'un bassin2 la chiromancie1 par l'inspection des mains2 la mtoposcopie1 par celle des signes du front2 la cristalomancie1 par le secours du verre ou du miroir4 ,cirile de ,jrusalem au trait de l'adoration1 dit que de son tems on voquoit aussi les spectres4 ,la clromancie n'a recours qu'au sort2 la bibliomancie est l'art de deviner par les livres2 la cphalomancie par le moyen de la tte d'un ne2 la capnomancie par la fume2 la botanomancie par les simples1 la lictiomancie par les poissons1 la dactylomancie par des anneaux4 ,qu'il entre ou non dans tout cela de la superstition1 mes amies1 toujours est-il que nous rencontrons souvent juste1 nous vous convaincrons ou par l'exprience1 ou par l'tude de ces arts quand vous le jugerez propos4 ,on nous accuse d'enlever des enfans qui deviennent ensuite des victimes de prostitution4 --,cela est vrai1 mais quels enfans drobons-nous8 ,ou de malheureux orphelins dlaisss1 ou des enfans de pauvres qui ne peuvent que gagner au change2 nous les gardons souvent avec nous1 et dans ce cas1 leur sort devient assurment meilleur qu'il ne l'aurait t dans la maison paternelle4 ,c'est l'histoire de ,fiorentina1 elle fait ce qu'elle veut avec nous1 elle est la favorite de notre doyenne1 et elle serait peut-tre morte aujourd'hui si elle ft reste chez son pre1 le plus pauvre des paysans de la ,biscaiye1 qui hors d'tat de la nourrir1 n'a pu qu'tre content de sa perte4 ,notre conscience est donc en paix sur cet article1 bien srs qu'un petit mal est toujours permis lorsqu'il s'agit de procurer un grand bien #d4 ,quoi qu'il en soit1 notre mtier1 sans doute1 nous oblige de grands carts1 mais les attraits de la vertu n'en sont pas moins toujours respects de nos curs1 ils nous enflamment1 et nous nous y livrons autant qu'il nous est possible1 nous avons souvent rendu des vols faits de pauvres gens2 nous avons rachet des prisonniers pour dettes2 nous avons soulag la veuve1 secouru l'orphelin1 adouci le sort de l'infortun2 nous vous avons fait jurer de le faire1 et nous vous en donnerons souvent l'exemple4 ,ds que ,brigandos eut fini de parler1 ,cortilia lui dit que le souper tait prt4 ,nous nous mmes table1 et partmes ds le lendemain4 ,nous nous rassemblmes l'heure du dner1 dans un assez gros bourg o nos gens vendirent au peuple des ceintures d'herbes1 composes d'aconit1 pour les maux de cur2 d'orchis1 pour remdier l'impuissance2 de palma-christi1 pour les maux de jointures2 de dentaire1 pour les maux de bouche2 et de colute1 pour les maux de vessie4 ,dona ,cortilia dit la bonne aventure tous ceux qui se prsentrent2 ,clmentine qui l'on avait prt une guitare1 la pina agrablement1 et nous dansions ,castellina et moi1 en jouant du tambour de basque2 pendant ce tems1 nos hommes s'garaient dans les granges1 et gagnaient les devants2 ils firent ce jour-l de si bonnes captures1 que lorsque nous nous runmes le soir1 ils nous montrrent plus de provisions qu'il n'en et fallu pour quatre troupes comme la ntre4 ,fiorentina qui n'avait pas toujours dans1 montra plein ses poches de bagues1 de mouchoirs et d'autres effets qu'elle avait adroitement drob1 et s'attira par ces superbes uvres les louanges de la brillante assemble4 ,comme il fallait bien1 ne volant pas1 que nous distribuassions au moins quelque chose ,clmentine et moi1 on la chargea1 elle1 de la poudre de simpathie1 compose de vitriol1 des gommes tragaantes et arabiques1 mles aux vulnraires et aux astringens2 et moi1 des somnifres dont je vous ai parl tout--l'heure4 ,le lendemain dans une petite ville o nous nous arrtmes1 nous vendmes beaucoup de nos drogues2 les malades s'adressaient mon amie1 les amants venaient moi2 je leur donnais de quoi fermer les yeux de leur argus1 et nous recevions un argent immense4 ,on demanda ,rompa-,testa qui se demenait sur la place1 s'il possdait la chandelle de ,cardam1 compose de chair humaine1 et qui sert dcouvrir des trsors4 --,la plus pure1 dit- il1 en en distribuant de communes qu'il venait de drober en passant dans la maison voisine1 allumez cela1 criait-il1 et suivez seulement la trace de la lumire1 vous serez entran comme malgr vous vers les trsors que vous drobent les entrailles du sol2 un de nos gens qui avait de la poudre de mandragore1 en vendit normment1 et notre journe fut des meilleures #e4 ,nous tions au dixime jour de notre voyage1 prts quitter les frontires de ,portugal1 et nous marchions alors tous ensemble sur la grande route1 lorsque nous rencontrmes dans une charrette un homme et une femme1 lis dos dos et conduits par deux alguasils cheval4 --,alte-l1 dit au charretier le chef de notre troupe2 puis s'adressant aux gardes1 o menez-vous ce couple infortun1 camarades1 continua ,brigandos1 d'une voix de tonnre4 --,o tu seras bientt1 sclrat1 rpondit l'alguasil1 et o je te menerais toute l'heure1 si j'avais du monde avec moi4 --,frre1 rpondit notre hros1 en prenant le cavalier par la jambe1 et le renversant dix pas de son cheval1 ce n'est pas ainsi que l'on rpond quand on a un peu de civilit dans les manires2 va t'en convaincre dans le ruisseau1 et souviens-toi de te mieux exprimer l'avenir4 ,pendant ce compliment ,rompa-,testa1 ayant dmont l'autre cavalier1 en lui assnant un nerveux coup de poing sur la poitrine1 aidait ses camarades dtacher les liens des deux prisonniers et les faire vader au plutt4 ,l'opration faite1 nos gens s'emparrent des deux alguasils demi fracasss de leur chte1 et les fixrent sur la charrette dans la mme attitude o venaient d'tre les deux fugitifs1 puis ,rompa-,testa et ,brigandos s'lanant sur les chevaux des deux gardes2 marche1 dit notre chef au charretier1 destin mener deux coquins aujourd'hui1 tu vois bien que tu ne te trompes que d'habits4 --,et vous1 enfants1 continua-t-il en s'adressant aux alguasils1 comment vous trouvez-vous l8 --,pas trop bien1 rpondit l'un d'eux4 --,vous y mettiez pourtant votre prochain1 dit ,brigandos4 ,barbe de ,belzbut1 voil donc quels sont ces sclrats2 ils veulent se mler de faire la justice1 et ils enfreignent la plus sainte des loix de la nature4 ,nous avanmes2 nous emes bientt attrap les deux fuyards4 ,tenez1 leur dit notre chef en leur faisant prsent des deux chevaux1 voil pour vous sauver plus vite2 mes amis1 quand vous raconterez votre aventure1 vous direz que d'honntes gens vous menaient la mort1 et que des coquins vous rendent la vie4 ,adieu4 ,indpendamment des vices dont le chef tait convenu vis--vis de nous1 il en rgnait dans notre troupe quelques-uns de secrets1 dont le peu d'importance avait sans doute empch notre instituteur de nous parler2 de ce nombre tait la manie singulire qui faisant trouver une femme autant1 et souvent bien plus de plaisir dans son propre sexe qu'avec les hommes1 la dtermine ne choisir que parmi ses compagnes les agens de son libertinage1 got triste et solitaire sans doute1 mais qui n'a nul espce d'inconvniens1 dpravation lgre1 qui n'apporte aucun tort la socit1 dont l'acte est bien moins dangreux que le dsordre qui nat du mlange des sexes1 et qui1 s'il ne donne rien la nature1 lui ravit au moins bien peu de chose4 ,du nombre de ces femmes tait ,dona ,cortilia1 et j'tais devenue le malheureux objet de sa passion1 elle ne put tenir me l'a dclarer2 elle tait prte1 disait- elle1 me sacrifier ,fiorentina qu'elle aimait avec fureur4 4 4 4 ,il n'y a rien qu'elle ne ft pour moi4 4 4 4 ,il tait impossible d'exprimer jusqu'o se portait sa dlicatesse1 jamais la clbre ,sapho n'en mit autant avec ,dmophile1 la fleur que j'avais touche lui devenait chre1 elle la baisait mille fois1 et la laissait mourir sur sa gorge1 si je lui permettais de me rendre des soins2 je lui prparais des jouissances2 ses pleurs coulaient si je lui ravissais ces innocens plaisirs4 --,je ne te demande point de retour1 me disait-elle quelquefois avec cette chaleur1 avec ce raffinement de sensibilit qui caractrise si bien les femmes de ce got4 4 4 4 --,non1 ,lonore1 je ne t'en demande point1 je ne te conjure que de te laisser aimer2 ne rejette pas les sentimens de mon cur1 et ne m'humilie pas au moins si tu ne veux pas me rendre heureuse4 --,ensuite elle se jettait mes pieds1 elle les baisait1 elle inondait de ses larmes la terre qu'ils venaient de fouler2 si j'enflammais d'un mot sa coupable esprance1 les roses de son teint se ranimaient1 le rire s'panouissait sur ses lvres4 ,si1 plus livre au dessein formel o j'tais de ne la point satisfaire1 qu' la politique qui souvent me forait feindre1 je la suppliais de ne plus me parler de ces choses1 le souffle brlant du midi qui dessche le sein de l'uillet ne le fltrit pas plus sensiblement que mes durets n'altraient son visage2 elle se retirait confuse4 --,la rappelais-je1 elle retombait mes pieds1 et jamais peut-tre o la conformit fut entire1 le sentiment ne fut plus dlicat #f4 ,cependant mes rsistances invincibles la contraignirent se venger2 elle crut assurer sa victoire en piquant mon orgueil2 elle attaqua ,clmentine1 y trouva plus de facilit1 et ne fit natre en moi d'autres sentimens que de la piti pour toutes deux4 ,mon ardente compagne1 le sang brl long-tems sous la zne1 sans principes comme sans vertu1 et qui ne devoit qu' mes conseils et mon amiti d'avoir t prserve de corruption jusqu'alors1 ne tint pas aux sollicitations de la bohmienne4 ,cette liaison qui prit d'abord avec la plus grande violence1 me donna pourtant toutes les inquitudes de l'amiti et quelqu'autres qui n'taient relatives qu' moi2 j'tais fche de voir ma compagne engage dans ce dsordre4 ,je connaissais assez la chaleur de sa tte1 pour craindre qu'une telle intrigue1 en amusant la fois son temprament et son cur1 ne la fixt pour jamais avec ces bandits4 ,si cela arrivait1 me tiendrait elle les promesses qu'elle m'avait faites 4 4 4 ,quitterait-elle la troupe avec moi quand nous serions ,madrid1 et me procurerait-elle dans cette ville les secours qu'elle m'y avait assurs8 ,elle se douta ds le second jour du chagrin que tout cela me donnait2 elle me pria d'tre tranquille1 et me jura qu'un instant d'oubli o la tte seule avait part1 n'altrait jamais les sentimens de son cur4 ,je me rassurai1 mais la socit o je me trouvais ne m'en parut que plus affreuse2 je ne tenais pas l'ide de m'y voir entirement isole1 et mes larmes coulaient souvent en silence4 ,clmentine1 assez mon amie pour ne pouvoir tenir au tourment qu'elle me donnait1 se spara insensiblement de ,cortilia et revint moi plus tendre et plus fidle que jamais4 ,je vous ai racont de suite le commencement et la fin de cette incartade1 pour n'avoir plus y revenir4 ,reprenons maintenant le fil de notre route4 ,nous venions d'entrer en ,espagne1 lorsqu' quatre lieues d',alcantara1 suivant un sentier sur le bord du ,tage1 qui devait nous conduire notre solitude du soir2 ,castellina qui tait notre tte1 entendit geindre dans un foss gauche du chemin1 elle y vole1 et nous appelant aussi-tt2 nous voyons un malheureux perc de plusieurs coups de poignards et noy dans son sang4 ,je dois cette justice cette malheureuse fille1 elle eut seule l'honneur de la belle action2 quelqu'unes de nous se dtournrent avec horreur2 d'autres moins susceptibles de sensibilit1 poursuivirent indiffremment leur route4 ,la seule ,castellina soulve le bless1 l'asseoit contre un arbre1 coupe les linges de ses propres vtemens1 les enduit d'un beaume souverain1 bande les plaies1 ranime les forces du moribond1 lui fait reprendre connaissance et le rend la vie4 ,restez-l1 mon ami1 lui dit-elle ds que cela est fait2 ne cherchez nul autre secours1 je vais une demie lieue d'ici trouver des hommes plus forts que nous1 qui vous porteront dans notre demeure et qui achveront de vous soulager4 ,elle dit1 et s'lance pour avertir nos compagnons qui marchaient fort en avant de nous4 ,un tel trait1 ce me semble1 honore bien le cur de cette fille1 et quand la vertu se montre avec tant de puissance dans des ames aussi corrompues1 ou il faut plaindre un pareil sort1 ou il faut croire que cette corruption qui s'unit tant de qualits1 pourrait bien n'tre qu'idale4 ,le conseil se tenait quand nous arrivmes1 on loua fort la fille du chef1 de l'action qu'elle venait de faire1 et on dtacha sur-le-champ deux hommes pour aller chercher le bless4 ,pendant ce tems les femmes lui prparait un lit dans notre habitation2 mais ,brigandos1 quoique lui-mme eut donn l'ordre de secourir cet infortun1 tmoignait pourtant de l'inquitude4 ,j'coute plus ma piti que ma raison1 nous dit-il1 si cet homme est la victime d'un forfait1 on en recherche sans doute les auteurs1 et dans cette supposition1 que ne risquons-nous pas le voir peut-tre mourir dans nos mains8 --,et puis1 je ne sais de certains pressentimens qui ne m'ont jamais tromp1 me disent que j'ai tort d'accorder tant de faveurs ce misrable4 ,n'importe1 continua ,brigandos en le voyant venir1 sa seule vue m'intresse1 bannissons ces craintes et n'coutons plus que le sentiment dlicieux qui nous fait trouver tant de plaisirs soulager nos semblables4 ,le malade arriva1 il n'y eut sorte de soins que nous n'en prmes1 et le lendemain1 quand nous le vmes un peu restaur1 nous l'engagemes nous dire le sujet de sa malheureuse aventure4 ,l'tat de faiblesse o je me trouve1 rpondit cet homme1 ne me permet pas de vous donner de grands dtails sur l'origine des malheurs dont vous me voyez accabl2 je m'appelle ,dom ,pedre1 je suis homme de justice et chevalier de la ,sainte-,hermandad1 j'tais envoy par le tribunal de l'inquisition de ,madrid dont j'ai l'honneur d'tre membre1 pour arrter secrtement en ,portugal1 un insigne fripon1 accus du crime capital de judaser dans l'intrieur de sa maison1 et lui et toute sa famille2 vous concevez l'infamie d'un tel crime1 et qu'un homme qui s'avise de croire encore au dieu de ,mose1 ne peut tre digne que des flammes4 ,aprs des ruses incroyables1 je tenais enfin le circoncis2 comptant trop sur ma propre force1 je l'ammenais en croupe au saint-office4 ,il a eu l'adresse de fouiller dans ma poche1 de se saisir de mon poignard et de m'en frapper sans que je pusse m'en dfendre4 ,je suis tomb du cheval1 tourdi du coup2 il a saut terre1 m'a achev dans le ravin o vos femmes m'ont trouv1 et me croyant mort1 il a mont sur mon cheval1 et s'est rapidement loign4 #g ,brave chevalier1 dit ,brigandos notre hte aprs cette narration1 un peu plus de philosophie vous et vit ces malheurs2 que diable vous faisait que cet homme ft juif ou turc1 et que ne le laissiez-vous en paix8 --,comment un drle qui refuse de manger du cochon8 --,imbcile1 ne faut-il pas avoir perdu l'esprit pour imaginer que ,dieu punisse ou rcompense un homme en raison des viandes qu'il aura manges2 ce sont des vertus que l'ternel exige1 et non de ridicules simagres qui font frmir le bon sens4 ,ami1 apprend de moi que l'homme qui fait le bien est sr d'tre sauv1 quelque soit sa religion1 et qu'il seroit infiniment moins dangereux de n'admettre point de dieu1 que d'en supposer un qui damnerait l'homme pour avoir t plutt d'une religion que d'une autre1 parce qu'encore une fois1 toutes les religions sont gales aux yeux de ,dieu2 il n'y a que le crime et la vertu qu'il lui soit impossible de voir du mme il4 --,mais enfin il faut bien faire son mtier8 --,ou il faut tacher de n'en prendre qu'un honnte1 ou il faut s'attacher rendre honnte celui qui ne l'est pas4 --,il est dsagrable d'tre charg d'une besogne fcheuse1 mais il faut s'en tirer quand on l'a4 --,ce qu'il faut1 c'est tre honnte1 te dis-je1 ce qu'il faut1 c'est de laisser vivre chacun en paix1 et surtout de n'arrter personne pour lui ravir ou la libert ou la vie1 parce que de tous les mtiers possibles1 aprs le mtier du bourreau1 celui-l est le plus infme et le plus digne de l'excration publique4 ,patron1 je fais comme toi un vilain mtier1 mais si je l'exerais aussi malhonntement1 je t'aurais enterr au lieu de te secourir1 puisque tu es par tat un des plus grands ennemis que nous ayons4 ,si donc tu eusses su allier un peu de vertu au vice de ta profession1 tu aurais laiss le juif en paix1 et n'aurais pas aujourd'hui la mort sur les lvres4 --,vous avez bien raison1 mes amis1 achevez de me soulager1 je vous conjure1 et de ce moment-ci1 je vous proteste de quitter l'infme mtier que je fais4 ,brigandos mu des remords vrais ou faux de ce coquin1 touffa ses pressentimens1 n'couta plus que la nature1 et malgr tous les risques que nous courrions demeurer dans ce lieu1 et n'y rester que pour une histoire qui par elle-mme pouvait seule nous perdre1 nous n'en bougemes pas de quatre jours4 --,adieu1 frre1 dit ,brigandos l'homme de justice au commencement du cinquime1 en prenant chacun notre route1 lui petits pas par le grand chemin1 et nous par les sentiers du ,tage4 ,adieu1 rappelle-toi le service que nous t'avons rendu1 et si jamais tu es pris les armes la main contre nous1 souviens-toi que tu es un homme mort4 ,dom-,pdre s'loigna1 les larmes aux yeux1 nous assurant ou qu'il quitterait le mtier1 ou que s'il lui arrivait de le continuer1 nous ne trouverions jamais dans lui qu'un protecteur et qu'un ami4 ,nous nous sparmes1 et tant entrs le soir de ce jour-l dans une vaste grotte1 nous nous y tablmes dessein d'y passer la nuit4 ,ce fut l o notre chef ayant encore quelques leons nous donner sur l'art de la dvination1 nous tint ,clmentine et moi peu prs le discours que je vais essayer de vous rendre4 ,ce n'est pas d'aujourd'hui1 nous dit-il1 que la crdulit de l'homme lui fait desirer de connatre son destin dans l'avenir1 ou de deviner les choses caches4 ,josu jetta le sort pour connatre le prvaricateur de l'ordre de ,dieu4 ,cette science dcouvrit qui avait vol un manteau1 une rgle d'or et deux cents sicles4 ,saul consulta l'ombre de ,samul1 par le moyen de la pithonisse2 les histoires saintes et profanes sont remplies de ces traits2 les ,sibilles1 les augures1 les prophtes1 tout cela n'tait que des ,bohmiens comme nous1 et leur seule tude consistait comme la ntre prendre du prsent et du pass les meilleures notions1 afin d'en tirer des consquences pour l'avenir4 ,voil quelle est la base de notre art4 ,quand un homme veut savoir sa destine1 mettez tout en usage pour dcouvrir ses gots1 ses habitudes1 son caractre1 ses prjugs1 ce dont il s'occupe pour le moment1 et ce qu'il a fait autrefois4 ,les plus sres inductions se tirent de ces connaissances1 ce qu'un homme fait et a fait 4 4 4 il le faira1 l'homme est une espce de machine presque toujours dtermine par l'habitude4 ,attachez-vous principalement multiplier vos prophties1 et ne les prsentez jamais qu' double sens2 de cette manire1 ou de toutes1 une russira1 ou il vous sera facile d'appliquer un des sens1 ce qui aura russi sous l'autre2 en voil assez pour vous donner de la rputation4 ,je ne dis pas que les sciences dont je vous ai parl l'autre jour soient entirement chimriques1 mais ne pouvant vous en instruire fond dans ce moment-ci1 je vous mets succinctement au fait de la pratique superficielle1 la seule chose qui dans le fond vous soit reellement utile1 lorsque vous instruisez quelqu'un de son sort1 songez surtout viter tous ce qui est fcheux1 par-l1 vous charmerez au moins si vous ne russissez pas4 ,il n'y a pas d'homme1 dt-il mourir demain1 qui ne soit flatt de vous voir lui donner vingt ans de vie2 il n'y pas de cocus qui ne soit enchant de vous entendre louer la vertu de sa femme2 point d'avare qui n'ait l'oreille chatouille de vous voir vanter sa bienfaisance2 si vous joignez cela l'annonce d'un trsor1 vous allez le porter aux nues4 ,il y a une sorte d'art mentir aux hommes1 et c'est cela qu'il faut saisir1 que votre imposture les flatte1 ils ne vous la reprocheront jamais4 ,je ne vous dirai qu'un mot des talismans1 vous savez que ce sont des figures de l'invention des philosophes arabes1 faites sur des pierres ou des mtaux de simpathie1 qui rpondent de certaines constellations #h2 le palladium des ,grecs1 la statue de ,memnon1 celle de la fortune de ,sjan1 les cigognes d',apollonius1 les mouches d'airain1 les sang-sues d'or de ,virgile1 la verge de ,mose2 les diffrentes figures de serpens consacres dans certaines villes1 tout cela n'tait que des talismans2 nous devons savoir ce que c'est1 en raisonner1 en vendre1 et n'y pas croire1 parce qu'il n'y a rien de surnaturel dans le monde1 aucun effet qui n'ait sa cause2 les contradictions qui nous embarrassent1 ne sont que les caprices de l'tre mchant qui ne sait jamais qu'inventer pour tourmenter les hommes1 pour abuser de leur crdulit1 et les conduire ainsi insensiblement leur perte1 raisons qui doivent nous faire craindre cet tre1 l'implorer1 l'attendrir1 si nous pouvons1 mais le dtester souverainement au fond de nos curs4 ,ce discours fait1 nous soupmes et partmes suivant l'usage1 de trs-bonne heure le lendemain4 ,il y avait environ deux heures que nous marchions2 le soleil commenait luire1 et nous le voyons avec plaisir dorer de ses premiers rayons les pis ondoyans d'une magnifique pice de bled1 dont nous suivions les bords1 quand nous apermes tout--coup au coin de ce champ1 deux femmes en pleurs1 levant leurs bras vers le ciel2 6 mes amis1 volons1 dit ,brigandos1 peut- tre voil-t-il une occasion de faire le bien1 nous nous livrons si souvent celles de faire le mal2 il dit3 et dans l'instant nous courrons ces femmes1 en leur criant de ne pas avoir peur et de nous apprendre le sujet de leur chagrin2 trop agites pour rpondre1 elles nous montrent du doigt1 en continuant de pleurer1 trois hommes cheval1 galoppant bride abbattue1 au travers de cette riche moisson1 brisant les tiges1 faisant voler les pies1 et dtruisant dans une minute une partie de l'espoir et du travail d'une famille entire4 4 4 4 ,seigneur cavalier1 dit enfin1 une de ces femmes notre chef1 en entremlant ses paroles de sanglots2 ce champ est mon pre1 nous sommes quinze vivre de son produit pendant toute l'anne4 4 4 4 ,cette saison-ci le ciel nous ayant favoris1 ce bon vieillard voulait mettre une lgre somme de ct pour marier ma petite sur que voil1 mais le pauvre cher pre n'aura pas cette satisfaction4 4 4 4 ,ces hommes que vous voyez galopper ainsi dans notre bien1 voil trois jours qu'ils font la mme chose4 ,c'est le cur de la paroisse1 seigneur cavalier1 avec son vicaire et son sacristain2 ils nous ont fait plus de tort que quatre orages n'en eussent produit pendant un t4 ,mais quel motif1 dit ,brigandos8 4 4 4 ,un de ses paroissiens1 reprit la femme1 dont vous voyez la maison l-bas1 est trs-mal depuis quelques jours2 il a envoy chercher le pasteur1 lequel pour accourir plutt au secours du moribond1 dont il attend un legs considrable1 traverse1 comme vous voyez1 notre champ1 au lieu de venir par la grande route4 ,il ne veut pas que son pnitent meurt sans ses services1 et le chemin vol d'oiseau lui fait1 prtend-il1 gagner trois quarts d'heure4 ,avant-hier1 il y allait pour l'exhorter1 hier pour les saintes-huilles1 aujourd'hui j'ignore pourquoi1 mais il nous ruine1 seigneur1 il nous ruine2 et les deux malheureuses se remirent verser des larmes4 ,pendant ce temps1 le cur fendait l'air1 et comme il avanait de notre ct1 il ne se trouvait gures plus qu' trente pas1 lorsque ,brigandos furieux1 lui cria d'une voix de tonnre d'arrter sur-le-champ1 ou qu'il tait mort2 mais le saint homme galoppant toujours1 exhibe promptement1 du gousset de sa culotte1 une petite bote de fer-blanc1 le vicaire dcouvre son chef1 rcite quelques patentres2 le sacristain fait retentir l'air du bruit d'une clochette1 et tous les trois1 sans s'arrter1 continuent de moissonner le champ #i4 ,par la barbe de lucifer1 s'crie ,brigandos1 qui la colre commence d'chauffer le crne1 arrtez vieillaques1 arrtez1 ou je vous enterre l'instant tous les trois sous les pies que vous brisez4 --,impie1 lui crie le cur1 ne vois-tu pas bien que je porte ,dieu8 --,portas-tu le diable1 reprit notre chef1 tu n'iras pas plus loin1 ou je t'calventre1 et tous nos gens s'avanant la fois vers ces trois cavaliers1 il fallut bien qu'ils s'arrtassent4 ,cependant les deux femmes taient toujours l1 ignorant ce qu'allait faire ,brigandos1 patron1 dit le bohmien en dmontant lestement le cur1 o as-tu pris que pour porter ,dieu un malade1 il fallut dtruire l'hritage d'un homme en sant1 n'y a-t-il pas de chemins dans le canton8 ,que ne t'en sers-tu8 --,laisserai-je aller un homme en enfer par considration pour quelques grains de bled8 --,apprends1 stupide coquin1 s'crie ,brigandos1 en serrant vivement le col du pasteur1 que le plus chtif des pies de bled qu'accorde la nature au soutien de ces malheureux1 a cent fois plus de mrite et de valeur que toutes les idoles de ptes que contient ta dgotante culotte2 songe d'ailleurs que c'est avec ce bled que sont faits les dieux que tu prises1 et que si tu en dtruis la matire1 leur espce divine ne pourra plus se reproduire4 --,insigne blasphmateur --,point de compliment1 ce n'est pas pour m'entendre louer par toi1 que j'arrte ici tes fonctions1 c'est pour que tu rpares l'instant le tort que tu fais depuis trois jours ces bonnes gens1 regarde-les pleurer de tes crimes1 et ose dire que tu sers ,dieu aprs cela--,que je rpare1 moi8 --,oui1 de par tous les diables il faut que tu rpares4 --,et comment8 ,en escomptant ici1 vous trois1 la somme de cent piastres o j'value -peu-prs le dommage que vous avez fait ces paysans4 --,cent piastres6 elles ne se trouveraient pas dans toute la paroisse4 --,vrifions1 dit notre capitaine1 en faisant signe ses gens de l'imiter2 en consquence1 il saute sur les culottes pontificales1 trouve d'abord la sainte-bote1 oh6 pour ce bijoux1 dit-il1 en le faisant sauter quarante pieds au-dessus de sa tte1 je n'en donnerais pas un maravdis4 4 4 4 ,et dculottant tout--fait le pasteur1 il dcouvre la fin une vieille bourse de cuir4 ,se tournant alors vers ses camarades1 pendant que le cur remet l'ombre les parties dvoiles de sa pudeur1 enfans1 dit- il1 voyons si votre chasse est aussi bonne que la mienne4 4 4 4 ,additionnons2 les trois bourses se vuident1 se mlent et donnent un total de dix piastres de plus que l'valuation de notre chef4 --,approchez1 braves femmes1 poursuis notre capitaine en appellant les deux complaignantes4 4 4 4 ,tenez1 voil ce que le tribunal bohmien vous adjuge en ddommagement de ce qui vous a t fait4 -- monsieur6 monsieur6 s'crirent ces bonnes filles en arrosant de larmes les mains de leur ,salomon4 4 4 4 ,hlas6 nous sommes trop contentes1 mais il est bien mchant cet homme de ,dieu que vous venez de condamner ainsi2 vous ne serez pas plutt loin1 qu'il viendra nous reprendre ce que vous nous faites donner avec tant de justice4 --,le reprendre6 4 4 4 de quinze jours ma troupe ne quitte les environs de cette ferme1 dit ,brigandos au cur1 et si tu t'avisais d'une pareille infamie1 sclrat1 je te ferais manger tes c 4 4 4 4 4 4 en brochette4 4 4 4 ,tiens1 reprends le reste de ta somme1 je n'agis pas comme les officiers de justice4 ,moi1 mon ami1 je ne me paye pas par mes mains1 reprends ton surplus1 te dis-je4 4 4 4 ,ramasse ton ,dieu 4 4 4 monte sur ta bte1 cesse de croire que ce que tu faisais ft un bien qui pouvait s'acheter au prix du mal que ta btise osait se permettre2 le bien n'tait qu'imaginaire1 le dsordre est incontestable4 ,souviens-toi1 mon ami1 que ce qu'on appelle le bien1 n'est que l'utile1 et que jamais l'utile n'est rempli1 tant qu'il en cote une larme l'indigence4 ,le cur tout confus1 et qui n'avait peut-tre de sa vie rien dit de plus philosophique en chaire1 courut aussi-tt rechercher sa bote2 mais il tait arriv pendant le jugement du procs1 une aventure assez particulire2 une de nos femmes presse par un besoin de consquence1 s'tait cache dans le bled dessein d'y procder avec autant de satisfaction que de pudeur1 soit hasard1 soit taquinerie1 la malheureuse bote qui se trouvait l et qui s'tait ouverte en tombant1 avait reu dans ses entrailles le superflu de celles de notre compagne1 et c'tait en ce piteux tat d'augmentation que le reliquaire s'offrait au pasteur4 ,trop battu pour oser se plaindre1 il se contente de se signer trois fois1 met en poche ses dieux et ce qui les assaisonne1 puis renfourchant sa jument poulinire1 il prend cong de notre chef1 qui lui jure que s'il se conduit bien1 il n'en sera pas moins son ami4 ,on se spara de part et d'autre4 ,les jeunes paysannes taient si enchantes de leur juge2 qu'elles le conjurrent de venir dans leur maison passer au moins deux jours avec sa bande4 ,non vraiment1 rpondit ,brigandos1 je ne vous perdrai pas de vue1 je suis vous si ce blitre vous cherche encore chicane1 mais si j'acceptais votre offre obligeante1 que serait alors l'action que je viens de faire8 ,ce n'est jamais que dans son cur que l'honnte homme doit trouver la rcompense de la vertu2 en jouit-il si on la lui paye8 4 4 4 ,adieu 4 4 4 et nous partmes4 ,nous ne nous avismes pourtant pas de rester aux environs de cette maison1 trop de gens n'auraient pas vu du mme il que nous1 la louable action de notre chef1 il y a des esprits si mal faits dans le monde4 4 4 4 ,nous nous loignmes donc avec rapidit1 et fmes passer la nuit sept lieues de-l1 dans une retraite impntrable1 d'o nous dcampmes sans accident le lendemain au point du jour4 ,nous avions un grand bois traverser avant d'arriver ,coria o notre chef voulait passer deux jours1 lorsqu'environ vers les huit heures du matin1 marchant tous ensemble1 nous rencontrmes dans le milieu de ce bois un chevalier de l'ordre d',alcantara1 suivi d'un domestique pour le moins aussi bien mont que son matre4 ,commandeur1 dit ,brigandos1 ds qu'il l'aperut2 votre excellence vient sans doute de loin aujourd'hui8 --,de fort loin1 rpond le chevalier1 mu de la rencontre4 --,cornes de ,satan1 s'cria notre chef1 c'est assez marcher sans boire un coup1 faites-nous l'honneur d'tre des ntres1 commandeur1 vous boirez de bon vin1 servi par de jolies filles4 4 4 4 ,je n'ai ni faim ni soif1 dit le chevalier1 je vous prie de me laisser finir ma route4 --,perle des deux ,espagnes1 dit ,brigandos en fronant le sourcil1 ignorez-vous que les prires de gens comme nous1 ressemblent beaucoup des ordres8 4 4 4 ,ayez la bont de descendre1 et ne nous contraignez pas vous manquer d'gards4 --,en vrit ce procd 4 4 4 --est plus honnte que vous ne pensez1 chevalier vous ne verrez jamais que dlicatesse et honntet parmi nous4 ,ici le chevalier voyant que la rsistance tait peu de saison1 qu'on avait dj arrt son valet et qu'on le dsarmait lui-mme1 mit pied terre et demanda ce qu'on voulait4 --,je vous l'ai dit1 chevalier1 reprit notre chef1 djener avec vous1 jouir un instant de l'honneur de votre conversation1 et nous quitter le mieux qu'il sera possible2 aprs quelques crmonies pralables1 o nous mettrons tant de politesses que nous esprons qu'elles ne vous dplairont pas2 et pendant ce tems1 par ordre du chef1 nous tendions une nappe sur le gazon1 et nous servions le djener4 ,le chevalier voyant alors que le plus court est de faire contre fortune bon cur1 s'asseoit1 coupe une tranche de jambon et se met manger et boire comme s'il se ft trouv chez lui4 --,que dit-on de nouveau1 commandeur8 demanda ,brigandos1 enchant de la bonne contenance de son hte2 passant notre vie dans les bois comme les ours1 nous sommes trop heureux quand avec d'aimables voyageurs comme vous1 nous pouvons nous remettre au courant4 --,nous venons de prendre ,mahon1 rpondit le chevalier #aj1 les anglais sont perdus1 abandonns de leurs ,colonies1 bientt peut-tre de l',irlande et de l'cosse1 ruins par la dette nationale1 crass par leurs dissensions intestines2 je vois ce royaume deux doigts de sa perte4 --,doucement1 doucement1 seigneur chevalier1 dit ,brigandos en avalant deux verres de vin1 un de chaque main1 suivant son usage1 doucement1 je ne vois pas tout--fait comme vous dans cette affaire l4 ,les anglais ont plus de ressources que vous ne pensez1 et la diffrence qu'il y a d'eux vous1 c'est que la faiblesse de votre constitution vous aurait dj culbut vingt fois si vous eussiez prouv la moiti de leurs revers1 au lieu que la force de la leur les soutiendra sans branlement4 --,mais leurs ,colonies8 --,les anglais peuvent se passer de leurs ,colonies1 et vous ne vivriez pas sans les vtres1 vous qui fournissiez autrefois de l'or toute la terre #aa4 ,les colons anglais ne sont que les enfans de leur mtropole1 et les vtres sont nos pres2 ce n'est pas ,madrid qu'est la capitale de l',espagne1 c'est ,lima1 c'est ,mexique1 au lieu que ,londres sera toujours la capitale de l',angleterre1 y eut-il trente ,boston et autant de ,philadelphie4 ,mais vous1 peuple misrablement affaibli1 que deviendriez-vous si vos colons vous abandonnaient8 ,accoutums ne vivre que d'or1 n'en recueillant plus dans votre sein1 o en seriez-vous sans l',amrique8 ,je ne sais si vous avez bien fait de vous en tenir au pacte de famille1 dans cette occasion peut-tre et-il t plus sage vous de mnager les anglais4 ,chevalier1 je suis prophte tel que vous me voyez1 voulez-vous que je vous dise ce qui va arriver2 la ,france prouvera une rvolution terrible1 elle secouera le joug du despotisme2 les anglais l'imiteront1 et toutes deux d'accord1 finiront par tomber sur vous1 il faut juger les hommes par leur gnie1 c'est la meilleure rgle pour les deviner2 observez l'habitant de ,londres et celui de ,paris1 vous leur verrez la mme fiert1 les mmes gots pour la libert1 les arts et les sciences1 le mme ton de philosophie1 tout ce qu'il faut enfin pour se battre un moment et devenir bons amis aprs4 ,or1 si cette liaison arrive1 soyez bien sr qu'elle se tournera contre vous1 et vous n'tes pas en tat de la soutenir4 ,ils ne sont plus ces tems glorieux o le plan de la monarchie universelle se dressait dans le cabinet de ,madrid1 et rien ne vous les ramenera4 ,plus avilis1 plus crass que jamais par votre inquisition et vos prtres1 on ne trouve en ,espagne que des alguasils1 des chevaliers de la cruciata et de la sainte-,hermandad2 mais que ,belzbut m'touffe si on y rencontre un soldat1 encore moins un gnral4 --,que dites-vous1 ami8 est-ce l'instant de nous dprimer comme vous le faites8 ,l'espagne renait aujourd'hui1 jamais ses campagnes ne furent plus riches1 jamais ses atteliers mieux fournis4 ,voyez le commerce de la ,catalogne1 l'immensit des choses qui s'y fabriquent prsent2 jettez les yeux sur nos grandes routes1 avant un demi sicle elles seront aussi belles que celles de ,france2 des acadmies s'lvent1 de grands hommes sortent de leur sein2 les arts fleurissent1 les sciences se cultivent1 tous les ressorts de l'administration prennent de la vigueur et de l'lasticit4 4 4 4 ,eh6 non1 non1 la rvolution que vous craignez ne s'oprera pas1 y pensa-t-on mme1 toute l',europe s'y opposerait4 --,l',europe8 elle serait ravie de vous voir crase2 elle ne mettrait pas plus d'obstacle votre invasion qu'elle n'en a mis au partage de la ,pologne1 et malgr le faible crpuscule que vous croyez entrevoir1 vous tes et serez encore long- tems la fable de toutes les nations du continent2 vos processions1 votre fourberie1 votre molesse vous en feront toujours dtester4 ,il n'y a pas une de ces nations qui ne prtt les mains votre dmembrement4 4 4 4 ,mais parbleu1 commandeur1 puisque nous voil en train de politiquer1 je veux vous faire part d'un projet2 faites-moi la grace de l'entendre4 4 4 4 ,je veux refondre l',europe1 je veux la rduire quatre seules rpubliques dsignes sous les noms d',occident1 du ,nord1 d',orient et du ,midi4 --,pourquoi ce choix de gouvernement1 il est vicieux4 --,le gouvernement rpublicain est le meilleur de tous4 --,voil prcisment pourquoi vous n'y ferez jamais passer des peuples assoupis depuis tant de sicles sous le joug monarchique4 ,il est possible de passer du bien au mal1 c'est la marche d'une nature qui tend sans cesse la dgradation2 mais le contraire est impraticable4 --,rome commena par avoir des rois1 elle ne se forma en rpublique qu'aprs avoir senti tous les dangers de ce rgime4 --,oui1 mais ,rome rpublique ne tarda pas tre subjugue1 et les chanes imposes par les ,csars1 furent plus lourdes que celles des ,tarquins-2 je vous le dis1 capitaine1 vous ne verrez pas dans l'histoire des peuples du monde une seule rpublique se soutenir sans que l'aristocratie ne la gangrne4 ,or1 si le gouvernement aristocratique est le pis de tous1 ne desirez donc pas l',europe une telle manire d'tre rgie4 ,capitaine1 je vous le rpte1 le despotisme sera toujours plus prs du gouvernement rpublicain qu'il ne le sera du monarchique4 --,oui1 lorsque ce seront les nobles qui1 comme ,venise1 seront la tte du gouvernement2 il est bien certain qu'alors l'oppression totale du peuple deviendrait la suite ncessaire de ce mauvais ordre de choses1 mais un gouvernement qui romprait ses fers1 qui1 culbutant la monarchie1 n'tablierait ses bases que sur les droits et sur les devoirs imprescriptibles de l'homme1 un tel gouvernement serait le modle de tous1 et voil celui que je veux2 ne drangez donc point mes projets4 ,commandeur1 le gouvernement rpublicain que je vous trace ici1 est celui que je veux donner l',europe2 laissez-moi1 d'aprs cela1 poursuivre mes divisions1 car cette multitude de petits tats me dsesprent2 je divise donc notre continent en quatre rpubliques1 et sous la dnomination que je viens d'indiquer2 voici l'tendue que je leur donne4 ,pour former la rpublique d',occident1 je joins aux tats de la ,france l',espagne1 le ,portugal1 ,maorque1 ,minorque1 ,gibraltar1 la ,corse et la ,sardaigne2 sous les conditions qu'elle se dbarrassera de vos moines1 de vos inquisiteurs1 de vos abbs1 et qu'elle enverra tous ces gosiers de pains bnits chanter la messe au fond de l',affrique4 --,la rpublique du ,nord sera compose de la ,sude2 je lui donne indpendamment de ses tats1 l',angleterre et ses attenances1 les ,pays-,bas1 les ,provinces-,unies1 la ,westphalie1 la ,pomranie1 le ,dannemark1 l',irlande1 et la ,laponie4 ,la ,russie formera la rpublique d',orient2 je veux qu'elle cde aux ,turcs que je renvoie d',europe1 toutes les possessions que ,ptersbourg a dans l',asie1 qui ne pouvaient lui tre bonnes que dans la vue d'un commerce par terre avec la ,chine1 qu'elle ne fait point et qu'elle ne fera jamais2 en rcompense1 je lui joins la ,pologne1 la ,tartarie et tout ce que le turc laisse en ,europe4 --,la rpublique du ,midi sera compose de l',allemagne entire1 de la ,hongrie1 de l',italie dont j'exile le pape1 n'y ayant rien de plus inutile1 dans le plan que je trace1 qu'un abb sodomite1 douze millions de revenus1 qui n'a d'autre emploi que de distribuer des indulgences dont on n'a que faire1 ou des agnus qu'on foule aux pieds4 ,la mme rpublique aura la ,sicile et toutes les isles qui se trouvent entr'elle et la cte d',affrique4 ,voil ma division1 chevalier1 mais je veux une paix ternelle entre ces quatre gouvernemens2 je veux qu'ils abandonnent entirement l',amrique qui ne sert qu' les ruiner1 qu'ils bornent leur commerce entr'eux1 et sur-tout qu'ils n'aient qu'une religion1 un culte pur1 simple1 dgag d'idoltrie et de dogmes monstrueux4 4 4 4 ,une religion enfin que le peuple puisse suivre sans avoir besoin de cette vermine insolente qu'il rige en mdiateur entre le ciel et sa faiblesse1 et qui ne sert qu' le tromper sans le rendre meilleur4 ,dantzik sera1 d'aprs mon plan1 la ville libre o chaque rpublique aura un snat4 ,l1 toutes les discussions se termineront l'amiable1 les jugemens des arbitres deviendront les loix des tats1 et si les temporisations proposes ne leur plaisent pas1 dix dputs par rpublique viendront se battre en personne1 sans exposer des millions d'hommes s'gorger pour des intrts qui sont rarement les leurs4 --,ce projet fut rv jadis par un certain abb de ,saint-,pierre2 un franais1 qui l'crivit au commencement de ce sicle1 point du tout1 chevalier4 ,je connais le livre dont vous parlez4 ,cet abb ne partageait pas ainsi l',europe1 il y laissait tous les petits souverains qui l'agitent en la divisant1 il ne runissait pas comme moi1 toutes les puissances1 en attaquant ce qui leur nuit2 l'abb de ,saint-,pierre1 en un mot1 renonait aux systmes de l'quilibre1 pour tablir celui de l'union3 moi je n'rige celui de l'union1 qu'en consolidant celui de l'quilibre1 et mon projet vaut beaucoup mieux4 --,il n'assurerait pas la paix perptuelle4 --,toutes les fois qu'il galise1 il diminue les raisons de guerre4 --,l'ambition sera toujours la mme1 c'est le venin du cur de l'homme1 il ne s'anantit qu'avec lui4 --,cette passion n'a plus de motif4 ,ce qui dtermine une nation dclarer la guerre une autre1 c'est parce qu'elle veut recouvrer ou envahir1 et dans tous les cas1 parce qu'elle veut avoir autant ou plus que celle qu'elle attaque2 mais si elle est aussi forte1 ses motifs deviennent injustes1 et ds-lors en admettant mon systme1 voil trois tats contre un1 l'agresseur qui le sait se tient en paix4 ,il est trs-difficile d'tablir l'quilibre dans une multitude de poids ingaux1 rien de plus simple que l'opration quand il ne s'agit plus que de quatre poids de mme mesure4 --,mais il faudrait un patriarche au moins1 si vous chassez le pape2 il faut bien que la religion ait un chef4 --,chevalier1 la bonne religion n'a besoin que d'un ,dieu2 commencez par vous accorder unanimement sur l'essence1 sur les attributs de celui que vous admettez1 par convenir qu'il n'a besoin que de nos curs1 que tout le reste est aussi dangereux que superflu4 ,n'tant plus ncessaire alors de vous gorger pour la manire de servir ce ,dieu1 un chef vous deviendra parfaitement inutile2 c'est presque toujours en raison de ce chef que vous vous tes battus pour vos dieux2 sans les dsordres et les dbauches de ce chef1 jamais ,luther ne se ft spar2 or1 voyez que de flots de sang a fait verser cette dsunion4 ,non1 monsieur1 point de pape1 un ,dieu1 c'est encore beaucoup2 il faut que je vous suppose trs-sage pour vouloir bien vous en permettre un1 chevalier3 le systme de cette existence est le plus dangereux prsent qu'on puisse faire des fous4 --,ami1 je vous crois athe4 --,vous ne buvez pas1 commandeur1 est-ce que vous ne trouvez pas le vin bon8 --,excellent1 seigneur bachelier4 --,tu dieu1 brave homme1 me donnez-vous ce titre en badinant8 --,non sur ma croix4 --,sachez donc1 commandeur1 que j'ai pris mes licences pour l'tre2 tel que vous voyez1 j'ai tudi cinq ans ,salamanque1 et sans quelques petites fredaines de jeunesse qui me brouillrent avec la justice1 dit ,brigandos1 en relevant ses moustaches1 je serais peut-tre aujourd'hui recteur en l'universit de ,compostel4 --,vous tes donc de la ,galice8 --,en vrit1 commandeur1 je serais bien en peine de vous dire de quel pays je suis1 tout ce que je sais1 c'est que ma mre est arrire-petite-fille du btard de la matresse d'un enfant trouv de ,barcelone1 d'o vous voyez que j'ai quelques traits me qualifier de ,catalan4 ,si jamais je finis mal ma carrire1 au moins aurai-je la satisfaction d'tre trait par le bourreau comme un grand de la premire classe1 et cela ne laisse pas que d'tre consolant #ab4 --,mais enfin vous tes n quelque part8 --,sur le haut d'un mt de perroquet1 commandeur1 o ma mre1 qui revenait de ,lima1 s'tait rfugie pour donner un peu moins de scandale1 en mettant au monde un fruit si sr de son incontinence1 avec un matelot de l'quipage4 ,n'importe1 mon pre m'avoua1 il pousa ma mre2 on me fit tudier1 et je vous dis que je serais aujourd'hui chanoine au moins1 si je n'avais pas eu d'excrables inclinations4 --,ah1 sclrat6 dit le chevalier en se levant1 me voil oblig d'aller confesse pour avoir bu avec un homme tel que toi4 ,alte-l1 commandeur1 dit notre capitaine en se levant aussi1 je vous ai dit que le dernier moment serait le plus dur1 c'est le quart d'heure de ,rabelais4 ,o allez-vous1 excellence1 sans trop de curiosit8 -- ,lisbonne4 --,je connais ce pays-l1 et dites-moi1 votre grandeur trouvera-t-elle des connaissances dans cette mtropole du ,portugal4 --,j'y suis au sein de ma famille4 --,ah1 ah6 eh bien1 commandeur1 vingt-cinq cruzades #ac vous suffisent pour vous y rendre gaillardement vous1 votre valet et vos deux chevaux1 les voil dans cette bourse1 permettez que nous changions s'il vous plait4 --,et de quel droit8 4 4 4 --,de celui de la nature1 commandeur1 dont la loi proscrit l'ingalit des richesses1 il n'est pas juste que l'un ait tout1 pendant que l'autre n'a rien4 ,vous venez de voir que je suis partisan du systme de l'quilibre1 tablissons-le1 je vous prie1 il ne tiendra qu' vous d'y joindre celui de l'union1 car1 en vrit1 ce troc fait1 vous n'aurez pas dans les deux ,espagnes un serviteur plus fidle que moi4 ,le chevalier qui se voyait entour1 jugea sainement que la rsistance tait vaine2 il donna sa bourse ,brigandos1 prit celle de notre chef la place1 et se disposa remonter sur son cheval4 ,un moment1 commandeur1 dit le bohmien1 ce que vous donnez l n'est que le d1 nous attendons maintenant la gratification4 ,vous avez tout1 en honneur4 ,et cette croix de superbes brillans 4 4 4 est-ce sur une de cette espce que ,pilate a mis votre ,dieu8 ,vous voyez qu'il y a du luxe l2 or1 le luxe est un tort rel dans une religion qui fait vu de pauvret2 donnez cela1 brave serviteur de ,christ1 et nos femmes en s'en parant1 vont vous rgaler d'une sarabande ou d'un fangados4 --,puisse-tu aller au diable et toi et tes p 4 4 4 1 dit le chevalier en jettant sa croix et remontant cheval1 ainsi que son valet 4 4 4 ,fuyons1 ,fuyons1 ,gabriel1 et maudissons l'instant qui nous fit tomber en de si mauvaises mains4 --,jour de ,dieu1 s'cria ,brigandos1 voil ce qu'on appelle un homme de mauvaise humeur2 qu'il trouve des gens qui le volent aussi poliment que nous1 et je perds trois fois mon profit4 ,marchons1 enfans1 le soleil avance1 et nous avons de la besogne faire4 ,il ne nous arriva plus rien de nouveau de tout le jour2 nous le passmes presqu'entier dans ,coria1 distribuer des philtres1 des beaumes1 des talismans1 danser1 voltiger et prophtiser bien ou mal4 ,nous traversmes les jours d'aprs l',estramadoure1 toujours ctoyant le fleuve1 dont nous nous tions rapproch aprs avoir quitt ,coria1 et sans qu'aucun vnement de consquence vint nous distraire ou nous arrter4 ,nous dirigeant sur ,tolde1 nous tions prts enfin entrer dans la ,castille neuve1 lorsque coupant le milieu d'une fort qui se trouve sur la frontire de l',estramadoure et de la ,castille1 nous entendmes appeler au secours dans le taillis de la lisire du bois1 nous y volons2 juste ciel6 une malheureuse fille de #ac #ad ans1 couche terre1 dj nue1 les bras lis deux arbres1 allait devenir la proie d'un grand jeune homme fort et vigoureux1 dont la mule tait attache prs de l4 ,qu'est-ce ceci1 frre1 s'cria ,brigandos1 et que t'a fait cette malheureuse pour la traiter aussi mal8 4 4 4 ,ah6 seigneur1 dit la jeune fille en sanglotant1 je ne lui ai jamais rien fait1 je vous le jure2 il m'a rencontr trois lieues d'ici1 gardant un peu de btail mon pre1 il m'a demand le chemin de ,tolde3 je le lui ai montr2 il m'a dit qu'il craignait de s'garer1 qu'il me demandait en grace de marcher devant lui pour le guider2 je l'ai fait par bont d'ame1 voulant nanmoins le quitter chaque lieue1 et lui1 me promettant toujours de l'argent si je voulais le sortir totalement de la fort1 quand nous avons t ici et qu'il a cru que personne ne pouvait l'entendre1 il est descendu de sa mule1 puis sautant sur moi le pistolet la main1 il m'a menac de me brler la cervelle si je lui opposais la moindre rsistance1 et comme je voulais m'chapper malgr cela1 il m'a jett par terre d'un coup de pied dans les reins1 dont je suis toute meurtrie2 l1 me voyant sans force1 il m'a trane auprs du bois et m'a mit dans l'tat o vous me voyez4 ,il se prparait sans doute faire pis1 lorsque le ciel et ma sainte patrone vous ont envoy pour me secourir4 --,baron1 dit notre chef en fixant ce sclrat1 qu'as-tu repondre cette accusation8 --,rien1 et qu'avez-vous vous-mme me demander8 ,les chemins ne sont-ils pas libres8 --,par la peau d',astaroth1 dit ,brigandos1 je vois que tu n'es pas plus civil que tu n'es galant2 dis-moi1 faquin1 n'as-tu pas attaqu quelquefois le taureau ,tolde4 --,sire clerc1 rpondit le voyageur en voulant remonter sur sa mule1 je vous prie de me laisser partir et de me dispenser d'avoir rien dmler avec vous4 --,oh6 doucement1 dit ,brigandos1 les choses ne peuvent pas se passer ainsi1 il faut que l'affaire soit juge dans toutes les rgles4 ,qu'on dtache cette fille1 ordonnt-il aux femmes1 et gardez-la parmi vous1 je vous charge de me rpondre d'elle4 4 4 4 ,vous1 enfans1 dit-il aux hommes1 ayez soin de cet grillard1 et serrez-le de prs1 le poulain est vicieux1 il a besoin d'tre dompt2 et notre chef par ces dispositions se trouvant au milieu des deux troupes spares1 la premire des femmes gardant la bergre2 la seconde d'hommes captivant le criminel1 releva son haut-de- chausses1 et dit1 jugeons maintenant4 --,il s'approche d'abord de la petite fille2 pucelle1 lui dit-il1 si l'homme qui t'a maltraite t'et parl d'amour1 et qu'au lieu de s'y prendre comme il l'a fait1 il t'et propos de lui vendre tes prmices au moyen d'une somme quelconque1 quel taux les aurois-tu mis8 ,hlas6 monsieur1 dit la jeune enfant1 je sais bien qu'il y a un ge o il faut qu'une fille perde ce qu'elle a de plus cher1 ces choses-l ne peuvent pas toujours se garder2 s'il m'avait parl poliment1 qu'il m'et seulement offert un doublon #ad1 n'et-ce t que pour le plaisir d'en voir un1 il aurait fait de moi tout ce qu'il aurait voulu4 --,bon1 nous dit ,brigandos1 voil la p 4 4 4 toute trouve1 il ne s'agit plus que de la somme2 alors il s'approche du garon3 gibier des fourches de ,tolde1 lui dit-il1 tu vois que tu as commis une action infme2 si c'tait un corrgidor qui dut la juger1 il te ferait accrocher aussi facilement qu'il suspendrait son garde-manger la poularde qu'il aurait reu du plaideur2 dis-moi2 quel motif t'engageait agir comme tu l'as fait avec cette malheureuse fille8 ,flambeau des deux ,castillers1 rpondit le prisonnier dont le ton tait abaiss depuis qu'il se voyait pris2 je suis un jeune tudiant en droit1 dont le dessein est de se pousser dans la robe2 ma famille qui y a toujours t1 est la veille de m'acheter une des premires places de magistrature ,sville4 ,je reviens de ,salamanque o j'tudie depuis six ans1 et je m'en retourne dans ma patrie2 je suis naturellement enclin l'amour des femmes4 4 4 4 ,on est l 4 4 4 sur un mulet1 le crne brl pendant sept heures des ardens rayons du soleil1 la nature parle et elle parlait imprieusement quand j'ai rencontr cette poulette4 ,je n'ai plus entendu que mes desirs4 --,soit1 mais la maltraiter6 4 4 4 --,seigneur chevalier1 la nature en courroux n'est pas toujours trs- dlicate1 plus elle nous parle avec violence1 plus elle efface en nous la loi des considrations4 ,avez-vous quelquefois vu dborder le ,tage8 ,respectait-il en s'chappant ces superbes plans d'oliviers dont l'agriculteur conome ombrageait plaisir ses rives8 ,opposait-on un frein au fleuve8 celui-ci plus furieux encore1 ne les franchissait-il pas avec plus d'imptuosit8 toile de l',estramadoure1 cette allgorie renferme mon histoire1 la jeune fille rsistait 4 4 4 elle m'irritait davantage2 il y a des instans o cette voix de la nature1 laquelle on dit qu'il faut se rendre1 est pourtant bien inconsquente2 suivant les loix1 j'allais commettre un crime1 et je vous proteste pourtant que je ne suivais que la nature4 ,si cet enfant eut doubl ses rsistances1 peut-tre l'aurais-dchire1 tout en n'coutant que la nature4 --,ami1 personne ne connat mieux que moi les dsordres de cette martre2 mais1 comme il s'agit ici bien plutt d'arranger que de philosopher1 dis-moi1 qu'aurais-tu fait pour cette petite fille1 si elle t'et accord de bonne grace1 ce que tu voulais lui ravir de force8 ,je lui aurais donn ce qu'elle aurait voulu4 --,combien encore8 --,sur ma conscience1 un morceau comme celui-l vaut dix piastres pour un voyageur chauff1 je ne l'aurais pas eu pour quinze ,madrid4 --,camarade1 tu te condamnes toi-mme1 et je te jugerai par tes paroles2 dix piastres pour les prmices de cette enfant1 cinq pour l'avoir maltraite1 voil les quinze que tu l'aurais paye ,madrid #ae1 est-ce trop1 brave homme8 --,non1 en vrit4 --,donne-les donc1 et l'enfant est toi4 --,le voyageur escompte2 ,brigandos appelle la jeune fille3 ,chrtienne1 lui dit-il1 tu es convenu avec moi que si cet homme s'y tait pris comme il fallait1 tu te serais rendue pour deux pistoles1 voil le double de ce que tu demandes1 ajouta-t-il en lui remettant les quinze piastres1 deviens la femme de cet homme-l1 et ne lui refuse aucune de tes faveurs 4 4 4 puis sa troupe 4 4 4 loignons-nous1 enfans1 sans pourtant les perdre de vue1 jusqu' la consommation de l'affaire1 nous leur devons protection tous deux1 prochaine lumire de ,sville1 poursuivit-il en s'adressant au jeune homme1 et ta donzelle et toi viendrez boire un coup avec nous quand vos oprations seront acheves4 ,le fougueux talon d',andalousie est moins leste sauter sur la brune cavale des vallons de ,cordoue1 que l'colier de ,salamanque ne l'est s'assurer de sa conqute4 4 4 4 ,tous deux s'loignent2 nous en faisons autant en gardant le mulet pour tage4 4 4 4 ,au bout d'une heure ils nous rejoignent4 ,nous venons vous remercier1 monseigneur1 dit le jeune homme ,brigandos1 jamais procs ne fut mieux dcid1 puisque mon adversaire et moi nous avons tous deux gagn notre cause4 ,confrre1 lui dit notre chef1 puisque le ciel te destine un jour juger les humains1 que la leon que tu viens de recevoir te serve au moins quelque chose2 le devoir d'un juge n'est pas de punir1 il est de rendre les deux parties contentes autant qu'il est possible2 l'opration n'est pas difficile1 que chacun cde un peu de son ct1 tout s'accordera promptement2 il ne s'agit que de savoir si la chose est bien ou mal en elle-mme1 elle ne peut tre l'un ou l'autre qu'en raison de son effet sur les parties1 si elle n'en opre qu'un bon sur l'une et sur l'autre1 elle ne peut plus tre un mal que dans l'opinion2 considration vaine que doit toujours mpriser un juge2 ce qui fait que presque tous se trompent1 c'est que cette considration chimrique les arrte1 c'est qu'ils accordent tout la loi1 et jamais rien l'humanit2 un peu plus d'esprit1 un peu plus de tolrance1 et tout s'arrangerait l'amiable2 mais il faudrait des soins1 il faudrait tudier l'homme et la nature1 et tout cela est trop pour de tels gens2 ayant dessein de faire mieux qu'eux dans cette affaire-ci1 je n'ai imagin qu'une chose1 c'tait de ne les imiter en rien1 il en a rsult que vous voil tous deux contens1 qu'on m'indique une meilleure faon de juger les hommes1 et je m'en sers la minute4 ,oh 6 monsieur1 s'crie la petite fille1 il est si vrai que vous m'avez rendue contente1 et je le suis tellement de ce jeune homme1 que s'il veut1 je l'accompagne ,sville4 --,quel est ton pre1 lui dit notre chef8 --,laboureur1 pauvre et infirme4 --,a-t-il d'autres enfans prs de lui 8 ,oui d1 monsieur1 j'ai ma grande sur qui ne le quitte pas4 --,n'importe1 tu lui es utile1 tu travailles pendant que ta sur le soigne1 tu lui manquerais dans sa vieillesse4 ,retourne ta maison1 cache ce que tu as fait1 non que ce soit un mal dans le fond1 mais c'est que les sots le voyent comme tel2 donne ton pre la moiti de l'argent que tu as gagn1 et dis-lui que c'est une aumne que l'on t'a fait4 ,m'approuvez-vous1 ,bachelier1 dit alors notre chef au svillan4 --,de toute mon ame1 seigneur cavalier1 rpondit celui-ci1 je ne voudrais pas faire tort un malheureux 2 que ferais-je d'ailleurs de cette enfant dans ma famille8 --,qu'elle parte donc1 dit ,brigandos1 et comme il n'est pas ncessaire que vous vous retrouviez1 gagne par l1 camarade1 voil le chemin de ,sville2 et toi1 mon enfant1 ajouta-t-il la petite fille1 prends de ce ct1 ce doit tre celui de la maison de ton pre4 ,tous deux s'embrassent1 tous deux se sparent1 et nous ne quittons le local que quand nous les jugeons l'un et l'autre trop loigns pour se rejoindre4 ,homme quitable1 dis-je notre chef en nous remettant en marche1 permettez- moi de vous faire une question4 ,si cette jeune fille et t plus attache son honneur qu' l'argent que vous lui avez fait donner1 comment eussiez-vous dcid le procs8 ,un de ces besoins imprieux qui ne connaissent aucun frein1 entranait cet homme au crime malgr lui1 me rpondit notre capitaine1 ce besoin trop violent pour tre dlicat n'exigeait que d'tre satisfait1 et pour y russir1 tout objet devenait indiffrent2 je lui aurais cd pendant deux heures une femme de ma troupe2 dans une ville ou ici1 le moyen de contenter cet homme devenait facile4 ,comme vous voyez1 il ne faut ni rouer ni pendre celui qui a faim1 il ne faut que lui donner manger4 ,en quel endroit qu'eut t port la cause1 voil donc toujours une des deux parties contente1 et la jeune fille tenant son honneur1 protge1 dgage de ses liens1 renvoye sous bonne garde la maison de son pre1 le devenait galement2 cartez-vous de la rgle1 moquez-vous de la loi1 ne respectez que l'homme et la nature1 vous accommoderez toujours les plus pineuses affaires2 mais si vous rigorisez1 si vous citez ,cujas et ,bartole1 si vous coutez le prjug1 votre vengeance ou vos intrts1 si vous rpondez comme les sots3 ce n'est pas moi qui juge1 c'est la loi2 alors vous mcontenterez tout le monde1 alors vous ne ferez que des platitudes1 et vous vous rendrez insensiblement vous et vos loix en horreur tout ce qui respire4 ,ayant entendu parler ,sainville d'une multitude d'autres dsordres moraux peu-prs semblables celui-ci1 dans lesquels le libertin1 aveugl par sa passion1 cherche plutt une victime dans l'objet qui lui sert1 qu'une compagne sa volupt1 et sachant que ce genre de vice occupait avec autant d'imbcillit que d'indcence la tte des magistrats franais2 je demandai notre ,licurgue ce qu'il pensait de leur extrme svrit sur cela3--,je la blme fortement1 me rpondit-il aussitt1 il n'est besoin ni de loix ni de punitions pour anantir ces excs2 les dgots qu'ils inspirent aux uns1 les regrets dont ils dchirent les autres1 suffisent les anantir chez un peuple2 laissez ceux qui agissent et ceux qui cdent1 se punir mutuellement l'un par l'autre1 et gardez-vous de faire de ces turpitudes de scandaleux clats dont la connaissance dshonore le magistrat1 instruit l'innocence1 et fait rire le vice2 n'assurez pas sur-tout une protection dangereuse ces objets de l'intemprence publique1 cette protection que vos magistrats n'accordent que pour acheter ce prix les faveurs empestes de ces malheureuses1 rend ces cratures1 par une impardonnable inconsquence1 les droits que leur avilissement leur enlve4 ,c'est replacer dans la socit une vermine dont elle ne travaille qu' se dlivrer1 c'est ouvrir la porte tous les vices1 c'est encourager la corruption des murs1 c'est sduire une infinit de jeunes filles retenues1 sans cette protection dangereuse par le mpris et par la honte2 et pourquoi1 en l'accordant cette fatale protection1 la fille du bourgeois ou de l'artisan ne volerait-elle pas un genre de vie qui1 avec beaucoup d'agrmens d'un ct1 leur assure encore de l'autre le droit d'tre soutenues par les loix qu'elles outragent comme le serait la citoyenne honnte qui les craint et qui les respecte8 ,que ces juges prvaricateurs se convainquent donc une bonne fois4 7,si les attraits fards de ces sirnes peuvent laisser pntrer dans leur ame le flambeau de l'quit1 que l'intemprance absorbe71 qu'ils se convainquent1 dis-je1 qu'il n'est rien de plus dangereux qu'une protection de cette espce #af2 que le vritable esprit des murs exige que pour punir les filles du consentement qu'elles accordent aux licencieux dsirs du libertin1 elles trouvent dans l'acquiescement de ces mmes dsirs1 la juste et vritable punition de leur mprisable complaisance2 quelles filles embrasseront l'tat ce prix8 et de ce moment1 sans que des magistrats jettent les yeux sur des vilenies qui les deshonorent1 ne voil-t-il pas tout puni de soi-mme2 la courtisanne porte sur son corps meurtri la peine de sa sordide prostitution1 et le libertin qui n'en trouve plus1 ou s'en prive1 ou devient temprant2 mais persuadez vos prestolets de ,thmis de renoncer par sagesse une branche pouvantable d'ordures qui doit leur valoir les pices ou le monseigneur1 c'est prcher rgime un gourmand1 c'est louer le luxe devant un avare #ag2 ,et tout en raisonnant ainsi1 nous approchions de ,tolde4 ,nous appercevions dj les montagnes entre lesquelles cette belle ville est situe2 dj nous distinguions les restes de l',aqueduc des maures et la tour du chteau o ,phillipe quatre tint si long-tems le duc de ,lorraine prisonnier1 quand ,brigandos1 faisant faire halte1 nous dit qu'il ne voulait pas coucher ce jour-l dans la ville1 ayant des ordres essentiels nous donner avant4 ,nous voici prs des ruines de la tour enchante1 poursuivit-il en nous les faisant voir entre deux roches escarpes1 une demi-lieue au levant de ,tolde4 4 4 4 quelques serpents prs1 nous serons bien l pour tenir conseil1 nous avons dans la ville qui s'offre nos yeux1 ct de beaucoup d'argent faire1 un grand nombre d'ennemis craindre1 il faut tacher1 si cela se peut1 que la brebis paisse sans que le loup vienne la manger1 il y a l dedans des adorateurs de dieu plus dangereux que des dmons pour des gens comme nous1 entrons1 amis1 nous coucherons fort bien l1 et pendant qu'on fera notre souper1 je vous raconterai l'histoire de cette tour4 ,l'anecdote qui la concerne est vraiment digne d'tre recueillie4 ,nous entourmes notre chef comme nous avions coutume de faire quand il avait prorer1 et il nous parla dans les termes suivans4 ,ce que j'ai vous dire sur ce monument1 mes amis1 est d'autant plus curieux que c'est ce trait d'histoire que remonte l'invasion des maures en ,espagne1 ce fut cette tour que vint fouiller le roi ,rodrigue1 imaginant y trouver des trsors1 et qui disparut dans les airs aprs la recherche qu'il osa entreprendre2 mais ceci demande des dtails1 coutez-moi donc avec attention4 ,dom ,rodrigue1 le plus savant de tous les princes dans l'art de varier ses dbauches le moins scrupuleux dans les moyens de s'en assurer les victimes 4 4 4 ,oh6 mon ami1 s'cria ,dona ,castillia en accourant avec effroi1 sauvons- nous1 sauvons-nous d'ici1 nous n'y sommes pas en sret4 4 4 4 ,eh6 qui y a-t- il mignone1 rpondit notre chef en se levant8 --,un cadavre de femme2 l1 regardez l o j'allais allumer du feu pour faire cuire notre souper4 --,un cadavre8 --,oui1 en vrit4 ,nous nous levons1 nous allons reconnatre1 et nous nous convainquons bientt tous que notre doyenne n'a que trop bien vu2 c'tait une fille de vingt vingt-deux ans1 perce de deux coups de dague dans la poitrine1 mais elle tait si parfaitement belle1 il y avait si peu de tems qu'elle tait morte1 qu'aucun de ses traits n'taient encore altrs4 --,il faudrait dcamper1 si nous faisions bien1 dit le chef1 mais1 de par tous les diables1 quand la justice entire de ,tolde devrait venir ce soir-ci1 je n'irai pas plus loin2 qu'on fasse un trou1 qu'on mette dedans cette infortune2 qu'on fasse des rondes et des patrouilles1 et tenons-nous tranquilles2 celui qui a tu cette femme n'ira pas dire qu'il l'a mise l2 il faudrait tre bien malheureux pour qu'on vnt nous accuser de ce crime4 ,d'ailleurs la voil en terre 4 4 4 ,on ne la voit plus 4 4 4 ,ce que terre cache est bien cach4 4 4 4 ,courage1 amis1 ne nous drangeons pas4 4 4 4 ,il faut convenir qu'il y a pourtant des gens plus mchans que nous dans le monde2 eh bien1 ce ne sont pas les plutt pris4 4 4 4 ,la providence est si juste que le malheureux qui succombe n'est jamais que celui qui pour se livrer quelques vertus n'a pas toujours suivi la route du crime1 sa bont le perd1 au lieu que celui qui n'a point cess d'tre mchant1 accoutum prendre plus de prcautions1 n'choue jamais dans les prilleux sentiers de la vertu2 cette rflexion est cruelle1 mes amis1 mais les circonstances la font natre1 et je ne puis la taire4 ,quoiqu'il en soit1 couchons-nous1 je ne suis plus en humeur discourante4 4 4 4 ,il nous faut partir d'ailleurs demain avant l'aube du jour4 ,nous nous endormmes1 et la nuit se passa tranquillement4 ,amis1 dit notre chef le lendemain avant de nous mettre en marche2 sans d'importantes affaires1 je ne sjournerais point dans la ville dangereuse o nous allons arriver1 mais on m'y appelle depuis long-tems1 il m'est impossible de diffrer4 ,un vieux chanoine mozarabe #ah m'attend pour ranimer sa vigueur par des potions cordiales dont je possede seul le secret2 une de ses nices arrive dessein de passer six mois avec lui1 il veut1 malgr ses soixante ans1 la recevoir comme s'il n'en avait que vingt4 ,le duc de ,medoc m'crit lettre sur lettre pour aller lui protger un enlvement4 4 4 4 ,le grand vicaire de l'archevque a eu le malheur de faire un enfant la nice de son patron1 il veut que j'aille dtruire son ouvrage4 4 4 4 ,je n'en ferai pourtant rien1 vous le savez1 je ne me mle pas de ces infamies4 4 4 4 ,d'ailleurs1 c'est le tems de la foire1 les grandes oprations o je vais me livrer vous protgeront1 et l'ombre de mon crdit1 vous pourrez manuvrer en sret4 ,rompa-,testa1 ajouta-t-il en s'adressant son fils1 et toi1 ,brise-idoles1 coutez bien ce que je vais vous dire4 ,il y a dans la cathdrale un excellent coup faire2 on y voit dans la chapelle ,notre-,dame une statue de la vierge couverte d'une robe de soye1 brode en diamans1 en rubis et en meraudes4 ,jamais la mre de ,jsus1 qui tait la matresse d'un pauvre charpentier1 ne fut vtue si magnifiquement2 ne tolrons point le dfaut de costume2 opposons-nous ce luxe indcent4 ,il ne faut point tromper les arts2 vous entrerez furtivement dans cette glise1 vous dpouillerez la patrone1 dont le corps nud est assez beau1 sans doute1 puisqu'il est d'argent massif4 4 4 4 ,de par tous les diables1 je voudrais bien la tenir1 mais ne pouvant avoir la bte1 vous vous contenterez du licol2 vous me rapporterez ce haillon prcieux3 si le coup russit1 je vous fais tous deux mes lieutenans3 vous autres1 continua-t-il1 en s'adressant au reste des hommes2 vous voyagerez dans les rues2 vous vous glisserez dans les foules2 et quand vous aurez fouill dans une des poches du juste-au-corps d'un homme1 vous mettrez subitement la main dans l'autre poche1 de peur que la diffrence des poids ne le fasse douter de quelque chose4 --,pour vous1 mesdemoiselles1 vous vous sparerez deux par deux1 et vous irez vous loger prs de la ,vega-il-rio #ai1 quartier qui nous est spcialement destin4 --,vous ,clmentine1 et vous ,lonore1 voil une adresse particulire1 prs des ,cordeliers1 4 4 4 vous y serez parfaitement bien2 je vous ferai1 ainsi qu'aux autres femmes de ma troupe1 tenir mes ordres rgulirement tous les jours2 et vous vous transporterez1 ainsi qu'elles1 chez les diffrentes personnes que je vous indiquerai1 pour y dire la bonne aventure1 et pour en trouver1 si bon vous semble4 ,je ne gne ni ne contraint personne4 ,que chacune de vous ait sur elle pour le besoin1 le somnifre1 dont l'effet est sr1 et qu'elle en use suivant les cas4 ,vous dona ,cortillia1 voil de l'hippomane #bj1 mnagez-le1 et vendez-le bien2 car il devient furieusement rare4 ,les ordres donns1 nous nous mmes en marche1 et nous entrmes par peloton dans la ville4 ,enfin1 spars de la troupe1 et marchant seules1 ,clmentine et moi1 pour nous rendre au logement qui nous tait indiqu1 j'entretins l'aise1 mon amie1 du dsir que j'avais de quitter1 ds l'instant1 la mauvaise compagnie avec laquelle nous avions le malheur d'tre associes4 ,ce chef est un brave homme1 dis-je ma compagne1 ses principes sont srs1 et j'aime sa philosophie2 il serait fait pour commander par-tout1 et il n'est aucune socit qui ne se loua de son administration2 mais il ne se trouve ici qu' la tte d'une bande de coquins2 et malheureusement nous en faisons partie4 6 ,clmentine1 il faudrait quitter ces gens-l4 ,mon amie m'objecta le dfaut de fonds2 ,brigandos qui nous avait indiqu un logis o nous devions tre reues1 rien qu'en le nommant1 ne nous avait pas laiss d'argent2 il tait mme expressment convenu avec nous1 de remettre chaque jour celui de ses gens1 par lequel il nous enverrait ses ordres1 tout ce que nous pouvions gagner4 ,d'ailleurs1 objectait ,clmentine1 ces bonnes gens nous ont bien reus1 quand nous ne savions o donner de la tte4 ,il n'y aurait-il pas de l'ingratitude les quitter1 quand nous pouvons leur tre utile8 ,ce penchant subit la reconnaissance1 m'tonna dans cette chre fille1 que guidait rarement la vertu2 j'en induisis qu'elle n'tait nullement fche de la vie qu'elle menait1 et qu'il deviendrait fort difficile de la lui faire quitter4 --,une troisime raison1 ajoutait ,clmentine1 se fonde sur les dangers invitables pour nous1 si nous voulions chapper ces bohmiens1 ils nous ressaisiraient assurment par-tout1 et malgr l'honntet qu'ils font paratre1 tant que nous nous conduisons bien1 ils nous traiteraient assurment trs-mal1 si nous venions changer de procds4 --,mais une partie de ces mmes raisons n'existera-t-elle pas de mme ,madrid8 ,non1 ds en arrivant je te mne chez mes amis1 et leur protection nous sert contre les entreprises de ces mauvais sujets4 ,ne savent-ils pas bien d'ailleurs que nous ne sommes avec eux que jusques-l8 --,allons donc1 suivons notre destine1 puisqu'elle nous entrane encore courir l'aventure4 ,clmentine me fixant alors avec cette sorte d'embarras invitable au vice1 quand il sait bien qu'il va tre combattu1 me demanda quels taient mes projets dans ,tolede8 --,de m'y conserver aussi pure que je l'ai toujours t depuis que j'ai quitt mon poux4 4 4 4 ,la mort mme ne me ferait pas changer de dessein4 --,je suis bien loin d'en promettre autant2 la sagesse commence m'ennuyer2 je suis libre1 je n'ai de fidlit garder personne2 le genre de vie que je mne chauffe mon physique2 les exemples que je reois1 les choses que j'ai faites1 enflamme ma tte4 4 4 4 ,que me revient-il de tant de pudeur1 je n'en fais pas moins le mtier d'une fille perdue8 4 4 4 ,on serait bien dupe de s'attacher la rputation1 quand les circonstances nous l'enlvent1 ce qui m'a toujours consol d'un premier faux pas1 c'est qu'il contraint au second1 et qu'il en assure la tranquillit2 la plus grande de toutes les folles est celle qui1 dj dshonore par un travers1 a la btise de s'en refuser un autre4 4 4 4 ,tous les frais ne sont-ils pas faits8 ,il y avait la premire chte un peu de peine et beaucoup de plaisirs1 il n'y a plus que des roses la seconde4 ,toutes les pines ont disparues4 --,eh quoi6 lorsqu'il s'agissait de notre bonheur1 4 4 4 lorsque nos effets prsents devant nous deviennent la rcompense de notre faiblesse1 la vertu te soutient1 tu rsistes2 et quand il n'est question ou que d'un lger profit1 ou que d'un fol espoir de volupt1 te voil prte te rendre8 --,que tu connais mal le cur des femmes1 si tu n'admets pas cette inconsquence6 ,c'est l'instant qui nous dtermine1 c'est le caprice1 c'est le temprament4 4 4 4 ,on est sage par une fortune1 on devient catin pour un joli homme1 --,oh ciel6 te voil sduite encore une fois4 --,je ne te cache pas qu'une de nos compagnes m'a indiqu l'adresse d'un gentilhomme de cette ville1 passionn pour les femmes de notre tat1 et qui indpendamment des plaisirs que je dois attendre de son ge et de sa figure1 me comblera si je veux de prsents4 --,et si notre chef t'oblige lui tout donner8 --,je le ferai1 et il me le rendra ,madrid2 ce sont nos conventions4 ,qui peut compter sur les secours que nous esprons dans cette capitale8 ,la mort ne peut-elle pas nous avoir enlev ceux de qui nous les attendons8 ,ce que je gagne ici nous reste alors1 nous nous en aidons toutes deux2 --ainsi1 que les secours que tu attends ,madrid s'y trouve ou non1 de toute manire nous quitterons cette compagnie8 --,mais ,clmentine1 qui1 comme vous voyez1 se coupait dans deux ou trois endroits de ses rponses1 m'en fit encore une ici tellement remplie d'incertitude1 que je vis bien qu'il fallait peu compter sur elle1 4 4 4 et que ce qu'il me restait de mieux faire de mon ct1 tait de me rsoudre suivre aussi ces malheureuses gens jusqu' ,pampelune1 o ils comptaient aller1 et l de m'chapper dans la premire ville de ,france1 o la justice1 entre les mains de laquelle je comptais me jetter1 me donnerait et les secours et les protections ncessaires pour regagner ma province6 mais le ciel1 comme vous le verrez bientt1 rompit tous ces beaux projets1 et vint arrter mes dsordres1 sans que j'eusse besoin de m'en mler4 ,j'essayai tout encore avant que d'arriver ,tolde1 pour dtourner ma compagne de ses funestes projets2 mais quand une femme court sa perte1 plus l'on emploie de moyens pour l'en empcher1 mieux on la plonge dans le prcipice1 ses dsirs croissent en raison des dangers qu'on lui fait craindre1 et l'enfer ft-il ses pieds1 elle ne s'y jetterait qu'un peu plus vite4 ,il n'y eut rien que je n'employai pour retenir ma compagne2 rien qu'elle ne m'opposa pour lgitimer sa faute2 jamais loquence ne fut plus rapide4 ,c'tait celle d'une mauvaise tte et d'un excellent physique1 rarement celle-l manque d'nergie4 ,quand ,clmentine vit que je renonais la persuader1 elle voulut m'haranguer son tour2 elle employa pour me seduire une partie des mmes argumens dont elle venait de faire usage1 pour prouver qu'elle avait raison de faiblir2 elle crut qu'elle serait aussi habile me corrompre1 que je l'avais t peu la convertir2 elle avait1 disait-elle1 une autre adresse pour moi2 j'aurais pour le moins autant de plaisir1 et peut-tre encore plus de profit qu' celle qu'elle se rservait4 4 4 4 ,quel gr me saurait-on de ma retenue1 et comment y ferais-je croire8 aprs la libert dont j'avais joui1 4 4 4 aprs la vie que j'avais mene1 pourrais-je me flatter d'en imposer qui que ce pt-tre8 ,j'aurais donc1 avec le regret de n'avoir point connu le bonheur1 le chagrin de ne pouvoir pas mme convaincre de ma vertu4 4 4 4 --,va1 ma chre amie1 continuait cette syrne1 c'est notre personne1 bien plus qu' notre sagesse1 que les hommes attachent du mrite2 leur cur est tellement dprav1 que cette pudeur mme que tu crois si prcieuse1 cesse de l'tre leurs regards aujourd'hui4 ,ils s'imaginent que nous valons moins ds que nous avons encore ce que l'on ne conserve jamais quand on veut quelque chose1 ils croyent que si nous n'avons pas succombes1 c'est bien plutt par la faiblesse de l'attaque1 que par la force de la dfense2 4 4 4 ,mais supposer que le mari pour qui tu te conserves1 ne sente pas le prix de cet effort 4 4 4 ,seule jouir dans ce cas-l1 auras-tu connu de grands plaisirs8 ,t'imagines-tu que cette sorte de vanit en fasse goter de bien rels8 ,et pour les faibles chatouillemens de l'orgueil1 qui ne sont que des jouissances illusoires1 tu te seras donc prive de celles des sens dont les dlices sont inexprimables8 4 4 4 ,mais allons plus loin1 si personne ne divulgue cette faute l'poux que tu respectes1 s'il est certain qu'il peut l'ignorer toujours1 te voil donc1 mme en la commettant1 idalement aussi pure ses yeux1 que si tu ne l'avais pas commise2 ce n'est pas la faute en elle-mme qui peut t'affliger1 puisqu'il n'en reste aucune trace2 sa douleur ne viendra que de la savoir2 s'il ne la sait jamais1 plus de douleur4 4 4 4 ,il y a mieux1 c'est qu'il serait infiniment plus malheureux1 la croyant1 quoiqu'elle ne ft pas1 qu'il ne peut l'tre1 l'ignorant quoiqu'elle soit3 ce n'est donc pas toi qui tient son bonheur en tes mains4 ,ce bonheur sera ou ne sera point en raison de l'opinion qu'il aura reue2 travaille ce que cette opinion soit bonne1 quoique ta conduite soit mauvaise1 enveloppes-toi des voiles du mystre1 et deviens1 si tu veux1 sous leur ombre1 mille fois pis que ,messaline ou ,thodora2 tu l'auras rendu plus heureux que si ta conduite tait bonne1 et que l'opinion ft contre toi #ba1 quelle folie de se gner dans ce cas6 c'est se rendre esclave pour le plaisir de porter des chanes2 c'est refuser de s'y soustraire1 quand la raison mme nous en dgage4 ,ces considrations rflchies1 si tu les porte encore1 ces malheureuses chanes1 tu n'agis plus alors que pour ta satisfaction personnelle et cette jouissance intrieure est-elle autre chose que de la draison et de l'enttement8 ,en dois-tu valoir moins tes propres yeux1 pour avoir valu davantage ceux des autres8 ,te dpriseras-tu donc en proportion de ce qu'on t'aura estime8 ,seras-tu vile tes regards1 pour avoir un instant cd aux plus doux penchans de la nature8 ,crois-tu que ces penchans qu'elle nous inspire1 soient moins doux que la triste satisfaction au pied de laquelle lu les immole8 ,mais raisonnons 4 4 4 ,ton poux t'aime ou il ne t'aime pas2 s'il t'aime1 n'ais pas peur qu'une chose qu'il ignorera toujours1 puisse le refroidir ton gard2 et ne crains pas qu'une chose qui ne blesse qu'un prjug d'opinion1 puisse te rendre un instant moins vertueuse4 ,s'il t'aime1 dt-il mme la savoir cette chose4 4 4 4 ,que de motifs pour l'excuser2 4 4 4 ton ge1 4 4 4 l'abandon dans lequel les circonstances le forcent te laisser1 toutes les causes irrsistibles du physique1 et s'il a l'ame sensible1 le plaisir mme que cette faute t'aura procure4 ,un poux vraiment aimable et juste1 jouit bien plus des volupts que sa femme gote1 que des sacrifices qu'elle lui fait1 n'est-il pas bien plus doux de permettre des jouissances1 que d'imposer des fers8 ,quel est donc l'tre barbare qui se dlecte des privations8 ,lui en doit-on ds qu'il en exige8 ,ah6 n'est-il pas plus dlicat d'imaginer qu'on rend ce qu'on aime heureux1 par la libert qu'on lui laisse1 qu'il ne peut tre flatteur d'acheter le triomphe de l'amour-propre1 au prix des sensations de ce malheureux tre immol notre vaine gloire8 ,donc aucun obstacle te livrer1 aucun inconvnient ce que ton poux le sache mme si rellement il t'adore avec dlicatesse1 et s'il ne t'aime plus1 quel regret n'auras-tu pas d'avoir t la dupe d'un sentiment teint8 ,quand tu lui faisais les plus grands sacrifices4 4 4 4 ,ainsi1 qu'il t'aime ou qu'il ne t'aime pas1 tu auras toujours eu tort de ne pas cder1 et tu auras toujours te repentir de ne l'avoir pas fait1 pouvant le faire impunment4 ,je ne t'oppose pas la religion1 je sais trop combien la justesse et la bont de ton esprit te rendent suprieure ces freins ridicules4 ,je ne combats que ton orgueil et ta folie1 que ton enttement et que tes prjugs2 je ne cherche dtruire qu'eux1 trop sre que c'est eux seuls qui tu sacrifies les plus doux plaisirs de la terre 4 4 4 ,ah6 jouis-en1 jouis-en ,lonore2 l'ge o nous sommes crs pour eux1 passe comme la fracheur des roses2 et quand nous sommes effeuilles comme elles1 les froides jouissances de la vanit nous ddommagent-elles de tout ce que nous avons fait en leur faveur8 ,pour quant moi poursuivit ,clmentine1 je ne te le cache pas1 mon parti est pris1 j'aimerais mieux mourir que de ne pas me donner non-seulement celui qu'on m'indique1 mais tous ceux qui voudront de moi 4 4 4 tous ceux que mes charmes pourront sduire4 4 4 4 ,et pourquoi donc seraient-ils faits ces charmes8 si ce n'toit pas pour les livrer2 n'est-ce pas pour plaire que la nature nous a faites jolies8 ,si c'tait un crime que de lui cder1 nous aurait-elle donn les appas qui ncessitent la chte8 ,ah c'est qu'elle veut qu'on la fasse ds qu'elle nous prodigue tout ce qu'il faut pour y tre entranes2 et celle qui lui rsiste en rendant les frais inutiles1 l'offense bien plus grivement1 que celle qui1 connaissant le prix des dons1 ne pense qu' en multiplier l'usage4 4 4 4 ,vis et meurs sans plaisir prs de ton phantme de vertu 4 4 4 ,moi1 je n'existe plus que pour l'immoler au plus lger de mes caprices4 ,clmentine1 m'criai-je1 je le vois bien je vais te perdre1 entrane par une foule de nouveaux plaisirs1 tu ne sentiras plus ceux de l'amiti1 je ne t'aurai aime que pour te plaindre1 je ne t'aurai connue que pour te pleurer4 --,ne m'attendris pas dit ,clmentine4 4 4 4 ,non sois sre que je t'aimerai toujours2 mais ne cherche pas ouvrir mon ame dans l'espoir de la faire changer1 je l'endurcirais plutt que de me laisser vaincre2 n'employe nulles ruses avec mon cur1 elles choueraient toutes aux rsolutions de mon esprit4 ,ne crains point qu'une affaire d'amour aille t'enlever ton amie8 ,il ne s'agit pas de dlicatesse dans les travers que je mdite1 il n'est question que de besoins1 je ne veux pas connatre l'amour1 je ne veux que me r'accommoder avec ses plaisirs4 --,et que sont-ils sans le cur8 --,tout1 on ne les gote bien que quand on n'aime pas1 c'est pour les autres qu'on jouit ds qu'on aime2 ce n'est que pour soi ds que le sentiment n'est pour rien1 je ne veux pas l'chauffer ce cur1 je ne veux qu'amuser les sens2 et le calme de l'indiffrence1 est dlicieux pour analyser des sensations2 uniquement occupe de soi1 mprisant souverainement celui qui ne pense qu' nous1 peu curieuse de ce qu'il prouve 4 4 4 ,sacrifiant tout soi-mme1 on jouit si philosophiquement4 4 4 4 ,ah6 ,lonore1 ,lonore1 si tu savais combien il est doux de ne pas aimer et de se sentir persuade que l'on l'est2 il y a cela une sorte de friponnerie qui met un sel bien piquant au moral d'une jouissance4 ,ces discours que je rfutais en vain1 parce que malheureusement le cur a presque toujours tort avec l'esprit2 tous ces argumens d'une mauvaise tte1 m'allarmant sans me persuader1 nous conduisirent enfin aux portes de ,tolde2 nous avions presque toute la ville traverser pour arriver dans le quartier qui nous tait indiqu2 peine fmes-nous dans la place des ,carmes1 que nos physionomies1 nos tailles1 nos singulires parures1 attiraient sur nous les regards de tout le monde1 et ,clmentine sa guitarre en charpe1 soutenait cette insultante curiosit1 avec une ffronterie qui dvoilait ses murs2 un des effets de la corruption1 est de dtruire en nous le sentiment pnible de la honte1 on ne rougit plus ds qu'on est dcid se tout permettre1 et cette modestie qui nous retenait souvent encore1 s'anantit sous les attraits sduisans du vice4 ,voil pourquoi le premier ouvrage de la sduction1 est d'absorber la pudeur dans l'ame de celle qu'on travaille corrompre2 on fait bientt tout ce qu'on veut d'une jeune fille1 quand on l'a convaincue de la bisarrerie de s'allarmer des mouvemens de la nature1 et les freins que l'on ridiculise1 sont bien plutt briss que ceux que l'on combat #bb4 ,pour moi1 je baissais les yeux1 je ne sais ce que j'aurais donn pour tre cent lieues del4 ,nous arrivmes enfin chez une femme d'environ cinquante-cinq ans1 loge dans une petite rue derrire les ,cordeliers1 et dont la maison me parut fort suspecte1 mais il n'y avait pas reculer1 nous eussions difficilement t reues ailleurs1 nos parures nous ayant fait reconnatre2 ,la patronne qui s'appelait dona ,laurentia1 nous admit sans difficult4 ,aprs s'tre inform de son ami ,brigandos1 elle nous montra une chambre deux lits1 dont elle dit que nous pouvions disposer4 ,et sans aucune autre crmonie pralable1 elle nous demanda si nous voulions recevoir des hommes1 ,clmentine avait bien envie de rpondre qu'oui1 mais l'empressement qu'elle me vit demander instamment de n'tre point soumises cette rgle1 elle crut devoir prendre le parti du silence4 votre aise1 dit ,laurentia1 ma maison est aussi sre que l'htel du ,corrgidor1 il n'y vient jamais que d'honntes gens1 pour viter le train1 je ne reois jamais que de vieux prtres1 il n'y a pas de danger avec ceux- l4 4 4 4 ,tenez coutez 4 4 4 entendez-vous d'autre bruit que celui que les oprations lgitiment2 eh bien6 j'en ai pourtant six dans mes chambres avec un pareil nombre de pensionnaires4 4 4 4 ,ils redescendront ds qu'ils auront fait1 il en reviendra d'autres1 et vous n'entendrez jamais plus de train2 oh6 grand dieu dis-je ,clmentine1 o sommes-nous donc8 ,ne t'en inquite point me dit cette folle en clatant de rire1 n'entends-tu pas que madame te dit que nous serons ici comme nous voudrons4 --,assurment1 reprit la dugne1 on ne contraint personne chez moi 4 4 4 ,libert entire1 si les demoiselles dont je vous parle reoivent du monde1 c'est qu'elles le veulent bien1 soyez trs- sres que l'on n'entrera point chez vous par force4 4 4 4 ,mais je vous conseille de vous rjouir 4 4 4 ,nous voil dans le temps de la foire 4 4 4 ,vous tes jolies 4 4 4 vous ne manquerez pas de pratiques1 je vous le rpete1 ma maison est sre2 savez-vous qu'il y vient des filles des plus gros bourgeois de la ville4 4 4 4 ,de petites poulettes en mantilles noires1 qui disent leurs parens qu'elles vont confesse 4 4 4 et comme les glises sont humides1 je les reois ici1 le directeur s'y trouve1 et la crmonie se passe sans scandale4 4 4 4 ,la pnitence est quelquefois un peu rude1 mais au moins sont-elles toujours sres de l'absolution4 --,madame dis-je notre htesse1 nous sommes encore novices dans le mtier1 nous nous contenterons d'excuter les ordres de ,brigandos1 nous irons par-tout o il nous enverra1 mais nous ne recevrons assurment personne2 ensuite nous traitmes de notre nourriture1 ,laurentia nous dit qu'ordinairement avec les femmes que lui envoyait notre chef1 elle se chargeait de toutes ces choses1 et qu'elle ne nous laisserait manquer de rien1 elle sortit2 nous envoya tout ce qui tait ncessaire1 et nous ne songemes ce premier jour qu' nous reposer4 ,le lendemain comme nous ouvrions nos fentres1 le premier spectacle qui nous frappa1 fut l'appareil lugubre d'un malheureux que l'on conduisait au supplice1 il tait suivi d'une foule innombrable4 4 4 4 ,dans tous les pays du monde1 et peut-tre plus en ,espagne1 qu'ailleurs1 cette fatale curiosit est toujours celle du peuple4 4 4 4 --,quel est le crime de cet homme demanda ,clmentine ,laurentia8 --,un vnement affreux arriv avant-hier1 le coupable n'ayant pu soutenir l'horreur de son crime1 est venu l'avouer lui- mme4 ,c'est un des premiers seigneurs de la ville1 je suis surprise que vous n'ayez pas entendu parler de cela1 tout s'est pass une demie lieue d'ici1 prcisment du ct d'o vous venez4 --oh ciel dis-je1 je parie que nous avons vu la victime 4 4 4 ,et que cette infortune jeune fille 4 4 4 --,une fille assassine1 vous l'avez vue8 --,oui4 --,c'est cel1 c'est cel 4 4 4 ,oh l'histoire vous fera frmir4 4 4 4 ,mais que vois-je8 4 4 4 ,cachez-vous mignones1 voil deux cordeliers qui me font signe1 nous les gnons1 ils veulent s'introduire secrtement chez moi4 4 4 4 ,dnez en paix1 j'irai vous tenir compagnie au dessert1 et vous faire part de cette sanglante aventure4 ,la dugne sortit 4 4 4 les cordeliers entrrent4 4 4 4 ,nous dinmes1 et peine emes-nous fini que ,laurentia reparut2 coutez-moi1 nous dit-elle1 je vais vous raconter la cause de la fin tragique de ce gentilhomme que vous venez de voir passer1 et qui vient de mourir comme un saint4 ,ici ,lonore ayant demand la compagnie si l'on dsirait qu'elle rendit cette histoire1 et tout le monde l'y ayant invite elle le fit de la manire suivante4 4 4 4 ,footnote #a4 ,des loix trs-sages punissaient en ,sirie bien plutt celui qui par dfaut de soins1 exposait ses effets la tentation1 que celui qui les drobait2 celui qui manque et qui prend ce qu'il trouve1 fait1 fort peu de choses prs1 ce qu'il a d2 mais celui qui laisse ce qu'il possde l'abandon1 est loin de faire ce qu'il aurait d faire1 et mrite1 par consquent1 une punition1 bien plutt que l'autre4 ,voil comme raisonnaient les ,siriens4 ,footnote #b4 ,saint-,thomas objecte seulement contre la sorte d'inceste dont il s'agit ici1 que si les frres s'alliaient leurs surs1 il en rsulterait un trop grand amour dans les mnages1 amour qui deviendrait alors par sa trop grande force1 contraire la chastet2 on a peu de chose dire contre ce qu'on a dessein de rfuter1 quand on est rduit employer de tels sophismes2 c'est donc dire1 d'aprs ,saint-,thomas1 que l'inceste est vicieux parce qu'il nait de lui ce qui fait la plus grande perfection des mariages2 avouons-le1 il est absolument impossible de trouver un argument lgitime contre ces sortes d'alliances1 mais il est ais de prouver en revanche quelle foule de vertus il en rsulterait4 ,footnote #c4 ,nous lisons dans le quatrime livre de l'nide3 ,nocturnos que ciet manes mugire videbis ,sub pedibus erram4 ,et dans ,horace1 satire #h1 livre premier3 ,cruor in fossam codjusus ut inde ,manes alicerent animas responsa daturas4 ,footnote #d4 ,voil o ,brigandos est dans l'erreur4 ,un meilleur logicien l'a dit dans ce mme ouvrage1 et avec bien plus de raison3 il n'est jamais permis de faire le mal pour arriver au bien4 ,peut-tre verrons-nous notre ,bohme agir et raisonner mieux par la suite4 ,footnote #e4 ,la mandragore est la racine de brivna1 sa forme est celle de l'homme4 ,on lui attribue la proprit d'engourdir les sens2 d'autres disent que semblable au ginseng1 elle excite l'amour4 ,circ s'en servit dans ses enchantemens1 et ce fut l1 dit-on1 le secret de ,jeanne d',arc2 quelques personnes prtendent qu'elle est produite ex semine hominis suspensi vel quovis alio supplicio morte muletati4 --,pour qu'elle ait de la vertu1 il faut qu'elle soit cueillie au printemps1 lorsque la lune est en conjonction avec ,jupiter ou ,venus4 ,la distribution de cette poudre par les ,bohmiens1 parat contrarier un peu ce qu'ils ont dit tout l'heure en se dfendant de causer des avortemens4 ,car on sait que cette racine produit ce criminel effet1 et vraisemblablement ils en distribuaient dans plus d'une intention4 ,footnote #f4 ,on n'est point encore convenu d'un nom honnte pour cet garement4 ,celui que les femmes de mauvaise vie lui donnent1 est affreux1 puisque ,sapho s'immortalisa bien plus par ce dsordre que par ses vers2 pourquoi ne conviendrait-on pas de nommer saphotisme ce travers singulier du libertinage des femmes4 ,footnote #g4 ,il ne faut pas que le lecteur s'tonne de voir ,brigandos quitter les principes de sa religion dans le morceau suivant1 ainsi que dans quelqu'autres4 ,chaque fois qu'il parle des gens qui ne sont pas au fait de ses principes1 il est tout simple qu'il s'accommode aux leurs2 nous le reverrons redevenir manichen1 lorsqu'il parlera ses femmes1 ou ses compagnons4 ,footnote #h4 ,c'est1 dit l'auteur des talismans justifis1 le sceau1 la figure1 le caractre ou l'image d'une figure cleste1 d'une plante ou d'une constellation grave sur une pierre simpathique1 ou sur un mtal correspondant l'astre1 par un ouvrier qui ait l'esprit attach l'ouvrage et la fin de son ouvrage1 sans tre distrait par quoi que ce puisse tre1 au jour1 l'heure de la plante1 en un lieu fortun1 par un tems serein et beau1 afin d'attirer plus fortement les influences du ciel1 par un effet dpendant du mme pouvoir et de la vertu de ses influences4 ,footnote #i4 ,c'est de cette indcente manire que beaucoup de curs en ,espagne et mme dans plusieurs provinces de ,france1 portent le viatique dans les campagnes4 ,footnote #aj4 ,ces vnemens taient pour lors ceux du jour4 ,footnote #aa4 ,l'or et l'argent taient en ,espagne en si grande abondance1 dit ,strabon1 qu'on rencontrait quelquefois des masses de ces mtaux en labourant2 les rivires en charriaient1 et l'on creusait rarement la terre sans trouver les rameaux d'une mine4 ,strab4 ,lib4 #c4 ,les ,siriens et les ,phniciens n'y formrent de si riches tablissemens qu' cause de cela4 ,footnote #ab4 ,c'est la prtention et le droit des ,catalans comme noble1 titre qu'ils se donnent tous4 ,footnote #ac4 ,environ #be cus4 ,footnote #ad4 ,environ #db liv4 ,footnote #ae4 ,les quinze piastres font peu prs #hd l4 ,footnote #af4 ,il n'y a qu' ,paris et ,londres o ces mprisables cratures soient ainsi soutenues4 ,rome1 ,venise1 ,naples1 ,varsovie1 ,ptersbourg on leur demande lorsqu'elles comparaissent aux tribunaux dont elles dpendent1 si elles ont t payes ou non2 si elles ne l'ont pas t1 on exige qu'elles le soient1 cela est juste2 si elles l'ont t1 et qu'elles n'ayent se plaindre que de traitemens1 on les menace de les faire enfermer si elles tourdissent encore les juges de salets pareilles2 changez de mtier1 leur dit-on1 ou si celui-ci vous plat1 souffrez-le avec ses pines4 ,aussi1 dans toutes les villes1 y a-t-il un tiers de ces filles de moins qu' ,paris et ,londres1 proportion garde4 ,footnote #ag4 ,il est trs-extraordinaire qu'un magistrat ait mis dans sa cervelle qu'il pouvait rsulter quelque bien d'clairer et de publier les secrtes horreurs que le libertinage enfante4 ,comment ce magistrat tel qu'il soit ou tel qu'il ait pu tre1 a-t-il arrang ce systme avec la religion ou la dcence dont les loix s'opposent si formellement cette publicit8 ,il faudrait au contraire punir svrement la malheureuse prostitue assez bte pour revler ces carts1 et qui en les dvoilant non seulement se fait tort elle-mme1 mais corrompt et le juge qui se dlecte ces indignes confidences1 et tous ceux qui vont les apprendre par l'clat du juge4 ,que l'on daigne un instant comparer le danger qui peut natre de fermer les yeux sur ces vilainies1 celui qui rsulte de leur scandaleux clat2 ne vaut-il pas mieux qu'il y ait dans une ville cent libertins cachs que d'en faire clore aussitt dix mille1 en divulguant les travers de ces cent8 ,avant le rgne de ,louis quinze1 on ignorait cet art infme de pervertir ainsi la jeunesse1 et de produire un trs-petit bien1 en oprant d'aussi grands maux1 il n'y avait point d'espions tentateurs1 point de journaux chez les courtisanes1 et tout allait aussi bien qu'aujourd'hui2 c'est ,sartine que furent dues ces absurdits inquisitoires1 et c'est depuis ce grand magistrat1 qu'un homme sait aujourd'hui quinze ans1 ce qu'il ignorait encore quarante autrefois4 ,on ordonnait ce mprisable espagnol de faire des listes de toutes ces turpitudes1 pour en rveiller l'engourdissement du souverain4 ,cet imbcile imagina qu'il fallait colorer d'un vernis d'quit la dshonorante fonction dont on le chargeait1 et prendre l'amour des murs et de la dcence pour excuse de ces vexations4 ,malheureux ,franais1 voil comme on vous trompait1 comme on se moquait de vous4 4 4 4 ,voil comment1 pendant que vous chantiez et couriez vos catins1 on enchanait votre libert1 comme on grvait vos gots et vos fantaisies les plus simples4 ,comme on mettait des entraves sur vos besoins les plus naturels1 et comme on gangrenait vos enfans et tout cela sous le spcieux prtexte d'une excellente police4 ,les ,romains conquraient l'univers et n'avaient point d'espions chez leurs courtisanes4 ,on assure qu'il fut prsent l'illustre magistrat dont il s'agit ici1 un ingnieux projet de vexation sur le citoyen1 en raison de la manire dont il perdrait son urine4 ,le premier plan ayant pass1 celui-ci pouvait bien avoir lieu malheureusement1 il y avait peu de profit1 aucun dtail obscne1 point de liste qui put amuser les petits soupers du roi1 et ,sartine refusa4 ,footnote #ah4 ,chapelle fonde sous ce nom pour #ab chanoines1 dans la cathdrale1 par le cardinal ,kimns4 ,on appelle ainsi les nouveaux chrtiens1 c'est--dire les maures convertis4 ,footnote #ai4 ,promenade de ,tolde4 ,footnote #bj4 ,l'hippomane est regard1 par les gens crdules1 comme le plus sr de tous les talismans2 c'est une excroissance de chair qui se trouve au front des poulains naissans2 il est rare1 parce que la mre l'arrache belles-dents du front du poulain1 ds qu'elle l'a mis bas2 son effet est de se faire aimer de la femme qui l'on en fait avaler4 ,footnote #ba4 ,thodora tait femme de ,justinien2 voyez ses dsordres dans ,procope2 une partie des loix que nous suivons encore est l'ouvrage de ses amans1 en amusant son mari de ces codes atroces1 elle lui voilait sa conduite2 l'imbcile ,justinien compilait et sa femme couchait4 ,footnote #bb4 ,la raison de cela est simple2 c'est avec de l'esprit qu'on rsiste aux argumens que le vice emploie pour triompher4 ,tout ce qu'on objecte flatte donc1 parce qu'on n'y parvient qu'en dveloppant une qualit qui nous honore2 mais s'il est dmontr que la conduite qu'on a1 que les opinions qu'on adopte soient rellement des ridicules1 voil l'orgueil compromis1 et ds ce moment on change de plan2 le ridicule blesse tellement notre vanit1 que s'il tait possible de persuader l'tre le plus sage1 que la vertu est un ridicule2 il l'abjurerait l'instant4 ,,le ,,crime ,,du ,,sentiment1 ,,ou ,,les ,d,,lires ,,de ,l',,amour4 ,,nouvelle ,,espagnole #a4 ,,il n'y avait point ,tolde de maison plus riche que celle du comte de ,flora-,mella1 point de seigneur dans les deux ,espagnes1 qui joignit cet avantage1 une naissance plus illustre1 et de plus flatteuses prrogatives2 mais la fortune ne se soutient pas toujours galement chez ceux qu'elle favorise ainsi1 et sa main inconstante ne les lve souvent au fate des grandeurs que pour les en prcipiter avec plus d'clat4 ,le comte mari fort jeune1 avait perdu sa premire femme au bout de trois ans1 et n'en ayant eu qu'une fille1 il tait rsolu de se lier encore sous les loix de l'hymen4 ,ces seconds nuds russissent rarement1 le comte en devint la funeste preuve2 une demoiselle de la maison de ,brajados1 belle et riche sans doute1 fut l'objet qui le captiva1 mais il s'en fallait bien que les vertus de cette jeune personne1 rpondissent aux dons prcieux qu'elle apportait1 d'ailleurs rien de plus scandaleux que sa conduite1 rien de plus perverti que ses murs4 ,le duc de ,medina-,sidonia1 tait alors le jeune homme la mode1 ,tolde1 quoique mari lui-mme1 il n'en tait pas moins l'effroi de tous les poux et l'idole de toutes les femmes4 ,la comtesse de ,flora-,mella avait trop de vanit1 elle avait le coup-d'il trop sr1 pour ne pas dsirer son char1 ce clbre amant de toutes les jolies femmes2 le voir et l'enchaner1 furent pour elle l'affaire d'un jour1 et cette intrigue devint bientt si publique1 que le comte de ,flora-,mella1 ne pouvait presque plus en soutenir la honte4 ,quelques fussent ses tribulations1 le dsir qu'il avait de se voir un hritier1 l'engagea nanmoins feindre2 il dvora ses chagrins2 il essaya d'imposer silence au public1 et continua de vivre avec sa femme dans l'intimit des poux4 ,ses vux s'accomplirent enfin1 la comtesse devint grosse1 et mit au monde un fils1 nomm ,dom ,juan1 malheureux hros de cette sanglante histoire4 ,de ce moment le comte leva le masque1 il crut ne devoir plus suspendre sa vengeance1 et la jeune comtesse relgue par lui1 dans des terres elle1 au fond de l',andalousie1 quitta pour jamais ,tolde et son poux4 ,cependant les fruits des deux diffrens hymens du comte de ,flora-,mella1 s'levaient ensemble1 dans son palais1 et ce pre infortun semblait recueillir au moins dans les qualits de ces deux beaux enfans1 le ddommagement des chagrins occasionns par la mort de la mre de la jeune fille1 et par l'affreuse conduite de celle du jeune homme4 ,rien n'avait t nglig pour l'ducation de ces lves chris2 on n'pargnait aucun des soins qui devaient runir tous les dons qu'ils avaient l'un et l'autre reus de la nature1 ceux des talens les plus agrables4 ,dom ,juan venait d'atteindre sa vingtime anne quand ,lontine sa sur1 en prenait vingt-deux2 et si la fiert1 la noblesse et les agrmens d'un sexe se montraient profusion dans ,dom ,juan1 ,lontine plus belle que l'astre du jour1 et plus frache que la fleur que ses rayons font clore1 runissait de son ct tout ce qui peut rendre une femme digne de l'admiration gnrale4 ,elle avait la peau la plus belle 4 4 4 les traits les plus fins et les plus dlicats1 4 4 4 les yeux les plus vifs et les plus anims1 4 4 4 de ses cheveux dgags des liens de fleurs qui lui formaient un diadme1 elle pouvait ceindre deux fois la taille enchanteresse qu'elle avait emprunt des graces4 ,mais si la nature s'tait puise pour embellir ces deux jeunes personnes1 si elle les avait galis par les charmes de la figure1 quelle diffrence extrme n'avait-elle pas mis dans leur caractre6 ,autant ,dom ,juan avait de violence et d'imptuosit1 autant ,lontine avait de douceur et de retenue2 l'un ne connaissait que ses passions et n'coutait que leur organe1 l'autre n'avait pour guide1 que sa raison et ses devoirs4 ,les attraits de ,lontine n'avaient point chapps ,dom ,juan1 il sentait bien tous les obstacles qui s'opposaient ses vues1 mais la nature plus forte que les conventions sociales1 cette nature vigoureuse et mle1 qui les brise souvent au lieu de les servir1 levait mille mouvemens tumultueux dans son cur qui lui semblaient impossibles vaincre1 et ne plaait que trop follement l'espoir ct de l'amour2 l'honnte libert dont il jouissait auprs de sa sur1 lui donnait souvent occasion de s'expliquer avec elle2 long-temps il avait dguis son trouble1 captiv long-temps sous un joug cruel1 il avait mieux aim se faire violence que de montrer les sentimens coupables dont il osait brler2 mais tant de contrainte devenait difficile un tel caractre2 ce n'est pas avec l'ame fougueuse de ,dom ,juan1 qu'on aime ainsi sans l'avouer4 ,de son ct peut-tre1 ,lontine n'avait-elle pas remarque sans motion1 toutes les graces d'un jeune homme charmant1 qu'il lui tait permis d'aimer comme frre2 mais son excessive modestie ne tolrant aucun cart1 ses sentimens eussent-ils mme t plus vifs que ne le souffraient ses nuds1 elle se ft bien garde de ne pas leur imposer un frein2 la nature ne perd pas plus ses droits dans une ame comme celle de ,lontine1 que dans un cur comme celui de ,dom ,juan1 mais la vertu1 plus coute dans l'une1 sait restreindre au moins ce qui peut balancer son empire1 on cache sa douleur et l'on souffre en silence4 gars tous les deux un jour dans ces vallons fleuris et frais qu'arrose le ,tage auprs de ,tolde1 loin des yeux toujours incommodes des gouverneurs et des dugnes1 ,dom ,juan ne se contenant plus1 osa se jeter aux pieds de sa sur4 -- vous que j'idoltre s'cria-t-il en imprimant ses lvres brlantes sur une des mains de cette belle fille4 4 4 4 ,vous que je crois pouvoir aimer sans forfait4 4 4 4 ,lontine6 il est donc vrai que je vais vous perdre1 ces heureux jours de notre enfance vont tre oublis pour jamais1 et les souvenirs dchirans que j'en conserverai1 ne serviront qu'au tourment de ma vie4 4 4 4 ,oui1 ,lontine on vous enlve mon amour1 cet amour furieux et infortun que je n'avais os vous peindre2 peine clate-t-il1 qu'il faut en touffer la flamme1 il faut briser le cur qui l'a nourrit au mme instant qu'elle s'en lance4 4 4 4 ,je vous perds ,lontine1 apprenez cette nouvelle affreuse de celui qu'elle plonge au dsespoir1 le comte vous destine dom ,digue1 avant un mois vous serez l'pouse de ce rival indigne de vous appartenir4 4 4 4 ,et moi confus1 dsespr 4 4 4 mourant1 j'irai traner votre image au bout de la terre1 ou l'immoler dans le temple mme o la plaa la main de l'amour4 ,oh ciel6 dit ,lontine1 qu'avez-vous prononc ,dom ,juan8 4 4 4 ,que venez-vous d'apprendre la fois votre malheureuse sur8 ,quel amour venez-vous de lui dcouvrir1 et quelle infortune lui prsagez- vous8 --,ah6 puissiez-vous tre aussi peu surprise de l'un1 que vous devez tre effraye de l'autre2 je vous ai dit vrai ,lontine1 je vous aime1 4 4 4 que dis-je8 tous les mots sont trop faibles1 il n'en est point qui peignent ma passion4 4 4 4 ,je vous adore et je vais vous perdre2 fille cruelle auriez- vous donc cru que je pusse tre insensible tant d'attraits1 tait-il possible de les voir sans leur rendre hommage8 ,lontine peut-elle exister sans tre idoltre de ce qui l'environne8 semblable au dieu de l'univers1 animant tout ce qui respire ses pieds1 ne doit-elle pas comme ce dieu1 s'attendre au culte universel8 --,mais songez-vous aux nuds8 --,il n'en est point que mon amour n'absorbe1 il n'en est point qu'il ne combatte1 quand ils doivent anantir les siens2 ah croyez-vous qu'un cur tel que celui de ,dom ,juan1 puisse tre retenu par les frivoles conventions qui nous lient4 4 4 4 combien je les mprise ces conventions arbitraires1 qui sparent aussi cruellement ce qu'a runi la nature1 je n'coute vos pieds que sa voix1 elle me dit de vous adorer1 j'y cde1 et ne veux vivre que pour vous1 ou mourir perc de vos traits4 --,oh6 ,dom ,juan qu'osez-vous dire8 --,ce que j'eprouve et ce que vous m'inspirez1 j'ose vous parler de mon amour1 j'ose vous jurer de n'couter que lui1 j'ose prendre le ciel tmoin que je n'aurai jamais d'autre femme que vous4 ,un baiser que ,dom ,juan cueillit sur les lvres de rose du tendre objet de son ardeur1 devint le sceau de ses sermens1 ,lontine tremblante rougit sans le refuser4 ,on s'approcha1 et nos deux jeunes gens bientt entours de leur suite1 furent obligs de feindre1 et de reprendre la route de ,tolde4 ,la funeste nouvelle que ,dom ,juan venait d'apprendre sa sur1 ne se vrifia que trop1 ds le lendemain le comte de ,flora-,mella dclara sa fille le mariage qu'il projettait1 et peu de jours aprs1 il lui prsenta ,dom ,digue4 ,pour tout autre1 mme que pour une fille prvenue1 ,dom ,digue et t un objet d'horreur1 unissant au caractre le plus dsagrable1 tous les dfauts de la nature1 on n'imaginait pas comment le comte osait proposer de tels nuds2 des circonstances de fortune les lgitimaient sans doute1 mais combien ces motifs sont faibles sur une ame dlicate et sensible1 qui1 sacrifiant tout la douceur des liens1 n'imagine pas qu'elle puisse exister dans ceux qui ne sont pas l'ouvrage de l'amour4 ,lontine osa tmoigner son pre le peu de dispositions qu'elle ressentait pour cet hymen1 et le comte1 qui aimait sa fille1 dsespr de lui offrir un sort qui lui dplut ne pouvant d'autre part renoncer ses engagemens1 fit usage des sollicitations2 il connaissait au mieux celle qu'il avait sduire1 aussi certain de la rvolter par de la rigueur1 que de l'attendrir par des caresses1 son loquence fut celle de l'amiti1 elle persuada2 une ame honnte ne rsiste jamais aux attaques que le sentiment dirige1 la fausset1 le mystre1 la violence1 toutes ces armes odieuses que l'imbcillit dicte la tyrannie paternelle1 soustrayent leur joug de fer les curs que l'on y veut soumettre2 emploie-t-on la douceur et la confiance1 tout s'obtient1 et en arrivant au but dsir1 on n'a pas du moins redouter les remords que les procds contraires occasionnent4 ,lontine promit4 ,parfaitement dtermine au sacrifice1 elle protesta de s'y soumettre4 ,cette vertueuse fille1 oubliant l'amour d'un frre qu'elle ne pouvait regarder que comme un crime1 perdit galement de vue toutes les rpugnances que lui inspirait dom ,digue1 et prfra les maux qui la menaaient sous les nuds proposs1 au chagrin trop violent pour elle1 d'affliger un instant celui dont elle tenait le jour4 ,dom ,juan trop inquiet1 trop violent et trop amoureux -la-fois1 pour abandonner un seul jour ce qui tenait aux intrts de sa passion1 ne fut pas long-tems savoir ce qui venait de se faire4 ,toutes les expressions d'une telle ame devant tre ou violentes1 ou dures1 il accabla sa malheureuse sur des reproches les plus amers2 il la reprimanda de sa faiblesse dans les termes les moins mnags2 il osa s'oublier enfin jusqu' lui dire1 avec orgueil1 qu'aprs les sentimens qu'il lui avait dclars1 il n'imaginait pas qu'elle et d le trahir ce point4 --,vous trahir1 rpondit ,lontine avec candeur1 4 4 4 que vous ai-je promis8 4 4 4 qu'ai-je donc pu vous promettre1 et comment puis-je mriter de vous une accusation si dplace8 4 4 4 ,oublierez-vous toujours les nuds qui nous captivent8 ,voulez-vous me forcer les dtester1 quand je ne voudrais que les chrir8 4 4 4 --,abhorrez-les1 ces nuds fatals2 4 4 4 abhorrez-les1 ,lontine1 ils ne seront jamais aussi funestes vos regards qu'ils le sont aux miens4 ,et comment ne dtesterais-je pas ce qui favorise aussi-bien l'loignement que vous avez pour moi8 --,mais vous devez au moins les respecter4 --,ah6 n'imaginez jamais que de tels liens ayent aucune force dans le cur qui vous aime1 en devraient-ils avoir dans le vtre1 s'il tait mu de mes tourmens8 --,ne m'y croyez pas insensible1 je les plains1 sans doute2 c'est tout ce que je puis2--mais qui vous garantit la vrit de ces liens8 ,nous ne sommes pas du mme lit1 et vous avez connu la conduite de ma mre8 --,est-il possible que votre amour vous aveugle1 au point de prfrer la honte et le deshonneur1 la certitude de ne voir jamais couronne une passion criminelle qui vous entrane votre perte4 --,le deshonneur1 4 4 4 la honte1 4 4 4 et que m'importe toutes ces chimres6 que m'importe le sang qui coule dans mes veines1 sitt qu'on lui dfend de s'enflammer pour vous4 4 4 4 ,je ne connais que vous dans l'univers2 je n'y respecte et n'y chris que vous1 et je vais l'instant percer le cur du tratre qui vous enlve moi1 si vous ne me promettez de rompre la fatale promesse qu'on ose vous arracher4 --,voulez-vous me rendre entirement malheureuse8 ,voulez-vous m'enlever l'innocent plaisir que je gote vous aimer comme un frre8 ,voulez-vous donc mettre entre nous d'ternelles barrires8 --,je veux mourir ou vous possder1 vous enlever et fuir4 4 4 4 ,sacrifier ma vengeance tout ce qui s'oppose mon amour2--cruel6 4 4 4 --vous ne le connaissez pas1 ,lontine1 ce cur ardent que vous stes embraser2 tous les sentimens sont des passions chez lui2 il ne peut les vaincre qu'en cessant d'exister2 et si les plus lgres l'agitent ce point1 o le portera donc celle qu'ont allum vos yeux8 ,fuyons nos tyrans1 ,lontine1 allons vivre jamais au bout de l'univers4 4 4 4 ,mais que dis-je1 hlas6 qu'ose-je dire8 ,il faudrait tre aim pour obtenir ce que j'exige1 et votre ame indiffrente et froide ne connat pas mme l'ardeur qui me dvore4 4 4 4 ,allez1 perfide1 4 4 4 allez lchement languir sous les fers odieux qui vous sont prpars4 4 4 4 ,sacrifiez l'amant qui vous idoltre1 aux vils intrts d'un pre qui ne consulte que son avarice --,homme injuste6 le pre tendre que vous outragez ne mrite pas vos reproches4 4 4 4 ,j'en suis encore moins digne en lui obissant1 puisque votre lvation et votre fortune sont le prix certain de ces nuds auxquels je vais m'asservir4 ,ne m'accablez donc pas quand j'ai des droits si srs votre reconnaissance4 --,funeste faon d'y prtendre2 puissiez-vous plutt me har que de m'aimer ainsi6 4 4 4 ,eh6 que m'importe cette fortune8 4 4 4 que me font ces honneurs1 achets aux dpens de ce que j'ai de plus cher au monde8 ,dussai je tre le plus malheureux des hommes1 je m'en croirais toujours le plus fortun1 si j'tais aim de ,lontine2 il n'est de bien pour moi que son amour2 il n'est de bonheur que sa main1 voil les seules prosprits o j'aspire1 les seules que je sois envieux de possder1 dt-il m'en coter mille vies4 ,lontine avait eu beau faire2 mue de tant d'ardeur1 quelques regards lui taient chapps3 c'en tait trop pour dom ,juan2 il n'eut pas plutt cess de croire qu'il tait indiffrent1 qu'il lui parut possible d'tre bientt aim2 il crut que les rsistances de ,lontine taient plutt les effets de sa vertu1 que les sentimens de son cur4 ,il imagina tout pour l'arracher aux nuds qu'on lui destinait2 dguisant ses desseins rels1 sous l'apparence de moyens honntes et doux2 il proposa d'abord ,lontine de permettre qu'il s'employt au moins prs du comte1 pour retarder la clbration de l'hymen qu'il redoutait autant4 4 4 4 ,on y consentit2 il osa demander l'aveu d'un peu de retour4 4 4 4 ,on ne lui montra ni loignement1 ni courroux2 4 4 4 mais hazardait-il davantage1 on cessait de l'couter aussitt2 et plusieurs mois se passrent ainsi1 sans que cet amant imptueux pt obtenir autre chose que quelques retards et de la piti4 ,il agissait toujours pendant ce tems-l2 et le rle qu'il jouait vis--vis du comte de ,flora-,mella1 tait bien diffrent1 quoiqu'inspir par les mmes principes1 ayant su1 malgr la fougue de son caractre1 se contraindre assez pour s'abaisser la souplesse1 il persuadait au comte1 que les dlais que demandait ,lontine1 n'avait qu'une forte prvention pour cause2 4 4 4 qu'il lui souponnait le cur pris2 que lui seul tait en tat de dmler ce fatal secret2 qu'il en avait dj fait quelques ouvertures1 mais que n'ayant rien pu connatre encore1 il n'avait gagn cela que de se rendre suspect lui- mme4 --,il ajouta ensuite qu'il tait essentiel que le comte l'aidt dans l'entreprise qu'il avait form de sonder les replis de l'ame de sa sur2 il ne pouvait1 disait-il1 agir commodment au milieu de la foule de domestique qui les entourait sans cesse1 il tait essentiel d'abord de les carter3 combien ne lui fallait-il pas d'aisances1 puisqu'avant de parler en faveur de dom ,digue1 il avait mme vaincre l'loignement que ,lontine commenait ressentir pour lui1 depuis qu'elle s'appercevait de ses efforts la pntrer4 ,le comte1 pleinement la dupe des dtours de son fils1 bien loign de souponner les motifs personnels qui le font agir1 le sert de tout son pouvoir4 ,lontine est moins observe1 les surveillans disparaissent quand elle se trouve avec dom ,juan1 et le comte l'engage lui-mme couter les avis d'un frre qui ne veut que la flicit de sa sur4 ,lontine ne fut pas long-tems dmler les ruses de l'amour2 mais trop prudente pour les rvler1 elle ne s'occupa qu' tcher de n'en pas tre la victime4 ,de son ct dom ,juan tait bien loin1 comme on le croit1 d'employer pour les intrts de dom ,diegue1 les doux momens qu'on lui laissait4 ,peindre son amour en traits de flamme1 proposer mille moyens diffrens de le faire triompher et de fuir1 voil comment s'employaient ces instants 4 4 4 ,si prcieux d'abord au cur de ,dom ,juan1 si cruels ensuite quand il voyait que l'inflexibilit de sa sur ne lui opposait que des refus4 ,une fois certain de cette insurmontable rsistance1 rien ne l'arrta2 il s'tait contenu1 tant qu'il avait eu de l'espoir1 peine le vit-il vanoui1 qu'il n'couta plus que ses premiers desseins2 et pleinement rsolu la force1 puisqu'il ne pouvait russir d'une autre manire1 il se prpara faire usage de la libert qu'il avait1 pour diriger les pas de cette malheureuse sur1 vers l'endroit o des gens srs seraient posts pour l'enlever4 ,toutes les batteries furent donc dresses d'aprs ce projet2 il envoya avant- hier une chaise de poste lestement attele1 l'attendre sur la route qui mne en ,portugal1 o il avait dessein de se rfugier2 et cette voiture escorte de quelques valets fidles1 avait pour rendez-vous1 les environs de la tour enchante4 ,le jour venu1 sous le prtexte d'une promenade1 dom ,juan engage ,lontine venir voir avec lui les intressans dbris de cette antiquit4 ,une fois l1 l'imptueux ,dom ,juan1 hors de lui1-- ,lontine1 s'crie-t-il1 tout nous attend2 4 4 4 tout nous attend2 4 4 4 nous ne reverrons plus ,tolde2 il faut s'arracher enfin aux apprts d'un funeste hymen1 qu'il n'est plus possible de retarder4 --,qu'osez-vous proposer8 --notre commun bonheur4 --,juste ciel6 aux dpens de celui de mon pre2 4 4 4 aux dpens de sa mort certaine1 quand il apprendra notre perte4 ,songez tous les malheurs qui l'accablent4 4 4 4 ,songez qu'il n'y a que nous dans le monde dont les soins puissent le consoler2 4 4 4 c'est de nous1 4 4 4 c'est de nous seuls1 hlas6 qu'il attend quelques fleurs sur l'hiver de ses ans2 dtruirons-nous cet espoir lgitime6 et les mains qui doivent essuyer ses pleurs1 le prcipiteront-elles au tombeau8 -- ,lontine1 je n'coute plus que mon amour2 devoir1 respect1 honneur1 religion1 vertu1 tout est effac de mon cur2 je ne connais plus que ma flamme2 je ne suis plus conduit que par elle1 il faut me suivre3 4 4 4 on nous attend4 4 4 4 ,j'emploie depuis six mois1 en vain1 tout ce qui peut dtruire vos scrupules4 quoi m'a servi tant de zle8 ,qu'ai-je retir de tant d'amour8 ,je n'ai russi qu' me convaincre de votre indiffrence4 4 4 4 ,il faut que je la surmonte ou que je meure --,cruel1 ayez piti de moi6 ayez piti de mon pre et de vous2 ne nous engloutissez pas tous les trois dans un abyme de malheur1 dont aucune flicit humaine ne saurait nous retirer2 rien n'gale aujourd'hui la prosprit de notre maison dans ,tolede3 vanouie demain par nos dmarches1 vous la plongez jamais dans le deuil et dans la douleur4 ,est-ce donc ainsi que vous voulez me prouver votre amour8 ,ah6 s'il tait aussi dlicat que vous cherchez me le persuader1 mon honneur ne vous toucherait-il pas davantage8 ,consentiriez-vous le fltrir pour un instant de volupt honteuse et criminelle1 qui va nous couvrir jamais et de malheurs et de remords6 ,je ne vous ai pas conduite ici1 rpondit le furieux dom ,juan1 pour couter les sophismes de la prvention ou de la haine1 et pour chercher y rpondre4 ,je suis malheureusement trop convaincu du peu d'empire de mon esprit sur le votre1 pour employer encore des armes1 4 4 4 trop long-tems mousses par vos rigueurs2 4 4 4 mon amour est au dsespoir2 je ne me rends plus qu' lui seul2 4 4 4 et la saisissant alors dans ses bras1 4 4 4 --il faut me suivre1 ,lontine2 4 4 4 n'essayez pas de vous soustraire2 4 4 4 n'entreprenez pas de vous dfendre1 4 4 4 mon garement serait affreux2 4 4 4 j'irai jusqu' vous mconnatre1 4 4 4 jusqu' me venger de vos ddains3 4 4 4 vous n'ignorez-pas l'imptuosit de ce cur de feu1 que rien ne matrisa jamais 4 4 4 ,ne l'irrites point1 ,lontine1 ou ce moment1 peut-tre1 coterait tous deux la vie4 --,eh bien1 perce-le ce cur qui ne veut pas se souiller d'un crime2 entr'ouvre-le1 te dis-je1 je ne m'oppose point tes coups 4 4 4 ,vas1 j'aime mieux cent fois la mort que les affreux tourmens qui dchirent mes jours3 4 4 4 et des larmes s'chappant de ses yeux2 4 4 4 --si je les regrettais ces jours que veut m'enlever ta fureur1 si je les regrettais1 dom ,juan6 c'tait cause de mon pre4 4 4 4 ,je voulais les lui consacrer2 je voulais faire son bonheur2 4 4 4 je voulais prolonger sa vie4 4 4 4 ,barbare6 4 4 4 je voulais peut-tre t'aimer1 et tu ne le veux pas1 4 4 4 ,ne balance plus1 dom ,juan1 ensanglante ce cur que tu fais palpiter4 4 4 4 ,je suis indigne du jour1 aprs ce que j'ai dit4 4 4 4 ,immole-moi1 j'y consens2 mais ne te flattes jamais de me faire partager tes torts2--tu les partageras1 ou ta vie m'en rpond4 --,o1 ,dieu6 4 4 4 ta cruaut m'outrage1 ton ame atroce est indigne de moi2 tu ne mritais pas l'aveu que je t'ai fait2 4 4 4 et s'chappant des bras de ,dom ,juan1 4 4 4fuis1 tratre1 loigne-toi pour toujours de celle qui ne peut plus que te har4 --,je cacherai tes imprudens projets1 et n'aurai pas me reprocher1 du moins1 d'en avoir t la complice4 ,en prononant ces mots elle veut s'lancer au-del des ruines qui captivent ses pas2 4 4 4 mais le froce dom ,juan1 aveugl par toutes les passions imptueuses qui bouleversent son ame1 4 4 4 l'atteint1 le poignard la main1 se jette impitoyablement sur elle1 et la renverse morte ses pieds4 ,juste ciel6 s'crie-t-il aussi-tt1 en contemplant sa malheureuse victime4 4 4 4 ,est-ce moi qui ai pu trancher les jours de celle qui j'aurais sacrifi les miens6 4 4 4 et mon bras se refuse venger mon amante6 4 4 4 ,uniquement arm pour la sclratesse1 il tremble punir l'assassin4 4 4 4 ,fuyons4 4 4 4 ,mais il l'essaye en vain1 retenu par un pouvoir invincible1 dont il a avou n'avoir pu concevoir l'nergie4 4 4 4 ,n'agissant plus qu'en insens1 4 4 4 il se jette comme un furieux sur les restes sanglans de celle qu'il idoltre2 il la couvre de ses baisers ardens3 4 4 4 il adresse encore cette divinit de son cur1 les expressions de son froce amour3 il veut la ranimer par ses soupirs1 4 4 4 la rchauffer de ses larmes amres3 4 4 4 et l1 seul1 4 4 4 gar par son dsespoir1 4 4 4 dans le silence et l'obscurit de ces rochers et de ces ruines 4 4 4 ,perdu d'amour et de douleur1 4 4 4 le malheureux ose consommer son crime1 4 4 4 il ose ravir l'honneur celle dont il vient d'arracher la vie4 ,bientt le calme de ses sens lui laisse entrevoir la double horreur dont il vient ,illustration3 ,est-ce moi qui ai pu trancher les jours de celle qui j'aurais sacrifi les miens6 de se souiller1 il n'a ni la force de soutenir le poids de son forfait1 ni celle d'en punir l'auteur2 il veut que la vengeance de ce crime excrable soit rserve ceux qui elle appartient4 ,il tait matre de fuir ses gens1 et ses chevaux l'attendaient prs de-l2 il ne le fait point4 ,glac d'effroi1 immobile en face de ce corps inanim1 4 4 4 il le regarde en frmissant2 un instant il croit se tromper2 il croit voir dans ses bras celle qu'il aime1 et qu'il appelle encore4 ,revenu de cette affreuse erreur1 son dsespoir le reprcipite une seconde fois sur ce cadavre informe3 4 4 4 ,lontine6 tu seras venge1 s'crie-t-il1 tu seras venge1 ,lontine1 et les flots de mon coupable sang vont payer1 s'il se peut1 celui que ma fureur osa rpandre ici4 4 4 4 ,il accourt ,tolede et vient se remettre lui-mme entre les mains de la justice4 ,le corregidor effray a voulu le rendre son pre3 4 4 4 il l'a fait2 4 4 4 mais quelle nouvelle scne64 4 4 quel nouveau sujet de remords se prparait pour dom ,juan6 on venait d'instruire le comte de ,flora-,mella de la mort de sa perfide pouse4 4 4 4 ,et quelle catastrophe accompagnait cet vnement4 4 4 4 -- mon fils1 a dit dom ,juan1 le duc de ,medina-,sidonia1 pour lors tte-- tte1 avec le comte4 4 4 4 mon cher fils1 qu'avez-vous fait8 4 4 4 ,faut-il que vous me soyez enlev au mme instant o je vous retrouve4 4 4 4 ,faut-il que vous fuyiez le bonheur1 quand il vient embellir vos jours6 4 4 4 ,faut-il enfin que vous acumuliez sur ma tte et le remords et le deshonneur6 4 4 4 dom ,juan1 c'est de moi que vous tenez la vie1 vous n'tes point le fils du comte de ,flora-,mella2 j'apporte ici la preuve incontestable que vous n'appartenez qu' moi2 lisez les dernires volonts de votre malheureuse mre1 et frmissez de l'abyme o vous venez de vous engloutir l'instant o vos malheurs cessaient4 ,dom ,juan1 perdu1 se saisit du papier2 4 4 4 sa main tremble1 ses larmes coulent1 4 4 4 ses yeux distinguent peine les traits qu'on lui prsente2 il y lit la fin les mots suivans de la comtesse sa mre4 ,il ne me reste que le tems d'avouer mon crime et de le rparer2 dom ,juan n'appartient point au comte de ,flora-,mella2 il est le fils du duc de ,medina- ,sidonia4 ,j'exige en expirant que le duc aille rparer sa faute aux genoux mmes de mon mari2 qu'il implore de lui son pardon2 4 4 4 qu'il rclame son fils1 qu'il le reconnaisse comme fruit de l'hymen dont il perdit autrefois la compagne1 et qu'il dclare ce fils1 en cette qualit1 son hritier universel4 ,je ne publie rien1 en exigeant ceci2 ma malheureuse conduite avec le duc a t trop connue1 pour que ces dispositions puissent apprendre ce qu'on ignorait2 je rpare et ne divulgue point4 ,j'enlve un poids affreux de ma conscience2 elle n'tait vraiment bourrele que de l'horreur de sentir mon poux embrasser un fils qui ne lui appartenait pas4 4 4 4 femmes imprudentes1 vous qui pourriez imiter mes carts1 songez qu'il n'est point d'ame honnte qui tienne ce tourment4 4 4 4 ,que l'effroi d'en tre dchire1 vous retienne donc au bord du prcipice4 4 4 4 ,aux volonts prcdentes1 je joins quelques dsirs2 il dpend de mon mari de me les accorder4 ,instruite des sentimens secrets de ,lontine et de ,dom ,juan1 je supplie le comte de ,flora-mella de consentir l'union de ces deux jeunes personnes1 dont mes aveux dtruisent les liens qui s'opposaient leurs dsirs4 4 4 4 ,j'ose croire que la fille de mon poux pourrait difficilement prtendre un hymen plus avantageux4 ,cette alliance1 en runissant deux anciens rivaux1 en les faisant redevenir amis1 apaise un peu mes regrets1 et me fait mourir plus tranquille4 ciel6 dit dom ,juan1 en terminant cette terrible lecture4 4 4 4 je pouvais donc devenir heureux --tu l'tais1 s'cria le comte1 ma parole tait donne1 mon consentement sign2 4 4 4 le voil4 ,monsieur1 a dit alors dom ,juan avec la plus grande fermet au corregidor1 vous voyez de combien de crimes je me suis -la-fois souill2 j'ai massacr ma matresse1 4 4 4 la respectable fille de celui qui a pris soin de mes jeunes ans4 4 4 4 ,vous voyez que je porte egalement le poignard dans le sein d'un pre 4 4 4 1 qui ne me revoit que pour me pleurer4 4 4 4 ,conduisez-moi la mort1 monsieur2 4 4 4 je veux qu'elle me soit donne publiquement3 4 4 4 ,je veux recevoir celle que je mrite2 vous comte1 dsavouez-moi pour votre fils1 cet crit vous y autorise1 4 4 4 et vous1 mon pre1 ne m'avouez jamais pour le vtre2 ma mort ainsi ne deshonorera personne4 ,on a voulu calmer ce dsespoir2 on a voulu sauver cet illustre coupable4 4 4 4 ,tous les moyens ont t employs sans qu'aucun ait pu russir4 4 4 4 ,mon crime est trop affreux1 a rpondu dom ,juan2 il n'y a que ma tte seule qui puisse le payer4 --,et saisissant la main du corregidor1 sortons1 sortons1 monsieur1 lui a-t-il dit fermement1 ou je vais me dclarer d'autres juges1 si votre piti l'emporte sur votre devoir2 et comme en prononant ces paroles il se jettait dans la rue1 avec la ferme rsolution d'aller monter lui-mme sur l'chafaud1 o le plaait son crime2 le magistrat n'a plus os rsister4 ,dom ,juan a t dpos le mme soir dans les prisons de la justice1 ayant tout dclar1 sans qu'on lui ft aucune question1 le malheureux a promptement pay de sa vie l'effroyable forfait o l'avait entran l'garement de sa raison1 et l'imptuosit de son caractre4 ,cependant toute la ville le pleure1 mais les regrets les plus douloureux se tournent vers les deux infortuns pres2 chacun leur porte des tributs de larmes et de douleurs1 qui n'effaceront jamais de leur ame1 les pertes affreuses qu'ils viennent de faire4 ,voil une histoire bien cruelle a dit ici madame de ,blamont1 fatale suite du dsordre des femmes1 quel malheur affreux leur inconduite peut exposer une famille1 je ne m'tonne plus si les loix ont punies leurs fautes plus svrement que celles des hommes4 ,et moi je m'en tonnerai toujours1 a rpondu madame de ,senneval4 4 4 4 ,ce sont eux qui sont nos sducteurs 4 4 4 ,eux qui abusent de notre faiblesse et de leur supriorit1 ils sont la premire cause de nos torts2 eux seuls en mriteraient donc la punition4 --,tout cela exigerait d'tre discut loisir1 a dit le comte de ,beaul1 il y a un peu de la faute des deux partis1 et beaucoup de raison de part et d'autres1 ce ne sont ni les hommes qui attaquent1 ni les femmes qui cdent qui ont tort4 ,la premire origine du mal1 est dans la disproportion des mariages et dans l'impossibilit du divorce1 qu'un jeune homme pouse la femme qu'il aime1 et que quand tous deux sont las l'un de l'autre1 ils puissent changer l'amiable1 et vous ne verrez plus d'adultre4 ,c'est une vrit que ,sainville vous a fait voir dans sa constitution de ,tamo1 n'y revenons plus maintenant1 je suis trop curieux je vous l'avoue1 de savoir comment notre belle aventurire va trouver le secret d'chapper aux dangers qui me paraissent la menacer ,tolde1 et si notre chre ,clmentine trouvera tous les plaisirs dont elle se flatte1 dans le faux pas qu'elle mdite 4 4 4 ,et ,lonore ayant vu qu'on lui prtait cette attention curieuse qui dsire d'tre satisfaite1 reprit ainsi le fil de ses aventures4 ,footnote #a4 ,cette nouvelle1 purement d'invention1 n'est ni traduite1 ni emprunte de nulle part2 on est presqu'oblig d'avertir de ces choses1 dans un sicle de pillage littraire1 tel que celui-ci4 ,suite de l',histoire de ,lonore4 99999999,dona ,laurentia n'eut pas plutt fini son rcit1 que ,brigandos entra2 il s'informa comment nous tions1 nous recommanda la matrone1 et lui laissa les fonds ncessaires pour deux habillemens complets avec tous les ajustements plumes et parures la mode2 l'un pour ,clmentine1 l'autre pour moi4 ,ensuite il ordonna ,clmentine de se transporter le lendemain1 chez un vieux courtisan retir ,tolde1 curieux de connatre le temps qu'il avait vivre4 ,ignorant que ma compagne eut renonc ses projets de sagesse1 il l'assura qu'elle pouvait aller sans courir aucun risque1 chez l'homme qu'il lui indiquait4 ,c'est un vieux dvot plein de superstitions1 lui dit-il1 et qui croirait que l'enfer va le saisir tout vivant1 s'il s'avisait de penser ce qui l'chauffait autrefois2 tels sont les funestes effets de la dvotion1 continua notre chef1 elle remplit l'homme de trouble et de frayeur1 mesure qu'il avance son terme1 elle aigrit son caractre1 elle change son humeur1 elle le rend sombre1 inquiet1 soucieux1 tracassier1 rigoriste1 cruel1 elle l'empche de jouir du prsent1 elle lui donne des remords du pass1 et n'est bonne rien pour l'avenir2 je me serais peut-tre fait dvot comme un autre1 si j'eusse cru que cela pu tre bon quelque chose1 mais on n'y prend pas une qualit de plus1 et on a beaucoup de plaisirs de moins4 4 4 4 ,est-ce bien la peine de croire des chimres1 pour ne pas gagner davantage8 4 4 4 ,doucement dis-je notre philosophe1 vous peignez l le superstitieux2 mais l'homme vraiment attach sa religion qui la suit et la croit dans la simplicit de son cur1 qui adopte la vertu1 parce que la religion la rcompense et l'inspire1 qui dteste le vice parce qu'elle le condamne et le punit1 qui perptuellement enflam de l'tre suprme1 consol des maux de la vie1 par l'espoir de revoler bientt dans le sein de celui qui l'a cre1 vit en craignant de lui dplaire1 meurt en tchant de l'imiter2 un tel homme sans doute ne vous parat pas un modle indigne suivre8 ,assurment1 reprit notre chef1 je ne mprise pas le phantme qu'il vous plait d'riger l1 et auquel vous ne croyez pas plus que moi1 mais s'il existe je le plains2 il a travaill toute sa vie pour des illusions qui ne le ddommageront pas des sacrifices qu'il a pu leur faire1 il n'a d'ailleurs t vertueux que par crainte1 ce mrite est bien peu de chose1 plus difficile que vous ne pensez ,lonore2 je veux qu'on fasse le bien pour lui seul2 je veux qu'on ne soit anim en le faisant que de la seule ide du bonheur des autres1 et si l'enfer ou le paradis entre pour quelque chose dans les motifs qui font agir1 je me dis1 voil un imbcile1 mais coup sr ce n'est pas un honnte homme4 ,trop de l'avis de notre chef pour le combattre davantage1 je laissai tomber la discussion et ,clmentine qui n'avait reu qu'en secret d'une femme de la troupe1 l'adresse du gentilhomme dont elle attendait tant de plaisir1 ne voulant pas se dmasquer encore1 accepta l'ordre2 notre capitaine s'adressant alors moi1 pour vous ,lonore dit-il1 vous vous transporterez chez ,dom ,flascos de ,benda-,molla1 doyen des chanoines de ,tolde2 vous y remplirez les mmes fonctions que votre amie chez le vieux seigneur1 et vous y trouverez j'espre -peu prs les mmes srets2 vous examinerez ses yeux1 ses mains1 vous lui promettrez vingt ans1 quoiqu'il soit condamn par tous les gens de l'art2 vous lui vendrez fort cher le philtre que voil et que j'intitule ,beaume de vie1 lequel pour tant n'abrgera ni ne prolongera la sienne d'une heure4 --,cel fait1 vous recevrez de moi de nouveaux documens4 ,les robes furent apportes ds le lendemain1 nous y ajoutmes tout ce que l'art de la toilette put nous inspirer de plus coquet1 et chacune de nous partit pour sa destination4 ,le portrait que ,brigandos m'avait fait du doyen1 le dlabrement de sa sant1 le philtre qui lui devenait ncessaire1 4 4 4 la tranquillit dont je devais jouir1 tout cela contraignait mon imagination se reprsenter un septuagnaire2 ,dom ,flascos n'avait nanmoins que cinquante ans2 sa taille fluette1 le rouge de ses joues1 annonaient cependant qu'il tait menac de la poitrine1 mais quoique avec un peu de nonchalance dans toute sa tournure1 ses yeux respiraient la volupt1 une trs-jolie gouvernante lui faisait mousser du chocolat quand j'arrivai1 et se retira par son ordre ds qu'il m'eut un instant fix4 ,le doyen me fit asseoir prs de lui1 me demanda mon ge1 me dit de deviner le sien1 que je diminuai de dix ans1 puis1 prsenta son front1 me livra sa main pour m'aider trouver les augures dont je lui vantais la sret2 aid par les avis secrets que j'avais reus de ,brigandos1 je dis cet homme tout ce qu'il avait fait depuis vingt ans1 je lui en assurai encore trente de vie1 et lui rvlai quelques dtails de famille dont il lui paraissait impossible que je pus tre instruite2 tonn de ma science1 il crut aveuglment tout ce que je lui disais4 ,je lui fis quelques questions captieuses dont les rponses m'clairant sur une infinit de choses1 facilitrent tonnamment mes prdictions1 et le laissai si content de moi la fin de notre entretien1 si convaincu de la vrit de ce que je lui annonais1 qu'il me donna vingt pistoles en m'embrassant de tout son cur #a4 ,mais la joie que je venais de verser dans son ame1 enflammant sans doute son sang et d'amour et d'incontinence1 il fut curieux de voir si je faisais jouir aussi bien du prsent que je savais annoncer l'avenir1 il dbuta d'abord par de lgres caresses2 ses passions un peu rfroidies exigeaient quelqu'alentours pour se monter au degr de force dans lequel il paraissait avoir grande envie de se trouver2 il me dit en balbutiant que si je voulais me prter ce qu'il dsirait de moi1 il ajouterait six doublons aux vingt pistoles qu'il venait de me donner1 et sans trop attendre ma rponse1 une de ses mains s'gara sous les gazes qui voilait mon sein4 4 4 4 ,je me dfendis 4 4 4 ,ma rsistance produisit un miracle1 il en devint tellement glorieux1 il y avait si long-tems sans doute que la nature ne l'avait si bien servi1 qu'il osa me faire voir l'effet de mes charmes4 ,je me lve avec le dessein de fuir 4 4 4 il s'en apperoit1 il me suit1 et se jettant au travers de la porte o se dirigeait mes pas1 il m'assure que je ne sortirai point sans l'avoir satisfait4 ,ses yeux taient tincelans2 il bgayait -la-fois des mots d'amour et de libertinage1 perdant enfin toute retenue1 il me jura avec de bien gros mots pour un homme de dieu1 que quand il se trouvait dans l'tat o il tait alors1 ce qui la vrit lui arrivait bien rarement1 il devenait impossible qui que ce ft de lui rsister4 4 4 4 ,ah6 dis-je mon redoutable adversaire en jouant le plus grand effroi1 qu'aperois-je monsieur1 et l'cartant de la porte4 --,venez1 venez1 accourez au plus vte1 que j'examine sur votre front un signe qui m'tait chapp4 4 4 4 oh monsieur6 votre tat m'effraie4 --,qu'est-ce1 dit notre homme allarm1 en cessant de me barrer le chemin4 4 4 4 ,qu'observez-vous1 ma mie4 4 4 4 ,vous me faites une peur4 4 4 4 ,voil dj les choses dans leur tat naturel4 4 4 4 ,moi qui croyais aujourd'hui 4 4 4 ,moi qui me flattais 4 4 4 ,mais que voyez- vous donc enfin8 --,combien il y a t-il1 monsieur1 que vous n'avez eu de commerce avec une femme8 --,plus de six mois4 --,oh6 prenez garde vous4 4 4 4 je ne m'en tais point encore convaincue1 vous tes un homme mort1 monsieur1 mort vous dis-je1 si vous vous avisez d'en voir avant que le soleil ne soit entr dans le capricorne1 et en disant cel1 je m'lance sur la porte1 et me prcipite si lgrement hors de la maison1 que je suis dj dans la rue avant qu'il n'ait le temps de revenir de l'effroi dans lequel je viens de le plonger4 ,en rentrant je trouvai ,clmentine dans le plus grand accablement1 elle s'tait deshabille1 et son physique paraissait souffrir presqu'autant que son moral2 qu'as-tu dis-je ma compagne8 --,le chagrin de n'avoir pas cout tes conseils4 ,plus empresse de voler mes plaisirs qu'o m'appelait les intrts de notre chef1 je me suis rendue chez ce personnage dont on m'avait donn l'adresse4 4 4 4 ,il tait prvenu1 il m'attendait4 4 4 4 ,on m'avait parl d'un jeune homme1 celui qui fut prsent mes yeux1 avait environ cinquante ans1 fort laid1 l'esprit aussi mchant que l'ame corrompue2 ,lonore6 tu ne te peindras jamais le drglement des murs de ce libertin1 l'incroyable dsordre de ses propos et de ses fantaisies1 l'irrgularit de ses gots4 4 4 4 ,j'ai eu deux amans dans ma vie 4 4 4 mais aucun d'eux 4 4 4 oh6 non1 non1 quelque dprave que tu me supposes1 je rougirais trop de ces dtails4 4 4 4 ,contente-toi de savoir qu'il a voulu outrager mon sexe 4 4 4 ,que rsistant ses dsirs1 il a appel lui1 et m'a contraint par la violence1 en assouvir l'horreur1 4 4 4 et mon amie fondait en larmes en achevant cet odieux rcit4 ,je ne la consolai pas1 je crus que c'tait le moment de pntrer son ame1 plutt que de l'attendrir 4 4 4 l'instant de frapper les grands coups4 4 4 4 ,eh bien6 lui dis-je1 te voil punie de tes systmes1 les voil culbuts par l'exprience1 cette aventure vaut mieux pour toi1 que toutes les raisons dont j'aurais combattu tes sophismes2 ,clmentine6 as-tu pu croire que la volupt put natre1 o le sentiment devait tre inconnu4 4 4 4 ,que celui qui serait assez vil pour payer l'amour1 en ferait goter les plaisirs4 4 4 4 ,que cette leon te rende sage1 que les remords qui te dchirent1 garantissent du moins ton cur d'une corruption plus entire2 je t'avais entendu jadis1 excuser ces carts4 ,tous ces garemens tournent au profit de l'amour osais-tu dire1 ils sont tous enfans de la nature #b4 ,pardon 4 4 4 ,je t'y croyais familiarise4 4 4 4 ,ta douleur me prouve le contraire1 cesse donc de te livrer ainsi aux paradoxes d'une tte embrse1 et que la vaine gloire de montrer de l'esprit1 prconiser des erreurs1 ne te fasse pas au moins dfendre celles que tu n'as jamais partages4 4 4 4 ,et ,clmentine m'embrassait en pleurant4 ,je n'eus pas besoin de lui faire promettre d'tre sage1 elle en trouvait le serment dans son cur1 sans qu'il ft ncessaire de la rappeler l'utilit de cette conduite1 attendrie par ses regrets et par ses larmes1 je la calmai1 et lui fis du moins passer une nuit tranquille4 ,le lendemain ,florentina vint nous voir1 avec celle de nos compagnes qui avait engag ,clmentine1 aller chez l'homme qu'elle avait t visiter la veille1 mon amie ne put s'empcher de faire des reproches celle-ci1 mais ce fut l1 o je pus remarquer l'extrme diffrence qui se trouvait entre ,clmentine1 dont tout le tort tait d'avoir une mauvaise tte1 et une crature vraiment libertine comme celle qui avait voulu la dbaucher4 --,bon1 bon1 rpondit ,aldonza1 il ne faut pas tre si difficile dans notre mtier2 as-tu donc imagin que je t'envoyais chez l'amour1 et qu'il t'attendait au sein des plaisirs je l'ai cru jeune1 on me l'avait dit1 mais qu'importe1 les hommes qui payent1 ne cherchent point contenter nos caprices1 ma chre amie1 ils ne s'occupent que des leurs2 4 4 4 je te mnageais une excellente pratique 4 4 4 tu n'as pas su en profiter4 4 4 4 ,nous en sortons1 moins difficiles que toi 4 4 4 il n'a pas eu besoin de nous violer4 4 4 4 ,on se fait tout mon enfant1 et cela peut-tre plus aisment que tu ne crois4 --,il nous a pries de revenir1 et voil vingt-cinq pistoles de profit4 --,des plaisirs communs se payent-ils ainsi8 ,or comme il ne faut viser qu' l'argent dans l'tat que nous professons1 les plus grandes irrgularits1 puisque ce sont elles qui valent le plus1 doivent donc devenir les seuls objets de nos recherches4 ,cette ,aldonza tait la vrit la plus corrompue de la troupe1 il s'en fallait bien que nous eussions jamais rien entendu de pareil avec ses compagnes2 ,clmentine et moi rvoltes de ses propos1 nous nous disposions les faire cesser1 en prtextant quelqu'affaires1 lorsque dona ,laurentia1 vint nous supplier de recevoir deux dominicains qui brlaient d'envie de nous connatre1 et sans nous donner le temps de la rponse elle les poussa dans notre chambre4 --,un moment madame1 dis-je cette insolente courtire1 en me levant avec horreur1 ces messieurs n'tant que deux1 n'ont pas besoin de quatre femmes1 laissez-nous retirer mon amie et moi4 --,comme il vous plaira1 rpondit la dugne1 qui sans doute notre chef avait bien dfendu de nous contraindre2 agissez suivant vos dsirs1 ces deux demoiselles suffiront pour nos rvrends1 vous pouvez passer dans la salle1 vous y serez libres et tranquilles1 pendant qu'on va se servir un instant de vos chambres4 ,nous descendmes1 et ces infmes se divertirent tellement de nos compagnes1 qu'il ne nous fut possible de rentrer chez nous que le soir4 ,clmentine avait fort peu d'envie d'aller chez le vieux courtisan1 nglig la veille pour l'intrt de ses faux plaisirs1 elle y craignait quelques nouveaux piges1 et sa sagesse allait maintenant jusqu' la dfiance1 elle me conjura d'y aller sa place4 --,j'y consentis1 et comme ce personnage ne me fit courir nul danger2 je ne vous ennuierai point des dtails de ma visite chez lui4 ,trois ou quatre histoires semblables o je gagnai une centaine de pistoles notre chef1 terminrent notre sjour ,tolde1 et nous remes enfin l'ordre d'en partir au bout de trois semaines4 ,le rendez-vous nous fut indiqu l'entre d'un petit bois qu'on trouve gauche de la grande route de ,madrid2 nous nous y rendmes mon amie et moi1 aprs avoir pris cong de notre dugne1 fort mcontente de ce que nous lui avions valu si peu4 ,peut-tre me blmerez-vous ici1 dit ,lonore1 en s'adressant sa mre1 de n'avoir pas profit des sommes que je recevais1 pour fuir ces malhonntes gens1 je le proposais ma compagne1 elle en avait autant d'envie que moi1 mais elle persista me faire envisager l'extrme pril que nous courrions quitter ces gens-ci en les volant4 ,clmentine rendue la sagesse l'tait aussi la sincrit1 elle m'avoua que bien loin d'oser compter sur les secours dont elle s'tait flatte ,madrid1 c'tait elle au contraire qui se fondait maintenant sur les miens1 elle tait bien loigne disait-elle d'oser se prsenter ses connaissances dans l'tat o elle se trouvait4 ,pour quant sa mre1 elle m'avoua qu'elle tait morte1 il ne lui restait donc plus de ressource1 que celle de s'attacher mon sort1 et nous nous en tinmes en consquence au plan que j'avais adopt 4 4 4 ,celui de suivre la troupe jusqu'aux frontires de ,france1 et l1 de nous chapper dans quelques villes o la justice nous ferait donner srement l'une et l'autre1 les moyens de gagner ma province2 d'aprs ces rsolutions1 nous nous contentmes donc de dtourner quelques quadruples que nous cachmes avec le plus grand soin1 prcaution d'autant plus ncessaire1 que ,brigandos nous fouilla toutes ds que nous fmes runies2 plusieurs sans avoir us des mmes ruses1 avaient fait galement un peu de contrebande2 le chef s'empara de tout4 ,j'ai soin de vous dit-il1 rien ne vous manque2 mais c'est moi qu'appartiennent les fonds1 et je ne souffrirai jamais qu'on en dtourne un ral4 ,nous nous remmes en marche1 et mon amie ne me quitta plus2 ce premier soir nous nous couchmes sous les murs des jardins d',aranjues1 superbe maison de plaisance btie par ,philippe ,,iii2 nous en partmes le lendemain au matin avec le projet de passer la nuit prochaine une demie lieue de ,madrid1 dans une caverne au bord du ,mancanares1 o notre chef devait nous haranguer1 et nous distribuer ses ordres1 relativement ce qui concernait notre sjour dans cette capitale2 nous marchions tous ensemble1 il tait environ sept heures du matin 4 4 4 ,brigandos paraissait inquiet1 il semblait avoir quelques pressentimens du malheur prt nous accabler 4 4 4 lorsque tout coup environ quatre lieues de la ville1 un dtachement de trente hommes cheval dbusque d'un petit bois1 nous entoure lestement l'improviste1 et nous menace de la carabine1 si nous n'arrtons l'instant 4 4 4 ,faites de nous ce que vous voudrez dit ,brigandos1 avec rsignation1 nous ne sommes ni en tat ni en volont de nous dfendre 4 4 4 ,mais qu'elle fut sa surprise en prononant ces mots1 de reconnatre la tte de ce dtachement1 ,dom ,pedre1 4 4 4 ce mme chevalier de la sainte ,hermendad1 auquel ,castelina fille de notre chef1 avait sauv la vie prs d',alcantara1 et que la troupe avait soign1 nourri et secouru pendant quatre jours1 malgr les risques qu'elle y courait 4 4 4 ,sclrat lui dit ,brigandos1 nous remets-tu bien8 4 4 4 te souviens-tu que tu nous dois la vie8 --,ami rpondit cet infme coquin1 la reconnaissance est nulle dans notre tat1 nous n'coutons que le devoir2 nous ordonna-t-on d'gorger nos pres1 nous le ferions pour le service du tribunal sacr dont nous avons l'honneur de dpendre #c4 ,c'est moi qui t'ai dnonc 4 4 4 ,c'est moi qui t'arrte1 toutes les chanes sociales se dtruisent envers les criminels1 on ne leur doit que de la rigueur1 et en disant cel1 le monstre liait et garrottait les mains de ,castellina1 ces mains1 ces mmes mains1 qui quelques semaines auparavant avaient tanch le sang de ce tratre1 et l'avait rendu la vie4 justice6 s'cria notre malheureux chef1 en voyant cette horreur1 t'appellera-t-on fille du ciel1 quand de semblables forfaits souilleront tes membres2 s'il est vrai qu'un ,dieu gouverne les hommes1 doit-il tre regard comme quitable1 en tolrant de telles excrations sur terre1 en souffrant que le bien ne s'y fasse que par des crimes ffrayans6 puisse mon funeste exemple apprendre aux hommes que la plus grande de toutes les sottises est d'couter ce sentiment famlique de la piti1 qui ne sert qu' faire des ingrats1 et qu'on n'prouve bien moins de tourmens ne jamais se livrer au bien1 qu' le pratiquer au prix des remords dont l'ingratitude des autres vient pntrer nos curs4 ,vous juges1 souverains1 magistrats1 vous enfin1 qui tenez la balance1 ne vaudrait-il pas mieux changer toutes vos loix1 ne vaudrait-il pas mieux fouler aux pieds tous vos principes1 que d'en admettre qui doivent ncessairement placer le remords ct de la vertu1 et convaincre l'homme que c'est faire le bien1 qu'existent les plus grands dangers4 ,mais l'air emporte toutes ces dclamations1 et sans distinguer l'innocence du crime1 nous n'en sommes pas moins tous1 lis et camps indiffremment comme des sacs sur les chevaux de ces alguasils1 qui nous conduisent rapidement ,madrid1 au palais de l'inquisition1 en qualit de bohmiens1 de gens sans aveu1 commettant par-tout diffrents excs1 la vrit sans effusion de sang1 clause qui1 au lieu de nous faire mettre dans les prisons de la justice1 nous fit simplement placer dans le saint tribunal4 ,douce vertu me dis-je alors moi-mme2 est-ce donc la peine d'encenser tes autels1 qu'ai-je gagn te rvrer dans mon cur8 4 4 4 ,qui dmlera maintenant si je suis coupable ou non6 qui protgera mon innocence 4 4 4 quel droit aurai-je la faire clater4 ,aprs avoir t suivis de la foule1 aprs avoir servi de pture la sotte curiosit du peuple1 nous fmes remis entre les mains de l',alcade1 qui nous conduisit tout de suite dans les diffrentes prisons qui nous taient destines4 ,lonore6 mille et mille fois adieu1 me dit ,brigandos1 en nous sparant1 je vous recommande ma chre enfant1 si elle tombe avec vous1 n'oubliez jamais fille vertueuse que si mes fautes vous enveloppent dans ma disgrace1 j'ai du moins par de vers moi deux procds qui doivent m'obtenir mon pardon prs de vous 4 4 4 ,celui de vous avoir secouru dans l'infortune1 et celui de vous aimer sans jamais avoir os vous le dire4 ,ce dernier aveu m'tonna1 et j'en tais encore dans la surprise1 quand ce malheureux dont les larmes coulaient en me regardant1 fut aussitt arrach d'avec nous2 ciel6 me dis-je1 je n'ai trouv que de la duret dans les hommes du monde1 tous ont voulu abuser de mon malheur et de mon innocence2 et c'est dans un chef de brigands que je rencontre de l'honntet et de la dlicatesse4 4 4 4 socit6 je le rpte1 ou vos loix sont bien iniques1 ou vos membres sont bien corrompus6 ce chef infortun suivait une carrire dangereuse1 sans doute1 je suis bien loin de vouloir l'excuser1 mais son esprit tait juste1 son cur dlicat et sensible1 il devait succomber rien de plus simple2 parmi les tres aussi pervers1 aussi injustes1 aussi inconsquens que les hommes1 celui qui prs d'un peu de mal ouvrira son ame1 beaucoup de vertus1 doit prir infailliblement #d2 heureusement pour moi1 la chambre o je fus place1 se trouva prs de celle de ,clmentine1 quelle consolation6 ,le lendemain de notre arrive1 nous fmes tous interrogs part2 je suivis ,clmentine qui me dit que vraisemblablement les autres femmes nous avaient prcdes1 elle en avait1 disait-elle1 apperu deux auxquelles il lui avait t impossible de parler2 elle n'eut pas le temps de m'en dire davantage4 --,on vint me prendre et je parus l'audience4 ,le grand inquisiteur tait seul quand j'y entrai4 --,ce n'est pas le mme qui interrogea ,sainville1 celui-ci vraiment le chef1 et le premier de la maison est un homme de quarante-cinq ans1 d'une taille haute et fire1 fait comme hercule1 l'air de la force1 de la sant et de la vigueur1 le regard sombre1 le sourcil farouche1 la voix rude1 et menaante1 et bien plus ressemblant l'excuteur mme de la justice qu'au ministre quitable et dbonnaire1 qui ne doit que la faire chrir et rgner4 ,on le nomme dom ,crispe ,brutaldi ,barbaribos de ,torturentia4 ,il m'ordonna de me mettre genoux en entrant1 et de faire un acte de contrition devant le cruxcifix2 il tait debout1 il m'observait d'un il rigoureux et svre1 o se mlait pourtant une sorte de joie maligne et de curiosit lubrique4 ,quand j'eus fait semblant d'obir ce qu'il me disait1 je me levai1 il s'assit1 me fit approcher de lui1 et me regardant avec impudence sous le nez1 il me demanda en me tutoyant quel ge j'avais4 --,prs de dix-huit ans1 rpondis-je2--,es-tu fille1 es-tu femme8 --,je suis femme2 j'ai t enleve mon poux en ,italie1 je cours la terre pour le chercher2 je suis tombe par hazard dans les mains de ces bohmes1 et j'ai t prise avec eux4 --,tu n'es donc pas de leur troupe8 --,je ne suis qu'accidentellement runi elle4 --,et qui es-tu8 --,ici je lui fis en peu de mots l'histoire de ma naissance et de mes malheurs4 --,bon1 bon1 conte que tout cela1 me dit-il1 tu es une aventurire1 tu es une fille de mauvaise vie4 --,j'ai dit la vrit1 je vous le proteste4 --,mais ces bohmiens ont abus de toi1 ils-t-ont viole8 --,je n'ai nuls reproches leur faire1 puisse-je avoir autant me louer de vous1 que j'ai de graces leur rendre4 --,on te traitera comme tu le mrites1 tu as profan les sacremens1 nous le savons1 tu seras rtie petit feu1 tu vivras douze heures dans les flammes1 et l'on ne t'y plongera que dchire4 --,oh ciel6 quelque foi qu'il faille ajouter des sacremens1 mrite-t-on la mort pour n'y pas croire8 ,un dieu de paix veut-il le sang des hommes1 ses ministres doivent-ils le rpandre8 --,tu ne crois donc pas ces crmonies8 --,je crois qu'il existe un ,dieu bon qui le meurtre est en horreur4 --,tu te trompes1 ,dieu commande de tuer ceux qui ne croyent pas la religion1 il ordonne son peuple de massacrer les nations idoltres1 son fils a dit1 je suis venu apporter le glaive et non la paix4 --,en ce cas je ne crois point son fils4 --,c'est ce qui fait que tu seras suspendue au milieu des flammes1 pour en tre retire1 et y tomber tour-- tour1 pendant douze ou quinze heures que durera ton supplice4 --,j'invoquerai le dieu unique et saint que je crois1 il me sauvera des mains de mes bourreaux1 ,daniel l'implora dans la fosse1 et ,daniel en fut cout4 ,et ici mes larmes coulrent malgr moi4 --,quand l'inquisiteur me vit pleurer1 il m'observa avec des yeux plus expressifs1 et qui1 en mme-temps me glacrent d'effroi2 ses deux lvres se resseraient l'une sur l'autre1 et une sorte de mugissement s'chappa de sa poitrine1 il me demanda si les larmes que je versais taient celles du repentir8 ,je lui rpondis que je n'avais point fait de faute1 et que par consquent je ne connaissais point le remord1 il continua de me fixer1 et alors en soupirant comme il venait de faire1 il fit un geste sur lui-mme qui me causa autant de surprise que de frayeur2 je m'apperus qu'il tait dans un grand trouble1 il s'agitait sur son fauteuil1 renouvellait le geste qui m'avait effray1 et continuait d'touffer ses soupirs 4 4 4 ,il avana une main vers moi comme pour me rapprocher de lui1 cette main jete travers de ma ceinture1 tomba sous mes reins comme par inadvertance1 et pressa vivement ce qu'elle rencontra4 4 4 4 ,je le regardai firement1 et mes larmes tarirent4 ,on n'imagine pas ce que le vice qui s'oublie1 donne de force la vertu2 il retira sa main1 et m'ordonna de me mettre genoux devant lui1 je m'y plaai quelque distance1 perdant le plus que je pouvais du terrein qu'il m'avait fait gagner en m'attirant4 ,il rejetta sa main sur ma poitrine1 l'ouverture de ma robe1 et me tira quoiqu'agenouille1 absolument entre ses jambes1 il prit mes deux mains les joignit sur ses cuisses o il les appuya1 et m'ordonna de rciter le pater4 --,je lui dis que je l'avais oubli1 4 4 4 ,il me demanda d'autres prires4 --,je lui dis que depuis que je courais le monde1 je ne me souvenais plus de tout cel1 que je ne savais qu'invoquer ,dieu1 dans le fond de mon ame1 contre ceux qui travaillaient me perdre4 --,tu es une impie me dit-il en reportant ses doigts sur mon sein1 comme pour le couvrir2 mais en effet1 pour le toucher1 j'cartai sa main tout de suite4 4 4 4 ,ici sa figure s'anima prodigieusement1 le couroux s'y peignit ct de la luxure2 son agitation redoubla1 et il recommena plusieurs fois sur lui-mme le geste indcent qui lui tait chapp1 il m'apostropha de deux ou trois invectives et me dit qu'il allait me faire mettre la question2 pourquoi faire lui dis-je8 --,pour dcouvrir tes crimes4 --,je n'en ai point commis4 --,tes impits4 --,j'adore ,dieu4 --,tes complices4 --,je n'en ai point4 ,tu les nommeras quand je te tourmenterai4 ,et ici sa respiration se pressa2 son cur et sa poitrine palpitaient1 et ses mots ne se prononaient plus qu'en bgayant4 --,je saurai continua-t-il1 t'imposer des supplices qui arracheront de toi la vrit1 ses mains se reportrent alors sur mes deux seins1 et ce fut en les saisissant nud1 non sans me faire une violente douleur1 qu'il me raprocha de lui d'avantage2 me trouvant par cette secousse entirement entre ses jambes1 il carta totalement le voile qui couvrait ma poitrine1 et sur ce que je le priai de me laisser1 il me dit qu'il allait me faire entirement deshabiller1 c'est contre la pudeur rpondis-je1 et vous me grondiez de l'avoir enfrainte4 --,ce qui se fait au nom de ,dieu n'offense jamais la pudeur1 et ses mains que je n'osais plus contenir1 ne m'attachant qu' le calmer1 s'garaient indiscrtement sur ma gorge1 mais d'une manire si brutale1 qu'il me faisait frmir4 ,il redescendit mon corset de tous cts1 dbarassa mes paules des manches1 et le buste entier1 au moyen de cette manuvre1 se trouva nud ses regards4 ,il me dit en ce moment de sortir tout fait mes deux bras de ma robe1 et sur mon refus1 il me menaa d'un air effrayant d'appeler du monde4 --,j'obis donc1 je retirai d'abord un bras1 puis l'autre2 et ainsi toujours genoux1 mes vtemens tombrent jusqu' la ceinture1 cependant ses deux mains continuaient de presser ma gorge et de se promener sur mes paules1 sous mes bras1 et gnralement sur toutes les parties mises nud2 il prit une de mes mains et la porta sur lui1 mais je la retirai si vite que son dessein ne fut qu'imparfaitement accompli4 ,il me demanda si je n'avais point sur la peau quelques signes qui prouva que j'avais donn mon ame au diable1 il examina en consquence tout ce que l'tat o j'tais1 lui permit d'observer2 alors il me fit relever1 et tenir droite entre ses jambes1 il me dit qu'il fallait qu'il examina le reste de mon corps dans les mmes intentions1 je me dfendis vivement1 il me menaa de nouveau en m'ordonnant de lacher les rubans qui tenaient mes habits1 afin qu'ils tombassent tout--fait4 ,et comme je m'obstinais le refuser1 il chercha vers ma ceinture1 les liens qu'il voulait dgager1 ne les trouvant pas1 il me fit tourner1 les saisit au bas de mes reins1 les rompit en fureur1 et toujours dans cette attitude mes vtemens coulrent mes pieds4 ,j'ignore les mouvemens qu'il fit alors sur lui-mme1 je ne pouvais les voir1 je sais seulement qu'il s'en permit2 que ses mains parcoururent tout ce qu'il venait de dcouvrir1 que ses yeux parurent s'y fixer long-temps1 que son agitation fut inexprimable1 que ses soupirs augmentrent de forces1 qu'il pronona des mots sans suite1 tantt des loges1 et tantt des menaces1 et que 4 4 4 retombant enfin dans le calme1 il m'ordonna de me r'habiller4 ,je lui dis que puisque l'tat o je me trouvais tait son ouvrage1 je voulais retourner dans ma chambre1 et traverser toute la maison dans ce dsordre1 il s'approcha de moi ces mots1 mais sa figure n'avait plus aucun signe de couroux1 le sourire mme parut un instant sur ses lvres1 il me dit en me passant la main sous le menton1 que j'tais une petite fille bien entte1 4 4 4 bien mchante1 que je ne sentais pas le bien qu'il me voulait1 et tout en disant cel avec les manires les plus douces1 il m'aida me rajuster4 ,sonna ds que je le fus1 et me renvoya dans ma chambre en m'ordonnant de lui faire dire si j'avais besoin de quelque chose1 son intention tant que rien ne me manqua2 je profitai de cet instant de faveur1 pour lui recommander ma compagne2 et sur cel il me rpondit qu'il ne connaissait que moi1 et qu'il ne prenait intrt qu' moi4 ,mon premier soin fut de raconter ,clmentine tout ce qui venait de m'arriver1 je lui demandai si la conduite de l'inquisiteur avait t la mme envers elle1 je t'aurais tout dit me rpondit ma compagne1 si j'en avais eu le temps1 avant que tu ne te rendis o l'on t'appellait2 mais tu as vu l'impossibilit o je me suis trouve de te prvenir4 ,moins patiente que toi1 je ne lui ai pas donn le temps d'aller si loin1 et devinant ses desseins au premier mot1 je lui ai demand ou de me renvoyer dans ma prison1 ou de ne m'interroger que devant des tmoins2 cette fermet l'a mise en fureur1 et il m'a jur qu'il ne m'pargnerait pas4 ,hlas6 dis-je mon amie1 je me repends de n'avoir pas imit ton courage1 mais j'ai deux raisons pour excuses4 4 4 4 ,l'ffroi dans lequel j'tais 4 4 4 ,l'espoir que j'ai eu de l'attendrir et d'chapper aux grands dangers en osant braver les petits4 ,ses premiers mouvemens ont t ceux de la brutalit1 je ne m'tonnerais pas qu'un peu d'amour n'et peut-tre conduit les seconds2 si je croyais que ce sentiment put jamais natre dans une telle ame1 je ne le repousserais pas1 et son cur ammolli par le dieu dont on obtient tout1 nous donnerait peut-tre l'une et l'autre1 les moyens de lui chapper4 ,ici la crainte d'tre entendues nous empcha de poursuivre1 et je me livrai seule mes rflexions4 ,oh ciel6 me dis-je ds que je fus un peu calme1 serait-ce donc ici le tombeau de cette fidlit qui m'est si chre1 et que je conserve avec tant de plaisir8 ,j'ai chappe aux piges d'un noble ,vnitien1 un corsaire barbare n'a os attenter ma pudeur1 elle n'a point cd aux poursuites d'un consul franais1 la veille d'tre empale ,sennar1 ne sauvant ma vie qu'au prix de mon honneur1 j'ai trouv le secret de garder l'un et l'autre1 j'ai vu un ,empereur cannibale mes genoux1 je suis sortie intacte des mains d'un jeune ,portugais1 d'un vieux ,alcade de ,lisbonne1 des quatre plus grands dbauchs de cette ville1 dom ,flascos de ,benda-,molla n'a pu triompher de mes rigueurs2 une bohmienne1 deux moines et un chef de brigand1 ont soupir sans fruit4 ,et tout cela serait-il1 grand ,dieu1 pour devenir la proie d'un inquisiteur4 4 4 4 ,hlas6 j'avais des ressources par-tout1 il ne m'en reste aucune ici1 il faut que je prisse ou que ,dieu fasse un miracle en ma faveur1 et depuis celui de l'annonciation1 je ne sache pas qu'il en ait fait un seul en faveur de la vertu des femmes4 ,huit jours se passrent ainsi1 sans que nous entendissions parler de la moindre chose1 et sans que nous eussions d'autres douceurs1 ,clmentine et moi1 que de nous entretenir de nos communs dsastres4 ,ce fut alors que vous arrivtes prs de nous1 dit ,lonore son mari3 mon amie vous implora pour elle et pour moi2 vous nous craignites1 votre prudence tait bien cruelle1 je ne vous la reproche pas1 elle tait juste2 il y a des cas o la commisration est impossible1 o elle n'est pas mme dans la nature3 elle n'en est donc alors qu'une loi secondaire1 qu'un sentiment goiste4 ,plt au ciel que nous eussions t pntrs de cette vrit1 quand nous secourumes le sclrat dom ,pdre1 nous ne fussions pas devenus aussi cruellement ses victimes4 ,quoi qu'il en soit1 vous vous sauvates seul2 votre vasion fit le plus grand bruit2 elle nous fit resserrer tous2 elle donna de l'humeur nos gardes1 et il n'y eut pas un seul prisonnier qui n'en souffrit4 ,le surlendemain de votre dpart1 tait enfin le jour destin la fatale scne qui nous attendait2 on nous avertit ds le matin1 de nous tenir prte pour tre interroge1 avec les formalits de rigueur2 je laissai passer ce mot sans l'interprter2 mais ,clmentine1 ou plus craintive1 ou plus clairvoyante1 me demanda si j'avais fait attention la phrase dont on s'tait servi8 --,non1 lui dis-je2 eh bien6 me dit-elle1 sois malheureusement bien sre que cet interrogatoire1 avec les formalits de rigueur1 ne signifie autre chose que la question laquelle nous allons certainement tre appliques4 -- ciel6 tu me fais frmir1 4 4 4 et nos larmes coulrent toutes les deux4 ,neuf heures sonnrent enfin2 c'tait l'instant pour lequel nous tions averties2 l'alcade se prsenta moi quand on ouvrit ma porte2 et m'ayant prise part1 sans que les geliers pussent nous entendre2 il me confirma les craintes de ,clmentine4 4 4 4 ,vous allez subir la question1 me dit-il1 mais vous passerez la dernire3 cela vous donnera le tems de la rflexion4 ,si vous demandez au rvrend pere inquisiteur d'tre une seconde fois interroge secrtement par lui seul1 il vous l'accordera1 et vous ne subirez point de tourmens4 4 4 4 ,je l'avoue1 le dbut de ce discours m'avait si fort tourdie1 qu' peine en compris-je la fin2 et comme il s'apperut de mon trouble1 il me rpta ce qu'il venait de me dire4 ,nous marchmes4 ,clmentine1 dj conduite par ses geliers1 me devanait1 il me fut impossible de lui parler4 ,aprs avoir travers toute la maison1 nous descendmes un grand escalier pratiqu sous une vote1 qui1 au bout de cent marches1 nous conduisit la porte d'un corridor si sombre1 qu' peine y voyait-on pour se conduire4 ,au bout de ce passage extrmement long1 nous trouvmes une porte de fer trs-troite1 attenante un autre escalier tournant1 qui nous offrit encore plus de cent marches descendre2 je crus que nous nous engloutissions dans les entrailles de la terre #e4 ,le silence qui s'observait dans cette marche1 les frquentes effigies de saints1 de vierges1 de reprsentations de supplices1 dont taient remplis les murs de cette traverse1 le bruit lugubre d'une multitude de portes de fer qui s'ouvraient et se refermaient sur nous mesure que nous avancions1 l'obscurit profonde qui rgnait dans ces souterrains1 l'exception du peu de lampes allumes devant les images1 la hauteur1 l'humidit des votes1 quelquefois des cris et des mugissemens sourds qui sortaient du fond des cachots1 tout inspirait l'ame une sorte de terreur sinistre qui glaant la fois tous mes sens1 m'interdisait jusqu' la facult de pouvoir suivre mes conducteurs4 ,nous parvinmes enfin une dernire porte qui s'ouvrit au plus lger bruit que notre guide fit la serrure1 nous entrmes seules1 nos gardes se retirrent aprs nous avoir vu passer devant eux4 ,au milieu d'une haute et grande salle vote1 de forme paralllogramme1 uniquement claire par des lampes1 tait une longue table1 autour de laquelle se trouvaient assis le grand inquisiteur1 le grand vicaire de l'archevque1 oblig d'assister ces crmonies1 et le greffier4 ,dans trois des coins de ce fatal endroit1 se voyaient les diffrens prparatifs des trois supplices employs communment l'inquisition4 --,celui de la corde1 celui de l'eau1 et celui du feu #f2 deux bourreaux assistaient chacun de ces apprts2 ils taient vtus d'une tunique noire1 la tte affuble d'un capuchon perc aux yeux1 et le plus grand calme rgnait dans l'assemble4 ,castellina1 cette douce et charmante fille de ,brigandos1 nous attendait la porte de la salle3 elle y fut introduite avec nous4 ,quelqu'effraye que je fusse1 mon courage ne m'abandonna point4 ,je me ressouvins de ce que m'avait dit l'alcade1 et je crus voir dans ces paroles un peu d'espoir et de consolation que je payais bien1 sans doute1 puisque je ne pouvais envisager pour motif de cette tolrance1 qu'un sentiment dont les suites m'eussent t plus cruelles que la mort4 ,quoi qu'il en ft1 je pouvais au moins me tirer d'affaire bien plus facilement1 n'ayant craindre que cette sorte de danger1 qu'expose ceux dont les apprts me faisaient frmir4 ,on nous fit mettre d'abord genoux toutes les trois autour de la table1 et dans cette posture1 l'inquisiteur nous demanda1 d'o vient que nous avions profan les sacremens de l'glise8 --,nous rpondmes que cela ne nous tait jamais arriv4 ,sur cela le grand vicaire prit la parole et dit1 --qu'il tait inutile de renier un fait avou par nos compagnons4 ,on demanda ,castellina si elle ne vivait pas en intrigue criminelle et incestueuse avec son pre1 elle jura que non4 --,avec son frre1 --elle dit que leur usage tait de se marier entre frres et surs2 qu'elle tait destine pouser son frre2 mais que n'tant point encore sa femme1 elle n'avait jamais prise aucune libert avec lui2 que voulant mme se conserver pure pour celui qu'on lui destinait2 elle n'avait jamais men la vie prostitue de ses compagnes2 qu'elle rpondait de sa virginit1 et qu'on pouvait la faire examiner4 ,ensuite elle ajouta que ,clmentine et moi avions galement vcu dans la plus extrme continence1 depuis que nous tions aggrges eux4 --,on lui demanda si elle croyait la religion catholique1 elle dit que non2 on nous adressa la mme question1 --nous y fmes la mme rponse4 ,on demanda la fille de notre chef1 pourquoi elle n'ajoutait point de foi ce culte8 elle dit qu'elle ne croyait pas le devoir1 et qu'elle ne le pouvait pas3 et la mme interrogation nous rpondmes1 ma compagne et moi1 que nous tions convaincues que ce culte offensait souverainement la divinit1 et que nous l'avions abjur ds l'enfance4 --,perfide rponse1 s'cria madame de ,blamont2 ,lonore1 n'eussiez-vous pas d tre plus prudente8 --,les approches des plus affreux supplices1 rpondit ,lonore1 ne me feraient jamais feindre sur cet objet1 madame4 -- juste ciel6 s'cria1 avec des pleurs1 madame de ,blamont1 dont l'ame dlicate et tendre s'allarmait de tout ce qui paraissait enfreindre les sentimens pieux auxquels elle tait inviolablement attache4 --,femme jamais respectable1 dit le comte1 en prenant les mains de son amie2 vous tes tellement pure1 qu'un rcit mme vous offense2 mais de grace1 laissons continuer votre fille4 4 4 4 ,eh bien6 ,lonore1 que vous demanda-t-on ensuite8 ,si nous tions juives1 reprit l'aimable pouse de ,sainville1 nous assurmes que non2 nous dmes que nous tions dstes1 et qu'il n'existait aucun tourment qui pt nous faire changer de faon de penser4 --,on nous demanda si nous aidions les hommes dans les vols qu'ils faisaient2 nous assurmes que non4 ,enfin on nous demanda si nous tions livres au dmon8 nous protestmes que non2 et nos rponses tant toutes crites1 on nous fit lever4 ,le greffier resta la table2 ,clmentine et moi1 prs de lui1 sur des tabourets2 le grand vicaire et l'inquisiteur furent s'asseoir sur deux fauteuils1 placs dans celui des coins qui n'tait point occup par des appareils de supplices4 ,ils appelrent eux ,castellina2 ils lui ordonnrent de se dpouiller entirement2 elle recula d'horreur1 en protestant que cela ne lui tait jamais arriv devant aucun homme2 l'inquisiteur lui dit que cela devait tre ainsi2 qu'il fallait absolument procder la visite de son corps2 4 4 4 que ce qui tait crime devant les mondains1 cessait de l'tre aux yeux des ministres du seigneur2 et comme elle refusait encore1 deux bourreaux s'approchrent1 par ordre de dom ,crispe2 ils la saisirent et la dpouillrent en un instant2 ds qu'elle fut en cet tat1 les bourreaux se retirrent2 un d'eux s'empara d'une spatule qu'il tint au feu1 jusqu' ce qu'il ft appell4 ,il s'agit1 dit alors l'inquisiteur cette belle et malheureuse fille1 la pudeur sur le front1 et les joues inondes de larmes1 il s'agit de vrifier sur toutes les parties de votre corps1 si vous ne portez point les stigmates du dmon2 approchez-vous4 4 4 4 --,elle obit1 et dom ,crispe l'ayant1 par un mouvement de son fauteuil1 enferme entre le grand-vicaire et lui1 tous deux examinrent avec le plus grand soin chacune des diffrentes parties du corps de cette fille1 qui se trouvait tourne vers eux4 ,au bout d'un assez long- tems1 on la fit changer d'attitude2 ensorte qu'elle offrait maintenant l'un1 ce qu'elle venait de prsenter l'autre4 ,le silence tait profond2 on observait de fort prs1 et avec le soin le plus exact4 ,les doigts vrifiaient ce que l'il ne discernait pas bien1 4 4 4 facilitaient les recherches1 ou fixaient les positions2 il y avait prs d'une heure que l'examen durait1 et cette victime infortune avait dj t visite trois fois de l'un et de l'autre ct1 par chacun de ses juges1 sans qu'il se ft prononc une parole1 lorsque l'inquisiteur observa sur le sein gauche1 un signe noir presque imperceptible2 il le montra sur-le-champ son confrre1 et tous deux ordonnrent au greffier d'crire qu'on venait de reconnatre la partie qu'ils dsignrent1 un stigmate bien certain du dmon1 ils lui enjoignirent d'observer et d'crire de mme le mouvement qu'allait faire cette enfant du diable1 lorsqu'on imprimerait un fer ardent sur ce signe impie4 ,selon eux la victime ne devait rien sentir1 si le signe tait de ,satan4 ,la pauvre fille de ,brigandos voyant approcher vers elle le bourreau arm du fer1 demanda instamment de n'tre pas brle1 jurant et protestant que ce signe lui venait de sa mre2 mais rien n'y fit2 dom ,crispe saisit le sein1 et montra du doigt au bourreau l'endroit o il devait faire son application1 pendant que lui- mme contiendrait2 le fer fut appuy rouge1 et la patiente jetta deux ou trois cris4 --,allons1 dit l'inquisiteur1 ds que ce moyen ne russit pas1 il faut user d'un autre2 il n'est que trop certain1 poursuivit-il1 que cette crature est voue au dmon2 et puisqu'elle refuse d'en convenir1 il faut tirer des rponses d'elle par la voie des tortures2 alors elle fut saisie par deux questionnaires qui la conduisirent auprs du feu1 et lui firent endurer cette sorte de supplice4 4 4 4 ,les pointes acides et aigus de cet lment1 n'eurent pas plutt pntres la plante de ses pieds1 imbibe de matires combustibles1 qu'elle poussa des cris affreux1 et convint qu'elle tait effectivement voue au dmon ds son enfance4 ,on lui demanda quel motif avait pu engager ses parens en agir ainsi2 elle dit qu'elle l'ignorait2 et on la rappliqua pour tirer d'elle ce second aveu4 ,aprs avoir encore souffert long-tems1 et ne sachant que rpondre cette question3 elle dit pour se soustraire aux maux qu'elle endurait1 que ce qui fait qu'on l'avait voue au dmon1 tait l'espoir de lui faire faire sa fortune1 et que c'tait d'ailleurs un des dogmes de sa religion4 --,enfin on lui demanda quels taient les complices que son pre pouvait avoir hors de la troupe8 elle dit qu'elle ne lui en connaissait aucun4 ,on la rchauffa1 mais de beaucoup plus prs4 ,elle jetta des cris pouvantables1 et tressaillit avec tant de violence1 qu'elle s'enleva de plus de deux pieds2 quoiqu'elle ft fortement contenue4 ,tous ses traits taient renverss1 ses cheveux hrisss sur sa tte1 s'agitaient et se dressaient d'eux-mmes2 ses muscles racourcis se contournaient de mille effrayantes manires1 et la malheureuse faisait regarder1 autant de piti que d'horreur4 ,alors je me rappelai les secours que je lui avais vu donner au sclrat1 cause des tourmens affreux qu'elle endurait4 --,je me peignis sa candeur et sa bienfaisance1 et je me dis3 --,est-il possible que des qualits si relles1 ne contrebalancent pas des vices imaginaires2 et le ciel est-il juste1 quand il abandonne la vertu de si grands tourmens4 ,mais si1 dans cet instant1 les infamies dont j'tais tmoin1 m'engageaient dclamer contre le ciel et contre les hommes1 combien l'vnement qui suivit1 n'augmenta-t-il pas l'horreur que j'prouvois contre toute la terre6 la troisime reprise1 ,castellina1 jeune et forte1 se dfendant avec vigueur1 exera celle de ses bourreaux1 l'un d'eux s'agitant pour la contenir2 laissa tomber1 en se dbattant1 le capuchon qui lui couvrait la tte4 4 4 4 ,oh ciel6 quel tait celui qui remplissait cette horrible fonction6 le croirez-vous8 4 4 4 ,dom ,pedre1 4 4 4 l'excrable dom ,pedre1 4 4 4 cet insigne sclrat1 non content d'avoir dnonc1 4 4 4 arrt lui-mme celle qui il devait la vie 4 4 4 se trouvait encore au nombre de ses perscuteurs2 4 4 4 que dis-je1 il tait le seul qui et agi quand il avait fallu lui faire endurer le supplice 4 4 4 ,le seul qui allait agir encore1 elle le reconnut3 4 4 4 elle dtourna les yeux avec horreur1 et le monstre se rajustant bien vite1 achve de lui calciner les pieds4 4 4 4 vous1 qui mettez votre gloire et votre flicit secourir les maux de l'infortune 4 4 4 vous qui courrez chercher l'indigent sous l'humble toit qui le recle 4 4 4 ,vous qui schez ses pleurs et lui rendez la vie1 4 4 4 que cette excration ne vous arrte point2 toutes les belles ames ne sont pas aussi malheureuses que ,castellina2 4 4 4 tous les individus que l'on soulage ne ressemblent pas dom ,pedre4 ,enfin la triste victime de tant de sclrats runis1 vaincue par les douleurs1 avoua tout ce qu'on voulut1 mais elle persista dire que ,clmentine et moi n'tions tombes dans leurs mains que par hazard2 et que nous n'tions nullement fautives4 ,on la relcha1 et elle fut dclare coupable sur ses aveux1 d'impits1 de commerce avec le diable1 et de vol public4 ,aprs l'avoir un instant laisse respirer1 l'inquisiteur ordonna qu'elle ft rapporte dans sa chambre1 et qu'elle et s'y prparer la mort4 ,elle tourna vers nous ses deux grands yeux languissans et noys de larmes4 4 4 4 ,elle soupira1 sembla nous adresser le dernier adieu1 et sortit4 ,voil comme fut traite une pauvre fille de seize ans1 belle comme un ange1 sage1 vertueuse1 du plus excellent caractre1 qui peu de jours avant1 s'tait dpouille pour secourir celui qui servait aujourd'hui de bourreau4 4 4 4 ,infortune1 dont l'unique tort tait d'appartenir des parens qui l'avait corrompue ds l'enfance4 ,quoique les aveux de ,castellina eussent d nous pargner les tourmens de la torture1 si la justice eut rgn dans un tribunal aussi effroyable1 on nous dclara qu'il fallait nous prparer au mme sort4 ,je fus appele1 4 4 4 me trouvant tout prs de ces monstres1 je pus les observer4 ,le feu sortait de leurs yeux1 ils etaient l'un et l'autre dans une ardeur prodigieuse2 4 4 4 mais il tait difficile de dire quel tait le motif de cette irritation8 4 4 4 supposer un instant la raison pour eux1 devaient-ils prouver autre chose qu'une fermet compatissante1 et beaucoup de piti8 ,mais de tels sentimens ne sortent pas l'ame de son assiette2 ils ne jettent pas dans un trouble pareil celui o taient ces sauvages2 ils ne font pas cumer1 ils ne font pas vomir des imprcations2 ils ne placent pas sur le front une sorte de colre tnbreuse1 presque impossible dfinir6 ,il y avait donc autre chose dans ces curs pervers que ce qui devait naturellement y natre1 et quelle tait cette passion tumultueuse et dsordonne1 qui leur faisant un jeu des tortures qu'ils infligeaient1 teignaient en mme-tems les vrais mouvemens permis dans leur situation4 vous qui tolrez de tels tribunaux1 4 4 4 rflchissez cette cruelle analyse1 et voyez si le bien que vous retirez de ces dangereuses institutions1 vaut tous les crimes secrets qu'elles entranent4 ,l'inquisiteur en entrecoupant ses mots1 et respirant avec difficult1 me demanda d'un air svre1 si les exemples que je venais de voir1 produisaient quelqu'effets sur moi8 4 4 4 ,alors je me ressouvins de ce qu'on m'avait dit1 et jugeant que ce n'tait pas le moment de l'aigrir1 je lui dis que ces effets taient si violens en moi que j'tais rsolue lui avouer des choses fort secrettes1 et de nature ne pouvoir tre dites qu' lui2 que j'implorais en consquence vivement de ses bonts1 un interrogatoire secret4 ,le grand-vicaire dit que cela ne se pouvait pas2 que j'aurais d profiter de celui que j'avais eu1 mais qu'il tait impossible de m'en accorder un second2 que je n'avais qu' dire ce que j'avais rvler1 aprs qu'au pralable la visite de mon corps aurait t faite2 4 4 4 et en disant cela1 sa physionomie se dmontait1 il lanait sur moi des regards1 tels que le seraient ceux du lion prt dvorer sa victime4 ,je me jettai aux genoux de mes juges2 je leur demandai avec les plus vives instances1 de m'couter dans un endroit moins effrayant4 4 4 4 ,cela ne s'est jamais fait1 dit le grand-vicaire1 et en mme temps il fit signe aux bourreaux d'avancer4 ,en ce moment je me prosternai la face contre terre1 et renouvellai mes instances avec tant de chaleur1 que dom ,crispe qui1 comme je m'en doutais bien1 devait y cder1 dit son confrre1 --eh bien6 je saurai demain ce que c'est1 monsieur1 aprs demain matin je vous donne rendez-vous ici pour y terminer notre besogne4 ,le grand-vicaire assez mcontent1 se rendit1 on me renvoya1 je les laissai tous deux avec ma malheureuse amie1 qui1 ds ce moment1 me fut soustraite1 et ne reparut plus ct de moi4 l'heure du dner la porte de la chambre de ,clmentine s'ouvrit1 une femme y entra1 j'appelai1 une voix trangre me rpondit1 et je fus fche de mon imprudence4 ,cependant la conversation s'engagea4 ,mais je ne tardai pas m'appercevoir que cette femme n'tait place prs de moi que pour me faire accepter les propositions qui m'allaient tre faites4 ,vous raconter toutes les instigations de cette courtire1 toutes les ruses qu'elle employa pour me sduire1 serait aussi long qu'ennuyeux4 ,vous saurez seulement que le rsultat de ses manuvres fut de me conseiller d'accepter tout ce que me proposerait le grand inquisiteur1 ds que j'tais assez heureuse pour avoir obtenu la permission d'une seconde entrevue1 cette faveur tait la preuve certaine des bons desseins qu'il avait sur moi4 ,je serais une folle de rsister lui accorder de bonne grace1 ce qu'il ne tenait qu' lui d'obtenir de force4 ,vous n'prouverez d'ailleurs1 poursuivait cette femme1 en m'enjoignant le secret1 que ce qui m'est arriv moi-mme4 ,je devais perdre la vie1 quoique mon crime ft bien moins grave que le votre4 ,il m'a tmoign de bons sentimens1 je m'y suis rendue1 et je touche l'instant de ma libert4 ,ne vous effrayez point de son air2 cette gravit est de coutume dans le mtier qu'il fait2 mais c'est1 dans le fond1 le meilleur homme du monde1 et le plus aimable avec les femmes4 4 4 4 ,croyez-moi1 saisissez la fortune quand elle s'offre vous2 vos refus pourraient vous coter cher4 ,songez que cet homme est plus puissant que le roi lui-mme1 et qu'il peut1 en un mot1 fussiez-vous cent lieues d'ici1 vous absoudre ou vous perdre au plus lger mouvement de sa volont #g4 ,dans les dispositions o j'tais de tout obtenir des sentimens que je voulais inspirer l'inquisiteur1 je me gardai bien de rfuter les propos de son agente2 je lui dis que je m'estimais effectivement trs-heureuse de plaire ce souverain juge1 et que je n'avais rien de plus cur que de me trouver digne de ses bonts4 ,ds le mme soir mes rponses furent sues1 et le lendemain dom ,crispe1 press sans doute d'en venir au dnouement1 me fit dire qu'il m'admettait l'honneur d'aller prendre du chocolat chez lui2 je me parai du mieux qu'il me fut possible2 je ne ngligeai rien de tout ce qui pouvait relever l'clat de quelques traits dont j'attendais et ma libert et ma vie1 sans rendre pour cela mon amant plus heureux qu'aucun de ceux auxquels j'avais eu le bonheur d'chapper jusqu'ici4 ,on vint me chercher vers les dix heures1 et je fus mystrieusement introduite dans l'appartement de son minence3 il ordonna de fermer toutes les portes ds que je fus entre1 et dfendit expressment qu'on s'avist de l'interrompre1 sous quelques prtextes que ce pt tre4 ,il faisait fort chaud1 et monseigneur1 encore en dshabill1 n'tait couvert que d'une robe flottante de gros-de-,tours brune1 qui ne l'enveloppait pas trs-exactement2 il tait couch dans une profonde bergre1 quand je parus1 et sans se dranger1 il me fit placer sur une chaise qui se trouvait en face1 le plus prs possible de son sige4 ,mon enfant1 me dit-il1 sitt que je fus assise1 je fais pour vous ce que je me permets pour bien peu de femmes2 mais je ne vous cache pas que vous m'avez pl2 votre sort est entre vos mains2 vous avez vu ce qui est arriv hier une de vos compagnes2 les mmes tourmens sont prpars pour vous1 et demain cette heure-ci1 je ne serai plus le matre de vous sauver4 ,or cela va plus loin que vous ne pensez4 ,il est rare de subir la question1 sans tre intrieurement condamn la mort4 ,il s'agit donc ici de vos jours1 et je vous prviens que vous ne pouvez les sauver qu'au prix de la soumission la plus aveugle toutes mes fantaisies1 dussent-elles mme1 ajouta-t-il1 en me fixant avec impudence1 n'tre pas de nature vous plaire4 4 4 4 ,vous sentez bien que des gens comme nous n'agissent pas comme le commun des mortels2 4 4 4 l'habitude des femmes1 toujours bien fatale leur culte4 ,cette sorte de despotisme et d'impunit dont nous jouissons1 les richesses immenses qui sont en notre pouvoir 4 4 4 ,ce droit de mort que nous avons sur tous les sujets de l'empire2 4 4 4 ,cette multitude d'esclaves qui nous encense2 4 4 4 des dsirs satisfaits presqu'aussitt que forms4 4 4 4 ,tout cela corrompt les murs et dprave les gots 4 4 4 mais quelques soient enfin les choses o je vais vous contraindre1 cela vaudra toujours mieux que d'tre supplicie4 4 4 4 ,je suis trop bon de m'abaisser demander ce que le plus simple de mes ordres peut m'obtenir dans la minute1 sans qu'il vous soit possible d'y apporter le plus lger obstacle4 4 4 4 ,rflchissez la dbilit de votre position2 vous tes franaise1 4 4 4 loigne de votre patrie1 4 4 4 brouille avec vos parens2 4 4 4 eussiez-vous mille vies1 4 4 4 chtive crature1 et me plt-il de vous en enlever une tous les jours1 4 4 4 pas un tre existant sur la terre ne viendrait m'en demander raison4 ,que cette extrme infriorit vous jette donc aux pieds de ma puissance1 et humiliez-vous sans dlais4 4 4 4 ,je vais essayer quelques prliminaires ce matin1 je vrifierai votre soumission2 4 4 4 et si j'ai lieu d'tre content de vous1 je vous enverrai prendre ce soir pour passer la nuit avec moi4 ,oh6 monseigneur1 dis-je en me jettant aux pieds de ce monstre1 que mes intrts m'obligeaient d'riger en matre4 4 4 4 ,connaissez mieux l'nergie de ce pouvoir que vous m'allguez2 vous ne l'tendez que sur les personnes1 et c'est au fond de mon cur que j'en prouve toute la force4 4 4 4 ,ah6 n'ordonnez pas ce que vous pouvez si bien mriter2 ne commandez pas ce que vous tes fait pour obtenir2 les actes de la plus sublime puissance valent- ils un des droits de l'amour8 4 4 4 ,toute autre femme ne vous parlerait pas comme je le fais1 humble esclave de vos caprices1 elle les satisferait en vous mprisant2 vous avez fait natre en moi des mouvemens d'une bien autre sorte2 4 4 4 laissez-moi jouir de leur dlicatesse2 ne troublez pas le charme que je gote vous les peindre2 ne glacez pas le cur o vous tes fait pour rgner4 4 4 4 ,non1 ne l'arrachez pas de la main qui vous l'offre1 et laissez l'amour le soin de vous en prparer la jouissance4 4 4 4 ,comment1 dit le moine tonn1 en me relevant et me replaant auprs de lui1 se pourrait-il que je t'eusse inspir quelque tendresse8 4 4 4 et je baissai les yeux en rougissant2 --mon enfant1 est-il vrai que tu m'aimes8 4 4 4 --,il est vrai1 dis-je en jettant sur lui des regards passionns1 que je n'ai jamais connu de mortel dont j'osasse esprer tant de bonheur4 4 4 4 ,il est vrai que si j'tais assez heureuse pour faire natre en vous la moiti de ce que j'prouve1 il n'y aurait pas de femme sur la terre dont le sort pt se comparer au mien4 4 4 4 ,mais1 continuai-je1 en essuyant quelques larmes1 que j'eus l'air de sortir de mon cur3 4 4 4 ,quel vain espoir est le mien2 est-ce bien moi d'oser jetter les yeux sur le premier souverain du monde4 4 4 4 ,ah6 qu'il daigne un instant carter sa grandeur2 qu'il oublie les titres qui lui soumettent l'univers1 pour ne plus songer qu' ceux de l'homme aimable 4 4 4 ,qu'il permette une infortune d'adorer dans lui ce qui le rendrait digne des plus grandes princesses de la terre4 ,rien n'est confiant comme l'amour-propre2 le rvrend pre dom ,crispe brutaldi barbaribos de torturentia1 le plus effrayant des hommes1 se crut au mme instant bien plus beau qu',adonis1 et la dpravation de ses murs1 tempre par les illusions de l'orgueil1 il se persuada si bien qu'il tait aim1 qu'il se crut tout d'un coup fait pour l'tre4 4 4 4 ,mon enfant1 me dit-il1 en vrit1 si j'avais imagin que tu pus ressentir pour moi une telle passion1 je t'aurais vit tous les dsagrmens qu'on t'a fait essuyer4 ,nous sommes accoutums jouir ici des femmes1 sans que l'amour dirige les hommages2 et c'est un sentiment que je connais bien mal2 mais avec quels dlices j'en ferai l'preuve avec toi4 4 4 4 ,j'ai peu vu de cratures plus aimables 4 4 4 ,je n'en connais point de plus jolies4 4 4 4 ,eh bien6 mais cela ne change rien nos projets4 4 4 4 ,je t'enverrai toujours prendre ce soir1 et nous passerons ensemble une nuit dlicieuse4 -- ciel6 que dites-vous1 repris-je avec effroi1 essayer les douceurs de l'amour au milieu des bourreaux6 4 4 4 respirer ses roses sur les pines de l'esclavage6 pourrai-je couter mon ame entoure de toutes ces horreurs8 ,et comment liriez-vous dans cette ame enchane1 le sentiment que vous avez fait natre8 vous auriez prs de vous une idole1 et non la femme dlicate et sensible qu'ont enflamme vos charmes8 ,ah6 vous ne connaissez pas l'imagination vive et ardente d'une franaise3 un rien l'enivre1 un rien la blesse2 et quelqu'aimable que soit l'amant1 s'il ignore l'art d'enflammer cette imagination1 pour qui les chimres sont des dieux1 il a manqu l'objet qu'il cherche2 il a voulu plaire1 et ne l'a pas su4 ,quittons ce cloaque d'infamie2 vous avez1 sans doute1 une campagne1 allons-y chercher le bonheur2 allons-y ranimer nos feux aux doux chants de la colombe amoureuse4 4 4 4 ,venez1 4 4 4 venez1 vous que j'adore2 venez remplacer les nuds dont vous chargez mes mains1 par les guirlandes de fleurs que nous y cueillerons ensemble2 semons-en le trne o vous voulez obtenir la victoire2 ,zphire et ,flore embelliront nos jeux4 ,l tout gayera nos plaisirs1 tout les ranimera sans cesse1 et la nature au milieu de ses dons1 semblera n'exister que pour nous4 --,syrne enchanteresse1 me dit dom ,crispe1 en m'attirant amoureusement vers lui1 laisse-moi baiser ces levres d'o sortent des mots si doux4 4 4 4 ,mais me retirant aussi-tt de ses bras1 --non1 m'criai-je2 et pourquoi voulez-vous que je vous accorde1 quand vous ne me promettez rien8 ,le baiser que vous exigez de moi est un des plus prcieux dons de l'amour2 mon cur est prt vous le donner1 mais ma raison s'y oppose4 ,tout ce que je vois drange ma tte2 tout ce qui m'entoure me glace2 quittons ces lieux 4 4 4 quittons-les au plutt1 et vous verrez quel changement dans mon ame enivre6 4 4 4 ,sors1 friponne1 sors1 dit le moine en feu1 tes yeux et tes paroles me changent absolument 4 4 4 ,je ne me reconnais plus4 4 4 4 ,ds qu'il fera nuit1 4 4 4 un homme sr viendra te chercher4 4 4 4 ,tu le suivras1 4 4 4 nous irons dans ce lieu de dlices que tu envies1 mais tu ne m'y quitteras pas4 4 4 4 ,et si jamais ton ame perfide2 --grand ,dieu6 m'criai-je d'un air demi courrouce1 4 4 4 quittez1 quittez ce ton effrayant de la menace4 4 4 4 ,que craignez-vous1 quand vous avez mon cur8 4 4 4 ,que vous faut-il quand je vous aime8 ,chargez l'amour du soin de me donner des fers1 ils seront bien plus srs que ceux qui me captivent ici1 et vous ne les aurez ds qu' vous4 ,je sortis1 4 4 4 laissant mon moine aussi amoureux qu'il tait possible qu'il le ft4 4 4 4 peine fus-je rentre1 que la femme qui tait prs de moi1 voulut me faire quelques questions1 mais je prtextai le besoin du sommeil1 et elle me laissa tranquille4 4 4 4 ,l'heure frappe1 on est exact1 et invoquant mon heureux destin1 je quitte cette infernale prison1 aussi dcide n'y plus revenir1 qu' ne jamais accorder ce qui pouvait m'en faire lgitimement1 ou plutt illgalement ouvrir les portes4 ,monseigneur est devant1 me dit tout bas le laquais qui tait venu me prendre1 et la voiture que vous voyez est destine pour vous et moi2 car je rponds de vous sur ma vie1 jusqu' la maison de son minence4 ,je ne dis mot4 4 4 4 ,nous nous plaons tous deux1 et en moins de deux heures1 trois mulles superbes nous arrivent une campagne loigne de plus de six lieues de ,madrid4 ,quoiqu'il ft nuit1 je remarquai1 avec le plus grand soin1 tous les abords de cette maison1 et vous verrez bientt si mes observations furent ncessaires4 ,j'entre dans un sallon dlicieux1 o le moine bouillant d'amour et d'impatience1 m'attendait seul en habit de campagne la franaise1 qui ne le rendait que plus gigantesque et plus effrayant encore4 4 4 4 ,es-tu satisfaite1 me dit-il en accourant vers moi1 et m'embrassant avec transport1 recevrai-je enfin ici le prix de tout ce que je fais pour te mriter2 ,ah6 rpondis-je1 avec enthousiasme1 vous me forcez de joindre la reconnaissance la plus vive1 tous les sentimens que vous m'avez inspir4 4 4 4 ,je ne suis plus matresse de mon cur2 il ne m'est pas possible de vous le refuser4 4 4 4 ,ensuite1 pour gagner du temps1 je le priai de me faire voir sa maison4 ,cent bougies furent aussitt allumes1 et il me promena par-tout4 --,arrivs enfin dans un cabinet charmant1 o tout inspirait la volupt1 o la quantit prodigieuse de glaces multipliaient les situations1 o les canaps les plus molleux semblaient offrir partout des trnes l'amour2 l'incontinence de dom ,crispe parla plus haut que sa dlicatesse4 ,il me serre dans ses bras avec ardeur 4 4 4 me dit qu'il ne veut pas aller plus loin sans recevoir des preuves du sentiment que je lui avoue2 et ses mains libertines errent de tous cts4 ,arrtez1 lui dis-je1 en me dbarrassant lestement de lui4 4 4 4 ,je le vois bien2 vous ignorez l'art de jouir2 il m'tait rserv de vous l'apprendre2 les plaisirs qu'on attend sont les plus dlicieux de tous2 ne prcipitons rien2 un lit n'est-il pas bien meilleur que ces molles inventions du luxe1 qui ne satisfont que la vanit4 4 4 4 ,mais mon indocile colier1 peu fait des raisonnemens de cette nature 4 4 4 ,bien loin encore d'en saisir l'esprit1 ne me presse qu'avec plus de violence4 ,mets-toi seulement1 me dit- il1 comme tu tais l'autre jour2 ne prives pas mes yeux des plaisirs qu'ils attendent4 4 4 4 ,tu le vois1 ,lonore2 il faut ou que je jouisse1 ou que tu m'appaise4 ,montre donc ces attraits enchanteurs qui m'enflammrent si vivement2 je ne les aurai pas plutt vus1 mes lvres ne se seront pas plutt imprimes sur eux1 que l'excs du dlire o ils plongeront mes sens1 me rendra peut-tre ce calme o tu dsire que je sois4 --,quelle proposition1 rpondis-je1 4 4 4 ,quoi6 c'est mes dpens que vous voulez jouir8 ,ne rsultera-t-il pas des privations pour moi1 de cet excs de complaisance o vous dsirez de m'entraner8 4 4 4 ,ah6 ne distraisons rien des sacrifices que vous devez offrir l'amour3 fuyons1 fuyons ce lieu fatal1 o les triomphes qu'obtiendrait mon orgueil1 nuiraient autant mes plaisirs2 et je m'lance aussi-tt dans les appartemens voisins1 il m'y suit4 4 4 4 ,dans le plus grand dsordre1 pas assez matre de lui pour se contraindre2 pas assez esclave de l'amour pour n'couter que sa voix1 la luxure la plus grossire clate sur son visage1 ct des sentimens de la dlicatesse o j'essaye de le contenir1 et son embarras est tel1 qu'il ne sait plus1 ni ce qu'il fait1 ni ce qu'il dit4 ,le couvert tait mis1 lorsque nous redescendmes2 soupons1 lui dis-je1 en appercevant ces apprts1 ces nouveaux plaisirs1 en apaisant les feux qui vous embrsent1 rendront ce que vous attendez plus piquant4 ,dom ,crispe1 toujours dans le dlire1 toujours me serrant1 me touchant par-tout1 avait bien de la peine renoncer ses premiers projets2 mais lui chappant sans cesse1 et me plaant enfin la premire table1 il m'y suit2 il faisait extraordinairement chaud4 ,nous soupions dans une petite salle charmante1 de plein-pied au jardin2 tout tait plac prs de nous1 et les valets ne devaient plus entrer4 ,il avait un dsir trs-vif que nous quittassions nos habits2 peu faits aux voluptueux mnagemens de nos scnes d'amour1 le rvrend plaait toutes ses ides1 ce sel de dbauche auquel il tait accoutum2 quelque difficile qu'il ft de me dfendre de cette invitation1 j'tais pourtant trs-rsolue de ne point accorder une chose qui aurait autant drang mes projets4 4 4 4 ,je lui dis que cette manire d'tre nuirait infailliblement ma sant4 4 4 4 ,eh bien6 la gorge1 dit-il 4 4 4 la gorge1 au moins4 ,il n'y eut pas moyen de s'en dfendre2 il l'avait dj vue par force2 je pouvais bien1 sans crime1 la lui laisser voir de bon gr3 il est des cas o il faut savoir accorder un peu pour obtenir beaucoup4 ,mon rle tait d'ailleurs extrmement difficile3 il fallait -la-fois irriter et teindre ses dsirs1 les contenir dans les bornes de la dlicatesse1 et les empcher de s'vanouir4 4 4 4 peine l'eus-je satisfait1 que quelques dfenses que je pusse opposer ses doigts1 il ne me fut jamais possible de les contenir4 ,ce fut alors qu'il me prouva toute la grossiret de ses dsirs1 et combien peu l'purait les sentimens que je cherchais lui inspirer4 4 4 4 ,il se mit nud1 quoique je lui dise1 il s'approcha de moi dans cet tat1 et voulut contraindre mes mains 4 4 4 mais elles ne remplirent pas son objet 4 4 4 je ne m'en servis que pour le repousser4 4 4 4 ,il me faisait horreur4 4 4 4 ,quand le vin eut chauff sa tte1 on n'imagine pas tout ce qu'il osa dire 4 4 4 ,quel drglement6 ,oh1 grand ,dieu6 que serais-je devenue1 s'il avait fallu que je fusse la victime d'un tel excs d'irrgularit4 ,j'hazardai pendant le souper de lui parler de ,clmentine1 mais il m'imposa silence1 et je fus oblige de changer de propos4 ,il est enfin temps de vous dire quels taient les moyens sur lesquels je comptais pour me dbarasser des poursuites de ce vilain moine1 et pour me soustraire encore ce nouveau danger1 aussi heureusement que je m'tais tir des autres4 ,j'avais gard avec le plus grand soin dans ma prison1 le somnifre prcieux1 dont ,brigandos m'avait charg1 et comme ce qui m'en restait tait considrable1 si le quart de cette portion que je croyais suffisant ne russissait pourtant pas assoupir compltement mon perscuteur1 mon intention tait d'avaler moi-mme le reste1 pour me procurer un sommeil ternel qui me dlivra de tous mes maux4 ,cette poudre ainsi que le peu d'argent que j'avais tait heureusement chapp toutes les recherches qui se font en entrant dans ces sortes d'endroits1 et ces objets fondaient en ce moment mes plus chres esprances4 ,j'avais adroitement cach dans ma main la dose destine ,dom ,crispe1 et depuis que nous tions table1 je ne m'occupais que des moyens de la placer dans son verre4 tourdi d'amour et de vin1 vers le milieu du souper1 il se penche totalement dans mes bras pour couvrir mon sein de baisers1 au lieu de le repousser comme j'avais coutume1 ma main gauche captive sa tte sur ma gorge1 pendant que j'introduisis lestement derrire lui1 de la droite1 la poudre que je tiens prte1 son verre tait plein1 elle s'y dlaya tout de suite1 mon opration faite1 je le repoussai doucement1 me versant boire moi-mme1 je l'invite me faire raison1 il avale et le suc prpar distillant aussitt dans ses veines1 produisit un effet si prompt1 que dix minutes aprs1 ses yeux s'appesantissent1 ses sens se glacent1 et il tombe dans une espce de l'targie qui m'aurait effraye pour tout autre homme1 et dans tout autre cas4 ,mais quand il s'agit de sauver son honneur et sa vie1 je ne sais si tous les moyens ne sont pas lgitimes pour se dbarrasser de son adversaire4 ,ds que je vis dom ,crispe dans ce repos si heureux1 je ne songeai plus qu' fuir4 ,les dangers o je m'exposais s'offraient moi dans toute leur tendue1 il y allait de mes jours si j'tais reprise1 je ne me le dguisais pas1 mais en restant je manquais ce que j'avais de plus cher au monde2 ce malheur l n'tait-il pas pour moi le plus cruel de tous8 --,courage1 me dis-je alors1 ma bonne fortune ne m'a point abandonn1 dans des occasions aussi prilleuses que celle-ci1 elle continuera de me servir1 et en disant cel1 je m'lance dans le jardin1 laissant mon homme enseveli dans le plus profond sommeil4 ,le temps tait superbe1 la lune rflchissait des feux si purs1 que la plus belle soire et t moins claire4 ,tout l'enclos de cette maison tait entour de hautes murailles1 le sanctuaire des plaisirs des gens de cette espce1 doit ressembler ncessairement au local affreux qu'ils habitent2 ah6 quel que soit le motif du crime1 qu'il soit dict par le besoin1 qu'il soit l'ouvrage du plaisir1 il lui faut toujours des voiles et de l'obscurit4 ,franchir ces murs dans un lieu ou dans l'autre1 devenait gal1 puisqu'on n'entrait dans cette maison que par une porte1 qui vraisemblablement devait tre ferme2 je profite donc d'un endroit treillag pour arriver sur le haut du mur1 et quelqu'hauteur qu'il put avoir1 je rsolus de me prcipiter les yeux ferms4 4 4 4 ,aucun autre parti ne s'offrait1 il fallut donc prendre celui-l4 4 4 4 ,je sautai1 mais la chute fut si terrible que je tombai presqu'vanouie2 je ne suis pas long-temps dans le repos1 mille sentimens aigus m'en rveillent l'instant et je me mets courir travers les champs comme une folle4 4 4 4 ,au bout d'une heure je m'arrte1 et reprends un instant haleine sur le bord d'un petit ruisseau4 ,l1 je crus qu'il tait prudent de s'orienter pour ne pas tomber dans le pige1 en s'occupant le fuir1 je cherchai le nord au moyen de la direction de la lune1 et je m'y dirigeai1 bien sre en suivant cette marche1 de tourner le dos l',espagne1 et le visage aux ,pyrenes2 ensuite je tchai de trouver un chemin quelconque qui put peu prs remplir mon objet dans la direction projette4 ,j'en vis bientt un1 je le suis1 il y avait environ une demie heure que j'y marchais au hasard1 lorsque j'entendis des cheveaux galloper derrire moi4 --,oh ciel6 me dis-je1 c'est moi qu'on suit assurment1 et je me jette dans l'paisseur d'une haie vive1 pour tcher de n'tre pas apperue4 ,jugez si mon trouble augmenta1 lorsqu'en passant prs de moi1 l'un des deux cavaliers dit l'autre1 nous devons la trouver avant le jour1 il n'y avait pas une demie heure qu'elle tait partie1 quand monseigneur nous a fait monter cheval4 ,et celui qui venait de prononcer ces mots1 descendant ici pour un lger besoin1 vint se placer exactement vis--vis de moi4 4 4 4 ,son camarade l'interrogeant alors1 que crois-tu1 dit-il1 que monseigneur en fera si nous la lui ramenons8 --,il la tuera1 j'en suis certain1 rien n'galait sa fureur2 ma foi1 continua- t-il en remontant sur son cheval1 je ne la plaindrai pas1 car il n'est pas permis de jouer un tour aussi sanglant4 ,et ils se remettent galoper4 ,je ne vous rendrai pas l'effet que ces paroles produisirent en moi1 la circulation de mon sang s'arrta tout coup1 un froid mortel me saisit1 je fus prte perdre connaissance2 revenue des angoisses de cette premire crise1 j'tais incertaine si je suivrais la mme route1 ou si je retournerais sur mes pas1 l'un et l'autre tait dangereux1 et je ne savais auquel me rsoudre1 quelquefois j'tais tente de demeurer l1 et de n'aller ni en avant ni en arrire1 lorsque prtant l'oreille avec attention1 j'entendis les deux cavaliers revenir4 --,ce fut pour le coup que je me crus perdue1 je me blottis dans ma haye1 et je m'y rapetissai tellement1 qu'un lapin1 j'en suis sre1 n'aurait pas tenu moins de place4 4 4 4 ,nos gens revenaient1 mais plus doucement1 et comme j'entendis une femme pleurer1 je ne doutai pas qu'ils n'eussent saisi leur proie4 4 4 4 ,ceci ranima mon courage1 j'coute1 4 4 4 j'examine mme travers les feuilles avec un peu plus de hardiesse1 mais quel est mon tonnement quand je distingue positivement au clair de lune1 les traits et la taille de ,florentina celle de nos compagnes1 dont je vous ai parl1 et dont l'ge tait de #ad ans2 un moment je crois me tromper1 mais l'affreuse scne qui se passe sous mes yeux1 achve bientt de me convaincre4 ,parbleu6 dit l'un de ces hommes l'autre1 ce serait une grande duperie nous1 de rendre cette petite fille sans nous en divertir1 il faut en profiter puisque le hasard nous la donne4 --,ainsi soit fait1 dit le cavalier1 qui la portait en grouppe1 tu es un camarade discret1 je compte sur toi1 monseigneur ne s'en soucie plus1 il ne la veut que pour se venger du tour qu'elle lui joue1 et d'ailleurs si elle parle1 nous la dmentirons4 --,on nous croira plutt qu'elle1 dit l'autre4 --,et comme alors tous deux se retrouvaient au pied de ma haye1 ils jugrent le lieu convenable et s'y arrtrent pour y consommer leur forfait4 ,ils dposrent sur le gazon1 cette pauvre petite malheureuse si prs de moi1 qu'il ne m'est plus possible de la mconnatre1 et 4 4 4 mais comment vous peindre ce qui se passa4 4 4 4 ,il vous est plus ais de le dviner1 qu'il n'est honnte moi de le dire1 ces deux brutaux assouvissent tour--tour leur abominable passion1 et laissent au bout de trois heures cette pauvre petite fille presque anantie de la grossiret de leur emportement4 ,enfin le jour commenait paratre1 et ne les voyant point partir1 je frmissais d'tre dcouverte4 --,par ,saint-,christophe dit l'un de ces misrables1 las de ces impudentes insultes1 et prt en faire cette pauvre crature de bien plus dangereuses pour elle4 ,par tous les saints du paradis1 nous ferions mieux d'gorger tout d'un coup cette coquine1 que de la ramener monseigneur4 ,si elle parle nous sommes perdus1 regarde si une femme de plus ou de moins dans le monde1 vaut la peine de risquer nos places4 ,puisque nous en avons fait tout ce que nous voulions1 puisque nous en sommes rassasis partageons-la en dix-huit parts1 et mettons les morceaux dans cette haye1 nous dirons que nous ne l'avons point vue1 jamais aucunes circonstances n'auront couvert un meurtre avec autant de sret2 ces cruelles paroles rveillrent la triste victime de la cruaut de ces barbares4 4 4 4 messieurs6 dit-elle en se jettant leurs genoux1 je vous proteste sur-tout ce que j'ai de plus sacr que je ne parlerai jamais de ce que vous venez de faire4 ,c'est vous qui me gardez1 je serai toujours dans vos mains1 ici comme chez monseigneur2 ne serez-vous pas de mme temps de me tuer si je dis un seul mot8 mais l'un d'eux1 celui qui avait propos le viol1 infiniment plus froce que l'autre1 saisissant d'une main cette pauvre fille par les cheveux1 et lui portant de l'autre la pointe d'un poignard sur le cur1 non1 non1 dit- il1 point de quartier1 tu parleras encore bien moins quand tu seras morte1 ami1 continua-t-il son camarade1 tenant toujours cette malheureuse sous le fer2 deux choses s'offrent ici1 pse-les bien1 la mort de cette catin d'une part1 de l'autre la perte de notre fortune1 l'une de ces choses ne touche que cette vile crature1 l'autre nous intresse tous les deux4 ,devons-nous balancer un instant8 --,arrte rpondit le camarade de cet homme froce1 je sens toute la vigueur de tes raisons1 mais c'est assez d'un crime1 n'en commettons pas deux1 elle nous promet de ne rien dire1 croyons-la2 si elle manque sa promesse1 nous saurons toujours l'en punir4 ,partons1 le jour vient1 on serait inquiet1 pressons-nous4 ,tu t'en repentiras dit l'autre en lchant la petite bohmienne1 souviens-toi qu'il ne faut jamais faire un crime demi1 et qu'il n'y a jamais de puni que ceux qui ne l'achvent pas4 ,le principe n'est pas toujours sr1 dit l'autre1 en mettant la petite fille derrire son cheval et y remontant lui-mme pendant que son ami en faisait autant1 mais vrai ou non1 on a toujours au moins sa conscience dont la voix nous console intrieurement1 de n'avoir pas fait tout le mal possible1 et ils piqurent des deux4 ,je n'avais pas une goute de sang dans les veines1 mais avant de me livrer aucune combinaison sur cette aventure1 mon premier soin fut de m'loigner au plus vite de ce fatal endroit1 et continuant tristement ma route non sans tre saisie de frayeur au moindre bruit1 je ne pus m'empcher de me demander alors en moi-mme1 comment il tait possible que cette petite fille fut dans les mains de ces gens-l8 nous ne l'avions pas vue l'inquisition1 mais nous tions bien srs qu'elle y tait avec nous4 ,par quel vnement s'en tait- elle chappe8 comment se trouvait-elle sur la mme route que moi8 tout cela devenait une nigme assez difficile rsoudre4 ,ma seule combinaison fut1 qu'apparemment le grand vicaire compagnon des crimes et des dbauches de ,dom ,crispe1 avait sans doute une maison prs del1 que ces libertins s'taient partag un certain nombre de femmes de notre troupe1 et que celle-l s'vadait apparemment de chez lui comme je m'chappais de chez l'inquisiteur4 ,mais pourquoi se sauver8 ,elle n'avait pas les mmes raisons2 ce qui devenait une circonstance affreuse pour moi1 tait pour elle l'poque de son bien- tre4 ,quoi qu'il en fut1 je n'en ai jamais appris davantage2 et c'est la dernire fois de ma vie que j'ai revu cette infortune4 ,je continuai ma route3 avant midi je vis l',escurial sur ma gauche1 je le traversais1 si j'eusse suivi le grand chemin1 mais ne marchant que par des sentiers1 je le laissai l'cart1 cela me suffit pour me faire voir que ma direction tait juste1 et que je faisais effectivement face aux ,pyrnes4 ,je cheminai tout le jour1 ne m'arrtant que quelques instans aux pieds des arbres1 vitant tous les endroits habits1 et ne vivant que de racines et d'eau4 ,je me trouvai le soir si loigne de tous les chemins praticables1 que quoique ma direction fut toujours juste1 je ne savais plus trop o j'tais4 ,je voyais pourtant ces montagnes si leves qui sparent la vieille ,castille de la nouvelle1 je savais qu'il fallait les traverser pour me rendre ,saint-,ildephonse1 o je retrouverais la route des ,pyrnes1 mais comme il tait trop tard pour entreprendre alors ce passage1 je ne m'occupai qu' chercher quelqu'abri1 o je pus attendre le jour2 un sentier que je suivis dans ce dessein1 travers des taillis1 trs-frquens dans cette partie de l',espagne1 m'amena auprs d'une maison isole1 la porte de laquelle je vis une enseigne2 je m'approchai d'une femme assise sur un banc1 prs de la maison et lui demandai par quel hasard il se rencontrait une auberge dans une route aussi peu frquente1 il est vrai me dit cette femme1 que ce passage est trs-peu suivi1 il ne peut mme l'tre par les voitures comme vous le voyez1 mais beaucoup de marchands fraudant les droits royaux et qui passent des soyes de la ,castille dans l',estramadure1 se trouvant plus en sret par cette route secrette1 la suivent et s'arrtent chez moi2 nous y avons une bonne chambre ma mie4 4 4 4 ,elle est vacante4 ,il ne nous viendra personne ce soir4 4 4 4 ,si vous avez de quoi la payer1 elle est votre service2 trop heureuse d'une rencontre qui semblait au moins pour cette nuit1 m'assurer du repos et de la sret2 je sortis de ma poche un quadruple1 et priai cette femme dont l'abord me paraissait honnte1 de se payer de sa chambre1 de son souper1 et de me rendre le surplus1 ce qu'elle fit aussitt1 trs- honntement1 sans me ranonner en aucune manire2 je montai2 cette chambre tait beaucoup plus propre que je n'eusse d l'attendre dans un tel lieu1 je m'y instalai1 et trois quarts-d'heure aprs1 la femme elle-mme m'apporta un assez bon souper4 ,tous ces procds paraissant tablir la confiance1 mon repas fait1 je crus qu'une nuit tranquille devait m'attendre dans le lit qui m'tait destin2 un excs de dlicatesse assez dplac dans ma position1 mais nanmoins fort heureux pour moi dans la circonstance1 me fit regarder les garnitures de ce lit1 je crus y voir plusieurs tches de sang1 je souponnai que quelque malade pouvait y avoir couch1 mon imagination ne fut pas plus loin1 c'en fut assez pourtant pour me dterminer ne point m'tablir dans l'entour de ces rideaux et transporter les matelats par terre dessein d'y passer la nuit1 et plus frachement1 et plus proprement1 ds que je devais en esprer une tranquille2 mais combien mon espoir tait loin de se vrifier1 j'tais dans le plus profond sommeil1 il tait environ trois heures1 j'avais eu la prcaution de garder de la lumire1 lorsqu'un bruit pouvantable me rveilla tout coup en sursaut4 4 4 4 ,je me lve1 je jette les yeux sur ce fatal lit4 4 4 4 ,juste ciel6 j'tais crase si j'y eusse couche4 ,au moyen d'un ressort1 l'impriale de ce lit garni d'une meule norme1 s'abaissait et pulvrisait en une minute ceux qui avaient eu l'imprudence de s'y placer4 4 4 4 ,vous jugez aisment de ma frayeur4 4 4 4 ,la prsence d'esprit ne m'abandonna pourtant point1 je m'habille1 et ne doutant pas que les sclrats auxquels appartenait ce coupe-gorge ne vinssent bientt vrifier l'effet de leur perfide stratagme1 je me rsous fuir avec la plus grande vivacit1 j'ouvre trs-doucement ma fentre1 j'entrevois le sentier que j'avais suivi la veille1 et me prcipitant au bas de la maison1 je gagne promptement ce chemin1 en continuant de marcher avec une rapidit surprenante1 jusqu' ce que j'eusse entirement perdu cette maison de vue4 4 4 4 ,grand ,dieu 4 4 4 me dis-je1 alors en ralentissant un peu ma marche1 et me livrant mes rflexions1 o nous entrane une premire imprudence6 quelle foule de maux m'ont afflige depuis que j'ai eu le malheur de quitter ma famille1 et voil donc les hommes6 est-il possible qu'on ne trouve jamais avec eux que fourberie1 dbauche1 mchancet1 trahison1 violence4 4 4 4 ,est-ce donc l l'ouvrage d'un tre bon6 4 4 4 ,sont-ce donc par ces traits qu'il ose prtendre notre hommage6 4 4 4 ,ah6 ,brigandos1 vos principes ne sont pas si hors de raison1 et ds que je ne vois qu'infamies sur la terre1 ce ne peut tre qu'un tre mchant et indigne de nos cultes qui a cr tout ce qui nous environne4 ,ou l'athisme1 ou ce systme1 le bon sens n'y voit pas de milieu #h4 ,ces rflexions philosophiques me conduisirent au pied des montagnes1 en un endroit o leur ouverture me fit croire que devait tre le passage qui conduit ,saint-,ildephonse1 je ne me trompais pas1 ce dfil qu'on nomme ,e puerto del ,frante ,frio1 me conduisit effectivement ,saint- ,ildephonse1 avant que l'astre ne ft son plus haut degr2 mais je n'entrai pas dans le bourg de cette maison royale1 et me contentai1 suivant ma coutume1 de suivre les sentiers latraux des points de la grande route des ,pyrenes4 ,anantie1 absorbe ce jour-l de ma catastrophe nocturne1 je fis peu de chemin1 et passai la nuit au pied d'un arbre1 prfrant cette situation aux risques de me trouver encore dans quelques maisons suspectes4 ,mon projet le lendemain1 tait de m'approcher de ,sgovie1 mais ayant pris beaucoup trop gauche1 je me trouvai totalement gare1 la nuit vint je ne voyais plus ni route1 ni maison autour de moi1 et je suivais tristement un petit chemin moiti fray1 au hasard du lieu o il pourrait me conduire1 lorsque j'entendis le son d'une cloche1 je m'y dirigeai et parvins au bout d'une demi-heure1 prs d'un couvent de capucins extraordinairement isol1 et qui me parut peu considrable1 je n'avais aucune envie comme vous le croyez aisment d'aller demander asyle ces bons pres1 je serais devenue dans leur retraite1 un morceau trop friand pour eux1 mais trouvant l'glise ouverte1 je m'y introduisis1 imaginant au moins que l'air d'y prier1 m'y ferait passer tranquillement la nuit2 j'entrai1 je me tapis dans un confessionnal1 et peu aprs j'entendis fermer l'glise4 ,dans cette tranquille obscurit1 puise de faim et de fatigue1 je me livrai malgr moi au sommeil1 il y avait tout au plus deux heures que je reposais1 lorsque j'entendis ouvrir la porte du chur qui donnait dans le couvent1 je crus d'abord que les pres venaient matines4 ,cette ide qui ne m'tait pas venue1 me fit frmir1 mais ce qui frappa mes regards redoubla bien mieux mes craintes1 deux religieux1 clairs d'une faible lampe1 s'introduisirent pas lents2 ils portaient l'un par la tte1 et l'autre par les pieds1 un cadavre de femme tout rcemment assassine4 --,mettons la ici1 dit l'un d'eux en dposant le ct du corps qu'il tenait1 sur la balustrade du chur1 et ouvrons vite un caveau4 --,la belle crature dit l'autre en la considrant4 4 4 4 sans les maudites recherches dont nous sommes menacs1 elle nous aurait encore servi plus de six mois4 --,en voil pourtant vingt-une qui nous passent ainsi par les mains depuis quatre ans2 nous dpeuplerons la province4 --,ce sont nos maudites institutions qui sont cause de cel1 nous sommes des hommes comme les autres1 et tout comme eux nous avons besoin de femmes1 qu'on nous en laisse volont1 et pour dguiser des besoins naturels1 nous ne serons pas obligs d'avoir recours au crime1 nous ne serons pas contraints tuer les objets de nos jouissances1 de peur qu'ils ne nous trahissent4 ,voil l'inconvnient affreux que n'ont pas su prvoir les loix2 une jeune fille1 tendre et crdule1 devient infanticide pour dguiser sa faute1 un libertin sujet des caprices1 pour les cacher1 en dtruit l'objet1 le moine incontinent devient un meurtrier1 qu'on ferme les yeux sur des torts qui ne sont qu'imaginaires1 sur des faiblesses qui n'offensent en rien la socit1 et l'homme ne deviendra pas doublement criminel pour empcher qu'on n'imagine qu'il put se le rendre une fois4 --,si les parens viennent demain comme on nous en menace1 nous leur dirons qu'on les a tromps1 fausset1 trahison1 fourberie1 rien ne cote aprs les crimes o l'on nous force4 4 4 4 ,et voil comme on perverti l'homme1 voil comme pour le rendre meilleur1 on l'oblige devenir plus mauvais4 --,alors l'un de ces moines s'avanant vers le confessionnal o j'tais1 vint ouvrir un caveau moins d'une toise de moi1 allons1 dit-il son confrre ds qu'il eut fait1 mettons cette malheureuse dans sa dernire demeure1 et ils la reprirent1 la placrent sur le bord du caveau1 et se reposrent encore un instant4 --,si jamais nous tions vus dit l'un1 quand nous faisons de pareilles choses4 ,malheur celui qui nous surprendrait1 il passerait un mauvais quart-d'heure1 nous enterrerions deux individus au lieu d'un4 ,fussent-ils vingt1 nous les camperions dans le caveau4 --,heureusement que dans notre solitude1 ces surprises-l sont impossibles4 --,impossibles1 tu te trompes1 un voyageur peut s'tre arrt dans l'glise 4 4 4 ,s'y tre laiss enfermer1 s'vader ensuite le lendemain1 pour aller nous trahir et nous perdre4 --,en vrit nous ne devrions jamais procder de semblables expditions1 sans tout examiner avant2--,et vous jugez si je frmissais4 --,allons plaons-l toujours continurent-ils1 pour aujourd'hui il n'y a rien craindre2 il ne passe personne les samedis devant notre maison1 une autre-fois nous serons plus prudens4 --,ils descendent tous deux le cadavre1 remontent au bout de quelqu'instans1 referment le caveau1 et rentrent dans le couvent4 ,je n'avais1 ce qu'il me semblait rien prouv jusqu'alors qui eut d me causer autant d'allarmes mme dans l'aventure de ,fiorentina1 car au moins l1 j'tais en plaine2 absolument anantie1 j'coutai un moment si je ne rvais pas4 4 4 4 -- fortune6 me dis-je1 comment me tireras-tu de ce pas-ci8 4 4 4 ,il n'est pas possible que je ne sois vue demain1 quand on ouvrira l'glise4 4 4 4 ,et si cel arrive1 je suis morte4 4 4 4 ,l'agitation1 l'inquitude1 la frayeur dont je fus tourmente le reste de la nuit1 ne peut ni s'imaginer1 ni se peindre2 tout instant j'appercevais le fatal caveau s'ouvrir devant mes yeux pour m'engloutir vivante4 4 4 4 ,d'autrefois je ne m'y voyais descendue qu'aprs avoir t perce de cent coup de poignards4 4 4 4 ,oh6 qu'elle me sembla longue cette effrayante nuit6 le jour parut enfin2 un frre du couvent vint ouvrir les portes1 et dans l'instant une douzaine de femmes et de paysans s'introduisirent pour entendre la premire messe2 je crus ici qu'il serait beaucoup plus prudent d'avoir l'air d'entrer avec ces gens-l1 que d'afficher celui de fuir1 je me dgage donc lestement de mon coin1 et me mlai parmi ces villageois1 ils s'agenouillrent1 j'en fis autant1 il faut quelquefois savoir feindre4 ,une figure trangre est observe dans des endroits carts comme ceux-l2 on jetta beaucoup les yeux sur moi1 mais l'on ne me dit mot4 ,le prtre parut4 4 4 4 ,c'tait un de ces mmes moines 4 4 4 un de ces mmes sclrats qui venait de se souiller de forfaits1 dont les mains impures et sanglantes1 allaient offrir le sacrifice divin4 4 4 4 ,si j'ai jamais cru faire un crime moi-mme1 c'tait bien d'assister une aussi rvoltante idoltrie4 4 4 4 ciel6 me dis-je1 quand il leva l'hostie1 serait-il donc possible qu'un miracle comme celui duquel on nous parle1 se ft sous les paroles de ce monstre1 4 4 4 et je dtournai les yeux avec horreur4 ,voil l'poque o j'ai pris cette crmonie de l'glise1 dans une haine tellement invincible1 qu'il serait moins cruel pour moi1 d'assister un supplice1 que de voir oprer ce mystre4 ,l'impit s'acheva2 je sortis avec le peuple2 et bientt j'en fus entoure2 on me questionna4 4 4 4 ,je me dis pelerine franaise1 retournant dans ma patrie1 le confrre de celui qui venait de dire la messe1 celui qui l'avait aid pendant la nuit1 tait venu se joindre aux paysans1 il me regarda avec attention1 je vis aussitt la luxure clater dans ses yeux4 ,il me demanda o j'avais couch8 sous un arbre une lieue d'ici1 rpondis-je1 ne voyant nul abri o pouvoir reposer ma tte2 il me proposa d'entrer au couvent1 m'assura que je le pouvais titre de pelerine1 et que puisque je n'avais pas soup la veille1 on m'y servirait djener2 eusse-je eu mille fois plus d'appetit1 je me serais bien gard d'accepter de tels secours2 4 4 4 il redoubla ses instances1 4 4 4 je mis plus d'expression mes refus1 et priant un de ces villageois de m'indiquer la route de ,sgovie1 je m'acheminai promptement vers le ct qu'on m'indiquait1 sans oser seulement regarder derrire moi4 peine eus-je fait deux lieues que je trouvai une maison2 j'y entrai dessein d'y prendre quelque nourriture1 ce n'tait point une auberge1 mais une grosse ferme1 habite par d'honntes gens1 dont je fus trs-bien reue2 le premier objet qui me frappa1 fut une jeune femme pleurant au coin du feu de la cuisine4 --,je demandai le sujet de son chagrin4 --,c'est ma fille me rpondit un vieillard1 qui me parut tre le chef du logis1 depuis deux mois la chre femme ne peut se consoler4 --,et que lui est-il donc arriv demandai-je8 --,elle avait une fille de quinze ans1 belle comme le jour1 qui a disparue depuis l'poque que je vous dis1 sans qu'il soit possible de savoir ce qu'elle est devenue4 4 4 4 ,une fille sage comme sa mre1 4 4 4 dvote comme un ange1 un enfant que nous adorions2 4 4 4 c'tait l'espoir et la consolation de mes vieux jours4 4 4 4 et des larmes humectrent ici1 les yeux de ce brave homme4 --,mais dis-je alors ne doutant plus de la funeste liaison de ces deux faits1 n'avez-vous nglig nulles recherches8 ,aucunes1 me dit le vieillard4 4 4 4 ,de mauvaises gens sont venues nous dire qu'elle tait cache dans ce petit couvent de capucins1 auprs duquel vous avez d passer4 4 4 4 ,quelle apparence que des personnes si saintes et si honntes1 eussent fait une pareille chose4 4 4 4 ,ils ne sont que trois dans ce couvent1 et tous les trois mritent d'tre canoniss4 ,un d'eux encore hier au matin 4 4 4 tait l qui nous consolait 4 4 4 le saint homme4 4 4 4 ,il nous disait que ,dieu nous aimait1 puisqu'il nous chtiait aussi cruellement 4 4 4 ,qu'il fallait prendre ce flau comme une des croix dont le fils de ,dieu fut humili1 et que celle que nous pleurions tait peut-tre dans le ciel prsent4 4 4 4 ,peut-on se permettre de souponner de tels religieux6 4 4 4 ils seraient bien plus capables de nous la ramener si elle avait failli1 que de nous dsoler en nous la ravissant4 4 4 4 ,la pauvre petite 4 4 4 ,ils l'ont connue toute enfant1 l'un d'eux la confessait1 il est aussi le directeur de toute notre famille4 4 4 4 ,c'est chez eux qu'elle a appris lire1 4 4 4 chez eux qu'elle remplit l'an pass ses premiers devoirs de chrtienne4 ,ils sont tous les jours ici1 ils nous conseillent1 4 4 4 ils nous chrissent4 4 4 4 ,ce sont des sclrats ceux qui veulent mettre la perte de notre chre fille1 sur le compte de gens aussi respectables4 ,ici je m'imposai le silence le plus vigoureux2 quelqu'horrible que ft le crime de ces moines1 quelque certaine que je dus tre1 que la fille perdue et la fille enterre dans le couvent1 ne devait tre que la mme personne1 rien ne put me dterminer devenir la dlatrice de ces malheureux1 je ne sauvais pas la vie de cette infortune1 en accusant ceux qui l'avaient fait prir1 il y a d'ailleurs quelque chose de si obscur et de si louche sur-tout cela1 dans les dcrets de la nature1 si c'est la perte de l'individu qui caractrise le crime1 n'en commettai-je pas un en faisant prir ces religieux8 et si ce n'est pas la perte de l'individu qui constate le crime1 ou si cette perte est gale aux loix de la nature1 qui ne se maintiennent que par des pertes4 4 4 4 ,restait-il alors bien prouv que ces moines mritassent la mort8 4 4 4 et puis tous trois prissaient par mes aveux2 or1 un seul tre en vaut-il trois8 4 4 4 la mort du meurtrier enfin1 empche-t-elle de nouveaux meurtres8 4 4 4 rpare-t-elle celui qu'il a fait8 4 4 4 ranime-t-elle le sang qu'il a vers8 4 4 4 mais ils en avouaient plusieurs4 ,il ne m'appartenait pas de les prendre sur de tels aveux1 je n'avais pas les indices de plusieurs crimes4 peine avais-je ceux d'un seul1 je dis peine1 puisque ce crime n'avait pas t commis sous mes yeux1 je ne pouvais donc pas les dnoncer pour plusieurs4 ,j'aurais enfin tout mis en uvre pour que les moines de l'univers entier1 eussent eu la permission publique de se livrer au petit mal1 qui pouvait en empcher de si grands1 mais je n'aurais pas fait un pas pour perdre des malheureux qui ne devenaient criminels que par force 4 4 4 ,que1 contraints par des loix absurdes que j'aurais eu le tort de servir1 en leur immolant ces victimes4 ,moyennant quoi je me tus1 je plaignis le sort de ces bonnes gens1 les payai largement de ma dpense1 et suivis la route qu'ils m'assuraient devoir me rendre le mme soir ,sgovie4 ,cette route n'tait qu'un sentier1 seulement trois lieues del1 je devais trouver le grand chemin1 je le rencontrai comme on me l'avait dit1 mais ne me souciant point de le suivre1 toujours dans la crainte d'tre poursuivie comme fugitive de l'inquisition1 je me mis battre des traverses toujours dans les directions de mes principaux points1 de faon que marchant encore cette journe au hasard et n'ayant rencontr personne1 je m'garai une seconde fois4 ,aucun abri dans les environs1 une nuit des plus obscures et qui m'otait toute esprance de me retrouver ce soir-l4 ,rassasie de malheurs1 frappe de tous les objets sinistres offerts moi depuis si long-temps1 une frayeur soudaine me saisit1 et me laissa cheoir au pied d'un chne1 presque sans force et sans mouvement1 j'tais peine dans ce funeste tat1 qu'un homme arm d'une carabine en bandoulire1 et d'une ceinture garnie de poignards et de pistolets1 se laissa glisser du haut de l'arbre1 et tomba tout coup mes pieds 4 4 4 ,que fais-tu la p 4 4 4 me dit-il d'une voix terrible1 et que viens-tu chercher dans ce pays-ci8 4 4 4 ,hlas6 monsieur1 dis-je aussitt en me levant1 je ne suis pas ce que vous croyez1 mais une malheureuse femme1 enleve de ,france par un amant qui m'a pouse1 qui m'a t ravi lui-mme1 que je cherche par toute la terre et que je vais essayer de retrouver dans ma patrie4 ,ces explications suffisaient1 mais elles ne satisfaisaient pas le sclrat qui j'avais faire4 --,tu es franaise me dit-il alors1 en se servant de notre langue1 et moi aussi ma mie1 allons paye la bien venue1 et m'ayant en mme-temps adosse contre l'arbre1 il se prparait ne me faire aucun quartier1 malgr les nuds de la patrie2 dj une de ses mains empchait ma voix de s'chapper1 tandis que l'autre facilitait une entreprise dont j'allais infailliblement devenir la victime1 si dans l'instant une troupe de ces mmes brigands ne nous et entours tous les deux2 ils taient huit en tout1 galement arms1 et tous gens de fort mauvaise mine2 un moment1 dit l'un d'eux en arrtant avec violence les poursuites de mon adversaire1 un moment1 il faut que chacun en ait sa part1 et il n'est pas juste que le plus nouveau passe le premier2 capitaine1 s'cria celui qui venait de parler1 un autre homme qui arrivait1 venez dcider la question4 --,quelle est cette gueuse l dit cet homme rbarbatif1 en me tirant vivement d'auprs de l'arbre1 pour m'observer un peu plus au jour4 ,de par tous les diables1 elle n'est pas mal4 4 4 4 ,amis menons cela dans notre caverne1 vous savez que nous n'avons personne pour nous faire manger1 quand nous revenons de nos courses1 il nous faut prparer nous-mmes de quoi nous restaurer4 4 4 4 ,cette p 4 4 4 l sera excellente 4 4 4 et pour cela et pour autre chose1 4 4 4 quand la fantaisie nous en prendra1 4 4 4 ,marchons1 poursuivit-il1 il est tard1 demain la voiture de ,madrid passe au coin du bois1 l'aube du jour1 je n'y veux laisser ni un cu1 ni un voyageur1 j'ai tant de chagrin d'avoir manqu aujourd'hui la berline du duc ,dalbuquerke1 que je veux m'en venger demain sur tout ce que je rencontrerai2 et l'on marchait toujours durant cette charmante conversation1 qui1 comme vous voyez ne me laissa pas ignorer long-temps que j'avais pour affreux destin1 d'tre tombe dans une troupe de voleurs1 4 4 4 que dis-je dans une troupe d'insignes assassins1 qui ne faisait jamais grace qui que ce fut1 et qui s'tant rendue introuvable dans la vieille ,castille1 l'inondait depuis six mois des crimes les plus atroces4 ,je ne vous dirai point mes rflexions1 j'tais si tellement anantie qu' peine avais-je la force de respirer4 ,quelquefois pourtant je les suppliais de me faire grace et de me laisser poursuivre mon chemin2 mais ils riaient ou me menaaient1 il fallait se rsoudre et marcher2 au bout d'une demie heure nous arrivmes dans un taillis extrmement toufu1 o l'paisseur des branches nous laissait peine la possibilit de dfiler4 ,vers le milieu de ce petit bois1 le chef qui marchait en tte1 leva une pierre couverte de broussailles1 un escalier s'offrit nous1 nous le descendmes dans le silence et quand nous fmes prs de cent pieds sous terre1 nous nous trouvmes dans un vaste caveau au fond duquel brlait une lampe1 on alluma plusieurs chandelles et dans l'instant je pus distinguer la forme du local2 il paraissait que cette retraite tait une ancienne carrire1 plusieurs sentiers aboutissaient la principale pice dans laquelle nous tions1 et conduisaient par leur autre bout diffrentes petites chambres galement tailles dans l'paisseur du roc4 ,l1 nos bandits se dsarmrent1 et le capitaine en me regardant sous le nez1 me demanda qui j'tais1 je lui dis la mme chose que j'avais avance celui de sa troupe qui m'avait parl le premier4 ,alors cet insigne brutal pour toute marque d'intrt aux malheurs que je venais de lui peindre2 reprit sa carabine1 et aprs un blasphme excrable1 ,bras de fer1 dit-il un de ses camarades1 j'ai bien envie de tirer cette pucelle au blanc1 je n'ai jamais tu de femme de ma vie1 je veux voir si cel serait meilleur dsorganiser qu'un homme1 bien dit1 capitaine1 rpondit ,bras de fer1 aussi bien les doigts me dmangent1 je ne dors pas d'un bon somme quand je n'ai pas tu quelqu'un2 plaons-la toute nue au bout de l'alle1 les jambes ouvertes1 et le premier qui mettra la bale dans le noir1 aura lui tout seul le butin qui se fera demain4 4 4 4 ,mais quand ils virent que je plissais1 4 4 4 que j'tais prte perdre connaissance1 4 4 4 le capitaine quitta son arme1 et me dit d'tre tranquille1 qu'il ne faisait cela que pour me faire voir le sort qui m'attendait si je cherchais me sauver d'eux ou si je ne faisais pas mon devoir4 ,de ce moment on me mit en possession des instrumens de la cuisine1 on me fit allumer du feu1 et on m'ordonna de prparer les viandes qui me furent remises cet effet4 ,ne voyant qu'une parfaite obissance et un peu de talent pour attendrir mes nouveaux matres1 quoique je n'eus jamais fait ce mtier1 je l'entrepris avec un telle envie de russir1 que je leur fis un assez bon souper1 ils en furent si contents qu'ils m'invitrent me mettre table avec eux1 ce que je fis avec bien plus de frayeur que de faim4 ,en prparant ce repas1 j'avais bien pens au somnifre qui m'avait si parfaitement russi avec l'inquisiteur2 de quelle utilit ne me ft-il pas devenu dans une telle circonstance1 mais en franchissant les murs de dom ,crispe1 j'avais eu le malheur de le perdre1 et je ne l'avais pas regrette1 n'imaginant pas qu'il dt m'tre sitt ncessaire4 ,quand nos brigands eurent bien soup1 quand ils eurent vuid un grand nombre de bouteilles de vin1 leurs yeux se tournrent vers moi avec un peu plus d'intrt1 et comme il s'en fallait bien que l'amour ou la galanterie devnt l'lment de leur flamme1 il n'y eut sorte de brutalits qu'ils ne se prposrent2 un cart en amne un autre2 l'ennemi de la vertu1 l'est galement de la dcence2 accoutum franchir tous les freins pour l'intrt du crime o son penchant l'entrane1 jugez s'il en respecte o parle sa luxure8 4 4 4 ,comment vous rendre tout ce qui fut dit4 ,vous le cacher est manquer le tableau2 j'userai donc de quelques figures1 il n'y a que les expressions malhonntes qui choquent1 on peut tout montrer sous le voile4 ,ils prtendirent d'abord qu'il fallait me faire mettre nue au milieu d'eux1 teindre toutes les lumires1 et qu'ainsi que des loups sur une brebis1 chacun se jetteroit sur moi pour s'y satisfaire sa guise3 ensuite les opinions changrent1 il fallait1 dirent-ils rserver le meilleur pour le jour d'ensuite 4 4 4 se contenter seulement ce soir-l de juger mon adresse1 4 4 4 et que celui qui1 mieux servi1 ou plus heureux1 arriverait au but en moins d'instant1 serait le premier le lendemain dont je couronnerais l'ardeur4 ,un troisime ouvrit un avis diffrent3 la forteresse1 prtendit-il1 devant tre d'une rsistance fort vive1 il fallait1 afin de se mettre en tat de l'attaquer le jour suivant1 escarmoucher devant les demi-lunes1 et s'emparer de la redoute avant d'entrer dans le corps de la place4 ,d'autres dirent des choses encore plus obscnes2 il n'y eut sorte de complots odieux qu'ils ne firent contre moi1 sorte d'inventions crapuleuses ou barbares qui n'chauffassent leur tte4 4 4 4 ,enfin le capitaine apaisa tout1 et dit que1 comme on devait partir dans une heure1 il ne voulait pas que personne me toucht avant le retour2 mais que pour passer cette heure agrablement1 il fallait me jouer aux ds1 et mettre entre les mains du sort la dcision de l'ordre de ceux qui deviendraient mes amans tour tour3 ce projet s'excuta sur-le-champ1 et les rangs s'crivirent4 ,enfans1 dit le capitaine1 ds que cela fut fait1 tout est dit1 partons maintenant2 des devoirs plus essentiels nous attendent4 4 4 4 ,souvenez-vous que ce que nous venons de faire n'est qu'un jeu3 je voulais vous tenir en gaiet1 et vous empcher de dormir4 4 4 4 ,que cette malheureuse nous serve1 la bonne heure1 nous en avons besoin4 4 4 4 ,mais s'il y en avait un seul d'entre-vous qui s'avist de profiter de sa faiblesse et de son malheur1 pour obtenir par la violence1 ce qu'elle ne doit donner qu' celui qui lui plaira le mieux1 je vous avertis que je regarderais cet homme-l comme un lche1 comme un malhonnte homme1 capable de nous trahir nous-mmes1 et qu'il n'y auroit rien que je ne fisse pour m'en dfaire l'instant4 ,ce n'est ni contre le faible1 ni contre le pauvre que doivent se diriger nos armes2 elles ne sont destines que pour le fort et pour l'opulent3 notre mtier1 tout aussi noble que celui d',alexandre1 n'a pour objet que d'tablir parmi les hommes1 une compensation drange par la civilisation et les loix4 ,nous manquons1 personne ne nous secoure2 tout nous est permis pour rparer les torts de la fortune1 et la frocit du riche4 ,tout nous est dfendu1 ds qu'il n'est question que d'un crime4 ,il est dj assez malheureux pour nous d'tre obligs d'en commettre pour vivre1 sans nous y livrer gratuitement4 ,qu'il s'avance celui qui aurait envie de me contredire1 et je lui fais raison sur- le-champ1 de telle manire qu'il voudra l'entendre4 ,ce discours fut universellement applaudi2 tous s'armrent et partirent1 en me laissant ce qu'il fallait leur prparer au retour4 ,grand ,dieu1 me dis-je1 confondue de ce que je venais d'ouir3 4 4 4 voil donc encore de la vertu dans le sein mme de l'infamie6 ,ces malheureux viennent de se permettre des propos affreux1 sans doute1 mais ils ne m'ont fait aucun mal1 et ils annoncent clairement l'envie de ne m'en point faire2 ils ne m'ont point livre par raison d'tat aux mains d'un roi barbare qui pouvait me dvorer3 ils n'ont point eu dessein1 comme l'alcade de ,lisbonne1 d'abuser de ma misre1 pour se procurer des jouissances1 ils ne m'ont pas vole pour me contraindre me jetter dans leurs bras2 ils ne m'ont point brle1 tenaille1 pour obtenir de moi l'aveu de crimes imaginaires2 ils ne m'ont point place entre le dshonneur et la mort1 pour triompher de ma faiblesse 4 4 4 ils ne me tuent point pour empcher que je ne rvle leurs crimes4 4 4 4 ,ce ne sera donc jamais que dans les tats proscrits par la socit1 que je trouverai de la piti et de la bienfaisance2 et ceux qui sont chargs d'y maintenir l'ordre et la paix1 ceux qui doivent y faire rgner la pit et la religion tour--tour1 sduits par le despotisme1 ou frmissant sous le joug de l'imposture1 ne m'offriront que des horreurs et des crimes6 la civilisation est-elle donc un bonheur6 et si la plus grande somme de crimes se trouve toujours sous le manteau de l'autorit2 les freins dont elle nous accable1 ne sont-ils pas plutt les instrumens de ses passions1 que les moyens de la vertu8 ,ces ides agitrent mon esprit avec tant d'empire1 que je passai deux heures au coin du feu comme anantie1 et sans regarder autour de moi4 ,je me levai enfin1 curieuse de voir ma nouvelle habitation1 comme les rayons du jour n'y avaient jamais pntrs1 je me munis d'une lampe1 et parcourus sa sombre lueur1 tous les dtours de ce rduit4 4 4 4 ,quel fut mon tonnement1 quand j'entendis parler bas au fond d'une vote obscure1 qui paraissait receler quelques lugubres habitations4 4 4 4 ,je m'avance1 je vois une porte1 et distingue clairement que les sons qui me frappent1 ne viennent que de la chambre que ferme cette porte4 4 4 4 ,je prte l'oreille4 4 4 4 6 ma chre ,anglique1 disait en franais une voix d'homme1 notre imposture n'en imposera pas long-temps1 ds qu'on aura cess d'y croire1 la mort en deviendra le prix1 et cette affreuse caverne est notre ternel spulchre4 4 4 4 ,je m'enhardis4 4 4 4 ,de tels mots1 pens-je1 ne peuvent venir que de compagnons d'infortune2 c'est mon heureux sort qui me les envoie2 parlons-leur4 --6 vous1 dis-je d'une voix basse1 vous qui gmissez comme moi dans ce lieu d'horreur1 4 4 4 je m'y crois plus libre que vous2 enseignez-moi comment je peux vous y servir8 --,qui tes-vous1 me dit travers la porte le mme homme qui venait de parler1 votre piti trompeuse ne nous abuse-t-elle pas8 --,ne le redoutez point1 m'criai-je1 je suis comme vous1 victime de la sclratesse des matres de cet affreux logis1 et desire1 pour le moins1 aussi vivement que vous1 de leur chapper1 quelque peu de raison que j'aie me plaindre d'eux jusqu' ce moment-ci4 ,alors je dvoilai mes aventures2 4 4 4 monsieur de ,bersac1 c'tait le nom de ce camarade de malheur1 me raconta les siennes et celles de sa femme4 ,ils taient l'un et l'autre comdiens franais2 ils venaient de ,cadix1 et retournaient dans leur patrie2 la voiture publique dans laquelle ils taient1 avait t pille2 presque tous les voyageurs1 ou s'taient enfuis1 ou avaient rencontr la mort1 et lui1 ainsi que sa femme1 n'avaient chapp la rage de ces meurtriers1 qu'en leur promettant de leur apprendre un secret essentiel pour eux4 ,ce subterfuge n'avait eu pour but que de parvenir pendant ces dlais1 trouver les moyens d'chapper4 ,ils avaient dit ces voleurs1 que trois jours aprs eux1 la voiture de l'ambassadeur de ,france1 charge d'or et de bijoux1 devait passer par la mme route2 ils demandaient la vie s'ils n'en imposaient pas4 ,le moyen avait russi2 mais ce qui le fondait tant imaginaire1 et l'instant o la fausset de leur histoire allait se dcouvrir1 tant prt d'arriver1 comment esprer de se tirer d'affaire8 --,il faut prvenir ce moment1 dis-je1 ces malheureux poux1 il faut nous sauver tous2 j'ai du courage et de l'adresse2 j'ai chapp de plus grands prils2 rassurez-vous1 votre libert me devient aussi chre que la mienne1 et je vais travailler la rendre tous trois2 ces honntes gens pleurrent en m'coutant2 ils jurrent de consacrer leur vie m'tre utile1 si je parvenais rompre leurs fers4 ,je les quittai pour en aller tudier les moyens4 ,il me paraissait impossible que les voleurs eussent emport dans leur course1 la clef du cachot de monsieur de ,bersac2 elle devait assurment se trouver2 il ne s'agissait que de la chercher4 ,je remuai tout1 il ne fut pas un coin de ce lugubre manoir que je ne visitai4 ,je dcouvris enfin cette clef cache sous deux grands sacs de linge1 je m'en saisis1 4 4 4 je vole au cachot1 j'en ouvre la porte1 et sautant au col de mes compagnons1 quelle joie1 dis-je1 quel bon augure pour les suites2 voil dj la moiti de vos liens briss1 travaillons promptement au reste4 ,monsieur de ,bersac tait un homme de quarante-cinq ans1 d'une fort belle figure1 et sa femme1 ge d'environ quarante1 avait encore une phisionomie trs-agrable3 elle tait en possession au thtre de l'emploi des grandes coquettes1 et son mari tenait celui des pres nobles4 ,rien de plus tendre que les marques de reconnaissance que me prodigurent ces deux poux2 mais en en recevant les expressions la hte1 sortons1 leur dis- je1 sortons2 tel doit tre prsent notre unique objet2 une fois en libert1 nous nous livrerons loisir aux sentimens mutuels qu'une telle rencontre nous inspire2 ne songeons maintenant qu' nous vader4 ,ils se ressouvenaient1 aussi-bien que moi1 du chemin de l'escalier2 nous le gagnons1 nous escaladons lestement jusqu'au haut2 mais que devinmes-nous quand nous vmes que la trape semblait exactement ferme4 4 4 4 ,bersac ne dsespre point1 4 4 4 il voit un jour1 il pousse de toute la force de ses paules1 une grosse pierre couverte de broussailles pesait seulement sur cette trape2 elle cde aux efforts de celui qui soulve1 nous l'aidons1 la pierre se renverse2 et nous voil dehors4 ,il faut avoir connu la situation de quelqu'un qui brise ses fers pour tre en tat de la rendre2 c'est un nouvel air que l'on respire2 ce sont de nouvelles sensations qu'on prouve2 c'est un poids norme de moins dont on se dbarrasse4 ,nous ne pmes tenir1 avant d'aller plus loin1 au plaisir de nous embrasser encore tous les trois2 puis nous encourageant mutuellement1 partons1 dmes- nous1 loignons-nous avec vtesse2 nous serions perdus sans ressources1 si ces malheureux revenaient4 ,il tait environ sept heures du matin1 nous nous sentions en tat d'entreprendre une forte course2 nous fmes dix lieues avant le coucher du soleil1 sans que rien troublt notre marche4 ,cette journe nous approchait de ,valladolid2 nous y arrivmes le lendemain4 ,mes compagnons ayant tout perdu1 les seuls petits fonds que les voleurs n'avaient pas song me prendre1 avaient servi nous conduire jusques-l4 ,mais ces ames honntes et sensibles surent bientt me ddommager du peu que j'avais fait2 ,bersac et sa femme avaient des amis ,valladolid1 ils furent les voir1 et en reurent les secours qu'ils en attendaient4 ,voil ce qui vous appartient1 madame1 me dit cet honnte ami1 en plaant devant moi la somme entire qu'ils venaient de recevoir4 ,daignez accepter ceci comme une bien faible marque de la reconnaissance que nous vous devons3 prenez tout1 dirigez tout1 et conduisez nous seulement ,bayonne4 --,oh ciel6 dis-je ces braves amis1 quelle injure vous me faites6 ,quoi1 vous voulez m'ter la douceur de vous avoir servi6 une ame comme la mienne connat-elle d'autre prix aux bienfaits1 que celui de les avoir rendus8 4 4 4 ,mon pre1 dis-je ,bersac1 en me jettant dans ses bras1 protgez ma jeunesse2 empchez-moi de heurter encore contre de nouveaux cueils2 voil le prix que je demande du faible service que vous estimez tant4 ,ensuite de cet lan de mon ame que ,bersac reut avec toute la sensibilit possible1 il me dit qu'aprs mes malheurs1 aprs la situation o j'tais avec ma famille1 le dsir que j'avais de retrouver mon poux1 le peu de fonds dont j'tais munie1 il ne voyait pour moi d'autre parti que le spectacle2 et quand il s'apperut que ce mot me faisait entrevoir de nouveaux prils 4 4 4 ,vous vous trompez1 me dit-il1 il n'y a point d'tat au monde o une femme puisse mieux conserver sa vertu2 si son talent l'expose1 on peut dire aussi qu'il la garantit3 elle peut toujours l'opposer pour raison de ne pas se livrer au vice2 son organe1 sa taille1 sa sant1 sont des motifs qui doivent servir la rendre sage1 et qu'elle peut toujours objecter ceux qui veulent l'empcher de l'tre4 ,une femme qui n'a d'autre ressource que dans son travail1 peut manquer1 et trouver par ce travail mme1 mille occasions d'tre sduite4 ,notre talent n'offre aucun de ces dangers2 -peu-prs toujours pay au-del de ce qu'il faut pour vivre2 il expose rarement au triste inconvnient du besoin2 si une femme a un talent transcendant1 on la respecte et on l'attaque peu4 ,si elle n'en a qu'un mdiocre1 sa bonne conduite lui rend la considration que le peu d'art lui refuse2 et elle est galement rvre4 ,non1 non1 ,lonore1 non1 n'imaginez pas que le thtre soit un cueil pour la sagesse2 le devoir dlivre des perscutions1 et l'on finit par vous savoir gr de vos soins les viter4 ,d'ailleurs on fait corps1 on est soutenu1 on a des camarades1 on est protge1 on est pour-ainsi-dire1 par l'tat mme1 entirement l'abri de la misre et de l'insulte2 et ce que cet tat a de suprieur celui que le simple travail manuel pourrait vous donner2 c'est que dans celui-ci1 votre sagesse1 si vous tes pauvre1 deviendra presque un ridicule2 au lieu que dans le ntre1 elle ajoutera tonnamment l'clat de votre rputation4 ,on prononcera sans cesse1 avec une sorte de respect1 les noms des ,gaussin1 des ,doligni et des ,prville1 ils imprimeront toujours -la-fois des ides de talent et de vertu4 ,rflchissez d'ailleurs tous les agrmens du mtier2 jouissez du parfum des roses1 moissonnes sur aussi peu d'pines1 quoi de plus flatteur pour l'amour-propre1 que de se trouver l'idole de la scne6 de n'y jamais paratre que pour l'entendre retentir des applaudissemens qu'on vous prodigue2 comme on respire avec dlices l'encens offert ses autels2 votre nom vole de bouche en bouche2 il ne s'y prononce qu'avec des loges2 les hommes vous aiment1 vous desirent1 vous recherchent2 les femmes vous envient1 vous cajolent et vous imitent2 vous donnez -la-fois le ton et les modes2 vous ne paraissez1 en un mot1 jamais1 sans que toutes les sensations de l'orgueil ne soient enivres tour--tour4 ,si vous avez de la conduite1 les plus grandes maisons vous sont ouvertes2 on vous y reoit avec plaisir2 on vous y parle avec respect1 et par-tout vous trouvez des amis1 de la protection et des hommages4 ,vous me sduisez1 mon pre1 dis-je ,bersac1 mue et presque dcide4 4 4 4 ,mais vous le voyez1 je n'ai point de talent4 4 4 4 peine sais-je le franais1 depuis le temps que je ne parle que l'italien1 le portugais et l'espagnol1 tous mes mots se sont corrompus4 --,cela reviendra facilement1 me dit madame de ,bersac2 abjurez ces langues trangres1 raccoutumez-vous au frein des rgles grammaticales2 contraignez votre prononciation redevenir pure et exacte1 pendant que nous allons voyager ensemble1 et je vous rponds qu'au del des ,pyrnes1 on ne s'appercevra seulement pas que vous ayez jamais quitt la ,france4 ,votre organe est doux et flatteur1 il a de l'tendue et de la justesse1 il est tendre et flexible dans les hauts2 il n'a point de duret dans les bas4 ,vous devez tre du dernier intrt dans les pleurs2 votre taille est lgre1 elle est agrablement prise2 vos bras sont superbes2 vous avez de la fiert dans le regard1 beaucoup de grace dans la dmarche1 de la chaleur et de la vrit dans le dbit2 il ne s'agit plus que de rgler tout cela2 que de vous donner de la prcision1 de l'aplomb4 4 4 4 ,vous apprendre l'entente de la scne1 quelques tudes1 et je parie qu'avant deux mois nous vous mettons en tat de dbuter4 ,je fus entrane1 je l'avoue2 la protection que m'assurait madame de ,bersac2 les soins que me promettait son mari1 l'espoir1 en allant ainsi de ville en ville1 de pouvoir apprendre des nouvelles de tout ce qui m'tait le plus cher au monde1 toutes ces raisons me dcidrent1 et on m'acheta sur-le-champ des livres4 ,le lendemain aprs dner1 madame de ,bersac dit son mari1 qu'il devait porter des plaintes contre les sclrats de chez qui nous sortions1 et travailler les faire arrter sur-le-champ2 ce que cet honnte homme rpondit ici1 me parut si sage1 si conforme ma faon de penser2 4 4 4 justifiait si bien1 en un mot1 les raisons qui m'avaient galement empch de dnoncer l'auberge au lit tombant1 et les capucins enterrant les objets cachs de leur luxure1 que j'ai toujours retenu ses paroles4 4 4 4 ,vous me permettrez1 j'espre1 de vous les rendre4 ,je vous pardonne1 dit-il1 sa femme1 ces lgers mouvemens de rigorisme et de svrit2 vous arrivez d',espagne1 il faut bien que vous ayez conserv quelque chose des murs haineuses et rigoristes de ces maures demi polics2 mais apprenez1 ma chre amie1 que je croirais me deshonorer moi-mme1 si je tranais par une telle action1 ces malheureux l'chafaud2 ils m'ont attaqu1 ils m'ont dpouill1 ils m'ont mis dans leurs fers1 en voil plus qu'il n'en faut pour que la plainte me devienne interdite1 et pour que je ne l'osasse pas sans remords2 4 4 4 ,elle ne serait plus que l'ouvrage de la vindication2 ce sentiment est odieux dans une ame sensible2 il en dmontre la faiblesse4 ,c'est tre faible que de ne pouvoir supporter une injure2 c'est tre vraiment grand1 que de la mpriser2 j'ai fait1 en tudiant les hommes1 une remarque assez singulire1 c'est qu'il n'y a presque jamais que les ames basses qui se livrent au sentiment de la vengeance1 infiniment plus sensibles l'insulte1 parce qu'elles n'ont la force de rien endurer1 elles ne peuvent en soutenir la blessure2 et comme ces tres-l mritent peu1 ils croyent toujours qu'on ne leur rend jamais assez4 ,l'homme1 au contraire1 dou d'une ame forte1 qui n'imagine pas que l'injure puisse aller lui1 ou ne la voit pas1 ou la mprise2 la vengeance afficherait l'insulte3 il aime mieux ne la pas souponner1 que d'apprendre1 en s'armant contre ceux qui l'ont outrag1 qu'il tait possible qu'on lui manqut4 ,que les vils satellites1 gags pour le soin fltrissant de conduire les infortuns la mort1 se chargent de dcouvrir leur retraite2 mais elle ne sera jamais indique par moi2 il est odieux1 il est vil de devenir le dlateur de ceux dont nous avons nous plaindre3 cette conduite touffe leurs repentirs2 elle les empche d'tre fchs d'avoir troubl une socit o devait se trouver de si mchantes gens4 ,laissons aux autres l'emploi de les vexer1 mais ds que nous avons t leurs victimes1 pardonnons-leur4 ,une fois vengs1 nous devenons aussi coupables qu'eux1 puisque1 ainsi qu'eux1 nous commettons une lzion quelconque2 de ce moment nous voil donc aussi bas1 et notre supriorit est toujours entire si nous leur pardonnons4 4 4 4 ,on frmit l'action d',atre2 4 4 4 les larmes les plus douces coulent1 quand ,gusman dit ,zamore3 ,des dieux que nous servons connais la diffrence3 ,les tiens1 t'ont command le meurtre et la vengeance2 ,et le mien1 4 4 4 quand ton bras vient de m'assassiner1 ,m'ordonne de te plaindre 4 4 4 et de te pardonner4 ,ah6 mes amies1 continua cet homme doux et sensible1 plus on connait les hommes1 plus on devient tolrant4 ,si ces malhonntes gens devaient se corriger1 peut-tre entreprendrais-je leur cure2 mais je sens combien elle est impossible1 et j'ose dire1 avec un homme de beaucoup d'esprit #i1 qu'on n'a pas le droit de rendre malheureux1 ceux qu'on ne peut pas rendre bons4 ,croyez-vous que si ces infortuns taient riches1 ils exerceraient l'affreux mtier que vous leur voyez faire8 ,le besoin seul les y dtermine1 tandis que l'ambition et l'orgueil1 sentimens bien moins pardonnables1 entrainent aux mmes horreurs les hros que l'on glorifie1 ,bras-de-fer et ses compagnons qui s'unissent pour voler un coche1 sont-ils autre chose que deux souverains qui se lient pour en dpouiller un troisime8 et cependant ceux-ci attendent des palmes1 et l'immortalit1 pour des crimes commis sans besoin1 tandis que les autres n'auront que le mpris1 la honte et la roue1 pour des crimes autoriss par la faim1 la plus imprieuse des loix4 ,eh6 ne nous mlons pas du mal qui se fait dans le monde2 tchons de n'en pas tre blesss2 mais n'entreprenons pas de le rprimer2 les famines1 les guerres1 les maladies dont nous accable la nature1 ne nous servent-elles pas de preuves que la destruction est inhrente ses principes2 4 4 4 qu'elle lui est ncessaire1 et que ce n'est enfin qu' force de dtruire qu'elle peut russir crer4 ,or si cette destruction lui est utile1 si elle n'y parvient que par des crimes1 si elle en commet chaque jour elle-mme1 si le crime enfin est une de ses loix1 de quel droit le bannirons-nous de la terre8 qui nous autorise le venger8 ,les malheureux compagnons de ,bras-de-fer1 qui servent les vues de la nature1 comme une peste ou une famine1 sont-ils plus coupables que la main qui nous envoie ces flaux8 ,pourquoi n'osons-nous insulter l'une1 et pourquoi condamnons-nous l'autre8 ,il ne s'agit donc ici que de l'histoire de la force4 ,nous tolrons les maux que nous ne pouvons empcher1 et nous punissons les auteurs de ceux qui sont en notre pouvoir1 y a-t-il de la justice cette conduite #aj8 ,eh6 rapportons-nous-en la prudence de la mre sage qui nous gouverne1 elle maintiendra toujours dans le monde un nombre gal de vices et de vertus1 proportionn au besoin qu'elle aura de l'un ou de l'autre2 elle fera natre des ,auguste1 des ,antonin1 des ,trajan1 quand il lui faudra des vertus2 les meurtres lui deviendront-ils ncessaires1 elle nous enverra des ,nrons1 des ,tibres1 des ,alexandres1 des ,tamerlans1 des famines1 des pestes1 des inquisiteurs de la foi1 et des parlemens4 4 4 4 ,mais malheur au sophiste qui conclurait de-l1 qu'il doit1 ou adopter le vice1 ou se consoler de n'tre pas vertueux1 puisqu'il accomplit les loix de la nature4 ,un homme qui dirait1 puisque la guerre est un flau ncessaire1 je vais l'allumer dans l',europe1 ne serait-il pas un tyran8 ,ne regarderiez-vous pas comme un imbcile1 celui qui raisonnant d'aprs les mmes principes1 oserait dire1 je vais me donner la fivre1 puisque la fivre est un flau de la nature8 ,considrez de mme comme un fou1 celui qui dira1 je vais me plonger dans le crime1 puisque le crime est dans la nature4 4 4 4 ,malheureux6 4 4 4 elle produit aussi des poisons1 cette nature o tu te livres aveuglment1 et cependant tu te gardes bien de t'en nourrir2 ais la mme sagesse envers le crime1 fuis-le1 4 4 4 dteste-le2 4 4 4 il ne fera jamais ton bonheur2 4 4 4 il lui est impossible de le faire4 ,trop de yeux sont ouverts sur toi1 trop d'intrts s'opposent ce que tu n'agisses que d'aprs le tien2 et ceux de la socit qui balancent toujours cet gosme qui te conduit au crime1 ou t'empcheront de le commettre1 ou te puniront de l'avoir commis4 ,ainsi raisonnait ce sage ami2 et par tous ces discours1 il ne se bornait pas seulement1 comme vous voyez1 me former au thtre1 ou m'en donner le got1 il levait aussi mon cur1 il fortifiait ma raison4 ,je connaissais par lui le prix de mes voyages2 il me montrait le fruit que je pouvais cueillir de mes malheurs4 ,pendant ce tems sa digne pouse cultivait mes faibles talens2 et peine arrive au-del des monts1 j'tais dj en tat de dbuter dans huit rles4 ,mais j'ai devanc1 sans le vouloir1 les vnemens de notre route3 reprenons- les1 ils offrent1 avant que d'arriver en ,france1 un vnement assez singulier1 pour que je ne doive pas vous le taire4 ,je craignais de sjourner dans les villes1 et sur-tout de suivre les grandes routes2 j'en avais dj tmoign mon inquitude ,bersac1 qui1 instruit par moi de mon aventure de ,madrid1 m'assura que l'inquisiteur1 trop honteux de ce que j'aurais objecter contre lui1 se garderait bien de me poursuivre1 et que mes craintes taient chimriques1 je me livrai donc lui4 ,en partant de ,valladolid1 nous fumes coucher ,burgos2 les auberges sont aussi mauvaises que rares en ,espagne1 sans la prcaution de porter tout avec soi1 on y est souvent peu l'aise2 mais point en tat de nous procurer ces facilits1 nous nous logions comme nous pouvions1 trop heureux d'tre couvert1 et de pouvoir vivre1 aprs tous les maux que nous avions senti4 ,quoique ,burgos tienne le premier rang dans les tats des deux ,castilles1 nous y fumes pourtant beaucoup plus mal logs qu' ,valladolid2 il fallut se contenter d'un mauvais cabaret hors de la ville1 divis en quelques tristes cellules mal closes1 et donnant toutes les unes dans les autres2 vous pardonnerez ce petit dtail2 il est essentiel l'intelligence de l'aventure qui nous arriva dans cette misrable htellerie4 --,qui donc va venir coucher prs de nous1 dis-je l'htesse1 en lui voyant prparer un lit dans une petite chambre contigu celle o nous tions1 et dont rien ne nous sparait6 ,dormez en paix1 brave dame1 me rpondit la matresse du lieu2 les voisins que je vous donne1 sont gens aussi honntes que vous4 ,c'est un alcade de l'inquisition de ,madrid1 7et jugez si je frmis ce mot7 4 4 4 qui vient d'pouser dans la capitale une des plus belles filles de toutes les ,espagnes2 il la mne en ,biscaye1 son pays lui1 et je crois que tous deux y vont finir leurs jours4 4 4 4 ,trs-mue de cette rponse1 j'affectai pourtant le plus grand calme2 mais je tmoignai bien vte mes deux amis1 toute la crainte que me donnait une pareille rencontre4 4 4 4 ,ils en furent d'abord aussi pouvants que moi2 la rflexion nanmoins ramena promptement ,bersac2 les projets que cet alcade annonce1 me dit-il1 paraissent bien loigns de tout ce qui pourrait devoir vous causer de l'inquitude2 vous le voyez1 loin d'tre occup de vous1 il est dans l'ivresse des premiers plaisirs de l'hymen2 il tourne le dos l'inquisition1 il va s'tablir en ,biscaye2 4 4 4 il est sans suite4 ,rassurez-vous1 ,rassurez-vous1 ,lonore1 je crois juger assez bien des vnemens de la vie1 pour vous rpondre que cette aventure n'est pas pour vous du plus petit danger4 ,nous nous mmes donc table1 et pleinement calme par ce discours1 je soupai comme mon ordinaire4 ,l'heure de se mettre au lit tant venue1 inquiets pourtant de ne point voir nos voisins se retirer1 nous en demandmes la cause la servante4 ,le mari de cette dame1 nous dit-elle1 voyage avec un certain monsieur ,rodolphe1 lieutenant de dragons1 son ancien camarade2 et comme ils s'aiment beaucoup tous les deux2 chaque soir ils font ensemble un peu de dbauche2 mais la jeune femme aussi ennuye que vous de ce retard1 va venir se retirer en attendant4 ,ds qu'elle sera couche1 vous serez tranquilles2 nous recommanderons dom ,santillana1 son poux1 de ne point faire de bruit en venant la retrouver1 et rien n'interrompra votre repos4 peine1 en effet1 cette fille eut-elle cess de parler1 que la jeune dame monta1 suivie de l'htesse4 ,comme aucune porte ne nous sparait1 pour viter de lui tre charge1 nous ne pumes que dtourner nos regards4 ,elle se coucha1 nous en fmes autant4 ,il y avait une heure au plus que j'tais endormie1 lorsque je me sentis tout- -coup serre par un homme nud1 dont la situation trs-nergique1 et les mouvemens peu quivoques1 en me rveillant en sursaut1 firent peut-tre courir en cet instant1 ma vertu1 des risques plus rels que tous ceux o j'avais chapp jusqu'alors4 4 4 4 ,me dgager lestement de ses bras1 sauter terre1 en criant au secours1 et me prcipiter dans le lit o je supposais madame de ,bersac1 est pour moi l'affaire d'un instant2 et l1 croyant avoir trouv le refuge que je cherche1 j'embrasse1 je serre de toute ma force la femme que je prends pour l'pouse de mon protecteur1 lorsque de nouveaux cris se font entendre en mme temps que des lumires viennent jetter du jour sur les diffrentes parties d'une scne aussi bizarre que peu attendue4 ,reprsentez-vous d'abord le comdien ,bersac moiti nud1 tenant d'une main mal affermie deux flambeaux1 dont les reflets fcheux ne servent qu' lui faire voir un homme galement nud1 remplissant auprs de madame de ,bersac1 des devoirs conjugaux qui n'appartiennent qu' lui2 et moi qui me suppose dans le sein de cette amie1 moi qui viens la hte y chercher des secours1 serrant1 embrassant de toutes mes forces 4 4 4 qui8 4 4 4 ,clmentine 4 4 4 cette malheureuse ,clmentine1 compagne d'une partie de mes infortunes1 et que je venais de laisser gmissante au fond des prisons de ,madrid4 ,comment vous rendre ici les sentimens divers qui nous agitrent tous -la- fois8 de quelles expressions se servir pour vous peindre ,bersac1 frmissant de rage du forfait trop certain qu'il claire2 sa femme appercevant son erreur1 jettant des cris de dsespoir2 le malheureux qui fait leur honte commune1 s'esquivant la hte1 fuyant travers les tnbres1 et la femme qu'il deshonore1 et le mari qu'il outrage1 et pour terminer en un mot la scne1 ,clmentine et moi1 nous reconnaissant1 nous embrassant toutes deux dans le mme lit1 nous accablant de questions rciproques1 et ne pouvant venir bout de nous entendre1 par la multitude des mouvemens qui nous agitent tour--tour4 ,ne vous laissons pas contempler plus long-tems ce tableau singulier1 ce serait refroidir votre attention1 que de ne pas vous l'expliquer tout de suite4 ,clmentine tait la jeune femme qui venait de se coucher prs de nous2 elle tait cette pouse chrie de l'alcade ,santillana qui s'en allait avec lui en ,biscaye3 nous allons revenir aux vnemens qui l'avaient amene l3 poursuivons4 ,la dbauche des deux amis1 mais quel tait ce second ami1 ,brigandos2 oui1 madame1 ,brigandos1 sous le nom de ,rodolphe1 chapp de l'inquisition1 par les soins de ,clmentine1 ainsi que je vais bientt vous l'apprendre4 ,sa dbauche1 dis-je avec ,santillana1 les ayant enfin conduit plus avant qu'ils ne croyaient1 devenait -la-fois1 et la raison qui les faisait retirer si tard1 et celle qui1 venant d'altrer leurs sens1 avait fait jetter le prtendue ,rodolphe dans le lit de ,clmentine1 et l'alcade de l'inquisition dans le mien2 mais par une inconcevable fatalit1 quand cette double erreur s'oprait1 ,bersac1 press d'un besoin1 venait de se lever pour y satisfaire1 et les cris de ,clmentine1 ayant reconnu tout de suite que ce n'tait point son mari qui1 se plaait prs d'elle1 avait fait sauver ,brigandos1 qui1 rencontrant le comdien dans sa marche rapide1 l'avait culbut du haut en bas de l'escalier4 ,bersac1 furieux de la catastrophe1 s'tait saisi1 en se relevant1 des lumires de la salle manger1 prs de laquelle il venait de cheoir1 et remontant courageusement dans les chambres1 il venait reconnatre l'origine du dsordre1 lorsque l'alcade ,santillana s'garant dans mon lit comme ,brigandos dans celui de ,clmentine2 effray de la rception que je lui avais faite1 s'tait lanc dans celui de madame de ,bersac1 croyant trouver celui de sa femme1 ainsi que j'avais moi-mme gagn celui de ,clmentine1 au lieu de passer dans celui de la comdienne2 telles taient les raisons de tout le bruit1 telles taient celles de l'tonnement stupfait de ,bersac1 et de la fuite soudaine de l'alcade1 reconnaissant qu'il avait beau sauter de lit en lit1 il ne cessait jamais de se tromper4 ,mais malheureusement l'erreur commise dans celui de madame de ,bersac1 avait eu des suites plus funestes que dans toutes les autres parties de la scne4 ,un instant suffit1 dit-on1 deshonorer la femme la plus sage2 et ce terrible instant venait d'arriver pour la vertueuse pouse du comdien4 4 4 4 ,d'une part1 un jeune homme1 frais et vigoureux dans l'tat du monde le moins fait pour la patience2 de l'autre1 une femme moiti endormie1 4 4 4 qui s'imagine recevoir les chastes embrassemens d'un poux4 4 4 4 ,il n'en avait pas fallu davantage1 4 4 4 le malheur tait consomm4 4 4 4 ,madame de ,bersac fut la premire le dire2 elle se jetta en pleurs aux pieds de son mari2 elle lui demande de la venger de l'outrage odieux qu'elle vient de recevoir2 et cette nouvelle circonstance changeant tout--coup le tableau1 en varia les teintes gracieuses de ,thalie1 contre les noirs pinceaux de ,melpomne4 ,voyant les choses devenir lugubres1 nous volons1 ,clmentine et moi2 je nomme mon amie1 elle implore la grace de son poux3 ,santillana1 en honnte homme1 accourt lui-mme aux genoux de madame de ,bersac1 la supplie d'oublier une faute qu'il n'a commis que par inadvertance2 et se retournant aussi-tt vers le mari1 il le conjure de se venger1 et qu'il ne s'en dfendra pas1 si ses excuses ne sont point acceptes4 ,l'attitude est fixe2 un moment chacun s'observe et rflchit4 ,bersac6 m'criai-je1 mon protecteur6 vous m'inspirez la clmence1 donnez m'en l'exemple aujourd'hui1 madame1 poursuivis-je1 en prenant les mains d',anglique1 ne faites pas un jour de sang d'un des plus heureux de ma vie1 puisqu'il vient rendre ma tendresse une amie perdue si long-temps4 4 4 4 ,chre dame1 dit ,clmentine en cajeolant la ,bersac avec les manires naves et pleines de grace qu'elle employait avec tant d'nergie2 songez que je suis la premire offense1 et qu'en vrit il n'y a que moi qui doive se mettre en colre1 si quelqu'un en a le droit ici2 oublions donc tout1 de part et d'autre2--j'y consens1 rpondit ,bersac1 j'aurais trop me reprocher1 si je troublais en rien la joie de ,lonore1 n'y pensons plus1 madame1 dit-il son pouse2 si je vous connaissais moins2 si vous aviez fait un seul faux pas dans votre vie1 cette aventure me troublerait peut-tre2 mais une femme sage1 vingt ans ne se dment pas dans un quart d'heure4 4 4 4 ,votre innocence est reconnue4 4 4 4 ,et vous1 monsieur1 dit-il l',alcade1 permettez que je ne voye qu'un ami1 dans l'poux d'une des femmes de la terre1 que ,lonore aime le mieux2 embrassons-nous1 et que tout s'oublie4 --,oh6 monsieur1 vous tes charmant1 vous tes charmant1 dit ,clmentine1 avec sa dlicieuse vivacit1 devenue plus agrable encore par son joli accent dans les mots franais1 oui1 vous tes charmant2 voil comme un galant homme doit prendre les choses2 mais pour achever de nous prouver votre estime et votre pardon4 4 4 4 il est tard1 passons le reste de la nuit ensemble1 et permettez-nous de vous offrir djener1 nous y rirons tous d'un vnement qui1 dans le fond1 ne fait mal personne2 oui1 nous nous en amuserons jusqu' l'heure fatale qui vas nous sparer pour jamais1 sans doute4 ,la proposition s'accepte1 ,bersac se dcide1 son pouse se console1 on rappelle ,brigandos1 contusion du choc dont il a culbut le comdien2 tous deux s'embrassent avec un peu moins de brutalit2 je saute dans les bras de mon ancien chef2 je lui tmoigne tout le plaisir que j'ai de le revoir1 et l'on n'entend plus dans l'auberge que des ris1 on n'y voit plus que des marques de joie4 ,aprs quelques soupes l'oignon1 quelques rties au vin de ,madre1 ,clmentine toujours gaie1 toujours friponne et toujours jolie1 nous apprit comment elle tait chape au glaive inquisitoire1 par le secours du jeune homme qu'elle avoit maintenant avec elle1 et dont elle m'assura1 que quoique fugitive1 je n'avais srement rien craindre1 elle avait t assez heureuse pour obtenir de son amant la libert de notre chef1 c'tait tout ce qu'elle avait pu faire1 et une satisfaction bien relle pour son ame d'avoir pu rendre ,brigandos1 les services que nous en avions reu si obligeamment l'une et l'autre1 lorsque ne sachant que devenir aprs notre dsastre de ,lisbonne1 nous avions trouv chez cet honnte bohmien tant d'accueil et d'humanit2 pour quant elle1 continua cette aimable femme1 l'heure de la sance tant dpasse de beaucoup1 le jour o je l'avais laisse dans la salle des tourmens1 ds que j'avais t sortie1 on l'avait congdie avec injonction de se retrouver le lendemain au mme lieu pour y subir la question de la corde1 et l'inquisiteur qui1 comme vous le savez1 avoit eu des raisons de disposer de la chambre qu'elle occupait prs de moi1 l'avait fait passer dans un autre quartier2 ce fut alors qu'elle tomba sous la direction de ,santillana1 auquel elle inspira la passion la plus vive2 celui-ci s'ouvrit sur-le-champ elle1 il en fut cout1 elle mit tout au prix de la libert de ,brigandos et de la sienne1 fille dlicieuse sans doute1 qui paraissait en ce moment critique1 s'occuper encore plus des autres que d'elle-mme4 ,santillana promit1 et lui donna de si bons conseils1 il la protgea si vivement qu'il lui fit viter tous les nouveaux interrogatoires1 pendant ce tems1 il mnagea sa fuite et celle de notre chef1 rsolu de quitter lui-mme l'infme mtier1 que le drangement de sa jeunesse lui avait fait prendre1 puisqu'il pouvait dsormais s'en passer1 au moyen de la succession d'un oncle fort riche1 nouvellement dcd en ,biscaye2 il avait donc pris la rsolution de partir avec celle qu'il aimait1 d'en faire sa femme hors des portes de ,madrid1 et de la conduire1 s'emparer avec lui de l'hritage qui allait les mettre tous deux en tat de vivre dsormais de leurs biens1 sans avoir besoin de qui que ce ft4 ,tout avait russi1 et1 par les soins de ,santillana1 ,brigandos vad de la veille1 les attendait dix lieues de ,madrid4 ,les deux poux continuaient donc leur route1 tous les deux plus pris1 plus charms que jamais l'un de l'autre1 et ,clmentine bien rsolue renoncer aux garemens de sa jeunesse pour se consacrer dsormais toute entire la flicit du jeune homme aimable qui s'tait immol pour la sienne2 mais ces garemens de ma compagne1 ,santillana ne les avait point ignor1 ,brigandos le certifia la socit1 et comme madame de ,bersac en paraissait un peu surprise4 4 4 4 ,eh6 quoi1 madame1 dit notre chef1 en se livrant son got de dissertation philosophique1 o son rudition clatait toujours1 quoi1 n'est-ce donc pas un prjug stupide1 que d'exiger de la fidlit d'une femme1 mme avant que d'avoir connu son poux8 ,devait-elle quelque chose cet poux1 dont elle ne souponnait seulement pas l'existence8 --,mais1 dit madame de ,bersac1 on peut craindre que celle qui n'a pas t sage avant l'hymen1 ne puisse le devenir aprs4 ,ce raisonnement n'est pas juste1 madame1 reprit notre chef1 une fille n'a pour conserver sa virginit que les liens les plus chimriques1 tant qu'elle est en puissance paternelle1 si elle la garde avec tant de soin alors1 c'est par faiblesse ou par ignorance2 mais elle n'y est point tenue2 rien ne l'y oblige1 et jamais l'autorit des parens1 s'ils sont justes1 ne peut s'tendre jusqu' contraindre leur fille la chastet1 c'est--dire un tat absolument contraire la nature1 elle peut disposer d'elle1 aucun pacte ne la lie1 elle n'a fait aucune promesse1 elle n'est qu' elle1 et la raison qui semble prter aux parens l'ombre du pouvoir sur cet article1 n'est fonde que sur leur avarice ou leur ambition1 ils craignent de ne pouvoir marier leurs filles1 ils les obligent respecter la fleur que l'hymen doit panouir2 mais cette raison uniquement dicte par l'intrt des pres1 est nulle aux yeux des enfans4 ,si les filles l'coutent1 elles ont servies les passions de leurs pres au dtriment des leurs1 c'est--dire qu'elles ont fait une btise1 puisqu'elles ont donnes beaucoup plus que ce qu'elles ne reoivent1 la passion qu'elles immolent tant bien autrement imprieuse que celles auxquelles elles sacrifient2 mais le prjug prononce contre elles1 continue- t-on d'objecter2 voil l'infamie2 voil l'inconsquence2 voil l'atrocit2 voil l'inepte barbarie qui ne se voit que dans notre ,europe agreste4 ,parcourons rapidement les usages des peuples qui ont mieux valu que nous4 ,les ,brsiliens1 les ,scithes1 les ,lapons prostituaient aux trangers des filles1 dont ils ne faisaient pas moins leurs femmes aprs2 au ,pgu1 un tranger loue une fille pour le temps de son sjour dans le pays1 et cette concubine n'en trouve pas moins un poux au sortir de-l4 ,chez les ,tartares1 au-del du ,thibet1 tous ceux qui connaissent une fille lui donnent un prsent dont elle doit toujours se parer2 et la certitude d'avoir un mari n'est pour elle1 qu'en raison de la quantit qu'elle peut offrir de ces preuves de son libertinage4 ,hrodote assure que les lidiennes n'avaient d'autre dot1 que le fruit de leur prostitution1 et suivant ,justin1 les filles de l',isle-de-,chipre se rendaient dans les ports1 dessein de se livrer aux trangers qui venaient dans l',isle1 et d'acqurir une dot par ces moyens2 on insulte une ,circassienne quand on lui dit qu'elle n'a point d'amans2 le culte d',astarte1 au temple de ,biblus1 consistait dans les plus grands excs de l'incontinence des filles1 aucunes d'elles n'et trouv d'poux sans cela2 personne ne s'allie une ,armenienne1 si les prtres de ,tanas n'en avait abus de toute sorte de manire2 je dis de toutes manires1 car telle tait sur ce point la manie de ces peuples1 que ce qui mme ajouterait d'aprs nos murs une teinte l'infamie1 devenait chez eux un motif de plus aux prfrences1 il fallait que la prostitution et t si entire1 qu'aucun des temples de l'amour n'et t sans adorateurs1 et l'on en voulait tre sr4 ,hrodote et ,strabon nous disent que les ,babiloniennes taient obliges d'offrir ainsi leurs prmices au temple de ,vnus1 le culte de la ,callipige des ,grecs est une preuve de ce que j'avance2 d'aprs toute l'antiquit1 point de restriction1 cette ,vnus le dsignait assez clairement2 tous les peuples sages pensrent1 en un mot1 madame1 que jamais l'incontinence d'une jeune fille ne devait lui porter obstacle2 plusieurs1 comme vous le voyez1 ne l'estimrent mme qu' ces conditions1 et crurent avec beaucoup de sagesse1 que plus une femme a de mrite1 plus elle doit tre recherche3 si on ne lui a jamais rien dit1 c'est que sa valeur est mdiocre1 doit-on alors la prendre pour femme8 ,il faut donc1 si l'on est vraiment sage1 incontestablement prfrer pour pouse la fille libertine1 celle qui n'a jamais servi que la pudeur1 et cesser surtout de croire que cette pudeur qui n'est que le trsor des laides1 puisse tre d'aucun prix avec les autres4 ,ah6 qu'ils soient en paix ces poux timides1 cette mme fille faible quand elle s'apartenait1 va devenir la femme la plus modeste une fois sous les loix de l'hymen3 s'tre rendue coupable quand on n'avait point de nuds1 n'est nullement une raison de prsumer qu'on ne sera point exact rvrer ceux qu'on doit recevoir4 ,que les hommes dlicats sur cette matire prennent de telles pouses sur le pied de veuves2 mais les fltrir1 les dlaisser1 les contraindre aux horreurs d'un couvent ou les rduire au clibat pour une faute commise dans le feu de la jeunesse1 toujours bien plus l'ouvrage de la sduction des hommes que de la faiblesse des filles1 pour une faute qui prouve qu'elles ont tout ce qu'il faut pour tre d'excellentes pouses2 ah1 madame6 cette duret est horrible1 il n'y a qu'une nation encore plonge dans les tnbres1 qui puisse en devenir coupable au mpris des plus saintes loix de la raison1 de la nature et de l'humanit4 ,anglique se rendit1 monsieur de ,bersac1 que cette thse consolait peut-tre un peu1 approuva plus encore que le systme1 l'loquence1 l'rudition de ,brigandos1 et la conversation redevint gnrale4 l'gard de mon histoire1 ,clmentine nous dit qu'elle avait t si secrte qu'il tait devenu absolument impossible cette compagne d'infortune d'apprendre aucune de mes nouvelles1 qu'elle me supposait morte et qu'elle s'en tait plusieurs fois dsole avec ,santillana qui1 quoique de la maison1 n'avait pourtant jamais pu russir savoir ce que j'tais devenue2 le sort de la troupe de ,brigandos lui avait t galement cach1 et toutes rflexions faites ne s'occupant que de moi seule et de notre aimable chef1 elle avait pris peu de part tout le reste4 ,brigandos croyait que ses deux enfans toient devenus victimes du tribunal2 il et donn sa vie pour les sauver1 ne le pouvant pas1 il profitait au moins de ce qu'il avait obtenu pour lui-mme1 et sans tre dgot du mtier1 il allait rassembler une nouvelle troupe en ,biscaye1 avec laquelle il avait dessein de passer en ,italie4 ,monsieur et madame de ,bersac qui avaient pris sur mes rcits le plus vif intrt ,clmentine1 furent enchants de faire connaissance avec elle1 tout ce qui me fche1 dit ,bersac1 en souriant un peu1 malgr lui1 c'est que cette connaissance m'ait cot l'honneur4 --l'honneur dit ,clmentine1 en tachant de ramener la gat qu'elle craignait voir se dissiper au souvenir de cette triste catastrophe4 4 4 4 ,ah1 monsieur6 comme vous vous trompez1 si vous croyez que l'honneur des hommes puisse rsulter de la conduite des femmes1 et que vous importe ce que nous faisons1 vous tes bien dupes d'y prendre garde1 le petit mal que vous prouvez de notre incontinence n'est absolument que chimrique2 changez de systme1 il devient nul4 4 4 4 ,soyez plus justes1 messieurs les maris1 et ne nous soumettez pas un joug qui vous dsolerait porter1 loin de vous scandaliser des dlices dont nous osons nous enivrer sans vous2 devenez assez dlicats pour nous en procurer vous- mmes1 la reconnaissance o vous nous contraindrez1 deviendra volupt dans vos ames sensibles4 ,vous comprendrez que si nos sens s'meuvent un instant pour d'autres1 ce qui est bien autrement prcieux2 ce qui ne dpend que de l'ame seule1 ne vous appartient que plus srement1 et que vous nous enchanez toujours1 mme en dgageant nos liens4 4 4 4 ,ah6 je le dis1 comme je le pense6 mais si j'tais homme1 voil comme j'agirais1 ou pas assez sr des plaisirs que je donnerais ma femme1 ou craignant sans cesse de ne lui en pas procurer assez1 je la presserais d'en prendre avec mes amis1 je regarderais l'acceptation qu'elle en ferait1 comme une preuve de son amiti et de sa confiance1 je la remercierais cent fois du bonheur dont elle me ferait jouir1 en me permettant de travailler au sien4 4 4 4 ,d'tre tmoin de son dlire1 oui1 monsieur1 voil en quoi consiste la dlicatesse dans une ame bien organise1 il ne s'agit pas d'tre content tout seul2 il ne s'agit pas de ne vouloir rendre nos pouses heureuses1 que quand nous le sommes nous- mmes1 il faut rpandre la flicit sur elles4 4 4 4 ,dut-ce mme tre nos dpens1 et ne pas s'imaginer sur-tout qu'on est ou plaindre ou dshonor parce qu'elles ont pu goter un instant de plaisir loin des nuds dont nous les accablons4 ,bersac demanda au jeune poux de ,clmentine1 s'il adoptait de pareils systmes1 assurment1 monsieur1 rpondit cet aimable jeune homme1 on me verra sans cesse partager tous ceux qui paratront faire le bonheur de ma femme2 la socit entire applaudit ces principes2 le srieux ,bersac n'y put tenir lui-mme2 la chaste ,anglique en lorgnant ,santillana1 lui disait bas --,votre femme est folle4 4 4 4 ,mais vous tes d'une imprudence 4 4 4 ,on ne fait pas de ces choses-l4 4 4 4 ,je ne conois pas comment j'ai pu m'y tromper un moment4 4 4 4 ,et le reste de la nuit se passa dans une honnte joie et sans se quitter qu' l'instant du dpart2 cette sparation ne se fit qu'avec des larmes bien amres1 rpandues entre ,clmentine et moi1 et mille protestations de nous crire1 ce que nous n'avons pas cess de faire jusqu' ce moment-ci1 o je puis assurer qu'elle vit contente1 heureuse et riche avec un mari qui l'adore1 et qui ne s'occupe journellement que de sa flicit4 ,brigandos continua de les suivre1 et ce ne fut pas non plus sans attendrissements que je me sparai de cet ami sincre4 ,le reste de notre route se poursuivit avec tranquillit1 nous passmes heureusement les monts1 et nous arrivmes bientt ,bayonne1 sans le plus lger accident4 ,quoique la destination de mes amis ft pour ,bordeaux1 leur talent reconnu et chri par toute la ,france1 les fit dsirer ,bayonne2 ils n'accordrent vingt reprsentations au directeur1 qu'aux conditions de mon dbut dans cette ville1 et que mes talens naissans y seraient soutenus2 je parus donc pour la premire fois dans ,iphignie de ,racine1 et dans ,lucinde1 de l',oracle4 ,mais je tremblai tellement1 que sans les puissantes taies que m'avaient procur monsieur et madame de ,bersac1 peut-tre euss-je quitt les planches ds le premier jour que je m'avisais d'y monter4 ,le lendemain1 encourage par mes amis1 je parus avec beaucoup plus de hardiesse dans la ,junie1 de ,brittanicus et dans ,znde1 je fus extrmement applaudie2 le troisime jour je jouai ,rosalie dans ,mlanide1 et ,betti dans la jeune indienne1 cela fut encore mieux2 le quatrime jour enfin on m'abandonna moi-mme1 et la ,sophie du pre de famille devint mon chef-d'uvre4 ,mon succs se dcida ds-lors1 et reprenant mes premiers dbuts1 joints de nouveaux rles que j'tudiais chaque jour1 j'occupai la scne prs de deux mois ,bayonne1 avec les applaudissemens gnraux4 ,le jour o je jouais ,znde1 je reus le soir au foyer des vers charmans1 et une invitation de souper des plus pressantes4 4 4 4 ,ah6 me dis-je alors1 au comble de mes vux 4 4 4 ,voil donc les seuls cueils contre lesquels je puis briser prsent4 4 4 4 ,courage1 4 4 4 tant qu'il ne m'en restera que de cette sorte1 j'en triompherai facilement4 ,la dcence et la politesse dcorent au moins ceux-ci4 --,je n'ai plus de violence redouter4 ,ne voulant point me faire d'ennemis1 je refusai1 d'aprs le conseil de madame de ,bersac1 avec autant d'honntet que de reconnaissance2 cela fit bruit1 je n'en fus que plus accueillie le lendemain4 ,je gagnai ,bayonne autant qu'il me fallait pour ddommager mes amis des frais qu'ils avaient faits pour me faire paratre avec clat sur la scne1 mais ils ne voulurent jamais rien accepter2 je fus oblige de leur cder sur ce point1 et ce ne fut qu' ,bordeaux1 o madame de ,bersac voulut bien recevoir de moi pour cinquante ou soixante louis de parures4 ,nous arrivmes enfin dans cette ville1 j'y tais attendue1 j'ose mme dire desire2 et j'allais y paratre1 lorsque je fus assez heureuse pour rencontrer tout ce que j'adorais dans le monde1 et tout ce que je cherchais avec tant d'empressement4 ,vous savez le reste1 madame1 dit ,lonore1 le ciel en me ddommageant de tant de malheurs1 par une foule de prosprits inattendues1 a voulu joindre au charme de retrouver un poux1 celui de me rendre une mre4 4 4 4 ,oh6 madame1 a-t-elle ajout en se jettant dans les bras de la prsidente1 que de maux on oublierait ce prix6 ,ici la belle pouse de ,sainville cessa de parler3 et comme il tait tard1 aprs de mutuelles marques de tendresse et d'affection1 chacun se retira1 except la prsidente et le comte de ,beaul1 qui passrent une partie de la nuit statuer tout ce qu'il y avait faire pour completter le bonheur de ces jeunes poux4 ,ces dcisions1 dont on a bien voulu me faire part1 feront le sujet de ma premire lettre3 il me semble qu'en voil quelqu'unes de suite1 dont la longueur mriterait des excuses1 si ce qu'elles contiennent ne ddommageait pas un peu1 selon moi1 du tems que l'on perd les lire4 ,je t'embrasse4 ,fin de la sixime partie4 ,footnote #a4 ,vingt pistoles font #bdj liv4 ,footnote #b4 ,voyez p4 #cfg1 morceau rfut par celui-ci2 voyez aussi la page o ,brigandos dit laissez tous ces vilains vices l se punir les uns par les autres4 ,footnote #c4 ,plut au ciel que ces effrayantes maximes ne se trouvassent qu'en ,espagne1 et qu'elles n'eussent jamais souilles nos annales6 ,footnote #d4 ,on a quelquefois demand la raison de cette inconsquence1 elle se trouve dans l'histoire du cur humain2 ce ne sont pas les mauvais attributs des autres qui humilient notre orgueil1 ce sont leurs perfections1 moyennant quoi l'on prend peu garde l'tre entirement mauvais quand on n'a point de rapports avec lui4 ,mais les qualits de l'tre mixte1 dsesprent l'amour-propre1 rvolt du bien1 on veut voir s'il ne fait point de mal1 et l'on met tous ses vices au jour pour se venger de ses vertus4 ,fatale conclusion1 mais ne doutons pourtant point de sa bont1 la vritable sagesse est de se conduire la guise des hommes1 c'est le seul moyen d'tre heureux1 or d'aprs ce principe1 celui qui a le malheur de ne pouvoir tre tout--fait bon1 fera beaucoup mieux d'tre tout--fait mchant1 que de mlanger l'un et l'autre2 il aura tort aux yeux de la vertu1 mais grandement raison aux yeux des hommes2 et ce sont les hommes qui font notre sort4 ,rflexion affligeante mais juste4 ,footnote #e4 ,tous ces dtails locaux sont faits sur les lieux mmes2 le lecteur peut tre sr de leur fidlit4 ,footnote #f4 ,la torture de la corde se donne en liant le criminel une corde par les bras renverss en arrire4 ,par le moyen de cette corde qui joue dans une poulie1 on enlve le patient de vingt trente pieds1 puis1 aprs l'avoir ainsi laiss suspendu quelque tems1 on le laisse brusquement retomber de toute la hauteur jusqu' demi-pied de terre2 ces secousses lui disloquent toutes les jointures1 lui crvent souvent l'estomach1 et font pousser des cris horribles4 --,la torture de l'eau consiste faire avaler une quantit d'eau au patient1 ensuite on le couche sur un banc creux1 dans lequel on le serre volont4 ,ce banc a un bton qui le traverse et qui tient le corps du patient comme suspendu4 ,la position lui rompt l'pine du dos avec des douleurs incroyables4 ,la torture du feu est la plus rigoureuse de toutes4 ,on allume un brsier ardent1 ensuite on frotte la plante des pieds du criminel de matires pntrantes et combustibles3 on l'tend par terre1 les pieds tourns vers ce feu1 et on les lui brle ainsi jusqu' ce qu'il avoue3 ces trois tortures se donnent chacune l'espace d'une heure1 et souvent plus4 ,on y applique les femmes et les filles de tout ge1 ainsi que les hommes1 quelquefois couvertes d'une chemise de grosse toile1 souvent nues2 mais de toutes manires elles sont toujours dpouilles devant leurs juges3 ensorte1 dit l'auteur1 que nous transcrivons mot mot dans cette note1 que la plupart effrayes de cet immodeste appareil1 disent et nient tout ce qu'on veut1 afin d'viter les tourmens4 ,on n'a aucun gard1 poursuit le mme crivain1 ni l'ge1 ni au sexe3 on y traite tout le monde avec une gale svrit4 ,tous sont appliqus la torture ou presque nuds1 ou totalement nuds1 suivant le caprice des inquisiteurs1 qui ne manquent pas de traiter avec bien plus de rigueur les femmes ou les filles qui ne veulent pas leur tre favorables4 ,celles qui pourtant se rendent n'en sont pas plus heureuses4 ,ils les engagent se livrer eux1 en leur faisant esperer de les sauver1 et ds qu'ils en ont joui1 ils les condamnent mort1 afin que1 par ce moyen le crime qu'ils commettent1 se trouve ensveli4 ,leurs excs enfin montrent tel point1 que ,clment ,,vi nomma une commission particulire pour informer contre leurs infamies4 ,ce fut ,bernard1 cardinal de ,saint-,marc1 qui en fut charg4 ,voil pourquoi enfin ,miguet de ,monsarre1 auteur espagnol1 dans son livre de ,coena ,domini1 leur dit3-- ,cimas esso mat echores comone tenegis verguenca1 ni honoraque despues de aver ,gozado las mugueres y ,donzellas que entran en vuestro poder despudes de avertas ,gozado las ,entregays at ,fuego o impios pores que los viejos de ,suzanna4 ,voyez la seconde partie du tome ,,ii de l'histoire des ,crmonies religieuses des peuples du monde1 et l'histoire des ,inquisitions4 ,footnote #g4 ,quelle plus grande preuve de la puissance des inquisiteurs1 que la fin tragique de dom ,carlos8 ,philippe ,,ii1 pre de ce malheureux prince1 ne lui fit perdre aussi cruellement la vie1 que par l'instigation de ces sclrats4 ,footnote #h4 ,si c'est l ce qu'on pense l'cole du malheur1 elle n'est donc pas aussi bonne que les sots le croyent4 ,le capitaine ,cook observe dans ses relations1 que plus les gens de son quipage taient malheureux1 et plus il les trouvait cruels1 alors dit-il ils se livraient au meurtre sans aucune raison1 plus l'infortune semblait les presser1 plus leurs esprits devenaient insensibles1 plus leurs curs devenaient froces1 l'effet de l'infortune sur le cur de l'homme1 est de l'endurcir1 voil pourquoi le bas peuple est toujours plus cruel que les gens qui ont reu une bonne ducation1 si cela est1 et nous ne devons pas en douter1 l'infortune ne peut tre bonne rien1 car ce qui blesse l'ame1 ce qui teint les sentimens de sensibilit1 ne saurait qu'entraner au crime4 ,c'est quand l'homme est heureux1 qu'il cherche rendre tel tout ce qui l'approche2 tombe-t-il dans l'adversit1 l'humeur1 le dpit1 le chagrin1 corrompent son ame2 l'endurcissent1 et le conduisent incessamment aux horreurs4 ,footnote #i4 ,le marquis de ,vauvenargues4 ,footnote #aj4 ,il ne s'agit pas de mettre en avant ici les intrts de la socit1 la rponse aux objections de ,bersac serait purile3 il est question de savoir pourquoi on punit4 ,assurment la peste nuit la socit1 autant et beaucoup plus que le voleur de grands chemins4 ,cependant nous ne nous vengeons pas de la main qui nous envoie la peste1 et nous rouons le voleur4 --,pourquoi8 ,rpondez1 suppots des loix qui commandent le meurtre rpondez1 voil le seul tat de la question4